Investig’Action est allé à la rencontre de l’universitaire Salim Lamrani, spécialiste de Cuba pour la sortie de son nouvel ouvrage. Après « Cuba, ce que les médias ne vous diront jamais » et « État de siège, les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba », il ressurgit au devant de la scène avec « Cuba : Les médias face au défi de l’impartialité ». Lors de cet entretien, il revient entre autres sur la « mission » de certains médias dans la diabolisation de Cuba, sur la blagueuse Yoani Sànchez ainsi que sur le système social de l’île.

Les médias présentent Cuba comme un pays liberticide avec un système politique et économique archaïque. Comment analysez-vous cela ?

 

 

 

Les médias présentent une image caricaturale de Cuba et de ses dirigeants. Un abîme sépare les clichés primaires au sujet de ce pays de la réalité complexe de l’île. C’est d’ailleurs l’objet de mon dernier ouvrage intitulé Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité. Les grands médias, qui appartiennent à d’importants conglomérats économiques et financiers dont le but est de préserver l’ordre politique, économique et social établi, sont incapables de neutralité ou d’objectivité vis-à-vis de Cuba, un pays qui remet en cause l’idéologie dominante, qui rejette l’accumulation au profit du partage, qui choisit la solidarité au lieu de l’égoïsme, qui préconise le collectif au détriment de l’individualisme et qui place l’humain au centre de son projet de société et non pas les intérêts des puissances d’argent.
Il est donc naturel que les défenseurs de l’ordre établi s’attaquent de la manière la plus féroce à Cuba, la stigmatisent, la vilipendent et la calomnient, tout en interdisant tout débat critique ou toute pluralité d’idées. La censure est extrêmement sévère en Occident dès lors qu’il s’agit de présenter un point de vue alternatif sur la Révolution cubaine qui entrerait en contradiction avec la pensée unique. Ici, le dogmatisme le plus absurde remplace les arguments. Il est en effet extrêmement aisé d’illustrer à quel point l’image de Cuba véhiculée par les médias est fausse, et j’espère en avoir fait la démonstration dans mon livre.
On vilipende tant Cuba car ce pays, malgré ses difficultés, ses contradictions, ses erreurs et ses vicissitudes, a valeur d’exemple. Il est la preuve qu’une société alternative basée sur le partage, la solidarité, l’altruisme, la culture, l’éducation, la santé, est possible et viable. Cuba est un antidote contre la résignation des peuples. Pourtant, Cuba dispose de ressources naturelles extrêmement limitées et est victime de sanctions économiques très sévères de la part des Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle. Malgré cela, la Révolution cubaine est l’illustration parfaite que l’Humanité n’est pas condamnée à l’humiliation et affirme haut et fort que la plèbe, les écrasés, les sans-grades – la cariatide, comme disait Victor Hugo – ont droit à une existence décente. Cuba revendique la dignité pour « les gueux, les peu, les rien, les chiens, les nègres et les maigres », pour paraphraser le magnifique poème de Léon Gontran-Damas.
 Fidel Castro est-il un dictateur comme l’affirment certains médias ?
 Les médias, en raison de leurs préjugés idéologiques et leur mépris à peine dissimulé pour les peuples du Sud, sont incapables de comprendre l’importance historique de Fidel Castro pour Cuba, l’Amérique latine et le Tiers-Monde. Depuis José Martí, le héros national cubain, aucun autre personnage n’a symbolisé avec autant de force les aspirations du peuple cubain à la souveraineté nationale, à l’indépendance économique et à la justice sociale comme Fidel Castro. C’est un discours qui peut surprendre en Occident en raison de la campagne de dénigrement systématique qui sévit dans les médias. Pourtant, c’est la vérité, même s’il en coûte aux zélateurs de l’idéologie dominante, souvent empêtrés dans leur culture coloniale et leur complexe de supériorité, de l’admettre.
La figure de Fidel Castro est un symbole de fierté, de dignité, de résistance et de loyauté aux principes pas seulement à Cuba, mais également dans toute l’Amérique latine et dans le Tiers-monde, car le leader historique de la Révolution cubaine –malgré toutes les horreurs qui se disent à son sujet – a pris les armes en faveur des opprimés et a revendiqué leurs droits à une vie décente. Il a renoncé à tous ses privilèges de classe – car il convient de rappeler que sa famille était l’une des plus riches de Cuba – pour défendre les sans-voix, abandonnés à leur sort et ignorés par les possédants.
Fidel Castro dispose d’une légitimité historique. Il a lutté contre la sanglante dictature de Fulgencio Batista les armes à la main lors de l’attaque de la caserne Moncada en 1953 et lors de l’insurrection dans la Sierra Maestra. Il a triomphé contre des forces supérieures en nombre et soutenues par les Etats-Unis. Dans un contexte d’une hostilité extrême, il a réalisé le rêve de José Martí d’une Cuba indépendante et souveraine. Il a édifié la société la moins injuste du monde, même si elle reste imparfaite comme toute œuvre humaine. Il a osé affirmer que le bonheur n’avait de sens que s’il était partagé par la majorité. C’est pour ces raisons que sa figure suscite respect et admiration à travers la planète. Cela est impardonnable pour ceux qui se considèrent comme les maîtres du monde.
Quoi qu’on puisse penser du système électoral cubain, Fidel Castro a été élu de 1976 à 2006. Avant cette date, il n’était que simple Premier Ministre et non pas Président. Aucun dirigeant ne peut rester à la tête d’un pays pendant trente ans, dans un contexte de guerre larvée avec les Etats-Unis, sans un soutien majoritaire du peuple. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de secteurs insatisfaits, critiques et déçus. Mais l’immense majorité des Cubains ont un grand respect pour Fidel Castro. D’ailleurs, les documents de l’ambassade des Etats-Unis à Cuba, révélés par Wikileaks, attestent de la popularité incontestable du leader de la Révolution auprès des Cubains. On a trop tendance à oublier cette réalité ou à faire semblant de ne pas la voir.
A-t-il commis des erreurs ? Bien entendu ! Que celui qui n’a jamais pêché jette la première ! La Révolution cubaine est l’œuvre de femmes et d’hommes. Elle est donc par définition imparfaite. Les Cubains ont toutes les vertus et les défauts de la condition humaine. Mais ils n’ont jamais eu la prétention de s’ériger en exemple.

 

 Un mot sur la bloggeuse cubaine Yoani Sánchez. Les médias la présentent comme une femme courageuse qui dénonce les dérives du système. Qui est-elle vraiment ?

 

 Je lui ai consacré un chapitre entier de mon livre. Yoani Sánchez est la principale figure de l’opposition cubaine qui a été créée de toutes pièces par les médias. C’est une jeune havanaise, assez intelligente pour comprendre qu’en intégrant l’univers de la dissidence et en réclamant l’instauration d’un capitalisme « sui generis » – pour reprendre ses termes –, elle tirerait grand profit de la situation. Alors que les opposants du monde entier du reste de l’Amérique latine sont ignorés par les grands médias, Yoani Sánchez est constamment sous le feu des projecteurs.
Elle a ouvert un blog en 2007 dans lequel elle décrit la réalité sous un angle assez sombre. A lire ses écrits, Cuba est l’antichambre de l’enfer et Fidel Castro, le représentant de Lucifer dans ce bas monde. Il est donc peu surprenant que la presse se fasse le relais de son discours et se délecte de ses déclarations. Néanmoins, il s’agit d’un personnage plein de contradictions. Par exemple, elle décrit Cuba comme l’enfer de Dante et pourtant choisit d’y retourner après avoir vécu deux ans en Suisse, l’un des pays les plus riches du monde. Son blog est traduit en près de 20 langues. Aucun autre site au monde, ni celui de l’Union européenne, des Nations unies, de la CIA ou du Département d’Etat ne dispose d’une telle diversité linguistique. Elle est invitée dans le monde entier pour donner des conférences et a recueilli d’innombrables prix tous financièrement rémunérés. Ainsi, depuis la création de son blog, Yoani Sánchez a obtenu près de 300 000 euros, ce qui équivaut à près de 25 ans de salaire minimum dans un pays comme la France, cinquième puissance du monde, et à plus de… 1500 années de salaire minimum à Cuba. Elle a été nommée représentante de la Société interaméricaine de Presse(SIP), qui regroupe tous les conglomérats médiatiques du continent, qui lui octroie un salaire mensuel de 6 000 dollars. Indéniablement, être dissident à Cuba est un juteux filon.
La dissidente ne représente pas les Cubains car très peu possèdent son train de vie et personne ne souhaite un retour au capitalisme. Les Cubains, y compris les catégories les plus insatisfaites de la population, veulent un socialisme plus efficace, avec moins d’interdits, mais sûrement pas un retour au capitalisme. Les Cubains sont abasourdis lorsqu’ils découvrent qu’en Espagne, les gens sont expulsés de leur logement et contraints de vivre dans la rue car ils ne peuvent plus payer le crédit de leur maison. Ils sont effarés de voir qu’il y a des dizaines de milliers de familles sans toit et des dizaines de milliers de logements inoccupés qui appartiennent aux banques. Pour eux, un tel système – auquel nous nous sommes malheureusement habitués – est absurde et ils ont raison. Tout cela est absolument impossible à Cuba car les citoyens ne le permettraient pas. La crise systémique capitaliste a plongé des millions d’Espagnols dans le désarroi le plus total, à tel point que plus de 3 000 personnes expulsées de leur logement se sont suicidées, sans que la presse daigne dire un mot sur ce drame terrible. Imaginez un peu si cela était arrivé à Cuba…
Enfin, les Cubains méprisent souverainement ceux qui reçoivent des subsides de l’étranger pour dire du mal de leur pays. En réalité, de puissants intérêts liés aux Etats-Unis se cachent derrière la figure de Yoani Sánchez.
Vous parlez également du système social à Cuba qui est connu pour son excellence. Quels sont les chiffres ?
Les médias évoquent souvent l’échec que constituerait le système cubain, sans jamais citer de chiffres. Les plus prestigieuses organisations internationales, de la Banque mondiale – oui, j’ai bien dit la Banque mondiale – à l’UNESCO, en passant par l’OMS, l’UNICEF, la CEPAL ou l’Union européenne reconnaissent l’excellence du système social cubain. Quelques chiffres illustrent cette réalité. Avant cela, il est nécessaire de rappeler que Cuba est une petite nation du Tiers-Monde sans grandes ressources et qu’elle est victime d’un état de siège économique de la part de Washington depuis 1960.
Malgré tous ces obstacles, Cuba dispose de l’espérance de vie la plus élevée et du taux de mortalité infantile le plus bas du Tiers-Monde. Il est même plus bas que celui du Canada ou des Etats-Unis. Le taux d’alphabétisation est similaire à celui des pays les plus développés. Selon une étude de l’UNESCO, les élèves cubains disposent de deux fois plus de connaissances que leurs camarades latino-américains.
Au niveau de la santé, Cuba dispose du plus grand nombre de médecins par habitant au monde. En chiffres absolus, Cuba dispose de deux fois plus de médecins que le Royaume-Uni pour une population quatre fois inférieure. Chaque année, plus de 10 000 médecins sont formés à Cuba, dont la moitié provient du Tiers-Monde. Tout cela, sans que cela leur coûte un seul centime ! Selon l’UNICEF, Cuba est le seul pays du Tiers-monde où la malnutrition infantile n’existe pas. C’est un exploit extraordinaire, souvent méconnu du grand public ! Le pays a développé une industrie biotechnologique de pointe et a créé des dizaines de vaccins. Qui sait que le premier vaccin au monde contre le cancer du poumon est un vaccin cubain ?
Au niveau international, près de 40 000 médecins cubains et autres collaborateurs de santé travaillent gratuitement dans les zones rurales des pays du Tiers-Monde. Cette solidarité, unique au monde, est totalement ignorée par les médias. Grâce à l’Opération Miracle lancée par Cuba, une mission humanitaire qui consiste à opérer les personnes sans ressources atteintes de cataractes et autres maladies oculaires, plus de 2 millions de personnes du monde entier ont pu retrouver la vue. Le programme d’alphabétisation cubain Yo, sí puedo a permis à plus de 5 millions de personnes de 30 pays différents d’apprendre à lire, écrire et compter.
Qui sait que Cuba est le seul pays au monde à avoir atteint un développement durable ? C’est ce qu’affirme la WWF, la plus importante organisation de défense de l’environnement. Je pourrais multiplier les exemples. C’est d’ailleurs le chapitre le plus important de mon livre.
Propos recueillis par Mouâd Salhi pour Investig’Action michelcollon.info
Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité
Préface d’Eduardo Galeano
Paris, Editions Estrella, 2013
230 pages
18€
Pour toute commande dédicacée, veuillez contacter :lamranisalim@yahoo.fr
Disponible en librairie et chez Amazon
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Wikileaks trace sa route à l’Est

octobre 27th, 2013 by Israel Shamir

A propos du long métrage Mediastan, A Wikileaks Road Movie présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou lors d’un autre festival.

Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites. Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château de Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Equateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médias sont réactifs et où le sentiment anti-américain est vivace. Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d‘être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titreMediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important : chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim : pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, par ce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médias mainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs.

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur : il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le comte de Montecristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose : « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir ! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies : le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique : à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden [http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm” name=”nh1″ href=”http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb1″>1]. Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des services d’intelligence, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début, probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés [http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb2″>2], comment le Guardian a calomnié Assange (ils ont reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en ont biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit : « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange. Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des US, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité [http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm]. C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise !) [http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb4″>4]. Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle : ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan, est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate ; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant et qui hantera longtemps les gens qui réfléchissent, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux : comment insuffler la vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire qui se sert de toutes les ressources du film de fiction : dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et pour satisfaire la faim de réflexion. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra, Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russe Dukhless [http://evasion-graph-coco.over-blog.” name=”nh5″ href=”http://www.silviacattori.net/article5000.html#nb5″>5]. Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage : il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Israël Adam Shamir
27 octobre 2013

Article original en anglais :

http://www.israelshamir.net/English/Mediastan.htm

Traduit de l’anglais par Maria Poumier

http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

 

Notes:

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans”L’or noir et la colère” http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de Shamir “Snowden à Moscou”, http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de Shamir: “Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire…” http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de Shamir ‘A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire”http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir “Assange agent du Mossad! ou Oignon cru en Iran”, http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de Shamir “Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks”http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

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Le corridor d’Al-Qaïda à travers la Syrie

octobre 27th, 2013 by Prof. Vijay Prashad

Ce n’est pas l’Armée Syrienne Libre, mais l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) qui constitue une menace sérieuse pour le régime d’Assad.

Mardi soir, des kamikazes et des hommes armés ont attaqué des points de contrôle irakiens le long de la route N°11, qui relie Bagdad à la Syrie via Ramadi. Ils ont déclenché des explosions au poste de contrôle de Routba ainsi qu’à d’autres checkpoints un peu à l’ouest de Ramadi. Trente-sept personnes ont été tuées dans ces attaques, en majorité des membres des services de sécurité. La route N°11 est la route du sud de l’Irak vers la Syrie.

L’autre route qui relie Bagdad à la Syrie est l’autoroute N°12, qui passe au nord de Ramadi dans les villes de Anan et Rawah, le long de l’Euphrate et dans la ville syrienne de Raqqa. La semaine dernière, des combattants de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) ont attaqué les villes de Anan et Rawah, détruisant un pont et essayant de détruire des pylônes électriques. L’armée irakienne a pu contrer l’attaque de l’EIIL sur Rawa, et a ainsi déjoué la tentative de l’EIIL de s’emparer des villes qui lui auraient permis de contrôler l’autoroute N°12. Le vice-Premier ministre Saleh Iraq al-Mutlaq a déclaré que l’attaque de la semaine dernière était une « tentative désespérée d’al-Qaïda [EIIL] pour s’implanter en Irak. » Il semble probable que l’EIIL a décidé d’essayer de prendre le contrôle de l’autoroute N°11 après que son attaque sur la route N°12 a été repoussée.

La route qui relie l’Irak au Liban via Raqqa est partiellement sous contrôle de l’EIIL

Le mois dernier, l’EIIL a obtenu des succès remarquables. Son opération, baptisée Elimination de l’Impureté, a expulsé ou absorbé les unités de l’Armée Syrienne Libre tout au long du flanc nord de la Syrie. La ville d’Azaz à la frontière syro-turque est aux mains de l’EIIl depuis un mois. A partir d’avril, l’EIIL a commencé à attirer à lui toutes les factiosn salafistes plus petites, dont le Jabhat al Nosra (non sans heurts) et des éléments d’Ahrar el Cham (dont le chef Abou Obeida al’Binnishi avait été tué par l’EIIL en septembre). Un nouveau rapport de l’International Crisis Group daté du 17 octobre observe que l’EIIL est désormais « l’organisation la plus puissante dans le nord et l’est de la Syrie et profitait de son contrôle sur les champs pétroliers. » L’analyste Aymenn Jawad al-Tamimi affirme que l’EIIL ne peut être délogé de ses places fortes dans le nord et l’est de la Syrie par aucune coalition de l’ASL et de ses alliés. De fait, dans les derniers mois, l’EIIL a gravement affaibli le potentiel militaire de l’ASL, après avoir tué en juillet Kamal Hamami, un de ses plus importants chefs de bataillons, et avoir attiré à lui nombre de ses combattants locaux. L’Armée Syrienne Libre ne représente plus une véritable menace pour le gouvernement syrien.

Une situation déplorable

La principale voix séculière du soulèvement en Syrie, Yassin al Haj Saleh, qui vivait dans la clandestinité dans son pays pendant la guerre civile, s’est enfui à l’étranger le 12 octobre. Dans sa lettre ouverte, « Adieu à la Syrie, pour un certain temps », M. Saleh écrit que sa ville d’origine, Raqqa, est passée sous le contrôle des « spectres qui hantaient notre enfance, les ogres. » La situation à Raqqa, écrit M. Saleh, est déplorable. C’était dur de voir « des étrangers l’opprimer et tenir en main le destin de sa population, confisquant les biens publics, détruisant une statue d’Haroun al-Rachid ou profanant une église, arrêtant des gens qui disparaissent ensuite dans leurs prisons. »

Le départ de Syrie de M. Saleh indique que les choses ont empiré par rapport à l’été dernier quand le chercheur Yasser Munif s’était rendu dans le nord du pays et avait constaté qu’à Raqqa, « les gens sont de plus en plus critiques à l’égard de l’EIIL et d’al-Nosra. » Il semble que cet espace laissé à la critique interne de l’EIIL est manitenant plus restreint. Les affiches qui promeuvent les vues de l’EIIL abondent à Raqqa, laissant entendre une mise en sourdine des rivalités entre les diverses factions islamistes. Comme l’observe el-Tamimi, dans les manifestations publiques les bannières de l’EIIL et du jabhatal Nosra flottaient côte à côte.

En juillet 2013, l’EIIL avait organisé une évasion massive à la prison irakienne d’Abou Ghraib, libérant 500 détenus. L’EIIL avait eu recours à des voitures piégées, des kamikazes et des miliciens pour cette opération. L’EIIl avait ensuite dirigé ces combattants vers la frontière irako-syrienne dans le but d’essayer de prendre le contrôle des points de passage frontaliers dans le cadre de leur projet d’établir un corridor pour relier Ramadi en Irak à Tripoli dans le nord Liban (un affrontement dans cette ville a causé la mort d’un garçon de13 ans le 23 octobre). Les attaques de la nuit du 22 octobre s’inscrivaient dans ce scénario.

L’EIIL et sa forme de radicalisme sont un produit du financement de la rébellion par le Qatar et l’Arabie Saoudite. L’argent des Arabes du Golfe ainsi que des combattants étrangers et un groupe de combattants Syriens motivés ont donné l’avantage à l’EIIL. Dans le même temps, tandis que l’argent du Qatar et de l’Arabie saoudite a permis à leur client de dominer les autres rebelles sur le champ de bataille, l’influence de ces deux monarchies a empêché l’unification des rangs et le développement d’un agenda par les dirigeants de la rébellion. En trois ans, la Coalition Nationale des Forces Syriennes Révolutionnaires et d’Opposition (CNS) a été incapable de formuler un programme clair pour la Syrie. Cette absence [de programme] n’est pas dû à un manque d’imagination, mais à la subordination du CNS aux rivalités mesquines entre ses bienfaiteurs Arabes du Golfe. Le CNS s’était mis lui même dans l’impasse quand il avait en fin de compte laissé faire une révolution de palais pour écarter Mo’az al-Khatib de son poste [de leader du CNS]. Après d’intenses luttes intestines, le CNS avait finalement désigné Ahmad Saleh Touma en qualité de premier ministre. Ghassan Hitto avait démissionné car on le voyait comme trop proche du Qatar dont l’étoile commençait à pâlir. Le président actuel est Ahmad Jarba, qui a des liens étroits avec la monarchie saoudienne. Vers la fin septembre, les islamistes ont rejeté le CNS. Abdul Qader Saleh, le chef de la Brigade Tawhid [unicité de Dieu] d’Alep, a fait savoir qu’ils [les islamistes] envisageaient de former une alliance islamique (al-tahaluf al-islami). Le chercheur Aron Lund considère que les islamistes ne sont pas allés au delà d’une simple proposition. La marque des rivalités entre Arabes du Golfe traverse profondément la coalition.

L’agenda saoudien

Malgré les gains obtenus par l’EIIL dans le nord de la Syrie, l’agenda de l’Arabie Saoudite pour la Syrie est bloqué. En l’absence d’intervention militaire étrangère, l’EIIL sera incapable de renverser le régime en place à Damas. – c’est une des raisons pour lesquelles l’EIIL a décidé de s’emparer des postes frontaliers (avec l’Irak, la Turquie et le Liban). Une confrontation dangereuse va probablement avoir lieu dans la région de la Ghouta occidentale près de Damas, mais elle ne débouchera sur aucun gain stratégique significatif pour quiconque. Ce sera un bain de sang sans résultat substantiel, comme une bonne partie de ce qui se passe maintenant dans cette guerre. Incapable d’avancer dans le centre du pays, l’EIIL revendique les marges de la Syrie. L’Arabie Saoudite s’attendait à ce que les Etats Unis bombardent la Syrie en septembre, ce qui aurait affaibli le pouvoir d’Assad et permis à ses clients de prendre le pouvoir (l’Arabie Saoudite est aussi déçue par l’acceptation par les Etats Unis de l’ouverture iranienne pour des discussions). La route de Damas semblant fermée, l’EIIL s’est adonné avec plus de force à la violence nihiliste dans les régions qu’il contrôle – pas vraiment le résultat espéré par l’Arabie Saoudite. C’est la raison pour laquelle le Prince Bandar bin Sultan, qui assure la liaison avec les rebelles, a parlé de réévaluer la relation de l’Arabie Saoudite avec les USA, et c’est aussi la raison qui a conduit l’Arabie Saoudite à refuser d’occuper le siège qu’elle venait tout juste d’obtenir au Conseil de Sécurité de l’ONU. L’Arabie Saoudite avait soutenu les Talibans dans les années 1990 avec l’idée que ce mouvement modérerait son idéologie avec le temps. Il n’en fut rien. Il semble que la monarchie veuille faire encore le même pari, en dépit d’un précédent défavorable.

Le type de violence qui a éclaté la nuit du 22 octobre est devenue chose courante en Irak, avec plusieurs milliers de morts cette année (presque 500 rien que pour ce mois). La guerre en Syrie, bloquée dans une impasse douloureuse, s’est déplacée vers l’Irak, un pays déjà affligé par la guerre et la dévastation dans son histoire récente. Ici, les « visages qui se durcissent sous un masque de tristesse » comme l’écrit le poète Syrien Adonis, regardent les civilisations s’effondrer pour de vulgaires desseins géopolitiques. L’ombre d’al Qaïda s’installe sur l’Irak et la Syrie, durcissant encore plus les traits des Syriens et des Irakiens ordinaires. Le moment du lancement d’une offensive générale de l’EIIL au Liban se rapproche nécessairement ainsi que le donnent à penser les affrontements à Tripoli et dans les villes frontalières. Les discussions pour un cessez-le-feu et les négociations à Genève sont fort éloignées dans la désolation qui est venue envelopper les routes qui relient Beyrouth à Bagdad, un trajet qui aurait pu être fait assez tranquillement il y a un siècle mais qui connaît aujourd’hui la tourmente des fusils et de la frustration.

Vijay Prashad
25 octobre 2013

Texte original en anglais (25.10.2013) :

http://www.thehindu.com/opinion/lead/alqaedas-corridor-through-syria/article5269866.ece

Traduit de l’anglais par Djazaïri (26.10.2013) :
http://mounadil.wordpress.com/2013/10/26/la-syrie-et-la-strategie-dembrasement-regional-de-larabie-saoudite

Vijay Prashad est titulaire de la chaire Edward Saïd à l’Université Américaine de Beyrouth, Liban.

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Durant sa visite du 13 octobre à Bangui, la capitale de la Centrafrique, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que la France déploierait des troupes supplémentaires dans le pays à la fin de l’année.

La décision des impérialismes français et américains de soutenir les forces rebelles de la Seleka et de faire tomber le président François Bozizé en mars a entraîné un désastre. Il y a eu une montée des combats sectaires entre chrétiens et musulmans dans ce pays appauvri, où la France, l’ex-puissance coloniale, a dicté l’installation de divers régimes corrompu depuis l’indépendance officielle de la Centrafrique en 1960.

Des miliciens de la Seleka, dont beaucoup viennent du Tchad ou du Soudan voisins, ont été accusés à plusieurs reprises de saccager des églises et de terroriser les communautés chrétiennes. Le 9 octobre, « près de 60 personnes ont été tuées dans des combats sectaires en Centrafrique entre milices locales et ex-rebelles, » ont déclaré les responsables locaux àReuters.

Plus de 440 000 personnes ont fui leurs maisons. Il n’y a que sept chirurgiens dans un pays de 4,6 millions d’habitants pour s’occuper des blessures par balles ou coups de machettes.

Les milices d’autodéfense locales appelées « anti-bakala [anti-machettes] » ont attaqué une position de la Seleka dans le village minier de Gaga, au Nord-Ouest de Bangui, le 7 octobre, tuant quatre ex-rebelles avant de s’en prendre aux civils musulmans. D’après des témoins, les combattants de la Seleka ont répliqué contre des civils chrétiens du même village.

Le 18 octobre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a indiqué : « les tensions intercommunautaires renouvelées dans les principales villes du pays sont particulièrement inquiétantes […] Des dizaines de milliers de gens se cachent toujours dans la campagne. Leur situation s’aggrave de jour en jour. Ils vivent dans la terreur, privés de nourriture, d’eau et d’assistance médicale. »

La réponse de Paris a été d’accroître son intervention militaire dans le pays pour soutenir le gouvernement de transition dominé par la Seleka. Paris a été à l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée le 10 octobre, proposant de soutenir une nouvelle force multinationale de l’Union africaine. Une seconde résolution est préparée pour donner à cette force et à la France un mandat pour intervenir plus largement.

Fabius a dit que la France allait envoyer des troupes supplémentaires et jouer un rôle plus actif dans les opérations de sécurité en accord avec les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU. Les pays voisins de la Centrafrique ont déployé près de 2100 soldats vers le pays, et Fabius a déclaré que ce contingent passerait à 3500.

Il a dit que cette force régionale « [devait] avoir les capacités d’agir ; et la France va aider. » Il a déclaré que la France avait actuellement 410 soldats en Centrafrique, et que ces troupes étaient «« chargées essentiellement de la protection de l’aéroport et des patrouilles à Bangui » Il a indiqué qu’avec la prochaine résolution de l’ONU, « ces différentes forces vont pouvoir intervenir davantage, rapidement, efficacement ».

Le nombre de soldats français qui seront déployés n’est toujours pas sûr, mais des sources de la presse ont déclaré que Paris prévoyait d’envoyer entre 750 et 1200 soldats supplémentaires.

Le projet de la France d’accroître son soutien à la Seleka – présenté avec le prétexte habituel des motifs purement « humanitaires » – vise à recoloniser son ex-colonie, l’un des pays les plus pauvres du monde, et à piller ses ressources naturelles encore inexploitées. Parmi celles-ci, il y a des diamants, de l’or, de l’uranium, du bois et du pétrole.

Ce projet fait partie d’une multiplication des interventions militaires françaises en Afrique visant à garantir les intérêts géostratégiques français et à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent. En moins de trois ans, la France a déjà mené trois guerres en Afrique, en Libye, en Côte d’ivoire, et celle toujours en cours au Mali.

En août, le président français François Hollande a demandé une intervention de l’ONU pour résoudre la crise en Centrafrique, qui lui permettrait de jouer un rôle dominant. « Il est plus que temps d’agir en Centrafrique » a déclaré Hollande lors d’une réunion annuelle des ambassadeurs français à Paris. « Ce pays est au bord de la somalisation ».

En décembre 2012, les forces rebelles de la Seleka (qui signifie “alliance” dans la langue nationale Sango) sont passées à l’attaque contre les forces du président alors en place, François Bozizé, s’emparant de villes dans le Nord et l’Est du pays. La Seleka a accusé le gouvernement de revenir sur les accords de paix de 2007-2008 qui imposaient de payer les guérilleros rebelles et de les intégrer dans l’armée nationale.

Cependant, l’intervention du Tchad et de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale (CEEAC) pour une consolidation de la paix en Centrafrique les a contraints à s’arrêter et à négocier avec le gouvernement Bozizé. Le 11 janvier 2013, les accords de Libreville, imposés par la CEEAC, ont temporairement empêché un coup d’état et initié un accord de partage du pouvoir sur trois ans.

L’accord n’a toutefois eu qu’une courte durée; les forces rebelles de la Seleka, avec le soutien tacite des puissances impérialistes, ont lancé une offensive contre les forces de Bozizé. Bozizé a été renversé le 24 mars, et le chef rebelle Michel Djotodia s’est déclaré président. (Lire en anglais : Seleka rebels seize capital of Central African Republic).

Bozizé avait lui-même pris le pouvoir par un coup militaire en 2003 pendant que le président de l’époque Ange-Félix Patassé était en dehors du pays. Il avait reçu l’aval de Paris, y compris durant la Guerre civile de Centrafrique (2004-2007) contre l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) en Centrafrique du Nord-Est, dirigée par Djotodia.

Par la suite cependant, Paris s’est retourné contre Bozizé quand celui-ci a infléchi sa politique en faveur de la Chine et passé des accords bilatéraux sur les investissements, le commerce et le développement d’infrastructures. C’est dans ces conditions que Paris a soutenu la coalition Seleka.

La Seleka est constituée de factions armées dissidentes venant du Nord-Est, et dominée par les Musulmans, comme l’UFDR et la Convention des patriotes pour la justice et la paix. Elle s’est appuyée sur le soutien intermittent d’autres mouvements comme l’Union des forces républicaines et l’Alliance pour la refondation (A2R).

La décision de Paris de déployer des forces additionnelles souligne la fragilité du gouvernement de transition dirigé par la Seleka, qui est affaiblie par la montée des conflits politiques internes. D’après les rapports de l’ONU, l’administration publique s’est en grande partie effondrée en dehors de la capitale.

En juin, l’International Crisis Group basé en Belgique écrivait, « les désaccords au sein de la Seleka éclatent également au grand jour. Le mouvement semble instable : certains généraux ne cachent pas leur profonde déception sur les décisions prises par la direction politique […] Contrairement aux crises précédentes, qui n’affectaient que certaines régions, les troubles actuels représentent un changement de paradigme politique et affectent presque l’ensemble du pays. Cela se manifeste par l’effondrement de l’état, ce qui rend le pays impossible à gouverner. »

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 24 octobre 2013

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Dans ses commentaires adressés à des diplomates européens le week-end dernier, le chef du renseignement de l’Arabie saoudite, le prince Bandar bin Sultan, a confirmé que la décision de son pays vendredi dernier 18 octobre de ne pas accepter de siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies était « un message pour les États-Unis, pas pour l’ONU. »

Ayant collaboré étroitement à la guerre voulue par les États-Unis pour changer de régime en Syrie, l’Arabie saoudite a réagi avec colère à la décision du gouvernement Obama de revenir sur sa décision d’une frappe imminente de missiles et d’un raid aérien le mois dernier. Elle s’inquiète également de l’implication de Washington dans des négociations internationales avec l’Iran, que Riyad considère comme son principal rival dans la région.

« Une source proche de la politique saoudienne » a déclaré à Reuters : « Le prince Bandar a déclaré aux diplomates [européens] qu’il envisage de limiter les interactions avec les États-Unis. Cela intervient après l’abandon par les États-Unis de toute action efficace sur la Syrie et la Palestine. Les relations avec les États-Unis se détériorent depuis un moment, l’Arabie saoudite sent que les États-Unis se rapprochent de l’Iran. »

Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite a collaboré étroitement avec Washington pour armer, entraîner et financer les milices syriennes qui se battent pour faire tomber le président syrien Bashar el-Assad. Le Wall Street Journal a fait savoir : « Le prince Bandar leur a déclaré [aux diplomates] qu’il envisage d’annuler le partenariat avec les États-Unis dans lequel la CIA et les forces de sécurité d’autres nations ont aidé en secret à entraîner les rebelles syriens à lutter contre M. Assad. » L’Arabie saoudite travaillerait plutôt avec d’autres alliés, dont la Jordanie et la France.

La source de Reuters a expliqué : « Cette prise de distance par rapport aux États-Unis et un événement majeur. Les Saoudiens ne veulent pas se trouver plus longtemps dans une situation de dépendance. » Il a également prévenu qu’il y aurait des conséquences importantes, y compris sur les achats d’armes américaines et les ventes de pétrole.

L”alliance de longue date entre Américains et Saoudiens s’appuyait sur l’idée que l’Arabie saoudite fournirait du pétrole et achèterait des armes américaines en retour des garanties américaines sur la sécurité de la monarchie autocratique saoudienne. L’article de Reuters suggère que Riyad pourrait également réduire ses achats d’obligations américaines et autres avoirs financiers en dollars. « Toutes les options sont envisageables maintenant, et cela aura des effets certains, » a déclaré la source.

Un article du Wall Street Journal indiquait une autre source récente d’aigreur pour les Saoudiens. Quand Riyad a demandé des précisions sur les plans américains pour la défense de la production de pétrole saoudienne lors d’une attaque américaine contre la Syrie, « les Américains leur ont déclaré que les navires américains ne seraient pas en mesure de défendre complètement la région pétrolifère. » Déçus de cette réponse, « les Saoudiens ont déclaré aux États-Unis qu’ils étaient ouverts à des alternatives à leur partenariat de longue date pour la défense, soulignant qu’ils chercheraient de bonnes armes à de bons prix, quelle qu’en soit la source. »

La colère des Saoudiens au sujet de la décision américaine de reporter son attaque contre la Syrie a été confirmée dans un discours de l’ex-chef du renseignement, le prince Turki al-Faisal, à Washington jeudi. S’exprimant devant le Conseil national des relations américano-arabes, il a ridiculisé un accord américano-russe pour l’élimination des armes chimiques syriennes comme étant « lamentable », un « simulacre » visant « non seulement à donner à M Obama une occasion de faire marche arrière [sur les frappes militaires], mais aussi à aider Assad à massacrer son peuple. »

Dans un entretien accordé à Al Monitor, le prince Turki a déclaré qu’il y avait « un haut degré de déception quant aux actions du gouvernement américain, pas seulement sur la Palestine, mais aussi sur la Syrie. » Il a également dénigré les négociations américaines avec le nouveau gouvernement iranien en disant : « C’est aux Iraniens de montrer que leur discours mielleux et raisonnable se traduira en actes. »

Le régime saoudien craint les conséquences pour son propre pouvoir des soulèvements révolutionnaires qui ont éclaté en 2011 en Tunisie et en Égypte. Parmi ses reproches contre Washington, il y a les critiques de pure forme exprimées par les États-Unis lorsque le régime avait écrasé avec brutalité des manifestations contre le gouvernement du Bahreïn en 2011 et leur incapacité à soutenir l’homme fort d’Égypte Hosni Moubarak. Quant l’armée égyptienne a fait tomber le gouvernement des Frères musulmans en juillet, l’Arabie saoudite, ainsi que le Koweït et les Émirats arabes unis, ont promis des milliards de dollars d’aide au régime militaire.

L’autocratie saoudienne, qui s’appuie idéologiquement sur la promotion de l’extrémisme sunnite réactionnaire, a cultivé les haines sectaires dans toute la région pour contrer l’influence du régime clérical shiite iranien. Riyad s’est emparé de l’intervention américaine en Syrie à la fois comme d’un moyen pour empêcher l’émergence d’un autre mouvement révolutionnaire et pour faire tomber le régime d’Assad, qui est un allié essentiel de Téhéran et qui s’appuie sur la secte des Chiites alaouites.

Le renseignement saoudien a activement soutenu les milices islamistes de droite qui luttent contre Assad, et a peut-être été impliqué dans l’organisation de l’attaque à l’arme chimique du 21 août près de Damas qui a fourni aux États-Unis un prétexte pour attaquer la Syrie. Maintenant, Washington a non seulement reculé par rapport aux frappes militaires immédiates mais il est aussi en négociations avec le principal rival de Riyad, Téhéran.

Le ministre américain des Affaires étrangères, John Kerry, a rencontré son homologue saoudien al-Faisal à Paris lundi, mais les tensions subsistent. La menace du chef du renseignement saoudien, Bandar, d’aller chercher ailleurs des armes, des marchés pour la vente de pétrole et des opportunités d’investissement est une indication des ramifications géopolitiques de longue portée de tout rapprochement, même temporaire, entre les États-Unis et l’Iran.

L’Arabie saoudite n’est pas le seul allié des États-Unis dans la région à avoir fait état de son mécontentement au sujet de la décision du gouvernement Obama de retarder une attaque contre la Syrie. La Turquie a également été impliquée de près dans les tentatives américaines de faire tomber le régime d’Assad. Elle abrite une base de la CIA qui coordonne l’afflux d’armes, de ravitaillement et de combattants islamistes sunnites dans le Nord de la Syrie depuis des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar.

Début octobre, la Turquie, qui est un allié de l’OTAN, a choqué Washington en annonçant qu’elle achèterait un système de défense anti-aérien sophistiqué FD-2000 à la Chine. Comme si cela suffisait pas, ces armes vont êtres fournies par la compagnie China Precision Machinery Import and Export Corp, qui subit des sanctions de la part des États-Unis pour avoir travaillé avec l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie.

Washington a exprimé des « inquiétudes sérieuses » sur cet accord, disant que le système de missiles chinois « ne sera pas interopérable avec les systèmes de l’OTAN. » Le Premier ministre turc Recip Tayyip Erdogan a écarté cette critique. Il a déclaré mercredi que, si une décision finale doit encore être prise, « personne n’a le droit d’influencer notre compréhension de [notre] indépendance. »

Comme l’Arabie saoudite, la Turquie plaçait tous ses espoirs sur une attaque massive des États-Unis contre la Syrie comme moyen d’inverser la défaite militaire subie par les milices de l’opposition liées à Al-Qaïda, et de faire tomber le régime d’Assad. La Turquie reste un allié essentiel de l’OTAN, mais sa décision d’acheter des armes chinoises envoie à Washington un message laissant entendre que son soutien ne peut pas être considéré comme un acquis définitif.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 25 octobre 2013

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L’« arrêt des activités gouvernementales » aux États-Unis et l’apogée financière associée à une date d’échéance pouvant mener à un « défaut de paiement » du gouvernement fédéral constitue une entreprise lucrative pour Wall Street. 

Une vague de spéculation balaie les principaux marchés.

L’incertitude quant à l’arrêt des activités gouvernementales et le « défaut de paiement » représente une occasion en or pour les « spéculateurs institutionnels ». Ceux qui détiennent des « informations privilégiées » fiables concernant le résultat complexe du processus législatif pourraient faire des milliards de dollars en gains exceptionnels.

Manne spéculative

Plusieurs programmes politiques et économiques imbriqués se développent actuellement. Dans un article précédent, nous avons examiné la saga du défaut de la dette par rapport à la privatisation éventuelle d’éléments importants du système étatique fédéral.

Alors que les institutions financières de Wall Street ont une influence décisive sur les politiques et la législation relatives à l’arrêt des activités gouvernementales, ces mêmes grandes institutions contrôlent également le mouvement des marchés des changes, de marchandises et des valeurs mobilières à travers des opérations de grande envergure dans le commerce des produits dérivés.

La plupart des acteurs clés au Congrès américain et au Sénat impliqués dans le débat sur l’arrêt des activités sont contrôlés par de puissants groupes de pression des entreprises agissant directement ou indirectement pour le compte de Wall Street. Les principaux représentants de Wall Street ne sont pas seulement en mesure d’influencer les résultats du processus du Congrès, ils ont aussi de l’« information privilégiée » ou une connaissance préalable de la chronologie et des résultats de l’impasse de l’arrêt des activités du gouvernement.

En supposant qu’ils soient en mesure d’influencer les résultats de politiques correspondantes, ils pourraient faire des milliards de dollars de profits exceptionnels dans les activités spéculatives « sûres ».

Il convient toutefois de noter qu’il ya des divisions importantes tant au sein du Congrès étasunien que des milieux financiers. Ces derniers sont marqués par la confrontation et la rivalité des grands conglomérats bancaires.

Ces divisions auront un impact sur les mouvements spéculatifs et les mouvements opposés dans les marchés boursiers, monétaires et de marchandises. Nous sommes devant une « guerre financière ». Celle-ci ne se limite pas uniquement à Wall Street. Les institutions financières chinoises, russes et japonaises (entre autres) seront également impliquées dans la finale spéculative.

Des mouvements spéculatifs basés sur des informations privilégiées pourraient donc aller dans différentes directions. Quels résultats les institutions bancaires rivales souhaitent-elles voir sur les marchés? Détenir des informations confidentielles sur les actions de ses principaux concurrents bancaires joue un rôle important dans les grandes opérations spéculatives.

Le commerce des dérivés

Pour ces acteurs financiers, le principal instrument de l’activité spéculative « sûre » est le commerce des produits dérivés, où ils misent soigneusement sur les marchés boursiers, les principales matières premières, dont l’or et de pétrole, ainsi que sur les marchés des devises.

Ces grands acteurs peuvent savoir « où le marché s’en va » puisqu’ils sont en mesure d’influencer les politiques et la législation au Congrès étasunien, et de manipuler les résultats du marché.

Les spéculateurs de Wall Street influencent également la perception du grand public dans les médias, sans compter les actions des courtiers en finances des institutions financières concurrentes ou de moindre envergure qui n’ont pas de connaissances préalables ou d’accès à des informations privilégiées.

Ces mêmes acteurs financiers sont impliqués dans la propagation de « désinformation financière », prenant souvent la forme de reportages médiatiques et contribuant soit à tromper le public ou a fabriquer un « consensus » parmi les économistes et les analystes financiers, lesquels pousseront les marchés dans une direction particulière.

En soulignant un déclin inévitable du dollar étasunien, les médias servent les intérêts des spéculateurs institutionnels en camouflant ce qui pourrait se produire dans un environnement caractérisé par la manipulation financière et l’interaction des activités spéculatives à grande échelle.

Le commerce spéculatif implique régulièrement la tromperie. Au cours des dernières semaines, les médias ont été inondés de « prédictions » de divers événements économiques catastrophiques axés sur l’effondrement du dollar, le développement d’une nouvelle monnaie de réserve par les pays du BRICS, etc.

Voici un extrait d’une récente conférence organisée par le puissant Institute of International Finance (IIF), une boîte de réflexion ayant son siège à Washington et représentant les banques et les institutions financières les plus puissantes du monde :

Trois des banquiers les plus puissants du monde ont mis en garde contre de terribles conséquences si les États-Unis faisaient défaut de paiement. Le chef de la direction de la Deutsche Bank, Anshu Jain, a affirmé que cela serait « absolument catastrophique ».

« Cette maladie mortelle se propagerait très rapidement, [...] je n’ai pas de recommandations à vous faire [...] sur le pansement d’une blessure profonde », a-t-il dit.

Le chef de la direction de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, et Baudouin Prot, président de BNP Paribas, ont déclaré qu’un défaut de paiement aurait des conséquences dramatiques sur la valeur de la dette et le dollar des États-Unis, et plongerait probablement le monde dans une nouvelle récession [...]

M. Dimon et d’autres cadres supérieurs de grandes sociétés financières étasuniennes ont rencontré le président Barack Obama et les législateurs la semaine dernière pour les inciter à régler ces deux problèmes.

Samedi, M. Dimon a déclaré que les banques dépensent déjà « d’énormes sommes d’argent » en préparation d’un éventuel défaut de paiement, lequel menace selon lui la reprise économique mondiale survenue après la crise financière de 2007-2009.

Il a également défendu JPMorgan contre ceux critiquant la banque, devenue selon eux trop grande à gérer. Elle est scrutée par de nombreux organismes de réglementation et elle a signalé vendredi sa première perte trimestrielle depuis que Dimon a pris les rênes, perte due à des frais juridiques de plus de 7 milliards de dollars.  (Emily Stephenson et Douwe Miedema, World top bankers warn of dire consequences if U.S. defaults, Reuters, 12 octobre, 2013)

Ces évaluations économiques « faisant autorité » visent à créer une aura de panique et une incertitude économique axée sur un éventuel effondrement du dollar étasunien.

Ce que les panélistes de l’Institute of International Finance dépeignent (eux qui sont les leaders des plus grands conglomérats bancaires du monde) équivaut à un cours d’Économie 101 sur l’analyse de l’ajustement du marché, laquelle exclut tout simplement le fait avéré que les marchés sont manipulés à l’aide d’instruments dérivés sophistiqués. Ironie amère du sort, les panélistes de l’IIF sont eux-mêmes régulièrement impliqués dans la déformation des valeurs du marché par le biais du commerce des dérivés. Le capitalisme au 21e siècle ne repose plus en grande partie sur les bénéfices résultant d’un processus de production de l’économie réelle. Les gains financiers exceptionnels sont acquis en un clic par des opérations spéculatives de grande envergure, sans que l’activité de l’économie réelle entre en jeu.

La manipulation des marchés s’effectue sur les ordres des grands dirigeants bancaires, dont les PDG de JPMorgan Chase, Deutsche Bank et BNP Paribas.

Les « banques trop grosses pour faire faillite » sont présentées par le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, comme les « victimes » de la crise du défaut de paiement, alors qu’en réalité ils sont les architectes du chaos économique ainsi que les bénéficiaires non avoués des milliards de dollars volés aux contribuables.

Ces méga banques corrompues sont responsables de la création de la « blessure profonde » liée à la crise de la dette publique étasunienne qu’a mentionné Anshu Jain de la Deutsche Bank.

L’effondrement du dollar?

Les mouvements à la hausse et à la baisse du dollar étasunien au cours des dernières années ont peu à voir avec les forces normales du marché comme l’affirment les principes de l’économie néoclassique.

Les affirmations du PDG de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, et du chef de la direction de la Deutsche Bank, Anshu Jain, offrent une compréhension déformée du fonctionnement du marché du dollar étasunien. Les spéculateurs veulent nous convaincre que le dollar va s’effondrer dans le cadre d’un mécanisme normal du marché, sans reconnaître que les « banques trop grosses pour faire faillite » ont la capacité de déclencher un déclin du dollar étasunien, ce qui, dans un sens, fait obstacle au fonctionnement normal du marché.

Wall Street a en effet la capacité de « vendre à découvert » le billet vert afin de déprécier sa valeur ou, grâce au commerce des dérivés, de pousser le dollar à la hausse. Ces mouvements du billet vert à la hausse et à la baisse sont, pour ainsi dire, la « chair à canon» de la guerre financière. Poussez le dollar US à la hausse et spéculez sur la reprise, poussez-le à la baisse et spéculez sur la récession.

Il est impossible d’évaluer l’évolution future du dollar américain en se concentrant uniquement sur l’interaction des forces « normales » du marché  en réaction à la crise de la dette publique étasunienne.

Bien qu’une évaluation basée sur les forces « normales du marché » indique de manière indélébile les faiblesses structurelles du dollar étasunien comme monnaie de réserve, cela ne signifie pas qu’un dollar étasunien affaibli sera nécessairement en déclin dans un marché des changes faisant régulièrement l’objet de manipulations spéculatives.

Il est par ailleurs intéressant de noter que la valeur des monnaies nationales de plusieurs pays en développement lourdement endettés a augmenté par rapport au dollar US, principalement en raison de la manipulation des marchés des devises. Pourquoi les monnaies nationales des pays croulant littéralement sous une dette extérieure s’apprécieraient par opposition au dollar étasunien?

Le spéculateur institutionnel

JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Bank of America, Citi-Group, Deutsche Bank et al. : la stratégie des spéculateurs institutionnels consiste à s’asseoir sur leur « information privilégiée » et à créer l’incertitude par le biais de reportages fort biaisés, utilisés ensuite par les courtiers en valeurs mobilières pour conseiller leurs clients particuliers sur des « placements sûrs ». Et c’est ainsi que les gens partout aux États-Unis ont perdu leurs économies.

Il convient de souligner que ces grands acteurs financiers contrôlent non seulement les médias, mais aussi les agences de notation comme Moody’s et Standard and Poor.

Selon les principes de l’économie néoclassique, le commerce spéculatif reflète l’évolution « normale » des marchés. Cette hypothèse est absurde.

Depuis l’abrogation de facto de la loi Glass-Steagall et l’adoption de la Financial Services Modernization Act (Loi sur la modernisation des services financiers) en 1999, la manipulation des marchés tend à éclipser complètement les « lois du marché » et à mener à une dette des dérivés très instable de plusieurs billions dollars, influençant inévitablement l’impasse actuelle sur la colline du Capitole. Certains secteurs de l’analyse financière traditionnelle le reconnaissent aujourd’hui.

Les « variations normales des marchés » n’existent pas. On ne peut pas prédire les conséquences de l’arrêt des activités gouvernementales sur les marchés financiers en faisant strictement une analyse macro-économique classique, laquelle exclue entièrement le rôle de la manipulation du marché et le commerce des dérivés.

L’issue de l’arrêt des activités gouvernementales sur les principaux marchés ne repose pas sur des « forces normales du marché »  et leurs conséquences sur les prix, les taux d’intérêt et les taux de change. On doit aborder l’interaction complexe des « forces normales du marché » avec une gamme d’instruments sophistiqués de manipulation du marché. Cette manipulation est caractérisée par des opérations spéculatives de grande envergure menées par les institutions financières les plus puissantes et les plus corrompues, et visant à falsifier les forces « normales » du marché.

Il convient de noter qu’immédiatement après l’adoption de la Loi sur la modernisation des services financiers en 1999, le Congrès étasunien a adopté le Commodity Futures Modernization Act 2000 (CFMA) (Loi sur la modernisation des contrats à terme) qui « exempte » essentiellement « le commerce des contrats à terme de la surveillance réglementaire ».

Quatre grandes institutions financières de Wall Street comptent pour plus de 90 pour cent de la dite exposition aux dérivés: JP Morgan Chase, Citi-Group, Bank of America et Goldman Sachs. Ces grandes banques exercent une influence envahissante sur la politique monétaire, y compris sur le débat sur le plafond de la dette au sein du Congrès. Elles se trouvent aussi parmi les plus grands spéculateurs du monde.

Quelle est la finale spéculative derrière l’arrêt des activités gouvernementales et la saga de défaut de paiement?

Il règne une atmosphère d’incertitude. À travers les États-Unis, les gens sont appauvris en raison de la réduction des « prestations », des protestations de masse et des troubles civils pourraient éclater. La Sécurité intérieure (Homeland Security) est en train de militariser l’application de la loi nationale. Ironie amère du sort, tous ces événements économiques et sociaux, y compris les déclarations politiques et les décisions du Congrès concernant le plafond de la dette, les évaluations des agences de notation, etc., créent des opportunités pour les spéculateurs.

De grandes opérations spéculatives, alimentées par les informations privilégiées et la tromperie, auront probablement lieu régulièrement au cours des prochains mois, alors que la crise financière et la situation du défaut de paiement de la dette évoluent.

Ce processus est diabolique en ce sens que les grands conglomérats bancaires n’hésiteront pas à déstabiliser les marchés des valeurs mobilières, des marchandises et des devises si cela sert leurs intérêts, à savoir faire des gains spéculatifs résultant d’une situation de crise économique, sans se soucier de la détresse de millions d’Étasuniens.

Speculation in Agricultural  Commodities: Driving up the Price of Food Worldwide and plunging Millions into HungerUne solution qui ne sera probablement pas adoptée, sauf si un changement de pouvoir majeur survient dans la politique étasunienne, serait d’annuler complètement la dette des dérivés et de geler toutes les transactions sur les instruments dérivés sur les principaux marchés. Cela aiderait certainement à contrôler l’assaut spéculatif.

La manipulation des marchés de produits de première nécessité par le commerce des dérivés est particulièrement pernicieuse car elle est susceptible de créer la famine. Elle a une incidence directe sur les moyens de subsistance de millions de personnes.

On s’en souviendra, « [en 2006] le prix de la nourriture et d’autres produits a commencé à augmenter précipitamment [...] Des millions de personnes ont été projetées sous le seuil de la pauvreté et des émeutes ont éclaté à travers les pays en développement, d’Haïti au Mozambique ».

Selon l’économiste indien Dr. Jayati Ghosh :

« Il est maintenant assez largement admis que la spéculation financière a été le principal facteur de la hausse brutale des prix de nombreux produits de base, y compris les produits agricoles, au cours de la dernière année [2011] [...] Même une étude récente de la Banque mondiale (Bafis et Haniotis 2010) reconnaît le rôle joué par la « financiarisation des produits de base » dans la flambée et la baisse des prix, et note que l’instabilité des prix a boulversé les tendances des prix des produits de base importants »(Cité dans Speculation in Agricultural Commodities: Driving up the Price of Food Worldwide and plunging Millions into Hunger, Edward Miller , 05 octobre, 2011)

Les hausses artificielles des prix du pétrole brut, résultant également de la manipulation du marché, ont des conséquences profondes sur les coûts de production et de transport dans le monde entier, ce qui contribue ensuite à précipiter des milliers de petites et moyennes entreprises à la faillite.

« Big Oil », dont BP ainsi que Goldman Sachs, exercent une influence écrasante sur les marchés du pétrole et de l’énergie.

La crise économique mondiale a été soigneusement conçue.

Le résultat final de la guerre financière est l’appropriation de la richesse monétaire grâce au commerce spéculatif, comprenant la confiscation de l’épargne, l’appropriation pure et simple des actifs de l’économie réelle, ainsi que la déstabilisation des institutions de l’État fédéral par l’adoption de mesures d’austérité radicales.

L’assaut spéculatif mené par Wall Street ne fait pas qu’appauvrir le peuple étasunien. La population mondiale, elle aussi, est affectée.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais: The Speculative Endgame: The Government “Shutdown” and “Debt Default”, A Multibillion Bonanza for Wall Street, publié le 16 octobre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

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Jihad : Washington met en garde Ankara

octobre 25th, 2013 by Thierry Meyssan

Alors que la Russie et les États-Unis ont conclu un début d’accord pour le Proche-Orient en général et la Syrie en particulier, la guerre continue en Syrie. Ce paradoxe s’explique d’abord par l’indiscipline et la haine dont font preuve les gouvernements turc et saoudien. Pour Thierry Meyssan, en mettant à jour le rôle d’Hakan Fidan, le Wall Street Journal adresse une mise en garde à Ankara.


La presse turque a consacré quantité d’articles à commenter l’étude du Wall Street Journal sur Hakan Fidan [1]. Avec un unanimisme chauvin, elle considère que l’attaque dont il fait ainsi l’objet est une preuve a posteriori du bien-fondé de la politique d’indépendance du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan face aux États-Unis. Est-ce bien sûr ?

Selon le Wall Street Journal, le chef du MIT (le principal service secret turc) serait en réalité le numéro 2 du régime, derrière le Premier ministre et avant aussi bien le président de la République, Abdullah Gül, que le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu.

MM. Erdoğan, Fidan, Kerry et Obama lors d’une rencontre à la Maison-Blanche en mai 2012.
L’arrivée de l’homme de confiance de M. Erdoğan à la tête du MIT, en mai 2010, aurait marqué le début d’une politique non-états-usienne de la Turquie : arrestation et condamnation des officiers supérieurs jadis liés au Pentagone (procès Ergenekon), soutien aux Frères musulmans à l’occasion du printemps arabe, et tentative d’utiliser le conflit syrien pour démembrer le pays et y créer un État kurde.

Surtout, le Wall Street Journal accuse Hakan Fidan de soutenir les jihadistes en Syrie, y compris ceux qui sont le plus violemment anti-occidentaux, malgré les avertissements de Washington. Il cite un parlementaire kémaliste, Mehmet Ali Ediboglu, qui atteste avoir vu une dizaine de voitures de police turque escorter plus d’une cinquantaine d’autobus conduisant des jihadistes en Syrie, c’est-à-dire un convoi de plus de 2 000 combattants. Il ne s’agirait pas d’un incident isolé.

Cependant, le quotidien oublie de mentionner qu’à la différence de Recep Tayyip Erdoğan, Hakan Fidan n’est pas un Frère musulman, mais a été un proche de Fethullah Gülen (le gourou du président Gül). De même, les enquêteurs du Wall Street Journal font l’impasse sur son passé, comme si le chef des services secrets turcs sortait de nulle part. Le quotidien mentionne son passage à la tête de l’Agence turque de coopération internationale (Tika) sans indiquer son rôle pour étendre l’influence d’Ankara en Asie centrale et, via la vallée de la Ferghana, jusqu’en Chine. Il évoque les accusations israéliennes de collaboration avec l’Iran lorsqu’il travaillait à l’AIEA, mais sans préciser que Monsieur Fidan a été nommé chef du MIT trois jours avant l’affaire du Mavi Marmara pour superviser l’opération.

Pour notre part, nous interprétons à l’inverse cette polémique : il y a un mois, rien dans la politique turque ne heurtait les intérêts US. Au contraire. Tout a été fait sur ordre de Washington.
- Ainsi, la condamnation des officiers supérieurs n’est pas un coup porté aux États-Unis, mais une sanction de leur volonté de prendre de la distance avec eux et de se rapprocher de l’Armée populaire chinoise comme le prouve la condamnation avec eux de responsables du minuscule Parti des Travailleurs, d’obédience maoïste [2].
- Le soutien aux Frères musulmans en Afrique du Nord n’est pas une lubie soudaine d’Ankara, mais l’exécution du plan du département d’État, coordonné au cabinet d’Hillary Clinton par la « soeur » Huma Abedin et à la Fondation William J. Clinton par le « frère » Gehad El-Haddad, par ailleurs responsable de la communication du parti de M. Erdoğan. On observera d’ailleurs que la mère de Madame Abedin dirigeait avec Madame Morsi la branche féminine de la Confrérie, tandis que le père de M. el-Haddad était le conseiller diplomatique du président Morsi.

- Enfin, les tentatives de créer un État kurde en Syrie sont conformes aux attentes du Pentagone qui entendait fractionner la Syrie en plusieurs États, selon la carte publiée par Ralph Peters en 2006 [3]. Et Hakan Fidan, qui participa en 2009 aux négociations secrètes avec le PKK à Oslo, est le meilleur connaisseur turc du sujet.

En outre, le virage politique turc n’a pas eu lieu en mai 2010 avec l’arrivée d’Hakan Fidan à la tête du MIT, mais en 2011, lors de la guerre contre la Libye. À l’époque, c’est sous la pression du département d’État qu’Ankara a pris conscience des occasions offertes par l’accord USA-Frères musulmans. C’est depuis ce moment que Recep Tayyip Erdoğan est redevenu un « frère », malgré son prétendu renoncement à la Confrérie lors de son incarcération en 1998 et sa « conversion » à la laïcité.

Le véritable problème est ailleurs : le soutien aux jihadistes. Au début de la guerre en Syrie, il était financé par le Qatar et coordonné par l’Otan depuis la base turque d’Incirlik. Il n’y avait donc rien à redire. Mais depuis l’accord russo-US lors de la crise des armes chimiques, les États-Unis se sont retirés militairement du conflit syrien tandis que la Turquie et l’Arabie saoudite continuent le jeu. Dès lors, l’article du Wall Street Journal doit être vu comme une mise en garde adressée à Messieurs Erdoğan et Fidan. Faute d’avoir vaincu la Syrie dans les temps, ils sont priés d’abandonner la partie quelles qu’en soient pour eux les conséquences en politique intérieure.

Hakan Fidan, qui a travaillé pour les services de renseignement de l’Otan durant la guerre du Kosovo et qui a suivi des études aux États-Unis, devrait comprendre ce message.

Thierry Meyssan

Al-Watan (Syrie)

 

 

[1] “Turkey’s Spymaster Plots Own Course on Syria. Hakan Fidan Takes Independent Tack in Wake of Arab Spring”, par Adam Entous et Joe Parkinson, The Wall Street Journal, 10 octobre 2013.

[2] « Le coup d’État judiciaire de l’AKP », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 19 août 2013.

[3] “Blood Borders ; How a Better Middle-East Would Look”, par Ralph Peters, Armed Forces Journal, juin 2006.

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Note de la rédaction

Ce texte a été écrit avant la reprise des activités gouvernementales fédérales aux États-Unis le 16 octobre 2013. Bien que certains éléments ne soient plus d’actualité, l’article demeure dans l’ensemble très pertinent.


Des reportages indiquent que le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) procède à une militarisation clandestine massive.  Un article de l’Associated Press de février confirme que le DHS a une commande en cours pour 1,6 milliards de munitions. Selon une lettre d’opinion du Forbes , cette quantité est suffisante pour soutenir vingt ans de guerre d’une ampleur comparable à la guerre d’Irak. Le DHS a également fait l’acquisition des chars d’assaut lourdement armés, que l’on a vus errant dans les rues. De toute évidence, quelqu’un au sein du gouvernement s’attend à d’importants troubles civils. Il faut se demander pourquoi.

Des déclarations de l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown révélées récemment et datant du plus fort de la crise bancaire en octobre 2008 jettent un certain éclairage cette question. Selon un article de BBC News du 21 septembre 2013 basé sur Power Trip, une autobiographie explosive du doreur d’image Damian McBride, ce dernier déclare que le premier ministre craignait que la loi et l’ordre s’écroulent pendant la crise financière. McBride cite Brown :

Si les banques ferment leurs portes, que les distributrices de billets ne fonctionnent pas, et que les gens vont au Tesco [une chaîne d'épicerie] et que leurs cartes ne sont pas acceptées, tout va exploser.

Si les gens ne peuvent pas acheter de nourriture, d’essence ou des médicaments pour leurs enfants, ils vont tout simplement se mettre à casser les fenêtres et se servir.

Et dès qu’ils verront ça à la télé, ce sera la fin, parce que tout le monde pensera que c’est acceptable, que c’est ce que nous devons tous à faire. Ce sera l’anarchie. Voilà ce qui pourrait arriver demain.

Comment faire face à cette menace? Brown a déclaré: « Nous devrons réfléchir : mettons-nous des couvre-feux? l’armée dans les rues? comment rétablir l’ordre? »

Dans son livre Power Trip, McBride écrit : « C’était extraordinaire de voir Gordon totalement sous l’emprise du danger représenté par ce qu’il s’apprêtait à faire, mais tout aussi convaincu que des mesures décisives devaient être prises immédiatement. » Il a comparé la menace à la crise des missiles Cuba.

La peur de cette menace a été réitérée en septembre 2008 par le secrétaire au Trésor étasunien, Hank Paulson, qui aurait averti que le gouvernement étasunien pourrait être obligé de recourir à la loi martiale si Wall Street n’était pas renfloué à la suite de l’effondrement du crédit.

Dans les deux pays, la loi martiale a été évitée lorsque leurs législatures ont succombé à la pression et renfloué les banques. Toutefois, de nombreux experts disent qu’un autre effondrement est imminent, et que cette fois-ci, les gouvernements ne seront peut-être pas si enclins à intervenir.

La prochaine fois SERA différente

La crise de 2008 a été déclenchée par une ruée, non pas dans le système bancaire classique, mais dans le système bancaire « parallèle », un groupe d’intermédiaires financiers non bancaires offrant des services semblables à ceux des banques commerciales traditionnelles, mais non réglementés.  Ils comprennent les fonds spéculatifs et ceux négociés en bourse, les fonds du marché monétaire, des titres de créance et de capital-investissement, les courtiers en valeurs mobilières, la titrisation et les sociétés de financement. Les banques d’investissement et les banques commerciales peuvent également faire une bonne partie de leurs affaires dans l’ombre de ce système non réglementé.

Depuis 2008, le casino financier parallèle n’a fait que prendre de l’ampleur et il se peut que lors du prochain effondrement à la Lehman Brothers, le renflouement du gouvernement ne soit pas disponible. Selon les remarques du président Obama sur la loi Dodd-Frank le 15 juillet 2010, « en raison de cette réforme […] il n’y aura pas plus de renflouements financés par les contribuables, point ».

Les gouvernements européens évitent également les futurs renflouements. Le Conseil de stabilité financière (FSB) en Suisse a donc exigé des banques d’importance systémique de concevoir des « testaments biologiques » énonçant ce qu’elles feront en cas d’insolvabilité. Le modèle établi par le FSB les oblige à « recapitaliser » leurs créanciers. Il s’avère que la plus grande catégorie de créanciers des banques sont les déposants. (Pour un exposé plus complet à ce sujet, voir mon article précédent ici.)

Si les déposants ne peuvent pas accéder à leurs comptes bancaires pour obtenir de l’argent afin de nourrir leurs enfants, ils peuvent se mettre à briser des vitrines et à se servir. Pire, ils pourraient comploter pour renverser le gouvernement contrôlé par les financiers. Regardez ce qui se passe en Grèce, où la désillusion croissante face à la capacité du gouvernement de sauver les citoyens de la pire dépression depuis 1929, a déclenché des émeutes et des menaces de renversement violent.

La crainte que de tels événements se produisent explique peut-être l’espionnage généralisé des citoyens étasuniens autorisé par le gouvernement, l’utilisation de drones sur le territoire et l’élimination de l’application régulière de la loi et du « posse comitatus » (la loi fédérale interdisant à l’armée de faire respecter « la loi et l’ordre » sur des propriétés non fédérales). Les protections constitutionnelles sont balancées par la fenêtre en faveur de la protection de l’élite au pouvoir.

