Le réseau mondial des bases militaires US

mars 21st, 2014 by Jules Dufour

Cet article analyse la situation des bases militaires US dans le monde en 2007

Le contrôle des activités humaines, économiques, sociales et politiques mondiales est assuré de plus en plus par les États-Unis d’Amérique (USA) dont la volonté de domination s’exprime dans une stratégie d’interventions directes et indirectes continues pour orienter la conduite des affaires mondiales en fonction de leurs propres intérêts. Le Rapport Global 2000 publié en 1980 présentait l’état du monde en faisant état des menaces qui pourraient peser sur ces intérêts. 20 ans plus tard, les Étatsuniens, pour justifier, dans le contexte de leur propre sécurité, leurs interventions sous toutes les latitudes, montent la plus grande supercherie que l’on puisse imaginer, «une guerre mondiale contre le terrorisme» ou, en d’autres mots, une guerre contre ceux ou celles qui osent ne pas vouloir être ou devenir leurs esclaves.

Les quatre éléments majeurs de la stratégie de conquête et de domination du monde par les Étatsuniens sont le contrôle de l’économie mondiale et des marchés financiers, la main mise sur toutes les ressources naturelles (matières premières et ressources énergétiques) névralgiques pour la croissance de leurs avoirs et de leur pouvoir par le biais des activités des corporations multinationales, la mise en tutelle des 191 gouvernements  membres de l’Organisation des Nations Unies et, enfin, la conquête, l’occupation et la surveillance de ces éléments grâce à un réseau de bases ou d’installations militaires qui couvrent l’ensemble de la Planète (continents, océans et espace extra-atmosphérique). Il s’agit d’un Empire dont il est bien difficile d’en déterminer la juste ampleur.

Il est cependant possible d’en décrire la configuration générale à partir des informations rendues publiques dans les rapports annuels présentés devant le Congrès étatsunien sur les dépenses militaires nationales et le réseau des bases militaires situées à l’étranger et aussi dans une série d’analyses de la configuration de cet ensemble dans plusieurs régions du monde.

Cet article a pour objectif de présenter un bref aperçu du réseau mondial des bases militaires possédées ou contrôlées par les Étatsuniens, les effectifs, les traits de la répartition spatiale de ces installations, les coûts annuels de leur déploiement, les éléments qu’elles surveillent et les projets actuels d’expansion de ce réseau. Nous examinerons, dans une seconde partie, le mouvement mondial de résistance populaire à ces projets. Nous analyserons, dans un autre article, les réseaux d’autres puissances nucléaires tels que ceux du Royaume Uni, de la France et de la Russie.

1. Les bases militaires

Les bases militaires sont les lieux d’entraînement, de préparation et de stockage des équipements de guerre des armées nationales dans le monde.  Elles sont peu connues, car les visiter est à toutes fins pratiques interdit pour le grand public. Bien qu’elles empruntent plusieurs configurations selon les fonctions spécifiques qu’elles sont appelées à assumer elles peuvent être classées en quatre grandes catégories : Les bases aériennes (Air Force) (photos 1 et 2), les bases terrestres (Army), les bases navales (Navy) et les bases de communications et de surveillance (Spy).

Photo 1. Base aérienne de Diego Garcia située dans l’océan Indien

Image:Diego Garcia (satellite).jpg

Photo 2. Diego Garcia. Vue de deux B-52 et de six Kc-135.

II. Plus de 1000 bases ou installations militaires

La plupart des sources de renseignements sur cette question (notamment C. Johnson, le Comité de Surveillance de l’OTAN, l’International Network for the Abolition of Foreign Military Bases,etc.) révèlent que les Étatsuniens possèdent ou occupent entre 700 et 800 bases militaires dans le monde.

Conçue par Hugh d’Andrade et réalisée par Bob Wing la carte 1 intitulée : «U.S. Military Troops and Bases around the World», «The Costs of «Permanent War» publiée en 2002 permet de constater la présence de militaires étatsuniens dans 156 pays, de leur présence sur des bases étatsuniennes dans 63 pays, des bases récemment construites (depuis le 11 septembre 2001) dans sept pays et un total de 255 065 effectifs militaires. Cette présence qui se traduit par un total de 845 441 installations diverses couvre, dans les faits, des terrains d’une superficie de 30 millions d’acres. Selon Gelman, en se basant sur les données officielles du Pentagone de 2005, les USA possèderaient 737 bases à l’étranger. Avec celles du territoire métropolitain et de leurs propres territoires les bases couvriraient une superficie totale de 2 202 735 hectares, ce qui ferait du Pentagone l’un des plus grands propriétaires terriens de la planète (Gelman, J., 2007).

Carte 1. Les militaires étatsuniens dans le monde. Les coûts de la «guerre continue» et quelques données comparatives

Source : RÉCIT national de l’univers social , carte adaptée du Monde diplomatique.

Les données du Peace Pledge Information 2003 indiquent qu’entre 2001 et 2003 le réseau étatsunien comprenait 730 installations et bases dans plus de 50 pays et faisait appel à un personnel militaire américain dans des douzaines d’autres pays (carte 2). D’autres sources mentionnent que les USA possédaient en 2004 plus de 750 bases réparties dans 130 pays et ce sur tous les continents. Un grand nombre d’entre elles étaient situées sur des îles. Selon C. Johnson, l’Empire américain en possèderait ou louerait plus de 1 000 au total à l’étranger (Johnson, 2007). En bref, les bases et les troupes étasuniennes occupent et contrôlent presque la totalité des espaces terrestres et marins de la planète. Encore quelques pays semblent leur échapper comme la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, Cuba et le Venezuela, une situation qu’un Empire, on peut s’en douter, ne pourrait tolérer trop longtemps

Carte 2Les bases militaires étatsuniennes dans le monde (2001-2003)

La carte du Réseau mondial NO BASES (carte 3) révèle ce qui suit :

-           Des bases en opération qui se situent en Amérique du Nord, dans quelques pays latino-américains, en Europe de l’Ouest, au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Indonésie, aux Philippines et au Japon.

-           Des bases désaffectées

-           De nouveaux sites sélectionnés

-           Des bases d’espionnage

-           Des bases d’espionnage satellite

-           Les pays avec des bases étatsuniennes

-           Des bases dont l’acquisition est en négociation

-           Les pays sans bases américaines

Carte 3.  Les bases militaires étasuniennes


La surface terrestre est structurée en un vaste champ de bataille

Ces bases ou installations militaires de diverses natures sont réparties sur une grille de commandement divisée en cinq unités spatiales et quatre unités spéciales (Unified Combattant Commands) (Carte 4). Chaque unité est placée sous le commandement d’un général. La surface terrestre est donc considérée comme un vaste champ de bataille qui peut être patrouillé ou surveillé constamment à partir de ces bases.

Carte 4.  Le monde et les territoires sous la responsabilité d’un commandant ou structure de commandement

Map-the World With Commander' Area of Responsibility

Les territoires sous commandement sont (nous avons conservé leur appellation en anglais) le Northern Command (Peterson Air Force Base, Colorado), le Pacific Command (Honolulu, Hawaii), le Southern Command (Miami, Floride – Carte 5), le Central Command (MacDill Air Force Base, Floride), le European Command (Stuttgart-Vaihingen, Allemagne), le Joint Forces Command (Norfolk, Virginie), le Special Operations Command (MacDill Air Force Base, Floride), le Transportation Command (Scott Air Force Base, Illinois) et  le Strategic Command (Offutt Air Force Base, Nebraska).

Carte 5. Le Southern Command

L’OTAN peut compter sur 30 bases

L’OTAN, en tant qu’alliance militaire et désormais aussi politique, possède son réseau de bases, soit 30 au total qui sont principalement situées en Europe de l’Ouest : Whiteman aux U.S.A., Fairford, Lakenheath et Mildenhall au Royaume Uni, Eindhoven en Hollande, Brüggen, Geilenkirchen, Landsberg, Ramstein, Spangdahlem, Rhein-Main en Allemagne, Istres et Avord en France. Morón de la Frontera et Rota en Espagne, Brescia, Vicenza, Piacenza, Aviano, Istrana, Trapani, Ancora, Pratica di Mare, Amendola, Sigonella, Gioia dell Colle, Grazzanise et Brindisi en Italie, Tirana en Albanie, Incirlik en Turquie, Eskan Village en Arabie saoudite et Ali al Salem au Koweit,

III. Un personnel militaire sous toutes les latitudes

Selon les données de l’encyclopédie libre Wikipedia (données de février 2007), le système de défense étatsunien métropolitain (on estime à 6000 le total des installations militaires aux USA eux-mêmes) et mondial fait appel à un personnel de 1.4 million de personnes dont 1 168 195 aux États-Unis et dans leurs territoires d’outre-mer. Selon la même source ils en déploient 325 000 à l’étranger dont 800 en Afrique, 97 000 en Asie (en excluant le Moyen-Orient et l’Asie centrale), 40 258 en Corée du Sud, 40 045 au Japon, 491 sur la base de Diego Garcia dans l’océan Indien, 100 aux Philippines, 196 à Singapour, 113 en Thaïlande, 200 en Australie et 16 601 sur des navires de guerre.

En Europe, on compte encore la présence de 116 000 militaires étatsuniens dont 75 603 en Allemagne. En Asie centrale, environ 1 000 militaires sont stationnés sur la base aérienne de Ganci (Manas) au Kirghizistan et 38 se trouvent à Kritasanisi, en Géorgie, dont la mission est d’assurer l’entraînement des soldats géorgiens. Au Moyen Orient, on dénombre 6 000 militaires dont 3 432 au Qatar et 1 496 à Barhein. En Occident, en dehors des USA et de leurs territoires, on en retrouve 700 à Guantanamo, 413 au Honduras et 147 au Canada.

Les carte 3, quant à elle, présente le personnel en devoir selon un découpage en sept grands ensembles. Le nombre total du personnel de la Défense cantonné aux États-Unis eux-mêmes et dans leurs territoires est de 1 139 034.militaires. Dans les autres régions de l’hémisphère occidental on en compte 1 825, en Europe 114 660, en Afrique subsaharienne 682, en Afrique du  Nord , au Moyen Orient et en Asie du Sud 4 274 et dans l’Est asiatique, en Ex-URSS 143 et dans le Pacifique 89 846.

IV. Les coûts d’exploitation de ce réseau mondial

Les dépenses militaires des USA sont passées de 404 à 626 milliards de dollars – valeur équivalente du dollar de 2007 (données du «Center for Arms Control and Non-Proliferation» de Washington) entre 2001 et 2007 et devraient dépasser les 640 milliards en 2008 (figure 1 et http://www.armscontrolcenter.org/archives/002244.php ). Elles correspondaient en 2006 à 3,7% du PIB et à $935.64 per capita.

Figure 1. Les dépenses militaires des USA depuis 1998

At 2007 prices, 1998 military spending was $364.35bn. 2008’s is approximately $643.9bn

Selon les données de la carte 1 (The Costs of «Permanent War and By the Numbers») le budget de la Défense proposé en 2003 de 396 milliards de dollars a atteint dans les faits les 417.4 milliards et correspondait déjà à une augmentation de près de 73% par rapport à celui de 2000 qui atteignait les 289 milliards et plus de la moitié du budget total discrétionnaire des États-Unis. Depuis 2003 ces dépenses viennent s’ajouter à celles de la guerre d’occupation de l’Irak qui atteignent aujourd’hui (fin mars 2007) un total cumulé de 413 milliards de dollars selon le National Priorities Project.

Les estimations des besoins du budget de la Défense qui ont été présentées en mars 2006 dans le Livre Vert de la Défense correspondaient à la somme totale de près de 440 milliards de dollars pour l’année fiscale 2007. Le personnel demandé était de 1 332 300 militaires et autres employés, mais il est noté que ces données ne comprenaient pas les crédits nécessaires pour la guerre mondiale contre le terrorisme. Il s’agissait donc du budget régulier.

A. Goldstein du Washington Post, dans le cadre d’un article sur les faits saillants du budget national de 2007 intitulé «2007 Budget Favors Defense» écrivait à ce sujet: «Dans l’ensemble, le budget de l’année fiscale 2007 aura pour effet d’effectuer les changements que l’Administration s’était évertuée à apporter au cours des cinq dernières années, soit d’augmenter les capacités militaires et de défense contre les menaces terroristes sur le sol des États-Unis tout en restreignant les dépenses dans plusieurs secteurs d’activités comme ceux de l’éducation et du transport ferroviaire.».

V. Des bases pour le contrôle des ressources énergétiques fossiles

Les USA ont entrepris, après les événements du 11 septembre 2001, une guerre globale contre le terrorisme, d’abord en Afghanistan et ensuite en Irak et s’acharnent contre les pays qui n’obéissent pas fidèlement à l’ordre qu’ils veulent imposer à l’ensemble de l’humanité et, notamment, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et le Venezuela. Ils surveillent de près les gouvernements qui ne sont pas nécessairement favorables à l’expansion de leur emprise sur les ressources de leurs territoires. Ils sont particulièrement préoccupés par les mouvements de résistance à leurs interventions en Amérique du Sud, ce qui a amené le Président Bush à effectuer récemment une tournée éclair dans plusieurs pays tels que le Brésil, l’Uruguay, la Colombie, le Guatemala et le Mexique «pour promouvoir la démocratie et le commerce», mais surtout pour essayer de neutraliser ces mouvements et de bâtir un contrepoids suffisant pour en freiner l’expansion

Il en est ainsi en Asie centrale. Selon Iraklis Tsavdaridis, Secrétaire du Conseil mondial de la Paix (WPC), la présence des bases militaires des U.S.A. ne doit pas être perçue comme servant un objectif purement militaire. Les bases sont là pour promouvoir les intérêts économiques et politiques du capitalisme des États-Unis. Par exemple, les entreprises et le gouvernement étatsuniens ont déjà manifesté un vif intérêt pour construire un corridor sécuritaire pour le pétrole et le gaz naturel du bassin de la mer Caspienne en Asie centrale en passant par l’Afghanistan, le Pakistan et la mer d’Arabie (carte 6). Cette région ne contiendrait que 6% des réserves de pétrole connues et 40% des réserves de gaz. La guerre d’occupation de l’Afghanistan et la construction de bases militaires des U.S.A. en Asie centrale sont considérées comme une occasion propice pour faire de ce pipeline une réalité».

Les USA sont en guerre en Afghanistan et en Irak pour cette raison fondamentale et ils veulent poursuivre ces opérations jusqu’à l’atteinte de leurs objectifs.  Selon les données de l’Encyclopédie libre Wikipédia, les troupes étatsuniennes déployées dans ces pays totalisent près de 190 000 militaires. L’Opération «Enduring Freedom», en Irak seulement est menée avec près de 200 000 effectifs en incluant les 26 000 soldats des autres pays qui participent à la «mission». Une vingtaine de milles pourraient se joindre aux autres contingents dans les prochains mois. En Afghanistan, on dénombre la présence de 25 000 militaires au total (cartes 6 et 7).

Carte 6.  Le pétrole et les guerres au Moyen Orient

Carte 7. Les bases américaines situées en Asie centrale

Carte 8. Les gisements de pétrole en Amérique latine

VI. Des bases militaires pour le contrôle des ressources renouvelables stratégiques

Selon la liste dressée par l’encyclopédie libre Wikipédia, les bases militaires étatsuneinnes à l’étranger, héritage de la Guerre froide, étaient situées principalement en Europe de l’Ouest dont 26 en Allemagne, huit en Grande Bretagne et huit en Italie. À ces bases on pouvait ajouter neuf installations au Japon.

Au cours des dernières années et ce, dans le contexte de la guerre contre «la terreur» les USA ont initié la construction de 14 nouvelles bases autour du Golfe persique  un plan de construction ou de renforcement de 20 bases (106 installations au total) en Irak pour des dépenses totales de 1 100 milliards de dollars dans ce seul pays (Varea, 2007) et l’utilisation d’une dizaine de bases en Asie centrale. Ils ont aussi entrepris ou poursuivi des négociations avec plusieurs pays pour installer, acquérir, agrandir ou louer d’autres bases et, notamment, avec le Maroc, l’Algérie, la République du Mali, le Ghana (Ghana WEB. 2006), le Brésil, l’Australie (Nicholson, B., 2007), la Pologne, la République tchèque (Traynor, I., 2007), l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan, l’Italie (Jucca, L., 2007) et la France avec un accord pour s’installer à Djibouti (Manfredi, E., 2007). Toutes ces démarches s’inscrivent dans la perspective de mettre en place une série de bases dans un corridor est/ouest entre la Colombie, le Maghreb, le Proche Orient, l’Asie centrale jusqu’aux Philippines que les Étatsuniens ont appelé «arc d’«instabilité» (Johnson, C., 2004) ainsi que de d’assurer un accès facile et permanent aux ressources hydriques et biologiques de grande valeur comme celles du bassin amazonien (Delgado Jara, D., 2006 et cartes 9 et 10).

Carte 9. Les richesses biologiques de l’Amérique latine

Carte 10. Les ressources en eau douce en Amérique latine

VII. Les mouvements de résistance

À l’instar de l’opposition traditionnelle organisée et conduite par les organisations pacifistes et anti-guerre dans le monde au cours des 40 dernières années la redéfinition du réseau des bases militaires étatsuniennes commandées par un redéploiement des forces armées en fonction de la localisation des ressources stratégiques traditionnelles et des ressources renouvelables de grande valeur suscite de nombreuses manifestations d’opposition et de résistance. On a pu l’observer récemment en Espagne, en Équateur, en Italie, au Paraguay, en Ousbékistan, en Bulgarie et dans plusieurs autres pays. Ces manifestations se sont ajoutées aux mouvements de résistance de longue date développés en Corée du Sud, à Puerto Rico, à Guam, aux Philippines, à Cuba, en Europe, au Japon et ailleurs.

Un mouvement mondial de résistance à la présence de bases militaires à l’étranger a pris naissance et s’est développé au cours des dernières années. Il s’agit de NO BASES ou du Réseau international pour l’abolition des bases militaires étrangères

Ce réseau a pour objectif de poursuivre le processus de désarmement et de démilitarisation de la planète et principalement celui du démantèlement des bases militaires étrangères. Il regroupe les organisations qui font la promotion de la paix établie par la démocratie participative et la justice sociale. Le Réseau No Bases organise des campagnes d’éducation et de sensibilisation du public en mobilisant, en ce sens, les forces vives de la société civile. Il travaille aussi aux travaux de réhabilitation des sites militaires abandonnés comme c’est le cas, notamment, en Europe de l’Ouest.

Jusqu’en 2004, ces campagnes ont eu avant tout une portée locale et nationale. Le Réseau permettra désormais de s’étendre à l’échelle du Globe, car comme le souligne le Réseau lui-même «il est très important de développer des liens plus forts et  plus étroits entre les campagnes ayant un impact local et celles qui mobilisent un pays tout entier ou celles qui peuvent  avoir une portée mondiale. Les groupes locaux à travers le monde peuvent s’inspirer et tirer des bénéfices en partageant de l’information, des expériences et des stratégies».

Le Réseau ajoute : «Le fait de prendre conscience qu’on n’est pas seul dans la lutte contre les bases étrangères est un facteur qui renforce et motive les acteurs. Les activités et campagnes dont la coordination est mondiale permettent de faire connaître davantage la portée et l’importance de la résistance à la présence militaire étrangère à travers le monde. Dans la conjoncture actuelle où l’on assiste à un processus plus intense de militarisation et de recours à la force dans le monde on éprouve un besoin urgent et pressant d’établir et de renforcer le réseau international des militants, des organisations et des mouvements qui portent une attention particulière à la présence militaire étrangère et qui travaillent à l’établissement d’un système de justice et de paix».

Pour le Réseau, les guerres en Afghanistan et en Irak et la militarisation et la surveillance accrue des gouvernements et des activités de la société civile par les États-Unis constituent un momentum favorable au renforcement des mouvements de résistance: «Lors d’une rencontre internationale anti-guerre tenue à Jakarta en mai 2003, quelques semaines après le début de l’invasion de l’Irak, une campagne globale contre les bases militaires a été proposée comme une action à prioriser pour les mouvements globaux anti-guerre, de justice et de solidarité».

Depuis lors, cette campagne a pris de l’ampleur. Une liste d’adresses courriels a été établie ([email protected]  et [email protected]) qui permet la diffusion des expériences des membres du mouvement et des échanges d’informations et de discussions. Cette liste est formée maintenant de 300 personnes et  d’organisations en provenance de 48 pays.

Un site Internet permet aussi d’informer adéquatement l’ensemble des membres du Réseau. De nombreuses rubriques fournissent une information précieuse sur les activités qui se déroulent un peu partout dans le monde.

Le Réseau est de plus en plus actif et participe, ainsi, aux Forums sociaux continentaux ou mondiaux et organise des conférences et colloques. Il a participé au Forum social européen à Paris en 2003, et à Londres en 2004, au Forum social des Amériques en Équateur en 2004 et à celui de la Méditerranée en Espagne en 2005. L’un des rassemblements majeurs fut celui qui s’est tenu à Mumbai, en Inde, en 2004 dans les cadres du Forum social mondial. Plus de 125 participants en provenance de 34 pays ont posé les fondements d’une campagne globale coordonnée. Des priorités d’action ont été établies comme celle de fixer un jour donné pour une Action globale visant à souligner les enjeux entourant la présence des bases militaires à l’étranger. Enfin, il importe de mentionner que le Réseau a tenu quatre séances de discussions au Forum social de Porto Alegre en 2005 dont l’une a porté sur le financement des activités du Réseau.

Il convient de rappeler que le Réseau s’inscrit nettement dans le mouvement pacifiste global. Il a permis de faire comprendre davantage à ce mouvement l’importance de la problématique de la présence des bases militaires à l’étranger et qu’il importe que les organismes de justice et de paix lui portent une plus grande attention.

La pertinence du débat entourant la présence des bases militaires à l’étranger n’est plus à démontrer. Les fonctions attribuées à la base de Guantanamo qui échappent au contrôle du droit international, les enjeux autour des projets d’expansion de la puissance militaire des USA au Moyen Orient et en Asie centrale, la vive opposition populaire aux visées étatsuniennes dans la région andine en Amérique du Sud (carte 11) de même que celle que l’on observe au Japon autour des bases de Henoko et d’Okinawa, etc. nous interpellent et exigent une action globale concertée contre cette occupation inscrite dans le concept de la «Permanent War».

Carte 11. Mouvements sociaux de résistance en Amérique latine

La conférence internationale de Quito et de Manta, Équateur, mars 2007

Une conférence mondiale du réseau pour l’abolition des bases militaires étrangères a eu lieu à Quito et à Manta, Équateur, du 5 au 9 mars 2007.  La conférence a eu pour objectif de souligner les impacts politiques, sociaux, environnementaux et économiques des bases militaires étrangères et de faire connaître les principes des mouvements anti-bases, et construire formellement le réseau, ses stratégies, structure et plans d’action.

Les objectifs principaux de la conférence furent:

- Analyser le rôle des bases militaires étrangères et d’autres formes de présence militaire dans la stratégie de domination globale et ses impacts sur la population et l’environnement;

- Partager des expériences, de solidarité avec les luttes de résistance contre les bases militaires étrangères dans le monde;

- Atteindre un consensus sur des mécanismes d’objectifs, de plans d’action, de coordination, de communication et de prise de décision pour un réseau global pour l’abolition de toutes les bases militaires étrangères et d’autres formes de présence militaire;

- Établir des luttes et des plans d’action globaux qui renforcent les luttes de gens du pays et assurent leur coordination à l’échelle internationale.

Conclusion

Cet article a permis de constater combien l’emprise de la puissance militaire des États-Unis dans le monde est considérable et ne cesse d’augmenter. Les Étatsuniens considèrent la surface terrestre comme un terrain à conquérir, à occuper et à exploiter. La division du monde en unités de combat et de commandement illustre fort bien cette réalité. Dans ce contexte, il nous semble que l’humanité se trouve ainsi contrôlée voire attachée à des chaînes dont les maillons constituent les bases militaires.

Le processus de redéploiement des installations militaires en cours doit être analysé de façon minutieuse si l’on veut comprendre les stratégies d’intervention de Washington dans toutes les régions du monde. Ce processus est conduit sous la gouverne de la force, de la violence armée, de l’intervention à travers des accords de «coopération» dont les velléités de conquête sont sans cesse réaffirmées dans le design des pratiques du commerce et des échanges. Le développement économique est assuré par la militarisation ou le contrôle des gouvernements et des sociétés et des ressources immenses sont sacrifiées pour permettre ce contrôle dans la plupart des régions dotées de richesses stratégiques pour consolider les bases de l’Empire.

La mise sur pied du Réseau international pour l’abolition des bases militaires étrangères s’avère un moyen extraordinaire pour lutter contre le processus de militarisation de la Planète. Ce réseau est indispensable et son développement ne pourra se faire sans une adhésion ou un engagement de tous les peuples du monde. Ce sera extrêmement difficile de les mobiliser, mais les liens créés par ce réseau seront favorables à des luttes concertées à l’échelle mondiale.

En terminant, il convient de revoir les termes de la Déclaration finale de la 2ième Conférence internationale contre les bases militaires étrangères qui s’est tenue à La Havane en novembre 2005, déclaration formulée par les délégués de 22 pays ). Celle-ci cerne les enjeux majeurs entourant l’avenir de l’humanité et constitue un Appel à la solidarité internationale pour le désarmement et la paix.

 Jules Dufour

Le 9 avril 2007

Jules Dufour, Ph.D., est Président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, membre du Cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre du Conseil national de Développement & Paix.

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Le 6 avril 2014 marquera le 20e anniversaire de l’attentat au missile à Kigali qui a abattu l’avion transportant deux chefs d’État africains, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi. Nous savons que ce crime terroriste – sans doute le pire des années 1990 – a déclenché une guerre sans fin, de la destruction et des massacres au Rwanda et au Congo. Or, ce crime n’a jamais été élucidé; personne n’a été amené en justice. Malgré l’aveuglement et l’amnésie volontaires à l’égard du crime le plus critique des tragédies rwandaises et congolaises, des politiciens, des diplomates, des commentateurs, des intellectuels ainsi que des présidents, généraux et premiers ministres à la retraite invoquent constamment le « Rwanda » comme si la seule mention de ce mot accorde de la vérité et de l’autorité morale sur les positions politiques, militaires et impériales qu’ils défendent. On a invoqué spécifiquement le « Rwanda » pour justifier l’intervention militaire violente en Libye, au Soudan, au Mali, en Syrie et en République centrafricaine. « Partout, c’est le ‘Rwanda’ pour l’impérialiste humanitaire », fait remarquer Max Forte dans son livre remarquable, Slouching Towards Sirte, NATO’s War on Libya and Africa.

Voici le récit officiel – et assourdissant – qui leur permettrait d’invoquer le « Rwanda » :

1) de terribles génocidaires Hutus du Rwanda ont préparé et mis en œuvre un plan satanique pour éliminer près d’un million de Tutsis après l’écrasement mystérieux de l’avion transportant le président rwandais le 6 avril 1994;

2) le Front patriotique rwandais dirigé par Paul Kagame, stratège militaire brillant et aujourd’hui président du Rwanda, stationné à la frontière de l’Ouganda au nord-est du pays, a pénétré au Rwanda et marché sur la capitale pour mettre fin au génocide et prendre le pouvoir;

3) la communauté internationale n’a pas levé le petit doigt pendant que des tueurs, semblables aux Nazis, ont exterminé la plupart des Tutsis du Rwanda;

4) Paul Kagame a transformé ce pays déchiré par le génocide en un miracle africain grâce à son leadership visionnaire, quoique sévère.

Nous avons ainsi appris du « Rwanda » que, à l’avenir et au nom de l’humanité, nous – soit les armées de l’Amérique du Nord et de l’Europe – devons intervenir militairement pour empêcher ces peuples de s’entretuer.

Paul Kagame

 “100 % la responsabilité américaine”—Boutros Boutros-Ghali

Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU pendant la guerre rwandaise, fut l’un des premiers à mettre une fissure dans ce récit. Il m’a déclaré en entrevue que, « le génocide Rwandais était à 100 % la responsabilité américaine ». Celui, que les officiels du département d’État des États-Unis appelaient « Frenchie » avant de l’éjecter de son siège à l’ONU, explique : « Les États-Unis, avec l’appui énergique de la Grande-Bretagne, ont tout fait pour empêcher le mise en place au Rwanda d’une force des Nations Unies, et ils y sont parvenus. »

Des documents déclassifiés de l’administration Clinton confirme que l’ambassadrice étasunienne à l’ONU a reçu le 15 avril 1994 des directives du département d’État lui intimant de prendre tous les moyens pour s’assurer du retrait du Rwanda des troupes onusiennes de l’UNAMIR et de s’assurer qu’il n’y a plus de débats ni de résolutions à ce sujet. Ainsi, lorsque le FPR a repris la guerre le 6 avril au même moment où l’avion présidentiel a été abattu, la politique de Washington ne consistait pas à obtenir un cessez-le-feu. Cela qui aurait été la seule politique juste, logique et légitime en vertu de l’Accord de paix d’Arusha, que les deux parties ont signé en août 1993 dans le cadre d’un « processus de paix » que Washington, soutenu par Londres et Paris, avaient parrainé, au nom de l’ONU.

Toutes les preuves sérieuses et des témoignages sous serment indiquent que Paul Kagame et le FPR sont les auteurs de l’attentat du 6 avril contre les présidents du Rwanda et du Burundi. Cet attentat jumelé au blitzkrieg de la reprise de la guerre – ce qui révèle que le FPR était préparé et informé au préalable de l’attentat – dément le récit voulant que le FPR soit descendu du nord du pays pour mettre fin au génocide. C’était « choc et stupeur » sur Kigali.

La politique de Washington, en violation de l’Accord d’Arusha, consistait à créer des conditions d’une victoire décisive de l’armée du FPR – quel qu’en soit le coût. Au diable le partage du pouvoir prévu par l’Accord d’Arusha; cela aurait menotté le FPR et empêché qu’il domine militairement la région des Grands lacs africains. Tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni faisaient bloc contre toute tentative de paix, ce qui aurait permis de mettre fin aux tueries, l’histoire officielle serait comme suit : nous avons tous, la « communauté internationale » en entier, avons simplement abandonné les Tutsis au Rwanda; par conséquent, nous devons dire en chœur, sous la direction de Bill Clinton et de Madeleine Albright, dire « Mea culpa, mea culpa; plus jamais ».

D’anciens proches collaborateurs ont dissipé tout doute possible quant à la véracité de cette interprétation de la politique de Washington et du FPR. Théogène Rudasingwa, ancien ambassadeur du Rwanda aux États-Unis et chef de cabinet de Kagame, écrit : « Le FPR sentait qu’une force internationale allait geler la situation et enlever au FPR l’initiative militaire. Gerald Gahima et Claude Dusaidi ont expliqué cette position lors de réunions à Washington et à New York. » Rudasingwa ajoute que, en revanche : « Dans la campagne médiatique du FPR et à la Radio Muhabira, notre stratégie consistait à attaque le communauté internationale pour avoir abandonné le Rwanda. »  (Healing a Nation: Waging and Winning a Peaceful Revolution to Unite and Heal a Broken Rwanda, Createspace, 2014, p. 156).

Le « crime international suprême », sous le tapis

Le récit assourdissant sur le Rwanda enterre une autre vérité capitale, celle de la guerre qui a précédé l’attentat du 6 avril 1994. L’invasion du Rwanda le 1er octobre 1990 par 4000 troupes portant l’uniforme de l’armée ougandaise, qui formerait plus tard le FPR, n’était pas seulement une violation du droit international, elle a été le crime contre la paix, le « crime international suprême » selon les mot du juge Norman Birkett du tribunal de Nuremberg. (Dans sa sagesse infinie, le New York Times Magazine a qualifié l’invasion de « tensions accrues » entre Tutsis et Hutus.) Parmi ceux et celles qui invoquent le « Rwanda » pour justifier une intervention militaire humanitaire, personne ne mentionne ni l’invasion de 1990, ni l’occupation militaire du territoire rwandais, ni la guerre meurtrière qui a perduré pendant plus de 3 ans.

Un rapport de l’ONU sur le Congo d’octobre 2010 confirme que les tueries commises par l’armée rwandaise au Congo revêtaient un caractère génocidaire. Ça aurait dû sonner une autre alarme sur la nature du FPR et de son chef, Paul Kagame. Or, en revisitant la guerre au Rwanda de 1990 à 1994, on s’aperçoit que les tueries de masse ont commencé bien avant avril 1994. Et c’est le FPR qui en était responsable. Les Rwandais ont connu, avant 1994, ce qui les Congolais ont subi à partir de 1996

Une justice des vainqueurs contredit le récit officiel

Qu’en est-il des plans d’exterminer les Tutsis? Personne ne conteste le fait qu’il y a eu des massacres massifs au Rwanda en 1994. Mais le problème pour les défenseurs du récit officiel, c’est que les faits avérés ne sont pas au rendez-vous. Même si l’ONU a établi en 1995 un tribunal des vainqueurs – le Tribunal pénal international pour le Rwanda – doté des pouvoirs et des moyens nécessaires, en ce qui concerne le chef d’accusation fondamental, soit une entente en vue de commettre un génocide, l’homme qui aura été constamment accusé d’être le « cerveau » du génocide, Théoneste Bagosora, ainsi que ses trois accusés ont tous été acquittés de ce chef d’accusation. Après 18 ans de procès, de témoignages sous serment et de preuves, les faits révélés contredisent le récit officiel.

L’armée et les gendarmes rwandais, qui, seuls, auraient été en mesure de mettre fin aux tueries d’avril à juillet 1994, ne pouvaient le faire car ils étaient engagés dans une guerre à finir avec une machine militaire puissante, soit celle du Front patriotique rwandais. Et cette armée jouissait de l’appui politique, diplomatique et militaire de deux pays puissants, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Ces deux puissances, soutenus par certains pays laquais, ont ainsi semé la mort et la destruction à une échelle inégalée en Afrique centrale. Mais ces deux pays et deux anciens dirigeants vedettes, Bill Clinton et Tony Blair, ont le front de transformer ces tragédies inouïes en fiction impériale utile pour justifier d’autres interventions militaires, surtout en Afrique.

Robin Philpot

Robin Philpot est l’auteur de Ça ne s’est pas passé en Kigali (Les Intouchables, 2003), dont une version mise à jour et enrichie vient de paraître en anglais :  Rwanda and the New Scramble for Africa, From Tragedy to Useful Imperial Fiction.

L’hypocrisie impérialiste concernant la Crimée

mars 20th, 2014 by Joseph Kishore

Le référendum de dimanche en Crimée s’est accompagné d’un déluge de critiques émanant du gouvernement Obama et des médias américains. Il sert à intensifier l’offensive impérialiste en Ukraine et en Europe de l’Est, et dont l’objectif ultime est un changement de régime ou une guerre contre la Russie.

L’exercice de la politique étrangère des Etats-Unis suit le principe établi par le propagandiste nazi Joseph Goebbels et selon lequel si un mensonge est suffisamment gros et répété suffisamment de fois, il sera accepté.

Anticipant que le vote serait en faveur d’une sécession de l’Ukraine et de l’intégration à la Fédération russe, les Etats-Unis et l’Union européenne ont déclaré à l’avance que ce vote est illégitime et « illégal. » Une déclaration publiée par la Maison Blanche dit que le vote a été « organisé sous la menace de violences et d’intimidation d’une intervention militaire russe en violation du droit international. »

Quelle hypocrisie! Les Etats-Unis ont organisé des élections dans des pays qu’ils ont bombardés jusqu’à soumission complète en les occupant militairement à l’aide de dizaines de milliers de canons, de chars, d’avions de combat ainsi que de missiles qui visaient la population locale, en Irak et en Afghanistan, et ont salué les votes comme étant des modèles de démocratie.

Après le vote samedi du Conseil de sécurité de l’ONU sur une résolution condamnant le référendum, résolution à laquelle la Russie a opposé son veto, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power a déclaré, « La raison pour laquelle seul un pays [la Russie] a voté non aujourd’hui est que le monde croit que les frontières internationales sont plus que de simples suggestions. »

Il n’existe pas de pays qui viole aussi impunément les frontières internationales que les Etats-Unis. Dans ses relations avec des régimes qu’il juge être une entrave à ses objectifs géostratégiques et économiques, l’impérialisme américain considère les principes de la souveraineté nationale et l’intégrité des nations, qu’il invoque actuellement contre la Russie, non pas comme des suggestions mais comme n’ayant pas lieu d’être.

Il y a plus d’une décennie, Washington adoptait officiellement la politique de la guerre préventive, interdite par le droit international pour être une forme d’agression, en affirmant qu’au niveau de la politique nationale d’Etat il a le droit, sans autorisation préalable du gouvernement, de lancer des drones et de tuer des gens dans n’importe quel pays, une position, qui en 2013, avait été déclarée illégale par un haut représentant de l’ONU. Sous Obama, les assassinats et les meurtres de masse, perpétrés en recourant à de tels moyens, se sont considérablement accrus, coûtant la vie à des milliers de gens, dont des citoyens américains, dans plusieurs pays.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a déclaré au cours du week-end dans une conversation téléphonique avec son homologue russe, Sergeï Lavrov, que les « troubles » dans les villes de l’Ukraine orientale avaient été « encouragés par la Russie, et même pilotés par des agents du renseignement russe… comme un moyen pour déstabiliser le nouveau gouvernement ukrainien et probablement pour créer un prétexte à une nouvelle intervention militaire russe. »

L’impérialisme américain est passé maître dans l’art de susciter des conflits internes et de créer le prétexte d’interventions « humanitaires » dans l’intention de renverser des gouvernements et de mettre en place des régimes marionnettes, une politique poursuivie tout dernièrement en Syrie et en Libye. Après la dissolution de l’Union soviétique en 1991, Washington avait entrepris le démantèlement de la Yougoslavie comme partie intégrante de sa stratégie de faire entrer dans la sphère d’influence américaine les anciens pays du bloc de l’Est et les anciennes républiques de l’Union soviétique.

Il a soutenu, au milieu des années 1990, les guerres en Bosnie et en Croatie et lancé en 1999 une guerre aérienne de 78 jours contre la Serbie et qui tua des milliers de personnes dans le but de séparer le Kosovo de la Serbie, pour reconnaître ensuite la province de longue date serbe comme un Etat indépendant.

Kerry accuse Moscou d’encourager les « troubles » et de déstabiliser le gouvernement en Ukraine, après avoir supervisé la manipulation des manifestations à Kiev et leur prise en charge par des forces fascistes dans le but de faire chuter le gouvernement élu pro-russe de Viktor Ianoukovitch et d’installer un régime pro-américain comprenant des ministres néonazis et antisémites.

Pour ce qui est de la crise en Ukraine, ce sont les Etats-Unis et leurs alliés européens qui sont les agresseurs. Ils sont intervenus dans le but de modifier radicalement, au détriment de la Russie, l’équilibre des forces dans la région. Ils cherchent à transformer l’Ukraine en un poste avancé des forces armées des Etats-Unis et de l’OTAN et à se livrer à des provocations sans fin visant à affaiblir et finalement à démanteler la Russie.

Des navires de guerre ont été expédiés dans la région. Les pays de la région qui sont alliés aux Etats-Unis et à l’Europe, dont la Lituanie et la Pologne, où le vice-président Joseph Biden doit se rendre cette semaine, bénéficient d’une aide accrue. Les pays qui sont plus étroitement liés à la Russie, tels la Biélorussie et le Kazakhstan, sont les prochaines cibles pour un changement de régime.

Reconnaître ces faits n’implique nullement un soutien au régime de Poutine ni aux actions qu’il a menées en réponse aux provocations de l’Occident. Le gouvernement russe représente des oligarques criminels qui se sont enrichis dans le cadre de la dissolution de l’Union soviétique en s’emparant des anciens biens publics. Il est profondément hostile envers la classe ouvrière. Il compte, pour servir ses intérêts, sur la promotion du chauvinisme russe tant en Ukraine qu’en Russie. Il est incapable d’en appeler au sentiment anti-guerre largement répandu et profondément ancré au sein de la classe ouvrière en Russie, en Ukraine, en Europe, aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

Au fur et à mesure que la crise se développe en Ukraine, il devient de plus en plus clair que l’objectif des Etats-Unis est d’infliger une défaite humiliante à la Russie en modifiant de façon permanente les relations de forces existant entre elle et l’impérialisme américain. Dans un éditorial publié dimanche, leWashington Post déclare que « l’Occident doit aussi avoir pour objectif de punir et, au fil du temps, d’affaiblir le régime de M. Poutine. »

Le sénateur américain John McCain, qui conduit actuellement une délégation bipartite de sénateurs en visite à Kiev, a exposé, dans un commentaire publié samedi dans le New York Times, la stratégie des sections dominante de la classe dirigeante américaine. « Le régime [de Poutine] peut sembler imposant, mais il est en train de pourrir de l’intérieur, » écrit McCain. « Finalement, les Russes s’opposeront à M. Poutine de la même manière et pour les mêmes raisons que les Ukrainiens l’ont fait contre Viktor F. Ianoukovitch. »

Il a poursuivi en exigeant de nouvelles et plus sévères sanctions contre la Russie, pas seulement pour ses actions en Crimée mais pour avoir violé les « droits humains » des citoyens russes, un appel ouvert à une mise en quarantaine du style de celle imposée à l’Iran. Il a par ailleurs demandé l’intégration dans l’OTAN de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie.

McCain et d’autres sénateurs, dont Dick Durbin, secrétaire général du Parti démocrate, ont exigé un approvisionnement immédiat en armes pour le nouveau gouvernement ukrainien.

La « révolution » ukrainienne visait à éliminer l’influence de la Russie dans un pays qui lui est frontalier. Soit la classe dirigeante américaine s’attendait à ce que la Russie ne réagisse pas et a riposté furieusement à la tentative du régime Poutine de conserver le contrôle de la Crimée, soit l’action en Crimée avait été anticipée et a fourni l’occasion d’intensifier les menaces et l’intimidation.

Jusqu’où les Etats-Unis sont-ils prêts à aller ? Quelles que soient leurs intentions immédiates par rapport à l’Ukraine, les agissements de l’impérialisme ont une logique bien définie.

En Ukraine, les Etats-Unis et l’Union européenne ont promu des forces paramilitaires ultra-droitières et fascistes et qui occupent maintenant des postes de pouvoir au sein de l’Etat. Ces forces sont décidées à provoquer une guerre de l’Occident contre la Russie et à réprimer toute opposition dans le pays. Une garde nationale établie par le nouveau gouvernement va transformer les troupes de choc de la « révolution » en forces autorisées par l’Etat. L’extrême volatilité de la situation est telle que toutes sortes d’actions pourraient rapidement entraîner une guerre directe entre les grandes puissances.

La crise actuelle va-t-elle déclencher une guerre nucléaire ? C’est une possibilité réelle. Une chose est sûre : l’impérialisme, s’il n’est pas désarmé et vaincu par l’action unifiée de la classe ouvrière, créera des crises interminables, et chacune de ces crises pourrait plonger le monde dans l’horreur d’un holocauste nucléaire.

La classe dirigeante américaine ne reconnaît pas l’existence d’une opinion publique à l’exception de celle qu’elle fabrique elle-même au moyen de phrases toutes faites, loyalement reprises à la télévision et dans les journaux. Cependant, dans la mesure où, aux Etats-Unis, la classe ouvrière est consciente de ce qui se passe, elle est profondément hostile. Les guerres en Afghanistan et en Irak n’ont pas été sans marquer profondément la conscience de la population américaine.

Joseph Kishore

Article original, WSWS, paru le 17 mars 2014

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Le gouvernement Obama se sert de l’annexion par Moscou de la Crimée dans la fédération russe pour intensifier sa campagne de menaces et de sanctions. À cette fin, les États-Unis préparent leur régime fantoche en Ukraine et leurs alliés dans la région à mener une série de provocations militaires.

Après un discours mardi devant l’Assemblée fédérale russe, le président Vladimir Poutine a signé un traité annexant la Crimée.

Le vice-président américain Joseph Biden a réagi en accusant la Russie d’avoir «violé de manière flagrante le droit international» et fait une «incursion militaire éhontée». Il a formulé une menace en indiquant que les États-Unis envisageaient de déployer des troupes au sol dans les États baltes pour de nouveaux exercices militaires.

Quelques heures plus tard, le premier ministre ukrainien Arseniy Yatsenyuk a dit à son ministère de la Défense que le conflit en Crimée était entré dans une phase militaire. Yatsenyuk a accusé les forces russes d’avoir tué un soldat ukrainien dans une base près de la capitale régionale de la Crimée, Simferopol, qualifiant cet incident de «crime de guerre». L’Ukraine a ensuite autorisé ses troupes à tirer par «autodéfense».

Les provocations pour légitimer la guerre n’ont pas seulement lieu en Crimée. Elles pourraient être déclenchées dans tout l’est de l’Ukraine.

Mardi, les forces armées ukrainiennes étaient très occupées à déplacer des chars d’assaut et à creuser des tranchées dans le bassin du Donbass. Les douanes ukrainiennes ont indiqué que les troupes russes menaçaient les régions de Kharkiv, Donetsk et Luhansk. Le Donetsk, où les résidents russophones demandent un référendum comme en Crimée, a été placé sous le contrôle de l’oligarque Sergei Taruta. Il a menacé de procéder à des arrestations et de réprimer les manifestations, déclarant que «nous en avons fini avec la manière douce; nous allons maintenant nous défendre».

Le gouvernement ukrainien a alloué plus de 600 millions de dollars pour renforcer les défenses militaires et a partiellement mobilisé les forces armées. Il a refusé lundi de retirer ses troupes de Crimée, en dépit du traité de paix du 16 mars signé avec la Russie et qui est en vigueur jusqu’au 21 mars. Le ministre de la Justice Pavlo Petrenko a déclaré que «la question la plus importante est de restaurer la puissance militaire de l’Ukraine […] Notre armée devrait être prête au combat.»

Poutine a tempéré son discours sur l’annexion de la Crimée qui dénonçait la responsabilité des États-Unis et de leurs alliés dans la création de cette crise en Ukraine en offrant un compromis.

Les manifestations de la place Maïdan à Kiev, a-t-il dit, ont été utilisées par «des nationalistes, des néo-nazis, des russophobes et des antisémites» qui ont «exécuté ce coup d’État» avec le soutien «de bailleurs de fonds de l’étranger». Il a accusé l’Occident de tenir un double langage en raison de l’intervention au Kosovo en 1999 en soutien de la séparation unilatérale de cette province de la Serbie.

En Ukraine, a-t-il dit, l’Occident s’est comporté «de manière irresponsable» en encourageant les manifestations qui ont fait tomber le président Ianoukovitch jusqu’à ce que la Russie «ne puisse plus reculer». Il a déclaré que la «Russie a des intérêts nationaux qui doivent être respectés». Elle était confrontée au risque que Sébastopol, où est basée la flotte russe de la mer Noire, soit utilisée par l’OTAN, ce qui aurait menacé le sud de la Russie.

Il a conclu, cependant, avec une promesse de ne pas «diviser l’Ukraine» ni de porter atteinte aux sentiments nationaux ukrainiens, impliquant qu’il n’y aurait pas de nouvelle intervention militaire russe. Il a ensuite signé un traité acceptant la «République de Crimée» et la ville de Sébastopol comme faisant partie de la Fédération de Russie.

L’offre d’un compromis par Poutine, essentiellement la promesse de ne pas aller plus loin, a été rejetée immédiatement par Washington, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. La chancelière allemande Angela Merkel a condamné l’annexion de la Crimée en disant que cela allait «à l’encontre du droit international». Le président français François Hollande a quant à lui déclaré que «le prochain Conseil européen les 20 et 21 mars prochains doit fournir l’occasion d’une réponse européenne forte et coordonnée à la nouvelle étape qui vient d’être franchie». Le premier ministre britannique David Cameron a dit que «des mesures supplémentaires» devraient être prises contre ce que le ministre des Affaires étrangères William Hague a qualifié de «prise de territoire».

Une réunion de crise du G-7 et de l’Union européenne a été convoquée pour la semaine prochaine à La Haye, suite à une requête du président américain Barack Obama.

Les États-Unis, ainsi que l’Union européenne, menacent d’une escalade des sanctions (qui se limitent pour le moment à des politiciens proches de Poutine) pour s’en prendre aux entreprises et au commerce. Hier, les États-Unis ont à nouveau concentré leur énergie sur la construction d’une alliance militaire régionale contre la Russie.

Les États-Unis et l’UE fournissent tout le financement et les équipements de l’armée ukrainienne, qui est maintenant réorganisée autour d’une nouvelle «garde nationale» de 60.000 hommes sous la direction des politiciens fascistes Andriy Parubiy et Dmytro Yarosh et qui incorpore des milices de Secteur droit et Svoboda.

Lundi, après une réunion avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Deshchytsia, le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a promis un partenariat qui «comprend le développement de liens avec l’armée ukrainienne ainsi que l’augmentation du nombre d’entraînements conjoints». Il a ajouté, «de plus, l’OTAN impliquera plus activement l’Ukraine dans ses projets multinationaux en ce qui concerne le développement du potentiel militaire».

Les États-Unis accorde un rôle clé à la Pologne dans leurs plans. Biden a rencontré le premier ministre Donald Tusk et le président Bronislaw Komorowski à Varsovie.

Dans Forbes, Loren Thompson a noté l’importance géostratégique essentielle de la Pologne, membre de l’OTAN depuis 2004 avec une population de 38 millions d’habitants qui «partage des frontières avec trois anciennes républiques soviétiques et l’enclave russe de Kaliningrad sur la mer Baltique».

Il a écrit que la Pologne prévoyait maintenant reprendre le déploiement du Bouclier polonais, un système de défense antimissiles qu’Obama avait abandonné en 2009 en raison de l’opposition russe. Coûtant au moins 43 milliards de dollars, il opérera de concert avec les «défenses terrestres et maritimes que les États-Unis déploient dans la région».

Le projet consiste à acheter un système de défense aérienne de moyenne portée, le MEADS, aux États-Unis. Thompson a noté qu’en fin de semaine dernière, le gouvernement Obama «a donné au principal contractant, Lockheed Martin, la permission de faire une offre» pour le MEADS à Varsovie.

La Pologne a annoncé des projets de former une brigade militaire multinationale avec les États du Caucase, de l’Ukraine et de la Lituanie. Cette proposition avait été faite pour la première fois en 2009, mais les ministres de la Défense se rencontreront cette semaine pour former une brigade qui selon le Daily Telegraph «étendrait les frontières est de l’OTAN et ramènerait les forces armées de l’Ukraine encore plus dans le giron de l’Occident». La semaine dernière, le vice-ministre ukrainien de la Défense s’est rendu au quartier général de l’OTAN pour discuter de cette opération.

Biden a également rencontré la présidente de la Lituanie Dalia Grybauskaite, le président letton Andris Berzins et le président estonien Toomas Hendrik Ilves. La Lettonie et l’Estonie partagent leur frontière avec la Russie. Les trois ont une importante population russe. Les Russes de Lettonie, qui constituent un tiers de la population, sont considérés comme des «non citoyens» et ne peuvent pas voter. Cette semaine, 1500 Lettons qui s’étaient battus dans la Waffen SS de l’Allemagne nazie ont organisé leur parade annuelle dans Riga.

Le gouvernement islamiste turc de Recep Tayyip Erdogan a fait ses déclarations les plus belliqueuses contre la Russie jusqu’à maintenant, prévenant qu’il fermera le Bosphore aux navires russes s’il y a la moindre violence contre les Tatars de Crimée. Erdogan a également dit que la Turquie ne reconnaîtra pas le référendum en Crimée.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 19 mars 2014

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Communiqué de la Ligue Syriaque : Noyade d’une famille syrienne syriaque entre La Turquie et la Grèce

Le chef de la Ligue syriaque, M. Habib Ephrem [*] a confirmé que tous les membres d’une famille nombreuse syriaque, issue de la ville de Hassaka en Syrie, se sont noyés en mer.

Ils ont tenté de rejoindre la Grèce à partir de la Turquie en compagnie de plusieurs autres immigrants, mais malheureusement le moteur de leur embarcation est tombé en panne en plein milieu du parcours.

C’est donc une nouvelle tragédie humaine, chrétienne, nationale et levantine. Elle résume la dispersion, la dislocation et le désespoir qui frappent notre peuple, suite aux destructions et aux massacres perpétrés en Syrie.

Faut-il donc que les chrétiens d’Orient trépassent sous le regard du monde entier ? Sommes-nous condamnés à les perdre ? Faut-il qu’ils soient enlevés, comme cela s’est passé pour deux de leurs Évêques et de nombreux prêtres ? Faut-il qu’ils soient  assassinés, comme tant d’autres martyrs tombés durant ces trois années de guerre impitoyable à l’égard de tous les Syriens ? Faut-il qu’ils soient déplacés, arrachés à leurs villes et villages, condamnés à l’errance, abandonnés entre les mains de faussaires et de contrebandiers, comme si le paradis ne consistait plus qu’à atteindre les rivages de n’importe quelle terre étrangère, par n’importe que moyen, et à n’importe quel prix ?!

Plus tragique encore est notre incapacité à leur donner une lueur d’espoir. Nous nous contentons de simples contributions qui pourraient aider leur ferme résistance, et gardons la flamme dans l’attente d’un miracle en Orient !

Habib Ephrem

Président de la Ligue syriaque [Liban]

20/03/2014

Source : PDF ci-joint.

Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

[*] Ephrem appelle l’Europe à assumer son rôle vis-à-vis des chrétiens d’Orient

http://www.lorientlejour.com/article/833794/ephrem-appelle-leurope-a-assumer-son-role-vis-a-vis-des-chretiens-dorient.html

Extrait :

« le rôle joué par l’Europe pourrait être décisif pour ce qui est du destin des chrétiens d’Orient, à l’ombre des circonstances quasi impossibles dans lesquelles ils vivent actuellement ». « Où en est l’Europe ? Ses intérêts reposent-ils sur le développement des groupuscules extrémistes et le soutien des dictatures, ou la création d’un climat culturel nouveau qui se baserait sur le respect des droits de l’homme et de l’égalité ? ».

 

Note de la traductrice :

Il est sans doute normal que Monsieur Ephrem se pose un tel questionnement. Mais les Syriens, quelle que soit leur confession, savent et déclarent dans leur très grande majorité qu’ils ne comptent que sur leur Armée et la Résistance autant syrienne que libanaise, non sur l’Europe qui a prouvé avoir d’autres intérêts, comme il le suspectait si justement dans cet article de l’OLJ publié en Septembre 2013. Stabilité pour le Liban ? Peut-être. Mais guerre sans merci contre la Syrie, terre de la Chrétienté et de l’Islam authentiques.

Pour la première fois : Hymne national de la Syrie en Syriaque [Vidéo publiée le 16 octobre 2013]

http://www.youtube.com/watch?v=FgMsBRoca0Y

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Washington isolé sur la question vénézuélienne

mars 20th, 2014 by Salim Lamrani

Les Etats-Unis se retrouvent isolés sur le continent américain en ce qui concerne la question vénézuélienne, en raison de leur soutien apporté au secteur putschiste de l’opposition, dont les violences ont causé la mort de près de 30 personnes.

Depuis le début du mois de février 2014, les secteurs d’extrême droite de l’opposition multiplient les actes criminels au Venezuela dans le but de rompre l’ordre constitutionnel et de renverser le président démocratiquement élu Nicolas Maduro. Les violences ont causé la mort d’au moins 28 personnes dont plusieurs membres des forces de l’ordre. Le plan d’action a été élaboré dès janvier 2014 par trois leaders de l’opposition : Leopoldo López, président du parti Voluntad Popular, María Corina Machado, députée à l’Assemblée nationale, et Antonio Ledezma, maire de Caracas. Tous trois ont publiquement appelé à un coup de force contre le gouvernement légal et légitime de la République bolivarienne du Venezuela[1].

Les Etats-Unis se sont opposés dès le départ à Hugo Chávez et à la Révolution bolivarienne malgré son caractère démocratique et pacifique. Depuis 1999, Washington apporte un soutien politique, diplomatique, financier et médiatique à l’opposition vénézuélienne. En 2002, George W. Bush avait même orchestré un coup d’Etat contre le président Chávez avec la complicité de l’oligarchie vénézuélienne, d’une partie de l’armée et des médias privés du pays. Aujourd’hui, l’administration Obama soutient ouvertement les tentatives de déstabilisation de la démocratie vénézuélienne en apportant son concours à l’extrême droite.

Le Département d’Etat a ainsi défendu les manifestations violentes au nom de « la liberté d’expression ». Il a exigé des autorités vénézuéliennes qu’elles libèrent les responsables de ces actes qu’il estime « injustement détenus », alors que plusieurs ont été arrêtés les armes à la main. John Kerry, secrétaire d’Etat, a même menacé le Venezuela de sanctions[2].

Cependant, Washington se retrouve isolé sur le continent américain. En effet, l’immense majorité des pays de la région ont condamné les violences orchestrées par l’opposition et ont apporté leur soutien au gouvernement légitime de Nicolas Maduro. Le 7 mars 2014, l’Organisation des Etats américains, traditionnellement conservatrice et alignée sur Washington, et qui regroupe l’ensemble des nations du continent à l’exception de Cuba, a infligé un camouflet à l’administration Obama. Une résolution, adoptée par tous les pays à l’exception des Etats-Unis, du Canada et du Panama, a exprimé la « solidarité » et l’« appui [de l’OEA] aux institutions démocratiques, au dialogue et à la paix en République bolivarienne du Venezuela ». Dans une allusion à la position de Washington, l’OEA a appelé au « respect du principe de non-intervention dans les affaires internes des Etats » et a exprimé « son engagement envers la défense des institutions démocratiques et de l’Etat de droit ». Elle a également condamné l’attitude de l’opposition en exprimant « son refus le plus énergique de toute forme de violence et d’intolérance ». Enfin, l’OEA a fait part de son « plein appui ainsi que son encouragement des initiatives et des efforts du gouvernement démocratiquement élu du Venezuela et de tous les secteurs politiques, économiques et sociaux pour qu’ils continuent d’avancer dans un processus de dialogue national[3] ».

Donc son côté, l’Union des nations sud-américaines, qui regroupe les 12 pays de la région, a condamné « les récents actes de violence ». « Toute demande doit être canalisée de façon pacifique, par la voie démocratique et en respectant l’Etat de Droit et ses institutions », a-t-elle souligné. Elle a également exprimé sa « solidarité » avec « le peuple et le Gouvernement démocratiquement élu de cette nation » et a décidé de « soutenir les efforts du Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela pour établir un dialogue » avec tous les secteurs de la société. Dans une évidente allusion aux Etats-Unis, l’UNASUR a fait part de son « inquiétude face à toute menace contre l’indépendance et la souveraineté de la République Bolivarienne du Venezuela[4] ».

Michelle Bachelet, Présidente du Chili, qui a accueilli à Santiago du Chili la réunion de l’UNASUR, a apporté son soutien total à Nicolas Maduro et a condamné les tentatives de l’opposition de rompre l’ordre constitutionnel. « Nous n’accepterons jamais personne, que ce soit un individu ou un pays, qui incite à travers des mécanismes violents à renverser un Président légitimement élu », a-t-il affirmé, dans une nouvelle allusion aux Etats-Unis. Selon elle, les conflits doivent être résolus par la « voie du dialogue et de la paix », rejetant ainsi les manifestations violentes de l’opposition[5].

Cristina Fernández, Présidente de l’Argentine, a également exprimé son rejet des tentatives putschistes et a manifesté son soutien « à la démocratie vénézuélienne », en rappelant que l’actuel pouvoir tire sa légitimité des 18 processus électoraux sur 19 qu’il a remportés lors des 15 dernières années. Elle a appelé l’opposition à ne pas abandonner la voie démocratique en soulignant la possibilité d’organiser un référendum révocatoire en 2016 à mi-mandat qui permettrait d’organiser des élections présidentielles anticipées en cas de victoire. « Le Venezuela est le seul pays de la région qui dispose de ce système où l’on peut révoquer le Président », a-t-elle souligné. De la même manière, elle n’a pas manqué de dénoncer les tentatives de déstabilisation orchestrées par les Etats-Unis en mettant en garde contre les « interventions extérieures et étrangères, car il serait désastreux de permettre que des vents étrangers détruisent un pays frère comme le Venezuela[6] ». Fernández a également dénoncé « la tentative de coup d’Etat ‘doux’ que l’on essaye d’organiser contre la République bolivarienne du Venezuela[7] ».

Tout comme durant la présidence d’Hugo Chávez, les Etats-Unis n’ont pas renoncé à mettre un terme à la Révolution bolivarienne démocratique, pacifique et sociale. Ils s’opposent au Président Maduro et soutiennent l’opposition putschiste. De leur côté, les médias occidentaux, principal relais de cette tentative de déstabilisation, ont manifestement pris fait et cause pour les partisans de la rupture de l’ordre constitutionnel et contre la démocratie vénézuélienne.

Salim Lamrani 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Salim Lamrani, « 25 verdades sobre las manifestaciones en Venezuela », Opera Mundi, 23 février 2014.

[2] EFE, « EEUU no responde a oferta de diálogo de Maduro e insiste en pedir mediación », 17 mars 2014.

[3] Organisation des Etats américains, « Consejo permanente aprobó declaración sobre la situación en Venezuela », 7 mars 2014. http://www.oas.org/es/centro_noticias/comunicado_prensa.asp?sCodigo=C-084/14 (site consulté le 18 mars 2014).

[4] Union des nations sud-américaines, « Resolución », 12 mars 2014. http://cancilleria.gob.ec/wp-content/uploads/2014/03/RESOLUCI%C3%93N-UNASUR-MARZO-2014.pdf (site consulté le 18 mars 2014).

[5] The Associated Press, « Bachelet reitera apoyo a Maduro », 16 mars 2014.

[6] Agencia Venezolana de Noticias, « Presidenta Fernández : Defendemos la democracia de Venezuela », 1er mars 2014.

[7] Telesur, « Fernández : Derrocamiento del Gobierno de Venezuela sería fatal para Latinoamérica », 1er mars 2014.

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«Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes»

(article 1, alinéa 2 de la Charte des Nations unies)

L’actualité a le tournis. Nous retenons notre souffle concernant la situation de la Crimée, les rodomontades sans épaisseur des pays européens et la détermination de Poutine qui a été constant dans sa stratégie malgré tous les coups bas reçus, notamment la tentative de torpillage des jeux de Sotchi. Le dernier épisode de cette bataille sourde est le vote des «Criméens» pour leur indépendance. Vote qui s’est terminé sur un oui massif ce qui a amené Poutine à reconnaitre cela et à accepter le retour vers la mère Patrie de la Crimée.  Et ceci en conformité avec l’article 1 alinéa 2 de la Charte des nations Unies

Pour rappel , la Russie a mis son veto à la résolution soumise au Conseil de sécurité de l’ONU décrétant le référendum de dimanche en Crimée.   «La France, comme l’Union européenne, ne reconnaîtra pas la validité de cette pseudo-consultation» en Crimée, qui n’est «pas conforme au droit interne ukrainien et au droit international», a déclaré samedi François Hollande. On rappellera au président Hollande  que c’est le  même droit international qui crée de toutes pièces le Sud Soudan arraché au Soudan,  qui crée le Kosovo reconnu par les Occidentaux bien qu’arraché par le fer et par le feu à la Serbie.

Les pays européens étaient d’ailleurs partagés à l’époque nous, nous souvenons de l’Espagne qui avait peur que le précédent du Kossovo pourrait conforter les basques. Même la France n’était pas indemne de reproche. Le statut  de Mayotte est il définitif ?

La Crimée est rattachée à la Russie

Conséquence du vote massif en faveur du retour dans le giron russe, le président russe a livré ce mardi au Kremlin un discours offensif sur la situation en Crimée et plus largement sur la crise ukrainienne. Moscou considère que la péninsule est déjà rattachée à la Russie. Le président russe a prononcé un discours sans ambiguïté sur sa vision de la crise ukrainienne au Kremlin ce mardi. Devant le Parlement et les gouverneurs russes, il a ainsi défendu le référendum de dimanche en Crimée et les actions engagées depuis pour rattacher la péninsule à son pays. «Dans le coeur et la conscience des gens, la Crimée était et reste une partie intégrante de la Russie», a notamment affirmé Vladimir Poutine. ««Ne croyez pas ceux qui vous font peur au sujet de la Russie, qui vous disent qu’après la Crimée, vont suivre d’autres régions». Le président russe a par ailleurs accusé les Occidentaux qui «ont franchi la ligne rouge» selon lui en Ukraine. Déclaration qui intervient au lendemain de sanctions prises par l’Union européenne et les Etats-Unis à l’encontre de responsables russes et ukrainiens (pro-russes). (1)

L’Europe et les Etats-Unis prennent des sanctions contre la Russie

L’arme de dissuasion n’a pas tardé, des sanctions sont infligées mais les pays européens se gardent bien de fermer la porte? Ils infligent un premier train…un deuxième train pensant naïvement que Poutine ferait marche arrière Mais chaque pays ne veut pas se mettre à dos définitivement la Russie.   «L’Union européenne et les Etats-Unis ont adopté lundi 17 mars des sanctions ciblées contre de hauts responsables russes ou pro-russes pour envoyer selon eux un «message fort» à Moscou au lendemain du référendum de rattachement de la Crimée à la Russie. De leur côté, les ministres européens des Affaires étrangères «viennent de décider des sanctions -restrictions de visas et gels d’avoirs- contre 21 responsables ukrainiens et russes», a déclaré lundi le ministre lituanien Linas Linkevicius, sur son compte Twitter. Linasas Linkevicius a indiqué en revanche que l’UE prendrait des «sanctions supplémentaires dans les prochains jours». Les Européens estiment toutefois qu’il n’est pas trop tard pour qu’une solution politique soit trouvée. «Il faut faire preuve de beaucoup de fermeté et en même temps trouver les voies du dialogue et ne pas aller vers l’escalade», a déclaré le ministre français Laurent Fabius, à l’instar de plusieurs de ses collègues. (2)

La frilosité de l’Europe nous rappelle le sketch des sanctions infligées  aux policiers qui se sont rendus coupables de  sévices sur les mélanodermes. Coluche nous dit que ces policiers se voient infliger un avertissement. Au bout de 10 avertissements , ils ont un blâme  et au bout de 10 blâmes , ils sont dégradés mais  ils s’en foutent , ils sont flics de base »  En clair ces sanctions  ne pèseront pas lourds d’autant plus que la cause de l’Europe malgré tous les revanchards des anciennes républiques soviétiques (Pologne, Etats baltes) et même du duo d’enfer  (Royaume Uni  et France) qui ont été de tous les « mauvais coups » depuis près de 150 ans. On se souvient des  attaques sournoises contre l’Empire Ottoman, qui fut en définitive dépecé après la grande guerre, nous nous souvenons des guerres contre le tsar de toutes les Russies, de la bataille de Crimée et de Sébastopol, en clair l’histoire se récrit sous nos yeux.

Sanctions économiques: Qui perd? Qui gagne?

Interrogé par Laure-Emmanuelle Husson Emmanuel Quidet, le président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, déclare que «la Russie n’hésitera pas à prendre des mesures de réciprocité contre l’Europe. Et ça pourrait faire mal. Les relations économiques sont très fortes entre la France et la Russie et elles se sont même considérablement approfondies ces dernières années. La France est ainsi devenue le 3ème investisseur étranger en Russie, derrière l’Allemagne et la Suède, alors qu’elle occupait la 9ème place en 2008. Au total, les investissements français en Russie représentent 12 milliards de dollars par an. Nous sommes présents dans beaucoup de secteurs différents. Par exemple, Renault, Peugeot, Danone et Total sont très actifs en Russie. Nous estimons qu’il y a environ 1.200 sociétés françaises implantées en Russie et 6.000 à 7.000 qui y exportent d’après les Douanes. (…je pense que c’est l’Europe qui aurait le plus à perdre de sanctions économiques car de nombreuses entreprises concernées par la Russie se retrouveraient alors en situation de surcapacité de production (…) Pour le moment, le mot d’ordre est «on continue à faire des affaires, on arrête rien». A ma connaissance, il n’y a pas de projets qui ont été reculés ou annulés. Les gens continuent de développer leurs affaires. S’ils sont inquiets, ils attendent d’en savoir plus sur la nature des mesures de rétorsion prises par l’Europe contre la Russie. Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment» (3)

«Le rattachement à la Russie voté par les électeurs de Crimée était attendu. Poutine ira-t-il maintenant plus loin? Et si oui, avec quelles conséquences?» Avec Vladimir Poutine, on assiste à une repolitisation du monde, à l’instauration d’un système interétatique frictionnel», explique Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il juge la situation liée à la crise ukrainienne «inflammable». Le plus simple pour Moscou est de couper d’abord, comme en 2006 et 2009, le gaz à l’Ukraine. La prédominance du nucléaire, qui réduit sa sensibilité au gaz, et le fait d’avoir conclu d’importants accords gaziers en matière de GNL avec le Qatar.» D’autres pays européens, comme la Pologne, dépendent des Russes, ce qui permettra à Moscou de tester la solidarité entre les uns et les autres.(3)

Que se passerait-il maintenant si la Russie, premier producteur de pétrole avec 10 millions de barils par jour, décidait de tout arrêter? Réponse de Patrick Artus, directeur de la recherche et des études à Natixis et administrateur de Total, qui a travaillé sur cette hypothèse: «Le prix du baril monterait à… 300 dollars, il y aurait en France 8 points de PIB en moins et 1,4 million de chômeurs en plus.» La Russie, membre de l’OMC depuis 2012, a une capacité de nuire qui dépasse le seul terrain de l’énergie. Et là, la France – fortement investie en Russie – devient vulnérable »(3).

Les patrons français du cac 40 – ceux qui font des affaires (Renault, Peugeot, voire Danone et même les chantiers  navals ne sont surement pas d’accord. La Russie a d’ailleurs annoncé qu’en cas de non livraison des deux bateaux Mistral elle porterait l’affaire en justice en réclamant des intérêts . L’Allemagne a près de 6000 entreprises en Russie et les Allemands pour près de 80 % ne sont pas favorables à des sanctions contre la Russie.

Les Ukrainiens pensent naïvement que la liberté promise se double de nourriture et d’un niveau de vie. Cruelle erreur! Berthold Brecht disait «qu’un bulletin de vote ne se mangeait pas». L’Ukraine sera un gigantesque bazar pour 45 millions de consommateurs qui auront à se satisfaire de tous les surplus d’une Europe dont la consommation est en berne.

Paul Craig Robert ancien sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor écrit: «Selon un rapport publié dans Kommersant-Ukraine, le ministère des Finances des comparses de Washington à Kiev qui prétendent être le nouveau gouvernement a préparé un plan d’austérité économique qui permettra de réduire drastiquement les pensions ukrainiennes de 160 $ à 80 $ de sorte que les banquiers occidentaux qui ont prêté de l’argent à l’Ukraine pourront être remboursés au détriment des pauvres Ukrainiens. L’Europe sera confrontée une fois de plus à une situation similaire à celle de la Grèce. Les pilleurs occidentaux sont déjà au travail, avant même que quelque chose d’approchant la stabilité et la légitimité ait été obtenu par le gouvernement fantoche mis au pouvoir par le coup d’Etat orchestré par Washington contre le gouvernement légitime élu démocratiquement. Les manifestants naïfs qui ont cru à la propagande selon laquelle l’adhésion à l’UE pourrait offrir une vie meilleure risquent de perdre près de la moitié de leur pension en avril. Mais ce n’est que le début. Les médias occidentaux corrompus ont présenté ces prêts comme une «aide». Cependant, les 11 milliards d’euros que l’UE offre à Kiev n’est pas une aide. Il s’agit d’un prêt. En outre, elle est apportée avec de nombreuses contraintes et servitudes, y compris l’acceptation par Kiev d’un plan d’austérité du FMI.» (4)

La Russie accusée d’expansionnisme

On oublie trop souvent que les Etats-Unis disposent de plusieurs centaines de bases hors Etats-Unis il n’empêche qu’on accuse la Russie d’expansionnisme. C’est le cas de Julien Theron qui fait l’inventaire à charge de tout ce que l’Occident n’accepte pas en termes de souveraineté des autres. Il écrit: «Après avoir déployé ses forces armées en Crimée, le Kremlin est en train d’imposer au monde un nouvel expansionnisme territorial, plus de vingt ans après la chute de l’Union soviétique, des Etats baltes aux îles Kouriles en passant par l’Afghanistan. Ce dimanche, se tient en Crimée un référendum sur le rattachement à la Russie considéré comme illégal par la majeure partie de la communauté internationale mais dont l’issue fait peu de doute: ce rattachement devrait se produire, sauf recul in extremis de Moscou. L’enjeu est de taille, car l’annexion de la Crimée induirait pour le XXIe siècle une géopolitique déstabilisatrice, où les États pourraient s’approprier à nouveau les territoires d’autres États souverains. (…) Pour Moscou, il s’agit alors autant de restaurer l’honneur de l’armée que d’éviter le détricotage des petites républiques caucasiennes de la Fédération.(..)» (5)

Le comble de l’ironie et de l’hypocrisie de ce journaliste est d’affirmer: «L’opposition au projet pourtant défensif de bouclier antimissile otanien en Europe centrale participe également à la restauration de ces éléments fondamentaux de la nouvelle géostratégie russe: maîtrise des territoires et influence stratégique. Les outils diplomatiques, économiques et militaires étant restaurés, la Russie passe à une autre étape. En 2007, le pôle Nord est le théâtre d’une surprenante tentative d’annexion. L’idée d’imposer sa souveraineté sur les sous-sols océaniques de cette région riche en hydrocarbures conduit la Russie à y déposer tout bonnement un drapeau. Geste cocasse s’il n’avait été dangereusement annonciateur.» (5)

On le voit, les notions de droit international quant au droit d’ingérence, la souveraineté et quant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’exigence d’unité territoriale, c’est comme cela arrange l’Occident. Découper le Kosovo contre la Serbie pote de la Russie? C’est légal !. Démolir l’Irak pour le motif des ADM est toujours légal !  Intervenir en Libye, en Syrie, au Mali, aucun risque d’une quelconque condamnation ou sanction internationale.

Par la force des choses, l’UE qui aurait pu jouer le modérateur dans des enjeux qui la dépassent n’a plus aucune crédibilité politique en servant les intérêts des USA dans cette crise.. Elle vient de faire comprendre au monde qu’elle n’existait pas puisque enchaînée à l’Amérique…

En 1989, l’Occident avait  commis une faute géopolitique, bafouer la dignité du peuple russe au-delà du régime communiste. La naïveté de Gorbatchev et la stupidité, arrogance et avidité des occidentaux, ont fait admettre que c’était la fin de l’histoire comme l’avait écrit à l’époque l’idéologue du pentagone Francs Fukuyama. L’hyperpuissance américaine prenait possession du monde et des peuples et tentait d’imposer l’american way of war Les Russes ont promis: Plus jamais ça! Et ils ont tenu leur parole. Aujourd’hui, la Russie est redevenue  une grande puissance. L’Occident doit tourner la page sur une époque bel et bien révolue Le magister dixit n’a plus court . Le barycentre du Monde est asiatique. La Crimée a été russe de sa conquête par l’impératrice Catherine II, au XIXe siècle, à 1954, date de son rattachement à l’Ukraine au sein de l’URSS, sur une décision essentiellement symbolique de Nikita Khrouchtchev. C’est donc simplement un retour aux sources .

Conclusion :

Nous laissons Jean Geronimo résumer brièvement les enjeux de l’affaire ukrainienne: «A l’heure d’un risque d’embrasement de l’Est ukrainien, sonnant comme un cri de révolte et d’incompréhension face à une évolution politique en partie impulsée de l’étranger, la maladresse de l’ingérence occidentale risque de coûter très cher au peuple de Kiev. Après les fausses «révolutions colorées» d’inspiration libérale, frappant dans les années 2000 la périphérie post-soviétique et plaçant des dirigeants pro-américains à la tête des Etats géorgien, ukrainien et kirghize, la «révolte de Kiev» apparaît au final comme un sous-produit d’un modèle déjà expérimenté et prolongé, récemment, au Moyen-Orient, principalement en Libye et en Syrie. A la base de ce modèle «révolutionnaire», se trouve une stratégie de désinformation permettant la justification du processus politique conduisant au renversement d’un régime hostile (ici, celui de Ianoukovitch) et, surtout, à l’arrivée de dirigeants politiquement corrects (ici, pro-européens). (…) A terme, au-delà d’un redécoupage géopolitique de l’Ukraine selon l’ancien clivage Est/Ouest, catalysé par la volonté d’indépendance de la Crimée – dans le prolongement d’une jurisprudence initiée par l’indépendance du Kosovo en 2008 -, c’est bien l’extension de l’axe Otan-USA via l’UE, contre les intérêts russes, qui se joue. Au coeur de l’échiquier eurasien, cette extension de l’axe euro-atlantique sanctionnerait, de manière définitive, sa victoire de la Guerre froide».(6)

«Pour Brzezinski, dont l’analyse conclut Jean Géronimo,  est considérée comme le vecteur de la politique extérieure américaine, le contrôle de l’Ukraine est donc une nécessité stratégique. Dans la mesure où l’Ukraine se trouve à un carrefour stratégique sur la base de la trajectoire des tubes énergétiques et des grands axes politiques du continent eurasien, elle devient pour moi, une sorte de «super pivot»: un noeud géostratégique. (…) Aujourd’hui, il s’agit bien d’un conflit entre deux visions du monde antagonistes, renforcé par le désir de Moscou d’apparaître comme une alternative au néo-libéralisme et de s’opposer à l’unilatéralisme américain, systématisé depuis la disparition du contrepoids géopolitique soviétique – c’est en ce sens, que la disparition de l’ex-URSS a été «la plus grande catastrophe géopolitique du 20° siècle». (6)

A n’en point douter, le pillage de l’Ukraine n’apportera pas le bonheur aux besogneux qui vont suer sang et eau pour des lendemains qu’on leur avait promis rayonnants. C’est un peu le destin de la Grèce qui se profile. La dette énorme de l’Ukraine sera de plus en plus lourde et les fourches caudines des créanciers achèveront de dévitaliser l’Ukraine. D’une certaine façon et sans que cela ne soit le nirvana, le sort de la Crimée qui retrouve son âme sera de loin moins tragique que celui de l’Ukraine. Ainsi va le monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.  http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ europe/vladimir-poutine-la-crimee-est-une-partie-integrante-de-la-russie_1501016.html

2. http://www.challenges.fr/economie/20140317.CHA1632/l-europe-et-les-etats-unis-prennent-des-sanctions-contre-la-russie.html

3. http://www.challenges.fr/economie/20140317.CHA1628/sanctions-economiques-l-europe-aurait-plus-a-perdre-que-la-russie.html

4. http://www.mondialisation.ca/le-pillage-de-lukraine-par-les-usa-et-lue-a-commence/5373514

5. J.Théron     http://rue89.nouvelobs.com/ 2014/03/16/referendum-crimee-back-in-the-ussr-250722

6. Jean Geronimo    http://www.mondialisation.ca/la-revolution-dukraine-et-apres-les-enjeux-du-referendum/5373675

 

 

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I -Dieudonné: Pomme de discorde entre la France et le Cameroun ou Prétexte à réduire la pression sur Paul Biya?

Paris 20.03.14 – Sur fond d’un discret bras de fer entre le président Paul Biya et les autorités françaises visant à assurer une transition en douceur du pouvoir au Cameroun l’onde de choc déclenché par ce qu’il est convenu d‘appeler «l’affaire Dieudonné» fait planer le risque que la polémique suscitée à propos de l’humoriste Franco camerounais ne mute en une véritable pomme de discorde entre la France et le Cameroun.

CF. à ce propos ce lien : http://mondafrique.com/lire/societe/2014/02/11/dieudonne-mbala-mbala-pomme-de-discorde-entre-la-france-et-le-cameroun
Dans une zone déstabilisée par les soubresauts du «printemps arabe», la France aurait proposé à Paul Biya de créer un poste de vice-président en vue de prévenir un éventuel vide juridique dans l’hypothèse d’un accident de santé à un président âgé de 81 ans, dont trente-deux ans de pouvoir. Un vétéran de la vie politique africaine qui dirige son pays, à distance, par télécommande en quelque sorte, depuis sa pension permanente des Alpes suisses.

Au-delà du bien-fondé ou non de la stigmatisation de l’auteur de la quenelle, les critiques portent notamment sur la dualité –duplicité ?- du comportement des pouvoirs publics français dans leur lutte contre le racisme et la xénophobie. Christine Taubira, Ministre de la Justice et Garde des sceaux, a donné elle-même l’alerte pour secouer la léthargie gouvernementale face aux simagrées simiesques dont elle a été l’objet, du jet de banane à son passage aux couvertures de magazine anormalement désobligeantes à son égard. Pour Dieudonné, point de retard à l’allumage. Manuel Valls, ministre de l’intérieur, a anticipé les spectacles de l’humoriste controversé pour les faire interdire par la justice.

Les Camerounais reprochent surtout au pouvoir français sa grande léthargie devant cette terrible phrase d’un représentant de la nation, Claude Goasguen, député UMP de Paris devant le KKL organisation caritative de l’armée israélienne, le 2 février dernier à Paris: «Cette Shoah terrible qu’on n’ose plus enseigner dans les lycées tant on a peur de la réaction de ces musulmans drogués dans les mosquées».

Dieudonné appartient à la tribu Ewondo, relevant de la confédération tribale proche du président Paul Biya. Il se murmure que le Cameroun pourrait faire bénéficier Dieudonné Mbala Mbala de la jurisprudence Pierre Falcone, du nom de cet homme d’affaires français à qui l’Angola a octroyé le statut diplomatique le propulsant au poste d’Ambassadeur à l’UNESCO, pour le mettre à l‘abri de la justice française.

II -Les Lois de la biologie.

Les lois de la biologie sont inéluctables. Le compte à rebours a commencé pour Paul Biya, 81 ans, dont trente-deux ans de pouvoir. Un vétéran de la vie politique qui dirige son pays, à distance, par télécommande en quelque sorte, depuis sa pension permanente des Alpes suisses. Ses bons offices dans la libération des otages français de l’organisation néo islamiste nigériane Boko Haram lui servent tout au plus de ballon d’oxygène, sans pour autant enrayer la progression inéluctable de l’âge, en dépit de ses séjours prolongés en haute montage, où il dispose à l’année d’une suite luxueuse dans un grand établissement hôtelier de Genève.

