“Debtocracy”, le documentaire qui secoue la Grèce

septembre 27th, 2012 by Aris-Hatzistefanou

Dans le contexte de l’application de mesures d’austérité drastiques en Grèce, nous publions une entrevue d’OWNI.eu ainsi qu’une vidéo sur la crise de la dette en Grèce.

Cette interview a été initialement publiée sur OWNI.eu le 6 mai 2011. Suite à la publication de la version sous-titrée en français du documentaire, nous publions la traduction française.

 

Interview avec Aris Hatzistefanou, journaliste à l’origine de Debtocracy, un documentaire-choc qui a rencontré un grand succès. Il demande une commission d’audit sur la dette grecque et prône une sortie de l’euro.

Né à Athènes, Aris Hatzistefanou, 34 ans, est un journaliste à toute épreuve depuis ses plus jeunes années. Journaliste en Palestine, puis à Londres pour la BBC, son émission de radio “infowar” sur la station grecque Sky Radio, très écoutée, fut arrêtée quelques jours seulement avant la publication du documentaire Debtocracy, dont le   message est à contre-courant de la pensée dominante.

Ce projet a attiré l’attention de plus d’un million de  personnes en Grèce, et a popularisé une campagne nationale demandant une  commission d’audit de la dette publique du pays. OWNI s’est entretenu avec l’homme derrière ce subversif documentaire qui secoue l’opinion  grecque, dans une période très difficile pour le pays.


Debtocracy International Version par ThePressProject
http://www.dailymotion.com/video/xik4kh_debtocracy-international-version_shortfilms

(Cliquer sur le bouton CC en haut du player pour sélectionner la langue des sous-titres)

Quelle est l’histoire de Debtocracy ?

L’idée nous est venue après une émission sur Sky Radio sur la manière dont le président équatorien avait géré la dette colossale du pays : il mis en place une commission chargée d’auditer la dette souveraine du pays, et arriva à la conclusion que d’autres pays étaient en train d’utiliser l’Équateur comme un “esclave”, tout comme l’Argentine et d’autres pays avant lui. Par conséquent, le gouvernement équatorien força les créanciers à subir un « haircut » [des pertes, ndlr] de 70%.

Dans le même temps, en Grèce, des gens étaient en train de lancer une initiative similaire, et recherchaient du soutien pour cela. Du coup, mon émission sur Sky Radio entrait en écho avec leur discours. Et beaucoup de gens semblaient se demander si nous pouvions faire la même chose en Grèce.

Katerina Kitidi (éditrice en chef de TV XS) et moi nous sommes alors décidés à produire ce documentaire. Mais nous n’avions pas d’argent, et ne voulions surtout pas demander des financements auprès d’un quelconque parti politique, syndicat, entreprise, ou pire, une banque. Nous avons alors eu l’idée de demander aux gens de nous aider en lançant une campagne de crowdfunding.

Et cela a très bien marché ! Nous avons récolté 8.000 euros en seulement dix jours, ce qui est pas mal du tout en Grèce, surtout dans le contexte actuel.

Au début, ce projet était censé n’être qu’une vidéo de plus sur YouTube ! Mais comme beaucoup de gens nous ont proposé leur aide (des professionnels de l’audiovisuel notamment), et que beaucoup de gens nous ont aidés financièrement, nous avons pu réaliser un véritable documentaire. À un moment, nous avions même tellement de dons que nous avons décidé d’investir dans la promotion du film, ce qui n’était pas prévu.

Alors que ce projet avait été initié par deux personnes, environ quarante personnes ont contribué au final.

Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou.

Crédit photo : Debtocracy

Comment le film a été reçu en Grèce ?

Nous avons eu plus d’un demi-million de vues en moins d’une semaine, et nous sommes aujourd’hui à plus d’un million. Mais en dépit de ce succès, les média grecs n’en touchèrent pas un mot au début. Puis, quand ils ont vu le succès du film, ils ne pouvaient plus faire comme si nous n’existions pas. Il sont alors commencé à nous critiquer et à tenter de nous décrédibiliser. Jusqu’à présent, aucune chaine de télévision n’a parlé de nous, même négativement.

En fait, le jour où ils le feront, c’est que nous aurons gagné.

Quel est le message que vous voulez faire passer avec ce documentaire ?

Nous défendons le point de vue que la situation actuelle n’est qu’une partie d’un problème bien plus global, notamment lié au problème de l’euro. Parce que l’euro est divisé entre son cœur et la périphérie, nous sommes condamnés à souffrir de pertes de compétitivité face à l’économie mondiale, car nous ne pouvons pas dévaluer notre monnaie.

Je ne nie pas que nous avons notre propre part de responsabilité. Le problème de la Grèce est que notre fiscalité ne s’est pas adapté au modèle d’État-providence que  nous avons mis en place : les entreprises ne sont pas assez taxées, les déficits ne sont donc pas contrôlés. Nous avons aussi un grave problème de corruption, mais cela reste un détail : nous pourrions mettre tous les politiques en prison, mais qu’est-ce que cela changerait ?

Bref, ce qui se passe actuellement ne peut pas être totalement de la faute des “PIIGS”, comme ils nous appellent.

Nous disons aussi que le modèle allemand n’est pas un modèle à suivre. Ils ont simplement gelé les salaires depuis dix ans ! Ce n’est pas soutenable pour l’ensemble de l’Europe !

Certains disent que votre point de vue n’est pas impartial. Que leur répondez-vous ?

Tout d’abord, nous n’avons jamais prétendu être mesurés. C’est même plutôt l’inverse, puisque nous pensons que nos contradicteurs ont largement eu le temps et l’espace médiatique pour faire valoir leur position. D’ailleurs, leur position n’est pas vraiment équilibrée non plus…

Certains critiquent aussi le fait que l’Équateur n’est pas un bon exemple, car c’est un pays en voie de développement qui a du pétrole. Mais le pétrole ne représente que 25% du PIB de l’Équateur, et nous, nous avons nous aussi en Grèce notre propre pétrole : le tourisme.

Après, on aurait pu prendre n’importe quel autre pays comme exemple, il y aurait toujours des gens pour dire que « comparaison n’est pas raison », même si le contexte est tout de même similaire, avec une spirale d’endettement et l’intervention du FMI. Mais au final, ils essaient juste de faire dériver la conversation afin de ne pas répondre au principal sujet de ce film : la nécessité de créer une commission d’audit de la dette.

À votre avis, que devrait faire la Grèce aujourd’hui ?

C’est clair que la Grèce ne peut repayer sa dette, que celle-ci soit légale ou pas, et quel que soit son montant et son taux d’intérêt. Plus de 350 milliards de dettes, c’est déjà trop. Très ironiquement, les marchés semblent plus lucides que le gouvernement, qui continue de dire que l’on peut trouver l’argent. Mais les marchés ne sont pas stupides. Les plans de sauvetage n’ont en vérité qu’un seul objectif : sauver les banques françaises et allemandes, qui tomberaient si la Grèce faisait banqueroute.

Donc, de notre point de vue, nous ne devrions rien attendre des décideurs européens. Si nous attendons, il sera trop tard pour prendre les mesures nécessaires. Nous devons donc trouver nous même des solutions, et lancer des initiatives.

Une fois que cela est dit, la première chose que nous devons faire et de mener un audit de la dette grecque, de manière à discerner la dette légale de celle qui ne l’est pas. Un certain nombre d’indices tendent à montrer qu’une grande partie de la dette est odieuse, voire illégale. Mais seule une commission d’audit saurait le démontrer. C’est pourquoi nous soutenons complètement cette initiative, même si nous soulignons l’importance que cette commission soit menée de manière transparente et démocratique. Pas par les parlementaires.

Après, nous sommes plus radicaux que d’autres dans nos propositions car nous pensons que nous devrions stopper le remboursement de la dette, quitter l’euro, et nationaliser le secteur bancaire. Ce n’est pas quelque chose de facile à défendre, car cela parait très radical, mais même certains économistes et hommes politiques commencent aussi à étudier ces options.

Nationaliser les banques peut sembler être une proposition communiste, mais j’y vois plutôt du pragmatisme : il faut protéger le pays d’une éventuelle fuite des capitaux vers l’étranger, dans le cas où nous quittons l’euro.

Avez-vous des liens avec d’autres initiatives de ce type en Europe ?

Nous avons été contactés par de nombreux groupes, notamment pour que nous traduisions le documentaire. Ce qui est désormais chose faite. Mais nous ne collaborons pas vraiment avec eux en tant que tel, nous leur permettons simplement de réutiliser notre travail, qui est sous licence Creative Commons.

Comment voyez-vous l’avenir de la Grèce ?

L’année dernière, il y a eu plusieurs soulèvements contre le plan de sauvetage du pays, mais les citoyens sont très découragés depuis. Pendant les dix dernières années, l’opposition n’a jamais rien proposé qui puisse rassembler l’opinion publique. Certains pensent que les grecs se font une raison, mais je sens que l’indignation est toujours bien là, sous nos pieds. Elle n’attend qu’un nouveau prétexte pour être ravivée.

Il est intéressant de noter qu’aucun parti politique n’a le contrôle des mouvements de protestation, et que personne ne guide ce mouvement. Je redoute donc que la situation ne s’enflamme de nouveau, d’une manière violente. Mais il est impossible de prévoir quand et pourquoi.1

Quelle est la suite pour Debtocracy ?

Grâce à toutes les personnes qui nous ont soutenus, nous avons collecté plus d’argent que nécessaire pour la production du film. Nous avons donc décidé de créer un compte spécial pour que les gens déposent leurs dons. Si nous n’utilisons finalement pas cet argent pour un nouveau projet dans les six mois, les donateurs seront remboursés.

Franchement, nous ne nous attendions pas à un tel succès avec si peu de moyens. Ce n’était pas facile, mais nous nous sommes prouvé que nous pouvions faire de grande choses avec peu de ressources, surtout quand vous êtes entourés de personnes talentueuses.

Internet nous a beaucoup aidés, mais nous voyons aussi les limites de l’outil. Nous devons aujourd’hui aller à la rencontre de ceux qui ne sont pas forcément sur Internet, notamment à l’extérieur d’Athènes. Si nous n’étions que sur Internet, notre approche resterait trop élitiste. C’est pourquoi nous envisageons de distribuer des DVD et d’organiser des projections dans des théâtres ou des cinémas.

Nous voulons vraiment aller plus loin, faire face aux tabous des médias mainstream grecs. Aujourd’hui, si les gens ne participent pas eux-mêmes à la production de  l’information, il n’y aura jamais aucune entreprise de média prête à  leur donner la parole.

 

Article en anglais : http://owni.eu/2011/05/06/exclusive-campaigning-documentary-debtocracy-released-in-english/

Version française: http://owni.fr/2011/06/09/debtocracy-documentaire-choc-grece/


1. Depuis, le mouvement des « indignés » espagnols a aussi gagné le pays, rassemblant depuis le 25 mai des manifestants par dizaines de milliers à Athènes.

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Des forces spéciales saoudiennes en Corse

septembre 27th, 2012 by Jean-Dominique Merchet

Un exercice conjoint des forces spéciales françaises et saoudiennes aura lieu en Corse du 1er au 18 octobre, à partir de la base de Solenzara. Baptisé “Tigre 2″, il impliquera des moyens importants, dont plusieurs hélicoptères saoudiens Black Hawk. Cet exercice du COS est conjoint avec le rendez-vous annuel de la BFST (Brigade des forces spéciales Terre), “Gorgones” qui se déroulait généralement à Caylus (Tarn-et-Garonne). L’an passé, une délégation saoudienne avait assisté  à Gorgones, ce qui l’a visiblement convaincue. Tigre 2 n’est pas un exercice purement terrestre : des moyens de la Marine et de l’Armée de l’air seront également engagés. Discrète, la coopération française avec les forces spéciales du Moyen-Orient est très active, que ce soit avec la Jordanie, le Qatar, les Emirats ou l’Arabie saoudite.
Jean-Dominique Merchet

Journaliste, Blog de Marianne

Le 20 septembre 2012

Des forces spéciales saoudiennes en Corse (actualisé)
 Photo : l’insigne de la BFST
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Le vent des changements qui ont eu lieu en Syrie a atteint la structure des comités de coordination formés au début des événements, et qui étaient chargés d’organiser les manifestations. Certains de ces comités ont soutenu l’insurrection armée et ont constitué la colonne vertébrale des groupes armés. Des informations sûres indiquent que des comités de coordination dans la plupart des régions syriennes ont commencé à prendre des positions appelant les miliciens à déposer les armes.

Certains ont entamé un dialogue avec l’État pour obtenir des garanties pour ceux qui abandonnent l’action armée dans les quartiers et les villages.

Un nombre non négligeable de groupes a effectivement remis les armes et a commencé à régulariser sa situation grâce à la médiation des comités de coordination dans la campagne de Damas, Idleb, Hama, Homs et Alep. Ce développement illustre un grand changement dans l’humeur de la population et signifie que le climat d’escalade a amorcé une courbe descendante, qui aura son impact sur la suite des événements.

Pour comprendre ces changements, il faut savoir que les citoyens syriens ordinaires sont fatigués des bouleversements et perturbations qui frappent le cycle économique et tous les aspects de la vie quotidienne, et des destructions des infrastructures par les groupes armés. L’apparition de brigands de grands chemins et de bandits qui terrorisent, rançonnent, enlèvent, violent et tuent, sous prétexte de vouloir faire la révolution, a aggravé la situation.

Les milieux populaires qui avaient sympathisé avec les insurgés au début des événements sont confrontés aujourd’hui à cette dure réalité qui menace de faire éclater le tissu social. Victimes des exactions souvent sanglantes des groupes armés, soumis à des pressions économiques, sociales et psychologiques, ils savent que leur seule planche de salut reste l’État. Désormais, ces milieux expriment leur volonté de revenir dans le giron protecteur de l’État, dernier rempart contre le désordre total prêché par les extrémistes armés, qui ne cachent plus leur intention de détruire tout ce que l’État a réalisé ces 50 dernières années : routes, aéroports, canalisations, chemins de fer, hôpitaux, écoles, barrages, ponts…

En plus de ces milieux qui veulent réintégrer l’État, il y a tous les autres, ceux qui ne l’ont jamais quitté. Ceux-ci sont aujourd’hui plus mobilisés et plus déterminés que jamais à sauver les institutions et les infrastructures de la Syrie moderne des griffes des extrémistes, qui ont juré de replonger le pays dans le Moyen Age.

Ce bloc populaire solide assure un soutien sans faille à l’armée syrienne et au projet de réforme du président Bachar al-Assad. Il constitue une majorité confortable, transcommunautaire, et comprend toutes les composantes de la société syrienne sans exceptions.

Cet éveil populaire montre que la majorité du peuple syrien est conscient de la nature de l’agression colonialiste dont est victime la Syrie, de ses objectifs réels et des moyens mis en œuvre pour tenter d’y parvenir. C’est cela – plus que la puissance de feu et le professionnalisme l’armée syrienne – qui explique la raison de l’échec des sanctions économiques occidentales et des agressions armées des insurgés.

Bien au contraire, les Syriens se vantent de compter sur eux-mêmes en ces temps difficiles, et les observateurs soulignent comment plus de deux millions de Syriens, contraints de quitter leurs domiciles à cause de l’insécurité, ont choisi de trouver provisoirement refuge dans d’autres régions à l’intérieur du pays, rejetant l’idée de devenir des réfugiés dépendant pour se nourrir des aides extérieures – souvent couplées à des conditions politiques. À cet égard, il faut souligner que le Croissant-Rouge syrien déploie, en coopération avec le CICR, un gros effort pour venir en aide à ces gens, évidemment oubliés des médias occidentaux.

Ces développements sont autant de signaux sur la direction des événements en Syrie, qui restent invisibles à ceux qui misent sur les avions de l’Occident et l’argent des pétromonarchies. Mais pour les vrais spécialistes, il s’agit d’indices révélateurs qui ne trompent pas.

Déclarations et prises de positions 

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne

« L’Arabie saoudite et le Qatar ont vu soudain de l’argent entre leurs mains après une longue période de pauvreté et ils croient qu’avec cet argent, ils peuvent acheter l’histoire, la géographie et un rôle régional. L’idée répandue selon laquelle l’Arabie Saoudite, la Syrie et l’Égypte constituent la pierre angulaire de la stabilité dans la région est fausse. Cela a toujours été et restera la Syrie, l’Irak et l’Égypte. Riyad n’a servi avant le début du conflit syrien que de médiateur avec l’Occident qui n’apprécie pas l’axe de résistance contre le sionisme prôné par la Syrie. Quant aux Qataris, ils utilisent le pouvoir de l’argent et gravitent dans l’orbite de l’Occident en fournissant aux terroristes armes et argent pour répéter le même scénario qu’en Libye. Ils ont été les plus rapides à alimenter la violence. Le gouvernement turc ne s’intéresse pas aux intérêts de son peuple mais à ses ambitions, en particulier au projet du nouvel empire ottoman. Des hommes armés ont recours au terrorisme contre l’État syrien mais ils ne disposent d’aucun soutien parmi le peuple. En fin de compte, ils ne sortiront pas victorieux. Mais il faudra encore du temps pour que l’État l’emporte. Entre-temps, la porte du dialogue est ouverte et seul le dialogue avec l’opposition est à même de résoudre la crise. »

Béchara Raï, patriarche des chrétiens maronites

« Le dialogue est le seul moyen de compréhension pour aboutir à la démocratie. Si tous les invités à la table du dialogue croient réellement à la démocratie, ils ne peuvent pas rater ce rendez-vous. C’est un devoir national car le pays ne supporte absolument pas la situation dans laquelle il se trouve. Ni la crise politique, ni la crise économique, ni le désordre sécuritaires et encore moins le phénomène nouveau des enlèvements et l’apparition des armes, ne supportent une absence du dialogue. Je place toute personne qui ne participe pas au dialogue devant ses responsabilités. Je me permets de dire que le fait de ne pas aller au dialogue n’est pas seulement une atteinte à la nation mais un crime contre le pays. Car le responsable doit assumer ses responsabilités. Le pape nous a invité à aller vers les sommets. Aussi, nous ne devons plus rester dans les marécages des affaires personnelles et des intérêts et calculs futiles. Sortons de ces marécages et allons vers les sommets. La visite du pape a rehaussé le Liban et il est malheureux que des responsables le tirent vers le bas. Ils n’ont pas le droit. A mon avis, c’est un crime contre la patrie, quelles que soient les considérations qui sont invoquées. J’ai devancé le Sayyed (Hassan Nasrallah, ndlr) lorsque j’ai estimé dès jeudi 13 septembre, dans une conférence de presse, que le film porte atteinte à l’islam, à la chrétienté et à toutes les religions. Il faut que cette offense cesse. J’appelle évidemment à la suspension de la diffusion de ce film et j’invite les Nations unies à adopter une résolution interdisant les atteintes à toutes les religions du monde ».

Ghaleb Kandil

New Orient News (Liban)

Rédacteur en chef : Pierre Khalaf

Tendances de l’Orient No 101, 24 septembre 2012.

 

 

 

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La CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale

septembre 26th, 2012 by Prof Peter Dale Scott

À l’occasion de la sortie de la version française du dernier livre de Peter Dale Scott, «La Machine de guerre américaine», le Réseau Voltaire publie une étude détaillée du diplomate canadien sur les attentats du 11-Septembre que Global Research (publié en anglais en mars 2012 en une seule partie). Il y met en évidence des éléments de préméditation par une faction du complexe militaro-industriel états-unien.

 

La fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire est réalisable et pourrait être accomplie à l’aide des ressources disponibles. » Rapport du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées des États-Unis (JCS), 1963 [1]

La guerre de terreur de Bush et le trucage du renseignement

Le 11 septembre 2001, dans les heures qui suivirent les attaques meurtrières perpétrées ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils appelèrent ensuite la « guerre contre la terreur ». Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », celle-ci ayant été employée contre les civils — de manière récurrente — par tous les belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur est caractérisée par la prépondérance de l’emploi d’armes de destruction indiscriminée, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés (EEI) posés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par un drone de haute technologie. [2]

Nous pourrions aussi l’envisager comme élément d’un processus plus vaste, d’ampleur globale. À travers celui-ci, la terreur a été utilisée contre les civils par toutes les puissances majeures lors de campagnes étroitement liées entre elles — la Chine dans le Xinjiang et la Russie en Tchétchénie, autant que les États-Unis dans de nombreuses régions du monde —. [3] Dans son contexte global, la guerre de terreur pourrait être perçue comme la dernière étape de l’extension séculaire de la civilisation transurbaine dans des zones où prévaut une résistance rurale. Dans ces régions, il s’est avéré que les formes conventionnelles de guerre ne peuvent trouver de véritable conclusion, et ce pour des raisons géographiques ou culturelles.

La guerre de terreur fut formellement déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’il annonça dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les hébergent ». [4] Cependant, la notion voulant que la guerre de terreur de Bush avait pour objectif de poursuivre les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein, un pays connu non pas pour héberger des terroristes mais pour en avoir été la cible. [5] En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée suite à la publication en Grande-Bretagne de ce que l’on appelle le Mémo de Downing Street. Dans celui-ci, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieur britanniques, rapporta après une visite à Washington en 2002 que « Bush voulait faire tomber Saddam Hussein par une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » [6] Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, à l’anthrax et au concentré de minerai d’uranium du Niger (le « yellow cake ») furent publiés aux moments opportuns.

Cet essai va démontrer qu’avant le 11-Septembre, une petite faction au sein de l’Unité ben Laden de la CIA et des agences qui lui sont liées, que l’on appelle le « groupe Alec Station », manœuvrait également afin de « truquer » les renseignements en les supprimant. Cette manœuvre permit le déclenchement de la guerre de terreur, que ces effets soient recherchés ou non. Elle consista à dissimuler des preuves au FBI concernant deux futurs pirates de l’air présumés du 11-Septembre, Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, de sorte que le Bureau ne puisse surveiller ces deux hommes et leurs collègues avant les attentats.

Les auteurs du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre reconnurent cet échec dans l’échange de renseignements, mais il fut considéré comme un accident qui aurait pu être évité « si plus de ressources avaient été affectées ». [7] Toutefois, cette explication a depuis été réfutée par Thomas Kean, le président de la Commission sur le 11-Septembre. Récemment, lorsque deux réalisateurs lui demandèrent si l’échec autour d’al-Mihdhar et d’al-Hazmi aurait pu être une simple erreur, Kean répondit : « Oh, ce n’était pas une omission due à la négligence. C’était intentionnel. Cela ne fait aucun doute. […] Nous sommes parvenus à la conclusion que ces agences ont le secret dans leur ADN. Et ce secret les pousse à ne pas partager leurs informations avec n’importe qui. » [8]

En 2011, un important livre de Kevin Fenton, Disconnecting the Dots (« Semer le trouble »), démontra de façon indiscutable que la rétention d’information était intentionnelle, et qu’elle a été menée sur une période de 18 mois. [9] Cette interférence et cette manipulation devinrent particulièrement flagrantes et controversées les jours précédant le 11-Septembre ; elles conduisirent Steve Bongardt, un agent du FBI, à prédire le 29 août 2001 — soit moins de deux semaines avant le 11-Septembre — qu’« un jour, des gens perdront la vie ». [10]

Comme nous le verrons, les motifs derrière ces rétentions d’informations restent mystérieux. À une époque, j’ai adhéré aux spéculations de Lawrence Wright : selon lui, il est possible que la CIA voulût recruter les deux Saoudiens, et « pourrait aussi avoir protégé une opération à l’étranger [potentiellement en coordination avec l’Arabie saoudite], et donc craindre que le FBI ne l’aurait révélée. » [11] Le but de cet essai est de suggérer que les motivations derrière ces rétentions d’informations auraient pu être liées à l’objectif bien plus large des néoconservateurs, qu’ils imposaient alors à la politique étrangère des États-Unis : la consolidation de l’hégémonie globale US par l’établissement de bases avancées autour des champs pétrolifères de l’Asie centrale.

En résumé, la rétention de preuves pourrait être vue comme un élément du plus vaste et sinistre schéma en développement à cette époque, comprenant la contreperformance du gouvernement des États-Unis dans sa réponse aux attaques du 11-Septembre, ainsi que les envois meurtriers de lettres contenant de l’anthrax — ce qui facilita le vote du Patriot Act —.

Aujourd’hui, les travaux de Kevin Fenton m’ont convaincu sur le fait que l’explication de Lawrence Wright — soit la protection par la CIA d’une opération secrète — pourrait expliquer pourquoi la rétention a débuté en janvier 2000, mais ne peut expliquer son renouvellement les jours précédant le 11-Septembre. Fenton analyse une liste de 35 différentes occasions où les deux pirates de l’air présumés furent protégés de cette manière — de janvier 2000 jusqu’au 5 septembre 2001 environ, soit moins d’une semaine avant les détournements —. [12] Nous verrons que, dans son analyse, ces incidents peuvent être classés en deux principales catégories. Les motifs qu’il attribue à la première catégorie étaient « de couvrir une opération de la CIA qui était déjà en cours ». [13] Cependant, après que « tous les voyants du système [de sécurité nationale] étaient au rouge » durant l’été 2001, et que la CIA s’attendait à une attaque imminente, Fenton conclut que « l’objectif de la rétention d’informations était dorénavant de permettre le déroulement des attaques », ne pouvant trouver d’autres explications. [14]

Cette dernière citation de Fenton impliquerait qu’un crime d’homicide ait été perpétré par des membres du « groupe Alec Station », même si ce crime ne constituait pas un meurtre avec préméditation mais un homicide involontaire. En effet, nous pourrions imaginer des raisons bienveillantes à cette rétention d’information. Par exemple, la CIA aurait pu tolérer les agissements des deux Saoudiens afin de retrouver leurs associés. Dans ce cas, nous n’aurions eu affaire à rien de plus qu’une erreur de jugement, bien qu’elle aboutisse à un homicide.

Carte montrant les bases US incluant Karshi-Khanabad

La guerre de terreur et le projet de domination globale de Donald Rumsfeld, de Dick Cheney et de Paul Wolfowitz

Cependant, à travers cet essai, je vais m’arrêter sur les activités menées en Ouzbékistan et en Afghanistan par Richard Blee, le directeur de l’Unité ben Laden de la CIA. L’Ouzbékistan était une zone de préoccupation majeure pour Blee et son supérieur, Cofer Black ; mais c’était aussi un endroit très intéressant pour Dick Cheney. En effet, Halliburton, l’entreprise qu’il dirigea entre 1995 et 2000, était active depuis 1997 — voire plus tôt — dans l’exploitation des réserves pétrolières de l’Asie centrale. En 1998, lors d’un discours devant des industriels du pétrole, Cheney lui-même déclara : « Je ne me souviens pas avoir vu émerger si soudainement une région en tant que zone de grande importance stratégique comme c’est le cas aujourd’hui pour [le bassin] Caspien. » [15]

Je m’apprête à démontrer que le but et le résultat de la protection des deux Saoudiens auraient pu être de remplir les objectifs de Dick Cheney, de Donald Rumsfeld et du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC pour Project for the New American Century). En effet, cette faction de néoconservateurs avait comme projet d’établir des « forces pré-positionnées » en Asie centrale. [16] Nous verrons que, durant un appel téléphonique passé le 11-Septembre par le directeur de la CIA George Tenet à Stephen Cambone (une figure centrale du PNAC au Pentagone), Tenet transmit apparemment à ce dernier certaines des informations privilégiées qui ne sont jamais parvenues au FBI.

L’un des objectifs de ce plan des néoconservateurs était de maintenir la domination des États-Unis et d’Israël sur cette région, et ce pour des motifs sécuritaires. Comme nous le verrons, leur projet consistait aussi à créer les conditions favorables à de futures actions préemptives unilatérales contre des États inamicaux tels que l’Irak. En particulier, ce plan du PNAC fut élaboré afin d’établir de nouvelles bases militaires permanentes au Moyen-Orient, anticipant l’annonce prévisible faite par Donald Rumsfeld en 2003, selon laquelle les États-Unis retireraient d’Arabie saoudite « pratiquement toutes leurs troupes, sauf du personnel employé pour l’entraînement [militaire] ». [17] Néanmoins, un autre objectif de ce plan était de renforcer l’influence US sur les États récemment indépendants de l’Asie centrale, avec leurs considérables réserves non prouvées de gaz et de pétrole.

Dans ce contexte, la conclusion alarmante de Fenton sur les actions de la CIA menant aux attaques du 11-Septembre acquiert une plus grande pertinence au regard de ce plan du PNAC. Il en va de même si l’on s’attarde sur les trois autres anomalies criantes dans la guerre de terreur de George W. Bush. La première d’entre elles est le paradoxe découlant du fait que cette prétendue lutte contre al-Qaïda fût conduite avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, soit les deux nations qui étaient le plus actives dans le soutien de cette organisation à travers le monde. Dans cet essai, nous verrons comment les services de renseignement des États-Unis et de l’Arabie saoudite ont coopéré de manière à protéger les agents saoudiens au sein d’al-Qaïda, au lieu de les neutraliser.

Deuxième anomalie : bien que la CIA aurait pu être mobilisée pour détruire al-Qaïda, Rumsfeld et Cheney avaient depuis le début l’intention de lancer une guerre à bien plus grande échelle. En septembre 2001, aucun renseignement sur le 11-Septembre ne liait l’Irak aux attentats. Pourtant, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, soutenu par son adjoint Paul Wolfowitz, observait déjà le 12 septembre « qu’il n’existait pas de cibles convenables à bombarder en Afghanistan, et [qu’il fallait] bombarder l’Irak, [ce pays] ayant d’après lui de meilleures cibles. » [18] L’argument de Rumsfeld était appuyé par un document du Département de la Défense préparé pour les réunions de Camp David des 15 et 16 septembre 2001, qui « proposait que ‘les cibles immédiatement prioritaires pour les premières actions’ devaient être al-Qaïda, les talibans et l’Irak. » [19]

Cette nation avait été visée par Rumsfeld et Wolfowitz depuis au moins 1998, lorsque les deux hommes cosignèrent une lettre du PNAC adressée au Président Clinton, qui appelait au « renversement du régime de Saddam Hussein ». [20] Mais l’Irak n’était pas la seule et unique cible dans le plan de Cheney, de Rumsfeld et de Wolfowitz — un plan qui, depuis au moins 1992, ne visait rien de moins que la domination globale des États-Unis, ou ce que l’ancien colonel US Andrew Bacevich appela « l’hégémonie américaine globale et permanente » —. [21] C’était une importante priorité des néoconservateurs. Même avant que George W. Bush n’ait été élu par la Cour Suprême en décembre 2000, Cheney manœuvrait pour assurer aux cosignataires de la lettre du PNAC de 1998 l’accès à des postes clés de la Maison-Blanche, du Département d’État et du Département de la Défense. Ces cosignataires incluaient Richard Armitage, John Bolton, Richard Perle, ainsi que d’autres membres du PNAC comme Stephen Cambone — sur lequel nous reviendrons —.

Depuis ses débuts, la guerre de terreur avait été conçue comme un moyen de mettre en œuvre cet objectif d’hégémonie globale. Le 24 septembre 2001, Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale, « aborda la question du soutien étatique au terrorisme : ‘Quelle est notre stratégie à l’égard des pays qui soutiennent le terrorisme comme l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie et le Soudan ?’ » [22] Dans ses mémoires, le général Wesley Clark révéla qu’à partir de novembre 2001, cette question était devenue un plan quinquennal du Département de la Défense :

« Alors que je suis retourné au Pentagone en novembre 2001, l’un des principaux officiers parmi les hauts responsables de l’armée m’accorda du temps pour discuter. Oui, nous étions toujours en route pour attaquer l’Irak, me dit-il. Mais ce n’était pas tout. Il me fit savoir que cette attaque était envisagée dans le cadre d’un plan quinquennal pour mener une campagne militaire. Au total, sept pays étaient ciblés, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan. » [23]

À cette époque, l’ancien officier de la CIA Reuel Marc Gerecht publia un article dans The Weekly Standard soutenant la nécessité d’un changement de régime en Iran et en Syrie. [24] (Dans cet hebdomadaire néoconservateur, Gerecht continue de mettre en garde l’opinion sur les menaces que représenteraient aujourd’hui ces deux nations.) Durant l’ère Clinton, Gerecht, à l’instar de Cheney et de Rumsfeld, faisait partie du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC), une faction belliciste appelant à une action militaire contre l’Irak en particulier, et plus généralement à un budget de la Défense étendu, qui aurait « considérablement augmenté les dépenses de défense » pour favoriser « la cause du leadership [global] des États-Unis ». Le rapport du PNAC publié en septembre 2000 — Reconstruire les défenses de l’Amérique (Rebuilding America’s Defenses) — traitait largement du pétrole du golfe Persique et de l’importance de maintenir et de renforcer « des forces pré-positionnées dans cette région ». [25]

Il est intéressant de noter qu’à la fin de l’année 2001, peu après le 11-Septembre et le déclenchement de la guerre de terreur, les États-Unis avaient déjà établi de nouvelles bases militaires en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan. Ainsi, ils étaient en bien meilleure position pour influencer les politiques des gouvernements nouvellement émancipés de l’Est du bassin Caspien — une région riche en hydrocarbures —. À travers cet essai, nous verrons que l’accord de 2001 permettant la mise en place de la première et de la plus importante de ces bases — celle de Karshi-Khanabad (ou K-2) en Ouzbékistan — s’est fondé sur un arrangement antérieur du Pentagone, complété par un accord de liaison de la CIA négocié en 1999 par Richard Blee du « groupe Alec Station » (Blee étant une figure centrale dans cet essai). Dans leur majorité, les États-uniens ne savent pas que le 11-Septembre, des Forces spéciales US étaient déjà déployées à la base K-2 dans le cadre d’une mission ouzbèke d’entraînement militaire. Ils ne savent pas non plus que le 22 septembre 2001, deux semaines avant un accord militaire formel entre les armées US et ouzbèke, « la CIA envoyait déjà ses équipes vers l’énorme base aérienne de Karshi-Khanabad (ou K-2) située au sud de l’Ouzbékistan, où des ingénieurs de l’US Army étaient en train de réparer la piste d’atterrissage. » [26]

La troisième anomalie de cette « guerre contre le terrorisme » est qu’elle conduisît à une nette augmentation du recours à la terreur, voire à la torture, par les États-Unis eux-mêmes, y compris contre leurs propres citoyens. Dans ce contexte, il doit être souligné que Dick Cheney et Donald Rumsfeld, à travers leur participation à l’ultrasecret « Projet Jugement dernier » du Département de la Défense, avaient également pris part à la planification de la Continuité du Gouvernement (COG pour Continuity of Government). Aux États-Unis, la COG était destinée à saper la Bill of Rights par la surveillance sans mandat et la détention arbitraire des dissidents politiques [27]. Ces planifications — dont l’origine est la peur des communistes illustrée par le Maccarthysme des années 1950 — ont constitué les fondements des plans complexes développés par le Pentagone et d’autres agences afin de contrer les protestations des mouvements anti-guerre contre leur objectif commun : instaurer la domination globale des États-Unis.

Comme je l’ai défendu ailleurs, les États-Unis dépensent annuellement des milliards de dollars dans le domaine de la sécurité intérieure. Ces dépenses sont dues en grande partie à la croyance — formulée par le colonel des marines Oliver North — que la guerre du Vietnam fût perdue dans les rues des États-Unis, et que cette capacité de dissuasion civile contre les opérations militaires US devait être limitée. [28] Cheney et Rumsfeld, en tant que membres de ce que l’on appelle le « Projet Jugement dernier » pour la planification de la Continuité du Gouvernement (COG), ont contribué à ces efforts. [29] En résumé, le 11-Septembre a permis la mise en œuvre de programmes envisagés depuis longtemps par une faction restreinte de responsables US, soit la concrétisation de nouvelles politiques radicales en Asie centrale – mais également au sein même des États-Unis –.

Il est à la fois difficile et douloureux d’envisager le crime d’homicide suggéré par les recherches méticuleuses de Kevin Fenton. Aujourd’hui, les États-Unis traversent une crise due aux activités des banques trop importantes pour faire faillite (« Banks Too Big to Fail »). Comme il a été souligné, ces banques étaient également trop imposantes pour que leurs responsables soient emprisonnés (« Banks Too Big to Jail »). En effet, punir leurs dirigeants comme des criminels ordinaires mettrait en danger la structure financière déjà menacée des États-Unis. [30] Cet essai expose, de manière détaillée, un phénomène analogue, soit ce qui pourrait être un crime trop important pour être puni (« Crime Too Big to Punish »).

Enfin, comme nous le verrons, le 11-Septembre partage des points communs avec l’assassinat de John F. Kennedy.

La dissimulation autour du 11-Septembre et le rôle de la CIA dans la survenance ces attaques

Dix ans plus tard, il est important de réévaluer ce que l’on sait ou pas à propos des événements qui conduisirent au 11-Septembre, en particulier concernant les actions de la CIA et du FBI, ainsi que le refus de divulguer des informations cruciales à la Commission sur le 11-Septembre.

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec confiance : 1) que les vérités les plus importantes sont toujours inconnues, en grande partie car les documents cruciaux sont soit maintenus au secret, soit considérablement censurés ;  2) les efforts de dissimulation continuent, d’ailleurs encore plus agressivement qu’auparavant ; 3) en plus de la dissimulation, nous devons analyser ce que John Farmer, ancien membre de la Commission sur le 11-Septembre, a appelé « une incompétence administrative sans précédent ou un mensonge organisé » de la part de personnages clés à Washington. [31] Ces derniers incluent le Président Bush, le Vice-président Cheney, le général du NORAD Richard Myers ainsi que le directeur de la CIA George Tenet. Nous pouvons également citer Samuel Berger, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale du Président Clinton, qui avant de témoigner sur ces questions se rendit aux Archives nationales pour retirer — et potentiellement détruire — de la documentation cruciale. [32] Dans son livre, Farmer a soutenu ces deux possibilités.

Bush récompense Georges Ternet avec la médaille d’honneur national le 14 décembre 2000.

La première d’entre elle, « l’incompétence bureaucratique sans précédent », est en fait l’explication donnée par la Commission sur le 11-Septembre afin d’expliquer les anomalies frappantes à propos de ces attentats et des vingt mois qui les précédèrent, lorsque des informations importantes furent dissimulées au FBI par l’Unité ben Laden de la CIA (que l’on appelle Alec Station). Cependant, grâce au remarquable nouveau livre de Kevin Fenton, Disconnecting the Dots, nous ne pouvons plus attribuer les agissements anormaux de la CIA à des « problèmes systémiques », ou à ce que Tony Summers appela hâtivement de la « confusion bureaucratique ». [33]

Se basant sur d’importants livres de James Bamford, de Lawrence Wright, de Peter Lance et de Philip Shenon, Fenton démontre irréfutablement qu’il existait à la CIA une pratique systématique de dissimulation des renseignements cruciaux vis-à-vis du FBI, y compris lorsque le Bureau avait normalement le droit d’y accéder. Avec encore plus de brio, il démontre que ce processus de rétention a été systématiquement maintenu durant les quatre investigations successives conduites après le 11-Septembre : l’enquête du Congrès présidée par les sénateurs Bob Graham et Richard Shelby (dont une partie est encore classifiée), puis celles de la Commission sur le 11-Septembre, de l’inspecteur général du Département de la Justice et de l’inspecteur général de la CIA.

Le plus déterminant dans les travaux de Fenton est qu’il démontre que ces nombreuses rétentions d’informations — qu’elles soient antérieures ou postérieures au 11-Septembre — furent l’œuvre d’un nombre relativement restreint d’individus. La dissimulation de renseignements vis-à-vis du FBI fut principalement opérée par ce que l’on appelle le « groupe Alec Station » — une faction faisant partie de l’Unité ben Laden de la CIA (qui est appelée « Alec Station »), mais ne lui étant pas identique —. Le « groupe Alec Station » était majoritairement composé de personnel de l’Agence, et incluait aussi quelques éléments du FBI. Les figures clés de ce groupe étaient l’officier de la CIA Tom Wilshire (que la Commission sur le 11-Septembre appelle « John »), et son supérieur direct à Alec Station, Richard Blee.

La dissimulation post-11-Septembre autour des agissements de Wilshire fut principalement l’œuvre d’une seule personne, Barbara Grewe. Cette dernière travailla d’abord dans l’enquête de l’inspecteur général du Département de la Justice sur le comportement de Wilshire. Elle fut ensuite mutée dans deux postes successifs au sein de l’équipe de la Commission sur le 11-Septembre où, sous l’autorité de son directeur exécutif Philip Zelikow, elle parvint à détourner l’attention que les enquêteurs portaient sur les performances de la CIA vers celles du FBI. [34] Que Grewe ait conduit ou pas les entretiens avec Wilshire et d’autres fonctionnaires dignes d’intérêt, elle « s’en inspira certainement pour rédiger ses sections des rapports de la Commission [sur le 11-Septembre] et de l’inspecteur général du Département de la Justice. » [35]

Les mutations successives de Barbara Grewe sont symptomatiques d’une dissimulation volontaire décidée à un niveau hiérarchique supérieur. Comme nous le verrons, il en va de même concernant le transfert en mai 2001 de Tom Wilshire d’Alec Station (l’Unité ben Laden de la CIA) vers le FBI, où il débuta une nouvelle phase d’interférences sur le flux normal de renseignements, organisant l’obstruction au sein même du Bureau. [36]

Ce processus commence à partir des renseignements obtenus grâce à la surveillance, par la NSA et la CIA, d’une importante réunion au sommet d’al-Qaïda en janvier 2000 — probablement l’unique rencontre de ce type avant le 11-Septembre —. Aux États-Unis, cette réunion attira instantanément l’attention des responsables de la sécurité nationale du fait de ses liens indirects à un élément d’appui logistique (un téléphone multi-lignes, basé au Yémen, qu’al-Qaïda utilisait). Cet élément de soutien était soupçonné d’avoir servi de centre de communication lors des attentats à la bombe contre les ambassades US en 1998. Comme Kevin Fenton le relève, « [l]’Agence réalisa que ce sommet était si important qu’elle briefa les directeurs du FBI et de la CIA [Louis Freeh et Dale Watson], le conseiller à la Sécurité nationale Samuel Berger et d’autres hauts responsables sur les renseignements collectés à cette occasion. » [37]

Pourtant, au sein d’Alec Station, Tom Wilshire et son adjointe à la CIA (surnommée « Michelle ») [38] bloquèrent les tentatives de Doug Miller, un agent du FBI détaché dans cette unité, de notifier le Bureau que l’un des participants à cette rencontre avait un visa US dans son passeport (il s’agissait de Khaled al-Mihdhar). [39] Pis, « Michelle » envoya alors un câble mensonger aux autres stations de la CIA. Ce câble affirmait fallacieusement que « les documents de voyage [d’al-Mihdhar], incluant un visa US à entrées multiples, avaient été copiés et transmis ‘au FBI pour de plus amples investigations’. » [40] Alec Station s’est également abstenue d’inclure les participants à cette rencontre dans une liste de surveillance, comme le demandaient les directives de la CIA. [41]

Ainsi débutait un processus systématique et parfois mensonger, à travers lequel les renseignements de la NSA et de la CIA concernant Khaled al-Mihdhar et son compagnon de voyage, Nawaf al-Hazmi, étaient systématiquement dissimulés au FBI. Ils furent également déformés, faussés ou manipulés de façon à prévenir toute enquête du Bureau sur les deux Saoudiens et leurs associés. Ce processus est un aspect majeur de l’histoire du 11-Septembre. En effet, le comportement de ces deux apprentis pirates de l’air était si peu professionnel que, sans cette protection de la CIA assurée par le « groupe Alec Station », ils auraient presque certainement été détectés et arrêtés ou expulsés, et ce bien avant qu’ils ne se préparent à embarquer sur le Vol 77 à Washington. [42]

Kevin Fenton conclut son enquête avec une liste de 35 différentes occasions où les deux pirates de l’air présumés furent protégés de cette manière — de janvier 2000 jusqu’au 5 septembre 2001 environ, soit moins d’une semaine avant les détournements —. [43] Dans son analyse, ces incidents peuvent être classés en deux principales catégories. Les motifs qu’il attribue à la première catégorie, tels que la rétention du câble de Doug Miller, étaient « de couvrir une opération de la CIA qui était déjà en cours ». [44] Cependant, après que « tous les voyants du système [de sécurité nationale] étaient au rouge » durant l’été 2001, et que la CIA s’attendait à une attaque imminente, Fenton conclut que « l’objectif de la rétention d’informations était dorénavant de permettre le déroulement des attaques », ne pouvant trouver d’autres explications. [45]

Après son transfert au FBI, Tom Wilshire changea ostensiblement sa manière d’interférer. Lorsqu’il était à la CIA, il avait manœuvré pour empêcher la transmission de renseignements au Bureau. Au contraire, une fois entré au FBI, il entreprit des révisions de ces mêmes renseignements, mais en les menant assez lentement pour qu’elles n’aient pas d’effet avant le 11-Septembre. Fenton suspecte que Wilshire anticipa un contrôle de ses dossiers, et qu’il semait des fausses pistes dans cette documentation afin de neutraliser ses embarrassantes performances. [46]

Je pense que nous devons à présent accepter la conclusion tirée des recherches de Kevin Fenton : « Il est clair que ces informations ne furent pas retenues suite à une succession d’incidents étranges, mais qu’elles l’ont été intentionnellement. » [47] Toutefois, je suggère une explication différente de ce qu’étaient ces intentions — une explication qui, à première vue, peut sembler plus simple, plus innocente, et également plus explicative d’autres aspects du mystère que constitue le 11-Septembre (bien que ces aspects semblent apparemment sans liens) —.

Peter Dale Scott

Deuxième partie :

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Des services secrets parallèles De Prof Peter Dale Scott, septembre 27, 2012

Troisième partie :

Article original en anglais (publié en une seule partie) :

Launching the U.S. Terror War: the CIA, 9/11, Afghanistan, and Central Asia, le 16 mars 2012.

Cet article a également été publié dans The Asia-Pacific Journal, Vol 10, Issue 12, No 3

Traduction en français par Maxime Chaix

Version française publiée par le Réseau Voltaire

Une version synthétique de cet essai a été présentée le 11 septembre 2011 aux Auditions internationales sur le 11-Septembre (International Hearings on the Events of September 11, 2001), qui se sont déroulées du 8 au 11 septembre 2011 à Toronto.

Vous pouvez comander dès à présent le nouveau livre de Peter Dale Scott, « La Machine de guerre américaine », sur la librairie en ligne du Réseau Voltaire.
Peter Dale Scott : Ancien diplomate canadien et professeur émérite à l’université de Berkeley, en Californie. Auteur du livre La Machine de guerre américaine (éditions Demi-lune, 2012).  

[1] Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.21 ; discussion dans Peter Dale Scott, American War Machine (Rowman & Littlefield, Lanham, MD, 2010), p.193, p.196. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[2] La guerre de terreur s’est développée depuis les attaques aériennes contre les civils durant la Seconde Guerre mondiale, commençant par Guernica et s’achevant avec les bombardements massifs de villes allemandes et japonaises. Toutefois, cette guerre aérienne ne constituait qu’un élément d’une plus vaste guerre conventionnelle entre des forces armées.

[3] Cependant, pas un seul acte de terreur perpétré depuis le début de cette décennie, que ce soit par les troupes de Mouammar el-Kadhafi en Libye ou de Bachar el-Assad en Syrie, n’a surpassé ou même ne s’est rapproché de la dévastation de la ville irakienne de Falloujah par les troupes US en 2004.

[4] « Statement by the President in His Address to the Nation », 11 septembre 2001. Le 20 septembre 2001, Bush déclara au cours d’une allocution devant une session mixte du Congrès que « [n]otre ‘guerre contre la terreur’ commence avec al-Qaïda, mais ne se limite pas [à cette organisation]. Elle ne s’arrêtera pas tant que chaque groupe terroriste ayant une capacité d’action globale n’ait été retrouvé, stoppé et détruit. »

[5] Sur ce point, se référer au Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, intitulé dans sa version originale The 9/11 Commission Report (W.W. Norton, New York, 2004), p.66 : « Jusqu’à présent, nous n’avons vu aucune preuve indiquant que […] l’Irak coopéra avec al-Qaïda dans la planification ou l’exécution d’une quelconque attaque contre les États-Unis. » (Ce rapport est disponible en français sous le titre : 11-Septembre, Rapport final de la Commission d’enquête sur les attaques terroristes contre les États-Unis [Équateurs, Paris, 2004]. Il est analysé sous un angle critique par l’universitaire et auteur états-unien David Ray Griffin dans Omissions et manipulations de la Commission d’enquête [Éditions Demi-Lune, Paris, 2006]).

[6] Sunday Times (Londres), 1er mai 2005 ; Mark Danner, The Secret Way to War : the Downing Street Memo and the Iraq War’s buried history (New York Review Books, New York, 2006).

[7] 9/11 Commission Report, pp.266-72.

[8] Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Who Is Rich Blee ? », 911Truth.org, 21 septembre 2011, (documentaire transcrit et traduit en français par l’association ReOpen911) ; Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Insiders voice doubts about CIA’s 9/11 story », Salon, 14 octobre 2011 (article traduit en français par ReOpen911 et publié sous le titre « La réaction des initiés et leurs doutes à propos de la version de la CIA concernant le 11-Septembre »). Rory O’Connor et Ray Nowosielski ont ajouté à leurs recherches la corroboration de Richard Clarke, l’ancien directeur du contreterrorisme à la Maison-Blanche sous les présidences de Bill Clinton et de George W. Bush. Clarke leur a déclaré qu’il présumait que ‘l’ordre de ne pas communiquer l’information émanait des hautes sphères’ de la CIA. Lorsqu’ils lui demandèrent de qui pouvait provenir un tel ordre, il répondit : ‘Je pense qu’elle émane du directeur’, faisant référence à [George] Tenet – en ajoutant que ce dernier et certains de ses collègues n’admettraient jamais la vérité ‘même si on leur faisait subir le supplice de la noyade’.

[9] Kevin Fenton, Disconnecting the Dots (TrineDay, Walterville, OR, 2011).

[10] 9/11 Commission Report, p.259, p.271 ; Lawrence Wright, The Looming Tower : Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York, 2006), p.352-54 ; Peter Dale Scott, American War Machine, p.203. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[11] Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 17 juillet 2006, p.68 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.339-44 ; discussion dans Peter Dale Scott, The War Conspiracy : JFK, 9/11, and the Deep Politics of War (Mary Ferrell Foundation Press, Ipswich, MA, 2008), p.355, pp.388-89.

[12] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.383-86.

[13] Ibidem, p.48. Cf. Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 12 juillet 2006, p.68 ; cité avec approbation dans Peter Dale Scott, American War Machine, p.399. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[14] Fenton, ibidem, p.371, cf. p.95.

[15] Lutz Kleverman, « The new Great Game », Guardian (Londres), 19 octobre 2003.

[16] Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces and Resources For a New Century : A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27 (traduit en français et reproduit à l’identique par ReOpen911, p. 17, p.27).

[17] « US Pulls out of Saudi Arabia », BBC News, 29 avril 2003.

[18] Richard A. Clarke, Against All Enemies : inside America’s war on terror (Free Press, New York, 2004), p.31.

[19] Bradley Graham, By His Own Rules : The Ambitions, Successes, and Ultimate Failures of Donald Rumsfeld (Public Affairs, New York, 2009), p.290.

[20] PNAC, Letter to President Clinton on Iraq, 26 janvier 1998.

[21] Gary Dorrien, Imperial Designs : Neoconservatism and the New Pax Americana (Routledge, New York, 2004). Bacevich faisait référence à un mémo de 1992 rédigé par Paul Wolfowitz et destiné à Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense. Ce mémo appelait les États-Unis à conserver leur pouvoir d’action unilatérale. Voir Lewis D. Solomon, Paul D. Wolfowitz : visionary intellectual, policymaker, and strategist (Praeger, New York, 2007), p.52 ; Andrew Bacevich, American Empire : The Realities and Consequences of U.S. Diplomacy (Harvard UP, Cambridge MA, 2002), p.44.

[22] Bob Woodward, Bush at War (Simon & Schuster, New York, 2002), p.131. Bien avant, durant l’après-midi du 11-Septembre, l’officiel du Pentagone Stephen Cambone prit des notes durant sa conversation avec Rumsfeld : « Besoin de cibles immédiates – Allez-y massivement. Balayez tout ça, associé ou pas [aux attaques du 11-Septembre] ».

[23] Wesley Clark, Winning Modern Wars (PublicAffairs, New York, 2003), p.130.

[24] Nicholas Lemann, « The Next World Order », New Yorker, 1er avril 2002.

[25] Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces and Resources For a New Century : A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27 (traduit en français et reproduit à l’identique par ReOpen911, p. 17, p.27).

[26] Ahmed Rashid, Descent into chaos : the United States and the failure of nation building in Pakistan, Afghanistan, and Central Asia (Viking, New York, 2008), p.69, p.70 ; citant Ahmed Rashid, « US Builds Alliances in  Central Asia », Far Eastern Economic Review, 1er mai 2000 : « La CIA et le Pentagone avaient collaboré étroitement avec l’armée et les services secrets ouzbèkes depuis 1997, fournissant de l’équipement, de l’entraînement et de la supervision dans l’espoir d’utiliser les Forces spéciales ouzbèkes afin de chasser Oussama ben Laden d’Afghanistan — un fait découvert lors d’un voyage à Washington en 2000. »

[27] Peter Dale Scott, « Le ‘Projet Jugement dernier’ et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre », Réseau Voltaire, 4 janvier 2012.

[28] Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial : 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.36.

[29] Certaines estimations des dépenses annuelles dans le domaine de la Sécurité intérieure atteignent le trillion de dollars. Voir Stephan Salisbury, « Weaponizing the Body Politi », TomDispatch.com, 4 mars 2012.

[30] Cf. Simon Johnson, « Too Big to Jail », Slate, 24 février 2012 : « La principale motivation derrière l’indulgence de l’administration envers certains crimes graves est évidemment la peur des conséquences induites par une action ferme contre des banquiers. Et nos responsables ont peut-être raison de le craindre, au vu des énormes dimensions des banques pour tout ce qui est lié à l’économie. En effet, celles-ci sont plus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant la crise. De plus, comme James Kwak et moi-même l’avons amplement démontré dans notre livre, intitulé 13 Bankers, elles sont bien plus grosses qu’elles ne l’étaient il y a 20 ans. »

[31] John Farmer, The Ground Truth : the untold story of America under attack on 9/11 (Riverhead Books, New York, 2009), p.288 ; cité dans Anthony Summers et Robbyn Swan, The Eleventh Day : the full story of 9/11 and Osama bin Laden (Ballantine, New York, 2011), p.147.

[32] Summers, Eleventh Day, pp.383-84 ; cf. Farmer, Ground Truth, p.41. Bien qu’étant un Démocrate, Samuel Berger fut ensuite protégé par l’administration Bush républicaine, qui lui évita d’avoir à témoigner devant le Congrès à propos de ses actes (une condition de sa négociation de peine).

[33] Summers, ibidem, p.334.

[34] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.72-79. Barbara Grewe quitta ensuite le gouvernement pour travailler à Mitre Corp., une entreprise privée s’occupant des contrats entre la CIA et une autre firme appelée Ptech. Il y a quelques années, dans un témoignage d’Indira Singh au sujet du 11-Septembre, cette dernière souleva de sérieuses questions sur le travail de Ptech et de Mitre Corp. sur les systèmes d’interopérabilité entre la FAA et le NORAD ; voir Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, p.245.

[35] Fenton, ibidem, p.78. Kirsten Wilhelm, une employée des Archives nationales, déclara à Kevin Fenton qu’« [i]l semble que Barbara Grewe ait mené les entretiens avec ‘John’ [Wilshire] et Jane [Corsi] », une autre figure clé dans cette affaire. Wilhelm ne put trouver d’« enregistrement officiel » de l’entretien avec Wilshire, appelé avec justesse par Fenton « l’audition probablement la plus importante que la Commission [sur le 11-Septembre] ait conduit » (p. 79). Summers, citant également une correspondance avec Kirsten Wilhelm, désapprouve le fait qu’il n’y ait aucune trace de cette entretien avec Wilshire, disant qu’un rapport de cet échange existe, mais qu’il « est intégralement censuré » (Summers, Eleventh Day, p.381, cf. p.552). C’est un point important sur lequel les futures enquêtes devront se concentrer.

[36] Fenton, ibidem, p.225.

[37] Ibidem, p.38 ; citant 9/11 Commission Report, pp.181-82.

[38] « Michelle » a depuis été identifiée sur Internet, mais par une seule source jusqu’à présent.

[39] Fenton, ibidem, pp.42-45 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.239-42 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.311-12.

[40] Fenton, ibidem, p.50 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.242-43 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.311.

[41] Fenton, ibidem, p.45.

[42] Je ne sais pas s’ils ont réellement embarqué dans cet avion. Cependant, je suis convaincu qu’al-Mihdhar et al-Hazmi ont agi comme s’ils voulaient détourner un appareil, ce que démontrent leurs contacts avec al-Qaïda en Malaisie et ailleurs, ou leurs tentatives d’apprendre à piloter (etc.).

[43] Fenton, ibidem, pp.383-86.

[44] Ibidem, p.48. Cf. Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 12 juillet 2006, p.68 ; cité avec approbation dans Peter Dale Scott, American War Machine, p.399. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[45] Fenton, ibidem, p.371, cf. p.95.

[46] Ibidem, 239-42, 310-22. Fenton relève que Corsi travailla au quartier général du FBI, qui coordonnait « les liaisons avec les services étrangers » (p.313).

[47] Ibidem, p.310.

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Le géant de la biotechnologie Monsanto a lancé un effort désespéré de sauve-qui-peut à la suite de la publication d’une étude française qui a trouvée que des rats nourris avec un maïs transgénique avaient beaucoup plus de chances de souffrir de cancers, d’arrêts des fonctions organiques et de mort prématurée.

Au-delà des détails de l’étude, une question bien plus large demeure. Si Monsanto et les autres géants de la biotechnologie et des OGM sont si confiants dans la sécurité de leurs produits et n’ont aucun doute sur le fait qu’ils soient mêlés aux produits alimentaires, pourquoi donc ont-ils dépensé de manière combinée plus de 19 millions de dollars dans une tentative d’éviter que les Américains n’apprennent que leur nourriture est modifiée génétiquement ?

Monsanto a financé une énorme campagne mise en branle par ses lobbyistes dans un effort de torpiller la proposition 37 de Californie, une loi qui exigerait simplement que la nourriture génétiquement modifiée et ses ingrédients soient étiquettés en conséquence pour la vente en magasins.

Si la nourriture génétiquement modifiée est si saine et sans danger que cela et que des études ont prouvé qu’il n’ y avait pas de problèmes, pourquoi donc Monsanto est si désespéré de cacher sa présence au sein de la nourriture ?

L’étude récente conduite par les scientifiques de l’université de Caen et publiée dans le périodique scientifique Food and Chemical Toxicology, a trouvé que 50% des rats mâles et 70% des rats femelles nourris suivant un régime contenant la maïs NK603, un maïs génétiquement modifié produit par Monsanto, ou ceux exposés à l’herbicide de Monsanto RoundUp, ont souffert de tumeurs et de dégâts majeurs au niveau des fonctions organiques, provoquant leur mort prématurée.

Monsanto est parti de suite en mode pirouette, publiant un communiqué de presse ce week-end clâmant que les toxicologues et les experts de santé publique avaient trouvé “des problèmes fondamentaux avec la façon dont la recherche a été faite”, sans expliquer spécifiquement en quoi résidaient ces problèmes.

Etant donné que des scientifiques financés par Monsanto sont régulièrement amenés devant le public pour attaquer l’abondance de preuves confirmant le lien entre les OGM et le cancer, la réaction de Monsanto à l’étude française ne surprend en rien.

Comme l’explique Sayer Ji, les deux études précédant la française, dont les résultats clamaient qu’il n’y avait aucun lien entre l’herbicide RoundUp ready et le cancer, avaient toutes deux été financées par Monsanto.

Une recherche publiée dans le journal Regulatory Toxicology and Pharmacology et qui avait exonéré Monsanto contenait cet aveu incroyable de conflit d’intérêts:

“Les auteurs ont donné les sources de leur financement pour cette recherche. JSM (l’auteur de la recherche) a servi comme consultant salarié de la compagnie Monsanto. Cette recherche a été soutenue par la compagnie Monsanto, St.Louis, Missouri”.

Est-ce vraiment une coïncidence si la première étude de ces dernières années non financée par Monsanto, trouve des résultats complètement différents ?

“Il n’y a pas de mécanisme plausible pour obtenir les résultats rapportés sur le maïs transgénique et les résultats sont inconsistants avec un corps extensif d’expérience et de recherche scientifique”, a dit Monsanto en réponse à l’étude française.

Quoi qu’il en soit, les résultats ne sont inconsistants qu’avec des recherches précédentes financées par Monsanto, parce que l’étude française a recherché au delà de la période de 90 jours qui a permis à Monsanto de clâmer que ses produits étaient sains.

Comme le stipule the Grocer, l’enquête française “fut la première étude qui a étudiée les effets à long terme du RoundUp et du NK603, qui furent approuvés pour la consommation humaine après des études ne dépassant pas 90 jours de nourriture. Les scientifiques ont trouvé que des rats développaient des tumeurs mammaires et des dégâts graves au niveau du foie et des reins aussi tôt que 4 mois après ingestion régulière pour les mâles et 7 mois pour les femelles, comparés respectivement à 23 et 14 mois pour le groupe de contrôle.”

Comme les tumeurs et autres maladies ne furent découverts qu’après une période de 4 mois, ceci jette un doute sérieux sur les études précédentes (financées par Monsanto) auxquelles le géant de la biotechnologie se réfère pour prouver que les OGM sont sains, parce qu’ils ont failli à dépasser la période de test au delà des 90 jours, alors que l’étude française a étudié les effets des produits OGM sur la vie complète des rats.

Ceci illustre le fait si besoin était, que loin d’être inadéquate ou mal faite, l’étude française fut plus extensive et plus complète que toute étude précédente, et ce avec le bonus supplémentaire qu’elle ne fut pas financée par Monsanto, et qu’elle fut complètement impartiale.

Comme rapporté la semaine dernière, les afficonados de Monsanto ont pris le train en marche dans un effort de discréditer les résultats de la recherche fançaise, mentant par omission dans une tentative de jeter le doute sur les résultats de l’étude.

David Spiegelhalter de l’université de Cambridge a essayé de questionner la précision de l’étude en mettant en valeur que “le bras de contrôle de l’étude comprenait seulement 10 rats de chaque sexe, dont la plupart avaient aussi des tumeurs.”

Mais Spiegelhalter n’a pas reconnu qu’il a fallu à ces rats témoins 19 mois de plus pour développer des tumeurs comparé à ceux nourris avec les produits OGM de Monsanto.

Après avoir pris des gifles dans un bon nombre de pays européens et étant menacé de se voir expulsé du marché européen dans son ensemble, Monsanto est maintenant entré en mode panique. Le projet de loi californien labellisé “Droit de Savoir”, aussi connu sous le vocable de proposition 37, pourrait bien signifier le commencement de la fin non seulement pour le modèle d’ affaires de Monsanto mais aussi pour l’agenda complet derrière les OGM dans le monde entier.

 

Article original en anglais :

http://www.infowars.com/monsanto-launches-damage-control-over-gmocancer-study/

Traduction : Résistance 71

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Le Crépuscule du Monde arabe: Pour un aggiornamento endogène

septembre 26th, 2012 by Chems Eddine Chitour

« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

Guillaume d’Orange

Le Monde a profondément changé; le Monde Arabe – ou ce qu’il en reste en termes de référent identitaire, mis à mal par le mimétisme ravageur d’un Occident qui série et dicte la norme – a été bouleversé de fond en comble pour un dessein qui n´est malheureusement pas au bénéfice des peuples arabes. Les dirigeants aux commandes -malgré leur allégeance, sont dans le collimateur de l’Empire et tombent un à un, entraînant dans leur chute leur peuple. Avec l’avènement de la modernité, la pensée politique arabe se trouve tiraillée entre deux angoisses: d’une part, la peur que les sociétés musulmanes soient exclues du processus de modernisation, et d’autre part, la crainte qu’elles soient obligées de renoncer à leur religion et donc à leur identité. Nous sommes à l’évidence, loin dans ce XXIe siècle devant une débâcle multidimensionnelle des Arabes. Partout dans le monde, les musulmans arabes s’effritent à qui mieux mieux pour le pouvoir, encouragés en cela par un Occident sûr de lui et dominateur et qui ravitaille les belligérants en armes tout en prônant la paix des cimetières…

De plus, le mimétisme ravageur fait que les musulmans font de l’addiction aux technologies de l’information et de la communication une seconde nature d’un prosac qu’ils n’ont pas inventé et dont ils ne connaissent que les aspects ludiques au point par exemple que l’effritement de la symbolique du pardon, par paresse le jour de l’Aïd est sous-traitée au sms. Cette modernité débridée a été véritablement une débâcle; le sms permet de sacrifier au rituel de «Aïd Moubarak» sans se déplacer, sans voir, sans compatir, sans s’impliquer. Nous venons de le voir aussi avec le film anti-Islam diffusé sur la Toile depuis un an, ignoré par les Arabes jusqu’à ce qu’une âme «charitable» le sous-titre en arabe le mois dernier. Il n’en fallait pas plus pour que les Musulmans s’enflamment. Ce feu de paille qui n’impressionne personne s’éteindra naturellement et sédimentera encore plus une haine.
Le cas Charlie Hebdo

On ne le dira jamais assez ;  les prêcheurs de haine s’épanouissent et profitent des libertés que leur donnent des principes tels que la liberté d’expression pour assouvir leur paranoïa islamophobe et faire des affaires. En somme joindre l’utile à l’agréable. C’est le cas de Charlie Hebdo dont l’ancêtre Hara-kiri était autrement plus structuré.

«Pour ses lecteurs, écrivent Y. Labé et D. Saigre, Charlie Hebdo offre l’image d’un journal où travail rime avec humour et copains. Mais le vilain petit canard est devenu un cygne aux plumes d’argent. En 2006, les Editions Rotative, éditrices de Charlie Hebdo, ont enregistré un résultat bénéficiaire de 968 501 euros. Près de 85% de cette somme (soit 825 000 euros) ont été redistribués en dividendes aux quatre associés du groupe (…) Outre la bonne tenue des ventes et des abonnements (85.000 exemplaires vendus chaque semaine, en moyenne, selon la direction), ce gain s’explique, notamment, par la diffusion extraordinaire du numéro spécial consacré aux caricatures de Mahomet, le 8 février 2006 (500.000 exemplaires…)».(1)

Il semble que même avec 25% des ventes sous forme d’abonnement, les 40 000 exemplaires distribués en moyenne ne suffisent pas à rendre le journal viable. Les bilans comptables déficitaires de l’entreprise, depuis des années, se suivent et se ressemblent. La seule fois où le journal a enregistré un bilan comptable positif, c’était en 2006. Une année au cours de laquelle les douze caricatures du Prophète Muhammad (Qsssl) avaient été publiées par Charlie Hebdo. Voilà pour la dimension pécuniaire de la liberté d’expression. Voyons l’autre dimension, la libertaire et l’iconoclaste.

Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), nous donne son avis dans une tribune du NouvelObs. Il trouve le moment de la publication particulièrement mal choisi. ´´Charlie Hebdo aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme´´. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de Charlie Hebdo. Ce journal sait que quand on tape sur l’Islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Pour Pascal Boniface ´´l’objectif réel est de relancer les ventes en baisse du journal, en faisant des coups réguliers contre les musulmans´´. Il note qu’il est facile de se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les forts Or, ´´il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque´´, souligne Pascal Boniface.

Dans le même ordre du courage et de l’indignation sélective un point de vue particulièrement pertinent nous est donné par Olfa Riahi. Elle écrit:

« (…) En parlant de Dieudonné, je ne me rappelle pas avoir été mise au courant d’une quelconque polémique suscitée par votre honorable et si courageux journal lorsque l’artiste a été condamné pour «provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse», vous qui chérissez tant la liberté d’expression. Je me rappelle par contre que sa présence au procès intenté contre vous en 2007 n’avait pas plu à vos journalistes. Pourtant, il y était pour la cause que vous défendez. Je vous défie Charb, je vous défie de publier à votre «Une» quelconque caricature remettant en question l’holocauste. Appelons-la plutôt «Shoah» par respect aux traditions écrites et orales ». (2)

« Je vous défie Charb et vous demande d’être encore plus courageux et plus illuminé que vous ne l’êtes déjà. Je vous pousse à défier ces lois françaises qui n’ont jamais été contre la liberté d’expression. Je vous implore d’enfreindre le décret n°2003-1164 du 8 décembre 2003, la loi n°2004.204 du 9 mars 2004. Je vous pousse à aller plus loin encore et à publier la caricature sur le Net défiant la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004. Montrez-nous et montrez-leur comment se conduisent les nobles chevaliers de l’émancipation et de la lumière. Vous pouvez aussi proposer à Günter Grass d’être votre rédacteur en chef rien que pour un seul numéro. Un prix Nobel comme lui, cela vous fera certainement de la publicité. (…) Ah Charb! Si seulement vous pouviez savoir ce que cela coûte à l’humanité de compter des êtres vils et infâmes comme vous. Si vous saviez tout le mépris que de nobles âmes vous vouent, et ce ne sont même pas des musulmans rigoristes.» (2)

L’Islam est-il responsable de la débâcle du monde arabe?

Venons-en à la responsabilité des pouvoirs arabes. ´´Du point de vue du Pnud, le Monde musulman est mal classé selon les indicateurs internationaux tels que l’Indice de développement humain qui conjugue plusieurs paramètres tels que le système éducatif et sa performance, la santé et l’accès aux soins, la richesse, les libertés… Du point de vue justement de l’éducation, le Pnud classe les pays musulmans arabes, pratiquement au dernier rang. Il n’y a, par exemple, aucune université arabe dans les 5000 premières universités au monde. Le Monde arabe dans son ensemble publie moins d’ouvrages qu’un petit pays comme la Grèce. En 2005, il y avait plus d’internautes en Israël que dans tout le Monde arabe!! Dans un entretien accordé à Oumma.com, le physicien Nidhal Guessoum parlant des rapports entre science et Islam, de l’évolution darwinienne, «l’ijaz» (miracle scientifique du Coran) véhiculé par des auteurs comme Harun Yahya ou Cheikh Zendani dont Nidhal Guessoum qualifie leur ´´méthode´´ de ´´bricolage scientifique´´. On comprend alors pourquoi nous n’avançons pas dans le sens du progrès des sciences. (3)

En quarante ans, la régression est patente, à la mesure du désarroi des sociétés et des individus privés de repères et de règles de jeu, soumis à un autoritarisme permanent, asservis dans un climat de répression, on a calculé qu’en moyenne un potentat arabe restait au pouvoir une vingtaine d’années. Pourquoi l’alternance se fait-elle toujours par l’émeute ou par la sélection darwinienne? Le désespoir gagne des couches de plus en plus importantes. «Résultat des courses», les pays prennent un retard qui n’est pas linéaire mais exponentiel. (4)

D’un autre  côté on sait que l’essentiel de l’Islam est asiatique. Les pays asiatiques semblent se développer dans l’ensemble selon les règles de la démocratie et connaissent des taux de croissance à deux chiffres (Malaisie. Indonésie). De plus, l’alternance est consacrée (Turquie, Malaisie, Inde, Pakistan). Il est donc faux d’attribuer les problèmes des sociétés arabes à l’Islam, qui est de ce fait innocent des avanies que subissent les Musulmans arabes en son nom.

C’est aussi l’avis du Dr Al Ajamî qui écrit:

«Ces dictatures pétrolières qui financent la guerre entre musulmans; ne sont-ce point elles les vraies caricatures du Prophète? Ces bédouins engraissés se prostituant pour un ballon rond; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Ces pouvoirs qui organisent des manifestations spontanées pour mieux trahir leur peuple; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Ceux-là mêmes qui prétendent défendre l’honneur du Prophète, et donc de l’Islam, bafouent en réalité les principes enseignés par le Prophète. Ces lyncheurs autoproclamés, pseudo-justiciers de Dieu, bafouent la justice de la juste Parole de Dieu; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Et la liste est longue! Ainsi, les croyants se tiennent intelligemment à l’écart de la provocation: «Et, lorsqu’ils entendent des propos inconsidérés, ils s’en détournent et disent: A nous nos actes, à vous les vôtres. Paix soit sur vous, nous ne recherchons pas les ignorants!» S28.V55. Nous sommes loin d’être dignes de notre religion et nous complaire dans la facilité, répondre à l’offense par l’offense, à la bêtise par la bêtise, nous condamne certainement, car: «…Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’il n’a pas changé ce qui est en lui…» S13.V11.»(5)

Derrière cette anomie la figure tutélaire du marché

Dans toute cette anomie apparente, d’une façon discrète, sûre et résolue, la dictature du Marché, la prise en main de la planète se met inexorablement en place. Ces escarmouches religieuses – programmées – sont là pour amuser la galerie et la distraire des vrais problèmes. Les sociétés se globalisent, se standardisent par une forme de religiosité économique (Friedman et le Consensus de Washington) tout en incitant à la montée des extrémismes. Nous sommes au centre de la Stratégie du Choc de Naomi Klein et de « la fabrique du consentement « de Noam Chomsky, par le contrôle des médias par la finance, l’industrie, la bipolarisation politique, le développement de conflits périphériques pour la maîtrise des matières premières stratégiques et de l’énergie. L’oligarchie contrôle les citoyens par l’émotion, la peur, l’instillation d’angoisses, la peur de l’autre démontré ´´différent´´ et potentiellement dangereux annihilant le raisonnement, l’esprit critique, l’analyse circonstanciée des faits, tout en fournissant des ´´solutions clés en main´´. Tous autant que nous sommes nous laissons, par ignorance, irresponsabilité, facilité, s’installer une idéologie totalitaire de contrôle global des sociétés.

Que peuvent faire les musulmans?

Le monde musulman fragile et blessé a du mal à réagir à la «modernité» qui vient de l’Occident. Le rôle de l’Occident est «d’aider» dit-on partout les forces progressistes laïques. Cela c’est pour le discours. Dans la réalité, l’Occident ne veut pas d’une émancipation réelle des Arabes, au contraire il met en place des régimes réactionnaires intégristes et adoube les potentats du Golfe qui sont «les modèles de démocratie». ´´Il est important que nous ne perdions pas de vue un fait fondamental: Pour Hillary Clinton l’Amérique doit montrer la voie au monde. L’explosion islamiste dans les pays du ´´printemps arabe´´ n’est pas une conséquence de celui-ci, mais un dévoiement, une réaction, largement soutenu par les puissances occidentales qui sont prêtes à tout pour empêcher l’émergence de la démocratie dans la région.

Il nous plait de rapporter la position réaliste et porteuse d’espoir de l’imam soufi Feisal Abdul Rauf de New York, qui s’insurge contre les manifestations violentes qui continuent dans de nombreux pays contre un film islamophobe. Son idée? S’appuyer sur le Mouvement mondial des modérés pour donner une autre image des musulmans. Feisal Abdul Rauf lance un appel au calme sur le site de The Daily Beast. Il écrit que ´´la majorité qui est en train de former le Mouvement mondial des modérés [une initiative du Premier ministre malaisien en 2010] de repousser les extrémistes de toutes confessions (…) En mordant à l’hameçon lancé par les islamophobes, nous les musulmans nous faisons fausse route, nous renforçons les stéréotypes de ceux qui nous haïssent et nous péchons contre Dieu (…). La première chose à faire est d’identifier qui est l’ennemi. Ce n’est pas l’Islam. Ce n’est pas le christianisme. Ce n’est pas le judaïsme. L’ennemi c’est quelqu’un qui veut, quelle que soit sa confession, détruire et tuer au nom de la religion.» (6)

Puisque la liberté d’expression est sacro-sainte, il serait intéressant de connaitre le comportement de ces nations libertaires à qui on coupe l’énergie, la finance, le tourisme les importations. Aux dernières nouvelles, une certaine Pamella Geller serait la responsable du film antimusulman qui aura fait une cinquantaine de morts. Non! Les musulmans ne doivent pas céder à la provocation. Il faut pour cela faire émerger des dirigeants élus démocratiquement, fascinés par l’avenir et qui mettent les peuples arabes au travail. Dans vingt ans ou cinquante ans de travail, de sueur, de privation, de marche forcée, ils montreront par l’exemple, que leur religion est une religion apaisée qui fait de l’homme l’alpha et l’oméga de tout développement. Commençons sans tarder!!

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

 

1. Y. Labé et D. Saigre: De la bande de copains à l’entreprise prospère. Le Monde 29.07.2008

2. Olfa Riahi http://forumdesdemocrates.over-blog.com/article-olfa-riahi-meprise-charlie-hebdo-et-le-met-au-defi-de-publier-des-caricatures-sur-la-shoah-110369559.html

3. Nidhal Guessoum http://oumma.com/Islam-et-science-moderne-les   le 7. mai 2010

4. Chems Eddine Chitour: L’Islam est-il responsable de la débâcle du Monde arabe? Oumma.com 9 12 2009

5. Dr Al Ajamî: Qui sont les caricatures du Prophète? Oumma.com le 22. septembre 2012
6. Emilie Sueur: Film stupide et effet papillon Vu des Etats-Unis ça suffit, dit le soufi! L’Orient-Le Jour 21.09.2012

 

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« Une guerre contre l’Iran déclenchera la Troisième Guerre mondiale »

septembre 26th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

« Notre puissance défensive a été fondée sur notre stratégie défensive et celle-ci est régie par la présomption que nous nous engagerons dans une affrontement militaire d’envergure contre une coalition menée par les États-Unis. » Brigadier-général Hossein Salami, commandant adjoint du corps des Gardiens de la révolution islamique, septembre 2012.)

*   *   *

Les États-Unis et Israël ont tous deux menacé de lancer une première attaque préemptive contre l’Iran, dont les conséquences seraient désastreuses.

En réaction à ces menaces incessantes, le commandant de la Force aérienne du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le général Amir Ali Hajizadeh a prévenu qu’une attaque militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran pourrait déclencher une Troisième Guerre mondiale. Il a également laissé entendre qu’Israël ne peut pas lancer une guerre sans le feu vert des États-Unis.