La crise imminente du plafond de la dette

La prochaine crise à l’ordre du jour semble être prévue pour le 17 octobre, soit la date limite pour arriver à un accord sur un budget fédéral ou risquer des défauts de paiement sur les prêts gouvernementaux. Il s’agit peut être seulement d’une coïncidence, mais deux exercices à grande échelle sont prévus le même jour, le « Great ShakeOut Earthquake Drill » (Grand séisme) et le « Quantum Dawn 2 Cyber Attack Bank Drill » (L’aube quantique 2 Cyberattaque bancaire)  Selon un article de Bloomberg sur l’exercice bancaire, on se prépare contre des attaques de pirates informatiques, d’espions étatiques et du crime organisé (fraude financière). Une personne interviewée a déclaré : « Votre compte bancaire en ligne pourrait être en panne […], vousi pourriez être incapables de vous connecter. » Cela ressemble à une répétition générale pour la Grande recapitalisation étasunienne.

Bien que tout cela soit de mauvais augure, il y a un bon côté. On peut considérer les recapitalisations et la loi martiale comme les derniers coups désespérés d’un dinosaure. Le plan d’exploitation financière responsable des pertes d’emplois et de maisons de millions de personnes tire à sa fin. Dans l’état actuel des choses, la crise constitue une opportunité pour les solutions plus durables en attente dans les coulisses.

D’autres pays confrontés à un effondrement de leur monnaie empruntée, fondée sur la dette, ont survécu et prospéré en émettant leur propre monnaie. Lorsque la monnaie rattachée au dollar s’est effondrée en Argentine en 2001, le gouvernement national a recommencé à émettre ses propres pesos, les gouvernements municipaux ont payé avec des « obligations annulant la dette » qui circulaient comme monnaie, et les quartiers transigeaient avec des monnaies communautaires. Après l’effondrement de la monnaie allemande dans les années 1920, le gouvernement a remis l’économie sur pied dans les années 1930 en émettant des bons MEFO qui circulaient comme monnaie. Quand l’Angleterre a manqué d’or en 1914, le gouvernement a émis des « livres Bradbury » semblables aux greenbacks émis par Abraham Lincoln pendant la guerre civile étasunienne.

Aujourd’hui, notre gouvernement pourrait éviter la crise du plafond de la dette en faisant quelque chose de semblable : il pourrait tout simplement monétiser quelques pièces d’un billion de dollar et les déposer dans un compte. Le gouvernement pourrait mettre cette alternative en œuvre immédiatement, sans passer par le Congrès ou changer la loi, comme indiqué dans mon précédent article ici. Elle n’aurait pas besoin d’être inflationniste, puisque le Congrès pourrait uniquement dépenser ce qu’il a adopté dans son budget. Et si le Congrès augmentait son budget pour les infrastructures et la création d’emplois, cela serait bon pour l’économie en réalité, car la thésaurisation et le remboursement de prêts ont considérablement diminué la masse monétaire en circulation.

Le commerce d’égal à égal et les banques publiques

Au niveau local, nous avons besoin de mettre en place un autre système qui offre une sécurité pour les déposants, finance les petites et moyennes entreprises, et répond aux besoins de la communauté.

L’économie sociale a déjà fait beaucoup de progrès sur ce front. Dans un article publié le 27 septembre, « Peer-to-Peer Economy Thrives as Activists Vacate the System », (L’économie sociale prospère alors que les activistes quittent le système), Eric Blair rapporte que le mouvement Occupons Wall Street est engagé dans une révolution pacifique dans lequel les gens abandonnent le système établi en faveur d’une « économie de partage ». Les gens font des échanges sans taxes, réglementation ou licence, et, dans certains cas, sans monnaie émise par le gouvernement.

Le commerce d’égal à égal se fait en grande partie sur Internet, où ce sont les commentaires des clients plutôt que la réglementation qui préservent l’honnêteté des vendeurs. Ce commerce commencé avec eBay et Craigslist et a connu une croissance exponentielle depuis. Il y a aussi le Bitcoin, une monnaie privée loin des regards indiscrets des régulateurs. Le logiciel est conçu pour échapper à l’espionnage de la NSA. Les prêts bancaires sont boudés en faveur du financement collectif. Les coopératives alimentaires locales constituent également une façon de se soustraire au système alliant les entreprises et les gouvernements.

Le commerce d’égal à égal fonctionne pour les échanges locaux, mais nous avons aussi besoin d’un moyen de protéger nos deniers publics et privés. Nous avons besoin de dollars pour payer au moins une partie de nos factures, et les entreprises en ont besoin pour acquérir des matières premières. Nous avons également besoin d’un moyen de protéger les revenus de l’État, déposés et investis à l’heure actuelle dans des banques de Wall Street grandement exposées aux produits dérivés.

Afin de répondre à ces besoins, nous pouvons mettre en place des banques publiques calquées sur le modèle de la Banque du Dakota du Nord(BND), notre seule banque dépositaire d’État. La BND est mandatée par la loi pour recevoir tous les dépôts de l’État et servir l’intérêt public. Idéalement, chaque État aurait une de ces « mini-Feds ». Les comtés et les villes pourraient en avoir eux aussi. Pour plus d’informations, voir http://PublicBankingInstitute.org .

Depuis des décennies on rapporte que des préparatifs sont en cours pour instaurer la loi martiale et cela ne s’est toujours pas produit. Espérons que nous pourrons éviter ce danger en nous dirigeant vers un système plus sain et plus durable rendant inutile l’action militaire contre les citoyens étasuniens.

Ellen Brown

ellenbrown.com

Article original:

 depression4Martial Law and the Economy: Is Homeland Security Preparing for the Next Wall Street Collapse?, 7 octobre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Ellen Brown est avocate, présidente de l’Institut bancaire public, auteure de douze livres, dont le best-seller Web of Debt. Dans The Public Bank Solution,, son dernier livre, elle explore des modèles bancaires publics prospères dans le monde au cours de l’histoire. Elle a publié plus de 200 articles sur son blog EllenBrown.com.

 

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Une fois de plus, nous, les peuples indigènes d’Amérique Centrale et nos territoires sommes devenus un objectif militaire pour les Etats-Unis. Selon le périodique ‘Lawrence Journal , dans son édition du 13 juin passé, le Département d’Etat, a approuvé les fonds pour l’Initiative d’Investigation Minerve, destinée à effectuer une série d’enquêtes en relation avec les dites Expéditions Bowman». En cette occasion les expéditions Bowman se chargent de cartographier les 59 peuples indigènes d’Amérique Centrale.

Le projet s’appelle Centramérique Indigène et est une réplique du controversé Mexique Indigène (2005-2008), lequel fut denoncé par l’Union des Organisations de la Sierra de Oaxaca (UNOSOJ) signalant que ceux qui étaient concernés n’avaient pas été avertis par les géographes de l’Université du Kansas, chargés de l’exécution du projet, de leurs connexions avec le Bureau des Etudes Militaires Etrangères (FMSO pour son sigle en anglais).

Les expéditions Bowman collectent des données destinées à la base de donnéesSystème de Terrain Humain,   utilisées dans le contexte de la stratégie militaire des guerres d’Irak, et d’Afghanistan. Dans le cas de Mexique Indigène, les études furent réalisée dans la Huasteca et la sierra de Oaxaca, les lieux où se produit la plus grande résistance au projet de titularisation des terres PROCEDE, financé par la Banque Mondiale (B.M.) destiné à la liquidation du système de tenure collective des terres et à promouvoir la titularisation individuelle.

Le Facteur Demarest : la propriété communautaire et la prétendue induction de la violence.

Le Lieutenant Colonel Geoffrey B. Desmarest, assigné au Projet Mexique Indigène et participant à l’expédition Bowman dénommée Comuna 13, à Medellin, Colombie a manifesté en diverses occasions son rejet de la propriété communautaire. Dans un de ses écrits intitulé « Géopropriété : Sujet Externe de Sécurité National et Droit de la Propriété » souligne que la possession informelle et irrégulière de terres favorise l’usage illicite et la violence » et suggère comme unique solution pour ces « champs de culture du crime et de l’insurrection » la privatisation de la titularisation de la terre.

Au Honduras, la OFRANEH a dénoncé de manière déterminée comment la B.M. à travers le Projet d’Administration des Terres du Honduras (PATH), promoteur de la Loi de Propriété en vigueur, dans son chapitre III, précisément à l’article 100, planifie la dissolution des titres communautaires émis par l’Etat durant les dernière décennies.

Notre organisation a eu recours au Panel d’Inspection de la B.M., signalant la violation des directives opérationnelles relatives aux peuples indigènes. Le Panel dans son rapport indique comment l’Etat du Honduras viole le la Convention 169 de la OIT  en ignorant le droit à la consultation en ce qui concerne l’élaboration de cette loi contestée, en plus d’indiquer une série d’incohérences de la part de la direction de la Banque dans le maniement du projet PATH.

L’actuel gouvernement post coup d’Etat du Honduras, au moyen de la Loi de Régions Spéciales pour le Développement (RED, sigle espagnol) connue aussi en tant que cités modèles, prétend remettre aux investisseurs étrangers une zone que englobe 24 communautés Garifuna.  A la loi RED a été substituée la Loi Pour les Zones d’Emploi et de Développement Economique (ZEDE) en plus de la nouvelle Loi pour la Promotion du développement et de la Conversion de la Dette Publique (Loi Hypothèque), laquelle n’est pas mise en vigueur.

La dissolution de la propriété communautaire qui existe encore dans les communautés Garifuna est une démonstration du double langage des fonctionnaires de l’état et des organismes financiers, ceux qui connaissentl’effet domino des ventes de terres qui se produira à travers l’individualisation de la propriété.

Offensive de l’Etat contre les peuples indigène en Amérique Centrale

Au cours des dernières années la mise en œuvre du Projet Mesoamérica, connu auparavant comme Plan Pueblo Panama, a provoqué des interventions répressives contre les peuples indigènes qui se sont prononcés contre la construction de centaines de barrages sur leurs territoires et contre l’exploitation minière. Depuis San Cristobal Barilla (Guatemala) jusqu’à Tabasara (Panama), résonnent les clameurs des communautés indigènes qui ne furent jamais consultées et voient comment leurs habitats sont submergés par les barrages.

Le droit à la Consultation et au Consentement, Préalable, Libre et Informé(CPLI) consigné dans la Convention 169 de la OIT, celle qui a été signée et ratifiée par presque tout les pays d’Amérique Centrale, est violé de façon systématique. Tout indique que les investissements, tant nationaux qu’étrangers son plus importants que la sauvegarde des peuples indigènes et de leurs cultures, lesquelles sont intimement liées à la terre mère.

La réaction des peuples aux saccages des territoires et aux déplacements qui en résultent ont suscité un énorme intérêt de la part des armées et forces de répressions, qui cherchent à neutraliser les protestations pacifiques effectuées par les peuples en résistance et quelques-unes de leurs organisations.

Dans le cas du FMSO des Etats-Unis, ceux qui nomment la Centramérique comme étant leur frontière (borderlands) et au nom de la prétendue lutte contre le narcotrafic ils en viennent à intervenir directement avec la création de bases militaires et à présent avec le projet Centramérique Indigène, prétendant générer une base de données  - allant au-delà de celle de la géographie terrestre – concernant les 59 peuples qui habitent l’isthme,

Système Terre Humaine dans la Moskita et l’absence de concertation des communautés garifunas qui le caractérise

Entre mai et septembre de 2011, les géographes de l’Université de Kansas associés à l’armée des Etats-Unis, ont effectué une rigoureuse cartographie (un riguroso mapeo )  du territoire qui s’étend de cap Camaron jusqu’au rio Coco, incluant les communautés Garifunas sans avoir effectué aucune consultation de notre peuple.

Comme par hasard,   en mai 2012, la côte nord du Honduras à été le lieu d’une opération militaire incluant une opération psychologique. Les hélicoptères du département d’Etat opérèrent des survols nocturnes au ras des villes et des communautés, des missions aériennes qui culminèrent avec le massacre de Miskitos innocents dans la rivière Patuca.

Enfants miskitos

La militarisation évidente à laquelle est confrontée l’Amérique Centrale, à travers l’imparable montée de la violence, qui était presque inexistante dans les communautés indigènes, fait partie d’une stratégie de soumission et de pillage de nos territoires, où se trouvent une bonne partie des résidus des dites « ressources naturelles ».

 Sambo Creek, La Ceiba Atlantida, 1 de Octubre del 2013

Organización Fraternal Negra Hondureña, OFRANEH

OFRANEH | Federación del pueblo garifuna de Honduras

Traduction Anne Wolff

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-l-avant-garde-yanqui-en-amerique-centrale-peuples-indigenes-en-grand-danger-120760084.html

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“Culture stratégique” : le commandement sud et la militarisation des universités (aux USA)

Le Président syrien a accordé une longue entrevue d’environ 2 heures à la chaîne Al-Mayadeen dans la soirée du 21 Octobre. Il a été interrogé par son Directeur, M. Ghassan Ben Jedo. Voici la traduction de certains points essentiels abordés dans la première partie, en réponse aux questions posées.

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Ce qui s’est passé en Syrie est complètement différent de ce qui a eu lieu en Tunisie ou en Égypte, ne serait-ce que par la férocité de la guerre médiatique, par l’afflux de terroristes venus des quatre coins de la planète toujours soutenus financièrement et militairement, par la coalition de pays occidentaux et régionaux pour porter atteinte à son État… La crise syrienne est passée par des étapes. La première fut celle des manifestations où des individus armés ont tiré sur des manifestants et des forces de police. Ce n’est que six mois après, et alors que ces individus n’avaient pas réussi à « renverser le régime », que s’est concrétisée l’idée de créer et de renforcer les bandes armées terroristes venues de l’étranger. Actuellement nous sommes confrontés à Al-Qaïda et à ses multiples ramifications telles que l’État islamique en Irak et au Levant [EIIL], le Front Al-Nosra, etc. Nous sommes donc en état de guerre contre des terroristes.

Il est normal que différents courants d’opposition existent en Syrie. Mais l’opposition repose sur une formation politique interne qui a une base populaire et un programme politique clair. Elle ne peut dépendre de l’étranger, ni avoir recours à des mercenaires armés, et doit refuser toutes les formes  d’interventions étrangères politique ou militaire ; auquel cas elle relève de l’insurrection armée ou du terrorisme.

Il est évident que l’ingérence de l’extérieur s’appuie sur un dysfonctionnement intérieur. Si tel n’était pas le cas nous n’en serions pas là. C’est pourquoi il est essentiel que nous parlions de notre propre responsabilité en tant que Syriens, car lorsque vous ouvrez votre porte aux voleurs vous êtes quelque part responsables de ce qui vous arrive.

Nombre de propositions ont été avancées au nom de l’opposition et de la réforme, mais vous devez distinguer entre celles qui cherchent sincèrement à réformer et celles qui obéissent à d’autres objectifs inavoués.

Il est de notoriété publique que la Syrie subit des  pressions et des menaces depuis des décennies, y inclus la période qualifiée d’« ouverture à l’Occident », et qu’elle est ciblée à cause de ses prises de position stratégiques – connues de tous – par des pays qui ne possèdent aucun  des attributs de la démocratie.

Dire que la Syrie vit dans un environnement laïc n’implique pas que nous niions l’existence de foyers extrémistes préexistants sur le terrain, mais ces foyers ont considérablement évolué depuis les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Nous nous sommes opposés à ces guerres en prévenant qu’elles mèneraient à la propagation de ces foyers – encore circonscrits – dans toute la région. La crise syrienne est venue leur servir d’incubateur de croissance.

Les guerres US ont contribué à l’expansion du terrorisme

Suite aux opérations terroristes des Frères Musulmans en Syrie – dans les années 1970 et 1980 – nous avions soulevé la question de la lutte contre le terrorisme, mais personne n’avait voulu en tenir compte. Il n’empêche que lorsque le monde a commencé à s’inquiéter du terrorisme nous n’avons pas hésité à nous allier avec tous les pays qui ont décidé de le combattre, y compris les États-Unis, sans pour autant être en parfait accord avec les moyens mis en œuvre pour ce faire. Ceci, car les États-Unis traitent la guerre contre le terrorisme comme s’il s’agissait d’un  jeu vidéo sur ordinateur : vous frappez l’ennemi dès qu’il se pointe sur votre écran et dix autres apparaissent… L’approche devrait être nécessairement plus globale.

Lorsque vous soutenez le chaos, vous soutenez le terrorisme. Lorsque vous attaquez un État qui combat le terrorisme, vous créez les conditions favorables à l’épanouissement des groupes terroristes. C’est le cas de la politique des USA, de certains pays européens et aussi de certains pays arabes et régionaux. Ils ont contribué intentionnellement ou non à amener Al-Qaïda en Syrie.

Vous me demandez si nous sommes prêts à coopérer avec les États- Unis. Ce n’est pas exclu à partir du moment où nous pouvons travailler dans le cadre de nos intérêts réciproques. Mais l’administration US est fondamentalement égoïste et ne coopère avec quiconque que dans la perspective de ses propres intérêts. Une fois son but atteint, vous n’êtes plus rien. C’est l’évidence même compte tenu de ses relations avec ses ex-alliés comme, par exemple, Pervez Musharraf ou le Shah d’Iran… Par conséquent, celui qui parle de la loyauté de cette administration est dans l’illusion, et ce qui est encore plus illusoire est de penser qu’elle pourrait se soucier  des intérêts des États arabes.

Certes, les États-Unis sont une superpuissance qui influe sur le cours des évènements dans le monde. Coopérer avec eux sur la base d’intérêts communs est normal, mais il est excessivement dangereux de travailler à servir leurs seuls intérêts, et c’est ce qu’ils finissent par exiger.

Nous avons clairement dit et répété que nous n’utilisons pas le terrorisme pour servir nos intérêts pour la bonne raison que nous le considérons comme une bête venimeuse qui finit par vous mordre la peau, une fois que vous l’avez mise dans votre poche. Non, nous n’avons jamais soutenu le terrorisme. Oui, nous nous sommes opposés à la guerre contre l’Irak, mais nous n’y avons pas soutenu les terroristes comme certains le prétendent. La Syrie leur servait de couloir de passage après la traversée clandestine de nos frontières. Nous avons travaillé à les en empêcher mais nous n’avons pas totalement réussi. Et c’est ainsi que le terrorisme s’est vite dirigé vers la Syrie dès le début de la crise. Nous sommes parfaitement conscients que le combat contre le terrorisme n’est pas uniquement une affaire de frontières, mais se mène à l’intérieur du pays aussi bien en Syrie qu’en Irak.

De la guerre du Koweit à la guerre de l’Irak

En Irak, la Résistance est une chose et le Terrorisme en est une autre. Nous constatons que les terroristes d’Al-Qaïda n’y ont jamais mené une seule opération contre les États-Unis et que toutes leurs opérations sont toujours de nature sectaire. C’est la Résistance irakienne qui a lutté contre l’occupation US et c’est elle que nous avons « politiquement » soutenue, sans qu’elle ne nous en demande plus.

Les États-Unis ont tenté de pousser la Syrie à être partie prenante de leur campagne contre l’Irak, usant du bâton et de la carotte. Au minimum, ils ont exigé notre silence, notre position ayant été très claire au sommet de Charm el-Cheikh en Mars 2003, sommet manifestement organisé pour créer une atmosphère propice à leur guerre programmée contre ce pays. Par la suite, la Syrie a dû payer le prix de son opposition à cette guerre.

Alors que les Arabes témoignaient de leur allégeance aux États-Unis, Colin Powell est venu nous trouver pour s’enorgueillir de la manière dont les USA étaient entrés en Irak en quelques semaines et nous exposer la « Loi » censée demander des comptes à la Syrie ; cette Syrie qui n’avait plus un seul ami en ce monde, mise à part cette visite dont il nous gratifiait ! Mais pour autant, nous devions répondre à plusieurs demandes :

  • La première : expulser de Syrie toutes les factions palestiniennes vers n’importe où dans le monde. Nous lui avions répondu que lorsque nous expulsons une personne c’est pour la rapatrier et que dans ce cas précis il faudrait qu’il nous dise si le rapatriement était possible.
  • La deuxième : cesser toute relation avec le Hezbollah et toute forme de soutien à la Résistance libanaise.
  • La troisième, et c’était la plus dangereuse : refuser l’entrée en Syrie à tous les talents scientifiques irakiens, ce qui explique les opérations d’assassinats qui ont visé de nombreux scientifiques en Irak, alors que la Syrie les a accueillis et leur a créé des postes dans ses universités.

Ensuite, il nous a été proposé que les États-Unis lancent le « processus de paix ». Nous avons rappelé que la Syrie avait déjà entendu ce discours lorsqu’elle a participé à la guerre de libération du Koweït et qu’ils se sont dérobés à leurs obligations. Par conséquent, nous considérons que toute promesse des États-Unis est illusoire, car ils n’ont jamais rien fait pour la réussite du processus de paix.

La politique syrienne est celle de ses institutions et reflète les intérêts du peuple syrien. En tant qu’État arabe, nous avons toujours été confrontés à un ensemble de mauvais choix, notre politique consistant à opter pour le moins mauvais. Ce faisant, nous ne nous opposions pas aux intérêts des États-Unis mais nous défendions nos propres intérêts ; notamment dans la phase de la guerre contre l’Irak, que nous avions jugé potentiellement annonciatrice de la propagation du terrorisme et de la partition du pays avec évidemment des effets néfastes sur la Syrie..

Le Président Hafez al-Assad n’a pas coopéré avec les États-Unis au Koweït pour les soutenir alors qu’ils avaient juste besoin d’une couverture arabe, mais pour la libération du Koweït. Sa position était claire, fondée sur l’idée qu’il n’est pas possible qu’un pays arabe occupe un autre pays arabe et qu’il ne fallait pas compromettre les relations futures entre eux.

La coopération avec les États-Unis

Nous avons, nous-mêmes, coopéré avec les services de renseignement des USA dans la lutte contre le terrorisme conformément à nos intérêts. Nous avons aussi coopéré au processus de paix à l’échelon ministériel. La politique syrienne est souple et le fait de défendre ses intérêts légitimes ne signifie pas entêtement.

Le Président Jacques Chirac

Après l’entrée des forces américaines à Bagdad et étant donné que le monde témoignait de son allégeance aux États-Unis, M. Jacques Chirac a estimé que le moment était venu de modifier sa politique à leur égard. Pensant disposer de la carte syrienne, il nous a rendu visite pour nous informer que le Président Bush avait dit que j’étais un « malfaisant » et qu’il fallait que la Syrie et le Président syrien pensent à se protéger de sa grande colère. Ceci dit, il nous a demandé de coopérer au processus de paix avant de nous soumettre « la feuille de route » correspondante. Nous n’avions répondu ni positivement ni négativement ; entre autre, au motif que cette feuille de route ne mettait l’accent que sur le volet palestinien alors que nous étions concernés par la libération du Golan et donc par le « volet syrien ». Suite à notre non-réponse, M. Jacques Chirac a changé radicalement la politique française et a commencé à agir contre la Syrie dès 2004. En accord avec Georges Bush, il a travaillé à faire pression sur la Syrie et à la résolution onusienne pour le retrait de la Syrie du Liban [Résolution 1559] et à tous les événements visant l’État syrien qui ont suivi.

Les débuts de la guerre ouverte

Des armes circulaient en Syrie depuis la guerre en Irak et ont été utilisées dès les premiers jours des événements. Beaucoup d’innocents sont tombés pendant les six premiers mois, mais ce n’est qu’une fois que les images d’individus armés ont commencé à être publiées que la guerre est devenue ouverte. Les Frères Musulmans ont fini par reconnaître que tout ceci était arrivé avec la coopération de l’étranger. Pendant deux années, le Qatar a soutenu et financé les « bandes armées », tandis que la Turquie s’est chargée de leur logistique. Depuis, c’est l’Arabie saoudite qui est entrée en ligne et tout dernièrement la Jordanie.

Les Frères Musulmans

L’une des causes de ce à quoi nous assistons aujourd’hui vient du dérèglement de la relation entre l’arabité et l’Islam. Les premiers à avoir créé cette brèche, dans les années cinquante, sont les Frères Musulmans. Le travail pour la propagation de la foi est important, mais doit être séparé des concepts de l’État et de la politique.

En Syrie existe une opposition syrienne qui s’exprime publiquement sans être poursuivie. Les poursuites concernent essentiellement certains éléments des Frères Musulmans, lesquels sont considérés par la Loi syrienne et l’État syrien comme une organisation terroriste devenue encore plus terroriste que jamais. Nous avons déjà dialogué avec eux suite aux événements des années quatre-vingt, ils ont prouvé qu’ils ne sont pas honnêtes. Malgré cela, nous avons poursuivi le dialogue avec certains d’entre eux, qui sont maintenant délivrés de leur emprise politique. Par conséquent, nous n’avons aucun problème pour dialoguer avec n’importe quelle organisation qui dépose les armes, qui cesse d’acheminer des éléments armés vers notre territoire, et qui arrête de conspirer avec l’étranger.

Depuis les années cinquante, notre expérience des Frères musulmans est une succession interminable de terrorisme. Elle est à ajouter à un autre aspect purement juridique qui interdit les partis fondés sur des bases religieuses ou ethniques, ceci pour des raisons liées à la diversité du peuple syrien. Une vision comparable à celle des Frères Musulmans pourrait tout simplement mener à la dislocation de la Syrie.

Les prétendues désertions de masse

Parler de « désertion » suppose que les désertions aient concerné des institutions, ce qui n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’individus qui ont pris la fuite. Nous pensons que beaucoup ont fui en situation de peur ou à cause des menaces. D’ailleurs, un grand nombre d’entre eux ont décidé de revenir et nous les avons accueillis favorablement. Certains ont repris leur travail au sein des institutions étatiques, d’autres ont rejoint l’Armée nationale, d’autres se sont contentés de l’aider sans s’engager sur le terrain, et d’autres sont tombés sur le champ d’honneur. Tous ceux-là n’ont donc plus eu peur pour leur propre vie.

L’Initiative russe

Concernant « l’Initiative russe pour le désarmement chimique » et la prétendue « panique » qui nous aurait poussé à l’accepter avec « précipitation », le délai entre la déclaration de John Kerry et celle du ministre syrien des Affaires étrangères était d’une heure au grand maximum ; ce qui signifie que l’initiative avait été préparée à l’avance. Il n’y a donc pas de quoi broder sur notre précipitation. Comment aurais-je pu prendre la décision d’accepter les termes d’une telle initiative sur un sujet aussi important et aussi stratégique en si peu de temps et alors qu’un grand nombre de diplomates syriens étaient à l’étranger ? Ce, d’autant plus que John Kerry nous a offert une semaine de délai et que nous aurions pu nous accorder quelques jours de réflexion… C’est plutôt la manière dont John Kerry a abordé le problème qui suggère qu’il ne s’attendait pas à ce que la Syrie accepte l’Initiative russe et qu’il était loin d’imaginer que nous l’avions étudiée et qu’elle avait été préparée bien avant la date de son annonce.

Dire que c’est la solution chimique qui a fait que  les États-Unis ont annulé leur guerre dénote une naïveté ou une étroitesse de vue, parce que les États-Unis sont un État agressif qui peut tous les jours inventer n’importe que prétexte pour justifier la guerre ; comme cela s’est passé pour l’Irak avec Colin Powell et son gros mensonge sur les armes de destruction massive. Autrement dit, si jamais vous pensiez sauver votre peau en acceptant cette initiative, sachez que rien n’empêche les États-Unis de vous inventer un autre prétexte pour relancer les préparatifs de guerre à un quelconque moment plus tard.

Par ailleurs, moins d’une quinzaine de jours avant l’Initiative russe, des amis nous avaient informés de la date et de l’heure précise d’une attaque qui devait avoir lieu le lendemain matin. Nous nous sommes préparés, mais elle n’a pas eu lieu ! Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que si nous devions paniquer c’est avant l’annonce de cette initiative plutôt qu’après.

Enfin,  la Syrie a interrompu la production d’armes chimiques en 1997. Depuis, elle était prête à abandonner ce type d’armement, mais a gardé cette carte pour le moment opportun. Ce moment est arrivé !

La Conférence de Genève 2

À l’heure actuelle, nous n’avons pas de date officielle de l’éventuelle tenue de cette conférence et il n’y a pas de facteurs qui pourraient aider à sa réussite, si nous voulons qu’elle réussisse ! Beaucoup de questions restent en suspens. Quelles seront les forces en présence ? Quelle est leur relation avec le peuple syrien pour que nous puissions discuter ensemble ? Représentent-elles le peuple syrien, une partie du peuple syrien, ou bien la force qui les a fabriquées ? Ont-elles des bases électorales claires en Syrie ? Comment se peut-il que certaines forces prétendent représenter le peuple syrien alors qu’elles vivent à l’étranger et disent contrôler 70 % du territoire syrien sans oser se rendre en Syrie ? La solution doit être une solution syrienne et non la solution étrangère d’une question syrienne. Il nous faut donc connaître les composantes de cette conférence avant d’émettre des réserves sur sa réussite ou son échec.

La solution devra être syrienne et être acceptée par le peuple syrien, que l’étranger l’accepte ou la refuse. De même, la reconnaissance des représentants du peuple syrien, à cette conférence, revient au peuple lui-même. Autrement dit, toute reconnaissance venue de l’étranger ne nous concerne pas. La question ne revient pas à se demander si la conférence aura ou n’aura pas lieu. La question fondamentale est de savoir si cette conférence peut réussir au cas où elle aurait lieu. La Syrie y participera sans conditions lorsqu’elle se tiendra.

Par ailleurs, si cette conférence comporte des décisions débouchant sur l’arrêt du financement des terroristes, le problème syrien sera résolu. À partir du moment où les terroristes ne seront plus fournis en armes et en argent et ne seront plus aidés pour rejoindre le territoire syrien, il n’y aura plus de problème pour résoudre la question syrienne qui n’est pas aussi compliquée qu’on le prétend. Les complications  viennent de l’extérieur de la Syrie, non de l’intérieur. Les complications viennent d’une ingérence étrangère qui nourrit le feu de l’incendie.

M. Lakhdar Brahimi

Ce que nous attendons de M. Brahimi est qu’il se contente de rester dans le cadre de sa mission de médiateur, nécessairement neutre, dans une situation de dialogue entre différentes forces qui se battent sur le terrain sans se charger de missions dictées par d’autres États. Ses deux premières visites en Syrie n’ont pas dépassé le cadre du dialogue et non, il ne m’a fait aucune offre. En revanche, lors de sa troisième visite fin 2012, il a tenté de me convaincre qu’il était nécessaire que je ne me présente pas aux élections présidentielles de 2014. Ma réponse fut très claire : c’est une question qui concerne les Syriens et qui n’admet aucune discussion avec un non-Syrien ! Maintenant puisque vous me demandez si son initiative était dictée de l’étranger, je vous réponds que c’est à lui qu’il faudrait poser cette question.

Ceci dit, votre supposition n’est pas improbable étant donné que les États-Unis et d’autres États ennemis de la Syrie formulent toujours l’idée qui veut que je ne sois pas candidat aux prochaines élections. C’est en effet une étonnante coïncidence que M. Brahimi avance les mêmes propositions mises en avant par ces États… Nous espérons que lors de sa prochaine visite que vous venez d’évoquer, il ne dépassera pas les limites de sa mission.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

21/10/ 2013

Source : vidéo / Présidence de la République arabe syrienne

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=OZJrJruufVk

Traduction : Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Deuxième partie :

Mines SyrieLes poseurs de mines US au Moyen-Orient, 27 octobre 2013

 

 

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Dette : Destination liquidation Italie

octobre 23rd, 2013 by Chiara Filoni

Photo :  CC – Davide Gabino

Le discours selon lequel, ces dernières années, les Italiens (comme les Grecs, les Espagnols, etc.) ont vécu au-dessus de leur moyens et dépensé trop pour l’État social demeure une triste constante dans les médias dominants. La propagande médiatique ne va pas au-delà de quelques reproches aux mesures d’austérité, sans jamais remettre en cause la légitimité de la dette. Et, tout à fait en continuité avec le précédent gouvernement de Mario Monti (un gouvernement de « techniciens » très bien vu par l’Europe et mandaté pour résoudre la crise de la dette), le nouveau gouvernement italien, en fonction depuis le 28 avril dernier, ne promet rien de bien. Du point de vue strictement politique, il ressemble en effet davantage à une copie des gouvernements démocrates-chrétiens des années ’80-’90, qui voulaient mettre d’accord les différents partis politiques, mais qui au final servaient les intérêts des grands pouvoirs économiques |1|. Du fait du manque de renouvellement politique en termes de personnes et « d’esprit », le nouveau gouvernement est aussi loin de réaliser le changement attendu et promis en termes de croissance économique et de résolution de la crise de la dette, vu la liquidation en cours du patrimoine public (au bénéfice d’acteurs privés), conçue comme mesure anti-crise.

Pour ces raisons, cet article essayera d’expliquer les origines de l’énorme endettement public italien.

Le rôle des taux intérêts et des mesures d’austérité

Graphique 1 : Dépenses et recettes de l’État italien de 1980 à 2010 |2|

Le graphique représente les dépenses totales (en bleu) et les recettes totales (en vert) de l’État italien depuis 1980 jusqu’en 2010. Le déficit public étant la différence entre recettes et dépenses, depuis 1980 jusqu’à 2010, les italiens ont cumulé 149 milliards d’euros de déficits, qui, ajouté au capital à rembourser jusqu’en 1980 (114 milliards d’euros), fait 263 milliards d’euros, un chiffre qui ne correspond pas au montant de la dette italienne en 2010, s’élevant à peu près à 1900 milliards d’euros.

Qu’est ce que les italien-ne-s ont payé et continuent à payer ? Les intérêts évidemment. Dans l’année prise en considération, 2011, ces intérêts représentaient déjà 100% de la dette, c’est à dire 1771 milliards d’euros. Est-ce qu’ils ont vécu au-dessus de leurs moyens alors ? Difficile à croire.

Dans le discours dominant, l’idée qu’il faut se serrer la ceinture, taxer plus, couper dans le secteur public (n’étant pas économiquement efficace) est toujours présente. Mais à bien regarder, ce ne sont pas les dépenses pour l’État social qui doivent préoccuper nos dirigeants. En effet, ces dépenses augmentent entre 1980 et 1990 pour ensuite diminuer. Les dépenses pour la santé ont toujours été à peu près de 10% tandis que les dépenses pour l’éducation baissent de 10,9% à 9% entre 1960 et 1994. Les dépenses pour les retraites passent de 32,9% à 33,6% dans les mêmes années |3|.

Si d’un coté les dépenses n’augmentent pas, de l’autre les recettes augmentent, si bien que nous avons récemment reçu l’appellation de « bons élèves » par l’Union Européenne (ayant clôturé l’année 2012 avec un déficit de 3%, afin d’accomplir les recommandations du TSCG |4|). Selon le rapport officiel 2013 de l’Istat (Institut National de Statistiques), les recettes totales en termes nominaux ont augmenté de 2,5% du PIB, plus que l’augmentation des dépenses (+0,7%). Ce phénomène est le résultat de l’augmentation de 5,2% des impôts indirects, entre autres de la TVA (de 20 à 21% en 2011, et qui passe à 22% à partir d’octobre 2013), de l’IMU (le nouvel impôt sur le patrimoine immobilier) ainsi que des impôts directs (+5%). Un phénomène que beaucoup décrivent comme d’austérité, mais qui est en réalité la forme extrême d’une politique bien plus ancienne répondant au dogme néo-libéral et pesant sur les populations désormais depuis quelques décennies.

L’austérité fait en sorte que le déficit baisse (en 2009 il était à 5,5%, aujourd’hui il est de 3%) mais que la dette augmente. Selon Eurostat |5|, la dette italienne continue à augmenter en termes réels et par rapport au PIB : de 116,4% en 2009, nous sommes passés à 127% en 2012, avec une prévision de 132% en 2013, pour une valeur qui dépasse les 2000 milliards d’euros.
Ce n’est pas couper dans les secteurs stratégiques ni taxer sans distinction la population – les intérêts de la finance n’étant jamais touchés – pour le soi-disant bien-être du pays qui va nous aider.

Revenons sur les intérêts sur les titres de la dette. Ceux-ci augmentent vertigineusement à partir des années ’80. Tout commence en 1981 avec la décision du Trésor italien de divorcer de Banca d’Italia, pour ne plus acheter des titres du Trésor, ce qui auparavant permettait à la banque d’acheter des titres de la dette invendus sur le marché, en gardant des taux d’intérêts bas.
Cette séparation et le recours massif aux capitaux privés, dans un contexte d’augmentation de la dette états-unienne (causée par la décision de la Réserve Fédérale d’augmenter les taux d’intérêt) et de forte déréglementation économique entamée durant les années de Reagan (avec une forte concurrence entre les titres des différents États), amènent à l’accroissement de la dette italienne, qui passe de 57,7% du PIB en 1980 à 124,3% en 1994. Le manque du cordon protecteur de la Banque d’Italie expose en effet le pays aux manœuvres spéculatives des investisseurs internationaux. Les taux d’intérêts sur les titres de la dette étant liés à la demande de ces mêmes titres, l’élimination d’une composante fondamentale de cette demande, telle que l’était la Banque Centrale, a eu comme effet l’explosion des taux – qui passeront de 8% en 1984 à 13% en 1993, tandis que la moyenne européenne restait autour de 4% |6| – et donc de la dette totale. Nous pourrions considérer ces taux d’intérêts comme usuraires et par conséquent illégitimes et susceptibles de non-payement.

C’est par ailleurs à cause de ces attaques spéculatives sur la Lira qu’en 1992 l’Italie est sortie du SME (système monétaire européen) et a dévalué sa monnaie de 7%.
1992 a été en effet pour l’Italie une année de grande récession : les intérêts ont atteint 100 milliards (dans cette seule année) et le gouvernement a appliqué une réforme de 93 milliards de Lires (autour de 48 milliards d’euros) visant à couper agressivement dans les dépenses, à augmenter les impôts et baisser les salaires.
Ces mesures « de larmes et de sang » |7|, comme l’ex-ministre du Travail aime à les appeler, sont à nouveau appliquées sans discontinuer depuis le gouvernement précédent comme recette à la crise de la dette, une dette qui ne cesse d’augmenter et dont les intérêts atteindront 100 milliards d’euros en 2013 (exactement comme en 1992, quand les taux d’intérêts étaient plus élevés qu’aujourd’hui, mais le montant de la dette plus bas !).

Mais l’illégitimité de la dette italienne ne s’arrête pas aux seuls intérêts.

En effet, la dette privée qui se transforme en dette publique n’est pas une nouveauté non plus pour l’Italie (vu le nombre d’entreprises privées mal gérées et pour lesquelles l’État a dû intervenir), mais ce transfert concerne maintenant aussi les banques. Déjà en décembre 2012, à travers les soi-disant Monti Bonds |8|, le gouvernement avait dégagé 4,6 milliards d’euros (c’est-à-dire exactement le même montant que celui récupéré par l’IMU) pour la restructuration de la banque Monte dei Paschi, la quatrième banque d’Italie, avant qu’elle ne soit au centre d’un scandale à cause de grosses pertes sur des opérations de produits dérivés. Ce prêt n’est pas seulement illégitime, il prévoit en outre comme contrepartie des coupes sur les coûts de personnel pour une centaine de millions d’euros, qui concerneront 8000 salariés de la banque pour lesquels est prévu un « licenciement vers un autre sujet » (expression floue utilisée par le gouvernement pour dire qu’il seront licenciés et peut-être réembauchés par une autre banque, mais on ne sait pas laquelle, quand, à quelles conditions…) et la fermeture de 150 filiales bancaires (qui se rajoute aux 400 déjà fermées).

La recette est en effet toujours la même : privatiser, couper, serrer la ceinture, taxer…

A ce sujet, au sein du nouveau gouvernement, tous sont d’accord pour appliquer la logique de la pensée unique. Comme dit Marco Bersani, le président d’Attac Italie, les privatisations qui se poursuivent depuis vingt ans n’ont eu besoin d’aucune Thatcher ni d’aucun Reagan : l’Italie a privatisé plus que l’Angleterre et est deuxième pays dans le monde après le Japon pour les bénéfices récupérés par le secteur privé |9|.

Et maintenant, nos politiciens se scandalisent si certaines des principales entreprises italiennes, symbole du fameux made in Italy, comme Telecom ou Alitalia (compagnie téléphonique pour la première, aérienne pour la seconde), sont vendues à l’étranger, alors qu’eux-mêmes ont poussé pour leur privatisation, et pour la libéralisation commerciale de manière plus générale, à partir des années ’90.

Enfin, le tout nouveau plan « Destination Italie » approuvé fin septembre va dans le même sens : le gouvernement a décidé de liquider le patrimoine public (pour l’occasion un Comité privatisations sera créé par le Ministère de l’Économie). Parmi les entreprises les plus appétissantes, il y a Ferrovie dello Stato (le chemin de fer, qui verra sa privatisation définitive et qui vaut 36 milliards), les postes italiennes (3,4 milliards), la Rai, principale radio-télévision italienne (2 milliards), etc.

Refusons la dette illégitime et demandons un audit

Si la dette n’est pas le résultat de trop de dépenses, si on est si performants au niveau économique au point d’être considérés comme les bons élèves de l’Union Européenne, les raisons de l’augmentation de la dette doivent être recherchées ailleurs.
L’explosion des taux d’intérêt à partir des années ’80 (dans un contexte général d’augmentation des taux à l’initiative de la Réserve Fédérale états-unienne) causée par les décisions politiques des leaders italiens de cette époque qui a ouvert la porte aux spéculations de tous types, les mesures néo-libérales qui ne cessent d’être appliquées depuis 30 ans, le sauvetage bancaire d’entreprises privées, pèsent maintenant sur le dos de la collectivité en Italie (comme ailleurs).
Ces faits montrent la nécessité d’un audit de la dette publique italienne pour identifier la partie légitime et illégitime (donc susceptible d’être annulée) et justifient la contestation des mesures d’austérité qui ne cessent de s’aggraver.
C’est leur logique de laisser le secteur privé et la finance gérer des entreprises d’utilité publique et la dette qui génère l’endettement. Leur logique de tout vendre au secteur privé, tandis que seule la dette reste publique ! Leur logique qu’il faut combattre.

Chiara Filoni

Notes

|1| Parmi les membres du gouvernement, nombre d’entre eux ont d’ailleurs un passé dans la Démocratie-chrétienne, d’autres viennent de la tradition conservatrice ou du parti de Berlusconi, d’autres encore du nouveau parti de Monti ou du centre-gauche (en somme dans l’esprit de l’accord à n’importe quel prix typique des années de la Première République).

|2| Source : Élaboration données ISTAT (Institut National de Statistique), Conti ed aggregati economici delle A.P. – SEC 95). Données en milliards d’euros, disponible sur :http://www.cnms.it/sites/default/fi…

|3| Millet D., Toussaint E., Debitocrazia. Perché si può non pagare il debito pubblico, Edizioni Alegre, 2011.

|4| Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG ou Pacte budgétaire) est le nouveau pacte sur lequel se sont accordés 25 des 28 États membres de l’Union Européenne (donc qui ne concerne prioritairement que les pays de la zone euro). Par rapport aux traités précédents, il renforce les mesures de contrôle sur la performance des pays en introduisant les soi-disant règles d’or : obligation de l’équilibre des budgets des administrations publiques, réduction du déficit jusqu’à 0,5% (au-dessus de 3% des sanction monétaires sont prévues), la réduction de la dette nationale en-dessous de 60 % en 20 ans. Le traité a été approuvé par le Parlement italien en Juillet 2012

|5http://www.ilsole24ore.com/art/noti…

|6http://keynesblog.com/2012/08/31/le…

|7http://cadtm.org/Italie-L-imposture…

|8| Les Monti Bonds sont des instruments opaques. À moitié entre des prêts (au taux de 8-9%) et des actions (puisque il n’y a pas échéance pour le remboursement), mais surtout ils participent au risque d’entreprise, c’est-à-dire si la banque reporte des pertes, le trésor partage ces pertes avec les autres actionnaires.

|9http://temi.repubblica.it/micromega…

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À la demande du premier ministre David Cameron, le journal britannique The Guardian fait l’objet d’une enquête par au moins un comité parlementaire concernant les révélations d’Edward Snowden, le lanceur d’alertes de la NSA (National Security Agency), l’agence américaine d’espionnage.

Cette démarche, qui a été accompagnée de menaces de poursuites judiciaires et d’allégations que le journal a mis en péril la sécurité nationale, représente une dangereuse escalade dans la chasse-aux-sorcières et la répression déclenchées suite aux révélations de Snowden sur les programmes de surveillance massive de la NSA et du service de renseignement britannique, le GCHQ (Government Communications Headquarters).

Mercredi dernier, Cameron a déclaré au parlement: «Ce qui est arrivé a porté atteinte à la sécurité nationale, et à bien des égards, la rédaction du Guardian l’a reconnu lorsqu’elle a accepté de détruire les dossiers en sa possession après que mon conseiller à la sécurité nationale et chef du cabinet [Sir Jeremy Heywood] lui en a poliment fait la demande».

«Elle sait donc que cette affaire est dangereuse pour la sécurité nationale».

Le premier ministre a soutenu les appels à une enquête parlementaire complète pour déterminer si le Guardian a violé la loi en publiant les révélations de Snowden.

L’affirmation de Cameron est mensongère et réactionnaire.

En juin, selon le rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, des journalistes du Guardian et lui-même ont été menacés de poursuites judiciaires et forcés de détruire les disques durs contenant les dossiers fournis par Snowden lorsqu’un «très haut responsable du gouvernement disant parler au nom du premier ministre» a «fait la menace implicite que d’autres au sein du gouvernement favorisaient une approche bien plus draconienne».

Selon Rusbridger, «deux experts de la sécurité du GCHQ» ont supervisé la destruction. Cameron affirme maintenant que la réponse du journal aux menaces du gouvernement est une preuve de sa culpabilité!

Un porte-parole de Guardian News and Media a fait savoir dans un communiqué: «Le premier ministre a tort de dire que le Guardian a détruit les fichiers informatiques parce que nous acceptions que nos reportages étaient nuisibles. Nous les avons détruits parce que le gouvernement a dit qu’il utiliserait toute la force de la loi pour empêcher un quotidien de publier quoi que ce soit de la NSA ou du GCHQ».

Cameron a fait sa déclaration en réponse à une question de l’ancien secrétaire à la Défense, Dr Liam Fox, qui a demandé que «l’on détermine de manière complète et transparente si l’implication du Guardian dans l’affaire Snowden a nui à la sécurité nationale de la Grande-Bretagne». Indiquant clairement qu’il cherchait à faire porter des accusations criminelles, Fox a dit qu’il était «étrange» que des gens soupçonnés d’avoir mis des journalistes sous écoute aient été poursuivis, mais pas des gens qui rendent «vulnérables» nos services de sécurité.

Un simple député conservateur, Julian Smith, a obtenu un débat parlementaire à Westminster Hall cette semaine concernant la publication des documents top-secret. Plus tôt, il avait écrit à la police londonienne pour réclamer que le Guardian soit poursuivi en vertu de la Loi sur les secrets officiels et la Loi sur le terrorisme de 2000. Il a dit qu’il utiliserait le débat pour «exposer les raisons pour lesquelles je crois que le Guardian a franchi la ligne entre le journalisme responsable et une conduite qui met sérieusement en danger notre sécurité nationale ainsi que les vies de ceux qui cherchent à nous protéger».

Le dirigeant libéral-démocrate et vice-premier ministre, Nick Clegg, est aussi de ceux qui prennent le Guardian pour cible, déclarant que les fuites de Snowden sont un «cadeau» aux terroristes qui leur permet d’attaquer la Grande-Bretagne. Les appels à la répression sont coordonnés avec les services de sécurité. Le nouveau chef du MI5 (la police secrète britannique), Andrew Parker, a soutenu que les fuites sur les programmes Prism et Tempora ont donné «l’avantage aux terroristes. C’est le cadeau dont ils ont besoin pour échapper à notre surveillance et frapper à volonté».

Une fois de plus, c’est au sein de la dite «opposition parlementaire», le parti travailliste, que l’on retrouve les partisans les plus enthousiastes de la persécution par l’État de journalistes, de journaux et de lanceurs d’alerte comme Snowden.

Suite au débat parlementaire, Fox a écrit aux présidents de cinq comités spéciaux de la chambre des Communes pour les exhorter à mener une enquête sur la «conduite imprudente et potentiellement dangereuse» duGuardian.

«La liberté de presse ne veut pas dire la liberté d’exposer le Royaume-Uni, son peuple ou ses alliés au crime organisé ou au terrorisme. Je vous écris pour vous demander formellement, en tant que député et ancien ministre de la Défense, de porter l’attention de votre comité sur l’implication du Guardiandans les fuites de Snowden et dans leur publication».

La première réponse est venue du travailliste Keith Vaz, président du Comité des affaires intérieures.

En l’espace de quelques heures, Vaz a dit qu’il examinerait «l’implication duGuardian dans les fuites de Snowden et leur publication».

«Je vais écrire pour rassurer Dr Fox que le comité mène actuellement une enquête sur le contre-terrorisme et se penchera sur cette question dans le cadre de l’enquête.»

Les autres dirigeants des comités ayant reçu une requête de Fox sont Sir Malcom Rifkind du Comité sur le renseignement et la sécurité, John Arbuthnot du Comité sur la défense, Richard Ottaway aux Affaires étrangères et Sir Alan Beith du Comité de liaison.

Le Comité sur le renseignement fait actuellement semblant, dans une enquête lancée la semaine dernière, d’investiguer la surveillance de masse menée par le GCHQ et la NSA. Il a été lourdement critiqué pour les liens privilégiés qu’il entretient avec les services de sécurité, forçant Rifkind à énoncer des platitudes telles que la nécessité de trouver un «équilibre» entre «notre droit individuel à la vie privée et notre droit collectif à la sécurité».

Le comité est maintenant censé déterminer si les lois sur le renseignement sont «bien adaptées».

La décision du Comité des affaires intérieures de lancer une investigation sur le Guardian en vue d’une possible action pénale démasque une telle pose d’impartialité.

Toute la machine parlementaire et ses partis se portent à la défense de l’appareil secret de l’État, à commencer par une sévère restriction de la liberté de presse. Voilà qui pose une grave menace aux droits démocratiques. Le Guardian est ciblé pour avoir révélé les actions criminelles des services secrets qui mettent sous une surveillance étatique indue chaque homme, chaque femme et chaque enfant au Royaume-Uni et à l’échelle internationale. Cette opération se fait sans justification légale ni même approbation officielle du Parlement, ce qui démontre que le Royaume-Uni est bien avancé sur la voie d’un État policier de facto. Elle témoigne de l’extraordinaire désintégration politique et morale d’une élite dirigeante ivre de sa richesse, et qui vit dans la peur mortelle des millions qu’elle écrase sous son poids et qu’elle plonge encore plus dans la misère et la pauvreté.

 Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 18 octobre 2013

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Effacer la Palestine de la carte

octobre 22nd, 2013 by Robert Ross

Un blogueur du Washington Post a récemment publié dans la section affaires étrangères « 40 cartes pour expliquer le monde ». Certaines cartes ont leur importance comme celle portant sur les « inégalités économiques dans le monde », certaines sont intéressantes comme celle illustrant « les 26 dernières monarchies dans le monde », mais d’autres déforment grossièrement la réalité qu’elles prétendent représenter. A la tête de cette dernière catégorie, la carte intitulée « la portée des roquettes du Hamas contre Israël »

Tout sur les roquettes du Hamas

Deux problèmes majeurs sont identifiés à partir de cette carte. D’abord, cette dernière tente « d’expliquer » le conflit israélo-palestinien en pointant exclusivement du doigt la capacité du Hamas en termes de roquettes visant les points les plus importants à l’intérieur d’Israël. Pour ce faire, quatre codes couleur, des demi-cercles concentriques à partir de la bande de Gaza, pour montrer la distance que peuvent traverser différentes roquettes ainsi que le chemin le plus éloigné vers la Mer Morte.
Max Fischer, le blogueur en chef « spécialiste » des affaires étrangères du Washington Post, note dans une légende sur la carte : « ceci permet de faire comprendre pourquoi Israël est si préoccupé par Hamas, le groupe islamiste basé à Gaza, et particulièrement à propos de son accès aux roquettes Fajr-5 de fabrication iranienne. Celles qui peuvent atteindre la zone jaune clair »

Effacement de la Palestine de la carte

Le second problème majeur concernant cette carte est que la Palestine -aussi bien historique que contemporaine- y est effacée.

Une ligne en pointillés blancs trace la frontière entre la Cisjordanie et Israël mais la ligne est à peine visible sous la délimitation jaune. D’autre part, la Cisjordanie « West Bank » (à savoir, « la Cisjordanie » non occupée ou « territoire palestinien occupé » ou « Cisjordanie palestinienne » ou « Palestine » ) apparaît en caractères si petits qu’ils semblent désigner une petite ville au Nord-Est de Jérusalem, au lieu du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Alors que les municipalités comme Arad, Ashdod, Holan et Hrzliya, entre autres, sont indiquées, on ne peut trouver nulle part les villes palestiniennes comme Ramallah, Naplouse, Bethléem, Jéricho, encore moins Al-Bira, Jénine ou Qalqilya. Seule Jérusalem et Hébron, des villes de Cisjordanie importantes aussi bien pour les israéliens que pour les palestiniens sont illustrées. Même Jaffa, la ville côtière palestinienne au nord de Tel-Aviv a été remplacée par « Yafo », la version israélo-hébraïque.

Alors que nous raconte cette carte sur le conflit israélo-palestinien ? Qu’on ne peut déterminer ce qu’est la Palestine ni où elle se situe, ou si elle a même existé un jour ; cependant, cette carte suggère que plus de la moitié d’Israël est sous la menace permanente d’un groupe islamiste soutenu par l’Iran. Ainsi donc, Israël est « inquiet ». Vraisemblablement, le lecteur pourrait conclure que cette « inquiétude » contraint Israël à se défendre périodiquement, en lançant ses contre-attaques vers la bande de Gaza. Quant à la Cisjordanie, elle semble à toute fin utile, faire partie d’Israël et n’ayant d’aucune manière un lien avec Gaza ou la « Palestine » cartographiquement nettoyée.

Ainsi, Israël est géographiquement simplifiée en une entité ayant besoin de se défendre alors que la Palestine est rayée de la carte.

Elle dissimule plus qu’elle ne révèle

La carte du Washington Post (qui est en réalité juste une carte googl copiée chez un certain « Gene »
qui a également inclus la carte des « bars/restaurants de Richmond » et celle de « l’Angleterre de Jane Austin » ne montre pas comment ni dans quelle mesure, Israël s’est défendu contre la menace des roquettes du Hamas.

Tout ce qui compte sur cette carte est la menace qui pèserait sur Israël ; une carte révélant les réponses mortelles des israéliens et leurs ramifications à l’intérieur des territoires palestiniens telle que celle produite par l’Alliance pour la Justice au Moyen-Orient à l’université de Harvard et par le MIT Center for Future Civic Media, n’a pas été proposée dans la liste du Washington Post.

Il manque aussi toutes les tentatives pour représenter cartographiquement le contexte dans lequel les roquettes du Hamas et la « réponse » israélienne ont été lancés, comme cette carte de l’ONU, entièrement inexistante dans la compilation du Washington Post.

En plus d’effacer quasiment la Cisjordanie palestinienne, la carte du Washington Post ne révèle rien des multiples modes d’occupation des territoires palestiniens par Israël. Ainsi, les cartes des routes réservées aux seuls israéliens, des checkpoints, de la barrière de séparation, des colonies et des divisions sur une base ethnique de la Cisjordanie (telle que celle de B’Tselem, le Comité israélien contre les démolitions de maisons et celle de l’Institut pour la recherche appliquée – Jérusalem /ARIJ) n’aideraient pas, selon le Post, à comprendre cette partie du monde autant que la carte de Gene à propos du potentiel de tir de roquettes du Hamas.

La carte de choix du Washington Post n’apporte aucune lumière sur les villages palestiniens au sein d’Israël qui ont été ethniquement nettoyés et détruits entre 1948 et 1949. Les références aux cartes de la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA) et Visualizing Palestine (visualiser la Palestine) auraient pu pousser à commencer, au moins, à ressortir la cartographie de ces paysages effacés.

Les dangers d’une cartographie faussée

En somme, la carte du Washington Post explique très peu de choses sur cette région du monde. Mais ce que révèle la carte est la vision myope du Washington Post concernant Israël et la Palestine.

La colonisation actuelle et continue de la Palestine par Israël est inversée et réduite, dans cette représentation cartographique, à un pays normal qui doit se défendre et repousser les menaces de ses vagues voisins. Les effets de cette cartographie faussée sont dangereux ; effacer la géographie de la Palestine est une autre étape de l’occupation continue et du nettoyage ethnique de la Palestine.

Robert Ross

Article original en anglais : The Washington Post’s Distorted Cartography, Erasing Palestine From thé Map, CounterPunch, 20 août 2013

Traduction de l’anglais : Lalla Fadhma N’Soumer, Info-Palestine.net

Robert Ross est professeur adjoint d’études culturelles internationales à l’Université Point Park, à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Ses recherches et son enseignement portent sur la géographie politique et économique d’Israël, la Palestine, le Liban et les États-Unis. Il est également membre du Comité de solidarité Pittsburgh Palestine et la Mission Network Israël-Palestine de l’Église presbytérienne (USA).

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En Afghanistan comme en Irak, l’armée américaine « embarque » désormais des anthropologues afin de mieux comprendre les cultures locales. Le phénomène ne date pas d’hier, mais il a déclenché cette fois-ci un vif débat outre-atlantique.

 « Vallée de Shabak, Afghanistan. Dans ce bastion taliban isolé à l’est de l’Afghanistan, les parachutistes américains viennent de déployer une nouvelle arme essentielle aux opérations de lutte contre l’insurrection : une anthropologue à la voix douce qui répond au nom de Tracy. Cette dernière, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué pour des raisons de sécurité, fait partie de la première Human Terrain Team, un programme expérimental du Pentagone qui affecte des anthropologues et autres spécialistes des sciences sociales aux unités de combat américaines en Afghanistan et en Irak. Le talent de l’équipe de Tracy à saisir les subtilités de la vie tribale (elle a notamment réussi à identifier un conflit territorial ayant permis aux talibans d’intimider une importante tribu) lui a valu les éloges des officiers qui affirment constater des résultats concrets [1]. »

Pour tenter de gagner des guerres dans lesquelles elle s’enferre, l’armée américaine a ainsi décidé de faire appel à ce qu’on pourrait appeler des « embedded anthropologists » (pour reprendre l’expression ayant servi à qualifier les journalistes embarqués au sein des troupes américaines lors de la seconde guerre en Irak). L’armée a chargé l’un de ses contractants, BAE Systems, de recruter les anthropologues. L’annonce d’emploi stipule : « Le Human Terrain System est un nouveau programme de l’armée, conçu pour améliorer la capacité des militaires à comprendre l’environnement socioculturel en Irak et en Afghanistan. La connaissance des populations locales permet aux militaires de planifier et accomplir leur mission plus efficacement et de recourir moins souvent à la force. » Au milieu du mois d’octobre 2007, six unités comptaient en leur sein des « anthropologues embarqués ». En raison du succès des premiers essais, le financement du programme expérimental a été augmenté de manière à pouvoir à terme affecter des chercheurs en sciences sociales dans les 26 unités américaines présentes en Afghanistan et en Irak. Chaque Human Terrain Team est composée d’un anthropologue, d’un spécialiste de la langue locale, ainsi que de militaires à la retraite, généralement d’anciens membres du renseignement, des affaires civiles ou des opérations spéciales. Les anthropologues embarqués reçoivent un entraînement militaire et, une fois sur le terrain, portent l’uniforme et une arme pour mener à bien leurs recherches.

Le déploiement de ces anthropologues chargés de collecter des données socioculturelles pour l’armée est partie prenante de la nouvelle stratégie américaine de contre-insurrection (counter-insurgency) en Irak et en Afghanistan. Les anthropologues doivent en effet pouvoir aider les militaires à gagner la confiance des populations – pièce essentielle des opérations de « pacification. » On attend d’eux qu’ils permettent de gagner les « tribus » locales à la cause américaine en les empêchant de se rallier à celle des talibans ou des « insurgés » irakiens. Si l’écrasante supériorité militaire et technologique américaine suffit en effet à gagner une guerre contre l’armée d’un Etat, une bonne connaissance du « terrain humain » est nécessaire pour contrôler une population dans le contexte d’une guerre non-conventionnelle. Or, l’armée américaine s’est révélée bien mal préparée sur ce terrain. C’est ainsi que s’est imposée l’idée de recourir au « renseignement ethnographique » (ethnographic intelligence), singulière alliance du renseignement militaire et de l’ethnographie de terrain. A partir d’une collecte de données de première main, les anthropologues embarqués allaient ainsi pouvoir apporter à l’armée américaine une compréhension de la culture et de l’organisation sociale des populations locales qui lui faisait cruellement défaut. Les données socioculturelles qui intéressent l’armée et que sont susceptibles de leur fournir les anthropologues concernent par exemple l’organisation sociale des tribus, le code de l’honneur ou encore le rôle de la vendetta. L’un des objectifs est la création d’une base de données identifiant les différentes tribus et les chefs locaux, mais aussi les principaux problèmes économiques, sociaux et politiques des populations. Parfois, les anthropologues embarqués sont amenés à mettre eux-mêmes la main à la tâche, l’équipe de Tracy ayant par exemple participé à l’installation d’un dispensaire gratuit à l’est de l’Afghanistan[Il reste néanmoins difficile de se faire une idée précise du travail des anthropologues embarqués. Pour un aperçu des références mobilisées par les Human Terrain Teams : http://iraqht.blogspot.com. Sur le quotidien des anthropologues embarqués, on peut tout de même consulter le blog que tient l’un d’entre eux depuis l’Irak :  : http://marcusgriffin.com/blog ]].

Comme on peut s’en douter, ces anthropologues embarqués ont engendré une vive polémique au sein de l’anthropologie américaine. Un réseau – le Network of Concerned Anthropologists – s’est constitué pour appeler au boycott du programme Human Terrain System (HTS). La très influente American Anthropological Association (AAA) s’est également saisie de l’affaire et a ouvert un forum de discussion sur son site Internet. Le 31 octobre 2007, son bureau exécutif prend même officiellement position contre le HTS. Loin d’être inédite, une telle mobilisation des anthropologues au service de l’armée et du renseignement s’inscrit au contraire dans l’histoire complexe des rapports de l’anthropologie avec les pouvoirs politiques. Depuis le tournant critique de l’anthropologie américaine notamment, il est devenu courant de revenir sur le passé, parfois peu reluisant, de la discipline. L’exemple de l’anthropologie coloniale est notoire : au XIXe et au début du XXe siècles, des ethnologues travaillent au service de l’administration coloniale des « indigènes » aussi bien dans l’Empire français ou britannique que sur le territoire des Etats-Unis (avec les réserves indiennes).

L’engagement des anthropologues pendant les deux guerres mondiales est une page souvent moins connue de l’histoire de la discipline [2]. Plusieurs chercheurs de renom tels Margaret Mead, Gregory Bateson ou Ruth Benedict ont pourtant mis leur savoir anthropologique (sur les sociétés d’Asie et du Pacifique notamment) au service de l’effort de guerre allié. Certains anthropologues ont été jusqu’à collecter clandestinement des informations pour l’OSS (le précurseur de la CIA) sous couverture de fausses enquêtes de terrain. Cet engagement d’anthropologues patriotes au service d’une « guerre juste » fait dans l’ensemble peu débat. Certes, dans un article de The Nation publié en 1919, Franz Boas accuse (sans les nommer) quatre chercheurs d’avoir utilisé leur statut d’anthropologue pour mener des activités d’espionnage en Amérique latine pendant la première guerre mondiale [3]. Son réquisitoire repose sur une opposition entre les anthropologues qui doivent être au service de la vérité et les espions qui sont au service d’un gouvernement. Suite à la publication de cet article, le père fondateur de l’anthropologie américaine est vivement critiqué par ses pairs : lors de son congrès annuel, l’AAA passe une motion de censure contre lui, le limoge de son conseil de direction et fait pression sur lui pour qu’il démissionne également du National Research Council.

La période de la guerre froide qui s’ouvre après 1945 ne met pas un terme à l’engagement des anthropologues américains, au contraire. Certains d’entre eux sont enrôlés au service de l’armée ou du renseignement lors des guerres de Corée et du Vietnam, mais aussi lors d’opérations plus clandestines en Amérique latine. En 1964, le Pentagone lance ainsi le Projet Camelot pour recruter des anthropologues et les envoyer mener des enquêtes de terrain dans des pays politiquement sensibles en Amérique latine (au Chili notamment). La mobilisation de l’anthropologie au service d’opérations de contre-insurrection en Amérique latine et en Asie du Sud-est engendre des débats houleux au sein de l’AAA, notamment lors de son congrès annuel de 1971. Le changement progressif d’attitude de l’association la conduit alors à se doter d’un code déontologique dans les années 1970 afin d’encadrer l’exercice de l’anthropologie appliquée. Mais l’inflexion de la politique étrangère américaine après les attentats du 11 septembre 2001 remet à l’ordre du jour la mobilisation de l’anthropologie. D’une part, les conservateurs se lancent dans une véritable campagne maccarthiste contre les progressistes (liberals), largement majoritaires sur les campus, notamment en anthropologie [4]. Un livre, The Professors : The 101 Most Dangerous Academics in America, publié par David Horowitz, ancien gauchiste converti au néo-conservatisme, dénonce les universitaires critiques à l’égard de la politique étrangère américaine en les accusant de trahir leur pays et d’endoctriner les étudiants. D’autre part, les agences du gouvernement relancent les programmes de mobilisation des universitaires au service du renseignement et de l’armée.