Pressé discrètement de libérer la place par les pays occidentaux, qui redoutent une réédition des précédents du tunisien Zine el Abidine Ben Ali et de l’Egyptien Hosni Moubarak, Paul Biya s’est résolument placé sous le giron de la Chine sur le plan économique, sous la protection des services israéliens pour sa survie politique, en vue de préserver un pouvoir autocratique qu’il exerce depuis 30 ans.

Sous le regard complice de la France dans un premier temps, un regard désormais perplexe du tuteur, qui masque mal sa nervosité en ce qu’il redoute qu’un soutien prolongé à un président en fin de course ne porte atteinte à ses intérêts économiques à long terme. Cruel Dilemme pour la France.

III – Le Cameroun, une singularité.

En cinquante ans d’indépendance tant le Mali que le Sénégal ont connu, peu ou prou, une alternance; le Mali avec cinq présidents (Modibo Keita, Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré ATT), puis, après l’intermède du putschiste Sanogo, Ibrahima Keita (IBK), le Sénégal avec quatre (Léopold Sedar Senghor Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, Malick Sall), alors que le Cameroun, à contre-courant des six pays qui lui sont frontaliers (Nigeria, Tchad, République Centrafricaine, Gabon, Guinée équatoriale, République du Congo), voire même de la Mauritanie et de la Côte d‘Ivoire, a fonctionné durant toute cette période en phase binôme Ahmadou Ahidjo, puis son successeur Paul Biya, soit en moyenne, un président par quart de siècle, sous l’ombre tutélaire de la France.

Pourquoi une telle singularité pour un tel pays au nationalisme vif et revendicatif? Foin de résignation, d’indolence, de léthargie, ou d’immobilisme. Le Cameroun post colonial a paru soucieux de panser les plaies d’un long combat pour la restauration de son unité et la préservation de son identité, dont il s’est acquitté par un lourd tribut, sans doute l’un des plus lourds d’Afrique, avec près de 250.000 victimes.

Cinquante ans après, la relève est assurée et s’assume désormais par plusieurs générations de jeunes camerounais durs au labeur, formés tant sur le terrain qu’au sein de la diaspora ou au sein d’un parc universitaire rarement égalé en Afrique avec sept universités d’État, une dizaine d’universités privées (dont l’Université Catholique d’Afrique Centrale située à Yaoundé et l’Université Adventiste de Nanga Eboko), une cinquantaine d’instituts universitaires parapublics et privés répartis dans l’ensemble du territoire.

A des années lumières du paternalisme post colonial de la Françafrique, tous conscients de la position stratégique de leur pays, des convoitises qu’il suscite, des dégâts considérables infligés par la «démocrature», une dictature sous l’apparence de la démocratie, qui caractérise le régime de Paul Biya, enfin, dernier et non le moindre élément, l’humiliation ressentie par de nombreux camerounais devant le rôle assigné à leur pays de «passeur de plats» des entreprises françaises, sans la moindre audience internationale, du fait de l’un des plus énigmatiques et imprévisibles président du continent africain, désormais coupé des réalités du pays.

IV – L’opposition camerounaise: Des ambitieux incapables.

Le discrédit qui frappe l’opposition camerounaise, particulièrement ses dirigeants, est alarmant. Affligeant. Incompétence et immobilisme en constituent la marque de fabrique. Des caciques à la présence épisodique sur le terrain, sans la moindre prise sur la réalité, compensant leur impuissance et leur incapacité par une tonitruance de mauvais gout. De véritables adeptes de la péroraison creuse.

Une conjonction sans pareille de médiocraties. Le constat est sans appel. Le peuple camerounais pantois. Le Cameroun pâtit d’un chômage structurel et d’un système défaillant. Chose inimaginable il y a peu, le choléra a refait son apparition en pleine capitale, les escrocs sont érigés en modèle (Feyman). Survivre relève du défi. Un exploit au quotidien dans un pays où les inégalités sont vertigineuses où la vie politique tourne à la cacophonie avec quatorze partis politiques se disputant les suffrages d’un pays déboussolé:

-L’UDC, (Union Démocratique du Cameroun), qui se voulait le fer de lance du décollage du Cameroun, est devenue au fil des ans au choix l’Union Départementale du Cameroun, ou pour des censeurs plus exigeants l’Union de la Dépendance Camerounaise. Un parti quasi-conjugal cogéré par son président Admaou Dam Njoya et sa parlementaire épouse. Un parti, réputé pour la brutalité de ses méthodes, qui brille exclusivement à la rubrique des faits divers.

-L’UPC, (Union des Populations du Cameroun), le parti historique du pays, intiment lié à son combat pour l’indépendance du Cameroun et à la restauration de la dignité de son peuple, jadis glorieux, n’est plus que l’ombre de lui-même.

Objet d’une captation, phagocyté par une poignée de personnes à la moralité sommaire, sans charisme, indignes successeurs de leur chef charismatique Ruben Um Nyobè, mus exclusivement par des ambitions personnelles, prêts à vendre «pour un plat de lentilles», matérialisé par un strapontin au pseudo-gouvernement, dans le but intégrer le parti politico administratif dans une embrouillamini savamment entretenue par le pouvoir (RDPC).

-SDF (Social Democractic Front), comme son nom ne l’indique pas trop, est un parti errant «sans domicile fixe». Il «deal» nuitamment avec le RDPC et revêt le jour son tablier de pseudo opposition. Parti caméléon par excellence.

-MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun): Ce nouveau produit sur la scène politique camerounaise se positionne comme un Parti à dimension nationale mais sa zone de déploiement se limite à trois départements, incapable de présenter des candidats sur toute l’étendue du territoire national. Son leader, Maurice Kamto, juriste en Droit public à la réputation internationale, sans charisme ni stature, fait office de caution d’un gouvernement qu’il a combattu dans la décennie 1990, en tant que ministre délégué à la justice.

-ADD (Alliance pour la démocratie et le développement) de Garga Haman Adji, brillant technocrate, ancien ministre et directeur d’une banque se contente d’apparitions fugaces, le temps des campagnes présidentielles.
Des alliances hasardeuses, sans stratégie, avec le PADDEC et l’UDC, ont soustrait toute la crédibilité acquise durant l’élection présidentielle de 2011, alimentant deux décennies durant des espoirs qui se sont soldés par la désillusion.
Des opportunistes sans foi, ni loi véhiculant un Discours public à géométrie variable, sur fond de propositions insipides, déclamées sans la moindre conviction. Des personnes prêtes à vendre leur âme et leur allégeance au plus offrant en contrepartie de la pitance quotidienne. Pour les populations du Cameroun, misant sur des personnes nullement à la hauteur de leurs attentes et de leur ambition, c’est un pari perdu.

V- La Chine contre la France au Cameroun

Le voyage de Paul Biya en 2011 en Chine à la tête d’une importante délégation de personnalités nouvellement promues pour la conclusion d’importants accords de coopération avec le principal rival des pays occidentaux en Afrique a tendu à signifier dans l’ordre subliminal son refus des injonctions occidentales.

La Chine est partenaire financier et technologique du Cameroun dans d’importants projets économiques: Le palais polyvalent des sports de 5000 places à Warda (Yaoundé), l’hôpital gynéco-obstétrique de Douala, le projet Back Bône de transmission par fibre optique à Kye-Ossi, le projet de construction du centre pilote des technologies agricoles de Nanga Eboko, les projets de construction des stades de Limbé et de Bafoussam et le projet de construction de la mini-centrale hydro-électrique de Mekin, constituent certaines des principales réalisations de prestige de la Chine au Cameroun. A cela, il convient d’ajouter le projet d’adduction d’eau potable de Camwater dans les villes de Douala et Yaoundé, la construction des barrages de Lom Pangar, de Memve’ele, Mekin ainsi que la construction du port en eau profonde de Kribi.

Le Cameroun, qui entend devenir un pays émergent à l’horizon 2035, a ainsi complété son partenariat avec la Chine par la conclusion d’une série d’accord en juillet (3). L’intensification des relations sino-africaines au cours des trente dernières années témoigne de l’intérêt marqué de Pékin non seulement pour les matières premières et les terres arables, mais aussi de son souci de contourner l’Europe par le sud en vue de s’assurer des réserves énergétiques pour les besoins de son industrie. Les investissements directs étrangers chinois ciblent, en priorité, les pays riches en ressources minières dont le Cameroun.

L’Afrique fournit désormais un tiers du pétrole importé à la Chine, deuxième consommateur mondial de pétrole derrière les Etats-Unis. La Chine se procure ses besoins en hydrocarbures du continent africain de l’Angola (premier fournisseur de la Chine devant l’Arabie Saoudite), du Cameroun, du Congo Brazzaville, du Gabon, du Nigeria et du Soudan., ces deux derniers pays étant les plus gros bénéficiaires des investissements directs chinois sur le continent. A cela s’ajoute un intérêt non négligeable pour d’autres ressources telles que le bois (60% de la production africaine est vendue en Chine) et les matières premières agricoles pour lesquelles elle déploie une grande politique d’acquisition des terres arables dans les pays comme le Zimbabwe, le Congo ou le Cameroun.

L’Afrique abrite un millier d’entreprises chinoises, un chiffre en constante augmentation. Le volume des échanges a été multiplié par dix depuis 2000 pour atteindre 107 milliards de dollars en 2008.

Sur le plan de l’agriculture, le Cameroun a cédé 10 000 hectares de terres agricoles pour une durée de 99 ans à Sino Cam Iko. La multinationale chinoise spécialisée dans la production et la commercialisation de produits agricoles s’est installée sur trois sites dont Ndjoré, un site de 4000 hectares situé à 100 kilomètres de la capitale camerounaise) et Nanga-Eboko (2 000 hectares situés à 170 kilomètres de Yaoundé). A Nanga-Eboko, Sino Cam Iko a planté des cultures expérimentales de fruits et légumes, de maïs ainsi que 200 variétés de riz, tandis que le site de Ndjoré est affecté à la culture du manioc. Ce dispositif est complété au Zimbabwe par l’acquisition par la société publique China International Water and Electric du droit d’exploiter plus de 100.000 hectares de maïs dans le sud du pays, en République démocratique du Congo où le géant chinois des télécommunications, ZTE International, a acquis 2,8 millions d’hectares de forêt pour y planter des palmiers à huile, enfin en Tanzanie, où une entreprise de semences chinoise, la Chongqing Seed Corp a décidé de s’implanter sur 300 hectares en Tanzanie où le manque de céréales contraste avec l’abondance des terres cultivables.

L’intensification de la présence chinoise au Cameroun a suscité des critiques, déplorant l’asymétrie de la relation sino-camerounaise du fait de la prépondérance chinoise dans le processus de contrôle des projets communs et de la balance déficitaire des échanges au détriment du Cameroun.

VI – La France au Cameroun ou «la fin du pré-carré français au Cameroun»

Cent trente filiales d’entreprises françaises opèrent au Cameroun et une centaine d’établissements de droit local appartenant à des ressortissants français sont installés sur place. Les principales entreprises phares du CAC 40 français y ont pignon sur rue, se livrant à la mise en valeur, -en coupe réglé?- d’un pays situé à la bordure méridionale du Sahara, à la limite septentrionale de la forêt équatoriale et du bassin du Congo face au Golfe de Guinée.
En un mot à l’épicentre d’une zone de turbulences aiguisée par la compétition des puissances pour le contrôle des ressources énergétiques du Golfe de Guinée et les réserves minières de la zone nigérienne.

Le groupe des entreprises françaises opérant au Cameroun comprend Péchiney, Castel, Brasseries et Glacières International, Lafarge, CFAO pour l’industrie, le Groupe Bouygues, SGE, Comsip Cam pour le BTP, Total-Fina-Elf pour le pétrole.

Le groupe Bolloré, pour la gestion des infrastructures portuaires, et le secteur bois, en compagnie sur ce secteur avec les firmes de Thanry et Pasquet, Rougier.
- Sodecoton (capital à 30% détenu par la Compagnie française de développement des fibres textiles) pour le secteur coton
- Le grossiste Agrisol SA dans le secteur de la banane.
- Deux entreprises à participation française Nocusa et Socusam pour le sucre.

Mais le tableau est loin d’être paradisiaque. Pollution, bénéfices économiques aléatoires pour les autochtones, multiples atteintes à l’environnement émaillent le quotidien des entreprises françaises sous les tropiques. «L’empire noir de Bolloré en Afrique», objet de deux enquêtes de la presse française, au printemps 2011, a valu à leurs auteurs «France inter» et le journal en ligne «Rue 89» des poursuites judiciaires pour diffamation. Le groupe Bolloré passe pour être un des gros utilisateurs de l’armé judiciaire come arme de dissuasion contre toute critique fouillée à son égard.

Premier partenaire économique du Cameroun, la France a paru cédé du terrain au profit de la Chine. Certes le port de Douala est toujours géré par le Groupe Bolloré, le voyagiste de Nicolas Sarkozy, la France n’est plus le principal partenaire du Cameroun. Dans une interview accordée en mai 2007, Georges Remi Belinga, responsable des douanes dans le Littoral parle de «la fin du pré-carré français au Cameroun » et l’explique par la volonté des Africains de trouver des marchés plus favorables d’acquisition de produits de haute technologie au moindre coût.

VII – Pour qui sonne le glas ?

Nul n’est dupe de l’humanitarisme français. Les engagements français en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali, et en république centra africaine résultent, prioritairement, de la volonté de Paris de reprendre la main après la déstabilisation de sa diplomatie du fait du «printemps arabe», dans une manœuvre visant à détourner l’attention et d’éviter ainsi que l’opinion se polarise sur une situation intérieure difficile, en lui offrant un dérivatif nationaliste.
Le renouveau du Cameroun passe par un double mouvement de remise en ordre sur le plan interne et de mise au clair des rapports entre le Cameroun et la France, entre l’Afrique et la France, dont la condition préalable devrait être la répudiation solennelle par la France de sa posture moralisatrice, dispensatrice de leçon de conduite sur la bonne gouvernance, sur fond d’un discours parasité par les scandales récurrents de la vie politique française qui ont pour nom rétro commissions vedettes de Taiwan, Clearstream, Karachi, Ziad Takieddine, contrat MISKA, Woerth Bettencourt et Tapie Lagarde.
«Afrique en miniature», le Cameroun est représentatif du continent de par sa géographie, ses variétés climatiques, ses groupes ethniques et culturels, de même que son histoire parmi les plus complexes du continent.

Les africanistes de tous acabits qui gravitent dans l’orbite présidentielle française devraient intégrer dans leurs projections intellectuelles le fait que le Cameroun constitue l’assise de l’Adamouawa, littéralement, selon la transcription phonétique du terme en arabe, «l‘Adam et Eve» par référence symbolique au statut matriciel de l’Afrique, «Berceau de l’humanité», qui dispense ainsi les Africains, selon les conseils judicieux de Nicolas Sarkozy de faire leur entrée dans l’Histoire alors qu’ils sont les ancêtres de l’humanité, bien antérieurs en tout cas à la Hongrie et à la France. De ce point central de l’Afrique devrait surgir le renouveau.

Le compte à rebours a commencé pour Paul Biya. Les lois de la biologie sont impitoyables. Sa sortie de l’histoire est programmée. Scellée, inexorablement.
Quoiqu’elle fasse, quoiqu’elle dise, la France est solidaire du passif du régime et ne saurait se défausser d’un si long protectorat d’un mandat si calamiteux, ni Israël s’exonérer de sa garde rapprochée qui a assuré un si long sursis pour un président sans pour autant assurer la survie de son régime.
La main d’œuvre africaine, les richesses de l’Afrique n’ont pas pour vocation première d’entretenir le train de vie de la classe politique française. La France-Afrique passe en priorité par une alliance au profit des gouvernés, non des gouvernants, au bénéfice de l’Afrique et non exclusivement au bénéfice de la France…….En fidélité à la mémoire de Ruben Um Nyobé et Félix Moumié, les chefs mythiques du combat nationaliste camerounais décapités par la France.
Pour qui sonne le glas? Du pré carré français au Cameroun? De la mandature Biya? Des deux à la fois, jumeaux pendant un quart de siècle? Qu’il est dur d’être après avoir été?

Notes

  • 1 – Zachée Lapée, militant de la société civile camerounaise, petit-fils du photographe qui a immortalisé Ruben Um Nyobé, un des deux chefs du combat nationaliste camerounais avec Félix Moumié. Il est fondateur et président de Migrants solidaire et de «We Love Cameroun».
  • 2 – Pour aller plus loin à propos de Dieudonné Mbala Mbala
  • 3 – Chine Cameroun: Les principaux accords de coopération économique
    • -Accord cadre relatif à l’octroi d’un prêt préférentiel de 433 millions de yuans (près de 31 milliards FCFA) destinés à la réalisation du projet e-poste
    • -Echange de lettres portant sur la fourniture d’un lot d’équipements médicaux en faveur de l’hôpital gynéco-obstétrique de Douala pour un montant de 10 millions de yuans (environ 713 millions FCFA);
    • -Echange de lettres portant sur la fourniture d’un lot d’équipements médicaux au centre antipaludique sino-camerounais d’un montant de 1,5 million de yuans, soit 107 millions FCFA.
    • -Accord de coopération économique et technique portant sur un don sans contrepartie de 50 millions de yuans (environ 3,5 milliards FCFA)
    • -Accord de coopération économique d’un montant de 100 millions de yuans (plus de 7 milliards FCFA),
    • -Prêt sans intérêt destiné à la réalisation de projets de coopération économique et techniques convenus entre les deux gouvernements.
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Le « bouclier » pour la nouvelle guerre froide

mars 20th, 2014 by Manlio Dinucci

Visite éclair du vice-président Joe Biden en Pologne et en Estonie, pour assurer que, face à l’ « incursion militaire russe effrontée» en Ukraine –pays décidé à construire « un gouvernement au service du peuple » (garanti par les néonazis arrivés au pouvoir par le coup d’Etat du nouveau Gladio)- les Etats-Unis réaffirment leur inébranlable engagement  à se conformer à l’article 5 du Traité nord-atlantique pour la « défense collective ». Comme l’Ukraine est aujourd’hui de fait mais non officiellement membre de l’OTAN, il y a toujours le « non-article 5 », qui engage les pays membres à « mener des opérations de riposte aux crises non prévues par l’article 5 ». Lancé avec la contribution du gouvernement D’Alema pendant la guerre OTAN contre la Yougoslavie en 1999, et appliqué aussi aux guerres en Afghanistan, Libye et Syrie.

Pour que « l’OTAN émerge de cette crise plus forte que jamais, les Etats-Unis réaffirment leur engagement pour la « défense missilistique » de l’Europe. En corrélant la « défense missilistique » à la crise ukrainienne, Joe Biden découvre cependant son jeu. A Washington on avait toujours assuré que le « bouclier » étasunien en Europe n’est pas dirigé contre la Russie, mais contre la menace des missiles iraniens. A Moscou on l’a toujours considéré, par contre, comme une tentative de prendre un avantage stratégique décisif sur la Russie : les USA pourraient tenir celle-ci sous la menace d’un first strike nucléaire, en se fiant à la capacité du « bouclier » de neutraliser les effets de représailles. Le nouveau plan lancé par le président Obama prévoit, par rapport au précédent, un nombre plus important de missiles adossés au territoire russe. Comme ce sont les Etats-Unis qui les contrôlent, personne ne peut savoir si ce sont des intercepteurs ou des missiles nucléaires.

Ayant refusé la proposition de cogérer avec la Russie le radar de Qabala en Azerbaïdjan, les Etats-Unis ont commencé à construire en Pologne le site où seront installés 24 missiles SM-3 du système Aegis. De plus le gouvernement polonais s’est engagé à dépenser plus de 30 milliards d’euros pour réaliser (avec des technologies étasuniennes) son propre « bouclier » à intégrer à celui des USA/OTAN. Et Joe Biden fait les louanges de la Pologne pour avoir pris à son compte «une partie de la charge financière, chose que tous les alliés devraient faire » (l’Italie est avertie). Un autre site de 24 missiles SM-3, en construction dans la base aérienne de Deveselu en Roumanie, deviendra opérationnel en 2015 et sera géré par 500 militaires étasuniens. Ces installations missilistiques sont intégrées par un radar superpuissant installé en Turquie et par des radars mobiles qui peuvent être rapidement déployés en « position avancée ».

Le « bouclier » comprend aussi le déploiement en Méditerranée de navires de guerre dotés de radars Aegis et de missiles SM-3. Le premier, le torpilleur lance-missiles USS Donald Cook, est arrivé début février dans la base navale de Rota en Espagne, où vont être transférés 1200 marins et 1600 personnes de leurs familles. Il sera suivi par trois autres unités (USS Ross, USS Porter et USS Carney). Il est probable que leur nombre sera augmenté, puisque l’US Navy a déjà environ 30 navires de ce type. Ils patrouilleront continuellement en Méditerranée, prêts à tout moment à entrer en action, en menant en même temps –informe l’OTAN- « toute la gamme d’opérations de sécurité maritime et de manœuvres bilatérales et multilatérales avec les marines alliées ». La marine espagnole dispose déjà de fait de quatre frégates dotées du système intégré de combat Aegis, qui les rend inter-opérationnelles avec les navires étasuniens. La même chose devra être faite avec les frégates Fremm de la marine militaire italienne. Un rôle d’importance croissante dans le « bouclier » sera joué par les commandements et par les bases USA/OTAN en Italie : à Naples, où sont les quartiers généraux des forces navales étasuniennes et alliées, en Sicile où se trouvent la base aéronavale de Sigonella (qui assistera les unités Aegis en méditerranée) et le Muos de Niscemi pour les communications satellitaires à haute fréquence. Toutes les unités navales Aegis en Méditerranée, informe encore l’OTAN, seront « sous commandement et contrôle USA ». Ceci signifie que la décision de lancer les missiles intercepteurs, ou présumés tels, sera de la compétence exclusive du Pentagone.

Les USA, tandis qu’ils préparent le « bouclier », affûtent leur épée. Pour la crise ukrainienne, ils ont déployé 12 autres chasseurs-bombardiers F-16 en Pologne et 10 F-15 en Estonie, Lettonie et Lituanie. Ils pourront sous peu transporter les nouvelles bombes nucléaires B61-12 stockées en Europe (Italie comprise), utilisables comme bombes anti-bunker. Moscou est en train de prendre des contre-mesures, mais Washington encaisse un premier résultat : la tension plus forte en Europe permet aux USA d’accroître leur influence à l’égard des alliés européens.

Grâce à l’article 5 ou au non-article 5.

 

Edition de jeudi 20 mars 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/scudo-ora-gli-usa-rilanciano/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Les récentes manifestations de masses générées par les droites dans les pays les plus divers, montre leur capacité à s’approprier les symboles qu’auparavant elles dédaignaient, semant la confusion dans les rangs des gauches.

Le 17 février 2003, Patrick Tyler réfléchissait à ce qui se produisait dans les rues du monde dans une chronique du New York Times. « Les énormes manifestations contre la guerre dans le monde entier cette fin de semaine sont un rappel qu’il existe toujours deux superpuissances sur la planète : les États-Unis et l’opinion publique mondiale. »

Regarde autour de toi et tu verras un monde en ébullition” écrivait l’éditeur étasunien Tom Engelhardt, éditeur du site TomDispatch. En effet, 10 ans après le célèbre article du Times, qui fit le tour du monde lors du mouvement contre la guerre, il n’y a quasiment pas un recoin de la planète qui ne soit en ébullition, en particulier depuis la crise de 2008.

On peut énumérer le Printemps Arabe qui a mis en déroute des dictateurs et parcourut une bonne partie du monde arabe ; Occupy Wall Street, le plus grand mouvement critique aux Etats-Unis depuis les années 60 ; les indignés grecs et espagnols qui cavalcadent sur les désastres sociaux provoqués par la méga spéculation. Aux mêmes moments, l’Ukraine, la Syrie, le Soudan du Sud, la Thaïlande, la Bosnie, la Turquie et le Venezuela sont affectés par des protestations, des mobilisations et des actions de rues de diverses tendances.

Un pays qui depuis des décennies n’avait plus connu de protestations sociales comme le Brésil s’attend à des manifestations pendant le Mondial après que 350 villes aient vu des troubles qui gagnaient les rues. Au Chili un puissant mouvement de la jeunesse étudiante s’est mis en place qui ne montre pas de signes de fatigue, et au Pérou un conflit autour de l’extractivisme qui ne s’apaise pas dure depuis des lustres.

Quand l’opinion publique atteint la force d’une superpuissance, les gouvernements ont comme pratique de l’écouter pour la surmonter, la manipuler, la canaliser dans des directions où elle sera plus maniable que dans la conflagration des rues, conscients de ce que la répression à elle seule n’obtient pas grand-chose. C’est pour cela que des savoirs qui avant étaient le monopole de la gauche, depuis les partis jusqu’aux syndicats, à présent se rencontrent chez des concurrents capables de mouvoir les masses à des fins opposées à celles auxquelles aspire la gauche.

Campement en Uruguay (2010) sous les auspices de l’Open Society Institute.

Du 20 au 26 mars 2010 s’est réalisé dans le département uruguayen de Colonia un “Campement Latino-Américain de Jeunes Activistes Sociaux », dans la convocation duquel était annoncé “un espace d’échange horizontal” pour travailler à “une Amérique Latine plus juste et solidaire”. Parmi la bonne centaine d’activistes qui y participèrent aucun ne suspectait l’origine des fonds pour payer leur voyage et séjour, ni qui était en réalité derrière cette invitation. (Alai, 9 avril 2010, voir résumé en fin de texte Cómo el imperio expropia los saberes sociales)

Un jeune militant décida de mener une enquête pour savoir qui étaient ces Jeunes Activistes Sociaux qui organisaient une rencontre participative pour « commencer à construire une mémoire vive des expériences d’activisme social dans la région, apprendre les difficultés, identifier les bonnes pratiques locales utilisables au niveau régional, et maximiser l’étendue de la créativité et liens entre les protagonistes ».

Le résultat de ses investigations à travers les sites web lui permit de démontrer que le campement s’était déroulé sous les auspices de l’Open Society Institute de Georges Soros et d’autres institutions liées à celui-ci. Sa surprise fut grande parce que dans le campement se réalisèrent des réunions en cercles et des travaux collectifs avec de grandes feuilles de papier, ayant pour fond deswhipalas (bannière indigène aux carrés de 7 couleurs des peuples andins. NdT) et autres bannières indigènes. Un décor et un style qui donnaient à penser qu’il s’agissait d’une rencontre de même nature que les Forums Sociaux et tant d’autres activités militantes qui emploient des symboles et manières de faire similaires. Certains des ateliers utilisaient des méthodes identiques à celle de l’éducation populaire de Paulo Freire (pédagogue Brésilien, auteur de Pédagogie de l’Autonomie, ayant une grande pratique de l’alphabétisation des adultes dans le but de leur donner des outils de résistance à l’oppression. NdT) qu’habituellement, les mouvements anti systémiques sont les seuls à employer.

Ce qui est certain, c’est que ces quelques militants furent utilisés “démocratiquement” – puisque tous assurèrent qu’ils purent exprimer librement leurs opinions - pour des objectifs opposés à ceux pour lesquels ils avaient été convoqués. Cette formation de la fondation fut appliquée dans plusieurs ex républiques soviétiques, durant la « révolte » au Kirghizstan en 2010 et pendant la révolution orange en Ukraine en 2004.

Il est tout aussi certain que de nombreuses fondations et les plus diverses institutions envoient des fonds et des instructeurs à des groupes en affinité pour qu’ils se mobilisent et travaillent à faire tomber des gouvernements opposés à Washington. Dans le cas du Venezuela, ont été dénoncées à diverses reprises, des agences comme le Fond National Pour la Démocratie (NED sigle en anglais), crée par le Congrès des Etats-Unis pendant la présidence de Ronald Reagan. Ou la Fondation espagnole d’analyse et études sociales (FAES) sous égide de l’ex président José Maria Aznar.

Nous sommes face à une réalité très complexe : comment l’art de la mobilisation de rue, en particulier celle destinée à faire tomber des gouvernements, a-t-il été récupéré par des forces conservatrices ?

L’art de la confusion

Le journaliste Rafael Poch décrit le déploiement des forces de la place Maidan de Kiev : “Dans les moments les plus massifs, on pouvait compter quelques 70 000 personnes dans une ville de 4 millions d’habitants. Parmi eux, il y avait une minorité de quelques milliers, peut-être 4 ou 5 mille, équipés de casques, barres de fer, boucliers et battes pour affronter la police. Et dans ce collectif, il y avait un noyau dur de 1000 à 1500 personnes purement paramilitaires, disposés à mourir et à tuer qui représentaient une autre catégorie. Ce noyau dur a fait usage d’armes à feu ». (la Vanguardia, 25 février 2014)

Venezuela: Groupe violent en pleine action. Foto: AVN

Cette disposition de forces pour le combat de rues n’est pas nouvelle. Au cours du temps, elle a été utilisée par des forces différentes, antagoniques, pour parvenir à des objectifs tout aussi différents. Le dispositif que nous avons pu observer en Ukraine se répète en partie au Venezuela, ou des groupes armés s’infiltrent dans des manifestations plus ou moins importantes, avec l’objectif de faire tomber un gouvernement, en générant des situations d’ingouvernabilité, et le chaos jusqu’à la réalisation de  leur objectif.

La droite a tiré les leçons de la grande expérience insurrectionnelle de la classe ouvrière, principalement européenne, et des soulèvements populaires qui se sont succédé en Amérique Latine depuis le Caracazo de 1989. Une étude comparative entre ces deux moments devrait rendre compte des énormes différences entre les insurrections ouvrières des premières décennies du 20ème siècle, dirigées par des partis solidement organisés, et les soulèvements des secteurs populaires des dernières années de ce même siècle.

Dans tous les cas, les droites se sont montrées capables de créer un dispositif « populaire » comme celui que décrit Rafael Poch pour déstabiliser des gouvernements populaires en donnant l’impression que nous étions face  à une mobilisation légitime qui finissait par faire tomber des gouvernements illégitimes malgré que ceux-ci aient été élus et conservent le soutien de secteurs importants de la population. A ce point, la confusion devient un art aussi décisif, que l’art de l’insurrection dominé auparavant par les révolutionnaires.

Surfer sur la vague. 

Un art fort similaire fut celui dont firent preuve les groupes conservateurs du Brésil durant les manifestations de juin. Alors que les premières marches ne reçurent quasiment aucune couverture médiatique, sauf pour mettre en évidence le « vandalisme » des manifestants, à partir du 13, quand des centaines de mille descendirent dans la rue, une inflexion se produit.

Les manifestations obtinrent les grands titres mais il se produit ce que la sociologue brésilienne Silvia Viana définit comme « une reconstruction de la narration” vers d’autres fins. Le thème du prix des transports fut relégué au second plan, les drapeaux du Brésil furent mis en avant ainsi que le slogan « A bas la corruption » qui ne figurait pas dans les rassemblements du départ (le Monde Diplomatique, 21 juin 2013). Les médias de masse firent aussitôt disparaître les mouvements qui avaient appelé à manifester et mirent en leur lieu et place les réseaux sociaux, allant jusqu’à criminaliser les secteurs les plus militants pour leur supposée violence, pendant que la violence policière restait au second plan.

De cette façon, la droite, qui au Brésil n’a pas de capacité de mobilisation, a tenté de s’approprier la mobilisation qui avait des objectifs (la dénonciation de la spéculation immobilière et des mega chantiers du mondial) qu’elle était loin de partager. « Il est clair qu’il n’y a pas de lutte politique sans conflit pour des symboles » assure Viana,Dans ce conflit symbolique, la droite, qui à présent emballe ses coups d’états de prétextes comme la « défense de la démocratie » apprend plus rapidement que ses adversaires.

Raúl Zibechi

Article orignal en espagnol :

Derechas con look de izquierda,  América Latina en Movimiento, le 7 mars 2014

Traduction Anne Wolff

En prime un résumé de  Cómo el imperio expropia los saberes sociales

Il y eu environs 120 jeunes qui participèrent à cette réunion des Jeunes Activistes Sociaux, accourus remplis d’espoirs. Sous la technique de l’Open Space, ils travaillèrent pendant plusieurs jours sur base des attentes des participants. Mais aucun résultat final ne vit le jour, parce que beaucoup de participants au fil des jours n’adhérèrent pas aux méthodes utilisées, et que se produisirent des sortes de désordres qui rendaient impossible pour les participants de se mettre d’accord pour la rédaction d’un document final.

L’annonce avait été alléchante (un espace d’échange horizontal” pour travailler à “une Amérique Latine plus juste et solidaire) et elle avait attiré des jeunes de tous le pays, de tout le continent, prêts à partager leur expérience pour en « construire la mémoire vive » (plus productif encore que les espionnages de la NSA, les militants et leurs pratiques, leurs objectifs se livrant eux-mêmes sur un plateau d’argent à ceux qui les combattent.  NdT).

Les participants étaient venus avec d’autant plus d’enthousiasme que leur voyage et tous les frais sur place étaient pris en charge. Une « aubaine » dont le coût a été évalué à 150 mille dollars. Ce qui mis la puce à l’oreille d’un des participants – qui désire rester anonyme – il mena alors sont enquête : Qui finançait ce « projet horizontal entre pairs » ? Il découvrit alors en première ligne une série de Fondations et Organisations façades, en remontant il réalisa que toutes dépendaient où étaient liées avec l’Open Society Institute créé par George Soros, le multimillionnaire présent à tous les Forums Economiques Mondiaux qui a financé le syndicat Solidarnosc Lech Walesa en Pologne,  la Révolution des Roses en Géorgie et la campagne présidentielle de Barack Obama, entre autres. Un fidèle défenseur du libéralisme économique qui se présente comme financier, investisseur et philanthrope.

En redescendant les liens il parvint à des organisations telles que Fondacion Nuevos Lideres, Jovenes Impresarios de Chile, Union Mundial, Tactical Technology Collective, entre autres. Toutes ces organisations défendent des lieux communs fort louables : défense de la démocratie, lutte contre la corruption et la défense des droits humains, mais en réalité la liberté qu’elles défendent est celle du Capital. Elles ont des contacts dans les hautes sphères de l’ONU, au Forum Économique Mondial de Davos, avec l’USAID (agence étasunienne – branche des services secrets US – de développement internationale), etc… Ils promeuvent des projets dans le Sud-est Asiatique, en Afrique et à présent en Amérique Latine.

Parmi ces organisations, Tactical Technology Collective mérite une mention à part puisque c’est cette organisation qui se dédie à former des activistes sociaux ayant la maîtrise des outils informatiques et de téléphonie mobile de réseaux, medias digitaux, et enregistrement de toutes les réunions (tss, tss… j’en ai vu débarquer un du genre, il avait aussi une maîtrise avérée pour canaliser les débats et imposer ses propres vues, exiger que tout soit filmé, quand il ne préparait pas tout simplement  l’ordre du jour à respecter et les conclusions qui seraient imposées indépendament du contenu des débats. NdT).

Après s’être interrogé sur le but de l’introduction de ces méthodes sur le continent latino, en particulier sur le rôle qu’elles pourraient jouer au Venezuela ou Chávez déjà lance l’alerte sur l’utilisation subversive des réseaux sociaux .*

En tout cas, cela vaut la peine de prendre le temps de réfléchir à cette manière dont les multinationales étudient patiemment les mouvements d’en bas et leur militants pour s’approprier leurs savoirs et leur manière de faire. (…) une bonne partie de ceux-cii accoururent à cette réunion le firent plein de bonne volonté pensant qu’il s’agissait d’une rencontre de mouvements anti impérialistes, de base qui utilisaient les méthodes de l’éducation populaire dans leur travail. Démontrer que ceci fut organisé par le plus grand spéculateur financier de la planète – qui eut le pouvoir de briser la Banque d’Angleterre en 1992 et contribue à la chute des gouvernements anti impérialistes – montre jusqu’où ils peuvent aller quand il s’agit de maintenir leurs privilèges.

Raúl Zibechi (2010)

*  NdT : Et dont nous avons des traces de la préparation de la tentative de « Révolution de Couleur » que vient d’essuyer le Venezuela qui remontent à cette même période

Raúl Zibechi, journaliste uruguayen, il écrit dans Brecha et La Jornada et est collaborateur de ALAI

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En tenue de camouflage “désert” et portant des casques de combat, les agents du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (US Customs and Border Protection – CBP) s’abritent, un genou à terre, derrière un pickup blanc.

Un des agents braque son pistolet en direction d’un ennemi invisible. Un autre tient un fusil d’assaut semi-automatique. Au loin, s’étendent le désert brun, les montagnes et le vaste ciel.

 

A première vue, les agents sont aux aguets et prêts comme s’ils étaient dans une zone de combat au Moyen-Orient. A la base de lancement de missiles de White Sands au Nouveau-Mexique, et, sachant la persistance depuis ces trente dernières années à militariser la frontière entre les U.S. et le Mexique, peut-être n’est-ce pas si loin que cela.

Cette force d’intervention spéciale du CPB – qui, à l’entraînement, crache des “torrents de feu” – fait partie de la plus grande agence fédérale de maintien de l’ordre des Etats-Unis.

Avec plus de 60.000 agents, le CBP, branche du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (United States Department of Homeland Security) est devenu une armée intérieure redoutable.

Le gouvernement US qualifie souvent les agents du CBP — notamment les “hommes en vert” de la police des frontières – de combattants professionnels qui, comme l’a dit l’ancien chef du CBP, David Aguilar, “protègent notre mode de vie“.

Ces agents sont en première ligne pour repousser les ennemis de toutes les couleurs, aux visages et aux idéologies multiples, censés chercher à tout prix à franchir les frontières des Etats-Unis avec de noirs desseins.

Cependant, un article du Los Angeles Times , qui commente un rapport indépendant réalisé par des spécialistes du maintien de l’ordre sur le recours aux armes létales des gardes-frontières US montre une réalité complètement différente.

Ce rapport affirme que des gardes-frontières se sont plantés devant des véhicules en marche pour justifier du fait qu’ils avaient été obligés de tirer. Il indique, également, que des agents, par frustration, ont tiré sur des gens qui jetaient des pierres.
Et en effet, pour l’exercice de 2012 seulement, l’année où le CBP a acheté 36 millions, quatre-cent-soixante-quinze mille cartouches, les agents ont ouvert le feu 22 fois contre des lanceurs de pierres.

Brian Bennett, le journaliste du LA Times, écrit que le CBP, qui avait commandé ce rapport, a tenté d’empêcher la publication de ce compte-rendu très critique de 21 pages, paru en février 2013.

Et, comme pour corroborer les conclusions de ce rapport, cet article suivait de près un autre incident , où un garde-frontière avait tiré sur et tué un homme de 41 ans, Jesus Flores-Cruz près de San Diego le 19 février.

Cette fois encore, ce sont les jets de pierres qui justifiaient cette action. Le bureau du chef de la police du comté de San Diego allait jusqu’à prétendre que ce ressortissant mexicain avait lancé aux agents un roc de la taille d’un ballon de basket.

Ce rapport, qui a enquêté sur 67 affaires qui ont entraîné la mort de 19 personnes, recommandait que la Police des Frontières interdise à ses agents de tirer sur des gens qui lancent des objets qui ne peuvent pas provoquer de blessures graves et de ne tirer sur des véhicules que si “leurs occupants cherchent à les tuer”.

Bennett cite le rapport mot pour mot : “« Il faut comprendre qu’une balle de 200-grain a peu de chances d’arrêter un véhicule de 2 tonnes qui avance, et que si le conducteur … est touché par une balle, le véhicule deviendra un danger totalement incontrôlable. Il est évident que tirer sur un véhicule qui avance peut représenter un risque pour des tierces personnes, y compris d’autres agents »”.

Au départ, le Service de Protection des Frontières avait réagi en publiant un document qui expliquait que si des trafiquants de drogue savaient que les gardes-frontières ne pouvaient pas tirer sur les véhicules, ils pourraient être davantage enclins à foncer sur un agent.

Et si les agents ne pouvaient pas tirer sur les lanceurs de pierres, cela créerait un “milieu encore plus hostile”, dans la mesure où les gardes-frontières opèrent souvent dans des endroits isolés.

En d’autres termes, la police des frontières explique qu’il lui faut traiter les régions frontalières comme des pseudo-zones de guerre, où prolifèrent les ennemis potentiels.

Et pourquoi penseraient-ils autrement ?

C’est un endroit au-dessus duquel tournent, comme en Afghanistan, les drones Predator B – certains étant équipés de radars destinés à la “chasse à l’homme”, et où des véhicules blindés ultramodernes comme lesStrykers circulent à des vitesses allant jusqu’à 90 km à l’heure.
Les bases opérationnelles avancées, naguère réservées aux guerres des US à l’étranger, sont maintenant làet “prennent possession du terrain, le conservent” et s’étendent jusqu’à des sites isolés au Texas, au Nouveau Mexique et en Arizona.

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis vient de signer un contrat de plus d’un million de dollars avec la compagnie israélienne Elbit Systems – qui se prévaut de “plus de dix ans d’expérience dans la sécurisation des frontières les plus problématiques du monde” ou de la “pacification israélienne de la résistance palestinienne“, comme le dit le journaliste Jimmy Johnson, pour construire des tours de surveillance en Arizona.

Le 7 mars dernier, toutefois, quand le gouvernement fédéral a rendu publique la politique d’utilisation de la force par l’agence de protection des frontières, parallèlement à une directive du directeur de la police des frontières, Mike Fisher, on aurait pu penser qu’il y avait du changement dans l’air.

Fisher écrivait que “le degré de force employée doit correspondre à l’ensemble des circonstances relatives à chaque situation”. Il invitait les agents à trouver des alternatives à l’usage de la force létale, sauf si leur vie était en danger ou s’ils risquaient d’être blessés sérieusement.

Même si cette note a été largement décrite comme étant un changement significatif, selon à la fois l’ACLU et le Syndicat de la police des frontières, c’était beaucoup de bruit pour rien. Les deux organisations ont déclaré qu’il s’agissait grosso modo de la même politique que précédemment.

Et, alors que les hauts responsables de la Sécurité Intérieure se précipitaient pour gommer ce cauchemar sur le plan des relations publiques avec ces changements cosmétiques, la militarisation de la frontière physique se poursuivait sans faiblir.
Un article daté du 3 mars intitulé “l’armée de l’Arizona et les services US de surveillance des frontières joignent leurs efforts pour sécuriser les endroits à risques” donne une fois de plus cette image de champ de bataille à la frontière.

L’article commence par :

« Alors que les contingents et les déploiements des forces armées US à l’étranger diminuent, les soldats citoyens de l’Arizona se tournent vers des missions à l’intérieur du pays pour acquérir de l’expérience dans le monde réel et conserver l’état de préparation opérationnelle », ce qui montre le flou de plus en plus grand qui existe entre “la sécurité des frontières” et la guerre. A la guerre, on apprend aux soldats qu’il faut éliminer l’ennemi.

En en 1999 que le sociologue Timothy Dunn écrivait que la frontière servait de “terrain d’expérimentation de l’époque actuelle” à la militarisation du maintien de l’ordre. Il affirmait que cette militarisation avait lieu à une échelle bien plus importante aux frontières que partout ailleurs aux US.

Bien avant la recrudescence importante, si ce n’est épidémique, de l’emploi des armes à feu par les gardes–frontières, comme on le voit aujourd’hui, Dunn tirait la sonnette d’alarme : « cette évolution justifie qu’on s’intéresse de près à la militarisation du maintien de l’ordre aux frontières et au respect des droits humains ».

Mais un masque sympathique dissimule cette nouvelle zone de guerre de l’après-11 sept..

Fin janvier, ont été publiées plusieursphotographies d’enfants apprenant à tirer avec des pistolets à balles de peinture avec des gardes-frontières près du mur de séparation US-Mexique à San Diego.

Sur une des photos, on voit un agent accroupi, le bras entourant une petite fille en rose qui regarde un mannequin vêtu d’un t-shirt large et de jeans placé devant le mur.

On ne peut pas savoir exactement ce que l’agent expliquait à la petite fille en tenant le pistolet à la main, mais certains articles de presse ont présumé que/ le CBP apprenait aux enfants à “attaquer des migrants”.

Peut-être était-ce seulement destiné, comme persiste à le dire le CBP, à “établir des relations [avec la population] et lui permettre de mieux connaître le travail des représentants de la loi“, et pour apprendre aux enfants “les règles de sécurité sur le maniement des armes“.

Toutefois, si on se fie à ce rapport très critique et les prédictions de Dunn, une telle violence d’état de la part de cette branche du Département de Sécurité Intérieure est le résultat logique de la réalisation d’une zone militarisée qui ne cesse de dire que les ennemis sont partout.

Les armes à feu des zones frontalières de plus en plus militarisées sont effectivement souvent pointées sur des gens habillés comme le mannequin devant le mur, en dépit de ce qu’affirme le baratin officiel.

Todd Miller

 

Article original en anglais :

http://nacla.org/blog/2014/3/12/border-patrol-agents-train-war-us-mexico-border

traduction de R.R. pour le Grand Soir

Todd Miller fait des recherches et écrit sur la question de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique depuis plus de dix ans. Il a travaillé des deux côtés de la frontière pour BorderLinks à Tucson, Arizona, et pour Witness for Peace à Oaxaca, Mexique. Actuellement, il écrit des articles sur les questions concernant la frontière et l’immigration, entre autres, pour le magazine NACLA Report on the Americas et sur son blog “Border Wars”

Articles complémentaires (en anglais)

Un adolescent de 16 ans, accusé par les gardes-frontières d’avoir lancé des pierres, abattu de 11 balles dans le dos

Ici, divers reportages concernant le comportement des gardes-frontières

Outre les gardes-frontières, des milices privées se sont créées pour traquer les Mexicains qui tentent de franchir la frontière sous prétexte de lutter contre les trafiquants de drogue.

Et, enfin, l’ascension et la chute du syndicat des agriculteurs, l’United Farm Workers (UFW) et le mythique Cesar Chavez http://dissidentvoice.org/2014/01/the-boycott-legend-sacrifices-the-movement/

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Conférences de Richard Gage au Canada

mars 19th, 2014 by Mondialisation.ca

Toronto , ON – L’architecte de renommée internationale, Richard Gage, de la ville de San Francisco, visitera 17 villes canadiennes entre le 13 et le 31 mars 2014 afin de présenter les preuves scientifiques, les témoignages et les preuves photographiques démontrant que les trois gratte-ciel du World Trade Center furent détruits par des explosifs le 11 Septembre, 2001.

Beaucoup de gens ne savent pas que le WTC 7, un gratte-ciel massif pas loin des tours jumelles, s’est effondré soudainement et de façon symétrique à l’accélération de la chute libre en fin d’après-midi le 11 septembre. L’explication officielle est que le bâtiment s’est écroulé suite à des «incendies de bureau normaux», mais des milliers d’ architectes et d’ingénieurs pensent autrement, comme le font d’ailleurs 51% des Canadiens.

Grâce à cette tournée organisée par ReThink911 Canada, 42% des Canadiens se posant des questions sur la version officielle du gouvernement par rapport au 11 septembre auront enfin l’occasion de comprendre les faits quant à l’effondrement de ces trois gratte-ciel.

Richard Gage, architecte depuis 26 ans, est le fondateur de l’organisme Architectes et Ingénieurs pour la vérité sur le 11 septembre (AE911Truth). Ce groupe compte actuellement 18 000 membres, ainsi que 2,100 architectes et ingénieurs qui réclament une nouvelle enquête sur les chutes du WTC.

AE911Truth a produit le documentaire “9/11: Explosive Evidence – Experts Speak Out, dans lequel 40 professionnels expliquent leur conclusion de «démolition contrôlée».

Le film fut le plus regardé sur PBS.org en Septembre 2012, et il est disponible dans une version de 15 minutes narré par l’acteur Ed Asner.

On a su récemment que des éléments essentiels du 11 septembre ont été cachés du peuple américain. Le 9 décembre 2013, les membres du congrès Walter Jones et Stephen Lynch ont soulevé des questions bi-partisanes sur le rôle de l’Arabie saoudite et ont demandé la publication de 28 pages manquantes de l’enquête du Congrès sur le 11/9 en 2002.

La présentation de Gage répond aux questions les plus sérieuses avec des preuves tangibles sur la destruction du World Trade Center.

Quant à la communauté internationale, un groupe de 23 professionnels a produit 37 points de données qui furent examinés par les pairs et qui réfutent la version officielle.

La «guerre mondiale contre le terrorisme », engendrée par le 11/9, a été décrite par Gore Vidal comme «une guerre à la fois sur un ennemi inconnu, et sur un nom abstrait – donc une guerre sans fin et une guerre qui ne peut être gagnée.»

Cette guerre a causé des conséquences immésurables, non seulement en Afghanistan et au Moyen-Orient, mais pour beaucoup de Canadiens et d’Américains qui souffrent encore politiquement, économiquement et militairement.

Info tournée : http://rethink911.ca

Mar 13, 2014 – Prince George, BC – View Location

Mar 14, 2014 – Vancouver, Delta Burnaby – View Location

Mar 15, 2014 – Victoria, BC – View Location

Mar 16, 2014 – Edmonton, Alberta – View Location

Mar 17, 2014 – Calgary, Alberta

Mar 18, 2014 – Saskatoon, Saskatchewan

Mar 19, 2014 – Winnipeg, Manitoba

Mar 20, 2014 – Toronto, Ontario

Mar 23, 2014 – London, Ontario

Mar 24, 2014 – Ottawa Public Library – View Location

Mar 26, 2014 – Montreal, QC, McGill University -View Location

Mar 28, 2014 – Fredericton, NB, Wu Center -View Location

Mar 29, 2014 – Saint John, New Brunswick

Mar 30, 2014 – Moncton, New Brunswick

Mar 31, 2014 – Halifax, Nova Scotia

Apr 01, 2014 – St. John’s, Newfoundland


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La Grèce, Chypre et la crise ukrainienne

mars 19th, 2014 by Savvas Kalèdéridès

La réunification de la Crimée à la Russie marque le début de la fin de l’attractivité et de l’hégémonie du bloc États-Unis/Union européenne sur le continent européen, et probablement dans le monde. Pour Savvas Kalèdéridès, ce renversement historique bouleverse également la politique énergétique européenne et remet en question le tracé des voies d’approvisionnement. La question de Crimée va rebondir, l’un après l’autre, sur tous les aspects de la politique en Europe et particulièrement dans les Balkans.

Dans un article précédent, nous avions qualifié de « mémorables » les événements survenus en Ukraine, car l’Occident limite l’influence du facteur russe en Europe, et particulièrement dans un pays d’importance stratégique pour les intérêts de Moscou et ayant des liens historiques avec la Russie, telle que la ville natale de l’épique cosaque Tarass Boulba.

Nous les caractérisions de « capitaux » parce qu’ils clôturent en fait aujourd’hui le chapitre de la dissolution de l’Union Soviétique, l’Occident terminant son activité d’affaiblissement et de repoussement du facteur russe hors d’Europe, qui avait commencé au lendemain de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et avait pour but de « contenir » la Russie sur ses frontières, lui laissant en Europe le seul bastion de la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko et de l’enclave de Kaliningrad .

Ces développements capitaux, au-delà des réarrangements au sein de l’Ukraine elle-même, avec la réunification de la Crimée à la Russie, et peut-être l’autonomisation des régions russophiles de l’Est et du Sud de l’Ukraine, vont peser sur un certain nombre de questions, qui, dans un sens ou dans un autre affectent la Grèce et Chypre.

Voyant que parallèlement au déroulement de la crise en Ukraine, l’Union européenne soulève la question du gel de la construction du gazoduc South Stream —lequel a assuré son financement et dispose des réserves nécessaires à son approvisionnement—, la première chose qui vient à l’esprit de quiconque observe avec recul, c’est la chute du gouvernement Karamanlis. Il avait apparemment pris une décision d’une si grande importance qu’il gênait certains centres de décision possédant la force capable d’initier et de créer non seulement les événements en Ukraine mais aussi dans l’Union européenne elle-même.

Cette évolution, d’autre part, en ce qui concerne le South Steam —étant donné que 70 % à 80 % du gaz russe qui est dirigé vers les marchés à forte consommation de l’UE passe par des gazoducs traversant le territoire ukrainien—, montre que l’Europe ferme volontairement et à dessein les routes d’accès au gaz russe, facilitant ainsi l’ensemble du plan d’exploitation des champs de gaz en Méditerranée orientale et en Grèce, mais aussi la construction du gazoduc qui transportera ce gaz naturel vers l’Europe, et nous espérons pour notre part qu’il s’agira de celui de la Méditerranée orientale (East Mediterranean Pipeline).

Un autre développement qui concerne la Grèce à propos de la réunification de la Crimée à la Russie est la possibilité qui s’offre pour les forces pro-russes dans les régions orientales et méridionales de l’Ukraine d’exiger leur autonomie, ce qui conduirait à l’exclusion de l’Ukraine pro-occidentale de la mer d’Azov et du Pont-Euxin (mer Noire).

Une telle évolution transformerait l’Ukraine pro-occidentale en un pays enclavé, dépendant directement de l’Europe et de la Russie dominante dans le Pont-Euxin (mer Noire), principalement au détriment de la Turquie, modifiant l’équilibre des forces en présence et lui permettant d’établir une nouvelle carte géostratégique dans la région.

Et cela parce que la Russie dominante dans le Pont-Euxin (la mer Noire) exercerait de facto une pression sur la Turquie et le détroit du Bosphore, alors que parallèlement elle consoliderait sa présence en mer Égée et en Méditerranée orientale.

Ces deux questions découlant de la situation en Ukraine, à savoir l’énergie et la géopolitique, devraient être une préoccupation majeure pour la Grèce et Chypre, en ce qui concernent nos intérêts nationaux et au vu des expériences négatives du passé, quand notre inexpérience géopolitique nous a coûté si cher, à notre pays et à l’hellénisme .

S’agissant de géopolitique, la Grèce devra gérer politiquement la question de la présence de la Russie en mer Égée et dans la Méditerranée orientale, étant donné, en particulier, l’intérêt perpétuel et le soutien de Moscou à Chypre, quelque soit la raison pour laquelle ces décisions furent prises.

En qui concerne la composante énergétique, comme déjà mentionné, l’exclusion possible ou la limitation de l’approvisionnement de l’UE en gaz russe, privilégient les projets d’exploitation des gisements de Chypre et de la Grèce, mais aussi la construction du gazoduc qui devrait transporter ce gaz naturel vers l’Europe.

Et c’est là justement qu’il faudrait concentrer la plus grande attention, parce que si le gaz d’Israël et de Chypre était finalement transporté par un gazoduc passant par la Turquie, cela annulerait le projet du gazoduc de la Méditerranée orientale (East Mediterranean Pipeline), ce qui constituerait une défaite stratégique pour l’Hellénisme.

De toute évidence, aux faits décrits ci-dessus, il faut y ajouter l’impératif indispensable de protection qu’Athènes devra assurer pour les 150 000 Grecs d’Ukraine et pour les 150 000 à 200 000 Grecs de Russie.

Par conséquent, une fois de plus, le temps est venu, pour les stratèges d’Athènes et de Nicosie, de prendre à nouveau leurs crayons !

Savvas Kalèdéridès

Article original : Δημοκρατία της Κυριακής

Traduction : Christian, voltairenet.org

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Alors que Washington et Moscou paradent et annoncent ne rien vouloir céder en Ukraine, John Kerry et Sergei Lavrov ont conclu oralement un pré-accord pour sortir de la crise : une réforme fédérale de la constitution ukrainienne. Reste à savoir si les États-Unis respecteront cette fois leur parole alors qu’ils ont rejeté, une demi-journée après sa signature, l’accord du 21 février et ont perpétré un coup d’État.


Le secrétaire d’État John Kerry et le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov ont eu un nouvel échange téléphonique, ce dimanche 16 mars 2014. L’appel est intervenu à l’issue d’une séance de travail tenue à la Maison-Blanche sur les enjeux et les choix stratégiques pour l’Ukraine. Durant ces pourparlers, John Kerry a accepté le principe —présenté comme un impératif par la Russie— d’un État fédéral ukrainien aux prérogatives limitées, accordant une large autonomie aux différents États fédérés. Cette perche a été tendue par Poutine pour désamorcer la crise et Obama a jugé bon de la saisir.

Le communiqué de la partie russe :

Ukraine : Lavrov et Kerry d’accord pour une réforme de la constitution
(Reuters) Dans son communiqué, le ministère indique que « Sergueï Lavrov et John Kerry ont convenu de poursuivre leurs efforts pour trouver une solution à la crise en Ukraine en lançant sans délai une réforme constitutionnelle avec l’appui de la Communauté Internationale » [1].

Ce sont les Russes qui ont avancé l’idée d’une réforme constitutionnelle comme l’atteste un de leurs documents de travail que nous reproduisons ci-dessous :

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Ce document énonce les modalités d’élaboration d’une nouvelle constitution et en définit partiellement le cadre : la langue russe redeviendra l’une des langues officielles au côté de la langue ukrainienne. Les régions disposeront d’une large autonomie. Il n’y aura aucune ingérence dans les affaires de l’Église orthodoxe et les relations entre les cultes. L’Ukraine conservera sa neutralité politique et militaire. Toute décision de la Crimée d’affirmer son autonomie sera reconnue, quelles qu’en soient les modalités. Toutes ces dispositions seront garanties par un « groupe de soutien pour l’Ukraine » composé des États-Unis, de l’Union Européenne et de la Russie, agissant dans le cadre d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’Onu .

Il semble que Kerry et Obama aient souscrit à l’essentiel de ces dispositions. Ils les reprennent maintenant à leur compte, évidemment, prétendant en détenir la paternité, ce que le « document de travail » russe infirme sans la moindre ambiguïté. On peut prendre connaissance des appels pressants que John Kerry adresse à Serguei Lavrov pour qu’il accepte les mesures exigées préalablement par la Russie, et que le secrétaire d’État n’avait, pour sa part, jamais évoquées jusque là [2].

Voilà ce que rapporte le département d’État :

Le secrétaire d’État John Kerry a enjoint la Russie à renvoyer dans leurs casernes les troupes déployées en Crimée, à faire reculer les forces positionnées à la frontière ukrainienne, à cesser de jeter de l’huile sur le feu dans la partie orientale de l’Ukraine et à soutenir les réformes politiques visant à protéger les Ukrainiens de souche russe, les russophones et les autres minorités linguistiques de l’ancienne République soviétique dont Moscou dit se préoccuper. Dans l’un de ses échanges avec Serguei Lavrov, le second depuis leur tête à tête infructueux de vendredi à Londres, John Kerry presse la Russie de « soutenir les efforts des Ukrainiens de toutes origines et de toutes convictions pour régler la question du partage du pouvoir et de la décentralisation, dans le cadre d’un processus de réforme constitutionnelle embrassant tous les secteurs de la société, et protégeant les droits des minorités ».

Il semble qu’Obama ait jeté le gant. Le complot états-unien visant à arracher l’Ukraine à l’emprise de la Russie et à l’intégrer dans l’Otan et dans l’Union européenne paraît avoir échoué. La réintégration de la Crimée dans la Fédération de Russie et le vote massif de la population en sa faveur (96,6 % des suffrages exprimés), ont consacré l’échec radical des plans ourdis par les États-Unis et de leur objectif principal : bouter les Russes hors de Sébastopol et du même coup leur fermer la porte du Proche-Orient.

S’ajoutant à cela, la menace russe —restée secrète— d’une prise de contrôle immédiate des provinces de l’Est et du Sud de l’Ukraine a poussé les États-uniens à accepter les conditions de Moscou évoquées plus haut. La seule alternative possible était le déclenchement d’un conflit armé dans lequel ni les États-Unis, ni les pays européens n’étaient prêts à s’aventurer. Malgré la propagande anti-russe des grands médias, le peuple états-unien et les peuples de l’Union européenne s’opposent majoritairement à une telle confrontation. Washington n’a jamais eu en main les atouts requis pour emporter la partie.

Si tout se passe pour le mieux, avec l’avènement en Ukraine d’une nouvelle constitution répondant aux exigences de Moscou, l’Occident pourrait bien se voir accorder le privilège d’honorer les factures mensuelles que Gazprom ne cessera pas d’envoyer régulièrement à Kiev.

La mise en place de tous ces changements va prendre du temps. Reste à découvrir les coups tordus que vont maintenant tenter les néoconservateurs dans l’espoir de changer la donne.

Article original en anglais :

Ukraine: U.S. Takes Off-Ramp, Agrees To Russian Demands

Traduction : Gérard Jeannesson, voltairenet.org

[1] “Lavrov, Kerry agree to work on constitutional reform in Ukraine : Russian ministry”, Reuters, 16 mars 2014, par Lidia Kelly, édité par Andrew Heavens.

[2] “US rejects Crimea vote, warns Russia on new moves”, par Matthew Lee, Associated Press, 16 mars 2014.

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Dans son discours d’hier annonçant des sanctions contre les responsables du Kremlin en représailles au référendum soutenu par la Russie en Crimée en faveur d’une sécession d’avec l’Ukraine et d’une union avec la Russie, le président américain Barack Obama a déclaré que les États-Unis et leurs alliés de l’Union européenne auraient recours à tous les moyens nécessaires, y compris l’action militaire, pour humilier et écraser la Russie.

En initiant une guerre commerciale avec la Russie et en offrant un soutien militaire à durée indéterminée et des garanties de sécurité aux régimes droitiers qui bordent les frontières de la Russie, tels l’Ukraine, l’impérialisme américain et européen met en branle une confrontation qui pourrait facilement se terminer par un désastre. Une telle confrontation crée des risques immenses et n’a aucun soutien de la part de la classe ouvrière en Europe ou aux États-Unis.

Dans ses remarques, Obama a inversé la réalité, tentant de présenter l’intervention américano-européenne en Ukraine comme une défense non-violente et de principe du droit international contre l’agression russe. Il a dit, « Ces derniers mois, tandis que les citoyens d’Ukraine font entendre leur voix, nous avons été guidés par un principe fondamental : l’avenir de l’Ukraine doit être décidé par les gens d’Ukraine […] Et donc, la décision de la Russie d’envoyer des troupes en Crimée a entraîné à juste titre une condamnation mondiale. »

Obama a critiqué le référendum de dimanche en Crimée comme « une violation claire de la constitution ukrainienne et du droit international. » Il a ensuite annoncé : « Nous imposons des sanctions à des individus spécifiques responsables d’atteintes à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, et au gouvernement de l’Ukraine. » Il a promis de faire passer de nouvelles sanctions pour « faire payer un prix plus élevé à l’économie russe » s’il ne se soumettait pas aux demandes de Washington.

La déclaration d’Obama est une ânerie. Ce sont Washington et Berlin qui ont conçu une provocation politique massive, armant des groupes fascistes pour prendre le pouvoir au cours d’un putsch et évincer illégalement le président Viktor Ianoukovitch. Le principal objectif de cette opération, menée en violation flagrante de la constitution et de la souveraineté ukrainiennes, et au mépris de l’opinion publique ukrainienne, était de transformer l’Ukraine en un poste avancé des puissances impérialistes, tenu par l’extrême-droite, et prêt à servir en vue d’opérations militaires et de menaces contre la Russie.

Privé de crédits par les principales banques, le régime non-élu de Kiev dépend totalement des renflouements de l’UE, des États-Unis et du FMI pour éviter la faillite. Ses plus hauts responsables de la sécurité sont des fascistes qui s’occupaient de la sécurité durant les émeutes soutenues par l’occident sur la place de l’indépendance à Kiev, à savoir le ministre de la sécurité nationale Andriy Parubiy, co-fondateur du parti d’extrême-droite Svoboda, et son second, Dmytro Yarosh, chef de la milice Secteur droit.

Ces forces ne parlent pas au nom du « peuple ukrainien, » contrairement à ce qu’affirme Obama, mais pour l’impérialisme américain, qui a dépensé plus de 5 milliards de dollars pour établir des groupes d’opposition pro-américains en Ukraine depuis la dissolution de l’URSS, d’après Victoria Nuland, responsable pour l’Europe au ministère américain des Affaires étrangères.

Ces éléments ne dissimulent aucunement leur violente hostilité envers la Russie, ni leur vénération des fascistes ukrainiens qui ont aidé les unités SS nazies à massacrer les juifs d’Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Dans un entretien du 12 mars accordé à Newsweek, Yarosh a mentionné ses liens avec les terroristes islamistes tchétchènes qui combattent Moscou, et s’est vanté d’avoir brandi le drapeau noir et rouge du fascisme ukrainien. « Nous nous sommes tenus sous les drapeaux rouges et noirs tout au long de la révolution, » a-t-il déclaré. « Du sang ukrainien rouge répandu sur de la terre noire ukrainienne : ce drapeau est le symbole de la révolution nationale. »

Ces forces sont maintenant intégrées dans la nouvelle Garde nationale établie par le régime de Kiev, soutenue et bientôt armée par l’OTAN. Pendant qu’Obama prononçait son discours, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Deshchytsia rencontrait de hauts responsables de l’OTAN à Bruxelles. Il a promis de renforcer la « coopération militaire technique » avec l’OTAN. D’après le quotidien belge Le Soir, « les autorités de Kiev vont bientôt présenter à l’OTAN, peut-être dès lundi, une ”liste” d’équipements qu’ils aimeraient avoir à leur disposition. »

Dénonçant « les touristes politiques russes en Ukraine orientale, » Deshchytsia a déclaré que la situation actuelle en Ukraine « ressemble fortement au scénario de Géorgie en 2008, où les provocations risquaient d’entraîner une escalade militaire. »

Cette déclaration extraordinaire est une menace d’action militaire de la part du régime de Kiev. La guerre de 2008 en Géorgie avait commencé lorsque les forces géorgiennes avaient attaqué les troupes russes qui faisaient respecter le cessez-le-feu dans la région controversée d’Ossétie du Sud. Si la confrontation actuelle ressemble à la guerre de 2008, comme le dit Deshchytsia, c’est parce que Kiev se prépare à attaquer les forces Russes ou pro-russes, soit en Crimée soit en Ukraine orientale.

Les critiques d’Obama contre la Russie qui aurait envahi la Crimée sont hypocrites et politiquement absurdes. Premièrement, il est historiquement établi que lorsque l’impérialisme américain s’est opposé à des régimes qui arrivaient au pouvoir à ses frontières, comme ce fut le cas lors de la révolution mexicaine de 1911 ou la révolution cubaine en 1959, il n’a pas hésité à organiser des attaques militaires contre eux. Il a même menacé de déclencher une guerre nucléaire, comme durant la crise des missiles à Cuba en 1962.

Dans leur propre politique étrangère, les États-Unis et leurs alliés ne reconnaissent pas la souveraineté ou l’intégrité territoriale des autres Etats comme quelque chose qu’ils doivent respecter. Même avant de formuler la doctrine de Bush autorisant la « guerre préventive, » le gouvernement américain et les médias avaient inventé une catégorie spéciale d’Etat, les soi-disant « Etats défaillants » (Somalie, Afghanistan), qui pouvaient être envahis ou bombardés à volonté.

En second lieu, l’affirmation implicite d’Obama que la Crimée ne fait pas partie de la Russie ignore l’histoire. Cette région à majorité ethnique russe faisait partie de la Russie, puis de l’URSS, depuis sa conquête par la Tsarine russe Catherine la Grande au 18e siècle jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991. Transférée à l’Ukraine en 1954 par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, décision qui avait bien peu d’importance pratique jusqu’à la dissolution de l’URSS, elle continue à abriter une base navale majeure de la Russie à Sébastopol.

Le danger d’une invasion de la Crimée ne vient pas de Moscou, mais des forces d’extrême-droite à Kiev. Ces paramilitaires fascistes, auxquels les puissances de l’OTAN laissent une latitude extraordinaire, sont placées dans une situation où elles pourraient déclencher une guerre majeure pratiquement à n’importe quel moment et bénéficier du soutien de l’OTAN.

Dans son discours, Obama a dit : « Le vice-président Biden part pour l’Europe, où il rencontrera les dirigeants de nos alliés de l’OTAN : la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Et je vais me rendre en Europe la semaine prochaine. Notre message sera clair. En tant qu’alliés de l’OTAN, nous avons un engagement solennel à notre défense collective, et nous respecterons cet engagement. »

Cette utilisation de la Pologne et des ex-républiques soviétiques baltes comme avant-postes militaires dirigés contre la Russie souligne les conséquences catastrophiques de la dissolution de l’URSS par la bureaucratie stalinienne. Cela a poussé l’ensemble de l’ex-URSS sur une trajectoire de désintégration territoriale et de retour à un statut semi-colonial, où ces pays serviront de source de travailleurs bon marché pour le capital financier et seront livrés aux intrigues impérialistes. En Estonie, en Lettonie, en Lituanie, tout comme en Russie, les élites dirigeantes qui sont arrivées au pouvoir après la dissolution de l’Union soviétique étaient des oligarques capitalistes mafieux.

Les puissances impérialistes calculent maintenant que des menaces militaires constantes et des sanctions économiques de plus en plus fortes briseront le cercle des oligarques qui soutiennent Poutine et déstabiliseront la loyauté de la classe moyenne supérieure russe envers le Kremlin.

Le Süddeutsche Zeitung écrit : « Les sanctions actuelles ne sont pas des armes miracles, et encore moins des armes à effet immédiat. Le gel des avoirs et les interdictions de voyager ne rendront pas Poutine populaire parmi l’élite politique et argentée russe, mais son image dans le peuple en sera probablement améliorée au début. Les sanctions économiques, qui sont l’étape suivante de l’escalade que l’UE promet, sont dangereuses pour Poutine. Elles coûteront cher à bien des gens dans l’UE, mais elles coûtent encore plus cher à Poutine. »

Cette politique profondément téméraire, qui risque de provoquer un effondrement du commerce et une guerre mondiale, est menée avec un mépris de l’opinion publique non seulement en Russie et en Ukraine, mais aussi aux États-Unis et en Europe. Obama n’a pas demandé à la classe ouvrière des États-Unis ou d’Europe si elles soutiennent une guerre contre la Russie pour honorer les « engagements solennels » qu’il a passés avec des kleptocrates lituaniens ou les fascistes de Kiev. Ce qui se prépare est une explosion d’opposition dans la classe ouvrière internationale face à la politique étrangère criminelle de l’impérialisme.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 18 mars 2014

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Derrière les incessantes et creuses évocations de la « révolution démocratique », le gouvernement nouvellement mis en place en Ukraine et qui est composé d’anciens banquiers, de fascistes et d’oligarques est en train de planifier des mesures d’austérité draconiennes.

Les plans qui sont en cours d’élaboration sont ouvertement qualifiés de « modèle grec », le programme de coupes féroces imposées à la Grèce par le Fonds monétaire International (FMI) et l’Union européenne (UE), qui a causé un effondrement de 25 pour cent de l’économie grecque en cinq ans et donné lieu à une croissance massive du chômage et de la pauvreté.

Dans le cas de l’Ukraine, toutefois, cette dévastation sociale sera déchaînée contre un pays qui a déjà été assujetti à une économie de la terre brûlée dans le cadre de la restauration capitaliste. Avant même que ne surviennent ces récents événements, l’Ukraine était le 80ème pays le plus pauvre du monde en fonction de son produit intérieur brut par habitant, derrière l’Irak, les îles Tonga et la Bosnie-Herzégovine.

Plus d’un quart de sa population – 11 millions de personnes – vivent sous le seuil officiel de pauvreté qui est fixé à un maigre revenu de 1.176 UAH (Hryvnia ukrainien soit 127 dollars US) par mois. Avec un salaire mensuel moyen d’à peine 1.218 UAH (131 dollars) ou 79 cents américains de l’heure, des millions d’autres personnes survivent à la limite du seuil de subsistance.

Le taux de chômage officiel de 7,5 pour cent dissimule un grand nombre de travailleurs non-inscrits et sous-employés. Ce taux est maintenu bas par une forte émigration, des dizaines de milliers de personnes fuyant le pays en quête d’un emploi. L’équivalent de 15 pour cent de la population ukrainienne a quitté le pays et forme l’une des plus vastes diasporas du monde. Entre 1991, moment de la dissolution de l’Union soviétique, et 2010, la population ukrainienne est passée de 51,7 millions à 45.9 millions.

En plus de la migration, le déclin de la population est une conséquence de la diminution du taux de natalité, qui figure parmi le plus bas du monde. Le pays connaît aussi, de façon tragique, le taux le plus élevé de mortalité maternelle en Europe, comme conséquence d’une crise du système de santé qui a vu les cas d’infection par le VIH/sida prendre des allures d’épidémie avec 57 nouveaux cas relevés par jour en 2012.

La pauvreté a joué un rôle crucial dans la propagation du HIV/sida – notamment dans les régions anciennement fortement industrialisées de l’Est et du Sud où les conditions ressemblent déjà à celles d’une dépression.

La pauvreté a entraîné une explosion de toutes sortes de maux sociaux – allant de la toxicomanie et de l’alcoolisme à la prostitution – on estime qu’une prostituée sur six est mineure. Il s’agit là d’une sous-estimation, compte tenu du fait que l’Ukraine est une plaque tournante du trafic d’êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle et de main-d’œuvre forcée.

Ces conditions sont la conséquence directe du rôle contre-révolutionnaire joué par la bureaucratie stalinienne et sa trahison de la Révolution d’Octobre 1917, qui a connu son apogée dans la destruction de l’Union soviétique et la restauration du capitalisme.

En conséquence, l’Ukraine en a été réduite à être un pion dans les visées des impérialismes américain et européen pour ce qui est de la Russie. En plus du danger d’une guerre civile et d’une conflagration militaire mondiale, les efforts soutenus par l’Occident pour arracher l’Ukraine à la Russie ont causé une misère sociale encore plus grande pour les masses, d’abord suite à la soi-disant « Révolution orange » de 2004, puis après l’effondrement capitaliste mondial de 2008.

Entre 2008 et 2009, par exemple, le PIB de l’Ukraine a chuté de 15,1 pour cent tandis que le chômage triplait pour atteindre 9,4 pour cent. Les anciens bureaucrates staliniens et les oligarques mafieux qui se sont enrichis en dérobant les anciens biens publics ont continué tout au long à piller les actifs de l’Etat et à accumuler des fortunes personnelles de plus en plus grandes.

Le pire reste à venir. La dette totale de l’Ukraine est actuellement évaluée à quelque 80 milliards de dollars. Vu que sa monnaie s’est dépréciée de 20 pour cent par rapport au dollar depuis le début de cette année, laissant fondre les réserves en devises et accroissant la fuite des capitaux, l’endettement de l’Ukraine augmentera bien davantage.

Le FMI et l’UE seraient en train d’élaborer un plan de « sauvetage » d’à peine plus de 15 milliards de dollars. Non seulement la plus grande partie de cet argent est destinée à couvrir les remboursements aux banques occidentales, mais il est encore lié à des coupes massives dans les dépenses publiques des retraites et des subventions sur le carburant. Depuis 1998, l’Ukraine est impliquée dans divers programmes de « réformes structurelles » du FMI, qui tous ont dû être abandonnés en l’espace d’un an vu que leurs conséquences ont été jugées socialement trop explosives.

C’était ce que l’ancien premier ministre Mykola Azarov avait décrit comme les « conditions extrêmement difficiles » du refinancement d’un prêt du FMI émis le 20 novembre de l’année dernière, qui avait motivé la décision du gouvernement de reporter la signature de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE. Cette décision est devenue à son tour le prétexte des protestations parrainées par les Etats-Unis et l’UE ainsi que du coup d’Etat qui s’ensuivit.

Les puissances occidentales envisagent maintenant de saisir l’occasion pour laquelle elles se sont tellement investies. En février, écrivant dans le Financial Times, Anders Aslund, un ancien conseiller du gouvernement ukrainien, a salué le coup d’Etat appuyé par l’occident comme une occasion d’imposer l’austérité. La crise en Ukraine signifiait selon lui qu’un « programme de réforme radical devrait être plus facile à entreprendre… que dans bon nombre d’autres pays qui ont été confrontés à une crise identique dans le passé, » a-t-il écrit.

Le New York Times, l’organe de l’impérialisme américain, fait claquer le fouet dans un éditorial publié vendredi sous le titre « Remettre en état l’économie de l’Ukraine : les dirigeants du pays doivent réformer une politique énergétique et des taux de change mal conçue. » L’éditorial y dénonce le « gaspillage qu’étaient des subventions dans l’énergie » et exige que le gouvernement fantoche installé par l’occident se mette au travail pour « relever les prix de détail du gaz pour la plupart des consommateurs. »

Depuis quinze jours, une équipe du FMI est déjà à l’œuvre, a rencontré le ministre de l’Energie et du Charbon ainsi que des représentants de la Banque nationale d’Ukraine et du distributeur de gaz Naftogaz. Elle a rapporté que ses travaux allaient « bon train » et que les nouvelles autorités étaient déterminées à entreprendre des « réformes économiques. »

Ces « réformes » comprennent une nouvelle dévaluation de la monnaie, des coupes majeures dans les dépenses publiques et les retraites et, notamment, la fin des subventions publiques au prix du gaz qui sont une question de vie et de mort dans un pays où les températures peuvent tomber très bas.

Le Financial Times fait état de ce que, « Soixante agences gouvernementales dans différents pays de l’UE ont déjà conclu des soi-disant accords de jumelage dans le but de refaçonner leurs homologues ukrainiens à leur image. »

Les économistes parlent ouvertement d’une baisse de 10 pour cent du PIB. Le premier ministre Arseniy Iastseniouk, qui a été minutieusement choisi par Washington pour remplacer le président élu déchu, Vikto Ianoukovitch, a carrément déclaré vouloir être « le premier ministre le plus impopulaire de l’histoire de [son] pays. »

Sergeï Taruta, l’oligarque qui a dernièrement été nommé gouverneur de la région de Donetsk, a donné une idée du calendrier pour la mise en œuvre de ces mesures. Se décrivant lui-même comme un « gestionnaire anti-crise », il a dit ne vouloir occuper ce poste que durant « six mois ou un an, » et ajouté, « Durant cette période, je veux que des gens forts entrent au gouvernement après quoi, je leur passerai les rênes. »

Ces commentaires jettent de la lumière sur les raisons pour lesquelles les Etats-Unis et les puissances européennes sont disposés à accepter un gouvernement constitué de fascistes et de paramilitaires d’extrême-droite. Jeudi, le parlement ukrainien a voté la mise en place d’une garde nationale forte de 60.000 hommes se composant d’« activistes » issus des protestations antirusses et des écoles militaires.

Cette force sera supervisée par le nouveau chef de la sécurité, Andriy Parubiy du parti fasciste Svoboda. Au début des années 1990, Parubiy a été un des fondateurs du Parti néo-nazi social-national d’Ukraine. Son adjoint, Dmytro Yarosh, est le dirigeant du paramilitaire Secteur droit. Il s’agit de l’équivalent ukrainien des SA de Hitler.

En plus de l’assistance qu’ils apportent aux provocations de l’Occident contre Moscou, la principale responsabilité de ces éléments sera celle d’imposer l’assaut social contre les travailleurs ukrainiens pour le compte du capital international.

Julie Hyland

Article original, WSWS, paru le 15 mars 2014

Les responsables aux États-Unis et dans l’Union européenne (UE) ont menacé la Russie de sanctions dévastatrices et d’une escalade militaire alors que les premiers sondages à la sortie des isoloirs dimanche dans le référendum en Crimée ont montré un vote massif en faveur de la sécession de l’Ukraine pour rejoindre la Russie.

Avec une participation de plus de 80 pour cent au référendum sur les 1,5 million d’électeurs de la Crimée, 93 pour cent ont voté pour rejoindre la Russie. Les 7 pour cent restants ont choisi de demeurer une région de l’Ukraine qui aurait une grande autonomie régionale.

Des dizaines de milliers de personnes ont célébré ce vote dans la capitale de la Crimée, Simféropol, remplissant la place Lénine, et à Sébastopol, une ville qui abrite une base navale essentielle pour la Russie.

Le ministère des Affaires étrangères russe a publié une déclaration dimanche citant une déclaration par téléphone du ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov à son homologue américain John Kerry : «les résultats devraient être le point de départ pour déterminer le futur de la péninsule». Le ministère a déclaré plus tard que Kerry et Lavrov avaient passé un accord pour continuer à travailler vers « la mise en oeuvre le plus tôt possible d’une réforme constitutionnelle».

Le département d’État américain a publié sa propre version de l’appel, disant que Kerry avait réaffirmé que les États-Unis jugent ce référendum illégal et qu’ils n’en reconnaîtraient pas l’issue. Kerry, a dit un responsable du ministère, «s’est montré fort inquiet» des activités militaires russes et «des provocations qui se poursuivent dans les villes à l’est de l’Ukraine». Il a réitéré les demandes américaines que la Russie retire immédiatement ses forces de ses bases en Crimée et mette un terme à ses exercices militaires le long des frontières au sud et à l’est de l’Ukraine.

Ce vote est une opposition très nette au régime soutenu par l’Occident qui a pris le pouvoir à Kiev lors du putsch du mois dernier. Les meneurs de ce coup de force étaient les fascistes, dont la milice Secteur droit et le parti Svoboda. Le nouveau gouvernement s’est aliéné la population a majorité russophone de la Crimée en prenant des décisions pour retirer au russe son statut de langue officielle du pays et en lançant des menaces incendiaires, comme l’appel du dirigeant de Secteur droit Dmitry Yarosh à utiliser la force contre les Criméens hostiles à Kiev. Même les responsables américains ont admis qu’ils s’attendaient à ce que la Crimée fasse sécession.

Avec une hypocrisie sans pareille, les responsables occidentaux qui soutiennent un régime non élu d’extrême droite à Kiev ont déclaré que ce référendum est illégal et une violation de la souveraineté ukrainienne. On pouvait lire dans une déclaration de la Maison-Blanche: «Nous rejetons ce ”référendum” qui a eu lieu aujourd’hui dans la région de Crimée en Ukraine.» Cette déclaration demandait aux autres pays de «condamner de telles actions, de prendre des mesures concrètes pour imposer des sanctions et de rester unis en soutien au peuple ukrainien et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et sa souveraineté».

Les législateurs américains de retour des négociations à Kiev exigent pour une intensification des mesures prises contre la Russie. Le sénateur Chris Murphy, démocrate du Connecticut, a déclaré: «Si la Russie décide d’aller au-delà de la Crimée, ce sera sanglant et la lutte risque d’être longue.»

