Irak : retour en force des contractors

février 9th, 2014 by Gilles Munier

Pour briser le soulèvement de la région d’Al-Anbar, Nouri al-Maliki a acheté pour 6 milliards de dollars d’équipements militaires aux Etats-Unis –  dont 24 hélicoptères de combat Apache et près de 500 missiles Hellfire – et Barack Obama a ouvert les vannes du mercenariat. Cette fois, c’est le Wall Street Journal* qui l’affirme : « plus de 5000 spécialistes – analystes, instructeurs militaires, agents de sécurité, traducteurs et même  cuisiniers – sont sous contrat avec les Irakiens et parmi eux, 2000 sont Américains ». Ils s’ajoutent au 12 500 contractorsqui, fin 2013, assuraient la protection des intérêts US en Irak. Principales sociétés étasuniennes de défense présentes : Triple Canopy et L-3 Communications Holdings.

Parallèlement, Nouri al-Maliki réduit le nombre des Kurdes occupant des postes de responsabilité dans les ministères et dans l’armée, les remplaçant par des Arabes à sa solde (2), comme s’il s’attendait à une nouvelle crise avec Massoud Barzani.

La tenue des prochaines élections législatives, prévue en avril prochain, semble bien compromise.

Gilles Munier

Source:

(1) Role of U.S. Contractors Grows as Iraq Fights Insurgents (WSJ-3/2/14)

http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304851104579361170141705420

(2) Baghdad Continues to Remove Kurds from Governmenthttp://rudaw.net/english/kurdistan/07022014

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L’immortalité : Ce que promet la science prométhéenne

février 9th, 2014 by Chems Eddine Chitour

 «Ce qui a été renaît» (palin ginetaï)

 Pythagore (mathématicien et philosophe grec)

Un film vu à la chaîne NRJ 12 raconte comment un scientifique, le docteur Jeykill a ramené à la vie des dinosaures disparus il y a 60 millions d’années. Dans son plaidoyer le scientifique fait l’apologie de la science qui peut tout faire, notamment dans la «réparation de l’homme». D’une façon spectaculaire, la caméra nous le montre d’abord paraplégique et ensuite, reprenant l’usage de ses jambes. Le scénario débouche sur une perte de contrôle de la renaissance des dinosaures qui envahissent la ville semant la terreur et la mort. L’immortalité est une utopie, un Graal qui a bercé l’espoir de générations d’humains et notamment de scientifiques. Comment en effet, redonner la vie à un être inanimé?

L’Encyclopédie Wikipédia donne une définition: «L’immortalité désigne le fait pour un être vivant d’échapper à la mort et de rester vivant pour une période de temps indéfinie, voire éternelle. Selon les points de vue, l’immortalité peut concerner l’âme, le corps ou encore les deux. Les hommes de Cro-magnon et même de Néandertal enterraient leurs morts avec des fleurs ou des outils1 et la présence d’ocre dans leurs sépultures a été constatée. Même si cette thèse a été exposée, rien ne permet de déterminer si ces objets étaient placés là en pensant à un éventuel au-delà ou bien s’il s’agissait plus simplement de marques posthumes d’affection au même titre que nous fleurissons les tombes de nos morts.» (1)

«Une des plus anciennes mentions de l’immortalité (amrita) (entre 5000 et 1500 av. J.C.) se trouve dans le 10e mandala du Rig Veda. L’Égypte des pharaons avait pour sa part son Osiris, pesant le bien et le mal de la vie du mort pour déterminer où l’orienter. Les briques ayant servi à construire la tour de Babel aux vie siècle av. J.-C. portent l’inscription suivante, qui était gravée dans leur moule: «J’ai, Nabuchodonosor, fils de Nabopolassar, fait ériger cette tour en hommage au dieu Mardouk. Seigneur Mardouk, accorde-nous la vie éternelle.» Dans le même ordre, l’Épopée de Gilgamesh décrit la quête d’un héros recherchant l’immortalité suite à la mort de son ami Enkidu. Il ne l’obtiendra pas, seuls les dieux étant immortels, et sera condamné à mourir lui aussi, et à se coucher dans le sommeil de la mort.» (1)

Immortalité de l’âme et traditions religieuses

D’après le philologue Ernest Renan, la majorité du peuple hébreu adore le Dieu de ses pères sans espérer la moindre récompense dans l’au-delà, ni même l’existence d’un au-delà. S’il n’est certes pas pour autant interdit d’y croire, non plus qu’à une résurrection physique (vision de Daniel Chapitre 12), la religion elle-même ne s’engage pas à ce sujet. L’Ecclésiaste, par exemple, déclare que les morts ne voient rien et ne sentent rien. Les Pharisiens croient cependant plus tard à l’immortalité de l’âme, selon l’historien Flavius Josèphe. Le Moyen Âge européen et byzantin s’aligne sur le symbole de Nicée (premier Credo, établi par le concile de Nicée en 325 – modifié par la suite) qui mentionne «Je crois à la résurrection de la chair». Au moins depuis l’Égypte des pharaons, de nombreuses religions envisagent une vie post-mortem dont les conditions dépendraient d’un jugement divin, et qui compenserait les injustices commises ou subies pendant la vie terrestre. (…) Le bouddhisme envisage un cycle de naissance, de mort et de renaissance agissant en fonction des actions d’un individu. Ce cycle (samsara) étant jugé pénible, lassant et ne menant à rien, le sage vise à s’en extraire pour rejoindre le nirvana, qui est l’état de non-besoin.» (1)

 «Le christianisme introduit un concept de vie post-mortem différent: la résurrection des corps, en harmonie d’ailleurs avec la vision d’Ezéchiel d’hommes se reconstituant à partir de leurs ossements. La séquence post-mortem est complexe: jugement particulier, jugement dernier, paradis, enfer, purgatoire introduit par la suite en considération des fautes vénielles ne méritant pas un châtiment éternel, mais devant néanmoins être punies, limbes pour les enfants morts sans baptême.» (1) Le paradis musulman est décrit comme un lieu agréable (3.15). «Pour les pieux, il y a auprès de leur Seigneur, des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement»; 29.58. «Ceux qui croient et accomplissent de bonnes oeuvres, Nous les installerons certes à l´étage dans le Paradis sous lequel coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement.» 47.15. L’enfer est décrit comme un lieu de torture» (1)

Le pape Benoît XVI supprimera le purgatoire dans les années 2000, ainsi une croyance qui a duré près de 17 siècles après le Concile de Nicée n’a plus d’assise, Dans l’au-delà c’est ou bien l’enfer ou bien le paradis, il n’y a plus de probation. Qu’en est-il d’une immortalité différente: la résurrection? Elle est considérée comme une preuve d’immortalité. Mieux dans certaines religions asiatiques, l’âme migre d’une enveloppe à une autre (transmigration des âmes) qui peut même être une métempsycose, c’est-à-dire le déplacement de l’âme, le transvasement d’une âme dans un autre corps, qu’elle va animer. La transmigration des âmes peut intervenir non seulement dans l’humain (réincarnation) mais encore dans les bêtes ou les plantes.

L’immortalité par l’ingénierie biologique

Les arbres les plus vieux du monde peuvent espérer vivre durant cinq millénaires individuellement. L’animal le plus âgé dépasse les 400 années. L’être humain a officiellement dépassé les 120 ans. Une méduse Turritopsis nutricula échapperait au vieillissement des cellules. On dit même que le homard ne peut mourir que par prédation.

Pour vaincre la mort et être immortel, il faut être en bonne santé. Cette lapalissade, n’en n’est pas une car le destin (le mektoub en arabe) est inscrit dans nos cellules qui sont programmées pour une durée de vie moyenne. Cependant, les formes biologiques ont des limites que l’homme rêve de dépasser par des interventions médicales, ou d’ingénierie, ou encore un rajeunissement cellulaire ou reprogrammation cellulaire. Il existe en effet des êtres vivants dont la structure biologique très simple et le mode de reproduction particulier, permettent de les considérer comme immortels. Du plus simple au plus complexe incluant les bactéries, certains types de levures, l’Hydre et certaines méduses très primitives comme Turritopsis nutricula ou Turritopsis dohrnii qui est actuellement le seul être pluricellulaire connu ayant un cycle de vie réversible ».(2)

Arrêter le vieillissement: l’immortalité en vue?

Les résultats d’une étude du professeur David Sinclair, généticien à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, et des chercheurs de Harvard relancent les fantasmes d’immortalité. Ils ont réussi à inverser le processus de vieillissement de souris. En effet, ils ont augmenté la dose d’une molécule, le nicotinamide adénine dinucléotide (NAD), permettant de rajeunir les muscles des cobayes. Pour Christophe de Jaeger, le NAD est un coenzyme qui, lorsqu’il diminue en concentration dans la mitochondrie (centrale énergétique des cellules permettant de fabriquer de l’ATP, ou adénosine triphosphate), provoque comme un manque d’oxygène chez la cellule. Le mécanisme énergétique s’altérant, la mitochondrie mime le vieillissement. En rajoutant du NAD, vous allez lui redonner sa capacité de reproduire l’énergie nécessaire. Cela équivaut à décrasser le carburateur. (…) Ce mécanisme est très similaire chez l’humain, avec tout de même des différences ».(2)

Les gens à qui l’on donne du NAD voient leur performance musculaire s’améliorer, de même que, et surtout, leur capacité à récupérer. (…) Dans les 25-30 ans à venir on va peut-être pouvoir agir directement sur le génome et fermer cet interrupteur qui fait démarrer le vieillissement autour de 18-20 ans. Et à ce moment-là on aura une auto-réparation de notre corps. On aura atteint le stade du longévisme.» (2)

Pour le professeur David Gems, professeur qui enseigne la biologie du vieillissement à l’University College London (UCL): «La grande question est: qu’est-ce que le vieillissement? Il s’agit d’un mystère scientifique parmi les plus difficiles à élucider, et qui génère énormément de controverse.» Joel de Rosnay pense que «le processus de vieillissement reste inéluctable. Sur notre planète, la mort est nécessaire à la vie. Les atomes, les molécules, tout est recyclé. Si les vieux organismes ne mouraient pas, les nouveaux ne pourraient se développer». Pour sa part, analysant les causes de la mort, David Gems, ecrit que: «Chez l’homme, la mort peut trouver son origine dans une blessure, une infection ou un bus dans la figure. Lorsque l’on meurt de vieillesse, c’est à cause de l’une des maladies liées au processus. Le vieillissement est une maladie en soi: si vous êtes touché par un AVC, qui laisse des séquelles sur votre cerveau, vous garderez un certain nombre de tissus morts: vous êtes donc un mélange de matière vivante et de matière morte. Comment la cohabitation se fait-elle? Que se passe-t-il si les cellules mortes causent la mort des autres cellules?»(3)

Comment freiner le vieillissement?

Joel de Rosnay explique comment les chercheurs pensaient avoir trouvé le moyen d’arrêter le vieillissement: «Au début des années 1960, deux scientifiques américains ont suivi l’évolution des cellules qui, depuis le tout premier stade embryonnaire, se divisent et se spécialisent en cellules de peau. Elles se reproduisent une fois, deux fois, trois fois… S’agencent en tissus, puis au bout de cinquante divisions en moyenne, elles ne se multiplient plus. Elles semblent programmées pour s’arrêter, comme des bougies qui s’éteignent une fois leur mèche consumée. La métaphore est pertinente: à la fin des années 1980, on a trouvé cette «mèche» biologique. Ce sont des morceaux d’ADN (appelés «télomères»), situés en bout du filament du chromosome de la cellule. Chaque fois que la cellule se divise, un morceau de cette mèche est coupé par une enzyme. Quand il n’en reste plus, le processus s’arrête: la cellule ne se divise plus. Le tissu garde alors les mêmes cellules, il ne se régénère plus, il vieillit.» (3)

Justement le projet Sens (Strategies for Engineered Negligible Senescence (2002)) a pour but justement l’extension radicale de l’espérance de vie humaine. Le projet novateur Wilt prévoit d’étudier la réparation des télomères en interdisant la synthèse de télomérase. Pour David Gems, le vieillissement n’est pas la même chose que la mort. Le premier est un processus dont nous faisons l’expérience graduelle au fil de notre existence. Comment pourrait-on arrêter la machine du vieillissement? Joel de Rosnay cite le cas du chercheur anglais Aubrey de Grey de l’Université de Cambridge. Pour lui, un des droits inaliénables de l’homme est sa liberté de choisir de vivre aussi longtemps qu’il le souhaite. Étape par étape, la vie humaine pourrait être selon lui prolongée pratiquement indéfiniment. Il propose par exemple de régénérer les cellules qui ne se renouvellent pas grâce à des cellules embryonnaires régulièrement transfusées, d’éliminer les cellules indésirables (cellules de graisse ou cellules vieillissantes), de protéger les quinze gènes de l’ADN des mitochondries en les plaçant dans le noyau des cellules..» (3)

Dans un livre intitulé : «  La Mort de la mort », le docteur Laurent Alexandre, attire l’attention sur l’effondrement du coût du séquençage génétique chez l’homme Selon lui, «la perspective d’une espérance de vie de 200 ans à la fin de ce siècle est peut-être une hypothèse conservatrice», voire «le premier homme qui vivra 1000 ans est peut-être déjà né!», ce qui rapproche sa position de celle d’Aubrey de Grey. S’il ne s’agit pas encore à proprement parler d’immortalité, les progrès prévisibles de la médecine pendant de telles périodes peuvent la laisser espérer, en tout cas techniquement. (…) Le biologiste Jean Rostand déclarait que «nous ne savons pas si l’homme est une fleur ou une chaise» et s’explique: la chaise est potentiellement éternelle dès lors qu’elle est traitée avec soin et réparée régulièrement. La fleur, au contraire, porte déjà en elle le programme de sa propre destruction.»(3)

Dans l’immédiat, Gordon Bell estime que l’on doit pouvoir stocker une très grande partie du vécu d’une personne sur un ou plusieurs téraoctets, et y avoir accès de façon directe par le procédé d’hyperliens imaginé par Vannevar Bush. (..) Le résultat de cette expérience est relaté dans le livre de Jim Gemmel et Gordon Bell intitulé Total Recall publié en janvier 2011. Sur cette base, les transhumanistes envisagent le téléchargement de la personnalité d’un individu sur un support numérique non biologique grâce au «mind up-loading»(1)

2045: l’Homme sera immortel !!!

Telle est la promesse des trans-humanistes ! Pour Ray Kurzweil conseiller chez Google: si un neurone est remplacé par son équivalent fonctionnel, le comportement de l’individu va être en tous points semblable. En les remplaçant tous un par un, le résultat serait un individu complet, identique fonctionnellement au précédent, sous forme électronique. Pour Kurzweil, telle est la voie par laquelle l’homme a le plus de chances d’atteindre, sinon à l’immortalité, du moins à une espérance de prolongation de sa vie consciente d’un facteur 10, voire 100… (3)

« Dans une approche totalement opposée aux transplantations d’organes, la médecine régénérative cherche, en effet, à utiliser des cellules souches pour régénérer des organes in situ idéalement dans un parfait état de fraîcheur. Des progrès en ce sens ont été récompensés par un prix Nobel de médecine à Shinya Yamanaka et John Gurdon en 2012. Voilà, c’est dit, dans trente ans, l’Homme sera numériquement immortel. Reste juste à savoir à quoi cela servira, les risques que cela engendrera et surtout, à qui cela s’adressera… Télécharger la totalité de son esprit vers un ordinateur, ce sera possible d’ici 2045 d’après Ray Kurzweil, Google Engineering Director. C’est du moins ce qu’il a annoncé en juin dernier lors du Global Furures 2045 International Congress à New York. Manifestation organisée par un milliardaire Russe (Dimitry Itskov) et qui avait pour but de présenter le monde de 2045 » (4).

« Durant ce congrès, il a été indiqué que l’Humanité connaîtrait dans les années à venir, une croissance technologique totalement nouvelle et largement supérieure à celle que l’on connaît aujourd’hui plus connue sous le nom de «Singularité Technologique». Ce concept tend à l’immortalité digitale, en conservant l’intelligence et le cerveau de l’Homme pour l’éternité. L’Homme a rendu indispensable les nouvelles technologies à sa vie. Kurzweil explique que «nous allons devenir de plus en plus «non-biologiques», au point où les parties non-biologiques domineront et que les parties biologiques ne seront plus importantes. En fait, la partie machine, sera si puissante, qu’elle pourra totalement modeler et comprendre la partie biologique. Du coup, même si cette partie biologique était retirée, cela ne ferait aucune différence. (…) Nous aurons également des corps non biologiques – nous pouvons créer des corps virtuels et une réalité virtuelle aussi réaliste que la réalité réelle. Nous serons donc capables de changer de façon routinière de corps, mais aussi d’environnement, très rapidement. (4)

Bienvenue dans le monde post-humain!  Charles de Gaulle avait coutume de dire que la « vieillesse est un naufrage ». Comment alors sauver l’homme pour qu’il s’éteigne  « en beauté » Avons-nous alors besoin et toujours des religions ? c’est même religions qui ont abdiqué leur responsabilité face à une science conquérante et dont les barrières éthiques ont sauté ; Si oui, il nous faudra redéfinir le fait religieux absolu quelque soit la spiritualité réinstaller des barrières acceptées par tous et par toutes qui respecteront le sacré de la dignité humaine et devront en définitive de l’accompagner durant son parcours sur terre  en lui permettant la sérénité  au seuil du déclin. Il manque toujours du temps à ceux qui en ont de moins en moins avec l’âge.  On prête à Alexandre Le Grand , le grand conquérant mort à l’âge de 37 ans cette  tirade concernant l’inanité de l’acharnement thérapeutique, de la position sociale, plus ou moins aisée devant l’inéluctabilité du sablier :

« Je veux, dit-il, que les médecins les plus éminents transportent eux-mêmes mon cercueil pour démontrer ainsi que face à la mort, ils n’ont pas le pouvoir de guérir…Je veux que le sol soit recouvert de mes trésors pour que tous puissent voir que les biens matériels ici acquis, restent ici-bas… – Je veux que mes mains se balancent au vent, pour que les gens puissent voir que les mains vides nous arrivons dans ce monde et les mains vides nous en repartons quand s’épuise pour nous le trésor le plus précieux de tous: le temps.»

 

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. L’immortalité Encyclopédie Wikipédia

2. http://www.atlantico.fr/decryptage/vieillissement-arrete-souris-pas-plus-vers-immortalite-christophe-jaeger-935691.html26 décembre 2013

3. http://www.atlantico.fr/decryptage/immortalite-en-vue-comment-interpreter-dernieres-decouvertes-maniere-dont-mort-empare-progressivement-corps-david-gems-joel-rosn-802152.html 31 juillet 2013

(4) http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/2045-l-homme-sera-immortel-147343

 

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Interview pour la revue France- Arménie : «La bataille de Syrie marque la fin de l’unilatéralisme occidental » : René naba : Ecrivain et journaliste spécialiste du monde arabe, René Naba (1) a été correspondant tournant au bureau régional de l’AFP à Beyrouth (1969-1979) et conseiller du directeur général de la radio arabophone RMC Moyen-Orient. Dans son analyse de l’évolution du conflit syrien, il livre un regard sans concession sur l’action de la diplomatie française.

France-Arménie : Comment qualifieriez-vous la nature actuelle de ce conflit? En quoi la Syrie est-elle un front de la guerre froide entre «arc chiite» (Iran) et «bloc sunnite» (saoudo-turc)?

René Naba : Cent ans après les accords Sykes-Picot (2) portant partage du Moyen-Orient en zones d’influence, la bataille de Syrie apparaît comme un conflit pour une nouvelle détermination de la hiérarchie des puissances dans l’ordre international et régional. Le péril chiite succède ainsi au péril rouge, au péril vert, en attendant le péril jaune dans la fantasmagorie occidentale et son instrumentalisation au bénéfice de la stratégie saoudo-atlantiste.

En quoi la Syrie est-elle devenue le cœur du Djihad régional et international ?

La Syrie de la décennie 2010 remplit une fonction analogue à celle de l’Afghanistan de la décennie 1980. Une guerre dont l’objet a été de dériver le combat pour la libération de la Palestine et de le déporter à 5 000 km du champ de bataille. Dans la pure tradition de la guerre froide soviéto-américaine. Pour preuve, trois ans de combat en Syrie ont permis à Israël d’achever de phagocyter la totalité de la Palestine.

Un défouloir absolu du djihadisme erratique que les pétromonarchies préfèrent sacrifier sur le théâtre des opérations extérieures plutôt que le réprimer sur le sol national, avec son cortège de représailles. Un dérivatif au combat pour la libération de la Palestine, la «grande oubliée du printemps arabe». De ce fait, la Syrie est devenue le théâtre d’un combat du camp atlantiste contre l’axe de la contestation à l’hégémonie occidentale dans la zone Iran-Syrie-Hezbollah libanais.

Que représente l’Etat islamique en Irak et au Levant (ISIS)?

Le fruit de la copulation ancillaire entre Al Qaida et d’anciens dirigeants baasistes happés par la tentation d’un alignement sectaire. Le commandement de l’ISIS, dont l’acronyme en arabe est Da’eche, est exclusivement irakien. En ce qui concerne le djihadisme en Syrie, particulièrement la structure de commandement de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (3), Izzat Ibrahim ad Doury, ancien vice-président du Conseil de la Révolution irakienne et successeur de Saddam Hussein à la tête de la guérilla anti-américaine en Irak, a fait alliance avec son bourreau, le Prince saoudien Bandar Ben Sultan, un des artisans de la destruction de l’Irak et des assises du pouvoir baasiste sunnite dans ce pays, en vue de restaurer le primat sunnite à Bagdad, dans l’ancienne capitale abbasside. Une démarche qui révèle la fragilité des convictions idéologiques des dirigeants arabes. Une insulte à la mémoire des nombreux morts d’Irak et du Monde arabe. Moussa Koussa, l’ancien chef des services secrets libyens, a opéré la même mutation au service du Prince saoudien pour la zone Maghreb-Sahel.

Quelles sont les principales lignes de divergence entre ce mouvement et les objectifs du Jabhat al-Nosra sur l’échiquier islamiste en Syrie?

La rapine, les butins et les prises de guerre. L’Etat Islamique relève d’un commandement irakien qui a fait ses preuves en Irak contre les Américains. Jabhat al-Nosra (4) est une structure panislamique sous la houlette saoudienne. Trois des grandes capitales de la conquête arabe des premiers temps de l’Islam échappent au contrôle des sunnites : Jérusalem, sous occupation israélienne, Damas, sous contrôle alaouite et Bagdad, sous contrôle kurdo-chiite.

Il est devenu urgent pour les wahhabites (5), pour leur éviter d’être démasqués, de laver cette souillure infligée par leur politique d’alignement inconditionnel sur les Etats-Unis, le principal protecteur d’Israël – l’ennemi officiel du Monde arabe qu’ils considèrent comme l’usurpateur de la Palestine.

En quoi l’Armée syrienne libre (ASL) est-elle une structure fantôme, comme le prétendent certains analystes? Qu’est devenu le Conseil national syrien (CNS) face à la djihadisation de l’opposition armée ?

N’en déplaise aux charlatans et aux mystificateurs, l’ASL a toujours été une structure fantôme. Une créature des services de renseignements français et turcs, c’est-à-dire les deux pays qui ont procédé à l’équarrissage de la Syrie. Une structure complémentaire à l’opposition off-shore syrienne, dont la nature hybride et la fonction supplétive ont considérablement obéré la crédibilité de la contestation anti-Assad et dévoyé le combat pour l’avènement d’une véritable démocratie en Syrie. Il en est de même du CNS, sous perfusion permanente depuis sa création. Le «Groupe des Amis de la Syrie» réunissait à son lancement 110 pays de tous les continents. Trois ans après, il est réduit à sa portion congrue : 11 pays de l’Otan et des pétromonarchies ainsi que la Turquie, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est en phase crépusculaire.

La fin de l’activisme diplomatique du Qatar est-il une réalité ou une fiction ?

Le parrain américain a sifflé la fin de la partie pour son pupille. La grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf a repris sa dimension batracienne. Et servile.

A qui profitent les récents attentats de Beyrouth contre l’ambassade iranienne et celui de la banlieue chiite?

A la déstabilisation du Liban, en vue d’entraîner le Hezbollah dans une guerre marginale, et surtout d’empêcher le Liban de se consacrer à son défi majeur : la bataille pour l’accession à son indépendance économique, par la mise en valeur de ses ressources énergétiques, gage de son indépendance. Le Liban, Etat producteur de pétrole, serait moins dépendant de la mendicité internationale, moins vulnérable aux pressions saoudiennes et occidentales.

La Russie est-elle appelée à devenir une force de modération, dans le cadre de Genève 2, face aux Etats-Unis qui perdent la main, et quid de la participation de l’Iran à cette conférence internationale ?

La bataille de Syrie a marqué la fin de l’unilatéralisme occidental dans la gestion des affaires du monde. Le reste découle de ce constat de base.

Les chrétiens de Syrie sont-ils appelés à jouer un rôle dans le règlement du conflit ? Si oui, comment ?

Pour espérer jouer un rôle un jour, les chrétiens de Syrie et d’ailleurs doivent s’imprégner d’une réalité première, à savoir que la France, protectrice des chrétiens d’Orient, a été leur fossoyeur. Le Génocide arménien a été récompensé par le bonus du District d’Alexandrette, amputé à la Syrie en 1939 pour être offert à la Turquie, l’ennemi de la France durant la Première Guerre mondiale. La création d’Israël a entrainé l’exode des chrétiens palestiniens, l’agression anti-nassérienne de Suez, 1956, l’exode des chrétiens d’Egypte, l’invasion américaine de l’Irak, l’exode des chrétiens d’Irak et la bataille de Syrie, l’exode des chrétiens de Syrie.
Que les chrétiens d‘Orient commencent à répudier leur posture de prosternation permanente devant les Occidentaux et engagent une réflexion en profondeur sur leur spécificité et leur contribution à la civilisation universelle ! Ils commenceront alors à être crédibles.

Sentez-vous une évolution positive dans la couverture médiatique française de ce conflit ?

La France pratique dans sa très grande majorité un journalisme de révérence et de connivence. Avec, pour la Syrie, une innovation : l’apparition d’intellectuels d’un genre nouveau, les islamophilistes, dont la mission n’était pas d’éclairer l’opinion française de leur expertise, mais de faire office de drone tueur de toute pensée dissidente. A ce titre, ils portent une accablante responsabilité dans le désastre stratégique français – diplomatique et militaire – sur la bataille de Syrie, sans doute la dernière expédition postcoloniale de la France, grande perdante de la mondialisation, grande perdante de l’européanisation du continent, grande perdante en Syrie.

Propos recueillis par Tigrane Yégavian

Notes

  • (1) Franco-libanais né au Sénégal, René Naba est l’animateur du site d’information www.renenaba.com/ Son dernier ouvrage, L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres. L’Islam otage du wahhabisme est paru à l’automne 2013, aux éditions Golias.
  • (2) Accords secrets signés le 16 mai 1916, pendant la Première Guerre mondiale, entre la France et la Grande-Bretagne, prévoyant le partage des territoires du Moyen-Orient conquis sur l’Empire ottoman en zones d’influence, au mépris de la volonté des peuples autochtones.
  • (3) Voir l’article du journal libanais Al Akhbar (10-01-14), intitulé Al Qaida- Leaks http://www.al-akhbar.com/node/198403
  • (4) Le Front pour la victoire du peuple du Levant est un groupe djihadiste de rebelles lié à Al Qaida, qui a vu le jour dans le contexte de la guerre civile syrienne.
  • (5) Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux dominant en Ara- bie saoudite, fondé au XVIIIe siècle par le réformateur religieux Mohammed ben Abdelwahhab. Depuis la fondation de cet Etat théocratique, en 1932, l’Arabie saoudite œuvre à exporter dans le monde sa vision puritaine et rigoriste de l’islam.
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Avec le plein appui du gouvernement, le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC), le partenaire et homologue canadien de la National Security Agency (NSA) américaine, s’est illégalement attribué le pouvoir d’espionner les Canadiens.

Répondant vendredi aux dernières révélations de l’ex-entrepreneur dénonciateur de la NSA Edward Snowden, le CSTC a sèchement déclaré qu’il a le droit absolu de recueillir et d’analyser systématiquement les métadonnées électroniques des communications des Canadiens, c’est-à-dire provenant de leurs appels téléphoniques, messages texte, courriels et usage Internet.

Tout comme la NSA, le CSTC avance un argument pseudo- juridique pour justifier sa violation flagrante du droit à la vie privée des Canadiens. Cet argument tourne autour d’une distinction fallacieuse entre le «contenu» d’une communication et les métadonnées produites par celle-ci. Les métadonnées, affirme le CSTC, ne sont pas protégées par la Constitution, car il s’agit simplement d’un «emballage» ou d’une «enveloppe». Les métadonnées peuvent donc être consultées, conservées et analysées par l’État à volonté. Tout cela en l’absence du moindre soupçon raisonnable d’actes répréhensibles et sans que le CSTC n’ait besoin d’obtenir de mandat judiciaire.

Le CSTC «est légalement autorisé à procéder à la collecte et à l’analyse de métadonnées», a déclaré vendredi l’agence d’espionnage du Canada dans un communiqué de presse laconique. «En quelques mots, les métadonnées sont des informations techniques qui servent à acheminer des communications. Il ne s’agit pas du contenu des communications.»

S’appuyant sur cette affirmation antidémocratique, la déclaration du CSTC poursuit en prétendant qu’un projet pilote NSA-CSTC impliquant la collecte et l’analyse des métadonnées de l’ensemble du trafic Wi-Fi mené dans un aéroport canadien pendant une période de deux semaines en 2012 ne contrevenait absolument pas à l’interdiction légale du CSTC d’espionner les communications personnelles au Canada, sauf si autorisé par un mandat délivré par la Cour.

Le CSTC affirme qu’«aucun Canadien ni voyageur n’a fait l’objet d’une filature. Aucune communication canadienne n’a été ou n’est ciblée, recueillie ou utilisée.»

C’est là un double langage. Depuis au moins 2004, le CSTC espionne les communications des Canadiens grâce à la collecte et l’analyse systématique des métadonnées.

Dans le cas du projet pilote NSA-CSTC, la présentation PowerPoint du CSTC comptant 27 diapositives donnée par Snowden à la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) vante les mérites du nouveau programme testé par les agences d’espionnage qui leur a permis de retracer pendant deux semaines les communications Wi-Fi des personnes prises dans leur opération de surveillance d’un aéroport canadien «de taille moyenne» dont le nom n’a pas été dévoilé. Les métadonnées des communications de ces personnes ont été recueillies et leurs déplacements reconstitués à partir des points où ils ont accédé aux Wi-Fi des hôtels, cafés, bibliothèques et autres aéroports au Canada et aux États-Unis.

Si ce n’est pas là de l’espionnage, alors qu’est-ce que c’est?

Le communiqué du CSTC se poursuit avec diverses déclarations quant à la légalité de ses opérations de fouille de métadonnées. Cet espionnage, soutient-il, est autorisé en vertu de la Loi sur la défense nationale et de directives ministérielles, et il a été approuvé par le commissaire du CSTC, un prétendu «chien de garde» qui relève du ministre de la Défense et travaille main dans la main avec le CSTC.

La réalité, c’est que les opérations du CSTC sont enveloppées du secret le plus total – un cadre antidémocratique des plus propices à l’attribution illégale de pouvoirs exécutifs. Le CSTC fonctionne sur la base de directives données par le ministre de la Défense. Le contenu de ces directives et même leur sujet ne sont connus que d’une poignée de ministres et d’une cabale de responsables en matière de sécurité nationale.

Les directives ministérielles qui autorisent les programmes d’extraction de métadonnées du CSTC n’ont jamais été rendues publiques, et encore moins approuvées par le Parlement, et leur légalité jamais vérifiée par les tribunaux.

Grâce à une série d’articles publiés par le Globe and Mail depuis juin dernier, nous savons que le CSTC fouille les métadonnées des communications des Canadiens depuis au moins une décennie. Le premier article du Globe and Mail portait principalement sur une directive ministérielle secrète remontant à 2009. Celle-ci donnait au CSTC l’autorisation de poursuivre au moins un de ses programmes d’extraction de métadonnées et visait à fournir une couverture légale à cette opération en invoquant l’argument selon lequel les métadonnées ne sont pas des communications protégées par la Constitution.

En réponse à cela et à d’autres révélations (beaucoup provenant de fuites de documents obtenus par Snowden et révélant que le CSTC fonctionne comme une véritable division sous-traitante de la NSA dans ses opérations d’espionnage mondial) le CSTC et le gouvernement conservateur ont fait de nombreuses déclarations pour la forme affirmant que le CSTC respectait la loi. Les Canadiens se sont fait dire à maintes reprises que les activités du CSTC visaient «la menace étrangère» et que le CSTC ne pouvait examiner les communications des Canadiens sans mandat de la Cour.

À plusieurs reprises le World Socialist Web Site a montré que ces déclarations étaient de la désinformation et des mensonges. Nous avons tout particulièrement souligné que le CSTC cherchait à contourner les restrictions juridiques et constitutionnelles l’empêchant d’espionner les Canadiens en affirmant que les métadonnées ne sont pas la «communication» électronique proprement dite.

L’importance de la déclaration de vendredi est que jamais auparavant le CSTC n’avait admis aussi directement à la population canadienne qu’il recueille et analyse les métadonnées de leurs communications et affirmé, en contradiction flagrante avec le droit à la vie privée garanti par la Constitution, qu’il a le pouvoir de le faire.

Bien que la déclaration du CSTC n’ait pas repris cet argument, l’agence d’espionnage et le gouvernement conservateur ont suggéré à plusieurs reprises que les métadonnées sont des informations techniques inoffensives – ce qui pose alors la question de savoir pourquoi des ressources massives de l’État sont ainsi dépensées pour les recueillir et les analyser et pour perfectionner de vastes programmes de surveillance?

Grâce au fouillage des métadonnées, l’État peut établir des profils intimes d’individus et de groupes. Les métadonnées sont «encore plus puissantes que le contenu des communications mêmes», a déclaré à la CBC le professeur Ron Deibert, spécialiste de la cybersécurité à l’Université de Toronto. «Vous pouvez en apprendre beaucoup plus ainsi sur les gens, leurs habitudes, leurs relations, leurs amitiés, et même leurs convictions politiques.»

L’espionnage des métadonnées par le CSTC a été autorisé par les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin, pour ensuite prendre de l’ampleur sous leur successeur, le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Vendredi dernier, le ministre de la Défense Rob Nicholson s’en est tenu au communiqué du gouvernement, insistant sur le fait que les activités du CSTC sont légales, répétant ses allégations tendancieuses selon lesquelles la fouille des métadonnées ne constitue pas un espionnage des communications des Canadiens. «Le CSTC, a déclaré Nicholson, a expliqué clairement à la CBC que, rien dans les documents que ses journalistes ont obtenus, ne montre que des communications canadiennes ont été ciblées, recueillies ou utilisées, ou que des Canadiens ou des voyageurs ont fait l’objet de filatures.»

Les partis de l’opposition au Canada ont aidé et encouragé la tentative du gouvernement de dissimuler l’espionnage illégal mené par le CSTC. Au cours des sept mois qui ont précédé vendredi dernier, ils n’ont posé qu’une poignée de questions au Parlement à propos des révélations concernant le CSTC et ont refusé d’alerter les Canadiens à l’importance de la fouille des métadonnées effectuée par le CSTC ou du rôle central de cette agence dans le réseau d’espionnage mondial illégal de la NSA.

Vendredi, certains députés du Nouveau Parti démocratique soutenu par les syndicats, de même que du Parti libéral, ont qualifié l’espionnage du CSTC d’illégal. Mais en tant que défenseurs de la grande entreprise et de l’État capitaliste, ils ne feront rien de sérieux pour exposer les opérations illégales du CSTC, et encore moins démontrer le lien entre l’émergence de cet espionnage typique d’un État policier, le creusement des inégalités sociales, et la poussée de toutes les sections de l’élite pour faire payer la crise capitaliste aux travailleurs par des compressions salariales, l’élimination d’emplois et le démantèlement des services publics.

Keith Jones

 

Article original, WSWS, paru le 4 février 2014

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Fin janvier 2014, Michel Barnier, commissaire européen en charge des banques, a rendu public une proposition de réforme qui concerne en pratique les 30 établissements bancaires européens les plus importants |1|. Les banquiers ont poussé des cris d’orfraie car la Commission propose de forcer certaines banques à cantonner les opérations de trading les plus risquées dans une filiale ad-hoc |2|. The Economist qui rejette cette proposition est très clair et franchement cynique : « Heureusement, Monsieur Barnier n’a pas le mot de la fin. Sa proposition doit maintenant être approuvée à la fois par les gouvernements européens et par le parlement européen. Grâce aux aléas du processus qui mènera à légiférer sur le sujet, il est toujours temps d’améliorer ou d’enterrer cette proposition. » |3|. En effet, vu la tenue des élections européennes en mai 2014, la proposition de la commission sortante ne pourra être adoptée au plus tôt que fin 2015. Les banques ont donc du temps devant elles pour infléchir la position des autorités européennes sauf si un nouveau krach survient et force Bruxelles et Francfort |4| à imposer des règles véritablement contraignantes.

De toute façon, Michel Barnier et la Commission européenne ne proposent pas une séparation des banques, à peine proposent-ils la création d’une filiale ad-hoc. En plus, la décision d’obliger certaines banques à créer cette filiale ad-hoc sera l’affaire des autorités de régulation, c.-à-d. dans la zone euro de la compétence de la Banque centrale européenne qui est très peu encline à imposer des contraintes sérieuses aux banques.

La succession de reculades, de concessions et de demi-mesures montre qu’on ne peut pas se fier aux gouvernants et aux autorités en place pour mettre véritablement de l’ordre dans le monde opaque de la finance.

À cause des choix qu’elles ont faits, les banques ont contribué à provoquer la pire crise économique et sociale depuis les années 1930. La décision des banques centrales de leur accorder un accès illimité au crédit sans leur imposer un changement des règles du jeu aggrave le problème.

Il faut revenir aux fondamentaux. Les banques doivent être considérées comme des services publics, du fait, précisément, de leur importance et de l’effet dévastateur que leur mauvaise gestion peut avoir sur l’économie. Le métier de la banque est trop sérieux pour être confié à des banquiers privés. Comme elle utilise de l’argent public, bénéficie de garanties de la part de l’État et rend un service de base fondamental à la société, la banque doit devenir un service public.

Les États doivent retrouver leur capacité de contrôle et d’orientation de l’activité économique et financière. Ils doivent également disposer d’instruments pour réaliser des investissements et financer les dépenses publiques en réduisant au minimum le recours à l’emprunt auprès d’institutions privées. Pour cela, il faut exproprier sans indemnisation les banques pour les socialiser en les transférant au secteur public sous contrôle citoyen. En prenant un virage radical, il est possible de protéger les dépôts des épargnants, de financer des activités utiles au bien commun, de garantir l’emploi et les conditions de travail du personnel du secteur. Pour cela, il apparaît indispensable et essentiel de construire un service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement.

L’option qu’il faut mettre en avant implique l’élimination du secteur bancaire capitaliste, tant dans le crédit et l’épargne (banques de dépôt) que dans le domaine de l’investissement (banques d’affaire ou d’investissement). Dans cette option, il ne resterait que deux types de banques : des banques publiques avec un statut de service public (sous contrôle citoyen) et des banques coopératives de taille modérée.

Éric Toussaint

Notes

|1| Pour avoir une idée de la liste, voir p. 9 de http://ec.europa.eu/internal_market…

|2| Voir le texte complet de la proposition sur le site de la Commission européenne :http://ec.europa.eu/internal_market… Voir pour un résumé officiel, le communiqué de presse de la commission : http://europa.eu/rapid/press-releas…
Pour une présentation favorable de cette proposition voir : Le Monde.fr, « L’ambitieuse réforme des grandes banques européennes de Michel Barnier », 29 janvier 2014http://www.lemonde.fr/economie/arti… Voir également la réaction positive, avec un bémol, des Verts européens : “Séparation des métiers bancaires. Les Verts au PE appellent à des mesures plus ambitieuses” http://www.philippelamberts.eu/sepa… Finance Watch a également réagi favorablement :http://www.finance-watch.org/press/…

|3The Economist, “Safeguarding European banks. Volcker plus. The European Union proposes a radical overhaul of its banks”, 1 février 2014 http://www.economist.com/news/finan…

|4| Siège de la BCE.

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Pendant près de sept mois en 2011, les avions de l’OTAN – en particulier des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et du Canada – ont mené une campagne de bombardements intensifs en Libye destinée à renverser le gouvernement de Mouammar Kadhafi.

Après avoir obtenu du Conseil de sécurité de l’ONU l’adoption d’une résolution imposant un embargo sur les armes à la Libye et puis d’une autre autorisant “une zone d’exclusion aérienne” que seuls les avions de l’OTAN pouvaient survoler, les impérialistes ont réussi à capturer et faire assassiner sauvagement Kadhafi, permettant la mise en place d’ un nouveau régime dans l’optique de faire avancer leurs intérêts dans ce pays d’Afrique du Nord riche en pétrole.

Maintenant, à peine deux ans et demi plus tard, ce gouvernement fantoche perd du terrain dans le sud et l’ouest de la Libye face aux forces pro-Kadhafi, qui ont pris plusieurs villes et une base aérienne.

Ces développements ont incité l’amiral français Edouard Guillaud à demander une nouvelle intervention impérialiste en Libye, affirmant que les développements à la frontière sud pourraient conduire à une «menace terroriste.» (Washington Post, le 27 janvier).

Guillaud a affirmé qu’avant toute intervention, il faudrait le «consentement» du régime néo-colonial que ces mêmes impérialistes ont mis en place à Tripoli. Il est dirigé par le Premier ministre Ali Zeidan et le Congrès national général (CNG).

Depuis la mi-janvier, les forces qui restent alliées avec l’ancien système politique et économique libyen mis en place par Kadhafi ont pris le contrôle de plusieurs villes et villages dans le sud. Des affrontements ont également été signalés autour de la capitale Tripoli, où les forces nationalistes ont combattu dans des batailles rangées avec les milices et les forces militaires soutenus par le régime du Congrès National Général (CNG). (Libye Herald , le 20 janvier 2014)

Le retrait de la communauté des Toubous, qui sont des Africains à la peau foncée, d’une base aérienne à Tamenhint a entraîné la saisie par les forces pro-Kadhafi de ce lieu important, le 21 janvier.

Selon un rapport du 22 janvier de la Saudi Gazette, “La base aérienne de Tamenhint à 30 km au nord-est de Sebha a été signalée comme étant à nouveau dans les mains des pro-Kadhafi après que les forces Toubous de Murzuk qui la gardaient se soient retirées. Les Toubous se sont unilatéralement retirés lundi soir [20 janvier] affirmant que le gouvernement a délibérément exploité les affrontements à Sebha entre les Toubous et les Awlad Sulaiman afin de détourner l’attention de ces mouvements pour les remplacer par une nouvelle administration“.

Ces événements ont été perçus comme des ondes de choc par le CNG et son faible et vacillant Premier ministre Ali Zeidan qui est allié avec les États-Unis et d’autres Etats impérialistes chargés de l’installation du régime actuel. La situation en Libye a clairement montré que le régime actuel n’a pas réussi à stabiliser le pays. Les milices mises en place pour faire tomber le régime Kadhafi (dont certaines ont irradiées au Mali, NDT) défieraient ouvertement Zeidan et les «autorités» mises en place par l’OTAN à Tripoli.

Le pétrole est le principal produit d’exportation de cet État d’Afrique du Nord. L’industrie a été en grande partie fermée après que des travailleurs et des milices ont pris le contrôle de la production, au sein de plusieurs installations de forage et de nombreux ports, et qu’ils aient menacé de s’engager dans le commerce avec des entreprises étrangères sans le consentement de Tripoli. Ali Zeidan a un soutien limité au sein même du CNG, le Parti de la justice islamique et de la Construction a récemment démissionné du gouvernement en raison de divergences politiques avec le Premier ministre.

Des lois draconiennes adoptées

Néanmoins, c’est dans le sud que le drapeau vert de la Jamahiriya flotte dans les airs défiant le régime soutenu par les impérialistes. Cette situation a créé la panique au sein du gouvernement, qui a adopté une nouvelle loi interdisant les réseaux de télévision par satellite dont certaines chaînes diffusent des nouvelles et des commentaires pro-Kadhafi.

Selon un rapport du 26 janvier de AllAfrica.com, le décret 5/2014, intitulé “En ce qui concerne la cessation et l’interdiction de diffuser certaines chaînes satellites” ordonne aux ministères des Affaires étrangères, des communications et des médias à “prendre des mesures nécessaires ” pour arrêter la transmission de toutes les stations de télévision par satellite hostiles au régime de Tripoli. Le décret charge en outre le gouvernement de “prendre toutes les mesures” contre tous les Etats ou les entreprises qui ne parviennent pas à bloquer les transmissions des chaînes diffusées dans les territoires.

Cette interdiction des stations satellites qui ont adopté une position pro-Kadhafi dans leur contenu éditorial vise les chaînes Al- Khadra et Al-Jamahiriyah.

Le mécontentement grandit parmi la population libyenne. Autrefois cette nation était la plus prospère d’Afrique, avec un niveau de vie qui avait dépassé plusieurs pays européens. Les conditions à l’intérieur du pays se sont considérablement détériorées depuis la contre-révolution impérialiste imposée en 2011 par la France, les USA et la Grande-Bretagne. La baisse du niveau de vie, l’ échec du régime à maîtriser les milices qui terrorisent la population, l’effondrement de l’industrie du pétrole et la corruption généralisée ont attiré de larges critiques, même parmi les élites favorisées.

Un autre décret publié en janvier interdit aux étudiants boursiers et aux fonctionnaires de critiquer les conditions qui prévalent en Libye. Selon AllAfrica.com, “ ce décret appelle les ambassades libyennes à l’étranger et les autres (occidentales ?, NDT) à établir des listes de noms et de les déférer au Procureur général pour assurer des poursuites.”

Irak, la Syrie, l’Afghanistan

Les peuples opprimés ne tirent aucun avantage de l’action menée par les États-Unis et d’autres États impérialistes qui ont renversé des gouvernements pour installer des régimes fantoches néocoloniaux. La situation en Libye rappelle celle de l’Irak , où les gens meurent tous les jours d’un conflit fratricide et des conditions épouvantables frappants la majorité de la population.

Plus de 100.000 personnes sont mortes en Syrie au cours des trois dernières années, depuis que les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ont favorisé une agression contre-révolutionnaire de la population. Les négociations en cours à Genève II en Suisse sont manifestement conçus pour parvenir à une solution politique en Syrie, mais les États-Unis et leurs alliés continuent de financer et de soutenir ceux qui visent à renverser le gouvernement du président Bachar al-Assad.

Les groupes anti-guerre et anti-impérialistes des pays occidentaux devraient s’opposer à cette ingérence politique et militaire dans les affaires intérieures de l’Afrique, du Moyen-Orient et des Etats d’Asie – comme en Afghanistan, où après 12 ans de guerre, les forces de l’OTAN et du Pentagone sont toujours aussi éloignées de la victoire qu’en 2001. Les États-Unis et l’OTAN doivent être contraints de retirer leurs forces d’occupation et fermer leurs bases militaires dans ces pays souverains.

Ces nations opprimées sous occupation impérialiste devraient obtenir des réparations pour la destruction menée par les forces militaires occidentales. Les ressources utilisées pour maintenir l’occupation de ces pays devraient être utilisées à des fins de reconstruire les villes et villages à présent confrontés à une crise économique sans précédent, à l’austérité et à une paupérisation massive de la population.

Cet article a été publié sur Workers World

Version française : Le blog de Sam La touch

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«Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes.» 

Mathieu 10-16


Il ne se passe pas de jour sans que l’on constate à travers le monde les dégâts du néolibéralisme qui broie d’une façon ou d’une autre, les équilibres sociologiques des peuples, les sédimentations identitaires et même les espérances religieuses. Rien ne doit s’opposer à cette machine du Diable. Dans cette contribution nous allons citer le fonctionnement du néolibéralisme dont les gourous font preuve d’une imagination débordante et font injonction aux dirigeants d’appliquer sans état d’âme leur potion amère sils veulent garder leur fauteuil. Le néolibéralisme revêt les habits de la tentation pour la majorité des «moutons» et la fabrication d’ersatz qui permettent au consommateur sous influence de croire que tout est permis, que c’est un champion, que le monde lui appartient et qu’il a toutes les qualités que lui martèle la publicité, notamment celle du culte du corps auquel il s’identifie.

La culture industrialisée formate les esprits

La massification culturelle ce que l’on appelle vulgairement la macdonalisation de la culture est une réalité. Les langues supports des cultures luttent en vain et à des degrés divers contre  la vulgate planétaire pour reprendre les mots justes de Bourdieu. C’est le cas de la langue française  qui est défendue d’une façon ou d’une autre par tous les locuteurs de cette langue même si le combat est inégal. L’Algérie est à des degrés divers en tant que deuxième pays francophone  non seulement pratique cette langue mais a enrichi du mieux qu’elle peut cette richesse du patrimoine universelle sans émarger au râtelier de la Francophonie..

Cependant la langue et la culture ne peuvent résister si elles  font à faire à une offensive visant à imposer une doxa outre-atlantique qui veut l’effritement des identités au profit justement de la culture Macdo.   On comprend que  Jacques-Yves Rossignol s’émeuve que la France s’émiette identitairement et accuse pour sa part, l’Empire. Il prend l’exemple des industries culturelles qu’il trouve débilisantes. Ecoutons son cri du coeur: «A la fin du XXe siècle, il était devenu impossible de poursuivre la réalisation de profits dans les pays civilisés sans attenter à la conscience des consommateurs solvables par l’industrie culturelle (cinéma, musique, art et ainsi de suite). On est passé à la consommation culturelle à cours forcé. Qu’en «libéralisme», la crétinisation par la culture industrialisée soit désormais obligatoire ne heurte pas du tout les consciences. C’est dire ce qu’est réellement le «libéralisme»: une terrifiante aliénation généralisée par une économie de gros argent, une économie accaparée. On observe la généralisation de nouveaux types de mentalités. Mais ces mentalités donnent l’étrange impression d’être comme induites automatiquement, téléguidées». Jacques-Yves Rossignol dénonce les clercs qui ont vocation à trahir au profit d’un néolibéralisme séduisant comme l’écrivait Dany Robert Dufour: «Les bourgeois de la «nouvelle gauche», les bourgeois du catholicisme social, les petits bourgeois convertis à l’activisme mondialiste, les artistes et cultureux participent tous du capitalisme culturel et de son prosélytisme. Populations ahuries, méchantes, hargneuses, ne comprenant pas leur triste état mental et développant une haine insensée vis-à-vis du petit peuple français ». (1)

« (…) Les zombis culturels vont donc être chargés de transformer de gré ou de force ces populations récalcitrantes, qui prétendaient encore rire, plaisanter, badiner, ironiser, en une collection d’atrophiés mentaux. D’où cette fascination, cette adulation des bourgeois masochistes culturels énumérés ci-dessus pour ces héros chargés d’en finir avec le petit peuple français: l’immigré, l’étranger, l’artiste. (…) Le maintien permanent de la population en état d’atrophie mentale par l’industrie culturelle et notamment les drogues sonores («musique») constitue un nouveau mode de domination. (…) L’industrie culturelle a créé un nouveau monde ayant distancé et supplanté l’histoire organique. On n’a pas perçu la révolution mentale complète provoquée par l’industrie culturelle: consciences fabriquées et téléguidées à l’échelle mondiale, (…) Nous tentons aujourd’hui désespérément de mener une vie humaine au milieu de l’enfer culturel inventé à ce moment, qui a submergé le globe.» (1)

Dans le même ordre de l’aliénation pour l’Empire, même les vassaux de l’Empire n’échappent pas. C’est Ignacio Ramonet qui écrivait: «L’Empire n’a point d’alliés, il n’a que des vassaux.» Dans cet ordre, le détricoge sur fond rocheux identitaire français est programmée à en croire cette publication concernant le projet Rivkin ou comment la mondialisation utilise le multiculturalisme pour assujettir des nations souveraines.

«Un document paru en France reprend une étude américaine de 2011 dans laquelle les autorités américaines ont une vision du monde qui en un mot favorise l’émiettement. En France, cela a fait l’objet d’un tollé. Une émission dont le titre «Défrancisation» a diffusé la traduction française d’un article paru le 12 mars 2011 dans le journal américain Foreign Policy Journal. Un document de plus sur l’ingérence des autorités américaines en France, qui pour mener à bien le projet mondialiste, ont clairement décidé de transformer l’ensemble du caractère de la France, à commencer par sa propre identité en utilisant les minorités ethniques et religieuses destinées à servir les intérêts américains.» (2)

«Le meilleur moyen de résoudre les conflits ethniques en France et de s’assurer que la France ne relèvera pas la tête pour s’opposer aux intérêts mondialistes US, c’est de créer une nouvelle synthèse culturelle dans laquelle il n’y aurait plus de culture française ou islamique, mais, sous l’étiquette des «droits de l’homme» et de l’ «égalité», une culture d’adolescents alimentée par Hollywood, MTV, le cyberespace, McDonald’s et Pepsi.»(2)

«La France poursuit l’auteur qui a longtemps été une épine dans le flanc de la mondialisation US, à cause de son attachement obstiné aux intérêts français autour du monde, plutôt qu’à ceux d’une «communauté mondiale» préfabriquée.(…) De Gaulle se refusait de jouer la carte américaine de l’après-guerre. (…) Dans le contexte actuel, quel meilleur moyen de saper le nationalisme français et décapiter toute résurgence d’une force anti-mondialiste que d’exploiter la vaste composante islamique non-assimilée de la France. Le but ultime de la mondialisation n’est pas de promouvoir les identités et les cultures ethniques, mais plutôt de les submerger dans un vaste melting-pot de consumérisme global, de déraciner l’individu de son identité et de son héritage, et de remplacer tout cela par le Centre commercial mondial, et le «village global». (2)

«Il faut donc, conclut l’auteur, inclure ici une redéfinition de l’Histoire de France, et y mettre l’accent sur le rôle des minorités non françaises dans l’ensemble de cette histoire redéfinie. Cela sous-entend que la génération de jeunes Américains Pepsi/MTV, ainsi que leurs guides/mentors issus des universités, serviront de repères (de phares) en vue d’une transformation (formatage) de la culture française, et une réécriture de l’Histoire de France selon un schéma mondialiste ».(2)

Est-ce que les Français sont les seuls à subir ces assauts contre leur –fond rocheux-   identitaire ? Souvenons-nous, il y a quelques années les Belges étaient menacés eux aussi,  dans leur unité par la partition. La Belgique est un laboratoire! Tout ce qu’il s’y passe n’est pas anodin et est effectivement à mettre en lien avec le projet d’un «nouvel ordre mondial» (NOM) qui est dans son étape «assassinat des Etats-nations». Cette crise programmée va générer un chaos réorganisateur comme le disait Condoleezza Rice, (Ordo Ab Chaos). Ce qui se passe en Belgique semble être une «expérience de masse» qui ne doit pas nous être indifférente. «Prenez une salle de spectacle à Bruxelles où sont réunis un grand nombre d’artistes du pays. Dans un micro, une voix dit aux Flamands de s’installer à droite, aux Wallons à gauche (ou le contraire, peu importe). Des voix s’élèvent alors: «Et nous les Belges, on se met où?» cette blague belge aussi tragique soit-elle est à propos.» (3)

Comment, par faiblesse et complaisance, détruire les nations ?

On le devine, le sacerdoce du néolibéralisme est de Créer le consommateur mondial: homo economicus: le moi universel. On dit qu’il y a sept commandements :

1)Promouvoir le pluriculturalisme.
2) Valoriser le multiculturalisme. Encourager les immigrants à conserver leurs cultures. Les sociétés multiraciales et multiculturelles doivent consacrer toute leur énergie à maintenir la paix entre les divers groupes qui les composent.
3) Faire l’éloge de la diversité plutôt que de l’unité.
4) Maintenir le groupe dont la démographie est la plus forte dans l’illettrisme. Une sous-classe en expansion, non-assimilée, sous-éduquée, hostile à la majorité,
5) Amener le monde des affaires à soutenir financièrement le multiculturalisme.
6) Rendre tabou tout propos allant à l’encontre du culte médiatique de la diversité.
7) Rendre impossible l’application des lois sur l’immigration. L’immigration massive est un phénomène normal, qui ne peut être arrêté, et qui serait un bienfait pour la société.

Ce petit mode d’emploi en 7 points-clé permet l’avènement d’une société «diverse», « paisible.» Les adeptes d’une gouvernance mondiale de la Haute Finance Internationale se servent du multiculturalisme comme d’un levier pour fragmenter les nations jusqu’alors culturellement homogènes. Ces ensembles homogènes représentent en effet un obstacle à un gouvernement centralisé. (4)

Le Rapport Lugano

Cette offensive contre les identités n’est pas là pour combattre une identité dans l’absolu, elle est pour asseoir et baliser le terrain pour l’avènement définitif du  néo-libéralisme. Susan Georges universitaire franco-américaine  ancienne  membre du site Attac, avait  dénoncer dans un ouvrage choc « le Rapport Lugano » paru aux Ed. Fayard,  il y a  une deuxième année, la stratégie diabolique des grands gourous de la mondialisation  Dans son deuxième ouvrage le Rapport Lugano II , Susan Georges va plus loin. Pour elle, les experts croient savoir comment procéder pour assurer le triomphe du capitalisme occidental: comment les «décideurs» peuvent-ils à la fois mettre en oeuvre les politiques ultralibérales qui sont le fondement de la mondialisation et prétendre s’attaquer aux conséquences catastrophiques de ces mêmes politiques? (5)

« Le socle du néo-libéralisme dans sa vision prédatrice se trouve, à en croire Susan Georges dans une bible appelée «Rapport Lugano» En fait écrit Phillipe Frémaux l’ancêtre de cette stratégie du chaos réorganisateur a démarré comme le rapporte Susan Georges dans son ouvrage Le rapport Lugano, Depuis trois décennies, Susan George est de tous les combats en faveur des peuples du Sud et contre les effets destructeurs de la mondialisation libérale. Le rapport Lugano, son dernier ouvrage, se présente comme un rapport écrit à la demande des «maîtres du monde», qu’on devine être les élites qui se retrouvent chaque année à Davos. Objectif du rapport: apprécier les menaces qui pèsent sur le capitalisme libéral et trouver les moyens d’assurer sa pérennité.» (6)

Quelles sont leurs cibles pour atomiser les solidarités?

 «Une dizaine d’experts triés sur le volet par des commanditaires anonymes, mais ne faisant pas mystère de leur influence sur les affaires du monde, sont réunis dans une luxueuse villa sur les hauteurs du lac de Lugano, en Suisse. Ils ont pour mission de rédiger un rapport qui doit lui-même rester secret. La religion, poursuit l’auteur, peut trop aisément devenir une source de troubles et de révolte quand les gens ont le sentiment que leurs choix «spirituels» sont violés, si stupides ou malavisées que puissent être en réalité leurs croyances. – il ne faut pas, répétons-le, attirer l’attention et la controverse par la censure, alors qu’il est si simple d’écrire des «best-sellers» qui saturent les libraires et célèbrent le mode de vie capitaliste». (6)

De plus, l’auteur nous signale d’autres « gisements potentiels »  sur l’art de diviser et de détourner l’attention «Tout ce qui concerne la sexualité, le corps ou la santé en général peut être judicieusement exploité quand il est urgent de détourner l’attention de questions graves». On peut aussi signaler comme moyens de perturbation: Le déséquilibre écologique: parce que les pressions exercées sur elle par les économies capitalistes sont considérables, Le capitalisme crapuleux: les activités criminelles à grande échelle peuvent saper les fondements de l’activité économique «légitime», «légale» L’effondrement financier: les marchés financiers. Le crime banalisé. Face à ces menaces, le capitalisme doit se prémunir. Il l’envisage sans faiblesse. Diviser: non seulement neutraliser tout effort de solidarité, mais exploiter les suspicions, entretenir la haine, créer l’hostilité entre les groupes, Affamer: une réduction provoquée des réserves contribue à la hausse des prix et rend donc plus difficile l’accès aux denrées alimentaires; Propager la maladie privatiser des services tels que l’approvisionnement en eau… Mettre en oeuvre à grande échelle, évidemment sans le consentement des femmes, des programmes de stérilisation.»

Le néolibéralisme : Destruction du collectif et atomisation de l’humain

Le maître mot est là : Détourner l’attention et avancer masqué, laissant les victimes de cette peste bubonique qu’est le marchéé, s’interroger sur le sexe des anges, pendant que les affaires se font et se défont, « business as usual » pourrait on dire. Il vient que le cap néolibéral est clair: détruire l’être ensemble. «Le monde économique, s’interroge Pierre Bourdieu, est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’Ocde, et des politiques qu’ils imposent: baisse du coût de la main-d’oeuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail? (…) Ainsi s’instaure le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les ´´plans sociaux´´ à répétition, et, au sein même de l’entreprise. (…) Le but, poursuit Bourdieu, étant d’arriver à une armée de réserve de main-d’oeuvre docilisée par la précarisation et par la menace permanente du chômage. Pour Pierre Bourdieu, le libéralisme est à voir comme un programme de «destruction des structures collectives» et de promotion d’un nouvel ordre fondé sur le culte de «l’individu seul mais libre».(7)

L’incitation à l’éphémère et au plaisir

Dans Le Divin Marché, la révolution culturelle libérale, Dany-Robert Dufour tente de montrer que, bien loin d’être sortis de la religion, nous sommes tombés sous l’emprise d’une nouvelle religion conquérante, le Marché ou le money-théïsme. Il tente de rendre explicite les dix commandements implicites de cette nouvelle religion, beaucoup moins interdictrice qu’incitatrice – ce qui produit de puissants effets de désymbolisation, comme l’atteste le troisième commandement: «Ne pensez pas, dépensez!». Nous vivons dans un univers qui a fait de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, du self-love, son principe premier.» (8)

«Destructeur de l’être-ensemble et de l’être-soi, écrit Dany Robert Dufour, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse.(…) Il célèbre désormais l’alliance d’Adam Smith et du marquis de Sade. La valeur symbolique, écrit le philosophe Dany-Robert Dufour, est ainsi démantelée au profit de la simple et neutre valeur monétaire de la marchandise de sorte que plus rien d’autre, aucune autre considération (morale, traditionnelle, transcendante…), ne puisse faire entrave à sa libre circulation. Sous les coups de boutoir de la post-modernité, la civilisation telle que nous l’avons connue risque de disparaître rapidement. On ne devrait jamais oublier que des civilisations millénaires peuvent s’éteindre en quelques lustres.(8) (9)

Il n’est pas interdit de croire en ces temps de détresse matérielle que le fait religieux revienne au grand jour , les besogneux n’ayant pas ou s’accrocher matériellement ,s’en remettent d ‘une façon irrationnelle à leur espérance religieuse maintenant que leur passage sur terre est un échec assumé

Les interrogations de l’Algérie

Comme tous les pays en phase de maturation de l’Etat nation , l’ZAlgérie est plus vulnérable que jamais. Elle  devrait, à titre d’exemple, être très vigilante. Les évènements de Ghardaïa que l’on attribue à tort, à un chahut de gamin ,comme ce fut le cas pour octobre 1988,   et sont à méditer. Il n’y aura pas de paix tant que le vivre-ensemble n’eut pas été gravé dans le marbre. Pour ce faire, cela passe par une réconciliation de l’Algérie avec son histoire et, les morales à l’ancienne, pour calmer d’une façon précaire, ont de moins en moins d’avenir dans ce XXIe siècle de tous les dangers.

 Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.metamag.fr/metamag-1793-LE-LIBERALISME-CONTRE-LES-PEUPLES.html

2. http://www.nouvelordremondial.cc/2011/05/06/le-projet-rivkin-comment-la-mondialisation-utilise-le-multiculturalisme-pour-assujettir-des-nations-souveraines/

3. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/neoliberalisme-et-disparition-des-77029

4. http://www.nouvelordremondial.cc/2010/11/09/comment-detruire-les-nations/

5. http://jeanneemard.wordpress.com/2013/02/25/le-rapport-lugano-ii/

6. Philippe Fremeaux Alternatives Economiques 182, juin 2000       http://www.alternatives-economiques.fr/lerapport-lugano susangeorge_fr_art_137_14137.html

7. Pierre Bourdieu: L’essence du néolibéralisme. Le Monde diplomatique Mars 1998

8. Dany Robert Dufour: L’Art de réduire les têtes, Editions Denoël, Paris. 2003.

9. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/le-n-olib-ralisme-destruction-du-collectif-et-atomisation-de-l-humain/19532 3 juin 2010

 

 

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Selon les tout derniers chiffres publiés par l’Office statistique de l’Union européenne, Eurostat, le chômage persiste à un niveau record dans les 17 pays de la zone euro alors que les tendances déflationnistes s’intensifient. Les tout derniers chiffres réfutent une série d’articles de presse rapportant que l’Europe serait en train de sortir de la crise économique qui a débuté en 2008.

Selon le rapport d’Eurostat publié vendredi dernier, le chômage est resté inchangé, en octobre, dans la zone euro à un niveau élevé de 12 pour cent alors que l’inflation était une nouvelle fois en baisse à 0,7 pour cent en janvier. La baisse de l’inflation des prix reflète les effets dévastateurs des programmes d’austérité appliqués à travers le continent par l’Union européenne et le gouvernement allemand.

La baisse de l’inflation des prix au cours de plusieurs mois est essentiellement due à l’impact de l’accroissement du chômage et de la contraction des revenus sur les dépenses des consommateurs. Le pourcentage de 0,7 pour cent en janvier est nettement inférieur au taux d’inflation de 2 pour cent fixé par la Banque centrale européenne.

Lundi, Wolfgang Münchau, éditorialiste du Financial Times a exprimé des craintes concernant les répercussions de la tendance croissante vers une déflation en Europe. Dans un article débutant par : « Bel exemple de ‘fin de crise’ », Münchau relate le développement de la crise dans bon nombre d’économies émergentes en terme de dégringolade ces derniers jours de la valeur des monnaies turque et argentine. La moindre aggravation de la crise est susceptible de faire basculer l’Europe carrément dans la déflation, c’est-à-dire une chute des prix réels.

Münchau écrit: « Une crise monétaire dans un pays voisin est, pour une économie qui se trouve au bord de l’inflation, la dernière chose qu’on veut voir se produire. Et ce n’est pas seulement un problème pour la Grèce et pour Chypre mais pour l’ensemble de la zone euro… Un seul grand choc pourrait suffire. Ce qui se passe actuellement en Turquie et en Argentine pourrait constituer un tel choc. Et je n’ai pas encore mentionné les conséquences éventuelles d’un changement de la politique économique en Chine. »

La misère humaine qui découle de la politique pratiquée par l’élite européenne trouve son expression la plus forte dans l’accroissement du chômage de masse et de la pauvreté qui en résulte.

Selon les tout récents chiffres publiés par Eurostat, le chômage reste le plus élevé dans les pays qui ont été soumis aux programmes d’austérité de l’UE-FMI, à savoir la Grèce, 27,8 pour cent et l’Espagne 25,8 pour cent (tous deux en octobre). Selon Eurostat : « Par rapport à il y a un an, le taux de chômage a augmenté dans quatorze Etats-membres, il a chuté dans treize autres et est resté stable en Suède. Les plus fortes hausses d’une année à l’autre ont été enregistrées à Chypre (17,5), en Grèce (27,8) aux Pays-Bas (7.0) et en Italie (12,7 pour cent). »

Parallèlement, un rapport publié la semaine passée dans Bloomsberg Newsindique que les chiffres d’Eurostat sont une forte sous-estimation de l’ampleur réelle du chômage en Europe. Le taux de chômage d’Eurostat ne comprend que ceux qui étaient activement à la recherche d’un emploi au cours des quatre semaines précédentes et qui sont disponibles pour commencer à travailler dans les quinze prochains jours. Le montant total de chômeurs qui en résulte est de 19 millions. Une évaluation distincte réalisée par Bloombergpour le troisième trimestre de l’année dernière et fondée sur les chiffres d’Eurostat, avec en plus les chiffres de ceux qui ont renoncé à chercher du travail ou ne sont pas disponibles immédiatement pour travailler, révèle un montant total bien plus élevé de 31,2 millions de personnes sans emploi.

Le même rapport cite le cas de l’Italie, troisième économie européenne, où 4,2 millions de demandeurs d’emploi ne figurent pas dans les statistiques de chômage du pays. Si l’on ajoute ce dernier chiffre au montant total officiel, le taux de chômage fera plus que doubler en Italie pour atteindre environ 24 pour cent.

Même le stupéfiant montant total de 31,2 millions de personnes sans emploi en Europe ne représente qu’un aspect de la situation. Sur la base de l’expansion du chômage de masse de longue durée, les employeurs ont été en mesure d’établir sur l’ensemble du continent le genre de secteur des bas salaires qui a été lancé en Allemagne il y a plus d’une décennie par le gouvernement social-démocrate/Verts dirigé par Gerhard Schröder. En Allemagne, environ sept millions de travailleurs occupent actuellement des emplois à bas salaire et un grand nombre de ces travailleur sont incapables de gagner suffisamment d’argent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

Selon un récent rapport de l’UE, de tels secteurs d’activités à bas salaires sont en train de se propager à travers l’Europe occidentale. Le rapport de l’UE constate que plus de 12 pour cent des travailleurs italiens sont incapables de vivre de leur salaire. C’est le pourcentage le plus élevé après la Roumanie et la Grèce. Le même rapport fait remarquer que l’Italie est l’un des pires pays pour ceux qui ont perdu leur emploi. Le pourcentage de travailleurs licenciés capables de retrouver un quelconque emploi dans l’année se situe entre 14 et 15 pour cent, soit le plus bas en Europe.

La question de la crise de l’emploi en Europe a été soulevée lors de la récente réunion à Davos de l’élite mondiale des affaires et de la politique. Dans un entretien donné à Davos, le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurria, a signalé les dangers politiques à l’élite dirigeante. « Le problème c’est l’emploi, l’emploi, l’emploi. Il n’y a rien qui soit politiquement plus explosif, plus dangereux et plus déstabilisant que d’avoir toute une génération de jeunes gens très frustrés. »

Malgré cet avertissement, l’Union européenne et le gouvernement allemand sont déterminés à poursuivre durant les semaines et les mois à venir l’application de leur programme d’austérité qui a déjà contraint des dizaines de millions de personnes au chômage et à la pauvreté. Il y a tout juste dix jours, l’auteur des lois antisociales, mises en place par l’ancien gouvernement SPD-Verts, et conseiller de Schröder, ancien directeur des ressources humaines de Volkwagen, Peter Hartz, s’est rendu à Paris en qualité de consultant auprès du gouvernement français pour que celui-ci se dote de son propre secteur de main-d’œuvre bon marché suivant le modèle allemand.

Stefan Steinberg

Article original, WSWS, paru le 5 février 2014

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L’Ukraine et les intellectuels pro-impérialistes

février 6th, 2014 by Alex Lantier

La « lettre ouverte sur le futur de l’Ukraine » publiée par un groupe d’universitaires et d’acteurs de la politique étrangère occidentaux est une basse défense des manifestations d’extrême-droite qui se poursuivent en Ukraine avec le soutien de Washington et de l’Union européenne (UE). Elle continue le vieux mensonge, répété sur près d’un quart de siècle de guerres et d’interventions impérialistes en Europe de l’Est depuis la dissolution de l’URSS en 1991, que les États-Unis et l’UE ne seraient animés que par un amour désintéressé de la démocratie et des droits de l’Homme.

Elle affirme, « le futur des ukrainiens dépend surtout des ukrainiens eux-mêmes. Ils ont défendu la démocratie et leur futur il y a 10 ans, au cours de la Révolution orange, et ils se battent pour ces valeurs aujourd’hui. Avec la montée du désenchantement des Européens face à l’idée d’une Europe commune, les gens en Ukraine se battent pour cette idée et pour la place de leur pays en Europe. Défendre l’Ukraine contre les tentations autoritaires de ses dirigeants corrompus est dans l’intérêt du monde démocratique. »

L’identité des agents locaux des puissances impérialistes démolit la prétention de cette lettre ouverte que les puissances impérialistes se battent pour la démocratie. Elles s’appuient sur un noyau de quelques milliers de voyous fascistes de l’organisation « Secteur droit » et du parti Svoboda pour faire tomber le régime ukrainien dans une série de manifestations de rue, le remplacer par un régime pro-UE hostile à Moscou, et imposer des mesures d’austérité sauvages. Washington et l’UE ne se battent pas pour la démocratie, mais organisent une contre-révolution sociale.

En novembre, le président ukrainien Viktor Yanukovitch a fait marche arrière sur ses plans d’intégrer l’Ukraine dans l’UE et d’imposer des dizaines de milliards de dollars de coupes sociales contre les travailleurs pour rembourser la dette de l’Ukraine envers les grandes banques. Craignant une explosion des manifestations de masse, il a accepté un renflouage de la part de la Russie à la place. L’opposition d’extrême-droite a redoublé d’efforts alors que des manifestations opposées anti-gouvernement et anti-opposition se multipliaient; contre le gouvernement dans la partie ukrainophone et contre l’opposition dans la partie russophone du pays.