En 2004, une brève parue dans Anthropology Today, une revue qui s’intéresse aux questions d’éthique anthropologique, révèle ainsi que la CIA projette d’entraîner ses apprentis espions en les inscrivant, secrètement, en anthropologie à l’Université [5]. Conçu par Felix Moos, professeur d’anthropologie à l’Université du Kansas, le Pat Roberts Intelligence Scholars Program (PRISP) part du principe que les menaces terroristes auxquelles sont confrontés les Etats-Unis exigent un rapprochement urgent entre le monde académique et les services de renseignement. Les services secrets américains sont en effet accusés de ne pas avoir su déjouer les attentats du 11 septembre 2001 du fait de leur incompétence en « renseignement humain » (human intelligence), ayant négligé les agents de terrain au profit du renseignement technologique. Le PRISP propose ainsi des bourses substantielles à des étudiants qui s’engageraient ensuite à travailler pour la CIA. Les candidats sont en outre tenus de cacher à l’Université leur lien avec la CIA – ce qui est d’ailleurs une bonne façon de commencer sa carrière d’espion. Une série de projets similaires sont également mis sur pied avec appel officiel à candidature sur le site Internet de l’AAA : Intelligence Community Scholars Program, puis Defense Intelligence Scholars Program. Un débat virulent s’engage alors autour de la question de l’engagement de l’anthropologie au service du renseignement, notamment dans les colonnes d’Anthropology Today qui publie toute une série d’articles et de réponses. Face à Moos et quelques autres anthropologues qui défendent le PRISP, les contradicteurs les plus mobilisés sont David Price, Roberto González et Hugh Gusterson, qui constitueront d’ailleurs ensuite les fers de lance de l’opposition aux anthropologues embarqués. L’AAA ne se prononce pas officiellement contre le PRISP, mais – fait notable – elle décide en 2005 d’abroger officiellement la motion de censure contre Franz Boas, 86 ans après les faits. En Grande-Bretagne, l’Association of Social Anthropologists prend quant à elle publiquement position contre le PRISP (nombre d’étudiants américains venant faire leurs études dans les universités britanniques) [6]. Selon elle, la promiscuité entre anthropologie et espionnage ne peut que nuire à la réputation de la discipline, et même à la sécurité des anthropologues qui risqueraient sur le terrain d’être suspectés (encore plus souvent que d’habitude) d’être des espions. Comme le soulignent pourtant ses partisans, le PRISP vise à faire l’éducation anthropologique des futurs espions et non à les envoyer dans des pays étrangers sous une couverture d’anthropologues. C’est donc en réalité à l’Université que les espions sont infiltrés comme anthropologues et non sur le terrain.

La même année, une autre affaire ébranle l’anthropologie. Dans un article explosif paru dans le New Yorker, Seymour Hersh affirme que la torture par les soldats américains de prisonniers à Abu Ghraib en Irak n’est pas le fait de sadiques isolés, mais a été planifiée au plus haut niveau par le Pentagone [7]. Il révèle en outre que l’ouvrage d’un anthropologue a constitué une source d’inspiration pour la torture psychologique, notamment les techniques d’humiliation sexuelle. Il s’agit de The Arab Mind, un livre publié en 1973 par Raphael Patai (1910-1996), un anthropologue qui a enseigné à Columbia et à Princeton. Dans la droite ligne de l’anthropologie culturaliste américaine, ce livre dresse un portrait stéréotypé de la « personnalité arabe », un chapitre entier étant consacré à la sexualité et ses tabous. Même s’il a été depuis largement critiqué par les anthropologues, The Arab Mind aurait été la Bible des néo-conservateurs américains sur le sujet. Ceux-ci y auraient alors puisé l’idée que les Arabes seraient particulièrement vulnérables à l’humiliation sexuelle, idée ensuite sinistrement mise en pratique à Abu Ghraib. Certes, l’exercice de la torture peut sans doute fort bien se passer de la lecture de la littérature anthropologique ; le témoignage d’un « interrogateur » repenti confirme toutefois que livre de Patai était bien cité par les instructeurs de l’armée américaine [8]. Cette instrumentalisation du savoir anthropologique – aussi périmé soit-il – au service de la torture choque en tout cas suffisamment les universitaires pour que l’AAA décide de la condamner officiellement lors de son congrès annuel en 2006 (sur une proposition de González). C’est donc dans un contexte déjà très chargé que l’AAA décide l’année suivante de se prononcer également contre le programme HTS et les anthropologues embarqués. C’est le rôle problématique que pourrait être amenée à jouer l’expertise anthropologique dans la « War on Terror » menée par les Etats-Unis qui est ici en question.

Si la plupart des anthropologues américains sont sceptiques à l’égard du projet HTS, tous sont loin d’y être fermement opposés. Certains en sont même de fervents partisans. Le principal promoteur du programme est ainsi Montgomery McFate, une anthropologue de Yale qui milite depuis longtemps en faveur d’une mobilisation de l’anthropologie au service des militaires [9]. Habituée à travailler pour l’armée, elle est co-auteur en 2006 d’un manuel de contre-insurrection qui innove en prônant une approche socioculturelle [10]. McFate se défend de « militariser » l’anthropologie et affirme au contraire vouloir « anthropologiser » les militaires. Reprenant l’argumentaire de l’anthropologie appliquée, elle accuse ses détracteurs de s’enfermer dans leur tour d’ivoire académique en refusant de mettre leur savoir au service de la société : mieux vaut chercher à aider plutôt que de ne rien faire. Il faut donc éduquer les militaires plutôt que les critiquer. Steve Fondacaro, l’un des militaires qui pilotent le HTS, fait directement écho à ses préoccupations pédagogiques : « Ce n’est pas que nous soyons des gens mauvais, c’est juste que nous sommes stupides. Or, le remède contre la stupidité, c’est l’éducation. Et qui est capable de faire notre éducation, si ce n’est vous, les anthropologues ? »

L’argumentaire de McFate repose sur l’idée que les conflits en Irak et en Afghanistan sont des « guerres culturo-centrées » (culture-centric warfare). Elle entend par là que les problèmes auxquels est confrontée l’armée américaine résultent en partie d’une série de malentendus culturels. Un exemple aussi simple que frappant illustre habituellement son propos. Dans la culture américaine, tendre le bras paume en avant signifie « stop » alors que dans la culture irakienne, ce même geste signifie « bienvenue ». Les militaires américains prennent ainsi des Irakiens innocents pour de dangereux kamikazes. Les « dommages collatéraux » ne seraient donc que quiproquo interculturel. C’est pourquoi McFate plaide pour une « occupation culturellement avertie » (culturally informed occupation). Il s’agit ainsi d’opérer un véritable changement de point de vue : les anthropologues embarqués doivent permettre aux militaires américains de voir la situation du point de vue des Irakiens ou des Afghans eux-mêmes. Depuis Malinowski et l’invention de l’ethnographie de terrain, l’anthropologie se distingue en effet par sa capacité à décrire les choses « du point de vue indigène » (from a native’s point of view). Retraduit en langage militaire, il s’agit alors de « voir les problèmes à travers les yeux de la population-cible ». Cette conversion du regard ne va toutefois pas sans ambiguïté. Si les militaires entendent voir les choses du point de vue des populations locales grâce aux anthropologues embarqués, ces derniers semblent surtout s’efforcer de voir les choses du point de vue des militaires. C’est du moins ce qui ressort du blog tenu par l’un d’entre eux depuis l’Irak. Citant un précepte méthodologique fameux, Marcus Griffin insiste à juste titre sur la nécessité de « devenir indigène » (going native) pour accomplir son travail. Mais ses indigènes ne sont pas ceux que l’on croit. Il décrit en effet un processus d’identification progressive aux militaires à travers la coupe de cheveux réglementaire, les exercices de musculation, le port de l’uniforme, les entraînements au tir et l’apprentissage du jargon militaire (notamment un amour immodéré des acronymes). Comment faire alors pour décrire le conflit du point de vue des Irakiens lorsque l’on est soi-même « militarisé » ?

L’armée se déclare pourtant satisfaite de ses anthropologues : « Nous voyons désormais les choses d’un point de vue humain, d’un point de vue sociologique. Nous ne sommes plus focalisés sur l’adversaire. Nous cherchons maintenant à aider à une meilleure gouvernance locale (we’re focused on bringing governance down to the people). » Un commandant affirme ainsi que la présence d’anthropologues embarqués dans son unité a permis de réduire de 60% les opérations de combat, les militaires pouvant alors se concentrer sur la sécurité, la santé et l’éducation des populations locales. La diminution du recours à la violence et par conséquent des pertes humaines tant américaines qu’afghanes ou irakiennes constitue en effet la principale justification du HTS selon ses partisans. Prouvant sa maîtrise du vocabulaire indigène, Griffin affirme ainsi : « Ce que nous faisons, c’est aider l’armée à comprendre les populations locales dans le contexte d’un conflit ayant provoqué des opérations cinétiques [euphémisme pour désigner les combats dans le jargon militaire] alors que des solutions non-cinétiques auraient pu être trouvées si une compréhension plus subtile de la culture avait été disponible ». McFate soutient quant à elle que « le savoir socioculturel réduit la violence, engendre la stabilité, permet une meilleure gouvernance et améliore le processus de décision militaire ». Les anthropologues embarqués sont ainsi chargés de rendre la guerre plus humaine. McFate les décrit d’ailleurs comme des « petits anges sur l’épaule des militaires ». Toujours selon sa propre expression, il s’agit d’un « travail social armé » (armed social work) qui doit permettre de « gagner la bataille du cœur et des esprits ». Le HTS fait ainsi partie d’une stratégie plus large de l’armée américaine visant à requalifier les opérations militaires d’occupation en opérations civiles de gouvernance. Comme l’affirme ingénument Griffin, l’armée américaine est là pour protéger les Irakiens (généralement contre d’autres Irakiens, ce qui complique quelque peu l’affaire). Selon lui, l’anthropologie aurait ainsi l’occasion de promouvoir « la liberté en temps de crise grâce à sa compréhension des cultures ». Bref, grâce aux anthropologues embarqués, la guerre, c’est la paix.

L’argumentaire des partisans du HTS part en définitive du principe que la présence militaire américaine en Irak et en Afghanistan est un pur état de fait : la guerre est là. Les anthropologues doivent alors œuvrer à ce qu’elle se passe le mieux, ou du moins le moins mal possible. Et puisque leur savoir sur les cultures peut contribuer à épargner des vies, alors il est de leur devoir moral de le mettre au service de cette cause forcément noble. Comme le dit Griffin, « les hommes politiques déclarent la guerre, les soldats exécutent les ordres ». Prouvant qu’il a parfaitement réussi à devenir indigène, Griffin raisonne ainsi comme si les anthropologues devaient eux-mêmes se comporter comme des soldats et qu’il n’était pas de leur ressort de s’interroger sur la justification de la guerre elle-même avant de s’impliquer ou non. David Kilcullen, un anthropologue et militaire australien mis au service de l’armée américaine (et qui a contribué avec McFate au manuel de contre-insurrection), rationalise cette position [11] : « c’est du “jus in bello” – l’application du droit une fois que la guerre est déclarée – et non du “jus ad bellum” – le droit de faire la guerre ». L’engagement des anthropologues est en effet éthique puisqu’il contribue « au plus grand bien pour le plus grand nombre » – en contexte de guerre, le plus grand bien étant synonyme de moindre mal. Kilcullen souligne que la question de la légitimité de la guerre n’est pas proprement du ressort des anthropologues mais intéresse plus largement tous les citoyens. Il n’est en revanche pas certain que le débat autour de l’engagement des anthropologues puisse être tranché en faisant l’économie d’une réponse à cette question. En esquivant le débat sur la justification de l’intervention militaire américaine, le problème est ainsi réduit à une décision éthique d’ordre purement instrumental. L’argumentaire des partisans du HTS repose en définitive sur une double opération de culturalisation et de dépolitisation de la guerre.

Du côté des détracteurs du HTS, tout le monde s’accorde à dire que faire l’éducation anthropologique des militaires américains est en soi une intention louable, mais qu’il serait néanmoins biaisé d’aborder la question de l’engagement de l’anthropologie sous ce seul angle. Les opposants s’attachent donc à recadrer autrement les termes du problème. Certains dénoncent avec virulence la mobilisation d’une « anthropologie mercenaire » au service de l’impérialisme américain : loin d’œuvrer à un monde plus sûr, les anthropologues embarqués cautionnent une guerre d’occupation brutale. Il s’agit purement et simplement de transformer l’anthropologie en arme de guerre (weaponization of anthropology). Les principaux arguments critiques sont toutefois davantage éthiques que politiques. Aux Etats-Unis, tout projet de recherche portant sur des sujets humains doit recevoir l’aval d’un Institutional Review Board (IRB) qui évalue s’il respecte les droits et garantit le bien-être de l’ensemble des personnes impliquées. Les anthropologues débattent alors pour savoir si leurs confrères travaillant pour le HTS sont passés ou non devant un IRB, ou s’ils en sont dispensés au motif qu’ils relèveraient directement du département de la défense et non de leur université d’origine.

Cette focalisation singulière du débat témoigne de l’importance des préoccupations éthiques dans le champ de l’anthropologie américaine. La prise de position officielle de l’AAA est particulièrement intéressante de ce point de vue. A son congrès annuel de 2006, une table ronde intitulée « Pratiquer l’anthropologie au sein de l’armée et du renseignement » (Practicing anthropology in national military and intelligence communities) réunit plusieurs anthropologues collaborant avec l’armée. Suite aux inquiétudes de nombreux membres, l’AAA décide toutefois de mettre sur pied une commission de réflexion sur l’engagement de l’anthropologie au service du renseignement et de l’armée (Commission on the Engagement of Anthropology with the US Security and Intelligence Communities). Sans attendre l’avis de cette commission ad hoc (dont le mandat est de trois ans), le bureau exécutif de l’AAA décide le 31 octobre 2007 de prendre officiellement position contre le programme HTS car il pose de sérieux « problèmes éthiques ». 1° Les anthropologues embarqués ne peuvent se démarquer clairement des militaires. 2° Leurs obligations vis-à-vis de l’armée américaine qui les emploie risquent d’entrer en conflit avec les devoirs qu’ils ont professionnellement envers leurs interlocuteurs parmi les populations locales, notamment l’obligation de ne pas leur faire du tort (violation de la section III, A, 1 du code déontologique de l’AAA révisé en 1998). 3° Leurs informateurs ne sont pas en position d’exprimer leur consentement éclairé (violation de la section III, A, 4 du code déontologique). 4° Les informations qu’ils fournissent aux militaires risquent d’être utilisées contre leurs informateurs (violation de la section III, A, 1 du code déontologique). 5° L’identification des anthropologues embarqués aux militaires risque de mettre en danger les autres anthropologues et les populations qu’ils étudient.

Le bureau exécutif conclut alors dans une formule quelque peu contournée « (i) que le programme HTS crée des conditions susceptibles de placer les anthropologues dans une position où leur travail entrerait en violation avec le code déontologique de l’AAA et (ii) que l’emploi qui est fait des anthropologues fait courir un danger à la fois aux autres anthropologues et aux personnes qu’ils étudient. C’est pourquoi le bureau exécutif désapprouve le programme HTS. » Un paragraphe conclusif reconnaît cependant que « l’anthropologie peut et doit aider à améliorer la politique du gouvernement américain par la diffusion la plus large possible du savoir anthropologique dans la sphère publique, de façon à contribuer de manière transparente et éclairée à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique par le biais de procédures démocratiques éprouvées, tels que la collecte de faits, le débat, le dialogue et la délibération. C’est de cette façon que l’anthropologie peut légitimement et efficacement aider à orienter la politique américaine au service de la paix mondiale et de la justice sociale. » Le paragraphe reprend d’une certaine façon un argument de McFate elle-même : si les anthropologues jugent que la guerre en Irak est injuste, il est de leur devoir de travailler aux côtés des militaires et des hommes politiques pour que ceux-ci ne reproduisent plus les mêmes erreurs.

La condamnation de l’AAA reste donc prudente et modérée. Certes, la déclaration mentionne tout de même au passage que la guerre en Irak viole les droits de l’homme et les principes démocratiques. Mais l’essentiel des critiques contre les anthropologues embarqués est déontologique et non pas politique (et vaudrait en ce sens pour toute guerre, qu’elle soit jugée juste ou injuste). Une partie des arguments est d’ordre proprement éthique : les anthropologues ne doivent pas extorquer l’information à leurs informateurs ni surtout les mettre en danger. Mais un autre argument, cité à deux reprises dans la déclaration de l’AAA et constamment mobilisé dans les débats, a une tonalité plus corporatiste : les anthropologues embarqués ruinent le crédit de tous leurs confrères en risquant de les faire passer pour des espions sur leur terrain. Cette inquiétude fait directement écho à une expérience partagée par tous les anthropologues : se distinguant par une curiosité insatiable et la manie de noter tout ce qu’ils voient et entendent, les anthropologues commencent toujours par attirer la méfiance des populations parmi lesquelles ils travaillent. Tout apprenti anthropologue doit ainsi apprendre à surmonter le malaise d’être perçu, mais souvent aussi de se percevoir soi-même, comme un espion. C’est sans doute pour cette raison que l’argument a pu prendre une telle importance dans le débat contre les anthropologues embarqués et les programmes de collaboration avec les agences du renseignement. Comme le note Marshall Sahlins dans une lettre ouverte adressée au New York Times, il y a toutefois quelque indécence à critiquer les anthropologues embarqués sur la base d’un intérêt corporatiste finalement assez égoïste. Poser le problème purement en termes corporatistes ou même déontologiques n’est selon lui qu’une (mauvaise) façon d’esquiver le véritable enjeu qui est politique : les anthropologues embarqués sont les complices volontaires d’un impérialisme culturel cherchant à imposer les valeurs américaines à des « populations qui ont su depuis longtemps conserver leurs propres modes de vie ». Sahlins contribue ainsi, lui aussi, à culturaliser le conflit, mais d’une manière sensiblement différente de celle des partisans du HTS. Sous couvert de permettre aux militaires américains d’adopter le point de vue des cultures locales, les anthropologues seraient en fait là pour les aider à forcer les populations locales à adopter le point de vue de la culture américaine.

En définitive, loin de se résumer à une question d’éthique professionnelle, comme le pensent pourtant certains protagonistes (zélateurs comme critiques), la controverse des anthropologues embarqués engage nécessairement en filigrane des prises de position concernant la légitimité de la guerre en Irak et la politique étrangère américaine. C’est pourquoi le problème se pose en réalité différemment dans la situation actuelle que lors de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas d’une question technique de jus in belloque l’on pourrait trancher in abstracto, mais bien d’une question politique de jus ad bellum elle-même prise dans le nouveau contexte géopolitique post 11-septembre.

Julien Bonhomme

Julien Bonhomme est anthropologue, maître de conférences à l’Université Lumière Lyon-2. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie. Il mène des recherches de terrain au Gabon depuis 2000. Il a notamment publié : Le Miroir et le crâne. Parcours initiatique du Bwete Misoko (Gabon) (Paris, éd. CNRS, 2005).

Page personnelle : http://julienbonhomme.ethno.free.fr

 

Notes

[1] David Rohde, « Army Enlists Anthropology in War Zones », New York Times, 5 octobre 2007. Voir également Kambiz Fattahi, « US army enlists anthropologists », BBC News, 16 octobre 2007.

[2] David H. Price, « Anthropologists as Spies », The Nation, 20 novembre 2000.

[3] Franz Boas, « Scientists as Spies », The Nation, 20 décembre 1919.

[4] Dean J. Saitta, « Higher education and the dangerous professor : challenges for anthropology »,Anthropology Today, 2006, 22(4), pp.1-3.

[5] « CIA seeks anthropologists », Anthropology Today, 2004, 20(4), p.29.

[6] Phil Baty, « CIA outrages UK academics by planting spies in classroom », The Times Higher Education Supplement, 3 juin 2005.

[7] Seymour M. Hersh, « The Gray Zone. How a secret Pentagon program came to Abu Ghraib », The New Yorker, 24 mai 2004.

[8] Roberto J. González, « Patai and Abu Ghraib », Anthropology Today, 2007, 23(5), p.23.

[9] Matthew B. Stannard, « Montgomery McFate’s Mission. Can one anthropologist possibly steer the course in Iraq ? », The San Francisco Chronicle, 29 avril 2007. Voir aussi Montgomery McFate, « Burning bridges or burning heretics ? », Anthropology Today, 2007, 23(3), p.21.

[10] Pour un examen critique du manuel par un anthropologue hostile au HTS, cf. Roberto J. González, « Towards mercenary anthropology ? The new US Army counterinsurgency manual FM 3-24 and the military-anthropology complex », Anthropology Today, 2007, 23(3), pp.14-19.

[11] David Kilcullen, « Ethics, politics and non-state warfare », Anthropology Today, 2007, 23(3), p.20. Voir aussi George Packer, « Knowing the enemy. Can social scientists redefine the “war on terror” ? »,The New Yorker, 18 décembre 2006.

Recruter des diplômés et les intégrer à des unités combattantes pour améliorer leurs relations avec les populations locales: Lancé en 2006, le programme HTS (Human Terrain System) a d’abord consisté à associer des anthropologues à certaines unités de l’armée américaine en Afghanistan. Il intégrait également des spécialistes de différentes sciences sociales en Afghanistan et en Irak.  Les anthropologues étasuniens ont ainsi obtenu le double rôle de pacificateur et de représentant d’une armée d’occupation, d’où la controverse dans les milieux scientifiques et les médias.


Début mai 2013, deux conseillers du programme nommé Human Terrain System (Système de Terrain Humain, HTS, par ses initiales en anglais) se sont rendus dans la caserne du Northcom (Commandement militaire US autoproclamé pour l’Amérique du Nord), dans le Colorado, pour analyser un éventuel degré d’ignorance culturelle qui pourrait justifier l’envoi d’anthropologues dans notre pays [Mexique, sauf que les différentes ethnies vont au-delà des frontières comme les Mayas, Miskitos, etc.], dans le contexte du « Programme d’analyse culturelle du Mexique du Northcom ». Cependant, le porte-parole John Cornelio a indiqué que dit le programme se trouve en phase de gestation « donc il serait inadéquat de faire des commentaires à propos d’un sujet qui n’est pas totalement défini ».

Cependant, le 30 avril dernier, un porte-parole non identifié du United States Northern Command a fait savoir qu’en septembre prochain [2013] l’armée des États-Unis enverra une équipe d’experts qui collaboreront avec le gouvernement sur des travaux sociaux relatifs au trafic de stupéfiants. Les experts font partie du HTS et disposent d’une grande expérience dans les conflits d’Afghanistan et d’Irak, où des spécialistes en sciences sociales de 25 disciplines ont été déployés.

Selon l’information disponible sur les site web du HTS, la mission du programme consiste en « recruter, former, mettre en action, et appuyer un « intégré » ayant une approche socio-culturelle pour réaliser les investigations et analyses pertinentes afin de développer et maintenir une base de connaissance socioculturelle, avec la finalité de servir de base à la prise de décisions, améliorer la capacité opérative ainsi que de préserver et partager la connaissance institutionnelle socioculturelle ».

Le HTS cherche, depuis 2007, à ce que les anthropologues et scientifiques sociaux collaborent à l’amélioration des capacités des militaires étasuniens à travers le renseignement ethnographique – alliance entre le renseignement militaire et l’ethnographie de terrain – et la collecte de données de première main, pour apporter une compréhension de la culture et de l’organisation sociale des populations, de manière à pouvoir planifier et accomplir les missions avec chaque fois moins d’usage de la force.

Chaque équipe de « terrain humain » est composée par un responsable militaire, un anthropologue, un coordonnateur d’investigation et un analyste. Les anthropologues, qui reçoivent un entraînement militaire, portent un uniforme et sont armés, doivent aider les militaires à gagner la confiance de la population pour ainsi, attirer certains groupes sociaux vers la « cause » et éviter qu’ils s’allient aux groupes radicaux ou à l’insurrection.

Pendant les quatre premières années, le HTS a connu un succès relatif, compte tenu que la présence des anthropologues a permis ainsi de réduire les opérations cinétiques à 60 %, et de rassembler les éléments relevés en matière de sécurité, de santé et d’éducation des locaux.

Cependant, des opinions trouvées au sujet de ce programme existent. L’anthropologue Montgomery McFate, a remarqué que l’HTS a contribué à l’anthropologisation des militaires, ce qui a permis d’éviter des dommages collatéraux dans des conflits armés centrés sur le culturel, puisque « le savoir socioculturel réduit la violence et produit de la stabilité », après avoir commissionné les anthropologues pour faire une « guerre plus humaine » à travers d’un « travail social militarisé ».

Pendant ce temps, pour Marcus Griffin, un anthropologue détaché en Irak entre 2007 et 2008, le HTS constitue « une occasion pour l’anthropologie de promouvoir la liberté dans des temps de crise grâce à sa compréhension des cultures  ». Dans ce sens, l’universitaire Julien Bonhomme conclut que les arguments positifs sont basés, principalement, sur une double opération de « culturalisation » et de dépolitisation de la guerre.

En contrepartie, les détracteurs du HTS remarquent que celui-ci transforme l’anthropologie en une arme de guerre, tandis que pour l’Association Anthropologique Américaine (AAA), le programme « place les anthropologues dans une position encline à violer le code déontologique de l’association, et que l’emploi des anthropologues met en danger d’autres anthropologues et les personnes qu’ ils étudient  », en plus de souligner que « l’envoi de spécialistes en sciences sociales, pour étudier des populations locales en compagnie de troupes armées dans un contexte hostile actif ne produira pas d’information scientifiquement fiable ».

L’utilisation des sciences sociales, particulièrement l’anthropologie, a des précédents au XIXe et XXe siècle dans les empires français et britanniques, ainsi que lors des Guerres mondiales, de la Guerre Froide, et des Guerres de la Corée et du Viêt-Nam. Cependant, devant l’avancée de la technologie et du caractère multifactoriel des conflits guerriers, nous devons être attentifs aux implications possibles de programmes comme le HTS dans le nouveau contexte géopolitique.

Simón Vargas Aguilar pour La Jornada

Article original en espagnol : Sistema de Terreno Humano: inteligencia etnográfica, La Jornada. Le Mexique, le 29 septembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par Anne Wolff et Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, 20 octubre 2013.

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Simón Vargas Aguilar est analyste dans des sujets de sécurité et de justice

Jamais, comme avec le gouvernement Letta, l’Italie n’a été le centre d’initiatives internationales pour la « sécurité » et la « paix ». Le 7 octobre, les sommets OTAN se sont réunis sur le porte-avions Cavour, au large de la Sardaigne,  pour suivre la manœuvre Brilliant Mariner 13 de la « Force de riposte » de l’Alliance, en vérifiant sa capacité à « réagir rapidement à n’importe quel défi ». Y ont participé 25 navires de guerre de 12 pays chapeautés par les USA. L’Italie avec 14 unités navales, 16 vélivoles et 3150 militaires, engagés en même temps dans la manœuvre nationale Mare Aperto 13 (mer ouverte). Suivie, le 18 octobre, par l’opération « militaire et humanitaire » Mare Nostrum, engageant le San Marco et d’autres navires de guerre tout juste sortis des manœuvres militaires.

Les 16-18 octobre s’est tenue à la Farnesina (siège du ministère italien des affaires étrangères) la conférence plénière (plus de 200 délégués) du « Missile Technology Control Regime » (Régime de contrôle de la technologie des missiles) : association de pays formée en 1987 pour « réduire la prolifération des missiles » pouvant transporter des armes de destruction massive. Armes qui, a écrit le ministre Bonino, ont été un des principaux facteurs des crises internationales, comme celle d’Irak et de Libye.  Pays qui n’avaient pas d’armes de destruction massive quand ils ont été attaqués par les USA et par leurs alliés, tandis que les principaux promoteurs du MTCR –Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, qui maintenant relancent depuis Rome « la guerre des missiles »- se sont dotés des systèmes de missiles les plus avancés et des armes les plus destructrices à commencer par les nucléaires. Possédés aussi par Israël, un des « adhérents unilatéraux » au MTCR.

A peine cinq jours après,  demain 23 octobre, Rome accueille l’événement clou : la rencontre entre le secrétaire d’Etat étasunien Kerry et le premier ministre israélien Netanyahu. Ils parleront de l’ « état final des négociations avec les Palestiniens » et surtout de Syrie et d’Iran. Les USA disent travailler à une solution diplomatique du contentieux avec l’Iran. Mais ils n’abandonnent pas la diplomatie des bombes.  Le 17 octobre le Pentagone a annoncé une autre colossale vente d’armes pour 10,8 milliards de dollars à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis : plus de 3mille missiles et 6mille bombes anti-bunker GBU-39 pour les F-15 et F-16. Les bombes anti-bunker, déjà achetées par Israël en 2010, servent à détruire les centres de commandement et autres structures souterraines dans une first strike, comme celle planifiée contre l’Iran. A Netanyahu, qui à Rome rencontrera le Pape en l’assurant de la « volonté de paix » d’Israël, Kerry confirmera la fourniture étasunienne de missiles anti-radiations en mesure de neutraliser les radars des défenses aériennes, pour « aveugler » le pays objectif de l’attaque, et d’avions-citernes KC-135 de nouvelle génération pour mieux approvisionner les chasseurs-bombardiers israéliens engagés dans une guerre aérienne. Avec ça les USA formellement ne violent pas le Traité sur le commerce d’armements, car celui-ci n’interdit de fournir des armes qu’aux Etats qui « menacent la paix et la sécurité et commettent des violations du droit humanitaire international ». Catégorie dont les USA et leurs alliés européens excluent aussi bien Israël que les monarchies du Golfe. Ce que confirme l’exposition, inaugurée par le maire Marino au Vittoriano[1], en l’honneur du Royaume d’Arabie Saoudite, qui a d’ « excellentes relations avec l’Italie depuis 1932 », c’est-à-dire quand l’Italie était sous régime fasciste. Dans la présentation on fait les louanges de la monarchie absolue saoudienne pour sa « politique modérée ».

Celle qu’a expérimentée il y a un mois une jeune fille saoudienne : violée par sept hommes, c’est elle qui a été condamnée, pour être montée dans la voiture d’un camarade de classe (lui aussi emprisonné), à la peine de 200 coups de fouet.

 

Edition de mardi 22 octobre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131022/manip2pg/14/manip2pz/347507/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Note de la traductrice :

Unique trace sur Internet de la participation française à l’opération Brilliant Mariner 13 :

http://securitedefense.nicematin.com/2013/10/le-capricorne-a-particip%C3%A9-%C3%A0-lexercice-otan-brilliant-mariner.html

http://www.defense.gouv.fr/marine/actu-marine/le-capricorne-participe-a-l-entrainement-brilliant-mariner

Aucune trace sur le site du ministère des Affaires étrangères, ni sur celui de la Défense, de la participation de la France à la Conférence plénière du « Missile Technology Control Regime » à la Farnesina. Ni sur celui du Régime de contrôle de la technologie des missiles.

 



[1] Nom du monument à Victor Emmanuel, érigé à Rome, sur le flanc de la colline du Campidoglio (1885-1911) pour célébrer l”unité de l’Italie. Il est constitué d’un escalier monumental qui conduit au premier niveau où se trouve l’Autel de la Patrie avec la Tombe du soldat inconnu ; le musée se trouve sous le monument.

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La droite d’Israël s’attaque aux manuels scolaires

octobre 22nd, 2013 by Jonathan Cook

Ecole de Gaza – Les Palestiniens ont été chassés de Palestine, dépossédés de leurs terres, obligés depuis des générations de vivre dans des camps de réfugiés… Mais pour les occupants, il ne faut pas que cela soit dit.

Le gouvernement de droite d’Israël et ses partisans sont accusés d’alimenter un climat d’intimidation et d’intolérance croissantes dans les écoles et au sein des organisations qui travaillent à une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien.

Les récents efforts déployés par la droite pour museler les dissidents ont intégré la censure des manuels scolaires et la réduction au silence des organisations qui soulèvent des questions dérangeantes sur Israël et son passé, dans ce qui semble être une escalade dans la guerre pour les esprits des Israéliens.

Les groupes alliés au gouvernement ont tenté d’empêcher la récente tenue d’une conférence internationale à Tel Aviv qui a étudié les évènements qui entourent la création d’Israël en 1948, connue sous le nom de « Guerre d’indépendance » pour les Israéliens, et de « Nakba », ou « catastrophe », pour les Palestiniens.

Dans le même temps, il est apparu que l’une des organisations d’extrême droite impliquées, Im Tirtzu (organisation d’étudiants – ndt), avait lancé une campagne pour fermer l’organisation à l’origine de la conférence, Zochrot, l’accusant d’avoir violé la loi israélienne en « rejetant l’existence d’Israël ».

Zochrot transgresse le plus grand tabou d’Israël : le droit de millions de Palestiniens de revenir dans leurs foyers dont eux-mêmes et leurs ancêtres ont été expulsés en 1948. Mais de nombreux Israéliens s’opposent avec véhémence à une telle démarche parce qu’ils la considèrent comme entraînant la fin de la judéité de leur État.

Eitan Bronstein, fondateur de Zochrot, a déclaré que la conférence de deux jours avait été particulièrement menaçante pour la droite. « Pour la première fois, nous sommes allés plus loin que le simple droit théorique au retour » a-t-il dit.

« Cette fois, l’accent a été mis très fort sur la façon dont nous pourrions faire entrer le retour dans la réalité. Des réfugiés nous ont même proposé des modèles simulés par ordinateur sur la façon dont il pourrait être mis en oeuvre sur le terrain ».

Le moment est embarrassant pour Israël alors que les pourparlers de paix longtemps gelés avec les Palestiniens viennent d’être relancés sous la pression des États-Unis. L’une des questions clés à résoudre est de savoir si les réfugiés doivent être autorisés à retourner dans les plus de 500 villages qu’Israël a détruits plus tard.

Plus généralement, les organisations d’extrême droite proches du gouvernement de Benjamin Netanyahu ont cherché à bloquer les financements pour les organisations considérées soit comme étant trop critiques à l’égard d’Israël, soit comme travaillant à la protection des droits humains des Palestiniens sous occupation.

Un apprentissage politisé

Durant l’été, un des partis de la coalition gouvernementale a adopté une loi pour bloquer ce type de financement de ce qu’il qualifie une activité « anti-Israël ».

Une organisation d’extrême droite qui a aidé à la rédaction de ce texte, NGO Monitor, s’est servie de la conférence Zochrot pour mettre en avant l’illégitimité du financement étranger.

Yitzhak Santis, un dirigeant de NGO Monitor, a déclaré que les commanditaires européens de la conférence avaient conspiré dans une initiative qui équivalait à « un appel à l’élimination d’Israël en tant qu’État-nation du peuple juif ».

Le gouvernement est lui aussi sous la critique pour ses efforts croissants visant à contrôler le programme scolaire afin de supprimer les références à la Nakba et de minimiser les droits des citoyens palestiniens d’Israël, lesquels représentent le cinquième de la population.

Les révisions au programme d’instruction civique, que tous les élèves doivent étudier pour passer leur examen de fin d’études, ont été critiquées dans une étude qui doute que la démarche ultranationaliste du ministère de l’Éducation « soit même compatible avec un régime démocratique ».

Le nouveau manuel répercute la législation en cours d’élaboration par les membres de la coalition au pouvoir visant à conférer à Israël un caractère de patrie exclusive du peuple juif, et à faire ressortir que seuls les juifs ont droit à l’autodétermination en Israël.

Halleli Pinson, professeur en pédagogie à l’université Ben Gourion à Beersheva, qui a conduit cette étude, a déclaré que de plus en plus, au sein des écoles d’Israël, s’instaurait un « régime de peur ».

« Les valeurs démocratiques, libérales et humaines sont maintenant considérées comme illégitimes par les responsables de l’Éducation », dit-elle. « Elles sont considérés comme sapant le statut d’Israël en tant qu’État juif. Maintenant, la perspective pour être promu dans l’Éducation, c’est d’être totalement à droite ».

Lors de la récente conférence sur le droit au retour, des universitaires locaux et internationaux ont débattu de projets concrets pour faire revenir les réfugiés palestiniens en Israël.

Vu les restrictions pour entrer en Israël, peu de réfugiés palestiniens hors d’Israël ont pu venir y participer. Mais plusieurs réfugiés de l’intérieur, des Palestiniens avec la citoyenneté israélienne, y ont pris part. En dépit de leur citoyenneté, il leur est interdit, comme aux autres réfugiés, de revenir dans leurs villages. La conférence s’est tenue au Musée Eretz Israel, musée archéologique prestigieux de Tel Aviv.

« Se souvenir »

Zochrot, qui signifie « Se souvenir » en hébreu, est la première organisation à essayer d’éduquer les juifs israéliens à propos de la Nakba. Depuis sa fondation en 2002, elle a emmené des milliers d’Israéliens visiter des villages détruits, les panneaux restants en hébreu et en arabe pour identifier les rues, les cimetières et les immeubles disparus tels que les mosquées, les églises et les écoles, suscitant souvent l’hostilité des résidents juifs des lieux.

Dans le cadre de sa mission, Zochrot a créé des dossiers Nakba pour les enseignants, bien que les responsables de l’Éducation les aient interdits dans les salles de classe. Le ministère a également tenté d’empêcher les enseignements de participer aux séminaires Zochrot pendant leur temps libre.

L’an dernier, Zochrot a créé une cinémathèque offrant des témoignages de vétérans israéliens de la guerre de 1948. Beaucoup s’expriment devant une caméra pour la première fois sur les crimes de guerre qui ont été commis, et les opérations de nettoyage ethnique.

Le travail de l’organisation défie directement les efforts du gouvernement visant à supprimer les discussions sur les évènements qui entourent la fondation d’Israël.

En 2008, peu avant de devenir Premier ministre, Netanyahu a déclaré qu’il mettrait un terme aux informations sur la Nakba. Se référant au programme scolaire, il indiquait : « La première chose que nous ferons sera d’en retirer la Nakba ».

Trois ans plus tard, le gouvernement de Netanyahu a adopté la loi qui interdit aux institutions publiques, dont les écoles et les bibliothèques, de recevoir des fonds d’État si elles se réfèrent à la Nakba.

De par son importance et sa combativité croissantes dans les remises en cause du récit traditionnel d’Israël à propos de 1948, Zochrot s’est mis à dos le gouvernement et ceux qui le soutiennent, affirme Bronstein.

« Comme il devient plus difficile d’ignorer notre action et que nous commençons à être plus connus, la droite s’est faite plus agressive dans les méthodes qu’elle utilise contre nous ».

L’an dernier, la police a encerclé les bureaux de Zochrot, à Tel Aviv, le jour où les Israéliens célébraient leur « indépendance » et où les Palestiniens commémoraient la Nakba, pour empêcher ceux de Zochrot de participer à une initiative où ils devaient lire à haute voix, sur une place publique centrale, les noms des villages palestiniens détruits.

La police, qui a arrêté trois membres de Zochrot qui tentaient de franchir le cordon policier, a justifié son action sur le terrain en disant que le groupe risquait de se faire agresser par la foule sur la place.

A la pointe de l’agression contre Zochrot il y avait un mouvement de jeunes d’extrême droite appelé Im Tirtzu. Bronstein dit que cette organisation a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement sur la rédaction de la loi contre la Nakba.

Des investigations conduites par des médias israéliens ont montré que le financement d’Im Tirtzu provient en partie de l’Agence juive, laquelle bénéficie d’un statut semi-gouvernemental en Israël. L’organisation est connue pour être proche des principaux ministres du gouvernement, notamment du ministre de l’Intérieur, Gideon Saar, qui était le conférencier d’honneur à sa conférence annuelle de 2010. Celui-ci a qualifié son action de « bénie » et d’« extrêmement primordiale ».

Des organisations d’extrême droite, dont Im Tirzu, auraient fortement fait pression sur le Musée Eretz Israel pour l’annulation de la conférence de Zochrot, et pour une campagne de boycott du musée si l’initiative avait lieu.

A la dernière minute, les dirigeants mal à l’aise du musée ont tenté de modifier les conditions de la tenue de la conférence. Ils ont exigé de Zochrot à la fois qu’elle paie des gardes supplémentaires pour la sécurité afin de protéger les lieux contre les protestations de la droite, et qu’elle cache les références sur les affiches et les invitations à « Sheikh Muwannis », ce village palestinien détruit sur lequel le musée s’est construit.

Zochrot a refusé et le musée a dû céder, mais seulement après que des avocats l’aient menacé de poursuite en justice pour rupture de contrat. Michael Sfard, représentant Zochrot, a qualifié les exigences du musée d’ « illégales » et déclaré qu’elles constituaient « une discrimination intellectuelle et idéologique ».

Un groupe « fasciste »

Les efforts d’Im Tirtzu pour bloquer la conférence venaient après des révélations, plus tôt dans l’année, selon lesquelles son directeur, Ronen Shoval, avait engagé des détectives privés pour espionner les organisations de gauche comme Zochrot. Les détectives avaient fait irruption dans les bureaux de Michael Sfard, un éminent avocat des droits de l’homme, et volé des documents relatifs à ces organisations.

Ces révélations ont surgi lors d’une affaire judiciaire où Im Tirtzu avait saisi la justice contre huit militants qui l’avaient qualifiée de « fasciste » sur Facebook. Dans un moment humiliant pour Im Tirtzu, et pour le gouvernement, le juge du dossier a soutenu les huit militants après avoir entendu des experts israéliens en matière de fascisme affirmer que leur description était justifiée.

Un autre groupe d’extrême droite, NGO Monitor, a travaillé étroitement avec le gouvernement pour tenter d’arrêter la principale source de financement par des gouvernements européens des organisations de gauche et des organisations des droits de l’homme en Israël.

Bronstein a dit que NGO Monitor avait persuadé l’an dernier un financeur allemand, la Fondation EVZ, de retirer son argent.

Une tentative du gouvernement pour mettre au point une législation pour bloquer les fonds étrangers a été discrètement abandonnée en 2011, sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne.

Cependant, l’un des partenaires de la coalition du gouvernement Netanyahu, le parti du Foyer juif, a annoncé au cours de l’été qu’il relançait cette législation. Les organisations mettant en doute les prétentions démocratiques d’Israël ou apppuyant les enquêtes à l’encontre de soldats israéliens pour crimes de guerre seront exposées à la fermeture.

Jafar Farah, directeur de Mossawa, une organisation de défense de la minorité palestinienne en Israël, a déclaré que de nombreux financeurs « avaient peur » maintenant à cause de cette campagne.

« Les financements commencent à se tarir pour les organisations des droits de l’homme et les organisations arabes en Israël, car cette campagne réussit dans son objectif d’intimidation des donateurs », a-t-il dit.

Et d’insister sur la décision d’un donateur important, la Fondation Ford, qui arrête ses projets de financements en Israël à cause des pressions.

« Parti pris libéral »

Dans l’intervalle, le gouvernement a été durement critiqué récemment pour avoir permis à une autre organisation d’extrême droite, l’Institut pour une stratégie sioniste, de réviser les livres scolaires utilisés dans les écoles pour préparer les élèves à leur examen de fin d’études, dans le cadre des efforts visant à rendre leur programme plus ouvertement nationaliste.

Le ministère de l’Éducation a organisé la révision des manuels en recherchant les symboles d’un « parti pris libéral », notamment les livres d’histoire qui se réfèrent à la Nakba.

Le principal sujet de débats, cependant, a concerné les cours d’instruction civique, seule partie du programme à aborder les questions comme la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité et les principes universels de citoyenneté.

L’an dernier, le superviseur du programme d’instruction civique du ministère de l’Éducation, Adar Cohen, a été limogé malgré une pétition qui s’y opposait de centaines d’enseignants en civisme.

Il avait été critiqué par la droite pour avoir publié un manuel comprenant des références au rapport Goldstone, la mission d’enquête des Nations-Unies qui a critiqué Israël pour avoir commis ce qui lui semblait constituer des crimes de guerre durant l’agression contre Gaza dans l’hiver 2008-2009.

Asher Cohen, membre important de l’Institut pour une stratégie sioniste, a été nommé à la tête de la Commission pour l’Instruction civique du ministère. Fondé par des dirigeants de colons, l’Institut est fortement dépendant de financements venant d’organisations néoconservatrices à Washington.

À un autre membre de l’Institut, Aviad Bakshi, il a été donné la surveillance exclusive de la réécriture du principal manuel d’instruction civique, Être citoyens en Israël, après que la droite se soit plainte que le manuel critiquait trop le pays.

L’étude conduite par Pinson, de l’université Ben Gourion, a fait le constat que la nouvelle édition penchait fortement vers une conception nationaliste d’Israël favorisant le caractère juif de l’État aux dépens des principes démocratiques.

« L’influence de l’Institut pour une stratégie sioniste est claire dans le nouveau manuel. La perspective est très inquiétante : ces minorités en Israël ne devraient pas avoir le droit d’influencer la sphère publique. »

Le ministère de l’Éducation n’était pas disponible pour faire ses commentaires.

Yousef Jabareen, directeur de Dirasat, centre de politique sociale à Nazareth, qui a commandé l’étude, a dit qu’il avait reçu de nombreuses plaintes de la part d’enseignants des écoles arabes d’Israël.

« Ils disent être arrivés à la conclusion qu’il est impossible d’enseigner le programme parce que son message s’oppose à l’égalité et à l’intégration », dit-il. « C’est particulièrement problématique parce que ce matériel est obligatoire et que les élèves ne peuvent terminer leurs études sans passer l’examen d’instruction civique ».

Pinson indique que le manuel accuse aussi implicitement les citoyens palestiniens du pays de la discrimination qu’ils subissent, notamment des difficultés à trouver un emploi. Elle affirme que le message implicite sous-entend que « la minorité arabe est elle-même responsable de sa faible participation à la vie active ».

Jonathan Cook

Article original en anglais : http://www.jonathan-cook.net/2013-10-07/israels-right-targets-textbooks/, le 7 octobre 2013.

Traduction : Info-Palestine/JPP

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.


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La naissance du monde « désaméricanisé »

octobre 21st, 2013 by Pepe Escobar

Ça y est ! La Chine en a assez. Les cadeaux (diplomatiques) sont terminés. Il est temps de construire un monde « desaméricanisé ». Il est temps d’avoir une « nouvelle monnaie internationale de réserve » pour remplacer le dollar US.

Tout est là, dans un éditorial de Xinhua , en direct de la bouche du dragon. Et nous sommes seulement en 2013. Serrez-vous la ceinture, et cela vaut surtout pour les élites à Washington. Cela va être un vol difficile avec du mauvais temps.

Il y a longtemps que sont finis les jours « d’essayer de passer inaperçus » de Deng Xiaoping. L’éditorial deXinhua résume la goutte qui a rempli à ras bord le verre, la cessation partielle actuelle d’activités du Gouvernement des E.U. Après la crise financière provoquée par Wall Street, après la guerre contre l’Irak, un « monde désorienté », et pas la Chine seulement, veut un changement.

Ce paragraphe ne pourrait pas être plus explicite :

Au lieu de remplir son devoir de puissance dirigeante responsable, un Washington étroit et égoïste a abusé de son statut de superpuissance et a introduit encore plus de chaos dans le monde transférant sa prise de risques financiers vers l’extérieur, générant des tensions régionales autour de différends territoriaux et dispensant des guerres injustifiées sous couvert de mensonges effrontés.

Pour Pékin, la solution est de « désaméricaniser » l’actuelle équation géopolitique, en commençant par plus d’influence dans le Fonds monétaire international et dans la Banque mondiale de la part des économies émergentes et du monde en développement, ceci menant à ce qu’une « nouvelle monnaie de réserve internationale se crée pour remplacer le dollar US dominant ».

Remarquez que Pékin ne défend pas l’idée que le système de Bretton Woods soit complètement détruit, du moins pour le moment, mais il veut plus de pouvoir de décision. Cela semble raisonnable, considérant que la Chine a un peu plus de poids à l’intérieur du FMI que l’Italie. Une « réforme » du FMI – d’une certaine manière – a eu lieu dès 2010, mais Washington, ce qui n’est pas surprenant, a mis son veto à tout ce qui était substantiel.

En ce qui concerne la mise à l’écart du dollar US est déjà arrive, avec divers degrés de vitesse, spécialement au sujet du commerce entre le groupe BRICS de puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et l’Afrique du Sud) que maintenant il a lieu -dans une majorité écrasante- dans leurs monnaies respectifs. Le dollar US est remplacé d’une manière lente, mais sûre, par une corbeille de monnaies.

Le « desaméricanisation » a déjà commencé. Par exemple à travers l’offensive de séduction commerciale de la Chine par le Sud-est Asiatique, qui s’oriente de façon incisive vers une plus grande interaction avec son principal partenaire commercial, la Chine. Le président chinois Xi Jinping est parvenu à une série d’accords avec les « stans » d’Asie Centrale.

L’engagement chinois d’améliorer la « Route de la Soie de Fer » a atteint son paroxysme quand les actions des compagnies chinoises des chemins de fer sont arrivées au ciel avec la perspective que se matérialise réellement une liaison ferroviaire à grande vitesse avec la Thaïlande et qui traverse ce pays. Au Viêt-Nam, le Premier ministre chinois Li Keqiang est parvenu à un accord pour que les conflis territoriaux des deux pays dans la Mer du Sud de la Chine ne viennent pas brouiller le développement du commerce. Ça c’est un « pivot » vers l’Asie.

Tous avec le petroyuan

Tout le monde sait que Pékin possède des Himalayas de bons du Trésor d’US dûs à ces gigantesques excédents commerciaux accumulés pendant les trois dernières décennies, et en plus à une politique officielle de maintenir une valorisation lente du yuan, mais sûre.

En même temps que Pékin agit. Le yuan parvient d’une manière lente mais sûre à être aussi plus convertible sur les marchés internationaux. (Récemment la semaine dernière, la Banque Centrale Européenne et la Banque Populaire de la Chine se sont mises d’accord pour passer un accord de devises (ligne de swap) pour un montant entre 45 000 et 57 000 millions de dollars qui augmentera la force internationale du yuan et améliorera l’accès d’échanges financiers commerciaux dans la zone de l’euro).

La date officieuse pour une convertibilité totale du yuan pourrait se situer entre 2017 et 2020. L’objectif est évident ; s’éloigner de l’accumulation de dette usaméricaine, ce qui implique à long terme, que Pékin s’écarte de ce marché et par conséquent cela entraine qu’il sera beaucoup plus coûteux de s’endetter pour les Etats Unis d’Amérique. La direction collective de Pékin était déjà décidée à ce sujet et elle agit en conséquence.

L’avancée vers un yuan pleinement convertissable est aussi inexorable que l’avancée des BRICS vers un panier de monnaies qui remplace progressivement le dollar des Etats-Unis comme monnaie de réserve. Jusqu’à que plus tard se matérialise le vrai événement catastrophique, l’avènement du petroyuan, destiné à surpasser le pétrodollar dès que les pétromonarchies du Golfe verront d’ où vient le vent. Alors nous rentrerons dans un jeu géopolitique complètement différent.

C’est possible que nous en soyons encore très loin, mais ce qui est sûr, c’est qu’on s’écarte progressivement du fameux bouquet d’instructions de Deng Xiaoping : « Observer calmement ; assurer notre position ; confronter tranquillement les affaires ; cacher nos capacités et attendre le moment opportun ; être bons à passer inaperçus et ne jamais revendiquer le leadership ».

Un mélange de précaution et de déception, basé sur la confiance historique de la Chine et en prenant en considération une sérieuse ambition à long terme, c’était Sun Tzu classique. Jusqu’à présent, Pékin maintenait profil bas, permettait que l’adversaire commît des erreurs fatales (et quel recueil multimillionnaire d’erreurs…) et accumulait du « capital ».

L’heure de tirer profit est arrivée. En 2009, après la crise financière provoquée par Wall Street, il y avait déjà des rumeurs chinoises sur le « mauvais fonctionnement du modèle occidental » et donc du « mauvais fonctionnement de la culture occidentale ».

Pékin a écouté Dylan (avec les sous-titres en mandarin ?) et a conclu que oui, les temps changent. Sans un prévisible progrès social, économique et politique, la cessation partielle d’activités du seul Gouvernement est une autre illustration, si elle était nécessaire, que la chute des Etats-Unis d’Amérique est si inexorable que, peu à peu, la Chine étend ses ailes pour dominer la postmodernité du XXIe Siècle.

Qu’il n’y ait pas de doute ; les élites de Washington le combattront comme le dernier fléau. Mais maintenant il faut actualiser l’intuition d’Antono Gramsci ; le vieil ordre est mort et le nouveau est sur le point de naître.

Pepe Escobar pour Asia Times

Article original : The birth of the ‘de-Americanized’ worldAsie times. Chine, le 15 octobre 2013.

Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 17 octobre 2013.

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Les États-Unis sont-ils sérieusement en guerre contre le terrorisme en Afrique ou le suscitent-ils au contraire pour servir leurs intérêts ? Enquête de Marc Vandepitte.

État défaillant

Le 11 octobre, le Premier ministre libyen a été brutalement enlevé avant d’être libéré quelques heures plus tard. Ce kidnapping est symptomatique de la situation dans le pays. Le 12 octobre, une voiture piégée a explosé près des ambassades de Suède et de Finlande. Une semaine auparavant, l’ambassade russe fut évacuée après avoir été envahie par des hommes armés. Il y a un an, la même chose s’était produite à l’ambassade américaine. L’ambassadeur et trois collaborateurs y avaient trouvé la mort. D’autres ambassades avaient été par le passé également prises pour cibles.

L’intervention occidentale en Libye, comme en Irak et en Afghanistan, a instauré un État défaillant. Depuis l’éviction et le meurtre de Kadhafi, la situation sécuritaire du pays est hors de contrôle. Attentats sur politiciens, activistes, juges et services de sécurité sont monnaie courante. Le gouvernement central exerce à peine le contrôle sur le pays. Des milices rivales imposent leur loi. En février, le gouvernement de transition a été forcé de se réunir sous des tentes après avoir été expulsés du parlement par des rebelles en colère. Le bateau qui a coulé près de Lampedusa, noyant 300 réfugiés, provenait de Libye. Etc.

La Libye détient les plus importantes réserves de pétrole d’Afrique. Mais suite au chaos qui règne dans le pays, l’extraction du pétrole est quasiment à l’arrêt. Désormais, le pays doit importer du pétrole pour assurer ses besoins en électricité. Début septembre, l’approvisionnement en eau vers Tripoli a été saboté, menaçant la capitale de pénurie.

Bases pour terroristes islamistes

Mais le plus inquiétant est la jihadisation du pays. Les islamistes contrôlent des territoires entiers et placent des hommes armés aux checkpoints des villes de Benghazi et Derna. Le personnage de Belhadj en est une parfaite illustration. Cet ancien (pour ainsi dire) membre éminent d’Al-Qaïda était impliqué dans les attentats de Madrid en 2004. Après la chute de Kadhafi, il devint gouverneur de Tripoli et envoya des centaines de jihadistes libyens en Syrie pour combattre Assad. Il travaille désormais à l’instauration d’un parti conservateur islamiste.

L’influence de la jihadisation s’étend bien au-delà des frontières du pays. Le Ministre tunisien de l’Intérieur décrit la Libye comme « un refuge pour les membres nord-africains d’Al-Qaïda. » Suite à l’effondrement du pouvoir central libyen, des armes lourdes sont tombées dans les mains de toutes sortes de milices. L’une d’entre elles, le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), dont Belhadj était le dirigeant, a conclu une alliance avec les rebelles islamistes du Mali. Ces derniers sont parvenus, avec les Touaregs, à s’emparer du Nord du Mali pendant quelques mois. La prise d’otage de grande ampleur sur un site gazier algérien en janvier a été réalisée au départ de la Libye. Aujourd’hui, la rébellion syrienne est contrôlée depuis la Libye et la tâche d’huile jiadhiste s’étend vers le Niger et la Mauritanie.

En remerciant la CIA

À première vue, les États-Unis et l’Occident semblent se faire du souci à propos de cette recrudescence d’activité jihadiste en Afrique du Nord. Ajoutons-y aussi le Nigéria, la Somalie et plus récemment, le Kenya. Mais à y regarder de plus près, la situation est plus compliquée. La chute de Kadhafi fut rendue possible par une alliance entre d’une part des forces spéciales françaises, britanniques, jordaniennes et qataries, et d’autre part des groupes rebelles libyens. Le plus important de ceux-ci était bel et bien le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), qui figurait sur la liste des organisations terroristes interdites. Son leader, le susmentionné Belhadj, avait deux à trois milles hommes sous ses ordres. Sa milice eut droit à des entraînements américains juste avant que ne commence la rébellion en Libye.

Les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai en la matière. Dans les années 80, ils s’occupèrent de la formation et de l’encadrement des combattants islamistes extrémistes en Afghanistan. Dans les années 90 ils remirent le couvert en Bosnie et dix ans plus tard au Kosovo. Il n’est pas à exclure que les services de renseignements occidentaux soient directement ou indirectement impliqués dans les activités terroristes des Tchétchènes en Russie et des Ouïgours en Chine.

Les États-Unis et le France ont feint la surprise lorsque les Touaregs et les islamistes ont occupé le Nord du Mali. Mais ce n’était qu’une façade. L’on peut même se demander s’ils ne l’ont pas provoquée, comme ce fut le cas en 1990 avec l’Irak vis-à-vis du Koweït. Vu l’activité d’Al-Qaïda dans la région, n’importe quel spécialiste en géostratégie savait que l’élimination de Kadhafi provoquerait une recrudescence de la menace terroriste au Maghreb et au Sahel. Comme la chute de Kadhafi a été provoquée en grande partie par les milices jihadistes, que les États-Unis ont formées et encadrées, l’on peut commencer à se poser de sérieuses questions. Pour plus de détails à ce propos je vous renvoie vers un article précédent.

Agenda géopolitique

Quoi qu’il en soit, la menace terroriste islamiste dans la région et ailleurs sur le continent arrange bien les États-Unis. Cela constitue l’excuse parfaite pour être présent militairement et intervenir sur le continent africain. Il n’a pas échappé à Washington que la Chine et d’autres pays émergents sont de plus en plus actifs sur le continent et constituent de ce fait une menace envers leur hégémonie. La Chine est aujourd’hui le plus important partenaire commercial de l’Afrique. D’après le Financial Times, « la militarisation de la politique américaine après le 11 septembre est controversée depuis longtemps puisque elle est considérée dans la région comme une tentative des États-Unis de renforcer leur contrôle sur les matières premières et de contrecarrer le rôle commercial exponentiel de la Chine. »

En novembre 2006, la Chine a organisé un sommet extraordinaire sur la coopération économique où étaient présents au moins 45 chefs d’État africains. Précisément un mois plus tard, Bush approuvait la mise sur pied d’Africom. Africom est le contingent militaire américain (avions, navires, troupes, etc.) consacré au continent africain. Nous l’avons vu à l’œuvre pour la première fois en Libye et au Mali. Africom est désormais en activité dans 49 des 54 pays africains et les États-Unis ont dans au moins dix pays des bases ou installations militaires permanentes. La militarisation des États-Unis sur le continent ne fait que s’étendre. Ci-dessous vous trouverez une carte de leur présence sur le continent ces deux dernières années. Elle est assez éloquente.

Sur le terrain économique, les pays du Nord perdent du terrain face aux pays émergents du Sud, et c’est certainement aussi le cas en Afrique, un continent riche en matières premières. Il semble de plus en plus évident que les pays du Nord combattront ce rééquilibrage par des moyens militaires. Ça promet pour le ” continent noir “.

 Marc Vandepitte

 

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11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3)

octobre 21st, 2013 by Massimo Mazzucco

Voici donc la troisième et dernière partie du documentaire “11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor” de Massimo Mazzucco. Après les deux premières qui traitaient de l’aspect “aviation” et des événements survenus au Pentagone et en Pennsylvanie, ce dernier volet donne une nouvelle une fois la parole aux défenseurs de la version officielle (les ‘débunkers‘) au sujet de la chute des Tours Jumelles et du Bâtiment 7. Nous verrons en détail quels problèmes posent les explications officielles sur les explosions avant, pendant et après les effondrements, sur les éjections de matières bien visibles (les fameux ‘squibs’), sur l’acier fondu retrouvé au WTC, sur les températures extrêmes constatées, sur la chute libre du Bâtiment 7, et sur bien d’autres points soulevés depuis douze ans par les chercheurs et les experts dans le monde entier.

Ce film en forme de réquisitoire méticuleux et impitoyable est sans aucun doute, comme le dit le Pr David Ray Griffin ”le film sur le 11-Septembre que nous attendions tous.”

11-SEPTEMBRE : LE NOUVEAU PEARL HARBOR (3/3)
Le World Trade Center

Partie 1 :

Mazzucco11-Septembre, le nouveau Pearl Harbor: 50 questions aux défenseurs de la version officielle Par Massimo Mazzucco, 13 septembre 2013

Partie 2 :

PearlHarbor211-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (2e partie)Questions relatives aux événements survenus au Pentagone et à Shanksville Par Massimo Mazzucco, 30 septembre 2013

Dernière partie :


11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3) par ReOpen911

Vous pouvez également regarder le documentaire sur Youtube

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Les neuf otages libanais enlevés par des rebelles syriens à Alep, il y a 17 mois, sont arrivés à Beyrouth samedi soir, après avoir été remis au chef de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Un accueil officiel et populaire leur a été réservé à l’aéroport de Beyrouth et dans les rues de la banlieue sud.

Les deux pilotes turcs, enlevés à Beyrouth le 9 août dernier, ont également été libérés, dans une opération complexe d’échange, qui a vu aussi la libération par la Syrie de plusieurs dizaines de détenus, des femmes en majorité.

Ce dénouement heureux ne doit pas nous empêcher de procéder à une évaluation rationnelle de cette affaire:

-L’enlèvement des otages libanais de retour d’un pèlerinage en Iran avait pour but de provoquer une discorde sectaire au Liban et dans la région. Ce plan a pu être évité grâce, en premier lieu, à l’attitude responsable du leader de la Résistance, sayyed Hassan Nasrallah, qui a interdit, toute réaction de vengeance. La base populaire de la Résistance a réagi avec un sens aigu de la responsabilité, tout en faisant preuve de détermination dans son mouvement réclamant la libération des otages. Les familles des détenus libanais ont fait preuve de patience face aux discours provocateurs, appuyées par des prises de positions patriotiques exprimées par le mufti de la République Mohammad Rachid Kabbani, cheikh Maher Hammoud, imam de la mosquée al-Qods à Saïda, l’ancien Premier ministre Salim Hoss, le ministre Fayçal Karamé et beaucoup d’autres. Le plan de discorde, fomenté par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, et exécuté par les Frères musulmans et les groupes takfiristes et terroristes en Syrie, a été mis en échec.

-Dès le début de cette affaire, l’Etat libanais aurait dû exercer des pressions sur les Etats soutenant les groupes terroristes en Syrie, s’il avait vraiment voulu libérer les otages. Mais le pouvoir libanais n’a pas osé, même verbalement, critiquer le trio responsable de l’agression contre la Syrie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, et leur véritable maitre, les Etats-Unis. Seul le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, s’est investi à fond dans ce dossier, malgré les honteuses critiques dont il a fait l’objet de la part des parties libanaises impliquées dans la guerre terroriste contre la Syrie.

-Le timing de la libération des otages libanais est lié à l’échec de l’agression contre la Syrie et à la dislocation du front international et régional constitué pour combattre ce pays. Cette dislocation s’est accentuée depuis que l’axe de la Résistance, appuyé par l’allié russe, a réussi à empêcher l’intervention militaire américaine contre la Syrie. La Turquie a été contrainte à obtempérer à cause des répercussions de la crise syrienne sur son sol et, malheureusement il faut le reconnaitre, après l’enlèvement des deux pilotes turcs sur la route de l’aéroport, le 9 août dernier.

-Cette affaire a dévoilé l’esprit mercantiliste de certains médias libanais qui ont tenté de profiter de ce drame, à travers des voyages de presse, des reportages et des enquêtes, financés par le Qatar et les milieux proches de Saad Hariri. L’objectif étant d’améliorer l’image des ravisseurs des otages libanais et de ternir celle de la Résistance.

-La libération n’aurait pas pu réussir si la Syrie n’avait pas répondu positivement, dès le début, aux démarches de Abbas Ibrahim, ce qui illustre une volonté syrienne de préserver la stabilité du Liban. Et le fait que l’interlocuteur syrien d’Ibrahim soit le général Ali Mamlouk prouve à quel point la Syrie s’élève au dessus des mesquineries de certains libanais.

Ghaleb Kandil

 

 

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L’écrivain Göran Burén a effectué des recherches dans les archives nationales suédoises déclassifiées en 2000. Il révèle dans The Washington Report on Middle East Affairs (1) que le comte Folke Bernadotte, médiateur de l’ONU pour la Palestine en 1948, a bien été assassiné à Jérusalem avec la complicité du gouvernement israélien.

En 1948, le comte Bernadotte – neveu du roi de Suède - tentait d’instaurer un cessez-le-feu entre les troupes arabes de libération et l’ex-Haganah, milice sioniste devenue Armée de défense d’Israël, nouvel Etat créé par les Nations unies, quelques mois plus tôt, sur le territoire palestinien (2). Il condamnait « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente» (3) et proposait un plan de partage du territoire palestinien qui ne convenait pas aux dirigeants israéliens de l’époque et encore moins aux groupes sionistes extrémistes Lehi et Irgoun.

 Les colons juifs n’ont rien à voir avec les Hébreux de la Bible

Le groupe terroriste juif Lehi - plus connu sous le nom de Groupe Stern - avait décidé de tuer Bernadotte. Rien ne l’arrêtait : en 1944, il n’avait pas hésité à assassiner Lord Moyne, Haut-commissaire britannique en Egypte, qui avait déclaré à la Chambre des Lords que les colons juifs n’avaient rien à voir avec les Hébreux de la Bible et n’avaient en conséquence aucun droit légitime sur la Palestine (4). On sait moins que le Lehi (acronyme pour Lohamei Herut LeIsrael, c’est-à-dire : Combattants pour la liberté d’Israël), a aussi éliminé Moyne pour montrer à Hitler ce dont l’organisation était capable. Abraham Stern, son fondateur – tué en février 1942 par un des policiers britanniques qui l’avait arrêté – avait proposé à Werner von Hentig, diplomate allemand en poste à Beyrouth, d’aider le 3ème Reich à conquérir la Palestine en échange de la création d’un Etat juif (5).

En 1948, quand fut programmé l’assassinat de Bernadotte, le Lehi était dirigé par un triumvirat comprenant Yitzhak Shamir, futur Premier ministre d’Israël, interné en 1941 pour « collaboration avec les nazis ». C’est lui qui avait organisé l’attentat contre Moyne. En 1946, évadé d’un camp de détention britannique en Erythrée, il avait regagné la Palestine via Djibouti et la France qui lui avait accordé l’asile politique.

Le terroriste Yitzhak Shamir n’a jamais été inquiété

Le 17 septembre 1948, une embuscade fut tendue au médiateur de l’ONU dans le secteur juif de Jérusalem. Ce jour-là, le comte était accompagné par le colonel français André Sérot, héros de la Première guerre mondiale, chef des observateurs de l’ONU à Jérusalem. Leur véhicule est bloqué par une vraie-fausse jeep de l’armée israélienne. Trois hommes du Lehi en uniforme de la Haganah en descendent. L’un d’eux – Yehoshoua Cohen - passe le canon de sa mitraillette par la fenêtre arrière entrouverte, et vide son chargeur sur les deux occupants. A l’annonce de la mort de Bernadotte, son adjoint, l’Américain Ralph Bunche, télégraphia à Moshe Sharett, ministre des Affaires étrangères israélien, que Tel-Aviv devrait assumer l’entière responsabilité du meurtre. L’Intelligence Service était persuadée que l’ordre était venu de Moscou, car depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le Lehi lorgnait vers Staline et cherchait à adhérer au Kominform !