Selon le général Hajizadeh, le déclenchement d’une telle guerre risquerait d’occasionner une escalade militaire effrénée. Si l’Iran était attaqué, sa riposte viserait à la fois des cibles étasuniennes et israéliennes, y compris des installations militaires des États-Unis situées dans les pays voisins (par exemple en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et dans les États du Golfe) :

Dans un discours dimanche au réseau d’information arabe Al-Alam, le général Hajizadeh a déclaré que les États-Unis et le régime israélien ne pourraient pas entrer en guerre avec l’Iran « indépendamment l’un de l’autre, c’est-à-dire que si l’un des deux commençait la guerre, l’autre se joindrait à lui ».

« Nous voyons les États-Unis et le régime sioniste s’appuyer fermement et nous ne pouvons pas imaginer le régime sioniste initier une guerre sans renforts des États-Unis. Pour ces mêmes raisons, si une guerre éclate, nous nous battrons définitivement des deux côtés et nous en prendrons aux bases étasuniennes », a-t-il affirmé.

« Si de telles conditions survenaient, une série d’incidents incontrôlables et ingérables auraient lieu et une telle guerre pourrait se transformer en Troisième Guerre mondiale. Cela signifie que certains pays pourraient entrer en guerre avec ou contre l’Iran », a ajouté le général.

Le commandant du CGRI a prévenu que si une guerre de la sorte était menée contre l’Iran, « les bases des États-Unis dans ces pays autour de nous et dans les pays voisins seraient visées et qu’elles seraient mêmes menacées par les peuples de ces États ». (Fars News Agency, 23 septembre 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Le monde se trouve à une dangereuse croisée des chemins. La déclaration du général Hajizadeh doit être prise au sérieux.

La préparation active d’une guerre contre l’Iran est en cours depuis les huit dernières années. Depuis 2005, les États-Unis et leurs alliés, dont les partenaires étasuniens de l’OTAN et Israël, sont impliqués dans le déploiement massif et l’entreposage de systèmes d’armes avancés. Les systèmes de défense antiaérienne des États-Unis, des pays membres de l’OTAN et d’Israël sont complètement intégrés. Israël ne peut pas agir sans l’appui de ses alliés.

Il s’agit d’un effort coordonné du Pentagone, de l’OTAN et des Forces israéliennes de défense (IDF) contre l’Iran. Plusieurs pays partenaires non-membres de l’OTAN, dont les États arabes limitrophes, sont également impliqués (les membres du Dialogue méditerranéen de l’OTAN et de l’Initiative de coopération d’Istanbul).

Désinformation médiatique

Influencée par le battage médiatique, l’opinion publique appuie tacitement cette initiative par ignorance ou indifférence face aux conséquences possibles de ce qui est considéré comme une opération « punitive » ad hoc ciblant les installations nucléaires au lieu d’une guerre totale.

La guerre contre l’Iran est présentée à l’opinion publique comme un problème parmi d’autres. Elle n’est pas vue comme une menace à l’humanité. Au contraire : on la voit comme une action humanitaire.

Représailles

Les médias occidentaux appellent à la guerre. L’objectif, consiste à inculquer implicitement dans la conscience des citoyens, par la répétition ad nauseam de reportages, la notion voulant que la menace iranienne soit réelle et que la République islamique devrait être « éliminée ».

L’Iran possède des capacités militaires significatives et le fait qu’une attaque à son endroit puisse mener à des représailles et à une escalade pouvant déclencher une « guerre mondiale » n’est pas un sujet de préoccupation.

Alors que la République islamique ne constitue pas une menace à la sécurité d’Israël, des militaires iraniens de haut rang ont souligné qu’advenant une attaque contre l’Iran, des représailles contre Israël sont envisagées et les conséquences pourraient être dévastatrices.

Samedi, le major-général Mohammad Ali Jafari, le commandant en chef du CGRI a affirmé qu’une invasion ennemie de l’Iran est possible, mais qu’une telle guerre mettrait fin au régime sioniste d’Israël.

….

« Il se peut que la guerre éclate, mais si les sionistes [le gouvernement israélien] commencent quelque chose, ce sera le début de leur annihilation et le point final de leur histoire », a-t-il ajouté.

Le major-général Jafari a entre-temps souligné que « personne n’ose lancer un assaut terrestre d’envergure contre l’Iran ».

Il a ajouté que si l’ennemi était sage, il n’y aurait pas de problème, « toutefois il n’y a aucune garantie qu’il sera rationnel et nous devons nous aussi nous préparer.

Plus tard hier, son adjoint le brigadier-général Hossein Salami, a prévenu que toute attaque du régime sioniste contre la République islamique d’Iran donnerait une opportunité à Téhéran de le rayer de la surface terrestre.

« Si les sionistes s’engagent dans une attaque contre l’Iran, cela offrira une opportunité historique à la Révolution islamique de les rayer de l’histoire géographique mondiale », a déclaré Hossein Salami samedi soir à la télévision d’État.

« Les menaces du régime sioniste ne nous préoccupent plus », a-t-il déclaré en ajoutant qu’Israël a des souvenirs amers de ses guerres de la dernière décennie avec les alliés régionaux de la République islamique, dont les mouvements du Hezbollah et du Hamas.

« “[En raison des échecs mentionnés ci-dessus], comment veut-il [le régime sioniste] représenter une menace contre la République islamique d’Iran » a demandé le brigadier-général.

Il a par ailleurs souligné que le pays était prêt à confronter toute agression : « Notre puissance défensive a été fondée sur notre stratégie défensive et celle-ci est régie par la présomption que nous nous engagerons dans une gigantesque bataille contre une coalition menée par les États-Unis. »

Vendredi, le commandant en chef des Forces armées iraniennes, le major-général Seyed Hassan Firouzabadi a lui aussi averti que Téhéran réagirait à toute agression contre son pays par une riposte « immédiate » et « continue ».

« Nous ne nous sentons pas menacés par les remarques fanfaronnes des dirigeants sionistes, car ce sont des créatures terriblement effrayées qui ne cessent de gueuler puisqu’ils savent que la réaction de l’Iran aux menaces sera toute prête, immédiate et sans relâche », a dit le major-général aux reporters en marge de la parade militaire du 21 septembre marquant l’anniversaire de la Semaine de la Défense sacrée, ici, vendredi matin à Téhéran.

« Les officiels du régime sioniste ont déclaré dans leurs estimations [militaires] que les opérations militaires contre l’Iran ne peuvent ni être menées par Israël, ni lui être utile », a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs affirmé que les forces armées actuelles de l’Iran sont imprévisibles et que leurs stratégies et leurs actions ne peuvent être prévues par l’ennemi.

La Semaine de la Défense sacrée, commémorant les sacrifices des Iraniens durant les 8 ans de la guerre imposée à l’Iran par l’Irak en 1980, a débuté vendredi avec des parades de diverses unités de l’Armée de la République islamique, du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et des forces du Basij (volontaires) dans le sud de Téhéran. (Fars News Agency, 23 septembre 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Renverser la tendance guerrière

Nous demandons à nos lecteurs de propager le message dans le monde entier.

Nous demandons à tout le monde aux États-Unis, en Europe de l’Ouest, en Israël, en Turquie et partout à travers le monde de s’opposer à ce projet militaire, de se soulever contre leurs gouvernements qui appuient une action militaire contre l’Iran et contre les médias qui servent à camoufler les implications dévastatrices d’une guerre contre l’Iran.

Le peuple israélien est uni en grande partie contre la détermination du premier ministre Netanyahou d’attaquer l’Iran.

Israël et l’Iran doivent parvenir à un protocole de non-agression.

Texte original: “War on Iran Will Trigger World War III”

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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Malaise journalistique autour du 11-septembre

septembre 25th, 2012 by Olivier Mukuna

Invité, puis déprogrammé de l’unique émission de radio de la RTBF sur les médias (la bien nommée : “L’envers des médias”), Olivier Taymans sort d’une projection-débat consacrée à son film par le cinéma bruxellois Nova. Entretien avec l’auteur du premier documentaire francophone sur le malaise journalistique autour des attentats du 11 septembre.

Comment vous est venue l’idée de questionner et de mettre en critique la couverture médiatique francophone des attentats du 11 septembre ?Olivier Taymans : C’est venu en plusieurs temps. Lorsque Thierry Meyssan a sorti son livre (« L’effroyable imposture »), je l’ai interviewé dans une émission de radio que j’animais à l’époque (Radio Campus, ULB). Puis, j’ai cherché des contre-points aux thèses de Meyssan et j’ai trouvé plusieurs personnes qui critiquaient son travail avec sérieux. Je les ai aussi interviewées. Sans vraiment pouvoir trancher, il y a avait déjà matière à s’interroger sur le rôle des médias dans leur couverture du 11 septembre. Très vite, le traitement médiatique envers Thierry Meyssan n’a plus été ni honnête ni équilibré. Mais en tant que critique de médias, ce phénomène habituel ne m’a pas paru surprenant. Bref, je suis passé à autre chose. Jusqu’en 2004, où j’apprends qu’un troisième gratte-ciel new-yorkais, le bâtiment n°7, s’était effondré le 11 septembre 2001 (sans avoir été percuté par un avion, ndlr). A nouveau intrigué, ce qui va définitivement me lancer sur cette enquête, c’est une séquence diffusée en 2006 au JT de la RTBF. Il s’agit de ces fameuses images de l’attentat sur le Pentagone, prises d’une caméra de surveillance. Si l’on voit effectivement une explosion, on ne voit pas du tout ce qui percute la façade du bâtiment. De mémoire, ces images étaient accompagnées du commentaire journalistique suivant : « On voit brièvement et clairement un Boeing rentré dans le Pentagone et donc les théories du complot sont nulles et non avenues » … Là, je me suis dit : « on est arrivé à un point où le gars peut dire le contraire de ce qu’il montre lui-même ! ». Il y avait une schizophrénie totale. Du coup, l’aspect psychologique de journalistes capables de faire cela m’a intéressé énormément.

Avec cette séquence de 2006 et d’autres, la plupart des journalistes ont-ils cessé de faire leur métier et, pour certains, sombré dans une propagande pro-américaine ?

O.T. : On peut le voir comme ça. En même temps, je refuse de tomber dans le piège, style : « regardez ces journalistes qui manipulent ! ». Ce qui m’intéresse, c’est la psychologie de ces journalistes qui ne constituent pas, à mes yeux, les dernières petites mains d’un « grand complot  ». Toute l’idée de mon film réside là : examiner pourquoi un gars, qui n’a aucun intérêt apparent, dit le contraire de ce qu’il voit ? On voit pourtant tous la même chose que lui et ça nous amène à conclure qu’il n’y a rien sur ces images ! Sur le coup, les médias officiels sont tombés dans l’écueil qui consiste à mettre au service de leur thèse des images qui ne disent absolument rien et ne démontrent rien. Si ce journaliste ne trempe pas dans un quelconque « complot  », alors, pourquoi agit-il de la sorte ? C’est ce qui m’a intrigué.

Dans votre film, chez chaque interlocuteur francophone, on sent une dose de malaise plus ou moins grande. C’est un documentaire sur dix ans de malaise journalistique ?

O.T : Oui, mais le premier malaise, c’est celui qu’on ne voit pas : celui du journaliste responsable de l’incroyable séquence qui m’a lancé sur cette enquête. J’ai tout essayé auprès de la RTBF pour obtenir cette archive que je n’avais pas enregistré. D’une part, celle-ci illustrait parfaitement mon sujet et, d’autre part, c’est celle qui m’avait fait bouger. Puisque l’exploitation secondaire de ces images n’était pas autorisée, j’ai demandé au journaliste concerné sa permission pour disposer de son commentaire. Sur la base des mêmes images d’attentat circulant sur le net, j’aurais réalisé un montage avec sa voix off afin de redonner fidèlement ce que j’avais vu en 2006 au JT de la RTBF. Très sèchement, le journaliste m’a refusé cette archive sonore ! Abandonnant toute exploitation, j’ai demandé à pouvoir simplement visionner cette fameuse séquence. Refusé, également. Ensuite, je suis parvenu à ce qu’une parlementaire interpelle la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel en Communauté française. Sur base de l’Article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui assure au citoyen un accès à l’information, la députée Florence Reuters (MR) a demandé au ministre Fadila Laanan (PS) : « Comment se fait-il qu’un réalisateur de documentaire n’ait pas le droit de visionner une séquence produite par le service public de la Communauté française ? ». La ministre a répondu à côté en tartinant sur les droits d’exploitation secondaire dont ne dispose pas la RTBF. Autrement dit, elle a répondu à l’impossibilité d’insérer ces images dans mon film mais pas sur l’interdiction qui m’était faite de les visionner. Florence Reuters ne s’y est pas trompée en répliquant : « Ce n’est pas la question, Madame la ministre ! La question est : pourquoi n’a-t-il pas le droit de visionner ces images ? » … L’incident était clos : je n’ai jamais pu voir cette séquence ; ne fût-ce que pour vérifier que je ne m’étais pas trompé, que je n’avais pas rêvé son commentaire journalistique. C’était le premier malaise de mon enquête ; tellement fort, qu’il a échappé à la caméra ! Il y a en d’autres, mais laissons aux spectateurs le soin de les découvrir.

A deux exceptions, il n’y a aucun journaliste belge francophone qui s’exprime dans le film. Ils ont tous refusé vos demandes d’interview ?

O.T : Exact. J’ai interpellé une série de journalistes qui, systématiquement, soit me fuyaient et me renvoyaient vers quelqu’un d’autre soit s’énervaient et m’insultaient. Si on leur dit que ce sujet « 11 septembre et médias » les terrorisent, ils vont le nier. Pourtant, force est de constater qu’il y a un malaise. Je me souviens aussi de ce journaliste d’un grand quotidien belge, auteur d’un article posant la question : « Peut-on enquêter sur le 11 septembre ? ». Rendez-vous fût pris. Il semblait enthousiaste, disait que mon projet était « très intéressant  » mais qu’il avait besoin de prétextes – c’est-à-dire d’un sujet d’actualité lié au contenu de mon film – pour rédiger un article. Le soir de notre entretien, je lui ai envoyé plusieurs prétextes d’actualité tels que, par exemple, la venue prochaine de David Ray Griffin en Belgique. Jusqu’à ce jour, je n’ai plus eu aucune nouvelle de ce gars …

En tant que critique des médias, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les réponses que vous avez pu obtenir ?

O.T : Ce qui m’a le plus surpris ? (bref silence) … C’est de me faire insulter par Bruno Clément, (éditeur et présentateur de l’émission d’investigations Question à la Une (RTBF). Cet épisode est dans le film car il s’agit de la plus forte illustration du malaise journalistique concernant le traitement médiatique du 11 septembre. Néanmoins, je ne m’attendais pas du tout à une telle réaction de sa part. Chacun est libre de refuser une interview, mais en arriver, comme Clément, à perdre les pédales pour s’enfermer dans une attitude ordurière de rejet, je ne l’ai pas compris et ne le comprends toujours pas.

Vous ne pouviez ignorer que le seul fait de questionner le travail des médias et leur relais inconditionnel de la version officielle du 11 septembre allait vous exposer à des réactions de haine voire développer une diabolisation à votre endroit …

O.T : Oui, bien sûr. Si ce n’est que je n’ai pas le sentiment d’avoir eu la même démarche que, par exemple, Thierry Meyssan. Je ne pense pas avoir d’autre thèse que celle-ci : certaines choses signifiantes concernant le 11 septembre ne sont pas relayées par les grands médias. Ce qui me paraît absolument démontrable. Prenons le fait qu’il existe une série d’associations de professionnels (soit des personnes compétentes dans les domaines qui touchent au 11 septembre ; ex-agents de la CIA, ingénieurs, architectes, pompiers, etc.), respectés par leurs pairs et non identifiés comme des agitateurs politiques ou des cinglés, qui déclarent que tel, tel et tel point posent des problèmes factuels et scientifiques. Des problèmes qui contredisent sur le fond les conclusions de la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre ! Eh bien, ce fait, hautement signifiant, n’est pas relayé par les médias ou alors de manière extrêmement superficielle. Pendant la réalisation du film, on m’a effectivement souvent renvoyé que j’avais une « thèse » et que je tentais de l’illustrer en images. Ce n’est pas le cas : qu’il s’agisse de Jean-Pierre Jacqmin (Directeur de l’information à la RTBF, ndlr), d’Yves Thiran (ex-Directeur de l’éthique, puis Chef de rédaction des nouveaux médias à la RTBF, ndlr) ou de Bruno Clément, j’ai approché ces personnes sans thèse sur le fond des évènements. Ce n’est même pas le sujet du film ! Mon sujet porte sur la couverture médiatique de la contestation raisonnée et non-conspirationniste de la version officielle des attentats du 11 septembre.

Pour quels motifs cette contestation raisonnée est-elle interdite de parole dans les médias traditionnels ?

O.T : Très bonne question ! Et dès qu’on cherche à y répondre, on devient un épouvantail prêtant aux amalgames et aux invectives. Si vous posez cette question, c’est que vous avez une « thèse  ». Si vous avez une thèse, vous êtes forcément « conspirationniste », puisque vous soupçonnez l’existence d’un « grand complot » – il est toujours « grand », le complot ! – qui implique une bonne partie de l’élite américaine. En conséquence : vous êtes « anti-américains » et, sans doute, « antisémite » parce que « négationniste », puisque vous « niez » les attentats du 11 septembre. Je n’ai jamais compris d’où venait cette locution absurde. De la remise en questions d’un évènement historique, on passe à la « négation » du 11 septembre lui-même. Amalgame complètement absurde, mais qui revient tellement souvent … La rumeur selon laquelle les employés juifs du World Trade Center avaient été prévenus de ne pas venir travailler le 11 septembre 2001 a dû avoir sa néfaste influence. Pourtant, cette assertion est fausse et personne ne la relaye ; excepté quelques extrémistes qu’il est malhonnête d’amalgamer avec tous les gens qui osent remettre tel ou tel aspect en question.

Dix ans plus tard, vous êtes le premier journaliste francophone à réaliser un documentaire sous l’angle de la critique du fonctionnement médiatique. Vos confrères des médias traditionnels subissent-ils une totale absence de liberté ou sont-ils terrorisés par l’idée de faire leur métier … jusqu’à risquer de le perdre ?

O.T : Sur ce type de sujet, je pense que la liberté se confond avec la curiosité. En travaillant pour les médias traditionnels, si vous cherchez vraiment à enquêter jusqu’au bout, vous vous confronterez à un manque de liberté.

Bien sûr, on ne vit pas dans un État totalitaire avec le bâillon sur la bouche ; par contre, on fera tout pour que vous n’ayez pas les moyens d’enquêter ni de diffuser au plus grand nombre ce que vous avez à dire. Dans le cadre hiérarchique d’une entreprise, l’employeur ne vous donnera ni les moyens ni la liberté d’enquêter. En indépendant, il faut chercher des soutiens financiers, très difficiles à trouver pour ce type de documentaire. Avant de tourner, je suis allé voir un producteur belge de petite taille, ouvert et soutenant des projets alternatifs. Son refus n’a pas seulement été motivé par les aspects « sensibles » du projet mais aussi par mon manque d’expérience en documentaires. Je suis journaliste depuis quinze ans mais c’était mon premier film. Ce fait incontestable combiné au côté épineux du sujet ne l’a pas encouragé à me trouver des financements. Néanmoins, j’ai obtenu un petit soutien financier de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédias) que je tiens à remercier ici. Ceci étant dit, si je suis le premier sur un tel film, c’est aussi parce que d’autres documentaristes, plus expérimentés, ne cherchent pas à traiter le sujet. Peut-être parce qu’ils savent qu’ils n’obtiendront aucun financement ? Je n’en sais rien.

Ou peut-être craignent-ils des sanctions professionnelles capables de nuire définitivement à leurs carrières ?

O.T : Certainement. C’est ce qui explique aussi la timidité – c’est un euphémisme ! – d’une partie de la gauche de la gauche que beaucoup attendaient sur cette controverse. Or, des intellectuels comme Noam Chomsky, les journalistes du Monde diplomatique ou les politiques classés à la gauche de la gauche sont parmi les plus virulents à se démarquer de ce sujet. A l’instar des journalistes qui font les autruches, ces gens-là craignent énormément de perdre leur crédibilité. Il y a eu tellement d’amalgames autour des remises en question de la version officielle des attentats du 11 septembre que nombreuses sont les personnalités qui ne s’associeront pas à de telles interrogations ; de peur que toutes leurs autres activités, journalistiques ou militantes, soient frappés de ce sceau d’infamie. C’est la loi du « Quant dira-t-on ? ». La peur qu’on dise : « Monsieur X ? Oui, mais vous savez qu’il fricote avec les conspirationnistes ! ». C’est une sorte de contagion de la décrédibilisation qui est encore à l’œuvre. En cela, une partie des Français présents dans le film, qui n’ont cessé de crier à l’antisémitisme et au négationnisme, ont engrangé un certain succès. Ils sont parvenus à ce que des interrogations légitimes constituent désormais un « sujet sale », qu’on ne peut toucher que si l’on n’a plus rien à perdre …

Unanimement respecté dans le milieu du journalisme belge, Jean-Jacques Jespers qualifie votre sujet d’enquête de « tabou  » journalistique mais semble, lui aussi, marcher sur des œufs …

O.T : Jean-Jacques Jespers est dans une position intermédiaire. Après trente ans de journalisme à la RTBF, il est désormais Professeur de journalisme à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et n’est plus loin de l’âge de la retraite. A ces différents titres, il bénéficie de plus de liberté d’expression que d’autres. Sa position intermédiaire se reflète aussi sur le fond du dossier. Jespers estime qu’il y a beaucoup d’éléments troublants mais en reste, grosso modo, à la position suivante : « Les autorités américaines ont sans doute eu une attitude d’ignorance coupable. Ils étaient sans doute au courant des projets d’attentats et les ont laissé se dérouler parce que cela les arrangeait bien ». C’est déjà un grand pas pour quelqu’un qui a une crédibilité à défendre.

Le cap de la commémoration des dix ans va-t-il favoriser un vrai débat contradictoire sur cette couverture médiatique bancale comme sur le fond du dossier ?

O.T. : Cela me paraît assez mal parti. En période de commémorations, on revient principalement sur l’émotionnel, les victimes, les témoignages. Ces aspects ont indéniablement leur place en journalisme. Mais ce ressort est aussi utilisé par certains pour affirmer que remettre en question « la vérité » demeure scandaleux vis-à-vis des victimes qui ont souffert. Pour ma part, je pense exactement le contraire. D’ailleurs, un grand nombre de familles des victimes du 11 septembre sont parmi les gens qui remettent les choses en question. Pour la sphère médiatique, à quelques exceptions près, il existe une antinomie entre cette émotion qu’ils véhiculent et les idées critiques de remise en question. Maintenant, à la décharge des journalistes, leur position est très inconfortable. J’ai eu des échos de certains journalistes qui ont tenté d’aborder le sujet dans leurs rédactions respectives. Avec prudence, ils ont développé l’une ou l’autre incohérence de la version officielle. Ils ont tous essuyé une réaction épidermique de rejet, qui vous fait vite comprendre que si vous voulez garder votre job, il ne faut plus insister !

« Position très inconfortable » dans l’espace francophone. Car votre documentaire montre qu’il en va tout autrement pour les journalistes norvégiens qui, eux, ne risquent pas de perdre leur travail en faisant leur travail …

O.T. : Oui, en Norvège, il y a au moins eu une véritable controverse. Tous les journaux n’ont pas rivalisé d’enquêtes ou de dossiers spéciaux sur le sujet, mais le vrai débat est possible. Jusqu’à l’intérieur d’un même journal où un rédacteur en chef n’a pas voulu en parler tandis que le responsable du même quotidien en ligne a décidé d’en faire sa « Une ». Tout cela se décide sans heurts et ne mène pas à une cascade d’anathèmes invraisemblables. Sur la controverse autour du 11 septembre, la particularité française de recours systématique à l’antisémitisme et au négationnisme a fort surpris les journalistes norvégiens. Ils ne comprenaient pas comment on pouvait relier les deux domaines. Le négationnisme et la remise en questions de la version officielle du 11 septembre n’ont en effet rien avoir entre eux. Si cette dérive est peu présente en Belgique, elle est fort développée en France et ne se limite pas qu’au 11 septembre ! L’antisémitisme et le négationnisme sont devenus des épouvantails, brandis devant toute dissonance idéologique ou dès qu’est défendue une analyse qui déplaît aux « intellectuels médiatiques » régnant sur le débat en France.

Si les médias francophones recouvrent de silence votre film, pensez-vous que leur objectif est d’éviter d’éclabousser une partie des journalistes ? Que ceux-ci n’aient pas à reconnaître qu’au minimum ils ont menti par omissions au sujet du 11 septembre ?

O.T : Non. Et je ne pense pas qu’ils pourraient le reconnaître parce que cela ramène à des processus relevant davantage de l’inconscient que de l’intention. Si l’omission d’informations est réelle, elle peut aussi être inconsciente. Ce qui me semble être le cas. Une partie du métier de journaliste consiste à hiérarchiser et sélectionner en permanence. Ils doivent, en âme et conscience, juger de l’importance ou de l’insignifiance de tel ou tel élément d’information. Dans ces processus, nombre de journalistes sont victimes de la fenêtre personnelle qu’ils ont sur la réalité. Autrement dit, ils fonctionnent d’après un certain conditionnement. Interrogés là-dessus, ils ne verront pas cela comme un mensonge par omission mais comme une saine hiérarchisation et sélection de l’information. Rares sont ceux à qui je serais tenté d’imputer une intention de falsification pour des raisons idéologiques. Je pense que l’idéologie à suivre est largement inconsciente : on baigne dedans sans s’en rendre compte.

« Rares », mais souvent titulaires d’émissions d’informations télévisuelles. A l’instar de Daniel Leconte (Arte) dont l’intégrisme pro-américain est implacablement disséqué dans votre film. Concernant son « travail », peut-on parler « d’inconscience » ou même de journalisme ? 

O.T : Non, effectivement. Lorsqu’on voit les sujets produits par Docs en stock, la société de production de Daniel Leconte, c’est très orienté et univoque jusqu’au choix des invités pour de pseudo-débats. Avec Leconte, on se trouve dans des choix conscients qu’on peut assimiler à de la mauvaise foi. Un « débat » où aucun invité n’a une opinion contraire à celle du présentateur (Daniel Leconte, ndlr), où tout le monde s’entre-congratule en répétant : « C’est fou ce que vous avez raison ! », ce n’est plus ce que j’appelle un débat. Et lorsqu’on constate qu’une majorité des intervenants – au pseudo-débat et dans les documentaires diffusés – font partie d’un même cercle idéologique néoconservateur, identifié et tout à fait identifiable, j’estime qu’on n’est plus dans le journalisme mais dans la propagande.

Votre film est désormais visible sur le net, vous attendez-vous à être diabolisé ?

O.T : Je n’en ai aucune idée. L’avenir nous le dira. Si certains médias traditionnels décident de parler du film, il ne serait pas étonnant que je sois rangé dans un camp. Or, je ne me sens appartenir à aucun camp. Si j’ai des relations avec des personnes considérées comme des « conspirationnistes », cela ne fait pas de moi un militant de leur cause. Je me sens davantage militant du journalisme que d’une position tranchée au sein de cette controverse. Ce que je défends, c’est une pratique du journalisme telle que je la conçois et non telle que je l’ai vu pratiquée pendant dix ans sur le 11 septembre. Il est assez malheureux d’être forcé d’aller jusqu’en Norvège pour trouver des personnes qui tiennent un discours sur le métier qui devrait être celui de n’importe quel journaliste ! Tout journaliste devrait avoir pour instinct naturel de se poser des questions, de ne fuir aucun sujet et de manier le doute en toutes circonstances. Cela devrait tomber sous le sens, mais, visiblement, il faut faire des milliers de kilomètres pour entendre ces évidences ! Et surtout, les voir pratiquées au quotidien par les Norvégiens sans qu’ils trouvent cela extraordinaire. Normal : c’est la base du métier ! Dans l’espace francophone, les professionnels que j’ai interrogés ont complètement perdus de vue ces balises. Celles-ci sont encore enseignées dans les écoles de journalisme mais comme une sorte de truc théorique obligatoire. Un peu comme la prière du soir chez les cathos qui ne pratiquent plus vraiment …

Propos recueillis par Olivier Mukuna

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Une liste noire de ceux qui condamnent ou critiquent les Pussy Riot ?

septembre 25th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

Des avocats russes des Pussy Riot négocient l’adoption aux Etats-Unis d’une liste du même nom, imposant des sanctions contre les fonctionnaires russes impliqués dans l’affaire du groupe punk, dont trois membres ont été condamnées pour hooliganisme, lit-on lundi dans le journal Izvestia.

“Notre réponse est une +liste Pussy Riot+! Les personnes violant les droits de l’homme en Russie ne pourront pas aller s’amuser en Occident”, a déclaré Mark Feïguine, avocat de la punkette Nadejda Tolokonnikova.

Les juges, les procureurs impliqués dans le procès et même les journalistes l’ayant couvert avec “une opinion préconçue” seront inclus sur la liste, a expliqué l’avocat, avant d’indiquer qu’un document analogue pourrait ensuite voir le jour en Europe.

Les avocats se sont récemment entretenus à Washington avec des représentants de la section américaine d’Amnesty International, organisation ayant reconnu les Pussy Riot comme prisonnières de conscience.

Les antennes russe et britannique d’Amnesty International ne sont quant à elles pas au courant des initiatives des défenseurs des punkettes russes.

Le 17 août dernier, un tribunal de Moscou a condamné trois des cinq membres du groupe Pussy Riot – Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch et Nadejda Tolokonnikova – à deux ans de prison pour avoir commis un acte de hooliganisme dans la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou, haut lieu du culte orthodoxe russe, le 21 février 2012. Lors de leur prière punk, les jeunes femmes avaient tenu des propos blasphématoires et ont demandé à la Vierge de “chasser Poutine”. Une vidéo de ce “concert” est disponible sur Internet.

En juillet dernier, le comité des finances du Sénat américain a approuvé le projet de loi officialisant la “liste Magnitski” dirigée contre un groupe de fonctionnaires russes impliqués, selon Washington, dans la mort d’un juriste de Hermitage Capital.

Les avocats des punkettes veulent une liste US “Pussy Riot” contre des Russes`, Ria Novosti, le 24 septembre 2012

 

Cette information semble confirmer que la campagne organisée au niveau international autour de l’affaire des Pussy Riot  déborde largement la simple contestation « punk » en Russie.

La mobilisation des médias, d’Amnesty International, les prises de position officielles aux Etats-Unis et au Parlement européen, et maintenant l’initiative des avocats suggèrent qu’une nouvelle « machine de guerre froide » est enclenchée. Et par la même occasion, contre la liberté d’expression des journalistes qui auraient eu des “opinions préconçues” sur les Pussy.

Paradoxe de ce combat “pour la liberté” qui tournerait à la censure !

- Allo ! La Pravda ?

- Oui, j’écoute, ici la CIA. Vous êtes déjà sur la liste !

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Libye : pétrole rouge sang

septembre 25th, 2012 by Manlio Dinucci

Le second épisode de « Humanitarian War   », fameuse fiction washingtonienne sur la Libye, est sorti. Voici la bande-annonce : après avoir aidé les Libyens à se débarrasser du féroce dictateur, les gentils, conduits par l’héroïque Chris, continuent à les aider avec le même désintérêt ; mais les méchants –les terroristes encore nichés dans le pays- tuent Chris qui « risquait sa vie pour aider le peuple libyen à construire les bases d’une nouvelle et libre nation » (Hillary Clinton) et, « fait particulièrement tragique, ils le tuent à Benghazi, ville qu’il avait aidé à sauver (Barack Obama) ; le Président envoie  une « force de sécurité » en Libye, mais ce sont les habitants de Benghazi, descendus spontanément dans la rue avec des pancartes à la gloire de Chris, qui chassent les méchants de leurs tanières. En attendant le troisième épisode, jetons un coup d’œil sur la réalité. Chris Stevens, ambassadeur en Libye depuis mai dernier, avait été représentant spécial Usa au Cnt de Benghazi pendant la guerre : c’est-à-dire le metteur en scène de l’opération secrète par laquelle avaient été recrutées, financées et armées contre le gouvernement de Tripoli même des milices islamiques désignées comme terroristes peu de temps auparavant encore. Nouvel apprenti sorcier, Chris Stevens a été renversé par les forces qu’il avait lui-même crées quand, une fois le gouvernement de Tripoli abattu, il a dirigé en habit d’ambassadeur étasunien l’opération pour neutraliser les milices jugées par Washington non fiables, et intégrer  les fiables dans les forces gouvernementales. Opération extrêmement complexe : il y a en Libye au moins 100mille combattants armés, appartenant à toutes sortes de formations, y compris quelques unes fidèles à Kadhafi. Tripoli ne contrôle aujourd’hui qu’une partie mineure du territoire.

Exportation du pétrole libyen avant la guerre en Libye en 2011

Source du graphique: EconMatters, le 3 avril 2011

La désagrégation de l’état unitaire a commencé, fomentée par des intérêts partisans. La Cyrénaïque –où se trouvent les deux tiers du pétrole libyen- s’est de fait autoproclamée indépendante, et le Fezzan, où sont d’autres gros gisements, veut l’être aussi ; et ne resteraient à la Tripolitaine que ceux qui sont devant les côtes de la capitale. La balkanisation de la Libye entre dans les plans de Washington, s’il n’arrive pas à contrôler l’état unitaire. Ce qui est urgent pour les Etats-Unis et les puissances européennes c’est de contrôler le pétrole libyen : plus de 47 milliards de barils de réserves assertées, les plus grandes d’Afrique. Il est important pour eux de disposer aussi du territoire libyen pour le déploiement avancé de forces militaires. La force de déploiement rapide des marines, envoyée par Obama en Libye avec l’appui des drones de Sigonella (base aéronavale étasunienne en Sicile), officiellement comme réponse à l’assassinat de l’ambassadeur, n’est ni la première ni la dernière. Le Pentagone avait déjà envoyé des forces spéciales et des contractors pour surveiller les plus grandes plates-formes pétrolières, et il se prépare maintenant à une action « antiterroriste ». Il y a longtemps qu’ont débarqué les compagnies pétrolières qui, avec des accords officiels ou en sous-main (grâce à la corruption diffuse), obtiennent des contrats beaucoup plus avantageux que les précédents.

En même temps se prépare la privatisation de l’industrie énergétique libyenne. Participe aussi à la répartition du butin le Qatar qui, après avoir contribué à la guerre de Libye avec des forces spéciales infiltrées et des fournitures militaires, pour une dépense de plus de 2 milliards de dollars, a obtenu 49% (mais de fait le contrôle) de la Banque libyenne pour le commerce et le développement.

Un bon investissement, celui de la guerre.

 

Edition de mardi 25 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120925/manip2pg/14/manip2pz/329156/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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«La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu’un nouvel ordre, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état pacifique.»

Anatole France

Du 14 au 16 septembre, Benedict XVI s’est rendu au Liban prêcher la bonne parole. Cette visite est la vingt-cinquième de son pontificat. On se souvient que sa visite en Turquie pays musulman majoritairement, en 2006 sous haute sécurité deux mois après le discours sulfureux de Ratisbonne, a donné lieu à des manifestations. Il a visité notamment le 29 novembre 2006, le sanctuaire de la Maison de la Vierge Marie à Éphèse, un lieu de culte pour les catholiques et les musulmans.

Quelle est la mission du pape?

On est en fait conduit à expliquer la mission du pape, seul représentant d’une religion de plus d’un milliard de chrétiens et qui n’a pas d’équivalent dans le Judaïsme et l’Islam. Le terme de pape désigne l’évêque de Rome, garant de l’unité de l’Église catholique romaine, et non son chef, et monarque temporel de l’État du Vatican, actuellement Benoît XVI. Le titre de pape n’est réellement apparu qu’à partir du concile de Nicée en 325 mais le terme n’a désigné exclusivement l’évêque de Rome qu’à partir de Grégoire VII, au XIe siècle. La tradition catholique fait, elle, remonter la lignée des papes à l’apôtre Pierre. 33 – 64/67. On compte 265 papes romains.

Le pape? Combien de divisions disait Staline? Il est vrai qu’il ne dispose d’aucune puissance militaire mis à part ses gardes suisses! Il a surtout un magistère moral. L’empire communiste s’est effondré et le pape continue à remplir son rôle dans l’Église catholique et dans le monde.

Dans l’Evangile selon saint Matthieu nous lisons: «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirais mon Église… Je te donnerai les clés du Royaume des cieux…» Tout découle de cette parole de Jésus. Le pape en tant qu’évêque de Rome, successeur de l’apôtre Pierre, veille à l’unité de toutes les Églises catholiques. Il est le vicaire de Dieu sur Terre. C’est un fait que Vatican II et son ouverture au monde et notamment à l’Islam est révolu. Le catholicisme actuel a tourné le dos à l’aggiornamento. De fait, l’élection de Benoît XVI signe le triomphe des intransigeants au détriment des catholiques modernistes. Jusqu’où ce virage réactionnaire de l’église catholique ira-t-il? Jusqu’à faire du Concile de Vatican une parenthèse bien vite refermée? Caroline Fourest et Fiammetta Venner en enquêtant sur les relations du Saint-Siège ont recensé trois des courants les plus sulfureux du catholicisme contemporain: l’Opus Dei, La Légion du Christ et les traditionalistes L’intégrisme catholique existe bel et bien, il continue à se développer, toléré puis protégé par la hiérarchie catholique et le pape, Benoît XVI.(1)

Ces oeuvres ne sont pas extrêmes ou extérieures à l’Eglise, elles «font parie intégrante de la reconquête intégriste voulue par le pape». Les traditionnalistes excommuniés par Jean-Paul II vont rentrer peu à peu dans le rang, non en faisant pénitence mais comme des «gagnants»: ils sont tous vraiment, chacun à leur façon, les nouveaux soldats du pape ayant une mission bien claire: aider à la reconquête et effacer les dernières scories de Vatican II…(2)

Visite du pape au Moyen-Orient: le refus des chrétiens de quitter leur terre

A juste titre, Mariano Aguirre s’interrogeait en 1994 sur le devenir de l’Islam, le nouveau Satan de rechange nécessaire à l’Occident. Il écrit: «Quel adversaire prendra la place, aux yeux de l’Occident, du communisme désormais vaincu? Tout semble indiquer que géopoliticiens et stratèges s’accordent pour désigner l’islamisme comme l’´´ennemi total´´ de cette fin de siècle. Afin de mieux le combattre, des intellectuels conservateurs affinent la thèse du ´´choc des civilisations´´, tandis que les militaires mettent au point une nouvelle doctrine de guerre pour ´´éliminer et détruire´´ cet exotique antagoniste. Désormais, il fait partie d’une réalité culturelle qui caractérise les quartiers les plus pauvres de certaines villes d’Europe occidentale. (…) Le vieil ennemi s’est glissé par la porte de derrière et il doit affronter des clichés et des fantasmes irrationnels élaborés pendant des siècles: djihad contre les infidèles, acceptation passive du gimat (destin), et foi fanatique» (3)

On se souvient que lors de la visite du pape en Israël et dans les territoires occupés, des protestations de chrétiens ont été nombreuses. Des chrétiens syriens appellent le pape à intervenir pour la paix mais les médias n’arrêtent pas de présenter les chrétiens arabes du Moyen-Orient comme des victimes des hordes musulmanes elles-mêmes arabes.

Lors de cette visite au Liban, le pape a déclaré: «Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres´´, dit le pape aux jeunes. Dans l’Exhortation apostolique ´´Ecclesia in Medio Oriente´´ Benoît XVI presse notamment les quelque 15 millions de chrétiens d’Orient de rester dans le berceau du christianisme, en dépit de toutes les avanies. Quelle fut la réponse des Jeunes?: «Nous, jeunes du Moyen-Orient, voulons rester attachés à l’Orient et enracinés dans notre terre, symbole de notre appartenance et notre identité, non par fanatisme, mais pour préserver cette région du monde et son cachet unique, afin que nos patries ne soient pas fragmentées en entités confessionnelles et sectaires´´, lui disent, dans leur mot, les jeunes. ´´Nous recherchons la culture de la paix et la condamnation de la violence; nous voulons être des ponts vivants, des médiateurs de dialogue et de coopération´´, disent-ils encore, ajoutant aspirer ´´au bon voisinage avec des jeunes gens et des jeunes filles appartenant à d’autres religions».(4)

Voilà qui est clair! Les chrétiens arabes veulent rester chez eux! C’est un fait que depuis le début du XIXe siècle, les puissances occidentales de l’époque n’ont eu de cesse d’attiser les haines – pour protéger, disent-elles, les minorités chrétiennes- affaiblissant l’Empire ottoman qui sera finalement dépecé à la fin de la Première Guerre mondiale.

Dans une contribution remarquable, le professeur Abel Ilah Belkeziz démonte la mécanique diabolique des interférences externes et montre que les chrétiens ont toujours vécu en bonne intelligence avec leurs frères arabes. Ecoutons-le: «En réponse: voici, mot par mot, deux commentaires reçus après partage. Le premier est celui d’un ami libanais chrétien: «Il est remarquable d’honnêteté intellectuelle, cet article. Une seule conclusion s’impose: le salut est dans l’identité arabe – toutes religions et confessions comprises – et non dans l’islamisme. L’auteur évoque en termes mesurés les erreurs des uns et des autres. D’une façon plus crue, on pourrait dire qu’à certaines époques, il est arrivé aux Arabes musulmans de céder à l’instinct de foule (manipulée ou non) en se livrant à des excès déplorables. Les massacres de chrétiens à Damas en 1860 en sont un exemple. De la même façon, il est arrivé malheureusement, que les Arabes chrétiens ont servi de marionnettes consentantes aux Occidentaux… L’essentiel est d’être lucide». Le deuxième est celui d’une amie syrienne musulmane: «L’article est très fort, ce serait bien de le traduire… Le salut est dans l’identité culturelle et nationale à mon avis, la preuve c’est que des chrétiens et des musulmans se trouvent dans les deux camps en Syrie, en oubliant les importations touristiques actuelles…».(5)

«Si les chrétiens arabes du Levant et de l’Égypte se sont distingués par leur légitime inquiétude pour leur existence et leur destin, ce n’est certainement pas par peur de leurs frères musulmans avec lesquels ils ont vécu dans la sécurité et l’harmonie, allant parfois jusqu’à sceller leur union par le mariage de leurs enfants et à adopter, pour leurs petits-enfants, les prénoms des compagnons du Prophète et des chefs des conquêtes musulmanes, tel le prestigieux Maroun Abboud dont le fils aîné porte le prénom de Mohamad. Non… ils ont toujours eu à craindre les opportunistes affairistes de tous bords, extérieurs ou intérieurs, qui n’ont eu de cesse d’exploiter la diversité religieuse caractéristique de leur région pour en arriver à démolir leur coexistence pacifique et interdépendante au sein d’une même patrie. Ce n’est pas par hasard si les autorités spirituelles des communautés chrétiennes du Levant sont toutes d’accord sur la nécessité de maintenir cette relation confraternelle et conviviale entre musulmans et chrétiens qui, selon leurs propres termes, est non seulement la seule voie de salut face aux dangers de dislocation et de désintégration de leurs patries respectives, mais est aussi une doctrine fondamentale des chrétiens arabes depuis des siècles…(…) » (5)

« Non… les chrétiens arabes n’ont eu à souffrir que des étrangers, de leurs croisades passées comme de leur croisade actuelle. Ils ont payé horriblement cher… Qu’y a-t-il de plus horrible que de les déraciner de leurs terres et de leurs patries où ils ont vécu ou vivent depuis des centaines d’années? Les trois quarts des chrétiens palestiniens ont été arrachés à leur terre suite à l’invasion sioniste, aux politiques de judaïsation, d’encerclement et de répression qui les ont dispersés dans les pays voisins et partout dans le monde. Près de la moitié des chrétiens libanais ont dû émigrer au cours de ces trente-sept dernières années, depuis le début de la guerre civile fomentée par les architectes US-sionistes jusqu’à la cascade des petites guerres latérales qui se sont concentrées sur les zones chrétiennes. Deux millions de chrétiens irakiens ont subi ce sort funeste après l’invasion et l’occupation US en 2003. Et voilà que des dizaines de milliers de chrétiens syriens doivent, à leur tour, quitter leur foyer en raison des événements qui les ont placés face à des groupes extrémistes sanguinaires qui menacent de les exterminer sous prétexte qu’ils soutiennent le régime… etc.»(5)

La coexistence des Arabes de confession différente

Pour rappel, en 1860 se produit une révolte de paysans maronites contre la domination des notables. Cette révolte suscite en réaction le massacre de chrétiens par les musulmans. Les troubles s’étendront jusqu’à Damas, où ils seront arrêtés par l’intervention de l’Emir Abdelkader. Les massacres en Syrie «indignent» les Européens. Ils imposent un gouverneur chrétien au Liban. Cette tentative récurrente d’ingérence caractérisée depuis près de deux siècles dans les affaires arabes? A leur façon, deux Arabes chrétiens répondent, nous leur donnons la parole ». (6)

 Hayat al Huwik Atia, journaliste libanaise de confession maronite interpellant le pape lors de son voyage en Israël: «L’église d’Orient refuse d’être entraînée dans le processus de judaïsation de l’Occident chrétien. (…) Nous, l’Orient arabe chrétien, nous ne voulons pas de ce néochristianisme judéo-chrétien et nous refusons que l’Occident chrétien utilise l’influence spirituelle occidentale des églises, catholiques et protestantes, pour implanter en Orient et particulièrement dans le monde arabo-chrétien l’idée ou l’influence de judaïsation. Votre Sainteté le pape, sachez que je suis une chrétienne arabe! (…) Par conséquent, cela ne m’empêche pas de vous rappeler ma fierté d’appartenir à cette terre arabe. Cette terre est le berceau de toutes les Religions et de toutes les Révélations monothéistes. (…) La deuxième raison est que c’est l’Occident agit depuis des décades contre le Monde arabe pour saper cette cohésion sociale et religieuse dans le Monde arabe. (..) En conséquence, Votre Sainteté, sachez que nous – Arabes chrétiens – ne sommes une minorité en aucune façon, tout simplement parce que nous étions des Arabes chrétiens avant l’Islam, et que nous sommes toujours des Arabes chrétiens après l’Islam. La seule protection que nous cherchons est comment nous protéger du plan occidental qui vise à nous déraciner de nos terres et à nous envoyer mendier notre pain et notre dignité sur les trottoirs de l’Occident.» (…) (7)

Pour sa part, le docteur Rafiq Khoury, prêtre palestinien du Patriarcat latin de Jérusalem, écrit « (…) les chrétiens font partie de l’identité de la terre et la terre fait partie de leur identité, avec leurs concitoyens musulmans. (…) L’arabité et la palestinité des chrétiens de Palestine sont des faits acquis, que nous recevons avec le lait de notre mère, comme on dit en arabe. Les relations islamo-chrétiennes en Orient en général et en Palestine en particulier, s’inscrivent dans une longue histoire, qui a à son actif treize siècles de communauté de vie, où nous avons partagé «le pain et le sel», comme on dit en arabe aussi.» (8)

Le décorum fastueux qui met en représentation le pape intrigue et dérange les Chrétiens par sa démesure et son éloignement du message originel. Dans cet ordre d’idée et à l’occasion de la visite au Liban de Benoît XVI, l’écrivaine Joumana Haddad pose au Saint-Père quelques questions dérangeantes. Nous lisons: « Cher pape, Je suis sûre que vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que je vous parle de façon aussi simple puisque Jésus, votre modèle, dont vous êtes censé répandre les opinions et les paroles, était un homme d’une grande humilité. Je ne suis pas dupe de vos lunettes de soleil Gucci, de vos robes dorées, de vos tiares étincelantes et de votre style de vie luxueux: après tout, vous avez fait vœu de pauvreté et je sais que vous adoreriez vous promener avec les simples sandales et la modeste tunique que portait Jésus; c’est juste que vous êtes ´´obligé´´ de porter tous ces trucs clinquants pour impressionner vos ennemis par votre richesse et votre pouvoir ». (9)

Joumana Haddad dans un réquisitoire sans concession poursuit : « L’argent intimide, pas vrai? C’est la loi de la jungle moderne dans laquelle nous vivons. Savez-vous que le Vatican dépense 14 millions de dollars [10,83 millions d'euros] par an pour entretenir le palais dans lequel vous vivez alors que 16.000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde? Savez-vous que la banque du Vatican est le principal actionnaire de Pietro Beretta, le plus grand fabricant d’armes du monde, et qu’elle est soupçonnée de corruption, de fraude et de blanchiment d’argent? (…) Croyez-le ou non, le Vatican a récemment chargé Sylvana Casoli, la parfumeuse des célébrités – elle a créé des fragrances pour Madonna et Sting, entre autres -, de créer une eau de Cologne pour vous! La prochaine étape, c’est un duo avec Lady Gaga? Avez-vous déjà vu le slogan: ´´Vendons le Vatican, nourrissons le monde´´? Je peux vous dire qu’il a pas mal de succès».(9)

Les ingérences continuelles contribuent à créer cette tension permanente qui n’existait pas avant. Il est à craindre qu’une église conquérante et un Occident dévastateur vont achever de détruire des ´´équilibres´´ culturels et religieux´´ que les sociétés du Moyen-Orient ont mis des siècles à sédimenter. Pouvons-nous rester indifférents, à ce scandale d’une nouvelle fitna (chaos) qui prolonge, d’une certaine façon, les guerres religieuses déclenchées par un certain Urbain II ?

Nous devons témoigner et dire notre rejet de la violence d’où qu’elle vienne. Qu’on laisse ces sociétés arabes harassées par tant de malheurs garder leurs identités et retrouver dans les religions du Livre le secours spirituel qui fait défaut aux sociétés occidentales au nom du «Money-théisme» seul Dieu qui s’impose par ces temps incertains.

 

Professseur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.. http://nouveauxsoldatsdupape.wordpress.com/2008/09/04/les-integristes-catholiques-ont-le-vent-en-poupe-au-vatican/  Les intégristes catholiques ont le vent en poupe… au Vatican ! 4.09.08
2. http://nouveauxsoldatsdupape.wordpress.com

3. Guerres de civilisations?» http://www.islamopedia.fr/pages/societe-islam/revue-de-presse/l-islam-ennemi-total.html Le monde diplomatique 1994

4. Anne-Marie el-Hage et olj.com:Le pape aux jeunes chrétiens: Résistez au ´´miel amer de l’émigration´´ 15/09/2012

5. Belkeziz http://www.mondialisation.ca/la-nation-arabe-souffre-des-maux-de-ses-chretiens/

6. Chems Eddine Chitour http://sos-crise.over-blog.com/article-la-tragedie-des-chretiens-d-orient-la-responsabilite-de-l-occident-105580495.html

7. Hayat al Huwik Atia: Lettre ouverte http://liberation-opprimes.net/ 24 mai 2009
8. Rafiq Khoury: Palestine http:// www.gric.asso.fr/spip.php?ar…  30.04.2009
9.http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/14/cher-pape-je-ne-te-dis-pasbienvenue

 

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Généralités

Ainsi que le confirma Ottawa le 7 de ce mois, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, vida son cœur débordant au cours d’un point de presse tenu à Vladivostok, en Russie, où il participa au sommet de l’APEC en compagnie du premier ministre canadien, Stephen Harper. À vrai dire, M. Baird tint un discours moins brillant que jaillissant du plus profond de son cœur, discours qui rappela saint Paul quand il dit : « … car celui qui commet l’injustice recevra selon son injustice, et il n’y a point d’acception de personnes [1] ».

Et quel était le héros de ce discours jaillissant du cœur et débordant d’amour ? Quel était le sujet qui inspira tellement M. Baird, dont il parla avec « inspiration à des inspirés » ? Qui était le Ménélas [2]de cette Iliade du Sept-Septembre ?

Personne d’autre que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu !

L’Iliade du Sept-Septembre et ce qui advint aux relations avec Téhéran

M. Baird dressa une longue liste de reproches contre l’Iran et annonça la rupture diplomatique avec Téhéran. L’Iran, dit-il, est « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiale à l’heure actuelle [3]». Il repprocha à Téhéran de fournir une aide militaire au gouvernement Assad, en Syrie. Il s’inquiéta de la menace que l’Iran représentait pour l’existence d’Israël : « Il (le régime iranien) refuse de se soumettre aux résolutions des Nations unies en rapport avec son programme nucléaire. Il menace régulièrement l’existence de l’État d’Israël et emploie une rhétorique raciste et antisémite, incitant au génocide [4]», lança M. Baird.

Ces paroles monumentales de M. Baird, cette philanthropie sans frontière qui fit pleurer même les crocodiles les plus insensibles de l’Amazone [5], cette insistance sans limite à établir paix et justice dans le monde, ces manifestations divines par lesquelles le discours fut prononcé, tout fit écho dans les ruelles de Jérusalem, où les propos de M. Baird furent applaudis par les rois de Juda [6].

Quant à l’ambassadrice d’Israël à Ottawa, Miriam Ziv, elle déclara, dans un communiqué diffusé le même jour, que c’étaient là les mesures qu’il fallait prendre « pour tracer clairement une ligne rouge à l’Iran [7]». Pour sa part, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, félicita d’abord Ottawa : « je félicite le premier ministre canadien Stephen Harper d’avoir pris cette décision courageuse [8]» ; puis il présenta son éloge : « la décision morale du premier ministre canadien est très importante et constitue un exemple pour la communauté internationale [9] »; enfin il montra ses muscles : « la détermination dont fait preuve le Canada servira à faire comprendre aux Iraniens qu’ils ne peuvent pas continuer leur course vers l’arme nucléaire [10]».

Quelques jours auparavant, M. Netanyahou, s’en prit à Washington à qui il reprocha sa réticence à envisager l’avenue militaire : « La communauté internationale n’a pas défini une ligne rouge que l’Iran ne doive franchir et l’Iran ne voit pas la résolution de la communauté internationale à stopper son programme nucléaire », déclara-t-il après la publication d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Comment Netanyahou chevaucha à Ottawa en tant que Ménélas

À plus forte raison, la décision d’Ottawa de rompre avec l’Iran ne s’explique ni par la philanthropie philanthrope de M. Baird ni par la bonhomie de M. Harper ; car« si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? [11] ».Au contraire, la décision d’Ottawa se voit dans le contexte de la détérioration graduelle des relations de l’administration Obama avec la coalition actuelle à Tel-Aviv, d’un côté, et dans celui de la grandissime admiration du gouvernement Harper pour cette coalition, de l’autre côté. Les convergences se font jour entre ce que nous disons ici et la visite de M. Netanyahou à Ottawa, le 2 mars, sans passer d’abord par Washington. Lors de cette visite, M. Netanyahou sollicita l’appui de son « meilleur ami », M. Harper, pour des actions futures contre l’Iran, à un moment où le président américain, Barack Obama, s’éloignait de lui, et croyait encore à l’utilité des sanctions et des pressions économiques, sans rejeter, certainement, l’option militaire : « toutes les options restent sur la table, et les États-Unis n’accepteraient jamais un Iran nucléaire [12]»,confirma Obama.

Comment Harper le reçut en tant qu’Agamemnon, et Baird en tant qu’Achille

Lorsque Netanyahou arriva à Ottawa, le 2 mars, s’habillant en Ménélas, après avoir traversé les sept mers [13], son « meilleur ami », Stephen Harper, se fut déjà habillé en Agamemnon [14], et John Baird eut déjà appris par cœur les paroles d’Achille aux pieds rapides [15].

Sur la Colline du Parlement, les trois héros se retrouvèrent, et une voix fut entendue dans le ciel :

Certes, vieillard, tu surpasses dans l’agora tous les fils des Akhaiens. Ô Père Zeus ! Athènè ! Apollôn ! Si j’avais dix conseillers tels que toi parmi les Akhaiens, la ville du roi Priamos tomberait bientôt, emportée et saccagée par nos mains ! [16]

Quelle mouche piqua alors M. Harper au point de rompre les relations diplomatiques avec l’Iran ? Quel événement fût venu s’ajouter au tableau pour justifier une démarche aussi extrême ? Aucun élément, aucune mouche ! À proprement parler, la justification du gouvernement, présentée dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères, n’offrit rien de précis ; autre que l’annonce vague et mal soutenue de M. Baird, rien ne fut ajouté.  Au contraire, les arguments de M. Baird eussent été calqués sur ceux de George Bush II et de l’Imperator [17]Ronald Ramsfield, à la veille de l’invasion de l’Irak. Parmi ces arguments qui eussent justifié la rupture avec l’Iran, le gouvernement Harper évoqua son programme nucléaire, son appui au terrorisme et son antisémitisme. Les allégations invoquées furent les suivantes :

premièrement, « le Canada considère le gouvernement de l’Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle » ;

deuxièmement, «le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Assad »;

troisièmement, «il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire » ;

quatrièmement, «il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide » ;

cinquièmement, «il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde » ;

sixièmement, «il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle ».

M. Baird, après avoir appris par cœur les paroles d’Achille aux pieds rapides, donna aussi une longue liste de motifs, dont le soutien de l’Iran au régime du président Bachar el-Assad en Syrie. En effet, les déclarations de M. Baird, concernant la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, surprirent tout le monde, car aucun élément nouveau ne fut venu s’ajouter au tableau, pour justifier une telle démarche. Tout le monde ? Pas nécessairement, car ceux qui suivaient de près les déclarations du gouvernement Harper sur le conflit au Moyen-Orient n’attendaient pas moins qu’une nouvelle Iliade, non contre Troie, mais cette fois-ci contre l’Iran, évidemment.

L’admiration qu’avait Harper pour Netanyahou et ce qui advint de notre icône sur la scène internationale 

À plus forte raison, la décision d’Ottawa à rompre avec Téhéran trouva sa justification dans les paroles d’admiration que tenait le gouvernement Harper pour la coalition politique à Tel-Aviv.

Que l’on relise dans les archives comment, tout en jouant la lyre d’Orphée [18], M. Harper décrit son admiration pour Tel-Aviv ; comment, le jour où la soldatesque israélienne eut brûlé à cendre le Liban en 2006, le gouvernement Harper prit clairement position en faveur de l’État d’Israël, en affirmant que ce pays « avait le droit de se défendre [19] »; comment ce gouvernement prit, encore une fois, une position très décevante, cette fois-ci pendant la guerre contre Gaza en 2008 – 2009, lorsque monsieur Lawrence Cannon, alors ministre des Affaires étrangères, répéta le même refrain, indiquant que l’État hébreu avait « parfaitement le droit de se défendre [20]» ; comment enfin l’assaut de l’armée israélienne contre la flottille humanitaire qui se dirigeait vers la bande de Gaza, le 31 mai 2010, eut provoqua l’indignation partout dans le monde, sauf sur la Colline du Parlement, car le gouvernement Harper résista encore et toujours à « l’opinion commune ou au simple bon sens (…) aucune condamnation, aucune demande d’enquête ne se fit entendre alors même que Benjamin Netanyahou était devant lui au moment des événements [21]». Il fallait lire tout ce lyrisme ainsi que les innombrables fioritures poétiques qui l’accompagnèrent, pour sentir ce que signifia un « inspiré parlant à des inspirés ».

D’ailleurs, toute cette Iliade du Sept-Septembre servit au gouvernement Harper de pousser le Canada pour faire varier son orbite historique, pour redessiner son portrait pacifique en tant qu’agent de la paix, pour redéfinir son rôle sur la scène internationale, pour hurler enfin avec les loups par volonté d’affirmer un changement d’identité : « nous ne sommes plus des agents de la paix, mais des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales [22] »,  comme le démontra bien Christian Nadeau.

Hélas ! Nous nous posâmes ainsi, sur la scène internationale, comme la nation destinée à attirer sur elle toute la colère de Hadès [23], nous nous mîmes devant Cerbère [24]comme un bouclier, et nous détournâmes sur nous tous les périls et tous les dangers du Tartare [25].

Quel compliment pour l’Iliade du Sept-Septembre ! Quel compliment pour la rupture d’Ottawa avec Téhéran ! Sans la déclaration de M. Baird, la paix mondiale se fût échappée des pieds de Hadès. Certes, si M. Baird eut parlé avec moins d’« inspiration à des inspirés », si M. Harper eut été moins riche d’amour et d’admiration à son « meilleur ami », Netanyahou, ou bien si, et seulement si, il eut considéré la position d’une grande partie des Canadiens, cela eût mieux valu pour notre pays. Hélas ! C’est ce qui fut arrivé le jour du Sept-Septembre.

En ce qui concerne les six points présentés par la déclaration de M. Baird, justifiant la rupture diplomatique avec Téhéran, nous les reprendrons en analyse et en critique, un par un, dans la deuxième partie de cette Iliade du Sept-Septembre. Rester avec nous !

Fida Dakroub, Ph.D

Communiquer avec l’auteur : www.fidadakroub.net

 

Notes

[1] Saint-Paul, « Epître aux Colossiens »(3 :25).

[2] Dans la mythologie grecque, Ménélas est un roi de Sparte. Mari d’Hélène et frère d’Agamemnon, il est l’un des héros achéens de la guerre de Troie.

[3] L’Express. (7 septembre 2012). « Le Canada rompt ses relations avec l’Iran ». Récupéré le 12 septembre 2012 de

http://www.lexpress.to/archives/9433/

[4] loc. cit.

[5] Le « Caïman noir » est l’un des plus grands reptiles. C’est la deuxième plus grande espèce de crocodiliens, après le « Crocodile de mer », et le plus grand prédateur dans le bassin de l’Amazone.

[6] Le royaume de Juda est un royaume du Proche-Orient ancien. Selon la tradition, il aurait existé à partir de 931 av. È.C. Sa disparition intervient en 587 av. È.C. lors d’une campagne menée par Nabuchodonosor II contre Jérusalem.

[7] L’Express. loc. cit.

[8] loc. cit.

[9] loc. cit.

[10] La Presse. (7 septembre 2012). « Le Canada suspend ses relations diplomatiques avec l’Iran ». Récupéré le 12 septembre 2012 de

http://www.lapresse.ca/international/201209/07/01-4571959-le-canada-suspend-ses-relations-diplomatiques-avec-liran.php

[11] Dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, chapitre sixième.

[12] Boesveld, Sarah. (1 mars 2012). “Why Israel’s Prime Minister is coming to Canada before meeting Obama”. Publié sur The National Post. Récupéré le 13 septembre 2012 de

http://news.nationalpost.com/2012/03/01/why-israels-prime-minister-is-coming-to-canada-before-heading-to-the-u-s/

[13] Les sept mers est une expression courante au Moyen Âge et dans la littérature de langue arabe. L’expression est attestée dans plusieurs livres de l’antiquité dont la traduction par Marie de Jars de l’ « Énéide » de Virgile, Livre VI.

[14] Agamemnon est le roi d’Argos et de Mycènes, fils d’Atrée. Chef des Grecs pendant la guerre de Troie, retenu avec sa flotte par des vents contraires, il dut sacrifier sa fille Iphigénie à Artémis. Après la victoire, il rentra à Mycènes avec la princesse troyenne Cassandre.

[15] Achille est un héros légendaire de la guerre de Troie, fils de Pélée, roi de Phthie en Thessalie, et de Thétis, une Néréide (nymphe marine). Sa mère le plonge dans le Styx, l’un des fleuves des Enfers, pour que son corps devienne invulnérable ; son talon, par lequel le tient Thétis, n’est pas trempé dans le fleuve et reste celui d’un mortel. Lors de la dixième année du conflit, une querelle avec Agamemnon le pousse à quitter le combat : c’est la « colère d’Achille » chantée par l’Iliade. La mort de Patrocle le pousse à reprendre les armes pour affronter Hector, le meilleur des Troyens. Achille trouve la mort peu après l’avoir tué, atteint à la cheville par une flèche de Pâris guidée par le dieu Apollon.

[16] L’Iliade d’Homère, traduction de Leconte de Lisle (1818-1894), Chant II.

[17] Imperator : général victorieux. Titre accordé par acclamations par l’armée romaine à son chef.

[18] La légende d’Orphée, une des plus singulières de la mythologie grecque, est liée à la religion des mystères ainsi qu’à une littérature sacrée. Aède mythique de Thrace, fils du roi Œagre et de la muse Calliope, il savait par les accents de sa lyre charmer les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés. Il fut comblé de dons multiples par Apollon, et on raconte qu’il ajouta deux cordes à la traditionnelle lyre à sept cordes que lui donna le dieu, en hommage aux neuf muses, auxquelles appartenait sa mère.

[19] Radio-Canada. (13 juillet 2006). « Harper se range derrière l’État hébreu ». Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2006/07/13/004-harper-israel.shtml

[20] Le Devoir. (29 décembre 2008). « La position du Canada est très décevante ». Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/225113/la-position-du-canada-est-tres-decevante

[21] Nadeau, Christian. (3 juin 2010). « Stephen Harper est-il vraiment l’ami d’Israël ? ». Publié dans Le Devoir. Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/290095/stephen-harper-est-il-vraiment-l-ami-d-israel

[22] loc.cit.

[23] Dans la mythologie grecque, Hadès est une divinité chthonienne, frère de Zeus et de Poséidon. Comme Zeus gouverne le Ciel et Poséidon la Mer, Hadès règne sous la Terre et est pour cette raison souvent considéré comme le «maître des Enfers ». Il est marié à Perséphone. Il correspond au Sarapis ptolémaïque et au Pluton romain. Dans « Les Perses » d’Eschyle, le nom d’Hadès est invoqué en même temps que celui d’Hermès et Gaïa pour faire revenir sur terre l’âme de Darius.

[24] Cerbère était le fils d’Échidna, au corps de serpent et au visage de femme, et de Typhon, considéré parfois comme un monstre cracheur de flammes qui serait craint des dieux olympiens même. La description courante de Cerbère dans la mythologie grecque et l’art veut qu’il ait trois têtes, une crinière de serpents similaire aux cheveux de Méduse et une queue de serpent.

[25] Dans la mythologie grecque, le Tartare est la région la plus profonde des Enfers. C’est aussi la prison des dieux déchus comme les Titans et des Géants, et tous les anciens dieux qui s’étaient opposés aux Olympiens.

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

QUÉBEC: Nouveau jalon dans l’histoire des luttes

septembre 22nd, 2012 by Normand Beaudet

Le travail pour comprendre la lutte du « Printemps Québécois » est en cours.  Le CRNV vient tout juste de publier un « Cahier de la non-violence » issu d’une étroite collaboration avec des étudiantes féministes militantes en lien avec la CLASSE.  L’information de ce document est aussi disponible sur un blog, en référence au bas du texte.

Téléchargement :

Printemps québécois

Nonviolence et désobéissance civile :

www.antirecrutement.info/files/Non-violence_desobeissance_civile.pdf

 

De la lutte étudiante au Printemps Érable

Au printemps 2012, l‘histoire de la lutte pacifique au Québec se sera considérablement enrichie. Une retentissante victoire, bien entendu partielle, c’est le résultat de la lutte populaire pacifique pilotée par le mouvement étudiant. Le mouvement social et communautaire aura beaucoup à apprendre de ce mouvement nouveau genre.

Le 13 février 2012, les associations étudiantes du Québec s’engagent dans un mouvement de grève pour s’opposer au désir du gouvernement Charest d’augmenter de 75 % sur cinq ans les frais de scolarité dans les Universités. Le gouvernement de la province, n’étant plus en phase avec les citoyens, oublie que la population demeure fortement attachée à un système éducatif qui favorise l’accessibilité à prix abordable des études universitaires.  Ce système est sans contredit une des « pierres d’assises » de l’émancipation des Québécois depuis la « Révolution tranquille ».

C’est de cette menace à l’accessibilité qu’une incroyable lutte populaire et pacifique émergera.

Actions diversifiées et créatives.

De nombreuses manifestations et occupations ont lieu et impressionnent par leur fréquence, leur créativité, leur ampleur et la diversité des moyens de lutte utilisés.  On parle de centaines d’actions conduites par les militants étudiants, de membres d’associations étudiantes et de citoyens en provenance de milieux très différents.

Dans une certaine mouvance anti-mondialisation et anarchiste, quelques unes surtout avant les mobilisations de masses, tournent à l’affrontement avec les forces policières. Mais le 22 mars et le 22 avril, le « Jour de la terre », constituent sans contredit des points tournants. De gigantesques marches solidaires qui regroupent des centaines de milliers de citoyens parcourent les rues de Montréal. Les groupes de casseurs sont de plus en plus perçus comme marginaux et leurs actes de provocation, inefficaces, sont contestés.

Le mouvement de grève a le vent dans les voiles et dès le 1er mai 175 000 étudiants des associations collégiales et universitaires composent le mouvement de grève générale illimité et seront le ferment d’un vaste mouvement de lutte social qui ébranlera toutes les régions de la province.  Inspirés par les principes de lutte autonome de la CLASSE, les groupes d’action, multiples, refusent d’aviser les autorités des actions, des cibles et des itinéraires. Les déplacements sont improvisés ; ce qui perturbe jour après jour le fonctionnement de la métropole du Québec, la ville de Montréal.

Intransigeance et judiciarisation.

Malgré la croissance rapide du mouvement et les pressions continues de la rue, le premier ministre Charest campe dans une position d’intransigeance et refuse même de rencontrer les dirigeants étudiants.  Certains aménagements sont proposés via sa ministre, mais la ligne de la hausse des frais, « chacun doit faire sa part », est maintenue.  En parallèle le gouvernement facilite et encourage une judiciarisation du conflit en incitant et facilitant le dépôt d’injonctions et de poursuite en recours collectifs d’étudiants contre les obstructions au fonctionnement des institutions d’éducation des Associations étudiantes.  C’est un véritable cul de sac politique.

Au lieu d’intimider et de décourager la mobilisation, ces gestes attisent la lutte.  Les manifestations se multiplient.  La force politique que constitue cette mobilisation jeunesse est incontestable et mènera à un véritable dérapage démocratique du gouvernement en place.

La population est indisposée.  Le gouvernement est forcé d’agir.  Ce gouvernement qui termine son troisième mandat, est à un an d’une échéance électorale obligée ; et son pouvoir est miné par de nombreux scandales de corruption.  La ligne dure face à la rue pourrait rallier son électorat, il joue le tout pour le tout.  Malgré la forte pression qui se maintient et une exaspération des citoyens, le premier ministre Charest refuse toute concession et dépose le projet de loi 78.  Adopté le 18 mai, cette loi a pour but de permettre aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau collégial et universitaire auxquels ils sont inscrits.

La loi spéciale impose d’importantes contraintes au droit de manifester, de piqueter et d’imposer les décisions prises lors des assemblées générales étudiantes.  Mais surtout, cette loi prévoit des pénalités financières tellement élevées pour les associations étudiantes, qu’elle semble viser à en finir avec le droit d’association des étudiants.  Cette loi lève une indignation généralisée auprès de tous les acteurs sociaux de la province.

Popularisation de la lutte.

C’est un point tournant de la lutte.  Un véritable printemps québécois, un « Printemps Érable » émerge.  L’intransigeance, la répression, documentée par les réseaux sociaux, et maintenant une Loi Spéciale autoritaire ; tout cela concourt, pour les mouvements sociaux déjà exaspérés par le gouvernement,  à motiver le soulèvement. Et c’est la désobéissance pacifique des masses qui s’en suit.

Les manifestations deviennent quotidiennes et un véritable concert de casseroles se fait entendre dans la métropole.  Ce  mouvement contamine la province, est ressenti dans tout le pays. L’enjeu de la lutte étudiante commence à faire le tour de la planète. Les acteurs sociaux et une importante tranche de la  population est indignée et défie en masse et quotidiennement la Loi. Les autorités policières ne sont plus ni avisées des manifestations quotidiennes ni de leur trajet.  Soir après soir, les manifestations partant de la Place Émilie Gamelin en plein centre-ville sont déclarées illégales par les forces de l’ordre.  Des milliers de personnes, étudiants, militants et simples citoyens indignés défient la loi que les forces policières n’osent pas mettre en application.

L’action citoyenne dorénavant agrémentée du bruit des casseroles est défiante, pacifique et massive. Dorénavant, c’est la rue contre le gouvernement.

De la rue au scrutin

La rue ne lâche pas prise.

Confiant  qu’une fuite en avant lui permettrait de gagner tous ses paris, le gouvernement québécois devance sa décision de tenir des élections et décide de tenir le scrutin en été, en pleine lutte sociale. Le pari est que l’électorat du statut quo, fidèle au gouvernement, votera et permettra une réélection.  On mise aussi sur le fait qu’une majorité de la population s’opposant au gouvernement sera en vacances ; et que les jeunes voulant défaire le gouvernement et qui ne votent que peu, seront difficilement mobilisables en cette période.  De plus, le moindre dérapage dans la lutte sociale pourrait souder une part considérable de la population derrière le gouvernement.

Dès l’annonce de la campagne électorale, le gouvernement affiche ses couleurs c’est : « la loi et l’ordre ; contre la rue » et la conférence de presse qui lance la campagne attaque directement le leadership étudiant.  Plusieurs voient en ce geste politique un pur machiavélisme ; une action politique de manipulation honteuse.

La réaction populaire à cette décision politique est tout ce qu’il y a de plus impressionnante.  On entend certains appels à confronter la loi et le gouvernement sortant, en campagne électorale ; mais rien de tout ça ne se réalise.  Première salve du mouvement étudiant; le porte-parole de l’association étudiante la plus radicale, la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, démissionne.  Il était l’ennemi ciblé par le Premier Ministre au lancement de la campagne.  Un second leader des associations étudiantes Léo Bureau-Blouin annonce sa candidature au Parti-Québécois, le parti d’opposition.  Puis, Martine Desjardins de la Fédération universitaire annonce la mobilisation des jeunes pour le scrutin.  Définitivement, la joute se fera dans l’arène électorale.

Par, on ne sait quelle magie ou quelle stratégie, la lutte passe clairement et instantanément de la rue aux urnes.  Les unes après les autres, les assemblées générales étudiantes annoncent une trêve électorale et des assemblées suite au scrutin pour décider des moyens pour poursuivre de la lutte. Le gouvernement est dans la brume totale pour sa bataille électorale, il n’a plus d’ennemi palpable ; la rue ne risque plus de déraper et les attaques contre la violence de la rue ne porte plus.

Quelques actions d’occupation bruyante de locaux en fin reviendront mettre à l’agenda de la fin de campagne les enjeux étudiants.  La campagne du gouvernement sortant ne lèvera plus !

La victoire !

Au lendemain de l’élection, la chute de ce gouvernement, très proche des intérêts financiers est brutale. Même le premier ministre Charest n’est pas élu dans sa propre circonscription. Le Parti Québécois, dont l’option souverainiste ne semble plus mobiliser autant, est élu minoritaire dans une élection avec un taux record de participation de 74 %.

Même essentiellement non-violente, une lutte sociale menace et perturbe les gens.  Un véritable choc viendra ternir cette victoire de la lutte sociale, le soir du 4 septembre, la première ministre indépendantiste élue, Pauline Marois échappe par miracle à un attentat politique.

L’attentat, conduit par un anglophone perturbé par l’atmosphère de guérilla pacifique, mais acrimonieuse des derniers mois échoue de près.  L’arme du dérangé, une AK-47 s’est enraillée avant d’entrer dans la salle des festivités de la victoire du nouveau gouvernement.  La nouvelle première ministre annonce qu’elle annulera la hausse des frais de scolarité.  Le nouveau gouvernement annonce aussi qu’il abrogera la loi spéciale. Il s’en est fallu de peu !

Léo Bureau-Blouin, ex président de l’association collégiale devient le plus jeunes député élu de l’histoire de l’Assemblée nationale du Québec.  Les présidentes des fédérations étudiantes collégiale et universitaire affirment qu’avec les annonces du nouveau gouvernement le conflit est terminé. Mais l’association étudiante la plus militante la Coalition large des associations pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) veut, à ce jour, poursuivre la lutte, et vise maintenant le retour à la gratuité scolaire qui a été la base de la « Révolution tranquille » des années 60.

Une page importante de la lutte sociale québécoise vient de s’écrire, elle a démontré la force et le pouvoir d’un peuple indigné qui se mobilise et passe à l’action.  Ce printemps a démontré que, contrairement aux croyances répandues, la mobilisation sociale pacifique est possible et peut mener à des gains importants.

Le contexte d’attentat raté nous rappelle aussi la fragilité de l’exercice de la lutte populaire.  Le défi de ce mouvement reste par contre le même que partout ailleurs; suite à d’importants gains, comment maintenir la pression populaire pour forcer un changement en profondeur ?

Concernant l’hisoire de la lutte pacifique au Québec :

www.nonviolence.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=339&Itemid=182

Le déroulement de la lutte non-violente du Printemps Québécois :

http://luttenonviolente.wordpress.com/2012/09/03/greve-generale-illimitee-quebec-2012-3

 

 

 

 

Une bombe dans les champs d’OGM

septembre 21st, 2012 by lise-bergeron

Pour la première fois, les effets toxiques d’un OGM alimentaire majeur – le maïs NK603 – et du pesticide le plus utilisé dans le monde – le «Roundup» de Monsanto – ont été étudiés à long terme. Et les résultats sont alarmants. «Ceux-ci remettent en cause toutes nos politiques sanitaires et environnementales», avance l’auteur de l’étude Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen, en France, et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).

L’étude menée sur 200 rats nourris pendant deux ans avec du maïs OGM résistant au Roundup est parue dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology. Et elle donne des frissons: les rats exposés aux OGM sont morts plus rapidement et en plus grand nombre que ceux du groupe témoin, et ils ont développé davantage de tumeurs.

Les rats de l’étude ont été divisés en trois groupes: un premier qui recevait du maïs OGM (à 11, 22 et 33 %), un second qui recevait le même OGM accompagné de l’herbicide Roundup, et un troisième qui buvait de l’eau additionnée de Roundup en faible concentration (0,5 %).

Les femelles sont principalement mortes de tumeurs mammaires et d’anomalies hypophysaires. Les males, quant à eux, sont morts de problèmes au foie et aux reins. Conclusion des chercheurs: le Roundup a des effets graves sur la santé à très faible dose. Problème majeur: on trouve des résidus de cet herbicide dans 80 % des OGM alimentaires, note le chercheur.