Alors que l’intervention de l’UE risque de faire basculer l’Ukraine dans la guerre civile et le désastre social, cette lettre ouverte met la réalité à l’envers, présentant les développements en Ukraine comme une menace contre l’UE : « il n’est pas trop tard pour nous de changer les choses pour le mieux et d’empêcher l’Ukraine d’être une dictature. La passivité face au tournant autoritaire de l’Ukraine et à la réintégration du pays dans une nouvelle sphère impérialiste russe en expansion crée une menace pour l’intégrité de l’Union européenne. »

En fait, ni l’Ukraine ni la Russie n’ont menacé d’attaquer l’UE. C’est l’Ukraine – avec son réseau énergétique, ses bases militaires stratégiques, et son industrie lourde – qui devient de plus en plus intéréssante dans le cadre de la campagne agressive des impérialismes américains et européens qui veulent piller la région et viser la Russie. Tout en menaçant d’attaquer les principaux alliés de Moscou au Moyen-Orient, la Syrie et l’Iran, ces impérialismes menacent aussi le principal allié de Moscou en Europe de l’Est, l’Ukraine, d’un changement de régime ou d’une partition du pays.

La dynamique d’imposition d’une domination impérialiste sans entraves sur l’Europe de l’Est, qui a commencé après la restauration du capitalisme avec des interventions et des guerres de plus en plus intenses de l’OTAN en Yougoslavie dans les années 1990, a atteint un stade très avancé. Elle a mis en branle la prochaine campagne pour un changement de régime et une partition selon des lignes ethniques en Russie où Washington est déjà en train d’étudier divers groupes ethniques – Tchétchènes, Tatars ou Circassiens – dont les doléances pourraient être mobilisées contre Moscou.

Cette question est soulevée assez directement dans une partie influente de la presse occidentale. Le Financial Times de Londres a écrit dimanche, « M. Yanukovitch et M. Poutine sont des chefs d’une même trempe et avec un modèle de gouvernement similaire. Si les Ukrainiens font tomber l’homme au pouvoir à Kiev, les Russes pourraient se demander pourquoi ils ne pourraient pas faire de même avec l’homme qui est au Kremlin. »

En s’alignant sur la campagne des États-Unis et de l’UE pour dominer l’Europe de l’Est, les signataires de cette lettre ouverte embrassent les objectifs historiques de l’impérialisme allemand. Berlin a envahi par deux fois l’Ukraine au 20e siècle, en 1918 et en 1941. Il est remarquable que les auxiliaires locaux de l’impérialisme en Ukraine aujourd’hui soient les descendants politiques des fascistes ukrainiens qui ont aidé les nazis à mener l’holocauste ukrainien – une politique d’extermination de masse destinée à vider l’Ukraine de sa population pour préparer sa colonisation par des colons allemands.

Dans le même temps, à la conférence de Munich sur la sécurité cette année, des responsables allemands de haut rang ont déclaré que Berlin veut abandonner les restrictions sur l’usage de la force militaire que l’Allemagne avait respecté depuis la fin de la seconde Guerre mondiale.

Les conséquences désastreuses de la politique auto-destructrice de la bureaucratie soviétique et de l’approche inconséquente de Michaël Gorbatchev quand il a dissout l’URSS – croyant que le concept d’impérialisme n’était qu’une fiction inventée par le marxisme – apparaissent clairement.

Trotsky avait prévenu que la dissolution de l’URSS ne ferait pas que restaurer le capitalisme, mais transformerait la Russie en un état inféodé aux puissances impérialistes : « Une Russie capitaliste ne pourrait pas à présent occuper même la position de troisième ordre à laquelle la Russie tsariste était prédestinée par le cours de la guerre mondiale. Le capitalisme russe aujourd’hui serait un capitalisme dépendant, semi-colonial sans aucune perspective. La Russie numéro 2 occuperait une position quelque part entre la Russie numéro 1 et l’Inde. Le système soviétique avec son industrie nationalisée et son monopole du commerce extérieur, en dépit de toutes ses contradictions et difficultés, est un système protecteur pour l’indépendance économique et culturelle du pays. »

C’est là l’agenda établi par l’impérialisme et ses auxiliaires fascistes : ramener la Russie et l’Ukraine à un statut semi-colonial par la subversion interne, la guerre civile ou les intervention militaires extérieures. Des processus qui risquent d’entrainer la mort de millions de gens sont mis en mouvement.

Mobiliser la classe ouvrière en lutte contre la guerre impérialiste et l’exploitation néo-coloniale est la tâche centrale en Europe de l’Est. Des mises en garde doivent être faites. En l’absence d’une telle lutte, étant donné la faillite et l’impopularité des régimes oligarchiques de la région, il y a toutes les raisons de penser que des gangs fascistes déterminés – soutenus par les gouvernements impérialiste et jouissant de la couverture poltique fournie par des universitaires et des diplomates pro-impérialistes – parviendront à faire renverser les régimes existants.

Cela souligne le rôle réactionnnaire des signataires de cette lettre ouverte. Certains sont des diplomates de haut rang ou des agents impérialistes « non-alignés » – comme les ex-ministres espagnole et français des Affaires étrangères Ana Palacio et Bernard Kouchner, ou Chris Stone et Areyh Neier de l’Open Society Institute fondé par le milliardaire George Soros et lié au ministère américain des Affaires étrangères. La plupart cependant sont des universitaires et des intellectuels qui prêtent leurs noms pour donner de la crédibilité à la réaction d’extrême-droite en Ukraine, par une combinaison pernicieuse d’ignorance feinte et d’aveuglement historique.

Certains des noms sur cette liste de signataires évoquent des regrets – comme Fritz Stern, un historien qui était par le passé capable d’écrire sérieusement sur les questions historiques.

D’autres, comme celui du charlatan post-moderne Slavoj Zizek, ne sont pas une surprise. Ils ne font que confirmer l’alignement de sections affluentes de la classe moyenne sur le brigandage impérialiste, et le rôle réactionnaire joué par la pseudo-gauche dans la formation de porte-paroles de l’impérialisme.

Après des décennies de guerre intellectuelle contre le marxisme dans les universités et les médias, la vie culturelle est dans un état désastreux. Hostile à la conception marxiste de l’impérialisme et des intérêts matériels qui animent sa politique, ces couches restent insensibles aux crimes impérialistes – la destruction de Falloudja durant l’occupation américaine de l’Irak ou la campagne de meutres par drones en Afghanistan. Mais leurs stylos entrent rapidement en action dès que les politiciens de l’UE secrètent leur salive morale et dénoncent des régimes désignés comme les prochaines cibles d’une intervention impérialiste. Ils peuvent être menés par le bout du nez, jusqu’à suivre des fascistes, avec quelques invocations creuses des droits de l’Homme.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 5 février 2014

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Et c’est reparti pour un tour! Nous sommes en janvier 2014 mais on se croirait en janvier 2013*, ou en janvier de l’année d’avant, ou même il y a 10 ans. Jakarta est sous les eaux; les gens essayent de sauver tout ce qu’ils peuvent mais leur maison est foutue…Des hommes, des femmes et des enfants meurent….des dizaines de milliers sont malades, souffrant de typhoïde et de diarrhée.

Alors que je m’enfonce dans les zones inondées, mon ami, un expert médical m’envoie un sms: «s’il te plaît, fais attention à Jakarta…..à la leptospirose, la typhoïde et aux autres maladies infectieuses…» Il y a déjà des douzaines de morts juste dans la capitale ou tout du moins c’est ce qui a été rapporté dans les médias locaux. Comme toujours, nous ne connaîtrons jamais les vrais chiffres. Comme toujours, ils sont beaucoup plus élevés que les chiffres officiels.

Cette année, ils ont installé beaucoup plus de Posko’s qu’en 2013. En principe, un posko est un poste de sauvetage, mis en place durant les désastres naturels, en théorie pour fournir de l’aide, distribuer de l’eau et de la nourriture ou offrir un abri. Tout autour de Kampung Melayu, il y a des douzaines de posko’s: même les forces spéciales Koppasus réputées pour leur brutalité s’y sont mis, de même que la police qui en gère un autre, juste à côté suivie d’une organisation islamique qui en fait de même. Chaque poste fait sa propre publicité. Mais à l’intérieur, c’est vide; policiers et soldats se divertissent à des jeux, mangent ou dorment. Dans l’abri, il y a seulement une poignée de femmes et d’enfants. Les bateaux en caoutchouc sont au sec; en train d’être gonflés et dégonflés tandis que d’autres bateaux de sauvetage sont adossés contre le mur. Grues, ambulances, bateaux; beaucoup sont totalement à l’arrêt.

 

flooded Kampung Melayu

Kampung Melayu sous les eaux

«Cette année, les inondations sont pires que celles de l’an dernier», m’explique un officier de police, s’appelant Nurasid. Dans l’abri, la fille d’un chef de quartier me dit qu’elle est ici depuis déjà six jours: «Cette fois l’eau est montée jusqu’à deux mètres, je l’ai mesurée dans notre maison. Je ne sais pas pourquoi.» Bonne question, parce que cette administration a effectivement été élue principalement pour ses promesses de réduire les problèmes de circulation qui paralysent presque toute la ville et pour empêcher les inondations dévastatrices.

A quelques minutes de voiture, sous un échangeur, des douzaines de personnes vivent dehors au milieu de ballots de vêtements, avec leurs enfants et même plusieurs animaux domestiques. L’une des personnes déplacées, Mr Ilyas me raconte: «Nous sommes allés à la mosquée Tahiriyah mais elle était surchargée. Nous n’avons pas pu entrer dans d’autres mosquées -Ils ont refusé de nous accueillir prétextant que si nous entrions, cela serait considéré comme najis et kotor, ce qui signifie impur et crasseux. Nous n’avions aucune idée pourquoi ils pensaient à ça…Nous sommes environ deux cents maintenant sous ce pont. Il y a une cantine tenue par la police à proximité mais ils cuisinent pour eux, et non pour nous.»

La rivière est déchaînée et les maisons le long de ses rives sont clairement coupées du reste du monde. Les habitants, ceux qui sont au sec, passent la journée avec leurs enfants, à regarder ceux qui ne sont pas aussi chanceux.

L’ennui dans les villes indonésiennes est légendaire. Et chaque malheur ou désastre draine une large foule de curieux. Il n’y a même pas la moindre tentative de fournir un peu de secours de la part du gouvernement ou du voisinage. En tout cas, pas en ce moment alors que je suis ici. C’était la même chose l’an dernier…Je sais que des gens obtiennent un peu d’aide. Mais c’est sporadique, insuffisant et sans aucune coordination.

L’eau monte et descend. Des gens meurent. Des milliers d’entre eux n’ont plus de toit, des centaines de milliers, parfois des millions, voient leur habitation endommagée. Le système capitaliste indonésien ne se sent pas concerné. Il méprise tout ce qui est public. Seules des entreprises rentables sont prises au sérieux et mises en oeuvre. En clair: seules des activités qui pouvant enrichir des individus déjà riches, sont sérieusement prises en considération.

trying to direct traffic in flood

La police tente de diriger le trafic les pieds dans l’eau

Alors que Jakarta est sous les eaux, le reste de l’Indonésie a son lot de dévastations: les flots ont submergé au moins 22 villages de Java centre et des glissements de terrain ont fait des victimes à Malang Java-est. 90 personnes ont été emportées par les inondations et glissements de terrain à Manado et ses environs, sur l’île de Sulawesi. Il y a quelques années, l’Onu a désigné l’Indonésie comme «la nation sur terre qui subit le plus de catastrophes».

Il est vrai que le pays est assis sur la ceinture de feu. Il est vrai que le pays est périodiquement secoué par des tremblements de terre, ravagé par des tsunamis et même par des nuées ardentes de volcans en éruption. Certaines calamités sont imprévisibles et inéluctables. Mais la plupart des vies perdues sont dues sans l’ombre d’un doute à des désastres non naturels déclenchés eux mêmes par des éléments totalement artificiels -l’étrange fondamentalisme du marché. L’Indonésie est gouvernée par des voyous, par une clique de voleurs impitoyables qui ont survécu en tant qu’espèces depuis le coup d’état de 1965 soutenu par les Usa dans lequel des citoyens indonésiens de premier plan furent massacrés, emprisonnés ou exilés.

Le pays est paralysé par un mélange violent de féodalisme/capitalisme, fondamentalisme religieux (non seulement islamique, mais aussi chrétien et hindou), ajouté à une désinformation ainsi qu’un piètre niveau d’éducation.

Les infrastructures du pays sont en voie d’implosion. Prêtres corrompus, propriétaires d’usine, lobbies d’affaires: tous n’ont pas de temps à consacrer aux choses qu’ils voient comme futiles ou même insensées: les travaux publics, le développement des transports en commun, de meilleures écoles et hôpitaux ou des choses simples telle la prévention des tsunamis, un système de drainage, la gestion des déchets ou la distribution d’eau potable.

 

under the flyover

Sous l’échangeur

Le système du pays est basé essentiellement sur l’optimisation des profits, sur le pillage de tout ce qui est encore dans le sol et en surface. Ensuite pour faire bonne figure, quelques miettes de charité sont lancées aux pauvres qui représentent la majorité. Comme un membre de l’Académie des Sciences en Indonésie me le disait il y a quelques années, Jakarta et toutes les grandes villes du pays ont un accès à l’eau potable pire que les villes indiennes et même que celles du Bangladesh. La gestion des déchets est considérée comme une dépense inutile et de ce fait, les rivières et canaux des grandes villes sont encombrés de détritus.

Le système de drainage est inadapté et vieillissant, datant souvent de l’époque coloniale hollandaise lorsque Jakarta alors nommée Batavia était une petite ville de quelques centaines de milliers d’âmes et non le monstre actuel de 12 millions d’habitants. Comme les urbanistes ont englouti quasiment tous les parcs, il subsiste quelques rares espaces verts en ville. Et dans les montagnes, l’érosion des sols, la surexploitation minière et du ‘développement’ encore et encore, ont causé de telles destructions environnementales que lors de la saison des pluies, l’eau s’écoule des hauteurs de manière imprévisible et incontrôlable.

Bien sûr, la nature reprend ses droits; elle punit ceux qui défigurent et détruisent les paysages. Malheureusement, dans ce pays, les véritables responsables de ce projet national désastreux- l’Indonésie- sont planqués derrière de hauts murs dans des zones confortables et relativement sûres. Les pauvres, privés de tout et sans protection, sont secoués par des glissements de terrain, subissant les inondations et perdant tous leurs biens. Une logique implacable.

in the police tent,  helping flood victims

Dans une tente installée par la police pour secourir les victimes des inondations

«A Jakarta», comme me le disait un homme d’affaires important qui vit désormais à l’étranger: «Ils ne construiront jamais de système de transports en commun décent à cause du lobby automobile. Et ils se fichent pas mal que les grandes villes subissent de graves paralysies liées aux embouteillages et une pollution terrible.» La même chose peut être affirmée concernant l’industrie du bâtiment. Comme me l’avait expliqué Madame Sofya, une victime des dernières inondations qui a littéralement emporté sa maison située au nord de Jakarta: «pourquoi les entreprises devraient t-elles se soucier des projets gouvernementaux? Une fois terminés, les projets ne reviennent plus. Si aucun système d’évacuation n’est installé et que les inondations ne cessent de revenir chaque année, des centaines de milliers de maisons continueront d’être détruites….C’est fantastique n’est ce pas! Pour le business, en effet c’est excellent! Cela signifie des profits juteux pour ceux qui réparent et reconstruisent maisons et bâtiments.»

Le professeur Muslim Muin du prestigieux Institut de Technologie de Bandung (ITB) n’a aucun doute où le problème réside: «Ne blâmons pas les océans. Le niveau de la mer est normal cette année. Le problème se situe dans les rivières et canaux de Jakarta qui ne peuvent pas absorber toute cette quantité d’eau. Avant la saison des pluies, le gouvernement devrait effectuer une simulation hydrodynamique et ainsi il saurait de quelles sortes de pompes il aurait besoin et quel type de système d’évacuation pourrait être utilisé.»

Mais le gouvernement n’a pratiquement jamais effectué ce genre de test. Ainsi, chaque année, les inondations arrivent comme ‘une surprise’. Des gens perdent leur maison. Ceux qui sont au pouvoir réalisent d’énormes profits. Et les religions, d’une manière ou d’une autre, donnent un sens à tout cela. Ainsi les riches restent riches. Rien ne change. Et l’année prochaine, la nation tombera encore une fois des nues devant la catastrophe annoncée.

Andre Vltchek

 

Article original en anglais : The Floods of Jakarta. The Poor Are Dying to Make the Rich Richer, Counterpunch, 24 janvier 2014.

Traduit par Eric Colonna

Andre Vltchek est un romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il couvre des guerres et conflits dans des douzaines de pays. Auteur de Point of No Return , roman politique acclamé par la critique, réédité et de nouveau disponible (traduit en français), auteur d’un livre très critique sur l’Indonésie post-suharto et son modèle de libéralisme sauvage“Indonesia – The Archipelago of Fear” (non traduit en français). Après avoir vécu de longues années en Amérique du sud et en Océanie, Vltchek habite et travaille entre l’Asie du sud-est et l’Afrique. On peut le contacter sur son website ou Twitter.

 

 

Notes du traducteur

Voir l’article de Vltchek du 25/01/13 Jakarta’s killer floods and the Elites

 

D’autres photos

Indonésie Java Jakarta-centre Inondation Kampung Kebon Sirih

Jakarta inondation sur jalan Kebon Sirih Barat

Indonésie Java inondations

Indonésie Java inondations

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Africa Faith and Justice Network | Environmental Defender Law Center | Fern | Forest Peoples Programme | GRAIN | Grassroots International | Greenpeace | Nature Cameroon | Presbyterian Church USA | Rainforest Foundation UK | Rainforest Rescue | Save Wildlife | Sciences Po Law School | Struggle to Economize Future Environment | The Centre for Environment and Development | The Network for the Fight Against Hunger | The Oakland Institute | World Rainforest Movement

 

Envoyez un e-mail à Herakles Farms et demandez à cette société d’arrêter sa campagne d’intimidation contre Nasako Besingi et d’autres défenseurs des communautés locales et des forêts.

 

Herakles Farms a entrepris de faire, dans la région sud-ouest du Cameroun, une plantation de palmiers à huile de 20 000 hectares qui se heurte à la forte opposition des communautés concernées.

Nasako Besingi et son ONG Struggle to Economise Future Environment (SEFE), accompagnés par d’autres activistes et organisations locales, luttent depuis longtemps pour protéger les droits de la population et pour préserver les forêts dans la zone où opère Herakles. Ils ont été soumis à des menaces, des procès, des arrestations et des attaques violentes.

 

Nasako Besingi se rendait à moto dans un village qui lui avait demandé de leur parler des plans d’Herakles quand il s’est fait agresser par un groupe d’hommes. (Photo : France24)Nasako Besingi se rendait à moto dans un village qui lui avait demandé de leur parler des plans d’Herakles quand il s’est fait agresser par un groupe d’hommes. (Photo : France24)

Le 31 décembre 2013, Nasako a été convoqué, à la demande d’Herakles Farms, pour « publication d’informations fausses via internet ». Le procès de Nasako commence le 28 janvier 2014 ; il pourrait être condamné à 6 mois de prison et à des dommages et intérêts de 4 milliers de dollars USA. Le procès intenté par Herakles est basé sur un courrier électronique envoyé par Nasako en août 2012, où il racontait qu’il avait été attaqué par un groupe d’hommes qu’il avait identifiés comme des cadres subalternes d’Herakles Farms. Par chance, une équipe de journalistes français de France24 suivait Nasako ce jour-là. Quand leur camion est apparu, les hommes ont lâché Nasako et se sont enfuis. Herakles Farms admet que les hommes qui ont attaqué Nasako étaient des « fournisseurs de services locaux ». Nasako et quatre de ses collègues sont accusés aussi d’avoir organisé « une réunion publique non déclarée » lorsqu’ils distribuaient à la population des tee-shirts contre Herakles.

Nasako n’est pas la seule cible des menaces d’Herakles et du gouvernement du Cameroun. En septembre dernier, une autre ONG locale, Nature Cameroun, a été suspendue par un fonctionnaire du gouvernement pour avoir informé les résidents sur les dangers que comporte le projet d’Herakles Farms pour leurs moyens de subsistance et leur environnement.

Il est urgent que la communauté internationale soutienne Nasako dans son procès et fasse pression sur Herakles pour qu’elle mette fin à sa campagne d’intimidation contre Nasako et Nature Cameroun.

Le 28 janvier 2014, plusieurs ONG ont adressé une lettre aux Rapporteurs spéciaux de l’ONU, lui demandant d’enquêter et d’intervenir au sujet de ces cas de répression et de criminalisation d’organisations locales et d’activistes camerounais.

Vous pouvez envoyer directement un courrier électronique à la compagnie pour lui exiger de retirer son accusation de diffamation contre Nasako et de cesser d’intimider les activistes et les organisations. Les courriers peuvent être adressés au directeur actuel du projet au Cameroun, Patrick Jones (voir plus loin).

Ceux qui souhaitent faire des dons pour contribuer aux frais de justice de Nasako et soutenir la lutte de la communauté locale contre Herakles Farms peuvent le faire ici (Nasako recevra 100 % des contributions):

 

Vous pouvez aussi contacter Nasako à l’adresse [email protected].

 

 

Pour vous renseigner sur le projet destructeur d’Herakles Farms au Cameroun, veuillez visiter :

SEFE : SEFE qualifie l’accord foncier passé par le Président du Cameroun avec l’entreprise américaine Herakles Farms d’injustice grave et d’entrave aux valeurs conventionnelles.

GREENPEACE et OAKLAND INSTITUTE : Herakles exposed: The truth behind Herakles Farms false promises in Cameroon (2013) ; et Huile de Palme au Cameroun: le Double jeu d’Herakles Farms (2012).

GRAIN: Un activiste camerounais menacé d’emprisonnement pour s’être attaqué à un accapareur de terres de Wall Street.


Modèle de lettre à envoyer par e-mail

Monsieur Patrick Jones

Herakles Farms

 

Cher Monsieur,

Je vous écris pour demander que votre compagnie, Herakles Farms, retire ses accusations contre Nasako Besingi, directeur de SEFE, qu’elle retire aussi la plainte qui a causé la suspension de Nature Cameroun, et qu’elle cesse immédiatement toute forme d’intimidation à l’égard des organisations camerounaises qui, de façon absolument pacifique, défendent les droits de la population et protègent les forêts dans la zone où opère Herakles.

Je vous remercie d’avance de l’attention que vous accorderez à cette demande urgente.

[signature]

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Tortures de la CIA : que savait Varsovie ?

février 6th, 2014 by Roman Imielski

Contexte :

Le 23 janvier, le Washington Post révèle que la base militaire de Stare Kiejkuty a été utilisée pour détenir – et torturer – les individus soupçonnés de terrorisme, parmi lesquels Khalid Cheikh Mohammed, cerveau des attaques du 11 septembre, capturé au Pakistan le 28 février 2003, avant leur transfert vers la base de Guantanamo. Selon le journal, les Etats-Unis ont payé 15 millions de dollars aux services secrets polonais pour la location d’une villa “extraterritoriale”, non loin de la piste d’atterrissage de Szymany. La somme a été envoyée en liquide par la valise diplomatique.


Le problème n’est pas que la Pologne ait choisi de collaborer étroitement avec les Etats-Unis au lendemain des attaques du 11 septembre, mais le fait qu’elle ne se soit pas assurée de pouvoir contrôler ce qui se passait dans la villa de Stare Kiejkuty [au nord de Varsovie].

Aujourd’hui, il est très facile d’accuser les politiciens et les officiers des services secrets alors en poste. Je n’ai guère d’illusions : indépendamment de qui était Premier ministre ou président, ils auraient dû dire oui à la demande des Américains de leur louer une villa de manière “extraterritoriale”.

Il y a plusieurs raisons à cela : la gratitude pour le soutien des Etats-Unis à l’opposition polonaise à l’époque communiste et ensuite, une fois le communisme renversé, l’admission de la Pologne dans l’Otan, en 1999. Après le 11 septembre, il n’était pas bon pour nous, alliés dans l’opération afghane, de dire non aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, on sait que Khalid Cheikh Mohammed a été détenu à Stare Kiejkuty, qu’on l’a systématiquement soumis à la torture duwaterboarding et qu’on a menacé d’autres détenus avec une perceuse sur la tempe et avec des exécutions simulées. Cela est inadmissible et les responsables devraient être jugés.

Mais à l’époque, qui pouvait soupçonner qu’on allait torturer des gens à Stare Kiejkuty ? La Constitution américaine l’interdit. Selon un accord entre nos services secrets et la CIA, nous avons mis à disposition une piste d’atterrissage pour la réception de cargaisons spéciales et une villa dans l’enceinte du centre de formation des renseignements polonais pour y détenir des individus accusés de terrorisme.

Stare Kiejkuty 


L’article du Washington Post confirme
 que les officiers polonais n’ont pas eu accès à la partie la plus secrète du bâtiment. Ils ne pouvaient rien savoir des tortures : le document de l’administration Bush était ultraconfidentiel et, à la CIA, seule une poignée de gens était au courant. Tout comme on n’avait pas connaissance du sauf-conduit spécial, établi pour les officiers américains par les juristes du ministère de la Justice. Il devait leur garantir l’immunité en cas de poursuites. A ce jour, personne n’a été jugé aux Etats-Unis.

Les Américains ont tout fait pour cacher ce qu’ils faisaient avec les gens soupçonnés de terrorisme. Quand la presse l’a révélé, la prison de Stare Kiejkuty était déjà fermée [en septembre 2003, après le rapport d’Amnesty International d’août, le Washington Post en a parlé à la fin 2005].

Le procureur polonais devrait établir si les hommes politiques et les officiers polonais étaient au courant des tortures ou s’ils ont soupçonné leur usage. S’il apparaissait qu’ils savaient et n’ont rien fait, ils devraient être punis. S’ils n’en savaient rien, cela devrait constituer une circonstance atténuante.

Roman Imielski
Publié le 27 janvier 2014 dans Gazeta Wyborcza (extraits) Varsovie

Version française : courrierinternational.com

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Le patrimoine syrien en ruine

février 6th, 2014 by Martin Chulov

Mosquée d’Umayyad, Alep, photo prise en 2012,avant d’être détruite en 2013 lors de combats. Photographie : Alamy

La guerre en Syrie a fait plus de 130 000 victimes. Les images montrent qu’elle anéantit aussi des bâtiments historiques et des sites classés par l’Unesco.

Il fut un temps où les gens vivaient et travaillaient sur de paisibles boulevards bordés d’arbres, où ils allaient faire leurs courses sur d’antiques marchés et où ils priaient à l’intérieur de somptueuses mosquées centenaires.De tout cela, il ne reste que des ruines. La guerre ne décime pas seulement des générations de Syriens, elle détruit tout ce qui les entoure, y compris des sites remontant aux premiers jours de la civilisation. Déchirée par une guerre longue de bientôt trois ans et qui semble impossible à arrêter, la Syrie voit son patrimoine cinq fois millénaire disparaître chaque jour un peu plus sous les décombres.Sur Internet, des vidéos amateurs souvent très choquantes montrent régulièrement la destruction de villes et de villages entiers. Peu de gens les regardent encore. Les images mal cadrées ne révèlent que rarement les dégâts infligés en dehors du champ de bataille à de vieilles églises, à des forteresses de croisés ou à d’autres vestiges qui avaient résisté à plusieurs milliers d’années de purges et de rébellions et sont aujourd’hui réduits en cendres par une guerre impitoyable.

The Old Souk in Aleppo

Le Vieux Souk, Alep.  Photos: Corbis, Stanley Greene/Noor/Eyevine

Six sites inscrits au patrimoine mondial

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La guerre en Syrie a coûté la vie à plus de cent trente mille personnes. Au moins deux millions de Syriens ont trouvé refuge dans des pays voisins et plus de deux autres millions sont déplacés à l’intérieur du pays. Cela fait longtemps que l’économie et l’industrie ne fonctionnent plus. L’espoir s’amenuise lui aussi de jour en jour. La Syrie compte six sites inscrits au patrimoine mondial retraçant au moins deux mille ans d’histoire. Tous ont été endommagés par les combats.

Ces images prises avant les combats nous montrent la Syrie telle qu’elle est apparue dans les livres d’histoire pendant des décennies : un pays où les gens allaient au marché et se rencontraient dans les cours des mosquées. Les clichés pris aujourd’hui révèlent l’ampleur ahurissante des dégâts dans tout le pays et la destruction de l’âme et de l’identité syriennes.
Al-Kindi hospital in Aleppo

Hôpital al-Kindi, Alep. 2011 et 2013. Photos: Getty

A Alep, l’un des plus vieux marchés couverts du monde est aujourd’hui en ruine. Son dédale de ruelles en pierre a été le théâtre de certains des combats les plus acharnés de ces dix-huit derniers mois. Les bombardements aériens et les combats rapprochés au sol ont été sans pitié pour cet héritage national. Ceux qui osent encore se dresser au-dessus des ruines pour regarder vers l’antique citadelle au centre de la ville peuvent voir les destructions infligées à bon nombre de ses murs.

La vie s’est arrêtée

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A plusieurs centaines de kilomètres au sud, à l’ouest de la troisième ville du pays, Homs, l’un des plus célèbres châteaux médiévaux au monde, le krak des Chevaliers, a encore plus souffert de la guerre. Directement touchée par des tirs d’obus, la vieille forteresse est en partie dévastée.

Dans la ville, le constat est encore plus désolant. Une rue résidentielle, où il y a encore peu des voitures stationnaient à l’ombre des eucalyptus, a été entièrement détruite. La vie s’est arrêtée dans cette partie de la ville, comme dans l’essentiel de l’intérieur des terres. Sur une photo, on voit les ruines d’un char en plein milieu d’une rue. Le vieux minaret à côté a été réduit en poussière. Cette photo aurait été prise non loin de Hama, au nord de Homs, mais elle pourrait aussi bien illustrer l’étendue des dégâts dans certains quartiers de Damas, la capitale, ou dans d’autres villes et villages – de Idlib, au nord, jusqu’à Deraa, au sud –, où les premiers foyers d’insurrection ont tourné au conflit armé en mars 2011.

En mai 2012, Emma Cunliffe, étudiante en doctorat à l’université de Durham et membre du réseau international du patrimoine mondial, a rédigé un rapport sur les destructions de sites syriens classés, rappelant la richesse des civilisations dont est issue la Syrie actuelle.

A street in Homs, Syria in 2011 and 2014

Une rue à Homs, en 2011 (au-dessus) et 2014 (en-dessous)

 

 

Même les sites éloignés des combats font l’objet de pillage

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Le  Souk Bab Antakya, Aleppo. 2009 et 2012. Photos: Alamy, Reuters

“De nombreuses civilisations de l’âge de bronze ont laissé leur empreinte en Syrie, notamment les Babyloniens, les Assyriens et les Hittites, explique-t-elle. Eux-mêmes ont laissé la place aux Grecs, aux Sassanides, aux Perses, aux Romains puis aux Arabes. Bon nombre de ces peuples avaient choisi des villes syriennes comme capitales. Il y a ensuite eu les croisés européens qui ont laissé certaines des forteresses parmi les plus impressionnantes de l’histoire, puis l’Empire ottoman. Toutes ces cultures ont coexisté et se sont opposées pour donner naissance à quelque chose de nouveau et unique au monde.”

Pour elle, le patrimoine syrien est plus que jamais menacé. “Les sites archéologiques syriens sont souvent sur les lignes de front et subissent d’importants dégâts. En raison de l’insécurité et des difficultés économiques croissantes, même les sites éloignés des combats font l’objet de pillage. Cela ne prive pas seulement les Syriens mais le monde entier d’un riche héritage, source autant d’inspiration que de revenus.”

En raison des difficultés d’accès au pays, les destructions sont répertoriées par images satellite. Dan Thompson, directeur des projets mondiaux pour le Fonds du patrimoine mondial, estime que “tous les sites classés du pays ont été endommagés, y compris les villes classées par l’Unesco, et un grand nombre de bâtiments ont été abîmés, détruits ou largement pillés. Les obus, les tirs et les machines de guerre installées sur des sites, de même que les pillages, constituent les principales causes de destruction, même si on déplore aussi une part de vandalisme. Pour autant que nous le sachions, aucune mesure concrète n’a été prise pour lutter contre ces destructions à l’heure actuelle.”

Martin Chulov

The Guardian 

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Mosquée d’Omari mosque à Deraa. 2011 et 2013. Photos: Reuters

 

 

Article original en anglais : Syria’s heritage in ruins: before-and-after pictures The Guardian, 26 janvier 2014.

Traduction : courrierinternational.com

 

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Après la Yougoslavie, l’Ukraine ?

février 6th, 2014 by Thierry Meyssan

Photo : Le 15 décembre 2013, le sénateur John McCain —qui supervisa la « révolution orange » de 2004 et soutient le jihadisme en Syrie— s’adresse aux manifestants sur la place Maidan. On reconnaît à sa droite le leader nazi Oleh Tyahnybok.

C’est à tort que les opinions publiques ouest-européennes observent la crise ukrainienne comme une rivalité entre Occidentaux et Russes. En réalité, Washington ne cherche pas à faire basculer le pays vers l’Union européenne, mais à priver la Russie d’un de ses partenaires historiques. Pour ce faire, les États-Unis sont prêts à déclencher une nouvelle guerre civile sur le continent.

 

Après avoir démembré la Yougoslavie au cours d’une guerre civile de dix ans (1990-1999), les États-Unis ont-ils décidé de détruire identiquement l’Ukraine ? C’est ce que laisse penser les manœuvres que l’opposition se prépare à conduire durant les Jeux Olympiques de Sotchi.

L’Ukraine est historiquement divisée entre à l’Ouest, une population tournée vers l’Union européenne et, à l’Est, une population tournée vers la Russie, auxquels s’ajoute une petite minorité musulmane en Crimée. Depuis l’indépendance, l’État s’est progressivement effondré. Profitant de la confusion, les États-Unis ont organisé la « révolution orange » (2004) [1], qui porta au pouvoir un clan mafieux toujours pro-atlantiste. Moscou répondit en annulant ses subventions sur le prix du gaz, mais le gouvernement orange ne put pas compter sur ses alliés occidentaux pour l’aider à payer le prix du marché. En définitive, il perdit l’élection présidentielle de 2010 au profit de Viktor Ianoukovytch, un politicien corrompu parfois pro-russe.

Le 21 novembre 2013, le gouvernement renonce à l’accord d’association négocié avec l’Union européenne. L’opposition répond par des manifestations, à Kiev et dans la partie occidentale du pays, qui prennent bientôt un aspect insurrectionnel. Elle réclame des élections législatives et présidentielle anticipées et refuse de constituer un gouvernement lorsque le président Ianoukovytch lui propose et que le Premier ministre démissionne. Les événements sont baptisés par Radio Free Europe (la radio du département d’État US) Euromeïdan, puis Eurorévolution.

Le service d’ordre de l’opposition est assuré par Azatlyk, un groupe de jeunes Tatars de Crimée qui rentre pour l’occasion du jihad en Syrie [2].

La presse atlantiste prend fait et cause pour l’« opposition démocratique » et dénonce l’influence russe. De hautes personnalités atlantistes viennent apporter leur soutien aux manifestants, dont Victoria Nuland (secrétaire d’État adjointe et ancienne ambassadrice à l’Otan) et John McCain (président de la branche républicaine de la NED). Au contraire, la presse russe dénonce des manifestants qui veulent renverser dans la rue des institutions élues démocratiquement.

Manifestation aux flambeaux de 15 000 nazis à Kiev, le 1er janvier 2014.

Au départ, le mouvement apparaît comme une tentative de réédition de la « révolution orange ». Mais le pouvoir change de main dans la rue, le 1er janvier 2014. Le parti nazi « Liberté » organise une marche au flambeau qui réunit 15 000 personnes en mémoire de Stepan Bandera (1909-1959), le leader nationaliste qui s’allia aux nazis contre les Soviétiques. Depuis cette marche, la capitale se couvre de graffitis antisémites et des personnes sont attaquées dans la rue parce que juives.

L’opposition pro-européenne est composée de trois partis politiques :
- L’Union panukrainienne « Patrie » (Batkivshchyna), de l’oligarque et ancien Premier ministre Ioulia Tymochenko (actuellement incarcérée suite à ses condamnations pénales pour détournements de fonds publics), aujourd’hui dirigé par l’avocat et ancien président du Parlement Arseni Iatseniouk.
Elle défend la propriété privée et le modèle libéral occidental. Elle a obtenu 25,57 % des voix aux élections législatives de 2012.
- L’Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (UDAR), de l’ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko.
Elle se réclame de la démocratie chrétienne et a obtenu 13,98 % aux élections de 2012.
- L’Union panukrainienne Liberté (Svoboda), du chirurgien Oleh Tyahnybok.
Cette formation est issue du Parti national-socialiste d’Ukraine. Elle est favorable à la dénaturalisation des Ukrainiens juifs. Elle a emporté 10,45 % des voix aux élections législatives de 2012.

Ces partis parlementaires son soutenus par :
- Le Congrès des nationalistes ukrainiens, un groupuscule nazi issu des anciens réseaux stay-behind de l’Otan dans le Bloc de l’Est [3].
Sioniste, il préconise la dénaturalisation et l’expulsion des Ukrainiens juifs vers Israël. Il a obtenu 1,11 % des voix en 2012.
- L’Autodéfense ukrainienne, un groupuscule nationaliste qui a envoyé ses membres se battre contre les Russes en Tchétchénie, puis en Ossétie durant le conflit géorgien.
Il a obtenu 0,08 % des voix en 2012.

En outre, l’opposition a reçu le soutien de l’Église orthodoxe d’Ukraine, en révolte contre le Patriarcat de Moscou.

Depuis la prise de la rue par le parti nazi, les manifestants, souvent casqués et habillés de tenues para-militaires, dressent des barricades et attaquent les bâtiments officiels. Certains éléments des forces de police font également preuve de beaucoup de brutalité allant jusqu’à torturer des détenus. Une dizaine de manifestants seraient morts et près de 2000 auraient été blessés. Les troubles se propagent dans les provinces occidentales.

Selon nos informations, l’opposition ukrainienne cherche à transporter sur place du matériel de guerre, acquis sur des marchés parallèles. Il n’est évidemment pas possible d’acheter des armes en Europe de l’Ouest et de les acheminer sans le consentement de l’Otan.

La stratégie de Washington semble mêler en Ukraine des recettes éprouvées lors des « révolutions colorées » et d’autres récemment mises au point lors des « printemps arabes » [4]. Les États-Unis ne se cachent d’ailleurs pas : ils ont envoyé sur place deux hauts fonctionnaires, Victoria Nuland (adjointe de John Kerry) et John McCain (qui n’est pas seulement sénateur républicain, mais aussi président de l’IRI, la branche républicaine de la NED [5]) pour soutenir les manifestants. À la différence de la Libye et de la Syrie, Washington ne peut pas compter sur place sur des jihadistes pour semer le chaos (hormis les extrémistes Tatars, mais ils ne sont qu’en Crimée). Il a donc été décidé de s’appuyer sur des nazis avec lesquels le département d’État a travaillé contre les Soviétiques et qu’il a organisés en partis politiques depuis l’indépendance.

Le lecteur néophyte peut être choqué d’observer cette alliance entre l’administration Obama et des nazis. Cependant, il doit se souvenir que des nazis ukrainiens ont été publiquement honorés à la Maison-Blanche par le président Reagan, dont Yaroslav Stetsko, Premier ministre ukrainien sous le IIIe Reich, qui devint le chef du Bloc des Nations anti-bolchéviques et l’un des membres de la Ligue anticommuniste mondiale [6]. L’un de ses adjoints, Lev Dobriansky, devint ambassadeur des États-Unis aux Bahamas, tandis que sa fille Paula Dobriansky fut sous-secrétaire d’État pour la démocratie (sic) de l’administration George W. Bush. C’est Madame Dobriansky qui finança durant dix ans des études historiques visant à faire oublier que l’Holodomor, la grande famine qui toucha l’Ukraine en 1932-33, dévasta également la Russie et le Kazakhstan, et à faire croire qu’elle était décidée par Staline pour éliminer le peuple ukrainien [7].

En réalité, Washington, qui avait soutenu le parti nazi allemand jusqu’en 1939 et avait continué à faire des affaires avec l’Allemagne nazie jusqu’à la fin 1941, n’a jamais eu de problèmes moraux avec le nazisme, pas plus qu’il n’en a à soutenir militairement aujourd’hui le jihadisme en Syrie.

Les élites d’Europe occidentale, qui prennent le nazisme pour un prétexte permettant de persécuter des troubles-fêtes —comme on le voit avec la polémique sur la quenelle de Dieudonné M’Bala M’Bala [8]—, ont oublié ce qu’il est en réalité. En 2005, ils fermaient les yeux sur la réhabilitation du nazisme par la présidente de Lettonie, Vaira Vike-Freiberga, comme si cela était sans importance [9]. Sur la simple foi de déclarations en faveur de l’Union européenne et dans leur atlantisme béat, ils soutiennent maintenant leur pire ennemi. La guerre civile pourrait débuter en Ukraine durant les Jeux Olympiques de Sotchi.

Thierry Meyssan

 

 

[1] « Washington et Moscou se livrent bataille en Ukraine », par Emilia Nazarenko et la rédaction, Réseau Voltaire, 1er novembre 2004.

[2] « Des jihadistes assurent le service d’ordre des manifestations à Kiev », Réseau Voltaire, 4 décembre 2013.

[3] C’est de ce vivier qu’est également issu le leader de la « révolution orange ». Cf. « La biographie cachée du père du président ukrainien », Réseau Voltaire, 18 avril 2008.

[4] « Le printemps arabe frappe à la porte de l’Europe », par Andrew Korybko, Traduction Gérard Jeannesson, Oriental ReviewRéseau Voltaire, 3 février 2014,

[5] « La NED, vitrine légale de la CIA », par Thierry Meyssan, Odnako, Réseau Voltaire, 6 octobre 2010.

[6] « La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 mai 2004.

[7] Voir L’Holodomor, nouvel avatar de l’anticommunisme « européen », par le professeur Annie Lacroix-Riz, 2008.

[8] « La Bête Noire de l’establishment français », par Diana Johnstone, Traduction Djazaïri, Counterpunch, Réseau Voltaire, 5 janvier 2014.

[9] « La présidente de la Lettonie réhabilite le nazisme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mars 2005.

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L’obscur et dangereux jeu de Shell en Argentine

février 6th, 2014 by Estelle Leroy-Debiasi

L’entreprise pétrolière s’est livrée il y a plusieurs jours à une manœuvre spéculative sur le dollar et a procédé hier à une forte hausse des prix de 12%. Une attitude unilatérale défiant les intérêts du pays et qui n’a pas de justification technique.

«  L’attitude de Shell et de son plus haut dirigeant en Argentine – Juan José Aranguren – , est conspiratrice comme toujours, portant atteinte aux intérêts du pays », avait déclaré Jorge Capitanich, chef de cabinet du gouvernement, lundi 3 février. Le ministre de la Planification, Julio De Vido, est allé dans le même sens aujourd’hui, soulignant que « Aranguren continue à penser que la rentabilité des combustibles qui sont produits en Argentine en pesos, avec des salaires et des matières premières en pesos, doit être dollarisée, comme s’il s’agissait de vendre sur un marché global et non aux consommateurs de ce pays ».

Le patron de Shell en Argentine a curieusement justifié la hausse des prix de 12% des combustibles dans ces stations services par la modification du taux de change pesos/dollar enregistré ces derniers jours dans le pays.

Évolution à laquelle Shell a directement participé en faisant, à travers une opération spéculative, passer le cours 7,12 pesos à 8,40 pesos pour un dollar : en quelques minutes, il y a dix jours, en achetant des dollars à un cours supérieur au cours de vente du marché (pour information le cours interbancaire est à 8,02 au 4 février).

Aucun communiqué sur le site internet de «  Shell Argentina  » n’explique cette hausse des prix, elle s’est contentée d’un e-mail à la presse locale. La compagnie avait déjà augmenté les prix de 6,8 % le 2 janvier dernier. Pour mémoire, Shell représente 18% du marché argentin.
En même temps, le gouvernement prend des mesures pour contenir la hausse des prix sur nombre de produits.

L’attitude de la compagnie pétrolière finalement ne surprend pas grand monde, puisque les dirigeants de Shell en Argentina avaient laissé entendre qu’ils attendaient un changement de gouvernement pour investir dans le pays. Du coté du gouvernement argentin, on souligne, qu’on ne sait pas s’il s’agit d’une attitude personnelle des dirigeants de la filiale argentine, ou de la stratégie du groupe, et quelle est la politique qu’ils attendent.

Pour le moment, il semble que la politique de Shell revient à ajuster la demande des argentins avec l’offre disponible sur le marché local mais en prix dollarisés et alignés sur le marché international. Or, Shell détient la concession de plusieurs grands gisements en Argentine comme Cruz Lorena, Sierras Blancas et Aguila Mora qui lui permettraient d’alimenter ses raffineries. Pourquoi dès lors, la compagnie annonce qu’elle repousse ses investissements ? Alors que de son coté YPF (dont une partie du capital est contrôlé par l’Etat) s’est lancé dans un plan d’investissements dont les résultats sont perceptibles en terme d’augmentation de production de pétrole et de gaz.

Comment interpréter l’attitude de Shell autrement que d’avoir la volonté d’imposer la dollarisation de l’économie et de faire resurgir les vieux démons en participant directement à la déstabilisation du pays.

Le consommateur argentin doit aussi faire acte de citoyenneté, en sanctionnant les entreprises aux comportements délictueux allant contre l’intérêt commun. Et ne pas laisser certains groupes économiques en position dominante faire pression pour établir leurs règles du jeu contraire au jeu démocratique. Pour mémoire, Nestor Kirchner en 2005 avait demandé aux consommateurs argentins de boycotter Shell après une forte hausse des prix.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo París, le 4 Février 2014

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Il n’est possible de vaincre les multinationales que si un puissant mouvement social, soutenu par une partie significative de la population, se met en place. Un tribunal provincial de Córdoba a rendu son verdict : Monsanto doit arrêter la construction d’une usine de traitement de semences de maïs transgénique située à Malvinas Argentinas, dans la proche banlieue de Córdoba. Ce jugement fait suite à un recours d’amparo présenté par les habitants de la zone, qui campaient aux portes du chantier depuis trois mois.

La mobilisation a débuté sous l’impulsion d’habitants isolés et de plusieurs petits groupes comme les « Mères d’Ituzaingó » et l’Assemblée des Habitants de Malvinas en Lutte pour la Vie, et a réussi à survivre malgré les menaces proférées par le gouvernement provincial et le syndicat de la construction. Le soutien et la sympathie montrés par la population de Malvinas Argentinas à l’égard de la résistance ont poussé la justice à prendre la décision de paralyser les travaux ce 9 janvier dernier.

Ce sont toujours de petits groupes qui initient le combat, sans se soucier du « rapport de forces », mais plutôt de la justice de leurs actions. Ensuite (quelquefois bien plus tard), l’État finit par reconnaître que ces critiques sont fondées. Plus tard encore, ceux qui étaient considérés comme des criminels se transforment en héros, y compris aux yeux de ceux qui les réprimaient. Pour moi, le plus important est le changement culturel, la diffusion de nouvelles manières de voir le monde, et c’est ce que montre l’histoire des luttes sociales.

Bien avant que les lois ségrégationnistes des États-Unis ne soient abolies, la discrimination avait déjà été vaincue dans les faits. Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, une femme ordinaire, refusa de s’asseoir sur les sièges réservés aux Noirs dans l’autobus et s’assit sur un des sièges réservés aux Blancs. Elle fut arrêtée pour avoir enfreint la loi de Montgomery (Alabama). Son exemple fut suivi par des dizaines de personnes, tout comme des dizaines de personnes l’avaient précédée. C’est parce qu’il en a entraîné beaucoup d’autres que son acte de désobéissance a eu autant d’impact.

En 1960, Franklin McCain, un activiste noir de 73 ans résidant en Caroline du Nord, s’assit un soir avec trois amis au comptoir d’une cafétéria de la chaîne Woolworth, dans la ville de Greensboro. Or, cet endroit était réservé exclusivement aux Blancs. Ils commandèrent du café et attendirent toute la journée, mais ne furent jamais servis. Ils revinrent le lendemain, malgré les insultes des Blancs et les menaces des policiers. À la fin de la semaine, ils étaient des centaines et l’action s’était étendue à des dizaines d’autres villes. La chaîne Woolworth se vit obligée d’autoriser l’entrée aux Noirs. Mais ce n’est qu’entre 1964 et 1965 que l’État se vit forcé de supprimer les lois de discrimination raciale, sous un gouvernement que, compte tenu des paramètres actuels (et en gardant en tête qu’il s’agit là des États-Unis), nous pourrions qualifier de « progressiste ».

C’est là, selon moi, l’un des enseignements les plus importants que nous laisse la victoire de la population de Malvinas Argentinas contre Monsanto. Nous devons mener nos actions de la manière la plus intelligente et lucide possible, pour que les gens se sentent concernés et puissent les mener à bien. Il faut déclencher des actions simples, pacifiques, qui mettent au jour les problèmes auxquels nous devons faire face, comme par exemple s’asseoir à la place que nous voulons dans le bus, et non là où on nous l’impose, ou encore camper aux portes d’une des multinationales les plus puissantes du monde.
Ce qui s’ensuivra ne dépend plus de nous. Le soutien, la sympathie et la participation à la protestation, de quelque manière que ce soit, d’une partie significative de la population dépendent de facteurs que personne ne peut contrôler et pour lesquels il n’existe pas de tactiques ou de recettes préétablies. Du point de vue du mouvement social et des changements qui sont nécessaires, nous ne pourrons pas vaincre l’extractivisme en demandant à l’État de légiférer. C’est lorsque ce modèle aura été vaincu politiquement et culturellement que les lois suivront.

Il est évident qu’au-delà de leur orientation concrète dans chaque pays, les gouvernements de la région s’appuient sur l’extractivisme. Mais c’est à nous, les gens ordinaires, de nous organiser afin de vaincre ce modèle grâce à des milliers de petites actions comme celles menées par les « Mères de Ituzaingó », et maintenant par les membres du campement de Malvinas Argentinas.

Raúl Zibechi

Article original en espagnol :  Enseñanzas de la derrota de Monsanto en Córdoba, Alai, Équateur, le 1er janvier 2014.

Traduit de l’Espagnol pour El Correo par Eva Tanquerel

El Correo, paris le 3 février 2014

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Raúl Zibechi, journaliste urugayen, écrit pour Brecha et La Jornada et est un des collaborateurs d’ALAI.

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Iran, impressions de voyage

février 6th, 2014 by Régis Debray

On ne revient pas d’Iran sans quelque poil à gratter en poche. Ce que j’ai pu voir et entendre, en compagnie de Pierre Conesa, connaisseur du pays et auteur de La Fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi(Robert Laffont, 2011) au cours d’un bref séjour à Téhéran et à Qom, suffit à bousculer des préjugés paresseux.

Côté officiel ou société civile, on sent un soulagement certain. « L’étau se desserre, on sort du tunnel. » La modernité est en marche, et la machine à séculariser aussi. Il y a plus d’abonnés à Internet en Iran qu’en Turquie. Et plus d’étudiantes diplômées que d’étudiants. La verticale théocratique n’est plus adaptée à une mégalopole comme Téhéran, ni à une population qui a doublé en trente ans, et d’un niveau éducatif, sans rapport avec celui de ses voisins.

Seule une injection de violence du dehors pourrait enrayer ce dégel, comme l’avait fait l’agression militaire irakienne en favorisant l’union sacrée autour de Khomeyni.« Ahmadinejad, nous a-t-on confié, fut un cadeau de Bush à notre peuple. » En se voyant rangé dans l’axe du Mal, juste après avoir livré aux États-Unis des renseignements cruciaux sur les talibans, on s’est jugé là-bas humilié et trahi.

L’INDIVIDU, EN IRAN, VIENT DE NAÎTRE

Transpire le changement de génération. Les jeunes n’ont plus le culte de la mort. Ils veulent vivre, jouir et consommer. Les femmes sont frondeuses et poussent d’en bas. L’individu, en Iran, vient de naître. Il lui sera difficile, semble-t-il, de revenir en arrière. Insolite, le mélange instable de démocratie et de théocratie, trop fragmenté et pluriel pour être dit « totalitaire ». La dispersion des centres de pouvoir (et on ne sait jamais lequel tient le manche ni sur quelle affaire) rend impraticable la formule « l’État, c’est moi » ou « le Parti, c’est moi ».

Le Guide peut être contesté par des confrères ayatollahs (religieusement indépendants) et quand il se lance dans une tirade extrémiste, après Genève, d’autres haussent les épaules : « C’est pour sauver la face et calmer ses excités, pas un drame . » Dans quel autre pays de la région le président est élu à 53 % des voix, contre tous les appareils en place ? En Arabie saoudite ?

Outre la présence d’une synagogue et d’églises chrétiennes en centre-ville, Cyrus n’a pas disparu des tréfonds. On se dit et on est antisioniste, mais on entend aussi : « L’homme de la rue, ici, est plus anti-arabe qu’antisémite. » On a beau dire, la Palestine est loin.

Chaque peuple a sa dose d’ethnocentrisme. Celle du Français est élevée. Celle de l’Iranien n’est pas mince non plus. On se prend à penser que rendre présent à l’un l’image qu’a l’autre de lui ne serait pas mauvais pour détendre l’atmosphère. Les mêmes événements donnent lieu à deux mémoires inversées, selon les angles de vue. Chaque partie ressasse ses griefs (légitimes) sans voir que l’autre en a autant pour son service. Telle exaction étant pour Pierre une juste croisade et pour Paul une scandaleuse agression.

LE PASSÉ RÔDE SOUS LE PRÉSENT

La perspective que maints Iraniens d’aujourd’hui (opposants y compris) ont sur la France d’aujourd’hui n’est pas, à cet égard, sans intérêt. Sans remuer l’imbroglio des remboursements d’Eurodif et des prises d’otages au Liban, le passé rôde sous le présent. Plusieurs faits qui ne sont plus guère présents à notre esprit le restent de l’autre côté.

Se souvient-on, chez nous, que nous fûmes en 1979 les alliés actifs et fournisseurs de l’agresseur irakien, et même cobelligérants, en violation flagrante du droit international ? Avec mise sous embargo du pays agressé ? Cette guerre catastrophique fut pour l’Iran l’équivalent de notre 14-18. Sauf qu’elle n’est pas vieille de cent mais de quarante ans.

Nous ne sommes guère plus conscients d’héberger toujours sur notre territoire, avec des appuis publics visibles, les Moudjahidin du peuple, secte politico-religieuse qui a combattu aux côtés de Saddam Hussein contre la mère patrie ? Elle a tué par des attentats la moitié du gouvernement et causé des milliers de morts civils. « Où sont les “terroristes”, nous demande-t-on, chez vous ou chez nous ? » On se dit surpris que nous restions muets sur les armes nucléaires d’Israël, non-signataire du traité de non-prolifération, comme sur celles de l’Inde et du Pakistan. Lequel de ces trois pays, non du seuil mais du terre-plein, a accepté et reçu trois mille visites de l’Agence internationale de l’énergie atomique ?

DEUX POIDS DEUX MESURES

Et que nous ayons jadis fermé les yeux sur l’usage d’armes chimiques par Saddam Hussein contre les soldats iraniens et pas seulement les Kurdes irakiens n’est pas oublié. Deux poids deux mesures. Que la France du général de Gaulle soit devenue plus américaine que les Américains ne laisse pas non plus d’étonner. Disons à la décharge de nos désappointés que l’histoire de la IVe République et de la SFIO ne leur est guère familière.

Il est déplaisant de chausser des lunettes étrangères. Ce qui est saillant pour l’un est anodin pour l’autre. L’examen aller-retour des contentieux réciproques – nous avons, bien sûr, les nôtres – faciliterait le déminage. Faisons un rêve d’encyclopédiste terre à terre, à l’usage de nos représentants et industriels : une fiche pays par pays, portant mention, au recto, des griefs et préjugés que tel ou tel peut avoir contre la France et, au verso, ce que nous avons à son encontre. Que de temps gagné de part et d’autre !

Il est sans doute trop tard pour que la France rattrape son retard sur des concurrents moins intimidés que nous et déjà à pied d’œuvre – Chinois, Coréens, Indiens et bien sûr Américains (le suzerain garde les mains libres, les interdits, c’est pour les autres). Il y a huit mille étudiants iraniens en Allemagne, deux mille en France et une centaine de milliers aux États-Unis.

Voir diminuer à ce point la demande de France dans un pays si longtemps francophile, où l’on voit en devanture de librairie des traductions en persan de Paul Ricœur, Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou Georges Bernanos, cause quelques pincements de cœur au promeneur à l’écoute, invité par l’association pour la philosophie et la sagesse. Peu de chose, me dira-t-on, à côté des perspectives apocalyptiques que peaufinent, depuis vingt ans, nos bureaux claustrophiles et spécialisés.

LE CLIVAGE EST ENTRE LES « BONS ET LES MAUVAIS MUSULMANS »

Ce qui déconcerte, c’est le déni d’une évidence : la guerre de religion multiforme et transfrontière entre sunnites et chiites (qui vaut bien celle entre catholiques et protestants dans l’Europe du XVIe siècle). Pour les uns (religieux), le clivage est entre les « bons et les mauvais musulmans », ce qui fait sourire ; pour les autres (séculiers), entre des fanatiques manipulés par Israël et l’Occident (les takfiristes, excommunicateurs professionnels) et de braves croyants, éventuellement salafistes, mais qui ne font de tort à personne, ce qui fait aussi sourire. Déni typiquement idéologique, sans doute imposé par le mythe de l’oumma : qu’en resterait-il, sinon ?

On nous fait remarquer que ce sont les sunnites qui prennent ici et là l’initiative des hostilités, et que le chiite, par doctrine et tempérament, s’efforce de n’y pas répondre, sauf en autodéfense. Ainsi au Bahreïn. Ainsi surtout en Irak, où Ali Al-Sistani aurait su freiner l’élan des milices de son bord. Ce qui s’est passé au Liban serait sans doute de nature à corriger le propos. Cela dit, esquissons le décor à gros traits. Il n’est pas inepte de voir dans le chiisme la gauche de l’islam. Avec ses deux piliers théologiques (le binôme rationalité/justice), sa tradition lettrée (son entraînement interprétatif des textes), ses racines sociales (minoritaires, opprimés, défavorisés), la place d’honneur faite au savoir et, relativement, aux femmes elles-mêmes.

Catholique par le clergé, mais quelque peu protestant en esprit. Un Ali Shariati (sociologue iranien, 1933-1977) sunnite serait assez étonnant, tout comme un religieux sunnite marxisant ou tiers-mondiste. Même si la lutte de classes n’a pas été le fil directeur de la révolution islamique (à Téhéran, selon non l’axe nord-sud de la ville mais est-ouest), ce n’en a pas moins été un soulèvement des gueux (ruraux urbanisés). Les deux mille princes d’Arabie saoudite ne pouvaient pas voir le chambard d’un bon œil.

LES AFFAIRES DU DEHORS SE TRAITENT EN FONCTION DES AFFAIRES DU DEDANS

Qu’un gouvernement socialiste noue une bonne entente avec la droite extrême israélienne peut expliquer en termes tocquevilliens : les affaires du dehors se traitent en fonction des affaires du dedans. Que le même choisisse de s’allier avec le pays le plus rétrograde de la planète, l’Arabie wahhabite, tête d’une « sainte alliance » irriguant les courants les plus obscurantistes de l’islam donnera plus de fil à retordre à nos historiens.

Il faut de tout pour faire un clergé, catholique ou chiite, et il y avait sans doute autant d’idiots chez nos curés de campagne au XIXe que chez les mollahs d’aujourd’hui. Mais on aimerait trouver chez les mentors de notre belle province autant de finesse d’esprit, d’ampleur de vue et de pondération qu’on en a pu déceler à Qom chez tel ayatollah, président du séminaire, ou, à Téhéran, chez tel autre grand religieux, traducteur de Kant et d’Habermas.

Nos directeurs de conscience dans le vent paraissent, en comparaison, aussi creux qu’étriqués. Historien des religions, notoirement inexpert en politique, je n’ai rien d’un iranologue. De succinctes impressions ne tiennent pas lieu d’analyse. Me reste seulement à l’oreille la réponse à la question que nous posions à un scientifique iranien, guère partisan du régime : « Pourquoi devrions-nous croire vos dirigeants ?

Parce que c’est l’intérêt vital de notre pays, contre quoi, tôt ou tard, l’idéologie ne peut rien. »

Archéo-islamiste ou néoconservatrice, l’idéologie fait décidément grand tort à l’intérêt national autant qu’à la maîtrise des barbaries. Ici et là-bas.

Régis Debray

Écrivain et philosophe

Régis Debray est directeur de la revue « Médium » consacrée aux interactions techniques-cultures. Membre de l’académie Goncourt, il est, depuis 2005, président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions. 
Dernier ouvrage paru : « Le Stupéfiant image » (Gallimard), 2013. A paraître en mars : « Du Ciel à la Terre, une correspondance avec M. Zhao Ting Yang » (Les Arènes), 250 pages, 18 €.

24.01.2014

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Arrêter les brutalités qu’al-Maliki inflige aux civils

février 6th, 2014 by Geneva International Centre for Justice

Au nom d’une coalition d’ONG, le Centre International de Genève pour la Justice (GICJ) a envoyé un appel urgent à la communauté internationale suite à sa requête du 13 Janvier 2014 en vue de la terrible dégradation des droits de l’homme et des attaques brutales qui continuent à se perpétrer contre les civils dans la province d’al-Anbar / Irak.

Depuis le 22 décembre 2013, une opération menée par les forces gouvernementales irakiennes est en cours dans la province d’Al-Anbar. Elle a été menée sous prétexte de lutter contre les terroristes qui se cachent dans le désert mais c’est rapidement transformée en une attaque militaire à grande échelle contre des zones résidentielles avec de l’artillerie lourde, des chars et avec l’armée de l’air. Certains quartiers résidentiels ont été réduits en feu; des hôpitaux et des écoles ont été endommagés, et plus de cent civils ont déjà été tués et même plusieurs blessés ont été visés par balle.

Le 22 Janvier, une vidéo a été publiée sur plusieurs chaînes de télévisions nationales pour témoigner des atrocités commises par l’armée montrant comment les forces d’al-Maliki traînent le cadavre d’une jeune’ Tribesman’ en attachant sa jambe à un véhicule militaire. (Attention: photos choquante).

Cette scène peut être vue dans cette video : http://www.youtube.com/watch?v=BcmMMEmaZpc

Jusqu’à aujourd’hui, les forces gouvernementales ont entourés les villes dans la province d’Anbar, les plus grandes d’entre elles sont Falluja et Ramadi, Karma et Khalidiya, interrompant tout ravitaillement pour les résidents. Tout cela se produit sous prétexte que ces villes ont été infiltrées par Al- Qaida, bien que les citoyens eux-mêmes aient à plusieurs reprises clairement réfutés ces allégations. D’innombrables personnes ont fuit les villes dans la crainte d’une nouvelle attaque par les forces gouvernementales et qui sont connues pour leur cruauté et leur brutalité impitoyable contre les civils. La Communauté Internationale doit absolument agir pour mettre fin à ces attaques complètement disproportionnées et brutales du gouvernement Irakien.

Contexte

Depuis la fin de 2012, de nombreuses protestations et manifestations pacifiques ont été organisées dans tout le pays contre la politique sectaire du gouvernement et pour contrer les violations permanentes des droits de l’homme commis par les forces d’ al-Maliki. La répression contre les manifestants est devenue de plus en plus draconienne au fil du temps. Les campagnes massives d’arrestations arbitraires sont aujourd’hui appliquées comme une règle plutôt qu’une exception. Les taux d’exécutions ont augmentés à un niveau record, sans oublier le nombre croissant d’assassinats ciblant les dirigeants de l’opposition. La justification officielle de cet usage excessif de la force a toujours été la’ Sécurité Nationale’. Mais très vite il est devenu clair que le gouvernement utilisait l’excuse de la ‘ lutte contre le terrorisme’ pour principalement détruire et désorienter les opposants du gouvernement Al Maliki.

L’opposition aux violations des droits de l’homme commis par le régime d’ Al –Maliki ont été particulièrement importante dans la province d’Anbar. Afin d’avoir une justification officielle pour agir contre ces différents soulèvements, le gouvernement a déclaré que les terroristes se cachaient parmi les protestataires même si aucune de ces revendications ne se sont jamais révélées vraies. Malgré l’absence de preuves évidentes de ses allégations, le gouvernement a continué à accuser toute personne critiquant le régime de terroristes. En décembre 2013, apparemment pour démontrer son pouvoir en vue de sa popularité décroissante avant les prochaines élections en Avril, le Premier Ministre Maliki a ensuite augmenté le niveau déjà élevé de pression sur les manifestants.

Devant tous les Irakiens, Le Premier Ministre a publiquement promis d’éliminer ‘ tous les groupes terroristes’ et appelé à les combattre par tous les moyens. Plusieurs fois, il est apparu à des émissions de télévision incitant ses partisans, dans un langage plus que sectaire, de le soutenir dans ce combat contre les habitants de la province d’al-Anbar. Afin de se préparer à de futures attaques, d’une brutalité bien connue par les résidents, les habitants de ces villes ont fondés une Assemblée pour se protéger et défendre leurs villes en cas de nouvelles agressions des forces de l’armée. Il est donc important de comprendre aujourd’hui que les résidents qui sont dépeints comme des terroristes se défendent par peur des forces gouvernementales de Al-Maliki et que se sont juste des citoyens ordinaires, et en aucun cas affiliés à un groupe terroriste.

Lynchage et Terreur

Les informations officielles que le gouvernement d’Al Maliki a communiqué contre ces attaques terroristes a amené le soutient immédiat des Etats-Unis ainsi que de l’Iran. Aussi la Russie a annoncé son soutien. D’autres voix, comme le responsable législateur, Struan Stevenson, membre conservateur du Parlement Européen, Président de la délégation du Parlement Européen pour les relations avec l’Irak, a mis en garde que ‘ l’Irak est entrain de chuter rapidement vers une guerre civil et de génocide’. Selon son estimation, l’assaut contre les terroristes présumés d’Al –Quaida dans les 6 provinces irakiennes n’est pas moins qu’une couverture pour anéantir les différents partis de l’opposition qui contestent la politique de plus en plus sectaire du Premier Ministre. Stevenson a en outre averti que les revendications d’Al-Maliki sont ‘ totalement absurdes’. Pourtant, il a convaincu ses alliés’ qu’il mène une guerre contre le terrorisme et que ceux-ci bombardent les villes en utilisant des ‘ drones, et d’autres matériels militaires alors que jusqu’à preuve du contraire, c’est lui-même qui les utilisent pour atteindre certains objectifs incluant les civils’

Selon ‘ the Iraqi Red Crescent- Croissant Rouge Irakien’, jusqu’au 27 Janvier, 69 personnes ont été tués à Fallujah, dont 31 femmes et 39 enfants. En plus , 413 personnes ont été blésées, dont 19 femmes et 44 enfants. Toutes les victimes sont des civils et même ont estiment que ces chiffres pourraient être beaucoup plus élevés vu l’accès limité à de nombreux autres endroits. Le ‘ Iraqi Red Crescent’ a ajouté que jusqu’à présent au moins 34,000 familles ont fuit les villes pour trouver d’autres endroits plus sûr.

Voici une vidéo montrant une famille tuée par un missile qui a percuté une maison à Fallujah dans la nuit du 23 janvier au 24, 2014 :

Les statistiques de l’ONU de la semaine dernière montrent que plus que 65,000 personnes ont fuit le conflit qui se passe dans les villes de Fallujah et Ramadi et plus que 140,000 personnes sont devenues sans abris. Plusieurs hôpitaux et écoles ont été endommagés en raison de bombardements massifs et de nombreuses familles ont dû être évacuées. Même une prétendue attaque contre les civils au phosphore blanc a été signalée le 23 janvier 2014. Certains témoignages de source sûr par nos contacts sur place, nous ont en outre indiqués que la plupart des familles en fuite ont subi des attaques par les forces armées de Al –Maliki à nouveau dans leur lieu de refuge.

La brutalité contre la population civile par le gouvernement est totalement inadmissible et en violation notamment de l’article 3 des Conventions de Genève, exigeant dans le cas d’un conflit armé survenant sur le territoire de l’une des Hautes Parties Contractantes que les personnes qui ne prennent aucunement part aux hostilités, soient ‘ en toute circonstances traitées avec Humanité’.

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REQUÈTE

La coalition a exhorté la Communauté Internationale dans son ensemble et en particulier au Haut Commissariat des Nations Unies des droits de l’homme de faire tout en leur pouvoir pour

 Arrêter cette terrible escalade de la situation et mettre fin aux homicides des civils

 Assurer qu’un comité international indépendant soit immédiatement mis en place pour enquêter toutes les violations des droits humains perpétrés par les forces de Al-Maliki

 Enfin, la coalition a lancé un appel urgent à tous les Etats membres de l’ONU pour cesser quelconque envoi d’armes au gouvernement d’Al-Maliki vu que très souvent ces armes sont déployées contre des civils.Quelques victimes de ces dernières attaques

Quelques images qui prouvent que les victimes de ces dernières attaques sont majoritairement des femmes et des enfants et que c’est sous prétexte qu’al-Maliki accuse les habitants de « terrorisme », en plus de son mépris du droit international et du droit humanitaire.

Voir les photos dans l’article original en anglais :

http://www.gicj.org/index.php?option=com_content&task=view&id=353&Itemid=41

Noms des victimes :

1 . Iman Mohammed Abdul Razzaq, 40 ans (f) Karma area, Fallujah 2 . Isaac Saleh Mohammed, 4 ans (m), Fallujah
3 . Abeer Mohammed Saleh, 18 ans (f),Karma area , Fallujah
4 . Shorooq Borhan Ali, 7 years (f), Fallujah
5 . Ashoaq Mohammed Jassim, 25 ans (f), Fallujah
6 . Sarah Mohammed Odeh, 13 ans (f),Karma area , Fallujah
7 . Fatima Mohammed Odeh, 15 ans (f),Karma area , Fallujah
8 . Saleh Mohammed Abdul Razzaq, 45 ans (m),Fallujah

 

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Dans la foulée de sa cinquième mission en Espagne, entre le 2 et le 13 décembre 2013, la Troïka – Commission européenne (CE), Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI) – a applaudit le chemin parcouru jusqu’au sauvetage bancaire alors qu’elle continue à réclamer au gouvernement espagnol qu’il poursuive dans la même direction de l’austérité mortifère pour la population.

Concrètement, elle a demandé au gouvernement qu’il approfondisse la réforme du travail en flexibilisant encore plus le contrat à temps partiel, qu’il élimine le mal nommé « déficit de tarif » de l’électricité en le transférant en dette publique à long terme pour tous pendant que les consommateurs continuent à voir leurs factures augmenter, qu’il aborde la réforme fiscale en taxant de façon régressive la majorité de la population qui a le moins, etc. |1| Peu importe que cela fasse vaciller la démocratie et plombe les droits humains, l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, est sortie au troisième trimestre 2013 d’une récession de deux ans, avec une petite mais sacrée croissance de +0,1% par rapport au trimestre antérieur. En dépit du fait que celle-ci ne se répartira pas de manière équitable et que la grande majorité de la population n’en profitera pas, c’est bien ce qui compte pour la Troïka et le gouvernement. Il faut signaler que le fonds de sauvetage (MES) et la Commission européenne maintiendront leur vigilance jusqu’à ce qu’ils aient récupéré les montants prêtés pour le sauvetage bancaire |2|- duquel l’Espagne a utilisé 41,3 milliards d’euros – ce qui est prévu pour 2027. |3|

Plus de coupes et de contre-réformes

Alors que le gouvernement soumis traitait ces contre réformes, le 16 décembre 2013, le FMImaintenait la pression et rappelait à l’Espagne qu’il « est crucial de maintenir le rythme des réformes ». De son côté, la Commission européenne avertissait : « les efforts pour appliquer les mesures convenues doivent continuer comme prévu » |4|. Ces « réformes » doivent être entendues comme des politiques néolibérales ultra conservatrices qui portent gravement atteinte au modèle d’État providence et des droits sociaux conquis. Peu importe que ce parcours impulsé par la Troïka débouche sur une crise humanitaire sans précédent avec plus de deux millions d’enfants (2 267 000 en 2012) sous le seuil de pauvreté |5|, et quasiment deux millions de personnes survivant sans percevoir aucune sorte d’allocation. Ce qui intéresse, ce sont les indicateurs économiques comme la sacro-sainte croissance qui devrait soit disant bénéficier à tout le monde. Il est tout à fait raisonnable de maintenir nos doutes à ce sujet.

Avec ces mesures, la Troïka enseigne au gouvernement espagnol comment augmenter ses recettes ou dépenser moins afin de continuer à payer religieusement la dette, qu’elle soit illégitime, illégale ou non. La Troïka, une fois de plus, se trompe de direction. Au lieu de sauver les banques privées avec l’argent public, flexibiliser les contrats de travail pour baisser les salaires et faciliter les licenciements, taxer plus les espagnols quel que soient leurs revenus avec la TVA, la Troïka devrait, entre autres pistes, chercher du côté de l’évasion fiscale. Selon les données du coordinateur en Catalogne du syndicat Gestha (le syndicat des Techniciens du Ministère de l’Économie et des Finances) Miguel Ángel Mayo |6|, celle-ci ferait perdre près de 89 milliards d’euros par an à l’État. La fraude fiscale, qui en Espagne, est estimée aux alentour de 23 à 25% du PIB, est due à 72% aux grandes entreprises (33 des 35 entreprises de l’Ibex 35 ont des fonds dans les paradis fiscaux) et aux grandes fortunes qui, profitant d’un système judiciaire avantageux en termes fiscaux, sont très peu ou pas du tout imposés dans le pays |7|.

