La « révolution citoyenne » en Équateur est l’un des symboles des expériences post-néolibérales sud-américaines et le gouvernement de Rafael Correa est souvent évoqué comme une référence par de nombreuses gauches européennes. Les prochaines élections présidentielles auront lieu dans ce pays le 17 février 2013, dans une conjoncture politique où l’opposition conservatrice a été incapable de présenter une candidature unique et alors que le gouvernement conserve une très forte avance dans les enquêtes d’opinions, mais avec une baisse notable après 6 ans de pouvoir. Il y a deux ans, nous avions établit un premier bilan critique de l’expérience équatorienne au cours d’une conversation avec l’intellectuel et ex-président de l’Assemblée constituante, Alberto Acosta (1). Ce dernier est désormais candidat à la présidence au nom de l’Unité Plurinationale des Gauches [Unidad Plurinacional de las Izquierdas], coalition qui regroupe une dizaine d’organisations allant du centre-gauche à la gauche radicale, dont Pachakutik (parti indigène considéré comme le bras politique de la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur – CONAIE) et le Movimiento Popular Democrático, d’origine maoïste et possédant une implantation syndicale notable (en particulier dans le secteur de l’éducation). L’occasion pour ContreTemps de poursuivre la conversation et le débat fraternel que nous avions initiés et de comprendre les évolutions en cours au sein du champ politique équatorien.

Critiques de gauche à la « Révolution citoyenne »

F. Gaudichaud : Alberto, nous sommes au cœur d’un processus politique et électoral national en Équateur avec la tenue des élections présidentielles en février prochain. Tu as été une figure éminente de l’Alianza País [la coalition qui a porté Rafael Correa au pouvoir en 2007], ministre de l’Énergie et des Mines, président de l’Assemblée constituante, et tu prends maintenant la tête d’une candidature d’opposition de gauche au gouvernement du président Rafael Correa. Que s’est-il passé ? Comment expliquer cette situation et ta propre trajectoire personnelle ?

A. Acosta : Le gouvernement de Rafael Correa ressemble fort aujourd’hui à un mauvais conducteur de bus… un conducteur qui met son clignotant à gauche alors qu’en réalité il tourne à droite. Le gouvernement de Correa n’a maintenant plus rien d’un gouvernement de gauche, rien a fortiori d’un gouvernement révolutionnaire et moins encore d’un gouvernement « des citoyens ». C’est un gouvernement qui a perdu sa boussole en chemin et qui prétend maintenant détruire l’une des plus importantes conquêtes de notre histoire récente, la constitution de Montecristi, approuvée par la majorité du peuple équatorien en septembre 2008. Les violations de cette constitution par le gouvernement du président Correa sont multiples et je pourrai passer des heures à les exposer.

C’est le même président qui, il y a quatre ans, défendait cette constitution en la présentant comme « la meilleure du monde » et en affirmant qu’elle durerait « trois cents ans », qui déclare aujourd’hui qu’elle définit trop de droits, qu’elle est « hyperprotectrice » et qu’il faut donc la modifier. Ne dirait-on pas le discours que tiennent les gouvernements néolibéraux pour remettre en cause des lois contraignantes parce qu’elles garantissent les droits des citoyens et des consommateurs ? Correa s’est converti en un personnage qui ne veut plus défendre une constitution que lui même a contribué à élaborer et à approuver. Telle est l’évolution actuelle du gouvernement équatorien.

F. G. : Mais sur la scène internationale et dans les rangs d’une grande partie de la gauche de nombreux pays, en particulier en France, on le présente comme un gouvernement progressiste, conséquent, réformateur, en action. Le gouvernement de la « révolution citoyenne » apparaît comme porteur d’une changement social, qu’on pourrait qualifier de « post-néolibéral ». Il est vrai, et j’ai pu le constater ici à Quito comme ailleurs dans le pays, qu’il y a eu des avancées concrètes dans plusieurs domaines : une réforme progressiste de la fiscalité, des progrès sociaux réels et visibles, des politiques publiques à l’attention des secteurs les plus pauvres, de grands travaux d’infrastructures, en particulier dans les régions les plus délaissées par l’État (une partie de la région côtière ou amazonienne…)

A. A. : Les réformes que tu évoques sont bien réelles. Si on devait comparer le gouvernement Correa à ceux qui l’ont précédé, on conclurait qu’il est certainement meilleur, mais les précédents étaient si mauvais que cette comparaison s’apparente à une insulte. Si tu me demandes si le gouvernement de Correa est meilleur que celui de Gustavo Noboa, celui de Lucio Gutiérrez ou d’autres du même style, je te répondrai oui, mais je te demanderai à mon tour : quel en est le mérite ? Nous qui nous sommes engagés dans le projet de changement, qui était à l’origine celui de l’Alianza País, nous ne voulions pas seulement que le gouvernement soit meilleur, mais qu’il transforme aussi les structures du pays, qu’il engage une véritable révolution démocratique fondée sur la participation citoyenne. Avec l’Unité plurinationale (UP) nous défendons aujourd’hui un programme où le gouvernement doit prendre ses décisions de façon démocratique, participative, consensuelle, et qui rejette la personnalisation du pouvoir, l’autoritarisme et le caudillisme qui caractérisent le gouvernement actuel.

F. G. : On peut lire sous la plume de certains auteurs de la gauche critique vis-à-vis de Correa, que ce gouvernement aurait des « traits autoritaires ». En quoi cela te paraît-il justifié alors que la « révolution citoyenne » se manifeste par un processus électoral démocratique et une dynamique sociale qui a même ouvert des instances de consultation de la population ?

A. A. : C’est vrai qu’il y a eu de nombreux épisodes électoraux et des référendums au cours de ces dernières années, mais les élections ne garantissent pas la démocratie. Rappelons-nous ces tyrans et ces dictateurs qui organisent des élections, des plébiscites pour accréditer une légitimité institutionnelle.  Cela dit, je suis loin de remettre en cause les processus électoraux auxquels ont participé nos citoyens, mais je dis que cette démocratie devrait notamment se préoccuper de donner aux opposants, pour présenter leurs positions, un même accès aux moyens d’information que celui dont dispose le gouvernement, et se demander si l’utilisation de l’appareil d’État par le parti au gouvernement ne rend pas illégitime le processus électoral. Notre projet va au-delà de la démocratie représentative et des plébiscites, où les moyens de l’État sont utilisés de façon disproportionnée pour formater l’information adressée aux citoyens. Je vais être direct : il n’y a plus aujourd’hui, dans ce gouvernement, la moindre forme de décision impliquant les citoyens. C’est pourquoi nous exigeons une démocratie radicale. Je peux te paraître utopique, mais si tu vivais ici à longueur d’année, tu verrais combien la propagande gouvernementale est caricaturale et combien, comme l’avaient théorisé il y a longtemps déjà des intellectuels antifascistes de l’École de Francfort comme Adorno et Horkheimer, « la propagande manipule les hommes. En criant “ Liberté ! ”, elle se contredit elle-même. » Dit autrement, le mensonge est inhérente à la propagande. C’est ce qui permet que tant de droits constitutionnels soient bafoués, même les plus fondamentaux, comme le droit au travail ou le droit à la protestation, pourtant reconnus dans notre constitution.

Pour illustrer les violations du droit du travail, je te donnerai l’exemple du décret présidentiel 813 qui stipule « l’achat de renoncements obligatoires » pour les fonctionnaires. Cela a produit une logique perverse de licenciements qui a déjà exclu du service public des milliers de fonctionnaires et qui continue à sévir. Aucun gouvernement néolibéral ne s’était permis de procéder de la sorte au licenciement massif de fonctionnaires. Autre exemple, il y a un peu plus d’un an, le président Correa a mis son veto à la loi sur le commerce de détail qui garantissait à tous les commerçants concernés – qui sont la majorité – la sécurité sociale et d’autres avantages. Et son gouvernement, tout comme les autorités locales, continue à s’en prendre aux travailleurs informels dans la rue en confisquant leurs marchandises, en contradiction avec la constitution. En ce qui concerne le droit de protestation, il y a actuellement plus de deux cents dirigeants populaires poursuivis et même accusés de « sabotage » et de « terrorisme », en application de lois qui datent des gouvernements oligarchiques, alors que notre pays n’est pas touché par le terrorisme. Le droit de s’opposer est bafoué et il y a dans les prisons équatoriennes plus d’une dizaine de jeunes détenus sans justification légale. Voilà des faits qui démontrent que nous n’avons plus à faire à un gouvernement révolutionnaire et, j’irai jusqu’à dire, même pas un gouvernement de gauche.

De quelle révolution parlons-nous ? Les droits régissant l’autonomie des pouvoirs locaux et la décentralisation sont systématiquement bafoués. Nous sommes résolument favorables à un retour en force de l’État, alors qu’il a été réduit à sa plus simple expression après quasiment trois décennies de néolibéralisme, mais nous ne voulons pas que cet État restreigne les compétences des départements et des municipalités, comme c’est le cas aujourd’hui où il les écrase dans un nouveau processus de centralisation. Le gouvernement de Correa met en place un État hobbesien qui remet en cause les droits civiques. Un État qui, entre autres incongruités, édicte l’interdiction de boire une bière ou une bouteille de vin le dimanche. Tu considères que ces faits sont le propre d’un gouvernement révolutionnaire ? Moi je pense que c’est plutôt caractéristique d’un gouvernement de nature  conservatrice.

« Socialisme du XXIe siècle » versus « extractivisme du XXIe siècle »

F. G. : Alors pour toi, et l’alliance que tu représentes dans ces élections, ce gouvernement aurait vraiment cessé d’être un gouvernement « de gauche » ?

A. A. : En Équateur, nous voyons notre Président et ses ministres entonner tous les samedis le «  Hasta siempre Comandante Che Guevara », mais nous voyons aussi qu’il n’y a pas de réforme agraire, alors que notre constitution interdit les latifundiums, l’appropriation et la privatisation de l’eau. Le Président en personne a dit et répété en de multiples occasions, qu’il ne croit pas à la réforme agraire parce que – comme pourrait le déclarer n’importe quel propriétaire d’hacienda équatorien – « distribuer la terre, c’est distribuer la misère ». La concentration des terres en Équateur est très forte (l’indice de Gini est de 0,81). Celle de l’eau l’est encore plus (les petits paysans représentent 86 % des exploitations irriguées et ne contrôlent que 13 % de l’eau d’irrigation, et les grands propriétaires terriens en contrôlent 64 % alors qu’ils ne représentent que 1 % des exploitations). C’est un pays où la terre et l’eau sont concentrées entre très peu de mains tandis que plus 50 % des indigènes, en majorité paysans, ont des conditions de vie misérables. Ce que je dis n’est pas contradictoire avec l’existence de progrès dans divers domaines. Mais cela tient aussi au fait que ce gouvernement est celui qui dispose des plus grandes ressources budgétaires de toute l’histoire de l’Équateur grâce, entre autres, à la manne pétrolière liée à l’augmentation du prix du brut sur le marché international. C’est ainsi qu’il a pu développer une politique d’assistance – mais pas de transformation – qui a fait basculer un certain nombre de secteurs sociaux dans ses réseaux clientélistes. Il y a des contradictions considérables dans cette politique et la concentration de la richesse entre très peu de mains est difficile à justifier pour un gouvernement qui, au pouvoir depuis six ans, se prétend « révolutionnaire ».

Ainsi, 10 % des entreprises contrôlent 90 % de la distribution. La plupart des activités économiques sont très concentrées : 81 % du marché des boissons non alcoolisées est contrôlé par une seule entreprise ; de même, une entreprise possède à elle seule 62 % du marché de la viande ; cinq exploitations (aux mains de trois propriétaires) contrôlent 91 % du marché du sucre ; deux entreprises 92 % du marché de l’huile ; deux entreprises encore 76 % du marché des produits d’hygiène ; et je pourrais allonger la liste avec d’autres secteurs de la production et de la distribution. Les profits des cent premières entreprises ont progressé de 12 % entre 2010 et 2011 et atteignent le montant astronomique de presque 36 milliards de dollars. Il faut aussi souligner que les bénéfices des entrepreneurs ont crû de 50 % entre 2007 et 2011, plus que durant les cinq années précédentes sous un gouvernement néolibéral… Il est vrai que, par disposition constitutionnelle, la banque et les banquiers ne peuvent plus détenir d’actifs autres que ceux qui relèvent de leurs activités spécifiques, mais cela n’a pas empêché la croissance soutenue des bénéfices des banques privées. Pour l’exercice 2011, compte tenu de la liquidité de l’économie équatorienne, le secteur bancaire a accru ses bénéfices de 52,1 % par rapport à l’année antérieure. De janvier à décembre 2011, la banque privée a enregistré des bénéfices supérieurs à 400 millions de dollars. Au cours des cinq années du gouvernement de Rafael Correa, la moyenne annuelle de ces bénéfices avoisine les 300 millions. Curieusement, plus de 40 % des dépôts à vue et à échéance fixes de la COFIEC, une entité financière de l’État, ont été déposés au Banco de Guayaquil, qui était présidé par Guillermo Lasso jusqu’à ce qu’il se porte candidat aux prochaines élections, banque qui a par ailleurs le privilège de faire partie de celles qui gèrent le « bono de desarrollo humano » [une aide financière de l’État pour les familles nécessiteuses].

Il faut voir jusqu’où s’étend le pouvoir des grands groupes capitalistes équatoriens : la constitution de Montecristi interdit la culture des transgéniques dans notre pays et Correa se propose aujourd’hui de l’autoriser en réformant la constitution. Dans l’intérêt de qui ? Il existe une entreprise nationale qui représente Monsanto en Équateur, qui contrôle 62 % du marché de la viande et qui pourrait en être la grande bénéficiaire. Les chiffres que j’avance sont des données officielles provenant des services de l’État. Si certains analystes politiques – ici ou au-delà de nos frontières – s’entêtent à caractériser ce gouvernement comme un gouvernement « de gauche », cela ne fait qu’illustrer la situation déplorable où se trouve la gauche à l’échelle internationale. Quand ce gouvernement s’emploie à élargir l’extraction pétrolière à de nouveaux territoires et développer à grande échelle l’industrie minière, plutôt que de parler de « socialisme du XXIesiècle », il faudrait parler de l’« extractivisme du XXIe siècle ». Au lieu de transformer l’économie nationale en un système de production dynamique qui crée des emplois et exporte des produits à valeur ajoutée, ce qui diminuerait la dépendance vis-à-vis du capital transnational, ce gouvernement reste dépendant des transnationales et fournit ses ressources naturelles pour répondre aux exigences du marché capitaliste mondial. Tu crois vraiment qu’on peut penser construire le socialisme en fournissant au système capitaliste global les matières premières comme le pétrole et les minerais, en alimentant, qui plus est, leurs opérations spéculatives ?

F. G. : Certes. Mais nous savons aussi qu’un petit pays dépendant et sous-développé comme l’Équateur doit utiliser ses ressources naturelles pour répondre aux immenses besoins sociaux et à la pauvreté que lui a laissés en héritage la « longue nuit néolibérale ». Quelles sont tes propositions pour lutter contre l’« extractivisme » et comment construire une alternative populaire et démocratique à ce modèle de développement incontestablement prédateur et insoutenable ?

A. A. : Avec la gauche qui est en dehors du gouvernement de Rafael Correa nous pensons qu’il est indispensable d’être clair sur la question de l’extractivisme et que cela exige une politique sans ambiguïté. Il faut d’abord mettre de l’ordre dans la maison. La production de pétrole de l’Équateur se fait à un coût social et environnemental très élevé. Nous exportons du pétrole et nous importons des dérivés du pétrole. En 2011, nous en avons importé pour 4 millions de dollars. C’est beaucoup d’argent, je dirais même beaucoup trop. Un pays qui extraie du pétrole mais doit en importer des dérivés vit dans une situation absurde. Il faut engager une politique de modernisation des infrastructures de raffinage, ce qui passe par  la réhabilitation et l’augmentation des capacités de la raffinerie nationale d’Esmeraldas. On aura certainement besoin d’une autre raffinerie et il faudra réexaminer ce qui a été fait avec la raffinerie du Pacifique. Si la poursuite de ce projet s’avère

correspondre aux besoins du pays, alors il faudra s’assurer que l’erreur dans le choix de sa localisation n’affecte pas gravement l’environnement. Ce gouvernement est en place depuis six ans. Qu’en est-il de la nouvelle raffinerie ? Et de la remise en état de celle d’Esmeraldas ? Rien n’a été fait.

Mais le problème est plus grave encore. Nous brûlons les dérivés du pétrole, y compris ceux que nous importons, pour produire de l’électricité. En six ans, la construction de centrales hydroélectriques a très peu avancé. On continue à ne pas exploiter correctement l’énergie solaire ni la géothermie. On a un peu avancé dans l’énergie éolienne mais la politique menée ne permet pas une utilisation performante de cette énergie. En matière fiscale, le gouvernement a engagé des réformes importantes mais très insuffisantes. Non seulement le taux d’imposition en Équateur (14 %) est bien inférieur au taux le plus élevé des pays de la région (22 %) mais, en outre, l’évasion fiscale s’élève encore à 40 %. Ceux qui possèdent le plus devraient être ceux qui paient le plus d’impôts, surtout si on considère le niveau de concentration économique que je viens de décrire. Si la pression fiscale atteignait chez nous le niveau actuel de la Bolivie, nous aurions les ressources suffisantes pour financer les investissements  et les dépenses publiques, sans miser sur des projets extractivistes comme ceux de la méga-industrie minière, qui se font  au prix d’une irresponsabilité écologique effarante pour les générations futures et ne remplissent même pas les objectifs économiques qu’on leur attribue. En Europe, la pression fiscale est supérieure à 40 %, aux États-Unis elle atteint 36 % et quelque 50 % dans un pays comme la Suède. Et même si les impôts ont augmenté sous ce gouvernement, je réitère ma question : tu penses que ce gouvernement est révolutionnaire ? Faire des réformes, c’est corriger les défauts du système en vigueur, mais être révolutionnaire c’est donner le pouvoir à d’autres acteurs.

Le pari de l’Unité plurinationales des Gauches

F. G. : Quel programme défendez-vous collectivement face à cette situation ? Tu peux nous présenter l’Unidad Plurinacional et les perspectives concrètes que vous avancez ?

A. A. : L’Unidad Plurinacional de las Izquierdas (Unité plurinationale des gauches) est née comme réponse à un gouvernement qui s’éloigne de ses principes fondamentaux et en vient à violer systématiquement la constitution. L’UP a commencé à regrouper divers secteurs progressistes et des mouvements sociaux pour faire face aux agressions du gouvernement. Notre première apparition collective s’est faite à l’occasion de la consultation populaire organisée par le Président en 2011. Les forces regroupées aujourd’hui dans l’UP se sont rassemblées dans la campagne « Cette fois-ci, c’est Non monsieur le Président » qui s’adressait aux citoyens avec un message très clair : cessez vos pratiques autoritaires, monsieur le Président, nous n’acceptons pas que vous instrumentalisiez la justice contre l’indépendance des pouvoirs de l’État. Quelques mois plus tard, nous avons adopté une plate-forme en douze points et c’est ce qui nous a servi de référence pour organiser la mobilisation populaire lors de la « marche pour la vie, l’eau et la dignité des peuples ». Cette mobilisation a été un succès important pour les mouvements sociaux qui ont su résister aux provocations, à la répression et à la contre-manifestation organisée par le gouvernement de Correa, comme avait pu le faire son prédécesseur, Lucio Gutiérrez.

En août 2012, l’UP s’est engagée dans un processus insolite en Équateur, l’organisation de primaires pour désigner son candidat à l’élection présidentielle et six pré-candidats, dont moi-même, ont fait campagne dans tout le pays. Alors que j’avais été choisi comme candidat pour l’élection de 2013, le Conseil national électoral (CNE), un organisme dont on serait en droit d’attendre une totale indépendance vis-à-vis de l’État, a mis en cause les accords qui officialisaient l’appartenance à l’UP de ses deux principales composantes politiques, Pachakutik et le MPD (Mouvement populaire démocratique). Il faut dire qu’aussi bien le Président que les porte-parole du CNE sont liés au parti officiel, dont le président est un ancien ministre de Correa et le vice-président un politique au service de l’actuel chancelier de la République. Nous sommes retournés à la rencontre des citoyens pour recueillir les signatures nécessaires et montrer une nouvelle fois au gouvernement que nous ne nous laisserions ni intimider, ni bâillonner.  Cet obstacle surmonté, nous avons déposé nos candidatures le 13 octobre 2012. Notre rassemblement a permis la constitution de 34 listes sur les 36 possibles aux niveaux national, provincial et des citoyens de l’étranger, à quoi s’ajoute, bien sûr, la candidature à l’élection présidentielle.

Actuellement, nous sommes engagés avec la société civile et les mouvements sociaux organisés dans l’élaboration d’un programme de gouvernement, ce qui passe par des rencontres avec les citoyens d’un bout à l’autre du pays et le tissage d’innombrables formes de soutien à notre politique, qui est très proche des positions fondamentales que défendait à l’origine la révolution citoyenne. Curieux paradoxe, non ?

F. G. : Malgré tout, les sondages et les enquêtes d’opinion indépendantes témoignent que Rafael Correa bénéficie toujours d’une popularité très forte, même après ces années au pouvoir. N’aurait-il pas été plus efficace politiquement d’essayer de regrouper une gauche radicale au sein d’Alianza País (AP) et d’essayer de disputer à Correa l’hégémonie sur la majorité des classes populaires, en formulant des propositions alternatives en tant qu’aile gauche de l’AP ?

A. A. : C’est effectivement une question que je pourrais inclure dans un livre que j’écrirai un jour sous le titre « Réflexions post-mortem »… Comme nous tous mortels, cher ami, j’ai commis beaucoup d’erreurs dans ma vie et j’en commettrai sans doute d’autres. Penser aujourd’hui que j’aurais dû rester à l’intérieur de l’AP, pour m’y battre contre un régime de plus en plus autoritaire et  un dirigeant qui, faisant peu de cas de la démocratie interne, se transforme en caudillo, c’est soutenir une option vaine. Non, nous sommes là, engagés avec les uns et les autres dans une dynamique d’opposition de gauche à un gouvernement qui prétend être ce qu’il n’est pas.

F. G. : Pour pouvoir construire une alternative radicale de gouvernement et un pouvoir démocratique contrôlé « par en bas », nous savons bien qu’il est nécessaire de forger des espaces politiques en s’appuyant sur les secteurs populaires mobilisés et organisés. Quels sont vos rapports avec les mouvements sociaux ?

A. A. : Nous sommes en excellente relation avec les mouvements sociaux qui subissent aujourd’hui les attaques du gouvernement. En les agressant, en les criminalisant, en essayant de les diviser et de les contrôler, le gouvernement commet une des plus graves erreurs historiques. Si c’était la droite qui l’emportait en février, ce que je ne souhaite pas, l’affaiblissement de la capacité de résistance acquise historiquement par les mouvements sociaux serait l’héritage le plus désolant que lui laisserait ce gouvernement. Tu conçois qu’un gouvernement qui se dit révolutionnaire, au lieu de renforcer les organisations sociales et de donner plus de pouvoir aux citoyens, s’attache à les affaiblir ?

F. G. : Si on compare la situation du mouvement social – notamment le mouvement indigène – avec les grandes luttes contre le néolibéralisme des années 1990-2000, on ne peut que souligner une certaine démobilisation, une certaine apathie, une fragmentation. Des sociologues (et des proches de Correa) réfutent l’accusation que le gouvernement aurait affaibli le mouvement social. Ils font plutôt valoir que les luttes auraient atteint une fin de cycle ascendant et que, par ailleurs, avec sa politique post-néolibérale, le gouvernement a su répondre à nombre de revendications portées par les mobilisations collectives de la période précédente.

A. A. : Tu crois que c’est une question de fin de cycle si les dirigeants les plus critiqués du mouvement indigène, un Antonio Vargas en Amazonie ou un Miguel Lluco dans la région centrale, jouent le rôle de rempart du parti officialiste au sein du mouvement indigène ? Si les agents de ce gouvernement s’emploient à acheter les communautés indigènes à coups de chèques provenant de la rente pétrolière ? S’il y a plus de deux cents dirigeants de mouvements sociaux poursuivis sous l’accusation de sabotage et de terrorisme dans un pays dont nous savons tous que n’existe plus aucun groupe armé depuis des années ? Pour ma part, j’ai la conviction que nous avons à faire à une stratégie gouvernementale pour intimider, diviser et affaiblir les mouvements sociaux.

Quelles perspectives écosocialistes en Equateur?

F. G. : Si nous nous plaçons maintenant dans une perspective stratégique plus large, disons à moyen ou long terme, crois-tu qu’il est possible de construire une perspective post-néolibérale, avec des objectifs anticapitalistes et écosocialistes clairs, dans la situation que connaît l’Équateur aujourd’hui?

A. A. : Non seulement je le crois possible, mais je le crois aussi indispensable. Sinon il n’y aura pas d’avenir pour notre pays, pas d’avenir pour la démocratie, pas d’avenir pour une vie digne. Je dis que c’est indispensable parce que nous devons avancer dans une voie alternative pour transformer la société. En Équateur, comme dans d’autres pays de la région, nous faisons face à une situation post-néolibérale, mais pas post-capitaliste. Cela doit être très clair pour nos amis de l’étranger. Nous considérons très positivement le fait que notre pays ne soit plus sous la coupe du Consensus de Washington, mais il y a maintenant d’autres contraintes qui viennent de la Chine, principalement en matière de crédits. Le problème tient au montant des crédits  accordés par la Chine et à leur importance pour notre pays. C’est une question d’un grand intérêt. C’est pourquoi avec l’UP nous avons proposé de compléter et d’actualiser l’audit de la dette extérieure et nous nous engageons à inclure dans cet audit les crédits accordés par la Chine et tout autre crédit qui pourrait être contracté. Il n’est pas non plus superflu de parler des conditions de ces crédits qui ont trait aux gisements de pétrole, aux gisements de minerai, aux grandes infrastructures, et qui sont des crédits à des taux d’intérêt très élevés (des prêts à plus de 9 % pour le financement du méga-projet [hydroélectrique] de Sopladora).

Il faut reconnaître à ce gouvernement des avancées par rapport aux précédents, mais quels changements structurels réels se sont-ils produits au cours de ces six années ? Pour ce qui est de la structure des importations et des exportations, il n’y a pas de changement. Au contraire, on a laissé croître rapidement le déficit commercial hors pétrole, qui atteint près de 8 milliards de dollars. Le gouvernement essaie maintenant de prendre quelques mesures, avec lesquelles je suis d’accord, mais elles sont insuffisantes parce qu’elles ne touchent pas à la structure économique, ni au modèle d’accumulation, ce que le Président reconnaît lui-même. Je voudrais aussi relever des questions sur lesquelles l’échec du gouvernement de Correa est patent, par exemple celle de la production. Non seulement il n’y a pas de changement structurel, mais le pays reste dépendant des matières premières, la logique de la dépendance se maintient et nous gardons une économie de rentiers et d’oisifs où les investissements productifs sont dérisoires. L’échec est général. C’est encore vrai en ce qui concerne la sécurité des citoyens, la lutte contre la violence et la criminalité. Les indices dans ce domaine ont connu une croissance vertigineuse. Il est vrai que si l’augmentation de la violence et de l’insécurité ne relève pas de la seule responsabilité du gouvernement – je pense au crime organisé à l’échelle mondiale – la carence de réponse de l’exécutif en la matière n’en est pas moins indiscutable.

F. G. : Quelles seraient les conditions minimales pour engager un processus démocratique permettant de passer de la dynamique actuelle d’ordre post-néolibérale à une dynamique anticapitaliste post-extractiviste ?

A. A. : Pour élaborer une feuille de route permettant un changement réel du système dans une conjoncture comme la nôtre, nous pouvons nous appuyer résolument sur la constitution de Montecristi. Elle dispose de plusieurs points-clé : d’une part, une série de droits qui dessinent le pays que nous devons construire – notre projet de vie en commun et le modèle de société future ; de l’autre, et pour donner réalité à cet objectif, il faut construire des institutions qui garantissent les droits des citoyens, à l’opposé des attaques contre les institutions auxquelles s’est livré le gouvernement ces dernières années. La constitution interdit, par exemple, la concentration des terres dans le latifundium et l’appropriation de l’eau. Cela devrait obliger un gouvernement qui se veut cohérent avec le mandat constitutionnel à redistribuer la terre et l’eau. De même, notre constitution énonce des obligations spécifiques relatives à la souveraineté alimentaire. Ce n’est pas une question anodine dans la mesure où tout modèle de production agricole applicable à notre pays devrait être pensé dans le contexte de la souveraineté alimentaire. Mais c’est contradictoire avec la politique actuelle liée aux bio-carburants et aux semences transgéniques, que le gouvernement veut introduire.

Ce qu’il nous faut en réalité, au contraire, c’est une véritable réforme agraire, une politique qui réponde aux besoins des petites et moyennes entreprises dans les campagnes comme en milieu urbain, des coopératives, des associations, des communautés et tous ces projets associatifs et communautaires qui sont aujourd’hui marginalisés. Le minimum qu’aurait pu faire ce gouvernement, c’était de mettre toute cette économie populaire et solidaire sous la responsabilité du ministère de l’Économie et pas de celui de l’Insertion sociale comme c’est le cas actuellement. Les petites et moyennes entreprises génèrent 76 % de l’emploi en Équateur et les petites entreprises qui représentent 95 % de l’ensemble des établissements ne participent qu’à hauteur de 16 % dans les activités de commerce à l’échelle nationale. Telle est la réalité du pays. Les changements réels n’ont pas eu lieu.

F. G. : Et le projet de construire le « Buen Vivir » [le Bien vivre] et le  Sumak Kawsay, dont se réclament aussi bien des dirigeants importants du gouvernement (tels René Ramirez) que l’opposition de gauche, il s’inscrit dans cette perspective ?

A. A. : Avec la politique actuelle du gouvernement, il est impossible de parvenir au Buen Vivir. On va en sens inverse et le « mal vivir » [le mal vivre] s’aggrave. Si tu ajoutes que la politique du gouvernement a généré beaucoup de rancœur et d’angoisse chez les citoyens, nous allons vers un pays où le « mal vivir » va de pair avec une situation qui laisse beaucoup à désirer d’un point de vue démocratique.

F. G. : Si, comme c’est le plus probable, Rafael Correa est réélu à la Présidence en février 2013, comment conçois-tu, avec l’alliance que tu représentes, le nouveau cycle politique qui s’ouvrira alors en Équateur ?

A. A. : Espérons d’abord que la droite sera battue… C’est vrai que Rafael Correa bénéficie d’une forte popularité, si on en croit les sondages, mais il ne faut pas oublier que lors de la consultation populaire de mai 2011, alors que sa popularité approchait les 80 %, il n’a recueilli que 47 % des votes. Quoi qu’il en soit, l’avenir pour la gauche politique et sociale équatorienne sera dans la poursuite des luttes. Nous savons que notre action ne s’arrêtera pas avec les élections et c’est pourquoi nous avons dit que le problème ne se limite pas à gagner contre Correa. Gagner les élections est important mais pas ce n’est pas suffisant, parce que notre but est de transformer notre pays.

 

Interview réalisée à Quito par Franck Gaudichaud, membre de la rédaction de ContreTemps et du collectif editorial de www.rebelion.orgF. Gaudichaud vient de coordonner le livre collectif : Amériques latines. Émancipations en construction, Paris, Syllepse, 2013 (Cf. : www.franceameriquelatine.org/spip.php?article1134)

(1) « Équateur : un gouvernement de rupture ? Entretien avec Alberto Acosta », ContreTemps, N°8, 2010, pp. 65-74. Lire également : F. Gaudichaud, « Équateur. De la « révolution citoyenne » à la transformation sociale ? », Inprecor, n°541-542 septembre-octobre 2008 (en ligne sur :http://orta.dynalias.org/inprecor/home).

 

Texte paru dans ContreTemps N° 16 – 1er trimestre 2013 – Nouvelle série

Une nouvelle vidéo sur Internet montre le recrutement de douzaines d’enfants et d’adolescents par les insurgés sponsorisés par l’étranger en Syrie.

 

Dans la vidéo qui vient d’être postée sur Internet, on voit le commandant d’un groupe soutenu par les États-Unis qui se trouve dans la province nordique d’Alep, expliquer que quand les enfants arrivent, ce sont des enfants, mais quand ils repartent ce son des machines à tuer.

On apprend aux adolescents à utiliser des fusils d’assaut et d’autres armes contre les forces du gouvernement syrien.

On leur apprend aussi à désarmer les ennemis en les poignardant ou en les tuant à mains nues. Tout cela constitue pourtant une violation des lois internationales qui prohibent l’utilisation de mineurs de moins de 18 ans dans les combats et les opérations militaires de soutien.

Le désordre règne en Syrie depuis mars 2011. Beaucoup de gens, y compris de nombreux membres des forces de sécurité, ont été tués dans les combats.

Le gouvernement syrien affirme aussi que le chaos est orchestré de l’extérieur du pays et, selon les rapports, un très grand nombre d’insurgés sont de nationalité étrangère.

Qui plus est, plusieurs organisations des droits humains ont accusé les insurgés de Syrie d’avoir commis des crimes de guerre.

9 février 2013 – Press TV -

Pour consulter l’original :

http://www.presstv.com/detail/2013/…
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet

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Nazisme et grand capital

février 12th, 2013 by Jean-Pierre Dubois

Sans vouloir déconsidérer le message humaniste du film de Chaplin, on peut quand même regretter que la caricature qu’il donne d’Hitler n’aide pas à comprendre pourquoi et comment un mouvement aussi répugnant que le nazisme soit parvenu au pouvoir légalement dans un pays considéré comme un des fleurons culturels de l’Europe.

On peut même penser que le succès qu’a rencontré ce film en Occident doit beaucoup au fait qu’il a contribué à faire oublier qu’Hitler et le nazisme n’ont dû leur victoire qu’à l’appui politique et financier des représentants des firmes les plus puissantes du capitalisme allemand.

Soutenu seulement par certains cercles de l’armée, Hitler et le parti nazi ont longtemps été marginalisés. Au point que leur putsch de Munich en novembre 1923 tournera à la farce lamentable.

C’est que craignant une réaction trop vigoureuse de la classe ouvrière, la bourgeoisie souhaitait mettre fin à la République de Weimar et instaurer un pouvoir autoritaire, mais de manière constitutionnelle. A partir de 1924, Hitler, qui a retenu la leçon, décide de lancer son parti dans les compétitions électorales – toutefois sans succès jusqu’en 1929. C’est alors que, la conjoncture se dégradant après une période de relative stabilité, les milieux les plus réactionnaires du grand capital se tournent vers le parti nazi.

Emil Kirdorf.PNGParmi eux, Emil Kirdorf fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenberg, et Alfred Hugenberg, représentant la grande industrie de la Ruhr, qui deviendra le ministre de l’Economie du premier cabinet de Hitler. Grâce à ces nouveaux appuis financiers, le parti nazi peut diffuser plus largement et plus intensément sa démagogie sociale et ainsi devenir, aux élections fédérales de 1930, le deuxième parti du pays avec plus de 6 millions de voix et 109 députés.

Hitler et son parti avaient ainsi prouvé à la grande bourgeoisie qu’ils représentaient l’instrument dont elle avait besoin pour assurer une transition de la démocratie parlementaire à un régime ouvertement dictatorial. Pour parfaire sa respectabilité, le 25 septembre 1930, Hitler prête serment de fidélité à la légalité devant la Cour suprême du Reich et nomme à des fonctions importantes de son parti des hommes de confiance du capital financier parmi lesquels des représentants de la banque Schröder, de la Deutsche Bank, du groupe des aciéries Thyssen,…

Carl Friedrich von Siemens.PNGLe 27 octobre 1931, devant un parterre de financiers américains, Carl Friedrich von Siemens, PDG de la firme Siemens, fait l’éloge des nazis et de leur volonté d’éradiquer le socialisme en Allemagne.

Toutefois, lors des élections fédérales de novembre 1932, le parti nazi perd 2 millions de voix et 40 sièges. Les grands industriels et des grands propriétaires terriens qui le soutiennent décident alors d’accélérer le mouvement. Le 19 novembre 1932, ils adressent une requête collective au maréchal Hindenburg, président de la République, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier.

Ce sera chose faite le 30 janvier 1933 après qu’une rencontre entre Hitler et l’ancien chancelier Franz von Papen, dans la villa du banquier Kurt von Schröder, ait permis de sceller les derniers arrangements.

Hitler Hindenburg.PNG

30 janvier 1933 : Le maréchal Hindenburg, élu président de la République en 1932 avec le soutien du Parti social-démocrate, nomme Hitler au poste de chancelier du Reich

 

 

 

 

 

Source : Kurt Gossweiler, Hitler l’irrésistible ascension ? Essais sur le fascisme, Ed. Aden, 2006.

Jean-Pierre Dubois

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Dans mon billet précédent j’ai tenté d’exposer ce qui m’apparaîssait comme une tendance des médias de présenter sous un jour favorable la hausse des frais de scolarité entre 2005 et 2010. Dans cette deuxième et dernière partie je vais présenter qui sont ceux et celles qui ont mis cette hausse de l’avant, avec quels types de textes ils font connaître leur proposition et quel effet cette campagne semble avoir eu sur l’opinion publique.

Ceux et celles qui ont défendu la hausse

La campagne médiatique en faveur de la hausse ne se traduit pas que par des quantités de textes écrits. Elle existe aussi par des gens et des organisations qui montent au devant de la scène médiatique pour défendre cette option politique. De 2005 à 2010 il s’agit d’une véritable déferlante de personnalités publiques qui favorisent la hausse. À la lecture des textes consultés j’ai noté le nom de chacune des personnalités publiques que je croisais qui annonçait son appui à cette politique publique. Au final, pas moins de 64 personnes et organisations profitant d’une certaine notoriété ont défendu cette idée. Au tableau 1, je les ai séparées en catégories un peu vagues (certaines personnes sont à la fois des universitaires et des personnalités, etc), surtout pour faciliter la lecture. Si certaines personnes recoupent certaines organisations c’est que certain-es intervenant-es défendent la position tant comme représentant-e de leur groupe qu’individuellement.

Tableau 1 : Intervenant-es en faveur de la hausse des droits de scolarité de 2005 à 2010

Universitaires (14) Médias (17) Personnalités (23) Organisations (10)
Robert Lacroix André Pratte Robert Tessier Conseil permanent de la jeunesse
Jean-Charles Chebat Richard Martineau Mathieu Laberge Jeunes Libéraux
Germain Belzile Josée Boileau Paul-Daniel Muller PLQ
Gilles Grenier Bernard Descoteaux Michel Kelly-Gagnon ADQ
Luc Vinet Marie-Andrée Chouinard Pauline Marois Conseil du patronat
Claude Lajeunesse Arianne Krol Claude Montmarquette IEDM
Michel Patry Nathalie Elgrably L. Jacques Ménard ASDEQ
Michel Pigeon Joseph Facal Marcel Côté Manifeste pour un Québec Lucide
Heather Munroe-Blum Gilles Proulx Gilbert Rozon La jeune chambre de commerce de Montréal
Clément Lemellin Jean-Robert Sansfaçon Luc Godbout Parti Vert du Québec
Guy Laperrière Lysiane Gagnon Pierre Fortin
Denis Therrien Michel David Robert Gagné
Denis Brière Yves Boisvert Lucien Bouchard
Raymond Lalande Gérard Bérubé Françoise Bertrand
Vincent Marissal Stephan Jarislowsky
Michel C. Auger Claude Castonguay
Nathalie Collard Sylvain Simard
Réal Raymond
Hélène Desmarais
Michael Roach
Jean-François Lisée
Monique Leroux
Paul Gérin-Lajoie

Il aurait été très intéressant de noter combien de fois chaque personne prend position sur ces questions, malheureusement j’y ai pensé trop tard dans le processus. De mémoire, je crois que la palme irait à André Pratte, Alain Dubuc et Robert Lacroix, mais il faudrait vérifier.

À l’opposé, ceux et celles qui s’opposent à la hausse et qui le font savoir dans les quotidiens consultés sont seulement 24, soit 2,6 fois moins que les tenant-es de la hausse.

Tableau 2 : Intervenant-es contre la hausse des droits de scolarité de 2005 à 2010

Universitaires (3) Médias (4) Personnalités (8) Organisations (9)
Guy Rocher Franco Nuovo Louise Harel FEUQ
François Blais Louis Cornellier Gilles Duceppe FECQ
Nicolas Marceau Michelle Ouimet François Saillant ASSÉ
Lise Payette Camil Bouchard FTQ
Françoise David CSN
Amir Khadir CSQ
André Boisclair PQ
Pierre-André Bouchard-St-Amand QS
Manifeste pour un Québec solidaire

On voit ici l’identité des 4 chroniqueurs qui ont écrit les 4 textes d’opinion contre la hausse mentionnés dans le billet précédent. On constate l’absence d’éditorialistes. Du côté universitaire j’ai été étonné de voir à quel point peu de cadres universitaires ou de professeurs de renom ont pris la plume contre la hausse des droits de scolarité. On notera aussi, peut-être sans surprise, l’absence complète de personnes du milieu des affaires s’opposant publiquement à la hausse.

La campagne dans le temps

La période étudiée se répartit sur 20 trimestres. Il est intéressant de voir comment chacune de ces options a déployé son argumentaire dans le temps et de noter les périodes d’intensité de chacune des options. Le graphique 1 présente la chronologie du débat.

Graphique 1 : Textes en faveur et contre la hausse du second trimestre de 2005 au premier trimestre de 2010

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Premier fait à noter, pendant 15 des 20 trimestres on voit une majorité de texte en faveur de la hausse être publiés. Seulement 4 trimestres ont une majorité de textes contre et pendant 1 trimestre les deux options arrivent à égalité.

La première pointe (2007-T1) est causée par la campagne électorale de 2007 où la hausse est un enjeu. La seconde (2007-T4) est causée par la hausse de 2007 mise en place par le Parti libéral nouvellement réélu. La troisième pointe (2010-T1) est à l’approche du premier budget Bachand quand des rumeurs entourant une nouvelle hausse circulent.

Il est intéressant de voir quels types de textes sont publiés en fonction des événements. Pour avoir une image claire, j’ai regroupé les lettres ouvertes, les chroniques et les éditoriaux dans la grande catégorie « texte argumentatifs » pour l’opposer aux « textes informatifs » que sont les articles. Les graphiques 2 et 3 présentent le résultat pour chacune des options.

Graphique 2 : Textes argumentatifs et informatifs en faveur de la hausse du second trimestre de 2005 au premier trimestre de 2010

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Graphique 3 : Textes argumentatifs et informatifs contre la hausse du second trimestre de 2005 au premier trimestre de 2010

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Comme on le voit, l’option en faveur de la hausse profite d’une quantité de textes argumentatifs bien plus importante. Même dans la période de pointe où ceux et celles qui sont contre la hausse ont plus de textes publiés (2007-T3-T4), les partisan-es de la hausse réussissent quand même à obtenir davantage de textes argumentatifs que leurs opposants. De même dans la période électorale, les éditoriaux, chroniques et lettres ouvertes en faveur de la hausse se succèdent tandis que les opposants à la hausse sont surtout recensés en train de poser des gestes (manifs, caravane, etc.) et non d’expliquer leur position.

Les opposant-es à la hausse obtiennent des textes d’abord et avant tout par la couverture médiatique de leurs déclarations ou de leurs actions. Ceux et celles qui mettent de l’avant la hausse le font beaucoup par l’entremise de textes argumentatifs où ils ont le temps de faire des démonstrations plus étayées. En effet, bien qu’un texte informatif permette de faire passer certains arguments, il n’y est pas aussi facile de convaincre.

L’effet sur l’opinion

Dans les textes étudiés on rapporte six sondages (dont deux le même mois pour lequel j’ai fait une moyenne) sur la hausse des frais de scolarité. L’idée n’est pas ici de valoriser ces coups de sonde comme s’ils étaient la seule chose importante dans l’espace public, cependant, il est intéressant de voir l’effet que peut avoir une campagne médiatique de cette ampleur sur l’appui à l’idée de hausser les frais de scolarité.

Graphique 4 : Résultats des sondages sur la hausse des droits de scolarité, 2005 à 2010

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Difficile de ne pas voir un effet de cette campagne médiatique dans le fait qu’en moyenne, dans quatre sondages réalisés en 2006-2007, 60% de la population est opposé à cette idée tandis que dans les deux sondages réalisés en 2009-2010 ce résultat s’effondre à 47%. Le martèlement incessant des mêmes arguments trouve ici son effet.

On peut aussi se poser la question à l’envers : comment une telle unanimité éditoriale est-elle justifiable sur un débat entourant une politique publique très précise surtout à l’inverse de l’opinion d’une solide majorité de la population. On peut avoir la même réflexion à propos des lettres ouvertes dans La Presse, 60% de la population est contre la hausse, mais 77% des lettres publiées à ce sujet sont en faveur. Comment s’explique cette anomalie?

Quelques conclusions

C’est dans cet état que se retrouve l’opinion publique alors que le débat qui fait rage en 2010-2012 autour de la question des droits de scolarité s’ouvre. Après ces brèves recherches, nous pouvons certainement affirmer que ce n’est pas le fruit du hasard, mais d’efforts répétés de certains individus et organisations à occuper l’espace public et à mettre de l’avant la hausse des droits de scolarité. Le quotidien La Presse est au cœur de cette campagne médiatique de propagation de l’idée d’une hausse nécessaire des frais de scolarité.

Si les journalistes d’information ont eu une approche qui laissait de la place à la diversité d’opinion, un retentissant unanimisme a rejailli des éditoriaux et des chroniques des trois principaux quotidiens. Confinés à des textes informatifs, l’option contre la hausse n’a pas réussi à préserver l’appui dont elle disposait pourtant dans l’espace public au sortir de la grève de 2005.

Bien sûr, ce coup d’œil n’a pas une grande valeur scientifique, il faudrait des outils beaucoup plus raffinés et une capacité bien plus grande à parcourir les autres médias pour avoir une meilleure idée. Cependant, comme toute tentative d’empirie, il est bien préférable aux impressions éparses qu’on pouvait avoir sur la question avant d’aller y voir de plus près.

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Après avoir été amené par le FMI à une crise économique grave qui ne permettait même pas l’achat de munitions, le Mali est livré à une horde de mercenaires qui viendront bientôt conquérir le nord du pays et permettre à la France d’y venir jouer au cow-boy en engageant un budget de 630 millions d’euros dans l’opération Serval qui rappelle celle de l’opération Epervier au Tchad. D’ailleurs, le serval est aussi un animal, un félin proche du chat sauvage.

Comme l’opération Serval, l’opération Epervier a été déclenchée début février 1986 par la France pour soutenir le putschiste Hissène Habré après le franchissement du 16e parallèle par les forces armées libyennes venues soutenir Goukouni Oudëi, le président renversé en 1981. Depuis, les Français sont au Tchad… Le Mali a été volontairement amené à cette situation où son armée ne pouvait plus accomplir ses missions de défense du territoire. L’ajustement structurel a engendré un Etat failli et une armée en faillite. C’est aussi simple que cela. D’ailleurs, fin janvier et début février 2012, des manifestations de femmes de militaires craignant pour leurs maris face aux hordes d’Ansar Dine et du MNLA scandaient : «Des munitions pour nos hommes.» Une cargaison d’armes et de munitions aurait empêché le drame malien et, par conséquent, celui d’In Amenas d’avoir lieu. L’effacement de sa dette aurait permis à Bamako de recruter des soldats pour régler ses problèmes dans la dignité et surtout sans ces 800 000 déplacés, ces morts et ces bras coupés. Le président Amadou Toumani Touré (ATT) savait que la «révolution» libyenne allait avoir des répercussions gravissimes sur son pays. Mais le 22 mars, il fera l’objet d’un coup d’Etat. L’armée commence alors à battre en retraite face aux mercenaires organisés en bandes aux appellations différentes mais aux mêmes objectifs. La suite des événements on la connaît, du moins surtout du point de vue occidental qui a réussi à déformer toutes les informations d’ordre historique, politique, géographie et économique sur un pays qui est pourtant à nos frontières et dont le destin est intimement lié au nôtre. Nos journaux et nos chaînes de télévision reprennent les mensonges issus du plan du général de Gaulle… C’est parce que nous sommes culturellement et médiatiquement sous-développés que nous faisons l’objet de manipulations occidentales qui détruisent nos nations. L’ex-président malien, ATT, en exercice jusqu’au 21 mars 2012, s’était inquiété de la déstabilisation de son pays par la crise libyenne, et ce, bien avant le retour au Mali d’un millier de soldats touareg qui faisaient partie de l’armée de Kadhafi. Evidemment, seule une poignée d’entre eux rejoindra les terroristes et les «rebelles», car la dignité et le sens de l’honneur des Touareg et leur attachement à leur pays d’origine sont identiques en Algérie, au Mali, au Niger, au Burkina Faso ou en Libye. Très vite, pour le Mali, la boîte de Pandore libyenne devient un enfer. Comme aucun pays n’a voulu donner de munitions au Mali ni effacer sa dette pour lui permettre de se prendre en charge militairement, aucun des pays membre de l’OTAN n’a exigé des «rebelles» libyens la restitution des armes qui leur ont été distribuées pour en découdre avec Kadhafi. C’est l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui a alerté l’opinion internationale : «Plus de 10 000 missiles sol-air» qui représentent «une sérieuse menace pour l’aviation civile» pourraient sortir de Libye et se retrouver entre de mauvaises mains «du Kenya à Kunduz», a-t-il dit, selon Der Spiegel(dimanche 2 octobre 2012). Quant au général libyen, Mohamed Adia, chargé de l’armement au sein du ministère de la Défense du Conseil national de transition (CNT), il a estimé à «environ 5 000» le nombre de SAM-7 «toujours manquants et dans la nature», supputant déjà que certains de ces missiles seraient déjà tombés entre de mauvaises mains. Ni Londres, ni Washington, ni Paris n’ont réagi à ces informations, sachant au moins leur destination vers les «révolutionnaires» syriens.

Ces armes que le Qatar laisse aux terroristes…

Pour précipiter la chute de Kadhafi, l’OTAN a distribué 20 000 tonnes d’armes et de munitions aux groupes «révolutionnaires» par l’entremise du ministre de la défense du Qatar, en qualité de payeur de la facture. En septembre 2011, l’OTAN l’a également chargé de récupérer les armes en question, mais il a laissé des arsenaux entiers à disposition du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), filiale d’Al-Qaïda. Le 10 novembre 2012, Mahmoud Jibril, leader du CNT et chef du parti Alliance des forces nationales libyennes, vainqueur des élections du 7 juillet 2012, disait sur la chaîne irakienne Al Hurra que le Qatar refusait toujours de récupérer les armes qu’il a distribuées aux groupes rebelles qui ont «libéré» son pays, ce qui suppose que Doha a aussi le contrôle sur ces groupes. En vérité, ce sont les Etats-Unis et la France qui sont les premiers responsables de cette situation car le Qatar ne peut laisser des armes dans la nature sans blanc-seing. Cette information, parmi d’autres dont celles qui filtrent des déclarations officielles, conforte la thèse d’une conspiration au Mali. En tout cas, il y a une évidence indéniable : l’effet domino de la «révolution» libyenne ne se limite pas à l’Afrique car il touche directement la Syrie et le Yémen : Obama a d’ailleurs reconnu (24 janvier 2013) que les arsenaux de Kadhafi sont utilisés dans ce pays. Il ne dit pas comment ils sont arrivés aussi loin et qui les a amenées, afin de ne pas endosser la responsabilité si une folie était commise contre un avion civil, quelque part dans le monde. Obama ne peut pas ignorer l’affaire du Lutfallah II, du bateau venu de Libye, qui est passé par l’Égypte et la Turquie et qui a été arraisonné par la marine libanaise, avec des tonnes d’armes à son bord : le président du Parlement libanais Nabih Berri a alerté l’opinion internationale, disant que le navire «ne portait des armes pour les anges». Tous les théâtres d’opération du terrorisme sont interconnectés car le terrorisme est un système transnational avec les mêmes opérateurs et agents de différents niveaux jusqu’à des chefs d’Etat, des députés, des ministres, des chefs de services de renseignements et des marchands d’armes comme lors de la première guerre d’Afghanistan, lorsque des ministres saoudiens et du Golfe ainsi que les directeurs des plus grandes banques et sociétés étaient fiers de financer Ben Laden, le chouchou des Américains qu’il aidait à se débarrasser du méchant Russe communiste. Autrefois, le méchant c’était le Russe, avant lui le Nippon, puis l’Allemand, aujourd’hui le musulman… L’impérialisme se fabrique des ennemis selon la conjoncture. Le livre House of Bush, House of Saudde Craig Unger démonte cette alliance contre-nature des Etats-Unis avec le régime corrompu d’Arabie Saoudite, pas seulement avec la firme multimilliardaire Ben Laden. Aujourd’hui, le commanditaire du terrorisme international est toujours le même bien qu’il donne l’impression d’être polymorphe. Le but ici est aussi de montrer la face de ce Dark Vador au masque de métal. En outre, le transfert des armes d’un pays dont le gouvernement est issu des «printemps arabes» à l’axe qui veut imposer de nouveaux «printemps arabes» indique que ces «révolutions» ont été fabriquées dans des officines et que le plan est toujours opérationnel. Non seulement une foule de régimes aux ordres est née mais une infinité de traîtres et d’agents de l’Occident ont été introduits dans les rouages de tous ces Etats, à tous les niveaux. Ils s’occupent, à différents niveaux de hiérarchie, à rendre possible ce trafic d’armes destinées aux terrorises et qui a amené le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, à dire que «les menaces de l’opposition syrienne d’abattre des avions civils est le résultat de livraisons irresponsables des Manpad (les systèmes portatifs de défense aérienne)». Certains médias ont révélé (début août 2012) que l’Armée syrienne libre avait obtenu environ 20 de ces Manpad (Man Portable Air Defence dont le modèle célèbre est le Stinger) de la Turquie. Selon les experts russes, l’Arabie Saoudite et le Qatar seraient derrière ces livraisons. C’est Obama lui-même qui a autorisé (fin août 2012) la livraison d’armements lourds aux rebelles anti-Bachar ; et Hillary Clinton a fait une déclaration demandant aux mercenaires syriens de ne pas déposer les armes le jour-même où le «mufti» d’Al Jazeera, Al-Qardaoui, a fait une fatwa en ce sens. Les milliers d’armes saisies par l’armée syrienne sur les terroristes n’ont rien à voir avec l’arsenal russe de Kadhafi ; et une dizaine des Stinger a été saisie récemment dans ce pays. La Turquie ne se contente pas d’abriter des terroristes, de les entraîner et de les envoyer avec des armes en pays voisin, où elle est responsable de l’envoi de 90% des 100 000 terroristes qui ont pillé et massacré dans ce pays : elle a envoyé deux bateaux chargés d’armes aux djihadistes au Yémen, la dernière saisie de ces armes par les autorités yéménites a eu lieu le 25 janvier 2013. Un pays membre de l’OTAN et vassal de l’Amérique, peut-il se permettre d’envoyer des armes à Al-Qaïda au Yémen sans blanc-seing ? En 2011, la division Intelligence de l’OTAN (qui n’a rien à voir avec la CIA) estimait à 200 à 300 hommes le nombre des éléments d’Al-Qaïda parmi les combattants libyens anti-Kadhafi qui, il faut le dire, étaient soutenus par des officiers américains : parmi eux, des chefs du Groupe islamique des combattants libyens (GICL) dont Abdelkrim Belhadj, Ismael As-Salabi et Abdelhakim Al-Assadi… Comme en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, mercenaires d’Al-Qaïda et soldats américains ont combattu sur le même front en Libye. Le terrorisme est devenu transnational et ses armes lui sont livrées à domicile dans des bateaux et cargos de pays de l’OTAN. De nombreux auteurs, officiels, anciens officiers des renseignements dont des Américains, de nombreux écrivains – dont Peter Dale Scott, David Ray Griffin, Thierry Meyssan, Michel Bounan, Nafeez Mosaddeq Ahmed, Gerhard Wisnewski, Mathieu Kassovitz – apportent des preuves de l’instrumentalisation du terrorisme par des Etats, aujourd’hui de plus en plus nombreux à en faire un moyen de pression et/ou de destruction d’autres Etats. Le président nigérien cité plus haut parlait de terrorisme transnational. Le chercheur Ghaleb Kandil l’écrit aussi : «Ce sont les États-Unis qui ont géré la guerre en Syrie, ont mis sur pied des chambres d’opération en Turquie, où siègent des agents de la CIA chargés de coordonner les efforts internationaux et régionaux de mobilisation des terroristes du monde entier pour les envoyer en Syrie. Les responsables américains se vantent publiquement d’avoir fourni du matériels de communication modernes aux gangs armés, et ils n’ont exprimé aucun regret, même après avoir reconnu qu’une grande partie de ces équipements est tombée aux mains des combattants qaïdistes du Front An-Nosra ; une organisation qu’ils ont tardivement inscrit sur leur liste terroriste, dans laquelle ils pourraient inclure d’autres groupes prochainement, sans pour cela modifier leur position au sujet des engagements sur l’arrêt de la violence.»

A. E.-T.

(A suivre)

1) Obama a promis de créer un «partenariat» avec les pays-valets.

mali guerre

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie) , 08 février 2013

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Terrorisme légal s’il est d’Etat

février 12th, 2013 by Manlio Dinucci

Tandis qu’il promet dans son spot électoral des « réformes radicales contre le gaspillage et la corruption », Mario Monti envoie à Tripoli le ministre de la défense Di Paola avec un paquet cadeau d’environ 100 millions d’euros : 20 véhicules blindés de combat Puma, remis à « titre gratuit » (c’est-à-dire payés avec l’argent public des contribuables italiens) aux gouvernants libyens, dont l’engagement anti-corruption est bien connu. Un groupe de pouvoir, à l’intérieur duquel sont en cours de féroces vengeances, mis en cause même par le Conseil de sécurité de l’Onu, pour ses « continuelles détentions illégales, tortures et exécutions extra-judiciaires ». Tout parfaitement légal, cependant. La loi sur les missions internationales des Forces armées pour la « consolidation des processus de paix et de stabilisation », approuvée il y a trois semaines par le sénat avec un vote bipartisan presque unanime, autorise la dépense pour proroger l’emploi de personnel militaire italien en activité d’ « assistance, support et formation en Libye » dans le but de « rétablir la sécurité publique ». L’Italie se met ainsi en rang derrière les Etats-Unis, qui sont en train de former une force d’élite libyenne avec la mission officielle d’ « affronter et vaincre les organisations terroristes et extrémistes violentes ». Les mêmes qui ont été utilisées en 2011 par les puissances occidentales pour semer le chaos en Libye, alors que l’Otan l’attaquait avec ses chasseurs-bombardiers et ses forces spéciales (les qataris comprises) infiltrées. Les mêmes organisations terroristes qui sont aujourd’hui armées et entraînées par l’Otan, notamment dans des camps militaires en Libye, pour semer le chaos en Syrie.

Le secrétaire à la défense étasunien Leon Panetta a déclaré au Congrès que, depuis l’an dernier, le Pentagone arme les « rebelles » en Syrie. La majorité d’entre eux n’est pas constituée de Syriens, mais de groupes et militants d’autres nationalités, parmi lesquels des Turcs et des Tchétchènes. Il s’avère de source autorisée qu’il y ait aussi des criminels saoudiens, recrutés dans les prisons, à qui est promise l’impunité s’ils vont combattre en Syrie.  La mission de ce ramassis armé est celle de semer la terreur à l’intérieur du pays : avec des bombes chargées d’explosifs à fort potentiel, des enlèvements, des violences de tous types surtout sur les femmes, assassinats en masse de civils.  Ceux qui ont le coeur bien accroché[1] trouveront sur Internet des vidéos tournées par les « rebelles » eux-mêmes : comme celle d’un jeune garçon qu’on pousse à couper la tête, avec une épée, à un civil qui a les mains liées dans le dos.

De plus en plus, en Syrie comme ailleurs, la stratégie Usa/Otan mise sur la « guerre secrète ». Non fortuitement Obama a choisi comme futur chef de la Cia John Brennan, «conseiller antiterrorisme » à la Maison Blanche, spécialiste des assassinats à distance par des drones armés, responsable de la « kill list » autorisée par le président. Où il n’est pas exclu qu’il y ait eu aussi le nom de Chokri Belaid, le dirigeant tunisien assassiné par des killers professionnels avec une technique typiquement terroriste.

Manlio Dinucci

Géographe et journaliste

 

Photo: Chokri Belaid, le dirigeant tunisien assassiné

 

Edition de mardi 122 février de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130212/manip2pg/14/manip2pz/335843/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cette rubrique a été publiée par la rédaction de il manifesto sous le titre modifié de : A Tripoli Di Paola et 20 Puma, car cette information n’a été rapportée par aucun organe de presse italien.

 

 



[1] NdT, avec l’accord de l’auteur :

Ces vidéos tournées et postées par les tortionnaires ont pour objectif de diffuser la terreur notamment par la sidération devant l’horreur : il n’est pas certain que voir ces atrocités soit utile ou nécessaire à la prise de conscience de l’agression qui est à l’œuvre depuis mars 2011 contre la Syrie, ni que cela conduise à une mobilisation contre cette agression.

L’horreur y est exhibée complaisamment et sa mise en scène a aussi pour but de provoquer, outre la peur et la sidération, l’avilissement -généralement à son insu- de celui qui s’en fait le spectateur.

D’autre part, et ce n’est pas le moins grave, aller voir ces mises en scène du meurtre expose le spectateur à participer lui aussi à l’outrage qui y a été fait aux victimes.

Ces atrocités ont lieu depuis le début de l’ « insurrection » ; elles sont ignorées par nos media, voire attribuées par eux au régime du « dictateur » contre lequel s’insurgeraient les « rebelles ». Informer sur ces exactions requiert d’être vigilant sur la forme de nos dénonciations, afin de ne participer en aucune manière  à la barbarie qui y est propagée par tous les terroristes, tortionnaires sur place et leurs mandataires « légaux », chez nous.

 

 

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Etats-Unis : Assassinats légaux par télécommande

février 11th, 2013 by Xavière Jardez

Selon un document publié par le Département de la Justice américain, le 4 février 2013, l’administration américaine peut en toute légalité assassiner un citoyen américain  hors des Etats-Unis si la cible est « un haut chef opérationnel »  d’Al-Qaïda ou d’un groupe associé et pose une menace imminente aux Etats-Unis.

Le document définit de manière très élastique la « menace imminente » comme n’étant pas obligatoirement basée sur des renseignements obtenus sur une attaque spécifique mais « doit comprendre des considérations sur un créneau pertinent de possibilités ». C’est-à-dire pas « dans un futur immédiat ». Pour l’Union des libertés publiques américaine, le droit du président de déclarer des Américains, « une menace, et de les tuer loin d’un champ de bataille reconnu et sans intervention judiciaire avant ou après les faits », à savoir en leur déniant leurs droits constitutionnels, est « une extension étonnante du pouvoir exécutif ».

C’est ainsi qu’en septembre 2011, Anwar al-Awalaki et son fils de 16 ans, ainsi que trois autres Américains furent assassinés au Yémen par des frappes de drones.

Le récent débat suscité par la nomination au poste de directeur de la CIA de John Brennan, haut responsable sous l’administration Bush et partisan du recours à outrance des drones et suspecté d’avoir encouragé des techniques de torture comme la planche à eau (waterboarding), n’est pas simplement la réponse - un peu forcée-  aux promesses de transparence faites par Obama, mais correspond un processus de légalisation rétroactif  d’actions prises par son administration ainsi que des explications à fournir aux Américains eux-mêmes, aux défenseurs des libertés publiques  et aux alliés des Etats-Unis.

De 54 frappes sous l’administration Bush, on est passé à 311 sous l’administration d’Obama, prix Nobel de la paix. Le nombre de civils tués au Pakistan, au Yémen,  en Somalie, est difficile à connaître mais il s’établit pour le seul Yémen à 150 personnes identifiées depuis 2008. Mais pour ces derniers, la question de droits n’est même pas  posée puisque les Nations unies reconnaissent implicitement le recours aux drones par le biais de la légitime défense des Etats-Unis. Etre sur la liste des cibles suffit à justifier l’assassinat en appuyant sur un bouton comme pour les jeux vidéo.

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Des dizaines de milliers de Tunisiens ont manifesté vendredi pour commémorer la mort du politicien laïc d’opposition Chokri Belaid et demander le départ du gouvernement islamiste soutenu par les États-Unis.

Une grève générale d’une journée appelée par l’Union générale du travail de Tunisie (UGTT) a fermé des usines des banques des bureaux, des écoles et des commerces dans la capitale et d’autres villes et la compagnie aérienne publique Tunis Air a annulé tous ses vols. Mais les bus ont néanmoins continué à circuler.

C’était la première grève générale en Tunisie depuis 35 ans.

Belaid, 48 ans, membre dirigeant du mouvement libéral de gauche des Patriotes démocrates, l’un des douze partis qui constituent la coalition du Front populaire, a été abattu mercredi lorsqu’il quittait sa maison dans le quartier Jebel al-Jaloud de Tunis pour se rendre au travail. Son assassin a pris la fuite à moto.

Si personne n’a revendiqué l’assassinat, la veuve de Belaid a accusé le gouvernement du parti Ennahda de s’être allié à des salafistes d’extrême-droite pour assassiner son mari. Belaid avait fortement critiqué Ennahda, parti issu des Frères musulmans, pour avoir laissé des salafistes attaquer des cinémas des théâtres, des bars et des groupes laïcs ces derniers mois. Il avait publiquement déclaré qu’il était la cible de menaces de mort répétées et avait demandé la protection de la police.

Plus de 50.000 personnes se sont rassemblées près du foyer de Belaid vendredi et ont défilé jusqu’au cimetière de Jallaz, où il a été enterré. Ils scandaient des slogans anti-gouvernementaux et révolutionnaires comme «Le peuple veut une nouvelle révolution» et «Le peuple veut la chute du régime».

Le cortège funéraire demandait également «Du pain, la liberté et la justice sociale», l’un des principaux slogans de la révolution de 2011. À l’enterrement, les manifestants ont appelé Rachid Ghannouchi, chef d’Ennahda, «un boucher et un meurtrier».

De manière inquiétante, un représentant d’Ennahda a déclaré sur la chaîne Al Jazeera que cette violence était la faute de «mains étrangères» et a affirmé, «Il y a des appareils de renseignement étrangers qui opèrent en Tunisie.»

Deux hélicoptères de sécurité ont survolé la manifestation et le régime a mobilisé l’armée, au lieu des forces de sécurité de la police qui sont haïes de la population, pour contenir l’imposant cortège funéraire. Cependant, la police a tiré des lacrymogènes contre des manifestants en bordure du cortège devant le cimetière, ainsi que contre des manifestants qui se dirigeaient vers le ministère de l’Intérieur. Un porte-parole du gouvernement a dit que la police avait arrêté 150 manifestants à Tunis.

La police a tiré des lacrymogènes pour disperser des manifestants antigouvernementaux dans la ville de Gafsa au Sud, un des centres de l’industrie de la potasse qui est essentielle dans ce pays et un bastion des partisans de Belaid. À Sousse, des manifestants ont demandé la démission du gouverneur provincial.

Quelque 10 000 personnes ont défilé à Sidi Bouzid, la ville du Sud connue pour être le lieu de naissance de la révolution tunisienne. C’est là qu’en décembre 2010 Mohammed Bouazizi s’était immolé pour protester contre la confiscation par la police de son chariot de légumes. La mort de Bouazizi avait déclenché une explosion des manifestations populaires et des grèves que l’UGTT liée au pouvoir n’avait pas pu contenir et avait entraîné la fuite de Ben Ali le mois suivant.

A peine quelques semaines plus tard, la révolution éclatait en Égypte, entraînant la chute du dictateur Hosni Moubarak, soutenu par les États-Unis et Israël. Les événements actuels en Tunisie, impliquant le plus grand nombre de personnes depuis ceux de la fin 2010 et du début 2011, se produisent quelques jours à peine avant le second anniversaire de la chute de Moubarak.

Le meurtre de Belaid a été un choc pour le pays et l’élément déclencheur d’une explosion de colère sociale rentrée qui couvait depuis peu après l’arrivée au pouvoir d’Ennahda, ayant récolté le plus grand nombre de voix lors des élections d’octobre 2011 à l’assemblée constituante. La source de la colère n’était pas seulement l’usage par le gouvernement de la répression policière et la violence des salafistes contre leurs opposants. Plus fondamentalement, elle venait de l’absence de tout remède au chômage de masse et à la pauvreté écrasante qui avaient déclenché le soulèvement ouvrier qui avait fait chuter la dictature en place depuis 25 ans et soutenue par l’occident de Zine el-abidine Ben Ali il y a seulement deux ans.

Le régime islamiste en Tunisie, tout comme le régime des Frères musulmans de Morsi en Égypte, est un régime bourgeois soutenu par Washington. Le gouvernement d’Ennahda a soutenu la guerre des États-Unis et de l’OTAN pour un changement de régime en Libye. Il est actuellement en négociations sur les termes d’une promesse de prêt du Fonds monétaire international et qui inclura des mesures d’austérité contre les travailleurs tunisiens.

Quelques heures après la nouvelle de l’assassinat de Belaid mercredi, des barricades ont été érigées à Tunis et la foule a attaqué des locaux d’Ennahda dans au moins 12 villes. Jeudi, le premier ministre Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahda, a annoncé à la télévision nationale qu’il prévoyait de dissoudre son gouvernement et de le remplacer par un gouvernement non-élu de technocrates pour diriger le pays en attendant les élections parlementaires prévues en juin.

Cette annonce, qui cherchait à calmer le mécontentement populaire, n’a fait que l’attiser. Des centaines de jeunes ont ravagé un commissariat du centre de Tunis, lançant des meubles, des dossiers et du matériel dans la rue. La police a réagi en tirant des lacrymogènes.

À Gafsa, des centaines de manifestants armés de pierres se sont mesurés à des policiers anti-émeutes tirant des lacrymogènes. L’armée a été déployée pour contenir les manifestations de masse à Sidi Bouzid.

La crise du régime tunisien a été accentuée jeudi soir lorsque l’appel du premier ministre Jebali à un gouvernement «non-partisan» et technocratique a été répudié par son propre parti. Le parti Ennahda a publié un communiqué déclarant que la Tunisie a besoin d’un «gouvernement politique» s’appuyant sur les résultats des élections d’octobre 2011.

Le même jour, quatre groupes d’opposition, le Front populaire de Belaid, l’Appel pour la Tunisie (Nidaa Tounes), le parti Al Massar et le Parti républicain ont annoncé qu’ils se retiraient de l’assemblée constituante et appelaient à une grève générale. L’UGTT, craignant que les manifestations populaires ne se développent en un nouveau soulèvement révolutionnaire, a annoncé une grève générale d’un jour pour vendredi pour tenter de contenir le mouvement.

Le bloc du Front populaire est mené par le Parti ouvrier maoïste, dirigé par Hamma Hammami. Hammami et son parti servent depuis longtemps à détourner tout mouvement indépendant de la classe ouvrière et à maintenir les travailleurs tunisiens sous le contrôle des factions libérales et laïques de la bourgeoisie. C’est précisément le rôle qu’ils jouent dans la crise actuelle.

L’un des quatre partis bourgeois d’opposition auxquels le Front populaire est allié, Nidaa Tounes, est dirigé par Béji Caïd Essebsi, 86 ans, un haut fonctionnaire qui a longuement servi les régimes dictatoriaux d’Habib Bourguiba et de Ben Ali.

Vendredi, le Premier ministre Jebali a réitéré son appel à un nouveau gouvernement d’une manière quelque peu différente. Il a dit qu’il ne demanderait pas l’accord de l’assemblée constituante et s’est déclaré confiant d’obtenir le soutien de son parti parce qu’il ne dissolvait pas son gouvernement mais ne faisait que remplacer tous ses membres. Cependant, il a indiqué que si son plan était bloqué, il démissionnerait de son poste de premier ministre.

Barry Grey

Article original, WSWS, paru le 9 février 2013

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Je viens d’apprendre cette nouvelle qui est déjà amplement commentée dans les médias. Après avoir écouté quelques commentaires à la télévision, j’ai tout fermé et je me suis posé la question de savoir ce que j’en pensais moi-même.

Il ne fait pas de doute que ce fut, de sa part, une très sage décision. Changera-t-elle quelque chose dans la gouvernance de l’Église ? Là est toute la question.

Au nombre d’une grande majorité de cardinaux, peu importe leur âge ou leur provenance, nous retrouvons le même formatage d’une pensée de l’Église et du rôle du Vatican que celle de Benoît XVI. Je ne pense pas que le cardinal Marc Ouellet, pour être plus jeune, apporterait de grands changements d’ouverture du Vatican.

Son arrivée à Québec comme évêque, puis comme cardinal, a apporté du changement, mais pas par en avant. Il s’est concentré à raffermir les formes traditionnelles de la pratique des sacrements et à réaffirmer des positions  qui ne reflètent aucune ouverture, comme ceux sur l’avortement et le mariage des personnes de même sexe.

Sur le plan des politiques internationales du Canada, il s’est fait bien discret sur la participation de ce dernier à la guerre en Afghanistan et il n’a pas eu de scrupules pour signaler religieusement le départ des soldats pour cette guerre. Bien qu’ayant vécu en Colombie comme professeur, il est demeuré un fidèle représentant du règne des oligarchies, comme c’est d’ailleurs le cas de certains confrères cardinaux de la région, dont ceux du Honduras, de la Bolivie, du Venezuela et de l’Équateur.

Justement, sur ce point, il n’est pas suffisant de dire qu’il faut un pape en provenance du Tiers-Monde, pour dire que ça représente un grand changement. Il faut que le « formatage » soit complètement différent. Il y a le jour et la nuit entre ces cardinaux, y inclus le cardinal Ouellet, et cet évêque du Brésil  auquel j’ai déjà fait référence dans un article antérieur.

Un vieil évêque catalan (84 ans), Pere Casaldàliga, passa sa vie au Brésil avec les pauvres, partageant leur mode de vie, leur quotidien et leurs luttes pour la justice et le bien-vivre. Considéré comme l’évêque de la théologie de libération, il fut appelé à Rome à quelques reprises pour y être scruté par les responsables de la doctrine de la foi, dont Joseph Ratzinger, alors préfet de cette doctrine. Il raconte qu’à un moment donné il invita ces savants personnages qui le questionnaient à réciter avec lui un Notre Père pour la conversion de l’Église. Selon ses propos, Ratzinger lui aurait répondu par un sourire ajoutant sous forme interrogative « pour la conversion de l’Église? »

Disons que l’Église vivante, celle qui vit de l’Esprit Saint, en est rendue là.

Le Vatican ne peut plus se contenter de changements cosmétiques. Ce dernier doit se transformer de manière telle qu’il puisse retrouver sa place au sein de l’Église. Ce n’est pas l’Église qui doit entrer au Vatican, mais c’est le Vatican qui doit retrouver cette Église, portée par l’ESPRIT SAINT y distribuant ses dons et ses charismes, comme bon il l’entend, à travers les hommes et les femmes de bonne volonté.

Le Vatican doit plier bagage. Il doit se délester de tous ses biens, en faire don aux pauvres. Ses fonctionnaires, cardinaux, évêques et prêtres, doivent changer leurs vêtements de tissus fins et leurs souliers de satin pour reprendre les sandales du maître et la voie qu’il a suivie auprès des humbles, des oubliés, des exploités, des persécutés, des malades. Le témoignage de cette foi redonnera à ces pasteurs de la bonne nouvelle la crédibilité qui fera renaître l’espérance du royaume dans les cœurs de toutes les personnes de bonne volonté.

Le Vatican, comme État, doit définitivement disparaître. Ce statut en fait un allié inconditionnel des puissances dominant le monde. Sa doctrine doit se renouveler dans les Évangiles et dans les signes des temps, également porteurs d’une parole de vie.

Je pense qu’avec la démission de Benoît XVI c’est tout ce qu’il représentait de l’Église comme doctrine qui doit être placé dans les archives de l’histoire. Autrement, ce sera du pareil au même.

Je me permets une prédiction :

La lutte politique de certains cardinaux pour le pouvoir va être féroce. Elle conduira à quelque chose qui se rapprochera beaucoup à un schisme. D’ici la mi-mars, l’Esprit saint n’aura pas beaucoup d’écoute de la part des candidats. Washington sera discrètement présent dans les corridors et dans les salons privés. Pour la Maison-Blanche, l’élection d’un pape est aussi cruciale qu’une élection au Venezuela, en Bolivie et en Équateur. Il ne saurait être question de laisser un autre candidat que le leur pour être Pape. Le cardinal Ouellet fait certainement  partie de leurs candidats.

L’Esprit saint aura beaucoup à faire pour imposer son candidat. S’il y parvient, ce sera alors un pape humble, ouvert au monde et déterminé à faire un grand ménage dans la gestion de l’Église. Il convoquera un Concile ouvert aux chrétiens laïcs et à des représentants de divers milieux.

Les colonnes du temple de pierre s’écrouleront pour laisser voir et agir celui qui apporte vie et espérance aux humbles de la terre et à toute personne de bonne volonté.