Appelant à «un effort à plus long terme pour construire l’armée ukrainienne», Murphy a déclaré: «Si lundi nous annonçons, avec l’Union européenne, une série de sanctions très fortes non seulement contre des individus, mais des entreprises russes, je pense que cela enverra un message fort à Poutine […] Je pense qu’il n’y a aucun doute que si vous coupez le gaz russe à l’Europe, ça va faire mal. Il ne fait aucun doute que si vous gelez les avoirs russes dans des pays comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, ça va leur faire mal.»

Le sénateur républicain John McCain a appelé à un renforcement de la présence militaire visant la Russie. Qualifiant de manière téméraire la Russie de «station service qui se fait passer pour un pays», McCain souhaite une vaste confrontation: «Les sanctions économiques sont importantes. Donnez un peu d’aide militaire aux Ukrainiens, au moins pour qu’ils puissent se défendre eux-mêmes», a-t-il dit. «Relancez le système de défense antimissiles en Pologne et en République tchèque.» Il a également demandé à la Moldavie et à la Géorgie d’envisager «d’adhérer à l’OTAN».

Les États-Unis et l’UE ont décidé d’apporter une aide militaire au régime de Kiev, qui a établi la semaine dernière une garde nationale de 60.000 hommes, dont des paramilitaires fascistes, la police et des vétérans de l’armée. Cette garde nationale est formée pour remplacer les forces armées divisées du pays. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Deshchytsya se rendait hier à Bruxelles pour discuter de «coopération militaire et technique» avec l’OTAN.

L’UE a dénoncé ce référendum dans une déclaration au Conseil européen du président Herman Van Rompuy et du président de la Commission européenne José Manuel Barroso qui dit: «Le référendum est illégal et illégitime, et son résultat ne sera pas reconnu.» Cette déclaration ajoutait que les ministres des Affaires étrangères de l’UE devaient se rencontrer hier pour décider de «mesures additionnelles», comme des sanctions.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a dit, «Si la Russie n’abandonne pas très bientôt, nous réagirons en conséquence lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE […] Nous sommes dans une situation incendiaire.»

Le référendum en Crimée marque une nouvelle escalade de la crise internationale la plus sérieuse en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il survient après une semaine de spéculations de plus en plus répandues sur l’imposition de sanctions à la Russie par l’UE – une action qui risque de faire cesser le commerce entre l’UE et la Russie et qui entraînerait des conséquences dévastatrices pour l’économie mondiale – et sur la possibilité d’une guerre majeure en Europe.

Samedi, la Russie a opposé son veto à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU proposée par les États-Unis pour condamner le référendum en Crimée. La Chine s’est abstenue de voter, appelant à la formation d’un «mécanisme de coordination international» pour explorer un règlement politique de cette crise.

Le ministre roumain des Affaires étrangères Titus Corlatean, dont le pays est frontalier de la partie occidentale de l’Ukraine, où le soutien au régime de Kiev est le plus élevé, a prévenu hier que le vote en Crimée pour une sécession pourrait «faire éclater les frontières à travers l’Europe».

Le résultat pro-Russie du référendum de Crimée, s’il entraîne un recul pour le régime de Kiev et les puissances impérialistes qui ont agressivement avivé ce conflit, n’offre aucune perspective progressiste pour battre l’offensive impérialiste et fasciste en Ukraine.

La Crimée est l’une des régions les plus pauvres de l’Ukraine. L’espérance de vie n’y est que de 67 ans, quatre ans de moins que la moyenne ukrainienne, et avec un revenu par habitants de 19.000 hryvnia (1359 euros), un tiers de moins que la moyenne nationale de l’Ukraine. Après le vote, elle se trouve toujours sur la ligne de front d’un conflit qui s’intensifie entre les puissances de l’OTAN qui soutiennent le régime de Kiev, et le Kremlin.

Il y a eu des reportages très diffusés dans les médias indiquant que de grandes sections de la population tatare, historiquement plus hostiles à la Russie, ont boycotté ce référendum.

Au cours de la fin de semaine, les troupes russes se sont emparées d’un centre de distribution de gaz naturel près du village de Strilkove sur une péninsule ukrainienne près de la Crimée. Des responsables de la Crimée ont dit que cette action faisait suite à des coupures de gaz en direction de certaines parties de la Crimée. Le ministre des Affaires étrangères à Kiev a répondu en lançant une déclaration provocatrice, prévenant que l’«Ukraine se réserve le droit d’employer tous les moyens nécessaires pour stopper l’invasion militaire par la Russie».

Le Kremlin, qui soutient le référendum criméen, ne peut mobiliser une opposition contre l’intervention impérialiste en Ukraine dans la classe ouvrière internationale. De grandes masses de travailleurs aux États-Unis et en Europe s’opposent à cette guerre et il y a une profonde hostilité au sein de la classe ouvrière ukrainienne contre les mesures d’austérité du régime de Kiev et du Fonds monétaire international (Voir : Ukraine: ce que prépare pour les travailleurs le régime soutenu par l’Occident).

Le régime Poutine, une oligarchie de truands issue de la restauration du capitalisme en URSS, tente de défendre ses intérêts dans cette crise en ne faisant purement appel qu’à des sentiments nationalistes. Cela profite aux puissances impérialistes et aux forces nationalistes d’extrême droite, qui accentuent le conflit ethnique en Ukraine même.

Plusieurs personnes ont été tuées dans des régions plus pro-Russie de l’Ukraine orientale au cours de combats entre des groupes pro-russes et des milices d’extrême droite pro-Kiev. À Donetsk, un membre de Svoboda, Dmytro Chernyavkyi a été poignardé et tué après une rixe avec des forces pro-russes qui s’étaient emparées de bâtiments des forces de sécurité. Ils ont également demandé la libération d’un gouverneur auto-proclamé de la région du Donbass, Pavlo Boubarev, qui a demandé un référendum dans cette région pour rejoindre la Russie.

Un manifestant pro-russe et un passant ont été tués et cinq personnes, dont un policier, blessées, après des combats à Kharkiv entre 30 membres armés de la milice d’extrême droite des Patriotes d’Ukraine et des forces pro-russes.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 17 mars 2014

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Une excuse et un bref rappel : pour se conformer au langage actuel, le titre mentionne “l’Ukraine”, qui “n’existe pas”. En réalité, il n’y a qu’une région amorphe de la planète, dont les limites ont considérablement fluctué au cours des siècles, sans langue, peuplement ou religion propre (tapez SVP les mots-clés “FSSPX, uniates, Ukraine” sur Google par exemple — durant plus de quarante ans, les prêtres de la FSSPX  ont aidé et caché Paul Touvier, le Kollabo du SS Klaus Barbie à Lyon pendant l’Occupation ; à présent ces gens travaillent à Kiev et autour). “L’Ukraine” en 2014 a une frontière de plus de quinze cents kilomètres avec la Russie, mais elle a été partie intégrante de ce pays pendant près d’un millénaire ; la Crimée, elle strictement russe, lui a été ajoutée il y a un peu plus d’un demi-siècle, dans l’espoir de diluer le tout en quelque chose de plus proche encore de la Russie ; et “l’Ukraine” a été récemment séparée de cette dernière dans des conditions dépourvues de sens historique ou géographique.

Un tel commencement de raison et de vérité, à partir de l’exigence d’une vue globale  des choses, est massivement embué dans les media courants d’Occident par une brume de fumées intitulée actualité, mêlant stupidité pure et propagande vicieuse. En affaires plus “froides” telles que la géologie par exemple, il est universellement admis que la connaissance des ondes de surface ou la capacité à avertir de tsunamis ne suffit pas : il faut absolument comprendre les énormes tensions tectoniques. Mais en affaires humaines la vue globale est complètement pervertie : ainsi les médias d’Occident et la CIA utilisent l’éthologie politique (appliquée), alors que leurs opposants n’en usent ni en théorie ni en pratique. Or c’est là qu’elle serait la plus utile : l’effort pour dégager les forces fondamentales est encore bien plus important en politique qu’en géologie.

Pendant quatre ou cinq cents siècles d’histoire, quelque chose qui est (mal) appelé l’agressivité a été terriblement présent dans le comportement de la sorte actuelle d’animaux humains — tout à fait comme ça été le cas pour bien d’autres espèces —. Son expression directe et primitive en politique est souvent appelée volonté de pouvoir. Guerres, conquérants, peuples, langages, religions, nations, frontières, Etats, techniques, économies et encore d’autres parts de réalité ne sont que des conséquences plus ou moins apparentes, plus ou moins proches ou éloignées de cette force énorme, brute et encore centrale. Son vecteur le plus évident en 2014 est connu en tant que gouvernement des Etats-Unis d’Amérique. Mais cette organisation a encore certains rivaux : d’où le présent affrontement. De façon assez amusante, certains rêveurs adjoignent à cette rivalité bien réelle des illusions telles que “la classe ouvrière internationale” — mais nous nous en tiendrons à la réalité.

Bien entendu l’exercice du pouvoir peut passer par toute une variété de procédés, tels que propagande ou économie, et l’économie à son tour peut dépendre du pétrole, de drogues, d’autres ressources matérielles et, encore aujourd’hui, du travail productif ; etc. Mais les grands traits viennent du pouvoir même : ce qui signifie contrainte, et exige toujours puissance et violence. Ainsi, la principale question pour l’immense majorité demeure : les pouvoirs utiliseront-ils les armes ? Traduction pour “l’Ukraine” : est-ce que ce sera tout de suite l’OTAN, ou d’abord l’UE, le FMI et de semblables prédateurs plus “pacifiques”, contre la Russie ?

Naturellement, les militaires et leurs principales dépendances industrielles et commerciales (usines et trafics d’armements) poussent à la guerre de toutes leurs forces : ils veulent que leur pouvoir soit le plus important. Ceci est particulièrement vrai pour le gouvernement des Etats-Unis, tandis que la fortune de gens comme les milliardaires russes repose sur des sources plus diverses. Mais enfin pouvoir, c’est la lutte pour davantage de pouvoir en déroulement sans fin, et après une incroyable suite d’abdications depuis Eltsine les milliardaires russes sont à présent confrontés à la toute proche éventualité de devenir de simples vassaux du groupe de Bilderberg, de l’OTAN et des systèmes les mieux organisés. Certains auteurs espèrent qu’ils réagissent enfin. D’autres se souviennent de l’incroyable inertie de Poutine tout au long de la crise, nonobstant la très longue frontière russo-ukrainienne : sa référence principale semble être “Gros richards de tous les pays, unissez-vous !” De plus, ce slogan semble fonctionner tout aussi bien avec les milliardaires chinois, qui ont été cordialement visités quelque six douzaines de fois ces dernières années par leur bon ami M. Paulson, ex-PDG de Goldman Sachs etc. Plus fort encore, quand leur alliance contre les dirigeants des Etats-Unis aurait été particulièrement nécessaire et efficace, les gouvernements de Chine et de Russie se sont très constamment renvoyé l’un à l’autre les rôle et appui de planche pourrie aux moments les plus critiques et les plus chauds.

Alors ? Laissés libres en pleine crise, les psychopathes sont imprévisibles. Mais, bien au-dessus des détails de la situation, peut-être la survie de l’humanité demande-t-elle quelque action contre les milliardaires et leurs laquais (nombreux et bien organisés). Les manifestations de masse sont maintenant improbables : elles ont trop souvent viré en occcasions pour les pouvoirs de répressions féroces et très bien ciblées.

Concluez s’il vous plaît, à l’aide de la vue d’ensemble, avec à l’appui expérience historique et extraordinaires Résistances contre les pouvoirs bruts. Si les risques vous effraient, c’est que vous voyez clair : il s’est déjà trouvé que de grands progrès s’accompagnent de grands risques. Mais avant que vienne le temps de ceux-ci, la diffusion du savoir et de liens entre des domaines tels que l’éthologie politique, l’économie, la géopolitique et certaines techniques physiques n’est pas encore interdite. Dès lors, bien des questions intéressantes peuvent être soulevées, ainsi : “le rôle du travail productif est-il aussi fondamental aujourd’hui qu’il l’a été dans le passé ?” ou même “est-il en parfaite conformité avec la loi internationale que les minidrones ne soient utilisés que pour tuer des innocents et des gens sans pouvoir ?” Des meetings, le débat et la pensée en de tels termes seraient peut-être un peu plus en phase avec notre temps et plus constructifs que des fantasmes du genre “classe ouvrière internationale”, dialectique et oscillations entre triomphalisme et catastrophisme.

Un politicien très bourgeois, mais sûrement pas un lâche, a dit en 1938 à propos des “accords” de Munich : “Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre ; vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre.” Ceci demeure hélas vrai pour aujourd’hui : simplement désormais la guerre n’est plus entre nations, mais entre peuple et gouvernement — en 2014 : gros richards —. En l’absence actuelle d’éthologie politique dans l’éducation, bien des gens préparent leur propre défaite par le choix du déshonneur (et de l’abjection) : nationalismes, extrême droite et autres fanatismes. Voir et montrer cette structure est au commencement de toute action correcte — et servira de guide pour ce qui doit suivre ce commencement.

Il fut un temps où il n’y avait pas eu de révolutions : seulement quelques révoltes ; et pourtant les progressistes ont tenté des choses, et partiellement réussi. A présent nous disposons d’expériences et d’exemples, et nous connaissons de bien meilleures voies de compréhension profonde. Est-ce le moment de capituler ?

Le fondateur de l’éthologie politique, Konrad Lorenz, a dit : “la guerre est une institution humaine, et comme telle elle peut être abolie” — mais il savait que cela implique “la victoire ultime de la vérité”.

Dépêchons-nous de répandre la vérité, la vue d’ensemble, LA vérité : globale.

André Avramesco

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Le Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG), en collaboration avec le McGill Research Group Investigating Canadian Mining in Latin America (MICLA) et le Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société de l’UQAM (CIRDIS) convient le public et les médias à une conférence extraordinaire tenue dans le cadre du passage de Rafael Maldonado à Montréal. Avocat œuvrant au Centre d’Action légale, environnementale et sociale du Guatemala, Monsieur Maldonado travaille sur plusieurs litiges entourant le projet minier Escobal de la compagnie canado-américaine Tahoe Resources Inc. dans ce pays.

Le projet Escobal engendre une forte opposition des populations environnantes, qui ont exprimé sans équivoque le rejet de ce projet extractif lors de plusieurs consultations communautaires. Selon MiningWatch Canada, les efforts de promotion de ces consultations ont reçu une réponse extrêmement répressive et violente. À l’heure actuelle, plus de 70 personnes ont fait l’objet de poursuites-bâillons en raison de leur opposition au projet minier de Tahoe Resources. Par ailleurs, un responsable de la sécurité privée de la mine fait face à des accusations criminelles après que des gardes de sécurité aient prétendument reçu l’ordre de tirer sur des manifestants opposés à la mine en avril 2013. Rafael Maldonado sera donc de passage dans plusieurs villes canadiennes afin de faire le point sur l’opposition et les litiges entourant le très controversé projet de la compagnie canadienne Tahoe Resources.

La conférence à Montréal profitera de la participation et de l’éclairage de Monsieur Alain Deneault, auteur de Paradis sous terre, Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l’industrie minière mondiale et de Paradis fiscaux: La filière Canadienne, aux éditions Écosociété.

Le Projet Accompagnement Québec Guatemala portera également à l’attention du public québécois et canadien la façon dont nos épargnes contribuent directement à ce projet minier fortement controversé. La campagne Le Fil de l’Argent, exigeant le désinvestissement de cette compagnie, a été lancée publiquement au début du mois de mars 2014 par le PAQG et le Conseil des Canadiens. En effet, les contribuables participent dans cette entreprise via les investissements du Régime de pension du Canada, de la Régie des rentes du Québec et de plusieurs autres institutions financières.

CONFÉRENCE : Lundi 24 mars à 18h30, salle D-R200 de l’UQAM (1430 rue St-Denis, métro Berri-UQAM)

**Ouvert au public**

 

Pour plus d’informations ou pour organiser une entrevue :

Laurence Guénette (PAQG) : (514) 495-3131

Campagne de désinvestissement : www.lefildelargent.org

Projet Escobal de Tahoe Resources Inc. : www.miningwatch.ca

-- 
Laurence Guénette
Coordonnatrice

www.lefildelargent.org
www.themoneythread.org

Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG)
660, rue Villeray # 2.115
Montréal, QC H2R 1J1
Tel: 514 495-3131
www.paqg.org
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Le nouveau Gladio en Ukraine

mars 18th, 2014 by Manlio Dinucci

Son nom de guerre est Delta. C’est un des chefs militaires de la « révolution ukrainienne » même si, comme il le déclare lui-même, il ne se considère pas comme Ukrainien. Sous le casque il porte la kippa. C’est l’agence de presse juive Jta (dont le siège est à New York) qui en raconte l’histoire, après l’avoir interviewé de façon anonyme, en le photographiant en tenue de camouflage et gilet pare-balle, le visage couvert par des lunettes et une écharpe noires. Delta est un vétéran de l’armée israélienne, qui s’est spécialisé en combat urbain dans la brigade d’infanterie Givati, utilisée dans l’opération Plomb Durci et dans d’autres actions contre Gaza, notamment le massacre de civils dans le quartier Tel el-Hawa. Rentré en Ukraine il y a quelques années en habits d’homme d’affaires, il a formé et entraîné avec d’autres ex militaires israéliens le peloton « Casques bleus de Maïdan », en appliquant à Kiev les techniques de combat urbain expérimentées à Gaza. Son peloton, déclare-t-il à la Jta, est aux ordres de Svoboda, autrement dit d’un parti qui derrière sa nouvelle façade conserve sa matrice néonazie. Pour tranquilliser justement les juifs ukrainiens qui se sentent menacés par les néonazis, Delta souligne que l’accusation d’antisémitisme à l’égard de Svoboda est une « connerie ».

La présence en Ukraine de spécialistes militaires israéliens est confirmée par l’information, diffusée par la Jta et d’autres agences juives, que plusieurs blessés dans les affrontements avec la police à Kiev ont immédiatement été transportés dans des hôpitaux israéliens, évidemment pour empêcher que quelqu’un ne révélât d’autres vérités incommodes. Comme celle sur les gens qui ont entraîné et armé les snipers qui, avec les mêmes fusils de précision, ont tiré, place Maïdan, à la fois sur les manifestants et sur les policiers (presque tous touchés à la tête). Ces faits apportent une nouvelle lumière sur la façon dont a été préparé et mis en œuvre le coup d’Etat de Kiev. Sous direction USA/OTAN, à travers la Cia et d’autres services secrets, ont été pendant des années recrutés, financés, entraînés et armés les militants néonazis qui à Kiev ont donné l’assaut aux palais gouvernementaux, et qui ont ensuite été institutionnalisés comme « garde nationale ». Une documentation photographique, qui circule ces jours-ci, montre de jeunes militants néonazis ukrainiens de Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie par des instructeurs de l’OTAN, qui leur enseignent des techniques de combat urbain et d’utilisation d’explosifs pour des sabotages et des attentats. L’OTAN fit la même chose pendant la guerre froide pour former la structure paramilitaire secrète de type « stay-behind », avec le nom de code « Gladio ». Active aussi en Italie où, à Camp Darby (base étasunienne à côté de Pise) et dans d’autres bases, furent entraînés des groupes néofascistes en les préparant à des attentats et à un éventuel coup d’Etat. Une structure paramilitaire analogue a été créée et employée aujourd’hui en Ukraine, en se servant aussi de spécialistes israéliens.

Le coup d’Etat n’aurait cependant pas pu réussir si l’OTAN ne s’était attachée une grande partie des sommets de la hiérarchie militaire ukrainienne, en les formant pendant des années au NATO Defense College et dans des « opérations pour la paix » sous conduite OTAN. Et il n’est pas difficile d’imaginer que, sous le réseau officiel, ait été construit un réseau secret. Les forces armées ukrainiennes ont ainsi obéi à l’ordre de l’OTAN de « rester neutres », pendant que le coup d’Etat était en cours. Ensuite, leur direction a été prise par Andriy Parubiy, co-fondateur du parti socialnationaliste renommé Svoboda, devenu secrétaire du Comité de défense nationale, et, en habits de ministre de la défense, par Igor Tenjukh, lié à Svoboda.

A coup sûr est déjà en oeuvre l’épuration (ou élimination) des officiers jugés non fiables. Tandis que l’OTAN, qui a déjà de fait annexé l’Ukraine, déclare le référendum en Crimée « illégal et illégitime ».

 

Edition de mardi 18 mars 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/la-nuova-gladio-in-ucraina/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Photo : Le secrétaire d’État John Kerry (ici lors de son escale à Rome) n’a pas de politique prédéfinie. Il prend l’initiative sur tous les sujets, non pas de manière à emporter des victoires décisives, mais pour trouver des occasions de faire avancer ses pions. Ainsi, après avoir soutenu le coup d’État de la CIA en Ukraine, il se préoccupe aujourd’hui non pas de l’avenir de la Crimée, mais de la manière dont il pourra tirer parti au plan économique global de sa défaite politique locale.

Dans le monde globalisé, chaque conflit est lié aux autres. Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine rejaillit donc dans d’autres régions. Pour Thierry Meyssan, les rodomontades de Washington ne sont pas destinées à faire la guerre à Moscou, mais à pousser les Européens à se couper le bras pour son plus grand profit. De même, l’abandon du processus de Genève peut être un moyen de laisser tomber les intérêts saoudiens et de se concentrer sur un règlement en Palestine.


Trois événements sont venus bousculer la scène internationale : d’une part, la crise opposant les Occidentaux à la Russie à propos de l’Ukraine, d’autre part, la guerre secrète que les États du Golfe ont déclarée les uns contre les autres, enfin l’adoption par le Conseil du Peuple syrien (Parlement) d’une loi électorale qui exclut de facto la candidature de citoyens ayant fui le pays au cours de la guerre.

Les États-Unis avaient prévu une quatrième événement, une « révolution colorée » au Venezuela, mais l’opposition n’est pas parvenue à rallier à elle les couches populaires. Il lui faudra abattre cette carte plus tard.

Washington veut tourner sa défaite en Ukraine en une victoire pour son économie

La crise ukrainienne a été préparée et mise en œuvre par les Occidentaux, elle a pris la forme d’un coup d’État sur fond de violences télévisées. La Russie y a répondu avec habileté, suivant la stratégie de Sun Tzu, prenant la Crimée sans combattre et laissant les problèmes du pays, économiques et politiques, à ses adversaires. Malgré les rodomontades de Bruxelles et de Washington, les Occidentaux ne joueront pas de second coup et ne prendront aucune sanction économique significative contre Moscou : L’Union européenne exporte 7 % de sa production vers la Russie (123 milliards d’euros en machines outils, automobiles, produits chimiques…) et importe 12 % de ses biens (215 milliards d’euros principalement en hydrocarbures). Le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne et la France seraient particulièrement touchés. La City est largement financée par des avoirs russes qui sont en train de s’évaporer, comme l’a montré une note interne de Downing Street photographiée par la presse britannique. Des sociétés comme BP, Shell, Eni, Volkswagen, Continental, Siemens, Deutsche Telecom, Reiffsen, Unicrédit —et certainement bien d’autres— seraient coulées. Aux États-Unis, la situation est meilleure, mais certaines multinationales, comme la seconde entreprise du pays, Exxon, ont des avoirs considérables en Russie.

Quoi qu’il en soit, Washington tient un discours très vigoureux qui l’obligera à réagir. Tout se passe comme si le coup d’État avait été préparé par les radicaux du régime (Victoria Nuland, John McCain…) et avait embarrassé initialement le président Obama, mais qu’il lui offrait une occasion inespérée de résoudre sa crise économique au détriment de ses alliés : les troubles en Ukraine, s’ils se généralisent au plan économique ou politique en Europe, pousseront les capitaux actuellement basés sur le vieux continent vers Wall Street. Ce serait l’application à la fois de la doctrine Wolfowitz de 1992 (empêcher que l’Union européenne ne devienne un potentiel compétiteur des États-Unis) et de la théorie de Christina Romer de 2009 (sauver l’économie US par une absorption des capitaux européens comme à la fin de la crise de 1929). C’est pourquoi on doit s’attendre à un gel des relations diplomatiques entre Washington et Moscou, en apparence tout au moins, et à une possible récession en Europe en 2014.

Dans ces conditions, on ne voit pas comment l’accord sur la paix générale au Proche-Orient pourrait être mis en œuvre, alors que chaque pièce de l’échiquier était sur le point de trouver sa place. D’ores et déjà, le projet de Genève 3 pour la Syrie est interrompu sine die. Tandis que celui de « paix » israélo-palestinienne, qui avait avancé avec le retour de Mohamed Dahlan, a été torpillé par la Ligue arabe qui s’oppose —pour le moment—à la reconnaissance d’Israël comme « État juif ».

Les États du Golfe se déchirent à propos des Frères musulmans

Autre élément nouveau : la guerre secrète que se livrent désormais entre eux les États du Golfe. Le Qatar a soutenu une tentative de coup d’État des Frères musulmans aux Émirats, en novembre. Les Émirats, l’Arabie saoudite et le Bahreïn viennent de suspendre leurs relations diplomatiques avec le Qatar et les Saoudiens ont commandité un attentat à Doha. Le Qatar ne semble pas prêt à abandonner les Frères musulmans pour le triomphe de qui Washington avait organisé les « printemps arabes », avant de les laisser tomber.

La politique des États du Golfe est devenue un invraisemblable sac de nœuds dans la mesure où des monarques d’opérette mélangent leurs intérêts étatiques avec leurs ambitions personnelles et leurs affinités mondaines. Oubliés les anathèmes entre le Serviteur-des-deux-saintes-mosquées et le Guide de la révolution iranienne, qui négocient leur réconciliation, la querelle du jour tourne autour des Frères musulmans considérés non comme un courant idéologique, mais comme une carte à jouer.

La Syrie ne veut plus négocier la paix avec les Saoudiens

Le troisième élément nouveau, c’est la délibération, retransmise à la télévision, par le Conseil du Peuple de la prochaine loi électorale syrienne. Les députés ont fini par adopter une clause selon laquelle les candidats à l’élection présidentielle devront avoir vécu les dix dernières années dans le pays. Cette disposition exclut de facto les citoyens ayant fui la Syrie durant la guerre.

L’envoyé spécial des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’Onu, Lakdhar Brahimi, a immédiatement déclaré que ce choix risquait de mettre fin au processus de résolution négociée du conflit. La France a déposé un projet de déclaration du Conseil de sécurité pour relancer le processus de Genève. Bien qu’il n’y soit pas fait mention de la nouvelle loi électorale, c’est la dernière tentative occidentale de considérer la guerre en Syrie comme une « Révolution » et d’envisager la paix comme un accord entre Damas et une opposition factice entièrement aux mains de l’Arabie saoudite. L’ancienne porte-parole du Conseil national syrien, Basma Kodmani, qui a été élevée dans une ambassade saoudienne, assurait que le « régime de Damas » ne serait pas en mesure d’organiser l’élection présidentielle et proposait de considérer cet échec en pleine guerre comme la preuve qu’il est une dictature. L’Otan pourrait ainsi revenir sur le devant de la scène et en finir avec Bachar el-Assad comme planifié depuis 2003 et malgré les occasions manquées des « massacres » de 2011 et du « bombardement chimique » de 2013. Pourtant, après s’être réconcilié avec Riyad, en organisant Genève 2 selon son bon vouloir, Washington se désintéresse à nouveau des collaborateurs syriens des Saoudiens.

S’il n’y a pas de Genève 3, l’Occident devra soit attaquer la Syrie (ce qui n’est pas plus possible que de prendre la Crimée, comme on l’a déjà expérimenté cet été), soit laisser pourrir la situation durant une décennie, soit encore prétendre que la « Révolution » a été confisquée par les jihadistes et admettre que la guerre est désormais une question anti-terroriste d’intérêt global.

Le milliardaire John Kerry, qui est un homme d’affaires avant d’être un diplomate, n’a pas de politique pré-établie, mais une tactique. Comme à l’habitude, Washington ne choisira pas une solution plutôt qu’une autre, mais mettra tout en œuvre pour privilégier un dénouement qui lui soit préférable, tout en poursuivant les autres options, au cas où. Ne pouvant plus négocier avec la Russie, il le fera avec l’autre allié militaire de la Syrie, l’Iran. Depuis un an maintenant, le département d’État discute avec la République islamique, d’abord secrètement à Oman, puis officiellement avec le nouveau président Rohani. Mais les choses se heurtent aux khomeinistes pour qui on ne parle pas aux impérialistes, on les combat jusqu’à la mort. Compte tenu des contradictions internes iraniennes, Washington a multiplié les avancées et les reculades pour progresser moins rapidement que prévu.

S’il n’y a pas urgence pour les États-Unis à régler la question syrienne, il est au contraire vital de garantir la perpétuation de la colonie juive de Palestine. À ce propos, l’Iran s’est rappelé au département d’État : sur son ordre, le Jihad islamique a soudainement bombardé la frontière israélienne. Téhéran, qui avait été exclu de Genève 2, s’est donc ainsi invité à beaucoup plus important : la négociation régionale. Dans cet état d’esprit, le Sénat US organisera dans une dizaine de jours une audition sur « La Syrie après Genève ». La formulation laisse entendre que l’on a fait une croix sur la prolongation de cette « conférence de paix ». Les sénateurs n’entendront pas d’experts des think-tanks israéliens de Washington, comme ils le font d’habitude lorsqu’il s’agit du Proche-Orient, mais la responsable du dossier au département d’État, leur meilleur stratège de la guérilla, et l’un de leurs deux principaux experts sur l’Iran.

En définitive, la « paix » régionale, si elle doit survenir, ne peut être qu’à la manière imaginée par John Kerry : en sacrifiant le peuple palestinien plutôt que la colonie juive. Hassan Nasrallah a mis en garde contre cette injustice, mais qui s’y opposera alors que les principaux leaders palestiniens ont déjà trahi leurs mandants ?

Thierry Meyssan

 

Selon un récent rapport d’Oxfam International, les 85 personnes les plus riches du monde possèdent la même richesse que les 3,5 milliards qui composent la moitié la plus pauvre de la planète. Cette affirmation me semble peu plausible. Je pense que les 85 personnes les plus riches, qui « pèsent » ensemble de nombreuses centaines de milliards de dollars, possèdent, en fait, beaucoup plus de richesses que la moitié la plus pauvre.

Comment ces deux cohortes, les 85 plus riches et les 3,5 milliards les plus pauvres, pourraient-elles posséder la même accumulation de richesse ? La grande majorité des 3,5 milliards n’a simplement aucune fortune. Des centaines de millions d’entre eux ont des emplois qui leur permettent à peine de nourrir leurs familles. Des millions d’entre eux dépendent de la charité privée et de l’assistance publique pour survivre. Des centaines de millions sont sous-alimentés, souffrent d’insécurité alimentaire voire de la faim, y compris beaucoup d’entre les plus pauvres aux États-Unis.

La plupart de ces 3,5 milliards gagnent en moyenne 2,50 USD par jour. Les 40 % les plus pauvres de la population mondiale ne représentent que 5 % de tous les revenus mondiaux. Environ 80 % de toute l’humanité vit avec moins de 10 USD par jour. Et les 50 % les plus pauvres ne participent qu’à hauteur de 7,2 % à la consommation totale. Comment pourraient-ils avoir accumulé une quantité de richesses comparable à celle des 85 les plus obscènement riches ?

Des centaines de millions de personnes vivent dans la dette, même dans les pays « riches » comme les États-Unis. Ils y sont confrontés pour leurs soins de santé, leurs dettes de consommation, d’éducation et ainsi de suite. Beaucoup, sans doute la plupart de ceux qui possèdent des maisons, qui ne vivent ni dans des cabanes ni sous des ponts ni dans des vieilles voitures, sont malgré tout perclus d’hypothèques. Cela signifie que leur patrimoine familial net est négatif ; inférieur à zéro ! Ils ne possèdent pas, ils vivent dans la dette.

Des millions parmi les 50 % les plus pauvres peuvent posséder des voitures mais la plupart du temps ils en possèdent aussi les traites. Ils sont le moteur de la dette. Dans des pays comme l’Indonésie, pour les millions qui ne possèdent pas leur véhicule, il y a les bus surchargés, cabossés, les véhicules qui se spécialisent dans les pannes et les plongeons dans des ravins sur des routes mal entretenues. Parmi les 50 % du bas de l’échelle, nombreux sont ceux qui vivent des déchets collectés sur les décharges d’ordures et qui doivent envoyer leurs enfants travailler dans de sinistres ateliers clandestins qui les détruisent psychologiquement.

Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté augmente à un rythme plus rapide que la population mondiale. Donc, la pauvreté se répand même quand la richesse s’accumule. Il ne suffit pas de déplorer ces extrêmes inégalités, nous devons aussi expliquer comment elles se forment.

Le 85 les plus riches dans le monde comprennent probablement les quatre membres de la famille Walton (propriétaires du géant mondial de la distribution Wal-Mart, parmi les dix premiers super-riches aux États-Unis) qui, ensemble, « valent » plus de 100 milliards de dollars. Les familles riches comme les DuPont ont des participations majoritaires dans des sociétés géantes comme General Motors, Coca-Cola, et United Brands. Ils possèdent une quarantaine de domaines seigneuriaux et musées privés dans le seul Delaware et ils ont mis en place 31 fondations exonérées d’impôts. Les super-riches aux États-Unis et dans de nombreux autres pays trouvent des moyens, légaux et illégaux, de dissimuler leur richesse dans des comptes secrets. Nous ne connaissons pas réellement le véritable niveau de richesse des très riches.

Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté augmente à un rythme plus rapide que la population mondiale. Donc, la pauvreté se répand même quand la richesse s’accumule. Il ne suffit pas de déplorer ces extrêmes inégalités, nous devons aussi expliquer comment elles se forment.

En ce qui concerne la partie la plus pauvre de la population mondiale, que je nommerais la « meilleure moitié », celle qui lutte avec vaillance pour survivre, de quelle sorte de richesse pourrions-nous parler ? La richesse totale possédée par les 85 super-riches et la richesse totale détenue par le monde de 3,5 milliards les plus pauvres, sont de dimensions et de natures différentes.

Ces jets privés, ces hôtels de luxe, ces propriétés foncières, ces superbes résidences de vacances, ces appartements de luxe, ces résidences privées et ces voitures de luxe, sans parler des centaines de milliards de dollars en actions, en obligations, les locaux commerciaux, les œuvres d’art, les antiquités, etc., toute cette énorme richesse, comment la comparer aux quelques millions de voitures d’occasion, aux meubles usagés et aux téléviseurs fatigués, prêts à rendre l’âme ? Quelle valeur de revente, peut-on espérer de ces malheureux biens à la durée de vie incertaine ? Surtout dans des communautés à taux de chômage élevé, aux conditions de santé et de logement lamentables, sans eau courante, sans installations sanitaires décentes, etc. Nous ne connaissons pas réellement le véritable niveau de pauvreté des plus pauvres.

Des millions d’enfants, qu’il faut compter dans les 50 % inférieurs ne voient jamais l’intérieur d’une école. Au lieu de cela, ils travaillent dans des usines, des mines et des exploitations agricoles dans des conditions de péonage. Près d’un milliard de personnes sont incapables de lire ou d’écrire. Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté augmente à un rythme plus rapide que la population mondiale. Donc, la pauvreté se répand même quand la richesse s’accumule. Il ne suffit pas de déplorer ces extrêmes inégalités, nous devons aussi expliquer comment elles se forment.

Mais pour l’instant, répétons-le : les 85 personnes les plus riches du monde, loin de posséder autant de richesse que les 50 % les plus pauvres, en accaparent beaucoup plus. La multitude qui peuple les échelons inférieurs – même prise dans son ensemble – ne dispose d’à peu près rien.

Michael Parenti

Texte original :

poverty_585 Billionaires and the Better Half: Poverty is Spreading as Wealth Accumulates, publié le 18 février 2014

https://www.commondreams.org/view/2014/02/18-5

Version française publiée par le Grand Soir.

Penseur et écrivain de la gauche radicale états-unienne, Michael Parenti est l’auteur de nombreux livres. Son site : http://www.michaelparenti.org/ Deux de ses ouvrages sont, actuellement traduits en français : Histoire et Mystifications (aux éditions Demi-Lune) et Le Mythe des jumeaux totalitaires (aux éditions Delga)

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Le 7 mars 2014, la nouvelle présidente du Chili Michelle Bachelet a été on ne peut plus claire : nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement”. La présidente argentine Cristina Fernandez rappelait le 1er mars qu’”indépendamment des idées, nous devons défendre la démocratie et condamner la tentative de coup d’État contre la République Bolivarienne”. C’est un fait : alors que la plupart des présidents et des mouvements sociaux d’Amérique Latine rejettent l’insurrection de l’extrême droite au Venezuela, les journalistes occidentaux sont passés en quarante ans de la dénonciation du coup d’État contre Salvador Allende à la justification – active ou conformiste – du plan qui visait à renverser un gouvernement qui a “organisé 19 scrutins en 14 ans” (Dilma Roussef, 24/2/2014). Serait-ce parce que l’irruption du suffrage universel dans les sociétés latino-américaines porte au pouvoir des politiques qui s’émancipent du dogme du libre marché ? Est-ce l’inculture historique ou le formatage qui règnent dans les écoles de journalisme ? Quarante ans de concentration privée des médias et d’involution idéologique font que la majorité des journalistes occidentaux sont devenus capables d’oublier les décisions des électeurs (validées par les observateurs internationaux), de transformer des paramilitaires ou des militants d’extrême droite en “combattants de la liberté”, et de faire d’un État qui ose défendre les institutions démocratiques un “État répressif”.

Au Venezuela, les membres d’ONGs indépendantes des droits humains dénoncent les mensonges quotidiens des médias internationaux qui reproduisent la version de la droite, de ses médias privés et de ce fait encouragent la poursuite des violences (1). Nicolas Maduro (dont l’image a été travaillée dès son élection pour en faire, comme on l’a fait de Hugo Chavez, un personnage autoritaire, populiste, futur dictateur, etc..) est comme vient de le le rappeller le président Correa “un humaniste, qui ne réprimerait jamais son peuple”. La quinzaine de policiers qui ont désobéi aux ordres de ne pas user d’armes à feu ont été aussitôt arrêtés. Cette mesure est significative d’une volonté politique de mettre fin à l’impunité au Venezuela.Le hasard des dates a fait qu’au moment où des groupuscules paramilitaires déclenchaient les premières violences à la frontière avec la Colombie (2), le gouvernement Maduro faisait ce qu’aucun de ses prédécésseurs n’avait voulu faire : rendre justice et indemniser 112 familles des victimes du “Caracazo”, massacre de deux à trois mille personnes par l’armée, ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989. Les militaires vénézuéliens, à l’époque, étaient formés aux États-Unis par la School of Americas, pourvoyeuse de bourreaux à tout le Cône Sud.

27 février 2014, Caracas. Le gouvernement indemnise 112 familles de victimes du “Caracazo” de 1989.

Le massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Cette triste époque prit fin avec la décision de Chavez de rompre les accords avec le Pentagone et d’humaniser l’armée, notamment en l’impliquant dans les missions sociales. Il reste cependant des nostalgiques de cette nuit de terreur et d’apartheid social, notamment parmi les étudiants des quartiers riches qui jouent aujourd’hui pour les caméras leur “révolution” sans peuple(3). En assassinant sélectivement des militaires et des policiers, l’extrême droite paramilitarisée de Leopoldo Lopez et de Maria Corina Machado recycle une technique conseillée par la CIA pour déstabiliser Salvador Allende en 1973. Le gouvernement bolivarien a évité de tomber dans la provocation et le président Maduro a multiplié les initiatives de dialogue, allant jusqu’à proposer, le 15 mars, aux dirigeants de la droite universitaire une rencontre retransmise en direct à la télévision pour “dire tout ce qu’ils veulent dire”.

La tentative de coup d’État a échoué mais il est clair que toute mesure prise par le gouvernement pour défendre les institutions démocratiques sera aussitôt transformée par le Département d’État ou par les médias internationaux en “durcissement-de-la- répression-au-Venezuela”.

Au Salvador, à peine connue la victoire du candidat de gauche Sanchez Cerén aux présidentielles du 9 mars, l’extrême droite a réagi comme au Venezuela, manifestant violemment et appelant les militaires à rejeter la décision des électeurs. L’Amérique Latine est aujourd’hui assez forte et solidaire pour faire échec à ces putschismes médiatiques et pour défendre son droit à élire qui elle veut quand elle veut (4). En revanche la régression journalistique et la sédimentation en vérité de quinze ans de désinformation ont de quoi rendre inquiet sur l’avenir de la démocratie occidentale.

Thierry Deronne, Caracas, 16 mars 2014.

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Caracas – Les news et l’imagerie disponibles sur le Venezuela de ces dernières semaines mèneraient l’homme de la rue à conclure que les jeunes d’opposition sont des “manifestants pacifiques” dans la lignée de l’activisme global des jeunesses du “printemps arabe”, du mouvement Occupy ou d’autres pays d’Amérique Latine. Une telle conclusion serait erronée tant les informations sur le Venezuela relèvent de pratiques journalistiques très contestables, sur une échelle sans précédent.

Qu’on considère, par exemple, les personnes tuées dans les deux camps. Les médias privés (en anglais ou en espagnol) ont omis de couvrir les huit (et plus) victimes pro-chavistes des violences perpétrées par les étudiants ou par le reste de la droite. Aucun n’enquête sur les dénonciations selon lesquelles les morts sont en majorité imputables à l’opposition. Le gommage radical des victimes pro-chavistes est surprenant.

L’image ci-dessus montre, par exemple, des membres de la droite vénézuélienne tendant un fil barbelé qui a décapité un cycliste innocent, Rafael Durán de La Rosa, mort omise par la plupart des médias. Autre exemple du silence, l’assassinat de l’étudiante chilienne Gisella Rubiar le 9 mars à Mérida, tombée sous les balles de militants d’extrême droite alors qu’elle tentait de dégager une rue obstruée par leur barricade.

Un autre aspect de ce traitement très spécial des médias sur le Venezuela concerne les images des masques de Guy Fawkes, symbole des mouvements anti-capitalistes popularisé par Hollywood et, plus récemment, par les manifestations du mouvement Occupy.

La semaine dernière j’ai interviewé des membres de l’opposition, parmi lesquels des dizaines de jeunes. Presque tous ceux-ci sont des étudiants de classe moyenne et supérieure vivant dans les quartiers ultra-élitaires de Caracas, les plus riches des Amériques. Lorsque je leur demandai s’ils se définissaient comme “anarchistes” ou “marxistes” ou comme partisans d’une des idéologies qui ont caractérisé la plupart des oppositions historiques ou actuelles dans la région, ces étudiants ont uniformément répondu par la négative, certains y allant parfois d’un “para nada !” (“pas du tout !”) ou d’équivalents espagnols de “Jamais de la vie !”

Certains des interviewés m’ont dit s’identifier à des militaires tels que le Généralissime Marcos Pérez Jiménez, ancien et très répudié dictateur. Ils se sont également reconnus dans l’opposition vénézuélienne, emmenée par trois membres de l’élite du pays —Henrique Capriles, María Corina Machado et Leopoldo Lopez— tous trois impliqués dans le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez et possédant des liens familiaux direct avec les propriétaires ou les plus hauts dirigeants des plus importants conglomérats privés du Venezuela et du continent.

Or, si l’opposition du Venezuela est dirigée par des milliardaires dans un pays pauvre et si, au lieu de combattre les initiatives multi-millionaires de la politique des USA (comme le font la plupart des mouvements latino-américains), cette opposition reçoit des millions de dollars du département d’État, comment comprendre toutes ces images d’étudiants portant un symbole associé aux mouvements de gauche ?

La réponse est triple. La première est que l’idée de porter ce masque face aux caméras fait partie de la très sophistiquée formation aux médias que les étudiants ont reçue de OTPOR/CANVAS et d’autres consultantsloués avec les millions de dollars US. La deuxième est que des étudiants commettant des violences et qui craignent les sanctions ont besoin de se cacher. Enfin, c’est la logique du marché, il y a des personnes achetant des masques parce que c’est cool ou d’autres qui y voient une aubaine commerciale, comme j’ai pu l’observer dans les photos que j’ai prises la semaine passée.

Sans analyser de près l’imagerie dominante, sans examen minutieux de ce qu’est l’opposition vénézuélienne, on risquerait de la confondre avec quelque chose comme le Che Guevara ou Occupy ou le Printemps Arabe. Mais avec des dirigeants de la droite étudiante comme Lorent Saleh, lié aux paramilitaires de l’ex-président Uribe et à des groupes néo-nazis colombiens (voir El Espectador du 21/7/13) (1) ou Yon Goicochea qui areçu les 500.000 dollars du prix “Milton Friedman” et d’autres financements privés ou gouvernementaux des États-Unis, il y a beaucoup plus derrière les masques de Guy Fawkes au Venezuela que ceux que nous laissent voir les médias. Et peut-être que nous voyons naître quelque chose de nouveau et radicalement différent dans le continent insurgé de l’Amérique : Fauxccupy

Roberto Lovato

Article original en anglais :

http://www.latinorebels.com/2014/03/13/fauxccupy-the-selling-and-buying-of-the-venezuelan-opposition/

Photos : Roberto Lovato

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

(1) http://www.jornada.unam.mx/2014/03/04/opinion/021a1pol

 

Roberto Lovato est écrivain, journaliste et co-Fondateur de Presente.org, une des principales associations on-line de défense des droits des immigrants latino-américains aux États-Unis. Une de ses enquêtes sur l’exploitation des travailleurs immigrés à New Orleans après les ravages de Katrina, Gulf Coast Slaves, a servi de matériel pour une enquête du Congrès. Producteur de programmes de radio et collaborateur régulier de dizaines de médias dont Nation magazine et Huffington PostLire son blog. Twitter : @robvato.

 

 

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I – Solder l’ère Bandar.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.
Mais la chute de la place forte islamiste de Yabroud en Syrie, le verrou de Damas, aux mains des forces gouvernementales syriennes, le 15 mars 2014, le jour même du référendum du rattachement de la Crimée à la Russie traduit une exacerbation de la rivalité des puissances entre le bloc atlantiste et ses adversaires, à l’effet de fausser les plans des Américains et de leurs alliés saoudiens tant en Syrie que dans l’hinterland stratégique de la Russie et propulser l’ancien Empire des tsars au rang d’interlocuteur fiable au niveau du Monde arabe, longtemps diabolisé du fait de l’athéisme marxiste soviétique.
La chute de Yabroud, 10 mois après le perte de Qoussayr, devrait sécuriser les voies de ravitaillement du Hezbollah libanais et tarir quelque peu le flux djihadiste de Syrie vers le Liban.

Un tel développement stratégique, tant sur le plan militaire en Syrie que diplomatique en Ukraine, devrait donner plus d’écho à la retentissante mise en garde de Mahmoud Abbas, dépité par le comportement américain : «Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez-vous aux Russes», a lancé le dirigeant palestinien exacerbé par les nouvelles requêtes américaines concernant de nouvelles concessions palestiniennes en faveur d’Israël.

Pour le lecteur arabophone, la totalité de cette déclaration sur ce lien: http://www.al-akhbar.com/node/202185

Ni l’offre du Qatar de louer à des prix faramineux les deux bases russes en Syrie, sur la Méditerranée, ni la proposition mirobolante de Bandar Ben Sultan d’un partenariat énergétique entre l’Arabie saoudite et la Russie, -un pacte de non concurrence dans le domaine du pétrole et du gaz, doublé d’un contrat militaire de 14 milliards de dollars-, n’auront eu raison du soutien russe à la Syrie en ce que Moscou a voulu apporter, dans la bataille de Syrie, au-delà des considérations stratégiques, la preuve de sa loyauté à l’égard d’un pays qui aura été, avec l’Algérie, le seul allié arabe fiable en dépit de l’effondrement de l’empire soviétique.

Pour le lecteur arabophone, l’offre de Bandar à Poutine: http://www.al-akhbar.com/node/191263

Soldant sans état d’âme l’ère Bandar, l’ancien patron de la nébuleuse islamiste, la dynastie wahhabite pense avoir déblayé la voie à la grande réconciliation saoudo américaine, concrétisée par la visite à Ryad de Barack Obama, fin mars, une période correspondant à la reprise des négociations irano américaines sur le nucléaire iranien.

Cette programmation n’est nullement le fait du hasard. Elle paraît destinée dans l’esprit de Washington à signifier tant aux Saoudiens qu’à leurs alliés arabes et musulmans, dans l’ordre subliminal, la permanence et la solidité du Pacte de Quincy (1) en dépit des fritures dans les relations entre le meilleur allié des Etats Unis dans le Monde arabe et le protecteur d’Israël; en dépit des tentatives de rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran, l’ancien super gendarme du Golfe du temps de Chah et désormais la bête noire de la dynastie wahhabite.

Dans un mouvement de balancier, le royaume saoudien a accordé le grand pardon royal à ses enfants prodiges djihadistes, diabolisant les Frères Musulmans, son ancien pupille, et, dans un ultime cadeau d’un roi octogénaire en phase crépusculaire de son règne, le Roi Abdallah (88 ans) a couplé cette démarche en impulsant une refonte de l’archaïque système éducatif saoudien, si préjudiciable à l’image du Royaume, à l’image de l’Islam et à la stratégie de ses alliés du bloc atlantiste.

Fait sans précédent dans les annales du Royaume, une dame, Haya Al Sahmary, a été nommée à une fonction d’autorité au sein de la haute administration saoudienne, à la direction de la formation, en tandem avec le Prince Khaled Ben Faysal, le fils du défunt Roi Faysal, au poste de ministre de l’éducation, avec à la clé un budget de plusieurs milliards de dollars pour mener à bien cette opération.

Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparait ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

Cette décision à l’encontre d’une confrérie, qu’elle a longtemps couvée, qui fut de surcroît son instrument docile dans sa guerre contre les régimes républicains du versant méditerranéen du Monde arabe, témoigne du brutal retournement de situation à l’égard d’une organisation, jadis portée au pinacle désormais vouée aux gémonies. A l’apogée de sa puissance au début du «printemps arabe», en 2011, l’unique formation transnationale arabe se retrouve à son périgée trois ans plus tard, en butte désormais en aux coups de butoir conjugués de son pays d’origine, l’Egypte, et de son pays incubateur, l’Arabie saoudite, les deux plus grands pays arabes, le premier par sa puissance militaire, le second par sa puissance économique.

La criminalisation des Frères Musulmans a signé d’une manière spectaculaire l’entrée en fonction du nouveau patron du renseignement saoudien, le prince Mohamad Ben Nayef, ministre de l’Intérieur. Elle s’est doublée, dans la foulée, de l’inscription sur la liste des organisations terroristes, deux autres de ses excroissances, le Front As Nosra de Syrie et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), et pour faire bonne mesure, deux organisations chiites, les rebelles zaïdites dits Houthis du Yémen, et, naturellement, le Hezbollah Libanais, le diable habillé en Prada iranien.

Elle a coïncidé avec le grand chamboulement du personnel diplomatique opérant sur le front de Syrie avec la mise à l’écart d’une personnalité majeure du conflit, Robert Ford, le cerbère américain auprès de l’opposition off–shore et l’évacuation sanitaire du prince Bandar Ben Sultan, conséquence des revers du camp atlantiste en Syrie et du déferlement djihadiste qui s’en est ensuivi. Il devrait être complété, selon toute vraisemblance, par la mise à l’écart du représentant français Eric Chevallier, ancien chargé de mission auprès de Bernard Kouchner.

Un tel ravalement cosmétique devrait doter les alliés arabes du bloc atlantiste d’une image bonifiée et offrir, dans l’esprit de ses ordonnateurs, une meilleure exposition médiatique à l’opinion internationale en cas de reprise des hostilités à grande échelle en Syrie dans l’hypothèse d’un échec durable de la conférence de Genève 2; ou en riposte compensatoire au coup de force de la Russie en Crimée.

Le nouveau patron du renseignement saoudien a d’ores et déjà pris langue avec un vieux cheval de retour, le général Rifa’at Al Assad, oncle paternel du président syrien Bachar Al-Assad, dans une démarche destinée à relancer la rivalité au sein du clan familial entre le bourreau de Hama, en 1982, en exil en Europe, et son neveu.

Cette crise, la plus violente depuis la création du Conseil de coopération du Golfe, il y a trente ans, parait devoir entraver le fonctionnement de l’ultime instance régionale de coopération arabe encore en activité.

En pointe dans le combat de la contre révolution arabe, ce syndicat des pétromonarchies du Golfe, sous haute protection militaire occidentale, parait devoir réduire sa voilure, non seulement en raison de la guerre entre les frères ennemis du wahhabisme, mais aussi du fait du souci du 6eme membre, le Sultanat d’Oman, de se maintenir à l’écart de ce conflit fratricide, cherchant auprès de l’Iran un contrepoids à la prééminence du duo saoudo qatariote au sein de cette organisation. Un pont reliant Oman à l’Iran devrait être édifié via le détroit d’Ormuz concrétisant l’alliance scellée à l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rouhani à Mascate, le 12 mars 2014.

Formé des six pétromonarchies du Golfe, (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman), le Conseil de Coopération du Golfe a été mis sur pied dans la décennie 1970 au moment de l’accession à l’indépendance de l’ancienne côte des pirates, dans la foulée du retrait britannique à l’Est de Suez. Les six pétromonarchies abritent chacune une importante base occidentale, faisant de la zone la plus importante concentration militaire atlantiste, hors de l’Otan.

Que le Mufti de l’Otan (87 ans) soit parvenu, au soir de sa vie, à saborder les relations entre les meilleurs alliés de l’Otan, ses supplétifs dans la recolonisation du Monde arabe donne la mesure de la fragilité de cet édifice et de ses adhérents.

II – Une guerre à outrance sur fond d’un contentieux territorial historique

La rivalité entre Qatar et l’Arabie est historique quoique feutrée. Elle remonte à la fondation du royaume wahhabite au début du XX me siècle, lorsque le Roi Abdel Aziz, fondateur de la dynastie wahhabite, avait ordonné le rattachement du Qatar à la province saoudienne d’Al Hassa, faisant de la principauté un département de son royaume. Un contentieux résolu en 1965 à la suite de fortes pressions de Haut-Commissaire britannique enjoignant aux deux pays de ratifier un accord de délimitation des frontières.

Le rebond de la crise résulte tant du refus viscéral de l’Arabie saoudite de cautionner des coups d’état comme mode de changement de régime au sein des pétromonarchies, -comme ce fut le cas à deux reprises au Qatar-, que de la volonté de Doha de se soustraire de la tutelle de l’Arabie saoudite, pesante sur le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe. En soutenant les Frères Musulmans, honnis par la dynastie wahhabite et les Houthistes du Yémen, le Qatar a exacerbé les tensions entre les deux monarchies.

http://www.al-akhbar.com/node/202041

Les propos «incendiaires» du Mufti de l’Otan, Cheikh Youssef Al Qaradawi, en soufflant sur les braises, ont fait voler en éclat l’accord de réconciliation signé en décembre 2013 à Ryad, entre le Qatar, d’une part, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes Unis, d’autre part, en présence de l’Emir du Koweït et donné une tournure virulente à leur rivalité.

La mise à l’index des Frères Musulmans tant par l’Arabie saoudite qu’auparavant par l’Egypte devrait fragiliser considérablement la branche syrienne de la confrérie, un des principaux vecteurs du combat anti Assad, de même que les formations rigoristes sunnites de Tripoli (Nord Liban).

III – Le pardon royal

Indice supplémentaire du changement de cap de la dynastie wahhabite: L’Arabie saoudite a offert le pardon royal aux djihadistes qui se rendraient dans les ambassades saoudiennes de lieu de leur déploiement (Liban, Turquie, Jordanie), et autorisée leur retour en Arabie saoudite sous condition qu’ils fassent l’objet d’une réhabilitation dans des camps affectés à cet effet Une méthode efficace qui permet à l’Arabie de faire plaisir à ses alliés occidentaux, notamment l’Amérique et de ficher en même temps ces propres djihadistes. Le pardon royal ne concerne toutefois pas les volontaires qui continuent de s’y rendre. Ce système ingénieux pour les Saoudiens est vécu comme un supplice de tantale par les Occidentaux en ce qu’il éponge une partie des djihadistes tout en continuant à ravitailler en homme le champ de bataille de Syrie et d’Irak

Ryad a ainsi conditionné la reprise de son aide financière et matérielle (armes) à la tribu d’Al Ahmar du Yémen, sous réserve que cette importante confédération tribale, l’une des deux plus importantes du Yémen, mène un combat sans relâche, non contre «Al Qaida» et les rebelles houthistes qui gagnent du terrain, mais contre…. les Frères Musulmans yéménites (soutenus par le Qatar).

IV – Fin de l’amnésie saoudienne à propos des Palestiniens.

Rompant avec son coma, l’Arabie saoudite s’est à nouveau manifestée, début mars, sur le plan palestinien, le grand oublié du printemps arabe, s’engageant dans une concurrence médiatique avec son rival qatariote, envoyant l’un de ses plus flamboyants émissaires médiatiques à Ramallah, le prince Walid Ben Talal, pour y rencontrer Mahmoud Abbas.

Un message à triple sens, à triple destinataire:

A – Aux Etats Unis et à l’Europe: En missionnant un prince de sang royal, -celui-là même qui a acté publiquement la connivence de fait entre l’Arabie Saoudite et Israël, «les Arabes et les sunnites», dans leur combat contre la branche rivale de l’Islam, l’Iran chiite et ses alliés régionaux, la Syrie et le Hezbollah libanais» (2)-, en visite publique en Cisjordanie occupée pour y rencontrer le président de l’autorité palestinienne, cela signifie pour un Royaume au langage hermétique qu’il formalise de facto ses rapports avec Israël, en ce que cette visite n’aurait pu avoir lieu sans le blanc-seing des autorités d’occupation du siège administratif de l’embryon du problématique futur état palestinien.

B -A l’opinion internationale: Cette visite publique, amorcée avec les rencontres saoudo israéliens de Monaco, le 10 Décembre 2013, et de Davos, en Février 2014, tranche avec les visites secrètes de l’ancien chef du renseignement saoudien, le Prince Bandar Ben Sultan et constitue un jalon complémentaire de la convergence saoudo israélienne. Elle confirme, concrètement, une tendance lourde de la nouvelle orientation saoudienne, le jeu à découvert sans faux fuyant, qui était auparavant la marque de fabrique traditionnelle de la diplomatie saoudienne.

C -Aux Palestiniens et au Monde arabe et islamique: Une visite à Mahmoud Abbas, c’est-à-dire au rival direct du chef du Hamas, répond indirectement au souci de Ryad de rendre hommage à un dirigeant arabe qui a eu l’ingénieuse idée de se maintenir à distance des conflits interarabes et de déployer ses «bons offices» auprès des protagonistes du conflit syrien pour favoriser la tenue de Genève II, lui ouvrant ainsi la voie à une audience avec Barack Obama, le 15 mars prochain à Washington.

Au-delà de ses objectifs économiques, ce déplacement à forte portée symbolique, d’un prince de sang royal saoudien avec le consentement israélien, témoigne du bouleversement des rapports inter arabes et des rapports entre Israël et les pétromonarchies.

Au regard du précédent qatariote, la visite de l’Emir du Qatar à Gaza et le fiasco qui s’est ensuivi avec le discrédit qui a frappé le chef politique du Hamas, Khaled Mecha’al se pose la question de l’impact de ce déplacement et la durée de viabilité de son caractère «historique» dans un Moyen-Orient furtif et dérapant.

Les rencontres répétées avec les dirigeants israéliens de Turki Ben Faysal, le parrain originel d’Oussama Ben Laden durant la guerre d’Afghanistan, dans la décennie 1980, tant à Monaco, le 10 décembre 2013, avec son ancienne collègue du Mossad Tzipi Livni, chargée des négociations avec les Palestiniens, qu’à Davos, en février 2014 avec le président israélien Shimon Pérès, de même que le déplacement à Ramallah du prince Walid Ben Talal ont constitué les signes avant-coureurs de cette évolution. De même que l’attribution par l’Arabie saoudite à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Doubaï, le lieu même du meurtre du dirigeant militaire du Hamas Al Mabhouh. La maison-mère G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons dans les territoires occupés palestiniens, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes. Dans le monde arabe, elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de Dubaï. Outre l’intérêt financier de ces contrats, la filiale saoudienne de la société israélienne Al Majal G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.

A l’instar de son rival du Qatar, la dynastie wahhabite, pour la survie de son trône, a fait donc le choix d’Israël contre l’Iran, pourtant en phase ascendante……sous couvert de lutte contre les Frères Musulmans, dont l’alliance contre nature avec le philo-sioniste Bernard Henry Lévy tant en Libye que dans la bataille de Syrie ne leur a été d’aucun secours, de même que leur rôle de facteur de nuisance des Etats Unis dans la zone depuis la fin de la 2eme guerre mondiale.

L’histoire retiendra que le poignard dans le dos des Frères Musulmans a été planté, non par de mécréants laïcs, ou d’affreux nationalistes arabes, voire même d’horribles communistes, mais par un régime théocratique se réclamant de la même religiosité intégriste qu’eux.
La centralité de l’islam wahhabite dans la sphère spirituelle musulmane ne saurait souffrir la moindre compétition. Tel est le message de la dynastie wahhabite aux éventuels contestataires de son leadership. Autrement dit, «plus religieux que les wahhabites tu meurs»: Telle pourrait être la leçon de cette tragique séquence en ce que le commerce de la religion peut réserver, parfois, de mauvaises surprises.

René Naba

Notes :

1 – Le pacte de Quincy Une relation spéciale mais de vassalité:

http://www.renenaba.com/le-pacte-de-quincy/

Le «Pacte de Quincy» a été scellé, en février 1945, sur le croiseur Quincy entre le Roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du royaume, et le président américain Franklin Roosevelt, en route pour Yalta pour le sommet soviéto-américain portant sur le partage du monde en zone d’influence.
Il s’articule sur cinq points
-La stabilité de l’Arabie Saoudite fait partie des “intérêts vitaux” des Etats-Unis qui assurent, en contrepartie, la protection inconditionnelle du Royaume contre toute menace extérieure éventuelle. Par extension la stabilité de la péninsule arabique et le leadership régional de l’Arabie Saoudite font aussi partie des «intérêts vitaux» des Etats-Unis.
-En contrepartie, le Royaume garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain, la dynastie Ibn Saoud n’aliénant aucune parcelle de son territoire, les compagnies concessionnaires ne seraient que locataires des terrains. Les autres points portent sur le partenariat économique, commercial et financier saoudo américain ainsi que sur la non-ingérence américaine dans les questions de politique intérieure saoudienne. Le «Pacte du Quincy» s’est révélé être une alliance contre nature entre une puissance qui se veut la plus grande démocratie libérale du monde et une dynastie qui se revendique comme la plus rigoriste monarchie théocratique du monde.

2-Déclaration de Walid Ben Talal à propos de l’Iran et d’Israël http://www.lemondejuif.info/prince-ben-talal-les-musulmans-sunnites-sommes-israel-contre-liran/

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Les enquêtes sur le financement illicite de l’UMP (Union pour un mouvement populaire), parti de droite de l’ex-président Nicolas Sarkozy, ont débouché sur un scandale majeur, à quelques semaines des élections municipales françaises prévues pour le 23 mars.

Les luttes internes d’une élite dirigeante discréditée ont fait resurgir la criminalité politique, les sentiments fascistes, et la brutalité impérialiste dans laquelle baigne l’ensemble de la classe dirigeante. Les tentatives de l’impopulaire Parti socialiste de l’actuel président François Hollande d’exploiter ces scandales se sont également retournées contre ce parti, avec des révélations de mensonges concernant son rôle dans ces enquêtes qu’il espérait manifestement utiliser pour discréditer ses opposants.

L’image qui se dessine est dévastatrice :

Le 27 février, Le Point a fait savoir que le président de l’UMP, Jean-François Copé, un fidèle de Sarkozy controversé parce qu’il défend l’idée d’un appel à la base électorale du Front national (FN) néo-fasciste, aurait favorisé l’entreprise Bygmalion, dirigée par des amis à lui, dans des contrats pour des événements électoraux de l’UMP. Cette compagnie aurait ensuite surfacturé à l’UMP ses prestations à hauteur de 8 millions d’euros.

Le 5 mars, le quotidien satirique Canard Enchaîné a révélé que Patrick Buisson, conseiller de Sarkozy ayant des liens étroits avec les néo-fascistes, a enregistré sans autorisation des centaines d’heures de conversations avec les responsables du gouvernement Sarkozy. Des extraits ont été publiés dans la presse montrant, sans surprise, que Buisson est un personnage grossier et réactionnaire qui se vante d’avoir une culture « royaliste ».

Le 7 mars, Le Monde a révélé que Sarkozy et deux de ses ex-ministres et principaux collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, étaient sous écoute judiciaire depuis le printemps 2013. Les juges d’instruction enquêtant sur des allégations selon lesquelles l’ex-président libyen Mouammar Kahdafi aurait financé la campagne électorale de Sarkozy en 2007 ont entendu des discussions entre Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, sur la manière d’influencer la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire en France.

Ils ont lancé une enquête sur la subornation par l’équipe de Sarkozy du procureur Gilbert Azibert. Sarkozy et Herzog auraient discuté du moyen d’obtenir une mutation de complaisance à Monaco pour Azibert en échange de son influence sur la décision de la Cour de cassation concernant la conservation de l’agenda des rendez-vous de Sarkozy pour 2007-8 comme preuve pour d’autres enquêtes. Celles-ci portent sur le rôle de la milliardaire de L’Oréal, Liliane Bettencourt dans le financement de la campagne électorale de Sarkozy, et sur le versement d’une indemnité de 285 millions d’euros par l’Etat à l’homme d’affaires Bernard Tapie, un ami de Sarkozy.

La Cour de cassation a décidé le 11 mars que ses agendas peuvent être utilisés comme preuves, un revers majeur pour Sarkozy.

Les affirmations de la ministre de la Justice du gouvernement PS Christiane Taubira selon lesquelles elle n’aurait pas été informée des écoutes visant Sarkozy jusqu’à ce que Le Monde publie son article se sont révélées être des mensonges. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a ensuite reconnu que lui-même et Taubira avaient été informés une semaine plus tôt, le 26 février. De manière embarrassante, les rapports judiciaires que Taubira brandissait lors d’une conférence de presse dans laquelle elle avait nié s’être vue notifier ces écoutes étaient en fait les courriers de la procureur Eliane Houette et de l’avocat général Philippe Lagauche qui lui en faisaient part.

Il ne fait pas de doute que les allégations contre l’UMP gaulliste sont sérieuses et, étant donné l’histoire de ce parti, crédibles. Il a accepté des versements d’argent non-déclaré venant du pétrole des ex-colonies africaines de la France pendant des dizaines d’années, conservé des liens illicites avec des figures de l’aristocratie financière comme Bettencourt, et il développe des liens toujours plus étroits avec les forces fascistes françaises.

Les tentatives du PS de profiter des scandales de l’UMP sont, cependant, d’une profonde hypocrisie. Le PS est impliqué dans tous les délits reprochés à l’UMP. Il a soutenu la campagne guerrière de Sarkozy en Libye en 2011 qui a détruit le régime de Kahdafi et, comme l’a révélé l’affaire Elf dans les années 1990 et 2000, il a reçu une part importante des fonds pétroliers africains non-déclarés. (lire : France: Affaire Elf, les condamnations révèlent la corruption aux plus hauts niveaux de l’Etat). Hollande lui-même a lancé deux guerres en Afrique l’an dernier, au Mali et en République centrafricaine.

Quant à la famille multi-milliardaire Bettencourt, qui a échappé de justesse à la confiscation de ses biens pour collaboration avec les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale, ce furent également de proches partisans du président PS François Mitterrand, ainsi que des politiciens de droite. Les liens entre le PS et les forces fascistes ont refait surface sous Hollande, lorsque le ministre du budget Jérôme Cahuzac a dû démissionner pour fraude fiscale l’an dernier. Il était apparu que Cahuzac avait des liens politiques et financiers de longue date et toujours actifs avec des cercles du FN.

Ce que ces scandales politiques et financiers démontrent, ce n’est pas la corruption d’un parti bourgeois ou d’un autre, mais la faillite historique de l’impérialisme et de la classe capitaliste. L’impérialisme français, confronté à des crises économiques profondes, à des tensions internationales qui s’intensifient, et à l’impopularité de ses propres projets d’austérité sociale à l’intérieur du pays, est poussé par des forces de classe puissantes à légitimer son pillage de par le monde entier et de la classe ouvrière à l’intérieur du pays, en faisant la promotion du fascisme et de la guerre.

En particulier, cette soudaine vague d’enquêtes sur l’UMP de la part de magistrats sous un pouvoir PS, émergeant juste avant des élections que le PS craint de perdre en faisant un très mauvais score, suggère fortement que le PS cherche à discréditer l’UMP auprès des électeurs de droite, pour les pousser vers le FN.

Cela rappelle de près la stratégie électorale de Mitterrand au milieu des années 1980, qui cherchait à rester au pouvoir en dépit de son impopularité en divisant le vote de droite entre les gaullistes et le FN. Après son « tournant de l’austérité » en 1982-3, Mitterrand avait pris des mesures très nettes pour promouvoir le FN. Il avait fait pression sur les chaînes de télévision pour qu’elles accordent plus de temps d’antenne à Le Pen et avait changé les règles électorales ce qui avait permis au FN d’obtenir 36 députés en 1986.

Cette stratégie avait été rendue possible grâce à la collaboration des alliés staliniens et de pseudo-gauche du PS, qui avaient continué à soutenir le PS sous Mitterrand, en dépit de ses attaques contre la classe ouvrière et de sa promotion du FN, dont les conséquences deviennent de plus en plus évidentes. En s’appuyant sur la faillite des forces de la pseudo-gauche, le FN se présente comme l’unique parti d’opposition en France et il se développe rapidement. L’on s’attend maintenant à ce qu’il remporte plusieurs municipalités dans les élections à venir.

Il est significatif que le FN soit resté relativement circonspect dans ses réactions à ces affaires, en particulier une fois que les enregistrements de Buisson ont révélé des contacts entre des responsables du gouvernement Sarkozy et l’ex dirigeant du FN, Jean-Marie Le Pen, durant les élections présidentielles de 2007.

La dirigeante du FN Marine Le Pen a indiqué qu’elle craignait des révélations potentiellement encore plus compromettantes. Elle s’est félicitée du recours de Sarkozy qui demandait à placer les enregistrements de Buisson sous scellés. « Là où il y a affaire d’Etat, c’est qu’il y a des enregistrements qui circulent dans la nature », a-t-elle dit. « Ça va permettre à la justice de sceller ces enregistrements qui, sinon, pourraient passer dans des mains étrangères, dans des mains hostiles.”

Ces événements soulignent que le FN s’est déjà établi comme un élément clé de l’establishment politique, du fait du tournant fascisant pris par la politique de l’ensemble de la bourgeoisie.

Antoine Lerougetel et Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 15 mars 2014

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Le quotidien espagnol a abandonné la rigueur journalistique au profit d’une couverture partisane de la réalité vénézuélienne.

Depuis le triomphe de la Révolution bolivarienne au Venezuela avec l’élection du Président Hugo Chávez en 1998 (jusqu’à 2013) et la victoire de son successeur Nicolás Maduro en 2013, El País, principal quotidien espagnol et leader d’opinion, a délaissé l’impartialité dans le traitement de la réalité de ce pays. Pis encore, le journal espagnol a abandonné le journalisme équilibré et nuancé au profit d’une critique systématique et à sens unique du pouvoir démocratiquement élu de Caracas.

Une démocratie ?

Dans une tribune du 9 mars 2014, El País expose son point de vue et déclare que « le Venezuela n’est plus un pays démocratique[1] ». Peu importe qu’il y ait eu 19 consultations populaires depuis 1998 et que les chavistes aient remporté 18 de ces scrutins au cours d’élections reconnues comme irréprochables et transparentes par tous les organismes internationaux, de l’Organisation des Etats américains à l’Union européenne, en passant par le Centre Carter. Mieux encore, l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, qualifie le système électoral vénézuélien comme étant le « meilleur au monde[2] ».

La liberté de la presse

Le quotidien madrilène déplore « une asphyxie systématique de la liberté d’expression ». Là encore, l’affirmation résiste difficilement à l’analyse. Selon un rapport du Ministère de la Communication et de l’Information de 2011, en 1998, il existait au Venezuela 587 radios et télévisions dont 92,5% privées et 7,5% publiques. Aujourd’hui, elles sont 938 dont 70% privées, 25% communautaires et 5% publiques. La Révolution bolivarienne a au contraire multiplié le nombre de médias télévisuels et radiophoniques et le paysage médiatique est toujours dominé par le secteur privé. Loin d’être étouffés, les médias privés ont ainsi augmenté de 28,7% en 12 ans[3].

La Révolution bolivarienne, un échec ?

Un an après la disparition d’Hugo Chávez, qui a succombé à un cancer foudroyant le 5 mars 2013, El País dresse un panorama assez sombre de la situation vénézuélienne, par le biais de son correspondant à… Miami : « Chávez a légué une opportunité perdue, une économie en faillite qui ne tient que par l’endettement et la spéculation ». Le quotidien ajoute que « durant la dernière décennie de son gouvernement, le revenu pétrolier du Venezuela a été sept fois plus important qu’en 1998 quand il a assumé le pouvoir ». Cependant, « l’inflation et les pénuries, dont a souffert le pays de façon cyclique durant la dernière décennie, ont atteint des pics alarmants parmi les secteurs les plus pauvres[4] ».

A la lecture de ce bilan, on en conclut que la Révolution bolivarienne a été un échec. Mais en fait, El País occulte la réalité factuelle. D’abord, le quotidien madrilène omet de souligner que si le prix du pétrole a presque été multiplié par dix, c’est avant tout grâce à Hugo Chávez qui a réussi à réactiver une OPEP moribonde en limitant la production de pétrole et faisant passer le prix du baril de 16 dollars en 1998 à plus de 100 dollars aujourd’hui.

Ensuite, le journal évoque la situation des « secteurs les plus pauvres » sans fournir de chiffres et présente « l’inflation et la pénurie » comme des conséquences de la politique chaviste. En réalité, l’inflation a caractérisé l’économie vénézuélienne depuis au moins 70 ans et les statistiques disponibles sur la réalité sociale du pays apportent un démenti implacable au point de vue de El País.

En effet, de 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999. Le taux de malnutrition général est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim[5].

Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités[6].

En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois[7].

Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2014 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999[8].

Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit d’un des salaires minimum en dollars les plus élevés d’Amérique latine. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum. Les femmes seules et les personnes handicapées reçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011[9].

Depuis 1998, près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités[10].

Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 300%. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue[11].

Loin de l’image apocalyptique présentée par El País, la Révolution bolivarienne a été une indéniable réussite sociale. Ainsi, selon le rapport annuel World Happiness de 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne[12].

Le cas du journal El País illustre l’incapacité des médias occidentaux – dont la plupart sont entre les mains de conglomérats économiques et financiers – à représenter de manière impartiale et équilibrée la Révolution bolivarienne. Il est une raison à cela : le processus de transformation sociale initiée en 1999 a bouleversé l’ordre et les structures établis, a remis en cause le pouvoir des dominants et propose une alternative sociétale où – malgré tous ses défauts, ses imperfections et ses contradictions qu’il convient de ne pas minimiser – les puissances d’argent ne règnent plus en maître, et où les ressources sont destinées à la majorité des citoyens et non à une minorité.

Salim Lamrani 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 


[1] Mario Vargas Llosa, “La libertad en las calles”, El País, 9 mars 2014.

[2] Correo del Orinoco, « James Carter: Proceso electoral de Venezuela es ‘el mejor del mundo’ », 20 septembre 2012. http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/james-carter-proceso-electoral-venezuela-es-%E2%80%9Cel-mejor-mundo%E2%80%9D/

[3] Juan Carlos Figueroa, « Medios públicos venezolanos casi se triplicaron en 12 años », El Tiempo, 12 août 2012. http://eltiempo.com.ve/venezuela/politica/medios-publicos-venezolanos-casi-se-triplicaron-en-12-anos/61589 (site consulté le 10 mars 2014).

[4] Maye Primera, « Un año sin el ‘comandante supremo’ », El País, 5 mars 2014.

[5] Salim Lamrani « 50 verdades sobre Hugo Chávez y la Revolución Bolivariana », Opera Mundi, mars 2013.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Ibid

[11] Ibid.

[12] Ibid.

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Déclaration d’Agadir

mars 16th, 2014 by Collectif

Nous, organisations syndicales, mouvements paysans et mouvements sociaux :

  • la Fédération Nationale du Secteur Agricole FNSA/UMT /MAROC
  • Syndicat National des Marins pêcheurs, de la pêche côtière et hautière SNMPCM/MAROC
  • la Confédération Paysanne Française
  • l’Union des Comités du Travail Agricole Palestinien (UAWC)
  • le Conseil Nationale Sénégalais de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR),
  • ATTAC/CADTM Maroc
  • l’Association Million des Femmes Rurales et l’Association Lutte de Terre Tunisiennes

Réunis, dans le cadre du Mouvement paysan International VIA CAMPESINA à Agadir les 13, 14 et 15 mars 2014 sous le slogan :

« Pour la terre et la souveraineté de nos peuples !
Dans la solidarité et dans la lutte ! »

Après avoir discuté du contexte local, régional et international, marqué par :

Premièrement, l’accentuation de la crise capitaliste multidimensionnelle (crise alimentaire, environnementale, énergétique, financière, économique, institutionnelle, d’endettement et de migration), et les tentatives des gouvernements à faire supporter aux travailleurs et travailleuses de la Terre et de la Mer (paysans pauvres, ouvriers et ouvrières agricoles, marins pêcheurs démunis) et à toutes les catégories populaires, le coût de cette crise. Les politiques d’austérité mises en œuvre généralisent le chômage, la pauvreté, la précarité et la persécution des immigrés. Ceci à un moment où les dépenses d’armement ont augmenté, ainsi que les guerres impérialistes menées dans le cadre de la concurrence pour le partage des sphères d’influence, et l’accaparement des richesses, sous le couvert de la légitimité internationale.

Deuxièmement, la montée des résistances populaires et les grèves des travailleurs et travailleuses de la Terre et de la Mer dans de nombreux pays, contre les répercussions de cette crise, et le déclenchement du processus révolutionnaire dans la région arabe et maghrébine en conséquence des décennies d’appauvrissement, de tyrannie, de domination impérialiste et d’agression sioniste.

Après avoir mis l’accent, en particulier, sur la crise alimentaire liée aux spéculations capitalistes mondiales sur les produits agricoles, et l’encouragement de l’industrie des agro-carburants sous la pression des grandes sociétés de l’agrobusiness qui mènent une course pour l’acquisition des terres agricoles, notamment dans les pays du Sud.
Cette crise alimentaire a touché directement les peuples des pays du Sud dépendants, en raison des politiques imposées par les institutions économiques mondiales et le poids de la dette. Ce qui a été mis en évidence par les soulèvements et mobilisations populaires contre la hausse des prix des aliments qui ont éclaté en 2007 et qui persistent.

Après avoir étudié les conséquences des accords de libre échange qui contribuent au démantèlement de la production agricole paysanne partout dans le Monde et particulièrement dans les pays du Sud, en inondant le marché par des produits agricoles subventionnés et en imposant un modèle d’agriculture d’exportation qui épuise les ressources et pollue la nature.

Nous déclarons continuer à travailler ensemble pour :

Faire face :

  • Aux choix néo–libéraux imposés par les institutions économiques internationales, et les gouvernements des pays impérialistes pour garantir les intérêts des multinationales et faire supporter le fardeau de la crise du capitalisme mondial aux classes populaires et travailleurs et travailleuses de la terre et de la mer.
  • Aux nouvelles stratégies néo -coloniales et les guerres impérialistes qui empêchent la paix dans le Monde, et qui bafouent le droit des peuples à l’autodétermination politique, économique, sociale, et culturelle.
  • Au système capitaliste patriarcal qui génère les discriminations et les violences à l’égard des femmes.
  • Au pillage capitaliste des ressources naturelles terrestres et maritimes, ce qui aggrave le phénomène de la famine qui sévit dans de nombreuses régions pauvres de la planète.
  •  Au modèle de l’agriculture industrielle et d’exportation qui aggrave la crise climatique, qui détruit l’agriculture paysanne, les liens solidaires dans le monde rural, et épuise l’eau, endommage la terre, et pollue la nature.
  •  A la politique d’accaparement des terres agricoles par les multinationales et les entreprises locales mandataires, et à l’expulsion des petits paysans de leurs terres, la destruction des semences locales, de la biodiversité végétale et animale et du patrimoine génétique ancestral ;

Nous déclarons renforcer les solidarités locales, nationales et internationales :

  •  Pour une réforme agraire intégrale basée sur la distribution équitable de l’eau, des terres et des politiques agricoles qui assurent tous les moyens de production, garantissent la souveraineté alimentaire et respectent l’environnement.
  •  Avec les luttes des paysans pauvres pour la défense de leurs terres et de leurs eaux contre les multinationales, des ouvrières et des ouvriers agricoles pour l’égalité des salaires, le droit à l’organisation syndicale, aux négociations collectives et à l’amélioration des conditions de travail, des marins pêcheurs contre la mainmise des grandes entreprises capitalistes.
  •  Avec les résistances des femmes contre l’oppression capitaliste et la domination Patriarcale. Pour la garantie de leur dignité et de leurs droits à l’égalité pleine et effective.
  •  Avec les luttes des peuples pour leur souveraineté, et contre les plans coloniaux, notamment en Afrique.
  • Avec la résistance du peuple palestinien contre l’occupation sioniste.

Les organisations signataires de cette déclaration soutiennent les luttes des travailleurs et travailleuses de la Terre et de la Mer au Maroc. Elles revendiquent ainsi à l’État marocain le respect des Droits Humains, la libération des prisonniers politiques ; la ratification des conventions et accords internationaux relatifs à la garantie des droits et des libertés individuelles et collectives.

Elles appellent également à l’instauration des négociations collectives avec les organisations syndicales, à mettre fin aux entraves mises au droit syndical, et à garantir les droits des migrants sub-sahariens, tout en mettant un terme aux campagnes de racisme menées contre eux.

Les participantes et participants expriment leur soutien aux luttes des peuples pour la libération, la liberté, la dignité, la justice sociale et l’égalité. Et pour un monde dans lequel règne la solidarité entre les peuples, et où disparaît l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

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La Via Campesina 15 mars 2014
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A l’heure d’un risque d’embrasement de l’Est ukrainien, sonnant comme un cri de révolte et d’incompréhension face à une évolution politique en partie impulsée de l’Etranger, la maladresse de l’ingérence occidentale risque de coûter très cher au peuple de Kiev.