Un scandale annoncé

L’étude de Séralini a fait l’effet d’une bombe partout sur la planète, et les critiques n’ont pas tardé: les rats choisis seraient naturellement enclins à développer des tumeurs mammaires, le groupe contrôle ne comptait pas suffisamment de cobayes et la méthode statistique utilisée n’est pas standard, rapporte la presse internationale.

«Cette étude est pourtant plus rigoureuse que toutes les autres. Aucune n’est allée jusqu’à deux ans. De plus, elle a été publiée dans une revue scientifique où il y a un comité de lecture. Elle a donc été soumise à l’œil critique des pairs, comme il est normal de le faire pour toute étude sérieuse», croit Louise Vandelac, Ph.D., chercheuse au CRIIGEN, professeure titulaire au Département de sociologie et directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

«Ce que cette étude révèle, en fait, c’est la situation aberrante qui entoure la question des OGM. Comment se fait-il qu’on ait disséminé des OGM dans la nature sans faire d’études indépendantes? C’est scandaleux. Les gouvernements nord-américains, pour des raisons économiques, ont cédé aux pressions de l’industrie agrochimique qui voulait récupérer sa mise le plus rapidement possible.

«Or, si un médicament démontrait des effets aussi néfastes que ceux observés dans l’étude de Séralini, il serait retiré sur-le- champ. Il faut revoir en profondeur les bases réglementaires sur lesquelles est fondée l’autorisation des OGM», explique Louise Vandelac.

Alors, on fait quoi?

Pour l’agronome Christine Gingras, directrice adjointe de Nature Québec et présidente de Vigilance OGM, l’étude de Séralini est très préoccupante: «Il est important que nos gouvernements prennent leurs responsabilités. En effet, le système d’homologation des OGM est inadéquat: les études sont réalisées par les compagnie de biotechnologie elles-mêmes, sont faites sur de trop courtes périodes, et il n’y pas de contre-expertise de la part du gouvernement canadien, qui autorise les OGM.

«L’étude de Séralini devrait inciter la population à demander une révision du système d’homologation, l’étiquetage des produits OGM, et à exiger un grand débat sur la place des OGM dans notre agriculture et notre alimentation.»

Louise Vandelac, qui a realisé en 1999 le film documentaire Main basse sur les gènes, trouve la situation profondément paradoxale: «Les OGM sont assez différents des semences originales pour être brevetés, mais pas assez pour être étudiés… La Société royale du Canada a déjà demandé un moratoire sur la commercialisation des OGM, et la population en réclame l’étiquetage obligatoire depuis des années.

«Le Roundup est reconnu comme étant un perturbateur endocrinien. On ne peut plus attendre. Le fardeau de la preuve de l’innocuité des OGM revient aux pouvoirs publics. C’est à eux de financer les études indépendantes nécessaires à cette fin.»

Résultats «préoccupants»

L’Association des jardiniers-maraîchers du Québec trouve aussi les résultats «préoccupants» et attend avec impatience l’évaluation qu’en fera la communauté scientifique. «Si cette étude est solide, notre industrie devra entreprendre une sérieuse réflexion sur le sujet. Nous allons suivre les choses de près», dit André Plante, directeur général de l’Association qui regroupe 400 membres du secteur horticole au Québec.

En Europe, la Commission européenne a demandé à l’agence chargée de la sécurité des aliments (European Food Safety Authority, ou EFSA) d’examiner les résultats de l’étude et de prendre les mesures qui s’imposent, tandis que plusieurs groupes de pression exigent le retrait immédiat de tous les OGM.

«L’insuffisance des tests, leur absence de transparence et la compromission des agences sanitaires doivent cesser», réclame de son côté Gilles-Éric Séralini. C’est pourquoi il recommande que l’autorisation de ces produits soit revue, que les tests actuels de 90 jours soient prolongés à deux ans pour tous les OGM et que les études soient publiques, menées de façon indépendante et soumises à la contre-expertise.

Tous cobayes?

L’étude du Pr Gille-Éric Séralini ne risque pas de tomber dans l’oubli de sitôt, puisqu’elle est suivie du lancement du livre Tous cobayes? aux Éditions Flammarion (accessible ici le 16 octobre 2012) et d’un film éponyme qui sortira au Festival du nouveau cinéma à Montréal à la fin d’octobre. Voici la bande-annonce du film:

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L’industrie pharmaceutique mondiale a accumulé des amendes pour plus de 11 Mds de dollars au cours des trois dernières années pour leurs fautes criminelles, dont la rétention de données relatives à la sécurité des médicaments et à leur promotion à des fins d’utilisation au-delà des conditions autorisées.[1]

En tout, 26 sociétés, dont huit des dix plus gros acteurs de cette industrie mondiale, ont été reconnues coupables d’avoir agi malhonnêtement. Selon deux articles publiés aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine, l’ampleur de ces méfaits, révélés pour la première fois, a sapé la confiance du public et des professionnels et entravé les progrès cliniques. Des juristes ont prévenu que ces amendes de plusieurs milliards de dollars ne suffiront pas à changer le comportement de cette industrie.

Les 26 sociétés incriminées sont placées sous « contrats d’intégrité » [corporate integrity agreements], lesquels sont imposés aux Etats-Unis lorsque sont détectés des méfaits en matière de santé et placent ces sociétés sous surveillance, pouvant durer jusqu’à cinq ans, pour retrouver un comportement correct. La plus grosse amende de 3 milliards de dollars a été imposée en juillet au laboratoire pharmaceutique GlaxoSmith-Kline (GSK), dont le siège se trouve au Royaume-Uni, après que celui-ci a admis trois chefs d’accusation de comportement criminel devant les tribunaux américains. Il s’agit de la plus grosse amende à ce jour. Mais GSK n’est pas seul – neuf autres sociétés se sont vues imposer des amendes, allant de 420 millions de dollars pour Novartis à 2,3 milliards de dollars pour Pfizer, depuis 2009, totalisant plus de 11 milliards de dollars.

Kevin Outterson, un juriste de l’Université de Boston, dit qu’en dépit de la dimension exorbitante de ces amendes, elles ne représentent qu’une petite proportion des revenus totaux de ces sociétés et peuvent être considérées comme un « coût pour faire des affaires ». L’amende de 3 milliards de dollars infligée à GSK représente 10,8% de ses revenus, tandis que celle de 1,5 milliards de dollars imposée aux laboratoires Abbott, pour avoir fait la promotion d’un médicament (Depakote) sans preuve adéquate de son efficacité, s’élève à 12% de ses revenus.

M. Outterson a déclaré : « Ces sociétés pourraient bien considérer de telles amendes comme un pourcentage relativement faible de leur revenus globaux. Si c’est le cas, alors peu a été fait pour changer le système. Le gouvernement récupère simplement une partie des fruits financiers des méfaits passés de ces firmes ». Il soutient que des condamnations devraient être imposées au directeur exécutif plutôt qu’à l’entreprise dans son ensemble. Il cite un juriste de Boston spécialisé dans les dénonciations, Robert Thomas, qui a observé que GSK avait commis un crime de 1 milliard de dollars et « aucun individu n’a été tenu pour responsable ».

Suite à l’aveu de GSK, qu’il a n’a pas divulgué des données relatives à la sécurité de son médicament vedette contre le diabète, Avandia, la société a promis de rendre disponible plus d’informations sur les essais cliniques. Mais, selon M. Outterson, cette promesse connaît des « exceptions gênantes » et, en tout cas, elle est faite en vertu de « l’accord d’intégrité » qui expire dans cinq ans.

Selon un second article paru dans ce même journal et rédigé par des chercheurs du Brigham and Women’s Hospital de Boston, la confiance dans cette industrie parmi les médecins est tombée si bas qu’ils écartent les essais cliniques financés par ce laboratoire, même si les essais ont été conduits avec la rigueur scientifique. Cela pourrait avoir de graves implications parce que la majeure partie de la recherche médicale est financée par l’industrie pharmaceutique, et « si les médecins sont réticents à faire confiance à toutes ces recherches, cela pourrait freiner la conversion de [.] la recherche en pratique », a dit Aaron Kesselheim, qui a dirigé cette étude.

Andrew Witty, le directeur général de GSK, a dit au moment de l’accord de 3 milliards de dollars en juillet dernier que cela avait résolu des « problèmes difficiles qui duraient depuis longtemps » pour la société et qu’il y avait eu depuis un « changement fondamental dans les procédures », notamment le renvoi du personnel qui s’est mal conduit et des modifications dans les bonus.

L’Association de l’Industrie Pharmaceutique Britannique [Association of the British Pharmaceutical Industry /i>] a déclaré que les pratiques dans l’industrie s’étaient améliorées et que des changements supplémentaires pour « construire une meilleure confiance » seraient effectués. L’agence britannique de réglementation des médicaments et de la santé [UK Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency] a dit qu’elle surveillait la conduite de ces entreprises et prenait « les mesures appropriées » lorsqu’elle découvrait de telles malversations.

Le financement de l’Alzheimer « doit se poursuivre »

Les gouvernements, les universités et les organismes caritatifs devraient monter au créneau pour s’assurer que le financement est maintenu pour la recherche contre la maladie d’Alzheimer, après toute une série d’essais cliniques ratés, ont dit hier des experts.

Ils répondaient à un reportage de The Independent, selon lequel les plus gros laboratoires pharmaceutiques du monde abandonnent la recherche d’un traitement, réduisant la taille de leurs départements des neurosciences et se concentrant sur le traitement des symptômes, plutôt que sur les traitements visant à modifier la maladie.

Un porte-parole de l’Alzheimer’s Society a déclaré : « Ce n’est pas le moment de faire marche arrière dans la recherche de la démence. Bien que cela coûte à l’économie plus cher que le cancer et les maladies cardiovasculaires, le financement de la recherche sur la démence n’est qu’une partie de ces conditions. Il y a un besoin urgent pour plus de financement si nous voulons vaincre cette maladie. »

 

Article original : “Drug giants fined $11bn for criminal wrongdoing”

Traduit de l’anglais par JFG-QuestionsCritiques

 

NdT :
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[1] Il est étonnant qu’en France les Laboratoires Servier n’aient pas encore été condamnés pour leurs méfaits relatifs au Mediator !

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L’élite mondialiste a pris la décision qui pourrait bien signifier la fin de l’humanité telle que nous la connaissons dans les décennies à venir. Les humains étant devenus superflus aux yeux de ceux qui planifient d’imposer une technocratie sur toute la planète, des robots seront utilisés pour remplacer et à la fois éliminer les humains alors que les élites auto-proclamées avancent vers leur singularité technologique tant adulée.

La montée en puissance des robots (intelligence artificielle) n’est plus du tout confinée dans le domaine de la science-fiction. Si les prédictions de ceux qui ont déjà prouvés leur précision d’imaginer le cours de l’avenir et son développement technologique se réalisent, un nouvel âge sombre high-tech est notre destin immédiat.

Dans notre article précédent sur le sujet, nous avions mis en exergue un article écrit en 2000 par Bill Joy de l’entreprise Sun Microsystems. Dans le magazine Wired, figurait son article intitulé “Pourquoi l’avenir n’a pas besoin de nous” ( Why The Future Doesn’t Need Us) où il expliquait comment dans les décennies à venir, la plupart de toutes les fonctions qui sont remplies aujourd’hui par les humains seront faites par des robots.

La vaste majorité des êtres humains devenant obsolètes aux yeux de leurs contrôleurs et ce en résultat direct de ce changement de société, avec ce qui démarquera l’impact de la nouvelle révolution industrielle, l’élite “pourrait simplement décider d’exterminer la masse de l’humanité”, écrit Joy.

La prévision de Joy est répétée par un écrivain respecté, inventeur et futuriste du nom de Ray Kurzweil. Dans son livre publié en 1999 “The Age of Spiritual Machines”, Kurzweil fit une série de prédiction sur les avancées technologiques qui arriveraient à chaque étape de dix années. Les prédictions à court terme de Kurzweil furent d’une précision remarquable: il prédit alors la venue de l’iPhone, des téléphones intelligents en général et des liseuses électroniques du genre Kindle.

Kurzweil avait prédit qu’avant 2009, “les interfaces d’ordinateurs auront toutes la qualité du papier, haute résolution, contraste de haut niveau, grand champ de vision et pas d’interférence visuelle. Les livres, les magazines et les journaux seront lus de manière routinière sur des écrans qui auront la taille de petits livres.”

Kurzweil a aussi décrit l’iPad dix ans avant son émergence ainsi que la venue des communications téléphoniques sans fil utilisant “des images à haute résolution”. Il a aussi imaginé ce que serait iTunes, YouTube et des services à la demande comme Netfix ainsi que la manière dont tous ces services technologiques déclencheraient un énorme débat au sujet de la vie privée, ce qui est exactement ce qui se passe de nos jours.

Kurzweil avait prédit que des drones sans pilotes seraient utilisés dans des opérations de combat avant 2009, ce qui s’est effectivement passé.

En considérant la précision de ses prédictions, ses nouvelles prédictions pour le futur et les décennies 2019-2029 et au-delà font froid dans le dos.

Kurzweil prédit qu’avant 2019, des ordinateurs seront implantés dans les lunettes et les verres de contact, un processus qui est déjà en cours avec le développement des lunettes Google. Au moment où cela arivera, un ordinateur de 4000 US$ aura la même capacité qu’un cerveau humain d’après Kurzweil.

“La vie privée continue d’être un enjeu politique et social majeur avec de fait tout ce que fait Mr Toutlemonde stocké dans une base de données quelque part.” Écrit Kurzweil, une prédiction notable compte-tenu des révélations récentes sur le programme “Trapwire”.

Les décennies au delà de 2019 seront caractérisées par le problème d’une “sous-classe humaine”, qui ne sera pas engagée de manière productive dans l’économie. Après 2029, l’élite verra son rêve de singularité: l’humain mergeant avec la machine, commencer à prendre forme. Des ordinateurs et des téléphones, moyens de communication commenceront à être implantés dans les yeux et les oreilles des gens.

De cette manière, la vision plus large d’une élite voyant les humains comme étant complètement jetables alors que leurs fonctions seront prises par des machines, deviendra d’autant plus une réalité. “Il n’y aura quasiment plus d’emplois d’humains dans la production industrielle, l’agriculture et les transports”, écrit Kurzweil.

En 2099, la planète entière sera gérée par des systèmes informatiques artificiellement intelligents qui seront plus intelligents que l’ensemble de la race humaine combinée, un peu de la mème manière que le fameux “skynet” de la série franchisée fictive des “Terminators”.

Les humains qui auront résistés à devenir en partie cyborgs seront ostracisés dans la société.

“Même au sein des intelligences humaines qui continueront à utiliser des neurones à base de carbone, il y aura une technologie d’implants neurologiques de tous les instants, qui permettra une énorme augmentation des capacités cognitives et perceptrices pour les sujets qui les utiliseront. Les humains qui n’utiliseront pas ces implants seront incapables de participer de manière sensée à des conversations et dialogues avec ceux qui le font”, écrit Kurzweil.

Le futur dépeint par Kurzweil représente le but ultime des élites auto-proclamées, éliminant l’ordre existant et le remplaçant par une technocratie dystopique high-tech. Au lieu d’être utilisée pour donner un pouvoir progressiste à l’humanité, la technologie sera utilisée pour creuser le fossé toujours plus avant entre ceux qui “possèdent” et ceux que “ne possèdent pas”, ceux ne “possédant pas” étant éventuellement complètement éliminés.

Nous avons déjà vu quelques pas importants dans la direction d’un futur à la Kurzweil.

L’utilisation de drones pour retirer l’humain des choses de la guerre est déjà bien avancée. Dans le futur, les guerres seront essentiellement combattues par des robots, les rendant bien plus omni-présents et dangereux que maintenant. Des robots sans capacités émotionnelles hésiteront-ils de manière quelconque à déployer des armes qui pourraient éliminer totalement des races humaines ou complètement détruire l’écosystème de la planète ?

L’utilisation de robots pour les fonctions de police et de maintien de l’ordre, de recherche de suspects est aussi pour bientôt à l’ordre du jour.

Considérant les avertissements du professeur Noel Sharkey qui nous dit que des flottes de robots sont développée par DARPA et seront eventuellement utilisés pour “tuer des gens”, la firme Boston Dynamics a dévoilé une nouvelle vidéo cette semaine (Boston Dynamics released a new video this week) dans laquelle ses robots LS3 sont montrés être capables de traquer des humains de manière autonome sur des terrains accidentés.

Un robot similaire est développé en ce moment par le DARPA (Defense Advanced Research Project), nommé le “Guépard” (NdT: “Cheetah” en anglais), celui-ci a récemment battu le record du monde de vitesse humaine en cours à pied (établi par Hussein Bolt).

En 2008, le pentagone avait demandé à des contracteurs de développer un “système de poursuite multi-robots” créé pour rechercher, détecter et traquer des humains “non-coopératifs” dans des scenarii de “poursuite-évasion”.

Comme le scientifique Paul Marks l’explique, les robots seront inévitablement adaptés pour toutes fonctions domestiques incluant bien sûr les fonctions de police et de contrôle des foules et des populations.

“… Combien de temps avant que nous ne soyons les témoins de meutes de droïdes chassant des manifestants avec des armes paralysantes ? Ces meutes pourraient-elles même être armées pour tuer ?” demanda Marks.

L’utilisation de la technologie pour nous espionner et nous réduire en esclavage au lieu que de nous donner plus de pouvoir est aujourd’hui très routinier. Il suffit simplement de prendre note de la remarque du directeur actuel de la CIA, le général David Petraeus qui disait plus tôt dans l’année qu’il applaudissait l’arrivée de la grille de contrôle intelligente, des ustensiles ménagers et des produits utilitaires qui seront connecter sans fil sur l’internet.

Petraeus qualifia ce développement de “transformation”, notant que ce serait un cauchemar pour les “commerces clandestins”. En d’autres termes, la police et le FBI n’ont désormais plus aucune raison d’obtenir un mandat de quoi que ce soit pour vous espionner puisque vous allez avoir une bonne centaines de mouchards implantés dans quasiment tous les ustensiles ménagers de votre maison, de votre frigidaire à votre console de jeux.

La poussée des élites pour faciliter la montée en puissance des robots est motivée par le fait d’enlever le processus de prise de décision de la part du public et des humains. Ne pouvant faire confiance aux humains pour suivre une chaîne de décisions qui pourraient décider de la mort de nombreux autres humains, les androïdes se doivent donc d’être mis en position d’éxécuteurs des ordres.

Dans les décennies à venir, l’humanité fera face à une nouvelle forme d’esclavagisme, une tyrannie scientifiquement mise au point au travers de laquelle l’élite auto-proclamée utilisera les robots pour subjuguer le reste de l’humanité et éliminer les poches de résistance non-coopérative.

Seulement en promulgant un dégoût culturel et sociétaire envers la manipulation technologique au profit d’une élite devenue folle, pourrons-nous alors regagner le contrôle sur le futur et utiliser la technologie à des fins progressistes pour notre espèce.

En considérant le fait que “l’élite” a prouvé être tellement destructrice avec seulement un niveau primitif en comparaison, de la technologie humaine dont elle dispose jusqu’à maintenant, autoriser ces individus fou-furieux et totalement accros au pouvoir à tenir les commandes du progrès humain, ne pourra mener qu’à la destruction totale de la race humaine sur le long terme.

 

Article original en anglais :  http://www.infowars.com/the-end-of-humanity-rise-of-the-robots/

Traduction: Résistance 71

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Des pogroms anti-Roms organisés en Hongrie

septembre 21st, 2012 by Markus Salzmann

De violentes attaques contre la minorité Rom en Hongrie se poursuivent sans relâche. Il est de plus en plus évident que le gouvernement droitier dirigé par le premier ministre Victor Orban, et qui collabore étroitement avec le parti néo-fasciste Jobbik provoque délibérément de telles attaques afin de détourner l’attention de l’énorme crise économique et des problèmes sociaux que connaît le pays.

Le 20 août, des membres de la « Garde hongroise » paramilitaire ont défilé contre des familles Roms dans la ville de Cegled, au Sud-Est de la capitale Budapest. Plus de 400 d’entre eux, principalement des gardes en uniforme et leurs partisans, ont défilé à travers des campements de Roms dans les environs de la ville forte de 40.000 habitants. Ils ont hurlé des slogans tels « Sales tsiganes, vous allez tous crevez. » Les stations de radio de droite et des portails Internet ont publié des appels pour que les fascistes viennent à Cegled pour participer à cette action.

Les médias ont rapporté les récits de témoins oculaires faisant état d’intimidation des résidents de la ville. Il semblerait également que des coups de feu ont été tirés. Tout ceci s’est passé en présence de la police qui était sur place et qui a permis aux fascistes de commettre des actes d’intimidation avant que ces derniers ne se retirent.

Des journalistes de l’hebdomadaire HVG ont rapporté que dans une ferme avoisinante plusieurs centaines d’extrémistes de droite avaient accueilli un député parlementaire du parti d’extrême droite Jobbik qui avait exprimé son soutien à la mobilisation fasciste. La « Garde hongroise » est considérée être un bras paramilitaire de Jobbik et a à plusieurs reprises été mobilisée contre les Roms. Début août, environ un millier de fascistes ont défilé à travers le village de Devecser à l’Ouest de la Hongrie.

Dans ce contexte de nombreux Roms ont décidé qu’ils n’avaient pas d’avenir en Hongrie. Au cours de ces six derniers mois environ un millier de Roms hongrois ont demandé l’asile politique rien qu’au Canada.

L’élément immédiat qui a déclenché cette récente chasse aux sorcières contre les Roms a été le meurtre en juillet de la psychologue Kata Bandy travaillant pour la police. Un Rom sans emploi a été arrêté dans le cadre de ce meurtre. Il vivait dans des conditions extrêmement précaires, il avait précédemment été condamné pour vol et avait passé plusieurs années en prison. Les organes des médias proches du gouvernement ont immédiatement dénoncé le suspect de « meurtrier tsigane. » Des appels furent lancés pour « une solution finale pour la question tsigane, » tout en incitant délibérément à la violence contre les Roms.

Le militant Rom Jeno Setet a résumé le sentiment des Rom : « Le meurtre de Kata Bandy est terrible, mais plus terrible encore est le fait que nous avons été collectivement déclaré coupables et les institutions de l’Etat ne font rien pour nous protéger, nous citoyens de ce pays. »

Lors d’une conférence de presse, les parents de Kata Bandy ont expressément lancé un appel aux médias et aux cercles politiques de s’abstenir « d’utiliser le nom de notre fille comme un prétexte pour inciter à la haine ou pour réintroduire la peine capitale » – mais en vain.

Le Jobbik tout comme le parti dirigeant Fidez se sert du meurtre de Bandy pour réclamer l’introduction de la peine de mort. Jobbik, qui avait remporté les élections en 2010 avec 17 pour cent des votes, a organisé une importante campagne en faveur de la peine de mort. Le dirigeant de Jobbik, Gabor Vona, a justifié la demande pour la peine capitale en affirmant faussement que 90 pour cent de tous les meurtriers étaient des « Tsiganes, » tandis que 100 pour cent de toutes les victimes étaient des Hongrois.

Un certain nombre de politiciens du parti au pouvoir Fidesz ont aussi demandé l’introduction de la peine de mort qui contreviendrait à la Constitution hongroise et au droit communautaire. La question doit maintenant être débattue début septembre par la faction du Fidesz.

Les attaques ainsi que l’intimidation à l’encontre des Roms ont lieu depuis plusieurs années en Hongrie. En 2008-2009, un nombre de Roms hongrois ont été blessés et six ont été tués, dont un enfant en bas âge, dans une série de pogroms meurtriers. A chaque fois les meurtres se sont produits après les défilés par la Garde hongroise à travers des campements Roms. Le procès de quatre membres de la Garde soupçonnés d’être impliqués dans les meurtres dure depuis plus d’un an.

Dans un cas plus récent, des groupes fascistes avaient terrorisé l’année dernière des mois durant les Roms vivant dans le village de Gyöngyöspata.

Le Fidesz au pouvoir compte de plus en plus souvent sur l’extrême droite. Le premier ministre Orban a déclaré que les campagnes anti-Roms sont inacceptables mais il a aussitôt insisté en disant que les Roms étaient obligés de s’intégrer.

Suite à une motion déposée par le Jobbik, le parlement hongrois a amendé dernièrement le Code criminel du pays pour rendre passible d’un an de prison toute calomnie de la « Sainte couronne » et des symboles d’Etat tels l’hymne et le drapeau national ainsi que les armoiries. Le Fidesz dispose d’une majorité des deux tiers au parlement.

L’augmentation de la violence droitière, tolérée et/ou soutenue par le parti au pouvoir, est une réponse à la crise économique et sociale qui ne cesse de s’aggraver en Hongrie. Le pays est en proie à la récession et est confronté à une inflation en hausse. En juillet, le taux d’inflation était de 5,8 pour cent, bien au-dessus des attentes des experts. La principale cause de l’inflation élevée est l’augmentation spectaculaire des prix des denrées alimentaires.

Les conditions de vie de la majorité des Hongrois sont de plus en plus intolérables en raison des coupes drastiques imposées par le gouvernement Orban et de l’inflation élevée. Selon les données émanant fin juin de la Banque nationale hongroise, 16,3 pour cent de tous les prêts détenus par les ménages étaient jugés « non performants », ce qui signifie que les débiteurs sont en retard de paiement d’au moins 90 jours pour au moins une tranche. Il y a un an ce chiffre était de 11 pour cent.

Les principales raisons avancées par la Banque nationale hongroise pour cette augmentation de « mauvaises créances » sont un chômage élevé et la baisse du revenu disponible pour la plupart des débiteurs. Ce revenu a baissé en raison de la hausse de l’impôt, de l’impact du taux d’imposition uniforme pour les faibles revenus et la hausse de l’inflation. Si le forint continue de chuter face à l’euro, la situation continuera d’empirer.

Markus Salzmann

 

Article original, wsws.org, paru le 5 septembre 2012

Le onzième anniversaire de l’attaque terroriste du 11 septembre a été commémoré modestement mardi, tandis que les tentatives d’exploiter les morts tragiques de cette journée comme prétexte pour les guerres sans fin de Washington apparaissent de plus en plus vaines.

À New York, où 2700 personnes sont décédées dans l’effondrement des tours jumelles, aucun politicien n’a pris la parole. Durant la cérémonie, des membres des familles ont récité la longue liste des morts et invoqué des souvenirs de parents, enfants, frères, sœurs et époux décédés.

À Washington, le président Barack Obama et le secrétaire à la Défense Léon Panetta ont livré des discours banals et hypocrites à l’extérieur du Pentagone, où 125 personnes avaient perdu la vie. Obama a louangé les victimes des attaques du 11-Septembre, déclarant qu’«à travers leur sacrifice, ils nous ont aidés à faire des États-Unis ce qu’ils sont aujourd’hui – des États-Unis encore plus forts».

Dans quelle mesure les États-Unis sont-ils plus forts? Ailleurs dans son discours, Obama a suggéré que «lorsque les livres d’histoire seront écrits », l’héritage du 11-Septembre sera un pays devenu «plus sécuritaire» et «plus uni que jamais auparavant».

Ses États-Unis ne peuvent être évoqués que dans une rhétorique vide, loin du réel pays qui est saisi d’une profonde crise, où des dizaines de millions de personnes sont incapables de se trouver un emploi et où les divisions entre l’oligarchie financière qu’Obama représente et les travailleurs qui composent la majorité de la population n’ont jamais été aussi frappantes.

Pour ce qui est de ses livres d’histoire, leur tâche première est d’expliquer les événements du 11-Septembre, lesquels demeurent entourés de mystère et sont dissimulés depuis plus d’une décennie. Dans ce qui est, selon la version officielle, l’échec le plus catastrophique des services du renseignement de l’histoire des États-Unis, aucune personne de l’appareil de renseignements et de l’armée, ou de l’administration Bush ou Clinton, n’a jamais été tenue responsable.

L’histoire officielle est que 19 Arabes membres d’Al-Qaïda ont été en mesure d’entrer aux États-Unis et d’y passer plusieurs mois, et que certains d’entre eux ont suivi de longs entraînements de pilotage, sans que personne du vaste appareil de renseignements de Washington n’ait la moindre idée de ce qu’ils faisaient. Cela demeure l’explication la plus improbable, qui est contredite par le fait que plusieurs de ces individus étaient sous surveillance et par les nombreux avertissements reçus par l’administration Bush.

La référence d’Obama aux «sacrifices» des victimes du 11-Septembre pour rendre les États-Unis «encore plus forts» semble étrange. Le sacrifice implique un élément de conscience de la part des victimes – ou de quelqu’un d’autre – qui donne sa vie dans la poursuite d’un objectif défini. Le choix de ces mots par le président pourrait suggérer plus qu’il le souhaitait.

Personne n’est allé au travail au World Trade Center ou au Pentagone le matin du 11 septembre 2001 en pensant qu’il allait mourir, encore moins en pensant que sa mort serait utilisée pour justifier le commencement d’une décennie de guerres qui coûteraient la vie à plus d’un million d’Irakiens, des centaines de milliers d’Afghans et 6600 soldats américains.

Mais ceux dans les hautes sphères du gouvernement américain et des instances de l’armée et des renseignements n’ont pas perdu de temps pour profiter des attaques et mettre en branle des plans déjà existants de conquête militaire. Ils ont exploité le 11-Septembre pour justifier des guerres d’agression dont le but est de compenser pour le déclin économique du capitalisme américain en établissant l’hégémonie américaine sur les régions riches en énergie du Golfe Persique et de l’Asie centrale.

L’assertion constamment répétée selon laquelle ces guerres étaient lancées pour détruire Al-Qaïda n’a jamais été crédible. Les États-Unis ont envahi l’Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein, un ennemi d’Al-Qaïda, après avoir concocté des mensonges sur des «armes de destruction massive» et des liens terroristes inexistants. En Afghanistan, Obama a triplé la présence des forces d’occupation américaines dans des conditions où des responsables de l’armée et des services de renseignements américains ont admis qu’Al-Qaïda était pratiquement absente du pays.

L’invocation du 11-Septembre pour justifier les crimes commis dans la dernière décennie – ainsi que les prochains à venir – est de moins en moins crédible. Le peuple américain a passé par l’expérience de guerres basées sur des mensonges, et d’un assaut incessant sur les droits démocratiques élémentaires. Malgré les tentatives constantes pour le terroriser avec de prétendues menaces omniprésentes de terrorisme, la majorité de la population vit dans une peur plus importante de la terreur économique et sociale des dirigeants financiers et d’entreprises américains.

Aujourd’hui, il serait manifestement absurde de prétendre que les opérations internationales du militarisme américain visent à réprimer Al-Qaïda. Dans la guerre pour un changement de régime en Libye l’an dernier et dans la campagne actuelle pour obtenir le même résultat en Syrie, Washington a supervisé le financement, l’entraînement et l’armement de forces liées à Al-Qaïda. Les États-Unis travaillent avec ces éléments pour renverser des gouvernements arabes séculiers et paver la voie à une guerre encore plus sanglante contre l’Iran. Dans ces campagnes, l’impérialisme américain a bouclé la boucle : il a reproduit la relation qui avait été forgée entre la CIA et Al-Qaïda quand ce dernier avait été créé pour mener une guerre contre le régime prosoviétique en Afghanistan dans les années 1980.

Mardi, les commentaires du secrétaire à la Défense, Panetta – dans une glorification éhontée de la guerre et du militarisme – ont reflété ce changement, le 11-Septembre servant de prétexte passe-partout pour justifier la guerre contre n’importe qui, n’importe où.

Le 11-Septembre, a-t-il déclaré, «a inspiré une détermination farouche à ne pas se laisser faire et à protéger notre mode de vie ». Jurant que les États-Unis allaient poursuivre leurs opérations militaires au Yémen, en Somalie et en Afrique du Nord, il a ajouté : «Nous allons continuer à pourchasser et combattre nos ennemis, partout où ils iront, où ils se cacheront, où ils trouveront refuge – nous n’arrêterons pas tant que nous ne serons pas certains que les États-Unis sont en sécurité.»

Il y a presque quatre ans, Barack Obama remportait l’élection sur une vague de sentiments antiguerres et de dégoût pour les crimes perpétrés sous l’administration Bush. Il affirme maintenant que les guerres et les crimes de son prédécesseur ont rendu les États-Unis «plus forts» et «plus unis», en promettant de déclencher lui-même d’autres guerres encore plus horribles.

La population américaine est face à une élection qui ne lui permet pas d’exprimer sa profonde hostilité au militarisme. La menace de nouvelles interventions militaires et, ultimement, d’une autre guerre mondiale n’émane pas seulement des politiques réactionnaires des démocrates et des républicains. Elle est le produit inévitable de la plus profonde crise du capitalisme depuis la Grande Dépression des années 1930.

Bill Van Auken

Le 12 septembre 2012

 

Article original en anglais, WSWS.org, le 12 septembre 2012

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Un nouveau rapport du congrès américain sur la prolifération des drones a confirmé l’énorme montée en puissance du nombre de pays qui sont maintenant dotés de systèmes aériens sans pilote (drones). Le bureau gouvernemental des responsabilités (GAO) a publié une version non classifiée de son rapport de Février 2012 sur la prolifération des drones. Le rapport examine à la fois le développement de ces systèmes aériens sans pilote communément appelés “drones” ainsi que les contrôles américains et multilatéraux de l’exportation de la technologie liée aux drones.

Le rapport établit qu’entre 2005 et Décembre 2011, le nombre de pays possédant des drones est passé de 41 à 76 voir la liste complète ).

 

Les pays possédant des drones d’après le rapport du GAO

“La majorité des drones étrangers que les pays ont acquis tombe dans la catégorie de drones tactiques. Ces drones sont faits pour essentiellement l’espionnage, la surveillance et les missions de reconnaissance, ils ont typiquement un rayon d’action opérationnel limité de l’ordre de 300 km. Mais certaines variétés plus avancées sont capables de faire des missions de collection de renseignement, du ciblage ou des attaques. Des mini-drones sont aussi achetés fréquemment à travers le monde.”

Il doit être noté que jusqu’à présent seuls les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël sont connus pour avoir déjà utilisé des drones armés.

Le rapport poursuit: “En ce moment, il y a plus de 50 pays qui développent plus de 900 systèmes différents de drones. Cette croissance est dûe au fait que bon nombre de pays voient le succès des Etats-Unis dans l’utilisation de leur drones en Irak, Afghanistan et décident d’investir dans les ressources de développement des systèmes aériens sans pilote afin d’être compétitifs économiquement et militairement dans ce domaine technologique émergeant.”

Bien que le rapport ne mentionne pas le danger de la prolifération des drones pour la paix globale et la sécurité, il met l’accent sur le danger que la prolifération des drones présente pour les “intérêts américains”. Le rapport stipule que “l’utilisation de drones par des pays ´étrangers pour collecter des renseignements sur les activités militaires américaines est déjà courante et que la croissance du nombre de oays ayant acquis la tehcnologie des drones, incluant des pays clés (NdT: comme l’Iran), a augmenté la menace sur les Etats-Unis.”

 

Table 1: Vente des drones US 2005-2010

 

Malgré cela, le rapport dit: “Le gouvernement des Etats-Unis a déterminé que le transfert sélectif de la technologie nécessaire aux drones soutient ses intérêts de sécurité nationale”, mettant ainsi en contradiction le cœur même des mesure de contrôle sur l’armement. “Les représentants du secteur privé disent que la technologie des drones est un des secteurs de croissance les plus important de l’industrie de la défense et donne de très bonnes opportunités pour augmenter les bénéfices économiques si les entreprises américaines demeurent compétitives dans le marché global de cette technologie.”

Le rapport révèle qu’entre 2005 et 2010, les Etats-Unis ont approuvé plus de 380 millions de dollars d’exportation de drones. Au total, le gouvernement US a approuvé le transfert de systèmes complets dans 15 cas sur cette période. Huit des 15 pays ont été nommés dans le rapport. Il s’agit du: Danemark, Italie, Lithuanie, Royaume-Uni, Australie, Colombie, Israël et Singapour. De plus, 1278 licenses liées aux drones ont été identifiées durant cette période.

Les Etats-Unis et le MTCR

L’accord international principal qui contrôle les transferts de technologie de drones et de drones est le Missile Technology Control Regime (MTCR). Bien qu’il ne se focalise pas seulement sur les drones, le MTCR contrôle les systèmes aériens sans pilote en les divisant en deux catégories. Les sytèmes de première catégorie sont capables de délivrer des engins explosifs de 500kg à plus de 300km, tandis que la seconde catégorie couvre les systèmes qui portent des engins plus légers ou qui ont un rayon d’action de moins de 300km. Bien que toutes les décisions soient prises à l’échelon national (et il n’y a pas de système de sanction par d’autres pays si le MTCR n’est pas respecté…), il y a une “très forte présomption de déni” concernant la 1ère catégorie, à savoir la présomption que les états signataires du MTCR n’exporteront pas ces systèmes. Les nations ont plus de loisir à exporter les engins de seconde catégorie.

Drone Wars UK a précédemment mis en exergue les efforts par les entreprises américaines de “relâcher” les contrôles sur l’exportation des drones. Quoi qu’il en soit, le rapport du GAO d´taille pour la première fois “six propositions des Etats-Unis  liées aux drones” pour amender le MTCR sur la période de 2005 à 2011, dont cinq qui auraient eu pour résutat “de transférer des drones couramment classifiés en catégorie 1 vers la catégorie 2”, les rendant ainsi plus faciles à exporter. Les cinq propositions furent rejetées par les autres membres du MTCR.

Alors que le rapport du GAO explique en détail le besoin d’améliorer les contrôles internes aux Etats-Unis sur l’exportation des drones et de leur technologie (recommandant une amélioration de la communication et des bases de données entre les départements des licenses et les agences de renseignement), le rapport ne mentionne pas le fait qu’il y ait un besoin d’améliorer les contrôles internationaux.

Il y a deux semaines, il fut rapporté que le Pentagone avait identifié 66 pays qui seraient éligibles pour acheter les drones américains sous de nouvelles règles de conduite qui doivent toujours être approuvées par le congrès. Dans le même temps, l’Allemagne désire acheter des drones armés, alors que son voisin la Pologne pense arrêter son utilisation d’aviation à pilotes au profit de drones armés, tout comme le Canada désire dépenser 1 milliard de dollars pour des drones armés, l’Australie 3 milliards de dollars.

Le calendrier pour des contrôles globaux afin d’arrêter la prolifération des drones n’a jamais été aussi important et urgent. Le mois prochain aura lieu la 26ème réunion plénière du MTCR à Berlin. Réunion qui se tiendra à huis-clos. Aucun calendrier ou détails de la réunion n’ont été rendus publics. Nous en appelons à tous ceux qui y participent de réaliser le danger croissant que représente la prolifération des drones et de résister aux signaux d’alarme lancés par ceux qui ont tout intérêt à ce que les contrôles existant, contrôlent de moins en moins…

Table 2: Liste des pays possédant des drones d’après le rapport du GAO.

Algeria Egypt Lebanon Singapore
Angola Estonia Libya Slovakia
Argentina Ethiopia Lithuania Slovenia
Australia Finland Malaysia South Africa
Austria France Mexico Spain
Azerbaijan Georgia Morocco Sri Lanaka
Belarus Germany Netherlands Sweden
Belgium Greece New Zealand Switzerland
Botswana Hungary Nigeria Syria
Brazil India Norway Taiwan
Bulgaria Indonesia Pakistan Thailand
Burundi Iran Panama Trinidad & Tobago
Canada Israel Peru Tunisia
Chile Italy Philippines Turkey
China Ivory Coast Poland Uganda
Colombia Japan Republic of Korea Ukraine
Croatia Jordan Romania UAE
Czech Republic Kazakhstan Russia United Kingdom
Denmark Latvia Serbia USA

 

Article original publié en anglais :

http://dronewarsuk.wordpress.com/2012/09/18/mapping-drone-proliferation-big-business-vs-the-mtcr/

 

Traduction: Résistance 71

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Séisme à 30km du site nucléaire de Cadarache en France

septembre 20th, 2012 by Coordination anti-nucléaire Sud-Est

Le mercredi 19 septembre 2012 à 21h



 (Bouches-du-Rhône) implanté sur la faille sismique de la moyenne Durance. Plusieurs secousses sismiques ont été ressenties le 19 septembre, peu avant 21h, dans la région de Manosque (Alpes de Haute Provence) et dans une grande partie sud-ouest du département comme à Forcalquier et Villeneuve qui serait le centre du séisme. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.

Plusieurs secousses ont été ressenties mercredi 19 septembre au soir un peu partout à Manosque. Il était exactement 20h56 quand ce séisme a eu lieu. Mais apparemment, la ville de Manosque n’a pas été la seule à être touchée par ces tremblements de terre qui ont duré quelques secondes, puisque les secousses ont été ressenties également sur Villeneuve, Volx, Lurs, Oraison, Forcalquier, Les Mées ou encore Vinon. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.
La terre a tremblé mercredi soir dans la région de Manosque

“Cela a bien secoué !”, “c’est hyper impressionnant !”, “On a eu l’impression que le toit allait nous tomber sur la tête !”, ont affirmé les premiers témoignages recueillis sur la page Facebook d’Haute-Provence Info. L’épicentre de ce séisme a été localisé sur la commune de Villeneuve.

Ce séisme n’est pas le premier de l’année sur le département des Alpes-de-Haute-Provence, puisque trois autres séismes ont eu lieu sur la région de Barcelonnette depuis le début de l’année 2012 (26 février, 2 mars et 7 mars, avec respectivement des magnitudes de 4,5 – 4,1 et 3,6 sur l’échelle de Richter). Pour ce qui concerne la région de Manosque et de Forcalquier, le dernier séisme remonte au 8 juillet 2010, avec à l’époque une magnitude de 2,9 sur l’échelle de Richter.

Le bureau central sismologique français est formel : l’épicentre du séisme survenu le mercredi 19 septembre à 20h56 dans le sud des Alpes-de-Haute-Provence est situé “à 10km au au sud-est de Forcalquier”. Soit précisément à hauteur de la commune de Villeneuve. Les secousses, ressenties par beaucoup dans les villes environnantes (Manosque, Volx, Forcalquier, Lurs…), sont considérées par les spécialistes comme “modérées” !!. Rappelons qu des répliques de faible intensité ont été ressenties dans le sud du département peu après 22h et jusqu’en Vaucluse comme dans le village Le Thor.

C’est la faille sismique de la Moyenne-Durance qui a représenté la ligne sismique, faille sur laquelle les nucléocrates ont implanté 19 installations nucléaires civiles et militaires sur le site du CEA à Cadarache, lieu également retenu pour l’implantation du projet démentiel et démoniaque ITER. Sur ces 19 INB seules 3 sont aux normes anti-sismique de l’aveu même de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire)

Il y a un mois, des citoyen-nes entamaient une “marche pour la vie” à partir de Cadarache pour exiger la fermeture immédiate des sites nucléaires du triangle de la mort Cadarache (Bouches-du-Rhône) Marcoule (Gard) Tricastin (Vaucluse et Drôme) qui représentent une atteinte quotidienne à la santé (rejets quotidien de radioactivité) et une menace permanente du fait de la zone sismique. Le séisme de ce 19 septembre leur donne raison.

De nombreuses habitant-e-s ont réagit sur les réseaux sociaux, à peine les secousses ressenties.  Cindy : “Hallucinant sur Volx ! On a eu très peur“, Sarah : “SurVilleneuve c’était impressionnant !“, Frédéric : “A Lurs aussi, j’ai ressenti comme l’effet du souffle d’une grosse explosion ou d’un mur du son tout près...”, Yolande : “Vraiment impressionnant ! Heureusement très court“, Nathalie : “C’est hyper impressionnant, on a l’impression que le toit va nous tomber sur la tête… angoisse garantie“, Sophie : “Ca fait très peur… je suis d’Oraison, tous les murs ont tremblé lors du 1er… j’ai eu beaucoup de mal à calmer mes petits de 3 et 6 ans qui pleuraient et tremblaient…“, Monique : “Je suis au Mont d’Or et ça a bien tremblé !“, Isabelle :  “Impressionnant sur Dauphin aussi !“, Lawrence : “Comme une bombe nous avons senti la toute première secousse – assez forte dans le quartier du Trėcol et Villeneuve. Suivie une heure plus tard par deux secousses supplémentaires à deux minutes d’intervalle. En sautant de la baignoire précipitamment mon fils de 10 ans s’est fait mal. Dégâts et fissures apparentes dans nos façades et celles de nos voisins“, Zelda : “J’habite à Manosque vers la gare SNCF, et nous l’avons nettement ressenti… entre les vitres qui vibraient ainsi que la vaisselle, le lustre qui balançait et le fauteuil où j’étais assise qui allait de gauche à droite, et le vrombissement de la terre… Cétait inquiétant...”, Maud : “J’ai peur qu’un jour on se retrouve comme en 1909..

Simulacres de simulation de séisme et de secours

Ce ne sont pas les simulacres de mise en place de secours comme ceux effectués le 17 janvier 2012 avec force mobilisation de… médias autour du centre nucléaire de Cadarache qui pourront et peuvent empêcher la menace. Menace dont le directeur du centre atomique estimait ce jour-là : “ les conséquences radiologiques peuvent dépasser les limites du centre. D’autant que le bâtiment dédié à la radioprotection serait lui aussi touché…. Toutes les personnes situées dans un rayon de 5 kilomètres, dans les communes de Saint-Paul-lez-Durance, Beaumont-de-Pertuis, Corbières, Vinon-sur-Verdon, Ginasservis, Rians et Jouque seraient menacées.”

A l’époque, dans un mouvement de lucidité, la presse relevait au terme de cette simulation de séisme que “En fin de journée, au moment où le préfet de région décidait de lever l’alerte et de mettre un terme à l’exercice, le bilan provisoire faisait état de neuf blessés au sein du CEA, 22 personnes contaminées (en cours de décontamination) et aucune irradiée. Quant au nuage radioactif, il n’avait pas bougé et le peu de matière rejetée par Pégase restait cantonné à proximité de l’installation. Hier, en effet, si tous les éléments avaient été imaginés, c’est en revanche la vraie météo, celle du jour, qui a été prise en compte : glaciale mais avec un vent nul. Des conditions climatiques favorables en termes de radioprotection. Nettement moins en revanche en termes de protection civile… car à l’extérieur du CEA, les dégâts sont énormes et le bilan très lourd. On parle déjà de 75 morts et de plus de 7 500 personnes sans-abri. Les routes, coupées au nord de Cadarache, obligent d’ailleurs le centre à organiser le rapatriement de 2000 de ses salariés vers des gymnases des Bouches-du-Rhône.” mais par quels moyens si les routes sont inaccessibles? mystère.

La seule solution rationnelle pour éviter les conséquences dramatiques d’un séisme dans une telle région est de fermer immédiatement et sans aucune condition les sites et installations nucléaires.

Mutisme du CEA et incident nucléaire 5 jours plus tôt

A cette heure, jeudi 20 septembre 2012 12h50, alors que le séisme s’est produit depuis 15 heures, aucune information n’émane du CEA de Cadarache, aucune communication officielle sur le sire internet du CEA, pourtant si prompte le mois dernier à tenter de minimiser les raisons de la Marche antinucléaire du CAN84 (collectif antinucléaire de Vaucluse).

Un mutisme d’autant plus inquiétant qu’il y a cinq jours, le 14 septembre 2012 le centre nucléaire a été contraint de déclarer à l’Autorité de Sûreté Nucléaire une anomalie concernant l’un des assemblages combustibles du coeur du réacteur de recherche CABRI qui fait l’objet d’une rénovation depuis l’année 2004. Le coeur du réacteur, c’est-à-dire le combustible nucléaire avec son gainage et ses structures en vue de leur manipulation, est entreposé dans une piscine. C’est lors de contrôles visuels par caméra immergée de l’état des assemblages combustibles avant rechargement du réacteur,qu’a été constaté la présence de tâches d’origine inconnue localisées sur une vingtaine de gaines d’éléments combustibles ainsi que sur d’autres structures métalliques. Les opérations de rechargement ont du être arrêtées en attendant des investigations approfondies.

Triste ironie des incidents et accidents nucléaires : le réacteur Cabri permet d’étudier le comportement des combustibles nucléaires en cas d’accident. Monstrueux!

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L’impasse de la contestation anti-Poutine en Russie

septembre 20th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

EN RESUME

 Un échec et une impasse. Ils étaient loin, très loin des « millions ». La contestation anti-Poutine est dans l’impasse. Il se confirme qu’elle ne déborde guère une certaine couche aisée de la capitale, d’obédience libérale. Les meetings de province plus populaires n’ont réuni que peu de monde. Le parti communiste était peu visible à Moscou. Le parti libéral « Iabloko » a pris ses distances. Les gauches russes se divisent, une partie d’entre elles ne veulent plus « marcher » avec la droite libérale et nationaliste et dénoncent « l’hégémonie bourgeoise » sur le mouvement. Elles veulent mobiliser sur les questions sociales. Ce qu’on a appelé la « révolution blanche » ou « orange », déclenchée contre Vladimir Poutine pour cause de « falsification » des scrutins législatifs du 4 décembre 2011 et présidentiel du 4 mars 2012 semble en train de s’essouffler. Il n’y a toujours pas de « vague de fond » populaire.[1]

La police a parlé de 22.000 manifestants à Moscou, l’un des porte-parole de l’opposition Serguei Oudaltsov (Front de Gauche) de près de 50.000 mais les organisateurs (repris dans les médias occidentaux) ont parlé de 100.000 ( !) La réalité était très loin en dessous de ces derniers chiffres. Images et témoins en font foi. En province, on n’a compté que quelques centaines de participants aux divers meetings. Même s’il y eut 50.000 au total, nous sommes dans un pays de 145 millions d’habitants ! Et Moscou en compte entre 12 et 15 millions…  Or, il y avait eu, lors des rassemblements d’hiver et de printemps, rien qu’à Moscou, entre 50, 80, 100.000…selon les estimations. Le mouvement, déjà limité, est donc en perte de vitesse.

Il faut donc cesser de  se raconter des histoires et de se fier à nos télés, qui ont longtemps trompé l’opinion occidentale en lui faisant croire à un « rejet massif » de Vladimir Poutine, président réélu le 4 mars 2012 avec une indéniable majorité ! Et ce, bien que sa popularité, très forte, soit en train de baisser.[2] Nombre d’Occidentaux, et d’opposants russes prennent leurs désirs pour des réalités : il n’y a pas de soulèvement populaire en Russie, rien de comparable à ce qui existe en Espagne, en Grèce ou dans le monde arabe. Début 2011, une véritable hystérie s’était répandue dans les milieux oppositionnels, annonçant une « contagion arabe » et un « scénario égyptien » pour Vladimir Poutine. Le président Dmitri Medvedev s’était lui-même inquiété.[3]

Ce n’est pourtant pas que la Russie soit en parfaite santé, loin de là !  Il y a des mécontentements diffus, disparates, et certes une crise sociale et identitaire profonde mais sur fond de croissance économique,  qui a permis ces dernières années une forte élévation du niveau de vie, ce qui exclut  « la catastrophe » constamment annoncée par les opposants. Sous réserve d’une débâcle mondiale qui aurait d’inévitables conséquences en Russie !

Il vrai que la Russie « n’a pas de projet ».Elle navigue à vue, le Kremlin est dans le brouillard, c’est également le cas de la « place des marécages » toute proche,  où se rassemblaient les contestataires.

Peut-être le mouvement rebondira-t-il lors du prochain rendez-vous du 20 octobre, à supposer que les organisateurs parviennent à se mettre d’accord sur la date ? C’est ce qu’espère son leader le plus populaire, Serguei Oudaltsov, apprécié pour son profil de militant honnête et sans compromission, mais non pour ses options « révolutionnaires » et son sens du réel. C’est lui qui, de concert avec Boris Nemtsov, ancien dirigeant eltsinien, ultralibéral, a organisé cette « marche des millions » du 15 septembre.  Ils étaient entourés d’autres leaders libéraux, tel l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov, du précurseur de la contestation, l’ancien champion d’échecs et leader de l’ « Autre Russie » Garry Kasparov,  de la jeune écologiste Evguenia Tchirikova « l’étoile verte de la Russie », du « blogger » proche des nationalistes Alexei Navalnyi,  de Polina Deripaska, patronne du puissant  « Forward Media Group » et épouse d’Oleg Deripaska « le roi de l’aluminium » et figure de proue de l’oligarchie industrielle. D’autres vedettes du grand business étaient attendues et ne sont pas venues.

Comme d’habitude on a vu le mélange hétéroclite de « bourgeois moscovites » de tendance libérale (les blancs et les bleus) d’écologistes (verts) de nationalistes arborant les couleurs monarchistes tsaristes blanc-jaune-noir, de « gauchistes » aux drapeaux rouges, rassemblés dans le « Front de Gauche », de communistes de gauche du « Rotfront », d’anarchistes aux drapeaux noir et rouge, de nationaux-bolchéviques d’Edouard Limonov, désormais réunis dans le mouvement « Autre Russie » et arborant le même drapeau monarchiste que les autres nationalistes. Deux slogans fédèrent la contestation : « La Russie sans Poutine » et « Des élections honnêtes ». Pour la première fois, des mots d’ordre « économiques et sociaux » ont été acceptés, sous pression de l’aile gauche du mouvement : le gel des tarifs des services publics, la restauration du droit de grève, la hausse des dépenses pour l’enseignement et la santé.  Mais l’objectif de « refaire les élections » ne peut être atteint pour la simple et bonne raison que, si falsifications et manipulations il y eut, elles n’ont pas modifié fondamentalement les scrutins, tous les sondages s’accordant à reconnaître les majorités acquises par le parti « Russie Unie » et, surtout, par le président Vladimir Poutine.

INCIDENTS ENTRE ANARCHISTES ET NEOFASCISTES

Une bagarre – événement prévu et déjà habituel- a éclaté entre anarchistes et nationalistes d’extrême-droite. Parmi ceux-ci, il y avait  le chef du « Mouvement contre l’immigration illégale », interdit à Moscou et victime de mesures répressives, le néonazi Alexandre Belov. C’est l’un des meneurs des « Marches russes » du 4 novembre qui avaient commencé en 2005 avec des croix gammées et  des saluts fascistes, depuis lors interdits, de même que les groupes les plus violents comme la milice paramilitaire « Unité Russe » (RNE) et l’ « Union Slave » (SS) dont les militants clandestins et recyclés dans de nouvelles organisations ont également été vus dans les manifestations de ces derniers mois. Remarqué dans la manif du 15 septembre : l’emblème de la roue solaire d’usage sous le nazisme et qu’ont adopté des néonazis russes. On remarquera d’ailleurs que les millions de travailleurs immigrés « musulmans », du Caucase et d’Asie centrale, ne se joignent guère à cette « contestation » en partie menée par des milieux d’affaires qui surexploitent cette main d’œuvre au rabais ! Et pour cause : certains opposants « nationalistes » sont ceux qui mènent les « combats de rue » souvent meurtriers contre des étrangers.

A Saint-Petersbourg, deux mondes étrangers l’un à l’autre ont défilé. D’un côté, les libéraux de « Iabloko » avec les gays et les lesbiennes, de l’autre les nationalistes et les partisans du national-bolchévik Limonov. Au total, ils étaient entre quelques centaines et deux mille.[4]

L’INVESTISSEMENT ETATSUNIEN N’EST PAS PROBANT

Comme précédemment, la « marche » a bénéficié d’une large audience préalable dans les médias occidentaux, ce qui aurait suffi à en faire un événement dont le Kremlin doit tenir compte, si l’affluence à la Marche n’avait pas été aussi faible. Le pouvoir reste bien entendu « sous surveillance » internationale : le phénomène Internet interdit toute « autarcie ». Le moindre événement, le moindre incident, s’il est largement diffusé et mis à profit par des forces politiques lointaines peut « créer du souci », voir servir à ridiculiser le président Vladimir Poutine et affaiblir sa position d’ « arbitre » des clans dirigeants. On l’a vu avec l’audience formidable accordée à la performance des Pussy Riot.[5]

Les personnalités sur lesquelles mise l’Occident sont Boris Nemtsov, Mikhaïl Kassianov – tenants d’une ligne néolibérale dans le passé- ainsi qu’Alexei Navalnyi, populaire parmi les bloggers, champion de la lutte anti-corruption et qui assure le lien entre les libéraux et l’extrême-droite nationaliste des « Marches russes » auxquels Navalnyi participe. Tous trois, de même que l’ « étoile verte » Evguenia Tchirikova ont séjourné aux Etats-Unis et sont en liaison avec leur ambassadeur à Moscou Jonathan Mac Faul, très engagé aux côtés de cette opposition. Mais l’ambassadeur doit sans doute « faire rapport » au Département d’Etat quant aux faibles résultats, à ce jour, de ses efforts.

Les soutiens occidentaux aux opposants (Département d’état américain, Union Européenne , Parlement européen, Amnesty International) se sont accentués avec l’affaire Pussy Riot, les trois femmes du groupe punk condamnées à deux ans de colonie de travail et dont la libération a également été exigée par les manifestants. Comme on sait, la personnalité emblématique de l’opposition, l’oligarque et ancien patron du groupe pétrolier « Youkos » Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné depuis 2003, a été adopté par Amnesty International comme « prisonnier de conscience ». [6]

Par contre, le national-bolchévik et romantique Edouard Limonov, personnage-clé des alliances entre libéraux et radicaux dans le passé, s’est apparemment mis « en marge », avec son mouvement d’une « Autre Russie » s’affichant désormais comme « gauche nationaliste » distant de ses anciens amis libéraux, dont Garry Kasparov, co-fondateur avec lui en 2005 de la première mouture du petit mouvement « Autre Russie » lancé par la NED[7] et qui défraya la chronique mondiale lors de ses affrontements avec la police en 2007-2008.

LES RESERVES DU PARTI COMMUNISTE

On a remarqué la présence, mais discrète du Parti Communiste de Guennadi Ziouganov, principal parti d’opposition (20% aux élections) qui pourrait théoriquement mobiliser ses centaines de milliers de membres et ses millions d’électeurs. Or, ils sont largement absents ! Sauf (mais très peu) dans plusieurs villes de province où c’est le PC qui a organisé  de petits meetings à coloration « anticapitaliste ».

Ce parti (KPRF) a pris de longue date ses distances envers le mouvement contestataire qu’il apprécie comme opposition à Vladimir Poutine mais qu’il redoute comme tentative de « révolution orange » financée par le bloc euro-atlantique. Plusieurs communistes ont d’ailleurs reproché à la direction du parti ses « ambiguités », tandis que l’extrême-gauche dénonce son manque d’engagement concret, le considérant comme un parti « du système ».

De l’avis du secrétaire général Guennadi Ziouganov, nullement découragé, les protestataires sont désormais orientés en majorité « à gauche » : 60 à 70%. Mais la confiance a diminué dans les leaders du mouvement.[8] Les communistes se félicitent de la forte présence d’enseignants pour qui « l’école n’est pas un marché » et qui réclament une « Russie sans bourgeois ».

Le parti « Iablko », membre de l’Internationale libérale, a également pris ses distances mais pour d’autres raisons : parce que la contestation, d’après lui, prend un aspect « rouge-brun ». ( mélange d’extrême-gauche et  d’extrême-droite) Ce parti avait lui-même exclu de ses rangs Alexei Navalnyi pour cause de « nationalisme radical ».

FORUM DES GAUCHES RUSSES : LA DIVISION. LE LEADERSHIP DE SERGUEI OUDALTSOV MIS EN CAUSE.

C’est conscients de cet écart entre une contestation « bourgeoise » et la réalité du pays que les gauches ont tenu un forum de 300 militants de sept régions le 8 septembre. La question débattue était l’élection prochaine d’une Coordination des Oppositions. Celle-ci serait, d’après les participants, « sous hégémonie libérale bourgeoise » et son élection entâchée d’irrégularités ou de manipulations.

Serguei Oudaltsov, adepte de cette Coordination,  au nom du Front des Gauches qui rassemble une kyrielle de petits groupes et partis (communistes de gauche, trotskistes, guevaristes, anarchistes etc…) en appelle malgré tout à l’unité de toutes les forces d’opposition contre le pouvoir « autoproclamé » : «  Les bandits et les voleurs (qui dirigent la Russie) sont dangereux, chaque jour qui passe sous leur direction, ce sont des morts de nombreuses personnes et la dégradation du pays (…) La révolution démocratique bourgeoise mûrit dans le pays ». (Oudaltsov trace ici un parallèle avec la révolution de février 1917 qui renversa le régime tsariste et qui précéda la révolution socialiste d’Octobre ») Il faut dire qu’Oudalsov est persuadé que le renversement du capitalisme et le retour des soviets peuvent avoir lieu en Russie, ce dont les gauches plus « réalistes » doutent énormément.

Alexandre Bouzgualine, du mouvement « Alternatives », l’un des représentants en vue de la pensée marxiste en Russie, pense que le pouvoir « autoproclamé » (selon Oudaltsov) est constitué « de clans sérieux, administratifs et économiques » qui jouissent à ce jour « du soutien d’une partie significative de la Russie ». Il faut donc mieux tenir compte du rapport des forces dans la société.

Boris Kagarlitsky, directeur de l’Institut de la Globalisation et des questions sociales (ancien dissident sous Brejnev et leader intellectuel reconnu) estime, à l’encontre des autres opposants, que Poutine « n’est pas autoproclamé  mais élu par des millions de gens. ». Les dirigeants de l’opposition sont eux-mêmes « autoproclamés ». Il en appelle au boycott de leur « coordination ».

Edouard Limonov, de « l’Autre Russie » qui a succédé à son parti « national-bolchévik » (interdit) estime que tant Poutine que ses opposants poursuivent une politique « bourgeoise » et que « le wagon rouge de ce train bourgeois doit être décroché ».

Serguei Biets, du parti communiste ouvrier (dissidence de gauche du PC) observe que, par rapport aux années 1990, la proportion de travailleurs dans les meetings protestataires a sensiblement diminué, au profit de couches bourgeoises. C’est ce qui assure la domination de la droite dans la contestation.

Ajoutons que de nombreuses petites protestations sociales ont lieu à travers le pays – contre des licenciements, pour des hausses de salaires, contre la réduction des budgets à l’éducation et à la santé.[9]

Ces protestataires sociaux se retrouvent rarement dans « LA » grande contestation démocratique et, surtout, moscovite.

VERS DES REORIENTATIONS POLITIQUES ?

La débâcle du mouvement protestataire coïncide avec des défections au sein du parti du pouvoir « Russie Unie », dont certains déserteurs pourraient rejoindre une nouvelle formation libérale.[10]  Tant le pouvoir que l’opposition seront amenés, dans les mois qui viennent, à repenser leurs stratégies. La division gauche-droite va s’accentuer dans la mouvance contestataire. « Il est temps d’en finir avec les meetings » estime la célèbre journaliste et romancière Ioulia Latynina, opposante radicale au « poutinisme » et adepte d’un libéralisme musclé, aux antipodes d’un Serguei Oudaltsov.[11] Un journaliste russe proche des milieux libéraux, Boris Toumanov, porte un jugement sévère sur les leaders de la contestation : «  Il serait trop facile d’attribuer cette passivité (de la population) aux amendes draconiennes prévues par la loi adoptée en juin dernier pour punir les manifestants en cas de troubles ou de rassemblement non autorisé. Il se fait que l’égocentrisme et l’incompétence des leaders de l’opposition les rendent inaptes à établir un programme d’action réaliste susceptible de servir de base à un mouvement politique. »[12]

Les libéraux et leurs amis occidentaux devront mettre en avant de nouvelles personnalités. Il est probable qu’outre Mikhaïl Khodorkovski, dont la libération est réclamée dans les milieux d’affaires, l’oligarque milliardaire Mikhaïl Prokhorov, qui a obtenu 7,7% des voix aux présidentielles de mars 2012, créateur de la « Plateforme civique » et l’ancien ministre des finances Alexei Koudrine, qui anime un Comité d’initiatives civiques, deviennent les garants d’un renouveau de la droite néolibérale, successivement défaite par le krach de 1998 et par le tournant « étatiste » en 2003, d’un président Poutine qui n’en a pas moins poursuivi, sous le contrôle du Kremlin, les œuvres de privatisations et de restrictions des prestations  sociales de l’état.

De son côté, la gauche « souverainiste » au sein du pouvoir cherchera à obtenir du président Vladimir Poutine une réorientation « régulatrice » de la libéralisation économique, au moment où la Russie fait son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce, source d’inquiétude pour les industries nationales et des millions de travailleurs menacés de perdre leurs emplois. C’est toute la conception de la « modernisation de rattrapage » qui doit se préciser, entre autres questions « identitaires » d’un pays  toujours en panne de repères, vingt ans après la fin de l’URSS et la « thérapie de choc ».

Voilà sans doute des enjeux qui, avec ceux d’une situation internationale chaotique, dépassent de quelques degrés les  discours stériles où s’est  embourbée la « Place des Marécages ».

Jean-Marie Chauvier

 

IMAGES DE LA MARCHE DU 15 SEPTEMBRE 2012

LES REPORTAGES DE LA TV OFFICIELLE (PREMIER PROGRAMME)

http://www.1tv.ru/news/

On voit peu de manifestants, le commentateur insiste sur le fait qu’il y en a beaucoup moins  que précédemment. On voit à la tribune le leader des « bloggers » Alexei Navalnyi.

On voit une bagarre entre nationalistes et anarchistes.

AUTRE REPORTAGE, PLUS TARDIF ET  REPRESENTATIF

http://www.1tv.ru/news/

L’accent est mis sur les nouvelles revendications sociales du meeting.

La polémique sur le nombre de manifestants. La police a parlé de 14.000 manifestants, le leader du Front

On voit le leader libéral Boris Nemtsov, qui appelle à l’unité entre droites, gauches et nationalistes.

Dans les autres villes montrées, on ne voit que quelques centaines de manifestants.

REPORTAGES DE « KRASNOIE TV » (TV ROUGE)

sur internet, communiste. Curieusement, on ne montre pas les manifestants du PC mais seulement ceux du « Rotfront » proche du PC.

LE NOUVEAU GROUPE « ROTFRONT », GAUCHE COMMUNISTE

http://www.krasnoe.tv:80/node/15836

Ces manifestants ont refusé de suivre le « Front de Gauche » dirigé par Sergeui Oudaltsov, « les représantants des organisations de gauche (sauf Oudaltsov) n’ont pas pu prendre la parole au meeting.

15 сентября 2012 года в Москве состоялся многотысячный Марш Миллионов. Учитывая тот факт, что организаторы Марша не допускали до выступления представителей левых организаций, партия Российский объединённый трудовой Фронт организовала серию митингов в самой колонне.

На митинге, предваряющем шествие, выступили:

  • Александр Батов, председатель Московского городского комитета РОТ Фронта; 
* Борис Кагарлицкий, левый политолог, директор Института глобализации и социальных вопросов; 
* группа “Неведомая земля” (г. Самара); 
* Айнур Курманов, заместитель председателя профсоюза “Жанарту” (Казахстан); 
* Олег Двуреченский, Красное ТВ; 
* Юрий Горбач, завод “Метровагонмаш” (Мытищи), профсоюз “Защита труда”.

 

LES GAUCHES BOYCOTTENT LES ELECTIONS A LA COORDINATION DES OPPOSITIONS : « CES GENS (LIBERAUX ET OUDALTSOV) NE NOUS REPRESENTENT PAS »

 

Boris Kagarlitsky explique (interview en russe) pourquoi « les gauches » (mais pas toutes !) ne reconnaissent plus le leadership de Serguei Oudaltsov (Front de Gauche) et refuseront de participer aux élections de la Coordination des Oppositions, à leur avis dominé et manipulé par la droite libérale (entre autres : il faut payer pour être candidat aux élections) Sur le fond, Kagarlitsky estime que l’opposition doit soulever les questions sociales et chercher à sortir du cadre « libéral ». Il faut aussi un mouvement pour des objectifs « constructifs » et non pour le changement d’une personnalité. Il faut que les gens soient défendus contre la crise. http://www.krasnoe.tv:80/node/15812

 



[1] Sur les origines du mouvement et ses diverses composantes, voir JM Chauvier : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-12-22-Revolution-blanche-drapeaux-rouges

[2] En août, selon le Centre Levada, 49% des Russes souhaiteraient que l’actuel mandat du président Poutine soit le dernier. http://french.ruvr.ru/2012_08_23/Vladimir-Poutine-sondage/

[3] Voir JM Chauvier « Les « désordres arabes » : alerte en Russie », Le Monde diplomatique, Valise diplomatique 8 mars 2011 http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-03-08-Russie

[4] Kommersant, 15 septembre 2012.

[5] Voir JM Chauvier  « De quoi les Pussy Riot sont-elles le signe ? » http://www.mondialisation.ca/de-quoi-les-pussy-riot-sont-elles-le-signe/

[6] Sur l’aide américaine aux opposants, cf JM Chauvier http://www.mondialisation.ca/que-font-les-tats-unis-pour-aider-la-contestation-en-russie/

Lire également Diana Johnstone : « Décadence de la protestation politique » (notamment sur le rôle d’Amensty International) http://www.mondialisation.ca/russie-le-declin-de-la-protestation-politique/

[7] NED : National Endowment for Democracy. Fondation conservatrice étatsunienne créée par Ronald Reagan en 1983, pour combattre le communisme, et qui finance aujourd’hui des centaines d’organisations « non gouvernementales » à travers l’ex-URSS, également très active en Amérique latine. De nombreux groupes d’opposition en Russie et en Ukraine sont redevables à la NED des emplois et des moyens matériels qu’ils peuvent mobiliser dans leurs « luttes démocratiques ».

[8] Site officiel du KPRF, 17 septembre, http://kprf.ru/dep/110213.html

[9] Voir à ce propos le site de l’Institut de l’Action Collective, Moscou, IKD, http://www.ikd.ru/

 [11] « Ezhednevnyi Journal », 17 septembre 2012,  http://www.ej.ru/?a=note&id=12236

[12] Boris Toumanov dans « La Libre Belgique »17 septembre 2012 http://www.lalibre.be/actu/international/article/761054/l-impossible-opposition-a-poutine.html

 

Les masques sont tombés… mais l’Occident n’est toujours pas décidé à renoncer à sa « Théorie du chaos constructif »  née dans les cerveaux de «  néoconservateurs » malades d’arrogance et de l’illusion qu’elle pourrait pérenniser sa suprématie et résoudre ses problèmes non seulement d’ordre matériel [énergétique et financier], mais aussi d’ordre politique, moral et spirituel. Et pourtant, cette fameuse théorie se heurte à une autre théorie, celle inéluctable du « retour de manivelle », comme nous sommes malheureusement  bien obligés de le constater partout où l’Occident a semé ce chaos soi-disant salvateur : Libye, Tunisie, Égypte… Drapés de leur souci prétendument humaniste et humanitaire nos dirigeants incapables d’inverser le cours des événements s’acharnent à nous démontrer le contraire.  Le déni de la réalité est désormais l’idée maîtresse pour nous endormir. L’association à des malfaiteurs, en l’occurrence les « terroristes takfiristes », est l’arme fatale censée faire le sale boulot pour ménager nos consciences et nos finances. Exactement comme cela se passe pour la Syrie… Mais, gardons espoir, car « la fin de l’espoir est le commencement de la mort » comme a dit un certain Général ! [NdT].

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Lorsque l’Occident s’est lancé dans son agression contre la Syrie, il ne s’attendait pas à se retrouver dans une impasse plus dangereuse que toutes celles dans lesquelles il a dû s’engager depuis que le monde est devenu unipolaire et que les USA ont décidé de le dominer. Ayant choisi la Syrie pour mener une guerre qui le sauverait et le vengerait d’un « Axe de la Résistance » [Iran, Irak, Syrie, Liban, Palestine] qui a été le seul à lui tenir tête depuis la fin de la guerre froide et à refuser de se plier  au diktat US, il ne s’attendait pas à ce que la résistance se poursuive et surtout pas à ce que la Syrie puisse en sortir victorieuse et annoncer un nouvel équilibre du monde.

L’Occident s’est imaginé qu’en traitant avec « ceux qui se réclament indûment de l’Islam », il pourrait mettre à mal la résistance et l’indépendance des vrais musulmans ; tandis que les USA les ont utilisés dans leur stratégie dite du « soft power » après avoir cherché à duper le monde musulman par le fameux discours du Caire [1] de leur Président fraichement élu et de racines africaine et musulmane. Discours qualifié d’historique, entrecoupé de références flatteuses, et destiné à gommer la méfiance installée depuis la croisade annoncée par Georges W. Bush et sa « Guerre contre le terrorisme » ! Terrorisme volontairement confondu avec l’Islam, exactement comme ils ont procédé en assimilant « l’Axe de la Résistance » libératoire au terrorisme destructeur ; la guerre contre la Syrie n’étant qu’une étape parmi d’autres.

Les USA ont donc utilisé les partis, organisations et pays qui se réclament de l’islam mais suivent des préceptes qui lui sont étrangers pour combattre le véritable Islam  qui résiste, croit en l’Homme, en sa liberté et ses droits, part du principe que les hommes sont  l’œuvre d’un même Créateur et frères par la foi, invite au respect et à la reconnaissance d’autrui, conseille le dialogue pour gérer les désaccords aussi importants soient-ils…  Telle est la religion qu’ils ont défiguré et marginalisé pour favoriser le «  takfirisme »  qui ne sait que détruire,  s’en prendre à la vie, aux biens et à l’honneur d’autrui, considérant  tous ceux qui ne partagent pas son idéologie comme des apostats à éliminer et donc à assassiner ! Ils ont recruté ces déviants parce qu’ils ont trouvé en eux ce qu’ils cherchaient : l’arme fatale pour combattre l’Islam résistant !

Usant et abusant de cette idéologie ennemie de l’humanité, étrangère à  l’Histoire et au Droit, les USA ont pensé pouvoir sortir victorieux d’une guerre universelle qui leur permettrait de disposer du monde. Et parce que le Moyen-Orient est la voie et le réservoir de l’énergie qui garantiraient leur perpétuelle hégémonie, ils ont envahi puis couvé les adeptes du takfirisme qui représentent à peine 2% des musulmans [les wahhabites ne dépassant pas les quarante millions sur un total d’environ un milliard et demi], mais qui leur ont permis de mettre la main sur une formidable richesse pétrolière ; richesse qui aurait dû profiter à l’ensemble des croyants censés se partager « l’eau, les pâturages et le feu »…  Mais l’Occident a fait en sorte que les wahhabites en soient les seuls propriétaires [2] et la bénédiction s’est transformée en malédiction, puisque ses revenus ne servent plus qu’à tuer des Arabes et des Musulmans et à détruire leurs biens.

C’est donc cette stratégie très « soft » que l’Occident a choisi pour attaquer les Musulmans par des musulmans et  les Arabes par des arabes pour tous les anéantir, et c’est dans cet esprit qu’il a mené sa guerre contre la Syrie en espérant atteindre ses objectifs dans la région. Il s’est servi des groupes wahhabites takfiristes riches et puissants pour mener sa transaction du siècle : « à nous occidentaux le pouvoir, à vous takfiristes l’autorité locale à condition que vous injectiez votre argent dans nos économies quitte à ce que nous vous reversions ce que le vassal peut attendre de son maître ! ». C’est ainsi que le bon peuple a été dupé et  que  certains régimes ont changé par les urnes, traduisant l’entente préalable entre les USA et les gouvernements occidentaux, d’une part ; les USA et les soi-disant musulmans, d’autre part.

Les mouvements takfiristes opérant sous diverses étiquettes, tout autant que les planificateurs US-Sionistes, ont cru  que la Syrie ne pourra pas tenir face à leurs intimidations, leur démagogie et leur terrorisme, et que l’Occident fera tout le nécessaire pour la démolir quel qu’en soit le prix… Mais au bout de dix-huit mois de terreurs, de destructions et de crimes commis contre son peuple, la Syrie n’est pas tombée… En revanche les agresseurs ont subi tellement de pertes que désormais leurs slogans prêtent à rire et que l’Occident, après avoir longuement hésité, commence à exprimer ses doutes, sa déception, son impuissance, voire sa faillite dont les signes avant coureurs sont les suivants :

1. La certitude qu’il est désormais impossible de renverser le gouvernement syrien dirigé par le président Bachar al-Assad, après avoir joué toutes ses cartes contre lui ; une certitude exprimée par l’ambassadeur de France au Liban, lors d’un symposium qui s’est tenu la semaine dernière à Beyrouth [le 11/9/2012], quand il a dit en substance : « Nous ne savons pas vers où se dirige la Syrie. Nous ne pouvons rien offrir sur le terrain car il nous est impossible d’établir des zones de sécurité, des couloirs humanitaires ou d’exclusion aérienne. Nous sommes persuadés qu’Al-Assad doit quitter le pouvoir, mais nous ne savons pas comment ! ». Une déclaration qui témoigne clairement de l’impuissance et de l’échec de l’Occident en la circonstance. Ensuite, ce fut au tour de la conseillère de la Maison Blanche d’exposer les différents scénarios possibles pour finir par dire que le plus probable était que le Président Al-Assad reste au pouvoir… parce qu’il en a les moyens ! Autre déclaration qui traduit certainement la déception des USA qui, après avoir abusivement décrété sa soi-disant illégitimité et l’imminence de sa chute, sont obligés d’admettre cette forte probabilité !

2. L’appel vigoureux du Pape Benoît XVI [3], la plus haute autorité spirituelle chrétienne catholique et l’autorité morale par excellence, à mettre fin aux violences, au trafic d’armes, et de travailler à une solution pacifique en Syrie par le dialogue sincère entre toutes les composantes de la société syrienne et sans ingérence extérieure. Un appel que le Pape n’aurait jamais prononcé s’il n’avait pris connaissance de l’exacte situation en Syrie et s’il ne pensait qu’il avait de fortes chances d’être entendu, notamment par la France et l’Union Européenne qui déclarent « s’interdire, aujourd’hui, d’armer l’opposition syrienne » [4] !