 Oscar Fortin

Québec, le 11 février 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Le phénomène transgenre et la Révolution cubaine

février 11th, 2013 by Salim Lamrani

Le phénomène transgenre

SL : Le CENESEX travaille également beaucoup sur la problématique transgenre

MCE : La situation des personnes transgenre est difficile non seulement à Cuba mais également dans le reste du monde. Il faut accepter comme une réalité l’identité de genre qui n’est ni féminine ni masculine comme cela est le cas de la transsexualité. Il faut accepter l’idée qu’il existe des personnes qui puissent changer d’identité de genre, qui soient en conflit avec leur identité de genre, et qu’elles puissent disposer des mêmes droits que tout le monde. Ce n’est pas un motif pour les priver de leurs droits et de les discriminer.

Nous avons également proposé de travailler sur un langage de genre dans le document établi par le Parti communiste, car il revient au parti d’être à l’avant-garde de la société et de présenter les idées les plus avancées et les plus émancipatrices. C’est ce que nous attendons du Parti et c’est ce que nous exigeons en tant que militants de ce même Parti. A mesure que le Parti développe cette politique, l’Etat devra suivre et prendre les mesures nécessaires en légiférant.

SL : Le Parlement cubain a adopté une loi permettant aux personnes transsexuelles de changer de sexe, avec une prise en charge total de l’opération par la sécurité sociale. Pourriez-nous nous dire combien de personnes ont bénéficié de cette loi et comment se déroule le processus ?

MCE : Si ma mémoire et bonne, près de 15 chirurgies de réassignation sexuelle ont été réalisées à Cuba. La première a eu lieu en 1988, c’est-à-dire il y a plus d’un quart de siècle. Ensuite, à partir de 2007, le Ministère de la santé a de nouveau mis en place cette procédure.

Pour ce qui est du processus, il existe une Commission nationale d’attention intégrale aux personnes transsexuelles depuis 1979. Nous avons reçu près de 200 demandes depuis cette date. Ce chiffre augmentera à mesure que les médias nationaux divulgueront l’existence de ce service à Cuba.

Les personnes transgenres doivent passer par un processus de suivi de deux ans et sont accompagnées par des spécialistes qui leur fournissent un traitement hormonal personnalisé qui permet la transition vers le genre auquel elles s’identifient. A la fin de ce processus, la Commission analyse les différents cas et valide les personnes aptes à subir une chirurgie de réassignation sexuelle, c’est-à-dire une chirurgie de changement de sexe, et les autorise à changer légalement d’identité.

Il est important de souligner que cette chirurgie répond à un procédé scientifiquement approuvé au niveau international et non à un simple caprice d’ordre esthétique. Elle est fondamentale pour le bien-être des personnes transsexuelles et permet de soulager l’angoisse permanente dont souffrent ces personnes depuis leur plus tendre enfance, en raison des préjugés, de l’incompréhension et de la discrimination dont elles sont victimes.

SL : Existe-t-il une réelle volonté politique de lutter contre tout type de discrimination à Cuba ?

MCE : Aujourd’hui oui. Il existe un consensus au sein de la société cubaine pour considérer l’homophobie et la transphobie comme étant des formes de discrimination qui ne sont pas cohérentes avec le projet émancipateur de la Révolution. Nous avons opté pour une stratégie éducative et communicationnelle car il s’agit d’un processus de transformation culturel profond. Il est impératif d’apporter des éléments d’analyse pour éliminer les préjugés qui ont été historiquement établis pour dominer les personnes, leur sexualité et leurs corps. Le changement de la conscience sociale est un processus très long et très complexe, mais il est indispensable.

La prostitution

SL : Un mot sur la prostitution à Cuba. L’essor du tourisme depuis les années 1990 a fait resurgir un phénomène qui avait quasiment disparu de la société cubaine. Qu’en est-il aujourd’hui ?

MCE : La prostitution est une forme d’exploitation de la femme et de l’homme également, car il s’agit d’une relation basée sur le pouvoir, de l’argent en l’occurrence. Comme disait le poète espagnol Francisco de Quevedo, la puissance de l’argent est grande. La personne qui dispose de ressources a la possibilité d’acquérir un certain nombre de choses, y compris le sexe, et cela est humiliant pour la personne qui en est victime. L’achat d’un service sexuel est dégradant pour la condition humaine, car il y a une subordination de l’autre, une infériorisation de son prochain. C’est une forme d’esclavage dépourvue de tout rapport démocratique dans la relation sexuelle. On transforme l’humain en marchandise, et par conséquent on le prive de ses droits. La prostitution est basée sur le système d’exploitation patriarcal et de classe.

Je pars du principe que toute personne est libre de disposer de son corps. Néanmoins, j’ai parlé avec de nombreuses prostituées partout dans le monde et je puis vous garantir qu’aucune d’entre elles ne réalise cette activité par plaisir, mais par nécessité. Il n’y a pas de choix dans la prostitution mais une imposition forcée, qu’elle vienne d’une personne ou de la société.

Pour toutes ces raisons, je suis contre la prostitution et je ne souhaite pas que l’on reconnaisse cette activité comme étant un travail comme un autre. Je suis opposé à l’humiliation, la subordination de l’autre. Les Etats doivent garantir aux citoyens des options de travail qui leur permettent d’atteindre la dignité pleine et durable, comme dirait notre héros national José Martí.

SL : Etes-vous favorable aux politiques visant à sanctionner les clients ?

MCE : J’y suis très favorable et je crois que les mesures prises par la Suède devraient être généralisées partout dans le monde. C’est le client qui est à l’origine de la demande et fait que des êtres humains sont exploités et deviennent des marchandises. C’est lui qui établit l’abus de pouvoir avec sa capacité de pouvoir.

SL : Et pour ce qui est de Cuba ?

MCE : Une perspective historique est nécessaire. En 1959, la Fédération des femmes cubaines a porté son attention sur le problème de la prostitution qui affectait principalement les femmes pauvres issues des minorités ethniques. Il y avait plus de 100 000 prostituées à l’époque et elles vivaient dans des conditions humiliantes et précaires. La Révolution a changé leur vie car elle leur a permis de retrouver la dignité et à les libérer de l’exploitation. L’effort du processus révolutionnaire pour éradiquer le phénomène de la prostitution est véritablement une source de fierté nationale, car cela a été un grand succès. Les femmes constituent désormais la principale force technique du pays.

Maintenant, il est vrai que la crise des années 1990, la « Période spéciale », a entrainé une résurgence de ce phénomène social, avec de nouvelles caractéristiques, puisque la prostitution est liée au développement du tourisme international, avec la présence de clients qui payent pour obtenir des services sexuels.

Je crois que les politiques existantes visant à lutter contre ce phénomène ne sont pas suffisantes. Il faudrait effectuer un travail qualitatif beaucoup plus profond afin de disposer des outils et des pistes nécessaires pour faire face à la problématique de la prostitution. Il est nécessaire de pénaliser le client car cette politique a démontré son efficacité en Suède.

Le mariage pour tous

SL : Où en est le projet de loi destiné à permettre l’union pour couples homosexuels ?

MCE : Le projet de loi destiné à modifier le Code de la famille a été analysé par les spécialistes du Ministère de la Justice et l’Union nationale des juristes de Cuba. Il sera bientôt débattu au Parlement. J’ai bon espoir que nos députés adopteront une politique de non discrimination en ce qui concerne l’orientation sexuelle et l’identité de genre et contribuent de ce fait à mettre fin aux préjugés au sein de la société. Le Parlement a le devoir de reconnaitre et de protéger les droits de tous nos citoyens.

La société cubaine est prête à accepter le mariage homosexuel. A nos politiques d’être à la hauteur du peuple. A Caibarién, dans le centre de l’île, José Agustín Hernández, surnommé Adela, est un infirmier transsexuel de 48 ans et a été élu Conseiller à l’Assemblée municipale.

SL : C’est une première dans l’histoire politique du pays.

MCE : Oui, et cela démontre que notre peuple est prêt. Mais pouvez-vous citer de nombreux pays qui disposent d’élus transsexuels ? En existe-t-il en France, aux Etats-Unis ou au Brésil ? Nous n’en sommes pas sûrs.

SL : Comment êtes-vous arrivée à défendre le droit à la diversité sexuelle ?

MCE : Le rôle de ma mère a été fondamental. Elle a toujours rejeté toutes les formes d’injustice. Elle s’est naturellement opposée aux UMAP et au Quinquennat Gris. Ma mère était en avance sur son temps. En effet, lorsque le Code de la famille a été élaboré au milieu des années 1970, elle avait proposé de définir le mariage comme était « l’union de deux personnes ». Elle ne souhaitait pas spécifier le sexe, car elle avait déjà en tête la problématique du mariage homosexuel et était convaincu que les droits acquis au triomphe de la Révolution cubaine en 1959 devaient être les mêmes pour tous, sans distinction aucune, ni de race, ni de genre, ni de classe, ni d’orientation sexuelle.

SL : Et votre père, Rául Castro ?

MCE : Mon père ne partageait pas l’homophobie qui régnait à l’époque car il avait été sensibilisé sur cette réalité par ma mère. Il a grandi dans une société patriarcale et homophobe mais il a su se libérer de ses préjugés grâce à ma mère Vilma Espín.

Il n’en est pas de même pour son entourage, où il y a encore malheureusement beaucoup de personnes homophobes, mais nous ne perdons pas espoir.

SL : Certains s’étonnent qu’une femme hétérosexuelle comme vous, mariée, avec des enfants, défende le droit à la diversité sexuelle.

MCE : Faut-il être issu d’une minorité ethnique pour combattre le racisme ? Faut-il être une femme pour défendre le droit des femmes ? Faut-il être handicapé pour défendre le droit des handicapés ? Faut-il être travailleur pour défendre les droits de la classe ouvrière ? Faut-il être paysan pour défendre le droit des sans-terres ? José Martí était un immense intellectuel et il a toujours défendu la cause du peuple. Marx, également. La lutte pour l’égalité et contre toutes les injustices est un devoir universel qui doit concerner l’ensemble des citoyens.

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26928/mariela+castro+consenso+e+de+que+homofobia+e+transfobia+sao+incoerentes+com+a+revolucao.shtml

 

Entretiens avec Mariela Castro Espín

Mariela Castro Espín

L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine, 03 février 2013 (1/4)

«Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe», 05 février 2013 (2/4)

mariela_castro_espin 2

« Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous », 07 février 2013 (3/4)

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cub

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La semaine dernière, le gouvernement Obama a annoncé les directives définitives relatives à la couverture des méthodes de contraception par les contrats d’assurance-santé des organisations ayant un engagement religieux, accordant une grande marge de manœuvre à ce genre d’organisations pour qu’elles puissent refuser cette couverture aux travailleurs.

Ce qui est en question, c’est l’exigence qui figurait dans la réforme de la santé proposée en 2010 par Obama selon laquelle les assurances-santé des employeurs devaient garantir l’accès à la contraception ainsi qu’un certain nombre de services médicaux préventifs sans augmentation des coûts. La droite religieuse s’y est opposée, insistant pour que tous les employeurs qui étaient opposés à la contraception pour des raisons religieuses devraient en être exemptés – y compris les hôpitaux et les universités qui emploient des centaines ou des milliers de personnes.

La proposition finale du gouvernement accorde aux groupes religieux pour l’essentiel ce qu’ils demandaient en appliquant une définition extrêmement large de ce qu’est une organisation religieuse. Toute entité à but non lucratif qui se déclare opposée à la fourniture d’une couverture de la contraception pourra bénéficier de cette exemption.

Pour tenter de dissimuler sa capitulation, le gouvernement est en train d’établir une procédure alambiquée par laquelle les travailleurs de ces institutions pourront obtenir une couverture personnelle sans coût supplémentaire de la part d’assureurs privés. Mais les organisations religieuses ne seront même pas dans l’obligation d’informer leurs salariés de l’existence de cette possibilité.

Cette dernière capitulation du gouvernement met encore plus en péril l’accès des familles de la classe ouvrière aux services de soins. Mais cela a des implications encore plus profondes en ce qui concerne le principe constitutionnel fondamental de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

La contraception est depuis longtemps tout à fait légale aux États-Unis. La doctrine religieuse constitue donc la seule base de la décision du gouvernement. En d’autres termes, la capitulation du gouvernement Obama facilite l’application directe des doctrines religieuses par le biais de politiques publiques – précisément ce que la constitution américaine interdit.

La marche arrière d’Obama est une réponse à une campagne concertée de la part de groupes religieux disposant de grands moyens financiers et visant à qualifier de « guerre contre la religion » et d’entrave à la « liberté religieuse »le fait d’accorder aux femmes des moyens de contrôler les naissances . Dans ces arguments, les droits démocratiques sont inversés : le droit des travailleurs à la santé doit s’effacer devant le “droit” des employeurs à imposer une doctrine religieuse à leurs employés, et celui des organisations religieuses à dicter la politique du gouvernement.

Le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat a tenu une place vitale dans les fondements politiques des États-Unis, ce qui se retrouve dans la première ligne du premier amendement. Les dix premiers mots de ce Bill of Rights sont : « le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion. »

Ce principe s’appuie sur les principes de laïcité des Lumières et sur les expériences de la bourgeoisie dans sa période révolutionnaire. Les révolutionnaires américains comprenaient que la religion servait depuis longtemps à bénir la suppression des mouvements populaires, la poursuite des guerres, la défense des privilèges de l’aristocratie et l’opposition à la science et au progrès. Dans ces conditions, séparer la religion de l’Etat était considéré comme nécessaire pour ouvrir la voie à la démocratie, à la raison et au progrès.

Thomas Jefferson, dans une réponse à la pétition d’un groupe religieux, avait vanté le « mur de séparation entre l’Église & l’État » construit par le Premier amendement. James Madison est connu pour s’être opposé à ce que l’on dépense « trois pennies » de fonds publics pour la religion.

Même à une date avancée dans le 20ème siècle, de telles conceptions pouvaient encore trouver des défenseurs au sein du monde politique officiel. John F. Kennedy, alors candidat à la présidence, déclara en 1960 dans un discours resté célèbre, « Je crois en une Amérique où la séparation de l’Eglise et de l’Etat est absolue, où aucun prélat catholique ne dirait au président (s’il était catholique) comment agir, et où aucun pasteur protestant ne dirait à ses paroissiens pour qui voter ; où aucune église ni aucune école confessionnelle ne recevrait aucun fonds public ni aucune préférence politique ; et où personne ne se verrait refuser un poste dans l’administration simplement parce que sa religion ne serait pas celle du président qui pourrait le nommer ou des gens qui pourraient l’élire. » Il est révélateur qu’aucun politicien américain aujourd’hui, démocrate comme républicain, ne puisse faire de déclaration de ce genre sans être mis politiquement à l’écart. Quand il a annoncé pour la première fois son intention de capituler devant les demandes des organisations religieuses au début de l’année derrière, Obama a déclaré qu’il agissait « en tant que citoyen et que chrétien ».

De nos jours, le « mur de séparation » de Jefferson est en ruine comme le reste de la démocratie bourgeoise. La doctrine religieuse a été infiltrée dans les cours de science des écoles publiques sous la forme du « dessein intelligent », les écoles religieuses sont financées par des chèques du gouvernement, les organisations religieuses bénéficient d’exonérations fiscales et de privilèges spéciaux, les organisations caritatives « confessionnelles » reçoivent des subventions substantielles de la part du gouvernement, et les tribunaux refusent d’interdire de planter des croix sur le domaine public.

Les atteintes à la séparation de l’Eglise et de l’Etat vont de pair avec l’érosion des institutions démocratiques sur toute la ligne, processus qui est inextricablement lié à la croissance extrême des inégalités sociales. En une violation claire des garanties constitutionnelles fondamentales, le gouvernement Obama s’arroge maintenant le droit d’emprisonner, torturer et assassiner des citoyens américains sans aucune forme de contrôle judiciaire.

La reculade d’Obama démasque une fois de plus ceux qui ont tenté de dissimuler la trajectoire droitière du libéralisme politique américain en glorifiant Obama comme une sorte de croisé progressiste pour les « droits des femmes ». Voilà l’impasse sans espoir dans laquelle a mené le fait de considérer les choses d’après des catégories dépendant de l’identité, du genre et du style de vie au détriment des questions de classes.

Tom Carter

Article original, WSWS, paru le 6 février 2013

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Itacumbú, en 1962, fut le premier campement des coupeurs de canne à sucre (des « cañeros ») à Bella Unión, département d’Artigas, au nord de l’Uruguay. Le campement était, d’un côté, un espace de vie commun, de débat et d’élaboration collective de réponses d’un groupe de cañeros devant le harcèlement policier et patronal dont ils souffraient. Dans ce sens les campements ont contribué à nouer des liens puissants de solidarité entre opprimés, condition élémentaire pour affronter les combats durs qui les attendaient.

Dans un deuxième temps, y sont arrivées des personnes venues de tout le pays pour les soutenir dans une lutte si inégale contre les grandes entreprises qui mettaient en application des formes de travail proches de l’esclavage. Sont arrivés des étudiants, des ouvriers, des partisans du coopératisme, des professionnels, des prêtres français et des communautés catholiques, qui coexistaient dans le campement et dans les maisons de familles de la localité. Ils ont travaillé aux côtés des cañeros pour construire la policlinique, travail qui a demandé trois ans de travail collectif, et ils menaient des travaux culturels, récréatifs et donnaient des cours de formation.

Les campements des cañeros, regroupés dans le syndicat du nom UTAA (Union de Travailleurs Sucriers d’Artigas), doivent beaucoup à l’inspiration de leur leader, Raúl Sendic Antonaccio, bien que la forme – campement ou était déjà et continuera d’être un mode d’action des opprimés dans beaucoup d’ endroits du monde. L’expérience vécue par des centaines des jeunes, et pas seulement, dans les campementscañeros fut décisive dans la formation d’un vaste mouvement de libération national qui exploserait des années plus tard. Ce furent des écoles d’autoformation populaire, avant que ne naisse l’éducation populaire et bien avant que celle-ci ne soit codée comme « méthode » de travail par des ONG dédiés aux politiques de « combat de la pauvreté » en ligne avec la Banque mondiale.

Ce qui est arrivé, il y a un demi-siècle entre les cañeros et les jeunes citadins n’a pas été quelque chose d’exceptionnel bien que, on doit reconnaître, que cela n’arrive pas tous les jours. Quelque chose de similaire s’est passé au Chili entre les secteurs les plus actifs et autonomes du peuple mapuche et les étudiants organisés autour de l’Assemblée Coordonnatrice des Étudiants Secondaires (ACES). Des dizaines et ensuite des centaines d’étudiants lycéens ont commencé à rejoindre les marches mapuches et ont créé au sein de l’assemblée « une commission spéciale pour travailler de façon directe avec les mapuches », comme l’expliquent certains de ses membres.

Les étudiants mapuches sont aussi organisés et les deux collectifs appuient les communautés militarisées dans le sud chilien. Les liens entre les deux mouvements les plus importants du pays se sont approfondis dans une sorte de perméabilité, en participant à des actions et dans quelques cas en se présentant dans de petits groupes aux communautés pour, simplement, y être, accompagner, apprendre, soutenir. Je ne crois pas qu’il soit approprié d’appeler ce type de liens « solidarité », puisque il s’agit d’une relation sujet – objet dans lequel une partie décide, quand et comment il lui semble bien, de soutenir, et de la manière qu’elle considère la plus adéquate, les autres de plus ou moins près. Mais sans bouger du lieu matériel et symbolique qu’elle occupe.

Ce qui se passe au Chili actuellement et qui est arrivé il y a demi-siècle en Uruguay, et tant et tant de fois dans tant d’endroits, c’est une autre chose. Je préfère l’appeler « union fraternelle ». C’est un lien entre égaux, entre deux sujets qui construisent une nouvelle réalité, matérielle et symbolique, les deux en se déplaçant du lieu qu’ils occupaient. Cela suppose un auto enseignement collectif sans quelqu’un qui enseigne et l’autre qui apprend, mais quelque chose de beaucoup plus fort : la construction de quelque chose de nouveau entre tous et toutes celles qui participent à l’expérience de vie, quelque chose qui n’appartiendra pas aux uns et aux autres parce que c’est un résultat collectif.

Cela ne passe pas par apporter des choses à ceux dont on suppose qu’ils en ont besoin parce qu’ils ont un « manque ». La force de volonté de cette union fraternelle n’est pas d’aider, quelque chose que l’on ne sait jamais bien ce qui est, mais de créer. Il ne s’agit pas de donner ou de recevoir. Historiquement, c’était le chemin de ceux d’en bas pour construire des mouvements rebelles, non pour gagner des élections, mais pour créer un nouveau monde, quelque chose qui passe inévitablement par la destruction du système capitaliste et militariste actuel.

Au Chili, les étudiants du secondaire ont parcouru un chemin dressé en deux ans de mobilisations massives. Ils ont commencé en réclamant une éducation gratuite et de qualité pour mettre en place, avant les élections municipales d’octobre, la campagne « Je ne prête pas le vote », appelant à l’abstention. Il y a eu 60% d’abstention dans les urnes, montrant le degré élevé de discrédit du système politique. La combativité et l’efficacité des étudiants, le courage démontré après avoir affronté les Carabiniers dans la rue et l’ensemble du système des partis, leur créativité et leur persistance dans le temps, les ont transformés en acteurs centraux de la scène chilienne.

Le mouvement mapuche, comme Gabriel Salazar signale dans son récent les «  Movimientos sociales en Chile  » [1], fait un type de politique qui « ne s’appuie pas sur la Constitution (…) ni se constitue comme parti politique ; ni cale son rythme sur le calendrier des élections, ni cherche à se transformer en pouvoir parlementaire ». Il ne dispute pas non plus sur « la conquête d’un ’poste’ (fétiche de pouvoir) dans l’État ». La politique pour les mapuches est « l’attention d’un ’peuple’ sur lui- même. De la ’vie’ sur lui- même … Et tout cela est, sans doute, un travail de toute la communauté, non d’un ou d’un autre individu. C’est pourquoi c’est politique, et en même temps, souveraineté ». En somme, « ils vivent en luttant et luttent en vivant ».

Appeler « politique d’alliances » le lien entre deux sujets semble non seulement insuffisant, mais cherche à nommer avec des mots de là-haut les relations entre ceux d’en bas. La politique de ces premiers se conduit par la « corrélation de forces », concept qui ne peut pas dissimuler son mode basé sur des calculs mesquins d’intérêts immédiats. Parlons alors de fraterniser, de nous faire chair et sang, et boue. Pour fraterniser, nous nous assemblons, nous nous mélangeons, nous nous emmêlons, nous nous métissons ; nous arrêtons d’être, pour continuer d’être dans, et avec, les autres.

La Jornada. Mexique, le 8 février 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 9 février 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported
.

Raul Zibechi est auteur et journaliste uruguayen de l’hebdomadaire « Brecha », est aussi un enseignant et chercheur dans la Multiversidad Franciscana de América Latina , et conseiller auprès de plusieurs groupes sociaux.

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Manifeste en faveur de Georges Ibrahim Abdallah

février 10th, 2013 by Gilbert Hanna

Coordonnateur: Gilbert Hanna
3, Allée de la butte
33320 Eysines
Tél: 06 85 63 50 38.
Courriel: liberte.pour.georges@gmail.com

A l’attention de Son Excellence
Monsieur François Hollande,
Président de la République Française
55, Faubourg Saint Honoré
75008 Paris

Monsieur Le Président,

Nous souhaitons très respectueusement attirer votre attention sur le cas de M. Georges Ibrahim Abdallah, militant politique d’origine libanaise, emprisonné en France depuis 28 ans, dont la justice française a ordonné en janvier 2013 la remise en liberté, sous réserve d‘un arrêté d’expulsion.

M. Georges Ibrahim Abdallah, qui entame sa 29me année de détention, est l’objet d’un invraisemblable déni de droit de la part de la France. Libérable depuis 1999 c’est à dire depuis 14 ans, il a été maintenu en détention sur pressions des Etats unis et d’Israël.

La récente décision de la justice française ordonnant sa libération se heurte toutefois à l’obstruction du Ministère habilité à ordonner l’expulsion du territoire.
Aucun argument n’a été avancé justifiant le report de la décision d’expulsion comme prévue dans le jugement de première instance et confirmée en appel.

Nous nous adressons à vous en votre double qualité de chef du pouvoir exécutif et de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature pour vous demander de bien vouloir mettre en conformité l’exécutif avec la décision judiciaire. Ce faisant, la séparation des pouvoirs sera ainsi respectée sous votre autorité.

De surcroît, au vu de certaines démarches, les droits de la défense ne paraissent pas garantis. Monsieur Georges Ibrahim Abdallah et son avocat ont, en effet, été avertis qu’un appel avait été fait le 15 janvier 2013 dont ils ne connaissaient ni les raisons, ni le contenu.

Incarcéré depuis 1984, Georges Ibrahim Abdallah a battu le record, détenu jusque-là par Nelson Mandela (27 ans), le chef du combat nationaliste sud-africain, devenant le «Doyen des prisonniers politiques en Europe».

Des démarches auraient été entreprises par des pays amis de la France pour interdire sa libération au prétexte qu’un crime de sang de nature «terroriste» est imprescriptible en Israël de même que la peine afférente.

Israël s’est lui-même exonéré des massacres des Palestiniens des camps de Sabra et Chatila, en septembre 1982, à Beyrouth, faisant valoir, selon le premier ministre de l’époque, Menahem Begin que «Des goyins ont tué d’autres goyins en quoi Israël est responsable?» Ce qui s’avère absolument faux car Israël était directement responsable de ce massacre.

Nous vous saurions gré si vous usiez de votre autorité en vue de mettre un terme à la cacophonie régnant entre deux ministères régaliens (Justice et Intérieur), dont la dissonance porte préjudice au bon renom de votre gouvernement, au-delà à la France, et dont la discordance porte en germe les risques d’une profonde altération de l’image de la France au Liban, un des ultimes points d’ancrage de la France dans le monde arabe.

Une peine a été accomplie dans sa totalité. Elle implique la libération du détenu. Une libération qui n’est pas une faveur, mais une stricte application du principe de la légalité des délits et des peines.

La peine, accomplie de manière exemplaire, c’est-à-dire en conformité avec les règles de bonne conduite, ouvrait droit à une libération anticipée. Cela n’a pas été le cas. Mais cela ne doit pas se transformer pour autant en une détention illégale, à tout le moins arbitraire.

L’application d’un droit ne constitue pas une faveur, mais une obligation morale. Le Droit applicable en France par la France pour l’honneur de la France, un pays qui se revendique comme «la patrie des Droits de l’Homme».

Veuillez croire Monsieur le Président en notre profond respect.

Fait à Eysines le 8 Février 2013

Premiers Signataires:

  • André Rosevègue, Union Juive Française pour la Paix – Aquitaine France
  • Mgr Jacques Gaillot, Evêque Paris-
  • Philippe Poutou, Candidat NPA aux Présidentielles en France.
  • Jean Berthet, militant associatif pour la Palestine à Palestine 13 et UJFP, ancien déporté de Buchenwald.
  • Anis Balafrej, Ingénieur-Maroc
  • Aicha Lemsine, Ecrivain-Algérie
  • Stéphane Lhomme, Saint Macaire 33 France
  • Martha Mundy, Professeur d’université Londres Royaume Uni.
  • Claude Coursin, militante des femmes en noir à Marseille
  • Abdel Aziz Chaambi, Président du collectif contre l’Islamophobie (France)
  • Philippe Arnaud, secrétaire Solidaires 33 militant-citoyen.
  • Joelle Moreau, Présidente associative- Gironde.
  • Benoit Braconnier, Comédien militant syndical SFA CGT
  • David Robert syndicaliste membre du bureau Solidaires 33
  • Jacques Salles, Fondateur du Comité Palestine 33 et Président d’honneur –Gironde
  • Jean Michel Gendek syndicaliste solidaires 33, animateur adjoint radio
  • Nadia Gaiddon, Conseillère municipal, Ramatuelle-France
  • Alain Buaz syndicaliste trésorier Solidaires 33
  • Samar Saad, Membre du Collectif pour la Syrie en vue de la promotion d’un état démocratique-France.
  • Hala Abou Hamdane, Enseignant Chercheur en Droit constitutionnel aux universités libanaise et islamique – Beyrouth Liban.
  • Samiha Hali, journaliste-Algérie.
  • Omar Nfati, Conseiller municipal Libourne 33
  • Graziella Danguy, Secrétaire de la FSU Gironde 33
  • Brigitte Jammet, Syndicaliste membre du bureau Solidaires 33
  • Carl Pivert, militant Parti de Gauche 33
  • Remi Brard, citoyen France
  • Soraya Chekkat, Collectif PACA pour la libération de Georges Ibrahim
  • Falestina Sabrina – France
  • Madame Bruna Di-Léta, 49 rue Jean Moulin 95140 Garges-les-Gonnesses.
  • Madame Emilienne Galano, Citoyenne France
  • Monsieur Di-Leta Patrice, 24 Rue Rousseau Marseille
  • Monique Allegre, Professeur retraitée- France.
  • Murielle Vandenhotte, citoyenne
  • Rebecca Gonzalez Citoyenne France
  • Claude Perrot, militant associatif Bordeaux.
  • Jacques Martinaud, militant Parti de Gauche 33 et animateur Radio.
  • Joël Saintier, ex candidat PG pour le Front de Gauche, 6ème circonscription de la Gironde
  • Jean Claude Guicheney Président LDH
  • Faustine Bréhier syndicaliste SUD étudiant M2 sciences de l’éducation
  • Corinne Versigny, Secrétaire générale UD CGT Gironde
  • Yamina Kraria, syndicaliste fédérations des finances CGT
  • Gilbert Hanna, syndicaliste membre Bureau Solidaires 33 et animateur radio. France.
  • René Naba, écrivain journaliste, France.
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Chokri Belaïd : Un Homme, un projet, un combat

février 10th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Nous avançons sur un chemin extrêmement étroit, balisé de plusieurs difficultés : la révolution, c’est simple, l’après-révolution, c’est compliqué»,

 Mohamed Marzouki Président de la République tunisienne.

Chokri Belaid, avocat et grande figure politique en Tunisie, secrétaire général du Parti des Patriotes Démocrates Unifiés (la gauche tunisienne) et dirigeant politique du Front Populaire, et infatigable défenseur des droits humains a été assassiné  le 6 février devant son domicile par les mains de l’obscurantisme, avatars de la révolution tunisienne.  Ce meurtre déclenche alors de nombreuses manifestations dans tout le pays. En signe de protestation contre cet assassinat, les bureaux d’Ennahdha  à SfaxMonastirBéja, Gafsa  et Gabès sont brûlés et saccagés, les manifestants demandant le départ du Gouvernement Hamadi Jebali ainsi que la Troïka pour leur incompétence

Aissa Hirèche écrit à juste titre :

« Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. En Tunisie la situation évolue brusquement. En mal malheureusement. (…)  Encore une fois, c’est le même topo que celui que nous avons vécu. C’est la même haine aveugle qui a frappé ce mercredi chez nos frères tunisiens. Le même scénario que celui que nous vécûmes est en train de prendre forme. D’abord, on fait état de l’existence de certains campements avec armes, ensuite on apprend que des commissariats ont été l’objet d’attaque et puis voilà que les hommes commencent à tomber sous les balles assassines de bourreaux jaillis de la caverne de l’incroyable mépris de l’humain. Et quels hommes! Exactement les mêmes que chez nous. La première cible de cette haine viscérale incomprise et incompréhensible est ce grand militant défenseur des droits de l’homme, Chokri Belaïd ».(1)

« Qui ne le connaît pas à travers ses multiples apparitions à la Télévision tunisienne, ces apparitions dont il faisait à chaque fois une véritable plaidoirie pour la défense des valeurs les plus ancrées dans notre société maghrébine, ces valeurs de respect et de dignité qu’il essaie toujours d’ériger en principe certes, mais aussi en repères à construire ensemble, dans la diversité et la considération réciproque. (…) Chaque jour nous pensions que c’était la fin du terrorisme et à chaque victime nous espérions que ce fut la dernière. Fuis par tous, abandonnés par tous, nous faisions l’apprentissage de ce nouveau monstre et il nous fallut de très longues années pour vaincre la bête. Aujourd’hui, nos frères tunisiens savent ce à quoi s’en tenir. Lorsque la haine frappe une fois elle revient plusieurs fois. Elle revient toujours»(1)

Qui est Chokri Belaïd ? :

Chokri Belaïd a étudié le droit en Irak avant de poursuivre des études de troisième cycle  en France. Il fut membre de l’Union générale des étudiants de Tunisie En avril 1987, il est détenu pour son activisme politique en milieu universitaire. Il devient avocat défenseur des droits de l’homme  En 2008, il dénonce la répression des grèves de Gafsa. Après le départ de Ben Ali il devient membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.  En mars 2011, il fonde le Mouvement des patriotes démocrates.

 « Son effigie lit on dans une contribution du journal El Watan  altière enflamme les réseaux sociaux, accompagnée de formules émues. (…) Son visage buriné par les luttes était davantage celui d’un syndicaliste que d’un professionnel du droit, rompu aux arcanes des tribunaux.  Chokri Belaïd ne gueulera plus. Il ne plaidera plus dans les procès politiques où il mettait un point d’honneur à défendre les proscrits de tout acabit. (..) Il faisait partie de ces élites de gauche qui s’inscrivaient dans une sorte de «marxisme arabe», mélange de «Che» et de Nasser. Car Chokri Belaïd croyait fermement à un destin arabe. D’aucuns ont relevé, chez nous, que « Belaïd » avait plutôt une résonance berbère. C’est que Chokri était avant tout un Maghrébin pluriel. Chokri Belaïd était également une figure de proue du Front populaire, coalition de partis de gauche, d’extrême gauche et de «qamwiyine » tunisiens. Tribun fougueux, polémiste impétueux, Chokri Belaïd est connu pour ses positions tranchées à l’égard d’Ennahda et de la Troïka.(…) » (2)

Dans une autre contribution du même journal et relative à la violence, nous lisons :

« Le recours aux liquidations physiques des opposants constitue le modus operandi de certains milieux, au pouvoir ou dans l’opposition, qui veulent installer le chaos dont ils espèrent tirer les dividendes.  (…) Pour avoir vécu cette sombre période jalonnée de meurtres d’hommes politiques, de journalistes, d’artistes et autres intellectuels durant la décennie noire, les Algériens mesurent mieux que quiconque la menace qui pèse désormais sur leurs voisins. L’assassinat de cet opposant de gauche, est incontestablement un grave dérapage de la violence politique en Tunisie. Il y a désormais l’avant et l’après-meurtre de Chokri Belaïd » (3)

Un gouvernement où tout le monde s’accroche au pouvoir

Il est curieux de constater l’addiction au pouvoir aussi bien des islamistes censés s’occuper du « spirituel »  plutôt que du « temporel »  et des « démocrates » laïcs qui cherchent comme Ben Ali,  l’appui des instances externes .

« L’assassinat de l’homme politique Chokri Belaïd le 6 février lit-on dans « Courrier International »  est un indicateur de la mauvaise gouvernance du pays. Une aggravation de la situation est à craindre.  C’était dans l’air mais personne ne voulait voir la réalité en face, du moins ceux qui nous gouvernent et qui ont fermé les yeux, sciemment, sur les excès et les abus de toutes les formes possibles de violence imposées à la société tunisienne, aux citoyens, à son histoire et à tous les opposants, quelque soit leur couleur. Aujourd’hui, cet exemple type de meurtre politique démontre que le laxisme et le laisser-aller, que l’on peut assimiler sans risque d’erreur à de la complicité, sont les voies qui ont ouvert le chemin à tous les extrémistes religieux envoyés aux quatre coins de la République – pour transmettre leurs discours haineux, rétrogrades et violents à des jeunes désœuvrés et gonflés à bloc, armés de slogans manipulateurs et de kalachnikovs »(4).

« Aujourd’hui poursuit le journaliste, cet assassinat politique lâche et cruel risque d’avoir deux répercussions. Tout d’abord et en ce qui concerne le gouvernement, il est impératif qu’il parte en reconnaissant son échec total dans la gestion des affaires du pays tant sur le plan sécuritaire qu’économique et social. (…) Il est temps de laisser la place à un gouvernement d’union nationale fondé sur un consensus, qui se rapporte à toutes les valeurs de la République et de la société tunisienne que l’on veut jeter dans les ténèbres de l’histoire. C’est là la première condition pour sauver le pays d’un dérapage incontrôlé. La seconde est relative à la nécessité de dissoudre les Ligues de Protection de la révolution [milices islamistes issues des comités de quartier de l'après-Ben Ali] qui ne font, en fait, que protéger Ennahda. (..) La troisième condition consiste dans l’union sacrée de toutes les forces vives et démocratiques du pays, la société civile, toutes les associations, les syndicats principalement l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, les organisations estudiantines, les intellectuels, les artistes pour se lever comme un seul homme contre cette tentative d’introduire la peur dans les esprits, de terroriser les opposants et finalement de les éliminer. La Tunisie a besoin d’un nouveau gouvernement composé de personnalités compétentes.  M. Jebali  le premier ministre est considéré comme un modéré dans son parti et comme étant favorable à ce que la Justice et les Affaires étrangères soient sous le contrôle de personnalités apolitques. Les nouvelles élections ne pourront pas avoir lieu avant l’adoption d’une Constitution dont la rédaction est dans l’impasse depuis des mois faute de compromis à la Constituante formée en octobre 2011. La décision d’Hamadi Jebali, le premier ministre islamiste, de dissoudre le gouvernement et de placer des technocrates aux postes à responsabilité arrive trop tard », explique l’homme d’une soixantaine d’années, au long passé politique. Cette décision d’Hamadi Jebali, a d’ailleurs été refusée, jeudi 7 février, par le chef du groupe parlementaire d’Ennahda, qui contrôle 89 des 217 sièges de l’Assemblée nationale constituante.

Mieux encore face à cette vague de violence, les réactions des dirigeants d’Ennahda, se font rares Ghannouci a accusé des gens à qui profitent le crime. Car les principaux dirigeants fondateurs, à leur tête Rached Ghannouchi, semblent hésiter dans l’attitude à suivre pour gérer la question de l’islamisme radical. Pour rappel ,le chef d’Ennahda, avait cherché le dialogue avec les salafistes afin de ne pas retomber dans «l’oppression, la torture, l’emprisonnement» qui caractérisaient le régime de Ben Ali. «Les chasser et les pourchasser ne fera qu’augmenter leur exclusion et radicaliser leur engagement», avait ajouté Rachid Ghannouchi  selon l’AFP. Le leader historique du parti ne veut pas perdre ces troupes si la situation se radicalise . Les salafistes étant parti prenante du projet de société qui tarde toujours à émerger du fait que la Constituante est bloquée

La Tunisie deux ans après Ben Ali

Deux ans après la « révolution », le taux de chômage est toujours très élevé dans le pays (18 % à l’échelle nationale et près de 50 % dans certaines régions) et le mécontentement est à son comble. (…)     Avec un brin de provocation, un homme à la barbe noire reprend : « On attend que nos frères les salafistes changent les choses. » Beaucoup de jeunes ont aujourd’hui le sentiment que la révolution leur a été confisquée et, avec l’assassinat de Chokri Belaid, la colère semble l’avoir emporté sur l’espoir. Pour Jean-Pierre Filiu spécialiste du monde arabe,: «Les islamistes ont fait passer l’intérêt du parti avant celui de la nation les partis issus des Frères musulmans ont échoué en Tunisie comme en Égypte, car ils ont monopolisé le pouvoir. Les temps sont durs pour les Tunisiens. (…) Les principaux partis ne parviennent pas à trouver un accord sur les institutions de la nouvelle république et les valeurs qui doivent la fonder. La tentative du premier ministre Hamadi Jabali de former un large gouvernement de coalition, ces dernières semaines, a échoué.(…) L’assassinat de Chokri Belaïd, un farouche opposant aux islamistes, témoigne de l’exacerbation des tensions. Ses funérailles, aujourd’hui, seront accompagnées par un mouvement de grève générale lancé par le puissant syndicat UGTT. Elles peuvent déboucher sur un durcissement de la confrontation entre le principal parti islamiste, Ennahda, et les forces de gauche. À l’inverse, une autre voie serait l’union sacrée entre les forces démocrates, qu’elles soient islamistes ou laïques, avec l’objectif de remettre le pays sur les rails.(5)

Pendant ce temps Mohamed Merzouki apitoie les parlementaires européens par son discours qui  a suscité dit-on  beaucoup d’émotion dans l’assistance, dont une partie a même versé des larmes, à l’image du député vert, Daniel Cohn-Bendit, et le chef de file des conservateurs, Joseph Daul. Le président tunisien qui était aussi attendu au sommet de l’OCI au  Caire a annulé sa participation. C’est dire si les soutiens sont de taille et sont autrement plus importants que les 55 chefs d’Etat et de gouvernement musulmans que Monsieur Marzouki a choisi d’ignorer.

Aux dernière nouvelles,  selon une dépêche de Reuter Le Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, a réitéré vendredi son intention de constituer un gouvernement de techniciens sans appartenance politique, après l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, cela malgré l’opposition de sa formation islamiste, Ennahda. “J’insiste sur ma décision de former un gouvernement de techniciens”, a-t-il dit la presse en ajoutant que cela ne nécessiterait pas de demander le feu vert de l’Assemblée nationale constituante. “Ce gouvernement est prêt”, a-t-il ajouté sans donner de noms de futurs ministres. L’accord de l’assemblée constituante est à ses yeux inutile car il ne dissoudra pas le gouvernement mais remplacera la totalité de ses membres. Comprenne qui pourra. Ce qui a de sûr c’est que les dizaines de milliers de tunisiennes et de Tunisiens qui ont accompagné Chokri Belaïd  à sa dernière demeure se reconnaissant dans son combat  et c’est peut être un signe que la lutte continue pour la liberté la démocratie , l’alternance au pouvoir, le vivre ensemble à l’ombre des lois de la République

L’impression du déjà vu et déjà vécu 

En  apprenant l’assassinat de l’avocat tunisien Chokri Belaïd, nous avons l’impression de vivre un cauchemar et surtout un film d’horreur que nous avons déjà vécu  il y a une vingtaine d’années. Il est curieux de constater que le scénario de la terreur est la même. Est-ce une fatalité pour aboutir à la liberté à la démocratie à l’alternance et au vivre ensemble. Entre les positions extrêmistes des laïcs musulmans tunisiens installés confortablement en Occident  voulant à tout prix être plus royalistes  que le roi  ils et elles en rajoutent . Elles veulent toute la laïcité voire l’athéisme tapageur, l’alternance la liberté, pour faire comme l’Occident  sans substrat endogène . Ces élites du « Y a qu’à .. »  oublient  deux choses : la démocratie qui n’interdit de respecter les espérances de chacun- sans en faire un fond de commerce-,  est un long combat , « les démocraties » occidentales ont mis plus d’un siècle pour créer un modus vivendi entre le clergé  et l’Etat comme c’est le cas pour la loi de 1905 en France, loi qui ne fut pas facile à mettre en place. La deuxième chose est que s’agissant des pays musulmans depuis des siècles, il y a des équilibres sociologiques invisibles  dont la cinétique d’évolution est lente et surtout  si elle est parasitée par des interférences externes qui créent le chaos

Pour Antoine Sfeir  dont l’horizon indépassable est le modèle français, qui craint justement les parasitages par des dollars sonnant et trébuchants : « La crise socio-économique [ en Tunisie ] peut néanmoins faire craindre une manne de dollars en provenance du Qatar et d’Arabie-Saoudite, non seulement à destination des partis islamistes et des groupes salafistes, mais également pour rendre les institutions financièrement dépendantes. (…) Aux oiseaux de mauvais augure, faut-il rappeler qu’une révolution ne se fait pas du jour au lendemain, et qu’en Tunisie comme en Égypte, le processus est toujours en marche ? Une telle transformation a besoin de temps pour s’ancrer et toucher à la fois les institutions de l’État et la société entière ; il a fallu à la République française près de deux siècles pour devenir un acquis définitif ». (6)

Nous sommes d’accord avec sa première assertion. Ce que monsieur Sfeir oublie d’ajouter est que justement  les interférences externes ,sont aussi, celle d’un Occident qui croit détenir la Vérité,   parasitent la recherche d’un vivre ensemble qui n’est pas forcément homothétique du modèle à la française ou  à l’Occidental. Il aurait du écrire par honnêteté que l’Occident qu’il encense, s’était très bien accommodé d’un Moubarek ou d’un Ben Ali, Jacques Chirac n’avait il as  affirmé que Ben Ali était un démocrate et que le premier devoir d’un président est d’assurer le pain à ses citoyens avant la  liberté ? Le même Chirac qui dans une boutade dont il a le secret s’exprimait sans rire, « il faut aider les dictateurs africain , sinon ils ne feraient pas d’élections »  L’Occident ne laissera jamais une révolution endogène réussir. Faut il rappeler à monsieur Sfeir responsable de cette doxa occidentale que  Rachid Ghannouchi  le frère musulman était choyé en Angleterre et que l’imam Khomeini a vécu de longues années sous la protection de la France à Neaulphes le Château.  De  grâce ne nous donnez pas de leçon !

En fait, les lâches assassinats de Chokri Belaïd et de Lotfi Nagdh sont symptomatiques d’un mal profond. La violence politique tunisienne passe tout chose égale par ailleurs par le même itinéraire que celui de l’Algérie pendant la décennie rouge ; Souvenons nous l’Algérie s’égosillait à perdre la vie pour dénoncer cette plaie du fond des âges,  répétant que ce n’est pas cela l’Islam tolérant maghrébin non parasité par les dérives boostés par les roitelets du golfe. Rien n’y fit ! Il a fallu attendre l’après 2001 pour que l’Algérie soit audible. Les donneurs de leçon qui ont toujours deux fers au feu, sont mal placés pour donner des leçons à l’Algérie pour l’attaque de son centre pétrolier de Ain Amenas.

Nous – en Algérie- qui vivons sur un lit de braises mal éteintes savons ce que c’est la recherche  vaine d’un projet de société œcuménique du fait justement des donneurs de leçon occidentaux. Nous   avons de l’affection pour la Tunisie , sa recherche désespérée d’un vivre ensemble où chaque tunisienne et chaque tunisien pourront donner la pleine mesure de leur talent  à l’ombre des loi d’une République qui ne renie rien de son histoire, d’une culture et d’un islam apaisé  millénaire qui ne fait pas dans le m’as tu vu, qui n’est pas instrumentable et surtout qui n’est pas un chemin pour arriver au pouvoir autrement que par le savoir la compétence

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.Aïssa Hireche http://www.lexpressiondz.com/actualite/168615-la-haine-a-frappe.html

2. http://www.elwatan.com/international/chokri-belaid-la-voix-qui-derange-08-02-2013-202552_112.php

3. http://www.elwatan.com//international/peur-sur-la-tunisie-07-02-2013-202448_112.php

4Lotfi Larguet http://www.courrierinternational.com/article/2013/02/07/le-gouvernement-doit-reconnaitre-son-echec

5. http://www.la-croix.com/Editos/Tunisie.-Un-choix-necessaire-_NG_-2013-02-07-908722

6.http://leplus.nouvelobs.com/contribution/777554-meurtre-de-chokri-belaid-a-qui-le-crime-profite-t-il.html

 

Pour aller plus loin:

chokri-belaidSyrie / Tunisie : Non, la vérité n’est toujours pas bonne à dire !Par Chokri Belaid, 08 février 2013

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Les obsédés du complot

février 9th, 2013 by André Bouny

Auteur de l’ouvrage Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam, je suis indigné qu’une animatrice de France Télévisions S.A. (société financée par l’argent public), se prétendant « journaliste », se serve de l’image de couverture de mon livre – qui relate de façon exhaustive l’immense souffrance de millions de victimes vietnamiennes malheureusement bien réelles – dans le but d’étayer le commentaire suivant : « … ces livres vous promettent d’étonnantes révélations sur l’Apocalypse (sic !) et le terrorisme… ». Elle vise ainsi à faire croire au téléspectateur que l’éditeur en question publierait des ouvrages suspects, peu crédibles voire parfaitement farfelus, alors qu’il accomplit un travail tout à fait comparable à celui du grand François Maspero à la fin du siècle dernier (lui-même ostracisé à l’époque, voire interdit).

 


Il est pathétique et affligeant de voir et d’entendre Mme Caroline Fourest prendre appui sur la couverture de mon ouvrage (qui fait autorité sur ce sujet), pour conforter sa pensée binaire, confirmant par la même occasion ses lacunes et son inculture. Car j’imagine qu’elle ne sait absolument rien des drames effroyables qu’a provoqués l’utilisation militaire à grande échelle de l’Agent Orange pour s’être focalisée à ce point sur un mot du titre…

L’ignorance crasse de cette animatrice est par ailleurs démontrée en creux par ses propres confrères du service public qui ont encensé mon ouvrage, salué à la fois par des membres de la communauté scientifique internationale, juridique, et d’autres pointures dans les différentes compétences d’expertises ayant trait au domaine de l’Agent Orange.

De ce fait, outrage suprême, elle amalgame les millions de victimes de ce poison à la « conspiration », déroulant une logique unilatérale telle une créature née pour avoir raison.

Dans « La Ville des Lumières », Mme Fourest arpente la passerelle du temple de la littérature, la Bibliothèque Nationale de France, puis nous montre un plan de la campagne bretonne : « à quelques pâturages de là, d’immenses conspirations sont mises à jour par cet homme… », préparant ainsi le subconscient du téléspectateur. Naturellement, lorsque mon éditeur apparaît, l’opinion du public est déjà apprêtée par la voix-off de ce journalisme de caniveau.

« Leurs obsessions se nourrissent du malaise ambiant de la société française et entretiennent la confusion », peut-on encore entendre dans le commentaire, phrase absconse visant à créer une ambiance occulte… pour mieux ensuite l’attribuer à sa cible.

Chaque séquence peut être pareillement analysée et déconstruite, mais mon temps n’est pas moins précieux que le sien.

Même si la valeur n’attend pas le nombre des années, notre animatrice aurait pu, grâce au doute, s’éviter la fin comique de la leçon de l’incendiaire au pompier. Visiblement, ses certitudes prennent toute la place.

Son reportage est obscène.

André Bouny

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

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Les banques, ces colosses aux pieds d’argile

février 8th, 2013 by Eric Toussaint

« Pour faciliter le financement, les garanties et l’instantanéité de tout ce commerce, le volume des transactions financières devait, lui, croître encore plus vite que le commerce lui-même. Il fallait inventer des formes entièrement nouvelles de finance, développer des dérivés de crédit, des titres garantis, des achats de pétrole à terme et autres, qui font que le système commercial mondial fonctionne beaucoup plus efficacement. A maints égards, l’apparente stabilité de notre commerce et de notre système financier mondiaux réaffirment le principe, énoncé par Adam Smith en 1776, simple et vérifié par l’Histoire : le libre commerce d’individus travaillant pour leur intérêt conduit à une économie croissante et stable. » Alan Greenspan |1|

L’innovation financière présentée par Alan Greenspan comme une panacée a fait un grand flop tout en provoquant des dégâts économiques et sociaux très graves, sans oublier les atteintes aux droits démocratiques des citoyennes et citoyens que la dictature des marchés et les oukases de la Troïka en Europe impliquent. Les traités européens et la politique concrète des gouvernements successifs rognent progressivement les droits démocratiques conquis par les peuples : le pouvoir législatif est soumis à l’exécutif, le Parlement européen est le cache sexe de la Commission européenne, les choix des électeurs sont de moins en moins respectés… Les gouvernants se retranchent derrière les traités afin de reprendre la rengaine de Margaret Thatcher : il n’y a pas d’alternative (TINA, There Is No Alternative) à l’austérité et au remboursement de la dette. Pendant ce temps, ils font le maximum d’une part pour porter atteinte aux droits économiques et sociaux conquis au cours de 20e siècle (voir la partie 3 de cette série) et d’autre part pour empêcher qu’une nouvelle crise bancaire majeure ne survienne. Cependant, ils ne prennent aucune mesure contraignante sérieuse pour imposer aux banques et aux autres institutions financières une nouvelle discipline. Les banques n’ont pas réellement assaini leurs comptes depuis 2007-2008. Pis, elles sont très actives dans le développement de nouvelles bulles et dans la fabrication de nouveaux produits structurés. Dans cette partie |2|, sont passés en revue les acrobaties des banques pour se financer, leur dépendance quasi-totale à l’égard des aides publiques, les bulles spéculatives en progression, les innovations financières spéculatives, les effets désastreux produits par le système bancaire actuel notamment dans le domaine de la crise alimentaire ainsi que les nouveaux risques que son mode de fonctionnement fait courir aux peuples |3|.

Les problèmes de financement à moyen et long terme

Regardons d’abord du côté du financement (c’est-à-dire du côté du passif des banques). Les banques rencontrent de gros problèmes. Les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances, banques, fonds souverains…) ne leur font pas confiance, ils hésitent à acheter les obligations (covered bonds) que les banques émettent pour se financer à long terme de manière stable. Même si quelques banques comme BNP Paribas et Société Générale (les deux premières banques françaises), ou encore BBVA (la 2e banque espagnole), ont réussi à vendre des obligations, les montants totaux émis en 2012 semblent tout aussi faibles que les années précédentes. D’après le Financial Times, ce serait même la plus mauvaise année depuis 2002 |4|.

Du coup, comme elles ne trouvent pas suffisamment de financement à long terme sur les marchés, elles dépendent de manière vitale du crédit sur 3 ans accordé par la BCE pour un montant de 1 000 milliards d’euros à un taux de 1% |5|, et plus généralement des liquidités mises à leur disposition par les pouvoirs publics des pays les plus industrialisés via les banques centrales (à commencer par la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque nationale de Suisse et la Banque centrale japonaise).

Les problèmes du financement à court terme

Une grande partie de leur financement, outre les dépôts de leurs clients dont le volume n’augmente guère vu la crise, doit être trouvée à court terme. Selon le rapport Liikanen, les grandes banques européennes ont besoin de 7.000 milliards de financement au jour le jour |6|. Le montant des dettes bancaires à très court terme a fortement augmenté entre 1998 et 2007, passant de 1.500 à 6.000 milliards. De 2010 à 2012, il s’est maintenu à 7.000 milliards ! Où trouvent-elles ce financement à court terme ? Elles ne le trouvent plus ou si peu sur le marché interbancaire car les banques se méfient trop les unes des autres que pour se prêter de l’argent. Elles dépendent donc des Money Market Funds (qui disposent de 2700 milliards de dollars au jour le jour) dont la disponibilité varie au gré de la crise en Europe |7|. Les MMF ont fermé le robinet à partir de juin 2011 et l’ont rouvert quand la BCE a prêté 1000 milliards |8|. A tout moment, ils peuvent à nouveau fermer le robinet ou en restreindre fortement le débit. La source la plus sûre de financement là-aussi, ce sont les banques centrales. La BCE prête désormais de l’argent massivement à 0,75% (taux en vigueur depuis mai 2012).

La conclusion est claire : sans le prêt de 1000 milliards à trois ans auquel s’ajoutent les prêts quotidiens de la BCE et des banques centrales membres de l’eurosystème (auxquelles il faut ajouter notamment la banque d’Angleterre et la Banque nationale de Suisse), de nombreuses grandes banques européennes seraient menacées par l’asphyxie et la faillite. C’est une preuve supplémentaire du fait que les banques n’ont pas assaini leur bilan. Elles doivent se financer massivement à court terme alors que du côté de leurs actifs, elles détiennent des produits à maturité longue dont la valeur est tout à fait aléatoire. Dans beaucoup de cas, la valeur des actifs inscrite au bilan ne se concrétisera pas lors de l’échéance du contrat et les banques devront enregistrer une perte qui risque d’engloutir les fonds propres.

Pas de financement via la Bourse

Du côté de la collecte de capitaux via la Bourse, la situation est aussi bouchée. Le prix des actions des banques a été en moyenne divisé par cinq depuis 2007 |9| (voir tableaux en annexe). Les investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension, autres fonds de placement, banques…) hésitent très fort à acheter des actions de sociétés qui sont toutes en difficulté. C’est d’ailleurs une preuve supplémentaire de la distance abyssale qu’il y a entre le fonctionnement théorique du capitalisme selon ses promoteurs et la réalité. En théorie, la Bourse doit permettre de collecter, sur du long terme (les actions sont considérées comme des placements long terme qui doivent être conservés au moins 8 ans), des capitaux pour les entreprises qui y sont cotées : cela ne marche pas car la Bourse n’est plus depuis longtemps le lieu où se financent les entreprises mais un espace de pure spéculation. C’est pour cela que les banques ont besoin d’une recapitalisation financée par les pouvoirs publics.

En revanche, toujours selon la théorie, une autre fonction de la Bourse est d’indiquer par l’évolution du prix des actions la valeur réelle des entreprises. De ce point de vue, la chute moyenne de 80% de la valeur boursière des banques constitue un diagnostic très gênant pour leurs patrons et pour les propagandistes du système capitaliste.

Ajoutons que les banques utilisent une partie des liquidités mises à leur disposition par les banques centrales pour racheter leurs propres actions. Cette mesure a deux objectifs : tenter d’empêcher la poursuite de la baisse des cours d’une part, rémunérer les actionnaires d’autre part |10|.

Des banques financées par l’argent de la drogueUne autre source du financement des banques provient de l’argent de la drogue. Le 26 janvier 2009, Antonio Maria Costa, Directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), a déclaré au magazine autrichien en ligne profil.at |11| que certains crédits interbancaires avaient été récemment financés « par de l’argent provenant du trafic de drogue et d’autres activités illégales ». Dernièrement, en décembre 2012, HSBC (Royaume Uni, deuxième banque au niveau mondial en terme d’actifs) a accepté de payer une amende record de 1,92 milliards de dollars |12| aux autorités américaines pour mettre fin aux poursuites dont elle faisait l’objet notamment pour blanchiment de l’argent que lui ont confié les cartels mexicains de la drogue |13|.

Des bombes à retardement dans les actifs des banques européennes et étatsuniennes

Comme indiqué plus haut, les banques détiennent comme actifs une grande quantité de produits financiers qui constituent de véritables bombes à retardement dont le mécanisme est déjà enclenché.

En Europe, 70% des produits structurés ayant comme support des crédits immobiliers commerciaux (CMBS) arrivés à maturité en 2012 ne sont pas payés |14| ! Ce sont des produits fabriqués entre 2004 et 2006, juste avant l’éclatement de la crise des subprime, qui viennent à échéance en 2012-2014. Selon l’agence de notation Fitch, seuls 24 des 122 CMBS qui venaient à maturité au cours des 11 premiers mois de 2012 ont été payés. En 2013-2014, les contrats qui viennent à échéance représentent un montant de 31,9 milliards d’euros. En 2012, JP Morgan, la première banque des Etats-Unis, a perdu 5,8 milliards de dollars sur ce marché en Europe via son bureau à Londres et les initiatives malheureuses d’un de ses chefs surnommé la Baleine |15|. Cela n’empêche pas la Deutsche Bank et Royal Bank of Scotland de recréer de nouveaux CMBS pour le marché européen ! Pourquoi ces banques se lancent-elles dans ces opérations ? Parce que le haut niveau de risque qu’ils impliquent permet d’avoir un rendement nettement supérieur à celui d’autres titres ou d’autres produits. Affaire à suivre.

Il y a encore dans les bilans des banques d’Europe et des Etats-Unis plusieurs milliers de milliards de dollars de produits structurés liés au marché immobilier résidentiel (MBS, mortgage backed securities), notamment des MBS subprime, ou d’autres catégories d’ABS (asset backed securities). Les banques qui essaient de s’en défaire n’y arrivent généralement pas à moins d’accepter une perte très importante. Fin décembre 2011, les MBS se vendaient à 43% de leur valeur mais il y avait très peu d’acheteurs |16|. Les banques sont systématiquement très discrètes quant au volume exact de MBS qu’elles détiennent encore dans leur bilan, et elles le sont encore plus en ce qui concerne les produits enregistrés hors bilan.

Les CLO, un autre produit structuré inventé dans la phase préparatoire à la crise des subprime, provoque des inquiétudes tout en attirant des banques européennes particulièrement agressives, comme Royal Bank of Scotland, dans le domaine de rendements élevés liés à la prise de risque. CLO signifie collateral loans obligations. Les CLO ont été vendus afin de procurer de l’argent à des investisseurs qui voulaient acheter des entreprises en s’endettant et en jouant au maximum sur l’effet de levier (c’est ce qu’on appelle des LBO). Ces CLO viennent à maturité et ceux qui les possèdent se demandent comment on arrivera à les payer. Le marché des CLO en Europe est totalement anémique mais il a redémarré aux Etats-Unis où il en a été vendu en 2012 pour 39 milliards de dollars. Des banques européennes en achètent car vu les risques pris, le rendement est élevé |17|. Gare à la casse.

De nouvelles bombes en préparation

JP Morgan et d’autres grandes banques se proposent de fabriquer, pour le crédit lié au commerce international, des produits structurés comparables aux CDO du crédit hypothécaire subprime. Rappelons que les Collateral Debt Obligations (CDO) étaient fabriquées à partir d’un mélange de crédits hypothécaires de qualité différente. Les banques qui fabriquaient les CDO avaient pour objectif de se défaire des crédits hypothécaires en les titrisant (c’est-à-dire en transformant un crédit en un titre revendable facilement). |18| JP Morgan souhaite faire la même chose en remplaçant les crédits hypothécaires par des crédits à l’exportation. C’est JP Morgan qui a créé à partir de 1994 l’ancêtre des CDO |19|. Le marché des crédits à l’exportation représente 10 000 milliards de dollars par an. JP Morgan veut convaincre les banques qui font du crédit lié au commerce international de mettre ces crédits dans un produit structuré afin de le revendre comme un CDO. L’objectif officiel est d’alléger le poids des actifs afin de diminuer l’effet de levier de manière à rencontrer les exigences nouvelles des autorités en termes d’augmentation des fonds propres (voir la partie 6 et les accords de Bâle III). En réalité, pour JP Morgan et les autres grandes banques qui veulent innover, il s’agit de créer un nouvel appétit pour un produit innovant sur un marché important et de faire du profit grâce à cela |20|. Là aussi, si la stratégie de JP Morgan fonctionne bien, la probabilité de provoquer des dégâts est élevée car cela risque de produire une nouvelle bulle.

La course effrénée aux résultats provoque des pertes

Quelques exemples montrent l’ampleur des risques que les banques continuent de prendre. Il y a bien sûr la perte enregistrée par la Société Générale en France (4,9 milliards d’euros) suite aux avatars d’un de ses traders, Jérôme Kerviel. On pourrait nous dire que l’affaire remonte à janvier 2008 et que les banques ont tiré la leçon depuis. Pas du tout. En septembre 2011, la banque suisse UBS a annoncé qu’elle enregistrait une perte de 2,3 milliards de dollars, en raison des opérations non autorisées réalisées par Kweku Adoboli, un administrateur de l’équipe de Global Synthetic Equities trading à Londres. Toujours à Londres, comme mentionné plus haut, la Baleine de JP Morgan a fait perdre 5,8 milliards de dollars à « sa » banque. Et ces affaires ne constituent que la pointe de l’iceberg.

Une bulle spéculative s’est formée dans le secteur des obligations d’entreprise

De nombreux observateurs des marchés financiers et une grande quantité de gestionnaires de fonds considèrent qu’une bulle spéculative s’est développée dans le secteur des corporate bonds, ces obligations que les grandes entreprises émettent pour se financer. Il s’agit d’une bulle dans le secteur des dettes des grandes entreprises privées. C’est un marché de 9.200 milliards de dollars. Pourquoi une bulle ? Les rendements que les banques et autres investisseurs institutionnels obtiennent des bons du Trésor des États-Unis et des titres souverains des principales puissances économiques de l’UE sont historiquement très bas, du coup les zinzins cherchent un secteur où les rendements sont plus élevés tout en paraissant sans risque : les obligations émises par les entreprises non financières offraient en 2011 un rendement de l’ordre de 4,5%, ce qui les a rendus très attractifs. Raison supplémentaire, les banques préfèrent acheter des obligations que d’octroyer une ligne de crédit car elles peuvent revendre les titres sur le marché secondaire |21|. Cette ruée sur les titres a provoqué en 2012 une forte chute des rendements, qui sont passés de 4,5% début 2012 à 2,7% en septembre de la même année.

Une grande entreprise comme Nestlé a pu émettre des obligations à 4 ans pour un montant de 500 millions d’euros en ne promettant que 0,75% d’intérêt annuel. C’est un cas exceptionnel, mais il indique qu’il y a bien un rush vers les obligations d’entreprises. La demande de titres est telle que, selon JP Morgan, le rendement sur les titres à haut risque (junk bonds) était en chute libre pendant l’été 2012, passant de 6,9% à 5,4%. Si la tendance se poursuit, les zinzins risquent de se retirer du marché pour chercher un autre secteur dans lequel obtenir un meilleur rendement |22|.

La soif de rendement est telle que des entreprises réussissent à émettre des titres PIK (Pay in Kind) qui ont eu leur moment de gloire avant 2006-2007 et n’avaient plus eu d’acheteur jusqu’à 2012. Il s’agit d’un titre qui ne donne lieu au paiement des intérêts qu’au moment du remboursement du capital. Évidemment, le rendement promis est élevé mais le risque est grand que l’entreprise qui a reçu le capital ne soit ni capable de le rembourser ni en mesure de payer les intérêts à l’échéance du contrat ! En effet, il y a de quoi se demander en tant que prêteur si c’est bien prudent d’octroyer une somme d’argent à une entreprise qui n’est pas en mesure de payer des intérêts avant la fin du contrat |23|. De nouveau la soif de rendement et la disponibilité de liquidités (grâce aux prêts des banques centrales) entraînent un engouement pour ce type de produits à haut risque.

La pénurie de collatéraux |24|

Jusque 2007-2008, les marchés financiers se sont développés dans un climat d’exubérance. Les banquiers et autres zinzins se prêtaient mutuellement des capitaux et achetaient des produits financiers structurés sans vérifier si le vendeur ou l’acheteur disposait d’actifs en suffisance pour assumer son acte et remplir sa part du contrat quand il arrivait à terme. Par exemple, des banquiers ont payé des primes d’assurance à Lehman Brothers et à AIG pour se protéger contre un risque de non paiement sans vérifier au préalable si Lehman ou AIG avait de quoi les indemniser au cas où le risque couvert se produisait.

Dans la majorité des transactions, l’emprunteur doit mettre un actif en garantie, c’est ce que l’on appelle un collatéral. Ce qui arrivait systématiquement et ce qui arrive encore, c’est qu’un collatéral serve simultanément de garantie dans plusieurs transactions. A emprunte à B telle somme et met en garantie un collatéral. B emprunte à C et met en garantie le même collatéral et ainsi de suite. Si la chaîne se brise à un endroit, on risque d’avoir un problème pour retrouver le collatéral. Tant qu’on était dans l’euphorie et qu’il ne fallait pas faire la preuve que le collatéral était réellement disponible, les affaires poursuivaient leur cours as usual. Depuis 2008, les choses ne tournent plus de la même manière et il arrive de plus en plus souvent que la partie qui exige un collatéral veuille être sûr qu’il est réellement disponible en cas de besoin, que sa valeur est bien authentifiée et qu’il est de bonne qualité. Les collatéraux circulent moins et les moins sûrs sont refusés. |25|

Effectivement, il est raisonnable de ne pas accepter comme collatéral un actif toxique du genre CDO subprime. Cela a abouti à un début de pénurie de collatéraux. La société financière Dexia, en 2011 et 2012, a souffert d’une insuffisance de collatéraux de qualité, ce qui l’a empêché de trouver les financements dont elle avait besoin. En 2012, elle a emprunté pour près de 35 milliards d’euros à la BCE à 1% dans le cadre du LTRO. Les énormes prêts de la BCE n’ont pas suffi à Dexia qui s’est tournée une nouvelle fois vers les Etats belges et français en octobre-novembre 2012 afin d’obtenir 5 milliards d’euros de recapitalisation.

Selon le Financial Times, les banques espagnoles sont devenues expertes dans la création de collatéraux. Elles fabriquent des produits structurés ABS à partir de crédits hypothécaires douteux ou d’autres crédits pas plus sûrs, puis elles les fourguent comme collatéraux à la BCE afin d’obtenir des liquidités |26|. Ainsi, la BCE accepte des collatéraux de basse qualité qui ont été expressément fabriqués pour elle. C’est là une nouvelle preuve de la servilité de la BCE à l’égard des banquiers.

A propos des collatéraux, il faut ici aussi dénoncer les mensonges concernant les titres souverains qui seraient par principe une cause de problème pour les banques. Les titres souverains sont des collatéraux beaucoup plus sûrs que la plupart des titres privés. D’ailleurs, les banques ne se privent pas de les utiliser comme collatéraux de premier choix pour emprunter des capitaux à la BCE.

Les dettes souveraines

Justement, revenons aux dettes souveraines. Jusqu’ici, elles n’ont provoqué aucun désastre bancaire. Cependant, il est clair que dans des pays comme l’Espagne et l’Italie, les banques sont en train d’augmenter fortement les achats de titres de dette émis par leur gouvernement. Elles ont deux bonnes raisons pour procéder de la sorte : d’une part, elles disposent de fortes liquidités prêtées par la banque centrale à très bas taux d’intérêt (entre 0,75 et 1%) ; d’autre part, les titres de leur pays sont rémunérateurs (entre 4 et 7%). Mais la politique d’austérité est tellement brutale qu’il n’est pas certain que les gouvernements espagnol et italien seront toujours en mesure de rembourser. Le problème n’est pas immédiat, mais il ne faut pas exclure des difficultés à l’avenir |27|.

Les dettes souveraines ne constituent pas le talon d’Achille des banques privéesDe manière permanente, les principaux médias appuient le discours des banquiers et des gouvernants sur le danger que représenteraient les dettes souveraines. Pour faire toute la clarté sur le sujet afin d’enlever l’argument de la dette souveraine aux détenteurs du pouvoir qui imposent des politiques antisociales, il est essentiel d’avancer des contre-arguments. C’est pourquoi, dans cette série, des données sont fournies à ce sujet. Dans un récent rapport publié par le FMI |28|, on trouve un graphique sur la part que représentent les dettes souveraines dans les actifs des banques privées de 6 pays clés. Selon ce graphique, les dettes du gouvernement ne représentent que 2% des actifs des banques britanniques |29|, 5% des actifs des banques françaises, 6% des actifs des banques des Etats-Unis et d’Allemagne, 12% des actifs des banques italiennes. Le Japon est le seul des 6 pays mentionnés où les dettes du gouvernement représentent une part importante des actifs bancaires, soit 25%. Ce n’est pas tous les jours que le FMI apporte de l’eau à notre moulin. La conclusion que nous tirons et que le FMI se garde bien de tirer, c’est qu’il est d’autant plus facile d’annuler les dettes publiques illégitimes…

La banque de l’ombre ou le Shadow banking

Une des sources principales de la fragilité des banques est constituée par leurs activités hors bilan qui, dans certains cas, peuvent dépasser largement le volume officiel du bilan déclaré. Les grandes banques continuent à créer et à utiliser des sociétés ad hoc (Special Purpose Vehicles, MMF) qui ne sont pas considérés comme des banques et ne sont pas soumises aux règlementations bancaires |30| (déjà très lâches). Jusqu’ici, ces sociétés spécifiques peuvent opérer sans aucun contrôle ou dans le cas des MMF avec un contrôle très léger, en faisant des prêts aux banques ou en réalisant toutes sortes de spéculations avec une multitude de dérivés ou d’actifs physiques (matières premières, produits agricoles) sur les marchés à terme ou sur le marché de gré à gré (OTC) lui-même non réglementé. L’opacité est totale ou presque. Les banques ne sont pas tenues de déclarer dans leurs comptes les activités des sociétés non bancaires qu’elles ont créées. Les plus dangereuses sont les activités menées par les Special Purpose Vehicles car ce sont les plus dissimulées. Si les pertes d’une de ces sociétés provoquent leur faillite, la banque qui l’a créée est forcée par les créanciers de finalement inscrire la perte dans ses comptes, ce qui peut provoquer l’engloutissement de son capital et sa propre faillite (ou encore son rachat par une autre banque ou par les pouvoirs publics, ou encore son sauvetage par les pouvoirs publics). C’est ce qui s’est passé avec Lehman Brothers, Merrill Lynch, Bear Stearns, Royal Bank of Scotland, Dexia, Fortis et plusieurs autres banques après 2008.

La bulle spéculative sur les commodities |31|

Via leurs activités de trading, les banques sont les principaux spéculateurs sur les marchés de gré à gré et à terme de matières premières et de produits agricoles car elles disposent de moyens financiers nettement plus élevés que les autres protagonistes. Visitez le site du Commodity business awards (http://www.commoditybusinessawards….) et vous trouverez une liste des banques et des courtiers qui jouent un rôle de tout premier plan sur le marché des commodities (que ce soit le marché où elles s’achètent et se vendent physiquement, ou le marché des dérivés qui ont pour sous jacent des commodities). Parmi ces banques, on retrouve le plus souvent BNP Paribas, Morgan Stanley, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Société Générale.
D’ailleurs, des banques essayent de se doter d’instruments pour contrôler directement des stocks de matières premières. C’est le cas du Crédit Suisse qui est associé à Glencore |32|, la plus grande société mondiale de courtage en matières premières. De son côté, JP Morgan veut se doter d’un stock de cuivre allant jusqu’à 61.800 tonnes afin de peser sur les cours |33|.
Ce sont des acteurs de tout premier ordre dans le développement de la bulle spéculative qui s’est formée sur le marché des commodities |34|. Quand la bulle éclatera, l’effet boomerang sur la santé des banques provoquera de nouveaux dégâts. Sans parler, et c’est beaucoup plus grave, des conséquences pour les populations des pays du Sud exportateurs de matières premières.

Retour sur le rôle fondamental de la spéculation dans l’envolée des prix des aliments et du pétrole en 2007-2008La spéculation sur les principaux marchés des Etats-Unis où se négocient les prix mondiaux des biens primaires (produits agricoles et matières premières) a joué un rôle primordial dans l’augmentation brutale des prix des aliments en 2007-2008. |35| Cette hausse des prix avait entraîné une forte augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim, dont le nombre avait crû de plus de 140 millions en un an et le chiffre total dépassait le milliard (un humain sur 7). Les acteurs principaux de cette spéculation ne sont pas des francs-tireurs, ce sont les investisseurs institutionnels (les zinzins) : les banques |36|, les fonds de pension, les fonds d’investissements, les sociétés d’assurances. Les hedge funds et les fonds souverains |37| ont aussi joué un rôle, même si leur poids est bien inférieur à celui des investisseurs institutionnels |38|.Michael W. Masters, qui dirigeait depuis douze ans un hedge fund à Wall Street, en a apporté la preuve dans un témoignage qu’il a présenté devant une commission du Congrès à Washington le 20 mai 2008 |39|. Devant cette commission chargée d’enquêter sur le rôle possible de la spéculation dans la hausse des prix des produits de base, il déclare : « Vous avez posé la question : Est-ce que les investisseurs institutionnels contribuent à l’inflation des prix des aliments et de l’énergie ? Ma réponse sans équivoque est : OUI » |40|. Dans ce témoignage qui fait autorité, il explique que l’augmentation des prix des aliments et de l’énergie n’est pas due à une insuffisance de l’offre mais à une augmentation brutale de la demande venant de nouveaux acteurs sur les marchés à terme des biens primaires (« commodities ») où l’on achète les « futurs ». Sur le marché des « futurs » (ou contrat à terme), les intervenants achètent la production à venir : la récolte de blé qui sera faite dans un an ou dans deux ans, le pétrole qui sera produit dans 3 ou 6 mois. En temps « normal », les principaux intervenants sur ces marchés sont par exemple des compagnies aériennes qui achètent le pétrole dont elles ont besoin ou des firmes alimentaires qui achètent des céréales. Michael W. Masters montre qu’aux États-Unis, les capitaux alloués par les investisseurs institutionnels au segment « indextrading » des biens primaires des marchés à terme sont passés de 13 milliards de dollars fin 2003 à 260 milliards en mars 2008 |41|. Les prix des 25 biens primaires cotés sur ces marchés ont grimpé de 183% pendant la même période. Il explique qu’il s’agit d’un marché étroit |42|. Il suffit que des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension ou des banques allouent 2% de leurs actifs pour bouleverser la situation. Le prix des biens primaires sur le marché à terme se répercute immédiatement sur le prix actuel de ces biens. Il montre que les investisseurs institutionnels ont acheté des quantités énormes de maïs et de blé en 2007-2008, ce qui a produit une flambée des prix.A noter qu’en 2008 l’organe de contrôle des marchés à terme, la Commodity Futures trading Commission (CFTC), a considéré que les investisseurs institutionnels ne pouvaient pas être considérés comme des spéculateurs. La CFTC considère les zinzins en tant que participants commerciaux sur les marchés (« commercial market participants »). Cela lui permet d’affirmer que la spéculation ne joue pas un rôle significatif dans l’envolée des prix. Une sévère critique de la CFTC est faite par Michael W. Masters, mais surtout par Michael Greenberger, professeur de droit à l’université de Maryland, qui a témoigné devant la commission du Sénat le 3 juin 2008. Michael Greenberger, qui a été directeur d’un département de la CFTC de 1997 à 1999, critique le laxisme des dirigeants de la CFTC qui font l’autruche face à la manipulation des prix de l’énergie par les investisseurs institutionnels. Il cite une série de déclarations de dirigeants de la CFTC dignes de figurer dans une anthologie de l’hypocrisie et du crétinisme. Michael Greenberger considère que 80 à 90% des transactions sur les Bourses des États-Unis dans le secteur de l’énergie sont spéculatives |43|.Le 22 septembre 2008, en pleine tourmente financière aux États-Unis, alors que le président Bush annonçait un plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars, le prix du soja faisait un bond spéculatif de 61,5% !Jacques Berthelot montre lui aussi le rôle crucial qu’a joué la spéculation des banques dans la montée des prix |44|. Il donne l’exemple d’une banque belge, KBC, qui a mené une campagne publicitaire pour vendre un nouveau produit commercial : un investissement des épargnants dans six matières premières agricoles. Pour convaincre des clients d’investir dans son fonds de placement « KBC-Life MI Security Food Prices 3 », la publicité de KBC affirme : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ». Cette publicité présente comme une « opportunité » la « pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables » ayant pour conséquence « une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires » |45|.En attendant, du côté de la justice américaine, on donne raison aux spéculateurs. C’est ce que dénonce Paul Jorion dans une opinion publiée dans Le Monde. Il met en cause la décision d’un tribunal de Washington qui a invalidé le 29 septembre 2012 des mesures prises par la CFTC « qui visaient à plafonner le volume des positions qu’un intervenant peut prendre sur le marché à terme des matières premières, afin qu’il ne puisse pas à lui seul, le déséquilibrer » |46|.