La méconnaissance des bureaucraties occidentales de la réalité ukrainienne, historiquement imbriquée à l’histoire russe, éclate aujourd’hui comme une évidence. Surfant sur l’élan initial des protestations de rue, contre « un autocrate corrompu, aux soldes de Moscou », les opposants politiques les plus divers et extrêmes ont réussi leur coup d’Etat, recouvert du vernis légitime de « révolution ».

C’est cette légitimité kiévienne qui est remise en cause par l’autre partie du peuple ukrainien, jusqu’à présent curieusement oubliée par la pensée unique relayée par les médias, et qui constate, impuissante, l’arrivée de nostalgiques du nazisme aux responsabilités gouvernementales. Un rêve déçu mais, surtout, un retour en eaux troubles, vers un passé que l’on croyait à jamais révolu.

Peut-on parler de manipulations ?

Entre soft power et manipulations, voyage en eaux troubles

Après les fausses « révolutions colorées » d’inspiration libérale, frappant dans les années 2000 la périphérie post-soviétique et plaçant des dirigeants pro-américains à la tête des Etats géorgien, ukrainien et kirghize, la « révolte de Kiev » apparaît au final comme un sous-produit d’un modèle déjà expérimenté et prolongé, récemment, au Moyen Orient, principalement en Libye et en Syrie. A la base de ce modèle « révolutionnaire », se trouve une stratégie de désinformation permettant la justification du processus politique conduisant au renversement d’un régime hostile (ici, celui de Ianoukovitch) et, surtout, à l’arrivée de dirigeants politiquement corrects (ici, pro-européens). Depuis la « croisade » américaine de 2003 en Irak, ce scenario s’inscrit dans une redoutable permanence : G.W. Bush lui-même, n’avait-il pas alors reconnu, que la première guerre à gagner était « celle de l’information » ? Comme une inquiétante inertie.

La seconde « révolution de Sébastopol », haut lieu historique et symbole politique de la vieille Russie, tout en visant à contrebalancer la première « révolution de Kiev » dénonce, de manière implicite, cette utilisation inconsciente par l’Occident du soft power issu de l’information. Subordonnée à la réalisation d’un objectif politique précis, centré sur l’élimination du président légitime, cette stratégie communicationnelle de la coalition anti-Ianoukovitch a été patiemment construite, indépendamment de ses coûts. Or, au regard de leur ampleur et de leur impact déstabilisateur sur la région, ces coûts semblent irréversibles.

Tendanciellement, un des coûts collatéraux de cette stratégie a été de réveiller les mouvements radicaux, extrémistes et néofascistes, teintés d’un vernis nationaliste. A terme, au-delà d’un redécoupage géopolitique de l’Ukraine selon l’ancien clivage Est/Ouest, catalysé par la volonté d’indépendance de la

Crimée – dans le prolongement d’une jurisprudence initiée par l’indépendance du Kosovo en 2008 –, c’est bien l’extension de l’axe OTAN-USA via l’UE, contre les intérêts russes, qui se joue.

Au cœur de l’Echiquier eurasien, cette extension de l’axe euro-atlantique sanctionnerait, de manière définitive, sa victoire de la Guerre froide.

Le réveil révolutionnaire de la Crimée, contre l’illégitimité kiévienne

Dans la mesure où la « révolution de Kiev » n’est pas représentative de la majorité du peuple ukrainien, la révolte de l’Est ukrainien et en particulier, de la Crimée, n’est qu’un juste retour des choses. La majorité silencieuse, trop longtemps passive, a laissé aller à son terme l’étrange révolution libérale, verrouillée par les élites occidentales mais infiltrée par des éléments extrémistes. Ces derniers semblent avoir provoqué consciemment les terribles massacres – avec l’aide de snipers pour accélérer les événements –, en tirant sur les forces de police et de sécurité, dès lors, condamnées à riposter. Face à l’inflexion nationaliste et anti-russe de la nouvelle ligne « révolutionnaire », la peur gagne désormais le camp des minorités ethniques. Le réveil de la société civile ukrainienne, après un véritable coup d’Etat programmé, n’en est que plus brutal. Le soleil se lève, aussi, à l’Est.

Lors des émeutes de Kiev du 18 février 2014, un étendard de la division SS Galicie a été fièrement brandi par les manifestants. Cet acte abject, condamné par Moscou, n’a guère été dénoncé par l’Union européenne et ses démocrates dirigeants. Une telle évolution s’inscrit dans une tendance plus globale à réécrire l’histoire et à glorifier le nazisme dans certaines régions européennes, orientales et baltes – récemment en Estonie (où d’ailleurs, les russes ethniques sont définis comme « non-citoyens » !). Une autre tendance parallèle – observée en Bulgarie, le 24 février 2014 –, est de souiller les monuments élevés à la mémoire des soldats soviétiques morts pour stopper la progression de la barbarie nazie et donc, pour notre Europe libre. Les leçons de l’histoire n’ont-elles pas suffi ? Et, en définitive, pourquoi de telles informations sont-elles occultées par nos médias ?

Aujourd’hui, avec l’appui de Moscou, l’Est pro-russe conteste la légitimité de la nouvelle direction politique ukrainienne. Et cela, d’autant plus qu’avec le soutien occidental, cette dernière a surfé et, en partie, instrumentalisé les « tendances nationalistes et néofascistes » dénoncées, le 26 février 2014, par le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. A l’origine de cette rupture politique, sanctionnée par la destitution du président Ianoukovitch, il y a un double « malentendu », minutieusement construit par des forces intérieures et extérieures à l’Ukraine, solidarité libérale internationale oblige.

A la suite de cette crise de légitimité politique, générée par l’irresponsable attitude occidentale, est apparue une menace majeure : un risque de partition de l’Ukraine – dont la sécession de la république autonome de Crimée –, réactivant une forme de conflictualité bipolaire Est versus Ouest. Retour vers le passé.

Un coup d’Etat, issu d’un double « malentendu » adroitement construit

Dans un premier temps, initiée le 21 novembre 2013 et focalisée contre l’inflexion pro-russe de la politique ukrainienne, la protestation populaire pro-européenne de Maïdan est issue d’une désinformation évidente. En effet, l’idée d’un rejet de l’Europe, à travers celui de l’accord de libre-échange, n’a jamais été

une réalité. Comme je l’ai déjà souligné, le Président Ianoukovitch voulait simplement réviser les conditions trop drastiques de l’accord, pour mieux prendre en compte la spécificité de l’économie ukrainienne et ses liens denses avec la Russie structurés sous le soviétisme, via la division planifiée du travail socialiste. L’Europe bureaucratique avait-elle les moyens intellectuels de le comprendre ? L’application stricto sensu de cet accord aurait conduit à l’affaissement économique et social de l’Ukraine, associant à la fois tournant ultralibéral vers le tout marché et abandon des derniers acquis sociaux de l’Etat-providence communiste. Une sorte de chaos programmé, « à la grecque », sous bienveillance du FMI.

Dans un second temps, le 22 février 2014, le renversement du président Ianoukovitch est venu, suite à la violation de l’accord conclu la veille entre ce dernier et l’opposition, via les intermédiations américaine, européenne et russe. La montée en puissance de la violence « révolutionnaire » de la rue, le lendemain de cet accord, explique la regrettable tuerie, volontairement provoquée à l’origine par des extrémistes armés – dont des snipers très expérimentés. Pourquoi une telle offensive, le lendemain d’un succès diplomatique et, surtout, pourquoi ne pas l’avoir dénoncé ?

A priori, pour pouvoir accéder au pouvoir, certains éléments de l’opposition n’avaient aucun intérêt au maintien du nouvel accord et, pour cette raison, ont créé les conditions lui retirant toute légitimité – via la construction du point critique, obligeant le pouvoir à la répression –. Implacable logique.

L’Ukraine, au cœur d’une lutte d’influence sur le continent eurasien

L’enjeu implicite de la « révolution d’Ukraine » est le contrôle par l’axe euro-atlantique d’un espace stratégique, sur les plans politique et énergétique. Cette dimension stratégique du pays est renforcée par sa position intermédiaire (« pivot »), entre l’Europe et la Russie – sans oublier la base russe de Sébastopol, permettant un accès aux mers chaudes.

A terme, c’est donc l’extension des zones d’influence qui se joue, entre les puissances russe et américaine. Cette configuration géopolitique replace l’Europe – et, naturellement, l’Ukraine – au centre du jeu, c’est à dire au cœur de la partie d’échecs conduite sur le vaste continent eurasien, entre les deux anciennes superpuissances de la Guerre froide. C’est ce que Zbigniew Brzezinski, conseiller inaltérable des derniers présidents américains, depuis la fin des années 70, appelle le « Grand échiquier ».

Dans cette optique, la « révolution d’Ukraine » alimente la stratégie de reflux de la puissance russe, initiée par le bloc occidental – via l’axe OTAN-USA –, depuis l’implosion de l’Union soviétique en décembre 1991. A terme, il s’agit de réduire la puissance russe et de l’affaiblir sur sa ceinture périphérique, en vue de renforcer l’Europe « démocratique » et, dans le même temps, dissuader toute velléité de « retour impérial » de l’ancienne puissance communiste. Cette obsession de la politique étrangère américaine, qui considère l’Ukraine comme le cœur de cette reconstruction impériale, est traduite par l’analyse fondatrice de Z. Brzezinski.

Dans son fameux livre de 1997 « Le Grand échiquier », ce dernier conclut notamment qu’ « (…) aucune restauration impériale, qu’elle s’appuie sur la CEI ou sur un quelconque projet eurasien, n’est possible sans l’Ukraine. ». Une conclusion très claire, en prise avec l’actualité.

Le contrôle d’un « nœud géostratégique », pour contenir le retour russe

Au sens de Brzezinski, l’Ukraine est un pivot géopolitique, c’est à dire un Etat dont le pouvoir géopolitique est fondamentalement lié à sa capacité de nuisance sur des acteurs majeurs (régionaux et internationaux). Ainsi, selon ce dernier : « La notion de pivots géopolitiques désigne les Etats dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques ». Pour Brzezinski, dont l’analyse est considérée comme le vecteur de la politique extérieure américaine, le contrôle de l’Ukraine est donc une nécessité stratégique.

Dans la mesure où l’Ukraine se trouve à un carrefour stratégique sur la base de la trajectoire des tubes énergétiques et des grands axes politiques du continent eurasien, elle devient pour moi, une sorte de « super pivot » : un nœud géostratégique. Ce statut stratégique de l’Ukraine est renforcé par le fait qu’elle est potentiellement ciblée, d’une part, par l’extension programmée de l’OTAN aux ex-républiques soviétiques (en violation des promesses de 1989 faites à Gorbatchev) et, d’autre part, par l’implantation future du bouclier anti-missiles américain (déjà envisagée par l’administration de G.W. Bush). En effet, à partir du moment où l’Ukraine adhère à l’OTAN, rien ne s’opposera plus à l’extension du bouclier ABM à cette dernière et donc, aux portes de la Russie – d’autant plus si l’administration républicaine revient au pouvoir.
Or, comme vient de le rappeler le président Poutine, en aucun cas la Russie ne pourra accepter à ses frontières, la présence d’un système anti-missiles neutralisant, en partie, sa puissance nucléaire stratégique.

 

Le futur statut européen de la Russie, donc de l’OTAN, en question

Ainsi, l’Ukraine se retrouve au cœur d’une lutte bipolaire pour son contrôle, qui déterminera, dans une large mesure, l’avenir du continent eurasien et par suite, selon Brzezinski, l’évolution géopolitique du nouvel ordre mondial.

Ce faisant, à travers cette lutte, c’est l’extension et le rôle de l’Europe politique qui se joue et, en son sein, le statut de la Russie post-soviétique. Mais, par ricochet, c’est aussi la fonction de l’axe OTAN-USA dans la future structure politico-sécuritaire européenne qui est en jeu. Ce qui, dans ses grandes lignes, peut expliquer – et justifier – la stratégie américaine en Ukraine, tout comme le projet de Z. Brzezinski d’une structure de sécurité transeurasienne intégrant Kiev, verrouillée par Washington et marginalisant la Russie.

De ce point de vue, l’idée d’une Guerre tiède développée et conceptualisée dans mon livre, semble de plus en plus crédible (1). N’en déplaise au messianisme auto-proclamé des sirènes du néo-libéralisme, trop vite convaincues d’une « fin de l’histoire » sanctionnant la fin des idéologies. Sous l’impulsion d’une Russie revancharde, aspirant à l’ordre multipolaire et contrebalançant l’hégémonie américaine, l’idéologie est de retour. Affirmer le contraire, à l’heure où V. Poutine menace le régime illégitime de Kiev – rallié à l’idéologie néo-libérale – d’une intervention armée, pour protéger ses ressortissants et défendre ses intérêts nationaux, relèverait d’une pure ineptie intellectuelle.

Aujourd’hui, il s’agit bien d’un conflit entre deux visions du monde antagonistes, renforcé par le désir de Moscou d’apparaître comme une alternative au néo-libéralisme et de s’opposer à l’unilatéralisme américain, systématisé depuis la

disparition du contrepoids géopolitique soviétique – c’est en ce sens, que la disparition de l’URSS a été « la plus grande catastrophe géopolitique du 20° siècle ». Cette méfiance russe semble justifiée par la présence, au sein de la nouvelle équipe gouvernementale kiévienne, de dirigeants prônant une politique ultralibérale, anti-étatique et d’intégration à la zone euro-atlantique impliquant, à terme, l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.
Une telle option exclurait toute intégration de Kiev à l’Union douanière, pierre angulaire du projet eurasien porté par V. Poutine – d’où, l’incompréhension russe.

Maïdan, une pièce stratégique sur l’Echiquier eurasien

Au-delà de cette opposition idéologique, la soif d’indépendance de la Crimée, encouragée par Moscou, traduit son envie de s’émanciper de la tutelle kiévienne sous domination américaine et aiguillée par un ultranationalisme fondé, en partie, sur une idéologie néo-fasciste, raciste et excluante. Elle relève, aussi, d’une volonté russe d’affirmer son droit de regard dans sa proche périphérie, dans la continuité du soviétisme. D’autant plus que le précédent kosovar, encouragé et légalisé par l’axe euro-atlantique rend légitime, de facto, la démarche politique du peuple de Crimée et en cela, le soutien de Moscou. L’enjeu sous-jacent étant, via le référendum, le rattachement de la Crimée à la Russie.

L’Etranger « très proche » est une ligne rouge à ne pas franchir, pour une révolution manipulée par le surpuissant bloc otanien hérité de la Guerre froide et en constante expansion, donc à visée géopolitique évidente. Par son ingérence illégale et dangereuse sur le plan politique, l’Europe a poussé la « révolution » kiévienne à franchir cette ligne et, en cela, elle est directement responsable du retour de la question de Crimée.

Maïdan, au joli vernis révolutionnaire de couleur orange, n’est qu’une pièce stratégique sur l’Echiquier eurasien.

La révolution d’Ukraine, et après ?

Jean Geronimo

 

« Les crimes et délits majeurs » d’Obama

mars 16th, 2014 by Joseph Kishore

Le discours prononcé mardi au Sénat par la sénatrice Dianne Feinstein donne des preuves claires et directes de crimes contre la Constitution américaine et les droits démocratiques du peuple américain, impliquant des hauts responsables de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la Maison blanche, jusqu’au président inclus. Les allégations de Feinstein sur la tentative d’intimidation de la CIA, ses obstructions et son espionnage de la Commission du Sénat sur les services de renseignements, qu’elle préside, constituent des « crimes et délits majeurs, » qui selon la Constitution permettent de lancer une procédure de destitution (Impeachment).

Feinstein a des liens étroits de longue date avec les services de renseignements, qu’elle a catégoriquement défendus suite aux mois de révélations de l’espionnage illégal mené par la National Security Agency. Pourtant, mardi, elle a prononcé un discours d’une heure dans lequel elle a accusé la CIA d’espionner et de cacher des documents au Congrès dans le cadre d’une tentative de couvrir le programme de torture que l’agence avait mené sous le président George W. Bush.

Au cours de ses remarques, elle a donné un historique détaillé des actions criminelles de la CIA, dont la tentative du directeur de la CIA John Brennan d’intimider la Commission du Sénat sur les services de renseignements et de faire obstruction à son enquête sur les crimes de l’ère Bush en accusant des membres de la Commission d’avoir volé des documents classés secrets et en demandant au ministère de la justice de lancer une enquête criminelle. (Brennan, en tant que directeur de l’anti-terrorisme sous Bush, est impliqué dans le programme de torture).

Le portrait qui émerge est celui d’une agence de renseignements qui opère en dehors de toutes contraintes légales, rejette toute supervision par le Congrès, et ne connaît d’autre loi que la sienne.

La rapidité avec laquelle les médias américains ont enterré les remarques de Feinstein – qu’ils ont en général attribués à une simple « guerre d’influence » entre le Sénat et la CIA – est en elle-même une indication de la nature fondamentale des crimes décrits par la sénatrice et de la complicité des médias contrôlés par les grands groupes dans ces crimes.

Ce qui se passe n’est rien moins qu’une attaque ouverte contre l’ordre constitutionnel qui fut érigé en se fondant sur la Révolution américaine, qui s’appuie sur la « séparation des pouvoirs » et un système de « contre-pouvoirs » entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire – une chose que les fondateurs considéraient comme essentielle pour empêcher l’émergence d’une dictature. L’obstruction de la CIA à l’enquête du Sénat sur ses activités – dont son refus de sanctionner la publication d’une version déclassifiée du rapport de la Commission qui fait 6300 pages – marque une étape dans l’établissement d’une dictature de fait de l’élite militaire et des services de renseignements sur le peuple.

Le fait que la maison blanche soit complice est clair à la fois d’après le témoignage de Feinstein et d’après la réponse du gouvernement Obama à ces accusations. Vendredi, le président Obama a tenté de prendre la pose de l’arbitre neutre des « questions soulevées entre la Commission du Sénat et la CIA. » Il a ajouté, cependant, que « Brennan en a référé aux autorités appropriées, » montrant clairement qu’il soutient le directeur de la CIA et la décision de l’agence de déposer une plainte au pénal contre la Commission du Sénat sur les services de renseignements. Ses remarques répondent à celles de son attaché de presse, Jay Carney, qui a déclaré mardi qu’Obama avait « une grande confiance » en Brennan.

La liste des crimes et de personnes impliquées compte :

  • Le lancement en 2002 (sous le directeur de la CIA George Tenet) d’un système de détention secret (les « sites noirs ») en divers endroits du monde pour détenir et torturer des prisonniers. D’après Feinstein, une première revue de sa commission sur ces programmes était « glaçante ». Elle a affirmé, « les interrogatoires et les conditions de détention […] étaient bien plus dures que la manière dont la CIA nous les avait décrits. »
  • La destruction en novembre 2005 de 92 vidéos de tortures de la CIA, dont des simulations de noyade [water boarding]. Parmi ceux qui ont approuvé la destruction de ces vidéos, il y avait Robert Eatinger, alors avocat de la CIA et actuellement le chef du service juridique de la CIA. C’est Eatinger qui, au début de l’année, a informé la Maison blanche des projets de déposer une plainte au pénal contre les membres de la Commission du Sénat sur les services de renseignements.

En 2010, Le ministère de la Justice d’Obama a décidé de ne pas déposer de plainte liée à la destruction des vidéos – dans le cadre d’une politique générale de blanchiment et de couverture des crimes du gouvernement Bush.

  • La commission du Sénat a voté pour mener une enquête complète sur le programme de détention de la CIA en mars 2009. Dès le début, cette enquête a été freinée par la CIA, très probablement avec le soutien de la Maison blanche d’Obama. Au lieu de donner les documents, comme à l’habitude, la CIA, dirigée à l’époque par un ex-responsable du gouvernement Clinton, Leon Panetta, a demandé aux membres de la Commission de les consulter dans un bureau spécifique de ses bâtiments. En 2010, d’après Feinstein, « des documents […] qui avaient été confiés aux membres de la commission n’étaient plus disponibles. »

Dans ses remarques mardi, Feinstein a dit que, « la CIA a déclaré que le retrait des documents était ordonné par la Maison blanche. » Si cela est vrai, la Maison blanche est coupable d’obstruction à une enquête du Congrès sur des activités illégales de la part de l’exécutif, dont la CIA. Feinstein a noté que la Maison blanche a nié avoir donné cet ordre.

  • En 2010, dans le cadre de son enquête, la Commission a trouvé des brouillons d’une enquête interne de la CIA (la Panetta Review), qui, d’après Feinstein, comprend une « admission de fautes importantes de la part de la CIA » – c-à-d, d’activités criminelles. Ce rapport n’a jamais été rendu public. Encore une fois, ces documents ont été par la suite retirés des ordinateurs accessibles par la commission du Sénat, mais des membres ont pu enregistrer une copie de certains documents qui y figuraient.
  • En décembre 2012, la Commission sur les services de renseignements a terminé son enquête sur le programme de la CIA. En juin dernier, Brennan a rendu une réponse de 122 pages au rapport du Sénat, contredisant des points essentiels de ce rapport. Cette réponse, qui reste classée secrète, contredit le propre rapport interne de la CIA, la Panetta Review, d’après Feinstein et d’autres membres de la Commission.
  • En décembre dernier, la commission a demandé que la CIA lui fournisse la version complète de la Panetta review. Brennan a refusé d’accéder à cette demande et peu après, le 15 janvier de cette année, d’après Feinstein, il a informé la commission que la CIA avait secrètement espionné les ordinateurs des membres de la commission et indiqué que l’agence continuerait à enquêter sur les membres impliqués dans cette enquête. Feinstein lui reproche que cela « a probablement violé le principe de séparation des pouvoirs » ainsi que « le quatrième amendement, la Loi sur les crimes informatiques et l’ordonnance 12333, qui interdit à la CIA de mener des fouilles et des surveillances à l’intérieur du pays. »
  • La CIA a donné suite à ses fouilles illégales en déposant une plainte au ministère de la Justice, pour obtenir une enquête criminelle contre les membres de la commission, et peut-être contre des sénateurs de cette commission, dont Feinstein. La Maison blanche a été informée de ces plans en janvier et n’a rien fait, donnant à ces actions son soutien tacite. Feinstein a qualifié cette action d’« effort potentiel pour intimider cette équipe » et la commission dans son ensemble.
  • Un reportage de McClatchy mercredi affirme que plus de 9000 documents ont été cachés à la commission par ordre direct de la Maison blanche, alors même que Obama n’a pas fait usage de son privilège de l’exécutif [possibilité pour l'exécutif de refuser de communiquer des documents s'il prétend qu'ils n'ont pas de lien avec l'affaire en cours, les autres pouvoirs pouvant tenter de démontrer le contraire, ndt]. L’agence de presse cite Elizabeth Goiein de la Faculté de droit de l’Université de New York qui note que, « ces documents font soupçonner fortement que la Maison blanche serait impliquée dans les obstructions à cette enquête. »
  • Ces actions vont bien plus loin que les crimes extrêmement sérieux commis par Nixon lors du scandale du Watergate, qui a entraîné sa démission en 1974 face à une destitution (Impeachment) quasi-certaine. À tout le moins, il y a des révélations d’infractions au droit international et national (la torture), de destructions de preuves, d’obstruction à la justice, de violation de la séparation des pouvoirs et d’espionnage illégal.

Ils impliquent les plus hauts responsables de la CIA de cette période ainsi que les plus hauts responsables de la Maison blanche dont Obama lui-même. Ils ont été menés par les hommes de confiance d’Obama. Brennan était le premier conseiller d’Obama sur l’anti-terrorisme au cours de son premier mandat.

Tout cela a été mené dans le dos du peuple américain. Feinstein elle-même, en tant que chef de la Commission du Sénat sur les services de renseignements, a validé pendant longtemps les crimes de l’Etat et est complice dans cette opération de couverture, elle ne fait une déclaration publique qu’une fois contrainte par l’offensive juridique de la CIA. Les sénateurs avaient, dans ses termes, fait tout ce qu’ils pouvaient « pour résoudre ce conflit d’une manière discrète et respectueuse » – c-à-d, à l’insu du public.

En même temps, sous Bush comme sous Obama, une appareil d’espionnage massif et inconstitutionnel fut construit, partiellement révélé par le lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden. Une fois de plus, tout l’Etat est complice, y compris la Maison blanche d’Obama et Feinstein, qui ont publiquement accusé Snowden de mener un « acte de trahison. » Le président a également admis ouvertement avoir ordonné unilatéralement l’assassinat de citoyens américains.

Une procédure de destitution contre des responsables gouvernementaux est totalement justifiée, mais certainement pas suffisante. Ces crimes contre le peuple américain ne doivent pas rester impunis. Tous les faits, ainsi que les noms de tous ceux qui les ont perpétrés et ceux de leurs complices doivent être rendus publics.

Cela lèverait une partie du voile sur la conspiration du silence qui existe entre la Maison blanche, les services de renseignement, le Congrès, les tribunaux et les medias qui ont donné à la CIA, au NSA, au Pentagone le feu vert pour qu’ils jettent aux orties le ‘Bill of Rights’ et établissent le cadre d’un gouvernement totalitaire.

Il s’est passé presque une quinzaine d’années depuis l’élection volée de l’an 2000. Depuis, l’attaque menée contre les droits démocratiques a connu une escalade, tant sous le gouvernement démocrate que sous le gouvernement républicain. Cette attaque est motivée par l’incroyable augmentation de l’inégalité sociale d’une part et d’autre part par un tournant de plus en plus marqué vers le militarisme. Le bilan de cette décennie et demie démontre qu’aucune partie de l’establishment politique ne fait plus preuve d’un engagement sérieux vis-à-vis des droits démocratiques.

La défense des droits démocratiques est une question de classe. L’apparition de formes dictatoriales de gouvernement et l’activité incontrôlée des agences de renseignement ont leurs racines dans le système capitaliste et dans les intérêts de la classe dominante. La démocratie n’est pas compatible avec la guerre en permanence et la contre révolution sociale.

Joseph Kishore et Barry Grey

Article original, WSWS, paru le 14 mars 2014

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Découverte d’une backdoor dans les téléphones Samsung

mars 16th, 2014 by Media Freedom Foundation

Les développeurs de Replicant, un projet qui consiste à développer une version d’Android totalement libre, viennent de découvrir une backdoor (porte dérobée) dans la gamme desSamsung Galaxy.

Sur le blog de la Free Software Foundation (FSF), Paul Kocialkowski de chez Replicant explique que cette backdoor se situe sur la puce baseband (qui fait office de modem et qui est une technologie fermée / propriétaire) et que celle-ci peut envoyer des ordres à l’OS et au processeur principal pour écrire et lire directement sur le système de fichier depuis un accès extérieur.

D’une manière générale, vu qu’on ne sait pas exactement ce qu’il y a dans les puces de baseband, on peut tout imaginer. Elles sont d’ailleurs connues pour autoriser la géolocalisation ou l’utilisation de la caméra à l’insu du propriétaire du téléphone. Ces puces sont un cauchemar pour ceux qui souhaitent protéger leur vie privée.

Replicant a donc débusqué une backdoor dans les téléphones Samsung Galaxy et la FSF demande à ce que les clients de Samsung se mobilisent pour protester contre ces pratiques

Attention, il ne s’agit pas d’une faille involontaire mais bien d’une fonctionnalité implémentée par le fabricant de ces puces. Que Samsung soit au courant ou non de cette « fonctionnalité » est une autre histoire.

Les services de renseignements (NSA and co) ainsi que des hackers informés de cette faille pourraient donc accéder aux photos, documents, fichiers de paramètres (mots de passe and co) mais aussi balancer des malwares ou tout autre fichier sur n’importe quel téléphone.

Alors comment se protéger ? Et bien c’est difficile. Il faudrait en réalité acheter des téléphones dont le code du baseband est ouvert mais ils sont très peu nombreux. Par exemple un projet de baseband ouvert assez connu est celui d’Osmocom.

L’autre solution, c’est à dire celle choisie par Replicant, est d’interdire à l’OS de tenir compte des messages envoyés par la puce Baseband et de lui barrer l’accès au système de fichiers. Malheureusement, c’est une bien maigre protection puisque cette puce pourrait tout à fait forcer le processeur principal à contourner ce blocage.

En tout cas, bravo à Replicant qui a découvert cette backdoor dans les produits Samsung. Je suppose qu’il en reste beaucoup d’autres à trouver dans tous les téléphones du marché mais au moins, pour celle-ci, on est officiellement au courant.

 

Article original en anglais : Replicant developers find and close Samsung Galaxy backdoor, le 12 mars 2014

Traduction en français : http://m.korben.info/decouverte-dune-backdoor-dans-les-telephones-de-samsung.html

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Nous pouvons user contre Poutine des mêmes méthodes que contre Ianoukovitch” Bernard Henri Lévy.

Le coup d’état mené par les forces atlantistes [1] et israéliennes [2] en Ukraine ne consistait pas uniquement à ravir ce pays pour le placer sous la bannière de l’OTAN dans le giron européen mais visait directement les intérêts géopolitique,militaire et économique russes dans une guerre plus globale à grande échelle. La Russie est devenue le verrou à abattre pour la puissance militaro-industrielle et financière de l’Ouest. En effet le verrou que constitue la Fédration de Russie dirigée par Vladimir Poutine empêche les Etats-Unis, Israël et leurs supplétifs européens de l’emporter en Syrie et de porter le coup fatal à l’Iran protégé par Poutine. La stratégie atlantiste est donc d’aller provoquer délibérémment les russes à leur frontière ukrainienne pour leur faire payer leur affront au Proche-Orient et au Moyen-Orient et de les affaiblir pour le siècle à venir..

Ouvertement,il y a une alliance nouvelle entre atlantistes, européens, israéliens et néo-nazis ukrainiens pour affaiblir le géant russe qui est en train de se hisser à la hauteur de l’Empire de par son influence dans la région eurasienne. La Russie est le nouvel ennemi à abattre rappelant les alliances pour le moins surprenantes qui ont précédé la seconde guerre mondiale.

On le sait à présent, le Grand capital s’il a toujours toléré le nazisme, le fascisme et les dictatures qu’il a sécrété abondamment, a toujours été hostile au bolchévisme ou bien aux nationalismes protectionnistes entravant sérieusement son influence et son accès aux parts de marché. Si beaucoup signale que Poutine a agit avec doigté et a su préserver la Crimée d’un coup d’état atlantiste [3-4] visant à s’emparer de cette région pour entraver la main-mise russe sur la mer noire. La Russie semble acculer à sa frontière ouest. L’Ukraine est au bord du séparatisme, mais son nouveau gouvernement issu d’une révolte néonazie sponsorisée par les atlantistes [5-7] organise la plus grande répression à l’est du pays : enlèvements et assassinats sont passés sous silence et de nombreuses figures politiques pro-russes sont mises à mal [8].

Enfin aux dernières nouvelles, l’or ukrainien aurait été envoyé aux USA [9] pour achever le pillage de l’Ukraine désormais en proie aux prédateurs occidentaux du FMI et de la Banque mondiale [8]. Or, Poutine, si il a pu consolider sa main-mise sur la Crimée est en train de voir son voisin ukrainien lui échapper et constituer une nouvelle menace à sa frontière avec le déploiement de soldats et de mercenaires états-uniens dans le sud de l’Ukraine [10-12] ainsi que de navires dans la mer Noire [13] et sans doute ultérieurement de missiles à la frontière russe. Poutine a joué les accords bilatéraux entre la Russie et l’Ukraine au sujet de la Crimée pour redéployer les troupes russes en Crimée mais sa stratégie discrète et non agressive risque vite de vaciller face aux incursions armées étrangères et néonazis dans l’est et le sud de l’Ukraine.

Le semblant de sanctions politiques et économiques de la part de l’Europe a eu son premier effet psychologique : la bourse russe a dévissé de 10% la semaine dernière faisant perdre à l’économie russe des milliards de dollars assortis d’une dépréciation du Rouble [14]. De plus, les oligarques russes ont mis l’essentiel de leurs avoirs en Europe et aux USA fragilisant l’économie russe. Poutine va devoir compter sur un soutien sans faille de la population et de l’armée. La phrase de l’agent-”philosophe” atlantiste et impérialiste, BHL, prend à présent tout son sens : “Nous pouvons user contre Poutine des mêmes méthodes que contre Ianoukovitch”[15]. Poutine a essayé de calmer le jeu en demandant à traiter “d’égal à égal” avec l’Ouest mais ni les USA, ni l”UE ne veulent calmer la situation : une stratégie qui prend les russes à la gorge et qui risque de déboucher sur une guerre terrible ou c’est bien la capitulation totale du régime russe de Poutine qui est recherché. Si Poutine joue la carte du gaz pour menacer l’Europe, cette arme est à “double tranchant” [16], il a du faire baisser le prix du gaz pour la Grèce [17] tandis que l’UE pourrait se tourner vers d’autres fournisseurs et se lancer dans le gaz de schiste à tout va après avoir été confrontée à une crise sérieuse faisant le jeu des concurrents étatsuniens [16, 18].

La situation semble beaucoup plus problématique pour les Russes qu’elle n’y paraît au premier plan [19-23] et du résultat de cette confrontation se jouera sans doute l’avenir d’une grande partie du monde et des équilibres géopolitiques. Pour les USA et Israël et leurs influences dans le monde cela sera sans doute quitte ou double, mais ce sera surtout pour la Russie et l’UE que le prix de cette confrontation pourrait être terrible, celle-ci n’est pas sans rappeler l’aube d’une nouvelle guerre mondiale qui pourrait se jouer d’abord en Europe entre d’une part la Russie et les pays atlantistes avec au premier plan l’Allemagne qui elle aussi pourrait perdre beaucoup de cette confrontation (22, 24-26) sans compter l’Ukraine qui pourrait se retrouver complètement délabrée dans une situation à la Haïtienne ou bien à la Syrienne. Dans cette stratégie de la tension croissante, le jeu criminel atlantiste est de pousser la Russie à la faute. Contrairement à certains, on ose même pas songer au recours à l’arme atomique [27].

Sam La Touch

Références :

1. Russia TodayUn candidat démocrate à la présidentielle accuse les Etats-Unis d’avoir provoqué la crise

2. Global Research Ukraine: Israeli Special Forces Unit under Neo-Nazi Command Involved in Maidan Riots

3. MoonofAlabama Comprendre le mouvement contre-insurrectionnel en Crimée et ses connexions avec la situation en Syrie

4. Zebrastation Ukraine. Rapatriés de la banlieue de Damas via la Turquie , des djihadistes Tatars dans les rues de Kiev

5. Z CommunicationLes médias états-uniens n’ont pas couvert les révélations faites par Urmas Paet à Catherine Ashton au sujet de l’identité des tireurs d’élite de la place Maidan

5bis. Qui étaient les snipers de la place Maidan ? (Vidéos)

6. Courrier International L’ineptie des Occidentaux pousse l’Ukraine vers le chaos
7. Ukraine: les combattants de Kiev formés en Lituanie et en Pologne ont été financés par les USA (RIA Novosti)

8. Paul Craig Le pillage de l’Ukraine par les USA et l’UE a commencé
9. Newswire Les réserves d’or ukrainiennes ont été chargées dans un avion à l’aéroport de Borispol de Kiev pour être envoyées au pays de l’Oncle Sam

10. Réseau Voltaire. Des mercenaires US déployés au Sud de l’Ukraine

11. Eutimes US Sends Warships To Crimea, Hundreds Of NATO Troops Land In Western Ukraine

12. Irib/BFM Des Marine US débarquent à Kiev et Poutine ordonne des manoeuvres à la frontière avec l’Ukraine

13. Le Parisien Ukraine : l’US Navy dépêche un navire de guerre en Mer Noire

14. Blog Finance. La Russie financièrement mise à mal par la crise en Ukraine (Blog Finance)

15. BHL :“Nous pouvons user contre Poutine des mêmes méthodes que contre Ianoukovitch”

16. Le Monde Ukraine : le gaz russe, arme à double tranchant
17. Blog Finance Gazprom : la Grèce obtient une baisse de tarif de 15 % sur le prix du gaz russe

18. Blog Finance Ukraine : rivalité Russie / Etats-Unis pour aides financières … et marché du gaz européen ?

19. WSWS La crise en Ukraine et les conséquences de la dissolution de l’Union soviétique

20. BAR Hillary Clinton et autres barbares, à la porte de la Russie
21. WSWS Les médias allemands font campagne pour la guerre en Ukraine

22. WSWS Le gouvernement français applaudit le coup d’état en Ukraine

23. Le Financial Times invite à utiliser la crise Ukrainienne pour renverser Poutine

24. Ukraine. Laurent Fabius évoque le coup d’Etat monté avec l’Allemagne et la Pologne

25. Horizon et débat Stratfor, le « cabinet fantôme de la CIA », au sujet de l’Ukraine : faire reculer la Russie et se tourner vers l’Allemagne

26. WSWSConférence de Munich: L’Allemagne et les USA poussent à des politiques agressives

27. Solidarité et Progrès Marchand de peur : La City pousse à l’affrontement nucléaire avec la Russie

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Le pillage de l’Ukraine par les USA et l’UE a commencé

mars 14th, 2014 by Dr. Paul Craig Roberts

Selon un rapport publié dans Kommersant-Ukraine, le ministère des Finances des comparses de Washington à Kiev qui prétendent être le nouveau gouvernement a préparé un plan d’austérité économique qui permettra de réduire drastiquement les pensions ukrainiennes de 160 $ à 80 $ de sorte que les banquiers occidentaux qui ont prêté de l’argent à l’Ukraine pourront être remboursés au détriment des pauvres Ukrainiens. http://www.kommersant.ua/doc/2424454. L’Europe sera confrontée une fois de plus à une situation similaire à celle de la Grèce.

Les pilleurs occidentaux sont déjà au travail, avant même que quelque chose d’approchant la stabilité et la légitimité ait été obtenu par le gouvernement fantoche mis au pouvoir par le coup d’Etat orchestré par Washington contre le gouvernement légitime élu démocratiquement. Les manifestants naïfs qui ont cru à la propagande selon laquelle l’adhésion à l’UE pourrait offrir une vie meilleure risquent de perdre près de la moitié de leur pension en avril. Mais ce n’est que le début.

Les médias occidentaux corrompus ont présenté ces prêts comme une «aide». Cependant, les 11 milliards d’euros que l’UE offre à Kiev n’est pas une aide. Il s’agit d’un prêt. En outre, elle est apportée avec de nombreuses contraintes et servitudes, y compris l’acceptation par Kiev d’un plan d’austérité du FMI.

Rappelez-vous dès à présent, que des Ukrainiens crédules ont participé aux manifestations qui ont servi à renverser leur gouvernement élu démocratiquement, parce qu’ils croyaient les mensonges énoncés par des ONG financées par Washington selon lesquelles le fait de rejoindre l’UE leur apporterait des richesses incommensurables. Au contraire, ils ont obtenu des réductions de leurs pensions et un plan d’austérité du FMI.

Le plan d’austérité va entraîner des coupures dans les services sociaux, dans les fonds pour l’éducation, il va entraîner aussi la diminution du nombre de fonctionnaires, la dévaluation de la monnaie augmentant ainsi les prix des importations notamment du gaz russe et de l’électricité. Ce plan va aussi ouvrir les avoirs ukrainiens aux sociétés occidentales.

Les terres agricoles de l’Ukraine vont passer entre les mains de l’industrie agroalimentaire étatsunienne.

Une partie du plan de Washington et de l’UE pour l’Ukraine a fonctionné pour la partie de l’Ukraine qui n’a pas fait défection à la Russie. Ce qui reste de ce pays sera soigneusement pillé par l’Occident. L’autre partie n’a pas fonctionné aussi bien. Les faire-valoir ukrainiens de Washington ont perdu le contrôle des manifestations organisées et armées par les ultra-nationalistes. Ces groupes, dont les racines remontent à ceux qui ont combattu pour Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, ont tenu des paroles et des actes qui ont poussé le sud et l’est de l’Ukraine à demander à s’allier à nouveau avec la Russie où ils résidaient avant les années 1950 lorsque le parti communiste soviétique les envoya en Ukraine.

A ce moment précis, il semble que la Crimée ait fait sécession de l’Ukraine. Washington et ses marionnettes de l’OTAN ne peuvent rien faire si ce n’est des fanfaronnades et menacer de sanctions. “L’imbécile”" (“The Fool”) de la Maison Blanche a démontré l’impuissance de la “seule superpuissance”, en publiant des sanctions contre des individus inconnus, quels qu’ils soient, qui seraient responsable du retour de Crimée dans le giron russe, pourtant celle-ci en faisait partie il y a moins de 200 ans selon Soljenitsyne ; un Khrouchtchev embarrassé par l’ethnie ukrainienne a déplacé des russes dans les provinces méridionales et orientales de l’Ukraine. Après avoir observé les événements se déroulant dans l’Ouest de l’Ukraine, les provinces russes veulent retourner dans le giron russe auquel elles appartiennent, tout comme l’Ossétie du Sud ne voulait pas rester dans l’état de la Géorgie.

Les laquais de Washington à Kiev ne peuvent rien faire à propos de la Crimée hormis des fanfaronnades. Selon les accords Russo-Ukrainien, la Russie est autorisée à déployer 25.000 troupes en Crimée. Les déclarations des médias atlantistes (des Etats-Unis et de l’UE) d’une ” invasion russe de 16.000 soldats ” révèle soit leur ignorance totale ou bien leur complicité avec les mensonges de Washington. Évidemment, les médias atlantistes sont corrompus.

Seul un imbécile s’appuirait sur leurs rapports. Tout média qui prend pour argent comptant les déclarations de Washington après que George W. Bush et Dick Cheney aient envoyé le secrétaire d’État Colin Powell à l’ONU pour colporter les mensonges du régime sur les « armes de destruction massive irakiennes” alors que les inspecteurs de l’ONU avaient déclaré à la Maison Blanche qu’elles n’existaient pas, est clairement un ramassis de vendus au service du fric (“a collection of bought-and-paid for whores”).

Dans les anciennes provinces russes de l’est de l’Ukraine, l’approche discrète de Poutine face à la menace stratégique que Washington a fait peser sur la Russie a donné à Washington une chance de s’accrocher à un grand complexe industriel qui sert l’économie et l’armée russe. Les gens eux-mêmes dans l’est de l’Ukraine sont dans les rues pour réclamer la séparation d’avec ce gouvernement non élu que le coup d’État de Washington a imposé à Kiev. Washington, réalisant son incompétence a perdu la Crimée et a demandé à ses marionnettes de Kiev notamment les oligarques ukrainiens, contre lequel les protestations de Maidan ont été partiellement dirigées, de gouverner les positions dans les villes de l’Est Ukrainien. Ces oligarques ont leurs propres milices privées, en plus de la police et des unités militaires ukrainiennes qui fonctionnent toujours. Des dirigeants pro-Russes ont été arrêtés et ont disparu. Washington et ses marionnettes de l’UE, qui proclament leur soutien à l’autodétermination, ne sont pour l’autodétermination que lorsqu’elle est orchestrée en leur faveur. Par conséquent, Washington est occupé à supprimer l’autodétermination dans l’est de l’Ukraine.

C’est un dilemme pour Poutine. Son approche discrète a permis à Washington de prendre l’initiative dans l’est de l’Ukraine. Les oligarques Taruta et Kolomoyskiy ont été mis au pouvoir à Donetsk et à Dnipropetrovsk, et organisent les arrestations des pro-Russes et commettent des crimes innommables, mais vous n’en entendrez jamais parler de cela chez les pressestituées (“presstitutes”) étatsuniennes ou atlantistes (les médias prostitués, NDT). La stratégie de Washington est d’arrêter six dirigeants sécessionnistes pro-russes de sorte qu’il n’y ait plus d’autorités pour demander l’intervention de Poutine.

Si Poutine avait des drones, il aurait la possibilité de neutraliser Taruta et Kolomoyskiy. Si Poutine autorise Washington à conserver les provinces russes de l’est de l’Ukraine, il aura démontré une faiblesse que Washington exploitera. Washington va exploiter sa faiblesse au point que les forces de Washington vont pousser Poutine à la guerre.

La guerre sera nucléaire.

Paul Craig Roberts

paulcraigroberts.org

 

Article original en anglais : paulcrobertsAusterity and IMF “Economic Medicine”: The Looting Of Ukraine Has Begun, publié le 7 mars 2014

Traduction SLT
Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du WallStreet Journal. Il était chroniqueur pour Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a eu de nombreux postes universitaires. Ses chroniques sur Internet sont suivies mondialement. Ses derniers livres sont : “The Failure of Laissez Faire Capitalism” et “How America Was Lost” (Comment l’Amérique a été perdu,NDT). http://www.paulcraigroberts.org/

 

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La crise ukrainienne, fomentée en partie par les néoconservateurs américains, y compris leurs avatars au Département d’Etat, ont envenimé les relations russo-américaines et perturbé la coopération secrète du président Obama avec son homologue russe Vladimir Poutine dans la résolution des crises au Moyen Orient, écrit Robert Parry.

Photo : Robert Parry

Le président Barack Obama a tenté, essentiellement en secret, d’élaborer une nouvelle politique étrangère qui s’appuie fortement sur la coopération avec le président russe Vladimir Poutine pour réduire les confrontations dans des points chauds tels que l’Iran et la Syrie. Mais la réticence d’Obama à expliquer publiquement cette stratégie l’a rendue vulnérable aux attaques venues d’éléments puissants dans les milieux officiels de Washington, y compris des néo-conservateurs bien placés et des gens à l’intérieur de sa propre administration.

La menace la plus grave à cette collaboration Obama-Poutine s’est aujourd’hui révélée en Ukraine, où une coalition d’activistes néo-conservateurs américains et des avatars néo-conservateurs au sein du Département d’Etat ont attisé les flammes de l’agitation en Ukraine, en contribuant au renversement brutal du président démocratiquement élu Viktor Ianoukovitch et maintenant à une intervention militaire russe en Crimée, une région du sud de l’Ukraine, qui a été historiquement partie intégrante de la Russie.

 

Avec la crise ukrainienne, les intérêts vitaux de la Russie sont directement menacés

Même si on dit que la crise Ukraine a pris Obama et Poutine par surprise, la détermination des néo-conservateurs à enfoncer un coin entre les deux dirigeants était évidente depuis des mois, surtout après que Poutine a négocié un accord pour éviter des frappes militaires américaines contre la Syrie l’été dernier et a contribué à amener l’Iran à négocier des concessions sur son programme nucléaire, deux évolutions qui ont fortement contrarié les néo-conservateurs qui auraient préféré une aggravation des confrontations.

Poutine aurait également tancé verbalement vers le s Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le chef des renseignements saoudien, le prince Bandar bin Sultan eu égard à ce que Poutine considérait comme leurs actions provocatrices dans la guerre civile syrienne. Donc, en perturbant les plans néo-conservateurs et en offensant Netanyahou et Bandar, le président russe s’est carrément retrouvé dans le collimateur de certaines personnes très puissantes.

Sans Poutine, les néo-conservateurs – avec Israël et l’Arabie Saoudite – avaient espéré qu’Obama allait lancer des frappes militaires contre la Syrie et l’Iran qui auraient pu ouvrir la voie à plus de « changements de régime » au Moyen-Orient, un rêve au centre de la stratégie géopolitique des néoconservateurs depuis les années 1990. Cette stratégie néo-conservatrice a pris forme après la guerre high-tech des États-Unis contre l’Irak en 1991 et l’effondrement de l’Union soviétique plus tard la même année. Les néoconservateurs américains avaient commencé à croire en un nouveau paradigme d’un monde unipolaire où les décrets américains seraient loi…

Les néo-conservateurs estiment que ce changement de paradigme signifiait aussi qu’Israël n’aurait plus besoin de mener des négociations frustrantes avec les Palestiniens. Plutôt que de marchander une solution à deux Etats, les néoconservateurs américains poussaient simplement à un “changement de régime” dans les pays musulmans hostiles qui aidaient les Palestiniens ou le Hezbollah libanais.

L’Irak était le premier sur la liste des cibles des néoconservateurs, mais le tour de la Syrie et de l’Iran devait suivre. L’idée force est que, une fois les régimes qui soutiennent les Palestiniens et le Hezbollah sont renversés ou neutralisés, alors Israël pourra dicter ses conditions de paix aux Palestiniens qui n’auront d’autre choix que d’accepter ce qui leur sera imposé.

Les néoconservateurs américains qui travaillaient dans l’équipe de campagne de Netanyahou en 1996, dont Richard Perle et Douglas Feith, avaient même officialisé leur nouveau plan audacieux, qu’ils avaient présenté dans un document de stratégie, appelé “A Clean Break :. Une nouvelle stratégie pour sécuriser le monde” [“A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm.”]. Le document faisait valoir que seul un « changement de régime » dans les pays musulmans hostiles pourrait permettre la nécessaire « rupture nette » des blocages diplomatiques qui ont suivi les pourparlers de paix non concluants entre Israéliens et Palestiniens.

En 1998, le projet néo-conservateur pour le Nouveau Siècle Américain [New American Century] appelait à une invasion américaine de l’Irak, mais le président Bill Clinton avait refusé. La situation changea, cependant, lorsque le président George W. Bush prit ses fonctions et après les attentats du 11 septembre. Soudain, les néo-conservateurs eurent un commandant en chef qui était d’accord avec la nécessité d’éliminer Saddam Hussein de l’Irak – et une opinion publique américaine abasourdie et en colère qu’on pouvait facilement convaincre. [Voir l ’Consortiumnews.com " La raison mystérieuse de la guerre en Irak . "]

Alors, Bush envahit l’Irak, évinçant Hussein, mais sans parvenir à soumettre le pays. Le bilan des tués américains approcha les 4 500 et les coûts faramineux, estimé à plus de 1 000 milliards de dollars ont fait que le peuple américain et même Bush refusèrent de respecter jusqu’au bout la vision néo-conservatrice telle qu’exprimée dans une de leurs blagues préférées de l’année 2003 sur le prochain pays à attaquer, l’Iran ou la Syrie, la chute étant : “Les vrais hommes vont à Téhéran !

Bien que les faucons comme le vice-président Dick Cheney avaient plaidé en faveur du projet néo-conservateur et israélien pour que l’armée américaine bombarde les installations nucléaires iraniennes – avec l’espoir que les attaques pourraient également susciter un « changement de régime » à Téhéran – Bush avait décidé qu’il ne pouvait pas s’y risquer , surtout après que la communauté du renseignement des États-Unis avait estimé en 2007 que l’Iran avait cessé de travailler sur une bombe depuis quatre ans.

L’ascension d’Obama

Les néo-conservateurs connurent un nouveau revers en 2008, lorsque Barack Obama a battu un favori des néo-conservateurs, le sénateur John McCain. Mais Obama a ensuite pris une des décisions fatidiques de sa présidence, en décidant de doter les postes clés de la politique étrangère avec “une équipe de rivaux », c’est-à-dire en gardant le Républicain Robert Gates au Département de la Défense et en plaçant Hillary Clinton, une néoconservatrice « light », à la tête du Département d’Etat.
Obama avait également maintenu le haut commandement militaire de Bush dont la personnalité la plus significative étant le chouchou des médias, le général David Petraeus. Ce qui signifie qu’Obama n’avait pas pris le contrôle de sa propre politique étrangère.

Gates et Petraeus étaient profondément influencés par les néo-conservateurs, en particulier par Frederick Kagan, qui avait été un grand défenseur du “surge”, l’escalade militaire de 2007 en Irak, qui avait été saluée par les médias grand public américains comme un grand “succès” mais n’avait jamais atteint son objectif principal d’un Irak unifié. Au prix de près de 1000 tués américains, le « surge » avait seulement acheté du temps pour un retrait ordonné qui épargnait à Bush et aux néo-conservateurs l’embarras d’une défaite évidente.

Ainsi, au lieu d’un important remaniement du personnel dans le sillage de la guerre catastrophique en Irak, Obama présidait à ce ressemblait plus à une continuité avec les politiques de guerre de Bush, mais avec un engagement plus ferme de retirer des troupes en Irak et aussi en Afghanistan finalement.

Dès le début, cependant, Obama a rencontré l’opposition d’éléments clés de sa propre administration, en particulier au niveau des Départements d’État et de la Défense, et par les néoconservateurs encore influents dans les milieux officiels de Washington. Selon diverses informations, y compris les dans Duty, les mémoires récemment publiées de Gates, Obama a manœuvré en soutenant le “surge” en Afghanistan, tel que préconisé par le néo-conservateur Frederick Kagan et poussé par Gates, Petraeus et Clinton.

Gates écrit que Kagan l’avait persuadé de recommander le “surge”en Afghanistan et qu’Obama avait accepté à contrecœur quoique Gates conclut que Obama ne croyait pas à la « mission » et voulait renverser le cours des choses plus vite que Gates, Petraeus et leur camp ne le voulaient.

Face à cette résistance de sa propre bureaucratie, Obama a commencé à s’appuyer sur un petit cercle construit autour du vice-président Joe Biden et de quelques conseillers de la Maison Blanche avec le soutien en matière d’analyse de certains agents de la CIA, dont le directeur de la CIA Leon Panetta.

Obama a également trouvé un allié surprenant avec Poutine après son retour à la présidence russe en 2012. Un conseiller de Poutine m’a dit que le président russe appréciait personnellement Obama et voulait vraiment l’aider à résoudre des différends dangereux, en particulier les crises avec l’Iran et la Syrie.

En d’autres termes, l’erreur de jugement d’Obama au début avec “l’équipe de rivaux” a évolué vers un style présidentiel extraordinaire de politique étrangère, où Obama a élaboré et mis en œuvre une grande partie de son approche du monde hors de la vue ses secrétaires d’Etat et de la Défense (sauf lorsque Panetta été brièvement en poste au Pentagone).

Même après le départ de Gates en 2011, celui par démission du général Petraeus de son poste de directeur de la CIA après un scandale sexuel à la fin de 2012, et celui de Clinton au début de 2013, l’approche singulière d’Obama n’a pas particulièrement changé. On me dit qu’il a une relation distante avec la secrétaire d’Etat John Kerry, qui n’a jamais rejoint le cercle rapproché de politique étrangère d’Obama.

La protection taciturne par Obama de sa « vraie » politique étrangère peut se comprendre car, compte tenu de la persistance de la mentalité « dur à cuire » qui domine encore dans les milieux officiels à Washington., l’approche freelance d’Obama a laissé des espaces aux éléments bellicistes de sa propre administration.

Par exemple, le secrétaire d’État Kerry était tout près d’annoncer le déclenchement d’une guerre américaine contre la Syrie, dans un discours belliqueux prononcé le 30 août 2013, seulement pour se voir couper l’herbe sous le pied par Obama qui avait travaillé avec Poutine pour désamorcer la crise déclenchée par une attaque litigieuse à l’arme chimique dans les alentours de Damas.

De même, Obama et Poutine ont défini le cadre pour un accord intérimaire avec l’Iran sur la façon de limiter son programme nucléaire. Mais quand Kerry a été envoyé pour sceller cet accord à Genève, il a au contraire ajouté les nouvelles exigences nouvelles des Français (qui étaient de corvée pour le compte des Saoudiens) et avait ainsi été près de tout faire capoter. Après s’être fait remonter les bretelles par la Maison Blanche, Kerry est retourné à Genève et a finalisé les arrangements. [Voir l ’Consortiumnews.com " Une défaite Arabie-Israël avec l’accord sur l’Iran . "]

Politique étrangère hétérodoxe

Le politique étrangère hétérodoxe d’Obama — généralement un travail en tandem avec le président russe et parfois en porte-à-faux avec sa propre bureaucratie – a obligé Obama à feindre l’indignation devant ce qui peut être perçu comme un affront infligé par la Russie, comme son accord pour donner temporairement asile au lanceur d’alerte de la National Security Agency (NSA), Edward Snowden.

En public, Obama était tenu de faire connaître sa désapprobation catégorique de l’asile accordé à Snowden, quoique à plusieurs égards, Poutine faisait une faveur à Obama en lui épargnant d’avoir à poursuivre en justice Snowden avec les conséquences négatives que cela impliquerait pour la sécurité nationale des USA et les répercussions politiques préjudiciables dans la base politique libérale [de gauche] d’Obama.

Des erreurs de Poutine ont aussi compliqué les relations, comme quand il a défendu l’hostilité russe à l’égard des homosexuels et réprimé les voix critiques avant les jeux olympiques de Sotchi. Poutine était ainsi devenu une cible facile pour les commentateurs et les humoristes américains.

Mais l’hésitation d’Obama à expliquer son niveau de coopération stratégique avec Poutine a permis aux néo-conservateurs qui restent influents à Washington, avec notamment leurs avatars dans la bureaucratie du Département d’Etat, d’enfoncer d’autres coins significatifs entre Obama et Poutine. Les néo-conservateurs en sont venus à comprendre que le tandem Obama – Poutine était un obstacle majeur à leur vision stratégique.

A n’en pas douter, la contre-action la plus spectaculaire – et potentiellement la plus dangereuse – des néo-conservateurs a été l’Ukraine où ils ont apporté leur appui financier et politique à des forces d’opposition qui visaient à provoquer la rupture entre l’Ukraine et son voisin russe.

Même si la crise est aussi liée à la division historique de l’Ukraine – entre sa partie occidentale plus tournée vers l’Europe et l’est et le sud peuplés majoritairement de Russes – les agents des néo-conservateurs, avec l’argent du National Endowment for Democracy subventionné par les Etats Unis et d’autres sources US, ont joué un rôle décisif dans la déstabilisation et la déposition du président démocratiquement élu.

Le NED, une agence avec un budget annuel de 100 millions de dollars, a été créé par l’administration Reagan pour promouvoir l’action politique et la guerre psychologique contre des Etats ciblés, soutient financièrement 65 projets en Ukraine, dont la formation de militants, le soutien aux « journalistes » et la promotion d’organisations d’affaires, créant ainsi une structure efficace prête à déstabiliser un gouvernement au nom de la promotion de la « démocratie ».[voir Consortiumnews.com “A Shadow US Foreign Policy.”]

Les Néo-conservateurs du Département d’Etat ont également mis la main à la pâte en poussant l’Ukraine là se détourner de la Russie. La Secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes, Mme Victoria Nuland, femme de l’éminent néo-conservateur Robert Kagan et belle-sœur du conseiller-de Gates et -Petraeus Frederick Kagan, a plaidé vigoureusement pour la réorientation de l’Ukraine vers l’Europe

En décembre 2013, Nuland avait rappelé aux chefs d’entreprise ukrainiens que, pour aider l’Ukraine à réaliser “ses aspirations européennes, nous avons investi plus de 5 milliards de dollars.” Elle avait dit que le but des États-Unis était d emmener “l’Ukraine vers l’avenir qu’elle mérite“, ce par quoi elle entendait dans l’orbite de l’Occident et à l’écart de la Russie.

Mais le président Ianoukovitch a rejeté un plan de l’Union européenne qui aurait imposé une austérité sévère sur une Ukraine déjà pauvre. Il a accepté un prêt plus généreux de 15 milliards de dollars par la Russie, qui a également soutenu l’économie de l’Ukraine en fournissant du gaz naturel à moindre prix. La décision de M. Ianoukovitch a suscité des manifestations de rue anti-russes à Kiev, située dans la partie ouest du pays, la région la plus pro-européenne.

Nuland s’était vite mise au travail pour planifier un « changement de régime », encourageant les désordres dans la rue distribuant en personne des biscuits aux manifestants anti-gouvernementaux. Elle n’avait pas semblé pas remarquer ou se soucier du fait que les manifestants de la place Maidan à Kiev avaient hissé une grande bannière honorant Stepan Bandera, un nationaliste ukrainien qui avait collaboré avec les nazis allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et dont les milices avaient participé à des atrocités contre les Juifs et les Polonais.

Fin Janvier, Nuland avait discuté avec l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine Geoffrey Pyatt de qui devrait être autorisé à entrer dans le nouveau gouvernement.

Yats est l’homme de la situation », avait dit Nuland dans une communication téléphonique avec Pyatt qui a été interceptée et mis en ligne. « Il a l’expérience en économie, l’expérience du gouvernement. Il est le gars qu’on connaît. “Par” Yats, Nuland faisait allusion à Arseni Iatseniouk, qui avait servi comme chef de la banque centrale, ministre des Affaires étrangères et ministre de l’économie -. Et qui s’engage à appliquer une politique d’austérité sévère.

Tandis que la Secrétaire adjointe Nuland et le Sénateur McCain applaudissaient les manifestants, les manifestations de rue devenaient violentes. La police se heurtait à des groupes néo-nazis, les descendants idéologiques des Ukrainiens anti-russes de Bandera qui avaient collaboré avec la SS nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

La crise s’aggravant et des dizaines de personnes étant tuées dans des combats de rue, Ianoukovitch a accepté un accord négocié par l’UE qui a appelait à des élections anticipées et la police se retirer. Les troupes d’assaut néo-nazies ont alors saisi l’occasion pour occuper les édifices gouvernementaux et forcer Ianoukovitch et plusieurs de ses collaborateurs à fuir pour sauver leur vie.

Avec ces néo-nazis pour assurer “la sécurité”, les autres parlementaires ont accepté une série de votes à l’unanimité ou presque unanimes pour mettre en place un nouveau gouvernement et demander l’arrestation de M. Ianoukovitch pour meurtre de masse. Le choix de Nuland, Iatseniouk, a été retenu pour le poste de Premier ministre par intérim.

L’éviction violente de Ianoukovitch a provoqué la résistance populaire au coup d’Etat dans les régions sud et est à peuplement russe.. Après avoir trouvé refuge en Russie, Ianoukovitch a sollicité l’aide de Poutine. Poutine a alors envoyé des troupes russes pour s’assurer le contrôle de la Crimée. [Pour en savoir plus sur cette histoire, voir Consortiumnews.com l ’« Encourager un « Coup démocratique » en Ukraine . "]

Éloigner Obama de Poutine

La crise ukrainienne a donné l’opportunité aux néo-conservateurs de Washington d’enfoncer un nouveau coin entre Obama et Poutine. Par exemple, le vaisseau amiral des néo-conservateurs, le Washington Post, a écrit dans son éditorial de samedi qu’Obama réagissait par des « appels téléphoniques » là où quelque chose de bien plus menaçant qu’une « condamnation » était nécessaire.

C’est toujours étonnant de voir le Washington Post, qui avait plaidé avec force pour une intervention militaire américaine en Irak sous le faux prétexte d’éliminer des (inexistantes) armes de destruction massive, se fâcher quand un autre pays agit en réponse à une vraie menace pour sa sécurité à ses propres frontières, pas à l’autre bout du monde.

Mais les chefs de rédaction du Washington Post n’ont jamais reculé devant leur propre hypocrisie . Ils ont écrit, « L’objectif probable de M. Poutine n’était pas difficile à imaginer. Il semble réagir à la déposition la semaine dernière du gouvernement pro-Kremlin en Ukraine avec un ancien et ignoble procédé russe : provoquer une rébellion séparatiste dans un Etat voisin, en se servant de ses propres troupes si nécessaire. »

La réalité, cependant, semble avoir été que des éléments néo-conservateurs au sein du gouvernement des États-Unis ont encouragé le renversement du président élu de l’Ukraine par un coup d’Etat mené par des groupes d’attaque néo-nazis qui ont ensuite terrorisé les députés pour que le Parlement adopté des lois draconiennes, dont certaines destinées à punir les régions tournées vers la Russie qui préfèrent Ianoukovitch.

Pourtant, en plus d’égratigner Obama pour son discours modéré sur la crise, le Post a déclaré que « M. Obama et les dirigeants européens doivent agir rapidement pour empêcher le démembrement de l’Ukraine. Il manquait à la déclaration du président la mention d’ une première étape nécessaire : l’exigence que toutes les forces russes – régulières et irrégulières – se retirent … et que Moscou reconnaisse l’autorité du nouveau gouvernement de Kiev. Si M. Poutine … ne se conforme pas, les dirigeants occidentaux devraient indiquer clairement que la Russie paiera un prix élevé » .

Les responsables de rédaction du Post sont friands d’appels à donner des ultimatums à divers pays, spécialement l’Iran et la Syrie, en impliquant que s’ils ne se conforment pas à certaines exigences des Etats Unis, des mesures sévères, dont des représailles militaires, s’ensuivront.

Mais maintenant, les néo-conservateurs, dans leur poursuite obstinée et sans fin de “changement de régime” dans les pays qui suivent leur propre voie, ont porté leurs ambitions à un niveau dangereux, en voulant confronter la Russie détentrice de l’arme nucléaire avec des ultimatums.

Dimanche, la rédaction néo-conservatrice du Post a « énoncé les conséquences » pour Poutine et la Russie qui consistent pour l’essentiel en la proposition d’une nouvelle Guerre Froide. Le Post a moqué Obama pour sa présumée mollesse à l’égard de la Russie et a laissé entendre que le prochain « changement de régime » devait intervenir à Moscou.

« Beaucoup en Occident ne croyaient pas que M. Poutine n’oserait tenter une intervention militaire en Ukraine en raison des graves conséquences possibles », écrit le Post. « Le fait que le dirigeant russe soit passé à l’acte montre qu’il doute que les dirigeants occidentaux réagissent avec force. S’il ne recule pas rapidement, les États-Unis doivent lui prouver qu’il a tort ».

La folie des néoconservateurs a longtemps est depuis longtemps signalée par leur arrogance extraordinaire et leur mépris pour les intérêts des autres nations. Ils supposent que la puissance militaire des États-Unis et d’autres moyens coercitifs doivent s’exercer sur toute nation qui ne s’incline pas devant les ultimatums américains ou qui résiste aux coups de force orchestrés par les USA.

Chaque fois que les néo-conservateurs rencontrent une résistance, ils ne repensent pas leur stratégie, ils passent simplement à l’étape suivante. Irrités par le rôle de la Russie dans l’empêchement des attaques militaires américaines contre la Syrie et l’Iran, les néo-conservateurs élèvent le niveau de leur conflit géopolitique en s’en prenant à la frontière même de la Russie, en misant sur l’éviction violente du président élu de l’Ukraine.

L’idée était de porter à Poutine un coup sérieux et embarrassant comme punition pour avoir interféré avec le rêve néo-conservateur de « changement de régime » à travers le Moyen Orient. Maintenant, avec le contre effectué par Poutine avec le déploiement de troupes russes pour s’assurer du contrôle de la Crimée, les néo-conservateurs veulent qu’Obama aille vers l’escalade en s’en prenant à Poutine.

Certains néo-conservateurs de premier plan voient même dans l’éviction de Poutine l’étape décisive pour rétablir la prééminence de leur agenda. Carl Gershman, le président du NED, a écrit dans le Washington Post, « Le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la disparition de l’idéologie de l’impérialisme russe que représente Poutine… Les Russes aussi sont devant un choix, et Poutine pourrait bien se retrouver du côté perdant, pas seulement avec le proche étranger mais en Russie même. »

Au minimum, les néo-conservateurs espèrent pouvoir neutraliser Poutine en tant qu’allié d’Obama pour réduire les tensions avec le Syrie et l’Iran – et ainsi réactiver l’hypothèse de frappes militaires contre ces deux pays.

Avec les événements devenus incontrôlables, il semble plus que temps maintenant pour le président Obama d’expliquer au peuple américain pourquoi il a coopéré avec le président Poutine pour essayer de résoudre certains des problèmes mondiaux les plus épineux.

Ce qui nécessiterait cependant qu’il prenne enfin le contrôle de sa propre administration, pour la purger des représentants néo-conservateurs qui ont œuvré à saboter sa vraie politique étrangère et ferme des organisations contrôlées par les néo-conservateurs comme le National Endowment for Democracy qui se servent de l’argent des contribuables américains pour encourager des troubles à l’étranger. Il lui faudrait un réel courage politique.

Robert Parry

Article original en anglais : http://consortiumnews.com/2014/03/02/what-neocons-want-from-ukraine-crisis/

Consortium News (USA) 2 mars 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri


[NdT] La crise ukrainienne a d’impressionnants relents de guerre froide, susceptible à tout moment de basculer dans une confrontation militaire, scénario dont personne ne semble vouloir mais on sait que les confits majeurs ont rarement été le résultat d’une volonté délibérée mais plutôt celui d’enchaînements imprévus.

Le terme de guerre froide peut sembler inapproprié si on veut bien tenir compte du fait qu’il n’existe plus de bloc communiste en Europe et que la Russie n’est qu’un des Etats issus de l’éclatement de l’Union Soviétique.

Et pourtant, la longue parenthèse communiste a simplement masqué une opposition plus profonde entre la Russie eurasiatique et l’Europe regroupée à quelques exceptions près dans l’Union Européenne et l’OTAN.

Deux structures politiques qui évoluent en partie dans des espaces différents et en partie dans des espaces qui se chevauchent, ces derniers étant susceptibles de disputes plus ou moins fortes selon leur importance stratégique pour l’un ou l’autre des acteurs.

C’est précisément le cas de l’Ukraine aujourd’hui disputée entre l’UE et la Russie. Cette ancienne république soviétique n’a pas vocation à entrer rapidement dans l’UE qui n’a en fait pas les moyens d’absorber un Etat aussi important aussi bien par sa taille et sa population que par la somme de problèmes et de coûts qu’il représente. Et pourtant, la crise d’aujourd’hui met aux prises l’UE (et les Etats Unis) avec une Russie pour laquelle il est absolument vital de maintenir l’Ukraine dans sa sphère d’influence, pour des raisons à la fois historiques et culturelles, économiques et stratégiques.

On peut alors se demander pourquoi les Etats de l’UE et les Etats Unis n’ont pas ménagé leurs efforts pour encourager des troubles qui ont débouché sur un coup d’Etat qui a abouti à la déposition d’un chef de l’État régulièrement élu.

Robert Parry essaye de répondre à cette question en situant la crise ukrainienne dans un contexte plus global qui met en jeu la stratégie politique des néo-conservateurs américains telle qu’elle a été mise en œuvre à partir de l’accession au pouvoir de George W. Bush et des attentats du 11 septembre 2001.

Selon Robert Parry, les néo-conservateurs qui se heurtent à Washington aux velléités du président Obama de développer une autre politique internationale se sont emparés du dossier ukrainien pour nuire à la relation entre le président des Etats Unis et son homologue russe, voire même déstabiliser le pouvoir d’un Poutine qu’ils perçoivent comme un obstacle majeur au déploiement de leur stratégie de domination mondiale.

Robert Parry

Robert Parry est un journaliste chevronné qui avait notamment couvert l’affaire des Contras (Irangate) pour Newsweek et Associated Press.

Comme un certain nombre d’autres grandes plumes américaines, il s’est éloigné de ce qu’on appelle les « corporate medias », c’est-à-dire la presse aux mains des grands groupes capitalistes et a fondé Consortium News.

Mounadil al-Djazaïri

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Conférence de presse de Vladimir Poutine sur la situation en Ukraine

mars 14th, 2014 by Président Vladimir Poutine

(4 mars 2014) PRESIDENT DE LA RUSSIE VLADIMIR POUTINE : Bonjour, chers collègues.

Comment allons-nous procéder ? Voilà ce que je propose : nous allons avoir une conversation, plutôt qu’une interview. Par conséquent, je vous demande de commencer par poser toutes vos questions, je vais les noter et essayer d’y répondre, puis nous aurons une discussion plus détaillée sur des points précis qui vous intéressent le plus.

Commençons.

QUESTION : Monsieur le Président, je voudrais demander (vous avez fait une longue pause, nous avons donc pas mal de questions en attente) comment évaluez-vous les événements à Kiev ? Pensez-vous que le gouvernement et le président par intérim, qui sont actuellement au pouvoir à Kiev, sont légitimes ? Êtes-vous prêt à communiquer avec eux, et à quelles conditions ? Pensez-vous qu’il est maintenant possible de revenir aux accords du 21 Février, dont tout le monde parle si souvent ?

QUESTION : Monsieur le Président, la Russie a promis une aide financière à la Crimée et des instructions ont été transmises hier au ministère des Finances. A-t-on une idée claire du montant accordé, d’où provient l’argent, et à quelles conditions et quand ? La situation est très difficile.

QUESTION : Quand, à quelles conditions et dans quel cadre la force militaire peut-elle être employée en Ukraine ? Dans quelle mesure cela respecte les accords internationaux de la Russie ? Les exercices militaires qui viennent de se terminer ont-ils quelque chose à voir avec un éventuel recours à la force ?

QUESTION : Nous aimerions en savoir plus sur la Crimée. Pensez-vous que les provocations sont terminées ou qu’il y a encore une menace pour les citoyens russes la population russophone qui sont actuellement en Crimée ? Quelles sont les tendances générales là-bas - la situation s’améliore ou s’empire ? Nous entendons des versions contradictoires.

QUESTION : Si vous décidez d’employer la force, avez-vous envisagé tous les risques possibles pour vous-même, pour le pays et pour le monde : des sanctions économiques, une sécurité mondiale amoindrie, une éventuelle interdiction sur les visas ou un plus grand isolement de la Russie, comme exigés par des politiciens occidentaux ?

QUESTION : Hier, le marché boursier russe a chuté, en réponse au vote du Conseil de la Fédération, et le taux de change du rouble a atteint des niveaux historiquement bas. Vous attendiez-vous à une telle réaction ? Quelles sont les conséquences possibles pour l’économie ? Faut-il prendre maintenant des mesures spéciales, et de quel type ? Par exemple, pensez-vous que la décision de la Banque centrale de passer à un taux de change flottant du rouble était peut-être prématurée ? Pensez-vous qu’il faudrait revenir sur cette décision ?

VLADIMIR POUTINE : Très bien, arrêtons-nous là pour le moment. Je vais commencer, et puis nous allons continuer. Ne vous inquiétez pas, je vais essayer de répondre à autant de questions que possible.

Tout d’abord, mon analyse sur ce qui est arrivé à Kiev et en Ukraine en général. Il ne peut y avoir qu’une seule analyse : il s’agit d’une prise de pouvoir anticonstitutionnelle, une prise de pouvoir armée. Est-ce que quelqu’un le conteste ? Personne ne le conteste. Il y a une question que ni moi, ni mes collègues avec qui j’ai beaucoup discuté ces derniers jours de la situation en Ukraine, comme vous le savez – une question à laquelle aucun d’entre nous ne peut répondre. La question est pourquoi avoir fait ça ?

Je voudrais attirer votre attention sur le fait que le président Ianoukovitch, par l’intermédiaire des ministres des Affaires étrangères des trois pays européens – la Pologne, l’Allemagne et la France – et en présence de mon représentant (le commissaire russe des droits de l’homme, Vladimir Loukine) ont signé le 21 février un accord avec l’opposition. Je tiens à souligner qu’en vertu de cet accord (je ne porte pas un jugement, je rappelle simplement un fait) M. Ianoukovitch a tout simplement cédé son pouvoir. Il a accepté toutes les demandes de l’opposition : il a accepté des élections législatives anticipées, des élections présidentielles anticipées, et un retour à la Constitution de 2004, comme demandé par l’opposition. Il a répondu positivement à notre demande, à la demande des pays occidentaux et, avant tout, à celle de l’opposition de ne pas recourir à la force. Il n’a pas donné un seul ordre illégal de tirer sur les pauvres manifestants. En outre, il a donné des ordres pour retirer toutes les forces de police de la capitale, et elles ont obéi. Il est allé à Kharkov pour assister à un événement, et dès qu’il est parti, au lieu de libérer les bâtiments administratifs occupés, ils ont immédiatement occupé la résidence du président et le bâtiment du gouvernement – ce ce qu’ils ont fait au lieu de respecter l’accord.

Je me demande, quel était le but de tout cela ? Je veux comprendre pourquoi cela a été fait. Il avait en effet déjà renoncé à son pouvoir, et je crois, c’est ce que je lui ai dit, il n’avait aucune chance d’être réélu. Tout le monde est d’accord là-dessus, tous ceux avec qui j’ai conversé ces derniers jours. Quel était le but de toutes ces actions inconstitutionnelles, illégales, pourquoi ont-ils crée ce chaos dans le pays ? Des militants armés et masqués errent encore dans les rues de Kiev. C’est une question sans réponse. Voulaient-ils l’humilier et faire une démonstration de force ? Je pense que ces actions sont absolument stupides. Le résultat est l’exact contraire de ce qu’ils attendaient, parce que leurs actions ont fortement déstabilisé l’est et le sud-est de l’Ukraine.

Voyons comment nous en sommes arrivés là.

À mon avis, cette situation révolutionnaire couvait depuis longtemps, depuis les premiers jours de l’indépendance de l’Ukraine. Le citoyen ukrainien ordinaire, le gars ordinaire a souffert pendant le règne de Nicolas II, sous le règne de Koutchma et Iouchtchenko, et de Viktor Ianoukovitch. Rien ou presque rien ne s’est amélioré. La corruption a atteint des sommets inconnus ici, en Russie. L’accumulation de la richesse et de la stratification sociale – des problèmes qui sont aigus aussi chez nous – sont bien pires en Ukraine, radicalement pires. Là-bas, ils sont au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. En général, les gens voulaient un changement, mais il ne faut pas appuyer un changement illégal.

Seuls les moyens constitutionnels devraient être employés dans l’espace post-soviétique, où les structures politiques sont encore très fragiles, et les économies encore faibles. Dans une telle situation, sortir du cadre constitutionnel est toujours une erreur fondamentale. Par ailleurs, je comprends ces gens à Maidan, même si je n’approuve pas ce genre de dénouement. Je comprends les gens à Maidan qui réclament un changement radical du pouvoir plutôt qu’un ravalement de façade. Pourquoi le demandent-ils ? Parce qu’ils ont pris l’habitude de voir des voleurs remplacés par d’autres voleurs. De plus, les gens dans les régions ne participent même pas à la formation de leurs propres gouvernements régionaux. A une époque dans ce pays, le président nommait les dirigeants régionaux, mais les autorités législatives locales devaient les approuver, alors qu’en Ukraine, ils sont nommés directement. Aujourd’hui, nous procédons à des élections, alors qu’ils en sont encore loin. Alors ils ont commencé à nommer toutes sortes d’oligarques milliardaires pour gouverner les régions de l’est du pays. Il n’est pas étonnant que les gens ne l’acceptent pas, pas étonnant qu’ils pensent que, suite à une privatisation malhonnête (comme beaucoup le pensent ici aussi) des gens sont devenus riches et maintenant ont été portés au pouvoir.

Par exemple, M. Kolomoisky a été nommé gouverneur de Dnepropetrovsk. C’est un escroc unique en son genre. Il a même réussi à voler notre oligarque Roman Abramovitch, il y a deux ou trois ans. L’arnaquer, comme nos intellectuels se plaisent à dire. Ils ont signé une certaine affaire, Abramovich a transféré plusieurs milliards de dollars, et l’autre a simplement empoché l’argent, sans rien en échange. Quand je lui ai demandé [ à Abramovitch ] : « Pourquoi avez-vous fait ça ? » il a dit « Je n’ai jamais pensé que c’était possible. » D’ailleurs, je ne sais pas s’il a récupéré son argent et si la transaction a été conclue. Mais cela s’est réellement passé, il y a quelques années. Et maintenant, cet escroc est nommé gouverneur de Dnepropetrovsk. Pas étonnant que les gens sont insatisfaits. Ils étaient mécontents et le resteront si ceux qui se réfèrent eux-mêmes comme les autorités légitimes continuent de la même façon.

Plus important encore, les gens devraient avoir le droit de déterminer leur propre avenir, celui de leurs familles et de leur région, et d’avoir une participation égale. Je tiens à souligner ceci : partout où une personne vit, dans n’importe quelle partie du pays, il ou elle devrait avoir le droit à une participation égale dans la détermination de l’avenir du pays.

Les autorités actuelles sont-elles légitimes ? Le Parlement l’est partiellement, mais toutes les autres ne le sont pas. L’actuel président par intérim n’est certainement pas légitime. Il n’y a qu’un seul président légitime, du point de vue juridique. De toute évidence, il n’a aucun pouvoir. Cependant, comme je l’ai déjà dit, et je le répète : Ianoukovitch est le seul Président incontestablement légitime.

En vertu du droit ukrainien, il existe trois façons de démettre un président : l’une est sa mort, l’autre est sa démission, et la troisième est sa mise en accusation. Cette dernière est une procédure constitutionnelle bien connue. Elle implique la Cour constitutionnelle, la Cour suprême et la Rada (Congrès). C’est une procédure longue et compliquée. Elle n’a pas été réalisée. Par conséquent, du point de vue juridique, il s’agit d’un fait incontesté.

En outre, je pense que c’est peut être la raison pour laquelle ils ont dissous la Cour constitutionnelle, ce qui va à l’encontre de toutes les normes juridiques de l’Ukraine et de l’Europe. Ils ont non seulement dissous la Cour constitutionnelle d’une manière illégitime, mais ils ont aussi – réfléchissez-y – chargé le Bureau du Procureur général d’engager des poursuites pénales contre des membres de la Cour constitutionnelle. Qu’est-ce que ça signifie ? Est-ce cela qu’ils appellent une justice libre ? Comment peut-on demander à quiconque de lancer une procédure pénale ? Si un crime ou un délit a été commis, les organismes chargés de faire respecter la loi le constatent et réagissent. Mais leur demander de déposer des accusations criminelles est absurde, c’est des magouilles.

Maintenant, sur l’aide financière à la Crimée. Comme vous le savez, nous avons décidé d’organiser le travail dans les régions russes pour aider la Crimée, qui a fait appel à nous pour une aide humanitaire. Nous allons la fournir, bien sûr. Je ne peux pas dire combien, quand et comment – le gouvernement y travaille encore, en réunissant les régions frontalières avec la Crimée, en fournissant un soutien supplémentaire à nos régions afin qu’elles puissent aider les gens en Crimée. Nous le ferons, bien sûr.

En ce qui concerne le déploiement des troupes, l’emploi des forces armées. Pour l’instant, ce n’est pas nécessaire, mais c’est toujours possible. Je voudrais dire ici que les exercices militaires qui ont récemment eu lieu n’avaient rien à voir avec les événements en Ukraine. Ces exercices avaient déjà été planifiés, mais nous n’avons pas divulgué ces plans, bien sûr, parce que c’était des exercices d’inspection surprise pour tester la réactivité de nos forces. Ils étaient prévus depuis longtemps, le ministre de la Défense rapportait à moi et j’avais l’ordre prêt pour commencer l’exercice. Comme vous le savez peut-être, les exercices sont terminés ; j’ai donné hier l’ordre aux troupes de retourner à leurs bases.