Pour calmer l’émotion suscitée dans le monde par la mort de Folke Bernadotte et du colonel Sérot, David Ben Gourion – Premier ministre d’Israël – accusa le Lehi de provocation et annonça sa dissolution. Nathan Yalin-Mor, un des membres du commando, fut  arrêté et jugé, mais pas pour assassinats : pour « appartenance à un groupe terroriste »… et amnistié deux semaines plus tard. On apprit plus tard que Yehoshoua Cohen – le tireur - était devenu le garde du corps personnel de Ben-Gourion (6). Yitzhak Shamir n’a jamais été inquiété.S’il se garda bien de mettre les pieds en Grande-Bretagne, il exerça ses talents sans problème à Paris au début des années 60 comme officier du Mossad, d’où il dirigeait des équipes de tueurs professionnels (7). A sa mort fin juin 2012, à l’âge de 96 ans, le président François Hollande rendit sans gêne hommage à sa « forte personnalité » et à son« courage exemplaire » !

 Affaire classée

Une commission d’enquête suédoise, dirigée par le procureur-général Heuman, fut envoyée sur les lieux. En 1950, elle remit au gouvernement suédois un rapport accablant. L’enquête, côté israélien, avait été bâclée. Aucun témoin de l’attaque n’avait été interrogé, des indices négligés. Dov Joseph gouverneur militaire de Jérusalem, qui aurait dû fournir à Bernadotte une escorte armée, comme lors d’un précédent voyage, ne l’avait pas fait. Au fait des rumeurs d’attentat qui couraient dans quartier juif, il craignait pour la vie du diplomate. Les dirigeants suédois autorisés à lire le rapport en conclurent, sans se forcer, que Bernadotte avait été assassiné avec l’accord au moins tacite du gouvernement israélien.

Très embarrassée par ces informations, en totale opposition avec l’image donnée d’Israël par les médias, la Suède promit à Tel-Aviv de classer l’affaire si les Israéliens expliquaient de façon « acceptable » ce qui s’était passé, et s’excusaient pour les manquements signalés en matière de sécurité. En 1950, Israël remit au gouvernement suédois le Rapport Agranat (8), une version des faits « acceptable » pour qui voulait bien s’en persuader,mais si peu crédible qu’ordre fut donné de ne pas le rendre public. Israël ayant présenté ses excuses – en la circonstance, c’était bien la moindre des choses - l’affaire fut classée top secretjusqu’en 2000 dans les Archives nationales.

Sans doute en raison de sa rédaction en langue suédoise, il semble que leRapport Heuman, déclassifié depuis 13 ans, n’avait été consulté par aucun chercheur .jusqu’à ce que Göran Burèn l’exhume pour les besoins de son enquête sur le meurtre du comte Bernadotte. Il aura fallu plus de 50 ans pour que soit confirmé ce que de nombreux observateurs subodoraient depuis 1948 : l’attentat monté par le Groupe Stern est un des premiers crimes d’Israël en tant qu’Etat.

 Gilles Munier

(1) Swedish national archive documents shed new light on Bernadotte assassination, par Gören Brurèn (The Washington Report on Middle East Affairs – septembre 2013).

(2) U.N. Document A. 648, p. 14, déposé le 16 septembre 1948. 

(3) Par le feu et par le sang, par Charles Enderlin  (Ed. Albin Michel, Paris, 2008)

(4) Cité par Isaac ZaarRescue and Liberation: America’s part in the birth of Israel (N.Y. Bloc Publishing Cy, 1954). 

(5) Les espions de l’or noir, par Gilles Munier (Ed. Encre d’Orient, Paris, 2011).

(6) Folke Bernadotte et la première feuille de route (au Moyen-Orient), par Louis Farshee

http://www.ism-france.org/analyses/Folke-Bernadotte-et-la-premiere-feuille-de-route-au-Moyen-Orient–article-1497

(7) Shamir Ran Mossad Hit Squad, Paper Says (Los Angeles Times – 4/7/92)

http://articles.latimes.com/1992-07-04/news/mn-1072_1_hit-squad

(8) Ne pas confondre avec le Rapport Agranat rédigé sous la présidence du même juge après la guerre d’octobre 1973, pour expliquer pourquoi l’armée israélienne a été surprise par l’attaque des troupes égyptiennes et syriennes dans le Sinaï et le Golan occupés.

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Prix Nobel de la paix manipulé

octobre 20th, 2013 by K. Habib

En attribuant cette semaine le prix Nobel de la paix à l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), le comité d’Oslo a justifié son choix en arguant qu’il récompense le travail « remarquable  » accompli par cette organisation depuis sa création. Mais en lui octroyant le prestigieux prix à un moment où il est procédé à la destruction de l’arsenal chimique syrien, le comité norvégien a jeté le doute sur les raisons de son choix.

En effet, le lien est tout naturellement fait par les opinions publiques entre cette distinction et le dossier de l’arsenal chimique syrien, mais accompagné de l’interrogation de savoir quel rôle l’OIAC a joué dans l’accord qui a abouti à la décision en cours d’application de destruction de cet arsenal. Certes, une fois l’accord (dont rappelons-le les initiateurs ont été les Russes) réalisé, l’OIAC est en charge de l’aspect technique de l’opération, ce qui n’en fait pas pour autant l’acteur dont l’intervention aura été décisive.

Le soupçon s’impose dès lors que de connivence avec les grandes puissances occidentales avec lesquelles la Russie a négocié le dossier de l’arsenal chimique syrien, le comité du prix Nobel de la paix a visé à minorer le rôle de Moscou en cette affaire. Les lauriers tressés en la circonstance à l’OIAC le confortent. Paris a même poussé trop loin le bouchon dans l’exercice en mettant sur le compte de sa politique de « fermeté  » sur le dossier de l’arsenal chimique syrien la « réussite  » qui vaut à l’OIAC l’attribution du prestigieux prix. Si la destruction de cet arsenal mérite que ceux qui l’ont rendu possible vaut justification de la distinction par le prix Nobel de la paix, alors c’est Poutine ou son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov qui auraient dû en être en toute justice les récipiendaires.

Le grand succès diplomatique qu’a été l’initiative russe de convaincre le régime syrien d’accepter la destruction de son arsenal, pour éviter une intervention militaire occidentale aux conséquences incalculablement désastreuses pour la paix dans la région et dans le monde, est resté en travers de la gorge des puissances occidentales ayant fait de la question l’argument qu’elles ont brandi pour justifier leur détermination à en découdre avec le régime syrien.

Faute donc de s’attribuer le mérite d’avoir seules fait plier Damas, elles s’emploient à parasiter celui de la Russie.

La mise en avant de l’OIAC procède de cette opération à laquelle il est probable que le comité d’Oslo a consciemment décidé de contribuer. C’est un secret de Polichinelle que l’attribution du prix Nobel de la paix obéit à des considérations d’ordre politique dictées en Occident dont la Norvège fait partie. Le plus récent exemple de cette réalité a été son attribution à Barack Obama sur la base du présupposé que devenu président des Etats-Unis il allait faire avancer la cause de la paix dans le monde. On sait ce qu’il est advenu. Obama n’a rompu avec l’interventionnisme belliqueux de son prédécesseur que par la forme plus insidieuse qu’à la façon du sien.

Ce choix du comité d’Oslo a terni le prestige du prix Nobel de la paix. Celui qu’il vient de faire en faveur de l’OIAC entaché du soupçon évoqué ne contribuera pas à le rehausser. En avançant cela, ce n’est pas remettre en cause le travail accompli par l’OIAC, mais prendre acte que sa distinction a été d’abord et avant tout une manœuvre politicienne. Qui au fait entendait parler de l’OIAC avant le problème de l’arsenal chimique syrien ? L’a-t-on entendue sur celui d’Israël ou des grandes puissances qui en détiennent de plus terrifiants et n’ont pas reculé pour leurs utilisations ?

K. Habid

13 octobre 2013

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Deux journées de pourparlers internationaux à Genève à propos des programmes nucléaires iraniens se sont conclues mercredi par un accord pour tenir une nouvelle réunion les 7 et 8 novembre afin de discuter des propositions présentées par les négociateurs iraniens cette semaine. Ces pourparlers réunissaient le groupe dit P5+1, réunissant les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie ainsi que l’Allemagne, qui a discuté avec une équipe iranienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif.

Aucun détail du plan iranien, présenté mardi par Zarif, n’a été publié. Cependant, dans une démarche inhabituelle, Zarif et Catherine Ashton, la chef de la politique étrangère de l’Union européenne et négociateur en chef du groupe P5+1, ont publié une déclaration conjointe décrivant les pourparlers comme «substantiels et innovateurs». Ashton a qualifié ces négociations «des plus détaillées que nous ayons eues depuis longtemps».

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a déclaré que l’Iran avait démontré «un niveau de sérieux et de substance que nous n’avons jamais vu avant». Le haut fonctionnaire de l’administration américaine a déclaré aux médias «Je n’ai jamais eu de conversations aussi intenses, détaillées, franches et candides avec les gens de la délégation iranienne. Je dirais que nous commençons un type de négociations où l’on peut s’imaginer que l’on peut peut-être arriver à un accord.»

Le ton optimiste qui règne dans une grande partie de la couverture médiatique est toutefois en totale contradiction avec le fossé qui existe entre les deux parties. Les pourparlers eux-mêmes ont eu lieu à l’ombre des sanctions économiques paralysantes imposées à l’Iran par les États-Unis et leurs alliés européens, ainsi que de la menace constante d’attaques militaires par les États-Unis et Israël.

L’administration Obama poursuit ses allégations sans fondement selon lesquelles l’Iran chercherait à se doter d’armes nucléaires. Ce faisant, cela lui fournit un prétexte utile pour mener une campagne incessante de pressions et de provocations dont le but ultime est le renversement du régime à Téhéran. Cela fait maintenant plus de trois décennies, depuis la révolution iranienne de 1979 qui a renversé le Shah Reza Pahlavi, allié de Washington, que les États-Unis voient en l’Iran le principal obstacle à leur domination complète du Moyen-Orient riche en hydrocarbures.

Le régime iranien est clairement désespéré d’obtenir un certain soulagement des sanctions qui ont réduit de moitié ses exportations de pétrole, celles-ci étant au cœur de son économie et des recettes de l’État. Les sanctions ont entraîné une forte inflation, une hausse du chômage, un effondrement de la monnaie iranienne et la menace de troubles sociaux répandus. Avec le soutien qualifié du chef suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, le nouveau gouvernement du président Hassan Rouhani a manifesté sa volonté de faire des concessions à propos du programme nucléaire du pays.

Toutefois, le vice-ministre des Affaires étrangères russe Sergei Ryabkov a déclaré mercredi: «Les positions de la partie iranienne et du groupe P5+1 sont aux antipodes les unes des autres, la distance les séparant pouvant être mesurée en kilomètres, tandis que les progrès peuvent être mesurés en pas d’un demi-mètre chacun. Même si le ton a changé, «les négociations étaient difficiles, parfois tendues, parfois imprévisibles».

Même si aucun détail du plan iranien n’a été révélé, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Aragchi a indiqué que celui-ci comprenait trois étapes, la première étant de parvenir à un accord pour en arriver à une «fin de partie» ou la résolution finale de l’impasse. Aragchi a annoncé avant les pourparlers qu’en aucun cas l’Iran ne renoncerait entièrement à son programme d’enrichissement d’uranium.

Les États-Unis n’admettent toujours pas que l’Iran ait le droit en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire d’enrichir de l’uranium à des fins pacifiques, notamment pour alimenter en combustible son réacteur nucléaire. Washington a présenté une série de résolutions au Conseil de sécurité de l’ONU pour l’imposition de sanctions tout en exigeant que Téhéran mette fin à tout enrichissement d’uranium.

Aragchi a laissé entendre que Téhéran serait prêt à limiter l’enrichissement de l’uranium, ainsi qu’à mettre en œuvre un soi-disant protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui prévoie des inspections beaucoup plus intrusives de ses installations nucléaires que celles se déroulant actuellement. «Aucune de ces questions ne figure dans la première étape. Mais elles font partie de nos dernières étapes», a-t-il déclaré à l’agence de nouvelles officielle iranienne IRNA.

Le ministre adjoint des Affaires étrangères a également déclaré qu’il espérait voir une levée complète des sanctions dans les six mois. «Nous devons parvenir à un accord dans un laps de temps limité, de façon à ce que personne n’ait l’impression que nous sommes en train de passer le temps», a-t-il dit. Téhéran a déjà fait l’amère expérience de faire d’importantes concessions dans les négociations avec les alliés européens de Washington de 2003 à 2005, pour se voir octroyer très peu en retour.

L’administration Obama cherche évidemment à extraire ce qu’elle peut de ces négociations tout en offrant peu de garanties de son côté. Les responsables américains ont laissé entendre que Washington pourrait annuler l’imposition de nouvelles sanctions actuellement devant le Congrès. Selon un article de Voice of America, la présence du haut fonctionnaire du Trésor américain Adam Szubin pourrait indiquer la volonté américaine d’ouvrir un lien bancaire américano-iranien direct pour le commerce de biens humanitaires tels la nourriture et des médicaments. Cela ne fait que souligner le caractère criminel des sanctions américaines, car bien que celles-ci exonèrent nominalement ces biens des sanctions, dans les faits, leur vente est bloquée puisque les restrictions financières font qu’il n’existe aucune méthode de paiement.

Sur les questions de fond, l’administration Obama fait face à l’opposition du Congrès et de son principal partenaire au Moyen-Orient, Israël. Dans une démarche inhabituelle, le cabinet de haute sécurité d’Israël a publié un communiqué provocateur mardi demandant à l’Iran de cesser tout enrichissement d’uranium, de faire sortir du pays tous les stocks actuels d’uranium enrichi et de démanteler ou de mettre en veilleuse ses installations nucléaires. Il a également lancé une mise en garde contre tout assouplissement des sanctions avant que ces exigences ne soient mises en œuvre.

Ce communiqué n’est qu’une recette pour s’assurer que les pourparlers échouent, l’Iran ayant déjà exclu de mettre fin à l’enrichissement d’uranium. Israël, qui dispose d’un important arsenal d’armes nucléaires, est déterminé à maintenir sa prédominance militaire au Moyen-Orient en veillant à ce qu’aucun de ses rivaux n’ait même le potentiel pour égaler sa puissance. Le premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé à plusieurs reprises qu’Israël pourrait effectuer une action militaire préventive contre l’Iran, comme il l’a fait contre l’Irak en 1981, alors que des avions de guerre israéliens avaient détruit un réacteur nucléaire construit par la France en Irak.

L’administration Obama cherche par ailleurs à obtenir des concessions beaucoup plus vastes de Téhéran, allant au-delà de la restriction de son programme nucléaire. Ayant reculé dans ses intentions de mener une attaque militaire imminente le mois dernier contre le régime syrien du président Bachar Al-Assad qui est allié de l’Iran, Washington se tourne maintenant vers ce pays pour l’aider à évincer Assad. À ce jour, Téhéran a rejeté les conditions américaines pour sa participation à des «pourparlers de paix» syriens à Genève, ceux-ci comprenant le soutien à un régime transitoire en Syrie excluant Assad et ses proches partisans.

Il y a un peu plus d’un mois, les États-Unis et leurs alliés étaient au bord de la guerre avec la Syrie, un conflit qui menacerait d’engloutir l’Iran et toute la région. Ceci souligne le caractère très ténu des pourparlers de cette semaine à propos du programme nucléaire iranien. Quel que soit le résultat final des négociations, l’objectif primordial de l’impérialisme américain reste le même: assurer sa domination sans entrave sur le Moyen-Orient au détriment de ses concurrents, et ce, par tous les moyens, y compris la force militaire.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 17 octobre 2013

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Au XIXe siècle, alors même qu’était réaffirmé le principe de souveraineté des États hérité de la paix de Westphalie, se déployaient de puissants dispositifs de dépendance liés à la dette. Comme d’autres États et Empires de la « semi-périphérie » (Empire russe, Égypte, Chine), l’Empire ottoman se trouva progressivement engagé dans une intense relation de subordination envers les « grandes puissances » de l’époque, France, Angleterre, (Allemagne, de manière secondaire). C’est l’usage de l’endettement public externe qui lia l’Empire au « centre » ; d’abord financière, la subordination fut rapidement étendue aux champs administratif et diplomatique.

C’est au cours de son dernier siècle d’existence que l’Empire Ottoman se trouva emporté par sa dette dans un cycle de dépendance au « centre ». Jusqu’alors, de 1299 à 1854 – soit durant plus de cinq siècles, l’histoire de l’Empire avait plutôt été celle d’une forte indépendance financière. Le financement des dépenses impériales s’était opéré de manière interne : par la perception de taxes d’abord, prélevées au sein de chaque province et de chaque millet (communauté religieuse institutionnalisée), par l’endettement interne ensuite, auprès des banques ottomanes implantées dans le quartier de Galata à Constantinople. Progressivement, ce système s’était cependant révélé instable. L’économie de l’Empire Ottoman, périphérie du « système-monde » capitaliste, reposait majoritairement sur la production agricole. En conséquence, le niveau des taxes collectées était à la fois faible et peu prévisible – rythmé par les récoltes – tandis que les dépenses de l’Empire étaient fixes et importantes, au fil des nombreuses guerre engagées contre les territoires voisins. Le Trésor avait ainsi régulièrement connu d’importants déficits publics – particulièrement à partir de 1760, avec des pics en 1820 et 1830. L’ajustement fiscal n’avait pu être réalisé sur les revenus des ressortissants Européens actifs dans l’Empire – agents de commerce pour la plupart, donc porteurs de revenus plus élevés- ceux-ci bénéficiant de traitements spéciaux dans le cadre des Capitulations conclues dès le XVIe siècle entre le sultan et les diplomaties européennes. Dans le contexte de « fermeture des frontières » de l’Empire qui marqua le XIXe (fin de l’expansion territoriale, premières indépendances nationales, multiplication des conflits territoriaux) |1|, les ressources fiscales connurent un déclin important. L’ajustement budgétaire ne pouvait donc être réalisé que par endettement interne. Des obligations furent émises au rythme des besoins, souscrites par des investisseurs ottomans. Il s’agissait de titres d’emprunt à long terme - consolidés ou esham-ı cedid – qui, devant être remboursés à l’acquéreur tout au long de sa vie, se révélèrent particulièrement coûteux – d’autant qu’ils étaient souvent transmis de père en fils, prolongeant ainsi la durée de remboursement. Ils furent abandonnés au profit du papier monnaie - Kaimes ou Kaime-i-muteber-i nakdiyye - à partir des années 1840. Ces derniers, émis de manière extensive en temps de guerre, perdirent rapidement de la valeur, provoquant une inflation conséquente.

C’est donc dans la perspective d’accéder à un crédit plus abondant et moins cher que le Trésor ottoman considéra le recours aux capitaux extérieurs. Encouragé par les diplomaties européennes (correspondance épistolaire, rencontres régulières avec le gouvernement, proposition d’assistance dans la transition), le sultan Abdülmecit I initia la conversion en 1854. Des obligations ottomanes furent émises à destination d’investisseurs non-ottomans cette année-là, puis en 1855 et 1858, pour des montants respectifs de 3 millions, 5 millions et 3 millions de £. Jusqu’en 1877, 17 opérations d’emprunt furent effectuées, qui permirent de lever un montant équivalent à 3.21 milliards de Francs français. Les capitaux disponibles étant à l’époque principalement anglais et français (allemands à partir de 1880), l’émission fut effectuée sur les marchés britannique et français.

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Titre de dette ottoman datant de 1890, libellé en langues et devises anglaises, françaises et, pour la première fois également allemandes.

Paradoxalement, l’afflux de capitaux n’apporta qu’un relatif soulagement dans la gestion ressources/dépenses – la majeure partie des sommes levées disparaissant dans le rachat des titres de dette internes et le remboursement des emprunts précédents. L’endettement prit ainsi la forme d’une spirale auto-entretenue et auto-accélératrice. D’après nos calculs, en 1875 – soit 20 ans après l’entrée dans un système d’endettement externe – le niveau de la dette ottomane détenue à l’étranger s’élevait à 200 millions de £, soit 909% du revenu national (évalué à 22 millions de £ pour l’année 1874-75). Les créanciers étrangers possédaient donc 9 fois plus de richesse que ce qui pouvait être produit en une année au sein de l’Empire. On voit donc dans quelle situation de dépendance financière l’Empire se trouvait déjà après seulement 20 années de recours aux capitaux étrangers. Dans ce contexte, face à la très forte demande de liquidité de la part de l’Empire et malgré la relative abondance de l’offre de crédit jusqu’en 1877, les termes de l’emprunt furent particulièrement – et de plus en plus – défavorables : en 1863, après 10 ans, le service de la dette représentait 12 millions de £, soit presque 25% du revenu de l’Empire. Le quart du budget national devait donc servir au paiement des intérêts de la dette chaque année. En 1875, ce montant avait grimpé jusqu’à atteindre 55% du revenu national : plus de la moitié des revenus nationaux quittaient chaque année le circuit économique ottoman.

Envers qui cette dépendance s’était-elle développée ? Envers des investisseurs privés européensd’abord : italiens, belges, hollandais (respectivement à hauteur de 2,62%, 7,20% et 7,95% de l’ensemble des titres), mais surtout britanniques (à 29%) et français (à 40%). Britanniques et français restèrent majoritaires dans la possession de titres au cours de toute la demi-décennie qui précéda la chute de l’Empire. A partir des années 1880-1890, ils furent rejoints par les créanciers allemands, alors que l’Empire d’Allemagne se découvrait de nouveaux intérêts sur le territoire ottoman. Ceux-ci acquirent – selon les émissions – 20 à 40 % des obligations ottomanes. En moyenne, seuls 8% de l’ensemble des titres étaient détenus par des ressortissants ottomans.

En parallèle, la dépendance s’était aussi établie envers les diplomaties, principalement française et anglaise : directement, puisque les émissions de titres sur les marchés français et anglais étaient soumises à approbation officielle des ministres des finances respectifs. Mais aussi indirectement, puisque le soutien officiel des diplomaties britannique et française s’avérait indispensable pour toute opération d’émission. Il fallait apparaître solvable et digne de confiance aux yeux des créanciers. L’Empire se trouva ainsi contraint au maintien de relations diplomatiques cordiales.

Enfin, la dépendance fut engagée sur le plan commercial : dans un schéma précoce de ce qu’on appellerait aujourd’hui la “dollarisation”, l’Empire dû intensifier ses relations commerciales avec des entreprises françaises, anglaises et allemandes - concessions sur des projets d’infrastructure ferroviaire, contrats d’exploitation des ressources du sel, du tabac selon un schéma monopolistique… – permettant d’obtenir ainsi les devises nécessaires au remboursement des emprunts. L’historien Şevket Pamuk chiffre ainsi à 5% le taux annuel d’augmentation du commerce extérieur ottoman au milieu du XIXe |2|. 1904 vit aussi l’apparition des premiers « emprunts-liés », directement destinés à étendre le champ des intérêts commerciaux et industriels français dans l’Empire |3| . Selon ce schéma, la provision de crédit de la part d’investisseurs français était conditionnée (par l’intervention directe des diplomates français en poste – on voit donc bien l’existence d’une solidarité d’intérêt entre entreprises et diplomatie) à des commandes de matériel militaire et industriel français (armement, artillerie, équipement naval, accord de contrats de construction d’infrastructures ferroviaires dans l’Empire). La dette jouait ainsi le rôle de bras d’extension des intérêts commerciaux et militaires français dans l’Empire ; Elle générait une dépendance directe envers les produits de l’industrie française.

Par l’entrée dans un système d’endettement externe, l’Empire ottoman se trouva donc confronté au développement d’une dépendance envers un « triptyque finance-industrie-diplomatie » |4|, sorte de « troïka européenne », franco-anglo-allemande.

Or, le développement d’intérêts étrangers grandissants dans l’Empire ottoman nécessita bientôt l’institutionnalisation de garanties. Il s’agissait pour l’empire de garantir l’afflux permanent de capitaux, de “rassurer les marchés” pourrait-on dire aujourd’hui. Comment se montrer crédible face aux créanciers européens ? L’idée d’un nécessaire recours à l’expertise européenne émergea parmi les élites ottomanes, alimenté par un discours européen plutôt paternaliste. C’était dans l’expérience européenne qu’il fallait trouver les clés d’une bonne gestion des finances publiques, et remédier à la « désorganisation » ottomane (absence de prévisions budgétaires, jeunesse du ministère des Finances, extravagance dans la gestion des recettes publiques…).

A partir de février 1863, représentants du divan (gouvernement) ottoman et banquiers européens, soutenus par leurs diplomaties respectives, s’accordèrent donc sur la création d’un établissement de banque centrale, la Banque Impériale Ottomane. Le gouvernement se soumettait ainsi à un nouveau de cadre de contrainte : à cet établissement fut transféré le droit exclusif de frapper la monnaie au nom de l’Empire, d’encaisser les revenus convergeant des provinces vers Constantinople et les capitales provinciales, d’encaisser les produits du commerce avec l’extérieur.

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Bureaux de la Banque Impériale Ottomane à Constantinople

Elle conservait les revenus impériaux dans ses coffres. En tant que “contrôleur de l’Empire”, elle devait être informée à l’avance du budget et du niveau d’endettement de l’Empire pour l’année à venir. Elle effectuait les remboursements sur la dette interne et le transfert à l’Empire des fonds nécessaires au remboursement de la dette externe. Grâce à son statut parallèle d’établissement commercial, elle pouvait accorder -ou refuser d’accorder- au gouvernement ottoman des avances de trésorerie. Surtout, elle était le seul établissement mandaté pour négocier les conditions attachées à chaque émission de titres. Si souveraines qu’aient pu être par nature les prérogatives accordées, la Banque Ottomane était gérée exclusivement par des représentants anglais et français. Selon un schéma étrange, cette banque centrale était capitalisée pour moitié de capitaux français, pour moitié de capitaux anglais. Les bureaux opérationnels n’étaient pas ceux de Constantinople, mais de Londres et Paris. A la tête de l’institution, dans les comités, au sein l’assemblée générale des actionnaires n’opéraient (pratiquement) que des ressortissants français et anglais (4% seulement des membres de l’assemblée générale étaient ottomans). Le sultan ne détenait dans la pratique qu’un droit d’information via l’envoi d’un “haut délégué”. La Banque Ottomane était donc finalement une banque centrale très peu ottomane ! Elle possédait un degré d’indépendance maximal à l’égard du gouvernement ottoman : non seulement le gouvernement ottoman n’exerçait aucun contrôle sur son action, mais les décisions étaient prises par des ressortissants étrangers établis en Europe. Gérant à la fois les émissions de titres, les remboursements et les revenus consacrés aux remboursements, la Banque Ottomane assurait aux créanciers le remboursement de l’argent investi dans les délais prévus. Elle jouait donc le rôle d’’intermédiaire clé entre les créanciers et le gouvernement et servait de canal de pénétration des intérêts français et anglais au sein de l’Empire ottoman.

Mais la Banque Ottomane ne fut pas le seul produit institutionnel de la relation de dépendance. A la suite du défaut de paiement de l’Empire sur sa dette en 1875, la dette fut seulement partiellement restructurée (de 191, elle passa à 106 millions de £). Plutôt que d’abandonner les droits sur leurs créances, les créanciers exigèrent un remboursement total, échelonné dans le temps : une commission des finances composée d’experts nommés par les “grandes puissances” devait être mise en place afin d’organiser le recouvrement de l’ensemble des pertes subies. La proposition fut acceptée par le divan : affaibli par le défaut de paiement, en besoin aigu de financement (insurrections en province herzégovine puis bulgare, guerre contre la Serbie puis la Russie), le gouvernement ottoman prit également au sérieux les menaces d’envoi de forces navales et de pressions commerciales contre l’Empire. Une institution fût érigée en 1881 sous le nom d’Administration de la Dette Publique Ottomane. Par décret impérial, plusieurs revenus de l’Empire lui furent “absolument et irrévocablement” transférés (revenus des douanes, taxe sur les spiritueux, droits de timbre, droits de pêche, taxe sur la soie, monopoles du sel et du tabac, parmi d’autres). Ces revenus devaient être alloués par l’Administration au versement de compensations aux créanciers sur les titres émis avant le défaut ; Une partie devait être allouée au paiement des emprunts en cours – c’est-à-dire contractés entre 1888 et 1914. Ce sont au total 5 % des revenus impériaux – jusqu’à 12 % dans les années 1900 – qui disparaissaient chaque année vers les coffres européens (en grande partie sous forme de compensation pour la prise de risque, par nature attachée à tout investissement)  |5| ! L’Administration était dirigée par des européens (Français, Anglais, Hollandais, Allemands et Italiens) représentants directs de leurs créanciers nationaux. Complètement autonome du pouvoir ottoman, elle était donc un instrument de garantie absolue pour les créanciers, qui obtenaient l’assurance du remboursement des sommes anciennement et nouvellement investies. D’une certaine façon, les porteurs de titres obtenaient avec l’Administration un droit direct sur la gestion des finances ottomanes, à leur profit, jusqu’au remboursement total du “préjudice” subi (à la disparition de l’Empire). Progressivement, les prérogatives de l’Administration furent même étendues au rôle de garant pour le règlement des contrats d’infrastructure (chemin de fer particulièrement). On retrouve donc encore une fois cette solidarité d’intérêt entre les 3 bras de la « troïka » (financiers, hommes d’État, industriels).

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Locaux de l’Administration de la Dette Publique Ottomane, Constantinople
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Le service du Grand Livre, service de comptabilité de l’Administration, était composé d’une majorité d’occidentaux

La dépendance de l’Empire au “centre” fut donc multiple et grandissante : dépendance dans la politique monétaire, par la perte de contrôle sur la frappe de la monnaie ; dépendance dans la politique budgétaire, par le cadre imposé sur les dépenses et le transfert des recettes impériales à deux institutions totalement indépendantes. A partir de la dernière décennie du XIXe siècle, les agents de l’Administration de la Dette Publique remplacèrent même les agents impériaux aux postes de collecte des taxes dans les provinces, rendant la perte de souveraineté particulièrement visible au quotidien. Mais également dépendance dans la politique d’endettement, par « l’externalisation » de la négociation, de la gestion et du remboursement des titres publics. De manière plus diffuse, la dépendance résultait parallèlement du transfert de légitimité accordé à ces institutions indépendantes : de la crédibilité de leur action dépendait l’accès de l’Empire au crédit. A compter des années 1860, l’Empire ottoman perdit tout contrôle sur sa politique économique, au profit de la représentation d’intérêts européens dans l’Empire. De manière la plus extrême, l’on assista donc au déploiement d’un « dispositif de dépendance » résultant de la dette, qui vint progressivement grignoter le caractère souverain reconnu à l’Empire depuis le Traité de Paris de 1856. L’Empire ottoman ne put s’extraire de ce dispositif pendant tout son dernier demi-siècle d’existence, jusqu’à sa dislocation en 1923.

S’intéresser aux dernières années d’existence de l’Empire ottoman et à son évolution financière livre des clés de compréhension des mécanismes de dépendance intrinsèquement attachés à la dette, qui semblent contenir une certaine dimension intertemporelle. Comme une sorte de contre-exemple – et contrairement au Mexique quelques années plus tard – le cas ottoman donne à voir une succession de décision prises au sommet de l’Empire pour s’assurer l’afflux d’un crédit devenu indispensable, au prix de la renonciation à des pans entiers de souveraineté (souveraineté dans la prise de décision, la conception et la conduite des politiques monétaire, budgétaire, fiscale, d’endettement, mais aussi de la politique diplomatique, industrielle et commerciale). La dette apparaît ainsi de manière éclatante comme instrument de subordination, selon des mécanismes toujours à l’œuvre aujourd’hui.

Notes

|1| La formule est de Bernard Lewis. cf. Bernard Lewis, The Emergence of Modern Turkey (2nd edition), Oxford University Press, Paris, 1968, p.26.

|2| cf. Şevket Pamuk, “The evolution of financial institutions in the Ottoman Empire, 1600-1914”,Financial History Review 11., Cambridge, 2004, pp.7-32, p.27.

|3| Il faut rappeler qu’en cette période de pré-première guerre mondiale, l’heure était à l’exacerbation des discours nationalistes et au renforcement des entreprises nationales.

|4| La formule est de Jacques Thobie. cf. Jacques Thobie, La France, l’Europe et l’est méditerranéen depuis 1850, Economie Finance Diplomatie, Isis, Istanbul, 1993.

|5| 21 millions de £ furent ainsi retranchés des revenus ottomans entre 1881 et 1902 (21 ans). Dans les années 1900, ce sont environ 2.7 millions de £ qui furent saisis chaque année. cf. Donald C. Blaisdell, European Financial Control in The Ottoman Empire, A study of the Establishment, Activities, and Significance of the Administration of the Ottoman Public Debt, AMS Press, New York, 1966, p.117

Louise Abellard est étudiante chercheuse en économie et sciences politiques, membre du CADTM France

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Photo : Avis de recherche émis par les rebelles syriens à propos de Sevra Baklaci

Sevra Baklaci est une journaliste travaillant en Syrie depuis trois ans. L’an dernier, les rebelles ont lancé un avis de recherche à son encontre. Ils veulent sa peau au motif qu’elle a présenté le journal télévisé de la chaîne officielle syrienne et dénoncé leurs crimes.

Actuellement, Sevra recueille, au péril de sa vie, les témoignages de Syriens victimes des groupes armés. Ses recherches confirment le projet génocidaire de la prétendue “rébellion” syrienne.

Sevra, 25 ans, est originaire d’Antioche en Turquie, une ville à la frontière syrienne majoritairement arabophone où cohabitent harmonieusement Arabes, Turkmènes, Kurdes, Arméniens, sunnites, alaouites, chrétiens et juifs.
 
Après avoir décroché un diplome en sciences sociales à l’Université de Gaziantep (sud de la Turquie), Sevra décide de s’installer en Syrie pour parfaire son arabe.
 
C’était quelque mois à peine avant le début du soi-disant « printemps syrien ». La Syrie était alors un pays relativement paisible. Sevra ne s’imaginait pas un seul instant que ce pays allait subitement basculer dans l’horreur.
 
Face à l’escalade de la violence, sa famille la supplia de rentrer en Turquie.
 
Mais elle refusa, préférant appuyer la résistance du peuple syrien contre l’impérialisme et ses mercenaires qui sèment la terreur dans le pays.
 
Sevra servit d’abord d’interprète en turc pour l’agence syrienne d’information SANA.
 
Puis, du jour au lendemain, elle se retrouva sous le feu des projecteurs en tant que présentatrice du journal télévisé syrien en langue turque.
 
Depuis quelques mois, elle écrit des articles pour Sol (La gauche), le journal du Parti communiste de Turquie (TKP).
 
Dans son dernier billet, Sevra révèle que l’extermination silencieuse des alaouites par les groupes takfiris porte un nouveau nom de code: « bidon d’huile »
 
Elle y explique que « bidon d’huile » (galounet zeyt en arabe) est un surnom utilisé par les djihadistes syriens pour désigner les alaouites.
 
Aux check-points tenus par la rébellion, les chauffeurs de bus qui sont de mèche avec les terroristes communiqueraient à ces derniers le nombre de « bidons d’huile » se trouvant à bord de leur véhicule.
 
Les alaouites identifiés comme tels seraient alors arrêtés et fusillés.
 
Certaines victimes ne seraient cependant pas massacrées sur-le-champ.
 
Sevra nous a en effet confiés que plusieurs milliers d’alaouites sont d’abord utilisés comme esclaves sur le front.
 
Les alaouites faits prisonniers seraient forcés de creuser des tunnels servant à acheminer des combattants, des armes et des vivres aux groupes terroristes.
 
D’après plusieurs témoignages recueillis par Sevra, une fois le travail accompli, les esclaves seraient éliminés.
 
Les dizaines de kilomètres de galeries découvertes par l’armée syrienne en divers endroits du pays s’expliqueraient ainsi par la mobilisation massive de prisonniers par les groupes djihadistes dans les travaux de creusement.
 
Sevra reproche certaines ONG internationales de minimiser voire de nier le projet génocidaire des groupes djihadistes actifs en Syrie.
 
Espérons que le monde entende sa voix avant que les terroristes ne la fasse taire à jamais.

Bahar Kimyongür
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Évaluation environnementale et consultations publiques pour toute nouvelle mine au Québec

octobre 18th, 2013 by Coalition pour que le Québec ait meilleure Mine

Lettre à la première ministre du Québec, madame Pauline Marois

Jeudi, 17 octobre 2013

Mme Pauline Marois
Première ministre du Québec
Édifice Honoré-Mercier
835, boul. René-Lévesque Est, 3e étage
Québec (Québec)  G1A 1B4
Téléphone : 418 643-5321
Télécopieur : 418 643-3924
 
Objet: Évaluation environnementale et consultations publiques pour toute nouvelle mine au Québec

Madame la Première ministre,

Les membres de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine sont vivement préoccupés par le fait que la grande majorité des projets miniers échappent toujours à la procédure d’évaluation des impacts sur l’environnement et de consultations publiques, telle que prévue par les articles 31.1 et suivants de la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec (LQE), à cause d’un seuil d’assujettissement règlementaire trop élevé (7000 tonnes par jour). Nous sommes également très préoccupés du fait que tout projet d’expansion minière échappe aussi à ladite procédure.
Nous jugeons cette situation hautement inappropriée et nous vous demandons d’intervenir dès maintenant, sans attendre la fin du processus d’étude du projet de loi sur les mines (projet de loi 43), afin d’assujettir toute nouvelle mine à une évaluation environnementales et à des consultations publiques menées, en bonne et due forme, par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) du Québec. Sans une intervention rapide de votre part, de nombreux projets risquent de débuter l’exploitation sans évaluation et sans consultations publiques.
Un règlement trop permissif
Il est en effet incongru, voire aberrant, que des projets miniers et des projets d’usines de traitement métallifère ne soient pas automatiquement assujettis à la procédure d’évaluation environnementale et de consultations publiques, alors que des projets d’éoliennes et d’aires protégées – pour ne nommer que ces deux exemples – le sont. L’exploitation minière occasionne pourtant des risques et des impacts majeurs pour l’environnement et les populations, lesquels justifient pleinement une évaluation publique.
L’examen public par le BAPE facilite également la paix sociale, alors que l’absence d’un tel cadre provoque fréquemment de fortes réactions qui ne trouvent pas d’enceinte pour s’exprimer.
Votre gouvernement a l’occasion de corriger, une fois pour toute, cette situation incongrue en modifiant le Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement. Votre parti s’était d’ailleurs engagé à modifier rapidement ce règlement lors de la dernière campagne électorale, tout comme s’y était engagé le Parti libéral dans le cadre du projet de loi sur les mines précédent (projet de loi 14 amendé).
Le principal problème réside dans le fait que le règlement actuel est beaucoup trop permissif en fixant un seuil d’assujettissement trop élevé, à 7000 tonnes par jour pour les mines de métaux (équivalent à 2,5 millions de tonnes par année). Notre récente analyse des 23 mines actuellement en opération au Québec révèle que seules 2 mines (Canadian Malartic et Lac Bloom) ont été assujetties à la procédure d’évaluation environnementale et à des consultations publiques du BAPE, soit à peine 10% des mines en exploitation. Pire encore, depuis la mise en place des lois environnementales québécoises à la fin des années 1970, seulement 4 projets miniers (sur une quarantaine) ont été assujetties à ladite procédure. En comptabilisant les 5 autres mines qui ont été assujetties à la procédure d’évaluation pour les mines nordiques (territoires conventionnés), c’est donc dire qu’à peine 30% des mines actuelles ont été assujetties à une procédure d’évaluation publique. De toute évidence, le règlement actuel est beaucoup trop permissif et doit être rapidement modifié afin d’assurer une plus grande protection de l’environnement et des populations affectées.
Un large consensus
Rappelons que la très grande majorité des intervenants ayant participé aux consultations sur la réforme minière ces dernières années (projet de loi 79 en 2009, pl-14 en 2011 et pl-43 en 2013) appuient l’assujettissement obligatoire de toute nouvelle mine à une évaluation publique menée par le BAPE. Votre gouvernement, autant que celui précédent, libéral, ainsi que le parti Québec solidaire, affirment tous soutenir cette mesure. Dans le cadre des consultations récentes sur le projet de loi 43 (août-septembre 2013), nous avons identifié pas moins de 90% des intervenants qui appuient ou qui ne s’opposent pas à cette mesure. Parmi les appuis, notons ceux de pratiquement tous les élus locaux et régionaux, des grands syndicats, du Barreau du Québec, des groupes citoyens et environnementaux, voire même de représentants de l’industrie minière. Il y a manifestement un large consensus sur la nécessité de cette mesure au Québec.
À vous d’agir
Votre gouvernement se doit d’agir là où les gouvernements précédents n’ont pu, ou n’ont su agir.
Face à la probabilité d’un long processus d’adoption du projet de loi 43 (des mois, voire plus d’un an), et face aux rumeurs persistantes de déclenchement d’élections québécoises d’ici les prochaines semaines (ce qui ferait mourir au feuilleton le projet de loi 43), nous vous prions d’agir dès maintenant en modifiant le règlement, comme vous l’avez fait cet été en modifiant le règlement visant le resserrement des garanties financières à la restauration des sites miniers – une mesure qui faisait aussi consensus et que nous avons saluée.
À brève échéance, nous sommes particulièrement préoccupés par le projet Matamec au Témiscamingue, qui pourrait devenir la première mine de terres rares au pays, mais qui risque également d’échapper à la procédure d’évaluation environnementale québécoise (voir la lettre transmise au ministre Blanchet à ce sujet; voir également la lettre du député Chapadeau).
Somme toute, le statu quo est très préoccupant et ne peut plus durer. Il vous faut agir pour assurer une plus grande protection de l’environnement et des populations affectées, tout en facilitant une plus grande paix sociale et une stabilité face aux développements miniers au Québec.
Tout comme la vaste majorité des intervenants, nous proposons de modifier le Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement afin d’assujettir toute nouvelle mine et toute nouvelle usine de traitement métallifère à la procédure prévue aux articles 31.1, et suivants, de la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec.
Nous proposons également que tout projet d’expansion minière et projets d’expansion d’usines de traitement soient aussi assujettis à ladite procédure.
Soulignons en terminant que nous appuyons les quelque 4000 à 5000 signataires des trois pétitions qui circulent actuellement au Témiscamingue (10-20% de la population), pétitions qui demandent notamment la tenue d’un examen public du BAPE pour le projet de mine de terres rares Matamec. Des copies de ces pétitions vous ont été acheminées très récemment par les groupes citoyens de la région (voir notamment la lettre de l’APART et celle de SaveKipawaLake).
En souhaitant vivement que le règlement soit modifié dès les prochaines semaines.
Merci de l’attention que vous porterez à la présente,
Salutations distinguées,
___________________________________________________________________

Ugo Lapointe

Cofondateur et porte-parole de la coalition Québec meilleure mine!
Christian Simard
Directeur général de Nature Québec,
Coporte-parole de la coalition Québec meilleure mine!
 
Henri Jacob
Président de l’Action boréale,
Coporte-parole de la coalition Québec meilleure mine!
 
c.c.
- Yves-François Blanchet, ministre du Développement durable, Environnement et Faune du Québec
- Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles du Québec
- Les organismes membres et partenaires de la coalition Québec meilleure mine!

 

 

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Des demandeurs d’asile en grève de la faim à Berlin

octobre 17th, 2013 by Berndt Reinhardt

Durant toute la semaine passée, les médias et les politiciens de tous les principaux partis politiques allemands ont versé des larmes de crocodile sur la mort tragique de centaines de réfugiés au large des côtes italiennes.

En réalité les réfugiés, qui réussissent à franchir les frontières extérieures de l’Europe et à atteindre l’Allemagne, sont confrontés à l’indifférence des partis politiques et à l’hostilité des autorités. Plusieurs dizaines de demandeurs d’asile ont entamé mercredi dernier à Berlin une grève de la faim illimitée pour protester contre la politique d’asile inhumaine pratiquée par l’Allemagne. Ils ont déclaré être prêts à sacrifier leur vie si le gouvernement allemand ne réagissait pas. Initialement, ils avaient commencé leurs protestations par des défilés et des grèves de la faim cet été dans le Land de Bavière.

L’Etat bavarois avait réagi en essayant d’intimider les manifestants par une présence policière massive. Un certain nombre de demandeurs d’asile avaient cherché refuge au siège de la Confédération allemande des syndicats (DGB) à Munich. Les bureaucrates syndicaux leur avaient clairement fait comprend qu’ils n’étaient pas les bienvenus et le dirigeant du DGB bavarois, Matthias Jena, leur avait demandé de quitter les lieux.

Les demandeurs d’asile se sont alors rendus à Berlin. Un campement et une grève de la faim organisés précédemment devant la porte de Brandebourg avaient déjà été démantelés de force par la police. Bon nombre de réfugiés africains qui étaient arrivés en Europe en passant par Lampedusa ont dressé dans le quartier de Kreuzberg à Berlin un nouveau camp composés de tentes et abritant jusqu’à 200 réfugiés. Ils sont considérés comme des clandestins et menacés d’expulsion. Il n’y a ni douche ni cuisine dans le camp et la nourriture est insuffisante.

Le quartier de Kreuzberg est gouverné par un conseil municipal dirigé par le parti des Verts. Le maire Vert de Kreuzberg a déclaré que plus aucun camp ne sera toléré en proposant que les réfugiés soient transférés dans un bâtiment ou dans des casernes situées en banlieue. L’attitude du maire Vert est cynique à l’extrême. La municipalité a dit qu’aucun autre logement n’était disponible alors que la capitale allemande regorge d’immeubles vides nouvellement construits et pouvant être utilisés à cet effet.

Sibtain et Hamed

Des journalistes du WSWS ont parlé à Sibtain N. originaire du Pakistan et à Hamed R. d’Iran. Ils font partie du groupe de 30 immigrants et réfugiés, dont deux femmes, qui ont entamé mercredi une grève de la faim devant le monument historique de la Porte de Brandebourg. Les membres du groupe sont originaires de différents pays, y compris du Pakistan, de l’Afghanistan, du Congo, d’Ethiopie et de Sierra Léone.

Sibtain et Hamed ont raconté leurs expériences avec les autorités allemandes depuis qu’ils sont arrivés en Allemagne il y a environ un an.

Sibtain, 32 ans, a dit être arrivé à Munich par avion du Pakistan il y a un an . Il est victime de persécution politique au Pakistan et il a déposé une demande d’asile politique auprès des autorités allemandes à sa descente d’avion à Munich.

Durant les deux premiers mois passés en Allemagne, Sibtain a d’abord été enfermé dans un camp à Munich aux côtés d’une centaine d’autres réfugiés. En vertu de la loi allemande sur l’immigration, les demandeurs d’asile tels Sibtain n’ont pas le droit de travailler. Ils doivent en permanence rester dans un rayon de 20 kilomètres de leur lieu de détention. Leur seul moyen de survie sont des bons alimentaires ou des colis de vivres qui dictent aux réfugiés ce qu’ils doivent acheter et manger.

Au bout de deux mois à Munich et n’ayant pas de nouvelles de sa demande d’asile, Sibtain a été transféré dans un autre camp situé dans un petit village bavarois où il a été détenu pendant huit mois.

Il a dit, « Il n’y avait rien à faire dans ce village. Il n’y avait pas de supermarché tout proche ce qui signifie qu’il nous fallait parcourir de longues distances pour remettre nos bons. Nous n’avions aucune possibilité de nous instruire ou de nous cultiver. Ceci vaut aussi pour les familles avec des enfants. Rien n’était prévu pour les soins médicaux… nous n’avions pas accès à un médecin. Lorsque j’ai demandé des informations sur ma demande d’asile au bureau allemand, je n’ai reçu aucune réponse. Il est clair que les autorités ne s’intéressent aucunement à nous et à notre sort.

 La grève de la faim à Berlin

« Pour protester contre le traitement qui nous est infligé et le refus des autorités de nous donner des informations, j’ai rejoint les autres réfugiés à Munich et nous avons commencé une grève de la faim en juin dernier qui a duré 9 jours. Nous avons aussi organisé des marches de protestation au départ des villes de Würzburg et de Bayreuth vers Munich, une marche d’environ 300 km.

« L’expérience que j’ai faite ici montre clairement que les autorités allemandes se fichent complètement des droits des réfugiés. Le règlement européen (Dublin II) pour les réfugiés, qui crée une barrière pour les immigrants qui tentent d’atteindre le centre de l’Europe, signifie qu’un grand nombre de gens entreprennent de dangereux voyages en mer à destination de pays comme l’Italie ou la Grèce. Ces pays connaissent déjà dans une crise économique. Au lieu de nous accueillir et de nous permettre de travailler, ils veulent nous déporter. Je n’arrive pas à comprendre cela…

« De nombreux réfugiés viennent de pays comme la Syrie, la Libye, l’Iran, l’Afghanistan et de mon propre pays qui sont tous littéralement en proie à une guerre civile due à l’OTAN et à l’agression occidentale. Des pays comme l’Allemagne sont tout à fait prêts à vendre des armes à ces pays mais, lorsque les conséquences en sont la guerre et la persécution, ils ne veulent rien avoir à faire avec les réfugiés. Je vais rester ici et continuer la grève de la faim jusqu’à ce que le gouvernement allemand réagisse. Je suis prêt à sacrifier ma vie s’il le faut pour satisfaire nos revendications… »

Les commentaires de Sibtain concernant le rôle joué par les Etats occidentaux pour fomenter des conflits à l’étranger ont été étayés par Hamed qui participe lui aussi à la grève de la faim et qui avait aussi pris part à la grève de la faim précédente à Munich.

Hamed a 23 ans et a été obligé, après un an passé à l’université, de fuir l’Iran par crainte de répression politique. « Je suis arrivé en Allemagne au début de 2012. Je ne suis pas venu ici pour avoir ‘une vie meilleure’, je suis venu parce je craignais pour ma vie en Iran. Comme tous les autres réfugiés ici, je ne veux pas dépendre de subsides. Je veux travailler et gagner ma vie. Il y a des gens ici, certains plus instruits, d’autres moins, qui peuvent tous apporter une contribution à la société allemande mais tout ce qu’on obtient des autorités allemandes c’est de l’indifférence. On nous ignore.

« L’Occident et l’Amérique sont prêts à vendre des armes aux régimes répressifs mais refusent ensuite d’assumer toute responsabilité pour les conséquences. Tout le monde sait que la police iranienne est équipée avec des armes allemandes – les sprays au poivre, les armes, les véhicules de police portent tous des noms de marques allemandes.

« Je connais des collègues étudiants qui ont tous été victimes de persécution de l’Etat iranien qui les a espionnés grâce à du matériel de surveillance venu de firmes allemandes comme Siemens.

« D’une certaine manière l’Allemagne est pour quelque chose dans le fait que j’ai été forcé de quitter mon pays mais maintenant que je suis ici ils ne veulent rien avoir à faire avec moi. »

Berndt Reinhardt

Stefan Steinberg

Article original, WSWS, paru le 16 octobre 2013

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Les sauveteurs ont mis fin aux recherche des corps des migrants qui sont morts dans le naufrage du 3 octobre au large de Lampedusa. Seulement 155 des 545 personnes qui étaient à bord du navire qui a coulé, dont des Érythréens, des Somaliens et des Syriens, ont survécu à la tragédie. Seulement 359 corps ont été retrouvés.

Ces morts ont été suivies d’un autre naufrage dans les eaux de Malte, au Sud de l’île de Lampedusa, le 11 octobre. Sur les plus de 200 hommes, femmes et enfants à bord venant de Syrie et de Palestine, au moins 34 sont morts. Le navire aurait été touché par le tir d’un navire militaire portant pavillon libyen.

Interrogé dans l’émission «Channel 4 news», un survivant a déclaré, «ils nous ont suivi pendant une heure. Puis ils ont demandé au capitaine de s’arrêter et ont commencé à tirer en l’air. Ils voulaient nous faire faire demi-tour, puis ils ont commencé à tirer sur le bateau. Ils ont touché le moteur. Quatre personnes ont aussi été touchées.»

Maurizio Molina de l’agence de l’ONU pour les réfugiés a déclaré, «À cause du trou causé par le tir […] l’eau a commencé à entrer dans le bateau, entraînant beaucoup de tension parmi les Syriens qui étaient à bord. À un moment, ceux qui étaient sur les étages inférieurs, environ 100 personnes, ont été obligés de monter aux étages supérieurs, ce qui a créé ce déséquilibre et fait chavirer le navire.»

Au moins 500 autres migrants ont dû être secourus samedi au cours de plusieurs incidents distincts au large de la Sicile. Dans un autre incident vendredi, 12 migrants se sont noyés dans un naufrage au large d’Alexandrie. Les médias d’État égyptiens ont indiqué qu’il y avait 116 survivants à ce naufrage.

Le bilan en Méditerranée depuis le 3 octobre s’ajoute aux 25.000 personnes qui sont déjà décédés en tentant d’entrer dans la «Forteresse Europe» au cours des vingt dernières années.

Début octobre, 30 000 personnes avaient déjà tenté de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Italie cette année. Beaucoup tentent de fuir la guerre et les persécutions dans des pays comme la Tunisie, la Lybie, l’Égypte et la Syrie.

La grande majorité des réfugiés, soit jusqu’à 95 pour cent, n’a jamais mis le pied en Europe. Officiellement, 1,6 million de Syriens sont maintenant réfugiés, bien au-delà du 1 million à la mi-2013 prédit par les Nations unies.

Le Plan de réponse régional pour la Syrie annoncé par l’ONU en décembre 2012 avait calculé que 515.061 réfugiés syriens étaient arrivés dans les pays voisins, soit la Jordanie, le Liban, l’Irak, la Turquie et l’Égypte. Cette crise des réfugiés s’est aggravée cette année: l’ONU a confirmé en juin qu’un million de réfugiés supplémentaires étaient arrivés dans ces pays.

En janvier, 5000 personnes par jour fuyaient la Syrie, et en mars, la moyenne atteignait 10.000. Le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés a déclaré, «d’après les tendances d’arrivées depuis le début de l’année, il est estimé que le nombre de réfugiés syriens qui ont besoin d’aide dans la région pourrait atteindre 3,45 millions à la fin de 2013.»

D’après les dernières statistiques, cinq millions de gens de plus ont été déplacés en Syrie. Au total, plus de sept millions de Syriens ont dû quitter leur domicile – près d’un tiers des 22 millions d’habitants du pays. Ce nombre devrait représenter 50 pour cent de la population dans peu de temps.

Antonio Guterres, le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés, a déclaré, «la Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle – une calamité humanitaire honteuse dont les souffrances et les déplacements de populations sont sans équivalents dans l’histoire récente.»

Ce que Guterres n’admettra pas, et ne peut admettre, c’est que la tragédie qui s’abat sur des millions de Syriens est le résultat d’une guerre civile organisée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France avec l’aide et le financement de la Turquie et des monarchies du Golfe.

Avant même l’éclatement de la guerre impérialiste par procuration en Syrie, les sanctions visant ce pays avaient eu un effet dévastateur. En 1979, les États-Unis ont déclaré que la Syrie était un «commenditaire du terrorisme» et ont commencé à imposer diverses sanctions économiques. En août 2011, le gouvernement Obama a imposé des sanctions supplémentaires contre le secteur syrien de l’énergie et a gelé tous les actifs du gouvernement syrien aux États-Unis.

Le mois dernier, le quotidien britannique Independent a noté que ces sanctions avaient eu des répercussions sur l’«excellent programme [syrien] de vaccination des enfants de moins de cinq ans et ont bloqué la réalisation des objectifs du MDG [objectifs de développement pour le millénaire, un programme de l'ONU] sur la mortalité en couche et la mortalité infantile, que la Syrie était bien prête d’atteindre en 2015. Elles ont entraîné l’effondrement de la production de médicaments essentiels pour lesquels le pays était presque autosuffisant. Les médicaments pour le traitement du cancer, du diabète et des maladies du cœur qui n’étaient pas produits localement ne sont plus disponibles sauf à des prix très élevés dans les pays voisins. Le coût des produits alimentaires essentiels, et de l’huile pour la cuisson ou le chauffage, a plus que doublé, les mettant hors de portée de la majorité pendant que la contrebande tenue par des gangsters est florissante. Tout cela s’ajoute aux horreurs de la guerre.»

Des masses de Syriens sont maintenues dans des camps de réfugiés, où elles se voient refuser les libertés les plus élémentaires et les droits civiques. 520.000 Syriens sont maintenant en Jordanie, ce qui a fait augmenter sa population de 8 pour cent en deux ans. Dans un camp à Zaatari, 130.000 personnes vivent dans des conditions de surpopulation alarmantes. Quand il a été créé en juillet 2012, il contenait seulement 100 familles. Maintenant, ce nombre augmente de 2000 personnes chaque jour. Un autre camp, Azraq, est en construction et devrait avoir une capacité d’accueil de 130.000 personnes.

La Turquie n’autorise les réfugiés syriens que quand il y a de la place dans les camps.

Le gouvernement libanais permet aux Syriens d’entrer, mais seulement en leur accordant un statut de «visiteurs» et non de réfugiés. Près de 1,3 million de Syriens sont maintenant au Liban et 780.000 d’entre eux sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’ONU.

De plus, des dizaines de milliers de gens demeurent dans des situations périlleuses dans des camps à la frontière entre la Syrie et la Jordanie, en attendant de la traverser.

Beaucoup de navires qui transportent des réfugiés et tentent d’entrer en Europe par Lampedusa sont contraints de se lancer dans un voyage hasardeux à travers les ports libyens. Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, au cours d’une autre guerre civile «humanitaire» incitée par les impérialistes, la Libye a été louée comme un modèle de changement de régime et de «démocratie» à laquelle les Syriens pouvaient s’attendre. Ce qui en est sorti est un régime criminel, fracturé par des milices armées rivales, sous lequel des milliers de gens restent emprisonnés sans être formellement accusé de quoi que ce soit, et sont soumis à des tortures systématiques.

Afin de fermer cette voie d’accès, l’Union européenne travaille avec le régime Libyen sur une opération coûtant 30 millions d’euros par an nommée Eubam Libya. Au cœur de celle-ci, il y a la création d’une «stratégie de gestion des frontières» pour «améliorer le cadre juridique et institutionnel de la gestion des frontières».

L’an dernier, Amnistie internationale a fait savoir que l’Italie avait signé un accord secret en avril 2012 avec le Conseil national de transition libyen pour «réduire l’afflux de migrants». Commentant cet accord, Nicolas Berger d’AI a déclaré, «Pour l’UE, renforcer les frontières de l’Europe passe clairement avant le sauvetage des vies.»

Les 34 réfugiés tués le 11 octobre après le tir d’un navire libyen ne seront pas les derniers à mourir en conséquence de cette conspiration de l’UE.

Robert Stevens

Article original, WSWS, paru le 15 octobre 2013

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Posséder ou partager : Le lien à la place du bien

octobre 17th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Le monde du partage devra remplacer le partage du monde.»

 Claude Lelouch (Extrait de Itinéraire d’un enfant très gâté)

Le titre de cette contribution est là pour attirer l’attention sur un mouvement qui peut ne pas être une mode ou une nécessité dans ce qui nous reste d’espace vital sur une planète de plus en plus abîmée. Dans ce sens   Gérard Charollois   écrit  : «Et si l’humanité disparaissait?» Un scientifique australien, Frank Fenner, parfaitement rationnel, membre d’une académie de médecine, ose affirmer que l’humanité va disparaître. Il ne s’agit pas d’une prédiction apocalyptique ni d’un verdict sectaire annonçant la foudre d’un quelconque jugement dernier. Pour le scientifique, l’humanité sécréterait les causes de sa perte, accroissant sa vulnérabilité à la mesure de sa maîtrise purement apparente. Car, écrit l’auteur, en fait, nul ne maîtrise plus rien et les alarmes des scientifiques de toutes les disciplines sur l’altération du climat, l’épuisement des ressources naturelles, les risques viraux résultant de la surpopulation et des échanges planétaires, ne pèsent rien face au rouleau compresseur de l’économie, face à la cupidité de tous les individus, face à la volonté de croissance infinie. La modestie s’impose toujours lorsqu’on évoque le futur.» (1)

Posséder ou partager?

Faut-il continuer à amasser de l’éphémère coûteux et générateur de déchets dont la durée de vie est limitée voire même dont l’obsolescence est programmée par les entreprises qui y trouvent leur compte où dire Stop. Donnons une seconde vie aux choses ?  Martin Denoun et Geoffroy Valadon nous  en parlent: «Dans le nouveau monde qui se dessine caractérisé par une pénurie inexorable d’énergie des changements climatiques de plus en plus récurrents et catastrophiques, faut-il continuer au nom de la boulimie du consommer éphémère, voire inutile?. La solution ne passe-t-elle pas par le partage et surtout l’impérieuse nécessité de donner du temps aux choses Et si l’usage ne correspondait pas nécessairement à la propriété? Soucieuses d’en finir avec l’hyperconsommation d’objets qui ne servent que très rarement, confrontées à un pouvoir d’achat en berne, de nombreuses personnes s’organisent pour partager et troquer. Nous lisons la contribution suivante qui donne des éléments de réponses: «Au domicile de chacun d’entre nous, il existe à la fois un problème écologique et un potentiel économique. Nous avons dans nos foyers de nombreux biens que nous n’utilisons pas: la perceuse qui dort dans un placard et ne servira en moyenne que treize minutes dans sa vie, les DVD visionnés une ou deux fois qui s’entassent, l’appareil photo qui attrape la poussière plus que la lumière, mais aussi la voiture que nous utilisons en solitaire moins d’une heure par jour ou l’appartement vide tout l’été. La liste est longue. Et elle représente une somme impressionnante d’argent comme de déchets futurs.» Telle est, en substance, l’accroche des théoriciens de la consommation collaborative. Car, assène avec un grand sourire Rachel Botsman, l’une de leurs chefs de file: «Vous avez besoin du trou, pas de la perceuse; d’une projection, pas d’un DVD; de déplacements, pas d’une voiture!»… (2)

Jeremy Rifkin est celui qui a diagnostiqué cette transition d’un âge de la propriété vers un «âge de l’accès» où la dimension symbolique des objets décroît au profit de leur dimension fonctionnelle: alors qu’une voiture était autrefois un élément de statut social qui en justifiait l’achat au-delà de son usage, les consommateurs se sont mis à louer leur véhicule.

Aujourd’hui, c’est même leur propre automobile ou leur propre domicile que les jeunes proposent à la location. S’ils font ainsi le désespoir de nombreux industriels du transport ou de l’hôtellerie, d’autres y voient un détachement vis-à-vis des objets de consommation porteur d’espoir. Les plates-formes d’échange permettent une meilleure allocation des ressources; elles atomisent l’offre, éliminent les intermédiaires et facilitent le recyclage. Ce faisant, elles érodent les monopoles, font baisser les prix et apportent de nouvelles ressources aux consommateurs. Ceux-ci seraient ainsi amenés à acheter des biens de qualité, plus durables, incitant les industriels à renoncer à l’obsolescence programmée (…)» (2)

La thèse d’une troisième révolution industrielle par J. Rifkin

Justement, Jeremy Rifkin économiste, essayiste, dans une analyse lumineuse et providentielle, même en ces temps de périls, de l’avenir des sociétés, écrit: «Nous sommes, à la fin d’une ère, celle d’une économie fondée sur les énergies fossiles, le travail à temps plein, une organisation pyramidale des entreprises, une gestion exclusivement marchande du monde… Et nous entrons dans ce qu’il appelle la troisième révolution industrielle qui va bouleverser nos manières de vivre, de consommer, de travailler, d’être au monde, un nouveau paradigme économique qui va ouvrir l’ère post-carbone, basée notamment sur l’observation que les grandes révolutions économiques ont lieu lorsque de nouvelles technologies de communication apparaissent en même temps que des nouveaux systèmes énergétiques (hier imprimerie/charbon ou ordinateur/; aujourd’hui Internet & les énergies renouvelables). La Seconde Révolution Industrielle se meurt donc. Dans un futur proche, les humains génèreront leur propre énergie verte, et la partageront, comme ils créent et partagent déjà leurs propres informations sur Internet. Cela va fondamentalement modifier tous les aspects de la façon dont nous travaillons, vivons et sommes gouvernés. Comme les première et deuxième révolutions industrielles ont donné naissance au capitalisme et au développement des marchés intérieurs ou aux Etats-nations, la troisième révolution industrielle verra des marchés continentaux, la création d’unions politiques continentales et des modèles économiques différents.» (3)

Pour Rifkin le défi est triple: La crise énergétique, le changement climatique, le développement durable. Ces défis seront relevés par un changement de la mondialisation à la «continentalisation». C’est-à-dire la fin d’une énergie divisée, pour une énergie distribuée. Les cinq piliers de la Troisième Révolution Industrielle sont: 1) – Passer aux énergies renouvelables. 2) – Transformer les bâtiments sur chaque continent en mini-centres énergétiques, créant de nombreux emplois. 3) – Permettre à chaque bâtiment de conserver cette énergie.) – Utiliser la technologie internet pour créer un réseau similaire d’énergie. Chaque bâtiment ayant de l’énergie en trop pouvant la vendre sur ce réseau.5) – Créer des réseaux électriques continentaux dans lesquels les véhicules électriques puissent vendre leurs surplus d’énergie en se branchant à une prise, tout en étant garés. (…) La Troisième Révolution Industrielle conclut-il, est un changement radical spatiotemporel. Elle va créer des citoyens globaux, dans une biosphère partagée, et nous reconnecter avec la planète. Nous avons peu de choix si nous voulons espérer restaurer la santé de la biosphère et préserver la planète pour les générations futures.»(3)

Daniel Kaplan énumère toutes les contraintes qui sont nécessaires pour un changement de paradigme de la société dans le sens d’une meilleure rationalisation et de la nécessité de faire « du neuf avec du vieux »  Nous l’écoutons : « La crise économique et écologique, qui devient également sociale et politique Les réseaux sociaux, qui aident à transformer la contrainte   en énergie positive, tournée vers la recherche de solutions à la fois personnelles et collectives Le développement de différentes formes de “consommation collaborative” : achats groupés, partage de ressources et de capacités, “consumer to consumer” (don, troc, location, revente de biens)… L’”économie de fonctionnalité” : faire payer un service (transport, chauffage, éducation, culture, soins, etc.) ou l’usage d’un bien plutôt que ce bien lui-même. Face à une crise qui dure, une économie de survie se développe : il faut dépenser moins et générer des revenus complémentaires. Comment ? En partageant tout ce qu’on peut : sa voiture, son logement, ses outils, son bout de jardin, son temps, ses compétences… L’internet joue son rôle de support, mais les services de consommation collaborative, qui visaient une cible de “bobos”, sont pris de court. Le partage est avant tout local, ce qui le facilite et le limite à la fois ».(4)

Daniel Kaplan poursuit :« Partage d’équipements, d’espaces, de temps, de compétences, de connaissances… avec des mécanismes de reconnaissance, voire de rémunération (en euros ou via des monnaies complémentaires). Valorisation et exploitation des “capacités excédentaires” (m2, véhicules, machines, temps…). Location, cloud, copropriété, achats et investissements groupés. Réparation, recyclage, récupération, revente. Ce scénario propose une réponse pertinente à la crise économique et écologique, fondée sur l’énergie des gens et l’entrepreneuriat. Il raconte une transformation qui marie l’économique, le social et l’environnemental : satisfaire les besoins, y compris ceux des plus pauvres, tout en créant du lien et en réduisant l’impact environnemental de l’activité économique ».(4)

Comment mieux utiliser et partager ce qui existe plutôt que posséder davantage ?