La spéculation sur les monnaies

Les banques sont également les principaux acteurs sur le marché des devises. Elles entretiennent une instabilité permanente des taux de change. Environ 98 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Seuls 2% des transactions quotidiennes en devises concernent des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants, des crédits ou des remboursements de dette… Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises oscille entre 3000 et 4000 milliards de dollars ! Les banques jouent également à fond sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables sans compter les dommages causés à la société à cause de l’instabilité des monnaies.

Voici plus de trente ans, James Tobin, ancien conseiller de John F. Kennedy, proposait de mettre un grain de sable dans les rouages de la spéculation internationale. Malgré tous les beaux discours de certains chefs d’Etats, le fléau de la spéculation sur les monnaies s’est encore aggravé. Le lobby des banquiers et des autres zinzins a obtenu qu’aucun grain de sable ne vienne perturber leur activité destinée à créer du profit. La décision prise en janvier 2013 par une douzaine de gouvernements de la zone euro d’imposer une taxe d’un millième sur les transactions financières est totalement insuffisante.

Le trading à haute fréquence

Le trading à haute fréquence permet de passer des ordres sur le marché en 0,1 milliseconde (c’est-à-dire en un dix millième de seconde !). Le projet de « Loi de régulation et de séparation des activités bancaires », présenté le 19 décembre 2012 à l’Assemblée nationale française par Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, contient une présentation intéressante du trading à haute fréquence : « Le trading à haute fréquence est une activité de marché déléguée à des ordinateurs commandés par des algorithmes informatiques qui combinent l’extraction de l’information de marché, son analyse et le passage d’ordres à une fréquence toujours plus élevée. Ils peuvent ainsi envoyer jusqu’à plusieurs milliers d’ordres par seconde aux plates-formes d’échange, contribuant occasionnellement à leur saturation. Les risques sont élevés en cas d’erreur de codage provoquant un mouvement financier aberrant (à l’origine de la quasi-faillite de Knight Capital Group en août 2012 par exemple). En 2011, le trading à Haute Fréquence représentait plus de 60% des ordres sur actions passés à la bourse de Paris, pour environ 33 % des ordres donnant effectivement lieu à transaction. »

Le trading à haute fréquence est clairement lié à une démarche spéculative : manipuler les marchés financiers afin d’influer les prix et d’en tirer un profit. Les techniques principales de manipulations sont répertoriées par les spécialistes. Le Quote stuffing consiste à bourrer la cotation d’ordres complètement inutiles afin de forcer la concurrence à analyser ces milliers d’ordres. Il s’agit de ralentir les concurrents en les leurrant. Ces ordres sont ignorés par le système qui les émet, et de toute façon ne seront pas exécutés car en dehors des meilleurs couples achats / ventes. Cela peut donner un avantage là ou chaque milliseconde compte |47|. S’ils veulent vendre un paquet d’actions au prix le plus élevé possible, les traders à haute fréquence peuvent utiliser la technique du Layering. Il s’agit de placer une série d’ordres d’achat jusqu’à un palier et de créer ainsi des couches (layers) d’ordres. Une fois ce palier atteint, la stratégie consiste à vendre massivement et dans le même temps à annuler tous les ordres d’achats restants que l’on a placés. Le Layering repose sur l’espoir d’un remplissage du carnet d’ordre à l’achat par les autres intervenants venant combler l’écart, puis de les surprendre en inversant la tendance |48|.

Le 6 mai 2010, la Bourse de Wall Street a vécu un « flash crash » |49| typiquement provoqué par le trading à haute fréquence comprenant notamment une opération de Quote stuffing. Ce jour-là, l’indice Dow Jones a perdu environ 998,52 points (avant de regagner 600 points) entre 14h42 et 14h52. Une baisse de 9,2% en l’espace de 10 minutes était sans précédent dans l’histoire. Cet incident a mis à jour l’implication du trading à haute fréquence qui représente grosso modo les deux tiers des transactions boursière à Wall Street.

D’autres accidents de ce genre se produiront certainement à l’avenir. Les grandes banques qui recourent activement au trading à haute fréquence s’opposent à son interdiction ou à sa mise sous contrôle strict sous prétexte de maintenir la plus grande fluidité possible dans les marchés financiers.

Le trading pour compte propre

L’activité de trading des banques pour leur propre compte, appelée « proprietary trading » dans le jargon financier anglo-saxon, est capitale pour les banques. Elle leur procure une grande partie de leurs revenus et de leurs bénéfices mais est porteuse de risques très importants. Cette activité de trading consiste à utiliser les ressources de la banque (fonds propres, dépôts des clients, emprunts) pour prendre des positions (à l’achat ou à la vente) sur les différents marchés financiers : actions, taux d’intérêt, devises, marchés dérivés, futures ou options sur ces instruments, marchés à terme des matières premières et des produits agricoles (y compris aliments), marché immobilier. Le trading est clairement une activité spéculative car il s’agit de profiter de mouvements de prix à court terme que leurs actes contribuent grandement à provoquer. Une illustration des ces activités spéculatives est fournie par la perte de 4,9 milliards d’euros enregistrée par la Société Générale en 2008 suite aux agissements d’un de ses traders, Jérôme Kerviel, qui avait pris des positions sur près de 50 milliards d’euros. Dans le cas des déboires de JP Morgan, la Baleine de Londres, responsable de son département « proprietarytrading », avait engagé les fonds de la banque pour un montant de 100 milliards de dollars. Les montants mis en jeu par les banques dans le « proprietary trading » sont tels que les pertes qu’ils peuvent générer sont de nature à menacer leur survie même.

Le short-selling, une pratique spéculative de plus

Le short-selling (ou vente à découvert) consiste à vendre un titre sans le posséder au moment de la vente, mais avec l’intention de le racheter ultérieurement, avant de le livrer à l’acheteur. Pour la Banque de France : « Cette pratique peut être divisée en deux catégories :
• le covered short-selling : il s’agit du cas où le vendeur a emprunté le titre qu’il s’est engagé à vendre avant de réaliser son opération de short-selling (ou qu’il a établi un accord qui lui assure qu’il pourra l’emprunter). Concrètement, le titre qu’il emprunte sera vendu et il s’engage à délivrer un titre de même nature au prêteur ;
• le naked short-selling ou uncovered short-selling : il s’agit du cas où le vendeur n’a ni réalisé d’emprunt préalable ni conclu d’accord lui garantissant l’emprunt d’un titre avant de vendre ce titre. Le vendeur devra donc acheter un titre identique afin de le livrer à l’acheteur. » |50|

Selon la Fédération bancaire française, « le mécanisme de vente à découvert est utile au bon fonctionnement des marchés.(…) Il augmente ainsi la liquidité du marché » |51|. On croit rêver !

Qui pratique le short-selling et pourquoi ?

Le short-selling est pratiqué par un grand nombre de participants de marché tels que les banques, les hedge funds, les gestionnaires de fonds traditionnels (fonds de pension, compagnies d’assurance)… Il est purement spéculatif : le banquier ou un autre zinzin qui y a recours anticipe une baisse du prix du titre vendu. Au moment de livrer le titre, si sa prévision s’avère juste, il l’achètera à un prix inférieur à celui du prix de vente et réalisera ainsi un gain financier. Ce type de pratique contribue à l’instabilité des marchés. Pendant l’été 2011, la chute brutale des cours des actions bancaires a été amplifiée par les short selling. On comprend pourquoi, pour différentes raisons, ces activités devraient être purement et simplement interdites |52|.

L’effet de levier

Comme elles utilisent l’effet de levier |53| de manière systématique, leurs fonds propres |54| sont très faibles en rapport aux engagements qu’elles prennent. C’est d’ailleurs, de leur point de vue, l’objectif recherché : avoir le moins de fonds propres possibles proportionnellement au bilan. En effet, même si le bénéfice global est faible quand on le calcule en % des actifs, il peut donner un rendement sur fonds propres élevé si ceux-ci sont très petits. Imaginons un bénéfice de 1,2 milliard d’euros sur un volume d’actif de 100 milliards, cela donne 1,2% de profit. Mais si les fonds propres s’élèvent à 8 milliards d’euros, le bénéfice représente en fait 15% de rendement sur fonds propres. Si, par la suite, la banque développe l’effet de levier et emprunte sur les marchés financiers 200 milliards, le volume des actifs passe à 300 milliards, les fonds propres n’ont pas augmenté, ils sont toujours de 8 milliards, mais le passif a augmenté avec les 200 milliards de dettes nouvelles. Imaginons que la banque fasse le même taux de bénéfice qu’avant l’augmentation de sa dette et de ses actifs, soit 1,2%, cela donne 3,6 milliards d’euros. Comparés aux fonds propres de 8 milliards, cela donne un rendement sur fonds propres de 45%. Voici la raison fondamentale pour augmenter l’effet de levier grâce au recours à l’endettement.

Nous l’avons vu dans les parties 2 et 4 de cette série, des pertes en apparence minimes peuvent entraîner rapidement une faillite et la nécessité d’un sauvetage. Dans l’exemple théorique présenté plus haut, une perte de 8 milliards sur des actifs totaux de 300 milliards (c’est-à-dire une perte de 2,66%) ferait disparaître totalement le capital et provoquerait la faillite. C’est arrivé à Lehman Brothers, à Merrill Lynch, à Royal Bank of Scotland, etc. Le FMI, dans son Rapport sur la stabilité financière globale publié en octobre 2012, estime que l’effet de levier des banques européennes était de 23 mais cette estimation, précise le FMI, ne prend pas en compte les dérivés. Il s’agit du rapport entre les actifs tangibles (sans les dérivés) et les fonds propres. 23 pour 1, c’est un ratio extrêmement élevé ! |55| L’effet réel de levier est plus important car les banques ont en hors bilan à la fois des dettes et des actifs (notamment des dérivés pour un montant très élevé).

Conclusion : Les grandes banques continuent à jouer avec le feu car elles sont persuadées que, chaque fois qu’elles en auront besoin, elles seront secourues par les pouvoirs publics. Elles ne rencontrent sur leur chemin aucun obstacle sérieux de la part des autorités (cet aspect sera développé dans la partie 6). En même temps, leur comportement les met en permanence au bord du gouffre. Malgré leur campagne de communication pour retrouver la confiance du public, elles n’ont aucune volonté d’adopter une logique autre que la recherche du maximum de profit immédiat et du maximum de pouvoir pour influer sur les décisions des gouvernants. Leur force est le reflet de la décision des gouvernants actuels de les laisser faire. Ce n’est que pour la galerie qu’ils adoptent un ton moralisateur à l’égard des banques et qu’ils leur demandent d’être responsables et moins gourmandes en terme de bonus et d’autres formes de rémunération.

Ce que Karl Marx écrivait en 1867 dans Le Capital s’applique encore aux banques d’aujourd’hui : « Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public. » |56|

La capacité de nuisance des banques est colossale. Pour celles et ceux qui croient encore sincèrement qu’une autre banque capitaliste est possible, il est temps d’ouvrir les yeux et de prendre conscience qu’il s’agit d’une chimère. Il est nécessaire de retirer l’intégralité du secteur bancaire des mains des capitalistes (sans leur verser d’indemnités) et d’en faire un service public contrôlé par les utilisateurs, par les travailleuses et travailleurs du secteur, par les mouvements citoyens. |57| C’est le seul moyen de garantir le respect intégral des obligations d’un service public de l’épargne et du crédit visant le bien commun.

Dans la partie 6, seront passées en revue les nouvelles réglementations en matière bancaire.

Annexe : Évolution du cours des actions de 17 banques



 

Tableaux réalisés par Yvette Krolikowski (CADTM) – Sources Les échos et abcbourse

Notes

|1| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, Jean-Claude Lattès, Paris, 2007, p. 472.

|2| La première partie de la série, intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012 ; la seconde partie intitulée « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » a été publiée le 29 novembre 2012, voir http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a… ; la troisième partie intitulée « La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne » a été publiée le 23 décembre 2012, voirhttp://cadtm.org/La-plus-grande-off… ; la quatrième partie intitulée « Descente dans le milieu vicieux des banques » a été publiée le 14 janvier 2013, voir http://cadtm.org/Descente-dans-le-m…

|3| L’auteur remercie Olivier Chantry, Brigitte Ponet, Patrick Saurin et Damien Millet pour leurs conseils.

|4Financial Times, 27-28 octobre 2012.

|5| Ce prêt que la BCE a octroyé à 800 banques européennes pour un montant de 1000 milliards d’euros à 1% de taux d’intérêt et pour une période de 3 ans a été analysé dans la seconde partie de cette série sous le titre : « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » (publiée le 29 novembre 2012, voir http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a… )

|6| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, October 2012, Brussels. Erkki Liikanen est le gouverneur de la banque centrale de Finlande. Onze experts composaient un groupe de travail constitué par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme officiellement les turpitudes des banques, les risques ahurissants qu’elles ont pris pour faire un maximum de profit. Le groupe créé en février 2012 a remis son rapport en octobre 2012. Voir :http://ec.europa.eu/internal_market…
Les donnés concernant les besoins de financement au jour le jour proviennent du graph 2.5.1, p.27. Dans la suite de ce texte, ce document sera appelé le Rapport Liikanen.

|7| Les MMF ont été présentés dans la partie 4 de cette série.

|8| Voir « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées », publié le 29 novembre 2012,http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a…

|9| Rapport Liikanen, graph 2.4.1.

|10| Les actionnaires qui vendent des actions à leur banque transforment un titre de papier en argent liquide. Du point de vue fiscal, il est plus intéressant de percevoir un revenu en revendant une partie des actions qu’on détient que de percevoir un dividende.

|11http://www.profil.at/articles/0905/…

|12| Le montant de l’amende est élevé par rapport aux amendes habituelles payées par les banques mais en regard de ses actifs, HSBC, paie une aumône. La somme versée par HSBC aux autorités américaines représente moins d’un millième de ses actifs : 1.920.000.000$ (soit 1.443.000.000€) alors que ses actifs s’élèvent à 1.967.796.000.000 €.

|13| On reviendra sur cette question dans la partie 7 de cette série.

|14Financial Times, « Europe’s property loans unpaid », 4 décembre 2012, p. 23,http://www.ft.com/cms/s/0/2183f122-…

|15Financial Times, “Mortgage-backed securities make a comeback”, 15 octobre 2012,
http://www.ft.com/intl/cms/s/0/ee87…

|16Financial Times, 21 décembre 2011, p. 24

|17Financial Times, “Traders warn of sting in tail for crisis-era securities”, 15 November 2012, p. 24

|18| Il s’agissait également de réduire certains le poids de certains produits dans le volume total des actifs pour les remplacer par d’autres avec un meilleur rendement.

|19| Voir Gillian Tett, L’Or des fous, Paris, Le jardin des Livres, 2011.

|20Financial Times, « Banks test CDO-style finance for trade », 9 avril 2012.

|21| D’ailleurs, le volume des crédits bancaires aux ménages et aux entreprises a tendance à baisser ou à très faiblement augmenter. C’est lié au fait que les banques durcissent les conditions de prêts. Les banques préfèrent acheter des titres (même à haut risque) que d’ouvrir ou d’augmenter une ligne de crédit aux ménages et aux entreprises. Les petites et moyennes entreprises n’ont pas la possibilité d’émettre des obligations sur les marchés financiers, elles rencontrent donc de graves problèmes pour se financer.

|22| Voir notamment Financial Times, « Fears grow bond rush will turn to price rout », 22 novembre 2012 et Financial Times, “Funds warn of stretched European debt rally”, 17 octobre 2012.

|23| James Mackintosh, « Change would pop the corporate bond bubble », Financial Times, 25 novembre 2012. Voir également l’article mentionné plus haut.

|24| Collatéral : Actif transférable ou garantie apportée, servant de gage au remboursement d’un prêt dans le cas où le bénéficiaire de ce dernier ne pourrait pas satisfaire à ses obligations de paiement. Source : Banque de France.

|25| Voir Manmohan Singh, « Beware effects of weakening chains of collateral », Financial Times, 28 juin 2012.

|26Financial Times, « Collateral damage », 25 octobre 2012

|27| C’est d’ailleurs pourquoi la thèse centrale de ce texte consiste à dire qu’il faut à la fois répudier la dette publique illégitime et socialiser les banques. En réalisant cette double opération (et en prenant d’importantes mesures complémentaires), il est parfaitement possible de donner une issue positive à la crise.

|28| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 52

|29| Il s’agit des dettes du gouvernement britannique en possession des banques britanniques. Idem pour les autres pays.

|30| Rapport Liikanen, p. 77.

|31| Les commodities regroupent le marché des matières premières (produits agricoles, minerais, métaux et métaux précieux, pétrole, gaz…). Les commodities comme les autres actifs font l’objet de négociations permettant la détermination de leurs prix ainsi que leurs échanges sur des marchés au comptant, mais aussi sur des marchés dérivés.

|32| Glencore est une compagnie de négoce et courtage de matières premières fondée par le trader Marc Rich. Elle est basée en Suisse à Baar, dans le canton de Zoug, bien connu des fraudeurs de haut vol. Marc Rich a été poursuivi à plusieurs reprises pour corruption et évasion fiscale. En 2011, le groupe dit employer plus de 2 700 personnes affectées au marketing et 54 800 personnes (dans 30 pays) affectées directement ou indirectement aux opérations industrielles de Glencore. Selon les données disponibles, Glencore contrôlait en 2011 environ 60 % du zinc mondial, 50 % du cuivre, 30 % de l’aluminium, 25 % du charbon, 10 % des céréales et 3 % du pétrole. Cette société très controversée a reçu en 2008 le prix du Public Eye Awards de la multinationale la plus irresponsable. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Glencore. Glencore était en 2012 en pourparlers de fusion avec Xstrata, autre société suisse spécialisé dans le courtage. Voir http://affaires.lapresse.ca/economi…

|33Financial Times, « JPMorgan copper ETF plan would ‘wreak havoc’ », 24 mai 2012, p. 15

|34| Bien sûr, parmi les puissants protagonistes du marché des matières premières et des produits alimentaires, il faut ajouter les grandes entreprises spécialisées dans l’extraction, la production et la commercialisation des commodities : dans les minerais, Rio Tinto, BHP Billiton, Vale do Rio Doce ; dans le pétrole, ExxonMobil, BP, Shell, Chevron, Total… ; dans les aliments, Cargill, Nestlé… et bien d’autres.

|35| Le texte de cet encadré est largement extrait de : Eric Toussaint, « Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire », 9 octobre 2008, http://cadtm.org/Une-fois-encore-su…

|36| Notamment BNP Paribas, JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley et, jusqu’à leur disparition ou leur rachat, Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch.

|37| Les fonds souverains sont des institutions publiques qui appartiennent, à quelques exceptions près, à des pays émergents comme la Chine ou à des pays exportateurs de pétrole. Les premiers fonds souverains ont été créés dans la deuxième moitié du XXe siècle par des gouvernements qui souhaitaient mettre de côté une partie de leurs recettes d’exportation provenant du pétrole ou de produits manufacturés.

|38| Au niveau mondial, au début de l’année 2008, les investisseurs institutionnels disposaient de 130 000 milliards de dollars, les fonds souverains de 3 000 milliards de dollars et les hedge funds de 1 000 milliards de dollars.

|39| Testimony of Michael W.Masters, Managing Member/Portfolio Manager Masters Capital Management, LLC, before the Committee on Homeland Security and Governmental Affairs United States Senate http://hsgac.senate.gov/public/_fil…

|40| « You have ask the question “Are Institutional Investors contributing to food and energy price inflation ?” And my answer is “YES” ».

|41| « Assets allocated to commodity index trading strategies have risen from $13 billion at the end of 2003 to $260billion as of March 2008”.

|42| « En 2004, la valeur totale des contrats futurs concernant 25 biens primaires s’élevait seulement à 180 milliards de dollars. A comparer avec le marché mondial des actions qui représentait 44.000 milliards, ou plus de 240 fois plus. ». Michael W. Masters indique que cette année-là, les investisseurs institutionnels ont investi 25 milliards de dollars dans le marché des futurs, ce qui représentait 14% du marché. Il montre qu’au cours du premier trimestre 2008, les investisseurs institutionnels ont augmenté très fortement leur investissement dans ce marché : 55 milliards en 52 jours ouvrables. De quoi faire exploser les prix !

|43| Voir Testimony of Michael Greenberger, Law School Professor, University of Maryland, before the US Senate Committee regarding “Energy Market Manipulation and Federal Enforcement Regimes”, 3 juin 2008, p. 22.

|44| Jacques Berthelot, « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux », 15 juillet 2008, p. 51 à 56. En ligne : www.cadtm.org/spip.php ?artic…

|45http://www.lalibre.be/index.php?vie…

|46| Paul Jorion, « Le suicide de la finance », Le Monde, 9 octobre 2012.

|47http://www.nanex.net/20100506/Flash…

|48| Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Transa…

|49| Le FDIC et la SEC des Etats-Unis ont produit un rapport détaillé du « Flash Crash » du 6 mai 2010 : « Findings Regarding the Market Events of May 6, 2010 »,http://www.sec.gov/news/studies/201…

|50| Voir p. 42 : http://www.banque-france.fr/fileadm…

|51| Fédération bancaire française (FBF), Rapport d’activités 2010, Paris, 2011.

|52| La question des Credit Default Swaps (CDS) sera abordée dans la partie 6. Elle a par ailleurs été abordée de manière assez détaillée dans Eric Toussaint, « CDS et agences de notation : fauteurs de risques et de déstabilisation », publié le 23 septembre 2011, http://cadtm.org/CDS-et-agences-de-…

|53| Voici la définition de l’effet de levier par la Banque de France : L’effet de levier mesure l’effet d’un recours plus ou moins important à l’endettement sur la rentabilité financière, pour une rentabilité économique donnée. En acceptant un recours à l’endettement, les actionnaires d’une entreprise ou d’une institution financière s’attendent à un retour encore plus important en bénéfice en raison du risque supplémentaire pris. Voir p. 112 : http://www.banque-france.fr/fileadm…

|54| Fonds propres : Capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source :http://www.lesclesdelabanque.fr/Web…
Les Fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices mis en réserve.

|55IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 31

|56| Karl MARX, 1867, Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, chapitre 31.

|57| Comme indiqué dans la partie 4, un secteur bancaire coopératif de petite taille devrait coexister avec le secteur public.

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

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La crise malienne est-elle en train d’être réglée ou bien va-t-elle perdurer ? Quelles sont ses origines ? Quels sont les acteurs de l’ombre et à qui obéissent les prétendus groupes «islamistes » et «séparatistes» qui s’apparentent beaucoup plus à des mercenaires qu’à des rebelles de conviction et de principes, aussi faux et archaïques soient-ils ? Pourquoi l’Azawad est un mensonge, une mystification et surtout une construction coloniale ? Comment a fonctionné le scénario qui a permis à ces mercenaires de s’installer au Mali ? Avec quels moyens et soutiens ? Pourquoi le Mali ne pouvait pas se défendre ? Comment il en a été empêché avant et après un mystérieux coup d’Etat ? Dans ce conflit, l’Algérie a-t-elle été à la hauteur pour défendre ses intérêts et sa profondeur stratégique ? Un Sahelistan est-il possible et quels ingrédients lui faut-il ? Lorsque le terrorisme est utilisé comme outil de politique étrangère par des Etats, cela s’appelle guerre par procuration. Cette guerre a aussi été livrée à l’Algérie, sur le sol algérien, à In Aménas… Des réponses et des tentatives d’approche sur une crise face à laquelle l’Algérie ne peut se contenter de fermer ses frontières pour se croire à l’abri.

Personne ne s’intéresse au Mali, mais lorsqu’on y découvre du pétrole tout le monde arrive… Les «Printemps arabes» sont le déclencheur d’une stratégie globale de restructuration de la planète, et ces pseudo-révolutions concoctées entre Washington et la base d’El Oudeïd, au Qatar, en coordination avec des services arabes, s’inscrivent dans un plan dont la crise malienne fait partie. Il s’agit d’un même programme, ce fameux Grand Moyen-Orient (GMO) révélé par George Bush après «l’attentat» du 11 septembre 2011, et qui vise à chambouler les frontières héritées du partage de Sykes-Picot pour des considérations économiques et géostratégiques au profit de l’Occident. Lorsqu’on parle de stratégie impérialiste de cette envergure, on prête parfois à rire et ceux qui en rient ignorent que la Nasa, qui dépend de la Maison-Blanche, planifie des programmes spatiaux qui n’auront lieu que dans 20 ans mais sur lesquels des dizaines d’entreprises et de savants travaillent déjà. Ce sont les politiques qui permettent à ces programmes de se faire, et ils sont aussi capables de réfléchir sur le long terme aux ressources nécessaires à leur exécution et au maintien du niveau de vie des Américains, ce paramètre fondamental de la politique extérieure américaine. Le think tank qui a imposé les projets militaires de George Bush (guerres d’Afghanistan et d’Irak) s’appelle «Projet pour un nouveau siècle américain» et comprend de nombreux décideurs, chercheurs, théoriciens et chefs d’entreprise dont Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Armitage et Dick Cheney… Le remodelage du monde musulman est une idée ancienne qui a pris forme juste après la fin du bloc communiste, l’Amérique voulant immédiatement rentabiliser à son avantage la conjoncture favorable de l’ordre unipolaire à peine naissant. En effet, le 11 septembre 1990, à la veille de l’attaque contre l’Irak, le président George H. W. Bush a révélé les grandes lignes du nouveau projet impérialiste américain : «Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le Golfe persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix.» Quelques mois après, il envahira l’Irak, rendant effectif ce qu’on appellera le Nouvel ordre mondial (NOM). Son fils, George W. Bush, celui qui présidait aux destinées des USA lors de «l’attentat» du 11 septembre 2001, a dit : «La lutte contre le terrorisme a commencé et elle va durer longtemps. (…) C’est la première guerre du XXIe siècle.» Il n’a d’ailleurs pas dit la guerre, mais la «première guerre», laissant entendre qu’il y en aurait d’autres. Cela montre que l’invasion de l’Afghanistan (novembre 2001) et celle de l’Irak (20 mars 2003) étaient déjà planifiées, sous de faux prétextes : l’une pour «l’élimination» ou «l’arrestation» de Ben Laden, et l’autre pour détruire les «armes de destruction massive» de Saddam Hussein. Bush junior affine donc le concept du NOM, qui deviendra le Grand Moyen- Orient (GMO), dont la stratégie et les desseins sont identiques et visent la colonisation permanente ou momentanée de certains pays musulmans et arabes, et/ou la refondation de leurs frontières pour piller leurs richesses et les empêcher d’avancer sur tous les plans. D’ailleurs, douze ans après l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, au lieu d’éliminer Al-Qaïda, l’intervention étatsunienne en a fait un fléau international et mis ces pays sur les genoux. Obama sera le continuateur de cette politique militaire dépensière imposée par le complexe militaro-industriel aux républicains comme aux démocrates.

Les desseins impérialistes de l’Occident

C’est Obama – pas George Bush – qui dira en juin 2010, à quelques mois des «Printemps arabes» : «Dans ce monde incertain, le temps est venu pour un nouveau commencement, une nouvelle aube de leadership américain.» Et d’ajouter : «Notre puissance économique doit soutenir notre force militaire, notre influence diplomatique et notre leadership mondial. Voilà pourquoi je construirai une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar.» Cette «armée du XXIe siècle » vise donc clairement le monde musulman, car il cite deux villes musulmanes, ce qui inscrit donc son programme belliqueux dans le GMO. Par «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», il entend une alliance stratégique et fondamentale avec des Etats-valets comme le Qatar, l’Arabie Saoudite et les nouveaux gouvernements issus des «Printemps arabes» qui s’acharnent déjà à détruire d’autres peuples arabes et à écraser le dernier des raïs digne de ce nom. Ce partenariat est en action, de manière foudroyante : plusieurs présidents déchus en l’espace d’une année, plusieurs crises nouvelles dans le monde arabe et, pour finir, un Sahelistan qui prend forme dans plusieurs régions, à nos frontières. Jamais le monde musulman n’a vécu des crises aussi graves et destructrices, autant de divisions et de partitions. L’invasion du Nord-Mali et l’attentat d’In Amenas s’inscrivent dans cette logique bien ficelée jusqu’au dernier détail. Notre propos vise à prouver qu’au Mali il ne s’agit pas de terrorisme mais de terrorisme d’Etat, les mercenaires employés pour ce dessein ne sont que des tentacules d’une même pieuvre, qu’ils prétendent agir au nom de l’Islam ou au nom de l’Azawad. La crise malienne s’inscrit dans une vision géostratégique impérialiste avec une aire géographique précise qui cadre avec la théorie huntingtonienne du «Clash des civilisations» et dont le but est la mainmise sur des ressources, l’extension et la domination mais aussi l’octroi de budgets faramineux aux entreprises du complexe militaro- industriel, entre autres. Cet impérialisme et ce bellicisme américains – en contradiction avec la Constitution du pays – est induit par un budget immense consacré à la défense, un budget par essence belliciste, qui ne s’explique que par une volonté de guerre permanente. Lorsqu’on sait que 70% de ce budget va aux entreprises privées, on comprend qui commande en Amérique et qui commandite les guerres menées par l’Amérique, «au nom de la justice» et même «au nom du Christ» comme l’a prétendu George Bush junior. Notre étude sur le Mali n’apparente pas le terrorisme et l’islamisme qui le soustend à une idéologie mais à un mercenariat de groupes qui travaillent pour des forces étrangères. Dès lors qu’il tue et terrorise et viserait à instaurer une dictature fasciste, «l’islamisme» n’est donc pas une idéologie mais un crime, pour paraphraser Bertolt Brecht qui disait que «le nazisme n’est pas une idéologie mais un crime». Elle s’articule sur des faits, mais aussi sur les données avancées dans de nombreux livres et études sur le terrorisme, essentiellement d’auteurs progressistes américains. C’est en partant du point de vue – démontré par plusieurs auteurs et que nous alimenterons par notre analyse – que le terrorisme dit «islamiste» est, premièrement, une fabrication américaine qui ne sert que les intérêts occidentaux, avec le soutien et la bénédiction de supplétifs et, deuxièmement, que l’alliance qui a permis de faire sortir les Russes d’Afghanistan et de détruire le bloc communiste est non seulement en vigueur mais plus solide et puissante que jamais. Aujourd’hui, cette stratégie ne vise plus un seul pays mais plusieurs à la fois, depuis que les «Printemps arabes» ont enclenché le passage de ce plan impérialiste à une vitesse supérieure.

La misère de la zone franc

Au-delà de la présente phrase, nous n’emploierons qu’entre guillemets et très rarement les termes fallacieux de «terrorisme islamiste», de «djihadistes », d’«islamistes» ou «d’islamisme» car cette terminologie et sa propagation relèvent de la stratégie qui nourrit les fléaux qu’ils couvrent : tous ces termes sont inadéquats car il ne s’agit pas de combattants au nom de l’Islam ni même d’un Islam perverti mais de mercenaires sans principes, sans attaches ni programme ni but. Ils ne servent pas leurs intérêts propres mais ceux de l’Occident, de manière consciente et préméditée. Ces mercenaires sont les harkis des temps modernes, et comme les harkis n’ont pas d’idéologie, les terroristes se prétendant de l’Islam n’en ont pas. Aucun musulman et aucun savant musulman ne peut ignorer que «vouloir créer un Etat musulman, c’est sacraliser le pouvoir», comme le résume le mufti de la république syrienne, cheikh Badr El-Dine Hassoun qui considère que l’Etat en terre d’Islam ne peut être que laïc et séculier pour que des hommes ne monopolisent pas les Choses d’Allah, qui sont censées appartenir à tous. Et ce, ajoute un autre imam syrien, Mohamed Saïd Ramadan Al-Bouti, pour que le savant musulman et la théologie musulmane ne soient pas prisonniers de potentats se prétendant de l’Islam comme l’ont montré les dictatures saoudiennes et celles des rois Hassen II du Maroc et Hussein de Jordanie… La dette malienne s’élevait à 3,19 milliards de dollars en 2012, ce qui est énorme pour un pays qui ne vit que de la vente du coton, d’élevage et d’agriculture. Comment satisfaire les besoins d’une population de 14 millions d’habitants avec un budget de l’Etat de 150 millions d’euros (année 2012), soit à peine la moitié du budget du ministère algérien de la Culture ? La France détient 25% de cette dette et le Qatar, 4%. Les créanciers refusent de passer l’éponge, ce qui oblige le Mali à accepter, en 1992, un plan d’ajustement structurel (libéralisation des prix, ouverture du marché, vente des terres agricoles aux Français) qui, au lieu de relancer la croissance, a rendu le pays plus vulnérable et dépendant de l’extérieur, avec un appauvrissaient plus grand. 72,8% des Maliens vivent avec moins d’un dollar par jour. La misère ne fait que grandir mais les créanciers restent de glace. Pis : le 11 janvier 1994, la France décide de dévaluer le franc CFA de 50% par rapport au franc français, car le Mali fait partie de la zone franc comme quatorze autres Etats africains et des îles du Pacifique. Cette dévaluation met le peuple malien à genoux : la descente aux enfers peut commencer, et le plan se resserrer. Heureusement, Kadhafi offre des milliers d’emplois aux Maliens, y compris au sein de son armée. Mais lorsqu’il propose au Mali et à d’autres pays de sortir de la zone franc pour préparer la création d’une nouvelle monnaie africaine, de gros problèmes commencent pour les Maliens et Libyens. Les problèmes maliens sont aussi liés au refus du président Amadou Toumani Touré (ATT) d’offrir à la France une base militaire au Mali, base destinée à contrecarrer l’influence libyenne, chinoise, russe et américaine dans sa zone d’influence historique. Les militaires français ont été chassés du Sénégal et doivent bientôt déguerpir du Tchad : la crise malienne va-t-elle empêcher cela et servir à renforcer le prestige d’une France-civilisée-libératrice-des-nationsdu- terrorisme-barbare ? La «menace» terroriste marche à tous les coups, y a qu’à voir l’augmentation exponentielle des ventes d’armes à travers le monde et la prolifération de bases militaires américaines. ATT aurait aussi voulu écarter la France (Total) de l’exploitation des gisements de pétrole qui ont récemment été découverts… au Nord-Mali, au sud de la wilaya algérienne d’Adrar. Le pétrole est dans le ventre de la terre mais par-dessus, c’est la misère. Le remboursement de la dette et l’ajustement structurel imposé par le FMI ont mis le Mali à genoux : il n’avait même pas de quoi acheter des munitions pour ses soldats : c’est ce qu’a dit le président ATT ! D’ailleurs, déjà en 2010, selon un câble de Wikileaks(1), le brigadier général marocain Abdellah Hamdoun, directeur de l’Intelligence marocaine, informait les Etats-Unis que le Mali manquait de moyens pour contrer Aqmi…

Ali El Hadj Tahar

 

1.http://wikileaks.org/cable/2010/01/10RABAT5.html

à suivre…

Publié sur Le Soir d’Algérie


Mardi soir, le gouvernement grec a imposé la loi martiale contre les marins des ferries en grève en mobilisant la police pour briser leurs piquets de grève. Les travailleurs avaient débrayé pour protester contre les suppressions d’emplois et les réductions de salaires ainsi que pour revendiquer le versement de salaires impayés. Cela fait des mois que certains d’entre eux ne reçoivent pas de salaire.

La grève a suspendu le transport maritime entre le continent et les nombreuses îles du pays, provoquant des pénuries alimentaires dans les îles plus petites qui n’ont pas d’aéroport.

Les équipages des ferries ont arrêté le travail jeudi dernier, 31 janvier. Le débrayage n’était initialement prévu que pour 48 heures, mais il a été reconduit pour trois fois 48 heures avant d’être brisé par le gouvernement.

Le gouvernement de coalition mené par Nouvelle Démocratie et qui regroupe aussi le PASOK (social-démocrate) et la Gauche démocratique, a invoqué tard mardi soir les pouvoirs d’urgence sous la forme d’une « mobilisation civile, » en enrôlant formellement les travailleurs des ferries dans l’armée et en leur ordonnant de reprendre le travail. Les travailleurs qui défient cet ordre sont passibles de peines de prison allant jusqu’à cinq ans.

Mercredi matin, la police a occupé le grand port du Pirée pour empêcher que les travailleurs ne tentent d’empêcher les briseurs de grève d’entrer.

Le syndicat des marins grecs (PNO) a réagi à l’imposition de la loi martiale en mettant immédiatement fin à la grève. Les deux principales confédérations syndicales grecques, l’ADEDY (Union des fonctionnaires) et la GSEE (Confédération générale des Travailleurs de Grèce) ont appelé mercredi à des grèves de solidarité dans la région d’Attica, qui comprend à la fois Athènes et le Pirée.

Les grèves de solidarité ont toutefois été strictement limitées. Les bus et les trams ne sont restés que quatre heures au dépôt et pratiquement aucun autre mouvement de grève n’a eu lieu dans les services publics. Mercredi à midi, des milliers de travailleurs se sont rassemblés au Pirée pour manifester contre l’action du gouvernement. Les manifestants ont défilé du port vers le ministère de la Marine.

L’imposition de la loi martiale contre les marins grévistes est survenue deux semaines à peine après que des mesures de loi martiales ont été prises pour briser une grève des travailleurs du métro d’Athènes. L’Etat grec a de fait décrété, en violation des droits démocratiques, une interdiction d’organiser la moindre grève efficace. Il viole aussi les lois internationales qui n’autorisent les travaux forcés que dans un cadre bien défini.

L’abolition du droit de grève et la criminalisation des travailleurs en grève rappelle les conditions d’Etat policier qui étaient en vigueur sous le régime fasciste des colonels, il y a une quarantaine d’années.

Depuis que l’Union européenne a commencé à dicter des mesures d’austérité à la Grèce, le gouvernement grec a recouru à la loi martiale à quatre occasions distinctes pour obliger les travailleurs en grève à reprendre le travail. La loi martiale a été invoquée en 2010 contre les chauffeurs routiers en grève, en 2011 contre les éboueurs et, ce mois-ci, contre les travailleurs du métro et les travailleurs des ferries.

Dès que des travailleurs cherchent à engager un mouvement de grève qui dépasse les protestations symboliques des syndicats et qui ait un impact sérieux sur les intérêts patronaux, ils sont contraints par l’Etat de retourner au travail. Toute forme efficace de résistance collective contre les mesures d’austérité, qui ont déjà coûté des dizaines de milliers d’emplois et réduit les salaires et les retraites, a été officiellement déclarée illégale non seulement par le parti droitier Nouvelle Démocratie mais aussi par le PASOK et la Gauche démocratique (DIMAR), une scission de SYRIZA (Coalition de la Gauche radicale.)

La quasi abolition du droit de grève va de pair avec une brutalité policière grandissante et la prolifération de méthodes d’Etat policier. La semaine passée, l’on a appris que quatre voleurs présumés ayant un passé anarchiste avaient été, après leur arrestation, férocement passés à tabac par la police. L’année dernière, il avait été révélé que la police avait traité de la même manière des manifestants antifascistes. Tout le monde sait qu’un grand nombre de policiers sont des membres ou des partisans du parti fasciste Aube dorée (Chrysi Avgi).

L’atteinte au droit de grève en Grèce est appliquée en collaboration et avec le soutien des autres gouvernements européens et institutions de l’UE. La soi-disant « troïka » , le Fonds monétaire International (FMI), la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE), supervise chaque mesure prise par le gouvernement grec et elle a envoyé des observateurs pour contrôler certains ministères en particulier. Durant une visite à Berlin en début d’année, le premier ministre grec Antonis Samaras (ND) s’était entretenu avec la chancelière allemande Angela Merkel qui lui avait très clairement signifié qu’il ne pouvait y avoir de ralentissement dans l’imposition des coupes sociales.

Après avoir plongé la population grecque dans la misère sociale afin de répondre aux exigences des banques et des spéculateurs, l’Etat grec recourt à présent à la répression pure et dure pour étouffer l’opposition de la classe ouvrière. Mais la Grèce d’aujourd’hui est le visage de l’Europe de demain. Tout comme la Grèce est aujourd’hui la référence pour la propagation des mesures d’austérité au continent entier, de la même manière son tournant vers des méthodes d’Etat policier sera imité par les gouvernements d’Europe.

Les syndicats en Grèce et partout en Europe jouent un rôle indispensable dans l’imposition de ces attaques. Sans les efforts incessants entrepris par les syndicats grecs pour briser et saper la résistance des travailleurs contre l’austérité, le gouvernement instable de Samaras serait incapable de survivre.

Les syndicats européens soutiennent soit tacitement soit ouvertement les attaques menées contre les travailleur, de même qu’ils collaborent pour perpétrer des attaques contre les travailleurs dans leurs propres pays. Ils ne mènent aucune campagne sérieuse contre la criminalisation de fait des grèves.

Une porte-parole de la Confédération européenne des Syndicats (ETUC), Emanuela Bonacina, a dit au World Socialist Web Site que son organisation n’avait aucun plan d’action pour défendre les travailleurs des ferries grecs ou pour s’opposer aux assauts lancés contre les droits démocratiques en Grèce. Cette question n’avait même pas fait l’objet de discussions. Une réponse tout aussi méprisante a été donnée par le service de presse de la Fédération des syndicats allemands (Deutscher Gewerkschaftsbund, DGB).

La Fédération internationale des ouvriers du Transport (ITF), dont le PNO est un membre, a limité sa réponse à l’envoi d’une note de protestation à l’adresse de Samaras. Son porte-parole, Sam Dawson, a dit au WSWS : « Le PNO nous a demandé d’intervenir directement auprès du gouvernement, ce que nous avons fait. S’ils ont besoin de davantage d’aide, ils savent qu’ils peuvent compter sur l’ITF. »

En Grèce, c’est à l’aide d’une poignée d’actions symboliques que les syndicats cherchent à contenir la colère des travailleurs à l’égard des agissements du gouvernement. Après la répression, le mois dernier, de la grève des travailleurs du métro, ils ont organisé quelques petites actions de solidarité auxquelles ils ont rapidement mis fin pour ne pas mettre en péril le gouvernement. Les actions entreprises mercredi étaient du même type.

Les syndicats jouissent du soutien crucial de groupes pseudo-gauches tels SYRIZA et le Parti communiste grec (KKE). Le président de SYRIZA, Alexis Tsipras, s’est rendu dernièrement à Berlin et à Washington pour rassurer les gouvernements américain et allemand que son parti ne représentait nullement un danger et pour garantir le remboursement de la dette grecque. Tsipras a, à plusieurs reprises, souligné que SYRIZA n’avait aucune intention de renverser le gouvernement ni de contraindre Samaras à démissionner.

La présidente du KKE, Aleka Papariga, a défilé en tête de la manifestation au Pirée en appelant à la solidarité avec les travailleurs des ferries. Dans le même temps, la propre fédération syndicale du KKE, le PAME, qui jouit de la plus forte représentation au sein du PNO, a joué un rôle primordial dans l’annulation de la grève.

Christoph Dreier

Article original, WSWS, paru le 7 février 2013

Idle No More appelle à la mobilisation : manifestation à Montréal

février 8th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Idle No More Québec (Fini l’inertie) invite la population et les organismes à participer à une manifestation à Montréal le dimanche 10 février 2013, à 13h, au Square Phillips, en appui aux peuples autochtones contre les politiques fédérales conservatrices, telles que les lois omnibus C-45 et C-38.

Ces lois à caractère antidémocratique apportent des changements majeurs en ce qui concerne les droits humains, les droits autochtones et les droits environnementaux.

Cette manifestation se veut pacifique, festive et familiale. Elle souligne également le 250ème anniversaire du Traité de Paris, qui a mené à laProclamation Royale de 1763, qui reconnait les droits autochtones liés au territoire.

Au cours des dernières semaines, de nombreux organismes ont continué à donner officiellement leur appui au mouvement autochtone Idle No More, tels que la Coalition pour les droits des peuples autochtones composée entre autres d’Amnistie internationale Canada francophone, la Ligue des droits et libertés, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador ainsi que Femmes Autochtones du Québec.

Rappelons également que le Salon des Ressources Naturelles aura lieu à Montréal les 8 et 9 février et que plusieurs communautés autochtones du Québec manifestent déjà leur mécontentement face aux politiques provinciales d’exploitation des ressources naturelles sous la forme du projet Le Nord pour tous (anciennement appelé le Plan Nord).

Idle No More Québec (Fini l’inertie) lance cet appel à la solidarité pour vous inviter à manifester publiquement et à vous joindre à nous!

QUAND : Manifestation Idle No More à Montréal – Le dimanche 10 février 2013 à 13h
OÙ : 
Square Phillips, 585 rue Ste-Catherine Ouest, Montréal (en face du magasin La Baie)

(près de la station de métro McGill)

COMMENT : Venez avec amis et famille et apportez tambours, hochets, jingle dress, plumes rouges!
L’événement Facebook: 
https://www.facebook.com/events/574836705877414/

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 Au matin du Mercredi 06/02/2013, l’assassinat de M. Chokri Belaïd, 49 ans, leader de l’opposition tunisienne, déchaîne la colère des Tunisiens et pourrait bien bouleverser l’échiquier politique du pays [1]. M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères condamne cet assassinat. Écoutons-le, avant d’écouter M. Chokri Belaid [qu’il repose en paix] ou d’en lire la traduction juste après. Plus que jamais, le proverbe qui dit « Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge » est de circonstance, autant pour les Tunisiens que pour les Syriens ! [NdT].

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 M. Laurent Fabius

« La Révolution au départ, c’était une lutte pour la dignité, pour la liberté. Et maintenant c’est la violence qui s’installe. Donc, moi je veux condamner de façon extraordinairement ferme ce qui s’est passé en Tunisie – qui est un assassinat politique – apporter mon soutien et le soutien de la France à ceux qui veulent faire arrêter la violence, et dire qu’on ne peut pas laisser se développer l’obscurantisme et la violence. Donc, les Tunisiens, ce sont nos amis, nos frères, nos cousins. Oui, en tout cas… oui, oui, oui, c’est l’obscurantisme qui a tué. Parce que Chokri Belaid était un opposant. C’était un laïc. C’était un avocat. Il avait été menacé, et je ne sais pas qui est à l’origine de cet assassinat. Mais la violence, il faut la rejeter. On ne peut l’accepter nulle part, notamment pas en Tunisie. On ne peut pas accepter ça. Donc, j’espère vraiment que les Tunisiens vont se ressaisir. Le pouvoir tunisien est divisé, il est divisé. Il est divisé parce que vous avez trois composantes. Et puis, il y a l’adoption d’une Constitution qui n’arrive pas à se faire. Alors, le Premier ministre a décidé de changer le gouvernement d’après ce que je comprends, d’aller aux élections ; s’il y a des élections. Il faut que les Tunisiens s’expriment.»

Laurent Fabius

06/02/2013

Texte original : Vidéo transcrite / Laurent Fabius condamne l’assassinat de Chokri Belaid

http://www.20minutes.fr/tv/afp-actus/62457-laurent-fabius-condamne-l-assassinat-de-chokri-belaid


C’est de nos enfants qu’il s’agit !

M. Chokri Belaid

Ce sont nos enfants et ils devraient rappeler à M. Ghannouchi sa propre jeunesse. Quand on ouvre nos lieux de cultes, nos mosquées légitimement édifiées pour adorer le Dieu unique… Quand à Tunis on « autorise des agents », à la solde de criminels US et de l’entité sioniste d’y pénétrer dans le but d’embrigader nos jeunes gens, avant de les « envoyer se faire tuer en Syrie » pour défendre un projet qui n’est pas le leur… Quand on laisse notre pays ouvert à ces voix venues de l’Orient ; ces voix prétendument pieuses, alors qu’elles n’appellent qu’à la « fitna » [sédition, révolte, émeute d’après Wikipédia] et aux illusions… Quand dans notre pays – le pays de Yadh Fadhel Ben Achour [2], le pays des réformes, du progrès, de la prestigieuse mosquée Zitouna [3] et de son université/ [4] - on laisse entrer ces tenants de la fitna et de l’ignorance… venus aussi des montagnes de Tora-Bora et d’ailleurs… Quand on les laisse prêcher la violence dans les mosquées et les universités de Tunis… s’adonner à la violence… s’accaparer les prières du Vendredi… prononcer leurs discours incendiaires pour inciter à la zizanie, aux assassinats, aux blasphèmes, à la discorde entre nous, et à la négation de notre identité tunisienne… on oublie qu’ils ne savent rien de la Tunisie !

Ils ne savent rien des valeurs de la Tunisie, vieille de 3000 ans. Ils ne savent rien de Mohammed ben Arafa al-Werghemmi [1316-1401] qui fut le premier à interdire l’esclavage. Les Américains et les Britanniques n’en savent rien ! Ils ne savent pas que cette région du monde a donné la première Constitution et la première Démocratie du temps de « Carthage ». Ils ne savent pas que la première Constitution du monde musulman et de la patrie arabe date de «  Ahd El-Aman » [Pacte de sécurité-1857] et que ce pays a fondé la première centrale syndicale sous la présidence de Mohamed Fadhel Ben Achour [1946]. Ils ne savent rien de rien !

Et les voici qui nous apportent les prêcheurs de la fitna et de l’ignorance, pour nous prendre nos enfants, leur laver le cerveau, les armer, les corrompre de leur argent ; jusqu’à ce que l’on découvre que c’est « une affaire montée par des Services du renseignement », pour la mise à exécution d’un projet US-sioniste ! Oui… « Le projet qui consiste à partager la Syrie » en de multiples petits états divisés sur des bases ethniques : un état pour les Sunnites, un état pour les Alaouites, un état pour les Druzes, un état pour les Chrétiens… Idem pour le Liban, etc. Où est-ce que tout cela nous mène ?

Cela nous mène à offrir une légitimité à l’entité sioniste en tant qu’État juif. L’État n’est plus que religieux ! Nous ne pouvons plus parler ni de patrie, ni d’union ! Nous ne sommes plus affiliés ni à la patrie, ni à la citoyenneté, ni à l’équité ! Nous ne sommes plus fidèles à nos pays ! Nous ne pouvons plus penser « Al dine lil’Lah wal watan lil’jamih » [La religion pour Dieu et la patrie pour tous] !

Observez où tout cela nous a déjà mené aujourd’hui. Observez notre jeunesse délibérément égarée ; le responsable de cet égarement étant « un gouvernement mêlé à certaines transactions », transactions qui sont la cause de la transformation des maisons de Dieu en lieux d’endoctrinement. Et, c’est notre peuple qui en paie les frais aujourd’hui ! De jeunes adolescents, sans éducation, sans savoir, et sans expérience. Il a suffi d’une « fatwa » lancée par un individu installé sous un « climatiseur » en Orient, en Arabie saoudite, ou au Qatar, capitale de la normalisation avec l’entité sioniste, pour que nos enfants, la chair de notre chair, aient à en payer les frais !

Chokri Belaid

Texte original : vidéo / Truth about Syria, publiée le 06/02/2013

شكري بلعيد و حديث غاية في الأهمية عن سورية

http://www.youtube.com/watch?v=ql4HxWHBEEU&fb_source=message

Vidéo transcrite et traduite de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1]Tunisie : le premier ministre va dissoudre le gouvernement

http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/06/01003-20130206ARTFIG00386-l-assassinat-d-un-opposant-attise-la-colere-en-tunisie.php

[2] Yadh Ben Achour

http://fr.wikipedia.org/wiki/Yadh_Ben_Achour

[3] Université de Zitouna

http://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_Zitouna

[4] Mohammed ben Arafa al-Werghemmi

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Arafa

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Le Centre National d’Education Sexuelle (CENESEX)

SL : Quand est-ce que le CENESEX a-t-il vu le jour ?

MCE : L’histoire du CENESEX remonte à 1972 lorsque la Fédération des Femmes Cubaines (FMC) a créé un groupe de travail destiné à évaluer les difficultés et recenser les discriminations dont étaient victimes les homosexuels et les lesbiennes.

Depuis 1976, ce groupe de travail a le statut de groupe assesseur auprès du Parlement cubain, créé la même année. Le but était d’influencer les législateurs sur ces questions. C’était une idée de ma mère Vilma Espín, fondatrice de la Fédération des Femmes Cubaines.

Il était difficile d’aborder à l’époque le thème de l’homosexualité. On abordait la thématique dans certains cours car l’Association américaine de Psychiatrie, en avance sur son temps, avait cessé de considérer l’homosexualité comme une pathologie en 1974. Il convient de rappeler que l’Organisation mondiale de la santé n’a cessé de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale qu’en 1990 !

SL : Quelle stratégie a mis en place le CENESEX ?

MCE : A partir du milieu des années 1970, le CENESEX a commencé à publier des ouvrages d’auteurs de l’Allemagne de l’Est, pays qui était également en avance sur cette question, afin de lutter contre les préjugés et les discriminations. L’un de ces livres L’homme et la femme dans l’intimité de Sigfred Schnabel, publié en 1979, a d’ailleurs été le best-seller de l’année et affirmait que l’homosexualité n’était pas une maladie. C’était la première fois qu’une plume scientifique démontrait à Cuba que l’homosexualité n’était pas une maladie.

Mais cette réalité ne convenait pas à beaucoup de gens. D’ailleurs, dans une seconde édition du livre, le chapitre en question fut supprimé. Ma mère était entrée dans une colère noire et je vous garantis que l’éditeur a sans doute passé le pire moment de sa vie. Il avait supprimé le chapitre de manière arbitraire, sans consultation. Homophobe, il ne supportait pas l’idée que l’homosexualité puisse être considérée comme quelque chose de naturel chez l’être humain, et de surcroît, par un scientifique de l’Allemagne de l’Est, communiste comme nous. Ma mère, qui s’était efforcée de trouver le financement nécessaire à la publication de l’ouvrage, avait vu son œuvre sabotée par le sectarisme et l’homophobie d’un individu, avec un pouvoir donné, incapable d’accepter l’idée que les homosexuels puissent bénéficier des mêmes droits que lui.

Le CENESEX a poursuivi ses efforts pour aborder le thème de l’homosexualité et débattre de la question sans tabou. En 1989, suivant le processus d’institutionnalisation débuté dans les années 1970, le CENESEX a été intégré au sein du Ministère de la Santé Publique, afin de pouvoir recevoir son budget de l’Etat, car la FMC est une organisation non gouvernementale.

SL : Les résistances étaient-elles fortes au niveau institutionnel ?

MCE : Les résistances étaient fortes. Au début des années 1990, lorsque nous avons sollicité le Ministère de l’Education pour débattre de cette question dans les écoles et les Universités, on nous a imposé un refus catégorique. En aucun cas, il n’était possible d’évoquer le thème de l’homosexualité avec les haut-fonctionnaires du Ministère de l’Education. Tout au plus ont-ils accepté de travailler sur le programme d’éducation sexuelle qui a été approuvé en 1996, grâce à notre persévérance. Nous avons établi un programme pour tous les niveaux, de la maternelle au lycée. A partir de ce document, le Ministère de l’Education a élaboré son propre programme.

SL : Quelle est la politique actuelle de l’Etat cubain vis-à-vis de la diversité sexuelle ?

MCE : Actuellement, grâce justement aux initiatives du CENESEX, les choses sont en train d’évoluer de manière positive. Nous sommes considérés comme une institution tertiaire de santé et nous sommes chargés des thèmes qui concernent sexualité ainsi que de conseiller le monde politique. Désormais, les droits des homosexuels et des personnes transgenres sont davantage pris en compte par le monde politique. Nous sommes partis du raisonnement suivant : ne rien faire pour les homosexuels était en soi un acte politique. Il fallait absolument mettre un terme à cela. Nous avons donc proposé que soit mise en place une politique explicite d’attention envers les homosexuels et une politique de lutte contre les discriminations dont ils sont victimes.

Grâce au dialogue permanent que nous avons maintenu avec les législateurs et le Parti Communiste, aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de la Révolution, a intégré dans les documents qui seront débattus à partir de janvier 2012 le thème de l’orientation sexuelle comme motif de discrimination générale contre laquelle il faut lutter et dont la presse doit débattre désormais sans tabou ni censure. Les homosexuels ne doivent plus être exclus de l’armée, des postes de direction, etc. Les homosexuels doivent pouvoir participer à la vie publique, comme tous les citoyens, sans discrimination aucune.

La lutte contre l’homophobie

SL : Comment s’exprime actuellement l’homophobie au sein de la société cubaine, aussi bien au niveau institutionnel que dans la vie quotidienne ?

MCE : Nous devons reconnaitre qu’il y a eu des changements positifs depuis la mise en place des Journées contre l’Homophobie qui se déroulent chaque 17 mai depuis 2007, suite à la proposition d’un militant français qui s’appelle Louis-Georges Tin. Il est également engagé contre le racisme et tout type de discrimination. Il a donc proposé que le 17 mai soit la Journée mondiale contre l’homophobie, car le 17 mai 1990, l’Organisation mondiale de la santé a cessé de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale, c’est-à-dire près de 20 ans après l’Association américaine de psychiatrie.

SL : En France, l’homosexualité a été dépénalisée en 1981.

MCE : A Cuba, ce processus de dépénalisation a été effectué en 1979. Mais, on n’a éliminé les dernières références discriminatoires du code pénal cubain qu’en 1997. La décision de l’OMS de 1990 a eu une importance symbolique très forte.

Au CENESEX, nous n’étions pas convaincus de l’impact des Gay Pride à Cuba. Nous pensions que cela allait être perçu comme quelque chose d’ostentatoire et d’agressif. Cela aurait été contreproductif et aurait provoqué davantage de rejet. Nous avons donc décidé de célébrer cette Journée en organisant plusieurs activités culturelles et de nombreux débats au centre de La Havane. L’initiative a été un succès.  L’année suivante, nous avons recherché des alliances auprès des institutions telles que le Ministère de la Culture. Le ministre Abel Prieto nous a suggéré l’idée d’effectuer une semaine d’activités au lieu d’un seul jour afin de toucher et de sensibiliser davantage la population.

SL : Ce fut une idée d’Abel Prieto ?

MCE : Effectivement. il a toujours été réceptif à cette problématique. Nous avons jugé l’idée excellente et l’avons mise en œuvre. Qu’un ministre de l’envergure de Prieto, qui est très apprécié par les milieux intellectuels et artistiques, nous fasse une telle suggestion, c’était inespéré. Nous avons donc bénéficié du soutien de l’Union nationale des écrivains et artistes cubains, l’UNEAC, ainsi que d’autres organismes.

En 2008, nous avons organisé la première Journée Internationale contre l’Homophobie, qui en réalité a duré une semaine. En 2009, nous l’avons faite à Santiago de Cuba, avec le soutien de toutes les autorités, aussi bien le Parti que le Ministère de l’Intérieur. Cela a été bénéfique à la société cubaine. Il y a davantage de débats sur ces questions au sein de la population. C’est notre objectif. Nous profitons de cela pour essayer d’investir le champ médiatique, la radio, la télévision et la presse écrite. Avant, il n’y avait pas de débat à ce sujet. Il y avait beaucoup d’hostilité dans le discours vis-à-vis des homosexuels. Nous avons noté un changement profond en ce qui concerne les attitudes et les préjugés. Mais il a encore beaucoup de travail à faire avec nos médias. Il est regrettable que la presse internationale médiatise plus nos activités que notre presse nationale.

SL : Désormais, il y a même des séries télévisées qui traitent de cette question.

MCE : Il y a d’abord eu Cara oculta a la luna qui a traité de cette question et qui a suscité le débat. Désormais, il y a plusieurs telenovelas qui traitent de la diversité sexuelle, qui est une réalité sociétale, de manière beaucoup plus franche et elles sont de grande qualité. Elles dignifient la figure de l’homosexuel et lui donnent la parole. Les premiers feuilletons traitant de ce sujet étaient de qualité plutôt médiocre. Désormais, ils sont extrêmement bien faits.

SL : Le CENESEX dispose désormais d’un espace d’expression beaucoup plus large.

MCE : Effectivement, mais il ne faut pas croire que cela a été facile. Nous avons dû batailler ferme pour avoir accès aux médias nationaux. Nous disposons également d’une revue de sexologie, dont nous publions trois numéros par an, et que nous distribuons dans les bibliothèques. Elle est tirée à 8 000 exemplaires. Quelque 2 000 exemplaires sont pour le ministère de l’Education, et nous en distribuons 6 000. Nous la faisons parvenir aux ministres, aux dirigeants du Parti ainsi qu’aux députés de l’Assemblée nationale, afin de les sensibiliser. Notre entreprise est couronnée de succès. Les derniers numéros sont également disponibles sur notre site Internet. Le Fonds de population des Nations unies finance l’impression. Tous nos collaborateurs sont des bénévoles et ne sont donc pas rémunérés pour leurs articles. Notre revue est fréquemment utilisée par des médecins et des chercheurs.

SL : L’impact est donc plutôt positif.

MCE : Oui, et c’est un motif de satisfaction, même si nous sommes conscients qu’il reste encore du travail à faire. Nous avons noté un changement depuis la célébration de la première Journée contre l’homophobie. Les critiques et les commentaires sont beaucoup moins virulents et les préjugés s’estompent peu à peu, même si nous ne sommes pas encore parvenus à les éliminer de façon définitive. La population s’approprie même le langage scientifique relatif à cette problématique et analyse le thème d’un point de vue différent.

SL : Le Cenesex dispose également d’un Conseil juridique.

MCE : Nous avons effectivement créé un Conseil juridique pour défendre les personnes victimes d’atteinte à leurs droits fondamentaux, en raison de leur orientation sexuelle. Nous leur offrons notre soutien et nous les accompagnons dans leurs démarches juridiques. Etant donné que nous ne disposons pas d’une antenne juridique dans chaque province, nous informons directement les juges municipaux, provinciaux et du Tribunal suprême, afin qu’ils s’occupent de ce type d’affaire.

SL : Quels sont les cas les plus fréquents d’expression homophobe ?

MCE : Les cas les plus fréquents qui parviennent à nos services sont des discriminations au sein du monde professionnel, avec une atteinte au droit du travail. Certains voient leur carrière ralentie ou stoppée en raison du comportement homophobe de leur hiérarchie. Il y a également des conflits familiaux. Certaines familles rejettent l’un des leurs en raison de son orientation sexuelle.

Il y a également une discrimination à l’égard des transsexuels de la part de la police. C’est un cas intéressant car nous avons pu évaluer notre efficacité à ce sujet. Il y avait beaucoup de harcèlement de la part des forces de l’ordre, avec des contrôles d’identité répétitifs, etc.

SL : Y a-t-il eu des cas de violence policière ?

MCE : Il n’y a pas eu de violence physique, car la police n’ose pas aller jusque là, mais un harcèlement constant, oui, et des arrestations arbitraires également. En effet, lors de la discussion souvent animée, la police brandissait l’argument de « l’outrage à fonctionnaire de police » et mettait la personne en garde à vue pendant quelques heures.

En 2004, nous avons commencé à nous occuper sérieusement de ce type de discrimination, suite à une réunion avec un groupe de travestis. Ensemble, nous avons donc mis en place une stratégie globale afin d’améliorer l’image de cette communauté. Nous avons travaillé sur la prévention du SIDA et nous les avons formés en tant que militants des droits sexuels. Nous avons présenté ce projet au Parti communiste, lequel a facilité le dialogue avec la police et tout a changé. Désormais, la police est beaucoup plus respectueuse.

SL : Que se passe-t-il quand le dialogue est infructueux ?

MCE : Dans ce cas, nous réglons nos différends devant les tribunaux. Le cas de Paquito par exemple a été porté en justice.

SL : De quoi s’agit-il ?

MCE : Paquito est un journaliste qui a été victime de discrimination de la part des forces de l’ordre et a porté l’affaire en justice. Il avait reçu une amende pour s’être donné rendez-vous avec son compagnon dans un parc et il avait été accusé d’exhibitionnisme. Le tribunal a finalement annulé l’amende.

SL : Toutes les affaires ont la même fin heureuse ?

MCE : Ce n’est pas toujours le cas. Le problème est que nous sommes tous égaux devant la loi, mais pas devant les juges. Nous avons eu un autre cas où la victime est tombée sur un juge de confession chrétienne qui a appliqué son homophobie religieuse et qui a été condamné.

SL : Justement, il y a également eu des tensions avec l’Eglise.

MCE : Comme la plupart des institutions religieuses, l’Eglise est très conservatrice vis-à-vis de la diversité sexuelle. Il y a eu des incompréhensions, mais je dois dire que là également, le Parti a facilité le dialogue et a calmé les esprits. Le Département des affaires religieuses du Parti a joué un rôle extrêmement positif.

SL : Et pour ce qui est de la presse nationale ?

MCE : Pour ce qui est de notre relation avec les médias, le Département idéologique du Parti a joué un rôle non négligeable dans l’obtention d’un espace d’expression au niveau national. Le dialogue est très fructueux et parvient à résoudre de nombreuses contradictions et incompréhensions.

SL : Rencontrez-vous des résistances au sein des institutions ?

MCE : Parfois oui, malheureusement. Notre Ministère des affaires étrangères souffre encore d’homophobie. Par exemple, nous avions appris que Cuba comptait s’abstenir lors du vote de décembre 2008 sur la résolution en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Nous sommes donc allés au Ministère pour dialoguer avec le ministre pour lui dire que la politique étrangère devait refléter la politique nationale. Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous. C’est essentiel. Nous avons reçu un nombre incalculable de courriers nous disant : « Comment est-ce possible que Cuba n’adhère pas à une telle résolution ? ». Et nous partagions leur indignation. Mais notre travail a porté ses fruits car Cuba a voté en faveur de la déclaration de la dépénalisation universelle de l’homosexualité en décembre 2008.

SL : Quelles sont les autres institutions qui font preuve de résistance ?

MCE : Il y a également beaucoup de résistance de la part du Ministère de l’éducation et du Ministère de la Justice. Néanmoins, nous avons signé un accord avec le Ministère de l’Enseignement supérieur pour réaliser un travail d’éducation sexuelle et de promotion de la santé sexuelle- qui inclut la problématique d’identité de genre et du droit à la diversité – dans toutes les universités du pays. Nous travaillons également dans les Ecoles de médecine et nous offrons une formation d’éducation sexuelle, basée sur les principes de l’Organisation mondiale de la santé à laquelle nous appartenons, et qui font partie des Objectif du Millénaire.

Nous aimerions également que la Fédération estudiantine universitaire (FEU) et l’Union des jeunes communistes (UJC) participent davantage à nos activités.

SL: Et le Ministère de l’Intérieur?

MCE : Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, notre relation est excellente avec le Ministère de l’Intérieur, comme elle l’est avec le Parti, qui a publiquement appelé à lutter contre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. C’est d’ailleurs le rôle du Parti d’être à l’avant-garde et de défendre les idées progressistes et émancipatrices. Nous avons également le soutien des gouvernements locaux.

SL : Quels sont vos principaux soutiens institutionnels ?

MCE : Le Ministère de la culture et le Ministère de la santé sont de grands alliés de notre cause, qui est une cause nationale, de tous les Cubains, et même universelle : celle des mêmes droits pour tous. Nous avons également le soutien de la Fédération des femmes cubaines, comme toujours, de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC), l’Union des juristes de Cuba, etc. Nous disposons également d’une meilleure relation avec le Ministère des affaires étrangères.

En revanche, nous pourrions renforcer nos liens avec le Ministère du Tourisme. Nous avons mis en place des cours d’éducation sexuelle, ainsi que des cours de prévention d’abus sexuel sur les mineurs. Au niveau des fonctionnaires, la réception est plutôt bonne. La résistance vient plutôt des dirigeants de ce ministère. On a même essayé de nous barrer la route, mais nous avons pu bénéficier du soutien des gouvernements locaux et les tentatives ont échoué, car le pouvoir est entre les mains de ces derniers et non entre celles du Ministère du Tourisme.

SL : A quel type d’obstacles en provenance du Ministère du Tourisme avez-vous fait face.

MCE : Par exemple, nous avions prévu une activité au Tropicana et nous nous sommes heurtés à l’hostilité du Ministère du Tourisme. Néanmoins, le secrétaire local du Parti ainsi que les élus locaux sont venus à la rescousse et l’activité a finalement eu lieu. L’échange a été très virulent et nous avons eu gain de cause.

SL : La société cubaine est-elle encore homophobe.

MCE : La société cubaine est toujours homophobe mais beaucoup moins qu’avant. Désormais, il est difficile de revendiquer son homophobie car cela est considéré comme une attitude réactionnaire, donc contre-révolutionnaire. L’homophobie n’est pas une question de génération mais de mentalité et de culture. Le dialogue et la réflexion sont fondamentaux pour lutter contre l’homophobie.

SL : Quels sont vos motifs de satisfaction ?

MCE : L’homophobie, si elle n’a pas complètement disparue, a beaucoup reculé dans notre pays. Nous avons reçu des témoignages magnifiques de familles qui avaient rejeté l’un des leurs en raison de son orientation sexuelle et qui ont fini par accepter sa diversité grâce à notre travail d’éducation. Nous avons également obtenu de nombreux témoignages de personnes homophobes qui ont réussi à se débarrasser de leurs préjugés, et qui expriment leurs regrets pour leur attitude passée et le mal qu’elles ont causé à autrui. Nous avons même des Cubains de l’émigration, des Etats-Unis et du Canada, qui viennent participer à nos activités et qui repartent avec une vision de Cuba complètement différente. Certains sont tellement surpris qu’ils m’ont déclaré que si le mariage homosexuel était légalisé, ils reviendraient s’installer à Cuba. Notre travail porte ses fruits et c’est une grande satisfaction.

A Santiago, lors de la journée nationale contre l’homophobie, l’accueil a été magnifique. Tout le monde s’est mis en quatre pour que cette fête soit un succès. Il y avait un monde fou à la conga. C’est un moment inoubliable.

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26927/mariela+castro+uma+nacao+socialista+deve+defender+a+igualdade+de+todos.shtml

 

Conversations avec Mariela Castro Espín

Mariela Castro Espín

L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine, 03 février 2013 (1/4)

«Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe» , 05 février 2013 (2/4)

 

Le phénomène transgenre et la Révolution cubaine, 11 février 2013 (4/4)

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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 «Quand le vieux lion se meurt, même les chiens ont du courage et lui arrachent les poils de sa moustache.»

Proverbe syrien

Un scoop incroyable  pourtant à eu lieu ! L’opposition syrienne serait prête à des discussions avec le pouvoir syrien en vue de fin de la crise qui dure depuis 22 mois. Pourquoi ce brusque revirement quand on sait que «l’opposition syrienne de l’extérieur» a toujours refusé de négocier avec Bachar Al Assad demandant au préalable son départ, voire son jugement ? Cette « opposition extérieure », – contrairement à l’opposition courageuse de l’intérieur qui ose braver le régime in situ pour des idéaux, de démocratie d’alternance de respect de la dignité humaine-  qui a jailli du néant véritable patchwork avec des tendances idéologiques à l’opposé l’une de l’autre : Jugez en plutôt : on y trouve des Syriens ayant fait leur vie en Occident , des anciens apparatchiks aigris de ne plus être dans le premier cercle . La première «opposition» constituée de Français-Syriens – bien introduits par les services français – bien intégrés dans la société syrienne tels que Borhan Ghalioun, professeur de sociologie – que nous avons connu plus inspiré dans ses écrits sur l’Islam Politique, de Basma Kodmani, fille d’un ambassadeur syrien en France – qui a cautionné le système  Al Assad pour les besoins de sa carrière et celle de sa fille  chercheuse au CNRS- , a été rapidement débordée par l’aile fondamentaliste.

Au fil des mois, plusieurs personnalités se sont succédé notamment un Chiite en vain. Le projet occidental qui avait programmé la chute du domino syrien – indispensable si on veut démolir ensuite l’Iran- était de fédérer des troupes aux antipodes les unes des autres. Le grand paradoxe de l’Occident c’est qu’il faut démolir le pouvoir en place en s’associant des salafistes comme ce fut le cas en Libye, comme c’est le cas en Syrie actuellement mais si la politique veut qu’on les combatte ailleurs, aucun état d’âme: On les poursuit sans répit au Mali bien qu’ils aient été chouchoutés en Libye à tel point qu’ils se sont servi dans le supermarché des armes dans une Libye chaotique après le lynchage de Kadhafi!

La médiation internationale dans la guerre en Syrie, menée depuis l’été dernier par le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, n’a pas donné pour le moment de résultats. MM.Ban et Brahimi ont relevé «l’absence d’une position internationale qui pourrait mener à une transition» politique, comme le prévoit l’accord de Genève de juin dernier.

La Syrie, une autre réalité

Quelle est la réalité du terrain? Deux visions: celle des médias occidentaux qui nous présentent une Syrie à feu et à sang en plein chaos, diabolisant le pouvoir en place, et l’autre plus sereine sur les rares images où l’on voit la vie suivre son cours malgré les problèmes, les voitures circulent, les gens vaquent à leurs occupations. Malgré les difficultés , l’embargo, les fonctionnaires travaillent, reçoivent leur pays dans un pays qui tente de rester debout

Lisons  à ce propos ce que décrit la journaliste La publication Anastasia Popova dans un documentaire diffusé sur la chaîne Russia 24:

«Nous sommes restés là-bas sept mois au total, à partir d’août 2011 alors que le pays n’était alors pas encore en guerre, jusqu’à maintenant et la guerre bat son plein. (…) Ce qui nous a frappés le plus lorsque nous sommes arrivés en août et ce, jusqu’en décembre, est la différence entre ce qu’on nous disait de la Syrie à l’extérieur du pays et ce qui se passait réellement à l’intérieur du pays. Parfois on atteignait l’absurdité la plus totale. Par exemple, nous recevions un appel de nos rédactions pour nous rendre dans tel ou tel square où une manifestation contre le gouvernement était réprimée par des blindés et l’artillerie: nous y allions et il ne s’y passait absolument rien, mis à part quelques piétons présents et un policier régulant la circulation.(1).