Quelle pourrait être une raison d’employer les forces armées ? Une telle mesure constituerait certainement une dernier recours.

Tout d’abord, la question de la légitimité. Comme vous le savez, nous avons reçu un appel à l’aide direct du président légitime, comme je le disais, le président légitime de l’Ukraine, M. Viktor Ianoukovitch, nous demandant d’utiliser les forces armées pour protéger la vie, la liberté et la santé des citoyens de l’Ukraine.

Quelle est notre principale préoccupation ? Nous voyons des saccages commis par des forces réactionnaires, des forces nationalistes et antisémites, dans certaines régions de l’Ukraine, y compris Kiev. Je suis sûr que vous, les membres des médias, ont vu comment un des gouverneurs a été enchaîné et menotté à quelque chose et ils ont versé de l’eau sur lui, dans le froid de l’hiver. Après ça, d’ailleurs, il a été enfermé dans une cave et torturé. C’est quoi cette histoire ? Est-ce la démocratie ? Est-ce une manifestation de la démocratie ? Il avait été récemment nommé à ce poste, en décembre, je crois. Même en admettant qu’ils sont tous corrompus là-bas, il avait à peine eu le temps de voler quoi que ce soit.

Et savez-vous ce qui s’est passé quand ils se sont emparés de l’immeuble du Parti des Régions ? Il n’y avait pas de membres du parti présents à ce moment-là. Quelques deux ou trois employés sont sortis, l’un était un ingénieur , et il a dit aux assaillants : « Pourriez-vous nous laisser partir, et laisser les femmes sortir, s’il vous plaît. Je suis un ingénieur, je n’ai rien à voir avec la politique. » Il a été abattu sur place devant la foule. Un autre employé a été conduit dans une cave, puis ils ont jeté des cocktails Molotov sur lui et brûlé vif. Est-ce là aussi une manifestation de la démocratie ?

Quand on voit ça, on comprend ce qui inquiète les citoyens de l’Ukraine, à la fois russes et ukrainiens, et la population russophone dans les régions de l’est et du sud de l’Ukraine. C’est ce crime incontrôlé qui les inquiète. Par conséquent, si nous voyons de tels crimes se répandre dans les régions orientales du pays, et si les gens nous appellent à l’aide, alors que nous avons déjà reçu une demande officielle du Président légitime, nous nous réservons le droit d’utiliser tous les moyens disponibles pour protéger les personnes. Nous croyons que ce serait tout à fait légitime. C’est notre dernier recours.

De plus, voici ce que je voudrais dire : nous avons toujours considéré l’Ukraine non seulement comme un voisin, mais aussi une république voisine fraternelle, et nous continuerons de le faire. Nos forces armées sont des compagnons d’armes, des amis, dont beaucoup se connaissent personnellement. Je suis certain, et j’insiste, je suis certain que l’armée russe et ukrainienne n’auront pas à s’affronter, qu’elles seront du même côté dans un combat.

Par ailleurs, les choses dont je parle – cette unité – c’est ce qui est en train de se passer en Crimée. Il faut noter que, Dieu merci, pas un seul coup de feu n’a été tiré là-bas, il n’y a pas de victimes, à l’exception de cette bousculade sur une place, il y a une semaine. Que s’est-il passé ? Des gens sont venus, ont encerclé des unités des forces armées et leur ont parlé, pour les convaincre de respecter les exigences et la volonté de la population locale. Il n’y a pas eu d’échange de tirs, pas un seul coup de feu.

Ainsi, la tension en Crimée liée à l’éventualité d’un recours aux forces armées s’est tout simplement calmée et il n’a pas été nécessaire d’en arriver là. La seule chose que nous avions à faire, et nous l’avons fait, était de renforcer la défense de nos installations militaires parce qu’elles étaient constamment menacées et nous savions que des nationalistes armés s’en approchaient. Nous avons fait cela, c’était la bonne chose à faire et très rapidement. Par conséquent, je pars de l’idée que nous n’aurons pas à faire quoi que ce soit de ce genre dans l’est de l’Ukraine.

Il y a cependant quelque chose que je voudrais souligner. De toute évidence, ce que je vais dire maintenant ne relève pas de mon autorité et nous n’avons pas l’intention de nous ingérer. Cependant, nous croyons fermement que tous les citoyens de l’Ukraine, je le répète, où qu’ils vivent, doivent avoir les mêmes droits à participer à la vie de leur pays et dans la détermination de son avenir.

Si j’étais à la place de ceux qui se considèrent comme les autorités légitimes, je ne perdrais pas de temps et passerais par toutes les procédures nécessaires, parce qu’ils n’ont pas de mandat national pour mener la politique intérieure, étrangère et économique de l’Ukraine, et en particulier pour déterminer son avenir.

A présent, le marché boursier. Comme vous le savez, le marché boursier était nerveux avant même que la situation en Ukraine ne se détériore. Ceci est principalement lié à la politique de la Réserve fédérale américaine, dont les décisions récentes ont renforcé l’attirance du marché américain pour les investisseurs et ces derniers ont commencé à déplacer leurs fonds des marchés en développement vers le marché américain. Il s’agit d’une tendance générale qui n’a rien à voir avec l’Ukraine. Je crois que c’est l’Inde qui a le plus souffert, ainsi que les autres Etats BRICS. La Russie a été touchée aussi, mais pas aussi durement que l’Inde, mais elle a été touchée. C’est la raison fondamentale.

En ce qui concerne les événements en Ukraine, la politique a toujours une influence sur le marché boursier, d’une manière ou d’une autre. L’argent aime la sérénité, la stabilité et le calme. Cependant, je pense qu’il s’agit d’une évolution tactique temporaire et n’aura qu’une influence temporaire.

D’autres questions, s’il vous plaît.

QUESTION : Monsieur le Président, pouvez-vous nous dire si vous vous attendiez à une réaction aussi sévère aux actions de la Russie de la part de vos partenaires occidentaux ? Pourriez-vous nous donner des détails sur vos conversations avec vos partenaires occidentaux ? Nous n’avons eu qu’un communiqué du service de presse. Et que pensez-vous du sommet du G8 à Sotchi – aura-t-il lieu ?

VLADIMIR POUTINE : En ce qui concerne les réactions, le G8 et les conversations. Nos conversations sont confidentielles, certaines même ont lieu via des lignes sécurisées. Par conséquent, je ne suis pas autorisé à divulguer les échanges avec mes partenaires. Par contre, je vais me référer à certaines déclarations publiques faites par mes collègues de l’Ouest ; sans donner de noms, je vais les commenter d’une manière générale.

A quoi prêtons-nous attention ? On nous dit souvent que nos actions sont illégitimes, mais quand je demande : « Pensez-vous que ce que vous faites est légitime ? » Ils disent « oui ». Je dois ensuite leur rappeler les actions des États-Unis en Afghanistan, en Irak et en Libye, où ils ont agi soit sans l’aval de l’ONU soit ont complètement dénaturé le contenu des résolutions, comme c’était le cas avec la Libye. Là, comme vous le savez, la résolution ne parlait que de fermer l’espace aérien aux avions du gouvernement, alors que tout ça s’est terminé par des bombardements et des opérations terrestres des forces spéciales.

Nos partenaires, en particulier dans les Etats-Unis, expriment toujours clairement leurs propres intérêts d’état et géopolitiques et les suivent avec persévérance. Puis, en utilisant le principe « Vous êtes soit avec nous, soit contre nous », ils entraînent le monde entier dans le processus. Et ceux qui ne s’associent pas à eux se font « tabasser » jusqu’à ce qu’ils cèdent.

Notre approche est différente. Nous partons de la conviction que nous agissons toujours légitimement. Personnellement, j’ai toujours été un défenseur d’agir en conformité avec le droit international. Je tiens à souligner encore une fois que si nous prenons la décision, celle d’utiliser les forces armées, ce sera une décision légitime en pleine conformité avec les normes générales du droit international, puisque nous avons reçu l’appel du Président légitime, et avec nos engagements qui dans ce cas coïncident avec nos intérêts à protéger les personnes avec qui nous avons des liens historiques, culturels et économiques étroits. La protection de ces personnes est dans notre intérêt national. Il s’agit d’une mission humanitaire. Nous n’avons pas l’intention de soumettre quiconque ni de dicter sa conduite à personne. Cependant, nous ne pouvons pas rester indifférents si nous voyons qu’ils sont persécutés, détruits et humiliés. Cependant, j’espère sincèrement que nous n’en arriverons pas là.

QUESTION : Comment analysez-vous la réaction occidentale devant les événements en Ukraine et leurs menaces concernant la Russie : sommes-nous confrontés à la possibilité de sanctions ou de retrait du G8 ?

VLADIMIR POUTINE : En ce qui concerne les sanctions. C’est surtout ceux qui veulent les appliquer qui devraient envisager les conséquences. Je crois que dans le monde moderne, où tout est interconnecté et interdépendant, il est possible de causer des dommages à un autre pays, mais les dommages seraient mutuels et il faut garder ça à l’esprit. Première chose.

La deuxième chose, et la plus importante. Je vous ai déjà dit ce qui nous motive. Mais qu’est-ce qui motive nos partenaires ? Ils ont soutenu une prise de pouvoir armée inconstitutionnelle, ont déclaré que ces gens étaient légitimes et tentent de les soutenir. Par ailleurs, en dépit de tout cela, nous avons été patients et même prêts à coopérer ; nous ne voulons pas perturber notre coopération. Comme vous le savez , il y a quelques jours j’ai demandé au gouvernement d’envisager comment nous pouvions maintenir des contacts même avec ce pouvoir à Kiev que nous ne considérons pas légitime afin de préserver nos relations économiques et industrielles. Nous pensons que nos actions ont été absolument raisonnables, tandis que toute menace contre la Russie est contre-productive et nuisible.

En ce qui concerne le G8, je ne sais pas. Nous serons prêts à accueillir le sommet avec nos collègues. S’ils ne veulent pas venir – ainsi soit-il .

QUESTION : Puis-je ajouter quelque chose à propose des contacts ? A mes yeux, vous considérez le Premier ministre de Crimée M. Aksyonov comme le représentant légitime des autorités gouvernementales. Etes-vous prêt à avoir des contacts avec ceux qui se considèrent comme les autorités légitimes à Kiev ?

VLADIMIR POUTINE : Je viens d’en parler. Vous avez dû rater quelque chose.

QUESTION : Je veux dire, au plus haut niveau pour une solution politique .

VLADIMIR POUTINE : Je n’ai pas de partenaire au plus haut niveau. Il n’y a pas de président là-bas, et il ne peut pas y en avoir avant les élections générales.

Comme pour la Crimée, le Parlement a été constitué en 2010, en décembre 2010, si je me souviens bien Il y a 100 députés représentant six partis politiques. Après la démission de l’ancien premier ministre, le Parlement de Crimée, en conformité avec la législation et les procédures en vigueur, a élu un nouveau Premier ministre lors d’une session du Conseil suprême de Crimée. Il est certainement légitime. Ils ont respecté toutes les procédures prévues par la loi, il n’y a eu aucune infraction. Cependant, il y a quelques jours, lorsqu’un un groupe d’hommes armés a tenté d’occuper le bâtiment du Soviet suprême de Crimée, cela a provoqué l’inquiétude des riverains. Il semble que quelqu’un voulait appliquer le scénario de Kiev en Crimée et lancer une série d’attaques terroristes et provoquer le chaos. Naturellement, cela suscite de graves inquiétudes parmi les résidents locaux. C’est pourquoi ils ont mis en place des comités d’auto-défense et pris le contrôle de toutes les forces armées.

Incidemment, j’étudiais le rapport hier pour voir ce qu’ils ont pris – c’est comme une zone fortifiée. Il y a plusieurs dizaines d’unités C-300, plusieurs douzaines de systèmes de défense aérienne, 22 000 soldats et beaucoup plus. Cependant, comme je l’ai dit, tout cela est entre les mains du peuple de Crimée et sans un seul coup de feu tiré.

QUESTION : Monsieur le Président, une clarification, si vous me le permettez. Les personnes qui bloquaient les unités de l’armée ukrainienne en Crimée portaient des uniformes qui ressemblaient fort à l’uniforme de l’armée russe. Etait-ce des soldats russes, l’armée russe ?

VLADIMIR POUTINE : Pourquoi ne pas jeter un coup d’oeil sur états post-soviétiques. Il existe de nombreux uniformes là-bas qui sont similaires. Vous pouvez aller dans un magasin et acheter tout type d’uniforme .

QUESTION : Mais étaient-ils des soldats russes ou pas ?

VLADIMIR POUTINE : Ce sont des unités d’autodéfense locales.

QUESTION : Sont-elles bien formées ? Si on les compare aux unités d’auto-défense à Kiev …

VLADIMIR POUTINE : Mon cher collègue, observez comment les gens qui ont opéré à Kiev étaient bien formés. Comme nous le savons tous, ils ont été formés dans des bases spéciales dans les pays voisins : en Lituanie, en Pologne et en Ukraine aussi. Ils ont été longuement formés par des instructeurs. Ils ont été divisés en groupes de dizaines et de centaines, leurs actions étaient coordonnées, ils ont de bons systèmes de communication. Tout a marché comme sur des roulettes. Les avez-vous vus en action ? Ils avaient l’air très professionnel, comme des forces spéciales. Pourquoi pensez-vous que ceux en Crimée seraient pire ?

QUESTION : Dans ce cas, permettez-moi d’être plus précis : avons-nous pris part à la formation des forces d’auto-défense en Crimée ?

VLADIMIR POUTINE : Non, nous n’y avons pas pris part.

QUESTION : Comment voyez-vous l’avenir de la Crimée ? Envisagez-vous la possibilité qu’elle rejoigne la Russie ?

VLADIMIR POUTINE : Non, nous ne l’envisageons pas. En général, je crois que seuls les habitants d’un pays donné qui jouissent de la liberté et sont en totale sécurité peuvent et doivent décider de leur sort. Si ce droit a été accordé aux Albanais du Kosovo, si cela a été possible dans de nombreuses parties du monde, alors le droit des nations à l’autodétermination n’est pas exclu, ce qui, à ma connaissance, est défini dans plusieurs documents de l’ONU. Cependant, nous n’allons en aucune manière provoquer une telle décision et n’encouragerons pas de tels sentiments.

Je tiens à souligner que je crois que seules les personnes vivant sur un territoire donné ont le droit de déterminer leur propre avenir .

QUESTION : Deux questions. Vous avez dit que l’envoi de troupes en Ukraine est une mesure extrême, mais néanmoins vous n’excluez pas cette option. Pourtant, si les troupes russes entrent Ukraine, cela pourrait déclencher une guerre. Cela ne vous dérange pas ?

Et une deuxième question. Vous dites que Ianoukovitch n’a pas donné l’ordre de tirer sur les gens. Mais quelqu’un a tiré sur les manifestants. Et de toute évidence, il s’agissait de tireurs d’élite, de tireurs d’élite formés.

VLADIMIR POUTINE : Vous savez, certaines personnes, y compris ceux qui se trouvaient récemment parmi les manifestants, ont exprimé l’opinion qu’il s’agissait de provocateurs de l’un des partis de l’opposition. En avez-vous entendu parler ?

Réponse : Non, je n’en ai pas entendu parler.

VLADIMIR POUTINE : Regardez les documents – ils sont en libre accès. C’est pourquoi il est très difficile d’avoir une analyse précise de la situation. Mais vous et moi avons vu de nos yeux que lorsque les combattants Berkut étaient là avec leurs boucliers et se faisaient tirer dessus – et il ne s’agissait pas d’armes à air comprimé, mais d’armes d’assaut qui perçaient leurs boucliers. C’est quelque chose que nous avons vu sans aucun doute. Quant à savoir qui a donné l’ordre – je ne sais pas. Je sais que ce que M. Ianoukovitch m’a dit. Et il m’a dit qu’il n’avait pas donné d’ordres, et même plus, qu’il avait donné des instructions – après la signature d’un accord – pour retirer toutes les unités de la milice de la capitale.

Si vous voulez, je peux vous en dire encore plus. Il m’a appelé au téléphone et je lui ai dit de ne pas les retirer. J’ai dit : « Vous aurez l’anarchie, vous aurez le chaos dans la capitale. Pensez au peuple. » Mais il l’a fait quand même. Et dès qu’il l’a fait, son bureau a été occupé, ainsi que le siège du gouvernement, et le chaos sur lequel j’avais mis en garde, et qui se poursuit à ce jour, a éclaté.

QUESTION : Et la première question ? Craignez-vous que la guerre n’éclate ?

VLADIMIR POUTINE : Non, parce que nous n’avons pas l’intention et nous ne combattrons pas contre le peuple ukrainien.

QUESTION : Mais il y a des troupes ukrainiennes, l’armée ukrainienne.

VLADIMIR POUTINE : Écoutez attentivement. Je veux que vous me compreniez bien : si nous prenons une telle décision, ce sera uniquement pour protéger les citoyens ukrainiens. Et nous allons bien voir si ces troupes osent tirer leur propre peuple, avec nous derrière – pas devant, mais derrière. Qu’ils essayent donc de tirer sur des femmes et des enfants ! J’aimerais bien voir ceux qui donneraient un tel ordre en Ukraine.

QUESTION : Puis-je poser une question, Monsieur le Président ? Nos collègues, mes collègues, qui travaillons actuellement en Ukraine, disent pratiquement tous les jours que la situation pour les combattants Berkut ne fait que s’aggraver (à l’exception peut-être de la Crimée ). A Kiev en particulier, il y a des agents Berkut blessés qui sont dans les hôpitaux maintenant, où personne ne les soigne et où ils ne sont même pas alimentés. Et leurs familles, y compris les membres âgés de la famille, ne peuvent tout simplement pas quitter leur maison, parce qu’ils ne sont pas autorisés, il y a des barricades tout autour, ils sont humiliés. Pouvez-vous commenter cela ? Est-ce que la Russie peut aider ces familles et ces collègues ?

VLADIMIR POUTINE : Oui, cette question est d’une grande préoccupation pour nous. Après tout, ce ne sont pas des officiers du ministère de l’Intérieur de la Russie, et nous ne gérons pas la situation là-bas. Mais pour des considérations humanitaires, il serait bon que nos organisations des droits de l’homme s’impliquent dans cette affaire, nous pourrions demander à Vladimir Lukin, seul ou avec ses collègues, aux représentants de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, avec qui nous avons participé à l’élaboration du document bien connu du 21 Février 2014, pour se rendre sur place et voir ce qui se passe là-bas avec ces agents Berkut, qui n’ont enfreint aucune loi et ont agi conformément aux ordres. Ce sont des militaires, ils étaient là à faire face à des balles, ils ont été arrosés avec du feu et des cocktails Molotov. Ils ont été blessés et sont maintenant dans un hôpital. C’est même difficile à imaginer – même les prisonniers de guerre sont nourris et soignés. Mais non seulement ils ont cessé de les soigner, ils ont même arrêté de les nourrir. Et ils ont encerclé le bâtiment où vivent leurs familles, qui subissent des brimades. Je pense que les organisations des droits de l’homme devraient se pencher sur la question. Pour notre part, nous sommes prêts à leur fournir des soins médicaux ici, en Russie .

QUESTION : Monsieur le Président, pour revenir à la réaction de l’Occident. Suite à la déclaration sévère du secrétaire d’état des Etats-Unis, le Conseil de la Fédération a suggéré que nous rappelions notre ambassadeur aux États-Unis. Êtes-vous favorable à cette idée ?

VLADIMIR POUTINE : Le Secrétaire d’État des États-Unis est certainement un personnage important, mais il n’est pas l’autorité ultime qui détermine la politique étrangère des États-Unis. Nous entendons des déclarations de divers politiciens et des représentants des différentes forces politiques. Ce serait une mesure extrême. S’il le faut, nous la prendrons. Mais je ne veux vraiment pas en arriver là, parce que je pense que la Russie n’est pas la seule intéressée par la coopération avec ses partenaires au niveau international et dans des domaines tels que l’économie, la politique étrangère et la sécurité, nos partenaires sont tout aussi intéressés par cette coopération. Il est très facile de détruire ces instruments de coopération et il serait très difficile de les reconstruire.

QUESTION : La Russie s’est impliquée dans le sort de M. Ianoukovitch. Comment voyez-vous son avenir ?

VLADIMIR POUTINE : Vous savez, il est très difficile pour moi de le dire, je ne l’ai pas analysé attentivement. Je pense qu’il n’a pas d’avenir politique, et je lui ai dit. Quant à « s’impliquer dans son sort » – nous l’avons fait pour des raisons purement humanitaires. La mort est le moyen le plus facile pour se débarrasser d’un président légitime, et je pense que c’est ce qui serait arrivé. Je pense qu’ils l’auraient tout simplement tué. Par ailleurs, se pose la question : pour quoi faire ? Après tout, regardez comment tout a commencé, ce qui a déclenché ces événements. La raison officielle était qu’il n’a pas signé l’accord d’association avec Union européenne. Aujourd’hui, cela semble absurde, ridicule même. Mais je tiens à souligner qu’il n’a pas refusé de signer l’accord d’association. Il a dit : « Nous l’avons soigneusement examiné, et son contenu ne correspond pas à nos intérêts nationaux. Nous ne pouvons pas augmenter fortement les prix de l’énergie pour notre peuple, parce qu’il est déjà dans une situation assez difficile. Nous ne pouvons pas le faire, pour telle et telle raison. Nous ne pouvons pas rompre immédiatement nos relations économiques avec la Russie, parce que notre coopération est très vaste. »

J’ai déjà présenté ces chiffres : sur environ 14 milliards de dollars d’exportations, environ 5 milliards sont constitués par des produits manufacturés de deuxième et troisième niveau exportés vers la Russie. En d’autres termes, à peu près tous les produits d’ingénierie sont exportés vers la Russie ; l’Occident n’achète pas des produits ukrainiens. Prendre tout cela et le briser, introduire des normes techniques européennes dans l’économie ukrainienne qui, heureusement ou malheureusement, ne sont pas utilisées pour le moment. Nous allons adopter ces normes un jour, mais actuellement ces normes ne sont pas en vigueur en Russie. Cela signifie que le lendemain, nos relations et des liens de coopération seraient brisés les entreprises seraient au point mort et le chômage augmenterait. Et qu’a dit Ianoukovitch ? Il a dit, « je ne peux pas le faire si soudainement, discutons-en un peu plus » Il n’a pas refusé de signer, il a demandé de discuter un peu plus, et c’est là que toute cette folie a commencé.

Pourquoi ? A-t-il fait quelque chose hors du cadre de son autorité ? Il a agi absolument dans le cadre de son autorité ; il n’a rien violé du tout. C’était tout simplement une excuse pour soutenir les forces opposées à lui dans leur lutte pour le pouvoir. Dans l’ensemble, il n’y a là rien d’extraordinaire. Mais fallait-il vraiment porter les choses à un tel niveau d’anarchie, à un renversement inconstitutionnel et une prise de pouvoir par les armes, plongeant par la suite le pays dans le chaos où il se trouve aujourd’hui ? Je pense que c’est inacceptable. Et ce n’est pas la première fois que nos partenaires occidentaux le font en Ukraine. J’ai parfois le sentiment que quelque part de l’autre côté de cet immense flaque d’eau, là-bas en Amérique, il y a des gens qui s’assoient dans un laboratoire et qui mènent des expériences, comme avec des rats, sans vraiment comprendre les conséquences de ce qu’ils font. Pourquoi ont-ils besoin de faire cela ? Qui peut expliquer cela ? Il n’y a pas d’explication.

La même chose s’est produite au cours du premier soulèvement Maidan, quand M. Ianoukovitch a été empêché d’accéder au pouvoir. Pourquoi a-t-il fallu un troisième tour des élections ? En d’autres termes, c’est devenu une farce – la vie politique de l’Ukraine a été transformée en une farce. La Constitution n’a absolument pas été respectée. Voyez-vous, nous sommes maintenant en train d’apprendre aux gens que si une personne peut violer n’importe quelle loi, alors n’importe qui peut faire la même chose, et c’est ça qui provoque le chaos. C’est là le danger. Au lieu de cela, nous devons apprendre à notre société à suivre d’autres traditions : des traditions de respect de la principale loi de la nation, la Constitution, et toutes les autres lois. Bien sûr, nous ne réussirons pas toujours, mais je pense que d’agir comme ils l’ont fait – comme un éléphant dans un magasin de porcelaine – est contre-productif et très dangereux .

S’il vous plaît.

QUESTION : Monsieur le Président, de votre point de vue, Turchynov est illégitime.

VLADIMIR POUTINE : En tant que président, oui.

QUESTION : Mais la Rada est partiellement légitime.

VLADIMIR POUTINE : Oui.

QUESTION : Est-ce Yatsenyuk et le Cabinet sont légitimes ? Et si la Russie est préoccupée par la montée en puissance des éléments radicaux, qui deviennent plus forts à chaque fois qu’ils se retrouvent face à un ennemi hypothétique qui, à leurs yeux, se trouve être la Russie et sa position d’être prête à envoyer des troupes. Question : est-il logique et est-il possible de tenir des pourparlers avec les forces modérées au sein du gouvernement ukrainien, avec Yatsenyuk, et est-il légitime ?

VLADIMIR POUTINE : Écoutez, il semble que vous n’avez pas entendu ce que j’ai dit. J’ai déjà dit qu’il y a trois jours, j’ai donné des instructions au gouvernement pour renouer des contacts au niveau du gouvernement avec leurs collègues dans les ministères et les départements correspondants en Ukraine, afin de ne pas perturber les relations économiques, pour les soutenir dans leurs efforts pour reconstruire l’économie. Ce sont mes instructions directes au gouvernement russe. Par ailleurs, M. Medvedev est en contact avec [ Arseniy ] Yatsenyuk. Et je sais que Sergei Narychkine, comme président du parlement russe, est en contact avec [ Oleksandr ] Turchynov. Mais, je le répète, toutes nos relations commerciales et économiques et autres, nos relations humanitaires, ne peuvent être pleinement développées qu’après une normalisation de la situation et des élections présidentielles,

QUESTION : Gazprom a déjà dit qu’ils allaient revenir à l’ancien prix du gaz, à partir d’avril.

VLADIMIR POUTINE : Gazprom n’a pas pu dire ça, vous n’avez pas écouté attentivement ou ils ne se sont pas exprimés clairement. Gazprom ne revient pas à l’ancien prix. Ils ne veulent tout simplement pas étendre les réductions actuelles, qu’ils avaient décidé de réviser sur une base trimestrielle. Avant même tous ces événements, avant même l’entrée en crise. Je suis au courant des négociations entre Gazprom et ses partenaires. Gazprom et le gouvernement de la Fédération de Russie ont convenu que Gazprom accorderait une remise en réduisant les prix du gaz à $ 268,50 pour 1000 mètres cubes. Le gouvernement de la Russie fournit la première tranche du prêt, qui ne constitue pas formellement un prêt, mais un achat d’obligations – un quasi-prêt, de 3 milliards de dollars dans la première étape. Et côté ukrainien, ils s’engagent à rembourser intégralement la dette du dernier semestre de l’année dernière et à effectuer des paiements réguliers pour ce qu’ils consomment – pour le gaz. La dette n’a pas été remboursée, les paiements réguliers ne sont pas versés intégralement.

En outre, si les partenaires ukrainiens ne parviennent pas à effectuer le paiement de février, la dette va augmenter encore plus. Aujourd’hui, elle est de l’ordre de 1,5 à 1,6 milliards de dollars. Et si l’échéance de février n’est pas réglée, elle s’élèvera à près de 2 milliards de dollars. Naturellement, dans ces circonstances, Gazprom a dit : « Écoutez les gars, puisque vous ne nous payez pas de toute façon, et que votre dette ne fait qu’augmenter, appliquons le prix habituel, qui est encore un prix réduit. »
Il s’agit d’un aspect purement commercial des activités de Gazprom, qui prévoit des revenus et des dépenses dans ses plans d’investissement, comme n’importe quelle autre grande entreprise. S’ils ne reçoivent pas l’argent de leurs partenaires ukrainiens à temps, cela affecte leurs propres programmes d’investissement, ce qui devient un réel problème pour eux. Et d’ailleurs, cela n’a pas à voir avec les événements en Ukraine ou de toute autre politique. Il y avait un accord : « Nous vous donnons de l’argent et des tarifs du gaz réduits, et vous effectuez des paiements réguliers » Ils leur ont donné l’argent et des tarifs réduits, mais les paiements n’ont pas été effectués. Alors, naturellement, Gazprom a dit : « Les gars, ça peut pas continuer. »

QUESTION : Monsieur le Président, le service de presse de [la chancelière fédérale allemande] Mme Merkel a déclaré après votre conversation téléphonique que vous aviez décidé d’envoyer une mission d’enquête internationale en Ukraine et de mettre en place un groupe de contact.

VLADIMIR POUTINE : J’ai dit que nous avons des gens qui ont la formation et les compétences nécessaires pour être en mesure d’examiner cette question et d’en discuter avec nos collègues allemands. Tout cela est possible. J’ai donné les instructions en conséquence à notre ministre des Affaires étrangères, qui s’est réuni ou se réunira avec le ministre allemand des Affaires étrangères, M. Frank-Walter Steinmeier, hier ou aujourd’hui pour discuter de cette question.

QUESTION : Tous les regards sont braqués sur la Crimée à l’heure actuelle, bien sûr, mais nous voyons ce qui se passe dans d’autres parties de l’Ukraine aussi, à l’est et au sud. Nous voyons ce qui se passe à Kharkov, Donetsk, Odessa et Lugansk. Les gens hissent le drapeau russe sur les bâtiments du gouvernement et font appel à la Russie pour de l’aide et du soutien. La Russie va-t-elle répondre à ces événements ?

VLADIMIR POUTINE : Vous pensez que nous n’avons pas répondu ? Il me semble que nous venons de passer une heure à discuter de cette réponse. Cependant, dans certains cas, les événements prennent une tournure, à mon avis, inattendue. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais la réaction à laquelle nous assistons est compréhensible, par principe. Nos partenaires occidentaux et ceux qui se qualifient eux-mêmes de gouvernement à Kiev n’avaient-ils pas prévu cette tournure ? Je leur ai répété maintes fois : pourquoi faites-vous monter la frénésie dans le pays ? Qu’est-ce que vous faites ? Mais ils continuent à pousser en avant. Evidemment, les gens dans la partie orientale du pays se rendent compte qu’ils ont été écartés du processus de prise de décision.

Essentiellement, ce qui est nécessaire maintenant, c’est d’adopter une nouvelle constitution et la soumettre à un référendum afin que tous les citoyens de l’Ukraine puissent prendre part au processus et avoir leur mot à dire sur le choix des principes de base qui constitueront les fondements du gouvernement de leur pays. Mais ceci n’est pas notre affaire, bien sûr. C’est au peuple ukrainien et aux autorités ukrainiennes de décider. Je pense qu’une fois qu’un gouvernement légitime est en place, et qu’un nouveau président et parlement sont élus, ce qui est prévu, les choses iront probablement de l’avant. Si j’étais à leur place, je reviendrais à la question de l’adoption d’une constitution et, comme je le disais, le soumettrais à un référendum afin que chacun puisse avoir son mot à dire, de voter, puis de respecter le choix. Si des gens se sentent exclus de ce processus, ils ne seront jamais d’accord avec et continueront à le combattre. Qui a besoin de ça ? Mais comme je l’ai dit, ce n’est pas notre affaire.

QUESTION : Est-ce que la Russie reconnaîtra l’élection présidentielle prévue qui aura lieu en Ukraine ?

VLADIMIR POUTINE : Voyons d’abord comment les choses se déroulent. Si l’élection est accompagnée par le même genre de terreur que nous voyons maintenant à Kiev, nous ne la reconnaîtrons pas.

QUESTION : J’aimerais revenir à la réaction de l’Occident. Alors que les propos sont toujours sévères, il y aura l’ouverture des jeux paralympiques dans quelques jours à Sotchi. Y’a-t-il un risque pour ces jeux, du moins en ce qui concerne leur couverture médiatique internationale ?

VLADIMIR POUTINE : Je ne sais pas, je pense que ce serait le comble du cynisme que de perturber les Jeux paralympiques. Nous savons tous qu’il s’agit d’un événement sportif international où les personnes handicapées peuvent montrer leurs capacités, prouver à eux-mêmes et au monde entier que ce ne sont pas des personnes ayant des limitations, mais au contraire, des gens avec des possibilités illimitées, et de montrer leurs prouesses sportives. S’il y a des gens prêts à perturber cet événement, cela montre que pour eux il n’y a vraiment rien de sacré.

QUESTION : Je voudrais poser une question sur l’éventualité d’un recours à l’armée. Les gens de l’Ouest ont dit que si la Russie prenait une telle décision, elle violerait le Protocole de Budapest, en vertu duquel les États-Unis et certains partenaires de l’OTAN ont reconnu l’intégrité territoriale de l’Ukraine en échange de sa promesse de renoncer aux armes nucléaires. Si les événements prenaient une telle tournure, est-ce qu’on pourrait assister à une intervention de grandes puissances dans ce conflit local et sa transformation en un conflit global ? Avez-vous pris ces risques en compte ?

VLADIMIR POUTINE : Avant de faire des déclarations publiques, et d’autant plus avant d’avoir pris des mesures concrètes, nous réfléchissons mûrement et prêtons beaucoup d’attention et essayons de prévoir les conséquences et les réactions que les différents acteurs potentiels pourraient avoir.

En ce qui concerne le protocole dont vous avez parlé, vous avez dit que vous étiez de l’agence Reuters, n’est-ce pas ?

RÉPONSE : Oui.

VLADIMIR POUTINE : Comment le public et le monde politique de votre pays voient ces événements qui ont eu lieu ? Après tout, il est clair qu’il s’agit d’une prise de pouvoir par les armes. C’est un fait clair et évident. Et il est clair aussi que cela viole la Constitution. Ca aussi, c’est évident, n’est-ce pas ?

RÉPONSE : Je vis en Russie.

VLADIMIR POUTINE : Tant mieux pour vous ! Vous devriez rejoindre le service diplomatique, vous feriez un bon diplomate. Les langues des diplomates, comme nous le savons, sont là pour occulter leurs pensées. Donc, ce à quoi nous assistons est un coup d’état anticonstitutionnel, et on nous répond, non, c’est pas vrai. Vous avez probablement souvent entendu déjà que ce n’est pas un coup d’état anticonstitutionnel ni une prise de pouvoir par les armes, mais une révolution. Avez-vous entendu cela ?

RÉPONSE : Oui.

VLADIMIR POUTINE : Oui, mais si c’est une révolution, qu’est-ce que cela signifie ? Dans un tel cas, il est difficile de ne pas être d’accord avec certains de nos experts qui disent qu’un nouvel état est en train d’émerger dans ce territoire. Exactement comme ce qui s’est passé quand l’Empire Russe s’est effondrée après la révolution de 1917 et un nouvel état a émergé. Et ce serait un nouvel état, avec lequel nous n’avons signé aucun accord contraignant.

QUESTION : Je tiens à préciser un point. Vous avez dit que si les États-Unis imposaient des sanctions, ce serait un coup porté aux deux économies. Est-ce à dire que la Russie pourrait imposer elle-même des contre-sanctions et, si oui, constitueraient-elles une réponse symétrique ?

Vous avez parlé aussi des réductions du prix du gaz. Mais il y avait aussi le contrat d’achat d’obligations ukrainiennes pour 15 milliards de dollars. L’Ukraine a reçu la première tranche à la fin de l’année dernière. Le paiement du solde a-t-il été suspendu ? Si la Russie fournit une aide, à quelles conditions économiques et politiques précises le fera-t-elle ? Et quels sont les risques politiques et économiques envisagés dans ce cas ?

VLADIMIR POUTINE : Pour répondre à votre question, nous sommes en principe prêts à prendre les mesures nécessaires pour rendre les autres tranches disponibles pour l’achat d’obligations. Mais nos partenaires occidentaux nous ont demandé de ne pas le faire. Ils nous ont demandé de collaborer à travers le FMI pour encourager les autorités ukrainiennes à mener les réformes nécessaires pour réaliser la reprise de l’économie ukrainienne. Nous allons continuer à travailler dans cette direction. Mais étant donné que Naftogaz de l’Ukraine ne paie plus Gazprom, le gouvernement envisage différentes options.

QUESTION : Monsieur le Président, la dynamique des événements en Ukraine évolue-t-elle pour le meilleur ou pour le pire ?

VLADIMIR POUTINE : Dans l’ensemble, je pense que la situation est en train de progressivement se stabiliser. Nous devons absolument faire comprendre au gens du sud-est de l’Ukraine qu’ils peuvent se sentir en sécurité, et savoir qu’ils pourront prendre part au processus politique général de stabilisation du pays .

QUESTION : Vous avez plusieurs fois mentionné de futures élections légitimes en Ukraine. Qui voyez-vous comme un candidat de compromis ? Bien sûr, vous allez me dire que c’est au peuple ukrainien de décider, mais je vous pose la question quand même.

VLADIMIR POUTINE : Pour être honnête, je n’en sais rien.

RÉPONSE : Il semblerait que les gens non plus n’en savent rien, parce que peu importe à qui on parle, tout le monde semble perdu.

VLADIMIR POUTINE : Je ne peux vraiment rien dire. Vous savez, il est difficile de faire des prédictions après des événements de ce genre. J’ai déjà dit que je ne suis pas d’accord avec cette manière de prendre le pouvoir et d’éliminer les autorités en place et le président, et je m’oppose fermement à ce type de méthode en Ukraine comme dans toute l’espace post-soviétique en général. Je m’y oppose parce que ce genre de méthode n’inculque pas une culture juridique, un respect de la loi. Si une personne peut s’en sortir en faisant ça, cela signifie que tout le monde a le droit de le tenter, et cela signifie le chaos. Il faut comprendre que ce genre de chaos est la pire chose qui puisse arriver à un pays qui a une économie chancelante et un système politique instable. Dans ce genre de situation, vous ne savez jamais quel genre de personnage surgira des évènements. Il suffit de rappeler, par exemple, le rôle que les troupes d’assaut de [ Ernst ] Roehm ont joué pendant la montée d’Hitler au pouvoir. Plus tard, ces troupes d’assaut ont été liquidées, mais elles ont joué un rôle dans la montée au pouvoir d’Hitler. Les événements peuvent prendre toutes sortes de tournures inattendues.

Permettez-moi de répéter que, dans des situations où les gens appellent à des réformes politiques profondes et à de nouveaux visages à la tête du pays, et avec toutes les raisons du monde – en cela je suis d’accord avec ceux de Maidan – il y a aussi le risque de voir soudainement surgir une bande nationaliste ou semi-fasciste, comme un génie sortant tout à coup de la lampe – et nous les voyons aujourd’hui, des gens qui portent des brassards avec signes qui ressemblent à des croix gammées, qui rôdent encore à Kiev à ce moment – ou des antisémites ou autre. C’est aussi un danger qui guette.

QUESTION : D’ailleurs, aujourd’hui même, l’envoyé ukrainien de l’ONU a déclaré que les crimes commis par les partisans de Bandera ont été falsifiés par l’Union soviétique. Avec le 9 mai qui se rapproche, nous pouvons voir maintenant qui est au pouvoir. Devrions-nous avoir encore le moindre contact avec ces gens-là ?

VLADIMIR POUTINE : Nous avons besoin d’avoir des contacts avec tout le monde, sauf avec les criminels évidents, mais comme je l’ai dit, dans ce genre de situation, il y a toujours le risque que les événements mettent en avant des gens avec des opinions extrêmes, ce qui, bien-sûr, a de graves conséquences pour le pays.

QUESTION : Vous avez dit que nous devrions avoir des contacts avec tout le monde. Il semble qu’Ioulia Timochenko prévoit de venir à Moscou.

VLADIMIR POUTINE : Comme vous le savez, nous avons toujours travaillé de façon très constructive avec tous les différents gouvernements ukrainiens, quelle que soit leur couleur politique. Nous avons travaillé avec Leonid Koutchma, et avec [ Viktor ] Iouchtchenko. Quand j’étais Premier ministre, j’ai travaillé avec Mme Timochenko. Je lui ai rendu visite en Ukraine et elle est venue ici en Russie. Nous avons eu à faire face à toutes sortes de situations différentes dans notre travail pour gérer les économies de nos pays. Nous avons eu nos différences, mais nous avons également conclu des ententes. Globalement, ce fut un travail constructif. Si elle veut venir en Russie, qu’elle vienne. Qu’elle ne soit plus Premier ministre, c’est autre chose. En quelle qualité viendrait-elle ? Mais je n’ai personnellement aucune intention de l’empêcher de venir en Russie.

QUESTION : Juste une petite question : qui pensez-vous est derrière ce coup d’état, comme vous l’avez appelé, en Ukraine ?

VLADIMIR POUTINE : Comme je l’ai déjà dit, je pense que c’était une action bien préparée. Bien sûr, il y avait des unités de combat. Elles sont toujours là, et nous avons tous vu combien elles ont été efficaces. Leurs instructeurs occidentaux ont fait bien sûr beaucoup d’efforts. Mais là n’est pas le vrai problème. Si le gouvernement ukrainien avait été fort, confiant, et avait construit un système stable, aucun nationaliste n’aurait pu mener à bien ces programmes et obtenir les résultats que nous voyons maintenant.

Le vrai problème est qu’aucun des précédents gouvernements ukrainiens n’a accordé une attention adéquate aux besoins de la population. Ici, en Russie, nous avons beaucoup de problèmes, et beaucoup d’entre eux sont similaires à ceux de l’Ukraine, mais ils ne sont pas aussi aigus qu’en Ukraine. Le revenu mensuel moyen par habitant en Russie, par exemple, est de 29 700 roubles, mais en Ukraine, si nous convertissons en roubles , il est de 11 900 roubles, je crois – près de trois fois moins qu’en Russie. La pension moyenne en Russie est 10 700 roubles, mais en Ukraine, elle est de 5500 roubles – deux fois moins qu’en Russie. Les anciens combattants de la Grande guerre patriotique en Russie reçoivent chaque mois presque autant que le travailleur moyen. En d’autres termes, il existe une différence importante du niveau de vie. C’est sur ça que les différents gouvernements auraient dû se pencher dès le début. Bien sûr, ils devaient aussi lutter contre la criminalité, le népotisme, les clans et ainsi de suite, en particulier dans l’économie. Les gens voient ce qui se passe, ce qui provoque un manque de confiance dans les autorités.

Cela s’est poursuivi pendant que plusieurs générations de politiciens ukrainiens modernes se sont relayés, et le résultat final est que les gens sont déçus et veulent voir un nouveau système et de nouvelles têtes au pouvoir. C’est la principale cause des événements qui ont eu lieu. Mais je le répète : un changement de pouvoir, à en juger par la situation dans son ensemble, était probablement nécessaire en Ukraine, mais il aurait dû n’avoir lieu que par des moyens légitimes, dans le respect et pas en violation de la Constitution en vigueur.

QUESTION : Monsieur le Président, si la Crimée organise un référendum et les gens là-bas votent pour la sécession de l’Ukraine, c’est-à-dire si la majorité des habitants de la région vote en faveur de la sécession, apporteriez-vous votre soutien ?

VLADIMIR POUTINE : En politique, vous ne pouvez jamais employer le conditionnel. Je vais m’en tenir à cette règle.

QUESTION : Est-ce que Ianoukovitch est même encore en vie ? Il y a eu des rumeurs selon lesquelles il est mort.

VLADIMIR POUTINE : Je l’ai vu une seule fois depuis son arrivée en Russie. C’était il y a seulement deux jours. Il était vivant et en bonne santé et vous souhaite la même chose. Il aura encore l’opportunité d’attraper un rhûme à l’enterrement de ceux qui répandent ces rumeurs sur sa mort.

QUESTION : Monsieur le Président, quelles erreurs pensez-vous qu’Ianoukovitch a commises au cours de ces derniers mois au fur et à mesure que la situation s’intensifiait en Ukraine ?

VLADIMIR POUTINE : Je préfère ne pas répondre à cette question, non pas parce que je n’ai pas d’opinion, mais parce que je ne pense pas que ce serait bon de ma part. Vous devez comprendre, après tout …

QUESTION : Avez-vous de la sympathie pour lui ?

VLADIMIR POUTINE : Non, j’ai des sentiments totalement différents. Toute personne à la tête d’un état porte une énorme responsabilité sur ses épaules, et elle a des droits et aussi des obligations. Mais la plus grande obligation de toutes est celle de respecter la volonté du peuple qui vous a confié le pays, en agissant dans le cadre de la loi. Il faut donc analyser, a-t-il fait tout ce que la loi et le mandat des électeurs lui conféraient de faire ? Vous pouvez analyser ceci vous-mêmes et tirer vos propres conclusions.

QUESTION : Mais quels sentiments avez-vous pour lui ? Vous avez dit « pas de la sympathie, mais d’autres sentiments ». Quels sentiments, exactement ?

VLADIMIR POUTINE : Nous en parlerons plus tard.

QUESTION : Vous avez dit précédemment que nous devons avant tout envoyer un signal clair aux habitants du sud et du sud-est de l’Ukraine. Le sud-est, c’est compréhensible, mais …

VLADIMIR POUTINE : En réalité, nous devons rendre notre position claire pour tout le monde.

Nous avons besoin d’être entendu par l’ensemble du peuple ukrainien. Nous n’avons pas d’ennemis en Ukraine. Permettez-moi de répéter que l’Ukraine est un pays ami. Savez-vous combien de personnes sont venus d’Ukraine en Russie l’année dernière ? 3,3 millions sont venus, et sur ce nombre, près de 3 millions sont venus en Russie pour le travail. Ces personnes travaillent ici – environ 3 millions de personnes. Savez-vous combien d’argent ils envoient à la maison en Ukraine pour soutenir leurs familles ? Comptez le salaire moyen de ces 3 millions de personnes. Ca fait des milliards de dollars et représente une grande contribution au PIB de l’Ukraine. Ce n’est pas une question à prendre à la légère. Ils sont tous les bienvenus, et parmi ceux qui viennent ici pour travailler il y en a aussi beaucoup qui viennent de l’Ukraine occidentale. Ils sont tous égaux à nos yeux, tous des frères.

QUESTION : C’est exactement ce que je voulais demander. Nous entendons surtout parler du sud-est de l’Ukraine en ce moment, ce qui est compréhensible, mais il y a des Russes ethniques et des russophones vivant dans l’ouest de l’Ukraine aussi, et leur situation est probablement encore pire. Ils ne peuvent probablement pas relever la tête du tout et sont une minorité opprimée là-bas. Qu’est-ce que la Russie peut faire pour les aider ?

VLADIMIR POUTINE : Notre position est que si les gens qui se qualifient de gouvernement espèrent maintenant être considérés comme un gouvernement civilisé, ils doivent assurer la sécurité de tous les citoyens, peu importe dans quelle partie du pays, et que nous suivrons bien sûr de près la situation.

Merci.

Lire le texte original en anglais :

http://www.veteranstoday.com/2014/03/07/putins-full-one-hour-interview-transcript/

Traduction par VD pour le Grand Soir 

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A l’issue d’une réunion avec le premier ministre ukrainien par intérim, Arseny Iatseniouk, à la Maison Blanche visant à souligner le soutien américain pour le gouvernement récemment mis en place et à accentuer la pression sur la Russie, le président Barack Obama a proféré de nouvelles menaces à l’encontre de Moscou.

Obama a déclaré que Washington et la « communauté internationale rejette[raient] complètement » le référendum prévu dimanche prochain en Crimée sur la question de la sécession de l’Ukraine et de son affiliation à la Fédération russe. Il a réitéré l’exigence des Etats-Unis que la Russie retire ses forces de Crimée et reconnaisse le nouveau régime droitier, antirusse de Kiev, mis en place le mois dernier lors du coup d’Etat mené par des milices armées fascistes soutenues par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Obama a dit que les Etats-Unis imposeraient de nouvelles sanctions si la Russie refusait de se conformer à ces exigences en affirmant que la « communauté internationale… sera obligée d’imposer un coût » pour ce qu’il a appelé des violations du droit international.

En droite ligne avec les mensonges et l’hypocrisie déployés dans les déclarations officielles des responsables américains et européens quant à la crise ukrainienne, Obama a salué les actions des milices de la place Maïdan qui ont joué le rôle principal dans le renversement du gouvernement élu pro-russe de Viktor Ianoukovitch, en les désignant comme des « gens ordinaires » luttant pour le « changement » et la « démocratie. »

Le jour même où Obama faisait ces déclarations, l’un des « combattants de la liberté » de la place Maïdan, Andriy Parubiy qui fait maintenant partie du nouveau gouvernement en tant que nouveau chef de la sécurité, annonçait que le parlement voterait jeudi la formation d’une garde nationale forte de 20.000 hommes recrutés parmi les « activistes » des protestations antirusses et dans les écoles militaires pour empêcher les « activités terroristes. »

Parubiy, l’un des dirigeants des forces dominées par les fascistes qui ont été le fer de lance du coup d’Etat, est décrit par Wikipedia comme ayant créé en 1991, année de l’effondrement de l’Union soviétique, « le Parti social-national néo-nazi d’Ukraine ». Wikipedia précise qu’en 2010, Parubiy avait sollicité du parlement européen qu’il reconsidère sa réponse négative quant à l’attribution du titre de Héros de l’Ukraine à Stepan Bandera, un collaborateur nazi de la Deuxième Guerre mondiale.

L’adjoint de Parubiy au sein du nouveau gouvernement, Dmytro Yarosh, est le dirigeant du groupe fasciste Secteur droit. Ils dirigeront ensemble une milice ultra-nationaliste, approuvée et financée par l’Etat et ayant pour mission de terroriser les adversaires du nouveau régime, ainsi que les Juifs et d’autres minorités.

Obama a aussi déclaré que l’Ukraine « ne peut pas accepter qu’un pays extérieur lui dicte comment gérer ses affaires, » en ajoutant que les « seuls intérêts des Etats-Unis sont que le peuple ukrainien soit en mesure de déterminer son propre destin. » C’est probablement la raison pour laquelle les Etats-Unis injectent des milliards de dollars dans le but de rassembler dans le pays des forces intermédiaires et qu’ils ont choisi « Iats » – selon les propos mémorables de la secrétaire d’Etat Victoria Nuland – pour succéder à Ianoukovitch.

Les remarques agressives d’Obama ont été étayées par celles du secrétaire d’Etat, John Kerry. Lors de son témoignage mercredi devant la Commission de la Chambre des Représentants Kerry a prévenu que la situation « pourrait rapidement empirer [en Ukraine] si de mauvais choix sont faits et que cela pourrait mal tourner, à maints égards. »

Il a précisé à la Commission vouloir s’envoler pour Londres afin d’y rencontrer vendredi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, dans ce que le gouvernement Obama décrit comme un « ultime » effort diplomatique avant le référendum de dimanche en Crimée.

La déclaration d’Obama faite à la Maison Blanche a été précédée par une déclaration des chefs du groupe G7 des principales puissances disant que le référendum de dimanche « n’aura aucune valeur juridique, » « ni aucune force morale » et qu’il ne serait pas reconnu.

Laissant entendre clairement que toute action, y compris l’agression militaire,était envisagée, le communiqué indique que, « L’annexion de la Crimée par la Russie constituerait une violation manifeste de la charte des Nations unies ; des engagements pris par la Russie en vertu de l’acte final d’Helsinki ; de ses obligations à l’égard de l’Ukraine en vertu du traité d’amitié, de coopération et de partenariat qu’elle a conclu en 1997 ; des dispositions de l’Entente de base de 1997 conclue entre la Russie et l’Ukraine ; et des engagements pris par la Russie dans le cadre du mémorandum de Budapest de 1994…

« Outre son incidence sur l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, l’annexion de la Crimée pourrait avoir de graves implications pour l’ordre juridique qui protège l’unité et la souveraineté de tous les Etats. Si la Fédération de Russie agissait en ce sens, nous déciderons d’autres mesures, tant individuellement que collectivement. »

Iatseniouk s’est rendu à Washington pour demander une aide militaire et financière. Une promesse a été faite à l’Ukraine par Washington d’un milliard de dollars de garanties de prêt ainsi que 15 milliards de dollars venant de l’UE, mais seule la somme de 700 millions de dollars de tout ceci est actuellement en place.

Sur le terrain, les Etats-Unis sont pratiquement en train de gouverner l’Ukraine par l’entremise de leurs représentants à Kiev. Tony Blinken, conseiller adjoint d’Obama pour la sécurité nationale, en annonçant dimanche la visite de Iatseniouk, a dit lors de l’émission « Meet the Press » sur la chaîne NBC, que des équipes d’experts des départements américains du Trésor et de la Justice ainsi que le FBI se trouvaient à Kiev et s’affairaient à dénouer la « cleptocratie » du gouvernement déchu de Ianoukovitch.

Outre le financement du gouvernement et l’organisation de sa campagne contre ses adversaires politiques, les Etats-Etats devraient remettre sur pied l’armée ukrainienne.

Mardi, le président de l’Ukraine, Oleksandr Turchynov, a déclaré, « La tâche essentielle du parlement est de demander aux pays qui sont des garants de notre sécurité de respecter leurs engagements » pour que l’Ukraine puisse refaçonner ses forces armées. Turchynov a annoncé que l’armée ne comptait actuellement que 6.000 hommes d’infanterie prêts au combat sur une force nominale de 90.000.

Les Etats-Unis ont déjà pleinement pris le contrôle des activités militaires des voisins de l’Ukraine en engageant des manœuvres conjointes avec la Pologne, la Roumanie, la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie et en déployant des avions radar AWACS (Airborne Warning and Control System) depuis les bases de Geilenkirchen, en Allemagne, et de Waddington, en Grande-Bretagne. Les vols AWACS ont été recommandés par le Commandant suprême des forces de l’OTAN, le général américain de l’armée de l’air, Philip Breedlove.

Lundi, le président du Conseil des chefs d’état-major interarmées américain, le général Martin Dempsey, a dit à la chaîne PBS que l’ingérence de la Russie en Ukraine « exposait l’Europe de l’Est à un risque grave. » Il n’a pas exclu une intervention militaire américaine.

« C’est une question qui à mon avis mérite d’être évaluée et réévaluée et revue au fur et à mesure que les choses évoluent, » a-t-il dit. « N’oubliez pas que nous avons, en effet, des obligations envers nos alliés de l’OTAN. »

Des jeux de guerre conjoints ont débuté mardi avec la Pologne tandis que des exercices navals se déroulaient hier en Mer noire avec la Roumanie et la Bulgarie, impliquant l’USS Truxtun, qui est doté d’une capacité nucléaire, la frégate de la marine bulgare Drazki et trois navires de guerre roumains.

Obama a déployé des efforts considérables pour tenter d’obtenir le soutien tacite de la Chine en faveur des manœuvres antirusses de Washington. Les Etats-Unis veulent que la Chine publie un communiqué disant que l’intervention russe en Crimée est illégale. Des conversations téléphoniques avec le président chinois Xi Jinping n’ont toutefois pas été concluantes.

Xi Jinping a également parlé au téléphone avec la chancelière allemande, Angela Merkel, après quoi l’agence d’information d’Etat Xinhua a souligné que les deux parties étaient d’accord quant à la nécessité d’une « médiation. »

Un élément clé des projets américains est l’obtention du plein appui de l’Allemagne pour s’assurer que l’UE adopte une ligne dure à l’égard de la Russie. L’Allemagne avait précédemment menée une politique d’engagement commercial avec la Russie. Les enjeux sont de taille, avec un investissement des firmes allemandes à hauteur de 27,7 milliards de dollars en Russie et leur participation dans plus de 6.000 entreprises russes. La Russie fournit à l’Allemagne le plus gros de ses importations de pétrole et de gaz.

En dépit de tout cela, l’Allemagne se tourne dans la direction souhaitée par les Etats-Unis, et la chancelière Angela Merkel a qualifié le référendum prévu en Crimée d’« illégal » et le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a recouru à la menace de dures sanctions.

Le Royaume-Uni est l’autre puissance européenne à s’être déclarée préoccupée par l’impact de sanctions contre la Russie et le premier ministre David Cameron a indiqué que des sanctions plus importantes de l’UE prévoyant des réductions d’énergie, une restriction des relations commerciales et financières n’entreraient en vigueur que si les forces russes étaient déployées au-delà de la Crimée, en territoire de l’Ukraine orientale.

Les oligarques, cependant, qui ont investi des sommes considérables à Londres ou qui y résident ne seront nullement affectés. Le journal The Telegraph note que les exportations du Royaume-Uni vers la Russie s’élevaient l’année dernière à 3,9 milliards de livres sterling et que les importations atteignaient 6,8 milliards de livres sterling. Plus de 60 sociétés provenant de l’ancienne Union soviétique ont été cotées ces dernières années à Londres.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 13 mars 2014

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Paris – Une information est importante par son contenu, par son origine, c’est à dire la qualité de sa provenance, de son inspirateur ou de son souffleur ainsi que par sa programmation, autrement dit son timing.
Le livre d’Yves Mamou («Hezbollah, dernier acte», Edition Plein Jour) n’échappe pas à la règle et souscrit pleinement à la loi des trois unités propres à la dramaturgie: Unité de lieu, Unité de temps, Unité de mouvement. Une thématique qui se résume par un seul mot d’ordre: Sus sur le Hezbollah tous azimuts.

Les prémices ainsi posées, engageons-nous donc sans retard dans la démonstration en prenant comme postulat de départ que les vérités contenues dans le livre d’Yves Mamou sont des faits avérés et ne souffrent la moindre contestation, gardant, toutefois, présent à l’esprit cette règle cardinale de la méthodologie propédeutique que la meilleure façon de cerner un problème est d’analyser son contexte et son prétexte.

I -De la drogue

Depuis la plus haute antiquité, la route de la soie et de l’encens a convoyé son parfum d’opium, cher au modéliste français Yves Saint Laurent, et les grands seigneurs de la guerre, s’ils ne l’ont pas prisé à l’instar d’André Malraux ou du général Raoul Salan, ont puisé dans cette potion non la source de leur imagination, mais la source de financement de leur équipée guerrière.

La consommation de psychotrope en Orient est un fait de civilisation. Des chemins de Katmandou aux fumeries de Hong Kong et de Macao, son usage s’est généralisé sur le pourtour méditerranéen et dans la zone sahélo saharienne tant par phénomène de mode que par goût du lucre, que par le développement conjugué de la société des loisirs et de la société de pénurie avec la marginalisation sociale qui s’est ensuivie du fait de l’instauration d’un chômage structurel. Phénomène de convivialité ou de dépendance, il se consume abondamment sur les bords du Nil aux sons des mélopées d’Oum Kalsoun, en cachette de la redoutable police religieuse saoudienne «Al Moutawa’a» dans les pénombres de Ryad et de Djeddah en compensation de trop fortes frustrations, et naturellement, en Israël, en désespoir de cause qui conduiront les amateurs de l’euphorisante White Lady à se constituer de paradis artificiels à «GOA Karma casher» : http://www.courrierinternational.com/article/2010/06/22/karma-casher

La toxicomanie en Israël est bien antérieure à la naissance du Hezbollah et l’agglomération de Tel Aviv, -de son arabe originel «Tall Ar Rabih, colline du printemps-, détient un record régional dans la consommation des psychotropes sans que la formation chiite y soit pour quelque chose. Une des raisons du retrait précipité de l’armée israélienne de Beyrouth en 1982 avait d’ailleurs été la forte contamination des soldats israéliens par le narco trafic opéré sur les lignes de feu par les Fedayin, dans une réplique de la loi du faible au fort.
Au-delà du Liban, de la filière afghane, de la mafia albanaise et de sa consœur italienne, des cartels de Medellin et de Cali, en Amérique latine, et des triades chinoises, deux des plus gros fournisseurs de drogue en direction de l’Europe occidentale se situent dans la zone de la mouvance française. Le Mali et le Maroc. Si pour le Mali, notre confrère Nicolas Beau s’est chargé de dire son fait, sans ménagement, en mentionnant «du coke à tous les étages du Sahel», le cas du Maroc parait plus délicat à manier en ce que le Royaume chérifien est l’allié souterrain d’Israël et que le dynaste passe pour disposer d’un stock documentaire audiovisuel consistant sur les sessions intensives de «Body Building» de la classe politico médiatique française générée par «la diplomatie de la Mamounia».

Qu’une strangulation de l’espace européen par le narco islamisme périphérique du fait de la triangulation de la mafia albanaise, des herboristes marocains et de la coke sahélo malienne, ait échappé à la perspicacité de l’auteur, donne la mesure des présupposés idéologiques de cet enquêteur en herbes.
Pour le Mali http://rue89.nouvelobs.com/2013/10/26/coke-a-tous-les-etages-sahel-les-occidentaux-passifs-246946

Pour le Maroc

http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&id_article=evenement%40art12%402013-11-12

Un des principaux pourvoyeurs de la prostitution à destination du Golfe pétro monarchique, où près de vingt mille marocaines y font l’objet d’exploitations sexuelles, le Maroc passe de surcroît pour être un refuge pour la mafia israélienne. Le royaume aurait accueilli plusieurs anciens membres de la mafia israélienne, selon le quotidien israélien Haaretz, en date du vendredi 14 septembre 2012. Gabriel Ben-Harush et Shalom Domrani, deux figures puissantes de la mafia israélienne, recherchées depuis des années par l’Interpol, figuraient parmi les noms cités par le journal. Pour aller plus loin: http://www.yabiladi.com/articles/details/12903/maroc-refuge-pour-mafia-israelienne.html

II – Du financement des guerres par la drogue

La drogue a été largement utilisée pour le financement d’activités illicites, y compris par des instances américaines, en dépit de la présence d’une redoutable «US Food and Drug Administration», tant sur le plan interne que sur le théâtre des opérations extérieures, tant pour neutraliser la montée en puissance de la communauté afro américaine, que pour financer la guerre du Vietnam.

Sujet tabou s’il en est. Les 28 journalistes américains qui se sont hasardés à traiter ce sujet, notamment la commercialisation par la CIA du Krack démentiel au sein de la communauté afro américaine de Los Angeles en vue de faire obstacle à l’élection d’un maire noir au sein de cette grande métropole de Californie ont été condamnés aux mines de sel. Une sanction à laquelle échappera Yves Mamou du fait du privilège de la pensée dominante, en ce que sa cible constitue un bouc émissaire idéal de toutes les turpitudes du Moyen orient (1). Bouc émissaire pas nécessairement coupable, mais dont la culpabilité peut se faire sans dommage pour l’accusateur, sans le moindre dégât pour la société.

Le Djihad a pris une dimension planétaire conforme à la dimension d‘une économie mondialisée par substitution des pétromonarchies aux caïds de la drogue dans le financement de la contre révolution mondiale. Dans la décennie 1990-2000, comme dans la décennie 2010 pour contrer le printemps arabe.
Si la Guerre du Vietnam (1955-1975), la contre-révolution en Amérique latine, notamment la répression anti castriste, de même que la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1989) ont pu être largement financées par le trafic de drogue, l’irruption des islamistes sur la scène politique algérienne signera la première concrétisation du financement pétro monarchique de la contestation populaire de grande ampleur dans les pays arabes.
Symbole de la coopération saoudo américaine dans la sphère arabo musulmane à l’apogée de la guerre froide soviéto-américaine, le mouvement d’Oussama Ben Laden avait vocation à une dimension planétaire, à l’échelle de l’Islam, à la mesure des capacités financières du Royaume d’Arabie. Avec pour conséquence, la substitution du mot d’ordre de solidarité islamique à celui mobilisateur d’unité arabe ainsi que le dévoiement de la cause arabe, particulièrement la question palestinienne, vers des combats périphériques (guerre d’Afghanistan, guerre des contras du Nicaragua contre les sandinistes), à des milliers de km de la Palestine.

Dommage collatéral de ce rapports de puissance, l’Algérie en paiera le prix en ce que ce pays révolutionnaire, allié de l’Iran et de la Syrie, le noyau central du front de refus arabe, évoluait en électron libre de la diplomatie arabe du fait de la neutralisation de l’Egypte par son traité de paix avec Israël et la fixation de la Syrie dans la guerre du Liban.

L’Algérie, tout comme l’Iran et la Syrie, figurent d’ailleurs à nouveau dans le nouvel axe du mal profilé par les stratèges occidentaux pour maintenir sous pression les pays émergents, situés hors de l’orbite occidentale.

Sans remonter à la «guerre de l’opium» en Chine initiée par les Anglais pour y forcer la commercialisation des industries anglaises dans l’Empire du Milieu, au XIX e siècle, le Hezbollah, en la matière, c’est-à-dire dans le domaine du financement de l’effort de guerre par la drogue, sous réserve que le fait soit avéré, n’apporte aucune innovation par rapport à ses devanciers occidentaux ou asiatiques.

III- Les attentats antifrançais du Hezbollah

Sans vouloir épiloguer sur ce point, une lecture plus nuancée de cette séquence historique (1980-1990) devrait relever le fait que la France, à cette époque-là, était considérée comme «cobelligérante» de l’Irak dans sa guerre contre l’Iran, en porte à faux, tant au Liban qu’au Tchad qu’en Irak, avec le noyau dur du Monde arabe. Que de surcroît, la France, principal fournisseur de la technologie nucléaire au régime d’apartheid d’Afrique du sud, d’Israël et, partiellement de l’Irak (centre de Tammouz) aura été le plus en pointe des pays occidentaux dans la mobilisation internationale visant à entraver l’accession de l’Iran au rang de puissance du seuil nucléaire. 

IV- La stratégie de strangulation du Hezbollah -Le Nucléaire iranien, l’Iran un cas d‘école

L’accession de l’Iran au rang de «puissance du seuil nucléaire», en dépit d’un embargo de trente ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par Irak interposé, a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud qui ont vu dans cet exploit technologique incontestable la preuve parfaite d’une politique d’indépendance, en ce qu’il débouche sur la possibilité pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire en même temps que de maintenir son rôle de fer de lance de la révolution islamique.
Dans une zone de soumission à l’ordre israélo américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003 et de la destruction de la Syrie, dix ans plus tard. …Et de l’invincibilité, parallèle du Hezbollah.

Dans cette perspective, l’anéantissement politique ou militaire du Hezbollah figure ainsi logiquement dans toutes les démarches de la diplomatie occidentale depuis le début du soulèvement populaire en Syrie en ce que la formation paramilitaire chiite constitue un véritable cauchemar pour les Occidentaux, la bête noire des Saoudiens et des Israéliens, en raison du fait qu’elle représente la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux Etats-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.

Le seul à constituer une menace directe pour Israël en ce qu’il est seul acteur arabe disposant d’une base opérationnelle limitrophe d’Israël, à l’exception de la Syrie, hors service du fait d’une guerre intestine, et du Hamas, en phase d’égarement révolutionnaire dans la foulée de son ralliement aux pétromonarchies du Golfe et de l’installation de son quartier général à Doha (Qatar), à 30 km de la base américaine du Centcom.

Des trois partenaires de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine (Iran, Syrie, Hezbollah), l’axe subliminale du mal dans la stratégie atlantiste, le 3me acteur présente le meilleur rendement en terme de rapport qualité prix, la meilleure rentabilité opérationnelle en terme d’efficacité en ce que l’Iran (80 millions d’habitants, puissance du seuil nucléaire et autonome géographiquement) constitue un aléa stratégique pour une attaque occidentale et la Syrie, un aléa politique, pour les multiples répercussions que l’effondrement du pouvoir d’état pourrait entrainer pour son environnement, particulièrement le Liban.

Sous l’impulsion de Saad Hariri, avec l’aide de parlementaires américains d’origine libanaise, Nick Rahhal, Charles Boustany et Darrel Issa, le processus de criminalisation du Hezbollah a été amorcé, en 2011, par l’adoption par le congrès du HATA (Hezbollah Accountability Act), sur le modèle de la Syrian Accountability Act. L’argent chiite a ainsi été placé sous surveillance au niveau international et la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne, en juin 2013.

S’y superposant, la fixation de la date d’ouverture du procès des meurtriers présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, au 14 janvier 2014, où sont mis en cause quatre responsables membres du Hezbollah, a relevé d’une manœuvre d’étranglement, tendant, par sa programmation, à dresser un nœud coulant visant sinon à la strangulation de la formation politico-militaire, à tout le moins à la placer sur la défensive en prévision de son implosion.

V – Le racket chiite versus les Sayanim de la diaspora juive

Un message d’Yves Mamou au signataire de ce papier – 23 janvier 2014 à 8 h 44 min

«A Mr René Naba.

Bonjour, un ami m’a signalé l’article que vous consacrez à la guerre Hezbollah – Israël sur le site mondialisation.ca. Je vous remercie d’avoir cité mon livre, non encore dans les librairies. Vous avez raison, j’évoque le rôle du Hezbollah dans le trafic mondial de cocaïne, la contrefaçon, le racket des communautés chiites de par le monde, le blanchiment d’argent sale etc… Je crois comprendre que vous me reprochez d’ignorer le rôle des islamistes sunnites dans des trafics équivalents et concurrents. Vous avez raison je n’en parle pas, simplement parce que ce n’était pas mon sujet. Si l’occasion m’est donnée, croyez bien que je creuserai la question. Très cordialement et avec toute mon estime malgré nos analyses divergentes sur bien des sujets. Yves Mamou».

Passons sur la drogue, sujet abondamment traité dans ce papier sur la base de sources ouvertes, en compensation de l’ouvrage d’Yves Mamou, pour nous attarder sur ce point précis: «Le racket des communautés chiites de par le monde» ?!

Les Chiites, jadis la communauté la plus méprisée et la plus négligée du Liban, ont réussi, en un quart de siècle, le tour de force de se hisser au rang d’équation incontournable non seulement du Liban mais également du Moyen orient. A ce titre le Hezbollah constitue indiscutablement la fierté des Libanais, toutes confessions confondues, et même bien au-delà, en ce que l’élite intellectuelle et politique sunnite -(les anciens premiers ministres Salim Hoss (Beyrouth) et Omar Karamé (Tripoli), le Cheikh Maher Hammoud, Imam de Mosquée à Saida, fief du clan Hariri-, de même que l’élite intellectuelle chrétienne, -y compris la totalité des anciens commandants en chef de l’armée (le Président Emile Lahoud, le Général Michel Aoun, le député Soleimane Frangieh, dirigeant maronite du Nord Liban)–, se réclament de l’amitié de la formation chiite et en revendiquent l’honneur.

Point n’est donc besoin de racketter les communautés chiites pour le fonctionnement du Hezbollah. Sauf à considérer que les Frères Musulmans ont racketté les milliers de travailleurs égyptiens en Arabie saoudite, avec l’accord des autorités du royaume, du temps de la lune de miel entre la confrérie et la dynastie wahhabite dans les décennies 1960 et 1970; ou que l’OLP en a fait de même avec les milliers de fonctionnaires palestiniens des pétromonarchies, avec l’aval des Koweitiens.

La science de l‘optique l’enseigne, la vue varie selon le bout de la lorgnette. Dans cette perspective, la dime prélevée dans la diaspora égyptienne, palestinienne ou libanaise correspond à une sorte de denier de culte, un tribut que les compatriotes ou coreligionnaires versent à leur formation tutélaire en compensation du tribut de sang.

A la manière des Sayanim envers Israël, ces bénévoles de la diaspora juive qui se proposent spontanément du fait de leur judaïcité à témoigner de leur solidarité avec Israël en se muant en «indic» des services de renseignements israéliens.

Autre explication dérangeante, le Hezbollah au Liban n’est contesté que par le clan saoudo américain, représenté par Saad Hariri, dont les meilleurs alliés sont de véritables criminels de guerre, –le parti phalangiste de Bachir Gemayel, l’éradicateur du camp palestinien de Tall Al Zaatar, et, Samir Geagea, l’éradicateur des camps palestiniens de Sabra Chatila–, dont aucune enquête sur leurs agissements criminels n’a été initiée sans doute en raison de leur statut de meilleurs alliés d’Israël durant la guerre civile libanaise.

Point n’est besoin de racketter, alors que les contributions volontaires abondent. L’explication peut paraître audacieuse mais elle correspond néanmoins à la réalité. Vérifiable sur le terrain quand bien même une pensée dissidente fait nécessairement l’objet d’une stigmatisation en ce qu’elle heurte de front la doxa officielle et les intérêts stratégiques y afférents. Et que pour être validée, la pensée dissidente doit être cautionnée par les médias de consensus. Telle est l’implacable loi de la société du spectacle.

VI – De la propagande

Les Etats-Unis et l´Union européenne, c’est à dire le bloc atlantiste, contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde (2).

Dans cette configuration médiatique, Israël représente le 3me pays par ordre d’importance en termes de couverture médiatique, en unité de bruit médiatique (UBM), derrière les Etats-Unis (300 millions d’habitants) et la Chine (1,5 milliards d’habitants). Malgré les conditions de sa naissance controversée, Israël a réussi à occuper le devant de la scène médiatique, captant constamment l’attention de l’opinion occidentale, réussissant le tour de force de placer sur la défensive tous ses contradicteurs. Les Européens, naturellement, assignés à un complexe de culpabilité éternel du fait du génocide hitlérien. Les Américains, par instrumentalisation d’un important groupe de pression pro israélien animé d’une volonté de domination hégémonique sur la zone pétrolifère du Moyen orient. Le Monde arabe, enfin, par son indigence à maîtriser les techniques de communication de la guerre psychologique moderne, doublée d’un défaut d’un argumentaire accessible à l‘opinion occidentale.

Pour parachever le tableau, notons, enfin, que toutes les grands chaines transfrontières arabes sont, toutes, adossées à des bases militaires atlantistes, avec leur formidable caisse de résonnance: Al Jazira à la base du Centcom à Doha, la saoudienne Al Arabia de Doubaï, à la base aéronavale française d’Abou Dhabi, enfin la nouvelle chaine du Prince al Walid Ben Talal, «Al-Arab», à la base navale américaine de Manama (Bahreïn).

http://www.renenaba.com/israel-de-la-propagande-part-13-2/

http://www.renenaba.com/israel-de-la-propagande-part-23/

http://www.renenaba.com/israel-de-la-propagande-part-33/

VII – Israël, l’un des plus grands colonisateurs de la planète.

Sur fond de judaïsation des Tutsis en vue d’en faire un levier d’influence dans la région des grands lacs et de stérilisation des femmes falashas, juives d’Ethiopie, Israël est devenu l’un des plus grands colonisateurs de la planète, illustration symptomatique de la schizothymie israélienne.

Le harcèlement israélien des communautés libanaises d’Afrique et d’Amérique latine constitue-t-il une opération de diversion à la politique de judaïsation des Tutsis avec l’objectif sous-jacent de détourner l’attention sur la politique raciste d’Israël à l’égard de ses propres compatriotes, au-delà des Palestiniens, par la stérilisation des femmes juives d’Ethiopie (Falashas) pour en réduire l’impact sur sa population? http://kongolibre.over-blog.com/article-la-judaisation-des-tutsi-72149228.html

A occulter le fait qu’Israël est devenu l’un des plus grands colonisateurs de la planète? Plus précisément, le harcèlement des libanais du Nigeria et du Sierra Leone vise-t-il exclusivement à éliminer des concurrents dans l’exploitation diamantifère du sous-sol africain et à assécher le flux financier provenant des émigrés chiites vers leurs coreligionnaires du sud Liban? Ou à fragiliser le glacis constitué par l’immigration chiite libanaise en Afrique et en Amérique latine face à la colonisation rampante des terres entreprises par Israël dans ses deux zones? Une colonisation de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine. Israël dont l’expérience de la colonisation de la Palestine l’a conduite à coloniser des terres à travers le Monde représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres (3).

Les scandales abondent au Cogo Kinshasa où Laurent Désiré Kabila a payé de sa vie ses indélicatesses. En Guinée aussi avec le scandale de Simandou mettant en cause l’homme le plus riche d’Israël, Benny Steinmetz. Une des plus importantes opérations de pillage des richesses minières d’Afrique sur fond de corruption des élites africaines et d’évasion de capitaux dans des paradis fiscaux.

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/09/24/les-milliards-de-simandou_3483463_3212.html

L’offensive médiatique et politique israélienne viserait en outre à fragiliser les défenses arabes à la périphérie du camp atlantiste, via l’Amérique latine, le Maghreb, l’Afrique sud saharienne, l’ultime digue de retenue avant le grand déferlement chinois vers l’Europe occidentale.

Le démantèlement d’un important réseau israélien en Tunisie, en 2012, relève de cette stratégie, dont l’objectif à terme est d’aménager la principale base opérationnelle du Mossad au Maghreb, dans ce pays en pleine transition politique, à la charnière de l’Afrique et de l’Europe, jadis chasse gardée occidentale. Les Etats Unis y ont déjà aménagé le QG de l’Africom (Commandement pour l’Afrique) à Remada, dans le sud de la Tunisie.

Le Mossad recruterait même des journalistes arabes pour surveiller les libanais d’Afrique, selon les révélations faites au journal espagnol El Pais par un ancien agent, le journaliste algérien Saïd Sahnoune. Recruté à Tel-Aviv en 1998, usant de sa qualité de journaliste, il espionnait pour le Mossad à Abidjan en Côte-d’Ivoire. Il était chargé de la surveillance de la colonie libanaise chiite en Afrique de l’Ouest.

Sahnoune espionnait également en Tunisie, mais surtout au Liban après le retrait d’Israël du Sud du pays, qu’il occupait jusqu’en 2000.

Dans le même ordre d’idées, la nomination à la tête de l’Agence française pour le développement de M. Dov Zerah, pourrait donner un début de crédit à cette hypothèse en ce que la propulsion du président du consistoire israélite de Paris et secrétaire général de la Fondation France Israël au poste stratégique de dispensateur de l’aide financière française à l’Afrique est intervenue, le 2 Juin 2010, six mois avant l’indépendance du sud Soudan, alors que «la bataille du Nil» sur la répartition des quotas des eaux de ce fleuve africain battait son plein entre l’Egypte et les alliés africains d’Israël: l’Ethiopie et le Kenya notamment.

S’appuyant sur les pays africains anglophones non musulmans, l’Ethiopie, l’Ouganda et le Kenya, Israël a opéré une percée diplomatique majeure dans l’Afrique anglophone obtenant la réduction du quota des eaux du Nil de l’Egypte, la plus grande pantalonnade diplomatique de l’ère Moubarak, qui lui a couté son pouvoir à l’Egyptien. Négociant avec l’égyptien Moubarak, lui faisant miroiter la possibilité d’une succession dynastique en faveur de son fils, Israël a incité les états africains à réclamer une majoration de leur quote-part dans la répartition hydraulique du cours d’eau, alléchant les Africains par des projets économiques et les investisseurs égyptiens par des promesses d’intéressement aux projets israéliens.

En Ethiopie, Israël a financé la construction de dizaines de projets pour l’exploitation des eaux du Nil Bleu. L’accès d’Israël au périmètre du bassin du Nil, via le sud Soudan avec le concours français et américain, s’est doublé de la mise en route de la construction d’un Canal reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée, depuis Eilat. Disposant de deux voies de navigation, l’un pour l’aller, l’autre pour le retour, le canal israélien, contrairement à l’Egyptien concurrencera fortement le Canal de Suez et entrainera une perte de 50 pour cent des recettes égyptiennes de 8 milliards de dollars par an à 4 milliards.

L’offensive anti Hezbollah en Amérique latine viserait en outre à jeter un écran de fumée sur la face hideuse de l’humanitarisme israélien. A camoufler la colonisation rampante des terres en Colombie et cette singulière imposture que constitue la reproduction du régime d’apartheid de la Palestine au Honduras. Ah les douloureuses réminiscences. «Le Honduras est aujourd’hui, comme la Palestine, un laboratoire du génocide indigène, laboratoire des techniques de contre-insurrection, laboratoire de ghettoïsation et contention de populations mises en esclavage. Il est aussi le laboratoire de la mise en place d’un néo libéralisme absolu, grâce à la cession de souveraineté sur des régions entières du pays par les moyens de la «Loi Hypothèque » et la création d’enclaves néo libérales soustraites au territoire national, les «Zones d’Emploi et de Développement Economique» ou «Cités Modèles» ou «Villes Charters», ainsi que la cession des droits sur l’ensemble des ressources naturelles du pays» (4).

Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir des Occidentaux, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises. Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Deby, de même que son prédécesseur Hissène Habré, qui organisent la fraude électorale pour assurer l’élection d’Ali Bongo au Gabon pour instituer une dynastie républicaine qu’ils dénoncent en Syrie, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un important flot de liquidités, sans contrepartie politique.

VIII – Un hasard nullement le fait du hasard

Le Hezbollah n’est certes pas un ange, pas plus qu’Israël un chérubin. Israël, le plus important soutien des dictatures du tiers monde, l’allié indéfectible du régime d’Apartheid d’Afrique du sud. La garde prétorienne de tous les dictateurs francophones qui ont pillé l’Afrique. De Joseph Désiré Mobutu (Zaïre-RDC), à Omar Bongo (Gabon), à Gnassingbé Eyadema (Togo) et même Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire) et Laurent Gbagbo, à Paul Biya, le président off-shore du Cameroun, dont le territoire sert de transit aux ravisseurs Boko Haram. Au-delà en Amérique latine au Honduras, à la Colombie et au Paraguay.

De par sa programmation et sa thématique, le livre d’Yves Mamou, par ailleurs remarquable auteur de l’ouvrage- «La direction du Trésor, une machine de pouvoir» Editions La Découverte- répond pleinement au phénomène de sérendipité. Un heureux hasard à son éditeur, à son auteur et sans doute aussi à son inspirateur.

Mais pour quelqu’un averti un tant soit peu des stratégies de communication en amont, en période de crise, cet heureux hasard résonne comme un curieux hasard. Un hasard nullement le fait du hasard. …A vaincre sans péril…….