3. L’empressement du nouvel émissaire de l’ONU, Mr Lakhdar Brahimi, à se déclarer libre des pressions exercées par les « ourbanes » wahhabites et sa volonté d’ébruiter ce qu’il a fait savoir à la direction qatari et à Hamad Ben Jassem, son ministre des Affaires étrangères, quant au fait qu’ils devaient désormais rester à l’écart de sa mission censée mettre en place les bases d’une solution pacifique que lui et sa Ligue n’ont cessé de torpiller. S’ajoute à cela le sentiment que l’Occident a besoin de lui pour tenter de sauver la face. Sans oublier ses prises de position suite à sa rencontre avec le Président syrien qui lui a permis de lever ses doutes quant à la solidité de la gouvernance syrienne, et d’avertir indirectement ceux qui souhaiteraient entraver sa mission que les retombées de la crise ne se limiteraient pas aux frontières syriennes, laquelle crise « représente une menace pour le peuple syrien, pour la région et pour le monde » ; ce qui laisse à penser que Mr Brahimi ne sera pas un Mr Annan bis !

4. La remise en question des stratégies occidentales soutenant le terrorisme par nombre d’intervenants qui déclarent publiquement que la poursuite d’une telle politique menace leurs propres intérêts, en Europe et plus particulièrement aux USA [6]. Ainsi que les réactions aux extraits du film blasphématoire  [L’Innocence des musulmans, NdT] qui devraient pousser les USA à se départir de leur arrogance, à comprendre que le temps est venu de cesser de manipuler les peuples [7], et à prendre conscience que même les gouvernements nouvellement constitués suite à la transaction « pouvoir mondial contre autorité locale » ne sont pas nécessairement  leurs alliés ! Ce n’est donc pas sans arrière pensée qu’Obama a déclaré que l’Égypte n’était « ni un allié, ni un ennemi » !

Certains diront que, sur le terrain, la réalité ne traduit pas cette faillite étant donné la quantité faramineuse d’armes en perpétuelle livraison aux terroristes en provenance du Liban ou de la Libye via la Turquie… la dernière livraison portant sur 400 tonnes [8] ! … Mais ceci ne contredit en rien le succès de  l’Armée arabe syrienne qui par sa « stratégie d’encerclement avant nettoyage » a écrasé un grand nombre de ces terroristes et en a débarrassé les régions infestées l’une après l’autre…

Par conséquent, nous  disons que la Syrie est entrée dans une nouvelle étape que nous pouvons résumer comme suit :

1. Le camp des agresseurs se cherche une voix de sortie et même si certains continuent à vouloir atteindre leurs objectifs premiers par les menaces et le terrorisme, ils sont obligés de tenir compte du fait qu’ils allument un incendie qui risque de les brûler et de nuire aux intérêts des pays occidentaux.

2. Le dialogue national pour une solution pacifique est seul capable de restaurer la stabilité. Il doit être garanti par les forces régionales et internationales impliquées dans la crise, sans oublier que la Syrie après avoir résisté à l’agression  est capable d’une contre-offensive.

3. Les masques sont tombés : l’Occident ne peut plus tromper personne… l’idéologie takfiriste destructrice a révélé sa déviance et celle de ses adeptes !

Dr Amin Hoteit

17/09/2012

 

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=68849384520120917002710

Article traduit de l’arabe par Mouna  Alno-Nakhal  pour Mondialisation.ca

 

 

Références [NdT]

[1] Video : Discours de Barack Obama à l’attention des musulmans du monde depuis le Caire en Égypte

http://www.buzzmoica.fr/video/video-discours-obama-egypte-8018

[2] Arabie saoudite : Le Pacte de Quincy, une relation spéciale, mais de vassalité. [par René Naba]

http://www.mondialisation.ca/arabie-saoudite-le-pacte-de-quincy-une-relation-sp-ciale-mais-de-vassalit/

[3] L’appel de Benoît XVI pour la paix en Syrie [par Jean-Marie Guénois]

http://www.leral.net/L-appel-de-Benoit-XVI-pour-la-paix-en-Syrie_a55871.html

[4] Le Drian: pas de livraison d’armes à l’opposition syrienne

http://www.20minutes.fr/tv/afp-actus/45014-le-drian-pas-de-livraison-d-armes-a-l-opposition-syrienne

[5] Sur Brahimi et son approche du dossier syrien [par Louis Denghien]

http://www.infosyrie.fr/actualite/sur-brahimi-et-son-approche-du-dossier-syrien/

[6] Ron Paul : L’obsession des États-Unis pour la guerre (Iran,Syrie)

http://www.dailymotion.com/video/xsotjj_ron-paul-l-obsession-des-etats-unis-pour-la-guerre-iran-syrie_news

[7] La fonction du film islamophobe: provoquer une discorde entre chrétiens et musulmans [par Ghaleb Kandil]

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=72243

Extrait :

« La volonté de provoquer des affrontements entre musulmans et chrétiens intervient après l’échec du plan visant à allumer une discorde entre les sunnites et les chiites, surtout que les développements en Syrie ne vont pas dans ce sens malgré tout ce qui est fait pour cela, de même qu’au Liban, où les feux de la fitna sont éteints à chaque fois que les fauteurs de troubles les allument.

La diffusion de ce film en ce timing vise aussi à faire échec à la visite du pape Benoit XVI au Liban, qui vise à promouvoir et à renforcer l’idée de la convivialité et du partenariat entre chrétiens et musulmans en Orient. Ce qui, évidemment, ne s’inscrit pas dans la logique des Etats religieux (juif et salafistes), pour lesquels plaident et militent Israël, les pétromonarchies du Golfe et leur mentor américain. »

[8] Syrian rebels squabble over weapons as biggest shipload arrives from Libya [par Sheera Frenkel]

http://www.thetimes.co.uk/tto/public/sitesearch.do?querystring=+Libyan+Weapons+&p=tto&pf=all&bl=on

A Libyan ship carrying the largest consignment of weapons for Syria since the uprising began has docked in Turkey and most of its cargo is making its way to rebels on the front lines, The Times has learnt. Among more than 400 tonnes of cargo the vessel was carrying were SAM-7 surface-to-air.

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

 

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Par une décision prise dans la précipitation et incroyablement hystérique, le 7 septembre dernier, le gouvernement canadien a suspendu tous ses liens diplomatiques avec l’Iran, fermé son ambassade à Téhéran et ordonné aux diplomates iraniens de quitter le sol canadien dans les 5 jours.

 

Le Ministre canadien des affaires étrangères John Baird a fait une déclaration incroyablement agressive, qualifiant l’Iran de « la menace la plus grave pour la paix et la sécurité dans le monde aujourd’hui. » Comme prétextes pour interrompre les relations diplomatiques avec l’Iran, il a cité des raisons telles que l’attaque en 2011 de l’ambassade britannique à Téhéran par des étudiants iraniens, le soutien de l’Iran au gouvernement du président syrien Bachar Al-Assad, et son prétendu échec à ce que l’on lui fasse confiance quant à son programme nucléaire.

Hormis la grave impolitesse de l’initiative du gouvernement canadien, la déclaration de M. Baird était une insulte absolue et incontestable pour le peuple de l’Iran, comme pour sa glorieuse civilisation et sa culture éprise de paix.

Il est tout à fait impossible de citer n’importe quel exemple d’une action agressive par l’Iran contre les autres nations tout au long du siècle passé. Durant l’ère contemporaine, l’Iran n’a jamais envahi ni attaqué un pays quel qu’il soit. Bien au contraire, il a été la victime de guerres injustes imposées par des puissances impériales. En 1941, les forces armées soviétiques, anglaises et du Commonwealth ont envahi l’Iran afin d’essayer de miner l’influence allemande croissante des Allemands et son contrôle sur de vastes réserves pétrolières. Près de quatre décennies plus tard, sous la pression des États-Unis et de ses alliés européens, le dictateur irakien Saddam Hussein a envahi l’Iran et a fait mourir plus de 500 000 Iraniens avec l’objectif final de tuer dans l’œuf la révolution iranienne. Bien que les deux guerres aient été des échecs, elles ont permis au peuple iranien de sentir le goût amer de l’assujettissement et des massacres. Alors que l’Iran est la victime des politiques de l’impérialisme et des activités bellicistes des superpuissances, c’est une mauvaise plaisanterie de prétendre que ce pays constitue la menace la plus grave pour la paix et la sécurité mondiales.

Mais avec la suspension unilatéralement prise par le gouvernement Canadien de suspendre tout lien diplomatiques entre Téhéran et Ottawa, personne n’en est maintenant plus heureux que les dirigeants israéliens. « J’apprécie énormément la position et la conviction manifestées par le Premier ministre Harper et le gouvernement du Canada, » a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans une entrevue avec la radio CBC. « Je pense que chacun en Israël apprécie sa position directe contre un régime qui brutalise son propre peuple, qui se rend complice du meurtre de dizaines de milliers de personnes en Syrie, qui nie l’Holocauste et réclame l’éradication de l’état d’Israël tout en poursuivant un programme illicite pour développer des armes nucléaires, » a-t-il ajouté.

Le Président israélien Shimon Peres – à qui a été attribué en 1994 le prix Nobel pour la Paix pour son rôle déterminant dans le massacre de Kafr Qasim en 1956 dans lequel ont été tués 6 femmes, 23 enfants âgées de 8 à 17 et un total de 49 personnes, et a exprimé sa reconnaissance à la fondation Nobel en participant directement au massacre de Qana au Liban en 1996 – ne pouvait pas non plus cacher son bonheur après l’initiative canadienne : « Le Canada a prouvé une fois de plus que la morale précède le pragmatisme. Le Canada a démontré que la politique doit refléter des principes et des valeurs, » a dit Peres dans une déclaration. « Je remercie mon collègue Gouverneur général David Johnston, le Premier ministre Stephen Harper et toute la nation du Canada d’avoir pris une position basée sur la morale la plus élevée, et j’espère que d’autres nations verront le Canada comme un modèle sur le plan moral, » a poursuivit Peres.

Les dirigeants iraniens ont qualifiée la décision du gouvernement canadien de décision prise sous la pression du lobby israélien, stigmatisant son attitude servile face aux sionistes qui veulent détourner l’attention internationale des atrocités qu’ils commettent dans les territoires palestiniens sous occupation.

« Le gouvernement actuel du Canada sous la direction de M. Stephen Harper est connu pour ses prises de position extrêmes dans le domaine de la politique étrangère, » a déclaré Ramin Mehmanparast, Porte-parole du Ministère iranien des affaires étrangères. « Le comportement hostile de l’actuel gouvernement raciste du Canada suit en réalité les politiques dictées par les sionistes et les Britanniques. » Et bien évidemment, le porte-parole iranien a raison. Le lobby israélien au Canada est extrêmement influent et puissant et les dirigeants canadiens sont si serviles et obéissants vis-à-vis du régime israélien que l’on considère à certains moments le Canada comme un État satellite d’Israël.

Peut-être les relations profondément enracinées et inextricables entre Israël et le Canada sont-elles le mieux décrites par Yves Engler dans son livre révélateur paru en 2010 : « le Canada et Israël : construire l’Apartheid. » Cet ouvrage bien rédigé et bien documenté dépeint comment le gouvernement canadien a aidé à la formation de l’état israélien en 1948 et de quels énormes appuis le Canada a fait bénéficier Israël au cours des 64 dernières années.

Il y a plusieurs organisations israéliennes et juives qui opèrent au Canada et dont l’objectif ultime est de protéger les intérêts d’Israël dans les décisions prises par le gouvernement canadien, particulièrement en ce qui concerne les questions de politique étrangère. Un de ces organismes est le Comité Canada-Israël, financé par le Conseil Canadien pour Israël et la Jewish Advocacy (CIJA), le fer de lance du United Israel Appeal Canada (UIAC). Ce groupe a été dissous en 2011, mais ses responsabilités ont été endossées par son organisation mère, le CIJA. Selon le site internet Jewish Federations of Canada, 4 millions de dollars sont annuellement assignés aux organisations pro-israéliennes au Canada. Cependant, Peyton V. Lyon, Professeur émérite en Sciences Politiques à l’Université de Carleton, a révélé que le budget du Comité Canada-Israël, avant sa dissolution, était d’environ 11 millions de dollars.

La Jewish Federations of Canada chapeaute plusieurs organisations auxiliaires qui s’activent pour faire la promotion des idées pro-israéliennes dans la société canadienne, renforcer les liens diplomatiques, économiques et culturels entre le Canada et Israël et renforcer la communauté juive au Canada, particulièrement en finançant journaux, télévisions et stations de radio dans le pays. Ces organismes qui bénéficient de fonds importants incluent le Canada Israel Experience (CIE), le Regional Jewish Communities of Ontario (RJCO), le Bequest and Endowment Fund et le Canadian Jewish Congress (CJC).

Selon Zalman Amit, Professeur de psychologie et émerite à l’Université de Concordia à Montréal, les communautés juives canadiennes envoient quelques 75 millions de dollars en Israël annuellement.

Il est facile de démontrer combien la politique au Moyen-Orient du Canada est fortement influencée par le lobby pro-israélien. « Qui décide de la politique du Canada au Moyen-Orient ? Un classement sur l’influence en politique, fait par un groupe d’officiels du Ministère des affaires étrangères, a placé la communauté juive canadienne en tête avec la note de 5,85, comparée à 5,40 pour respectivement le cabinet du Premier Ministre et le Département des Affaires Extérieures. La communauté arabe canadienne arrive à 1,80, soit au seizième rang sur les 18 notes attribuées, » explique le Prof. Peyton V. Lyon que j’ai cité plus haut dans l’article.

Et les officiels canadiens n’ont été jamais gênés d’afficher leur appui sans conditions à Israël. Lors du soixante-et-unième anniversaire de la création d’Israël, le Premier ministre Canadien Stephen Harper a déclaré : « Nous nous comptons parmi les associés les plus proches d’Israël. Depuis sa fondation en 1948, le Canada a soutenu Israël et son droit de vivre dans la paix et la sécurité avec ses voisins. Nous donnons une grande valeur à ces relations et escomptons bien que l’amitié et la collaboration se poursuivent. »

Ce qui semble clair, c’est qu’Israël est extrêmement satisfait que le Canada ait suspendu ses liens diplomatiques avec l’Iran. Il situe cette initiative dans le cadre d’un plan plus large visant à ’isoler l’Iran au niveau international, et il est difficile de douter qu’Israël ait été impliqué dans la décision que le gouvernement canadien a prise sans crier gare. Pourtant ces tentatives d’isoler l’Iran ont d’ors et déjà échoué. Le 31 août, 120 pays du monde du Mouvement des Non-alignés réunis dans Téhéran ont mis leur poids derrière le programme nucléaire iranien et ont exprimé leur opposition aux sanctions unilatérales des États-Unis et de leurs alliés européens contre l’Iran. L’Iran n’est pas un pays qui peut être si facilement isolé.

 

Kourosh Ziabari

Le 13 septembre, 2012.

 

Texte original en anglais (13.09.2012) : http://www.silviacattori.net/article3680.html

Traduit de l’anglais pour Info-Palestine.net par Claude Zurbach 

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12663 

 

Kourosh Ziabari est un jeune journaliste indépendant vivant en Iran. Il a publié book “7+1″ qui est une collection de ses interviews de 7 auteurs iraniens contemporains. Ziabari contribue au site http://www.Opednews.com. Il est aussi correspondant en Iran de OhMyNews international.

Blog en persan : http://kouroshz.blogfa.com

Blog en anglais : http://cyberfaith.blogspot.com

 

 

 

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Cet article est une lettre d’un collectif de 131 professeurs et chargés de cours de plusieurs universités québécoises.  Cette lettre a été publiée dans le Devoir dans la page Idées le 19 septembre 2012. Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés ont également réclamé une enquête publique sur la conduite des policiers durant le conflit étudiant.  Plus de 11 0000 personnes ont signé la pétition de la Ligue des droits et libertés.

 

En tant que professeurs et chargés de cours de diverses disciplines et de plusieurs universités du Québec, nous avons accompagné par solidarité le mouvement étudiant québécois dans la plus importante et plus longue grève de son histoire. Nous avons donc été témoins de la plus grande vague de répression policière de l’histoire du Québec contemporain, marquée par 3387 arrestations du 16 février au 3 septembre 2012 (ce bilan est sans doute partiel : voir le site du Collectif opposé à la brutalité policière).

Plusieurs de ces arrestations ont été effectuées lors d’encerclements de masse, pratique pour laquelle le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait été critiqué par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies en novembre 2005, qui avait même demandé la tenue d’une commission d’enquête qui n’a jamais vu le jour. Souvent, ces arrestations s’effectuaient de manière brutale, les conditions de détention étaient pénibles et il n’était pas permis de communiquer avec un avocat ou des proches.

C’est sans compter les nombreuses blessures graves, soit deux yeux perdus, des dents éclatées, des fractures du crâne, des jambes et des bras cassés. Les médias et les vidéos diffusées dans le cyberespace ont aussi révélé que les forces policières semblaient animées d’un profond mépris pour les étudiants, lequel s’exprimait par des insultes, y compris des propos sexistes et homophobes.

Depuis le sommet du G20 à Toronto

La répression policière vécue lors du sommet du G20 à Toronto s’était soldée par environ 1200 arrestations. Dans 96 % des cas, les personnes ont été déclarées innocentes ou les accusations ont été abandonnées (il y a donc eu plus de 1000 arrestations pour rien), ce qui n’a pas suffi à effacer le traumatisme politique et psychologique. Plusieurs organismes ont pris très au sérieux cette répression, d’où les nombreux rapports à ce sujet, dont ceux du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes, de l’ombudsman de l’Ontario et du Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police, un organisme civil qui peut enquêter sur la police et qui n’a toujours pas d’équivalent au Québec, où c’est la police qui enquête sur la police, sans oublier les associations de défense des libertés fondamentales.

Ce travail de documentation, important dans un État de droit, a eu plusieurs conséquences : la police de Toronto a elle-même admis que les arrestations de masse posent divers problèmes, et qu’elle n’y aurait plus recours ; qu’il importait que les policiers soient mieux informés au sujet des droits fondamentaux d’expression et d’assemblée, mais aussi en ce qui a trait aux contrôles d’identité, aux fouilles et aux arrestations « préventives ».

À la suite de ce processus, les victimes peuvent espérer obtenir justice et réparation pour les torts qu’elles ont subis de la part des forces policières. D’ailleurs, des accusations ont pu être portées contre des policiers.

Beaucoup de questions, peu de réponses

Au sujet de la répression policière contre le mouvement étudiant québécois, plusieurs questions appellent des réponses. Comment expliquer que les interventions policières semblaient arbitraires, à la fois quant à l’intervention elle-même (intervenir ou non), au moment de l’intervention (avant, pendant ou après une manifestation), à la manière d’intervenir (plus ou moins brutalement), au type d’intervention (charge de dispersion, encerclement de masse ou arrestations ciblées), aux armes utilisées et aux justifications légales évoquées (tel ou tel règlement, et donc telles ou telles contravention et accusation) ?

Comment expliquer que des manifestations tout à fait paisibles, de l’aveu même des policiers, aient fait l’objet d’arrestations de masse par encerclement (à Gatineau, à Montréal, à Québec) ? Comment expliquer que des dizaines de citoyens (y compris des journalistes du Devoir) aient été interpellés et détenus en plein air pendant de longues heures en marge du Grand Prix de F1 de Montréal, simplement pour avoir arboré un carré rouge en tissu, et sans qu’aucune accusation ne soit portée ?

Comment expliquer qu’il y ait eu des accusations portées en vertu de la Loi antiterroriste pour de simples fumigènes dans le métro de Montréal, mais pas dans le cas de l’attentat à l’arme automatique qui a causé un mort, lors du discours de victoire électorale de la première ministre Pauline Marois ?

D’autres questions appellent des réponses. Les corps policiers ont-ils reçu des directives politiques du bureau du premier ministre du Québec, du ministère de la Sécurité publique ou des autorités municipales (Gatineau, Montréal, Québec) ? Quels corps policiers avaient des agents dépisteurs infiltrés dans le mouvement étudiant en général, et dans les manifestations en particulier ? Quel était leur mandat ? Y a-t-il eu des agents « provocateurs » ? Les chefs de police et les porte-parole de la police avaient-ils le droit d’inciter publiquement les étudiants à ne pas participer à certaines manifestations (comme celle qui dénonçait la brutalité policière et le « profilage politique », le 15 mars à Montréal) ? La police a-t-elle le droit de déclarer « Ne tolérons pas les manifestants dans les rues », comme l’a fait la police à Gatineau, par voie de communiqué, sur Twitter ? Y a-t-il certains policiers qui souhaiteraient exprimer des critiques à l’égard de leurs dirigeants, de leurs collègues ou des politiciens, mais qui n’osent le faire publiquement de peur de représailles ?

Besoin d’une commission d’enquête publique

Le gouvernement libéral a agi de manière inacceptable au sujet de cette répression policière. Plutôt que d’appeler les policiers au calme et à la retenue, plusieurs membres du Conseil des ministres, y compris le premier ministre Jean Charest, ont dénoncé de manière unilatérale la « violence » et l’« intimidation » des étudiants, tout en félicitant les policiers pour l’excellence de leur travail, même après des interventions ayant entraîné des blessures très graves.

Au printemps, deux organismes ont demandé de manière indépendante la tenue d’une commission d’enquête publique pour faire la lumière sur la répression et la brutalité policières lors de la grève étudiante, soit Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés. Cette dernière a même lancé une pétition à ce sujet, qui a recueilli 11 000 signatures. Le gouvernement libéral n’a pas réagi.

À la fin du mois de mai, deux rapporteurs spéciaux de l’ONU ont critiqué les nouvelles restrictions légales au droit de manifestation (loi 12 et règlement municipal antimasque) et la répression policière qui visait le mouvement étudiant. La ministre libérale des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a répondu que l’ONU devrait plutôt s’intéresser aux crises plus importantes dans d’autres pays. Dérobade diplomatique identique le 19 juin, en réaction à la critique exprimée à l’endroit du Québec par la haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies.

Or ce n’est pas parce que la répression est plus brutale dans d’autres pays qu’il ne faut pas porter attention à celle qui cible la jeunesse d’ici. C’est pour cette raison que nous appelons à la mise sur pied – le plus rapidement possible – d’une commission d’enquête publique et indépendante sur l’ensemble des opérations policières lors de la grève étudiante de 2012.

Francis Dupuis-Déri: Professeur de science politique à l’UQAM
Ont cosigné ce texte:

Omar Aktouf, Valérie Amiraux, Samuel Archibald, Rémi Bachand, Pierre Beaucage, Dominic Beaulieu-Prévost, Anouk Bélanger, Paul Bélanger, Karine Bellerive, Céline Bellot, Émilie Biland-Curinier,Sirma Bilge, Isabelle Boisclair, Luc Bonenfant, Jean-Pierre Boyer, Denise Brassard, Louise Briand, Dominique Caouette, Line Chamberland, Daniel Chapdelaine, Olivier Clain, Anne Élaine Cliche, Patrick Cloos, Thomas Collombat, Denyse Côté, Isabel Côté, Johanne Daigle, Dominique Damant, Martine D’Amours, Anne-Marie D’Aoust, Sylvain David, Martine Delvaux, Danielle Desmarais, Robert Dion, Chantal Doré, André C. Drainville, Pascale Dufour, Bernard Duhaime, Michelle Duval, Paul Eid, Judith Émery-Bruneau, Marc-André Ethier, Carolina Ferrer, Jean-François Filion, Laurence Léa Fontaine, Patrick Forget, Frédéric Fournier, Martin Gallié, Frédérick Gagnon, Elsa Galerand, Dominique Garand, Louis Gaudreau, Sonia Gauthier, Audrey Gonin, Caroline Goulet, Isabelle Gusse, Jean-François Hamel, Christophe Hohlweg, Sylvie Jochems, David Koussens, Marie Lacroix, Michel Lacroix, Céline Lafontaine, Jean-Marie Lafortune, Geneviève Lafrance, Ève Lamoureux, Stéphanie Lanthier, René Lapierre, Martine-Emmanuelle Lapointe, Michel Laporte, Karim Larose, Julie Lavigne, Estelle Lebel, Georges LeBel, Pierre Lebuis, Guylaine Le Dorze, Sylvain Lemay, Lucie Lemonde, Georges Leroux, Charmain Levy, Alexis Lussier, Isabelle Mahy, Finn Makela, David Mandel, Richard Marcoux, Louis Martin, Yves Martin, Maria Nengeh Mensah, Anik Meunier, Isabelle Miron, Dan O’Meara, Christian Nadeau, Michèle Nevert, Yanick Noiseux, Eve Paquette, Martin Petitclerc, Marie-Laurence Poirel, Maryse Potvin, Geneviève Rail, Monique Régimbald-Zeiber, fÉlias Rizkallah, Annie Rochette, Stéphanie Rousseau, Vincent Romani, Paul Sabourin, Sylvano Santini, Lori Saint-Martin, Michel Seymour, Nancy Thede, Magali Uhl, Michèle Vatz Laaroussi, Michèle Venet, Johanne Villeneuve, Christine York, Isabelle Baez, Mélissa Blais, Marie-Hélène Brunet, Linda Denis, Mario Dion, Mireille Elchacar, Louise Gavard, Alain Gerbier,Elisabeth Greissler, Nathalie Miglioli, Robert Pellan, Geneviève Pinard-Prévost, Sandrine Ricci, Jacinthe Rivard, André Thibault, Chantale Tremblay, Nadine Vincent.

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Retour sur Ground Zero

septembre 18th, 2012 by Pepe Escobar

NEW YORK – dans le redoutable film de David Cronenberg Cosmopolis (France/Canada, 2012), tiré du roman homonyme de Don DeLillo, le jeune milliardaire Eric Packer (joué par Robert Pattinson) traverse lentement New York dans sa limousine blanche, confortablement installé sur un trône confortable en cuir incrusté d’écrans.

Il ne ressent… rien ; pour l’essentiel, il aspire le monde dans sa propre inertie. A l’extérieur de son cabinet silencieux en mouvement, c’est le chaos total, avec des activistes qui aspergent de rats des restaurants huppés sous la tension de la menace d’une apocalypse imminente.

C’est le monde qui se métamorphose en ultra capitalisme dématérialisé, ou qui est avalé par lui ; un monde en état de crise, déterminé par la violence, et avec la violence comme seul horizon possible. Ainsi qu’une marchande d’art libidineuse (jouée par Juliette Binoche) le dit à Packer : « C’est le cyber-capital qui crée le futur ».

Une promenade au milieu de la nuit à Ground Zero offre un contexte supplémentaire à Cosmopolis. C’est là où notre modernité post-apocalyptique a commencé, il y a 11 ans – et où le cyber-capital continue toujours de créer au moins une partie du futur. Ainsi que Cosmopolis le montre, le turbo-capitalisme n’est pas seulement en crise ; le turbo-capitalisme, pour faire court, EST la crise.

Au coeur de la nuit, Ground Zero reste un site étrange. Il y a le mémorial. Il y a la nouvelle tour de verre non terminée. Et, tout au long du récit, subsistent les trous de la dimension de Ground Zero.

Cette semaine, 11 ans après le 11/9, on ne parle en ville (en crise) que du « héro » des Navy SEAL, échangeant son anonymat contre la poignée légendaire de dollars et disant les choses comme elles sont – « les choses » étant la suppression de « Geronimo », alias Oussama ben Laden, le présumé cerveau du 11/9, l’ensemble du spectacle emballé comme un célébration de « déférez-le devant la justice ». [1]

Pourtant, la suppression de « Geronimo » n’a pas clos l’affaire ; elle n’a réussit qu’à balancer un lot de vérités embarrassantes au fond de la Mer Arabique. Il y a plus de trois ans, l’indispensable Sibel Edmons certifiait comment Oussama était « un de nos salopards » directement lié au 11/9. [2] Et Richard Behan livrait un peu plus tôt une déconstruction succincte de la route vers le 11/9, exposant une fois encore l’idée fausse sur la « guerre contre la terreur ». [3]

Lorsque j’avais interviewé le Lion du Panshir, Ahmed Shah Massoud, fin août 2001 – seulement deux semaines avant son assassinat, le 9 septembre, le feu vert pour le 11/9 – il était convaincu que les Etats-Unis n’envahiraient pas l’Afghanistan pour attraper « Geronimo ». [4]

Ce que Massoud ne savait pas, alors, était ce qui s’était passé le 2 août à Islamabad, lorsque la négociatrice du Département d’Etat US, Christine Rocca, avait répété, sans équivoque, pour la dernière fois à l’ambassadeur Taliban auprès du Pakistan, Abdul Salam Zaïf : « Soi vous acceptez notre offre d’un tapis d’or, soi nous vous enterrons sous un tapis de bombes ». L’offre concernait le « Pipelineistan » – un tapis d’or pour les Taliban en échange des droits de transit pour la construction par UNOCAL du pipeline TAP (Turkménistan/Afghanistan/Pakistan).

Déjà, avant même l’offre finale de Rocca, l’administration de George W. Bush – à la réunion du G8 à Gênes, en Italie, en juillet – avait déjà secrètement informé les Européens, plus le Pakistan et l’Inde, que Washington commencerait à bombarder l’Afghanistan à partir d’octobre. C’était plusieurs semaines avant que le « Pearl Harbor », très cher aux néo-cons[ervateurs], ne soit envoyé par la Providence sous la forme du 11/9.

Le trucage des combattants de la liberté

Onze ans plus tard, les sténographes légendaires de l’Empire encouragent désormais avec enthousiasme … al-Qaïda (qu’y a-t-il de nouveau ?). L’administration de Barack Obama – mettant en suspens la terminologie sur la « guerre contre la terreur » et orwellinisant ses méthodes – a travaillé côte à côte avec le Groupe des combattants libyens lié à al-Qaïda pour renverser Moummar Kadhafi en Libye ; et, côte à côte avec la Maison des Saoud, il soutient un chapelet de djihadistes salafistes de la variété al-qaïdesque pour renverser le régime de Bachar el-Assad en Syrie.[5]

Nous nous souvenons tous du moudjahidin pris en photo aux côtés de Ronald Reagan ; ils étaient chéris en tant que « combattants de la liberté ». Le retour de bâton était inévitable en Afghanistan – comme ce sera le cas en Libye et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Syrie et au Moyen-Orient.

En attendant, il y a cette myriade de questions qui restent sans réponses. Parmi elles :
* Pourquoi « Geronimo » n’a-t-il jamais été officiellement accusé par le FBI de porter la responsabilité du 11/9 ?
* Comment les 19 musulmans présumés acteurs de cette attaque ont-ils été identifiés en moins de 72 heures – sans même une enquête sur la scène du crime ?
* Qui a empoché les huit boîtes noires indestructibles de ces quatre vols du 11/9 ?
* Quelle fut la facilité pour désactiver tous ces systèmes de défense élaborés du Pentagone ?
* Pourquoi la Garde Nationale aérienne de Washington était-elle aux abonnés absents ?
* Comment se fait-il qu’un nombre incroyable d’architectes et d’ingénieurs réputés soient catégoriques sur le fait que le récit officiel n’explique tout simplement pas le plus gros effondrement de structure de toute l’Histoire (les Tours Jumelles), de même que l’effondrement de la tour n°7 du WTC qui n’a même pas été touchée par un avion ?
* Pourquoi le Maire de New York, Rudolf Guliani, a-t-il immédiatement autorisé le transport par voie maritime des décombres du WTC vers la Chine et l’Inde pour y être recyclés ?
* Pourquoi des débris métalliques ont-ils été retrouvés à pas moins de 13 km du site de crash de l’avion qui est tombé en Pennsylvanie – laissant supposer que cet avion a pu être abattu sous les ordres de Dick Cheney ?
* Qui, au sein des services secrets pakistanais (ISI), a transféré 100.000 dollars à Mohammed Atta en été 2001 – sous les ordres du chef de l’ISI, le Général Ahmad en personne, comme insistent les services secrets indiens ?
* Etait-ce réellement l’agent de l’ISI, Omar Cheikh, le spécialiste en technologie de l’information d’Oussama ben Laden, qui a organisé plus tard la mise à mort du journaliste Daniel Pearl à Karachi ?
* Les services secrets pakistanais étaient-ils directement impliqués dans le 11/9 ?
* Et, « Geronimo » a-t-il été admis à l’hôpital américain de Dubaï le 4 juillet 2001, après s’être envolé de Quetta, au Pakistan, où il serait resté pour un traitement jusqu’au 11 juillet ?

Nous ne le saurons jamais. Et « Geronimo » ne parlera pas. Ce que nous savons est que le cyber-capital crée le futur ; la « guerre contre la terreur » était – est – un bobard monumental ; et les élites à Washington se fichent pas mal de cette bande « d’enturbannés » ; c’est l’Empire du Milieu qui les remplit d’effroi.

 

Article original en anglais : “Ground Zero redux”

Traduction : JFG-QuestionsCritiques

 

 

Notes :
_________________
[1] Voir la video de CBSNews.
[2] VoirDaily Kos.
[3] Voir “Masterpiece of Propaganda”.
[4] Voir Masoud: From warrior to statesman, Asia Times Online, 12 septembre 2001.
[5] Voir Syria’s eerie parallel to 1980s Afghanistan, par David Ignatius, Washington Post, 6 septembre 2012.

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Sans l’exprimer explicitement, le pape Benoît XVI a prononcé dans ses multiples discours au Liban un réquisitoire contre les politiques occidentales, du moins contre leurs résultats, dénonçant le fondamentalisme, et appelant à l’arrêt des livraisons d’armes en Syrie, contrairement aux souhaits des pétromonarchies du Golfe et de la Turquie qui arment les groupes rebelles.

 

Le souverain pontife a lancé un vibrant appel à la modération, à la convivialité entre musulmans et chrétiens, à un moment où les politiques occidentales favorisent le développement de l’extrémisme musulmans, comme cela est apparu dans les pays dudit printemps arabe, en Syrie et au Liban. « Le fondamentalisme est toujours une falsification de la religion. La tâche de l’Église et des religions est de se purifier. Cette tâche doit rendre clair que chaque homme est une image de Dieu que nous devons respecter dans l’autre », a dit le pape aux journalistes qui l’accompagnaient dans son avion entre Rome et Beyrouth. Pour Benoît XVI, « le message fondamental de la religion doit être contre la violence, qui est une falsification, tout comme le fondamentalisme ».

Pour le souverain pontife, « l’importation d’armes doit cesser une fois pour toutes. Car sans importation d’armes, la guerre ne pourrait continuer » en Syrie. « Au lieu d’importer des armes, ce qui est un péché grave, il conviendrait d’importer des idées de paix, de créativité, d’amour du prochain. Il faut demander aux hommes politiques de s’engager réellement avec toute leur force avec créativité, pour la paix, contre la violence », a-t-il ajouté.

Au lendemain de ces propos, le président syrien Bachar al-Assad a appelé à un dialogue inter-syrien lors d’une rencontre avec l’émissaire international Lakhdar Brahimi. « Le véritable problème en Syrie c’est de combiner l’aspect politique et le travail sur le terrain. Le travail sur l’aspect politique se poursuit, notamment par un appel à un dialogue centré sur les aspirations du peuple syrien », a dit le président Assad.

Au deuxième jour de sa visite au Liban, le souverain pontife s’est rendu au palais présidentiel de Baabda, où, lors d’un discours, le troisième depuis son arrivée à Beyrouth, il a exhorté les peuples du Moyen-Orient à « dire non à la vengeance » et à bannir « la violence verbale et physique », en les appelant à accepter « la société plurielle ».

Le souverain pontife s’adressait à plus de 750 personnalités des mondes politique, religieux, de la culture libanais, dont les dirigeants des communautés musulmanes. « Il s’agit de dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d’accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner. Car seul le pardon donné et reçu pose les fondements durables de la réconciliation et de la paix », a souligné le pape. « Alors seulement peut croître la bonne entente entre les cultures et les religions, la considération sans condescendance », a poursuivi le chef de l’Eglise catholique. « Au Liban, la chrétienté et l’islam habitent le même espace depuis des siècles. Il n’est pas rare de voir dans la même famille les deux religions. Si dans une même famille cela est possible, pourquoi cela ne le serait-il pas au niveau de l’ensemble de la société ? », a-t-il demandé.

« La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange séculaire de composantes diverses », a encore plaidé le pape, reprenant l’idée de la diversité au centre de l’Exhortation apostolique qu’il a signée vendredi. Dans ce contexte, « professer et vivre librement sa religion sans mettre en danger sa vie et sa liberté doit être possible à quiconque ».

« Les différences culturelles, sociales, religieuses doivent aboutir à vivre un nouveau type de fraternité (…) Une société plurielle n’existe qu’à cause du respect réciproque (…) et du dialogue continu. Ce dialogue n’est possible que dans la conscience qu’il existe des valeurs communes à toutes les grandes cultures ».

Selon le pape, la paix trouve ses sources aussi dans les lois de la société. Elle n’est pas favorisée quand « la valeur inaliénable de la vie » est « remise en cause de façon directe ou indirecte, ou même légale », a-t-il dit dans une critique aux pays occidentaux qui promulguent des lois contre les conceptions religieuses de la vie et de la famille.

Cette deuxième journée de la visite pontificale est particulièrement chargée pour le souverain pontife. Après le palais présidentiel, le pape est parti vers la montagne du Kesrouan à Bzommar, au patriarcat arménien catholique. Il y a déjeuné avec tous les patriarches et évêques du Liban.

Souriant et ému à son arrivée à Beyrouth vendredi à la mi-journée, Benoit XVI a affirmé venir au Liban « comme un pèlerin de paix ». « Au-delà de votre pays, je viens aussi symboliquement dans tous les pays du Moyen-Orient (…) et comme un ami de tous les habitants de tous les pays de la région, quelle que soit leur appartenance ».

Dans un des moments forts de cette visite, le pape a signé en soirée l’Exhortation apostolique -ensemble de directives aux évêques d’Orient- à la basilique Saint-Paul de Harissa, au nord de Beyrouth. Ce document insiste notamment sur la présence ancestrale des chrétiens comme « partie intégrante » du Moyen-Orient, une « laïcité saine », le refus de la violence et d’un « Moyen-Orient monochrome ». Autant de principes qui sont à l’opposé du Moyen-Orient qui est en train de se mettre en place, caractérisé par une montée de l’extrémisme et l’exclusion de l’autre.

Devant les évêques de toutes les confessions catholiques, le pape a exprimé sa solidarité avec les quelque 15 millions de chrétiens qui vivent dans les 17 pays du Proche et Moyen-Orient, berceau du christianisme. « Chers chrétiens du Moyen-Orient, je vous invite tous à ne pas avoir peur, à demeurer dans la vérité et à cultiver la pureté de la foi ».

Le souverain pontife a lancé un appel « pressant » aux responsables religieux juifs, chrétiens et musulmans de la région, afin qu’ils éradiquent la « menace » du fondamentalisme qui touche « mortellement les croyants de toutes les religions ».

Le pape Benoît XVI a demandé samedi à des dizaines de milliers de jeunes chrétiens libanais réunis à Bkerké de résister au « miel amer » de l’émigration et de présenter un exemple de coexistence avec les musulmans pour tout le Moyen-Orient.

« Même le chômage et la précarité ne doivent pas vous inciter à goûter le miel amer de l’émigration, avec le déracinement et la séparation pour un avenir incertain. Il s’agit pour vous d’être des acteurs de l’avenir de votre pays, et de remplir votre rôle dans la société et dans l’Église », a lancé le pape qui s’exprimait devant le patriarcat maronite de Bkerké.

Pierre Khalaf

New Orient News (Liban), Rédacteur en chef 

Tendances de l’Orient No 100, 17 septembre 2012.

 

Pierre Khalaf est chercheur au Centre d’Études Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

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L’art de la guerre: Alcoa s’en va en F-35

septembre 18th, 2012 by Manlio Dinucci

Il en est passé du temps depuis que les ouvriers avaient en face d’eux le maître de forge. Et pourtant ils l’ignorent, les hommes politiques et les syndicalistes qui ne traitent l’affaire Alcoa[1] que comme un conflit du travail, taisant l’identité réelle de la contrepartie. Qu’est-ce que l’Aluminium Company of America ?

Née en 1888 à Pittsburgh, elle est aujourd’hui leader mondial dans l’extraction et la raffinerie de la bauxite et dans la fabrication de l’aluminium et produits dérivés. Les Etats-Unis ont pourtant peu de bauxite, dont les gisements se concentrent en Amérique du Sud, Afrique, Russie, Chine, Sud-est asiatique et Australie. Alcoa a ainsi toujours cherché à s’accaparer la matière première, partout et de toutes les façons. Son histoire est de ce fait intriquée à celle de l’impérialisme étasunien. Ce n’est pas un hasard si, après le coup d’état orchestré par la Cia en Indonésie en 1965, avec le massacre de plus d’un million de personnes, ce fut Alcoa qui obtint du dictateur Suharto la plus grosse tranche de la bauxite indonésienne. Ce fut encore Alcoa qui, après le coup d’état organisé par la Cia au Chili en 1973, de nouveau obtint par Pinochet le contrôle de la bauxite nationalisée par Allende. Et ce n’est pas non plus un hasard si le président du Paraguay, l’ancien évêque Fernando Lugo, qui voulait nationaliser les mines de bauxite d’Alcoa, a été destitué en juin dernier par un coup d’état blanc organisé par la Cia. Le pouvoir d’Alcoa, qui possède plus de 200 sites dans 31 pays sur tous les continents, va bien au-delà de l’activité industrielle. Comme il ressort de Wikileaks, il y a derrière Alcoa les plus fortes oligarchies financières étasuniennes, de Citicorp à Goldman Sachs (dont Monti a été consultant international). Il y a le complexe militaro-industriel : Alcoa Defense, dont le chiffre d’affaires est en forte hausse, fabrique des alliages spéciaux d’aluminium pour missiles, drones, blindés, navires et avions de guerre. Pour les chasseurs F-35 il produit des éléments structurels de première importance (dans les ailes et le fuselage, d’un seul tenant, NdT). C’est dans ce cadre de pouvoirs forts qu’a mûri la décision stratégique d’Alcoa, due à des raisons non seulement économiques mais politico-militaires : celle de réaliser en Arabie Saoudite le plus grand et le plus économique site intégré pour la production d’aluminium. Dans ce maxi site, qui entrera en fonction l’an prochain avec une énergie et une main d’œuvre à bas prix, formée en grande partie par des immigrés, sera aussi transférée la production Alcoa de Portovesme et peut-être de Fusina.

 

Ainsi se conclut l’opération lancée et perfectionnée par les gouvernements Dini, Prodi et D’Alema[2]. En 1996 l’Italie céda à Alcoa le groupe Alumix, à participation publique, base de l’industrie nationale de l’aluminium : en outre elle fournît par l’intermédiaire de l’Enel de l’énergie électrique à des prix fortement réduits. Cette facilité, concédée aussi par des remboursements des gouvernements successifs (Amato, Prodi et Berlusconi), a été payée par les utilisateurs italiens avec un alourdissement des factures pour des milliards d’euros, qui ont fini dans les caisses d’Alcoa. Le citron étant pressé, Alcoa s’en va. Laissant derrière elle non seulement des travailleurs sur le carreau, mais des dégâts environnementaux et sanitaires provoqués par des émissions chimiques et des déchets industriels, qui requièrent d’autres débours d’argent public.

Mais tout n’est quand même pas perdu : l’aluminium Alcoa reviendra en Italie. A l’intérieur des F-35, qui nous coûteront d’autres milliards d’euros.

 

 

Edition de mardi 18 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120918/manip2pg/14/manip2pz/328822/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 



[1] Alcoa a annoncé la fermeture du site de Portovesme, en Sardaigne, qui provoquerait plus de 1.000 licenciements.

[2] Les gouvernements cités sont tous de centre-gauche, exceptés ceux de Berlusconi, de centre-droit.

 

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La tactique du blasphème

septembre 17th, 2012 by Thierry Meyssan

La diffusion d’un extrait du film d’insultes anti-islam « L’Innocence des musulmans » a soulevé une vague de colère dans le monde arabe. Pour Thierry Meyssan, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît car cette diffusion a d’abord été faite en arabe sur YouTube et sur la chaîne salafiste égyptienne Al Nasr. Le film n’est pas destiné au public états-unien, ni même au public musulman, mais au seul public arabe. Sa diffusion a été effectuée par ceux-là même qui ont appelé à son interdiction. Qui se cache derrière cette provocation ?

 

La diffusion sur Internet d’extraits du filmL’Innocence des musulmans a suscité des manifestations de colère dans le monde, dont une qui a dégénéré à Benghazi. L’ambassadeur US en Libye et des membres de son escorte ont été tués.

Au premier abord, l’affaire se situe dans une longue lignée qui va des Versets sataniques de Salman Rushdié aux autodafés du Coran par le pasteur Terry Jones. Toutefois cette nouvelle attaque se distingue des autres en ce que le film n’est pas destiné au public occidental, mais a uniquement été conçu comme un instrument de provocation à l’adresse des musulmans.

En termes politiques, cette affaire peut être analysée de deux manières selon qu’on l’observe au plan tactique comme une manipulation anti-US ou au plan stratégique comme une attaque psychologique anti-musulmane.

Le film est présenté comme produit par un groupe sioniste composé de juifs ayant la double nationalité israélo-US et d’un copte égyptien. Il était prêt depuis plusieurs mois et a été utilisé le moment voulu pour provoquer des émeutes dirigées contre les États-Unis. Des agents israéliens ont été déployés dans plusieurs grandes villes avec mission d’orienter la colère de la foule contre des cibles US ou coptes (jamais israéliennes). Sans surprise, l’effet maximum a été atteint à Benghazi.

La population de Benghazi est connue pour abriter des groupes particulièrement réactionnaires et racistes. On se souvient que lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, des salafistes avaient attaqué le consulat du Danemark. En application de la Convention de Vienne, le gouvernement libyen de Mouammar el-Khadafi avait dû faire usage de la troupe pour protéger la représentation diplomatique. La répression de l’émeute avait fait de nombreuses victimes. Par la suite, les Occidentaux qui voulaient renverser le régime libyen avaient financé des publications salafistes accusant le colonel Khadafi d’avoir protégé le consulat du Danemark parce qu’il aurait été lui-même le commanditaire des caricatures. Le 15 février 2011, les salafistes avaient organisé à Benghazi une manifestation commémorative de la tuerie au cours de laquelle une fusillade éclata, marquant le début de l’insurrection de la Cyrénaïque et ouvrant la voie à l’intervention de l’OTAN. La police libyenne arrêta trois membres des forces spéciales italiennes qui avouèrent avoir tiré depuis les toits à la fois sur les manifestants et sur les policiers pour créer la confusion. Retenus prisonniers durant toute la guerre, ils furent libérés lors de la prise de la capitale par l’OTAN et furent exfiltrés vers Malte sur un petit bateau de pêche sur lequel je me trouvais avec eux.

Cette fois, la manipulation de la foule de Benghazi par les agents israéliens avait pour but d’assassiner l’ambassadeur US ; un acte de guerre sans précédent depuis le bombardement de l’USS Liberty par la marine israélienne, en 1967. Par ailleurs, c’est le premier assassinat, depuis 1979, d’un ambassadeur US dans l’exercice de ses fonctions. Et celui-ci est d’autant plus grave que dans un pays où le gouvernement est une pure fiction juridique, l’ambassadeur US n’est pas un simple diplomate, mais fait office de gouverneur, de chef d’Étatde facto.

Au cours des dernières semaines, les plus hauts responsables militaires états-uniens sont entrés en conflit ouvert avec le gouvernement israélien. Ils ont multiplié les déclarations attestant leur volonté d’interrompre le cycle de guerres débuté dans le 11-Septembre (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie), alors que les accords officieux de 2001 en prévoient encore d’autres (Soudan, Somalie, Iran). Un premier coup de semonce s’était matérialisé avec l’attaque au missile de l’avion du chef d’état-major inter armes US, le général Dempsey. Le deuxième avertissement est plus brutal.

Par ailleurs, si l’on envisage cette affaire en termes de psychologie sociale, elle apparaît comme une attaque frontale contre les croyances des musulmans. En cela, elle n’est pas différente de l’épisode des Pussy Riot violant la liberté de culte jusque dans la cathédrale orthodoxe du Saint-Sauveur et les nombreuses performances de pornographie conceptuelle qui précédèrent. Ces différentes opérations visent à désacraliser des sociétés qui résistent au projet de domination globale.

Dans les sociétés démocratiques et multiculturelles, le sacré ne s’exprime plus que dans la sphère privée. Cependant, un nouvel espace sacré collectif est en cours de formation. Les États ouest-européens se sont dotés de lois mémorielles qui ont transformé un événement historique, la destruction des juifs d’Europe par les nazis, en un fait religieux (la « Shoah » selon la terminologie juive, ou « l’Holocauste » selon le vocabulaire évangélique). Ce crime est alors élevé au rang d’événement unique au mépris des victimes d’autres massacres, y compris au mépris des autres victimes du nazisme. La mise en cause du dogme, c’est-à-dire de l’interprétation théologique du fait historique, est passible de sanctions pénales comme l’était jadis le blasphème. Identiquement, en 2001, les USA, les États membres de l’Union européenne, et nombre de leurs alliés ont imposé par décret à toute leur population une minute de silence en mémoire des victimes des attentats du 11-Septembre. Cette initiative s’accompagnait d’une interprétation idéologique des causes du massacre. Dans les deux cas, avoir été tué parce que juif ou parce que États-unien donne un statut particulier aux victimes devant lequel le reste de l’humanité est invité à s’incliner.

Lors des derniers Jeux Olympiques à Londres, les délégations israélienne et états-unienne ont tenté d’étendre cet espace sacré en imposant une minute de silence durant la cérémonie d’ouverture, l’événement télévisuel le plus regardé dans le monde. Il se serait agit de célébrer la mémoire des victimes de la prise d’otage des Jeux de Munich. En définitive la proposition a été écartée, le Comité olympique se contentant d’une discrète cérémonie distincte. Quoi qu’il en soit, l’enjeu est de créer une liturgie collective qui légitime l’empire global.

Ainsi, L’Innocence des musulmans est à la fois un moyen de pression pour rappeler à l’ordre Washington, tenté de s’éloigner du projet de domination sioniste, et un moyen de poursuivre ce projet en blessant dans leurs croyances ceux qui lui résistent.

 

Thierry Meyssan

 

Thierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Le 2 septembre 2012
L’immoralité de la décision d’envahir l’Irak, prise par les États-Unis et la Grande-Bretagne en 2003, reposait sur le mensonge que l’Irak possédait des armes de destruction massive. Cette décision a déstabilisé et polarisé le monde dans une plus large mesure que tout autre conflit dans l’histoire.

 

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Attentat à la voiture piégée en Irak. Ce pays continue à payer lourdement le prix de l’invasion occidentale de 2003

Au lieu d’admettre le fait que le monde où nous vivions, avec des communications, des transports et des systèmes d’armes de plus en plus sophistiqués, nécessitaient un leadership lui aussi sophistiqué qui aurait pour tâche de réunir la famille mondiale, ceux qui étaient alors les dirigeants des États-Unis et du Royaume-Uni ont fabriqué de toutes pièces les raisons de se comporter comme des brutes sur un terrain de jeu et de nous diviser encore plus. Ils nous ont conduits au bord du précipice devant lequel maintenant nous sommes – avec le spectre d’une guerre contre la Syrie et l’Iran devant nous.

Si les dirigeants ont le droit de mentir, alors qui doit dire la vérité ? Les jours avant que George W. Bush et Tony Blair aient ordonné l’invasion de l’Irak, j’ai appelé la Maison Blanche et j’ai parlé à Condoleezza Rice, qui était alors conseillère à la sécurité nationale, afin d’insister pour que les inspecteurs en désarmement des Nations Unies disposent de plus de temps pour confirmer ou infirmer l’existence d’armes de destruction massive en Irak. S’ils étaient en mesure de confirmer l’existence de telles armes, ai-je soutenu, alors le démantèlement de la menace aurait l’appui de pratiquement tout le monde. Mme Rice hésita, disant qu’il y avait trop de risques et que le président ne pouvait pas différer sa décision plus longtemps.

Sur quelles bases pouvons-nous décider que Robert Mugabe devrait aller à la Cour pénale internationale, que Tony Blair devait faire partie du circuit des conférenciers internationaux, que Ben Laden devait être assassiné, que l’Irak devait être envahi, non pas parce qu’il possède des armes de destruction massive, ainsi que le principal soutien de Bush, M. Blair, l’a avoué la semaine dernière, mais dans le but de se débarrasser de Saddam Hussein ?

Le coût de la décision de débarrasser l’Irak de ses dirigeants despotiques et criminels a été épouvantable, à commencer pour l’Irak lui-même. L’an dernier, une moyenne de 6,5 personnes y sont mortes chaque jour dans des attentats suicides et des véhicules piégés, selon le Body Count project irakien. Plus de 110 000 Irakiens ont été tués dans le conflit depuis 2003 et des millions ont été déplacées. À la fin de l’année dernière, près de 4 500 soldats américains ont été tués et plus de 32 000 blessés.

Sur ces seuls motifs, dans un monde cohérent, les responsables de cette souffrance et de la perte de tant de vies humaines devraient suivre le même chemin que certains de leurs pairs africains et asiatiques qui ont été amenés à répondre de leurs actes à La Haye.

Mais des coûts encore plus élevés ont été payés, au-delà des champs de bataille, dans les cœurs et les esprits endurcis des membres de la famille humaine à travers le monde.

Est-ce que la possibilité d’attaques terroristes a diminué ? Dans quelle mesure avons-nous réussi à amener les mondes appelés musulmans et judéo-chrétiens à se rapprocher, en semant les graines de la compréhension et de l’espoir ?

La direction des affaires du monde et la moralité sont indivisibles. Les bons dirigeants sont les gardiens de la morale. La question n’est pas de savoir si Saddam Hussein était bon ou mauvais, ou combien de ses compatriotes il avait tué. Le fait est que M. Bush et M. Blair ne devaient pas s’autoriser à s’abaisser à son niveau d’immoralité.

S’il est acceptable que des dirigeants prennent des mesures drastiques sur la base d’un mensonge, sans aveu ni excuses quand ils sont découverts, que devons-nous enseigner à nos enfants ?

Mon appel à M. Blair n’est pas de parler de leadership, mais d’en donner la preuve. Vous êtes un membre de notre famille, la famille de Dieu. Vous étiez fait pour la bonté, l’honnêteté, la moralité, l’amour, comme le sont nos frères et sœurs en Irak, aux États-Unis, en Syrie, en Israël et en Iran.

Je n’ai pas jugé approprié d’avoir cette discussion à la conférence Discovery Invest Leadership Summit à Johannesburg la semaine dernière. Alors que la date approchait, j’ai éprouvé un malaise de plus en plus profond à l’idée d’assister à un sommet sur le leadership en compagnie de M. Blair. Je présente mes sincères et humbles excuses aux organisateurs de la conférence, aux intervenants et aux délégués pour avoir pris si tard ma décision de ne pas y assister.

 

 

Article original en anglais :
Traduction: Naguib pour Info-Palestine
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Desmond Tutu

Desmond Tutu est ancien archevêque du Cap, Président de la Commission sud-africaine Vérité et Réconciliation, et lauréat du prix Nobel de la paix. Site internet : http://www.tutu.org

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Le plus grand mythe de la politique américaine?

septembre 17th, 2012 by Jonathan Cook

Oublions l’Iran et pensons à l’arme nucléaire israélienne braquée sur la tempe d’Obama. “L’amitié indéfectible” entre Israël et les États-Unis : le plus grand mythe de la politique américaine ?

 Il s’agit peut-être du plus grand des mythes politiques américains sur lequel chaque candidat à la présidence insiste à nous en donner la nausée pendant les campagnes électorales. Le président Barak Obama a affirmé que les États-Unis entretenaient une lien privilégié avec Israël, différent de celui qu’ils avaient avec n’importe quel autre pays. Il a qualifié cette amitié “d’indéfectible”, éternelle” et “unique”, “ancrée dans un intérêt commun et de profondes valeurs communes”.

Son rival, Mitt Romney, a été plus loin encore en disant qu’il “n’y a pas la moindre différence entre nous et notre allié Israël”. Un récent slogan électoral de Romney, suite à sa visite de l’été en Israël, exaltait cette “relation profonde et précieuse”.

Mais, bien que ces déclarations semblent être l’expression d’un consensus apparent à Washington, la réalité est que cette précieuse amitié n’est qu’un conte de fée. Il a été véhiculé par les politiciens pour masquer les soupçons -et les nombreuses trahisons et tromperies- qui ont marqué cette relation depuis la création d’Israël.

Les politiciens préfèrent sans doute exprimer leur éternel amour pour Israël et lui donner des milliards de dollars d’aide annuelle, mais les instances étasuniennes chargées de la sécurité ont -du moins en privé- toujours considéré Israël comme un partenaire dont il fallait se méfier.

Cette méfiance a été particulièrement difficile à cacher en ce qui concerne l’Iran. Israël a exercé une pression constante sur Washington apparemment dans l’espoir de le forcer à soutenir une attaque conjointe contre Téhéran pour mettre fin à ce qu’Israël considère comme une tentative iranienne de construire une bombe atomique sous couvert d’un programme d’énergie civile.

Les médias se sont intéressés à l’animosité personnelle qui règne entre Obama et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais en réalité, ce sont les officiels étasuniens dans leur ensemble qui sont en profond désaccord avec Israël sur cette question.

Le conflit a éclaté au grand jour ce mois-ci avec l’annonce que le Pentagone avait réduit sa participation à l’exercice militaire conjoint avec Israël du mois prochain, intitulé Austère Challenge, qui avait été présenté comme le plus important et le plus significatif de l’histoire des deux pays.

Le but des manœuvres était de tester la capacité de réaction du bouclier israélien anti-missiles en cas de représailles iraniennes – c’est sans doute surtout cette crainte qui retient Israël d’attaquer l’Iran tout seul. Le principal moyen de pression du Pentagone sur Israël est son radar en bande X installé en Israël mais dont le fonctionnement est assuré seulement par des Étasuniens, qui préviendrait aussitôt Israël de toute attaque de missiles iraniens.

Un officiel militaire israélien de haut rang a résumé pour le Time magazine le message que la décision du Pentagone avait envoyé : “Au fond, ce que les Américains nous disent, c’est : ’Nous ne vous faisons pas confiance’”.

Mais le différend entre ces deux “indéfectibles alliés” ne se limite pas à l’Iran. L’antipathie est la norme depuis des dizaines d’années. Pendant l’été, des officiels en activité et des anciens de la CIA ont reconnu que l’establishment sécuritaire étasunien avait toujours considéré Israël comme leur plus grande menace en matière de contre-espionnage au Moyen-Orient.

L’espion le plus infâme qui a travaillé pour Israël était Jonathan Pollard, un officier des services secrets de la marine, qui a remis des milliers de documents classifiés à Israël dans les années 1980. Les sollicitations répétées d’Israël pour sa libération ont engendré des frictions constantes avec le Pentagone et pas seulement parce que les officiels de la Défense ne croient pas aux promesses d’Israël de ne plus employer d’espions sur le sol étasunien.

Deux autres espions au moins ont été identifiés dans les dernières années. En 2008, un ancien ingénieur de l’armée étasunienne, Ben-Ami Kadish, a reconnu avoir laissé des agents israéliens photographier des documents secrets sur des jets de combat étasuniens et des armes nucléaires dans les années 1980. Et en 2006, Lawrence Franklin, un officiel de la Défense étasunienne a été condamné pour avoir remis des documents classifiés sur l’Iran à Israël.

En fait, Washington a pris en compte ces trahisons depuis le début de la relation. Dans les premières années de la création d’Israël, une base étasunienne de Chypre surveillait les activités d’Israël ; aujourd’hui les communications israéliennes sont interceptées par une équipe qui parle l’Hébreu stationnée à Fort Meade dans le Maryland.

Des documents d’archives publiés ce mois-ci par l’armée de l’air israélienne révèlent aussi qu’Israël a sans doute identifié des appareils mystérieux survolant son territoire à basse altitude dans les années 1950 comme des avions d’espionnage américains U-2.

Une autre preuve de la prudence permanente des États-Unis, c’est qu’Israël ne fait pas partie des pays avec lesquels Washington partage les informations sensibles. Les membres de ce groupe de “Cinq paires d’yeux”, l’Angleterre, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande, ont promis de ne pas s’espionner les uns les autres -un engagement qu’Israël aurait violé régulièrement s’il avait été accepté comme membre.

De fait, Israël a même volé l’identité de citoyens de ces pays pour des opérations du Mossad. Et tout le monde sait qu’Israël a fabriqué des faux passeports pour faire entrer illégalement des agents israéliens à Dubaï en 2010 pour assassiner le leader du Hamas, Mahmoud Al Mabhouh.

Israël est loin d’être un allié sûr dans la “guerre contre le terrorisme” des États-Unis. Un ancien officiel des services secrets a dit à Associated Press en juillet dernier qu’Israël occupait une moins bonne place que la Libye dans la liste des pays qui aident à lutter contre le terrorisme établie par l’administration Bush après le 11 septembre.

Alors pourquoi autant parler de lien spécial si la relation est en fait caractérisée par une profonde méfiance ?

Une partie de la réponse se trouve dans les formidables tactiques d’intimidation du lobby pro-israélien de Washington. L’année dernière, Thomas Friedman, le journaliste du New York Times, a exprimé ce que pensent de plus en plus de gens, en écrivant que Congrès étasunien était effectivement “acheté et financé” par les lobbys israéliens.

Leur pouvoir s’est manifesté de façon évidente la semaine dernière quand la convention nationale du parti démocrate a adopté un amendement qui disait que Jérusalem était la capitale d’Israël en violation du droit international et des souhaits exprimés par les délégués.

Mais il y a un autre motif dont on ne parle pas beaucoup. Francis Perrin qui dirigeait l’Agence Atomique Française dans les années 1950 et 1960, à l’époque où la France aidait Israël à développer l’arme nucléaire contre la volonté des États-Unis, a dit un jour que la bombe israélienne était en réalité “dirigée contre les Américains”.

Pas parce que Israël voulait attaquer les États-Unis, mais parce qu’il savait que, quand il serait en possession de l’unique arsenal atomique du Moyen Orient, les États-Unis n’oseraient plus se mettre en travers de sa route même si ses décisions politiques allaient à l’encontre des intérêts étasuniens.

C’est pour cette raison surtout qu’Israël est déterminé à empêcher tout rival -et donc bien sûr l’Iran- de développer un armement atomique qui mettrait fin à son monopole.

Jonathan Cook

 

Article original en anglais:

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Forget Iran, it’s Israel’s Nuclear Gun Pointed at Obama’s Head: The Myth of the US-Israel Special BondBy Jonathan Cook, publié le 10 septembre 2012

Traduction: Dominique Muselet, Info-Palestine

 

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Jonathan Cook a remporté le prix spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont “Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East” (Pluto Press) et “Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair” (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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Les films, la musique et les émissions de télévision créés par d’énormes cartels médiatiques monopolistes comme Disney, Sony, Warner Brothers, Fox, Paramount, ainsi que les compagnies de logiciels comme Electronic Arts, Microsoft, Autodesk et bien d’autres, appartiennent à un consortium d’intérêts finanço-industriels qui mène la croisade sur la “propriété intellectuelle” et bon nombre de ses créations impopulaires, incluant le SOPA, ACTA (NdT: LOPSI, HADOPI  en France) ainsi qu’une campagne de mise en accusation d’une floppée de grand-mères et de lycéens pour simplement partager une information labellisée “propriété” par ces mega-industries.

Image: Le racket de la “propriété intellectuelle”. Personne ne possède des “idées” ou une “information”, on ne possède que les moyens de les divulguer, de les enregistrer ou de les visionner. Le paradigme que ces intérêts industrio-financiers tente de créer et de perpétuer est un paradigme qui place inévitablement tout sous la coupe de “domaine intellectuel”, parce qu’il n’y a qu’eux qui ont l’argent et le pouvoir suffisants pour pouvoir les enregistrer et les défendre. Dans ce processus, ils ralentissent tout progrès technologique et social en défendant leurs modèles de commerce archaïques et obsolètes.

Ce qu’ils représentent en réalité est l’anti-thèse du vrai commerce et du progrès, ce sont des réactionnaires technologiques, qui étouffent toute avance qui menace leurs modèles archaïques et obsolètes et l’énorme influence injuste et imméritée qu’ils ont accumulée depuis des décennies.

L’existence même de films, de musique, de logiciels libres “open source” et de publications indépendants, prouve que la connaissance, le spectacle et tout ce qu’il y a entre les deux non seulement peut survivre au delà de ces paradigmes essoufflés de “droits d’auteurs”, mais qu’en fait ils peuvent s’épanouir.

Un nouveau paradigme de donner crédit quand crédit est dû, mais de garder l’information et le média qui la contient en accès libre pour tous, est en train d’émerger. Prendre un CD physique à une autre personne est priver cette personne d’un objet concret, c’est donc en l’état actuel des choses, un vol. En revanche, copier digitalement l’information contenue sur ce CD avec le consentement du propriétaire du CD, n’est pas un vol.

La technologie a rendu possible de copier l’information sans priver les individus d’objets tangibles de valeur et parce que la culture de partager ne coûte rien à ceux impliqués, et plus l’information est partagée et plus il est facile pour ceux qui recherchent cette information de la trouver, ceci s’est généralisé de manière compréhensible à tous les médias digitalement encodés. Les producteurs de logiciels, de livres, de films, de musique doivent tous faire face au changement d’une industrie de simplement créer un média et vendre le médium qui le contient.

Il y a toujours de l’argent à faire avec les spectacles dans les théâtres et avec les productions physiques que d’aucun trouve de valeur suffisante pour payer. Mais, même dans cet aspect, les outils pour créer des films, de la musique, des logiciels et des livres deviennent de plus en plus bon marché et accessibles à un plus grand nombre de gens qui partageraient bien plus volontiers leur travail au sein d’une culture du partage.

Ce que ces intérêts industrio-financiers protègent donc, n’est pas leurs “droits” ou eux-mêmes à l’encontre de “vol”, mais leur monopole sur un système archaïque qui, s’il n’est plus protégé, s’effondrera et disparaîtra. Comme si un consortium de bibliothèques et de libraires mondial s’unifiait pour mettre hors-la-loi l’internet et les sites internet comme Wikipedia; la réaction de la mega-industrie des médias est une réaction profondément absurde, entretenue exclusivement par la richesse immense que son monopole lui a donné au fil des décennies et qui existe toujours parce qu’un grand nombre de personnes à travers le monde continue de regarder, d’écouter, de lire et malheureusement, de croire tout ce qu’ils disent et écrivent.

Ci-dessous figure une liste des cartels médiatiques et des industries qui constituent leurs membres et qui sont responsables de cette croisade absurde en faveur de la “propriété intellectuelle”. Chacune de ces industrie produit des choses dont nous sommes tous parfaitement capables de nous passer et comme c’est le cas avec bien d’autres monopoles industrio-financiers, dont il serait mieux que nous nous passions en première instance.

Recording Industry Association of America (RIAA) Members

National Music Publishers Association (NMPA) Board Members

Motion Picture Association of America (MPAA) Members

Independent Film & Television Alliance (IFTA) Member Directory

Entertainment Software Association (ESA) Members

Business Software Alliance (BSA) Members

Pour chaque film, chanson, ou logiciel produit par cette collection de parasites monopolistes industriels, il y a un produit équivalent ou bien supérieur en qualité qui est open source ou en accès libre, créations communes, ou de domaines publics alternatifs. Il y a une myriade d’information, ouverte. libre et gratuite ainsi que de possibilités d’amusement en ligne créés par des amateurs mais aussi par une frange grandissante de professionnels. Il y a également une très grande (et grandissante) sélection de logiciels open source qui sont à la disposition de tout à chacun.

Nous avons la société que nous achetons. Si nous continuons à payer des financiers industriels issus du Fortune 500 qui continuent à concentrer richesse et pouvoir dans le moins de mains possible et continuent à les utiliser pour créer et guider un agenda qui ne sert que des intérêts spéciaux aux dépends de la très vaste majorité, nous n’avons que nous même à blâmer. Boycotter ces industries leur enlève une vaste richesse dont elles ont besoin pour continuer leur immense lobbying et payer leurs ressources législatives. De plus, en boycottant ces mega-industries, nous avons l’argent à dépenser localement, pour les artistes locaux, qui eux ont de l’argent à dépenser localement ; pour ces artistes locaux qui se démènent pour créer des spectacles de scène ou de créer des choses tangibles que nous pouvons tous apprécier.

Que des êtres humains de nos jours passent des mois, voire des années en prison pour “violation de droits d’auteurs et/ou de reproduction” alors que des assassins de masse se promènent librement et en toute impunité sur le sol américain (NdT; Cartalucci fait ici référence aux politiciens, politiciennes, hommes et femmes d’état… ainsi que les criminels dictateurs hébergés par les états-unis pour “services rendus”), dénonce ces immenses injustices générées par ce même système, rendant encore plus urgent le fait que celui-ci doit être aboli et remplacé de toute urgence.

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 


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La boîte de Pandore des dérives de la liberté d’expression

septembre 16th, 2012 by Chems Eddine Chitour

A force de tout voir on finit par tout supporter…

A force de tout supporter on finit par tout tolérer…

A force de tout tolérer on finit par tout accepter…

A force de tout accepter on finit par tout approuver.

Saint Augustin (Père de l’Eglise)

 

Cette citation attribuée à Saint Augustin -un algérien amazigh de naissance-  pose les limites de la tolérance et le danger d’une  normalisation rampante du blasphème. L’actualité nous donne l’occasion d’illustrer de fait les coups de boutoir contre une spiritualité –en l’occurrence l’Islam , le tiers exclus de la révélation abrahamique- au nom de la sacro-sainte liberté d’expression dont on connait les limites quand on est borderline pour d’autres faits relevant de la doxa occidentale qui dicte la norme de ce qui est licite ( Hallal) et interdit (Layadjouz : Cela ne passe pas) pour reprendre des expressions du vocabulaire religieux musulman…

Ainsi   des centaines de personnes ont manifesté, dans plusieurs pays arabes, contre un film jugé insultant envers l’Islam, qui a déjà provoqué une attaque contre l’ambassade américaine en Libye, faisant quatre morts, dont l’ambassadeur. Il y eut aussi d’autres victimes libyennes. A total il y eut aussi une dizaine de musulmans qui sont morts dans les pays musulmans arabes.  On parle de préméditation s’ agissant de l’attaque de Benghazi. L’appel à manifester avait été lancé de manière spontanée, sans intervention d’une organisation, et s’est propagé via les réseaux sociaux, notamment. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a dénoncé, jeudi, le caractère ´´écœurant´´ et répréhensible de la vidéo et souligné que l’Administration Obama en rejetait le contenu et le message. L’Arabie Saoudite ainsi que le président Mohamed Morsi, ont condamné à la fois le caractère blasphématoire de la vidéo et le recours à la violence.

Au Proche-Orient, c’est par l’intermédiaire de plusieurs chrétiens d’Orient extrémistes et notamment de Morris Sadek que la vidéo a été largement diffusée. Les autorités de l’Eglise copte ont clairement dénoncé le film. Le patriarche Anba Pachomios, pape par interim de l’Eglise copte depuis la mort de Chénouda III, s’est emporté contre ceux qui «sèment la zizanie». «Laissez-nous en paix, nous sommes capables de vivre sous la protection et avec l’amour des musulmans», a-t-il notamment déclaré à l’adresse des Coptes radicaux de l’étranger. Le Vatican a condamné mercredi 12 septembre «les offenses injustifiées et les provocations à la sensibilité des croyants musulmans», tout en jugeant la violence «inacceptable», dans une allusion claire à l’attentat perpétré en Libye après la diffusion d’un film jugé insultant envers l’Islam.

Qu’est-ce que le blasphème?

Une fois de plus, les musulmans se sont sentis agressés dans leur «être au monde» et leur condition de croyants. En Occident, on invoque l’arme fatale: la liberté d’expression. Est-ce un blasphème que de s’en prendre à une spiritualité? Selon l’encyclopédie Wikipédia: «Un blasphème est un discours jugé irrévérencieux à l’égard de ce qui est vénéré par les religions ou de ce qui est considéré comme sacré. Le blasphème ne prend son sens qu’à travers ce qu’il reflète à la fois du point de vue des religieux et social: une hérésie, une apostasie, ou une provocation. De même, l’intervention pour préserver l’ordre public procède de logiques différentes. Une religion conduit toujours à délimiter un domaine sacré exclusif du domaine profane. La protection de ce domaine sacré se caractérise par un système d’interdits acceptés.

Pour les autres, la liberté de conscience implique la liberté d’expression. Chacun est donc libre de s’exprimer, y compris sur des sujets religieux (…)» Ce principe conduit les laïques à considérer que la liberté de penser est absolue ou elle n’est pas. La réponse politique à apporter face au blasphème doit apporter un arbitrage entre liberté d’expression et droit au respect de la religion. A titre d’exemple, en Allemagne l’article 166 du Code pénal intitulé: «Diffamation des religions, associations religieuses ou idéologiques» connu aussi sous le nom de punit le blasphème jusqu’à trois ans d’emprisonnement, s’il y a trouble de la paix civile.

On en trouve une traduction dans le Code pénal d’Alsace et Moselle  en France qui bénéficie du Concordat. Dans le reste de la France, on peut blasphémer contre la religion mais il est interdit de s’en prendre aux lois sanctuarisant les génocides…On l’a vu avec l’affaire Charlie hebdo des caricatures de Mohamed. Tout le monde, Sarkozy, en tête s’est découvert une âme de bien-pensant, mais ces chevaliers sans peur et sans reproche ont l’indignation sélective s’agissant de mettre au banc de la société ceux qui «osent» s’en prendre au sacré de ces vraies lois liberticides.

L’affaire du film diabolisant l’Islam : Une bénédiction pour Romney ?

«Les républicains, écrit Thomas Snegaroff, ne pouvaient rêver mieux. Imaginez. Eux qui, depuis des mois, cherchent à faire passer Obama pour une lopette, incapable de diriger la première puissance militaire du monde, en qui ils voient, ô insulte suprême, un Jimmy Carter en puissance, sont servis. En septembre 1980, le Président avait quatre points d’avance sur Ronald Reagan malgré un contexte économique très difficile. Et puis les étudiants iraniens ont pris d’assaut l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, faisant 52 otages. Carter décidait, quelle folie, de cesser sa campagne pour se concentrer pleinement sur la libération des otages – une libération qui surviendra, mais le jour-même de l’investiture du nouveau Président, Ronald Reagan.» (1)

«A peine l’attaque sur le Consulat des Etats-Unis à Benghazi connue, Mitt Romney prenait la parole. (…) «Mon Dieu, mon rêve se réalise!», a-t-il dû penser en déclarant: «Nous sommes unanimes à condamner les attaques contre les ambassades et la mort de citoyens américains. Mais il est également important, pour moi, [...] de dire qu’il y a eu des déclarations inopportunes, notamment un communiqué honteux de la part de notre gouvernement demandant pardon pour les valeurs de l’Amérique [...] Ce n’est jamais la chose à faire.»(1)

« A peine élu, Obama est la cible des commentateurs conservateurs qui se succèdent sur Fox News, ulcérés de voir le Président américain critiquer l’attitude passée de leur pays et demander pardon lors de ses voyages à l’étranger. Pour eux, l’Amérique d’Obama s’excuse beaucoup trop: d’avoir été «arrogante» avec les Européens, d’avoir utilisé l’arme atomique avec les Asiatiques, d’avoir renversé des gouvernements démocratiques avec les Latino-Américains, d’avoir été humiliante avec les musulmans… On dénonce ici une «tournée des confessions» (Karl Rove), là une «tournée des excuses» (Mitt Romney) qui, selon eux, ne peuvent qu’effriter encore un peu plus le leadership américain dans le monde. On est loin du discours du Caire prononcé par Barack Obama qui proposait d’engager un dialogue constructif avec l’Islam, reposant sur une bonne dose d’empathie réciproque… Non: pour les néoconservateurs comme Robert Kagan, l’Amérique doit être forte, si forte que personne ne pourra jamais l’attaquer.» (1)

Les causes: un coup monté pour attiser les haines?

Mystères et confusion régnaient sur l’identité de l’auteur du film ayant provoqué de violentes attaques contre les Etats-Unis en Egypte, en Libye et au Yémen. Ce pamphlet a été réalisé et produit par un illustre inconnu: Sam Bacile, un promoteur immobilier israélo-américain de 54 ans originaire du sud de la Californie. Dans un entretien au Wall Street Journal, le réalisateur justifie sa démarche d’un laconique: “L’islam est un cancer. “Sam Bacile dit avoir voulu aider Israël, son pays d’origine, en montrant au monde les défauts de l’Islam. “Le film est politique. Pas religieux, se défend-il pourtant. Le principal problème est que je suis le premier à mettre à l’écran quelqu’un qui représente le Prophète Mahomet. Ça les rend fous, s’est défendu Sam Bacile. Mais nous devons ouvrir les vannes. Après le 11-Septembre, tout le monde doit être jugé, même Jésus, même Mahomet, a-t-il ajouté. Les Etats-Unis ont perdu beaucoup d’argent et de personnes dans leurs guerres en Irak et en Afghanistan, mais nous nous battons avec des idées”, a-t-il déclaré au Sacramento Bee. C’était sans compter le soutien de personnalités américaines connues pour leur position anti-Islam, comme le très controversé pasteur Terry Jones. Ce dernier s’est attiré de nombreuses critiques par le passé, notamment pour avoir brûlé un exemplaire du Coran. (2)

D’une façon diabolique, le scénario a été réécrit à partir du tournage des mêmes scènes / «Une information relayée par les médias américains affirmait qu’un Copte vivant dans la banlieue de Los Angeles, Nakoula Basseley Nakoula, était le responsable de la société de production du film et qu’il avait eu maille à partir avec la justice. (…) L’équipe du film a fait part de sa colère, mercredi, dans un communiqué publié par le Los Angeles Times.” Tous les acteurs et toute l’équipe sont bouleversés et ont l’impression d’avoir été exploités par le producteur”, écrivent-ils. “Nous sommes à 100% contre ce film et avons été grossièrement trompés sur ses intentions et objectifs. (…) Nous sommes choqués par les réécritures radicales du scénario et les mensonges proférés à toutes les personnes impliquées”. L’actrice Cindy Lee Garcia, a affirmé qu’elle ignorait que le film fût une propagande antimusulmane, ajoutant que des dialogues avaient été doublés après le tournage. Selon elle, ´´il n’y avait rien sur Mahomet ou les musulmans´´ dans le film qu’elle a tourné. L’actrice a précisé que le film, qui aurait coûté 5 millions de dollars en partie versés par une centaine de donateurs juifs, avait été tourné durant l’été 2011 à l’intérieur d’une église proche de Los Angeles. (3)

L’ensemble des insultes contenues dans la vidéo n’ont pas été prononcées par les acteurs mais rajoutées lors du doublage. Le réalisateur, se présentant comme un Américain juif nommé Sam Bacile, avait expliqué à la presse que son film n’avait été diffusé qu’une seule fois, dans la salle quasiment déserte d’un obscur cinéma d’Hollywood. De nombreux observateurs ont également repéré que lors des dialogues, extrêmement mal doublés, les voix des acteurs semblent se modifier lorsqu’ils évoquent l’Islam. Lorsque l’on se concentre sur les dialogues, on a même l’impression que les propos les plus insultants envers les musulmans ont été enregistrés a posteriori et ajoutés au montage pour remplacer les dialogues originaux La chaîne CNN a retrouvé quelque 80 personnes ayant participé au tournage du film. Or, la totalité d’entre eux affirme avoir été” trompée” par le réalisateur. Le film, qui portait au départ le titre de “Desert Warrior”, était censé être “un film d’aventure historique dans le désert arabe”. Plus grave, les acteurs confirment que leurs propos ont été modifiés et que le script n’évoquait à aucun moment le Prophète de l’Islam. Selon l’Associated press, le mystérieux réalisateur se nommerait finalement Nakoula Basseley Nakoula, un Californien de confession copte de 55 ans ayant reconnu faire partie de l’équipe de production et dont l’agence a pu vérifier l’identité. En effet, Sam Bacile, que l’agence avait interviewé par téléphone la veille, utilise un téléphone renvoyant à la même adresse physique que Nakoula Basseley Nakoula. Ce dernier est connu pour avoir été condamné en 2010 pour des malversations financières. (4)

Faut-il limiter la liberté d’expression?