Il y a toujours des politiciens avisés pour voir la lumière au bout du tunnel (serait-ce la sortie tant espérée ou bien le train qui nous arrive dessus ?) et pour encourager les gens avec la croissance capitaliste, quelque soient les conséquences sociales et environnementales. Selon la pensée unique, il n’y a pas d’autre alternatives possibles au capitalisme dévastateur en cours : « …les recettes de la Troïka en Europe, et auparavant celles du FMI en Asie et en Amérique latine, sont adéquates pour revenir sur un chemin soutenable » affirmait en décembre 2013 Klaus Regling, ex économiste du FMI et actuel directeur du Mécanisme européen de Stabilité (MES) |8|.

Malgré le fait que l’éventail de recommandations des institutions financières (OCDE, FMI, CE,BM, etc.) appliquées de par le monde n’améliorent pas la situation, que les politiques d’austérité mises en place par le FMI échouent depuis des décennies au Sud et que de plus en plus de voix s’élèvent contre lui, le Fonds poursuit maintenant sa route dévastatrice aussi au Nord. Contrairement à ce qu’à dit Klaus Regling, ces politiques ne sont pas « adéquates », vu qu’elles sont responsables de graves crises humanitaires en Amérique latine, en Afrique, en Asie et maintenant dans les pays du Sud et de l’Est de l’Europe en commençant par la Grèce, la Roumanie, l’Espagne… À titre d’exemple, selon le récent rapport d’Oxfam, Le piège de l’austérité, le nombre d’européens en situation de pauvreté pourrait augmenter de 15 à 25 millions de personnes supplémentaires d’ici 2025 si les mêmes politiques d’austérité mises en place se poursuivent |9|. L’austérité risquerait ainsi d’enfoncer un Européen sur trois dans la pauvreté. Le commissaire pour les Droits Humains du Conseil de l’Europe affirme dans le rapport Safeguarding human rights in times of economic crisis, publié le 4 décembre 2013, que les mesures d’austérité appliquées en Europe ont eu pour effet de porter atteinte aux droits de l’Homme sur le continent. Le rapport établit que « beaucoup de ces mesures d’austérité – caractérisées par des coupes dans les dépenses publiques, une augmentation des impôts régressifs, la réforme des retraites et une protection du travail réduite – ont empiré les déjà graves conséquences humanitaires de la crise économique… » |10|. Pire : « Après trois années d’austérité, ces mesures n’ont pas atteint leurs objectifs. » |11| De plus, les causes qui ont mené à la récession n’ont pas non plus été corrigées.

Comme pour confirmer ce panorama affligent, trois membres d’une famille d’Alcalá de Guadaíra (Séville) sont morts après s’être nourris de produits périmés, ce qui a conduit, fin 2013, la Fédération des Associations pour la Défense de la Santé publique (FADSP) à dénoncer les coupes budgétaires et la crise comme étant les causes qui condamnent des millions de personnes à vivre dans l’indigence et à s’alimenter de produits périmés, dont l’alimentation est constituée de ce qu’ils trouvent dans les poubelles. |12|

En 2013, un autre rapport de la Fondation Foessa, Desigualdad y Derechos Sociales. Análisis y Perspectivas 2013, a souligné l’approfondissement des inégalités qui existent en Espagne : « Alors que depuis 2006 les revenus de la population avec des revenus les plus bas ont baissé de 5% en termes réels chaque année, la croissance des foyers les plus riches a été la plus importante de toute la population. » |13| Malgré cela le FMI recommande début 2013 de baisser les salaires de 10% en Espagne. Quelle est la légitimité d’une organisation qui demande de réduire les salaires quand sa directrice, Christine Lagarde, s’octroie une augmentation de 11% à son arrivée au FMI et touche maintenant plus de 30 000 euros par mois, tout inclus, sans payer d’impôts ? |14|

Ne suffit-il pas de voir les conséquences des politiques appliquées sous la pression du FMI et de la CE pour ne plus les approuver ?

Augmentation simultanée de la pauvreté et de la richesse

L’inégalité fait partie intégrante du capitalisme et pendant que la pauvreté se généralise, la richesse croit. Au niveau mondial, selon la classification annuelle du Bloomberg Billionaires Index |15|, les 300 milliardaires les plus riches du monde sont devenus encore plus riches en 2013, en accroissant leur richesse de 524 milliards de dollars (soit 381 milliards d’euros, c’est à dire plus que la dette grecque qui se situait fin 2013 à 322 milliards d’euros), pour s’établir à 3 700 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB de l’Espagne (ou l’équivalent du PIB de la France et de l’Espagne réunis) |16|. L’espagnol Amancio Ortega, le troisième homme le plus riche du monde, a vu sa fortune augmenter de 8,9 milliards de dollars en 2013, pour s’établir à 66,4 milliards de dollars. Quand à la liste publiée par Forbes en mars 2013 |17|, elle comptabilise 1 426 milliardaires dans le monde en 2013 (un chiffre record avec 210 nouveaux milliardaires supplémentaires), qui cumulent un patrimoine net total de 5 400 milliards de dollars, 800 milliards de plus qu’en 2012 (quand ils avaient 4 600 milliards de dollars), soit une hausse de 18%. En Espagne, les 100 plus riches de la liste espagnole Forbes totalisaient un patrimoine de 158,2 milliards d’euros et les 10 plus riches 82,8 milliards d’euros. |18|

Selon le rapport Global Wealth Report 2013 |19|, publié le 9 octobre 2013 par Crédit Suisse, la richesse mondiale a augmenté de 68% ces dix dernières années pour atteindre les 241 000 milliards de dollars (178 000 milliards d’euros, soit 178 000 000 000 000 euros) et la centième part de la population la plus riche détient 46% du patrimoine global. Cette ascension fulgurante ne semble pas en rester là, puisque le même rapport prévoit encore une augmentation de la fortune mondiale de 40% jusqu’en 2018 pour atteindre les 334 000 milliards de dollars. En Espagne, d’après le même rapport de Crédit Suisse, le nombre de millionnaires en dollars (ceux qui détiennent plus d’un million de dollars, ou 740 000 euros) s’est accru de 13,2% pour atteindre les 402 000 personnes courant 2013. En l’espace d’un an, il y a ainsi 47 000 millionnaires en plus en Espagne.

De l’autre côté de la barrière, le revenu de 18 500 euros que les résidents espagnols ont perçu en moyenne en 2012, est inférieur en terme de pouvoir d’achat à celui qui prévalait en 2001. Depuis 2007, le revenu moyen a chuté de 4%, alors que, dans le même temps, les prix ont augmenté de 10% |20|. En 2012, selon les révélations du huitième rapport d’Observation de la Réalité Sociale réalisé par Caritas Espagne, 3 millions de personnes, soit l’équivalent de 6,4% de la population espagnole, survivent dans l’extrême pauvreté, c’est à dire avec moins de 307 euros par mois. Cela représente le double de celles et ceux qui étaient dans cette situation au début de la crise en 2008. Le nombre de personnes pris en charge par les services d’accueil et d’aide d’urgence de Caritas sont passées de 350 000 en 2007 à 1 million 300 000 en 2012 |21|. Le nombre de foyers dont tous les membres actifs sont au chômage a été multiplié par quatre en cinq ans et est passé de 380 000 en 2006 (2,6%) à plus de 1,9 million en 2013 (11%) |22|.

Alors Monsieur Klaus Regling, Messieurs les créanciers du FMI, de la CE et de la BCE, les mesures que vous imposez en Espagne en échange d’un sauvetage bancaire que nous mettrons des années à vous retourner, sont-elles « adéquates » ?

Jérôme Duval

Article original en espagnol :

http://www.diagonalperiodico.net/global/21428-obstinacion-ciega-la-troika-hacia-crecimientode-desigualdades.html

Traduction : Virginie de Romanet & Jérôme Duval

Notes

|1| “Tras los progresos realizados en 2013, debe mantenerse el impulso para finalizar las reformas actuales y previstas —entre ellas, la adopción de la ley de servicios y colegios profesionales, las reformas de la Administración Pública, el mayor fortalecimiento de las políticas sobre el mercado de trabajo, la eliminación del déficit de tarifa eléctrico y la próxima revisión del sistema tributario— y para asegurar la aplicación efectiva de todas las reformas.” Déclaration de la CE et de la BCE après la conclusion du cinquième examen du Programme d’Assistance Financière a l’Espagne, MEMO/13/1153, 16/12/2013. http://europa.eu/rapid/press-releas…

|2| 100% pour le MES et jusqu’à 75% du prêt pour la Commission européenne.

|3| El rescate bancario, del cual España ha utilizado 41.300 millones de euros de los 100.000 millones propuestos por el Eurogrupo para reestructurar la banca, se cerraría oficialmente el 23 de enero de 2014 aunque el Estado español deberá seguir reembolsando el MEDE hasta 2027. “El préstamo europeo tiene un tipo de interés del 0,5%, una carencia de 10 años y un plazo de devolución de hasta 15 años.” La troika publicará este lunes su última evaluación sobre la banca española antes del fin del rescate, Europa Press, 16/12/2013. http://www.expansion.com/agencia/eu…

|4| “Respetar completamente los objetivos de reducción de déficit acordados —con el fin de invertir el alza de la deuda pública— y completar el programa de reformas siguen siendo imperativos para volver a colocar a la economía en la senda del crecimiento sostenible”, le pidió la Comisión Europea a España. Piden a España que mantenga el rumbo de las reformas, 16 de diciembre de 2013.www.estrategiaynegocios.net/…

|5| Chiffres 2012 du rapport Muchos anuncios pocos avances, Save The Children, novembre 2012.

|6| Miguel Ángel Mayo, coordinador en Catalunya del sindicato de Técnicos del Ministerio de Economía y Hacienda (Gestha), El fraude fiscal en España, 02.05.2012 : “Los diferentes estudios elaborados sobre la materia coinciden en estimar una cifra de fraude fiscal en torno al 23% del PIB, lo cual supone que cerca de 89 000 millones de euros dejan de ingresarse anualmente. O dicho de otra manera, que uno de cada cuatro euros se escapan del control fiscal. Aún más preocupante es que nuestras cifras de fraude se sitúen diez puntos por encima de la media de nuestros países vecinos de la Unión Europea.” Piden a España que mantenga el rumbo de las reformas, Miguel Ángel Mayo, 02/05/2012.

|7| Raison por laquelle nous appelons aussi les paradis fiscaux des paradis judiciaires.

|8| “Las recetas de la troika son las adecuadas”, Klaus Regling, El País, 14 décembre 2013.http://economia.elpais.com/economia…

|9| Rapport Oxfam, ’La trampa de la austeridad’, 2013. http://www.oxfam.org/sites/www.oxfa... En français : http://www.oxfam.org/fr/policy/pieg…

|10| Rapport : La protección de los derechos humanos en tiempos de crisis económica (Safeguarding human rights in times of economic crisis), Consejo de Europa, novembre 2013, page 6. Disponible en anglais : https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?id=… et en castillan : https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?Ref…

|11| Ibid, page 11.

|12| La crisis obliga a “millones de personas” a alimentarse de la basura, según la Fadsp, 16/12/2013.
http://www.servimedia.es/Noticias/D…

|13| Fondation Foessa, ’Desigualdad y Derechos Sociales. Análisis y Perspectivas 2013′, page 7.http://www.foessa.es/publicaciones_…

|14| Le salaire de Christine Lagarde atteint 323 000 euros par ans (467 940 dollars), plus un supplément pour frais de représentation de 58 000 euros (83 760 dollars par ans), le tout sans payer d’impôts grâce à son statut de fonctionnaire internationale. Son salaire est habituellement ajusté à l’inflation des États-Unis en juillet à Washington où se trouve le siège du FMI.

|15| Today’s Ranking of the world’s richest people, Bloomberg Billionaires Index 2014.http://www.bloomberg.com/billionair…

|16| La fortune des milliardaires s’est accrue de plus de 500 milliards de dollars en 2013, Pierrick Fay, Les Echos, 02/01/2014. http://www.lesechos.fr/entreprises-…

|17http://www.forbes.com/billionaires/list/ et http://www.forbes.com/sites/luisakr…

|18| Estos son los más ricos de España, Enrique Utrera, 30 octobre 2013.http://www.forbesmagazine.es/actual…

|19| Global Wealth Report 2013, Crédit Suisse. https://www.credit-suisse.com/ch/fr…

|20| María José Esteso Poves, “La austeridad ha puesto a España en el mismo camino que Grecia”, Diagonal Periódico, 02/10/2013. https://www.diagonalperiodico.net/g…

|21| Caritas, VIII Informe del Observatorio de la Realidad Social pages 7 – 8.http://www.caritas.es/publicaciones… et rapport Memoria 2012,http://www.caritas.es/memoria2012/p…

|22| Encuesta de Población Activa, EPA.

Une grande menace plane sur l’ensemble des Amériques

février 5th, 2014 by Ana Esther Ceceña

Depuis 1998-2000, après une révision complète large et exhaustive des affaires militaires au cours des 50 dernières années, et en gardant en vue la planification stratégique correspondant aux défis, menaces et conditions du siècle à venir, le Commandement Conjoint des Etats-Unis a émis un document conceptuel qui résume les expériences, objectifs, risques, capacités et savoirs,  et cela dans le but d’opérer une réorientation des trajectoires, mécanismes et variantes de la consolidation des Etats-Unis en tant que leader indispensable, en tant que puissance hégémonique indiscutable.(Joint 1998 et 2000)

Plusieurs porte-parole du Département d’État et de la Défense signalèrent qu’il s’agissait d’une opportunité historique, en grande mesure à cause de la faillite du camp socialiste, grâce à laquelle les Etats-Unis avaient la possibilité et les moyens pour construire un leadership planétaire total et ils présentèrent leur plan stratégique pour qu’il en soit ainsi. 

Répartition et contrôle du monde 

La délimitation territoriale de la planète s’est faite selon 5 régions qui la couvrent entièrement et qui se trouvent actuellement sous le contrôle de chacun des cinq différents Commandements des forces armées étasuniennes.[1] Peu de temps après, en 2001, après les événements des Tours Jumelles à New York, le Commandement Nord s’est ajouté la charge d’assurer directement une sécurité interne qui couvre non seulement son propre territoire mais toute la surface de l’Amérique du Nord. Il est important de signaler, qu’à présent au bout d’une décennie, neuf Commandements ont été créés[2], garantissant un contrôle plus détaillé des terres, mers, glaciers et populations que compte la planète Terre dans son ensemble.

La géographie de mise sous discipline globale.

Des équipes de spécialistes à leur tour, travaillèrent à l’identification des problématiques différenciées dans le champ de la mise sous discipline en termes géopolitiques et ils déterminèrent une caractérisation qui distingue trois grandes régions (Barnett, 2004), envers lesquels sont élaborées des politiques différentes.

1. Les alliés. La région développée regroupée en organisations de gestion internationale et engagée dans l’établissement et l’accomplissent des normes de sécurité qui assurent la bonne marche du système et le respect et la protection de la propriété privée.

2. L’ère de risque ou ingouvernable. Un large groupes de pays incluant des zones maritimes et qui est reconnue comme « fracture critique » dans laquelle il y a en permanence des risques de d’explosions, d’insubordination face aux règles établies par les organisations internationales comme l’Organisation Mondiale du Commerce(OMC), le Fond Monétaire International(FMI) et la Banque Mondiale, de rébellion contre le mode de gestion des controverses entre Etats et entreprises transnationales (ETN) par le Centre International de Règlement des Différents Relatifs aux Investissement (CIADI), d’indiscipline en terme de gouvernabilité, etc.

Ces régions sont qualifiées de conflictuelles, partiellement ingouvernables et susceptibles de mettre en risque les zones voisines par un agrandissement de la zone pourrie ou de pouvoir mettre en risque d’explosion le système mondial, quoique que, pas plus que conjoncturellement. Pour ces raisons, c’est une région qui requiert une grande attention et doit être maintenue sous surveillance et le cas échéant faire l’objet d’intervention opportune et efficiente. Ceci est la région de la plus grande étendue parmi les trois identifiées et c’est celle qui recèle la plus grande quantité de richesse de la Terre : la ceinture de biodiversité, les eaux, le pétrole et autres énergies, les minéraux et cultures.

3. La charnière. C’est une région importante en soi tant politiquement que pour ses richesses mais elle se situe comme chaînon ou comme fer de lance dans le ralliement ou la récupération des pays de la fracture critique. Elle est composée des pays semi-développés ou caractérisés d’émergents, respectueux des règles du jeu quoique en certaines occasions ils éprouvent des difficultés pour suivre le rythme des politiques internationales (cas des renégociations de dettes ou similaires) mais intéressés à se maintenir dans les dynamiques établies. Avec les pays de cette région il est possible de souscrire des accords diplomatiques, politiques et économiques sans qu’il soit nécessaire d’intervenir directement par la force. De différentes manières, ils ont tous un poids régional déterminant et seraient capables de faire évoluer les normes globales à travers des mises en concordances, canaux et compromis au niveau régional. Entre les pays de cette tranche se trouvent le Brésil, l’Inde, l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Russie et la Chine.

Sociopolitique de la mise sous discipline globale

L’idée centrale des guerres du 21ème siècle est celle du maniement asymétrique, une fois rompu l’équilibre des pouvoirs par la faillite du camp socialiste. La construction de l’ennemi a opéré un glissement des entités institutionnelles vers les ennemis non-spécifiques, créant un imaginaire de guerre aveugle.

L’ennemi identifiable ou conventionnel voit son statut réduit à celui de menace régionale et dans ce camp se retrouvent l’Irak, la Lybie, l’Iran et le Venezuela, chacun d’entre eux considéré comme potentiel leader régional, ainsi que tous les types de coalition auxquels ils participent (ALBA, OPEP, Petrocaribe, etc…). Il s’agit à chaque fois d’un pôle articulé de pouvoirs alternatifs ou hostiles aux États-Unis et à leur american way of life converti en politique internationale. Pour cet ennemi la réponse est l’isolement et la démonisation, ou l’application d’une force surdimensionnée pour le détruire, et par-dessus tout l’humilier. Le prototype en est l’intervention en Irak.

L’ennemi non institutionnel est diffus, relativement invisible, éloigné des règles de fonctionnement du pouvoir et en un certain sens indéchiffrable. C’est, depuis un vietnamien apparemment inoffensif de qui ont perçoit seulement le chapeau et jamais le visage, jusqu’à des femmes ou des enfants d’une communauté qui ne se conforment pas avec la construction d’un barrage générateur d’énergie électrique en passant par des masses urbaines qui protestent contre l’élévation du prix des transports, ceux dont on imagine qu’ils peuvent déposer une bombe, fabriquer des armes chimiques ou biologiques dans des laboratoires domestiques ou qu’ils peuvent mobiliser d’amples contingents pour s’opposer aux politiques et projets hégémoniques.

Le danger vient du fait que ces petits ennemis insignifiants qui apparaissent dans tous les recoins, où se dissimulent dans chaque trou peuvent mettre en risque le système lui-même. C’est pour cela que l’on cherche à les attaquer avant qu’ils ne se retrouvent en position de force dissuadant ceux qui sont susceptibles de se transformer en de tels ennemis. Boucher tous les pores et ne pas laisser la plus petite ouverture à l’ennemi dit le missel militaire étasunien (Joint 1998)

Domination du spectre complet

La carte conceptuelle stratégique du projet hégémonique se construit comme nous le disions, autour de l’idée de profiter, ou de ne pas laisser se perdre, l’opportunité historique, qui ne se répétera pas, d’une émergence des Etats-Unis comme leader mondial. Sans guerre froide, sans pouvoirs équivalents auxquels se confronter, mais une conflictivité générale extrêmement complexe et généralisée. Les Etats-Unis ont redéfini leurs objectifs, leurs espaces, modifiant ou adaptant leurs mécanismes, générant des exigences technologiques, recomposant les équilibres entre travaux de renseignement, de persuasion et de combat, redéfinissant les points critiques et explorant les schémas d’approche mais sans renoncer en aucune mesure a ce que, dès ce moment, ils ont appelé « domination du spectre complet » (Joint 1998 et 2000).

La plus grande nouveauté de cette conception stratégique réside dans sa capacité à articuler dans un sens général unique des stratégies sectorielles, partielles, spécifiques, temporelles et plus limitées qui sont déployées par différents émissaires ou agents de la politique de sécurité et de la recherche de suprématie des Etats-Unis sur tous les plans. Rien de nouveau n’a été inventé mais le problème a été pensé de manière intégrale et cela en a changer les expressions et les priorités.

Une systématisation, avec des détails scientifiques, a été opérée pour chaque niveau ou espace du spectre où pourrait se dissimuler un ennemi potentiel. L’espace extérieur, l’espace atmosphérique, les eaux, les surfaces terrestres, les profondeurs de la terre, les espaces publics et privés qui doivent être pénétrés grâce à des mécanismes panoptiques (caméras aux coins des rues, dans les banques et bureaux, puces espionnes, systèmes de données centralisées, etc.) Vie quotidienne, vie productive, pensée et action. Quartiers populaires avec des politiques différentes des quartiers de classe moyenne ou de classe élevée, stratification compétitive, transport, dotation de service, etc. tous les points d’observation et de manipulation des populations.

Avec deux objectifs généraux : garantir le maintient du capitalisme et à l’intérieur la suprématie des États-Unis ; et garantir la disponibilité de toutes les richesses du monde comme base matérielle de fonctionnement du système, assurant le maintient de ses hiérarchies et dynamiques de pouvoir[3]. En d’autres termes, ils insistent, empêcher la formation de forces individuelles ou collectives capables de devenir un contrepoids significatif au pouvoir des États-Unis autoproclamés leader mondial, empêcher ou dissuader toute forme d’insubordination ou de rébellion qui mettrait en risque le système ou les intérêts centraux de ses principaux protagonistes, parmi lesquels ont compte la liberté de disposer sans limites des territoires et vies.

L’ambition géographique de cette stratégie de mise sous discipline embrasse tout le globe et l’espace extérieur, mais étant donné la conformation territoriale de la planète et la conception du monde comme champ de bataille, il a comme territoire de base, comme territoire interne, le Continent Américain.

L’Amérique Latine dans la géopolitique du spectre complet

Considérant le caractère insulaire du continent, les abondantes et diverses ressources qu’il contient et calculant aussi les limitations réelles des États-Unis restreints à leur seul territoire, l’Amérique Latine devient une aire stratégique pour créer les conditions d’une invulnérabilité relative ou pour le moins d’un avantage hégémonique relativement à tout pouvoir qui se voudrait alternatif. De là découle, la conception de sécurité hémisphérique, quasi coïncidente avec celle de sécurité nationale qui est une traduction moderne de la doctrine de Monroe. Veiller sur le territoire pour disposer de ses richesse et pour empêcher que d’autres ne le fassent (Ceceña 2001)

Les trois plis de l’occupation continentale

L’hégémonie se construit sur l’étendue du spectre complet, un spectre pleins de plis qui se superposent et se dédoublent pour tisser l’histoire. La construction d’hégémonie est de ce point de vue un processus de lissage et combinaison de ces plis et de formation de nouvelles topologies de pouvoir. Une protection militaire ne suffit pas si les vannes économiques ne s’ouvrent pas et rien de tout cela n’est possible sans l’instauration d’un imaginaire qui le rend possible. Le premier stade de l’hégémonie consiste à universaliser leur vision du monde, l’american way of life, pour permettre d’influencer sous ce voile de manière relativement souple les politiques économiques qui favorisent l’intégration hémisphérique et les avoirs des plus puissantes entreprises installées sur le Continent.

Concrètement l’hégémonie se manifeste par l’implantation institutionnellement consensuelle – quoique les peuples puissent exprimer leur rejet – d’un ensemble de politiques, projets, normes et pratiques par lesquels est organisé le territoire[4] dans son ensemble.

Les relations entre les États-Unis et l’Amérique Latine, à la lumière de la reconceptualisation des stratégies hégémoniques globales, sont entrées dans le 21ème siècle marquées par des changements profonds. 30 années de néo-libéralisme ont permis d’éradiquer quasi totalement les législations et pratiques protectionnistes et cela est propice à une extension croissante des grands capitaux internationaux qui se sont approprié les infrastructures absorbant ou détruisant les entreprises locales. De nouvelles infrastructures sont nécessaires pour poursuivre le processus, à la fois de nouvelles normes légales et des disciplines qui légitimeront le déploiement et qui contrôleront les mécontents, qui se mobiliseront de manière grandissante. (Ceceña, Aguilar et Motto 2007)

1. Lissage du pli économique. En 1994 entra en vigueur le premier traité international régional de libre échange (Traité de Libre Echange d’Amérique du Nord (TLCAN)) qui met en évidence les modalités d’un ambitieux projet d’intégration continentale (Accord de Libre Echange des Amériques (ALCA)) qui depuis son échec circonstanciel en 2005, à Mar de Plata, s’est réalisé petit à petit par sous-régions. Les nouvelles normes pour le transit des capitaux passent par dessus toute prétention de souveraineté ou de protection du patrimoine national, avec la protection additionnelle de la banque mondiale à travers le CIADI, par lequel dans presque tous les cas les états sont mis en déroute par les entreprises privées.

Le réseau de traités de libre échange et investissement qui s’est tramé sur le continent représente un réajustement complet du pli économique, de manière à ce qu’il en finisse avec l’habitude de restreindre l’entrée de capitaux étrangers et de réserver des espaces stratégiques comme base pour la subsistance de la nation.

A présent ce sont ces capitaux qui dictent les règles, ce sont eux qui encadrent les dynamiques, eux qui corrompent les gouvernements et eux qui s’accaparent du territoire.

2. Le pli territorial. En plus des appropriations individuelles, locales perpétrées directement par les entreprises, en 2000 ont été lancés deux projets de réorganisation territoriales cherchant une ouverture quasi totale vers le marché mondial et une rationalisation/amplification de la production énergétique pour soutenir le rythme de croissance du Continent : le Plan Puebla Panamá (PPP) actuellement Projet Mésoaméricain et l’Initiative d’Intégration de l’Infrastructure Régionale Sud-Américaine (IIRSA), actuellement COSIPLAN-IIRSA.

Les plus ambitieux projets d’infrastructures que l’on ai vu de mémoire américaine, conçus comme support d’une croissante exportation de matières premières en grande partie produites par les grandes transnationales de la mine, du bois/cellulose et les produits énergétiques simultanément avec l’extension des plantations de soya, palme et canne à sucre, entre autres, pour alimenter le bétail, pour la génération de biocombustible ou pour des usages industriels. Avec ces mégaprojets est induite une nouvelle géographie marquée par les canaux de communication et de génération d’énergie, qui vont suivre les entreprises principalement extractives et qui dessine une nouvelle carte politique interne, avec de nouvelles frontières et de nouvelles normativités.

3. Le pli militaire, incontournable face aux situations généralisées de dépossessions et de violence sociale qui provoquent différentes manifestations de résistance et de rejet, fut initié ave le Plan Colombia, premier du genre qui a permis une présence des États-Unis dans le centre de l’Amérique Latine. A la réorganisation de l’économie territoriale qui implique une mainmise légale sur les territoires et peuples s’ajoute une initiative d’empreinte pesante (heavy footprint) sur le plan militaire.

L’initiative, flexible et variable pour s’adapter aux scénarios changeants quoique sans perdre l’objectif stratégique, encadrer la région latino-américaine et caraïbe, établissant un ample réseau de bases militaires (Ceceña, Yedra et Barrios, 2009 ; Ceceña, Barrios, Yedra et Inclán, 2010) et des bases d’opérations anti narcotiques, des patrouilles navales croissantes et constantes, avant et après la reconstitution de la IVème flotte en 2008 ; des armées conjointes qui rendent naturelle la présence de troupes étasunienne et homogénéisant les caractéristiques entre les forces armées de la région ; une généralisation des codes civils criminalisants et des dites loi anti-terroristes qui introduisent la figure du suspect et la tolérance zéro ; un ensemble d’accords ou d’initiatives de sécurité sous régionales, toutes avec la participation des États-Unis, qui ont pour prétexte le déroulement du plan Colombia, jusque dans d’autres  régions comme cela se passe actuellement au Mexique et en Amérique Centrale avec la dite Initiative Mérida (Ceceña, 2006 et 2011).

Dans l’ensemble, la stratégie hégémonique ambitionne d’investir des capitaux, de les multiplier, de disposer des ressources ayant la plus grande valeur, et de réduire les coûts avec des régime de sous-traitance, d’implanter des cultures d’exploitation industrielle, dans la majorité des cas avec des méthodes agricoles hautement prédatrices, et, en général, d’utiliser le territoire selon ses critères, en accord avec ses besoins et intérêts, comme espace propre de renforcement interne et de défense face au reste du monde. Les mécanismes combinent diplomatie, politique, asymétrie et force, et elles varient en fonction des défis internes et de la vision et conditions globales de lutte pour l’hégémonie. La tenaille est mise depuis l’économico-territorial jusqu’au militaire, avec une offensive transversale qui circule sur le plan des imaginaires, des sens communs virtualisés et des politiques culturelles colonisatrices.

Où en est l’Amérique Latine

Le 21ème siècle a vu naître une Amérique Latine et Caraïbe rebelle, pleine de mouvements décolonisateurs sur tous les terrains et d’amplitude diverse. Depuis des mouvements pour la construction d’une société post capitaliste inscrits dans la notion d’un monde qui contient plusieurs mondes zapatiste jusqu’à celle d’une vie de plénitude ou bien vivre des peuples andino-amazoniens. ; et un ensemble de mouvements sociaux par l’autogestion, la participation directe ou la démocratisation dans différents domaines, ou de mouvements politiques qui depuis les instances de gouvernement ont installé quelques dispositifs de frein et d’alternative au système de pouvoir, comme la création d’espaces d’intégrations avec des critères de solidarités et non compétitifs, la recherche de processus de solution divergeants de ceux des capitaux déprédateurs ou nocifs, la dévaluation des dettes odieuses et d’autres semblables.

Des populations qui s’organisent pour défendre leurs coutumes, paraphrasant E.P. Thompson, apparaissent de toutes parts corrodant l’ordre établi et celui qui est en phase d’établissement. La situation ressemble à celle d’une guerre sans merci dans laquelle les dispositifs de sécurité combattent la population qui défend ses droits - parfois précédés, parfois accompagnées par des paramilitaires, mercenaires, gardes privés, autrement dit par des forces armées illégales ou irrégulières, avec des affectations confuses mais avec des degrés d’intervention et d’impunité forts élevés. S’opposer à l’exploitation d’une mine est devenu une cause d’emprisonnement alors que tuer les opposants n’entraîne aucune conséquence.

Des attentats déstabilisants comme le coup d’état au Honduras, la mobilisation séparatiste de la Media Luna en Bolivie, la tentative de coup d’état en Équateur et tout ce qui a été mis en action au Venezuela ; l’un après l’autre, depuis plus de 10 ans, font à présent partie de la mécanique géopolitique ordinaire. Des processus post capitalistes se construisent dans un scénario de guerre et il faut y être préparés. Le 21ème siècle est une guerre à la fois ouverte et occulte, spécifique et atypique et faites de modalités multidimensionnelles qui combinent des variantes moins belliqueuses, comme les attaques financières, avec d’autres comme celles de choc et terreur.

Le scénario latino-américain et caraïbe ne paraît pas être adéquat pour mener une attaque comme celle d’Irak ou d’Afghanistan. Dans ce scénario ce qui a opéré, en plus de l’introduction de mercenaires ou de l’introduction de commandos spéciaux clandestins, est une escalade de positionnements physiques qui encerclent les zones identifiées comme stratégiques en commençant par le canal de Panama, bien protégé dès le départ par les positions du Plan Colombia auxquels à présent s’ajoutent beaucoup d’autres (carte 1) (Ceceña, Yedra et Barrios 2009) et la région  de la grande Caraïbe (carte 1) (Ceceña, Barrios, Yedra et Inclán 2010) ainsi que la région environnant la triple frontière entre Paraguay, Brésil et Argentine (carte 2) (Ceceña et Motto 2005).

La mosaïque politique de la région est variée et complexe. Les pays qui se sont unis dans l’Alliance du Pacifique fonctionnent clairement comme alliés des Etats-Unis, reçoivent des gratifications sous la forme d’aide et dans le cas de la Colombie accomplissent des fonctions qui étaient auparavant assumées directement par le personnel étasunien.

A ce sujet, il est intéressant de parcourir le rapport préparé  - par Latin America Working group éducation fund, Center for international policy (CIP) et WOLA – pour le congrès des États-Unis, dans lequel est affirmé que la Colombie a été le principal bénéficiaire de l’assistance policière et militaire au cours des 20 dernières années (moins une) (Isacson, 2014 : 22). Le rapport cite une note qui figure sur le site du Département de la Défense (avril 2012) dans laquelle il est affirmé que la Colombie donne à son tour une assistance en capacitation et entraînement dans 16 pays de la région et au-delà, y compris en Afrique. Le Ministre Colombien de la Défense, pour sa part, a déclaré au Miami Herald que les forces colombiennes ont entraîné plus de 13 000 hommes dans 40 pays différents entre 2005 et octobre 2012 (Isacson, 2014 : 22)

.. … les gouvernements des États-Unis et de Colombie mènent ensemble un “Plan d’Action en Coopération Régional de Sécurité” à travers lequel ils tentent de coordonner l’aide à des pays tiers. (Isacson, 2014 22, traducción AEC)

Le cas du Pérou est notable, par dessus tout dans les dernières années au cours desquelles se sont déroulés des exercices militaires dans auxquels participaient des énormes contingents de personnel étasunien, mille effectifs en 2008 par exemple, sans que soient précisées leurs fonctions et pour des périodes atteignant 6 mois (Congrès de la république du Pérou, 2008). Des déclarations de Léon Panetta, Secrétaire de la Défense des États-Unis lors de sa visite à Lima en 2012, insistent sur le fait que les États-Unis sont prêts à travailler conjointement avec le Pérou dans la planification, l’échange de renseignements et à développer une coopération militaire trilatérale avec le Pérou et la Colombie en relation avec des problèmes de sécurité (Isaacson, 2014 : 24) réactivant l’idée  originelle d’inclusion du Pérou dans le Plan Colombia.

L’équilibre entre les différentes positions a permis de faire fonctionner des organisations comme l’UNASUR, importantissimes pour fortifier l’indépendance régionale mais avec les positions les plus variables à l’intérieur. Il suffit de rappeler l’emblématique réunion de Bariloche, juste après que la Colombie ait autorisé l’installation de 7 nouvelles bases militaires étasunienne sur son territoire, et que plusieurs membres avec le Venezuela en tête, tentèrent en vain de faire rejeter cet accord.

L’équilibre géopolitique dans la région, en permanence et par définition, est exactement cela, un équilibre.

Le plan México

En 2005 a été signé le premier accord de sécurité sous-régionale du continent, prenant à nouveau la région d’Amérique du Nord comme point d’ancrage de ce qui s’est, à présent, étendu à toute la région de la Grande Caraïbe. L’Accord de Sécurité et Prospérité d’Amérique du Nord (ASPAN) est un court texte quasi équivalent à une déclaration d’intention, mais il a servi de cadre au lancement de l’Initiative Mérida (2008), qui après s’est répliquée dans l’Initiative de Sécurité Régionale d’Amérique Centrale (CARSI) en 2008, et de l’Initiative de Sécurité du Bassin de la Caraïbe (CBSI) en 2010.

Le montant de l’aide apportée par les Etats-Unis à l’Amérique latine et la Caraïbe dans le domaine policier et militaire s’élève notablement si on y inclut celui destiné à la Colombie et au Mexique pendant cette période. En 2013 la Colombie a reçu pour ce poste budgétaire 279 millions de dollars, ce qui était le montant le plus bas depuis 2000 alors que le Plan Colombie en était à ses débuts. Même si on tient compte de cette réduction, la Colombie reste le premier destinataire des ressources, à présent suivi par le Mexique, qui en 2013 a reçu 154 millions de dollars. Les estimations qui ont été faites pour le CARSI dans la période de 2008-2014 se montent à 665 millions de dollars (Isacson 2014), en grande partie justifiées – par les fonds destinés au Honduras, où il semble clairement que soit en cours d’installation un méga centre d’opérations beaucoup plus ambitieux que ne l’était jusqu’ici la base de Soto Cano, – et par les sommes destinées au Guatemala, en particulier celle destinées aux opérations et forces de sécurité de la frontière avec le Mexique.

Actuellement, on trouve plus d’effectifs de la DEA au Mexique que dans n’importe quel autre de ses cantonnements étrangers (selon le rapport cité), en plus des effectifs de la CIA qui comptent un centre d’opération, évidemment illégal mais en pleine vue, à Mexico. Le bombardement de la région de Sucumbios, en Équateur, en 2008, comprenait l’implication – tout indique qu’elle fut délibérée pour s’ajuster avec le plan général – de plusieurs jeunes mexicains qui furent conduit au quartier de paix de la FARC de cette localité, ils servirent de justification pour mettre en marche une grosse opération « antiterroriste » au Mexique, qui se combina avec le guerre contre les narcos » déclenchée par Felipe Calderón depuis 2007. Ce sont les prémisses du Plan México, mieux connu comme Initiative Mérida.

De manière très similaire à ce qui s’est passé en Colombie, le Mexique a été frappé par un déferlement de violence qui se poursuit à présent depuis une décennie, pendant laquelle ont été détruits les tissus communautaires, alors qu’une culture de la peur et de la solitude était introduite par laquelle des recherches d’appartenances immédiates ont remplacé les racines des histoires longues. Aux références collectives d’identité nationale ont été petit à petit substituées celle des pandillas (bandes) ou de groupes qu’ils soient d’autodéfense ou d’attaque, qui se convertissent en l’unique territoire fiable mais bien sûr sans garantie.

Ce qui est surprenant, c’et la rapidité avec laquelle le pays s’est militarisé et a commencé à s’habituer à la présence étrangère incarnée par des corps de sécurité ou d’application de la loi, avec des protestations de rejet dans de nombreux cas, mais qui ont reçu de l’état des réponses cyniques et indolentes. Depuis le personnel du FBI installé aux barrages de migration de l’aéroport de Mexico jusqu’aux arrestations réalisées par du personnel étranger sur le sol national. Tout cela, bien entendu, justifié par la lutte contre le narcotrafic.

L’armée s’occupe d’affaires de sécurité interne et a été dénoncée pour sa complicité avec le dit crime organisé, tout autant que les polices. L’état est loin d’être le seul à exercer la violence. Il y a également ce qu’on pourrait qualifier de milices du crime organisé, non seulement impliquées dans le narcotrafic mais aussi dans d’autres activités illicites, généralement fort violentes, auxquelles il faut ajouter les services privés de sécurité et les paramilitaires.s

Le Mexique avait toujours été mis en évidence comme un des pays d’Amérique Latine exemplaires pour ne pas être passé par les dictatures militaires, comme beaucoup d’autres et pour maintenir une politique de respect de l’autodétermination des peuples et des nations et de non ingérence, ce qui implique de ne pas participer à des activités militaires à l’étranger; mais à présent il s’est incorporé aux exercices conjoints, et il s’est impliqué dans des décisions d’interventions dans d’autre pays à travers l’ONU et, sans dictature militaire interne, il  a dépassé de loin les bilans des dictatures du cône Sud : lors de la Première Réunion Trilatérale de Ministres de la Défense d’Amérique du Nord, Léon Panetta, Secrétaire de la Défense des États-Unis, a assuré que le nombre de morts de la guerre contre le narcotrafic au Mexique s’élève à 150 mil, donnée qui fut par la suite démentie par le Secrétariat de la Défense du Mexique sans qu’il offre aucune donnée alternative ; l’institut de Géographie, Statistique et Informatique (INEGI) enregistre 94 249 assassinats violents entre 2006 et 2011 seulement et les organisations de la société civile donnent un chiffre de 100 000. Dans ces cas, les calculs sont terriblement compliqués mais il y a une coïncidence des diverses sources sur le chiffre de 100 000 morts et de 25 000 disparus alors que le nombre des déplacés se situerait entre 780 mille et 1 million 648 mille.

Les accords militaires entre le Mexique et les États-Unis ont été en augmentant. Sous les auspices du Commandement Nord qui prodigue des entraînements, capacitations et conseils aux Mexicains, qui ont suivi ponctuellement les indications de politique de sécurité des États-Unis. Elles ont démontré qu’elles sont catastrophiques pour le pays, mais par contre pas pour les intérêts et ingérences des États-Unis, vu qu’après une décennie sanglante ils sont finalement parvenus à obtenir l’ouverture du secteur énergétique, si fortement souhaitée par la puissance du Nord.

L’accord entre le Mexique et les États-Unis atteint un point tel que la présence d’effectifs de sécurité étasuniens armés et opérationnels, ainsi que le survol l’espace aérien mexicain, en particulier par des drones, ont été autorisés depuis 2009.

Le chaînon hondurien

Le coup d’état au Honduras en 2009 a non seulement permit de freiner l’avance d’intégration comme celle de l’Alternative Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) mais aussi, comme dans les années 80, elle a permis de retransformer le Honduras en épicentre des activités étasuniennes dans la région centraméricaine.

Le Honduras héberge sur son territoire un des sièges étrangers du Commandement Sud à Palmerola, dans l’emblématique base de Soto Cano qui, à en juger par les ressources mobilisées dans ce pays, semble s’être étendue pour se convertir en un méga centre régional, comme nous l’avons déjà mentionné. Les mouvements sociaux honduriens ont signalé – dans leur dénonciation de la présence d’effectifs étasuniens – non seulement leur présence à Soto Cano mais également dans d’autres régions où sont très probablement localisées de nouvelles bases. Nous en avons enregistré deux autres sur la Côte de la Caraïbe et dans le rapport Time to listen qui contient les données publiques plus récentes, concernant les budgets et activités des politiques de contrôle du narcotrafic, il est question de quatre de plus (Guanaja, Mocarón, El Aguacate et Puerto Castillo) qui auraient été financées par les Etats-Unis, il est également question d’un transfert de 1 388 million de dollars en équipement électronique d’usage exclusivement militaire, une partie duquel est destiné expressément à l’usage exclusif du personnel étasunien au Honduras. Se trouverait là, probablement, un des plus grands centres d’information et télécommunication du Continent.

Il ne faut pas manquer de faire remarquer l’importance géostratégique du Honduras, situé au centre de l’Amérique Centrale et disposant d’issues vers le Pacifique et vers la mer Caraïbe. Le Honduras, après le coup d’état, s’est converti en chaînon centroaméricain du corridor militarisé qui va depuis la Colombie jusqu’au Mexique, touchant la frontière avec les États-Unis et couvrant le Canal de Panama. Le point de chute que représente le Honduras dans cette perspective a justifié les ressources et politiques spéciales appliquées au pays.

Le bras sud du plan Colombie

L’extension du corridor militarisé vers le sud trace une ligne directe avec le Pérou, depuis le début membre mineur du plan Colombie et jusqu’au Paraguay, centre d’opérations des forces étasuniennes pendant une bonne partie du 20émesiècle.

Il faut mettre en évidence que le tracé géographique de ce corridor a éprouvé des difficultés à trouver une sortie vers l’Atlantique, région remarquable par les gisements de pétrole du Brésil. La recherche du passage vers l’Atlantique a été mené avec la mobilisation de la 4ème flotte, avec quelques échecs de tentatives de projets de bases militaires (Alcántara au Brésil, par exemple) et avec la position privilégiée de l’île d’Ascension, où a été installé un centre d’information du plus haut niveau, et qui est une des positions en relation directe avec le concept stratégique qui sous-tend la convention de 2009 pour l’installation de 7 nouvelles bases en Colombie, et qui en réalité n’a pas encore pu être appliqué (Carte 3)

 

Le rapprochement avec le Pérou s’est substantiellement intensifié à partir de 2008 et avec le Paraguay les engagements de capacitation offerts par les Colombiens ne se sont pas interrompus y compris avec le gouvernement de Fernando Lugo, et maintenant, il y a eu le coup d’état parlementaire et  de gouvernement de rechnange a pour objectif de les intensifier. Déjà pendant le gouvernement de Lugo il avait été convenu avec les États-Unis de l’installation d’une base d’opération et d’entraînement dans la zone nord qui est tout à fait fonctionnelle, et où les instructeurs, en accord avec le pacte, seraient étasuniens, mais nous savons qu’ils sont également colombiens.

Les pions joués de cette manière, chacun de son côté mais clairement articulés dans le concept stratégique continental, conforment une route sûre qui parcourt l’Amérique du Nord au Sud (carte 4) et qui permet les conditions d’une réponse rapide à n’importe quelle situation de risque. Les troupes étasuniennes et leurs alliés – qui se sont entraînées ensemble, et entretiennent des protocoles similaires quand ils ne sont pas identiques, qui se sont exercées à des simulacres de réponse à des contingences variées parmi lesquelles se retrouvent les soulèvements, les troubles urbains et d’autre du même style, disposant d’une plateforme territoriale aussi étendue et adéquatement équipée – sont dans de bonnes conditions pour intervenir avec efficacité le cas échéant.

 

Le virage technologique

Un des importants avantages asymétrique que comptent les États-Unis, c’est la technologie, tant dans le champ de la production civile comme, de manière superlative dans le domaine militaire. Les communications militaires, les techniques d’encryptage, les protocoles, armes, avions, télédirection, télédétection, armes chimiques et biologiques, technologie nucléaires et toutes leurs dérivées et innovations. C’est sur cette base que sont menés la prévention et les travaux de renseignements qui éviteraient les guerres – parce qu’ils neutraliseraient ou détruiraient les potentiels ennemis avant qu’ils puissent se convertir en une menace réelle. Dans ce but est également mise en jeu l’application de forces surdimensionnées dans des opérations de choc et terreur qui confèrent un avantage matériel et logistique à tous les types d’incursion.

L’élément le plus innovant, quoique pas forcément le plus décisif, ce sont les mini avions sans pilote, communément appelés drones. Les drones sont utilisés par les États-Unis depuis déjà un bon moment dans des opérations spéciales, tant de monitoring et de détection que d’attaque. Leurs légèreté, imperceptibilité et coût relativement bas les convertissent en un outil qui a tendance a se développer massivement et c’est aussi en un commerce juteux. Israël est actuellement le producteur et exportateur de cette technologie. Le Brésil est en train de lui acheter le know how pour initier sa production localement et on pourrait penser que les drones, cessent, du fait de leur multiplication, d’être un avantage. Cependant, ce qui compte ce sont les importantes fonctions que peuvent accomplir les petits avions et cela dépend de leur contenu. Les équipements de détection ont des potentialités multiples. Les équipes d’attaque miniaturisée sont l’exclusivité du Pentagone pour le moment et la miniaturisation semble leur conférer un avantage décisif sur le restant des peu nombreux producteurs.

Les drones diminuent les coûts de la guerre et contribuent à alléger l’empreinte militaire sur les territoires. Les bases de lancement requises sont de taille micro et cela permet de rendre invisible la situation de guerre généralisée vers laquelle inexorablement nous mène le capitalisme.

L’équilibre latinoaméricain et Caraïbe et ses dérives.

Bien que les scénarios de guerre du Moyen-Orient, si complexes et explosifs soient ceux qui occupent l’attention des medias, la bataille interne qui se livre en Amérique est extrêmement intense et indubitablement décisive. Elle a pour qualité d’avoir ouvert des routes de pensée et de construction de modes d’organisation sociale pas seulement conflictuels mais distincts, et du coup aussi d’avoir proposés des alternatives, à celles qu’offre le capitalisme. Le passage vers le non-capitalisme, quelle que soit la dénomination qu’on lui donne, rencontre un tas d’obstacles et fera l’objet de toutes les pressions, menaces et attaques. Des opérations de déstabilisation en tous genres, des interventions directes, des tentatives de coups d’état, des massacres de populations dissidentes ou insurgées, l’imposition de politiques et normes, blocus, conflits frontaliers et beaucoup d’autres dispositifs de contre-insurrection, entendue au sens large de ce terme.

Tout cela nous conduit dans un chemin ardu et de longue haleine mais pas impossible

C’est ici que Mariátegui revient résonner avec force. Ni calque, ni copie. Nous ne pouvons dérouter la guerre par la guerre mais bien par la construction d’un monde de paix, de dignité et de respect. Et c’est cela qui ouvre son chemin, avec des modalités variées, en Amérique Latine et Caraïbe.  Et c’est pour cela que l’offensive ne cessera pas de s’intensifier.

 Ana Esther Ceceña

Article publié dans Patria n°1 décembre 2013 (Équateur : Ministère de la Défense Nationale)

Article original en espagnol : La dominación de espectro completo sobre AméricaRebelión, 30 janvier 2014

Traduit par Anne Wolff


[1]  Les cinq commandements qui se répartissent le monde sont : Central Command, European Command, Northern Command, Pacific Command, Southern Command.

[2] Actuellement les Commandements de Combats sont neufs parmi   sont transversaux à savoir African Command, Central Command, European Command, Northern Command, Pacific Command, Southern Command,  Special Operations Command, Strategic Command y Transportations Command. (DoD, 2014).. Cependant une nouvelle modification se profile qui en réduirait le nombre à 5 commandements géographiques, dans une certaines mesure pour des questions de budget. (DoD 2013)

[3] Il est intéressant de revoir de ce point de vue la définition de la mission historique des forces armées des États-Unis, qui dans ses cinq objectifs fondamentaux inclus les deux mentionnés (Cohen 1998)

[4] Notre conception du territoire n’est pas géographique ou physique mais historique et culturelle. Le territoire se construit par l’interaction entre les êtres vivants et leur milieu, dans la construction d’un habitat spécifique, qui est évidemment politique.

Bibliographie des citations

Barnett, Thomas 2004 The Pentagone’s new map. War and peacein the twenty-first cntury (New York : G.P. Putman’s Sons)

Ceceña, Ana Esther 2001 ‘“La territorialidad de la dominación. Estados Unidos y América Latina” en Chiapas 12 (México: ERA-Instituto de Investigaciones Económicas)

Ceceña, Ana Esther 2006 “Los paradigmas de la militarización en América Latina” en Pensamiento y acción por el socialismo. Rosa Luxemburgo. América Latina en el Siglo XXI (Buenos Aires: FISyP-FRL, http:// www.geopolitica.ws/leer.php/30).

Ceceña, Ana Esther 2011 “Los peligros de la militarización en América Latina”, en La Jiribilla, Año X, 19 de julio, (La Habana).

Ceceña, Ana Esther y Motto, Carlos 2005 Paraguay: eje de la dominación del Cono Sur (Buenos Aires: Observatorio Latinoamericano de Geopolítica)

Ceceña, Ana Esther, Aguilar, Paula y Motto, Carlos 2007 Territorialidad de la dominación. Integración de la Infraestructura Regional Sudamericana (Buenos Aires: Observatorio Latinoamericano de Geopolítica)

Ceceña, Ana Esther, Barrios, David, Yedra, Rodrigo e Inclán, Daniel 2010 El Gran Caribe. Umbral de la geopolítica mundial (Quito: FEDAEPS).

Ceceña, Ana Esther, Yedra, Rodrigo y Barrios, David 2009 El águila despliega sus alas de nuevo. Un Continente bajo amenaza (Quito: FEDAEPS).

Cohen, William 1998 Annual report to the President and the Congress. ( U. S. Department of Defense )

Congreso de la República del Perú 2008 Diario de los Debates, Segunda Legislatura Ordinaria de 2007 - Tomo 2, 21 de mayo (http://www2.congreso.gob.pe/sicr/diariodebates/Publicad.nsf/SesionesPleno/05256D6E0073DFE90525745000747C78/$FILE/SLO-2007-2S.pdf)

Isacson, Adam; Haugaard, Lisa; Poe, Abigail; Kinosian, Sarah y Withers, George 2014 Time to listen: trends in U.S. security assistence to Latin America and the Caribbean (USA: Latin America working group education fund, Center for international policy (CIP), WOLA)

Joint Chiefs of the Staff 1998 Joint vision 2010 (US governmet)

Joint Chiefs of the Staff 2000 Joint vision 2020 (US governmet)

U.S. Department of Defense (DoD) 2013 Defense News(http://www.defensenews.com/article/20130811/DEFREG02/308110001/DoD-Weighs-Major-COCOM-Realignment)

 

Ana Esther Ceceña est Directrice de l’Observatoire Latino-Américain de Géopolitique, Institut d’Investigations Économiques et Professeure de Postgraduat des Études Latino-Américaines de l’Université Nationale Autonome du Mexique. Enquête réalisée dans le cadre du projet Territorialité, mode de vie et bifurcation systèmique (IN301012) [email protected]

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Dans « La République des censeurs », qui vient de paraître*, l’intellectuel belge, Jean Bricmont, se livre à un vigoureux plaidoyer pour la liberté d’expression. Il fait une analyse extrêmement instructive des lois qui, en France, ont limité cette liberté au cours des 40 dernières années, des procès auxquels ces lois ont conduit, et de leurs effets pervers.

M. Bricmont démontre que la « loi Pleven » de 1972 réprimant l’incitation à la haine raciale, ainsi que la « loi Gayssot » de 1990 punissant ceux qui contestent l’existence d’un quelconque « crime contre l’humanité » jugé à Nuremberg, ont introduit le délit d’opinion, ouvert la porte à des appréciations arbitraires, au deux poids deux mesures, confié aux juges la charge de dire la vérité en histoire ; en fin de compte, attisé des sentiments d’injustice et alimenté ce contre quoi elles prétendaient lutter.

Silvia Cattori : Votre essai « La République des censeurs »ouvre le débat. Vos arguments paraissent convaincants ; et pourtant on vous a vu dernièrement très seul à les défendre à propos de l’affaire Dieudonné [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb1″>1]. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce un biais propre aux médias ? Ou serait-ce qu’une majorité des Français s’est aujourd’hui laissé convaincre que la censure se justifie pour préserver la paix civile ?

Mais le problème n’est pas non plus simplement restreint aux médias. Il y a, comme l’explique Diana Johnstone [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb2″>2], une sorte de religion de la Shoah en France. Mais il faut être précis ; utiliser le mot « religion » dans ce cas ne veut pas dire nier l’événement, mais caractériser la façon dont on en parle. Le simple fait qu’il existe une loi interdisant, sous peine de sanctions pénales, de le nier et que ce soit le seul événement historique qui « bénéficie » d’une telle loi est déjà une façon de le sacraliser. Il suffit par ailleurs de voir ce qui se dit ou s’écrit sur une série de sujets qui n’ont rien à voir directement avec la Shoah, comme la sécurité d’Israël, le nucléaire iranien, les guerres humanitaires, la construction européenne et d’autres sujets encore, pour voir que la Shoah joue un rôle central dans l’imaginaire contemporain de nos « élites ».

Mais la religion de la Shoah, contrairement à celles que je viens de mentionner, a des conséquences politiques sérieuses et, à mon sens, très néfastes. Tout d’abord, la politique occidentale par rapport à la Palestine est sans arrêt « contrôlée » par le rappel de la Shoah, à laquelle les Palestiniens n’ont évidemment pas pris part, mais, et cela on ne le souligne jamais, les Européens vivant actuellement non plus – à de très rares exceptions près. Je trouve toujours très curieux que, dans une culture soi-disant dominée par l’antiracisme, on accepte implicitement l’idée d’une responsabilité collective, celle des Européens pendant la guerre -en assimilant par ailleurs occupants et occupés-, qui en plus est transmissible aux descendants.

Mais la même chose est vraie pour les guerres humanitaires et la politique d’ingérence en général. Lors de chaque guerre, on nous présente de nouvelles « victimes innocentes », comparées aux juifs pendant la guerre, menacées de génocide par un nouvel Hitler et tous ceux qui s’opposent à ces guerres sont immédiatement traités de « Munichois » ; si l’on cherche à mettre en question, ne serait-ce que faiblement, la propagande de guerre, on est assimilés aux « négationnistes ». Pourtant, avec le temps, on s’aperçoit que cette propagande s’avère presque toujours être mensongère, le dernier exemple en date étant l’attaque chimique en août 2013 près de Damas, dont une étude scientifique démontre qu’elle ne pouvait pas être le fait du gouvernement syrien [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb3″>3].

Finalement, il y a la question de la liberté d’expression. Quoiqu’on pense de Dieudonné, de son humour et de ses « dérapages », il est hallucinant de voir la campagne déclenchée contre lui par tout l’appareil d’Etat, appuyée par presque tous les médias, alors qu’il n’est après tout qu’un simple individu se produisant sur scène, sans aucun parti ou mouvement derrière lui : on peut tranquillement se réjouir sur une chaîne de radio publique en imaginant qu’il soit publiquement exécuté [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb4″>4], des adolescents peuvent être renvoyés de leur école et accusés d’apologie de crimes contre l’humanité pour avoir fait le geste de la quenelle, on arrive à faire licencier des gens ayant fait ce geste, entre autres exemples d’hystérie.

A partir du moment où bon nombre de gens, qui se pensent souvent comme étant « de gauche », ont adhéré plus ou moins inconsciemment à la religion de la Shoah, ils voient le « combat » contre les mécréants, les antisémites et négationnistes, mais aussi, par extension, les racistes, sexistes et homophobes, comme une sorte de cause sacrée. Et une fois qu’une cause acquiert un caractère sacré plus aucune règle n’est respectée ; c’est la guerre sainte ! En particulier, la liberté d’expression passe à la trappe, mais aussi l’équité dans les débats ou le simple respect des droits de la défense des personnes accusées d’avoir de mauvaises pensées.

C’est ainsi qu’on en est arrivé à une situation absurde, où la simple défense des principes les plus élémentaires de la démocratie devient « suspecte » et « extrémiste », ce qui explique le relatif isolement médiatique auquel vous faites allusion.

Silvia Cattori : Ne pensez-vous pas que le racisme et l’antisémitisme sont des fléaux et qu’il faut les combattre ?

Jean Bricmont : Avant de répondre, je voudrais qu’on précise ce qu’on appelle « racisme » et « combattre ». On peut penser, pour ce qui est du racisme, à des lois discriminatoires, fondées sur le sexe, le groupe ethnique ou la religion. Pour autant que je sache, ce genre de lois n’existent pas en France, même si elles ont existé dans le passé et existent ailleurs dans le monde. On peut aussi penser aux discriminations de fait dans l’accès à l’emploi et au logement. Je ne parle pas de cela dans le livre parce que ces discriminations de fait ne sont pas couvertes par la liberté d’expression et que je ne demanderais pas mieux que de les supprimer ; mais je n’ai rien d’original à dire à ce sujet. Finalement, il y a tout ce qu’on appelle les « préjugés », c’est-à-dire les opinions que les êtres humains ont à propos des groupes auxquels ils pensent appartenir par rapport aux autres. La plupart des gens voient « leur » groupe – ethnique, religieux, sexuel – comme ayant des qualités que les autres groupes n’ont pas.

Et, bien sûr, ces « préjugés », combinés aux relations de pouvoir existant dans une société donnée, ont des effets sur les discriminations. A partir de ce constat, il est tentant de penser que la lutte contre les discriminations passe par la répression légale de l’expression, verbale ou écrite, des « préjugés ».

C’est cette idée qui est à la base de la « lutte contre la haine » par des voies légales. Je comprends cette tentation, mais je pense aussi qu’il faut lui résister. Le problème est qu’en s’attaquant à l’expression d’idées, on rencontre au moins trois problèmes fondamentaux :
- La pensée humaine étant très flexible, et vu qu’on ne peut pas tout censurer, on tombe inévitablement dans le « deux poids deux mesures » et toutes les personnes censurées trouveront aisément d’autres propos aussi scandaleux que les leurs et elles se considéreront donc victimes d’injustices.
- On rencontre aussi le problème de la pente glissante : pour que la censure soit efficace, il faut non seulement interdire les propos jugés illégaux mais aussi ceux qui s’en rapprochent, ou qui les citent, ou qui les défendent indirectement etc. Je donne de nombreux exemples de telles dérives dans mon livre.
- Finalement, et c’est sans doute le plus important, en empêchant d’exprimer des opinions racistes, sexistes etc., on s’empêche de les réfuter. Bien sûr, je ne suis pas opposé à la « lutte » contre le racisme si celle-ci consistait à donner des arguments, de préférence en débattant de façon contradictoire avec les gens supposés être racistes. J’insiste simplement sur le fait que la censure empêche de le faire et, en rendant toute confrontation impossible, affaiblit la pensée antiraciste.

Le soutien à la censure est d’ailleurs souvent lié à l’irrationalisme généralisé qui caractérise notre culture : presque tout le monde est convaincu que les arguments rationnels n’ont aucun effet. C’est en tout cas ce que j’entends très souvent dire quand je critique les religions ; mais quelle est l’alternative à la discussion rationnelle ? Le terrorisme intellectuel ? L’enfermement des dissidents ?

Quoi que l’on pense d’Obama, c’est un fait que son père était Africain et qu’il a été élu deux fois président des Etats-Unis. Comment les Américains ont-il fait pour l’élire, alors qu’ils ne « bénéficient » pas de ces magnifiques lois « réprimant la haine » et qu’effectivement toutes sortes d’horreurs peuvent être dites librement dans ce pays ?

Finalement, je remarque que l’antiracisme consiste souvent à célébrer les « autres cultures », sur le plan artistique par exemple. Mais lorsqu’il s’agit des aspirations politiques des parties non occidentales du monde qui sont presque unanimement opposées à nos politiques d’ingérence et de guerres humanitaires, presque personne n’est prêt à les écouter. Et lorsque des Iraniens, des Cubains ou des Irakiens souffrent d’embargos dont les conséquences sont bien pires que de simples discriminations, je n’entends pas beaucoup de voix antiracistes protester.

Silvia Cattori : Que diriez-vous aux personnes dont la famille a souffert des persécutions raciales au cours de la guerre et qui trouvent insupportables que l’on nie leurs souffrances ? Le souvenir de ces souffrances n’est-il pas plus important que le principe abstrait de la liberté d’expression ?

Jean Bricmont : Tout d’abord, la loi Gayssot ne réprime pas la négation de souffrances passées en général, mais d’un cas particulier, à savoir certains crimes commis lors de la Seconde Guerre mondiale et jugés lors du procès de Nuremberg ; en pratique, la plupart des poursuites portent sur la négation de l’existence des chambres à gaz dans les camps allemands.

La question ici n’est pas de savoir si l’on juge, à titre individuel, les persécutions nazies contre les juifs comme particulièrement monstrueuses, mais si l’on estime que c’est à l’Etat d’imposer à tous, non seulement une vérité historique, mais aussi le fait de considérer ces persécutions comme exceptionnelles – puisqu’elles seules « bénéficient » de ce genre de lois.

Je ne pense pas que singulariser ainsi un type de souffrance rend service à ceux qui veulent en préserver la mémoire. En effet, cela provoque un ressentiment qui, en fait, attise l’animosité contre eux, en faisant croire que « les juifs » sont plus puissants que les autres communautés.

Mais ce qui est encore plus préoccupant, c’est que, dès qu’on interdit une certaine pensée, on attire l’attention sur elle et on encourage le scepticisme par rapport à la thèse défendue par la censure.

Pour illustrer cela, il suffit de comparer Faurisson -et ses disciples- et Arthur Butz, qui est américain et auteur d’un ouvrage, « La mystification du 20è siècle » qui nie l’existence des chambres à gaz et dont l’édition originale en anglais date de 1976, c’est-à-dire avant les premiers écrits de Faurisson.

Qui connait Butz ? Pratiquement personne (en dehors des cercles négationnistes) ; en effet, il n’est pas poursuivi et, donc, est presque totalement inconnu. Faurisson est constamment poursuivi et est internationalement connu. La même chose est encore plus vraie pour Garaudy ; philosophe ex-communiste, il s’était converti à l’islam et a été condamné pour négationnisme à cause de son livre sur les « mythes fondateurs » d’Israël [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb5″>5] Quelle meilleure publicité pouvait-on faire à ses thèses que de le condamner ? Et cela particulièrement dans le monde musulman, où l’idée que la France est dominée par le « lobby sioniste » est assez répandue, pour ne pas dire plus.

Silvia Cattori : L’évolution que vous décrivez dans le troisième chapitre de La République des censeurs [http://www.silviacattori.net/article5390.html#nb6″>6], est-elle spécifique à la France, et si oui, pourquoi à votre avis ? Ou bien retrouve-t-on des phénomènes analogues dans les autres démocraties occidentales ?

En fait, malgré l’idée qu’elle se fait d’elle-même, la France n’est pas un pays très libéral en matière de débat d’idées et cela ne date pas d’hier : Descartes et Voltaire ont choisi de séjourner à l’étranger, où ils étaient souvent plus libres qu’en France. Beaucoup d’écrits de Diderot furent publiés après sa mort. Marx et Hugo sont venus en Belgique. Rimbaud et Verlaine ont aussi fui la France. Bref, contrairement à ce que certains croient peut-être, la censure en France n’est pas une invention sioniste.

Mais il y a un autre facteur spécifique à la France, à savoir la « destruction de la raison » opérée par la pensée des années 1960. Je veux dire par là qu’une partie de l’intelligentsia a accepté l’idée que la vérité n’est jamais qu’un effet du pouvoir ou que les discours sont « socialement construits », sans aucune contrainte venant du monde extérieur. La formulation donnée ici est plus radicale que ce que pensaient la plupart des gens à cette époque, mais l’idéologie des années 1960 allait dans cette direction. A partir du moment où des notions comme vérité ou objectivité sont dévalorisées, il est assez tentant de faire reposer l’entièreté des discours sur des « valeurs », coupées de toute analyse du réel, et c’est ce qu’on entend sans cesse à gauche : « nous » sommes les défenseurs de « valeurs » antiracistes, féministes, de tolérance etc.

Mais une étude même superficielle de l’histoire des religions montre qu’il est plus facile et donc plus fréquent de bomber le torse en prétendant adhérer à certaines valeurs que de faire les sacrifices nécessaires pour les mettre en application.

Ce qui est plus grave, c’est que la mise en avant de valeurs et l’abandon de la notion d’objectivité a un impact catastrophique sur le droit. En effet, celui-ci, même s’il est fondé sur une certaine conception du bien commun, ne doit pas être confondu avec la morale. En particulier, il cherche avant tout à limiter les abus de pouvoir, dont sont trop souvent coupables ceux qui croient faire partie du camp du Bien. Dans les débats auxquels j’ai pris part sur la liberté d’expression, j’ai été frappé par l’absence totale de respect pour celle-ci précisément chez ceux qui se drapent dans leurs « valeurs », que « nous » sommes tous sommés de partager. C’est oublier que l’ordre social repose sur des règles, relativement bien définies, et non sur des valeurs dont la signification précise, quand elle existe, dépend du bon vouloir de ceux qui s’en réclament.

Ce qui paraît a priori curieux, c’est que ce remplacement des faits et des règles par les valeurs est typique de la pensée totalitaire, alors que notre époque ne jure que par son opposition au totalitarisme. Mais si on pense à l’histoire des religions et à l’hypocrisie qui les accompagne en général, ce n’est peut-être pas si étonnant que cela.

Silvia Cattori : La « loi Gayssot » a été adoptée en 1990 malgré l’opposition de nombreuses personnalités politiques de droite. Mais, revenue aux affaires, la droite s’est gardée de l’abolir. On ne voit pas s’esquisser d’évolution à gauche. Dès lors, d’où pourrait venir la remise en cause de ce genre de loi ? Quelles conditions devrait-on réunir ? Quel espoir peut-on entretenir à ce sujet ?

Jean Bricmont : Je n’imagine pas, grâce à un modeste livre, changer une situation qui est le résultat de décennies d’endoctrinement à la « lutte » -par la censure ou la diabolisation- contre le fascisme, le racisme etc. J’espère, sans trop y croire, ouvrir le débat. Mais il me semble que dans l’avenir proche, les associations antiracistes vont continuer leurs poursuites et que les conflits entre « communautés », qui ont bien sûr des causes multiples, vont s’aggraver, chaque communauté considérant que “son” sacré, “sa” mémoire ou “ses” souffrances ne sont pas suffisamment respectés ou que les outrages qu’elle subit ne sont pas assez réprimés.

Comme j’essaie de l’expliquer, la mentalité dominante à gauche, qui consiste à se voir à la fois comme représentant du Bien sur Terre et comme étant, par là même, autorisé à faire taire ses adversaires, mène à un appauvrissement considérable de la pensée. Face à toutes les contestations populaires qui se développent, bonnets rouges, manifs pour tous, jour de colère, retraits de l’école contre la théorie du genre, succès de Dieudonné, la réponse de la gauche, même « radicale », est toujours « extrême droite, extrême droite ! ». Ils ne pensent jamais à se remettre en question ou à se demander si ce n’est pas leur façon de procéder qui provoque en partie ces réactions.

De nouveau, comparons avec la Belgique : c’est un pays qui était encore très catholique il y a quelques décennies et où le mariage homosexuel existe depuis plus longtemps qu’en France (sans mener à l’effondrement de la civilisation…), où le Premier Ministre est homosexuel et où l’euthanasie est légale ; rien de cela ne provoque les réactions furieuses auxquelles on assiste en France, où aujourd’hui l’hystérie « de droite » répond à l’hystérie « de gauche ».

Bien sûr, je souhaite défendre les acquis des années 1960 en matière de droits des femmes, des homosexuels ou des minorités. Mais je ne crois pas qu’on y arrivera tant qu’on continuera à faire comme si l’analyse rationnelle était une sorte d’étrange passe-temps, comme le dit ironiquement Chomsky à propos de la vie intellectuelle française.

Mon seul espoir réside chez les jeunes, où je perçois un changement de mentalité et une ouverture au débat que je n’imaginerais pas parmi les gens de ma génération, celle de 1968, qui a complété le slogan « il est interdit d’interdire » par « sauf les opinions qui ne nous plaisent pas ». Ma génération était marquée par le souvenir de la guerre et, d’une certaine façon, a voulu revivre la guerre, mais dans le fantasme plutôt que dans le réel. Il y avait aussi, dans cette génération, une sorte de révolte contre la génération précédente dont une bonne partie avait soutenu ou avait été passive à l’époque du fascisme – tout en oubliant que « combattre le fascisme » après son effondrement était considérablement plus facile qu’entre 1940 et 1945.

Mais les jeunes d’aujourd’hui sont nés longtemps après la fin de la guerre, font face à une économie ruinée et à un enseignement à la dérive, n’ont pratiquement aucune perspective d’avenir et n’ont pas le goût de s’amuser à combattre des fantômes ou de vivre dans des fantasmes.

Propos recueillis par Silvia Cattori
URL : http://www.silviacattori.net/article5390.html

(*) La République des censeurs. Editions de l’Herne, 2014.


Professeur de physique théorique et mathématique, Université de Louvain, Belgique. Auteur de plusieurs articles sur Chomsky, co-directeur du Cahier de L’Herne n° 88 consacré à Noam Chomsky. Il a publié notamment avec Alan Sokal Impostures intellectuelles (1997), À l’ombre des Lumières avec Régis Debray (2003) et Impérialisme humanitaire (2005).

 


 

[1] Voir :

- Dieudonné, Taddeï, la LICRA : le jour où la liberté de pensée vacilla (17 janvier 2014)
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/dieudonne-taddei-la-licra-le-jour-146344

- Jean Bricmont sur Dieudonné, Caroline Fourest et Taddéi (Vidéo) (18 JANVIER 2014)
http://www.silviacattori.net/article5308.html

- Quand Jean Bricmont parle de Dieudonné sans se faire couper la parolehttp://www.youtube.com/watch ?v=2lbpqdiTq3s

[2] La Shoah : Religion d’Etat ? par Diana Johnstone (28 JANVIER 2014)
http://www.silviacattori.net/article5366.html

[3] Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013
https://www.documentcloud.org/documents/1006045-possible-implications-of-bad-intelligence.html

[4] Le journaliste Philippe Tesson s’exclama sur Radio Classique : « Ce type, sa mort par un peloton de soldat me réjouirait profondément ! », avant d’ajouter que « c’est une bête immonde, donc on le supprime. C’est tout ! »

[5] « Les Mythes fondateurs de la politique israélienne ». Publié en 1995 par les éditions La Vieille Taupe, réédité en 1996 à compte d’auteur « Samizdat Roger Garaudy » lui a valu d’être condamné, en 1998, pour «  contestation de crimes contre l’humanité, diffamation raciale et provocation à la haine raciale ».

[6] Jean Bricmont écrit page 125-126 : « Pendant longtemps, la censure a été « de droite », en ce sens qu’elle était exercée par l’Église, l’armée ou des chefs d’États plus ou moins autoritaires. […] Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, la naissance de la « lutte contre le racisme » et les procès contre les négationnistes, que la censure a changé de camp et est devenue « de gauche », tout en étant acceptée, même si c’est sans enthousiasme, par la droite « démocratique ». À partir du moment où ce basculement a eu lieu, la défense de la liberté d’expression est devenue « suspecte » de sympathies pour l’extrême droite. »M. Bricmont attribue ce basculement à l’abandon par la gauche de son ambition de transformation du capitalisme, de sa défense de la souveraineté nationale, et sur le plan international de sa lutte pour la paix et contre l’impérialisme. Pour justifier ces abandons, la gauche, a dit-il « inventé la gauche morale », et s’est lancée dans un combat imaginaire en prétendant se mettre à « lutter contre le fascisme » plusieurs décennies après la fin de la guerre.