Partie remise pour Yves Mamou. Avec toute ma cordialité confraternelle pour son «dernier acte»

René Naba

Notes

  • 1 – Cf. à ce propos les deux ouvrages de Kristina Borjesson: « Black List, quinze grands journalistes américains brisent la loi du silence» de Kristina Borjesson–Editions les Arènes-2003 et «Média control, huit grands journalistes américains résistent aux pressions de l’administration Bush» Kristina Borjesson–Les Arènes–Mai 2006. http://www.renenaba.com/les-journalistes-nouveaux-acteurs-des-relations-internationales/
  • 2 – http://www.renenaba.com/la-strategie-mediatique-etats-unienne-1945-2005/
  • 3 – La colonisation israélienne des terres dans le Monde
  • Israël est à la tête des pays qui contrôlent les terres dans les pays pauvres, avec les Etats Unis, la Grande Bretagne et la Chine, selon une étude de «The Journal of the National Academy of Sciences of the United States». Selon cette étude intitulée «Global Land and Water Grabbing (accaparement mondial de la terre et des eaux) et publiée par la revue Golias Hebdo N° 275-(semaine du 14 au 20 Février 2013), 90 pour cent de ces terres se trouvent dans 24 pays situées pour la plupart en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Depuis la crise alimentaire de 2007-2008, les sociétés étrangères s’emparent de dix millions d’hectares annuellement de terres arables.
    • En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre, en sus de l’exploitation diamantifère.
    • Au Gabon pour la culture du Jatropha, nécessaire à la production de biocarburants;
    • En Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest de surcroit diamantifère.
    • En Colombie, où Israël a pris le contrôle d’immenses superficies pour cultiver la canne à sucre.
    • Aux Philippines où la proportion des terres confisquées atteint 17,2 pour cent de la surface des terres agricoles.
  • 4- A propos de la présence israélienne en Afrique et Amérique latine et la guerre planétaire qui s’y déroule entre Israël et le Hezbollah: http://www.renenaba.com/liban-diaspora-2-2/
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La critique extraordinaire de la Central Intelligence Agency faite en public mardi par une personne qui pendant longtemps a trouvé des excuses à tout ce que faisait cette agence – Diane Feinstein, présidente de la Commission du Sénat sur les services de renseignements – est une expression de la crise terminale de la démocratie américaine.

Seules les circonstances les plus difficiles ont pu pousser cette démocrate de Californie à faire une déclaration publique sur la CIA qui « pourrait bien avoir violé le principe de séparation des pouvoirs inclus dans la Constitution américaine, » et sur « le Quatrième amendement, la Loi sur les infractions informatiques, ainsi que l’ordonnance 12333, qui interdisent à la CIA de mener des perquisitions ou des surveillances à l’intérieur du pays. »

Feinstein a de toute évidence été poussée à exprimer ses remontrances au sujet de l’espionnage du Sénat par la CIA parce que la CIA a déposé une plainte au ministère de la Justice contre des membres de sa commission, et peut-être des membres du Sénat, au motif qu’ils auraient utilisé sans autorisation des documents classés. Ce fut la culmination de mois d’hésitations sur un imposant rapport sur les tortures de la CIA préparé par le Comité.

Il y avait un fort contraste entre le comportement de Feinstein, visiblement tendue et apparemment effrayée pendant qu’elle parlait durant près d’une heure au Sénat, et le directeur de la CIA, John Brennan, qui a écarté avec arrogance ses affirmations sur l’inconduite de la CIA lors d’un discours tenu devant un think tank consacré à la politique étrangère quelques heures plus tard et a ensuite gardé un sourire narquois tout au long d’une conférence de presse.

Feinstein fut une partisane sans états d’âmes des opérations illégales et inconstitutionnelles de l’appareil des services de renseignements américains, depuis les assassinats par drones de la CIA jusqu’aux abus commis par le FBI dans le cadre du Patriot Act en passant par l’espionnage systématique par la NSA des communications par téléphone et internet dans le monde entier.

Comme l’a noté le lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden, Il y a une forte dose d’hypocrisie, « quand un responsable élu ne se soucie pas du tout du fait que les droits de millions de citoyens ordinaires sont violés par nos espions, mais tout à coup c’est un scandale quand un politicien se rends compte que la même chose lui arrive. »

Mais il y a une question plus fondamentale en jeu : la montée des menaces contre les droits démocratiques et les processus constitutionnels qui émane de l’appareil militaro-industriel du gouvernement américain.

Malgré toute la couverture médiatique consacrée aux luttes intestines entre la Maison blanche et le Congrès, ou aux décisions de la Cour suprême, le véritable pouvoir aux États-Unis est entre les mains d’un appareil meurtrier qui ne rend de comptes à personne pour ses violences, ses provocations et son espionnage et qui comprend le Pentagone, la CIA, la NSA, le FBI est une dizaine d’autres agences du même type.

Les diverses commissions du Sénat et de la Chambre des députés qui exercent une « supervision » ne sont que des chambres d’enregistrement pour les opérations de ce vaste appareil secret. Pourtant, le moindre semblant de supervision démocratique est traité comme un affront par les responsables qui contrôlent des armées d’espions et d’assassins. Ils sont prêts à utiliser les mêmes méthodes contre leurs critiques domestiques que celles qu’ils emploient contre les cibles de l’impérialisme américain à l’étranger.

Le président Obama est à la tête de cet appareil, en tant que « commandant en chef » et un porte-parole de la Maison blanche s’est rangé sans équivoque du côté de la CIA contre le Sénat, déclarant que Brennan avait toute la confiance du président.

La carrière de Brennan lui-même est révélatrice – il est passé de la supervision des opérations de torture dans les prisons secrètes de la CIA sous le président George W. Bush, au poste de chef du programme d’assassinats par drones à la Maison blanche sous Obama. Il incarne la continuité des opérations de l’appareil militaro-industriel d’un président à l’autre, d’un parti du grand patronat à l’autre.

Au cours de la décennie passée, les opérations de ce réseau – toujours violentes et anti-démocratiques – sont devenues de plus en plus criminelles. La confrontation actuelle vient de l’un des pires de ces crimes, la création de prisons secrètes de la CIA dans une demi-douzaine de pays, où les gens étaient enlevés de force au cours de la « guerre contre le terrorisme » pour être torturés et interrogés sans limites.

Ces prisons ont été créées à la suite des attentats du 11 septembre 2001, autorisées par le gouvernement Bush-Cheney, justifiées juridiquement par les fameux « torture memos » rédigés par les juristes de l’ère Bush au ministère de la Justice, et gérées par des milliers d’officiers de la CIA, de personnels militaires et autres agents fédéraux. L’une des premières actions d’Obama en entrant en fonction fut de bloquer les poursuites contre toute personne responsable de ces violations systématiques du droit américain ou international, y compris la Convention de Genève.

Comme l’a rappelé Feinstein dans son discours au Sénat, le crime de torture a été suivi du crime d’obstruction à la justice, y compris la destruction délibérée d’enregistrements vidéos au mépris des décisions du Congrès, puis d’années de mutisme pendant que la CIA tentait d’empêcher la rédaction du rapport de la Commission du Sénat sur les services de renseignements puis de bloquer sa publication. Cela a culminé avec l’espionnage sans précédent par la CIA de l’équipe de la Commission qui était censée surveiller ses opérations.

La trajectoire suivie par ce conflit est une mise en garde inquiétante : la criminalité de l’appareil militaire et des services de renseignements se métastase en un assaut ouvert contre les principes constitutionnels, y compris contre des principes aussi fondamentaux que la séparation des pouvoirs.

Ni Feinstein, ni aucun politicien capitaliste à Washington, qu’il soit démocrate ou républicain, n’est capable d’une résistance sérieuse contre l’émergence d’un état policier aux États-Unis. Ce n’est pas simplement dû à leur lâcheté politique et leur vénalité, biens qu’ils en soient pleins.

Ils ne peuvent défendre les droits démocratiques parce que ces droits sont de plus en plus incompatibles avec un système d’exploitation capitaliste caractérisé par une inégalité sociale déchaînée et une crise économique qui s’approfondit. Il est impossible de maintenir même un semblant de démocratie dans une société si profondément polarisée suivant les lignes de classe, où une poignée de milliardaires et de multimillionnaires se gorgent de richesses pendant que la grande majorité de la population est confrontée aux licenciements, aux réductions de salaires et à la destruction des retraites, de la santé et des services publics.

Patrick Martin 

Article original , WSWS, paru le 13 mars 2014

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«Plutôt que d´interroger, nous nous interrogeons sur l´avenir de l´homme en général et de l´Occident en particulier puisque c´est lui qui dominera le monde matériel. Cet Occident est malade de son intelligence. Il a beau être savant, il n´arrive pas à saisir une vérité essentielle tant il est vrai qu´il est assoiffé de conquête et de pouvoir, aveuglé par l´illusion de sa puissance, prônant l´argent pour Dieu…. (…)»

 L´Emir Abd El Kader dans Kitâb al mawâkif,

 

Enfin, les religieuses de Ma’aloula sont libres! Nous ne pouvons qu’être soulagés que ces religieuses aient recouvré la liberté saines et sauves après avoir été détenues par les hommes d’al Nosra, les combattants contre le régime syrien. Cependant, on ne peut qu’être scandalisé devant ce deux poids, deux mesures» s’agissant de personnes défendues par l’Occident qui faut-il le rappeler est à la base du malheur des Syriens et Syriennes morts par milliers dans un conflit qui les dépasse.

Cette sollicitude suspecte à l’endroit des chrétiens d’Orient ne doit pas nous faire oublier que ces religieuses partagées entre deux mondes, celui de leur culture et ethnie et celui de leur religion ont toujours servi de variables d’ajustement dès le XIXe siècle. S’il faut se féliciter de leur libération au bout de quelques cent jours, du fait que le gouvernement syrien ait accepté de libérer 150 personnes en échange d’elles (moins d’une dizaine), il ne faut pas croire à une quelconque miséricorde exceptionnelle.

Le précédent «sauvetage» des chrétiens d’Orient

L’apogée récente de la crise syrienne, au tournant de l’été, a mis en lumière le mépris nourri par le camp occidental à l’égard du nationalisme arabe: bien peu d’éditorialistes ont rappelé le rôle historique des Assad dans le maintien du caractère pluriconfessionnel de la nation syrienne au sein de la poudrière proche-orientale. Alors que l’atlantisme insensé de l’administration française a manqué de provoquer un embrasement, évité de justesse grâce à la diplomatie russe, il est troublant de constater que l’une des figures historiques du nationalisme algérien était liée de par son histoire à la France et à Damas. L’émir AbdelKader, par ailleurs théologien soufiste reconnu, avait oeuvré en faveur du dialogue islamo-chrétien dans l’actuelle capitale syrienne. (1)

Dans l’histoire, nous nous souvenons que l’Emir Abdelkader avait sauvé d’une mort certaine des milliers de chrétiens lors des émeutes de Damas, où justement les puissances

maléfiques de l’époque – la perfide Albion et le coq gaulois- n’arrêtent pas d’attaquer «l’Empire ottoman «l’homme malade de l’Europe», on remarquera qu’à l’époque, la Turquie faisait partie de l’Europe, et au XXIe siècle pas… Résultat des courses: la France est partie défendre les chrétiens au nom d’une certaine promesse qu’aurait faite saint Louis à l’évêque Maroun de le prendre sous sa protection.

D’une façon lancinante, la France a tout fait pour créer des dissensions entre les Arabes chrétiens et musulmans attisant ainsi les haines religieuses et provoquant de ce fait la haine des autres sujets de l’Empire ottoman au Bilad Echam. L’Emir Abdelkader installé à Damas lors de son exil sortit de chez lui, rapporte D’estailleur Chanteraine, à la tête de sa garde, il sillonna les rues de Damas et ramena plusieurs milliers de Chrétiens chez lui, les sécurisa, les hébergea, les nourrit, les soigna pendant près d’un mois jusqu’à ce que les évènements disparurent. (2)

Est-ce que l’Emir Abdelkader avait en tête, comme les politiciens de l’époque, un quelconque marchandage dont il recueillerait les dividendes en se faisant au prix fort la détresse des Arabes chrétiens? Non, mille fois non! On connait le soldat, l’homme valeureux qui combattit la sinistre armée d’Afrique pendant près de quinze ans. On connait l’homme fidèle en parole et en amitié et on prend conscience d’une autre dimension de la personnalité de l’émir: la dimension spirituelle pour ce disciple d’Ibn Arabi à tel point qu’il a demandé à être enterré à côté de lui. En effet, bien avant cette singularité – le sauvetage des chrétiens du Liban- qui a paru exceptionnelle pour les puissances de l’époque et même la papauté qui tous ont envoyé des décorations à l’Emir.

Souvenons-nous! Nous sommes en pleine guerre à outrance de l’Emir contre les hordes de Bugeaud, un religieux français prend contact avec l’Emir et lui demande de délivrer un militaire de sa connaissance prisonnier de l’Emir.

Nous lisons dans une contribution de monseigneur Tessier et monsieur Boutaleb, dans une conférence conjointe à Lyon: «Mgr Dupuch qui écrit d’abord à l’Emir ceci: «Si je pouvais monter à cheval sur le champ, je ne craindrais ni l’épaisseur des ténèbres, ni les mugissements de la tempête, je partirais, j’irais me présenter à la porte de ta tente, et je te dirais d’une voix à laquelle, si on ne me trompe point sur ton compte, tu ne saurais résister: donne-moi, rends moi celui de mes frères qui vient de tomber dans tes mains guerrières… mais je ne peux partir moi-même. Cependant, laisse-moi dépêcher vers toi l’un de mes serviteurs et suppléer par cette lettre, écrite à la hâte, à la parole que le ciel eut bénie, car je t’implore du fond du coeur. «Bienheureux les miséricordieux, car un jour il leur sera fait miséricorde à eux-mêmes.»

La réponse de l’Emir fut à la fois simple et profonde, les auteurs écrivent: «Abdelkader répond à l’évêque la lettre suivante,: «J’ai reçu ta lettre. Elle ne m’a pas surpris d’après ce que j’ai entendu de ton caractère sacré… Pourtant, permets-moi de te faire remarquer qu’au double titre que tu prends de serviteur de Dieu et d’ami des hommes, tes frères, tu aurais du me demander non la liberté d’un seul, mais bien plutôt celle de tous les chrétiens qui ont été faits prisonniers depuis la reprise des hostilités. Bien plus, est-ce que tu ne serais pas deux fois digne de la mission dont tu me parles si, ne te contentant pas de procurer un pareil bienfait à deux ou trois cent, chrétiens, tu tentais encore d’en étendre la faveur à un nombre correspondant de musulmans qui languissent dans vos prisons. Il est écrit: «Faites aux autres ce que vous voudriez que l’on fasse à vous-mêmes!» Remarquons en passant que l’Emir utilise là, comme argument, une phrase du Nouveau Testament.» (3)

Les manoeuvres séculaires de l’Occident pour régner en divisant

Les puissances de l’époque ont réussi à l’empire Ottoman croulant sous la dette et ne contrôlant plus la périphérie, l’obligation de nommer un moutassarif chrétien qui aurait à gérer les affaires des chrétiens. La partition de Bilad acham devait donner naissance graduellement à un territoire Nous verrons justement que le Liban est une création des nations européennes, notamment après les tragiques et scandaleux accords de Sykes Picot qui ont dépecé l’Empire ottoman avant même la fin de la Première Guerre mondiale.

Une interview de la mère Marie-Agnès de la Croix du mercredi 18 décembre 2013 permet d’éclairer les lecteurs sur les manipulations de la presse occidentale dite «libre». «Nous nous sommes aperçus avec surprise, écrit l’auteur qui a interviewé la religieuse, en préparant cet entretien que le témoignage de cette personnalité était entièrement ignoré par les journalistes encartés. Plus généralement, c’est le cas de toutes les personnalités chrétiennes de Syrie qui dénoncent massivement et souvent avec des mots très durs, les mensonges répétés et quotidiens des médias de la zone Otan. Nous avons même pu nous rendre compte que des consignes étaient données par les directions des grands médias pour empêcher que soit diffusée sa version des faits. En plus de donner une version très différente de ce qui se passe sur place, la mère Marie-Agnès dénonce un traitement médiatique unilatéral, partial, et tendancieux des événements de Syrie. La mère Marie-Agnès revient par ailleurs dans cet entretien sur la mort du journaliste Gilles Jacquier en janvier 2012, mort dans laquelle certains médias français (le magazine envoyé spécial par exemple) ont suggéré que sa responsabilité était engagée». (4)

La réalité des événements et la collusion des médias mainstream

 «A une question sur la situation en Syrie Mère Marie-Agnès déclare: «Il faut vous dire que le régime au pouvoir en Syrie (le parti Baas, Ndlr) est un régime de gauche qui est axé sur le socialisme et entaché de stalinisme; c’est un parti unique qui n’a pas beaucoup été conscient des libertés personnelles, civiles, et qui ne les a pas appliquées (…) C’est pourquoi lorsque les événements ont eu lieu, nous étions plutôt sympathisants des demandes de la population à plus de libertés et de démocratie. (…) J’ai donc d’abord refusé… mais il y a eu une petite insistance et j’ai décidé de faire mon enquête. Je suis quelqu’un de plutôt méthodique, je n’aime pas parler sans connaissance de cause, j’ai aussi fait mon enquête sur Internet, et puis j’ai accouché d’une étude de 12 pages que j’ai envoyé à cette ONG et qui s’intitule «Au crible des informations tendancieuses la situation en Syrie.» vers le mois d’avril 2011. Alors là, ça a été bien reçu par cette ONG, et ça été placé sur son réseau, mais il y a eu des critiques provenant du clergé qui récusaient mon point de vue et j’ai bien senti qu’il y avait des tabous, c’est-à-dire, d’ores et déjà, on avait canonisé les printemps arabes.»(4)

« Il faut être honnête. Je pense que c’est une réalité que la presse mainstream (les médias commerciaux de masse, Ndlr) n’est pas aussi libre qu’elle le prétend(…) Je sais que je vais choquer beaucoup de personnes qui se sentent sincèrement fières d’appartenir au «monde libre et démocratique», mais ce monde libre et démocratique est aujourd’hui en décadence. Moi, je considère qu’il est en décadence et donc la manière dont les événements sont couverts en Syrie n’a rien à voir avec le professionnalisme journalistique qui a été préconisé par la charte de Munich. En faisant mon enquête auprès du Croissant- Rouge, j’avais obtenu les vraies listes des morts où l’on décelait que le tiers était des forces de l’ordre alors que cela n’était pas présent dans les médias. (…) ces journalistes qui sont venus en Syrie n’ont pas fait leur travail en se conformant aux principes de la charte de Munich» (…) (4).

La tragédie des chrétiens d’Orient

Qu’en est-il en définitive, de ces chrétiens d’Orient qui intéressent l’Occident? Comment est perçue cette tentative récurrente d’ingérence caractérisée depuis près de deux siècles dans les affaires arabes? (5)

A leur façon, deux Arabes chrétiens répondent: Hayat al Huwik Atia, journaliste libanaise de confession maronite interpellant le pape lors de son voyage en Israël: «L’Eglise d’Orient refuse d’être entraînée dans le processus de judaïsation de l’Occident chrétien. (…) Nous, l’Orient arabe chrétien, nous ne voulons pas de ce néochristianisme judéo-chrétien et nous refusons que l’Occident chrétien utilise l’influence spirituelle occidentale des églises, catholiques et protestantes pour implanter en Orient et particulièrement dans le Monde arabo-chrétien l’idée ou l’influence de judaïsation. Votre Sainteté le pape, sachez que je suis une chrétienne arabe! (…) Par conséquent, cela ne m’empêche pas de vous rappeler ma fierté d’appartenir à cette terre arabe. Cette terre est le berceau de toutes les Religions et de toutes les Révélations monothéistes. (…) La deuxième raison, est que c’est l’Occident qui est le générateur historiquement du racisme et du sionisme avec tous les résultats connus et, notamment ceux que cet Occident exerce depuis des décades contre le Monde arabe pour saper cette cohésion sociale et religieuse dans le Monde arabe. (..) En conséquence, Votre Sainteté, sachez que nous – Arabes chrétiens – nous ne sommes une minorité en aucune façon, tout simplement parce que nous étions des Arabes chrétiens avant l’Islam, et que nous sommes toujours des Arabes chrétiens après l’Islam. La seule protection que nous cherchons est comment nous protéger du plan occidental qui vise à nous déraciner de nos terres et à nous envoyer mendier notre pain et notre dignité sur les trottoirs de l’Occident.» (…) (6)

Pour sa part, le docteur Rafiq Khoury, prêtre palestinien du Patriarcat latin de Jérusalem, écrit: «(…) les Chrétiens font partie de l’identité de la terre et la terre fait partie de leur identité, avec leurs concitoyens musulmans. (…) L’arabité et la palestinité des chrétiens de Palestine sont des faits acquis, que nous recevons avec le lait de notre mère, comme on dit en arabe. Les relations islamo-chrétiennes en Orient, en général, et en Palestine en particulier, s’inscrivent dans une longue histoire, qui a à son actif treize siècles de communauté de vie, où nous avons partagé «le pain et le sel», comme on dit en arabe aussi.(…) » (7)

Tout est dit, le sort des Chrétiens n’intéresse l’Occident que dans la mesure où il peut faire aboutir ses autres projets, à savoir la mainmise sur les ressources énergétiques, mais aussi l’instauration d’une paix occidentale qui ne se fera pas sans dégât durable. Les ingérences continuelles contribuent à créer cette tension permanente qui n’existait pas avant. Nous devons témoigner et dire notre rejet de la violence d’où qu’elle vienne. Qu’on laisse ces sociétés ´´arabes harassées par tant de malheur retrouver dans les religions du Livre le secours spirituel qui manque de plus en plus à ces sociétés qui risquent une sécularisation au nom du «Money-théisme» seul Dieu qui s’impose par ces temps incertains. Ces vers de l’émir Abdelkader démontrent toute la dimension oecuménique de son message: «Mon coeur est devenu apte à revêtir toutes les formes. Il est pâturage pour les gazelles et couvent pour les moines. Temple pour les idoles et Kaâba pour le pèlerin. Il est les tables de la Torah et le livre du Coran.Je professe la religion de l’amour, quel que soit le lieu. Vers lequel se dirige ses caravanes. Et l’amour est ma loi et ma foi». Amen

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.egaliteetreconciliation.fr/L-emir-Abd-el-Kader-artisan-de-la-reconciliation-a-Damas-21049.html

2. Phillipe D’estailleur Chanteraine:L’Émir Magnanime Abd-el-Kader le croyant, 1959

3.  http://lyon.catholique.fr/IMG/Teissier_Boutaleb_L_Emir_et_les_chretiens_071204.rtf

4. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/une-interview-de-la-mere-agnes-145196

5. http://www.mondialisation.ca/la-trag-die-des-chr-tiens-d-orient-la-responsabilit-de-l-occident/21884

6. Hayat al Huwik Atia: Lettre ouverte http://liberation-opprimes.net/ 24 mai 2009

7. Rafiq Khoury: Palestine,  http://www.gric.asso.fr/spip.php? ar…  30.04.2009

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Une nation sans territoire, un monde sans géographie?

mars 13th, 2014 by Rodolphe De Koninck

Cet article initialement publié dans le quotidien Le Devoir (Montréal) est signé par Rodolphe De Koninck et un collectif de géographes* 

Comment peut-on prétendre enseigner et étudier l’histoire d’une nation ou, dit de façon plus neutre, l’histoire d’un territoire, sans privilégier l’enseignement et l’étude de sa géographie? Comment peut-on, en étudiant la première, faire l’économie d’étudier le lieu de son déploiement? Car toute histoire nationale a une géographie, elle aussi pleine de rebondissements.

Au Québec, cette tentative de prestidigitation est pourtant manifeste dans l’actuelle ambition avouée de marginaliser l’étude de la géographie au profit de celle de l’histoire, via la refonte des programmes d’enseignement des sciences humaines et la proposition d’une modification au Règlement sur le régime des études collégiales […]. Quel que soit le jugement que l’on puisse porter quant à l’opportunité ou l’opportunisme d’un tel choix, il faut y voir une malheureuse erreur, déjà contestée par un premier collectif de géographes (Cf. «Quelle histoire pour la géographie?», Le Devoir, 11 octobre 2013). Et, doit-on ajouter, une étonnante contradiction. En effet, en octobre 2013, le gouvernement du Québec déposait devant l’Assemblée nationale sa Politique nationale de la recherche et de l’innovation 2014-2019 […] comprenant trois axes parmi lesquels la géographie devait jouer un rôle de premier plan: 1) changement démographique[…]; 2) développement durable […]; 3) identité québécoise […]. Il apparaît donc clairement que, dans l’esprit de ceux qui ont conçu cette politique, la géographie est incontournable.

Car, prétendre pouvoir étudier l’histoire d’un peuple, sans ancrer celle-ci dans un territoire et sa géographie, ne peut qu’à coup sûr en affaiblir la défense et l’illustration. Enseigner et plus encore étudier une histoire du Québec qui ne situerait pas celui-ci dans son territoire, lequel doit être partie prenante de sa définition, ne peuvent être que des entreprises irrémédiablement vouées à l’éphémère. […].

La géographie du Québec est à la mesure de son territoire d’un million et demi de kilomètres carrés: elle est immense, formidable et complexe, notamment sur le plan de ses frontières. Pourtant, étonnamment, sa connaissance demeure encore largement et étrangement méconnue, sinon cachée, peu débattue et peu partagée. L’occasion est belle de sortir de cette attitude cachottière. En effet, tout autant aujourd’hui et plus encore demain, étant entendu l’âge de ceux auxquels s’adresse l’enseignement préuniversitaire, la connaissance de la géographie et de l’histoire du Québec doit être ouverte sur celles du monde […].

Un monde sans géographie?

[…] Tout au long des étapes de la formation et de l’éducation des citoyens, le savoir semble se diviser quasi indéfiniment et à leur grand détriment, alors qu’eux-mêmes sont de plus en plus réduits au simple rang d’utilisateurs-consommateurs. Ainsi, toute science fondamentale, telle la géographie, est trop souvent reléguée au second plan et sa pertinence niée au profit des seuls savoirs spécialisés et de leurs possesseurs […]. Plus que jamais, la géographie, branche maîtresse de l’arbre des savoirs et nécessaire philosophie de l’anthroposphère, apparaît incontournable pour l’appréhension des grands enjeux auxquels l’humanité est confrontée, dans sa totalité comme dans ses parties. Au premier rang de ces enjeux se trouvent les changements environnementaux, dans toute leur complexité et avec leurs multiples ramifications et conséquences. Pour les étudier, ou plus exactement en coordonner l’étude, quoi de mieux que la géographie, ou du moins une démarche géographique? […].

Géographie et citoyenneté

Est-il nécessaire de rappeler que, nullement à la traîne sur le plan technologique et économique, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Catalogne et le Japon comptent parmi les pays les plus avancés sur le plan social? Ils comptent aussi parmi ceux où les sciences sociales, dont la géographie, demeurent les plus présentes dans les curriculums d’enseignement, alors que l’on y privilégie la formation de citoyens tant nationaux que «globaux». Cela serait-il le fruit d’un hasard? […]. L’ignorance citoyenne, tant de l’histoire que de la géographie, est la meilleure garante de la désaffectation et, précisément, de la marginalisation politique de la société civile […].

Ainsi, l’intelligibilité de la conjoncture, québécoise comme internationale, indispensable à la prise de décision éclairée, appelle le regard de la géographie. Car il s’agit de la discipline qui, avec toutes les autres, mais sans doute mieux que tout autre, peut contribuer à l’archéologie des savoirs du monde, tels qu’ils se manifestent dans les paysages […]. La géographie, en sachant y chercher plus profondément, sait en faire la synthèse, tout comme celle des dynamiques territoriales telles qu’elles s’expriment dans la transformation desdits paysages. Ce sont précisément ces dynamiques, s’articulant et s’exprimant tout à la fois à plusieurs échelles, qui doivent être prises en considération tant par le citoyen qui cherche à se faire une opinion que par le décideur public lorsque vient le moment d’aménager l’avenir d’un territoire.


Prenons le cas de l’île d’Anticosti. Comment se fait-il qu’alors que des décisions très lourdes pour l’avenir du Québec soient sur le point d’être prises au sujet de ce vaisseau amiral du golfe du Saint-Laurent, aucune étude véritablement approfondie de sa géographie, et non seulement de sa géologie, ne soit évoquée? L’apparente inexistence d’une telle ressource en dit long sur l’immense retard auquel est confronté le Québec sur ce plan et sur ce qu’il adviendra de ce retard si la demande sociale pour une meilleure intelligence des territoires du pays continue à être méprisée. Marginaliser plus encore la géographie dans l’univers scolaire, et donc social et politique, n’arrangera en rien les choses!

[…]. Faut-il ajouter que le mandat et la modernité de la géographie sont sans cesse renouvelés? En effet, l’interrogation du monde, c’est-à-dire son exploration, est une tâche permanente. L’urgence de la compréhension du monde, ce qui comprend son éloge et sa critique, n’a de cesse de nous interpeller […]. C’est ainsi que la géographie […] est partie prenante de l’analyse de l’évolution multimillénaire des climats et de l’utilisation du sol, ce qui comprend celle des forêts. Elle fait également la preuve […] de son immense profondeur historique, de sa symbiose avec l’évolution de l’anthroposphère et des enjeux qui la concernent, y compris ceux de la mondialisation, des flux et des réseaux, à toutes les échelles.

S’agissant de ces enjeux, il y a celui de l’ouverture du Québec sur le monde, dont l’une des principales manifestations repose dans l’accueil offert à ses représentants. À cet égard, quoi de plus vital que l’accueil éducatif? Celui-ci doit nécessairement s’appuyer sur la connaissance de l’histoire de la nation qui accueille, en l’occurrence le Québec, mais tout autant sur celle du territoire qui le définit et qui contribue à la définition de la citoyenneté! […] En choisissant de réduire l’éducation géographique de ses citoyens, l’État québécois ne nie-t-il pas sa propre définition, ne commet-il pas une erreur, ne renie-t-il pas sa propre parole?

*Pierre André, Nathalie Barrette, Yves Baudouin, Mario Bédard, Stéphane Bernard, Najat Bhiry, Jean-François Bissonnette, Étienne Boucher, Yves Brousseau, Chris Bryant, Thomas Buffin-Bélanger, Sébastien Caquard, François Cavayas, Marie-Soleil Cloutier, Claude Codjia, Claude Comtois, François Courchesne, Robert-André Daigneault, Steve Déry, Pierre Deslauriers, Caroline Desbiens, Guy Dorval, Mélanie Doyon, Daniel Fortier, Kathryn Furlong, Michelle Garneau, Daniel Germain, Nicole Gombay, Laurie Guimond, Thora Martina Herrmann, Bernard Hétu, Juan-Luis Klein, Sylvain Lefebvre, Frédéric Lasserre, Guillaume Marie, Claude Marois, Patricia Martin, Guy Mercier, Catherine Moore, Éric Mottet, Yann Roche, Jacques Schroeder, Pierre J.H. Richard, Manon Savard, Martin Simard, Marc St-Hilaire, Diane Saint-Laurent, Benoit St-Onge, Julie Talbot, Rémy Tremblay, Catherine Trudelle, Marie-Hélène Vandersmissen, Jean-Philippe Waaub.

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Depuis le coup d’Etat survenu le mois dernier à Kiev, les médias américains et européens dénoncent les informations qui émanent de la Russie et du reste du monde et concernant une implication fasciste au sein du nouveau régime ukrainien qui est soutenu par l’Occident.

Les médias ont attaqué ces comptes rendus comme étant « creux » (New York Times), « une idée folle », « Poutine joue la carte nazie » (Fox News) et « le mensonge suprême » (Le Monde). Une source inspirant une confiance totale, l’oligarque russe et criminel condamné, Mikhaïl Khodorkovsky, qui a harangué lundi à Kiev une foule droitière a résumé la ligne suivie par les médias à la botte de la grande entreprise. Il a caractérisé de « propagande mensongère russe » les articles relatifs à une influence fasciste exercée sur le nouveau régime.

Pour évaluer ce torrent d’apologétique profasciste, il convient de se rappeler ce que l’Union européenne elle-même avait dit il y a à peine deux ans au sujet de ses partenaires actuels à Kiev. A présent, le parti d’extrême-droite Svoboda détient des postes de ministres de haut rang (vice-premier ministre, ministre de l’Education, de l’Ecologie et de l’Agriculture) ainsi que des postes de conseillers au sein du régime qui jouit du soutien économique et militaire de l’UE et de Washington.

Svoboda avait été condamné dans une résolution officielle votée et adoptée par le parlement européen. Le document, intitulé « Parlement européen du 13 décembre 2012 sur la situation en Ukraine, » est disponible en ligne.

Au point 8 de la résolution, l’organe législatif se dit inquiété de « la montée du sentiment nationaliste en Ukraine, qui s’est traduit par le soutien apporté au parti Svoboda, lequel se trouve ainsi être l’un des deux nouveaux partis à faire son entrée à la Verkhovna Rada, » le parlement ukrainien.

En indiquant que « les opinions racistes, antisémites et xénophobes sont contraires aux valeurs et principes fondamentaux de l’Union européenne, » le parlement européen « invite [par conséquent] les partis démocratiques siégeant à la Verkhovna Rada à ne pas s’associer avec ce parti, ni à approuver ou former de coalition avec ce dernier. »

Cependant, lorsque les puissances impérialistes s’étaient engagées dans une cruciale opération de politique étrangère – la mise en place d’un régime pro-occidental à Kiev – elles ont aisément surmonté tout scrupule que les législateurs de l’UE auraient bien pu avoir au sujet du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie de Svoboda. Il incomba à des médias, une élite universitaire et culturelle corrompus de présenter la collaboration avec les fascistes qui s’ensuivit comme une lutte pour la démocratie, induisant en erreur l’opinion publique au moyen d’un mélange de silence complice et d’active falsification.

Article original, WSWS, paru le 12 mars 2014

Voir aussi:

Le danger fasciste en Ukraine

[7 mars 2014]

L’Ukraine et les intellectuels pro-impérialistes

[6 février 2014]

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L’Ukraine, les États-Unis et le droit international

mars 12th, 2014 by Joseph Kishore

Le projet d’un référendum de sécession dans la région ukrainienne de Crimée dimanche est le point sur lequel se concentrent les attaques de plus en plus fortes contre la Russie de la part du gouvernement Obama et de ses alliés européens. Des forces militaires supplémentaires sont envoyées dans la région et de nouvelles menaces de sanctions sont lancées.

Les États-Unis, lAllemagne et la Grande-Bretagne ont dénoncé ce référendum dans cette république autonome à majorité russophone comme étant une violation de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et une infraction au droit international. L’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a déclaré lundi que les Etats-Unis ne reconnaîtraient pas ce « prétendu référendum. » Il a lancé l’accusation que des « bandes de voyous pro-russes » patrouillent dans la région et qu’il y existe « une campagne active pour attiser les divisions en Ukraine. »

Les commentaires de Pyatt reprennent ceux d’Obama et de hauts responsables britanniques et allemands, qui ont déclaré que tout référendum violerait « la constitution ukrainienne et le droit international. » Après une réunion dimanche soir entre la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameron, un communiqué de Downing Street affirmait que le référendum envisagé « serait illégal et toute tentative de la Russie de légitimer ce résultat entraînerait de nouvelles conséquences. » Cameron avait un peu auparavant déclaré que les actions russes sont « une infraction flagrante au droit international. »

De tels commentaires hissent à de nouveaux sommets le niveau de mensonges et d’hypocrisie des puissances occidentales. Les gouvernements qui ressentent d’une manière ou d’une autre le besoin de mobiliser une base sociale plus large que l’appareil militaire et du renseignement et des intérêts financiers, se préoccupent de questions de cohérence interne. Ce n’est pas le cas avec les soi-disant partisans du droit international à Londres, Berlin et Washington.

Les États-Unis ont systématiquement violé la souveraineté nationale de l’Ukraine pour faire tomber de manière inconstitutionnelle un gouvernement élu et installer un régime d’extrême-droite qui compte des néo-nazis dont les hommes de main ont servi de troupes de choc lors du putsch du 22 février dernier.

C’est M. Pyatt, après tout, qui avait participé l’année dernière à un entretien téléphonique dévoilé avec la ministre déléguée aux affaires européennes et eurasiatiques, Victoria Nulland, au cours duquel ces deux responsables avaient discuté de la nécessité de « donner naissance » à un nouveau gouvernement venant du mouvement d’opposition en Ukraine. Il étaient d’accord pour dire que la personne qui a depuis été installée au poste de premier ministre, Arseniy Yatsenyuk, qu’ils appellent « Yats », avait « l’expérience politique » et « l’expérience du gouvernement » nécessaires pour diriger le pays comme une marionnette des Etats-Unis.

L’ensemble de cette opération de changement de régime a été mené illégalement. Les puissances américaines et européennes sont intervenues à coups de milliards de dollars en Ukraine pour financer les forces de l’opposition, alliées aux organisations fascistes comme le parti Svoboda et Secteur droit. Ce sont ces nationalistes ukrainiens qui ont mené « une campagne active pour attiser les divisions, » crachant leurs sales rumeurs antisémites et lançant des menaces ainsi que des attaques physiques contre les Ukrainiens russophones et d’autres minorités. L’une des premières actions du nouveau parlement a été d’éliminer les droits linguistiques des russophones.

Pyatt parle au nom d’un gouvernement qui a une longue et sordide histoire, qui remonte à plus d’un siècle, consistant à « attiser les divisions, » fomenter des luttes internes et intervenir pour faire tomber des gouvernements qu’ils considère comme mal disposés envers les intérêts mondiaux de l’élite patronale et financière américaine.

Il y a un peu plus de 110 ans, le président Théodore Roosevelt avait aidé à orchestrer la « révolution panaméenne » afin de s’emparer de territoires appartenant à la Colombie. Le gouvernement Roosevelt, en collaboration avec l’ingénieur français Philippe-Jean Baunau-Varilla, avait rédigé la constitution du nouveau pays et financé le nouveau gouvernement. Ce nouvel Etat était sous la menace d’un retrait du soutien militaire des Etats-Unis (et du retour des forces colombiennes) s’il hésitait à valider la construction du Canal de Panama et sa mise sous contrôle américain.

La séparation du Panama de la Colombie n’intervint que quelques années après que les États-Unis eurent pris les Philippines comme une partie du butin de la Guerre hispano-américaine, une acquisition qui fut suivie d’une guerre brutale contre les indigènes qui fit un million de morts parmi les civils. Un an après le Panama, Roosevelt promulguait son « corollaire » à la doctrine Monroe, étendant les revendications de Washington au contrôle de l’hémisphère occidental (« l’arrière-cour » des Etats-Unis) et établissant les principes de dizaines d’interventions militaires au cours du quart de siècle suivant.

Plus récemment, les États-Unis ont affirmé leur droit d’intervenir dans n’importe quel pays du monde pour défendre leurs intérêts. Ils ont officiellement adopté la politique des guerres préventives, en violation directe de la Charte des Nations unies et des autres interdictions internationales au lancement de guerres d’agression. Depuis la chute de l’Union soviétique, les Etats-Unis ont, dans les faits, déclaré que la souveraineté nationale, fondement des relations internationales, est révolue.

En Yougoslavie dans les années 1990, les États-Unis et l’Allemagne ont fait fi de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale et ont attisé les divisions ethniques et religieuses pour réduire ce pays en pièces, en commençant par la reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie par l’Allemagne en 1991. Durant l’hiver et le printemps 1999, les Etats-Unis et l’OTAN ont mené un assaut aérien de 78 jours contre la Serbie pour en retirer le Kosovo, qui a déclaré officiellement son indépendance en 2008, contre la volonté du gouvernement élu de Belgrade, et qui a été rapidement reconnue par Washington et les puissances européennes comme un Etat indépendant.

En 2011, les États-Unis et leurs alliés européens ont alimenté une guerre civile puis bombardé la Libye pour faire tomber Mouammar Kahdafi et y installer un régime à leur botte. Cette opération néo-coloniale fut présentée comme juste au nom de la « responsabilité de protéger », doctrine nouvellement proclamée et censée supplanter les considérations de souveraineté nationale. Obama avait admis à l’époque qu’il n’y avait aucune question d’autodéfense en jeu, unique motif admis en droit international pour lancer une attaque militaire, mais avait justifié la guerre au motif que « les intérêts et valeurs » américains étaient en jeu. Il avait par conséquent affirmé son droit arbitraire et illimité d’attaquer militairement n’importe quel pays ou population.

La même année, les États-Unis avaient encouragé la sécession du Sud-Soudan riche en pétrole pour saper l’influence chinoise en Afrique du Nord. Applaudissant le référendum sur cette indépendance, Obama avait déclaré que c’était là la preuve qu’« après l’obscurité de la guerre, la lumière d’une nouvelle aube est possible. » L’indépendance fut suivie non seulement de l’ouverture de l’industrie pétrolière, mais aussi de guerres frontalières pour s’emparer des régions riches en énergies.

On pourrait citer d’innombrables autres exemples de ce genre. Les Etats-Unis envahirent l’Irak en 2003 (sans même la couverture juridique d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies) en s’appuyant sur des mensonges à propos d’armes de destruction massive irakiennes. Ils appliquèrent ensuite la stratégie du « diviser pour mieux régner », en ravivant les divisions sectaires et en créant des conditions de guerre civile dans ce pays occupé. Joseph Biden, aujourd’hui vice-président et à l’époque sénateur, faisait la promotion d’un plan de division du pays en enclaves ethniques distinctes, projet qui a été, en grande partie, mis en pratique.

Washington a fomenté une guerre civile en Syrie, qui continue à faire rage. Il mène des attaques de drones au mépris évident de la souveraineté nationale (une politique que le rapporteur spécial des Nations unies a qualifiée d’infraction au droit international).

L’Ukraine représente la continuation de cette politique criminelle. Dans sa tentative de dominer le monde, l’impérialisme américain, avec ses homologues européens, entraîne l’humanité vers la catastrophe. Pour la population de l’Ukraine, et pas seulement de la Crimée, cela s’est manifesté par la montée de mouvements d’extrême-droite et fascistes, le regain des conflits ethniques empoisonnés, et la préparation de mesures d’austérité brutales dictées par les banques et le Fonds monétaire international.

Les actions téméraires de l’impérialisme en Ukraine et en Europe de l’Est risquent de déclencher un conflit entre les puissances occidentales et la Russie qui dispose de l‘arme nucléaire. Les conséquences en seraient incalculables.

La sécession de la Crimée et l’intervention russe en Ukraine, ne représentent nullement une solution à cette crise. Le régime de Poutine, représentant des oligarques corrompus, s’appuie sur la promotion du chauvinisme russe et sur des manœuvres militaires tout en cherchant à parvenir à un accord avec ses adversaires plus puissants que lui. Il est incapable de lancer un appel à la classe ouvrière que ce soit en Russie ou en Ukraine.

Contre une nouvelle division impérialiste de l’Europe de l’Est et la plongée vers une troisième guerre mondiale, la classe ouvrière doit avancer sa propre alternative : une lutte unie qui s’appuie sur un programme socialiste et internationaliste d’opposition à l’impérialisme, à la guerre et au système capitaliste.

Joseph Kishore

Article original, WSWS, publié le 11 mars 2014

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Mois de l’Histoire des Noirs. De l’esclavage aux réparations

mars 12th, 2014 by Mireille Fanon-Mendes-France

La Fondation Frantz Fanon a participé à la réunion “de l’esclavage aux réparations” dans le cadre du Black History Month, le 28 février 2014 à la salle Jean Dame à Paris.

Black History Month
De l’esclavage aux réparations
Paris, 28 février 2014
2014, treize ans après la loi du 21 mai 2001
La question des réparations, toujours d’actualité…

Mireille Fanon Mendès France
Fondation Frantz Fanon
Expert ONU, groupe de travail sur les personnes d’origine africaine

Revenir sur le rôle et l’enjeu des réparations liées à la mise en esclavage et à la traite négrière oblige à analyser quelques faits qui se sont produits depuis les trois dernières années et à revenir sur la loi du 21 mai 2001.

En date du 5 février 2013, la Cour de cassation a annulé l’arrêt prononcé par la chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Fort de France, en date du 30 juin 2011. Cet arrêt condamnait Huygues Despointes |1|, sur le fondement de la loi du 21 mai 2001, car il avait été établi qu’il avait commis le délit d’apologie de crime contre l’humanité. Il avait affirmé que « les historiens exagèrent un petit peu les problèmes. Ils parlent des mauvais côtés de l’esclavage, mais il y a les bons côtés aussi. C’est là où je ne suis pas d’accord avec eux ; il y a des colons qui étaient très humains avec leurs esclaves, qui les ont affranchis… » (…) quand je vois des familles métissées, enfin blancs et noirs, les enfants sortent de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Il y en a qui sortent avec des cheveux comme moi, il y en a d’autres qui sortent avec des cheveux crépus dans la même famille avec des couleurs de peau différentes, moi, je ne trouve pas ça bien. On a voulu préserver la race |2| ».

De droite à gauche Doudou Diène, rapporteur spécial à l’ONU, Louis-Georges Tin, CRAN, Mireille Fanon-Mendes France, Fondation Frantz Fanon

Cet arrêt a été cassé pour la bonne et simple raison que la cour d’appel n’avait pas pris à sa juste mesure le principe de la loi du 21 mai 2001 ; selon la cour de cassation « …si cette loi tend à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, une telle disposition législative ayant pour seul objet de reconnaître une infraction de cette nature ne saurait être revêtue de la portée normative attachée à la loi et caractériser l’un des éléments constitutifs du délit d’apologie ». En définitive, cette loi n’a aucune valeur normative.
Mais il n’en demeure pas moins que des propos racistes ont été prononcés ! Qu’en est-il alors de leur traitement par la justice et qu’en est-il de l’applicabilité des lois |3| ?

En l’état, se référer à la loi Gayssot ne sert malheureusement à rien, cette loi précise que l’infraction de négationisme ne peut s’appliquer que sur des crimes déjà été jugés. Ce qui est le cas pour les crimes contre l’humanité commis pendant la seconde guerre mondiale, mais pas en ce qui concerne le crime contre l’humanité de la traite négrière et de la mise en esclavage. Mais cet état de fait n’est pas spécifique à la France, il y a eu des plaintes pour mise en esclavage aux Etats-Unis, dont celle de Solomon Northup, alias Platt qui n’a jamais réussi à faire reconnaître ses 12 années de séquestration alors qu’il était un homme libre |4|.

En un mot, la loi du 21 mai 2001 n’est, pour l’heure, qu’une loi mémorielle mais aucunement une loi permettant d’agir juridiquement ainsi que cela avait été envisagé dans le projet initial puisqu’il y était proposé de donner « la possibilité aux associations de défense de la mémoire des esclaves de se constituer partie civile ».

Cet article a été retoqué par nombre de députés au prétexte qu’entre les crimes d’extermination commis pendant la seconde guerre mondiale et les crimes contre l’humanité que sont la traite négrière et la mise en esclavage -je cite ce que dit le rapport 1378 du 16 février 1999- « les enjeux sont d’une autre nature, tous les protagonistes directs ayant disparu, la négation des atrocités de l’esclavage n’a pas atteint la même ampleur que le révisionnisme nazi. Dès lors, dans le double souci de veiller à ce que les dispositions législatives soient adaptées à la réalité du risque et que soient préservés les espaces nécessaires à la liberté d’expression des chercheurs et des historiens dans les débats que susciteront leurs travaux sur cette période encore relativement mal connue, l’extension de la loi « Gayssot » ne semble pas le meilleur choix ».

Cette loi, malgré la portée symbolique forte qu’il faut lui reconnaître et tous les espoirs qu’elle a suscités, n’est qu’une loi d’affichage portant sur la reconnaissance. Reconnaissance ne veut pas dire accès à la justice mais peut être l’étape nécessaire pour parvenir ensuite à la justice.

C’est la grande différence entre les deux crimes contre l’humanité commis entre les 15ème et 19ème siècles et celui commis pendant le 20ème. Il ne semble pas utile de commenter les arguments mis en avant pour dénier à l’ensemble des peuples d’origines africaine, amérindienne, malgache ou indienne le droit à l’accès au droit. Ce que ces arguments révèlent c’est que, dans l’inconscient collectif des dominants, perdure ce qu’Achille Mbembe, dans Critique de la raison nègre |5|, appelle « la construction de l’incapacité juridique » avec pour conséquence « la perte du droit d’en appeler aux tribunaux (…) », mis en place dès le 17ème siècle et qui perdure encore, ce qu’avait déjà diagnostiqué Aimé Césaire pour qui « tous les hommes ont mêmes droits. [...] » mais que « du commun lot, il en est qui ont plus de pouvoirs que d’autres. Là est l’inégalité |6| ».

Ce qui s’est passé au moment de la libération des esclaves illustre parfaitement la construction de cette inégalité. Ainsi, une amnistie a été proclamée pour les esclaves « que l’horreur de la servitude a portés à s’enfuir |7| » et aux marrons à condition qu’ils acceptent de ne plus « occuper les terres qui ne leur appartiennent pas et de ne plus s’isoler d’une société qui ne voit plus dans tous ses membres que des frères égaux |8| ». Curieusement, il n’a pas été utile d’amnistier les esclavagistes qui avaient pratiqué les mutilations et les mises à mort. Ils étaient dans leur droit.

Presque deux siècles après l’abolition de l’esclavage, les stéréotypes négatifs ont la vie dure et n’ont pas permis de changer durablement le paradigme racial sur lequel s’est organisée et s’organise encore la vie de millions de personnes sur différents continents dont celui de l’Afrique à coup d’inégalités sociales, économiques, culturelles, environnementales politiques et y compris dans les relations internationales.

On pourrait objecter à l’argument concernant l’absence des protagonistes directs qui ont disparu qu’il est assez facile de retracer sur quoi s’est constituée la fortune de certaines familles, de certaines banques ou entreprises |9|. Il suffit d’ouvrir les archives et de les rendre accessibles comme cela fut le cas pour les Mau Mau.

Ainsi, c’est bien sur la base de documents disponibles qu’il a été possible de dégager un tableau très complet de ce qui s’est passé dans les cercles gouvernementaux et politiques à Londres et au Kenya durant la loi d’urgence |10|, ce qui a permis à un juge de la Haute Cour de Londres de déclarer, le 5 octobre 2012, qu’au regard des témoignages des victimes |11|
et à la lecture des archives un procès équitable restait possible. Il a eu lieu, suite à des négociations la communauté Mau Mau sera indemnisée des dommages causés par la répression colonialiste.

Il est plus que temps que les archives de tous les acteurs de la traite négrière et de la mise en esclavage soient mises à disposition tout aussi bien des historiens, des chercheurs que des organisations travaillant sur cette problématique afin qu’une autre histoire soit écrite, racontée et enseignée et qu’à la reconnaissance soit associée la justice.

Ce sera l’occasion de déconstruire les tentatives de réécriture de cette période terrible dont les Occidentaux ont été les principaux acteurs.

Force est de constater que l’argumentation mise en avant pour ne pas faire de la loi du 21 mai 2001 une loi d’application effective est lourde de sens et met toutes les personnes, qui se battent pour que soient reconnues et réparées la traite négrière et la mise en esclavage, dans l’obligation de démontrer qu’elles n’opèrent pas de hiérarchisation entre la traite négrière, la mise en esclavage et l’extermination à grande échelle de la seconde guerre mondiale. Force est de se demander si cette obligation ne repose pas sur la culpabilité européenne qui a été incapable de protéger des citoyens européens ; ce qu’Aimé Césaire, dans Discours sur le colonialisme |12|, a précisé « ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc (…) ».

On a retrouvé sous des formes ambigües ces mêmes difficultés, à Durban lors de la conférence contre le racisme en 2001. Si la mise en esclavage et la traite, dans la déclaration finale des États, sont qualifiées de “crime contre l’humanité”, sans que la déclaration appelle des excuses ou des réparations financières, ce que demandaient aussi bien les États africains, il n’a pas été tenu compte de ce que les ONG avaient souligné dans leur propre déclaration « l’esclavage, le commerce des esclaves, le colonialisme et l’occupation étrangère ont créé des injustices dont les conséquences continuent de se faire sentir jusqu’à aujourd’hui ». Elles reconnaissaient et voulaient que soit reconnu le droit des victimes à une réparation, peu importe la forme.

La loi du 21 mai 2001, quant à elle, se contentait de ne donner aux organisations oeuvrant sur la question de l’esclavage que la possibilité de « défendre la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants |13| » ! On est loin des objectifs du projet de loi qui a été bien édulcoré, plus que cela même, puisqu’après deux modifications successives, il n’est plus question que de « combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination(…) |14| sur la base de la loi de la liberté de la presse.

Ce que l’on doit aussi souligner c’est que cette même difficulté à traiter réellement pour ce qu’ils sont se retrouve aussi dans les instances internationales où la question des réparations n’est évoquée qu’à titre mémoriel, voire même pour sensibiliser les États sur l’esclavage moderne. Mais s’agit-il du même phénomène ?

En 2007, la Vice-Secrétaire générale de l’Organisation des Nations Unies, Asha-Rose Migiro, lors de la célébration du bicentenaire de l’abolition de la traite transatlantique des esclaves, exhortait les représentants des États en ces termes « il y a deux cents ans, des femmes et des hommes courageux se sont révoltés dans le monde entier pour la liberté. Aujourd’hui, nous devons imiter leur courage. Nous devons, ensemble, prendre des mesures pour mettre fin aux crimes qui privent d’innombrables victimes de leur liberté, de leur dignité et de leurs droits. Nous devons combattre l’impunité sans relâche. Nous devons mobiliser la volonté politique en faisant pression aux niveaux national et international (…) |15| ».

Rien sur ce crime contre l’humanité, pas un mot sur les horribles souffrances endurées par les femmes, les enfants et les hommes arrachés à leur terre, soumis au traitement le plus humiliant qui a permis aux capitalistes négriers de s’enrichir encore plus sur leur vie.

Il est intéressant de noter que, quelques mois après la loi du 21 mai 2001 statuant sur la reconnaissance de l’esclavage, une proposition de loi « visant à renforcer la lutte contre les différentes formes de l’esclavage moderne » a été déposée à l’initiative de l’actuel premier ministre |16|.

Il ne faut pas nier ce fléau mais on ne peut s’empêcher de penser à la mise en place d’une tentative d’effacement de la traite négrière et de la mise en esclavage qui a installé le monde occidental dans ce qu’Aimé Césaire identifie comme une « (…) sauvagerie hurlante |17| » dont les sociétés anciennement esclavagistes ou colonisatrices ont du mal à se départir.

Il est alors fort légitime, pour sortir de cette violence coloniale qui mine nombre de sociétés occidentales, de s’interroger sur le rôle des réparations, ce qu’elles portent en elles et les raisons de leur effacement par nombre de Blancs.
Les réparations renvoient à des questions interrogeant entre autres la perception racialisée d’une partie de population française. Les personnes d’origine africaine –cela est vrai sur l’ensemble des continents- sont victimes d’un manque de respect car identifiées selon l’idée qu’elles appartiendraient à une « race différente et forcément inférieure ». Cela fonctionne au plan individuel et indissociablement au plan institutionnel, via la mise en place de redistribution de ressources matérielles et symboliques selon les lignes raciales.

Dès lors, force est de reconnaître que les races, dans les sociétés contemporaines, sont réelles ; la catégorisation raciale existe et entraîne une stigmatisation, une domination et une perpétuation des inégalités sociales, économiques, culturelles et politiques en défaveur des minorités dites raciales, sans obérer le fait que s’installe entre les minorités racialisées la mise en place d’une différenciation fonctionnant sur les mêmes bases que le racisme dont elles sont victimes.

Cela force à penser la nature et les formes que doivent prendre des politiques de reconnaissance –au niveau aussi bien étatique que social- qui ne soient pas des politiques d’identité mais des politiques de parité.

La traite négrière, la mise en esclavage obligent aussi à s’interroger sur la légitimité des réparations. Pour certains, elles devraient être financières et individuelles, pour d’autres elles devaient être de nature politique et se traduire entre autres dans des relations internationales égalitaires entre les pays anciennement colonisés et colonisateurs.

 

Frantz Fanon, dans Peau noire et masque blanc |18| s’est interdit pour lui-même de se « (…) laisser engluer par les déterminations du passé. Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères ».

Les réparations individuelles permettraient-elles à la fois de reconnaître pleinement l’horreur de ce que furent la traite négrière et la mise en esclavage et le rétablissement d’un dialogue dans une société fragmentée par une histoire phantasmée ? On pourrait opérer une comparaison avec la mise en place de la taxe carbone qui ne résout en rien la question des carburants pour le transport et des énergies fossiles pour le chauffage. A bon compte, la commission européenne et les quelques États l’appliquant, se défaussent de la question essentielle du réchauffement climatique. Il s’agit comme souvent d’un arbre qui cache la forêt.

Attribuer des réparations individuelles ne permettra pas de résoudre la question fondamentale de sociétés fondées sur et par la colonialité du pouvoir dont le racisme biologique et la xénophobie d’État sont les piliers essentiels.

Pour rompre avec la colonialité du pouvoir, il faut entre autres construire les conditions d’une authentique communication, « s’écarter des voix inhumaines qui furent celles des « ancêtres respectifs. Avant de s’engager dans la voix positive, il y pour la liberté un effort de désaliénation |19| » ce qui pourrait permettre de dépasser la société post esclavagiste.

Frantz Fanon qui visait l’émancipation des hommes afin qu’ils arrivent « par une tension permanente de leur liberté » à « créer les conditions d’existence d’un monde humain ».

C’est bien parce qu’il avait cet enjeu pour ligne de conduite, aussi bien comme médecin que comme homme engagé, qu’il ne pouvait être pour des réparations individuelles qui ne permettent pas de transcender une situation qui ramène sans cesse à ce qu’il peut y avoir de plus horrible et d’impardonnable dans l’homme qui domine et écrase.

Quelques années plus tard, dans Les damnés de la terre, il reviendra sur la question des réparations, non plus sur leur aspect individuel mais si ce qu’elles portent de collectif et de changement dans l’étroite interrelation entre le colonisé et le colonisateur. Elles doivent être « la consécration d’une double prise de conscience, prise de conscience par les colonisés que cela leur est dû et par les puissances capitalistes qu’effectivement elles doivent payer ».

Les puissances capitalistes doivent payer sous différentes formes, entre autres en assurant la réalisation du droit au développement, tel que défini par la Déclaration sur le droit au développement de 1986 |20|. Il prône un modèle de développement fondé sur un système économique, commercial et financier alternatif garantissant une plus grande équité au niveau international. Il est évident que, dans ce cas de figure, le droit au développement devient un droit fondamental du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ; il s’ensuit que les gouvernements, les composantes de la société internationale -institutions financières internationales et autres- de même que les individus et groupe d’individus, ont obligation de soutenir les politiques qui favorisent le développement. Dès lors, les droits énoncés dans la Déclaration de 1986 ne peuvent être ni aliénés ni amputés ni supplantés. Au niveau des relations internationales, cela a pour conséquence d’appliquer un des éléments fondateur de la Charte des Nations unies qu’est le principe de non-discrimination entre nations grandes ou petites, avec son corollaire l’égalité.

Cela suppose de la part des pays anciennement colonisés de ne pas accepter la charité ou la mise en place d’accords bilatéraux qui visent à les maintenir dans un état de soumission et à remettre, par exemple l’ensemble de leurs ressources naturelles entre les mains de transnationales sans aucune redistribution pour les peuples. Cela suppose qu’ils assument entièrement leur souveraineté et qu’ils mettent en place des politiques de développement national appropriées à leur spécificité afin d’améliorer les conditions d’existence de l’ensemble des populations et de chacun des individus.

Ainsi, on peut se demander si les pays anciennement colonisateurs ou esclavagistes ont fait ce qu’il fallait pour que, par exemple l’argent de la dette illégale imposée par la France à Haïti lui soit restitué ou que l’or haïtien volé et détenu dans les banques américaines soit renvoyé en Haïti ; tout comme on peut se demander si les Etats anciennement esclavagistes ont fait ce qu’il fallait à l’égard des esclaves nouvellement libérés en ce qui concerne les terres qui leur avaient été volées |21| au moment de leur mise en esclavage ?

C’est dans cette voie que s’inscrit la Fondation Frantz Fanon, travailler avec les descendants de la traite négrière, de la mise en esclavage et les anciens colonisés sur la nature et la forme que devraient prendre les réparations de façon à construire une transition qui devrait déboucher sur une reconnaissance mutuelle qui refuserait au mot “race” toute valeur et toute force organisatrice. Pour ce faire, un des enjeux est d’« explorer les conditions de la décolonialité » pour ne travailler que sur la transformation des conditions structurelles de la domination afin de parvenir à une société où il n’y a plus aucun intérêt à penser l’autre à partir de son origine -quelle qu’elle soit- ou de sa religion mais où tout le monde est égal et différent pour agir ensemble politiquement.

Une question demeure : tel que positionné par les tenants de la domination, le crime contre l’humanité -qu’ont été la traite négrière, la mise en esclavage et le colonialisme-, a–t-il produit des effets positifs aussi bien pour l’ensemble des personnes d’origine africaine issues de cette histoire que pour les descendants de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, en ont bénéficié ?

Mireille Fanon-Mendes-France

 

Mireille Fanon Mendès-France (fille de Frantz Fanon) et présidente de la fondation F. Fanon, France

Notes

|1| Arrivée en Martinique au XVIIe siècle, la dynastie des Huyghues Despointes a ses racines dans le nord de la France. A partir de Case-Pilote, cette famille d’origine protestante va connaître une expansion financière prodigieuse au XIXe siècle grâce à l’industrie sucrière. Au XXe siècle, à la suite de mauvaises fortunes, les descendants devront ferrailler pour réussir. La réussite la plus éclatante est celle d’Alain Huyghues Despointes, qui, à partir d’une usine de production de glaces, a bâti un groupe agroalimentaire. http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-10-familles-les-plus-entreprenantes-de-la-martinique_1370350.html#K1p5I5FrssixpMRE.99

|2| Propos diffusés le 6 février 2009 au cours du magazine « spécial Investigation » sur Canal Plus Antilles et sur le site internet Megavideo.com

|3| loi 2003-88 du 3 février 2003 et la loi 2004-204 du 9 mars 2004 ; art 23, 24 alinéa 6 et 7, ou art 42 de la loi du 29 juillet 1881

|4| Twelve years slave, film de Steve Mac Queen, USA 2013

|5| Critique de la raison nègre, Achille Mbembe, La Découverte, octobre 2013

|6| Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire, Présence africaine, 1955 et 2004

|7| Rapport 1297, tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale, Christiane Taubira-Delanon, 10 février 1999

|8| Voir note 7

|9| Capitalisme et Esclavage, Eric Williams, Chapitre 3 : « L’industrie britannique et le commerce triangulaire », pp. 73-114, Présence africaine, 1968

|10| De 1950 à 1962

|11| un groupe de cinq anciens MauMau (The Kenya Land and Freedom Army) lançait une procédure judiciaire contre le gouvernement britannique pour obtenir réparation pour des actes de torture commis avant l’indépendance du Kenya, en particulier lors de la répression de la révolte Maumau entre 1952 et 1960

|12| Voir note 6

|13| Article 5 de la version initiale de la loi citée en référence

|14| Loi 1881-07-29 art. 24, art. 32, art. 33

|15| Déclaration prononcée ce jour, le 26 mars 2007, à l’Assemblée générale,http://www.un.org/News/fr-press/docs/2007/DSGSM309.doc.htm

|16| Proposition de loi 3522, Assemblée nationale, 8 février 2002

|17| Note 6

|18| Editions Maspero, 1952, La découverte, Œuvres, 2011

|19| Voir note 18

|20| adoptée par l’Assemblée générale dans sa résolution 41/128, en date du 4 décembre 1986

|21| Aussi bien en Amérique latine que dans les Caraïbes, qu’à la Réunion,

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Cette fois il n’y a pas de doute : Monstrueuse et horrible, la menace fasciste est de retour, sans que notre Europe se scandalise outre mesure. La preuve ? Des nazis purs sangs, qui se revendiquent du IIIème Reich et de ses divisions SS et devant lesquels les brutes de l’Aube Dorée grecque font presque figure d’enfants de chœur, occupent des postes parmi les plus névralgiques (ordre public, défense, justice) dans le gouvernement intérimaire ukrainien ! Et en plus, leur présence dans ce gouvernement ne choque point ni nos médias qui se hâtent de les baptiser… « nationalistes » ni nos chers dirigeants européens de tout poil (sociaux-démocrates inclus) qui s’empressent de les reconnaitre comme partenaires tout a fait fréquentables.

En somme, c’est comme si le procès de Nuremberg n’avait jamais existé ! Mais, ce n’est pas tout. Le pire est que les acolytes de ces revenants d’un monde qu’on croyait –à tort- disparu a jamais, se comptent désormais par milliers, se baladent armés jusqu’aux dents dans les rues de Kiev et de Lviv et surtout, sont en train de gagner la confiance d’un très grand nombre de leurs compatriotes. Car paradoxe ou pas, c’est malheureusement un fait que cette révolte authentiquement populaire qui vient de balayer le régime de Yanoucovitch, comprend parmi ses dirigeants les nostalgiques de la collaboration banderiste de Svoboda et –surtout- les néonazis en plein ascension de Praviy Sektor.

Alors, si ces Svoboda et Praviy Sektor font partie du gouvernement ukrainien sans que nos dirigeants européens et nord-américains – comme d’ailleurs nos grands médias et autres institutions internationales – s’en émeuvent trop, ne soyons pas surpris si tout ce beau monde néolibéral accepte demain sans broncher la présence d’un parti comme l’Aube Dorée dans un futur gouvernement grec. Si Dmytro Yarosh, chef de Praviy Sektor, devient le second de Andriy Parubi (d’ailleurs, lui-même fondateur du parti national-socialiste d’Ukraine) a la tête du Conseil de Sécurité Ukrainien, alors pourquoi pas demain le führer de l’Aube Dorée N. Mihaloliakos a la tête du ministère de la défense ou de l’ordre public grec ? Voila donc une raison de plus qui nous fait considérer ce qui se passe actuellement en Ukraine comme un véritable tournant dans l’histoire européenne d’après guerre, un immense saut qualitatif de la menace néofasciste qui pèse désormais sur nous tous.

Mais, il ne s’agit pas seulement de ça. Indépendamment de la tournure que vont prendre les événements qui voient s’ affronter sur le sol ukrainien non seulement la Russie et l’Ukraine (tout autant réactionnaires et inféodées aux oligarques) mais aussi les grandes puissances impérialistes de notre temps, tout indique que les néonazis ukrainiens, déjà puissants, seront les seuls à profiter des ravages que ne manqueront de provoquer tant les politiques d’austérité du FMI que les vents guerriers et nationalistes qui balaient la région. Les conséquences sont tout à fait prévisibles : Les néonazis ukrainiens en armes seront vraisemblablement en mesure d’étendre leur influence bien plus loin que l’est européen et de gangrener l’ensemble de notre continent ! Comment ? Tout d’abord, en imposant, à l’intérieur du camp de l’extrême droite européenne en pleine ascension, des rapports de force favorables au néonazisme militant. Ensuite, en servant comme modèle à exporter au moins dans les pays avoisinants (Grèce inclue) déjà frappées de plein fouet par les politiques d’austérité et déjà contaminées par les virus racistes, homophobes, antisémites et néofascistes. Et évidemment, sans oublier « l’argument » de taille que constituent les milliers et milliers d’armes -lourdes inclues- en leur possession qui d’ailleurs ne manqueront de se faire exporter. La conclusion crève les yeux : C’est l’ensemble du paysage, des équilibres et des rapports de force politiques en l’Europe qui seront immanquablement transformés, aux dépens de syndicats ouvriers, des organisations de gauche et des mouvements sociaux. En mots simple, il y a déjà de quoi faire des cauchemars…

Alors, que faut-il de plus pour que la gauche européenne sorte de sa torpeur actuelle, sonne l’alarme, se mobilise d’urgence et prenne le plus vite possible la seule initiative capable de contenir le tsunami fasciste et fascistoïde qui s’approche : une initiative qui ne peut que viser la création d’un mouvement antifasciste européen, unitaire, démocratique, radical, de longue durée et de masse, qui combine la lutte contre les politiques néolibérales d’austérité draconienne avec la lutte contre la peste brune partout où elle se manifeste. L’heure n’est plus ni aux tergiversations, ni a l’illusion que tout ça se déroule loin de chez nous, ni a l’alibi du train-train antifasciste qui consiste à lutter dans son quartier ou même dans son pays, en s’en foutant éperdument de ce qui se passe de l’autre cote de la frontière. D’abord, parce que même avant l’alarme néonazi ukrainien, la situation en Europe occidentale était –et reste- plus qu’alarmante justifiant pleinement la mobilisation générale contre la montée impétueuse de l’extrême droite. Et ensuite, parce que si nécessaires qu’elles soient, les luttes et les campagnes antifascistes nationales ou régionales ne suffisent plus, ne sont pas a la hauteur des circonstances actuelles tout a fait exceptionnelles et historiques.

En d’autres mots, antifascistes d’Europe, réveillez-vous car il est déjà minuit moins cinq et l’histoire tend à se répéter aussi tragique que par le passé…

Yorgos Mitralias

Yorgos Mitralias est membre du comité grec de l’initiative du Manifeste Antifasciste Européen (www.antifascismeuropa-ellada.gr)

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C’est devenu un rituel qui fonctionne à chaque fois : lorsque Washington tente de changer un régime, de mystérieux snipers font leur apparition qui tuent à la fois des forces gouvernementales et des manifestants de son opposition. Puis ils disparaissent et ne sont en principe jamais retrouvés. C’est le cas aujourd’hui en Syrie, en Ukraine et au Venezuela. En Syrie, les événements de Deraa ont dressé, durant une année, une partie de la population contre son gouvernement. Au Venezuela, les légistes ont prouvé que les tireurs étaient les mêmes des deux côtés et la contestation s’essouffle. En Ukraine, des interceptions téléphoniques et les réactions qu’elles suscitent ne laissent guère de doutes, observe Wayne Madsen. (Réseau Voltaire)


Après la révélation au grand public des conversations téléphoniques interceptées, le voile est levé sur les desseins secrets pour l’Ukraine des deux va-t-en guerre de la gent féminine qui servent de figures de proue à la politique étrangère de l’Occident : Victoria Nuland, secrétaire d’État adjointe des USA, déléguée aux Affaires européennes et eurasiennes, et Catherine Ashton, Représentante officielle de l’Union européenne et autrefois propagandiste de premier plan de la Campagne pour le Désarmement nucléaire menée en Grande-Bretagne. Catherine Ashton, dont la conversation téléphonique avec Urmas Paet, le ministre estonien des Affaires étrangères, fut la seconde à être divulguée, détient depuis le premier décembre 2009 le titre ronflant de Haut-Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l’Union européenne, et, depuis 1999, date de son accession à la chambre des Lords, le dérisoire et très féodal titre de baronne Ashton de Upholland.

Ceux qui soutiennent Catherine Ashton surestiment ses mérites. On peut la voir dans l’exercice de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, dans une vidéo filmée au siège de l’UE à Bruxelles, complètement affolée : ni elle, ni Robert Cooper, son envoyé britannique dans les Balkans, n’avaient la moindre idée de ce à quoi pouvait ressembler Tomislav Nikolic le président de la Serbie, quelques minutes à peine avant de l’accueillir à la cérémonie de bienvenue organisée à son intention. Catherine Ashton est mariée à Peter Kellner, un ancien journaliste britannique. Peter Kellner appartient au cercle des dirigeants de l’institut de sondages YouGov. Cette société ne vit pas seulement des sondages politiques et électoraux, elle tient en haleine les médias de l’info-spectacle avec des enquêtes d’opinion visant à pronostiquer lequel des favoris deviendra la nouvelle idole à chaque étape des concours que proposent des programmes TV aussi ineptes que Pop Idol et X-Factor.

Dans son entretien téléphonique du 26 février avec la baronne Ashton, le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet, lui révèle que, selon une source crédible, les manifestants et les policiers ukrainiens ont été tués par les mêmes tireurs embusqués [1]. Paet était présent à Kiev le 25 février, durant les violents affrontements qui ont opposé les manifestants aux policiers sur l’EuroMaidan. Il est maintenant flagrant que les violences ont été attisées par des tireurs embusqués et d’autres provocateurs, y compris des bandes de néonazis et des mercenaires étrangers, commandités par l’opposition politique Ukrainienne .

Au cours de la discussion, Paet révèle à Ashton qu’un médecin ukrainien, le docteur Olga Bogomolets, une figure importante de la société civile, l’a convaincu, lors de sa visite à Kiev, que les balles qui se sont abattues sur les manifestants et les policiers provenaient des mêmes armes, et que l’opposition couvrait les meurtriers. Le docteur Bogomolets ne fait pas partie de la cour de Ianoukovytch, le président en exil. Elle était le médecin personnel de Victor Iouchenko, le président installé par la « révolution orange ». Elle a perçu des subsides de Radio-Liberté que financent Georges Soros et la CIA .Elle a par ailleurs encouragé ses étudiants en médecine à participer aux manifestations de l’EuroMaidan à Kiev. Bogomolets a convaincu Paet que les balles qui ont frappé indistinctement les manifestants et les policiers avaient été tirées par les mêmes armes à feu, et que l’opposition était derrière les attaques. On relèvera avec intérêt que Bogomolets a déclaré avoir décliné l’offre —des dirigeants de l’opposition— de participer au nouveau gouvernement comme ministre déléguée auprès du Premier ministre pour les Affaires humanitaires.

Si l’on en croit l’appel téléphonique enregistré, dit-on, par des agents des services de sécurité ukrainiens (SB) restés fidèles à Ianoukovytch, Ashton feint d’être ébahie lorsque Paet lui annonce que, selon toute vraisemblance, l’opposition ukrainienne a massacré plus de soixante-dix de ses propres partisans, auxquels il faut encore ajouter les policiers. La série d’attaques des tireurs embusqués n’est rien d’autre qu’une opération sous faux drapeau, pilotée par l’opposition et ses soutiens de l’Occident, destinée à susciter la sympathie et le soutien de l’opinion publique.

Paet : « Toutes les preuves montrent que les personnes des deux camps abattues par les tireurs embusqués, les policiers et les gens qui étaient là dans la rue, c’étaient les mêmes tireurs embusqués qui les tuaient, dans les deux camps… Elle m’a aussi montré des photos. Elle m’a dit qu’en sa qualité de médecin, elle pouvait dire que c’était la même signature, le même type de balles… et il est très inquiétant que, maintenant, ceux de la nouvelle coalition, ils ne veulent pas enquêter sur ce qui s’est passé exactement. Donc, à présent, il est de plus en plus évident pour tout le monde que ce n’est pas Ianoukovytch qui était derrière les tireurs embusqués sur les toits, c’était quelqu’un de la nouvelle coalition.  »

Ashton : « Je pense que nous avons effectivement besoin d’enquêter. Je veux dire… Je n’ai pas eu vent de cette histoire. C’est intéressant ; çà alors ! … »

Paet : « C’était donc très préoccupant de voir tout ça circuler et prendre de l’ampleur. Cela discrédite déjà la nouvelle Coalition.  »

Répondant à Paet, Ashton s’emploie ensuite à jeter le doute sur les informations que Bogomolets et lui ont collectées, qui montrent que l’opposition était derrière le mitraillage des manifestants et des policiers. Ashton défend les parlementaires de l’opposition engagés dans le mouvement de protestation, contre les médecins, et déclare, en parlant des dirigeants de la contestation : « Ils doivent s’occuper de cela aussi mais leur tâche est d’exiger la mise en œuvre de changements profonds et de faire fonctionner le parlement [Rada]. Si le parlement ne fonctionne pas, c’est le chaos total qui vous attend. Donc, on peut penser qu’un manifestant, qu’un médecin, c’est quelqu’un qui compte, qui compte beaucoup, mais ce ne sont pas des responsables politiques, et, d’une façon ou d’une autre, ces gens vont devoir s’accommoder de la situation durant les prochaines semaines. »

En substance, Ashton dit à Paet que Bogomolets, comme militante et comme médecin, n’a pas à se mêler de critiquer les décisions politiques machiavéliques de l’opposition parlementaire ukrainienne que pilote le trio Vitali Klitschko – Arsenly Yatsenyuk – Oleh Tyahnybok (le boxeur, le vétéran de la Banque mondiale, et le chef des néonazis du parti Svoboda). En d’autres termes, Ashton sous-entend qu’un boxeur, un technocrate de la Banque mondiale et une brute nazie sont davantage qualifiés pour se prononcer sur l’avenir de l’Ukraine qu’une femme soucieuse de faire la lumière sur le rôle de l’opposition dans le massacre des manifestants de son propre camp, utilisés comme de la chair à canon, doublé du massacre des policiers qui s’efforçaient de restaurer l’ordre public.

Aussitôt que cette conversation entre Ashton et Paet a été révélée au grand jour, les grands médias qui contrôlent l’information en Occident ont émis des doutes sur son authenticité. Ils ont dégainé et agité dans tous les sens leurs sarcasmes et leurs slogans anticonspirationnistes habituels. Toutefois, les services du ministre estonien des Affaires étrangères ont confirmé l’authenticité de l’enregistrement dans un communiqué à la presse indiquant que : « La conversation entre le ministre des Affaires étrangères, Urmas Paet, et la responsable des Affaires étrangères de l’Union européenne, Catherine Ashton, mise en ligne ce jour sur internet, est authentique. Il s’agit d’un échange téléphonique. Ces paroles ont été échangées par Urmas Paet et Catherine Ashton le 26 février, à l’issue du déplacement en Ukraine du ministre estonien des Affaires étrangères, immédiatement après l’interruption des violences. Le ministre des Affaires étrangères, Urmas Paet, rapporte les commentaires qu’il a faits sur les réunions du jour précédent et exprime ses préoccupations à propos de la situation en cours. Monsieur Paet a confié qu’il estimait “tout à fait regrettable qu’une telle interception [de son entretien téléphonique] ait pu advenir” ». Il est manifeste, depuis le début, que les évènements survenus en Ukraine ont été planifiés par des provocateurs, des agitateurs, des experts en « révolutions colorées », sortis des tiroirs du département d’État US, de la CIA, du MI6 britannique et de l’Union européenne. Le plan de route de Catherine Ashton vient compléter celui de Victoria Nuland, éventé lui aussi malencontreusement par une autre écoute téléphonique en janvier dernier [2]. L’échange téléphonique entre Geoffrey Pyatt, l’ambassadeur des États Unis en Ukraine, et Victoria Nuland, a révélé que l’administration Obama était déjà en train de sélectionner les récipiendaires des portefeuilles du futur gouvernement ukrainien alors même que Catherine Ashton et Jeffrey Feltman, son duplicata idéologique, sous-secrétaire général de la Commission des Affaires étrangères de l’ONU, faisaient mine de s’intéresser à la recherche d’une solution négociée à la crise, avec Ianoukovytch, le président élu démocratiquement. Nuland, qui exprimait son soutien à l’accession de Iatsenyouk à la tête de l’État ukrainien, avait manifesté tout l’intérêt qu’elle porte à la coopération avec ses homologues européens en se fendant d’un « Que l’Union européenne aille se faire enculer ! « Elle venait de dire à Pyatt que les États Unis réaliseraient leurs objectifs politiques avec le soutien préalablement négocié et réglé de la délégation de l’ONU. Feltman, qui conduisait cette délégation, emmenait dans son sillage son patron, le secrétaire général Ban Ki-moon, connu des journalistes de son pays comme « l’insaisissable anguille », un souvenir évocateur du temps de ses anciennes fonctions de ministre des Affaires étrangères de la Corée du Sud, et le diplomate Robert Serry, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU en Ukraine. Dans la même conversation, Victoria Nuland exprime aussi sa grande confiance en Robert Serry, l’ancien ambassadeur du Danemark en Ukraine, né à Calcutta, avec un nom plutôt inhabituel pour un Danois. Lorsqu’il exerçait en tant que coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Serry avait déploré les attitudes partiales et discriminatoires envers Israël dans l’enceinte des Nations unies. Pareil langage ne pouvait manquer de lui gagner les faveurs de Nuland et Feltman, tous deux étant connus pour leur double allégeance, plaçant les intérêts d’Israël sur le même plan que ceux des États-Unis.

Il est clair que ni l’échange téléphonique de Catherine Ashton, ni celui de Victoria Nuland, ne devaient parvenir jusqu’aux oreilles des masses. Pourtant, ne leur en déplaise, grâce à des agents des services de sécurité ukrainiens loyaux et compétents, le monde entier n’ignore plus rien de la perfidie de ces deux femmes badinant plaisamment sur la voie la plus sûre pour précipiter l’Europe —voire le reste de la planète— dans un embrasement épouvantable.

Wayne Madsen

Article original en anglais : Phone Wrecks: The Secret Agenda of Ashton and Nuland Revealed, strategic-culture.org, le 7 mars 2014.

Traduction : Gérard Jeannesson, voltairenet.org

 

[1] « La propagande anti-ukrainienne et les mystérieux snipers », Réseau Voltaire, 6 mars 2014.

[2] « Conversation entre l’assistante du secrétaire d’État et l’ambassadeur US en Ukraine », Oriental Review/Réseau Voltaire, 7 février 2014.

Wayne MadsenWayne Madson : Ancien contractant de la National Security Agency (NSA), devenu journaliste spécialisé sur le renseignement électronique, puis sur le renseignement en général. Il a notamment été chef de rubrique de la revue française Intelligence Onlinejusqu’à son rachat par Le Monde. Il publie le Wayne Madsen Report et intervient régulièrement sur la chaîne satellitaire Russia Today.

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La CIA espionne le sénat américain

mars 12th, 2014 by Tom Carter

Au cours des derniers jours, il a été révélé que l’Agence centrale de renseignement (Central Intelligence Agency ou CIA) a espionné illégalement le Comité du Sénat américain sur les renseignements (US Senate Intelligence Committee), qui constitue le corps législatif qui a justement le mandat de superviser et de réguler la CIA. Ces opérations de la CIA sont en flagrante violation de la loi et de la séparation des pouvoirs inscrites dans la constitution américaine.

Les révolutionnaires qui ont créé le système américain de gouvernement avaient, à la base de leurs conceptions, la conviction que le gouvernement, s’il n’est pas contrebalancé par un système de poids et contrepoids, se dirige naturellement vers la tyrannie. Pour combattre cette tendance, les pères fondateurs ont conçu un système dans lequel le pouvoir de l’état est divisé en différentes branches de gouvernement. Les branches séparées, sous un système de «poids et contrepoids», servaient à limiter le pouvoir des autres branches. La surveillance législative des agences fédérales, incluant les agences de renseignements, est le résultat historique de cette conception.

Les révélations sur l’espionnage par la CIA du Congrès soulignent le fait que les États-Unis sont dirigés par un appareil non élu et non redevable des renseignements et de l’armée. C’est cet appareil, travaillant de concert avec l’élite économique et financière, qui dicte la politique officielle à Washington, peu importe quel parti politique est au pouvoir.