Cette scabreuse affaire qui pose les limites de la liberté d’expression apparait en même temps qu’un autre brûlot en France, un écrivain Richard Millet fait l’apologie de Anders Brevick au nom de la pureté de la race européenne souillée par son mélange avec l’immigration musulmane. Beaucoup d’écrivains de renom se dirent scandalisés.

Nous rapportons les propos de Annie Ernaux écrivaine: « (…) J’ai lu le dernier pamphlet de Richard Millet, dans un mélange croissant de colère, de dégoût et d’effroi. Celui de lire sous la plume d’un écrivain, éditeur chez Gallimard, des propos qui exsudent le mépris de l’humanité et font l’apologie de la violence au prétexte d’examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les “actes” de celui qui a tué froidement, en 2011, 77 personnes en Norvège. Je ne ferai pas silence sur cet écrit à la raison que réagir renforce la posture de martyr, d’écrivain maudit, qu’il s’est construite. Richard Millet est tout le contraire d’un fou. Chaque phrase, chaque mot est écrit en toute connaissance de cause et, j’ajouterai, des conséquences possibles. Traiter par le silence et le mépris un texte porteur de menaces pour la cohésion sociale, c’est prendre le risque de se mépriser soi-même plus tard. Parce qu’on s’est tu.» (5)

« Je ne me laisserai pas non plus intimider par ceux qui brandissent sans arrêt, en un réflexe pavlovien, la liberté d’expression et le droit des écrivains à tout dire hurlant à la censure pour bâillonner celui ou celle qui, après avoir examiné de quoi il retourne dans cet opuscule, ose – quelle audace! – s’interroger sur les responsabilités de son auteur au sein d’une maison d’édition. J’écris depuis plus de quarante ans. Pas davantage aujourd’hui qu’hier je ne me sens menacée dans ma vie quotidienne, en grande banlieue parisienne, par l’existence des autres qui n’ont pas ma couleur de peau, ni dans l’usage de ma langue par ceux qui ne sont pas “Français de sang”, parlent avec un accent, lisent le Coran, mais qui vont dans les écoles où, tout comme moi autrefois, ils apprennent à lire et écrire le français. Et, par-dessus tout, jamais je n’accepterai qu’on lie mon travail d’écrivain à une identité raciale et nationale me définissant contre d’autres et je lutterai contre ceux qui voudraient imposer ce partage de l’humanité.» (5) Tout est dit, nous ne retrions pas une virgule à ce texte.

Conclusion

L’affaire de ce film est grave en ce sens que tout est permis s’agissant de diaboliser les autres. Il est vrai qu’il existe un amendement pour la liberté d’expression, mais est ce un horizon indépassable quand il s’agit de la paix du monde, surtout quand on sait les multiples entorses profanes à cet interdit  qui veut qu’il soit dangereux de s’en prendre aux tenants de l’ordre.

Sans remettre en cause l’esprit de la  liberté d’expression, nous pensons que cette dernières devrait avoir des limites – s’agissant des spiritualités qui sont qu’on le veuille ou non le seul recours dans un monde de plus en plus anomique, seul refuge pour garder l’espoir en un avenir meilleur-   qui sont celles de ne pas compromettre le vivre-ensemble à l’échelle d’une nation et plus largement à l’échelle du monde devenu un grand village de par la bénédiction des médias de l’Internet, souvent pour le meilleur et certaines fois pour le pire. La paix des civilisations ne peut en aucun cas être assujettie aux délires de pyromanes. Les musulmans n’auront pas d’autres choix que de s’adapter à une banalisation du sacré. Il n’est que de voir à titre d’exemple comment le Christ est traité, ce qui choque profondément les Musulmans. Ces mêmes Arabes qui sont comme l’écrit si bien Lawrence d’Arabie, un « peuple des beaux départs » sont  géré à l’émotion. Cette énième provocation s’éteindra comme les autres, laissant de plus un fossé se creuser inexorablement  entre l’Islam et l’Occident.  Ainsi va le monde.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz
1. Thomas Snegaroff  http://blogs.rue89.com/amerique-dans-la-peau/2012/09/12/benghazi-un-cadeau-du-ciel-pour-mitt-romney-228394
2. Hélène Sallon Le Monde.fr avec AFP et AP | 12.09.2012 «L’Innocence des musulmans»
3. Le mystère plane sur l’auteur du film anti-islam OLJ/Agences | 13/09/2012
4. Jérôme Hourdeaux: Brûlot «anti-islam»: un coup monté Rue 89 13 09 2012
5. http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/10/le-pamphlet-de-richard-millet-deshonore-la-litterature_1758011_3232.html

 

 

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Lettre d’une Syrienne à un ami belge

septembre 16th, 2012 by Fayrouz

Ce beau texte nous a été envoyé par Fayrouz (*), une Syrienne résidant à Damas qui, par le passé, s’est montrée critique vis-à-vis du gouvernement mais qui, face à l’apparition d’une opposition militarisée soutenue par des puissances étrangères et formée d’islamistes venus de l’extérieur, s’est très rapidement ralliée au gouvernement de Bachar el-Assad, qu’elle considère un rempart. – Silvia Cattori

 

 

Ce beau texte nous a été envoyé par Fayrouz (*), une Syrienne résidant à Damas qui, par le passé, s’est montrée critique vis-à-vis du gouvernement mais qui, face à l’apparition d’une opposition militarisée soutenue par des puissances étrangères et formée d’islamistes venus de l’extérieur, s’est très rapidement ralliée au gouvernement de Bachar el-Assad, qu’elle considère un rempart. – Silvia Cattori

Cette lettre est une synthèse des événements qui secouent mon pays et que j’observe depuis le début. Je vais commencer par la description de notre vie quotidienne,

Aujourd’hui c’était la pleine lune. Un jour, le poète Nizar Qabbani a reproché aux damascènes de monter sur le mont Qassioun la nuit de pleine lune contempler leur ville baignée dans sa lumière.

Mais des bruits d’explosions ont retenti sous le clair de lune, et au matin, un médecin a été assassiné, dans la série des assassinats ciblés pour liquider les cadres scientifiques syriens. La veille, les gangs ont ciblé deux endroits dans Qassa’, le quartier chrétien, tuant deux jeunes gens. Une voiture piégée a explosé lors des funérailles de deux jeunes martyrs, au cimetière, dans un quartier habité par des druzes et des chrétiens, tuant 12 personnes dont des enfants.

Chaque nuit, les habitants de Qassa’ sont perturbés par le bruit des combats dans les vergers de Jobar, (Est de Damas) c’est pourquoi nous avons invité l’amie de ma fille pour qu’elle puisse passer une nuit paisible chez nous, et profiter avec nous du clair de lune, mais notre soirée a été interrompue par les bruits des combats à Dareyya et à Jdaydet Artouz. (Ouest de Damas) ; un hélicoptère nous a survolés.

Ceci ressemble à ce qu’a relevé Robert Fisk : on entendait des bruits de combats au meeting journalistique organisé par le ministre des affaires étrangères syrien.

Et ceci est vrai car les vergers d’al Razi [1], dans lesquels se sont nichés les terroristes, se trouvent juste derrière le complexe ministériel.

Parfois des charges explosives collées aux voitures, explosent dans certains quartiers très fréquentés de la capitale ; après chaque explosion il est devenu courant d’appeler ses amis pour prendre de leurs nouvelles. Certaines rues de Damas sont interdites, en raison du danger que représentent des bâtiments potentiellement ciblés, et il est indispensable d’étudier son trajet avant de prendre sa voiture.

Nous ne sommes pas encombrés par les voitures des estivants du Golfe, ou des Occidentaux. En revanche, Damas est pleine de réfugiés des autres villes syriennes. Et pour accomplir des démarches administratives, on affronte une foule sans précédent. Nous vivons dans une ambiance de guerre et nous disons que c’est une guerre mondiale et régionale contre la Syrie, mais nous nous y sommes habitués. Comme nous nous sommes habitués à écouter quotidiennement les informations, et à échanger dans nos conversations les détails qui n’ont pas de place dans les rubriques.

Il y a un an et demi, nous jouissions d’une sécurité sans pareille dans cette région : nous assistions à des spectacles, nous allions aux expositions, aux soirées, et nous rentrions tard.

Au nom de la démocratie, l’Occident a lâché sur nous les bandes armées du «  chaos », et nous a privés de la sécurité.

C’est pourquoi j’ai eu l’impression que le ministre des affaires étrangères avait repris nos propres mots lorsqu’il a dit : « Il y a des Syriens qui comme moi, souhaitent voir la Syrie retourner à l’époque d’avant où nous étions fiers de notre sécurité ».

Ces détails font partie de notre vie, et chacun de nous n’a qu’une vie.

Ces détails, aussi douloureux-soient-ils, s’inscrivent dans une évolution politique générale.

Un long chemin a été parcouru dans l’affrontement de la crise :

1) À peu près jusqu’au quatrième mois des affrontements, les bandes armées et le projet politique extérieur pour faire tomber la Syrie se sont dissimulés derrière des revendications consensuelles : des réformes de lois et des institutions, le retrait de l’économie libre de marché et du néo libéralisme, le combat contre la corruption, l’élargissement du champ des libertés publiques, une participation réelle des autres forces politiques dans la gouvernance du pays.

Personne n’a critiqué la politique extérieure syrienne qui s’oppose à l’hégémonie états-unienne et à l’invasion sioniste, car elle exprime les traditions du peuple syrien, et sa position de gardien des valeurs patriotiques arabes.

Au cours des premiers mois de contestation, les manifestations partaient des mosquées après la prière du vendredi, et la chaîne qatari al Jazeera communiquait aux contestataires les noms des campagnes de contestation, et beaucoup de gens croyaient aux mensonges qu’elle diffusait. En parallèle, les médias occidentaux donnaient l’image d’une armée qui tirait sur des manifestants pacifiques. Ces mois-là ont été difficiles, nous évitions de sortir les jeudis et vendredis. Mais dès l’instant où le peuple syrien a réalisé que le sujet de cette contestation n’était pas les réformes mais la position assumée par la Syrie dans l’affrontement arabo-sioniste, les gens sont descendus dans la rue par millions, sur les places des villes syriennes, et ont repris la rue aux gens des mosquées et aux hommes armés. C’est pourquoi je trouve que le peuple syrien, a, par sa maturité, devancé les politiciens.

Il s’est précipité dans les rues la nuit où la Ligue arabe a suspendu la Syrie qui, pourtant, est membre fondateur de la Ligue. Il s’est aussi précipité dans la rue la nuit du premier veto de la Russie et de la Chine. Ma voisine, qui n’est pas du tout politisée, est accourue en disant : « Je descendrai dans la rue et j’irai là où les gens vont. »

2) Cela a contribué à démasquer le Conseil d’Istanbul : les Syriens ont découvert que ses représentants étaient liés aux services de renseignements ; ils ont entendu leurs positions contre la résistance Arabe au sionisme et les déclarations de certains de ses membres qui veulent établir des relations avec Israël, ce qui est une énormité que ne peut pardonner le peuple syrien.

3) Les faits ont révélé la férocité du Qatar et de l’Arabie Saoudite, ces deux États rétrogrades, leur insistance pour une ingérence militaire internationale au nom du Chapitre 7 de la charte des Nations Unies, et leur financement des bandes armées.

4) Les images diffusées ont montré la sauvagerie de ces bandes ; je pense que la décapitation des policiers qui ont été ensuite jetés dans l’Oronte, a été un des tournants qui ont écœuré les Syriens habitués à la miséricorde, et leur a ouvert les yeux sur la vengeance qui les attend en cas de chute du régime. Même les opposants patriotiques ont compris la nécessité de défendre le pays et le tissu social syrien.

5) Les aveux des criminels ont révélé l’identité des centres d’entraînement et de financement, mettant ainsi en lumière le projet de subversion extérieur et ses instruments. Nous avons tous été atterrés par les récits des criminels décrivant calmement les égorgements de civils, les vols et les viols filmés pour en accuser l’armée syrienne.

6) Les religieux chrétiens et musulmans ont affronté ces crimes et ces explosions avec des prières communes et ils se sont mobilisés pour protéger le tissu social syrien qui réunit toutes les confessions et religions dans un État laïc, et une culture commune.

7) Les citoyens malmenés par les bandes armées qui ont occupé leur maison ou les en ont chassés, la terreur des enfants qui ont assisté cachés au meurtre de leur famille, ont mis en lumière la nature des bandes qui commettent ces crimes et les signent sur les murs avec le sang des victimes ; ce sont des salafistes financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite, un rassemblement de jihadistes islamistes.

8) La chute de Baba Amr, de l’« émirat islamique » à Homs, a montré que ce qui était présenté par la presse occidentale et du Golfe comme le berceau de la révolution n’était en fait qu’un «  émirat » basé sur la vengeance, l’égorgement, les fatwas des cheikhs rétrogrades, des centres de tortures, des conseillers des services de renseignements occidentaux, des tunnels d’approvisionnement et des armes israéliennes. Il est apparu aussi que les gangs se sont emparés des habitations, ont percé les murs pour se déplacer entre les appartements, et qu’ils ont égorgé des familles entières avec femmes et enfants.

9) L’image de la révolution et des révolutionnaires s’est trouvée complètement anéantie, et sont apparus les salafistes barbus avec leurs drapeaux noirs. Les gens se sont réfugiés auprès de l’armée qu’ils ont appelée à l’aide en lui indiquant les caches des gangs. La protection sociale des gangs s’est ainsi rétrécie. [2]

Est apparue aussi la rage des habitants qui avaient été forcés de se taire. Le massacre de Dareyya a dévoilé les horreurs que commettaient les gangs au cœur même de cette protection sociale ; c’est ainsi que s’est complètement brisée l’image des « émirats islamiques » et de la pureté de la charia qu’ils veulent appliquer et qu’est apparu leur éloignement du véritable Islam.

10) L’armée syrienne qui pendant les dix dernières années se préparait à affronter une éventuelle attaque israélienne, n’était pas préparée pour une guérilla ; en outre, les instructions très fermes qu’elle avait reçue quant à la protection des civils ont causé la mort d’un grand nombre de soldats et d’officiers, mais les cortèges de funérailles dans les villages ont montré aux citoyens les origines villageoises et populaires des militaires.

La spontanéité des femmes répétant « morts pour la Syrie, pour la patrie », a bouleversé l’âme des Syriens. De nos foyers, nous partagions leurs larmes et leur peine.

11) Ceci a restauré l’image de l’armée. Tout le monde admet que le Liban a bénéficié de la protection de l’armée syrienne qui a laissé derrière elle dix mille de ses soldats morts en martyrs lors de l’invasion israélienne, mais pas seulement : il y a eu aussi la salissure de cette même armée, à cause de la corruption dirigée par Abdel Halim Khaddam et Ghazi Kanaan, en plus des corrompus libanais. L’armée syrienne a retrouvé son prestige aux yeux des Syriens ; les femmes les hommes et les enfants l’accueillent en lui lançant du riz et lui offrant à boire, là où elle les libère des gangs. C’est ainsi que la guerre l’a rapprochée du peuple et elle n’est plus isolée dans ses casernes. Le peuple et l’armée ont partagé leurs souffrances et leur défense réciproque.

En un an, l’armée, qui n’était pas préparée pour une guérilla, s’est entraînée, a acquis une agilité, une habileté et une confiance en elle, et a été équipée de tenues de combat adaptées. Il est clair pour le citoyen que cibler et briser l’armée est un objectif stratégique israélien, chose que le peuple syrien n’accepte pas.

12) Il est apparu que des courants politiques qui étaient écartés du parlement, ont présenté un discours politique et économique vivant. Sans aucun doute la nomination du Dr Qadri Jamil comme vice président du Conseil des ministres, la création du ministère de la réconciliation nationale, avec à sa tête le Dr Ali Haidar, (qui était aussi à l’écart) sont des choix qui tranchent avec la politique précédente et qui répondent à la demande nationale.

13) Burhan Ghalioun a échoué à éloigner le peuple du régime, car il l’a précipité dans une misère économique (en favorisant les sanctions contre la Syrie).

La bêtise de la politique états-unienne a produit l’inverse des résultats escomptés, comme l’a dit Maître Vergès.

Nous disions, la Syrie ne doit pas être qu’un marché occidental, nous devons nous tourner vers l’Est. Le monde n’est pas uniquement l’Europe occidentale. Les sanctions économiques occidentales ont montré que nous avions raison ; et voici la Syrie qui signe des contrats avec la Russie et la Chine. Malgré la guerre, nous n’avons pas eu de pénurie alimentaire sur les marchés. Le gouvernement y a veillé. La crainte des citoyens, qui les poussait au début à faire des stocks, s’est dissipée. Seuls peut-être les magasins de vêtements de marques occidentales se sont vidés. Mais ce n’est pas une préoccupation générale.

14) Le comportement des hauts fonctionnaires a changé ; les nouveaux ministres, les gouverneurs des villes et le premier ministre se préoccupent de l’approvisionnement en denrées alimentaires, des centres de réfugiés syriens, des hôpitaux, des lieux d’attentats. Nous disions : les hauts fonctionnaires sont au service du peuple et non pas des tuteurs ! Voici que la guerre réalise ce souhait.

15) Après le nettoyage des quartiers qui avaient été occupés par des gangs, l’armée se retire et les équipes de maintenance interviennent, pour réhabiliter les infrastructures que ces gangs ont détruites ; les denrées de première nécessité sont distribuées aux habitants, les Maires vérifient l’état de leurs quartiers. Ceci est sans précédent et n’existait pas avant la guerre.

16) Les jeunes ont exercé pleinement des activités sociales d’intérêt général ; ils ont aidé le Croissant rouge, secouru les réfugiés syriens sinistrés, remercié l’armée, visité les mères des martyrs ; certains d’entre eux ont été tués par les balles des gangs alors qu’ils acheminaient de la nourriture aux habitants encerclés, dans les quartiers tenus par les gangs.

Même à l’apogée des mouvements de libération des peuples arabes, et de la force de l’URSS, les patriotes ne pouvaient rêver qu’un intellectuel de gauche spécialiste et patriotique comme Qadri Jamil, accède au poste de vice président pour les affaires économiques, ni qu’un homme aussi honnête et cultivé qu’Ali Haidar devienne ministre de la réconciliation nationale !

C’est pourquoi il me semble que la Syrie, célèbre pour son acier damascène, utilise le feu de la guerre pour tremper son acier. Et le peuple qui a sauvé son pays est devenu plus apte à défendre ses droits. Et l’armée qui a fait de gros sacrifices n’acceptera pas les corrompus, qu’ils soient militaires ou civils.

Cette guerre que nous ont déclarée les États-Unis, Israël et les pays du Golfe, a tourné une page de notre vie. Nous ne sommes plus comme avant, la douleur aussi donne des fruits, dont la sagesse et la lucidité. Nous rejetons encore plus l’hégémonie états-unienne et la fourberie israélienne ; notre conviction est de plus en plus ancrée que la Syrie est la gardienne des valeurs patriotiques et de la résistance arabe ; nous sommes de plus en plus fiers de notre pays. La Syrie n’est pas seulement le berceau des civilisations anciennes, c’est aussi le partenaire d’un tournant historique, avec sur ses rives un empire qui n’est plus une force unipolaire, mais qui n’admet pas cette vérité ; et de nouvelles et jeunes forces économiques, sociales, et politiques, que sont la Russie, la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Amérique Latine.

Dans ce nouveau contexte, le droit d’ingérence au nom de la protection des civils n’est plus possible, il faut respecter le droit international, et c’est ce que Jean Bricmont a exprimé lors de son intervention à l’UNESCO. [3]

Nous privilégions donc l’optimisme. Le congrès du Mouvement des Non-alignés à Téhéran et les manifestations du peuple turc le confirment.

Ce n’est pas l’optimisme naïf de celui qui s’imagine que les étapes historiques avancent toujours et ne reculent jamais. Mais de celui qui examine la réalité sans ignorer le désastre des pertes. En Syrie, il y a des villes détruites, des infrastructures anéanties ; des écoles, des hôpitaux, des établissements, des usines, nationales ou privées, qui ont été brûlés par les gangs, des orphelins et des veuves innombrables, et des marginaux désœuvrés qui seront des recrues pour les salafistes si nous ne les rendons pas productifs.

Robert Fisk a noté ce qu’a dit le ministre des Affaires étrangères : les États-Unis sont derrière la violence en Syrie, et cela continuera après la bataille d’Alep. Ses paroles sont crédibles au vu des arrivées d’armes et d’hommes du Liban et de la Turquie, et de l’aveu d’un des hommes d’Al Qaida qui a été entraîné dans une mosquée à Saïda : l’aveu que Saad Hariri et sa sœur représentent les forces politiques libanaises qui soutiennent le salafisme.

Je déduis de l’interview accordé par le Président à la chaîne nationale Al-Dounnia que cette guerre mondiale et régionale ne se terminera pas en quelques mois.

Ajoutons à cela que le sionisme cherche à épuiser l’armée syrienne et à liquider la résistance nationale. Il ne cache pas son projet stratégique de disloquer l’Irak, la Syrie, le Liban et l’Égypte. Mais nous sommes là ! Nous sommes présents ! Nous sommes acteurs. Nous sommes nous-mêmes le tournant vers une époque nouvelle ! La défaite est interdite, si difficile que soit la victoire !

Fayrouz (*)

Damas, 13 septembre 2012

 

(*) Nom fictif : pour des raisons de sécurité évidente nous ne donnons pas ici son vrai nom.

 

[1] Les vergers d’al-Razi situés derrière l’hôpital du même nom, sont en continuité avec Déraya.

[2] Voir : « Syrie : Le massacre de 245 personnes à Déraya aurait été commis par la rébellion », par Robert Fisk, The Independent, 29 août 2012. http://www.silviacattori.net/article3605.html

[3] Voir : « Intervention de Jean Bricmont à l’Unesco – Juin 2012 » http://www.silviacattori.net/article3336.html

 

 

 

 

 

 

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Quel est le plus puissant, le plus violent “isme” au monde ? La question va réveiller des démons habituels, comme l’islamisme, puisque le communisme a maintenant quitté la scène. La réponse, écrivit Harold Pinter, n’est que “superficiellement enregistrée, très peu documentée, pour ne pas dire très peu reconnue”, parce qu’une seule idéologie clâme ne pas être idéologique, n’être ni de droite ni de gauche, la voie suprême. C’est le libéralisme.

Dans son essai “De la liberté” en 1859, auquel les libéraux modernes rendent hommage, John Stuart Mills décrivit le pouvoir de l’empire. “Le despotisme est le mode légitime de gouvernement en ce qui concerne la gestion des barbares”, écrivit-il, “d’aussi loin que le but soir leur amélioration et les moyens employés justifiant effectivement ce but.” Les barbares” représentaient une large section de l’humanité pour laquelle une “obéissance implicite” était requise. Le libéral français Alexis de Tocqueville croyait également en la conquête sanglante des autres comme étant un “triomphe de la chrétienté et de la civilisation” qui était “clairement pré-ordonné en vue de la Providence”.

“L’historien Hywel Williams écrivit en 2001 que “c’est un mythe utile que de dire que les libéraux sont les pacifistes et les conservateurs les va t’en guerre, mais l’impérialisme de la voie libérale peut bien être plus dangereux à cause de sa nature ouverte, sa conviction qu’il représente une forme supérieure de vie tout en niant son fanatisme d’auto-satisfaction arrogante.” Il avait à l’esprit en écrivant cela, un discours de Tony Blair dans l’après 11 Septembre 2001, dans lequel Blair promît de “réarranger ce monde autour de nous” en accord avec ses “valeurs morales”. Au moins un million de morts plus tard, seulement en Irak, cette tribune du libéralisme est employée aujourd’hui par la tyrannie du Kazakhstan pour un salaire de 13 millions de dollars.

Les crimes de Blair ne sont pas inhabituels. Depuis 1945, plus d’un tiers des membres des Nations-Unies, 69 pays, ont souffert d‘une partie ou de tout ce qui suit. Ils ont été envahis, leurs gouvernements renversés, leurs mouvements populaires réprimés, leurs élections subverties et corrompues et leurs peuples bombardés. L’historien Mark Curtis estime que le nombre de morts se chiffre par millions.

Ceci a été le projet principal de porte-flambeau libéral, les Etats-Unis, dont le célébré président “progressiste” John F. Kennedy, d’après une nouvelle étude, autorisa le bombardement de Moscou pendant la crise cubaine de 1962. “Si nous devons utiliser la force”, a dit Madeleine Albright, ministre des affaires étrangères du gouvernement libéral de Bill Clinton, “c’est parce que nous sommes l’Amérique. Nous sommes la nation indispensable. Nous sommes grands. Nous voyons plus loin dans le futur.” Quel talent pour définir si succintement le libéralisme violent moderne.

La Syrie est un travail en continuité historique. Ceci est un dossier conjoint des renseignements américain et britannique fuité:

 “Afin de facilité l’action des forces libératrices (sic), un effort spécial doit-être fait pour éliminer quelques individus clés et procéder à un remue-ménage interne en Syrie. La CIA est prête et le SIS (MI6) va essayer de monter quelques sabotages mineurs et des incidents coup de main (NdT: en français dans le texte original) en Syrie, en travaillant avec des individus par le biais de ses contacts… un degré de peur nécessaire…des clashes frontaliers mis en scène donneront un prétexte pour une intervention… La CIA et le SIS devraient utiliser… des capacités à la fois dans le domaine psychologique et dans le domaine de l’action pour augmenter la tension.”

Ceci fut écrit en 1957, bien que cela pourrait très bien émaner d’un rapport récent du Royal United Services Institute: “Une trajectoire de collision pour une intervention”, dont l’auteur dit avec une feinte sous-estimation: “Il est très probable que quelques forces spéciales et sources de renseignement occidentaux soient déjà en Syrie depuis pas mal de temps.”

Ainsi une guerre mondiale pointe à l’horizon en Syrie et en Iran. Israël, la création violente de l’occident, occupe déjà une partie de la Syrie. Ceci n’est pas nouveau. Les Israéliens pique-niquent sur les plateaux du Golan pour regarder une guerre civile dirigée par les services de renseignement occidentaux depuis la Turquie, financée et armée par les médiévaux d’Arabie Saoudite.

Après avoir volé la plupart de la Palestine, attaqué vicieusement le Liban, affamé le peuple de Gaza et construit un arsenal nucléaire illégal, Israël est exemptée de la campagne actuelle de désinformation visant à installer des  régimes clients à Damas et à Téhéran.

Le 21 Juillet, le commentateur analyste du Guardian de Londres Jonathan Freedland avertit que “l’occident ne va pas rester hors d’atteinte longtemps… Les Etats-Unis et Israël sont inquiets de voir le stock d’armes chimiques et nucléaires de la Syrie, qui est transféré; ils ont peur qu’Assad puisse choisir de partir dans un nuage léthal de gloire.” Qui dit cela ? Les “experts” habituels et les barbouzes.

Comme eux, Freedland désire “une révolution sans une intervention complète comme ce fut le cas en Libye”. D’après ses propres archives, l’OTAN a lancé 9700 sorties aériennes contre la Libye, dont plus d’un tiers était réservé à des cibles civiles. Ceci inclut des missiles avec tête à uranium apauvri. Regardez les photos des ruines de Misrata et de Syrte et les fosses communes identifiées par la Croix Rouge. Lisez le rapport de l’UNICEF sur les enfants tués, la plupart n’étaient pas âgés de 10 ans.” Tout comme la destruction de la ville irakienne de Fallujah, ces crimes ne sont pas nouveaux, parce que l’information comme désinformation est une arme offensive totalement intégrée.

Le 14 Juillet, L’Observatoire Libyen des Droits de l’Homme, qui s’opposa à Kadahafi et son régime rapporta: “La situation des droits de l’Homme en Libye est maintenant bien pire que sous Kadhafi.” Le nettoyage ethnique y est rampant. D’après Amnesty, l’entière population de la ville de Tawarga “est toujours empêchée de retourner chez elle alors que leurs maisons ont été pillées et brûlées.”

Dans le monde académique anglo-américain, des thérociens influents connus sous le vocable de “réalistes libéraux” ont enseigné depuis longtemps que les impérialistes libéraux, un terme qu’ils n’utilisent jamais, sont les pacifistes et faiseurs de paix du monde, les gérants de crise, plutôt que les fauteurs de troubles. Ils ont enlevé l’humanité de l’étude des nations et l’ont congelé avec un jargon qui sert le pouvoir belliqueux. Ils ont autopsié des nations entières, ils ont identifiés “les états défectueux” (nations difficiles à exploiter) et les “états voyous” (nations qui résistent à la domination occidentale).

Que le régime soit une démocratie ou une dictature n’a pas d’importance. La même chose est vraie pour ceux contractés pour faire le sale boulot. Au Moyen-Orient, du temps de Nasser à la Syrie d’aujourd’hui, les collaborateurs du libéralisme occidental ont été les islamistes, plus tard Al Qaïda, tandis que les notions discréditées depuis longtemps de la démocratie et des droits de l’Homme ne servent plus que de couverture réthorique à la conquête, “comme requis”… Plus çà change (NdT: en français dans le texte)…

John Pilger

Article original en anglais:

america

The Liberal Way to Run the World: “Improve” or We’ll Kill You

Traduction: Résistance 71

John Pilger, célèbre journaliste d’enquête et réalisateur de documentaires, est un des deux seuls journalistse qui aient gagnés deux fois la récompense suprême du journalisme britannique; ses documentaires ont été primés au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Dans un sondage du journal New Stateman sur les 50 héros de notre temps, Pilger arriva 4ème derrière Aung San Suu Kyi et Nelson Mandela. “John Pilger”, écrivit Harold Pinter, “met à jour avec une attention particulière des faits, la sale vérité. www.johnpilger.com

 

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Si les conventions politiques étaient évaluées sur une échelle de 1 à 10 pour leur intelligence, je donnerai à la convention républicaine la note de zéro pointé et celle des démocrates: 1. Comment les Etats-Unis peuvent-ils se targuer d’être une super-puissance lorsque les deux partis politiques en charge n’ont absolument aucune idée de ce qu’il se passe intra muros et à l’extérieur du pays ?
Les républicains fondent leur victoire sur quatre ans de propagande anti-Obama et sur les logiciels de vote pour les machines qu’ils ont créés. Pendant près de quatre ans les républicains ont abreuvé l’internet avec des portraits d’Obama le montrant comme un non-citoyen américain, comme un musulman (alors même qu’il fait massacrer des musulmans dans sept pays différents) et un marxiste (mis au pouvoir par le lobby d’Israël, Wall Street et le complexe militaro-industriel)

La plupart des électeurs républicains vont voter contre Obama sur ces seules accusation et ce malgré le fait curieux qu’aucun comité de la chambre des représentants, dominée par les républicains, n’a tenu une audition pour déterminer si vraiment Obama était un citoyen ou pas. Pourquoi la chambre républicaine, pourtant par ailleurs si agressive, ne capitaliserait-elle pas là dessus. Ce serait très facile pour un comité du congrès de déterminer si Obama est oui ou non citoyen de ce pays. Malgré la propagande, les républicains en fonction n’ont montré aucun intérêt quant aux accusations de propagande répandues par les agents républicains sur la toile.

De deux choses l’une, soit les républicains n’ont aucune confiance dans les accusations et ne désirent pas se retrouver devant le fait qu’Obama est un citoyen après un débat de comité, ou les républicains, ayant détruit tous les autres aspects de la constitution des Etats-Unis, la réduisant à un “vulgaire bout de papier”, sentent que monter en épingle la dernière provision constitutionnelle autre que le second amendement serait le summum de l’hypocrisie et ils ne veulent pas prendre le risque d’ouvrir le débat sur des sujets d’ordre constitutionnels, qu’ils ont passés un certain temps à passer au rouleau compresseur.

Si les républicains peuvent détruire l’habeas corpus, le droit à une procédure judicaire légale, violer à la fois la loi statutaire des Etats-Unis et la loi internationale, ignorer la séparation des pouvoirs et créer un César, alors pourquoi les démocrates n’auraient-ils pas le droit de faire élire un non-citoyen ? Pourquoi la convention républicaine n’a t’elle pas adressée le problème du régime Obama s’arrogeant le droit de donner à la branche exécutive du pouvoir la possibilité d’assassiner des citoyens américains sans autre forme de procès ou procédure légale ? Aucun pouvoir de cette sorte n’existe dans la constitution américaine ni dans le droit statutaire américian. Cette mesure gestapiste n’existe que comme une volonté. Les républicains ont ignoré ce problème des plus importants pour la simple et bonne raison est qu’ils soutiennent cette mesure.

Pourquoi la convention démocrate n’a t’elle pas adressé le problème que les républicains nous ont emmené en guerre sur les suppositions résultant des attentats du 11 Septembre, sans jamais avoir conduit une enquête sur les évènements ? Aucun architecte, ingénieur structurel, physicien, chimiste ou expert en sécurité nationale qualifiés ne croient un mot de la version officielle du gouvernement sur le 11 Septembre. Les personnels de premiers secours qui étaient sur les lieux et ont été témoins et qui ont fait l’expérience des évènements non plus du reste

Beaucoup de ces experts gardent leur opinion pour eux-mêmes, parce qu’autrement, les financements fédéraux pour leurs universités seront terminés ou leurs affaires d’architecture ou d’ingénierie seront boycotter par leurs clients patriotes. Indépendemment du risque encouru, il y a 1700 architectes et ingénieurs qui ont envoyés une pétition au congrès disant qu’ils ne croient pas un traître mot de l’explication officielle et qu’ils demandent la l’ouverture d’une enquête véritable.

Pourquoi aucun des deux partis n’a t’il demandé comment l’économie américaine pourrait-elle récupérer quand les grosses industries ont délocalisé des millions de boulots de la  classe moyenne, des boulots de manufacture et de services professionnels. Pour au moins une décennie, les Etats-Unis n’ont été capables que de créér des travaux payant de bas salaires, non-exportables dans le service essentiellement, comme des boulots de serveuses, de barmen, d’assistants sanitaire. Les deux partis politiques n’ont qu’un discours de non-sens concernant la politique du travail. Les républicains disent qu’ils peuvent créer de l’emploi sans taxer les riches. Les démocrates disent qu’ils peuvent créer de l’emploi en finançant des programmes pour l’emploi. Les républicains disent que ces programmes démocrates ne font simplement que prendre de l’argent d’investissements d’affaires et le donnent à ceux qui soutiennent les bars et la vente de la drogue. Les démocrates disent que la politique de faible taxation des républicains ne font qu’aider les même à payer leurs yachts, voitures de luxe, avions privés et montres à 800 000 US$ pour le 1% de la population, ceci étant en plus produit outre-mer.

Aucun des deux partis n’admettra que quand les industries américaines délocalisent leur production pour les marchés américains, les citoyens sont exclus des revenus associés avec la produstion de ces produits et services qu’ils consomment. La délocalisation est défendue par les deux partis politiques imbéciles comme étant du “libre-échange”, alors qu’en fait la délocalisation est un cadeau du PIB américain à la Chine, à l’Inde et a d’autres nations où les industries américaines localisent leur production qu’elle revendent après aux Américains.

Le PIB américain chute et le PIB des pays qui manufacturent les produits américains montent. Les économistes idiots du libre-marché appellent la désindustrialisation de l’Amérique le “libre-échange”.

Comme un économiste intelligent (oxymore je sais) le saurait, détruire les revenus des consommateurs en délocalisant leur travail dans d’autres pays laisse les consommateurs sans revenus pour acheter les biens de consommation délocalisés réimportés. Aucun des deux partis politiques ne reconnaît cette déconnection d’avec la réalité. Aucun des deux partis ne peut se permettre de le reconnaître, car les deux partis sont totalement dépendants du financement de leur campagne par les industries en question et la délocalisation dope les bonus des exécutifs et le prix des actions en bourse. Un parti politique qui s’oppose à la délocalisation du travail des Américains n’est simplement pas financé.

Ainsi, la grande “super-puissance”, la “nation indispensable”, l’hégémon mondial, s’avance vers une élection et personne ne sait ce qui est en jeu. Pourquoi aucun des deux partis n’a t’il pas demandé: Si Washington a diabolisé l’Iran tant et si bien, pourquoi donc plus de 120 pays composant le mouvement des nations non-alignées se sont-ils rendus à Téhéran la semaine dernière (NdT: pour le sommet des non-alignés) ? La propagande de Washington échoue-t’elle ? Washington ne peut-elle plus convaincre le monde que les pays que Washington veut détruire sont de mauvais pays qui doivent être détruits ?

Si la propagande de Washington échoue, le règne mondial de la puissance hégémonique ne va pas réussir. Comme règner sur le monde est le but de Washington afin de demeurer dans le moule de l’idéologie néo-conservatrice, alors Washington échoue et n’est pas la super-puissance qu’elle prétend être. Les experts en politique étrangère les plus crédibles, qu’aucun des deux partis ne possède, pensent que Washington a jeté aux ordures la “puissance douce” américaine au vu de ses mensonges évidents et de ses attaques militaires injustifées sur sept pays musulmans différents, son encerclement en règle de la Russie avec ses bases de missiles et l’encerclement de la Chine par des bases aériennes, navales et terrestres. En d’autres termes, la force morale de Washington n’existe plus. Tout ce qui existe est sa force militaire et financière et ces deux composants seront mis en échec car ils sont insuffisants.

Aucun des deux partis n’a demandé pourquoi les Etats-Unis sont-ils en guerre contre des musulmans au bénéfice d’Israël ? Pourquoi des citoyens américains devraient-ils perdre leur vie ou leur intégrité physique pour Israël tout en étant ruinés et en traînant une énorme dette de guerre qui sera le très lourd fardeau de nos enfants et nos petits-enfants ? La réponse de fait des deux partis est de blâmer la banqueroute du pays sur ce que Washington fait pour ses proches citoyens économiquement défranchisés. Les problèmes financiers des Etats-Unis sont la faute de la sécurité sociale, du Medicaid, medicare, des bons alimentaires, des allocations familiales, en fait tout ce qui permet au non-1% de garder un semblant de dignité et de prise sur la vie. En clair, l’attitude des deux partis est la suivante: si vous ne faites pas partie des 1% vous étes jetables, considéré comme une denrée périssable.

A la fois l’Obamacare et le programme républicain alternatif se débarassent des Américains malades confrontés à des maladies potentiellement terminales. Le peuple américain et les malades ne comptent plus désormais, seul le budget compte. Laisser mourir les personnes âgées plus tôt revient moins cher. Nous pouvons ainsi nous permettre plus de guerres hégémoniques et plus de coupes franches dans les impôts du 1%. Y a t’il eu un peuple dans l’histoire de l’humanité qui ait jamais été aussi mal représenté par ses gouvernements et ses partis politiques que les Américains ?

Le gouvernement américain représente les intérêts d’Israël et du 1 à 10% de la population. Tout le reste est jetable. Peu importe quel parti politique poussera le levier en Novembre, chaque Américain qui vote, votera pour Israël et pour sa propre perte.

 

Paul Craig Roberts

Le 7 septembre 2012

Article original en anglais: http://www.globalresearch.ca/author/paul-craig-roberts/

AMERICA

The Message From Both Parties Is That Americans Are Disposable

Traduction Résistance 71

 

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Foreign NGOs and Malaysia’s Logging Scandal

septembre 15th, 2012 by Nile Bowie

In Malaysian Borneo, home to some of the world’s oldest rainforests and an array of biodiverse plant and animal species, logging will always be a sensitive issue. Controversy has recently surrounded Sabah’s Chief Minister Musa Aman over allegations of embezzling $90 million (RM 279 million) from years of illegal logging operations in the state. The Bruno Manser Fund (BMF), a Swiss-based rainforest advocacy group, has filed a criminal complaint against UBS Bank over ties with Aman through a number of bank accounts he holds with UBS in Hong Kong and Zurich. [1] BMF claims that Michael Chia, an associate of Aman, organized large cash payments from timber companies with logging interests in Sabah to UBS bank accounts in Hong Kong, which were used to send money to Aman’s sons in Australia and a senior official in Sabah. The funds are alleged to be kickbacks from Malaysian timber operators paid to the Chief Minister in return for being allowed to exploit tropical hardwood logging concessions.

Sarawak Report, a London-based whistleblower website, published bank statements and other documents implicating Chief Minister Aman and his brother, Malaysia’s Foreign Minister Anifah Aman, with corruption and money laundering. [2] The report, which cites anonymous sources, leaked documents, and “insider claims,” accuses Attorney General Abdul Gani Patail of blocking further investigation by the Malaysian Anti-Corruption Commission (MACC) and highlights the close family connections between Gani and Aman. Swiss authorities have declared their readiness to freeze the illicit assets of both Musa Aman and Sarawak Chief Minister Taib Mahmud (also accused of embezzlement and misconduct) if Malaysia requests legal-assistance in investigating the case. [3] Amid calls for Aman to resign from his post, the Sabah Forestry Department has called allegations of widespread illegal logging in the state “wild and baseless,” adding that the dissemination of such allegations would cause a drop in timber sales and cause Sabah’s forests to lose economic value:

“We have reason to believe the unfounded allegations are politically motivated and not driven by any love for the environment. The allegations are therefore baseless and made with bad intention to discredit the sacrifices made by the state government to achieve good forest governance and sustainable forest management in the shortest time possible, despite the economic, financial and social challenges. Short-term licenses that cause tremendous damage to the environment are being drastically phased out and Sabah’s forest management credibility is at its highest — an open-book philosophy whereby logging and forest management areas are all open to third-party and NGO scrutiny.” [4] [5]

While the Sabah Forestry Department has come to the defense of Aman, it has acknowledged small-scale cases of illegal logging within its forests, which are in no way near the scale and extent as allegedly reported. Press statements issued by the Sabah Forestry Department claim that if allegations by the Bruno Manser Fund and Sarawak Report were indeed accurate, it would imply that at least 1 million cubic meters of timber were illegally felled, representing a land mass of 50,000 acres, or 50 percent of the timber produced from Sabah’s forests in 2011. [6] Given the enormity of the illegal felling allegedly taking place in Sabah, it is bewildering that satellites images have failed to corroborate these claims. One would assume that local environmental groups and NGOs would surely take notice of plunder on such a massive scale. Interestingly enough, Sabah-based NGOs have supported the Sabah Forestry Department in its moves to increase the amount of protected areas in its territory, namely the northern section of the Gunung Rara Forest Reserve to safeguard a secure habitat for Malaysia’s largest orangutan population. Bernama’s August 2012 article “Sabah NGOs Support Protection Forest Move” states:

Founder of LEAP (Land Empowerment Animals People) Cynthia Ong added that “nationally and regionally, Sabah was emerging as a leader in pushing the boundaries in management of natural ecosystem services, and for treating forests as stores of water, carbon and biodiversity rather than just as timber sources.” She added that there are still a number of issues that the NGOs want to address with the Department, “but this is the sort of change that we do want to see.” [7]

Sabah’s Forestry Department argues that since Reduced Impact Logging (RIL) has been introduced, third party auditors who have overseen the issuance of long-term logging licenses since 2010 would have detected such large scale illegal felling. The department points out that Musa Aman led Sabah’s participation in the Great Apes Succeed Project (GRASP) in accordance to UNESCO, which halted logging to protect the natural habitat of several thousand orangutans at the loss of approximately RM 4 billion in potential revenue. Sabah also boasts 1.3 million hectares of Totally Protected Area Reserves (TPAS), accounting for approximately 20 percent of the state’s total landmass. Under the administration of Musa Aman, the issuance of short-term logging licenses have begun being phased out in accordance with a deliberate drop in forest revenue to ensure that ecosystems are given a chance to recuperate from industrial felling. The Press Statement issued by Sabah’s Forestry Department additionally states:

At least 800,000 hectares of Sabah’s forests are partially or fully certified under various internationally recognized systems such as the Forest Stewardship Council (FSC), Malaysian Timber Certification Scheme (MTCS), or the Pan European Forest Scheme (PEFC). This also covers the Sabah Foundation with at least 250,000 hectares of fully certified and 150,000 hectares partially certified forest. Many more forest areas are being earmarked for certification as Sabah has set 2014 as the year for all long term licensed areas to be fully certified. The process of certification means independent third party auditing on the ground. If such an allegation was true, why does Sabah continue to attract the attention of certifying bodies and NGOs, who want to be our partners and to assist us in obtaining verifiable and certifiable good governance? It is not lost to the world that Sabah is the first tropical region in the whole world to have a tract of rainforest certified under the Gold Standard of the FSC in 1997 i.e. Dermakot Forest Reserve. This is a model area not just for Malaysia but the tropical world. [8]

If these statements prove to be accurate, then it would mean Chief Minister Musa Aman has actually overseen an overall increase in areas of Totally Protected Area Reserves (TPAS). Logically, if these allegations are baseless, then the alleged $90 million in embezzled funds have either not originated from the illegal felling of timber, or are simply non-existent. Other confirmed cases of corruption and embezzlement have led to many Malaysians being quite susceptible to disinformation, however it is irresponsible to deny the possibility. Chief Minister Aman would regain public trust by making every effort to be transparent and cooperative with any investigations to prove his innocence, any attempts to deflect inquiry will likely be publically interpreted as suspicious. Indeed, cases of illegal felling of timber do exist and corruption is one of the main drivers of deforestation in Sarawak, which directly threatens the fragile ecosystem and delicate way of life in indigenous tribal communities.

The claims and statistics provided by Sabah’s Forestry Department indeed prove that the state’s leaders recognize their responsibility to maintain the necessary balance between economic development and ecological preservation. In the increasingly globalized world, development has often come at the expense of uprooting indigenous communities with little respect for biodiversity and the spiritual significance of designated land areas held by indigenous tribes. In this respect, Malaysia is not without its shortcomings, but it is important to recognize that state leadership has begun taking steps in the right direction. The impressionability of the Malaysian middle class has become self-evident by the conduct of those seeking a change in government, who are keen to display their willingness to condemn the political establishment in Putrajaya without scrutinizing the (often foreign) sources of their claims.

Upon visiting the website of Swiss-based NGO, the Bruno Manser Fund, one finds it quite curious that the organization has not provided its financial statements or a list of its sponsors, which it states are “private individuals, foundations and selected businesses” – ironic for an organization set on exposing environmental institutions that lack transparency. Upon visiting the website’s news portal, the organization’s status as a “rainforest advocacy group” is most curious, as it clearly endorses non-environmental campaigns such as Ambiga Sreenevasan’s Bersih Movement – in addition to “condemning” the trial of political opposition leader Anwar Ibrahim. Additionally, the site links to Malaysiakini, the nation’s most pro-opposition political news website, an annual recipient of $100,000 (RM 317,260) from the US-based National Endowment for Democracy, funded by the United States Government. [9] As Malaysia approaches an upcoming general election, political mud slinging as become a component in every issue, with each side attempting to use any opportunity to discredit each other.

Sarawak Report and its affiliate Radio Free Sarawak are dissident media outlets based in the United Kingdom founded by British investigative journalist Clare Rewcastle Brown, and are openly hostile to the Barisan Nasional-led state governments of Sabah & Sarawak. Brown has demonstrated a clear bias by negligently exaggerating various claims, alluding to isolated incidents of timber workers raping tribal women, which Brown outrageously insinuates is the systematic policy of Prime Minister Najib Razak’s government. [10] It is some measure of folly that while Clare Rewcastle Brown and her organization focus on discrediting leadership in Malaysia, her own brother-in-law, former British Prime Minister Gordon Brown, partnered with the United States’ to invade and occupy Iraq at the expense of over a million of civilian lives.

In conclusion, the Malaysian officials accused of laundering money must make all efforts to be transparent and to continue to deliver the kind of environmental policy that respects ecosystems, biodiversity, and indigenous people. Barisan Nasional have long regarded Sabah & Sarawak as their loyal political stronghold, and it would appear that members of the opposition and their affiliates are attempting to use all means to discredit the ruling governments of those states prior to the highly anticipated general elections. While the political component behind allegations of corruption and resource grabbing must not be ignored, authentic corruption does exist and diligent efforts must be taken to investigate accused individuals – if these individuals are innocent, then their exoneration is a preordained conclusion.

Notes

[1] UBS faces criminal complaint over Malaysia ties, Swiss Info, June 12, 2012

[2] Malaysian Foreign Minister Named In Macc Investigation Into Sabah Timber Corruption, Sarawak Report, April 05, 2012

[3] Swiss govt ready to freeze Musa’s accounts, Free Malaysia Today, September 07, 2012

[4] Illegal logging claims ‘exaggerated’, says Sabah as Swiss probe UBS, The Malaysian Insider, September 07, 2012

[5] ‘More forest reserves under Musa rule,’ Free Malaysia Today, September 07, 2012

[6] Illegal felling claims will harm conservation efforts, Malaysiakini, September 07, 2012

[7] Sabah NGOs Support Protection Forest Move, Bernama, August 24, 2012

[8] Illegal felling claims will harm conservation efforts, Malaysiakini, September 07, 2012

[9] Malaysiakini Blog: Donors, 2011

[10] Clare Rewcastle Brown : Malaysians say their country is corrupt, Malaysia Chronicle, March 01, 2011

Nile Bowie is a Kuala Lumpur-based American writer and frequent contributor to Global Research, focusing on  economic and geopolitical issues.

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L’esprit du temps ou l’islamophobie radicale

septembre 14th, 2012 by Guillaume de Rouville

La grande question du XXIème siècle est et sera celle de l’islamophobie. L’islamophobie est en effet le mal du siècle présent, à l’image de ce que fut l’antisémitisme au cours du siècle précédent. Si la haine a changé de cible, elle n’a pas changé de méthode. La ‘bête infâme’ est toujours là et rôde autour de sa proie avec le même appétit prédateur. Les loups sont entrés dans Paris, Washington, Londres ou Jérusalem. Aujourd’hui, ce sont les Musulmans qui sont les principaux bouc-émissaires de la haine ordinaire des peuples occidentaux et de leurs élites et qui risquent de payer très cher le peu de cas que nous autres, citoyens des Lumières et enfants gâtés de la démocratie, faisons de leur sort peu enviable.

L’Occident, une fois le cadavre du communisme jeté dans les bas-fonds de l’histoire, a su faire de l’Islam le mal absolu, l’ennemi à combattre, le nouveau totalitarisme qui menacerait nos libertés, nos terres, nos identités. Moyen astucieux pour détourner les colères légitimes des peuples occidentaux contre les prédations répétées de leurs élites qui, pour s’enrichir à outrance, n’ont pas trouvé de meilleure solution que d’expédier les emplois de leurs concitoyens dans des contrées lointaines après avoir ouvert les vannes de l’immigration économique pour faire pression sur les salaires de leurs travailleurs nationaux. Face à la faillite d’un système libéral dominé par la finance et l’esprit de lucre, il fallait brandir une menace qui puisse canaliser toutes les vieilles rancoeurs des peuples, fruits des échecs successifs de nos sociétés capitalistes.

L’islamophobie a ses théoriciens respectés et reconnus dans le cercle étroit de nos élites atlantistes : tel un Samuel Huntington avec son choc des civilisations qui est, en quelques sortes, une invitation à la guerre éternelle, un bréviaire de la haine de l’autre au nom des intérêts géostratégiques d’une poignée d’Occidentaux ; ou une Bat Ye’or avec son concept “d’Eurabia” (“Eurabia : l’axe euro-arabe”), qui voudrait étendre à l’Europe le modèle d’apartheid et de discrimination à l’œuvre en Israël afin de résister à l’invasion des nouveaux ‘barbares’.

Nos élites islamophobes n’ont pas seulement leurs théoriciens, elles ont aussi leurs guerriers qui sont allés porter la guerre en terres musulmanes pour prouver leurs théories nauséeuses. Il leur fallait donner de la substance à leur paranoïa, du prestige à leur volonté de nuisance et pratiquer la physique des crimes après avoir épuisé toutes les ressources de la métaphysique des peurs. Leurs chefs de guerre sont revenus de leur croisade afghane, irakienne, libyenne, bouffis d’héroïsme sanglant, après avoir massacré des innocents, torturé des enfants qui défendaient leur village avec une pierre ou un bout de bois, après avoir ravagé les campagnes et les villes avec des armes interdites par les conventions internationales, après s’être accaparé les richesses des pays agressés, ils sont revenus donc, pour proclamer sans nuance : “ils nous détestent”, “ils nous haïssent”, “ils nous maudissent”. Ils ont osé justifier leurs guerres par cette haine prétendue que les peuples lointains nourriraient à notre égard, en feignant d’ignorer que cette haine, lorsqu’elle existe, n’est que la conséquence directe des guerres que nous menons au nom de la démocratie contre ces peuples sans défense [1].

L’ensemble des intellectuels atlantistes [2], autrement dit, ceux que nous entendons dans les médias occidentaux, partagent, avec plus ou moins de virulence, plus ou moins de nuance, les présupposés islamophobes et guerriers de ces ‘théories du complot islamiste’. Celui qui ne suit pas à la lettre la doctrine atlantiste et ne participe pas au lynchage intellectuel et médiatiquedes Musulmans tombe vite dans la catégorie des suspects d’antisémitisme.

Par une sorte de tragique ironie de l’histoire, l’antisémitisme supposé des uns est devenu l’alibi de l’islamophobie avérée des autres : c’est ainsi que pour cacher son islamophobie radicale, tel ou tel intellectuel atlantiste ira de sa dénonciation de l’antisémitisme ambiant, soulignera avec effroi la dangereuse progression de l’antisémitisme dans nos sociétés toujours habitées par les démons du passé. Qu’importe que les faits et les chiffres invalident ces propos et que, si l’antisémitisme n’a pas disparu, pas plus que le racisme ou le sexisme, il est aujourd’hui marginal à l’échelle de nos sociétés (évidemment pas à l’échelle des personnes qui peuvent le subir). Qu’importe que l’antisémitisme soit l’allié naturel du sionisme qui a besoin de son contraire pour exister et se justifier, ce qui compte c’est de noyer l’islamophobie sous les paroles généreuses de celui qui combattrait l’antisémitisme. On peut s’acheter ainsi une vertu médiatique à bon compte et espérer monter dans la hiérarchie atlantiste.

Les islamophobes radicaux vont encore plus loin : ils cherchent des têtes à couper en permanence, et comme le Père Duchène ou l’Ami du Peuple qui, sous la Terreur, réclamaient toujours plus de sang pour épurer le corps politique de ses excroissances incongrues, ils dénoncent comme antisémites (avec le courage inouï de ceux qui ne risquent que l’approbation de leur maîtres) tous ceux qui prendraient la défense des Musulmans ou ne seraient pas assez agressifs à leur égard, ou encore, quiconque oserait émettre une critique envers l’Occident sans y aller de son couplet sur les mœurs dénaturés de l’Islam [3]Toute critique de l’Occident passe, en effet, pour un manque d’islamophobie, et, par conséquent, pour un acte antisémite.D’une manière générale, toute personne qui se pose des questions sur le monde qui l’entoure devient suspect et est immédiatement mis à l’index de la pensée dominante. On l’aura compris, les atlantistes accusent leurs adversaires d’antisémitisme pour ne pas se voir accusés eux-mêmes d’être des islamophobes radicaux.

Pour parvenir à leurs fins, ils utilisent toute une panoplie de procédés dignes des procès de Moscou : amalgame, confusionnisme, rhétorique de disqualification, accusations en miroir, etc. Rien ne les arrête pour dénicher l’anti-atlantiste, le faire sortir de l’ombre et l’abattre en place publique pour édifier les peuples. Et le plus surprenant, c’est qu’ils réussissent, malgré l’indigence de leur raisonnement et la haine radicale qui les anime. Les victimes de leur vindictes sont en retrait, elles demeurent sur la défensive et passent leur temps à essayer de se justifier d’un brin d’humanité. Elles ne savent ni n’osent répliquer.

Or, il impérieux de réagir, pour être fidèle aux principes des Lumières, pour être les bons élèves du devoir de mémoire ou, enfin, pour garder le respect de soi-même. Il ne faut plus baisser la tête devant les islamophobes radicaux qui vous accusent d’être antisémites parce qu’ils sont à court d’arguments rationnels. Il faut combattre avec vigueur leurs méthodes inquisitoriales au nom des valeurs des Lumières qu’ils mettent en danger. Il convient de démonter méthodiquement leur paranoïa maladive qui voit des complots et des haines antisémites partout pour se dispenser d’affronter leur propre islamophobie.

Ainsi, au nom de l’islamophobie tout leur semble aujourd’hui permis à l’encontre des Musulmans dans les médias atlantistes : les dérapages verbaux, les insultes directes ou indirectes, les stigmatisations en tous genres, le mépris, les caricatures outrancières, les moqueries condescendantes. « Tous des terroristes », « tous des délinquants », « tous antisémites » ; « des délinquants qui deviendront des terroristes ; « des profiteurs du système » ; « des parasites » : ce sont là quelques uns des messages que les islamophobes distillent quotidiennement dans nos médias. Jusqu’à la fameuse affirmation que « le peuple Palestinien n’existe pas », condensé de tout le reste qui peut se comprendre comme une manière de nier le droit à l’existence d’un peuple pour s’autoriser à l’anéantir à petit feu comme un Slow Motion Holocaust. Apres cela il ne faudra pas s’étonner que la mort d’un Musulman sous les bombes occidentales ne soit jamais considéré autrement que comme un dommage collatéral, un détail sans importance dans la glorieuse histoire de l’Occident, rempart de la civilisation face au néant de ‘l’autre’.

L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire – pardonnez-moi – que d’enculer leurs chameaux.” Plateforme, Michel Houellebecq, éd. Flammarion, 2001, p. 261

Qu’importe que les principaux crimes de masse dans le monde, depuis la chute du mur de Berlin, soient l’œuvre des Occidentaux. Qu’importe que le terrorisme islamiste soit le résultat d’uneinstrumentalisation sordide réalisée par les Occidentaux et leurs alliés wahhabites (comme on l’a vu le 11-Seprembre aux États-Unis, ensuite en Libye et en Syrie). Ce qui importe est d’affirmer avec conviction son islamophobie tout en la déguisant sous les habits de la laïcité, de l’humanisme, du féminisme, de la lutte contre les extrémismes, des Lumières mêmes, puisqu’on n’est plus à une contradiction ou à un reniement près.

Nous sommes descendus si loin dans le trou noir de l’irrationalité que, par une étrange logique, il n’est pas besoin de prouver un complot ou un attentat qui impliquerait des Musulmans ; quelques soupçons suffisent pour établir la liste des coupables et faire de la conviction des accusateurs des vérités officielles qu’on ne peut contredire sans risquer de se voir soumis à l’opprobre de ses contemporains. Si des Musulmans ont pu participer à un attentat, c’est qu’ils en sont les responsables et que les faits sont incontestables. À l’opposé, il devient impossible de prouver un complot qui serait l’œuvre des Occidentaux ; toute preuve, tout faisceau d’indices, tout soupçon étayé ne sont jamais suffisants pour les tenants de l’innocence fondamentale des hommes blancs ; il leur faut toujours plus.

Ainsi, s’interroger sur le 11-Septembre et l’implication des Occidentaux dans leur réalisation c’est refuser la diabolisation systématique et immédiate des Musulmans et rejeter la théorie officielle du complot qui est, d’une certaine manière, une théorie du bouc émissaire se fondant dans le carcan du choc des civilisations. La théorie officielle du complot sur le 11-Septembre est, en effet, une théorie raciste et fondamentaliste qui veut mettre les grands crimes contemporains sur le dos des ‘autres’, sans preuve, sans examen critique et afin de dédouaner les ‘siens’, a priori et sans recours intellectuels possibles, de tout crime et de toute culpabilité.

“On est dans un moment épouvantable. Le milieu intellectuel parisien est dans une dérive parareligieuse, dans une islamophobie latente. Il existe une forme de crispation identitaire, une angoisse à la désoccidentalisation du monde, une rupture entre le clan des dominants et le monde multipolaire. Cette doctrine occidentaliste, qui veut que l’Occident soit riche et dominateur éternellement, m’inquiète”. Emmanuel Todd – El Watan. 3 novembre 2008.

Cette logique du ‘Musulman coupable par nature’, parce que Musulman, est à la base de l’institutionnalisation de la torture par les États-Unis qui peuvent ainsi soumettre à des traitements inhumains des milliers de personnes à travers le monde (Guantanamo n’étant que l’un de ces camps de torture dirigés par l’administration américaine) sur la base d’un simple soupçon de ‘terrorisme’, soupçon qui ne fait l’objet d’aucun contrôle judiciaire. La culpabilité d’un Musulman n’a pas besoin d’être prouvée, elle se déduit de son être même. Il s’agit là d’une forme d’essentialisme, qui est lui-même une forme radicale de racisme.

Les démocraties occidentales, et tout particulièrement les États-Unis, qui se définissent comme des États de droit, ont peu à peu créé, au nom de la lutte contre le terrorisme islamique, des zones de non-droit, des no man’s land juridiques destinés à rejeter hors de leur espace légal les ‘terroristes’, les ‘nouveaux barbares’, les ‘autres’, essentiellement les Musulmans, pour les soumettre à des régimes d’exception où les condamnations sans preuve, la torture, les humiliations en tous genres sont admis et encouragés[4]. Le rejet de groupes humains dans un espace para-légal, au sein même des sociétés démocratiques ou dans des lieux soumis à leur souveraineté, est la traduction politique et administrative d’un essentialisme dont le ressort principal est la peur frénétique de l’autre.

« Les individus incarcérés à Guantanamo – n’étant ni des prisonniers ni des accusés, mais de simples détenus – se trouvent dès lors sous le joug d’une autorité sans réalité légale. Comme leur détention échappe entièrement à la loi et à toute autorité juridique, elle est illimitée dans le temps et de nature indéterminée. La seule chose à laquelle on peut comparer ce phénomène est la situation des Juifs dans les camps nazis qui, en plus de leur citoyenneté, avaient perdu tout statut légal, sinon qu’ils conservaient encore leur identité de juifs »[5]. Giorgio Agamben,Sovereign Power and Bare Life, Stanford University Press, 1998.

Cet essentialisme, on le retrouve, pour prendre un exemple médiatique, dans les caricatures de Mahomet, publiées en France dans le journal Charlie Hebdo en février 2006. Dans le contexte actuel de stigmatisation des Musulmans, ces caricatures correspondent à celles des Juifs des années 30 dans la presse antisémite. Et c’est au nom de la liberté d’expression qu’on nous fait tolérer cette presse de caniveau dont les dirigeants sont des partisans déclarés de l’atlantisme et du choc des civilisations[vi]. Bel exemple également de transmutation des valeurs.

(a) : « Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût » ; «Les Musulmans se multiplient comme des rats » ; « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour », Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002. (b) : « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules », Pierre-André Taguieff, Actualité juive, 20 juin 2002. (c) : « Oriana Fallaci a l’insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s’efforce de regarder la réalité en face », Alain Finkielkraute, Le Point, 24 mai 2003.

L’islamophobie radicale prend peu à peu le dessus sur toutes les autres haines. C’est la nouvelle peste du siècle, la nouvelle passion grégaire d’une humanité occidentale à la recherche du mépris des autres pour tenter de comprendre le sien. On observe ainsi que l’ensemble des extrêmes droites européennes se rallient peu à peu à l’islamophobie radicale tout en abandonnant leur antisémitisme traditionnel (ce que l’on peut saluer) et prennent pour modèle le sionisme. Car les extrêmes droites voient dans le sionisme tous les éléments de leur philosophie : rejet de l’autre, discriminations raciales, nationalisme, apartheid. C’est ainsi que l’on peut comprendre le geste fou de Breivik en Norvège : c’est, en partie, au nom du sionisme qu’il a commis son acte atroce, si l’on se réfère au manifeste qu’il a lui-même écrit. Ses victimes étaient des jeunes militants préparant des actes de boycott d’Israël afin de dénoncer le sort réservés aux Palestiniens. Le meurtrier était un islamophobe radical, lecteur et admirateur de Samuel Huntington et de Bat Ye’or. Dire cela, c’est s’exposer à être traité d’antisémite, même si l’on est Juif soi-même.

Cette islamophobie ambiante est radicale en ce sens qu’elle permet de légitimer l’usage, à une échelle globale, par les Occidentaux, de la violence la plus extrême (guerres, tortures,dommages collatéraux, terrorisme d’État) contre des populations musulmanes qui sont présentées comme coupables des crimes qu’elles subissent. Torturer un Musulman est considéré comme un acte de recherche de la vérité et non pas comme un acte barbare, cruel et inhumain. D’une certaine manière, l’islamophobie radicale implique la mise à mort de ‘l’autre’ Musulman au nom de la bonne conscience à toute épreuve de l’homme blanc occidental.

L’islamophobie radicale est également une idéologie totalitaire parce qu’elle prétend offrir une compréhension du monde totalisante et unique, un prisme universel à travers lequel tout devrait recevoir une explication simple, logique, définitive et qui donne systématiquement raison aux Occidentaux et à leurs crimes. Elle vise tout Musulman, d’ici ou d’ailleurs et est diffusée à travers l’ensemble des moyens médiatiques de masse qui reflètent et façonnent la représentation du monde des Occidentaux (dans les écrits des intellectuels de tous bords, les films ou séries télévisées).

Cette idéologie totalitaire est, enfin, un instrument de la géopolitique de la peur développée par les élites occidentales afin de continuer leurs prédations (coloniales) antérieures. Elle construit un ennemi imaginaire (le méchant musulman qui veut tuer le gentil blanc) à qui elle donne corps et substance à force de le désirer et, avec cet épouvantail, obtient, par la peur et l’effroi, le consentement (volontaire ou tacite) de ses populations à ses aventures capitalistes guerrières.

Le paradoxe apparent de l’islamophobie radicale, c’est que ses promoteurs s’allient volontiers avec l’Islam, lui aussi radical, d’inspiration wahhabito-salafiste, pour mettre en œuvre le choc des civilisations. Cela relève d’un faux paradoxe et d’une ambiguïté propre à servir les intérêts géopolitiques des Occidentaux et des Wahhabites. Du côté de l’Occident, on développe le mal que l’on prétend combattre pour lui donner une réalité qu’il n’aurait pas autrement. En effet, sans l’appui apporté par l’Occident au terrorisme islamique wahhabite de l’Arabie saoudite et du Qatar (en Afghanistan, Serbie, Tchétchénie, Libye, Syrie ou lors du 11-Septembre, etc), ce terrorisme serait resté localisé et n’aurait jamais pu avoir l’envergure internationale qu’il a aujourd’hui. Sans ce terrorisme islamique globalisé, les guerres de conquête de l’Occident, sous couvert de lutte contre le terrorisme, n’auraient pas pu aussi facilement trouver les pretexes nécessaires à leur lancement tous azimuts. Du côté des salafistes, l’islamophobie occidentale justifie la mobilisation de l’islam radical face à l’Occident meutrier des Musulmans et donne le change aux populations musulmanes (principalement sunnites) opprimées par leurs dirigeants décadents qui font leurs emplettes à Paris, Londres ou New-York.

Il faudra beaucoup de courage aux citoyens de tous horizons religieux ou politiques pour oser défendre les Musulmans après tout les monceaux de haines et de calomnies qui auront été déversés sur eux. Il leur en faudra beaucoup aussi pour rester fidèles aux valeurs des Lumières qui font de tous les êtres des semblables, des égaux, des frères humains.

Aucun peuple ne mérite de critiques excessives, ni aucun peuple de louages exagérées. Ni haine ni angélisme, juste prendre ‘l’autre’ pour ce qu’il est : une part de nous-mêmes, ni meilleure, ni pire, juste le miroir de notre humanité.

Aujourd’hui l’inhumanité qui habite l’Occident s’en prend aux Musulmans comme hier elle s’en prenait aux Juifs. C’est cela qu’il faut avoir le courage de dire et de dénoncer. Parce que dénoncer les puissants, ce n’est pas de la délation, mais du civisme. Pour que cesse cette infamie des temps présents et que l’esprit des Lumières reprenne le dessus sur le soleil noir de l’Occident ; pour qu’un jour il ne soit pas interdit et considéré comme criminel de tendre la main à un Musulman.

Guillaume de Rouville, auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.


[1] “La haine de l’Occident”, Jean Ziegler, chez Albin Michel, 2008.
[2] Pour ce qui est du monde francophone, et sans vouloir être exhaustif, on peut citer les personnalités et groupes d’influence principaux qui se revendiquent de l’atlantisme/néoconservatisme et qui expriment des idées islamophobes, le plus souvent sous couvert de discours universitaires, géopolitiques, sociologiques, anthropologiques, etc. ; Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Bernard-Heni Lévy, Alexandre Adler, Caroline Fourest, Frédéric Encel, Philippe Val, Francois Heisbourg, Mohamed Sifaoui, Jean-Claude Casanova, Pierre Rosanvallon, Alain Minc, Jean Daniel, Pierre-André Taguieff ; la revue Commentaire, la Fondation Saint Simon (dissoute en 1999), le Cercle de l’Oratoire, l’Institut Turgot, l’Atlantis Institute, les revues Le Meilleur des MondesLa Règle du Jeu, etc.
[3] Deux exemples frappants : (i) le licenciement de Richard Labévière de RFI en 2008 en raison de ses positions trop critiques envers Israël ; (ii) le livre de Stéphane Hessel “Indignez-vous” qui a valu à ce dernier d’être traité d’antisémite pour avoir dit dans son ouvrage que Gaza était la plus grande prison à ciel ouvert du monde.
[4] Voir sur ce sujet, pour le monde anglo-saxon, le livre de Sherene Razack, “La chasse aux Musulmans”, Futur Proche, 2011.
[5] Citation reprise de “La chasse aux Musulmans”, op. cit, page 39.
[6] “Les intellectuels faussaires”, Pascal Boniface, Éditions Gawsewitch, 2011.
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Qara en Syrie: le témoignage exclusif de Soeur Agnès-Mariam

septembre 14th, 2012 by Mère Agnès-Mariam de la Croix

Supérieure du monastère Saint-Jacques le Mutilé, dans la région d’Homs en Syrie, Soeur Agnès-Mariam de la Croix invitée du Louis Daufresne  (rediffusion dimanche à 11h00)

 

Religieuse carmélite. En 1993, elle restaure les ruines du monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qâra en Syrie, dont elle devient l’higoumène, et fonde « l’Ordre de l’Unité d’Antioche ».

Réécouter Réécouter cet entretien

 

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Les raisons invoquées par le ministre des Affaires étrangères John Baird pour expliquer la décision précipitée de fermer l’ambassade canadienne à Téhéran ne tiennent pas la route. Que l’Iran soutienne le gouvernement syrien, il n’y a rien là de nouveau, tout comme le fait qu’il aurait des relations avec des groupes considérés comme terroristes par Ottawa. Quant au programme nucléaire iranien, rien n’indique un développement subit justifiant la décision d’Ottawa.

Une explication plus plausible serait que le Canada s’attend à une attaque israélienne contre l’Iran et, dans un tel cas, de représailles contre son ambassade, étant donné son soutien inconditionnel à Israël. La Grande-Bretagne a fermé son ambassade au mois de novembre dernier après avoir été assailli par des manifestants.

Depuis des années, la fréquence des rumeurs d’attaques israéliennes et/ou américaines contre l’Iran est telle qu’on n’y prête plus foi. Cependant, cette fois-ci pourrait être différente.

L’hebdomadaire français Le Canard enchaîné, qui a ses entrées auprès de l’état-major et les services de renseignement français, suit de très près la situation. Auparavant, il écartait toute action israélienne, celle-ci étant rendue impossible par l’absence d’avions ravitailleurs pour ses avions qui doivent mener leurs raids à 2 000 kilomètres de leurs bases.

Mais les choses viennent de changer. Dans l’édition du 5 septembre 2012, Claude Angeli, le spécialiste de ces questions, écrit : « Obama a autorisé, cet été, la location-vente à Tel-Aviv de plusieurs KC-135, ces « citernes-volantes » qui permettraient aux pilotes israéliens de ne pas tomber en panne sèche. À Paris, la direction du renseignement militaire vient de transmettre cette information au ministère de la Défense et à l’Élysée. Et ce ‘‘cadeau’’, toujours selon les services français, est assorti d’un prêt américain de 70 millions de dollars./

Le Canard enchaîné rappelle que « Obama a aimablement livré les munitions nécessaires à une telle opération. À savoir des bombes GBU-28 de 2,3 tonnes pouvant atteindre des usines souterraines et perforer les 6 mètres de béton qui leur assurent, en principe, une protection supplémentaire ».

Une attaque est donc possible. Aura-t-elle lieu? Il est possible que tout cela, l’envoi des avions-citernes, la fermeture de l’ambassade canadienne, fassent partie de l’escalade des moyens de pression dans le but d’intimider l’Iran pour l’obliger à mettre fin à son programme nucléaire.

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La France a pâti de quatre fautes majeures, initiées au début du conflit, qui ont gravement compromis son rôle pilote, le réduisant à celui de caisse de résonnance de la campagne de conditionnement médiatique de l’opinion européenne, en diversion aux opérations clandestines.

-Le placement de la campagne anti syrienne sous l’égide de Bernard Henry Lévy, en juillet 2011, en association avec les Frères Musulmans, sans tenir compte de la profonde révulsion qu’inspire le philosophe philo-sioniste dans le Monde arabe, a constitué une erreur criminelle et durablement détourné d’opposants historiques de la structure off-shore, de même que le  parrainage ostentatoire de la France à une opposition dirigée par des universitaires syriens salariés de l’administration française a obéré son discours moral et humaniste en ce que l’opération est apparue au sein de larges couches d‘une opinion syrienne farouchement nationaliste comme la mise en selle d’ «arabes de service», sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, pour des équipées hégémoniques occidentales en terre arabe.

-La confusion entre la Libye, -un pays quasi désertique de six millions d’habitants, dirigé par un fantasque à l’armée désorganisée-, et la Syrie, dont la densité de population est trois fois supérieure à celle de la Libye (18 millions d’habitants), dirigé de surcroît par un robuste joueur de billards à trois bandes, secondé par un redoutable clan exerçant son emprise sur l’ensemble des rouages de l’Etat, chasse gardée de la Russie depuis 40 ans, a aggravé la déconfiture de la France.

Une bataille mue par des considérations électoralistes, par essence démagogiques, est rarement couronnée de succès. Nicolas Sarkozy pensait se servir de la bataille de Syrie comme d’un tremplin électoral à l’effet de masquer son maigre bilan diplomatique après la perte de ses deux alliés tunisien (Ben Ali) et égyptien (Moubarak). Le post gaulliste néo atlantiste Alain Juppé compenser sa relégation de l’affaire libyenne et se pré-positionner pour le leadership gaulliste post électoral.

Mais l’implosion de la relation stratégique franco-turque du fait du projet de criminalisation de la négation du génocide arménien, en février, 2012, en pleine bataille de Homs-Bâb Amro, de même que l’absence de crédibilité des salariés français de l’opposition syrienne et la faiblesse de leur prestation, a gravement compromis le projet le précipitant vers l’impasse.

En assumant sans inventaire l’héritage néo-atlantiste, le tandem François Hollande Laurent Fabius, captif de son tropisme pro israélien, dans son refus obstiné d’ouvrir la moindre négociation avec le régime Assad, porte une lourde responsabilité dans les dérives du conflit, la montée en puissance des djihadistes erratiques dans la direction des combats et les destructions de Damas et d’Alep qui se sont ensuivies.

L’histoire retiendra que la France, artisan du démembrement de la Syrie dans la décennie 1930 aura été l’un des pays les plus actifs dans sa désarticulation, soixante-dix ans plus tard.  Un retour du refoulé du fait de son passif post colonial non purgé et de la surprenante survivance d’une «mentalité de colonisé» parmi les binationaux franco syriens de l’opposition, d’une manière plus générale au sein d’une fraction des binationaux franco arabes.

Comparaison n’est pas raison. Mais a-t-on jamais vu un binational franco israélien ameuter la France pour une action contre Israël? Ou plutôt se déployer dans le schéma inverse,  s’acharner à faire plier la France aux fourches caudines israéliennes y compris dans sa politique la plus hideuse, la destruction et le blocus de Gaza, la phagocytose de la Palestine, la destruction de Beyrouth? Que les opposants syriens de France prennent exemple sur Arnold Klarsfeld, réserviste de l’armée israélienne, et, dans un registre sensiblement voisin, du philosophe BHL, leur idole absolue, plutôt que de se pâmer de son soutien nullement désintéressé.