Dans le même ordre du partage: «Est-il indispensable de posséder une voiture que l’on utilise 2 à 5% du temps plutôt que de louer son usage où et quand on en a besoin? Est-il judicieux de se déplacer «en solo» quand on peut covoiturer? Est-il impératif d’acquérir un vélo plutôt que d’utiliser le service mis à disposition dans ma ville? Est-il nécessaire de construire de nouveaux bâtiments et équipements publics quand ceux existants sont sous-utilisés? Il y a un paradoxe. Nous avons des besoins de mobilité ou d’espace. Nous y répondons par la possession d’un véhicule ou la construction d’un nouvel équipement public. Les avantages sont connus: en possédant, la disponibilité de l’usage nous est garantie. Mais les inconvénients ont commencé à dépasser les avantages dans plusieurs domaines, aux plans individuel et collectif: posséder une voiture en ville est devenu un tracas et une source de dépense considérable, en investissement et en fonctionnement; les consommations d’énergie et de matières premières sont disproportionnées par rapport aux usages rendus.»(5)

Le modèle circulaire en application: une autre solution

Tendre vers une société durable et sans déchet, telle est aussi l’ambition poursuivie par l’architecte américain, William McDonough et le chimiste allemand, Michael Braungart; ils ont publié en 2002 le manifeste du mouvement: «Cradle to Cradle Remaking the way we make things» («Du berceau au berceau. Repenser la manière dont nous faisons les choses»). En apportant des solutions concrètes aux entreprises ou aux institutionnels qui les sollicitent. Leur modèle considère que toutes les matières premières entrant dans un processus de fabrication industrielle peuvent être vues comme des «nutriments» qui se divisent en deux grandes catégories. Les «nutriments techniques» comprennent les matières premières non organiques et non nuisibles à l’environnement (les matières synthétiques mais non toxiques sont de celles-là), tandis que les «nutriments biologiques» d’origine organique qui peuvent être compostés sans traitement spécifique reviennent nourrir les sols. En résumé, il faut «des matériaux totalement sains qui retournent soit à la terre, soit à l’industrie pour être recyclés indéfiniment» expliquent McDonough et Braungart». (6)

L’Ademe (Agence francaise pour les économies d’énergie) donne des pistes de «sobriété» Nous lisons: «Comment le consommateur peut-il réduire significativement la quantité de déchets qu’il produit et participer ainsi à la mise en place d’une économie circulaire? Les Français semblent déjà bien informés, puisqu’en 2010 ils sont 98% à avoir déjà donné une seconde vie à un objet quelconque. Ainsi, le réemploi n’est plus exclusivement associé à des situations de grande pauvreté et se pare d’une image positive, celle du consommateur «malin». En 2012, près de la totalité des Français (98%) déclarent avoir déjà pratiqué le réemploi et l’on estime à 1 250 millions d’euros par an le chiffre d’affaires lié au réemploi et à la réutilisation. Le marché de la réparation tire également profit de la crise économique: le nombre d’entreprises de réparation a augmenté de 26% tous secteurs confondus entre 2007 et 2011. La réparation automobile est le secteur le mieux représenté avec 60% des entreprises du secteur. L’impact sur l’environnement s’en fait d’ailleurs sentir: on estime qu’en 2011,825.000 tonnes de déchets ont été évitées grâce au réemploi et à la réutilisation, participant ainsi au développement de l’économie circulaire. Les efforts doivent être poursuivis pour favoriser ces nouveaux modes de consommation, notamment grâce à la promotion du réemploi ou à l’accompagnement des collectivités locales afin qu’elles développent des partenariats avec des structures spécialisées.»(7)

Et en Algérie?

Quelques possibilités Les Algériens ont perdu le sens de l’économie, la disponibilité excessive de tout, stérilise toute recherche tendant à éviter le gaspillage; l’Algérien de 2013 pense que tout lui est dû. Il est vrai que les scandales en tout genre qui portent sur des sommes colossales lui donnent la conviction que tout est pourri, que c’est le sauve-qui-peut, qu’il faut revendiquer «sa part de la rente», au besoin de façon brutale. Nous avons perdu le sens de l’économie et de la durabilité des choses. Nous avons 35 millions de portables dont la durée de vie est de trois ans en moyenne. Cela veut dire qu’il a un moyen de recycler 3 millions de portables/an. Nos greniers périclitent d’équipements inutilisés qui peuvent avoir une seconde vie si cette philosophie du partage que nous nous vantons d’avoir de par notre culture et notre religion existait réellement.

Nous ne savons pas ce que sont les économies du fait d’une consommation débridée où les utilités sont gratuites. A titre d’exemple, s’agissant du concept «Heure d’été -heure d’hiver». Dans les pays développés, on fait la «chasse au gaspi» Un simple calcul permet d’avoir une idée du gain. Pour les cinq millions de logements, c’est un gain de 18 millions de kWh ou encore, c’est l’équivalent de 15.000 tonnes de pétrole ou encore 10 millions de dollars de quoi retaper les laboratoires des universités. Il nous faut compter le moindre centime et rompre avec le gaspillage. Nous «produisons», 12 millions de tonnes de décharges. Les décharges sont des trésors si on sait y faire!

Il en est de même justement de la récupération de l’eau de pluie. Nos aînés récupéraient l’eau de pluie au nom de l’autosuffisance. Si on compte seulement 1 million de logements avec une surface de 100 m2 et une pluviométrie de 800l/m2 dans l’année. Avec une récupération à 50%. C’est au total 80 millions de m3 (près de 10%) de l’eau nécessaire à l’approvisionnement des habitants Nous vivons au-dessus des moyens de la planète. L’alternative est dans la sobriété, le changement de rythme, la décroissance qui suggère un changement de valeur: ne pas stigmatiser la lenteur, ne pas s’éblouir de la nouveauté, ne pas faire dans le mimétisme ravageur de l’Occident; rouler en 4×4, un portable vissé à l’oreille, se chausser de Nike, ce n’est pas cela le développement. Avec des convictions, de l’inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables. L’éco-citoyenneté est un combat qui commence à l’école et se poursuit par la suite dans la vie de tous les jours de chacun d’entre nous. Nous n’avons pas le choix.»(8)

Conclusion

La croissance infinie dans un monde fini est une équation intenable. La Terre est un équilibre: les éléments qui la composent (faune, flore, minéraux, eau, etc.) forment un tout indissociable et interdépendant. Pierre Rabhi écrit: «Le progrès ne libère pas. (…) Il faut que l’humanité se pose la question: Qu’est-ce que vivre? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de caddies. Cela me terrifie.» On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui. En 1972, nous étions en dessous de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités, à 85% environ. Aujourd’hui, nous sommes à 150%. La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, «The world is on track for disaster...», autrement dit, «tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre». Le modèle de développement actuel s’avère inefficace et non viable, pas seulement pour l’environnement, mais aussi pour les économies et les sociétés, a déclaré le Directeur général du BIT, Juan Somavia. Il nous faut tourner le dos à l’ébriété énergétique. Ce sera alors l’avènement du BIB (Bonheur Intérieur Brut) au lieu du PIB (Produit Intérieur Brut) qui a amené l’humanité à sa perte en déifiant la croissance et le marché.»(9)

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.GérardCharollois  http://www.altermondesansfrontiere.com/spip.php?article24203

2.M.Denoun,G.Valadon, http://www.mondediplomatique.fr/2013/10/DENOUN/49720

3. http://www.enerzine.com/14/13149+la-these-d-une-troisieme-revolution-industrielle-par-j-rifkin+.html

4. Daniel Kaplan http://fing.org/?Posseder-c-est-depasse#sthash.cstEi5j6.dpuf

5. http://energycities.eu/wiki/index.php/

6. Joss Blériot http://www.ellenmacarthurfoundation.org/circular-economy/circular-economy/3e-partie-le-modele-circulaire-en-application 20 janvier 2011

7. http://ademe.typepad.fr/presse/2013/07/reemploi-reutilisation-un-marche-de-plus-dun-milliarddeuros-en-france.html

8. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/172587-une-transition-multidimensionnelle-necessaire.html

9. http://www.lexpressiondz.com/mobile/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/ 155121-l-humanite-perdra-la-partie.html

Guerres silencieuses

octobre 17th, 2013 by Carlos Ayala Ramírez

Selon l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO pour son sigle en anglais), une enfant sur quatre de moins de 5 ans dans le monde souffre de retard de croissance. Cela signifie que 165 millions d’enfants sont tellement mal nourris que jamais ils n’atteindront le plein développement de leur potentiel physique et cognitif.

Approximativement 2 mille millions de personnes dans le monde manquent de vitamines et de minéraux essentiels pour jouir d’une bonne santé. Quelques 1 400 millions de personnes sont en surpoids, parmi celle-là environ un tiers sont obèses et courent le risque de souffrir de cardiopathie, diabète et autres problèmes de santé. Les femmes soufrant de malnutrition ont une plus grande probabilité de donner le jour à des enfants de faible poids, une entrée dans la vie avec un risque majeur de souffrir de carences physiques et/ou cognitives. Selon la FAO, la malnutrition des mères est une des principales voie de transmission de la pauvreté de génération en génération.

La faim et la malnutrition tuent donc progressivement plus de personnes, chaque année, que le sida, la malaria et la tuberculose réunis. Les données mondiales continuent à être dramatiques : 870 millions de personnes souffrent de la faim ; les femmes, qui constituent un peu plus de la moitié de la population mondiale, représentent plus de 60% des personnes touchées par la faim, la dénutrition aiguë tue chaque jour 10 mille enfants. Cette dernière donnée, est à elle seule scandaleuse et serait un argument suffisant pour transformer depuis sa base l’actuel système alimentaire, dont l’iniquité génère plus de morts que n’importe laquelle des guerres actuelles. Où peut-être sommes-nous face à une autre forme de guerre, silencieuse cette fois.

Dans le cas du Salvador et de ses 262 municipalités, 188 sont dans le groupe de population ayant une dénutrition moyenne ; 28, une grande et 7 souffrent d’une très grande dénutrition. Le reste apparaît dans les groupes de faible à très faible. Si nous nous en tenons à ces données, nous ne pouvons parler de famine dans le pays, mais cela ne permet pas l’ignorance de la réalité de milliers de familles qui continuent à souffrir l’angoisse et l’incertitude de l’insécurité alimentaire.

Eduardo Galeano dans son livre “Los Hijos de los dias” parle des guerres silencieuses. Il dénonce le fait que la pauvreté avec toutes ces séquelles, n’éclate pas comme les bombes, ni ne résonne comme les tirs, mais provoque aussi la mort. Et dans sa critique aiguisée, il signale que « des pauvres, nous savons tout ; dans quoi ils ne travaillent pas, ce qu’ils ne mangent pas, combien ils ne pèsent pas, ce qu’ils ne mesurent pas, ce qu’ils n’ont pas, ce qu’ils ne pensent pas, ce qu’ils ne votent pas, en quoi ils ne croient pas. Il nous reste seulement à savoir pourquoi les pauvres sont pauvres. Serait-ce parce que leur nudité nous vêt et leur faim nous donne à manger ? » Le 16 octobre est célébrée la Journée Mondiale de l’Alimentation avec le but de faire connaître et d’exposer les problèmes en relation avec la faim. Cette année, le thème central est ‘Systèmes alimentaires soutenables pour la sécurité alimentaire et la nutrition ». Les messages centraux envoyés au monde et aux preneurs de décisions politiques et économiques, sont au nombre de trois.

Premièrement, une bonne nutrition dépend d’une diète saine ; deuxièmement, ces diètes exigent des systèmes alimentaires qui rendent possible l’accès à une alimentation variée et nutritive ; troisièmement les systèmes alimentaires sains ne sont possibles qu’avec des politiques et des incitations concrètes et cohérentes. Pour la FAO, les politiques gouvernementales doivent affronter directement les causes de la malnutrition parmi lesquelles figure l’insuffisante disponibilité d’aliments sains, variés et nutritifs, et leur accès limité ; le manque d’accès à l’eau potable, son assainissement et l’attention sanitaire ; et les formes inadéquates d’alimentation infantile et des diètes des adultes.

C’est pourquoi, cette année l’accent est mis d’avantage sur la malnutrition que sur la faim, ce qui suppose que l’ont ait quelque chose à manger bien que ce ne soit pas le plus nutritif. On suppose, en plus, que l’augmentation de la production d’aliments, en soi, ne garantit une nutrition adéquate. Bon, sans minimiser la valeur de cette approche, il faut garder à l’esprit, si on aspire à une solution structurelle, que le plus grand obstacle pour l’éradication la faim et la malnutrition dans le monde est l’absence de progrès dans la réalisation d’un développement équitable et de milieux de vies soutenables, non seulement pour les groupes les plus vulnérables, sinon pour l’ensemble de la société. Et cela passe nécessairement par la réduction des énormes disparités dans le monde et dans chaque pays.

En Amérique latine par exemple, le fossé entre riches et pauvres a augmenté. Les 20% de la population la plus riche ont en moyenne un revenu par tête quasi 20 fois supérieur au revenu des 20% les plus pauvres. Le fait que 47 millions de personnes souffrent de la faim dans la région s’explique dans une grande mesure par cette concentration de richesse à la fois inéquitable et injuste. D’autre part, on affirme que pour sauver ceux qui souffrent de la faim dans le monde il faudrait 30 mille millions de dollars par an.

Un petit montant si on le compare aux dépenses militaires des États-Unis en 2012 : 682 000 millions de dollars. Il est clair que dans le monde, la sécurité militaire passe avant la sécurité alimentaire, les dépenses pour la guerre avant les dépenses pour la vie. Un autre chiffre scandaleux désigne les 1 300 millions de tonnes de nourritures qui chaque année sont jetées aux ordures plutôt que d’être affectées à la réduction de la faim et de la malnutrition.

Ces données sur la faim, la malnutrition, les dépenses militaires, la concentration de richesses et les gaspillages alimentaires renvoient vers la mort, directement ou indirectement. Dans ce contexte, les paroles de Jésus de Nazareth sont prophétiques et porteuses d’espérance ; « Heureux ceux qui ont faim maintenant parce qu’ils seront rassasiés… Mais… attention ! à vous qui êtes rassasiés parce vous aurez faim » Il y a ici une ouverture pour prendre en charge la réalité de ceux qui souffrent de la faim et de la malnutrition ; il a entendu leur clameur et il les a sorti de leur inexistence rendant centrale leur situation ; condition nécessaire pour se décider à travailler pour la justice et mettre fin aux guerres silencieuses du présent.

Carlos Ayala Ramírez pour Alai-Amlatin

Alai-Amlatina. Equateur, le 15 octobre 2013.

Traduit de l’espagnol pour Les états d’Anne par Anne Wolff 

 

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Aymeric Chauprade bonjour, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de RIA-Novosti qui ne vous connaîtraient pas?

Je suis géopolitologue. Une formation scientifique d’abord (mathématiques) puis de sciences politiques (docteur) et dix années titulaire de la Chaire de géopolitique de l’Ecole de Guerre à Paris, entre 1999 et 2009. J’ai aussi enseigné la géopolitique et l’histoire des idées politiques en France à la Sorbonne et en Suisse à l’Université de Neuchâtel.

Je suis maintenant également consultant international et très heureux de travailler de plus en plus avec la Russie. Mais je suis également souvent en Amérique Latine et j’ai des réseaux africains développés.

Vous êtes considéré comme l’un des fondateurs de la nouvelle géopolitique française, pluridisciplinaire, attentive à décrire le « continu et le discontinu » dans l’analyse des questions internationales, pourriez vous expliquer aux lecteurs de RIA-Novosti ce qu’il en est exactement?

Je me rattache au courant dit réaliste qui tient compte de la force des facteurs de la géographie physique, identitaire et des ressources, dans l’analyse des relations internationales. Mais pour autant, je ne néglige pas les facteurs idéologiques. Ils viennent en combinaison des facteurs classiques de la géopolitique que j’évoquais à l’instant à savoir les déterminants liés à l’espace, aux hommes dans leur identité culturelle (ethnie, religion…), et à la quête des ressources. J’insiste sur la multicausalité (il n’y a pas de cause unique mais chaque situation est la combinaison unique, un peu comme l’ADN d’une personne, d’une multiplicité de facteurs déterminants) et sur la multidisciplinarité (je refuse l’idée que ma matière, la géopolitique, puisse rendre compte à elle seule de la complexité de l’histoire ; attention au “tout géopolitique”, au “tout économique” ou “tout sociologique”). La tentation de tout expliquer par sa discipline, comme le font beaucoup les sociologues aujourd’hui, est une dérive née de l’hyperspécialisation qui nous éloigne de l’époque des savants généralistes, ces savants du XVIe siècle qui étaient à la fois philosophes, mathématiciens et souvent hommes de lettres!

Quant au “continu et au discontinu” c’est ce souci qui me vient de ma première formation scientifique de séparer la dimension continue et même parfois linéaire des phénomènes, de leur dimension discontinue et parfois erratique. Il faut savoir suivre les courbes des facteurs de temps long (la démographie par exemple) mais il faut aussi savoir lire les discontinuités, les sauts, de l’Histoire.

Vous avez le mois dernier été invité au prestigieux Forum Valdaï, cofondé par RIA-Novosti. Pourriez-vous nous faire part de vos impressions sur ce forum?

D’abord j’ai été très honoré de figurer parmi les nouveaux invités du Forum de Valdaï. Ce fut une expérience véritablement passionnante. Les débats sont de qualité, l’organisation rigoureuse. C’est une sorte de Davos russe mais avec une différence notable : il n’y a pas de pensée unique mondialiste unanimement partagée. Des sensibilités différentes sont représentées. Si l’on voulait simplifier d’un côté, les Occidentalistes qui, Russes ou Occidentaux, célèbrent le “modèle démocratique occidental”, essentiellement américain et considèrent que celui-ci doit être l’horizon vers lequel doit tendre la société russe, et de l’autre côté, les partisans d’un modèle original russe, dont je fais partie, bien que n’étant pas russe, qui considèrent que la Russie n’est pas seulement une nation, mais une civilisation, dont la profondeur historique est telle qu’elle permet de proposer aux Russes un modèle original. A Valdai, j’ai beaucoup entendu les Occidentalistes se lamenter du fait que la Russie était encore loin des standards occidentaux, à cause d’un prétendu déficit démocratique et d’une forte corruption. Je n’idéalise pas la Russie sous Poutine qui travaille d’arrache-pied au redressement de ce pays depuis 13 ans ; j’en mesure les maux mais je dis simplement que lorsque l’on parle de corruption il faudrait premièrement rappeler que les indicateurs de mesure sont faits pour l’essentiel par les Occidentaux, et les Américains en particulier, ce qui n’est pas une assurance d’objectivité, et deuxièmement s’intéresser non seulement à la corruption de l’Occident lui-même mais à son fort pouvoir corrupteur dans les pays en voie de développement!

Par ailleurs je considère que si la Russie court derrière le modèle occidental, elle sera toujours en retard. Bien au contraire, un pays qui a su pousser si loin la création artistique et scientifique, me paraît plus que capable de proposer un contre-modèle, lequel ne devra pas être fondé sur la toute puissance de l’individualisme, mais au contraire sur l’âme russe, sur la dimension spirituelle de ce pays. Il faut faire attention à une chose : le communisme, comme rouleau compresseur de l’esprit critique et de la dimension spirituelle de l’homme, a été un préparateur redoutable pour le projet de marchandisation de l’homme que propose l’individualisme américain.

Je suis convaincu que le retour à la Sainte Russie, au contraire, peut être un formidable réveil du génie créateur russe, qui seul lui permettra de reconstruire, au-delà des hydrocarbures et d’autres secteurs, une économie performante et innovatrice.

La question de l’identité a été extrêmement discutée et le président russe a utilisé une rhétorique eurasiatique pour parler de l’Etat Civilisation russe, pensez vous comme certains que le réveil russe l’éloigne de l’Occident, et donc de l’Europe, et devrait intensifier son rapprochement avec la Chine?

Si la Russie s’éloigne de l’Occident ce sera de la faute de l’Occident américain. La Russie est en effet diabolisée dans les médias américains dominants et par conséquent dans les médias européens qui s’en inspirent. Cette diabolisation est injuste, c’est de la mauvaise foi qui vise à présenter le redressement russe comme agressif alors que celui-ci cherche à consolider sa souveraineté face à l’impérialisme américain qui fait glisser les frontières de l’OTAN aux frontières de la Russie et de la Chine.

La Russie développe ses relations avec la Chine, dans le cadre notamment du groupe de Shangaï et aussi parce que les Chinois ont compris que les Russes pouvaient être des partenaires solides dans un monde multipolaire. De fait, ces deux puissances partagent la même vision de l’organisation du monde : elles respectent la souveraineté des Etats, refusent l’ingérence chez les autres, veulent l’équilibre des puissances comme garantie de la paix mondiale. Toutes deux s’opposent au projet unipolaire américain qui, il suffit de le constater, a déclenché une succession de guerres depuis l’effondrement soviétique : Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Libye, Syrie maintenant… Où avez-vous vu les Russes dans toutes ces guerres?

Je pense que la Russie ne veut pas se contenter d’un partenariat avec la Chine. Certes la Russie est une puissance eurasiatique, mais il suffit de s’intéresser à son histoire, à son patrimoine culturel, pour voir qu’elle est une puissance profondément européenne et qu’elle n’entend pas se couper de l’Europe. Si les Européens se libéraient de leur dépendance à l’égard des Etats-Unis tout pourrait changer et un fort partenariat stratégique pourrait se nouer entre l’Europe et la Russie.

Vous aviez lancé le 13 juin dernier un « Appel de Moscou », quel regard global portez vous sur la Russie d’aujourd’hui?

D’abord j’essaie de ne pas idéaliser la Russie même si je ne vous cache pas que je me sens extrêmement bien dans ce pays, parce que le matérialisme m’y paraît sans cesse équilibré par une sorte de profondeur d’âme insondable. Je pense que quelque chose est en train de se passer dans la Russie de Poutine et j’espère seulement que le Président Poutine pense à la manière de perpétuer son héritage, car la pire chose qui pourrait arriver ce serait le retour des occidentalistes de l’ère Eltsine, qui prennent la Russie pour un pays du Tiers monde qu’il faudrait mettre aux normes occidentales. L’appel de Moscou que j’ai lancé poursuivait deux buts: d’abord montrer mon soutien au refus russe du programme nihiliste venu d’Occident (mariage homosexuel, théorie du genre, merchandisation du corps), ensuite montrer aux Français qui défendent la famille et les valeurs naturelles que la Russie peut être une alliée précieuse dans ce combat. Je suis très surpris et heureux de constater à quel point mon appel de Moscou lancé à la Douma le 13 juin 2013 a circulé en France dans les milieux catholiques qui se sont mobilisés contre le mariage homosexuel.

Le souverainisme est à vos yeux une notion clef de l’équilibre mondial. Très curieusement ce concept est abandonné en Europe alors qu’en Russie et dans nombre de pays émergents l’affirmation et le maintien de la souveraineté semble au contraire un objectif essentiel. Comment expliquez-vous cette différence d’orientation?

La souveraineté est une évidence pour tous les peuples du monde, et en particulier pour ceux qui ont pris leur indépendance récemment ou qui aspirent à créer un Etat indépendant. Les Européens de l’Ouest, ou plutôt leur fausses élites gouvernantes, sont les seules du monde à avoir abdiqué la souveraineté de leurs peuples. C’est une trahison dont elles devront répondre devant l’Histoire. Des millions de Français ont péri à travers l’Histoire pour défendre la liberté et la souveraineté du peuple français, sous les monarques comme en République. Mon nom est inscrit sur les monuments aux morts français. Si les Français voulaient s’en souvenir, il n’est pas une famille française qui n’ait son nom inscrit sur ces monuments aux morts, de la Première, de la Deuxième ou des guerres de défense de l’Empire français.

Imaginez-vous un Américain ou un Russe abdiquer sa souveraineté? Pour eux le patriotisme est une évidence, qui va d’ailleurs tellement de soi que tout parti affirmant un programme nationaliste en Russie est perçu comme extrémiste parce qu’il n’y a nul besoin là-bas d’affirmer l’évidence. Nos amis russes doivent comprendre en revanche qu’en France ce n’est plus l’évidence et par conséquent qu’il est normal qu’un parti politique qui veut rendre au peuple la souveraineté, mette celle-ci au sommet de son programme!

Aujourd’hui nous assistons à une relative rapide modification des relations internationales, avec le basculement du monde vers l’Asie et la potentielle fin du monde unipolaire. Comment envisagez vous que cette transition puisse se passer?

Ce que je vois c’est que les Etats-Unis refusent de perdre leur premier rang mondial et peuvent créer de grands désordres, peut-être même des guerres de grande ampleur, dans les décennies à venir, et que les Européens, quant à eux, sont dans la gesticulation kantienne, la proclamation de belles leçons de morale qui s’accompagnent d’un déclin en puissance dramatique et donc pathétique.

Au sein de cet basculement, la France semble quant à elle pourtant de plus en plus aligner sa politique étrangère sur les intérêts américains, cela est visible avec la crise en Syrie. Comment l’expliquez-vous?

Je l’explique très simplement. L’oligarchie mondialiste a pris le contrôle des principaux partis de gouvernement français, le PS et l’UMP. La majorité de ses dirigeants ont été initiés dans les grands clubs transatlantiques. Ils ont épousé le programme mondialiste et ne raisonnent plus en patriotes français comme le faisait le général de Gaulle. Lorsque le peuple français l’aura compris, ces fausses élites seront balayés car elles n’ont pour bilan que le déclin en puissance de la France et la perte de sa souveraineté.

Vous avez soutenu Philippe de Villers en 2004, auriez appelé à Voter pour Nicolas Sarkozy en 2007 et vous venez de vous ranger au coté de Marine Le Pen. Souhaitez-vous désormais entamer une carrière politique?

Le mot carrière ne me va guère. Si j’avais choisi de faire une carrière dans le système, alors j’aurais choisi de proclamer autre chose que des vérités qui dérangent. Je n’ai qu’une ambition, pouvoir dire à mes enfants, au seuil de la mort, que j’ai fait ce que je pouvais pour défendre la liberté et la souveraineté du peuple français. J’ai soutenu Philippe de Villiers que je respecte.

Mais je n’ai jamais appelé à voter pour Nicolas Sarkozy, que je vois comme soumis aux intérêts américains. Je ne sais qui a pu dire une chose pareille mais je vous mets au défi de trouver un seul texte de soutien de ma part à Nicolas Sarkozy. C’est d’ailleurs son gouvernement, en la personne de son ministre de la défense Hervé Morin, qui m’a brutalement écarté de l’Ecole de Guerre parce j’étais trop attaché à l’indépendance de la France et que je m’opposait au retour de la France dans les structures intégrées de l’OTAN. Donc de grâce que l’on ne dise jamais que j’ai soutenu ou appelé à voter Sarkozy.

En revanche, oui je soutiens Marine le Pen et il est possible que je joue prochainement un rôle sur la scène politique à ses côtés. Marine a un caractère fort, une carapace héritée des coups que son père a pris pendant tant d’années, et je la sens donc capable de prendre en main avec courage le destin du pays. Le courage plus que l’intelligence est ce qui manque aux pseudo-élites françaises, lesquelles sont conformistes et soumises à l’idéologie mondialiste par confort.

Comment envisageriez vous la relation franco-russe?

Je l’ai dit et je le redis haut et fort. Si le Front national arrive au pouvoir, il rompra avec l’OTAN et proposera une alliance stratégique avec la Russie. Ce sera un tremblement de terre énorme au niveau international et c’est la raison pour laquelle, avant d’arriver en haut des marches, et même avec le soutien du peuple, il nous faudra affronter des forces considérables. Nous y sommes prêts. Et n’oubliez pas que la France est le pays de Jeanne d’Arc. Tout est possible donc, même quand tout semble perdu!

Merci Aymeric Chauprade.

Les lecteurs souhaitant en savoir plus peuvent consulter votre blog ou le siteRealpolitik-TV.

 

L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Comment jugez-vous la séquestration par les milices armées du premier ministre libyen Ali Zeidan, ensuite libéré ?

A. Del Boca : C’est un affrontement de pouvoirs. Cela fait partie du chaos dans lequel la Libye est tombée après la guerre de l’OTAN qui a déposé Khadafi, de façon sanglante. Je ne suis pas du tout surpris par cette séquestration.  L’an dernier, quand Anwar Fekini, figure importante de l’opposition en exil (et petit-fils de Mohammed Fekini protagoniste de la révolte contre l’occupation italienne du début du 20ème siècle) devait devenir premier ministre, j’ai essayé de l’en dissuader. Il était réticent à mes suggestions mais il m’a récemment remercié en me disant : « Tu m’as sauvé la vie ».

 

Qu’est-il arrivé en Libye depuis le meurtre de Khadafi en octobre 2011 ?

A. Del Boca : Il y a eu une prolifération des milices armées. D’après des estimations des services de renseignements étasuniens elles sont plus de 500 et effroyables.  La Maison Blanche elle-même, qui avait fourni son aviation à ces insurgés, en a fait la douloureuse expérience le 11 septembre 2012, quand les djihadistes ont attaqué le consulat étasunien à Bengazi et assassiné leur ambassadeur Chris Stevens et trois autres fonctionnaires étasuniens. Dans les milices le poids des djihadistes est très fort. Ainsi, après la capture ces jours-ci par des forces spéciales étasuniennes du présumé dirigeant d’Al Qaeda, Abu Anas-Al Liby, très en vue dans le soulèvement libyen, la « riposte » des milices les plus islamistes a éclaté. Qui envoie dire à Washington : vous avez fait une arrestation arbitraire, contre notre souveraineté.  La veille Ali Zeidan avait démenti toute aval de Tripoli à l’opération.  Mais le secrétaire d’Etat Kerry l’a démenti quelques heures après, en révélant que le gouvernement libyen avait donné son consentement.  Je tiens à rappeler un élément qui peut faire comprendre la collusion entre les milices et le gouvernement en Libye. Ali Zeidan est, étrangement, un homme très riche et il y a un mois seulement il a offert un milliard de dollars aux milices de Misrata, qui sont considérées comme les plus fortes et les plus radicales.

 

Peut-on dire que la crise en cours en Libye est, en quelque sorte, aussi une crise italienne, en ceci qu’elle met aussi en cause nos responsabilités politiques ?

A. Del Boca : Certainement. Je m’explique. Ces jours-ci j’ai essayé à plusieurs reprises de me mettre en contact avec le président Letta pour le conseiller. Parce que Letta a commis une erreur très grave : il a offert la disponibilité de l’Italie au président étasunien Obama qui lui a demandé, du fait de notre proximité et de notre histoire,  de s’engager plus encore dans la crise libyenne. Comment ? En remettant sur pied l’armée et la police en Libye, en reconstituant les institutions et, surtout,  « en désarmant les milices ». Mais accepter cette « désarmante » et déconcertante requête voudrait dire se préparer de fait à la troisième invasion italienne de la Libye. Car, toujours selon les services étasuniens, les plus de 500 milices correspondent à environ 30mille hommes armés jusqu’aux dents, avec des cannons et des blindés. Une véritable armée aguerrie. Avec un trafic d’armes incessant et massif vers la déstabilisation d’aires décisives comme Syrie, Sinaï (Egypte), nord du Mali, Tunisie et Algérie.  Mais, comme si ça n’était pas suffisant, il y a aussi deux autres questions, plus graves encore, qui mettent en ce moment en cause l’Italie. En premier lieu, le fait que les Etats-Unis, face à la situation libyenne, ont décidé d’envoyer des forces spéciales –dès à présent plus de 200 marines- dans la base (étasunienne) de Sigonella (Sicile). Pourquoi le gouvernement Letta-Alfano est-il silencieux à ce sujet ? Il devrait au contraire prendre position, parce que l’intention étasunienne équivaut de fait à l’ouverture d’un front en Libye de guerre « couverte ». On doit tout ça aux pays de l’Otan et aux Etats-Unis qui avec la guerre de 2011 ont transformé la Libye en une nouvelle Somalie de 1993-94, quand celle-ci fut abandonnée par les troupes étasuniennes et italiennes, après l’aventure guerrière qu’ils avaient vendue comme « humanitaire ». En somme, la Libye que nous avons connue n’existe plus, elle s’est « somalisée » et avec des circonstances aggravantes pour nous parce que c’est une « somalie » qui est en face de nos rives méditerranéennes. Et le président Letta veut y retourner « pour désarmer »…

 

Et il y a aussi le massacre de Lampedusa…

A. Del Boca : Oui, parce qu’il y a l’autre épisode dramatique des migrants en fuite de la grande Afrique de l’intérieur, fuite de la misère, de la faim, des guerres activées pour des intérêts occidentaux sur de gigantesques richesses minières et sources d’énergie.  Il y a deux jours, justement, en pleine syntonie criminelle avec le massacre de Lampedusa, et avec l’aval du gouvernement italien, l’état-major de la Guardia di Finanza (douanes italiennes) et des Gardes côtes nationales a signé « un accord avec les autorités libyennes » -lesquelles ?- pour patrouiller conjointement les ports libyens. On peut se demander : avec quelles milices, avec quels leaders djihadistes avons-nous signé ce pacte incroyable, à qui avons-nous promis de l’argent italien pour arrêter militairement les désespérés qui fuient sur des embarcations dans la Méditerranée ?

 

Edition de vendredi 11 octobre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/attualita/notizie/mricN/9985/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

 

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L’absence du président Barack Obama aux sommets asiatiques de la semaine dernière, due au blocage du gouvernement à Washington, est un signe du déclin de la puissance américaine, ce qui ne fera qu’exacerber l’instabilité régionale.

Au fil des quatre dernières années, la réaction d’Obama à la montée économique de la Chine a été caractérisée par une pression diplomatique et militaire contre la Chine – le «pivot» vers l’Asie. L’annulation de la visite d’Obama a déconcerté des alliés américains et soulevé des questions dans les cercles dirigeants concernant la capacité de Washington à maintenir ses engagements stratégiques et économiques.

Les assurances que Washington était voué au «pivot» vers l’Asie, fournies à répétition par le secrétaire d’État John Kerry, le remplaçant d’Obama aux sommets de la semaine dernière, sonnaient plutôt creux. Suite au blocage du gouvernement à Washington et au danger d’une faillite, la question était plutôt: les États-Unis peuvent-ils financer le «pivot»?

Le commentateur du quotidien Financial Times, Philip Stephens, a noté l’évident désarroi de la politique étrangère américaine: «Ces temps-ci ne sont pas les meilleurs pour la puissance et le prestige américains. Les contorsions de monsieur Obama sur la Syrie et sa volonté de discuter avec l’Iran ont mis des alliés arabes traditionnels en colère… Son absence [en Asie] et la farce fiscale qui se joue en ce moment à Washington n’inspire pas confiance en ce qui concerne le fameux “pivot vers l’Asie” de son gouvernement. L’acte de présence est important dans cette partie du monde, et monsieur Obama à laissé la place au président Chinois Xi Jinping.»

En entrevue avec l’hebdomadaire The Economist, un politicien asiatique d’expérience a succinctement décrit l’absence d’Obama aux sommets de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et de l’APEC (Forum de coopération économique Asie-Pacifique) comme étant du «délire». Le commentaire suivant accompagnait l’entrevue: «Il était difficile de ne pas percevoir cette semaine comme un épisode dans le long drame du déclin relatif américain dans la région d’Asie-Pacifique pendant que la Chine monte. Pendant que Monsieur Obama était coincé à Washington, Xi Jinping était présent aux deux sommets.»

Xi et le premier ministre chinois, Li Keqiang, en plus d’être présents aux sommets de l’ASEAN et de l’APEC, ont fait preuve d’une largesse économique ciblée pour influencer des gouvernements dans le contexte du ralentissement de la croissance économique à travers la région. Xi a annoncé des ententes économiques en Malaisie et en Indonésie qui valent des dizaines de milliards de dollars, ainsi que la formation d’une infrastructure bancaire asiatique, et il a prédit que commerce entre les pays de l’ASEAN allait tripler pour atteindre 1000 milliards de dollars en 2020.

Dans une référence à peine voilée aux tentatives américaines d’alimenter les disputes maritimes entre la Chine et ses voisins, Li a lancé une mise en garde au sommet du sud-est asiatique: «Sans paix et stabilité, tout développement [économique] est hors de question».

Les tensions évidentes entre la Chine et les États-Unis aux deux sommets ne font qu’intensifier le dilemme auquel font face les gouvernements de la région, qui sont fortement économiquement dépendants de la Chine, mais qui dans la plupart des cas reposent sur les États-Unis militairement. Personne ne veut s’attirer le mauvais œil de Washington, alors que le gouvernement Obama fait grimper les tensions avec la Chine et attise de potentiels points chauds de la région, notamment la péninsule coréenne et des disputes dans les mers de Chine méridionale et orientale.

Le marasme économique mondial qui s’approfondit ne fait qu’augmenter la rivalité. Plusieurs indices soulignent la dynamique sous-jacente. L’échange commercial entre la Chine et les pays de l’ASEAN au cours des deux dernières décennies est passé de 8 milliards de dollars en 1991 à 400 milliards de dollars en 2012, pendant que l’échange commercial avec les États-Unis s’est développé beaucoup plus lentement. Résultat, la part américaine des échanges commerciaux en Asie orientale a chuté au fil de la dernière décennie de 19,5 pour cent à 9,5 pour cent, pendant que la part de la Chine a augmenté de 10 à 20 pour cent. La pression agressive d’Obama pour un partenariat trans-pacifique – un bloc commercial pour faire valoir les intérêts américains aux dépens de ceux de la Chine – est une manœuvre désespérée pour renverser cette tendance et réaffirmer la domination économique des États-Unis.

Par contre, l’arme principale du gouvernement Obama dans sa poursuite du «pivot vers l’Asie» a été la puissance militaire américaine. Au cours des deux dernières décennies, l’impérialisme américain a mené une guerre après l’autre – en particulier dans la région du Moyen-Orient riche en énergie – afin d’affaiblir ses rivaux asiatiques et européens et contrecarrer son déclin historique. Le tournant vers l’Asie implique une restructuration massive et le développement des forces américaines dans le bassin indo-pacifique pour accompagner ses provocations diplomatiques de la force militaire et préparer une guerre contre la Chine.

Aux sommets asiatiques de la semaine dernière, la réponse de Kerry à «l’offensive de charme» de la Chine et à ses cadeaux économiques a été une fois de plus d’attiser les disputes dans la mer de Chine méridionale qui sépare la Chine de ses voisins d’Asie du Sud-Est. Une remarque étrange, néanmoins révélatrice, faite par un responsable du département d’État pendant un briefing en route vers le sommet de l’ASEAN à Brunei, anticipait le comportement belliqueux de Kerry à ce sujet. «Les États-Unis et l’ASEAN sont maintenant en accord violent», a-t-il déclaré, «sur les principes de la liberté de navigation et d’une solution négociée aux disputes territoriales».

Le terme «accord violent», que le responsable questionné a répété, ne peut qu’avoir une seule signification: la détermination de Washington à utiliser la force ou la menace de force pour appuyer ses exigences à l’endroit de la Chine. Pour les États-Unis, «la liberté de navigation» signifie le libre accès à des voies navigables stratégiques pour ses navires de guerre. La domination des États-Unis dans la mer de Chine méridionale, une zone immédiatement adjacente au continent chinois, joue un rôle critique dans la stratégie de guerre du Pentagone contre la Chine, qui comprend l’établissement d’un blocus naval visant à étouffer l’industrie chinoise en coupant son accès à l’énergie et aux matières premières.

Les discussions impliquant la semaine dernière le secrétaire américain de la Défense, Chuck Hagel, en Corée du Sud, et Kerry et Hagel au Japon, étaient encore plus inquiétantes. Les deux rencontres avaient pour sujet principal la restructuration des forces militaires américaines, coréennes et japonaises, en vue d’une «guerre préventive» en Asie du Nord-Est. Une longue déclaration conjointe rendue publique par Kerry, Hagel, et leurs homologues japonais décrit le déploiement massif de matériel militaire américain sophistiqué au Japon, incluant des drones longue distance et des avions de surveillance, des systèmes antimissiles balistiques, et des avions chasseurs. Bien qu’ostensiblement dirigés contre la «menace» de la Corée du Nord, ces déploiements font partie des préparatifs américains pour une guerre contre la Chine.

Tôt ou tard, la réaction de l’impérialisme américain à ses échecs au Moyen-Orient et en Asie sera de multiplier les provocations et les menaces, et de lancer de nouvelles interventions militaires pour subjuguer ses rivaux.

Peter Symonds

Article original en anglais, WSWS

 

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Sept anciens ministres, diplomates et hauts fonctionnaires de l’ONU et d’institutions internationales saluent la reprise, ce 15 octobre, des négociations sur le nucléaire iranien. Dans une tribune adressée à Mediapart, ils plaident pour une nouvelle diplomatie de l’Occident, seule à même de résoudre le conflit en Syrie et de réintégrer l’Iran dans le jeu international.

En février 1972, Richard Nixon fit une visite « surprise » en Chine, reconnut le gouvernement communiste de Mao et ouvrit la porte aux relations plus ou moins pacifiques qui ont prévalu depuis lors entre la Chine et les Etats-Unis. Bien que Nixon ait commencé sa carrière politique lors des campagnes anticommunistes qui firent suite à la « perte de la Chine » en 1949, il suivait là le Général De Gaulle, qui avait établi des relations diplomatiques avec la Chine huit ans plus tôt, en 1964, parce que, comme disait De Gaulle, il faut reconnaître« le monde tel qu’il est » et parce que « avant d’être communiste, la Chine est la Chine ».

Un an plus tard, Nixon et Kissinger ont signé les accords de Paris qui mirent officiellement fin à la guerre américaine au Vietnam. En 1963, une solution à la crise des missiles de Cuba fut trouvée par Kennedy et Khrouchtchev en acceptant, du côté soviétique, le retrait des missiles de Cuba et, du côté américain, en promettant de ne pas attaquer Cuba et en retirant des missiles de Turquie.

Tous ces événements changèrent le cours de l’histoire, firent reculer le risque de guerre globale et nous éloignèrent de confrontations sans fin. Il faut néanmoins se souvenir que ni la Chine, ni l’Union Soviétique, ni le Nord Vietnam n’étaient démocratiques et, qu’en fait, ils l’étaient bien moins que l’Iran aujourd’hui. De Gaulle, Kennedy, Nixon et Kissinger n’étaient pas amis du communisme et, de l’autre côté, Khrouchtchev, Mao et les Vietnamiens n’avaient aucune sympathie pour le capitalisme et l’impérialisme occidental.

La paix ne se fait pas entre amis mais entre adversaires. Elle se fonde sur la reconnaissance de la réalité. Quand des pays ou des idéologies sont en conflit, il n’y a que deux solutions : la destruction totale d’un des côtés, comme Rome avec Carthage, ou la paix et les négociations. Comme l’a montré l’histoire, dans le cas de la Chine, de l’Union Soviétique et du Vietnam, la paix a été la condition qui a rendu possible l’évolution interne de ces pays.

Au cours de ces dernières décennies, au moins au Moyen-Orient, l’Occident a oublié ce que la diplomatie voulait dire. Au contraire, il a choisi la ligne de « destruction totale de l’ennemi », qu’il s’agisse de Saddam Hussein en Irak, de Kadhafi en Libye, du régime d’Assad en Syrie ou de la république islamique d’Iran. Cette ligne repose sur de l’idéologie : un mélange de fondamentalisme des droits de l’homme et de soutien aveugle à la « seule démocratie dans la région », Israël. Mais elle a été un échec total : cette politique n’a rien apporté à l’Occident et n’a causé que d’immenses souffrances aux populations qu’elle prétendait aider.

Il y a des indices que la situation est en train de changer. Les peuples américains et britanniques, ainsi que leurs représentants, ont rejeté une nouvelle guerre avec la Syrie. La Russie, les Etats-Unis et la Syrie se sont mis d’accord sur les armes chimiques syriennes. Le président Obama fait des pas en direction de négociations honnêtes avec l’Iran.

Tous ces développements naissants doivent être poursuivis avec énergie. La seconde conférence de Genève sur la Syrie doit inclure toutes les parties internes et externes au conflit. Ce n’est que de cette manière qu’une telle conférence pourrait devenir une étape importante en vue de trouver une solution à la tragédie de ce pays ravagé par la guerre. Les sanctions injustes contre l’Iran, comme cela avait été le cas des sanctions contre l’Irak, frappent sévèrement des populations et doivent être levées au plus tôt.

Le premier ministre israélien Netanyahou et ses partisans sont fermement opposés à ces pas faits en direction de la paix. Mais ils doivent se rendre compte qu’il y a des limites à notre volonté de « protéger » Israël si ce pays ne fait aucun effort pour vivre en paix avec ses voisins. Et on pourrait commencer à poser des questions à propos du plus gros éléphant dans la pièce : les armes de destruction massive israéliennes. Pourquoi ce pays devrait-il être le seul dans la région à en posséder ? Si sa sécurité est sacro-sainte, qu’en est-il de la sécurité des Palestiniens et des Libanais ? Et pourquoi les Etats-Unis, pris dans une grave crise financière, doivent-ils entretenir un pays qui ignore superbement toutes leurs demandes, par exemple d’arrêter les implantations dans les territoires occupés ?

L’Occident doit comprendre qu’avant d’être baathiste ou islamiste, ou communiste dans le temps, les pays sont habités par des gens qui partagent notre humanité commune, avec le même droit à la vie, indépendamment de leur idéologie. L’Occident doit faire prévaloir le réalisme qui unit sur l’idéologie qui divise. C’est seulement ainsi que nous réaliserons nos véritables intérêts, qui présupposent des relations pacifiques entre systèmes sociaux différents et le respect mutuel pour la souveraineté nationale.

Ultimement, nos intérêts bien compris coïncident avec ceux du reste du genre humain.

Hans-Christof von Sponeck, Secrétaire général adjoint de l’ONU ; Coordinateur humanitaire des Nations Unies en Irak (1998-2000).

Denis J. Halliday, Secrétaire général adjoint de l’ONU (1994-1998).

Miguel d´Escoto Brockmann, Président de l’Assemblée générale des Nations-Unies, (2008-2009). Ministre des Affaires étrangères du Nicaragua (1979-1990).

Mahdi Elmandjra, Sous-directeur général de l’UNESCO pour les sciences sociales, les sciences humaines et la culture (1966-1969) ; Sous-directeur général de l’UNESCO pour la prospective (1971-1976).

Saïd Zulficar, Fonctionnaire de l’UNESCO (1967-1996). Directeur des Activités opérationnelles, Division du Patrimoine Culturel (1992-1996).

Samir Radwan, Fonctionnaire OIT (1979-2003). Conseiller du Directeur général de l’OIT sur les politiques de développement (2001-2003). Ministre égyptien des Finances, janvier-juillet 2011.

José L. Gómez del Prado, Ancien Fonctionnaire du Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, Membre du Groupe de travail des Nations Unies sur l’utilisation des mercenaires (2005-2011).

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Le scandale des armes chimiques US abandonnées à Panama

octobre 15th, 2013 by Betty Brannan Jaen

Le journal français le Monde a publié mardi une double page, une carte montrant les pays qui possèdent des armes chimiques ou qui les ont utilisées. Je fus surprise de voir que Panama apparaissait fort visible sur cette carte

Pour avoir une explication, j’ai dû lire les petits caractères. Panama détient des armes chimiques sur son territoire, mais pas de sa propre volonté, sinon « parce qu’elles furent abandonnées par un pays tiers » Le Monde ne donne pas le nom de ce pays tiers, mais les Panaméens nous savons bien de qui il s’agit. C ‘est pour cela que nous insistons quant au fait que ce pays a le devoir absolu de retirer de notre territoire ces armes chimiques qu’il trouve aujourd’hui si répugnantes. Sa crédibilité morale et diplomatique l’exige.

Nous sommes en train de parler de milliers de bombes toxiques que les USA ont laissé sur nos terres et dans nos mers. L’Armée étasunienne a admis que 64 millions de livres de gaz toxiques – joints à 400 mille bombes chimiques et 500 tonnes de déchets radioactifs – ont été secrètement jetés dans les océans de leur propre territoire et de celui de différents pays étrangers, incluant Panama, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Sur l’Isle de San Jose, on estime que les USA ont laissé trois mille bombes de gaz moutarde et phosgène (gaz utilisé auparavant comme arme chimique NdT), qu’elles aient été boutées à la mer ou enterrées dans la jungle, où certaine bombes se retrouvent en pleine vue à la surface. Ils ont également pratiqué 31 mille expériences avec des gaz moutarde et phosgène dans l’île, usant de soldat portoricains comme cobayes, ce qui fut pour eux une torture, malgré qu’’ils ne furent pas obligé des respirer les gaz, ce qui aurait été mortel (explication : le gaz moutarde provoque des ampoules sur la peau, et lorsqu’il est respiré ; les ampoules apparaissent également dans les poumons. Le phosgène est un « gaz asphyxiant » qui détruit les parois pulmonaires, la victime meurt asphyxiée dans son propre sang).

Nous ne savons pas dans quelle mesure ces substance peuvent s’être dissipées au cours du temps, ou si elles sont encore actives ; il y a des raisons de supposer que celles qui sont enterrées sont intactes et que celles qui se trouvent dans la mer pourrait se trouver dans des conteneurs corrodés par le contact prolongé ave l’eau salée. En 2005, quand le quotidien étasunien Daily Press publia une enquête, un expert affirma que le danger grandissait au cours du temps plutôt que de diminuer.

En 2003, Washington fit une offre, que l’ambassadrice de l’époque, Linda Watt, qualifia de « fort généreuse ». Washington offrit son appui financier et des formations pour que Panama opère son propre assainissement de l’Ile San Jose, mais exigea que Panama exonère les USA de toute responsabilité. L’exigence était que Panama reconnaissent que « les USA n’avaient aucune obligation, responsabilité ou une quelconque dette concernant les munitions qui ont été découvertes sur l’Ile San Jose, ni sur elles qui pourraient être découvertes par la suite »

Dès la signature de l’accord, selon la proposition des USA, “porter plainte contre le gouvernement de Panama sera le remède exclusif pour quelque acte ou omission” relatifs au déminage des munitions de l’ile ». En plus, la proposition stipule que « le gouvernement de Panama assume la responsabilité et défendra, indemnisera et délivrera de toute responsabilité les USA… pour toutes et n’importe quels réclamation, procès  au défaillance qui pourrait résulter de quelque que manière que ce soit, de façon intégrale ou partielle, de quelque acte ou omission des USA … [qui] d’une quelconque manière serait en relation avec la présence, le retrait, la destruction, le transfert ou le déminage de toutes armes, munitions ou explosifs sur l’ile de San Jose, ou de toute substance en relation avec de telles armes, munitions ou explosifs, incluant mais n’étant pas limité aux déchets toxiques ou dangereux ».

Source : http://tvn-2.com/movil/noticias_detalle.asp?id=121024

Le gouvernement de Moscoso a repoussé l’offre, un acte que Watt qualifia de « grave erreur ». Il ne servit à rien que Colin Powell, alors secrétaire d’état, donne l’assurance que Washington essayerait « agir correctement » en ce qui concerne les armes chimiques de l’Ile de San Jose. Nous attendons encore.

www.prensa.com

Source espagnole : Alerta: EEUU abandonó en Panamá miles de peligrosísimas bombas quimícas | CONTRAINJERENCIA

Traduction :  Anne Wolff

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Vers un monde sans les États-Unis

octobre 15th, 2013 by Thierry Meyssan

Thierry Meyssan a souvent expliqué dans ces colonnes les contradictions internes des États-Unis pour souligner la manière dont ils devraient se disloquer. Dans cet article, il s’interroge sur les conséquences de deux événements susceptibles de faire démarrer le processus de décomposition.

L’Empire américain est le reste hypertrophié d’un des deux joueurs de la Guerre froide. L’Union soviétique a disparu, mais les USA sont toujours là et ont profité de l’absence de compétiteur pour monopoliser le pouvoir mondial.

En 1991, la logique eut voulu que Washington utilise ses ressources pour faire des affaires et développer sa prospérité. Mais, après diverses hésitations, le Congrès républicain imposa en 1995 au président Clinton son projet d’impérialisme global en votant le réarmement bien qu’il n’y ait plus d’adversaire. Dix-huit ans plus tard, les États-Unis —qui ont consacré leurs ressources à une course en solitaire aux armements— sont à bout de souffle tandis que les BRICS se posent en nouveaux compétiteurs. La 68e assemblée générale de l’Onu, le mois dernier, a été le théâtre d’une révolte généralisée contre l’unipolarisme US.

Selon Mikhail Gorbatchev, la chute de l’Union soviétique était devenue inévitable dès 1986, lorsque l’État soviétique s’était trouvé dépassé par l’accident nucléaire de Tchernobyl, incapable de protéger sa population. Si l’on doit établir un parallèle, l’État fédéral US ne s’est pas encore affronté à une telle situation, même si les désastres occasionnés par les ouragans Katrina en 2005 et Sandy en 2012, et les faillites de collectivités locales, ont déjà montré l’incapacité des États fédérés.

Le blocage durant deux semaines, voire plus, du fonctionnement de l’État fédéral US n’est pas dû à une catastrophe, mais à un jeu politicien. Il suffirait d’un accord entre républicains et démocrates pour qu’il prenne fin. Mais pour le moment, seuls quelques services particuliers ont fait l’objet d’une dérogation, comme celui des aumôniers militaires. La seule véritable entorse au blocage a été l’autorisation d’emprunter pour six semaines. Cet accord était exigé par Wall Street qui n’a pas réagi à la fermeture de l’État fédéral, mais était affolée à l’idée d’une incapacité de Washington de faire face à ses échéances financières.

Avant de s’effondrer l’Union soviétique a tenté de se sauver en faisant des économies. Du jour au lendemain, Moscou a cessé le soutien économique qu’il apportait à ses alliés. D’abord ceux du Tiers-monde, puis ceux du Pacte de Varsovie. Par conséquent, ses alliés n’eurent d’autres choix pour survivre que de passer dans le camp adverse, celui de Washington. Leur désertion, symbolisée par la chute du Mur de Berlin, accéléra encore la décomposition de l’Union soviétique.

C’est manifestement pour éviter ce choc, à un moment où la Russie est en train de triompher pacifiquement au Proche-Orient, que l’administration Obama a tant attendu avant de suspendre son aide à l’Égypte. Certes, au regard de la loi états-unienne, cette aide est devenue illégale après le coup d’État militaire qui renversa la dictature des Frères musulmans. Cependant rien n’obligeait la Maison-Blanche à appeler un chat un chat. Aussi a t-il suffi pendant trois mois d’éviter de parler de « coup d’État » pour continuer à arrimer l’Égypte au camp impérial. Pourtant, alors que rien n’a changé au Caire, Washington a coupé les vivres.

Le pari du président Obama était de diminuer le budget états-unien de manière proportionnelle et progressive, de sorte que son pays aurait évité l’effondrement, abandonné ses prétentions extravagantes et serait redevenu un État parmi les autres. La diminution d’environ 1/5e du format de ses armées était un bon début. Toutefois, le blocage du budget et la suspension de l’aide versée à l’Égypte montrent que ce scénario n’est pas possible. La formidable puissance des États-Unis ne peut décroître sans à-coups, au risque de se briser.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Thierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français :L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

Etre reçu à la maison Blanche équivaut aujourd’hui, en Occident, à ce que signifiait autrefois être admis à la cour. Le grand jour pour Enrico letta sera après-demain (jeudi 17 octobre), quand il sera accueilli par le président Obama. En apportant de précieux dons en hommage. C’est ce qu’on comprend du communiqué de la Maison Blanche. Avant tout « le Président et le premier ministre Letta soutiennent tous les deux le Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements ». Le projet d’une OTAN économique, voulu par les multinationales et grandes banques étasuniennes, auquel le président Napolitano, en février dernier à la Maison Blanche, a exprimé son appui inconditionnel avant même que l’accord ne soit écrit et que n’en soient évaluées les conséquences pour l’économie italienne (surtout pour les PME et les exploitations agricoles).

Un autre thème de la rencontre sera « la coopération USA-Italie dans l’OTAN ». C’est-à-dire la coopération italienne à la présence de commandements et bases militaires étasuniennes, auxquels s’ajoutent les structures OTAN qui sont toujours sous commandement étasunien. Letta assurera Obama que le Muos de Niscemi sera complété, malgré l’opposition populaire. Il l’assurera que l’Italie restera dans le programme du chasseur étasunien F-35, quoi qu’en dise le parlement. Ce dont témoigne le fait que, bien que la Chambre (26 mai) et le Sénat (16 juillet) aient engagé le gouvernement à ne pas acheter de chasseur F-35 sans que le parlement se soit exprimé à ce sujet, le 12 juillet a été consigné au site de Cameri le fuselage du premier F-35 « italien » et, le 30 juillet, le Pentagone a commandé à la firme Lockheed Martin les 6 premiers des 90 F-35 que l’Italie achètera. À un prix qui reste à définir : dans le budget 2014 du Pentagone, les 29 premiers chasseurs coûtent 219 millions de dollars pièce, qui, développement et essais compris, grimpent à 291 millions.

Troisième thème de la rencontre : celui des « défis communs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ». Letta assurera Obama que l’Italie, outre qu’elle restera en Afghanistan comme « nation cadre » après 2014, s’occupera en Libye de reconstituer l’armée et les institutions et de désarmer les milices. Ce n’est pas par hasard que, trois jours avant que Letta soit reçu à la Maison Blanche,  son gouvernement a lancé la « mission militaire humanitaire », dont l’objectif déclaré est de faire de la Méditerranée « une mer sûre ». Le but de l’opération, déclare le ministre de la défense Mario Mauro, est de « tripler notre présence, en termes d’hommes et de moyens, dans la zone sud de la Méditerranée, pour une mission militaro-humanitaire dont le but est de contenir la crise due en partie à la situation de “non Etat” dans lequel se trouve la Libye ».  Ces mêmes forces aéronavales, utilisées dans la guerre qui a réduit la Libye à un « non Etat », sont maintenant envoyées « contenir la crise » qui en est dérivée.

On instrumentalise la tragédie humaine provoquée par la guerre, dont les derniers drames en Méditerranée ne sont que le pointe de l’iceberg. Les sauvetages de naufragés, sous les objectifs des télécaméras, servent à accréditer l’idée qu’il faut potentialiser les forces armées, impliquées toujours et partout dans des « missions humanitaires ». Si le véritable objectif était de sauver des vies humaines, on n’utiliserait pas des navires de guerre, très coûteux et non adaptés à ces opérations,  mais on créerait une task force civile adaptée. Le but réel de la mission, qui triplera la présence militaire italienne dans la zone sud de la Méditerranée, est de renforcer la stratégie USA/OTAN en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Pour sa mission « humanitaire » Obama fera les louanges de Letta sous les objectifs des télécaméras. Celles qui nous montrent les tragédies de la Méditerranée, par contre, s’éteindront bientôt.

Et d’autres embarcations couleront en silence.

 Manli Dinucci

Edition de mardi 15 octobre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131015/manip2pg/14/manip2pz/347178/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinuccu est géographe et journaliste.

Les documents divulgués par le dénonciateur et ancien contractuel à la National Security Agency (NSA) américaine, Edward Snowden, montre que le partenaire canadien de la NSA, le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC), a espionné systématiquement le ministère des Mines et de l’Énergie du Brésil.

La révélation de l’espionnage fait par le CSTC sur le Brésil, un supposé allié du Canada, qui a d’abord été rendue publique lors d’une émission de télévision brésilienne diffusée dimanche dernier, a causé une véritable tempête diplomatique.

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Luiz Alberto Figueiredo Machado, a exigé lundi la présence de l’ambassadeur du Canada pour qu’il fournisse des explications, affirmant que les actions du CSTC constituaient une «violation grave et inacceptable» de la souveraineté du Brésil.

La présidente brésilienne Dilma Roussef a tweeté: «Nous nous opposons à cette cyberguerre. Les États-Unis et leurs alliés doivent immédiatement mettre fin à cet espionnage une fois pour toutes.»

Il y a à peine quelques semaines, Rousseff annulait une visite à Washington et une rencontre avec le président américain Barack Obama pour protester contre les pratiques d’espionnage de la NSA sur ses communications, pratiques qui avaient aussi été divulguées dans des documents rendus publics par Snowden.

Le premier ministre canadien Stephen Harper, qui participait alors au sommet de la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC) à Bali, en Indonésie, a affirmé que son gouvernement conservateur avait tenté «d’entrer en contact» avec le gouvernement du Brésil.

Harper a refusé de confirmer ou infirmer le reportage faisant état d’espionnage de la part du CSTC, disant qu’il ne commenterait pas les «activités de sécurité nationale». Mais le premier ministre du Canada a dit aux journalistes qu’il était «très préoccupé».

Les compagnies minières canadiennes ont d’énormes investissements au Brésil. Les deux pays sont d’importants rivaux commerciaux dans le secteur des mines et de l’aéronautique et rivalisent pour les investissements étrangers dans leur industrie du pétrole et du gaz naturel.

Selon le reportage diffusé dimanche à l’émission d’enquête «Fantastico», sur OGlobo Television, le CSTC a utilisé le programme de traitement des métadonnées Olympia pour avoir accès aux communications du ministère des Mines et de l’Énergie du Brésil.

Le reportage ne disait pas si les communications jugées importantes étaient lues ou écoutées. Mais le CSTC, la NSA et les trois autres membres du partenariat de renseignement sur les télécommunications «Five Eyes» (la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) disent carrément qu’il n’y a aucune barrière juridique et constitutionnelle à leur «droit» d’espionner les communications de pays étrangers – qu’il s’agisse des communications de gouvernements, de groupes de gauche et d’opposition, ou de citoyens.

Glenn Greenwald, le journaliste qui travaille avec Snowden pour divulguer les opérations d’espionnage que la NSA effectue à travers le monde, y compris sa violation systématique des droits constitutionnels des Américains, a aidé à préparer l’émission de «Fantastico» qui a dévoilé les activités d’espionnage du CSTC sur le Brésil et y a participé.

Dans une entrevue avec la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) diffusée lundi soir, Greenwald a affirmé que les activités du CSTC qui avaient ciblé le ministère des Mines et de l’Énergie brésilien faisaient partie d’une campagne mondiale beaucoup plus vaste d’espionnage commercial.

Il a même dit qu’il y aurait d’autres révélations sur l’espionnage mené par le CSTC, y compris sur l’espionnage de «citoyens ordinaires», et prédit que «la plupart des Canadiens» seront surpris, sinon stupéfaits, de l’ampleur des activités du CSTC.

«Il y a de nombreux documents, a dit Greenwald, sur l’espionnage [par le CSTC] de citoyens ordinaires, de gouvernements alliés et du monde, ainsi que sur leur collaboration avec le gouvernement des États-Unis et la nature de cette collaboration… Je crois que la plupart des citoyens canadiens vont trouver cela très surprenant, et même stupéfiant, car tout cela est fait en secret, à l’insu des Canadiens.»

Le scandale diplomatique avec Brasilia est un dur coup porté au gouvernement Harper et à ses plans visant à développer les liens économiques du Canada avec le Brésil, qui était jusqu’à récemment l’une des «économies émergentes» ayant la plus forte croissance.

Malgré tout, la principale préoccupation du gouvernement et de l’élite du Canada est d’empêcher que les Canadiens apprennent quoi que ce soit sur le rôle important que joue le CSTC dans la défense des intérêts de rapine du Canada, au pays et à l’étranger.

Le gouvernement veut que les Canadiens croient que le CSTC a pour seul objectif de combattre les «menaces étrangères» comme des complots terroristes fomentés par Al-Qaïda. En réalité, le CSTC collabore avec la NSA pour espionner les communications électroniques à travers le monde, y compris celles des gouvernements, des rivaux commerciaux de la grande entreprise canadienne, des mouvements de gauche, sans oublier celles de la population canadienne elle-même.

En juin, le Globe and Mail révélait que, depuis 2005, le CSTC recueillait systématiquement les métadonnées des communications électroniques des Canadiens (appels téléphoniques, courriels, messages texte, recherches sur le web, etc.) et, ainsi, des renseignements pouvant servir à développer des profils détaillés sur les habitudes et les réseaux sociaux de personnes et de groupes désignés.

Tant le ministère de la Défense, qui a la responsabilité de superviser les opérations du CSTC, que le CSTC lui-même ont refusé de collaborer aux enquêtes de journalistes concernant les activités d’espionnage sur le Brésil. Ils s’assurent bien de répéter la même formule qui est utilisé sans cesse par le gouvernement et l’appareil de sécurité nationale du Canada lorsque des questions sont soulevées sur le rôle du CSTC: «Selon la loi, cette organisation ne peut pas cibler des Canadiens.»

C’est un mensonge flagrant et le fait qu’il soit utilisé si promptement par le gouvernement et le CSTC indique qu’ils ont beaucoup à cacher.

L’une des principales fonctions du CSTC est d’aider le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les services frontaliers du pays et d’autres forces policières à mener des enquêtes de «sécurité nationale».