Le point de vue de ceux qui dirigent cet appareil relève de l’impunité complète et du mépris pour les principes démocratiques de base. Dans les activités quotidiennes des agences de renseignements—l’espionnage, la conspiration, l’infiltration, la subversion, la torture, l’assassinat—les limites imposées par la Constitution, la Déclaration des droits et les lois actuelles sont vues simplement comme des obstacles qui doivent être contournées ou renversées. Ce mépris pour les droits démocratiques va de pair avec un système politique qui, dans son ensemble, met de l’avant une politique étrangère et intérieure réactionnaire dans le dos d’une population qui s’oppose à ces politiques.

Le scandale d’espionnage de la CIA trouve ses origines dans une enquête du Sénat sur les opérations de la CIA : les enlèvements («déportations»), les prisons secrètes («sites noirs») et la torture. Cette enquête date de la période qui a suivi le 11 septembre 2001. Il va sans dire que ces opérations de la CIA étaient et demeurent complètement illégales, violant autant la loi américaine que la loi internationale.

Jusqu’à maintenant, sous le slogan de l’administration Obama «Regarder devant et pas derrière», pas un seul individu n’a été poursuivi au criminel ou tenu responsable d’une quelconque façon. Plutôt, l’administration Obama a menacé de poursuivre (et a en fait poursuivi) toute personne de l’agence qui dévoile publiquement les opérations de celle-ci. Le Comité du Sénat sur les renseignements a produit, mais pas divulgué publiquement, un rapport de 6 300 pages qui détaille ces crimes.

La CIA a menti au Comité du Sénat sur les renseignements dans le but de couvrir ses opérations. L’année dernière, en septembre, le directeur de la CIA, John Brennan, sélectionné par le président Obama, a produit une réponse de 122 pages avec comme objectif de réfuter le contenu du rapport du Comité. Cette réponse a été plus tard démasquée comme une fraude lorsque le Comité du Sénat a obtenu un document qui passait en revue les opérations de la CIA et qui avait été préparé pour le prédécesseur de Brennan, Leon Panetta.

Tandis que la CIA a permis au Comité du Sénat sur les renseignements un accès limité à certains documents (elle demandait aux membres du comité de se rendre dans un établissement spécialement conçu dans ce but par la CIA), elle a tenté de cacher le document de Panetta à l’enquête. Le sénateur Mark Udall, un membre du comité, a dit que le document de Panetta «confirmait le rapport du Comité [du Sénat] sur les renseignements» et «entrait en conflit avec la réponse officielle de la CIA au rapport du comité».

Finalement, après avoir commis ces crimes et après avoir tenté de les dissimuler par le mensonge, la CIA s’est vengée contre les membres du Comité du Sénat sur les renseignements qui ont vu le document de Panetta en espionnant sur eux et en surveillant leurs ordinateurs.

Les révélations d’espionnage par l’exécutif sur le Congrès rappellent le scandale du Watergate de 1972-1974, qui comprenait les tentatives illégales de l’administration Nixon d’espionner et de discréditer ses opposants politiques. Après ce scandale, pas moins de 43 personnes ont été poursuivies, jugées et emprisonnées, tandis que Nixon fut forcé de démissionner avant une destitution par le Congrès quasi certaine.

Quarante années plus tard, l’exposition d’opérations criminelles de la part de l’exécutif a reçu une réponse très différente. Les médias ont été indifférents et l’épisode n’a généré jusqu’à maintenant aucune réponse significative de la part de l’establishment politique.

Le Comité du Sénat sur les renseignements a référé les actions de la CIA au Département de la justice pour une possible poursuite criminelle. La CIA a répondu de façon provocatrice en demandant au Département de la justice de poursuivre plutôt les membres du Sénat pour avoir prétendument obtenu un «accès non autorisé» au matériel «classifié».

Au cours des dernières semaines, l’establishment politique américain a appuyé un coup armé en Ukraine par une coalition de forces d’extrême droite et fascistes, amenant dangereusement le monde au bord d’un conflit nucléaire entre les États-Unis et la Russie. L’un des partis appuyés par les États-Unis, Svoboda, a appelé à l’exécution sommaire de tous les «intellectuels russophones» et de tous les «membres des partis politiques anti-ukrainiens» tout en dénonçant publiquement les Juifs comme des ennemis du peuple ukrainien. Un gouvernement qui forge de telles alliances est parfaitement capable de développer des forces similaires dans son propre pays.

Le «complexe militaro-industriel» contre lequel Eisenhower avait mis en garde en 1961 a massivement augmenté en taille et en puissance. En termes de chiffres, de ressources, de richesse, de réseautage et d’influence, le complexe militaro-industriel-économique-financier du 21e siècle éclipse tout ce qu’Eisenhower aurait pu imaginer. Le Congrès est servile et impotent devant cela et le président fonctionne largement comme son représentant en relations publiques.

Le niveau sans précédent d’inégalité sociale dans le pays et les conditions sociales explosives qu’elles produisent sont un facteur majeur dans la politique étrangère toujours plus dangereuse et agressive des États-Unis. Derrière les interventions militaires répétées se trouve la tentative de canaliser l’opposition sociale et politique vers l’extérieur du pays. Au même moment, la montée d’une oligarchie incroyablement riche à un extrême de la société et l’accumulation de la misère et de la pauvreté à l’autre extrême sont incompatibles avec des formes de gouvernement démocratique.

La classe dirigeante américaine est d’abord et avant tout terrifiée devant la possibilité qu’un mouvement se développe dans la classe ouvrière contre le capitalisme. La liste croissante de mesures de type état policier—l’espionnage par la NSA, les assassinats par drone, l’emprisonnement sans procès, les enlèvements—sont dirigés contre l’opposition populaire.

Récemment, le juge de la Cour suprême américaine, Antonin Scalia, a déclaré publiquement à Hawaï que «vous vous trompez si vous pensez» qu’il n’y aura pas d’emprisonnement de masse aux États-Unis semblable à l’emprisonnement des Japonais-Américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Des listes «classifiées» d’ «ennemis de l’État» ont sans doute déjà été faites. Tandis que les fonctionnaires politiques américains lancent des phrases vides sur la «liberté et la démocratie», leur appui ouvert pour des fascistes en Ukraine indique leur vraie allégeance. La défense des droits démocratiques de base nécessite que le complexe militaire et des renseignements soit démantelé et que tous les dossiers «classifiés» soient divulgués. Dans le but d’accomplir ces tâches nécessaires, une confrontation avec le système capitaliste qui a produit ce complexe ne peut être évitée.

Le système capitaliste mondial en crise a généré des niveaux d’inégalités sociales intenables mondialement et particulièrement aux États-Unis. Les inégalités sociales génèrent l’effondrement de la démocratie et le tournant vers un État policier, ainsi que l’expansion provocatrice et sanglante du militarisme américain à l’étranger.

Tom Carter

 

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Washington a passé le week-end dernier à faire pression sur ses alliés pour qu’ils intensifient les provocations et les menaces contre la Russie au sujet de l’Ukraine.

Vendredi, le président Barack Obama a parlé à la chancelière allemande Angela Merkel. Samedi, il a participé à des négociations avec le premier ministre britannique David Cameron, le président français François Hollande et le premier ministre italien Matteo Renzi. Il a également organisé une conférence téléphonique avec les présidents des ex-républiques soviétiques de Lettonie, Lituanie et Estonie – Andris Berzins, Dalia Brybauskaite et Toomas Lives, respectivement.

Un communiqué de la Maison Blanche mentionne un accord général « sur la nécessité que la Russie retire ses forces militaires et les renvoie dans leur caserne » et pour le « déploiement des observateurs internationaux et des inspecteurs des droits de l’Homme dans la péninsule de Crimée. »

Une posture encore plus menaçante a été adoptée par le ministre des Affaires étrangères John Kerry. D’après un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Kerry a prévenu le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov que « la poursuite de l’escalade militaire et des provocations en Crimée ou ailleurs en Ukraine, ainsi que les manœuvres pour annexer la Crimée à la Russie, fermeraient tout espace disponible pour la diplomatie… »

Jeudi dernier, le gouvernement régional de Crimée a annoncé un référendum pour le 16 mars sur la question de l’adhésion à la Russie. Le porte-parole d’Obama a qualifié ce référendum de « violation de la constitution de l’Ukraine » et de « violation du droit international. »

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a déclaré à la BBC que l’Europe serait confrontée au « grave risque d’un véritable conflit armé » si les forces russes allaient au-delà de la Crimée et pénétraient en Ukraine orientale. Les pressions diplomatiques et les sanctions économiques ne feront pas partir les forces russes de Crimée, a-t-il déclaré dans le Andrew Marr Show. Quand il lui a été demandé si la Grande-Bretagne et l’Union européenne conseilleraient aux Ukrainiens de ne pas prendre les armes contre les Russes, il a répondu par la négative, disant, « Il n’est pas vraiment possible de passer en revue les différents scénarios avec les Ukrainiens et de dire : dans ces circonstances vous tirez et dans celles-là vous ne tirez pas. »

À Kiev, le premier ministre ukrainien imposé par les États-Unis, Arseniy Yatsenyuk, a promis que son gouvernement ne donnerait pas « un seul centimètre » du sol ukrainien à la Russie. Yatsenyuk doit se rendre à Washington mercredi pour des discussions à la Maison Blanche sur la situation militaire et financière, ont déclaré des responsables de la Maison Blanche à CNN.

Les menaces officielles d’action de représailles impliquent habituellement des sanctions économiques et politiques, mais les États-Unis se sont principalement activés à isoler la Russie par un renforcement soutenu de leurs forces armées dans la région en collaboration avec les Etats à la périphérie de l’Ukraine.

Vendredi dernier, l’USS Truxtun a pénétré en Mer noire par le Détroit du Bosphore contrôlé par la Turquie au cours de ce qui a été présenté comme un exercice d’entraînement « déjà prévu » conjointement avec les marines bulgares et roumaines. L’USS Truxtun est un destroyer avec un équipage de 300 hommes, équipé de missiles anti-navires. Il était stationné en Grèce dans le cadre d’un groupe d’intervention dont le navire de commandement était le porte-avions USS George W. Bush, le plus grand navire de guerre au monde, en remplacement de l’USS Taylor, qui s’est échoué dans le port turc de Samsun le mois dernier, une indication de la présence américaine permanente dans la région qui est maintenant renforcée.

Les États-Unis vont envoyer 12 chasseurs F-16, un Boeing KC-135 de ravitaillement et 300 personnels techniques en Pologne la semaine prochaine pour un exercice d’entraînement étendu. Quatre F-15 mènent actuellement des patrouilles aériennes au-dessus des Etats baltes dans le cadre d’une mission de l’OTAN qui dure depuis dix ans, et les États-Unis ont déjà une escadrille d’entraînement de F-16 et des Lockheed C-130 Hercules de transport en Pologne. L’OTAN a fait décoller en alerte des appareils 40 fois l’année dernière en réaction à l’approche des Etats baltes par des appareils russes.

Les Etats d’Europe de l’Est et baltes jouent un rôle de premier plan dans l’activation d’un climat de guerre contre la Russie ; ainsi, ils ont organisé une réunion de l’OTAN la semaine dernière pour discuter de leurs « craintes » de l’expansionnisme russe.

Reuters a noté que la Pologne réfléchit à moderniser son armée, notamment avec un projet de dépenser 45 milliards de dollars sur les dix prochaines années pour construire un nouveau système de défense anti-missile et remettre à niveau ses systèmes d’armement, dont les hélicoptères de transport et les chars.

Le ministre de la Défense lituanien Juozas Olekas a déclaré à Reuters : « Après ces événements en Ukraine, l’agression russe, la nécessité d’augmenter les dépenses sera mieux comprise du peuple lituanien, et il y aura davantage de gens favorables. »

Le vice-premier ministre suédois, Jan Bjorklund, a appelé la semaine dernière à un « changement de doctrine » dans la politique de défense suédoise dans le cadre de discussions sur une adhésion complète à l’OTAN.

Les manœuvres militaires prévues à l’avance ne sont qu’un élément dans une série d’« heureuses coïncidences » qui indiquent que les États-Unis avaient préparé cette crise censée avoir commencé par des manifestations « spontanées » en faveur de l’Union européenne après que le président ukrainien Viktor Yanukovitch a fait marche arrière sur un Accord d’association de l’UE, en novembre dernier.

Par exemple, les États-Unis ont pris le contrôle de la police de l’air au-dessus de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie, dans le cadre de l’OTAN, en janvier, succédant à la Belgique. D’après Fox News, un communiqué publié alors disait que cette mission « non seulement protège l’intégrité de l’espace aérien de l’OTAN, mais illustre les fonctions essentielles de défense collective de l’alliance. »

Les États-Unis ont passé les deux dernières décennies à tenter d’éliminer le tampon stratégique entre la Russie et l’Ouest constitué par l’Ukraine, en soutenant la « Révolution orange » de 2004 dans une tentative finalement ratée d’installer un gouvernement entièrement pro-occidental. Washington et ses alliés ont tenté de faire de même dans d’autres ex-Etats soviétiques en les intégrant dans les structures de l’OTAN et de l’Union européenne, encourageant la Géorgie, en particulier, et les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale à prendre la voie de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie.

Washington a envoyé de l’argent dans la région pendant des années et a maintenant ouvert les robinets en grand. Victoria Nulland, ministre déléguée aux affaires européennes et eurasiatiques, a reconnu en décembre que les États-Unis ont investi « plus de cinq milliards de dollars » pour « s’assurer une Ukraine sûre, prospère et démocratique. »

Les autres Etats impliqués dans les machinations américaines ne sont pas moins liés financièrement à Washington. Lundi dernier, la Commission européenne (CE) participait à des procédures pour demander que la Bulgarie abandonne un accord avec les États-Unis sur de l’aide économique, technique, et autres types d’aides, au motif que cet accord enfreint les directives de l’UE sur la concurrence libre et non faussée. Un rapport fait remarquer qu’entre 1990 et 2007, la Bulgarie a reçu 600 millions de dollars des États-Unis dans le cadre de cet accord. Sur cette somme, 99,14 pour cent sont allés à la défense.

Il n’est pas surprenant que Lavrov ait répondu à l’appel de Kerry en déclarant que la crise en Ukraine était « créée artificiellement pour des raisons purement géopolitiques. »

En Ukraine, le régime nouvellement installé s’appuie sur divers oligarques pour diriger le pays en alliance avec des groupes d’extrême-droite et fascistes. Ces derniers jours, plusieurs oligarques ont été nommés au gouvernement à des postes élevés, dont la direction des administrations régionales dans l’Est du pays qui ont été le cadre de manifestations et de conflits entre pro- et anti-gouvernement.

Ihor Kolomoyskyi a été nommé chef de l’administration régionale de Dnipropetrovsk, pendant que Sergey Taruta, le 16e homme le plus riche du pays, était nommé nouveau gouverneur régional du Donetsk. Kolomoiskyi, un magnat de la sidérurgie, des banques et des médias pesant 2,4 milliards de dollars, a déclaré à l’Associated Press que sa tâche serait de mettre fin aux troubles dans la région, qui sont, a-t-il affirmé, fomentés par des agents de Moscou.

Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine, dont la fortune est estimée à 15,4 milliards de dollars et qui jusque récemment était l’un des principaux soutiens du Parti des régions de Yanukovitch, s’est également prononcé en faveur de l’unité nationale.

L’ex-ambassadeur américain en Ukraine, John Edward Herbst, a déclaré sans complexe à l’AP : « Le fait que les oligarques prennent cette responsabilité est une preuve de leur engagement envers une Ukraine indépendante, souveraine et territorialement unie. »

Hier, ont eu lieu des rassemblements des forces pro-gouvernementales pour honorer la naissance il y a 200 ans du poète Taras Shevchenko, connu comme le père de la langue ukrainienne. Ces rassemblements ont entraîné des heurts avec des groupes pro-russes à Sébastopol en Crimée.

Chris Marsden

Article original , WSWS, paru le 10 mars 2014

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Crise en Ukraine : Obama se prononce contre l’autodétermination

mars 11th, 2014 by Dr. Paul Craig Roberts

Barack Obama a déclaré à plusieurs reprises, à tort et sottement, qu’il est « contraire au droit international » pour la Crimée de se prononcer sur son autodétermination [1]. L’autodétermination, tel qu’elle est utilisée par Washington, est un terme de propagande qui sert son empire, mais qui n’est pas admissible. Le 6 mars 2014, Obama a téléphoné à Poutine pour lui dire à nouveau que seul Washington a le droit d’intervenir en Ukraine. Contre toute logique, il a insisté que seul le « gouvernement » de Kiev, installé par le coup d’État organisé par Washington, est « légitime » et « démocratique ».

En d’autres termes, le gouvernement élu en Crimée est « antidémocratique » et « illégitime » parce qu’il organise un référendum d’autodétermination, mais un gouvernement non élu à Kiev et imposée par Washington serait légitime.

Washington est si arrogant que ce que le monde pense de son hypocrisie flagrante ne vient jamais à l’idée de ces fous emportés par leur hybris.

Depuis le régime Clinton, Washington n’a fait que violer le droit international : la Serbie, le Kosovo, l’Afghanistan, l’Irak , la Libye, la Syrie, l’Iran, le Pakistan, le Yémen, la Somalie, le Honduras, le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie.

Est-ce que la Russie possède un Commandement militaire pour l’Afrique et d’autres régions du monde ? Non, mais Washington oui.

La Russie entoure-t-elle les États-Unis avec des bases militaires ? Non, mais Washington a utilisé l’Otan, dont la raison d’être a disparu il y a 23 ans, à organiser l’Europe occidentale, orientale et du sud avec des bases impériales avancées sur les frontières de la Russie. Washington est déterminé à étendre les limites de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en Géorgie, en Asie centrale et en Ukraine sur la mer Noire. La Géorgie et l’Ukraine sont d’anciens éléments constitutifs de la Russie et de l’Union soviétique .

Washington est en train de faire la même chose pour la Chine et l’Iran. Washington travaille à établir de nouvelles bases navales et aériennes aux Philippines, en Corée du Sud, au Vietnam, en Thaïlande et en Australie pour bloquer le flux de pétrole et d’autres ressources vers la Chine. L’Iran est entouré de quelques 40 bases militaires états-uniennes et la flotte US s’exerce au large de ses côtes.

Dans la propagande de Washington, ce militarisme puant est présenté comme la « défense de la démocratie.”

Le gouvernement russe continue d’agir comme si les menaces de Washington à l’égard de l’indépendance et des intérêts stratégiques de la Russie peuvent être désamorcées avec du bon sens et de la bonne volonté. Mais Washington ne possède ni l’un ni l’autre.

Depuis le régime Clinton, Washington a confisqué par une collection d’idéologues qui sont convaincus que les États-Unis est « le pays indispensable exceptionnel » avec un droit d’hégémonie mondiale. Tout ce que Washington a fait au 21ème siècle est de poursuivre cet objectif.

Washington a l’intention de briser la Fédération de Russie elle-même. Washington verse d’énormes sommes d’argent à des associations à l’intérieur de la Russie qui servent de cinquième colonne et qui travaillent main dans la main avec lui pour discréditer des élections libres russes, diaboliser le président Poutine et le gouvernement russe, diffuser de la propagande antirusse et de l’agitation. Il est étonnant de voir combien de Russes croient réellement la propagande occidentale.

Washington travaille aussi à isoler la Chine avec le Trans-Pacific Partnership, bien qu’aujourd’hui il soit principalement axé sur la déstabilisation et l’isolement de la Russie. Washington tente de briser le BRICS, l’organisation émergente du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Avec les plus grands pays et la moitié de la population mondiale, les BRICS sont en train de devenir une puissance politique et économique, en particulier en ce qui concerne une nouvelle monnaie de réserve pour remplacer le dollar états-unien. Encercler la Russie avec des bases de missiles compromet la souveraineté et l’indépendance de la Russie et, par conséquent, affaiblit les BRICS comme contre-pouvoir à Washington .

Beaucoup ont été trompés par la propagande de Washington. Le monde est en train de se réveiller, mais se réveille-t-il à temps ?

Les médias états-uniens et beaucoup en Europe répètent à l’unisson la propagande de Washington, diabolisent ses cibles et préparent les populations occidentales insouciantes pour plus de guerre. Les médias occidentaux, comme leurs gouvernements, sont dépourvus d’intégrité. Les menteurs et les putains règnent.

Paul Craig Roberts

obamadoublespeakEscalating Crisis in Ukraine: Obama Comes Out Against Self-Determination for Crimea, publié le 9 mars 2014

Traduction : Roger Lagassé, voltairenet.org

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Dans un quartier huppé de Caracas, mises en scène destinées à l’opinion publique internationale. L’image de ces jeunes “guarimberos” d’extrême droite, alliée à l’occultation des marches pacifiques d’une majorité de vénézuéliens pour défendre leur vote, a produit une inversion du réel sur les petits écrans du monde entier.

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L’arroseur arrosé. Cete photo prise le 4 mars dans le quartier riche d’Altamira montre l’agression de journalistes de médias privés vénézuéliens (dont l’un est jeté au sol) et d’agences de news comme AFP, EFE ou Reuters par les militants d’extrême droite qu’ils faisaient pourtant passer pour des “démocrates”.
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Caracas, février 2014. Manifestation pacifique exigeant le respect du résultat des élections et la fin de des efforts de déstabilisation par les États-Unis, image occultée dans les médias occidentaux.
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C’est sous l’effigie d’un chaviste pendu haut et court que la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l’État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des puissantes mafias de la contrebande d’aliments et de carburant, où ont débuté les violences de février 2014).

Dès juin 2013 une conversation téléphonique révélait les contacts de María Corina Machado avec le gouvernement des États-Unis. On l’entend insister sur la nécessité d’organiser un nouveau coup d’État précédé de “confrontations non-dialogantes” (sic).

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A Valencia, dans le centre du pays, des étudiants de droite pendent les effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style du paramilitarisme colombien ou des cartels mexicains.

En transformant les violences de l’extrême droite vénézuélienne en “révolte populaire”, en rhabillant en “combattants de la liberté” des jeunes issus des classes aisées et nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique a sévi : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs ont accepté sans le savoir une agression visant à annuler le choix des électeurs et à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias occidentaux, la prophétie orwellienne devient timide. L’Amérique Latine est assez forte et solidaire pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde risque un jour de se retourner contre elle-même.

Thierry Deronne

 Caracas, mars 2014

Quand ça devient compliqué et confus, quand vous êtes submergé par trop d’informations différentes chaque jour, trop d’explications, dont certaines contradictoires… essayez de remettre le tout dans une sorte de contexte en prenant du recul, pour procéder à une analyse plus large, à plus long terme.

Les États-Unis s’efforcent de dominer le monde, d’exercer une hégémonie partout où ils le peuvent, c’est leur principale occupation depuis plus d’un siècle, c’est ce qu’ils font. Les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne forment le Saint-Triumvirat. Le Saint-Triumvirat a des filiales, principalement le Fonds Monétaire International, la Banque mondiale, l’Organisation Mondiale du Commerce, la Cour Pénale Internationale… qui contribuent à faire rentrer dans le rang tous les gouvernements qui n’ont pas obtenu la bénédiction du Saint-Triumvirat : le FMI, la Banque mondiale et l’OMC imposent le fondamentalisme du marché, tandis que les dirigeants étrangers qui agissent de manière trop indépendante sont menacés d’être remis à la CPI pour de lourdes peines, tandis que les États -Unis imposent des sanctions aux gouvernements et leurs dirigeants comme seul peut le faire le Roi des Sanctions, avec une absence totale de tout sens d’hypocrisie ou d’ironie.

Et qui menace la domination des États-Unis ? Qui peut contester l’hégémonie du Saint-Triumvirat ? Seules la Russie et la Chine le pourraient, si elles étaient aussi impérialistes que les puissances occidentales. (Non, l’Union Soviétique n’était pas impérialiste, c’était de l’auto-défense, l’Europe de l’Est était une autoroute utilisée à deux reprises par l’Occident pour l’envahir ; des dizaines de millions de Russes ont été tués ou blessés.)

Depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis encerclent la Russie, en construisant une base militaire après l’autre, cherchant sans relâche à en construire de nouvelles, y compris en Ukraine ; un site de missiles après l’autre, avec Moscou à portée de tir ; l’OTAN s’est emparé d’une ancienne république soviétique après l’autre. La Maison Blanche et les grands médias US aveugles, nous assurent que ces opérations n’ont rien à voir avec la Russie. Et ils disent la même chose à la Russie, sans pour autant atténuer le scepticisme de Moscou . « Regardez », a déclaré il y a quelques années le président russe, Vladimir Poutine, en parlant de l’OTAN, « est-ce une organisation militaire ? Oui, c’est une organisation militaire . … Est-ce qu’elle s’approche de nos frontières ? Oui, elle s’approche de nos frontières. Pourquoi ? » Le Saint-Triumvirat aimerait arracher l’Ukraine de l’influence de Moscou, expulser la flotte russe de la mer Noire, et établir une présence militaire américaine et/ou de l’OTAN à la frontière russe. (Au cas où vous vous demanderiez encore ce qui a bien pu provoquer la réaction militaire russe.) L’adhésion de Kiev à l’UE suivrait de près, après quoi le pays pourrait connaître les joies du néo- conservatisme et bénéficier du paquet-cadeau de tous les avantages de la privatisation-déréglementation-austérité et rejoindre le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne comme le nouvel enfant pauvre de la famille ; mais aucun prix à payer n’est trop élevé lorsqu’il s’agit de faire partie de la glorieuse Europe et de l’Occident !

Les insurgés ukrainiens et leurs soutiens des puissances occidentales – puissances qui ne se soucient guère de savoir qui étaient leurs alliés ukrainiens lors du coup d’état contre le président Viktor Ianoukovitch le mois dernier … des voyous qui ont mis feu de la tête aux pieds à des policiers… de toutes les nuances de l’extrême-droite, y compris des militants islamistes tchétchènes … un député du Parti Svoboda d’extrême-droite, qui fait partie du nouveau gouvernement, et qui menace de reconstruire les armes nucléaires de l’Ukraine en trois à six mois… des snipers qui tirent sur les manifestants et qui n’étaient apparemment pas ce qu’ils semblaient être… – une conversation téléphonique interceptée entre Urmas Paet, le ministre estonien des affaires étrangères, et le chef de la politique étrangère de l’UE Catherine Ashton, révèle Paet qui dit : « Il est maintenant de plus en plus clair que derrière les tireurs d’élite, ce n’était pas Ianoukovitch , mais quelqu’un de la nouvelle coalition. » – … les manifestants néo-nazis à Kiev qui ont ouvertement dénoncé les Juifs, hissant un drapeau pour célébrer Stepan Bandera, le nationaliste ukrainien infâme qui a collaboré avec les nazis allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et dont les milices ont participé à des atrocités contre les Juifs et les Polonais.

Le quotidien israélien Haaretz a rapporté le 24 Février que le rabbin ukrainien Moshe Reuven Azman a conseillé « aux Juifs de Kiev de quitter la ville et même le pays . » Edward Dolinsky, dirigeant d’un collectif d’organisations juives d’Ukraine, a décrit la situation des Juifs d’Ukraine comme « catastrophique » et demandé l’aide d’Israël.

Dans l’ensemble, un gang douteux d’alliés pour une cause douteuse ; qui rappelle les voyous de l’Armée de libération du Kosovo que Washington a mis au pouvoir lors d’un autre changement de régime et maintenu au pouvoir depuis 1999.

La désormais célèbre conversation téléphonique enregistrée entre le haut fonctionnaire du département d’Etat états-unien Victoria Nuland et l’ambassadeur US en Ukraine, dans laquelle ils discutent de qui parmi les Ukrainiens seraient ou non du goût de Washington dans un nouveau gouvernement, est une illustration de cette mentalité de changement de régime. Le choix de Nuland, Arseniy Yatseniuk, est devenu Premier ministre par intérim.

Le National Endowment for Democracy, organisme créé par l’administration Reagan en 1983 pour promouvoir l’action politique et la guerre psychologique contre les états en désamour avec la politique étrangère des États-Unis, est la principale arme civile de Washington pour effectuer un changement de régime. Le site internet de la NED répertorie 65 projets qu’elle a soutenus financièrement ces dernières années en Ukraine. Les descriptions que la NED donne à ces projets ne révèlent pas que, généralement, leurs programmes diffusent une philosophie de base selon laquelle les travailleurs et autres citoyens sont mieux servis par un système de libre entreprise, de coopération de classe, de négociation collective, d’intervention minimale du gouvernement dans l’économie et une opposition au socialisme sous toutes ses formes. L’économie de marché est assimilée à la démocratie, à la réforme et à la croissance ; le bien-fondé des investissements étrangers dans leur économie est mis en évidence.

L’idée était que la NED ferait plus ou moins ouvertement ce que la CIA faisait secrètement depuis des décennies dans l’espoir d’éliminer la stigmatisation associée aux activités secrètes de la CIA. Allen Weinstein, qui a participé à la rédaction de la législation établissant la NED, a déclaré en 1991 : « Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui se faisait secrètement il y a 25 ans par la CIA. »

La NED reçoit la quasi-totalité de son financement du gouvernement US (5 milliards de dollars au total depuis 1991), mais aime se présenter comme une ONG (organisation non gouvernementale ), car cela lui permet de maintenir une certaine crédibilité à l’étranger qu’une agence officielle du gouvernement des États-Unis ne pourrait pas avoir. Mais ONG n’est pas la bonne définition. La NED est une OG. Son intervention de longue date en Ukraine est aussi supra-légale que le déploiement militaire russe. Le journaliste Robert Parry fait remarquer que :

Pour la NED et les néo-conservateurs américains, la légitimité électorale de Viktor Ianoukovitch a duré aussi longtemps qu’il a accepté les exigences européennes pour de nouveaux « accords commerciaux » et de sévères « réformes » économiques exigées par le Fonds monétaire international. Lorsque Ianoukovitch négociait ces pactes, il recevait des louanges, mais quand il a jugé le prix trop élevé pour l’Ukraine et a opté pour un accord plus généreux avec la Russie, il est immédiatement devenu une cible pour un « changement de régime ».

Posons-nous donc la même question que M. Poutine : « pourquoi ? » Pourquoi la NED finance-t-elle 65 projets dans un pays étranger ? Pourquoi les fonctionnaires de Washington préparaient-ils un remplaçant au président Ianoukovitch, légalement et démocratiquement élu en 2010, qui, devant les protestations, a proposé d’avancer la date des élections où il aurait pu être démocratiquement démis de ses fonctions – au lieu d’être chassé par une foule ? Ianoukovitch a fait des concessions répétées et importantes, y compris en amnistiant des prisonniers et en offrant, le 25 Janvier, de nommer deux de ses adversaires aux postes de Premier ministre et vice-Premier ministre. En vain. Les meneurs des manifestations, et ceux qui étaient derrière, voulaient leur putsch.

Carl Gershman , président de la NED, a écrit en septembre dernier que « l’Ukraine est le plus grand prix ». L’homme sait de quoi il parle. Il a présidé la NED depuis ses débuts, et a supervisé la révolution des roses en Géorgie (2003), la Révolution orange en Ukraine (2004), la Révolution de Cèdre au Liban (2005), la Révolution des Tulipes au Kirghizistan (2005) , la révolution verte en Iran (2009), et maintenant l’Ukraine de nouveau. C’est comme si la guerre froide n’avait jamais pris fin.

L’animosité effrénée actuelle des médias US envers Poutine reflète aussi une pratique ancienne. Les États-Unis sont tellement habitués à des dirigeants qui se taisent et s’abstiennent de formuler des critiques appropriées sur la criminalité de la politique de Washington, que lorsqu’un Vladimir Poutine arrive et exprime une condamnation même relativement modérée, il se voit étiqueté Ennemi Public Numéro 1 et ses propos sont en conséquence ridiculisés ou ignorés.

Le 2 Mars, le secrétaire d’Etat US John Kerry a condamné « l’acte incroyable d’agression » de la Russie en Ukraine (Crimée) et menacé de sanctions économiques. « Au 21ème siècle, on ne se comporte pas comme au 19ème siècle en envahissant un autre pays sous un prétexte inventé de toutes pièces. »

L’Irak, c’était au 21e siècle. Le sénateur John Kerry a voté en faveur. Une hypocrisie de cette ampleur doit être saluée.

POST-SCRIPTUM : le Premier ministre par intérim de l’Ukraine a annoncé le 7 Mars qu’il avait invité le Conseil de l’OTAN à tenir une réunion à Kiev sur les développements récents dans le pays. « J’ai invité le Conseil de l’Atlantique Nord à visiter Kiev et y tenir une réunion », a déclaré Arsène Iatseniouk lors d’une visite à Bruxelles, où il a rencontré le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen et des fonctionnaires de l’UE. « Nous pensons que cela renforcera notre coopération. »

L’amour entre les nations

par Viktor Dedaj, Paris, France

La réaction de Washington, ou plutôt l’absence de réaction, a confirmé l’authenticité d’une conversation téléphonique entre la sous-secrétaire d’Etat, Victoria Nuland, et l’ambassadeur US en Ukraine, Geoffrey Pyatt, diffusée sur Youtube le 6 Février. Dans cette conversation, publiée par une source anonyme russe, Nuland et Pyatt discutent de l’installation d’un nouveau gouvernement pro-américain qui intégrera l’opposition fasciste qui avait pris la tête de manifestations de rue contre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Même si la campagne de Washington pour un changement de régime avait été coordonnée avec l’Union européenne, dans la conversation téléphonique avec Pyatt, Nuland attaque l’UE pour son manque d’agressivité, et déclare à un moment donné, « Fuck the UE » (« Que l’UE aille se faire foutre »). La même source nous a fourni le texte d’une conversation ultérieure entre l’UE et les États-Unis.

UE : Mais… mais… je croyais que tu m’aimais ?!?

USA : (en soupirant) Ca y’est, tu recommences…

UE : J’ai tout laissé tomber pour toi ! La démocratie, la régulation des marchés, les entreprises d’état, la protection sociale, le contrôle de la monnaie, une politique indépendante…

USA : (en allumant une clope) Pffff… je ne t’ai pas forcée…

UE : J’aurais pu être une grande star de la scène internationale, tu sais ?

USA : ouais, ouais, et bla, et bla…

UE : Le monde entier n’attendait que moi ! Maintenant, c’est cette raclure d’Amérique latine qui se dandine partout, avec son progressisme à deux balles.

USA : Ah celle-là… on peut dire que j’en ai profité… Mais c’est fini (pour le moment). Maintenant, c’est toi ma bitch…

UE : (en reniflant) C’est vrai ? Sérieux ?

USA : Mais oui, tu es ma petite bitch. Allez, viens là.

UE : Tu ne vas pas me frapper ?

USA : Mais qu’est-ce que tu racontes ?

UE : L’Amérique latine, elle dit que tu es violent, arrogant ; que tu n’as pas d’amis, seulement des intérêts…

USA : Elle est folle, laisse tomber. Allez, viens ma petite bitch…

UE : Oh, Sam… Sam… tu me fais tourner la tête.

Une nouvelle question sur la Syrie

Il y a eu de nombreux reportages sur les bombardements de zones civiles par le gouvernement syrien, des rapports sur de nombreux morts, et des photos et vidéos de bâtiments fortement endommagés. Les sources que j’ai trouvées, lorsqu’elles sont mentionnées, proviennent presque toujours du camp « rebelle », c’est à dire de ceux qui s’opposent au gouvernement syrien. Dans toutes ces histoires, avez-vous déjà vu une photo ou une vidéo d’un avion larguant des bombes ? Ou des bombes en l’air ? Je ne dis pas que les bombardements n’ont pas eu lieu. Je me demande pourquoi il n’y a pas de preuves concrètes.

(…)

Au pays où le bonheur est garanti par la Déclaration d’Indépendance

Le président Obama et de nombreuses autres personnalités politiques et médiatiques ont de nouveau fait du salaire minimum un sujet de débat houleux. Il est donc temps pour moi de répéter quelque chose que j’ai écrit en 2007 :

« Vous pensez qu’une augmentation du salaire minimum est une bonne idée ? »

« Détrompez-vous ».

Voilà le message d’une publicité plein-page parue dans de grands quotidiens au mois de Janvier. Le message fut approuvé par les éminents suspects habituels :

« La raison pour laquelle je m’oppose au salaire minimum est qu’il détruit des emplois, chose que, je pense, est indiscutable. » – Alan Greenspan , ancien président de la Réserve fédérale

« Le taux élevé de chômage chez les adolescents, et en particulier les adolescents noirs, est à la fois un scandale et une grave source de troubles sociaux. C’est pourtant en grande partie dû aux lois sur le salaire minimum. » – Milton Friedman, économiste lauréat du prix Nobel

Eh bien, si l’augmentation du salaire minimum peut produire de telles conséquences négatives, pour des gens aussi éclairés et humanistes que nous, il ne reste plus qu’une chose à faire : baisser le salaire minimum. Nous aurons ainsi moins de chômage, moins de troubles sociaux. Même encore, si nous baissons le salaire minimum jusqu’à zéro, en particulier pour les noirs pauvres … imaginez ! Plus de chômage … du tout ! Pratiquement aucun trouble social ! En fait – j’ose à peine le dire – et si nous supprimions carrément les salaires ?

« Le conservateur moderne est engagé dans un des exercices philosophiques les plus anciens de l’homme : chercher une justification morale supérieure pour l’égoïsme ». – John Kenneth Galbraith

William Blum

http://williamblum.org/

Article original en anglais :

William_BlumUkraine and America’s Strive for World Domination, publié le 8 mars 2014

Traduction par VD pour le Grand Soir 

  1. Guardian Weekly (London), June 27, 2001
  2. RT television (RT.com, Moscow/Washington, DC), March 1, 2014
  3. Deputy Mikhail Golovko, RT, March 1, 2014
  4. RT, March 5, 2014, “The EU’s Ukraine policy and moral bankruptcy” ; the phone conversation is believed to have taken place February 26.
  5. NED 2012 Annual Report
  6. Washington Post, September 22, 1991
  7. Victoria Nuland, speaking at the National Press Club, Washington, DC, December 13, 2013
  8. Washington Post, September 26, 2013
  9. Face the Nation”, CBS, March 2, 2014
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Le Pendule ukrainien

mars 11th, 2014 by Israel Shamir

1. La double invasion

Les enjeux sont fort sérieux, en Ukraine: après le coup d’État, comme la Crimée et le Donbass ont brandi leur droit à l’autodétermination, voilà que les troupes russes et américaines sont entrées en Ukraine, masquées toutes les deux.
Certes, les soldats US apparaissent comme des “conseillers militaires”, mais il s’agit visiblement de membres de l’armée privée Blackwater, renommée en Academi; une centaine d’entre eux patrouillent dans Kiev, tandis que d’autres tentent de mater la révolte à Donetsk. Officiellement, ils sont là sur invitation du nouveau régime pro-occidental. Fer de lance de l’invasion US qui tente de consolider le régime et de briser toute résistance, ils ont déjà trempé les mains dans le sang à Donetsk.

Parallèlement, le Pentagone a doublé le nombre des jets de combat qui remplissaient une mission dans la Baltique, sous couvert de patrouille de l’OTAN. Le transporteur aérien a pénétré en Mer Noire, et on signale des Marines qui auraient atterri à Lvov dans le cadre de “manœuvres prévues de longue date”. Quant aux soldats russes, ils appartiennent ostensiblement à la flotte russe, qui stationne légalement en Crimée. Ils étaient en Crimée avant le coup d’État, dans le cadre du traité qui lie la Russie et l’Ukraine (à l’instar de la Cinquième Flotte US au Koweit), mais leur présence a sans doute été renforcée. D’autres troupes russes avaient été appelées en renfort par le président Yanoukovitch, légalement élu mais déposé, ce qui rappelle tout à fait l’intervention US au secours du président Aristide en Haïti, lui aussi déposé. Ils aident la milice locale pro-russe à maintenir l’ordre, et personne ne se fait tuer dans ce contexte. En outre, la Russie a mis ses troupes en alerte et a ramené quelques navires de guerre en Mer Noire.

Seule la présence russe est évoquée par les médias occidentaux en termes d’invasion, tandis que la présence américaine est à peine mentionnée. “Nous avons le devoir moral de fourrer notre nez dans vos affaires, dans votre arrière cour, à l’autre bout du monde, et c’est pour votre bien”, comme l’a écrit un blogueur ironique américain.

Moscou s’est réveillée brutalement, une fois passée l ‘obsession des JO, et quand les gens ont commencé à dire: “Poutine a gagné les JO, et perdu l’Ukraine.” Effectivement, tandis que Poutine suivait les compétitions à Sotchi, la révolution brune se déroulait en Ukraine. Il s’agit d’un pays grand comme la France, la plus grande des Républiques soviétiques de jadis, après la Russie, et une coalition d’ultra-nationalistes ukrainiens et d’oligarques principalement juifs vient de s’en emparer. Le président légitime a été forcé de s’enfuir pour sauver sa peau. Des membres du Parlement ont été pris en main, et dans certains cas leurs enfants ont été pris en otage pour s’assurer de leur vote, tandis que des hommes en armes perquisitionnaient chez eux. Le putsch était bouclé. L’Occident reconnaissait aussitôt le nouveau gouvernement, mais non la Russie, ce qui ne l’empêchait pas de poursuivre les échanges de routine. Mais désormais, la véritable histoire se déroule en ce moment en Crimée et en Ukraine orientale, et c’est celle de la résistance au coup d’État pro-occidental.

2. Le putsch

La situation économique est épouvantable, en Ukraine. Ils en sont au point où en était la Russie dans les années 1990, avant Poutine, mais en Ukraine rien n’a bougé depuis. Le pays a été moissonné par les oligarques qui ont siphonné leurs profits en direction des banques occidentales, amenant le pays au bord du précipice. Pour éviter le défaut de paiement et l’effondrement, l’Ukraine devait recevoir de la Russie un prêt de 15 milliards d’euros sans condition préalable, lorsque le coup d’État s’est produit. Et maintenant le premier ministre de la junte sera bien heureux s’il reçoit un seul petit millard de dollars de la part des US, par le biais du FMI; certes, les Européens en ont promis plus, mais dans quelques années… Il a aussitôt accepté les conditions du FMI, ce qui signifiera austérité, chômage et dette astronomique. C’est là probablement la raison d’être du putsch. Le FMI et les prêts US sont une source de profit majeure pour la communauté financière, est ils ont savent y faire, pour mettre des pays en esclavage pour dettes, comme l’a si bien expliqué John Perkins.

Les oligarques qui ont financé l’opération Maidan se sont partagé le butin: le bienfaiteur le plus généreux, le multimilliardaire Igor “Benya” Kolomoysky, a reçu le fief de la ville russophone de Dniepropetrovsk. On ne lui a pas demandé de rendre son passeport israélien. Ses frères en oligarchie ont pris d’autres villes russophones, y compris Kharkov et Dnetsk, la Chicago ukrainienne, ou sa Liverpool. Kolomoysky n’est pas simplement un “oligarque d’origine juive”, mais un membre actif de la communauté juive, un supporteur d’Israël et un donateur de nombreuses synagogues, dont l’une est la plus grande d’Europe. Il n’était nullement gêné de soutenir les néo-nazis, même ceux qui ont été interdits de séjour aux USA pour antisémitisme déclaré. Et c’est bien pour cela que les appels à la conscience juive contre le putsch brun ont exemplairement échoué.

Puis vint le tour de la croisade nationaliste contre les russophones, Russes ethniques et Ukrainiens russophones -la distinction est capitale- principalement les ouvriers de l’industrie, du Sud et de l’Est du pays. Le régime de Kiev a banni le Parti communiste et le Parti des Régions, qui est le plus grand parti du pays, massivement soutenu par les ouvriers russophones. Le premier décret du régime a interdit le russe dans les écoles, à la radio et à la télévision, ainsi que tout usage officiel du russe. Le ministre de la culture a qualifié les russophones d’imbéciles, et a proposé de les jeter en prison s’ils se servaient de la langue interdite en public. Un autre décret menaçait de dix ans de taule tout détenteur de la double nationalité russe et ukrainienne, tant qu’il n’aurait pas renoncé à son identité russe.

Et ce n’étaient pas de vains mots: les troupes d’assaut du Secteur Droit, la force de combat d’avant garde, en faveur du Nouvel Ordre, ont parcouru le pays en terrorisant les officiels, en frappant les citoyens, en occupant les bâtiments gouvernementaux, en abattant les statues de Lénine, en démolissant les monuments commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale, et en imposant leur loi par tous les moyens. Sur une vidéo, on voit un combattant du Secteur Droit maltraiter l’avocat officiel de la ville tandis que la police regarde ailleurs. Ils ont commencé à pourchasser les policiers anti-émeutes qui soutenaient l’ex-président, et ils ont descendu en flammes une synagogue ou deux. Ils ont torturé un gouverneur, et lynché quelques techniciens trouvés dans les quartiers généraux de l’ancien parti dirigeant. Ils ont commencé à occuper les églises orthodoxes de rite russe, en essayant de les aire basculer vers leur propre église catholique grecque.

Les instructions de Victoria Nuland, du Département d’Etat, ont été respectées: l’Ukraine avait eu le gouvernement qu’elle prescrivait dans le fameux coup de fil intercepté, en s’adressant à l’ambassadeur US. Étrangement, tandis qu’elle envoyait les Européens “se faire f…”, elle se moquait éperdument du point de vue russe sur l’avenir immédiat de l’Ukraine.

La Russie ne s’était pas mêlée des évènements ukrainiens, car Poutine ne voulait pas être accusé d’ingérence, alors même que des envoyés US et Européens prêtaient main forte aux rebelles et les encadraient. Le peuple russe l’applaudirait chaudement s’il devait envoyer ses tanks à Kiev pour reconquérir l’Ukraine toute entière, qu’ils considèrent comme partie intégrante de la Russie. Mais Poutine n’est pas un nationaliste russe, et il n’a pas de perspective impériale. Il aimerait bien que l’Ukraine soit amicale envers la Russie, mais n’a jamais envisagé de l’annexer, en partie ou en totalité, cela coûterait trop cher, même pour une Russie prospère: cela ne serait pas facile, non plus, parce que chaque gouvernement successif au long des vingt dernières années a dressé le peuple contre la Russie. Mais Poutine a bien été obligé de s’investir.

En effet, des centaines de milliers d’Ukrainiens ont voté avec leurs pieds et fui vers la Russie, en quête de refuge. Le seul coin libre de toute la république était la ville de Sébastopol, objet du siège franco-britannique de 1851, et de celui des Allemands en 1941, parce que c’est la base de la flotte russe en Mer Noire. Cette ville héroïque ne s’est pas rendue aux émissaires de Kiev, même si quelques députés locaux étaient prêts à le faire. Et au dernier moment, la population est entrée en résistance. Le triste succès du putsch a été le début de sa déroute. Le pendule ukrainien, toujours oscillant entre l’Orient et l’Occident, a repris sa marche arrière.

3. Le soulèvement

En Crimée, les gens se sont levés, ont démis leurs dirigeants officiels qui cherchaient le compromis, et ont élu un nouveau chef, Sergueï Aksenov. La nouvelle direction a assumé le pouvoir, pris le contrôle de la Crimée, et à demandé aux troupes russes leur protection, face à la menace d’attaque par les enragés de Kiev. Cela ne semble pas avoir été nécessaire pour le moment: il y avait pléthore de Criméens prêts à défendre leur terre des envahisseurs bruns, il y avait des volontaires cosaques, et il y a la marine russe qui stationne en Crimée en vertu du traité. Ses marines seraient probablement à même de donner un coup de main aux Criméens en cas de difficulté. Ceux-ci, avec une certaine assistance russe, ont bloqué la route qui traverse l’isthme étroite reliant la Crimée au continent.

Le parlement de Crimée a choisi de rejoindre la Russie, mais ce vote devrait être confirmé par un référendum le 16 mars, pour déterminer quel sera l’avenir de la Crimée, si elle retourne à la Russie ou reste une république autonome au sein de l’Ukraine. D’après mes conversations avec les habitants, il semble qu’ils préfèreraient rejoindre la fédération de Russie qu’ils ont quittée sur ordre de Khrouchev il y a à peine un demi-siècle. Étant donnés la langue commune et les liens du sang, cela fait sens: l’Ukraine est en faillite, la Russie est solvable et prête à assumer un rôle protecteur de ce type.

L’Ukraine ne peut pas payer les salaires ni les retraites, alors que la Russie a promis de le faire. Kiev s’attribuait la part du lion dans les profits générés par l’afflux des touristes russes; maintenant les profits resteront sur la presqu’île, et serviront – on l’espère- à restaurer les infrastructures en ruine. L’immobilier va remonter, en tout cas, les autochtones optimistes misent là-dessus, et les hommes d’affaire russes partagent cet espoir. Ils disent déjà que la Crimée va bientôt surpasser Sotchi, en quelques années, et deviendra la villégiature russe impériale vraiment chic.

Peut-être que Poutine préférerait que la Crimée accède à l’indépendance, comme le Kossovo, ou bien reste sous une souveraineté ukrainienne de façade, de même que Taïwan fait toujours, nominalement, partie de la Chine. Cela pourrait devenir une vitrine de l’Ukraine pro-russe, qui permettra aux autres Ukrainiens de voir ce qu’ils ont raté, le rôle que jouait Berlin Ouest pour les Allemands de l’Est pendant la Guerre froide. Reprendre la Crimée serait agréable, mais pas au prix de la consolidation d’une voisine ukrainienne hostile et renforcée. En fait, Poutine n’aura probablement pas d’autre choix que d’accepter la décision de la population.

Il y a bien eu une tentative pour faire jouer les Tatars de Crimée contre les Russes; mais elle a apparemment échoué. Malgré le fait que le majlis, leur organisation auto-proclamée, soutient Kiev,les anciens ont appelé à la neutralité. Il y a des rumeurs persistantes selon lesquelles le dirigeant tchéchène Kadyrov, haut en couleur et supporteur obstiné de Poutine, aurait envoyé ses escadrons aux Tatars afin de les inciter vivement à renoncer à leurs objections contre le virage pro-russe de la Crimée. Au début, les Tatars ont soutenu Kiev, puis tenté d’empêcher la reprise en main des pro-Russes. Mais ces gens sages sont des survivants nés, ils savent quand c’est le moment de s’adapter, et il ne fait aucun doute qu’ils sauront se débrouiller au mieux.

Les nazis russes, aussi anti-Poutine que les nazis ukrainiens, sont divisés: les uns soutiennent une “Crimée russe” tandis que les autres préfèrent une Kiev pro-européenne. Ils sont mauvais comme ennemis, mais encore pires comme amis: les uns tentent de s’ancrer entre Russes, Ukrainiens et Tatars, et ils détestent constater que la Tchétchénie de Kadyrov conforte de fait les projets russes, parce qu’ils sont anti-tchétchènes et tentent de convaincre le peuple que la Russie a intérêt à se débarrasser des Tchétchènes, qui ne sont de leur point de vue qu’une belliqueuse tribu musulmane.

Comme la Crimée a défié les ordres de Kiev, elle devient une référence pour d’autres régions d’Ukraine. Le Donbass, la région du charbon et de l’acier, a brandi les drapeaux russes et a déclaré vouloir l’auto-détermination, “comme la Crimée”. Ils veulent vraiment rejoindre une Union douanière chapeautée par la Russie. On ne sait trop s’ils préféreraient l’indépendance, l’autonomie ou quelque chose d’autre, mais eux aussi ont prévu une consultation populaire. Il y a eu de grosses manifestations contre le régime de Kiev à Odessa, à Dniepropetrovsk, à Kharkov et dans d’autres villes russophones. Pratiquement partout, les députés cherchent à s’entendre avec Kiev et à en tirer quelques bénéfices, mais les gens ne sont pas d’accord. Ils sont furieux, ils ne veulent pas entendre parler de la junte.

Le régime de Kiev ne veut pas admettre leur revendication de liberté. Le maire de Donetsk, bien élu et populaire, a été enlevé par les forces de sécurité ukrainiennes, et emmené à Kiev. Et maintenant on manifeste violemment dans la ville.
La marine ukrainienne dans la mer Noire a fait allégeance à la Crimée, et non plus à Kiev, et certaines unités de l’armée de l’air l’ont rejointe, avec des douzaines d’avions de combat et des troupes au sol. Les troupes loyales à Kiev ont été bloquées par les Criméens, mais il n’y a pas eu de violence, dans ce transfert pacifique de pouvoir.

La junte a choisi un oligarque pour commander le Donbass, Sergueï Taruta, mais il a eu du mal à assumer le rôle, parce que les gens du cru n’en voulaient pas, pour une bonne raison: c’est lui qui a racheté le très important port polonais de Gdansk, et l’a mené à la banqueroute. Il semble qu’il soit plus performant pour siphonner des capitaux au loin que pour diriger des affaires sérieuses. Honteusement, M. Taruta amenait avec lui un personnel de sécurité non identifié et lourdement armé, des mercenaires fournis par Blackwater, à ce qui se dit, fraîchement débarqués d’Irak et d’Arghanistan. Il va lui en falloir bien plus s’il veut prendre le Donbass de force.

A Kharkov, la plus grande ville de l’Est, jadis capitale de l’Ukraine soviétique, les habitants ont éjecté les envoyés musclés du Secteur Droit hors des bureaux gouvernementaux, mais la police a fait corps avec les oligarques. Tandis que la fausse révolution se déroulait à Kiev sous la tutelle des émissaires des US et de l’UE, c’est maintenant que la vraie révolution se met en marche, et son avenir est loin d’être assuré.

L’Ukraine n’a pas grand chose comme armée, dans la mesure où les oligarques ont raflé tout ce qui était jadis assigné aux militaires; Le régime de Kiev n’a aucune confiance dans sa propre armée, de toute façon. Leur tentative pour lever un contingent de civils a immédiatement échoué, parce que presque personne ne s’est présenté. Ils essaient toujours d’écraser la révolution. Trois cent nouveaux mercenaires de Blackwater ont atterri mercredi dernier à l’aéroport de Kiev. Le régime de Kiev a appelé l’OTAN au secours, et a fait savoir qu’il était prêt à permettre aux missiles US de stationner en Ukraine. Les missiles en Ukraine, comme maintenant en Pologne, trop près, eux aussi, de la Russie au goût des Russes, pourraient fort bien franchir la ligne rouge russe, tout comme les missiles russes à Cuba avaient franchi la ligne rouge américaine en 1962. Le chef des services d’intelligence israéliesn Yaakov Kedmi, un expert en questions russes, a dit qu’à son avis les Russes ne pouvaient pas permettre une chose pareille, à aucun prix, même si cela devait signifier la guerre.

Poutine a demandé à la chambre haute du parlement russe la permission de déployer les troupes russes si nécessaire, et le parlement a donné son feu vert à l’unanimité. Elles seront probablement déployées pour protéger les ouvriers en cas d’attaque par un Secteur Droit vitaminé par les mercenaires de Blackwater. Une catastrophe humanitaire, des troubles à grande échelle, un afflux de réfugiés ou l’arrivée des troupes de l’OTAN pourraient aussi forcer la main à Poutine, y compris contre sa volonté.

4. Le président en exil

Le président Yanoukovitch rentrera dans l’histoire comme un personnage faible, tragique, et il mériterait une plume plus placide que la mienne. Il a fait son possible pour éviter les pertes en vies humaines, alors même qu’il faisait face à une offensive sans concession dirigée par de très violentes troupes d’assaut. Et on lui impute la mort de quelque quatre-vingt personnes, entre policiers et opposants.

Parmi les victimes, certaines furent tuées par le Secteur Droit lorsqu’ils dévastaient les bureaux du parti au pouvoir. Les hommes politiques avaient quitté les bâtiments bien en avance, mais les équipes de secrétariat étaient encore là, principalement des femmes, des jeunes, et autre menu fretin. Un ingénieur du nom de Vladimir Zakharov est allé trouver les assiégeants rebelles et leur a demandé de laisser sortir les femmes. Ils l’ont descendu sur le champ, à la matraque Et un autre a été brûlé vif.

Mais la plupart des pertes sont le fait des snipers, et pourtant elles sont imputées à Yanoukovitch. Le régime de Kiev a même demandé au tribunal de La Haye de traîner en justice le président comme ils l’avaient fait pour Milosevic. Mais voilà qu’une conversation entre Catherine Ashton, représentante de l’UE, et le ministre des Affaires étrangères estonien Urmas Paet révèle que les émissaires de l’UE savaient parfaitement que les douzaines de victimes des snipers sur la place Maidan avaient été abattus par des rebelles, et non pas par la police du président Yanoukovitch, comme ils le prétendaient. Urmas Paet a reconnu l’authenticité de cet échange téléphonique lors d’une conférence de presse, et a réclamé une enquête indépendante. Il s’avère que les tireurs rebelles ont tiré tant sur les policiers que sur les meutes de 1991 et 1993rebelles, pour faire couler le sang et en accuser le président.

Cela devient une marque de fabrique dans les révolutions made in USA. Des snipers tirant sur les deux camps avaient été signalés à Moscou lors des émeutes de 1991 et 1993, comme dans bien d’autres cas. Certaines sources ajoutent que des snipers israéliens célèbres ont été embauchés pour ces occasions, ce qui est plausible, au vu des connections israéliennes de Kolomoysky. Un ami personnel de Kolomoysky, membre éminent de l’ex-opposition, le parlementaire et actuel chef de l’administration Sergueï Pachinsky, a été arrêté par la police alors qu’il emportait l’arme d’un sniper équipée d’un silencieux hors de la scène du crime. Cette découverte a fait l’objet d’une note succincte dans le New York Times, retirée apr la suite. Cette révélation élimine (ou du moins réduit sensiblement) la responsabilité pénale du président. L’incident sombrera probablement dans le trou noir de la mémoire, et finira aux oubliettes, comme les révélations de Seymour Hersh au sujet des attaques au gaz sarin en Syrie.

Le président Poutine a fait une autre révélation lors de sa conférence de presse du 4 mars 2014. Il a dit qu’il avait convaincu (lisez plutôt obligé ) le président Yanoukovitch de signer l’accord du 21 février 2014 avec l’opposition, comme le demandaient les ministres occidentaux.En signant ce qui était plutôt une capitulation, le président ukrainien acquiesçait à toutes les exigences des rebelles bruns, y compris l’organisation d’élections anticipées, au parlement, et pour la présidence. Mais cet accord n’a servi à rien: les rebelles ont essayé de tuer Yanoukovitch la nuit où il se rendait à Kharkov.

Poutine a manifesté son étonnement qu’ils ne se soient pas contentés de l’accord, et qu’ils aient continué à mettre en œuvre le coup d’État. Ce sont les truands de Secteur Droit qui l’ont expliqué: ils ont dit que leurs tueurs seraient stationnés à côté de chaque urne électorale, et se chargeraient du décompte des votes. Naturellement, l’accord ne le prévoyait nullement, et la junte avait de bonnes raisons pour douter de ses capacités à gagner dans des élections honnêtes.

Il apparaît que Yanoukovitch espérait établir une nouvelle base de gouvernement à Kharkov, où un vaste assemblée de députés de l’Est et du Sud de l’Ukraine avait été convoquée. D’après M. Kolomoysky, il demanda aux députés d’assumer ses pouvoirs et de soutenir le président, mais ceux-ci refusèrent. C’est pour cette raison que le président Yanoukovitch, s’enfuit, en grande difficulté, en Russie. Son atterrissage à Rostov fit une forte impression sur la population, parce que son avion était escorté d’avions de combat.

Yanoukovitch essaya de joindre Poutine, mais le président russe ne voulait pas donner l’impression de forcer la main à Yanoukovitch par dessus la volonté des Ukrainiens, et refusa de le rencontrer ou de s’entretenir directement avec lui. Peut-être que Poutine n’avait pas de temps à perdre avec un si falot personnage, mais il le reconnut publiquement quand même en tant que président légitime d’Ukraine. Cela faisait sens, puisque le président Yanoukovitch avait demandé aux troupes russes de ramener la paix dans son pays. Il peut encore revenir sur le devant de la scène, comme président d’une Ukraine libre, si une telle entité pouvait jamais émerger quelque part, ou comme personnage d’un opéra.

Israel Shamir

Article original en anglais :

blacksea1The Ukrainian Pendulum. Two Invasions and a Putsch. American Special Forces in Ukraine under Cover, publié le 7 mars 2014

Traduction: Maria Poumier

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L’appréciation des évènements d’Ukraine par les occidentaux et leurs médias montre à l’évidence une inversion des valeurs du droit international qui atteint une dimension proche de l’absurde. Et l’ensemble des moyens de communication accompagne unilatéralement cette dangereuse perversion, seuls quelques rares organes semblant prendre un peu de recul face à une unique et  paradoxale présentation de la vérité.

La terminologie «Occident», désigne les Etats-Unis d’Amérique, grande puissance souveraine, fière et sûre de représenter les valeurs universelles de la liberté dont la statue illumine le monde à l’entrée de New York,  première force militaire du moment, qui définit ses intérêts planétaires et les défend avec âpreté, et ses alliés européens qu’elle a poussés à s’unir dans une organisation technocratique afin que cette Europe de l’Ouest ne constitue qu’un glacis apolitique protecteur, uniquement préoccupé d’organiser le commerce libre et sans frontières ouvert aux capitaux prédateurs de la finance internationale, initialement contre le monde soviétique et désormais contre la Russie dont elle ne cesse de saper les appuis pour l’empêcher de redevenir une grande puissance et qui est déjà sa rivale. Cette Union Européenne qui n’en finit pas de mourir d’impuissance politique, simultanément à des échecs économiques dramatiques, est désormais rejetée par la majorité des habitants du continent qui ont fini par voir en elle la source de leurs malheurs, d’autant plus que la bureaucratie bruxelloise s’arroge aussi la mission de réglementer le mode de vie journalier des individus ainsi que leurs valeurs morales et spirituelles. Les  nations qui la composent transmettent chaque jour davantage leurs droits régaliens à une technocratie bruxelloise qui, à peine consciente de sa vacuité, ne voit d’issue à ses échecs patents que dans une intégration encore plus forte. Il va sans dire que face à cette impuissance ressentie, les dirigeants européens ne voient pas d’avenir à leur survie nationale et délèguent leur défense au parrain d’outre-Atlantique en intégrant l’organisation militaire de l’OTAN, liant ipso facto leurs destins au succès de la grande Amérique.

Russophobie

L’Union Soviétique s’étant effondrée au début des années 90, on aurait pu croire qu’une grande Europe des nations allait pouvoir se construire sur des bases sérieuses mais il fut rapidement clair que l’UE n’avait pas de politique cohérente à cet égard et qu’après l’intermède Eltsine qui ouvrait la Russie aux prédateurs occidentaux,  Poutine affirmait la volonté de la Russie de se reconstruire en une puissance politique et militaire, enracinant cette action dans les traditions ancestrales de la Russie des tsars, luttant contre les oligarques qui avaient commencé à s’emparer des richesses nationales avec l’appui de l’étranger, et surtout encourageant les valeurs patriotiques, religieuses,  spirituelles et morales propres à l’âme russe.

C’est dire que le modèle construit par le nouveau tsar avec l’appui d’une forte majorité de la population, représente l’opposé de celui prôné par l’Union Européenne et les nations qui la composent, qui passent leur temps à vouloir ignorer leur histoire ou à s’en accuser, à réfuter leurs racines religieuses, culturelles et spirituelles et plaident en permanence pour l’abolition des barrières morales au nom du libéralisme total, allant même jusqu’à nier de façon aberrante les différences entre les sexes. Il est donc indispensable pour les tenants de cette Europe démoniaque de dénigrer systématiquement tout ce qui est russe, d’autant plus qu’ils participent ainsi au combat que mène leur parrain américain pour affaiblir la Russie.

Sans aucune logique stratégique, l’UE s’est élargie depuis l’effondrement de l’URSS aux pays de l’Europe de l’est, cet élargissement allant de pair avec leur intégration dans l’OTAN qui, d’une défense contre l’Union Soviétique qui n’existe plus est devenue une alliance contre la Russie, même si les Etats-Unis prétendent le contraire, allant même jusqu’à proposer à Moscou un partenariat en son sein. Mais la défense antimissile balistique (DAMB) est, malgré les arguties de langage, un système sous l’égide des Etats-Unis dirigé contre la Russie et non contre l’Iran.

Déni du droit international.

Pour ne pas alourdir ce propos, je ne retracerai pas l’histoire de l’Ukraine dont les frontières ont évolué au cours des siècles, passant tour à tour sous domination baltique, autrichienne, polonaise, ottomane et russe. Mais l’influence russe est incontestablement la plus ancienne, la plus pérenne et aussi la plus récente. On sait que Kiev fut le berceau et la capitale de la Russie. On sait aussi qu’après avoir été le fleuron et la côte d’azur de l’empire russe, elle n’est indépendante que depuis 1991, avec l’éclatement de l’éphémère  CEI, Communauté des Etats Indépendants.

Dès cette indépendance, l’UE et les EUA parlent de l’intégrer un jour dans l’UE simultanément à l’OTAN, c’est-à-dire de l’enlever à la sphère d’influence de son voisin russe. La « révolution  orange » de 2004  visait déjà à renverser son gouvernement prorusse pour installer des dirigeants tournés vers l’UE. On sait maintenant de façon précise le nombre de milliards de dollars que les organismes américains ont dépensés en Ukraine pour organiser les mouvements d’opposition. Après les échecs de cette politique, malgré tous leurs efforts, la volonté d’y parvenir n’a fait qu’attendre le moment propice pour y parvenir. Il s’est présenté avec la politique d’un président corrompu s’appuyant sur des oligarques liés aux intérêts occidentaux qui s’était proposé fin 2013 de signer avec l’UE un accord d’association, en rejetant la proposition russe d’une union douanière au sein d’un ensemble eurasiatique. Mais l’UE  se montrait alors incapable de faire face à ce souhait, n’ayant pas les moyens financiers pour y répondre. Face à une situation financière désastreuse, Yanoukovic renonçait alors en novembre 2013 à l’UE et acceptait les propositions avantageuses de la Russie.

Déçus par ce revirement, les Ukrainiens attirés par l’UE, principalement dans la partie occidentale du pays, dont ils pensaient adopter du jour au lendemain l’opulence économique, ont manifesté leur mécontentement sur la place Maïdan à Kiev, aussitôt soutenus dans leur révolte pacifique par des groupes préparés de longue date au combat de rues.  Sous les pressions de l’UE, Yanoukovic avait désarmé ses policiers pour éviter les morts mais  on sait maintenant, notamment par l’enregistrement d’une conversation entre Lady Ashton et le Ministre des AE d’Estonie, que ce sont des tireurs de ces groupes qui ont tué des membres des forces de l’ordre et des manifestants pour enclencher le mécanisme insurrectionnel violent.

L’UE n’a pas même pu jouer un rôle de médiateur. Aussi Victoria Nuland, la Sous-secrétaire d’Etat américaine, consciente de cette impotence ordonna-t-elle à son ambassadeur à Kiev de mettre le paquet pour soutenir les opposants et, devant les réticences au téléphone de son interlocuteur vis-à-vis des européens occupés à négocier, de dire vertement « que l’UE  aille se faire foutre » (Fuck with EU). Ce sont cependant trois ministres des AE européens, le français, le polonais et l’allemand qui parvinrent le 21 février dernier à conclure un accord entre le gouvernement et l’opposition qui entérinait des concessions importantes du Président et prévoyait des élections en mai prochain, proposant ainsi une sortie de crise. Tout le monde se félicitait de cet accord qui avait l’appui de tous les intéressés et de la communauté internationale. Sauf des Etats-Unis qui, à en croire l’enregistrement de la conversation de Victoria Nuland voulaient aller à l’épreuve de force.

Alors le lendemain, ceux mêmes qui avaient signé le document donnaient l’ordre à leurs milices, dont certaines sont connues pour leurs passés fasciste ou nazi, de s’emparer des bâtiments administratifs. Lâché par ses forces de l’ordre qu’il avait trahies, de même que par les oligarques du Parti des Régions, le Président devait fuir pour sauver sa vie. Les révoltés s’emparaient alors des postes du pouvoir et affichaient leur haine de la Russie, interdisant le lendemain de leur putsch la langue russe dans toute l’Ukraine, langue pourtant parlée par plus de la moitié des Ukrainiens.

Bien qu’incapables de faire face à la crise financière de l’Ukraine en cessation de paiement, l’UE et les Etats-Unis s’empressaient, contrevenant aux règles élémentaires du droit international et surtout aux termes de l’accord qu’ils avaient signé ou aider à réaliser le 21 février, de reconnaître les putschistes comme les nouveaux dirigeants légitimes de l’Ukraine.

Dans ces conditions, Poutine a beau jeu de dire que, même s’il ne lui porte pas grande estime, Yanoukovic est le président légitime et que les fascistes de Kiev font courir un risque énorme aux Russes de la partie est du pays et notamment de la Crimée où il s’est empressé de prendre facilement les mesures de sauvegarde que lui demandaient les habitants, les protégeant et protégeant la base navale de Sébastopol.

Il est clair qu’il ne reviendra pas en arrière et qu’il menace d’aller plus loin en Ukraine de l’est où l’attendent ses partisans.

L’UE n’a pas les moyens de répondre militairement, ni économiquement, d’autant plus qu’on devine déjà des approches différentes des Britanniques et des Allemands dont les liens économiques avec la Russie et l’Ukraine sont importants. Donner 35 milliards d’euros par an à l’Ukraine pendant une durée indéterminée n’est pas à la mesure d’une UE exsangue et l’Allemagne ne s’engagerait jamais dans un tel processus. Quant aux Etats-Unis qui se replient militairement des endroits où ils se sont inconsidérément enlisés, ils n’ont pas l’intention d’envoyer leurs soldats pour affirmer une politique qu’ils savent d’avance vouée à l’échec.

Il reste donc aux Etats-Unis et à l’UE à prendre un peu de recul, à comprendre les intérêts stratégiques de la Russie et à les accepter.

Cette crise aura montré à nouveau tragiquement comment le droit international est défini par le plus fort jusqu’à l’absurde, comme notre Jean de La Fontaine l’a si bien illustré dans sa fable du loup et l’agneau. Les putschistes reçus dans les palais nationaux européens parce qu’ils sont contre la Russie et pour l’UE- il faudrait d’ailleurs voir ce qu’il adviendrait si par malheur  les fascistes ou les incapables devaient continuer leur aventure au pouvoir- sont une illustration des aberrations de la diplomatie quand les équilibres sont rompus et que seule la loi du plus fort préside au destin du monde. Je laisse le soin aux observateurs attentifs de relever des analogies avec d’autres « révolutions » en Libye, en Syrie… et ailleurs.

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural.

Oubli de l’Histoire ou inculture des dirigeants européens, tout devrait pourtant les pousser à construire avec la Russie « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » préconisée par de Gaulle dans une formule par laquelle il ne limitait évidemment pas territorialement la Russie à sa dimension européenne. Mais organiser le continent européen en une force politique et, par conséquent économique et stratégique, implique de construire entre les nations européennes enracinées dans leurs histoires particulières, des coopérations et des accords qui, au lieu de détruire leurs racines spécifiques pour constituer un magma informe et impuissant, les mettent en commun pour réaliser enfin une puissance qui ne pourra exister que si chacune garde ses richesses propres et les ajoute à celles des autres. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’ancien Benelux qui ont commencé cette construction, et toutes les autres qui s’y sont agrégées ensuite ont leurs originalités essentielles, à commencer par leurs langues porteuses de leurs cultures, qui enrichiront le patrimoine commun quand elles auront défini ensemble leurs buts et intérêts partagés qui sont, à l’évidence nombreux.

« Il n’est de richesse que d’hommes » écrivait au XVIème siècle le juriste Jean Bodin. C’est à partir de cette conception que de Gaulle jugeait le monde et annonçait que «  la Russie boirait le communisme comme le buvard boit l’encre », car il savait que l’homme s’organise en familles, en clans et en nations enracinées dans la terre et dans l’Histoire. L’établissement de relations diplomatiques avec la Chine en 1964, à la surprise générale et au scandale des Etats-Unis qui ne comprirent que plus tard la pertinence de cette décision, résultait de sa culture générale qui lui faisait reconnaître ce « grand peuple, le plus nombreux de la terre » et « cet Etat plus ancien que l’Histoire », quel que soit le régime qui le dirigeait.

L’Ukraine est un pays européen lié par l’Histoire à la Russie. Ceux qui ne veulent pas reconnaître cette vérité n’aident pas à construire une Europe européenne mais poursuivent une guerre froide contre Moscou qui pourrait  se réchauffer dangereusement. Continuer à se réfugier derrière le parrain américain au sein même de l’Europe est un danger face auquel des états de l’UE pourraient finir par trouver que ce n’est plus leur intérêt. Tout pousse l’Allemagne à s’entendre avec la Russie  car les deux économies sont très imbriquées, notamment, mais pas seulement, dans le domaine énergétique, et Berlin pourrait prochainement privilégier ses intérêts à la solidarité européenne. La France, qui a un passé riche d’amitié avec la Russie devrait y réfléchir aussi.

Le problème de l’Union Européenne est que même quand elle est à l’évidence inutile ou inefficace, elle continue d’exister car personne n’ose dénoncer le tabou de cette idéologie utopique, productrice seulement d’un libéralisme destructeur des économies nationales. Mais reconnaître un pouvoir insurrectionnel comme légitime et porteur d’espoir pour l’Ukraine, surtout quand on sait son origine extrémiste, est une preuve de plus de son inconsistance et, finalement, de sa nuisance intrinsèque au destin des Européens. Et qu’elle n’est finalement que le jouet des Etats-Unis qui, après avoir empêché avec succès l’émergence d’une Europe politique forte sur le continent qui n’aurait pu être logiquement qu’une rivale, ou à la rigueur une partenaire indépendante, poursuivent leur objectif d’affaiblir la Russie dont ils redoutent la montée en puissance.

Alain Corvez

Conseiller en stratégie internationale

8 mars 2014

 

 

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Urkraine : Les armes de l’économie

mars 11th, 2014 by Manlio Dinucci

Dans le jeu des miroirs médiatiques, de fausse images apparaissent sur la crise ukrainienne : comme celle des multinationales et banques étasuniennes et européennes qui voient partir en fumée leurs investissements en Ukraine et sont sur le point d’abandonner le navire avant qu’il ne coule. Juste au moment où ils vont obtenir ce qu’ils veulent : le contrôle complet de l’économie ukrainienne.

La corde de sauvetage que le FMI et l’Ue lancent à Kiev, par des prêts de milliards de dollars, est en réalité une corde au cou. La dette extérieure de l’Ukraine, documentée par la Banque mondiale, a décuplé en dix ans et dépasse les 135 milliards de dollars. Rien qu’en intérêts, l’Ukraine doit payer environ 4,5 milliards de dollars annuels. C’est à cela que serviront les nouveaux prêts qui, augmentant la dette extérieure, obligeront Kiev à « libéraliser » encore plus l’économie, en vendant aux multinationales et aux banques occidentales tout ce qui reste à privatiser. Les conditions annexées aux prêts sont dictées par le Fonds monétaire international, dominé par les Etats-Unis (qui détiennent 17,5% des voix, sept fois plus que la Russie) et par les autres plus grandes puissances occidentales, tandis qu’un Etat comme l’Ukraine n’a droit qu’à une demie voix. C’est dans cette situation, par la responsabilité des gouvernements qui se sont succédés depuis 1991, qu’a été amené le pays, tout en possédant encore une notable base industrielle et agricole, et en ayant conclu en 2009 avec Moscou un accord décennal avantageux sur les droits de transit des approvisionnements énergétiques russes à l’Europe.

La condition de l’Ukraine est due en même temps à la pénétration occidentale dans son tissu politique et économique. Rien que pour la promotion du « bon gouvernement » en Ukraine, la vice-secrétaire d’Etat Victoria Nuland a déclaré que les Etats-Unis ont investi plus de 5 milliards de dollars. Investissement qui permet à Nuland, dans la conversation téléphonique qu’on a découverte, d’ordonner qui doit et qui ne doit pas faire partie du nouveau gouvernement de Kiev et de dire que l’ « Ue aille se faire enc… ». Expression qui, malgré les excuses de Nuland, est révélatrice de la politique de Washington à l’égard de l’Europe.

L’administration Obama, écrit le New York Times, poursuit une « stratégie agressive » qui vise à réduire les approvisionnements russes de gaz à l’Europe, dont les plus grands importateurs sont l’Allemagne et l’Ukraine (l’Italie est au 5ème rang). Le plan prévoit que ExxonMobil et d’autres compagnies étasuniennes fournissent des quantités croissantes de gaz à l’Europe en exploitant les gisements moyen-orientaux, africains et autres, y compris les étasuniens dont la production a augmenté. Déjà les grandes compagnies ont présenté au Département étasunien de l’énergie 21 requêtes de construction d’implantations portuaires pour l’exportation de gaz liquéfié. Le plan prévoit aussi une forte pression sur Gazprom, la plus grande compagnie russe dont l’Etat a repris la majorité des actions, mais qui est ouverte aux investissements étrangers : elle est cotée en bourse à Londres, Berlin et Paris et, selon la banque JP Morgan, plus de la moitié de ses actionnaires étrangers est constituée d’Etasuniens. La stratégie de Washington poursuit donc un double objectif : d’une part, mettre l’Ukraine dans les mains du FMI, dominé par les USA, et l’annexer à l’OTAN sous leadership étasunien ; de l’autre, exploiter la crise ukrainienne, que Washington a contribué à provoquer, pour renforcer l’influence étasunienne sur les alliés européens. Dans ce but Washington est en train de se mettre d’accord avec Berlin pour une partition des aires d’influence.

Tandis que Renzi (nouveau Président du conseil italien, NdT), dépoussiérant un livre de l’école primaire, récite qu’on ne peut pas être insensible au « cri de douleur du peuple ukrainien »[1].

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 11 mars 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/ucraina-le-armi-delleconomia/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 



[1] Le 10 janvier 1859, le roi Victor-Emmanuel II s’adressa au parlement s    arde avec la célèbre phrase « Nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui de toutes parts en Italie s’élève vers nous ! ».

 

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Le mouvement radical Svoboda a un vice-premier ministre et trois ministres. Le parti, en plus d’être ultra-droitier, a des impulsions/tendances antisémites, mais l’UE le soutient.

C’est ce qui s’appelle une armoire à glace ; plus de largeur que de hauteur, un visage taillé à la serpe et sur les cent kilos. Peu de plaisanterie avec Aleksandr Muzichkovo, l’un des leaders du Pravy Sektor (Secteur de droite). Sa simple présence intimide. Avec son uniforme de camouflage, Muzichkovo a été vu mettre de l’ordre dans le Palais de Justice de Rovno. Il a saisi par la cravate la première autorité judiciaire de la région, un homme jeune et plutôt frêle, qui n’ose pas répliquer à la vague d’insultes que l’ultra-droitier lui consacre, il le secoue, le fait s’assoir, il s’excite tandis qu’il continue d’insulter, lui donne une tapette. Autour de lui personne n’ose ouvrir la bouche.

La scène se repète devant la chambre parlementaire de la région. Muzichkovo préside. Sur la table une kalash. L’ultra demande d’un ton menaçant : « Quelqu’un veut-il me prendre le fusil ? : quelqu’un veut-il me prendre le couteau ?, osez ». Personne ne se déplace.

« Pravy Sektor » a été fondé il y a très peu de temps, tout juste un mois avant que ne commencent les manifestations à Kíev. Il a regroupé dans une espèce de front populaire« antisystème » divers groupes néonazis, ultra-droitiers/extrême-droitiers et les nationalistes radicaux qui se réclament de la tradition de Stepán Bandera (1909-1959) et de son organisation armée insurgé (UPA) qui a lutté contre le NKVD de Staline, et a collaboré avec les nazis en grossissant la division « Galitzia » des SS quand ceux-ci ont envahi l’URSS en 1941 et a fini par lutter un peu contre tous ; les communistes, les Allemands et l’Armia Krajowa polonais, avant d’être récupéré par la CIA qui l’a soutenu avec des armes et de l’argent jusqu’en 1959, quand Bandera a été assassiné à Munich par des agents de Staline avec une balle de cyanure.

Bandera a aujourd’hui des monuments en Ukraine Occidentale, où sa mémoire jouit d’un certaine assise populaire, mais il est considéré comme une figure négative dans la plupart du reste du pays, où les fachos sont désignés sous le nom générique de « banderovski ».

Avec le parti SvobodaPravy Sektor et les banderovski en général, étaitent la force de choc paramilitaire pour tenir le long de trois mois face à la police dans Kíev. Sans eux il n’aurait pas été possible de finir par renverser le gouvernement chancelant de Viktor Yanukovich. Tandis qu’officiellement Washington et Berlin appuyaient des leaders avec costume cravate comme l’actuel Premier ministre Yatseniuk ou l’ex-boxeur Klichkó, d’autres forces occidentales ont promu comme main-d’œuvre ce secteur ultra. Argent et réseaux de services secrets ont agi dans Kíev de la même façon qu’ ils l’ont fait dans d’autres « révolutions » contre des adversaires. Le résultat a été l’apparition dans la capitale de l’Ukraine d’un gouvernement, qui, sans pouvoir être réduit à une galerie de radicaux de droite, contient un remarquable échantillon de ceux-ci.

Au leader de Pravy Sektor Dmitri Yarosh, né il y a 42 ans dans une ville qui porte le nom du premier policier bolchevique (Dneproderzhinsk), le 26 février le nouveau régime a offert le poste de vice-secrétaire du Conseil de Sécurité National (CSN), l’organe que supervise les services secrets, ministère de l’Intérieur et l’armée. Yaroshl’a repoussé.

Le responsable du CSN est Andri Parubi, originaire de Galicie. Parubi a été le « Commandant de l’Auto-défense du Maidán » c’est-à-dire la personne qui coordonnait, plus ou moins, le dispositif paramilitaire de la révolte. Parubi a été le fondateur du Parti Socialiste-Nationaliste de l’Ukraine (SNPU), une formation de stricte tonalité néonazie avec des contacts internationaux néonazis dans toute l’Europe et une certaine assise parmi la jeunesse du Lviv, capital de Galicie. En 2004 le parti s’est transformé en mouvement « Svoboda » (Liberté). Un an après Parubi a fondé un nouveau parti et en 2012 il a été admis au « Batkivshina », le parti de l’ex-Première ministre emprisonnée pour corruption, Yulia Tymochenko.