La Journaliste de Russia 24 explique la genèse de la tentative de déstabilisation  :

« Puis les provocations ont commencé, des gens furent tués pour leur appartenance religieuse. Cependant, le gouvernement répondait aux demandes de paix. Les lois furent modifiées. Une commission a été créée pour un dialogue national incluant presque tous les groupes d’opposition. Grâce au travail de cette commission et par référendum national, une nouvelle Constitution a été adoptée. Mais pour les principaux acteurs intéressés, ce n’était pas la fin de l’histoire. Ils ont réuni ce qui peut être nommé «l’opposition étrangère», composée surtout de gens qui avaient vécu en Europe depuis plus de 40 ans. Ils se sont donc tournés vers l’unique alternative qui leur était ouverte: renverser le gouvernement en place avec des armes. Ils ont commencé à opposer les confessions religieuses les unes contre les autres, et en même temps à envoyer des insurgés étrangers. On peut en lire la preuve dans le dernier rapport de l’ONU qui liste des gens armés de 29 pays différents qui se battent contre l’armée syrienne! (…) Ces armes sont tout d’abord envoyées vers la Turquie, puis données aux FSA par des officiers turcs à la frontière. Une journaliste libanaise a été témoin de cet échange et elle a essayé de le filmer mais elle a été arrêtée et détenue en Turquie 3 jours, et on lui a cassé sa caméra. (…) Par ailleurs, les États occidentaux fournissent de l’argent à l’opposition, qui est surtout composée d’étrangers ». (1)

« A cause de tout cela conclut elle, il est difficile de nommer ce qui se passe en Syrie guerre civile. Même s’ils ont réussi à diviser la population, et si dans certaines familles une partie se bat pour le gouvernement et l’autre est contre. Il est toujours facile d’attaquer le messager quand vous n’aimez pas le message. (…) Les gens lisent des rapports écrits depuis de confortables chambres d’hôtels au Liban, citant des informations non vérifiées d’activistes FSA ». (1)

Pour  l’une de ces activistes, la journaliste rapporte :

«Il n’y a pas eu de réels progrès sur les fronts et cela a affecté nos sponsors qui ne nous avaient pas envoyé de munitions… Même les gens en ont marre de nous. Nous étions des libérateurs mais maintenant ils nous dénoncent et manifestent contre nous.» (1)

Dans le même ordre de la manipulation des médias nous lisons sur le site du Grand Soir :

«A la veille de chaque réunion onusienne sur la Syrie, de chaque visite en Syrie d’un acteur majeur de la politique internationale ou de chaque revers militaire de la rébellion, soyez-en sûrs: un nouveau massacre de civils sera commis, médiatisé par la rébellion et imputé au régime de Damas. Ce fut le cas lors des massacres de Houla, de Treimsa et de Karm el-Zeitoun. L’exécution de près de 80 jeunes Syriens à Alep perpétrée en début de semaine semble être du même acabit. Il survient, en effet, au moment où le médiateur international, Lakhdar Brahimi, publiait son nouveau rapport sur la Syrie devant le Conseil de sécurité de l’ONU. (…) Les observateurs indépendants épinglent en effet de nombreuses mises en scène de massacres de «civils» où l’on voit des corps de «pro-gouvernementaux» alignés aux côtés de rebelles tués par l’armée, dans le but d’accréditer la thèse du prétendu «génocide» organisé par le régime. (2)

Comment alors expliquer que finalement l’Occident, malgré un forcing immoral des médias occidentaux, découvre finalement que c’est l’impasse? Et qu’il faille discuter  pour une transition –inter syrienne- ce que la Chine et la Russie n’ont cessé de proclamer. Dans ces conditions on peut comprendre le sens du  du  dernier scoop: « Les Américains soutiennent avec force la proposition de dialogue avec le régime «lancée par le chef de l’opposition syrienne Moaz Al-Khatib.»  Qui dit Américains implique le suivisme des vassaux.

Depuis la fin janvier en effet, Al-Khatib se dit prêt à dialoguer avec des représentants du régime «qui n’ont pas de sang sur les mains». Il a précisé le lundi 4 janvier qu’il souhaitait que le régime mandate le vice-président Farouk Al-Chareh. «Nous tendrons la main dans l’intérêt du peuple et pour aider le régime à partir en paix», a déclaré Al-Khatib à la chaîne Al Jazeera. «Je dis à Bachar Al Assad , regarde dans les yeux de tes enfants et essaie de trouver une solution ». « Nous nous entraiderons alors dans l’intérêt du peuple ».

Son initiative avait fait grincer des dents au sein de la coalition. Mais, dimanche 3 février, le porte-parole de cette dernière, Walid al-Bouni, a affirmé que «la majorité» de ce rassemblement soutenait cette voie. On se souvient. Dès octobre 2012, la Turquie avait suggéré une transition négociée avec Al-Chareh, réputé critique de la répression. Le chef de la coalition pose toutefois deux conditions préalables: la libération «des 160.000 personnes» détenues dans le cadre du soulèvement contre le régime et le renouvellement des passeports des Syriens de l’étranger – dont beaucoup ont quitté le pays de façon illégale – dans les ambassades afin qu’ils ne soient pas arrêtés à leur retour.

On se souvient pourtant  que le président Bachar Al Assad avait proposé, début janvier, un plan de sortie de crise prévoyant un dialogue national à Damas, catégoriquement refusé jusqu’ici par l’opposition qui pose comme condition sine qua non le départ de M.Assad. Mardi, l’opposition tolérée s’est dit prête à établir un processus politique de dialogue entre régime et opposition pour mettre en application l’accord de Genève qui prévoit une transition en Syrie. Mardi 4 février, le médiateur international Lakhdar Brahimi avait demandé au Conseil de sécurité d’agir d’urgence, dénonçant «l’horreur» de la guerre civile peu après la macabre découverte à Alep. Pékin a ainsi de nouveau appelé mercredi à un «dialogue national» que les autorités syriennes assurent organiser pour trouver une issue au conflit mais qui permettrait une transition entièrement contrôlée par le régime actuel et est donc rejetée par l’opposition et la communauté internationale. (3)

Un autre signe en faveur de la paix est que pour la première fois depuis 1979 l’Iran renoue avec l’Egypte. Ceci est intéressant car les deux présidents ont une vision différente du conflit syrien. Morsi veut le départ de Bachar Al Assad, l’Iran le soutient. M. Ahmadinejad, qui doit assister au 12e Sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) prévu mercredi et jeudi au Caire, a été accueilli au pied de la passerelle de l’avion par le chef d’Etat égyptien Les deux présidents ont eu un entretien à l’aéroport sur «les moyens de régler la crise syrienne pour mettre fin à l’effusion du sang, sans intervention militaire» et sur «les moyens de renforcer les relations entre l’Egypte et l’Iran». Par ailleurs, des responsables iraniens ont rencontré, ces derniers jours, pour la première fois le chef de l’opposition, ils ont d’ailleurs salué la proposition de dialogue de M. Khatib, emboîtant le pas à la Russie. Lundi, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a affirmé dans une interview que la guerre n’était «pas la solution» en Syrie. «Il ne doit pas y avoir de guerre confessionnelle en Syrie». Ce ballet diplomatique intervient alors que la population syrienne est épuisée par près de deux ans de tueries, de destructions et d’une terrible dégradation de la situation humanitaire. (4)

Qui est Moaz Al Khatib?

On apprend aussi, que pour la première fois le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov a rencontré samedi 2 février le chef de la coalition nationale de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz Al Khatib, en marge des travaux de la 49e conférence de Munich sur la sécurité.

 «La Russie a une certaine vision mais nous accueillons favorablement des négociations pour soulager la crise», a déclaré Ahmed Moaz Al Khatib à l’issue de l’entretien. Avant leur discussion, Sergueï Lavrov avait affirmé devant la conférence que l’insistance de Joe Biden à réclamer le départ du président syrien était contre-productive. (…) Le président syrien déclare vouloir poursuivre son mandat jusqu’à son terme en 2014 et insiste sur son droit à se représenter. (…) (5)

Thierry Meyssan nous en parle:

«Totalement inconnu du public international, il y a une semaine encore, Cheikh Moaz Al Khatib a été propulsé président de la coalition nationale syrienne, représentant l’opposition pro-occidentale au gouvernement de Damas. Décrit par une intense campagne de relations publiques comme une haute personnalité morale sans attaches partisanes ou économiques, il est en réalité membre des Frères musulmans et cadre de la compagnie pétrolière Shell. L’émiettement de l’opposition syrienne armée reflète les conflits entre les États qui tentent de «changer le régime» de Damas. On retiendra surtout le Conseil national (CNS), dit aussi Conseil d’Istanbul parce qu’il fut constitué là-bas. Il est tenu d’une main de fer par la Dgse française et financé par le Qatar. Enfin, l’Armée syrienne libre (ASL), principalement encadrée par la Turquie, regroupe la plupart des combattants. Si la création de la coalition nationale acte la reprise en main de l’opposition armée par Washington, elle ne règle pas la question de la représentativité. Rapidement, diverses composantes de l’ASL s’en sont désolidarisées. Surtout, la coalition exclut l’opposition hostile à la lutte armée, notamment la coordination nationale pour le changement démocratique d’Haytham Al Manna ».Le choix du cheikh Ahmad Moaz Al Khatib répond à une nécessité apparente: pour être reconnu par les combattants, il fallait que le président de la Coalition fut un religieux, mais pour être admis par les Occidentaux, certains médias en font déjà un leader «modèle» »(6).

«. Ainsi, poursuit Thierry Meyssan, décryptant les «méthodes américaines» de relooking un grand quotidien US le présente comme «un produit unique de sa culture, comme Aung San Suu Kyi en Birmanie». Voici le portrait qu’en dresse l’Agence France Presse (AFP): Né en 1960, cheikh Ahmad Moaz Al Khatib, «Cheikh Al Khatib est une figure de consensus qui bénéficie d’un véritable soutien populaire sur le terrain», souligne Khaled Al Zeini).».

La vérité est toute autre. En réalité, il n’y a aucune trace que cheikh Ahmad Moaz Al Khatib ait jamais étudié les relations internationales et la diplomatie, mais il a une formation d’ingénieur en géophysique et a travaillé six ans pour la Al Furat Petroleum Company (1985-91).(6)

« En 1992, il hérite de son père cheikh Mohammed Abu Al Faraj al-Khatib la prestigieuse charge de prêcheur de la Mosquée des Omeyyades. Il est rapidement relevé de ses fonctions et interdit de prêche dans toute la Syrie. En 2003-04, il revient en Syrie comme lobbyiste du groupe Shell lors de l’attribution des concessions pétrolières et gazières. Il revient à nouveau en Syrie début 2012 où il enflamme le quartier de Douma (banlieue de Damas). Arrêté, puis amnistié, il quitte le pays en juillet et s’installe au Caire. Sa famille est bien de tradition soufie, mais contrairement aux imputations de l’AFP, il est membre de la confrérie des Frères musulmans» (6)

En fait, quels que soient les fondements des «manoeuvres» de tout bord, il faut espérer que cette fois-ci, c’est le bout du tunnel pour le peuple syrien. Il est possible que la transition avec Farouk Echar’e vice-président pourra permettre un passage de témoin en douceur ; Al Assad ayant annoncé son départ en 2014. C’est le temps qu’il faut pour mettre en place de nouvelles élections  qui permettront ce faisant, l’avènement, il faut l’espérer de Syriennes et de Syriens aux commandes d’un pays rendu inutilement exsangue par les occidentaux ,mais qui ne tardera pas, s’il n’y a pas d’ingérence à s’auto-réparer, retrouver les équilibres interethniques et  inter-religieux qui ont mis des siècles à sédimenter

Une civilisation qui a vu naître l’enfance de l’humanité (Pensons à Ugarit) ne peut pas disparaître comme cela. Le reshaping du Moyen-Orient ne se fera pas comme prévu, la Syrie a été le grain de sable qui a bloqué la machine infernale du broyage des identités et des espérances. Bachar Al Assad a fait son temps, il devra partir au plus tard dans moins d’un an. Le moment est venu pour réconcilier les Syriens entre eux, tourner le dos aux manoeuvres de division et qu’enfin la paix règne dans cette région du Moyen Orient qui  chaque fois s’est réconciliée avec elle-même depuis le déclenchement des Croisades par un  certain pape Urbain II.

Cela commença, en effet, avec la destruction de Jérusalem et la mise à mort de ses habitants en juillet 1099.  Bien plus tard, ce fut le harcèlement de l’Empire Ottoman, «  l’homme malade de l’Europe » avec notamment les évènements de Damas dont  le fondement fut le début des ingérences anglo-françaises qui ont imposé au sultan, un moutassarif ( gouverneur)  de confession chrétienne pour les régions chrétiennes . Ce fut, en creux, la partition de la Syrie (Bilad Acham) . Partition concrétisée une cinquantaine d’années plus tard, en 1917 par les accords de Sykes Picot qui ont contribué au dépeçage de l’empire ottoman, suivi concomitamment de la fameuse déclaration de Balfour, ce dernier une deuxième fois après Dieu, donna un foyer aux Juifs, une Terre où les  Palestiniens vivent depuis trente siècles. Mais ceci est une autre histoire.

Chems Eddine Chitour

1. Anastasia Popova et Olivier Turquet, janvier 27, 2013

http://www.mondialisation.ca/syrie-une-autre-realite/5320709

2.

http://www.legrandsoir.info/syrie-encore-un-massacre-qui-tombe-a-pic-pour-la-rebellion.html

3. http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/798582/Syrie_%3A_lopposition_prete_a_des_%22discussions_directes%22_avec_le_regime.html

4. http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/799423/Ahmadinejad_au_Caire%2C_premiere_visite_dun_president_iranien_depuis_1979_.html

5. François d’Alançon, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Moscou-noue-le-dialogue-avec-l-opposition-syrienne-_NG_-2013-02-03-906844

6.Thierry Meyssan http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2995, le 9 novembre 2012

 

Pr. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enm-edu.dz

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Depuis deux ans, je soutiens l’hypothèse que de 2005 à 2010 une campagne de relations publiques intensive avait pour objectif une hausse des droits de scolarité au Québec. À mon avis, cette campagne a été déterminante au moment où la proposition de hausse des droits a été formellement proposée lors du premier budget Bachand. Jusqu’à maintenant, cette impression était liée à une lecture très personnelle des médias. Ce samedi, alors que je devais participer à un colloque au département de sociologie à l’UQAM, il m’est venu l’idée saugrenue de vérifier empiriquement cette hypothèse. J’y ai donc passé quelques jours…

Métho

Pour tenter de vérifier la chose, j’ai parcouru un peu plus de 1400 textes de La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal datés entre le 1er mai 2005 (fin de la grève de 2005) et le 17 mars 2010 (veille du dépôt du premier budget Bachand). Je me suis limité aux principaux quotidiens pour deux raisons : il est plus facile de faire du repérage de mots dans les médias écrits et je crois (il faudrait vérifier) que les positions défendues là sont à peu près les mêmes que celles défendues dans les médias.

De ces 1400 textes j’en ai isolé 771 qui portaient réellement sur la hausse des droits (les autres textes abordaient une foule d’autres sujets ou ne mentionnaient les mots frais/droits de scolarité qu’au passage). J’ai ensuite codifié l’ensemble de ces textes. Une première catégorie servait à désigner les articles (écrit par un-e journaliste professionnel-le dans le but de rapporter des événements ou les paroles de quelqu’un-e), éditoriaux ou chroniques (écrit par quelqu’un-e payé par le quotidien pour partager son opinion ou son analyse) ou encore les lettres ouvertes (écrite par quelqu’un-e que le quotidien ne salarie pas, mais choisie par un-e employé-e du quotidien).

Le deuxième élément codifié concernait la nature du texte : était-il en faveur de la hausse, contre la hausse, ou encore neutre/nuancé. Dans le cas des articles, le code attribué ne dépend pas de l’opinion présumée du journaliste, mais bien en fonction des camps à qui l’on donne la parole (si les deux s’expriment, l’article est considéré « neutre »). Les éditoriaux, chroniques ou lettres ouvertes classés comme « nuancés » étaient en vaste majorité en faveur de la hausse, mais ajoutaient un bémol à cette posture. Seule exception : pour moins d’une dizaine de cas, j’ai traité comme « nuancés » des textes argumentatifs dont je n’arrivais pas à saisir la position.

Évidemment, cette méthodologie est à l’image du peu de temps dont j’ai bénéficié pour réaliser cette analyse. Le positionnement des articles ou de leur capacité à convaincre n’a pas été considérée. Le seul phénomène étudié est donc la répétition. En dépit des limites, le résultat de cette analyse est intéressant.

Vue d’ensemble

Alors? Qu’est-ce que l’on obtient suite à cette compilation ? Eh bien si on regarde l’ensemble des textes voici la répartition des pour, des contre et des « neutre ou nuancé ».

Graphique 1 : Ensemble des textes

L’avantage est clairement pour ceux qui sont favorables à la hausse. Pour être bien honnête, cet avantage était moindre que celui que j’anticipais suite à ma seule lecture des journaux au fil des ans.

Mais cette impression redevient réaliste lorsqu’on procède à une division des textes par type.

Graphique 2 : Ensemble des articles

En effet, le bilan des articles rédigés par des journalistes professionnels est équitable. Il semble que les journalistes des trois médias à l’étude aient, pendant cette période, donné la parole et couvert des évènements de façon relativement équitable.

Graphiques 3 : Ensemble des lettres ouvertes

Les lettres ouvertes sont nettement favorables à la hausse des frais de scolarité, surtout si l’on se rappelle que les lettres ouvertes jugées « neutres ou nuancées » sont très majoritairement en faveur de la hausse.

L’avantage n’est pas aussi démesuré toutefois que ce que l’on trouve du côté des chroniques et éditoriaux.

Graphique 4 : Ensemble des chroniques et éditoriaux

Le résultat cette fois est limpide. Sur les 143 éditoriaux et chroniques publiés pendant ces cinq années et qui ont abordé la question de la hausse des frais de scolarité, 125 ont clairement pris position en faveur de la hausse, 14 ont mis un bémol à cet appui et quatre textes seulement – moins d’un texte par année! – s’y sont opposés.

Les différences entre quotidiens

Maintenant que nous avons vu les variations pour l’ensemble des textes étudiés, voyons comment les choses se répartissent entre les trois quotidiens.

Graphique 5 : Ensemble des textes par quotidien

Les variations entre les trois quotidiens sont importantes. Le Devoir, qui a publié le plus de textes sur la question (310 au total) est celui qui a la plus grande part de textes neutres et la plus grande part de textes contre. Pour chaque texte favorable publié, 2,1 textes défavorables l’ont été. La Presse offre le portrait inverse : pour chaque texte qui prend position contre la hausse, 2,3 textes en faveur ont été publiés. LeJournal de Montréal (qui a publié la moitié moins de textes sur la question que les deux autres quotidiens) est dans la même situation que La Presse avec deux fois plus de textes en faveur que de textes opposés à la hausse.

Graphique 6 : Ensemble des articles par quotidien

Comme on pouvait s’y attendre les différences sont moins marquées pour les articles strictement informatifs.Le Devoir donne plus d’espace aux opposants à la hausse, mais à première vue, ce n’est probablement pas étranger au fait qu’il a affecté plus de ressources à la couverture du mouvement étudiant que les autres quotidiens. Pour chaque article en faveur de la hausse Le Devoir en publie 1,2 en défaveur. Les deux autres quotidiens sont encore plus proches de la parité.

Graphique 7 : Ensemble des lettres ouvertes par quotidien

Le bel équilibre des articles ne se traduit pas dans les lettres ouvertes. Là encore, La Presse et Le Devoir sont carrément à l’opposé l’un de l’autre. Pour chaque lettre en faveur de la hausse, Le Devoir en publie 1,7 contre tandis que pour chaque lettre contre la hausse qu’elle publie, La Presse publie… 4,2 lettres d’opinion en faveur!

Graphique 8 : Ensemble des chroniques et éditoriaux par quotidien

Sans surprise, l’unanimité que nous avions constatée au graphique 4 se reflète à nouveau dans cette répartition par quotidien. Peu de choses à en dire sinon celle-ci : alors que La Presse a publié moins d’articles et de lettres ouvertes que Le Devoir à propos des frais de scolarité, elle a publié deux fois plus d’éditoriaux et de chroniques en faveur de cette hausse que Le Devoir. On peut dire quelque chose de similaire à propos du Journal de Montréal qui dépasse légèrement Le Devoir en matière de nombre d’éditoriaux ou chroniques alors qu’il est loin derrière du côté des articles et des lettres ouvertes.

Ce premier coup d’œil tend à confirmer mon hypothèse de départ. Mais n’allons pas trop vite, il reste encore tout plein de données à étudier. Dans le prochain billet, nous verrons qui a participé à cette campagne de relations publiques, comment elle s’est inscrite dans le temps et quel effet elle a eu sur l’opinion publique.

Gel des prix dans les supermarchés jusqu’au 1 er avril en Argentine : la Secrétaire d’état au Commerce Intérieur a signé un accord en ce sens avec l’association représentant les principaux supermarchés du pays – Asociación de Supermercados Unidos -. Une mesure attendue car le spectre de l’inflation est en train d’intoxiquer l’Argentine, et on le sait il s’agit d’un facteur qui s’emballe à la première occasion.

Les premiers responsables sont souvent les intermédiaires entre le producteur et le consommateur final. Non contents et satisfaits d’une croissance soutenue depuis dix ans qui a permis de mieux vivre, certains agents économiques seraient mués par le désir de s’enrichir au plus vite, et chacun de pousser à la hausse les prix, des salaires… et c’est ainsi que se nourrit la spirale perverse.

L’été étant de surcroit une période propice à l’envolée des prix, notamment dans les zones de villégiature. La présidente argentine qui a abordé la question de l’inflation dans un discours du 25 janvier dernier, a d’ailleurs appelé les citoyens à faire usage de leur pouvoir de consommateur, et de sanctionner en les boudant qui des hôtels, restaurants… faisaient grimper les prix trop vite. En clair, le consommateur argentin doit reprendre la main. D’ailleurs, quand les prix ont flambé trop vite sur la cote atlantique, et que les réservations ont tardé, les hôteliers ont compris le message et baissé les prix.

Le consommateur doit exercer son pouvoir

Reste que cela concerne aussi et surtout les produits de consommation les plus basiques, et là, c’est la distribution qui est responsable. Or 80% des aliments, boissons et articles de produits ménagers sont produits par 28 entreprises en Argentine. Le secteur de la distribution est également très concentré qui regroupe – Coto, Jumbo, Carrefour, Vea, Disco, Walmart, La Anónima et Cadena Libertad de Bahía Blanca- et contrôle aussi des grossistes. Et c’est pourquoi cet accord arraché aux grands distributeurs est important. On table aussi sur le jeu de la concurrence d’autres circuits de distribution comme les supermarchés chinois ou les petites surfaces. Reste à savoir ce qui va se passer à partir du 1er avril. Et dans les autres secteurs. Mais avec des hausses successives de prix depuis plusieurs mois, et le fait que les industriels verront leur prix gelés aussi, les grands distributeurs peuvent encaissés deux mois de gel de prix sans perdre leurs marges.

Facteur hautement subjectif

Le sujet est des plus sensibles. Inflation il y a, croissance aussi donc rien ne justifie que le tout s’emballe. Selon l’Indec, la variation de l’indice des prix à la consommation en 2011 a été de 10,8 %. Mais d’autres indicateurs le donne du double. Tout le monde veut sa part du gâteau ou du moins suivre le mouvement. Encore récemment le gouvernement argentin a annoncé, une progression du 15% des retraites de base au 1er mars. La retraite minimum a augmenté de 28% depuis mars 2012. Difficile, même si on évoque des rattrapages historiques de nier la présence de tensions inflationnistes.

La question sur l’inflation n’est plus – y en a t il ?- mais – comment éviter que cela s’emballe ?. Car cette hausse des prix participe à déstabiliser le pays et surtout sa monnaie car elle nourrit la spéculation autour du dollar qui se trame sur le marché noir. Le dollar « bleu » comme l’appelle les argentins. Conséquences de craintes anciennes, ils ne peuvent s’empêcher de croire à la suprématie du billet vert, qui pourtant dans le reste du monde n’a plus la cote comme valeur refuge, à commencer par la Chine qui s’en débarrasse autant qu’elle peut ! Et pourtant ce dollar « bleu » s’est envolé il y a quelques pour frôler les 8 pesos alors que son cours officiel est à 4,99 et cela sans que ne survienne d’événement politique ou économique le justifiant.

Depuis, il a légèrement reculé à 7,58 (au 5/02/2013). Avec les mêmes soupçons de spéculations – à la hausse ou à la baisse -, difficile de juger ce changement de tendance ; une chose est sûre, c’est le manque de transparence de ceux qui opèrent et entretiennent ce marché illégal. Car évidement , il est aussi lié à l’évasion fiscale. On peut se demander pourquoi le gouvernement n’agit pas plus drastiquement pour désarticuler ces filières du marché noir du dollar ; serait-il inhibé par la peur de la répression ?

Marionnettes

De leurs cotés, les autorités de la Banque Centrale laissent entendre que le dollar « bleu » s’envole parce qu’aussi soutenu par une demande saisonnière, qui s’aplanira une fois les vacances terminées, compte tenu du besoin d’une autorisation de l’AFIP – administration fiscale – pour acheter des devises étrangères : il faut être en règle avec ses impôts. Le gouvernement ayant pris des mesures d’encadrement du marché des changes il y a plusieurs mois pour limiter la fuite des capitaux et aussi son pendent l’évasion et la fraude fiscale ! Mais la folie spéculative qui s’empare du dollar « bleu » est aussi entretenue par les rumeurs savamment distillées dans la presse d’opposition d’incontournable dévaluation, ou effondrement des changes, transformant le cours du dollar « bleu » en une sorte d’indicateur de risque du pays. Ce qui participe largement à l’auto-intoxication. Le sujet devient subjectif, psychologique, irrationnel.

Mais les Argentins de la classe moyenne qui se prêtent à ce jeu dangereux, n’ont pas encore compris que ce ne sera pas eux les gagnants – qu’ils sont des marionnettes -, car les grands spéculateurs de ce marché illégal – qui tirent les ficelles et pèsent lourds -, eux jouent tant à la hausse qu’à la baisse, et sortiront les gagnants de cette spirale car ils jouent « contre » le pays, et donc son peuple, sur les marchés financiers !

En attendant le gouvernement argentin a une marge de manœuvre étroite sur ce sujet, (desserrer l’étau sur les restrictions des devises, traquer et éradiquer le marché parallèle du dollar…) qui passe certainement par une meilleure communication.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo. Paris, le 6 février 2013.

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« La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat » Hanna Arendt.

« La propagande est à la démocratie, Ce que la violence est à la dictature ». Noam Chomsky

De la guerre sémantique : Les paramètres de départ: Les raisons de l’absence d’audibilité de l’opposition démocratique syrienne.

Primo: Les Etats-Unis et l´Union européenne, c’est à dire le bloc atlantiste, contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde.

Deuxio: Israël représente le 3me pays par ordre d’importance en termes de couverture médiatique, en unité de bruit médiatique (UBM), derrière les Etats-Unis (300 millions d’habitants) et la Chine (1,5 milliards d’habitants). Malgré les conditions de sa naissance controversée, Israël a réussi à occuper le devant de la scène médiatique, captant constamment l’attention de l’opinion occidentale, réussissant le tour de force de placer sur la défensive tous ses contradicteurs.

Les Européens, naturellement, assignés à un complexe de culpabilité éternel du fait du génocide hitlérien,

Les Américains, par instrumentalisation d’un important groupe de pression pro israélien animé d’une volonté de domination hégémonique sur la zone pétrolifère du Moyen orient,

Le Monde arabe, enfin, par son indigence à maîtriser les techniques de communication de la guerre psychologique moderne, doublée d’un défaut d’un argumentaire accessible à l‘opinion occidentale.

Tertio: Toutes les grands chaines transfrontières arabes sont, toutes, adossées à des bases militaires atlantistes: Al Jazira à la base du Centcom à Doha, la saoudienne Al Arabia de Doubaï, à la base aéronavale française d’Abou Dhabi, enfin la nouvelle chaine du Prince al Walid Ben Talal, «Al-Arab», à la base navale américaine de Manama (Bahreïn).

Les médias contestataires de l’ordre hégémonique occidental, Press Tv (Iran), Russia Today et Mayadine de Ghassane Ben Jeddo, un ancien d’Al Jazira, sont de peu de poids face à ces mastodontes.

Sauf à s’incliner devant le diktat occidental, aucun opposant syrien, si prestigieux soit-il, ne saurait être audible encore moins crédible.

Songez à la précipitation de Bourhane Ghalioune, premier président de l’opposition off-shore, à annoncer la rupture de l’alliance stratégique entre la Syrie et l’Iran, sans contrepartie, en guise de gage aux Israéliens et aux Américains. Songez à la fatwa d’un dignitaire religieux de rendre licite l’assassinat de Bachar  Al Assad, prioritairement à un israélien, deux symptômes d’une grave perversion mentale et morale

Dans leur bataille idéologique pour la conquête de l’imaginaire des peuples, gage essentiel de la pérennité d’une nation, les États-Unis ont développé un argumentaire reposant sur une double articulation:

-un argument intellectuel, le principe de la liberté de la circulation de l’information et des ressources,

-un argument pratique, le fait que les États-Unis soient la seule grande démocratie au monde à ne disposer ni d’un ministère de la culture, ni d’un ministère de la communication, preuve irréfutable, selon eux, d’un régime de liberté.

Présenté comme l’antidote absolu au fascisme et au totalitarisme, le principe de la liberté de l’information a constitué un des grands dogmes de la politique des Etats-Unis de l’après-guerre, son principal thème de propagande.

Certes il n’y a ni ministère de la culture ni ministère de la communication dans le gouvernement des États-Unis, mais, dans cette bataille idéologique, les États-Unis ont pratiqué, non l’attaque frontale mais l’entrisme, une stratégie de contournement périphérique,

Une diplomatie multilatérale instrumentalisant les organisations internationales à vocation universelle ou spécifique, doublée d’une diplomatie parallèle de ses agences spécialisées: la CIA (agence centrale du renseignement) et les Fondations philanthropiques pour le blanchiment des fonds.

Que ce soit l’ONU, L’UNESCO, le Conseil économique et social de l’ONU ou l’Organisation interaméricaine, toutes auront inscrit dans leur charte « le principe de la liberté de l’information». Toutes, peu ou prou, auront fait office de tribune pour la propagation de la doctrine américaine de la libre circulation de l’information.

En deux ans, la structure de la diplomatie multilatérale de l’après-guerre est verrouillée par ce principe. Les États-Unis réussissent à le faire figurer dans la charte des cinq grandes organisations internationales (ONU, UNESCO, ECOSOC (Conseil Economique et Social), Organisation interaméricaine et l’Assemblée générale de l’ONU).

L’ONU comptait à l’époque cinquante-cinq membres, le quart du nombre actuel avec une majorité automatique pro-occidentale composée de pays européens et latino-américains sous la férule états-unienne. Tous les grands États du tiers-monde en sont absents. La Chine continentale est boycottée au profit de Taiwan, l’Inde et le Pakistan, les deux nouvelles puissances nucléaires d’Asie sont sous domination anglaise de même que le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux géants de l’Afrique, nouveaux candidats au titre de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, tandis que le Maghreb et l’Afrique occidentale se trouvent, eux, sous contrôle français.

 La Global Connection et les prédicateurs électroniques

Le dispositif médiatique mis en place pour mener de pair le combat contre le communisme, sur le plan international, et le combat contre l’athéisme, sur le plan arabo-musulman, a répondu à un objectif qui relève dans la terminologie militaire du «tir de saturation tous azimuts», dans une stratégie dite de «Global connection», visant à enserrer la planète dans un maillage global de vecteurs multimédias à la périodicité variable.

Aux radios profanes de l’époque de la guerre froide, -Radio Free Europe, soutenue intellectuellement et matériellement par la puissante Freedom House, et Voice of America, se sont ajoutés les nouveaux vecteurs créés à l’occasion de la Deuxième Guerre contre l’Irak en 2005, Radio Sawa (Ensemble), la chaine de télévision Hurra (Libre), avec en superposition une vingtaine de grandes corporations radiophoniques religieuses, notamment Trans World Radio (TWR), Adventiste World Radio (AWR), FEBA Radio, IBRA Radio. Ces «prédicateurs électroniques disposent de moyens financiers et techniques sans équivalent dans les deux tiers des pays de la planète, qui sont autant d’instrument d’accompagnent de la diplomatie souterraine américaine.

Le langage comme marqueur d’identité culturelle: contrôle du contenant et du contenu

Le bloc occidental maitrise non seulement le contenant (les vecteurs) mais également le  contenu (le langage) de sorte que la liberté d’information, un des fondements de la démocratie, existe, mais uniquement pour ceux qui en maitrisent les codes. La bataille de Syrie en apporte quotidiennement la preuve.

L’individu n’est pas un moulin à paroles. Les mots ont un sens et ne constituent pas une enfilade de paroles verbales. Les mots ne sont pas neutres, ni innocents. Les mots tuent parfois. Cela est encore plus vrai pour les Etats, particulièrement en période de guerre.

Guerre psychologique autant que guerre sémantique, la guerre médiatique vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur, en l’occurrence la puissance émettrice en lui imposant son propre vocabulaire, et, au-delà, sa propre conception du monde.

Dans ce contexte, le langage est un marqueur d’identité culturelle de la même manière que les empreintes digitales, le code génétique, les mesures anthropométriques sont des marqueurs biologiques et physiques.

L’accent, l’usage des termes, le ton révèlent l’identité culturelle de l’être. Sous une apparence trompeuse, des termes généraux, lisses et impersonnels, le langage est codifié et pacifié. Il devient alors un redoutable instrument de sélection et de discrimination.

Un Plan social renvoie à une réalité immatérielle contrairement au terme douloureux de licenciement massif. De même qu’ «externalisation et sous-traitance» à des opérateurs fonctionnant en dehors des normes de la législation sociale.

«Délocalisation» masque une opération visant à optimiser le rendement en exploitant une main d’œuvre bon marché et surexploitée des pays pauvres et souvent dictatoriaux, sans la moindre protection sociale. «Privatisation», une opération qui consiste souvent à transférer à des capitalistes des entreprises du service public souvent renflouées par les deniers publics, c’est-à-dire les contribuables.

Même au niveau du discours politique le langage est aseptisé au point que l’ancien premier ministre socialiste Pierre Mauroy avait reproché au candidat socialiste aux présidentielles de 2002, Lionel Jospin, d’avoir gommé dans son discours le terme de «travailleurs».

Dans le langage convenu, l’on préfère le terme pudique de «Gens de condition modeste» à celui plus parlant de «pauvres» de même pour le tandem «Exclus et «exploités». Ou encore «Classes» (qui suggère idée de lutte) et couches sociales. Couches comme couches de peinture.

Le langage est connoté. A l’instar du Syllabus papal du XIX me siècle (2), qui prohibait l’usage de certains termes tels laïcité ou séparation Eglise Etats, le seul langage licite à l’époque contemporaine est le LQR «Lingua Quintae Respublicae», le langage en vogue sous la Vème République Française, homologué, estampillé. En raison sans doute du rôle moteur de la France dans les «guerres de libération» du Monde arabe.

(Cf. A ce propos Eric Hazan: LQR : La propagande du quotidien (Raisons d’agir éditions)

Gare à quiconque recourt à un langage personnalisé, forgé dans un vocabulaire qui lui est propre. L’homme risque l’ostracisme, aussitôt mis à l’index, affublé d’une tare absolue, irrémédiable: «ringard», «tricard», etc.

La Langue substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion, ceux de la conformité et de la soumission. L’on prône la flexibilité au lieu de la précarité, dans un pays qui a érigé la rente de situation en un privilège à vie, notamment au sein de la haute fonction publique. Les Enarques ont une rente de situation à vie, mais quiconque ose relever cette incongruité est accusé de faire le lit du «populisme».

Il en est de même au niveau diplomatique: Problème du Moyen Orient ou Question d’Orient. Pour un problème, la réponse est unique, le problème ouvre la voie à des experts qui doivent techniquement apporter la solution. Mais la question d’Orient est plus floue. Une question suggère des réponses multiples, et induit l’absence de solution immédiate. Selon que vous utilisez un terme ou l’autre vous serez classé «moderne et dynamique» ou «ringard».

Un exemple «Le Figaro» du 28 Août 2004 titre en manchettes «L’aveu du président Bush», sans que le journal ne précise en quoi consistait cet aveu, à propos de quoi. Dix ans auparavant, tout autre journal complaisant aurait titré: «Le président Bush admet son échec dans ses prévision sur l’Irak».

Mais si par malheur un journaliste audacieux avait titré la stricte vérité «Bush, le grand perdant de la guerre d’Irak», il aurait été aussitôt accusé d’«anti-américanisme primaire». La «Novlangue» résulte de la présence de plus en plus manifeste de décideurs- économistes et publicitaires- dans le circuit de la communication, assurant une installation en douceur de la pensée néolibérale.

Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet est à long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal.

Dans la guerre des ondes règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tall Ar-Rabih» (La colline du printemps)? Près d’un siècle d’émissions successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle. “Tal AR-Rabih” est désormais mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque, Tel Aviv, la grande métropole israélienne. Le travail de sape est permanent et le combat inégal. Il en est de même des expressions connotées.

Génocide et Shoah

L’extermination d’une population en raison de ses origines s’appelle en français «génocide».

Il en est ainsi du génocide arménien en Turquie, comme du génocide des Tutsis au Rwanda. Lui préférer l’expression hébraïque du terme biblique de «Shoah» (holocauste) signe son appartenance au camp pro-israélien.

Israël n’a jamais reconnu le caractère de «génocide» aux massacres des Arméniens en Turquie au début du XX me siècle, sans doute pour marquer le caractère unique des persécutions dont les Juifs ont été victimes en Europe. D’abord en Russie, les «pogroms» de la fin du XIX me siècle, puis en Allemagne et en France durant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).

Il en est aussi des termes antisémitisme et antiracisme. Arabes et Juifs sont des sémites, mais l’antisémitisme ne concerne que les Juifs, pour se distinguer des autres, alors que l’antiracisme englobe Arabes, Noirs, Musulmans, Asiatiques etc. Le Président Jacques Chirac, lui-même, en fustigeant «l’antisémitisme et le racisme» dans son discours d’adieu, le 27 mars 2006, a consacré dans l’ordre subliminal un racisme institutionnel.

Jusqu’à présent, les pays occidentaux en général, les Etats-Unis en particulier, auront exercé le monopole du récit médiatique, un monopole considérablement propice aux manipulations de l’esprit, qui sera toutefois brisé à deux reprises avec fracas avec des conséquences dommageables pour la politique occidentale:

-La première fois en Iran, en 1978-1979, lors de la «Révolution des cassettes» du nom de ces bandes enregistrées des sermons de l’Imam Ruhollah Khomeiny du temps de son exil en France et commercialisées depuis l’Allemagne pour soulever la population iranienne contre le Chah d’Iran,

-La deuxième fois à l’occasion de l’Irangate en 1986, le scandale des ventes d’armes américaines à l’Iran pour le financement de la subversion contre le Nicaragua, qui a éclaté au grand jour par suite d’une fuite dans un quotidien de Beyrouth «As-Shirah», mettant sérieusement à mal l’administration républicaine du président Ronald Reagan.

Les analphabètes secondaires

Hormis ces deux cas, les Etats-Unis auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec des puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique, noyant les auditeurs sous un flot d’informations, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de faire des auditeurs lecteurs de parfaits «analphabètes secondaires», pour reprendre l’expression de l’allemand Hans Magnus Einsenberger (3).

Non des illettrés, ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en phase de processus de «désorientation», psychologiquement conditionné et réorienté dans le sens souhaité.

Pur produit de la phase de l’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, «l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre. La perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles.

Une inversion radicale du schéma économique se produit et la loi de l’offre et de la demande se décline désormais selon un mode radicalement différent: la fabrication du désir de consommation détermine désormais l’activité d’une entreprise. Ce n’est plus le consommateur qui commande le rythme de la production mais le producteur qui orchestre désormais le désir de consommation. Le contrôle de l’appareil de production parait compter désormais moins que la maîtrise de la demande de consommation.

Le citoyen actif cède ainsi le pas au consommateur passif, l’aventurier de l’esprit au téléphage, le journaliste à l’animateur de divertissement, le patron de presse au capitaliste, entraînant du coup le glissement du journalisme vers le règne de l’«infotainement» néologisme provenant de la contraction de l’information et de l’Entertainment (terme américain de divertissement).

La mondialisation des flux d’information permet ainsi la mise sous perfusion éditoriale d’un organe de presse et par voie de conséquence la sédentarisation professionnelle de l’information, stade ultime de l’analphabétisme secondaire. Toutefois ce viol du monde par la publicité et la propagande par la profusion des sons et des images, dans le paysage urbain, sur les écrans dans la presse, au sein même des foyers, se heurte à des résistances éparses mais fermes.

De même que le monopole du savoir par la technocratie est battu en brèche, sur le plan international, par des contre-pouvoirs notamment les acteurs paraétatiques (Greenpeace, Amnesty International, Human Right Watch, Médecins sans frontières, Attac, démultipliant les sources d’information non contrôlées, de même l’informatique a développé au niveau de l’information une sphère d’autonomie contestataire à l’ordre mondial américain. Chaque percée technologique s’est accompagnée d’une parade.

A la cassette du temps de la révolution khomeyniste a succédé le fax puis les sites Internet enfin le blog, le journal électronique en ligne, le tweet, dont le développement s’est accéléré depuis la guerre d’Irak et la dernière campagne présidentielle de George Bush jr (2004), des parades qui retentissent comme la marque d’une revanche de l’esprit contestataire et de la sphère de la liberté individuelle, en réaction au matraquage de la propagande et la concentration capitalistique des médias.

De la Syrie

Ce propos est explicatif. Il ne comporte pas justificatif. Au-delà d’un régime contestable, il importe de pérenniser la Syrie. La destruction d’un régime, si critiquable soit-il, ne justifie pas le démantèlement d’un pays, qui constitue un joyau de la civilisation, un foyer de la coexistence interconfessionnelle et du nationalisme militant

Pour qu’une Syrie laïque et démocratique puisse voir le jour, il importe de clarifier les termes du débat, de démasquer les conspirateurs et de mettre un terme à l’enfumage médiatique qui brouille les enjeux.

Sur les enjeux de la bataille de Syrie Cf. à ce propos

http://www.renenaba.com/la-bataille-de-syrie-et-la-capture-par-l%E2%80%99iran-d%E2%80%99un-drone-americain-sophistique/

D’affirmer haut et fort:

-Que le pouvoir syrien est une dictature hideuse, de même que les principaux bailleurs de fonds régionaux de l’opposition off-shore.

-Que la fin ne justifie pas les moyens. Qu’à ce titre, les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis.

-Qu’il est malsain de substituer une dictature par une autre dictature de surcroît propulsée par les forces obscurantistes, répressives et régressives.

Malsain de substituer une minorité autocratique par une majorité tyrannique éradicatrice. Cela vaut pour la Syrie comme pour Bahreïn, en schéma inversé. S’il est malsain que la minorité alaouite exerce son hégémonie sur la Syrie, il est tout aussi malsain que la minorité sunnite de Bahreïn exerce son emprise sur la majorité chiite de l’ile.

Malsain de justifier les dérives terroristes du combat au prétexte de combattre une minorité (les Alaouites en Syrie), tout en justifiant ces mêmes dérives d‘un pouvoir minoritaire sunnite combattant la majorité chiite au Bahreïn.

Si le danger d’un croissant chiite existe sur le Monde arabe, le danger est tout aussi important d‘un croissant salafiste sur les démocraties arabes. Gardons-nous de tout manichéisme. Un chiite n‘est pas malfaisant du fait même de son appartenance chiite et un sunnite bienfaisant selon ce même principe. Le sunnite peut être mécréant s’il enfreint les prescriptions de sa religion, et le chiite croyant s’il respecte les siennes. Les guerres de religion sont d‘un autre âge et l’Europe en a lourdement payé le prix. Faisons en l’économie en tirant profit des expériences d’autrui.

Pour mémoire

Au pouvoir en Iran et en Irak, par effet d’aubaine dans ce dernier cas, disposant de surcroît d’une redoutable capacité de nuisance au Liban, les Chiites constituent le groupement ethnico-religieux qui a enregistré, en trente ans, la plus forte progression sur la plan de la dissuasion militaire et de l’autosuffisance technologique mettant en échec les menées hostiles du camp atlantiste.

En contrechamps, l’Islam Wahhabite scellait sa soumission à l’axe israélo-américain, sans la moindre contrepartie sur le plan palestinien, ni au niveau de la sécurisation de l’espace national arabe, s’inscrivant dans les annales de l’histoire comme le plus gros exportateur de djihadisme erratique. L’ingratitude ne constitue pas toujours la forme la plus achevée de l’intelligence politique.

Foin de dichotomie sunnite-chiite. C’est le patriotisme, l’attachement aux valeurs démocratiques, le souci du bien commun, qui doivent être déterminant et non l’appartenance religieuse. Telles sont les règles de base du combat démocratique.

A ce titre toute opposition n’est pas légitime, dès lors qu’elle prend appui sur l’ancien pouvoir colonial équarisseur de son propre pays, à l’origine de ses plus grands malheurs.  Songez à un Français naturalisé syrien qui ordonnerait la libération de la Corse, de la Bretagne ou du Pays Basque, comment il serait accueilli par les Français !!!)  Paroles d‘Evangile: Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulûtes pas que l‘on vous fit.

Toute opposition n’est pas légitime dès lors que cette opposition est le fait d’un mercenariat commandité par des puissances régionales et extra régionales en vue de faire office de contre révolution, et de contrefeux à leurs propres turpitudes.

C’est en Syrie (à Deir ez Zor) qu’a été édifié le mémorial du génocide arménien. C’est Damas qui abrite la Mosquée des Omeyyades et le siège des patriarcats des Eglises d‘orient, à l’exclusion de l’Eglise maronite. C’est la Syrie enfin qui a donné l’exemple du combat nationaliste avec la mémorable posture de Youssef al Azmeh, ministre de la défense, tué les armes à la main, face aux envahisseurs français,  dans la bataille de Maysalloun, acte fondateur du nationalisme syrien contemporain. Une attitude dont elle paiera  le prix par son démantèlement par les deux Co-parrains de l’offensive la France et la Turquie.

Rappeler ces vérités n’implique pas caution du régime, mais répond à un devoir de vérité.

Sur la problématique de l’opposition syrienne, Cf. à ce propos

http://www.renenaba.com/la-controverse-a-propos-de-basma-kodmani/

http://www.renenaba.com/syrie-opposition-un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore/

http://www.renenaba.com/un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore-2/

La Dissension sociale ou «la théorie du combat des chiens»

Le Liban a été le banc d’essai de la théorie de la dissension sociale connue sur le plan journalistique par la «théorie du combat des chiens», mise en œuvre par  l’universitaire américain Peter Galbraith, fils de l’économiste américain John Kenneth Galbraith et interface de l’ancien premier ministre pakistanais Benazir Bhutto pour le compte de la CIA.

La théorie vise à exacerber les antagonismes ethnico-religieux en vue d’imploser les pays constitués d’un tissu démographique pluraliste de mosaïque humaine. Ce plan a été ultérieurement appliqué en Bosnie, puis en Afghanistan et en Irak, enfin en Syrie.

Véritable expérimentation à grande échelle en 1975 au Liban, elle a longtemps été présentée par des Libanais en guise d’excuse absolutoire à leur turpitude comme étant «la guerre des autres» au Liban. Si tel a été le cas, elle l’aura été avec la complicité et l’avidité des Libanais.

Point n’était besoin d‘être stratège pour déduire que la chute de Saigon et de Phnom Penh, les 15 avril et 30 avril 1975, les deux bastions américains en Asie, coïncidant avec la révolution des œillets au Portugal et l’indépendance des colonies portugaises en Afrique, déviaient immanquablement le champ de la confrontation soviéto-américain vers le Moyen Orient, particulièrement son maillon faible, Le Liban.

Ce schéma s’est appliqué à l’identique à la Syrie: Point n’est besoin d’être sorcier pour expliquer que la perte de l’Egypte et de la Tunisie, les deux piliers sud de l’Union Pour la Méditerranée, en superposition à la fermentation de Bahreïn et du Yémen, les deux balises sécuritaires de l’Arabie saoudite, allaient immanquablement dévier le flux révolutionnaire vers la Syrie, maillon intermédiaire de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo américaine.

Le décor était bien planté. Mais, il n’est pire aveugle que celui qui ne voir. Pire sourd que celui qui ne veut entendre. Juste retour des choses, ce sont désormais les Libanais s’emploient à participer à la déstabilisation de la Syrie, alors qu’auparavant c’étaient les Syriens qui soufflaient le feu au Liban.

La désinformation et la désorientation.

La surcharge d’information aboutit à la désinformation. Dès la décennie 1970, le Liban assurait l’édition et la distribution de près de trois mille publications toutes périodicités confondues, alors que cinquante stations radio opéraient dès le début de la guerre civile sur le champ de bataille médiatique libanais, tandis que, parallèlement, le reste du monde arabe était engourdi par le journalisme institutionnel des fonctionnaires poussifs d’organismes bureaucratiques.

La désorientation est propice aux rumeurs, à l’intoxication, et, faute d’éducation civique, à une perte  de repères. L’une des rumeurs les plus célèbres de la guerre du Liban a été celle relative au débarquement de «Somaliens aux queues vertes» en renfort de la coalition palestino-progressiste.

Rumeur qui a témoigné du désarroi des Chrétiens à l’époque, le printemps 1976, à la suite de la perte de leur place forte dans le secteur hôtelier de Beyrouth et de la volonté de leur tuteur de maintenir la mobilisation face au danger extérieur.

Le média au Liban et dans les pays arabes a cessé,  dans la majorité des cas, d’être un instrument de combat pour la démocratisation de la vie publique et sa moralisation, mais un générateur de recettes, un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui.  Cela vaut aussi pour les autres médias. Dans le cas de la Syrie, Al Jazira s’est particulièrement distinguée.

Il n’est que de songer au parcours d’Al Watan al Arabi, le chantre de l’Irak bassiste durant la guerre irako iranienne, hyper royaliste dès le début de la tempête du désert, en 1990 contre l’Irak, son propriétaire glanant au passage pour prix de son revirement  la coquette somme de cinq millions de dollars agrémentés de d‘avantages matériels annexes, sonnantes, trébuchantes et consistantes.

Songer aux alliances rotatives du groupe An Nahar avec le milliardaire Michel el Murr, un des principaux bailleurs de fonds des milices chrétiennes, puis avec le général Michel Aoun, le dirigeant de la plus importante formation chrétienne qu’il désertera pour se donner, après une brève idylle pour cause d’impécuniosité au milliardaire libano saoudien Rafic Hariri, avant de se jeter dans le giron du Prince Walid Ben Talal, un deuxième milliardaire libano saoudien, son actuel actionnaire.

Le Liban a été ainsi le principal bailleur de fonds de sa guerre d’autodestruction, qu’il a financée en superposition aux transferts mercenaires de ses parrains régionaux. La Syrie aussi. Il est de privilèges qu’il est sain de décliner sans état d’âme.

Le conditionnement de l’opinion: Le syndrome Ahmad Chalabi

Al Jazira s’est particulièrement distinguée dans le cas de la Syrie.

Réédition d’un scénario éculé, le dispositif en vigueur à l’encontre de la Syrie a été identique à celui mis en place à propos de l’Irak, justifiant une fois de plus le constat de Pierre Bourdieu sur «la circulation circulaire de l’information», tant au Qatar, à travers Al Jazira, qu’en France, via le quotidien Libération.

Ainsi Ahmad Ibrahim Hilal, responsable de l’information sur la chaîne transfrontière qatariote, a agi depuis les combats de Syrie, il y a un an, en couple et en boucle avec son propre frère Anas Al Abda, proche du courant islamiste syrien et membre du CNT, au diapason du tandem parisien formé par Basma Kodmani, porte-parole du CNT et sa sœur Hala Kodmani, animatrice du cellule oppositionnelle syrienne à Paris et chargée de la chronique Syrie au quotidien français Libération dans une fâcheuse confusion des genres.

Ce dispositif a été amplifié en France au niveau arabophone par Radio Orient, la radio du chef de l’opposition libanaise, Saad Hariri, qui plus est partie prenante du conflit de Syrie. Du jamais vu dans les annales de la communication internationale qu’un chef de l’opposition d’un pays ami dispose d’une radio opérant depuis sa capitale contre le propre gouvernement du pays supposé allié de la France.

Un tel dispositif a frappé de caducité le discours médiatique occidental, au même titre que le discours officiel syrien, en ce qu’il est obéré par «le syndrome Ahmad Chalabi» du nom de ce transfuge irakien qui avait alimenté la presse américaine des informations fallacieuses sur l’arsenal irakien, via sa nièce journaliste en poste dans l’une des principautés du golfe, implosant la crédibilité de l’employeur de la journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, passée à la postérité comme étant «l’arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times dans la guerre d’Irak».

Pour une étude plus fouillée voir à ce propos

http://www.renenaba.com/al-jazeera-la-fin-dune-legende/

Le média perd ainsi sa fonction initiale de véhicule d’information, d’un vecteur propagateur de nouvelles pour devenir un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui. Sous l’apparence de l’indépendance et du professionnalisme, Al Jazira a épousé les oscillations de la diplomatie qatariote, d’abord enthousiaste à l’égard de l’élan populaire arabe, plus réservée lorsque les flammes de la contestation ont atteint les rivages pétro monarchiques.  De prescripteur de l’ordre médiatique arabe, Al Jazira s’est mû en lanceur d’alerte des menées contre révolutionnaire arabe.

Signe d’un désaveu, sa couverture parcellaire du soulèvement arabe provoquera une cascade de démission au sein de l’équipe rédactionnelle, dont plusieurs vedettes de la chaine, notamment Ghassane Ben Jeddo, l’ancien directeur du bureau de Beyrouth de la chaine qatariote.

Le conditionnement de l’opinion

Outre Al Jazira et la chaine transfrontière saoudienne «Al Arabica», les deux coproducteurs de la dramaturgie de l’épopée de la bataille de Bab Amro (Homs) qui se devrait d’être «Le Stalingrad» de la bataille de Syrie, en février 202, deux autres vecteurs ont joué un rôle majeur dans le conditionnement de l’opinion arabe et occidentale, la firme Quantum et MCC.

Emanation régionale depuis Doubaï de la firme publicitaire américaine de dimension internationale, Saatchi and Saatchi, Quantum  passe pour avoir été le Maître d’œuvre de la révolution colorée au Liban et des mots d’ordre sur le «désordre créateur» dans les autres pays arabes, alors que MCC du libanais pro haririen Jinah Hammoud, en tandem avec son compère le député faussement humanitariste Oukab Sakr, assumaient depuis la Turquie, la fonction de producteur de documentaires prêts à la diffusion au sein des grands médias de consensus.

Mention spéciale doit être réservée dans ce domaine à l’ancien journal de référence de la presse française, le journal Le Monde, dont l’un des plus gros pourvoyeurs d’information sur la Syrie, n’est autre qu’un ancien diplomate français en poste à Damas dans la décennie 1980, Boris Glassman, dont le pseudonyme, Ignace Leverrier, d’une grande limpidité, se fait par  double référence à son patronyme (Glassman – Al Kazzaz) et, sans doute, au fondateur de la congrégation des pères jésuites, réputée pour son sens de la dissimulation. Cet ancien diplomate français s’est mû en propagateur officieux des thèses de l’opposition pro-islamiste, sous couvert d’expertise.

Combattre le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe.

La bataille de Syrie n’est pas un combat de la démocratie contre une dictature, mais une combat biaisé de dictatures policées de vernis occidental contre une dictature basique tant il est vrai que «la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature» (Noam Chomsky).

La bataille de la démocratie en Syrie se gagnera par les patriotes Syriens, dans la clarté, et non par de mercenaires dévoyés, dans la dissimulation. Sinon la bataille ne se gagnera pas et la Syrie se perdra tant il est vrai que «La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat» (Hanna Arendt)

Le triomphe d’une Syrie laïque et démocratique suppose de combattre à la fois le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe. Un discours disjonctif qui module les principes universels en fonction des intérêts immédiats des Occidentaux, qui consiste à combattre, par exemple, les Islamistes au Mali et à les soutenir en Syrie.

Une confusion mentale arabe, qui consiste à s’allier, par exemple, avec ses propres bourreaux pour un gain immédiat au risque d’accentuer sa propre servitude et compromettre son avenir.

Telles sont les règles de base du combat démocratique. Telle a été l’ambition que j’ai nourrie dans ma démonstration en formulant le vœu qu’un large front des forces démocratiques arabes se constitue pour mener le combat, nécessaire, de la démocratisation du Monde arabe, contre tous els autocrates arabes, les faussaires, les mystificateurs, les usurpateurs, tous les fossoyeurs de la cause nationale arabe.

René Naba

Référence

1-Texte de l’intervention de René Naba à la Conférence Internationale sur la Syrie qui s’est tenue à Genève les 28 et 29 Janvier prochains, à l’initiative de l’Institut scandinave pour les Droits de l’Homme et de la Ligue syrienne pour les Droits de l’Homme. Près de trente-cinq formations politiques de l’opposition syrienne et une centaine de personnalités politiques européennes et arabes participeront à cette conférence dont l’objet est la «Promotion d’un Etat laïc et démocratique en Syrie». Parmi les participants figuraient notamment deux opposants syriens de premier plan Haytham Mannah et Michel Kilo, l’économiste Aref Dalila, le journaliste Fayez Sarra, l’activiste jordanien Leith Choubeilat, Nader Farjani, Directeur du rapport sur le développement économique arabe,  l’avocat français William Bourdon et le journaliste anglais Jonathan Steele (The Guardian), ainsi que des syndicalistes scandinaves.

Animateur du blog www .renenaba.com René Naba, écrivain journaliste est l’auteur de «Media et démocratie: la captation de l’imaginaire, un enjeu du XXIe siècle, Golias, automne 2012

2- Syllabus: Liste des idées condamnées par le Pape Pie IX en 1864. Par analogie, l’ensemble des idées que l’idéologie dominante interdit d’exprimer.

3- «Analphabètes secondaires», l’expression est de l’allemand Hans Magnus Eisenberger, auteur de «Médiocrité et Folie» Editions Gallimard 1991. Cf. à ce propos «Aux ordres du Nord, l’ordre de l’information» de Jacques Decornoy, dans le bimestriel du journal Le Monde « Manière de voir » N° 74 « Les 50 ans qui ont changé notre monde».

A propos de l’un des organisateurs de ce colloque,  Haytham Mannah, à l’intention du lectorat arabophone pour aller plus loin,  voir à ce propos

http://www.al-akhbar.com/node/175623

dont voici la substance en français: Haytham Mannah et ses compagnons de lutte, dissiper les illusions

Haytham Mannah dispose de trois qualités qui l’habilitent à devenir une personnalité symbolique

- Un combattant de la première heure des Droits de l’Homme

-un patriote syrien à l’attachement inébranlable envers son pays et à sa souverainneté malgré les pressions et sollicitations

-Un intellectuel proche du peuple

Synthèse démographique russe de l’année 2012

février 6th, 2013 by Alexandre Latsa

Alors que les enfants et les droits d’adoption sont au cœur de l’actualité, la situation démographique russe est curieusement comme passée de mode dans le monde des médias.

Pourtant les derniers développements démographiques russes sont extrêmement intéressants. Les lecteurs qui suivent mes chroniques sur RIA Novosti savent que la démographie a été l’un des principaux points de  l’entreprise de dénigrement de la Russie. Beaucoup d’analystes ont en effet pris le train de l’information en marche, train qui affirmait à tort que la Russie ne se relèverait sans doute pas du terrible choc démographique qu’elle a connu au lendemain de l’effondrement de l’URSS. Un peu d’histoire s’impose donc.

De 1991 à 1999, en conséquence de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée ainsi que la natalité. En 1989 la Russie a connu 2.160.559 naissances et 1.583.743 décès et la population a augmenté de  576.816 habitants. 1991 a été la dernière année qui a vu une hausse naturelle de population (naissances – décès) avec 1.794.626 naissances et 1.690.657 décès soit une hausse de population de 103.969 habitants. A partir de cette année 1991, la Russie est entrée dans le cycle démographique infernal de la croix russe, c’est-à-dire une faible natalité et une forte mortalité. Le nombre de naissances est tombé à 1.214.689 en 1999 contre 2.144.316 décès, soit une perte nette de population de 929.627 habitants. Le nombre de naissances remontera ensuite, n’atteignant de nouveau le niveau de 1991 (plus de 1,7 millions de naissances) qu’à partir de 2011. Quand aux nombre de décès, il restera très élevé et supérieur à deux millions également jusqu’à cette année 2011, qui verra 1.925.036 décès.

Cette évolution se traduira par une diminution de population continue, mais à une vitesse qui se réduira fortement à partir de 2005, la baisse naturelle de population étant de respectivement 687.066 habitants en 2006, 470.300 habitants en 2007, 363.500 habitants en 2008, 246.500 habitants en 2009, 241.400 en 2010 et finalement 131.208 en 2011. Les lecteurs voulant le détail des naissances  et  décès année par année de 1991 à 2011 peuvent le trouver ici.

La Russie a cette année 2012 connu 1.896.263 naissances, contre 1.793.828 l’année dernière, soit une hausse de 5,7% c’est-à-dire 102.435 naissances en plus. La mortalité elle continue à diminuer, puisque l’année a vu 1.898.836 décès, contre 1.925.036 décès l’année passée, soit une baisse de 1,4%, c’est-à-dire 26.200 décès en moins. Avec 1.896.263 naissances et 1.898.836 décès, la Russie frôle donc cette année l’équilibre naissances – décès, avec un solde négatif de 2.573 habitants. Les grands froids historiques que le pays a connu fin décembre ont cependant accru la mortalité,décembre 2012 ayant vu 2.698 décès de plus que décembre 2011.

Il est intéressant également de regarder ou se situe majoritairement cette hausse du nombre de naissances: Il y a tout d’abord l’oblast Omsk, la ville de Saint-Pétersbourg, les districts énergétiques de Khanty-MansiiskTioumen et Iamalie, la république des Maris, le Tatarstan, le territoire de Krasnodar ainsi que les régions de Kalouga et de Lipetsk et enfin la région de Moscou.

Il y a donc des raisons d’être plutôt optimistes. Tout d’abord le nombre de naissances est dans une dynamique continue de croissance pendant que la mortalité est elle au contraire en décroissance. On imagine donc mal ces tendances soudainement s’interrompre et donc comment les prévisions démographiques d’une Russie de 130 millions d’habitants en 2015 pourraient arriver, scénario pourtant envisagé par les sources d’analyses les plus sérieuses (voir icila ou ici) jusqu’à il y a quelques années. La population russe devrait se situer aux alentours de 143,6 millions d’habitants en ce premier mois de l’année 2013, soit la prévision statistique démographique la plus optimiste des scénarios démographiques de l’état russe, qui aurait du être atteinte seulement en… Janvier 2015!

Pour beaucoup d’analystes ces résultats sont déjà exceptionnels et supérieurs aux prévisions des démographes russophiles les plus optimistes. Bien sûr le pire est devant puisque depuis 2004 on observe une baisse du nombre de femmes en âge de procréer (15-49 ans) et que depuis 2008 cette baisse concerne également les 15-29 ans, soit la tranche d’âge ou se concentrent actuellement 75% des naissances (voir pour bien comprendre ce schéma). Cette baisse devrait se prolonger jusqu’a 2025, année durant laquelle les jeunes femmes russes de 25 ans seront vraisemblablement 35% moins nombreuses qu’aujourd’hui. Pour faire face à cette situation, il faudrait donc que le nombre d’enfants par femmes double littéralement, soit plus que les trois enfants que le président russe a dans son discours de fin d’année estimé comme le nombre d’enfantsque devait avoir chaque famille russe normale. Ou alors il faudrait que les femmes fassent des enfants plus tôt et/ou plus tard. Le changement des mentalités fait que les femmes russes ont des enfants de plus en plus tard. De plus, le nombre d’avortements est en forte baisse, passant de 1,8 million en 2004 à moins de 850.000 cette année. Enfin et peut être surtout l’immigration (de résidence) est en baisse mais stabilisée à 250.000 / 300.000 entrées annuelles.

Mais le facteur migratoire pourrait jouer un rôle important dans le futur puisque la chambre basse du parlement devrait élargir la liste des personnes pouvant prétendre à la citoyenneté russe via une procédure simplifiée. Le régime s’appliquerait aux “porteurs de la langue russe et de la culture russes, les descendants directs des ressortissants de l’Empire russe”. Cette loi fait suite à une initiative du chef de l’Etat Vladimir Poutine qui en juillet  2012 avait soulevé la question de rapatriement des descendants de citoyens de l’URSS et de l’Empire russe en déclarant que “Les compatriotes expatriés voudraient être utiles pour leur patrie historique” et que “Les ressortissants de l’Empire russe font partie d’une même nation et civilisation”. Ainsi, via cette loi, les habitants de Finlande et de Pologne, ainsi que les Tcherkesses qui ont quitté le Caucase après la défaite dans la guerre du Caucase, pourraient obtenir la citoyenneté russe.

On imagine donc de plus en plus difficilement comment dans l’avenir la population russe devrait s’effondrer comme cela a souvent été répété. Et si 2013 voyait une hausse naturelle de population?

Alexandre Latsa

 

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Le mur grec anti-migrants contourné par la Bulgarie

février 6th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Aujourd’hui en France Dimanche revient sur la fin des travaux de construction de la barrière entre la Grèce et la Turquie. Le mur barbelé de 12,5 km a été érigé afin de stopper le flux de migrants qui entre en Europe à travers la Grèce. Le journal indique que la barrière est un soulagement pour la population locale, mais crée également la controverse. Un citoyen dénonce cette barrière qui oblige les migrants àtraverser l’Evros à la nage. Un journaliste turc explique que les passeurs ont trouvé une nouvelle porte d’entrée vers l’Europe à travers la Bulgarie. Dans un encadré, le journal cite un porte-parole de la commissaire européenne Cecilia Malmström qui indique que la barrière est « inutile ». La Commission a refusé de la financer, mais pourvoit des fonds permettant à la Grèce des recevoir les réfugiés et de faire face en terme de patrouilles. Mais seuls 40% des fonds ont été utilisés en raison des «problèmes d’administration », ajoute le porte-parole.

 

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Ces coups bas du FMI à l’Argentine qui ne trompent personne

février 6th, 2013 by Estelle Leroy-Debiasi

Les hasards du calendrier n’existent pas, surtout quand c’est le FMI qui distribue les mauvais points de façon unilatérale, comme à son habitude. Alors que depuis plus d’un an et demi une réforme de l’indice des prix en Argentine a été lancée, voilà que la sanction tombe, une « déclaration de censure ».

Le FMI a émis à l’égard de l’Argentine cette mesure extrêmement rare. Là, maintenant, juste en plein procès avec les fonds vautours à New York où l’Argentine a présenté sa position le 28 Janvier dernier et alors que la sentence doit tomber le 27 Février prochain.

Et puis alors que l’Argentine réclame l’ouverture de discussions avec la Grande-Bretagne autour des Malouines . « Si à cela on ajoute que la City de Londres est là où s’articulent les principaux paradis fiscaux, on comprend la position britannique au FMI. De fait, rien ne change pour le pays qui il y a six ans a annulé ses comptes avec le FMI” comme le souligne Horacio Verbitsky dans Pagina 12

Le moment était donc bienvenu pour planter une banderille ! C’est ce qu’a fait le FMI en émettant cette « déclaration de censure ». La réaction du gouvernement argentin ne s’est pas, d’ailleurs pas, fait attendre estimant qu’il s’agissait de stigmatiser le pays.

Le FMI donne au gouvernent huit mois pour aligner la méthodologie de l’Indec aux normes internationales. Au cœur de la polémique, l’indice des prix à la consommation du Grand Buenos Aires (IPC-GBA), et même pas l’indice des prix national (IPC-Nacional). Il est vrai, le gouvernement et l’Indec l’ont reconnu, il y a plus un an et demi, que les indices des prix avaient besoin d’un toilettage, et que c’est encore plus difficile quand il s’agit d’un pays fédéral. D’ailleurs tout un chacun sait bien que l’indice des prix à la consommation d’un pays ne traduit la réalité des prix que de façon relative, il suffit de lire les statistiques officielles en France – 1,3% sur un an, et de comparer avec l’évolution de son caddy au supermarché !

Indice des prix du Grand Buenos Aires

En l’occurrence dans le toilettage opéré, l’Argentine a avancé en premier lieu sur son indice national des prix à la consommation (IPC-Nacional), comme lui avait demandé le FMI (voir El Correo). Le FMI, s’attache dans sa critique au IPC-GBA, indice des prix à la consommation du Grand Buenos Aires (la capitale fédérale et 24 villes de banlieue), zone qui certes concentre une grande partie de la population et de l’activité du pays, bien qu’il ne faille pas sous estimer l’importance de villes comme Cordoba, Rosario ou d’autres capitales de province.

Le FMI explique dans son communiqué, « qu’il a trouvé que le progrès de l’Argentine pour remédier à l’inadéquation » de cet indice, « depuis la réunion du 17 septembre 2012, n’a pas été suffisant », d’où cette déclaration de censure. Le directoire a demandé au pays d’y remédier d’ici au 29 septembre 2013. Les mesures doivent aligner ces indicateurs sur les normes internationales, ajoute le fonds.

Jouer l’exemplarité pour les fortes têtes

Cette « déclaration de censure » émane de la recommandation de Christine Lagarde au board du FMI qui l’a suivi, et donc n’a surpris pas grand monde. En fait, c’est une décision qui veut avoir caractère exemplaire : on ne peut y voir qu’une volonté de la part de l’organisme international de punir et de montrer du doigt l’Argentine.

Les réformes étant en cours depuis plus d’un an et demi dans le cas argentin, et alors que bien des pays se sont trouvés dans une situation similaire sans faire l’objet d’une telle sanction (modifiant leur mesure du chômage ou changeant les produits entrant dans leur panier de l’indice).

Car si le pays ne tient pas les délais, il va être privé de financement. Mais voilà, depuis 2006 l’Argentine n’a aucun lien financier avec le FMI , donc cela ne change pas grande chose ! Sanction ultime, si le pays n’est pas d’équerre début 2015, on prévoit de suspendre son droit de vote, voire de l’exclure.

Le message est simple : voilà ce qui arrive aux fortes têtes, histoire de faire peur aux pays qui pourraient avoir envie de suivre la voie de l’Argentine quant à la gestion de leur dette, et à la remise en cause des recettes empoisonnées de l’organisme, qui non seulement n’ont pas fait de miracles mais ont entrainé certains pays dans un marasme profond.

Mais le cas argentin dérange car il n’arrange pas la planète finance. Le FMI brandit la menace comme une profession de foi. Et la Présidente argentine de simplement demander : « Où était le FMI qui ne put empêcher aucune crise ? Où était-il quand se sont formés, pire que des bulles, mais des globes aérostatiques financiers ? »

Le FMI en retard sur sa réforme, quelles sanctions ?

Tout cela intervient alors que l’organisme international est lui-même sur la sellette pour ne pas faire avancer suffisamment rapidement sa réforme interne. Le Conseil d’administration du FMI a remis il y a quelques jours au Conseil des gouverneurs son rapport sur les résultats du réexamen de la formule de calcul des quotes-parts.

Cette formule de calcul des quotes-parts devait faire l’objet d’un réexamen complet au plus tard en janvier 2013. Pour mémoire, chaque pays membre du FMI doit se voir attribuer une quote-part qui est fondée globalement sur son poids relatif dans l’économie mondiale. Il s’agit pour les Bric, notamment, le Brésil, la Chine, l’Inde, la Russie d’obtenir un pouvoir de décision qui correspond à leur poids dans l’économie.

Dans son rapport, le Conseil d’administration indique que « des progrès sensibles ont été accomplis dans l’identification des éléments clés qui pourraient former la base d’un accord définitif sur une nouvelle formule de calcul des quotes-parts. »

La question est quand ? Clairement, certains membres font de la résistance. Un représentant brésilien, commentait « le maigre résultat des négociations qui reflète la résistance au changement de la part des membres excessivement représentés, notamment en Europe, ajoutant, le FMI s’approche d’un abime de crédibilité ».

Le FMI a retardé à janvier 2014 la mise en œuvre de sa réforme. Va-t-il s’auto-sanctionner pour ce retard, pourtant préjudiciable au bon fonctionnement de l’économie mondiale ?!

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo, Paris, le 4 février 2013

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Estelle Leroy-Debiasi. Journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune.

Dans la soirée du 04/02/2013, la télévision syrienne a diffusé une interview du Général Fahd Jassem al-Freij, chef d’état major de l’armée et des forces armées, ministre de la Défense [1]. Il a parlé des dimensions du complot qui vise la Syrie, de la lutte du peuple syrien contre une guerre par procuration sans précédent touchant tous les secteurs du pays, de la détermination des soldats syriens à éradiquer les terroristes et à assister la population, du rôle des groupes terroristes armés dans l’ouverture de brèches dans les défenses anti-aériennes syriennes, et de l’agression israélienne contre le « Centre de recherche de Jomraya » dans la banlieue de Damas à l’aube du Mercredi 30 janvier 2012.

Pour Nasser Kandil [2], directeur de Top News Liban, la chose la plus importante est ce qu’il n’a pas dit ! Il n’a pas utilisé l’expression : « la Syrie ripostera à l’agression à l’endroit et au moment opportuns » ; ce qui signifierait à l’ennemi que cette décision est prise. C’est aussi ce que nous dit le Général Amin Hoteit dont l’article ci-dessous a été publié dans la matinée du 04/02/2013.

Il n’empêche que le plus douloureux pour les Syriens n’est pas qu’un ennemi déclaré agresse, mais que de prétendus révolutionnaires désignés improprement par « Armée Syrienne Libre », ou ASL, tentent de couvrir l’agression quand ils ne sont pas le bras armé des agresseurs ! C’est ce que nous démontre, preuves à l’appui, l’écrivain et analyste politique libanais, Salem Zahrane [3], qui a enregistré un document diffusé par l’ASL s’octroyant la paternité d’un soi-disant bombardement terrestre du Centre de Jomraya au moment même du raid israélien ; document vite disparu de la circulation après qu’un communiqué du commandement militaire syrien ait fait savoir que l’attaque israélienne avait visé le Centre de recherche de Jomraya, non un convoi transportant des armes de la Syrie vers le Liban comme l’ont prétendu les dirigeants et médias officiels occidentaux. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que M. Netanyahou et ses acolytes travaillent toujours à étendre cette fameuse « profondeur stratégique » dont ils auraient un besoin si vital pour leur sacré projet expansionniste et que les Syriens, tout autant que les Palestiniens et les Libanais, sont dans un combat de vie ou de mort ! [NdT].

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À un moment considéré comme l’un des plus critiques depuis le début de l’agression occidentale contre la Syrie, l’aviation israélienne a lancé ses fusées d’une distance de 22Kms sur un « Centre de recherche » relevant du ministère de la Défense à Jomraya et l’a partiellement détruit. Une attaque annoncée par les États-Unis, justifiée ensuite, et accompagnée de menaces à peine voilées avec le faux prétexte que la Syrie acheminait des armes au Hezbollah ; menaces destinées à détourner les regards des véritables objectifs de l’opération.

Quels sont donc les objectifs de cette agression ?

Pour commencer, il convient de rappeler que les groupes armés et les terroristes qui agissent sur le terrain – sous direction et commandement US – attendaient une intervention militaire étrangère  « directe », comparable à celles menées dans la région du Golfe, en Afghanistan, en Irak et… si possible, en Libye ! Ceci, avec la ferme conviction de leur inévitable « victoire », étant acquis que l’Occident ne pouvait reculer sans atteindre son objectif premier : abattre l’État syrien récalcitrant pour le remplacer par un régime fantoche à ses bottes !

Mais les voilà bien obligés de déchanter puisqu’au bout de bientôt deux années, d’un terrible combat, ils ne peuvent que constater la réalité indéniable de leur échec ; la Syrie se préparant à reprendre le contrôle des quelques régions encore infestées de leur présence. Les indices et preuves de cet échec ne manquent pas, autant sur le terrain des opérations que sur le terrain politique.

Sur le terrain syrien, il est remarquable de noter que les zones de confrontation plus ou moins étendues, entre ces soi-disant révolutionnaires et l’Armée régulière ainsi que les forces de sécurité syriennes, sont tombées de l6 à 8 zones, avec des pertes d’une proportion équivalente dans le rang des dits « insurgés ». Autrement dit, plus de la moitié ont été tués, blessés, ou dégagés d’une façon ou d’une autre. Le tout étant confirmé par des rapports publiés, notamment le 29/01/2013, par des services du Renseignement US. Ils se résumeraient à dire que les opérations militaires des fameux insurgés ont chuté de 40 %, au minimum !

Sur le terrain politique, la débandade de la soi-disant « opposition syrienne » est désormais de notoriété publique. Elle souffre de ses rivalités intestines et d’apparentes « divisions de principe » entre ceux qui refusent le dialogue national appelant à une intervention militaire étrangère en vertu du Chapitre VII, ceux qui déclarent accepter ce dialogue et rejettent catégoriquement ce type d’intervention tout en adoptant une position inquiétante quant à leur capacité d’aboutir à une sortie de crise préservant la souveraineté de la Syrie et la décision du peuple syrien, et ceux qui au sein de la « Coalition de Doha » n’aspirent qu’à la formation d’un « gouvernement de transition » censé leur permettre de prendre le pouvoir par la voie diplomatique là où ils ont échoué à le prendre par les armes ! Bref, la situation de ces opposants se complique jour après jour, d’autant plus que lors de la dernière réunion à Paris des pays prétendument « Amis de la Syrie », ils n’étaient plus que 54 au lieu des 104 pays de la première heure. Sans oublier le désastre qui est venu couronner le tout ; celui privant ces « négociants de l’opposition » de 75% de leurs crédits en monnaie sonnante et trébuchante.

Ces deux contextes à la fois ont rapidement été analysés par les États-Unis qui en sont arrivés à la conclusion que sans élément nouveau, il suffira de quelques semaines pour que la l’État, le gouvernement et le peuple syriens réussissent à reprendre le contrôle de l’ensemble de leur pays ; auquel cas, les US perdraient leur propre contrôle sur les négociations internationales en cours pour jeter les bases du règlement de la crise. Crainte US exacerbée par M. Lakhdar Brahimi déclarant, devant le Conseil de sécurité, que le Président Bachar al-Assad tenait les rênes de la situation en Syrie sans espoir de destitution à l’horizon ! Crainte partagée par la frange de l’opposition syrienne qui n’a cessé de hurler son refus du dialogue, jusqu’à la sortie surprenante de M. Moaz Khatib, éminent président de la « Coalition de Doha », annonçant qu’il était finalement disposé à dialoguer avec les autorités syriennes !