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Québec : pourquoi tant de haine ?

février 5th, 2014 by Ahmed Bensaada

Il y a deux semaines, un ami m’appela d’Alger. Il avait appris le décès d’un de ses camarades de jeunesse. N’étant pas au courant du triste événement, je réussis tant bien que mal à glaner des informations sur ce sujet après quelques appels et l’inestimable secours de Google. Sous le vague titre « Accident mortel au métro », quatre lignes sur le site de Radio-Canada annonçaient laconiquement la dramatique disparition de cette brillante personne que rien ne destinait à cette fin tragique. « Un homme d’une soixantaine d’années est mort après s’être cogné la tête contre un wagon de métro », disait la nouvelle [1]. Aucune mention de son nom, de son origine ni de sa religion. Quatre minces lignes en guise d’épitaphe pour un homme mort incognito, tel un soldat inconnu de l’immigration. Son corps fut transporté en Algérie pour y être inhumé, sans que sa communauté (et encore moins la société d’accueil) ne se rende compte de sa disparition.

Jeudi dernier, le métro de Montréal fut le théâtre d’un accident aussi dramatique que le précédent : une femme perdit la vie dans les escaliers roulants. D’après les premières hypothèses, son foulard se serait malencontreusement coincé dans le mécanisme de l’escalator, provoquant un inévitable étranglement. Le funeste accident aurait certainement connu le même traitement médiatique que le premier si ce n’était la présence de deux mots qui cristallisent à eux seuls toute la tension sociale du Québec : femme et foulard.

Femme? Serait-ce une femme musulmane?

Foulard? Serait-ce un foulard islamique, un hijab?

Et voilà que la machine médiatique s’emballe et que les titres fleurissent. « Étranglée par son hidjab » [2] ont titré certains médias racoleurs dont le seul souci est de mousser les ventes ou de « booster » l’audimat. Son nom, sa nationalité, sa religion et tous les détails de sa vie (ou presque) sont proposés à la consommation.

 

Plus grave encore : le raz de marée de commentaires racistes et islamophobes qui a submergé la blogosphère québécoise. « Une terroriste de moins à Montréal », « Si elle n’avait pas de hijab, elle serait encore vivante », « maintenant on voit pourquoi on ne veut pas de hijab au Canada », « Bon débarras », « Une excellente raison pour interdire le voile. Trop dangereux au Canada! Dans leur pays ils ont des chameaux, mais ici on a des métros », « Je suggère qu’on oblige des escaliers roulants dans les maisons habitées par des musulmans », « moi je parle bien le français, j’ai une bonne éducation et je n’ai pas d’empathie pour ce peuple », « C’est quand même plate : ça a dû retarder bien du monde à monter les marches » [3], etc.

Pourquoi tant de haine? Pourquoi cette absence de compassion? La vie humaine ne représente-t-elle plus rien aux yeux de ces goujats? Quel rôle l’école joue-t-elle dans l’éducation de ces butors? Que doivent penser les enfants de la défunte qui, en plus de surmonter la douloureuse perte de leur mère, doivent supporter des propos aussi insultants et dégradants?

Et comment expliquer l’immense différence entre les réactions médiatico-sociales qui ont accompagné les deux malheureuses disparitions? La réponse à cette question est contenue dans le titre volontairement ostentatoire du second décès. En effet, dans ce cas, on connait l’assassin, le meurtrier, l’étrangleur. Celui-là même qu’on dénonce, qu’on montre du doigt, qu’on jette à la vindicte populaire. Le hijab, c’est lui le coupable! C’est lui qui a étranglé la dame.

Pour les adeptes de son bannissement de la fonction publique, cet accident représente  une preuve par 9 de la justesse de leur cause, voire le chaînon manquant de leur théorie « hijabophobique ».

Il est clair que depuis l’apparition de la charte des valeurs québécoises dans la scène publique et sa volonté d’interdire le port du hijab dans la fonction publique, les actes islamophobes contre les femmes musulmanes ont augmenté de manière significative [4]. Mais de là à s’en prendre à une personne décédée, il y une barrière qui vient d’être franchie.

Mais où est donc passé le Québec dont je vantais, il n’y a pas si longtemps, les valeurs, les vraies, celles de l’inclusion, de l’ouverture à l’autre et du respect d’autrui? Où est passé cette province modèle que j’ai choisie pour élever mes enfants dans la diversité et pour leur inculquer les vertus du vivre-ensemble?

Ce Québec s’est réduit comme une peau de chagrin depuis que la parole a été monopolisée par des semeurs d’intolérance et des incubateurs de haine.

Telles les Djemila Benhabib, les Janette Bertrand ou les Denise Filiatrault et bien d’autres dont la liste est malheureusement trop longue. La première se fait passer pour une musulmane mais tire sur tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam. La seconde a déclaré qu’elle n’aimerait pas être soignée par une femme voilée tandis que la troisième a traité de « folles » les femmes qui disent porter le foulard islamique par choix.

Quoi penser de ces personnes et de leur discours d’intolérance? Ne servent-elles pas de « mentors » à ces commentateurs xénophobes dont le nombre ne fait qu’augmenter sur la toile québécoise?

Et cette charte des valeurs n’a-t-elle pas ouvert la boîte de Pandore de l’intransigeance, du sectarisme et de l’irrespect de la vie humaine fut-elle drapée d’un foulard?

Qu’allons-nous dire à nos enfants à qui nous avons, depuis leur jeunesse, glorifié le Québec? Et que dire à nos élèves québécois à qui nous apprenons le respect de soi et d’autrui ainsi que l’inestimable valeur de la vie?

Rien. Sauf peut-être se permettre de leur lire le texte d’une chanson de Jacques Brel, légèrement remaniée pour la circonstance:

Regarde bien, petit, regarde bien, sur la plaine là-bas, à hauteur des roseaux, entre ciel et moulin, il  y a une femme qui vient que je ne connais pas.

Est-ce une lointaine voisine, une voyageuse perdue, une montreuse de dentelles? Est-ce une porteuse de ces fausses nouvelles qui aident à vieillir?

Est-ce ma sœur qui vient me dire qu’il est temps d’un peu moins nous haïr? Ou n’est-ce que le vent qui gonfle un peu le sable et forme des mirages pour nous passer le temps?

Non, ce n’est pas ma sœur, ma sœur a pu mourir. Cette ombre de midi aurait plus de tourments s’il s’agissait d’elle.

Regarde bien, petit, regarde bien, sur la plaine là-bas, à hauteur des roseaux,  entre ciel et moulin, il y a une femme qui part que nous ne saurons pas.

Il faut sécher tes larmes, il  y a une femme qui part que nous ne saurons pas.

Il  y a une femme qui part, tu peux ranger les armes…

Paix soit sur les âmes de ceux qui sont partis et dans les cœurs de ceux qui sont restés.


Références

  1. Radio-Canada, « Accident mortel au métro », 17 janvier 2014, http://m.radio-canada.ca/regions/Montreal/2014/01/17/001-accident-metro-langelier.shtml
  2. Maxime Deland, « Étranglée par son hidjab », Canoé, 30 janvier 2013,http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2014/01/20140130-102109.html
  3. Mathieu Charlebois, « Histoire de foulard », Le recherchiste masqué, 30 janvier 2014,http://lerecherchistemasque.tumblr.com/post/75105100369/histoire-de-foulard
  4. Pierre Saint-Arnaud, « Charte des valeurs: des musulmans rapportent une hausse des gestes islamophobes », Le Huffington Post Québec, 5 novembre 2013, http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/11/05/charte-des-valeurs-des-musulmans-rapportent-une-hausse-des-gestes-islamophobes_n_4220354.html

 

 


Cet article a été publié par le quotidien algérien Reporters, le 4 février 2014 (pp. 12-13)

Lire l’article en format “Journal” sur Calaméo

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Moins de la moitié de la population de la nation a daigné voter dans des bureaux de vote qui n’ont pas été perturbés par quelque manifestation que ce soit, indiquant par là même un vote de non-confiance à la fois dans le régime actuel, mais aussi dans le soi-disant “processus démocratique”.

Tandis que le New York Times et autres médias occidentaux soutenant le régime politique du milliardaire criminel condamné et fugitif Thaksin Shinawatra tentent de dire que des manifestants ont perturbé les élections du Dimanche 2 Fevrier 2014, le taux de votants dans les bureaux de vote qui n’ont pas été affectés par quelque manifestation que ce soit tendent à raconter une toute autre histoire, spécifiquement dans le Nord et le Nord-Est de la Thaïlande où le régime Shinawatra a soi-disant la vaste majorité de son soutien et où le vote ne fut en aucun cas gêné ou interrompu.

Dans un article du Bangkok Post, “Lowest voter turnout in Samut Sakhon,”, le quotidien rapporte:

La région nord-est a enregistré la plus grosse participation avec 56,14% de taux de participation, suivie par le nord avec 54%, le sud avec 44,88% et la région centrale 42,38%.

Le Bangkok Post comparait ensuite avec le taux de participation de 2011 où 74% fut enregistré et dit que le taux de particpation global sur la nation cette année était de 45% (c’est à dire 55% d’abstention !). Il doit ici être rappelé que voter en Thaîlande est obligatoire.

Le taux de participation abyssal en lui-même est une condamnation de l’illégitimité du régime en place, alors que le fait de s’abstenir était considéré comme un signe de soutien à la campagne actuelle d’”Occupy Bangkok”, qui entre maintenant dans sa 4ème semaine. Quoi qu’il en soit, ceux qui se sont déplacés pour voter, n’ont pas non plus nécessairement voté pour le parti politique régnant, le seul parti politique conséquent de l’élection (NdT: les autres ayant boycotté). Beaucoup ont écrit sur leur bulletin de vote en signe de protestation, tandis que d’autres cochaient “pas de vote” (blanc). Tandis que le parti régnant pavane de sa “victoire” dans cette élection uni-partite, le fait que moins de la moitié de la population se soit déplacée veut dire que la vaste majorité des Thaïlandais ont soit perdu toute foi dans le processus ou sont directement opposés au régime Thaksin en place, ou peut-être même les deux.

Ceci n’a pas arrêté les soutiens occidentaux du régime de clâmer la victoire pour la dictature en lutte contre le peuple. Le NYT dans son article “Protesters Disrupt Thai Voting, Forcing Additional Elections,” a déclaré:

“Des manifestants cherchant à renverser le gouvernement de la premier ministre Yingluk Shinawatra ont perturbé l’élection générale en Thaïlande de ce dimanche dans ce qui apparaît être le prélude à toujours plus de troubles politiques à venir.

Les forces d’opposition, qui représente une minorité de thaïlandais cherchant à remplacer le gouvernement élu du pays par un conseil non-élu de technocrates, ont dit qu’elle défierait les résultats de l’élection devant un tribunal tout en continuant à tenir des manifestations de rue dans la capitale Bangkok.”

Clairement, si plus de personnes n’ont pas voté que celles qui ont voté, l’opposition n’est plus une minorité, mais bel et bien une majorité et bien que le NYT essaie de faire le portrait des manifestants et de l’opposition comme étant “l’establishment jet set de Bangkok”, on doit ici noter que bien des routes du nord de la Thaïlande, soi-disant fief du régime Thaksin, sont bloquées par des agriculteurs qui ont été floués par le régime lors des élections de 2011 et le plan d’achat de votes par le truchement du riz, ce qui est depuis devenu un scandale majeur de corruption et de banqueroute.

Le NYT admet que l’élection se déroula très bien dans le nord et nord-est du pays mais ne peut pas expliquer l’abstention massive, même là et ailleurs où l’élection ne fut en aucun cas perturbée.

Une autre chose à noter fut la non-violence marquée et remarquée, indiquant que le régime lui-même fut derrière les mois sanglants qui jettèrent de l’ombre sur des manifestations autrement pacifiques, avec l’évènement qu’ils voulaient un “succès” pacifique sans violence.

Et ensuite ?

Le régime va maintenant être forcé à demeurer dans le rôle défavorable de “curateur” pour les mois à venir alors qu’il essaie de terminer le processus électoral qui n’amènera qu’un mandat diminué, questionable, tandis que les manifestants vont continuer à occuper, à marcher et à appeler pour des mobilisations de masse comme ils l’ont fait ces tris derniers mois.

Les stratégies du régime et de ses souteneurs occidentaux tournant autour d’un coup d’état militaire anticipé ont aussi été percées à jour.

Dans l’intérim, tandis que le régime va doucement imploser avec de larges segments de sa base supportrice qui vont se retourner contre lui, les manifestants qui se sont concentrés sur l’action de rue peuvent maintenant se concentrer à se séparer en petits groupes et focaliser à développer leur agenda d’organisations et institutions locales qui vont déplacer les ministères corrompus, inefficaces et corrosifs gérés par le régime Thaksin Shinawatra.

Ceux-ci pourront se concentrer sur l’éducation, l’agriculture, la technologie, la responsabilité publique, les médias alternatifs ou une combinaison de disciplines et de solutions qui pourrait former la fondation des réformes nécessaires et des améliorations à la fois désirées et nécessaires à la société thaïlandaise. Le leadership de la protestation pourrait aussi mettre ce temps à profit pour formuler une politique articulée de réforme en thaï en en anglais pour une distribution de masse afin de mettre un terme au mythe que leur “réformes” sont “indéfinies” et “anti-démocratiques”.

Le temps joue pour les manifestants, avec un régime qui va maintenant subir les pleines conséquences de ses schémas à court-terme de politique corruptrice et d’achats de votes comme les promesses de 2011. Thaksin Shinawatra, son régime par procuration et en fait ses souteneurs occidentaux ne vont que subir une hémorragie de leur soutien, de leur légitimité et de leur crédibilité dans les semaines et mois à venir et leurs options deviennent très minces. En revanche, le mouvement de contestation a beaucoup d’options disponibles, qu’il décide de maintenir une occupation de grande échelle ou de consolider les sites, mais il aura la plus grande chance de succès s’il prend l’avantage de sa victoire courante tout en se gardant d’être complacent, arrogant et trop sûr de lui-même.

Tony Cartalucci
Article original en anglais : Thailand: Sham Elections Unravel in Humiliation, publié le 4 février 2014.
Traduction par Résistance 71
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Cette fin de semaine, 400 politiciens et militaires de haut niveau, ainsi que des représentants d’entreprises du secteur militaire, des banques et d’autres grands groupes se sont rassemblés à la Conférence de Munich sur la sécurité (CMS) pour discuter de la situation militaire et sécuritaire mondiale. John Kerry et Chuck Hagel y étaient tous deux présents et c’est la première fois que les ministres américains de la Défense et des Affaires étrangères participaient conjointement à cette conférence.

Durant la CMS il y a eu plusieurs discours de hauts responsables allemands qui ont annoncé une politique militaire agressive, revenant de fait sur les limitations traditionnelles imposées au militarisme allemand après la fin du régime nazi et de la Deuxième Guerre mondiale. Le ton belligérant de la conférence a été donné par l’ex-pasteur né en Allemagne de l’Est et actuel président de l’Allemagne, Joachim Gauck.

Déclarant que l’Allemagne doit cesser de se servir de son passé, c’est à dire son rôle dans le déclenchement de deux guerres mondiales au 20e siècle, comme d’un « bouclier, » Gauck a demandé que les forces armées du pays soient utilisées plus fréquemment et de manière plus décisive. « L’Allemagne ne peut pas continuer comme avant, » a argumenté Gauck. Il a dit qu’il était nécessaire de dépasser l’indifférence allemande et le nombrilisme européen, face aux nouvelles menaces « rapides » et « dramatiques » qui pèsent sur « l’ordre mondial ouvert. »

C’est le signe que l’impérialisme allemand entend intervenir, militairement si nécessaire, dans les grands conflits du monde, c’est à dire les guerres du Moyen-Orient, notamment la guerre par procuration des États-Unis en Syrie ; le conflit de Berlin avec Moscou pour l’Ukraine ; et l’Asie orientale, où les États-Unis mènent un « pivot vers l’Asie » contre la Chine.

Gauck a clairement fait comprendre que les intérêts de l’impérialisme allemand s’étendent sur le monde entier et a soulevé un certain nombre de questions : « Faisons-nous ce que nous pouvons pour stabiliser nos voisins, à l’Est comme en Afrique ? Faisons-nous ce que nous devons pour contrer la menace terroriste ? Et, dans les cas où nous avons trouvé des raisons convaincantes de rejoindre nos alliés pour mener des actions militaires, sommes-nous déterminés à prendre notre part de risques ? »

« Quand le dernier recours, à savoir envoyer la Bundeswehr [l'armée], vient à être discuté, l’Allemagne ne devrait pas dire non par principe, » a-t-il conclu.

L’appel mondial aux armes de Gauck a été réitéré à la conférence dans les contributions séparées de la nouvelle ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen (Union chrétienne-démocrate), et du ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (Parti social-démocrate).

Von der Leyen a dit : « Cet auditoire n’a pas à regarder le programme de cette conférence pour prendre conscience des crises actuelles et des conflits auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui : la guerre tragique en Syrie, la situation sinistre en Libye, la situation qui se dégrade dans certaines parties de notre continent voisin, l’Afrique… On ne peut pas rester assis à ne rien faire. Si nous avons des moyens, nous avons des capacités, nous avons l’obligation et nous avons la responsabilité de nous engager. »

Steinmeier a demandé à l’Allemagne d’être « prête à s’engager sur les questions de politique étrangère et de sécurité plus rapidement, plus décisivement, et plus fortement. » Il a appelé à l’élaboration d’une politique de sécurité commune pour l’Europe en collaboration étroite avec les États-Unis, et demandé également des négociations avec la Russie pour protéger les intérêts occidentaux en Ukraine et en Iran.

Steinmeier fut l’un des premiers à accueillir Kerry à sa descente d’avion en Allemagne pour la conférence, les deux hommes ont insisté sur leur relations étroite et amicale.

Le principal opposant, auquel s’adressent tous ces partisans d’un nouveau rôle pour le militarisme allemand, est la population allemande. Un sondage récent du « Morgenmagazin » de la chaîne ARD concluait que 61 pour cent de la population sont opposés à une intervention plus forte de l’armée allemande en Afrique. Un autre sondage publié vendredi dernier révélait que 45 pour cent pensent que la Bundeswehr en fait déjà « trop » à l’étranger.

Des divisions sérieuses ont émergé à la conférence sur l’Ukraine, où l’Allemagne et les États-Unis ont pris les devants pour soutenir des manifestations de l’opposition pro-Union européenne, qui est politiquement dirigée par des éléments d’extrême-droite, dont le parti fasciste Svoboda(liberté). Les responsables russes et ukrainiens ont critiqué la politique occidentale.

Tandis que le ministre ukrainien des Affaires étrangères Leonid Kozhara se plaignait que l’opposition n’était pas de bonne foi dans ses négociations avec le régime ukrainien, le dirigeant de l’opposition ukrainienne Vitali Klitschko accusait le régime d’utiliser la « terreur et la violence » contre ses partisans.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov a également critiqué les prétentions des États-Unis et de l’UE à promouvoir la démocratie en soutenant l’opposition. « Qu’est-ce que l’incitation à des manifestations violentes dans les rues a à voir avec la promotion de la démocratie ? Pourquoi est-ce que l’on n’entend pas de condamnation de ceux qui s’emparent des bâtiments du gouvernement et attaquent la police, qui utilisent des slogans racistes, antisémites et nazis ? »

Les responsables occidentaux ont abruptement écarté ces commentaires. Kerry a affirmé que la lutte pour un avenir européen démocratique n’était nulle part plus apparente qu’en Ukraine. Dans ses remarques sur l’Ukraine, Kerry a rejeté le rôle important joué par les voyous néo-fascistes dans les manifestations récentes de Kiev, voyous qu’il a qualifiés d’ « éléments déplaisants » que l’on trouve « dans les rues dans toutes les situations chaotiques. »

Le discours de Kerry à la conférence était parsemé de distorsions et de dérobades. À un moment, il s’est vanté de l’accumulation des richesses en Amérique, affirmant qu’en s’appuyant sur les principes « du marché », « dans les années 1990 […] chacune de nos cinq tranches de revenus a vu ses revenus augmenter […] Nous avons créé la plus grande richesse que le monde ait vue durant les années 1990, plus grande encore en Amérique qu’à l’époque des Pierpont, des Morgan, et des Rockfeller, Carnegie, Mellon, bien plus grande. »

À un autre moment de son discours, Kerry a justifié les activités d’espionnage de la National Security Agency, qui ont rencontré des critiques massives à l’étranger, en particulier parmi de larges couches de la population allemande. Déclarant que la démocratie en Amérique a « toujours été un travail en cours, » Kerry a défendu l’extension de la surveillance mondiale par la NSA sous le gouvernement Obama et a applaudi le récent plan du gouvernement pour une « révision de nos pratiques en matière de renseignement sur les communications. »

Ignorant la croissance énorme de l’inégalité sociale en Amérique et les attaques contre les droits démocratiques menées par son propre gouvernement, Kerry a annoncé : « Nous avons détecté une tendance troublante. Dans plusieurs endroits d’Europe de l’Est et des Balkans, les aspirations des citoyens sont écrasés par des intérêts oligarchiques corrompus, des intérêts qui utilisent l’argent pour étouffer l’opposition et le mécontentement politiques, pour acheter des politiciens et des médias. »

L’hypocrisie des remarques de Kerry est stupéfiante. Les modèles suivis par les oligarques en Europe de l’Est se trouvent à Wall Street, ce sont les milliardaires de la finance et ceux qui démembrent les actifs des entreprises qu’ils rachètent. Au cours des 25 dernières années, les oligarques en Russie, en Ukraine et ailleurs ont fait leur fortune grâce à ces mêmes principes « du marché » que Kerry a défendus dans son discours.

Dans ses remarques, Kerry a surtout demandé que la Russie accepte de permettre à l’Ukraine d’être incorporée dans la sphère d’influence de l’impérialisme allemand, sous la supervision de l’Union européenne soutenue par les États-Unis.

A la conférence, le ministre américain de la Défense, Hagel, a souligné que « les défis pressants sur la sécurité, lancés contre l’Europe et les États-Unis sont mondiaux, » y compris « l’instabilité politique et l’extrémisme violent du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, des acteurs non-gouvernementaux dangereux, des Etats-voyous comme la Corée du Nord, de la guerre électronique, des changements démographiques, de la disparité économique, de la pauvreté, et de la faim. »

Hagel a conclu en défendant le « tournant pacifique » du gouvernement Obama, identifiant la Chine et la Russie comme les principales menaces pesant sur l’alliance transatlantique. Il a déclaré que « pendant que nous réagissons à ces menaces, les nations comme la Chine et la Russie modernisent rapidement leur armée et les industries de défense mondiale, ce qui remet en question notre avantage technologique dans les partenariats de défense sur toute la planète. »

Dans la discussion qui a fait suite à leurs déclaration, Kerry et Hagel ont tous deux rejeté les affirmations selon lesquelles l’Amérique se retirait de l’arène mondiale et ont déclaré leur intention de s’en prendre agressivement à la Syrie et à l’Iran.

Répondant à la question d’un journaliste, Hagel a déclaré : « Je n’ai jamais vu d’ inventaire exhaustif reprenant exactement ce que nous faisons partout, mais je me risquerai à dire que les États-Unis sont plus présents et en font plus aujourd’hui et dans davantage d’endroits que peut-être jamais auparavant. »

 Stefan Steinberg

Article original, WSWS, paru le 3 février 2014

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Réalisation par Brian Percival ; scénario par Michael Petroni d’aprés le roman de Markus Zusak

Le 9 novembre 1938, le régime nazi organisa, en Allemagne et en Autriche, le pogrome appelé Kristallnacht (la Nuit de Cristal), amorçant la violence collective et ouverte contre les Juifs, cautionnée par l’Etat, qui par la suite s’intensifia rapidement pour culminer avec l’holocauste. Le pogrome aux dimensions nationales de novembre 1938 impliqua la destruction massive d’entreprises juives et de synagogues. Quelque 30000 Juifs allemands furent jetés dans des camps de concentration et des centaines assassinés. 2013 a marquait le 75e anniversaire de cet événement tragique.

Le film du réalisateur britannique Brian Percival La voleuse de livres (The Book Thief) aborde en partie les horreurs de la période de la Kristallnacht et est un rappel effectif de l’impact du régime nazi sur le quotidien. De manière générale, il se concentre sur la tentative hitlérienne de détruire la culture.

La voleuse de livres

Basé sur le bestseller international de l’auteur australien Markus Zusak, le film – tout comme le roman – est raconté par la Mort (la voix de Roger Allam), qui dans la séquence de début du film admet, en se léchant les babines, que l’Allemagne des années 1930 et 1940 fut une période qui la tenait fort occupée : « Je me suis donné la règle d’éviter les vivants… sauf parfois quand je ne peux m’en empêcher… mon intérêt est soulevé… Liesel Meminger m’a saisie… et j’étais touchée. »

Liesel (Sophie Nélisse), dans la première adolescence, voyage en train avec sa mère et son frère cadet, lorsque celui-ci tombe malade et meurt. Le but du voyage est de finaliser l’adoption des enfants avant que leur mère, une communiste, ne soit envoyée loin vers un destin inconnu. Lors des funérailles de son frère, Liesel s’éclipse avec un livre, Le manuel du fossoyeur(littéralement), qui est une aubaine pour la petite fille illettrée.

Les parents d’accueil de Liesel se révèlent être les miséreux Hubermann – Hans (Geoffrey Rush) et Rosa (Emily Watson), habitant dans une petite ville ouvrière. Le gentil Hans, un peintre en bâtiment pénalisé sur le plan économique pour avoir refusé de rejoindre la parti nazi, sent qu’une affinité immédiate le lie à la fille traumatisée, alors que Rosa semble n’avoir de l’intérêt, au début, que pour l’argent de pension dont la prise en charge de Liesel est assortie.

Raillée par une petite brute à l’école pour son incapacité à lire, Liesel surmonte rapidement son handicap avec Hans comme tuteur et les murs humides de la cave de la maison des Hubermann en guise de tableau noir et de dictionnaire.Le manuel du fossoyeur est la seule lecture disponible. Néanmoins, la maîtrise du livre engendre en Liesel une passion insatiable pour la lecture. Entre-temps, Liesel développe une amitié intime avec un jeune voisin et camarade de classe, Rudy Steiner (Nico Liersch), un athlète doux aux jambes maigres dont l’idole est la star de sprint afro-américaine Jesse Owens, quadruple médaillé d’or des Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Par enthousiasme pour Owens, Rudy s’induit la peau de couleur noire, ce qui le sensibilise à la dérision et à l’insulte raciste.

Liesel, horrifiée, est forcée de participer à une cérémonie locale d’autodafé de livres (« La fin du communisme et des Juifs »). Lorsque le feu est sur le point de s’éteindre et que la foule se disperse, Liesel sauve un livre à moitié carbonisé, observé dans l’acte par la femme du bourgmestre, Ilsa Hermann (Barbara Auer), qui emploie Rosa comme lavandière. La résidence des Hermann comprend une énorme bibliothèque accumulée par le fils d’Ilsa dont celle-ci pleure encore la mort. Un jour, lorsque Liesel vient livrer le linge, Ilsa l’invite dans la bibliothèque. Par la suite, la fille passe de nombreux après-midis magiques à dévorer les livres que la salle contient. Ilsa voit quelque chose de son fils décédé en Liesel, mais son mari intolérant, et chef nazi du village, met Liesel à la porte, coupant ainsi une source de revenu dont les Hubermann ont grand besoin.

La voleuse de livres

Lorsque les attaques contre les Juifs s’intensifient, un fugitif adolescent juif malade, Max (Ben Schnetzer), cherche à se refugier chez les Hubermann. Pendant la première Guerre mondiale, le père du garçon a sauvé la vie à Hans, lui léguant un vieil accordéon dont Hans joue souvent pour se réconforter. Hans accueille Max, en dépit de l’énorme danger que cela comporte et la difficulté d’avoir une bouche supplémentaire à nourrir. Liesel et Max nouent un lien intense. Elle arrache le garçon à une mort imminente en lui lisant des livres qu’elle « emprunte » subrepticement dans la librairie des Herrmann. (Max : « La seule différence entre nous et une motte de glaise est la vie – les paroles sont la vie. »).Lorsque Rudy apprend la vérité au sujet des escapades de vol de livres de Liesel, ils forment un pacte juvénile contre Hitler. Le début de la deuxième Guerre mondiale apporte tragédie et souffrance à la communauté des Hubermann, mais les livres gardent leur puissance transcendante pour Liesel.

En tant que récit au sujet de l’Allemagne nazie, La voleuse de livres est bien servie par les performances touchantes de Rush et Watson. Nélisse en Liesel est une jeune protagoniste extrêmement convaincante, appuyée par son acolyte énergique Rudy et son noble mentor Max. Une musique sentimentale par John Williams accompagne une intrigue quelque peu sommaire. Toutefois, les images claires et frappantes du film traduisent un niveau important d’attention et d’engagement de la part de ses auteurs. Cela se ressent par exemple dans le contraste criant entre les visages innocents, presque angéliques de Liesel et Rudy et les uniformes abominables de la jeunesse hitlérienne qu’ils doivent porter.

On doit se féliciter de ce que le sujet principal de La voleuse de livres soit le besoin de défendre la culture, un sujet des plus brûlants dans la situation politique actuelle. Mais dans son ensemble, la valeur du film pour la sensibilisation de la population aux dangers de l’autoritarisme et du fascisme se limite à encourager une humanité et une compassion générales. Et il ne fournit que des réponses vagues à la question de savoir pourquoi les Nazis brûlèrent des livres.

Hitler se vanta une fois en disant: « Je veux une jeunesse brutale, intrépide, impérieuse et cruelle. C’est ainsi que je la veux. Elle doit pouvoir supporter la douleur. Elle ne doit rien avoir de faible ou de tendre. Le fauve libre et magnifique doit à nouveau briller dans ses yeux. … C’est ainsi que j’éradiquerai des millénaires de domestication humaine…c’est ainsi que je créerai l’Ordre Nouveau. »[1]

A l’évidence, le film argumente que la culture est l’antidote à cette conception sauvage. Mais comment fut-il possible, dans un pays dont l’histoire culturelle est l’une des plus riches au monde, qu’une foule de gangsters ait pris le pouvoir et commis des crimes sans pareil ? Les artistes est les réalisateurs ont du mal, de nos jours particulièrement, à expliquer concrètement la conduite de tendances sociales et politiques variées et leurs conséquences.

Combien de réalisateurs en Allemagne ou ailleurs connaissent les opportunités révolutionnaires qui se sont présentées en Allemagne entre 1918 et 1933, dont la trahison et l’échec ouvrirent les portes au mouvement de Hitler ? Le « communisme » est mentionné à plusieurs reprises dans La voleuse de livres comme la Némésis du fascisme, mais les réalisateurs ne font aucun effort d’associer la montée du fascisme à la crise insoluble du capitalisme allemand. L’assaut nazi contre les livres et la culture fut un élément de leur assaut contre la conscience socialiste et la classe ouvrière. A l’époque, comme de nos jours, la réaction a correctement identifié la culture et la connaissance comme une opposition dangereuse à ses opérations.

Dans son article brillant de 1933 « Qu’est-ce que le national-socialisme? » Trotski, dont les livres furent parmi ceux que les nazis brûlaient cette même année, écrivit : « Les bûchers, sur lesquels brûle la littérature impie du marxisme, éclairent vivement la nature de classe du national-socialisme », ajoutant que « l’habileté politique consistait à souder l’unité de la petite bourgeoisie au moyen de la haine pour le prolétariat. » Et plus loin : « Tout ce qu’un développement sans obstacle de la société aurait dû rejeter de l’organisme national, sous la forme d’excréments de la culture, est maintenant vomi : la civilisation capitaliste vomit une barbarie non digérée. Telle est la physiologie du national-socialisme. »[2]

Cinq ans plus tard, Trotski, André Breton et Diego Rivera rédigèrent ensemble un manifeste qui commence ainsi : « On peut prétendre sans exagération que jamais la civilisation humaine n’a été menacée de tant de dangers qu’aujourd’hui. Les vandales, à l’aide de leurs moyens barbares, c’est-à-dire fort précaires, détruisirent la civilisation antique dans un coin limité de l’Europe. Actuellement, c’est toute la civilisation mondiale, dans l’unité de son destin historique, qui chancelle sous la menace de forces réactionnaires armées de toute la technique moderne. »[3]

Il semble probable qu’en adaptant l’« holocauste de livres » nazi pour le cinéma, les réalisateurs de La voleuse de livres répondent, quel que soit leur niveau de conscience, à la censure et aux attaques contre la culture qui se produisent actuellement. A ses meilleurs moments, le film met en évidence l’héritage reçu de gens comme le poète John Milton, dont les livres furent publiquement brûlés en Angleterre et en France, et qui écrivit, en 1644 : « Tuer un homme, c’est détruire une créature raisonnable, l’image divine; mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même, c’est tuer l’image de Dieu, pour ainsi dire dans son regard.» Le grand poète allemand Heinrich Heine écrivit de manière prophétique, dans sa pièce de 1821 Almansor : « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes. »

Plus récemment, dans l’introduction à l’édition de 1967 de son livre Fahrenheit 451, l’auteur de science-fiction Ray Bradbury se souvient du temps des actions nazies : « Je mangeais, buvais et dormais des livres… il s’ensuivit que quand Hitler brûlait des livres, je le ressentais de manière aussi incisive, pardonnez-moi, que lorsqu’il tua un homme, car dans la longue somme de l’histoire, ils ne font qu’une chair. Esprit ou corps, mettez-les au four, c’est une pratique immonde, et j’ai porté cela avec moi. »[4]

 Joanne Laurier

Article original, WSWS, paru le 16 décembre 2013

 

[1] Citation partiellement d’après H. Rauschning, Hitler m’a dit, Livre de poche, plusieurs variantes sur internet

[2] http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm

[3] http://melusine.univ-paris3.fr/Tracts_surr_2009/Tracts_I_2009.htm#par_103

[4] Version française par la traductrice de l’article

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Mandela et le Mossad : un hoax made in Israël

février 4th, 2014 by Gilles Munier

Israël Afrique – S’attaquer à la mémoire du leader sud-africain en affirmant sans preuve qu’il a été entrainé par le Mossad est de la calomnie. Israël espère qu’il en restera quelque chose.

Un certain David Fachler, chercheur et colon israélien originaire d’Afrique du Sud, a affirmé que Nelson Mandela s’est présenté en 1962 à l’ambassade d’Israël en Ethiopie, sous le nom de « David Mobsari »,pour demander à être formé au maniement des armes et au sabotage, et que le Mossad a été chargé de son entraînement.

Ce n’est qu’en octobre 1962, après la parution dans la presse des photos de militants de l’ANC (African National Congress) arrêtés près de Johannesburg que le Mossad a découvert, dit-il, que « David Mobsari »et Nelson Mandela  ne faisaient qu’un.

Ce bidonnage calomnieux – ce hoaxcomme on dit aujourd’hui –, paru le 20 décembre dernier, curieusement sur le site Internet de Haaretz,quotidien considéré en Israël comme pro-palestinien, est à prendre avec des pincettes. Le fac-similé de la note du Mossad n’a pas été publié. Le communiqué du 9 décembre des Archives diplomatiques israéliennes faisant état d’une conversation sur la situation au Proche-Orient entre un représentant israélien « non-officiel » et « Mobsari » est bien vague et ne prouve rien… sinon que Benjamin Netanyahou et l’ultra-raciste Avigdor Lieberman – redevenu ministre des Affaires étrangères - sont au centre de l’opération visant Mandela.

Vrais faux passeports

Donner le « coup de pied de l’âne » à un dirigeant révolutionnaire qui n’a cessé de conspuer le racisme et le colonialisme israélien est une piètre vengeance, surtout deux semaines après son décès. En 1962, Nelson Mandela, commandant en chef de l’Umkhonto we Sizwe (Fer de lance de la Nation), branche militaire de l’ANC, n’avait pas besoin du Mossad pour s’entrainer au tir ou pour fabriquer des explosifs. Il l’avait déjà fait dans une base de l’Armée de libération nationale algérienne au Maroc en mars-avril de cette année-là, puis en Ethiopie dans le cadre du soutien apporté à l’ANC par l’empereur Haïlé Selassié.

Jacques Vergès se souvenait avoir reçu Mandela à Rabat, qui voyageait avec un passeport éthiopien sous le nom de « David Modsarmayi ». Suspendu en raison de son soutien au FLN, l’avocat était chargé par Abdelkrim al-Khatib, ministre marocain des Affaires africaines, d’aider les mouvements de libération africains. Il leur fournissait de « vrais faux passeports », un peu d’argent, et « fermait les yeux sur les colis très lourds venant de Chine, ou d’ailleurs ».

Au Maroc, Mandela s’est d’abord longuement entretenu avec le docteur Chawki Mostefaï, représentant du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA), qui lui a conseillé de ne pas négliger le côté politique de la guerre, « l’opinion internationale valant parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat ». Vergès a ensuite accompagné « Modsarmayi » dans un camp du FLN près d’Oujda, où ils ont été accueillis par Abdelaziz Bouteflika, secrétaire du colonel Boumediene.

La formation militaire de Mandela a été organisée par Abdelhamid Brahimi, futur Premier ministre. Son instructeur était Mohamed Lamari, plus tard général et chef d’Etat-major de l’armée algérienne. Durant son séjour, Mandela a assisté au défilé militaire en l’honneur d’Ahmed Ben Bella et de Mohamed Boudiaf, récemment libérés par les autorités françaises.

Nelson Mandela a poursuivi son entrainement à Kolef, en Ethiopie, dans l’Ethiopian Riot Battalion, - mais pas sous la houlette du Mossad (cf. plus bas). L’article bidonné de Haaretz démontre simplement que le passage d’un membre de l’ANC au Maroc, puis dans une unité combattante du FLN, ont été rapportés au SDCE, service de renseignement français qui entretenait d’excellentes relations le BOSS (service secret sud-africain), et que des agents israéliens ont pris le relai pour le compte de leurs homologues, car la guerre de libération palestinienne n’en était qu’à ses débuts. Des fedayin passaient la frontière israélienne pour attaquer des bases et des kibboutz, mais l’OLPn’existait pas et Yasser Arafat n’avait pas encore créé le Fatah.

Réagissant au hoax de Haaretz, la Fondation Mandela a fait savoir qu’un de ses chercheurs s’est entretenu en 2009, en Ethiopie, avec d’anciens militaires ayant formé Nelson Mandela et qu’elle n’a décelé « aucun indice d’une connexion israélienne » au cours de son séjour à Addis-Abeba.

Affinités idéologiques avec l’apartheid

Si Shimon Peres et Benjamin Netanyahou ne se sont pas rendus aux obsèques de Nelson Mandela, ce n’est pas en raison du coût du voyage, mais parce qu’ils avaient « peut-être honte d’y aller », comme l’a dit le journaliste Jean-Pierre Elkabbach sur Europe n°1. Ils craignaient sans doute d’être battus froids par une partie de la classe politique sud-africaine. En effet, dans les années 1970, Shimon Perez – ministre de la Défense – était un des principaux acteurs de la coopération Israël-Afrique du Sud, rompant avec la politique d’ouverture lancée par Ben Gourion et Golda Meïr en direction des Etats africains nouvellement indépendants. Grâce à lui, les connivences entre le Mossad et la BOSS s’intensifièrent.Outre la chasse aux membres de l’ANC et la fourniture de matériels d’écoute sophistiqués, Israël fit partager aux agents secrets sud-africains son expérience en matière d’assassinats ciblés et d’envois de colis piégés.

Aujourd’hui, Netanyahou est un des hommes politiques israéliens ayant le plus d’affinités idéologiques avec la politique des Bantoustans pratiquée sous l’apartheid, tandis que l’Afrique du Sud condamne l’occupation des territoires palestiniens et est à l’avant-garde du boycott des produits israéliens. On comprend que le courant passe plutôt mal entre les deux pays.

Pris entre deux feux, les juifs d’Afrique du Sud – environ 70 000 personnes - sont particulièrement inquiets de la campagne lancée par Advigor Lieberman pour les forcer à quitter le pays « avant qu’il ne soit trop tard ». Ils savent le Mossad capable d’organiser une provocation sanglante – le pogrom prédit par le ministre - pour qu’ils immigrent en Israël, comme il l’a fait en Irak dans les années 50. Zev Krengel, président du Conseil des députés juifs sud-africains, ne décolère plus depuis que Netanyahou a justifié son absence aux obsèques de Mandela par le prix élevé du déplacement, un prétexte fallacieux faisant des juifs, dit-il, des « gens avares », vieux stéréotype antisémite !

Gilles Munier


 

« Ils »voulaient assassiner Mandela

Quelques semaines après son séjour au Maroc, Nelson Mandela est arrivé en Ethiopie – toujours sous le nom de « David Modsarmayi », et pas de « Mobsari » comme le prétend Haaretz – où le colonel Fekadu Wakene, officier de l’armée impériale l’a initié, entre autre, au maniement du mortier.

Le capitaine Guta Dinka, policier éthiopien retraité, chargé en 1962 de la protection rapprochée de Mandela, a révélé à la télévision sud-africaine, mi-décembre dernier, que le leader anti-apartheid a échappé, pendant son séjour, à une tentative d’assassinat. Un de ses collègues, nommé Abraham, l’a invité dans un grand restaurant d’Addis-Abeba où « un Blanc et un Africain » lui ont proposé 2 000 livres pour étrangler« Modsarmayi » et photographier son cadavre. Dinka a refusé et a informé son chef, le général Tadesse Birru - héros de la guerre contre les troupes italiennes d’occupation au début des années 1940 - du complot. Arrêtés, les deux hommes furent expulsés. L’affaire n’a pas été ébruitée.

En juillet 1962, Mandela a été rappelé d’urgence en Afrique du Sud pour relancer les activités militaires de l’ANC. Avant son départ, Tadesse Birru lui a offert un pistolet soviétique Makarov en témoignage d’amitié. L’arme n’a jamais servie. Le 5 août 1962, le BOSS a arrêté« Modsarmayi » à un barrage routier. Le général Birru a été exécuté en mars 1975 sous le régime de Mengistu Mariam.

 

* Afrique Asie (p.42-43)

http://www.wobook.com/WBD84sk8FZ6P-f

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La guerre contre la Syrie et l’illusion des compromis

février 4th, 2014 by Ghaleb Kandil

Certains milieux politiques pensent que la Russie et les Etats-Unis se sont entendus sur des compromis dans la région, et que tout ce qui se passe sur les plans politique et militaire en Syrie fait parti d’un scénario pour mettre en œuvre ces arrangements. En fait, les relations internationales passent par une période transitoire qui verra se dessiner les contours des nouveaux équilibres. Ceux-ci ont pu émerger grâce à la résistance de l’Etat syrien face à l’agression coloniale conduite par les Etats-Unis.

Il est clair que l’ère post-domination unilatérale américaine est en construction. Les règles de la nouvelle guerre froide ne sont pas encore définitivement dessinées. La reconnaissance par les Etats-Unis de la fin de l’hégémonie unilatérale s’accompagne de tentatives continues pour influencer les nouvelles équations et équilibres qui sont en train d’émerger.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent les pressions et les ingérences américano-occidentales dans l’arrière-cour de la Russie. La crise en Ukraine est la meilleure illustration de cette attitude, au même titre que la poursuite du partenariat entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, pour prolonger le bain de sang en Syrie, dans l’espoir de modifier à l’avantage de leurs agents les rapports de force qui sous-tendent tout compromis politique à venir.

Telles sont les réalités qui ressortent de la Conférence de Genève II, où les Américains ont négocié, indirectement, avec la délégation officielle syrienne, à travers une délégation mise sur pied par leur ambassadeur à Damas Robert Ford. C’est dans ce même cadre que s’inscrit la décision d’écarter l’Iran de cette conférence, et qui était un message destiné à la Russie, digne de l’époque de l’hégémonie unilatérale, à travers des ordres donnés au secrétaire général des Nations unies. La réforme de cette organisation et le rééquilibrage des rapports de force en son sein sont d’ailleurs des conditions inévitables pour établir une monde multipolaire.

Dans cette période transitoire, la confrontation continue pour l’élaboration des nouveaux rapports de force entre les puissances internationales, et la Syrie constitue le miroir des nouvelles réalités internationales. Aussi, le fait de croire à l’existence de supposés arrangements internationaux et au sérieux des Américains dans la lutte contre le terrorisme, est une pure illusion. Pire, cela peut fausser les calculs et produire des analyses erronées.

Ce sont les Etats-Unis qui ont exporté vers la Syrie le terrorisme qaïdiste, en coopération avec le régime saoudien, la Turquie et le Qatar. C’est Washington qui a hébergé et couvé les Frères musulmans, et il continue de le faire bien qu’il sache que cette confrérie promeut la pensée takfiriste et le terrorisme dans le monde musulman.

Le refus américain de considérer la lutte contre le terrorisme comme une priorité en Syrie, comme l’a réclamé la délégation officielle syrienne, est un aveu de Washington de sa détermination à utiliser le terrorisme pour saigner l’Etat syrien. Les arguments présentés par Barak Obama, lors d’un entretien au New Yorker, pour expliquer les raisons de son soutien au Front islamique, illustrent parfaitement cette réalité. Il a qualifié de “jihadistes” les combattants de cette organisation terroriste, appelant à faire une distinction entre eux et Al-Qaïda. Ce Front est un pur produit américano-saoudien qui est actif uniquement à l’intérieur de la Syrie, et ne constitue pas une menace terroriste selon la revue Foreign Policy dans un article publié il y a quelques jours. La revue a couvert de louanges le chef de Brigades “Ahrar al-Cham”, Abou Khaled le Syrien, en tentant de minimiser l’importance de propos de ce terroriste rendant hommage à Oussama Ben Laden.

La prochaine étape sera caractérisée par une recrudescence des combats sur le terrain et la poursuite du soutien américano-saoudien, qatari, britannique et français aux mouvements extrémistes. En dépit de la dernière manœuvre verbale de Recep Tayyeb Erdogan, lors de sa visite à Téhéran, qui ne s’est accompagnée d’aucune mesure concrète sur le terrain, la Turquie va également poursuivre son appui aux terroristes.

L’administration américaine a reconnu l’échec de son pari de la destruction de l’Etat syrien, sous couvert de la chute du régime. Sa nouvelle stratégie consiste à installer durablement des lignes de démarcations entre l’Armée arabe syrienne et les rebelles, à travers un soutien massif en armes, argent, renforts en hommes et en conseils techniques.

Certains milieux à Washington évoquent ouvertement le partage de la Syrie en séparant les provinces d’Idleb, d’Alep, de Raqqa, de Deir Ezzor et de Hassaka, de l’Etat central. D’autres projets parlent de la division de la Syrie en trois régions : la première, sous le contrôle de l’Etat central et de ses forces armées ; la deuxième sous l’hégémonie des groupes armés ; et la troisième sous la domination des Kurdes.

L’armée arabe syrienne combat donc pour l’unité de la Syrie et pour son indépendance. Les Américains et leurs agents découvriront que tous leurs plans ne sont que des mirages, car quand c’est l’unité et l’indépendance de leur pays qui est en jeu, le peuple syrien et son armée sont prêts à consentir autant de sacrifices qu’il le faut.

Ghaleb Kandil
New Orient News (Liban)

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Les États-Unis, premiers financiers mondiaux du terrorisme

février 4th, 2014 by Thierry Meyssan

En violation des résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, le Congrès des États-Unis a voté le financement et l’armement du Front al-Nosra et de l’Émirat islamique d’Irak et du Levant, deux organisations relevant d’Al-Qaïda et classées comme « terroristes » par les Nations Unies. Cette décision est valide jusqu’au 30 septembre 2014.

Depuis la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques, de nombreux auteurs ont mis en évidence le rôle des États-Unis dans le financement du terrorisme international. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, il ne s’agissait que d’actions secrètes, jamais assumées sur le moment par Washington. Un pas décisif a été franchi avec la Syrie : le Congrès a voté le financement et l’armement de deux organisations représentant Al-Qaïda. Ce qui était jusque-là un secret de polichinelle devient désormais la politique officielle du « pays de la liberté » : le terrorisme.

La première semaine de la Conférence de paix de Genève 2 aura été pleine de rebondissements. Malheureusement, le public occidental n’en a pas été informé, victime de la censure qui l’opprime.

C’est en effet le principal paradoxe de cette guerre : les images sont l’inverse de la réalité. Selon les médias internationaux, le conflit oppose d’un côté, des États réunis autour de Washington et de Riyad qui prétendent défendre la démocratie et conduire la lutte mondiale contre le terrorisme, de l’autre la Syrie et ses alliés russes, inhibés à force d’être diffamés en dictatures manipulant le terrorisme.

Si tout le monde est conscient que l’Arabie saoudite n’est pas une démocratie, mais une monarchie absolue, la tyrannie d’une famille et d’une secte sur tout un peuple, les États-Unis ont l’image d’une démocratie et mieux encore du « pays de la liberté ».

Or, la principale information de la semaine a été censurée dans l’ensemble des États membres de l’Otan : le Congrès états-unien s’est réuni secrètement pour voter le financement et l’armement des « rebelles en Syrie » jusqu’au 30 septembre 2014. Vous avez bien lu. Le Congrès tient des séances secrètes dont la presse n’a pas le droit de faire mention. C’est pourquoi l’information, originellement publiée par l’agence britannique Reuters [1], a été scrupuleusement ignorée par toute la presse imprimée et audio-visuelle aux États-Unis et la plupart des médias en Europe occidentale et dans le Golfe. Seuls les habitants du « reste du monde » ont eu droit à connaître la vérité.

La liberté d’expression et le droit des citoyens à l’information sont pourtant des préalables à la démocratie. Ils sont mieux respectés en Syrie et en Russie qu’en Occident.

Personne n’ayant lu la loi adoptée par le Congrès, on ignore ce qu’elle stipule exactement. Cependant, il est clair que les « rebelles » en question ne cherchent pas à renverser l’État syrien —ils y ont renoncé—, mais à le « saigner ». C’est pourquoi, ils ne se comportent pas en soldats, mais en terroristes. Vous avez encore bien lu : les États-Unis, prétendument victimes d’Al-Qaïda le 11 septembre 2001 et depuis leaders de la « guerre globale au terrorisme », financent le principal foyer de terrorisme international où agissent deux organisations officiellement subordonnées à Al-Qaïda (le Front al-Nosra et l’Émirat islamique d’Irak et du Levant). Il ne s’agit plus là d’une manœuvre obscure des services secrets, mais d’une loi, pleinement assumée, même si elle a été adoptée à huis clos de manière à ne pas contredire la propagande.

D’un autre côté, on ne voit pas comment la presse occidentale, qui affirme depuis 13 ans qu’Al-Qaïda est l’auteur des attentats du 11-Septembre et ignore la destitution du président George W. Bush ce jour-là par les militaires, pourrait expliquer cette décision à son public. Effectivement, la procédure états-unienne de « Continuité du gouvernement » (CoG) est elle aussi protégée par la censure. De la sorte, les Occidentaux n’ont jamais su que, ce 11 septembre, le pouvoir avait été transféré des civils aux militaires, de 10h du matin jusqu’au soir, que durant cette journée les États-Unis avaient été gouvernés par une autorité secrète, en violation de leurs lois et de leur constitution.

Durant la Guerre froide, la CIA finançait l’écrivain George Orwell lorsqu’il imaginait la dictature du futur. Washington croyait ainsi éveiller les consciences au danger soviétique. Mais en réalité, jamais l’URSS ne ressembla au cauchemar de « 1984  », tandis que les États-Unis en sont devenus l’incarnation.

Le discours annuel de Barack Obama sur l’état de l’Union s’est ainsi transformé en un exceptionnel exercice de mensonge. Devant les 538 membres du Congrès l’applaudissant debout, le président a déclaré : « Une chose ne changera pas : notre détermination à ce que des terroristes ne lancent pas d’autres attaques contre notre pays ». Et encore : « En Syrie, nous soutiendrons l’opposition qui rejette le programme des réseaux terroristes ».

Pourtant, lorsque la délégation syrienne à Genève 2 a soumis à celle sensée représenter son « opposition » une motion, exclusivement basée sur les résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, condamnant le terrorisme, celle-ci l’a rejetée sans provoquer la moindre protestation de Washington. Et pour cause : le terrorisme, c’est les États-Unis, et le délégation de l’« opposition » reçoit ses ordres directement de l’ambassadeur Robert S. Ford, présent sur place.

Robert S. Ford, l’ancien assistant de John Negroponte en Irak. Au début des années 80, Negroponte avait attaqué la révolution nicaraguayenne en engageant des milliers de mercenaires qui, mêlés à quelques collaborateurs locaux, constituèrent les « Contras ». La Cour internationale de Justice, c’est-à-dire le tribunal interne des Nations Unies, condamna Washington pour cette ingérence qui ne disait pas son nom. Puis, dans les années 2000, Negroponte et Ford rejouèrent le même scénario en Irak. Cette fois, il s’agissait d’anéantir la résistance nationaliste en la faisant combattre par Al-Qaïda.

Pendant que les Syriens et la délégation de l’« opposition » discutaient à Genève, à Washington, le président poursuivait son exercice d’hypocrisie et assénait au Congrès qui l’applaudissait mécaniquement : « On lutte contre le terrorisme non seulement à l’aide du renseignement et des opérations militaires, mais aussi en restant fidèles aux idéaux de notre Constitution et en donnant l’exemple au monde (…) Et nous continuerons à travailler avec la communauté internationale pour faire naître l’avenir que mérite le peuple syrien – un avenir sans dictature, sans terreur et sans peur ».

La guerre livrée par l’Otan et le CCG à la Syrie a déjà fait plus de 130 000 morts —selon les chiffres du MI6 diffusés par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme—, dont les bourreaux attribuent la responsabilité au peuple qui ose leur résister et à son président, Bachar el-Assad.

Thierry Meyssan

 

 

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La mission « Système Pays en mouvement »

février 4th, 2014 by Manlio Dinucci

Enfin « la crise est dépassée » en Italie : c’est ce qu’a annoncé, pas à Rome mais à Abu Dhabi, le Président du conseil Letta, en visite du 1er au 4 février dans les Emirats arabes unis, au Qatar et au Koweït. “ Il y est pour inviter les monarchies du Golfe à investir dans notre pays, qui a « un plan ambitieux de privatisations».” Après Alitalia, (compagnie aérienne nationale déjà privatisée) d’autres joyaux de famille sont en liquidation : Fincantieri, Postes, Sace (groupe qui « assure ton business dans le monde »). Les travailleurs italiens qui craignent d’ultérieures coupes sombres dans l’emploi et les droits acquis peuvent maintenant être tranquilles : ils seront protégés par les investisseurs des monarchies du Golfe, où le souverain détient le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire et l’exerce par l’intermédiaire d’un gouvernement qu’il a lui-même nommé, et où les partis politiques et organisations syndicales sont considérés comme illégaux.

Parallèlement, a annoncé Letta, « l’Italie, qui possède de la haute-technologie, est prête à investir dans le Golfe ». Dans ce but, en décembre dernier, l’Expo flottante d’armes a fait le tour des monarchies du Golfe à bord du porte-avion Cavour où, à côté d’avions et hélicoptères de guerre, canons et missiles, sont exposées de flamboyantes Ferrari, Lamborghini, Maserati et autres « excellences italiennes » à la portée des bourses des émirs et des élites africaines. La mission « Système Pays en mouvement », effectuée par le Cavour et trois autres navires de guerre, a été organisée en grande hâte pour anticiper la concurrence française du porte-avions Charles de Gaulle qui, flanquée de quatre navires dont un sous-marin d’attaque nucléaire, a levé l’ancre deux semaines après le Cavour.

La mission française cependant est mieux organisée. A Abu Dhabi, alors que le Cavour s’est limité à une manœuvre avec une corvette émirati, le Charles de Gaulle a effectué en janvier une grande manoeuvre avec les forces navales et aériennes des Emirats. Y ont participé aussi les chasseurs Rafale que la France essaie de vendre aux Emirats, après que ceux-ci ont refusé d’acheter pour 6 milliards de dollars 60 chasseurs Eurofighter Typhoon, construits par le consortium formé par Allemagne, Grande-Bretagne, Italie et Espagne. Mais tra i due litiganti il terzo gode (proverbialement, quand deux personnes se disputent le troisième en profite, NdT) : ce sera selon toutes probabilités la société étasunienne Lockheed Martin qui vendra aux Emirats une soixantaine d’avions de chasse F-16. A Abu Dhabi, les Etats-Unis disposent de la base aérienne Al Dhafra, utilisée pour les guerres en Irak et Afghanistan, qui inclut aussi depuis 2009 celle, française, du Camp de la Paix : toutes deux situées à l’embouchure du Golfe persique face à l’Iran. Il se trouve sûrement à Rome des gens pensant que l’Italie aussi doit s’installer militairement dans cette zone stratégique, comme elle l’a fait à Djibouti, à l’embouchure de la Mer Rouge.

Pendant ce temps le groupe naval Cavour poursuit sa mission : après la tournée promotionnelle dans le Golfe, il a commencé celle de l’Afrique, en faisant escale après Djibouti au Kenya, à Madagascar et au Mozambique. Il jettera l’ancre demain en Afrique du Sud, puis remontera la côte occidentale de l’Afrique pour rentrer en Italie en avril, après un voyage de cinq mois. On ne sait pas combien d’armes et de Ferrari seront finalement vendues ; on sait par contre que le coût de la mission a déjà gonflé de 22 millions d’euros prévus à 33 millions, auxquels s’ajoutent les droits de ports à chaque escale. Mais de nombreuses œuvres de bienfaisance sont accomplies : comme pour le réveillon du Jour de l’an sur le Cavour,  la vente aux enchères d’objets de valeur mis à disposition par Versace et Maserati ; ou « les visites ophtalmologiques d’aide aux enfants africains pauvres ».

Avant qu’ils ne ferment les yeux à cause de la faim ou des guerres que la mission Cavour contribue à créer.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 4 février de il manifesto

http://ilmanifesto.it/il-sistema-paese-in-movimento/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 


 

Apostille pour la version française (avec l’accord de l’auteur) :

Difficile de savoir le coût de la tournée du Charles de Gaulle, en concurrence avec le Cavour dans le Golfe. Peu de chances que ce soit bien moins cher (malgré l’absence de vente aux enchères –communiquée- à bord).

Que dit le site du ministère de la Défense à ce propos ?

Nom de mission, « Bois Belleau » : dans la marine on a le sens du symbole.

1) « La bataille de Bois Belleau tient une place très importante dans l’histoire de l’armée américaine [étasunienne], dans la mesure où elle a marqué le début de l’implication des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale et qu’elle est considérée aujourd’hui comme ayant été le premier engagement majeur du corps des Marines.

[…] Cette bataille constitue un symbole pour les relations franco-américaines. C’est la raison pour laquelle le nom de “Bois Belleau” a été donné à [la] mission du porte-avions Charles de Gaulle dans l’océan Indien et le golfe arabo-persique, dont le coup d’envoi a été donné il y a quelques jours.

Et pour cause ! La Marine nationale a en effet indiqué que “l’opération Bois Belleau permettra à la coopération franco-américaine d’atteindre un niveau encore jamais égalé. Le groupe aéronaval américain, constitué autour de l’USS Harry S. Truman, sera présent en mer d’Arabie et dans le golfe Arabo-persique au même moment. Il est prévu une étroite coopération durant cinq semaines”. Et de préciser : “La France et les Etats-Unis, partenaires stratégiques de premier plan et seules nations dotées de porte-avions à catapultes capables d’opérations de projection de puissance massives, ont des modes d’action similaires.

Outre les “interactions” avec la marine américaine, le Charles de Gaulle prendra part à plusieurs manoeuvres avec les forces saoudiennes (exercice White Shark), qataries (Ocean Falcon) et émiraties (Big Fox).

Pour cette mission, qui durera jusqu’en février 2014, le groupe aéronaval constitué autour du porte-avions Charles de Gaulle se compose du pétrolier-ravitailleur Meuse, d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), de la frégate de défense aérienne Forbin et de la frégate anti sous-marine Jean de Vienne. Quant au groupe aérien embarqué (Gaé), il compte 10 avions Rafale, 10 Super Etendard Modernisés, 2 Hawkeye et de 5 hélicoptères, dont une “antique” Alouette III  [qu’on va essayer de vendre aux enchères] ».

http://www.opex360.com/2013/12/05/operation-bois-belleau-dans-locean-indien-et-le-golfe-arabo-persique/

2) « Du 7 au 10 décembre 2013, le groupe aéronaval (GAN) a conduit avec l’Arabie Saoudite en Mer Rouge le premier exercice bilatéral de sa mission baptisé “White Shark“.

Les bâtiments constituant le groupe aéronaval ont ensuite rejoint ceux de la Task Force 465, qui agissent dans le cadre de l’opération européenne de lutte contre la piraterie « Atalante »,afin de patrouiller dans le Golfe d’Aden et de participer à la sécurisation des voies maritimes stratégiques […]

Dans le même temps, une campagne d’entraînement au tir pour les Rafale et les Super Etendard Modernisés embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle a été réalisée à Koron, à l’ouest de Djibouti du 13 au 18 décembre 2013 […] 600 vols durant ce premier mois » [surlignage m-a p]

3) « Du 19 au 23 décembre 2013, escale à Djibouti, un mois après avoir quitté Toulon » (http://rpdefense.over-blog.com/tag/GAN/ ).

A propos de la relâche à Djibouti, quelques chiffres sur le « Camp de la Paix » (oui, il s’appelle vraiment comme ça) :

« En novembre 2010, Louis Giscard d’Estaing estime que l’IMFEAU (Implantation militaire française aux Émirats arabes unis) coûtera 75 millions d’euro par an en moyenne, dont 36 millions d’€ en rémunérations. Le montant s’était établi, en 2009 à 23 millions d’€ dont 7,7 millions d’€ pour les surplus de rémunération. L’émirat financera le coût de fonctionnement qui s’élèvera entre 15 et 20 millions d’euros par an».

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Implantation_militaire_fran%C3%A7aise_aux_%C3%89mirats_arabes_unis ).

Au passage : Louis Giscard d’Estaing n’est plus député mais toujours membre du CA de la French-American Foundation.

4) « Du 5 au 7 janvier 2014, le groupe aéronaval a conduit un exercice bilatéral avec les forces armées du Qatar, baptisé “Ocean Falcon“ :

Partenaire majeur dans la région, le Qatar fait partie des pays avec lesquels la France entretient une coopération militaire suivie et régulière destinée à renforcer la compréhension mutuelle et l’interopérabilité des deux armées. […] Au final, il s’agit d’une démonstration claire de l’efficacité de notre coopération, basée sur la confiance mutuelle et la volonté de progresser ensemble.

Un VIP day, marqué par la venue à bord du porte-avions Charles de Gaulle de l’adjoint au chef d’état-major de l’armée de l’air qatarien, est venu clôturer cet exercice qui aura été une incontestable réussite ».

(http://www.defense.gouv.fr/operations/autres-operations/operations-ponctuelles/mission-bois-belleau-exercice-franco-qatari-ocean-falcon )

5) Du 8 au 12 janvier 2014, nouvelle «relâche opérationnelle [mais cette fois] aux Emirats Arabes Unis, à Abou Dabi » :

« Au cours de cette période, le porte-avions a accueilli à son bord le ministre des Affaires étrangères des Emirats Arabes Unis, Cheikh Abdallah Bin Zayed Al Nahyan [photo du ministre sur le site] […]  A l’issue des derniers mouvements logistiques, les navires du groupe aéronaval ont quitté les quais émiriens le 12 janvier 2014 au matin afin de reprendre les activités opérationnelles dans la zone avec le groupe aéronaval américain du porte-avions Harry S. Truman ».

(http://www.defense.gouv.fr/operations/actualites/mission-bois-belleau-relache-operationnelle-a-abu-dhabi ).

La traductrice laisse au lecteur le soin d’aller voir sur le site du ministère dit de la Défense le détail des étapes de la tournée, pour oser une estimation de ce que ça nous coûte. Pour le moment.

 

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À lire la presse française officielle de cette fin de semaine, nous sommes en droit de nous demander si « l’échec consommé », ou encore le « fiasco », de la Conférence internationale dite de Genève 2, concerne uniquement la Syrie. Il est clair, que ces courageux journalistes, qui se sont présentés en grand nombre à Montreux, n’ont pas cherché à savoir le contenu de l’intervention du chef de la délégation de la République arabe syrienne, M. Walid al-Mouallem, et si jamais ils ont fait cet effort, ils n’ont rien voulu entendre. Une fois de plus !

Pour mémoire, voici la traduction intégrale de cette intervention. [NdT].

 


Mesdames et Messieurs,

Je vous salue au nom de la délégation de la République arabe syrienne… « République laïque » que certains, présents dans cette salle, ont tenté de ramener au Moyen Âge… « République arabe » fièrement et fortement enracinée dans son arabité, malgré les agissements de certains arabes censés être des frères… Je vous salue au nom de « la Syrie » dont l’Histoire est sept fois millénaire !

Je n’ai jamais connu une situation aussi difficile que celle d’aujourd’hui. Sur mes épaules, et celles de la délégation syrienne, pèsent toutes les souffrances qu’a endurées mon pays depuis trois années, tout le sang des martyrs, toutes les larmes des veuves, tous les espoirs des familles qui endurent l’absence d’un proche enlevé ou porté disparu, tous les cris de chaque écolier tétanisé par les explosions visant son école, toutes les attentes d’une génération qui voit ses rêves d’avenir se fracasser, tout le courage des pères et mères qui ont envoyé leurs enfants défendre la patrie, toute la détresse des familles qui ont perdu leur foyer et se retrouvent déplacés ou réfugiés…

Sur nos épaules, Mesdames et Messieurs, pèsent les espoirs du peuple syrien pour les années à venir, le droit de chaque enfant de se rendre à l’école en sécurité, le droit de chaque femme de sortir de chez elle sans risquer d’être enlevée ou violée et assassinée, le droit de chaque jeune de construire son avenir comme il l’entend, le droit de chaque citoyen de pouvoir rentrer chez lui en toute sérénité.

Aujourd’hui, nous sommes face à un moment de vérité. Une vérité qu’on a systématiquement essayé de défigurer par la désinformation et les mensonges, jusqu’à en arriver aux meurtres et au terrorisme ! Une vérité que nous venons délivrer, debout, à tous les juges et censeurs ; nous, la délégation de la République arabe syrienne qui représentons son peuple, son gouvernement, ses institutions, son Armée, et son Président Bachar al-Assad.

Je regrette, Mesdames et Messieurs, oui… je regrette et le peuple de « la Syrie qui résiste » regrette que des représentants de pays ayant le sang syrien sur les mains soient ici présents… Pays qui ont exporté le terrorisme et qui se posent en distributeurs des indulgences, allant jusqu’à empêcher certains fidèles de se rendre à la Mecque; comme si Dieu les avait chargés d’ouvrir le paradis à certains et de le fermer à d’autres…Pays qui ont encouragés les terroristes, les ont financés, les ont aidés, et ont décidé de la légitimité ou non des uns et des autres comme bon leur semblait… Pays qui ne se sont jamais souciés de leurs maisons de verre fêlées, mais qui se sont mis à lapider nos châteaux forts séculaires et à nous donner, toute honte bue, des leçons de démocratie, de développement et de progrès alors qu’ils sont plongés dans l’ignorance et l’arriération. Pays qui accordent, refusent, légitiment, renient, distribuent dons et gratifications à leur guise et par habitude ; l’habitude de ceux dont le pays appartient à un roi ou à un prince, qui en donne ce qu’il veut à qui il veut, et en prive qui il veut comme il veut !

Ils ont vilipendé la Syrie civilisée, souveraine et indépendante… Ils s’en sont pris à l’honneur et à la liberté de ses femmes et de ses filles, alors qu’eux-mêmes se noient dans la fange de leurs discriminations abominables et leur ignorance.

Ils ont commis tout cela… Mais maintenant que leurs masques sont tombés, la vraie vérité de leur dessein s’est dévoilée. Celui de déstabiliser la Syrie et de la détruire par l’exportation de leur produit national premier : le terrorisme ! Avec leurs pétrodollars, ils ont acheté les armes, recruté les mercenaires, inondé l’espace médiatique de leurs mensonges, pour dissimuler la sauvagerie de ce qu’ils font sous un voile qu’ils ont fini par appeler : « La Révolution syrienne voulue par le peuple syrien » !

Qu’est-ce que tout cela à a voir avec ce qui se passe en Syrie ? Comment un terroriste tchéchène, afghan, saoudien, turc, français ou britannique pourrait répondre aux aspirations du peuple syrien ? Comment ? En installant un État islamique qui ne connaît rien de l’Islam, mais se nourrit de la déviance de l’idéologie wahhabite !?

Qui vous a dit, et qui leur a dit, que le peuple syrien cherchait à revenir des milliers d’années en arrière ?

En Syrie, Mesdames et Messieurs, les femmes enceintes sont éventrées et les fruits de leurs entrailles sont assassinés… les femmes sont violées avant et après avoir été tuées, selon un rituel hideux et obscène qui n’est inspiré que par les exportateurs de cette idéologie !

En Syrie, Mesdames et Messieurs, les pères sont découpés à l’arme blanche devant leurs enfants au nom de la « révolution »… Pire encore, les propres enfants de ceux-là qui les découpent, soi-disant pour répondre à nos aspirations de Syriens, piaillent et dansent.

En Syrie, l’on dévore le cœur du Syrien en prétendant réaliser l’ambition de sa victime ; l’ambition d’une vie libre, prospère, tranquille et démocratique ! Quelle absurdité est-ce là ? Et de qui se moque-t-on ?

Au nom d’une prétendue « glorieuse révolution syrienne », on massacre des civils parmi les vieux, les femmes et les enfants… On pulvérise les infrastructures et les institutions sans même se soucier de l’orientation politique, idéologique ou intellectuelle de ses victimes… On brûle les livres et les bibliothèques… On farfouille dans les tombes… On vole les reliques et les trésors archéologiques…

Au nom de « la révolution », les enfants sont assassinés dans leurs écoles et les étudiants, dans leurs universités… On s’autorise à déshonorer la femme à travers toutes sortes de « fatwas perverses » légitimant le Jihad sexuel, l’inceste ou autres interdits… On bombarde les mosquées pendant que les fidèles sont en prière… On coupe les têtes qu’on exhibe dans les rues… On rôtit des personnes encore vivantes, en un véritable holocauste que l’histoire retiendra et que beaucoup de pays dénonceront, mais sans jamais parler d’antisémitisme !

Toujours au nom de la « révolution », un père en est réduit à se faire exploser avec femme et enfants pour échapper à des étrangers ayant pénétré dans sa maison. Des étrangers qui prétendent être venus lui offrir la démocratie et le libérer du joug et de l’oppression « du régime » !?

Mesdames et Messieurs ; vous, dont la plupart sont des parents, imaginez les sentiments qui poussent un père à tuer sa famille, de ses propres mains, pour les soustraire à des monstres déguisés en humains et qui disent se battre pour la liberté ! C’est ce qui s’est passé à Adra… Adra, où ces étrangers ont fait irruption dans la Cité et ont tué, pillé, pendu, découpé, brûlé des personnes bien vivantes.

Vous n’avez peut-être pas entendu parler de Adra, mais vous avez certainement entendu parler d’autres cités où ils ont commis les mêmes horreurs en désignant de leurs doigts accusateurs, dégoulinant du sang des innocents, l’État et l’Armée syrienne. Ce n’est qu’une fois que leur mensonge insensé n’a plus réussi à convaincre qu’ils ont arrêté de le raconter !

En cela, ces monstres ont exécuté ce qu’ils ont été chargés de faire par des États devenus aujourd’hui le fer de lance déchiquetant le corps syrien… Des États finalement arrivés au devant de la scène, après avoir écarté d’autres États… D’autres États qui ont essayé, moyennant tout autant le sang des Syriens, de s’imposer comme des puissances régionales, en achetant les consciences et les influences, en finançant ces monstres d’apparence humaine ; monstres imprégnés de la détestable idéologie wahhabite avant d’être lâchés à l’assaut de tout le territoire syrien.

Mais, me voici à cette tribune pour vous dire que vous savez, comme moi, qu’ils ne se contenteront pas de rester en Syrie, bien que nous sachions que certains des participants à cette assemblée ne veulent ni comprendre, ni entendre !

Mesdames et Messieurs, tout ce qui ce précède n’aurait pas été possible si, profitant de la crise, des pays voisins de la Syrie n’avaient dérogé aux relations de bon voisinage. Celui du Nord l’a poignardée dans le dos. Ceux de l’Ouest sont restés spectateurs et ont tu la vérité. Ceux du Sud ont dû obéir aux ordres parce que faibles. Alors que celui de l’Est est lui-même éreinté par tout ce qui a été programmé contre lui depuis de longues années, pour le détruire… avant de détruire la Syrie !

Tout ce qui précède n’aurait pas été possible si « le gouvernement Erdogan » n’avait usé du territoire turc pour accueillir, entraîner, armer, puis expédier les terroristes vers la Syrie. Un gouvernement qui a refusé de voir que la magie finirait par se retourner contre le magicien. Mais le voilà qui commence à goûter à la coupe de l’amertume, car le terrorisme n’a pas de religion et n’est fidèle qu’a lui-même. Le voilà passé de zéro problème avec ses voisins, à zéro en politique étrangère, en diplomatie internationale, en crédibilité politique et en toute chose ; ce qui ne l’empêche toujours pas de persister dans son ignoble agression.

Et ceci, parce que le gouvernement d’Erdogan s’est imaginé que le rêve historique d’Al-Qotb et de son prédécesseur, Mohamed Abdel Wahab, était sur le point de se concrétiser. D’où son offensive semant la corruption depuis la Tunisie, jusqu’en Libye, en Égypte et en Syrie, avec la ferme décision de réaliser une chimère qui n’existe que dans son cerveau malade. Un gouvernement qui, malgré l’échec et la nullité de ses ambitions, persiste et signe. Autant de comportements qu’on ne peut raisonnablement mesurer qu’à l’aune de la bêtise… Celui qui ne tire pas les leçons de l’Histoire perdra le présent… Celui qui allume le feu chez son voisin ne peut espérer rester en sécurité !