Dans les milieux pro-gouvernementaux de Kíev on a l’habitude de dire que « Svoboda » a « beaucoup changé dans les dernières années ». Il est vrai qu’en 2006 les radicaux du SNPU se sont scindés (aujourd’hui plusieurs d’eux sont dans le « Pravy Sektor »), mais réduire ce parti à des « nationalistes radicaux », comme l’a fait la presse anglo-saxonne la plus influente dans cette crise, est ingénu.

Quatre ans après que les radicaux du SNPU soient partis, le leader de « Svoboda », Oleg Tiagnibok, a qualifié de héros Iván (John) Demianiuk, l’un des bouchers de l’abattoir ukrainiens du champ d’extermination nazi de Sobibor, extradé et jugé en Allemagne peu de temps avant de mourir. Tiagnibok a qualifié le gouvernement de l’Ukraine comme une « mafia russe-juive » et il y a quatre ans un document de programme de son parti appelait à « abolir le parlementarisme, interdire tous les partis politiques, nationaliser l’industrie et les médias, nettoyer complètement l’administration, l’armée et l’éducation, spécialement à l’est et liquider physiquement tous les intellectuel russo- parlant et ucrainophobes ». Des ministres des Européens, comme l’Allemand Frank Walter Stinmeier, ont été photographiés en serrant la main de Tiagnibok, qui dans les dernières années a été reçu à plusieurs occasions par l’ambassadeur allemand au Kiev. En 2013 le Congrès Mondial Juif a demandé de déclarer illégal « Svoboda ».

Au sein du gouvernement actuel de Kíev « Svoboda » il a aujourd’hui trois ministres (écologie, agriculture et éducation), en plus du vice-premier ministre, numéro deux du gouvernement, d’Aleksandr Sich, le procureur général, d’Oleg Majnitski, et au moins six gouverneurs de provinces.

La simple réalité est que le conglomérat radical qui a été décisif pour mettre à Kíev un gouvernement prooccidental, en servant d’intermédiaire des épisodes comme le massacre de manifestants et de policiers pour le compte des obscurs francs-tireurs la veille de la chute de l’administration précédente, a aujourd’hui un pouvoir réel dans ce pays. Pour la première fois depuis 1945 un secteur clairement d’ultra-droite et avec des impulsions antisémites contrôle d’ importantes parcelles de pouvoir dans un gouvernement européen bénis par l’Union Européenne.

Rafael Poch

Article original en espagnol : La extrema derecha se afianza en el nuevo Gobierno prooccidental de Ucrania, La Vanguardia. Odesa, 8 de marzo de 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi., El Correo. Paris, le 8 mars 2014.

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Rafael Poch, Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou et à Pékin. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Actuellement correspondant de « La Vanguardia » à Berlin.

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Voici l’exceptionnelle promotion de la « démocratie » en action des Etats-Unis ; Washington a reconnu un « coup d’Etat » en Ukraine en un changement de régime d’un gouvernement démocratiquement élu- , pour toutes ses fautes manifestes

Et voici , le président russe Vladimir Poutine, déjà l’an dernier, discutant de comment la Russie et la Chine ont décidé de faire du commerce en roubles et yuan et soulignant comment la Russie a besoin de quitter le « monopole excessif » du dollar US. Il devait être conscient que l’Empire riposterait.

Maintenant il y a plus ; le conseiller du président russe Sergey Glazyev a dit à RIA Novosti, « La Russie abandonnera le dollar US comme devise de réserve si les États-Unis lancent des sanctions contre la Fédération de Russie. »

Donc l’Empire a riposté en donnant « un petit coup de pousse » au changement de régime en Ukraine. Et Moscou a riposté en prenant le contrôle de la Crimée en moins d’un jour sans coup de feu, avec ou sans les brigades d’élite de Spetsnaz (les Think tanks britanniques disent qu’elles y sont ; Poutine dit qu’elles n’y sont pas).

L’évaluation de Poutine à propos ce qui est arrivé en Ukraine est correcte dans les faits ; « une prise de contrôle anticonstitutionnelle et une prise armée du pouvoir ». C’est ouvrir une discussion sans fin, plutôt désagréable, que le Kremlin ait réagi de façon excessive ou non. Considérant le souvenir de diabolisation absolue tant de la Russie que de Poutine des années durant – et atteignant maintenant son plus haut niveau – la réaction rapide du Kremlin fut tout à fait mesurée.

Poutine a appliqué Sun Tzu à la lettre et joue maintenant les Etats-Unis d’Amérique contre l’UE. Il a précisé que Moscou n’a pas besoin « d’envahir » l’Ukraine. Le traité de partition d’Ukraine-Russie de 1997 permet notamment des troupes russes en Crimée. Et la Russie est enfin un partisan actif de souveraineté d’Etat ; c’est sous ce principe que Moscou refuse une « intervention » de l’Occident en Syrie.

Il a laissé la porte ouverte pour – oh cosmique ironie des ironies- une invention/intervention US (et cela, comme prévu, était non détectable par les grands médias de l ’Ouest) ; le R2P de l’ONU – « la responsabilité de protéger » – dans le cas où les fascistes et néo-nazis pro-ouest en Ukraine menacent des Russes ou des civils parlant russe par un conflit armé. Samantha Power devrait être fière d’elle.

N’ignorez pas l’intelligence russe.

« L’Ouest » a appris encore une fois qu’il ne faut pas se tromper avec l’intelligence russe, qui en un mot établit une réplique du coup à Kiev en Crimée, en grande partie précipitée par UNA-UNSO – un obscur groupe d’extrême droite de supers paramilitaires liés à l’OTAN en utilisant l’Ukraine comme base, comme l’expliqueWilliam Engdahl.

Et la Crimée était une opération encore plus glauque, parce que ces néo-nazis de l’Ukraine de L’Ouest étaient en tandem avec les djihadistes tatar (que la Maison de Saud sera grandement tentée de financer dorénavant).

Le Kremlin a raison dans les faits en montrant que le coup a été essentiellement condsuit par les fascistes et l’extrême droite « nationaliste » – le code de L’Ouest pour les néo-nazis. Svoboda (« Liberté) dont le membre Yury Noyevy a même reconnu ouvertement que l’utilisation de l’intégration d’UE comme prétexte « est un moyen de casser nos liens avec la Russie. »

Les grands médias de l’Ouest oublient toujours commodément que Svoboda - aussi bien que la droite fasciste – suit les pas du fasciste/terroriste Galicien, Stepan Bandera, un membre connu du panier des intel-agences de « L’Ouest ». Maintenant Svoboda a réussi à n’insérer rien de moins que six de ses huiles dans le cadre du nouveau régime à Kiev.

Puis, il y a les nouveaux gouverneurs régionaux nommés surtout dans l’est russophone et au sud de l’Ukraine. Ils sont – qui d’autres – les oligarques, tels que les milliardaires Sergei Taruta placé à Donetsk et Ihor Kolomoysky placé dans Dnipropetrovsk. Les gens à Maidan à Kiev protestaient surtout contre – qui d’autres – les kleptocrates oligarques. Encore une fois, les grands médias de L’Ouest – qui ont matraqué sans relâche un soulèvement « populaire » contre la kleptocratie – ne l’ont pas remarqué.

Une fois encore, suivez l’argent

Les réserves de devises étrangères de l’Ukraine, ont plongé seulement durant les quatre dernières semaines, de 17.8 milliards à 15 milliards de dollars. Quelqu’un veut il acheter un hryvnia ? Bien, pas vraiment ; la monnaie nationale est sur un plongeon cosmique contre le dollar US. C’est de drôlement bonnes nouvelles seulement pour les vautours du capitalisme du désastre.

Et dès le signal, le Fonds Monétaire International (FMI) envoie une « mission d’enquête » en Ukraine cette semaine. Les Ukrainiens de tous bords peuvent courir, mais n’échapperont pas à « l’ajustement structurel ». Ils pourraient toujours essayer de gratter assez pour un billet avec leur hryvnia sans valeur (être éligible pour un visa à l’arrivée en Thaïlande aide certainement).

Les banques européennes – qui selon le Bank for International Settlements (BIS) [Règlements internationaux pour les banques] détiennent plus de 23 milliards de dollars en prêts exceptionnels – pourraient perdre gros en Ukraine. Les banques italiennes, par exemple, ont prêté presque $6 milliards de dollars.

Sur le front des Pipelineistan, l’Ukraine dépend lourdement de la Russie ; 58 % de son approvisionnement en gaz. Elle ne peut pas vraiment le diversifier et commencer à acheter au Qatar demain – avec livraison via qui ? Les Compagnies aériennes du Qatar ?

Et même si 66 % de gaz russe exporté vers l’UE transite par l’Ukraine, le pays perd vite son importance comme plateforme de transit. Tant le Nord Stream que les pipelines du Sud Stream- la Russie pas sur la terre mais sous les mers – évitent l’Ukraine. Le Nord Stream, fini en 2011, relie la Russie avec l’Allemagne sous la Mer Baltique. Le Sud Stream, sous la Mer Noire, sera prêt avant la fin 2015.

Géo-économiquement, l’Empire a besoin de l’Ukraine pour qu’elle soit hors de l’union économique eurasienne promue par le Kremlin – qui inclut aussi le Kazakhstan et la Biélorussie. Et géopolitiquement, quand le Secrétaire général de l’OTAN, la vaine marionnette Anders Fogh Rasmussen, a dit qu’un package du FMI-UE pour l’Ukraine serait un « booster important pour la sécurité Euro-Atlantique », c’est ce qui l’a déclenché ; la seule chose qui importe dans ce jeu global est l’OTAN « annexant » l’Ukraine, comme je l’ai expliqué plus tôt.

Cela a toujours été à propos de l’Empire des Bases – comme l’encerclement de l’Iran ; comme le « pivot » en Asie traduit à travers encerclement de la Chine ; comme l’encerclement de la Russie par des bases et « le bouclier anti-missiles ». Par dessus le cadavre du Kremlin, bien évidemment.

Allons-z-y, pillons ce terrain vague

Le Secrétaire d’Etat US John Kerry accusant la Russie « d’envahir l’Ukraine », en « violation du droit international » et « de retour au 19ème siècle », est si spectaculairement pathétique dans son hypocrisie – une fois encore, regardez le palmarès des Etats-Unis d’ Amérique – cela ne suscite commentaire d’aucun observateur informé. Incidemment, c’est aussi pitoyable que son offre d’un misérable milliard de « prêt garanti » – qui paierait à peine les factures de l’Ukraine pendant deux semaines.

L’administration d’Obama – surtout l’adorable néo-cons du « F ** k l’UE » – a perdu son jeu de pouvoir. Et pour Moscou, il n’y a aucun interlocuteur à Kiev parce qu’il considère illégaux ceux qui ont changé le régime . Moscou considère aussi « l’Europe » comme un bouquet de perdants pleurnichards gâtés – sans politique étrangère commune.

Donc toute médiation dépend maintenant de l’Allemagne. Berlin n’a pas le temps pour des « sanctions » – sacro-saint exceptionnalisme mantra US ; la Russie est un marché somptueux pour l’industrie allemande. Et malgré toutes les vociférations de The Économist et du Financial Times, la City de Londres ne veut pas non plus de sanctions ; le centre financier se nourrit des généreux fonds politico/oligarchiques russes. Quant à la « punition » de l’Ouest pour la Russie en menaçant de l’expulser du G8, c’est une plaisanterie. Le G-8, qui ne comprend pas la Chine, ne décide rien de pertinent ; le G-20 lui le fait.

Si un large sondage devait être conduit aujourd’hui, il révélerait que la majorité d’Ukrainiens ne veut pas faire partie de l’UE – autant que la majorité d’Européens ne veulent pas de l’Ukraine dans l’UE. Ce qui est parti pour les millions d’Ukrainiens c’est la vampirisation par le vampire FMI, dûment approuvée par « Yats » (comme le Premier ministre Yatsenyuk est désigné par Vic « F ** k l’UE » Nuland). L’Ukraine se traine vers une fédéralisation. Ceux qui ont changé le régime de Kiev n’auront pas de mot à dire sur la Crimée autonome – qui restera certainement comme partie de l’Ukraine (et la Russie à propos économisera 90 millions de dollars de loyer annuel pour la base de Sébastopol, qui était payé jusqu’à présent à Kiev.)

La fin de partie est tout sauf écrite ; Moscou contrôle une Crimée autonome gratuitement, et le « contrôle » US /UE ou essayer de piller, dans le style du capitalisme du désastre, sur le terrain vague de l’Ukraine de l’Ouest « dirigé » par une bande de marionnettes de L’Ouest et d’oligarques, avec des notions de néo-nazis.

Alors, que va faire ce duo de maîtres stratèges Obama/Kerry ? Commencer une guerre nucléaire ?

Pepe Escobar

Article original en anglais : « Spring fails in Ukrainian plunder land », Asia Times , 5 mars 2014.

Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi, El Correo. Paris, le 8 mars 2014.

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Pepe Escobar est  journaliste .  Il est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009).

Les arabes, ces mal-aimés: Voyage au coeur de l’intolérance

mars 10th, 2014 by Chems Eddine Chitour

«Il n’y a rien de plus grand aux yeux de Dieu qu’un homme qui a appris une science et qui l’a enseignée au peuple.» «La connaissance qui n’est pas utilisée est comme un trésor dont rien n’est dépensé. Ses propriétaires ont labouré en le rassemblant, mais ils n’en ont jamais bénéficié.» «Si Dieu te dirige vers un seul homme [qui est instruit], c’est mieux pour toi que le monde entier et ce qu’il contient.»

Ibn Khayr dans son Farasah

Un mal qui répand la terreur, l’allogène basané et de surcroit arabe, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est en train de polluer la blanche et doulce France. Nous allons dans ce qui suit, expliquer en quelques lignes que les Arabes sont un peuple comme les autres, ni meilleur ni pire et qui a transmis par l’intermédiaire de la langue une belle période civilisationnelle. Dans un second temps, nous allons rapporter le réquisitoire à son encontre et montrer qu’il ne repose pas sur des fondations étayées, mais fait l’objet de croisades dont les médias ne sont pas en reste, eux qui donnent de l’épaisseur à tous les pyromanes et intellectuels autoproclamés qui dictent aux citoyens lambdas ce qu’ils doivent penser, ce qu’ils doivent oublier.

Qui étaient les Arabes?

On dit que les Arabes sont un ancien peuple sémitique dont le barycentre fut l’actuelle Arabie Saoudite. Sans vouloir faire l’apologie de ce peuple du désert, qu’il nous suffise de rapporter pour la période anté-islamique l’une des facettes de ce peuple fier. Beaucoup d’entre nous dans leur jeunesse ont vibré aux rapsodies et autres mou’allaquate où les joutes oratoires se faisaient à Oukadh. On rapporte que Samaouel, auteur juif anté-islamique auteur de la célèbre «lamiatou Samaouel» n’a pas voulu dévoiler un secret que lui avait confié Antar Ibn Cheddad mettant en péril de ce fait, la vie de son fils.. Depuis l’expression «aoufa min Samaouel» «Plus fidèle – au serment- que Samaouel- a traversé les siècles.

Quand on se rend compte de toute l’étendue des domaines que les Arabes embrassèrent dans leurs expérimentations scientifiques, leurs pensées et leurs écrits, on voit que sans les Arabes, la science et la philosophie européennes ne se seraient pas développées à l’époque comme elles l’ont fait. Les Arabes ne se contentèrent pas de transmettre simplement la pensée grecque. Ils en furent les authentiques continuateurs. La conquête arabe apportait les éléments d’un nouvel enthousiasme pour le savoir, une langue que se forge et qui s’impose comme un instrument de communication internationale; un gouvernement fortement centralisé; une religion qui exalte la connaissance. Le Coran énonce que l’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs. Le monde occidental manifesta une réserve, voire une hostilité envers ces savoirs étrangers. Avant, à son tour, de se les approprier et de les enrichir.

S’agissant de la langue, l’illustre savant Jacques Berque explique dans Les Arabes et nous que la fonction de la langue pour les Arabes est différente, supérieure à celle qu’elle remplit pour les Occidentaux. Il donne un exemple: ainsi, en arabe, les mots se rapportant à l’écrit dérivent tous de la racine k.t.b.: Maktûb, maktab, maktaba, kâtib, kitâb. En français, ces mêmes mots sont: écrit, bureau, bibliothèque, secrétaire, livre. Les mots français sont tous les cinq arbitraires, mais les mots arabes sont, eux, «soudés par une transparente logique à une racine qui seule est arbitraire». «Alors que les langues européennes solidifient le mot, le figent, en quelque sorte, dans un rapport précis avec la chose, le mot arabe reste cramponné à ses origines. Il tire substance de ses quartiers de noblesse.» (1)

Que sont devenus ces héritiers de Dar El Hikma, des poèmes el Mou’allaquat de Dubyani, de Antar et de tant d’autres? Les pays arabes actuels sont tombés bien bas. Ils ont du mal à enrayer l’illettrisme. «L’analphabétisme touche près de 40% des personnes âgées de plus de 15 ans» dans ces pays, soit près de 60 millions d’adultes, selon un rapport de l’Unesco, publié le 7 janvier 2009. Faut-il pour autant insulter les peuples et ne pas s’en prendre à juste titre à leurs dirigeants? Mais ceci est une autre histoire.

Voyage au cœur de l’intolérance

Nous allons voir dans ce qui suit que l’intolérance envers les Arabes n’est pas une spécificité de tel ou tel pays. A des degrés divers, le rejet brutal des Arabes et plus généralement de l’Islam est la haine la mieux partagée en Occident. L’amalgame est total entre les problèmes des banlieues qui sont pour une large part des problèmes sociaux avec le chômage qui touche en moyenne trois fois plus les Beurs que les Français de souche. Cela on ne l’explique pas car l’argument mis en place est l’antisémitisme mis en avant d’une façon directe ou indirecte par les «plus royalistes que le roi».

Justement et pour parler d’oecuménisme dans la haine des Arabes, un auteur anglais pense que la France est en guerre contre «ses Arabes». Nolwenn Le Blevennec a interviewé Andrew Hussey. Nous l’écoutons: The French intifada est sorti ce jeudi. C’est un livre-voyage-enquête qui se propose d’expliquer «la guerre entre la France et ses Arabes». (…) La couverture du livre, en premier lieu: la tour Eiffel, dessinée entre les portes d’une mosquée dorée et dressée dans des flammes rouges. Derrière, en fond, le vert du Coran. Pour la version américaine, c’est encore plus explicite: un bras d’homme tenant une kalachnikov sur un fond bleu clair.(2)

«Les extraits parus dans le Guardian, fin février, n’étaient pas rassurants non plus. Ils donnaient l’image d’une capitale française assiégée par ses Arabes. Voici le premier qui dépeint les émeutes de la gare du Nord du printemps 2007. C’est le début du livre: «La France, écrit-il, est le pays qui a la plus grande population musulmane d’Europe, et la gare du Nord est un point de rencontre et de tension. (..) Les émeutiers de la gare du Nord ou des banlieues se décrivent souvent comme des soldats d’une ´´guerre d’usure´´ contre la France et l’Europe.» La prose ressemble à celle de l’auteur d’extrême droite, Laurent Obertone (belle plume et apocalypse).»(2)

«Ce que j’ai vu en France, écrit Nolwenn Le Blevennec, rapportant les propos de l’auteur, n’est pas de l’ordre d’un conflit de classes, je me suis demandé d’où venait cette colère des jeunes Arabes. Les tensions ne sont pas que politiques, religieuses, raciales, il y a quelque chose qui appartient à la psychanalyse.» Sa théorie: la colonisation française de l’Afrique du Nord a laissé des traces et une envie de revanche. L’aliénation de la vie en banlieue est un autre motif de colère pour les Arabes. Une guerre a lieu, que personne ne veut voir.» (2)

«Dès la première partie (de la lecture du livre, Ndlr), c’est plus clair, la ligne est celle d’Alain Finkielkraut et d’Elisabeth Lévy. Première partie: le jeune Arabe est haineux et antisémite. L’auteur revient sur le meurtre d’Ilan Halimi. «Beaucoup de voisins ont entendu des cris de souffrance et les rires des tortionnaires, mais ils n’ont rien fait», écrit-il comme s’il avait eu accès au dossier de police. Puis il passe à l’affaire Mohammed Merah. Dans les jours qui suivent, (…) Il y a ce type, à Barbès qui n’est pas spécialement choqué par ce qu’a fait Merah. A mettre en parallèle avec les commentaires de ce vieux juif, «l’un des derniers à ne pas avoir été évincé de Barbès»: «Cet homme, ce musulman, il était juste un nazi.» (2)

«Suivent plusieurs chapitres historiques intéressants: Andrew Hussey rappelle quelle a été l’histoire de la France avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie. Il décrit les séquelles laissées par les processus de colonisation et décolonisation. Enfin, la dernière partie du livre se passe à la prison de Fresnes. Un gardien de prison se confie: «On peut parler avec un Basque ou un Corse. Avec les musulmans, ce n’est pas pareil, c’est comme s’ils formaient une armée secrète qui travaille contre toi. Tu ne peux jamais savoir ce qu’ils pensent, mais tu sais qu’ils te haïssent.» (2)

Etant plus explicite dans le Guardian, Andrew Hussey écrit:

«L’histoire amère de la relation de la France avec ses ex-colonies se joue dans la capitale française est racontée plus explicitement dans le Guardian. Il y a un véritable conflit dans la France contemporaine entre les principes opposés de la laïcité et du communautarisme qui est joué dans les émeutes. Le terme laïcité est difficile à traduire; mettre tout simplement, cela signifie que le droit français, il est illégal de distinguer des individus en raison de leur religion. (…) Encore une fois, le modèle anglo-américain lâche, où la «différence» – qu’il s’agisse de la sexualité, la religion ou le handicap – est toléré ou même prisé, ne s’applique pas en France où la «différence» est considérée comme une forme de sectarisme et une menace pour la République. Le problème le plus aigu pour les dernières générations d’immigrés musulmans en France est que l’universalisme proclamé des valeurs républicaines, et en particulier la laïcité, peut très rapidement ressembler à la «mission civilisatrice» du colonialisme. En d’autres termes, si les musulmans veulent être «français», ils doivent apprendre à être des citoyens de la République, premier et deuxième musulmans; pour beaucoup, c’est une tâche impossible, d’où les inquiétudes quant à savoir si les musulmans en France sont musulmans de France ou musulmans en France». (3)

Les lanceurs d’alerte de l’apocalypse contre les allogènes mélanodermes

En France on le sait, les « formateurs » au sens de l’internet  de la pensée du citoyen lambda sont connus. On ne peut pas, à titre d’exemple, ne pas citer l’un des premiers pyromanes en la personne d’Eric Zemmour, un paléo-berbère dont les parents sont venus sur le tard en France et qui en rajoute en parlant de «mélancolie française» et d’invasion par les mélanodermes qui soient arabes ou noirs. Ecoutons la description qu’en fait Chloé Leprince à propos de la délinquance consubstantielle de l’ethnie: «Oui, comme l’affirment Eric Zemmour et Jean-Pierre Chevènement, les personnes noires et maghrébines sont surreprésentées dans les statistiques de la délinquance. Ce qu’ils omettent de dire, c’est que ce phénomène est essentiellement dû à des facteurs sociaux et de discrimination. (…) Les propos d’Eric Zemmour peuvent être considérés comme racistes dans la mesure où ils seraient essentialistes (Mamadou serait trafiquant parce que Mamadou s’appelle Mamadou). Dans sa diatribe, Eric Zemmour ne parle pas de condamnations effectives, après enquête, mais de «trafiquants.» Même si les statistiques du Canonge restent à prendre avec des pincettes, il indique qu’Arabes et Noirs sont «surreprésentés» (comprendre: plus nombreux en proportion que dans la population totale). Les sociologues de la délinquance retiennent davantage le critère du niveau de vie que le critère ethnique pour expliquer les différences de comportement transgressif: pour ces derniers, qu’il y ait davantage de Noirs et d’Arabes parmi les jeunes délinquants n’est pas vraiment un scoop. Mais avant tout, le corollaire d’un phénomène socio-économique. (4)

Un nouveau business :  les auteurs à thèses racistes contre les Arabes

Il ne faut pas croire que les Alain Finkielkraut, Elisabeth Levy et autres Pascal Bruckner sont les seuls à gloser sur les Arabes. De nouvelles pousses se font les dents sur ces scories de l’histoire installées en Occident.

Nolwenn Le Blevennec décrit l’ouvrage de Laurent Obertone La France Orange mécanique, qui se vend bien. Le thème de l’ouvrage est «l’ensauvagement d’une nation», formule chargée de sous-entendus de l’essayiste et criminologue Xavier Raufer qui préface le livre. (…) Une formule devenue le slogan du moment de Marine Le Pen qui fait au livre une promo acharnée (…) «Ses thèmes de prédilection en vrac: le péril immigré qui mènera notre civilisation à sa perte, les Noirs qui ont une ´´intelligence limitée´´, les homosexuels qui se ´´comportent eux aussi comme des animaux´´, les logements sociaux et ´´l’invasion de cloportes qui vont avec´´, ainsi que l’égalité homme-femme.» « La France Orange mécanique »  poursuit Nolwenn Le Blevennec, est un livre à thèse, où les statistiques viennent étayer ou illustrer un discours qui fait beaucoup penser à celui du journaliste Eric Zemmour ou de Marine Le Pen. En gros, la France serait gangrénée par l’ultraviolence. Et si les tueurs de sang-froid (psychopathes) ou de sang chaud (à la Bertrand Cantat) peuvent être blancs, les acteurs de l’ultraviolence, violeurs et agresseurs, seraient le plus souvent des hommes jeunes d’origine étrangère. (…) Parmi ces hommes d’origine étrangère, «quelques cultures» seraient surreprésentées, «les Sahéliens et les Maghrébins par exemple». Comme Zemmour, il s’appuie sur les travaux d’Hugues Lagrange. «Je ne pense pas qu’on puisse tout expliquer par des causes sociales. L’ethnie ne peut pas être ignorée. Je ne suis pas sûr que notre société soit compatible avec toutes les cultures.» (5)

Contrôles au faciès: démonétisation de l’allogène

Justement, à propos des statistiques, Chloé Leprince de Rue 89 rapporte une enquête sur l’inutilité dans les faits du contrôle au faciès. Elle écrit:

«Deux chercheurs du Cnrs publient une enquête statistique alarmante sur le contrôle au faciès: un Arabe est sept à huit fois plus contrôlé qu’un Blanc par la police française. Pour un Noir, c’est six fois plus probable. Ces chiffres publiés le 30 juin 2009 sont édifiants. Mais ils se doublent d’un autre enjeu: celui de l’inefficacité de ces moeurs policières. Alors que la Préfecture de Paris a manifesté son «intérêt» pour l’enquête, on sait que le contrôle au faciès, non seulement discrimine, mais qu’en plus, il ne marche pas. (…) Cette étude de portée européenne montre que dans la plupart des pays européens, le profilage ethnique s’est imposé. Ainsi, en Grande-Bretagne, les Britanniques d’origine asiatique ont été cinq fois plus contrôlés à partir des attentats dans le métro de Londres, à l’été 2005. Or, les mêmes auteurs, déjà formels, écrivaient qu’il n’existe «aucune preuve que le profilage ethnique puisse prévenir les actes criminels ou les actes de terrorisme.» (6)

On sait aussi que «des consignes sont données oralement qui relèvent bien du contrôle sur la couleur de la peau ou l’apparence ethnique «Si vous êtes à Calais et que vous devez faire du chiffre, qu’est-ce qui ressemble plus à un Afghan ou à un Irakien qu’un Afghan ou un Irakien?» On le voit, les Arabes et autres mélanodermes ont du souci à se faire. La tâche pour une intégration sereine et apaisée et qui ne repose que sur le désir de vivre ensemble ne sera pas tâche facile avec tous les pyromanes pour qui l’intégration apaisée à l’ombre des lois de la République est un danger mortel pour leur fonds de commerce de la division et de l’intolérance. Ainsi va le Monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Jacques Berque: http://www.islam-fraternet.com/maj-0598/berq.htm

2. Nolwenn Le Blevennec     http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/08/auteur-anglais-pense-france-est-guerre-contre-arabes-250205

3. http://www.theguardian.com/world/2014/ feb /23/french-intifada-arab-banlieues-fighting-french-state-extract

4. Chloé Leprince      http://rue89.nouvelobs. com/2010/03/19/noirs-arabes-et-delinquance-retour-sur-zemmmour-143594

5.   http://rue89.nouvelobs.com/2013/03/01/rencontre-avec-lauteur-zemmourien-de-la-france-orange-mecanique-240132

6. Chloé Leprince   http://rue89.nouvelobs. com/2009/06/30/controles-au-facies-scandaleux-mais-aussi-inefficaces

 

 

 

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On connaît la maxime : « Trop grandes pour faire faillite » (’Too Big To Fail’). La manière dont les gouvernants ont géré la crise provoquée par les banques a débouché sur une nouvelle doctrine qui peut être résumée par : « Trop grandes pour être condamnées » |1|. Ou « Trop grandes pour être emprisonnées » si on traduit littéralement le nouvel adage qui fait florès aux États-Unis et au Royaume-Uni : « Too Big to Jail » |2| qui rime avec « Too Big to Fail ». En effet, alors que le gouvernement des États-Unis a laissé Lehman Brothers faire faillite en septembre 2008, aucune banque n’a été fermée |3| ou démantelée par décision de justice, aucun dirigeant de banque n’a été condamné à une peine de prison. L’unique exception dans le monde occidental concerne l’Islande où la justice a condamné à des peines de prison ferme trois dirigeants de banque. Larus Welding, principal dirigeant de la banque Glitnir, qui a fait faillite en 2008 quand elle était encore la troisième banque du pays, a été condamné fin décembre 2012 à 9 mois de prison. Sigurdur Einarsson et Hreidar Mar Sigurdsson les deux principaux dirigeants de la banque Kaupthing |4| ont été condamnés respectivement à cinq ans et cinq ans et demi de prison en décembre 2013 |5|.

Pourtant, la justice des États-Unis et d’Europe est confrontée à de très graves délits commis par les plus grandes banques : escroquerie en bande organisée à l’encontre des clients, des (petits) actionnaires et des actionnaires publics, blanchiment d’argent du crime organisé, organisation systématique de la fraude fiscale à très grande échelle, manipulation en bande organisée des taux d’intérêts (Libor, Euribor…), manipulation en bande organisée des marchés de change, faux et usage de faux, délits d’initiés, destructions de preuves, enrichissement abusif, manipulation en bande organisée du marché des CDS, manipulation du marché physique des commodities, complicité dans des crimes de guerre |6|… La liste n’est pas exhaustive.

Eric Holder, procureur général des États-Unis, interrogé en juin 2013 par une commission du Sénat de son pays, a résumé clairement le fond de la doctrine « Trop grandes pour être condamnées ». Il a déclaré en substance à propos des grandes banques que « ces institutions sont si grandes qu’il est difficile de les poursuivre en justice, et si on le faisait, on se rendrait compte qu’effectivement, les inculper pour activités criminelles pourrait avoir des répercussions négatives pour l’économie nationale, voire mondiale » |7|.

Les retombées de cette position sont claires. Le fait que la spéculation et les crimes financiers ont causé la pire crise économique depuis le siècle dernier pèse fort peu dans la balance de la justice. Bien que de tels excès soient associés à une épidémie de fraudes |8|, à tous les niveaux des opérations des banques des États-Unis, ces institutions sont autorisées à poursuivre leurs opérations. Il leur suffit de passer un accord avec la justice afin de payer une amende pour éviter une condamnation. Imaginez la situation suivante : après un mois d’enquête, la police retrouve une personne qui a commis un vol d’un million d’euros. Au moment d’être appréhendée, la personne en question déclare au juge d’instruction et à la police : « Je propose de payer deux mille euros d’amende, vous me laissez en liberté et vous n’entamez pas de poursuite. D’accord ? ». Le juge et la police lui disent : « Ok, pas de problème, excusez du dérangement. Bonne continuation. Essayez de ne pas vous faire prendre une prochaine fois, ce serait dommage ». Le traitement de faveur auquel ont droit les banques responsables de délits et de crimes financiers n’est pas très différent de cette situation imaginaire et Bertold Brecht avait pleinement raison de poser la question : « Qui est le plus grand criminel : celui qui vole une banque ou celui qui en fonde une ? »usique de Kurt Weil), présentée pour la première fois le 31 août 1928 au Theater am Schiffbauerdamm de Berlin, puis en version française le 14 octobre 1930 au théâtre Montparnasse.]].

Les conséquences directes des méfaits des banques sont particulièrement graves : 14 millions de familles aux États-Unis ont été expulsées de leur logement entre 2007 et 2013 (voir tableau ci-dessous), parmi elles, il est avéré qu’au moins 495 000 familles l’ont été de manière parfaitement illégale |9|, des millions de personnes ont perdu leur emploi, une partie d’entre elles sont tombées sous le seuil de pauvreté, le taux de suicides a augmenté parmi les personnes affectées, la dette publique a explosé et les fonds de pensions des pays développés ont perdu près de 5 400 milliards de dollars |10|.

Saisies immobilières aux États-Unis et en Espagne
États-Unis Espagne
2005 532 833
2006 717 522
2007 1 285 873
2008 2 330 483 49 848
2009 2 824 674 59 632
2010 2 871 891 81 747
2011 1 887 777 94 825
2012 1 836 634 76 724
Total 14 287 687 362 776

Source : Pour les États-Unis : http://www.realtytrac.com/content/foreclosure-market-report/2012-year-end-foreclosure-market-report-7547 ;
Pour l’Espagne : http://afectadosporlahipoteca.com/wp-content/uploads/2013/02/RETROSPECTIVA-SOBRE-DESAHUCIOS-Y-EJECUCIONES-HIPOTECARIAS-EN-ESPAÑA-COLAUALEMANY1.pdf

Le rôle des banques privées est manifestement si important et indispensable au système capitaliste que leur fonctionnement transcende les contraintes légales et constitutionnelles des sociétés modernes. Dès lors, la justice se voile la face devant les délits et crimes commis par les banques et leurs dirigeants afin de leur éviter de passer ne serait-ce qu’un jour en prison. En fin de compte, on ne peut tout de même pas poursuivre en justice un dirigeant d’une institution bancaire qui « ne fait que le travail de Dieu » |11| , pour citer Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs.

La déclaration ci-dessus pourrait prêter à sourire si des transactions entre banques et autorités judiciaires ou de contrôle ne venaient pas régulièrement confirmer l’application de la doctrine « trop grandes pour être condamnées » des deux côtés de l’Océan Atlantique. Les affaires se suivent et la justice se borne à des amendes qui représentent bien souvent une maigre fraction des bénéfices issus d’activités illégales, sans qu’aucun dirigeant ne soit inquiété. Tout au plus comparaissent devant des tribunaux et sont condamnés des lampistes comme Jérôme Kerviel, jamais les patrons qui les ont poussés à augmenter les bénéfices de l’entreprise en utilisant toutes les entourloupes possibles et imaginables.

Six exemples suffisent pour témoigner de la situation actuelle :

  • 1. les accords passés entre les banques des États-Unis et différentes autorités du pays afin d’éviter une condamnation en justice dans l’affaire des prêts hypothécaires abusifs et des expulsions illégales de logement (foreclosures) ;
  • 2. HSBC (1e banque britannique) mise à l’amende aux États-Unis pour blanchiment d’argent des cartels mexicains et colombiens de la drogue ;
  • 3. la manipulation des taux d’intérêt interbancaire et des taux sur les dérivés connue comme l’affaire du LIBOR ;
  • 4. le scandale des « prêts toxiques » en France ;
  • 5. les activités illégales de Dexia en Israël ;
  • 6. l’évasion fiscale internationale organisée par la principale banque suisse UBS.

Dans cette série ces 6 exemples seront analysés.

Conclusion

Il apparaît clairement que les banques et autres grandes institutions financières de dimension mondiale, agissant souvent en bande organisée (en cartel), font montre d’un niveau rarement observé à ce jour de cynisme et d’abus de pouvoir. Aujourd’hui, après que les États aient mis l’argent public à disposition des entités financières dont les paris spéculatifs ont mal tourné, les magistrats en charge de faire appliquer la loi s’emploient à protéger les responsables de ces entités et banalisent ainsi, voire justifient a posteriori la conduite illégale ou criminelle dont ils se sont rendus coupables.

Un tel contexte, où règne l’impunité, encourage les dirigeants des firmes financières à davantage d’abus et de prises de risque. Les banques en tant qu’institutions ne sont pas condamnées, et le plus souvent ne sont même pas convoquées devant un tribunal.

Ces banques font porter l’entière responsabilité à des traders comme Jérôme Kerviel et quelques dizaines d’autres et obtiennent que la justice les condamne pour leur avoir porté préjudice.

La situation des principaux dirigeants des banques est bien différente : le montant de leurs bonus croît suite à l’augmentation des revenus de la banque (il n’est pas rare de voir que le bonus augmente même en cas de baisse de la rentabilité de la banque), indépendamment de l’origine illégale des ressources ou du fait qu’elles soient issues d’activités financières spéculatives extrêmement risquées. Dans le pire des cas, s’ils sont découverts, ils n’ont qu’à quitter l’institution (souvent avec un parachute doré), ils ne seront pas poursuivis par la justice et conserveront sur leurs comptes bancaires l’entièreté des bénéfices obtenus.

Tant que ce genre de dispositif pervers est maintenu, les abus et le pillage des ressources publiques de la part du système financier ne peuvent que se prolonger au fil du temps.

Au-delà des hauts dirigeants, il faut souligner l’impunité des banques elles-mêmes à qui les autorités appliquent la doctrine « Too Big To Jail ». Il s’agit surtout de la démonstration de l’imbrication étroite entre les directions des banques, leurs grands actionnaires, les gouvernants et les différents organes vitaux des États.

En cas de graves manquements, il faut mettre en pratique une solution radicale : retirer la licence bancaire aux banques coupables de crimes, bannir définitivement certaines de leurs activités, poursuivre en justice les dirigeants et les grands actionnaires. Il faut aussi obtenir des réparations de la part des dirigeants et des grands actionnaires.

Enfin, il est urgent de diviser chaque grande banque en plusieurs entités afin de limiter les risques, de socialiser ces banques en les plaçant sous contrôle citoyen, et de créer ainsi un service public bancaire qui donnera la priorité à la satisfaction des besoins sociaux et à la protection de la nature.

Éric Toussaint

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 6

Partie 7

Partie 8

Dernière partie

Notes

|1| L’auteur remercie Daniel Munevar, économiste du CADTM, qui a produit une première synthèse concise très utile sur le sujet et l’a autorisé à s’en inspirer librement. L’auteur a ensuite largement complété la recherche. Voir l’article original de Daniel Munevar, « La doctrine « trop grandes pour être condamnées » ou comment les banques sont au-dessus des lois », 20 septembre 2013,www.cadtm.org/La-doctrine-trop-grandes-pour-etre

|2| Les médias anglo-saxons utilisent régulièrement cette expression depuis 2 ans : voir par exemple : Abcnews, “Once Again, Is JPMorgan Chase Too Big to Jail ?”, 7 Janvier 2014,http://abcnews.go.com/Blotter/madoff-ponzi-scheme-prosecutors-find-jpmorgan-chase-big/story?id=21448264 ou Forbes, “Why DOJ Deemed Bank Execs Too Big To Jail”, 29 juillet 2013,http://www.forbes.com/sites/tedkaufman/2013/07/29/why-doj-deemed-bank-execs-too-big-to-jail/

|3| Autre manière d’écrire qu’aucune banque ne s’est vu retirer la licence bancaire. En effet, pour mener les opérations bancaires, une institution financière doit obtenir une licence bancaire.

|4| La faillite de sa filiale nommée Icesave au Royaume-Uni et aux Pays-Bas a provoqué une crise internationale entre ces deux pays et l’Islande. Cette crise se poursuit encore en 2014 car le R-U et les Pays Bas vont en appel contre la sentence de la cours d’arbitrage qui a donné raison à l’Islande en janvier 2013. Voir Financial Times, « Iceland premier repels Icesave lawsuit », 12 février 2014.

|5| Comme l’écrit le Financial Times : “Iceland, almost uniquely in the western world, has launched criminal cases against the men who used to lead its three main banks that collapsed after the global financial crisis in 2008 after collectively becoming 10 times the size of the island’s economy.” 13 décembre 2013. Voir : http://www.ft.com/intl/cms/s/0/eab58f7e-6345-11e3-a87d-00144feabdc0.html#axzz2thdbsViQ

|6| Voir plus loin l’action de Dexia dans les territoires palestiniens occupés par Israël.

|7Huffingtonpost, “Holder admits some Banks too big to jail”, disponible sur :http://www.huffingtonpost.com/2013/03/06/eric-holder-banks-too-big_n_2821741.html Sur ce site, on peut voir et écouter la partie du témoignage du procureur général des États-Unis où il déclare : “I am concerned that the size of some of these institutions becomes so large that it does become difficult for us to prosecute them when we are hit with indications that if you do prosecute, if you do bring a criminal charge, it will have a negative impact on the national economy, perhaps even the world economy…”. Durée de la vidéo : 57 secondes. Cela vaut la peine.

|8| Une étude récente sur les pratiques de crédits des banques aux États-Unis signale qu’en dépit de leur hétérogénéité, les irrégularités et les faux sont présents à divers degrés dans toutes les institutions financières analysées. Voir “Asset Quality Misrepresentation by Financial Intermediaries : Evidence from RMBS Market”, disponible sur : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2215422

|9The New York Times, “Banks to pay $8,5 billion to speed up housing relief”, 7 janvier 2013,http://dealbook.nytimes.com/2013/01/07/banks-to-pay-8-5-billion-to-speed-up-housing-relief/?_php=true&_type=blogs&_php=true&_type=blogs&_r=1

|10| OECD (2010) “The Impact of the Financial Crisis on Defined Benefit Plans and the Need for Counter-Cyclical Funding Regulations”, http://www.oecd.org/pensions/private-pensions/45694491.pdf

|11The Wall Street Journal, “Goldman Sachs Blankfein : Doing Gods work”, 9 novembre 2009,http://blogs.wsj.com/marketbeat/2009/11/09/goldman-sachs-blankfein-on-banking-doing-gods-work/

Éric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège,http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoit-le-prix-du-livre
Prochain livre à paraître en avril 2014 : Bancocratie chez ADEN, Bruxelles,http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/toussaint-eric/bancocratie,58547448.aspx
Cette étude prolonge la série « Banques contre Peuples : les dessous d’un match truqué ! » parue en 2012-2013 sur www.cadtm.org ainsi que sous une autre version, la série Et si on arrêtait de banquer ?, http://cadtm.org/Et-si-on-arretait-de-banquer

Dans cette troisième et dernière partie des trois articles sur le Venezuela et le “golpe” (coup d’état) qui prend d’assaut son processus de transformation révolutionnaire, je m’intéresserai à Gene Sharp, sa “lutte non violente”, comme il aime qualifier sa contrefaçon d’action politique. A ses disciples, qui ont fait avec lui, de la « non violence » exactement le contraire, une stratégie pour la violence et la destruction avec financements d’institutions de sédition et de terreur comme l’Agence Internationale pour le développement des États-Unis (USAID), la Fondation pour le développement de la Démocratie (NED), l’institut International Républicain (IRI), l’institut International Démocrate (NDI), Freedom House, et aussi le Congrès étasunien à travers l’« Institut des États-Unis pour la Paix » (USIP). Je m’occuperai également de OTPOR (Résistance) une ONG qui a surgi en Serbie à la fin du siècle passé et « alma mater » d’autres ONG directement liées avec les processus séditieux des dites « révolutions de couleurs », le « printemps arabe » et les « mains blanches » qui opèrent actuellement au Venezuela, en Bolivie, en Equateur et en Argentine.

J’affirme que cette “non violence” est une stratégie d’action violente et militaire opérationnelle d’ingérence et de mise en déroute de gouvernements constitutionnels qui sont d’une quelconque manière, en contradiction avec les intérêts géopolitiques et économiques des États-Unis et de l’UE. Une stratégie fonctionnelle et utile pour produire des « Coups d’État » qui conduisent à la remise de l’« État failli» ou de l’« État démembré » entre les mains de « gouvernements de transition », ou élus grâce à des processus frauduleux, politiquement contrôlés par leurs forces armées qui à leur tour répondent devant le  Commando Combatiente (COCOM)  correspondant du Pentagone nord-américain et de l’OTAN (ce qui n’est pas identique mais c’est pareil), afin de les livrer économiquement à la voracité du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM), Serbie, Géorgie, Ukraine, Kirghizstan, Egypte, Lybie, Honduras, Mexique, Guatemala, Colombie, par exemple.

J’affirme également que la « non violence » est devenue un juteux négoce pour les “Instituts” ONG, les “centres” que manipule Gene Sharp, ses disciples et comparses en différentes parties du monde. Ces derniers réalisent des capacitations, entraînements, montent et manipulent des mouvements de jeunes, publient des livres, des manuels, des jeux interactifs simulant des situations de guerre et de résistance, des « air softs », produisent des documents, films, vidéos, audios et fabriquent toute la panoplie propagandiste suivant les moules du sionismes israélo-nord-américain et du nazisme européen.

Qui est Gene Sharp

Sharp est un dilettante de la politique nord-américaine à qui le commerce de la «lutte non violente » est fort bien échu. Pas précisément pour son originalité (sa vingtaine de manuels sont répétitifs et ennuyeux), sinon par le choix de ses mentors et sponsors. Les premiers, liés avec les « doctrines » qui ont fait de la politique un exercice pervers : Gandhi, pour son sens de la politique comme moral religieuse ; Einstein pour sa défense d’un pouvoir mondial aux mains des EU. (en l’occurrence pour des juifs et nationalisés étasuniens), le Dalaï-Lama pour sa sédition séparatiste comme avancée pour la balkanisation de la Chine, et George Kennan pour son anticommunisme et son ensemencement terroriste.

Ce dernier personnage est celui qui écrivit, en 1986, le prologue à la seconde édition du livre de Sharp « Making Europe Unconquerable ». Surnommé « Mr X », Kennan est l’auteur du « Long Télégramme » relatif à la politique agressive de Staline et de la thèse de la « Contention » comme politique de longue durée des EU envers l’Union Soviétique. Thèse qui sous-tend la dite Guerre Froide et qui fut à l’origine de la « théorie des dominos » introduite par le duo Eisenhower-Dulles et appliquée au Vietnam, au Chili, au Nicaragua, au Salvador dans les années 70 et qui a été rééditée depuis le « 11 septembre » par Bush dans le contexte de sa lutte contre les pays de l’ «axe du mal ».

Parmi les sponsors de Sharp et de son “Institut Albert Einstein”, couvé par l’Université de Harvard, on retrouve non seulement le Congrès et le Département de la Défense,, et également les institutions de la sédition et de la terreur que j’ai cité ci-dessus., et en plus la CIA et la DEA (ce n’est pas par hasard que son livre « De la dictature à la démocratie » est apparu en Birmanie alors qu’aujourd’hui cet « état failli » est le plus grand pourvoyeur en héroïne des États-Unis) Selon Sharp lui-même « Il n’a eu accès qu’indirectement aux subventions de ses sponsors ».

Son disciple Robert Helvey

Colonel de l’Armée nord-américaine, attaché militaire du gouvernement étasunien, chargé de la formation des attachés militaires des ambassades, Helvey, reconnaît avoir connu Sharp quand il tentait de trouver les éclaircissements pour comprendre ce qu’il avait vu en Birmanie, pendant sa prestation comme attaché militaire des États-Unis. Ce qui est certain, c’est que Helvey, de commun accord avec son maître, a instrumentalisé les velléités de la « non-violence » dans une stratégie pour la balkanisation des Etats de l’ex-Union Soviétique en Eurasie à la fin des 90 et au début de ce siècle ci. La « non-violence » assumée dans un contexte d’action de guerre. Helvey dit à ce sujet : « les principes de la guerre qui s’appliquent à une lutte militaire sont dans une relation de grande superposition avec la lutte stratégique non-violente. La mobilisation pour mettre en déroute un régime est une guerre et les guerres ne peuvent se mener avec succès qu’en mettant en déroute son opposant, et en lui enlevant le pouvoir, si ce que vous voulez est d’aller vers la démocratie ».

Envoyé par l’Institut International Républicain (IRI) en 2000, Helvey dirigea des séminaires de stratégie non-violente pour des étudiants du groupe OTPOR en Serbie et a été directement impliqué dans la « révolution Bulldozer » en Serbie (2000), dans la Révolution Rose (Géorgie 2003), dans la Révolution Orange en Ukraine (2004) et dans la Révolution des Tulipes au Kirghizstan (2005). Dans chacune d’entre elles, les mouvements étudiants spontanés de base ont été manipulés, les convertissant en des ONG administratrices de ressources pour la sédition provenant d’IRI, NED, USAID. De cette manière OTPOR, KMARA, PORA et KELKEL en Serbie, Géorgie, Ukraine et Kirghizstan respectivement, parvinrent à manipuler les mouvements étudiants et populaires et les ressources allouées par les institutions de la sédition et de la terreur nord-américaine.

Pour Helvey, « les étudiants sont toujours plus ou moins de côté de l’opposition, il s’agit alors de renforcer cela et d’obtenir qu’ils soient encore plus agressifs qu’ils ne le seraient naturellement… Les étudiants, historiquement ont toujours été à l’avant-garde des changements sociaux ». Ce qu’Helvey ne dit pas, c’est que de convertir les mouvements étudiants en instances (comme une ONG) qui manipulent des ressources, sans se questionner sur la nature des institutions qui les prodiguent et les objectifs cachés, le mouvement se prostitue et fait de la violence une fin en soi.

Peter Ackerman

Helvey n’est pas le seul disciple qui instrumentalise les méthodes de Sharp. Peter Ackerman l’est également, Président Fondateur du « Centre International Pour les Conflits Non Violent » (ICNC pour son sigle en Anglais), Une institution nord-américaine qui se consacre à former et entraîner des gens à lutter pour les droits, la liberté, la justice, l’autodétermination et les gouvernements responsables, en usant de la résistance civile, incluant des tactiques comme la grève, le boycott, les protestations, la désobéissance civile. Son siège est à Washington DC et elle compte des conseillers en Afrique, en Asie, en Europe, au Moyen Orient, en Océanie, aux EU, et en Amérique Latine ( http://www.nonviolent-conflict.org).

Ackerman s’auto définit comme “une des principales autorités mondiales en matière de conflits sans violences”, il est co-auteur, avec son associé – et cofondateur de l’ICNC – Jack Duval, de deux livres qu’il qualifie de « fécondants » sur la résistance non violente : Une force plus puissante ; un siècle de conflit non-violent (2001) et Stratégie non violente de conflits : la dynamique du pouvoir populaire au 20ème siècle. Les deux se vendent sur Internet  http://www.amazon.com/

La superbe d’Ackerman lui vient de son appartenance au « Conseil des Relations Extérieures » des EU (CFR pour son sigle en Anglais), dont il a été un des dirigeants. Et cela n’est pas rien si l’on prend en compte le fait que le CFR est l’instance à travers laquelle les élites au pouvoir impérial non seulement fournissent des présidents aux EU et dans le monde et des secrétaires généraux de l’ONU, mais aussi que le CFR décide du destin de la planète (voir l’article à ce sujet www.alizorojo.com  ou Consulter  La educación en América latina: enfoque desde la institucionalidad del orden mundial capitalista chap 1 à la même adresse web

Rappelons nous que le CFR et l’« Institut Royal des Affaires Internationales (RIIA pour ses initiales en Anglais) sont les monstrueuses créations de l’« Institut anglo-étasunien des affaires extérieures”, ratifié par les « leaders » de l’économie britannique et nord-américaine à la fin de la première Guerre Mondiale (Alfred Milner, JP Morgan Jr, JD Rockefeller, A Carnegie, Lazard Frères, NL Rothschild). Dans la décennie des 50 du siècle passé, le CFR ainsi que son homologue britannique, le RIIA, décidèrent d’adopter une physionomie plus discrète. Ainsi furent constitués la Conférence du Bilderberg ou « Club du Bilderberg » et la « Maison de Chattham » respectivement. Comme les « membres » du CFR, du Club du Bilderberg, de la Trilatérale, de la CIA, de Carnegie, de la Rand Corporation, et des autres think tanks du pouvoir impérial sont interchangeables, Ackerman et son ICNC ne sont pas seulement les « fous » de l’échiquier de la sédition mondiale.

Ackerman a présidé entre 2005-2009, le Conseil d’Administration de Freedom Hause, un des plus grands think tanks de la sédition et de la terreur. Créée en 1941, son histoire est marquée par son interventionnisme dans les pays de l’ex Union Soviétique, d’Afrique, d’Aise, d’Amérique Latine et des Caraïbes. Son prétexte central a été la lutte contre le communisme jusqu’à la fin de la Guerre Froide et aujourd’hui ce sont le terrorisme et les dictatures qui lui servent de prétexte. Elle contribua au Plan Marshall, dirigea la formation de l’Alliance de l’Atlantique Nord et la Constitution de l’OTAN.

Elle a appuyé toutes les agressions que cette force belliqueuse a menées dans différentes parties du monde à travers le financement de « compagnies » de mercenaires (comme en Irak, en Afghanistan, en Libye et actuellement en Syrie). Depuis les années 60, elle a maintenu la révolution cubaine et ses dirigeants dans un état de siège permanent, prétextant la défense des droits humains. Dans la décennie des 80 Freedom Hause a envoyé des missions pour soutenir les candidats de droite et « forces démocratiques du centre » contre les mouvements de libération du Nicaragua et du Salvador ;

Après l’autodestruction des tours jumelles, Freedom House élargit son champ d’intervention en Asie Centrale et au Moyen Orient. Depuis 2001, Freedom House a établi grâce à des bureaux sur place, – qui travaillent directement avec les groupes locaux en faveur d’un interventionnisme étasunien – une présence globale croissante en Ukraine, Pologne, Hongrie, Bosnie, Serbie, Jordanie, Mexique, et dans de nombreux pays d’Asie Centrale.

Pendant la présidence d’Ackerman, Freedom House a publié deux études qui rendent compte de son ingérence dans les affaires internes d’autres pays. La première Survey of Women’s Rights in thé Middle East and North Africaidentifie et analyse les institutions qui ont contribué à l’inégalité des genres dans la région et “Comment se gagne la liberté”  dans laquelle sont identifiées les tactiques et les forces qui ont le plus contribué aux dites « transitions démocratiques » dans les trois dernières décennies.

Par l’intermédiaire du Centre pour la Liberté Religieuse, Freedom House a produit un rapport sur l’influence du gouvernement des Saoudi sponsorisant une littérature de la haine dans quelques mosquées étasuniennes et examiné l’impact de cette imposition de la loi de sharia extrême sur la liberté religieuse, les droits des femmes et les autres droits humains dans une nouvelle étude majeure, Radical Islam’s Rules..

Elle travaille directement avec des groupes de droites identifiés comme « réformistes démocratiques » dans leur propre pays. Elle s’arroge le droit d’être « catalyseur » de la liberté par l’intermédiaire d’un renforcement de la société civile, la promotion d’un gouvernement ouvert, la défense des droits humains et le flux asymétrique d’informations et d’idées. Son interventionnisme s’appuie sur des problématiques sensibles de la société comme le sont : la justice, la corruption, le développement de la société civile, la gouvernabilité démocratique, les élections, la liberté d’Internet, la traite, le développement de leadership, la liberté religieuse, l’état de droit, les droits humains, la liberté des medias, la torture, les droits de la femme. Je n’en dirai pas plus pour des raisons d’espace, mais les points de rencontre entre Freedom House et l’ICNC de Ackerman et l’IAE de Sharp ne furent pas le moins du monde des hasards.

York-Zimmerman Inc

Une autre des institutions liées à la « non violence » est la « productrice indépendante » de documentaires York-Zimmerman Inc du cinéaste et orateur Steve York et de la documentaliste Myriam Zimmerman. Les deux réunissent une trajectoire de sédition et de servilisme au côté du colonel Helvey et de l’ICNC de Ackerman et Duvall. Y/Z se présentent comme des producteurs indépendants ayant leur siège à Washington DC et reconnus par des prix pour leur défense de la foi, de la justice et de la révolution. Leurs documentaires se discutent dans des salons, des salles de classe, des centres communautaires et des lieux de travail. Ils ont été traduits dans au moins une douzaine de langues et accueillis à bras ouverts par les citoyens qui luttent pour leur droits en tous lieux, depuis les États-Unis jusqu’à l’Afghanistan, l’Algérie, la Biélorussie, la Chine, Cuba, la Syrie, le Venezuela, le Yémen et le Zimbabwe. ( http://www.yorkzim.com).

OTPOR et CANVAS: sédition et corruption

Un des groupes qui mit en pratique l’instrumentalisation politico-militaire des thèses de Sharp-Helvey-Ackerman pour le renversement des gouvernements fut OTPOR (Résistance) qui surgit en Serbie dans le sein du Parti Démocrate (PD) de ce pays, pendant la lutte pour le renversement de Slobodan Milosevic, Après OTPOR se sépara du PD sans aller cependant jusqu’au divorce. Une fois Milosevic renversé, en 2000, OTPOR décida d’aller seul aux élections. Son échec fut retentissant (2% des votes) à cause de dénonciations des liens obscurs de ses dirigeants avec OTI-USAID, la NED et l’IRI, ainsi qu’avec la Freedom House. Ces liens et les financements conjoints, ont été documentés et certifiés par les représentants de ces institutions eux-mêmes et ont peut les consulter sur internet et grâce aux recherches du journaliste Roger Cohen publiées dans le New York Times.

En 2004 Srda Popovic et Slobodan Dinovic, deux des principaux dirigeants d’OTPOR, ont convenu d’un commerce lucratif qui consistait à exporter leur image et leur histoire convertie en idéologie pour la conspiration au niveau international avec un financement étasunien, créant le « Centre pour l’action et la Stratégie Non Violente Appliquée » (CANVAS pour son sigle en Anglais) connu également en tant que LONA.

En 2006, ces deux ex–OTPOR plus André Milivolevic, un autre ex dirrigeant, publièrent Lutte non violente Les 50 points cruciaux grâce à l’appui économique de l’« Institut Nord-Américain pour la Paix » dont les fonds proviennent du Congrès nord-américain. La traduction et les adaptations furent réalisées par le « Centre International pour les Conflits Non Violents » (ICNC) d’Ackerman qui maniait alors des fonds de Freedom House. Le livre apparut à Belgrade en Serbie cette même année. Il se convertit en « bible » des mouvements conspiratifs, séditieux et de terreur dans les pays arabes (« Printemps Arabe ») et en Amérique Latine (« Manos Blancas »), autant ou même d’avantage que les livres de Gene Sharp, Helvey et Ackerman. C’est qu’à la différence de ces derniers, le livre de CANVAS/LONA réunit les qualités d’un contenu didactique d’incitation et des diagrammes clairs, articulant images, icônes, citations, cas, exemples avec des directives qui facilitent l’assimilation d’un contenu idéologique qui prédispose à l’action.

Le livre a introduit et soutenu le travail de LONA qui mène des activités dans plus de 100 pays incluant la Palestine, l’Arabie Saoudite, Oman, le Soudan , le Yémen, l’Irak, le Zimbabwe, la Birmanie, la Somalie, le Maroc, le Sahara Occidental, la Papouasie Occidentale, l’Erythrée, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan, Tonga, l’Ukraine, la Géorgie, la Tunisie, l’Egypte, la Lybie, la Syrie, l’Iran, le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, l’Argentine.

Dans tous ces pays, et dans ceux qui ne sont pas cités mais s’ajoutent à la liste,, CANVAS assure la reproduction d’une mentalité fondamentaliste et sectaire fondée dans la destruction de la culture, la terreur et la mort, le magnicide et la désinstitutionalisation sociale et politique qui « ouvrent la brèche » aux régimes de transition pour consolider « les états faillis »

Formation et entraînement

1. La formation et l’entraînement prodigués par CANVAS/LONA se donnent en réponse à la « sollicitation d’assistance » de groupes « insurgés », ONG, gouvernements et institutions induites par les organismes d’assistance internationale (BM, BID, USAID), la CIA, la DEA et par des corporations transnationales. Selon l’amplitude des objectifs visés, CANVAS/LONA réalisent une «Analyse de la situation » afin d’obtenir une compréhension du conflit et des forces en concurrence. Ils établissent une ligne directrice pour prévenir les effets et impacts dans les matières et scénarios de la « lutte non violente » et procèdent à sa planification stratégique utilisant des tactiques de guerre.

Dans l’analyse concernant le Venezuela, réalisée en 2010, ils ont évalué les « alliés potentiels » de l’opposition citant parmi ceux-ci les partis politiques opposés à Chávez, les étudiants, les corporations, syndicats et associations professionnelles, les journalistes, médecins, ingénieurs, avocats, la fédération paysanne, la fédérations vénézuélienne des enseignants, Fedecámaras, Fedenagas, les acteurs de divertissement et culturels, les communautés de migrants, les associations de citoyens, les collèges Fe y Alegria, le Rotary Club, les joueurs de baseball aux États-Unis, la FIFA, les ex travailleurs du pétrole et exécutifs, l’Église Catholique, les professeurs universitaires, entre autres.

2. Une autre méthode de travail est le conseil à des mouvements concernant l’action et la capacitation de leaders, préalablement identifiés et évalués par eux (comme ce fut le cas avec Henrique Capriles, Leopoldo López, Alexandra Belandria, Yon Goicochea, cités dans « Analyse de la situation au Venezuela-CANVAS 2010 ».

L’entraînement peut se faire in situ ou dans les centres et institutions des universités nord-américaines ou d’Europe avec lesquelles CANVAS à des accords. (a) Le John F. Kennedy School of Governement de l’Université de Harvard, par où est passé Leopoldo López et où Srdja Popovic et Slobodan Djinovic (les deux d’OTPOR) donnent des cours sur l’application stratégique de l’« Action non violente » depuis 2011, comprenant lectures, discussions et l’élaboration de projets concrets. (b)Le « Centre des Affaires Internationales de l’Université de Harvard. (c)Le « Programme sur les Sanctions Non Violentes et Survie » (PONSAC pour son sigle en Anglais), créé par Sharp et qui dépend du centre des Affaires Internationales de l’Université de Harvard (d) le « Projet OEA/Harvard » qui réunit le « Centre des Affaires Internationales de l’Université de Harvard » avec l’ « Unité pour la Promotion de la Démocratie de l’OEA ».

3. Une autre méthode sont les voyages de jeunes leaders en Serbie, Espagne, Italie, Pologne, Allemagne, Norvège, subventionnés par les institutions sus mentionnées, la UE, l’ONU, pour y bénéficier d’entraînements qui seront plus tard reproduits dans leur pays d’origine avec d’autres intégrants de groupes conspiratifs (des étudiants d’universités de préférence catholiques et des jeunes «lumpen») qui seront instruits en tactiques d’attaque et de fuite, fabrication et usage d’explosifs domestiques, maniement d’armes à feu, incendie de véhicules, obstruction du transit piétonnier et des véhicules, destruction de la propriété privée, assaut des institutions, sabotage, production de chaos et de zizanie, intimidation, pillage de centres commerciaux, méthodes de propagande active, déroulement du modèle ARC (Action, Recrutement, Capacitation). Dans le cas du Venezuela tout cela est documenté dans les blogs des groupes conspiratifs  ( http://otporvzla.blogspot.com/),  par des témoignages de ceux qui ont reçu cet entraînement  http://www.youtube.com/watch et par des enquêtes de l’avocate et journaliste Eva Golinger.

 Ruben Ramos

Article original en espagnol :

Venezuela: ¿Golpe suave? (Parte III de III) Sharp, Helvey, Ackerman, Otpor-Canvas: sedición marca USA

Traduction Anne Wolff

NDT : Je n’ai pas traduits les deux premières parties; on en retrouve les principales données dans l’enquête de Stella Calloni :
Dormir avec l’ennemi ou l’invasion silencieuse. (Cuba Debate) — Stella CALLONI

 

Quelques lectures complémentaires :

- Le pacifisme de l’Empire, au Honduras comme ailleurs :OPTOR et ses contre révolutions

(et son influence au Venezuela et en Bolivie)
- Les militants égyptiens formés à Washington et chez OTPOR – donde vamos

(et approche anticipative (2011) de la situation actuelle au Venezuela d’une grande clairvoyance) 

- Venezuela, les membres sifrinitos de JAVU s’en prennent aux enfants du peuple.

(exemple pratique des actions “non violentes” de JAVU = CANVAS Venezuela)
-L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA [Réseau Voltaire]

(texte de référence )

Tout ce qu’Hitler a fait, il l’a fait en toute légalité, écrivait Martin Luther King en 1963, alors qu’il était détenu à la prison de Birmingham. Depuis une vingtaine d’années, le gouvernement des États-Unis a mis en place une panoplie de règles et lois afin de pouvoir surveiller, arrêter, détenir, déporter, torturer légalement quiconque pourrait lui faire obstacle. Dans le cas de Lynne Stewart, il s’est attaqué ouvertement aux droits garantis par la Constitution américaine.

Le 1er janvier 2014, Lynne Stewart a été libérée pour des raisons humanitaires, à l’âge de 74 ans. Incarcérée en 2009, sa libération ne devait pas avoir lieu avant 2018. Lynne Stewart avait été traitée avec succès pour un cancer du sein avant son emprisonnement à la prison de Carlswell, au Texas. Aujourd’hui, elle est atteinte d’un cancer de phase IV. Son cancer du sein s’est propagé aux poumons et aux os, et les médecins lui donnent moins de 12 mois à vivre.

Le 31 décembre 2013, le Federal Bureau of Prisons a demandé au juge fédéral John G. Koeltl de libérer Lynne Stewart pour des raisons humanitaires.  Le juge Koeltl, qui avait condamné Lynne Stewart à 10 ans de prison le 15 juillet 2010, a ordonné sa libération immédiate et déclaré que « l’état de santé de l’accusée, en phase terminale et son espérance de vie très courte constituaient des motifs impérieux et que Lynne Stewart représentait un risque de récidive relativement limité et très peu de danger pour la communauté ». Elle vit aujourd’hui à Brooklyn, chez son fils Geoffrey Stewart, lui aussi avocat. Comble de l’odieux, Lynne Stewart, bien que libérée parce qu’elle est en phase terminale, n’avait aucune couverture médicale depuis sa sortie de prison. Ce qui signifie, en d’autres termes, une condamnation à mort. Le gouvernement américain, « dans son empathie », lui a donné le choix entre rester en prison et recevoir des soins médicaux ou être libérée et devoir payer de sa poche les soins requis par sa santé. Lynne Stewart n’est pas riche, son mari Ralph Poynter non plus, et le coût des soins de santé aux États-Unis est prohibitif. Il est vrai qu’il existe un programme public de santé aux États-Unis, Medicaid, destiné à fournir une assurance maladie aux individus et aux familles à faible revenu. Mais il aura fallu deux mois à Lynne Stewart avant de pouvoir en bénéficier.

Si l’on fait un rapide retour sur le cas de Lynne Stewart, il ressort immédiatement qu’elle a servi de bouc émissaire au gouvernement des États-Unis. La justice américaine s’est intéressée à son cas seulement après le 11 septembre 2001. Rappelons que sa seule faute est d’avoir contrevenu aux mesures administratives spéciales (Special Administrative Measures, SAM) du bureau américain des prisons (US Bureau of Prisons). Elle avait été obligée de signer ces mesures pour pouvoir défendre le Cheik Omar-Abdel Rahman. Les SAM sont inconstitutionnelles : elles violent le Premier Amendement ainsi que le Sixième Amendement de la Constitution américaine selon lequel, tout accusé a droit à un avocat et à être jugé par un jury d’État impartial dans l’État même où le crime a été commis et seulement pour ce crime. L’Administration Clinton n’a pas considéré Lynne Stewart comme une terroriste et une traîtresse. À l’époque, son cas a simplement été considéré comme une faute administrative. Lynne Stewart a reçu une lettre à cet effet, et n’a pas pu rendre visite à son client pendant quelque temps. Puis, elle a pu reprendre ses visites au Cheik en prison et poursuivre son travail d’avocate. Ce n’est que le 9 avril 2002 qu’elle a été arrêtée à son domicile par le FBI, quelques mois après les évènements du 11 septembre 2001 et dans un climat d’hystérie collective. Le soir de son arrestation, John Ashcroft, ministre de la Justice des États-Unis, est allé à l’émission populaire de David Letterman, Late Night Show, et a déclaré à toute l’Amérique que Lynne Stewart était une traîtresse à la nation.

Lynne Stewart est devenue un double symbole. Le gouvernement américain et ses partisans voient en elle une menace pour l’autorité et la sécurité des États-Unis, en langage clair : une menace pour leurs intérêts. En réalité, ses années de travail acharné comme militante pour la justice sociale et le respect des droits civils, sa brillante carrière d’avocate de la défense et sa connaissance sans faille de la loi et du système judiciaire sont ses seules fautes. Devenue un exemple pour de nombreux avocats plus jeunes, elle représentait un danger réel pour le gouvernement. Un danger que la justice et la loi soient respectées aux États-Unis. Pour ses partisans et les partisans des droits et libertés et du respect de la Constitution, elle est le modèle à suivre. La femme derrière laquelle on se range pour monter aux barricades et prouver au gouvernement qu’on existe, que les lois existent et qu’on n’abandonnera pas la lutte pour la justice et les droits et libertés.

En s’acharnant contre elle, l’Administration américaine a contribué à en faire une héroïne. Lynne Stewart l’a prouvé, elle n’abandonne pas le combat. Et c’est ce que les juges lui ont reproché. Dans mon article du 2 juillet 2012 Lynne Stewart : une histoire américaine, j’écrivais « Elle n’est pas à la veille de se taire ou de baisser les bras. Et, advenant qu’elle ne sorte de prison qu’à l’âge de 80 ans, il est fort probable qu’elle sortira debout, le poing levé et que nombreuses seront les personnes qui l’attendront quand elle franchira les grilles ». C’est exactement ce qui s’est produit le 1er janvier 2014.

Ce cas états-unien s’inscrit dans la logique mondiale d’aujourd’hui : instaurer la peur en votant et appliquant des lois contraires aux droits et libertés, cibler quelques figures pour en faire un exemple, Lynne Stewart, Julian Assange, entre autres. Tout cela au nom de la sécurité des citoyens. Le cas de Lynne Stewart a débuté en novembre 1994, quand Ramsey Clark, ancien procureur général des États-Unis, lui a demandé d’assurer la défense du Cheik Omar-Abdel Rahman. Vingt ans plus tard, il nous est facile de voir qu’il cristallise la politique des gouvernements successifs qui a abouti à la limitation des droits et libertés individuels sous prétexte de protéger le peuple états-unien d’abord, puis de défendre la démocratie à l’échelle planétaire. Ce cas démontre comment une machine infernale a été mise en place pour assurer la domination du pouvoir états-unien. Domination aux visées politiques, économiques et idéologiques afin de poursuivre une guerre hégémonique. Ces vingt dernières années ne sont pas sans rappeler ce qui s’est passé en Europe pendant les années 1930. Tout ce qu’Hitler a fait, il l’a fait en toute légalité, écrivait Martin Luther King en 1963, alors qu’il était détenu à la prison de Birmingham. Depuis une vingtaine d’années, le gouvernement des États-Unis a mis en place une panoplie de règles et lois afin de pouvoir surveiller, arrêter, détenir, déporter, torturer légalement quiconque pourrait lui faire obstacle. Dans le cas de Lynne Stewart, il s’est attaqué ouvertement aux droits garantis par la Constitution américaine.

Claude Jacqueline Herdhuin

 

Claude Jacqueline Herdhuin est auteure, réalisatrice, doctorants en Études et pratique des arts

 

Bande-annonce – LYNNE STEWART – UNE HISTOIRE AMÉRICAINE

Trailer – Lynne Stewart – An American Story from Mizo Films on Vimeo.

https://vimeo.com/87681273

Un documentaire (52 min) de Francis van den Heuvel et Claude Jacqueline Herdhuin

Image : Robert Vanherweghem – Son : Marcel Fraser – Musique : Claude Fradette

Postproduction : Jean Pierre Lefebvre (Cinak ltée) – Sodec – Radio-Canada – ACIC (ONF)

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Dans son plus récent ouvrage, The War That Ended Peace. The Road to 1914 (Allen Lane), Margaret MacMillan, l’auteure du best-seller Les Artisans de la paix, raconte comment les populations européennes ont été prises par surprise par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. « La plupart des Européens, écrit-elle, croyait qu’une guerre généralisée était soit impossible, improbable, ou devoir se terminer rapidement. »

Pourtant, de nombreux facteurs y conduisaient, dont l’émergence de l’Allemagne au rang de grande puissance. Mme MacMillan voit des similitudes avec la situation actuelle. Elle n’est pas la seule. Dans son édition du 21 décembre 2013, The Economist, le magazine de référence des classes dirigeantes à travers le monde, rappelle qu’à la veille de la Grande Guerre « la mondialisation et les nouvelles technologies – le téléphone, le bateau à vapeur, le train – avaient noué le monde dans une même toile », comme c’est le cas aujourd’hui.

The Economist rappelle les propos de l’économiste John Maynard Keynes  décrivant « la vie d’un Londonien de l’époque,  ‘‘dégustant son thé le matin au lit’’ et passant la commande ‘‘de produits variés provenant de partout à travers le monde’’ pour être livrés à sa porte, comme c’est possible de le faire aujourd’hui avec Amazon – et contemplant cet état du monde comme ‘‘normal, assuré et permanent, sauf dans la perspective de nouvelles améliorations’’ ».

Un an plus tard, éclatait un conflit qui allait faire 9 millions de morts et autant de blessés.

The Economist trouve troublants les parallèles qui peuvent être tracés aujourd’hui avec les années précédant la guerre de 14-18. « Les États-Unis sont la Grande-Bretagne, la superpuissance en déclin, incapable d’assurer la sécurité globale. Son principal partenaire, la Chine, joue le rôle de l’Allemagne, une nouvelle puissance économique qui agite une indignation nationaliste et développe ses forces armées. »

Le magazine britannique conclut son éditorial sur une note optimiste: « Il n’y a aucune chance que les présents dangers auxquels le monde est confronté ne mènent à quelque chose de comparable aux horreurs de 1914 ». Une conclusion à John Maynard Keynes, quoi!

Le capitalisme et la guerre

Des propos rassurants, il s’en prononce beaucoup ces jours-ci à propos des événements en Ukraine. Et il est fort possible que la tension baisse, qu’une nouvelle « normalité » s’installe et que chacun retourne confectionner sa liste d’achats sur Amazon.

Mais ce ne sera que partie remise. D’autres tensions vont se manifester qui risquent d’amener l’humanité au bord d’une conflagration générale.

Le grand socialiste Jean Jaurès disait que « le capitalisme porte en lui la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage » et, à l’époque de l’impérialisme, le développement économique inégal des pays provoque des appétits pour une redistribution des sphères d’influence et des sources de matières premières.

De tout temps, les militantes et militants pacifistes de toutes allégeances se sont donné comme objectif de lutter contre la guerre en ciblant leur propre gouvernement, leur propre classe dirigeante. C’était vrai à l’aube de la Première Guerre mondiale, comme ce le fut lors de la Guerre du Viet-nam. Ça demeure vrai aujourd’hui avec les événements en Ukraine.

Le Canada en Ukraine : un « remake » de la « Révolution orange »?

Le gouvernement de Stephen Harper est fidèle à sa réputation de va-t’en-guerre. Il a rappelé son ambassadeur à Moscou, boycotte les jeux paralympiques de Sotchi et est partisan de sanctions économiques et de l’expulsion de la Russie du G-8.

Face aux événements d’Ukraine, Stephen Harper fait montre d’une belle hypocrisie en dénonçant l’intervention russe, alors que le ministre des Affaires étrangères John Baird se faisait récemment filmé sur la place de l’indépendance à Kiev en portant le foulard des protestataires qui ont renversé le gouvernement en place. Une contradiction qu’a bien relevée le caricaturiste Bado du journal Le Droit d’Ottawa.

Ce n’était pas la première intervention canadienne dans les affaires ukrainiennes. Un article du Globe and Mail (14 avril 2007), sous la signature de Mark MacKinnon, nous a appris que des diplomates et des politiciens canadiens ont joué un rôle de premier plan dans la « Révolution orange » de 2004.

L’ambassade canadienne aurait versé plus d’un demi-million de dollars et aurait organisé des réunions secrètes avec les représentants de 28 ambassades de pays occidentaux pour influencer le résultat de l’élection.

Un Canadien d’origine ukrainienne, M. Wrzesnewskyj, s’est vanté à l’époque d’avoir investi 250 000 $ de sa fortune personnelle dans l’élection en faisant transiter les fonds par l’intermédiaire de l’Université de l’Alberta. Il a parrainé le contingent de 500 observateurs venus du Canada à même des fonds fédéraux et de 500 autres Ukrainiens venus de façon « indépendante ». (1)

La politique de l’opposition ukrainienne

Le Parti de Paul Martin hier, et le gouvernement de Stephen Harper aujourd’hui, n’appuient pas un mouvement dirigé par des forces progressistes. La journaliste Agnès Gruda de La Presse avait commencé dans son article du 2 février à tracer un portrait réaliste des forces d’opposition et de leurs leaders.

Elle attirait, entre autres, notre attention sur Oleg Tiagnibok, dirigeant du parti Svoboda (Liberté), un parti, écrivait-elle « flirtant avec le fascisme » et prônant « l’expulsion des Juifs et des Russes hors de l’Ukraine ».

Elle mentionnait également le rôle du Praviy Sektor (secteur de droite) qui loge à l’extrême droite de l’échiquier politique et des « Ultras, ces houligans des stades qui assurent désormais la protection des manifestants ».

Mais, dans sa chronique du 4 mars, elle fait marche arrière et se range derrière la politique étrangère canadienne.

« Oui, c’est vrai, écrit-elle, les opposants ukrainiens comptent dans leurs rangs des ultranationalistes de droite. Mais ils ne sont pas plus infréquentables que la droite nationaliste qui s’est frayé un chemin vers bien des Parlements européens sans que personne ait l’idée de régler le problème par une intervention armée! »

Mince consolation! Il est sans doute vrai que « l’immense majorité des protestataires ukrainiens étaient pacifiques et non armés », comme l’affirme la journaliste de La Presse, mais la question importante est de savoir qui dirige le mouvement de protestation.

Agnès Gruda reconnaît que « la nouvelle majorité parlementaire a abrogé une loi qui protégeait la langue russe », mais elle minimise l’événement et ne semble pas y voir un lien avec Svoboda et Praviy Sektor.

Nous lui conseillons, ainsi qu’à nos lecteurs, l’article en manchette de la dernière édition du Monde diplomatique intitulé : « En Ukraine, les ultras du nationalisme ». Elle y apprendra qu’un des héros du parti Svoboda est Stepan Bandera (1909-1959), qui a collaboré avec les nazis, lors de la Seconde guerre mondiale. Des bataillons ukrainiens ont participé au massacre de trois millions d’Ukrainiens, dont 900 000 Juifs.

Svoboda est le nouveau nom du Parti social-national ukrainien dont l’emblème était la croix gammée. Le changement est survenu à leur congrès de 2004 où l’invité d’honneur était nul autre que Jean-Marie Le Pen, président du Front national français.

La politique étrangère pétrolière de Stephen Harper

La politique canadienne n’est pas étrangère à la présence en sol canadien d’une importante diaspora ukrainienne. De toute évidence, le Parti Conservateur veut faire des gains auprès de cet électorat lors des prochaines élections.

Mais il y a aussi des considérations géopolitiques à la base de la politique canadienne. Des voix se font entendre aux États-Unis pour que leur pays, maintenant autosuffisant en hydrocarbures par suite de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, envisage d’exporter des produits pétroliers vers les pays d’Europe de l’ouest pour réduire, voire éliminer, leur dépendance à l’égard des hydrocarbures russes. , Une dépendance qui explique, selon eux, la réaction timorée de l’Europe face aux événements en Ukraine.

Nul doute que les intérêts pétroliers de l’Alberta, frénétiquement à la recherche de nouveaux marchés, et le gouvernement Harper font le même calcul. Approvisionner l’Europe en pétrole, et la rendre dépendante de l’Amérique du Nord pour son énergie, lui permettrait de prendre des positions plus agressives, voire bellicistes, à l’égard de la Russie. Une situation explosive qui nous rapprocherait du déclenchement d’un conflit mondial.

Pour rejoindre les marchés européens, le pétrole de l’ouest canadien devra nécessairement transiter par le Québec. Le projet d’oléoduc de Trans-Canada Pipelines qui doit rejoindre le port de St-John au Nouveau-Brunswick est taillé sur mesure pour remplir ce rôle.


La guerre est la continuation de la politique

Le grand stratège militaire Carl Von Clausewitz a écrit que « la guerre était la continuation de la politique par d’autres moyens ». Pour établir le caractère d’une guerre – juste ou injuste – il faut analyser la politique qui a conduit à la guerre.

L’Ukraine a droit au maintien de sa souveraineté, mais la question en jeu n’est pas l’autodétermination de l’Ukraine. Nous faisons plutôt face à une tentative des États-Unis, du Canada et des pays européens pour détacher l’Ukraine de la sphère d’influence russe. C’est la même politique que celle qui a mené au démantèlement de la Yougoslavie.

La politique ukrainienne du gouvernement Harper n’est pas une politique d’appui au peuple ukrainien, mais une politique d’appui à des groupes néo-fascistes, une politique dictée par les intérêts pétroliers de l’ouest canadien.

Les actions de la Russie en Crimée violent la souveraineté de l’Ukraine. Mais les États-Unis et le Canada sont bien mal placés pour faire la leçon à la Russie après leurs interventions en Afghanistan, en Irak (dans le cas des États-Unis), en Yougoslavie et, dernièrement, en Libye.

Aux progressistes russes de dénoncer l’action de leur gouvernement et de leur classe dirigeante. À nous de ne pas se laisser entraîner dans la propagande de guerre anti-russe de notre gouvernement, qu’elle soit déguisée, comme lors des Jeux Olympiques, ou bien ouverte, comme ça pourrait être prochainement le cas.

Dans son livre, Mme MacMillan soutient la thèse que les leaders politiques avaient leur part de responsabilité dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Si tel est bien le cas, notre devoir est de contrer la propagande du gouvernement de Stephen Harper.

Pierre Dubuc

  1. Sur l’implication canadienne dans la « Révolution orange de 2004.

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