On sait aussi que la NSA, dans le cadre de son partenariat avec le CSTC, partage systématiquement des renseignements sur les Canadiens avec l’appareil de sécurité nationale du Canada.

Le CSTC et le gouvernement (et cela est confirmé d’après le Globe and Mailet une directive ministérielle de 2011 qui renouvelait le droit du CSTC de traiter les métadonnées des communications électroniques des Canadiens) ont développé une fausse définition du concept de «métadonnées» pour se donner un prétexte pseudo-légal pour analyser les métadonnées des Canadiens. Selon le gouvernement et le CSTC, les métadonnées ne sont que le «contenant» ou l’«enveloppe» d’une communication et elles ne sont donc pas protégées constitutionnellement contre la surveillance systématique de l’État.

L’espionnage du CSTC se fait entièrement à l’insu des Canadiens. Avant les révélations faites par Snowden, la plupart des Canadiens n’avaient même pas entendu parler de cette agence qui dispose de plus de 2000 employés et d’un budget annuel de plusieurs centaines de millions de dollars. Les activités du CSTC sont maintenues presque totalement secrètes et sont autorisées par des directives ministérielles elles aussi tellement secrètes que leur objet et leur contenu ne sont pas divulgués.

Le gouvernement est déterminé à garder les Canadiens dans l’ignorance concernant l’espionnage qu’effectue le CSTC sur les Canadiens et les opérations secrètes réactionnaires dans lesquelles il est impliqué avec la NSA. Les partis de l’opposition, y compris le NPD, sont complices de cette dissimulation. Le NPD a réagi à l’article que le Globe a publié en juin sur l’espionnage des métadonnées par le CSTC en demandant qu’il y ait un «transparence» accrue dans les activités du CSTC. Il a ensuite abandonné la question un ou deux jours plus tard.

Keith Jones 

Article original, WSWS,paru le 9 octobre 2013

 

L’auteur recommande également:

Canada: L’opposition et les médias complices de la dissimulation de l’espionnage étatique [4 septembre 2013]

Le NSA canadien espionne la population à grande échelle [25 juin 2013]

 

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Un rapport de Human Rights Watch (HRW) publié hier révèle les massacres sectaires de centaines de civils par les forces de l’opposition sunnite, soutenues par les Etats-Unis, au cours d’une offensive, au début du mois d’août, dans la région à majorité alaouite autour de la ville côtière de Lattaquié.

En se fondant sur des preuves photographiques abondantes et des entretiens avec les survivants, Human Rights Watch a montré qu’au moins 190 civils alaouites avaient été massacrés et 200 pris en otage par les forces de l’opposition. Parmi les morts on compte au moins 57 femmes, 18 enfants et 14 hommes âgés.

Le directeur de HRW pour le Moyen-Orient, Joe Stork, a déclaré que les massacres n’étaient “pas des actions menées par des combattants voyous… Cette opération constituait une attaque coordonnée et planifiée contre la population civile de ces villages alaouites.”

Ces événements sont une mise en accusation de Washington et de ses alliés européens, mais aussi des médias, qui ont tous soutenu les milices d’opposition liées à Al-Qaïda en Syrie. Les médias ont salué faussement cette opposition comme des combattants pour la démocratie et appelé à une guerre menée par les Etats-Unis pour les soutenir. Deux semaines après les massacres de Lattaquié, Washington a lancé une campagne pour une guerre contre la Syrie, fondée sur le mensonge d’une attaque chimique à Ghouta, et n’a fait machine arrière juste avant le déclenchement de la guerre, qu’en raison de l’opposition massive des travailleurs américains et européens.

Les atrocités près de Lattaquié ont eu lieu au cours d’une offensive qui a commencé le 4 août, fête de l’Aïd al-Fitr, à la fin du mois sacré du Ramadan islamique. Il semble que les forces de l’opposition aient choisi cette date, comme le bombardement de Noël de Hanoï pendant la guerre du Vietnam par l’administration Nixon, afin de terroriser leurs victimes, en leur montrant qu’il ne retiendraient pas leur soif de sang même pendant les fêtes les plus sacrées.

Les milices ont envoyé des milliers de miliciens, armés de mitrailleuses lourdes, de lance-roquettes à canons multiples, de canons anti-aériens et de quelques chars pris à l’ennemi. Les forces de l’armée syrienne n’ont repris la zone que le 19 août.

Les civils alaouites pris dans la zone contrôlée par l’opposition ont été sauvagement assassinés. Le HRW cite des rapports médicaux: « La cause du décès sur plusieurs des [corps] était des blessures multiples par balles partout sur le corps, en plus de plaies ouvertes provoquées par un instrument tranchant, comme le montre également la décapitation observée sur la plupart des corps. »

Des responsables de l’opposition ont contacté le HRW dès le début de l’offensive, quand la plupart des meurtres ont apparemment eu lieu. Le rapport cite un « militant de l’opposition » qui, le 5 août, se vantait auprès de Human Rights Watch: « Nous avons capturés 150 femmes et 40 enfants et tués tous les hommes. »

Le rapport détaille des dizaines de cas où des civils sans défense ont été abattus. Dans le village de Barouda, les combattants de l’opposition ont tué deux civils qui étaient incapables de s’échapper : Safwan Hassan Shebli, un vétéran paralysé de l’armée syrienne et sa mère Shamieh Ali Darwish, qui ne pouvait se déplacer qu’avec des béquilles.

Dans le village de Sleibeh al-Hamboushieh, ils ont assassiné une femme aveugle de 80 ans, Nassiba Salem Sleim et plusieurs membres de sa famille.

D’autres civils ont été tués alors qu’ils tentaient d’échapper à des milices de l’opposition. Ghazi Ibrahim Badour, qui se sauvait avec sa femme et dix enfants, a déclaré: “ils ont coupé la route, et nous avons donc essayé de nous échapper à travers les arbres, mais ils tiraient sur nous et deux de mes filles sont mortes. Ma femme et une autre de mes filles ont été blessés. Ma fille Sefah Badour, qui détient une maîtrise en littérature arabe et ma fille Sara, qui possède un diplôme en philosophie, ont été tuées. »

Selon le HRW, les combattants de l’opposition qui ont mené les massacres étaient en grande partie issus de cinq milices liées à Al-Qaïda : le Front Al Nusra, l’Etat islamique d’Irak et du Levant (ISIL), Ahrar al-Sham, Suqour al-Izz et Jaish al-Muhajireen wal-Ansar. Les deux premiers groupes sont les plus connus des milices de l’opposition liées à Al-Qaïda en Syrie. Jaish al-Muhajireen est un groupe lié à ISIL, composés de combattants de pays étrangers, dont la Tchétchénie, la Turquie, le Tadjikistan, le Pakistan, la France, l’Egypte et le Maroc.

La campagne n’en a pas moins été appuyée par des forces directement soutenues par Washington, comme le général Idriss Salem du Conseil militaire suprême de l’armée syrienne libre (ASL). Il s’est rendu dans la région le 11 août pour déclarer sa solidarité avec les forces liées à Al-Qaïda: « notre chef d’état-major coopère pleinement avec le commandement côtier du front militaire concernant leurs activités militaires. Nous n’allons pas nous retirer comme on l’a faussement prétendu, mais au contraire, nous coopérons dans une large mesure à cette opération. »

Le rapport de Human Rights Watch explique également comment l’opération a été planifiée et financée par des “investisseurs” basés dans différents Émirats du golfe Persique, principalement au Koweït, à partir du mois d’avril. Parmi eux figurent les Cheikhs Hajjej al-Ajami et Shafi al-Ajami au Koweït, ainsi que par le prédicateur islamiste sunnite Cheikh Adnan al-Arour, qui aurait fait don de 140 000 de dollars et, plus tard, de 4,8 millions de dollars.

Al-Arour est tristement célèbre pour sa menace d’exécuter les alaouites syriens au moyen d’un « hachoir à viande » (voir: « Une vidéo montrant un combattant de l’opposition soutenu par les États-Unis se livrant à un acte de cannibalisme sur un soldat syrien » (article en anglais)).

Les atrocités aux abords de Lattaquié mettent aussi en évidence le rôle trompeur joué par les grands médias, qui sont profondément impliqués de par leur promotion de l’opposition syrienne. Ils ont menti tant et plus, chantant les louanges d’une clique d’égorgeurs et de gangsters mobilisés dans le cadre d’une guerre impérialiste contre la Syrie, qui sont capables des plus sanglants massacres et qui sont présentés comme des combattants pour la démocratie.

De tels mensonges au sujet de l’opposition, et que révèlent les documents de Human Rights Watch, ont joué un rôle clé pour mener les États-Unis et leurs alliés européens au bord de la guerre, interrompue seulement par l’émergence d’une opposition populaire de masse. Les médias ont rejeté sur le régime syrien la responsabilité de plusieurs atrocités impliquant les forces de l’opposition syrienne, tels que le massacre de Houla en mai 2012, ou l’attaque chimique de Khan al-Assal, un an plus tard. Ces mensonges ont été utilisés comme prétextes pour armer davantage l’opposition contre le régime et pour intensifier la guerre.

Dans les combats près de Lattaquié, où les civils alaouites ciblés dans des assassinats sectaires ne peuvent qu’avoir été victimes de l’opposition sunnite et non du régime syrien dirigé par des alaouites, il aurait été difficile de blâmer le régime pour ces atrocités. Les médias ont réagi en minimisant l’offensive dans son ensemble.

Ainsi, le New York Times, publication phare du libéralisme américain, a-t-il en particulier occulté les massacres près de Lattaquié, même s’il était très bien informé des événements qui s’y sont déroulés. Le journal s’entretient régulièrement avec un membre officiel de l’opposition, Ammar Hassan, dont il est dit qu’il était “en contact étroit avec les rebelles” près de Lattaquié. Cependant, le journal n’a publié que quelques brèves notes sur l’offensive, en grande partie dans des articles traitant d’autres sujets. Le peu de choses que le Times a publié sur le sujet tendait à occulter le massacre et à rejeter la responsabilité des violences sectaires dans ce secteur sur les alaouites.

Le 5 août, jour qui a suivi les premiers massacres des civils alaouites par l’opposition, le journal écrivait: “Ici les alaouites ont longtemps craint qu’ils seraient confrontés à des meurtres de représailles par les insurgés qui sont pour la plupart sunnites, et les milices alaouites pro-gouvernementales ont été accusées d’avoir tué des civils sunnites dans la région. Certains alaouites sont restés dans leur village alors que les rebelles avançaient, et quelques alaouites blessés ont été traités dans les hôpitaux de fortune des rebelles, a déclaré M. Hassan, qui a ajouté, “bien sûr la majorité des habitants ont fui vers la ville.”

La couverture du Times, tant de l’offensive de l’opposition en août et maintenant du rapport du HRW, est avant tout dictée par les besoins de l’État américain et de sa politique étrangère. Après le report de la guerre contre la Syrie par les américains, des divisions se développent entre les milices de l’opposition syrienne, et Washington tente d’isoler les groupes liés à Al-Qaïda comme l’ISIL. Le Times a présenté le rapport du HRW comme une preuve de ce que les forces de l’opposition plus proches de Washington étaient plus humaines.

Devant toutes les preuves du rapport du HRW, le journal prétend qu’Idriss et les Conseils militaires suprêmes de l’ASL n’étaient pas impliqués dans les atrocités. « Aucun de ceux qui sont cités comme les principaux participants ne semblent être sous le contrôle du Conseil militaire suprême soutenu par les occidentaux, qui a lutté pour montrer qu’il peut reprendre l’initiative sur le terrain sur les extrémistes » écrit le journal.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 12 octobre 2013

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« Un mal qui répand la terreur, (…)  La Peste 

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, (..)
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.  Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vous leur fîtes Seigneur  En les croquant beaucoup d’honneur.(…)
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance  Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense  Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.  Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Selon que vous serez puissant ou misérable, 

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». 

Jean de la Fontaine ( Les animaux malades de la peste)

 

L’actualité de ces derniers jours nous offre l’opportunité de parler d’un dossier que les Africains ont décidé de régler toute affaire cessante ; A savoir comment chercher les voies et moyens de soustraire l’un des leur à la justice occidentale qu’est la Cour Pénale Internationale, véritable tribunal qui sert principalement à punir par d’autres voies que celle du lynchage en direct de Kadhafi ou de Saddam Hussein-  les dirigeants africains coupables de génocides ou de crimes contre l’humanité dont la définition est plus ou moins drastique selon les personnes visées

 Qu’est ce que la Cour Pénale Internationale ?

La CPI est une juridiction permanente indépendante instaurée par la communauté internationale des Etats pour juger les crimes les plus graves relevant du droit international, à savoir le génocide, les autres crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime d’agression.

Dans le préambule nous lisons :« Les États Parties au présent Statut,  Conscients que tous les peuples sont unis par des liens étroits et que leurs cultures forment un patrimoine commun, et soucieux du fait que cette mosaïque délicate puisse être brisée à tout moment,  Ayant à l’esprit qu’au cours de ce siècle, des millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont été victimes d’atrocités qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine,  Reconnaissant que des crimes d’une telle gravité menacent la paix, la sécurité et le bien-être du monde,  Affirmant que les crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale ne sauraient rester impunis et que leur répression doit être effectivement assurée par des mesures prises dans le cadre national et par le renforcement de la coopération internationale,  Déterminés à mettre un terme à l’impunité des auteurs de ces crimes et à concourir ainsi à la prévention de nouveaux crimes,  Rappelant qu’il est du devoir de chaque État de soumettre à sa juridiction criminelle les responsables de crimes internationaux » (1)

En  décembre 2011, l’Assemblée des Etats Parties de la Cour Pénale Internationale  a désigné Fatou Bensouda, juriste gambienne, comme procureure générale. Elle succède    à Luis Moreno Ocampo le 15 juin 2012. La nomination de Fatou Bensouda   tombe à point nommé pour l’institution juridique internationale. L’ancien procureur général, monsieur Moreno Ocampo, avait pu donner l’image d’une CPI anti-africaine : depuis 2003, les 7 enquêtes ouvertes par le bureau du procureur concernent toutes des crimes commis dans des pays africains. (…) On ne peut s’empêcher de penser qu’elle est aussi là pour rassurer une opinion publique africaine qui a pu se sentir oppressée par les enquêtes contre certains de ses leaders. C’est dans ce sens que l’Union Africaine, qui avait décidé en juin 2011 de ne pas exécuter les mandats d’arrêt de la CPI contre les dirigeants du continent, avait effectué un lobby intense en faveur de madame Bensouda.(2)

 Les contradictions du deux poids deux mesures  de la CPI

Dans un documentaire sur la Chaine Arte, Jean Christophe Victor résume magistralement la fonction de la CPI. Il déclare :

«  À la différence des tribunaux pour le Rwanda ou la Yougoslavie, qui sont des organes des Nations unies, la Cour est le résultat d’un traité entre États, signé à Rome en 1998. Sa fonction n’est pas de résoudre les litiges inter étatiques, comme le fait la Cour de justice à la Haye, mais de poursuivre des hommes ou des femmes, suspectés d’avoir contribué à un génocide ou d’être les auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. À savoir très concrètement : torture, viol, esclavage sexuel, réduction en esclavage, déportation, disparition forcée, meurtre…   La Cour a son siège au Pays Bas, son budget est de 100 millions de dollars pour 2009, voté par les États ayant ratifié le Traité. La Cour ne peut juger que les crimes commis après son entrée en fonction, c’est-à-dire 2002, quand ils ne sont pas déjà jugés au niveau national ».(3)

 « Ensuite, poursuit Jean Christophe Victor,  le champ d’action ne concerne que les États ayant reconnu sa compétence ou ratifié son statut, donc, fin 2009, les 110 États partis. À partir de cela, on peut faire plusieurs constats :- tous les pays de l’Union européenne et presque toute l’Amérique latine ont ratifié le statut de Rome.- Quasiment la moitié des États africains.- Mais pas la Birmanie, la Corée du Nord, la Syrie, la Libye, le Soudan, Pas non plus la Chine, l’Inde, la Russie, Israël, aucun État arabe sauf la Jordanie, les États-Unis. Donc, 110 États sur 192, c’est bien. Et en même temps, on voit que le champ d’action de la CPI est limité, puisque ne sont condamnables que des ressortissants d’États ayant reconnu la compétence de la Cour. Or, des États très influents dans les relations internationales n’ont pas reconnu cette compétence. En près de 7 ans de travail, la Cour a ouvert 4 enquêtes. Toutes en Afrique  Le Soudan dont le président a fait l’objet d’un mandat d’arrêt international  ,n’a  pas signé le Statut de la CPI, comment ces ressortissants soudanais peuvent-ils être l’objet de poursuites de la part de la CPI ? Parce que le Conseil de Sécurité des Nations unies peut déférer à cette Cour une situation particulière s’il y a menace à la sécurité internationale, même si l’État concerné n’a pas ratifié le statut de la Cour. Ce cas de figure est exceptionnel parce qu’il nécessite l’accord des membres du Conseil de sécurité. Or, les États-Unis, la Chine et la Russie, y détiennent un droit de veto, et sont contre une Cour pénale qui s’impose aux États non consentants. Pourtant ils n’ont pas mis leur veto à ce que la Cour enquête sur les crimes commis au Darfour en 2005. Avec le cas du Darfour, la Cour a donc dépassé ses limites initiales : elle a traité une affaire mettant en cause un État n’ayant pas reconnu sa compétence ».(3)

« Le statut de Rome qui donne naissance à la CPI a été un compromis entre deux tendances. D’un côté les partisans d’une cour indépendante, capable de se saisir de tous les crimes, où qu’ils surviennent. On peut placer de ce côté les « États pilotes » comme les membres de l’Union européenne, l’Allemagne étant particulièrement active, poussés par un réseau très actif d’organisations des droits de l’homme. De l’autre, les partisans du respect total de la souveraineté des États et d’une cour pénale minimaliste, parmi lesquels la Russie, la Chine, l’Inde et les États-Unis. Alors pourquoi cette hostilité des États-Unis alors qu’ils avaient activement soutenus les tribunaux pénaux en ex-Yougoslavie et au Rwanda ? (3)

Les Etats Unis seuls habilités à juger leurs ressortissants

Jean Christophe  Victor donne ensuite une explication alambiquée s’agissant des Etats Unis qui dénient à la CPI le droit de juger les Américains :

«  Parce que les États-Unis sont une grande puissance, qui participent à de nombreuses actions à l’étranger, dont certaines dans le cadre de missions multinationales .Donc, dans la mesure où la constitution américaine garantie elle même la protection de ses citoyens, pas question pour Washington de laisser une Cour internationale les juger. Alors non seulement les États-Unis ont refusé de ratifier le statut de Rome, mais le département d’État américain a pris langue avec plus de 180 pays, soit presque tous les pays dans le monde, en vue de nouer des accords d’immunité. Cela veut dire que 102 accords bilatéraux ont été conclus,   interdisant à ceux-ci de livrer à la CPI un citoyen américain accusé de crimes graves, et stipulant qu’il doit être remis au gouvernement américain. De plus, pour faire pression, les États-Unis ont menacé les États ayant refusé de signer de tels accords, de supprimer une partie de leur aide militaire et financière. Fin 2004, 22 États partie sont frappés d’une telle mesure, et parmi eux 10 pays d’Amérique du sud. En 2005, le Mexique, 100e État à adhérer à la CPI et ayant refusé de signer cet accord bilatéral d’impunité, aura été privé de 3 millions et demi de dollars, qui devaient être destinés à des actions contre le terrorisme et contre le narco-trafic ».(3)

On sait que le président des Etats-Unis Bill Clinton a signé le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) le 31 décembre 2000, mais le président George W.Bush a, dès le 6 mai 2002, annulé la signature faite par M.Clinton.   Une autre facette de la croisade américaine contre la Cour est l´adoption de deux lois intitulées  «Loi de protection des ressortissants américains» (American Servicemembers´ Protection Act) et «Amendement Nethercutt». La Loi de protection des ressortissants américains (Aspa), adoptée par le Congrès en août 2002, contient des dispositions restreignant la coopération des Etats-Unis avec la CPI. Le 15 juillet 2004, la Chambre des représentants américaine a joint un amendement anti-CPI au Projet de loi de crédits pour les opérations étrangères. Cet amendement, apporté par le représentant George Nethercutt retire l´aide du Fonds économique de soutien à tous les pays ayant ratifié le Traité CPI mais n´ayant pas signé d´Accord bilatéral d´immunité avec les Etats-Unis.(4)

Le Sommet  du 12 octobre de l’Union Africaine

L’ordre du jour est la réponse à apporter à la CPI pour ne pas livrer le président et le vice président Kenyan à la justice occidentale    Un Sommet extraordinaire de l’UA, réuni samedi à Addis Abeba pour examiner les liens entre l’organisation panafricaine et la CPI, a décidé de demander au Conseil de sécurité de l’ONU de décider – comme le lui permet le Statut de Rome, fondateur de la CPI – un ajournement des poursuites en cours à La Haye contre les dirigeants en exercice.   L’Afrique doit “renforcer la capacité de (ses) systèmes judiciaires, nationaux et continentaux  afin que la CPI devienne en réalité une Cour de dernier ressort”, a dit, samedi à Addis Abeba (Ethiopie), Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente sud-africaine de la Commission de l’UA.

Tedros Adhanom le ministre éthiopien des affaires étrangères avait vertement critiqué la CPI, dénonçant “son traitement inique de l’Afrique et des Africains”, référence au fait que la CPI n’a inculpé ou jugé que des Africains depuis le début de ses travaux en 2002. “Loin de promouvoir la justice et la réconciliation (…) la CPI s’est transformée en instrument politique visant l’Afrique et les Africains”, a-t-il accusé: “ce traitement inique et injuste est totalement inacceptable” (5)

Le droit international écrit Kamel Moulfi est une énorme tromperie. Dépourvus de la moindre impartialité et entièrement au service des pays occidentaux, les jugements prononcés en son nom sont la négation de la justice. Human Rights Watch (HRW) vient de se rendre compte que cette Cour agit sur la base du principe de deux poids, deux mesures. Du moins, dans le cas de la Côte d’Ivoire.  (…) L’impunité pour l’un, la condamnation pour l’autre en fonction de ce qui se décide dans les cercles occidentaux. C’est ce que suggère HRW qui n’ira pas, toutefois, jusqu’à admettre que beaucoup de dirigeants aux États-Unis, les premiers à violer les principes du droit international, méritent de passer devant la CPI. Les motifs ne manquent pas. Exemple : le vendredi 5 avril, la Haut Commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies, Mme Navi Pillay, parlant de Guantanamo, a déclaré que le maintien en détention indéfinie d’un aussi grand nombre de détenus équivaut à de la « détention arbitraire » et « viole les lois internationales ». Sans plus ».(6)

Quand un acteur américain surveille Omar Elbachir par satellite

La déliquescence  des pouvoirs en Afrique est arrivée à un point où un saltimbanque en l’occurrence Georges Clowney se permet à lui seul de surveiller les faits et geste de Omar  el Bachir : «Une grande partie de l’argent gagné dans les publicités Nespresso sert à garder un satellite au-dessus des frontières nord et sud du Soudan pour surveiller Omar El-Béchir», a déclaré la star de cinéma au journal The Guardian. «Nous voulons que les auteurs potentiels de génocide et autres crimes de guerre savent que nous surveillons, le monde les regarde», prévient-il. Pour rappel, Omar-el-Béchir reste sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la CPI, émis en 2009 pour crimes «de guerre et génocides» dans la province du Darfour. De nombreux pays dans le monde refusent de le recevoir.(7)

Le deux poids deux mesures :

On se souvient que la Cour pénale internationale en la personne du procureur Luis Moreno-Ocampo vient de lancer une accusation grave: l´inculpation du président soudanais Omar

 «Pour moi, écrit Marc Lavergne, tout le monde est noir dans cette histoire. La notion de racisme n´a pas sa place. Les milices tribales Janjawid sont des mercenaires qui ne se revendiquent pas du tout d´´´arabes´´. Ils ne sont pas le vrai problème. En exagérant, on pourrait dire que ce sont là des pauvres qui se battent contre des pauvres. Elles se sont formées, il y a une quinzaine d´années, mais elles n´intéressaient pas du tout la communauté internationale. Car les gens opprimés ne se révoltaient pas. Des massacres se déroulaient pourtant déjà. Mais les victimes n´avaient que leurs yeux pour pleurer. J´étais au Darfour, lors de la famine de 1985. C´était quelque chose d´absolument effrayant».

Pourtant la terre du Darfour est pauvre, désertique sur une partie de son territoire. Pour le sous-sol, c´est une autre histoire. La découverte de pétrole ajoute une difficulté supplémentaire avec l´attrait des gisements pour les grandes puissances. Ce n´est pas les massacres des populations qui les intéressent, c´est le sol et surtout le sous-sol sur lequel ces damnés de la terre vivent. La Somalie, l´Ethiopie et l´Erythrée sont déjà invitées à s´entretuer pour garantir aux pays occidentaux le contrôle de ces richesses et, à travers elles, de l´économie des pays émergents’ (8)

La CPI. Un outil pour recoloniser l’Afrique ?

On serait par la force des choses amené à conclure que la CPI est un outil de mise au pas de l’Afrique premier pas vers une recolonisation Dans une contribution dans ce sens , l’auteur s’interroge sur la réalité du fonctionnement de la CPI. Nous lisons : « Le fait que la CPI ait porté de manière écrasante son attention sur les cas africains soulève des questions au sujet de l’intérêt que la justice pénale internationale porte à certains endroits et à certaines personnes et pas à d’autres. (…) Cet excès de zèle dans l’évangélisation a été pris en flagrant délit de pratique d’une politique de deux poids deux mesures, d’hypocrisie,  de racisme, et d’exécution d’agendas nationaux et personnels ». (9)

« Il est à noter qu’aucun tribunal ad hoc n’a été créé pour enquêter sur les crimes de guerre commis par l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ou des nations que ces États puissants auraient souhaité protéger.  (…) Même Alan Dershowitz, l’avocat conservateur américain, juriste, et commentateur politique, a déclaré que les forces armées des États-Unis et du Royaume-Uni ont « causé la mort de milliers de civils en Irak et en Afghanistan “. Il préface cette reconnaissance des faits avec «par inadvertance », mais Ocampo a ignoré tous ces décès.  La CPI a également tourné un œil aveugle à une série de crimes qui semblent relever de son mandat légal commis par des sociétés de sécurité occidentales en Irak.(…)  En 2008, l’ONU a indiqué que les forces américaines, de l’OTAN et Afghanes étaient responsables de plus de 828 civils tués en Afghanistan. La plupart d’entre eux étaient le résultat des frappes aériennes américaines et de l’OTAN. En effet, la mort de plus de 90 civils afghans, et le dommage causé à des dizaines d’autres, dans une frappe aérienne militaire (l’une des nombreuses frappes aériennes ayant entraîné la mort des civils) sont ignorés par la CPI (…) Il ne fait aucun doute que la CPI s’est délibérément focalisée sur l’Afrique. C’est tout simplement parce que les États et les ONG d’Europe occidentale au cœur de la CPI voient le continent comme une «champ de tir libre » dans lequel  on peut expérimenter  un modèle juridique européen discutable, établi par une loi imparfaite(…) ». (9)

Les atouts d’une Afrique de la liberté , de l’alternance  et du futur

Pourtant l’Afrique est un pays riche qui a les moyens de son développement  À en juger par les gros titres des médias, l’heure est à l’afro-optimisme. Assistons-nous au décollage économique de l’Afrique ? écrit Mario Pezzani Directeur du développement à l’OCDE :

« Le projet Perspectives économiques en Afrique, fruit d’un  partenariat de plus de dix ans entre le Centre de développement, la Banque africaine de développement, le PNUD et la Commission économique pour l’Afrique, propose une analyse contrastée de son « émergence ». Quels sont les ressorts de ce dynamisme ? La démographie est un premier facteur-clef. L’Afrique est le plus jeune continent du monde, avec 200 millions de 15-24 ans, qui deviendront 400 millions en 2045.  (…) Ainsi, l’Afrique va mieux dans l’ensemble, mais le changement pour le plus grand nombre se fait attendre (…) Les conditions pour un décollage économique sont plus favorables que jamais en Afrique. Il reste aux économies du continent à mobiliser et valoriser davantage leur capital humain et leurs ressources naturelles. C’est au prix d’ambitieuses réformes structurelles et de politiques industrielles d’un genre nouveau que les économies africaines transformeront l’essai de la décennie de croissance écoulée ».(10)

Conclusion

Pendant que la fine fleur de l’Afrique constituée par sa jeunesse meurt dans des traversées dramatiques – on parle de 30.000 harraguas depuis le début de l’année et de plus de 1000 morts notamment à près de la Terre Promise de  Lampedusa-, les dirigeants africains au lieu de se réunir pour tenter de trouver une solution à cette hémorragie, les dirigeants africains  ne trouvent pas mieux que de s’occuper  de l’un des leurs afin qu’il ne rende pas compte de ses méfaits. Cette  kermesse a du couter les yeux de la tête et , on l’aura compris sera sans lendemain, l’Occident ne comprend pas le langage  creux et sonore des suppliques et  des rodomontades.  Les Africains n’ont pas encore compris que le seul vrai langage est celui du savoir de la compétence, de l’effort pour cela une seule petite chose permettra de conjurer le mauvais sort, consacrer dans ces pays  la liberté ; l’alternance, le parler vrai, le devoir de rendre compte. Dans le même ordre , puisqu’il est permit à la CPI de s’autosaisir de faits de crimes contre l’Humanité,, on aurait pu penser qu’elle ouvre une enquête sur les milliers de migrants morts sans sépulture du fait d’une politique inhumaine de la forteresse Europe responsable à des degrés divers de l’anomie des pays africains  et qui va jusqu’à  créer le délit de secours pour personne en danger. Mais ceci est une autre histoire.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Préambule de la Charte de la Cour Pénale Internationale

2. http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/Terriennes/Dossiers/p-19342-Fatou-Bensouda-une-Africaine-a-la-tete-de-la-Cour-Penale-Internationale.htm+

3. ddc.arte.tv/nos-cartes/mondialisation-de-la-justice-2-2‎

4.  Chems Eddine Chitourhttp://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/56594-Le-pr%C3%A9sident-omar-el-bachir-wanted.html

5.. http://www.rtl.fr/actualites/info/international/article/l-ua-denonce-la-facon-dont-la-cour-penale-internationale-traite-l-afrique-7765461267   12/10/2013

6. Kamel Moulfihttp://www.legrandsoir.info/cour-penale-internationale-bete-et-disciplinee.html

7. http://www.agenceecofin.com/politique/0308-12797-george-clooney-place-omar-el-bechir-sous-surveillance-satellite

8. Marc Lavergne: Le conflit du Darfour n´est pas racial «16 juillet 2004, par Saïd Aït-Hatrit http://www.afrik.com/article7464.html
9. http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-12843.html Article publié par African Business Magazine par le titre original en Anglais :  ICC, A Tool To Recolonize Africa

10. Mario Pezzini, http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/3454/L_92 Afrique_doit_transformer_l_92essai.html

 

 

 

 

 

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Syrie : “En attendant le printemps”

octobre 12th, 2013 by Myrna Nabhan

« On attend… Comme durant ces deux dernières années, le temps s’est arrêté. Qu’importe au final la manière dont on risque d’être emporté. L’attente est parfois plus dure à supporter que le feu des bombes. Mais nous allons bien Hamdellah, ne t’inquiète pas, ne reviens pas et surtout, vis ! ». Ces mots prononcés au téléphone sans aucun affolement par mes proches encore à Damas ne cessent de retentir dans mon esprit depuis l’annonce (aujourd’hui suspendue) d’une « expédition punitive » à l’encontre du gouvernement syrien accusé d’avoir fait usage d’armes chimiques. Alors que le concert des médias ne chantait qu’un seul suspect et que certains pays arabes applaudissaient la volonté de mise à mort de l’un des leurs, les grandes puissances continuaient de jouer avec le feu plus qu’elles ne luttaient contre l’incendie. Un massacre de plus, suscitant une indignation sélective et purement émotionnelle basée sur des preuves invérifiées et invérifiables comme si, avant ça, le sang des 110 000 victimes, des 2 millions de réfugiés et des 4 millions de déplacés n’était pas aussi rouge que cette ligne tracée à l’encre invisible.

Pendant que tous débattent de la légalité et de la légitimité de « frapper » la Syrie et du démantèlement de son arsenal chimique, les armes conventionnelles, quant à elles ne se sont toujours pas arrêtées de cracher le feu et d’aligner les morts. Un acte macabre de plus dans la tragédie syrienne qui se joue depuis 30 mois et qui révèle une fois de plus l’hypocrisie des puissances tentant de préserver leurs intérêts. Dans ce conflit, la géopolitique a remplacé l’humanisme, le conservatisme religieux s’est substitué à la morale, la militarisation des esprits a pris le pas sur la négociation. Aujourd’hui la Syrie est au cœur de plusieurs luttes et divise le monde. Ceux qui préconisent d’arrêter le sang par le sang ont certainement oublié de lire certaines pages noires de l’Histoire. Il y a près de 100 ans les accords de Sykes-Picot avaient dessiné la région, ce qui se passe actuellement veut la redessiner pour les 100 ans à venir. Dans ce pays, où l’Histoire est partout et où on écrit l’histoire tous les jours, nous ne nous dirigeons pas vers un destin de notre choix mais nous subirons celui que nous hériterons de la guerre, cette guerre qui ne repose sur aucune certitude, cette guerre que certains veulent faire durer encore et encore comme si elle n’avait pas le droit de s’arrêter.

« On ne vit plus vraiment »

« Hamdellah » (merci à Dieu), une louange que les Syriens ne cessent d’utiliser malgré l’enfer quotidien de la guerre, de ses drames et de ses privations, ce recours à la foi pour endurer la souffrance alors que certains viennent de tout perdre et d’enterrer ceux qu’ils ont de plus cher. Dieu est omniprésent dans ce conflit. Certains combattent « pour lui » en s’arrogeant le droit de parler en son nom sur Terre, nous poussant parfois à remettre en question notre foi, souvent à nous demander si le Ciel ne nous a pas oubliés, et à être personnellement révoltés contre lui. Beaucoup d’autres se tournent vers lui simplement pour tenter de supporter l’insupportable. Au fil des mois la peur a disparu et a laissé place à un fatalisme empreint d’une résignation forcée et consciente. Entre l’exil pour les privilégiés et l’exode pour ceux qui y sont forcés, d’autres sont résignés et restent sur place, certains par volonté, mais la majorité par manque de moyens. Nous luttons pour ne pas devenir un peuple de réfugiés mais nous sommes malgré tout devenus un peuple étranger, étrangers dans notre propre pays. Même si nous ne le quittons pas, lui est en train de nous quitter. Même en tentant de fuir la guerre, nous l’emportons tout de même avec nous dans nos bagages. Où que nous allions, où que nous soyons, on ne vit plus vraiment. Nous n’avons plus aucune prise sur notre pays et sommes juste devenus esclaves des événements et du Temps.

Même si nous ne portons pas des traces visibles de cette profonde blessure sur nous, nous les portons en nous. Nous sommes tous affectés d’une manière ou d’une autre, car même si nous avons été épargnés par la violence physique, une mélancolie, un mal silencieux nous habite désormais et à jamais. Nous nous éteignons chaque jour un peu plus, en silence, à des kilomètres des explosions, des salves de mitraillettes, des tirs de roquettes, des sirènes d’ambulances et des avions survolant les faubourgs des villes et des villages, en assistant impuissants à la destruction à petit feu de notre pays, sanglot après sanglot, agonie après agonie, deuil après deuil. Nous sommes tous les victimes de ce conflit, et nous n’avons pas le droit d’oublier les morts et les disparus que nous devons toujours faire vivre dans nos mémoires. Ces deux dernières années nous ont fait découvrir nos réactions et émotions, aujourd’hui totalement enfouies, trop souvent pour se protéger. Nos cœurs sont si lourds qu’il nous arrive souvent de croire qu’ils se sont arrêtés de battre. Au fur et à mesure nous avons commencé à craindre les lendemains, à perdre « ceux » et « ce » et que nous aimions. Nos amis sont devenus un mirage, nous avons peur d’eux, nous avons peur pour eux, nous avons peur de ne plus jamais nous retrouver. Nous avons tous changé et tout a changé. Nous avons peur de nos différentes opinions politiques et de nos différentes religions. Un tourbillon de folie meurtrière s’est levé, a réveillé les plus bas instincts de l’espèce humaine et qui, une fois apaisé, ne nous laissera que le goût amer de la rancœur, la tristesse, l’amertume, la douleur, la rage et la haine. Cette guerre a transformé nos vies. Nous ne vivons plus. Nous sommes en sursis. Nous n’oublierons jamais.

Parler de la guerre sans la nommer

Lors de mon dernier séjour à Damas en mai et juin derniers, j’ai voulu photographier dans ma mémoire chaque lieu, chaque visage, chaque sourire et chaque larme que j’ai pu croiser et que je ne reverrais peut être plus jamais. J’ai voulu emporter avec moi la senteur de chaque souvenir et le souvenir de chaque senteur parce qu’à chaque départ de Syrie je ne sais pas si je reviendrai, quand je reviendrai et dans quel état je retrouverai le pays dans lequel j’ai grandi après les « événements », après « la crise ». Là-bas, rares sont ceux qui disent « la Guerre ». Ils l’appellent sans la nommer, peut-être pour tenter de conjurer l’angoisse de leur funeste réalité quotidienne. Nous étions l’un des pays les plus sûrs au monde et maintenant nous en sommes devenus la hantise. Damas la ville qui ne dort jamais s’est transformée en une ville qui ne dort plus. Les gens ne sursautent même plus aux déflagrations et les mortiers et missiles ont remplacé les soleils et les mers dans les dessins des enfants. Une génération qui à l’aurore de sa vie entrevoit déjà la tombée de la nuit.

Mais dans tout ce chaos, dans cette Syrie dans laquelle il est devenu si difficile de vivre, dans ce pays que l’on ne reconnaît plus, cette société à bout de nerfs épuisée par cette guerre qui n’en finit pas tente désespérément de préserver ce qui lui reste d’espoir. Il est évident qu’aucun Syrien ne sortira gagnant de ce conflit, trop de sang a déjà coulé dans nos montagnes, nos fleuves et nos vallées, mais même si nous avons déjà pratiquement tout perdu, nous refusons tout de même de perdre une chose essentielle qui constitue l’identité syrienne, notre capacité de vivre ensemble. Dans nos villes déchirées, parmi les ruines et les gravats, où l’air aujourd’hui empeste la poudre, où les immeubles béants sont devenus des retranchements et les ruelles des tranchées, nous persisterons coûte que coûte à entendre du haut de nos minarets l’appel à la prière du muezzin bercé par le son des cloches de nos églises. Ils peuvent vouloir nous empêcher d’exister, mais ne nous empêcheront pas de continuer à coexister. Ils peuvent nous plonger dans l’obscurité, mais ils ne nous empêcheront pas de lutter contre les ténèbres. Ils peuvent tuer toutes les hirondelles, ils n’empêcheront tout de même pas l’arrivée du printemps. Notre printemps qui sera, d’abord et avant tout, le retour à la paix.

Myrna Nabhan
levif.be, 26 septembre 2013.

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Syrie : comment la révolte fut fabriquée (Vidéo)

octobre 12th, 2013 by Lizzie Phelan

Le documentaire « Fabriquer la contestation »(« Manufacturing Dissent ») met en lumière la guerre psychologique fomentée par les médias dits mainstream afin de faciliter le renversement du gouvernement syrien selon l’agenda occidental et dans l’intérêt de la politique étrangère occidentale et israélienne. Il montre comment les médias ont contribué directement à l’effusion de sang en Syrie.Ce documentaire comprend :

- La preuve de faux rapports diffusés par la chaîne américaine CNN, l’anglaise BBC, la qatarie al-Jazeera, la saoudienne al-Arabiya et d’autres encore.
- Des entretiens avec un échantillon de la population syrienne : un acteur (L’acteur syrien d’origine palestinienne Mohammed Rafea, interviewé dans le documentaire, a été froidement assassiné par une brigade terroriste le 2 novembre 2012), un artisan, un journaliste, un résident de Homs et un militant qui ont en commun d’avoir tous été touchés par la crise syrienne.

Rami Allouch, né à Hama et étudiant en médecine en Russie, apprend qu’il a été tué par les forces de sécurité syriennes en regardant une vidéo sur al-Jazeera, sur Facebook et sur YouTube !

À propos des massacres de Houla (108 morts le 25 mai 2012), la BBC a utilisé une photo irakienne pour illustrer le massacre syrien : « J’ai ouvert la page de BBC sur ce qui s’était passé en Syrie. J’ai failli tomber de ma chaise, quelqu’un utilise exprès la photo d’un autre pour faire de la propagande » raconte le photographe.

Produit par les journalistes Lizzie Phelan et Mostafa Afzalzadeh.
Publié en anglais le 31 août 2012 par theliberatedzone

Source :
http://www.afrique-asie.fr/menu/actualite/6485-syrie-comment-la-revolte-fut-fabriquee-video.html

knowledge-tv.com pour la traduction française

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Les pays sont des «pièces d’un échiquier sur lequel se joue un grand jeu pour la domination du monde», écrivait Lord Curzon, vice-roi des Indes, en 1898, rien n’a changé. Le massacre du centre commercial de Nairobi était une façade derrière laquelle une sanglante invasion en bonne et due forme de l’Afrique et une guerre en Asie sont le grand enjeu.

Les tueurs du centre commercial du groupe Al-Shabaab sont venus de Somalie. Si un pays est une métaphore impériale, c’est la Somalie. Partageant une langue et une religion commune, les Somaliens ont été divisés entre les Britanniques, les Français, les Italiens et les Ethiopiens. Des dizaines de milliers de personnes ont été ballotées d’un pouvoir à l’autre. «Quand on les fait se haïr les uns les autres», écrit un fonctionnaire colonial britannique, la «bonne gouvernance est assurée.”

Aujourd’hui, la Somalie est un parc à thème de divisions artificielles, brutales, appauvrie durablement par la Banque mondiale et le programme “d’ajustement structurel” du FMI, saturée d’armes modernes, notamment l’arme personnelle favorite du président Obama, le drone. Le seul gouvernement somalien stable, les tribunaux islamiques, a été “bien accueilli par les gens dans les zones sous son contrôle”, a rapporté le service de recherche du Congrès américain, «[mais] a reçu une couverture médiatique négative, en particulier en Occident.” Obama l’a écrasé; et en Janvier, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, a présenté son homme au monde. “La Somalie reste reconnaissant de l’appui indéfectible du gouvernement des Etats-Unis,” avait déclaré avec effusion le président Hassan Mohamud, «merci, l’Amérique.”

Depuis que l’OTAN a réduit la Libye moderne à un état de Hobbes en 2011, les derniers obstacles vers l’Afrique sont tombés. “Les conflits pour l’énergie, les minéraux et les terres fertiles sont susceptibles de se produire avec une intensité croissante», rapportent les planificateurs du ministère de la Défense. Ils prédisent “un nombre élevé de victimes civiles”, donc que “la perception de légitimité morale sera importante pour aboutir à un succès”. Sensible au problème de relations publiques relatif à l’invasion d’un continent, le mammouth de l’armement, BAE Systems, avec Barclay Capital et BP, conseillent au «gouvernement de définir sa mission internationale comme une gestion des risques au nom des citoyens britanniques». Le cynisme est mortel. Les gouvernements britanniques ont eu, à plusieurs reprises, des mises en garde, notamment de la part de la Commission parlementaire de renseignement  et de Sécurité, que les aventures à l’étranger attireraient des représailles chez nous.

Avec un intérêt des médias réduit au minimum, le Commandement africain américain (Africom) a déployé des troupes dans 35 pays africains, établissant un réseau familier de larbins autoritaires avides de pots de vin et d’armements. Dans les jeux de guerre, la doctrine « de soldat à soldat » s’applique à tous les officiers américains à tous les niveaux de commandement, du général au grade de sous-lieutenant. Les britanniques ont fait de même en Inde. C’est comme si la fière histoire de libération de  l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était reléguée aux oubliettes par une nouvelle élite coloniale de nouveaux maîtres noirs dont la “mission historique”, avait averti Frantz Fanon il y a un demi-siècle, est l’assujettissement de leur propre peuple dans la cause d’un “capitalisme sauvage bien camouflé“. La référence est aussi valable pour le Fils de l’Afrique de la Maison Blanche.

Pour Obama, il y a une cause plus urgente – la Chine. L’Afrique est la réussite de la Chine. Là où les Américains apportent des drones, les Chinois construisent des routes, des ponts et des barrages. Ce que les Chinois veulent ce sont les ressources, notamment les énergies fossiles. Le bombardement de la Libye par l’OTAN a chassé 30.000 travailleurs de l’industrie pétrolière chinoise. Plus que le djihadisme ou l’Iran, le rôle de la Chine en Afrique est désormais l’obsession de Washington, et au-delà. C’est la «politique» connue sous le nom de «pivot vers l’Asie», dont la menace pour une guerre mondiale est aussi grande que jamais dans l’ère moderne.

La réunion de cette semaine à Tokyo du secrétaire d’Etat américain John Kerry et du secrétaire à la Défense Chuck Hagel avec leurs homologues japonais a accéléré la perspective d’une guerre avec le nouveau rival impérial. Soixante pour cent des forces américaines et navales doivent être basées en Asie en 2020, visant la Chine. Le Japon se réarme rapidement avec le gouvernement de droite du Premier ministre Shinzo Abe, qui est arrivé au pouvoir en Décembre avec un engagement à construire une “nouvelle et forte armée» et à contourner la “constitution de paix”. Un système de missiles antibalistiques nippo-américain près de Kyoto vise la Chine. En utilisant des drones à long rayon d’action, les  Global Hawk, les Etats-Unis ont fortement augmenté leurs provocations dans l’Est de la Chine et la mer de Chine méridionale, où le Japon et la Chine se disputent la propriété des îles Senkaku / Diaoyu. Des appareils avancés à décollage vertical sont maintenant déployés au Japon; leur but est la blitzkrieg.

Sur l’île du Pacifique de Guam, à partir de laquelle les B-52s attaquaient le Vietnam, le plus grand déploiement militaire depuis les guerres d’Indochine regroupe 9.000 Marines américains. En Australie, cette semaine, une prise d’armes militaire qui a diverti les habitants de Sydney, correspond à une campagne de propagande du gouvernement pour justifier un accroissement sans précédent du potentiel militaire américain de Perth à Darwin, visant à la Chine. La grande base américaine de Pine Gap près d’Alice Springs est, comme Edward Snowden l’a divulgué, une plaque tournante de l’espionnage américain dans la région et au-delà ; c’est aussi un élément essentiel pour les assassinats par drone d’Obama à travers le monde.

Un ancien secrétaire d’Etat adjoint américain, McGeorge Bundy, avait dit un jour : «Nous devons informer les Britanniques pour les garder de notre côté. Vous en Australie,  êtes avec nous, quoi qu’il arrive ». Les forces australiennes ont longtemps joué un rôle de mercenaire pour Washington. Cependant, il y a un problème. La Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Australie et en grande partie responsable de sa sortie de la récession de 2008. Sans la Chine, il n’y aurait pas de boom pour les mines du pays ; pas de retour minier hebdomadaire de près d’un milliard de dollars.

Les dangers que cela représente sont rarement débattus publiquement en Australie, où le patron du premier ministre Tony Abbott, Rupert Murdoch, contrôle 70 pour cent de la presse. Occasionnellement, l’anxiété s’exprime sur le «choix» des USA sur ce que  l’Australie aura à faire. Un rapport de l’Institut australien de politique stratégique avertit que tout plan américain pour attaquer la Chine impliquerait “l’aveuglement” du système de surveillance chinois, de renseignement et de commandement. Cela “augmentera, par conséquent, les chances de préemption du nucléaire Chinois… et une série d’erreurs de calcul des deux côtés si Pékin perçoit les attaques conventionnelles sur son sol comme une tentative de désarmer sa capacité nucléaire”.

Dans son discours à la nation le mois dernier, Obama a dit: «Ce qui rend l’Amérique différente, ce qui nous rend exceptionnel, c’est que nous sommes déterminés à agir.”

John Pilger

Article original en anglais :

Old game, new obsession, new enemy. Now it’s China.

Cet article a été initialement publié par The Guardian sous le titre :

More than jihadism or Iran, China’s role in Africa is Obama’s obsession, le 9 octobre 2013

 Traduction : Avic

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Photo : M. John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères

Généralités

M. John Baird, grâce à de vieux discours humanistes bourgeois et à de vocabulaire philanthropique qui sente le renfermé, a inventé une nouvelle méthode pour rendre les personnes gaies au Canada encore plus adorées qu’elles ne l’étaient avant le 8 août 2013 [1]. Suivant cette méthode, en effet, un ministre du cabinet conservateur actuel présente sur la scène internationale, et sous la bannière des torys, une nouvelle pièce théâtrale du genre épique, dont l’intrigue n’est pas l’ingérence dans les affaires intérieures des autres pays – comme vous l’auriez crû —, mais bien plutôt la protection des droits des personnes gaies à l’étranger et la dénonciation des tyrans et des monstres qui osent les violer ! Autrement dit, l’Atride John Baird Voix-Sonore [2] appelle tous les libres du monde – Argiens, Danaéens et Achéens [3] - à s’embarquer pour une nouvelle Iliade, non pour sacquer Troie, mais bien pour sauver Hélène ! Quelle audace, quelle grandeur !

Nous conseillons à M. Baird de prendre un brevet pour son invention : ce qui pourrait, en tout cas, être d’un très bon rapport.

Il est à noter que cette méthode est d’autant plus rentable, notamment pour les torys, que l’on guerroie contre la discrimination légale envers les personnes gaies à l’extérieur, plus que l’on fait pour mettre fin à la discrimination sociétale envers lesdites personnes à l’intérieur. Elle doit devenir tout particulièrement rentable, car n’importe quel journal, n’importe quelle chaîne télévisée, un National Post, une CBC peuvent, sous prétexte de violation des droits des gais en Russie, en Iran ou en Ouganda, se permettre d’aller plus loin que l’Atride Baird lui-même – parce qu’ils possèdent le pouvoir de désinformer les masses – et appeler au boycottage de la vodka russe, du tapis persan et de la danse kigganda. Ainsi, les communautés gaies du Canada, qui souffrent de l’inégalité et de la discrimination sociétales – car le système de valeurs dominant leur offre une égalité légale, mais non sociétale – se trouvent impliquées, côte à côte avec le Parti conservateur – leur prédateur discursif et idéologique -, dans une nouvelle Iliade pour sauver leurs frères et sœurs outre-mer.

« Toutes ces voix montaient jusqu’à l’éther, jusqu’à la lumière de Zeus » [4].

En effet, la méthode de M. Baird n’est qu’une partie du plan général du gouvernement tory qui aspire à jeter de la cendre aux yeux, notamment en ce qui concerne les droits des personnes gaies au Canada.

 

L’Iliade de John Baird contre la Russie : sauver Hélène ou sacquer Troie ?

Pendant le mois de chaleur étouffante de juillet, M. Baird se dit très inquiet de la répression des droits des personnes gaies à l’étranger et se précipita à dénoncer les pays qui les violaient. A fortiori, monsieur Baird décrit la loi controversée qui mettrait un frein au militantisme pour les droits des homosexuels en Russie comme étant « haineuse ». Nous parlant, il dit ces mots qui ont des ailes :

« Cette loi mesquine et odieuse aura une incidence sur tous les Russes durant 365 jours, chaque année. C’est une incitation à l’intolérance, qui engendre la haine. L’intolérance et la haine engendrent la violence », ajouta-t-il [5].

C’était le 8 juillet 2013 lorsque l’Atride John Baird Voix-Sonore, soutenu par la parole de Zeus Kronide, réitéra depuis Rio de Janeiro, au Brésil, que la défense des droits des minorités sexuelles, des femmes et des croyances religieuses faisait partie des valeurs canadiennes. Or, ces déclarations courageuses causèrent le désordre parmi les dieux de l’Olympe. À preuve, quelques jours plus tard, une organisation de femmes conservatrices (REAL Women of Canada), dont les membres sont dévouées au temple de la déesse Héra Blanche-Main [6], critiqua vertement l’Atride, pour s’être porté à la défense des droits des homosexuels à l’étranger, et d’avoir outrepassé ses pouvoirs en « imposant » sa propre vision des choses à des pays souverains. En effet, la vice-présidente de l’organisme, madame Gwendolyn Landolt, s’en indigna ; elle s’agitait sur son siège, et le grand Olympe fut secoué. Elle accusa l’Atride Baird de défendre des valeurs qui ne sont pas canadiennes, mais plutôt « les siennes, celles de militants et d’une élite de gauche » [7]. Lui parlant, elle dit ces mots qui ont des ailes : « Pour qui John Baird se prend-il en utilisant l’argent des contribuables pour promouvoir     son agenda personnel et imposer des normes à des pays étrangers ? [8] » ; « Oh ! la ! la ! Poséidon, puissant Maître du Séisme ! [9]»

Par le passé, monsieur Baird se fut aussi prononcé contre la discrimination et la violence que subissent les homosexuels en Ouganda, qui a aussi une loi anti-gaie [10].

Quel bonheur ! Quelle allégresse ! Ménélas, mon ami, pourquoi ce souci [11] ?

D’abord, tout en prenant compte des fondements idéologiques conservateurs de monsieur Baird, nous nous charmons à comprendre les motivations objectives qui se cachent derrière son ardeur et son enthousiasme. Pour en faire, nous dessinons les points d’interrogation suivants :

1. quelles sont les motivations qui se cachent derrière l’enthousiasme inexplicable de l’Atride à s’embarquer pour une telle Iliade ?

2. d’où vient cette inquiétude incompréhensible de monsieur Baird envers les droits des personnes gaies en Russie ?

3. pourquoi la Russie, l’Iran, le Kenya et l’Ouganda, mais non pas la Géorgie, l’Arabie saoudite, le Pakistan et le Rwanda, par exemple ?

4. est-ce que vraiment l’Atride veut sauver Hélène, comme il essaye de nous persuader, ou est-ce qu’il veut sacquer Troie ?

Avant toute chose, les motivations objectives qui poussent monsieur Baird à guerroyer pour les droits des gais en Russie ne s’expliquent pas dans le contexte du discours philanthropique de monsieur Baird lui-même, mais bien plutôt dans le contexte de la politique générale du gouvernement Harper qui cherche à jouer, sur la scène internationale, un rôle plus « impérial » et à foutre le nez dans le train des pays souverains.

En premier lieu, monsieur Baird a ciblé la Russie pour son oppression des personnes gaies parce qu’il considère la Russie comme un pays non ami sur le plan de la politique étrangère. Il est à noter ici qu’en Russie la limitation des libertés desdites personnes est un fait réel, et nous la condamnons haut et fort. Or, s’il est vrai que les personnes gaies en Russie sont victimes de l’oppression et de la persécution, il est non moins vrai que lesdites personnes partout dans le monde souffrent des mêmes conditions, à l’exception de l’Occident, où les communautés gaies bénéficient d’une égalité légale bien établie, mais non sociétale. Il aurait pu être plus fructueux, si monsieur Baird avait ciblé l’Arabie saoudite, par exemple, où les homosexuels sont condamnés à la peine de mort, mais monsieur Baird cible explicitement la Russie.

En second lieu, l’ardeur de monsieur Baird envers les personnes gaies en Russie s’explique dans le contexte de la « Deuxième Guerre froide » qui se déroule depuis quelques années entre les pays atlantiques, d’un côté, et les nouvelles puissances montantes, telles que la Russie, la Chine et leurs alliés, de l’autre côté. Il faut noter, dans ce sens, le rôle que joue précisément la Russie dans plusieurs « dossiers chauds » partout dans le monde, surtout au Moyen-Orient, comme le nucléaire iranien et la crise syrienne.

 

L’ayatollah Khamenei

La fatwa de Khomeiny sur les droits des transgenres

Pour ce qui est de l’Iran, il n’y a pas grand-chose à dire. D’un côté, l’homosexualité y est prohibée par la Sharia islamique. De l’autre côté, l’Iran est le seul pays musulman qui reconnait les droits sociaux et humains des personnes transgenres, et leur offre le service et le support médicaux dont elles ont besoin. En effet, pendant que certains gouvernements provinciaux au Canada refusaient d’assurer la chirurgie de réattribution sexuelle (CRS) pour les personnes transgenres, lesdites personnes en Iran profitaient de fonds gouvernementaux à presque 90 % pour leur CRS. Notons qu’avant la révolution islamique de 1979, le sujet de la transsexualité en Iran n’eut jamais été officiellement traité sous le régime du Shah. Cependant, au début des années 1980 et grâce à une fatwa de l’ayatollah Khomeiny, les individus transgenres furent officiellement reconnus par le gouvernement et autorisés à subir des opérations chirurgicales afin de changer de sexe. En plus, en 1963, l’ayatollah Khomeiny écrit un livre dans lequel il dit qu’il n’existe aucune restriction religieuse vis-à-vis de la chirurgie corrective, pendant que le gouvernement impérial n’avait aucune politique précise vis-à-vis des individus transgenres [12]. Nous mentionnons ici le grand rôle qu’eut joué Maryam Katoun Molkara, anciennement un homme connu sous le prénom de Fereydoun, dans la lutte pour les droits des personnes transgenres en Iran. Avant la révolution, elle voulait devenir une femme, mais ne pouvait se permettre l’opération sous le régime du Shah. De plus, elle souhaitait avoir une autorisation religieuse. Depuis 1975, elle écrivait des lettres à l’ayatollah Khomeiny, alors exilé. Ses correspondances avec l’ayatollah devinrent par la suite la fatwa autorisant de telles opérations en Iran. La fatwa originelle de Khomeiny fut depuis confirmée par l’actuel guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, et est aussi soutenue par de nombreux membres du clergé iranien. À titre d’exemple, le hojatol-islam Kariminia, un membre du clergé de niveau moyen qui est en faveur des droits des transgenres, a déclaré qu’il souhaite « suggérer que le droit des transsexuels à changer de sexe est un droit de l’homme » et qu’il essaie « de présenter les transsexuels aux gens à travers [son] mon travail et faire disparaitre les stigmates ou insultes attachés à ces individus [13] ».

Notons aussi qu’en Iran, une fois qu’un individu transgenre a changé de sexe, cette personne devient légalement une personne de ce sexe. Tous les documents légaux, comme les actes de naissance et les passeports sont modifiés selon l’opération subie.

En dépit de faits ci-devant, monsieur Baird jouait l’Atride en attaquant durement l’Iran dans une assemblée internationale de parlementaires à Québec, le 22 octobre 2012. S’adressant à 1400 délégués de l’Union interparlementaires, il dit ses mots qui ont des ailes : « Le régime iranien est un exemple troublant d’intolérance religieuse », a-t-il lancé [14].

Pour conclure, il suffit de tracer des parallèles entre la rigueur de monsieur Baird sur les droits des minorités en Iran et les liens d’amitié qui lient les Atrides du cabinet tory aux rois d’Israël. Pour rappel, le Canada est engagé dans un bras de fer avec la République islamique d’Iran, depuis qu’Ottawa a fermé son ambassade à Téhéran en septembre 2012. Les diplomates iraniens furent expulsés du Canada, et le gouvernement Harper reprocha au régime iranien de soutenir les terroristes, de chercher à obtenir l’arme nucléaire, d’appuyer le gouvernement syrien de Bachar al-Assad et de souhaiter la destruction de l’État d’Israël [15]. Le lecteur l’avait deviné.

 

Des évangélistes américains à la traque des homosexuels en Ouganda

En ce qui concerne l’Ouganda, c’est un pays dans lequel il faut parfois se cacher pour vivre. L’homosexualité y est punie par la loi : des photos d’homosexuels sont publiées dans la presse avec des titres qui incitent à la violence. Un projet de loi, écrit en 2009 par un jeune député de 29 ans, David Bahati, a pour but de condamner tout homosexuel à la peine de mort, et toute personne couvrant un homosexuel d’une peine de 3 ans de prison.

Or, ils ne sont pas si nombreux ceux qui savent, surtout parmi les communautés gaies, que les compagnies d’exploitation du pétrole ont découvert récemment des réserves pétrolières dans ce pays et que sous le parc national de Murchison Falls, l’une des dernières grandes réserves naturelles de l’Ouganda, repose une richesse naturelle considérable du pétrole. En effet, le géant pétrolier français Total a commencé des études pour préparer des tests sismiques dans le parc national comme un prélude à une production pétrolière potentielle. Des rapports différents estiment les réserves pétrolières de l’Ouganda de 2, 5 milliards barils de pétrole avec une spéculation de 6 milliards barils [16], ce qui pourrait aiguiser l’appétit de monsieur Baird. À cela s’ajoutent d’autres points d’interrogation :

1. comment expliquer l’homophobie dans ce pays ?

2. qui est à l’origine de ce mouvement ?

3. qui diffuse ces idées dans la société ougandaise ?

Selon un reportage de Dominique Mesmin sur la chaîne télévisée France TV Info, la loi a été écrite en binôme avec Julius Oyet, chef extrémiste des Born Again ougandais. Le Born Again est un mouvement évangéliste, venu des États-Unis, comptant 9 millions de fidèles dans le pays, soit un quart de la population, et dix mille églises. David Bahati en fait partie, ainsi que le président Museveni, sa femme et un tiers des députés [17]. Ainsi qu’en témoigne Sylvia Tamale, doyenne de droit de l’université de Kampala, qui s’insurge contre l’influence des groupes évangélistes radicaux : « Les extrémistes américains de droite ne peuvent pas appliquer leurs idées chez eux. Ils cherchent des alliés compatissants dans des pays comme l’Ouganda » [18]. Or, les extrémistes évangélistes ne sont pas seuls à la chasse des homosexuels en Ouganda. À eux se sont joints les extrémistes musulmans. Un imam radical de la mosquée de Kampala appelle explicitement à traquer les homosexuels et à les tuer sur place pour que la volonté de Dieu soit faite [19].  

 

… et des conservatrices canadiennes à l’exclusion des transgenres

Parallèlement aux extrémistes évangélistes qui incitent la haine contre les homosexuels en Ouganda, une organisation de femmes conservatrices du Canada incite aussi la haine contre les personnes transgenres. Il est question ici des publications et des points de presse tenus par les membres de l’organisation REAL Women of Canada à propos du projet de loi C-279. Pour rappel, ledit projet enchâsserait dans la Loi canadienne sur les droits de la personne un article protégeant les droits des transgenres canadiens, et criminaliserait l’incitation à la haine ou au génocide sur la base de l’identité sexuelle. Or, les articles publiés sur le site Web de ladite organisation ne cachent ni la haine ni le discours discriminatoire envers les personnes transgenres. La preuve en est qu’à plusieurs reprises, les membres de ladite organisation amalgamèrent les individus transgenres avec les pédophiles et les considérèrent comme des personnes dont « les activités sexuelles sont problématiques » [20]. Pour sa part, la vice-présidente de ladite organisation, Gwen Landolt, donna l’alarme et avertit les dieux de l’Olympe du danger pédophile qui se cachait derrière la reconnaissance des droits des transgenres. S’adressant à la déesse Héra Blance-Main, elle dit ces mots qui ont des ailes :

“It’s all in how the word ‘gender identity’ is defined,” said Landolt, explaining that “gender identity” is a catch-all phrase that could be interpreted by activist courts to legitimize “any kind of sexual deviancy (…) this could include pedophilia, if that’s their deeply felt experience of gender and if that’s their sexual preference” [21].

Par contre, les membres de l’organisation REAL Women of Canada savent bien que l’adoption du projet de loi C-279 pourrait offrir aux personnes transgenres une protection totale aux lieux de travail, au réemploi, aux services publiques et au logement :

« REAL Women of Canada argues that another major effect of the bill would be that “transgendered, transsexual, and sexually confused individuals will be given full protection, re-employment, services, housing, etc., in public institutions under federal jurisdiction. These behaviors will be ‘normalized’, accepted, and protected [22]».

Pourtant, REAL décide de rester neutre envers le débat ci-devant tout en justifiant sa neutralité en insistant que la protection de la Commission canadienne des droits de la personne est suffisante, et que le projet de loi C-279 n’est pas nécessaire dans ce sens [23].


Le projet de loi C-279, une Odyssée houleuse

Pour ce qui est de l’Atride John Baird, pendant qu’il s’embarque dans une Iliade pour sauver les droits des personnes gaies à l’extérieur, il devient évident que les droits desdites personnes à l’intérieur errent depuis longtemps dans une Odyssée de va-et-vient entre le pays des Cyclopes [24] - le Sénat – et la mer de Poséidon [25] - la Chambre des communes.

Le projet de loi C-279 incarne donc la souffrance des personnes transgenres canadiennes, leur rappelant qu’elles ne sont pas à leur place dans leur pays tant qu’elles ne sont pas explicitement protégées par la Loi sur les droits de la personne. Il reste à dire ici à tous les membres des communautés LGBT du Canada, qui applaudissent le ministre John Baird, que leurs intérêts ne doivent pas se porter sur un embarquement pour l’Iliade de l’Atride Baird, mais bien plutôt sur une sortie de l’Odyssée du projet de loi C-279. À plus forte raison, il faut que ledit projet passe pour que les personnes transgenres aient le même niveau de protection que celle de la majorité des Canadiens.

En revanche, pour la quatrième fois, un simple député présente un projet de loi d’initiative parlementaire concernant les droits des personnes transgenres. La preuve en est qu’avant C-279, des versions antérieures du projet de loi furent présentées au cours des législatures précédentes et sont « mortes sur le feuilleton » lors de la dissolution du Parlement et le déclenchement des élections générales. La première version, C-392, fut présentée par Bill Siksay lors de la 38e législature le 17 mai 2005. Le projet de loi fut présenté de nouveau sous le numéro C-326 à la 39e législature, le 19 juin 2006. Aucun de ces deux projets de loi n’a été débattu. M. Siksay présenta le projet de loi C-389, le 15 mai 2009. Il reçut la deuxième lecture et fut débattu une première fois les 10 mai et 8 juin 2010, et fut adopté par la Chambre des communes le 8 juin. Il fut ensuite considéré par le Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes le 2 novembre 2010, qui l’adopta sans amendement. La Chambre l’adopta à l’étape du rapport le 8 décembre 2010. Le débat à la troisième lecture eut lieu le 7 février 2011, et la Chambre l’adopta à troisième lecture le 9 février. La première lecture au Sénat survint le lendemain, mais il est mort sur le feuilleton le 26 mars 2011 lors de la dissolution du Parlement. Le projet de loi C-279 reçut la première lecture le 21 septembre 2011. Le débat à deuxième lecture eut lieu le 5 avril et le 1er  juin 2012. Enfin, le 6 juin 2013, le projet de loi C-279 fut adopté à deuxième lecture à la Chambre des communes, avec 150 voix pour et 132 contre, et il fut renvoyé au Comité permanent de la justice et des droits de la personne.