D’autres voisins ont contribué à allumer le feu, certains allant jusqu’à importer les terroristes du monde entier… Mais là, est apparu un paradoxe drôle, quoique des plus iniques. Quatre-vingt-trois nationalités se battent en Syrie, sans que nul ne s’en plaigne, ne dénonce, ne modifie son regard, ne cesse de parler effrontément de « la glorieuse révolution syrienne » ; alors que lorsque quelques dizaines de jeunes combattants de la Résistance se sont joints à l’Armée syrienne pour défendre certaines régions, tout ce petit monde s’est retrouvé sens dessus-dessous parlant d’« intervention étrangère » et exigeant la sortie de ceux qu’il a qualifiés de « troupes étrangères » venues violer « la souveraineté de la Syrie » !

Concernant la souveraineté syrienne, je vous affirme que la Syrie, pays libre et indépendant, fera tout ce qu’exige sa propre défense et par tous les moyens qu’elle jugera nécessaires. C’est une décision strictement syrienne, et elle le restera !

Malgré tout ce qui précède, le peuple syrien résiste. Il résiste, malgré les sanctions censées le faire plier en visant son pain quotidien et le lait des ses enfants. Il résiste, malgré les pillages, les destructions et les sabotages de sa nourriture, de ses usines de médicaments, de ses hôpitaux, de ses cliniques, de ses chemins de fer, de ses lignes électriques. Même ses lieux de culte, chrétiens et musulmans, n’ont pas été épargnés par les hordes terroristes !

Mais ils ont échoué… Et c’est à partir du moment où ils ont constaté leur échec que les États-Unis ont brandi leur menace d’attaquer la Syrie. Avec ceux qui en Occident et parmi les arabes partagent leurs convoitises, ils ont fabriqué de toute pièce l’histoire nous accusant d’avoir utilisé des armes chimiques ; histoire qui n’a pas convaincu leur propre peuple, pas plus qu’elle n’a convaincu le nôtre.

Autant de comportements qui, malheureusement, soulignent le fait que ces États prônant la démocratie, la liberté, et les droits humains ne disposent que d’un langage guerrier, sanguinaire, colonialiste et dominateur. Leur démocratie s’impose par le feu, leur liberté signifie frappes aériennes, leurs droits humains autorisent de tuer l’Humain ! Ils se sont habitués à l’idée qu’ils sont les maîtres du monde, que ce qu’ils veulent sera, et que ce qu’ils ne veulent pas ne sera pas !

Ils ont oublié, ou font semblant d’avoir oublié, que ceux qui se sont fait exploser à New York sont de la même veine que ceux qui se font exploser en Syrie… même idéologie… même source ! Ils ont oublié, ou font semblant d’avoir oublié, que ce terrorisme qui était hier aux États-Unis est aujourd’hui en Syrie, sans que l’on sache où il sera demain. Ce qui est sûr c’est qu’il ne s’arrêtera pas là. L’Afghanistan est un parfait exemple pour qui consentirait à retenir la leçon… pour qui consentirait… mais la plupart s’y refusent.

Ni les États-Unis, ni certains de leurs alliés occidentaux civilisés – dont celui qualifié de « Pays des Lumières » et celui qui pouvait autrefois s’enorgueillir d’être à la tête d’un « Empire où le soleil ne se couche jamais » – ne veulent y consentir. Et alors qu’ils ont tous goûté à l’amertume du terrorisme, les voilà qui se déclarent subitement solidaires d’un groupe de pays dits « Amis de la Syrie », au côté de quatre royaumes dictatoriaux et répressifs, ne sachant rien de la laïcité ou de la démocratie… Des pays qui autrefois ont colonisé la Syrie, l’ont pillée et l’ont disloquée voilà une centaine d’années ; mais des pays qui, aujourd’hui, se réunissent en congrès pour déclarer, haut et fort, leur amitié au peuple syrien, s’inquiéter de son horrible « situation humanitaire », pendant qu’ils l’assiègent, lui imposent toutes sortes de sanctions possibles, et soutiennent secrètement le terrorisme qui le frappe !

Mesdames et Messieurs, si vous êtes tellement inquiets de la situation humanitaire et des conditions de vie en Syrie, arrêtez donc l’afflux des armes… Arrêtez de soutenir les terroristes… Annulez vos sanctions… Levez le siège imposé au peuple syrien…  Revenez à la raison et à la logique dans votre politique ! Dès lors, nous vous assurons que nous serons aussi bien que nous l’avons été et vous délivrerons de votre immense inquiétude à notre égard.

Maintenant, certains pourraient se demander si tout ce qui se passe en Syrie est de source étrangère. Non, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas le cas ! Des Syriens, présents dans cette salle, ont contribué à tout ce qui précède. Ils ont exécuté et ont tout légitimé, sans pour autant être en accord les uns avec les autres ! Tout cela, aux dépens du sang syrien dont ils prétendent vouloir stopper l’hémorragie !

Ces Syriens se sont politiquement divisés une centaine de fois et leurs chefs se sont réfugiés aux confins de la terre. Ils se sont vendus à Israël et sont devenus ses yeux qui enregistrent et ses bras qui détruisent. Et lorsqu’ils ont échoué, Israël est intervenu directement pour leur éviter les coups de l’Armée syrienne et les aider dans l’exécution de ce qu’il a projeté pour la Syrie, depuis des décennies. De l’aveu même de leurs partisans sur le terrain, ils se prélassent dans les hôtels cinq étoiles pendant que notre peuple est saigné. Ils se sont opposés à partir de l’étranger. Ils se réunissent à l’étranger. Ils trahissent la Syrie à partir de l’étranger…

Celui qui veut parler au nom des Syriens est invité à venir en Syrie. Qu’il vive comme un parent syrien qui, tous les matins, embrasse son enfant en se demandant s’il rentrera de l’école ou sera emporté d’une bombe lancée par un révolutionnaire instrumenté par l’étranger… Qu’il vienne supporter la morsure du froid parce que nous sommes privés de pétrole… Qu’il fasse la queue pendant des heures pour nourrir les siens parce que les sanctions nous interdisent d’importer du blé, alors que nous étions des exportateurs… Celui qui veut parler au nom de la Syrie, qu’il vienne témoigner de la solidité de celui qui résiste face au terrorisme et le combat, depuis bientôt trois années. Une fois qu’il l’aura fait, qu’il revienne parler au nom des Syriens devant cette assemblée !

La République arabe syrienne – État et Peuple – a fait et continue de faire ce qu’on attendait d’elle ! Elle a ouvert notre territoire aux journalistes qui l’ont parcouru pour ensuite vous rapporter la réalité de ce qui s’y passe, mais toujours après être retournés à l’étranger ! Une réalité que nombre de médias occidentaux n’ont pu supporter, parce qu’elle ne correspondait pas à ce qu’il voulait dire ou filmer sur la Syrie. Nous avons autorisé l’entrée d’organisations internationales de secours, mais les instrumentalisés par l’étranger – dont certains sont ici présents – leur ont fait obstacle en les mettant en danger sous les tirs des terroristes ; quand nous, nous faisions notre devoir en les protégeant et en facilitant leur mission. Nous avons libéré, de façon répétée, un grand nombre de prisonniers dont certains avaient usé de leurs armes contre les citoyens, ce qui a suscité le mécontentement de beaucoup de Syriens « de l’intérieur » ; mais ils ont fini par comprendre et accepter l’idée que la Syrie étant plus précieuse que tout le reste, nous devons dépasser nos blessures et surmonter les haines et les rancunes.

Et vous qui prétendez parler au nom des Syriens, qu’avez-vous fait ? Quelle est votre vision pour ce merveilleux pays ? Quelles sont vos intentions et quel est votre programme politique ? De quels instruments disposez-vous sur le terrain, mis à part les groupes terroristes armés ? Je suis persuadé que vous ne disposez de rien du tout, ce qui est évident pour tout le monde et notamment dans les régions occupées par vos mercenaires, autrement dit « les régions libérées » selon votre étrange terminologie ?

Avez-vous vraiment libéré les habitants de ces régions ? Ou bien avez-vous dérobé leur culture tolérante pour imposer votre extrémisme répressif ? Avez-vous construit des écoles et des centres de soin ? Ou bien avez-vous détruit les hôpitaux et permis à la poliomyélite de ressurgir en Syrie, alors que nos enfants ont vécu indemnes de cette maladie depuis des décennies ? Avez-vous sauvegardé et protégé les trésors archéologiques et les musées de la Syrie ? Ou bien les avez-vous pillés et en avez tiré profit ? Avez-vous respecté les principes de la Justice et des droits humains? Ou bien avez-vous exécuté des peines de mort par décapitation, et en public ?

Pour résumer, vous n’avez rien réalisé de bon, rien du tout ! Vous n’avez amené que le déshonneur et la honte en suppliant les États-Unis de lancer une attaque militaire contre la Syrie. Même l’opposition, dont vous prétendez être les maîtres et les gardiens, ne veut pas de vous ! Elle refuse votre gestion de vous-mêmes, avant même que de songer à ce que vous gériez le pays.

Ils veulent un pays d’une seule couleur !? Et je ne parle pas ici d’ethnie ou de confession, car toute personne qui n’est pas d’accord avec eux est autre, et cet autre est un infidèle, quelle que soit sa religion et son environnement. Ils ont donc tué des musulmans de toutes les branches de l’Islam et ont sévèrement ciblé les chrétiens. Mêmes les religieuses en habit ne leur ont pas échappé. Ils les ont enlevées après avoir frappé Ma’aloula, dernier endroit au monde où l’on parle encore couramment la langue du Christ, pour contraindre les Syriens chrétiens à quitter la Syrie !

Mais là aussi, ils ont échoué. Car tous les Syriens sont Chrétiens lorsqu’on s’attaque au christianisme ; tous les Syriens sont Musulmans lorsqu’on s’attaque aux mosquées ; et tous les Syriens sont de Raqqa, de Lattaquié, de Soueida, de Homs, ou d’Alep la blessée… quand l’une ou l’autre de ces régions sont frappées. D’où l’horreur devant leurs tentatives de semer la discorde et le sectarisme religieux, la pire des laideurs qu’un syrien ne peut tolérer. Bref, Messieurs, votre prétendue « grande révolution syrienne » n’a laissé aucune transgression condamnable ici bas, sans la commettre !

En revanche, derrière la noirceur de ce sombre tableau, la lumière est toujours restée tout au bout du chemin. Ceci, grâce à la détermination du peuple dans sa résistance, grâce à la détermination de l’Armée dans sa défense, et grâce à la détermination de l’État dans sa cohésion et sa continuité… Et aussi, parce que malgré tout, certains États se sont tenus à nos côtés et au côté du Droit et de la Justice. Parmi ces États, la Russie à qui je m’adresse au nom du peuple syrien pour lui exprimer ses plus sincères remerciements, la Chine que nous remercions tout autant que la Russie pour leur respect de la souveraineté et de la liberté de décision de la Syrie.

La Russie s’est comportée en véritable ami dans toutes les arènes internationales et a fermement défendu, en paroles et en actions, les principes de l’Organisation des Nations Unies quant à la souveraineté des États et les droits humains. La Chine et les pays du BRICS se sont tenus à ses côtés, ainsi que l’Iran, l’Irak, et certains États arabes musulmans, des États d’Afrique et d’Amérique latine. Autant d’États qui n’ont cessé de protéger, en toute honnêteté, les aspirations du peuple syrien, non celles d’autres États qui voudraient nous imposer ce dont nous ne voulons pas !

Oui, Mesdames et Messieurs, le peuple syrien aspire tout comme les autres peuples de la région à plus de liberté, de justice, et de droits humains. Il aspire à plus de pluralisme et de démocratie. Il aspire à une Syrie meilleure, une Syrie tranquille, prospère, et en bonne santé. Il aspire à un État fort reposant sur des institutions, non à la démolition des siennes. Il aspire à protéger ses monuments et ses sites archéologiques ainsi que son patrimoine national, non à leur pillage et leur destruction. Il aspire à ce que son Armée nationale reste forte pour protéger sa terre, son honneur et ses biens, défendre ses frontières, la souveraineté et l’indépendance de son pays ; non à une armée de mercenaires « libre » de kidnapper des civils et de les rançonner ou de les transformer en boucliers humains ; « libre » de s’accaparer les donations, de voler les pauvres et de vendre la partie ; « libre » de s’enrichir par le trafic d’organes prélevés sur des hommes, des femmes et des enfants bien en vie.

Une armée de mercenaires dont certains éléments mangent les cœurs et les foies humains, font griller les têtes d’humains sur des barbecues, recrutent des enfants soldats, violent les femmes sous la menace de leurs armes. Des armes expédiées par des États, ici présents, sous prétexte d’un prétendu « soutien aux groupes modérés ». De grâce, dites-nous où est la modération dans tout ce que je viens de vous exposer !

Où sont donc ces « éléments modérés », aux dénominations fumeuses, derrière lesquels vous vous cachez et que vous soutenez médiatiquement et militairement, notamment ceux que vous rebaptisez ? Des éléments préexistants sur le terrain, auxquels vous donnez une nouvelle peau, un nouveau nom, prétendant qu’ils combattent le terrorisme alors qu’ils sont encore pire que leurs prédécesseurs, pendant que vos médias retravaillent leur image après les avoir revêtus de l’habit griffé : « modération ». Ils savent, comme nous savons, qu’il s’agit du même extrémisme et du même terrorisme sous des noms différents. Ils savent, comme nous savons, que sous le prétexte du « soutien aux groupes modérés » on continue à armer ceux qui, finalement, appartiennent à Al-Qaïda et à plusieurs de ses organisations sévissant en Syrie, en Irak, et dans d’autres pays de la région.

Telle est la vérité, Mesdames et Messieurs. Réveillez-vous ! L’Occident soutient et certains arabes exécutent pour qu’en fin de parcours, les armes tombent aux mains d’Al-Qaïda. Par conséquent, l’Occident prétend lutter contre le terrorisme en public, mais le nourrit en secret. Celui qui ne voit pas cette vérité est aveugle ou ignorant. Ou alors, il ne veut pas la voir et a décidé de poursuivre dans cette voie !

Est-ce la Syrie que vous voulez malgré les milliers de martyrs, l’installation de l’insécurité, et les destructions systématiques ? Est-ce cela les aspirations du peuple syrien que vous voudriez réaliser ? Non, Mesdames et Messieurs, la Syrie ne restera pas dans cette situation. Et c’est pour vous le dire que nous sommes ici.

Nous sommes venus, malgré tout ce qui a été fait par certains d’entre vous.

Nous sommes venus pour sauver la Syrie, pour arrêter les décapitations, les bouffeurs de foie, de cœurs, et les éventreurs.

Nous sommes venus pour ramener les mères et leurs enfants chassés de leurs foyers par des terroristes.

Nous sommes venus pour protéger notre État laïc, notre civilisation, et l’avancée des Tatars et des Mongols dans notre région.

Nous sommes venus pour empêcher l’effondrement de l’ensemble du Moyen-Orient.

Nous sommes venus pour protéger la richesse et la diversité de notre culture, pour protéger le dialogue entre les civilisations et les religions, à la source même de ces religions.

Nous sommes venus pour protéger l’Islam tolérant qu’on a défiguré.

Nous sommes venus pour protéger et garder  les Chrétiens du Moyen orient !

Nous sommes venus dire aux Syriens de l’étranger : revenez dans votre pays, car l’étranger reste un étranger, aussi proche soit-il, et le Syrien reste un frère pour le Syrien, quelle que soit l’intensité des adversités.

Nous sommes venus pour arrêter le terrorisme, comme l’ont fait tous les États du monde qui ont goûté sa douloureuse amertume. Certes, nous avons dit et nous continuons à dire que le dialogue entre les Syriens est la solution. Mais, nous avons agi et agissons comme tous les autres pays du monde lorsqu’ils ont été frappés par le terrorisme. Nous avons cherché et nous chercherons toujours à défendre notre peuple, car tel est notre devoir constitutionnel… Et, de cette tribune, je vous dis que nous continuerons à frapper le terrorisme qui a gravement nui à tous les Syriens, abstraction faite de leurs affiliations politiques.

Nous sommes venus vous mettre, tous, face à vos responsabilités. Car, tant que certains États que vous connaissez, et que nous connaissons, continueront à soutenir le terrorisme, cette conférence ne connaîtra pas le succès ; l’action politique et le terrorisme étant incompatibles lorsqu’il s’agit d’un même terrain. La politique implique « la lutte contre le terrorisme » et ne pousse pas dans son ombre !

Nous sommes venus en tant que représentants du peuple syrien. Oui… Monsieur Kerry… je dis que l’expérience prouve que personne au monde n’a le droit d’accorder, de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à un État, à une Constitution, ou à quoi que ce soit, sauf les Syriens eux-mêmes !

C’est leur droit et leur devoir constitutionnel. Tout ce sur quoi nous pourrions nous accorder ici, et quoi qu’il en soit, sera soumis à un référendum populaire. Nous sommes ici pour faire savoir la volonté du peuple syrien, non pour décider de son avenir ! Par conséquent, celui qui ne veut pas entendre cette volonté ferait mieux de ne pas parler en son nom. Lui seul a le droit de décider de ses dirigeants, de son gouvernement, de son parlement, et de sa Constitution. Toute autre décision est inacceptable.

Pour conclure, je m’adresse aux personnes, ici présentes, ainsi qu’au monde entier qui nous regarde et nous écoute : en Syrie nous vivons une guerre contre le terrorisme !

Un terrorisme qui a beaucoup détruit et qui continue de détruire. Un terrorisme contre lequel la Syrie s’est dressée depuis les années quatre-vingt du siècle dernier tout en appelant, haut et fort, à former un front uni pour le combattre ; mais personne n’a voulu entendre.

Un terrorisme dont vous avez horriblement souffert aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en Russie, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, et la liste ne fait que s’allonger, car le voici qui se répand partout. Coopérons tous ensemble, main dans la main, pour le combattre et stopper la noirceur de son idéologie obscurantiste, et terrifiante.

Quant à nous, les Syriens, dressons-nous comme un seul homme et concentrons-nous sur la Syrie pour commencer à la reconstruire humainement et structurellement. Certes, le dialogue est fondamental, comme je l’ai déjà dit. Mais, bien que nous remerciions ce pays qui nous accueille, nous disons que le vrai dialogue entre les Syriens doit avoir lieu en Syrie, sous le ciel de la patrie !

Il y’a un an, le gouvernement exposait sa vision de la solution, mais là aussi personne n’a entendu ! Que de vies innocentes auraient été épargnées si certains États avaient opté pour le langage de la raison, plutôt que pour celui de la terreur et de la destruction ! Une année entière que nous appelons au dialogue, alors que le terrorisme n’a cessé de frapper l’État syrien, ses institutions, son gouvernement et son peuple.

Mais, mieux vaut tard que jamais. Aujourd’hui, nous voici réunis pour prendre une très importante décision dont dépendra notre destin, la décision de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme tout en engageant le processus politique ; ce qui est d’autant plus opportun que tous sont là, aussi bien les arabes que les occidentaux !

Maintenant, si certains États, parmi vous, continuent à soutenir le terrorisme en Syrie, ce sera votre décision… Vous connaissez la nôtre. Sinon, écartons les obscurantistes et les menteurs qui vous tendent la main et vous sourient en public, mais nourrissent le terrorisme dans l’ombre. Un terrorisme qui frappe la Syrie, mais qui finira par se répandre pour nous brûler tous.

C’est donc l’instant de vérité et l’instant du destin, soyons à la hauteur du moment !

Je vous remercie.

Dr Walid al-Mouallem

Ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés

22/01/2014

 

Source : Sana / Syrie

http://sana.sy/print.html?sid=523707&newlang=ara

Texte traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

 

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Course à la présidentielle en Algérie sur fond de crise ?

février 3rd, 2014 by Chems Eddine Chitour

«Quand tu lances la flèche de la vérité, prends soin avant de tremper la pointe dans du miel.» Proverbe algérien

La situation actuelle du pays est délicate, elle demande à chacun de nous de faire son introspection et de prendre position pour le plus grand bien de ce pays. Un état des lieux sans complaisance est nécessaire.

Etat des lieux

L’Algérie de 2014, c’est 39 millions d’habitants dont 90% n’ont pas connu le colonialisme. Et pourtant, le pouvoir continue à régner sur la légitimité révolutionnaire alliée avec les nouveaux riches. Cela ne veut pas dire que la Glorieuse Révolution, les martyrs et les moudjahidine sont à oublier, non! Simplement, nous sommes au XXIe siècle, de nouvelles légitimités basées sur le savoir, la compétence et l’amour du pays doivent prendre la relève graduellement mettant un terme à toute la satrapie de la famille révolutionnaire dont on peut se demander à juste titre quelle est sa valeur ajoutée si ce n’est en termes de jouissance sans mérite. Si on devait faire honnêtement le bilan des cinquante ans passés, nous avons dilapidé une rente de près de 800 milliards de dollars dont 600 milliards depuis l’année 2000.

Qu’avons-nous fait de perenne? Il est vrai que l’Algérie de 2014 est un grand pays riche, mais désespérément sous-développé avec toujours les mêmes interrogations. Après un cinquantenaire d’actions plus ou moins glorieuses, l’Algérie se retrouve à la croisée des chemins avec une société gérée encore par la «aççabya». Elle n’a pas permis l’émergence de la nation au sens du désir de vivre ensemble.

Nous sommes, en tant qu’intellectuels, en faute, nous avons une faillite morale pour n’avoir pas su dire «non!», «basta!» aux multiples dérives d’un système qui fait dans la «aççabya» un mode de gouvernance qui perpétue et fait de la Glorieuse Révolution de Novembre et dont nous fêtons le soixantième anniversaire, un fonds de commerce lucratif. Quelle est la priorité pour celui qui s’immole ou brave la mer? Un travail, une vie décente? Un avenir ou la liberté. Beckett disait qu’«un bulletin de vote ne se mange pas». Nous ne voyons dans le comportement des jeunes que la dimension «destruction», essayons de voir en eux des bâtisseurs. Quelle tragédie que des jeunes gens en arrivent à jouer leur vie à pile ou face dans des embarcations de fortune ou, pire, à offrir leur corps aux flammes; chaque harraga qui disparaît, chaque immolation sont des actes de désespoir et aussi des actes d’accusation contre notre indifférence.

Qui se souvient pour la période récente du 5 octobre 1988, qui a vu la fine fleur du pays être fauchée? Il fut, de mon point de vue, le déclencheur du vent de liberté des peuples arabes. Cet événement donnait l’illusion que tout était permis, que l’Algérien, ce frondeur, avait le droit au chapitre, il pouvait critiquer. Il était, en un mot, acteur de son destin. La démocratie semblait à portée de main. La vie politique s’alluma, les langues se délièrent et une formidable ouverture se dessina. tout était devenu possible. Mais le fol espoir allait vite retomber. Les Algériens perdirent pied et s’accrochèrent par réflexe atavique ou eschatologique aux discours les plus radicaux, les plus sectaires, les plus dangereux qui nous amenèrent à la décennie noire.

Un quart de siècle plus tard ou en sommes-nous? Force est de constater que nous sommes au point mort, que la régression n’a pas été féconde, que la «aççabya, le régionalisme, les passe-droits, la corruption sont devenus un sport national aussi pernicieux que celui qui a permis à des individus qui n’ont rien prouvé toute leur vie de se voir offrir des milliards de DA pour avoir tapé dans le ballon et avoir donné un peu de soporifique trompeur à une jeunesse en mal d’espoir. Donner en une fois à un joueur le gain d’un salaire d’un professeur besogneux pendant toute une vie est le plus mauvais message que l’on puisse donner contre l’école qui ne joue plus son rôle d’ascenseur social.

La gestion par la paresse intellectuelle est encore possible tant que nous pompons d’une façon frénétique une ressource qui appartient aux générations futures. Notre errance actuelle c´est aussi le gaspillage frénétique de nos ressources en hydrocarbures du fait de l´absence, là aussi, d´une stratégie et c´est enfin, la corruption, qui est là pour nous rappeler notre sous-développement. De plus, il nous paraît tragique d’annoncer urbi et orbi que l’Algérie a pour cinquante ans de réserve, notamment avec le canular du gaz de schiste. C’est un mauvais signal que les Algériens perçoivent ainsi: dormons, la rente veille sur notre gabegie avec le fameux adage «Ragda oua tmangi dima felcoungi» «Sommeil, boustifaille, et toujours en congé» voilà l’Homo algerianius du 20e siècle qui roule sur quelques neurones.

C’est enfin un système éducatif en miette, et une sous-culture folklorisée dans le sens du chant et de la danse, du farniente des Mille et Une Nuits pendant que le monde développé en est au Web 3.0, que la Chine a rattrapé les Etats-Unis. En 1963, nous avions le même niveau que la Corée du Sud, 50 ans plus tard, la Corée du Sud est 10e et nous 110e.

Dans l’Algérie actuelle tout est à prendre, les Algériens qui font leur travail, qui méritent durement leur salaire sont de plus en plus scandalisés par le m’as-tu-vu et les fortunes qui ont jailli du néant, de toute une faune dont l’unité de mesure est le milliard. J’en veux à cette culture qui a réussi à abrutir la jeunesse en lui proposant de «se divertir» pour oublier dans la plus pure tradition de «panem et circenses» «du pain et des jeux de cirque» de l’Empire romain sur le déclin, alors qu’il faut lui proposer de s’instruire, de connaître l’histoire de son pays, de la lecture, du théâtre, l’éducation, du travail, bref, de la sueur au lieu de soporifiques coûteux et sans lendemain..

Il n’y a jamais de place dans les journaux pour la science, la recherche, la prouesse des Algériens. Sait-on par exemple en dépit de ce que disent les nihilistes que la Recherche – malgré ses insuffisances réelles a permis à des chercheurs de participer à la construction d’un télescope spatial. Le salaire mensuel des vingt chercheurs retenus par la Nasa est équivalent à celui d’un footballeur du «mercato», encore un autre mot pour désigner un marché juteux. On croit aussi à tort que le football, des Messi, des Maradona, payés d’une façon ou d’une autre avec le pétrole des générations futures, les Aliens de l’Equipe nationale pour la plupart vivent dans d’autres cieux, ils viennent le temps d’un match recevoir la dîme et retourner chez eux, ils sont des exemples à suivre.

De fait, l’Algérie est devenue un tube digestif immense, l’Algérien veut tout et tout de suite et par un mimétisme ravageur, il n’emprunte à l´Occident que ce qu’il ne produit pas, mais qu´il peut pour le moment encore acheter. Avoir 40 millions de portables ou rouler en 4×4 et consommer d’une façon débridée l’énergie n’est pas un signe de développement. Le pouvoir, dos au mur, est confronté à toutes les révoltes, au lieu du parler vrai, tente de maintenir une stabilité apparente alors que les problèmes de fond attendent d’être abordés résolument

La course à la présidentielle

Cette présidentielle est marquée par l’avènement de personnes frappées par le Principe de Peter. Elles pensent que leur compétence réelle ou supposée dans un domaine donné, leur permet toutes les outrances, à telle enseigne qu’une caricature les a croquées en montrant une foule de clowns criant: «Moi aussi, moi aussi je veux me présenter.» Il y a de ce fait -comble d’ironie- des candidats à la présidentielle qui viennent nous dire comment il faut faire. Que connaissent ces donneurs de leçons à distance, qui se permettent de s’immiscer dans une Algérie qu’ils ont abandonnée au plus fort de sa détresse pour des cieux plus cléments. A ces intellectuels autoproclamés, il manque une vertu fondamentale: l’humilité et la retenue vis-à-vis de cette Algérie profonde, celle qui galère au quotidien. Je les invite à venir vivre et vibrer à la fréquence de la mal-vie des Algériens d’en bas et non pas à celle du Quartier latin derrière un verre ou celle encore dénuée d’humilité à partir de Paris, Genève, Londres voire  Montréal ou d’ailleurs.

A tous les spécialistes du «Armons-nous et partez», qui donnent des conseils, qui savent au fond d’eux-mêmes que leur cinéma de la présidentielle a pour finalité d’avoir une visibilité aussi fugace que celle d’un météore soit-elle. «Etre un homme, disait Malraux, c’est réduire la part de la comédie.» Non messieurs, il s’agit du destin de l’Algérie, je vous invite à rentrer au pays vivre ses espoirs et ses déceptions, écouter ce que ces jeunes ont à dire, payer de leur personne, rattraper leur dette pour avoir fui ce pays quand il était à feu et à sang. Je les invite ´´ici et maintenant´´ à venir participer à une longue marche celle qui consiste à suer, à baver, à créer in situ en faisant fleurir cette jeunesse non pas à distance avec le «Y a qu’à…».

Un projet de société viable

Au-delà des libertés de la démocratie, de l’alternance à graver dans le marbre lors d’une nouvelle Constituante pour une deuxième République, il faut réconcilier l’Algérie avec son histoire et enseigner que 18 siècles avant l’avènement de l’Islam au Maghreb, il y avait un peuple, une identité, une civilisation. Massinissa battait monnaie quand l’Europe n’avait pas émergé aux temps historiques. Revendiquons nos racines amazighes sans en faire un fonds de commerce. Nous avons trop souffert du slogan «Nous sommes arabes, arabes, arabes» de Ben Bella. Une fois l’identité plurielle assumée, enseignée et traduite d’une façon apaisée dans les attributs de souveraineté, telle que la langue, les médias, il faut se mettre au travail et propulser l’Algérie dans ce XXIe siècle de tous les dangers.

Nous devons être en mesure de permettre à chacun de donner la pleine mesure de son talent, d’être utile, de gagner dignement son pain, non pas par des perfusions faisant des citoyens des assistés à vie ou des oubliés à vie. Tout travail mérite salaire. Distribuer la rente fera que rien de pérenne ne sera construit et tout retombera d’un coup une fois que la rente ne sera plus là pour couvrir les atermoiements et les errances.

L’exemple récent de Ghardaïa est à méditer. Il est nécessaire de réconcilier ce peuple avec son histoire. Si on ne doit pas invoquer la théorie du complot extérieur à tout bout de champ, force est de constater que le potentiel de l’Algérie ne laisse pas indifférent les grands de ce monde. A Dieu ne plaise, si on ne fait rien pour asseoir définitivement un Etat Nation, nous allons être soudanisés, voire irakisés, ou pire, somalisés. Nous ne sommes pas invulnérables !

Le moment est venu, le croyons-nous encore une fois, de réconcilier les Algériennes et les Algériens avec leur Histoire de telle façon à en faire un invariant qui ne sera pas récupéré d´une façon ou d´une autre. Le moment est venu aussi, une fois encore, de faire émerger à côté encore des légitimités historiques, les nouvelles légitimités du XXIe siècle. Chacun devra être jugé à l’aune de sa valeur ajoutée, non pas en tant que remueur de foule, voire comme professionnel de la politique.

Dans une génération, l’Algérie importera son pétrole, avec quoi, puisque présentement, il représente 98% de ses recettes. La société civile que nous devons contribuer à faire émerger devra être partie prenante du destin de l´Algérie. S´agissant de la stratégie énergétique, il est important de tout mettre à plat et tracer un cap qui nous permette d´aller vers la sobriété énergétique et miser sur les énergies renouvelables en n´extrayant du pétrole et du gaz que ce qui est strictement nécessaire au développement. Qu´on se le dise! Notre meilleure banque est notre sous-sol, c’est cela le développement durable.

Moi, président de la République

Sans être exhaustif, je propose cette anaphore qui sans être exhaustive donne une idée des mesures nécessaires si l’on veut conquérir le coeur des Algériens et s’imposer autrement que par les méthodes que la morale réprouve.

Moi, président, je mettrais tous mes efforts pour faire aboutir un projet de société consensuel en combattant le régionalisme, le népotisme et les déviations basées sur l’ethnie ou la religion.

Moi, président, je choisis de parler vrai et d’assumer une impopularité si j’ai la conviction que c’est la bonne voie pour mon pays, quitte à démissionner.

Moi, président de la République, je ferais de mon mieux pour consacrer les libertés individuelles

Moi, président, je rendrais l’espoir à cette jeunesse en lui donnant une utopie, un cap qui est la construction d’un Etat fort où seul le mérite sera pris en considération

Moi, président, je ferais du système éducatif et de la recherche le coeur de la stratégie pour une transition multidimensionnelle

Moi, président, je n’irais inaugurer que des réalisations de création de richesse, et pas de salles de classe ou d’amphis ou de logement

Moi, président, j’irais m’enquérir régulièrement de l’acte pédagogique dans les écoles, les lycées, les universités de la plus modeste recherche, dans le plus humble des laboratoires

Moi, président, je réhabiliterais le service national matrice du vivre-ensemble, j’irai encourager les bâtisseurs du développement national qui feront du Sahara une seconde Californie, qui construirons de nouvelles villes au Sud,

Moi, président de la République, je donnerais un sens au développement durableMoi, président de la République, je protégerais les ressources fossiles en n’extrayant du sous-sol que ce qui est nécessaire, convaincu que notre meilleure banque est notre sous-sol. Le peu d’énergie qui reste, notamment le gaz de schiste ne sera exploitée que quand la technologie sera respectueuse de l’environnement

Moi, président de la République, je ferais la chasse au gaspillage sous toutes ses formes, je recommanderais aux imams de faire des prêches incitant les fidèles à l’économie, je mettrais en oeuvre l’apprentissage de l’éco-citoyenneté au lieu de l’égo-citoyenneté actuelle

Moi, président de la République, je réhabiliterais l’effort, le devoir bien fait en mobilisant les médias lourds pour mettre en valeur les efforts de ces méritants de la Nation

Moi, président de la République, je réhabiliterais le sport national, la performance pour l’idéal national et non pour l’argent

Moi, président, j’exigerais de tous les responsables de déclarer sur l’honneur leur patrimoine.

L’immense majorité de la jeunesse est en attente d’un Messie qui vibre à leur fréquence qui au lieu du «quararna», convainc et ne contraint pas.

En définitive, il nous faut retrouver cette âme de pionnier que l’on avait à l’Indépendance en mobilisant, quand il y a un cap. Imaginons que le pays avec une nouvelle Constitution qui ancre la démocratie, décide de mobiliser dans le cadre du Service national, véritable matrice du nationalisme et de l’identité, des jeunes capables de faire reverdir le Sahara, de s’attaquer aux changements climatiques, d’être les chevilles ouvrières à des degrés divers d’une stratégie énergétique qui tourne le dos au tout-hydrocarbures et qui s’engage à marche forcée dans les énergies renouvelables.

L’immense majorité de la jeunesse est en attente d’un Messie qui vibre à leur fréquence qui au lieu du «quararna», convainc et ne contraint pas. Le bonheur transparaîtra en chacun de nous par la satisfaction d’avoir été unis utiles, et en contribuant par un travail bien fait, par l’intelligence et la sueur, à l’avènement de l’Algérie de nos rêves. Il ne tient qu’à notre volonté de faire de nos rêves une réalité. Nous le devons, nous le pouvons. Faisons-le. Nos élites politiques sont comptables devant l’histoire.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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1. Le triomphe du néocolonialisme au travers des interventions militaires françaises au Mali et en Centrafrique

A n’en pas douter, l’action de François Hollande en Afrique, loin de constituer une rupture avec son prédécesseur, n’en est que la continuation avec une intensification des méthodes d’appropriation du pouvoir politique par des fins militaires dans le pré-carré francophone d’Afrique. Aucune rupture avec ce qu’il est communément appelé “Françafrique” mais un renforcement tous azimuts avec l’appui de l’armée française. En l’espace d’un an, le “chef de guerre” Hollande (tel qu’il a été communément nommé par les journalistes de l’AFP lors de son action guerrière au Mali[2,3,4]) en est à sa deuxième guerre en Afrique. Après le Mali en janvier 2013, c’est au tour du Centrafrique en décembre 2013 d’être à nouveau la proie des actions militaires du Président français. Le prétexte, relayé par des médias complaisants, en est la lutte contre l’islamo-terrorisme, alors qu’en réalité la France dans les deux pays cités précédemment a sa part de responsabilité dans l’extension du terrorisme islamiste en Afrique subsaharienne. Elle a sous le règne de Nicolas Sarkozy armé, soutenu et porté les terroristes islamistes en Libye pour abattre le régime de Kadhafi. Ces mêmes terroristes en ont profité ensuite pour essaimer au Mali.

Au Mali, le projet d’opération militaire Serval a été conçu en 2009, ce plan avait été déjà envisagé par l’Etat-major français et refusé par Nicolas Sarkozy à deux reprises [5]. Parvenu au pouvoir, le “chef de guerre” Hollande sous la pression du lobby militaro-industriel et de son Etat-major, dans un contexte d’avancée des rebelles au Mali et en dehors de tout contrôle parlementaire français à priori (c’est à dire en l’absence de consultation de la représentation nationale avant toute entrée en guerre), a choisi de mettre à exécution ce plan militaire au détriment d’une solution politique qui aurait pu être envisagée antérieurement. L’ancienne ministre malienne, Aminata Traoré, qui défendait cette solution politique fut interdite de séjour en France et dans toute l’Europe. Les autorités françaises lui ont refusé de lui accorder un visa dans l’espace Schlengen [6].

« C’est le 12 avril au moment de me rendre à Berlin à l’invitation de la gauche allemande (Die Linke) et à Paris à celle du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) que j’ai appris que j’étais devenue persona non grata en Europe à la demande de la France », raconte Aminata Traoré dans un essai intitulé Le naufrage et l’offense daté du 3 mai 2013 [6]. L’ancienne ministre malienne de la Culture et du Tourisme et actuelle militante altermondialiste Aminata Traoré dénonçait vigoureusement toute intervention étrangère dans une tribune intitulée « Femmes du Mali : Disons “NON !” à la guerre par procuration ».

En l’absence de tout contradicteur sérieux et grâce à une presse marchant au pas, le prétexte islamo-terroriste a permis à la France de renforcer ses troupes dans cette région du Sahel et de contrôler les frontières avec l’Algérie et les richesses minières du Mali et du riche voisin nigérien (uranium, pétrole,..). Et nous ne reviendrons pas sur les liens troubles entre Aqmi et les services secrets occidentaux qu’ils soient français ou états-uniens, ni sur le GSPC algérien et ses succédanés d’Aqmi dont on connaît l’instrumentalisation par la junte militaire algérienne et les liens tissés par la suite avec les services de renseignements occidentaux.

Radio France International a diffusé la photo prise à Gao, Mali, de deux ressortissants français à qui elle attribue la qualité de «djihadistes». Les deux hommes, des Français de souche, armés de kalachnikovs, sont assis à l’arrière d’un pick-up à côté d’un membre d’un des groupes armés qui sévissent à Gao où les sept diplomates algériens sont détenus. Selon une source informée du site Algeriepatriotique, les deux Français appartiendraient aux services du renseignement extérieur français et auraient été dépêchés au Mali, par la caserne Mortier, siège de la DGSE, pour prêter main-forte aux terroristes et justifier ainsi la nécessité d’une intervention étrangère dans ce pays. Cette thèse est d’autant plus plausible que les «djihadistes» français ont tous des origines maghrébines ou africaines. En outre, il y a un autre ressortissant français, un certain Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, qui était un membre depuis plusieurs mois d’Aqmi dans le nord du Mali et qui a été arrêté et emprisonné en novembre 2012 par ce groupe qui le suspecte d’être un espion français.” (FRANCE/MALI : INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ? (Le Soir d’Alger) ).

Actuellement, l’armée française est installée au Mali et cette installation selon le ministre de la Défense Le Drian devrait se poursuivre et s’étendre dans la durée toujours au nom de la menace islamiste :

” «Nous resterons au côté de l’armée malienne le temps qu’il faudra, au côté aussi de la Minusma», a affirmé à la presse M. Le Drian avant de quitter Gao pour Bamako. «Tous, forces armées maliennes, Minusma, Serval, nous nous préparons à évoluer vers une logique régionale. La menace de déstabilisation est partout, il y a aussi des risques en Centrafrique». Déclaration du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, 20 janvier 2014 [7].

Le Mali est redevenu une colonie française de par la perte de toute indépendance militaire et donc politique. Les autorités politiques du pays disent ne pas avoir de contrôle sur ce qui se passe dans le nord du Mali contrôlé par les militaires français et en particulier à Kidal où l’armée française règne en maître (IBK : « A Kidal, la France a bloqué les Maliens, pourquoi ? » (Le Monde) ). Ainsi, militaires français et autorités politiques devisent déjà à Saint-Cyr dans le cadre de l’OTAN d’un Mali fédéral [8]. La tutelle exercée par les militaires français sur les troupes maliennes sera pérennisée puisque des détachements français encadreront l’armée nationale, mais qu’en plus Serval pourra jouer le rôle de « « force de réaction rapide » pour l’armée malienne. En vertu d’un accord de coopération militaire avec le Mali, la France sera de fait toute puissante sur le territoire malien, reléguant le Mali au rang de simple département comme au temps de la colonisation [9].

En Centrafrique, la situation est encore plus paradigmatique, dans la mesure où l’action militaire française s’est déroulée en deux actes sous le même Président et sous le même mandat en l’espace de 9 mois. Au premier acte, le “chef de guerre” Hollande décide de ne pas faire intervenir l’armée française lors de l’arrivée au pouvoir en RCA de la Séléka. Il s’agit d’une milice islamiste hétéroclite dont les services français connaissent les liens avec la secte Boko Haram qui oeuvre du Nigeria jusqu’au Cameroun. Cette milice est composée de rebelles issus des troupes tchadiennes, de forces rebelles soudanaises, de Djihadistes libyens soutenus par le meilleur allié des stratégies guerrière élyséennes dans la région à savoir le dictateur Idriss Déby. Ce dictateur a été maintenu au pouvoir au Tchad en 2008 grâce à l’intervention des militaires français face aux rebelles armés par le Soudan. L’arrivée au pouvoir de la Séléka a donc été grandement facilité par la France en donnant un blanc seing aux troupes soutenus par le dictateur Idriss Déby principal allié régional des troupes françaises [10]. Selon Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque du diocèse de Bossangoa (nordouest), la rébellion est composée à « 70% de Tchadiens, à 20% de Soudanais et à 10% de Centrafricains » (RFI, 25/09). Le “chef de guerre” Hollande a donc lâché le dictateur Bozizé pourtant porté au pouvoir par les troupes françaises en 2006-2007 lors de la pacification du pays (Comment la France a fait et défait les dictatures en Centrafrique : de Bokassa à Djotodia en passant par Bozizé ). Les accords de coopérations militaires entre l’ancien dictateur Bozizé mis en place par la France n’ont pas été honorés pas plus que les accords de paix de Libreville imposés par la CEEAO signés le 11 janvier qui avaient débouché sur la formation d’un gouvernement d’union nationale composé du camp Bozizé, de l’opposition et de la rébellion. La Séléka a violé cet accord et décidé de faire tomber le dictateur françafricain Bozizé avec l’aval implicite de Paris. Mais le soutien à la Séléka ne s’est pas arrêté là. Selon un ancien officier centrafricain : «La France a offert notre pays à Idriss Deby (le président tchadien) en contrepartie de son engagement au Mali… Le Premier ministre sortant devrait être reconduit. L’enjeu, c’est le partage du pétrole du bloc A découvert à la frontière avec le Tchad, convoité par les Français et les Tchadiens, mais promis aux Chinois par Bozizé. Les rebelles sont venus par la même route du nord que Bozizé il y a 10 ans aidé par la France et le Tchad. Les populations sont désabusées en regardant ces gens jouer avec leur avenir», dira-t-il. Notre informateur a souligné que tous les magasins ont été pillés dans la capitale, à l’exception des entreprises françaises. Certains points de ces informations concordent bien avec les comptes rendus des envoyés spéciaux des différents média présents sur place qui ont parlé de combats très violents à Bangui. On le sait, 13 soldats sud-africains ont été tués dans les affrontements. La rébellion armée a donc dû bénéficier du coup de pouce des soldats tchadiens qui, comme on le sait, sont rompus aux combats.”[12]

De sources concordantes, des mercenaires français sont venus sécuriser le pouvoir du nouveau dictateur Djotodia porté par l’armée tchadienne principale alliée de Paris dans la région. “ Autre figure emblématique, Jean-Christophe Mitterrand, condamné dans l’affaire de l’Angolagate, venu le 17 juillet pour proposer ses services en matière de sécurité (JA, 25/07). Une vingtaine de mercenaires français l’ont précédé, emmenés par Jérôme Gomboc, un ancien du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa) assureront désormais la sécurité du président Djotodia (JA, 17/07). Un classique en Centrafrique : Bozizé était déjà conseillé sur les questions militaires par la société EHC, enregistrée dans un paradis fiscal, le Delaware (EtatsUnis), et dirigée par le général français JeanPierre Perez (qui avait déjà servi au même poste… pour le compte du Ministère des Affaires Etrangères). A Bangui, les opérations du groupe étaient sous la conduite de Francis Fauchard, un ancien commando-marine, connu pour avoir été le patron de l’unité de protection rapprochée du Président Omar Bongo à la Garde Républicaine gabonaise. Un changement de régime ne change pas les habitudes.“[13]. Pour un certain nombre d’observateurs, ce sont les enjeux pétroliers qui sont au coeur de ce lâchage du dictateur Bozizé par l’Etat français. Ainsi selon WWS[14], François Bozizé aurait eu le tort de négocier avec les Chinois dans l’attribution du fameux bloc pétrolier cité plus haut. “Plus de 500 soldats français sont déployés à Bangui, en République Centrafricaine, pour soutenir le nouveau régime dirigé par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka qui a évincé dernièrement le président de la RCA, François Bozizé. Djotodia a annoncé vouloir dissoudre le parlement et suspendre la constitution de 2004. « Nous nous engageons à conduire désormais la destinée du peuple centrafricain pendant cette période de transition consensuelle de trois ans… Pendant cette période de transition qui nous conduira à des élections libres, crédibles et transparentes, je vais légiférer par ordonnances, » a-t-il dit. Djotodia a déjà annoncé vouloir revoir les contrats miniers et pétroliers conclus entre la RCA et la Chine et signés par le gouvernement Bozizé, pour voir « si les choses ont été mal faites et essayer d’y mettre de l’ordre. » De plus, Djotodia a déclaré quil inviterait en RCA la France, son ancienne puissance coloniale, aux côtés des Etats-Unis, afin de former à nouveau l’armée officielle qui a été vaincue par la Séléka le week-end dernier...”[14]. Alors pourquoi le “chef de guerre” et son aéropage militaire échappant à tout contrôle parlementaire a-t-il décidé de lancer les troupes françaises dans la bataille centrafricaine qui constitue le porte-avions français dans la région. En effet les troupes françaises y sont installées depuis plus d’un siècle. Tout simplement parce que les exactions de la Séléka sur les civils étaient de plus en plus décriés notamment par la CPI et mettaient la France et son allié tchadien dans une situation intenable dans son propre pré-carré. Mais encore une fois, plutôt que de privilégier un règlement politique du conflit ou de mettre les forces militaires au service de cette solution politique, le “chef de guerre” s’est lancé dans la bataille sans crier gare et sans avoir songé aux effets dévastateurs de l’intervention militaire française. En intervenant en désarmant unilatéralement les Sélékas, Paris ne s’attendait pas à une offensive des anti-Balakas poussés par les affidés de Bozizé et les civils qui voulaient en découdre avec leurs agresseurs Sélékistes. La France a donc déclenché un cycle de représailles sans précédents dans son pré-carré centrafricain sans en avoir pesé les conséquences immédiates. En l’espace de deux jours, date de l’intervention française, le 5 et 6 décembre, Bangui escomptait un millier de morts victimes d’un cycle de représailles terribles dans la capitale et qui entraînera ensuite dans tout le pays un tourbillon de violence non estimé et un million de déplacés (Centrafrique. Depuis l’intervention militaire française, la situation à Bangui s’aggrave et les enfants sont directement pris pour cible Centrafrique. L’annonce de l’intervention militaire française a-t-elle attisé les conflits interreligieux ? Au moins 1000 morts le 5 et le 6 décembre selon Amnesty ; AFP 6 décembre L’armée française lance son opération en Centrafrique, massacre à Bangui (AFP) ). Paris n’ayant déployé que 1600 soldats dans un pays grand comme une fois et demie la France, on imagine bien l’ampleur de la catastrophe. Ajoutons que l’Etat français après avoir organisé la destitution de Bozizé et les conditions de venue au pouvoir de Djotodia en s’appuyant sur la marionnette Idriss Déby a destitué le nouveau dictateur Djotodia avec le même appui françafricain en provenance du Tchad et en profite au passage pour renforcer sa présence militaire en Centrafrique où la France fait la pluie et le beau temps depuis un siècle dans un silence médiatique complice. (Bangui: des chars français ont pris position près du palais présidentiel. Paris souhaite un remplacement rapide de Djotodia et des élections avant la fin de l’année. (AFP) ;Centrafrique. Comment La France a défait Djotodia ).

2. La France cheval de Troie de l’Europe et des Etats-Unis pour la reconquête coloniale de l’Afrique.

L’action française ne s’est pas faite seule mais en partenariat avec les Etats-Unis qui fournissent leur logistique et leurs tirailleurs (rwandais en Centrafrique[15], ougandais au Sud-Soudan et en Somalie, kenyans en Somalie, éthiopiens en Somalie…) tandis que la France outre ses tirailleurs marocains, congolais, tchadiens a réussi à mobiliser l’Europe et à faire déployer des troupes belges en Centrafrique [16] et allemandes au Mali[17-18]. De plus, l’Allemagne vient d’autoriser le déploiement militaire européen en RCA [17-18]. L’Afrique représente des enjeux stratégiques pour les grandes puissances actuellement en crise sur le plan économique. Et depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir en 2007, la France défend son pré-carré tout en sous-traitant les guerres de l’Africom comme en LIbye en 2011 par exemple. Il y a une synergie forte entre les forces armées françaises et états-uniennes dans le cadre de l’OTAN en Afrique. Les guerres menées par la France en Côte d’Ivoire, en Libye et plus récemment au Mali et en Centrafrique peuvent se lire comme une volonté hégémonique de ces puissances de contrôler les ressources minières de l’Afrique et d’en barrer l’accès aux puissances émergentes que représentent la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil…Ainsi les anciennes puissances coloniales (Belgique, Allemagne, Grande-Bretagne) sont amenées à se partager une petite part du gâteau africain de l’empire colonial français sous l’égide des Etats-Unis. Profitant de son action en Centrafrique, la France en a profité pour installer une base militaire au Cameroun comme relai et base de soutien de son action dans son pré-carré centrafricain[19-20].

De même, après avoir semé le chaos en Libye et par extension au Mali ainsi qu’en Centrafrique où la France a soutenu l’arrivée de la Séléka au pouvoir puis l’a militairement et politiquement défaite [21-22-23], les militaires français au plus haut niveau entendent intervenir militairement en Libye pour y rétablir l’ordre qu’ils ont contribué à détruire auparavant[24]. “L’idéal serait de pouvoir monter une opération internationale avec l’accord des autorités libyennes“, a déclaré à la presse l’amiral Edouard Guillaud, qui quittera ses fonctions le 15 février après quatre années passées à la tête de l’état-major des armées. “Mais quelles autorités?“, a-t-il ajouté. “Le problème du sud libyen, c’est qu’il faut d’abord qu’il y ait un Etat dans le Nord. Ensuite il y a plusieurs sud-libyen, il y a Koufra, à coté de la frontière égyptienne, et la zone de Sebha“, a-t-il souligné, évoquant l’existence d’un “trou noir” susceptible de devenir le “nouveau centre de gravité du terrorisme” [24]. Le prétendu “terrorisme” apparaît de plus en plus comme un prétexte pour justifier une occupation militaire et une reconquête coloniale des terres africaines orchestrées par la France et les USA avec leurs amis otanesques [25]. Il est fort probable que le “chef de guerre” saura prêter une oreille attentive à son Etat-major qui en l’absence de débats devant la représentation nationale peut imposer les guerres qui lui semblent bonnes pour mettre sous sa coupe de nouveaux territoires africains à l’aube du XXIème siècle. Fils spirituel de Jules Ferry et de ses guerres civilisatrices à présent définies comme humanitaires, l’impérial-socialisme a toujours été un fléau pour les Africains. Il ne s’agit non pas de socialisme mais d’un impérialisme masqué derrière un faux discours socialiste mâtiné de racisme colonial. En ce sens, l’idéologie du nouveau “chef de guerre” français (qualificatif que l’on pourrait aisément attribué à ses prédécesseurs sous la Vème République), derrière ses faux semblants “humanitaires” semble branchée directement sur l’idéologie paternelle. Son père proche de l’extrême droite a défendu jusqu’au bout une Algérie française. Le déguisement “socialiste” est le nouveau paravent moral derrière lequel se cache la bête coloniale acoquinée aux alliances impérialistes transatlantiques.

3. Le couronnement de la Françafrique sous François Hollande

En attendant la France renforce ses troupes militaires dans son pré-carré où elle a installé de nombreuses dictatures ou kleptocrates affidés. Les dictateurs françafricains sont reçus comme de coutume dans la France néocoloniale au palais élyséen dans un rituel avilissant de la Vème République. Le rituel consiste à faire défiler les sbires françafricains installés par l’Etat français- pour enrichir ses multinationales et ses concitoyens – soit à l’Elysée soit au travers de sommet réunissant le gratin criminel de la francophonie africaine (Blaise Compaoré dictateur au Burkina Faso depuis 25 ans, Faure Gnassingbé dictateur au Togo de père en fils sous protection militaire française, Sassou Nguesso dictateur au Congo depuis près de 20 ans, Idriss Déby dictateur installé par l’armée et les services français depuis 25 ans, La dynastie Bongo père et fils depuis un demi-siècle, la longue saga de dictateurs en Centrafrique de Bokassa à Djotodia en passant par Bozizé….). Ce triomphe de la Françafrique est illustré par le retour en grâce du dictateur Idriss Déby devenu le chouchou du “chef de guerre”, de son ministre de la Défense et du M.A.E Laurent Fabius. Ces dictateurs installés par les bonnes grâces de l’armée française tels que Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville sont régulièrement reçus à l’Elysée dans le silence assourdissant des médias complices (François Hollande a reçu discrètement le dictateur Sassou Nguesso à l’Elysée le 17 janvier 2014 ). On aura vite compris que derrière le discours racialiste de base de l’intelligentsia médiatico-politique française, c’est l’enjeu économique qui est crucial, si l’on en croit les déclarations des plus hauts représentants de ce système néocolonial prédateur.

«Sans l’Afrique, la France n’aurait pas d’histoire au 21e siècle » ( François Mitterrand , Présence française et abandon, 1957, Paris : Plon).

«Sans l’Afrique, la France serait reléguée au rang d’un pays du tiers-monde». Jacques Chirac. ( Philippe Leymarie , 2008 , Manière de voir, n ° 79 , février -mars 2008) .

Pour exister au XXIème siècle et pour ne pas devenir un pays du tiers-monde, l’Etat français sous la responsabilité de son “chef de guerre” va déployer ses troupes militaires en Afrique francophone et renforcer le pouvoir de ses gouverneurs à peau noire. Une base opérationnelle en Côte d’Ivoire va être établie sous peu après que le gouverneur Ouattara ait été porté par les chars français à la Présidence [26]. Prochainement, le 2ème Régiment d’Infanterie de Marine (RIMa) devrait projeter ses troupes au Sénégal, au Gabon et en Côte d’Ivoire pour renforcer les bases militaires françaises déjà implantées dans ce qu’il convient d’appeler les “néocolonies françaises”[27].

La nouvelle loi de programmation militaire, pour la période 2014-2019, doit traduire budgétairement les priorités mentionnées par le dernier Livre blanc sur la défense. Au nombre de ces dernières, l’engagement prévu des forces françaises dans des « zones prioritaires pour la défense et la sécurité », notamment « le Sahel, de la Mauritanie à la Corne de l’Afrique, ainsi qu’une partie de l’Afrique subsaharienne ». Tout est dit dans ce projet de loi voté par le Parlement sous égide “socialiste”. Cette Loi de Programmation militaire 2014 envisage un déploiement des troupes françaises dans la région d’Afrique subsaharienne tout en assurant une protection juridique renforcée des soldats en cas d’exactions sur le terrain [28]. Ce livre blanc est un livre de l’offense envers les Africains. Une politique prédatrice et criminelle.

“L’Afrique est l’avenir de la France” disait Jean-Marie Bockel dans un rapport commandité par le Sénat. Certes, mais la réciproque est complètement erronée. Accompagnée par d’autres grands prédateurs impérialistes, la France a bien souvent été le fossoyeur de l’Afrique. Du Cameroun [29] à la Libye en passant par le Rwanda et le Biafra (province du Nigéria où la France gaullienne a soutenu la sécession biafraise). Quant au Centrafrique, il est victime depuis 50 ans d’une politique néocoloniale criminelle.

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1. Boubacar Diop, Mediapart, “Cette exception française, le refus de décoloniser

2. AFP Hollande s’est imposé en chef de guerre dès le début de son mandat

3.AFP Hollande, chef de guerre, récompensé pour la paix au Mali

4. AFPVidéo du “chef de guerre” récompensé pour la paix au Mali

5. France 24 L’intervention militaire française au Mali était prévue depuis 2009 (Vidéo)

6. Saphir News Mali : Aminata Traoré, une voix anti-guerre interdite de séjour en France

7. AFP Le Drian au Mali: «la menace de déstabilisation est partout»

8. Vidéo: Quand l’OTAN discute de fédéralisme pour le Mali sans le Mali

9. Survie L’armée française hors de tout contrôle au Mali

10. L’Humanité Roland Marchal : « Idriss Déby a officieusement aidé les rebelles de la Seleka »

11. RFI RCA: la société civile veut faire entendre sa voix à New York

12. Les révélations d’un officier centrafricain sur le putsch contre Bozizé: Des soldats français y étaient avec les rebelles de la Séléka

13. Billets d’Afrique Centrafrique : retour sur la non intervention française (BdA)

14.WSWS Les dirigeants pro-français du coup d’Etat en Centrafrique jettent au rebut les accords pétroliers avec la Chine.

15. 850 soldats rwandais en route vers la Centrafrique (AFP)

16. RTBF Centrafrique: des soldats belges en renfort de la force française

17. Mali et Centrafrique. Le gouvernement fédéral allemand s’apprête à intervenir en Afrique

18. L’Europe se prépare à la guerre en Afrique (RIA)

19. Du Centrafrique au Cameroun : une recolonisation française de l’Afrique au prétexte de la lutte contre l’islamo-terrorisme

20. Crise en Centrafrique. L’armée française prend ses quartiers au Cameroun (Le Messager)

21. Bangui: des chars français ont pris position près du palais présidentiel. Paris souhaite un remplacement rapide de Djotodia et des élections avant la fin de l’année. (AFP)

22. Centrafrique. Comment La France a défait Djotodia

23. Exclusif : comment la France a soutenu la Séléka en Centrafrique

24. La France évoque une opération en Libye (Le Figaro/ Reuters)

25. Blanrue Libye, Syrie. Qui sont ces terroristes soutenus par la France et les USA ? (vidéo)

26. Opex 360 Exclusif. Une base opérationnelle avancée française sera établie à Abidjan (Opex 360)

27. Le Maine Libre. 2ème RIMa au Sénégal avant le Gabon et la Côte d’Ivoire

28. Billets d’Afrique Loi de programmation militaire. Permis de tuer pour les militaires en Opex

29. Gestapo, napalm et massacres français au Cameroun (1956-1971) dans la plus grande indifférenc

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Le Costa Rica est arrivé en tête du classement des 149 pays les plus heureux du monde, publié par la New Economics Foundation (NEF) (Happy Planet Index, 2009). Nic Marks, l’éditeur anglais de cette étude, s’est donc rendu dans ce pays d’Amérique du Sud, et là-bas, il s’est déclaré « très ému de comprendre les raisons de ce record ». Il a ajouté : « comment faire pour que d’autres pays suivent l’exemple du Costa Rica ? »

Le voyageur britannique a eu droit à une visite guidée par les autorités, aux anges, du « pays le plus heureux du monde ». Cependant, on s’est bien gardé de lui présenter la jeune Lineth Campos. L’histoire remonte à deux ans : lors d’une cérémonie officielle à Nicoya (dans la province de Guanacaste, au nord-ouest du pays), cette jeune fille s’était attiré les foudres du président Óscar Arias et de ses ministres, en récitant les vers d’un poème d’Alvaro Villegas :

« Guanacaste, Guanacaste… paradis naturel qui éveille la convoitise des impérialistes… / Dans le passé, il y a eu les latifundia, puis, l’exploitation des créoles dans les mines et les haciendas, et à présent, l’exploitation touristique ».

L’enquête de la NEF semble répondre aux attentes des agences de « tourisme d’aventure » et aux intérêts des promoteurs immobiliers qui ciblent les retraités d’Europe et des États-Unis. C’est sans doute pourquoi la NEF bénéficie du soutien d’institutions telles que l’« Université de la Paix ». Cet établissement, dont le président d’honneur est le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, compte notamment parmi ses membres l’ancien président « démocrate » d’Uruguay, Julio María Sanguinetti, et le technocrate chilien Francisco Rojas Aravena…

Les enquêtes menées dans le cadre du programme « Étude de la nation » présidé par Jorge Vargas Curell, font entendre un tout autre son de cloche. Les chiffres obtenus sont en effet moins optimistes : plus d’un million de pauvres ont été recensés au Costa Rica, soit 25 % de la population, dont 7 % se trouvent dans des conditions d’extrême pauvreté (avec des revenus de 80 dollars par mois dans les villes et 63 dollars par mois dans les campagnes) ; et 40 % des enfants et des adolescents vivent dans la pauvreté.

En résumé, le Costa Rica est un pays où, selon le politologue Andrés Mora Ramírez, « la résignation prend le masque du bonheur ». Depuis 2010, avec la mise en place des politiques néolibérales, le chômage n’a cessé d’augmenter et le fossé entre les plus riches et les plus pauvres de se creuser. Les inégalités ont atteint leur plus haut niveau « depuis un quart de siècle ».

Mora Ramírez fait ici allusion à l’échec de l’impopulaire Parti de libération nationale (PLN — au pouvoir). Ce parti, né des idéaux socio-démocrates de José Figueres en 1948, s’est converti selon lui au fil des années « …en un mouvement de droite et un vrai cheval de Troie du grand capital international et de ses groupes dominants ».

Considérer comme un privilège d’être un « pays sans armée », celle-ci ayant été abolie par la Constitution de 1949, relève également du mythe costaricien. Selon certaines fondations allemandes réactionnaires, comme la Konrad Adenauer (démocrate-chrétienne), cette singularité institutionnelle aurait fait du Costa Rica l’un des pays les « plus démocratiques et les plus sûrs d’Amérique Latine ». Cette affirmation est vraie jusqu’à un certain point, si l’on compare le Costa Rica avec ses pays voisins, où la situation sociale est dramatique.

Cependant, les blessures du peuple restent ouvertes. En effet, beaucoup de Costariciens sentent bien que ces soi-disant « démocratie », « sécurité », et ce prétendu « bonheur » du pays sont en contradiction avec le sens profond des vers déclamés par Lineth ; ces vers qui ont été écrits pour célébrer l’esprit patriote et anti-impérialiste qui mit en déroute le flibustier yankee William Walker lors de la bataille de Santa Rosa, dans la province de Guanacaste, le 20 mars 1856.

En fait, plutôt qu’un « pays heureux », le Costa Rica est aujourd’hui un protectorat virtuel des États-Unis, et la pierre angulaire des plans de domination du Pentagone en Amérique Centrale et dans les Caraïbes. Par exemple, en juillet 2010, l’Assemblée législative a approuvé à l’unanimité l’entrée sur le territoire national de 7 000 Marines et de 46 navires de guerre, équipés d’hélicoptères et d’avions de combat ; ce qui est une violation flagrante de la Constitution.

L’autorisation d’entrée avait été demandée par l’ambassade des États-Unis à San José, au moyen d’une lettre sans traduction officielle. Le gouvernement de Laura Chinchilla l’avait immédiatement transmise à l’Assemblée législative. L’accord stipulait que le pays « le plus heureux du monde » renonçait à formuler la moindre réclamation « …pour tout dommage, destruction de la propriété d’autrui, blessures ou décès du personnel des deux pays qui pourraient résulter de ces activités ». En bref, les troupes yankees ne relevaient pas de la juridiction du Costa Rica.

À l’encontre des politiciens néolibéraux du PLN et des sociaux-chrétiens du PUSC (Parti unité sociale-chrétienne), et à l’écart de ces prétendus « libertaires » (la version créole et ultra-néolibérale du Tea Party), une personnalité commence à s’imposer : celle du jeune député José María Villalta, actuellement en tête des sondages et qui se présente comme candidat du Front Large (Frente Amplio — FA), la coalition des forces progressistes et de la gauche.

Les élections présidentielles, prévues le dimanche 2 février, pourraient réserver une agréable surprise : qu’une victoire du FA réussisse à faire sortir le pays du cercle vicieux des gouvernements costariciens au service des intérêts étrangers. Ce résultat électoral permettrait de rompre avec un demi-siècle d’aliénation, de défaitisme et de perte de la souveraineté nationale. Pour cela, il suffirait que Villalta passe au second tour.

En attendant, les vers clamés par Lineth redonnent courage :

« Réveille-toi, frère du Guanacaste, et réveille ton esprit insoumis / ôte ta muselière, retire ta bride, et sois digne de l’audace et de la fierté du peuple chorotega, prends en main les rênes du poulain sauvage et dompte le taureau féroce de l’impérialisme… »

José Steinsleger
La Jornada. Mexico, 15 janvier 2014.

Article original en espagnol : Costa Rica y el mito del país ” más feliz del mundo “, publié le 15 janvier 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par Jessica Pagazani, le 29 janvier 2014

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Cacher le II ème Sommet de la CELAC par un rideau de silence

février 3rd, 2014 by Alberto Rabilotta

Il y a des silences qui en disent long, qui montrent le manque de réponses et d’alternatives. Je me dis cela après avoir suivi (de loin) le deuxième Sommet des 33 pays qui composent la Communauté des États Latinoaméricains et Caribéens (CELAC) qui a eu lieu à la Havane, Cuba, et de ce qu’ont publié ou pas les puissants groupes de presse en grande partie du monde US ou européen, ceux-ci qui « forment l’opinion publique » mondiale pour confirmer quotidiennement qu’ « il n’y a pas d’alternative » à l’ordre néolibéral, comme le disait Margaret Thatcher [le fameux TINA].

Que 33 pays d’Amérique Latine et des Caribes aient décidé de s’engager pour que dans la région « se renforce une zone de paix, dans laquelle les différences entre les nations se résolvent de façon pacifique, par la voie du dialogue et de la négociation ou d’autres formes de solution, et en plein accord avec le droit international », et qu’ils aient intégré dans ce projet les revendications et les agendas des peuples autochtones et afroaméricains, et commencé à protéger réellement l’environnement, n’a pas été une information importante ni l’ objet d’une analyse sérieuse dans presque la totalité des médias concentrés de l’ Amérique du Nord ou de l’Europe.

Le même silence complice s’est manifesté de manière générale dans les monopoles des médias des pays latinoaméricains, comme l’a remarquée la Présidente Cristina Fernández de façon opportune depuis de son compte Twitter : « Quand je parle lors du deuxième sommet de la CELAC, à La Havane, à côté de plus de trente Chefs d’État, trois réunions bilatérales avec les Chefs d’État du Mexique, Venezuela et Uruguay, les quotidiensClarin et La Nacion sont muets » [1]

En réalité, si nous le voyons à partir d’un certain réalisme, ils ne leur restaient plus qu’ essayer d’empêcher la diffusion de ce qui a été dit et ce sur quoi on est tombé d’accord au Sommet de l’Havane, spécialement quand ces monopoles de médias défendent les politiques des États-Unis d’Amérique (US) et de leurs alliés qui pour imposer la tyrannie des marchés autorégulés, interviennent dans des conflits sanglants créés à partir de conflits religieux et ethniques planifiés dans des pays du Moyen Orient et d’ Afrique, tous avec le potentiel de finir en guerres régionales.

Peut-être que l’on ne se rappelle pas l’essentiel, mais l’une des raisons principales non évoquées par les US, la France et l’Angleterre pour renverser et assassiner le Président libyen Muammar Kadhafi a été la politique qu’il avait suivie, appuyée avec des financement à partir de la Déclaration de Sirtre, pour renforcer et assurer grâce à l’Union Africaine et à un système monétaire propre, l’unité et l’indépendance du Continent africain.

Tout cela explique aussi que dans son Discours de l’État de l’Union, le Président Barack Obama [2] ne mentionnera pas la réunion de la CELAC et ni même un seul pays latinoaméricain ou caribéen, bien qu’en y réfléchissant bien cela fut mieux ; parce que les seuls pays mentionnés par Obama, en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Afrique, etl’ Ukraine en Europe, dans tous il y a des conflits militaires ou des coups d’État en cours, et auxquels les US et ses alliés participent activement.

Comparons le discours d’Obama à quelques unes des conclusions que le Président cubain Raul Castro a lues lors de la clôture du sommet, par exemple à propos de « l’engagement permanent avec un règlement pacifique de conflits pour exiler à jamais l’usage et la menace de l’usage de la force de la région, ainsi qu’avec le strict respect de l’ obligation de ne pas intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures de tout autre État (…) observer les principes de souveraineté nationale, l’égalité de droits et la libre détermination des peuples (…) la nécessité de promouvoir les relations d’amitié et de coopération entre soi et avec d’autres nations, indépendamment des différences existantes entre ses systèmes politiques, économiques et sociaux ou leurs niveaux de développement » [3]

En analysant cela à travers l’expérience d’avoir couvert en Amérique du Nord la dernière étape de la Guerre Froide, la politique contre la Révolution Cubaine et toute la sale guerre en Amérique Centrale, il ne me reste pas le moindre doute que si à Washington, ils ont adopté la politique du silence, cela doit être, aussi, parce qu’ ils se sont rendus compte que la CELAC n’est pas une coquille vide, quelque chose qu’ils peuvent détruire facile et rapidement par la propagande et les mensonges habituels, mais que l’on est face à une manifestation concrète de l’accord commun entre 33 gouvernements.

Des gouvernements qui, comme cela fut signalé par les mêmes les chefs de l’État ou de gouvernement, dans de nombreux cas, ont des positions politiques très différentes, avec certains de ces pays – faisant partie de traités commerciaux ou de stratégies de libéralisation commerciale et d’investissements promues par Washington, mais qui dans leur ensemble sont intéressés – ou ne peuvent pas s’empêcher de l’être – pour que prospèrent les initiatives d’intégration et d’unité régionale qui ont été créées et développées tout le long des dernières années pour déployer un potentiel commun en matière économique, sociale, politique et culturelle.

Ce silence médiatique s’explique aussi dans le manque d’intérêt de Washington pour que soit exposé et analysé à la lumière publique le pourquoi de l’accord commun entre 33 pays pour exclure les Etats-Unis d’Amérique et le Canada de cette organisation.

Cette analyse pourrait révéler que l’exclusion est un rejet bien réfléchi et muri de la domination traditionnelle et de l’ingérence US dans les affaires intérieures de nos pays, de la politique que Washington applique contre Cuba depuis plus d’un demi-siècle, directement et à travers l’Organisation d’États américains (OEA), de la complicité US pour que le Royaume-Uni continue d’occuper les Iles Malouines, des politiques du soutien au pied de la lettre aux transnationales pétrolières, minières ou de l’agrobusiness qui détruisent l’environnement et les communautés sociales dans plusieurs pays, du système financier qu’ils contrôlent et qui nous étrangle, et aussi –parmi beaucoup d’autres choses – parce que la conscience a fait son chemin que les deux pays exclus ne sont pas, ni peuvent être nos modèles et arbitres en matière de démocratie, de fonctionnement politique ou institutionnel, et moins encore de politiques sociales et économiques.

C’est à cause de tout cela et de beaucoup plus que, avec toutes les limites que la CELAC peut avoir dès l’instant où elle répond à la réalité concrète, il faut lire et recommander une lecture attentive de la Déclaration de La Havane de la CELAC [4] et des déclarations et des interventions des Chefs d’État et de gouvernement qui y ont participé.

Alberto Rabilotta

Montreal, Canada.

 

 

 

Article original en espagnol :

Ocultar a la Cumbre de CELAC con una cortina de silencio

http://alainet.org/active/70977 et

http://www.elcorreo.eu.org/Ocultar-a-la-Cumbre-de-CELAC-con-una-cortina-de-silencio

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

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Notes

[1Cristina a répondu aux « titres catastrophe » de Clarin et La Nacion sur sa personne. Telam, le 31 janvier 2014. (en esp)

[2] Président US Barack Obama, Discours de l’État de l’Union, 2014 (en anglais)

[3Raúl Castro demande un espace politique commun pour la paix dans des pays Celac (en esp)

[4Déclaration de La Havane de CELAC

 

Alberto Rabilotta est un journaliste argentin depuis 1967. Au Mexique por la « Milenio Diario de Mexico » Correspondant de Prensa Latina au Canada (1974). Directeur de Prensa Latina Canada, pour l’Amérique du Nord (1975-1986) Mexique, USA, Canda. Correspondant de l’Agencia de Services Spéciaux d’Information, ALASEI, (1987-1990). Correspondant de l’Agencia de Noticias de México, NOTIMEX au Canada (1990-2009. Editorialiste sous de pseudonymes -Rodolfo Ara et Rocco Marotta- pour « Milenio Diario de Mexico » (2000-2010, Collaborateur d’ALAI, PL, El Correo, El Independiente et d’autres medias depuis 2009.