Pour toutes ces raisons, les Etats-Unis ont confié à Israël la mise à exécution d’une action militaire surprise, mais limitée, qui leur permettrait d’atteindre les objectifs suivants :

1. Dissimuler les succès et acquis de l’État syrien aux écrans des médias internationaux, tout en diffusant une « nouvelle contraire » qui démoraliserait les Syriens. De plus, il n’est pas impossible qu’ils aient parié sur une réaction irréfléchie des autorités syriennes les poussant à attaquer des cibles en Israël ; ce qui aurait justifié qu’Israël frappe en retour et donne ainsi un coup de main aux terroristes pour toucher des objectifs qu’ils ont été incapables d’atteindre.

2. Relever du même coup le moral défaillant des terroristes en leur prouvant que leurs patrons colonialistes ne les avaient pas encore abandonnés.

3. Récupérer un atout à monnayer sur la table des négociations, et envoyer un message à « l’Axe de la Résistance » et au « Front international » qui refuse l’agression contre la Syrie, pour signifier que les États-Unis n’accepteront pas aussi facilement un règlement de la crise qu’ils ne contrôleraient pas en position de force et qu’ils n’abandonneront pas la partie.

C’est donc pour toutes ces raisons qu’Israël a exécuté son agression. Nous ne dirons pas, comme certains, que l’attaque a obtenu « le feu vert US ». Il nous suffit de dire que l’opération était une nécessité US et que l’acte est conforme à la nature agressive et terroriste des dirigeants israéliens. Cette nécessité US explique pourquoi l’attaque a été précédée de déclarations insistantes mettant en garde contre le transfert d’armes de Syrie vers le Hezbollah, déclarations visiblement destinées à justifier et à légitimer ce qui allait suivre ! Sinon, comment expliquer qu’ils aient persisté à prétendre que l’attaque était dirigée contre un convoi d’armes se dirigeant du territoire syrien vers le Liban, même après que l’État major des forces armées syriennes ait publié un communiqué clair et détaillé prouvant que l’attaque n’avait rien à voir avec un quelconque convoi, ni de près, ne de loin !  Certes, ils ont tenté de rectifier le tir en prétendant qu’Israël avait visé deux objectifs à la fois : le Centre de recherche et l’hypothétique convoi ! Ceci, alors que nous savons tous que s’ils disaient la vérité ou possédaient la moindre preuve confirmant leurs allégations, ils auraient publié des photos du convoi prises par l’aviation israélienne au moment du bombardement, à défaut de publier celles captées par leurs satellites couvrant la région à longueur de temps ! Il est certain que les USA qui, malgré la coopération de toutes les organisations sionistes occidentales, n’ont réussi jusqu’ici ni à empêcher le Hezbollah de s’armer ni à visualiser une seule opération de transport d’armes, ne peuvent nous convaincre de la véracité de leurs affirmations. Leur insistance à prétendre que l’attaque visait un tel convoi n’a qu’un seul but : justifier une agression israélienne prétendument défensive et préventive.

L’Opération a donc eu lieu une fois que l’aviation israélienne a pu échapper aux radars syriens, les USA et Israël cherchant à faire savoir aux agents à leur solde qu’ils étaient toujours déterminés à les couvrir et qu’ils pouvaient continuer à tuer et à terroriser à tout va. Ceux-là n’avaient plus qu’à se réjouir tandis que d’autres, plus réticents à avouer publiquement leur traitrise, se sont empressés de faire porter le chapeau à la Syrie !

Mais est-ce que l’agression a atteint ses objectifs ?

Pour répondre, il nous suffit de relever les points suivants :

1. La Syrie a publié un communiqué clair et précis, mais sa décision de riposter est restée implicite ; décision fondée sur une vision militaire et stratégique ayant distingué entre le principe de la riposte « retenue » et son importance ; laquelle sera fonction de la nature de l’agression subie, au moment qu’elle jugera opportun. Il faut croire qu’Israël a compris le communiqué syrien et a, d’ores et déjà, pris ses précautions. Ce faisant, la Syrie n’est pas tombée dans le piège tendu. D’où un premier échec.

2. L’armée arabe syrienne, loin d’être démoralisée, a poursuivi ses actions militaires contre les terroristes. D’où un deuxième échec.

3. Ni la Syrie, ni le Hezbollah ne se sont souciés ou même prononcés sur les prises de position US, dans la mesure où leur résistance et leur mode de fonctionnement continuent malgré tout. D’où un troisième échec.

4. La Russie a condamné l’agression, tout comme elle a neutralisé la rencontre du quatuor « US-Russie-Brahimi-Khatib » voulue par les USA. Du coup, chacun a du se réunir séparément avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov ; le président de la « Coalition de Doha » se précipitant pour le rencontrer avant de se préparer à se rendre à Moscou, en dépit de toutes ses déclarations hostiles antérieures. D’où un quatrième échec.

Finalement, l’agression israélienne n’a rien changé au cours des événements et n’a pas satisfait les objectifs US. La crise Syrienne devra se résoudre au profit du droit des Syriens, même si nous ne pouvons plus parler de «solution pacifique» étant donné le prix payé par la Syrie pour conserver sa souveraineté, son indépendance et ses droits nationaux. En revanche, nous pouvons parler d’une « issue à la crise » imposée par la résistance syrienne. Une issue qui commence à être sérieusement envisagée et discutée. Tous les observateurs raisonnables et concernés par la Syrie en sont persuadés. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent l’admettre n’ont pas leur place sur la table des négociations. Ils n’auront aucun poids dans le règlement de la situation et nul ne souciera de leurs prises de position, vu qu’ils ne sont pas maîtres de leurs décisions !

 Dr. Amin Hoteit

04/02/2013

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=89383590020130204013703

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

[1] Le Général Freij: L’armée syrienne est ferme et inébranlable…

http://www.sana-syria.com/fra/51/2013/02/05/465501.htm

[2] M. Nasser Kandil :  القبضة الواحدة

http://topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=1780

[3] Interview de M. Salem Zahrane   [à partir de la 22ème minute]

https://www.youtube.com/watch?v=ZEvNvAHLB6w&feature=player_embedded

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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Je le dis et le répète sur tous les tons depuis trois ans ici même sur Vigile, le Canada est mal en point. Vous me direz que sa situation n’est ni meilleure ni pire que celle de bien d’autres pays, et je vous répondrai que la grande majorité des autres pays n’abritent pas en leur sein une nation, reconnue comme telle, qui, dans son cas, entretient l’ambition de devenir indépendante depuis sa conquête par les Anglais sur les Plaines d’Abraham en 1759.

Que l’intensité de cette ambition ait fluctué au cours des ans importe peu. Ce qui importe, c’est qu’elle existe et qu’elle témoigne d’un vouloir-vivre collectif profondément enraciné, un des critères de la reconnaissance des États en droit international. Ce simple fait précarise le Canada comme peu d’autres pays.

Dans ces conditions, lorsque surviennent des événements qui ont pour effet d’ébranler ses fondations, la question de la survie du Canada dans sa forme connue à ce moment-là se pose. C’est le cas à l’heure actuelle, à un degré que le Canada n’a jamais connu, et certainement pas à l’occasion des deux référendums tenus par le Québec en 1980 et en 1995.

Si la question de la survie du Canada s’est alors posée, c’est uniquement à cause de la menace que faisait peser sur son intégrité la perspective de la sécession du Québec. Cette sécession, si elle s’était produite, aurait été la cause du démantèlement du Canada.

Aujourd’hui, la question se pose tout autrement. Le Canada est la proie de forces tant endogènes qu’exogènes avec lesquelles le Québec a peu à voir qui contribuent toutes à sa dislocation. Dans de telles conditions, la sécession du Québec ne serait plus la cause principale du démantèlement du Canada, mais une de ses conséquences qui constituerait pour les Québécois non plus un geste d’hostilité à l’endroit du Canada et des Canadiens, mais un réflexe élémentaire de survie, un sauve-qui-peut lorsque le navire est en train de couler.

Effondrement des fondations culturelles du Canada

La crise que traversent les pays qu’on appelait autrefois développés n’épargne pas le Canada. De tout temps, la capacité des États à résister à ces crises a tenu en large partie à leur degré de cohésion nationale, et cette cohésion est elle-même fonction du partage de certains traits identitaires et culturels qui se traduisent en valeurs communes.

Or ce n’est un secret pour personne que, sur ce plan, le Canada est confronté à de nombreux défis. De façon à maximiser son développement économique, le Canada a ouvert toutes grandes les portes de l’immigration et, croyant se rendre plus attirant, a adopté l’approche multiculturelle, sans se soucier outre mesure de l’intégration de ces nouveaux arrivants.

En quarante ans, le Canada est devenu un méli-mélo de nationalités, une auberge espagnole où chacun a trouvé ce qu’il apportait. Toronto en constitue un exemple parfait. Les nationalités vivent aux côtés les unes des autres dans des villages (euphémisme pour ghettos) sans autre ciment que le commerce.

Quand le commerce prospère, tout va bien, mais dès qu’il bat de l’aile, les fractures communautaires et les tensions ethniques se mettent à apparaître, comme en témoignent certains incidents violents survenus ces dernières années. On ne bâtit pas un pays à coups de centres commerciaux, et le Canada est devenu au fil des ans une longue bande étroite de centres commerciaux qui se suivent les uns à la suite des autres.

Déjà réticents à l’endroit du Canada, chacun pour des raisons qui leur sont propres, le Québec et les Premières Nations constituent autant d’obstacles au développement d’une identité canadienne compatible avec les aspirations de la majorité anglophone, incapable de masquer sa profonde irritation et même son hostilité devant la spécificité linguistique du Québec et l’obligation du bilinguisme qui en découle pour le pays tout entier.

Conscient de la pauvreté des symboles d’union au Canada, le gouvernement Harper a sorti la monarchie des « boules à mites », pensant faire illusion. La tentative est à ce point dérisoire qu’elle a eu l’effet contraire et n’a servi qu’à mettre en relief combien le Canada est mal en point à cet égard. La reine en est réduite à servir de cache-misère au Canada, de feuille de vigne… Un régal pour les caricaturistes.

Effondrement des fondations sociales du Canada

La crise économique fait également apparaître des tensions sociales qui ne vont aller qu’en s’accroissant au fur et à mesure qu’elle va prendre de l’ampleur, d’où les efforts faits pour en masquer la dimension véritable, dans le fol espoir que la croissance reprendra à un rythme qui aura tôt fait de masquer la profondeur des divisions qui se creusent de plus en plus rapidement entre les Canadiens, tant sur le plan générationnel que sur celui des classes sociales dont l’une d’entre elles, la classe moyenne, a littéralement fondu sous leurs yeux au cours des vingt dernières années, sous l’effet de la mondialisation et de la délocalisation des emplois manufacturiers.

Depuis le début des années soixante-dix, le Canada s’est doté d’un filet de sécurité sociale très élaboré, et dans la psychologie collective, ce filet s’est substitué au mythe du chemin de fer transcontinental comme facteur d’unité canadienne. Toute menace à la couverture offerte par nos régimes sociaux est immédiatement perçue comme une attaque contre les valeurs canadiennes.

Mais dans la mesure où il devient de plus en plus évident que nous devons cette couverture à des emprunts massifs sur le crédit de nos gouvernements et que nous avons endetté les générations futures à un niveau qui soulève de très sérieuses questions d’équité intergénérationnelle, l’étendue et l’universalité de cette couverture vont être remises en question.

Déjà, nous avons vu jusqu’où certaines entreprises du secteur privé sont allées pour se délester de leurs obligations contractuelles envers leurs employés, et les gouvernements provinciaux s’apprêtent à faire de même. Comme ce sont eux qui ont la responsabilité constitutionnelle de dispenser les services publics (santé, éducation, transports publics et autres via les municipalités qui relèvent de leur autorité) et que leurs employés sont syndiqués, on devine facilement l’ampleur des affrontements qui se dessinent.

D’ailleurs, pour échapper à une situation qui devenait intenable et pour tâcher de gagner du temps, le premier ministre Dalton McGuinty de l’Ontario a préféré démissionner l’automne dernier, laissant pendant plusieurs mois la population dans l’ignorance de la gravité de la situation, et les syndicats de services publics, sans cible.

Hélas, aucun miracle n’est survenu depuis lors, et la situation économique a continué de stagner si elle ne s’est pas effectivement détériorée. Les mauvaises nouvelles tomberont plus tard, au printemps.

L’Ontario n’est pas la seule province dans une passe difficile. La première ministre de l’Alberta, Alison Redford, a bien prévenu sa population la semaine dernière que son gouvernement était confronté à des choix difficiles et que les Albertains s’en ressentiraient nécessairement très bientôt, soit par un alourdissement de la fiscalité, soit par une réduction des services, ou une combinaison des deux.

Dans les Maritimes, la situation est si mauvaise que les sénateurs de la région ont proposé, en novembre dernier, une fusion des provinces de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau- Brunswick, et de l’Île-du-Prince-Édouard . Sur le coup, leur démarche a été accueillie froidement, mais il n’en demeure pas moins que la question soulevée et la réponse proposée sont des plus pertinentes.

Dans un contexte où les ressources financières se font très rares, les 1 800 000 habitants de cette région (moins que la population de l’agglomération de Montréal qui en compte 1 900 000) ne peuvent plus se permettre le luxe de soutenir trois gouvernements provinciaux distincts.

Lorsqu’il deviendra apparent dans quelques mois que l’Ontario absorbera à elle seule la part du lion des paiements de péréquation d’ici trois ou quatre ans, les provinces maritimes seront confrontées elles aussi à des choix budgétaires extrêmement difficiles qui auront des conséquences comparables à celles de l’Ontario sur le plan de leur capacité à offrir des services et sur la nécessité d’en réduire les coûts.

Leur situation est d’autant plus précaire qu’elles souffrent déjà des coupures annoncées par le fédéral au régime d’assurance emploi sur lequel repose une portion importante de leur économie vu le caractère saisonnier d’une activité comme la pêche. En fait, les Maritimes vont être confrontées à très court terme à une déstructuration complète de leur mode de vie, et il existe de nombreux signes que la population de ces provinces ne s’y résoudra pas sans réagir durement.

Pour avoir déjà vécu dans cette région et y avoir voyagé à de très nombreuses reprises pour les fins de mon travail, je peux témoigner de la force de l’esprit communautaire qui y règne, et qui s’est manifestée encore assez récemment avec l’opposition de la population du Nouveau-Brunswick à la prise de contrôle d’Énergie NB par Hydro-Québec.

Il est donc évident que le Canada sera confronté à court ou moyen terme à une crise sociale très grave, d’une ampleur jamais connue, qui va ébranler le pays dans ses fondements les plus profonds.

Effondrement des fondations économiques du Canada

Cette crise est d’autant plus inévitable que la situation économique du pays est en voie de s’aggraver. Pour bien la comprendre, il faut se rappeler que la prospérité du Canada a été longtemps assurée par le pacte de l’automobile et ses retombées qui ont surtout profité au secteur manufacturier de l’Ontario.

Ce sont ces retombées qui ont permis à l’Ontario de connaître une croissance si rapide de sa population et de son PIB, et de devenir la « vache à lait » du régime canadien de péréquation. Cette situation a perduré jusqu’à la fin du 20e siècle lorsque le dollar canadien, jusque là à un niveau très faible par rapport au dollar américain (il est en effet descendu à 0,64 $ dans les mois qui ont suivi le référendum de 1995), s’est mis à remonter sous l’effet de la réduction graduelle, puis l’élimination, du déficit du gouvernement fédéral, et l’enregistrement de ses premiers surplus depuis 1970.

Au moment de la crise de 2008, le dollar canadien était parvenu à remonter la pente par rapport au dollar canadien. Mais il faut comprendre que ce qui donnait aux Canadiens un motif de fierté nationale donnait par ailleurs des sueurs froides et des ulcères d’estomac aux manufacturiers ontariens. L’avantage concurrentiel que leur procurait la faiblesse du dollar canadien sur le marché américain fondait comme neige au soleil.

Lorsque la crise financière a éclaté aux États-Unis entraînant un effondrement de la demande pour les produits fabriqués en Ontario, les fermetures d’usine s’y sont très rapidement multipliées, et celle-ci n’est pas parvenue à récupérer le terrain perdu, comme en témoigne la détérioration aussi rapide que massive de ses finances publiques.

Le ralentissement de la croissance américaine observé au dernier trimestre de 2012 et la possibilité que les États-Unis soient retombés en récession est donc du plus mauvais augure pour l’Ontario, mais aussi pour le Canada dans la mesure où les Albertains ne parviennent pas à trouver preneurs pour leur pétrole à un prix qui en permette l’exploitation rentable, comme l’a expliqué à sa population la première ministre Redford la semaine dernière.

Et comme si ces problèmes ne suffisaient pas, le Canada est également confronté à l’éclatement prochain de la bulle immobilière qui s’y est développée depuis plusieurs années. De plus, à l’insu des Canadiens, et en dépit des belles assurances du ministre des Finances et du gouverneur de la Banque du Canada, le Canada a dû intervenir massivement sur les marchés pour éviter aux banques canadiennes d’être emportées dans la débâcle en 2008.

Son opération de sauvetage, exécutée par le truchement de la Société centrale d’hypothèques et de logement (SCHL), est parvenue à passer sous le radar des médias du fait que la SCHL est sans doute l’agence fédérale dont le profil est le plus bas.

Enfin, les Canadiens les plus branchés sur l’actualité économique ont appris au cours des derniers jours que la Banque du Canada s’était lancée depuis 2009 dans un programme agressif d’achat d’obligations du Canada dans une version très personnelle de l’assouplissement quantitatif pratiqué par d’autres grandes banques centrales.

Ainsi, on constate une progression quasi verticale de ses achats d’obligations canadiennes depuis deux ans, pendant une période où les autorités se faisaient rassurantes en soulignant la vigueur de l’économie canadienne, et où l’on croyait que la demande étrangère pour les titres du gouvernement fédéral canadien était élevée. Mauvaise surprise !

Par ailleurs, le gouvernement canadien devra procéder au refinancement de 267 milliards $ de ses obligations en 2013, et il faut donc s’attendre à ce que la Banque du Canada en rachète une portion nettement plus élevée qu’elle en a été coutumière dans le passé. De quoi fragiliser encore les équilibres financiers du pays.

Au bilan, on est obligé de constater que les effets combinés de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie mondiale, de la montée en puissance du dollar canadien depuis le début des années 2000, de la crise financière de 2008 et de l’effondrement du secteur manufacturier en Ontario qui s’en est suivi, ont ravi au Canada son titre de puissance industrielle pour le ramener au niveau de ce qu’il était encore au début des années 1960, un très important fournisseur mondial de matière premières certes, mais en proie constante à l’alternance rapide des cycles d’expansion et de contraction au gré de l’évolution de la demande qui caractérise ce genre d’économie, qualifiée par les observateurs avertis d’« économie de casino ».

Effondrement des fondations politiques du Canada

Il va de soi que toutes ces secousses auront des conséquences politiques. Jamais le Canada ne s’est-il trouvé en position plus précaire, au point même d’être menacé de dislocation. Ce genre de processus est rarement très rapide, à moins qu’il ne s’agisse d’un cas de rupture franche comme la Tchécoslovaquie en 1992, séparée presque du jour au lendemain en République Tchèque et en Slovaquie.

L’arrivée au pouvoir des Conservateurs en 2006, formant d’abord un gouvernement minoritaire avant de devenir majoritaires à l’élection de 2011, marque un tournant important. Les Conservateurs rejettent la vision du Canada de Trudeau reposant sur un gouvernement central fort et ils imposent de plus en plus lourdement une autre vision, aux antipodes de la première.

Cette vision, fortement inspirée de celle de l’extrême droite américaine, braque une forte proportion de l’électorat canadien. Tout majoritaire qu’il soit à la Chambre des communes, le parti de Steven Harper n’a recueilli que 38,5 % des voix au pays. La revanche de l’Ouest et la polarisation gauche/droite de l’électorat ont été fatales au Parti Libéral et au Bloc Québécois qui sont sortis très diminués de l’élection de 2011, tandis que le Nouveau Parti Démocratique faisait une percée spectaculaire au Québec et ravissait le titre d’Opposition officielle aux Libéraux.

Depuis l’élection de 2011, le Parti conservateur s’applique à réaliser son agenda et creuse encore plus profondément le fossé qui existe entre les différentes parties et communautés du pays sur des enjeux aussi disparates que la réduction des gaz à effet de serre, le soutien inconditionnel du Canada à Israël, le traitement des jeunes délinquants, l’enregistrement des armes à feu, le retour en force de la monarchie, l’adoption d’une posture militaire agressive, l’alignement systématique de la politique étrangère canadienne sur celles des États-Unis, etc.

De plus, la diminution consentie de la capacité d’intervention du gouvernement fédéral dans la vie canadienne, en réduisant ses sources de revenus par le jeu de la fiscalité, crée les conditions propices à son effacement graduel de la scène, au grand dam des hautes sphères de la fonction publique fédérale qui voient non seulement leur pouvoir s’étioler mais aussi le prestige international dont elles jouissaient du fait de l’indépendance relative du Canada face aux États-Unis.

Le vacuum qui s’installe à Ottawa dans de nombreux dossiers où le gouvernement central était jusqu’alors fortement impliqué place les provinces dans la position où elles sont appelées à se substituer au fédéral dans un retournement assez spectaculaire de la situation qui prévalait antérieurement, le gouvernement fédéral se disant prêt à des ententes « pragmatiques » pour leur céder des activités dans certains domaines.

Ainsi, pour les fédéralistes de l’école Trudeau, la dernière réunion du Conseil de la Fédération qui a vu toutes les provinces afficher une indépendance presque désinvolte à l’égard du gouvernement fédéral a dû leur faire le même effet qu’un festival d’apprentis-sorciers.

Si certains refusent de voir dans ces réalignements autre chose qu’une application saine de l’esprit du fédéralisme, un examen complet de la situation a vite fait de révéler les lignes de fracture, voire même quelques profondes lézardes, qui sont en train de rendre irréversible le processus de dislocation dans lequel le Canada est engagé depuis déjà quelques années.

Indépendance du Québec

Peu habitués à s’intéresser à ce qui se passe ailleurs au Canada, et tenus dans l’ignorance par les médias à la solde des fédéralistes des forces centrifuges qui agitent le pays, les Québécois ne voient pas l’avenir qui se dessine, un avenir dans lequel le choix de demeurer à l’intérieur du Canada n’apparaîtra non seulement plus comme le plus apte à garantir leur prospérité économique, mais plutôt comme une entrave de plus en plus lourde à leur essor. Il est dans leur intérêt de comprendre le plus rapidement possible ce qui s’annonce, au risque de ne pas pouvoir tirer le meilleur parti de la situation.

Prêts, pas prêts, l’indépendance s’en vient.

 

Richard Le Hir

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Crise économique en Grèce : Fins de mois

février 5th, 2013 by Panagiotis Grigoriou

Dans notre pays, les fins de mois sont de moins en moins arrondies. Derrière la vitrine de la normalité, Athéna devient presque aveugle. Nos sans-abri s’installent durablement dans le décor, et avec eux, tout leur petit quotidien usuel : livres, icones, pots de fleurs, objets certainement à vocation historique. C’est ainsi que nos histoires se fixent désormais pour un temps suffisamment long, avant de dévisser sans doute et peut-être bien pour toujours. Notre ville qui respire encore à travers ses débris humains en plus des « gens normaux », hurle pourtant encore. Comme ce jeudi (31/01), jour de grève générale (mais qui n’en était pas une), sauf que nos manifestants étaient bien là, certes plutôt par branche, en hurlant : « basta ». Ce n’était certes pas une grande journée de mobilisation, mais rien n’est vraiment grand en ce moment en Grèce, sauf l’imposture et la pauvreté.

“Nos sans-abri s’installent durablement dans le décor” – Athènes 30/01

 

Hier déjà, les dernières déclarations du ministre du Travail (?) Yannis Vroutsis (Nouvelle démocratie) ont mis le feu aux poudres. Vroutsis a estimé « que le système de sécurité sociale est le résultat du clientélisme », sous-entendu, « on » peu le défaire – le système de sécurité sociale… pas le clientélisme ! Aussitôt, (hier 30/01), des délégués syndicaux appartenant au PAME (syndicat proche du KKE – Parti communiste) ont investi les locaux du ministère et occupé symboliquement les bureaux de Yannis Vroutsis. L’histoire est bien connue, car elle se répète trop souvent ce dernier temps, et de la même manière presque : Les militants du PAME et du KKE, ont été violemment réprimés par les MAT (CRS) et trente-cinq parmi eux, dont le député KKE Christos Katsotis, ont été interpelés avant d’être mis en état d’arrestation « pour entrée illégale à l’intérieur des locaux du ministère », pour y ajouter par la suite à charge, « les dégradations causées par les accusés ».
“Les militants du PAME et du KKE, ont été violemment réprimés par les MAT” – 30/01

 

(Source : epikaira.gr)
C’est tout de même étonnant que les médias très mainstream de notre système clientéliste politico-médiatique et si bien coopté, aient mis plus de quatre heures avant de présenter les « preuves », tout en images des dégâts. D’habitude, « nos » reporteurs et grands dénonciateurs du désordre social sont beaucoup plus rapides. Au KKE, on souligne que ces « dégradations n’ont pas été causées par les syndicalistes du mouvement et qu’il s’agit d’une machination à bas étage du gouvernement », c’est vrai que dans la série « machinations et propagande », nous en avons vu d’autres malheureusement. Pour une fois, toute la gauche s’est montrée solidaire dans la défense du syndicalisme et du militantisme, Syriza, tout comme l’extrême-gauche, n’ont pas hésité un seul moment à dénoncer ce durcissement de la répression, y compris par la criminalisation de l’engagement et des pratiques du syndicalisme.
Ce phénomène n’est pas que grec malheureusement. Selon une analyse publiée sur le site internet des médias du KKE (www.902.gr), la dernière conférence interministérielle, organisée mardi 29 janvier à Bruxelles par la Commission européenne, « pour prétendument proposer des outils de lutte contre le phénomène de «l’extrémisme violent», en réalité, pratique l’amalgame voulu, entre le terrorisme et la radicalisation des mouvements sociaux au sein de l’U.E., et dont le « Réseau de sensibilisation à l’extrémisme violent » [RAN, « Radicalism awareness network »], n’est qu’une manière coordonnée, dans la criminalisation et la répression des mouvements et des formations politiques qui refusent la déferlante ultralibérale et l’U.E., ce qui revient finalement au même ». Évidemment, une certaine presse d’ailleurs (et d’ici), ne fait que reproduire pratiquement mot pour mot, le communiqué officiel de la Commission de Bruxelles, il y a un sens à tout cela… mais certainement pas très critique. Sauf qu’en Grèce (et à ma connaissance parfois en Espagne, en Italie ou au Portugal), « l’angélisme » européiste ne passe plus comme avant. Je remarque par exemple sur les murs d’Athènes, signe des temps peut-être, certains slogans…. si explicites et d’un langage certes, qui n’a rien de « politiquement correct », mais fatalement tout cela, dans un pays où l’incorrection de la politique de l’U.E. (via la Troïka), est allée jusqu’à l’abolition de la démocratie, de la Constitution, de la dignité humaine, ainsi que de la souveraineté… et ceci en trois ans seulement.
“Certains slogans…. si explicites…” – Athènes 31/01
Ensuite, il ne faut pas s’étonner de la radicalisation des mouvements sociaux, réelle, en cours, ou probable dans un futur qui reste alors à déterminer. Et notre vieille gauche, qui n’est pas de la dernière pluie – ce qui n’est pas un gage de réactivité ni de sagesse politique… automatique – commence par prendre ses précautions. En préparant son 19ème Congrès dans quelques mois, le KKE est en train d’élaborer son nouveau règlement, et pour la première fois depuis bien longtemps, et il est prévu « que dans le cas de figure où l’action du parti serait entravée, voire déclarée illégale, des dispositions adéquates lesquelles ne seront pas divulguées pour de raisons évidentes » (selon les médias du parti ). Autrement-dit, le PC grec, et il ne serait pas le seul, pourrait redevenir une formation politique œuvrant dans la clandestinité, comme jadis, comme du temps des Colonels. On comprendra au moins que l’histoire… ait encore un sens et toujours aucune retenue !
“Ce matin, de nombreux militants et sympathisants” – Athènes 31/01
Et en prélude certes à ce nouveau sens de l’histoire, ce matin, de nombreux militants et sympathisants KKE, et dans une moindre mesure Syriza et d’extrême gauche, ont manifesté devant le Tribunal d’Athènes, exprimant leur soutien aux 35 transférés, depuis les cellules de garde à vue du commissariat central d’Athènes. L’ambiance était joyeuse mais combative et finalement grave. J’ai rencontré les prévenus… « politiquement incorrects » dans une salle du Tribunal. Déjà, devant l’entrée la solidarité était manifeste. Giorgos Perros, membre du comité directeur du syndicat PAME résuma la situation s’adressant aux intéressés : « La justice est une justice de classe, des gens riches et proches du pouvoir, lorsqu’ils sont interpellés pour fraude fiscale ou pour fraude à la sécurité sociale ayant causé un préjudice à l’Etat s’élevant à de millions d’euros évitent en principe le flagrant délit, leurs politiciens… n’en parlons pas… Soyons unis, quoi qu’ils fassent leurs jours sont comptés ».
“Giorgos Perros, membre du comité directeur du syndicat PAME” – 31/01
J’ai questionné brièvement S., un des 35 syndicalistes sur les conditions de leur détention : «C’était… impeccable, nous avons été traités comme il faut, disons qu’ils nous avons été soignés, ce n’est pas toujours le cas… ». Effectivement, on sait que certains cas de torture auraient été signalés, sur les immigrés par exemple ou les militants anti-fascistes . Comme… par hasard, sur un mur d’Athènes il y a ce nouveau slogan : « La société grecque est séropositive au fascisme », au moins et… grâce à la Troïka, on ne mâche plus ses mots dans ce pays. C’est déjà un… pas vers un ailleurs sans doute.
Les militants de PAME finissent aussi par réaliser que cet ailleurs n’est guère loin. Giorgos Perros a souligné que « ce qui est nouveau tient de la criminalisation de toute action syndicale, ce qui amène à la disparition programmée des vrais syndicats, et ceci dans toute l’U.E. » Quelle densité historique vraiment… Il y a à peine une année, les militants syndiqués du KKE se vantaient « d’organiser les meilleures manifestations et qui ne dégénéraient jamais, donc les gaz asphyxiants des MAT n’étaient que pour les autres, l’extrême gauche, les anarchistes ». C’est vrai que même la Police officielle félicitait nos communistes pour leur sagesse. Mais à présent, à chaque coin de rue il y a un agent ou une compagnie de CRS, et voilà comment, « notre » police devient alors « naturelle »… organique. Le pays change.
“Ensuite, ils ont été conduits dans une salle d’audience dans un autre bâtiment” – 31/01

 

Justement, un… agent organique expliqua aux 35 syndicalistes certaines modalités pratiques. Ensuite, ils ont été conduits dans une salle d’audience dans un autre bâtiment. L’atmosphère était électrique, certains avocats et leurs clients ont applaudi, d’autres avaient l’air intrigués, voire gênés. Non, la Grèce n’est pas autant anti-mémorandum qu’elle l’aurait dû l’être. Déjà que dans notre sociabilité, de nombreux anti-mémorandum ne fréquentent plus leurs amis au comportement politique « positif ». C’est comme une guerre froide civile à bas voltage. La dernière fois, si l’on cherche un équivalant, c’était juste après la chute de la dictature des Colonels, mais je ne me souviens plus trop bien. Notre démocratie revenue était alors si jeune, moi aussi d’ailleurs.
« La société grecque est séropositive au fascisme » – Athènes 01/2013
J’ai réussi à trouver une place debout dans la salle d’audience. C’était presqu’une journée ordinaire. Le Président de la Cour, a même expliqué que certains magistrats avaient obtenu une « dispense » pour ainsi pouvoir juger, sinon, ils seraient en « arrêt de travail » à cause de la grève générale de ce jeudi. Avant l’audience des 35, des délits alors flagrants mais “banals” ont été jugés, ces prévenus, faisant l’objet des poursuites judiciaires devant le tribunal correctionnel étaient alors des immigrés, hommes et femmes menottés, ce qui n’était pas le cas des syndicalistes. J’ai remarqué que dans leur moitié, ces cas jugés finissaient par un report du procès et dans l’autre moitié par une condamnation. Avant de juger les syndicalistes de PAME, les magistrats ont observé une pause, quittant la salle durant presque une demi-heure.
Derrière la grille – Tribunal d’Athènes 31/01
Peu avant la reprise des audiences, Panagiotis Lafazanis, porte parole parlementaire de Syriza et chef de la mouvance gauche de ce parti, pénétra dans la salle. Il a salué les députés communistes présents, je n’ai pas pu entendre leurs propos mais j’ai vu que l’échange fut fort chaleureux, ce qui a provoqué une certaine émotion parmi les militants du KKE, cela s’appelle peut-être le… Front de gauche… au Tribunal. Cette venue de Lafazanis est d’autant plus significative en ce moment, que sa mouvance vient de critiquer violemment la ligne « directive » d’Alexis Tsipras. Le procès a été reporté au 12 février, les témoins de la partie plaignante ne se sont pas présentés. Jeudi soir sur les chaînes de la télévision… plaignante, « on » hurlait encore « la nécessité de faire payer le chèque des réparations aux syndicalistes ».
Ces mêmes voix sur ces mêmes télévisions, nous assurèrent jadis « que le pays était au bord de la faillite et qu’il fallait alors accepter le mémorandum et son tunnel de l’austérité, une bourrasque passagère, avant la (prétendue) nouvelle sortie du pays dans un an environ, sur les marchés pour emprunter. Après-tout, les diminutions des salaires n’excéderait pas 15% et uniquement sur la fonction publique ». Depuis, il y a eu autant de licenciements dans le secteur privé que l’ensemble de la fonction publique en termes d’effectifs tandis que les salaires dans l’économie… libre sont en chute libre.
“Samaras est allé vendre nos dernières casseroles au Qatar” – Elefterotypia 30/01
Entre-temps, Samaras est allé vendre nos dernières casseroles au Qatar. Peut-être pour mettre un peu de fioul dans les cuves de l’hôpital d’Ierapetra en Crète, où les blocs opératoires sont désormais fermés. Hier (30/01), j’ai… rencontré la manifestation musicale des enseignants et des élèves des lycées musicaux au centre d’Athènes : « Nous mourons, nous n’avons plus les moyens, nous fermerons… mais en musique au moins ».
Manifestation des enseignants et des élèves des lycées musicaux au centre d’Athènes – 30/01

 

“Les découvertes des archéologues” – 31/01

 

Les halles d’Athènes – 31.01
Jeudi, les hospitaliers qui manifestaient au même endroit ne disaient pas autre chose. A deux pas des halles d’Athènes, c’est en observant les découvertes des archéologues que nous avons voulu croire aux prémices du printemps. Sinon, c’est bien là, le meilleur marché de la ville. De la viande à 2,49 euros le kilo. L’euro, « notre seule monnaie nationale », d’après Alexis Tsipras avant-hier, c’était encore la télévision, et… une fin de mois.
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SYRIE : Une provocation « éclairante » de Netanyahu…

février 5th, 2013 by Louis Denghien

Un appareil israélien a violé mercredi à l’aube l’espace aérien syrien, frappant un « centre de recherche sur l’autodéfense » dépendant de l’Armée, dans le secteur de Jomrayah-al-Hameh, à moins de dix kilomètres au nord-ouest de Damas. C’est ce qu’affirme un communiqué du commandement militaire syrien publié ce mercredi par Sana. Selon la même source, le bâtiment principal a été partiellement détruit, deux employés étant tués et cinq autres blessés.

 

Un système anti-missiles israélien, à Haïfa, dans le nord d’Israël, fin janvier : menacer la Syrie – et le Liban – est pour Netanyahu un programme de gouvernement, après avoir été un argument électoral…

Le Liban visé autant que la Syrie

Le communiqué précise que le ou les avions israéliens ont pénétré en Syrie en volant très bas, au-dessous de la hauteur de détection des radars. Avant ce communiqué syrien, les agence de presse parlaient plutôt d’un raid aérien contre un convoi supposé transporter des missiles entre la Syrie et le Liban, supposément au profit du Hezbollah. Certaines sources disaient que cette attaque avait eu lieu en territoire libanais, d’autres disaient que c’était en Syrie. De leur côté les autorités militaires libanaises confirmaient plusieurs violations de l’espace aérien libanais par l’aviation de l’État hébreu – qui sont assez fréquentes. Une partie du convoi aurait été touchée par cette attaque.

De leur côté, des habitants de ce secteur de la région de Damas questionnés par l‘AFP affirment que le centre de recherches sur les armes non conventionnelles d’al-Hameh avait été frappé par six missiles air-sol mardi soir, vers 23 heures 30 heure locale.

Côté israélien, l’AFP a interrogé un porte-parole de Tsahal qui « s’est refusé à tout commentaire« , tandis que d’autres sources « sécuritaires » israéliennes maintenaient la version de l’attaque d’un convoi d’armes à destination du Liban, en territoire syrien, ce que dément l’armée syrienne – rappelons qu’al-Hameh n’est qu’à une grosse quinzaine de kilomètres de la frontière libanaise. Des sources diplomatiques occidentales affirment à Reuters qu’en fait de convoi, il s’agissait d’un unique camion.

Il semble bien donc, en dépit des informations contradictoires, que l’aviation israélienne ait attaqué, dans la nuit de mardi à mercredi, un objectif militaire syrien. Le commandement militaire syrien parle d’une « agression caractérisée contre la souveraineté syrienne » et ajoute que cette attaque prouve « désormais à tous qu’Israël est le moteur, le bénéficiaire et parfois l’acteur des actes terroristes visant la Syrie et son peuple résistant« , ce « en coordination avec les pays soutenant le terrorisme, dirigés par le Qatar et la Turquie« . Le communiqué rappelle qu’à plusieurs reprises, ces derniers mois, les bandes armées islamistes ont tenté de s’emparer du site militaire de Jomrayah.

Ce n’est pas le premier incident militaire israélo-syrien depuis le début de la crise : des échanges de tirs assez sérieux ont eu lieu en novembre dernier, de part et d’autre de la zone démilitarisée du Golan. Mais cet incident aérien, s’il est vraiment confirmé, est le plus grave depuis longtemps.

Jeudi matin, les autorités israéliennes se muraient dans le silence : par exemple, interrogé à ce sujet par la radio d’État israélienne, le ministre des Finances Youval Steinitz a répondu qu’il était informé de la situation « par les médias« .

Du côté de Moscou on a en revanche vite et fermement réagi :

« La Russie est très préoccupée par les informations concernant des frappes de l’armée de l’air israélienne sur des sites en Syrie, près de Damas », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. « Si cette information est confirmée, cela signifie que nous avons à faire à des frappes sans aucun prétexte sur le territoire d’un Etat souverain, ce qui viole grossièrement la charte de l’ONU et est inacceptable, quel qu’en soit le motif . Nous prenons des mesures d’urgence pour éclaircir cette situation dans les moindres détails », a-t-il souligné. Et le communiqué se conclut « classiquement » par un nouvel appel à la fin des violences, sans intervention extérieure, et au début d’un dialogue inter-syrien basé sur les accords de Genève du 30 juin 202. La Russie ayant des relations plutôt bonnes avec l’État hébreu, cette réaction ferme n’en a que plus de poids.

Le Hezbollah a lui estimé que cette attaque israélienne « dévoile au grand jour les origines de ce qui se passe en Syrie depuis deux ans et les objectifs criminels visant à détruire ce pays et son armée pour affaiblir son rôle central dans la résistance et parachever le grand complot contre nos peuples arabes et musulmans« . Le mouvement chiite ne fait une fois de plus que constater qu’ Israël est effectivement le grand bénéficiaire – discret mais incontestable – de la « révolution » syrienne, qui se résume dans les faits à la destruction d’un pays allié à l’Iran et au Hezbollah par des bandes fanatiques soutenues par le Qatar et la Turquie, sans oublier les Américains.

Un message de Netanyahu à Obama ?

Avec Netanyahu, tout est possible, et surtout la provocation belliciste : sorti affaibli des élections législatives, inquiet des changements en cours à la tête de la diplomatie et de la Défense américaines, le Premier ministre israélien a voulu peut-être rappeler à Obama que son pays, ou son gouvernement, considérait la Syrie comme un avant-poste de l’Iran, au même titre que le Hezbollah, et qu’il ne renonçait pas à une agression « préventive » contre l’un ou l’autre de ces adversaires. L’attaque est intervenue au moment où le général Avi Kochavi, chef du renseignement militaire israélien, se trouve à Washington pour y rencontrer des collègues américains. Coïncidence ? Et puis, ce peut encore être une opération de communication politique à destination de l’opinion israélienne, pour regagner « dans les airs » ce qu’on a perdu dans les urnes…

Et puis si Erdogan a ses Patriot, Netanyahu a déployé, sur sa frontière avec le Liban, deux batteries de « missiles anti-missiles » Iron Dome, clairement dirigés contre le ciel de Syrie et du Liban. D’ailleurs, ces dernières semaines, à l’unisson de l’opposition syrienne, Tel-Aviv a développé une campagne médiatique sur les armes chimiques syriennes : le choix comme cible d’une installation travaillant sur des armes « non conventionnelles » nous parait s’inscrit dans cette guerre essentiellement psychologique.

On peut supposer que la Syrie va saisir le Conseil de sécurité, ce qui serait une manière de reprendre l’offensive sur ce terrain-là. En tout cas, le gouvernement syrien ne doit pas céder à cette provocation, si elle reste isolée, et doit plutôt chercher à obtenir une condamnation diplomatique de l’agression : un affrontement, même limité, avec Israël, redonnerait de la voix et des prétextes aux bellicistes atlanto-sionistes euro-américains, et ouvrirait à l’armée syrienne un second front dont elle n’a pas besoin. Surtout à un moment où elle a pris l’ascendant sur les rebelles. Mais peut-être que justement Netanyahu cherche à donner un petit « coup de pouce » à ses alliés objectifs islamistes, qui ne tuent depuis des mois que des Arabes et/ou des musulmans, et ne travaillent pas à la libération de Jérusalem et de la Palestine, mais à la destruction d’un pays qui n’a jamais transigé avec Israël (et l’a affronté, lui). Les barbus se sont déjà montrés des alliés objectifs de la politique américaine dans le monde arabe, de la Libye à la Syrie. Et donc de la politique israélienne.

Le gouvernement doit garder son sang froid, et gérer au mieux – diplomatiquement – un incident qui ne peut que le servir aux yeux de l’opinion arabe, et non alignée. Nous ne croyons pas que Netanyahu ait envie et vraiment besoin d’une guerre avec la Syrie, et de donner l’impression qu’il favorise des groupes djihadistes à l’est du Golan alors qu’il a déjà des islamistes – à Gaza et en Égypte – sur sa frontière sud, et le Hezbollah toujours en faction sur sa frontière nord. Maintenant il est peut-être de ceux qui pensent que la politique du pire est la plus adaptée à leurs intérêts…

Louis Denghien

Le 31 janvier 2013

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Les Allemands demandent aux Etats-Unis qu’ils lui rendent la totalité des 374 tonnes d’or détenues par la Banque de France et 300 tonnes sur les 1500 tonnes de lingots détenues par la Banque de Réserve Fédérale de New York.

Certains disent que l’Allemagne demande le rapatriement de son or uniquement à cause de pressions politiques intérieures, et qu’aucun autre pays ne fera de même. Mais le co-directeur général de Pimco, [Mohammed] El Erian, déclare :

En premier lieu, cela pourrait traduire des pressions sur d’autres pays pour qu’ils rapatrient également une partie de leurs avoirs en or. Après tout, s’il peut stocker en toute sécurité son or chez lui – un grand si pour certains pays – aucun gouvernement ne souhaiterait être vu comme l’un des derniers à externaliser l’ensemble de cette activité auprès de banques centrales étrangères.

Voici ce que nous observions en novembre dernier :

La Roumanie a demandé pendant de nombreuses années à la Russie qu’elle lui restitue son or.

L’année dernière, le Venezuela a demandé à la Banque d’Angleterre la restitution de 90 tonnes d’or. *** Voici ce que Zero Hedge observe (citant Bloomberg) :

Le gouvernement de l’Equateur veut que les banques du pays rapatrient environ un tiers de leurs avoirs à l’étranger pour soutenir la croissance nationale, a dit le chef de l’agence fiscale de ce pays.

Carlos Carrasco, le directeur de l’agence fiscale connue sous l’acronyme SRI, a déclaré aujourd’hui que les sociétés de prêt équatoriennes pourraient rapatrier environ 1,7 milliard de dollars et quand même remplir leurs obligations vis-à-vis des clients internationaux. Carrasco s’exprimait lors d’une audition parlementaire à Quito sur une proposition du gouvernement d’augmenter les taxes sur les banques pour financer les aides financières aux pauvres de cette nation sud-américaine.

Quatre membres du parlement suisse veulent que la Suisse réclame la restitution de son or.

Certaines personnes aux Pays-Bas veulent aussi qu’ont leur rende leur or.

(Forbes observe que l’Iran et la Libye ont également rapatrié leur or récemment).

Le principal rédacteur économique du Telegraph, Ambrose Evans Pritchard, soutient que la demande allemande de rapatriement montre que nous sommes en train de passer de facto à un étalon or :

Les banques centrales dans le monde entier ont acheté plus de lingots (en volume) l’année dernière qu’à n’importe quel moment depuis près d’un demi-siècle. Elles ont accumulé 536 tonnes nettes supplémentaires en 2012 alors qu’elles diversifiaient leurs nouvelles réserves en évitant les quatre monnaies suspectes : le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen.

L’Accord de Washington, en vertu duquel la Grande-Bretagne, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Afrique du Sud, la Suisse, et d’autres pays ont vendu une partie de leur or chaque année, semble déjà relever d’une autre époque – qu’on pourrait appeler l’ère de Gordon Brown [l'ancien ministre des Finances puis Premier ministre britannique]. C’était la période illusoire où les investisseurs pensaient que l’euro prendrait sa place en tant que pilier jumeau d’un nouveau condominium G2 aux côtés du dollar. Cet espoir s’est évanoui. Les avoirs des banques centrales en euro bonds sont tombés à 26%, là où ils se trouvaient il y a près de 10 ans.

Ni l’euro ni le dollar ne peuvent inspirer une confiance totale, bien que pour des raisons différentes. L’UME [Union monétaire européenne] est une construction dysfonctionnelle couvrant deux économies incompatibles et encline à tanguer de crise en crise sans une trésorerie unifiée pour l’étayer. Le dollar est assis sur une pyramide de dette. Nous savons tous que cette dette se dégonflera au fil du temps – pour le meilleur ou pour le pire. Le seul véritable désagrément concerne la vitesse à laquelle cela se fera.

***

Ma supposition est que tout nouvel étalon or sera sui generis [c.-à-d. dont la singularité empêche tout classement dans une catégorie déjà répertoriée et nécessite de créer des textes spécifiques], et ce serait mieux. Qu’on laisse l’or prendre sa place de troisième devise de réserve, une devise qui ne peut être dévaluée et qui oblige les autres [devises] à rendre des comptes, mais pas trop dominante pour atteler ensemble nos destins collectifs dans les hausses inflationnistes (oui, l’or fut très inflationniste après la Conquête musulmane de l’Hispanie) et les baisses déflationnistes des réserves minières mondiales.

***

Une troisième devise de réserve est exactement ce dont a besoin l’Amérique. Ainsi que l’a soutenu le Pr Michael Pettis, de l’université de Pékin, détenir la devise de réserve mondiale est un « fardeau exorbitant » dont les Etats-Unis pourraient se passer.

Le dilemme de Triffin – avancé par l’économiste belge Robert Triffin dans les années 1960 – suggère que le détenteur de la devise suprême est confronté à une contradiction inhérente. Il doit gérer un déficit commercial structurel au cours du temps pour maintenir le système à flot, mais cela minera sa propre économie. Ce système s’autodétruit.

Un étalon or partiel – créé par le marché mondial et n’ayant de compte à rendre à personne – est le meilleur de tous les mondes. Il offre une provision de valeur (mais pas de rendement). Il joue un rôle d’équilibre. Il n’est pas assez dominant pour étouffer le système.

Ayons donc trois devises mondiales, un trépied avec une jambe dorée ! Ce trépied pourrait même être stable.

Combien d’or y a-t-il ?

Cela n’inspire pas confiance que le rédacteur en chef de CNBC, John Carney, soutienne que cela importe peu que les Etats-Unis aient ou non l’or physique qu’ils prétendent détenir.

En fait, nombreux sont ceux qui affirment que l’or est parti :

Ned Taylor-Leyland, de Cheviot Asset Management, dit que la Fed et la Banque d’Angleterre ne restitueront jamais l’or à leurs propriétaires étrangers. Jim Willie dit que l’or est parti.

***

D’autres affirment que l’or n’a pas été exactement vendu, mais qu’il a été loué ou gagé, et donc que les Etats-Unis ne le possèdent pas vraiment.

Eric Sprott, gérant d’un fonds qui pèse 10 milliards de dollars, écrit – dans un article intitulé « Do Western Central Banks Have Any Gold Left??? » [Les banques centrales occidentales ont-elles encore de l'or ???] :

Si les banques centrales occidentales louent effectivement leurs réserves physiques, elles n’auraient pas réellement l’obligation de révéler les quantités spécifiques d’or qui restent dans leurs coffres respectifs. Selon un document sur le site de la BCE [Banque Centrale Européenne] concernant le traitement statistique des réserves internationales de l’eurosystème, les directives actuelles de reporting ne requièrent pas que les banques centrales fassent la différence entre l’or détenu directement et l’or prêté ou échangé avec une partie tierce. Ce document établit que « les transactions réversibles en or n’ont aucun effet sur le niveau d’or monétaire, quel que soit le type de transaction (c-à-d. les échanges, les placements, les dépôts et les prêts en or) , en ligne avec les recommandations contenues dans les directives du FMI ». (les caractères gras sont dans le texte original). Par conséquent, selon les directives actuelles de reporting, les banques centrales sont autorisées à continuer de porter sur leurs bilans les entrées d’or physique, même si elles l’ont échangé ou prêté entièrement. On peut le voir dans la manière dont les banques centrales occidentales se réfèrent à leurs réserves d’or.

En effet, il est a présent bien documenté que la Fed a loué une grande partie de ses réserves d’or et que les grandes banques empruntent de l’or aux banques centrales et ensuite le prête à de multiples parties tierces.

Comme tel, il ne serait pas totalement surprenant que la Fed ait besoin de 7 années pour rendre à l’Allemagne ses 300 tonnes d’or [...] même si la Fed prétend détenir 6.720 tonnes dans la seule Banque de Réserve de New York.

Même le co-directeur général de Pimco, Bill Gross, déclare :

Lorsque la Fed émet chaque mois pour 85 milliards de dollars de chèques afin d’acheter des bonds du Trésor et des crédits hypothécaires, elle n’a réellement rien en « banque » pour les garantir. Ils possèdent soi-disant quelques milliards de dollars de « certificats or », une histoire à dormir debout sur la provision secrète de Fort Knox, mais il n’y a essentiellement rien d’autre là que de la confiance. Lorsqu’un opérateur de première importance comme J.P. Morgan ou Bank of America vend ses bonds du Trésor à la Fed, il obtient un « crédit » sur son compte à la Fed, connu sous le nom de « réserves ». Il peut dépenser ces réserves en échange d’autre chose, mais alors une autre banque obtient un crédit pour ses réserves, etc., etc. La Fed a dit à ses banques membres « Faites-moi confiance, nous honoreront toujours nos réserves », et donc les banques lui font confiance, et les entreprises et les particuliers font confiance aux banques, et « the beat goes on » [et ça continue] comme le chantaient Sonny & Cheer. 54 trillions de dollars de crédit dans le système financier des Etats-Unis, basé sur la confiance envers une banque centrale qui n’a rien dans ses coffres pour les garantir. Etonnant !

Et étant donné que du tungstène plaqué-or a été déniché partout dans le monde, et qu’un expert allemand de premier plan sur l’or a trouvé de faux lingots d’or gravés avec les marques officielles des Etats-Unis, les Allemands ont perdu confiance dans la fiabilité de la Fed. Voyez ce qui suit.

Cela pourrait être particulièrement vrai depuis que la Fed a refusé aux Allemands d’inspecter leurs propres réserves d’or qui y sont stockées.

 

Guerre des devises ?

Le rapatriement de l’or est – sans aucun doute – lié à la monnaie.

Voici ce qu’observe Forbes :

Des fonctionnaires de la Bundesbank [...] ont reconnu que cette manœuvre est « préventive » au cas où une « crise monétaire » frapperait l’Union Monétaire Européenne.

***

« Non, nous n’avons aucune intention de vendre de l’or », a déclaré au téléphone, mercredi dernier, un porte-parole de la Bundesbank, « [ce transfert] est pour le cas où il y aurait une crise monétaire. »

Reggie Middleton pense que la demande de l’Allemagne de récupérer son or fait partie d’une guerre monétaire.

Jim Rickards a dit auparavant que la Fed projetait de mettre la main sur l’or allemand :

Jim Rickards a exposé les projets possibles de la Réserve Fédérale de réquisitionner l’or souverain de l’Allemagne et de tous les autres dépositaires étrangers, qui se trouve à la Réserve Fédérale de New York, dans l’éventualité d’une crise du dollar et monétaire conduisant à des « guerres monétaires » intensifiées, et « l’option nucléaire » d’une révision à la hausse radicale du prix de l’or et un retour à un quasi-étalon or est envisagé par les banques centrales assaillies pour empêcher la déflation de la dette.

Est-ce une raison pour que l’Allemagne réclame maintenant la restitution de son or ?

La Chine devient tranquillement une superpuissance de l’or, et on dit depuis longtemps que la Chine convertirait le yuan en devise adossé à l’or.

James Delingpole du Telegraph fait remarquer:

Au milieu des années 1920, le chef de la Banque centrale allemande, [Horace] Hjalmar Schacht, s’est rendu à New York pour voir de ses yeux l’or de l’Allemagne. Cependant, les responsables de la Fed de New York furent incapables de retrouver la palette de lingots d’or allemands. Le Président de la Réserve Fédérale d’alors, Benjamin Strong, fut mortifié, mais pour mettre Strong à l’aise, Herr Schacht se tourna vers lui et lui dit : « Ne vous inquiétez pas, je vous crois lorsque vous dites que l’or est ici. Même s’il n’y est pas, vous êtes d’accord pour le remplacer ». (H/T The Real Asset Company)

Mais cela se passait alors, et là, nous parlons d’aujourd’hui. Aux yeux des Allemands – et qui peut leur donner tort ? – l’Amérique a perdu son pouvoir magique à tel point qu’on ne peut plus lui faire confiance pour honorer ses dettes, même dans l’éventualité improbable qu’elle soit financièrement capable de le faire. C’est pourquoi, marchant dans les pas du vénézuélien Hugo Chavez (qui n’est pas si bête), l’Allemagne rapatrie son or de la Réserve Fédérale américaine. Il sera désormais stocké à Francfort.

***

[Les choses] peuvent sembler calmes en surface, mais ce dernier coup de la part de la Bundesbank nous donne une assez bonne indication qu’en dessous de la surface cette institution apparemment sereine défend chèrement sa peau.

Si vous voulez une analyse complète, je recommande cet excellent résumé de Jan Skoyles. Voici la partie effrayante :

Plusieurs fois par an, il y a une discussion concernant ce que la Chine prévoit de faire avec l’or qu’elle extrait et qu’elle importe chaque année, et nombreux sont ceux qui croient que les Chinois amassent ce métal comme assurance contre les milliards de dollars en bons du Trésor, en billets et en créances qu’ils détiennent. Nombreux sont ceux qui croient qu’ils émettront à court-terme une sorte ou une autre de devise adossée à l’or et qu’ils se débarrasseront des 1.000 milliards de dollars qu’ils détiennent en titres du Trésor américain. A partir du moment où les Etats-Unis semblent considérer que leur monopole monétaire va de soi, si jamais les Chinois ou d’autres agissent ainsi, les Etats-Unis devront réagir – le plus probablement avec de l’or dont ils ne disposent pas en quantité suffisante.

Tous ceux qui pensent que cela ne va pas se produire devraient finalement lire la parabole de Peter Schiff « How An Economy Grows And Why It Crashes » [Comment croît une économie et pourquoi elle s'effondre]. Si quelque chose ne peut pas durer éternellement, elle ne durera pas.

Autrement dit, Rickards et Skoyles semblent soutenir que l’Allemagne pourrait rapatrier son or dans ce premier jeu de chaises musicales dans lequel la Chine se prépare à déployer un yuan adossé à l’or. Selon cette théorie, le reste des devises mondiales s’effondreront à moins que leurs nations puissent lutter pour mettre la main sur suffisamment d’or afin de conférer de la crédibilité à leur papier-monnaie.

Post-scriptum : Michael Rivero pense que la guerre au Mali a quelque chose à voir avec cela :

Le Mali est l’un des plus gros producteurs d’or du monde. Avec le Ghana, son voisin, ils comptent pour 7 à 8% de la production d’or mondiale. Cela en fait une riche prise de guerre pour les pays qui ont désespérément besoin d’or physique. Donc, même si l’Allemagne a commencé à réclamer la restitution de son or à la Banque de France et à la Réserve Fédérale de New York, la France (aidée par les Etats-Unis) a décidé d’envahir le Mali pour combattre les « Islamistes » travaillant pour « al-Qaïda ». Bien sûr, les « Islamistes » sont devenus l’étiquette fourre-tout pour les gens qui doivent être tués afin de les ôter du chemin vers les richesses, et les gens qui sont bombardés par la France (aidée par les Etats-Unis) ne sont pas « al-Qaïda » mais des Touaregs qui ont combattu pour leur indépendance pendant 150 ans, bien avant que la CIA ait créé « al-Qaïda ». Livrés à eux-mêmes, les Touaregs pourraient vendre l’or à qui ils voudraient au prix qu’ils demanderaient, et à ce moment précis la Chine peut surenchérir sur la France et les Etats-Unis.

Article original en anglais :

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Why Is Germany Demanding 300 Tons of Gold from the U.S. and 374 Tons from France?, le 21 janvier 2013

Traduction : FG-QuestionsCritiques

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Il n’y a que dans les romans de science fiction que les humains peuvent échapper aux conséquences de la destruction de leur habitat. Dans Time Enough For Love, de Robert A. Heinlein, la « Grande diaspora de l’espèce humaine » a débuté « il y a plus de deux millénaires » et s’est répandue sur plus de « deux mille planètes colonisées ». La Terre, jadis « adorable planète verte », est une planète misérable à peine capable de maintenir la vie où seuls les plus pauvres subsistent, le capital naturel de la Terre ayant été consumé, il y a plus de deux mille ans. Les humains ont découvert la capacité de se rajeunir et de vivre pratiquement éternellement, mais ils sont incapables de rajeunir les planètes dont ils dévorent le capital naturel. Les humains n’ont pas rencontré « une seule espèce aussi mesquine, mauvaise et dévastatrice que la nôtre ». Tandis qu’homo sapiens épuise les environnements des planètes colonisées, « les vaisseaux de la colonie humaine intergalactique se dirigent déjà vers les confins de l’univers », laissant derrière eux leurs ruines.

Dans son livre, « Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie », le professeur de biogéographie de l’université de Californie, Jared Diamond, décrit le passé non-fictionnel et la destruction actuelle du capital naturel de la Terre. Il est surprenant que Diamond commence son histoire d’autodestruction de l’Île de Pâques, Anasazi et les civilisations Maya avec le Montana d’aujourd’hui et la termine avec l’Australie. Nous pensons que ces deux terres sont magnifiques, faiblement peuplées et largement intactes, mais elles ont été conduites au bord de la ruine. L’idée de Diamond est que l’homme moderne, scientifique et technologique ne fait pas mieux pour gérer le capital de la nature que les sociétés précédentes.

Nombreux sont ceux qui associent la destruction écologique à la pression de la population. Cependant, la toxicité, associée à l’exploitation minière, à la fracturation hydraulique, aux fertilisants chimiques et à l’agriculture OGM, ainsi que les effets négatifs et décisifs de l’abattage des arbres transforment même les Etats à faible densité de population, comme le Montana, en un environnement dont les sols et les eaux sont dégradés.

Dans le Montana, l’exploitation minière a produit un héritage de toxicité – mercure, arsenic, cyanure, cadmium, plomb et zinc. Ces substances toxiques se sont frayées un chemin vers les rivières poissonneuses du Montana et dans les réservoirs. De ces réservoirs, des substances toxiques se sont répandues dans les nappes phréatiques et les puits qui approvisionnent les maisons. En 1981, on a trouvé dans les nappes phréatiques de plusieurs régions du Montana, desservant les puits familiaux, des taux d’arsenic 42 fois supérieurs aux normes fédérales autorisées.

Avant que le Montana puisse trouver des moyens de restaurer ses ressources aquifères, polluées par les écoulements toxiques des exploitations minières, une nouvelle menace est apparue : la fracturation hydraulique. Celle-ci utilise des quantités énormes d’eau de surface, qu’elle injecte avec des produits chimiques toxiques pour faciliter l’extraction des gisements souterrains de gaz et de pétrole qui seraient autrement irrécupérables. L’industrie de l’énergie et ses complices médiatiques vantent « l’indépendance énergétique » afin d’influencer le public pour qu’il s’éloigne des écologistes qui alertent sur le danger.

Une partie des déchets toxiques de la fracturation hydraulique restent dans le sol et suintent dans les nappes, détruisant les ressources aquifères. L’eau toxique qui remonte avec le gaz ou le pétrole doit être éliminée. A l’occasion, elle atterrit dans les usines de traitement de l’eau des villes, lesquelles ne peuvent pas détoxiquer l’eau, et dans des cours d’eau où l’écoulement toxique peut réduire l’azote et le phosphore et produire des algues dorées (prymnesium parvum) qui détruisent toute vie aquatique. L’utilisation d’eau de surface pour la fracturation hydraulique pourrait déjà avoir quasiment asséché les cours d’eau qui l’alimentent, les rendant ainsi vulnérables à d’autres pollutions, comme des écoulement de fosses sceptiques et les algues produites par des températures plus élevées dues à un niveau d’eau plus faible.

Tout en promettant « l’indépendance énergétique », la fracturation hydraulique menace réellement de détruire nos réserves d’eau douce. Récemment, des chercheurs ont prêté attention au fait que l’eau pourrait être la ressource critique en voie de disparition et finir par valoir plus que le pétrole, le gaz ou l’or.

La fracturation hydraulique n’est est encore qu’à ses débuts, mais la Pennsylvanie est déjà durement touchée. On a été rapporté que certains propriétaires de maisons ont été invités à ouvrir leurs fenêtres lorsqu’ils prennent une douche, parce que le méthane contenu dans l’eau, dans certains cas, est suffisamment important pour que celle-ci s’enflamme.

Les porte-parole de l’industrie de l’énergie soutiennent que le méthane trouvé dans les nappes phréatiques près des sites de fracturation hydraulique est une état naturel. Toutefois, les résidents disent que leur eau ne contenait pas de méthane avant les opérations de fracturation hydraulique. Cela indique que le méthane se déplace vers les ressources aquifères à travers les fractures souterraines.

En 2012, Robert Oswald, professeur de médecine moléculaire à la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Cornell, a publié avec un coauteur, la vétérinaire Michelle Bamberger, un article dans une revue professionnelle, qui indiquait un lien entre la fracturation hydraulique et les problèmes neurologiques, de reproduction et gastro-intestinaux du bétail exposé par l’air ou l’eau aux produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique.

La fracturation, à l’instar du forage en eaux profondes et toutes les autres exploitations dangereuses des ressources de la nature, produit de gros profits à court-terme pour les entreprises aux dépens de tous les autres et du futur. Le coût de la pollution de l’eau, des poissons morts, des êtres humains et des animaux devenus infertiles, des sols et de l’air pollués, ainsi que l’augmentation des maladies, constituent des coûts extérieurs imposés aux parties tierces qui n’ont aucun intérêt financier dans ces profits mal acquis.

La Pennsylvanie, probablement l’Etat le plus corrompu des Etats-Unis, a voté une loi qui empêche les professionnels de la santé de partager l’information sur les effets sanitaires de la fracturation hydraulique. « Je n’ai jamais vu quelque chose comme cela dans mes 37 années d’exercice », dit le Dr Helen Podgainy, pédiatre à Coraopolis, en Pennsylvanie.

Autrement dit, comme dans le livre de Robert Heinlein, Time Enough For Love, dans l’Amérique d’aujourd’hui, une poignée de riches contrôlent tout. Rien d’autre ne compte. Oxfam, une organisation internationale de philanthropie, a annoncé le 18 janvier dernier que les 100 personnes les plus riches du monde avaient gagné chacune en moyenne 2,4 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) en 2012. Imaginez un peu ! Un revenu annuel de 1.800 millions d’euros, ou un revenu journalier de 4.931.506 euros. Comparé à cela, l’un des premiers milliardaires des années 1990, Sir James Goldsmith, était un homme pauvre. L’Île de Pâques est un exemple clair d’une civilisation qui s’est détruite en ravageant son environnement et ses ressources. Le Pr. Diamond observe : « L’Île de Pâques était aussi isolée dans l’océan que ne l’est la Terre dans l’espace. Lorsque que les habitants de l’Île de Pâques y rencontrèrent des difficultés, il n’y avait aucun endroit où ils pouvaient fuir, ni personne vers qui se tourner pour être aidés ; nous n’aurons pas non plus, nous les Terriens modernes, de recours ailleurs » si nous détruisons le capital naturel de notre planète. Effectivement, interroge Diamond, « si quelques milliers d’habitants de l’Île de Pâques disposant seulement d’outils en pierre et de leurs propres muscles ont réussi à détruire leur environnement et, ainsi, leur société, comment des milliards de personnes disposant d’outils métalliques et de la puissance des machines ne parviendraient-elles pas maintenant à faire pire ? » Diamond aurait pu ajouter que les gens qui produisent les déchets toxiques qui empoisonnent l’air, l’eau et le sol, et qui sont équipés d’armes nucléaires, biologiques et chimiques, sont assurés de détruire la Terre, en particulier lorsque pratiquement tous les gouvernements sont responsables.

Sur l’Île de Pâques, les arbres constituaient la ressource essentielle pour la population. Ils fournissaient la nourriture, les logements, l’élément essentiel qui protégeait contre l’érosion des sols, le compost, et les grands canoës qui permettaient aux habitants que quitter leur île et de pêcher au large. Quelle fut la pensée de son chef, demande le Pr Diamond, lorsque le dernier arbre fut coupé ?

Peur-être que la réponse est que le chef pensait à sa propre gloire. Comment aurait-on pu faire rouler son monument de pierre jusqu’à sa place sans l’aide du dernier arbre ? Ce qui compte, pensait le chef, n’est pas que la population de l’Île de Pâques survive, mais que ne n’aie pas moins de splendeur dans mes monuments que mes prédécesseurs. Ainsi, avec le dernier arbre abattu, l’arrêt de mort de l’Île de Pâques était signé.

Lorsque les colons originels arrivèrent en Australie, ils firent une déduction erronée et conclurent que des récoltes abondantes étaient à leur portée. Hélas, il y a de la salinité sous le sol et l’irrigation ramène le sel à la surface où il détruit les récoltes.

La salinité ramenée à la surface par l’irrigation ruisselle ensuite dans l’eau de surface. Le fleuve Murray/Darling compte pour environ la moitié de la production agricole de l’Australie. Mais tandis que le fleuve coule vers l’aval, de plus en plus d’eau est extraite. Le fleuve devient progressivement salé au fur et à mesure que son volume décroît et plus de dépôts salins libérés s’écoulent dans le fleuve. Diamond rapporte que « certaines années, une si grande quantité d’eau est extraite qu’il ne reste plus d’eau dans le fleuve à son embouchure dans l’océan ».

Vider les terres de leur végétation native contribue à la libération de la salinité. Diamond écrit que 90% de la végétation native originelle de l’Australie a été supprimée.

Les problèmes avec les sols et les eaux de l’Australie sont profonds, mais n’espérez pas que le gouvernement les prennent en compte. Les entreprises capitalistes peuvent réaliser des profits à court-terme en détruisant les sols fragiles et l’eau de l’Australie. La faible population australienne est tout ce que ce pays peut soutenir, en prenant en considération sa fragile écologie.

Cela nous amène aux forêts tropicales du Brésil, l’exemple moderne le plus extraordinaire de la destruction délibérée des immenses ressources naturelles par les forces aveugles de l’avidité capitaliste non-régulée, une force destructrice aussi dangereuse que les armes nucléaires.

Dans The Fate of the Forest [Le sort de la forêt], Susanna Hecht et Alexander Cockburn nous emmènent à travers des siècles de destruction des forêts les plus précieuses sur terre et des peuples indigènes qui les habitent. Ce livre est une expérience instructive extraordinaire et couvre de nombreux siècles de destruction par l’homme des forêts tropicales humides, des plantes médicinales, des eaux, des peuples, des animaux, des légumes et des insectes indigènes d’Amazonie. Tous les projets de développement ont échoué, qu’ils fussent initiés par le gouvernement brésilien, par des capitalistes comme Henry Ford et Daniel Ludwig ou par des organisations internationales.

En bref, ce qui s’est produit est ceci. Afin que des étrangers puissent obtenir des titres de propriété sur des terres habitées par des natifs, des récolteurs de caoutchouc, des ramasseurs de noix du brésil, et les autres qui avaient l’usufruit des forêts et savaient comment les exploiter sans les abîmer, les arbres devaient être abattus, parce que les titres de propriété étaient accordés pour dégager la terre.

Les spéculateurs fonciers et les éleveurs de bétail acquirent d’immenses terres en nettoyant les forêts de l’acajou, des hévéas, et des noyers brésiliens, en même temps que de leurs habitants natifs. Une fois la terre déblayée, privée de ses intendants et de ses nutriments, elle s’est tassée et est devenu infertile après quelques années. L’élevage de bétail est profitable à court-terme avant que le sol ne soit épuisé, mais les profits à court-terme existent seulement à cause des subventions gouvernementales et parce que les coûts externes de la valeur des forêts qui ont été détruites afin d’obtenir un titre de propriété ne sont pas comptabilisés dans le coût du bétail.

The Fate of the Forest fut publié en 1990 par la prestigieuse University of Chicago Press et révisé en 2011. Hecht et Cockburn rapportent que ce qui restait des peuples indigènes, malgré le meurtre d’un grand nombre de leurs chefs par les barons terriens auxquels on n’a jamais demandé de comptes, a réussi à forcer le gouvernement corrompu du Brésil à établir des « réserves extractives » qui étaient censées protéger l’usufruit sur les forêts des organisations sociales existantes. Ces auteurs indiquent, au moment où ils ont écrit leur livre, que les riches corrompus et disposant de relations purent tirer avantage des réserves extractives pour continuer leur processus de vol de la terre. La même utilisation impropre est faite des parcs nationaux. Les habitants indigènes sont déplacés des parcs nationaux, mais les capitalistes privilégiés en obtiennent l’accès pour exploiter leurs ressources.

Je recommande ce livre à tous [il n'a pas encore été traduit en français, mais on lira avec le plus grand intérêt Le Capitalisme : un Génocide Structurel, de Garry Leech]. Il montre de façon concluante sans être didactique que le capitalisme non-régulé est l’une des plus grandes forces de destruction des peuples, de la faune et de la flore et de l’écologie de la Terre. Ce livre montre que pour le profit à court-terme, les capitalistes sont prêts à détruire des ressources irremplaçables. La profitabilité future n’est pas importante pour eux.

Et nous avons donc les comptabilités nationales qui mesurent les PIB des pays sans prendre en considération le coût de l’air, de l’eau et des sols pollués, et sans prendre en considération, par exemple, les zones mortes du Golfe du Mexique à la suite des déversements accidentels de pétrole et des écoulements de fertilisants chimiques agricoles. Nous ajoutons au PIB la valeur du gaz et du pétrole extrait par fracturation hydraulique, mais nous ne soustrayons pas la valeur des réserves d’eau ravagées des gens et la vie dans les cours d’eau.

Lorsque les grandes entreprises minières font exploser les sommets des montagnes, le PIB compte les minerais extraits comme une addition de valeur, mais ne soustrait pas à cette valeur le coût des paysages ruinés et des effets environnementaux des montagnes détruites.

Lorsque des pêcheurs dynamitent des récifs de corail afin de maximiser leurs prises, la valeur du poisson obtenu en détruisant l’environnement qui a produit celui-ci n’est pas réduite par la destruction de l’environnement corallien qui aurait produit une future réserve halieutique. L’achat de dynamite est comptabilisé dans le PIB, mais les récifs détruits ne sont pas comptabilisés comme un coût à soustraire.

L’Ohio a connu des tremblements de terre causés par la fracturation hydraulique. Combien seront-ils sévères au fur et à mesure que la terre est fracturée dans l’intérêt du profit à court-terme ?

Heinlein a identifié « Mankind the Destroyer » [l'espèce humaine, la destructrice] et dépeint les humains comme des destructeurs, d’abord de leur galaxie, puis des autres galaxies.

La véritable espèce humaine, en comparaison avec celle fictionnelle de Heinlein, aura-t-elle la possibilité de s’échapper d’une Terre détruite vers d’autres planètes ? Ou la destruction de l’écologie de la Terre est-elle plus proche dans le temps que la capacité des humains à coloniser l’espace ?

Les économistes sont responsables de l’ignorance des Terriens vis-à-vis de leur dépendance environnementale. L’économie prétend que le capital fabriqué par l’homme est un substitut au capital de la nature. Au fur et à mesure que le capital de la nature est détruit, le capital reproductible fabriqué par l’homme prendra sa place. Cette supposition est enchâssée dans la fonction de production qui est la base de la théorie économique moderne. Cette supposition est absurde, parce qu’elle part du principe que des ressources finies peuvent soutenir une croissance illimitée. Les économistes devraient commencer leur éducation en prenant des cours de physique.

La description correcte du processus de production est que les ressources naturelles sont transformées en produits utiles et en déchets par le capital travail et le capital fabriqué par l’homme. Le capital de la nature et le capital fabriqué par l’homme sont complémentaires, ils ne se substituent pas. Le capital de la nature s’épuise au fur et à mesure que les ressources sont exploitées pour fabriquer des produits utiles, et l’air, la terre et l’eau deviennent pollués par les déchets issus de la production. La capacité des « cloaques à déchets » de la planète est limitée.

Le calcul du PIB n’inclut pas les coûts de la destruction de l’environnement comme coût de production. Par exemple, les coûts des conséquences inattendues des cultures génétiquement modifiées ne sont pas inclus dans les prix du blé, du maïs et du soja. En 2011, le pathologiste végétal et microbiologiste des sols, Don Huber, a décrit ces coûts au Ministre de l’Agriculture des Etats-Unis. Les effets toxiques sur les microorganismes dans les sols ont bouleversé l’équilibre de la nature, avec pour résultat une augmentation des maladies végétales. La fertilité des sols, les micro-nutriments et la valeur nutritionnelle des aliments ont tous été endommagés. Les problèmes de reproduction, la faible réponse immunitaire et le vieillissement prématuré des animaux sont liés aux OGM résistants aux herbicides qui sont devenus leur nourriture.

Selon l’économiste écologique Herman Daly, si tous les coûts de production sont inclus, la décroissance du capital de la nature pourrait dépasser le valeur de la croissance du PIB. Ainsi que Hecht et Cockburn le disent clairement, cela a certainement été le cas dans l’exploitation de l’Amazonie. La production vaut beaucoup moins que les ressources qui ont été ruinées pour elle.

Il ne reste pas grand-chose sur terre qui n’a pas été ruiné par les humains. Le peu qui reste est l’Antarctique, l’Arctique et quelques parties de l’Alaska, comme les étendues sauvages au-dessus de la baie de Bristol en Alaska. L’Antarctique est protégé par traité, en grande partie parce qu’aucune puissance majeure a imaginé comment le revendiquer. Cependant, Shell Oil Company, avec la bénédiction d’Obama, est à présent impliquée dans le forage offshore dans l’Arctique, et un consortium d’entreprises minières mondiales fait du lobbying au Congrès, à la Maison Blanche et à l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) pour obtenir le feu-vert pour la Mine Pebble, une énorme mine à ciel ouvert qui serait située dans les étendues sauvages au-dessus de la baie de Bristol en Alaska. Les scientifiques ont conclu que cette mine ferait une zone morte d’une immense région de paysages spectaculaires englobant les dernières plus grandes routes de saumons sauvages, ainsi que la vie sauvage, les habitants natifs et les pêcheurs commerciaux dépendants du poisson.

Les scientifiques de l’EPA ont conclu que la Mine Pebble serait un désastre économique et écologique, mais c’est un bien faible argument face à l’avidité de quelques personnes puissantes et pleines aux as qui veulent toujours plus de profits. Exactement comme les habitants de l’Île de Pâques ont coupé leurs derniers arbres, les Américains sont bien déterminés à détruire leurs dernières étendues sauvages et leurs ressources halieutiques, aquifères et de vie sauvage. Les lobbyistes du secteur minier appellent cette destruction écologique « progrès » et « emplois » mais ne comptent pas comme perte les 14000 emplois liés à la pêche du saumon qui seront détruits par la Mine Pebble ou les eaux et les poissons morts, ainsi que la vie sauvage détruite que leurs processus toxiques produiront certainement.