Cette fois, le C-279 fut adopté par les parlementaires aux communes ; 18 conservateurs, dont trois ministres, y accordèrent leur appui. Il fut étudié ce printemps au comité permanent du Sénat sur les droits de la personne, et ne fit pas l’objet d’amendements en dernière analyse le 11 juin. Mais après cette date, le projet de loi ne put être mis au vote pour une troisième lecture finale au Sénat. Et le projet de loi pourrait se heurter à un nouvel obstacle. La sénatrice conservatrice Nancy Ruth proposa en effet un amendement, parce qu’elle voudrait que le sexe fût inclus dans l’article sur l’incitation à la haine, afin que les femmes bénéficiassent des mêmes protections. Si l’amendement de la sénatrice est adopté, le projet de loi devrait retourner à la Chambre des communes pour un nouveau vote sur les modifications [26].

Pour sa part, la présidente du comité sénatorial, la libérale Mobina Jaffer, soupçonne que le gouvernement conservateur n’est pas pressé d’adopter la législation :

« Les témoignages que nous avons entendus de la population transgenre étaient tout simplement déchirants, et lorsque j’ai quitté les audiences de ce comité, je me suis dit que ce n’était pas le Canada que nous voulons. (L’adoption de) ce projet de loi était tout simplement la chose juste à faire », a-t-elle témoigné [27].

Nous proclamons que l’espace de la Loi est finalement un lieu interdit pour les droits des personnes transgenres. Le Sénat, actuellement domaine des torys [28], est le seul chemin de sortie pour que le C-279 soit un article de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Le Sénat figure dans ce contexte-ci un domaine inhospitalier aux droits des personnes transgenres ; il faut que le C-279 passe pour que lesdites personnes soient protégées au moins sur le plan légal ; nous ne parlons pas ici de la protection sociétale qui nécessite un changement intégral du système de valeurs dominant, ce qui pourrait, en tout cas, être mal interprété par les prêtres de l’oracle de Delphes [29].

 

Somme toute

À la lumière de ce qui précède, il nous semble que les Atrides du Parti conservateur, incapables d’établir une intégration sociétale complète des personnes gaies à l’intérieur – vu la nature de l’idéologie conservatrice – s’embarquent dans une nouvelle Iliade pour protéger les droits desdites personnes à travers les sept mers. Pourtant, pendant que l’Atride John Baird Voix-Sonore guerroie pour les droits des personnes gaies devant les murs de Troie, le glorieux Atride Stephen Harper, maître du peuple, s’abstient, comme Achilles, près des bateaux, et garde le silence à propos du mariage gai et du projet de loi C-279. En vérité, M. Stephen Harper ne veut rien dire, ayant peur que ses paroles puissent déranger le sommeil profond des dieux de l’Olympe [30].

 En ce qui nous concerne, nous levons la voix contre toute sorte de discrimination, de persécution contre les personnes gaies, que ce soit sur le plan légal ou sur le plan sociétal. Rien ne justifie de tels comportements sous n’importe quelle circonstance. L’interdiction de la propagande Pride en Russie, la poursuite judiciaire des gais en Iran et la peine de mort contre les homosexuels en Ouganda constituent des violations réelles des droits de l’homme, et nous les condamnons haut et fort.

Il reste à dire que l’Atride John Baird Voix-Sonore, dans son Iliade des droits des gais, ne cherche pas à sauver Hélène, mais bien plutôt à sacquer Troie. Nous dénonçons haut et fort la peine de mort qui est une barbarie, mais nous dénonçons aussi la falsification d’informations lorsqu’elle prépare l’opinion publique à la barbarie de la guerre.

Enfin parla Diomède Voix-Sonore : « Que personne n’accepte ni le trésor d’Alexandre, ni même Hélène ; tout le monde sait, même les plus naïfs, que déjà les Troyens sont aux limites de la mort. » [31]

Fida Dakroub, P.H.

Bibliographie

Baird forcé de défendre son soutien aux droits des gais. (2013, 08 09). Consulté le 10 01, 2013, sur Le Devoir : http://www.ledevoir.com/politique/canada/384681/un-groupe-de-femmes-de-droite-denonce-baird-sur-les-droits-des-homosexuels

Baklinski, T. (2013, 08 23). Stephen Harper’s decision on Parliament may set back transgender ‘bathroom bill’. Consulté le 10 10, 2013, sur Real Women of Canada:http://www.realwomenofcanada.ca/stephen-harpers-decision-on-parliament-may-set-back-transgender-bathroom-bill/

Bergeron, P. (2012, 10 22). John Baird froisse l’Iran et l’Ouganda pendant un discours. Consulté le 10 10, 2013, sur La Presse canadienne: http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201210/22/01-4585878-john-baird-froisse-liran-et-louganda-pendant-un-discours.php

Droits des gais : John Baird s’attire les foudres d’un groupe de femmes. (2013, 08 08). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2013/08/08/001-john-baird-femmes-conservatrices-droits-gais.shtml

Droits des transgenres : le projet de loi bloqué au Sénat. (2013, juillet 04). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2013/07/04/003-transgenre-projet-loi-senat.shtml

Gagné, L. (2013, 08 08). John Baird attaqué par un groupe de conservatrices. Consulté le 10 01, 2013, sur TVA:http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives/2013/08/20130808-161243.html

Harrison, F. (2005, 01 05). Iran’s sex-change operations. Consulté le 10 10, 2013, sur BBC News: http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/newsnight/4115535.stm

Homère. Iliade (éd. 2013). (J.-L. Backès, Trad.) Paris: Éditions Gallimard.

How much oil (and gas) does Uganda have, and where is it? (2012, 03 05). Consulté le 10 10, 2013, sur Oil in Uganda: http://www.oilinuganda.org/facts-faqs/uganda-oil-facts-faqs/how-much-oil-and-gas-does-uganda-have-and-where-is-it.html

John Baird s’inquiète des droits des gais en Russie. (2013, 08 01). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2013/08/01/004-baird-russie-gais.shtml

Martyn, A. (2013, 08 15). On gay rights, Conservatives could learn a thing or two from John Baird. Consulté le 10 03, 2013, sur The Globe and Mail:http://www.theglobeandmail.com/news/politics/the-conservatives-could-learn-a-thing-or-two-from-john-baird/article13794991/

Mesmin, D. (2013, 06 13). Envoyé spécial : Ouganda, la traque des homosexuels. (France TV Info) Consulté le 10 08, 2013, sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=7loMGwAg3QA

Tait, R. (2005, 07 28). A fatwa for transsexuals. Consulté le 10 10, 2013, sur Salon: http://www.salon.com/2005/07/28/iran_transsexuals/

There is something peculiar about the Bill on the Transgendered (Bill C-279). (2013, 06 06). Consulté le 10 10, 2013, sur REAL Women of Canada:http://www.realwomenofcanada.ca/there-is-something-peculiar-about-the-bill-on-the-transgendered-bill-c-279/

Véran, S. (2013, 06 13). La traque des homosexuels en Ouganda. Consulté le 10 08, 2013, sur Le Nouvel Observateur : http://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20130612.OBS2937/la-traque-des-homosexuels-en-ouganda.html

 

Notes 

[1] Date d’une conférence de presse à Rio de Janeiro, Brésil, pendant laquelle M. Baird ministre a cependant réitéré que la défense des droits des minorités sexuelles, des femmes et des croyances religieuses faisait partie des valeurs canadiennes.

[2] Allusion au personnage de l’Atride Ménélas Voix-Sonore dans l’Iliade d’Homère.

[3] Dans l’Iliade d’Homère, les forces alliées grecques sont décrites sous différents noms : « Argiens », « Danaéens » et « Achéens ».

[4] Homère, l’Iliade, chant XIII, v. 837.

[5] John Baird s’inquiète des droits des gais en Russie. (2013, 08 01). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2013/08/01/004-baird-russie-gais.shtml

[6] Dans la mythologie grecque, Héra ou Héré, fille des Titans Cronos et Rhéa, est la sœur et la femme de Zeus. C’est aussi la sœur de Déméter, d’Hadès, de Poséidon et d’Hestia. Elle est la protectrice de la femme et la déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couche. Elle est très jalouse des infidélités de son mari Zeus.

[7]  Baird forcé de défendre son soutien aux droits des gais. (2013, 08 09). Consulté le 10 01, 2013, sur Le Devoir : http://www.ledevoir.com/politique/canada/384681/un-groupe-de-femmes-de-droite-denonce-baird-sur-les-droits-des-homosexuels

[8] Gagné, L. (2013, 08 08). John Baird attaqué par un groupe de conservatrices. Consulté le 10 01, 2013, sur TVA Nouvelles :http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives/2013/08/20130808-161243.html

[9] Homère, l’Iliade, chant VIII, v. 201.

[10] Droits des gais : John Baird s’attire les foudres d’un groupe de femmes. (2013, 08 08). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2013/08/08/001-john-baird-femmes-conservatrices-droits-gais.shtml

[11] Homère, l’Iliade, chant VI, v. 55.

[12] Tait, R. (2005, 07 28). A fatwa for transsexuals. Consulté le 10 10, 2013, sur http://www.salon.com/2005/07/28/iran_transsexuals/

[13] Harrison, F. (2005, 01 05). Iran’s sex-change operations. Consulté le 10 10, 2013, sur BBC News: http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/newsnight/4115535.stm

[14] Bergeron, P. (2012, 10 22). John Baird froisse l’Iran et l’Ouganda pendant un discours. Consulté le 10 10, 2013, sur La Presse canadienne: http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201210/22/01-4585878-john-baird-froisse-liran-et-louganda-pendant-un-discours.php

[15] Voir les articles de l’auteur sur la rupture d’Ottawa avec Téhéran au CRM.

[16] How much oil (and gas) does Uganda have, and where is it? (2012, 03 05). Consulté le 10 10, 2013, sur Oil in Uganda: http://www.oilinuganda.org/facts-faqs/uganda-oil-facts-faqs/how-much-oil-and-gas-does-uganda-have-and-where-is-it.html

[17] Mesmin, D. (2013, 06 13). Envoyé spécial : Ouganda, la traque des homosexuels. (France TV Info) Consulté le 10 08, 2013, sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=7loMGwAg3QA

[18] Véran, S. (2013, 06 13). La traque des homosexuels en Ouganda. Consulté le 10 08, 2013, sur Le Nouvel Observateur : http://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20130612.OBS2937/la-traque-des-homosexuels-en-ouganda.html

[19] Ibid.

[20] There is something peculiar about the Bill on the Transgendered (Bill C-279). (2013, 06 06). Consulté le 10 10, 2013, sur REAL Women of Canada:http://www.realwomenofcanada.ca/there-is-something-peculiar-about-the-bill-on-the-transgendered-bill-c-279/

[21] Baklinski, T. (2013, 08 23). Stephen Harper’s decision on Parliament may set back transgender ‘bathroom bill’. Consulté le 10 10, 2013, sur Real Women of Canada:http://www.realwomenofcanada.ca/stephen-harpers-decision-on-parliament-may-set-back-transgender-bathroom-bill/

[22] Ibid.

[23] Ibid.

[24] Les cyclopes forment une espèce de créatures fantastiques dans la mythologie grecque. Ce sont des géants n’ayant qu’un œil au milieu du front. Ils tirent leur nom de leur père, Cyclope, fils d’Ouranos.

[25] Poséidon est le dieu des mers et des océans en furie, ainsi que l’« ébranleur du sol » — dieu des tremblements de terre et des sources dans la mythologie grecque. Les Romains l’assimilent à Neptune.

[26] Droits des transgenres : le projet de loi bloqué au Sénat. (2013, 07 04). Consulté le 10 01, 2013, sur Radio-Canada.cahttp://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2013/07/04/003-transgenre-projet-loi-senat.shtml

[27] Radio-Canada, ibid.

[28] Des 105 sénateurs, le Parti conservateur du Canada en a présentement 60.

[29] L’oracle de Delphes fut l’un des plus célèbres oracles de la Grèce antique. Un rituel précis était associé à la consultation de la Pythie qui rendait l’oracle du dieu Apollon.

[30] M. Stephen Harper pourrait proroger le débat parlementaire sur le projet de loi C-279. Voir aussi M. Stephen Harper pourrait proroger le débat parlementaire sur le projet de loi C-279. Voir aussi Baklinski, Ibid.

[31] Homère, l’Iliade, chant VII, vers 400 – 402.

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, collaborateur régulier du Centre de recherche sur la mondialisation. Elle est militante pour la paix et les droits civiques. 



Fida Dakroub
HBA, MA, PhD
Études françaises / French Studies

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, collaborateur régulier du Centre de recherche sur la mondialisation / Centre for Research on Globalization

Doctor of Philosophy in French Studies (UWO, 2010), Fida Dakroub is a regular contributor to Centre for Research on Globalization / Centre de recherche sur la mondialisation. 
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Il y a cinq ans, j’ai eu l’honneur douteux d’une entrevue avec un représentant du parti flamand d’extrême-droite, Vlaams Belang.

Après avoir écouté cette femme éructer ses bêtises paranoïaques à propos de la police qui aurait « peur » d’entrer dans certains quartiers de Bruxelles, « où commandent les musulmans », j’ai demandé si elle avait quelque chose contre moi. Comme ressortissant irlandais, je suis un étranger en Belgique, expliquai-je. Ce n’était pas un problème, répondit-elle, parce que « vous êtes probablement de la même religion que nous ».

La catastrophe au large de Lampedusa me rappelait cette conversation bizarre et inquiétante.

Au milieu du XIXe siècle, mes ancêtres ont fui la faim et la misère dans des « bateaux cercueils », mourant souvent à bord. L’émigration massive hante l’Irlande de nouveau aujourd’hui. Pourtant, contrairement aux Africains qui ont péri avant d’avoir pu atteindre le rivage italien, nous pouvons en général voyager en toute sécurité.

 

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Un groupe de survivants du bateau naufragé près des côtes de Lampedusa, la semaine dernière, où des centaines de passagers sont morts noyés – Photo : EPA/Ettore Ferrari

L’adaptation à une nouvelle vie à l’étranger n’est jamais facile. Mais, au moins , les démagogues voudront bien de nous parce que nous sommes de la même « race » – ou, comme ils préfèrent dire : de la même religion.

Parfois, cependant, je ne suis pas si sûr que l’écart entre les partis extrémistes comme le Vlaams Belang ou l’Aube dorée et les partis politiques « dominants » soit si éloigné que cela.

Nick Griffin, un truant britannique du Parti national et maintenant installé comme élu au Parlement européen, a une fois provoqué un tollé général en affirmant que les bateaux transportant des migrants devraient être pris pour cibles par l’armée. Si Griffin avait été juste un tant soit peu nuancé dans ses propos, sa proposition aurait été peu différente finalement de la politique officielle de l’UE.

La réponse immédiate de Cecilia Malmström, commissaire aux affaires intérieures de l’UE, à la catastrophe Lampedusa, était pour vanter un nouveau système de surveillance des frontières appelé Eurosur. Selon Malmström , après sa mise en service en décembre, le système aidera les autorités à sauver les bateaux qui rencontrent des difficultés.

Contrairement à ce que Malmström a affirmé, Eurosur n’est pas une initiative humanitaire. Au contraire, son objectif principal concerne ce que la Commission européenne appelle « l’immigration clandestine » – un terme péjoratif alors que de voyager d’un pays à l’autre en quête d’une vie meilleure est tout sauf un crime.

Eurosur est en partie le fruit d’un projet de 15 millions d’Euros investis dans la recherche scientifique et lancé en 2010. Bien que principalement financé par l’UE, le projet voit une importante participation de gros fabricants d’armes comme l’entreprise BAE de Grande-Bretagne BAE , EADS franco-allemande, et Indra en Espagne.

Eurosur s’inscrit donc dans la longue liste des projets financés par l’Union Européenne en matière de sécurité maritime. L’OPARUS est un autre projet qui réunit BAE, EADS et les sociétés françaises Thales et Dassault. Sa mission est d’examiner comment les drones peuvent aider à intercepter les Africains ou les Asiatiques qui tentent d’entrer en Europe. L’Israélien des Industrie Aérospatiales (Israel Aerospace Industries – IAI), fabriquant des drones utilisés dans le bombardement des civils gazaouis, est également dans le coup.

Au cours de ma discussion avec Malmström, je l’ai à deux reprises contestée en cherchant à savoir pourquoi voulait-elle que des avions de guerre prennent pour cible une poignée de personnes appartenant à la catégorie la plus misérable de la planète. Mon interlocutrice a tenté de se débarrasser de moi en prétendant que l’utilisation des drones à des fins de violence n’est que pure coïncidence.

Il ne fait guère de doute que l’Union Européenne est en train d’adopter une approche de plus en plus militarisée envers les questions de l’immigration et des demandes d’asile.

Par ailleurs, l’agence européenne de gestion des frontières, Frontex, jouera un rôle très significatif dans la supervision d’Eurosur. L’agence est dirigée par Ilkka Laitenen, un général de brigade finlandais. Il siège au comité consultatif pour l’Agenda de la Défense et de la Sécurité

Ce dernier est un groupe de réflexion tributaire du financement de l’industrie de l’armement. Laitenen et son staff entretiennent également des contacts réguliers avec l’Agence Européenne de Défense, un organe mis en place afin d’attirer et de développer des affaires pour les fabricants d’armes du continent.

A l’instar d’Eurosur, Frontex s’est mis à chercher à se procurer les drones jugés appropriés pour repérer et poursuivre les immigrés. L’agence est également connue pour avoir invité des fabricants de drones américains et israéliens à faire une présentation de leurs marchandises meurtrières devant son staff. Dans le même contexte, le Ministère Américain du Commerce a recommandé aux producteurs d’armes du pays de garder un œil sur le Frontex, car il pourrait offrir des « opportunités d’exportation » pour les États-Unis.

Par ailleurs, Cecilia Malmström a critiqué à juste titre les autorités Grecques pour avoir approuvé un nombre très réduit de demandes d’asile, tout en refusant systématiquement l’asile aux réfugiés syriens ayant fui la guerre civile dans leur pays.

Il ne faut pas oublier que Malmström supervise le travail de Frontex, la même agence qui n’a pas empêché les abus de la Grèce au sujet du droit d’asile. En janvier 2011, la Cour Européenne des Droit de l’Homme qui siège à Strasbourg, a jugé que les centres de détention des demandeurs d’asile en Grèce étaient dans un tel état de délabrement que le fait d’y placer des gens équivalait à des actes de torture. Frontex a, pour rappel, fourni des bus pour transporter les demandeurs d’asiles vers ces centres.

Par conséquent, il est reproché à l’agence d’être un sous-traitant pour la torture.

Je ne peux cependant pas m’empêcher d’observer que l’une des principales vantardises du Parti Conservateur Britannique lors de sa récente conférence annuelle était le fait d’avoir réduit l’immigration. Cet orgueil et cette fierté doivent être placés dans le contexte d’une guerre idéologique plus vaste menée contre les pauvres d’Europe et de contrées encore plus lointaines. Et comme dans chaque guerre, les principaux bénéficiaires sont ceux qui construisent les instruments qui alimentent ces guerres.

David Cronin

Article original en anglais : The Militarization of Immigration Policy. Greeting Asylum-Seekers With Drones, CounterPunch, 8 octobre 2013

Traduction : Info-Palestine.eu - CZ & Niha

 

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David Cronin est le correspondant de l’agence de presse Inter Press Service. Né à Dublin en 1971, il a écrit pour diverses publications irlandaises avant de commencer à travailler à Bruxelles en 1995. Son dernier livre, ” Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War ” est publié en août chez Pluto Press www.plutobooks.com.

 

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Quatre mois après le début des manifestations au Brésil, la fronde sociale perdure. Les Brésiliens ne s’opposent plus uniquement à la hausse du prix des transports, mais remettent aujourd’hui en cause le système éducatif, de santé, et dénoncent la corruption politique ainsi que les millions dépensés pour l’organisation de la Coupe du monde de football 2014 et des JO 2016. Entre 10 000 et 50 000 enseignants et sympathisants ont encore défilé dans les rues de Rio, lundi 7 octobre. Dans ce climat de contestation sociale, une question s’impose: le Brésil sera-t-il prêt à accueillir ces deux grands événements sportifs? Pour Silvia Capanema, Historienne du Brésil contemporain, Maître de conférence en civilisation brésilienne à l’Université de Paris 13, la réponse est positive, bien qu’il faille s’attendre à de nouvelles manifestations. Car selon elle, la Coupe du Monde « a aggravé le sentiment d’exclusion et a réveillé le traumatisme de la corruption». Interview.

 

Manifestation au Brésil en juin 2013 – Photo DR Semilla Luz/ Flickr

 

JOL Press: Retour sur les nouvelles manifestations au Brésil.  Que réclament les enseignants des écoles publiques qui sont descendus, lundi 7 octobre, dans la rue ?

Silvia Capanema: Les enseignants réclament une augmentation des salaires et une revalorisation des plans de carrière. Mais, contrairement au projet proposé par la mairie de Rio, ils veulent que les nouvelles mesures soient appliquées à tous et critiquent certains aspects de la proposition du maire Eduardo Paes. Ils demandent ainsi une revalorisation des salaires pour les enseignants qui ont fait une formation complémentaire; l’augmentation des salaires pour tous. Enfin, ils critiquent la polyvalence des enseignants prévue dans le projet qui obligerait un professeur d’histoire à donner des cours de langue par exemple.

JOL Press : Quelles sont les conditions de travail des enseignants brésiliens aujourd’hui ? 

Silvia Capanema: Les conditions de travail des enseignants dans les écoles publiques au Brésil sont très mauvaises, et ce depuis longtemps. Les salaires sont très bas: ils doivent souvent exercer plusieurs emplois à la fois pour arriver à joindre les deux bouts, étant donné que leur salaire oscille autour de 500 euros. Les enseignants sont également dévalorisés par les élèves, les familles et plus généralement par la société.

JOL Press: Quels sont les autres problèmes qui fragilisent le système éducatif brésilien ?

Silvia Capanema: Au delà de cette dévalorisation des enseignants, il y a un manque de projet collectif, un vrai projet de société. Les familles aisées ont depuis longtemps déserté le système public pour envoyer leurs enfants étudier dans le privé. Les écoles publiques sont donc réservées aux plus « pauvres». L’école publique est méprisée par une bonne partie de la population. Les élèves ne respectent pas les enseignants ni l’institution scolaire en général. Il y a manque criant de moyens pour renover les salles, approvisionner les bibliothèques… Les familles en difficultés, ne peuvent pas les aider. Au Brésil, l’école n’est pas perçue comme un moyen de transformation sociale et d’amélioration du niveau de vie: la culture n’est pas valorisée. On ne croit plus à l’école publique dans ce pays, les écoles qui s’en sortent sont aujourd’hui devenues des exceptions.

JOL Press:  Qui sont les anarchistes appartenant au groupe « Black bloc » qui ont semé le trouble à la fin de la manifestation lundi 7 octobre ?

Silvia Capanema: Les anarchistes de Black bloc, sont les manifestants masqués et habillés en noir qui renforcent les cortèges des manifestations. Ils sont jeunes, mais cette pratique existe depuis une trentaine d’années en Europe et aux Etats-Unis notamment. Ils ont gagné en visibilité après les manifestations de juin.

Originairement de gauche, ils sont de tendance anarchiste et attaquent les symboles du capitalisme. En détruisant le patrimoine public, ils veulent ainsi manifester leur ras le bol contre tout un système: d’élites, mais aussi un sytème capitaliste, de la mondialisation libérale, des hommes politiques corrompus, des partis politiques inefficaces, etc… Ils ont été très présents lors des mouvements contre le gouverneur de l’État de Rio, Sergio Cabral, et le sont désormais pour soutenir les enseignants.

 JOL Press: La contestation ne concerne plus uniquement la hausse du prix des transports aujourd’hui?

Silvia Capanema: En effet, les enseignants font partie de ceux qui manifeste le plus dans la société brésilienne, mais cela ne date pas d’hier. Maintenant, leur mobilisation a plus d’ampleur car elle a été renforcée par ce climat de contestation sociale, cette nouvelle culture de la manifestation qui a émergé au Brésil depuis peu. L’insatisfaction due au manque de services publiques de qualité est croissante. Ce mouvement social a lieu dans un pays démocratique certes, mais avec une police violente et des médias qui sont monopolisés par quelques familles. Les nouvelles communications – et les Brésiliens sont un peuple très connecté – ont contribué à une nouvelle organisation de la société. Les gens n’ont plus peur, car ils n’ont plus beaucoup à perdre. Grâce aux nouvelles technologies, ils sont également plus informés, et donc, plus conscients des problèmes que traverse le pays.

JOL Press : Les manifestants pacifiques ont dû faire face à une violente répression des forces de l’ordre. Cette violence policière, dénoncée dans une pétition en ligne, est-il l’un des fléaux du Brésil ? 

Silvia Capanema: Oui, c’est un héritage de la dictature, d’une part, et de l’élitisme, d’autre part. Pendant très longtemps, il n’y avait plus de culture de manifestation au Brésil en raison de la répression de la dictature civile et militaire de 1964 à 1985. D’autre part,  la police brésilienne est violente car elle protège les « plus fort ». Elle est habituée à se rendre dans les favelas pour tuer ou violenter les trafiquants, les jeunes noirs, ou les personnes pauvres… Ceci est souvent ignoré des médias officiels.

 JOL Press : Dans ce climat de violence, le Brésil est-il prêt pour accueillir la coupe du monde en 2014 ?

Silvia Capanema: Oui. Le Brésil est prêt comme tous les autres pays le sont. Les stades sont là, les hôtels aussi…Il faut cependant s’attendre à d’autres mobilisations un peu partout dans le pays: la Coupe du Monde a aggravé le sentiment d’exclusion et a réveillé le traumatisme de la corruption. De plus, au Brésil, les infrastructures sont en mauvais état, comme le transport public, à l’origine de la contestation sociale. Mais les touristes étrangers qui s’y rendront en juin 2014 seront étonnés par l’importance que tient le football au Brésil: c’est une tradition. Tout le pays s’arrête pour regarder laseleção, et ce sera également le cas pour la Coupe du Monde, malgré les insatisfactions et les manifestations.

 JOL Press : Que pensez-vous du traitement médiatique au Brésil du mouvement protestataire ?

Silvia Capanema: Le traitement médiatique actuel est très représentatif de l’état des médias au Brésil aujourd’hui. Les principaux groupes appartiennent à quelques grandes familles. Cependant quelques chaînes de télé, quelques journaux indépendants et surtout l’Internet commencent à changer la donne. Les médias traditionnels sont plutôt conservateurs et se sont positionnés contre les manifestants, au début des manifestations de juin. Les médias alternatifs et les réseaux sociaux ont dénoncé cette position et la violence de la police.

Les médias traditionnels, discrédités, ont donc commencé à soutenir les manifestants. Mais ils étaient déjà trop décrédités pour être pris au sérieux. Face à cela, des groupes de communication alternatifs, comme Midia Ninja ont gagné du terrain: il s’agit de journalistes indépendants qui s’infiltrent dans les manifestations et publient ensuite des textes et vidéos sur Internet, sans but lucratifs.

JOL Press : Quelles sont selon vous les solutions que devraient apporter le gouvernement pour améliorer la situation des enseignants et plus généralement répondre aux attentes de la population ?

Silvia Capanema: Faire un vrai projet durable, avec de gros investissements, dans les services publiques. Il fallait commencer par une réforme politique – pour renforcer la démocratie et combattre la corruption – puis une réforme tributaire en supprimant les niches fiscales et faire en sorte que les plus riches contribuent d’avantage.

Ensuite, il faut également se pencher sur véritable projet d’éducation nationale et de santé publique en refondant ces institutions et réduire le pouvoir du système privé. Il faudrait également améliorer les programmes de distribution de revenus, comme les allocations familiales, et augmenter l’accès au logement et à la terre pour plus de familles. Enfin, les infrastructures doivent être pensées de façon durable. De manière locale: en gérant le système de bus, augmentant les transports avec l’implantation de réseaux de métro ou tram, et au niveau national en proposant des liaisons entre les villes. En somme, nous avons besoin d’un vrai projet d’État basé sur un pacte social qui n’a jamais été réalisé jusque-là.

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Six jours après qu’un navire transportant 500 migrants d’Afrique s’est échoué au large des côtes de l’île de Lampedusa au Sud de l’Italie, la mort de 250 d’entre eux a été confirmée. La plupart des gens à bord venaient d’Érythrée et de Somalie.

Avec seulement 155 survivants, on s’attend à ce que le bilan final de cette tragédie approche les 400 morts. C’est le nombre le plus élevé de migrants jamais tués en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Le nombre de morts va dépasser celui du désastre de 1996 dans lequel 283 décès avaient été enregistrés, également au large de l’Italie.

Le bateau a coulé lorsque le feu a pris à bord, apparemment causé par le capitaine qui tentait de se servir d’une couverture pour envoyer un signal de détresse après une panne du moteur. Le feu se propageant, une grande partie des personnes à bord se sont ruées du même côté, ce qui a fait chavirer le navire. Cela s’est produit à seulement un kilomètre des côtes.

Lundi soir, des plongeurs des gardes-côtes ont libéré 38 corps supplémentaires de la coque du navire. Décrivant des scènes déchirantes, un plongeur a dit qu’ils avaient « défait un mur composé de personnes, » ajoutant que les corps étaient « tellement entremêlés » qu’ils étaient difficiles à extraire.

La police a indiqué que les plongeurs ont maintenant récupéré tous les corps qui avaient coulé et qui se trouvaient autour du navire ou sur sa coque, mais qu’il en reste encore beaucoup à l’intérieur du navire ou qui sont introuvables.

Le plongeur de la police Riccardo Nobile a déclaré, « Nous en avons trouvé certains dont les bras étaient tendus en avant. On essaie de ne pas trop penser à ce genre de choses, sinon la tâche devient trop difficile. »

18 autres corps ont été récupérés mardi.

La mort de centaines de migrants a entraîné des manifestations de colère. Des réfugiés érythréens ont été attaqués par la police anti-émeute dans des camps de réfugiés en Éthiopie quand ils ont organisé une veillée funéraire à la mémoire des victimes de la tragédie de Lampedusa.

L’International Business Times a cité le militant des droits de l’Homme Meron Estefanos qui décrivait comment « une émeute a éclaté dans le camp de réfugiés de Mai Ayni après que des réfugiés érythréens ont commencé à exprimer leur frustration contre les autorités. » L’IBT a ajouté, « la police a ouvert le feu pour disperser l’émeute et quatre enfants ont été blessés. Les troubles se sont propagés à d’autres camps comme celui d’Adi Harish et trois personnes ont été tuées. » Estefanos a dit que beaucoup d’autres réfugiés ont été blessés.

Les 154 survivants de la catastrophe maritime, tous, sauf un, originaires d’Érythrée, ont manifesté mardi contre les mauvaises conditions dans lesquelles ils sont détenus dans le « centre d’accueil » surpeuplé de Lampedusa. Ces survivants sont détenus dans un camp de 250 lits qui dépasse déjà les 1000 résidents. De nombreux réfugiés doivent dormir en plein air. Parmi eux, il y aurait 40 mineurs de 11 à 17 ans sans adultes pour les accompagner.

Les habitants de Lampedusa ont organisé une procession aux chandelles dans les rues de l’île à la mémoire des victimes. Les pêcheurs sont sortis en mer samedi pour rendre hommage aux noyés.

L’un des pécheurs, Salvatore Martello, a déclaré, « On ne peut pas oublier les morts, ils doivent être commémorés parce que ce sont des gens qui ont tenté de venir et de travailler pour avoir une vie meilleure. »

Cette tragédie et les manifestations qui ont suivi ont déclenché un déluge de larmes de crocodile de la part de l’élite bourgeoise en Italie et en Europe. Le gouvernement italien a déclaré vendredi dernier une journée de deuil national.

Le même jour, le premier ministre italien Enrico Letta a annoncé, « les centaines de personnes qui ont perdu la vie au large de Lampedusa hier sont citoyens italiens à compter d’aujourd’hui. »

C’est d’une hypocrisie à vomir. Le gouvernement italien est pleinement responsable de ces morts, en raison de ses lois répressives qui traitent les demandeurs d’asile et les réfugiés comme des criminels. Alors même que Letta accordait la citoyenneté aux morts, des lois passées en 2002 par le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi font des survivants de cette tragédie des « immigrés clandestins » qui ont tenté d’entrer illégalement en Italie. Ils risquent jusqu’à 5000 euros d’amende.

Le gouvernement est également accusé d’avoir réagi trop lentement au désastre. Ce week-end, Vito Fiorino, un pêcheur arrivé le premier sur les lieux du naufrage, a affirmé que les garde-côtes italiens ont perdu du temps en voulant filmer les tentatives de sauvetage.

Fiorino a déclaré à l’agence de presse Ansa, « ils ont refusé de prendre à bord certaines personnes que nous avions déjà sauvées parce qu’ils disaient que le protocole l’interdisait. »

Un article de La Sicilia a indiqué que deux navires appartenant à la douane italienne, qui ont pour tâche des missions de police et de sauvetage, étaient restés au port.

D’après une déclaration des garde-côtes italiens, « Après avoir reçu l’alerte par radio à 07:00 nous sommes immédiatement intervenus avec nos navires, arrivant sur les lieux du naufrage à 07:20. »

Cecile Kyenge, ministre italienne de l’intégration, a visité l’île dimanche et face à la colère croissante devant les pertes massives de vies, elle a déclaré, « Les règles doivent être changées, nous ne pouvons pas nous contenter d’une approche répressive de l’immigration, nous avons également besoin d’une approche d’acceptation. »

La « répression » à laquelle elle fait référence est systématique et brutale et est un trait majeur de la politique italienne de lutte contre l’immigration depuis plus de dix ans. En mars 2002, la coalition de Berlusconi avait fait passer un « état d’urgence » qui accordait à la police le pouvoir de prendre des décisions rapides sur les questions relatives aux immigrés, y compris sur les demandes d’asile et les procédures d’expulsion.

Par la suite, une loi « Bossi-Fini », passée en juillet et nommée d’après le ministre des réformes Umberto Bossi et du vice-premier ministre Gianfranco Fini, un ex-fasciste, exigeait que tous les immigrés non-européens aient leurs empreintes digitales relevées et autorise l’usage des navires de guerre pour patrouiller les côtes et intercepter les navires transportant des migrants.

En septembre 2011, la police anti-émeute italienne a brutalement attaqué des centaines d’immigrés tunisiens détenus dans un bâtiment où étaient confinés 1500 personnes. Des dizaines de migrants avaient été blessés, alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre un accord entre l’Italie et la Tunisie qui forçait plus de 1000 tunisiens à être renvoyés en Tunisie. Une vidéo ici montre l’attaque de la police, durant laquelle on les voit frapper des gens contraints de fuir pour sauver leur vie, alors même qu’ils sautent d’un balcon à 4 mètres du sol.

Le maire Bernardino De Rubeis avait cherché à attiser l’hostilité contre les migrants. Révélant qu’il gardait une batte de baseball dans un tiroir de son bureau, il avait déclaré à Al Jazeera, « je dois me défendre et je suis prêt à m’en servir. C’est comme une zone de guerre. »

De Rubeis avait demandé au gouvernement d’« envoyer immédiatement des hélicoptères et des navires pour évacuer les Tunisiens. »

En janvier 2009, 650 réfugiés africains s’étaient échappés [article en anglais] de leur camp qui étaient lourdement gardés par les Carabinieri, sur l’île de Lampedusa. Manifestant contre les conditions déplorables dans lesquelles ils étaient maintenus en attendant la déportation, ils avaient traversé le centre de la principale ville de l’île en criant « Liberté ! » et « Aidez-nous ! »

Robert Stevens

À lire également : Italian government closes refugee camp on Lampedusa, 10 Octobre 2011

Article original, WSWS, paru le 9 octobre 2013

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La pétrolière Lone Pine Resources voulait exploiter le gaz de schiste sous le fleuve St-Laurent au Québec, Canada. Un moratoire sur le gaz de schiste au Québec (juin 2011) empêche désormais la compagnie d’entreprendre le forage dans le fleuve Saint-Laurent. La pétrolière a donc entrepris une poursuite contre le gouvernement canadien en réclamant un dédommagement de 250M$. (Voir Pétrole et gaz – Frustrée par Québec, une pétrolière réclame 250 millions… d’Ottawa)

A ce sujet, voici une lettre s’adressant au premier ministre canadien.


Monsieur Stephen Harper,

Premier Ministre du Canada,

Monsieur,

Présentement, la compagnie Lone Pine Resources poursuit le gouvernement du Canada à cause d’un moratoire québécois au sujet de forages sous les eaux du fleuve; cette poursuite pour la somme de 250 000 000,00$ est faite en vertu du chapitre 11 de l’accord de l’Aléna.(1) Selon la poursuite de cette compagnie, ce moratoire québécois serait une «révocation arbitraire, capricieuse et illégale» de son droit d’exploiter le pétrole et le gaz du fleuve Saint-Laurent.(2)(3) Cependant, cette compagnie ne peut poursuivre directement le Québec, puisque c’est le Canada qui est responsable de la province de Québec en droit international. Par conséquent, Monsieur Harper, c’est votre devoir légal et moral de défendre la loi 18 que le gouvernement de M. Charest a fait sanctionner le 13 juin 2011 suite à un vote à l’Assemblée Nationale.

M. Charest, un ex-ministre conservateur, dirigeait un gouvernement fédéraliste qui avait un préjugé favorable à l’industrie gazière; mais il a compris que des forages dans le lit du fleuve Saint-Laurent étaient complètement inacceptables pour les écosystèmes fluviaux. On est à des années-lumières d’une action «arbitraire et capricieuse»!

Au delà de cette somme d’argent, la poursuite de la compagnie Lone Pine Resources risque de faire jurisprudence. Les clauses qui protègent les investisseurs dans l’Aléna pourraient se retrouver dans l’accord avec la Communauté Économique Européenne ainsi que dans le Partenariat Trans-Pacifique. À titre d’exemple, est-ce qu’une compagnie sous contrôle du gouvernement chinois de Pékin comme Nexen pourrait invoquer ce genre de clause qui protège ses investissements et ainsi outrepasser tous les droits des Premières Nations, des gouvernements des provinces et du gouvernement du Canada? Est-ce que ce genre de clause pourrait empêcher un gouvernement, élu et légitime, d’imposer des normes à toutes les compagnies opérant en sol canadien et de protéger les droits économiques, la volonté des citoyens ainsi que la santé et la sécurité de ses citoyens? Si nous signons ce genre d’accord avec la Chine, est-ce que Nexen pourrait opérer selon les normes chinoises en sol canadien? Je crois que vous devez défendre la souveraineté du Canada sur son territoire!

Je peux aller plus loin; si un gouvernement, élu selon les règles de la démocratie, protège ses citoyens en vertu de la Charte des droits et libertés, est-ce que ce gouvernement pourrait, malgré cette légitimité, être condamné à payer des pénalités de millions de dollars à cause de ces clauses de protection des investissements? Qui a la priorité; le bien-être des citoyens assuré par un État de Droit ou des investisseurs étrangers comme Lone Pine Resources ayant son siège social dans l’État du Delaware? Est-ce que ce genre de clause pourrait transformer ce qu’Abraham Lincoln appelait le «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple» en une caricature de gouvernement, c’est-à-dire une marionnette qui est manipulé par des investisseurs étrangers?

Bien que vos adversaires politiques critiquent votre manière de gouverner à partir de la morale chrétienne, permettez-moi de vous rappeler cette parole d’Évangile : «Aucun homme ne peut servir deux maîtres; car toujours il haïra l’un et aimera l’autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon » (Matt.6:24) N’y aurait-il pas lieu d’appliquer concrètement cette sagesse biblique afin de comprendre le bien commun dans une démocratie? On peut alors se demander si des clauses pour protéger les investissements dans les accords commerciaux sont compatibles avec les principes humanistes. Au début de votre mandat, vous avez insisté pour parler des Droits de l’Homme avec les leaders chinois; Bravo! Vous refusez d’aller à la rencontre du Commonwealth au Sri Lanka pour la même raison; je suis d’accord! M. Brian Mulroney, Premier Ministre conservateur, a fait une campagne énergique pour mettre fin à l’Apartheid de l’Afrique du Sud. C’est une belle page d’histoire léguée par votre Parti et pour laquelle tous les Canadiens se doivent d’être fiers. Toutes les actions que je viens de citer sont incompatibles avec une politique d’aplatventrisme servile, où seul Mammon, « le dieu de l’argent », compte. L’argent doit être un outil pour le développement économique des peuples; pas un joug d’asservissement.

En tenant compte de ces enjeux fondamentaux, j’exige que vous, Monsieur Harper, notre Premier Ministre, défendiez énergiquement la position du Québec devant le tribunal d’arbitrage de l’Aléna. De plus, compte tenu de leurs conséquences éventuellement néfastes sur la souveraineté des pays, du Canada et du Québec, il faut refuser de signer ce genre de clause dans tout futur accord commercial avec l’Union Économique Européenne ou avec les pays du Partenariat Trans-Pacifique. La démocratie et le droit, fondés sur les valeurs humanistes, n’ont pas de prix : ce sont plutôt eux, la démocratie et le droit, qui confèrent une valeur à tout. La poursuite de Lone Pine Resources est incompatible avec les principes démocratiques et la posture canadienne de défense et de promotion des valeurs humanistes, avec la primauté de la Charte des Droits et Liberté.

Veillez accepter, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Gérard Montpetit

C.C.
Les députés de la Chambre des Communes Les députés de l’Assemblée Nationale
Les médias

(1) http://www.lapresse.ca/actualites/national/201310/03/01-4696115-moratoire-sur-le-gaz-de-schiste-une-firme-reclame- un-dedommagement-de-250m.php
(2): http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389103/moratoire-sur-le-gaz-de-schiste-une-compagnie-reclame-250- millions

(3) http://www.huffingtonpost.ca/2013/10/03/quebec-fracking-ban-lawsuit_n_4038173.html

Autres références

http://grist.org/news/american-company-sues-canada-over-fracking-moratorium/ http://www.canadians.org/media/lone-pine-resources-files-outrageous-nafta-lawsuit-against-fracking-ban 4) texte de la loi 18 http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php? type=5&file=2011C13F.PDF

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Libye : un État en voie de disparition

octobre 11th, 2013 by Gaudi Calvo

Depuis le martyre du Colonel Khadafi en 2011, la Libye, pays autrefois le plus développé et au niveau de vie le plus élevé du continent africain, frise dangereusement l’état de faillite, titre qu’elle dispute à la Somalie et duquel se rapprochent à la vitesse grand V l’Afghanistan et l’Irak, des nations victimes de la « croisade démocratique » menée par les États-Unis, l’Union européenne, Israël, la Turquie et les monarchies pétrolières du Golfe. La résistance décidée du peuple syrien et de son gouvernement ont pu éviter à la Syrie de s’inscrire elle aussi dans cette triste liste.

L’ex-puissance libyenne n’a plus été depuis lors dirigée par un gouvernement autoritaire. En réalité, on ne sait pas bien qui gouverne le pays et il ne fait nul doute que n’importe quel dirigeant de compagnie pétrolière – ceux-ci ont rapidement pris le soin de sceller leurs contrats pour arroser les économies européennes de pétrole libyen – a davantage de pouvoir qu’Ali Zeidan, un avocat qui fait office de Premier ministre. Ce dernier a osé déclarer que celui qui faisait preuve de faiblesse n’était pas lui, sinon l’État libyen lui-même.

Le 11 septembre 2012, jour où un commando rebelle au pouvoir central d’Al-Qaida, les Brigades du prisonnier Omar Abdel Rahmane – cheikh et idéologue salafiste condamné à perpétuité aux États-Unis pour un attentat contre les tours jumelles en 1993 – a attaqué le consulat des États-Unis à Benghazi et tué son ambassadeur Christopher Stevens ainsi que trois autres fonctionnaires américains, Washington n’a demandé aucun compte au gouvernement libyen et personne ne s’est interrogé sur le cas de la Libye. Aux États-Unis, l’incident fut l’objet de discussions en interne et d’accusations croisées de faiblesse, d’erreurs de commandement et de contrôle entre différents services, comme s’il s’était agit d’un crime commis sur la 5e Avenue. On soupçonne toutefois Ahmed Abou Khattala, leader de la milice d’Al-Qaida Ansar al-Charia, qui n’a pourtant pas été dérangé.

En réalité, si la Libye existe aujourd’hui, c’est grâce à son pétrole. Dans le cas contraire, elle serait devenue une région sauvage et abandonnée de l’Occident, comme la Somalie.

Les informations se succèdent, comme dans un cauchemar récurrent : voitures piégées, milices d’Al-Qaida régnant sur plusieurs secteurs de la ville – qui, à l’instar des maras d’Amérique centrale, se disputent les territoires de contrebande et de trafic de drogue, avec les mêmes armes que leur a fourni l’Union européenne pour lutter contre le « Régime » et pour la démocratie -, sanctuaires islamistes, terre promise pour les Frères musulmans, trafics d’armes et de drogue, paralysie de la production de pétrole, sans parler du chômage, de l’inflation et des droits de l’homme.

Sans lois, sans élections à l’horizon, un gouvernement qui, logiquement, s’agrippe de toutes ses forces à la politique de Washington – comment pourrait-il survivre sinon ? -, la Libye navigue dans le néant, balançant entre la fragmentation absolue et la possibilité de devenir un État satellite de l’Occident disposé à se laisser exploiter jusqu’à l’épuisement, pour ne pas tomber aux mains des salafistes, qui attendent leur tour.

De la guerre de libération à la guerre de dissolution

Après la guerre de libération dirigée contre le tyran Kadhafi – qui, en 42 ans, avait élevé le pays à un état de bien-être jamais rêvé par aucun pays de la région – la Libye est confrontée aux guerres de dissolution. Entre juin et juillet de cette année, des dizaines de libyens ont trouvé la mort dans des affrontements entre bandes armées de Benghazi (Cirénaïque) et de Tripoli (Tripolitaine). Les deux villes entretiennent une rivalité enracinée dans l’Histoire. Vendredi 26 juillet, à Benghazi, Abdel Salam Al-Mismari, un des principaux leaders de la rébellion de 2011, est exécuté à la sortie d’une mosquée. Al-Mismari était alors en conflit avec le parti pour la Justice et la Construction, figure de proue des Frères Musulmans. Toujours à Benghazi, plus de mille prisonniers se sont échappés de prison le 27 juillet. Cette évasion a coïncidé avec d’autres tout aussi massives attribuées à Al-Qaida à Bagdad et aux Talibans au Pakistan.

La Libye est incapable de contrôler ses rues, ses prisons, sans parler de ses frontières, le long desquelles des hordes de contrebandiers vivent leur âge d’or. Pendant ce temps, les brigades d’Al-Qaida se targuent de l’importance de leur arsenal, et il ne fait pas de doute que de nombreux miliciens vaincus en Syrie aient commencé ces jours-ci à regagner leurs rangs, afin de se rétablir et se mettre à disposition du département d’État pour accomplir les missions qu’il leur a réservées.

Revenons à la question de la contrebande : la frontière tunisienne s’est transformée en véritable comptoir de vente où l’on propose tout type de marchandises : pneus, pièces détachées de voitures, tissus, le tout échappant aux impôts, ou tout au plus soumis de temps en temps au versement de pots-de-vin. La survie des populations frontalières ainsi que la paix sociale dépendent de ce commerce illégal. En ce qui concerne le pétrole, la contrebande s’organise à grande échelle ; en Libye, le litre se vend 0,12 $. En Tunisie, c’est huit fois plus. En conséquence, la contrebande est telle que les habitants libyens vivant à la frontière ne trouvent plus d’essence pour leur usage personnel.

Le colonel Kadhafi tenait à lui seul le pouvoir de l’ensemble des tribus qui forment en réalité le véritable squelette de la nation libyenne. Aujourd’hui sans figure représentative, ces tribus s’organisent en mini-États, un scénario sur lequel avait parié Washington dès le début du fameux printemps arabe.

La Cirénaïque (zone orientale du pays), grande région productrice de pétrole dont Benghazi est la capitale, fait ses premiers pas vers la déclaration d’une certaine indépendance en accusant le gouvernement central de faiblesse. Aujourd’hui c’est au tour de la région de Fezzan, au Sud-Ouest, qui a décidé de se proclamer province fédérale autonome et de nommer président Nouri Mohammed el-Qouizi, pour les mêmes raisons que la Cirénaïque. Les chefs tribaux de la région ont annoncé qu’ils désigneraient un chef militaire chargé de protéger les frontières et les ressources naturelles de la nouvelle région autonome, qui s’étend sur 551 170 km2 et dont la population est estimée à 443 000 habitants. Il se peut qu’aujourd’hui la Libye échappe au titre d’État en faillite, car elle est beaucoup plus susceptible d’être un État en voie de disparition.

Guadi Calvo pour Hamartia

Hamartia. Buenos Aires, le 30 septembre 2013

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Audrey García-Santina

El Correo, Paris, le 9 octobre 2013

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Gaudi Calvo est un écrivain et journaliste. Analyste international spécialiste de l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Collabore avec différents médias et radios en Amérique Latine : dirige sur Facebook : « Linea International », « Journal Hamartia », et « Jornada Latinoamericanas », « Revista Archipielago » (Mexique), « Caratula » (Nicaragua), « A Plena Voz » (Venezuela) Radio Madre (530 AM) Radio Grafica (89.3 FM )
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« Mais pourquoi t’obstines-tu à partir ?  A traverser les mers en nous laissant
Tu t’aventures à mettre en péril ta précieuse vie. Pour t’exiler, en renonçant à nous
Ce voyage n’est pas légal .Et sa fin peut être malheureuse  L’embarcation est petite et en bois pourri.  Et tu risques de te noyer sans pouvoir nous revenir » 

Merzak Ouabed ( Poèmes, les raisons de la colère)

Un excellent poème qui, mieux que mille discours nous décrit la tragédie de ceux qui risquent leur vie pour une vie meilleure.  Une tragédie une de plus  a endeuillée 350 familles des 350  disparus de Lampedusa victimes à la fois des marchands de mort qui les ensardinent dans des rafiots mais aussi des pays  riverains qui font tout pour les éloigner des côtes quitte à ne pas les secourir.. Il y a une semaine en effets, des damnés de la Terre sont morts à  un kilomètre de la terre promise  en l’occurrence le rivage de L’île de Lampedusa, une île italienne, d’une superficie de 20,2 km2 et peuplée par moins de 6 000 habitants Elle  se trouve à 205 km de la Sicile, 167,2 km de la Tunisie, 220 km de Malte et 355 km de la Libye.

La proximité de la Tunisie et de la Libye qui bordent le canal de Sicile font de l’île un point d’entrée privilégié pour les immigrés irréguliers qui veulent gagner l’Europe. Ceux-ci tentent la traversée au péril de leur vie dans des embarcations de fortune venant de GabèsZarzisSfaxMahdia, ou de la côte libyenne. L’île de Lampedusa s’est faite  connaitre plusieurs fois notamment  Ce phénomène a commencé en 1992 et n’a cessé de s’amplifier   31 700 migrants sans papiers sont arrivés sur l’île en  Entre les 11 et 13 février 2011, plus de 5 000 Tunisiens sans papiers sont arrivés sur l’île, profitant d’un relâchement de surveillance douanière et policière suite à la Révolte  tunisienne du 14 janvier 2011 .

Cette fois,  un bateau transportant environ cinq cents migrants a fait naufrage, jeudi 3 octobre, près de Lampedusa, Selon les médias italiens, seuls cent cinquante passagers ont été sauvés jusqu’à présent.   les naufragés avaient passé déjà plusieurs heures dans l’eau Selon le Corriere della Sera, ”une trentaine d’enfants et trois femmes enceintes” feraient partie des personnes toujours dans l’eau. Ils seraient  partis du port libyen de Misrata.

Une première polémique a éclaté après que plusieurs survivants ont affirmé qu’au moins trois bateaux de pêche étaient passés à proximité du navire en difficulté sans s’arrêter. Cela rappelle  l’affaire Zenzeri et Bayoudh (2007) dans laquelle deux capitaines de pêche ayant secouru des boat people en détresse se sont vus accusés d’aide à l’entrée irrégulière sur le territoire du fait des lois Bossi- Fini.  Les migrants venant d’Afrique Noire et   qui meurent  en traversant  le Sahara pour venir s’embrocher   sur les barbelés dans le Maroc espagnol sont aussi à plaindre que ceux qui tente la traversée par mer

Les remords tardifs : Des larmes de crocodile

A l’unanimité la presse européenne a poussé des cris d’orfraie ! Scandale ! Ce n’est pas permit ! il faut faire quelque chose ! Le même discours depuis vingt ans avec la même indifférence une fois que l’actualité passe à autre chose.  « ”Le massacre des immigrants, l’Italie en deuil”, titre le Corriere della Sera. Dans l’article principal du quotidien de Milan, Gian Antonio Stella rappelle le grand nombre de personnes qui se sont noyées en tentant de traverser la Méditerranée depuis 1988 : au moins 19 142 selon le blog Fortress Europe. Stella rappelle aussi que peu de temps avant cette tragédie, le Conseil de l’Europe avait accusé l’Italie d’attirer l’immigration à cause de ses systèmes de dissuasion inadéquats, alors que d’autres institutions européennes critiquent régulièrement les politiques ”dissuasives”. [...]   C’est l’affaire de tous. [...] Bruxelles devrait venir à Lampedusa et compter les morts. C’est aussi les siens. Pour le Spiegel Online, le naufrage de Lampedusa, est ”l’échec de l’Europe” : Il y a certainement eu des scènes apocalyptiques : 500 personnes qui tombent d’un bateau en feu, nombreux d’entre eux ne sachant pas nager. Ce qui est arrivé   fait trembler toute l’Europe. [...] La petite île se sent seule et ce n’est pas la première fois. Depuis 1999, plus de 200 000 personnes venant d’Afrique et d’Asie, fuyant la guerre, la faim et la misère, se sont échouées là-bas. On estime que 10 à 20 000 personnes sont mortes pendant la traversée. Depuis janvier 2013, 22 000 réfugiés ont atteint Lampedusa. Cette île est un symbole. Un symbole de l’échec de la politique d’immigration européenne. La plupart des naufragés venaient de Somalie et d’Erythrée, et fuyaient la faim et la guerre. Des survivants ont déclaré que malgré les appels au secours, trois bateaux sont passés sans se dérouter pour leur porter secours. Pour El País, ”la crise de ces hommes en fuite ébranle l’Europe”: Il a fallu ce grand naufrage – et celui-ci est un des plus importants jamais vus – pour que les yeux se tournent vers les 5 000 habitants de l’île [Lampedusa] dont la maire [Giusi Nicolini], épuisée par la surdité des autorités italiennes et européennes, a envoyé une lettre à l’Union européenne en février 2013, dans laquelle elle pose cette question : “Quelle taille le cimetière doit-il atteindre sur mon île?” »

Sous le titre ”Lampedusa coule”, Gazeta Wyborcza constate que ”le détroit sicilien est devenu le tombeau des Africains qui rêvent du paradis européen”.   [...] Ni les Italiens, ni les Européens ne veulent d’immigrés illégaux, sans éducation et pauvres. Rendre le système de surveillance de la mer Méditerranée, supervisé par Bruxelles, plus efficace pour sauver des gens de la noyade est une tâche ardue. Dans De Volkskrant, la chroniqueuse Sheila Sitalsing s’indigne de l’hypocrisie qui règne en Europe. Elle déplore que la politique d’immigration de l’UE se résume ainsi : Se disputer, se déculpabiliser et détourner les yeux. Cela fait des années que les pays du sud de l’Europe essaient avec la plus grande peine de mettre leurs problèmes colossaux d’immigration à l’agenda de Bruxelles, en avertissant :  ”Nous ne pouvons pas continuer à les accueillir, mais nous ne pouvons pas non plus les laisser mourir, et nous ne pouvons pas les renvoyer, donc, aidez-nous !” Et les pays du nord répondent : “Il faut les repousser quoi qu’il en soit, bon sang !”  Dans son éditorial, le quotidien de Lisbonne titre : ”Lampedusa et la honte de l’Europe”. Público poursuit : La Méditerranée, cette mer qui fut la route et le centre des civilisations depuis l’Antiquité, s’est transformée en camp d’extermination  Il n’y a pas de miracle. Mais une Europe tourmentée par la peur et la crise qui se renferme sur elle-même ne sera plus longtemps l’Europe si elle ne comprend pas que la mort en Méditerranée est également sa propre mort ».(1)

D’une façon poignante Alessandro Marino bravant l’interdit et risquant pour assistance à personne en danger selon la doxa des politiques italiens qui ont voté la loi scélérate,  raconte sa  peine . Il ravale ses larmes lorsqu’il raconte ses efforts désespérés pour tenter d’arracher à la mer des centaines de migrants, victimes d’un dramatique naufrage : «  “On passait la nuit à bord de notre bateau. On a entendu des cris et on s’est précipité pour voir ce qui se passait, et là, nous avons trouvé une situation de cauchemar”, raconte ce commerçant de Lampedusa.”Il y avait entre 150 et 200 personnes dans l’eau. On a réussi à en sauver 47. Plus, et on risquait de couler nous aussi”, ajoute-t-il.  Beaucoup d’entre eux criaient. Ils étaient nus pour tenter de flotter le plus longtemps possible”,   Des migrants coincés sous la coque Ceux qui ont survécu ont raconté que le feu avait été mis à une couverture pour attirer l’attention des garde-côtes alors que le bateau commençait à couler. Mais le feu s’est propagé. Les passagers paniqués se sont alors tous précipités sur le même côté du navire, le faisant chavirer. La chose la plus dure c’était de voir les corps des enfants. Ils n’avaient aucune chance de s’en sortir [...] Ca ne prend pas beaucoup de temps de mourir dans les vagues et le froid ». (2)

La réglementation  inhumaine et drastique de la Forteresse Europe

Il vient que la forteresse Europe, véritable miroir aux alouettes pour les jeunes du Sud, se barricade plus que jamais. Notamment depuis une certaine Directive de la Honte sous la houlette du commissaire européen portugais qui, décidément, a la mémoire courte: il ne se souvient pas que ses aînés anciens immigrés dans le bas de l’échelle, étaient appelés, dit-on -suprême injure- les Arabes de l’Europe! Cette Europe qui a mis en place le Sives qui permet de surveiller les côtes espagnoles de Ceuta et Mellila et qui permet de les voir, aussitôt qu’elles quittent l’Afrique. Cette Europe qui met en place une marine et une aviation de guerre Frontex pour repérer à l’avance les embarcations maudites et les rediriger sur leur pays d’origine. Cette Europe, qui sponsorise dans certains pays d’Afrique du Nord des camps de rétention, sous-traitant ainsi sa sale besogne pour venir choisir sur place ceux qui ont le meilleur génome, le meilleur diplôme, ce qui n’est pas sans nous rappeler les négriers qui choisissaient ceux qui avaient la meilleure dentition.(3)

Qu’est-ce qu’un harraga? Mot originaire de l’arabe maghrébin harrâg, ´´qui brûlent´´ (les papiers) migrant clandestin qui prend la mer depuis l’Afrique du Nord. On comprend sans peine le désespoir de ces migrants qui font des milliers de km pour venir, pour certains, du fond de l’Afrique, mourir d’une façon tragique, noyés et restant sans sépulture ou encore enterrés d’une façon anonyme parce que rejetés sur une plage. On se souvient avec colère et impuissance de l’image de cette harraga gisant sur une plage espagnole, couverte d’un carton, pendant que des jeunes filles et garçons s’ébattaient dans l’eau à quelques mètres de là. Non, le monde n’est pas juste ».  (3)

C’est justement lit-on sur « Press Europe » , l’augmentation des contrôles aux frontières qui oblige les migrants à prendre des itinéraires plus dangereux et qui les a rendus de plus en plus dépendants des trafiquants d’êtres humains pour passer la frontière.  Les itinéraires sont devenus plus longs et plus dangereux et de ce fait, les migrants sont devenus plus dépendants des trafiquants d’êtres humains. Pendant deux décennies on a investi des fortunes dans les contrôles aux frontières et on a mis de plus en plus d’argent dans Frontex  (l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures), mais même cela n’a pas arrêté les migrations.   Prendre sa responsabilité signifie pour les gouvernements européens qu’ils doivent donner aux réfugiés l’accès aux procédures de demande d’asile au lieu de les pousser vers la mort. Cela peut signifier par exemple que ledit Règlement Dublin doit être modifié. Ce règlement dit que les réfugiés ne peuvent demander un droit d’asile que dans le premier pays d’arrivée. La modification de ce règlement permettrait de créer la possibilité de demander l’asile dans d’autres pays européens ».(4)

La responsabilité de l’Europe dans le drame des migrants

Avec sa lucidité coutumière Manlio Dinucci  dénonce à la fois l’hypocrisie de l’Italie et plus globalement de l’Europe. Il écrit : « Honte et horreur » : ce sont les termes utilisés par le président de la république Napolitano à propos de la tragédie de Lampedusa. Ils devraient plus exactement être utilisés pour définir la politique de l’Italie à l’égard de l’Afrique, en particulier de la Libye d’où provenait le bateau de la mort.   D’abord, le gouvernement Prodi, le 29 décembre 2007, souscrit l’Accord avec la Libye de Khadafi pour « faire obstacle aux flux migratoires illégaux ».   L’accord prévoit des patrouilles maritimes conjointes devant les côtes libyennes et la fourniture à la Libye,  d’un système de contrôle militaire des frontières terrestres et maritimes. On constitue à cet effet un Commandement opérationnel inter-forces italo-libyen. La Libye de Khadafi devient ainsi la frontière avancée de l’Italie et de l’Ue pour bloquer les flux migratoires d’Afrique ». (5)

« Des milliers de migrants venant d’Afrique sub-saharienne, bloqués en Libye par l’accord Rome-Tripoli, sont contraints de retourner dans le désert, condamnés à une mort certaine. Sans que personne à Rome n’exprime honte et horreur. On passe ensuite à une page plus honteuse encore : celle de la guerre contre la Libye. (…) Grâce à un actif commercial de 27 milliards de dollars annuels et un revenu par habitant de 13mille dollars, la Libye est avant la guerre le pays africain où le niveau de vie est les plus élevé, malgré les disparités, et se trouve félicitée par la Banque mondiale pour « l’utilisation optimale de la dépense publique, y compris en faveur des couches sociales pauvres ».  Dans cette Libye environ un million et demi d’immigrés africains trouvent du travail. Quand en mars 2011 commence la guerre USA/OTAN contre la Libye (avec 10mille missions d’attaque aérienne et de forces infiltrées  les premières victimes sont les immigrés africains en Libye, qui, persécutés, sont contraints de s’enfuir. Rien qu’au Niger 200-250mille migrants reviennent dès les premiers mois, en perdant la source de revenus qui entretenait des millions de personnes. Nombre d’entre eux, poussés par le désespoir, tentent la traversée de la Méditerranée vers l’Europe. Ceux qui y perdent la vie sont eux aussi des victimes de la guerre voulue par les chefs de l‘Occident ».(5)

À court terme, l’Union mise sur l’efficacité d’Eurosur, un système d’échange d’informations et d’images satellitaires entre gardes-côtes, opérationnel en décembre, pour mieux détecter les embarcations. L’UE considérant la pauvreté, le chômage, les conflits, un régime répressif comme autant d’explications à l’émigration, il lui est acquis que l’aide au développement et le soutien à la défense des droits de l’homme dans les pays de départ est un moyen d’empêcher à la source les tragédies. (..) La rigidité du système d’obtention des visas pour un État membre de l’UE est aussi l’une des causes de l’émigration illégale, citée par plusieurs ONG. Ainsi préconisent-elles un assouplissement des conditions d’obtention. (6)

La  tragique réalité au-delà des larmes de crocodile

« La grande majorité  écrit Marcelle Padovani du Nouvel Observateur, des responsables politiques ne se soucient pas de ce problème – car c’est un sujet très complexe. Nous sommes dans une période où le populisme progresse avec une montée des identités nationales.   Certains dirigeants européens rêvent de faire de l’Europe “une petite Suisse protégée”.  La tragédie de Lampedusa pose avec acuité le problème de l’arsenal législatif qui accompagne l’arrivée des migrants en Italie. En question : la loi Bossi-Fini, Votée en 2002 pour faire plaisir à l’aile xénophobe du centre droit, elle criminalise tout candidat à l’entrée en Europe en instaurant le délit d’immigration clandestine.   Elle favorise aussi la lâcheté de ceux qui croisent ces bateaux surchargés et ne leur portent pas secours : (…) L’absurde de cette situation est que ces candidats à l’expatriation qui déboulent sur le territoire italien et qui voudraient bien aller rejoindre leurs familles ou leurs connaissances dans d’autres pays, sont contraints d’attendre indéfiniment, parfois dans des conditions épouvantables, dans les Centres de permanence temporaire (CPT), des papiers qui leur permettront de circuler dans l’Union européenne. (7)

Après avoir asservi les peuples africains, les avoir dévitalisé en les pillant et en adoubant des potentats à demeure qui perpétuent un néo-colonialisme, la forteresse Europe notamment sous la poussée des élites populistes de droite ou de gauche se barricade, et empêche ces épaves humaines d’accéder au supermarché ou ce qu’il en reste.  Comme solution ; toujours les mêmes recettes : Renforcer le dispositif de traque grâce à Frontex , des avions des bateaux de guerre des marines contre des pateras. Elle pense aussi s’entendre avec des gardes chiourmes sur les côtes africaines comme elle l’a fait avec Kadhafi, elle pense enfin à donner des miettes pour un hypothétique à même de freiner l’arrivée des hordes chez elle.