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L’Ukraine ou comment ne pas se laisser manipuler ?

février 3rd, 2014 by Nicolas Bárdos-Féltoronyi

Quelques éléments de base [1] [2]

Afin de comprendre les événements actuels en Ukraine, il convient de se rappeler quelques notions de base pour commencer : l’indépendance, la neutralité, le capitalisme et la corruption en Ukraine.

Après des siècles de domination d’abord polonaise, puis russe, l’Ukraine a pu avoir une autonomie limitée dans le cadre de l’Union soviétique et enfin l’indépendance depuis la dissolution de cette dernière en 1991. Dans le passé comme aujourd’hui, les Ukrainiens de tous bords sont avant des Ukrainiens qui tiennent énormément à l’indépendance de leur pays: à l’Ouest comme à l’Est. Se réintégrer dans une union soviétique reconstituée leur reste hors question. Les pressions exercées périodiquement par Moscou, notamment en matière du prix du gaz naturel, ne leur échappe non plus.

Rapprocher l’UE leur plairait mais en faire partie leur paraît douteux pour des raisons de sagesse populaire[3] et d’intérêts économiques[4]. Certes un „Occident” mythique leur apparaît comme un paradis[5] et on aimerait y émigrer massivement. Mais il est vrai aussi que Moscou et Kiev ont des systèmes économiques très complémentaires en matières industrielles. Il en résulte qu’inscrite dans la constitution, l’Ukraine est techniquement un pays neutre qui veut le rester coincée entre Moscou et Bruxelles (Washington). Aussi les qualifications pro-européenne ou pro-russe des manifestants me paraissent-elles hors propos.

Par ailleurs, dès l’indépendance, le pays a subi l’établissement d’un capitalisme sauvage qui persiste. Les  gouvernements  successifs ont appliqué les recettes du FM: libéraliser, privatiser, flexibiliser le travail et avoir aussi peu de gouvernement que possibles (sauf le maintien de l’ordre). Quelques groupes financiers privés géants se sont constitués, alors que le chômage et les inégalités se sont explosés. Hors d’une élite urbaine peu nombreuse, la majorité de la population vit en misère. Cependant, quels que capitalistes qu’ils soient, ces groupes financiers restent aussi et avant tout ukrainiens.

Enfin, le néolibéralisme a désorganisé l’Etat et le pays. Il a installé un système vaste de corruption publique et surtout privée. L’Etat se confond en partie avec les grands financiers. Ainsi les difficultés économiques se joignent-elles au rejet des gouvernements pour expliquer les manifestations actuelles et antérieures.

Analysons sur cette base les événements récents d’une façon un peu plus approfondie : examinons pour commencer la nature des manifestations, puis les négociations médiocres de l’UE et pour terminer l’attitude du gouvernement et du président ukrainiens et les perspectives du pays.

La nature des manifestations[6]

N’étant guère ignares, les Ukrainiens savent que l’UE n’est guère une panacée. Il leur suffit d’observer de ce qui se passait chez leurs voisins occidentaux :

  1. Ces vingt dernières années, la décision politique des pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) de se joindre à l’UE s’est avérée économiquement désastreuse. En la préparant et après l’adhésion à l’UE, ces pays ont perdu près de la moitié de leur production industrielle et une partie considérable de leur production agricole.
  2. Ces pays ont aussi subi une dévaluation du potentiel humain de la population, avec une réduction sensible des conditions du travail, une fuite massive des cerveaux et une émigration des plus jeunes non moins importante.
  3. Ils ont perdu le contrôle de leur système bancaire et de leurs principales entreprises, qui ont été absorbées par les multinationales principalement européennes. Certains de ces pays étant fort endettés auprès des banques, leur dépendance de ces dernières est devenue quasi absolue.

Dans l’hypothèse de l’association de l’Ukraine, celle-ci n’avait guère de raisons d’espérer un meilleur sort. Dans les propositions budgétaires modestes de l’UE, l’Ukraine ne pouvait guère voir une compensation quelconque. Une partie modeste de la population ukrainienne refuse de prendre considération cet aspect des choses et manifeste, avec le soutien visible d’un certain nombre de politiciens et diplomates ouest-européens et américains.

Qui sont les manifestants ? Outre les badauds non organisés, il existerait quatre groupes significatifs :

  • le mouvement de Timochenko qui a dirigé un de ces gouvernements corruptes dont il est questions ci-dessus,
  • le mouvement de l’ex-boxeur Klitchka qui apparaît comme un « chevalier blanc »,
  • le parti Svoboda de droite nationaliste, fascisante et antisémite, surtout de l’Ukraine occidentale, soutenu publiquement par Le Pen, Vlaams Belang, Jobbik, etc.
  • le parti communiste tout à fait modeste.

En outre, manifestent des groupuscules de toute sorte et notamment un groupe extrême droite et nazi composé entre autres des « casseurs » des manifestations.

Dans les manifestations qui durent depuis plus de deux mois, il convient de distinguer entre deux phases : une première où les manifestations exprimaient le mécontentement devant le refus du gouvernement de signer l’accord d’association avec l’UE ; celles-ci n’ont duré quelques deux semaines ; puis, une seconde phase pendant laquelle – et qui dure encore – une opposition générale au gouvernement qui s’est affirmée. Au moment le plus fort, les manifestions n’ont mobilisé qu’au maximum 1% de la population. Au fil des temps, les figures de proues du mouvement se différenciaient. Les uns prêtent à négocier avec le gouvernement, les autres étant plus radicales le refusent aussi longtemps que le président ne démissionne pas.

Il a été remarqué que les manifestants en grand nombre ont été transportés par des centaines de cars et proviennent surtout de l’Ukraine occidentale. Ils portaient surtout au début des casques uniformément de couleur orange. A ma connaissance, ni des cars ni des casques ne tombent du ciel, même en Ukraine. C’est à partir de ces faits que l’on suppose une « aide » étrangère dans les mouvements de protestation[7]. Pour 2013, la Maison blanche avait alloué 100 millions de dollars pour le “soutien des processus démocratiques” en Ukraine. Tout au début des manifestations, la rencontre entre l’ambassadeur américain, Nuland, et les leaders des partis d’opposition apparaissaient comme un compte-rendu des exécutants des manifestations devant le principal mécène des événements à Kijev. Il est à supposer qu’un consensus ait été trouvé – à en juger par les sourires paisibles des leaders de l’opposition et le commentaire de Nuland en personne, qui a qualifié l’entretien avec l’opposition de “fructueux”.

La stratégie non militaire des Etats-Unis d’Amérique, c’est-à-dire la mobilisation des moyens financiers dégagés via leurs ambassades, des fondations et les ONG, qui permettent d’entretenir à travers le monde des milliers d’associations et des dizaines de milliers ou plus de politiques, de “militants de la société civile” et de journalistes dans la propagation des thèmes et des images de la propagande américaine  fonctionne bien entendu en Ukraine aussi. Un sujet qui dérange, bien sûr… et dont les médias francophones préfère généralement ne pas parler. L’avantage de beaucoup de fondations des EUA, pour ceux qui désirent s’informer, c’est qu’elles sont parfois transparentes.

Du reste, devant 200 000 manifestants anti-gouvernementaux (chiffres occidentaux probablement biaisés) le sénateur américain John McCain a déclaré le 15 décembre 2013 “Le monde libre est avec vous, l’Amérique est avec vous, je suis avec vous.”[8] Lui et un autre du Sénat américain ont rencontré divers représentants de l’opposition comme l’ex-champion de boxe Vitaly Klitchko, l’ex-ministre de l’économie Arseny Yatsenyouk et le nationaliste de droite antisémite Oleh Tyahnybog, dirigeant de Svoboda.

Au même moment, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique suit aussi la pente de l’ingérence “Je ne vais pas entrer dans les détails (mais) nous envisageons certaines options politiques –bien évidemment aucune décision n’a été prise– et les sanctions en font partie”, a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine Jennifer Psaki. Le même jour également, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a mis en garde son homologue ukrainien Pavlo Lebedev contre tout envoi de soldats contre les opposants: “Il a souligné les dégâts que pourraient causer toute intervention de l’armée pour réprimer les manifestations”.»[9]

Franchement, on peut se demander quelle serait la réaction des « occidentaux » ou de nos « atlantistes » si les députés russes se promenaient et manifestaient dans les rues de Kiev ou de Bruxelles contre le gouvernement du pays, si les ONG russes proches du gouvernement soutenaient des manifestations à Vienne (capitale d’un pays neutre comme l’Ukraine) ou si les ministères des affaires étrangères et de défense à Moscou profanaient ou menaçaient le président ou les ministres américains.

Les illusions de Bruxelles (Washington) ou une mauvaise négociation ?

Plus fondamentalement, avec sa politique du « voisinage », l’UE a en réalité tenté à « arracher » l’Ukraine à la Russie. Elle n’a pas pris au sérieux la volonté des Ukrainiens de ne pas vouloir s’aligner à l’un au détriment de l’autre. Il n’est guère étonnant que la tentative ait échoué. Cette même volonté d’indépendance s’exprime lorsque Moscou presse Kiev d’adhérer à l’Union douanière créée par la Russie avec d’autres ex-républiques soviétiques.

Or, Bruxelles a déclaré, à tort, incompatible cette adhésion avec l’accord d’association négocié. De ce type de négociations sert précisément de rechercher des compatibilités si l’on veut l’adhésion et du bien de l’Ukraine. De plus, l’UE comporte 5 à 6 pays neutres. Il aurait été intéressant de les associer aux négociations afin de souligner que l’UE admette en son sein des pays neutres. Un peu imprudemment, les diplomates européens auraient laissé entendre à leurs interlocuteurs ukrainiens que l’association est le chemin royal à l’intégration pure et simple à l’UE. Du reste, l’UE refuse assez maladroitement d’entrer sans visa, même à terme ou sous forme de promesse vague, des Ukrainiens, tant désiré par ces derniers.

L’UE n’a au fond jamais accepté la politique de neutralité de l’Ukraine et ce, peut-être, sous l’influence des EUA. De son côté, Washington essaie constamment à grignoter la position de la Russie et ici, par le biais de l’Ukraine. Le secrétaire générale de l’OTAN se permet de sermonner la Russie à propos de l’Ukraine. Moscou évidemment ne se laisse pas faire et procède à des manœuvres diplomatiques habituelles des grandes puissances par l’usage alterné de la carotte et du bâton. L’OTAN a déjà été arrêtée dans son expansion vers l’Est en 2008 lorsque, avec le soutien de certains milieux de Washington, la Géorgie s’est attaquée à la Russie et a lamentablement échoué.

Il faut bien dire qu’en suspendant son accord d’association à l’UE, l’Ukraine a peut-être échappé de justesse à la mise en coupe réglée de son agriculture et de ses manufactures par des multinationales financières et agroalimentaires européennes et américaines qui en auraient profité en outre  pour prendre le contrôle des millions de hectares de terres les plus riches du monde. Du reste, l’UE a fait semblant d’oublier que l’Ukraine est ipso facto et militairement neutre par disposition constitutionnelle et dès lors n’en tire aucune conclusion quant à ses démarches futures[10]. C’est dommage à la fois pour le peuple ukrainien et les démocrates au sein de l’UE.

L’attitude du gouvernement ukrainien et les perspectives du pays

Désormais, il ne reste à l’Ukraine que d’attendre de meilleures conditions pour signer un accord d’association avec l’UE. Le président ukrainien a défini cinq conditions, pour que son pays signe l’accord d’association avec l’UE. Il s’agit notamment de

  • la restauration de la coopération avec le Fonds monétaire international (FMI),
  • la révision des relations commerciales Ukraine-UE,
  • la participation de l’UE dans la modernisation du système de transport du gaz et
  • la levée de contradictions dans la coopération économique de l’Ukraine avec la Russie et les pays de l’Union douanière.

Le principal argument de Kiev contre l’accord commercial, c’est qu’il coûterait trop cher. Une des raisons pour lesquelles l’intégration de l’Ukraine avec l’UE coûterait tant est qu’elle empêcherait l’accès aux marchés traditionnels russes. L’UE s’est déclaré de ne pas en mesure de financer le manque à gagner ou de supprimer les visas d’entrée à l’UE pour les Ukrainiens tant attendu. Cependant, l’Ukraine a également clairement fait comprendre qu’elle restait engagée à une intégration européenne et adhérait à ses idéaux. L’UE a aussi précisé qu’elle laissait ses portes ouvertes. En attendant, le gouvernement poursuit ses efforts de rendre économiquement le pays moins dépendant de la Russie.

Pendant les manifestations, le président Ianoukovitch a effectué une visite en Chine en décembre 2013. La Chine aidera l’Ukraine à produire du gaz synthétique à partir de charbon. Elle y investit pour une valeur de quelque € 6,4 milliards, après un prêt de € 8 milliards. Cet investissement vise à aider l’économie ukrainienne et, en cours d’année, les deux pays ont signé un accord agricole, dans le cadre duquel la Chine prend un engagement d’envergure en faveur du secteur agricole ukrainien pour les 50 prochaines années. Dans le cadre de l’arrangement, la Chine louera à bail de vastes terres agricoles et par la même occasion améliorera l’infrastructure ukrainienne. Au final, la Chine et l’Ukraine cultiveront conjointement près de trois millions d’hectares de terres – une surface de la taille de la Belgique.

Par ailleurs, l’Ukraine a signé un accord de fourniture de gaz avec la Slovaquie en janvier 2014. Selon l’accord, un renversement du sens de circulation du gaz sera mis en place entre les deux pays. Ainsi, Kiev pourrait acheter du gaz naturel de l’UE et en importer chaque année au moins 10 milliards de mètres cubes de gaz via la Slovaquie. Mais, l’Ukraine achète du gaz de l’UE à environ 400 dollars les 1 000 mètres cubes, alors que la Russie le lui vendait à un prix de 268,5 dollars les 1.000 mètres cubes au premier trimestre de 2013. Il n’empêche que le pays s’approvisionne également en gaz auprès de l’énergétique allemand RWE en l’important via la Pologne et la Hongrie. L’an dernier, l’Ukraine n’a importé que de deux milliards de mètres cubes environ de gaz d’UE, alors qu’en 2013, l’Ukraine a acheté à la Russie 28 milliards de mètres cubes de gaz.

Washington et Bruxelles devraient bien se garder de soutenir l’extrême-droite qui annonce « la guerre civile » et la mise au ban internationale du président[11]. Sans doute, il y a une part de la responsabilité qui incombe aux dirigeants européens et américains qui sont venus à Kijev jeter de l’huile sur le feu, faisant croire aux opposants la possibilité d’une victoire facile. Il est simplement stupide que les « quatre pays de Visegrád » (la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie) décident de créer un groupe d’armé commun, faisant suite aux événements en Ukraine. Notre presse pourrait aussi être plus prudente. Il n’y a guère qu’un journal français respectable (sic !) a titré comme cela : « Ukraine : vers un protectorat russe? »

Du reste, le gouvernement continue à négocier avec les représentants démocratiques de l’opposition (le 1.2.2014). La démission du gouvernement et l’annulation des dispositions répressives sont déjà acquises. Nonobstant de cela, des groupes d’opposants  « prennent le pouvoir » dans certaines villes de province occidentales, des rumeurs de projets de coups d’état se multiplient et l’armée semble aussi s’impatienter. Tous ceci est sans doute inquiétant. La chute du président me paraît peu probable mais toujours possible. Est-elle souhaitable ? L’exécutif ukrainien a été élu dans le respect des critères démocratiques et, vu de la médiocrité du système juridique ukrainien, il me paraît dommageable de l’affaiblir encore plus. Par contre, la pression de la rue pourra bien réduire le nombre des décisions arbitraires dans le domaine économique, de prendre des dispositions contre la corruption et d’annuler les mesures antisociales.

Nicolas Bárdos-Féltoronyi

Professeur émérite de l’UCL et géopolitologue

 



[1] Pour mon bulletin bi-mensuel et ma bibliographie, consultez mon site www.bardosfeltoronyi.eu où des nombreuses indications se trouvent pour toute la région du centre de l’Europe et plus particulièrement de l’Ukraine.

[2] FRIEDMAN, George, Ukraine: On the Edge of Empires, in: Stratfor, December 17th, 2013; BUZGALIN, Aleksandr, Maiden 2013: A Multinational-Dimensional Dialectic of Resistance (A View from the Left), in: Alternatives, January 2014 & RJABTSCUK, Mykola, Zerstörte Illusionen, in : Neue Zürcher Zeitung, 1.2.2014.

[3] Proximités de langue, de culture et de religion, aussi bien que par des familles : mariages mixtes depuis des siècles.

[4] L’Ukraine entretient un commerce extérieur plus développé vers la Russie que vers l’UE.

[5] Essayez d’expliquer à Kijev que le chômage est aussi important en Belgique qu’en Ukraine.

[6] Voir notamment CHAUVIER, Jean-Marie, EuroMaïdan ou la « bataille d’Ukraine », in : POLITIQUE. Revue de débats, n° 83, Janvier-février 2014 ainsi que SAMARY, Catherine, La société ukrainienne entre ses dirigeants et à sa Troika, in : Les Possibles, à paraître en 2014 et les ouvrages cités en note n° 2.

[7] MILNE, Seumas, In Ukraine, fascists, oligarchs and western expansion are at the heart of the crisis, in: The Guardian, 29 January 2014.

[8] Cela me rappelle les mêmes paroles prononcées par Washington au moment de la révolution hongroise de 1956 que j’ai vécu à Budapest. Ces paroles à l’époque n’ont abouti à aucun résultat tangible mais ont causé beaucoup de chagrin.

[9] Voir Ukraine : les Etats-Unis menacent, et McCain rencontre l’extrême-droite, in : AtlasAlternatif, 16 décembre 2013.

[10] FOUCHER, Michel, L’Ukraine doit être un Etat neutre entre l’UE et la Russie, Le Monde, 20.12.2013. ; GUJER, Eric, Die EU und die Zukunft der Ukraine. Europas Krämerseelen, in: Neue Zürcher Zeitung, 25.1.2014 ; MÜLLER-HÄRLIN, Berhard, Die Ukraine umarmen, in: Neue Zürcher Zeitung, 12.11.2013.

[11] En Europe occidentale, nous avons peu de leçons à donner à l’Ukraine. Les répression récentes à Paris comme à Francfort ont été fort brutales et ont eu recours aux mêmes « outils » répressifs.

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Étape décisive dans la construction d’un monde multipolaire, le 2ème sommet de33 chefs de gouvernement de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (Celac) vient de se dérouler à La Havane les 28 et 29 janvier 2014.

La CELAC, qui rassemble 600 millions d’habitants, a commencé ses travaux en 2011 sous l’impulsion du Venezuela bolivarien; elle est l’aboutissement des efforts des présidents Lula et Chavez pour accélérer l’unité politique et sociale des latino-américains, jusque là freinée par une OEA basée à Washington et instrumentalisée par les États-Unis. (1)

États membres de la CELAC (2014)

Parmi les 83 points de la déclaration finale, on trouve la constitution de l’Amérique latine comme zone de paix – les conflits régionaux se règleront uniquement via le dialogue, en écartant tout recours à la force, la reconnaissance de l’action des peuples indigènes en faveur de la diversité biologique et la nécessité d’éviter la commercialisation de leurs savoirs par les transnationales, un train de mesures contre la pauvreté, l’analphabétisme et les inégalités, en faveur de la sécurité alimentaire, du développement agricole, de la coopération technique et scientifique, de l’intégration économique et financière.

Les présidents s’engagent à soutenir le processus de paix en Colombie, les droits de l’Argentine sur les îles Malouines, le caractère latino-américain et caraïbe de Puerto Rico (actuellement annexé par les États-Unis), la reconstruction de Haïti, et rejettent l’embargo maintenu contre Cuba par Washington (dont ce sommet souligne l’isolement presque total).

Reprenant une proposition du président Mujica (Uruguay), le président Maduro (Venezuela) a proposé un “cabinet permanent” pour intensifier la capacité de travail au quotidien de la CELAC et éviter toute “bureaucratisation”.

T.D., Caracas, 1 février 2014.

Note :

(1) Lire “L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal acteur de l’unité continentale” par Maurice Lemoine : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/12/lamerique-latine-et-les-caraibes-saluent-le-principal-acteur-de-lunite-continentale-par-maurice-lemoine/

“Pendant longtemps nous nous sommes déguisés en gentlemen anglais, en singes à cravates” dit le président uruguayen Mujica, critiquant la copie imposée des costumes ocidentaux et de la pensée de marché. Photo: Ismael Francisco/ Cubadebate

Marche aux flambeaux du peuple de La Havane accompagné de plusieurs présidents latino-américains pour rendre hommage à José Marti, penseur de l’unité et de la souveraineté latino-américaines. 27 janvier 2014.  Photo : Marcelino VAZQUEZ HERNANDEZ.

Le président Correa : “Comment croire dans l’OEA, incapable de condamner l’occupation anglaise des îles Malouines et dont le siège se trouve dans le pays qui maintient le blocus criminel de Cuba ?”

Le président Maduro (Venezuela) accompagné du Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon, lui aussi présent au sommet de la CELAC.

Dilma Roussef (Brésil) et Evo Morales (Bolivie) à leur arrivée à Cuba.

 

 

Pour agrandir, cliquez ici

 

Texte intégral de la Déclaration finale de la CELAC

Nous, chefs d’Etat et de Gouvernement d’Amérique latine et des Caraïbes, réunis à La Havane (Cuba), lors du deuxième Sommet de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC), tenu les 28 et 29 janvier 2014,

Désireux de concrétiser les engagements que nous avons contractés en 2013, y compris ceux qui sont issus des réunions des ministres des Affaires étrangères, des réunions de coordonnateurs nationaux et des réunions sectorielles, et nous basant sur les principes fondateurs de notre Communauté,

Décidons des actions suivantes :

I.            SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUTRITION, ET ÉLIMINATION DE LA FAIM ET DE LA PAUVRETÉ

Atteindre des résultats concrets qui se traduisent par des améliorations significatives de la qualité de la vie de nos peuples, qui visent à l’élimination de la pauvreté, en particulier de la pauvreté extrême, qui garantissent la sécurité alimentaire et la nutrition, selon une approche sexospécifique et dans le respect des habitudes alimentaires, qui permettent de surmonter les problèmes de sécurité alimentaire et de nutrition, afin d’éliminer la faim et de matérialiser l’exercice du droit à l’alimentation, surtout pour tous les secteurs vulnérables.

1.       Organiser au deuxième semestre de 2014 la Deuxième Réunion des ministres chargés du développement social et de l’élimination de la faim et de la pauvreté, afin de garantir le suivi indispensable de la Première Réunion des ministres et autorités chargés du développement social et de l’élimination de la faim et de la pauvreté, tenue à Caracas (Venezuela) les 22 et 23 juillet 2013.

2.       Continuer de travailler de concert avec l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) à des actions concrètes à tous les niveaux afin d’éliminer la faim et demander à cet égard la collaboration de pays, de groupes de pays, d’organisations et d’autres partenaires de la CELAC. Dans ce contexte, redemander à la FAO de présenter, de concert avec l’ALADI et la CEPAL, un plan pour la sécurité alimentaire et la nutrition et pour l’élimination de faim, qui serait examiné à une réunion technique de représentants gouvernementaux à la Deuxième Réunion des ministres chargés du développement social et de l’élimination de la faim et de la pauvreté.

3.       Continuer de promouvoir des politiques publiques à même d’impulser le développement social et l’exécution du Plan d’action de politiques publiques de la CELAC en matière sociale.

4.       Mettre en place des programmes d’information et d’éducation alimentaire et nutritionnelle ciblés sur les établissements d’enseignement et sur la population en général, afin de promouvoir une alimentaire saine et de prévenir la dénutrition pour carences alimentaires, ainsi que l’excès de poids et l’obésité, qui apparaissent comme des nouveaux problèmes de santé publique.

5.       Etudier la création d’un Programme latino-américain et caribéen de réserves et de livraisons d’aliments en cas de catastrophes socio-naturelles, en partant des expériences et des capacités existant dans la région, dont la protection des petits producteurs, en mettant l’accent sur la vulnérabilité spéciale des petits Etats insulaires.

6.       Organiser, en demandant l’appui technique de la FAO, la Première Foire de la CELAC concernant les aliments et les intrants, les instruments, les équipements et les technologies agricoles et l’industrie alimentaire afin de promouvoir le commerce de ces facteurs dans la région et hors d’elle.

7.       Organiser, en coordination avec la CEPAL et la FAO, une réunion des instituts de statistiques et de l’institution chargée des indicateurs nationaux afin de concrétiser un calendrier de travail visant à la mise en place d’un système d’indicateurs associé au plan d’action sociale de la CELAC. A cet égard, renforcer les systèmes d’évaluation et de suivi des programmes visant à garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à éliminer la faim et la pauvreté, afin d’évaluer les progrès obtenus et de favoriser l’adoption de mesures coordonnées qui nous permettent d’atteindre plus vite nos objectifs.

8.       Continuer d’appuyer l’initiative Amérique latine et les Caraïbes libérées de la faim en 2025, sous la coordination du Bureau régional de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

AGRICULTURE FAMILIALE

Promouvoir le développement rural durable et l’agriculture familiale afin d’améliorer les conditions de vie de ceux qui s’y consacrent, en nivelant les potentialités productives, en donnant des chances au développement durable de l’activité agricole, en améliorant les procès de production par une aide technique directe, en assurant l’accès à des instruments de travail et à la technologie afin d’optimiser les travaux agricoles et en cherchant constamment un rapport avec les marchés pour garantir un revenu juste. Réduire les inégalités socioéconomiques qui persistent dans les pays de la région, en recourant à la coopération et à l’intégration régionales et à des politiques publiques qui facilitent l’accès à la terre, aux intrants, à l’eau, aux progrès de la science et de la technologie,  dont les technologies sociales, au crédit et aux assurances, en donnant la priorité à l’acquisition de produits de l’agriculture familiale, en tant qu’instruments importants pour développer la production et garantir le maintien sur leurs terres des agriculteurs, des paysans et des autochtones, favoriser l’égalité et l’autonomie économique des paysannes, ainsi que des associations et des coopératives.

Organiser au Brésil, au second semestre de 2014, la Deuxième Réunion de la CELAC sur l’agriculture familiale, afin de garantir le suivi des accords adoptés par la Première, tenue les 5 et 6 novembre 2013 à Brasilia (Brésil), et analyser la possibilité de créer un fonds régional visant à soutenir le développement de l’agriculture familiale et, partant, à engendrer des emplois ruraux et à garantir l’alimentation, à combler les écarts de production présents au sein de l’agriculture familiale de nos pays, afin de mettre en place des actions et des programmes visant à les régler, soit individuellement, soit par une coopération entre les Etats, et chercher les meilleurs moyens d’appuyer, par des actions de formation, de conseil technique et d’essor des investissements qui visent à améliorer la productivité de l’agriculture familiale dans la région, en introduisant des technologies et en optimisant les processus. Demander à la PPT de faire des démarches urgentes pour déterminer le siège et la date de cette Réunion.

Valider la création d’un groupe de travail spécial à composition non limitée, coordonné par la PPT-CELAC, afin de mettre en place, avec le soutien du Bureau régional de la FAO, un programme d’intégration régionale concernant le développement rural et l’agriculture familiale, et d’explorer des solutions de remplacement concernant l’échange d’expériences et la coopération entre les pays de la CELAC, avec la contribution d’organisations d’agriculteurs familiaux, en vue de promouvoir le dialogue et la coopération sur le développement territorial rural et l’agriculture familiale, paysanne et autochtone, à partir des initiatives des Etats membres.

Promouvoir le dialogue et la coopération sur le développement territorial rural et l’agriculture familiale, paysanne et autochtone, à partir des initiatives lancées par les Etats membres.

Promouvoir des projets de coopération et d’échange concernant le développement, la mise en place, le suivi et l’évaluation des politiques publiques d’appui à l’agriculture familiale, paysanne et autochtone,  en utilisant à ces fins les cadres à la disposition de la CELAC, en travaillant à articuler l’agriculture familiale avec les programmes d’alimentation scolaire et d’aide sociale, et à l’insertion de la petite agriculture sur les marchés agroalimentaires de la région, tout en favorisant l’initiative et l’association.

Aborder des mécanismes de coordination entre des institutions multilatérales et des agences de coopération pour le développement existant dans la région, afin d’obtenir une synergie et un plus fort impact sur les questions du développement rural durable et de l’agriculture familiale.

Appuyer l’Année internationale de l’agriculture familiale (ONU, 2014) en favorisant la participation des organisations sociales, la tenue de réunions et la sensibilisation à l’importance de l’agriculture familiale, paysanne et autochtone, et en stimulant la création de comités nationaux pour promouvoir la discussions d’actions concrètes dans chaque pays et dans la région.

ÉDUCATION

Renforcer le rôle de l’éducation à tous les niveaux, en tant que l’un des secteurs prioritaires pour la CELAC, afin de promouvoir le développement social de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Appuyer les travaux du Groupe de travail permanent dont la première réunion se tiendra en 2014 au Nicaragua et qui contribuera à la mise en œuvre des décisions antérieures et de celles adoptées par la Première Réunion des ministres de l’Education, tenue le 7 février 2013 à La Havane, et faire en sorte qu’il  participe activement à la définition du programme d’éducation latino-américain et caribéen pour l’après-2015.

Mettre en place des programmes d’alphabétisation et de suivi qui répondent à la diversité socioculturelle et économique de chaque pays, en insistant sur les secteurs les plus vulnérables.

Travailler à atteindre d’ici à 2020 l’objectif de 90 p. 100 d’alphabétisation.

Viser à la couverture universelle et gratuite des enseignements primaire et secondaire, ainsi qu’au principe de l’égalité des chances et de l’obligation de l’éducation de base. Renforcer et promouvoir des stratégies qui permettent l’accès à des espaces de formation et de recyclage permanents.

Accroître progressivement l’offre éducative par les voies institutionnelle et non institutionnelle dans la première enfance, ainsi que la couverture en maternelle, aussi bien dans les villes que dans les campagnes.

Renforcer l’éducation au niveau des valeurs en vue de former des citoyens actifs, moraux, solidaires, créateurs, humanistes, tolérants, participatifs, respectueux de la loi et de l’environnement, non violents et non discriminatifs, en faisant en sorte que les éducations artistique et physique jouent un rôle important chez les élèves.

Consolider une éducation qui favorise et développe la connaissance de la culture nationale, latino-américaine et caribéenne, et qui valorise l’histoire des luttes de nos peuples pour leur libération, leur indépendance et leur autodétermination, en introduisant dans les programmes éducatifs des contenus en rapport avec l’unité et l’intégration latino-américaines et caribéennes dans la perspective  de leurs antécédents historiques, de leur développement contemporains et de leur vision future.

Améliorer la conception de l’éducation technique, professionnelle et technologique, en articulation avec les demandes du travail et du développement économique, social et régional de nos pays, en accroissant la quantité d’élèves faisant des stages de formation dans des entreprises ou des institutions professionnelles.

Promouvoir et appuyer tous les programmes éducatifs qui visent à sensibiliser la jeunesse à l’importance de mettre en place une culture de la paix dont les fondements soient le dialogue, le respect et la tolérance des croyances, des opinions et des formes de vie différentes, la participation active en tant que citoyens responsables et engagés à la prise de décision dans les différents secteurs du programme de développement social, politique, économique et de coopération.

Appuyer les actions de l’Association des conseils de recteurs d’universités latino-américaines et caribéennes (ACRU-LAC)[1] qui visent à favoriser la mobilité universitaire dans la région, notamment des étudiants et des enseignants, l’homologation et la reconnaissance des titres afin de faciliter les échanges entre nos pays, l’évaluation et l’accréditation de cursus, de spécialités et d’institutions, ainsi que la qualité de la formation et de la diplômation à tous les niveaux de l’enseignement supérieur.

Renforcer l’Espace de rencontre latino-américaine et caribéenne d’enseignement supérieur (ENLACES) afin de promouvoir et d’enrichir l’organisation de réseaux universitaires dans la région.

Stimuler la participation de la famille, de la communauté et des institutions non gouvernementales à la mise en œuvre des politiques, des programmes et des projets éducatifs.

CULTURE ET DIALOGUE ENTRE LES CULTURES

Faire avancer l’intégration culturelle de la région, en travaillant de concert à la protection du patrimoine, et à la promotion et à la diffusion de la diversité des expressions culturelles caractéristiques des identités latino-américaines et caribéennes. Promouvoir la culture à tous les niveaux en vue de favoriser la croissance économique, l’élimination de la pauvreté, le développement durable, la création d’emplois et l’intégration latino-américaine et caribéenne.

Tenir la Deuxième Réunion des ministres de la Culture en République bolivarienne du Venezuela en 2014 et la Troisième à Cuba en 2015.

Tenir une réunion du groupe de travail créé par la Première Réunion des ministres de la Culture, qui élaborera avant la Deuxième Réunion une proposition de vision,  de mission et de méthodologie des réunions ministérielles, et formulera des propositions de coopération économico-culturelle qui contribuent aux objectifs de la CELAC dans ce domaine.

Travailler progressivement à ce que le Forum des ministres de la Culture et des responsables des politiques culturelles d’Amérique latine et des Caraïbes, et la Réunion des ministres de la Culture de la CELAC  s’intègrent progressivement en un seul mécanisme à compter de la réunion de 2014, en préservant, dans le cadre de cette intégration, le Portail de la culture latino-américaine et caribéenne au développement duquel il sera demandé à l’Unesco de poursuivre sa coopération.

Evaluer les conclusions du Sixième Sommet mondial des arts et de la culture tenu au Chili du 13 au 16 janvier dernier, avec une forte participation latino-américaine et caribéenne, afin de déterminer leurs meilleures applications au sein de la CELAC, compte tenu du fait que ce Sommet spécialisé dans les politiques culturelles a permis de présenter la région comme un théâtre privilégié pour y organiser des rencontres et des dialogues à vocation universelle dans le domaine de la culture et du développement durable.

Adopter les mesures nationales nécessaires pour récupérer et sauvegarder les connaissances et savoirs traditionnels, ainsi que le folklore des peuples originaires, des communautés d’ascendance africaine et des communautés d’autre origine géographique qui font partie aujourd’hui des identités latino-américaines et caribéennes, tout en veillant à la protection des droits individuels et collectifs inhérents à toutes ces connaissances.

Se féliciter de l’initiative du Couloir culturel caribéen comme un projet en mesure de faciliter la rencontre de tous nos pays afin de créer un espace socioculturel destiné à des activités qui stimulent les échanges, favorisent l’économie culturelle, facilitent le marché de produits culturels et améliorent les voies de communication et de transport entre nos pays, afin d’améliorer la vie de nos communautés, tout en invitant tous les membres de la CELAC à y participer.

Demander à l’UNESCO de faire des études, en collaboration avec la CEPAL et à partir d’une méthodologie consensuelle, afin de quantifier les effets de la culture et des industries culturelles sur les objectifs d’élimination de la pauvreté et de diminution des inégalités sociales en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi qu’un catalogue de bonnes pratiques en la matière, lesquels seront accrochés sur le portail de la culture et seront présentés à la Réunion des coordonnateurs nationaux de la CELAC au second semestre 2014 et à la Troisième Réunion des ministres de la Culture de la CELAC en 2015.

Continuer de travailler au renforcement de la Convention de 1970 sur les mesures à prendre pour prohiber et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert illicite de biens culturels dans la région, en prenant note des recommandations formulées dans ce sens par les Etats membres ayant participé à l’Atelier de formation destiné aux Etats caribéens membres (Sainte-Lucie, décembre 2012).

Inviter les membres de la CELAC à participer à l’Institut régional du patrimoine mondial à Mexico afin de promouvoir la mise au point de politiques cultures axées sur la protection, la conservation et la promotion du patrimoine culturel et naturel de la région.

Réaliser des actions qui permettent de reconnaître les mérites des politiques culturelles comme promotrices de valeurs qui reflètent le respect de la vie, de la dignité humaine, du pluriculturalisme, des principes de justice et de tolérance, et de refus de la violence, en tant que facteurs devant participer à la mise en place d’une culture de la paix à même d’identifier la région.

Coopérer en tant que CELAC pour continuer de travailler à des questions culturelles et pour présenter nos propositions et nos expériences culturelles aux instances multilatérales pertinentes, tout en soutenant tous les efforts visant à intégrer expressément la culture dans les Objectifs du développement durable pour l’après-2015.

Travailler à la mise en place d’un système d’information culturelle qui touche tous les membres de la CELAC et permette de faire connaître et de valoriser la participation de la culture aux économies et au développement social de nos pays.

Préserver, après la réunion de 2014, les activités du Forum des ministres de la Culture, les accords atteints dans ce cadre, la continuité des projets et des programmes développés à ce jour par ce Forum et ses réunions, en particulier le Portail de la culture latino-américaine et caribéenne, et demander à l’UNESCO de poursuivre sa coopération avec ces projets et ces programmes.

SCIENCE ET TECHNOLOGIE ET INNOVATION

Promouvoir le développement de la science, de la technologie et de l’innovation, le transfert de technologies et la coopération régionale dans ces domaines, en identifiant les synergies en jeu dans les politiques de promotion publique en la matière. Promouvoir des nouvelles formes d’interaction entre les gouvernements, les universités et le secteur productif, en appuyant l’expansion éventuelle de projets en cours dans les mécanismes d’intégration sous-régionaux et régionaux, et en stimulant des initiatives conjointes sur des question d’intérêt commun. Stimuler de même la formation de ressources humaines en mettant l’accent sur l’ingénierie et les sciences fondamentales par des échanges régionaux.

Organiser la Deuxième Réunion de hauts fonctionnaires sur la science et la technologie au Costa Rica, en avril 2014.

Valider la création d’un Groupe de travail, coordonné par la présidence pro tempore de la CELAC, chargé d’assurer le suivi du programme de la Communauté dans ce domaine.

Promouvoir et financer des recherches nationales et conjointes, aussi bien fondamentales qu’appliquées, dont celles que pourraient réaliser les organismes latino-américains et caribéens spécialisés, ainsi que des projets conjoints de formation de décideurs et d’acteurs d’entreprises  (publiques et privées) concernant les politiques de science, de technologie et d’innovation, afin de développer une culture de l’innovation à l’échelle régionale.

Favoriser l’exploitation des ressources et des champs d’action du Réseau de gouvernance électronique latino-américain et caribéen par des accords de Coopération Sud-Sud qui renforcent la question des technologies de l’information et des communications des organes du pouvoir exécutif, et créer des mécanismes de gouvernance électronique du lutte contre la corruption.

Promouvoir des projets conjoints de formation destinés à des représentants du secteur public et du secteur privé en science, technologie et innovation, notamment aux décideurs et acteurs d’entreprises (publiques et privées) afin de renforcer dans la région une culture d’innovation.

Renforcer le dialogue et le débat sur des points d’intérêt général pour la région en discussion dans les organismes internationaux sur les différentes questions de la science, de la technologie et de l’information.

Explorer les possibilités de mettre en place de nouveaux mécanismes d’intégration et de Coopération Sud-Sud en science, technologie et innovation, qui tirent parti de leurs complémentarités.

Renforcer la coordination au sein de la CELAC afin que les pays latino-américains et caribéens participent à l’Initiative conjointe de recherche-développement (JIRI en anglais) lancée par le mécanisme CELAC-Union européenne.

DÉVELOPPEMENT PRODUCTIF ET INDUSTRIEL

Identifier les secteurs les plus propices à la mise en œuvre de politiques d’intégration productive et industrielle, en coordination avec les agents publics et privés, afin d’accélérer le développement industriel inclusif, fort et durable, selon les besoins et les possibilités de chaque pays, de transformer progressivement la structure productive de la région, d’élever sa productivité et son efficience, en incorporant toujours plus d’activités à plus grande valeur ajoutée et à plus forte intensité de connaissances, ce qui permettrait de mieux les insérer dans le marché international et de réduire l’écart en matière de productivité et de revenus avec le monde développé, et ce en renforçant la coopération et l’intégration régionales sur le plan productif aussi bien que commercial.

Organiser la Première Conférence ministérielle de la CELAC sur le développement productif et industriel en mars 2014, à San José (Costa Rica) durant laquelle se tiendraient :

- Une réunion régionale des responsables de la politique industrielle et de la planification économique, qui serait chargée de promouvoir la connaissance mutuelle de ces politiques, de dégager des synergies et des mécanismes de coopération entre les pays, de proposer la mise au point d’un programme régional concernant les convergences normatives et institutionnelles, et d’appuyer les stratégies de développement nationales.

-  Une réunion conjointe des responsables de l’éducation et de l’industrie qui étudierait des mécanismes à même de renforcer les compétences professionnelles et leur certification, et d’améliorer l’offre et la qualité de l’enseignement technique et professionnel selon les exigences et les besoins du secteur productif de chaque pays et de chaque sous-région, à partir de leurs stratégies de développement productif et industriel.

Demander au secrétariat permanent du SELA, en collaboration avec le secrétariat exécutif de la CEPAL, d’élaborer un projet de programme de travail que développeraient les Etats membres de la CELAC en collaboration avec les mécanismes d’intégration, afin de mettre au point des propositions de travail qui seraient présentées à la Première Conférence des ministres chargés du développement productif et industriel de la CELAC prévue pour le premier semestre de 2104. Ledit projet de programme devra être présenté à la prochaine réunion des coordonnateurs nationaux par l’intermédiaire de la présidence pro tempore de la CELAC.

Demander à la SELA, avec la collaboration de la CEPAL et de la Société andine de développement (SAD), d’organiser une réunion régionale d’entreprises sur le développement productif et industriel de l’Amérique latine et des Caraïbes, afin que les syndicats et les représentants du secteur privé de la région intègrent leurs analyses et leurs propositions dans la mise au point de stratégies de développement productif et industriel dans le cadre de la CELAC, et faire en sorte que les organismes de promotion des investissements et la banque de développement adoptent ou amplifient les mécanismes de financement du développement de l’infrastructure et de l’investissement en rapport avec les programmes d’intégration productive de la région.

Promouvoir des politiques publiques régionales visant à stimuler l’initiative et le développement des PME, surtout quand elles sont conduites par des femmes ou des jeunes, ou les deux à la fois.

Articuler des mécanismes et des politiques visant à réduire les asymétries existant entre les membres de la CELAC en matière de compétitivité industrielle.

INFRASTRUCTURE

Redoubler d’efforts pour combler l’écart de l’Amérique latine et des Caraïbes en matière d’infrastructure, afin de marcher vers une croissance complémentaire, réciproque et durable qui favorise le développement social, réduise la pauvreté, augmente la compétitivité et stimule une meilleure intégration régionale.

Explorer la possibilité d’organiser en 2014 une réunion du Groupe de travail chargé de dégager les meilleurs façons de mettre en œuvre le Plan d’action de Santiago adopté à la Première Réunion ministérielle de la  CELAC sur l’infrastructure relative à l’intégration physique du transport et des télécommunications et à l’intégration frontalière, tenue au Chili le 26 octobre 2012.

Œuvrer afin de pouvoir convoquer en 2014 ou en 2015 la Deuxième Réunion ministérielle sur l’infrastructure relative à l’intégration physique du transport et des télécommunications et à l’intégration frontalière, et charger la PPT de faire les démarches nécessaires pour en déterminer la date et le lieu.

Accroître les ressources financières, humaines et matérielles destinées au développement de l’infrastructure de la région.

Evaluer les mécanismes de réglementation du transport régional et d’agrandissement des terminaux portuaires.

FINANCES

Continuer d’évaluer les espaces de convergence graduelle et progressive afin de renforcer l’architecture financière régionale, de promouvoir l’intégration régionale en matière d’investissement et de coopération financière, de garantir la stabilité financière par l’adoption progressive des normes, des principes et des meilleures pratiques internationales, en stimulant l’emploi des mécanismes existants et de la coopération technique en matière financière, et en mettant au point de nouvelles stratégies et de nouveaux instruments qui contribuent au développement durable de nos économies, à l’équité, à l’inclusion sociale et à la souveraineté de nos peuples.

1.       Convoquer le Groupe de travail sur les finances au premier trimestre de 2014 au Costa Rica afin qu’il élabore sa proposition de plan de travail et s’acquitte des fonctions et des mandats que lui a confiés la Déclaration de Quito adoptée par la Deuxième Réunion des ministres des Finances de la CELAC, tenue en Equateur en novembre 2013, en tenant compte du présent Plan d’action et des résultats financiers des mécanismes d’intégration sous-régionaux.

2.       Envisager la tenue de la Troisième Réunion des ministres des Finances en fonction des résultats de la réunion du Groupe de travail.

3.       Inviter les banques centrales à évaluer, en coordination avec le Groupe de travail pour les finances, des initiatives de coopération technique en matière financière afin de poser graduellement des bases sûres pour l’intégration future des systèmes de paiement entre les membres de la CELAC. A cet égard, les banque centrales devront vérifier si les conditions sont réunies pour mettre au point une feuille de route qui tiendrait compte des expériences existant dans la région, pour adopter progressivement des normes, des principes et les meilleures pratiques internationales, dont le contrôle de risques et l’intégrité systémique, selon les possibilités de chaque pays, ladite feuille de route devant faire partie d’une proposition de stratégie visant à renforcer l’architecture financière régionale.

4.       Charger le Groupe de travail sur les finances d’élaborer, de pair avec les banques centrales, une proposition contenant des recommandations relatives à des mesures et à des actions complémentaires en mesure de permettre d’élargir l’accès aux services financiers formels et de les employer, l’éducation financière et la protection des consommateurs financiers. Demander de même aux organismes financiers régionaux, dans le cadre des services qu’ils peuvent prêter à la région, de proposer et de promouvoir des mesures concrètes pour améliorer l’inclusion et l’éducations financières.

5.       Charger le Groupe de travail de faire comprendre aux secteurs des Etats membres responsables d’achats publics ou en rapport avec ceux-ci qu’il est important d’analyser les différents secteurs existant à cet égard dans les pays de la région et les mécanismes de coopération éventuels.

6.       Œuvrer afin que les mécanismes de prise de décision des institutions multilatérales régionales de financement au service du développement intègrent les principes de solidarité, d’assouplissement des conditions, de compensation des asymétries et de financement axé sur les priorités de développement régional, en tenant compte des normes, des principes et des meilleures pratiques internationales.

7.       Inviter le Groupe de travail sur les finances à analyser, en partant d’une étude, la viabilité et l’utilité de disposer de mécanismes de prévention et de règlement des différends concernant les investissements dans la région et hors d’elle.

8.       Evaluer dans chaque pays l’Initiative de l’observatoire qu’a lancée la Conférence ministérielle des Etats latino-américains lésés par des intérêts transnationaux (avril 2013) en vue de promouvoir, de faciliter et de fournir des informations aux Etats en matière d’investissements.

PRÉFÉRENCES TARIFAIRES LATINO-AMÉRICAINES ET CARIBÉENNES

Mettre au point des préférences tarifaires latino-américaines et caribéennes

1.       Prendre note des travaux du Groupe de travail sur les préférences tarifaires latino-américaines et caribéennes, compte tenu des progrès faits aux réunions de Buenos Aires (12 juillet 2012) et de Montevideo (15 août 2012), tout en évaluant l’utilité d’assurer leur continuité. Prendre note de l’intérêt de la République d’Haïti d’accueillir sa prochaine sa réunion en souffrance.

ÉNERGIE

Réaffirmer qu’il faut développer et appliquer des politiques qui garantissent l’accès à des livraisons d’énergie socialement inclusives, fiables, durables et compétitives, respectueuses de l’environnement, conformément aux cadres juridiques et aux normes des pays de la CELAC.  Promouvoir une utilisation efficace des sources renouvelables, non renouvelables et non classiques dans une combinaison équilibrée, compte dûment tenu des besoins et des circonstances particulières de chaque pays.

Appuyer la poursuite des activités prévues dans le Plan d’action de Lima, dont la conclusion des bilans énergétiques des pays membres de la CELAC réalisées par l’OLADE, afin de mettre au point le bilan énergétique de la CELAC.

Organiser en 2014 la Troisième Réunion des ministres de l’Energie de la CELAC qui sera chargée de définir une Stratégie énergétique, avec l’appui de l’Organisation latino-américaine de l’énergie (OLADE).

Conformément au Plan d’action de Montego Bay, valider la création d’un Groupe de travail spécial, coordonné par la présidence pro tempore de la CELAC et appuyé techniquement par l’OLADE, qui se réunira au Costa Rica au second semestre de  2014, avant la Troisième Réunion de nos ministres de l’Energie, afin de proposer et d’analyser des scénarios de politiques et de stratégies énergétiques de la CELAC. En coordination avec ces initiatives régionales, le Groupe de travail informera régulièrement tous les membres de ses activités à travers la PPT de la CELAC et présentera une analyse des scénarios et de ses résultats à la Troisième Réunion des ministres de l’Energie de la CELAC.

Œuvrer pour la mise au point d’une conception d’intégration régionale qui, sans écarter les modèles déjà essayé ailleurs dans le monde, s’adapte aux particularités politiques, historiques et socioculturelles de l’Amérique latine et des Caraïbes, à partir d’un approche partagée et qui comprendra des accords qui nous permettent de consolider des principes communs et d’aborder d’une manière équitable les asymétries régionales.

ENVIRONNEMENT

Renforcer la coopération, la coordination, le dialogue, la convergence, l’articulation, l’harmonisation et la complémentarité des politiques publiques nationales en matière d’environnement, ainsi que la mise au point et en œuvre de plans, de politiques et de programmes régionaux qui nous permettent de faire face à des problèmes communs dans les domaines prioritaires, tels que : le développement durable, la coopération environnementale et l’élimination de la pauvreté à partir des principes d’équité et de responsabilités communes mais différenciées, en ce qui concerne les changements climatiques. Stimuler les politiques publiques dans le cadre d’Action 21, des résultats de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio + 20) et d’autres instruments pertinents, en harmonie avec la Nature et en respectant la Terre nourricière, tout en tenant du fait que ces droits doivent s’exercer selon une vision intégrale et indépendante de complémentarité.

1.       Poursuive la mise au point d’un programme environnemental à partir des résultats et des actions en cours dans la région, sans doublonnage avec d’autres efforts ni empiétement sur des structures existantes, en particulier le Forum des ministres de l’Environnement d’Amérique latine et de Caraïbes.

2.       Organiser la réunion du Groupe de travail sur l’environnement au Costa Rica au premier semestre de 2014.

3.       Coordonner avec les agences sous-régionales à la recherche d’une complémentarité des efforts et d’une mise en œuvre souple.

4.       Continuer d’analyser la pertinence de créer un Centre multidisciplinaire de la connaissance, de la recherche, du transfert de la technologie et du renforcement des capacités en vue d’une gestion intégrale des ressources hydrauliques qui intègre les efforts nationaux et sous-régionaux, et définir les champs de travail et les modèles de gestion dudit Centre.

5.       Engager des actions qui permettent la prompte entrée en vigueur de la Convention de Minamata sur le mercure et de la doter des ressources financières requises.

6.       Recommander, compte tenu des changements climatiques et de leurs retombées nuisible, de prêter plus d’attention aux régions côtières maritimes et aux sols, facteurs clefs du développement de nos pays.

7.       Faire reconnaître dans toutes les instances régionales et internationales pertinentes que le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’homme essentiel à la pleine jouissance et de tous les droits humains, conformément à la résolution A/RES/64/292 adoptée le 28 juillet 2010 par l’Assemblée générale des Nations Unies, et aux normes de chaque Etat.

PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT POUR L’APRÈS-2015

Participer activement à la mise au point du Programme de développement pour l’après-2015 à partir de consultations sur les politiques et les priorités de développement durable de la région, afin, entre autres, d’éliminer la pauvreté et les inégalités dans nos sociétés.

1.       Continuer de coordonner les missions des États membres à New York par des échanges périodiques, afin de débattre des priorités régionales en vue du processus intergouvernemental de formulation du Programme de développement pour l’après-2015.

2.       Promouvoir une coopération avec des organismes internationaux, des universités et d’autres instances afin de contribuer au débat sur les positions régionales relatives au Programme.

3.       Engager des actions de coordination avec les différents sièges et instances multilatérales analysant le Programme de développement pour l’après-2015.

4.       Favoriser des échanges d’information entre les pays faisant partie du Groupe de travail de l’Assemblée générales sur les Objectifs du développement durable (ODD) et le Comité intergouvernemental d’Experts sur le Financement du Développement durable, ainsi qu’entre ces deux organes et les autres pays de la région.

5.       Tenir compte du sujet de l’élimination de toute sorte de violence contre la femme et l’enfant, à traiter lors des discussions du Programme de développement pour l’après-2015.

6.       Soumettre à la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de la CELAC, dans le cadre de la soixante-neuvième session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, un rapport sur les progrès enregistrés dans la définition des priorités régionales et dans le processus de négociation du Programme de développement pour l’après-2015.

AIDE HUMANITAIRE INTERNATIONALE EN CAS DE CATASTROPHES

Renforcer la coordination et la coopération entre les structures de réduction des risques et d’aide humanitaire, et continuer de renforcer ces dernières, aux niveaux locaux, nationaux, sous-régionaux et régionaux, en vue d’adopter un Programme stratégique régional de gestion intégrale des risques de catastrophe à partir des grandes orientations politiques de la région en la matière.

1.       Recommander la formation d’un groupe de travail qui opérerait dans le cadre de la Réunion des hauts fonctionnaires sur la gestion intégrale des risques de catastrophes et qui engagerait des consultations afin de concevoir les grandes lignes d’un plan d’action pour la gestion intégrale des risques comprenant des propositions de réduction desdits risques et d’aide humanitaire dans la région pour renforcer la résilience de nos sociétés. Ledit plan pourrait incorporer des instruments de coordination et d’articulation de propositions avec d’autres mécanismes de coordination régionaux et sous-régionaux, de coordination  en matière de gestion des risques de catastrophe, conformément aux décisions de la Sixième Réunion des mécanismes internationaux d’aide humanitaire, tenue à la Jamaïque du 16 au 19 octobre 2013, en tenant compte de l’expérience du Bureau régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes, rattaché au Bureau de la coordination des questions humanitaires des Nations Unies (OCHA), et des organismes internationaux pertinents.

2.       Tenir en 2014 une réunion de la CELAC sur l’aide humanitaire et poursuivre l’association établie avec les Mécanismes internationaux d’aide humanitaire (MIAH).

3.       Assurer le suivi des conclusions et des recommandations de la Deuxième Consultation régionale sur l’Initiative Nansen, tenue à San José (Costa Rica) et dirigée par les Etats, afin de dégager un consensus sur le programme de protection et les besoins des personnes déplacées au-delà des frontières à cause de catastrophes et des effets nuisibles des changements climatiques, et apporter l’appui requis à une éventuelle Consultation dans les Caraïbes.

4.       Tirer parti des consultations régionales qui auront lieu au Guatemala début 2014, dans le cadre des préparatifs du Sommet humanitaire mondial, pour concerter la position de la CELAC sur des recommandations concrètes régionales qui y seraient présentées.

5.       Inviter les pays participant à la Quatrième session de la Plateforme régionale pour la réduction des risques de catastrophes dans les Amériques, qui se tiendra en mai prochain en Equateur, dans le cadre des préparatifs de la Troisième Conférence mondiale sur la réduction des risques de catastrophe, à engager les coordinations pertinentes pour que la CELAC puisse y présenter une position commune et que ses positions apparaissent dans les accords adoptés.

6.       Demander à la FAO et au Programme alimentaire mondial (PAM) un appui technique pour pouvoir concevoir et mettre en œuvre des initiatives régionales visant à la prévention, à la réduction et à la gestion des risques, ainsi que pour consolider les mécanismes d’aide humanitaire nationaux, régionaux et sous-régionaux.

7.       Inviter les pays à faire leurs les procédés stipulés pour l’envoi et la réception d’aide et d’assistance humanitaires en accord avec les demandes des pays sinistrés.

MIGRATIONS

Continuer de mettre au point une stratégie régionale et d’adopter des positions et des objectifs concernant le traitement des migrations internationales dans le Programme de développement pour l’Après-2015 et dans les différents processus régionaux et internationaux en la matière, notamment dans le dialogue CELAC-UE à cet égard, en prenant comme axe transversal les droits des personnes migrantes et les problèmes de la migration massive et de ses effets sur les processus et les dynamiques régionales.

Continuer de suivre les recommandations issues de la Deuxième Réunion de la CELAC sur les migrations tenue à San José du Costa Rica les 5 et 6 septembre 2013, ainsi que les positions adoptées par notre Communauté  et présentées dans l’intervention de la présidence pro tempore au Deuxième Dialogue de haut niveau sur la Migration et le Développement tenu à New York les 3 et 4 octobre 2013.

Continuer de mettre au point un document conceptuel visant à faciliter l’adoption des principes et les grandes lignes de la CELAC sur la migration internationale, document confié à la présidence pro tempore en collaboration avec Le Quatuor, afin de le présenter à la Troisième Réunion sur les migrations qui se tiendra à Quito (Equateur) en 2014.

Continuer de travailler à la mise au point d’un plan stratégique de la CELAC en la matière, compte tenu des recommandations formulées à ses deux premières réunions sur les migrations.

Continuer d’appuyer le dialogue structuré CELAC-UE sur la migration.

PROBLÈME MONDIAL DES DROGUES ILLICITES ET DE LA TOXICOMANIE

Continuer à identifier et à analyser les points communs de la CELAC, en sa qualité d’instance de dialogue régional sur le problème mondial des drogues, selon une approche intégrale qui tienne compte d’une manière équilibrée de tous ses facteurs, en vue des débats de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée au problème mondial des drogues, qui se tiendra en 2016, afin, en dernière instance, de dégager un consensus régional concernant l’approche intégrale de ce point sous tous ses angles, la personne devant être au cœur de cette approche

1.       Organiser la Première Réunion ministérielle de la CELAC sur le problème mondial des drogues les 13  et 14 mai 2014 à Antigua (Guatemala).

2.       Demander aux représentants des organismes et mécanismes régionaux, sous-régionaux et internationaux correspondants d’apporter des éléments qui permettent de mettre au point un programme stratégique sur ce point,  en générant des synergies et de la complémentarité, et en évitant le doublonnage d’efforts humains et financiers.

3.       Poursuivre un débat large et ouvert sur le problème mondial des drogues, qui parte des connaissances et des preuves scientifiques, qui permette de mener une lutte efficace contre ce fléau selon une approche intégrale et équilibrée, qui reconnaisse le principe des responsabilités communes et partagées, qui soit axé sur le bien-être de la personne et qui prenne comme perspective la prévention de la violence et du crime, conformément aux instruments internationaux des Nations Unies en la matière, et en tenant compte des expériences et des modèles nationaux de notre Communauté.

PRÉVENTION DE LA CORRUPTION ET LUTTE CONTRE CE PHÉNOMÈNE

Mener des actions et redoubler d’efforts pour améliorer, renforcer et promouvoir les politiques de prévention et de lutte contre la corruption adoptées par les Etats membres, en appliquant plus efficacement, à cet égard, les instruments internationaux et régionaux selon les principes de souveraineté et de respect de l’ordre juridique interne. A cet égard, promouvoir des politiques, de bonnes pratiques et des expérience de prévention et de lutte contre la corruption, fondées sur la participation des citoyens, le contrôle social, la transparence, l’obligation de rendre des comptes, l’éthique et l’intégrité publique. Renforcer de même l’accès à l’information publique et à la transparence pour encourager et garantir une gestion publique efficace, participative et démocratique dans notre Communauté.

1.       Créer un groupe de travail intergouvernemental spécialisé dans la prévention et la lutte contre la corruption, qui mettra au point un plan de travail permettant de promouvoir des grandes lignes d’action selon les normes et les priorités établies dans la déclaration de la Première Réunion spécialisée des ministres et des hauts fonctionnaire chargés de prévenir et de combattre la corruption, et dans ce Plan d’action, lequel groupe de travail servira de point d’échanges de bonnes pratiques et de promotion de l’aide technique, tout en reconnaissant le travail et les efforts réalisés par d’autres instances et mécanismes multilatéraux. A cet égard, le Groupe de travail fonctionnera comme instance complémentaire, en évitant le doublonnage d’efforts et en restant constamment en communication avec le Groupe d’examen de l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption et avec ses groupes de travail concernant la prévention de la corruption et le recouvrement d’avoirs.

2.       Faciliter et promouvoir l’application des instruments internationaux et régionaux auxquels sont partie les Etats membres de la CELAC, notamment la Convention des Nations Unies sur la corruption.

3.       Promouvoir et favoriser des mécanismes d’articulation et de coordination entre les institutions et les organes de contrôle chargés de prévenir et de combattre la corruption dans les Etats membres, afin de combattre la corruption, ainsi que l’utilisation de mécanismes permettant de recouvrer les avoirs issus de ce crime qui sont placés à l’étranger.

4.       Promouvoir des mécanismes de transparence gouvernementale basés sur le libre accès des citoyens à l’information publique et des initiatives de gouvernement ouvert, en garantissant une gestion publique participative et démocratique, et des espaces et des mécanismes de participation des citoyens aux décisions gouvernementales, où interviennent de concert la société civile dans son ensemble et les institutions publiques.

5.       Promouvoir la Coopération Juridique Réciproque entre les Etats membres de la CELAC au sujet des procédés et des actions judiciaires ayant à voir avec les crimes de corruption, tels que pots-de-vin, détournement des fonds publics et blanchiment d’avoirs, conformément aux accords souscrits par les Etats entre eux.

6.       Promouvoir aussi des principes communs qui favorisent l’intégrité du secteur public, le respect de la loi, l’honnêteté et la moralité dans l’exercice des fonctions publiques.

PARTICIPATION DES CITOYENS

Favoriser la participation active des citoyens, notamment des organisations et des mouvements sociaux, dans la mesure où ils sont des agents incontournables de l’intégration régionale, et encourager de même l’engagement des acteurs sociaux en tant que sujets ayant des droits et des obligations, dans le cadre des législations nationales.

1.       Evaluer la mise en place d’un mécanisme de participation des citoyens dans la CELAC pour influer sur l’intégration régionale.

SÉCURITÉ DES CITOYENS

Faire prendre conscience que la sécurité des citoyens est l’une des principales préoccupations des pays latino-américains et caribéens, et que son raffermissement est capital pour pouvoir promouvoir le développement de la région et pour améliorer décisivement la qualité de la vie et le bien-être des citoyens, ainsi que pour favoriser des politiques publiques en la matière.

1.Convoquer au second semestre de 2014, au Chili, une réunion de hauts fonctionnaire des Etats membres et de représentants des organismes et mécanismes régionaux, sous-régionaux et internationaux compétents, afin de mettre au point des recommandations permettant de préparer un programme stratégique de la CELAC sur la sécurité des citoyens  qui engendre des synergies et de la complémentarité et qui évite le doublonnage d’efforts humains et financiers.

COOPÉRATION

Promouvoir la Coopération Sud-Sud mutuellement avantageuse, sans conditions ni diktats, en correspondance avec les stratégies, les programmes et les plans de développement économique et social de chaque Etat membre, dans le respect absolu de la souveraineté nationale et inspirée du principe de la solidarité, afin de mettre en place un programme qui reflète l’identité et les priorités de la région, qui contribue à y réduire les asymétries et les écarts en matière de développement national, qui stimule le développement durable et des associations innovatrices, par l’articulation des instances de coopération régionales et sous-régionales, et qui permette de concerter des positions et de présenter un programme commun dans les instances et les organismes internationaux.

1.       Organiser en 2014 la Deuxième Réunion du Groupe de travail de la CELAC sur la coopération internationale, en tant qu’instance spécialisée.

2.       Ledit Groupe de travail remplira, entre autres, les fonctions qu’il a définies à sa première réunion de Buenos Aires.

3.       Ledit Groupe recueillera les intérêts des pays membres afin d’identifier les domaines et les activités de coopération avec des partenaires non régionaux.

MÉCANISMES D’INTÉGRATION RÉGIONAUX ET SOUS-RÉGIONAUX

Continuer d’améliorer la complémentarité et la coopération entre les mécanismes d’intégration régionaux et sous-régionaux et de renforcer la coordination entre leurs secrétariats et présidences pro tempore, afin de contribuer à leur efficacité et d’éviter des doublonnages inutiles, conformément aux mandats de la CELAC.

Organiser en 2014 la Quatrième Réunion des mécanismes d’intégration régionaux et sous-régionaux, afin d’évaluer et d’ajuster le progrès du tableau de propositions d’actions. Tenir de même au premier semestre de 2014 à Caracas (Venezuela), la Première Réunion des mécanismes régionaux et sous-régionaux sur des questions sociales, afin de préparer un projet de programme stratégique de coordination en fonction des priorités dégagées ans le Plan d’action sociale de la CELAC.

Prendre note du document intitulé : « Propositions d’actions selon les priorités de chaque organisme » adopté par la Troisième Réunion des mécanismes d’intégration régionaux et sous-régionaux tenue à San José (Costa Rica) les 2 et 3 décembre 2013. Encourager les mécanismes et les organismes à poursuivre leurs travaux selon les thèmes et les accords dégagés à cette réunion et structurés selon les quatre domaines du Plan d’action de Caracas.

Continuer d’améliorer la communication, la coopération, l’articulation, la coordination, la complémentarité et la synergie entre les organismes et les mécanismes d’intégration régionaux et sous-régionaux par l’intermédiaire de leurs organes de direction respectifs, en optimisant l’emploi des ressources et la complémentarité des efforts.

Promouvoir la participation active des Etats membres à l’Expo ALADI 2014, qui se tiendra du 8 au 10 octobre 2014 à Montevideo (Uruguay), afin de favoriser le commerce dans la région.

POLITIQUE INTERNATIONALE

Continuer de faire connaître et de promouvoir les intérêts et les inquiétudes de l’Amérique latine et des Caraïbes au sujet des principaux points inscrits à l’ordre du jour international, et continuer de perfectionner au sein de la CELAC une coordination permettant d’établir des relations avec des pays et groupes de pays et avec des organismes internationaux.

A. POINT DE PORTÉE MONDIALE

Continuer de promouvoir des initiatives conjointes sur des points intéressant la région.

Continuer de concerter nos positions au sujet du désarmement nucléaire et de participer activement à la mise au point de propositions concrètes en vue de parvenir à éliminer totalement les armes nucléaires, selon un calendrier multilatéral, transparent, irréversibles et vérifiable. Continuer de suivre en tant que région la résolution A/RES/68/32 de l’Assemblée générale intitulée : « Suivi de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur le désarmement nucléaire de 2013 ».

Continuer de promouvoir la coopération entre la CELAC et l’OPANAL, organe régional spécialisé, afin d’articuler des positions communes et des actions conjointes en matière de désarmement nucléaire.

Consolider la région latino-américaine et caribéenne comme Zone de paix où les différends entre les nations se règlent pacifiquement, par le dialogue et la négociation ou d’autres formes de règlement, en plein accord avec le droit international.

B. RAPPORTS AVEC DES PARTENAIRES HORS DE LA RÉGION

Faire avancer l’élaboration de feuilles de route de la CELAC portant sur la promotion du dialogue et de la coopération avec ses contreparties hors de la région. A cet égard :

-          Faire avancer la mise en place de l’Instance de coopération Chine/CELAC et fixer la date de la réunion pour l’année 2014 .

-          Réaliser le Mécanisme de dialogue politique CELAC-Russie.

-          Promouvoir des formes viables de coopération concrète et efficace avec les pays et les organisations avec lesquels il existe des contacts à ces fins.

Poursuivre les rencontres de la troïka élargie avec les partenaires prioritaires pour les membres de la CELAC afin de nouer un dialogue et une coopération avec elle, en permettant la participation de tous les Etats membres, à l’occasion de la soixante-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies ou d’une autre conférence internationale jugée pertinente.

Intensifier les relations et la coopération avec le groupe BRICS, avec l’Union africaine et avec l’ANASE, entre autres.


[1] Les conférences, les associations et les conseils de recteurs d’Amérique latine et des Caraïbes réunies à Belo Horizonte (Brésil), en novembre 2013, ont décidé de fonder l’Association des conseils de recteurs d’universités latino-américaines et caribéennes (ACRU-LAC), à la suite de coordinations avec les organismes et associations régionaux : l’Association des universités du Groupe de Montevideo (AUGM), l’Associaiton des universités des Caraïbes (UNICA), le Conseil supérieur des universités d’Amérique centrale (CSUCA), l’Institut internationale pour l’enseignement supérieur en Amérique latine et les Caraïbes (IESALC), l’Union des universités d’Amérique latine et des Caraïbes (UDUAL), ainsi que de réunions tenues au Nicaragua, au Panama et à Cuba lors de réunions de l’Organisation des Etats ibéro-américains pour l’éducation, la science et la culture (OEI) et du Conseil universitaire ibéro-américain (CUIB).

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/iieme-sommet-de-la-celac-a-la-havane-retour-en-force-de-lequilibre-du-monde-de-bolivar-et-de-marti/

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Le 24 août 2012, www.lutte-ouvriere-journal.org

Lutte Ouvrière n° 2299

On nous écrit : l’Agent Orange fabriqué aussi en France

En page 7 du n° 2298 de Lutte Ouvrière, du 17 août 2012, j’ai lu l’article de Gilles Boti intitulé Viêt Nam, l’impérialisme américain continue de tuer, dans lequel on lit : « les compagnies américaines qui produisaient l’Agent Orange, comme Monsanto et Dow Chemical ». Or il conviendrait d’informer nos lecteurs que ces sociétés trouvèrent une complicité en France. En effet, à l’époque, je travaillais chez Progil, qui avait une usine chimique située dans la banlieue de Grenoble. Un atelier y fut spécialement construit pour produire du 2.4.D et du 2.4.5.T, constitutifs de l’Agent Orange. Au début, il n’y eut guère de précautions prises puisque la production partait directement vers la ville de Cholon, au Sud-Viêt Nam d’alors. Par la suite, elle fut acheminée via un pays tiers, car la contestation contre la guerre du Viêt Nam s’était amplifiée en Europe occidentale. Bien sûr, des travailleurs de cet atelier furent aussi victimes de contamination entraînant de graves maladies.

Fraternellement vôtre, R.C.

 

Le 4 septembre 2012 http://asie-info.fr publie : Viêt Nam : contamination par la dioxine plus grave que prévu

Des analyses de sang effectuées à Da Nang se sont toutes révélées positives à la dioxine. L’aéroport local avait abrité un dépôt d’Agent Orange pendant la guerre. Jules Étienne

Les tests de 62 individus choisis au hasard dans une zone qui jouxte l’aéroport, où se trouvait l’aire de stockage de l’Agent Orange, ont tous été positifs à la dioxine, qui est à la base du très puissant défoliant dont les avions américains ont, selon Hanoi, déversé 80 millions de litres sur la moitié sud du Viêt Nam de 1961 à 1971.

Aucun des individus testés entre 2006 et 2012 n’a participé à la guerre ou n’a vécu dans les zones où l’aviation américaine a déversé le défoliant. Leurs seuls points communs, selon le quotidien Thanh Nien : ils étaient âgés de plus de 18 ans lors des tests et résident depuis au moins cinq ans à proximité de l’aéroport où l’Agent Orange a été stocké. L’un d’entre eux, Vo Duoc, âgé de 58 ans, a déclaré que les 18 membres de sa famille élargie vivaient près de l’aéroport et que les résultats pourraient signifier «une catastrophe pour les enfants». Ces résultats ont déjà provoqué une vive inquiétude dans un secteur où résident des milliers de gens. Le projet, dans lequel s’inscrivent les tests, est parrainé par la Fondation Ford et Hatfield Consultants, une société environnementaliste canadienne. 25 parmi les individus testés vont être envoyés dans un hôpital militaire de Hanoi pour y bénéficier, gratuitement, d’un traitement déjà testé sur des anciens combattants.

L’aéroport de Da Nang, dans le centre du Viêt Nam, est la première de trois anciennes aires de stockage de l’Agent Orange que les Américains ont commencé à décontaminer le 9 août dernier en collaboration avec l’armée vietnamienne. Les deux autres aires sont les anciens aéroports de Bien Hoa, près de Hô-Chi-Minh-Ville, et de Phu Cat, dans la province de Vinh Binh (au sud de Da Nang).

De 2,1 millions à 4,8 millions de Vietnamiens ont été directement exposés à l’Agent Orange et à d’autres produits chimiques liés à des cancers, à des malformations à la naissance ou à des maladies chroniques, notamment respiratoires. Depuis la fin de la guerre, la dioxine représente un danger supplémentaire en raison de l’influence de la contamination de sols sur la chaîne de consommation alimentaire. Un organisme américano-vietnamien a estimé à 450 millions de dollars [ ?] le montant nécessaire à l’élimination de la dioxine et à l’aide aux victimes.

 

05 septembre 2012, http://www.actu-environnement.com

Des champignons à la rescousse des sols pollués par les dioxines

En 1998, l’incinérateur d’Halluin dans le Nord provoque une importante pollution aux dioxines. Les acteurs locaux se mobilisent et un projet de recherche est engagé pour tester une phytoremédiation un peu particulière : utiliser les champignons pour biodégrader les dioxines. La phytoremédiation est un procédé de génie écologique relativement bien connu pour dépolluer les sols contaminés par les métaux et métalloïdes, les pesticides, les solvants, les explosifs, le pétrole brut et ses dérivés, voire les radionucléides. Ce type de traitement par les plantes, voire les champignons – on parle alors de mycoremédiation – est apprécié car il évite de devoir excaver les terres polluées. Lesquelles deviennent en effet, des déchets à transporter, à stocker pour être traité et réutilisé avec un coup environnemental et financier important. Revers de la médaille toutefois, si la solution est plus écologique que l’excavation des terres, la nature prend son temps : les plantes et les micro-organismes du sol dégradent ou stockent donc lentement les polluants de sorte que cette dépollution ne peut pas être utilisée dans l’urgence, par exemple dans le cadre d’une dépollution précédent une opération de réaménagement urbain.