Sauf à s’exposer au risque d’être perçu comme un «supplétif», le devoir d’un opposant syrien ou arabe est de porter le combat dans son pays contre ses dirigeants, sans l’hypothéquer par le soutien des anciennes puissances coloniales, les Palestiniens du Royaume uni, promoteur de la déclaration Balfour, à l’origine de leur plus grand malheur, les Syriens de la France, équarisseur de leur pays (Alexandrette), de même que les Algériens pour Sétif et son rôle positif dans l’instauration du code de l’Indigénat dans leur pays. L’exemple du Vietnam est à méditer, qui a octroyé aux Etats Unis, sans la moindre concession de sa part,  la faveur  de déminer son territoire, en guise de repentance, repoussant sèchement le souhait du général Bigeard d’être enterré à Dien Bien Phu, la terre de sa défaite. Le respect de soi est la meilleure voie pour gagner le respect d’autrui.

Les avatars de la France dans son pré carré africain du Nord Mali, par ricochet de la Libye, de même que la mésaventure de l’envoyé spécial de la chaîne française France 24 en Syrie, le  journaliste franco-libanais, Chadi Chalala, portent témoignage du degré de préventions que nourrit l’opposition islamiste syrienne à l’égard de la France, l’un des pays dont le propos xénophobe et islamophobe est le plus récurrent dans le débat public.

La Syrie s’est révélée coriace. Une proie nullement facile. Pour avoir enfreint les principes universalistes qu’elle professe, la France en portera les séquelles, cicatrice béante dans le sillon de l’Histoire.

Le poète Adonis et la trahison des idéaux de la révolution française.

Devant tant de dérives, le plus grand poète syrien vivant, exilé à Paris,  Adonis, bravera les lois de l‘hospitalité, accusant la France d’avoir «trahi les principes de la révolution française en soutenant les régimes et les mouvements fondamentalistes réactionnaires».

« Au lieu d’œuvrer pour soutenir les courants séculiers, démocratiques et pluriels à même de jeter les fondements d’une révolution globale susceptible de sortir les sociétés arabes du Moyen Âge vers la modernité, la France apporte, au contraire, son soutien à tous les mouvements fondamentalistes réactionnaires et collabore, au nom des droits de l’homme, avec les régimes fondamentalistes réactionnaires », déplore Adonis dans une interview à la revue Afrique Asie.

« Si c’est la défense des Droits de l’homme qui l’anime, les occasions de le montrer ne manquent pas, particulièrement en Palestine, mais aussi au Soudan, en Arabie Saoudite et dans l’ensemble des pays du Golfe, dont certains ne disposent pas encore d’une Constitution », dit-il, critiquant « ces tribus et ces États inconstitutionnels, fondés sur la violence et la répression ».

« Personne ne peut et ne doit défendre un quelconque régime arabe. Mais il ne faudrait pas pour autant remédier au mal que représentent ces régimes par un autre. Or, c’est exactement ce que font la France et l’Europe aujourd’hui », conclut Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Saïd Esber, âgé de 82 ans.

Cf. A ce propos: http://www.lorientlejour.com/category/À+La+Une/article/762176/La_France_trahit_ses_principes_en_soutenant_des_fondamentalistes%2C_estime_Adonis.html

Une guerre par procuration avec pour objectif la configuration du nouvel ordre international.

En dix-huit mois de conflit, la guerre de Syrie a dévié de ses objectifs initiaux, -le combat pour l’avènement contre la dictature, pour devenir, sur le plan local, une guerre sectaire entre la minorité alaouite et ses alliés régionaux face à la majorité sunnite pro américaine du Monde arabe, avec en superposition un conflit de puissances entre le bloc atlantiste et ses alliés pétro monarchiques et leurs anciens adversaires de la guerre froide, la Russie et la Chine.

L’issue de la bataille devrait configurer le nouvel ordre international de la première phase du XXI me siècle. La victoire du bloc atlantiste en Syrie, dans la foulée de la phagocytose de la Palestine, de la désarticulation de l’Irak et de la Libye et du démembrement du Soudan, scellerait la tribalisation politique de la zone et sa finlandisation, prélude à sa soumission à l’impérium israélo-américain. Sa défaite signerait l’avènement d’un nouvel ordre international multipolaire, marqué par l’émergence du BRIC et son contingent de nouvelles puissances (Inde, Afrique du Sud, Brésil), avec en filigrane, l’Iran, première puissance islamique à accéder au statut de puissance du seuil nucléaire hors consentement de l’Otan.

Par trois fois, la Russie et la Chine, soutenues par les nouvelles autorités morales du XXI me siècle, l’Afrique du sud et l’Inde, ont mis en échec au Conseil de sécurité des Nations Unies, les menées occidentales en Syrie et, en appui à la diplomatie russo-chinoise, six bâtiments de la flotte russe dotés de péniches de débarquement et de leurs contingents de fusiliers-marins montent la garde aux larges des ports syriens de Banyas et de Tartous, signe indiscutable de la détermination russe d’éviter un nouvel abus de comportement occidental sur le modèle libyen.

Stratèges en chambre, salonnards intellectuels émargeant sur le budget français ou pétro monarchique, les Etats–Unis veulent bien de la chute de Bachar Al-Assad, mais pas de l’avènement d’une internationale verte au pouvoir dans un pays limitrophe d’Israël. La bataille de Syrie a pour fonction principale de siphonner les salafistes et djihadistes de tous bords, dans une opération de déroutement vers la Syrie, en vue de vider les pétromonarchies de leur présence menaçante, dans une réédition du schéma afghan en ce qui concerne la Palestine.

La Conférence des Non-Alignés, projetée fin Août à Téhéran, quinze jours après le sommet islamique de La Mecque,-convoqué inopinément par l’Arabie saoudite, en plein Ramadan pour y exclure la Syrie-, apparaît, dans ce contexte, comme la réplique iranienne à la manœuvre saoudienne de mainmise sur le dossier syrien. Premier forum de cette importance dans la capitale iranienne depuis l’avènement de la République islamique iranienne, il y a trente-trois ans, le sommet des Non-Alignés de Téhéran, avec participation égyptienne, répond au souci de ses promoteurs de consacrer, dans l’ordre symbolique, l’Iran, comme La Mecque de l’islam révolutionnaire, le  pays incontournable de l’équation régionale.

Kofi Annan, le solitaire

Seul de toute la diplomatie internationale, Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations-Unies, mettra un bémol aux concerts de critiques des médias occidentaux sur les responsabilités de la guerre de Syrie.

Il reprochera aux Occidentaux, dans la recherche d’une solution, de mettre à l’écart l’Iran, un des acteurs clés de la zone, de tout faire porter à la Russie en termes de responsabilité, occultant le jeu des autres fournisseurs d’armes pro-occidentaux (Qatar, Arabie saoudite, Turquie, Jordanie), déplorant enfin la réaction de l’opposition off-shore au protocole de Genève, en juin 2012.

Kofi Annan démissionnera de son poste le 2 août 2012 au moment même où la France prenait la présidence mensuelle du Conseil de sécurité de l’ONU, sans doute par souci de ne pas cautionner les dérives d’un conflit qu’en dix-huit mois de combat aura provoqué une déviation du combat vers des affrontements sectaires dans le sillage de la prépondérance de la mouvance djihadiste dans la direction de la bataille, reléguant au second plan les aspirations démocratiques du départ, sacrifiés sur l’autel de la realpolitik des enjeux de puissances.

Son successeur, l’algérien Lakhdar Brahimi, beau-père du frère du Roi de Jordanie, devrait s’assurer de sérieux gages auprès des grandes puissances avant de se lancer dans cette aventure, de crainte de se carboniser prématurément.

Cf. à ce propos: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/07/07/kofi-annan-sur-la-syrie-a-l-evidence-nous-n-avons-pas-reussi_1730658_3218.html

La Turquie et le règlement de la question kurde sur les débris de la Syrie et de l’Irak

Le zèle de la Turquie vise à s’emparer du leadership sunnite régional du fait de la défaillance saoudienne et égyptienne afin de se poser en gardien du dogme de l’orthodoxie sunnite face aux hérétiques chiites iraniens. Son rôle prééminent de soutien à l’opposition syrienne off-shore, ainsi que l’installation sur son sol du bouclier anti missiles dirigé principalement contre l’Iran, la Russie et la Syrie en témoignent. Avec à l’arrière-plan le vœu secret de régler la question kurde par l’aménagement d’une zone autonome en territoire syrien dans la zone frontalière de Jisr al Choughour, théâtre d’une furieuse bataille entre les deux pays fin 2011.

La géographie des minorités de Turquie sous-tend sa géopolitique. Héritage de l’Empire Ottoman, la Turquie est un pays multi ethnique et multi religieux. Consubstantiels à son histoire, la problématique des minorités arméniennes et kurdes a longtemps conditionné les choix diplomatiques de la Turquie post Atatürk, quand bien même ils étaient masqués du halo de la modernité et de l’occidentalisation.

Le choix atlantiste de la Turquie repose sur un pacte tacite conclu avec le camp occidental, fondé sur l’occultation de la responsabilité de la Turquie dans le génocide arménien en contrepartie de l’implication de ce pays de culture musulmane non seulement dans la défense du «Monde libre» face à l‘Union soviétique, mais aussi dans une alliance stratégique avec Israël contre le Monde arabe.

Une mainmise turque sur le secteur de Jisr Al-Choughour permettrait la mise sur pied d’un état kurde indépendant avec débouché sur la Méditerranée, par la jonction des deux zones kurdophones de Syrie et de l’Irak, autrement dit, de purger le problème des Kurdes de Turquie sur les débris de la Syrie et de l’Irak, par le raccordement du secteur kurdophone de Syrie, (Jisr Al-Choughour) au Kurdistan irakien, la nouvelle plateforme israélienne face à l’Iran.

La bataille d’Alep, pilotée depuis le quartier général d’Adana par les Turcs avec le soutien du Qatar, de l’Arabie saoudite et des forces spéciales de l’Otan (Etats-Unis, Royaume Uni et France), vise à établir une tête de pont en territoire syrien, un abcès de fixation, en vue d’y aménager un zone franche pour y abriter le siège d‘un gouvernement provisoire syrien, sur le modèle du gouvernement de Benghazi, installé en 2011, en Libye, lors de l’offensive de l’Otan contre le Colonel Kadhafi.

Dans cette bataille, la Turquie joue son destin de pôle de référence diplomatique régionale, et, Ahmad Daoud Uglu, le ministre des Affaires étrangères, abusivement qualifié de «Kissinger au bonnet ottoman», le stratège de la déstabilisation syrienne, son destin politique. L’éviction d’une quarantaine d‘officiers supérieurs de l’armée turque, fin juillet 2012, la deuxième purge en un an, porte témoignage des tensions au sein de l’appareil politico-militaire à propos de la stratégie néo-ottomane du gouvernement islamiste turc.

La Turquie abrite une forte minorité kurde contestataire (15 millions de personnes) et une non moins substantielle minorité alaouite (10 pour cent de la population, soit près de 7,5 millions de personnes), soit le tiers de la population turque; deux fractions qui pourraient, en cas de poursuite du conflit, impulser un fort mouvement centripète au pays. Dans cette perspective, la désignation d’un kurde fantoche à la tête de l’opposition syrienne off-shore ne relève pas d’un pur hasard.

L’équation kurde.

S’il est légitime de songer à fédérer les diverses composantes ethnico-religieuses de la société syrienne, il est non moins indispensable de veiller à ne pas faire office de paravent à une entreprise de démolition d’un pays, le dernier du champ de bataille face à Israël. A cet égard le précédent irakien prête à prudence.

A l’instar de ses prédécesseurs, Sida est peu connu au sein de  l’opposition et quasiment inconnu dans les rangs des formations combattantes kurdes. Son choix parait destiné à impliquer les Kurdes, des sunnites, contre le pouvoir alaouite, schismatique, dans une démarche occidentale visant à les instrumentaliser, sans leur accorder satisfaction sur leur revendication à l’indépendance.

Sans état de service significatif au sein de l’opposition syrienne ni en faveur de la cause kurde, Sida paraît voué à un rôle fantoche. A moins que s’armant des exemples de ses illustres prédécesseurs, il déjoue les pronostics et se forge un destin en mettant fin à cette guerre par procuration dont les victimes exclusives sont la Syrie et le peuple syrien.

Des exemples de Kurdes patriotes abondent dans l’histoire de Saladin (Salah Eddine al Ayoubi) à Salman al Halaby, l’assassin de Kleber au Caire. Qu’il tire profit des erreurs de ses prédécesseurs et fédère l’opposition en ce qu’elle contient de personnalités de qualité tels l’alaouite Riad Seif, le chrétien Michel Kilo, le sunnite Haitham Al-Maleh, ou encore Haytham Al-Mannah, ou enfin et surtout «le Mandela syrien», le communiste Riad Turk, tous d’authentiques patriotes nullement suspectés de la moindre velléité conspirationniste.

Que le nouveau chef kurde inscrive son combat pour la liberté et la démocratie en Syrie dans le prolongement d’un combat nécessaire pour la démocratisation des pétromonarchies du Golfe, dans le prolongement nécessaire d’un combat pour la libération de la Palestine, plutôt que de mener une guerre par procuration pour le compte de ses seigneurs qui auront été tout au long de l’histoire les saigneurs de son peuple.

Qu’il épargne enfin aux Kurdes les affres d’une nouvelle guerre intestine inter-kurde par Syrie et Turquie interposées.

Par glissement successif, le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) a pu réactiver son front ouest à la frontière syro-turque, avec le soutien de Damas en vue d’harceler l’armée turque qui épaule l’Armée syrienne libre (ASL), alors que des miliciens sunnites de Libye, de Tunisie, du Koweït et de Jordanie auraient rejoint les insurgés. Autant de symptômes d’une transposition des conflits régionaux sur le territoire syrien mais aussi d’une polarisation religieuse des affrontements et des risques d’une contagion régionale.

La livraison de missiles stringer anti aérien à l’opposition off-shore, selon le schéma afghan, loin de résoudre le problème, ne ferait qu’en accentuer les pertes et les dégâts.

La censure de fait imposée aux médias syriens par les pétromonarchies et le bloc atlantiste, en interdisant leur accès aux satellites arabes, Arabsat et Nilesat, et au satellite européen Hotbird, au mépris des règles du fonctionnement de la démocratie dont ils se réclament, peuvent occulter cet aspect du conflit aux yeux de l’opinion occidentale et arabe, mais ne sauraient en nier la réalité.

Sida, un redoutable ignorant

Dans sa première démarche diplomatique, Sida s’est révélé être un redoutable ignorant du fonctionnement du système international de prise de décision. Sans craindre la contradiction, ce kurde syrien a réservé sa première déclaration à la Turquie, le pays parrain de l’opposition syrienne, qui qualifie néanmoins de «terroriste» ses propres citoyens kurdes.

A Antakia, l’ancienne Antioche, le 24 juillet 2012, Sida a déploré la vétusté des règles de fonctionnement du Conseil de sécurité. «Un système, a-t-il dit, qui date de la fin de la 2eme Guerre mondiale et qui permet à des puissances de disposer du droit de véto et de s’opposer à la volonté de la communauté internationale».

Ce faisant, il occultait, voire plus grave, ignorait que c’est précisément sur ce principe que s’est construite l’hégémonie diplomatique occidentale et l’expansionnisme israélien, en ce que la France lors de la Guerre d’Algérie et  les Etats-Unis, d’une manière continue, ont fait un usage abusif du droit de véto pour assurer une impunité absolue à Israël dans son action visant à la phagocytose de la totalité de la Palestine.

Le chef kurde de l’opposition syrienne off-shore en lutte contre le régime baasiste de Syrie, dans la foulée d’un président kurde irakien dans l’Irak post baasiste de Saddam…Abdel Basset Sida se doit, en priorité, de dissiper la suspicion permanente qui pèse sur le rôle supplétif des Kurdes dans la stratégie israélo-américaine de démembrement du Monde arabe.

Sauf à connaitre le sort d’un Ahmad Chalabi en puissance, son compère irakien artisan de l’invasion américaine de l’Irak…Le rôle d’une pitoyable potiche.

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La nation arabe souffre des maux de ses chrétiens !

septembre 14th, 2012 by Abdel Ilah Belkeziz

Il est parfois utile de sortir des sentiers battus pour aller à la découverte de l’inconnu, sans aucune garantie quant à l’intérêt de notre démarche et même si, une fois le langage décodé, surgissaient des questions auxquelles nous ne saurions répondre. Première question : comment comprendre le message de cet auteur marocain publié sur le site « Al-khaleej » et, abstraction faite des vérités historiques qu’il rappelle, à qui pourrait-il s’adresser ?

En réponse : voici, mot par mot, deux commentaires reçus après partage. Le premier est celui d’un ami libanais chrétien : « Il est remarquable d’honnêteté intellectuelle, cet article. Une seule conclusion s’impose : le salut est dans l’identité arabe – toutes religions et confessions comprises – et non dans l’islamisme. L’auteur évoque en termes mesurés les erreurs des uns et des autres. D’une façon plus crue, on pourrait dire qu’à certaines époques, il est arrivé aux Arabes musulmans de céder à l’instinct de foule (manipulée ou non) en se livrant à des excès déplorables. Les massacres de chrétiens à Damas en 1860 en sont un exemple. De la même façon, il est arrivé malheureusement, que les Arabes chrétiens ont servi de marionnettes consentantes aux Occidentaux… L’essentiel est d’être lucide ». Le deuxième est celui d’une amie syrienne musulmane : « L’article est très fort, ce serait bien de le traduire… Le salut est dans l’identité culturelle et nationale à mon avis, la preuve c’est que des chrétiens et des musulmans se trouvent dans les deux camps en Syrie, en oubliant les importations touristiques actuelles… Personnellement je ne tiens plus du tout à mon identité “arabe”, rien absolument rien ne me lie à ces sauvages obtus et obscurantistes qui détruisent mon pays. Cela me rappelle une jeune libanaise rencontrée à Lattaquié dans les années 70, elle disait la même chose, elle avait fui le Liban à cause de la guerre, je ne comprenais pas trop à l’époque ».

D’où d’autres questions. Le nationalisme et le patriotisme ne se confondent donc plus !? Que signifiera désormais le mot « oumma » qui désigne la  communauté des musulmans  indépendamment de leur nationalité et qui a été repris par les nationalistes laïcs du monde arabe pour désigner la « nation », avant de devenir le leitmotiv des mouvements politico-religieux panislamiques ? Le communautarisme fondé sur l’institutionnalisation politique des appartenances ethniques ou religieuses si odieusement exploité par les colonialistes occidentaux d’hier et d’aujourd’hui pour déstabiliser et disloquer les sociétés arabes, va-t-il détruire et leurs patries et leur nation quelle qu’en soit la définition … avant de déferler sur l’Occident ?

Certains ont réfléchi à quelques unes de ces questions, et  puisque nous sommes le 14 Septembre, jour de la visite du Pape Benoît XVI au Liban, lisons Georges Corm dans le texte publié par « La Croix » [*] après avoir lu l’article, traduit de l’arabe, du Dr Abdel Ilah Belkeziz , nous aurons des débuts de réponses… des débuts seulement !    

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Si les chrétiens arabes du Levant et de l’Égypte se sont distingués par leur légitime inquiétude pour leur existence et leur destin , ce n’est certainement pas par peur de leurs frères musulmans avec lesquels ils ont vécu dans la sécurité et l’harmonie, allant parfois jusqu’à sceller leur union par le mariage de leurs enfants et à adopter, pour leurs petits enfants, les prénoms des compagnons du Prophète et des chefs des conquêtes musulmanes, tel le prestigieux  Maroun Abboud  dont le fils ainé porte le prénom de Mohamad [1]. Non… ils ont toujours eu à craindre les opportunistes affairistes de tous bords, extérieurs ou intérieurs, qui n’ont eu de cesse d’exploiter la diversité religieuse caractéristique de leur région pour en arriver à démolir leur  coexistence pacifique et interdépendante au sein d’une même patrie.

Ce n’est pas par hasard si les autorités spirituelles des communautés chrétiennes du Levant sont toutes d’accord sur la nécessité de maintenir cette relation confraternelle et  conviviale entre musulmans et chrétiens qui, selon leurs propres termes, est non seulement la seule voie de salut face aux dangers de dislocation et de désintégration de leurs patries respectives, mais est aussi une doctrine fondamentale des chrétiens arabes depuis des siècles … Parmi ceux-là, feu le Pape de l’Église copte orthodoxe Chenouda III, le Patriarche grec orthodoxe Hazim, et le Patriarche maronite Bechara al-Raï. Ce faisant, ces autorités ne font que respecter une très vieille tradition arabe volontairement suivie par les communautés musulmane et chrétienne de cette région… Ils restent dans la droite ligne de leurs ancêtres qui ont accueilli à bras ouverts les conquérants arabes, leur ouvrant les portes de Damas et d’Égypte pour les libérer de la domination byzantine après avoir combattu dans les rangs de leurs armées contre les « Croisades » venues de l’étranger… Ils sont les descendants des Chrétiens de  « la Renaissance arabe » du XIXe et des débuts du  XXe siècle ; ces Chrétiens qui ont  écrit l’Histoire de la culture arabe [Butrus al-Bustani ; Farah Antoun…], l’Histoire de l’Islam et de sa civilisation [Georgi Zidane…] ; ces Chrétiens qui ont fait progresser la langue et la littérature arabes [Fares Chidyaq; Adib Ishaq ; Gibran Khalil Gibran ; Elia Abu Madi ; Mikhail Naimy…]… Ils sont les petits-fils des premiers nationalistes arabes ; ceux-là même qui ont excellé, il y a des décades, dans la conception de l’arabité comme moyen de lutte contre l’Empire Ottoman, puis comme ciment  de la communauté nationale !

Les chrétiens arabes n’ont pas eu à souffrir des musulmans, parce que les enseignements de leur religion interdisent à quiconque de leur porter atteinte ; parce que l’Histoire de l’Islam et sa tradition de tolérance témoignent de précédents pour les guider et leur servir d’exemples, parce qu’ils sont nés d’une même nation multiconfessionnelle et que ces chrétiens ont offert à cette nation des modèles d’intelligence, de culture, de créativité et de patriotisme… et enfin, parce que les musulmans n’ont  jamais eu à souffrir de leurs frères chrétiens non plus ! Non… les  chrétiens arabes n’ont eu à souffrir que des  étrangers, de leurs croisades passées comme de leur croisade actuelle. Ils ont payé horriblement cher… Qu’y a-t-il de plus horrible que de les déraciner de leurs terres et de leurs patries où ils ont vécu ou vivent depuis des centaines d’années ? Les trois quarts des chrétiens palestiniens ont été arrachés à leur terre suite à l’invasion sioniste, aux politiques de judaïsation, d’encerclement et de répression qui les ont dispersés dans les pays voisins et partout dans le monde. Près de la moitié des chrétiens libanais ont dû émigrer au cours de ces trente sept dernières années, depuis le début de la guerre civile fomentée par les architectes US-sionistes jusqu’à la cascade des petites guerres latérales qui se sont concentrées sur les zones chrétiennes. Deux millions de chrétiens irakiens ont subi ce sort funeste après l’invasion et l’occupation US en 2003. Et voilà que des dizaines de milliers de chrétiens syriens doivent à leur tour quitter leur foyer en raison des événements qui les ont placés face à des groupes extrémistes sanguinaires qui menacent de les exterminer sous prétexte qu’ils soutiennent le régime…etc.

Certains diront que les malheurs des Arabes chrétiens n’ont pas toujours été du fait des puissances étrangères qui auraient utilisé les « minorités » pour imposer leurs  politiques aux diverses sociétés arabes, mais qu’ils ont bel et bien été martyrisés par des groupes religieux [islamistes] extrémistes, comme cela s’est produit pour les Coptes en Egypte, pour les chrétiens en Irak, et aujourd’hui pour les chrétiens de Syrie. Même si ce constat est vrai, ce serait une erreur que d’attribuer ces agressions, commises par des extrémistes, à l’Islam. Les musulmans ont eux aussi subi les méfaits et préjudices de ces fous furieux, et la folie furieuse qui s’est déchaînée sur les chrétiens arabes ne les a pas épargnés. La religion n’y est donc pour rien, même si pour se couvrir certains de ces terroristes sont allés jusqu’à faire payer une jezya [sorte d’impôt de capitation, NdT] aux chrétiens des quartiers contrôlés par leurs groupes armés, et d’autant plus que les extrémistes ne sont pas l’apanage des seuls milieux musulmans. Sinon, comment qualifier les milices chrétiennes libanaises qui ont assassiné palestiniens et libanais, chrétiens et musulmans ? Est-ce que la religion chrétienne est responsable du terrorisme de leurs groupes extrémistes ?

Les Chrétiens arabes ont parfaitement le droit de craindre pour leur destin devant ces vagues successives de pressions étrangères sur les sociétés arabes pour en rompre les liens harmonieux et en exposer les contradictions latentes, et devant ce  déluge sans précédent de la pensée extrémiste, takfiriste et armée. Mais nous avons aussi le droit, nous tous, en tant que citoyens et en tant que démocrates, de craindre pour le destin des chrétiens arabes qui n’est autre que le destin de nos sociétés et de leur paix civile. Cette cause ne doit pas concerner que les chrétiens, assumée par leurs seules autorités spirituelles. Elle doit devenir notre cause à tous, portée par l’ensemble des musulmans, pour devenir celle de la patrie et de la nation. Tel est le chemin que nous ne devons pas manquer de suivre !

Dr Abdel Ilah Belkeziz

10/09/2012

 

Article original : Al-khaleej

http://www.alkhaleej.ae/portal/5757eb28-3b90-4656-9171-e80f28e442d5.aspx

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

 

Abdel Ilah Belkeziz est marocain, écrivain et professeur de philosophie à l’Université du Roi Hassan II à Casablanca. Il est membre du Congrès National Arabe, membre de la Conférence Nationale Islamique, et président du Conseil d’administration du Forum de la jeunesse arabe. Il a été directeur du « Centre d’études de l’unité arabe » à Beyrouth, et a publié des centaines d’articles dans la presse arabe et une trentaine d’ouvrages.

 

[*] Georges Corm : « Le système libanais n’est pas un modèle d’avenir »

http://www.la-croix.com/lacroixsearch/search?keyword=Georges+Corm

 

Personnalités chrétiennes de la « Renaissance arabe » citées par l’auteur :

Maroun Abboud [1886-1962]

Butrus al-Bustani [1819-1883]

Farah Antoun [1874-1922]

Georgi Zidane [1886-1914]

Fares Chidyaq [1804-1887]

Adib Ishaq [1856-1885]

Gibran Khalil Gibran [1883-1931]

Elia Abu Madi [1889-1957]

Mikhail Naimy [1889-1988]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sous couvert de lutte « anti-terroriste », les États-Unis et l’Union Européenne ont accordé des pouvoirs illimités aux services de renseignements secrets et aux polices. Des mesures d’exception, hors de toute prérogative judiciaire, instaurées de façon provisoire en 2001, sont devenues permanentes. Depuis septembre 2001, au moins 80’000 personnes de confession musulmane essentiellement, auraient été kidnappées, enfermées dans des prisons secrètes, torturées par des agents de la CIA et du FBI notamment. Des centaines d’autres, ont été inscrites sur la «  liste noire » de l’ONU.

C’est ce qui est arrivé à l’homme d’affaire Youssef Nada, 77 ans, citoyen italien d’origine égyptienne. Accusé par G.W Bush de financer Al-Qaïda, après deux enquêtes qui ont pourtant débouché sur un non lieu, M. Nada n’arrive pas à faire radier son nom de la « liste noire » [1]. Ses avoirs demeurent gelés, tout déplacement hors des frontières nationales lui est interdit. Il ne peut pas sortir de Campione – une enclave italienne en territoire suisse – où Silvia Cattori est allée le rencontrer.

 

Silvia Cattori : Ayant été amené à connaître le détail de votre incroyable histoire, M. Dick Marty a dénoncé l’injustice que vous subissez. Il s’est tout particulièrement appuyé sur votre cas dans son rapport du 19 mars 2007 au Conseil de l’Europe [2]. Malgré cela, vous demeurez inscrit sur la liste des présumés soutiens au terrorisme, privé de liberté, car les autorités suisses [Mme Micheline Calmy-Rey était responsable de la gestion de ce dossier -Ndlr] continue d’appliquer contre vous les sanctions de l’ONU. Vous vivez en Italie et vous êtes gardé en otage par la Suisse ?! Je crois que nous sommes nombreux à être révoltés par le supplice que la Suisse continue de vous imposer !

Youssef Nada : Vous ne pouvez pas dire que c’est le pays, la « Suisse ». Les citoyens sont une chose, la politique en est une autre. Il est vrai qu’en Suisse, les gens sont tolérants, pacifiques et neutres. Ce n’est pas seulement le Gouvernement qui est neutre, les gens eux-mêmes sont neutres. Mais M. Dick Marty a montré qu’il en était le plus bel exemple. Quand vous suivez ce qu’il fait, vous lisez ce que sa pensée exprime, vous comprenez que vous êtes là en présence d’un homme profondément humain. Les risques qu’il a pris en acceptant d’enquêter sur les « Extraordinaiy Renditions » [3] personne n’a accepté de les prendre avant lui. Tous les politiciens savent ce qui se passe, mais personne n’a le courage de parler. C’est le seul qui ait eu ce courage. Ceci pour vous dire que, bien que je respecte tous les Suisses, je respecte par-dessus tout M. Marty, et non pas seulement partant de l’attitude qu’il a eu à mon égard. Le courage qu’il a de parler des gens qui sont laissés sans justice ni espoir, face à la plus grande puissance, est unique.

 

Silvia Cattori : M. Marty s’est conduit de manière exemplaire. Pas les médias malheureusement. Vous les mettez du reste vivement en cause, sur votre site personnel [4]. Est-ce à dire que les journalistes sont en première ligne dans cette guerre ?

Youssef Nada : Certains journalistes et certains médias sont honnêtes. On ne peut pas généraliser. Il y a beaucoup de gens honnêtes, dans les médias, qui font bien leur travail et cherchent à établir les faits dans l’intérêt du public. Chaque mois, je reçois entre 15 et 20 journalistes. Des chaînes de télévision sont venues, deux de France, deux de Grande Bretagne, une d’Autriche, deux d’Allemagne, deux d’Italie, une d’Espagne, d’autres du Moyen-Orient et d’Extrême-Orient. Certains de ces journalistes sont très honnêtes. Certains autres ont un agenda particulier et font toutes sortes d’amalgames : ils s’appuient en partie sur les informations que je peux leur donner, en partie sur leur idées préconçues et ils mélangent le tout. Mais il y a également des journalistes qui, même sans m’avoir jamais rencontré, ont présenté mon cas de façon très correcte.

 

Silvia Cattori : Cela a dû être une épreuve terrible ! Chaque jour vous étiez confronté à de nouvelles accusations, toutes plus invraisemblables et accablantes les unes que les autres, sans pouvoir les rectifier !

Youssef Nada : Dans les affaires, on se heurte à beaucoup de surprises. J’ai été dans les affaires pendant 55 ans ; naturellement, chaque semaine, j’avais une surprise. Je suis devenu résistant aux surprises. Je suis à la fin de ma vie. Pour moi, ce qui arrive maintenant est comme ce qui pourrait arriver demain ou après demain.

 

Silvia Cattori : Sur votre site, parmi ceux des journalistes qui ont dû particulièrement vous blesser, vous avez mentionné Guido Olimpio [5], Richard Labévière [6], Sylvain Besson [7]. Qu’est-ce que vous leur reprochez en particulier ?

Youssef Nada : Je considère que les journalistes que vous venez de citer pouvaient poursuivre des objectifs cachés, ou avoir été motivés par la haine. Ils m’ont attaqué par des mensonges. Je l’ai expliqué sur mon site.

 

Silvia Cattori : Avez-vous rencontré M. Sylvain Besson, qui a écrit un livre qui vous met gravement en cause ? Livre qui est sorti, du reste, après mai 2005, c’est-à-dire après que toutes les actions ouvertes contre vous aient été fermées pour absence de preuves et que le Procureur fédéral suisse ait été blâmé pour ses actions par le Tribunal fédéral .

Youssef Nada : Je n’ai jamais accepté. Il a essayé. Il n’a pas seulement essayé, il est venu ici sonner à ma porte. Je lui ai dit : « Je suis désolé ; je vous ai déjà dit au téléphone que je ne vous recevrais pas ».

 

Silvia Cattori : Selon vous, pourquoi autant de journalistes se sont-ils acharnés à vous démolir à ce point ? Était-ce par erreur ? Ou avaient-ils un objectif spécifique ?

Youssef Nada : Certains d’entre eux ont un objectif spécifique ; certains d’entre eux peuvent travailler comme espions pour des services étrangers, je ne sais pas pour lesquels. Mais il n’y a pas de doute qu’ils ont fait des erreurs, qu’ils sont sortis du chemin. Il n’y a aucun doute qu’ils ont un objectif spécifique. Je ne veux pas développer ici. J’ai une action en justice ouverte au Tribunal contre M. Guido Olimpio [8]. Il y a une autre grosse affaire pour les dommages, une affaire civile. Le Tribunal a accepté de transférer l’affaire au Tribunal civil de Milan.

 

Silvia Cattori : Toutes ces campagnes antimusulmanes n’ont-elles pas un ennemi commun : la guerre de dépossession que mène Israël contre ses voisins arabes depuis 1948 ? Les accusations que M. Olimpio, a portées contre vous, dans son article du 20 octobre 1997, où il affirmait que vous financiez le Hamas, auraient très bien pu émaner des milieux du « Renseignement » israélien ?

Youssef Nada : Au moment où il a écrit cet article, M. Olimpio travaillait pour Il Corriere della Sera à Milan. Au Tribunal, il a déclaré qu’il avait fait un témoignage, en 1996, sauf erreur, au Congrès et au Trésor des Etats-Unis, au sujet du financement au terrorisme ; témoignage dans lequel il nous avait inclus [la Banque Al-Tawqa et M. Nada].

 

Silvia Cattori : On peut donc supposer que les accusations de Guido Olimpio et Richard Labévière dans les années 90 devaient contribuer à répandre l’idée que les Frères musulmans étaient une menace, a fabriquer des « terroristes » dans le cadre de la guerre que des puissances occidentales préparaient contre eux ?

Youssef Nada : Je ne vois pas pourquoi il faudrait mentionner seulement ces deux noms ; alors qu’il s’agit d’une « bande », d’un réseau de gens liés entre eux [9]. Cela dit, je ne veux pas m’embarrasser à me préoccuper d’eux plus que cela. J’ai à me défendre, c’est tout. Ce qu’ils font, et pour le compte de qui, n’est pas intéressant pour moi. Assurément, ils ont un objectif spécifique ; quel objectif, je ne sais pas. Je ne les ai jamais rencontrés. Si je les avais vus, peut-être que je pourrais comprendre leur motivation. Je ne les considère pas comme très importants. Il est vrai qu’ils ont mis de l’huile sur le feu, mais ils ne sont rien pour moi.

 

Silvia Cattori : L’objectif de ceux qui ont été à l’origine de la cabale contre vous n’était-il pas de viser, en compromettant par des informations émanant du « Renseignement », l’opposant égyptien influent au Président Moubarak que vous êtes (Moubarak est un allié important d’Israël). Opposant qui fait partie des « Frères musulmans », combattus aussi bien par M. Moubarak que par Israël ? Répandre la rumeur que votre banque « versait de l’argent au Hamas » -qu’Israël qualifie de « branche des Frères musulmans »- n’était-ce pas une manière de fournir à M. Bush de quoi accuser les associations caritatives musulmanes d’être liées au terrorisme, et convaincre les pays européens de les lister ? Comme cela s’est passé du reste ?

 Youssef Nada : Je ne vais pas me poser plus de questions que cela pour deviner qui est derrière eux et pourquoi. Je n’ai pas les moyens d’approfondir ces questions.

 

Silvia Cattori : La stratégie des Etats-Unis et d’Israël depuis 1990 est claire : entretenir un climat de peur au sujet des « terroristes », quitte à les fabriquer, pour faire accepter la mise en place de mesures situées en-dehors de tout cadre légal.

Youssef Nada : Ce que nous avons entendu comme accusations venait de l’administration des Etats-Unis, pas d’Israël. Tous avaient déjà accepté dès le début. M. Bush avait dit : « Vous êtes, ou avec moi, ou contre moi ». Et alors les suiveurs ont dit : « Nous sommes avec toi ».

 

Silvia Cattori : Mais, si les Etats européens ont accepté avec une telle facilité l’instauration des procédures d’urgence voulues par les Etats-Unis, n’est-ce pas parce qu’il y a eu également, de la part des médias, tout ce travail de mise en condition sur le « danger islamiste » dont vous avez été vous-même la première victime ?

Youssef Nada : Cette « menace terroriste » ne tient pas debout. En Europe, au cours des 30 dernières années, vous avez entendu parler de Baader et Meinhof, des Brigades Rouges, de l’ETA, des crimes de Cosa Nostra, de l’IRA, de toutes ces actions de terreur criminelle qui se sont passées, et que l’Europe a absorbées. Cela n’a pas ruiné la vie des Européens ! Les gouvernements ont pris des mesures, ils ont contenu ces activités criminelles, et ils les ont absorbées. Et cela a passé. Il y a eu une vague d’actions insensées, une vague de crimes – il y avait là des criminels, et il est vrai que c’était des crimes organisés – mais la démocratie et l’Etat se sont montrés capables, par des mesures légales, au travers de la loi, de les absorber et de les contenir ; sans se mettre hors la loi.

Mais, quand quelque chose se produit aux Etats Unis –personne jusqu’ici ne sait qui sont les vrais commanditaires de l’attentat de New York ; si c’est Oussama Ben Laden ou d’autres– le monde entier doit en payer le prix !

 

Silvia Cattori : Dans son livre intitulé « Innocent Victims in the Global War on Terror », le Dr. M.A. Salloomi [10] documente le fait que les États-Unis et les pays occidentaux bloquent l’argent des ONG musulmanes, des organisations humanitaires musulmanes, sous prétexte qu’elles alimentent le terrorisme. On comprend fort bien au travers de cette étude, qu’un des buts d’Israël et des États-Unis a été de faire interdire toute aide financière et humanitaire pouvant aller de ces ONG aux victimes de cette « Guerre contre le Terrorisme ». Ces restrictions font manifestement partie de la guerre menée par Israël et les Etats-Unis sur divers fronts. On écrase un pays, on isole et affame les gens -comme à Gaza- et on attend qu’ils se rendent. Les associations caritatives musulmanes en Palestine sont aujourd’hui pénalisées par ces mesures antiterroristes qui frappent également le Hamas. Leurs fonds sont gelés.

Youssef Nada : C’est un malentendu. S’il est vrai que certains de ces terroristes -ou ceux qui appartiennent à cette nouvelle forme de terrorisme qui est apparue et a explosé partout- se sont trouvés être des musulmans, cela ne signifie pas qu’ils se conforment à l’Islam.

Je ne parlerai pas du Hamas, c’est une autre affaire. Le Hamas est complètement en-dehors de mon dictionnaire. De toutes les manières, le Hamas est en-dehors de la question. Je n’en parle absolument pas ; je ne veux pas avoir davantage de problèmes et l’affaire en question est toujours en cours. Je n’en parle pas, parce que l’une des principales accusations que les autorités états-uniennes ont portées contre moi était celle qu’avait portée Guido Olimpio.

Le Trésor des Etats-Unis a repris ce que ce journaliste avait affirmé : à savoir que la banque Al Taqwa avait donné «  70 millions au Hamas ». En premier lieu, comment cela aurait-il été possible alors que le capital de la banque Al Taqwa était de 50 millions ? En second lieu, nous, les banquiers sommes soumis à des règles ; nous avons un auditeur. « Deloitte & Touche » est un des trois grands cabinets d’audit dans le monde. Ces gens ne sont pas aveugles lorsqu’ils enquêtent ! Lorsqu’ils auditent ou comptabilisent ils peuvent tout vérifier. En outre, nous présentons tous nos rapports d’audit à la Banque centrale des Bahamas. Eux non plus ne sont pas aveugles.

Pour revenir à la question des « terroristes » et de l’Islam je précise ceci : ces gens n’ont rien à voir avec l’Islam. Ces gens, s’il se trouve qu’ils sont musulmans, se sont emparés de l’Islam et lui ont tordu le bras pour servir leurs propres objectifs.

En ce qui me concerne, je suis membre des Frères Musulmans depuis l’âge de 17 ans. J’en fais toujours partie ; et j’en ferai partie jusqu’à ma mort. Cela est une chose ! Mais dire que ce que font des criminels est accepté par l’Islam est une toute autre chose. Nous ne l’acceptons pas. Nous les condamnons – nous n’avons pas peur, ce n’est pas parce que nous aurions peur que nous les condamnons – nous faisons face à tout et nous sommes prêts à faire face même à la mort. Quand nous disons que nous les condamnons, cela signifie que nous les condamnons. Et quand nous disons que l’Islam n’accepte pas cela, cela signifie que l’Islam, que nous connaissons et en lequel nous croyons, n’accepte pas cela.

 

Silvia Cattori : Quand M. Olimpio a laissé entendre qu’un membre des « Frères musulmans » -c’est-à-dire vous-même- finançait le Hamas, ce dernier n’était pas encore formellement inscrit sur une « liste terroriste » [11]. La propagande d’Israël, alors, s’attachait déjà à le délégitimer, à amener les instances internationales à le considérer comme entité « terroriste ». Vous connaissez la suite : Israël et les Etats-Unis ont réussi au delà de toute prévision. [12]

Youssef Nada : Quand il a dit que je finançais le Hamas il n’a pas pu le prouver. Cela démontre que leurs accusations étaient fausses. Si cela avait été vrai, ils auraient pu le prouver. Laissez-moi vous dire que j’ai été poursuivi dans deux pays, en Suisse et en Italie. En Suisse, l’enquête du Procureur a duré depuis le 7 novembre 2001 jusqu’au 31 mai 2005 ; jusqu’au moment où le Tribunal fédéral lui a intimé de clore le dossier. La justice italienne a ouvert une enquête en novembre 2001, quand la Suisse lui a demandé de faire une razzia dans notre maison, et d’emporter tous les documents qu’ils trouveraient.

Lorsque la Suisse a fermé le dossier, nous avons demandé à l’Italie de le clore aussi. Le dossier a été clos. Ceci, sans que j’aie été à aucun moment interrogé par les Italiens.

Les enquêteurs suisses m’ont interrogé sur « les islamistes » partout dans le monde, sur mes impôts, sur ma nationalité, comment je l’avais obtenue, sur ma famille, sur mon argent, sur tout, mais ils ne m’ont jamais dit un seul mot concernant le Hamas. Parce qu’ils savent que je n’ai rien à voir avec ce mouvement.

 

Silvia Cattori : Il demeure que le mal est fait. Les journalistes que vous avez désignés ont fait de vous une personne suspecte, déjà rien qu’en insistant sur votre appartenance aux Frères Musulmans ! Mouvement que des auto- proclamés « experts en terrorisme » se sont souvent employés à présenter comme le fer de lance d’une idéologie qui mène au fanatisme.

Youssef Nada : Je me sens honoré de faire partie des Frères Musulmans. Je ne vois rien de mal à cela. C’est un honneur pour moi. Ceux qui écrivent ces choses sur les Frères musulmans sont des ignorants qui copient ce que les tyrans au pouvoir au Moyen-Orient disent à leur sujet. Ce sont des gens qui ne connaissent rien des Frères musulmans.

En politique, vous allez découvrir bien des choses ; c’est de la politique. Quand vous politisez la justice, tout s’effondre. C’est ce qui se produit maintenant.

 

Silvia Cattori : Quand vous lisez des articles où l’on s’attache à démontrer que les Frères musulmans sont liés au Hamas, ou à Al-Qaïda, qu’est-ce que ce genre d’interprétation vous inspire ?

Youssef Nada : C’est de l’ignorance. Ceux qui affirment cela sont des ignorants. Les Frères musulmans sont une philosophie, pas une organisation. Les Frères musulmans, dans chaque pays, sont complètement indépendants les uns des autres. Je vous donne un exemple : au Maroc, les Frères Musulmans sont dans le Gouvernement, ils ne sont pas dans l’opposition. Ce n’est pas une question de «  branches » comme certains le disent.

Les Frères musulmans ne sont pas une organisation, c’est une manière de penser. Vous pouvez rencontrer aux Etats-Unis, des personnes qui pensent de la même manière, qui sont inspirées par ce courant de pensée, et qui appartiennent donc aux Frères musulmans ; vous pouvez en rencontrer en Russie, en Chine, en Indonésie, et cela est un fait. Les services de la CIA disent que nous sommes présents dans 70 pays, et cela est vrai. Ils n’en ont oublié que deux, parce que nous sommes présents dans 72 pays. Mais dans chaque pays, tout un chacun est complètement indépendant. Personne ne peut les influencer. Ils sont ensemble dans leur manière de penser, mais ils ne sont pas ensemble dans leurs actions.

 

Silvia Cattori : Mais en ce moment les associations qui aident les plus démunis dans les pays musulmans n’ont plus d’argent à distribuer parce que leurs fonds ont été gelés, criminalisés. Et la population de Gaza, affamée par Israël, privée de toute aide, s’éteint à petit feu.

Youssef Nada : Vous revenez à nouveau à la Palestine et à Gaza ; de cela, je ne veux pas parler. Mais quand vous parlez de charité, dans tout autre lieu, elle est constituée de deux parties : l’une est personnelle, l’autre est gouvernementale. Les gouvernements peuvent couper de leur aide des entités précises. Mais pour l’aide qui est personnelle, qui va de la poche des riches directement aux pauvres, personne ne peut l’arrêter.

 

Silvia Cattori : Ceux qui vous ont pris pour cible savaient le profit politique qu’ils pouvaient tirer en criminalisant un banquier d’origine égyptienne, membre des Frères musulmans. Répandre l’idée que les fonds de cette banque arabo-égyptienne, basée à Lugano, servaient à financer le terrorisme international n’était-il pas leur principal objectif !? Un exemple qui leur donnait l’occasion de faire passer des procédures de contrôle planétaires qui donnaient tous les pouvoirs aux services secrets ?

Youssef Nada : Vous mettez en parallèle mon affaire ! Mais elle est terminée, mon dossier est clos. Personne n’a jamais pu prouver que j’aie été lié au terrorisme ou que je l’aie soutenu où que ce soit dans le monde. Mon cas est complètement clos.

En dépit du fait que les enquêtes ouvertes contre moi ont abouti à un non-lieu, je n’ai plus de compte en banque, je n’ai plus de carte de crédit, je n’ai pas d’argent [13], je ne peux pas sortir de Campione. Je dois continuer de me battre, pas seulement pour faire sortir mon nom de la « liste noire », mais pour mon honneur et pour mon nom.

 

Silvia Cattori : Vous êtes innocenté, nous le savons bien aujourd’hui. Mais ceux qui vous ont accusé savaient parfaitement que vous n’étiez pas coupable ; je cherche à comprendre pourquoi ils s’en sont pris à vous ?

Youssef Nada : Si vous en connaissez la raison, dites la moi.

 

Silvia Cattori : Tout est si bien organisé ! Cela ne peut pas être le fait du hasard ?

Youssef Nada : Ce sont ce qu’on appelle les « Renseignements » qui organisent ces choses-là, ce sont les États. Pas quelques individus.

 

Silvia Cattori : « On se sert du terrorisme pour faire peur et pour restreindre les libertés fondamentales » observait M. Dick Marty [14]. Selon l’hypothèse que les Etats Unis, et Israël – car votre affaire commence en 1997, avant les attentats de New York – avaient besoin, pour frapper des mouvements de résistance comme le Hamas, de bloquer tout financement versé à des associations caritatives musulmanes, il leur fallait fabriquer un exemple qui, répercuté par les médias de façon planétaire, allait faire son chemin, préparer les futures lois répressives ?

Youssef Nada : Mais le dossier est clos. Si, comme vous l’avez dit, ils veulent faire cet exemple, mon cas est clos.

 

Silvia Cattori : Votre cas est clos mais, d’un autre côté, l’administration Bush a réussi à faire passer toutes les lois antiterroristes, contraires au droit international, qu’elle voulait. Elle a mis en place, y compris en Europe, des systèmes de surveillance par les services secrets pour contrôler les financements et couper les organisations caritatives musulmanes de ressources financières. Elle a réussi à vous détruire, à vous empêcher de voyager et de jouir de vos propres biens !

Youssef Nada : D’accord, mais il y a une différence entre dire « ils ont réussi avec moi », ou « avec les autres ». Je ne suis pas l’avocat des autres. Pour les autres je ne sais pas. Avec moi, ils ont réussi, oui. Ils ont réussi à me détruire complètement, oui.

Quant à m’empêcher de faire la charité ils n’ont rien pu réussir, puisque je n’avais pas d’organisation de charité, j’étais un banquier, pas une organisation de charité. À l’origine, je suis Égyptien. L’Égypte est remplie de pauvres gens ; de gens qui dorment dans les rues et dans la boue et qui n’ont pas un morceau de pain à se mettre sous la dent. Je peux vous assurer que, quand je disposais de mon argent, et que j’aidais de pauvres gens, pas un seul penny n’est allé à quiconque utilise la violence, ou travaille avec des gens utilisant la violence.

 

Silvia Cattori : Depuis que M. Sarkozy a été élu à la présidence il a multiplié les éloges à d’adresse du Président égyptien [15]. Lors de sa conférence de presse depuis le Palais de l’Elysée en janvier 2008 il a déclaré : « Il faut aider monsieur MOUBARAK en Egypte, (…) parce que, qu’est-ce qu’on veut là-bas, les frères Musulmans ? » Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Youssef Nada : Qu’il est ignorant, qu’il ne sait pas ce qui se passe là-bas. Qu’il ne sait pas qui est Moubarak. Qu’il ne sait pas ce que sont et font les Frères musulmans. Il a juste fait siens les dires d’autres gens ; c’est exactement ce que j’ai expliqué sur mon site web. Quelqu’un se renseigne auprès d’autrui, il est ignorant, et il tire son ignorance de ceux qui sont encore plus ignorants que lui, et qui le considèrent comme bien informé.

 

Silvia Cattori : Cette manière constante de stigmatiser les « Frères musulmans », et de présenter Moubarak comme le sauveur a valeur de parti pris ?

Youssef Nada : Il faut savoir si ces personnalités défendent la démocratie, ou les tyrans et la dictature ? S’ils défendent la démocratie, ils ne pourront jamais dire que Moubarak « est bon ». S’ils acceptent la dictature, les choses sont claires.

Savez-vous ce qui est arrivé en avril alors même que je suis empêché ici de sortir de Campione ? Moubarak m’a envoyé devant un Tribunal spécial militaire [16], en même temps que 40 autres personnes, prétendant que je finançais les Frères musulmans à hauteur d’un « milliard de dollars ». Pouvez-vous vous imaginer cela ? Je suis ici, confiné, je ne peux pas sortir de Campione, je n’ai plus de compte en banque, car tout est gelé et contrôlé dans le cadre des sanctions de l’ONU, et Moubarak a proclamé que j’ai financé les « Frères musulmans » pour un milliard de dollars !?

Comment peut-on affirmer des choses pareilles ? Le Tribunal a rejeté le cas et a dit – cela est écrit dans le procès-verbal du Tribunal – que l’accusation était sans fondement. Il a demandé que les 40 accusés soient immédiatement relâchés. Arrivés à la porte du Tribunal, ils ont à nouveau été arrêtés. Ils ont été renvoyés devant un autre Tribunal. Le second Tribunal a dit la même chose. Relâchés, ils ont été ré-arrêtés une troisième fois. Après ces trois rejets par les tribunaux ordinaires, Moubarak a constitué un Tribunal militaire. Il a envoyé des civils devant un Tribunal militaire ! Le Tribunal militaire a lu la sentence écrite par Moubarak.

Alors, si M. Sarkozy dit qu’il soutient Moubarak, très bien, cela indique qu’il aime la dictature. Cela veut dire que c’est son opinion sur la démocratie ; qu’est-ce que je puis dire d’autre ?

J’ai reçu le procès-verbal présenté au Tribunal par la Sécurité. Il dit ceci : « Après une enquête approfondie qui nous a pris longtemps, nous avons découvert que M. Nada possède la nationalité suisse » -ce qui est un mensonge parce que j’ai la nationalité italienne et non pas la nationalité suisse. Il dit également que « M. Nada a parlé sur la chaîne Aljazeera et il a attaqué le Président ».

 

Silvia Cattori : Et cela est vrai ?

Youssef Nada : Oui.

 

Silvia Cattori : C’est pour vos interventions sur la chaine Aljazeera que M. Moubarak vous considère comme un ennemi ?

 Youssef Nada : Il ne dit pas ennemi de la dictature, mais « ennemi de l’Egypte ». On réduit l’Egypte à une personne. 80 millions d’Egyptiens à une personne.

 

Silvia Cattori : Vous êtes connu en Egypte ?

Youssef Nada : Mon cas est connu là-bas. Ceux qui le suivent savent que je suis innocent. J’ai la tête haute et je ne la courberai pas.

 

Silvia Cattori : La justice n’a rien pu vous reprocher et vous demeurez emprisonné dans votre maison. Comment ressentez-vous cette injustice ?

Youssef Nada : J’ai l’habitude. Avant de venir en Europe – je suis venu en Europe en 1969, j’avais 38 ans – j’ai vécu 20 ans sous une dictature ; j’ai l’habitude. S’ils sont sortis de la légalité pour me mettre ici dans une trappe, illégalement, je suis habitué à être traité illégalement par les dictateurs.

Le Tribunal fédéral suisse a écrit dans sa décision adressée au Procureur de la Confédération :

L’accusé doit savoir de quoi on l’accuse, et vous ne lui avez jamais dit de quoi il était accusé.

Il était permis que l’enquête prenne plus de temps parce que vous avez eu à vous adresser à plusieurs instances juridiques dans quantité d’autres pays, et peut-être que leurs réponses tardaient. Un an, deux ans, trois ans pourraient être acceptés mais, au delà, vous n’avez pas le droit de laisser le dossier ouvert. Soit vous avez des preuves contre M. Nada et vous le déférez au Tribunal, soit vous n’en avez pas, et vous fermez le dossier.

Le 31 mai 2005 Procureur de la Confédération suisse a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve et il a clos l’enquête.

 

Silvia Cattori : Vous êtes privé de liberté mais, au moins, vous n’êtes pas comme les détenus en Egypte, torturé !?

Youssef Nada : Non, je n’ai jamais été torturé de ma vie. M. Besson a prétendu que j’avais dit avoir été torturé. Ce n’est pas vrai, je n’ai jamais dit que j’avais été torturé. J’ai été arrêté en Egypte en même temps que d’autres. Ils nous ont embarqués, mis dans un camp de concentration, sans aucun jugement. La seule question qu’ils m’ont posée était : « Quel est votre nom, le nom de votre père, le nom de votre mère, et quelle est votre adresse ». Après deux ans, ils m’ont relâché sans explication.

Cela s’est répété, ici, en Suisse ; ils ont confisqué mon passeport, mes cartes de crédit, et m’ont gardé aux arrêts domiciliaires dans les 1,6 kilomètres carrés de Campione. Quand ils ont fermé le dossier d’enquête ils ont déclaré qu’il n’y avait aucune preuve d’actions illégales ou d’infractions, mais je me trouve toujours dans la même situation que s’il y avait des preuves que je suis coupable.

Où est la loi, où est la démocratie ? Est-ce cela la Suisse démocratique, le pays réputé pour son attachement à la loi et aux droits humains ? Si cela n’est pas corrigé, ce sera une tache noire sur la claire histoire de ce beau pays.

 

Silvia Cattori : Vous avez tout perdu à cause de journalistes qui vous ont assimilé, vous et votre banque, à Ben Laden. Avez-vous l’intention d’ouvrir une action en justice contre ces gens qui ont totalement ruiné votre vie ?

Youssef Nada : Ce ne sont pas les journalistes, c’était quelque chose de trop important pour que de tels gens aient pu le faire. Ils ont juste jeté quelques pierres mais le mal a été fait par d’autres personnes bien plus importantes qu’eux. Ma vie est courte désormais. Mais je dois continuer de lutter jusqu’à ma mort. Je dois me battre au Tribunal, pour supprimer cette injustice. J’ai de bons avocats. Ils m’assistent où cela est permis, sous condition que, lorsque le Tribunal déterminera les dommages, ils seront payés. Par exemple, lors du procès que j’ai gagné à Bellinzona, le Tribunal a demandé de défrayer l’avocat ; il a reçu environ 80’000 francs suisses.

Je n’ai plus d’argent (gelé par l’ONU ndr) mais je fais partie d’une tribu d’environ 10’000 personnes ; ils ne me laisseront jamais souffrir de la faim ; ils me donnent ce qu’il me faut de nourriture mais pas d’argent.

 

Silvia Cattori : M. Guido Olimpio, qui est à l’origine des accusations qui ont été retenues contre vous, vous a-t-il jamais demandé pardon ?

Youssef Nada : Je ne sais pas si ce que vous dites est vrai ou pas ; mais, comme je vous l’ai dit, j’ai la tête haute et je ne la courberai jamais. J’ai été habitué à vivre sous une dictature, et je me considère, maintenant, sous une dictature.

 

Silvia Cattori : Et M. Labévière, quand vous avez été innocenté par les tribunaux, s’est-il exprimé pour réviser ses dires, ou a-t-il disparu ?

Youssef Nada : Il a disparu. Pour moi, ce n’est qu’un menteur, un homme sans noblesse, je l’ai oublié ; ce n’est que lorsque vous, ou d’autres, évoquent son nom que je me rappelle ses mensonges et sa nature.

 

Silvia Cattori : La manière avec laquelle ces quelques journalistes vous ont dépeint, est ahurissante !

Youssef Nada : C’est une vague d’Islamophobie. L’histoire nous fournit beaucoup d’exemples d’injustice. Les juifs ont été confrontés par le passé à cette situation ; ils n’ont pas été traités comme des êtres humains. Ils ont été traités de façon injuste. Avec le temps, ils se sont relevés. Ceux qui ont maltraités les juifs, je crois qu’ils ont été un jour confrontés à la justice.

Maintenant, si cela se passe contre les musulmans, il arrivera la même chose qui s’est produite avec les juifs. C’est un cercle, vous ne savez pas comment cela finira. La justice est la justice. Elle devrait être rendue à quiconque, que ce soit aux juifs, que ce soit aux musulmans, que ce soit aux chrétiens ou autres.

Quand je suis né, je suis né humain, pas musulman. Après, je suis devenu musulman ; mais, quoi qu’il en soit, nous avons beaucoup de choses qui nous lient tous : l’humanité que nous partageons.

Il y a des problèmes avec certains musulmans en Europe et on braque le projecteur sur des gens de basse classe qui sont ignorants, pauvres, qui n’ont pas eu accès à l’éducation ou même à une nourriture décente dans leur pays, du fait de la corruption de leurs gouvernements qui ont volé toutes les richesses de leurs pays. D’un autre côté, en Europe il y a beaucoup de musulmans instruits dans tous les milieux sociaux ou professions, des ingénieurs fortunés ou de la classe moyenne, des médecins, des juristes, des hommes d’affaire, des banquiers, des professeurs, etc. Ce sont des citoyens respectueux de la loi, adhérant à la démocratie, respectueux des autres et ouverts à eux, servant leurs sociétés. Ils sont des millions en Europe et on ne se focalise que sur ceux qui posent problème.

Mais, dites-moi, quand vous avez besoin d’ouvriers pour de sales besognes, les ordures par exemple – aucun Suisse ne veut ramasser les ordures – alors vous faites venir des gens. Ces gens, qui viennent d’une dictature, qui viennent de la pauvreté, qui viennent de pays sans soins de santé, sans système éducatif, et qu’on a habitués à être traités plus mal que des animaux, quand vous les amenez ici – ils sont les pauvres parmi les musulmans – si vous vous concentrez sur cette catégorie, sur leurs défauts et leurs mauvais comportements, personne ne peut nier qu’ils sont une réalité. Il aurait mieux valu éviter cela en amont, et les éduquer quand vous les amenez ici où il y a la démocratie, où la loi existe, où il n’y a pas de dictature, où vous devez respecter la loi ; et, alors, ils pourront faire les sales besognes que vous voulez qu’ils fassent.

Mais, les faire venir d’une dictature, et vous attendre à ce qu’ils soient comme vous, sans rien faire de votre côté pour les aider à changer. Le problème fondamental, le cœur du problème, c’est la dictature. Par exemple, pour revenir à ce que vous avez dit à propos de Sarkozy : il encourage Moubarak, il encourage la dictature, et il est le président d’un pays démocratique !

 

Silvia Cattori : Ne l’encourage-t-il parce que Moubarak défend les intérêts d’Israël et des Etats-Unis dans la région ? M. Sarkozy est leur meilleur allié aujourd’hui.

Youssef Nada : Vous passez à un autre sujet.

 

Silvia Cattori : Ces sujets sont liés.

Youssef Nada : Pour moi, non. C’est de la sale politique. Si vous oubliez les principes que vous prétendez défendre, c’est-à-dire la démocratie, et que vous soutenez la dictature, ce n’est pas une politique propre.

Mais, en ce qui me concerne, je suis un cas spécial.

Vous savez que la liste des Nations Unies concernant les soi-disant « terroristes » comprend 400 personnes et entités. Pensez-vous que le monde, les démocraties, dans le monde entier, soient menacées par 400 personnes ? Quelle sorte de démocratie est-ce donc ? Est-elle fragile au point que 400 criminels puissent changer la démocratie en dictature ? Ce Ben Laden qui est dans une grotte, dans une montagne, sans pouvoir en sortir, vous considérez qu’il est un très grand danger pour la démocratie dans le monde ? C’est gonfler une petite créature pour en faire un géant et avoir peur du géant ! C’est ça la respectable démocratie de ces dirigeants ?!

 

Silvia Cattori : C’est la raison pour laquelle c’est si préoccupant : car ce sont des mensonges qui préparent une prochaine guerre, contre l’Iran peut-être, et votre cas fait partie de cette longue guerre qui a commencé en Irak en 1991.

Youssef Nada : Mon cas est complètement différent.

 

Silvia Cattori : Alors, c’est juste par erreur ?

Youssef Nada : Non, c’est intentionnel. Mais je n’ai rien à voir avec les autres cas.

 

Silvia Cattori : Mais c’est un cas politique ?

Youssef Nada : Oui. C’est un cas politique, c’est vrai. Laissez-moi vous dire : toute ma vie, depuis mon enfance, même avant de rejoindre les Frères musulmans, j’étais ouvert à mes amis dans une école primaire où il y avait des coptes orthodoxes, et où il y avait des juifs, et je suis resté ouvert à eux jusqu’à aujourd’hui. Je partage avec eux la même humanité ; nous sommes des humains. Nous différons ; un Chinois, un Japonais, diffère de moi, mais c’est un humain ; je partage avec lui tant de choses. Je diffère de lui sur quelques points, l’un d’entre eux est la religion ; cela ne signifie pas qu’il soit mon ennemi.

 

Silvia Cattori : Pourquoi une personne aussi distinguée et courtoise que vous…

Youssef Nada : (en riant) Quand vous le saurez, dites le moi.

 

Silvia Cattori : Vous ne semblez pas en colère vis-à-vis de ces gens qui vous ont fait souffrir.

Youssef Nada : Comme je vous l’ai dit, ayant vécu 38 ans sous une dictature, j’en ai l’habitude ; ce n’est pas nouveau. Pour vous c’est nouveau, parce que vous avez vécu dans une atmosphère démocratique, mais pour moi, je suis habitué à ce que les choses se passent en-dehors de la légalité. J’ai été traité en-dehors de la légalité.

 

Silvia Cattori : Quelle est, pour vous, la chose la plus difficile ?

Youssef Nada : Ma liberté ; je suis né homme libre et, maintenant, je ne suis pas un homme libre. On m’a volé mes droits.

 

Silvia Cattori : Et maintenant, votre téléphone est sous contrôle ?

Youssef Nada : Je ne m’en soucie pas parce que je ne dis rien de mal ; mais je ne suis pas un homme libre. Si je ne suis pas un homme libre, alors je peux m’attendre à tout ou à ce que ma liberté me soit enlevée ; et c’est ce qui s’est produit. Je ne suis pas un homme libre et je ne suis pas heureux sans ma liberté.

 

Silvia Cattori : Qu’en est-il de votre santé : êtes vous toujours préoccupé par des ennuis de santé ?

Youssef Nada : Ma main est cassée. J’ai aussi des saignements dans les yeux et aux artères du cou, mais je ne peux pas aller chez le docteur. Je ne peux pas consulter des spécialistes parce qu’il n’y en a pas à Campione. J’en ai besoin, mais ils me l’ont refusé. Il m’est interdit de sortir. Je leur ai demandé à plusieurs reprises, par écrit, la permission, mais ils ont refusé. Même le Tribunal fédéral de Lausanne a dit : « Les droits de cet homme sont violés ». Et que, dès lors que la Suisse a enquêté sur cette affaire et n’a rien trouvé, les services suisses de l’émigration ne devaient pas m’empêcher, alors que c’est autorisé, d’aller chez le docteur, qu’ils devaient m’assister, insister auprès du Conseil de Sécurité et les convaincre. Il est vrai que ce qui m’arrive n’est pas justifié, mais la Suisse doit suivre le Conseil de Sécurité. En dépit de tout cela, je leur ai envoyé une lettre pour leur demander l’autorisation d’aller me faire soigner hors de Campione ; ils ont refusé. Même après le jugement du Tribunal. Dans un pays démocratique, on doit passer par le Tribunal ; il n’y a aucun autre moyen.

 

Silvia Cattori : Pensez-vous pouvoir obtenir bientôt l’annulation de ces sanctions des Nations Unies contre vous, et voir enfin votre nom sorti de cette liste qui vous désigne comme « soutien aux terroristes » ?

Youssef Nada : Je l’ai demandé ; ils ont refusé. Ils m’ont écrit que ma demande était rejetée. Le pays qui m’a désigné a refusé [les Etats-Unis ndr]. Je ne peux pas sortir de Campione. L’Italie est mon pays, je suis Italien. Campione est une enclave italienne en territoire suisse.

 

Silvia Cattori : Vous vous sentez en prison ?

Youssef Nada : Oui. Bien sûr. Je suis dans un « Guantanamo suisse ». Le Tribunal a dit que, par cette action, et du fait que je suis à Campione, cela signifie que je suis assigné à résidence. Je suis sur la liste des prétendus « soutiens aux terroristes ».

 

Silvia Cattori : Pourquoi vous y maintiennent-ils encore ?

Youssef Nada : Je ne le sais pas ; si vous le savez, dites le moi.

 

Silvia Cattori : Qu’est-ce qui vous aide à faire face à cette adversité ?

Youssef Nada : Ma relation avec celui qui m’a créé. Il m’a créé et je crois que j’irai à lui.

 

Silvia Cattori : Que faire pour vous sortir de cette situation ?

Youssef Nada : Personne ne le peut, mis à part la justice. Jusqu’à présent, la chose est entre les mains de la sale politique. Quand ils ont fait irruption dans ma maison et mes bureaux, M. Roshacher a fait une déclaration à « Swiss info ». Le jour même, le 7 novembre 2001, M. Bush est apparu à la télévision et il a parlé de moi. C’était ici le matin quand ils ont envahi ma maison ; et le soir, c’est-à-dire que c’était alors le matin à Washington, M. Bush est apparu à la télévision pour parler de nous, (la banque et les associés) et il a dit : « Nous allons les affamer ».

 

Silvia Cattori : Si ces mensonges ont été fabriqués par certaines agences de renseignement, et non pas par M. Olimpio, cela reviendrait à dire que ce dernier n’aurait été dans cette histoire, qu’une marionnette ? (Il a été démontré que le journaliste Guido Olimpio joue le rôle d’un agent double ; il relaye dans Il Corriere della sera – et via des livres – des fausses informations émanant de divers services de renseignements.) [17]

Youssef Nada : Lui et les autres sont des instruments, utilisés pour ce cas. Comme je vous l’ai dit, je les ai oubliés ; ce n’est que quand vous en parlez que je me souviens d’eux.

 

Silvia Cattori : Depuis quand ne pouvez-vous plus quitter Campione ?

Youssef Nada : En fait, personne ne m’a averti qu’il m’était interdit de sortir de Campione, jusqu’à ce que je me rende à Londres. C’était le 10 novembre 2001, trois jours après que les policiers aient fait irruption dans ma maison et mes bureaux. J’ai signalé au Substitut du Procureur général de la Confédération, M. Claude Nicati, que je partais à Londres J’étais invité par Aljazeera. Il m’a dit : « Il n’y a pas de restriction (il m’a donné une pièce écrite) mais si je vous appelle, vous devez venir, autrement je vous arrêterai ».

Je suis retourné à nouveau à Londres en 2003. Pendant 6 mois j’étais continuellement à Aljazeera, chaque semaine vous pouviez me voir là, à l’écran, (et ce que j’y disais était d’ailleurs traduit par le Wall Street Journal, et par le Washington Post). Revenant d’Aljazeera au Hilton, j’ai constaté que ma porte ne s’ouvrait pas et je suis allé voir le concierge. Il m’a dit : « Juste un moment M. Nada ». Il m’a laissé environ cinq minutes, puis il m’a apporté une autre clé en disant : «  Désolé, parfois ces cartes magnétiques ne fonctionnent pas ». Je suis remonté au 5ème étage. Quand la porte de l’ascenseur s’est ouverte, cinq personnes se sont précipitées : « Scotland Yard ! » Je leur ai demandé : « Qu’est-ce qui ne va pas ? » L’un m’a répondu « Allons à la chambre ». Nous sommes allés à la chambre et, alors, il m’a dit « M. Nada, prenez votre bagage ». Je lui ai dit : « Désolé, je dois d’abord faire mes prières ». Il m’a rétorqué : « Nous n’avons pas le temps ». Je lui ai répondu : « Faites ce que vous voulez mais je vais faire mes prières ; si vous voulez me forcer, forcez moi, mais je dois les faire avant de partir ». Je suis allé à la salle de bains. L’un d’entre eux a voulu me suivre. Je lui ai dit : « Non, mais je laisse la porte ouverte ». J’ai fait mes prières, puis il m’a dit : « Prenez votre bagage ». Je lui ai répondu « J’ai l’âge d’être votre grand-père, je ne peux pas le porter. Vous le portez si vous voulez ou vous le jetez par la fenêtre ». Ils ont porté le bagage et l’ont descendu jusqu’en bas.

 

Silvia Cattori : Vous êtes un homme très solide !

Youssef Nada : Je suis déjà brûlé. Que peuvent-ils faire de plus ?

 

Silvia Cattori : Etes-vous en train d’écrire votre histoire ?

Youssef Nada : Oui, je suis très occupé. J’ai beaucoup de choses à faire ; je dois rester en contact avec les avocats, ils ne peuvent pas travailler seuls ; je dois leur fournir des documents. Vous savez que, une fois le dossier clos, la loi suisse vous autorise à consulter votre dossier et à prendre des copies. J’ai obtenu l’autorisation d’y aller avec mon avocat, deux fois. La première fois, nous avons copié les index ; cela faisait 40 boîtes, avec 10 dossiers par boîte. Et, la seconde fois, j’ai emporté copie de 2’500 pièces. J’ai tous les documents. Les avocats viennent ici, de temps à autre.

 

Silvia Cattori : Quand je songe à ce que vous avez enduré à cause des mensonges des journalistes suisses et à ce que vous endurez encore aujourd’hui à cause des sanctions auxquelles vous soumettent les autorités suisses, j’ai honte…

Youssef Nada : Non. Vous n’avez pas à avoir honte parce que, je vous le dis franchement, le respect que j’ai pour ce pays est plus grand que pour tout autre. Les erreurs, c’est une autre chose. Mais le respect dont j’ai été entouré ici, par les gens ordinaires, par le procureur, par les avocats, par les parlementaires, par les médecins, par les journalistes, par les ouvriers, par les ingénieurs, j’ai été entouré du plein respect de chacun et je l’éprouve également pour eux. Après qu’ils aient fait irruption dans ma maison, alors que je descendais la rue, trois personnes m’ont approché en disant « Viva Signor Nada ».

Dans les médias, il est vrai, il y a eu beaucoup de vilaines choses. Comme je vous l’ai dit, les gens ignorants se servent de gens encore plus ignorants qu’eux. Et c’est ce qui s’est passé avec Richard Labévière. Lorsqu’il est allé en Egypte, il s’est appuyé sur des gens plus ignorants que lui pour se renseigner à mon sujet. Il a pris toutes ces informations et il en a fait un film et un livre ; rien que des absurdités.

Pouvez-vous imaginer que Richard Labévière a écrit cette chose-ci : que Youssef Nada avait aidé Hadj Amin al-Husseini, le Mufti de Palestine, à s’enfuir d’Allemagne après avoir rencontré Hitler, au travers de la Suisse, pour gagner l’Egypte, et d’Egypte la Palestine ! J’avais 13 ans quand le Mufti s’est enfui d’Allemagne ! Richard Labévière, quand il a écrit ces balivernes, n’a pas dit que j’avais 13 ans à cette époque. Cela a été relevé même dans Wikipedia. Parmi d’autres absurdités ils ont aussi dit que «  Nada travaillait avec l’amiral SS Canaris en Egypte, pendant la guerre » ! Là aussi ils avaient oublié de vérifier ma date de naissance. Et n’avaient pas pensé que Canaris et le Mufti n’avaient pas besoin d’un enfant de 13 ans pour les aider.

 

Silvia Cattori : Je peux me figurer à quel point cela a été dur.

Youssef Nada : J’ai travaillé dans 27 pays pour me trouver isolé ici dans ce village de 1,6 kilomètre carré. Mais, grâce à Dieu, j’ai des visiteurs qui viennent du monde entier. Je connais mes valeurs qui me donnent la force de me tenir debout dans les mauvais jours aussi bien que dans les bons jours. J’ai la tête haute et je la garderai haute jusqu’à ma mort.

 

Silvia Cattori : Merci de nous avoir accordé cet entretien.

 

Entretien publié le 13 juin 2008 :

http://www.silviacattori.net/article460.html

 

Silvia Cattori

 

Entretien traduit de l’anglais par JPH

 

(*) Articles publiés au sujet de M. Youssef Nada :

 

« La Suisse a cédé aux pressions de Washington », par Silvia Cattori, 3 juin 2008. http://www.silviacattori.net/article457.html

« Dick Marty : “Ce que j’ai découvert m’a profondément choqué” », par Silvia Cattori, 20 juin 2008. http://www.silviacattori.net/article742.html

« Lettre ouverte à Madame Micheline Calmy-Rey », par Silvia Cattori, 21 juin 2008. http://www.silviacattori.net/article463.html

« Réponse de Mme Calmy Rey à Silvia Cattori », 1er juillet 2008. http://www.silviacattori.net/article482.html

 

« La Suisse n’est pas tenue d’appliquer les sanctions de l’ONU », par Silvia Cattori, 24 juillet 2008.

http://www.silviacattori.net/article484.html

« La diplomatie suisse en accusation », par Silvia Cattori, 28 septembre 2008. http://www.silviacattori.net/article564.html

« Youssef Nada : “Pour nous, le mal est déjà fait” », par Silvia Cattori, 23 octobre 2008. http://www.silviacattori.net/article582.html

« L’ennemi inventé », par Silvia Cattori, 13 novembre 2008. http://www.silviacattori.net/article609.html

« “Au nom de l’homme”, un film d’Andrea Canetta », par Silvia Cattori, 26 février 2009. http://www.silviacattori.net/article753.html

« Dick Marty demande la levée des sanctions contre Youssef Nada », par Silvia Cattori, 5 juillet 2009. http://www.silviacattori.net/article880.html

« Une victoire pour Dick Marty. Une reconnaissance pour Youssef Nada », par Silvia Cattori, 9 septembre 2009. http://www.silviacattori.net/article950.html

« Nous avons toujours cru en l’innocence de Youssef Nada », par Silvia Cattori, 24 septembre 2009. http://www.silviacattori.net/article966.html

« Les injustices subies par Youssef Nada : Un cas d’école », par Silvia Cattori, 18 janvier 2010. http://www.silviacattori.net/article1084.html

« Youssef Nada et Ali Ghaleb Himmat obtiennent justice », par Silvia Cattori, 23 janvier 2012. http://www.silviacattori.net/article2732.html

« Le journaliste Guido Olimpio condamné pour ses calomnies », par Silvia Cattori, 17 février 2012.http://www.silviacattori.net/article2839.html

 

[1] Voir la vidéo du témoignage de Youssef Nada sur le refus de l’ONU de radier son nom de la liste noire :

http://www.youssefnada.ch/Vedio%20Interviews.asp

[2] Voir :

« Listes noires du Conseil de sécurité des Nations Unies – Note introductive », par Dick Marty, rapporteur, Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 19 mars 2007.

« Dick Marty dénonce la ’liste noire’ du terrorisme », Swissinfo.ch, 25 avril 2007.

[3] Voir :

« Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des Etats membres du Conseil de l’Europe », Rapport de M. Dick Marty à la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 12 juin 2006.

« Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des Etats membres du Conseil de l’Europe : 2e rapport », Rapport de M. Dick Marty à la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 7 juin 2007.

[4] Voir : « Official site of Youssef Nada ».

[5] Voir, notice concernant M. Olimpio, sur le Site officiel de Youssef Nada

Guido Olimpio, correspondant du « Il Corriere della Sera ». En 1996, Guido Olimpio avait témoigné à Washington, auprès de la “Task force” sur le terrorisme et les armes non conventionnelles. Présenté comme « expert en terrorisme international », M. Olimpio couvre les affaires du Moyen Orient depuis les années 80. De 1999 à l’été 2003, il était chef correspondant pour« Il Corriere della Sera » en Israël.

[6] Sur Richard Labévière, auteur de «  Les Etats-Unis et les islamistes », 1999, « Les dollars de la terreur, » 1999 ; « Les Coulisses de la terreur », 2003 voir notice le concernant sur le Site officiel de Youssef Nada.

[7] Sylvain Besson, journaliste au quotidien suisse Le Temps. Auteur du livre : « La conquête de l’Occident », octobre 2005.

[8] C’est l’article « Hamas perde meta’ del tesoro », par Guido Olimpio, Corriere della Sera, 20octobre 1997, qui a lancé l’accusation d’un financement du Hamas par la banque Al Taqwa de Youssef Nada.M. Youssef Nada a écrit sur son site : « Cela a duré de 1997 à 2005 pour obtenir la condamnation du Tribunal criminel de Milan contre Guido Olimpio auteur de l’article du Corriere della Sera, et un procès civil est en cours. Les mensonges de l’article de Guido Olimpio ont été diffusés et répandus partout ».