Il est vrai qu’il n’y a pas de solution évidente surtout que l’austérité le chômage et la malvie commencent à envahir l’Europe. Naturellement l’allogène est mal vu. Cela ne dédouane pas pour autant l’Europe va –t-en guerre qui a déstabilisé en démolissant les états libyens, et syriens et en s’en lavant les mains par la suite. Assurément les valeurs de l’Europe étaient factices. Il faut espérer –encore un vœu pieux- que la Méditerranée qui a été le carrefour de tant de civilisation  ne soit pas un cimetière pour les damnés de la terre et qu’elle puisse rassembler dans le cadre d’un co-développement qui a pour vertu ultime le partage, l’empathie la solidarité. Les ressources existent en Afrique, qui empêcherait une coopération winn-winn de l’égale dignité ? Il faut pour cela une seule petite condition que l’Europe et plus globalement se départissent de la sensation d’appartenir à la race des élus mais à celle d’une Eve commune  qui a pris son essor, justement dans la corne de l’Afrique pour féconder les autres continents il ya de cela quelques millions d’années. Mais cela est une autre histoire…

Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1.http://www.presseurop.eu/fr/content/press-review/4201011-lampedusa-est-l-echec-de-l-europe

2. Un habitant de Lampedusa témoigne : “On a réussi à en sauver 47″ AFP 04-10-2013

3. Chems Eddine Chitour http://www.alterinfo.net/phenomene-des-harraga-Algerie–ne-laisse-pas-tes-enfants-te-fuir_a29131.html

4. http://www.presseurop.eu/fr/content/article/4211401-le-cout-mortel-du-controle-accru-des-frontieres?xtor=RSS-9 Traduction : Michèle Cousin

5. Manlio Dinucci 05 octobre 2013http://www.mondialisation.ca/la-tragedie-de-lampedusa-ce-dont-litalie-doit-vraiment-avoir-honte/5353092

6. http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Lampedusa-comment-l-Europe-peut-agir-2013-10-08-1036714

7. Marcelle Padovani http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20131004.OBS9798/lampedusa-les-migrants-et-les-lois.html

 

 

 

 

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Egypte: un pays, deux sociétés

octobre 10th, 2013 by Djamel Labidi

Le coup d’Etat en Egypte a révélé la situation d’une société scindée en deux sur la question de la légitimité démocratique, mais aussi sur les questions sociétales. C’est par bien des traits la même situation en Tunisie, comme cela s’était révélé auparavant aussi en Algérie.

Le clivage entre ces deux parties de la société est si marqué qu’on peut parler de deux sociétés. Comment caractériser ces deux sociétés? On peut le faire à partir des apparences à travers lesquelles elles se laissent voir, celles de leurs référents culturels: d’un côté une société profonde, où dominent les référents “arabo-islamiques”, de l’autre une société où dominent les référents “occidentaux ou “occidentalistes”.

C’est en effet sous cette apparence qu’elles apparaissent spectaculairement aux yeux, sous toutes les formes par lesquelles s’exprime la culture, du mode de vie, des apparences vestimentaires à la langue,  la religion, et les valeurs. Mais c’est aussi sous des formes culturelles qu’elles s’opposent ou  s’affrontent sur le plan idéologique, le plus intensément. On verra cependant que les clivages culturels expriment au fond des clivages sociaux.

J’entends déjà les cris d’orfraie de ceux qui vont s’indigner qu’on divise ainsi nos sociétés. Et pourtant, c’est la réalité, elles sont profondément divisées et l’actualité elle-même le démontre chaque jour. D’ailleurs, si tel n’était pas le cas, nos sociétés ne seraient pas aussi vulnérables. Toute la problématique politique est là. Le mérite sera grand que celui des forces politiques qui sauront les unir.

La dualité

C’est dans l’existence de ces deux sociétés que se trouvent probablement l’explication, le secret  des particularités des conflits dans les pays arabes, notamment de leur violence extrême et notamment de ce paradoxe qui fait que toutes les parties se réclament de la démocratie, qu’il y a semble-t-il unanimité sur la question, mais que celle-ci  a tant de difficulté à  s’imposer.

Cette dualité sociale remonte au système colonial. Il faut en effet revenir au colonialisme, à un conflit historique qui n’a pas été encore résolu, qui traîne, qui rebondit, qui se manifeste sous des formes inédites, pour comprendre cette dualité sociale.

Partout où il a existé, le système colonial a créé cette dualité: deux secteurs économiques, l’un moderne, l’autre traditionnel et rural, deux sociétés, l’une coloniale et l’autre autochtone, etc.. Les guerres de libération ont d’ailleurs été les plus violentes là où la dualité a été la plus intense et où le colonialisme a fortement influencé des  secteurs plus ou moins larges de la population et des élites locales. En cela, la domination  occidentale a été et est aussi interne. C’est ce qui explique que les guerres de libération ont pris aussi dans certains cas des aspects de guerre civile, déchirant souvent des familles, des communautés, des ethnies, ou que les luttes actuelles pour la démocratie basculent brusquement dans des guerres civiles, non seulement dans les pays arabes, mais aussi, disons-le au passage, en Afrique ou de nombreux pays sont actuellement à feu et à sang.

La  dualité sociale n’a pas disparu avec les indépendances. Elle s’est même accrue. D’où le sentiment à la fois  d’échec de l’indépendance et de la voie vers la modernité  portée et proposée par les élites dirigeantes  des mouvements de libération national du siècle passé. Celles-ci, de manière générale, malgré une phraséologie nationaliste ou socialiste, suivant les cas, n’entrevoyaient le développement et le progrès des pays arabes que sous la forme de l’accès à une modernité occidentale, enfin apurée de son péché originel, le colonialisme, et devenue donc, enfin,  universelle, disponible à tous comme “un prêt à porter”. D’où le débat récurrent  “sur les aspects positifs du colonialisme” qui ne pouvaient aller plus loin que celle de la reconnaissance par l’Occident de ses fautes par rapport à ses propres valeurs, et de retrouvailles enfin entre le colonisé et le colonisateur. Voilà comment ces élites voyaient le dépassement de la contradiction coloniale.

Mais l’Histoire en a décidé autrement. La dualité sociale mise en place par le colonialisme n’a cessé de s’aggraver, creusant le fossé et les tensions entre une société, apparaissant comme avoir pris la place de la société coloniale, et une autre, la société profonde, laissée pour compte ou marginalisée à des degrés divers suivant les ressources du pays. Ce n’est pas un hasard si les explosions, ou les endroits de plus forte contestation, sont aux alentours des zones modernes de l’économie touristique comme à Ismaïlia en Egypte, ou à Sidi Bouzid en Tunisie, ou à Marrakech au Maroc. Comme ces tensions peuvent exister aussi, autour d’ilots de modernisation économique, qui apparaissent d’autant plus étrangers qu’ils n’ont pas d’intégration  locale, comme c’est le cas des enclaves pétrolières au Sud de l’Algérie et probablement d’autres pays arabes. Dés lors les tensions économiques deviennent aussi des tensions culturelles, comme la critique et la dénonciation de la société dominante s’appuiera sur des valeurs d’identité et rejettera une occidentalisation perçue comme la continuation de la domination coloniale.

En Egypte, comme au Maghreb, la dualité coloniale continue d’exister et s’est développée sous la forme d’abord de la dualité économique entre un secteur moderne utilisant la technologie et un secteur traditionnel peu développé principalement dans les campagnes mais aussi dans des secteurs du commerce. Mais cette dualité  n’est pas seulement économique, elle s’exprime et se prolonge en même temps sur le plan socioculturel: au Maghreb, tout particulièrement, l’utilisation sociale d’une langue étrangère, qui est la langue du colonisateur, est un véritable marqueur social qui traduit l’appartenance à l’une ou l’autre des deux sociétés, qui anticipe sur les idées, la vision du monde,  les valeurs bref la culture  de chacun. Il n’est pas jusqu’à la division du travail qui n’épouse cette dualité linguistique et culturelle, le secteur moderne ( pétrole, informatique, nouvelles technologies, pharmacie etc..) utilisant la langue française, les secteurs traditionnels la langue arabe ou amazigh. Le résultat est une dualité socioculturelle généralisée: 2 élites, l’une en Arabe, l’autre en Français, 2 Universités, l’une en Arabe, dans les sciences sociales et le droit, l’autre en Français dans les sciences exactes, la médecine, deux presses, etc.. Cette dualité  influe jusqu’à l’habitat, les quartiers riches ou aisés étant ceux où on parle Français.

En Egypte aussi, la dualité économique est très forte. Elle a une importance politique d’autant plus grande que c’est  la haute hiérarchie militaire qui dirige une grande partie de l’économie. Quant à la dualité socioculturelle, si elle est plus discrète en Egypte, notamment sur le plan linguistique,  elle n’en est pas moins réelle à travers des canaux particuliers de l’histoire de certaines élites égyptiennes et de ses rapports avec les colonialismes français ou britannique, puis les USA. A Alexandrie, jusqu’il n’y a pas si longtemps, l’état civil se faisait en Français. Le fait d’ailleurs que les télévisions publiques égyptiennes affichent en permanence sur leurs écrans, depuis le coup d’Etat,  la mention en anglais “Egypt fights terrorism”, un message qui s’adresse donc à l’Occident avant de s’adresser au peuple égyptien, en dit long sur cette extraversion culturelle. Il n’est donc pas étonnant que les clivages socioéconomiques apparaissent d’abord, ici comme ailleurs dans les sociétés postcoloniales, comme des clivages culturels, dont la religion est une dimension civilisationnelle essentielle. C’est bien moins le cas, dans les sociétés développées, homogènes culturellement, où les conflits apparaissent directement sous leurs formes économiques, comme des conflits de classe, et passent de façon bien moins intense par la médiation de la culture.

L’échec dans la réalisation des aspirations nationales est en résumé l’échec des élites  occidentalistes postcoloniales, qui se sont révélée incapables de supprimer la dualité économique, culturelle et sociale coloniale et les tensions sociales énormes qui en résultent. C’est par contre, dans l’accomplissement de cette tâche, celle de supprimer la dualité sociale sur les plans économique et culturel, et de trouver une voie nationale vers la modernité, que réside très probablement le secret de la réussite des pays émergents, qu’ils se réclament d’une idéologie libérale comme la Corée du Sud  entre autres, de l’islamisme comme la Malaisie, ou d’une idéologie socialiste comme la Chine ou le Vietnam.

Que ce soit le “nassérisme” en Egypte, le “boumédiénisme” en Algérie, le “bourguibisme” en Tunisie, “l’istiqlalisme” au Maroc, force est de constater, qu’indépendamment des références idéologiques- socialisme ou capitalisme- le résultat “en gros” a été le même, celui du maintien et du développement de la dualité économique et sociale. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne faut pas s’étonner que ces pays aient en commun, avec d’autres d’ailleurs, de connaître, à travers la vague islamiste, la dénonciation de la voie occidentaliste vers la modernité et la remise en cause des élites qui la représentent. Soixante  ans après, l’échec du Nassérisme s’exprime à travers le retour en force du parti des Frères musulmans, auxquels il s’était opposé, à l’origine, précisément sur la question du  chemin vers le développement et la modernité.  De la même manière, les auteurs du coup d’Etat, ainsi que les élites qui les soutiennent, se réfèrent de nouveau au Nassérisme, alors que la haute hiérarchie militaire, avec Sadate puis Moubarak, a, depuis plus de 30 ans,  progressivement tourné, le dos à la dimension de libération nationale et antisioniste de l’héritage nassérien. Il faut noter aussi que dans bien des pays arabes, c’est l’armée, à travers des coups d’Etat militaires, ou au moins des “révolutions par le haut”, qui a présidé à cette tentative de modernisation de la société, et l’échec de cette modernisation  est donc perçu comme le sien.

Mais c’est aussi dans l’existence de ces deux sociétés, et leur antagonisme, qu’il faut chercher les racines de la violence extrême des conflits  actuels dans bien des pays arabes.

La violence terrible de ces conflits recèle bien des traits  de la violence coloniale comme s’ils opposaient deux sociétés étrangères l’une à l’autre, qui se nient mutuellement, qui ne partagent pas la même culture, les mêmes valeurs, la même histoire, c’est-à-dire tous ces éléments qui relient les classes sociales entre elles, adoucissent les conflits  en les transcendant dans une solidarité plus grande qui est le sentiment d’appartenance à la même nation, au même devenir et qui rend précisément nécessaire la démocratie comme moyen de gérer les contradictions sociales, les conflits de classe, et donc de vivre ensemble.

C’est d’ailleurs dans le même moteur  caché, masqué,  qui est  celui de  toute violence historique, l’appétit de propriété et de richesses, qu’il faut chercher le mécanisme intime de cette violence.

Transfert de propriété et violence

Les périodes historiques de transfert de propriété sont les périodes d’extrême violence sociale. Il n’est pas possible d’expliquer ce qui passe actuellement dans bien des pays arabes si on n’a pas en vue cet aspect de la situation, et le sentiment qu’a une  partie des classes possédantes (celle précisément comme on le verra qui a “hérité” de la propriété coloniale ou de la propriété d’Etat) que leurs intérêts sont menacés par la démocratie. Là est la clé de la compréhension de la brutalité sociale des conflits autour de la question de la démocratie. Les conflits sont donc fondamentalement des conflits de classe même s’ils apparaissent d’abord aux yeux sous leur angle socioculturel  et qu’ils doivent leur spécificité au dualisme  postcolonial, c’est-à-dire au fait qu’ils opposent les forces sociales, les classes de deux parties de la société

La période coloniale  fut une période de transfert de propriété  d’une violence extrême. Vues sous cet angle, les guerres de libération nationale doivent aussi leur violence  si caractéristique à la lutte pour la récupération  de  la terre de la patrie,  et donc à un nouveau transfert de propriété au profit, en principe, des populations spoliées. Dans les pays arabes, qui avaient été  colonisés ou dominés, cela s’est fait en général au profit d’une partie de la société, la plus proche le plus souvent de l’ancienne société coloniale, ce qui a prolongé ou maintenu le dualisme de la société.

Dans les pays arabes à “orientation socialiste” ou à capitalisme d’Etat, comme on voudra les nommer, le transfert de propriété postcolonial a d’abord été ajourné au profit de la propriété d’Etat. Mais l’écroulement de l’URSS et du système socialiste européen a déclenché ou accéléré le passage à la propriété privée. Ce tournant historique est aussi une période d’un gigantesque transfert de propriété avec la violence qui peut lui être liée. La coïncidence donc entre ce tournant historique et la crise actuelle dans les pays arabes n’est donc pas fortuite. Cette corrélation entre transfert de propriété et violence peut expliquer aussi que c’est précisément  dans les pays arabes à économie d’Etat, où la propriété d’Etat était la plus étendue et où elle a été privatisée de façon accélérée, que la crise est la plus violente.

A cet égard le cas de l’Algérie est plein d’enseignements. A l’indépendance, le choix en faveur d’une “société socialiste” donne lieu à l’existence de la propriété publique sur un vaste secteur d’Etat dans l’agriculture, l’industrie, les services. L’immobilier lui-même, pour la plus grande part et pour sa part la plus riche,  est propriété d’Etat sous l’appellation “des biens vacants” (biens abandonnés par la colonie française.). L’élément culturel – le capital culturel, le niveau culturel, et sa mesure le diplôme- vont alors jouer un rôle essentiel dans l’accès aux fonctions de l’Etat, aux fonctions administratives   et économiques, et aux privilèges qu’ils assurent, notamment dans l’occupation des “biens vacants” immobiliers.

Dans les toutes premières décennies de l’indépendance, un diplôme, quel qu’il soit,  était la clé d’entrée  aux postes de direction dans les sociétés d’Etat ou la haute administration. Le facteur culturel, déjà important dans la hiérarchisation sociale dans toutes les sociétés, joue un rôle encore plus grand dans les sociétés où domine la propriété d’Etat. Il va être en Algérie survalorisé. De plus, en Algérie, dans les premières années de l’indépendance,  son action va être d’autant plus intense qu’il faut remplacer l’appareil administratif et économique colonial, l’ “algérianiser”.  Le facteur culturel va donc se transformer directement  en facteur de domination économique et social. Et comme l’instruction, pour ceux qui pouvaient y accéder, s’est faite en langue française pendant la période coloniale mais aussi après l’indépendance, ce sont les élites francophones qui vont constituer l’essentiel des élites économiques, administratives et pour une part importante militaires. On comprend donc les raisons sociologiques de la coïncidence qui s’opère entre langue française et statut économique et social. C’est le cas pour les fonctions administratives et  économiques  mais c’est aussi le cas  pour la jouissance de la meilleure partie des biens  immobiliers de l’Etat car c’est à partir de ces fonctions que se fait l’accès à ces biens. Ceci explique que la langue française soit celle aussi des beaux quartiers des grandes villes, et l’existence de ce dualisme culturel et sociétal y compris dans l’espace urbain dont nous avons parlé plus haut.

Lorsque se fait, à la fin des années 80 et au début des années 90 le passage généralisé en Algérie de la propriété d’Etat à la propriété privée, du “capitalisme d’Etat ” au capitalisme privé, ce sont donc les mêmes élites qui en bénéficient. Elles vont s’approprier juridiquement, directement, ce dont elles jouissaient indirectement. La démocratie va alors être d’autant plus tentante, d’autant plus séduisante qu’elle va représenter pour ces élites la possibilité de donner la légitimité de l’Etat de droit à leurs nouveaux droits de propriété et de se libérer enfin du populisme égalitariste nationaliste de la guerre anticoloniale. Mais elle va représenter aussi le danger de donner le pouvoir à la majorité, aux masses de ceux laissés pour compte et qui désormais leur demandent des comptes. D’où leur hésitation permanente entre démocratie et régime autoritaire. Ce  n’est pas un hasard, si les évènements d’Octobre 1988 en Algérie, qui ont annoncé la montée de l’islamisme politique, aient coïncidé avec la vente, bien souvent pour une bouchée de pain, des biens de l’Etat, notamment des biens immobiliers et des réserves foncières. Beaucoup des revendications populaires, dont on ne parle plus aujourd’hui, portaient alors sur l’exigence de révéler l’origine des biens de chacun et avaient créé une grande peur chez les nouveaux possédants.

On vérifie donc sous cet autre angle, les interférences culturelles  et sociales signalées plus haut: en effet, dans ces conditions historiques et culturelles particulières de transfert de la propriété, les classes populaires vont  assimiler occidentalisation, élites occidentalistes et discriminations économiques et sociales. Les questions d’identité culturelles, et à travers elles religieuses,  vont alors prendre une signification sociale. Les contradictions de classe vont prendre  le biais des conflits culturels pour s’exprimer. La question sociale va s’exprimer à travers la question nationale, c’est-à-dire à travers l’exigence populaire de parachever l’émancipation nationale, de  réaliser les promesses du mouvement de libération nationale.

Les mêmes causes  produisant les mêmes effets, on retrouve des situations semblables dans les pays du Maghreb. On retrouve aussi en Egypte, probablement avec d’autres variantes,  des interférences culturelles et sociales du même ordre, et en tout cas certainement cette violence diffuse ou directe de l’énorme transfert de propriété  de l’économie d’Etat à la propriété privée.

 

Le reclassement

 

Les périodes historiques de transfert de propriété sont  des périodes de reclassement social et donc de reclassement politique et idéologique.

La période de constitution des empires coloniaux en fut une. Des voix “démocratiques” comme celles, en France, de Lamartine et de Victor Hugo ont défendu le colonialisme qui apportait, selon eux, “la civilisation” aux pays conquis. Les révolutionnaires français des révolutions de 1830 et 1848, et plus tard de la commune de Paris, déportés en Algérie se sont peu à peu transformés en propagandistes de “l’œuvre civilisationnelle française”, et en défenseurs de l’ordre colonial. Les avantages de la colonisation et de leur reclassement social les avaient fait changer de camp  mais le discours humaniste et social était resté le même. C’est d’ailleurs par la suite devenu une tradition de la gauche coloniale française, en Algérie et au Maghreb de masquer la défense des intérêts les plus froids derrière une phraséologie humanitaire et de grands discours sur “la liberté, la tolérance, la défense de la civilisation” contre les “masses musulmanes fanatiques” et la “barbarie”.  On retrouve d’ailleurs, sous une forme modernisée mais au fond sans grands changements,  les grands traits de ce discours comme discours dominant  dans les médias occidentaux .Plus prés de nous, le 8 mai 1945, des militants politiques français, mais aussi algériens, se définissant comme progressistes, qualifiaient les nationalistes algériens de “fascistes” pour ne pas vouloir renoncer au mot d’ordre d’indépendance et refuser de le subordonner à la politique des forces de gauche françaises.

L’Histoire se répète. De la même manière, les Frères musulmans sont traités en Egypte, par les partisans du coup d’Etat,  de “fascistes” , et ceux qui soutiennent  le principe de la légitimité démocratique de “traitres à la patrie”, parce qu’il refusent de  subordonner la démocratie à tout autre considération. . Un journaliste du journal français “Le Nouvel Observateur” note avec surprise lors  d’un reportage en Tunisie que “la violence vis-à-vis d’Ennahdha, souvent traité de « fascistes » par l’opposition laïque, serait facilement assimilée en France à de l’Islamophobie !” ( Jean Marcel Bouguereau, “Egypte, Tunisie, le spectre des années noires algériennes” Le Nouvel Observateur “, 28 juillet 2013 ).

Cette référence au “fascisme” est typique de l’arsenal de l’idéologie occidentaliste actuelle. Elle est d’abord hors de propos car le fascisme et le nazisme sont un produit historique, politique et culturel spécifique à l’Occident en tant que mélange complexe de racisme, d’intérêts financiers et impériaux et de concurrence entre puissances occidentales pour la domination mondiale. C’est ensuite une contre vérité historique  car Hitler n’est jamais arrivé au pouvoir par les élections. Bien au contraire, il était minoritaire au parlement, et il n’a été nommé chancelier, avec seulement 3 ministres au gouvernement, que par  la pression de milieux financiers allemands et d’une partie de l’armée sur le président de la République de Weimar : Hindenburg. Il en est de même de Mussolini qui ne prend le pouvoir que par un coup d’Etat, “la marche de Rome” des groupes fascistes, avec le soutien d’officiers supérieurs et des milieux industriels “désireux de rétablir l’ordre dans le pays”. Mais cette contre vérité a une fonction, celle d’étayer l’argument  ”que le peuple peut  se tromper”, et d’éviter aux faux démocrates leur cauchemar: celui du suffrage populaire.

C’est semble-t-il une tradition politique, héritée de la culture coloniale française, dans les pays du Maghreb mais aussi en Egypte à travers la forte influence culturelle et historique française, que de badigeonner d’un discours “de gauche” des intérêts particuliers.

Mais la raison fondamentale de telles positions est là aussi le transfert de propriété, le reclassement et le changement de statut social qui en ont résulté. Devenues propriétaires, les élites qui ont dirigé le pays pendant le socialisme d’Etat ont  gardé de leur jeunesse politique le vocabulaire, et probablement la nostalgie sincère de cette période. La forme reste, mais le fond a changé. L’idéologie “de gauche” est recyclée au service de nouveaux intérêts sociaux. Il en a toujours été ainsi. Les patriciens romains gardaient, dans leurs discours,  les accents égalitaristes et plébéiens  des fondateurs de la République romaine, bien après s’être constitués en aristocratie.

Cet énorme  reclassement social  touche  aussi et reconfigure les relations politiques, non seulement à l’échelle nationale mais aussi à l’échelle internationale. Les tournants historiques sont à l’origine de changements dans les alliances, dans les rapports entre Etats, dans les relations diplomatiques. Mais il faut du temps à chaque force pour évaluer la nouvelle situation, prendre la mesure des changements,  prendre ses marques, avoir de nouveaux repères. A la faveur de la crise actuelle qui secoue le monde arabe, des alliances étonnantes se forment, qui semblent contradictoires, voire  contrenature; elles se nouent, se dénouent au gré de l’évolution de la situation, aussi bien au niveau local qu’international. En Egypte, les USA hésitent entre le soutien et la critique du coup d’Etat, entre le vieil allié sûr que représente la hiérarchie militaire égyptienne depuis 30 ans, et un processus démocratique qui pourrait s’avérer aventureux pour leurs  intérêts. Ils avaient déjà beaucoup hésité à abandonner Moubarak. L’Arabie saoudite est avec les Frères musulmans en Syrie mais soutient le coup d’Etat militaire  en Egypte. Le Qatar et l’Arabie saoudite divergent fortement  sur l’Egypte mais sont alliés sur la Syrie. Le parti des Frères musulmans  dénonce le silence, voire la complicité occidentale concernant le coup d’Etat et la répression en Egypte. On se souvient cependant que c’est  Mohamed Morsi, président de l’Egypte, qui avait aux côtés des pays du Golfe, rompu  les relations diplomatiques avec la Syrie. En Lybie, les puissances occidentales se sont alliées avec des courants islamistes pour abattre à tout prix Maamar Gueddafi, puis ont agi de même contre le gouvernement syrien.  Mais après les récentes attaques antioccidentales à Benghazi, elles ne sont plus du tout sûr de leur intérêt à une alliance avec les islamistes en Syrie, et craignent qu’elle ne se retourne contre eux.  Un Bernard Henri Levy, partisan acharné d’Israël et des interventions militaires occidentales, pourra tout autant célébrer la “révolution démocratique” en Lybie, comme le font des courants islamistes, que s’enflammer devant ce qu’il appelle “le coup d’Etat démocratique” en Egypte, comme le font des courants arabes “laïques de gauche” . Le nouveau pouvoir tunisien pourra, tout autant, organiser à Tunis, avec les puissances occidentales, une conférence “des amis de la  Syrie” que  s’opposer aujourd’hui à une intervention militaire en Syrie  etc…

Les tournants historiques sont des périodes  d’hésitations, de grande confusion. C’est dans les bouleversements historiques actuels que se trouve, en profondeur, l’explication du désordre, du chaos qui semble régner dans le monde arabe, et non dans une main invisible et toute puissante qui l’aurait organisé.

Djamel Labidi

 

paru dans “le Quotidien d’Oran” du 10 Octobre 2013

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Peter Dale Scott, professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Berkeley, Californie. Il a travaillé durant quatre ans (1957-1961) pour le service diplomatique canadien. Expert dans les domaines des opérations secrètes et du trafic de drogue international. Il est connu pour ses positions anti-guerre et ses critiques à l’encontre de la politique étrangère des États-Unis.
Interview en français réalisé le 23 Juin 2013 à Berkeley USA.

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Arsenic : faut-il se méfier du jus de pomme?

octobre 9th, 2013 by Rémi Leroux

Photo: Shutterstock

Aux États-Unis, le département de la Santé propose de revoir la limite maximale d’arsenic contenu dans le jus de pomme. Le Canada suivra-t-il la même voie?

Poissons, fruits, céréales, légumes… de nombreux aliments contiennent de l’arsenic, présent naturellement dans les sols et dans l’eau. L’arsenic inorganique, la forme la plus dangereuse pour l’organisme, a été classé par l’Organisation mondiale de la santé parmi les 100 plus importants agents cancérogènes.

Pourtant, en Amérique du Nord, la quantité d’arsenic tolérée dans la nourriture est peu réglementée.

Au Canada, pendant de nombreuses années, seule l’eau potable a été encadrée par une norme. Puis, à la fin des années 1980, la teneur dans les jus de fruits a aussi été réglementée.

  • Pour l’eau, la concentration maximale acceptée par Santé Canada a été fixée à 0,01 partie par million (ppm). La même limite prévaut aux États-Unis.
  • Pour les jus de fruits, le maximum toléré est de 0,1 ppm, soit dix fois plus que pour l’eau potable – une norme qui n’existe pas aux États-Unis.

Le jus de pomme dans la ligne de mire

C’est à la suite de nombreuses études parues aux États-Unis sur la teneur en arsenic des jus de pomme que la Food and Drug Administration (FDA) a proposé, le 12 juillet dernier, d’abaisser le seuil de tolérance pour ce produit au niveau de celui de l’eau potable.

Selon la FDA, les niveaux d’arsenic inorganique dans les jus de pomme sont trop faibles pour entraîner des problèmes de santé à court terme. Toutefois, l’agence veut prendre en considération «le risque potentiel d’une exposition à long terme» durant plusieurs années.

Theresa Eisenman, agente au bureau des médias de la FDA, rappelle qu’il s’agit «d’une proposition qui va désormais faire l’objet d’une période de commentaires de la part du public». À l’issue de cette période, qui se termine le 13 septembre, la FDA émettra ses directives finales.

Mieux contrôler

De son côté, Santé Canada a récemment demandé à l’Agence canadienne d’inspection des aliments d’appliquer par défaut pour les jus de fruits (y compris le jus de pomme), les nectars et les boissons prêtes à servir le même seuil de tolérance que pour l’eau potable (0,01 ppm), le temps de procéder à une réévaluation complète de ses normes. Impossible cependant de savoir quand cette mise à jour entrera en vigueur et si cette nouvelle politique fait écho à l’annonce de nos voisins du Sud.

Blossom Leung, porte-parole de Santé Canada, rappelle que des mesures, comme le retrait du produit, sont prises «si les niveaux atteints présentent une concentration qui pourrait être dangereuse pour la santé humaine». Elle ajoute qu’«à ce jour, la majorité des jus de fruits sur le marché canadien qui ont été analysés contenaient moins de 0,01 ppm d’arsenic».

Selon Bernard Lavallée, nutritionniste chez Extenso, le Centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. «Nous sommes loin de consommer les quantités d’arsenic qui représenteraient un danger immédiat pour la santé», assure-t-il. Tous les experts ne sont cependant pas de cet avis. Sébastien Sauvé, professeur spécialisé en chimie environnementale à l’Université de Montréal, estime plutôt que seule l’introduction de nouvelles normes permettrait de mieux contrôler la teneur en arsenic dans les aliments.

En attendant, il recommande de réduire au maximum la consommation des produits contenant les teneurs en arsenic les plus élevées, particulièrement pour ce qui est des bébés et des jeunes enfants, soit:

  • le riz et les produits à base de riz (notamment certaines céréales pour bébé);
  • les jus de fruits (incluant le jus de pomme).

 

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Arsenic: les enfants, plus à risque – Juillet 2013
Arsenic: des normes à revoir? – Juillet 2013

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Le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a proclamé dimanche que les deux opérations secrètes montées au cours du week-end par les Forces spéciales américaines en Libye et en Somalie « envoyaient un message fort au monde à savoir que les Etats-Unis ne ménageront aucun effort pour engager la responsabilité des terroristes, peu importe où ils se cachent ni depuis combien de temps ils se soustraient à la justice. »

Après un examen sérieux, loin d’être fort, le message envoyé par ces opérations est incontestablement trouble.

L’enlèvement en Libye du supposé agent d’al Qaïda, Abou Anas al-Libi, et le raid avorté mené par les Navy Seal contre un dirigeant de la milice islamiste Al Shabab en Somalie, annulé après s’être heurté à une vive résistance, sont traités par les médias américains comme une nouvelle bataille monumentale dans la guerre mondiale sans fin contre le terrorisme.

Al-Libi, qui a été inculpé par un tribunal américain pour des accusations liées à la préparation des attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines à Nairobi, au Kenya et à Dar es Salaam en Tanzanie, durant lesquels 224 personnes ont été tuées, serait détenu sur un navire américain en Méditerranée, hors de portée des tribunaux civils et des lois et soumis à des méthodes d’interrogatoire inconnues.

Des spécialistes du contre-terrorisme, d’anciens agents et membres du cabinet sont exhibés devant les caméras de télévision dans le but de racoler le public américain pour l’impliquer dans une nouvelle opération criminelle menée par Washington.

Malgré toutes les jacasseries de ces spécialistes, il y a toutefois une chose sur laquelle ils restent muets : l’extraordinaire histoire d’al-Libi, cible du raid américain. Un examen de sa carrière indique non pas une lutte implacable entre ennemis mortels mais plutôt une brouille entre partenaires intimes. Ce n’est pas une exagération que de suggérer que M. al-Libi est à tu et à toi avec certains de ceux qui ont planifié son enlèvement. Sa biographie donne un aperçu du monde bizarre et effrayant de la CIA et de ses guerres secrètes, de ses sales coups et de ses assassinats dans le monde entier.

Al-Libi avait rejoint al Qaïda dans les années 1980 alors que l’organisation combattait en Afghanistan, fournissant les fantassins requis pour une guerre secrète organisée par la CIA en vue d’un changement de régime menée contre le gouvernement de Kaboul qui était soutenu par l’Union soviétique. A l’époque, le président américain Ronald Reagan avait salué al-Libi et ses combattants islamistes de droite comme étant l’« équivalent moral de nos pères fondateurs, » tandis que le gouvernement américain octroyait quelque 10 milliards de dollars pour le financement de la guerre.

Cette relation n’était pas simplement une nouveauté de Reagan. Durant des décennies, l’impérialisme américain avait promu des organisations islamistes réactionnaires afin de poursuivre les intérêts américains et de combattre l’influence socialiste et nationaliste de gauche au Moyen-Orient et ailleurs. Ces couches fournirent les troupes de choc destinées aux coups d’Etat orchestrés par la CIA en Iran, en Indonésie et ailleurs.

Après la guerre en Afghanistan, al-Libi aurait suivi ben Laden au Soudan où il continua à bénéficier du soutien des Etats-Unis et de l’Occident. C’est durant cette période des années 1990 qu’al Qaïda achemina des combattants islamistes en Bosnie pour combattre aux côtés du régime bosniaque musulman appuyé par les Etats-Unis. En 1993, ben Laden avait reçu la nationalité bosniaque et un passeport bosniaque. Les terroristes d’al Qaïda furent aussi envoyés au Kosovo pour rejoindre le mouvement séparatiste contre la Serbie qui dès 1999 fut soutenu par une guerre aérienne totale menée par les Etats-Unis et l’OTAN.

En 1995, suite à la pression exercée par le chef d’Etat de la Libye, le colonel Mouammar Kadhafi, le Soudan obligea ben Laden à renvoyer ses partisans libyens du pays. Peu de temps après, ben Laden lui-même dut quitter le pays, alors que le Soudan subissait des pressions de la part de l’Egypte où un groupe lié à al Qaïda avait tenté d’assassiner le président Hosni Moubarak.

Alors que ben Laden rejoignait l’Afghanistan, al-Libi obtenait l’asile politique au Royaume-Uni, l’allié le plus étroit de Washington, au motif qu’il ferait l’objet de persécutions en Libye.

En 2002, l’on apprenait que six ans plus tôt al-Libi avait été une figure clé dans une cellule du Groupe libyen de combat pour l’Islam (Libyan Islamic Fighting Group) qui avait reçu de vastes sommes d’argent des services secrets britanniques, MI6, pour un complot d’assassinat raté de Kadhafi.

Al-Libi put continuer à vivre au Royaume-Uni pendant presque deux ans après les attentats à la bombe perpétrés contre l’ambassade africaine, en ne fuyant le pays qu’en mai 2000 au moment où lui et 20 autres agents d’al Qaïda étaient mis en accusation devant le tribunal fédéral de Manhattan en tant que co-accusés d’Oussama ben Laden dans le cadre des attaques terroristes en Afrique. Il fut placé sur la liste des « personnes les plus recherchées » par le FBI.

Au bout d’une décennie passée comme terroriste recherché, al-Libi retourna en Libye en 2011 et une fois de plus il fut transformé en un « combattant de la liberté » soutenu par les Etats-Unis en rejoignant l’une des brigades islamistes qui a servi de troupes intermédiaires dans la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN en faveur d’un changement de régime.

La raison pour laquelle, deux ans après l’éviction et l’assassinat de Kadhafi, al-Libi a été enlevé en pleine rue à Tripoli n’est pas claire. Sa présence là-bas était connue de Washington depuis bien avant le début de la guerre. Il s’agit cependant en partie d’un système d’alternance entre collaboration étroite et brouille entre l’appareil de renseignement américain et al Qaïda. C’est un système qui explique pour beaucoup comment les attentats terroristes du 11 septembre ont pu survenir, c’est-à-dire comment des agents d’al Qaïda connus de la CIA ont pu entrer librement aux Etats-Unis, suivre des cours de pilotage et planifier le chaos du 11 septembre 2001.

L’on a assisté à ce même phénomène lors de l’attaque d’al Qaïda du 11 septembre 2012 contre le complexe diplomatique et de la CIA dans la cité portuaire de Benghazi, à l’est de la Libye et lors de laquelle l’ambassadeur américain, Christopher Stevens, et trois autres Américains ont perdu la vie. Stevens avait joué un rôle crucial dans la coordination de l’action militaire américaine avec les opérations d’islamistes tel qu’al-Libi.

Après la guerre, la CIA a mis en place à Benghazi une importante station secrète dans le but d’acheminer des stocks d’armement à des individus similaires et qui sont employés dans la guerre en faveur d’un changement de régime en Syrie. Quelque chose à fait que la relation s’est aigrie, impliquant probablement des ressentiments au sein des milices islamistes pour n’avoir pas été correctement indemnisées par leurs patrons américains en termes d’argent et de pouvoir.

L’enlèvement d’al-Libi par les commandos de la Delta Force, apparemment sans en avoir avisé le gouvernement intérimaire pratiquement impuissant de la Libye, ne fait que souligner les véritables conséquences d’une guerre qui est promue par le gouvernement Obama comme une croisade pour les droits humains, la démocratie et la paix. Après avoir fait des milliers de morts et détruit la plupart des infrastructures du pays, la guerre a laissé la Libye dans un chaos total dominé par les milices islamistes et les petits seigneurs de guerre, et minée par les assassinats, les enlèvements et la torture, et sa production pétrolière et ses autres principales activités économiques se trouvant quasiment au point mort.

Parmi les éléments les plus effarants de cette guerre prédatrice il y a le fait que des organisations de la pseudo-gauche, à commencer par l’International Socialist Organization aux Etats-Unis jusqu’au Socialist Workers Party en Grande-Bretagne en passant par le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France, l’ont saluée comme une révolution et ont agi politiquement de façon à faciliter la destruction totale et l’assujettissement de l’ancienne colonie.

Durant ces dix dernières années, Washington a justifié l’agression militaire à l’extérieur et l’application de méthodes d’Etat-policier à l’intérieur du pays au nom d’une guerre sans fin contre le terrorisme. Au cours de cette période, les principales réalisations des gouvernements Bush et Obama ont consisté à renverser deux régimes arabes laïcs, en Irak et en Libye, et à tenter de faire de même une troisième fois en Syrie. Chacune de ces interventions a dévasté les sociétés de ces pays.

Alors qu’al Qaïda n’existait dans aucun de ces trois pays avant l’intervention américaine, l’organisation prospère actuellement dans tous les trois. Des dizaines de milliers de gens de la région entière ont été attirés sous sa bannière dans une guerre sectaire soutenue par les Etats-Unis pour un changement de régime en Syrie.

C’est dans la biographie d’al-Libi qu’émerge le plus clairement le véritable caractère de la soi-disant guerre contre le terrorisme. C’est le dérivé d’une multitude de sales opérations montées par le renseignement américain qui se sert d’éléments tel al Qaïda, les trahit, puis gère les conséquences de ces trahisons sous la forme d’opérations terroristes qui servent ensuite de prétextes à des guerres à l’étranger et à la répression d’Etat à l’intérieur du pays.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 8 octobre 2013

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Algeriepatriotique : Vous avez été l’un des premiers à dévoiler le rôle déterminant des cyberactivistes du printemps arabe financés par les Américains. Comment en êtes-vous arrivé à ce constat ? 

Ahmed Bensaada : C’est la combinaison de plusieurs observations et l’analyse de certains événements qui m’ont amené à déchiffrer et à comprendre le modus operandi des organismes américains d’«exportation» de la démocratie qui ont formé et financé les cyberactivistes arabes. Tout d’abord, je m’étais intéressé aux révoltes de la rue iranienne durant l’été 2009 et j’ai été surpris de voir avec quelle facilité et quelle rapidité les images et les vidéos des émeutes antigouvernementales arrivaient aux médias mainstream. D’autre part, comme il n’y avait pas de journalistes occidentaux présents sur place, il était étonnant de voir que ces images étaient systématiquement diffusées, alors que leur provenance et leur véracité n’étaient pas vérifiées. Par ailleurs, il était surprenant de voir que ces documents vidéo étaient diffusés en boucle malgré leur piètre qualité, très loin des standards télévisuels. Tout cela était contraire au professionnalisme et à l’éthique journalistique dont se targuent ces mêmes médias. En plus, les gesticulations de l’administration américaine pour la défense de la «liberté» sur Internet en faveur des manifestants iraniens (liberté qui n’est même pas garantie pour les Américains aux Etats-Unis) semblaient vouloir indiquer une collusion entre cette administration et les activistes iraniens. Cela s’est confirmé lorsque le département d’État américain est intervenu auprès de Twitter pour que cette entreprise reporte une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, et donc privé les opposants iraniens de moyen de communication. Twitter a accepté la demande, ce qui a fait dire à la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton que Twitter était important pour la liberté d’expression en Iran. C’était la première fois que la collaboration active entre l’administration américaine et un média social était clairement établie. Vers la fin de l’année 2010 et le début de l’année 2011, des câbles WikiLeaks sont venus donner un éclairage nouveau. En effet, l’analyse de certains câbles émanant de l’ambassade des Etats-Unis au Caire montrait que de nombreux cyberactivistes égyptiens étaient non seulement connus de la mission diplomatique américaine, mais collaboraient régulièrement avec ses services. Certains avaient même des relations directes avec Hillary Clinton. Finalement, l’organisation maîtrisée des manifestations et l’utilisation de techniques déjà observées lors des révolutions colorées qui ont eu lieu au début des années 2000 dans les pays de l’Est et les ex-Républiques soviétiques ne laissaient aucun doute. Parmi ces techniques, citons par exemple les manifestations pacifiques, la distribution des fleurs aux forces de l’ordre ou l’utilisation du logo représentant un poing fermé. Une fois les relations bien établies, il s’ensuivit un travail méticuleux de recherche de sources fiables, de documentation, de recoupement de l’information et d’établissement de liens effectifs entre les leaders des mouvements dissidents, les ONG locales et les organismes américains de financement et de formation. Tout cela est expliqué dans mon livre Arabesque américaine qui a été publié le 30 avril 2011, soit moins de 3 mois après la chute de Moubarak. Je profite d’ailleurs de l’occasion pour vous annoncer qu’une seconde édition revue et augmentée de ce livre sera présentée au prochain Salon international du livre d’Alger (Sila 2013).

Vous avez parlé d’un forum du nom de Fikra (idée en arabe), créé par le lobby américain pro-israélien et dont font partie des Algériens. A votre avis, quel est le but exact de ce genre de plateforme ? 

Il est clair que je n’ai jamais arrêté mon travail d’investigation après la publication de mon premier ouvrage sur le «printemps arabe». Dans un de mes derniers articles, j’ai montré qu’il existait un lien entre un grand nombre d’activistes arabes (dont certains sont nommément cités dans Arabesque américaine) et le lobby pro-israélien américain AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) via un organisme nommé Forum Fikra. Ce qui attire l’attention dans cet organisme, c’est qu’il cache visiblement ses relations avec ce lobby dont font partie de véritables faucons néoconservateurs et de farouches défenseurs de l’État d’Israël. Selon son site web, le Forum Fikra est «une communauté en ligne qui vise à générer des idées pour soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes» et établir un dialogue qui «accordera, en temps opportun, un accès direct et mutuel à un échange d’idées entre les personnes sur le terrain et celles de Washington». En fait, par le biais de ce forum, le lobby pro-israélien cherche très certainement à influencer les activistes arabes pour qu’ils acceptent des agendas conçus par les chercheurs de leurs think tanks inféodés à l’État hébreu. Le lobby pro-israélien a toujours montré que le développement et la prospérité des pays arabes étaient les derniers de ses soucis. Et ce n’est évidemment pas en cette période de forte «turbulence» politique dans le monde arabe qu’il risque de changer. Bien au contraire.

Vous avez également dévoilé l’identité des cyberactivistes égyptiens et les ONG – activant sous la bannière de «l’exportation de la démocratie» – qui les financent (NED, NDI, AIPAC, etc.). Quel est le profil d’un cyberactiviste ? 

Le programme de formation des cyberactivistes arabes a été mis en place des années avant le début de ce qui est communément appelé le «printemps arabe». Tous les pays arabes, sans exception, possèdent leurs propres cyberactivistes. Les leaders se connaissent entre eux, car ils participent aux mêmes stages de formation et sont «réseautés» grâce à des organismes spécialement conçus à cet effet comme l’AYM (Alliance of Youth Mouvements). Un journaliste a même dit qu’il existait «une Ligue arabe du Net». Bien qu’il n’y ait pas de portrait type, on peut dire qu’un(e) cyberactiviste est un(e) jeune, éduqué(e), citadin(e), friand(e) de nouvelles technologies et politisé(e). La plupart d’entre eux ont milité dans des formations politiques ou sociales depuis leur jeune âge. Les organismes américains les plus actifs dans le domaine de l’« exportation » de la démocratie sont l’USAID (United States Agency for International Development), la NED (National Endowment for Democracy), Freedom House et l’OSI (Open Society Institute) de George Soros, le célèbre milliardaire et spéculateur financier. La NED travaille par le biais de quatre organismes distincts : l’IRI (International Republican Institute), le NDI (National Democratic Institute for International Affairs), le CIPE (Center for International Private Enterprise) et le Solidarity Center. Une précision s’impose : à part l’OSI, ces organismes ne sont pas des ONG. En effet, ils sont largement subventionnés par le gouvernement américain. Pis encore, Allen Weinstein, un des fondateurs de la NED, a déclaré en 1991 que la NED faisait aujourd’hui ce que la CIA faisait secrètement il y a 25 ans.

Y a-t-il, parmi ces ONG citées plus haut, celles qui activent en Algérie ? 

Comme je l’ai précisé précédemment, il est indéniable que ces organismes œuvrent dans tous les pays arabes, plus ou moins discrètement. Ce qu’il y a d’intéressant avec la NED, c’est qu’elle publie, chaque année, la liste des subventions octroyées aux ONG locales. Ainsi, en ce qui concerne l’Algérie, la NED a subventionné la LADDH (Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme) en 2002, 2003, 2005, 2006 et 2010. Elle a aussi financé le Collectif des familles de disparus en Algérie sans interruption de 2005 à 2011, sauf en 2008. Je cite ces deux ONG à titre d’exemple, car elles ne sont pas les seules à avoir reçu des subsides. Etrangement, l’Algérie et l’Égypte ont disparu de la liste 2012 des subventions accordées par la NED aux pays arabes. Peut-être est-ce pour dissimuler les ONG algériennes et égyptiennes qu’elle finance ? En Egypte, cela est compréhensible étant donné l’immense polémique à laquelle ont fait face les cyberactivistes à propos de leur financement étranger. En Algérie, des lettres citant M. Rachid Malaoui, envoyées directement au président Bouteflika par une haute responsable du Solidarity Center, montrent que le Snapap (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique) est en étroite relation avec cet organisme. Dans une déclaration faite à une chaîne de télévision, Mohamed Adel, célèbre cyberactiviste égyptien et porte-parole du Mouvement du 6 avril, affirme qu’il a suivi une formation en Serbie, chez Canvas (Center for Applied Non Violent Action and Strategies). Ce centre a été créé par les Serbes d’Otpor, le mouvement dissident qui a réussi la première révolution colorée en 2000. Mohamed Adel a précisé que lors de ce stage, il était accompagné de 14 Egyptiens et Algériens. Comme on sait que Canvas est financé, entre autres, par Freedom House, il est facile d’en déduire que cet organisme est bel et bien actif en Algérie. Finalement, notons que la liste des contributeurs du Forum Fikra, forum créé et financé par le lobby pro-israélien américain, contient le nom d’un activiste algérien.

Des informations en notre possession indiquent que des associations algériennes, qui sont bien structurées et possédant un réseau international comme le démontre leurs différentes pages Facebook, sont financées par l’étranger à l’image de Ness-El-Kheir et TEDx. Ces associations font-elles partie de ce vaste réseau d’ONG à la réputation douteuse ? 

Je ne me suis malheureusement pas intéressé à ces deux organismes que je ne connais que de nom. Il faut cependant préciser que la liste que j’ai dressée sur les organismes spécialisés dans l’«exportation» de la démocratie est loin d’être exhaustive. D’autre part, il est important de signaler l’existence d’organismes européens qui font un travail similaire à celui de leurs homologues américains et auxquels je ne me suis pas (encore) intéressé, faute de temps.

Une photo qui fait polémique en ce moment sur le Net, montrant un djihadiste, en Syrie, sous une tente offerte par USAID, vient confirmer ce qui se dit à propos du rôle de ces ONG étrangères dans la déstabilisation des pays souverains. Expliquez-nous, vous qui les connaissez bien, pourquoi les Etats-Unis financent ces groupes terroristes ? 

Comme mentionné dans une question précédente, USAID fait partie de la panoplie d’organismes d’«exportation» de la démocratie. Ainsi, si la photo est véridique (et selon certains spécialistes américains, elle l’est), elle représente le commandant d’un groupe djihadiste lié à Al-Qaïda dans une tente gracieusement offerte par USAID. Cela indique que malgré ce que les États-Unis déclarent publiquement, ils continuent à financer tous les groupes rebelles qui poursuivent le même but : celui de terrasser le gouvernement syrien. Cette tente n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg de l’aide logistique et militaire américaine dont bénéficient les rebelles syriens. D’ailleurs, toujours dans la même veine, l’Egyptien Cheikh Nabil Naiim, un ex-membre d’Al-Qaïda, a fait une étonnante déclaration en affirmant dans une vidéo qui circule actuellement sur Internet que le chef de Jabhat Al-Nusra (milice rebelle djihadiste anti-Bachar) est un agent de la CIA. Cette vidéo (traduite en français) peut être visionnée(*). Et cela n’est pas du tout surprenant de la part des États-Unis. Leur histoire avec la nébuleuse Al-Qaïda, depuis sa création, montre qu’ils n’ont pas d’amis, mais que des intérêts. D’ailleurs, les cyberactivistes arabes devraient, eux aussi, méditer cette dernière phrase.

Entretien réalisé par Mohamed El-Ghazi

 

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Corsica Infurmazione

Depuis plusieurs années l’État accorde des permis de construire sur des zonages déclarés inconstructibles par les tribunaux. La politique de multiplication des résidences secondaires est donc, depuis de nombreuses années, la stratégie de l’État pour la Corse.

L’examen de registres communaux des demandes de permis de construire, à partir des dates des décisions de justice à aujourd’hui, montre que de très nombreux permis pour des maisons individuelles, le plus souvent des villas secondaires, ont été accordés par les mairies et l’État sur les zonages déclarés inconstructibles, violant les décisions de justice.

Si l’on veut vraiment réduire la spéculation immobilière en Corse, il faut réduire l’offre. Et cela est possible à travers les plans d’urbanisme. Rappelons que, selon le Livre blanc des Assises du littoral, les espaces déjà ouverts à l’urbanisation sur 72 communes littorales disposant d’un plan d’urbanisme en vigueur dépassent déjà très largement le besoin démographique de l’île entière ! Ces espaces permettraient vraisemblablement de doubler la population actuelle ! Sur la seule commune de Pitrusella, les zones ouvertes à l’urbanisation et non encore construites couvrent 235 hectares ! Créer de nouvelles zones à urbaniser destinées à des résidences secondaires est donc, à l’échelle de l’île, une aberration.

Les associations se sont employées à faire annuler ces documents afin que la loi Littoral soit appliquée et que ne soient pas créées de nouvelles zones urbanisables qui, sur le PLU annulé de Sarra di Farru par exemple, couvraient 420 hectares ! Et chaque recours a été un succès puisque tous les jugements du Tribunal administratif de Bastia et de la Cour d’appel de Marseille ont annulé les plans locaux d’urbanisme (PLU) ou les cartes communales déférés.

Mais l’administration, tenue d’appliquer ces décisions, est passée outre… Des villas répondant à ces faits sont visibles sur les littoraux de Purtivechju, Sarra di Farru, Ulmetu, Calcatoghju, Coti Chjavari, etc. Villas érigées malgré l’avis souvent défavorable de la DDTM et par seule décision préfectorale ou par celle d’un « comité de lecture » … créé par le Préfet.

es associations se battent pour faire respecter la loi Littoral, obtiennent satisfaction en justice mais, au bout du compte, les zones inconstructibles sont construites par « volonté du prince ».

On est très loin en Corse de la très récente déclaration de C. Taubira, ministre de la justice : “Les décisions de justice doivent être exécutées. S’il y a transgression, la justice a les moyens de faire respecter ses jugements“,.. “Nous sommes dans un état de droit et les règles s’imposent. Elles s’imposent aux pauvres, elles s’imposent aux riches, elles s’imposent aux faibles, elles s’imposent aux puissants” a averti la garde des Sceaux. En Corse, s’imposent-elles aux Préfets ? Le Conseiller environnement et territoires du cabinet du Président de la République, rencontré le 4 octobre par les associations du Collectif littoral, a répondu : « oui les décisions de justice doivent s’appliquer, en Corse comme ailleurs ». Le seront-elles vraiment ? Seul l’avenir le dira. Mais la Corse gardera hélas de toutes façons les stigmates de toutes ces années de non-application de la loi Littoral.

(…)

by @Lazezu 

Revue de Presse et suite de l’article  : 

U LEVANTE - Alta Frequenza

Ecoutez Martin Tomasi.

http://www.alta-frequenza.com/l_info/l_actu/amenagement_du_territoire_la_justice_bafouee_selon_u_levante_64532

 

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On aura tout vu… Le quotidien libanais Al-Akhbar vient de révéler que la sécurité du pèlerinage à La Mecque – le Hajj - est assurée depuis 2010 par la filiale d’une société israélienne de sécurité: Al-Majal G4S, dirigée par un certain Khaled Baghdadi *. Le cheikh Ekrima Sabri, président duConseil islamique suprême de Jérusalem et  imam de la mosquée Al-Aqsa a confirmé que cette société intervient dans les territoires occupés et a déclaré : « Ceux qui aident l’occupation sont responsables ou complices de ses crimes ». En effet, G4S fournit non seulement des équipements de sécurité aux colons, mais participe aux interrogatoires musclés de détenus palestiniens dans plusieurs prisons israéliennes.

Sur le papier, Al-Majal G4S appartient à une compagnie brito-danoise. Il n’empêche qu’en Israël, G4S cite d’autres activités en Arabie à Djeddah lors du transfert des pèlerins vers La Mecque. D’après le site InternetAsrar Arabiya – Secrets arabes – G4S a passé une annonce, en 2011, pour recruter des employés pour une mission de 7 jours dans la ville sainte au moment du Hajj.

Mercredi 2 octobre, la Campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a demandé aux autorités saoudiennes de rompre immédiatement leur contrat avec Al-Majal G4S. On verra si elles obtempèrent, mais ce n’est que la face visible des activités de G4S dans le monde arabe où elle emploierait 44 000 personnes dans 16 pays, notamment aux aéroports de Bagdad et de  Dubaï. Outre l’intérêt financier de ces contrats, G4S peut disposer des relevés d’identité de millions de pèlerins musulmans, y compris leur photo et leurs empreintes digitales.

 

*Saudi Hires Occupation-Friendly Company for Hajj Security, par Orouba Othman (Al-Akhbar – 7/10/13)

http://english.al-akhbar.com/content/saudi-hires-occupation-friendly-company-hajj-security

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Les États-Unis enlèvent un de leurs ex-agents en Libye

octobre 8th, 2013 by Réseau Voltaire

Le président Obama a donné ordre d’enlever Abu Anas al-Libi (de son vrai nom Nazih Abd al-Hamid al-Ruqhay), le 6 octobre 2013 en Libye. Une équipe de la Delta Force y est parvenue sans faire de victimes.

Même à supposer qu’al-Libi soit une cible légitime pour les États-Unis comme l’a déclaré le secrétaire d’État John Kerry, cet enlèvement constitue une violation du droit international et de la souveraineté de la Libye.

En 1995, ce jihadiste qui avait rejoint Ossama Ben laden au Soudan participa à une tentative avortée d’assassinat du président égyptien Hosni Moubarak. Il se réfugia à Doha (Qatar).

En 1996, les services secrets britanniques (à la fois le MI5 et le MI6) financèrent une cellule d’Al-Qaïda pour assassiner le leader libyen Mouammar el-Kadhafi [1]. Anas Al-Libi servit d’intermédiaire à la transaction et obtint ainsi l’asile politique au Royaume-Uni. Il vécu à Manchester jusqu’à son inculpation, en 2000, aux États-Unis.

En 2000, il avait été accusé par le Tribunal du district sud de New York d’avoir procédé en 1993 au repérage photographique qui aurait permis d’attaquer cinq ans plus tard les ambassades US de Daar es-Salam et Nairobi, le 7 août 1998, tuant 12 États-uniens (et accessoirement 214 autres personnes et faisant plus de 5 000 blessés non-états-usiens). Lorsque la « Liste des suspects les plus recherchés par le FBI » est créée en octobre 2001, il y figure et une récompense de 5 millions de dollars est offerte pour sa capture.

Diverses sources assurent qu’il fut détenu en Iran de 2003 à 2010, date à la quelle il retourne en Libye. Cependant, le 6 juin 2007, Amnesty International affirme qu’il est en réalité détenu dans une prison secrète de la CIA [2].

En décembre 2010, le représentant de la Libye à l’Onu indique qu’Al-Libi et sa famille sont de retour dans son pays dans le cadre d’une paix négociée par Saif el-Islam Kadhafi sous contrôle US. Avec d’autres membres d’Al-Qaïda et sous l’autorité d’Abdelhakim Belhaj [3], il participe, à partir de février 2011 (c’est-à-dire trois mois plus tard), aux opérations de l’Otan en Libye aboutissant au renversement de la Jamahiriya et au lynchage de Mouammar el-Kadhafi. Un des fils d’al-Libi est assassiné en représailles par les nationalistes en octobre 2011.

Enlevé par le secrétariat US à la Défense à Tripoli (Libye) le 6 octobre 2013, Abu Anas al-Libi a été, selon le New York Times, transféré à bord de l’USS San Antonio, en mer Méditerranée, pour y être « interrogé » [4] en dehors de la protection du système pénal US [5]. Il pourrait « éventuellement » être remis dans quelques semaines ou mois à la Justice états-unienne.

L’USS San Antonio est un navire de débarquement dont les cales ont été transformées en prison secrète par l’US Navy. Les détenus y sont interrogés selon un programme basé sur les techniques du Dr. Martin Seligman [6]. L’objectif n’est pas d’obtenir des aveux, mais de conditionner les victimes. Officiellement, le président Barack Obama a fait fermer les prisons secrètes US et a interdit l’usage de la torture.

Les États-Unis n’avaient pas revendiqué d’enlèvement contraire au droit international depuis celui d’Ahmed Abdulkadir Warsame, en Somalie, le 19 avril 2011 (qui fut rendu public deux mois plus tard).

 

[1] « David Shayler : J’ai quitté les services secrets britanniques lorsque le MI6 a décidé de financer des associés d’Oussama Ben Laden », Réseau Voltaire, 18 novembre 2005.

[2] Il figure en n°37 sur la liste de « USA : Off the Record. U.S. Responsibility for Enforced Disappearances in the “War on Terror” »,Amnesty International, 6 juin 2007.

[3] Abdelhakim Belhaj, numéro deux d’Al-Qaïda lors de la guerre contre la Libye et de la guerre contre la Syrie, est un éminent collaborateur de l’Otan. Cf. notre dossier.

[4] “U.S. Said to Hold Qaeda Suspect on Navy Ship”, par Benjamin Wiser et Eric Schmitt, The New York Times, 6 octobre 2013.

[5] “How the U.S. Is Interrogating a Qaeda Suspect”, par Charlie Savage et Benjamin Weiser, The New York Times, 7 octobre 2013.

[6] « Le secret de Guantánamo », par Thierry Meyssan,Odnako/Réseau Voltaire, 28 octobre 2009.

Postface de Jean Ziegler, du livre Procès d’un homme exemplaire

Dans notre Europe de la conscience homogénéisée, du consensus confus, de la raison d’État triomphante, toute idée de rupture avec l’ordre meurtrier du monde relève de l’utopie et même, plus communément, du délire. |1| Un révolutionnaire, chez nous, est considéré au mieux comme un original sympathique, une sorte de clochard de l’esprit, un illuminé inoffensif, un marginal pittoresque, au pire comme un inquiétant trublion, un déviant, un fou. Les oligarchies du capital financier globalisé gouvernent la planète. Leur idéologie légitimatrice : un économisme rigoureux, un chauvinisme fanfaron, une doctrine des droits de l’homme à usage discriminatoire. J’exagère ? Les États-Unis, la France, la Belgique, l’Angleterre, la Suisse et bien d’autres États occidentaux abritent à l’intérieur de leurs frontières des démocraties réelles, vivantes, respectueuses des libertés et des revendications au bonheur de leurs citoyens. Mais dans leurs empires néocoloniaux, face aux peuples périphériques qu’elles dominent, ces mêmes démocraties occidentales pratiquent ce que Maurice Duverger appelle le fascisme extérieur : dans nombre de pays de l’hémisphère sud, depuis près de cinquante ans, tous les indicateurs sociaux (sauf l’indicateur démographique) sont négatifs. La sous-alimentation, la misère, l’analphabétisme, le chômage chronique, les maladies endémiques, la destruction familiale sont les conséquences directes des termes inégaux de l’échange, de la tyrannie de la dette. Les démocraties occidentales pratiquent le génocide par indifférence. Régis Debray constate : « Il faut des esclaves aux hommes libres. » |2| La fragile prospérité de l’Occident est à ce prix !

Les peuples des pays pauvres se tuent au travail pour financer le développement des pays riches. Le Sud finance le Nord, et notamment les classes dominantes des pays du Nord. Le plus puissant des moyens de domination du Nord sur le Sud est aujourd’hui le garrot de la dette.

Les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport aux flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent d’elles sous forme d’investissements, de crédits de coopération, d’aide humanitaire ou d’aide dite au développement.

Point n’est besoin de mitrailleuses, de napalm, de blindés pour asservir et soumettre les peuples. La dette, aujourd’hui, fait l’affaire.

La dette extérieure constitue une arme de destruction massive. Elle soumet les peuples, détruit leurs velléités d’indépendance, assure la permanence de la domination planétaire des oligarchies du capital financier.

En 2013, toutes les cinq secondes un enfant en dessous de dix ans meurt de faim. 57’000 êtres humains périssent chaque jour par la faim. Près de 1 milliard des 7 milliards d’êtres humains que nous sommes souffrent de sous-alimentation permanente et grave. Cela se passe sur une planète qui pourrait, selon la FAO, nourrir normalement (2200 kilocalories individu adulte par jour) 12 milliards d’êtres humains.

L’Afrique est le continent qui – au prorata de sa population – compte le plus grand nombre d’affamés : 36,2% en 2012. En chiffre absolu c’est l’Asie qui l’emporte dans ce dramatique décompte. Le garrot de la dette extérieure empêche les pays les plus démunis de réaliser les investissements minima dont leur agriculture a urgemment besoin.

Les 54 États d’Afrique, dont 37 sont des pays presque purement agricoles, aux terres vastes et fertiles, sous-peuplées, ont dû importer en 2012 pour 24 milliards de dollars de nourriture du fait de l’absence d’investissements dans l’agriculture. Les semences sélectionnées, les engrais minéraux, les engrais animaliers font défaut, 250 000 animaux de trait sur le continent et moins de 85 000 tracteurs. La houe et la machette restent en 2013 encore les principaux outils de production.

Seules 3,8% des terres arables au sud du Sahara sont irriguées. Le reste relève de l’agriculture de pluie, avec tous les risques meurtriers que les aléas du climat impliquent.

Le FMI administre la dette des pays pauvres.

Les mercenaires du FMI sont les sapeurs-pompiers du système financier mondial. A l’occasion, ils n’hésitent pas à se faire pyromanes…

En temps de crise aiguë, intervenant sur des places financières exotiques, ils veillent ainsi avant tout à ce qu’aucun spéculateur international ne perde sa mise initiale. The Economist, qui n’est pas exactement un brûlot d’extrême gauche, écrit : « … So when sceptics accuse rich country governments of beeing mainly concerned with bailing out western banks when financial crisis strikes in the world, they have a point » (« Quand certains esprits sceptiques accusent les gouvernements des pays riches d’être avant tout désireux d’éviter des pertes aux banques occidentales lors des crises, ils ont raison. ») |3|.

Pour le maintien, la reproduction, le renforcement de cet ordre cannibale du monde, Jacques De Groote joue depuis des décennies un rôle-clé : comme directeur exécutif du FMI, directeur de laBanque mondiale, conseiller du prédateur Joseph Désiré Mobutu, etc.

De Groote est aujourd’hui devant la Cour pénale de la Confédération helvétique à Bellinzone avec six coaccusés tchèques pour, selon l’acte d’accusation du Ministère public fédéral, « blanchiment d’argent aggravé et escroquerie ».

De la carrière tumultueuse, sulfureuse, de Jacques De Groote, Éric Toussaint a fait un livre fascinant, à l’écriture brillante, à la documentation fouillée et précise.

 

Éric Toussaint est un auteur mondialement connu et un conseiller recherché précisément par les gouvernements nombreux qui cherchent à se défaire de leurs dettes « odieuses ». Ses ouvrages scientifiques font autorité dans le monde entier, y compris auprès du FMI et de la Banque mondiale. La bourse ou la vie. La finance contre les peuples (1998), 60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (2002, rééd. 2008),Banque mondiale : le coup d’État permanent. L’agenda caché du consensus de Washington (2006), La dette ou la vie (2011), etc. sont des ouvrages indispensables pour comprendre le fonctionnement du présent ordre économique planétaire mis en place par les oligarchies du capital financier.

Dans cette œuvre scientifique riche et foisonnante, Procès d’un homme exemplaire occupe une place à part. Jean-Paul Sartre, pour le travail intellectuel, établissait une distinction entre les œuvres scientifiques, analytiques, d’érudition, et les « livres d’intervention ». Dans ces derniers, le chercheur se mue en lanceur d’alerte. Procès d’un homme exemplaire est un livre d’intervention.

Au moment où j’écris ces lignes, le verdict de la Cour pénale de Bellinzone n’est pas encore connu. Il faut donc à l’égard de Jacques De Groote – et même si cela paraît difficile – respecter scrupuleusement la présomption d’innocence.

Le livre d’Éric Toussaint pose néanmoins dès à présent des questions inquiétantes. Comment un personnage comme De Groote a-t-il pu pendant plus de vingt ans poursuivre impunément au sein du FMI et de la Banque mondiale ses contestables activités ? De quelles protections, de quelles complicités a-t-il joui ?

Ce formidable livre y répond.

Notes

|1| Ce texte constitue la postface du livre d’Éric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire, Al Dante, Marseille, 2013

|2| Régis Debray, in Le Tiers monde et la gauche, ouvrage collectif, Éditions du Seuil, 1979, p. 79.

|3| « A Plague of Finance », The Economist (Londres), 29 septembre 2001.http://www.economist.com/node/796127

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