Dégrader les dioxines

Survenue en 1998 sur la commune de Halluin, une importante pollution à la dioxine par l’incinérateur a durablement contaminé les zones agricoles environnantes. L’association « Halluin 3R » (Recherche Réseau Requalification) a été officiellement créée en février 2007 en partenariat avec la Ville de Menin, Triselec, Valnor et des associations telles EDA, Espace Biotique et Réactifs Consultants, avec l’objectif d’élaborer un projet de réhabilitation in situ notamment par l’étude et la recherche de solutions de mycoremédiation. Concrètement, la première phase du projet dont le budget est évalué à 270.000 € financé principalement par l’Ademe, la Région et Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU), vise à étudier les sols pour comprendre les interactions entre les plantes locales et deux groupes de champignons microscopiques du sol (champignons saprotrophes et symbiotiques mycorhiziens à arbuscules CMA) pour réduire la pollution. Au final, le programme qui devrait durer trois ans pour un budget estimé à 1 million d’euros, pourrait afficher des résultats reproductibles dans le monde entier.

Baptiste Clarke © Tous droits réservés Actu-Environnement

 

7 septembre 2012, http://www.liberation.fr :  Un «traitement» scientologue testé au Viêt Nam sur des victimes de l’Agent Orange

Un hôpital vietnamien a expliqué vouloir tester l’efficacité de la «méthode Hubbard», une cure de vitamines. L’ambassade américaine s’est distanciée de cette expérience.

Des victimes de l’Agent Orange, défoliant utilisé par les Américains pendant la guerre du Viêt Nam, vont suivre un traitement controversé, à base de sport et de prise de vitamines, proposé par l’Eglise de Scientologie, a-t-on appris de source hospitalière.

Hanoi affirme que jusqu’à trois millions de Vietnamiens ont été exposés à la dioxine contenue dans l’Agent Orange, et qu’un million d’entre eux souffrent de graves problèmes de santé, dont 150 000 enfants nés avec des déformations.

Vingt-quatre patients contaminés testeront pendant un mois au 103 Hospital de Hanoi, la «méthode Hubbard», du nom du fondateur de l’Église de Scientologie, l’écrivain américain de science-fiction Ron Hubbard, a indiqué à l’AFP Hoang Manh An, directeur de l’hôpital. Cette méthode qui consiste en des séances de sauna, d’exercice physique et en l’ingestion de vitamine «n’a jamais été utilisée auparavant dans le traitement des maladies liées à la dioxine et nous voulons vérifier son efficacité», a justifié Hoang Manh An.

À Hanoi, l’ambassade des États-Unis – où la Scientologie est considérée comme une religion – a clairement pris ses distances. «Nous ne connaissons aucun traitement sûr et efficace de désintoxication pour les personnes contaminées à la dioxine», a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’ambassade, Christopher Hodges.

Quelque 80 millions de litres d’Agent Orange ont été pulvérisés par les Américains sur les jungles du Viêt Nam du Sud pour détruire la forêt et les cultures utilisées par la guérilla communiste vietnamienne.

Classé parmi les sectes dans plusieurs rapports parlementaires français, l’Église de Scientologie a été fondée en 1954. Elle revendique plus de 10 millions d’adeptes dans le monde.

En France, ses deux principales structures ont été condamnées en appel cette année à des amendes de 400 000 et 200 000 euros pour «escroquerie en bande organisée». (AFP)

 

Le 9 septembre 2012, http://www.globaltimes.cn :  La participation US au nettoyage de la dioxine politiquement motivée, par Wayne Dwernychuk

Depuis plus de trois décennies, les États-Unis ont affirmé qu’aucune preuve existe entre l’utilisation de l’Agent Orange par leur armée pendant la guerre du Viêt Nam est la cause d’importantes complications de santé pour les citoyens vietnamiens qui pourraient avoir été exposés à l’herbicide.

Peu de temps après la cessation des hostilités entre les deux pays, les scientifiques vietnamiens décrivent une augmentation des malformations congénitales humaines et autres questions liées à la santé dans les zones de pulvérisation de l’Agent Orange. Les Vietnamiens sont convaincus que l’Agent Orange a été le premier facteur d’anomalies observées à la naissance et que les perturbations immunologiques provoquent la détérioration de la santé humaine. Les États-Unis ont refusé d’accepter les données produites par des scientifiques vietnamiens sur la base que leurs recherches ne répondaient pas à la rigueur des normes occidentales [tandis que dans le même temps ils reconnaissaient ces mêmes méfaits sanitaires sur leurs vétérans du Viêt Nam comme étant liés à l’Agent Orange et les dédommageaient]. En conséquence, une impasse existe depuis de nombreuses années entre les deux pays, et elle a été un obstacle à la poursuite de la normalisation complète des relations diplomatiques entre les États-Unis et du Viêt Nam. Le 27 août, le Global Times a publié un article intitulé : ” Le nettoyage de l’Agent Orange arrive bien tard et est insuffisant pour une vraie justice “. L’article fournit une vue d’ensemble correcte au problème de la contamination par la dioxine, des activités et des coûts liés à des objectifs d’assainissement à long terme. Ma question, cependant, est la suivante: si les États-Unis soutiennent qu’il n’y a pas de preuve que l’Agent Orange ou la dioxine a causé des problèmes de santé humaine au Viêt Nam, alors pourquoi les États-Unis offrent une aide financière au Viêt Nam pour soutenir les efforts de nettoyage à Da Nang ?  aéroport international qui va sans doute conduire à des fonds supplémentaires pour le nettoyage de d’autres anciennes bases militaires américaines au Viêt Nam étiquetés comme des points chauds de dioxine ?

J’étais plein d’espoir, et peut-être naïf, de croire que les États-Unis en étaient finalement venu à la conclusion que l’Agent Orange ou la dioxine a été préjudiciable à la santé humaine, mais ne voulaient pas concrétiser une assistance au Viêt Nam à titre de compensation en soi, évitant ainsi la possibilité d’admettre la culpabilité et de conduire à une action en justice.

L’aide des États-Unis, trop insignifiante et tardive, vise à créer un cadre bilatéral dans la lutte contre la contamination par la dioxine dans le sud du Viêt Nam. Cependant, il peut y avoir une justification plus calculée de la part des États-Unis d’avoir libérer des dollars pour la décontamination de Da Nang, décision moins entourée par des motifs altruistes que par des tendances égoïstes orientées vers des intérêts politiques dans la Région Asie-Pacifique. La Chine renforce progressivement sa présence dans la région. La mer de Chine méridionale est devenue une préoccupation croissante pour la Chine et le Viêt Nam, compte tenu des ressources naturelles dans celle-ci. En offrant un soutien financier indispensable au Viêt Nam dans la décontamination de la dioxine, les États-Unis, je crois, voit un avantage significatif à ces actions. D’une part, pour enfin offrir une aide indispensable au Viêt Nam, les États-Unis reçoivent une réaction positive de la communauté internationale. Et, d’autre part, les États-Unis reçoivent un positionnement diplomatique favorable au Viêt Nam pour leur très attendu redressement d’un tort causé par l’utilisation de l’Agent Orange pendant le conflit. Ce positionnement sera éventuellement de conduire à une présence militaire américaine au Viêt Nam, afin d’établir une contre influence à celle croissante de la Chine dans la région. Il n’est pas inconcevable que l’administration américaine ait, en effet, modifié, même légèrement, sa position passant de leur vieux mensonge « pas de preuve », à l’acceptation d’un danger potentiel de la contamination par la dioxine.

Cette position peut faciliter les efforts de coopération à la réduction des contaminants, permettre diminuer de façon importante le potentiel néfaste de la dioxine sur la santé des humains. Mais, je soupçonne la position américaine d’être trop généreuse pour être honnête. Quant à la raison la plus importante dans cette nouvelle approche coopérative de faire face au problème de la dioxine au Viêt Nam, est-ce une reconnaissance américaine des dangers de la dioxine ou le désir des États-Unis à lier amitié avec le Viêt Nam comme tampon éventuel à la Chine ? Est-ce vraiment important? Pour les Vietnamiens qui souffrent en raison des actions de guerre de l’Agent Orange utilisé par l’armée américaine, la géopolitique de la région est de peu de conséquence. La vie quotidienne de nombreuses personnes dépend des terres et des aliments contaminés. La réduction des méfaits est primordiale pour eux. Cela seul est digne de tous les efforts que les États-Unis et le Viêt Nam déploient à réduire l’héritage persistant de l’Agent Orange.
L’auteur est un spécialiste de l’environnement en Colombie-Britannique, Canada.

À la mi-septembre 2012, http://www.thanhniennews.com publie Un traitement de la dioxine se fondant sur la Scientologie

Il a été rapporté dans la presse que les Vietnamiens pourraient utiliser une méthode de désintoxication appelée « méthode Hubbard » relevant de la Scientologie. Le procédé utilise des vitamines, exercice et sauna devant «supprimer» les dioxines du corps humain.
Je suis convaincu que la méthode Hubbard proposé pour éliminer la dioxine dans les citoyens vietnamiens exposés à l’agent Orange ne donnera absolument aucun effet en termes de désintoxication de la molécule de dioxine, ou toute forme de “purification ” annoncée dans les récents communiqués de presse. La dioxine a une forte affinité pour les lipides (graisses) dans le corps humain. Le lien établi entre graisses et dioxines, sang et tissus graisseux situés dans le corps humain est très fort. La dioxine est libérée lentement, après de nombreuses années de processus métaboliques naturels. La demi-vie de la dioxine dans le corps humain est de l’ordre de 11 – 15 ans… au cours de cette période, la moitié de la concentration en dioxines serait naturellement éliminée de l’organisme. Ma compréhension est que cette période n’est qu’une estimation, et que les processus physiologiques dans divers organes humains peuvent différer d’une manière qui rend cette demi-vie variable; en conséquence, il peut y avoir des variations considérables en ce qui concerne les estimations de demi-vie pour l’homme, peut-être s’étendant sur des périodes de temps bien au-delà de la onzième ou quinzième année. Je ne suis pas au courant d’études scientifiques crédibles qui valident la « méthode Hubbard » permettant une désintoxication. Sans cette preuve scientifique, généré par enquêtes scientifiquement contrôlées et rigoureuses, je pense que cette méthode doit être reléguée dans les catégories de « ridicule », « risible », et surtout « frauduleuse » si ces allégations sont réalisées sans preuves scientifiques. Karin Pouw, une porte-parole de l’Église de Scientologie a déclaré : «  la « méthode Hubbard a eu de nombreuses applications et avait été utilisée pendant plus de trois décennies pour gérer l’environnement toxique, l’exposition aux pesticides et la réhabilitation de drogués “. Pouw peut prétendre tout ce qu’elle veut, mais jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de présenter des preuves accumulées par des études scientifiques contrôlées qui soutiennent ses revendications de désintoxication, ses commentaires et prétendus faits doivent être considérés comme faux. Je mets au défi Pouw, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, de s’opposer à mes affirmations. Je suis convaincu que cela n’arrivera jamais … la « méthode Hubbard » devrait être relégué au tas de débris, aux affirmations de ceux qui continuent à croient que la terre est plate. Vietnamiens, c’est une arnaque. Malheureusement, oui … de faux espoirs en effet. Je ne crois pas à qu’une forme de châtiment dirigée vers le Vietnamien soit justifiable. Je crois que ces hommes sont honnêtes et tentent de répondre à une situation médicale grave forgé à cause de l’utilisation de l’Agent Orange dans leur pays de 1961 à 1971. Plus de 80 millions de litres d’Agent Orange ont été libérés dans l’environnement vietnamien au cours de cette période. Je sens un grand désespoir au Viêt Nam pour essayer d’aider ceux qui souffrent de maladies par l’accumulation de dioxine dans leur corps. Le gouvernement vietnamien fait tout son possible pour fournir une aide financière aux victimes, et recherche toute méthode qui pourrait prévenir les problèmes sanitaires futurs chez les personnes identifié comme contaminés à la dioxine, et celles qui sans aucun doute seront identifiées à l’avenir. En ce qui me concerne, leurs actions témoignent de leur désir d’aider les moins fortunés dans leur pays qui, sans aucune faute de leur part, souffrent maintenant de l’héritage continuel de Agent Orange.

En ce qui concerne les États-Unis et l’entrée de la « méthode Hubbard » dans le traitement de l’Agent Orange / Dioxine, je soupçonne qu’il est peu probable que les États-Unis appuient un tel processus. Les États-Unis devraient augmenter ses récents engagements à aider le Viêt Nam à sa contamination par la dioxine, problème désormais étendu à tout le pays. Le retrait de la dioxine des sites contaminés et de la chaîne alimentaire humaine est primordiale, comme fournir une aide humanitaire à ceux qui ont sans le savoir contaminé leur corps, et qui subissent maintenant les conséquences de la catastrophe Agent Orange.
Par le Dr Wayne Dwernychuk, spécialiste de l’environnement au Canada

 

18/09/2012, http://www.cpv.org.vn titre, Inauguration d’un centre de désintoxication pour les victimes de l’agent orange

L’hôpital militaire 103 a inauguré lundi matin la mise en service de la première tranche d’un centre de soins pour les victimes de l’Agent Orange/dioxine. Ce centre, spécialisé dans le traitement des victimes de cette substance toxique utilisée par l’armée américaine durant la guerre au Viêt Nam, possède de nombreux équipements modernes de réhabilitation fonctionnelle.

Le général Hoang Manh An, directeur de l’hôpital militaire 103, a déclaré qu’“une fois la deuxième phase achevée dans environ trois mois, ce centre possèdera trois autres salles de sauna et de bains chauds, ainsi que d’autres équipements de réhabilitation fonctionnelle. Nous pourrons ainsi soigner de 50 à 80 patients. Mais il faudrait construire d’autres centres de ce genre.”

Selon les statistiques, environ 4,5 millions de personnes dans l’ensemble du pays sont intoxiquées par l’Agent Orange alors que le pays ne comprend aucune installation privée spécialisée pour leur traitement. De 2008 à ce jour, l’hôpital militaire 103 a traité de nombreuses victimes de l’Agent Orange/dioxine avec de bons résultats.

Thao Nguyen (Selon AVI)

20/09/2012, http://fr.vietnamplus.vn: Règlement effectif des conséquences de l’Agent Orange d’ici 2020

Le plan d’action du Groupe de dialogue Viêt Nam-États-Unis prévoit un règlement effectif des conséquences de l’Agent Orange/dioxine d’ici 2020, lors de la 7e réunion les 20 et 21 septembre à Hanoi du Comité mixte consultatif Viêt Nam-États sur l’Agent Orange/dioxine (JAC). Dans les cinq années à avenir, les activités seront particulièrement renforcées, la décontamination de l’aéroport de Da Nang (Centre) commençant cette année.

Le Groupe de dialogue Viêt Nam-États-Unis sur l’Agent Orange/dioxine qui regroupe des individus, scientifiques et décideurs de politiques a pour objet de mobiliser toutes les ressources en vue d’un tel règlement.

En 2011, il a réussi à mobiliser 91 millions de dollars pour la décontamination de sites pollués par la dioxine à Da Nang, à Biên Hoa et à Phu Cat (Centre). Un tiers de cette somme a été consacré aux programmes de santé et de soutien des victimes handicapées par l’Agent Orange/dioxine de huit provinces, soit près de 20.000 personnes.

Le groupe a depuis peu notablement progressé dans le règlement du problème de l’Agent Orange/dioxine au Viêt Nam, avec notamment la promulgation le 22 décembre 2011 par le président des États-Unis Barack Obama d’une loi accordant une somme de 20 millions de dollars pour l’aéroport de Da Nang et les programmes de santé et de soutien des victimes vietnamiennes.

En 2011, le gouvernement vietnamien a décidé de consacrer 28 milliards de dongs, soit près de 1,3 million de dollars, au projet de Village de l’amitié afin de s’occuper des victimes.

Le village a en outre reçu 25.000 dollars de dons d’organisations non-gouvernementales et de particuliers.

Le groupe de dialogue Viêt Nam-États-Unis discute pendant deux jours de nombreux points sur la décontamination des sites, les soins de santé pour les victimes, de recherche scientifique sur la dioxine, d’expérimentation des techniques mises au point pour la décontamination…

-AVI  [Agence Vietnamienne d’Information]

http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html

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Cherchant un peu plus à contraindre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch à quitter ses fonctions, les partis d’opposition droitiers, l’Alliance ukrainienne démocratique pour la réforme (UDAR), le parti Patrie (Batkivshchyna) et le parti néo-fasciste Svoboda (Liberté), ont rejeté la proposition du président offrant l’amnistie politique aux manifestants anti gouvernement arrêtés durant les deux derniers mois de protestation sur la Place de l’Indépendance à Kiev.

Ianoukovitch aurait tyrannisé mercredi soir les députés de son Parti des Région pour qu’ils votent en faveur de l’amnistie. L’opposition a aussitôt rejeté l’amnistie au motif que le gouvernement avait subordonné la loi à la condition que les manifestants quittent les bâtiments administratifs qu’ils occupent et qu’ils lèvent les barricades érigées au centre ville. Jeudi, Ianoukovitch a été soudain déclaré malade et dispensé de ses obligations publiques pour une période indéterminée.

Durant le weekend, Vitali Klitschko, chef de file d’UDAR qui a été fondé en étroite collaboration avec le parti conservateur allemand, l’Union chrétienne démocrate (DCU), avait déjà qualifié la démission du premier ministre ukrainien comme étant « un petit pas » et appelé à ce que les manifestations contre le gouvernement continuent. Suite à son rejet de la dernière concession de Ianoukovitch, Klitschko a accordé un entretien au journal allemand Bildappelant l’UE à imposer des sanctions contre Ianoukovitch et son gouvernement.

L’appel de Klitschko en faveur de sanctions contre les membres du régime de Ianoukovitch a été repris par la présidente du groupe des Verts au parlement européen, Rebecca Harms, qui a donné mardi une interview à la radio allemande. Harms a déclaré que de sérieux préparatifs en vue de sanctions devraient être entrepris par des « pays tels l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas » où sont actives des entreprises liées à Ianoukovitch et à sa « Famille » d’associés.

L’appel de Klitschko contre tout relâchement de la campagne contre Ianoukovitch a été soutenu par le dirigeant du parti Patrie, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Arseny Iatseniouk. Iatseniouk a dit aux journalistes que le patron de Patrie, l’oligarque et ancien premier ministre Julia Tymochenko, avait personnellement lancé un appel aux contestataires pour les inciter à continuer à lutter.

« Si vous vous arrêtez maintenant, sans avoir obtenu une victoire totale et complète, alors toutes les victimes sont trahies, » a-t-elle déclaré depuis sa cellule de prison.

La responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, Catherine Ashton, a également maintenu la pression sur Ianoukovitch en se rendant directement à Kiev après le sommet entre l’UE et la Russie qui s’est tenu mardi 28 janvier à Bruxelles. A Kiev, elle a rencontré des représentants de l’opposition, appelé à la fin de la violence et exprimé son inquiétude quant aux rapports relatifs aux manifestants portés disparus.

La campagne européenne et allemande menée contre Ianoukovitch et son principal allié politique, le président russe Vladimir Poutine, a été associée à une nouvelle offensive de la part du Département d’Etat américain. Washington a déjà annoncé des restrictions de voyage à l’encontre de certains membres du gouvernement ukrainien. Reuters a cité mercredi des fonctionnaires du congrès américain disant que le gouvernement Obama était en train de planifier de nouvelles sanctions financières au cas où les forces de l’Etat s’en prendraient aux manifestants.

A la mi-janvier, la Commission des relations étrangères du Sénat américain a tenu une audition intitulée « Les implications de la crise en Ukraine. » La secrétaire d’Etat adjointe aux Affaires étrangères et eurasiennes, Victoria Nuland, qui s’était rendue à Kiev pour soutenir personnellement les manifestants, et le vice-adjoint du secrétaire d’Etat américain pour les questions de démocratie, de droits de l’homme et de travail, Tom Melia ont pris la parole au cours de la réunion et souligné la signification stratégique de l’Ukraine.

Nuland a fait remarquer que le sort de l’Ukraine se justifie non seulement parce qu’elle se situe « au centre de l’Europe » mais parce qu’elle est aussi un partenaire « précieux » et « important » pour les Etats-Unis.

Dans son propre rapport à la réunion, Melia a annoncé que depuis la dissolution de l’Union soviétique en 1991 les Etats-Unis avaient « investi » plus de 5 milliards de dollars en Ukraine, dont 815 millions de dollars de ce montant étaient allés directement aux ONG pro-américaines. Melia a aussi dit que, depuis 2009, le gouvernement Obama avait fait don de 184 millions de dollars à divers programmes afin de mettre en œuvre un changement politique en Ukraine.

Nuland et Melia ont tous deux souligné que « les Etats-Unis sont aux côtés du peuple ukrainien en solidarité avec sa lutte pour les droits humains fondamentaux. » Leurs commentaires ont ensuite été complétés par un dossier de l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, qui avait prévenu, il y a de nombreuses années, de l’importance cruciale de l’Ukraine sur le grand échiquier eurasien.

Dans le contexte de discussions intenses menées par les Etats-Unis sur l’avenir de l’Ukraine, l’annonce faite cette semaine par des sources médiatiques américaines que la Russie a testé un nouveau missile de croisière lancé à partir du sol, en violation du traité de 1987 interdisant de tels missiles, n’est guère une coïncidence.

Dans un développement ultérieur, l’agence de notation américaine Standard & Poor’s (S &) a rétrogradé cette semaine la solvabilité de l’Ukraine, majorant par là le taux d’intérêt que le pays doit payer sur ces dettes.

L’Ukraine figure en bonne place sur l’agenda de la Conférence annuelle sur la Sécurité de Munich qui débute vendredi dans la ville du sud de l’Allemagne. Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, participeront à la conférence. Au cours de ces dernières semaines, les deux hommes ont ouvertement critiqué les gouvernements ukrainien et russe.

La campagne de pression politique intense émanant de l’Europe et des Etats-Unis a amené des partisans clé du régime de Ianoukovitch, notamment l’homme le plus riche du pays, Rimat Akhmetov, à envisager de changer de camp. Akhmetov a fait fortune en pillant les biens publics dans les années 1990, durant le premier gouvernement mené par l’actuel président.

Le journal The Guardian cite des sources disant que si Akhmetov pourrait être prêt à prendre un « coup à court terme, » un accord conclu avec l’UE était préférable pour son « bilan » à long terme. Le journal cite un diplomate étranger déclarant, « Les oligarques pourraient ne pas tellement s’intéresser aux valeurs européennes mais ils perçoivent la ‘valeur de l’Europe.’ »

En exposant la nature essentiellement réactionnaire des protestations de Kiev, Vadim Karasiov, ancien conseiller du président Ianoukovitch et directeur du groupe de réflexion de Kiev, a dit : « Les protestations sont financées par les oligarques. Actuellement, ils ne veulent pas de Poutine ou de l’union douanière et ils ont peur de la Famille… Si Poutine et l’union douanière l’emportent, alors le pouvoir est entre les mains de la Famille (c’est-à-dire de Ianoukovitch). »

La Révolution orange de 2004, qui avait principalement été financée par le Département d’Etat, avait conduit au remplacement du premier gouvernement de Ianoukovitch dirigé par le régime oligarchique de Tymochenko et de Viktor Iouchtchenko.

Le duo avait rapidement précipité le pays dans le chaos lorsqu’ils avaient commencé un plus grand enrichissement de Tymochenko et de ses oligarchiques. A présent, à la demande des puissances occidentales, le régime de Ianoukovitch et de ses compères est en train de subir des pressions visant à le convaincre de faire place à un nouveau régime d’oligarques mieux alignés sur les intérêts stratégiques occidentaux.

Stefan Steinberg

Article original, WSWS, paru le 31 janvier 2014

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L’extrême-droite française a organisé dimanche dernier un « Jour de colère » réclamant la démission du président PS François Hollande. Selon la police 17 000 personnes auraient pris part à la manifestation parisienne.

Le site d’information Médiapart écrit que le collectif « avait annoncé un mouvement de ‘convergence des luttes’, organisé sous huit bannières différentes : fiscalité, éducation-jeunesse, famille, identité nationale, chômage, respect des convictions religieuses, liberté d’entreprise, respect des libertés fondamentales. »

De nombreux groupes d’extrême-droite ont participé à la manifestation, dont les Groupes nationalistes révolutionnaires (GNR), le Front nationaliste, Terre et peuple, ou encore Yvan Benedetti, un ancien du Front national et dirigeant de l’Oeuvre française, un groupuscule dissout en juillet dernier après le meurtre néofasciste d’un étudiant, Clément Méric. Il y avait aussi des partisans du comédien islamiste d’extrême-droite Dieudonné M’bala M’bala, qui s’associe publiquement avec des négationnistes de l’holocauste tel Robert Faurisson.

Parmi les slogans antisémites et néo-nazis scandés lors de la la manifestation il y avait « Israël hors d’Europe, » « La France aux Français, » « Hollande ça suffit, travail, famille, patrie », les trois derniers mots reprenant la devise du régime fasciste de Pétain qui collabora avec l’occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

La manifestation a reçu divers signes de soutien de la part de politiciens français de droite. L’Union pour un mouvement populaire (UMP) n’a pas appelé à soutenir le Jour de colère mais l’ancien ministre UMP de l’Education, Luc Chatel, vice-président du parti a déclaré: « Je ne la soutiens pas mais je la comprends. »

Christine Boutin, ancienne ministre droitière du logement et présidente du petit Parti démocrate chrétien a dit être d’accord avec « cette agrégation de gens en colère » même si elle refusé d’y participer de crainte qu’il n’y ait des violences.

Le Front national (FN), conduit par Marine Le Pen, dont le père Jean-Marie avait de façon tristement célèbre qualifié l’holocauste de « détail de l’histoire », avait hésité à appeler à soutenir cette journée d’action. Sa nièce, la députée Marion Maréchal-Le Pen, avait changé d’avis après que sa section départementale eut pris part à l’organisation de la manifestation Jour de colère du fait de « l’environnement, l’appel des pro-Dieudonné, la crispation des échanges sur le web. »

L’organisation de la manifestation où les éléments les plus vils et les plus réactionnaires se présentent comme l’unique opposition à Hollande reflète l’absence totale de direction politique au sein de la classe ouvrière en France. Il y a au sein de la classe ouvrière, une profonde opposition de gauche à la politique d’austérité et aux guerres néo-coloniales de Hollande. Il est devenu le président le plus impopulaire de France depuis 1958, date de la mise en place de la Cinquième République.

Mais dans une situation où des groupes pro PS de la classe moyenne, tel le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), sont largement considérés comme la « gauche » du spectre politique, cette opposition de la classe ouvrière ne trouve pas d’expression. Ce qui domine ce sont les éléments les plus vils de la politique d’extrême-droite.

Lors d e récentes élections locales partielles, le FN néofasciste a dépassé le PS. Les prévisions concernant les élections européennes de mai donnent au FN les scores les plus élevés, dépassant les principaux partis parlementaires que sont le PS et l’UMP conservateur de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Ce Jour de colère est un exemple du développement à l’échelle de l’Europe des tendances fascistes ayant recours au chauvinisme, à l’homophobie et à l’islamophobie pour dissimuler leur programme pro-capitaliste et d’Etat policier visant à diviser et désarmer la classe ouvrière. L’année dernière, ils avaient organisé des manifestations de masse en France contre le mariage pour tous et le 19 janvier une manifestation de plusieurs milliers de personnes contre l’avortement.

Les forces de la pseudo-gauche ont non seulement étouffé l’opposition à Hollande de la classe ouvrière, mais ils ont aussi soutenu les guerres et la politique chauvine des gouvernements successifs, faisant virer massivement la politique française à droite, et contribuant à intégrer le FN dans l’establishmentpolitique.

Le Parti communiste français (PCF), le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et le NPA ont soutenu la loi contre le voile islamique et la burqa. Ils ont avec les syndicats apporté un soutien inconditionnel à l’élection de Hollande, sachant pertinemment qu’il pratiquerait une politique d’austérité dictée par l’Union européenne et les banques.

Ils n’ont mené aucune campagne contre la persécution des Roms et des sans-papiers du ministre de l’Intérieur de Hollande, Manuel Valls, contre la surveillance électronique massive de la population et les guerres néo-coloniales à l’étranger. Ils ont fait une tentative de pure forme pour protester contre les coupes dans les retraites, négociées entre Hollande et la bureaucratie syndicale l’année dernière. Mais comme ils n’étaient pas contre la mesure et qu’ils craignaient une opposition à Hollande de la classe ouvrière, et comme ils sont largement et correctement perçus comme étant des partisans de Hollande, ces manifestations ont tourné court.

Lundi l’annonce des chiffres record de 3,3 millions de chômeurs (10,6 pour cent) et 4,89 millions de personnes partiellement au chômage a fait voler en éclats le mensonge de Hollande, répété à l’envi tout au long de 2013, qu’il allait renverser la courbe du chômage.

Le même jour, loin d’appeler à la démission du gouvernement PS, les syndicats et les organisations patronales, les soi-disant partenaires sociaux, rencontraient le premier ministre Jean-Marc Ayrault pour entamer des négociations sur la manière de mettre en place les mesures d’austérité brutales contenues dans le Pacte de responsabilité des syndicats avec les patrons, mis en place par Hollande et impliquant des allègements fiscaux de 30 milliards d’euros pour les patrons et 20 milliards de coupes dans les dépenses sociales, afin d’améliorer la compétitivité et les profits du patronat aux dépens de la classe ouvrière.

La réaction immédiate du Medef, organisation patronale, a été comme on pouvait s’y attendre de rejeter toute idée que l’on puisse contraindre les entreprises à embaucher et d’exiger que les allègements fiscaux soient doublés pour atteindre 60 milliards d’euros.

Une déclaration du 14 janvier de l’Intersyndicale, regroupant la CGT (Confédération générale du Travail) et le syndicat des enseignants FSU, tous deux dominés par le Parti communiste, la CFDT (Confédération française démocratique du travail) et l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) proches du PS, a réclamé avant tout des mesures pro-patronales plus substantielles.

La déclaration appelle à « une plus grande clarté et une plus grande cohérence dans le financement et les aides apportés aux entreprises… pour la généralisation de la conditionnalité des aides et exonérations fiscales aux entreprises [concernant] la création d’emplois. »

Antoine Lerougetel

Article original, WSWS, paru le 30 janvier 2014

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Le Canada aide les USA à espionner grâce aux connections wi-fi

janvier 31st, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

Chaque jour ou presque amène son lot de révélations sur l’étendue de l’espionnage américain. Edward Snowden continue de distiller ses documents confidentiels au compte-goutte. Cette fois, on sort des Etats-Unis pour aller au Canada qui donne des coups de main à son voisin pour obtenir des données sur les voyageurs ayant fréquenté ses aéroports.

Le service de renseignements canadiens a mené, pour le compte de la NSA, un test de collecte de données de voyageurs par le biais des connexions sans fil des aéroports, a révélé jeudi CBC. Cette stratégie a permis de les suivre dans tous leurs déplacements pendant plusieurs jours.

En s’appuyant sur des documents secrets obtenus auprès de l’ancien consultant du renseignement américain Edward Snowden, la chaîne publique canadienne explique que le centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) a été en mesure de suivre les mouvements de tous les passagers ayant fréquenté les aéroports tout en se connectant aux systèmes Wi-Fi avec leurs appareils mobiles (téléphones, tablettes ou ordinateurs).

Ces personnes pouvaient ensuite être suivies dans leurs déplacements au gré de leurs connexions sur des Wi-Fi publics (café, bibliothèque, hôtels, transports en commun…) à travers le Canada, mais aussi dans les aéroports américains. Selon les documents, le CSTC a mené cette opération à titre de test pour le compte de l’agence de renseignements américaine (NSA).

G20 espionné

Selon la loi canadienne, le CSTC a pour mission de mener des opérations de renseignements uniquement à l’étranger en interceptant des communications ou en surveillant le trafic Internet. Ces derniers mois, cette agence a été à plusieurs reprises décriée pour ses interventions supposées sur le sol canadien. Le CSTC avait ainsi facilité l’espionnage des communications au cours du Sommet du G20 de Toronto en 2010 pour le compte de la NSA.

La révélation de la surveillance des voyageurs, Canadiens compris, aux aéroports, entrerait en contradiction avec les déclarations du chef du renseignement canadien, qui niait l’an dernier que le CSTC espionnait les Canadiens. “Protéger la vie privée des Canadiens est notre principe le plus important”, avait-il dit. Le premier ministre conservateur Stephen Harper s’en était remis à un commissaire indépendant pour s’assurer que les activités du CSTC étaient conformes à la loi.

Selon CBC, le test du CSTC avait pour objectif de tester un nouveau logiciel espion que le CSTC avait développé avec la NSA. S’appuyant sur des sources anonymes, CBC a rapporté que cette technologie-test née en 2012 était maintenant pleinement opérationnelle.

Source: ATS

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La banque centrale turque a relevé du jour au lendemain son taux d’emprunt de 7,75 pour cent à 12 pour cent dans une tentative désespérée de stopper la dégringolade de la lire. Cette hausse massive annoncée après une session extraordinaire, mardi à minuit, du conseil d’administration de la banque a surpris les marchés financiers, qui pour la plupart anticipaient une hausse de 2 points de pourcentage. Cette annonce est arrivée dans le contexte de mises en garde disant que ne pas réagir produirait un « carnage. »

La décision de la banque centrale fait suite à la chute de la lire, la semaine dernière, à son taux le plus bas jamais atteint par rapport au dollar américain, portant à ce jour cette année sa dégringolade à 10 pour cent. La banque a dit que sa nouvelle « politique monétaire serrée sera maintenue jusqu’à ce que l’on sente une amélioration significative sur le front de l’inflation. »

La Turquie était au coeur de la tempête financière de la semaine dernière, qui a fait plonger la valeur des devises des économies des marchés dits émergents, du fait des craintes que des taux d’intérêt à la hausse aux Etats-Unis ne provoquent une fuite en masse des capitaux. Cette crise a été déclenchée par la décision des autorités financières de l’Argentine de cesser de soutenir la valeur du peso, le laissant chuter de 12 pour cent, soit la chute la plus importante depuis la crise financière de 2001-2002.

La Turquie est particulièrement vulnérable aux turbulences mondiales car elle accuse un déficit courant de 60 milliards de dollars par an, dont 80 pour cent sont consolidés par des fonds à court terme. Il détient quelque 33 milliards de dollars de réserves étrangères, juste assez pour couvrir le coût des importations durant un mois et demi.

D’autres pays, dont l’Afrique du sud et l’Inde, qui dépendent eux aussi d’apports de capitaux hautement volatils pour couvrir les déficits de la balance de paiement, risquent eux aussi une crise majeure.

Il est certain que la décision de la banque turque a aggravé la crise politique du pays où le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, empêtré dans un âpre scandale de corruption, avait accusé ceux qui poussaient à augmenter le taux d’intérêt d’être engagés dans un complot. Prenant la parole avant la tenue de la réunion extraordinaire de la banque il a dit: « On ne laissera pas dégrader l’économie turque par le sabotage. »

La source principale des turbulences de la Turquie et des autres économies de « marchés émergents » n’est pas le « sabotage » ni un « complot » mais la conséquence du programme d’« assouplissement quantitatif » de la Réserve fédérale américaine. Des milliers de milliards de dollars ont été déversés sur les marchés financiers durant ces cinq dernières années afin de soutenir les grandes banques américaines et les institutions financières.

Suite à la décision de la Fed américaine le mois dernier de « réduire » son programme de 85 milliards de dollars par mois d’achat d’avoirs à 75 milliards de dollars, on s’attend à ce que les taux d’intérêt commencent à grimper aux Etats-Unis, inversant ainsi les flux de capitaux. Une étude publiée au début du mois par la Banque mondiale avertit qu’en cas de scenario catastrophe, les « marchés émergents » pourraient voir leurs flux de capitaux chuter de près de 80 pour cent.

Si la Fed décide de « réduire » davantage ses achats d’avoirs financiers après sa réunion d’aujourd’hui, cela pourrait à nouveau déclencher de rapides mouvements de devises.

Le gouverneur de la banque centrale du Brésil Alexandre Tombini a dit que « l’aspirateur » des taux d’intérêt à la hausse des grandes économies aspirerait l’argent des marchés émergents et obligerait leur banque centrale à augmenter les taux d’intérêt.

Hier, la banque centrale de l’Inde a augmenté les taux d’intérêt de 25 points de base, soit la troisième hausse de ces six derniers mois. D’autres pays pourraient bientôt suivre les décisions de la Turquie et de l’Inde.

Le consensus des marchés financiers semble être que la banque centrale sud africaine n’agira pas mais cela pourrait rapidement changer. L’Afrique du sud accuse le plus important déficit courant de son histoire. La semaine dernière, le rand est tombé à son plus bas niveau par rapport au dollar depuis octobre 2008, dans le sillage de l’effondrement de Lehman Brothers.

Le Brésil, la plus grande économie d’Amérique latine, connaît une croissance faible et un déficit courant qui a atteint son plus haut niveau depuis plus d’une décennie. La banque centrale du Brésil a élevé ses taux d’intérêt de 3,25 points de pourcentage depuis avril dernier, pour atteindre à 10,5 pour cent afin d’essayer de contenir l’inflation et d’intervenir activement sur les marchés financiers pour tenter d’éviter de grandes fluctuations de la valeur de sa monnaie.

Outre l’augmentation des taux d’intérêt américains, l’autre facteur majeur de la crise des devises est l’impact de la croissance qui se ralentit en Chine et les craintes qui s’amplifient à l’idée que le système financier du pays pourrait courir au désastre du fait de l’augmentation rapide de la dette ces cinq dernières années. Dans une tribune libre publiée dans le Financial Timeslundi, Ruchir Sharma, responsable des marchés émergents chez Morgan Stanley Investment Management a averti que la Chine était confrontée « pour le moins, au risque sérieux d’un ralentissement majeur » voire même pire.

« Oubliez l’Argentine, » écrit-il. « Le vrai problème du monde émergent c’est le nuage noir de la dette qui flotte au-dessus de la Chine. » Sharma a fait remarquer que d’autres pays en voie de développement qui ont connu une explosion de crédit de même envergure que la Chine ont tous subi une crise du crédit et un ralentissement économique majeur. Proportionnellement au PIB, la dette de la Chine a augmenté de 71 points de pourcentage à 230 pour cent durant ces cinq dernières années.

Ce n’est pas uniquement l’augmentation du montant de la dette qui est inquiétante. Il y a cinq ans, selon Sharma, il fallait une augmentation de 1 dollar de dette pour générer 1 dollar de croissance économique. En 2013, il fallait près de 4 dollars, et un tiers de la nouvelle dette sert à rembourser la dette ancienne.

Il y a aussi de la nervosité concernant la stabilité du système bancaire fantôme de la Chine, où l’on estime qu’il existe une dette de près de 4,8 mille milliards de dollars. L’instabilité et la possibilité d’une crise sérieuse sont attisées par les démarches faites par les autorités financières gouvernementales pour resserrer le crédit et faire dégonfler la bulle de la dette qui s’est développée durant ces cinq dernières années.

Selon le dernier Global Data Watch publié par J P Morgan: « Les taux interbancaires en augmentation, tant que les liquidités restent serrées, continuent de faire monter les coûts d’emprunt et ceci ajouté à une croissance ralentie, risque d’amplifier les tensions financières. »

Un ralentissement significatif en Chine ou une crise financière auront un impact immédiat sur les économies qui l’approvisionnent en matières premières, dont le Brésil, l’Afrique du sud et l’Australie, ainsi que les pays d’Asie du sud-est qui fonctionnent comme des fournisseurs de pièces détachées et de composants pour l’industrie chinoise.

Si la plupart des analystes financiers maintiennent que l’instabilité actuelle n’est pas une répétition de la crise asiatique de 1997-98, la crise actuelle des devises comporte de nombreux ingrédients similaires, dont les prêts libellés en dollars qui sont de plus en plus difficiles à rembourser avec la chute de la valeur de la devise du pays. De plus, l’intégration toujours plus complexe des marchés financiers ces 17 dernières années signifie qu’une crise dans n’importe quelle région du monde peut avoir de rapides conséquences dans le monde entier.

 Nick Beams

Article original, WSWS, publié le 29 janvier 2014

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Les corps de dix-neuf personnes ont maintenant été retirés des décombres de la résidence pour aînés du Havre, à l’Isle-Verte, qui a été en partie détruite par le feu le 23 janvier. Treize personnes manquent à l’appel. Cinq résidents sont toujours hospitalisés. La glace qui a recouvert le site arrosé par les pompiers a ralenti le travail pour retrouver les cadavres.

Même si les causes exactes de l’incendie restent à être déterminées, il est clair que la lourde perte de vies humaines est due à l’absence de gicleurs dans la partie la plus vieille de la résidence, bâtie en 1997.

Alors que la partie la plus vieille de la résidence en bois de trois étages a été rapidement dévorée par les flammes, rendant impossible l’évacuation des résidents peu mobiles, la partie la plus récente de la résidence, bâtie en 2002 et équipée de gicleurs, a subi peu de dommages suite à l’incendie.

Pendant des décennies, des pompiers, des coroners et des analystes expérimentés ont cherché à convaincre le gouvernement de rendre les gicleurs obligatoires dans toutes les résidences pour aînés, mais le gouvernement a refusé en citant les coûts qui en découleraient.

Et même aujourd’hui, après la tragédie de l’Isle-Verte, le gouvernement péquiste maintient que la question doit encore être étudiée.

Entre-temps, des informations ont filtré montrant qu’au cours des dernières années, les propriétaires de résidences pour aînés et le gouvernement du Québec ont travaillé de concert pour réduire les normes de sécurité et les coûts de fabrication des bâtiments. La priorité n’est pas la sécurité des résidents et des employés, mais plutôt que les personnes âgées soient hébergées au moindre coût avec la possibilité d’en retirer un profit. Tout cela a contribué au désastre.

De nombreuses études ont montré l’efficacité des gicleurs à ralentir la progression des incendies. L’Association américaine de la protection contre les incendies (US National Fire Protection Association) a fait savoir que ses dossiers montrent que pas plus de deux personnes sont mortes lors d’incendies dans des bâtisses résidentielles, institutionnels ou pour enseignement qui sont complètement équipées de gicleurs.

Pourtant au Québec, où un grand nombre de personnes âgées vivent dans des bâtisses en bois, le gouvernement n’exige des gicleurs que dans les résidences de quatre étages ou plus, ou bien là où vivent des personnes jugées en perte d’autonomie.

Trente-sept des résidents à la résidence de l’Isle-Verte étaient âgées de 85 ans ou plus, certains souffraient de l’Alzheimer, la plupart utilisaient une chaise roulante, mais le gouvernement n’a pas exigé de gicleurs parce que les résidants étaient jugés «semi-autonomes».

Selon le président de l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec, Daniel Brazeau: «Un gicleur équivaut à la présence d’un pompier au cœur du foyer d’un incendie dès les premiers instants. Cela permet de contenir l’élément destructeur en attendant l’entrée en action des premiers intervenants.»

Daniel Perron, le président de l’Association des chefs de pompiers du Québec a déclaré, lors d’une entrevue téléphonique à Post Media: «Nous parlons depuis des années de gicleurs. Nous sommes exaspérés par la situation… Nous avons demandé (des lois pour les gicleurs) pendant des années, mais nos penseurs, nos décideurs, ils finissent par trouver des choses qui nous ralentissent».

Il a cité la classification des personnes âgées en personnes «autonomes» et «semi-autonomes» comme un exemple. «Même si elles peuvent utiliser une fourchette et se nourrir elles-mêmes», a expliqué Perron, «ça ne veut pas dire qu’elle peuvent sauter du lit s’il y a un incendie la nuit».

Perron a dit que faire la promotion des gicleurs au Canada, c’est «comme être un prêtre: on a beau prêcher, beaucoup de gens vont encore en enfer». SelonLa Presse, 976 des 1953 résidences privées pour aînés de la province possèdent une charpente faite entièrement en bois. Sur les 976, 699 n’ont aucun système de gicleur. Autrement dit, 36 pour cent des résidences privées pour aînés sont fabriquées entièrement en bois et n’ont pas de gicleurs.

Un comité de travail interministériel avait été mis sur pied par le gouvernement libéral précédent pour adopter un nouveau règlement sur la certification des résidences pour aînés et établir de nouvelles normes de sécurité. L’Association des chefs en sécurité incendie et d’autres groupes faisant partie de ce comité avait recommandé l’obligation d’installer des gicleurs.

Selon André St-Hilaire, le président du comité de prévention de l’Association des chefs en sécurité incendie du Québec, le gouvernement s’interrogeait sur l’ampleur des investissements qu’une obligation d’installer des gicleurs allaient entraîner. «C’était majeur comme investissement, c’est clair. Alors il a été décidé de faire un comité de travail sur la question des gicleurs.»

Quant aux résidences publiques, qui hébergent des gens qui ont besoin d’assistance pour se déplacer, elles ne possèdent pas toutes des gicleurs. «La majorité des CHSLD sont “giclés”, mais quel est le pourcentage exact? Est-ce que c’est 80%? 70%? 90%? J’ai demandé un inventaire», a déclaré Réjean Hébert, le Ministre de la Santé et des Services sociaux. C’est seulement depuis l’an 2000 que le gouvernement prescrit l’installation de gicleurs lors de la construction de nouveaux centres d’hébergement public, ou CHSLD.

Tandis que le gouvernement prétend «manquer d’argent», les propriétaires des résidences pour aînés sonnent la même cloche. Selon Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences privées pour aînés: «En dessous de 16 résidants, la marge de profits des propriétaires est souvent minime, voire inexistante. Les petites résidences ne pourront pas payer pour tous ces changements. Et fermer des petites résidences dans des villages, ça aurait un impact désastreux sur les aînés qui y habitent. C’est bien de resserrer la sécurité. Mais il faut considérer plusieurs éléments avant d’agir.»

La question des gicleurs semble être la pointe de l’iceberg.

En 2005, les critères ont été diminués pour l’installation de murs coupe-feu. Si la nouvelle partie de la résidence du Havre avait été construite après 2005, il est possible que l’incendie aurait été encore plus dévastateur, car il semble que les coupe-feu en ciment ont contribué à empêcher le feu de s’y propager.

Le ministre Hébert a admis cette semaine que le niveau de formation pour les surveillants de nuit dans les résidences privés pour aînés allait être abaissé dans le cadre d’une nouvelle législation adoptée avant la tragédie.

Hébert prétend que l’intention du gouvernement était de n’appliquer ce critère réduit qu’aux résidences pour aînés de moins de 50 personnes, mais qu’une erreur avait été commise lors de la rédaction, et qu’il est écrit qu’il pourrait s’appliquer également à de plus grandes résidences.

Même si Hébert dit la vérité, cette erreur ne fait que souligner la négligence et l’indifférence du gouvernement.

«Il y avait un puissant lobby en faveur d’un assouplissement de cette règle, mais j’ai résisté», a prétendu Hébert. «Nous n’accepterons pas de compromis quand il s’agit de la sécurité des gens et de la qualité des services.»

La tragédie de l’Isle-Verte démontre, toutefois, que les gouvernements péquistes et libéraux ont compromis la sécurité des gens.

De plus, Hébert a admis qu’il s’est plié aux demandes des résidences pour ainés dans les petites communautés qui disaient avoir besoin de réduire leurs coûts.

«Elle ont soutenu qu’elles n’avaient pas besoin d’employé de nuit. Ce pourrait être un résidant ayant reçu une formation pour faire face aux urgences, et on a accepté», a dit Hébert. «Autrement ces résidences auraient été forcées d’augmenter leurs tarifs ou même être décertifiés, ce qui aurait été contraire à nos objectifs».

Lors de la nuit de la tragédie à l’Isle-Verte, seulement deux employés travaillaient, conformément aux normes en vigueur. Selon les reportages de presse, ils ont fait de vaillants efforts pour venir en aide aux résidents, cognant à leurs portes alors que le feu et la fumée envahissaient la bâtisse.

Mercredi, Hébert refusait toujours d’engager son gouvernement à exiger que toutes les résidences pour ainés soient munies de gicleurs, disant que ça pourrait coûter jusqu’à 80 millions de dollars. «Ce n’a pas été fait parce que c’est un problème complexe. … L’installation de gicleurs dans une bâtisse existante est une rénovation majeure.»

Le refus de rendre les gicleurs obligatoires et de règlementer les résidences pour ainés vise à protéger les profits de leurs propriétaires et à garder un faible niveau de taxes sur la grande entreprise et les riches. Ce refus a causé une série d’incendies mortels dans les résidences pour ainées sans parallèle dans le monde capitaliste avancé.

Il y a eu l’incendie à une résidence pour aînés de Notre-Dame-du-Lac, Québec, en 1969, causant la mort de 54 personnes; un incendie à Petty Harbour, Terre-Neuve, causant la mort de 21 personnes âgées en 1976; un incendie à Mississauga, Ontario, en 1980 qui causa la mort de 25 personnes; et un incendie à une résidence pour retraités à Orillia, Ontario, qui causa la mort de quatre personnes et de graves blessures à six autres.

Louis Girard

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Israël : Diviser pour mieux régner à Nazareth?

janvier 31st, 2014 by Jonathan Cook

Les communautés chrétiennes et musulmanes accusent le gouvernement israélien d’essayer de créer entre eux une fracture confessionnelle.

Israël a redoublé d’efforts pour créer une fracture confessionnelle dans son importante minorité palestinienne, ce qui, à Nazareth, a exacerbé les craintes d’un retour aux affrontements violents dont la cité biblique a été le théâtre il y a 15 ans.

À Nazareth, ville natale de Jésus et destination accueillant des centaines de milliers de touristes chaque année, les tensions ont fortement augmenté ces derniers mois, après que le gouvernement israélien a dévoilé des plans pour encourager les élèves chrétiens en décrochage scolaire à s’engager dans l’armée.

Bien que la majeure partie des 130 000 chrétiens palestiniens de nationalité israélienne vivent à Nazareth et dans les villages voisins, la ville en soi est majoritairement musulmane.

Les dirigeants locaux ont accusé le gouvernement de Benjamin Netanyahou de poursuivre une « politique coloniale qui divise pour mieux régner » à l’encontre des 1,5 million de citoyens palestiniens du pays, qui forment un cinquième de la population. « Netanyahou joue à un jeu très dangereux : il cherche à aviver les tensions, de sorte qu’il puisse opposer chrétiens et musulmans et ainsi nous affaiblir en tant que communauté », a déclaré Hanna Swaid, représentant chrétien à la Knesset, le parlement israélien.

Selon Hanna Swaid, le gouvernement israélien jouait à exploiter les craintes suscitées par la détérioration de la situation des chrétiens dans les pays voisins, en particulier en Syrie et en Égypte. En Israël, environ un dixième des Palestiniens sont chrétiens.

Des chrétiens dans l’armée ?

La préoccupation majeure pour Swaid ainsi que les autres dirigeants de la communauté prend forme dans un plan annoncé l’an dernier par Netanyahou visant à mettre fin à l’exemption d’armée chez les chrétiens.

Les chrétiens tout comme les musulmans ont longtemps refusé de s’engager, affirmant ne pas vouloir participer à ce qu’ils considèrent comme une forme d’oppression à l’égard des autres Palestiniens dans les territoires occupés. Dans un message vidéo spécial publié la veille de Noël, Netanyahou a qualifié la population chrétienne locale de « citoyens loyaux » et a exhorté les jeunes à s’engager dans l’armée. De manière bien plus controversée, il a ajouté qu’un mouvement politique a récemment été fondé à Nazareth afin de faire pression pour obtenir la conscription chez les chrétiens, et que celui-ci garantirait « la protection des partisans de la conscription et des conscrits eux-mêmes ».

Selon Swaid, « Netanyahou s’implique en apportant son soutien à la mise en place de milices chrétiennes. Il essaie de vendre ce projet aux chrétiens en avançant l’idée qu’Israël les fournirait en armes et les entraînerait à se défendre contre leurs voisins musulmans. »

Dans le cadre d’une mesure dévoilée ce mois-ci, il s’est révélé que Yariv Levin, qui préside la coalition au pouvoir de Netanyahou, a proposé une nouvelle classification sur les cartes d’identité en ajoutant la mention « chrétien ». Cela aurait pour effet de créer une nationalité chrétienne spécifique alors que seuls les musulmans seraient identifiés comme étant « arabes ». Pour Levin, cette mesure sonne comme un prélude à la création d’un système d’éducation spécial pour les chrétiens, qui serait alors séparé du système d’éducation arabe actuel.

Pendant ce temps, un petit groupe de chrétiens de Nazareth, allié au gouvernement et dirigé par prêtre orthodoxe, a déclaré son intention d’ériger une statue de Jésus de 30 mètres de haut sur une colline surplombant la ville, l’objectif étant de créer une version israélienne de l’imposant Christ Rédempteur de Rio de Janeiro.

Le récent accord conclu par le gouvernement pour la création d’une filiale d’une université américaine à Nazareth, à l’aide de fonds recueillis par les sionistes chrétiens, risque d’aggraver de nouveau les relations. Leur dirigeant, John Hagee, connu comme étant proche de Netanyahou, apporte depuis longtemps un soutien financier à l’installation de colonies dans les territoires occupés.

Enfin, Nazareth subit toujours les contrecoups de la course à la mairie en octobre dernier, à l’issue de laquelle une poignée de votes séparait les deux principaux candidats. Bien que Ramez Jeraisy, chrétien et maire depuis deux décennies, et son concurrent musulman Ali Salam représentent des partis non-sectaires, le résultat, vivement contesté, a exacerbé les tensions.

Jeraisy vit sous protection policière depuis que des coups de feu ont été tirés sur sa maison la semaine dernière. Peu de temps plus tard, un jeune homme de Nazareth a été arrêté pour incitation au meurtre après avoir diffusé une caricature de Jeraisy se faisant abattre.

Les relations délicates entre les deux communautés religieuses de Nazareth sont en partie héritées de la guerre de 1948, qui a débouché sur la création d’Israël. Comme l’armée israélienne a avancé et expulsé les Palestiniens des villages de la Galilée, certains réfugiés ont fui vers Nazareth pour trouver refuge. L’afflux de musulmans a définitivement modifié l’équilibre démographique de la ville.

Un conflit sectaire

La population de Nazareth, plus grande ville palestinienne d’Israël (85 000 habitants), est aujourd’hui aux deux tiers musulmane. Bien qu’Israël ait bien cadenassé les limites de la ville pour en empêcher l’expansion, Nazareth réunit une population environnante de 250 000 habitants ; elle est considérée comme la capitale officieuse de la minorité palestinienne.

À Nazareth, c’est à fin des années 1990 que le conflit sectaire a retenu l’attention du public pour la première fois. Netanyahou était également Premier ministre à ce moment-là. À l’époque, il a été largement critiqué pour avoir aggravé les tensions dans la ville. À cette occasion, le gouvernement est intervenu dans un différend portant sur un terrain vague situé à côté de la basilique de l’Annonciation, l’énorme église qui représente l’endroit où, comme beaucoup de chrétiens le croient, un ange a dit à Marie qu’elle portait le fils de Dieu.

Alors que la ville se préparait à accueillir le pape Jean-Paul II pour célébrer l’arrivée du nouveau millénaire, un groupe de musulmans a revendiqué que le terrain appartenait à une société islamique avant 1948 et devrait donc être utilisé pour construire une grande mosquée. Suite à une décision sans précédent, deux comités ministériels mis en place par Netanyahou ont donné leur accord pour le projet. Les esprits se sont échauffés et à Pâques 1999, des combats de rue entre chrétiens et musulmans ont fait la une des journaux du monde entier.

En fin de compte, le gouvernement a fait arrêter la construction de la mosquée pour y aménager une place publique à la place. Néanmoins, la tension couve toujours autour de ce site, où plusieurs centaines de musulmans se réunissent chaque vendredi pour la prière du midi.

De nombreux habitants de Nazareth craignent de plus en plus un retour aux jours sombres de la fin des années 1990. « Netanyahou est bien formé sur cette question », a analysé Mohammed Zeidan, à la tête de l’Association des droits de l’Homme de Nazareth. « Il craint que nous, en tant que communauté et en particulier les jeunes, soyons de plus en plus organisés et unis, et que nous démasquions tout aussi efficacement les politiques discriminatoires de l’État. »

Zeidan a mis l’accent sur le récent succès des manifestations de masse qui ont forcé Netanyahou à abandonner un plan du gouvernement, le Plan Prawer, visant à chasser des dizaines de milliers de Bédouins de leurs maisons dans le Néguev. « Pour lui, la communauté est comme un problème, et la meilleure façon de le traiter est de nous monter les uns contre les autres. »

La question de la conscription pour les chrétiens est apparue il y a un an, lorsque le ministère de la Défense, en toute tranquillité, a organisé une conférence à ce sujet à Nazareth Illit, une ville juive voisine. Des mouvements scouts chrétiens y ont été conviés. Trois prêtres locaux étaient également présents, ce qui a consterné beaucoup de chrétiens.

Actuellement, dans la minorité palestinienne, seuls les jeunes hommes issus de la faible communauté druze rejoignent l’armée, depuis que ses dirigeants ont signé un accord avec l’État dans les années 1950. Quelques centaines de citoyens palestiniens, à la fois des musulmans et des chrétiens, se portent également volontaires pour le service militaire. Cependant, la grande majorité d’entre eux sont des Bédouins, que l’armée utilise comme traqueurs.

Les autorités ont récemment affirmé que la campagne d’enrôlement a permis une hausse du nombre de recrues chrétiennes. Toutefois, le mois dernier, un responsable du ministère de la défense a déclaré à Associated Press que le nombre de volontaires chrétiens n’a que légèrement augmenté, passant de 40 par an à 50-55.

« Israël prend soin de nous »

À Nazareth, le principal soutien chrétien de l’initiative du gouvernement est Bishara Shlayan, un ancien marin marchand de 58 ans, frère de l’officier du ministère de la Défense en charge du recrutement des chrétiens. Il a mis en place un mouvement politique judéo-chrétien du nom de Diglei Habrith (« union des drapeaux »), dont le logo représente une croix et une étoile de David entrecroisées. Jeraisy, depuis longtemps maire chrétien de Nazareth, a qualifié Shlayan de « collaborateur ».

Cependant, selon Swaid et Zeidan, le succès de Netanyahou l’a encouragé à obtenir l’appui d’un éminent prêtre grec orthodoxe de Nazareth. Gabriel Nadaf, 40 ans, ancien porte-parole du patriarche de Jérusalem, a récemment déclaré : « Israël prend soin de nous ; de plus, si ce n’est Israël, qui va nous défendre ? Nous aimons ce pays, et pour nous, l’armée est une première étape vers une meilleure intégration à l’État. »

Toutefois, Azmi Hakim, qui dirige le conseil de la communauté grecque orthodoxe de Nazareth, a affirmé qu’il n’existait que très peu de soutien pour Nadaf ou Shlayan. « Il s’agit d’une infime minorité, mais ils sont capables de faire beaucoup de bruit car le gouvernement leur offre un soutien conséquent et essaie de donner l’impression qu’ils représentent une tendance. » Il a ajouté que le danger résidait dans le fait que cela pourrait entraîner une détérioration des relations entre les deux communautés religieuses.

Yariv Levin, qui a proposé de créer une nationalité « chrétienne » sur les cartes d’identité, a affirmé qu’il n’a fait que réagir aux pressions des chrétiens. « Il s’agit du seul endroit au Moyen-Orient où ils sont en sécurité et bénéficient d’une liberté de culte, a-t-il expliqué. Beaucoup de chrétiens ne veulent pas être identifiés comme étant arabes. »

Après avoir accepté de s’engager dans l’armée, les Druzes se sont vu attribuer une nationalité distincte ainsi qu’un système d’éducation conçu pour inculquer les « valeurs sionistes ». Shlayan a accueilli favorablement la proposition de Levin : « Les musulmans ne sont pas nos frères. Les frères prennent soin l’un de l’autre », a-t-il argumenté.

« Des outils du gouvernement »

Selon Hanna Swaid, « ces gens sont des outils du gouvernement. Seuls quelques chrétiens tels que Shlayan ont accepté la fausse promesse selon laquelle ils obtiendraient des faveurs spéciales s’ils rendaient service. Mais il suffit simplement d’observer la situation des Druzes. Leurs jeunes s’engagent depuis des décennies ; pourtant, leurs communautés se trouvent dans un état nettement plus mauvais que celui des chrétiens. »

Lorsque Gabriel Nadaf a déclaré avoir été la cible d’une campagne de propagande haineuse à Nazareth, et que son fils adolescent a été attaqué, l’information a été largement reprise dans les médias israéliens. Les principaux détracteurs de Nadaf, dont des chrétiens de Nazareth, ont été convoqués pour être interrogés par la police et avertis du fait qu’ils font l’objet d’une enquête pour « incitation à la violence ».

Hakim a affirmé avoir été convoqué à trois reprises pour un interrogatoire dans la mesure où l’année dernière, le Conseil orthodoxe et lui-même ont dénoncé Nadaf. Il a également reçu un appel du service de renseignement intérieur, le Shin Bet, deux heures avant que le conseil se réunisse pour publier une déclaration à l’encontre de Nadaf. « Ils m’ont mis en garde : “C’est plus fort que vous ou que le conseil.” Ils m’ont dit de ne pas m’impliquer. »

D’après Swaid, la véritable attitude d’Israël envers la population chrétienne locale a été révélée suite à une demande qu’il a formulée au président de la Knesset le mois dernier, pour placer un arbre de Noël dans le bâtiment du parlement. Sa demande a été rejetée, le président du parlement ayant affirmé que ce symbole chrétien aurait un caractère « offensant ».

« J’ai vu cela comme un test pour savoir si Israël était prêt à donner un signe de bonne volonté envers ses chrétiens et à se comporter comme un État tolérant et multiculturel, comme ce qu’il attend des autres États dans leur action envers les minorités juives. La vérité était claire. Peu importe ce que dit Israël : cet État n’a pas de sentiments particuliers envers les chrétiens. »

Jonathan Cook
Aljazeera, 17 janvier 2014

Texte original en anglais (17.01.2014) :
http://www.aljazeera.com/indepth/features/2014/01/israel-divide-conquer-nazareth-201411273429333378.html

Traduit pour Info-Palestine par Valentin B. (27.01.2014) :
http://www.info-palestine.net/spip.php ?article14366

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press), Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). http://www.jkcook.net

 

 

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Ukraine : Une alliance orange-brune?

janvier 31st, 2014 by Alexandre Latsa

Il y a près de deux ans, j’écrivais une tribune qui tentait d’expliquer la naissance quasi-inévitable d’un courant politique nouveau en Russie, sorte de syncrétisme entre une version modérée et occidentalisée du libéralisme des années 90 et une version 2.0 moins modérée du nationalisme russe, dans sa version la moins impériale mais la plus nationale, sur le modèle européen.

Ce courant politique nouveau a pris la succession des nationalismes préhistoriques et impériaux classiques de Russie et aussi la succession des courants ultra libéraux sans foi ni morale des années 90, en créant une nouvelle idéologie que l’on qualifie de nationale-démocrate ou nationale-libérale.

Ce courant sociopolitique a en réalité surtout émergé à Moscou et Saint Petersbourg, lors des grandes manifestations de fin 2011 qui ont fait suite aux élections nationales que ces manifestants jugeaient truquées et injustes. Cette idéologie est donc très en vogue aujourd’hui chez les jeunes russes des grandes villes modernes qui souhaitent s’identifier culturellement, moralement et politiquement à l’Europe de l’Ouest et à l’occident en général.  On a majoritairement qualifié, à tort ou à raison, de « classe créative » cette fraction de l’opinion, en quelque  sorte l’équivalent russe du Bobo Français.

Pourtant les tentatives d’entrée en politique de ce mouvement créatif, national et libéral ont jusqu’à maintenant échoué. Les figures marquantes de ce mouvement n’ont pas pu passer le barrage des urnes lors des échéances électorales qu’elles ont affronté.

On pense bien sur à la très brièvement médiatisée écologiste Evguénia Tchirikova à Khimki (dont plus personne ne parle depuis sa défaite aux élections) ou à Alexeï Navalny, qui a également échoué dans sa tentative d’être élu à la mairie de Moscou.

Hormis l’absence d’idées et de programmes politiques réels, l’une des raisons principales de ces échecs électoraux est le fait que cette nouvelle bourgeoisie occidentalisante soit relativement libertaire, et progressiste avant tout. Alexey Navalny s’est par exemple prononcé en faveur de la tenue d’une Gay-Pride à Moscou et tous les visages médiatiques de la classe créative se sont eux ouvertement prononcés en faveur des Pussy-Riot, avec lesquelles l’occident a été plus que complaisant. On comprend que les différentes actions des Pussy Riot, anarchistes d’extrême gauche, s’inscrivent très bien dans ce contexte libertaire et transgressif, dirigé contre un ordre religieux et moral qui est symbolisé par la figure très paternaliste du président russe actuel.

L’oligarque Khodorkovski peut, cela va surprendre, être également inclus dans cette liste puisque ce dernier, aujourd’hui libéré, reste le chouchou de l’Occident sur le plan économique (cliquer ici pour comprendre pourquoi). Pourtant certaines des idées de l’ex oligarque sont inattendues, comme cet article le montre en affirmant que l’homme prônerait désormais « l’Etat-nation à l’allemande » et indirectement un « nationalisme » qui ne serait pas du « chauvinisme ».

Encore plus surprenant, les Pussy-Riot réaffirment qu’elles sont pour le renversement de Poutine et imaginent très bien l’ex oligarque Khodorkovski comme président, lui qui les a soutenues depuis sa cellule de Carélie. En lisant ces lignes, on peut se demander quelle connexion mystérieuse peut rapprocher un groupe de jeunes anarchistes de 25 ans, d’extrême gauche, et un oligarque qui a tenté de détruire la Russie en bradant ses actifs énergétiques (acquis au passage illégalement) au principal concurrent politique et historique de son propre pays: les Etats-Unis d’Amérique.

En Russie, ces différents courants de pensée occidentalistes, qu’ils soient nationalistes ou libéraux/libertaires ont souvent été de gauche un temps (tous proches du parti communiste), libéraux ensuite (Navalny était chez Iabloko et proche de Maria Gaïdar au sein du mouvement « Nous ») et sont donc aujourd’hui plutôt reconvertis au nationalisme dans sa variante pro-occidentale, plausiblement aussi pour des raisons électorales. Leurs leaders se veulent les nouveaux managers d’un courant politique mal maitrisé, postsoviétique, et qui a émergé en Europe de l’est au début des années 2000 dans les rues de Belgrade.

RETOUR EN ARRIERE : Pendant l’année 2000, des milliers de serbes ont en effet manifesté contre un président qu’ils estimaient sans doute à tort responsable de la tragique situation dans lequel leur pays s’était retrouvé, après une décennie de guerre, de blocus international, de pression médiatique, et 78 jours de bombardements de l’Otan. Parmi eux de nombreux jeunes nationalistes qui souhaitaient mettre fin à un régime soit disant « corrompu et cryptocommuniste ».

En 2003 en Géorgie tout comme en 2004 et 2005 en Ukraine le même scénario s’est reproduit: Une partie de la jeunesse défile dans les rues pour se sortir des pesanteurs politiques russes / postsoviétiques et montrer son souhait d’un avenir meilleur au sein d’un espace euro-atlantique qui pouvait encore faire rêver à l’époque.

C’est l’émergence de ce qui prendra le nom « d’Orangisme », un courant prônant pour les pays concernés l’indépendance nationale, tout du moins à l’encontre de la Russie mais avant d’intégrer de nouvelles structures supranationales telles que l’Otan ou l’UE, ainsi que la Voie vers l’Ouest. Ce courant bénéficie en outre du soutien logistique, politique, médiatique, financier et moral du gigantesque dispositif américano-centré.

Une grosse décennie plus tard, alors que la Serbie est la plus avancée dans le processus d’intégration et se retrouve à la porte d’entrée de l’Union Européenne, ces mêmes mouvements patriotes serbes sont au contraire à la pointe de la lutte contre leurs gouvernements européistes, contre l’entrée de leurs pays dans l’UE et contre les lois libertaires que cela implique.

Ce type de mouvement n’est pas propre à la Russie ou la Serbie, on le voit aujourd’hui  se développer en Ukraine ou les manifestations violentes de ces derniers jours, dirigées contre la Voie-Russe de l’Ukraine, sont en partie fomentées par des groupes radicaux et nationalistes (on a parlé de « révolution brune ») prêts au compromis avec Bruxelles et hostiles à Moscou.

Là encore, la présence de manifestants antisystème voire d’extrême gauche ne semble pas poser de problème, une alliance de circonstance qui peut paraître surprenante mais qui ne l’est pas tant que cela. Une enquête récente à en effet prouvé que l’idéologie des Femen était née à proximité de mouvements néo-nazis ukrainiens et que le groupe avait longtemps bénéficié du soutien direct de certains leaders d’extrême droite. Ainsi, les Femen, nationalistes chez elles en Ukraine mais en lutte contre le Front National, les catholiques et l’ordre moral en France ont visiblement bien compris ce qui était toléré et à la mode, tout autant que ce qui ne l’était pas, en fonction de l’endroit ou on se trouve.

C’est un fait: l’UE montre une tolérance totale à l’égard des mouvements radicaux ou nationalistes lorsque ces derniers servent à renverser des régimes hostiles à l’Otan. Par contre Bruxelles ne tolère pas la présence de groupes nationalistes au sein de l’Union Européenne. Dans ce domaine, tout observateur lucide aura constaté notamment le double standard existant entre le traitement réservé à Aube Dorée en Grèce et celui réservé à Svoboda en Ukraine par exemple.

Les mouvements contestataires radicaux sont ils devenus au 21ième siècle les alliés de l’extension du dispositif occidental pour vaincre ses adversaires en Europe de l’Est comme l’ont été, à la fin du 20ième siècle, les mouvements islamistes au cœur de l’Asie centrale pour lui permettre vaincre l’URSS?

Pour Xavier Moreau c’est bel et bien le cas puisque: « en matière de politique étrangère, l’Union européenne est une chambre d’enregistrement des décisions prises par Washington et Berlin. Le département d’état américain sait parfaitement bien que les leviers sur lesquelles il s’appuie habituellement (médias, partis libéraux ou sociaux-démocrates, minorités sexuelles…) ne sont pas suffisamment contrôlés ou influents pour faire basculer politiquement l’Ukraine. La solution est donc de lancer une campagne de déstabilisation de type révolutionnaire, et cela ne peut se faire qu’au moyen de l’un des quatre piliers traditionnels de l’influence américaine (trotskisme, fascisme, islamisme ou crime organisé). L’issue la plus favorable pour les révolutionnaires serait la mise en place d’un « gouvernement fasciste de transition », sur le modèle de ce qui s’est fait en Croatie, où un gouvernement social-démocrate a succédé à l’ultra nationaliste Franco Tudjman, et a fait entrer le pays dans l’UE et dans l’OTAN ».

 Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Depuis la guerre d’Algérie, la France n’avait plus connu un tel climat d’Inquisition. De nos jours, on ne peut plus critiquer les élites du pays, leurs politiques guerrières et leurs atteintes à la liberté d’expression sans être soupçonné d’être un théoricien du complot aux fréquentations suspectes, un négationniste qui s’ignore voire carrément un nostalgique du IIIe Reich. Pourtant, sur certains sujets comme la Syrie, les théories du complot les plus douteuses sont déversées à foison et sans la moindre vergogne dans les médias dominants. Après la thèse raciste et délirante du complot alaouite à la tête de l’Etat syrien, la plus en vogue aujourd’hui est celle qui fait d’Al Qaïda une invention du président syrien Bachar el Assad. Toute cette fable repose sur un événement : la libération de militants salafistes des prisons syriennes au début des manifestations de mars 2011.

Premier constat surprenant : les auteurs de cette théorie reprochent au régime syrien son laxisme dans la lutte contre les courants religieux radicaux. En proférant cette critique, ils encouragent en quelque sorte le régime syrien à maintenir les prisonniers salafistes en détention.

Pourtant, il existe un principe universel que ces mêmes agitateurs anti-syriens ne manquent jamais de rappeler : la présomption d’innocence. Même dans une dictature militaire, il arrive que de dangereux provocateurs soient poursuivis et punis puis libérés parce qu’ils n’ont pas (encore) commis de crimes de sang.

Peut-on reprocher à la dictature syrienne d’avoir été trop démocratique en proclamant une amnistie générale dans l’intention claire de calmer le jeu ?

Qu’aurait-on dit si le président syrien s’était abstenu de libérer les militants islamistes ? Nous n’aurons sans doute jamais de réponse à nos questions élémentaires et légitimes.
Peu de temps après leur libération de la prison de Sednaya lors d’une amnistie décrétée en mai 2011 et qui a touché des milliers d’activistes de tout bord (une précision que nos médias se gardent bien d’évoquer), plusieurs militants salafistes se sont radicalisés et ont embrassé la lutte armée.

Les plus fameux sont Hassan Aboud, fondateur du groupe djihadiste armé appelé les Libres du Levant (Ahrar al Cham), Ahmad Ayssa Al Cheikh, leader des Faucons du Levant (Souqour al Cham) actifs à Idlib et Zahran Alloush et le chef suprême de l’Armée de l’Islam (Jaych al Islam) engagée sur le front de Damas.

Le 23 novembre 2013, ces trois organisations ont fusionné avec d’autres groupes djihadistes pour former le Front islamique qui compte aujourd’hui près de 80.000 hommes.