Robert Redford et le National Resources Defense Council [comité de défense des ressources naturelles] se sont déployés avec les scientifiques de l’EPA contre la Mine Pebble. Washington écoutera-t-elle les faits ou l’homo sapiens écartera-t-il une fois de plus les faits pour le profit temporaire et fera-t-il un nouveau pas vers l’achèvement de la capacité à soutenir la vie de la planète ?

Est-ce que les idiots qui dirigent la terre vont la détruire avant que les humains puissent s’échapper vers d’autres planètes. De toute évidence, la destruction de l’écologie terrestre a une énorme longueur d’avance sur la capacité d’homo sapiens à coloniser l’espace.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

earth

The Destruction of the Earth’s Ecology: Nature’s Capital Is The Limiting Resource, le 27 janvier 2013

Traduction : FG-QuestionsCritiques

 

Paul Craig Roberts a été Secrétaire-adjoint au Trésor sous Reagan, ainsi que chroniqueur et rédacteur en chef au Wall Street Journal. 

 

 

LECTURE RECOMMANDÉE :
Le Capitalisme: Un Génocide Structurel, de Garry Leech (Le Retour aux Sources, Aube, 2012)

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Le « Quinquennat Gris »

SL : Evoquons à présent la période obscure du « Quinquennat Gris », entre 1971 et 1976, où, là encore, des intellectuels renommés ont été marginalisés, ostracisés et mis au banc de la société en raison de leur homosexualité.

MCE : L’ostracisme dont ont été victimes les homosexuels durant le « Quinquennat Gris » a été bien pire que ce qu’ils avaient dû subir au sein des UMAP. Cette étape sombre a eu un impact terrible sur la vie personnelle et professionnelle des homosexuels. Lors du Congrès national « Education et Culture » en 1971, des paramètres exclusifs ont été établis contre ceux qui présentaient une orientation sexuelle distincte de ce qui était considérée comme la norme. Ainsi, ils ne pouvaient ni travailler dans le monde de l’éducation, c’est-à-dire devenir enseignant ou professeur, ni dans l’univers de la culture. On considérait, de manière très arbitraire, qu’ils seraient de mauvais exemples pour les enfants et les élèves et qu’il fallait donc les éloigner de la jeunesse. Alors bien sûr, ils ne restaient pas sans travail, mais ils ne pouvaient pas intégrer ces deux domaines et étaient par conséquent discriminés.

Ce fut une expérience très difficile pour eux. Imaginez le cas d’une personne homosexuelle qui souhaitait devenir enseignant par vocation. Elle se voyait interdire l’accès à ce monde en raison du sectarisme, de l’intolérance de certains dirigeants et bureaucrates. Interdire à un étudiant de devenir médecin ou autre en raison de son orientation sexuelle est inacceptable pour toute personne qui croit aux valeurs de liberté et de justice. Cela a perduré pendant des années, même si les homosexuels trouvaient un emploi dans un autre secteur. On les renvoyait systématiquement à leur condition de minorité sexuelle. Certains ont vécu cette situation mieux que d’autres mais beaucoup ont souffert d’ostracisme et de discrimination.

SL : Jusqu’à quelle date cette politique discriminatoire a-t-elle perdurée ?

MCE : Elle a duré jusqu’en 1976, date à laquelle fut créé le Ministère de la Culture. La résolution approuvée en 1971 écartant les homosexuels des mondes de l’éducation et de la culture a été déclarée inconstitutionnelle en 1976, dès l’adoption de la nouvelle Constitution, cette année là. Elle a donc été éliminée et une autre politique a été adoptée au niveau éducationnel et culturel.

SL : Quel a été la position du Parti Communiste cubain vis-à-vis de la diversité sexuelle ?

MCE : Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe. Un homosexuel ne pouvait pas devenir militant du Parti. Dès que l’un d’entre eux était découvert, il en était immédiatement exclu. Il y a même eu un moment où les hommes mariés à des femmes adultères étaient exclus !

SL : Pardon ?

MCE : Oui, ce fut le cas à un moment donné. Vous imaginez la situation terrible pour la personne en question qui non seulement découvre que sa femme le trompe mais que de surcroit se retrouve qu’il est exclu du Parti précisément pour ce motif, alors qu’il est victime de la situation. Pour rester membre du Parti, il devait montrer son caractère viril en se séparant de sa femme. Sinon, s’il choisissait de rester avec son épouse, il était exclu du Parti.

SL : Cela s’appliquait-il aux femmes victimes des infidélités de leur mari ?

MCE : Non, bien entendu, car nous vivions dans une société machiste où les écarts des hommes étaient considérés comme normaux. La bonne épouse devait supporter les infidélités du mari. En revanche, un bon mari ne pouvait pas accepter une telle réciprocité. L’homme retrouvait sa dignité en quittant sa femme infidèle. En revanche, s’il adoptait le comportement qui était considéré comme normal pour la femme – c’est-à-dire pardonner l’infidélité ponctuelle – il perdait toute considération. Tels étaient les critères de l’époque. C’était complètement absurde !

SL : Jusqu’à quand a duré une telle « politique » ?

MCE : Cette politique a été supprimée à la fin des années 1970, car elle était vraiment injuste. Je me souviens être entrée à l’Université en 1979, à l’Institut pédagogique plus exactement, et avoir entendu parler de cela par l’un de mes professeurs, victime de cette situation. On venait de l’exclure du Parti car sa femme le trompait.

J’étais déjà en responsabilité à l’époque en tant que Présidente de la Fédération estudiantine universitaire (FEU). J’étais donc impliquée dans la lutte pour l’égalité et contre les injustices. C’est à cette période qu’avait eu lieu la dernière chasse aux sorcières contre les homosexuels à l’Université. On avait appelé cela « Approfondissement de la conscience révolutionnaire », ou quelque chose de similaire, c’est-à-dire d’aussi ridicule. Des réunions interminables et inutiles étaient constamment organisées pour analyser le caractère exemplaire des militants des Jeunesses Communistes (UJC). Quelle perte de temps ! J’avais 18 ans à l’époque. Si l’on écoutait de la musique américaine, on subissait des remontrances. Si l’on portait un tee-shirt avec le drapeau américain, il en était de même. Vous ne pouvez pas vous imaginer les sommets de l’absurde qui étaient atteints lors de ces réunions.

SL : Comment aviez-vous réagi ?

MCE : Evidemment, je m’y opposais, mais j’étais immédiatement taxée de faible par les extrémistes de l’UJC, qui ne concevaient pas le « pardon » comme étant constructif. Comme s’il fallait être absous pour avoir écouté les Beatles ! Je ne pouvais pas m’y opposer de manière plus virulente car je risquais d’être exclue de l’UJC par ces mêmes sectaires. Imaginez donc le sort réservé aux homosexuels.

Je devais donc être observatrice et évaluer ma marge de manœuvre. Tous les cas disciplinaires passaient devant le Comité de l’UJC dont j’étais membre. Il y eut plusieurs cas d’homosexuels et de lesbiennes que l’on voulait expulser de l’UJC en raison de leur orientation sexuelle. Lors d’une réunion de ce même Comité, à la fin de l’année 1979, je me souviens m’y être farouchement opposée. Je ne pouvais pas supporter de telles injustices. J’ai donc levé la main et ce fut l’une des rares fois où j’ai utilisé la figure de mon père, Commandant de la Révolution, Ministre des Forces armées, frère de Fidel Castro, leader de la Révolution, pour dire un mensonge de surcroît !

SL : Qu’aviez-vous dit ?

MCE : Je me souviens avoir dit la chose suivante : « Une grave erreur était en train de se commettre. J’ai demandé à mon père si cela était juste et il m’a répondu que non, qu’il y avait un problème de mauvaise interprétation, qu’on ne pouvait pas exclure une personne de la UJC en raison de son orientation sexuelle et qu’il fallait les laisser en paix ». J’avais également ajouté : « De plus, durant la lutte contre la dictature de Fulgencio Batista, dans la Sierra Maestra, il y avait des homosexuels parmi les rebelles du Mouvement 26 Juillet ». En réalité je n’en savais absolument rien. J’avais même osé affirmer avec beaucoup d’aplomb ceci : « Il y a actuellement des homosexuels au sein de la direction de la Révolution ». Là aussi, je n’en avais aucune idée.

SL : Et tout cela était un mensonge car votre père ne vous avait jamais dit cela, n’est-ce-pas ?

MCE : Mon père n’avait jamais tenu de tels propos. Je les avais inventés.

SL : Comment ont réagi les autres membres du Comité ?

MCE : Personne n’avait osé s’opposer à ce que l’on pensait être une volonté de mon père. Ainsi, le seul endroit où les homosexuels ont pu échappés aux mesures discriminatoires fut l’Institut pédagogique.

SL : Avez-vous raconté cette histoire à votre père ?

MCE : Je l’ai fait le soir même. En rentrant à la maison, j’ai tout expliqué à mon père et à ma mère, Vilma Espín, qui était à l’époque Présidente de la Fédération des femmes cubaines. Je m’attendais à recevoir une sévère remontrance de la part de mon père non seulement pour avoir utilisé son nom et sa position, mais également pour avoir menti.

SL : Que vous a-t-il dit ?

MCE : Figurez-vous que mon père m’a félicité et m’a dit que j’avais bien fait de m’opposer à ce qu’il considérait lui aussi comme était une chose arbitraire et injuste. Je me souviens qu’il a dit quelque chose comme : « C’est n’importe quoi ! ».

Je dois avouer que j’étais resté pantoise car je pensais réellement que j’allais passer un sale quart d’heure. Mais ce ne fut pas le cas, bien au contraire, car il m’a félicitée.

SL : Vous aviez donc réussi à imposer votre point de vue au sein du Comité disciplinaire de l’UJC.

MCE : Oui, mais ce ne fut pas sans mal, car j’ai dû utiliser la figure de mon père. Le dirigeant de l’UJC au sein de cet institut était un homophobe récalcitrant. C’était le plus virulent de tous les membres du comité. Il voulait sanctionner tout le monde. Je tentais de lui expliquer que l’idéologie n’avait rien à voir avec la sexualité, mais il ne voulait rien entendre.

Plus tard, j’ai découvert qu’il était bisexuel, qu’il avait eu une aventure avec une personne qui avait ensuite émigré au Canada. C’était un homosexuel refoulé. A cette même époque survint l’exode de Mariel et un bon nombre de ces personnes extrémistes, qui demandaient des sanctions exemplaires contre les homosexuels et les lesbiennes, qui prétendaient être plus révolutionnaires que les révolutionnaires, qui croyaient être l’anti-impérialisme personnifié, ont quitté le pays à cette occasion, à destination des Etats-Unis. Lénine avait raison lorsqu’il affirmait que derrière chaque extrémiste se trouvait un opportuniste. Les homosexuels et les lesbiennes, que ce dirigeant voulait sanctionner car il les considérait comme étant des contre-révolutionnaires, quant à eux, sont restés à Cuba, malgré les difficultés et le sectarisme à leur égard. Les dogmatiques et les sectaires  furent les premiers à quitter le navire dès que la possibilité se présenta. Voyez un peu la contradiction.

SL : Il semble que vous ayez beaucoup été marquée par la discrimination vis-à-vis des homosexuels.

MCE : J’ai été plus que marquée. J’ai été outrée et choquée. J’étudiais la philosophie marxiste à l’époque, laquelle m’avait permis de prendre du recul sur ces questions. J’ai commencé à m’intéresser aux thèmes de la sexualité, avant d’intégrer le Centre National d’Education Sexuelle, le CENESEX.

Salim Lamrani

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26926/pc+era+reflexo+da+sociedade+cubana+machista+e+homofobico+diz+filha+de+raul.shtm

Entretiens avec Mariela Castro Espín :

Mariela Castro Espín

L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine, 03 février 2013 (1/4)

mariela_castro_espin 2

« Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous », 07 février 2013 (3/4)

Le phénomène transgenre et la Révolution cubaine, 11 février 2013 (4/4)

 

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Cet article est la traduction d’un article publié initialement le 15 janvier. La chef Theresa Spence a depuis mis un terme à sa grève de la faim.

Idle No More (« L’inertie, c’est fini »), le mouvement populaire autochtone, continue sa campagne de protestations contre le gouvernement conservateur canadien, qui cherche à ouvrir la voie pour le développement capitaliste des ressources en attaquant les droits territoriaux collectifs des autochtones. Des marches, des manifestations surprises, des rondes et des manifestations ont été organisées lors des derniers weekends dans des douzaines de villes d’un océan à l’autre ainsi que dans des réserves autochtones situées dans les parties les plus isolées du pays.

De plus, les chefs des Premières Nations de l’Ontario, de la Saskatchewan et du Manitoba avaient organisé une journée d’action le mercredi 16 janvier, incluant une campagne accrue de blocages de routes et de voies ferrées. Lors des dernières semaines, les autochtones et leurs partisans ont bloqué des ponts internationaux et des postes douaniers, des lignes de chemin de fer stratégiques et des autoroutes importantes à travers le Canada ainsi que des chemins de mines et de bois dans le nord du Canada. Pour leur part, les chefs du mouvement Idle No More ont appelé à une journée d’actions mondiales le 28 janvier.

La montée de la lutte du mouvement Idle No More contre la pauvreté autochtone chronique, les inégalités, l’abrogation des droits issus de traités et la dégradation environnementale survient après une série d’évènements en janvier qui a soulevé ces questions : l’oppression historique et la dépossession des autochtones du Canada, une nouvelle tentative par la grande entreprise de développer les combustibles fossiles et les gisements de minéraux du Nord et une stratification sociale grandissante au sein même de la population autochtone.

Le mouvement Idle No More a émergé en dehors de l’Assemblée des Premières Nations (APN), qui est la direction autochtone traditionnelle appuyée par l’État, et a rapidement fait boule de neige. Au début décembre, un nombre de plus en plus grand de jeunes autochtones mécontents provenant des réserves et des quartiers pauvres des villes s’est joint à des universitaires autochtones et des professionnels pour dénoncer les attaques du gouvernement contre les droits autochtones, comme dans le projet de loi omnibus le plus récent (le projet de loi C-45).

Cependant, lors du dernier mois, les médias du pays ont tourné de plus en plus leur attention vers une action qui n’était auparavant pas associée avec le mouvement Idle No More : une grève de la faim par la chef Theresa Spence, qui est à la tête de la réserve appauvrie d’Attawapiskat sur les berges de la Baie-James dans le nord de l’Ontario. Spence a établi un campement d’hiver sur une île de la rivière des Outaouais à quelques pas du parlement fédéral et a juré de jeûner, possiblement jusqu’à la mort, jusqu’à ce qu’une réunion se tienne entre les représentants des Premières Nations, Stephen Harper et David Johnston, respectivement premier ministre et gouverneur général (représentant de la Couronne britannique).

Harper et Johnston ont d’abord refusé cette réunion. Le gouvernement a justifié cette position en montrant qu’il rencontre régulièrement les chefs de l’APN. Mais l’appui pour Spence et les doléances mises de l’avant par Idle No More ont pris de l’ampleur parmi de larges couches de la population canadienne. Pour couper l’herbe sous le pied au mouvement, un barrage d’invectives de droite fut jeté à la figure de Spence et de la mobilisation populaire dans une série d’éditoriaux et de chroniques dans la presse néoconservatrice. Le comité de rédaction du Calgary Herald a écorché Spence pour « faire du chantage » au premier ministre, décrivant ses demandes comme étant « égoïstes ».

Christie Blatchford, une journaliste « vedette » du National Post, est allée plus loin, accusant la chef de « terrorisme » et qualifiant les protestations des autochtones de « cycle inévitable d’affreuses exagérations et de foutaises ». Deux autres rubriques de Blatchford demandaient que l’État réprime le mouvement de protestation autochtone. Dans le premier, elle résumait l’histoire d’un roman récemment publié et écrit par un lieutenant-colonel canadien et instructeur au Collège militaire royal du Canada qui est maintenant à la retraite. Comme l’histoire raconte une insurrection autochtone armée, Blatchford s’en sert pour renforcer ses prétentions selon lesquelles les Canadiens devraient être inquiets de constater qu’il y a un grand nombre de soldats des Forces armées canadiennes et d’anciens combattants qui sont autochtones et qui ont les capacités requises pour attaquer des oléoducs cruciaux et d’autres projets d’infrastructure. Dans le deuxième, elle prétend que l’« autorité de la loi » est en train de s’effondrer. Comme preuve, elle cite des commentaires du juge de la Cour supérieure, David Brown, qui s’est plaint que la police n’a pu faire respecter sa décision de mettre fin rapidement à un blocage ferroviaire sur une réserve près de Sarnia en Ontario.

Les médias télévisuels et écrits à tendance libérale ont conseillé à Harper de faire un « geste magnanime » et d’accepter une réunion rapidement avec les chefs amérindiens, afin de couper l’herbe sous le pied du mouvement de protestation en plein essor et pour isoler les « têtes brûlées », c.-à-d. pour préparer politiquement de futures actions policières pour briser les blocages routiers et ferroviaires. À part quelques exceptions, les médias libéraux se sont subséquemment joints à la campagne de diffamation que le gouvernement a lancée contre Spence et contre tout le mouvement de protestation autochtone début janvier.

Cette campagne a pris comme point de départ une vérification comptable de l’administration de la réserve d’Attawapiskat divulguée par le gouvernement. La vérification a découvert que les activités du conseil de bande de la réserve d’où provient Spence ne répondaient pas aux normes comptables de 2005 à 2011, car il était difficile de savoir comment l’argent avait été utilisé. Les revendications des autochtones ont été balayées des premières pages des journaux et ont été remplacées par toutes sortes d’insinuations incluant des accusations non fondées de détournement de fonds. Le fait que la vérification n’a pas fait de telles découvertes et que Spence n’est la chef que depuis 2010 n’a essentiellement pas été rapporté dans les médias.

Cependant, les allusions à l’endroit de Spence ont cherché à se baser, à des fins réactionnaires, dans les véritables clivages sociaux-économiques qui existent dans la population autochtone. L’État canadien – et cela est montré par la Loi sur les Indiens, une législation raciste et de style colonial datant du 19e siècle qui continue en grande partie d’encadrer la relation entre le gouvernement et les peuples autochtones du Canada – a depuis longtemps cherché à contrôler les autochtones en cultivant une section des chefs amérindiens qui a pour tâche de contenir l’opposition en échange d’avantages et de privilèges. Dans les dernières décennies, la mise en valeur de « l’entrepreneuriat autochtone », c’est-à-dire une petite couche d’hommes d’affaires autochtones qui ont généralement de bons contacts dans le monde politique, a aussi fait partie de cette stratégie.

L’explosion actuelle de colère parmi les autochtones a révélé une insatisfaction répandue envers la direction de l’APN, qui a développé une relation de plus en plus étroite avec le gouvernement. De plus, au fur et à mesure que le mouvement de protestation a crû, les divisions avec l’APN, qui est composée de 630 chefs de conseil de bande, se sont accentuées. Les factions en compétition de cette Assemblée ont cherché à reprendre le contrôle sur les jeunes autochtones en révolte, à convaincre le gouvernement qu’elles sont des partenaires représentatifs et « fiables » et à tenter de faire partie eux-mêmes de la direction de l’APN.

Le chef national de l’APN, Sean Atleo, a sauté sur l’offre réticente d’Harper pour une courte réunion le 12 janvier dernier. Mais d’autres chefs de l’APN ont demandé plus, incluant une réunion avec Johnston, pensant à tort que le « représentant de la reine » devait être le garant des « traités inégaux » que les peuples autochtones se sont faits imposés dans les siècles précédents.

Pendant un instant lors de la semaine du 6 janvier, il semblait que la réunion avec Harper finirait avant qu’elle n’ait commencé. Finalement, elle a eu lieu, mais les chefs de l’Ontario, du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest ont boycotté la réunion et se sont joints aux manifestants d’Idle No More, cherchant sans succès à bloquer l’entrée où les négociations avec Harper devaient avoir lieu. Spence a aussi refusé d’assister et a annoncé qu’elle continuait sa grève de la faim.

Lorsque le chef de l’APN, Shawn Atleo, est sorti de la réunion avec Harper pour simplement annoncer que davantage de rencontres avec le premier ministre seraient bientôt planifiées, le grand chef du Manitoba, Derek Nepinak, a dénoncé cette manœuvre en disant que c’était la façon de faire habituelle d’Atleo et du leadership actuel de l’APN. « Le mouvement Idle No More » a déclaré le chef Nepinak, « a les gens et la force pour mettre l’économie canadienne à genou. Il peut arrêter les plans de développement de ressources du premier ministre et ses plans de plusieurs milliards pour développer des ressources dans les territoires ancestraux. » Il a conclu en disant que la demande première du mouvement devrait être l’abrogation du projet de loi omnibus de Harper – un projet de loi qui retire les régulations environnementales fédérales sur la plupart des lacs et des rivières, qui réduit le financement des conseils de bande et qui diminue les régulations sur le crédit-bail des réserves autochtones à la grande entreprise.

Nepinak fut rejoint par Pam Palmater. Adversaire d’Atleo lors de la dernière course au leadership de l’APN, Palmater s’est, contrairement à ce dernier, fortement identifiée avec le mouvement Idle No More.

Un facteur clé de l’actuel mouvement de protestation autochtone ainsi que des divisions parmi l’APN est la poussée par la grande entreprise canadienne pour exploiter les vastes gisements de minéraux du Bouclier canadien et du Nord et pour développer davantage l’extraction du pétrole et du gaz naturel, la construction de pipeline et les mégaprojets hydroélectriques. Il est estimé que, pendant la prochaine décennie, l’exploitation de ces ressources sur ou près des territoires autochtones générera au moins 600 milliards $ pour les entreprises pétrolières minières, de construction et de forage. Déjà, l’extraction de matières premières rapporte aux gouvernements provinciaux et fédéraux quelque 30 milliards $ annuellement en taxes et redevances.

Le gouvernement Harper et le patronat croient que la façon la plus rapide et lucrative d’exploiter ces opportunités d’affaires est d’affaiblir, ou même de mettre un terme aux traités et aux protections constitutionnelles des droits territoriaux des autochtones. Dans cet état d’esprit, ils se sont engagés dans une série de rencontres avec les chefs de conseil de bande amérindiens pour mettre fin au « statut souverain » des Premières Nations puis au concept d’utilisation des terres communales. Utilisant les conditions de pauvreté dans les réserves comme une arme, Ottawa cherche à imposer les ententes concernant les revendications territoriales, qui transformeront les réserves en de simples municipalités sujettes à toutes les nécessités du développement des ressources capitalistes – des actions en pleine propriété à être achetées et vendues, la taxation des habitants, et la création d’une population entièrement dépendante de la vente de son travail, souvent à une seule grande entreprise, afin d’assurer sa survie.

Plusieurs ententes historiques ont déjà été conclues, lesquelles ont converti les réserves en des municipalités mono-ethniques sous juridiction provinciale. Il y a présentement 15 Premières Nations qui ont accepté de compromettre ou de mettre un terme à leurs « droits inhérents des peuples autochtones » que garantit la constitution canadienne par la signature des ententes concernant les revendications territoriales (Modern Land Claim Agreements). Il y a au moins 93 autres Premières Nations qui sont actuellement en négociation. Les équipes de négociation gouvernementales savent très bien que les bandes autochtones qui évitent l’ensemble du processus verront leur financement réduit et demeureront embourbées dans l’appauvrissement chronique assuré par la Loi sur les Indiens.

Le gouvernement Harper n’est pas le premier à tenter d’éliminer ou d’affaiblir la réactionnaire Loi sur les Indiens dans le but d’éliminer les droits territoriaux des autochtones et de forcer l’assimilation rapide de ces peuples au marché du travail capitaliste. En 1969, le gouvernement libéral de Trudeau a lancé un Livre blanc qui préconisait l’élimination de la Loi sur les Indiens et de tout statut séparé pour les peuples autochtones au nom de leur « entière participation sociale, économique et politique dans la vie canadienne », c’est-à-dire la pleine intégration dans le capitalisme canadien. L’opposition au Livre blanc aida à alimenter l’émergence du mouvement nationaliste « Red Power » et le gouvernement a rapidement reculé. À la place, la classe dirigeante a développé un programme au cours des deux décennies suivantes afin de créer, à travers un système de revendications territoriales, une mince couche de riches autochtones des classes moyennes qui pourraient servir comme partenaires juniors dans le développement capitaliste et comme tampon social pour étouffer l’opposition à la pauvreté et à la misère à laquelle le capitalisme canadien continue de soumettre le peuple autochtone.

La stratification sociale grandissante au sein de la population autochtone est à la base de l’émergence du mouvement Idle No More et les scissions au sein de l’APN. Présentement, 82 chefs de bande gagnent plus de 300 000 dollars par année en salaire. 222 de plus sont payés au-delà de 200 000 dollars, tandis que 700 autres membres de conseils de bande rapportent plus de 100 000 dollars en salaire. Plusieurs d’entre eux ont aussi des intérêts commerciaux dans la construction, le transport, la consultation, les casinos et la production de cigarettes. Ils vivent aux côtés de centaines, et dans certains cas de milliers, de leurs électeurs de conseil de bande qui vivent dans une pauvreté abjecte.

Les quatre dernières décennies de lutte pour les droits territoriaux, fondées sur l’acceptation du capitalisme et la promotion du nationalisme autochtone dans la perspective de négocier une nouvelle « relation » avec l’État canadien, ont entraîné la population autochtone dans un cul-de-sac. La volonté du gouvernement Harper de subjuguer plus directement la population aborigène au libre marché capitaliste fait partie intégrante de l’assaut mené par la grande entreprise internationale sur la classe ouvrière à travers les suppressions de postes, la baisse des salaires et la destruction des programmes sociaux. Le même Budget conservateur 2012, qui cible les droits des autochtones, a coupé des dizaines de milliards de dollars dans les soins de santé pour la prochaine décennie, a haussé l’âge de la retraite et a réduit les prestations de chômage pour tous les travailleurs.

Plusieurs autochtones et jeunes mobilisés par le mouvement Idle No More commencent à examiner ces questions cruciales. Ce qui est nécessaire est un mouvement politique de masse de la classe ouvrière, unissant autochtones et non autochtones, qui défie les véritables fondations du système de profit, et qui défend un programme socialiste voué à fournir les ressources pour des emplois, des conditions de vie et des services sociaux – y compris l’éducation, la santé et le logement – décents pour tous, peu importe l’origine nationale ou ethnique.

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La Grande-Bretagne va envoyer pas moins de 350 militaires au Mali et en Afrique occidentale dans un acte de défi direct aux efforts français pour dominer la région.

Ceci se produit tout juste quelques jours après que le premier ministre David Cameron a averti que l’accroissement de l’extrémisme islamique dans la région constituait une « lutte générationnelle.» Il a fait un parallèle avec le conflit en Afghanistan et laissé entendre que cela impliquera des décennies de guerre.

Peu de temps après l’annonce du déploiement de troupes, Cameron s’est rendu en Algérie, en Libye et au Liberia.

Dans le cadre de l’intensification de la lutte engagée par toutes les principales puissances pour dominer la région, la Grande-Bretagne entreprend une action concertée pour revendiquer une part des vastes ressources minérales et énergétiques de l’Afrique du Nord et du Sahel, région qui s’étend sur tout le désert du Sahara.

La France et le Royaume-Uni cherchent tous deux à exploiter le vide laissé par la préoccupation de Washington concernant ses aventures néocoloniales, à la limite de ses capacités, en Irak, en Afghanistan, en Libye et éventuellement en Syrie et en Iran. Mais, ce faisant, ils risquent de raviver d’anciennes rivalités et tensions entre les anciennes puissances coloniales ainsi que de nouvelles avec les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Ces tensions sont devenues tout particulièrement aiguës maintenant que le Sahel appauvri mais riche en ressources joue un rôle clé dans l’approvisionnement des besoins énergétiques de l’Europe.

Le secrétaire à la Défense, Philip Hammond, a dit mardi 29 janvier au parlement que 200 soldats, devant être basés au Nigeria ou a Ghana, aideraient à l’entraînement des forces locales en vue du rôle qu’elles joueront au Mali après que la France aura chassé les rebelles islamistes de leurs bastions dans le Nord du pays. Les troupes britanniques ne seraient pas déployées avant qu’il y ait une protection sur place pour eux, laissant entendre que des forces additionnelles étaient nécessaires.

Il a ajouté que 40 soldats prendraient part à une mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, et 70 de plus piloteraient l’avion espion Sentinel basé au Sénégal pour des missions de surveillance et de renseignement tandis que 20 autres opéreraient l’avion de transport militaire C-17 pour acheminer les forces françaises et africaines. La Grande-Bretagne devrait également envoyer un ferry pour aider la France à acheminer les troupes et l’équipement vers l’Afrique.

Il y a d’ores et déjà environ 90 militaires qui effectuent des vols de transport et de surveillance à partir de Dakar, la capitale sénégalaise.

En réaction aux critiques formulées par les députés et selon lesquelles la Grande-Bretagne est en train d’être entraînée dans un conflit plus vaste, Hammond a insisté en disant qu’il n’y avait pas eu et qu’il n’y aurait pas de « dérive de la mission ». Mais, des responsables du ministère de la Défense ont reconnu que le nombre des soldats pourrait s’accroître.

Le cabinet du premier ministre a dit que le soutien de la Grande-Bretagne pour l’opération de la France découlait de l’accord de Lancaster House de 2010 par lequel les deux pays acceptaient de s’aider mutuellement militairement. La Grande-Bretagne aurait apparemment proposé d’établir des quartiers généraux conjoints de logistique pour organiser le transport des troupes et de l’équipement français au Mali. Mais, en déclinant cette offre Paris n’a pas été dupe, reconnaissant là une tentative de Londres d’avoir un pied dans l’ancienne colonie française.

Il y a à peine une semaine, Cameron avait dit clairement qu’il n’y aurait « pas de bottes anglaises sur le terrain » au Mali, que les troupes britanniques soutiendraient la France en matière de transport, mais sans avoir un rôle de combat.

Cameron a aussi indiqué que les réductions du budget de la défense de ces dernières années seront annulées et qu’il sera octroyé aux forces armées à partir de 2015 une augmentation supérieure au taux d’inflation alors que les coupes dans la santé, l’éducation, la sécurité sociale et d’autres services vitaux se poursuivent. La Grande-Bretagne va dépenser 160 milliards de livres sterling (184 milliards d’euros) au cours de ces dix prochaines années pour l’achat de véhicules neufs et d’équipements pour les soldats, 35,8 milliards de livres sterling pour des sous-marins, y compris le remplacement du système nucléaire Trident, 18,5 milliards de livres sterling pour des avions de combat et des drones et 17,4 milliards de livres sterling pour des navires et de nouveaux porte-avions. Le National Audit Office (cour des comptes) du Royaume-Uni a déjà mis en garde que ces coûts, comme le reste des achats d’armement britanniques, pourraient être bien plus élevés.

Cameron a enchaîné en se rendant en l’Algérie, autre ancienne colonie française, pour discuter de la sécurité dans la région, reportant pour ce faire une visite prévue au Ghana. L’Algérie, qui se considère comme le dirigeant naturel dans la région, perçoit la France, le Maroc (en tant qu’allié de la France), la Libye et l’Union européenne (comme étant dominée par la France) comme étant des menaces pour ses positions. Cette première visite d’un premier ministre britannique en Algérie depuis son indépendance en 1962 démontre à quel point à quel point la situation est explosive aux yeux de la France.

Cameron était accompagné par Sir Kim Darroch, conseiller à la sécurité nationale, et Lord Risby, nommé envoyé commercial, poste qui a été créé en novembre dernier. Sa visite a eu lieu deux semaines à peine après que l’armée algérienne a pris d’assaut l’installation de traitement de gaz à In Amenas, qui est gérée conjointement par BP, la compagnie norvégienne Statoil et la société algérienne Sonatrach, dans une tentative avortée de libérer des travailleurs, principalement étrangers, enlevés par des Islamistes armés qui exigeaient la libération d’un prisonnier et la fin des opérations de la France dans le Mali voisin. Trente-huit civils, dont six Britanniques et 29 Islamistes ont été tués lors de l’opération de sauvetage par l’armée.

Après la réunion avec son homologue algérien, Abdelmalek Sellal, Cameron a annoncé que les deux pays avaient convenu de sceller un partenariat de sécurité, comprenant une coopération en matière de sécurité des frontières et aérienne, ainsi qu’une action commune sur le plan commercial, de l’investissement et de l’éducation. Dans un contexte plus général, ils se sont accordés pour examiner les menaces à la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, et à travers tout le désert du Sahara.

Il a dit que la Grande-Bretagne avait invité l’Algérie à participer à un exercice conjoint de planification d’urgence en réaction à des situations de crise. C’est une référence à l’omission de l’Algérie d’informer la Grande-Bretagne de ses projets de libérer les otages en janvier ou d’accepter l’offre d’aide de la Grande-Bretagne. Londres y avait envoyé une force de combat pour l’aider.

Tout comme dans le cas de l’accord maintenant tristement célèbre de Tony Blair avec Mouammar Kadhafi de la Libye, Cameron n’a aucun scrupule à nouer des rapports avec l’un des régimes les plus brutaux de la région. Durant les années 1990, l’Algérie avait annulé une élection qui aurait amené un gouvernement islamiste au pouvoir et qui avait réprimé une insurrection islamiste au prix de plus de 200.000 vies.

Les sordides intérêts patronaux et stratégiques de la Grande-Bretagne en Algérie et au Sahara sont en jeu. L’Algérie détient la 10ème plus grosse réserve de gaz naturel du monde et est aussi le 10ème plus gros producteur de gaz naturel et le pays jouera un rôle clé dans les projets de l’Union européenne d’acheminer par gazoduc le gaz nigérien vers l’Europe. Ce n’est pas par hasard qu’il a le premier budget militaire d’Afrique avec 8,6 milliards de dollars en 2011.

L’usine gazière d’In Amenas dans le Sud de l’Algérie, dont BBP détient une part, est l’une des nombreuses installations de ce type qui fournissent actuellement 5 pour cent des besoins en gaz de la Grande-Bretagne, employant quelque 450 Britanniques. Ce volume pourrait augmenter étant donné que les approvisionnements de la Grande-Bretagne en provenance de la Mer du Nord continuent de diminuer. Le commerce bilatéral entre les deux pays a presque doublé pour atteindre 2 milliards de dollars en 2011. La Grande-Bretagne a signé en 2009 avec l’Algérie un accord dans le secteur de la défense, a mis en place en 2010 un Conseil d’affaires algéro-britannique et dépêché en 2011 le secrétaire à la Défense, William Hague à Alger.

Cameron a aussi effectué une visite surprise à Tripoli, la capitale libyenne, pour discuter de « sécurité. » La Grande-Bretagne se retrouve de plus en plus exclue de la Libye et les Britanniques se voient avertis d’éviter Tripoli et Benghazi d’où était parti le soulèvement contre le régime Kadhafi. Des Islamistes armés menacent les intérêts commerciaux britanniques à partir de bases situées en Libye. La Grande-Bretagne utilise la « sécurité » comme prétexte à une intervention directe de ses forces armées alors qu’une nouvelle « ruée vers l’Afrique » est engagée.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 2 février 2013

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Nadir Dendoune, prisonnier du régime d’Al-Maliki

février 5th, 2013 by Gilles Munier

Englué dans le procès « Pétrole contre nourriture », je n’ai pas réagi comme j’aurais dû le faire à l’arrestation et à l’emprisonnement, le 23 janvier dernier, du journaliste Nadir Dendoune, qui était en reportage à Bagdad pour Le Monde Diplomatique.

Les autorités irakiennes lui reprochent d’avoir photographié – sans autorisation – une usine de traitement des eaux dans le quartier de Dora. L’accusation est risible car ce site dit « sensible » a été filmé, photographié – ouvertement ou secrètement – sous toutes les coutures avant, pendant et après l’invasion américaine de 2003.

Aujourd’hui, la première démarche d’un attaché de presse sollicité par un journaliste, est d’aller voir sur Internet qui il est, ce qu’il a écrit et pour quels médias. Il a donc appris que Nadir Dendoune est l’auteur du « Journal d’un pacifiste : Bouclier humain à Bagdad »paru en janvier 2005 – où il raconte son séjour dans l’usine de Dora pour empêcher l’aviation américaine de la bombarder. Sa demande de visa est alors remontée au plus haut niveau des services secrets irakiens. Il y a fort à croire que ces derniers n’ont donné leur feu vert à leur ambassadeur à Paris que pour le piéger et se venger de son engagement militant passé.

Avec Michel Grimard – ancien président du Mouvement chrétien Vème République – empêtré comme moi dans le procès « Pétrole contre nourriture », nous demandons au Quai d’Orsay de s’inquiéter de cette nouvelle atteinte portée par le régime d’Al-Maliki à la liberté de la presse et d’exiger la libération immédiate de Nadir Dendoune.

Il faut savoir qu’en Irak (Kurdistan compris), plus de 370 journalistes ont été tués depuis 2003, dont certains sous la torture dans des prisons secrètes.

Gilles Munier

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La « sécurité » de l’empire

février 5th, 2013 by Manlio Dinucci

Heureusement que dans un monde aussi dangereux il y a quelqu’un qui pense à notre sécurité. C’est ce que font les influents représentants qui se retrouvent à Munich pour l’annuelle Conférence internationale sur la sécurité. A l’édition 2013 (1er-3 février), à laquelle ne pouvait manquer le ministre de la défense (italien) Di Paola[1], c’est Joe Biden, vice-président des Usa, qui trace  les lignes directrices. Avant tout la déclaration de principe : «Nous n’admettons pas qu’une nation, quelle qu’elle soit, ait sa sphère d’influence ». Principe que Washington considère comme sacro-saint pour tous les pays, sauf les Etats-Unis. Ils ne l’appellent cependant pas influence, mais leadership. Comme celui que les USA exercent avec la motivation de la lutte contre la menace terroriste qui –prévient Biden- est en train de se répandre en Afrique et au Moyen-Orient, en prenant pour cible « les intérêts occidentaux outre-mer ». A ce sujet les USA « applaudissent » l’intervention de la France au Mali, en lui fournissant renseignement, transport aérien de troupes et approvisionnement en vol des chasseurs bombardiers. L’Europe demeure un partenaire indispensable des Etats-Unis dans le cadre de l’Otan, qui s’élargira encore en incluant la Géorgie et des Etats baltes. En Afghanistan, précise Biden, l’Europe a fourni 30mille soldats et dépensé 15 milliards de dollars. En Libye, grâce à l’Europe, « l’Otan a agi de façon rapide, efficace et décidée ».

C’est maintenant le tour de la Syrie : les USA ont dépensé 50 millions de dollars pour l’assistance militaire aux « rebelles », à quoi s’ajoutent à présent 365 millions comme « aide humanitaire », dans le cadre d’une allocation qui, avec la contribution européenne, monte à un milliard et demi de dollars. Un autre objectif est l’Iran vers qui –clarifie Biden- les USA, avec l’Europe, adoptent non pas une politique de containment (endiguement), mais une action pour empêcher que ne se développe « le programme nucléaire illicite et déstabilisant ». Prêche qui vient du pupitre de celui qui possède des milliers d’armes nucléaires et, il y a deux mois à peine, a effectué un autre test nucléaire pour en construire de nouvelles. Mais il y a bien autre chose à l’horizon. Grâce à la plus grande alliance militaire du monde –explique Biden- les Etats-Unis sont une puissance atlantique mais, comme l’indique la nouvelle stratégie,  ils sont en même temps une « puissance du Pacifique ». Dans la région Asie/Pacifique se trouve l‘autre puissance, la Chine : les USA veulent qu’elle soit « pacifique et responsable » et qu’elle « contribue à la sécurité globale », évidemment telle qu’elle est conçue à Washington, à savoir fonctionnelle pour le système politico-économique occidental dominé par les Etats-Unis. Le déplacement du centre focal de la politique étasunienne de l’Europe au Pacifique –assure Biden- est aussi dans l’intérêt des alliés européens qui devraient y participer pleinement.  Washington fait donc pression sur les membres européens de l’ « alliance atlantique », déjà présents avec leurs navires de guerre dans l’Océan Indien, pour qu’ils ouvrent de nouveaux fronts encore plus à l’est, dans le Pacifique.

Argument qui, dans le « débat politique sur l’Europe », est absolument tabou.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 5 février 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130205/manip2pg/14/manip2pz/335516/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 Manlio Dinucci est géographe et journaliste.



[1] Le ministre dit de la défense français  J-Y. Le Drian y était « attendu » aussi, avec son collègue ministre des affaires étrangères, Laurent :

http://www.ambafrance-de.org/Laurent-Fabius-et-Yves-Le-Drian-a

Curieusement, cette visite attendue n’a fait l’objet d’aucun compte-rendu ou communiqué officiel ou médiatique accessible du moins sur Internet.

A propos de Laurent, ministre des affaires étrangères français, voir aussi : « Laurent Fabius refuse de prononcer le nom de famille du président syrien ».

http://www.voltairenet.org/article177273.html

On peut suivre sa consigne en la lui appliquant à lui aussi (NdT pour la version française).

 

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VIDÉO : Nasser parle des frères musulmans aux Égyptiens

février 5th, 2013 by Gamal Abdel Nasser

GAMAL ABDEL NASSER PARLE DES FRERES MUSULMANS AUX ÉGYPTIENS.

Les partis ont été dissous et pendant quatre années, notamment en1953 et 1954, nous nous sommes heurtés au parti des Frères Musulmans qui voulaient infléchir le cours de la « Révolution » et la soumettre à leur tutelle. Nous n’étions pas d’accord. Alors, ils nous ont déclaré la guerre jusqu’à tenter de m’assassiner par balles, en Alexandrie, le 26 Octobre 1954. C’est là que le combat a commencé et que nous avons incarcéré et jugé les membres « terroristes » de ce parti.

Acclamations du peuple : Non aux réactionnaires ! Non aux Frères !

Non à l’exploitation des religions !

En cette année 1954, pendant que nous travaillions avec les Anglais à leur évacuation, les « Frères » organisaient leurs réunions secrètes avec des membres de l’ambassade britannique. Ils leur disaient : « Nous pourrons mettre main basse sur le pouvoir, nous ferons ceci et cela… ». Ceci, tout en négociant avec nous et alors que le parti des Frères Musulmans ne représente d’aucune façon nos sentiments en tant qu’Égyptiens. À la question : « Quelle est votre position sur le Canal* ? » [i.e. le Canal de Suez] pour lequel nous luttions, leur « Mourched* » [i.e. le guide] répondait : « Vaste question ! Il se peut que votre intérêt, en Égypte, soit de vous battre pour le Canal ; nous, nous considérons qu’il nous faut combattre ailleurs ! ». Tel est le message des Frères Musulmans…que des paroles pour égarer… que des paroles pour faire commerce de la religion !

En 1953, nous voulions sincèrement travailler avec eux et faire en sorte qu’ils reprennent le juste chemin. J’ai moi-même rencontré le guide suprême des Frères Musulmans qui en a fait des réclamations ! Que m’a-t-il donc réclamé ?

En premier lieu, il nous fallait instituer le « hijab » en Égypte, et que toute femme ne circule que drapée de son « voile » !

Rires de l’assistance et tonnerre d’applaudissements au cri de : « qu’il s’en drape lui-même ! ».

Je lui ai rétorqué : « Si nous disions cela, on dira que nous sommes revenus à l’époque où la gouvernance obéissait à l’ordre d’un dieu qui obligeait les gens à se cacher le jour pour ne circuler que la nuit ! Mon opinion est qu’il appartient à chacun, et sous son propre toit, d’en décider ».

Il m’a répondu : « En tant que dirigeant, c’est à toi que revient cette responsabilité » !

Je lui ai dit : « Monsieur le guide, vous avez une fille inscrite à la Faculté de médecine, qui circule sans voile. Pourquoi donc ne l’en avez-vous pas vêtu ? Si vous, vous n’arrivez pas à imposer le voile à une seule fille, en l’occurrence la vôtre, vous voudriez qu’à moi seul, je jette le voile sur dix millions d’entre elles dans ce pays !? ».

Rires de l’assistance et tonnerre d’applaudissements…

Il a ajouté : « La femme ne doit pas travailler ! ».

Moi, je pense qu’en permettant à la femme de travailler, nous la protégeons tandis qu’eux ne font que travailler à sa perte ! Comment ? En la laissant en proie au besoin… à la misère. Nous connaissons tous des histoires de femmes pauvres, malades ou en bonne santé, qui ont dû se brader pour survivre… Le travail est une protection pour la femme. L’empêcher de travailler va à l’encontre de son intérêt. Nous travaillons pour sa libération par le travail ! Nous travaillons pour que l’homme et la femme puissent s’épauler mutuellement !

Ses réclamations ne se sont pas arrêtées là ! Il nous fallait fermer les salles de cinéma, les théâtres… comprenez, les plonger dans l’obscurité la plus totale ! [Sourire malicieux].

Rires de l’assistance…

Nous ne pouvions évidemment pas céder à leurs exigences. Ils nous ont combattus. Dès 1954, ils se sont lancés dans leurs tentatives d’assassinats et leur « supercherie » au nom de la religion ; pour finir par se retrouver condamnés par le tribunal de la Révolution.

Il n’empêche qu’avant l’adoption de la Constitution, nous avons décidé de les gracier et de les relâcher. Nous avons même promulgué une loi autorisant chacun d’entre eux à récupérer son travail, son salaire, et ses droits à la promotion dans tous les domaines.

Applaudissements…

Voilà ce que nous avons fait en 1964. Ils ont été relâchés. Mais en 1965, nous avons découvert leur nouveau complot fait d’organisations secrètes, de plans d’attentats à la personne et aux infrastructures ; un complot accompagné d’une mentalité plutôt étonnante : le peuple égyptien serait « apostat » ; il n’y a de musulmans qu’eux ; ils se doivent donc de dérober le pouvoir pour que Dieu gouverne, non l’Homme !

Bien ! Mais comment Dieu pourrait-il gouverner sans prophète ? Nous savons tous qu’au début de l’Islam il y eut un Prophète ! Ils vous répondent : « Nous refusons la représentation sunnite. Nous refusons la représentation parlementaire. Nous voulons le gouvernement de Dieu ! ».

Mais qui donc pourrait assurer ce gouvernement de Dieu ? Ils vous répondent : « Le Mourched ! ». Leur doyen est donc le prophète de Dieu et nous sommes tous des apostats. Tous les pays arabes, même ceux qui les accueillent aujourd’hui, y compris leurs monarques et citoyens, ne sont que des apostats. C’est ce qu’ils nous ont dit : il n’y a de musulmans qu’eux !

Cri de l’assistance : ce sont des diables…

Naturellement, ils ont été arrêtés ainsi que tous les membres des anciennes organisations des Frères Musulmans. Ce n’était certes pas une opération banale que de tenter d’assassiner Gamal Abdel Nasser. Mais pour un Gamal Abdel Nasser assassiné, surgiront mille autres ! Il n’est pas possible d’assassiner tout un peuple. Quelles que soient les circonstances, nous ne pouvons tolérer ni leurs opérations destructrices, ni leur mentalité réellement fasciste lorsqu’ils prétendent vouloir gouverner au nom de Dieu, alors qu’ils n’exécutent et n’agissent que motivés par la haine…

Nous avons donc entrepris d’étudier le dossier de chacun d’entre eux. Nous déférerons devant les tribunaux ceux qui ont collaboré avec les organisations secrètes. Nous ferons de même avec les chefs et membres dangereux de leurs organisations secrètes, libérés en 1964… Les autres seront relâchés et auront droit à une deuxième chance. Après cela, n’importe lequel d’entre eux qui se se remettrait à magouiller reviendra à la case prison, sans jamais en ressortir.

C’est assez ! Nous ne pouvons leur permettre de jouer avec nos acquis de ces dix-neuf dernières années, au prix de tant de souffrances. Nous ne pouvons nous en remettre aux suppôts des colonisateurs et des réactionnaires, quel que soit leur nom, et même si ce nom est celui de Frères dits Musulmans. Nous savons tous que, dans ce cas, leur Islam est une supercherie destinée à piéger les esprits pour que plus de gens les rejoignent. Ils ne sont que des rancuniers possédés, sentimentalement et intellectuellement, par la haine. Leurs dirigeants installés à l’étranger ont collaboré avec ceux du « Pacte de Bagdad » et ceux des pays colonisateurs. Ils ont collaboré avec tous nos ennemis. Ils ont clairement prouvé que le Mouvement des Frères musulmans n’est rien d’autre qu’un parti à la solde des colonisateurs et des réactionnaires ; les premiers ordonnent et les seconds financent !

Nos principes nous interdisent de laisser ces collaborateurs du colonialisme et du féodalisme occuper et agir dans le moindre de nos espaces. Ce n’est qu’ainsi que nous protégerons notre avenir et garantirons nos acquis. En 1954, ils ont essayé d’abattre la Révolution dans l’intérêt du colonialisme. Nous étions alors tombés d’accord avec les Anglais, qui nous occupaient encore, sur la date de leur retrait dans un délai de vingt mois maximum. C’est le moment qu’ils ont choisi pour lancer leurs opérations meurtrières et tenter de m’assassiner à Alexandrie. Nous avons pu les frapper à notre tour. Nous avons pu les arrêter. Aujourd’hui, le peuple sait qui ils sont et les méprisent. Nous avons voulu leur donner une deuxième chance, mais ils n’en ont pas voulue !

Comme je vous l’ai déjà dit, les quatre années précédant le « Bataille de Port Saïd », toutes les forces ennemies de la Révolution ont essayé par tous les moyens de l’affaiblir et d’en limiter la portée. Elles ont échoué ! Le peuple égyptien n’a pas reculé et n’a pas cédé. Le résultat obligé de notre volonté ferme et inébranlable d’obtenir notre réelle et totale indépendance a été une agression sanglante. L’agression a eu lieu, mais elle a échoué !

Nous disons que ce n’est que suite à cet échec qu’a débuté le siècle de la liberté auquel nous aspirions ainsi que nos parents, et pour lequel nos grands-parents se sont battus avant nous. Oui… c’est après l’échec de l’agression qu’a débuté notre véritable Révolution !

Gamal Abdel Nasser

Président de la République arabe égyptienne [de 1952 à 1970].

? [Après la guerre du 29/10/ 1956 menée par l’alliance israélo-franco-britannique].

Source originale : vidéo/ YouTube

جمال عبد الناصر و خيانة جماعة الاخوان المسلمين له

http://www.youtube.com/watch ?v=AZbfoXrZtY0&feature=youtu.be

Article traduit de l’arabe pour le site “Louis Denghien & Infosyrie”

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Au XXIème siècle, les Étasuniens ont fait l’expérience d’un effondrement extraordinaire l’État de droit et de leurs protections constitutionnelles. Aujourd’hui, les citoyens étasuniens, autrefois libres et protégés par la loi, peuvent être assassinés et détenus indéfiniment, sans qu’aucune preuve prouvant leur culpabilité ne soit amenée devant une cour de justice. Ils peuvent être condamnés à la prison sur la seule base de témoignages secrets faits par des témoins anonymes qui ne font l’objet d’aucun contre-interrogatoire. Le « système judiciaire » étasunien a été transformé par les régimes Bush et Obama en un « système judiciaire » digne de l’Allemagne gestapiste et de la Russie stalinienne. Il n’y a aucune différence.

Dans un article qui peut être consulté ici : Stephen Downs, ancien procureur général de l’État de New York sur la conduite des affaires judiciaires et Kathy Manley, une avocate de la défense et membre de l’Union des libertés civiles de New York, décrivent comment le gouvernement étasunien a détruit la fondation caritative Holy Land Foundation, qui a procuré des fonds pour nourrir les démunis et construire des écoles et des hôpitaux en Palestine.

La fondation, parfaitement au courant des risques d’être établie aux États-Unis et de travailler pour les Palestiniens, s’est fiée aux conseils des départements d’État et de la Justice (sic) pour savoir où envoyer l’aide humanitaire. La fondation caritative l’a donc envoyée aux comités avec lesquelles l’USAID et l’ONU collaborent pour distribuer l’aide aux Palestiniens.

Dans le premier procès de la Holy Land Foundation, le gouvernement étasunien a admis qu’aucun des dons de l’oeuvre de bienfaisance n’avait été octroyé à des organisations terroristes et les procureurs fédéraux n’ont pas pu obtenir la condamnation de la fondation. Ils l’ont alors de nouveau traduite en justice.

Dans le second procès, le juge a autorisé les procureurs à faire appel à « un expert anonyme » pour dire au jury que certains comités utilisés par l’USAID et l’ONU et approuvés par le département de la Justice étasunien étaient contrôlés par le Hamas, le gouvernement élu de Palestine et qu’Israël demande aux États-Unis d’étiqueter comme « terroriste ».

Comme Downs et Manley l’ont fait remarquer, un « expert anonyme [ne peut pas] être remis en cause parce qu’il est inconnu ». Il n’est pas possible de le contre-interroger. L’« expert » peut-être n’importe qui, y compris quelqu’un payé pour mentir au jury, un juif qui croit que toute l’aide aux Palestiniens est une aide aux terroristes, ou un membre du Mossad, les services de renseignement israélien, qui ont infiltré très sérieusement les États-Unis, d’après les rapports mêmes des experts du renseignement étasunien.

Les injustices sont partout, admettent les auteurs, alors pourquoi est-ce important pour vous? Parce que la garantie de procédure régulière inscrite dans la Constitution étasunienne, exige que le droit pénal définisse les comportements prohibés avec suffisamment de précision. Selon Downs et Manley, La Holy Land Foundation a suivi la liste des organisations terroristes fournie par le département d’État et a évité tout contact avec les organisations figurant sur cette liste, mais elle a tout de même été accusée et reconnue coupable. Cela nous démontre que les procureurs fédéraux sont corrompus jusqu’à la moelle et que les jurés sont si ineptes et soumis à la propagande, qu’ils sont inutiles aux accusés.

La Cour suprême des États-Unis a refusé de réviser ce cas de condamnation abusive des plus évidents. Ce faisant, la Cour suprême a établi que la cour, comme la Chambre des représentants, le Sénat et le pouvoir exécutif sont non seulement des serviteurs de l’État policier mais aussi d’Israël et qu’ils appuient la destruction des Palestiniens en qualifiant l’aide à la Palestine d’acte terroriste.

Cela signifie que votre implication dans des transactions légales ou avec des associations peut être qualifiée a posteriori d’activité criminelle par des témoins secrets. La criminalité de votre comportement peut maintenant être établie, d’après Downs et Manley, par des « experts anonymes », des porte-paroles des procureurs gouvernementaux que l’on ne peut pas « confronter ou contre-interroger en vertu du 6ème amendement ».

« Les implications sont énormes, écrivent Downs et Manley. Le gouvernement peut maintenant criminaliser les idéologies et les discours politiques, religieux et sociaux. Par exemple, faire des dons à des groupes pacifistes, participer à des manifestations, aller à l’église, à la mosquée ou à la synagogue, se réunir avec des amis et mettre du matériel sur internet, pourrait s’avérer illégal car lié à des “associations”, inventées par des experts anonymes, et qui d’une certaine manière appuient supposément des organisations terroristes dont personne n’a jamais entendu parler. »

Les auteurs auraient pu ajouter que si le gouvernement veut vous avoir, tout ce qu’il a à faire est de déclarer que quelqu’un ou une organisation quelconque, quelque part dans votre passé, était connectée de manière floue avec le terrorisme. Les affirmations du gouvernement suffiront. Aucune preuve n’est requise. Le jury ayant subi un lavage de cerveau ne vous protègera pas.

Préparez-vous cette année ou l’an prochain à ce que l’on empêche toute critique de notre gouvernement « de liberté et de démocratie ». En Amérike, la vérité doit-être exterminée.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais : “Extermination of The Truth”: In America Law No Longer Exists, le 1er février 2013

Traduction : Résistance 71

 

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Qu’appelle-t-on “tiers monde” en 2013 ? Si nous prenons la définition classique du terme, alors le “tiers monde” comprend les pays (non blancs) qui luttent pour atteindre de hauts niveaux de développement économique et qui, généralement, restent à la périphérie de l’économie mondiale. Cependant, depuis la crise qui a commencé en 2007-2008, de nombreux problèmes de ces pays traditionnellement pauvres ont fait leur apparition parfois de manière plus flagrante encore dans les pays soi-disant développés. Les maux socio-économiques tels que la misère, la faim et le chômage se sont terriblement aggravés dans des pays capitalistes développés comme les Etats-Unis pendant que les politiciens et les médias continuent à faire miroiter le mirage d’un redressement économique. Il faut bien sûr se demander qui bénéficie de ce rétablissement économique… les pauvres ou Wall Street ? Par ailleurs, cela a forcé le monde à se pencher sur la nature du progrès. C’est intéressant par exemple de comparer les statistiques étasuniennes à celles du Venezuela. Quand on le fait, on commence à avoir un tableau plus clair, débarrassé des distorsions médiatiques et politiciennes, des progrès réalisés par la Révolution Bolivarienne pendant que la situation des pauvres et des travailleurs étasuniens continue de se détériorer.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Avant de pouvoir définir la pauvreté aux Etats-Unis et au Venezuela, il faut d’abord analyser les différences entre les deux pays dans la manière de mesurer la pauvreté. Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée seulement par le revenu du foyer, à l’aide d’un certain seuil appelé “seuil de pauvreté” déterminé par le Bureau du Recensement. Cette mesure, basée sur une limite absolument arbitraire entre la pauvreté et la “non pauvreté” est celle qui préside à la plupart des analyses et décisions concernant les pauvres étasuniens. Comme cela devrait sauter aux yeux, ce système ignore le simple fait que les personnes qui sont juste au dessus du seuil de pauvreté n’on pas la vie beaucoup plus facile que celles qui sont juste en dessous. Dans les deux cas, la privation est la norme. Qui plus est, l’inflation croissante, la baisse des salaires et d’autres facteurs continuent à affecter le pouvoir d’achat et la vie des pauvres, ce qui rend le seuil de pauvreté de plus en plus problématique.(1)

Le Venezuela, quant à lui, utilise une série de mesures tout à fait différentes pour déterminer la vraie pauvreté comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, au logement etc. Par conséquent la pauvreté au Venezuela n’est pas une question de revenus mais de qualité de vie. En mesurant la pauvreté de cette manière, le gouvernement vénézuelien offre un tableau beaucoup plus complet de la situation socio-économique du pays. Il faut noter que, à la différence des Etats-Unis, les statistiques sur la pauvreté font partie des principales données sur lesquelles le gouvernement du Venezuela s’appuie pour prendre ses décisions. Tandis qu’aux Etats-Unis la pauvreté est devenue un gros mot (comme le montre son absence totale des débats de la présidentielle, l’année dernière), Chavez et la Révolution Bolivarienne en ont fait la pièce centrale des politiques publiques dans tous les domaines.

Que disent les chiffres ?

Quand on examine les données réunies par le Bureau du Recensement des Etats-Unis, on constate de nombreux faits troublants. D’abord il faut absolument noter qu’en 2012, le seuil de pauvreté pour une famille typique de quatre personnes était un total de 23 050 dollars bruts annuels (17 000 euros).(2) Notez que du fait que cette somme est brute et non nette d’impôts, elle ne reflète même pas la gravité réelle de la situation endurée par ces familles. Tous ceux qui ont la moindre notion du coût de la vie aux Etats-Unis se rendent tout de suite compte que le “seuil de pauvreté” est une farce cruelle. Ce niveau de revenu signifie une pauvreté abjecte, elle signifie le manque de ce qui est nécessaire à la vie humaine. De sorte que, en réalité, nous ne parlons pas ici des “pauvres” mais de ceux qui sont en danger de mort à cause de la malnutrition, des maladies graves qui pourraient être guéries et d’innombrables autres problèmes. De plus, il faut noter que le revenu moyen d’une famille (toutes les familles, pas seulement les pauvres) continue à baisser dramatiquement : il a baissé de 8.1% depuis 2007.(3) Par conséquent il est évident que la pauvreté est non seulement importante mais qu’en plus elle augmente.

La Californie, qui a longtemps été le fleuron de l’économie étasunienne, possède maintenant, en plus de la Silicon Valley et de ses côtes magnifiques, le taux de pauvreté le plus haut des Etats-Unis. Selon La Mesure Supplémentaire du Bureau du Recensement des Etats-Unis, la Californie peut se vanter d’avoir un taux de pauvreté de 23,5%,(4) et si on y ajoute les personnes qui ne répondent pas techniquement aux conditions pour être repris dans ce chiffre mais qui vivent en marge de l’économie, on peut dire que la pauvreté se répand comme une épidémie en Californie. Comme Timothy Smeeding, économiste à l’université de Wisconsin Madison l’a expliqué : “D’une manière générale, le filet de sécurité permet à beaucoup de gens de se maintenir à flot mais en Californie c’est relativement plus difficile d’obtenir des bons de nourriture et autres aides.”(5) Nous voyons donc que dans l’État le plus peuplé de la nation, et soi-disant le premier sur le plan économique, la situation des pauvres est catastrophique et de plus en plus de gens ne survivent que grâce à l’aide de l’État. Tout cela bien sûr avec en toile de fond l’austérité, sous la forme de la “entitlement reform” (réforme de l’admissibilité aux prestations, ndt) que veulent imposer les Démocrates comme les Républicains et qui aura pour effet de couper ces programmes d’aide qui sont absolument indispensables à la survie de millions d’étasuniens.

Le revenu ne peut pas et ne devrait pas être le seul indicateur de la pauvreté et de la situation économique. En réalité, il y a beaucoup d’autres facteurs importants comme l’accès à une nourriture correcte, chose cruciale pour les enfants dont les parents sont pauvres. En fait, les données les plus récentes de USDA montrent que, déjà en 2011,(6) au moins 18 millions de familles étasuniennes étaient en situation de “précarité alimentaire”. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg si on pense aux millions de foyers qui n’ont pas été repris dans cette statistique mais qui pour autant n’ont pas les moyens de s’offrir une nourriture de qualité, et aux familles encore plus nombreuses qui échappent à la précarité alimentaire uniquement grâce aux programmes d’aide du gouvernement comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) connu sous le nom de tickets de nourriture. Le manque d’accès à la nourriture de bonne qualité est l’apanage des quartiers pauvres des villes où les noirs surtout ont du mal à offrir à leurs enfants autre chose que les plats préparés et les produits bas de gamme du magasin du coin.

Ce que nous constatons en examinant ces informations, c’est que la précarité alimentaire et la pauvreté ne sont pas seulement des indicateurs de difficultés économiques, elles délimitent des classes sociales. Les Etats-Unis abritent une sous-classe sociale de plus en plus large, qui regroupe de plus en plus d’anciens ouvriers et de blancs, mais qui touche encore plus les communautés de gens de couleur. Dans toutes les grandes villes et de plus en plus dans des quartiers blancs autrefois prospères, la pauvreté est devenue une réalité quotidienne, mais une réalité cachée par l’illusion collective du “rétablissement économique”.

Le modèle vénézuélien

A la différence des Etats-Unis, le Venezuela progresse rapidement dans l’éradication de la pauvreté dans un pays qui, pendant des décennies, a été un des plus pauvres et des plus exploités du continent américain. En dépit de sa richesse pétrolière et de ses vastes ressources, la misère régnait au Venezuela, spécialement chez les indigènes et les paysans. C’était la conséquence du système colonial et post-colonial qui permettait à une petite élite à la peau claire de dominer le pays et de maintenir le reste de la population dans une misère abjecte. La situation a commencé à changer avec Hugo Chavez et la Révolution Bolivarienne. Chavez, qui était déjà un héros aux yeux des pauvres Vénézuéliens, s’est mis tout de suite au travail pour réaliser son modèle socialiste avec la lutte contre la pauvreté au coeur de son projet politique. Et il poursuit le même projet depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans.

Comme je l’ai déjà dit, le Venezuela utilise plusieurs critères pour évaluer la pauvreté : l’accès à l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’accès à un logement correct, les familles de plus de 3 personnes qui vivent dans une seule pièce, et les familles dont le chef de famille a fait moins de 3 ans d’école. Ces statistiques, connues sous le nom de système de calcul des Besoins Elémentaires non Satisfaits, donnent des résultats surprenants. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Vénézuéliens vivant dans la misère (ceux qui souffraient d’au moins deux de ces signes de pauvreté) a diminué de 11.36% à 6.97%, une réduction de presque la moitié. En même temps, l’espérance de vie et la population totale ont augmenté de manière significative, ce qui montre l’amélioration des services de santé. Un chiffre intéressant concerne la population indienne autochtone, le groupe le plus marginalisé historiquement. Au cours des 10 dernières années, leur nombre a fortement augmenté et ils forment maintenant 3% de la population.(7) Cela montre que non seulement les services de santé sont de meilleure qualité mais qu’ils sont devenus accessibles aux segments les plus démunis de la population.

Il faut noter que l’une des pièces maîtresses des programmes anti-pauvreté du gouvernement bolivarien de Chavez a été l’augmentation exponentielle de construction de logements publics et d’appartements bons marché. Le président Chavez a annoncé la Grande Mission Logement en 2011 pour combattre la misère à laquelle était confrontée tant de famille vénézuéliennes qui vivaient dans des logements insalubres et dangereux.(8) En septembre 2012, plus de 250 000 logements avaient été construits et confiés à de pauvres familles vénézuéliennes. Ce chiffre doit encore augmenter dans les années à venir car les constructions continuent et il y a de plus en plus de logements abordables.(9)

Malgré la crise économique mondiale, le gouvernement Chavez continue à développer ses programmes anti-pauvreté comme le logement et la santé, tandis que la plus grande partie du monde soi-disant développé se laisse gagner par l’hystérie générale de l’austérité. La Révolution Bolivarienne s’est donnée pour tâche de réduire et finalement d’éradiquer la pauvreté dans un pays où la pauvreté était une tradition historique et une réalité supposément incontournable. Pendant l’ère post-coloniale le Venezuela a connu la domination et l’oppression des Etats-Unis et le règne des multinationales pendant que les pauvres et les classes laborieuses vivaient dans la misère. Ce sont les efforts de Chavez pour corriger l’histoire qui l’ont rendu, plus que toute autre chose, si cher au coeur des Vénézuéliens.

Les économies capitalistes développées d’Amérique du nord et d’Europe essaient désespérément de maintenir leur hégémonie et leur survie économique grâce à des programmes d’austérité qui ont pour but de transférer le poids de la dépression des épaules des riches financiers et spéculateurs qui l’ont provoquée, à celles des pauvres et des classes laborieuses qui doivent la payer. Les coupes draconiennes dans les services sociaux dont dépendent des millions d’Etasuniens pour leur survie sont la preuve de ce processus. A la différence du Venezuela, les puissances impérialistes occidentales veulent détruire le filet de sécurité sociale et accroître la misère et le désespoir de leur population.

Il s’agit en fait de la crise du capitalisme post-industriel avancé —un système économique qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres, crée des fortunes insensées et une misère extrême et se maintient en réduisant à la misère et à la pauvreté les classes inférieures. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates, le président Obama et Boehner, le président de l’Assemblée, sont tous au même titre responsables des souffrances et du désespoir des étasuniens pauvres qui peuvent encore se tourner vers le Venezuela et la Révolution Bolivarienne pour trouver le modèle d’une vision réellement progressiste de l’avenir.

Eric Draitser

Article original en anglais :

chavez3

Poverty versus Progress: Comparing the US and Venezuela, le 29 janvier 2013

Traduction : Dominique Muselet, Le Grand Soir

Eric Draitser est le fondateur de StopImperialism.com. C’est un analyste géopolitique indépendant qui vit à New York City.Notes

[1] http://venezuelanalysis.com/news/7644

[2] http://coverageforall.org/pdf/FHCE_FedPovertyLevel.pdf

[7] Ibid.
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Mali : comment s’enrichir grâce à la guerre…

février 4th, 2013 by Ramzy Baroud

La firme britannique de sécurité G4S va engranger d’énormes profits grâce aux crises au Mali, en Libye et en Algérie. Reconnue comme l’entreprise de sécurité la plus importante au monde, le groupe s’était dévalorisé lors des Jeux Olympiques de Londres l’an dernier, en raison de son incapacité à satisfaire aux conditions d’un contrat gouvernemental. Mais avec l’instabilité croissante en Afrique du nord et de l’ouest, on s’attend à un prompt rétablissement de la firme.

 

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Non seulement l’armée française ramène dans ses fourgons l’armée malienne pour que celle-ci réoccupe le nord irrédentiste, mais elle a aussi pour mission d’ouvrir la voie aux multinationales avides de profits juteux, aisés et rapides

La crise des otages du 16 janvier dernier dans l’usine de production de gaz d’Ain Amenas en Algérie , où 38 otages ont été tués, a marqué le retour d’Al-Qaïda, non pas comme de simples extrémistes en mal d’action, mais comme des militants bien entraînés ayant la capacité de frapper profondément dans les territoires ennemis et de provoquer de graves dommages.

Pour les entreprises de sécurité du type G4S, cela se traduit par une demande croissante. « Le groupe britannique (..), voit une augmentation de ses tâches allant de la surveillance électronique à la protection des voyageurs », a déclaré à l’agence Reuters le président de la compagnie pour l’Afrique. « La demande a été très forte dans toute l’Afrique », a confirmé Andy Baker. « La nature de nos activités fait que dans des environnements à haut risque, la demande de nos services augmente. »

Si les affrontements mortels entre l’Algérie et Al-Qaïda étaient suffisants pour que les pays d’Afrique du nord fassent appel à des sociétés de sécurité privées, la Libye doit être pour celles-ci un véritable paradis… Suite au renversement par l’OTAN du régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi suivi de son assassinat brutal à Syrte le 20 octobre 2011, de nombreuses milices ont vu le jour à travers toute la Libye, certaines étant équipées d’armes lourdes grâce aux pays occidentaux. Au départ, ces scènes plutôt dérangeantes de milices armées installant des points de contrôle à chaque coin de rue étaient considérées comme une conséquence inévitable d’une réalité post-révolutionnaire. Mais lorsqueles Occidentaux eux-mêmes sont devenus des cibles, la « sécurité » en Libye est alors devenue une priorité…

Beaucoup de sociétés de sécurité privées opèrent déjà en Libye, et certaines étaient même présentes dans le pays avant que l’ancien gouvernement libyen ne soit renversé. Certaines de ces entreprises étaient pratiquement inconnues avant la guerre, comme c’est le cas d’une petite entreprise britannique privée, la Blue Mountain Group. Cette dernière était responsable de la garde de la mission diplomatique américaine à Benghazi, qui a été incendiée le 11 septembre dernier. Il est apparu plus tard que l’attaque contre l’ambassade, qui entraîna la mort de quatre Américains, dont l’ambassadeur Christopher J. Stevens, avait été planifiée et bien coordonnée. On ne sait pas pourquoi le Département d’État a choisi d’embaucher cette petite société britannique, au lieu d’une entreprise de sécurité plus importante comme c’est habituellement le cas pour les autres ambassades occidentales et les grandes entreprises qui se disputent la reconstruction d’un pays que leurs gouvernements respectifs se sont acharnés à détruire.

L’activité lucrative de détruire, puis de reconstruire et de sécuriser a été constatée dans d’autres guerres et conflits provoqués par des ’interventions occidentales. Les entreprises privées de sécurité sont les intermédiaires dont le rôle est d’empêcher les natifs considérés trop turbulents de se mettre en travers de la « diplomatie » et des géants dubusiness d’après-guerre.

Quand un pays finit par s’effondrer sous la pression des bombes anti-bunker et autres armes de pointe, les entreprises de sécurité se mettent en branle pour venir sécuriser les lieux tandis que des diplomates occidentaux commencent, avec leurs nouveaux relais locaux, leurs négociations sur l’avenir des richesses du pays. En Libye, ceux qui ont le plus contribué à la guerre sont ceux qui ont gagné les plus gros contrats. Bien évidemment, tout le pays est détruit et mis en coupe réglée, et c’est la population locale qui subit les conséquences de la présence de brutes étrangères et armées qui fliquent leurs quartiers au nom de la sécurité.

Il faut dire que le nouveau gouvernement libyen a expressément refusé la présence de sociétés armées du style de Blackwater – alors qu’elles ont déjà une certaine présence sur le terrain – craignant des provocations semblables à celles qui se sont produites dans les meurtres du Square Nisour à Bagdad et de même à travers tout l’Afghanistan. L’objectif en Libye est de permettre des transactions commerciales sans problèmes, sans protestations impromptues provoquées par des étrangers à la gâchette trop facile. Mais compte tenu de la détérioration de la sécurité en Libye, provoquée par la destruction systématique du gouvernement central et de son appareil militaire, trouver une solution à l’absence de sécurité demeure l’objet d’intenses discussions.

Les sociétés de sécurité privées sont essentiellement composées de mercenaires qui offrent leurs services afin d’épargner aux gouvernements occidentaux un coût politique trop élevé au cas où il y ait trop de victimes militaires. Même si leurs sièges sociaux sont souvent basés dans des villes occidentales, nombre de leurs employés viennent de pays dits du Tiers-Monde. Pour tous les intéressés, procéder ainsi est beaucoup plus sûr, car lorsque des employés de sécurité asiatiques, africains ou arabes sont blessés ou tués en service, ce sera mentionné, si jamais c’est le cas, comme une simple dépêche d’agence avec très peu de conséquences politiques dans les audiences du Sénat ou les enquêtes du gouvernement.

Le Mali, ce pays d’Afrique occidentale qui souffre de multiples crises – un coup d’État militaires, la guerre civile, la famine et enfin une invasion guerrière dirigée par les Français – est la prochaine victime probable ou opportunité pour cette combinaison infernale : des gouvernements occidentaux, des grandes entreprises et bien sûr , des entreprises de sécurité privées.

En effet, le Mali est le terrain idéal pour ces cliques d’opportunistes qui ne ménagent aucun effort pour exploiter ses énormes ressources potentielles et sa position stratégique. Depuis des années, ce pays ouest-africain est tombé sous l’influence politique et militaire occidentale. L’année 2012 a vu l’application d’un parfait scénario qui a finalement et de façon prévisible conduit à une intervention militaire extérieure, laquelle a eu lieu le 11 janvier lorsque la France a lancé une opération militaire visant, officiellement, à évincer des extrémistes islamistes armés. Les opérations militaires dureront « aussi longtemps que nécessaire », a déclaré Hollande, le président français, singeant littéralement George Bush quand celui-ci déclara sa « guerre contre le terrorisme ».

Mais pour autant que l’on puisse en juger, la situation parait autant complexe qu’imprévisible. Aucune chronologie simple ne peut réellement rendre compte du déroulement de la crise. Mais tous les indicateurs pointent vers d’importantes caches d’armes qui ont fait leur chemin à partir de la Libye jusqu’au Mali après la guerre de l’OTAN. Un nouvel équilibre des pouvoirs s’est alors installé, renforçant la position des Touaregs toujours opprimés et inondant la partie désertique du pays de militants endurcis appartenant à divers groupes islamiques. Deux lignes symétriques de bouleversements se sont développées en même temps au nord et au sud du pays. D’un côté, le Mouvement National Touareg pour la libération de l’Azawad (MNLA) a déclaré son indépendance dans le nord et a rapidement été rejoint par Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MOJWA ). De l’autre côté, Amadou Haya Sanogo, capitaine de l’armée malienne et formé aux États-Unis, procéda à un coup d’État en mars dernier dans la partie sud du pays, renversant le président Amadou Toumani Touré.

L’histoire récente du Mali évolue donc rapidement, donnant l’impression qu’il n’y avait pas d’autre possibilité qu’une confrontation imminente entre le sud et le nord. La France, ancien maître colonial du Mali, n’a pas tardé à brandir la carte militaire et s’est activée avec diligence pour impliquer les pays d’Afrique de l’ouest dans ses projets guerriers. Il était souhaité que l’intervention apparaisse comme s’il s’agissait d’une initiative purement africaine, bénéficiant juste d’un appui logistique et politique des supposés bienfaiteurs occidentaux. En effet, le 21 décembre, le Conseil de sécurité a approuvé l’envoi d’une force dirigée par des Africains (de 3000 soldats) et venue de la Communauté économique des États d’Afrique occidentale (CEDEAO), afin de lancer la chasse aux militants du nord dans le vaste désert malien.

Cette guerre était prévue pour septembre 2013, afin de laisser un peu de temps à la France pour former un front uni occidental et remettre sur pied des forces maliennes pour l’instant en lambeaux. Mais la capture par les militants islamiques de la ville de Konna, sur la route de la capitale Bamako, aurait obligé la France à intervenir plus tôt sans le consentement des Nations Unies. La guerre qui a été menée, soit-disant au nom des droits de l’homme et de l’intégrité territoriale du Mali, a déjà suscité des protestations d’importantes organisations des droits de l’homme, contre les crimes commis par les forces étrangères et leurs partenaires de l’armée malienne. Toutefois, ce qui pour l’instant a des allures de conquête française facile, fait que d’autres puissances occidentales se lèchent déjà les babines sur les richesses potentielles du Mali, lequel ne risque pas d’avoir de sitôt un véritable gouvernement central.