[9] M. Youssef Nada a écrit sur son site : « Parmi ceux qui ont participé à diffuser les mensonges, que ce soit par envie ou par haine, en connaissance de cause ou non, intentionnellement ou non, qu’ils aient été recrutés pour acculer les activistes islamistes, ou motivés politiquement ou financièrement, ou par leurs propres objectifs professionnels, ou qu’ils aient été induits en erreur, on peut citer les noms suivants : Richard Labéviere, Roland Jacquard, Leo Sisti, Kevin Coogan, Paolo Fusi, Daniel Pipes Victor Comras, Sylvain Besson, et d’autres qui seront nommés plus tard. »

Durant ces années où Israël et les Etats-Unis menaient leur guerre contre l’Islam, on a vu apparaitre des experts en terrorisme, des théoriciens de l’islamophobie, tel que Daniel Pipes aux Etats-Unis. Voir « Daniel Pipes, expert de la haine », Réseau Voltaire, 5 mai 2004.

[10] Livre publié en arabe. En publication en anglais, français et allemand.

[11] La résolution 1267 de 1999, concerne Al-Qaïda et les Taliban. Le Conseil de sécurité de l’ONU a inauguré la pratique des « sanctions ciblées » contre des personnes (et non des Etats) en octobre 1999, pour « contrecarrer le régime des talibans en Afghanistan ».

[12] La résolution 1373 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée après le 11 septembre 2001, met l’accent sur la lutte contre le financement du terrorisme en introduisant une obligation générale de gel des avoirs et des ressources économiques des personnes et entités impliquées dans des actes de terrorisme. Le Conseil de l’Union européenne a constitué sa propre liste au lendemain du 11 septembre 2001.

[13] Voir : « Swiss firm shuts down after terrorism probe », swissinfo.ch, 9 janvier 2002.

[14] « On se sert du terrorisme pour faire peur et pour restreindre les libertés fondamentales », Interview de Dick F. Marty, Horizons et débats, 28 janvier 2008.

[15] Voir :

« VISITE OFFICIELLE EN EGYPTE POINT DE PRESSE CONJOINT DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, ET DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ARABE D’EGYPTE, M. HOSNI MOUBARAK – PROPOS DE M. SARKOZY »

« Interview de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, accordée au quotidien ” AL AHRAM” », 1er août 2007.

[16] Voir :

« Des cadres des Frères musulmans devant un tribunal militaire », El Watan, 12 juin 2008.

« Égypte. Condamnations prononcées contre des membres des Frères musulmans : une justice faussée », Communiqué de presse, Amnesty International, 15 avril 2008.

[17] [« Le journaliste Guido Olimpio condamné pour ses calomnies », par Silvia Cattori, 17 février 2012.

http://www.silviacattori.net/article2839.html

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Montréal, mardi 11 septembre 2012 — À quelques heures de la première du film documentaire Gentilly or not to be des réalisateurs Guylaine Maroist et Éric Ruel, qui jette un regard critique sur la sécurité de la centrale nucléaire de Gentilly-2, une coalition d’organismes et de personnalités demande à la nouvelle Première ministre, Madame Pauline Marois, d’annoncer dans les plus brefs délais la fermeture définitive de Gentilly-2. Cette coalition, réunie autour du mouvement Sortons le Québec du nucléaire, offre sa collaboration au nouveau gouvernement pour la planification des étapes ultérieures liées au déclassement et à la réhabilitation du site de la centrale.

« Madame Marois est certainement au fait qu’il n’est pas nécessaire de procéder à un vote à l’Assemblée nationale, ni même d’adopter un nouveau décret, pour annoncer la fermeture définitive de Gentilly-2 et ainsi remplir son engagement. Elle n’a qu’à faire une déclaration en ce sens et aviser le PDG d’Hydro-Québec que son gouvernement n’autorisera pas sa réfection », a déclaré Christian Simard, directeur général de Nature Québec et porte-parole du mouvement Sortons le Québec du nucléaire. Une porte-parole d’Hydro-Québec a confirmé que le permis d’opération ne permet pas de maintenir la centrale en activité au-delà de décembre 2012. Après, il faudra l’avoir arrêtée de façon définitive et avoir planifié son déclassement… ou avoir pris la décision de la reconstruire.

On sait que le Parti québécois s’est engagé clairement dans son programme et au cours de la campagne électorale à « procéder au déclassement de la centrale nucléaire Gentilly-2 et à mettre en place un fonds de diversification économique de 200 millions de dollars pour le Centre-du-Québec et la Mauricie ». Une forte majorité de Québécois s’oppose à l’énergie nucléaire.

Il est important pour les travailleurs de clarifier la situation

Pour les membres de la Coalition, il est important pour les travailleurs de la centrale et les citoyens des régions concernées que la situation soit clarifiée le plus tôt possible afin de pouvoir investir rapidement dans la diversification économique et les énergies d’avenir. « Le gouvernement libéral a volontairement maintenu les gens dans la confusion pendant plus d’un an, arrêtant le projet de reconstruction d’un côté et affirmant avoir un préjugé favorable pour la réfection de l’autre. Il faut maintenant être plus transparent, donner l’heure juste, dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. J’ai bon espoir que l’on passe d’un gouvernement invisible à un gouvernement visible », a déclaré pour sa part l’auteur et metteur en scène Dominic Champagne, qui vit en aval de la centrale.

Les groupes et personnalités présents rappellent que la vaste majorité des 800 emplois concernés sont couverts par la sécurité d’emploi. Pour les autres, il faudra mettre sur pied un comité de reclassement de la main d’œuvre et mettre en branle un plan de diversification économique pour la région. Ce plan pourrait inclure un centre d’expertise en efficacité énergétique et en énergies renouvelables adapté à la réalité industrielle et agricole de la région. On doit également se doter d’un plan intégré de déclassement des centrales Gentilly-1 (qui n’a jamais vraiment fonctionné) et Gentilly-2, lequel permettrait de développer des emplois spécialisés en déclassement nucléaire et en réhabilitation de sites contaminés. Bien que n’ayant jamais été fonctionnelle la vieille centrale Gentilly-1, qui appartient au gouvernement fédéral, doit, elle aussi, être déclassée. Des fonds fédéraux sont réservés à cette fin.

Arrêter les frais au plus vite

Dans les faits, la centrale nucléaire de Gentilly-2 est en arrêt de fonctionnement depuis le 27 juillet dernier, et ce « pour plusieurs semaines » en raison d’une nouvelle panne. Une autre défectuosité importante l’avait paralysée pendant 4 mois, en 2011. Pour Karel Mayrand, de la Fondation Suzuki « La valse-hésitation autour du démantèlement de Gentilly-2 a assez duré. Gentilly-2 est une bombe à retardement au plan financier. Chaque journée qui passe accroît la facture que les Québécois devront assumer pour se défaire de cette filière énergétique coûteuse et non sécuritaire. Compte tenu de l’explosion des coûts dans le secteur nucléaire depuis Fukushima, la réfection de la centrale constituerait un éléphant blanc, une aventure financière qui pèserait lourdement sur la rentabilité d’Hydro-Québec et sur nos tarifs d’électricité », a-t-il ajouté.

« Tenter de réparer cette vieille centrale nucléaire poussive est risqué, coûte plusieurs millions et fait penser à de l’acharnement thérapeutique, surtout à quelques mois de sa fin de vie. Il faut fermer ce gouffre financier et rendre cette décision irréversible », affirme Jacques Dagenais, un intervenant privé à Gentilly-2 depuis 1999.

Le projet de reconstruction de Gentilly-2 a été stoppé par le gouvernement du Québec au printemps 2011 pour exiger de nouvelles études à la suite de la catastrophe de Fukushima. Selon plusieurs sources bien informées, de nouvelles données feraient maintenant porter le coût de la reconstruction de la centrale à plus de 3 milliards de dollars, bien au-delà du 1,9 milliard de dollars évalué en 2008. « La réfection de la centrale jumelle de Pointe Lepreau au Nouveau-Brunswick a coûté le double des prévisions et a subi d’importants retards de trois années additionnelles. Et c’était avant Fukushima. Il faut vraiment arrêter l’hémorragie », a précisé Gordon Edwards du Regroupement pour la surveillance du nucléaire

 

Une centrale nucléaire, ce n’est pas une source d’énergie comme une autre

Comme le démontre le film Gentilly or not to be, une centrale nucléaire n’est pas une source d’énergie comme les autres. Elle émet des radionucléides pendant toute sa durée de vie et produit des déchets hautement radioactifs pour lesquels il n’existe encore aucun site permanent de stockage sécuritaire. Gentilly-2 a produit jusqu’à maintenant plus de 2 500 tonnes de ces déchets radioactifs. Or, la demi-vie de certains de ces éléments peut atteindre plusieurs milliers d’années. Pour le Dr Éric Notebaert, du Regroupement des professionnels de la santé pour la survie mondiale, « Il n’existe pas de niveau d’exposition aux radionucléides où il n’y ait pas de risques, contrairement à ce que veut nous faire croire l’industrie. Les grandes études et les méta-analyses confirment les risques pour la santé posés par les centrales nucléaires. Au Canada, il est urgent de revoir à la baisse de façon importante les normes tolérables pour le tritium présent dans l’eau, dont Gentilly-2 est un grand émetteur. Le mieux en fait, c’est de tout arrêter ».

 

 

Information :

Christian Simard, Nature Québec, 418-928-1150, direction@naturequebec.org

Karel Mayrand, Fondation David Suzuki, 514-871-4932, kmayrand@davidsuzuki.org

Philippe Giroul, mouvement Sortons le Québec du nucléaire, 819-377-3810, msqng2@yahoo.ca

Michel Duguay, Mouvement Sortons le Québec du nucléaire, 418-802-2740,   michel.duguay@gel.ulaval.ca

Gordon Edwards, Regroupement pour la surveillance du nucléaire, 514-489-1665

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A l’occasion des 11èmes commémorations des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux USA, le comité d’experts (Consensus Panel) sur le 11/9 publie ce Communiqué de presse (voir plus bas), accompagné de 3 nouveaux “Points de consensus” qui viennent s’ajouter aux 25 déjà publiés. Ces nouveaux points – traduits en français par ReOpen911 – portent sur l’authenticité frauduleuse des documents photo et vidéo avancés par les autorités américaines pour étayer la version officielle des attentats. 

 

Voici les 3 nouveaux points :

 


Une version PDF regroupant l’ensemble des pages du site 9/11 Consensus est disponible
(cliquez sur l’image ci-dessous). 
A noter qu’elle sera mise à jour régulièrement, et accessible depuis le site www.consensus.org/fr, page “Document PDF“)

 

Version PDF (en français) des Points de Consensus

 


*** COMMUNIQUÉ DE PRESSE ***

 

Les pirates de l’air du 11/9 : les escroqueries des preuves vidéo officielles révélées par le Comité d’expert du Consensus 911

NEW YORK, 10 septembre 2012 – Un comité de 22 experts de la tragédie du 11-septembre a mis en évidence les fraudes concernant les photographies montrant les pirates de l’air musulmans avant leur embarquement dans les avions du 11/9.

Les preuves légales indiquent que leur chef, Mohammed Atta, a pris un vol intérieur depuis Portland dans le Maine, à destination de Boston où il a embarqué à bord du Vol 11 d’American Airlines, lequel est allé percuter la Tour Nord du World Trade Center.

Les images [officielles] à l’authenticité douteuse viennent épaissir le mystère sur les raisons pour lesquelles Mohammed Atta a quitté Boston, d’où partait le Vol 11 qu’il devait détourner, pour se rendre en voiture à Portland le 10 septembre d’où il a pris un vol intérieur tôt le matin du 11-Septembre avec un temps de correspondance extrêmement court à Boston, le tout, au risque de faire échouer l’ensemble de la mission.

Le nœud de cette histoire réside dans le fait que les bagages de Mohammed Atta n’ont pas pu être embarqués lors de la correspondance et ont été retrouvés à l’aéroport Logan de Boston, avec à l’intérieur un « trésor » d’indices sur l’opération de détournement des avions.

L’étude approfondie par le Panel d’experts conclut que ce récit est perclus d’invraisemblances et de modifications ultérieures, et remet en cause toute la théorie des détournements.

De la même manière, à l’aéroport international Dulles de Washington, cinq pirates de l’air supposés auraient franchi les contrôles de sécurité avant d’embarquer sur le Vol 77 d’American Airlines – qui emportait également la correspondante de CNN, Barbara Olson -, et de le précipiter contre le Pentagone.

Aucune publication n’a été faite des images des quelque 300 caméras de sécurité qui surveillaient l’aéroport de Dulles ce jour-là, et l’on remarque aussi que lors de leurs interviews par le FBI, aucun membre du personnel de l’aéroport n’a signalé d’hommes de type arabe ce matin-là.

Les avocats, journalistes, pilotes de ligne et les six personnes détenteurs d’un PhD qui font partie du9/11 Consensus Panel ont utilisé une méthode de travail pratiquée dans le domaine de la médecine, qui comprend trois séries de relectures et de feedback afin de raffiner les arguments exposés.

Lors de ses recherches de documents crédibles à destination des médias, du public et des futurs enquêteurs, le 9/11 Consensus Panel a élaboré 28 Points de Consensus de « Meilleure preuve » au sujet des affirmations officielles sur le 11-Septembre, lequel constitue l’événement déclencheur des guerres meurtrières au Moyen-Orient de ces 10 dernières années.

Cette investigation couvre les sujets suivants :

  • Les explosifs dans les Tours Jumelles et dans le Bâtiment 7,
  • Les faibles compétences de pilotes des supposés pirates de l’air,
  • L’absence de débris sur le site du crash du Vol 93 (celui de la fameuse phrase « Let’s roll » (Allons-y !),
  • Les imposants exercices militaires annuels (habituellement conduits en octobre) en cours le 11/9, et enfin,
  • La supposée absence des principaux dirigeants politiques et militaires [pendant les attentats].

L’ensemble des travaux publiés par le Panel a été traduit en français et en espagnol, et d’autres langues sont en préparation (italien, allemand, hollandais).

Les modérateurs du Panel recommandent tout spécialement le documentaire actuellement diffusé gratuitement sur PBS (Public Broadcasting System - la plus grande chaine télé publique aux USA) : «9/11 Explosive Evidence: Experts Speak Out », dans lequel 40 experts lanceurs d’alerte (whistleblowers) présentent les preuves de démolition contrôlée au World Trade Center.

Source : 9/11 Consensus Panel
Contacts médias : http://www.consensus911.org/fr/contact-medias/
Email : consensus911.fr (at) gmail.com
Tel (Canada): +1 250-383-2417

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Il est désormais de notoriété publique que l’Occident a profité du  mouvement syrien exigeant la réforme de sa gouvernance, pour élaborer un plan d’attaque visant à détruire la Syrie en tant qu’État souverain et bastion stratégique de première importance dressé face à ses projets hégémoniques ; un plan qui devait aboutir à détruire son unité et son armée avant de la disloquer pour mieux en disposer, sans avoir à précipiter ses forces otanesques dans les tranchées de la guerre.

À peine six mois après sa mise en exécution, ce plan s’est révélé être un échec ; ce qui, en toute logique, aurait dû geler l’offensive occidentale et ordonner à ses vassaux locaux et régionaux de réévaluer la situation avant d’adopter une nouvelle approche. C’était sans compter sur le désir de vengeance qui a manifestement succédé au sentiment de frustration, et sans compter sur la volonté d’empêcher la Syrie d’exploiter sa victoire face aux attaques répétées d’une coalition qui refuse d’admettre son échec, du moins en public, et qui a décidé de poursuivre son agression par tous les moyens dont elle dispose. D’où un « plan de rechange » différant du premier par ses objectifs, ses piliers et ses étapes :

1. S’agissant des objectifs ; il est clair que, malgré toutes les prises de position et déclarations des uns ou des autres de ses dirigeants, l’Occident, désormais persuadé de son incapacité à renverser le gouvernement national syrien, cherche  à l’éreinter en l’occupant  le plus longtemps possible à défendre son autorité dans un pays qui serait devenu incontrôlable et irréformable à la fois ! Il n’est donc pas question de laisser les réformes adoptées par le peuple, ou susceptibles d’adoption en Février prochain, suivre leur cours. Il faut plutôt travailler à persuader les Syriens, encore vulnérables aux mensonges, que les réformes seront illusoires et qu’ils feraient mieux de s’engager dans les rangs de l’opposition plutôt que d’adhérer au « mouvement réformiste »… quel que soit le prix qu’ils devront payer !

2. Quant aux étapes, il semble qu’elles reposent sur trois piliers:

2.1. Un pilier civil qui consiste à soutenir les opérations armées, crimes et assassinats en terre syrienne, pour empêcher le retour à la stabilité, mettre en panne tous les secteurs vitaux du pays, et ainsi persuader les citoyens que le pouvoir n’est plus en mesure de les restaurer malgré toutes les forces qu’il pourrait déployer. Tel est  le but recherché par la horde terroriste lâchée contre les civils, les militaires, les fonctionnaires, les bâtiments officiels… en zones infiltrées par les terroristes grâce au soutien des planificateurs, notamment entre Homs et Hama [*].

2.2. Un pilier économique qui consiste à renforcer le blocus impliquant des pays régionaux et européens… tous inféodés aux États-Unis ; représailles destinées, encore une fois, à prouver au citoyen syrien que le gouvernement actuel est incapable d’assurer les missions régaliennes de l’État et qu’il est vain d’espérer retrouver « la douceur de vivre de la Syrie d’avant » tant qu’il restera au pouvoir… fermement campé sur ses positions.

2.3. Un pilier politique et diplomatique qui consiste en une mobilisation internationale pour isoler la Syrie transformée en « État paria » dont les autorités ne seraient plus  reconnues comme légitimes ; ce qui obligerait ses responsables, désireux de desserrer l’étau, d’obéir aux diktats de l’Occident et de lui accorder les concessions exigées pour servir son projet atlanto-sioniste au Moyen-Orient et lui faciliter le traitement de ses  multiples dossiers régionaux en souffrance et qui ne peuvent plus attendre !

3. Les gouvernements occidentaux ont donc eu recours à ce « plan revanchard » en trois chapitres une fois qu’ils ont constaté que l’action militaire directe était impossible, que l’action armée terroriste destinée essentiellement à briser l’État était inefficace, que les résolutions du Conseil de sécurité n’abondaient pas dans leur sens… et que le gouvernement syrien ne tomberait pas ! Convaincus de ce dernier échec sans jamais l’avouer, ils ont concentré leurs efforts sur les médias, les pressions politiques et économiques pour finalement diriger leur vengeance contre le peuple syrien et ses institutions… Ce « plan de rechange » leur donnera-t-il satisfaction ? Une analyse objective des potentialités syriennes nous permet de constater que :

3.1. Les forces armées et les forces de sécurité témoignent toujours d’un mental, d’une efficacité et de capacités susceptibles de prolonger leur résistance à la violence des bandes de terroristes anarchistes et criminels, pour en limiter les effets dévastateurs en matière de sécurité et de conditions de vie des citoyens, à défaut de les neutraliser.

3.2. Les ressources, la situation géographique et les alliances de l’État syrien lui permettent de contenir, dans une large mesure, les pressions économiques de plus en plus drastiques.

3.3. Le soutien de nombreux pays ou de groupes internationaux refusant l’agression de la Syrie ainsi que la division de la dite « communauté internationale » sur sa souveraineté, son rôle et son devenir sont à même de faire échec aux tentatives de son isolement politique et diplomatique ; les récentes invitations aux dialogues et aux rencontres avec des responsables syriens ne sont que les signes avant-coureurs de l’échec de la théorie de l’isolement et du blocus.

4. À la lumière de ce qui précède nous disons que « le plan de rechange » des gouvernements occidentaux pêche par défaut et que la Syrie est capable de lui tenir tête, d’en atténuer les répercussions douloureuses et d’en raccourcir la durée moyennant :

4.1. La volonté de poursuivre les réformes en cours et dont le calendrier ne doit pas céder aux pressions d’où qu’elles viennent, car tout recul en ce domaine pourrait servir certains des objectifs des planificateurs revanchards. Sur ce plan, la Syrie pourrait bénéficier du soutien et de l’expérience de ses alliés qui ont prouvé leur respect de sa souveraineté et  de son indépendance.

4.2. La persévérance dans l’effort de ré-information des citoyens induits en erreur pour qu’ils puissent volontairement rejoindre la majorité populaire une fois qu’ils auront pris conscience de ce que les gouvernements occidentaux leur réservent comme obscurantisme, insécurité, souffrances, errances… Sur ce plan l’État ne peut que poursuivre ses réformes dans le cadre du dialogue national largement ouvert aux intérêts de tous sous le ciel de la patrie.

4.3. Le souci de mener à bien les opérations des forces armées et des forces de sécurité pour ramener l’ordre et la stabilité, sans tomber dans les pièges tendus par les bandes armées et sans excès pouvant servir leurs intérêts personnels et criminels, maintenant qu’elles sont dans une situation désespérée qui les poussent à causer un maximum de dégâts matériels, humains, et psychologiques dans tout le pays.

Dr Amin Hoteit

10/09/2012

 

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_archive.asp?FileName=31057337220110912022222

Articles traduits de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal  pour Mondialisation.ca

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

 

[*] Nous supposons que l’auteur ne se réfère pas à Alep pour la bonne raison que la très grande majorité des habitants de cette ville ont toujours refusé de couvrir les soi-disant « révolutionnaires  », particulièrement ces deux derniers mois où ils sont devenus les cibles privilégiées des snipers et de terroristes d’une cruauté et d’un obscurantisme monstrueux et… majoritairement venus de l’étranger. Ce n’est plus à prouver… mais c’est toujours à dénoncer, autrement que par la seule crainte des risques qu’ils pourraient engendrer en Europe… plus tard !

 

 

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Je vous transmets la conversation téléphonique que j’ai eue hier (dimanche 9 septembre) avec une amie franco-syrienne actuellement à Damas (dont je vous ai déjà transmis un message). Elle me demande l’anonymat pour elle et les personnes dont elle parle, pour les raisons que vous comprendrez dès les premiers mots de cet échange.

« C’est difficile car les attaques des mercenaires qui entrent en Syrie se multiplient.

A Damas, dans le camp de Yarmouk (banlieue de Damas), qui avait déjà été nettoyé par l’armée, il y aurait à nouveau 7.000 mercenaires, arrivés on ne sait pas comment. On a découvert des tunnels sous la ville, qui font des kilomètres de long.

Ils terrorisent la population, ils s’attaquent à ceux qui ne disent pas qu’ils sont avec eux, ceux qui ne veulent pas dire qu’ils sont « révolutionnaires », ils détruisent les commerces. A Yarmouk, il y a eu 2 tirs de mortiers (par les mercenaires) sur la population, ils ont tuébeaucoup de gens, surtout des femmes et des enfants, ils ont tiré dans la rue la plus peuplée ; les gens ont demandé à l’armée de venir les protéger, et l’armée a attaqué les lieux où les terroristes sont réfugiés : Tadamoun, Hajar al Aswad ( la Pierre noire), camp Yarmouk (les trois quartiers sont à côté les uns des autres).

Avant-hier (vendredi 7 septembre) une bombe a explosé à la sortie de la mosquée à  Rokneddine, il semble que c’était une charge attachée sur un vélo. Une autre charge a explosé, vendredi aussi (7 septembre), entre le Palais de justice et le ministère de l’information ; ça a détruit de nombreuses voitures, mais il n’y a pas eu de morts ; beaucoup de dégâts et pas que des biens publics.

Les attentats terroristes se multiplient, hier (samedi 8 septembre) ils ont fait deux attentats en même temps, à Alep : un contre une église et un contre une mosquée.

Mais il y a d’autres choses qui se passent, intéressantes et rassurantes. Les gens en ont marre et ils font pression pour que le gouvernementintervienne.

A Homs, dans le quartier de Hefféé il y a eu une grande réunion pour dire le rejet de la violence, qu’il fallait sauver le pays contre les mercenaires étrangers ; ceux qui se réunissent essaient de rassembler les Syriens qui les accueillent du côté de la réconciliation. Réunionsaussi à Maarat el Nooman.

Ces réunions se font pour la réconciliation de toute la population, pour dire qu’ils veulent vivre en paix, tous ensemble ; même ceux qui ont perdu des gens de leur famille y participent. Ça commence à se généraliser ; il y a eu la même chose à Homs : une sorte de grand conseil local de réconciliation, ça se fait avec les gouvernorats locaux, et toutes les associations qui se sont créées pour (et depuis) les élections (mai 2012) : tous ensemble pour créer un mouvement de paix national. Il y en a de plus en plus.

Mais du coup, de l’autre côté, le terrorisme s’accentue très fort aussi. Comme les gens essaient de se donner la main parce qu’ils ont compris que c’est un grand complot, alors, en face, le terrorisme s’exacerbe, ils visent les gens, dans les quartiers.

Il y a eu aussi 2 explosions dans la banlieue druze de Damas, 48 morts, la semaine dernière. A Jaramana, c’est un quartier druze.

A Zamalka, ils ont fait une chose atroce : les mercenaires ont pris une partie de la population en otage et ils les ont égorgés devant les autres. C’était atroce, égorgés devant les autres.

Il faut voir ces terroristes ; ils viennent de Libye, du Yémen, de Tchétchénie, d’Afghanistan : ils ont des barbes jusqu’au nombril teintes au henné, en principe pas de moustaches, les yeux au khôl, des sarrouels qui descendent jusqu’au-dessous des genoux. Ils tuent à l’arme blanche, mais ils ont aussi d’autres armes.

On a découvert des caches d’armes qu’on n’aurait jamais pu imaginer ici : on les a vues à la télé (pas seulement syrienne) et c’est pour ça que les satellites ont bloqué les chaînes syriennes qu’ils desservaient. Pour essayer d’empêcher la télé syrienne de diffuser ces images, pour pas que les gens (en Syrie) les voient : les deux satellites ont brouillé les transmissions. Les télés syriennes essaient maintenant de mettre en place d’autres canaux de transmission. Les télés Araba ( ?) et la télé syrienne avaient montré les témoignages d’anciens terroristes, et les caches d’armes notamment israéliennes qui ont été saisies à Alep, Homs, Hama (autres noms que je n’ai pas notés, ndr). On a trouvé des caches avec d’énormes quantités de poudre, pour fabriquer des engins explosifs.

Les deux satellites (qui boycottent) sont Nilsat et Arabsat; ce sont des satellites étrangers, l’un égyptien et l’autre appartenant à des Saoudiens ; les deux sont des sociétés privées. Ils ont fait ça à la demande de l’Arabie saoudite et de l’Egypte : ils n’honorent plus leur contrat commerciaux, une aberration ! Parce que la télé syrienne depuis une ou deux semaines avait commencé à montrer des témoignages de gens qui ont été capturés (par l’armée ou la population), et qui avaient été du côté des terroristes : ils ont raconté comment ils ont été entraînés, par qui ils ont été envoyés en Syrie, qui sont leurs complices. Alors on a empêché la télé syrienne de diffuser.

La plupart des gens qu’on montrait avaient été recrutés et entraînés en Turquie et au Liban.

Maintenant on sent une escalade de la violence dans les attentats (guerre de basse intensité, après l’échec des groupes armés à prendre les villes, ndr) ; mais, en même temps, le gouvernement fait en sorte que les familles qui ont dû quitter leur maison, (ceux qu’on appelle « déplacés », ndr), ne manquent de rien, dans la vie quotidienne. Et toute la population s’est mise à les aider ; certains sont hébergés dans les écoles.

L’état réhabilite les quartiers qui ont été les lieux des conflits pour que les gens puissent rentrer chez eux au plus vite.

A Alep, la réhabilitation (des maisons et des édifices publics) a commencé, à Homs c’est presque terminé, à Damas, les quartiers de Midane sont réhabilités et on fait appel aux familles pour qu’elles rentrent chez elles dans les quartiers qui sont sécurisés.

Le gouvernement voudrait que la rentrée scolaire se fasse le 16 septembre.

Aucune denrée ne manque. Les déplacés ont des paniers alimentaires qui leur sont livrés et on leur garantit que cette aide alimentaire et médicale sera livrée chez eux aussi quand ils seront rentrés.

Il y a une ville, à côté de Lattaquié, Heffé, qui a été entièrement réhabilitée.

Le gouvernement s’est engagé à ce que dans chaque famille une personne soit employée par l’état, pour qu’il y ait au moins un revenu par famille.

m-a : On ne nous parle plus ici de la bataille d’Alep ?

A Alep, les mercenaires ont complètement perdu pied, malgré une affluence terrible par la frontière turque.

Petraeus (général étasunien) est (était ?) en Turquie : il était dans les camps à la frontière, il avait déclaré qu’il dirigeait les opérations. Ils y sont tous allés : Clinton, Erdogan, Fabius y est passé. Petraeus dirigeait les opérations contre la Syrie avec les Israéliens, grâce à des appareils de communication très sophistiqués (payés et fournis aussi par la France , c’est notre contribution « humanitaire », déclarations du ministre des affaires étrangères, ndr).

m-a : d’où vient le chiffre de 7.000 mercenaires ?

Il y a eu plusieurs déclarations à des télés arabes, pas syriennes. Les mercenaires sont des salafistes, des escadrons de la mort venus d’Afghanistan.

Ford (l’ex-ambassadeur étasunien à Damas, ndr), quand il est revenu, il avait pour mission –c’est lui qui l’a dit- de recruter des escadrons de la mort pour la Syrie. Après ils ont tous plié bagage, fermé les ambassades. A Houla, c’est eux.

Je suis très engagée ici dans les contacts pour la réconciliation, en participant à des réunions publiques. Les gens me font confiance parce que je ne suis pas du pouvoir, ni de l’opposition ; les émissions à la télé, aux radios nationales ou locales, ont énormément d’audience. Les gens m’interrogent car ils savent que je viens de Paris, ils sont étonnés de mes positions, discutent avec moi. Après ces rencontres, j’ai reçu des coups de fil même d’Arabie Saoudite, de gens qui disent qu’ils sont solidaires du peuple syrien. Dans les petits restaus où je vais manger, les serveurs discutent avec moi, ils sont enthousiastes, très informés, c’est impressionnant de voir cette mobilisation.

Des conférences sont organisées, par les nouveaux mouvements politiques formés en mai ; il vaut mieux ne pas donner les noms des intervenants pour les réunions en préparation, pour ne pas exposer les gens.

Le mouvement est national, il s’appuie sur les comités locaux et aussi sur des responsables religieux, des cheikhs et des curés. »

(Damas, dimanche 9 septembre 2012, midi).

Apostille (m-a p.)

Les points d’interrogation dans le texte signalent des termes ou noms dont je ne suis pas certaine, dans les notes que j’ai prises pendant cette conversation téléphonique.

Sur les mercenaires qui entrent en Syrie, voir http://www.voltairenet.org/Pacte-USA-Al-Qaeda-sur-la-Syrie-5 et sur les escadrons de la mort, oucontras : http://www.voltairenet.org/Qui-se-bat-en-Syrie,175109

A propos des « déplacés » voici un extrait du protocole 414/2012A, adressé le 30 août 2012 par Grégoire III Laham, « patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem » “à nos fils et filles en Syrie et aux fils et filles de l’Eglise dans le monde et à tous les hommes de bonne volonté ” :

« Si vous avez été déplacés à l’intérieur de la Syrie ou dans un pays limitrophe, restez proches de vos maisons et de vos biens dans votre pays. Merci à ceux qui hébergent les déplacés. Mais si vous partez au-delà de la région, votre retour sera plus difficile et votre situation ne sera pas facile, malgré les facilités offertes par les pays qui vous accueillent, facilités qui ne sauraient durer. C’est pourquoi je vous dis : « n’émigrez pas ! ». Nous continuerons à mettre tous nos efforts pour aider de toutes nos forces les nécessiteux et les déplacés » (Aïn Traz).

Enfin, à propos des tunnels et caches d’armes évoqués ci-dessus : le 29 août sur France Culture (vers 7h45) Marc Voinchet était en direct avec l’ « envoyé spécial de France Info en Syrie » [en fait, juste derrière la frontière turco-syrienne], Sébastien Laugénie, entré clandestinement, par la frontière turque avec les « révolutionnaires », c’est-à-dire embedded (comme Florence Aubenas) ; autre invité, « spécialiste du Moyen-Orient » de service ce jour-là, Jean-Pierre Filiu : on a ainsi entendu (je cite mot à mot) que « les gens ne peuvent pas se cacher sous terre (pour s’abriter des bombardements de l’armée) [car] il n’y a pas de caves dans les maisons syriennes ». Texto.

Surprise ; car pendant mon séjour en Syrie en novembre, j’avais visité la crypte et vu l’entrée du souterrain qui arrive sous le monastère de Mar Yakub ; le jeune Frère qui nous guidait nous avait dit que ces souterrains sont traditionnels, construits il y a plusieurs siècles, certains sont obstrués mais on sait qu’ils peuvent faire des kilomètres de long. C’était les refuges des Syriens au moment des invasions, y compris des croisades. On pense que des souterrains sont réactivés maintenant et servent à approvisionner les terroristes ; à Qara, certains souterrains sont réputés faire bien plus de 10 kilomètres et aller jusqu’à la frontière libanaise.

Bien vu, les « ex-diplomate en poste à Damas » (Filiu) et « envoyé spécial », invités par notre radio culturelle française « de référence ». Ou vous avez piètrement fait votre travail (payé par l’argent des contribuables) ou, à l’occasion, vous mentez pour vous adapter à ce pour quoi on vous a invités. Ou les deux.

Marie-Ange Patrizio

Marseille, 10 septembre 2012

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FRANCOPHONIE : Que peut faire de plus l’Algérie ?

septembre 12th, 2012 by Chems Eddine Chitour

«Je souhaite que davantage de Français prennent en partage la langue arabe par laquelle s’expriment tant de valeurs de civilisation et de valeurs spirituelles…»

 (Nicolas Sarkozy, Discours de Constantine du 5 décembre 2007)

 

Madame Yamina Benguigui, ministre chargée de la Francophonie, a fait le déplacement à Alger pour inviter l’Algérie au sommet de la Francophonie. Elle n’a pas caché son souhait que l’Algérie entre dans l’Organisation internationale de la Francophonie. Ce que notre pays a toujours refusé. La ministre est consciente de cet écueil car elle admet qu’«on ne peut effacer l’Histoire, je comprends que ce pays n’en soit pas encore membre». C’était dans un entretien publié par l’hebdomadaire Jeune Afrique. Elle tire des leçons des agissements du précédent gouvernement français qui a été, selon elle, «très maladroit». «Nous devons à présent faire des gestes» pour apaiser les relations entre la France et l’Algérie, a-t-elle dit.

Nous allons expliquer ce que c’est ce que la Francophonie, ensuite nous recenserons les écueils, nous tenterons ensuite de faire des propositions, qui, faut-il rappeler, est un pur exercice intellectuel qui n’a pas de privilège, l’auteur n’étant pas dans le secret des dieux.

Qu’est-ce que la Francophonie?

Le terme francophonie désigne l’ensemble des gouvernements, pays ou instances officielles qui ont en commun l’usage du français dans leurs travaux ou leurs échanges. La carte de la francophonie se confond largement avec celle de l’expansion coloniale française. C’est donc par sa langue qu’aujourd’hui la France est présente sur tous les continents. C’est la dixième langue, avec 170 millions de francophones dans le monde contre plus de 500 millions de locuteurs de l’espagnol et du portugais. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) comprend 53 membres et 10 observateurs. Dès le début des années 1960, des chefs d’État, des anciennes colonies françaises, comme le Sénégalais Léopold Senghor, proposent de regrouper les pays nouvellement indépendants, désireux de poursuivre avec la France des relations fondées sur des affinités culturelles et linguistiques. La Francophonie naît officiellement en 1970, à la conférence de Niamey. En 1986, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français, se réunit pour la première fois à Versailles. (…) Ses institutions se sont multipliées et, peu à peu, le champ d’action des différentes institutions francophones sera élargi bien au-delà du seul objectif culturel en s’occupant de solidarité économique, de questions d’écologie, de problèmes d’éducation et de formation, des problèmes de développement, de démocratie politique et des conflits ethniques. «La Francophonie, consciente des liens que crée entre ses membres le partage de la langue française et souhaitant les utiliser au service de la paix, de la coopération et du développement, a pour objectifs d’aider: à l’instauration et au développement de la démocratie, à la prévention des conflits et au soutien à l’État de droit et aux droits de l’homme, à l’intensification du dialogue des cultures et des civilisations. (1)

La Francophonie peut elle freiner le déclin de la langue française ?

C’est un fait, et de l’avis de plusieurs spécialistes, la langue française perd du terrain : «Cependant, l’usage du français dans les sciences tombe en désuétude, la moitié des publications scientifiques est en anglais, seulement 7% en français. Aux Nations unies, le français bataille pour garder son rang: aujourd’hui, seulement 14% des discours sont tenus en français, plus de la moitié le sont en anglais. L’écart entre les deux langues se creuse aussi à l’Union européenne, notamment dans la rédaction des rapports de la Commission, et ce phénomène s’est accentué depuis l’entrée des dix nouveaux pays membres qui parlent plutôt l’anglais. La domination de l’anglais sur les ondes, est aussi avérée. (1)

Dans le même ordre, Luis Pinhas décrit la genèse de ce combat contre l’hégémonie de la vulgate planétaire pour reprendre le mot de Bourdieu. Ecoutons-le: «Le français, langue vivante», des termes de «francophone» et de «francophonie». L’on feint, en effet, parfois d’oublier que leur apparition, sous la plume d’Onésime Reclus, s’est produite à un autre moment où la France s’interrogeait sur sa grandeur et s’inscrivait dans une réflexion sur la question coloniale, comme l’on ignore trop souvent l’obsession démographique qui présidait à la pensée du géographe. (..) Si l’on se penche à présent sur le discours originel de la francophonie tel qu’il apparaît dans les écrits d’Onésime Reclus, une autre ambivalence se remarque. (…) » (2)

«  Après la défaite de Sedan et la perte de l’Alsace-Lorraine. Il se fait donc, au cours des années 1880, l’un des théoriciens de la politique coloniale alors défendue par Jules Ferry. Les premières occurrences connues des termes «francophone» et «francophonie» apparaissent précisément dès 1880, dans un ouvrage intitulé France, Algérie et colonies, dans lequel le géographe, après avoir rappelé l’essor de la langue française au cours du passé, s’attache à établir le décompte minutieux des locuteurs de la langue française à travers le monde. Cette obsession est particulièrement visible dans Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique (1904), dont le sous-titre significatif pose les questions: «Où renaître? Et comment durer?». Les attaques contre «l’ennemi américain», pour reprendre le titre d’un ouvrage de Philippe Roger, atteignent leur acmé, lorsque René Étiemble publie Parlez-vous franglais? Les excès de ce livre n’en témoignent pas moins d’une position plus ou moins diffuse, non isolée et dont la postérité est assurée par différents écrits. (…) Si le champ de bataille est principalement linguistique, disent en substance les tenants de cette ligne qui ne répugnent pas au langage guerrier, c’est que la langue gouverne la pensée et que dominer la première revient à diriger la seconde. Bref, comme l’écrit dans l’esprit Dominique Noguez, l’avoir met l’être à l’étouffoir.(2)

Qu’en est il du  déclin de la langue arabe en France ?

Dans le même ordre  l’un des vecteurs de l’acculturation croisée , en l’occurrence la langue arabe , perd elle aussi du terrain en France . Que reste-t-il du voeu pieux de Nicolas Sarkozy à l’endroit de la langue arabe cité en préambule? Bien que le sort de la langue arabe est de la responsabilité des tous les pays qui ont en commun l’usage de l’arabe,  nous ne pouvons pas ne pas penser au sort de la langue arabe, par réciprocité.

Dans une contribution en 2010, à l’occasion du 40e anniversaire de la francophonie, nous écrivions: «Qu’est-il justement de l’arabe et de sa destinée en France comparativement au statut de la langue française dans le monde? Pendant longtemps, l’enseignement de l’arabe s’est fait naturellement tant que la demande était faible et que la politique ne s’en mêlait pas. L’enseignement de la langue arabe est ancien sur le territoire français. Il remonte à l’époque de François 1er. L’agrégation d’arabe fut créée en 1905. A l’époque, l’enseignement de l’arabe était essentiellement lié au phénomène colonial. Durant la période coloniale, sur le territoire algérien, qui était alors divisé en trois départements français, la politique «intégro-assimilationniste» de la puissance coloniale fut en grande partie menée contre la langue arabe. Après la décolonisation, la langue arabe continua d’être enseignée et en 1975 le Capes d’arabe fut créé. Mais d’une manière générale, il n’y eut jamais de réelle volonté politique de développer l’apprentissage de l’arabe dans l’enseignement secondaire français. Et cette affirmation nous semble de plus en plus vraie. Depuis, l’arabe semble appelé à connaître un déclin inéluctable. Dans le courant des années 1990, sous l’action conjuguée d’une actualité internationale où le Proche-Orient se taille la part du lion et de la visibilité accrue de la jeune génération de Français issus de l’émigration maghrébine, l’enseignement de l’arabe devient victime de choix idéologiques et de politiques qui créent un sentiment de précarité chez les élèves, étudiants et professeurs, et contribue à donner à cette discipline l’image d’une matière «à risque» où les débouchés peuvent s’élargir prodigieusement ou se tarir d’une année à l’autre. (3)

“En 2005, la session du Capes d’arabe a été supprimée. Cette mesure est une régression notable dans l’enseignement d’une langue qui ne fut jamais vraiment promue au sein de l’institution scolaire française. Pourtant, la langue arabe ne peut pas être considérée comme une langue «rare» puisqu’elle est parlée par plus de 250 millions d’individus dans le monde et qu’elle est la langue officielle de plus de vingt pays. De fait, l’éducation nationale ne couvrirait que 15% des demandes d’apprentissage de la langue arabe. Les 85% restants étudieraient cette langue dans des structures privées ou associatives, ou encore dans les Elco (institutions dépendant de pays arabophones ayant passé des contrats avec la France). (…) Le 5 décembre 2007, à l’occasion d’une visite d’Etat en Algérie, Nicolas Sarkozy prononce un discours dans lequel il déclare: «En 2008, j’organiserai en France les Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes, parce que c’est en apprenant chacun la langue et la culture de l’autre que nos enfants apprendront à se connaître et à se comprendre. Parce que la pluralité des langues et des cultures est une richesse qu’il nous faut à tout prix préserver.» L’éducation nationale en France considère que l’arabe est une langue étrangère alors qu’elle fait partie intégrante du patrimoine culturel de millions de Français. Elle est usitée dans les familles, dans les cages d’escaliers, dans les quartiers. Elle domine dans les banlieues, dans les prisons. Pourtant, elle n’est pas enseignée à l’école primaire, elle est marginalisée au lycée, elle est réservée à une élite, à l’université. L’arabe en France est la langue des sous-scolarisés et des savants.» (3)

Tout est à faire de ce point de vue et le développement de la langue arabe qui se trouve être une matrice originelle de beaucoup de français contribuerait ,à une plus  grande sérénité.

Etat des lieux de l’usage du français  en Algérie

Avant 1962 l’enseignement du français   à dose homéopathique faisait que les Algériens étaient des voleurs de feu selon l’élégante expression de Jean Amrouche.  On dit que les Algériens sont comme monsieur Jourdain ils font de la prose sans le savoir, ils «font de la francophonie» sans le savoir. Ils contribuent lourdement et efficacement au rayonnement de la langue française sans y émarger ou attendre un quelconque subside. Les Algériens font autant pour la diffusion de la langue française -belle langue au demeurant- que plusieurs pays faisant partie de la liste des pays francophones sans plus mais qui, au premier vent défavorable, tournent casaque, comme c’est le cas des pays de l’Est ou des pays anglophones. L’usage du français – véritable butin de guerre que nous avons préservé  à notre corps défendant – est quotidien. Cependant, L’Algérie n’a pas attendu l’avènement de la Francophonie pour entretenir la flamme de la présence dans le monde. Qu’on se le dise!

C’est un lieu commun que de dire que l’Algérie est le deuxième pays francophone. Qu’est-ce que cela veut dire au juste? C’est d’abord l’enseignement du français depuis l’indépendance d’une façon intensive avec des fortunes diverses mais tout de même déterminée à telle enseigne qu’il y avait à l’indépendance moins de cent mille francophones- il y a de nos jours plus de 10 millions qui, d’une façon ou d’une autre, parlent le français de Voltaire C’est le rai, le cinéma… C’est toute la littérature algérienne d’expression française, c’est une cinquantaine de quotidiens francophones, c’est 80% des vols des Algériens vers la France, c’est des milliards de dollars pour le tourisme c’est enfin le marché algérien qui fait que la France est le deuxième partenaire depuis l’indépendance malgré toutes les vicissitudes. Quand on parle français, on consomme français, on roule français et ceci malgré la mondialisation. De la même manière, la culture francophone est toujours prégnante, notamment dans la fonction publique que nous avons héritée pour le meilleur et pour le pire, la littérature, musique, arts plastiques, cinéma, la mode vestimentaire. La culture quotidienne se fait aussi francophone: décoration, matériaux, bijoux.

Enfin, il ne faut pas cacher la réalité; des dizaines de milliers d’universitaires, ingénieurs, médecins… s’installent avec certes, des fortunes diverses en France, participant de ce fait au dynamisme scientifique de la France et ceci sans que la France n’ait déboursé un maravédi à l’Algérie qu’il faut rappeler et les normes de l’Unesco l’attestent, près de 100.000 dollars pour la formation d’un universitaire. Mieux encore, l’Algérie participe enfin à l’enrichissement de la langue française en y apportant de nouveaux mots qui ont été adoptés. Cette acculturation croisée est peut-être un signe que la vitalité d’une langue a besoin de sang exogène pour conjurer son dépérissement. Malgré cela, la France des arts, des armes et des lois fait une sélection incompréhensible. Il nous parait qu’il est plus facile d’obtenir un visa commercial qu’un visa pour les intellectuels, notamment les enseignants.

Que peut faire de plus l’Algérie pour la Francophonie?

Tout d’abord et pour toutes les raisons, deuxième pays francophone, pays arabopone et amazighophone, l’Algérie ne doit pas être traitée comme les autres pays pour ce qu’elle fait pour la langue française en tant que patrimoine de l’humanité autant qu’un autre pays francophone… la France. Sans être dans le secret des dieux en tant qu’universitaire qui, pendant une trentaine d’années, enseigne en français, je pense que la France- par-delà les gouvernants de passage- doit développer une relation spéciale avec l’Algérie au nom de l’histoire des liens de sang tissés, du sang versé sans rapport dominant dominé mais avec une parole désarmée et une réelle volonté de faire un aggiornamento de notre histoire commune.

Quand Mitterrand a inauguré la Bibliothèque d’Alexandrie, les députés égyptiens qui se sont fait traduire son discours, l’ont acclamé debout. Sans faire un fonds de commerce de la repentance; qu’en est-il de la dette de la France vis-à-vis des millions d’Algériennes et d’Algériens qui, qu’on le veuille ou non, font plus pour la langue française que des dizaines de pays qui émargent au râtelier de la Francophonie? Cette dette est intemporelle et il faudra bien qu’un jour «on rende à César ce qui appartient à César», en reconnaissant à l’Algérie un rôle majeur dans la diffusion du français.

Cette dette morale  peut se décliner d’une façon apaisée d’abord, par la construction d’une grande bibliothèque numérique à l’image de la Bibliothèque d’Alexandrie comme acompte, il faut bien le dire de celles que l’armée d’invasion a brûlées à titre d’exemple et rapporté par Adrien Berbrugger, qui nous apprend que chaque soudard voulait avoir «son Coran» et que faute de bois, on allumait le feu avec les ouvrages… lors du carnage de la ville de Constantine mais aussi celle que nous a laissée l’OAS un jour de juin 1962, croyant, de ce fait, après avoir tenté de briser les corps, réduire le peuple algérien à sa plus simple expression culturelle. Il faut militer pour une égale dignité, qui tourne le dos aux relents coloniaux de la Franceafrique.

Il y a là du grain à moudre pour deux pays complémentaires du point de vue linguistique avec une reconsidération du sort de la langue arabe, mais aussi sur d’autres plans scientifiques, économiques où le bon sens et l’intérêt réciproque bien compris devraient nous inciter à revoir de fond en comble nos relations. C’est à ce titre que l’Algérie et la France iront réellement de l’avant.

 

Professeur émérite Chems  Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.atuttascuola.it/francophonie/index.htm

2.Luc Pinhas La francophonie, le français, son génie et son déclin http://dhfles.revues.org/101

3.Chitour Chems Eddine: La francophonie et l’arabophonie www.alterinfo.net 22 Mai 2010

 

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RUSSIE : Le déclin de la protestation politique

septembre 11th, 2012 by Diana Johnstone

Il était une fois une organisation appelée Amnesty International qui se consacrait à la défense des prisonniers de conscience partout dans le monde. Son action était guidée par deux principes qui ont contribué à son succès : la neutralité et la discrétion. Dans le contexte de la Guerre Froide, Amnesty International à ses débuts prenait soin d’équilibrer ses campagnes en faveur des prisonniers entre les trois régions idéologiques : l’Occident capitaliste, l’Est communiste et les pays en voie de développement du Sud. Les campagnes étaient discrètes, évitant les polémiques idéologiques et se concentrant sur les conditions physiques et juridiques des prisonniers. Leur objectif n’était pas de se servir des prisonniers comme d’une excuse pour s’épancher contre un gouvernement « ennemi », mais de convaincre les gouvernements de cesser toute persécution contre des dissidents non-violents. L’organisation réussit à exercer une influence civilisatrice universelle.

Depuis la fin de la Guerre Froide, le travail d’Amnesty International est devenue plus compliquée et plus difficile. A ses débuts, la plupart des « prisonniers de conscience » étaient détenus dans le bloc soviétique ou les dictatures satellites des Etats-Unis en Amérique latine, ce qui facilitait la symétrie sans contrarier indûment la superpuissance US. Mais particulièrement depuis la réaction de l’administration Bush aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont de plus en plus devenus le principal geôlier du monde. Ce qui a eu pour effet de soumettre l’organisation, d’essence anglo-américaine, à des pressions contradictoires. Tout en protestant contre des violations flagrantes telles que Guantanamo et la détention abusive de Bradley Manning, elle semble être sous la pression de devoir « équilibrer » ces critiques ponctuelles par une avalanche de critiques envers des gouvernements destinés à subir un changement de régime par les Etats-Unis. Dans le cas de « révolutions colorées » appuyées par les Etats-Unis, des organisations de droits de l’homme telles que Amnesty International et Human Rights Watch sont enrôlées non pas pour défendre des prisonniers politiques précis mais plutôt pour dénoncer les violations en général qui seront plus ou moins bien fondées. Les Etats-Unis ont réussi de prendre de plus en plus le contrôle d’Amnesty International pour servir leurs propres campagnes de politique internationale.

Une étape important de cette prise de contrôle s’est produite en janvier dernier, lorsque la fonctionnaire talentueuse du Département d’Etat Suzanne Nossel fut nommée directrice exécutive d’Amnesty International USA. Comme ancienne Assistante Adjointe au Secrétaire d’Etat pour les Organisations Internationales, Mme Nossel a participé à la rédaction de la résolution du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU sur la Libye. Cette résolution, basée sur des rapports exagérément alarmistes, avait servi de justification à la résolution de l’ONU menant à la une campagne de bombardements de l’OTAN qui renversa le régime de Khadafi. Créditée d’avoir inventée l’expression « pouvoir intelligent » (smart power(*)), reprise par Hillary Clinton comme devise de sa politique, Mme Nelson s’est acquise une notoriété internationale dans la défense des droits des lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels, positionnant ainsi les Etats-Unis comme avant-garde des droits humains contre les nombreuses sociétés traditionnelles dans le monde, particulièrement celles dotées d’un régime que le « pouvoir intelligent » des Etats-Unis cherche à gêner, isoler ou même renverser.

Dans sa nouvelle période, Amnesty International, à l’instar de Human Rights Watch et d’autres organisations « humanitaires » occidentales, ne fait plus la distinction entre une répression authentique de pensées dissidentes et la répression déclenchée par une provocation délibérée, c’est-à-dire des actions dont le seul objectif est de provoquer une répression afin d’accuser le régime visé d’être un régime répressif. Le groupe serbe « Otpor » fut à l’origine de ce genre d’actions, selon les enseignements de Gene Sharp. Des actions qui seraient considérées partout dans le monde comme des troubles à l’ordre public sont élevées au rang d’un Victor Hugo défiant Napoléon III.

Ni la qualité de la dissidence ni son contexte ne semblent importer. Et personne ne se demande un instant comment réagir devant des provocateurs qui violent délibérément la loi dans le but de se faire arrêter. Que faut-il faire ? Suspendre la loi, spécialement pour eux ? Les arrêter se transforme en piège, et ne pas les arrêter provoque l’indignation des citoyens qui n’apprécient pas de tels exhibitionnismes. C’est un vrai dilemme.

Amnesty International a accordé une attention extraordinaire au cas de Pussy Riot, tout en ignorant totalement, par exemple, la menace de poursuites par les Etats-Unis qui a poussé Julian Assange à demander l’asile politique.

Le plus remarquable dans cette attention, et dans l’attention des médias occidentaux en général, est le ton employé. Celui-ci n’a rien d’un plaidoyer diplomatique destiné à convaincre les autorités de libérer les femmes en question. Le ton est plutôt celui de la provocation.

Par exemple :

« Masha, Nadia et Maria, qui sont détenues pour leur performance pacifique d’une chanson de protestation dans une cathédrale, pourraient être emmenées vers un camp de travail en Sibérie où elles risquent le viol et autres mauvais traitements. » » (toutes les parties en gras le sont dans les textes originaux que j’ai reçus des organisations citées. NdA)« Le crime de Pussy Riot ? Avoir chanté une chanson de protestation dans une église.

« Amnesty International est en train de lancer une forte riposte internationale pour maintenir toute l’attention sur cette affaire. Aidez-nous à envoyer un camion de masques de ski colorés au Président Poutine en guise de protestation.

Le verdict prononcé aujourd’hui est emblématique des efforts accrus déployés par le Président Poutine et ses partisans pour étouffer la liberté d’expression en Russie. C’est pour cela que nous allons envoyer au Président Poutine autant de masques colorés, appelés balaclavas, que possible.Donnez $20 ou plus pour envoyer un masque à Poutine. Il est clair que les autorités russes tentent de faire taire ces femmes et d’intimider d’autres militants – il faut les en empêcher. » (traduction à partir de la version anglaise – NdT)

Il s’agit là d’un ton qui ne peut que compliquer les choses, au lieu de les faciliter, sur le plan politique pour le Président Poutine pour accorder une amnistie et une libération anticipée à ces jeunes femmes.

Amnesty International, tout comme les médias occidentaux, ont constamment simplifié l’affaire en termes destinés à laisser entendre que la Russie retrouve le stalinisme des années 30. Le tabloïd français Libération a étalé en première page une photo des trois femmes, « Au Goulag pour une chanson ».

Payer le prix

Avaaz, l’organisation de protestation en ligne, est allé plus loin :

« La Russie tombe progressivement sous l’emprise d’une nouvelle autocratie …Notre meilleure chance de prouver à Poutine qu’il y a un prix à payer pour cette répression repose désormais dans les mains de l’Union européenne.« Le Parlement européen a demandé le gel des avoirs et une interdiction de séjour pour les puissantes relations de Poutine, accusées de multiples crimes. … si nous convainquons l’Union européenne d’agir, cela affectera les amis politiciens de Poutine, beaucoup d’entre eux ayant un compte bancaire ou une résidence en Europe. En montrant que le monde entier est prêt à se battre pour une Russie libre » (traduction officielle du site – NdT)

Le monde entier ? Est-ce réellement une préoccupation majeure pour le monde entier ?

Avaaz poursuit :

« Ce qui se passe en Russie nous concerne tous. La Russie a bloqué la coordination internationale sur la Syrie et sur d’autres questions internationales urgentes, et une autocratie russe menace le monde que nous voulons tous, où que nous soyons. » (traduction à partir de la version anglaise. La traduction française sur le site ne contient pas cette phrase – NdT)

Le monde que nous voulons tous ? Ou le monde voulu par Hillary Clinton ?

A la soi-disant réunion des « Amis de le Syrie » (c’est-à-dire les soutiens des rebelles syriens) à Genève le 6 juillet dernier, Hillary Clinton s’en est pris à la Russie et la Chine pour leur opposition aux initiatives appuyées par les Etats-Unis aux Nations Unies et visant à provoquer un changement de régime en Syrie. « Je ne crois pas que le Russie et la Chine payent un prix quelconque – rien du tout – pour leur soutien au régime d’Assad. La seule manière pour que cela change est que chaque nation représentée ici fasse directement et clairement savoir à la Russie et la Chine qu’ils auront un prix à payer, » a prévenu Clinton.

Ce que Hillary veut, Hillary obtient – du moins dans le monde étroit de la « communauté internationale » composée des Etats-Unis, ses satellites de l’OTAN et des médias et ONG totalement serviles.

Avaaz conclut : «  Rassemblons-nous dés maintenant pour montrer à Poutine que le monde le tiendra responsable et pour pousser en faveur du changement jusqu’à ce que la Russie soit libérée. » (traduction à partir de la version anglaise. La traduction française sur le site ne contient pas cette phrase – NdT)

Réfléchissons un instant. « Nous », les signataires de la pétition d’Avaaz, veulent « montrer à Poutine » que bien qu’étant le président légalement élu de la Russie, le monde extérieur va « pousser en faveur du changement jusqu’à ce que la Russie soit libérée. » Libérée par qui ? Pussy Riot ? Quand ont-elles remporté, ou se seraient présentées à, une élection ? Alors comment la Russie sera-t-elle « libérée » ? Par une zone d’exclusion aérienne ? Par des drones US ?

La Russie doit « payer un prix » pour avoir contrecarré les plans US pour la Syrie. Pussy Riot fait-il partie de ce prix à payer ?

Les médias occidentaux, pop stars et autres humanitaires auto-proclamés ont tous relayé en choeur cette idée que les femmes de Pussy Riot auraient été emprisonnées « par Poutine » à cause d’une chanson innocente qu’elles avaient chantée contre lui dans une église. Mais quels sont les éléments pour dire qu’elles ont été arrêtées sur ordre de Poutine ? Il semblerait qu’elles aient été arrêtées par la police à la suite d’une plainte de l’église Orthodoxe qui n’a pas apprécié leurs pitreries devant le grand autel. Les églises ont tendance à considérer que cet espace est réservé aux rites et cérémonies. La cathédrale catholique de Cologne a appelé la police pour faire arrêter un groupe imitateur de Pussy Riot. Ce n’était pas la première fois que Pussy Riot envahissait une église orthodoxe, et cette fois-ci les ecclésiastiques en ont eu assez. Le groupe avec déjà manifesté plusieurs fois « contre Poutine » sans être inquiété. Alors pourquoi affirmer qu’il a été « emprisonné par Poutine » dans le cadre d’une « répression contre la dissidence » ?

Poutine a été enregistré, et filmé, en train de dire qu’il pensait que les femmes ne devaient pas être sévèrement punies pour leur numéro. Mais qu’est-ce que vous voulez, la Russie a un système juridique. La loi est la loi. Après leur arrestation sur plainte d’une église, l’affaire a suivi son cours, un procès a eu lieu, et elles ont été condamnées par un juge suite à des plaintes par des chrétiens qui se sont sentis offensés. Un détail intéressant à souligner est que les témoins n’ont pas entendu le nom de Poutine – qu’ils étaient simplement outrés par les gesticulations et les gros mots proférés par les exécutants masqués. Il semblerait que la « chanson », si on peut le qualifier ainsi, et les paroles « anti-Poutine », ont été rajoutées par la suite sur la vidéo mise en ligne par le groupe.

Alors pourquoi parler d’une « répression par Poutine » ? Parce qu’une fois que l’Occident a qualifié un dirigeant indocile d’un pays étranger de « dictateur », cela signifie que le pays n’a plus de système judiciaire, plus d’élections libres, plus de médias indépendants, plus de liberté d’expression, plus de citoyens satisfaits – non, plus rien, parce que dans la pensée collective de l’Occident, chaque « dictateur » est à la fois un Hitler et un Staline, et tout le mal qui se produit dans son pays est forcément le résultat de sa propre volonté maléfique. Et de conclure, évidemment, que son seul rêve est probablement « d’assassiner son propre peuple ». Mais Avaaz, Amnesty International et Libération veillent au grain…

Bien sûr, il serait absurde d’imaginer que les citoyens de Russie, ou de tout autre pays, seraient tous satisfaits de leurs dirigeants, même lorsqu’ils ont été élus à une grande majorité. Même les pays démocratiques n’offrent qu’un choix limité de candidats présidentiels à leurs électeurs. Mais après des siècles d’autocratie Tsariste, d’invasion des Mongols, de Napoléon, et de Hitler ; de révolution bolchevique et de dictature communiste à parti unique, et ensuite l’effondrement économique et sociale des années Yelstine, la Russie a néanmoins largement adopté sa propre version d’une démocratie capitaliste occidentale, accompagnée d’une liberté de culte.

Et voici la partie étrange : l’Occident, qui pointant ses missiles balistiques intercontinentaux vers « le communisme athée », ne semble pas du tout satisfait de voir l’Eglise Chrétienne Orthodoxe redevenue un composant respecté de la société russe. Le critère occidental d’une société libre a changé. Ce n’est plus la liberté de culte, mais la liberté de pratiquer une forme de sexualité condamnée par le culte. C’est peut-être un progrès important, mais puisqu’il a fallu à l’Occident chrétien deux mille ans pour arriver à ce niveau de sagesse, il pourrait faire preuve d’un peu de patience à l’égard de toutes ces autres sociétés qui sont encore à la traîne de quelques décennies.

Il y a cette constante notoire dans toute l’histoire russe que ses dirigeants sont déchirés entre une imitation de l’Occident et la réaffirmation de leurs propres traditions – qu’on appelle la Slavophilie. Après une période d’occidentalisation, ce sont généralement les Slavophiles qui triomphent parce que l’Occident rejette sans ménagement les ouvertures des pro-occidentaux. Ce qui fournit aux dirigeants occidentaux les plus agressifs l’excuse parfaite pour recourir à la force et à la coercition contre les Russes « attardés ». Cela semble être encore le cas, mais cette fois-ci avec une étrange tournure post-moderne.

De nombreux commentateurs informés ont souligné que Pussy Riot n’est pas un « groupe de rock » composé de chanteurs et de musiciens. Le groupe ne compose rien, n’enregistre rien, ne chante pas et ne danse pas à des concerts devant des fans. Au mieux, on pourrait le décrire comme un groupe de « performance artistique » dans la lignée du personnage loufoque « J.J. » de la bande-dessinée Doonesbury. Leur art consiste à attirer l’attention par, entre autres, des exhibitions de nudité et de copulation dans un musée ou de scènes de masturbation dans un supermarché à l’aide d’un poulet mort. (Le tout est visible en ligne.)

On appelle ça de l’art performance. De la provocation. Qui provoque quoi ? Selon les pratiquants de ce genre d’activité, qui ont tendance à se croire nettement plus intelligents que le commun des mortels, il s’agit de réveiller les masses apathiques, de leur montrer par l’exemple comment être libre, briser les tabous, défier l’autorité.

Une performance artistique peut transmettre un message politique que les gens peuvent comprendre. Mais quel est le message contenu dans le sexe en public avec un poulet mort ?

L’Occident, ou du moins les médias, politiciens et humanitaires occidentaux, semblent avoir compris le message. Ils interprètent Pussy Riot comme un acte de résistance significatif contre Vladimir Poutine.

Un petit pourcentage de la population russe, particulièrement ceux qui rendent régulièrement visite à l’ambassadeur US Michael McFaul dans son ambassade à Moscou pour un soutien moral et matériel, peuvent éventuellement avoir la même interprétation.

Mais il y a de fortes chances que la plupart des Russes voient dans les exploits de Pussy Riot l’expression de la « décadence occidentale ». Surtout lorsqu’ils voient tout l’Occident saluer et même imiter leurs actions. Et de fait, dans son enthousiasme à recourir à tout et à n’importe quoi pour gêner le gouvernement qui s’oppose aux objectifs géopolitiques des Etats-Unis, la politique étrangère de Hillary Clinton est en train de favoriser un retour de bâton général contre ce qui est perçu comme la décadence et la corruption occidentale. Quelles que soient leurs intentions, les Pussy Riot sont un cadeau pour les Slavophiles.

Et la nouvelle Amnesty International et ses partisans, au lieu de prendre la peine d’écrire des lettres réfléchies au nom de dissidents persécutés, sont simplement priés d’acheter pour $20 (ou plus) un chiffon troué. Fun !

Diana Johnstone

 

Source : http://www.counterpunch.org/2012/08/28/the-decline-of-politi…

Traduction par VD pour le Grand Soir

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Les 11 septembre qui nous hantent

septembre 11th, 2012 by Oscar Fortin

C’était un 11 septembre 1973. Un Président, élu en 1969 sous la bannière d’une coalition de partis politiques, l’Unité populaire, était devenu l’homme à abattre et, avec lui, l’Unité populaire. Ceux qui les avaient dans la mire de leur « terrorisme » étaient l’oligarchie nationale chilienne et le grand frère étatsunien, apôtre de la démocratie à travers le monde.
Léo Ferré a traduit cet évènement dans une chanson (4 : 19) que je vous invite à écouter.
C’était également un 11 septembre, cette fois, de 2001 quand des avions, piratés, s’abattirent sur les deux tours jumelles de New York, qu’un autre disparut dans les murailles du Pentagone et qu’un quatrième s’écrasa dans un champ en Pennsylvanie. Quelques heures après l’effondrement des deux tours, une troisième tour, tout près des deux précédentes, s’écrasa également sans que l’on sache trop pourquoi. Des attentats simultanés comme jamais les États-Unis en avaient connus. Ici un bref vidéo de 5:11 pour que le monde n’oublie pas.
L’histoire qui suivit ces attentats démontre que dans les deux cas les Administrations étasuniennes y trouvèrent leur compte : au Chili, le départ de Salvador Allende et la fin de l’Unité populaire laissèrent la voie libre au dictateur Pinochet, fidèle allié de la Maison-Blanche et à New York, ces attentats apportèrent la justification pour toutes les guerres à venir.
À l’occasion du 11e anniversaire des attentats de New York et du 39e du coup d’État militaire au Chili, Washington poursuit sa course de conquêtes et de domination. En Amérique latine, ce furent le soutien à la junte militaire argentine, en 1976, le déploiement de l’opération Condor au niveau du Continent, de 1974 à 1984, la guerre des Contrasau Nicaragua, de 1981-1988, les coups d’État et tentatives de coup d’État au Venezuela, en Bolivie, au Honduras, en Équateur, au Paraguay. Au Moyen-Orient, les initiatives n’ont cessé de se multiplier : l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, l’Iran et ça continuent. Dans tous les cas ce furent des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers, des millions de morts et de blessés.
Voilà que, maintenant, Washington et Al-Qaeda viennent tout juste de signer un pacte, non pas pour que ce dernier mette un terme au terrorisme, mais pour qu’avec 5000 terroristes, il aille semer la terreur en Syrie et provoquer ainsi la chute du régime de Bachar Al-Assad.
La longue histoire des alliances de l’empire nous démontre que la seule morale qui compte c’est que ses alliés répondent à ses intérêts. Ce fut le cas avec les pires dictateurs qu’a connu l’Amérique latine et c’est également le cas, au Moyen-Orient, avec les Émirats et les États qui acceptent de le servir en échange de milliards de dollars.
Il faut y voir ces milliers de personnes, hommes, femmes, enfants qui seront victimes des actions barbares de ces tueurs à gages.
La démonstration n’est plus à faire de la morale hypocrite et mensongère de l’Empire. Les victimes en sont et en seront ces dizaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui n’ont rien à voir avec ces conflits. Nous ne pouvons ignorer que les vrais responsables de ces crimes sont et seront nos gouvernements et notre silence complice.
S’il faut pleurer, c’est d’abord sur nous-mêmes, sur notre insouciance, sur l’irresponsabilité de nos gouvernements à l’endroit du respect des droits fondamentaux des personnes et des peuples. Par eux et à travers eux, nous devenons de véritables assassins. Garder le silence serait en devenir complice.
Oscar Fortin
Québec, le 11 septembre 2012
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L’art de la guerre : Et vole l’économie de la mort

septembre 11th, 2012 by Manlio Dinucci

Plus de 50 millions de personnes, dont 17 millions d’enfants, en condition d’ « insécurité alimentaire », c’est-à-dire sans nourriture suffisante « par manque d’argent ou d’autres ressources ». Les données ne se réfèrent pas à un pays pauvre de l’Afrique subsaharienne, mais au pays qui a la plus grande économie du monde : les Etats-Unis d’Amérique. Information du Département USA de l’agriculture en septembre 2012. Pendant l’administration Bush (2001-2008), les citoyens étasuniens sans nourriture correcte, obligés pour survivre d’avoir recours aux food stamps (bons alimentaires) et aux organisations charitables, ont augmenté de 33 à 49 millions. Pendant l’administration Obama, ils sont montés à plus de 50 millions, équivalents à 16,4% de la population, par rapport aux 12,2% de 2001. Parmi ceux-ci, 17 millions environ sont en condition de « très basse sécurité alimentaire », en d’autres termes la faim. Ils ont cependant la satisfaction de vivre dans un pays dont la « sécurité » est garantie par une dépense militaire qui – d’après le Sipri- a doublé pendant l’administration Bush et, pendant celle d’Obama, a grimpé des 621 milliards de dollars en 2008 à plus de 711 en 2011. En net d’inflation (à valeur constante du dollar 2010), la dépense militaire a augmenté de 80% de 2001 à 2011. Cette dépense militaire étasunienne, équivalente  à 41% de la dépense militaire mondiale, est en réalité plus haute : en incluant d’autres postes de caractère militaire (parmi lesquels les 125 milliards annuels pour les militaires à la retraite) elle atteint à peu près la moitié de la dépense mondiale. De cette façon, souligne-t-on dans le Budget 2012- le Pentagone peut maintenir « des forces militaires prêtes  à se concentrer soit dans les guerres actuelles, soit dans de futurs conflits potentiels ». Et, en même temps,  il peut « investir dans une innovation scientifique et technologique à long terme pour assurer que la Nation ait accès aux meilleurs systèmes de défense disponibles au monde ». A cette fin, 100 milliards d’économies prévues sont « réinvestis dans des secteurs de haute priorité », à commencer par les drones : les vélivoles sans pilote qui, télécommandés à plus de 10mille Kms de distance, frappent les objectifs avec leurs missiles. Ici la réalité dépasse la science-fiction hollywoodienne. Lockheed Martin est en train de développer un nouveau drone pour les forces spéciales : pour accroître son autonomie, on utilise depuis le sol un rayon laser qui l’alimente pendant qu’il est en vol. Northrop Grumman est engagée, elle, dans un projet encore plus avancé : celui de drones qui, alimentés par énergie nucléaire, restent en vol de façon ininterrompue non pas pendant des jours mais pendant des mois. Toujours chez Northrop Grumman : on développe un vélivole robotisé pour porte-avions, le X-47B, en mesure, grâce à sa mémoire programmée, de décoller, effectuer sa mission et atterrir de façon autonome.

Enfants d’Afghanistan

Source : http://griid.org/2011/01/03/new-video-is-response-to-obama’s-afghan-war-review/ 

Etant donnés les énormes coûts de ces programmes, le Pentagone a déjà dressé une liste de pays alliés fiables à qui vendre les nouveaux drones pour la guerre robotisée.  Sans aucun doute on trouve l’Italie aux avant-postes, qui a déjà acheté à l’étasunien General Atomics le dernier modèle de drone, le vélivole MQ-9A Predator B. A l’avenir elle achètera aussi le drone nucléaire qui, en décollant au-dessus de la tête des 50 millions de citoyens étasuniens en condition d’ « insécurité alimentaire », viendra voler au-dessus de celle des chômeurs italiens (et autres millions de chômeurs européens, au passage, NdT) qui occupent les usines en voie de fermeture.

Edition de mardi 11 septembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120911/manip2pg/14/manip2pz/328474/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Gregorio III Laham, Patriarche d’Antioche et de l’Orient, d’Alexandrie et Jérusalem, a envoyé une lettre « à toutes les personnes de bonne volonté dans le monde », « à toutes les Eglises du monde » et à tous les gouvernements des nations afin qu’ils aident le dialogue, la réconciliation, la rencontre et la confrontation dans la Syrie martyrisée. C’est « le chemin le plus difficile mais l’unique raisonnable. L’Eglise, en Syrie est appelée au ministère de la réconciliation civile et sociale, Musalaha, avec tous les moyens disponibles ». Et le Patriarche demande de l’aide pour cette entreprise : « … il faut une campagne internationale pour réaliser la réconciliation en Syrie. Si tout le monde demandait d’une seule voix et chaque jour le dialogue et la réconciliation, oui tout changerait ». Et c’est indispensable, parce que la réconciliation est « l’unique canot de sauvetage pour la Syrie ».

Aux Eglises du monde et aux religieux, le Patriarche demande de se faire porteurs de Musalaha auprès des différentes institutions gouvernementales aussi bien qu’auprès des fidèles.

Aux chrétiens syriens le Patriarche demande de « ne pas émigrer : le retour sera plus difficile, et même les pays d’accueil ne seront pas disponibles longtemps. Nous ferons tout ce qui est possible pour assister ceux qui sont dans le besoin et les réfugiés ». À leur tour en s’engageant dans tous les lieux en Syrie, avec tous les interlocuteurs possibles, les chrétiens d’Orient et arabes accompliront une grande mission pour leur pays. Leur mission est d’inviter tous au dialogue ».

À tous les syriens le Patriarche communique la grande espérance qu’ « ensemble les syriens qui souffrent tous dans cette situation tragique, trouvent une autre voix que la violence, les armes et la destruction, parce que dans la violence il n’y a pas de vainqueur mais seulement des perdants. Je répète mon appel fondé sur une exhortation du Coran : ‘Arrivons à un langage commun entre nous et vous’ (Aal Imran 3:64) et sur une de l’Evangile : ‘Bienheureux les artisans de paix’ (Mathieu 5,9) ».

Le Patriarche en appelle au monde : « Espérons que notre message soit reçu par les rois, les émis et les présidents arabes et les chefs de toutes les nations du monde, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe occidentale et orientale, en Asie, en Afrique et en Australie. Et par  toutes les églises et communautés chrétiennes, les organisations non-gouvernementales et les intellectuels, les artisans de paix, les prix Nobel pour la paix ».

Grégoire III Laham précise que « sur place en Syrie, il y a le ministère de la réconciliation active et efficace. Et d’autre part, il y a des groupes à l’œuvre, formés par des chefs de tribus, des personnes influentes, et qui ont du succès dans la solution des conflits dans diverses localités, en œuvrant pour rétablir la paix. Nous demandons à nos amis de soutenir le travail de ces groupes, et de l’Eglise de Syrie qui se consacre à cet effort de réconciliation ». Pour ce « ministère de réconciliation, » le Patriarche est disposé à offrir sa vie.

Le Patriarche est originaire de Deraya où les jours précédents ont eu lieu de violents affrontements, avec beaucoup de victimes ; il a invité à la réconciliation même les « sœurs et frères de Deraya », là où il a grandi dans un climat de grande concorde entre chrétiens et musulmans, et ou maintenant les chrétiens ont été pris pour cible « par certaines factions des insurgés, certains arrivés de l’extérieur et affiliés à des organisations terroristes ».

Certes avec ceux-ci, et avec ceux qui les soutiennent, la réconciliation apparaît aussi ardue que d’escalader une montagne.

Mais Musalaha va de l’avant. C’est un effort communautaire, une initiative non-violente née à Homs, centre d’affrontements entre l’armée syrienne et les groupes armés. Elle associe des membres des communautés ethniques et religieuses fatigués par la guerre. Elle se propose comme « troisième voie » alternative au conflit armé et elle veut conjurer même une intervention armée de l’extérieur (même si celle-ci indirectement existe depuis longtemps). Elle dit « non » à la poursuite des violences. Non à la guerre civile et aux violences sectaires.

Il y aurait (eu) un rôle même pour les observateurs de l’ONU qui avaient commencé un processus pour arriver au niveau local à de petits cessez-le-feu à partir du bas dans certaines localités, avec une sorte de processus diplomatique entre les responsables de l’armée et des groupes armés de l’opposition. Dans la ville de Deir ez- Zor pendant quelque temps ces trêves à partir du bas ont fonctionné.

En effet, comme le suggérait la télévision russe RT, le mandat des observateurs aurait dû se déplacer du simple contrôle d’un cessez-le-feu national qui n’existe pas, à favoriser de petites trêves locales en mesure de se répandre, en partant du bas.

Ensuite, des processus de négociation sur petite échelle, communautés, villages, villes. Le mieux que la communauté internationale puisse faire serait de favoriser l’ONU pour jouer ce rôle plutôt que d’être la feuille de figuier du multilatéralisme pour couvrir les décisions unilatérales des puissances extérieures.

Musalaha compte sur l’appui, entre autres, de Mairead Maguire, irlandaise, prix Nobel pour la paix : « nous devons soutenir avec urgence ceux qui travaillent pour la paix en Syrie et pour aider les 22 millions de Syriens à résoudre pacifiquement le conflit, plutôt que de promouvoir la violence et le chaos ».

Mère Agnès Mariam de la Croix, supérieure palestino-libanaise du monastère Deir Mar Yakub à Qâra en Syrie, engagé dans le mouvement Musalaha, a rencontré ces derniers jours le prix Nobel irlandais pour explorer la possibilité d’une délégation internationale en soutien politique au mouvement. À Bruxelles elle a rencontré des responsables de la commission européenne. De passage en Italie elle rencontre la presse et des groupes qui appuient Musalaha comme le Réseau No War.

Notre proposition est : créons un comité d’appui à Musalaha.

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La politique et la violence

septembre 8th, 2012 by Serge Charbonneau

Fusillade lors du premier discours de notre première Première Ministre.

4 septembre, presque minuit.

Premier discours de Pauline Marois qui vient d’être élue Première ministre du Québec.