Le 25 janvier, la page de l’Agence de presse africaine [APA] sur le Mali était remplie d’articles de presse sur une implication occidentale désireuse de manifester sa solidarité avec l’initiative de guerre français. Cela allait de « l’Italie va envoyer des avions pour aider les transports de troupes au Mali » à « l’Allemagne s’engage à aider l’intervention au Mali. » Tous les appels pour un dialogue politique, d’autant plus que les conflits ethniques sont susceptibles de dévaster le pays pour les années à venir, semblent tomber dans l’oreille d’un sourd. De plus, selon l’APA, le Royaume-Uni propose d’aider le Mali à trouver une « feuille de route politique » visant à garantir « l’avenir politique de ce pays ouest-africain. »

Alors que la France, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne décident de l’avenir du Mali via des actions militaires et des feuilles de route politiques, le pays lui-même est trop affaibli et politiquement déstabilisé pour imaginer n’importe quelle possibilité de s’opposer à ces interventions extérieures. Pour les entreprises de sécurité G4S et autres, le Mali est aujourd’hui en tête de la liste dans le marché émergent de la sécurité en Afrique. Le Nigeria et au Kenya suivent de près, avec des possibilités qui apparaissent encore ailleurs.

De la Libye au Mali, une histoire typique est en train de se dérouler sous nos yeux, avec de juteux contrats et d’énormes possibilités de toutes sortes. Lorsque les entreprises de sécurité privées parlent d’un marché émergent en Afrique, on est amené à supposer que ce continent va une fois de plus tomber sous la coupe d’interventions militaires et de pratiques commerciales déloyales. Alors que G4S est susceptible de refaire briller son blason un peu ternie, des centaines de milliers de réfugiés africains (800 000 pour le seul Mali) continueront leur voyage sans fin vers des frontières inconnues à travers d’impitoyables déserts. Leur sécurité n’intéresse personne, et les entreprises privées de sécurité n’ont que faire de réfugiés sans le sou.

Ramzy Baroud

Article original en anglais :

http://palestinechronicle.com/no-se…, 29 janvier 2013

 

 

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est journaliste

Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib

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Ces bonnes intentions qui pavent le chemin de la guerre

février 4th, 2013 by Diana Johnstone

S’opposer aux génocides est devenu une sorte de mini-industrie aux États-Unis.

Partout, des programmes « d’études des génocides  » surgissent dans les universités. Il y a cinq ans, un improbable « Groupe de Travail sur le Génocide  » fut créé, dirigé par l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright et l’ancien ministre de la défense William Cohen, tous deux anciens membres du gouvernement de Clinton.

La Bible de toute cette entreprise est le livre de Samantha Power, A Problem from Hell. La thèse de Mme Power est que le gouvernement des États-Unis, aussi bien intentionné soit-il, comme tout un chacun, est trop lent à intervenir pour « empêcher les génocides  ». Une affirmation bien reçue par le gouvernement des États-Unis, au point d’avoir nommé Mme Power comme conseillère à la Maison Blanche.

Pourquoi le gouvernement des États-Unis s’est-il engagé avec un tel enthousiasme dans une croisade contre les « génocides  »?

La raison en est claire. Depuis que l’Holocauste est devenu la référence historique la plus omniprésente dans les sociétés occidentales, le « génocide  » passe facilement pour être la plus grande calamité que subit la planète. On le considère comme pire que la guerre.

C’est en cela que le concept est d’une grande utilité pour le complexe militaro-industriel US ainsi que pour ses stratèges à la recherche d’une justification de leurs interventions militaires partout dans le monde.

L’obsession du « génocide  » en tant que principal enjeu humanitaire du monde moderne relativise la guerre. Elle renverse le jugement final prononcé par le Tribunal de Nuremberg  :

« déclencher une guerre d’agression constitue non seulement un crime international, il constitue le crime international suprême et ne se distingue des autres crimes de guerre qu’uniquement par le fait qu’il porte en lui tout le mal accumulé de l’ensemble.  »

Oubliant tout cela, la guerre se voit transformée en une action chevaleresque destinée à secourir des populations entières d’un « génocide  ».

Dans le même temps, la souveraineté nationale, érigée comme une barrière pour empêcher les nations puissantes d’envahir les nations plus faibles, c’est-à-dire, pour empêcher les agressions et le « fléau de la guerre  », est réduite à une méprisable protection des dirigeants maléfiques (« dictateurs  ») dont la seule ambition est de « massacrer leur propre peuple  ».

Cette construction idéologique constitue la base de la doctrine prônée par l’Occident, imposée à une ONU plus ou moins réticente, la « responsabilité de protéger  », dont l’acronyme anglais R2P présente l’ambiguïté de pouvoir à la fois signifier le « droit  » (« Right  ») et le « devoir  » (« Responsibility  ») de protéger les peuples de leurs propres gouvernements.

Dans la pratique, cela peut aboutir à donner carte blanche aux puissances dominantes pour intervenir militairement contre des États plus faibles afin d’y soutenir n’importe quelle rébellion de leur choix.

Le R2P sert principalement à amener l’opinion publique à accepter une intervention des États-Unis et de l’OTAN dans d’autres pays. Il n’est pas destiné à autoriser les Russes ou les Chinois à intervenir, disons, pour empêcher les femmes de ménage en Arabie Saoudite d’être décapitées, et encore moins à autoriser les Cubains à fermer la base navale US à Guantanamo et à mettre fin aux violations états-uniennes des droits humains… en territoire cubain.

Exemple typique de cette campagne, la directrice d’un programme appelé « Un Monde sans génocide » dans une petite faculté de droit de ma ville natale de Saint Paul dans le Minnesota a récemment publié un article dans le journal local qui répète les clichés habituels de cette campagne. L’article rejette la faute du « génocide » sur la barrière érigée pour tenter d’empêcher les guerres : la souveraineté nationale. Son abolition est souhaitée comme étant un grand progrès humanitaire :

« Depuis plus de 350 ans, le concept de ‘souveraineté nationale’ a primé sur celui de ‘souveraineté individuelle’. De fait, les gouvernements les gouvernements ont bénéficié d’une immunité quant à toute intervention extérieure malgré les violations des droits humains perpétrés à l’intérieur de leurs frontières. Le résultat a été un phénomène de génocides récurrents et sans fin depuis l’Holocauste, avec des millions de morts au Cambodge, en Bosnie, au Rwanda, au Congo, au Guatemala, en Argentine, au Timor Oriental – la liste est longue. »

Il est abusif d’appeler chaque massacre « génocide », et il est complètement faux de les attribuer au respect de la souveraineté nationale.

En réalité, Hitler a déclenché la Deuxième Guerre mondiale enviolation de la souveraineté nationale de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, en partie, selon lui, pour mettre fin aux violations des droits prétendument infligée aux ressortissants germanophones. Ce fut précisément pour invalider ce prétexte et « préserver les générations futures du fléau de la guerre  » que les Nations Unies furent fondées sur le principe du respect de la souveraineté nationale.

Bien-sûr, il n’y a aucune chance que les États-Unis abandonnentleur souveraineté nationale. Ce sont tous les autres pays qui sont invités à abandonner leur souveraineté nationale … aux États-Unis.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que les pires massacres – au Cambodge, au Rwanda et l’Holocauste lui-même – se sont produits aux cours de guerres ou comme conséquences de guerres.

Les rafles, déportations et meurtres systématiques de juifs européens ont eu lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les Juifs furent dénoncés comme « l’ennemi intérieur » de l’Allemagne. La guerre constitue le contexte parfait pour une telle paranoïa raciste. Après tout, même aux États-Unis, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des familles américaines d’origine japonaise furent dépossédées de leurs biens, raflées et placées dans des camps. Le résultat ne fut pas comparable, mais le prétexte avait été semblable.

Au Rwanda, les horribles tueries furent une réponse à une invasion de forces Tutsis depuis l’Ouganda voisin et l’assassinat du président du pays. Le contexte était une invasion et une guerre civile.

Le massacre au Cambodge ne fut certainement pas dû à un excès de « souveraineté nationale  ». En fait, il fut précisément le résultat direct d’une violation par les États-Unis de la souveraineté nationale du Cambodge. Des années de bombardements clandestins des campagnes cambodgiennes par les États-Unis, suivies par le renversement du gouvernement cambodgien organisé par les États-Unis, ont ouvert la voie du pouvoir aux combattants Khmers Rouges qui exprimèrent leur forte rancœur face à la dévastation des zones rurales, et qui se retournèrent contre les malheureuses populations urbaines, considérées comme complices de l’ennemi. Les massacres perpétrés par les Khmers Rouges eurent lieu après que les États-Unis eurent été vaincus par le Vietnam. Plus tard, lorsque les Vietnamiens, provoqués par des incursions armées, sont intervenus pour renverser les Khmers Rouges, ils furent condamnés aux Nations Unies par les États-Unis.

Certains événements des plus « sanglants  » ne figurent pas dans la liste « des génocides  » de Madame Kennedy que l’on déplore aux États-Unis. Il manque entre autres le massacre de plus d’un demi-million de membres du parti communiste indonésien en 1965 et 1966. Mais le dictateur responsable, Suharto, était « un ami des États-Unis  » et les victimes étaient communistes.

Mais on est sûr de trouver la Bosnie sur une telle liste, surtout depuis que le Tribunal Pénal International, lié à l’OTAN, a jugé que le massacre de 1995 à Srebrenica était un « génocide  ». Dans ce cas, l’estimation la plus haute du nombre de victimes est de 8000, tous des hommes en âge de combattre. Pour arriver à ce verdict, malgré le fait que les auteurs présumés aient épargné femmes et enfants, le Tribunal a trouvé un sociologue pour affirmer que, puisque la communauté musulmane de Srebrenica était patriarcale, l’assassinat des hommes constituait un « génocide  », même s’il était commis dans une seule ville, puisque les femmes n’y retourneraient pas sans les hommes. Ce jugement tiré par les cheveux était nécessaire pour préserver « la Bosnie  » comme principal argument en faveur de l’intervention militaire de l’OTAN.

On ignore généralement que Srebrenica était une ville garnison d’où les soldats musulmans lançaient, en 1995, des attaques contre les villages serbes environnants. Ils n’étaient pas tous originaires de cette ville jadis multi-ethnique, « patriarcale » ou pas. Les médias occidentaux n’ont pas accordé non plus beaucoup d’attention aux témoignages de dirigeants musulmans de Srebrenica qui disaient avoir entendu le dirigeant du Parti Islamique, Alija Izetbegovic, confier que le président Clinton avait dit que le massacre d’au moins 5000 musulmans était nécessaire pour entraîner « la communauté internationale  » dans la guerre civile bosniaque aux côtés des musulmans. Ces dirigeants musulmans en ont tiré la conviction qu’Izetbegovic avait délibérément laissé Srebrenica sans défense afin de préparer un massacre par les Serbes qui chercheraient à se venger.

Quelle que soit la vérité, cette histoire souligne le grave danger posé par le principe du R2P. Une fois la doctrine acceptée, elle peut inciter des chefs d’une opposition donnée à provoquer une répression gouvernementale pour pouvoir demander de la « protection  ».

Izetbegovic était le dirigeant d’un parti qui cherchait de l’aide militaire de l’extérieur pour vaincre ses ennemis. Le monde ne manque pas de tels dirigeants de factions ethniques, religieuses ou politiques. S’ils savent que « l’unique superpuissance au monde  » pourrait venir à leur secours à condition qu’ils puissent accuser le gouvernement en place de « massacrer sa propre population  », ils seront hautement motivés pour provoquer ce gouvernement à commettre le massacre en question.

Plusieurs anciens membres des forces de paix de l’ONU ont témoigné du fait que les forces musulmanes en Bosnie menaient les ignobles « Bombardements des marchés » contre les civils de Sarajevo pour pouvoir accuser leurs ennemis serbes et obtenir un soutien international.

Comment ont-ils pu en arriver à des agissements aussi horribles ? Eh bien, si le dirigeant d’un pays est prêt à « massacrer son propre peuple  », pourquoi le dirigeant d’un groupe rebelle ne laisserait-il pas massacrer quelques individus de « son peuple » pour prendre le pouvoir ?

Un des principaux dangers de la doctrine R2P est qu’elle encourage les factions rebelles à provoquer la répression, ou prétendre à la persécution, uniquement pour provoquer une intervention armée étrangère en leur faveur. Déjà, à travers l ;a Fondation nationale pour la démocratie, le National Endowment for Democracy (NED), les États-Unis dépensent des millions de dollars pour entraîner les citoyens de pays de l’ancienne Union Soviétique, entre autres, aux techniques de provocation (« résistance non-violente »). Il est certain que les militants anti-Kadhafi ont grossièrement exagéré la menace de Kadhafi contre Benghazi pour provoquer la guerre de 2011 de l’OTAN, menée par la France, contre la Libye. La guerre au Mali est le résultat direct du renversement brutal de Kadhafi, qui représentait un facteur de stabilité majeur en Afrique.

Les interventions US ne sont pas connues pour leur « protection  » des populations. Il est plus facile d’imaginer une intervention efficace là où aucune n’a été menée – au Rwanda par exemple – que d’en effectuer une dans le monde réel.

Malgré toute leur puissance militaire, les États-Unis sont incapables de remodeler le monde à leur goût. Ils ont échoué en Irak et en Afghanistan. La « guerre du Kosovo  » de 1999 est présentée comme un succès, mais uniquement à condition d’ignorer soigneusement ce qui se déroule dans cette province depuis qu’elle a été arrachée à la Serbie par l’OTAN et remise aux clients albanais de Washington. Quant au « succès  » en Libye, la vérité émerge bien plus vite.

Les partisans du R2P nous exhortent de ne « plus jamais  » permettre un nouvel Holocauste. En réalité, il n’y a « plus jamais  » eu d’Holocauste. L’Histoire produit des événements uniques qui défient toute attente.

Mais si un événement aussi terrible se produisait, me demande-t-on, faudrait-il que le monde reste les bras croisés ?

Que signifie « le monde  » ? L’idéologie occidentale présume que le monde entier devrait se préoccuper des droits humains, mais qu’en réalité seule l’Occident s’en préoccupe réellement. Cette présomption est en train de creuser un fossé entre l’Occident et le reste du monde, qui ne voit pas les choses du même œil. Dans la plus grande partie du monde, l’Occident est perçu comme une cause de désastres humanitaires, et non comme une solution.

La Libye fut un tournant, lorsque les puissances de l’OTAN ont appliqué leur doctrine R2P non pas pour protéger les populations libyennes de l’aviation de leur propre pays (l’idée à la base de la résolution de l’ONU sur les « zones d’exclusion aérienne  »), mais pour bombarder eux-mêmes le pays afin de détruire le régime. Ce qui a convaincu les Russes et les Chinois, s’ils avaient encore des doutes, que le « R2P  » est une arnaque, employée au service d’un projet de domination globale.

Et ils ne sont pas seuls et isolés. L’Occident s’isole lui-même dans sa propre bulle de propagande. Une bonne partie du monde, sinon la totalité, pense que les interventions occidentales sont motivées par leurs propres intérêts économiques, ou par les intérêts d’Israël. Le sentiment d’être menacé par la puissance US incite d’autres pays à renforcer leurs défenses militaires et à réprimer les militants d’opposition qui pourraient servir de prétexte à une intervention de l’extérieur.

En criant « génocide  » lorsqu’il n’y a pas de génocide, les États-Unis crient au loup et perdent leur crédibilité. Ils détruisent la confiance et l’unité nécessaires à la mobilisation d’une action humanitaire internationale authentique, si jamais il y en avait vraiment besoin.

Diana Johnstone

Article original en anglais :

Traduction LGS revue et corrigée par l’auteure pour la version française.

 

« J’ai violé l’embargo imposé par l’ONU au peuple irakien. J’en suis fier et si c’était à refaire : je le referai ». Voila ce que j’ai dit le 23 janvier - non par bravade - à la présidente du tribunal qui avait énoncé les charges retenues contre moi : « Trafic d’influence passif commis par un particulier » et « Corruption d’agents publics étrangers ».

Je n’ai évidemment jamais « trafiqué » ni« corrompu » personne. Je ne me suis pas - non plus - enrichi, au contraire. J’ai fait que ce que me dictaient d’abord ma conscience et les objectifs des Amitiés franco-irakiennes, association dont je suis le secrétaire général depuis 1986 : «faciliter par des moyens de toute nature une meilleure connaissance des problèmes rencontrés par chacun des deux pays et de contribuer à leur règlement » !

Concernant le paiement de « surcharges » ou de « taxes » réclamé par le gouvernement irakien aux entreprises qui enlevaient du pétrole dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture » - dont le trader Aredio et la sociétéTaurus Petroleum qui soutenaient les activités des Amitiés franco-irakiennes – j’ai dit que la décision était de leur ressort mais que je l’approuvais, car l’argent reçu par l’Irak était légitime et avait allégé les souffrances du peuple. Je lui ai précisé que ces « taxes » étaient prélevées sur la marge bénéficiaire des entreprises pétrolières, non sur le montant de ce qui était théoriquement consacré à l’achat de vivres et de médicaments.

Malheur aux vaincus !

La présidente du tribunal m’a alors questionné sur une somme de 200 000 $, toujours à ma disposition dans une banque suisse. J’ai répondu qu’il s’agissait du reliquat des aides de la société d’affrètement suisse Taurus Petroleum, et que l’argent était sous séquestre depuis 2005 à la demande des Etats-Unis ou du magistrat instruisant l’affaire « Pétrole contre nourriture ». Elle le savait, bien  sûr.

Cette décision m’avait empêché de poursuivre les actions que je menais depuis la chute de Bagdad pour soutenir l’opposition et la résistance irakienne, et faire campagne pour la libération des prisonniers politiques en Irak. J’ai demandé à la juge de faire débloquer ces fonds afin de pouvoir relancer mes activités ! En attendant, je n’en continuais pas moins le combat avec les moyens à ma disposition.

J’ai ajouté que j’avais – certes - violé une résolution de l’ONU… mais que George W. Bush– lui – avait violé la charte des Nations unies, massacré plus d’un million d’Irakiens, s’était emparé du pétrole irakien, et que rien ne lui arriverait.

J’ai conclu en rappelant que j’étais alors en guerre contre une administration américaine qui martyrisait le peuple irakien et qui s’apprêtait à envahir le pays. La bataille ayant été perdue, je me retrouvais donc sur le banc des accusés: « Malheur aux vaincus ! 

Condamné d’avance ?

En ce début de la troisième semaine du procès -10 ans après le renversement du Président Saddam Hussein et 8 ans avoir été mis en examen par le juge Philippe Courroye -  j’ai la nette impression d’être condamné d’avance. Pour la présidente du tribunal, il n’est question que de « surcharges » payées au gouvernement irakien, évidemment « illégales ». L’évocation de la tragédie du peuple irakien et la nécessité de lui venir en aide, la laissent de marbre. On ne peut pas dire que la juge soit indifférente à ces malheurs, mais les évoquer lors de ce procès semble une perte de temps, « hors sujet ».

Gilles Munier

Le 23 janvier 2013

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Le sens de la victoire soviétique de Stalingrad : 1943-2013

février 4th, 2013 by Annie Lacroix-Riz

Pour Roland Wlos

La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale, un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier. Cette victoire trouve son origine dans les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable : le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur. Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco- soviétique et tripartite (Moscou, Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le « pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.

Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen, délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque, écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt ».

Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942 qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale »,1 comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler. L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.

La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7

 

___________________________

Bibliographie :

John Erickson, 2 vol., The Road to Stalingrad: Stalin’s War with Germany; The Road to Berlin: Stalin’ War with Germany, 1e édition 1983, Londres; réédition, New Haven & London, Yale University Press, 1999:

Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London,Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);

Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov, London, Icon Books, 2012 Lawrence, Kansas

Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.

Bibliographie restreinte :

Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);

Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov. London, Icon Books, 2012. Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.

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L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine

février 3rd, 2013 by Salim Lamrani

Mariela Castro Espín a réussi à s’émanciper de son héritage familial. Nièce de Fidel Castro, leader historique de la Révolution cubaine et fille de Raúl Castro, actuel Président de Cuba, Mariela Castro a gagné une renommée internationale non pas grâce à son patronyme mais grâce à son action en faveur du droit à la diversité sexuelle.

Directrice du Centre d’éducation sexuelle (CENESEX) à Cuba, licenciée en Psychologie et en Pédagogie, titulaire d’un Master en Sexualité, Mariela Castro a fait sienne la cause des homosexuels, bisexuels, lesbiennes et transsexuels, et a permis à ces communautés de sortir de la marginalité à laquelle la société l’avait cantonnées.

L’action du Cenesex a été couronnée de succès. Depuis 2007, une journée contre l’homophobie est célébrée chaque 17 mai à Cuba. Les opérations de changement de sexe sont entièrement prises en charge par l’Etat. L’homophobie a sensiblement reculé même si elle est toujours persistante dans certains secteurs. Enfin, les institutions tels que le Parti Communiste de Cuba ou le Ministère de la Culture sont désormais des alliés de premier ordre dans la lutte en faveur des droits pour tous.

Mariela Castro ressemble à sa mère Vilma Espín. Elle a hérité, à la fois, de sa beauté naturelle et de son caractère. En effet, comme l’illustrent ces conversations, elle méprise souverainement la langue de bois et n’hésite aucunement à pointer du doigt les injustices commises par le passé à Cuba, ni à dénoncer les obstacles institutionnels encore présents au sein de la société. Son franc-parler ne fait pas l’unanimité au sein du pouvoir cubain, notamment auprès du secteur le plus conservateur. Mais, comme elle se plait à le répéter, à chaque fois que le Président Raúl Castro reçoit une plainte à son sujet, sa réponse reste invariablement la même : « Si tu as quelque chose à dire à propos de ma fille, va la voir directement ». A ce jour, personne n’a osé.

Lors de ce dialogue, aucun sujet n’a été éludé, que ce soit la situation des homosexuels au triomphe de la Révolution, les tristement célèbres Unités militaires d’aide à la production, le fameux « Quinquennat gris », la fondation du CENESEX, la lutte contre l’homophobie, la prostitution, le phénomène transgenre ou le mariage pour tous. Mariela Castro n’a éludé aucune question et n’a imposé aucune condition préalable à la discussion.

Salim Lamrani : Mariela Castro, quelle était la situation des minorités sexuelles en 1959, au triomphe de la Révolution, à Cuba ?

 Mariela Castro Espín : Au début des années 1960, la société cubaine était le reflet de son héritage culturel, principalement espagnol. Cuba avait une culture homo-érotique, patriarcale et donc, par définition, homophobe, comme toutes les sociétés patriarcales. A cette époque, le monde entier était patriarcal et homophobe, sans aucune distinction, aussi bien les pays développés que les nations du Tiers-monde.

Il est cependant curieux que le processus émancipateur de la Révolution cubaine qui revendiquait dans son programme politique la lutte contre les inégalités, les différentes formes de discrimination contre les femmes, le racisme, et qui tentait d’éliminer les injustices, les brèches entre la ville et la campagne, ne se soit pas intéressé au sort des homosexuels et ne les ait pas considérés comme étant victimes de discriminations de toute sorte.

SL : Pour quelles raisons ?

MCE : L’homophobie était la norme y compris après le triomphe de la Révolution. Cela était le cas dans toutes les cultures occidentales basées sur la religion catholique dominante. L’homophobie était au cœur des relations de genre telles qu’elles s’étaient établies culturellement.

La Révolution cubaine a permis au peuple cubain d’obtenir la souveraineté nationale et a remis en cause de nombreux paradigmes tels que la virginité de la femme comme condition préalable pour le mariage, l’absence de divorce, le statut de chef de famille de l’homme, la naturelle fidélité de la femme face à l’infidélité de l’homme, la disqualification de la famille monoparentale et de la femme célibataire, mais ne s’est pas attaquée au problème de la diversité sexuelle.SL : Donc à l’époque, être homophobe était quelque chose de « naturel ».

 MCE : L’homophobie était la norme. Ce qui était considéré comme anormal était le respect à l’égard de celles et ceux qui avaient choisi une orientation sexuelle différente. Mais, je le répète, cela n’était pas spécifique à Cuba. Il en était de même dans le reste du monde. L’homophobie institutionnalisée des premières années de la Révolution reflétait cette réalité et était en adéquation avec la culture de l’époque. Se moquer des homosexuels était quelque chose de naturel, tout comme les mépriser ou les dénigrer. Il était normal de les discriminer sur le marché de l’emploi, dans leur vie professionnelle, et cela était l’aspect le plus grave.

Les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP)

SL : Dans les années 1960, entre 1965 et 1968, l’Etat cubain a mis en place les Unités militaires d’aide à la production, les UMAP, dans lesquelles ont été intégrés de force les homosexuels. Pourriez-vous revenir sur cet épisode sombre de la Révolution cubaine ?

MCE : Il faut tout d’abord préciser que les UMAP concernaient tout le monde, tous les hommes en âge d’effectuer le service militaire, et non pas uniquement les homosexuels. C’était un service militaire obligatoire pour tous les jeunes majeurs. Cela n’était en aucun cas réservé aux homosexuels. Certains ont même parlé de camps de concentration pour homosexuels. Je crois qu’il ne faut pas exagérer et rester fidèle à la vérité historique. Je le répète, les UMAP ont concerné absolument tout le monde, sauf ceux qui pouvaient justifier d’un emploi stable. Les étudiants devaient mettre entre parenthèses leur carrière universitaire pour effectuer leur service militaire au sein des UMAP.

Il convient de rappeler le contexte de l’époque. Notre pays était constamment agressé par les Etats-Unis. Il y avait eu la Baie des Cochons en avril 1961, la crise des Missiles en 1962, et les groupes de la CIA composés d’exilés cubains multipliaient les attentats terroristes. Les bombes explosaient à Cuba tous les jours. On brulait des champs de canne à sucre. On faisait dérailler des trains. On attaquait des théâtres au bazooka. Il ne faut pas oublier cette réalité. Nous vivions sous état de siège. Des groupes paramilitaires étaient réfugiés dans les montagnes de l’Escambray et assassinaient les paysans favorables à la Révolution, torturaient et exécutaient les jeunes professeurs qui avaient intégré la campagne d’alphabétisation. Au total, 3 478 Cubains ont perdu la vie à cause du terrorisme de cette époque. Il s’agissait d’une période très difficile où nous étions agressés en permanence et où la lutte des classes était à son paroxysme. Les propriétaires terriens avaient réagi avec beaucoup de violence à la réforme agraire et n’étaient pas disposés à perdre leur position privilégiée au sein de la société. Il y avait donc à Cuba une mobilisation générale pour la défense de la nation et de ce contexte sont nées les UMAP, en guise de service militaire.

SL : Pour quelles raisons alors, les UMAP ont-elles été associées au règne de l’arbitraire et de la discrimination ?

MCE : Il y a une raison à cela. Etant donné que tout le monde devait participer à la défense du pays, les groupes marginaux tels que les hippies par exemple ont dû intégrer les UMAP, mais également les enfants de la bourgeoisie qui s’étaient habitués à une vie de loisirs et ne travaillaient pas, étant financièrement à l’abri. Ainsi, ceux qui ne s’étaient pas impliqués et préféraient un rôle d’observateur, devaient intégrer les UMAP et travailler dans les usines ou dans l’agriculture, y compris les groupes qui ne se sentaient pas engagés dans le processus de transformation sociale mis en place en 1959. Ces gens-là étaient mal vus par la société cubaine, qui les rejetait pour leur manque d’implication dans la construction de la nouvelle nation révolutionnaire et les considérait comme étant des parasites.

Je me souviens avoir entendu, dans ma jeunesse, certaines réflexions désobligeantes à mon égard, en raison de mon lien de parenté avec Fidel Castro – mon oncle – et Raúl Castro, mon père. Certains disaient : « c’est une bitonga », c’est-à-dire, une « fille à papa », une personne jouissant d’une position privilégiée, qui n’avait pas le même train de vie que le reste de la jeunesse, en raison de ses liens familiaux. Cela me mettait dans une colère noire et je m’efforçais de faire tout ce que les autres faisaient en rejetant tout privilège ou favoritisme. Je n’ai jamais supporté ce qualificatif de bitonga, qui était extrêmement méprisant.

L’armée a donc créé les UMAP pour soutenir les processus de production. Mais la réalité fut différente. Le Ministère de l’Intérieur était chargé de gérer les groupes de marginaux et de « parasites », de les repérer et de les intégrer aux UMAP, par la contrainte et la force, car le service était obligatoire.

SL : Cette méthode semble pour le moins arbitraire.

MCE : Il faut reconnaitre que la façon de procéder a été pour le moins arbitraire et discriminatoire. Il y a eu des voix qui se sont élevées au sein de la société cubaine pour se prononcer contre ces mesures, parmi lesquelles celle de la Fédération des Femmes Cubaines, ainsi que de nombreuses personnalités. Les plaintes déposées par certaines mères de famille ont déclenché ce mouvement de protestation contre les UMAP.

SL : Qu’en était-il des homosexuels ? Ils ont été victimes de nombreux abus au sein des UMAP.

MCE : Au sein de cette société homophobe, dans ce contexte d’hégémonie masculine et virile, les autorités ont considéré que les homosexuels sans profession devaient intégrer les UMAP pour devenir de véritables « hommes ». Dans certaines UMAP, ces personnes ont été traitées avec les mêmes égards que tout le monde et n’ont pas été victimes de discrimination. Dans d’autres UMAP, où régnait l’arbitraire, les homosexuels étaient injustement séparés des autres jeunes. Il y avait donc le groupe des homosexuels et des travestis, le groupe des religieux et des croyants, le groupe des hippies, etc.… Un traitement particulier leur était réservé, avec des railleries quotidiennes et des humiliations publiques. En un mot, les discriminations qui existaient au sein de la société cubaine se sont faites plus vives, plus acerbes au sein des UMAP.

Il est certain que la création et le fonctionnement des UMAP ont été arbitraires. Ce fut la raison pour laquelle ces unités ont été définitivement fermées trois ans plus tard. Mais, encore une fois, je le répète, la situation des homosexuels dans le reste du monde était similaire, parfois pire. A l’évidence, cela ne justifie en rien les discriminations dont ont été victimes les homosexuels à Cuba.

SL : Quelle était la situation des minorités sexuelles dans le reste du monde ?

MCE : Il y a une étude extrêmement intéressante d’un chercheur américain David Carter sur les mouvements LGBT en Amérique latine et dans le reste du monde. Par exemple, dans notre continent, les homosexuels étaient impitoyablement pourchassés notamment sous les dictatures militaires.

Encore une fois, je le répète, il ne faut pas que cela nous empêche d’analyser avec un œil critique ce qui s’est passé à Cuba.

SL : Quelle a été la responsabilité de Fidel Castro dans la création des UMAP ?

MCE : Fidel Castro est comme Don Quichotte. Il a toujours assumé ses responsabilités en tant que leader du processus révolutionnaire. Par sa position, il considère qu’il doit prendre la responsabilité de tout ce qui s’est passé à Cuba, aussi bien les aspects positifs que les côtés négatifs. C’est une démarche très honnête de sa part, même s’il me semble que cela n’est pas juste, car il ne doit pas assumer seul la responsabilité de tous ces abus.

Ce n’est d’ailleurs ni juste ni proche de la vérité historique. C’était une époque où émergeait une société nouvelle avec la création de nouvelles institutions, au beau milieu d’agressions, de trahisons, de menaces contre sa vie personne – car je vous rappelle que Fidel Castro a été victime de plus de 600 tentatives d’assassinat. Ne pouvant s’occuper de tout, il a dû déléguer de nombreuses tâches

SL : Concrètement, quel est le lien de Fidel Castro avec les UMAP ?

MCE : Fidel Castro n’est pas à l’origine de la création des UMAP. En réalité, la seule relation que Fidel Castro a eue avec les UMAP a été lorsqu’il a décidé de les fermer, suite aux nombreuses protestations émanant de la société civile, et suite à l’enquête menée par la direction politique des Forces armées qui a conclu que de nombreux abus avaient été commis. A partir de cette date, il a été décidé de ne plus inclure les homosexuels dans le service militaire afin de leur éviter toute discrimination au sein d’un corps réputé pour son homophobie non seulement à Cuba, mais également à travers le monde. Là encore, on pourrait rétorquer qu’il s’agissait d’une nouvelle discrimination à leur égard mais leur incorporation aux forces armées avait été si néfaste en raison des préjugés existants, qu’il en a été décidé ainsi.

SL : Quelle était la position de votre père, Raúl Castro ?

MCE : J’ai souvent évoqué ce sujet avec mon père et il m’a expliqué qu’il était extrêmement difficile de faire tomber les préjugés sans une politique d’éducation. D’ailleurs, l’univers militaire reste encore aujourd’hui un monde très machiste à Cuba. Il est d’ailleurs connu que dans nos sociétés on rejette toujours ce qui est différent. Imaginez donc le contexte des années 1960.

A ce sujet, le CENESEX a lancé un programme de recherche sur les UMAP et nous sommes en train de recueillir les témoignages des personnes qui ont souffert de cette politique.

Salim Lamrani

Suite :

Mariela Castro Espín

«Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe», 05 février 2013 (2/4)

mariela_castro_espin 2

« Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous », 07 février 2013 (3/4)

-« La lutte pour l’égalité et contre toutes les injustices est un devoir universel qui doit concerner l’ensemble des citoyens » (4/4)

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26925/sobre+homofobia+fidel+sempre+assumiu+responsabilidades+diz+mariela+castro.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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Tout tourne autour de l’or en Afrique

février 3rd, 2013 by Pepe Escobar

Les réserves d’or du Mali et la campagne frénétique d’achat de la matière brillante par la Chine tandis qu’elle tente de faire tomber le pétrodollar, ont probablement mené les Etats-Unis d’Amérique à accélérer leur projet AFRICOM en construisant une base de drones au Niger voisin. Mais les guerres des ombres en Afrique sont seulement une attraction secondaire, l’acte principal se joue vers l’Asie qui maintient l’exorbitant budget du Pentagone [NDLT : en achetant de bons la dette US].

Tout tourne autour de l’or

Pour citer la phrase immortelle du « Faucon Maltais » de Dashiell Hammett, filmé par John Huston : « Parlons de l’oiseau noir », parlons d’un oiseau mystérieux en or. Évidemment, parce qu’il s’agit d’un film noir digne de Dashiell Hammett qui implique le Pentagone, Pékin, guerres des ombres, retournements et beaucoup d’or.

Commençons par la position officielle de Pékin : « Nous n’avons pas assez d’or ». Cela conduit à la campagne actuelle d’achat frénétique par la Chine, que n’importe qui peut voir en direct live, en temps réel, en particulier à Hong Kong. La Chine est déjà le principal producteur d’or et la principale nation importatrice d’or au monde.

L’or représente à peu près 70 % des réserves US et de l’Allemagne, et c’est plus ou moins la même chose pour la France et l’Italie. La Russie – qui aussi achète activement – a un peu plus de 10 %. Mais le pourcentage d’or de la Chine dans ses réserves impressionnantes de 3,2 trillions de dollars, est de seulement de 2 %.

Pékin suit avec attention les espiègleries actuelles de la Réserve Fédérale de New York, qui, quand la Bundesbank lui a demandé de rendre l’or allemand qu’elle a dans ses coffres, a répondu que cela prendrait au moins sept ans.

Le journaliste financier allemand Lars Schall suivait l’histoire depuis le début et, a quasi seul fait la connexion cruciale entre l’or, le papier-monnaie, les ressources énergétiques et l’abîme qu’affronte le pétrodollar.

Chaque fois que Pékin dit qu’il a besoin de plus d’or, il le justifie comme une barrière « contre les risques des réserves en monnaie étrangère » – c’est-à-dire la fluctuation du dollar US – mais spécialement pour « promouvoir la mondialisation du yuan ». C’est comme, de façon courtoise, faire que le yuan rivalise « loyalement  » avec le dollar et l’euro sur le « marché international ».

Et ici nous avons le point (élusif) principal. Ce que veut réellement Pékin est de se débarrasser de l’emprise du dollar. Pour que cela arrive, il a besoin d’importantes réserves d’or. C’est pourquoi nous nous voyons devant un Pékin pivotant du dollar au yuan et essayant d’influer sur de vastes champs de l’économie mondiale pour suivre ce chemin. La règle d’or est le « Faucon Maltais de Pékin » : « les rêves sont ainsi faits ».

Avoir un drone, et voyager

Le Qatar aussi est entrain de tourner, mais dans le style MEAN (Moyen Orient – Afrique du Nord). Doha finançait des wahhabites et des salafistes – et même des salafistes -djihadistes – comme les rebelles de l’OTAN en Libye, les bandes de l’Armée Libre Syrienne en Syrie et la bande pan- islamique qui s’est emparée du nord du Mali.

Le Département d’État –et après le Pentagone– en ont sans doute pris conscience, comme dans l’accord négocié entre Doha et Washington, ensemble, pour engendrer une nouvelle une « coalition » syrienne plus acceptable. Mais ces relations dangereuses entre le francophile Émir du Qatar et le Quai d’Orsay à Paris continuent d’être très puissantes, après avoir déjà gagné en force pendant le règne du Roi Sarko, aussi connu comme l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

Tout observateur géopolitique bien informé a suivi les fuites, les unes après les autres, d’ex agents français du renseignement dans le merveilleusement méchant hebdomadaire satirique Le Canard Enchainé, détaillant le modus operandi du Qatar. C’est parfaitement évident. La politique extérieure du Qatar doit être lue comme les Frères Musulmanes Ici, Là-bas et Partout (mais pas dans l’émirat néo-féodal) ; c’est le « Faucon Maltais du Qatar ». En même temps Doha –ce qui réjouit les élites françaises – est un pratiquant avide du néolibéralisme dur et un grand investisseur dans l’économie française.

De manière que ses intérêts puissent se fondre dans la promotion – réussie – du capitalisme du désastre en Libye et ensuite – sans avoir encore réussi – en Syrie. Mais le Mali, c’est autre chose ; une réaction négative classique – et c’est là où les intérêts de Doha et de Paris divergent (pour ne pas parler de Doha et de Washington ; au moins si l’un n’assume pas que le Mali a été le prétexte parfait pour une nouvelle avancée de l’AFRICOM).

Les médias algériens sont indignés, mettant en cause (en français) les plans du Qatar. Mais le prétexte – comme cela fut prédit – a parfaitement fonctionné.

AFRICOM -surprise !- est dans le coup, puisque le Pentagone est prêt à établir une base de drones au Niger. Ceci est, le résultat pratique d’une visite du commandant de l’AFRICOM, le général Carter Ham, dans la capitale du Niger, Niamey, il y a seulement quelques jours.

Oubliez ces anciens avions turbo PC -12 qui espionnaient le Mali et l’Afrique de l’Ouest pendant des années. L’heure du Prédateur est arrivée. Traduction : le chef en attente, John Brennan planifie une guerre masquée de la CIA dans tout le Sahara-Sahel. Avec la permission de Mick Jagger/Keith Richards, le temps est venu de commencer à fredonner un remix d’un grand succès : « Je vois un drone gris / et je le veux peint en noir ».

L’AFRICOM fait que le Niger est déjà plus doux qu’une tarte de cerises. Dans le nord-ouest du Niger se trouvent toutes les mines d’uranium qui approvisionnent l’industrie nucléaire française. Et c’est très près des réserves d’or du Mali. Imaginez tout cet or dans une zone « instable » tombant dans les mains … des entreprises chinoises. C’est le moment du « Faucon Maltais de Pékin », d’avoir finalement assez d’or pour en finir avec ce dollar fil à la patte.

Le Pentagone a même obtenu une permission pour que toute son équipe de surveillance se réapprovisionne – dans tous les endroits possibles – dans l’Agadez crucial. La légion française peut avoir fait la sale besogne sur le terrain au Mali, mais AFRICOM sera celui qui ramassera la mise dans tout le Sahara – Sahel.

Etes-vous au courant de l’oiseau (asiatique) ?

Et cela nous porte vers ce fameux tournant vers l’Asie, qui était supposé être le sujet géopolitique numéro un du gouvernement d’Obama 2.0. Il le sera peut être. Mais certainement, aux cotés du mouvement de drones de l’AFRICOM dans l’ensemble du Sahara/Sahel, avec une irritation croissante de Pékin ; et Doha – Washington faisant pivoté leur appui aux ex- « terroristes » devenus « des combattants pour la liberté » et vice versa.

Et nous n’avons même pas mentionné l’absence de mouvement impliqué dans ce tiret noir : le gouvernement d’Obama 2.0 en maintenant son épouvantable accolade à la Maison médiévale de Saud et « une stabilité dans la péninsule arabe », comme le recommande un suspect habituel, un médiocre – mais influent – « ancien Officier d’intelligence ».

Play it again, Sam. Dans cette scène extraordinaire du Faucon Maltais au commencement de notre trame entre Humphrey Bogart (disons qu’il a le rôle du Pentagone) et Sydney Greenstreet (disons qu’il a celui de Pékin), le fonctionnaire est le dur, le troisième rôle dans le film. Le fait de pivoter vers l’Asie est essentiellement un produit d’Andrew Marshall, un totem semblable à l’Yoda de la sécurité nationale US.

Marshall fut derrière la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) – tous les fanatiques de Donald Rumsfeld le savent – l’opération ratée « Choc et Effroi » (« Shock and Awe  » qui a seulement servi à détruire l’Irak jusqu’à le laisser presque irréparable, y compris avec la participation du capitalisme du désastre) ; et maintenant le concept appelé Bataille Air-Mer [comme le jeu vidéo « Air-Sea Battle »].

Les prémisses de la Bataille Air-Mer est que Pékin attaquera les forces US dans le Pacifique, ce qui est franchement, ridicule (même avec l’aide d’une opération monstrueuse de faux drapeaux). Les US lanceraient alors des représailles à travers une « campagne aveuglante », l’équivalent naval de Choc et Effroi. La Force Aérienne et la Marine de Guerre US ont adoré le concept parce qu’il implique beaucoup dépenses pour des matériels qui seront stationnés dans de nombreuses bases sophistiquées dans le Pacifique et en haute mer.

Par conséquent, comme la contre-insurrection dans le style David Petraeus a viré vers des guerres des ombres de la CIA de John Brennan, là il s’agit réellement de faire pivoter vers l’Asie, une pseudo stratégie ourdie pour maintenir le budget du Pentagone à des niveaux exorbitants, en poussant une nouvelle guerre froide avec la Chine. On a pu entendre Marshall disant : « Ils n’accumuleront jamais assez d’or pour imposer leur plans maléfiques » en parlant de la Chine (certes sans l’aplomb de Bogart ou de Greenstreet). Hammett serait épouvanté ; le « Faucon Maltais de Marshall » est ce dont sont faits les rêves (de guerre).

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Asia Times, le 1 er février 2013.

Traduit de l‘anglais para El Correo par  : Estelle er Carlos Debiasi pour El Correo. Paris, le 3 février 2013.

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Pepe Escobar est un journaliste brésilien dans l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Pepe Escobar est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  »(Nimble Books, 2009).

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Les puissances impérialistes sont en train d’intensifier la guerre au Mali. La Grande-Bretagne a promis de déployer des troupes et les Etats-Unis planifient d’établir une base de lancement de drones dans la région alors que les troupes françaises avancent vers la région rebelle dans le Nord de son ancienne colonie.

Les autorités britanniques ont dit vouloir déployer des centaines de soldats en se concentrant sur la formation des forces du gouvernement malien appuyées par la France et en fournissant une « force de protection » pour les instructeurs. Les forces spéciales britanniques se trouveraient déjà au Mali collaborant avec les Français. La Grande-Bretagne a aussi envoyé un avion de transport C-17 pour aider la France à déployer des troupes au Mali.

L’annonce est survenue après des pourparlers qui se sont tenus dimanche 27 janvier entre le premier ministre britannique David Cameron et le président français, François Hollande. Un porte-parole de Downing Street a dit « Le premier ministre a clairement dit que nous soutenons totalement l’action du gouvernement français … Le premier ministre a poursuivi en expliquant que nous étions disposés à fournir une aide supplémentaire où nous le pouvions, en fonction des demandes de la France sur le terrain. »

Les Etats-Unis sont également en train d’étendre leur assistance militaire à la France en proposant samedi de ravitailler en vol les avions français à l’aide d’avions ravitailleurs américains après des pourparlers entre le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, et le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Un grand nombre d’avions de combat français opèrent à partir de bases en France et survolent l’espace aérien algérien à destination du Mali pour y bombarder des cibles. Ceci les fait travailler aux limites de leur capacité opérationnelle en nécessitant un ravitaillement.

Dans le même temps, Washington se trouve en discussions avec le Niger et d’autres pays avoisinants le Mali pour trouver une éventuelle base pour abriter les drones américains. Les Etats-Unis ont déjà déployé de petits avions de surveillance avec pilote, décollant d’une base située dans la partie militaire de l’aéroport d’Ouagadougou au Burkina Faso. Il s’agit d’une des bases non officielle liée au Commandement pour l’Afrique des Etats-Unis (AFRICOM) dont l’unique base officielle en Afrique est une base commune franco-américaine située dans la ville portuaire de Djibouti (République de Djibouti) en Afrique orientale.

Les responsables américains ont dit que les drones décollant du Niger ou du Burkina Faso surveilleraient le flux des fournitures et des armes venant de la Libye pour aller au Nord Mali en passant par le Sahara.

Ils pourraient aussi attaquer des cibles au sol en élargissant au Sahel la guerre américaine par assassinat téléguidé, actuellement menée en Afghanistan, au Pakistan et dans certaines parties de la péninsule arabe et en Afrique de l’Est. Le New York Times a rapporté que Washington n’avait « pas exclu de perpétrer des frappes de missiles à un moment donné si la menace s’aggravait. »

Le commandant d’AFRICOM, le général Carter Ham, a décliné de commenter le stationnement de forces américaines au Niger en affirmant que le sujet était « trop opérationnel pour que je le confirme ou le démente. » Mahamadou Issoufou, le président nigérien, a toutefois indiqué qu’il était prêt à établir une « relation à long terme avec les Etats-Unis. »

Des forces spéciales françaises ont également été déployées dernièrement au Niger pour y protéger les vastes mines d’uranium gérées par Areva, le groupe nucléaire français. (Voir : « La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger »

L’intensification de la guerre au moyen de drones et de commandos partout en Afrique occidentale met en évidence les intérêts industriels et stratégiques sordides qui motivent la guerre au Mali et la responsabilité des puissances impérialistes à créer les conditions qui ont déclenché la guerre en premier lieu.

Lors de la guerre de 2011 en Libye, l’incitation de l’OTAN à ce que les forces islamistes détruisent le régime du colonel Mouammar Kadhafi a avivé la guerre ethnique et sectaire au Sahara. A présent, les forces islamistes, les trafiquants liés tant à al Qaïda qu’au régime malien de Bamako soutenu par la France, et les groupes locaux nationalistes ethniques se ravitaillent en armes volées et abandonnées en Libye et provenant de la contrebande dans tout le Sahara. La réaction de Washington, de Paris et de Londres est de renouveler le déploiement des forces et de multiplier la violence partout en Afrique occidentale.

La France a envahi le Nord Mali, qui avait rompu avec la junte du capitaine Amadou Sanogo dans la capitale Bamako, pour réimposer l’autorité de Bamako. Hier, et durant le week-end, les soldats français ont occupé les villes clé du Nord Mali après une campagne de bombardement menée la semaine passée en ciblant les villes de Léré, Tombouctou, Kidal et Gao.

Des rapports suggèrent que des combattants de l’opposition, comprenant à la fois des forces d’ethnie touareg et des Islamistes provenant de milices diverses, sont en train d’abandonner les villes après avoir opposé une résistance symbolique ou nulle. Ils fuient soit vers Kidal, une ville distante d’environ 500 kilomètres de Gao, et la dernière ville à être encore contrôlée par l’opposition, soit à la campagne en vue de préparer une guérilla de résistance.

Dimanche, Gao, la plus grande des villes, avec quelque 85.000 habitants, est tombée entre les mains des troupes françaises et celles du gouvernement malien qui avaient tout d’abord saisi sa piste d’atterrissage. Des sources militaires françaises ont dit avoir tué à Gao 25 combattants islamistes.

Hier, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) touareg a indiqué qu’il voulait convenir d’une trêve à Kidal avec les forces d’invasion françaises.

Hier, les forces françaises ont aussi pris le contrôle de Tombouctou, centre historique de la région des empires médiévaux africains.

Avant l’entrée des troupes françaises dans la ville, les milices islamistes auraient incendié deux bibliothèques à Tombouctou contenant des milliers de manuscrits historiques remontant au 13ème siècle. Comme dans le cas d’autres actes de vandalisme réactionnaires commis par les Islamistes soutenus par les Etats-Unis et qui plus tard se sont brouillés avec l’Occident , telle la destruction en 1992 du patrimoine culturel à Kaboul par les moujaheddines afghans antisoviétiques ou la destruction en 2001 par les Talibans des sculptures du Bouddah de Bamiyan, de tels crimes mettent en évidence les terribles implications de la manipulation et de la promotion de l’islamisme par l’impérialisme.

Les tentatives de se servir des crimes commis par les anciens intermédiaires islamistes de l’Occident en Afrique pour justifier la guerre de la France au Mali sont profondément hypocrites. Paris ignore régulièrement de tels crimes lorsqu’ils sont perpétrés par des forces qu’il soutient. Ceci inclut l’insurrection islamiste syrienne qui a attaqué des sites historiques comme les souks(marchés couverts) historiques d’Alep. Ces tentatives sont aussi une couverture cynique pour dissimuler le caractère réactionnaire de la guerre.

Etant donné que la France empêche les journalistes de couvrir les zones de guerre, les articles concernant les meurtres ethniques sont largement ignorés dans les médias de masse. Samedi, cependant, Amnesty International (AI) a publié un communiqué accusant les forces maliennes qui sont soutenues par la France d’avoir « commis des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains en se rendant coupables d’exécutions extrajudiciaires de civils touaregs, du bombardement aveugle d’un camp nomade touareg et de la destruction de troupeaux indispensables à la survie de cette population nomade. »

Le régime de Bamako, dont la France cherche à restaurer l’autorité par son intervention, est foncièrement corrompu. Après avoir collaboré étroitement depuis les années 1980 avec le Fonds monétaire international et le capital financier français pour privatiser et anéantir l’infrastructure sociale restreinte du Nord Mali, ce régime a transformé le Nord Mali en une région où une petite élite a amassé des fortunes grâce surtout à des activités criminelles. Parmi celles-ci figurent au premier plan le trafic de la drogue et les enlèvements dont les responsables maliens tirent des profits considérables.

Selon le quotidien britannique The Guardian, la région la plus chère de Gao est surnommée « Cocaïnebougou » ou « Cocaïne-ville » en raison des fortunes réalisées à partir des livraisons de cocaïne arrivant d’Amérique latine et transitant par l’Atlantique Sud et l’Afrique occidentale en direction de l’Europe. L’article dit que sa source, un policier, « avait reconnu qu’il y a collusion entre les trafiquants et les responsables de l’Etat. »

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 29 janvier 2013

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Le 4 janvier 2011, le très sérieux et prudent journal français La Croix publie un article traitant, entre autres, des superficies détruites au Viêt Nam, tant forestières qu’agricoles. Outre que les données sont toujours difficiles à préciser avec exactitude, elles sont le plus souvent reprises à minima, car issues de la communication militaire leur conférant un aspect « officiel » en parfaite contradiction avec ses propres archives, ses rapports internes, voire sa propagande. C’est une attitude récurrente et bien compréhensible de la part des journalistes qui prennent peur devant les chiffres avancés puisque ces derniers s’apparentent à ceux d’un autre génocide, universellement connu celui-là, puisque perpétré par des perdants. Mais qu’en est-il quand le perdant n’en reste pas moins le pays le plus riche et puissant de la planète ? Et bien l’Histoire institutionnelle ne mentionne pas ses crimes et encore moins les chiffres qui lui correspondent, ou bien les minimise outrageusement. Il s’agit d’une forme de négationnisme passif lorsque les victimes importunent. D’où la frilosité récursive des rédactions à les reprendre même s’ils sont conformes à la réalité.

Un simple exemple : les archives (incomplètes) de l’armée étasunienne révèlent que 14 % des agents chimiques utilisés au Viêt Nam le furent sur les ressources vivrières. Dans son ouvrage La Guerre du Vietnam et la société américaine, s’appuyant d’une part sur la collection des documents de Thomas Thayer,* et d’autre part, sur l’ouvrage de Barbara Tuchman, Mars en folie : de Troie au Vietnam, Bernadette Rigal-Cellard écrit : « Plus de 700 000 hectares ont été défoliés et 100 000 hectares de récoltes détruits pour la seule année 1967 ». Soit, en une seule année, 20 fois plus que ce que prétend l’armée américaine pour toute la durée de la guerre. En août 1968, un groupe consultatif de scientifiques progouvernementaux du programme** « Herbicide » au Sud-Viêt Nam rend un rapport,*** selon lequel 80 000 tonnes de riz furent détruites en 1967, soit 250 tonnes/jour pour cette seule culture. Il vante l’efficacité de ce programme, et l’utilité du renseignement sur les lieux des surfaces à détruire parce que susceptibles d’approvisionner le Viêt Cong, (mais nourrissant de toute évidence et avant tout la population civile – ce dernier point n’étant pas spécifié). À raison de 3 à 4 tonnes de riz par hectare, ce rapport soutient et confirme la dissonance outrancière des chiffres fournis par l’armée américaine contre toute réalité ; d’ailleurs, le riz était loin d’être la seule culture visée. Pour preuve, le Rapport Stellman (financé par l’Académie nationale des Sciences de Washington) fait mention d’environ 20 millions de litres d’agents chimiques épandus durant la seule année 1968. Si réellement 14 % des agents chimiques ont été utilisés pour les destructions vivrières comme le proclament les archives de l’armée US, cela correspondrait au minimum à 2,8 millions de litres déversés sur les cultures. À raison de 28 l/ha, dose prescrite par les fabricants, il s’agit bien au minimum de 100 000 ha détruits cette année-là, soit 5 fois plus que ne l’annonce ce rapport, (donc une projection de 1250 tonnes de riz détruit par jour, et non pas 250 t/j). De plus, la majeure partie de cette superficie fut atteinte à plusieurs reprises, multipliant d’autant la quantité de nourriture détruite et l’effet de persistance qui affaiblit de 70% le rendement d’un sol déjà traité.

Il en est de même pour les volumes d’agents chimiques utilisés, puisque ces évaluations partielles énoncées ci-dessus s’appuient sur la dernière quantité communément acceptée de 84 millions de litres. Un volume qui pourrait bien être remis en cause et atteindre 350 millions de litres selon mes calculs en équivalent/hectare. À l’heure où de nouveaux lieux d’enfouissement et de stockage sont révélés et découverts en Asie (Corée du Sud, et Japon) nous devons ici nous souvenir de ce que disait l’amiral Zumwalt : « En tant que commandant des forces navales US au Vietnam, j’étais au courant que l’Agent Orange délivré aux forces alliées (principalement sud-coréennes, new-zélandaises, et australiennes) était fréquemment utilisé dans des missions non enregistrées. »

Il en est de même pour les victimes vietnamiennes (jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens ont été directement exposés aux épandages selon le rapport Stellman – par superposition des vols retrouvés dans les archives incomplètes de l’armée de l’air), un chiffre qui ne prend pas en compte les victimes intergénérationnelles, ni celles contaminées par la chaîne alimentaire depuis 50 ans. En 2013, le Viêt Nam déclare compter entre 3 et 4 millions de victimes de l’Agent Orange, deuxième et troisième générations comprises, tandis que la quatrième arrive. Les États-Unis, 1,5 million de victimes cumulées, et tant d’autres chez leurs anciens alliés. Ceci ne doit pas nous faire oublier les victimes du Laos et du Cambodge ayant aussi subit les épandages, tout comme celles des lieux d’expérimentation et de stockage de l’Agent Orange à travers le monde. Des données qui échappent complètement à l’Histoire institutionnelle et, de ce fait, les journalistes n’osent pas coucher ses chiffres sur le papier tant ils effraient leur responsabilité. Aussi est-il important que les quotidiens comme La Croix en parlent. La semaine suivante, ce journal abordera les effets sanitaires que provoque la dioxine générée par les activités civiles.

André Bouny

 

Nota bene

Quelques jours avant la publication de cette 5e chronique, le Pentagone a déclassifier début janvier 2013, sept mille pages dans lesquelles, telle une aiguille dans une botte de foin, est révélé que l’Agent Orange a bien été stocké au Japon, sur l’île d’Okinawa, à Kadena Air Base (voir mon article à ce sujet sur Mondialisation.ca du 20 mai 2012), et aussi en Thaïlande, tandis que jusqu’ici le gouvernement étasunien niait les allégations de ses vétérans contaminés dans ces lieux. De fait, périodiquement, des preuves s’accumulent et viennent confirmer que les volumes d’Agent Orange utilisés au Viêt Nam furent considérablement supérieurs à toutes les estimations avancées jusqu’à ce jour.

*Secrétaire adjoint à la Défense, directeur des renseignements pour l’Asie du Sud-Est, haut dirigeant des programmes et opérations au Viêt Nam de 1967 à 1975, il collecta des documents en provenance de la Maison Blanche et du secrétariat d’État à la Défense.

**Programme rendu possible par les « Comité 202 » constitués d’indicateurs et de Viêt Congs retournés, signalant à un « Comité 203 » les lieux des ressources vivrières à détruire.

***Le Rapport Warren, du nom de son auteur William F. Warren, ne sera déclassifié que 12 ans plus tard.

Le 9 janvier 2011, MoralLowGround, San Francisco, publie dans sa rubrique « Ce jour-là » un long article sur l’escalade qui aboutira à la guerre étasunienne au Viêt Nam et à l’utilisation de l’Agent Orange. Il rappelle qu’en prenant la relève des Français, l’armée étasunienne s’embourba rapidement dans ce pays dont elle aurait été bien inspirée d’apprendre l’Histoire de ce peuple extrêmement pauvre et fier, ayant repoussé les invasions les unes après les autres (en effet les Vietnamiens s’étaient défaits des Mongols et de plusieurs siècles d’occupation chinoise, du colonialisme français, de l’impérialisme japonais, de nouveau de l’occupation française ; comme ils le feront plus tard des États-Unis d’Amérique et de leurs alliés, avant de repousser les Khmers rouges cambodgiens au Sud, puis encore les Chinois au Nord. C’est sans précédent.) Face à la farouche résistance de ceux qui défendent leur pays contre les agressions extérieures, dit l’article, de nouvelles tactiques apparaissent pour combattre la résistance grandissante. Ainsi le président Kennedy approuve l’utilisation d’armes chimiques (je rappelle qu’un produit destiné à détruire les biens ennemis est une arme. Si ce produit est chimique, l’arme l’est également) sous l’appellation « herbicides ». Le but était d’éradiquer la forêt primitive cachant les indépendantistes tout comme les cultures supposées les nourrir. En réalité, ils vont déverser le poison sur le territoire de leurs présumés alliés et l’article énumère la kyrielle de maladies provoquées par l’Agent Orange. Le gouvernement américain savait tout sur les risques mortels posés par cette horrible arme chimique mais a décidé qu’il était parfaitement possible de l’utiliser contre le peuple vietnamien. [Dans le dernier film documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement », produit par ORCHIDEES, Paris, décembre 2012, un porte parole de Dow Chemical, en 1984, déclare : « Nous pensons que lorsque le sujet sera abordé devant les tribunaux, il sera démontré que le gouvernement avait connaissance que l’Agent Orange contenait de la dioxine et que celui-ci a été utilisé au Viêt Nam malgré cela. ». Plus tard, en 1988, le Dr James Clary – scientifique de la Direction générale du laboratoire de développement des armes chimiques de la base militaire d’Eglin, en Floride – écrit à Tom Daschle, membre du Congrès enquêtant sur l’Agent Orange : « Quand nous (les scientifiques militaires) avons lancé le programme d’herbicide dans les années 1960, nous étions conscients du potentiel de dommages dus à la contamination par la dioxine contenue dans les herbicides… Toutefois, parce que le matériel devait être utilisé sur l’ennemi, aucun de nous ne se sentait concernés. » (Extrait de la lettre citée dans le Rapport Zumwalt, déclassifié en 1990), tiré du livre Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, Éditions Demi Lune, Paris, 2010.] Nous en connaissons les effets dévastateurs. L’article rappelle qu’au début de l’année 1965, Dow Chemical avait invité ses collègues fabricants, Monsanto, Diamond Shamrock, Hercules, Uniroyal, Thompson, à son siège social pour une réunion secrète afin d’évoquer l’« exceptionnelle toxicité » de la dioxine TCDD contenue dans l’Agent Orange. La décision prise fut de le taire. Cette parution remémore la compensation accordée aux vétérans étasuniens en 1984, et rien aux victimes vietnamiennes. Elle termine en rappelant que les Accords de paix de Paris* prévoyaient 5 milliards de dollars de dédommagement au Viêt Nam et que pas un cent n’a été versé. À ce propos, le président de l’association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange/Dioxine (VAVA), Nguyen Van Rinh, déclare fin 2012 dans le film documentaire cité plus haut : « … le chiffre (compensations-réparations Agent Orange) qu’on pourrait avancer dépasse 1000 milliards de dollars, mais il (le gouvernement des États-Unis) nous donne une aide caritative, comme il dit… Il y a 3 ans, il nous a promis 1 million de dollars, et en 2011, 3 millions de dollars, ce ne sont que des chiffres qui ont été énoncés, mais l’argent n’est toujours pas arrivé, même pas un cent », tandis qu’à l’occasion de ces annonces la presse internationale s’était ruée comme un seul homme pour en faire ses gros titres. Effet d’annonce sans suite, promotion gracieuse d’une image positive des USA dans le monde grâce au crime commit par eux. Méprise devant laquelle la plus infime déontologie de l’information devrait mettre en lumière l’autre versant : la Une de la presse internationale devrait rendre compte de la réalité sanitaire passée, présente, et à venir du Viêt Nam liée à l’Agent Orange.

Ce même mois de janvier 2011, Connie Schultz (Prix Pulitzer),** chroniqueuse du The Plain Dealer, signe : Maladies et souffrances sans fin dues à l’Agent Orange. Un article conséquent et illustré qui présente les effets sanitaires de l’Agent Orange sur les Étasuniens et les Vietnamiens, ainsi que sur leur descendance. Il y est dit que les États-Unis et le Viêt Nam ont un ennemi commun : l’Agent Orange (à ceci près que les responsables du crime sont les moins atteints et les plus riches, tandis que les autres sont des millions et continus à s’infecter sans trouver le début du commencement des immenses moyens nécessaires pour se soigner et décontaminer l’ensemble de leur territoire). Suite à la lecture de l’article, nombreux sont les concitoyens de l’auteure qui disent avoir ignorés l’existence de cette arme, jusqu’à son nom. Et, dans ce puits de silence, certains de ses compatriotes, vétérans ou non, comprirent l’origine de leur mal ou celui de proches, vivants ou disparus. Ces réactions ne sont pas étonnantes, elles révèlent à quel point le sujet fut et est occulté, recouvert par la marche de l’Histoire. Dans un avenir lointain, lorsque les déséquilibres du monde auront changé et qu’il n’y aura plus de victimes puisqu’elles seront toutes mortes, alors l’Histoire sera peut-être révisée. Scénario de lâcheté qu’il est encore temps d’enrayer.

Quelques réactions de lecteurs à l’article de Connie Schultz: « J’étais un vieux sergent de 22 ans du Corps des marines quand j’ai été libéré en 1972. Les souvenirs sont toujours présents. Après la construction du Mur,** * je suis arrivé à quelques rues de lui sans pouvoir poursuivre ma quête, à cause des cauchemars. Plus tard, j’ai fini par y parvenir. Beaucoup d’entre nous étaient partis pour l’aventure et, maintenant, nous voyons les choses sous un jour différent. J’ai perdu ma part d’amis là-bas, et beaucoup de ceux qui ont survécu sont rentrés à la maison pour y mourir peu après. »

Ou encore ce vétéran : « J’avoue que j’étais réticent à commencer la lecture de l’article. Au début de chaque paragraphe, je tournais la tête. Je savais par avance que je serai damné, et pareillement si je ne le lisais pas. Puis j’ai lu chaque mot, relu les passages… »

 Il en est ainsi sur douze pages.

 André Bouny

 

Documents d’archive : La carte des épandages et extrait des documents déclassifiés


 

* Dont le 27 janvier 2013 était le 40e anniversaire.

**Connie Schultz m’a contacté « très intéressée par votre ouvrage Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam » pour savoir s’il existait une édition en langue anglaise. Hélas non, mais on peut toujours espérer que cela arrivera.

 ***Mur de marbre noir du Vietnam Veterans Memorial, à Washington, sur lequel sont gravés les 58 253 noms de ceux tombés au Viêt Nam. Ce mur est poli comme un miroir et, de ce fait, l’image de celui qui vient s’y recueillir se mêle aux noms des tués.

 

 

 

 

 

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2,31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

 

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

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Après avoir déployé le mois dernier plusieurs centaines de soldats en République centrafricaine, le gouvernement français a supervisé la signature d’un accord de paix entre le président François Bozizé et les dirigeants des milices rebelles qui avaient menacé d’envahir la capitale Bangui.

En plus d’avoir accepté de ne pas briguer un nouveau mandat présidentiel après 2016, Bozizé a congédié l’ensemble de son gouvernement et nommé comme premier ministre Nicolas Tiangaye, désigné par les rebelles. Tiangaye prévoit la mise en place rapide d’un gouvernement d’union nationale en préparation des élections législatives de l’année prochaine.

Le réalignement politique qui est enclenché est dicté par le gouvernement français qui vise à réaffirmer son contrôle sur son ancienne colonie riche en ressources et à contrer l’influence grandissante de la Chine. L’opération en Centrafrique fait partie d’une décision plus large de l’impérialisme américain et français d’étayer leur domination stratégique en Afrique par le biais d’interventions militaires directes. La dernière en date implique une offensive terrestre dirigée par la France au Nord Mali et le stationnement de drones américains et de troupes françaises au Niger voisin.

Bozizé, un ancien général, s’était lui-même nommé président en 2003 après avoir dirigé un coup d’Etat qui avait été soutenu par le gouvernement français. Il a ensuite été tributaire du soutien français pour garder le pouvoir dans ce pays appauvri et chroniquement instable. En 2006 et en 2007, les forces militaires françaises stationnées dans le pays avaient lancé des frappes aérienne et des attaques terrestres contre les milices rebelles, les empêchant de mettre à exécution leur menace de s’emparer de la capitale et de renverser le gouvernement. En décembre dernier, une coalition hétéroclite de milices anti-gouvernementales appelée Séléka (« alliance » en sango, la langue usuelle de la RCA) avait lancé une nouvelle offensive en s’emparant de vastes étendues de territoires dans le Nord et l’Est du pays.

Le gouvernement français a réagi en faisant plus que doubler les 250 soldats déjà déployés en Centrafrique pour les porter à près de 600. Mais, à la différence de 2006 et 2007, Paris a refusé de soutenir Bozizé contre des rebelles. Les soldats français – aux côtés de ceux faisant partie de la Force multinationale d’Afrique centrale (Fomac) qui a été formée par plusieurs Etats avoisinants – ont donc sécurisé la capitale contre une nouvelle avancée des rebelles tandis que le gouvernement français a exigeait des pourparlers de paix.

L’accord du 11 janvier, signé au Gabon en Afrique de l’Ouest, a conduit Bozizé à faire ses premières concessions politiques majeures en dix ans de présidence autocratique.

Le gouvernement français est en train de développer de nouveaux mécanismes en République centrafricaine (RCA). Des dépêches diplomatiques américaines publiées par WikiLeaks ont détaillé la rupture des relations entre Paris et le régime Bozizé. Plusieurs dépêches de 2009 révèlent l’hostilité à l’égard de certaines entraves rencontrée par l’entreprise française Areva alors qu’elle tentait de s’assurer les droits d’exploiter l’uranium dans un site situé dans le Sud du pays.

Le 17 juin 2009, l’ambassadeur américain Frederick Cook avait envoyé un câble disant, « relations France-RCA sérieusement sous tension, » en concluant : « Bozizé semble croire avoir réussi à être le moindre mal dans le paysage politique de la RCA. Il s’imagine donc être indispensable pour ses voisins et les Français, une supposition que l’ambassade américaine (« AmEmbassy ») à Bangui croit être une erreur grossière. »

Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard était intitulée « L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente. » Elle précisait dans quelle mesure tant les intérêts américains que français étaient en train de céder du terrain à Beijing qui était en train d’« accroître sa coopération militaire, sa diplomatie publique et ses efforts de développement. » Le câble soulignait qu’alors qu’il n’y avait que quatre agents diplomatiques résidant à l’ambassade américaine de Bangui, l’ambassade chinoise comptait une quarantaines d’employés. Il ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France.

En montrant clairement les calculs prédateurs qui se cachent derrière la présence américaine et française en République centrafricaine, le câble faisait référence aux « riches ressources naturelles inexploitées » du pays en prévenant : « Les investissements français étant moribonds et l’influence française de façon générale en déclin, les Chinois en toute probabilité se positionnent comme étant le principal bienfaiteur de la RCA en échange de l’accès aux vastes dépôts d’uranium, d’or, de fer, de diamants et probablement de pétrole. »

L’ambassadeur américain a aussi mis en garde que Bozizé « salue cette relation comme étant une alternative aux relations plus restrictives avec la France et l’Occident » en se « rapprochant [probablement] de plus en plus de la Chine comme alternative aux bienfaiteurs français et occidentaux. »

Le 27 décembre, Bozizé a prononcé un discours dans lequel il a laissé entendre que ce qui se cachait derrière la crise c’était l’opposition française émise plus tôt contre de l’octroi de contrats d’exploration de pétrole à des entreprises chinoises. « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré à Paris [l’entreprise pétrolière] Total et leur ai dit de prendre le pétrole, » a-t-il déclaré. « Rien ne s’est passé. J’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème. »

Selon la Voix de l’Amérique, au moment même où Bozizé signait le 11 janvier l’accord de partage du pouvoir, il déclarait vouloir « œuvrer pour renforcer les liens avec la Chine et promouvoir l’exploration et le développement pétrolier. »

Bozizé ne demeure probablement au pouvoir qu’en raison de l’absence d’une alternative viable pour les pouvoirs impérialistes. Les rebelles de la Séléka sont une coalition conflictuelle comprenant diverses milices ayant des programmes différents. Certaines de ces milices ont été formées par des partisans de l’ancien président Ange-Félix Patassé, d’autres prétendent représenter la minorité musulmane du pays tandis que d’autres encore sont organisées par différentes communautés tribales qui se défendent elles-mêmes contre les forces de sécurité brutales de Bozizé. Il est difficile de dire si toutes ces milices accepteront les termes de l’accord du 11 janvier qui impliquent que les rebelles renoncent au contrôle des villes qu’elles ont capturées aux forces gouvernementales.

Toute rupture du soi-disant accord de paix pourrait rapidement déclencher une intervention plus vaste de la France et des Etats-Unis.

Patricl O’Connor

Article original, WSWS, paru le 31 janvier 2013

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Avec l’aggravation de la crise grecque, le chef du parti d’opposition SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) est venu aux Etats-Unis cette semaine pour des réunions à huis-clos avec les représentants du ministère des Affaires étrangères et du FMI, ainsi que pour une série d’apparitions en public.

Pendant que le gouvernement grec du Premier ministre Antonis Samaras utilisait des méthodes dignes d’un Etat policier pour briser une grève des travailleurs du métro, Tsipras s’est servi de son voyage pour dire aux représentants américains et à ceux du FMI qu’ils n’auraient rien à craindre s’il arrivait au pouvoir.

Les derniers sondages indiquent que SYRIZA et Nouvelle démocratie, le principal parti du gouvernement de coalition entre conservateurs et socio-démocrates, sont pratiquement au coude-à-coude. Avec 27 pour cent des voix aux dernières élections, SYRIZA représente le principal parti d’opposition, et avec une colère populaire qui monte contre les mesures d’austérité sans fin et le chômage de masse, il est tout à fait possible qu’il arrive premier aux prochaines élections.

Tsipras a consacré sa tournée américaine à rassurer la classe dirigeante américaine sur le fait que si cela se produisait, elle pourrait compter sur lui et SYRIZA pour servir de pilier de la stabilité du capitalisme, qu’il œuvrera à supprimer les élans révolutionnaires de la classe ouvrière grecque.

« J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certains le croient, » a obligeamment déclaré Tsipras devant l’assistance rassemblée par le groupe de réflexion Brookings Institute de Washington.

Mercredi, Tsipras a participé à des négociations au ministère des Affaires étrangères avec l’adjoint du ministre des Affaires étrangères Eric Rubin, responsable des questions liées à la Grèce, la Turquie, Chypre et le Caucase, ainsi qu’avec Christopher Smart, l’adjoint du ministre des Finances pour l’Europe et l’Eurasie.

Jeudi, le chef de SYRIZA a rendu visite au siège du Fonds monétaire international, y rencontrant son numéro deux, David Lipton, le premier directeur adjoint de l’agence.

Après la réunion de Tsipras au FMI, l’agence a publié un bref communiqué qui reconnaît que Lipton et le dirigeant de SYRIZA « ont eu une discussion constructive et sincère sur les défis économiques auxquels la Grèce est confrontée. »

Le ministère des Affaires étrangères n’a toujours pas publié de communiqué sur sa réunion avec Tsipras.

Pour sa part, SYRIZA affirme que, bien qu’il y ait « des accords et des désaccords, » la réunion au ministère des Affaires étrangères a révélé une « évaluation commune » sur le fait que la poursuite de l’austérité n’était pas la réponse à la crise économique grecque. Il a été dit que Tsipras avait assuré aux représentants américains qu’il croyait que la Grèce avait un « rôle important » à jouer pour assurer la stabilité internationale et qu’elle mènerait une politique internationale s’appuyant sur « la durée et la cohérence. » Dans d’autres remarques, Tsipras a défendu le maintien de la Grèce dans l’OTAN.

Tsipras a pris la parole devant plusieurs auditoires aux Etats-Unis. Son discours le plus important, prononcé mardi à Washington à l’institut Brookings, s’adressait clairement à la classe dirigeante américaine. (La transcription intégrale en anglais est disponible ici).

« Y a-t-il une raison valable pour que quelqu’un craigne la gauche en Grèce aujourd’hui ? » a demandé Tsipras à son auditoire au milieu de ses remarques de mardi. « J’ai entendu la personne qui s’exprimait avant moi dire que je représente la gauche radicale [c’est la traduction du nom de son parti, ndt]… Mais en quoi sommes nous réellement radicaux ? Les alarmistes vous diront que notre parti va arriver au pouvoir, déchirer nos accords avec l’Union européenne et le FMI, faire sortir notre pays de la zone euro, rompre tous les liens de la Grèce avec l’occident cultivé – civilisé, puis transformer la Grèce en une nouvelle Corée du Sud. »

Il assuré à ses auditeurs que le « but [de SYRIZA] est de sauver le pays et de maintenir le pays dans la zone euro. »

Sa principale proposition, à laquelle il a fait référence à plusieurs reprises dans ses remarques, est, pour reprendre ses termes, une « coupe » pour les créanciers publics de la Grèce, principalement la Banque centrale européenne (BCE) et les pays de la zone euro, similaire à l’annulation partielle de la dettes imposée aux banques et aux prêteurs privés en octobre 2011 qui a réduit de moitié les intérêts attendus des emprunts grecs.

Les remarques de Tsipras montrent clairement que SYRIZA n’a aucune intention de répudier la dette grecque ou de déchirer l’accord sur les mesures d’austérités passé entre Athènes et ce que l’on appelle la troïka (Commission européenne, FMI, et BCE), ils veulent simplement en renégocier les termes.

Tsipras s’est vu demander par un des membres du public pourquoi le peuple grec devrait s’attendre à quelque chose de différent de la part de SYRIZA par rapport à ce que fait le Premier ministre Samaras « qui était initialement opposé à l’accord et qui maintenant le soutient. »

« Nous nous sommes accoutumés au fait de voir des politiciens qui disent une chose… avant d’être élu et une chose différente une fois au pouvoir, » a-t-il répondu, « comme vous le voyez, nous ne disons que des choses auxquelles nous croyons et que nous allons essayer d’appliquer. Nous ne disons rien de complètement fou. »

En fait, SYRIZA a obtenu 27 pour cent des voix l’an dernier en s’appuyant sur sa promesse d’inverser toutes les précédentes coupes du gouvernement Grec et de revenir sur l’accord. Comme l’ont démontré les commentaires de Tsipras à Athènes, ce parti n’a aucune intention de faire quoi que ce soit de ce genre. La rhétorique anti-coupes ne vise simplement qu’à détourner la colère des travailleurs grecs vers des voies sans danger pour le capital.

Au sein de la classe dirigeante à Washington, il y a eu des déclarations d’approbation pour la performance de Tsipras aux Etats-Unis, laquelle a été accueillie comme un virage à droite supplémentaire de la part de SYRIZA.