En plein discours, sans qu’elle s’en doute, un fou fait feu dans son dos. Une personne est tuée, une autre sérieusement blessée.

Sans vouloir surdramatiser ce tragique événement, il s’en est fallu de peu que nous perdions Mme Marois, notre première Première Ministre quelques minutes seulement après son élection.

En plein discours, derrière elle, l’autre côté d’un mince rideau, une personne a été tuée, une autre a eu sa vie suspendue, une balle aurait pu traverser le rideau.

Un événement comme une soudaine douche glacée droit dans le dos, en direct.   Un événement qui laisse bouche bée.  Un événement qui renverse, qui saisit, qui jette sur le cul.

 Geste «politique» d’un dément ou acte d’un fou ?

La politique pousse-t-elle à la folie, à la violence ?

Nous avons bien sûr vécu l’époque des revendications du FLQ (Front de Libération du Québec) (1) , mais le FLQ était tout de même structuré et ses gestes “terroristes”,  « qui sont clairement condamnables »,  n’avaient rien de fou et de démentiel.

Son action était structurée, ses communiqués clairs.  Les attentats des boîtes postales terrorisaient, mais on évitait les morts.  On avisait pour éviter les victimes.  Le FLQ n’est jamais débarqué avec carabine(AK-47 ?) et arme de poing pour éliminer des gens lors d’une rencontre partisane ou une réunion politique quelconque.

Le FLQ se comprenait, mais le geste d’hier se comprend-il ?

 Action politique ou folie démentielle ?

 Il est clair que le geste fou d’hier n’est pas simplement le geste d’un fou.

Il est clair que ce geste est “politique”.

Une «haine» politique.

«LA» haine politique.

Un geste qui surprend, oui et non.

Que voulez-vous, on nous apprend quotidiennement à «haïr».

Chaque jour nous «haïssons».

On nous apprend à «haïr» tous ceux qui ont des visions politiques différentes de celles que l’on considère “bonnes” (bien).

Ce conditionnement quotidien nous vient en bonne partie de l’international.  On «haït» bien des gens.  Cela va des maudits (sic) politiciens russes, Poutine en tête, aux maudits (sic) gouvernements de gauchelatino-américains, Chávez en tête.

On nous a fait «haïr» Gbagbo, et bien des présidents africains qui sont trop Africains.   On nous a fait déboucher le champagne en admirant les corps encore chaud des partisans de Gbagbo.

http://www.youtube.com/watch?v=FD1OUGk7LHQ

On nous a fait nous réjouir de voir le corps ensanglanté exposé dans un frigidaire à viande du chef d’État libyen et de son fils, lui aussi, assassiné.

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/10/22/2620175_le-corps-de-kadhafi-exhibe-dans-la-chambre-froide-d-un-magasin-de-viande-a-misrata.html

La violence est devenue une chose ”naturelle” pour éliminer les ennemis politiques.

 

Ah !  Mais pas dans notre démocratie direz-vous !

Mais voyons !

Cette violence et cette haine quotidienne qui nous sont injectées quotidiennement dans le cerveau par nos journalistes propagandistes, croyez-vous qu’elle ne fait pas des ravages ?

 Il suffit qu’un individu ait une légère déficience intellectuelle ou émotive pour que celui-ci se sente légitimé de passer à l’acte.

Breivik en est un cas extrême et spectaculaire.

Sommes-nous à l’abri d’un Breivik ?

En Syrie depuis un an et demi, nos gouvernements appuient des terroristes sans foi ni loi, des fous, des fous «démentiels».  On nous les fait admirer!

Si la population du Québec songeait sérieusement à rendre son Pays Indépendant, y aurait-il un ou des gouvernements prêts à recruter des fous comme celui d’hier pour terroriser la population québécoise et tuer dans l’œuf ses aspirations nationalistes ?

Peut-on transposer chez nous ce qui se vit à l’international ?

Pourquoi ne le pourrait-on pas ?

Si notre Indépendance est vue comme une perte pour certains, cherchera-t-on à l’en empêcher ?

Cherchera-t-on à l’empêcher «par tous les moyens», légaux et illégaux, moraux et immoraux ?

Armes à feu

 On peut même se demander pourquoi le gouvernement Harper veut détruire le registre des armes à feu ?

 Ce n’est clairement pas une question d’économie.  Si Harper voulait détruire ce registre parce qu’il est trop coûteux, alors pourquoi ne veut-il pas remettre la banque de données au Québec ?

Cherche-t-il à protéger des gens comme ce fou d’hier ?

Ma pensée divague, je suis en plein scénario de polar politique.

Mais parfois la réalité rejoint la fiction et parfois, sans que l’on s’en doute, la réalité dépasse la fiction d’une façon incroyable.

 Au niveau international, le 4e pouvoir n’existe plus.

Tous les journalistes des grands médias sont devenus des associés propagandistes.  Au niveau national, on semble résister un peu.  Mais vraiment “un peu”.

 On attise (et manipule) nos sentiments, notre émotion et on endort notre raison, notre intellect.  On se retrouve ensuite avec des gens fous qui sont prêts à tuer par conviction politique.

 Autant on endort, autant on attise la haine.

 La démocratie mondiale est en mauvais état.

Notre démocratie nationale en souffre aussi.

 Il faut s’efforcer à maintenir en santé notre raison et surtout à contenir notre émotion.   Soyons conscients que l’on fait «haïr» consciemment et méthodiquement.

 Serge Charbonneau

Québec

(1) - http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_du_Qu%C3%A9bec

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«Toujours la trahison trahit le traitre…. et le jour vient où les traitres sont odieux même à ceux qui profitent de la trahison». Victor Hugo

ابن مسعود البارزاني  » الفريق منصور » يستقبل وفدا إسرائيليا بقيادة راكاد موفائيل قائد العمليات النوعية في جيش الدفاع الإسرائيلي / مع صورة عن اللقاء

Photo d’une rencontre, le 10 juin 2012, au Kurdistan irakien entre le Général Mansour Barzani, fils du chef de la région autonome du Kurdophone, Massoud Barazani, et une délégation militaire israélienne composée d’un membre de l’état-major israélien et du responsable de la coordination des relations kurdo-israéliennes. La rencontre entre Kurdes et Israéliens est intervenue dans la semaine qui a vu l’élection d’un Kurde à la tête de l’opposition syrienne off-shore. Crédit photos www.nakheelnews.comParis – Un Kurde a été élu, en juin 2012, à la tête de l’opposition syrienne de l’extérieur, dans une double démarche destinée à élargir à la minorité kurde sunnite de la population syrienne les assises de l’opposition, et, à restaurer son image ternie, alors que  la contestation armée contre le pouvoir baasiste marque le pas dix-huit mois après son déclenchement du fait de ses divisions et de son impuissance. Seul candidat, Abdel Basset Sida, âgé de 56 ans, a été porté à la présidence du Conseil national Syrien par les trente-trois membres de cette instance, considérée par les pays occidentaux et leurs alliés pétro monarchiques arabes comme leur principal interlocuteur dans leur combat contre le régime de Bachar Al-Assad. Le choix du Kurde diffère radicalement de celui de son prédécesseur en ce que le nouveau président est un opposant qui vit depuis vingt ans en Suède, un pays bénéficiant d’une solide réputation de neutralité au sein de l’opinion internationale, contrairement au pays hôte de son prédécesseur, la France, l’artisan du démembrement de la Syrie du temps de son mandat sur ce pays. M. Sida a, en effet, succédé au tandem franco syrien, les universitaires Bourhane Ghalioune et Basma Kodmani, dont la prestation calamiteuse a considérablement contrarié les projets de leurs parrains franco-turcs et suscité une levée de boucliers au sein des autres membres du CNS, supposé représenter une alternative démocratique au régime autoritaire du pouvoir alaouite.

Basma Kodmani, son «besoin de juifs», les chrétiens arabes et la diversité.

Basma Kodmani a fait l’objet d’une vive controverse à propos de son amateurisme et sa désinvolture aggravés par son absence de passé oppositionnel,  se manifestant avec éclat avec la mise en circulation d’une ancienne émission de télévision professant devant des personnalités juives ou israéliennes son «besoin de juifs et d’Israël» pour favoriser la diversité culturelle au Moyen orient (1). Sans ancrage sur le terrain, Basma Kodmani a paru ignorer l’extraordinaire diversité culturelle du Monde arabe, particulièrement la Syrie, constituée d’une mosaïque de 18 communautés ethnico religieuses, seul pays arabe avec le Liban d’ailleurs où se construisent encore des églises, dont les adeptes sont par ailleurs régulièrement soumis, en Irak, en Egypte, voire même en Syrie,  aux coups de butoir des islamistes, les principaux alliés de l’ancienne porte-parole de l’opposition syrienne. Le Monde arabe compte 26 millions de chrétiens, soit autant que le BENELUX et la Suisse, un important levier d’influence dans les pays de la diaspora en Europe, sur le continent américain et en Océanie (Australie). La mémorable passe d’armes entre le Patriarche maronite, Mgr Béchara El Rahi, réticent à l’égard des équipées atlantistes en terre arabe, et Nicolas Sarkozy, en février 2012, témoigne de l’aberration politique et mentale des dirigeants occidentaux et de leurs supplétifs arabes, largement conditionnés par une pensée philo-sioniste en ce qui concerne les problèmes de la rive sud de la Méditerranée. Le prélat se serait fortement opposé à l’implication du Liban dans le conflit de Syrie, repoussant l’offre d’une évacuation des chrétiens arabes vers l’Europe particulièrement la France, de crainte que le Liban ne serve de patrie de substitution aux Palestiniens. La prestation de Mme Kodmani a pris ainsi rétrospectivement l’allure d’une reddition intellectuelle et morale à l’imperium colonial et exacerbé la suspicion à son égard au point que le chef des Frères Musulmans de Syrie a exigé sa démission immédiate (2). L’empressement de M. Ghalioune à obtenir l’adoubement du prédicateur islamique Youssef Al-Qaradawi  a discrédité, quant à lui,  le nouveau chef nominal de l’opposition syrienne, en ce que sa renonciation à sa posture laïque antérieure a signé la marque d’un renoncement. Sa précipitation à donner des gages au camp israélo-américain en annonçant la rupture du ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais en cas de victoire a été perçue comme la marque d’un reniement, plongeant dans la consternation ses parrains par son amateurisme contre-productif et découragé bon nombre de ralliement à sa cause. Pour un duo qui se voulait représentatif de la future Syrie libre, moderne, démocratique et indépendante, son placement sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, un des grands soutiens aux dictateurs arabes déchus (Egypte, Tunisie), artisan du démembrement de leur pays d’origine, la Syrie, au bénéfice de la Turquie, par détachement du district d’Alexandrette, et, maitre d’œuvre du blocus de Gaza sous la mandature Sarkozy, pouvait difficilement se percevoir comme une marque de génie politique, nonobstant les effets corrosifs de cette servilité sur la crédibilité du leadership de l’opposition. A coups de cascade de fatwas démagogiques d’une caste cléricale wahhabite en perte de repères, en crainte d’une perte de magistère, offrant tantôt une rançon pour le meurtre du président syrien Bachar Al-Assad, prônant même la primauté de la collaboration avec les Israéliens sur les Alaouites, une secte schismatique de l’Islam, l’opposition externe, amputée de résistants authentiques, a offert le spectacle d’une vaste foire d’empoigne. Un lamentable concert de cacophonie mettant en compétition d’anciens féodaux à la reconquête de leurs anciens fiefs pré-baasistes, tels Adib Al Chichakli, fils de l’ancien dictateur syrien ou Naufal Dawalibi, fils de l’ancien premier ministre pro irakien de Syrie par la suite conseiller du Roi d’Arabie saoudite ou encore la brigade al Farouk du commandant Abdel Kader Tlass et les autres phalanges salafistes, dont la concurrence est à l’origine du collapsus de Bâb Amro, à Homs, en février 2012.

L’impunité sunnite et la schizothymie de Manaf Tlass

La «diplomatie du carnet de chèques» a été, de tous temps, maniée par les Saoudiens, pour restaurer le pouvoir sunnite tant à Beyrouth qu’à Damas. Au-delà du cas de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, artisan de la délocalisation de l’intégrisme wahhabite dans une société pluraliste, et du Général Rifa’at Assad, le frère du fondateur du clan, alaouite certes, mais propre beau-frère du Roi d’Arabie, les deux cautions sunnites inamovibles du pouvoir alaouite pendant quarante ans, le général Moustapha Tlass, ministre de la Défense, et Abdel Halim Khaddam, vice-président de la république et ministre des Affaires étrangères, deux personnalités de premier plan présumées socialistes du régime baasiste, ont cédé aux sirènes des pétrodollars saoudiens, avant de se désintégrer. Le militaire laissera convoler sa fille Nahed, une belle tige de la société syrienne, vers le septuagénaire marchand d’armes saoudien Akram Ojjeh, avant de sombrer dans le comique d’un problématique doctorat universitaire parisien. Cf à ce propos:http://www.rue89.com/2012/07/08/le-general-syrien-la-veuve-du-marchand-darmes-et-le-tout-paris-233691Son héritier Manaf Tlass, général au sein de la garde républicaine syrienne, scellera la rupture de la famille Tlass avec le clan Assad, avec l’annonce de sa défection à Paris, fin juin 2012, à l’occasion de la «Conférence des amis de la Syrie» chapeautée par la France. Manaf Tlass et le premier ministre en exercice Riad Hijab constituent à ce jour la plus grosse défection médiatique du régime baasiste en dix-huit mois de déstabilisation anti syrienne. Le play-boy s’était mis à l’écart depuis près d’un an à la suite de l’exil à Doubaï de son frère aîné Firas, fournisseur en équipements de l’armée syrienne. Les médias gravitant dans le giron atlantiste et pétro monarchique omettent toutefois de signaler que son oncle Talal continue d’exercer ses responsabilités en tant que N°2 du ministère de la Défense. Farouk Al Chareh, le vice-président de la République syrienne en titre, programmé en sa qualité de sunnite pour piloter dans le schéma occidental la période transitoire post-Assad, aurait adopté la même attitude. Pour faire taire les rumeurs de son exil en Jordanie, il a toutefois été désigné pour conduire le deuil des quatre personnalités syriennes tuées dans l’attentat du 18 juillet 2012. En choisissant comme lieu d’exil, Paris, la capitale occidentale la plus active dans le combat anti Assad, Manaf a franchi un point de non-retour, mettant un terme à près d’un demi-siècle de prédation conjointe de l’économie syrienne. Exfiltré via Beyrouth, selon toute vraisemblance sous la supervision des services de Denis Pietton, ancien ambassadeur de France au Liban et directeur de cabinet de Laurent Fabius, ministre socialiste des Affaires étrangères, maître d’œuvre de précédentes exfiltrations de servants français de la bataille de Bab Amro (Homs), en février 2012, Manaf Tlass paraît destiné, dans le schéma occidental, en cas de réussite de la déstabilisation de la Syrie, au rôle de futur chef fédérateur de la Syrie post baasiste, un vœu secret de l’Arabie saoudite, avec pour mission de coopérer avec le bloc atlantiste dans la lutte contre la dissémination des armes toxiques, y compris à l’égard du Hezbollah Libanais. L’engagement de cet ancien membre du premier cercle du pouvoir baasiste dans l’arène diplomatique en faveur d’une transition politique du pouvoir, sans intervention extérieure, pourrait donner du relief à une coalition oppositionnelle apparue jusqu’à présent, au vu de ses prestations, comme une conjuration de cloportes de supplétifs de l’équipée atlantiste. Il reléguerait à l’arrière-plan la cohorte des théoriciens de pacotille des opposants de la dernière heure. Et, accessoirement, mettre en concurrence les deux dames de la bourgeoisie syrienne de Paris, Nahed Ojjeh Tlass, qui se veut la nouvelle égérie des cercles mondains parisiens et Basma Kodmani, l’universitaire cosmopolite des cercles atlantistes de Bilderberg. La mise en circulation dans la presse française, fin juillet 2012, de photos de Manaf Tlass en compagnie de Dieudonné MBala Mbala, l’humoriste franco-camerounais décrié en France, relève précisément de cette guerre souterraine entre les divers clans syriens de Paris. Une manœuvre oblique destinée à discréditer celui que les Saoudiens envisagent de parachuter d’autorité à la tête de l’opposition syrienne, privant le clan des bureaucratiques académiques français des bénéfices de ses prestations empressées. La photo festive Manaf-Dieudonné, attablé dans un restaurant à Damas, en compagnie de Frédéric Chatillon, un communicant proche de l‘extrême droite française, peut faire se glapir le landerneau politique français, mais reste sans conséquence sur l’opinion arabe encore moins sur son parrain. Manaf a d’ailleurs inauguré ses activités oppositionnelles en effectuant le petit pèlerinage de la Mecque, en Arabie saoudite, comme la marque d’un adoubement wahhabite. Dans sa première prestation publique, une déclaration sur la chaîne transfrontière saoudienne «Al Arabia», le 25 juillet 2012, Manaf Tlass a lancé un appel à la lutte «contre la corruption et l’autoritarisme» qui sévissent, selon lui en Syrie, oubliant, dans une belle démonstration de schizothymie, les origines de sa fortune et celle de l’ensemble de sa famille, à savoir le passeport diplomatique syrien et les exonérations fiscales y afférentes dont bénéficie à Paris sa soeur Nahed Ojjeh Tlass, les considérables rétro-commissions de son frère Firas générées par ses transactions avec l’armée syrienne, enfin, dernier et non le moindre, le fait que son père, le général Moustapha Tlass, ait cautionné et co-signé, du fait de la loi martiale, en sa qualité de ministre de la défense, toutes les exécutions capitales ordonnées en Syrie en quarante ans du règne du clan Assad-Khaddam-Tlass. Quant à l’autre transfuge syrien célèbre, également sunnite, le bien nomme Abdel Halim Khaddam, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», il reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Vice-président de la République sous Hafez Al-Assad, il sera l’un des plus fermes opposants à la politique d’ouverture prônée par Bachar à la succession de son père, dont il redoutait les conséquences comparables à la perestroïka soviétique. Il fera alliance avec les Frères Musulmans syriens, la bête noire du régime, et se targuera de mener, depuis Paris, un combat pour la restauration de la démocratie en Syrie, après avoir abusivement ponctionné l’économie libanaise, en partenariat avec Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné. M. Khaddam a été amplement gratifié de sa forfaiture d’un somptueux cadeau, -la résidence du nabab pétrolier grec, Aristote Onassis, sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch-, alors que le compère français de Hariri, l’ancien président Jacques Chirac, avait droit à un appartement avec vue sur Seine, Quai Voltaire à Paris, pensionnaire posthume de son ami, dont l’assassinat résulte vraisemblablement du grand basculement opéré par le président français dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak. Curieux destin que celui des sunnites syriens, les familles Khaddam et Tlass, qui auront activement participé à la prédation de l’économie syrienne et qui pourraient se voir propulser au rôle de sauveur de la Syrie, du fait de leur appartenance sunnite. Exonérées de leurs turpitudes antérieures de leur seul fait sunnite, exclusivement du fait de cette appartenance sunnite et de leurs connexions saoudiennes, en dépit des nombreux griefs qui pèsent sur eux. Il en est de même du premier ministre fugitif Riad Hijab, dont la défection a valu son pesant d’or au Qatar, le principal financier de ses opérations de détachement des sunnites syriens du régime baasiste. Une communautarisation institutionnalisée et instrumentalisée par la France au Liban, reprise par les Occidentaux sur l‘ensemble arabe en vue d’entraver l’avènement d’une société démocratique et laïque.

Assef Chawkat: un personnage encombrant

La désertion de Manaf Tlass est survenue une dizaine de jours avant le spectaculaire attentat contre le pouvoir alaouite le 18 juillet 2012 à Damas, emportant quatre hauts responsables de l’appareil militaro sécuritaire, notamment le ministre de la défense Daoud Rajha et surtout Assef Chawkat, beau-frère de Bachar Al Assad, un personnage encombrant dont les excès ont desservi le clan Assad. Epoux de Bouchra, l’unique fille de l’ancien président Hafez al-Assad, fondateur de cette dynastie républicaine, Assef Chawkat, est l’ancien chef des services de sécurité dont les Occidentaux réclamaient la tête en compensation de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Perçu comme une pièce rapportée, Assef Chawkat a entretenu des relations houleuses avec le frère cadet du président, le colonel Maher, le nouvel homme fort du régime, au point que le benjamin de la fratrie a blessé à l’estomac son beau-frère, d’un coup de pistolet en 1999, en plein palais présidentiel. L’attentat-suicide contre le centre du pouvoir syrien a tendu à donner une plus grande visibilité à une opposition gangrénée par ses divisions et à galvaniser ses ardeurs combatives. Intervenant dans un climat exacerbé par l’épreuve de force diplomatique à l’ONU entre l’alliance atlantiste-pétro monarchique et leurs adversaires russes et chinois, elle tendrait à  accréditer l’idée d’un régime sur la défensive, en perte de maitrise de la situation. Et inciter, du coup, les Occidentaux à chercher à vouloir forcer la décision finale en Syrie, en vue de couper court à la contestation qui se fait jour dans la zone chiite du Golfe à Bahreïn et en Arabie saoudite, notamment le secteur d’Al Qatif, où de violents heurts opposent depuis la mi-juillet des activistes chiites saoudiens aux forces de l’ordre.

Références 1-Basma Kodmani est la fille de Nazem Kodmani, ancien ambassadeur de Syrie en France, décédé en 2008, artisan du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Syrie après la rupture de Suez (1956. A son retour à Damas, le diplomate a été en charge du département Europe occidentale au ministère syrien des Affaires étrangères, particulièrement du suivi du dossier France, émargeant une large fraction de sa carrière sur le budget du pouvoir bassiste.  Sa mère, Hyam Mardam Bey, est la nièce de Jamil Mardam Bey, un dirigeant syrien de l’époque post indépendance du mandat français et cousine de Farouk Mardam Bey, l’éditeur franco syrien. Basma Kodmani a été, tour à tour, chercheuse à l’IFRI, puis directrice régionale de la Ford Foundation au Caire avant de diriger l‘ARI (Arab Reform Initiative). Cette structure, financée par des fonds mixtes notamment des Emirats arabes Unies, a été initiée par Harry Siegman, membre du Council of Foreign relations, activiste influent de la communauté juive progressiste de New York, via son lobby «ME-USA project», le projet américain pour le Moyen-Orient. Auditrice assidue du Forum de Bilderberg, la plateforme décisionnelle des cosmocrates de la trilatérale (Etats-Unis, Japon, Europe), Basma Kodmani a été présentée lors de la dernière session du Forum qui s’est tenu du 6 au 12 juin à Chantilly (Virginie) a été inscrite sous la mention « International », alors qu’elle est de nationalité française, d’origine syrienne, seul participant à bénéficier de ce  label, comme pour suggérer son cosmopolitisme, frappant de caducité sa présence au sein de l’opposition syrienne de France, dont elle ne revendique ni la nationalité française, ni la nationalité syrienne. Cf. à ce propos: Basma Kodmani/Bilderberg session de juin 2012 http://www.prisonplanet.com/syria-regime-change-on-bilderberg-agenda.html http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-mauduit/060612/le-monde-se-compromet-bilderberg http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/syrian-council-cia-lobby-zek-860.htm 2 – Ghalioune Leaks: Le quotidien libanais Al Akhbar a publié le 3 mai 2012 des messages électroniques piratés rendant compte des dissensions et des règlements de compte qui se sont produits au sein de l’opposition armée syrienne et des exactions de certains groupements financés par l’Arabie saoudite contre des civils, dans le but de faire prévaloir d’autres considérations que le primat du combat national. A propos de la demande démission de Basma Kodmani par les Frères Musulmans et du virement par le Qatar d’un million de dollars chaque cinq jours à Bourhane Ghalioune. CF: «La Brigade Al Farouk nous tue», message des combattants de l’intérieur à la hiérarchie de l’opposition sur les exactions de la brigade Al Farouk à Homs http://www.al-akhbar.com/node/63540. http://www.al-akhbar.com/sites/default/files/pdfs/20120418/p21_20120418.pdf A propos du rôle d’obstruction joué par le Qatar et la Turquie pour contrecarrer une démarche russe auprès de Damas en faveur de l’opposition syrienne. Et le message de Michel Kilo, un des plus prestigieux opposants syriens, à Bourhane Ghalioune, le chef nominal de l’opposition externe, à propos du rôle du Qatar et de la Turquie. http://www.al-akhbar.com/node/63538 «Attention à la Turquie et au Qatar». Pour le lecteur non arabophone Cher Bourhane, Tu n’ignores pas qu’il m’est difficile de te refuser quelque service que ce soit. Mais j’ai appris que la réunion d’Istanbul (des amis de la Syrie) a été organisée par le Qatar et la Turquie et que la Ligue arabe n’avait pas été informée de cette initiative. Le Qatar et la Turquie n’ont pas une attitude positive à notre égard. Je préfère Le Caire à Istanbul et l‘Egypte à la Turquie. L’initiative de ces deux pays est destinée à couper la voie à une initiative russe dont tu n’ignores pas qu’elle devait être dans notre intérêt. Je n’irai donc pas à Istanbul pour signer l’accord (de regroupement des diverses factions de l’opposition syrienne). Signé Michel Kilo. Pour aller plus loin sur la Syrie http://www.renenaba.com/la-credibilite-de-l’opposition-syrienne-a-l’epreuve-du-parrainage-franco-turc/ http://www.renenaba.com/la-bataille-de-syrie-et-la-capture-par-l’iran-d’un-drone-americain-sophistique/

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Produire des « Etats Ratés »

septembre 8th, 2012 by Edward S. Herman

Pendant la Guerre du Vietnam, au-dessus de l’entrée d’une base américaine on pouvait lire : “Killing Is Our Business, and Business Is Good.” (Tuer c’est notre affaire, et les affaires marchent fort).[1] Et en effet, les affaires marchaient vraiment très fort au Vietnam (de même qu’au Cambodge, au Laos ou en Corée), où on comptait par millions le nombre de civils tués. D’ailleurs elles se sont plutôt bien maintenues aussi après la Guerre du Vietnam. Les massacres ont continué sur tous les continents, aussi bien directement que par l’entremise de « proxies »[2], partout où la « sécurité nationale » américaine avait besoin de bases, de garnisons, d’assassinats, d’invasions, de campagnes de bombardements, ou de sponsoriser des régimes assassins et d’authentiques réseaux et programmes terroristes trans-nationaux, pour répondre à la « menace terroriste » qui ne cesse de défier le pauvre « géant pitoyable »[3]. Dans son excellent ouvrage sur l’ingérence des États-Unis au Brésil (United States Penetration of Brazil, Pennsylvania University Press, 1977), Jan Knippers Black montrait déjà il y a des années, combien l’acception merveilleusement élastique du concept de « sécurité nationale » peut être élargie, en fonction de ce qu’une nation, une classe sociale ou une institution estime qu’elle devrait pouvoir recouvrir. Au point que ce sont précisément « ceux dont la richesse et la puissance devraient en principe garantir la sécurité, qui sont en fait les plus paranoïaques et qui, par leurs efforts effrénés pour assurer leur sécurité, engendrent eux-mêmes leur propre [lot de] destruction ». (Son ouvrage traitait du risque d’apparition d’une démocratie sociale au Brésil dans les années 1960, et de son élimination grâce au soutien américain à une contre-révolution et à l’établissement d’une dictature militaire). Ajoutez à cela le besoin des entrepreneurs liés au complexe militaro-industriel, de favoriser des missions justifiant l’augmentation des budgets de défense, et la pleine et entière coopération des médias de masse à cette activité, et vous obtenez une terrifiante réalité.

En réalité ledit géant faussement paranoïaque s’est démené comme un beau diable pour produire des semblants de menaces à peu près crédibles, surtout depuis la chute de « l’empire du mal » que ce pays avait toujours prétendu « contenir ». Dieu merci, après quelques tentatives sporadiques de cristalliser l’attention sur le narco-terrorisme, puis sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein, le terrorisme islamique tomba littéralement du ciel pour offrir à cette défunte menace un digne successeur, découlant tout naturellement de l’hostilité du monde arabe aux libertés américaines et de son refus de laisser à Israël la possibilité de négocier la paix et de régler pacifiquement ses désaccords avec les Palestiniens.

En plus d’optimiser les massacres et les ventes d’armes qui en découlent, les États-Unis devenaient aussi de facto le premier producteur d’États ratés, à l’échelle industrielle. Par État raté, j’entends un État qui, après avoir été écrasé militairement ou rendu ingérable au moyen d’une déstabilisation économique ou politique et du chaos qui en résulte, a presque définitivement perdu la capacité (ou le droit) de se reconstruire et de répondre aux attentes légitimes de ses citoyens. Bien sûr, cette capacité de production des États-Unis ne date pas d’hier – comme le montre l’histoire d’Haïti, de la République Dominicaine, du Salvador, du Guatemala ou de ces États d’Indochine où les massacres marchaient si bien. On a d’ailleurs pu constater récemment une prodigieuse résurgence de cette production d’États ratés, occasionnellement sans hécatombes, comme par exemple dans les ex-républiques soviétiques et toute une kyrielle de pays d’Europe de l’Est, où la baisse des revenus et l’accroissement vertigineux du taux de mortalité découlent directement de la « thérapie de choc » et de la mise à sac généralisée et semi-légale de l’économie et des ressources, par une élite appuyée par l’Occident mais aussi plus ou moins organisée et soutenue localement (privatisation tous azimuts, dans des conditions de corruption optimales).

Une autre cascade d’États ratés découlait par ailleurs des « interventions humanitaires » et changements de régime menés par l’OTAN et les USA, plus agressivement que jamais depuis l’effondrement de l’Union Soviétique (c’est à dire depuis la disparition d’une « force d’endiguement » extrêmement importante bien que très limitée). Ici, l’intervention humanitaire en Yougoslavie a servi de modèle. La Bosnie, la Serbie et le Kosovo furent changés en États ratés, quelques autres s’en sortirent chancelants, tous assujettis à l’Occident ou à sa merci, avec en prime la création d’une base militaire US monumentale au Kosovo, le tout érigé sur les ruines de ce qui avait jadis été un État social démocrate indépendant. Cette belle démonstration des mérites d’une intervention impériale inaugura la production d’une nouvelle série d’États ratés : Afghanistan, Pakistan, Somalie, Irak, République Démocratique du Congo, Libye – avec un programme similaire déjà bien avancé aujourd’hui en Syrie et un autre visiblement en cours dans la gestion de la dite « menace iranienne », visant à renouer avec l’heureuse époque de la dictature pro-occidentale du Shah.

Ces échecs programmés ont généralement en commun les stigmates caractéristiques de la politique impériale et d’une projection de puissance de l’Empire. Ainsi par exemple l’émergence ou/et la légitimation (ou la reconnaissance officielle) d’une rébellion ethnique armée qui se pose en victime, mène contre les autorités de son pays des actions terroristes visant parfois ouvertement à provoquer une réaction violente des forces gouvernementales, et qui appelle systématiquement les forces de l’Empire à lui venir en aide. Des mercenaires étrangers sont généralement amenés à pied d’œuvre pour aider les rebelles ; rebelles indigènes et mercenaires étant généralement armés, entraînés et soutenus logistiquement par les puissances impériales. Ces dernières s’empressent bien sûr d’encourager et soutenir les initiatives des rebelles pour autant qu’elles leur paraissent propres à justifier la déstabilisation, le bombardement et finalement le renversement du régime cible.

Le procédé était flagrant durant toute la période du démantèlement de la Yougoslavie et dans la production des États ratés qui en sont issus. Les puissances de l’OTAN ayant alors pour objectif l’éclatement de la Yougoslavie et l’écrasement de sa composante la plus importante et la plus indépendante, à savoir la Serbie, elles encouragèrent à la rébellion les éléments nationalistes des autres républiques de la fédération, pour lesquelles le soutien voire l’engagement militaire de l’OTAN sur le terrain était naturellement acquis. Le conflit n’en fut que plus long et vira au nettoyage ethnique, mais pour ce qui est de la destruction de la Yougoslavie et de la production d’États ratés, ce fut une réussite (Cf. Herman et Peterson, “The Dismantling of Yugoslavia,” [Le démantèlement de la Yougoslavie], Monthly Review, octobre 2007). Assez curieusement, c’est avec l’aval et la coopération de l’administration Clinton et de l’Iran qu’on importa entre autres mercenaires, des éléments d’Al-Qaïda en Bosnie puis au Kosovo, pour aider à combattre le pays cible : la République Serbe[4]. Mais Al-Qaïda comptait aussi parmi les rangs des “combattants de la liberté” engagés dans la campagne de Libye, et elle est aussi une composante notoire (même le New York Times le reconnaît désormais, fut-ce avec un peu de retard) du changement de régime programmé en Syrie (Rod Nordland, “Al Qaeda Taking Deadly New Role in Syria Conflict”, New York Times, 24 juillet 2012). Bien sûr, Al-Qaïda avait aussi été auparavant une pièce maîtresse du changement de régime [de 1996][5] en Afghanistan, puis un élément clé du retournement de situation du 11 septembre (Ben Laden, leader rebelle saoudien de premier rang, d’abord sponsorisé par les États-Unis, puis lâché par ses sponsors, se serait ensuite retourné contre eux avant d’être diabolisé puis éliminé par ces derniers).

Ces programmes impliquent toujours une habile gestion des atrocités commises, qui permet de pouvoir accuser le gouvernement agressé d’avoir commis des actes de violence graves à l’encontre des rebelles et de leurs partisans, et ainsi de le diaboliser efficacement afin de pouvoir justifier une intervention plus massive. Cette méthode a joué un rôle clé pendant les guerres de démantèlement de la Yougoslavie, et probablement bien davantage encore dans la campagne de Libye et dans celle de Syrie. Elle doit d’ailleurs beaucoup à la mobilisation d’organisations internationales, qui prennent activement part à cette diabolisation en dénonçant les atrocités imputables au dirigeant visé, voire en le poursuivant et condamnant d’office au pénal. Dans le cas de la Yougoslavie, le Tribunal Pénal International pour l’ex Yougoslavie (TPIY), mis en place par l’ONU, travailla main dans main avec les puissances de l’OTAN pour s’assurer que la seule mise en accusation des autorités serbes suffirait à justifier toute action que les USA et l’OTAN décideraient d’entreprendre. Magnifique illustration cette mécanique, la mise en examen de Milosevic par le Procureur du TPIY fut lancée précisément au moment où (en mai 1999) l’OTAN décidait de bombarder délibérément les infrastructures civiles serbes pour accélérer la reddition de la Serbie – alors que ces bombardements mêmes étaient des crimes de guerre caractérisés menés en totale violation de la Charte des Nations Unies. Or c’est précisément le procès de Milosevic qui permit aux médias de détourner l’attention du public des exactions désobligeantes et illégales de l’OTAN.

De même, à la veille de l’agression de la Libye par l’OTAN, le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) s’empressa de lancer des poursuites contre Mouammar Kadhafi sans même avoir jamais demandé le lancement d’une investigation indépendante, et alors qu’il était notoire que la CPI n’avait jusqu’ici jamais poursuivi personne d’autre que des chefs d’États africains non alignés sur l’Occident. Ce curieux mode de « gestion de la légalité » est un atout inestimable pour les puissances impériales et s’avère extrêmement utile dans la perspective d’un changement de régime comme dans la production d’États ratés.

Interviennent aussi des organisations humanitaires ou de « promotion de la démocratie », soi disant indépendantes, à l’instar de Human Rights Watch, de l’International Crisis Group ou de l’Open Society Institute, qui régulièrement se joignent au cortège impérial en dressant l’inventaire des seuls crimes possiblement imputables au régime cible et à ses dirigeants, ce qui contribue notablement à radicaliser la polarisation des médias. L’ensemble permet la production d’un environnement moral favorable à une intervention plus agressive au nom de la défense des victimes.

S’ajoute ensuite le fait que, dans les pays occidentaux, les dénonciations ou allégations d’atrocités commises – que viennent renforcer les images de veuves éplorées et de réfugiés démunis, les preuves apparemment patentes d’exactions odieuses et l’émergence d’un consensus sur la « responsabilité de protéger » les populations victimes du conflit – émeuvent profondément une bonne partie des milieux libertaires et de gauche. Nombre d’entre eux en viennent alors à hurler avec les loups et à s’en prendre eux aussi au régime cible, pour exiger une intervention humanitaire. Les autres s’enfoncent généralement dans le mutisme, rendus perplexes, certes, mais craignant surtout de se voir accusés de « soutenir des dictateurs ». L’argument des interventionnistes est que, au risque de sembler soutenir l’expansion de l’impérialisme, on se doit de faire exception lorsque des choses particulièrement graves ont lieu et que tout le monde chez nous s’indigne et demande qu’on intervienne. Mais on se doit aussi, pour se montrer authentiquement de gauche, de tenter une micro-gestion de l’intervention pour contenir l’attaque impériale – en exigeant par exemple qu’on s’en tienne à une interdiction de survol en Libye[6].

Mais les États-Unis eux-mêmes ne sont pas l’une des moindres réussites de cette production d’États ratés. A l’évidence, aucune puissance étrangère ne les a jamais écrasés militairement, mais la base même de leur propre population a payé un tribut extrêmement lourd à leur système de guerre permanente. Ici, l’élite militaire, de même que ses alliés du monde de l’industrie, de la politique, de la finance, des médias et de l’intelligentsia, a très largement contribué à l’aggravation de la pauvreté et de la détresse généralisée, à la désintégration des services publics et à l’appauvrissement du pays, en maintenant la classe dirigeante, paralysée et compromise, dans l’incapacité de répondre correctement aux besoins et attentes de ses citoyens ordinaires, malgré l’augmentation constante de la productivité par tête et du PNB. Les excédents y sont intégralement captés par le système de guerre permanente et par la consommation et l’enrichissement d’une petite minorité qui – dans ce que Steven Pinker dans Better Angels of Our Nature appelle une période de « recivilisation » – combat agressivement pour pouvoir mener sa captation bien au-delà de la simple monopolisation des excédents, jusqu’au transfert direct des revenus, biens et droits publics de la vaste majorité de ses concitoyens (qui se démènent). En tant qu’État raté comme dans bien d’autres domaines, les États-Unis sont incontestablement une nation d’exception !

 

Article original en anglais : FOG WATCHManufacturing Failed States by Edward S. Herman

Traduit de l’anglais par Dominique Arias pour Investigaction.

Edward S. Herman est Professeur Émérite de Finance à la Wharton School, Université de Pennsylvanie. Économiste et analyste des médias de renommée internationale, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont : Corporate Control, Corporate Power (1981), Demonstration Elections (1984, avec Frank Brodhead), The Real Terror Network (1982), Triumph of the Market (1995), The Global Media (1997, avec Robert McChesney), The Myth of The Liberal Media: an Edward Herman Reader (1999) et Degraded Capability: The Media and the Kosovo Crisis (2000). Son ouvrage le plus connu, Manufacturing Consent (avec Noam Chomsky), paru en 1988, a été réédité 2002 aux USA puis en 2008 au Royaume Uni.

 

Notes :



[1] Ndt : États ratés (failed states), terme de diplomatie internationale qui désigne les États incapables de maintenir ou développer une économie saine, fait écho à « rogue states » (États voyous) et à « smart states » (États malins : en l’occurrence ceux qui, à l’instar des États-Unis, évitent de déclencher et de mener officiellement eux-mêmes les guerres qui leur profitent.

[2] Ndt : Proxies, groupes paramilitaires ou mercenaires formés, armés, financés et soutenus ou dirigés par une ou plusieurs Grandes puissances pour déstabiliser un pays cible. Les conflits dits « de basse intensité » ou « dissymétriques » menés ainsi indirectement sont appelés « proxy wars ». bien que souvent présentée comme telle, une proxy war est tout sauf une guerre civile.

[3] Ndt : Dans les médias et le cinéma américain, les États-Unis sont fréquemment représentés comme un pauvre « géant pitoyable », malhabile et balourd. Cette représentation permet de minorer les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis délibérément et sciemment par ce pays, en les faisant passer pour autant de bourdes et de maladresses parfaitement involontaires. Le terme  « casualties » (négligences) désigne par exemple les victimes civiles d’exactions militaires, lorsque celles-ci sont commises par les USA ou leurs alliés.

[4] Cf. : Unholy Terror [terreur impie ou invraisemblable ou contre nature, l'acception de Unholy étant très large], de John Schindler, article particulièrement démonstratif sur ce sujet et qui, de fait, n’apparaît plus nulle part, sauf sur Z-Magazine ! Voir ici mon “Safari Journalism: Schindler’s Unholy Terror versus the Sarajevo Safari’s Mythical Multi-Ethnic Project”, Z Magazine, avril 2008

[5] Ndt : Afghanistan : Renversement de la monarchie 1978

Invasion soviétique en soutien au nouveau régime : 1979-1989

Guerre civile pro/anti-islamistes :1990-1996

Coup d’État et prise de pouvoir des Talibans : 1996

Début de l’intervention de Ben Laden dans le conflit : 1984

Création d’Al-Qaïda : 1987

[6] Cf. Gilbert Achcar, “A legitimate and necessary debate from an anti-imperialist perspective,” [Un débat légitime et nécessaire à partir d’une perspective anti-impérialiste] ZNet, 25 mars 2011; et ma réponse dans “Gilbert Achcar’s Defense of Humanitarian Intervention,” [Gilbert Achar prenant la défense d’une intervention humanitaire] MRZine, 8 avril 2011, concernant “les finasseries de la gauche impérialiste”.

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Journalistes,

Réajustements et façon dont a été traitée cet été l’inauguration du chantier visant à décontaminer une ancienne aire de stockage d’Agent Orange sur l’aéroport de Danang au Viêt Nam.

À l’été 2011, se déroula une cérémonie dédiée aux accords vietnamo-étasuniens visant à engager un chantier de décontamination de la dioxine recelée dans et par l’Agent Orange sur une partie de l’ancienne base américaine de Danang. Un lieu faisant partie des trois principaux sites les plus contaminés par cette molécule 2,3,7,8-TCDD parmi les 28 « points chauds » identifiés, ceux-ci ne tenant pas compte des millions d’hectares qui ont reçu de un à dix épandages, parfois davantage.

 

Un an plus tard, le 9 juillet 2012, se déroula l’inauguration du début des travaux estimés à 43 millions de dollars (financé à hauteur de 20 millions par les États-Unis, soit moins de la moitié) en présence de hauts responsables vietnamiens et de l’Ambassadeur des USA au Viêt Nam. Ce dernier, David Shear, déclara que les USA avaient déjà aidé les Vietnamiens handicapés « quelle que soit la cause » à hauteur de 54 millions de dollars. Il convient de préciser ici qu’il s’agit d’aide d’ONG et de Fondations, comme par exemple la Fondation du constructeur automobile Ford (visant le marché automobile vietnamien ?). Et quand David Shear dit que le lien entre l’exposition à l’Agent Orange et les maladies qui en découlent est « incertain », phrase reprise à l’unisson par les médias, l’ambassadeur applique à la lettre la conduite dictée par Washington qui consiste à ne pas reconnaître sa responsabilité dans cet effroyable crime, tandis que son Académie nationale des Sciences a établi les liens de cause à effet entre l’Agent Orange et des dizaines de pathologies (très graves et/ou mortelles) et de malformations congénitales, parfois monstrueuses. Cette liste est remise à jour tous les 2 ans, et s’allonge au fil du temps. Causalités qui ne valent visiblement que pour les vétérans étasuniens, mais pas pour les victimes vietnamiennes, laotiennes, et cambodgiennes qui n’en sont pourtant pas moins humaines. Quant à la corrélation, les anciens combattants de pays alliés de l’armée US qui furent en contact avec l’Agent Orange, (ceux de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie), sont atteints, eux et leurs enfants, des mêmes pathologies, alors qu’ils ne résident pas dans les mêmes régions géographiques et connaissent des conditions et des modes de vie fort différents. D’ailleurs, la Corée du Sud a intenté un procès aux compagnies chimiques étasuniennes et la Haute Cour de Séoul a condamné Dow Chemical et Monsanto. Qui ne serait pas surpris que ces grands groupes industriels à but lucratif aient accepté de payer, en 1984, 180 millions de dollars à un fond destiné à dédommager les vétérans US victimes de l’Agent Orange afin d’éviter un procès qui aurait crée un précédent, tout en clamant dans le même temps leur non-responsabilité ?

Le budget du Departement of Veterans Affairs (ministère des Anciens combattants US) de 2010 pour les seuls vétérans victimes de l’Agent Orange dépassait les 13 milliards de dollars (soins, pensions, y compris la compensation pour la reconnaissance de 2 nouvelles maladies), et ils ne sont « que » 200 000. Immédiatement, notre esprit tourne comme un moteur cherchant à définir la somme annuelle qui serait proportionnelle aux millions de victimes vietnamiennes… sans même oser y ajouter le coût de la décontamination à l’échelle du pays.

Lors de cette inauguration, les responsables du chantier ont proclamé que 73 000 m³ de terre seraient chauffés (la dioxine apparaît en présence de chlore aux environs de 400°C et se dénature entre 800 et 1000°C), ceci en 4 années, donc jusqu’en 2016. Cependant, à seule fin de rétablir les choses à leurs justes proportions, il suffit de prendre une calculette pour constater que ce chiffre ronflant, repris lui aussi à l’unisson par les médias, représente seulement 3 hectares sur 2,5 mètres de profondeur (alors qu’il conviendrait de parler des fonds des rivières et des lacs, des nappes phréatiques et aquifères bien plus profondes où l’on retrouve effectivement la dioxine). Autrement dit, la petite partie de l’aéroport de Danang qui a fait la Une de l’actualité internationale est un « confetti » au regard des millions d’hectares ayant subi les épandages d’Agent Orange. De plus, la dépollution de ce « confetti » ciblé (qui est une forme de reconnaissance implicite de responsabilité, tout comme la vague de publicité qui lui est faite) n’est-elle pas motivée par les intérêts géostratégiques de la région soulevée par la Chine?

Cela posé, mieux vaut un peu de décontamination que pas du tout.

Le traitement de cette information par une très large majorité des médias est révélateur de l’inclination de l’Europe occidentale à faire allégeance yeux fermés aux États-Unis d’Amérique. S’agissant d’une action qui colporte une image positive des USA, journaux, télévisions, et radios de tout poil reprirent comme un seul homme le « confetti » à la Une, avec parfois des titres laissant entendre que les États-Unis avaient entrepris la décontamination du Viêt Nam dans son entièreté : information insidieuse invitant l’opinion publique à penser que la confuse et lointaine question de l’Agent Orange était désormais réglée. Or, la plupart de ces médias ont une méconnaissance totale de cette plus grande guerre chimique de l’Histoire de l’humanité qui tue encore aujourd’hui, et cela pour avoir parfaitement ignoré jusqu’ici les millions de victimes de ce crime abject (puisque fabricants et chercheurs des laboratoires militaires connaissaient les effets et conséquences sanitaires de la dioxine TCDD contenu dans l’Agent Orange au moment de son utilisation) : jusqu’à 4,8 millions de personnes ont été directement exposées aux épandages de l’Agent Orange (rapport Stellman, 2003, USA) ; le 27 mai 2010, Madame Tong Thi Phong, Vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam déclara que 4 millions de Vietnamiens étaient contaminés à des degrés divers. Des chiffres qui ne tiennent pas compte des innombrables victimes ayant développé des pathologies incurables ni des effets tératogènes sur les nouveau-nés depuis trois générations, tandis que la quatrième arrive. Une récente étude vietnamienne estime que 16 millions de personnes ont été au contact de l’Agent Orange depuis le début des épandages. Des millions de victimes passées, présentes, et à venir par le biais de la chaîne alimentaire sans que l’on sache quand ni si cela s’arrêtera un jour.

Journalistes aspirés par la vitesse du temps médiatique, mieux vaut tard que jamais. Vous êtes les alliés naturels des victimes (de toutes) pour porter à la connaissance de l’opinion publique l’abomination d’un des plus grands crimes de l’Histoire des hommes, jusque-là tenu sous silence.

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

 

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Le Réseau No War-Roma, basé en Italie, soutient une solution négociée à la tragédie syrienne à partir du cessez-le-feu, pour que cesse le bain de sang et le que le peuple syrien puisse s’exprimer sur son futur dans la paix et sans ingérences.

Mais les plans de paix ont été boycottés par la participation militaire indirecte au conflit de la part de puissances extérieures, sous forme d’appui en armes, argent, conseiller militaire, combattants aux oppositions armées dans leur lutte pour le pouvoir.

Cette ingérence qui alimente la violence est justifiée – par les gouvernements et les médias mainstream – par la nécessité d’ « aider les groupes armés de l’opposition à arrêter les massacres du régime et à protéger les civils ». La réalité d’un an et demi de conflit est cependant très loin de cette simplification de la responsabilité à une seule des parties armées en conflit en légitimant donc l’appui à l’autre.

Malheureusement même le rapport (publié le 15 août) de la « Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie » (CoI) sur mandat du conseil ONU de Genève pour les Droits de l’homme semble vicié dans ce sens.

Le rapport (http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/PRCoISyria15082012_en.pdf) conclut qu’il existe « des bases raisonnables » pour retenir que les forces gouvernementales et les shabbiha, sur la base d’une politique d’État, aient commis des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Le Réseau No War a étudié le rapport et y a relevé des contradictions, des partialités dans les sources et des attributions de responsabilités qui ne sont pas portées par des preuves. L’étude, en italien, est disponible sur le site www.sibialiria.org.

Voilà en synthèse nos observations critiques. Le rapport nous apparaît comme un jugement politique et douteux quant aux preuves et aux attributions de responsabilités pour les raisons suivantes :

1.  le manque d’accès aux pays (le gouvernement n’a pas donné le feu vert a comme il l’avait fait pour les observateurs) a, comme l’admet la Commission, « fait obstacle de façon significative à la capacité de porter le travail à terme ». Donc « l’accès » (euphémisme), aux victimes provoquées par les forces d’opposition a été limité » ; « l’accès à l’armée et aux membres du gouvernement a été quasi inexistant » ; « les victimes et les témoins dans le pays n’ont pas pu être interrogés en personne ». La Commission aurait cependant pu interroger les témoins et les victimes identifiées par les groupes de recherches syriens comme le Sovvt ou Vox Clamantis. Il ne l’a pas fait.

2. Les centaines d’interrogatoires qui ont constitué la source principale de l’enquête ont été conduits – comme il est précisé – parmi les réfugiés (déserteurs et famille) dans les pays limitrophes, ou à Genève, ou par téléphone ou via skype à l’intérieur de la Syrie. Sur la base des précédents rapports de la même Commission et de cette géographie caractéristique dans la sélection des témoignages, il faut retenir que les références principales pour la CoI ont été des représentants de l’opposition.

3. Comme cela arrive souvent il semble que l’on ait donné la parole au témoignage d’une seule des parties, une seule section du peuple syrien.

4. La CoI fait aussi référence à des rapports d’O.N.G., et sur la base de précédents il est certain que parmi celles-ci il y a des groupes favorables à l’opposition mais pas de syriens indépendants des parties.

5. Pour beaucoup des crimes que le rapport CoI, sur la base des témoins interrogés, attribue aux forces pro-gouvernementales, il existe d’autres versions de témoins qui soutiennent exactement le contraire, en accusant l’autre partie (ou les deux). Cela vaut pour :

- les massacres de civils, y compris celui de Houla : d’autres versions n’ont pas été entendues, et en outre il est difficile même de la part de témoins et de survivants, d’identifier l’affiliation des coupables ; les victimes peuvent être dépistées par des symboles ou des uniformes ;

- les attaques indiscriminées à des zones civiles. De toute évidence ce sont les opposants armés à se cacher dans des zones civiles en les prenant de fait en otage et en attaquant les résidents, mais la Commission n’enregistre pas ce crime. En outre les victimes civiles tombent souvent dans un contexte d’affrontement entre des factions opposées, avec des responsabilités partagées.

- l’utilisation de boucliers humains que dans beaucoup de contextes d’autres témoignages imputent justement aux opposants ;

- les massacres de sang-froid et les violences sur des civils, hommes, femmes et enfants, les tirs de snipers et les attaques à des personnes désarmées, ainsi que les massacres extra judiciaires de personnes armées

- les saccages et les destructions

6. dans le rapport se vérifie la confusion entre civils et armés

7. l’absence de séparation entre les actions de l’armée ou du gouvernement officiel et celles des forces ou sujets pro-gouvernementaux mais non officiellement gouvernementaux comme les soi-disant shabbiha, entité obscure même pour la Commission,  est indue.

8. il apparaît aussi comme forcé et « politiquement partisan » attribuer au régime (comme mandant ou connivent) toutes les horreurs des bandes ou milices même si elles sont favorables au gouvernement lui-même. On ne fait pas la même chose pour les crimes de l’opposition.

9. en attribuant la responsabilité de différents massacres aux shabbiha, ceux qui sont interrogés par la Commission paraissent ignorer la possibilité d’un « troisième acteur », les escadrons de la mort « externe » aux deux parties.

10. La longue liste des attentats terroristes qui ont tué des dizaines de civils est pourtant reléguée « par manque d’accès aux lieux » à des catégories de « crimes domestiques ».

11. Sur le massacre de Houla attribué à des « forces alignées avec le gouvernement » on se demande quel serait le motif ou la raison d’un crime aussi précis et affreux, sans rapport avec les affrontements. L a CoI ignore le fait que des représentants de l’opposition armée soutiennent qu’il s’est agi d’une vengeance atroce entre familles ou villages. Un geste qui pourrait alors ne pas être commandé par « le siège central ».

12. Le massacre de Houla : qui a choisi ceux qui sont interrogés et les témoins ou présumés tels ? Il n’est pas impossible que les témoins, interrogés à Houla, qui est sous le contrôle de l’ASL, aient été intimidés. Le « témoignage » de l’ex-militaire n’apparaît pas probant. On se demande aussi pourquoi prendre comme cible deux familles qui ne s’étaient pas distinguées par leur activisme anti Régime.

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De quoi les Pussy Riot sont-elles le signe ?

septembre 5th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

Les aimer ou pas. Cela se peut.  Punk à la Cathédrale et « porno alternatif » ? C’est tendance. Quitte à en choquer un peu, beaucoup, passionnément, massivement ? Je ne sais pas trop quoi penser, je me sens un peu dépassé, décidément le temps  n’est plus aux sages petites pionnières à nattes ornées de rubans blancs, le foulard rouge noué autour du cou, ni aux déesses komsomoles[1] aux regards inondés d’avenir radieux. Les visages souriants, les yeux moqueurs des Pussy Riot témoignent d’une autre Russie. Qui n’hésite plus à étaler, comme dans les âges païens reculés, ces seins que je ne saurais voir.

Déjà, les Fame ukrainiennes nous en ont donné quelque aperçu ![2]

Question pornographie, ne croyez pas que la Russie soit ignorante : depuis vingt ans, elle en est abondamment servie, le « Libre Marché » du cul est en pleine expansion et les « performances » des Chattes en révolte restent, sur ce plan, plutôt modestes. Est-ce de « l’art » ? Chanter « Vierge Marie, chasse Poutine » à la cathédrale du Christ Sauveur, se « tringler » (ебать) publiquement dans un musée, se masturber avec une carcasse de poulet de supermarché, voilà qui est en tout cas très nouveau dans la création artistique en Russie ! Personnellement, ces « performances » me laissent de marbre, sauf la « prière chantée punk » à la Cathédrale, vraiment très réussie et, à mon sens, pas attentatoire à la foi chrétienne, mais je ne suis point bon juge en la matière. Attentatoire au prestige du pouvoir, par contre, est l’érection d’un gigantesque phallus sur un pont levis, à Saint-Petersbourg, face au siège de l’ancien KGB[3] et des actuels organes de sécurité FSB.[4] A l’époque soviétique, on se moquait volontiers de ces « organes » auxquels adhéraient maints « membres » du Parti. Les Pussy et leurs amis de Vojna sont donc dans la continuité des blagues soviétiques, bravo !

Chacun choisira d’y voir des actrices d’un nouveau « dadaisme » ou de pauvres victimes de la société du spectacle à l’heure d’Internet : « il suffit de lancer un you tube scandaleux sur la toile, et le tour du monde s’accomplit ! » S’y ajoute, bien sûr, la caisse de résonance médiatique occidentale, dûment orientée ! Comment interpréter l’intérêt soudain du Département d’Etat américain, de l’Union Européenne et d’Amnesty International pour un groupe punk anarchisant ? Deux ans de colonie pénitentiaire pour une chanson punk à la cathédrale, c’est évidemment scandaleux. « Moyen-âgeux », « stalinien », de « retour au Goulag » clament les plus énervés, à Moscou et chez nous, de manière complètement disproportionnée.[5]

Mais l’indignation occidentale eut-elle été semblable si la provocation avait eu lieu au sein de Notre-Dame de Paris, dans une grande synagogue ou dans une mosquée d’envergures comparables au Christ Sauveur de Moscou ? Pardon de poser la question qui, déjà, indigne les indignés occidentaux, mais n’est-ce pas leur indignation qui pose aussi question ? Est-ce vraiment ce qu’elles font qui intéresse, ou seulement le fait qu’elles le font en Russie ?

Imaginons plutôt. Dans une grande synagogue israélienne, des « pussy » juives implorent Yahvé : « Délivrez-nous de Netanhyaou ! ». Dans une mosquée de la Mecque, des « pussy » musulmanes voilées s’adressent à Allah : « Chassez la famille  Al Saoud ! ». A la Basilique St Pierre de Rome, c’est au tour du Dieu des chrétiens d’être apostrophé par ses fidèles en tenue punk : « Débarrassez-nous de ce Ratzinger ! ». La liste peut s’allonger, chaque pays, chaque communauté trouvera aisément la cible de sa « prière ». Joyeuse contagion ! On imagine la « tolérance » de nos bigots, gendarmes et tribunaux !

Mais pourquoi pas des « performances » idoines dans les bourses et les grandes banques qui gouvernent ce monde plus sûrement que les « Eglises » ? Il ne manque pas, à Moscou même, de sièges de grandes banques et de temples de l’oligarchie financière et du fondamentalisme marchand qui pourraient bien faire l’affaire. Les punkettes y ont-elles pensé ? Autre question : les Pussy elles-mêmes, font-elles ce qu’elles font pour faire bouger la Russie ou pour épater l’Occident où certaines d’entre elles, comme d’autres contestataires, vont trouver refuge ? Désolé d’y songer, mais ces questions valent d’être posées ! Sans doute ne sont-elles pas les plus importantes. Of course…

De quoi sont-elles donc le signe, ces  Pussy qui arborent le slogan de l’antifascisme espagnol : « No pasaran » ? 

Au plus près de leurs désirs, on comprendra que les punkettes voudraient vivre dans un monde plus libre et plus joyeux que celui qu’offre aux jeunes Russes le régime russe actuel, sa bureaucratie et ses mœurs policières, ses mafias capitalistes.  Enfin, corrigeons : les jeunes Moscovites « émancipées » qui aimeraient brûler les étapes et les ponts. Mais la Russie n’a-t-elle pas déjà énormément changé depuis vingt ans, ne s’est-elle pas beaucoup  engagée au paradis des libertés ? Pas à leur goût de Pussy délurées. Pas autant qu’au Canada ou en France.  « Pas assez, on en veut davantage » : elles l’ont clairement dit.

Ces femmes ne sont pas des écervelées. Elles ont fait des études. Il semble qu’elles soient parfaitement conscientes, réfléchies, déterminées dans leur action. Et grandes lectrices de philosophie post moderne. Leur comportement relève, non de la blague de potache, mais du défi assumé. La culture du défi ! A la question posée à l’une d’elle, « souhaiteriez-vous une grâce présidentielle ? », sa réponse est catégoriquement négative : « C’est à lui de s’excuser ! ». Le culot ! Poutine demandera-t-il pardon ? Pourrait-il demander conseil auprès de la Vierge Marie ? Cet homme a parfois de l’humour, non ? Espérons qu’il puisse sortir ces jeunes femmes de leur colonie pénitentiaire ! Evidemment, les chattes, c’est une affaire de haute politique !

A y regarder de plus près, on comprend aussi que les Pussy Riot et le groupe « provo »[6] Vojna[7], participent du mouvement contestataire qui a entraîné, au cours de l’hiver et du printemps 2011-2012, des centaines de milliers de Moscovites partisans d’une « Russie sans Poutine »…certes inaccessible tant que l’actuel président disposera de majorités incontestables (sinon parfaitement honnêtes) dans les scrutins[8] et dans les sondages d’opinion. Mais le renversement de Poutine est bien « à l’agenda » de la contestation ! Sans quoi on comprendrait mal l’intérêt de gouvernements et de médias du monde entier pour quelques « provocations anarchistes » qu’on ne voudrait pas trop chez soi !

« L’affaire » va-t-elle stimuler la reprise des protestations cet automne ? La contestation débordera-t-elle largement Moscou ? Ses acteurs libéraux, nationalistes et « gauchistes » pourront-ils enfin s’entendre sur un programme commun ? Les remous de la rue parviendront-ils à ébranler, à diviser les élites du sommet ? Le pouvoir ridiculisé par les Pussy s’en remettra-t-il ? En Russie, les commentaires sont partagés, aux antipodes. Les uns assurent que « la Russie  se déchire », d’autres qu’elle est largement indifférente à ce scandale qui n’agiterait que le landernau intellectuel moscovite. Attendre et voir.

En choisissant la principale cathédrale de Russie, le Christ Sauveur, pour exprimer leur demande à la Vierge Marie de « les délivrer de Poutine », les punkettes ont sans doute pris le risque d’incommoder la hiérarchie, voire de nombreux fidèles de l’Eglise orthodoxe. Cela peut paraître négligeable aux yeux des masses libérées des préjugés religieux que nous sommes. Certes, je vous le concède aisément.

Mais un événement russe ne doit-il être mesuré qu’aux jauges parisienne ou bruxelloise et new-yorkaise ?  Ainsi le veut, peut-être, la pensée restée coloniale qui est la nôtre quant aux univers « étrangers à nos valeurs. » Laïcs et tolérants envers les minorités comme nulle autre civilisation, nous ne nous souvenons pas trop de ce qu’étaient le rôle des Eglises et le traitement des minorités « de couleur » ou sexuelles chez nous il y a quelques dizaines d’années. Or, le reste du monde ne marche pas au même pas que le fulgurant Progrès qui nous guide. Même si la « modernisation de rattrapage », en Russie, a marqué quelques points importants avec son nouveau « capitalisme de choc ».

La « libération » du soviétisme athéiste, protectionniste et puritain, depuis vingt ans, a produit des effets contrastés. Il y a les punkettes qui nous étonnent. Il y a aussi les Eglises, les cultes religieux et toute la place qu’ils peuvent à nouveau occuper dans une société en désarroi, appauvrie, apeurée par la brutalité et l’accélération des changements. La Russie « célèbre » ces jours-ci les vingt ans du début des privatisations, dans la foulée de la « thérapie de choc » néolibérale recommandée par le FMI et les « conseillers » américains de l’équipe Eltsine-Gaïdar-Tchoubaïs.[9] Mémoire d’une terrible violence sociale que les opposants libéraux qualifient pourtant, avec nostalgie, d’ « époque démocratique ». Pour qui n’en a pas profité et ne nage pas dans l’opulence, cette « transition vers le Marché et la Démocratie » (expression favorite de nos spécialistes) a laissé un goût amer.   En matière d’ « expression et de protestation contre la détresse spirituelle » (Marx) la religion chrétienne répond peut-être à quelques besoins. D’autant qu’elle s’est investie, comme il se doit, dans les œuvres charitables. En ces domaines, elle est rivale, en Russie, d’un Islam lui aussi en plein réveil. A-t-on montré quelque part les images de la prière de fin du Ramadan en août 2012 à Moscou ? Il y avait là, dans les rues autour des mosquées de la capitale russe, quelque 170.000 fidèles ! Non, je ne crois pas qu’un Journal télévisé ait montré les images de ces rassemblements, pourtant à la hauteur de nos désirs de spectacle. Il est vrai que tout s’est passé dans le plus grand calme. S’il y avait eu quelque incident, nos caméras ne l’auraient pas manqué. Soit.

Mais que pensent les nombreux musulmans de Moscou des Pussy Riot ? Personne ne le leur demande. D’aucuns pensent qu’ils observent avec curiosité les réactions du pouvoir et de l’Eglise orthodoxe. Si les Pussy étaient grâciées, quelles conclusions pourrait donc en tirer les autorités islamiques ? Les mosquées ne seraient-elles à leur tour menacées de « performances » ? Le Kremlin ne serait-il pas lui-même déconsidéré face à ce peuple musulman, 17% de la population de Russie et source de déstabilisation d’une Fédération de Russie toujours multinationale ?

Le Nord-Caucase russe (et musulman) est en état de siège permanent. La république binationale du Tatarstan, capitale Kazan, est la proie de l’agitation fondamentaliste. Or, il s’agit là du cœur de la Russie volgienne et de l’Islam autochtone (depuis le 10ème siècle), d’une république hautement développée qui avait jusqu’à présent bien négocié son autonomie culturelle et la coexistence entre Slaves chrétiens et Turco-tatares musulmans.

Entre l’une et l’autre populations de croyants, les tensions montent pour de multiples raisons- principalement la pauvreté, les inégalités, l’exploitation à Moscou et dans les régions pétro-gazières d’une main d’œuvre au rabais composée de musulmans, le racisme militant et meurtrier des néonazis et autres mouvements « contre l’immigration illégale ». Ennemis jurés, aussi, des homosexuels et des Pussy. Déjà, des « milices orthodoxes » s’annoncent, et les Cosaques méridionaux, en unités paramilitaires, font la chasse aux clandestins. A maintes reprises pourtant, le président Vladimir Poutine s’est fait l’avocat de la coexistence des nations et religions au sein d’une Fédération de Russie multinationale et pluriconfessionnelle. Mais la pression augmente, des nationalismes « ethniques » et des fondamentalismes religieux. Le Kremlin semble accepter peu à peu l’hégémonie « spirituelle » de l’Eglise orthodoxe, qui voudrait bien redevenir, comme sous les tsars, religion d’état.   Fragilisant la société, l’état, l’immense territoire de la Fédération de Russie, qui risque à son tour, à terme, de connaître une « désagrégation assistée » comme en ont connu d’autres pays « pluriels ». – URSS, Yougoslavie, Irak, Syrie, « Au suivant ! » dirait Jacques Brel…

C’est à cette aune que l’on devrait pouvoir mesurer l’impact des Pussy Riot, et pas seulement au fait qu’elles nous amusent ou qu’elles flattent les goûts de liberté de la jeunesse moscovite. Cela dit, en souhaitant qu’elles soient, à leur corps défendant, « grâciées » et libérées !

Tout cela dépasse sans doute l’entendement des punkettes, qui ne savent pas trop  dans quelle pièce elles sont en train de (et on les fait) jouer. Il ne nous est tout de même pas interdit d’y penser !

 

Jean-Marie Chauvier

Le 5 septembre 2012



[1] Jeunes Communistes soviétiques.

[2] Fame : mouvement de femmes ukrainiennes qui, pour protester (au début) contre la transformation de l’Ukraine en « bordel de l’Europe » se sont exhibées les seins nus en public et en conférences de presse.

[3] KGB, Comité de la sécurité d’état, police politique et agence de renseignement intérieur et extérieur de l’URSS à l’époque post-stalinienne.

[4] FSB. Service fédéral de sécurité. Agence uniquement intérieure après 1991.

[5] La colonie pénitentiaire où seront internées les Pussy n’a rien à voir avec le « Goulag » stalinien ni même avec les « camps » de l’époque brejnevienne. Les colonies de travail actuelles ont la réputation d’être moins dures que les prisons où règnent l’arbitraire, la violence et la tuberculose. Il faudra surveiller de près le traitement infligé aux Pussy.

[6] Pour mémoire, les « provos » étaient un groupe « provocateur » des années soixante aux Pays-Bas, précurseur de plus vastes contestations.

[7] « Guerre » : ce groupe se manifeste par des actions spectaculaires et violentes, telles que le renversement ou l’incendie, nocturnes, de véhicules de police, et autres « défis » aux services de sécurité tel que le dessin d’un gigantesque pénis sur un pont levis de Saint-Petersbourg qui, levé, se dresse (le pont et son pénis) face à l’immeuble du FSB. (ex-KGB)

[8] Contrairement à ce qu’ont suggéré les médias occidentaux, la victoire de Vladimir Poutine aux élections présidentielles de mars 2012, quoique contestée et probablement « gonflée », n’était pas volée. TOUS les sondages, y compris ceux du centre Levada lié aux opposants libéraux, lui accordaient plus de 50%.

[9] Boris Eltsine, président (1991-1999), Egor Gaïdar premier ministre (1992), Anatoli Tchoubaïs, grand ordonnateur des privatisations bénéfiques à l’oligarchie financière et, bientôt (1995) pétrolière.

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L’art de la guerre : Pluton ressort des enfers

septembre 5th, 2012 by Manlio Dinucci

« Site Pluto » (Site Pluton) était pendant la guerre froide le plus grand dépôt d’armes nucléaires de la US Army en Italie. Dans ses souterrains, sous la colline de Longare (Vicence), étaient gardés plus de 200 engins nucléaires « tactiques » : des missiles à courte portée, des projectiles d’artillerie et des mines de démolition. Prêts à déclencher l’enfer nucléaire sur le territoire italien. Inactivé officiellement en 1992 comme dépôt, le site a été en partie affecté à des communications satellitaires. Il est, ainsi, quasiment tombé en léthargie.

 

A présent cependant Pluton est en train de se réveiller, prêt à assumer de nouveau sa pleine fonction guerrière. Des travaux sont en cours à l’intérieur de son périmètre fermé et surveillé. Le projet prévoit la construction d’un édifice de 5mille m2, dans lesquels seront entraînés avec des technologies d’avant-garde les soldats étasuniens, surtout ceux de la 173ème brigade basée à Vicence. Personne par contre ne sait quelles réelles activités se dérouleront derrière son mur de « protection », haut de 6 mètres. Ni, non plus, à quel usage seront affectés les souterrains du site. Les mystères de Pluton continuent ainsi, sous la chape du secret militaire, garanti au Pentagone par les accords secrets entre les deux gouvernements. Aucun mystère par contre sur le fait que la réactivation du site entre dans le renforcement de tout le réseau de bases militaires étasuniennes dans le territoire de Vicence : c’est là que s’est installé le US Army Africa, et la 173ème brigade potentialisée a été autorisée en 2007 par le gouvernement Prodi[1] à construire une nouvelle base dans l’aire de l’aéroport Dal Molin. Ici s’ouvre donc un scénario encore plus inquiétant : comme déclaré par Francesco Cossiga[2] le 28 février 2007 au sénat,  la 173ème brigade est « un instrument du plan de dissuasion et de rétorsion, y compris nucléaire, appelé Pointe de diamant ». Les USA –confirme la Fédération des scientifiques américains (étasuniens, NdT) dans un rapport de mai 2012- maintiennent 50 bombes nucléaires par avion à Aviano (région de Pordenone, Frioul-Vénétie-Julie) et 20 à Ghedi Torre (Brescia). Ce ne sont pas des résidus guerriers de la guerre froide, mais d’efficientes bombes B-61, plus de dix fois plus puissantes que celle de Hiroshima, qui, par lots, seront remplacées par une nouvelle bombe nucléaire, la B61-12, beaucoup plus puissante. Les bombes sont gardées dans des hangars spéciaux avec les chasseurs prêts pour l’attaque nucléaire : des F-16 étasuniens à Aviano et des Tornado italiens à Ghedi Torre. L’aéronautique italienne a participé à la manœuvre étasunienne de guerre nucléaire « Steadfast Noon », en mai 2010 à Aviano et en septembre 2011 à Volkel AB en Hollande. Il n’est donc pas exclu que le « Site Pluto » exhumé servira aussi à des manœuvres de guerre nucléaire et éventuellement, à nouveau, comme dépôt et centre de manutention d’armes nucléaires. Surtout quand les F-16 et les Tornado seront remplacés par les chasseurs F-35 de cinquième génération, pour lesquels a été projetée la nouvelle bombe nucléaire B61-12. Au lancement de laquelle se prépareront aussi les F-35 italiens. L’Italie continuera ainsi à violer le Traité de non-prolifération qu’elle a souscrit, s’engageant solennellement à « ne pas recevoir de quiconque des armes nucléaires, ni le contrôle sur de telles armes, directement ou indirectement ». On cèle ceci et d’autres choses dans les souterrains de « Site Pluto », sur la superficie duquel sera construit un édifice qui, a-t-on garanti, sera à faible impact environnemental, doté de panneaux photovoltaïques pour ne pas polluer.

F-16 étasuniens à Aviano

 

 

Edition de mardi 4 septembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120904/manip2pg/14/manip2pz/328125/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 



[1] Gouvernement Prodi de “centre gauche”

[2] Francesco Cossiga, président de la république 1985-1992.

 

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Dommages Collatéraux : la face cachée d’un terrorisme d’État

septembre 4th, 2012 by Guillaume de Rouville

Lors des guerres menées par les États-Unis depuis la chute du mur de Berlinau nom d’une certaine idée de leur puissance, est apparue une notion, celle de« dommages collatéraux », qui a été utilisée par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant desvictimes civiles. Ces dommages collatéraux ne seraient pas souhaités par lapuissance militaire qui déplore ces tragiques erreurs, fruits de renseignements erronés ou d’une technologie défaillante.

 Or, a y regarder de plus près, on s’aperçoit que la plupart de ces actes de guerre ayant détruit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, enLibye ces dernières années[1], ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense.

On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire répond : pour imposer la terreur source de toute obéissance.

 La doctrine militaire dément ici brutalement la propagande politique : faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner laguerre ; torturer leur corps est un des moyens de courber leur échine ; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur âme (les bombardements des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale l’attestent amplement – la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre débat).

 Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu’inciter des non-combattants à prendre les armes et à renforcer l’armée des ombres[2]. Les soldats du monde entier le savent bien et répondent impunément : les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas ; elles souffrent en silence et ne rêvent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil. Cela va même plus loin : les innocentes victimes finissent souvent par réclamer protection à leurs bourreaux. À bout, démoralisées par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi à l’autre bout du fusil.

 C’est au cours de la guerre d’Algérie que les militaires français (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont élaboré une doctrine mettant au centre des conflits armés les populations civiles[3] (les Anglais avaient déjà appliqué cette démarche au Kenya au début des années 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n’avaient pas eu l’idée d’en faire une doctrine digne d’être enseignée dans les écoles militaires).

 Non plus cibles involontaires d’une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l’objectif militaire à conquérir et à détruire au nom d’objectifs humains, trop humains. La torture, les exécutions sommaires, les bombardements de civils ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d’une cause politique. Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les écoles militaires américaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d’Amérique Latine, et tout particulièrement en Amérique Centrale, dans les cinquante années suivant la guerre d’Algérie[4].

 Les légions atlantistes parties, sous l’égide de l’Otan, à l’assaut de l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan et de la Libye ont également appliqué cette doctrine pour tenter d’imposer l’American Way of Life et le libéralisme triomphant aux populations réfractaires. La doctrine militaire du shock and awe (choc et effroi) appliquée par les États-Unis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 n’est que la réactivation de cette doctrine par des théoriciens soucieux de rafraîchir le corpus doctrinaire militaire américain. Les auteurs de cette resucée, Harlan Ullman et James Wade[5], prennent pour exemple les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en août 1945 et décrivent sans ambiguïté l’effet recherché : il s’agit d’infliger des destructions massives, de nature humaine ou matérielle, afin d’influencer une société donnée dans le sens recherché par celui qui met en œuvre le choc et l’effroi, plutôt que s’attaquer directement à des objectifs purement militaires[6].

 On le voit, cette notion de « dommages collatéraux » cache en réalité un terrorisme d’État[7], un terrorisme de masse, un terrorisme occidental dont les médias occidentaux s’accommodent aisément puisqu’il est l’œuvre de leurs maîtres atlantistes. Ils font plus que s’en accommoder à vrai dire : ils commettent un crime médiatique lorsqu’ils utilisent le terme de « dommages collatéraux » pour masquer les actions terroristes de leurs dirigeants aux mains sales.

 Il est intéressant de constater que ce terrorisme d’État occidental est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n’a pas plus de justification à nos yeux), terrorisme islamique qui peut être, par ailleurs, comme en Libye et en Syrie, le précieux relais des objectifs géostratégiques des Occidentaux et de leurs élites.

 Ainsi, le terrorisme semble être au cœur de la doctrine et des stratégies militaires des démocraties occidentales. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce que nos dirigeants prétendent s’acharner à faire, il faudrait oser engager toute notre ardeur combattante contre nous-mêmes. À défaut de quoi, la mort de la démocratie sera (si ce n’est pas déjà le cas) le dommage collatéral de notre cynisme et de notre tartuferie.

Guillaume de Rouville, auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012.


[1] Tout comme au Vietnam, au Cambodge, en Amérique Centrale et en ex-Yougoslavie, pour ne prendre que quelques exemples supplémentaires.

[2] ‘L’Armée des Ombres’, titre d’un roman de Joseph Kessel sur la Résistance, est une expression que nous utilisons pour désigner les différentes formes de résistance civile face à l’oppression.

[3] Pour une étude générale sur le sujet des escadrons de la mort, lire le livre de Marie-Monique Robin, « Les escadrons de la mort. L’école française », 2004, La Découverte.

[4] Voir, pour une analyse de cette doctrine militaire : « De la guerre coloniale au terrorisme d’État », de Maurice Lemoine, Le Monde Diplomatique, novembre 2004.

[5] Harlan K. Ullman, James P. Wade, « Shock And Awe: Achieving Rapid Dominance » (National Defense University, 1996).

[6] « The second example is “Hiroshima and Nagasaki” noted earlier. The intent here is to impose a regime of Shock and Awe through delivery of instant, nearly incomprehensible levels of massive destruction directed at influencing society writ large, meaning its leadership and public, rather than targeting directly against military or strategic objectives even with relatively few numbers or systems. The employment of this capability against society and its values, called “counter-value” in the nuclear deterrent jargon, is massively destructive, strikes directly at the public will of the adversary to resist, and ideally or theoretically, would instantly or quickly incapacitate that will over the space of a few hours or days ». Op-Cit, chapitre 2, page 23.

[7] Le terrorisme étant l’usage de moyens violents visant à terroriser une population à des fins politiques.

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