« Ce voyage montre l’évolution continue de son profil politique, de plus en plus socio-démocrate, » a déclaré Domenico Lombardi, un partenaire influent du Brookings Institute et ancien représentant de l’Italie au Conseil d’administration du FMI, au Wall Street Journal. Lombardi, toujours d’après leJournal, a dit que la tournée américaine de Tsipras « souligne le passage de SYRIZA à une position plus équilibrée, politiquement mature, qui pourrait rassembler plus de soutien en Grève et est plus acceptable vue de l’étranger. »

Un article affiché sur le site Web de l’institut Brookings déclare également : « Dans un pays où les gauchistes ont historiquement étés incendiaires, prompts à la violence, et agressivement anti-américains, M. Tsipras se révèle chaleureux, courtois, pragmatique et pressé d’entendre le point de vue américain. [...] Il a parlé chaleureusement des appels à la justice sociale lancés par le président Obama lors de son discours d’investiture. »

Effectivement, dans son discours de mardi, il a loué la politique du gouvernement Obama et du conseil de d’administration de la Banque fédérale américaine, tout en donnant une image édulcorée de la situation sociale aux Etats-Unis.

« L’une des choses que je remarque ces deux derniers jours que j’ai passé aux Etats-Unis [...] c’est que l’Amérique est un pays qui ne se trouve pas dans un état de dépression comme l’est la Grèce, » a-t-il dit. « Je n’ai vu aucun commerce fermé. Je n’as vu aucun visage triste. Je n’ai vu aucun signe de désespoir nulle part. L’Amérique a échappé à la misère après 2008. »

Dans son intervention à l’Université Columbia de la ville de new York jeudi soir, Tsipras n’a présenté qu’un visage légèrement plus « à gauche », tentant de gagner le soutien de son public en insistant sur la montée des forces fascistes en Grèce, organisées au sein du parti d’ultra-droite Aube dorée (Chryssi Avghi).

Il a appelé son auditoire à se joindre à SYRIZA dans sa tentative « d’ériger un pare-feu de démocratie contre le fascisme et le néonazisme. »

La réalité politique est que le double langage des éléments de la pseudo-gauche comme SYRIZA, qui dénoncent l’austérité dans leurs discours tout en soutenant la stabilité capitaliste et l’Union européenne en pratique, alimente la croissance d’Aube dorée, permettant aux fascistes de se présenter comme l’opposant combatif de l’UE, des banquiers et du monde politique dont SYRIZA fait partie.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 26 janvier 2013

Ce n’est pas un secret mais personne n’en parle : The right to bear arms, si cher à l’extrême-droite et aux racistes de la république étoilée, n‘a rien à voir avec la défense de la liberté, avec la lutte contre la tyrannie étrangère ou les abus du gouvernement fédéral, mais a été adopté en 1791 pour réprimer dans le sang les révoltes des esclaves ou des indigents.

Dans la première séquence du film de Quentin Tarantino, Django, un esclave noir acheté comme collaborateur du chasseur de primes blanc Schultz, fait son entrée à cheval dans un village du sud. Un Noir à cheval et probablement armé ? Alarme et effarement des Blancs qui prennent leurs fusils et dégainent leurs revolvers tandis qu’une femme s’évanouit.

« Django Unchained » n’a pas plus à Spike Lee, à ceux qui détestent le sang et la violence qui caractérisent les films de Tarantino, à ceux qui, enfin, estiment que c’est une profanation de transformer, fût-ce à des fins libératrices, en un western spaghetti le chapitre le plus infâme et le plus long de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, l’esclavage. Tout en partageant au moins en partie ces critiques, notre jugement sur le film est substantiellement positif ne serait-ce que parce que sa sortie a coïncidé avec le débat en cours sur les mesures ou demi-mesures proposées par le président Obama pour limiter la vente d’armes de guerre et de chargeurs de plus de 10 projectiles : cause première des meurtres hebdomadaires dans des écoles, supermarchés, salle de cinéma et autres lieux publics. (Soit dit en passant, les auteurs de ces meurtres, aliénés, malades mentaux ou criminels, sont tous des jeunes, aisés et blancs qui ont un accès facile aux fusils mitrailleurs à mille ou deux mille dollars. Bien sûr les Afro-américains ne sont pas exempts non plus de la violence –drogue, vols et rapines ; ce sont des jeunes chômeurs et pauvres et ils  ne font usage que de « Sunday night specials », pistolets ou revolvers à six coups, à trente ou quarante dollars pièce.)

Les allusions ou analogies avec le présent du film de Tarantino ne sont pas suggérées par le fait que les esclaves sont évidemment désarmés –seul Django, le rebelle, devient un terrible pistolero- mais par le sacro-saint droit constitutionnel de leurs féroces et sanguinaires patrons d’être armés jusqu’aux dents. Le second des onze amendements de la charte (le « Bill of Rights ») en vigueur hier comme aujourd’hui récite en effet : « Une milice bien disciplinée rendue nécessaire par la sécurité d’un état libre, rend inviolable le droit du peuple de détenir et porter des armes ». « The right to bear arms », devenue dans la sarcastique paraphrase des opposants « the right to arm bears » -le droit d’armer des ours- est la bannière frénétiquement agitée par la « National Rifle Association », le second plus puissant lobby aux Etats-Unis après celui pro-Israël, pour repousser toute tentative de limiter la vente libre d’armes à feu en tous genres (aux mains de privés on en dénombre plus de 300 millions sur une population de 297 millions d’habitants).

Cette association multimilliardaire d’armuriers, qui dans d’autres parties du monde serait définie comme criminelle ou criminogène, menace maintenant d’ouvrir la procédure d’empeachment, la destitution du Président pour violation de la constitution, en ce qu’il veut empêcher les citoyens de tirer sur les passereaux avec des rafales de cent projectiles blindés calibre 7,65 toutes les 70 secondes (pour un mitrailleur semi-automatique, l’automatique en tire cent en 35 secondes). Et Barack Obama après le meurtre de vingt enfants et sept adultes dans l’école de Sandy hook, signe vingt-trois « mesures exécutives », qui ne sont rien d’autre que des avertissements et recommandations ; et il propose au Congrès par l’intermédiaire du vice-président Biden d’interdire la vente d’armes militaires d’attaque semi-automatiques. Et déclare ensuite que lui aussi aime les armes à feu, qu’à Camp David il s’adonne souvent au tir aux pigeons et exalte la valeur historico-libertaire du second amendement.

La valeur historique libertaire du second amendement est un travestissement des véritables intentions de ceux qui l’insérèrent dans le « Bill of Rights » de 1791, quatre ans après la Guerre d’Indépendance. Certes, dans la néo-république étoilée le Bill of Rights proclamait le droit des citoyens à s’armer de tromblons à chargement avant  et de former des corps de volontaires (a well regulated militia) flanquant l’armée fédérale dans la défense de la nation contre les « Redcoats », les armées de George III d’Angleterre, et des liberté des citoyens et des Etats confédérés contre les abus du gouvernement central  Bien différentes sont les vraies propositions énoncées en toutes lettres dans les « Federalist Paners », véritables actes de réglementation de la république, la correspondance entre les pères fondateurs James Madison, Alexander Hamilton,  John Hay, etc. : à savoir la « défense commune de ses membres (ndr : blancs, de sexe masculin, propriétaires de terres et d’esclaves, banquiers, commerçants et fonctionnaires publics), le « maintien de la paix publique », « against internal convulsions », contre des bouleversement intérieurs. Et qui étaient les acteurs de ces bouleversements intérieurs ? Les esclaves en premier lieu, passés de 500 mille de la Guerre d’Indépendance à 4 millions à la guerre de Sécession ; et en second lieu « the white rable », la pègre blanche des indigents, chômeurs et morts de faim enclins à des révoltes car privés de tout droit.

Mais c’étaient les esclaves afro-américains qui préoccupaient le plus les auteurs du second amendement : de leur insurrection en Caroline du Sud en 1739, à celles de Gabriel Posser en 1800 et ensuite, après le Bill of Rights, de Denmark Vessey en 1822, de Nat Turner en 1831, jusqu’à celle guidée par l’abolitionniste (blanc, NdT) John Brown[1] en 1859, elles représentaient une menace obsessive pour les esclavagistes et non-esclavagistes, surtout dans les Etats du sud où les esclaves constituaient la principale force de travail et le moteur de l’économie agricole, dans les plantations de coton et de riz.

Pour ce qui concerne la « well regulated militia » les historiens les plus autorisés, de Morrison à Findlay, à Zinn, s’accordent à relever comment à l’efficience dans la répression sanglante des insurrections afro-américaines ou de celles de la « pègre blanche » (Daniel Shays, 1781) ne correspondit pas une pareille efficience sur les champs de bataille contre les ennemis étrangers de la république. Dans la seconde guerre contre les Anglais, déclenchée substantiellement dans la tentative ratée d’annexer le Canada, la milice fondit comme neige au soleil : les six mille volontaires qui en 1814 devaient défendre Washington contre 1.500 redcoats de George III, désertèrent en masse et la capitale fût incendiée et rasée au sol.

Les Etats-Unis d’Amérique ont toujours été une grande fabrique de mythes : le second amendement est le plus éclatant et il est curieux que celui qui le défende soit précisément le premier président afro-américain de l’histoire de la république étoilée.

Lucio Manisco

Le blog de l’auteur : http://www.luciomanisco.com/

 

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

 

[1] A propos de John Brown, voir le très beau roman historique de Russell Banks, Pourfendeur de nuages (Cloudsplitter), traduit de l’américain par Pierre Furlan, éd. Actes Sud, 1998 (NdT)

 

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La guerre civile au Mali : Une tragédie à huis clos

février 1st, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Malgré la durée de la nuit, le jour finit toujours par apparaître…»

Proverbe africain

Ça y est! François Hollande a eu, à l’instar de George Bush Junior, sa guerre, et sa « victoire » en moins de temps qu’il n’a fallu pour démolir l’Irak et le faire retourner à l’âge de pierre. Mutatis mutandis la France s’est offert le Mali, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est certain qu’il y aura une suite. Parlons d’abord de la «promenade française en terre malienne» avec les potentats vassaux africains qui font assaut d’allégeance vis-à-vis de Paris pour garder leurs trônes imposés à leurs peuples.

D’une façon faussement naïve, un journaliste du journal le Pays se demande où sont ces combattants dont on avait surestimé la capacité de nuisance: «Depuis la chute de la ville de Diabaly, au centre du pays, les troupes françaises avancent sans grande résistance. La ville symbolique de Tombouctou a été reprise le 28 janvier, sans combats. Défaite des djihadistes? Sans doute pas. Les villes maliennes sous contrôle des islamistes tombent l’une après l’autre dans les mains des armées française et malienne sans la moindre résistance. Depuis la prise de Konna (Centre) par les armées malienne et alliées, les djihadistes ne font que fuir les villes qu’ils occupaient. Même dans les grandes villes comme Gao où ils avaient une importante base, ils n’y ont pas opposé une résistance aux soldats français et maliens. Les libérateurs, comme les appellent les populations, avancent la fleur au fusil. Faut-il en rire ou en pleurer? »(1)

« Pourquoi, poursuit le journaliste avec une rare délectation,  des djihadistes qui fanfaronnaient à bord de pick-up ont-ils choisi de prendre leurs jambes à leur cou à la moindre frappe aérienne? Et où se cache-t-elle cette vermine? A dire vrai, l’attitude des islamistes suscite mille et une interrogations. Quelle est finalement leur destination? Vont-ils se fondre dans la population nordique ou vont-ils se réfugier dans des grottes? Il faut, à tout prix, arriver à déloger ces islamistes dans leur cachette et les capturer si possible. C’est à ce seul prix que l’on pourra crier victoire. Car la conquête rapide et sans grands sacrifices des villes, jadis occupées par les islamistes est, disons- le, trop belle, sinon trop facile pour être vraie. On a certes réussi à couper la chique à ces fous d’Allah, mais cela ne saurait être considéré comme une victoire totale, un retour absolu de la paix.» (1)

La reconquête de l’Afrique

On peut s’interroger à juste titre sur la finalité de ces expéditions dont les motifs réels sont toujours les mêmes depuis la Conférence de Berlin de la fin du XIXe siècle; mettre en coupe réglée les pays faibles africains. Ce cap est plus que jamais d’actualité avec la raréfaction des matières premières dont l’énergie. Si on regarde finement les choses, on s’aperçoit que selon la sentence de Franklin Delano Roosevelt, ancien président des Etats-Unis dans les années trente du siècle dernier «si un événement arrive par hasard, vous pouvez être sûr qu’il a été programmé pour se dérouler ainsi», tout devient clair!

Manlio Dinucci décode pour sa part à travers l’exemple malien de la reconquête pure et simple de l’Afrique, il en explique le scénario simple reconquête de l’Afrique:

«Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours inaugural que les Etats-Unis, ´´source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique´´, de gigantesques avions étatsuniens les C-17 transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et par la CIA, en aiguisant les conflits internes ».(2)

La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. (…) Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. (…) Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étatsunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales.» (2)

Un cas d’école assumé concerne la mainmise d’Areva sur les mines du Niger Emmanuel Grégoire directeur de recherche spécialiste du Niger déclare, sûr du bon droit de la France:

«Au vu des tensions dans la région, les forces françaises seront envoyées au Niger protéger les mines d’Areva. 30% de l’approvisionnement français en uranium proviennent de ce pays. (…). Elle aurait même dû intervenir depuis longtemps au Niger (…)Quand la nouvelle mine d’Imouraren sera en activité, le Niger couvrira 50% de l’approvisionnement. Je ne pense pas que la France se retirerait définitivement de la région, notamment du Niger. Si la France perdait les gisements du Niger ce serait très embêtant pour elle. (3)

Dans une contribution intéressante, Barbara Spinelli s’interroge sur le suivisme européen des Américains, suivisme stérile en regard de l’efficacité de la démarche chinoise vis-à-vis de l’Afrique. Nous l’écoutons:

«Prix Nobel de la paix, l’Europe est en guerre depuis près de quinze ans – des Balkans à la Libye, en passant par l’Afghanistan et aujourd’hui, au Sahel. Un interventionnisme pourtant marqué par l’absence de vision à long terme. Voilà près de 14 ans que les Européens participent périodiquement à des interventions armées. La guerre – souvent sanglante, rarement fructueuse – n’est jamais appelée par son nom. Elle avance masquée: elle permettra de stabiliser les pays en faillite, de les démocratiser et, surtout, sera brève et peu coûteuse. Celle qui a débuté le 11 janvier au Mali est conduite par la France de François Hollande, avec le maigre appui de soldats africains et l’approbation – rétroactive – de ses alliés européens. Aucune concertation ne l’a précédée, en violation du traité de Lisbonne (art. 32, 347).(…) L’interventionnisme est en train de devenir un habitus européen, copié sur l’américain. (…) Qui compare notre vision à celle des autres pays. Qui examine la politique chinoise en Afrique, si volontaire et si différente de la nôtre: elle est axée sur l’investissement, quand la nôtre se focalise sur l’aspect militaire. (…) La dégradation de la situation malienne était évitable si les Européens avaient étudié le pays: considéré pendant des années comme un phare de la démocratie, le Mali a sombré dans la pauvreté, ravivant les problèmes posés par des frontières coloniales artificielles. (…) C’est un échec, pour l’Europe et pour l’Occident. Pendant ce temps, la Chine regarde et se frotte les mains. Elle assoit sa présence sur le continent. A l’heure qu’il est, son interventionnisme consiste à construire des routes, et non à faire la guerre.» (4)

Même les Britanniques sentant le vent tourner veulent participer à la curée ´´Des troupes britanniques rejoindront les Français dans la mission malienne. Les forces militaires épauleront les opérations contre les rebelles´´, assure David Cameron.

La guerre est-elle terminée au Mali après la victoire véritable promenade de santé contre les damnés de la terre ? François Hollande a affirmé que la France et ses partenaires africains étaient en train de ´´gagner la bataille au Mali´´, mais qu’il appartiendrait aux forces africaines de poursuivre ´´les terroristes´´ dans le nord du pays. Nous sommes en train de gagner cette bataille. Quand je dis nous, c’est l’armée malienne, ce sont les Africains soutenus par les Français. Interrogé sur Europe 1 le lundi 28 janvier, Jean-Luc Mélenchon a estimé que les buts de la guerre de la France au Mali avaient changé depuis le début de l’opération, et mis en garde contre des problèmes politiques prévisibles dans le pays. ´´Les buts de guerre de la France ont évolué à mesure de la bataille. Au début, il s’agissait de stopper une colonne, puis il a été question de traquer les islamistes et nous voici partis pour reconquérir tout le nord du Mali. Si nous reprenons le Nord-Mali -ce que je souhaite, puisque je souhaite la victoire de nos armées, pas leur défaite, évidemment- nous aurons le problème suivant: à qui allons-nous remettre le nord Mali? »

Pourtant , malgré les communiqués triomphateurs «on commence à relativiser». Cette non-résistance fait que les «islamistes se sont sauvés. Où sont-ils:

«La France ira-t-elle seule déloger Aqmi de ses sanctuaires montagneux de l’Adrar des Ifhogas, à l’extrême nord du Mali, où se sont repliés les terroristes islamistes? Peut-être que la France va lever le pied et qu’elle va confier «la patate chaude» aux Africains, pendant qu’elle prendra «ses quartiers» car on ne mobilise pas 3500 hommes pour repartir au bout d’un mois. Pourtant, le président Hollande répète: «C’est aux Africains de permettre au Mali de ´´retrouver son intégrité territoriale´´, en particulier dans le nord du pays, toujours contrôlé par les ´´groupes terroristes´´. ´´La France n’a pas vocation à rester au Mali. En revanche, notre devoir c’est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali une stabilité durable´´, ´´Les Africains peuvent prendre le relais et ce sont eux qui iront dans la partie du nord´´. Le président a par ailleurs, rappelé qu’´´une fois l’intégrité du Mali restaurée, les forces françaises ont vocation à rejoindre leurs bases´´ Lesquelles?(5)

Est-ce que pour autant la crise malienne est résolue? Christophe Châtelot du Monde pense que le volet développement est incontournable:

«L’Afrique serait donc une priorité de François Hollande? Certaines apparences sont pourtant trompeuses. (…) Pour autant, cette intervention n’a rien à voir avec celles du passé. (…) Mais, à supposer que cette mobilisation internationale entraînée dans le sillage de la France chasse les djihadistes du nord du Mali, une autre partie, aussi difficile, se jouera: reconstruire un pays failli, plongé dans un chaos institutionnel depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012. …) Ces dernières années, l’inclusion des annulations de dettes massives dans les chiffres de l’aide publique au développement (APD) a permis de gonfler artificiellement des statistiques qui, malgré cela, restaient en deçà des 0,7% du PIB que la France s’est engagée à y consacrer. Pour Romano Prodi: «Le gouvernement malien doit commencer dès maintenant à préparer les élections.» (6)

Les exactions silencieuses

Au lendemain de la libération de Tombouctou, la population s’en prend aux biens des Arabes, accusés d’être des islamistes. On rapporte que des Arabes ont été jetés dans les puits. Human Rights Watch (HRW) avait demandé lundi aux autorités maliennes de prendre ´´des mesures immédiates´´ pour ´´protéger tous les Maliens de représailles´´, évoquant ´´des risques élevés de tensions inter-ethniques´´ dans le Nord, où la rivalité est forte entre les minorités arabes et touarègues la plupart du temps assimilées à des islamistes, et les Noirs, majoritaires au Mali. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), groupe armé touareg indépendantiste et «laïque» annonce avoir repris la ville et la région de Kidal, au nord-est, et se dit prêt à lutter contre les «terroristes». «Notre mouvement s’inscrit désormais dans la lutte contre les terroristes», ajoute-t-il. «Nous ne demandons pas le départ de l’armée française, nous l’approuvons quand elle lance des frappes ciblées. Mais pas quand elle ramène l’armée malienne sur notre territoire, où elle a déjà commis des exactions, aidée par des milices ethniques», ajoute Moussa ag Assarid.

Il y a donc à non point douter une épuration qui se fait. La communauté internationale regarde ailleurs, les médias aux ordres sont bâillonnés et Ban Ki-moon gère sa carrière. La crainte d’actes de vengeance et de représailles est présente à Tombouctou, on accuse les islamistes d’avoir commis comme à Gao de nombreux crimes au nom de la charia: amputations, lapidations, exécutions. Ceci reste à comptabiliser réellement. On les accuse aussi d’avoir détruit de nombreux mausolées de saints musulmans. Dans le journal L’Express, nous lisons les motifs de ces épurations interethniques et religieuses «Ils nous chicotaient (frappaient) quand on fumait, quand on écoutait de la musique. On va leur faire payer ce qu’ils nous ont fait. Les chicoter aussi.´´ Dans les guerres asymétriques comme celle qui se déroule au Nord-Mali, la France se trouve devant deux écueils d’importance, l’un est d’ordre africain et avant tout malien, à savoir que ce pays est en déliquescence avancée puisqu’aucune institution malienne régalienne ne tient debout, Parlement, gouvernement, présidence, forces armées et gendarmerie sont minés par le clientélisme, la corruption. L’armada africaine, telle une armée mexicaine, ne dispose ni d’expérience ni de cadres militaires aguerris au combat, et encore moins de matériels adéquats. (7)

Des magasins supposés appartenir à ´´des Arabes´´ assimilés aux islamistes ont été pillés mardi à Tombouctou par une foule en colère. Des centaines de personnes, visiblement très pauvres, ont attaqué des magasins tenus, selon elles, par ´´des Arabes´´, ´´des Algériens´´, ´´des Mauritaniens´´, accusés d’avoir soutenu les islamistes armés liés à Al Qaîda à Tombouctou. Cette ville mythique du nord du Mali a été reprise lundi sans combat par les armées française et malienne.

Dans le même ordre, c’est un véritable appel au meurtre que lance le journal Le Pays: «Les populations qui jubilent actuellement devraient, elles aussi, se mettre en cheville avec les militaires afin de mieux traquer cette bande d’individus sans foi ni loi. Une saine collaboration des populations s’avère nécessaire car, c’est parmi elles que pourraient se dissimuler les djihadistes.» (1)

Voila que l’Occident bouscule des traditions des espérances qui ont mis des siècles à sédimenter pour imposer sa doxa, sa loi impériale qui veut que ce qui n’est pas occidental en termes de façon de penser, de copier, de singer est mauvais, immoral et doit être combattu.

Quand on montre des Maliennes en train d’enlever leur voile ou se plaindre de ne pas se voiler, on veut imposer une façon de vivre à partir d’un échantillon qui n’est pas représentatif de l’ensemble.

Le grand poète latin Horace avait raison d’écrire: «Quid leges sine moribus, quid mores sine legibus?» «Que sont les lois sans les moeurs, que sont les moeurs sans les lois?» Ces lois et ses moeurs du vivre-ensemble de chaque peuple, savant dosage de traditions, d’espérances, d’acculturation sont en train de voler en éclats. Pour l’Occident chrétien pendant longtemps «Salus extra ecclesiam non est» (Hors de l’Eglise point de salut) Nous pourrions dire avec la nouvelle religion du money théisme: «Salus extra mercatus non est» «Hors du marché point de salut!» Doit-on laisser cette machine du diable faire voler en éclats des traditions des espérances qui ont mis des siècles à sédimenter? La question est plus que jamais d’actualité

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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L’ASL et Israël attaquent un Centre de recherche syrien

janvier 31st, 2013 by Réseau Voltaire

Des sources israéliennes ont intoxiqué les médias occidentaux en annonçant que leur armée avait attaqué un convoi militaire syrien transférant des armes au Hezbollah libanais. Selon les articles, il se serait agi de missiles Sam-7 ou d’armes chimiques prêtes à l’emploi.

En réalité, l’Armée de l’air israélienne a bombardé un centre de recherche à Jemraya, dans la grande banlieue de Damas, dans l’après-midi du mercredi 30 janvier 2013. Ce centre n’abritait ni Sam-7, ni armes chimiques. En effet, la destruction de Sam-7 aurait provoqué des explosions visibles depuis la capitale. Et la destruction d’armes chimiques prêtes à l’emploi (c’est-à-dire dont les composants ont déjà été mélangés) aurait provoqué une catastrophe.

Une source officieuse syrienne a indiqué au Réseau Voltaire que l’Armée arabe syrienne a saisi, il y a quelques jours, des matériels israéliens sophistiqués utilisés par les Contras et les avaient apportés dans ce Centre de recherche où ils devaient être démontés et analysés.

C’est probablement ce matériel que les Israéliens ont voulu détruire avant qu’il ne soit transporté en Russie ou en Iran. Le Centre avait d’abord été attaqué par des commandos au sol de l’Armée syrienne libre qui avaient été repoussés. Puis, l’Armée de l’air israélienne est intervenue elle-même pour effectuer le travail que les Contras n’avaient pas été capables de réaliser.

Les avions israéliens sont arrivés en rase-mottes par le Liban. Ils ont surgi par l’arrière du Mont Hermon et ne sont entrés que très brièvement dans l’espace aérien syrien.

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Fin 2010, Parag Khanna, ancien conseiller de Barack Obama en matière de gouvernance mondiale, estimait que le Kurdistan irakien serait indépendant en 2016. Dans « Tendances mondiales 2030: mondes alternatifs », rapport rendu public le 11 décembre*,le National Intelligence Council (NIC), annonce maintenant la création d’un Grand Kurdistan à l’horizon 2030. Le NIC, organisme comprenant les 17 agences de renseignement étasuniennes et des experts à la retraite ou non, la prévoit comme la conséquence d’une fragmentation croissante de l’Irak et de la Syrie… et de la partition de la Turquie, promise à une influence grandissante au Proche-Orient, en Asie centrale et dans les« affaires globales ». Réaction immédiate des nationalistes turcs : pas question d’amputer le pays de sa partie kurde. « Ni l’Etat turc, ni les autres pays de la région - Iran, l’Irak et la Syrie – ne permettront pacifiquement » disent-ils, « la naissance d’un Etat kurde indépendant taillé dans leur propre territoire ». La région serait plongée dans un conflit sanglant.

Selon les rédacteurs du rapport, l’émergence d’un Etat palestinien se ferait graduellement, mais pas dans le cadre de négociations de paix, mais « à travers une série d’actions non officielles, indépendantes, appelées «unilatéralisme coordonné ». Toutefois, « des questions comme le droit au retour, la démilitarisation, et Jérusalem ne seront pas entièrement résolues ». Il ne faut pas s’attendre, d’ici là, à une «fin complète du conflit ».

Dans ses scénarios du futur le NIC n’envisage ni la disparition du « terrorisme islamique » ni des antagonismes sunnites-chiites et Arabes-Perses. Dans les années à venir, il faudrait craindre au contraire des cyber-attaques et des bio-attaques dévastatrices organisées par de petits groupes soutenus, ou non, par des Etats. Le NIC s’interroge enfin sur la capacité des Etats-Unis et de ses alliés occidentaux, nations déclinantes face à la montée en puissance de l’Asie, à réinventer un nouveau système international.

* Global Trends 2030: Alternative Worlds

http://www.dni.gov/files/documents/GlobalTrends_2030.pdf

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Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4

janvier 31st, 2013 by René Naba

Paris -Le Hezbollah reprendra à son compte le principe de l’asymétrie obtenant en 2000 le retrait israélien du Liban, premier dégagement militaire israélien d’un pays arabe, non assorti de négociations ni de traité de paix. Il récidivera six ans plus tard, en 2006, à un degré élevé de sophistication dans sa guerre balistique contre Israël. Le choix de missiles s’explique par des raisons économiques et stratégiques. Un missile infiniment moins cher qu’un avion, son entretien est moins couteux. Son entreposage est plus discret et sa visibilité moins attentatoire à la souveraineté de l’Etat libanais, titulaire en théorie du monopole de la force armée réglementaire.

Face à la puissance de feu de son ennemi et à l’hostilité quasi générale des monarchies arabes, le Hezbollah a innové par une nouvelle méthode de combat, concevant un conflit mobile dans un champ clos, une novation dans la stratégie militaire contemporaine, doublée d’une audacieuse riposte balistique, à la grande consternation des pays occidentaux et de leurs alliés arabes. «Malgré l’engagement de l’équivalent de l’armée de terre et l’armée de l’air françaises, les Israéliens ont échoué à vaincre au Liban quelques milliers d’hommes retranchés dans un rectangle de 45 km sur 25 km, un résultat tactique surprenant, probablement annonciateur d’un phénomène nouveau, la fin une ère de guerres limitées dominées par la haute technologie occidentale.

L’armée israélienne découvre alors que ses adversaires se sont parfaitement adaptés face au feu aérien israélien, le Hezbollah ayant développé une version «basse technologie» de la furtivité, combinant réseaux souterrains, fortifications et, surtout, mélange avec la population.

Le Hezbollah, légèrement équipé, maîtrisant parfaitement son arsenal, notamment antichar, a mené un combat décentralisé, à la manière des Finlandais face aux Soviétiques en 1940. Il a pratiqué aussi une guerre totale, tant par l’acceptation des sacrifices que par l’intégration étroite de tous les aspects de la guerre au cœur de la population. En face, l’armée d’Israël s’est engagée dans une ambiance de «zéro mort», et a échoué.

Au bilan, Israël a perdu 120 hommes et 6 milliards de dollars, soit presque 10 millions de dollars par ennemi tué, et ce, sans parvenir à vaincre le Parti de Dieu. À ce prix, sans doute eut-il été tactiquement plus efficace de proposer plusieurs centaines de milliers de dollars à chacun des 3 000 combattants professionnels du Hezbollah en échange d’un exil à l’étranger» estimera un stratège français au Centre français de doctrine d’emploi des forces (armée de terre), chargé du retour d’expériences des opérations françaises et étrangères dans la zone Asie/Moyen-Orient.

Tableau comparatif de la progression de la puissance de feu 1967-2006

Selon les précisions du Sayed Hassan Nasrallah, le 12 Mai 2012, dans un discours prononcé à l’occasion de la célébration de la reconstruction de la banlieue sud de Beyrouth, l’aviation israélienne a effectué, lors 3eme Guerre israélo-arabe de juin 1967, 4.338 sorties aériennes sur les fronts de Syrie et d’Egypte, contre 15.500 sorties lors de la guerre du Liban, soit trois fois plus, en 2006 contre le Hezbollah, dont dix mille raids.

Pour l’artillerie, en 1967, sur les deux fronts de Syrie et d’Egypte, l’artillerie israélienne a tiré 75.000 obus, contre 177.000 obus contre les positions du Hezbollah au sud-Liban et la banlieue sud de Beyrouth.

Au total douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991, selon Strategic Foresight Group (SFG), un groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie (1).

Au-delà de cette gesticulation guerrière, trois vérités s’imposent:

-1re vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam d’une partie de son rayonnement, qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète, Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement du conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Mouqaffah ainsi qu’Avicenne (Ibn Sinna). De même, l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plateforme iranienne.

-2me vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’Etat hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des «Trois NON» (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël.

Il a ainsi offert à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Egypte du champ de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979.

En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

3me vérité: Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi-siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les Etats-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.

Le différentiel de traitement entre Arabes et Israéliens.

Israël a bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 30 mars 2007.

A cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la promesse de George Bush Jr, au terme de son mandat, de fournitures de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen Orient.
A deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du Monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran, un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

A l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime les trois îlots du golfe, propriété d’Abou Dhabi: Abou Moussa et les deux iles Tumb, occupés par le Chah d’Iran, dans la décennie 1970.

En phase de puissance relative, l’Amérique saura-elle, à tout le moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak et en Afghanistan la place sur la défensive, alors qu’en contrepoint, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires de son allié libanais, le Hezbollah se pose en parfait contre-exemple de la servitude monarchique.

Plus précisément, alors qu’elle se lance à la conquête de l’Asie pour y endiguer la Chine, l’Amérique pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir.

Les Arabes ont trop souvent sacrifié la stratégie à des succès tactiques à court terme. Au point que l’un des plus actifs partisans de la diplomatie pétitionnaire, Leila Shahid, déléguée de l’autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, a admis l’échec de leur stratégie après la dernier offensive anti israélienne contre Gaza. Pour leur malheur et le nôtre.

L’exemple le plus patent est celui de Khaled Mecha’al, le chef du Hamas, bénéficiaire de l’hospitalité et de la protection de la Syrie pendant seize ans, qui ne mentionnera pas dans ses remerciements les artisans de sa victoire, se bornant à remercier le Qatar, la Turquie et l’Egypte pour leur soutien au combat anti israélien de l’enclave, alors que les missiles à longue portée tirés sur Israël ont été fournis par la Syrie et l’Iran et que dizaines des militants du Hezbollah et des «Gardiens de la Révolution iranienne» ont péri en transportant en pièces détachées des missiles vers Gaza, contournant de sérieux obstacles dressés notamment de l’Egypte.

Sadate a détruit la ligne Bar lev avec des missiles soviétiques, puis s’est retourné contre Moscou, ralliant les Etats-Unis. Lui comme Moubarak deviendront captifs de la tenaille israélo américaine. Ibidem pour le Hamas

Dans un pied de nez à son grand rival américain, le Président Mahmoud Ahmadi Nijad a effectué, fin décembre 2012, une visite officielle en Irak en vue de délimiter son territoire dans cette ancienne chasse gardée américaine, un mois avant le discours sur l’Etat de l’Union du Président Barak Obama,

Au pouvoir en Iran et en Irak, par effet d’aubaine dans ce dernier cas, disposant de surcroît d’une redoutable capacité de nuisance au Liban, les Chiites constituent le groupement ethnico-religieux qui a enregistré, en trente ans, la plus forte progression sur la plan de la dissuasion militaire et de l’autosuffisance technologique mettant en échec les menées hostiles du camp atlantiste, alors que l’Islam Wahhabite scellait sa soumission à l’axe israélo-américain, sans la moindre contrepartie sur le plan palestinien, ni au niveau de la sécurisation de l’ espace national arabe, s’inscrivant dans les annales de l’histoire comme le plus gros exportateur de djihadisme erratique. L’ingratitude ne constitue pas toujours la forme la plus achevée de l’intelligence politique.

René Naba

Le 26 janvier 2013

 

Iran Israel

Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4), 06 janvier 2013

drone

Israël-Iran: Une guerre électronique par sabotage informatique

La Guerre asymétrique (2/4), 15 janvier 2013

Iran-Israel

Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4, 28 janvier 2013

 

 

1 – Douze mille milliards de pertes depuis 1991. Strategic Foresight Group (SFG), groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie, a chiffré à douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobe aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation. Le rapport de 170 pages se fonde sur 95 paramètres. Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Egypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude. Le chercheur indien Sundeep Waslekar, président du SFG, a précisé que sur point il convenait de parler «d’une cascade de coûts dont une partie n’est pas quantifiable financièrement comme les atteintes à la dignité humaine».
Le rapport pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité.

 

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La complexité du Printemps Arabe et le combat pour la liberté politique …

…à travers le monde arabe ne doit pas obscurcir ce qui est desormais devenu évident pour tout anti impérialiste : les Frères Musulmans sont l’une des plus puissantes armes de la classe dirigeante occidentale dans le Monde Musulman. C’est peut être une pillule difficile à avaler pour des raisons émotionnelles ou psychologiques, mais il suffit de regarder le rôle insidieux joué par cette organisation en Syrie et les abus de pouvoir et des droits de l’homme du gouvernement en Egypte. Dans la guerre soutenue par les US/OTAN contre le gouvernement Assad, les Frères Musulmans apparaissent comme la force bénéficiant du soutien de l’Occident, l’avant garde de l’assaut impérialiste. alors qu’en Egypte le président Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cherchent à détruire ce qui a été il y a un peu plus d’un an la promesse d’une révolution.

Les Frères Musulmans en Syrie

La création cette semaine d’un commandement suprême militaire en charge de toute l’aide militaire et la coordination des rebelles prouve sans équivoque le rôle de dirigeants des Frères Musulmans dans l’objectif de changement de régime en Syrie. Comme l’a rapporté Reuters :

 » Le commandement unifié comprend beaucoup d’individus ayant des liens avec les Frères Musulmans et les Salafistes… il exclut les plus hauts officiers qui ont fait défection de l’armée d’Assad(1). »

Cette structure de commandement formée à la demande et avec le soutien des US, de la GB, de la France de l’Arabie Saoudite du Qatar et de la Turquie entre autres, n’inclue pas seulement des membres des Frères Musulmans elle est en fait dominée par eux.Est ce possible que les puissances impérialistes occidentales n’aient pas noté que le groupe qu’il formait comprenait ces éléments ? Suggérer cela serait accuser les « hommes d’état » dirigeant le monde (Hillary Clinton, William Hague, Laurent Fabius, Ahmet Davutoglu, ect…) d’être stupides. Hélas ce n’est pas le cas. En fait ces individus ont collaboré pour recréer une force de proxies des Frères Musulmans en Syrie, une force qui peut être contrôlée et dépendre d’eux pour faire ce que veut l’Occident.

Cependant ce n’est pas suffisant de dire que les Frères Musulmans dirigent la nouvelle structure militaire car cela voudrait dire qu’il n’ont pas joué de rôle principal jusqu’à présent. En fait l’Organisation a été au centre de la déstabilisation de la Syrie depuis le début du conflit armé. Le Conseil National Syrien ce qui tenait lieu au début « d’opposition » soutenue par l’Occident était lui-même dominé en coulisses par les Frères Musulmans. Comme la déclaré l’ancien dirigeant des Frères Musulmans Ali Sadreddine concernant le CNS :

 » nous choisissons le visage acceptable par l’Occident…Nous avons nommé (l’ancien chef du CNS Burhan) Ghalioun à la tête du front d’action nationale. Nous n’agissons pas actuellement en tant que Frères Musulmans mais comme faisant partie d’un front qui inclus tous les courants. »(2)

Nous voyons donc là que l’organisation a depuis le tout début maintenu une grande partie du contrôle sur l’opposition basée à l’étranger distinctement différent de l’opposition interne des Conseils de Coordination Nationale et d’autres groupes. Les Frères Musulmans une machine politique internationale et para militaire a été amenée à diriger la bataille contre le gouvernement d’ Assad.

En fait, les Frères Musulmans ont fourni un certain nombre de cadres de direction et d’assistance à l’opposition basée à l’étranger et soutenue par l’étranger bien au delà de la simple direction. Allant de la couverture diplomatique et politique au soutien tactique sur le terrain tels la fourniture clandestine d’armes, le recrutement de combattants, et d’autres responsabilités nécessaires, cela couvre tout ce que nous en Occident appelons parce que cela nous arrange les « rebelles ».

Dés Mai 2012 les Frères Musulmans en Egypte le centre d’organisation fournissait déjà le soutien diplomatique et politique dont les rebelles avaient besoin pour renverser le régime d’Assad. Alors qu’ils étaient sur le point de remporter les élections égyptiennes les Frères Musulmans étaient occupés à faire des déclarations publiques sur la nécessité d’une intervention militaire occidentale en Syrie. Le porte parole de l’Organisation, Mahmoud Ghozlan a déclaré :

 » les Frères Musulmans appellent les gouvernements arabes islamiques et internationaux à intervenir… pour renverser le régime(d’Assad) » (3).

Cette déclaration publique enflammée est une coup asséné à tous ceux qui affirment que les Frères Musulmans sont d’une certaine façon anti-impérialistes qu’ils s’opposent à la domination par l’Occident du Monde Arabe. Au contraire bien qu’ils puissent se poser comme opposants à l’Occident ils sont en fait des outils des puissances impérialistes utilisés pour détruire des nations indépendantes qui s’opposent à la domination hégémonique des US au Moyen Orient.

Ce soutien politique et diplomatique est l’un des aspects de l’implication des Frères Musulmans dans la destruction de la Syrie. Comme l’a rapporté le New York Times en Juin 2012:

  « des officiers de la CIA agissent secrètement dans le Sud de la Turquie aidant les alliés à choisir quels combattants de l’opposition syrienne recevront des armes de l’autre côte de la frontière… par le biais d’un réseau clandestin d’intermédiaires incluant les Frères Musulmans syriens (4)»

L’utilisation des Frères Musulmans pour fournir clandestinement des armes aux rebelles en Syrie ne devrait pas être une surprise étant donné que ce sont les monarchies sunnites de la région ( Arabie Saoudite et Qatar principalement) qui ont été les voix les plus vociférantes pour un changement de régime en Syrie par tous les moyens nécessaires. La relation entre ces monarchies et les Frères Musulmans est évidente. Elles partagent les mêmes convictions religieuses et sont des ennemis farouches de toute forme de Shi’isme. De plus elles ont été partie prenante du système d »hégémonie US qui a maintenu toute la région sous son emprise vicieuse depuis des décennies.

Beaucoup ont affirmé par le passé que bien qu’ils partagent la même idéologie et « marque » les Frères Musulmans de Syrie étaient d’une certaine façon indépendants de la « Maison Mère ». Cette affirmation hasardeuse ne résiste pas au simple fait que chaque position publique prise par les Frères Musulmans syriens s’aligne directement sur les déclarations publiques du Caire.

Comme le montre l’article du Carnegie Middle East Center « The Muslim Brotherhood in Syria » :

« depuis le début de la révolution les Frères Musulmans ont maintenu qu’une intervention étrangère est la seule solution possible à la crise en Syrie. En Octobre 2011 ilsont également appelé la Turquie à intervenir et à établir des zones humanitaires protégées en territoire turc. »(5).

Quand deux entités portent le même nom ont les même sponsors et adoptent les mêmes positions c’est un exercice d’ignorance voulue que d’affirmer qu’elles ne sont pas tout à faire pareilles; plus précisément qu’elles prennent leurs ordres des mêmes maîtres mais qui sont ces maîtres ?

Les Puissances derrière les Frères Musulmans.

En examinant le rôle extrêmement insidieux que les Frères Musulmans jouent en Syrie on doit commencer par comprendre la relation historique entre les Frères Musulmans et l’impérialisme occidental. L’organisation a été fondée en 1928 par Hassan al Banna dans le but de rétablir une forme pure d’Islam comme il a existé il y a des siècles. Cependant ce n’était simplement que le vernis religieux crée pour dissimuler les intentions politiques de l’organisation. Comme cela a été expliqué dans un article de Mother Jones  » What is the Muslim Brotherhood and will it take over Egypt ? » l’auteur explique que:

 « Les Frères Musulmans servent à combattre les nationalistes et communistes malgré l’anti impérialisme de base des Frères Musulmans le groupe finit souvent par faire cause commune avec le colonialisme britannique. Elle fonctionne comme une agence de renseignement y compris à ses tout débuts de facto comme une arme des renseignements occidentaux et ceci est primordial pour comprendre son développement et son pouvoir politique actuel. »

Cependant il y a ceux qui affirment que malgré cette « coïncidence » d’objectifs et d’agendas les Frères Musulmans ne pourraient jamais être directement liés à la communauté du renseignement. Cependant comme Robert Dreyfuss auteur de l’article de Mother Jones l’a fait clairement remarquer il y a de nombreuses preuves liant la direction des Frères Musulmans directement avec la CIA :

« A ce moment là (1954) le chef de l’organisation du groupe à l’international un responsable bien connu était Said Ramadan gendre d’Hassan al banna. Ramadan avait attiré l’attention à la fois de la CIA et du MI-6 les services de renseignements britanniques. En faisant des recherche pour mon livre… je suis tombé sur une photo inhabituelle montrant Ramadan avec le Président Eisenhower dans le bureau oval. A ce moment là ou juste après Ramadan avait probablement été recruté comme agent de la CIA. Le reporter du Wall Street Journal Ian Johnson a fourni depuis les preuves des liens étroits entre Ramadan et différentes agences de renseignements occidentaux… Johnson écrit :  » à la fin de la décennie la CIA soutenait ouvertement Ramadan. »(7).

Le fait que le personnage central dans l’organisation internationale était un agent connu de la CIA corrobore les affirmations faites par de nombreux analystes et enquêteurs que les Frères Musulmans ont été utilisés comme arme contre Nasser et en fait contre tous les dirigeants socialistes arabes qui à cette époque faisaient partie du nationalisme arabe montant qui visait comme but ultime l’indépendance de la domination impérialiste occidentale.

Afin de comprendre pleinement comment les Frères Musulmans se sont développés pour être ce qu’ils sont actuellement on doit comprendre la relation entre eux et la maison royale d’Arabie Saoudite. En fait les Saoudiens ont été depuis des décennies les principaux financiers des Frères Musulmans pour les mêmes raisons que les US et les puissances occidentales avaient besoin d’eux : s’opposer au nationalisme arabe et à ‘l’insolence » accrue des états shi’ites. Dreyfuss écrit :

« Dés le début les Frères Musulmans ont été généreusement financés par le Royaume d’Arabie Saoudite qui appréciait sa politique ultra conservatrice et sa haine virulente des communistes arabes. »(8)

C’est principalement alors que les US commençaient à exercer leur pouvoir partout dans la région après la seconde guerre mondiale que les Frères Musulmans se sont trouvés là comme bénéficiaires volontaires et humbles servants semant la haine entre les Sunnites et les Shi’ites adoptant une idéologie haineuse salafiste qui incitait au conflit et à la guerre inexorable entre les différentes branches de l’Islam. Bien sûr tout ceci bénéficie aux puissances occidentales qui non cure de l’idéologie l’essentiel étant leur argent et les ressources.

Actuellement un outil des puissances occidentales ?

On dit souvent que bien que l’histoire des Frères Musulmans les lient intimement aux services secrets occidentaux néanmoins l’organisation a changé et s’est transformée en force pacifique pour le progrés politique du Monde Arabe. Comme l’ont montré les évènemernts récents en Egypte rien n’est plus éloigné de la vérité. Avec la tentative anti -démocratique de s’accaparer le pouvoir du président égyptien Morsi la régression en matière de droits civils de droits des femmes et des minorités ethniques et religieuses, les Frères Musulmans ont montré qu’ils n’étaient qu’une force politique réactionnaire faisant semblant d’être une force de « progrés ».

S’il reste à quelqu’un un doute sur les vraies intentions et motivations des Frères Musulmans une fois arrivés au pouvoir en Egypte il suffit d’observer leur position sur les institutions de la finance mondiale capitaliste, le FMI. Au Caire l’une des premières décisions prises par Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cela a été de dire qu’en fait ils accepteraient volontiers les prêts sous conditions du FMI (9) pour se sauver de la perspective d’une crise économique continuelle. Néanmoins comme faisant partie des conditions du prêt le gouvernement Morsi devrait réduire drastiquement les subventions, régulations et autres  » restrictions commerciales » tout en augmentant les taxes de la classe moyenne. Cela veut dire principalement que les frères Musulmans ont accepté le cocktail habituel d’austérité administré par les agents de la finance capitaliste de si nombreuses fois partout dans le monde. Ceci naturellement nous amène à poser la question : est ce que c’est la fin de la révolution ? Effectivement beaucoup dans les rues du Caire se posent cette question. Ou plus précisément ils connaissent la réponse.

En Egypte comme en Syrie les Frères Musulmans se sont transformés en serviteurs de la classe dirigeante impérialiste occidentale. Ils ont scrupuleusement servi ses intérêts pendant des décennies même si les noms, les visages et la propagande ont changé pendant ces années. Alors que nous regardons les photos tragiques provenant de Syrie ou les dizaines de milliers de personnes dans les rues du Caire nous devons nous demander pourquoi il a fallu si longtemps à cette organisation perfide pour être exposée ou même comprise. La réponse c’est comme d’habitude car ils servent les intérêts du capitalisme mondial pour maintenir le reste du monde dans la confusion pour reconnaître qui sont les vrais ennemis du progrés. En révélant leur vraie nature (des FM ndlt) les vraies forces de paix et de progrés partout dans le monde peuvent rejeter les Frères Musulmans et le système impérialiste sous toutes ses formes visibles et invisibles.

Eric Draitser

Le 12 décembre 2012

StopImperialism.com

Article original en anglais :

centralamerica

The U.S. and the Privatization of El Salvador, le 12 décembre 2012

Traduction : Mireille Delamarre, http://french.irib.ir/

Eric Draitser a créé le site StopImperialism.com. Il est analyste indépendant en géopolitique, basé à New York City.  Il contribue régulièrement à Russia Today, Press TV, GlobalResearch.ca, et d’autres médias.

 

[1] http://news.yahoo.com/rebels-circle-damascus-airport-russia-u-downbeat-013515100.html

[2] http://www.reuters.com/article/2012/05/06/us-syria-brotherhood-idUSBRE84504R20120506

[3] http://english.al-akhbar.com/content/egypts-brotherhood-calls-intervention-syria

[4] http://www.nytimes.com/2012/06/21/world/middleeast/cia-said-to-aid-in-steering-arms-to-syrian-rebels.html?pagewanted=all&_r=0

[5] http://carnegie-mec.org/publications/?fa=48370

[6] http://www.motherjones.com/politics/2011/02/what-is-the-muslim-brotherhood

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] http://www.albawaba.com/business/morsi-egypt-imf-loan-432065

 

 

 

Traduction Mireille Delamarre

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Généralités

Nous avons prédit aux rebelles syriens ce qui les attendait si leur « Sainte-Révolution » triomphait : un pourboire et des coups de pied.

Nous nous sommes trompés. Le conflit n’a pas encore pris une tournure décisive que les rebelles syriens reçoivent des coups de pied de l’armée syrienne, sans en recevoir de pourboire de leurs patrons atlantiques et arabiques.

En ce qui concerne les coups de pied, la « Grande bataille de Damas » s’est finie en une grande défaite des rebelles, alors que des milliers parmi eux ont péri dans les derniers affrontements, et l’armée syrienne s’est avancée vers leurs bastions à Daria et a détruit leurs arrière-rangs, sécurisant ainsi la capitale Damas.

Quant au pourboire, le président américain Barack Obama a avoué, récemment, une certaine hésitation quant à savoir si les États-Unis doivent, ou ne pas, intervenir en Syrie. Il a expliqué être “aux prises” avec cette décision ; sans donner de réponse [1] !

Les différents discours sur le conflit syrien

Dès le premier jour de la crise syrienne, la propagande atlantique impérialiste et celle arabique réactionnaire présentaient le conflit en Syrie comme conflit entre régime et opposition, ou comme conflit de pouvoir. Beaucoup d’écrivains, d’intellectuels, d’artistes et de journalistes se précipitèrent délibérément pour réserver leur place dans le train de la campagne médiatique contre la Syrie. Parmi eux, nous trouvions des noms célèbres de l’intelligentsia arabe et occidentale. Des poètes, des romanciers, des artistes, des chanteurs, des musiciens, des académiques, des professeurs, des hommes de droit, mais aussi des médiums, des charlatans, des clairvoyants, des faquirs, des prophètes, des derviches et des ensorceleurs, tout eut écrit des milliers d’analyses et de critiques, d’enquêtes et de reportages sur la prétendue « révolution syrienne » ; ceci entraîna d’abord la métamorphose de la soi disant « révolution » en la Sainte-Révolution syrienne, puis son élévation au rang des Archanges, enfin son apothéose pour ainsi dire en l’Âme éternelle de toutes les révolutions sociales de l’histoire humaine, depuis la Révolte des Esclaves de Spartacus, en 109 – 71 (av. È.C.), jusqu’à la Révolution des Roses de monsieur Saakachvili, en 2003 (É.C.) !

Quelle farce ! Quelle misère !

Parmi ce groupe de faquirs et de derviches, nous trouvions des noms célèbres tels que Christophe Barbier, Alain Gresh et Bernard-Henri Lévi, des figures héroïques dans le Sefer [2] de la campagne médiatique contre la Syrie.

Parallèlement à ce groupe, se formait un autre dont les membres, étant tombés victimes de la propagande impérialiste contre la Syrie, se furent mis à l’écart et eurent observé le silence et la neutralité. Parmi ceux-ci, nous distinguions deux sous-groupes : ceux qui préférèrent la neutralité parce qu’ils étaient éblouis et brouillés par la propagande impérialiste, et ceux qui la choisirent parce qu’ils attendaient que la poussière des combats entre l’armée syrienne et les groupes armés s’écartât.

Face à ces deux groupes, se démarquaient ceux qui, dès le début de la guerre impérialiste, se précipitèrent pour défendre la Syrie, pour décortiquer et contrecarrer la propagande atlantique et arabique réactionnaire, pour redresser la vision de l’opinion publique vers la boussole qu’est toujours la résistance face à l’impérialisme, pour démasquer enfin ces loups qui se prenaient et que l’on prenait pour des moutons ; pour montrer que leurs bêlements ne faisaient que répéter, dans un langage de « démocratie » et de « droits de l’homme », le discours idéologique des puissances impérialistes ; pour montrer aussi, dans un autre domaine, que les fanfaronnades des hâbleurs du prétendu « Printemps arabe », réduits en une bande de « vicaires » aux grands salons de la Sainte-Alliance, ne faisaient que refléter des actes dérisoires des échecs continus de la guerre impérialiste contre la Syrie. Il était du devoir des membres de ce groupe de montrer que le conflit fut en effet « entre la patrie et ses ennemis, entre le peuple et les tueurs criminels, entre le citoyen, son pain, son eau, son réchauffement, et celui qui les en privait, et entre la sécurité et la peur [3] », comme l’expliqua bien le président Assad.

Les sortilèges de monsieur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Dans un de ses numéros, Le Devoir, un journal prestigieux au Québec, publia un article écrit par monsieur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer [4], dénonçant, comme il nous fit croire au début, les crimes contre l’humanité commis, selon lui, par les deux parties du conflit syrien, les « insurgés » et le régime. Jusqu’à ce point, nous demeurâmes affriolés par les bonnes intentions de monsieur Vilmer ainsi que par sa bienséance ; et il ne nous resta qu’à réclamer, avec monsieur Pangloss, que « tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles [5] ».

Or, en dépit de cet optimisme candide au départ, il fallut, à la fin, ajouter le nom de monsieur Vilmer au premier groupe mentionné ci-devant, car monsieur Vilmer eut fabriqué dans son article intitulée « Lutter avec des monstres sans en devenir un soi-même » [6], grâce à une formule alchimique, une certaine justification sous-entendue des actes de barbarie et de terreur, des massacres et des carnages systématiques menés par les mousquetaires de la Sainte-Révolution syrienne contre leurs adversaires, civils ou militaires ; et cela sous prétexte qu’ « en Syrie, malgré leurs crimes, les insurgés sont un moindre mal, et il faut les aider [7] ».

Quel argument ! Quelle synthèse !

ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! [8]

Pourtant, cette formule alchimique inventée par monsieur Vilmer ne fut en effet qu’un sortilège qui servit à ouvrir une séance de sorcellerie tout au long de son parchemin en alchimie politique. Plus loin, il jeta un sortilège et transforma en un clin d’œil les jihadistes d’al-Qaïda en des saints révolutionnaires « motivés » par le « droit légitime » de « l’autodétermination » ; et le président Assad, qui profite du support de la majorité du peuple syrien, en un « dictateur » assoiffé de sang.

Voyons comment monsieur Vilmer charlatana à ce propos.

D’abord, il ouvre son grandissime article par une citation de Nietzsche : « Quand on lutte avec des monstres, on doit veiller à ne pas devenir soi-même un monstre. Quand tu fixes longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme fixe aussi son regard en toi ». Cette citation sert, comme le souhaita bien l’auteur de l’article, à donner une légitimité et une valeur académique à ce qu’il dirait plus loin dans le texte. C’est la Fatiha de son discours, l’abracadabra de son parchemin, le sortilège de sa nouvelle invention. Puis, il se précipite à conclure a priori, sans argumentation aucune, sans documentation aucune ni référence de sources, que l’autre partie de l’équation du conflit syrien, c’est-à-dire le gouvernement syrien, est « un adversaire pire que soi ». Ensuite, il se jette dans l’affirmation des crimes atroces commis par les « insurgés » syriens, il en narre quelques uns, référés à l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) :

C’est le défi auquel font face les rebelles syriens, pour l’instant avec relativement peu de succès comme en témoigne l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) en diffusant à deux jours d’intervalle des vidéos montrant des exactions commises par les deux camps. La première, tournée et mise en ligne le 1er novembre, montre un groupe d’une dizaine de soldats de l’armée régulière, capturés, allongés sur le sol, roués de coups de pieds puis exécutés sommairement à la mitrailleuse par les rebelles [9].

Arrivant à ce que l’on croyait être argumentation, nous ne trouvâmes que la rhétorique, voire la déception ; et la thèse de monsieur Vilmer, qui commença par un « tu quoque [10] » se finit ironiquement en une synthèse de sorte de « bene dicendi scientia [11] » avec le paragraphe suivant :

Ce constat récurrent, qu’une guerre est toujours sale et que des crimes sont commis des deux côtés, ne doit pas pour autant nous faire sombrer dans un relativisme cynique qui égaliserait toujours les deux parties. Car les crimes commis par les insurgés libyens et syriens ne sont pas comparables à ceux commis par Kadhafi et Assad, ni dans leur ampleur ni dans leur raison d’être, puisqu’ils sont motivés par le droit légitime d’un peuple à s’autodéterminer, non par le désir d’un dictateur de se maintenir au pouvoir. Ces différences ne les excusent pas pour autant : il faut les condamner avec la même fermeté. Mais elles expliquent que l’on doive malgré tout soutenir les insurgés [12].

Premièrement, en jetant ses sortilèges à propos de Kadhafi et du président Assad, comme il le fit dans cette phrase « … non par le désir d’un dictateur de se maintenir au pouvoir », monsieur Vilmer n’ajouta rien de nouveau, n’inventa rien d’authentique, car tout eut été déjà dit, tout eut été déjà inventé à propos des dictateurs et des despotes du monde arabe, de leurs désirs bestiaux et de leurs passions mondaines, de leur soif de sang, de leur harem et de leurs grands sérails, tout eut été imaginé et fantasmé par le discours de l’Église au Moyen-âge, le discours orientaliste au XIXe siècle, et le discours colonialiste et impérialiste aux XXe et XXIe siècles ; rien de nouveau, rien d’originel, depuis La Chanson de Roland jusqu’au dernier parchemin de monsieur Vilmer, ni même cette attitude qu’il se donne, dans son article, à condamner, à punir, à pardonner, à psalmodier, à offrir sa clémence lorsqu’il hurla du haut du ciel : « … il faut les condamner avec la même fermeté. Mais elles expliquent que l’on doive malgré tout soutenir les insurgés ».

 O Éternel ! quand tu sortis de Séir, quand tu t’avanças des champs d’Édom, la terre trembla, et les cieux se fondirent, et les nuées se fondirent en eaux [13].

Cependant, il nous reste à nous demander de quel « droit légitime » parla-t-il, notre bourgeois gentilhomme [14] ? À quelle époque vivait-il lorsqu’il transcrit son parchemin, si ce n’était pas à celle de José Arcadio Buendia [15] ? Dans quel grenier inventa-t-il ses formules jurisprido-politico-philolo-alchimico-nigologiques [16], si ce ne fut pas dans celui de Melquiades [17] ? N’eut-il pas lu les reportages publiés par les médias monopoles sur l’omniprésence croissante des combattants d’al-Qaïda en Syrie, surtout le Front al-Nosra [18], avant qu’il ne nous eût ensorcelés par son sortilège ?

Examinons ce que l’agence Reuters a publié apaisante et pertinente :

 The rise of al Qaeda’s affiliate in Syria, al-Nusra Front, which the United States designated a terrorist organisation last week, could usher in a long and deadly confrontation with the West, and perhaps Israel [19].

La montée du Front al-Nusra en Syrie, un groupe affilié à al-Qaïda et libellé terroriste la semaine dernière par les États-Unis, pourrait ouvrir la voie à une longue confrontation meurtrière avec l’Occident, et peut-être avec Israël (t.d.a).

Pourtant, monsieur Vilmer décida, tout en référant encore à Nietzsche, de choisir « entre le préférable et le détestable », et il avoua qu’ « une guerre était toujours sale », et cela dans le but de justifier, volontairement ou naïvement – peu importe –, le financement et l’armement des « insurgés » syriens par les pays atlantiques et arabiques ; ces mêmes « insurgés » qui commettent des carnages et des actes de terreur, qui tuent des enfants, égorgent des femmes, enlèvent des hommes et les liquident, sous prétexte qu’ils « collaborent » avec le régime ! Peu importe que l’on tue, que l’on égorge, que l’on enlève et que l’on torture, tout cela peu importe, car « une guerre est toujours sale », il faut toujours choisir le « préférable » et non pas le « détestable » ! Écoutons, monsieur Vilmer psalmodier :

La structure de l’évaluation humaine, expliquait aussi Nietzsche, est toujours différentielle : choisir A est toujours choisir A plutôt que B, dans un certain contexte. « Ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, disait également Aron, c’est le préférable contre le détestable. Il en est toujours ainsi, en particulier en politique étrangère. » Cette éthique réaliste est celle du moindre mal. Aujourd’hui en Syrie, et en dépit de leurs crimes, les insurgés sont ce moindre mal [20].

Ainsi, les groupes affiliés à al-Qaida en Syrie deviennent pratiquement, et dans la réalité objective, les « préférables », et le régime syrien qui les confronte devient le « détestable » !

Aie pitié de moi, Seigneur, car je suis abattu ;

Guéris-moi, Eternel, car mes membres sont en désarroi,

Mon âme est bien troublée [21].

Quant à nous, si le choix est ainsi limité entre le « préférable » et le « détestable », selon les calculs et les équations de monsieur Vilmer, nous choisissons, sans hésitation aucune, le « détestable » contre le « préférable » !

Ce que monsieur Vilmer ignore naïvement ou volontairement

Je me demandais si monsieur Vilmer eut pris la peine de feuilleter les journaux, non ceux libellés alternatifs et résistants, mais bien plutôt ceux libellés monopoles, voire les porte-parole de la guerre impérialiste contre la Syrie, avant qu’il nous eût ensorcelés avec ses sortilèges sur la Syrie.

primo, le journal américain The New York Times a indiqué la croissance des jihadistes en Syrie, qui est devenue un aimant attirant tous les islamistes d’al-Qaïda :

“The evidence is mounting that Syria has become a magnet for Sunni extremists, including those operating under the banner of Al Qaeda. An important border crossing with Turkey that fell into Syrian rebels’hands last week, Bab al-Hawa, has quickly become a jihadist congregating point [22]”.

Les preuves que la Syrie est devenue un aimant pour les extrémistes sunnites s’accumulent, y compris ceux qui opèrent sous la bannière d’al-Qaïda. Un important passage de frontière avec la Turquie, Bab al-Hawa, qui fut tombé dans les mains des rebelles syriens, la semaine dernière, devint rapidement un point de rassemblement pour les jihadistes (t.d.a.).

secundo, dans un reportage du journal britannique The Guardian la réalité sur le terrain devient plus obscure, lorsque le lecteur se rend compte que les soi disant « manifestations pacifiques », n’étaient, en effet, qu’une fabrication médiatique, et que la Syrie est gravement infestée par des milliers de combattants d’al-Qaïda :

 “… But these were not average members of the Free Syrian Army. Abu Khuder and his men fight for al-Qaida. They call themselves the ghuraba’a, or “strangers”, after a famous jihadi poem celebrating Osama bin Laden’s time with his followers in the Afghan mountains, and they are one of a number of jihadi organisations establishing a foothold in the east of the country now that the conflict in Syria has stretched well into its second bloody year” ;

“Almost every rebel brigade has adopted a Sunni religious name with rhetoric exalting jihad and martyrdom” ;

“Religion is a major rallying force in this revolution [23]” ;

“Abu Omar gave an order in Arabic, which was translated into a babble of different languages – Chechen, Tajik, Turkish, French, Saudi dialect, Urdu [24]”.

… Mais ceux-ci n’étaient pas de combattants moyens de l’Armée syrienne libre. Abu Khuder et ses hommes guerroient pour al-Qaïda. Ils se font appeler les ghuraba’a, ou les « étrangers », d’après un poème jihadiste célèbre, qui fait l’éloge des jours qu’avait passés Oussama Bin Laden avec ses partisans dans les montagnes afghanes ; ils font aussi partie de nombreuses organisations jihadistes qui ont déjà établi un point d’appui à l’Est du pays, maintenant que le conflit en Syrie entre sa deuxième année sanglante.

Presque chaque brigade rebelle sunnite a adopté un nom religieux de la rhétorique exaltant le djihad et le martyre ;

La religion est une force importante de ralliement dans cette révolution.

Abou Omar a donné un ordre en arabe qui fut traduit en un babillage de différentes langues – en tchétchène, en tadjike, en turc, en français, en dialecte saoudite et en ourdou (t.d.a.).

tertio, le journal étatsunien The Independent a publié un reportage sur le rôle du califat turc et des émirats et sultanats arabiques dans la transportation massive d’armes vers le territoire syrien. Évidemment, ceux qui bénéficient de cet arsenal sont des combattants d’al-Qaïda et non pas des moines aux robes blanches :

 “Syrian rebels are being armed by Saudi Arabia and Qatar, The Independent has learnt, in a development that threatens to inflame a regional power struggle provoked by the 15-month-old uprising against the Assad regime.

Rebel fighters from the Free Syrian Army (FSA) have received weapons from the two Gulf countries, which were transported into Syria via Turkey with the implicit support of the country’s intelligence agency, MIT, according to a Western diplomat in Ankara [25]”.

The Independent a appris que les rebelles syriens sont armés par l’Arabie saoudite et le Qatar, ce qui entraine en effet un développement menaçant d’incendier un conflit de pouvoir régional, provoqué depuis 15 mois par le soulèvement contre le régime Assad.

Les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) ont reçu, de deux pays arabes du Golfe, des armes qui ont été transportées vers la Syrie à travers la Turquie dont les services de renseignement, MIT, appuient implicitement de telles opérations, selon un diplomate occidental à Ankara (t.d.a.).

Un reportage publié dans le journal allemand Der Spiegel a indiqué que des milliers de Syriens s’étaient enfuis vers le Liban, pas nécessairement par peur de l’armée syrienne, mais bien plutôt dû aux attaques menées par les troupes rebelles de la soi disant « révolution » syrienne. Le reportage a aussi souligné comment la minorité chrétienne de la Syrie souffre des attaques des groupes armés rebelles :

 “… the women described what happened to their husbands, brothers and nephews back in their hometown of Qusayr in Syria. They were killed by Syrian rebel fighters, the women said — murdered because they were Christians, people who in the eyes of radical Islamist freedom fighters have no place in the new Syria [26]”.

… les femmes ont décrit ce qui est arrivé à leurs maris, frères et neveux dans leur ville natale de Qusayr en Syrie. Ils ont été tués par des combattants rebelles syriens, disent-elles, ils ont été assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, et parce que, selon les combattants islamistes radicaux de la liberté, ils n’ont pas de place dans la nouvelle Syrie (t. d. a.).

Tout ce que nous indiquons ci-devant, monsieur Vilmer ne le nie pas ; au contraire, il l’affirme, comme il écrit :

« Ce n’est ni la première ni la seule occurrence de crimes commis par les rebelles. Cela fait des mois que les organisations de défense des droits de la personne mettent en évidence que des crimes de guerre sont commis des deux côtés. Comme c’était déjà le cas en Libye [27] ».

Ainsi, monsieur Vilmer « avouait qu’il avait toujours horriblement souffert ; mais ayant soutenu une fois que tout allait à merveille, il le soutenait toujours, et n’en croyait rien [28] ».

Discours de M. Vilmer ou Misère de la misère

Dans une série d’articles, libellée « Discours de la misère » et publiée par le Centre de recherche sur la mondialisation [29], nous avons décortiqué le discours philanthrope de Christophe Barbier [30] et d’Alain Gresh [31] sur le prétendu « Printemps arabe » et le conflit syrien. Cette série a été suivie d’une autre, libellée « Misère du discours », où nous avons contrecarré les fantaisies militaires de BHL [32] à propos de la guerre en Syrie, ainsi que la parodie du Conseil national syrien (CNS) [33]. Or, il nous semble ici qu’une nécessité se présente à initier, avec l’article de monsieur Vilmer, une nouvelle série libellée cette fois-ci « Misère de la misère », car la misère discursive atteint, ici, son summum avec l’appel qu’avait lancé monsieur Vilmer à armer les « insurgés », ce qui entraîne à armer effectivement le Front al-Nusra, affilié à al-Qaïda, dont les combattants constituent seuls, et seulement seuls, la majorité des groupes armés en Syrie. Voici ce que monsieur Vilmer réclame avec un ton héroïque, plus héroïque que celui de Hector devant les murailles de Troie :

 « Il faut donc les soutenir, et même le faire de manière plus décisive, en leur livrant des armes lourdes pour hâter l’issue de ce qui est en train de devenir une guerre d’usure (…) Reconnaître que la nouvelle coalition de l’opposition syrienne est « la seule représentante du peuple syrien » et lui livrer rapidement des armes – clandestinement s’il le faut – est la seule manière de précipiter la fin de cette guerre qui, en vingt mois, a déjà fait près de 40 000 victimes [34] ».

Bravo Vilmer ! Félicitations al-Qaïda !

Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit d’une ânesse [35].

En guise de conclusion, nous rappelons que la nouvelle coalition de l’opposition ne contrôle rien sur le terrain, et que le Front al-Nusra constitue le fer de lance de l’opposition armée ; cela se confirme jour après jour ; ce qui a poussé le président américain Barack Obama à avouer, comme nous l’avons indiqué au début, une certaine hésitation quant à savoir si les États-Unis doivent, ou ne pas, intervenir en Syrie. Il a expliqué être “aux prises” avec cette décision ; sans donner de réponse [36], car parfois, il vaut mieux se taire que de dire n’importe quoi !

Fida Dakroub, Ph.D

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes

[1]Le Point. (28 janvier 2013). « Syrie: l’opposition réclame de l’aide et des armes ». Récupéré le 29 janvier 2013 de

[2] Livre, en hébreu dans le texte.

[3] Agence SANA. (6 janvier 2013). « Le président al-Assad lance une solution politique de la crise à trois étapes et affirme que la Syrie redeviendra plus forte et jamais concédant ni principes ni droits ». Récupéré le 25 janvier 2013 de

http://www.sana-syria.com/fra/51/2013/01/06/460573.htm

[4] Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, enseignant à l’Université McGill en droit et membre associé de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

[5] « Que tout va bien dans le meilleur des mondes possible », une phrase célèbre de monsieur Pangloss dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire.

[6] Jeangène Vilmer, Jean-Baptiste. (19 novembre 2012). « Lutter avec des monstres sans en devenir un soi-même ». Publié dans Le Devoir. Récupéré le 26 janvier 2013 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/364283/lutter-avec-des-monstres-sans-en-devenir-un-soi-meme

[7] loc. cit.

[8] Monologue de Don Diègue après l’insulte du Comte, dans Le Cid de Pierre Corneille, acte I, scène 4, v. 237 – 260, éd. Larousse, 2007, p. 20.

[9] Jeangène Vilmer, Jean-Baptiste, loc. cit.

[10] « Toi aussi », en latin dans le texte de J.-B. Jeangène Vilmer.

[11] La rhétorique est à la fois la science et l’art qui se rapporte à l’action du discours sur les esprits, « bene dicendi scientia » selon les mots de l’orateur romain Quintilien.

[12] loc. cit.

[13] Juges I (5 :4).

[14] Allusion au personnage de Monsieur Jourdain dans « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière.

[15] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, José Arcadio Buendia est le patriarche de la famille et fondateur de Macondo. C’est une personne à la volonté forte, inamovible (tant physiquement que moralement) et avec un grand intérêt pour les mystères philosophiques, idéaliste et aventureux. Il finit ses jours attaché à un arbre.

[16] Allusion à la métaphysico-théologo-cosmolonigologie dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. 1

[17] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, Melquiades est un prophète gitan qui se lie d’amitié avec le premier Buendia. Ensemble ils cherchent la pierre philosophale. Melquiades est déclaré mort mais revient chez les Buendia où il écrit des parchemins. Melquiades hante toujours la maison, et ses écrits racontent toute la malédiction des Buendia.

[18] Front al-Nosra est un groupe de rebelles armés en Syrie. Le groupe a été formé à la fin de l’année 2011 lors de la guerre impérialiste contre la Syrie. Il a été désigné par les États-Unis comme une organisation terroriste à la fin 2012.

[19] Oweis Yacoub, Khaled. (20 décembre 2012). “Al Qaeda grows powerful in Syria as endgame nears”. Publié par Reuters. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.reuters.com/article/2012/12/20/us-syria-crisis-qaeda-idUSBRE8BJ06B20121220

[20] Vilmer, loc. cit.

[21] Psaume (6 : 3 – 4).

[22] Nordland, Rod. (24 juillet 2012). “Al Qaeda Taking Deadly New Role in Syria’s Conflict”. Publié dans The New York Times. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.nytimes.com/2012/07/25/world/middleeast/al-qaeda-insinuating-its-way-into-syrias-conflict.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

[23] The Guardian. (30 juillet 2012). “Al-Qaida turns tide for rebels in battle for eastern Syria”. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/jul/30/al-qaida-rebels-battle-syria

[24] Abdul-Ahad, Ghaith. (23 septembre 2012).“Syria: the foreign fighters joining the war against Bashar al-Assad”. Publié dans The Guardien. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/sep/23/syria-foreign-fighters-joining-war?intcmp=239

[25] Vela, Justin. (13 juin 2012). “Arab states arm rebels as UN talks of Syrian civil war”. Publié dans The Independent. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/exclusive-arab-states-arm-rebels-as-un-talks-of-syrian-civil-war-7845026.html

[26] Puz, Ulrike. (25 juillet 2012). “Christians Flee from Radical Rebels in Syria”. Publié dans Der Spiegel. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.spiegel.de/international/world/christians-flee-from-radical-rebels-in-syria-a-846180.html

[27] Vilmer, loc. cit.

[28] Dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. XXX.

[29] Articles de Fida Dakroub publié par Mondialisation.ca

http://www.mondialisation.ca/author/fida-dakroub

[30] Dakroub, Fida. (24 avril 2012). « Le calife de sang ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/critique-du-discours-philanthrope-sur-la-syrie-ou-mis-re-du-discours-le-calife-de-sang/30516

[31] Dakroub, Fida. (1 mai 2012). « Les chemins de la liberté ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/critique-du-discours-philanthrope-sur-la-syrie-ou-mis-re-du-discours/30637

[32] Dakroub, Fida. (13 août 2012). « De l’intervention militaire en Syrie : qui croire, BHL ou Jalili ? ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/de-l-intervention-militaire-en-syrie-qui-croire-bhl-ou-jalili/32342

[33] Dakroub, Fida. (4 septembre 2012). « Le 11-Vendémiaire de la Sainte-Révolution syrienne ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne/5303168

[34] Vilmer, loc. cit.

[35] Zacharie (9 :9).

[36] Le Point. (28 janvier 2013). loc. cit.

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

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Nouvelle arme à l’ADN synthétique

janvier 30th, 2013 by Julie Lévesque

Une nouvelle arme récemment mise en marché fera rêver tous les fidèles représentants de la loi et l’ordre ayant déjà perdu de vue un dangereux criminel de la pensée lors d’une manifestation anti-establishement : la nouvelle arme haute vitesse à l’ADN, le SelectaDNA High Velocity.

« Disponible sous la forme d’un pistolet ou d’un fusil, ce nouveau concept pratique permet aux policiers et aux militaires de demeurer à une distance sécuritaire (de 30 à 40 mètres) d’une cible potentielle en tirant une pastille de SelectaDNA High Velocity […]

Le directeur général de Selecta, Andrew Knights, a déclaré : “Lorsqu’elle entre en contact avec la cible, la solution SelectaDNA à code unique laisse une trace d’ADN synthétique qui permettra aux autorités en question de confirmer si la personne a été impliquée ou non dans une situation particulière, ce qui pourrait en bout de ligne conduire à une arrestation et une poursuite judiciaire.” » (SelectaDNA High Velocity DNA Tagging System)

Si elle nous vante l’utilité de l’arme à l’ADN dans des situations de contrôle de foules, la compagnie ne nous explique pas comment un individu marqué pendant des semaines par une pastille codée à l’ADN peut être retracé, mais seulement comment il peut être identifié en étant exposé à une lampe UV.

On ne nous dit pas non plus quel effet cette pastille peut avoir sur la santé. On nous rassure tout de même sur la sélection de produits de marquage de biens SelectaDNA, dont les aérosols et les gels antivols : ils sont « non toxiques, ce qui signifie que vos biens n’ont aucun impact environnemental ».

L’infopublicité mise sur l’utilité de l’arme non létale pour marquer des individus dans des situations « d’émeutes » ou de difficultés à « contrôler des foules » :

« Identifier un individu à distance ou dans une foule peut représenter un défi pour les représentants de la loi et les forces de l’ordre, surtout dans le cas d’émeutes ou s’ils éprouvent des difficultés à contrôler des foules. »

On ne semble pas voir la flagrante contradiction : s’il est difficile d’« identifier un individu dans une foule » incontrôlable ou une émeute, alors le viser et l’atteindre avec une arme doit l’être tout autant, sinon plus. Comment s’assurer que l’individu marqué à l’ADN n’a pas été touché par une pastille perdue?

Bref, il existe très peu d’information sur ce nouvel engin et bien des questions demeurent. Il est particulièrement inquiétant de voir qu’il sera probablement utilisé lors de manifestations contre le pouvoir établi dans des pays dit démocratiques et prônant la liberté d’expression, comme le sont actuellement les balles de caoutchouc et le pistolet Taser qui ont blessé et même tué des innocents. Par ailleurs, ce pistolet à l’ADN sera sans doute la source de multiples erreurs sur la personne.

Julie Lévesque

Journaliste, Mondialisation.ca

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