Résumons : le régime de Damas arrête les militants islamistes, le régime a tort.

Quand il les relâche en même temps que des milliers de Syriens de tous bords, le régime a tort aussi. Admettons que le régime ait facilité l’organisation de ces mouvements armés djihadistes. L’organisation dont font partie Hassan Aboud, Ahmad Al Cheikh et Zahran Alloush est précisément en concurrence avec les deux groupes affiliés à Al Qaïda, à savoir le Front al Nosra et l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (Daech). De plus, le Front islamique est officiellement soutenu par les monarchies du Golfe et décrit par nos médias comme « islamiste modéré ».

Armin Arefi, dans cet article du Point daté du 10 janvier le suggère de manière explicite :

« Ainsi, depuis l’été dernier, un nombre croissant d’accrochages oppose l’EIIL à d’autres groupes rebelles plus modérés » Armin Arefi, le dix janvier dans le Point (2)

Mince alors. Bachar serait donc à la fois le fondateur des groupes armés djihadistes d’Al Qaïda et des groupes armés djihadistes en lutte contre Al Qaïda ?

Bachar serait donc à la fois avec et contre l’Arabie saoudite, avec et contre l’Occident, avec et contre Al Qaïda ?

Celle-là, même l’humoriste Dieudonné n’aurait pas osé. Un petit rappel des événements aidera sans doute nos experts à se libérer de leur “confusionnisme” compulsif.

Qui a nié la présence d’Al Qaïda dans ses rangs ? L’opposition syrienne (1).

Qui a menacé de s’allier à Al Qaïda en cas de refus d’intervention militaire directe en Syrie de la part de l’OTAN ? L’opposition syrienne.

Qui a salué la présence d’Al Qaïda dans ses rangs ? L’opposition syrienne.

Qui s’est insurgé contre l’inscription d’Al Qaïda dans les listes des organisations terroristes ? L’opposition syrienne.

Qui s’engage dans les rangs d’Al Qaïda ? Des opposants syriens et des djihadistes étrangers.

Qui arme et finance les groupes affiliés ou proches d’Al Qaïda ? Des opposants syriens exilés, des donateurs wahhabites et le régime saoudien.

Où est Bachar dans tout ça ? Dans la résistance contre Al Qaïda. Bachar peut-il être l’ami d’une organisation comme Al Qaïda qui hait le nationalisme arabe, la laïcité, le principe de citoyenneté, l’Islam éclairé, les courants musulmans hétérodoxes et les minorités non musulmanes ? Cette idée est absurde et même diffamatoire.

Bachar peut-il être allié à une organisation comme Al Qaïda qui a massacré ses compagnons, ses partisans, ses amis et des membres de sa famille ? Autant dire que durant la seconde guerre mondiale, le général de Gaulle et les SS étaient partenaires.

Est-ce Bachar qui recrute les jeunes volontaires pour le djihad en Syrie dans les rues de Londres, d’Amsterdam ou de Bruxelles ? Non.

Est-ce Bachar qui surveille les aéroports internationaux par où transitent allègrement ces jeunes volontaires au djihad ? Non.

Est-ce Bachar qui pilote les avions de la Turkish Airlines transportant en masse les candidats au djihad ? Non.

Est-ce Bachar qui contrôle les passeports des djihadistes à la frontière turque ? Non.
Est-ce Bachar qui ordonne aux soldats turcs d’éteindre les projecteurs de leurs miradors au passage des djihadistes et de leurs cargaisons d’armes ? Non (cf. Luc Mathieu, Libération, 13 décembre 2010).

Est-ce Bachar qui envoie depuis le début du conflit des centaines d’avions cargos remplis d’armes depuis l’Arabie saoudite, le Qatar, la Croatie ou la Libye à destination des groupes djihadistes dont Al Qaïda ? Non.

Qui combat Al Qaïda depuis le début du conflit ? L’armée syrienne.

Qui se fait fusiller, trucider, décapiter, dépecer, déposséder par Al Qaïda depuis le début du conflit ? L’armée et la population syrienne loyaliste ou neutre et depuis quelques semaines les groupes djihadistes concurrents.

Quelle conclusion tirer de ces évidences ?

Depuis son apparition lors de la guerre d’Afghanistan, Al Qaïda n’a jamais changé de camp. Le réseau terroriste a toujours servi d’alibi et de force supplétive dans les guerres impérialistes contre les Etats souverains et désobéissants.

Il arrive de temps en temps qu’Al Qaïda s’en prenne à ses anciens patrons.

Le réseau terroriste s’est en effet peu à peu renforcé et autonomisé. Il a son propre agenda, à savoir l’instauration d’un califat mondial et la soumission des peuples à son hégémonie.

A l’évidence, nos experts auto-proclamés de la Syrie ont vite oublié qu’Al Qaïda est un monstre qui s’est échappé des laboratoires de la CIA et que les Saoud ont parachuté partout où leurs intérêts étaient menacés.

Al Qaïda a semé la terreur dans les camps palestiniens du Liban durant les années 2000. Le réseau terroriste était inexistant en Irak avant l’invasion US en 2003. Il a infiltré la Syrie dans les années qui ont suivi ces deux événements, à partir du Liban et de l’Irak.

Malgré tous ces faits concrets, certains journalistes ont décrit Al Qaïda comme d’un « cadeau fait à Bachar » (Le Point, 10 avril 2013)

Dans une interview accordée au quotidien saoudien Al-Hayat, François Hollande a accusé le président syrien Bachar Al Assad de ne pas « combattre” les “extrémistes », mais de les « utiliser pour faire pression sur l’opposition modérée ».(AFP, 31 décembre 2013)

Le président français pouvait difficilement faire de la démagogie plus grossière. Chacun sait, à commencer par l’agence de presse d’opposition appelée l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), que l’armée syrienne a neutralisé, en seulement quelques semaines, plus de militants d’Al Qaïda que toutes les armées du monde réunies, soit plusieurs dizaines de militants par jour.

En outre, les bastions d’Al Qaïda se situent entre Idlib et Alep et entre Raqqa et Deir Ezzor, soit dans des zones éloignées de territoires contrôlés par les forces loyalistes.

Comme de nombreux experts français ont déjà maintes fois expliqué, l’armée syrienne n’a pas les forces de se déployer sur tout le territoire du pays. Elle poursuit une stratégie de grignotage, avançant lentement à partir des territoires qu’elle contrôle, de Homs à Hama, puis de Hama à Khanasser, puis de Khanasser à Al Safira, puis d’Al Safira à Alep etc.

Il est toutefois évident que les services secrets syriens tentent d’infiltrer Al Qaïda pour le détruire comme n’importe quel service d’espionnage en guerre contre le réseau terroriste.
Peut-on reprocher au régime syrien ce que font les Etats européens pour se protéger d’Al Qaïda ?

Pendant que certains experts continuent à nier l’évidence, grâce aux efforts de réconciliation et au climat de dialogue qui s’est installé dans le cadre des négociations dites de Genève 2, de nombreux groupes rebelles proches de l’Armée syrienne libre ont décidé de signer une trêve avec l’armée arabe syrienne à Barzé, Douma, Darayya et Moudamiyyat al Cham, c’est-à-dire dans des localités entourant la capitale Damas (France 24, 23 janvier 2014).

Il s’agit là d’une collaboration bien réelle entre armée loyaliste et rebelles. Ces derniers rendent leurs armes lourdes à l’armée syrienne en échange de quoi ils peuvent contrôler leurs quartiers contre les incursions d’Al Qaïda.

Ces trêves ont permis à des milliers de déplacés de rentrer chez eux.

Pour une fois que des rebelles et des loyalistes fraternisent, l’événement aurait pu être salué par les grands experts du conflit syrien et médiatisé à sa juste mesure. Eh bien non.

Il faut croire que la paix en Syrie n’intéresse guère les élites françaises.

Bahar Kimyongür

(1) Nous parlons ici de l’opposition pro-saoudienne et pro-occidentale gravitant autour de la Coalition nationale syrienne.

(2) http://www.lepoint.fr/monde/en-syri…

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Toute honte bue, Robert Ford s’adresse aux Syriens !

janvier 31st, 2014 by Bouthaina Shaaban

Après John Kerry qui se pose en défenseur des « minorités » en Syrie et alors qu’en plein Genève 2, le Congrès des États-Unis vote secrètement le financement d’une aide militaire aux dits « rebelles » syriens, notoirement logés sous l’enseigne du terrorisme international ; voilà que Robert Ford, l’ex-ambassadeur des États-Unis en Syrie, s’adresse directement aux Syriens. Son hypocrite performance en langue arabe est telle… qu’elle aussi, mérite traduction ! [NdT].


Message de Robert Ford aux Syriens

 

Bienvenue et bonsoir,

Je voudrais résumer à nos amis, en Syrie, les dernières évolutions concernant Genève 2.

Premièrement, les efforts internationaux se poursuivent pour amener les camions humanitaires dans la vieille ville de Homs [Pourquoi Homs et que Homs ? Vaste question. Réponse évidente ! NdT.]

Nous condamnons fermement le refus du « régime syrien » de laisser entrer les camions humanitaires depuis des mois et des semaines. À notre avis, ce refus est injustifié et pourrait constituer un « crime de guerre » ! Mais… jusqu’à cet instant, nos efforts se poursuivent en collaboration avec la Russie, les Nations Unies, et d’autres organisations internationales.

Naturellement, à Genève, le sujet du moment n’est pas d’introduire les camions dans les régions assiégées ; mais d’appliquer la totalité des clauses du Communiqué de Genève [du 30 juin 2012 [1] Ndt]. Parmi les clauses importantes de Genève, la libération des prisonniers et l’acheminement des secours humanitaires dans toutes les régions, sans exceptions. Et, il est probable que la plus importante [de ces clauses] soit la mise en place du gouvernement… ou « Comité du gouvernement de transition ». Les discussions sur ce sujet ont d’ores et déjà commencé, mais « le régime » a refusé d’entrer dans n’importe quelle discussion sérieuse !

À notre avis, l’invitation du Secrétaire général des Nations Unies au sujet des négociations est évidente : application intégrale du Communiqué de Genève, dont la mise en place du « Comité du gouvernement de transition ». Par conséquent, la « délégation du régime » doit accepter de discuter de ce sujet et entrer dans des discussions sérieuses !

Nous félicitons M. Lakhdar Brahimi pour ses efforts et nous espérons que « le régime » finira, en bout de course, par travailler sérieusement avec la communauté internationale et la « délégation de la Coalition », pour trouver une solution politique à la crise syrienne. Merci.

 

Réponse de Madame Bouthaina Shaaban [extraits]

Par ce message, l’ex-ambassadeur Robert Ford démontre publiquement qu’il est le véritable commandant en chef de la « Coalition de l’opposition syrienne », fonction qu’il a plutôt tenté de remplir clandestinement  jusqu’ici.

S’adressant ainsi au peuple syrien, M. Ford se comporte tel un Haut commissaire chargé de dicter au peuple syrien ce qu’il souhaite ou ne souhaite pas, ce qui lui serait utile ou ne le serait pas ; comme si la Syrie n’était pas un pays dix fois millénaire et que ceux qui obéissent à ses diktats avaient quelque chose à voir avec son peuple, sa dignité, et son Histoire !

Il est clair que la délégation de la Coalition, dite de « l’opposition syrienne », ne paraît nullement concernée ni par les clauses de Genève 1, ni même par la Syrie ! Tout ce qui l’intéresse, c’est d’arriver à « la phase transitoire » pour exécuter les ordres de ceux qui la payent. Elle prétend représenter une partie du peuple syrien, alors qu’elle ne représente que les intérêts étrangers hostiles à la Syrie et au peuple syrien.

En effet, est-il concevable que des Syriens refusent de condamner l’ingérence US, et les livraisons d’armes à des criminels qui tuent et kidnappent ? Est-il concevable que des Syriens refusent la libération de leurs territoires usurpés, l’arrêt du terrorisme et de l’ingérence étrangère ? C’est quelque chose qu’il est difficile de concevoir mais qui, malheureusement, existe !

La « Délégation de la République arabe syrienne » veut mettre fin au terrorisme, à la tragédie, et aux massacres vécus par le peuple syrien du fait de toutes sortes d’ingérences étrangères. Ceux qui ont initié cette tragédie cherchent probablement les moyens de sa prolongation, pendant que nous, les délégués de la République arabe syrienne, essayons de trouver le moyen qui arrêterait « cette guerre » et ramènerait la paix et la sécurité pour que les Syriens puissent décider de leur  avenir.

Ce matin encore, la délégation de la Coalition a abordé le sujet du « gouvernement de transition »… Nous avons répondu que nous n’avions aucun problème pour discuter du Communiqué final de la Conférence de Genève 1 [communiqué en 6 points [1]] point par point ; le premier étant la cessation des violences – qui se sont transformées en terrorisme – et la création d’un environnement susceptible de lancer un processus politique. D’où notre insistance sur les modalités et la priorité de la lutte contre le terrorisme.

Ceci, alors que la délégation de la Coalition, telle qu’elle s’est exprimée hier, laisse à penser qu’elle posséderait une baguette magique qui réglerait tous les problèmes à la fois. Il n’empêche que lorsque nous lui demandons si elle est en mesure de faire cesser la violence, les opérations terroristes, la livraison d’armes, les assassinats, et l’horreur sans fin… pour assurer l’acheminement de l’aide humanitaire vers la Cité ouvrière d’Adra ; elle répond qu’elle n’est pas en situation de garantir quoi que ce soit !

Les multiples interventions de la délégation de cette prétendue opposition se résument à exiger un « Gouvernement de transition nanti des pleins pouvoirs » ; lequel gouvernement, selon ses prétentions, mettrait fin à la violence, triompherait du terrorisme, et ferait de la Syrie un paradis des plus accueillants ! À ce propos, il suffirait de bien entendre les réponses de M. Brahimi [2] pour comprendre qu’elle cherche à gagner du temps afin de coordonner les ambitions et points de vue contradictoires qui l’animent !

Nous avons informé M. Brahimi que nous resterons ici jusqu’au vendredi 31 Janvier, date de la fin de cette session, et à partir de laquelle nous devrons rejoindre la Syrie  pour d’autres obligations. Nous avons aussi insisté sur le fait que « le gouvernement syrien » veut rencontrer un large éventail de l’opposition syrienne et de « l’opposition nationale », en particulier, parce que nous ne savons pas ce que représente la délégation ici présente !

Quant à la décision du Congrès des États-Unis de financer une aide militaire aux dits « rebelles » [3], le Dr Bachar al-Jaafari – membre de notre délégation et Représentant permanent de la Syrie auprès de l’Organisation des Nations Unies – s’est entretenu de ce sujet avec M. Brahimi. Il lui a fait savoir que nous savons que les USA arment, financent, ferment les yeux sur l’Arabie saoudite qui arme et finance aussi ; mais que faire cette déclaration aujourd’hui, en plein pourparlers de Genève 2, témoigne de la confusion de l’Administration US ! D’une part, elle discute avec la Russie en prétendant vouloir la tenue de cette conférence pour résoudre la crise en Syrie ; d’autre part, elle fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues ! Cette déclaration est en effet une obstruction réelle pour n’importe quelle « solution politique », solution que nous voulons.

Cette contradiction est toujours palpable au niveau de l’Administration US. Reste à savoir si elle relève de désaccords entre individus ou de désaccords entre les stratégies US.

D’un autre côté, nous notons que depuis le début de la crise, le gouvernement russe est toujours resté cohérent en actes et en paroles. C’est pourquoi, nous sommes bien obligés de constater que certaines grandes puissances méritent le respect, alors que d’autres se comportent d’une façon qui ne leur confère ni crédibilité, ni respect !

Dr Bouthaina Shaaban

29/01/2014

 

Article transcrit et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Sources :

Robert Ford parle de Genève 2.  Vidéo du 28/01/2014 / Here Is Syria

https://www.youtube.com/watch?v=XkPoE4OaOJA

Bouthaina Shaaban : « Ford apparaît pour dire qu’il dirige la délégation de la Coalition en secret et en public » !  ‎

http://www.jpnews-sy.com/ar/news.php?id=68783

 

Notes :

[1] Action Group for Syria Final Communiqué 30.06.2012

http://www.un.org/News/dh/infocus/Syria/FinalCommuniqueActionGroupforSyria.pdf

[2] Lakhdar Brahimi : Conférence de presse du 29 janvier 2014/ Genève 2

https://www.youtube.com/watch?v=K8QXWuGEUyg&feature=c4overview&list=UUNA7_Giz6__8DRH4WEAwMGw

[3] Congress secretly approves U.S. weapons flow to ‘moderate’ Syrian rebels

http://www.reuters.com/article/2014/01/27/us-usa-syria-rebels-idUSBREA0Q1S320140127

 

Madame Bouthaina Shaaban [ou Boutheina Chaabane pour les francophones] est citoyenne syrienne, conseillère politique du Président Al-Assad, et membre de la Délégation de la République arabe syrienne à Montreux [Genève 2].

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Haïti : Des élections à saveur de cocaïne (2)

janvier 30th, 2014 by Leslie Péan

Le président Martelly ne s’émeut pas des commentaires des observateurs indépendants sur son entourage sulfureux. Au contraire, le seul militantisme qu’il revendique, c’est l’appartenance à une génération qui se complait dans le paradis artificiel de la débauche. Le président Martelly ne s’offusque pas de se retrouver en si mauvaise compagnie comme cela a été le cas avec James Rosemond ou Rodolphe Jaar, entre autres, deux autres de ses meilleurs amis purgeant des peines de prison à vie aux Etats-Unis pour leurs activités de trafiquants de drogue [1].

Selon les avocats Newton St-Juste et André Michel, « L’empressement et l’acharnement avec lesquels le Ministre de la Justice a procédé à la libération de ces trafiquants confirment les déclarations tenues par l’ancien Sénateur du Sud Gabriel Fortuné sur les ondes de plusieurs stations du pays depuis le 14 septembre 2013 selon lesquelles le Major des Forces Armées d’Haïti, Jean Renel Sanon, a été révoqué de l’Armée pour trafic de drogue et celles tenues en date du 4 juillet 2013, par devant le Magistrat Instructeur Maximin Pierre, par le nommé Sherlson Sanon faisant allusion à son appartenance depuis près de quinze ans à un gang dirigé par Jean Renel Sanon et d’anciens et actuels Parlementaires, spécialisé dans le trafic de la drogue [2]. »

Dans ce climat général, certes, l’argent sale triomphe. Politiquement d’abord, comme on suspecte toute forme de financement électoral de complicité avec l’hydre de la drogue. Des élections à saveur de cocaïne deviennent la norme, surtout quand une campagne présidentielle [3] nécessite de chaque candidat un apport de fonds minimum de 6 millions de dollars US. En commençant par les frais d’inscription du candidat à la présidence qui sont de 500 000 gourdes (soit 12 500 US$ au taux de change de 40 gourdes pour 1 US$) exigés dans la loi électorale de 2013 (article 91) publiée dans le journal officiel Le Moniteur [4]. Quand on considère que 80% des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté et que le revenu moyen par habitant est de 480 US$ par année, on comprend le caractère exorbitant de cette mesure fixant les frais d’inscription à un niveau si élevé.

Le refus du dialogue avec la magouille

Le même raisonnement s’applique aux sénateurs et députés qui doivent respectivement payer 100 000 gourdes et 50 000 gourdes pour s’inscrire comme candidats. Les contradictions de la démocratie opposant le concept du « pouvoir au plus grand nombre » à celui du « pouvoir aux plus capables » se révèlent insurmontables. Démarche qui dénie les lumières au plus grand nombre et qui bloque le développement économique et social. Popularité, démagogie et magouille triomphent pour les besoins du fonds de commerce, comme on l’a vu sous Soulouque, avec le fonds du savoir des frères Ardouin. Une tradition charriée durant tout le 19e siècle et le début du 20e siècle avec nombre de présidents de la République ne sachant ni lire ni écrire. Au point où certains voient dans l’obscurantisme un atout dans les luttes politiques. Au 20e siècle, François Duvalier a perpétué ce choix obscurantiste en transférant le pouvoir à un sous-doué de 19 ans. Faut-il s’étonner que le déclin Tèt Kale soit notre présent mais aussi notre avenir ?

Tout le mal haïtien vient là. Dans le troc de force du vrai pour le faux. Dans le fait que la direction de l’État ne demande aucune qualification pour la prendre en charge. Dans la banalité de la bêtise administrée aujourd’hui par Tèt Kale. Même de manière gentiment anodine avec une autre couleur que le rose. En mobilisant le pourpre de la propagande ecclésiale pour réchauffer les tièdes et prêcher les mal convaincus. Une couleur de comédie qui appelle au dialogue pour mieux rire de l’intelligence. Un dialogue accélérateur de délires, donc à suivre pour ses révélations sur l’ordre réel des choses. On pense au subjonctif archaïque de Molière disant « ce quoi qu’on die en dit beaucoup plus qu’il n’en dit » [5]. C’est archaïque de dialoguer avec des gens sans foi ni loi, mais c’est aussi subversif. Pour une jeunesse qui ne connaît pas sa propre histoire et que l’on amuse avec des personnages retors. Au nom de la démocratie. Refrain qui veut annihiler toute résistance aux obstacles de malheur plantés au cœur de la transparence.

Singulier petit pays, disait Louis Joseph Janvier, protestant contre les fraudes électorales organisées sous le gouvernement de l’analphabète Nord Alexis. Dans l’entendement de ce savant haitien, « le spectacle des élections municipales de Port-au-Prince, en janvier 1907, était absolument bestial et navrant » [6]. C’est d’ailleurs au cours de ce spectacle électoral bestial de 1907 que Sténio Vincent devint maire de la capitale. Les candidats «  abolocho  » aux intérêts mesquins ont sucé à la mamelle leurs mauvaises pratiques. Pour avoir dénoncé ces « parodies d’élection » communales, Louis Joseph Janvier fut arrêté et mis en prison à la veille des élections législatives de janvier 1908. Ainsi perdit-il la cocarde de député de la Capitale. Il a refusé le dialogue avec la magouille électorale qui a recouru aux soldats du «  vingt cinquième régiment des Gonaïves, (du) Trentième régiment du Cap, (du) trente-troisième régiment des Coteaux qui ont voté par escouades  » [7] au détriment des électeurs résidant à la capitale.

Louis Joseph Janvier se rendait compte que « les plus capables » tels que Frédéric Marcelin, ministre de l’Intérieur, se mettaient avec Nord Alexis, représentant du « plus grand nombre », pour protéger les intérêts des détenteurs d’espèces sonnantes et trébuchantes. Le pantouflage, c’est-à-dire le passage de l’homme d’affaires à l’homme d’État, et vice versa, est de rigueur avec les risques inhérents, comme ce fut le cas quand Céligny Ardouin fut tué par la soldatesque du bonhomme Coachi en 1849. La différence fondamentale d’un pays à un autre est la capacité des hommes d’affaires à mener le jeu en contrôlant, entre autres, l’émission monétaire comme l’ont fait les créateurs privés de la Réserve fédérale aux États-Unis.

Il ne s’agit pas de s’arrêter uniquement au coût élevé des élections présidentielles et législatives de novembre 2010, soit 31 millions US$, ce qui constitue en soi un scandale. Il importe de saisir comment la moindre campagne électorale conduite pendant un minimum de trois mois pour un poste de sénateur ou de député a un coût prohibitif pour les éventuels candidats. Ainsi s’expliquent les dénonciations proférées contre nombre de personnalités politiques élues avec le soutien financier de la mafia des trafiquants. La dernière en date du 16 janvier 2014 étant celle de l’avocat Newton Louis St Juste contre le député Jacques Stevenson Thimoléon, élu depuis président de la Chambre des Députés, relative « au financement de sa campagne électorale par les milieux de la drogue et l’usage de son statut et de son véhicule officiels pour faciliter le trafic illicite de stupéfiants. » Rien d’étonnant ! Si le crime organisé a pu infiltrer la haute finance internationale ou encore les institutions du renseignement telles que la CIA, il peut facilement enchainer Haïti au bout de sa malédiction. Le veau d’or triomphe. Comme le dit si bien Goethe dans son Faust : « Autour de son piédestal, Satan mène le bal ».

Budget minimum pour une campagne électorale au Sénat

1. Frais d’inscription : 2 272 US$
2. Posters en plastic, avec deux couleurs (10 000 posters pour un forfait 20 000 US$)
2. Panneaux publicitaires (3 panneaux à 5 000 US$/mois pour trois mois), soit 45 000 US$
3. Publicité dans les journaux locaux (10 jours à 1 000 US$ la page couleur, 20 jours à 450 US$ en noir et blanc), soit un total de 19 000 US$)
4. Diffusions de spots audio de 30 secondes (8 spots par jour pendant 90 jours à 100 US$ par diffusion, soit un total de 81 000 US$)
5. T-shirts (35 US$ la douzaine), pour 50 000 milles, soit 145 000 US$
7. Véhicules (au moins 5 véhicules à 40 000 chaque, soit 200 000 US$)
8. Carburants (50 US$ par jour par véhicule pour 90 jours pour 5 véhicules, soit 22 500 US$)
9. Nourriture (50 personnes pour 90 jours à 10 US$ par jour, soit 45 000 US$
10. Observateurs (100 observateurs à 30 US$ par personne, soit 3 000 US$)

La facture des 582 772 US$ estimée est approximative car n’incluant pas les coûts des téléphones, ordinateurs, télécopieurs et photocopieurs ainsi que le recours à des consultants en communication et relations publiques afin de mobiliser les réseaux sociaux dans les « grandes campagnes ». Également nous n’avons pas inclus les frais de photographie, les locations de salles pour conférences de presse et les dépenses pour tenues vestimentaires et les voyages en diaspora. Cette facture indique qu’il faut un trésorier de campagne capable de faire une bonne gestion des 20 millions de gourdes (500 000 US$) admis comme plafond pour une campagne sénatoriale selon l’article 135.1 de la loi électorale.

Avec de telles dépenses, un demi-million US$, il est impossible pour le citoyen vivant de revenus transparents de rêver représenter sa circonscription comme parlementaire. C’est à ce carrefour que les attendent les cartels de la drogue les bras chargés de gros billets verts. Le ver est donc dans le fruit et ceux et celles qui prennent le risque deviennent les prisonniers consentants des narcotrafiquants. Les subventions prévues dans la loi électorale de 2013 pour le financement public des campagnes électorales aux articles 125 à 129 sont totalement fictives. Ce n’est pas avec le mécanisme de la dérobade que la société haïtienne trouvera une juste solution à ce drame quasiment insurmontable. Elle a déjà fait l’expérience d’un chanteur qui n’est pas allé par quatre chemins pour s’armer des plus puissants hauts-parleurs sur son char de carnaval pour battre et éliminer ses concurrents. Il devait transposer ses performances de vedette musicale en politique avec une machination qui lui a donné le contrôle de l’appareil d’État. Le résultat macabre est là avec cette construction artificielle et sans consistance qui tourne à vide au détriment d’Haïti. Les esprits sont doublement ébranlés. D’abord par la déculturation consciente, puis par la déstabilisation de toute éthique publique. Enfin par l’abrutissement provoqué par les élucubrations du chanteur-président qui déséduque au quotidien en ridiculisant toute référence à la logique et à la rationalité.

L’élection de Martelly en 2010 doit être placée dans le contexte global de ce que Peter Dale Scott nomme la narconomie. Ce dernier montre que la banque HSBC a été condamnée à payer une amende de 1.9 milliard US$, après avoir blanchi 7 milliards US$ pour les narcotrafiquants mexicains au cours des années 2000-2009. « De lourdes amendes, dit-il, qui sont habituellement bien moins importantes que les profits générés par le blanchiment d’argent [8]. » Au fait ce montant énorme ne représente que cinq semaines de revenus pour la banque HSBC. Le recyclage de l’argent sale est au cœur de la politique aujourd’hui. Dans tout processus de production, il y a des déchets que l’on jette. Il se trouve que dans certaines sociétés, les déchets soient devenus tellement importants que l’obligation de les recycler s’impose. On parle alors de « trop gros pour faire faillite » (too big to fail). Un mauvais chantage pour ne pas aborder les réformes fondamentales. La différence en Haïti est que la faillite de la société ne s’organise pas avec les « trop gros » mais plutôt avec les « plus médiocres » sous le prétexte qu’il n’existe pas de qualification précise pour être président autre que la popularité et que surtout « l’intelligence ne doit pas réussir ». On se rappelle que Le journal La Tribune populaire dans son édition du 27 juin 1902, avait écrit : « M. Firmin est à ce point instruit qu’il ne doit pas être président d’Haïti, notre pays étant trop peu avancé pour être gouverné par un tel homme [9]. »

(à suivre)

 

Leslie Péan

Économiste, écrivain

 

 

[1] « James Henchman ou Jimmy Rosemond encore un autre ami de Michel Martelly impliqué dans le trafic de drogue emprisonné à vie », Tout Haïti, 27 octobre 2013. Lire aussi Mosi Secret, « Hip-Hop Figure Gets Life Sentence for Drug Ring »,New York Times, October 25, 2013. Lire enfin « Rodolphe Jaar, ami et partenaire d’affaire de Michel Martelly arrêté pour trafic de cocaïne en République Dominicaine », Tout Haïti, 26 avril 2013.

[2] Plainte déposée au Parquet de Port-au-Prince contre Jean Renel Sanon, Prosper Avril, Evinx Daniel, Woodly Ethéard alias Sonson, Gary Desrosiers, P-au-P, 23 septembre 2013.

[3] « Haïti – Élections : La course à la présidentielle la plus chère de l’histoire d’Haïti », Haïti Libre, 12/09/2010.

[4] « Loi électorale 2013 », Le Moniteur, no. 229, 10 décembre 2013.

[5] Molière, Les femmes savantes, Acte 3, (1672), Paris, Larousse, 1962.

[6] Louis Joseph Janvier, Elections législatives de 1908, P-au-P, Imprimerie Chauvet, 1908, p. 21.

[7] Ibid, p. 13.

[8] Maxime Chaix, « Les drogues et la machine de guerre des Etats-Unis », Réseau Voltaire, 18 juillet 2013.

[9La Tribune populaire, P-au-P, Imprimerie de l’Abeille, 27 juin 1902.

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Le journal londonien The Independent a révélé dimanche qu’un document « accablant » de deux cent cinquante pages, intitulé « The Responsibility of UK Officials for War Crimes Involving Systematic Detainee Abuse in Iraq from 2003-2008 [1] », a été « soumis à la Cour pénale internationale (CPI) et pourrait entraîner des poursuites judiciaires à l’encontre de certains dirigeants britanniques de la défense pour cause de crimes de guerre « systématiques ».

Le dossier allègue que « les principaux responsables » des crimes de guerre présumés « incluent des personnalités en poste aux plus hauts niveaux » de l’armée et du système politique britanniques.

Selon le journal The Independent, le dossier mentionne notamment deux anciens pontes du ministère de la Défense, Geoff Hoon et Adam Ingram, qui occupaient respectivement les postes de secrétaire d’État à la Défense et de secrétaire d’État en charge des forces armées au cours du mandat de Tony Blair lors de la planification et de l’invasion de l’Iraq et pendant la majeure partie de l’occupation britannique. Le général Peter Wall, chef de l’armée britannique, est également cité.

Des allégations choquantes ont été compilées à partir du témoignage de quatre cents Iraquiens et représentent « des milliers de témoignages de mauvais traitements assimilables à des crimes de guerre, actes de torture ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Le document, soumis à la CPI de La Haye le samedi 11 janvier 2014, « requiert une enquête sur les crimes de guerre présumés en vertu de l’article 15 du Statut de Rome », et est le fruit de plusieurs années de travail accompli par le cabinet Public Interest Lawyers, basé à Birmingham, et l’ECCHR (Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’Homme). Ce document « est le plus détaillé jamais soumis au bureau du Procureur de la CPI concernant les crimes de guerre présumés des forces britanniques en Iraq ».

En 2006, la CPI avait estimé qu’il « existait des motifs raisonnables de croire que des crimes relevant de la compétence de la Cour avaient été commis, notamment des homicides intentionnels et des traitements inhumains ». Cependant, les procureurs avaient refusé d’ouvrir une enquête puisque les plaintes concernaient moins de vingt cas.

Par la suite, « des centaines d’autres doléances ont vu le jour, encourageant aujourd’hui l’examen des plaintes. Ceci marque le début d’une procédure qui pourrait placer certains hommes politiques et généraux britanniques soupçonnés d’avoir commis des crimes de guerre sur le banc des accusés ». Les « traitements abusifs généralisés perpétrés par les membres des forces armées britanniques en Iraq se sont poursuivis pendant la durée des opérations militaires, soit presque six ans ». On peut toutefois se demander à partir de quand un crime n’en est pas un, lorsque « seuls » des dizaines de cas ont été recensés ?

Des preuves « de recours systématique à la violence ayant parfois entraîné la mort de prisonniers détenus par les forces armées britanniques » ont été présentées. Les deux entités juridiques prétendent qu’il « existe des preuves d’actes de brutalité, de cruauté et de formes de sadisme incluant des sévices sexuels et des humiliations à caractère sexuel et religieux », associés à une utilisation généralisée du « supplice du capuchon » et à des actes de torture infligés aux prisonniers placés dans des « positions douloureuses, soumis à des bombardements sonores et privés de sommeil, de nourriture et d’eau ».

Ce type de techniques a été interdit dans le cadre du gouvernement d’Edward Heath en 1972 après avoir été utilisé en Irlande du Nord. Selon les accusations, ces techniques proscrites ont été utilisées « au sein de différents types d’installations britanniques [en Iraq] [...] entre 2003 et 2008 ». (Après septembre 2007, les Britanniques avaient d’ailleurs déclaré que seul un nombre réduit de militaires demeurait sur place pour participer à l’entraînement des Iraquiens).

Les actes barbares présumés ont de toute évidence été aggravés par « l’absence de suivi ou de responsabilisation visant à mettre un terme à de telles pratiques qui ont entraîné d’autres sévices. La conclusion logique est que ces mauvais traitements étaient systématiques ».

Le journal The Independent cite le professeur William Schabas, spécialiste des droits de l’Homme : « la soumission de ce dossier constitue un défi lancé à la Cour afin d’illustrer le fait qu’il n’existe pas deux poids et deux mesures. Ce cas nécessite incontestablement une enquête de la CPI ». Il prétend que les crimes de guerre perpétrés par les forces britanniques en Iraq sont « indubitables », et « qu’il y a des raisons de s’inquiéter ».

Les ministères britanniques de la Défense et des Affaires étrangères et du Commonwealth déclarent tous deux que l’ensemble des accusations de sévices ont fait ou font actuellement l’objet d’enquêtes par le biais de voies juridiques ou non. William Hague insiste par ailleurs sur le fait qu’il n’était pas nécessaire d’impliquer la CPI.

La CPI en tant qu’organisme a également fait l’objet de critiques et été accusée de juger et d’examiner en priorité les violations des droits de l’Homme perpétrées en Afrique au détriment d’autres violations présumées.

Le secrétaire général de l’ECCHR, Wolfgang Kaleck, a déclaré au journal The Independent que l’objectif de la transmission de ce dossier à la CPI « est de faire progresser les poursuites pénales à l’encontre des dirigeants politiques et militaires au Royaume-Uni qui sont les principaux responsables des actes de torture systématiques en Iraq ». Il ajoute que « la Cour pénale de La Haye constitue la dernière chance d’obtenir justice pour les victimes de torture et de mauvais traitements ».

« Il faut mettre un terme à la double morale qui existe en matière de justice pénale internationale. Les crimes de guerre et autres violations graves des droits de l’Homme doivent faire l’objet d’une enquête et de poursuites judiciaires, qu’ils aient été commis par des personnes puissantes ou non ».

Selon Phil Shiner du cabinet Public Interest Lawyers, les actions des dirigeants britanniques haut placés impliqués dans l’invasion, la planification, l’exécution et l’occupation feront l’objet d’une enquête. « Je pense que l’examen de ces problèmes est largement justifié. Je serais sidéré et amèrement déçu dans le cas contraire ».

Geoff Hoon, Adam Ingram et le général Peter Wall n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Des exemples des témoignages déchirants ayant été présentés à la CPI sont disponibles ici.

Felicity Arbuthnot

Article original en anglais :

blair criminal2Iraq: “Devastating” Dossier Alleging British War Crimes Lodged with the International Criminal Court.By Felicity Arbuthnot, publié le 12 janvier 2014

Traduction : Claire L., Info-palestine.eu 

Notes :

[1] « Responsabilité des dirigeants britanniques dans des crimes de guerre impliquant un mauvais traitement systématique des prisonniers en Iraq entre 2003 et 2008 »

 

Felicity Arbuthnot est une journaliste et activiste qui a souvent travaillé au sein des mondes arabe et musulman. Elle est l’auteur de travaux écrits et audiovisuels sur l’Irak qui ont été nominés pour plusieurs récompenses. 
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La Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (Celac) est réunie en sommet depuis le début de la semaine à La Havane. Tous les pays du continent américain, à l’exception des Etats-Unis et du Canada, ainsi que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon sont présents dans la capitale cubaine où règne un air de fête : défilé populaire dans les rues de La Havane avec en tête autour de Raul Castro plusieurs chefs d’Etats de la région ; Ban Ki-moon, hilare, se faisant coiffer au milieu de la foule…

Ce sommet confirme la montée en puissance du mouvement progressiste latino-américaine face à la déclinante hégémonie américaine sur le continent. « La création d’un espace politique commun est primordial pour notre région. Nous avons affaire à de nombreux défis, à de nombreux dangers pour la paix, mais nous avons été capables d’avancer dans la construction de la Celac », s’est félicité le président Raul Castro. Il aurait pu ajouter que l’événement confirme aussi la solidarité de la plupart des pays de la région avec Cuba, un fort message continental de rejet de la politique des Etats-Unis s’exprimant contre le blocus nord-américain à l’égard de la Grande Ile dont quatre de ses ressortissants restent scandaleusement emprisonnés aux Etats-Unis. L’inauguration du « mégaport » de Mariel à 45 Km de La Havane réalisé avec le Brésil et l’annonce d’une relance de la coopération avec le Mexique ont confirmé au début de cette semaine la bonne santé de la politique d’échange et de coopération menée par Cuba. L’Union européenne (UE) a dû sentir le vent souffler en annonçant, il y a quelques jours, l’ouverture de discussions avec La Havane.

Au cours des dernières années, l’Amérique latine a connu des changements politiques considérables.

Désormais dirigés par une majorité de gouvernements progressistes – seuls la Colombie, le Paraguay et quelques petits pays d’Amérique centrale conservent des régimes de droite – l’Amérique latine va s’affirmer à la fin de cette réunion « diverse et unie » dans une « Déclaration de La Havane » où figureront des décisions visant à renforcer l’intégration continentale. La « déclaration » en discussion compte 80 points environ parmi lesquels l’affirmation d’une « zone de paix » en Amérique latine, la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme, la sécurité alimentaire et le développement agricole, la coopération technique et scientifique et l’intégration économique et financière de la région. Avec 600 millions d’habitants dans la balance.

José Fort

L’Humanité

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Les Jeux olympiques de Sotchi, qui commencent le 6 février prochain, vont se dérouler dans un contexte où les tensions géopolitiques s’intensifient. Tandis que les conflits s’accroissent entre Washington et Moscou au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, le gouvernement des États-Unis et les médias occidentaux tentent de faire de l’événement une humiliation pour le gouvernement russe.

Des athlètes de centaines de pays et des dizaines de milliers de spectateurs vont arriver dans la ville de villégiature russe qui aura été transformée en camp armé. Quarante-mille agents de sécurité vont patrouiller à l’intérieur du fameux «anneau d’acier» érigé par le Kremlin autour de la ville olympique. Ils auront l’appui d’un système de défense aérien, de canonnières dans la mer Noire et de 70.000 soldats stationnés le long de la frontière séparant le sud de la Russie et la Géorgie.

Quatre-cents cosaques (des gendarmes impériaux de l’époque du tsar, reconnus pour leur brutalité, qui ont été récemment remis en service) ont été mobilisés et ont la tâche du contrôle d’identifications et de l’arrêt des suspects. Des restrictions sur les manifestations et les rassemblements publics, ainsi que sur les déplacements à véhicule dans la zone olympique et aux environs, sont en place depuis début janvier.

Depuis l’effondrement de l’URSS, Moscou mène plusieurs guerres et opérations de contre-insurrection dans le Nord-Caucase, la région voisine de Sotchi, pour mater les mouvements séparatistes islamiques. Des groupes de djihadistes islamiques ont annoncé qu’ils allaient s’en prendre à Sotchi.

La semaine dernière, un groupe appelé Vilayat Dagestan, qui affirme être responsable de l’attentat à la bombe perpétré à Volgograd en Russie qui a tué 34 personnes, a publié une déclaration affirmant que les Russes n’allaient pas «vivre en paix». Il a juré d’offrir un «cadeau» aux touristes qui vont assister aux Jeux. Dans les derniers jours, cinq pays européens auraient aussi reçu des lettres de menaces.

Washington et ses alliés saoudiens sont les principaux responsables du risque d’attaques terroristes aux Jeux de Sotchi. Des djihadistes de Tchétchénie et de Dagestan se battent aux côtés d’autres extrémistes islamiques appuyés par les États-Unis en Syrie, où ils reçoivent de l’entraînement et du financement essentiels.

Washington appuie depuis longtemps des groupes islamiques dans la région stratégique du Nord-Caucase en Russie dans le cadre de sa rivalité avec Moscou en Asie centrale. Les États-Unis maintiennent cette politique même s’il peut advenir des «contrecoups» terroristes, comme l’attentat du marathon de Boston de l’an dernier commis par deux jeunes qui étaient liés à des groupes islamiques du Caucase et dont l’oncle, Ruslan Tsarni, avait des liens avec les services de renseignement américains.

Dans une rencontre avec Poutine en août dernier, le prince Bandar (le chef des services d’espionnage de l’Arabie saoudite, pays qui appuie des groupes islamiques du Nord-Caucase) a mis en garde le dirigeant russe que l’Arabie saoudite ne pourrait garantir la sécurité de Jeux olympiques si Moscou n’abandonnait pas son appui au régime d’Assad en Syrie.

Le silence des médias sur les liens qui existent entre la politique étrangère des États-Unis et les groupes terroristes dans la région montre à quel point la couverture médiatique sur les menaces terroristes et le fait que Moscou serait incapable d’assurer la sécurité lors des Jeux est hypocrite.

La chroniqueuse du Washington Post, Sally Jenkins, a écrit: «Les Jeux olympiques ne sont pas supposés tuer des gens. Ils sont supposés les couvrir d’éloges. Mais il est trop tard pour retirer ces dangereux et criminels Jeux d’hiver des mains de la bande de voyous qu’est le régime de Vladimir Poutine.»

Le climat de provocation politique entourant les Jeux olympiques de Sotchi s’est manifesté dans des commentaires du président de la Chambre des représentants des États-Unis, John Boehner. Sur le plateau de l’émission de Jay Leno, Boehner a carrément traité le président russe de «voyou» et exigé qu’Obama adopte des politiques encore plus agressives contre Moscou afin de «mieux protéger les intérêts des États-Unis et de nos alliés, particulièrement en Europe de l’Est».

On a avisé les athlètes américains de ne rien porter à l’extérieur du site olympique qui puisse les faire reconnaître en tant que participants. De nombreux articles dans les médias anglophones affirment que Moscou serait à la recherche de «veuves noires» (femmes préparant un attentat-suicide) envoyées à Sotchi.

Le département d’État américain envoie des alertes en continu aux citoyens des États-Unis en voyage dans la région. La marine américaine aurait, sans apparemment obtenir l’accord du gouvernement de la Russie, déployé deux navires de guerre dans la mer Noire, supposément pour venir en aide à des citoyens américains en situation d’urgence.

Vendredi, le gouvernement canadien a conseillé à ses citoyens qui prévoyaient se rendre sur place de reconsidérer leurs plans.

Le Kremlin, qui veut faire des Jeux le symbole du retour de la Russie en tant que puissance mondiale, s’est opposé aux critiques de sa gestion de la menace terroriste. La semaine dernière, le premier ministre russe Dmitry Medvedev a soutenu sur le réseau CNN que les risques encourus aux Jeux olympiques de Sotchi n’étaient pas plus grands que ceux des Jeux précédents.

L’attaché de presse de Poutine, Dmitry Peskov, a dit au quotidienKomsomolskaya Pravda: «Certains pays sans scrupules et totalement arrogants tentent de discréditer politiquement nos Olympiques de Sotchi.»

La campagne médiatique entourant la sécurité des Jeux olympiques est une tentative des États-Unis et de leurs gouvernements alliés visant à saboter les Jeux et éliminer le prestige dont la Russie pourrait profiter en en étant l’hôte.

L’an dernier, la Maison-Blanche a utilisé les lois réactionnaires promulguées récemment en Russie, qui stigmatisent les homosexuels et interdit la promotion de l’homosexualité, pour encourager un torrent de critiques contre Moscou «en défense des droits de l’homme». Ces critiques, étant donné le caractère de droite des forces islamiques que Washington appuie dans la région, sont profondément hypocrites.

En décembre, le président Obama a nommé des représentants ouvertement homosexuels dans la délégation olympique américaine pour insister sur la question.

Les États-Unis collaborent avec les puissances européennes, surtout l’Allemagne, pour manipuler cyniquement la question des droits des homosexuels aux jeux. Les athlètes de l’Allemagne vont porter des uniformes aux couleurs de l’arc-en-ciel, rappelant le symbole bien connu du mouvement de la fierté gaie.

Bien que les États-Unis ne soient pas allés jusqu’à annoncer un boycottage officiel de l’événement, le président américain, la première dame et le vice-président ont tous refusé de se présenter aux Jeux (une première depuis l’année 2000).

En décembre, le président de l’Allemagne (un pays qui défend activement un mouvement d’opposition anti-russe en Ukraine qui menace de scinder le pays en deux) a affirmé qu’il n’allait pas se présenter aux Olympiques afin de protester contre les violations des droits de l’homme par la Russie qui se donne des «airs d’impérialisme».

Les coûts effarants des Jeux olympiques de Sotchi (qui dépassent maintenant les 50 milliards de dollars, soit quatre fois plus que l’estimation initiale et les plus élevés de l’histoire des Jeux) sont aussi relevés dans la campagne médiatique en cours. Selon les critiques du Kremlin, jusqu’à 30 milliards $ de cette somme auraient été détournés par des initiés dans le gouvernement.

Cela ne serait pas surprenant d’apprendre, étant donné la grande corruption de l’élite dirigeante parasitaire qui a émergé de la restauration du capitalisme en Union soviétique, qu’elle aurait pu se servir des Olympiques comme d’une autre occasion pour opérer un vaste transfert de richesse, de l’État vers les super-riches.

À cet égard, les Olympiques de Sotchi ne diffèrent toutefois des autres Jeux que par l’ampleur des pots-de-vin. Réagissant aux allégations de corruption en mai, Jean-Claude Killy, président de la commission de coordination du Comité international olympique (CIO) pour Sotchi, a affirmé: «Je ne me souviens pas de Jeux olympiques sans corruption.»

Les Jeux sont entourés de scandales depuis des décennies et les pots-de-vin jouent un rôle à chaque événement. Les villes luttent pour être choisies et pouvoir offrir d’énormes et lucratifs contrats aux entreprises de leur région.

Des enquêtes sur les Jeux de 1996 à Atlanta et de 2002 à Salt Lake City ont révélé des pratiques de corruption, tant au niveau des villes hôtes que du CIO.

Andrea Peters

Article original, WSWS, paru le 27 janvier 2014

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La société ukrainienne entre ses oligarques et sa Troïka

janvier 30th, 2014 by Catherine Samary

Le 14 janvier 2014, le vote à l’arraché par le parlement ukrainien, d’un arsenal de lois extrêmement répressives, marque un tournant dans la crise politique qui affecte le pays depuis novembre |1|. Des affrontements de rue et plusieurs morts ouvrent une dynamique imprévisible. Alors que le PC ukrainien (membre de la coalition au pouvoir – 14 % de sièges) préconise un référendum sur les choix internationaux de l’Ukraine, un bras de fer oppose le Parti des régions du président (majorité parlementaire de 33,27 %), qui prend un cours répressif et une opposition qui réclame, comme les manifestants, sa démission – sans autre programme alternatif et cohérence que cet objectif.

Quels sont les enjeux sous-jacents ?

Le 21 novembre 2013, le président ukrainien Viktor Iakounovitch, à la tête du Parti des régions au pouvoir depuis 2010, refusait, de façon inattendue, de signer l’Accord d’association avec l’UE. Ce camouflet infligé par un pays de plus de 40 millions d’habitants, qui joue un rôle géopolitique charnière, met en crise le projet de partenariat oriental offert par l’UE depuis 2009 à six pays frontaliers |2| et qu’elle estime contradictoire avec l’insertion de ces mêmes pays dans l’Union douanière et les projets d’Union eurasienne dominés par la Russie. Le soutien explicite des États-Unis et des diplomaties européennes aux manifestants – autant que le chantage russe sur les prix de l’énergie et les accords commerciaux – illustre l’importance d’enjeux économiques géostratégiques sous-jacents. En pleine crise politique, en décembre, l’envol du président ukrainien Ianoukovitch vers la Chine, avant qu’il ne se rende en Russie a été peu souligné : les accords croissants noués avec Pékin visent à atténuer les dépendances de l’Ukraine envers sa “troïka” – UE, FMI et Russie.

Les manifestants de “l’Euro-Maïdan”, qui ont établi leurs campements depuis novembre sur “la place” (Maïdan) de l’Indépendance, et les centaines de milliers de ceux qui les ont rejoints à plusieurs reprises, sont-ils simplement “pro-européens” comme on les décrit ? Le pouvoir en place est-il d’ailleurs “pro-russe” dans cette Ukraine profondément attachée à son indépendance et historiquement divisée entre ses régions orientale et occidentale ?

Le puzzle coloré de la société ukrainienne et son évolution sont-il bien représentés dans les tribunes de Maïdan ou celles du Parlement ?

Répartition des votes lors de l’élection Présidentielle de 2010

Commission Électorale Ukrainienne

La carte électorale de 2010 |3| ci-dessus, illustre ce que fut alors l’élection de l’actuel président Viktor Ianoukovitch, à la tête du Parti des régions (allié avec le Parti communiste ukrainien), face à Ioulia Timochenko (actuellement en prison), à la tête du parti libéral “Patrie” – l’un des trois partis d’opposition parlementaire dits “pro-occidentaux” |4|. La carte montre la réalité d’un pays politiquement, culturellement, historiquement et territorialement très divisé : ses régions de l’Est, russophones, orthodoxes, où domine la coalition au pouvoir, restent marquées par les grandes entreprises de l’ère soviétique, très dépendantes des échanges avec la Russie ; alors que l’opposition domine de façon nette à l’ouest, plus catholique et de traditions très anti-russes, où se trouvent aussi des activités économiques plus insérées vers l’occident. Le centre du pays balance entre les deux. Dès lors, peut-on parler d’une société ukrainienne s’exprimant à Maïdan contre son gouvernement en faveur de liens privilégiés avec l’UE ? Ou faut-il au contraire évoquer cet “Euro-Maïdan contre l’Ukraine” (en soulignant les divisions d’un pays de plus de 40 millions d’habitants et l’ancrage territorial à l’ouest et au centre du pays de manifestations, dont le pic a regroupé 300 000 protestataires) ?

Il faut y regarder à la fois de plus près et en dynamique (tout en étant prudent sur ce que peut cacher l’attentisme d’une grande partie des 40 millions d’habitants qui ne s’expriment pas à Maïdan). Mais il est sûr que de l’eau a coulé sous les ponts, non seulement depuis la “Révolution orange” de 2004, mais aussi depuis le retour de partis dits “pro-russes” par les urnes en 2010.

On est loin d’une nouvelle “Révolution orange” qui mettait fin en 2004 au long règne d’un Léonid Koutchma (au pouvoir depuis 1993) |5| même si, hier comme aujourd’hui, c’est sur Maïdan, cette même place de l’Indépendance, que s’est exprimée de façon massive, au-delà des instrumentalisations étrangères, une réelle exaspération populaire sur arrière-plan de dégradations sociales et de rejet de la corruption.

L’égérie de la “Révolution orange” purge aujourd’hui sept ans de prison pour abus de pouvoir |6| – une justice sans doute sélective, car aucun des clans qui se succèdent au pouvoir n’est épargné par la corruption et le clientélisme. Et si, en 2004, les protestations de masse visaient la reconnaissance d’une nouvelle majorité électorale, aujourd’hui, les partis sont largement discrédités, sauf peut-être celui de l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, précisément parce qu’il dénonce la corruption endémique, met l’accent sur quelques enjeux sociaux et s’oppose aux violences. Comme les Indignés de Bulgarie |7|, le mouvement est à la fois critique des partis et de divers bords idéologiques, dans le contexte d’un profond brouillage des étiquettes. Dans les manifestations de l’Euro-Maïdan, le “Bleu et Jaune” a remplacé l’Orange des dirigeants libéraux de 2004. Mais bleu et jaune, ce sont tout autant les couleurs de l’Ukraine dans sa diversité, que celles du drapeau d’une UE idéalisée ou encore celles du parti Svoboda/Liberté (sur fond bleu où se dressent trois doigts jaunes), entré au Parlement avec plus de 10 % des voix, et qui commémore les bataillons SS, détruit une statue de Lénine ou demande l’interdiction du Parti communiste. La présence active des groupes néo-nazis de Svoboda et ses actions polarisent les manifestants eux-mêmes, sans qu’il soit aisé de mesurer la part de soutien et de défiance, voire de rejet et de confrontations – notamment avec les courants d’Action directe, d’inspiration anarchiste et plus largement avec le “Maïdan de gauche”, qui peine à se faire entendre dans des manifestations très ancrées à droite |8|.

La presse occidentale s’est évidemment majoritairement réjouie, moyennant quelques exceptions |9|, des manifestations de popularité dont l’UE a bien besoin en ces temps de crise. Pourtant, c’est surtout la violence des forces spéciales – les “Berkut” – contre quelques centaines de manifestants pro-UE qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de protestataires. Ce fait a d’ailleurs été pris en compte par le pouvoir, qui a très vite reconnu comme “excessive” une telle violence, et mis en place fin 2013 une commission d’enquête à ce sujet pour calmer le jeu, tout en limogeant quelques responsables et en amnistiant les manifestants emprisonnés. Les mobilisations dites “pro-européennes” ou hostiles à l’intégration de l’Ukraine, dans une union douanière (UD) dominée par la Russie, sont certes dominées par une population de Kiev et de l’ouest de l’Ukraine qui ne représente pas sur ces enjeux l’ensemble du pays. Mais elles comportent des aspirations et craintes qui peuvent être partagées dans toutes les régions et notamment chez les jeunes : l’aspiration à un État de droit et la peur d’une évolution du régime oligarchique ukrainien vers les violences et pratiques autoritaires de celui de Poutine.

Pourtant, les questions socio-économiques et l’attachement à l’indépendance du pays et à son unité poussent logiquement vers un ancrage diversifié des relations internationales, ce qui atténue aussi les frontières idéologiques et territoriales, tant au plan des partis politiques que des aspirations populaires. On ne peut le mesurer pleinement sans un retour sur l’état réel du pays depuis 1991.

Un pays appauvri par un double choc depuis 1989/91

Globalement, l’ensemble des pays de l’Europe de l’Est (au sens large incluant l’URSS) a connu trois phases depuis la fin du règne du parti unique et l’éclatement de l’URSS accompagnant le basculement vers la restauration capitaliste de 1989/91 : une “crise systémique” débutant avec les années 1990, plus ou moins longue et profonde ; la reprise de la croissance, d’abord faible, puis, entre 2003 et 2008, un “rattrapage” au sens d’une croissance plus forte que dans la vieille Europe ; enfin, le choc de la crise venant du centre capitaliste en 2008-2009.

Mais tous ces pays ne disposaient pas des mêmes ressources et ne partaient pas du même niveau de développement ; malgré de grands points communs, les trajectoires se sont différenciées. La taille, les ressources et le rôle international de la Russie ont évidemment produit un scénario distinct que l’on ne fera qu’évoquer ici. De même, les pays qui sont le plus directement dans l’orbite de l’UE – dits les PECO, pays d’Europe centrale et orientale, et les trois pays baltes, ont été soumis à des scénarios plus directement marqués par le rôle normatif de l’UE.

L’Ukraine occupe une position charnière (qu’exprime son nom et qui l’affecte intérieurement, comme on l’a dit) entre deux mondes géo-politiques. Attachée à son indépendance – proclamée en 1991 et que ne remet pas en cause son appartenance à une CEI |10| peu contraignante – elle a été profondément affectée sur le plan socio-économique par les deux chocs évoqués touchant l’ensemble de la région.

La “crise systémique” du début de la décennie 1990 a combiné pour elle, d’une part, les effets du démantèlement de l’ancien système planifié signifiant une transformation radicale du rôle de la monnaie, du rôle de l’État et des rapports de propriété |11| et, d’autre part, l’impact de la dissolution de l’URSS. Pour les pays comme l’Ukraine, organiquement intégrés à la planification soviétique, l’indépendance signifia que la circulation des produits entre grandes firmes et républiques, jusqu’alors largement déterminée en nature, sans véritable rôle actif de la monnaie (voire sans comptabilité marchande réelle au sein des grandes entreprises), fut remplacée par des échanges monétaires. Certes, le système de prix pour la distribution de l’énergie et des produits de base préserva plus ou moins longtemps selon les pays, après 1991, la gratuité ou quasi-gratuité antérieure pour la population afin d’éviter les explosions sociales. Mais dans les échanges internationaux, la Russie d’Eltsine – plus précisément, l’immense Fédération de Russie – n’a pas simplement subi le séparatisme des anciennes républiques. Elle en a aussi souvent profité, en tant que pourvoyeur essentiel d’énergie : exploitant sa position économique dominante, elle pouvait faire “payer” désormais sa production à un “prix” qui allait devenir un instrument géopolitique majeur de chantage envers ses nouveaux “voisins” plus ou moins proches, ainsi qu’un outil de corruption des élites et oligarques au pouvoir en Ukraine qui a touché tous les partis.

La croissance de l’Ukraine fut négative tout au long des années 1990, sans discontinuer, selon le rapport de 1999 de la BERD (Banque européenne de reconstruction et développement), avec un PIB de 1998 qui était à 37 % du niveau de 1990 en termes réels. La Banque mondiale (BM) a souligné que l’ampleur et la durée de la “crise de système”, commençant au début de la décennie 1990 et subies par l’ensemble des pays de l’ex-URSS et d’Europe de l’Est, “furent, pour tous les pays, comparables à celles des pays développés durant la Grande dépression, et, pour beaucoup d’entre eux, elles furent bien pires” |12|. La BM précise dans ce même rapport que les pays concernés “ont commencé la Transition avec un des plus bas niveaux d’inégalités du monde entier”. Or, elle précise sur ce plan (p. 30 de ce rapport) que le coefficient de Gini, qui est une des mesures des inégalités, est passé de 0,23 à 0,33 pour les PECO entre 1987/90 et 1996/98, mais a fait un bond de 0,24 à 0,47 pour l’Ukraine – proche de la moyenne affectant toute la CEI (le plus faible écart de ce coefficient entre ces deux dates concernant la Biélorussie, où il passe de 0,23 à 0,26 ; et le plus grand affecte l’Arménie, de 0,27 à 0,61).

La redéfinition des rapports avec la Russie comme partenaire énergétique stratégique, voie de passage majeure des oléoducs vers l’UE et principal débouché commercial de l’Ukraine, était et reste essentielle pour le pays tout entier. Elle s’est négociée dans le cadre de privatisations oligarchiques et montages financiers opaques, de part et d’autre, sous Eltsine dans les années 1990, puis Poutine depuis le début de la décennie 2000. Mais cette dernière phase a été associée au rétablissement d’un État russe fort après la crise des paiements de 1998 |13|. La consolidation de la croissance et de l’État russe s’accompagna de rivalités plus ouvertes et de rapports conflictuels sur le plan international. L’Ukraine allait devenir un enjeu géostratégique (militaire, socio-économique et politique) entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Les conflits intérieurs au pays – gangrené par la corruption et l’autoritarisme de l’ère Koutchma – furent alors articulés (sinon instrumentalisés) dans le cadre de ce qui fut appelé la “Révolution orange” de 2004.

Mais, très rapidement, la population fut déçue par ce qui n’aura été ni une révolution sociale ni même une réelle rupture des institutions politiques du régime, mais seulement un infléchissement politique interne/externe : ce fut une première phase de rapprochement avec l’OTAN se heurtant à un veto russe, et d’affirmation de “l’avenir européen de l’Ukraine”. L’arrivée au pouvoir des nouveaux dirigeants libéraux leaders de la “Révolution orange” ne fut pas une “révolution” : parce que partout, et sous toutes les étiquettes, les partis qui se relayaient au pouvoir, en Ukraine comme ailleurs en Europe de l’Est, mettaient en œuvre des privatisations clientélistes et souvent opaques. L’ouverture, ou au contraire une certaine fermeture au capital étranger dépendaient de stratégies géopolitiques et nationales différenciées et évolutives, dans le cadre d’un même basculement capitaliste |14|. De plus, la corruption des nouveaux élus et leurs pratiques deviendront rapidement impopulaires à leur tour. Mais les ouvertures vers l’Occident se firent plus radicales sur les plans politique et financier – avec une part des actifs étrangers dans les banques étrangères passant à plus de 50 % en 2008 : l’Ukraine s’efforça alors de rejoindre la trajectoire des PECO d’intégration financière et commerciale avec une UE pourtant fort réticente envers de nouveaux élargissements. La volonté d’ancrage vers l’Occident se reflète bien dans la stratégie d’ouverture bancaire, atténuée par les sentiments nationalistes et les crises.

PART des ACTIFS FINANCIERS ÉTRANGERS DANS LES BANQUES Et année où ils deviennent (éventuellement) majoritaires
Pays 1re année avec au moins 50% d’actifs bancaires étrangers Actifs financiers étranger (%) en 2007 Actifs financiers étrangers (%) en 2008 Actifs financiers étrangers (%) en 2011
Quelques pays de l’ex-URSS, membres de la CEI (sauf la Georgie depuis 2008)
Russie - 17,2 18.7 16,92
Ukraine 2008 39,4 51,1 38
Georgie 2004 90,6 90.8 87,2
Kazakhstan 2003 38,5 12.9 19,2
Azerbaidjan - 7,5 9.1 9,5
Belarus - 19,7 20.6 n.a.
Armenie 2001 49 50.5 67,5 (2010)
Moldavie - 24,8 31.6 40,9
Nouveaux États membres (NEM) de l’UE (date d’entrée)
Bulgarie (2007) 2000 82,3 83,9 76,5
Croatie (2014) 2000 90,4 90,8 90,6
Estonie (2004) 1998 98,8 98,2 94
Hungary (2004) 1997 64,2 84 85,8
Lettonie (2004) 1996 63,8 65,7 65
Lituanie (2004) 1998 91,7 92,1 90,8 (2010)
Pologne (2004) 2000 75,5 76,5 69,2
Rep. Tchèque (2004) 2000 84,8 84,7 n.a.
Roumanie (2007) 2001 87,3 87,7 81,8
Slovaquie (2004) 2001 99 99,2 91,5
Slovénie (2004) - 28,8 31,1 29,3
Balkans de l’ouest
Albanie 2004 94,2 93,6 90,3
Bosnie&Herzegovine 2001 93,8 95 94,5 (2009)
FYR Macedonia 2000 85,9 93,1 92,4
Montenegro 2005 78,7 84,6 89,7
Serbie 2005 75,5 75,3 74,5

Source : Macro-indicateurs de la BERD

L’Ukraine subit durement, comme bien d’autres pays de la région, un deuxième grand choc récessif en 2009. Il fut assorti de son lot de scandales financiers et d’une crise bancaire – avec retrait massif de capitaux étrangers –, alors que l’ébauche de retraits similaires au sein des nouveaux États membres de l’UE (NEM) |15|
provoqua à deux reprises une riposte concertée de toutes les grandes banques et institutions financières mondiales et européennes, dite “Initiative de Vienne” 1 et 2 |16|.

Mais 2009 fut également une année de scandales financiers en Ukraine, et aussi une nouvelle phase de “guerre du gaz”, avec pour arrière-plan les tensions sur l’OTAN. L’interruption par la Russie des livraisons de gaz affecta durement le pays et sa population – ainsi que plusieurs pays européens. La question de la stabilisation des relations avec la Russie et de la réduction des dépendances à son égard se posait, tant dans l’UE qu’en Ukraine.

C’est dans ce contexte de grande fragilité, et après cinq ans de tensions avec la Russie bloquant notamment le projet d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, que se déploya la campagne électorale, où le candidat Ianoukovitch afficha un programme de “neutralité” militaire et d’équilibrage des relations internationales. C’est sur cette base qu’il fut élu en 2010 – dans des élections reconnues internationalement comme correctes. Et c’est dire que les couleurs de la carte de cette élection ne reflètent pas clairement un certain brouillage des notions et étiquettes de “pro-russe” et “pro-occidental”. D’autant que le brouillage est le même quant au poids des pratiques et pouvoirs oligarchiques : le président Ianoukovitch partage avec son adversaire, qu’il a battue de peu, d’être à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays – avec des dimensions familiales extensives.

Aussi, les négociations en direction de l’UE ont-elles été menées par la coalition au pouvoir – dite “pro-russe”… Et c’est elle qui a largement fait progresser cette cause dans les régions de l’Est (proches de la Russie), jusqu’à la rupture récente, à Vilnius. Il est à cet égard également frappant qu’après les violences policières contre les manifestants, fin novembre, l’espoir des partis d’opposition d’emporter le vote de défiance du Parlement n’était pas irréaliste. De ce brouillage des frontières politiques témoigne “la solidarité” que trois anciens présidents ukrainiens – Leonid Kravtchouk, Viktor Iouchtchenko, mais aussi Léonid Koutchma, le parrain politique de l’actuel président Ianoukovitch, ont dans une lettre ouverte exprimé leur « solidarité avec les actions pacifiques de centaines de milliers de jeunes Ukrainiens ». Ou encore les démissions du chef de l’administration présidentielle (n° 2 du pouvoir) et du chef de la police de Kiev, début décembre ; enfin, le fait que plusieurs députés ont dans cette crise quitté le parti des Régions (celui du président).

Mais le pays – comme d’ailleurs la plupart de ceux de l’Europe de l’Est et des Balkans – ne s’est pas réellement relevé de la crise de 2009. Et il ne s’agit pas seulement de l’impact d’une crise “venue d’ailleurs” (la vieille Europe et les États-Unis), même si, bien évidemment, plus les pays sont devenus dépendants sur le plan financier, productif et commercial à l’égard de l’UE et surtout de ses grandes firmes multinationales, plus ils subissent de plein fouet l’impact récessif des politiques d’austérité menées dans l’UE et sa fragilité bancaire persistante.

Si les scénarios et situations ne sont pas identiques, en gros, la périphérie de l’Est de l’UE (contrairement à celle du Sud) a joué le rôle d’accélérateur du dumping social (avec des salaires qui rivalisent avec ceux de la Chine) et fiscal (avec l’introduction et l’extension de la “flat tax”, impôt unifié sur le revenu et le capital, abaissé pour attirer les investissements directs étrangers (IDE). La pénétration massive de ces derniers dans la sphère financière a favorisé une croissance avant 2008, basée sur un fort endettement privé, dans un contexte d’apauvrissement massif pendant deux décennies. Ce qui fut présenté comme une garantie de succès – la dépendance envers l’UE – est devenu une source majeure d’instabilité.

Taux de croissance du PIB
Croisance du PIB % 2008 2009 2012
Nouveaux Etats Membres (NEM)
Bulgarie 6,2 -4,9 0,8
Croatie 5,1 6,2 -2
Hongrie 0,8 -6,7 -1,7
Pologne 5 1,7 1,9
Rep. Tchèque 2,5 -4,1 -1,3
Roumanie 7,3 -7,1 0,7
Slovaquie 5,8 -4,8 2
Slovénie 3,7 -8,1 -2,3
Estonie -5,1 -13,9 3,2
Lettonie -4,2 -18 5,6
Lituanie 2,9 -14,7 3,7
Balkans de l’ouest
Albanie 5,9 7,7 1,5
B&H 6,2 5,7 -0,7
FYR Mac. 6,1 5 -0,2
Monténégro 10,7 6,9 -0,5
Serbie 6,9 5,5 -1,7
États de la CEI
Russie 5,2 -7,8 3,4
Ukraine 2,3 -14,8 0,2

Sources : FMI – Etudes du CERI 2011 & 2012 L’Ukraine aux prises avec sa Troika – FMI, UE et Russie

Du côté du FMI. Après le choc brutal de 2009 (près de 15 % de récession), la reprise a été fragile en 2010 et 2011, accompagnée d’une flambée du déficit public (passant de -1,5 % en 2008 à -4 % en 2009 et à -6 % du PIB en 2010) et d’un retrait massif des banques occidentales comprimant les crédits. Le gouvernement a préféré soutenir la consommation par une politique de dépense publique expansionniste, se heurtant de plein fouet au FMI : celui-ci, en dépit d’une dette publique globale relativement modérée (inférieure à 40 % du PIB, comme c’est souvent le cas en Europe de l’Est), prônait, comme ailleurs, la contraction des dépenses publiques – notamment les salaires des fonctionnaires – et le relèvement des tarifs d’énergie payés par les entreprises à l’État |17|. Le refus du gouvernement d’obtempérer, par crainte d’une explosion sociale, laissait en même temps le pays confronté à une dette à court terme, dont le montant excède les réserves du pays (158 % de celles-ci |18|) selon les Études du CERI de décembre 2013). Après une croissance quasi nulle en 2012, l’Ukraine était à nouveau en récession (-0,5 %) en 2013 et confrontée à une dégradation de ses comptes extérieurs et au risque de se trouver en cessation de paiement..

C’est dans le contexte de menaces russes (de blocage des importations ukrainiennes de chocolats et de céréales et de hausse des tarifs du gaz) aggravant cette situation d’ensemble que se déroulaient les négociations avec le FMI et l’UE, pour un pays dont plus du quart des échanges se font avec la Russie – et 40 % avec les pays de la CEI – Communauté des États indépendants associés à elle (contre 20 % avec l’UE). Les industriels ukrainiens sont évidemment divisés, tout comme la population et une bonne partie de la classe politique, au-delà des étiquettes journalistiques où l’on doit être “pro-russe” ou “pro-occidental” (entendez barbare ou démocrate).

Du côté de l’UE. À la veille de la rupture, le président Ianoukovitch demandait à l’UE (et aux États-Unis) une aide, face aux pressions du FMI pour honorer ses échéances de court terme, et une compensation de 20 milliards d’euros pour le coût que la Russie infligerait au pays en cas de signature de l’accord d’association. Il demandait en outre une réunion et une concertation avec la Russie, l’UE et l’Ukraine simultanément.

La réponse de l’UE fut claire : elle était prête à se substituer au FMI pour un coup de main, mais… à la condition que soient appliquées les réformes demandées par le FMI. Quant aux compensations, il n’en était pas question. Enfin, les accords d’association étaient contradictoires avec toute participation à l’Union douanière avec la Russie. Presque certains d’une impossible entente de Kiev avec Moscou, les négociateurs de l’UE ajoutèrent une condition politique à toute avancée avec Kiev : la libération ou au moins le transfert en Allemagne de Ioulia Timochenko pour se faire soigner. Ce que le parlement ukrainien refusa, au nom du droit souverain du pays de gérer un conflit juridique en cours.

Mais l’essentiel était ailleurs : quelles sont en réalité les offres de l’UE ? Il n’y a actuellement aucun accord au sein des États membres, notamment de son centre, pour offrir à l’Ukraine l’adhésion à l’Union. Celle-ci distingue les États possibles candidats, et les pays européens voisins. Au-delà des Balkans de l’Ouest |19| dont l’adhésion est officiellement possible – bien que peu crédible dans l’état actuel des choses=, aucune autre adhésion n’est négociée en Europe de l’Est. Les Accords d’Association sont donc prônés par l’UE dans le cadre de ses “Politiques de voisinage” (PEV). En symétrie des accords proposés par Nicolas Sarkozy du côté méditerranéen, la Pologne, soutenue par la Suède, a proposé et fait adopter en 2009 un partenariat oriental tourné vers six pays frontaliers de l’UE – Ukraine, Moldavie, Biélorussie et les trois États du Caucase du Sud : Arménie, Géorgie et Azerbaïdjan – toutes anciennes républiques de l’URSS. Il cherche à établir des relations “politiques” – sans intégration comme membre de l’UE – se traduisant en pratique pour l’essentiel par des accords d’association |20|, visant à l’établissement d’une “zone de libre-échange approfondi et complet” (ZLEAC – ou, selon les initiales anglaise de ce nouveau barbarisme : Deep and Comprehensive Free Trade Area (DCFTA).

En pratique, ils visent, comme leur nom l’indique, une libéralisation radicale du marché du travail (suppression des ultimes protections – entendez “rigidités”), du marché du capital (libre circulation – entendez “suppression des contrôles” politico-économiques) et des biens et services (entendez “privatisations”). Le tout est, jusqu’à la caricature, un “libre” échange entre inégaux, qui évoque irrésistiblement la comparaison connue entre le renard et les poules “libres dans le poulailler libre”. Les dissymétries au sein de l’UE telle qu’elle est et leurs effets seraient encore aggravés sur deux plans : les écarts de développement (étant donné l’impact des crises successives en Ukraine) sont considérables – en termes de PIB comme en termes de salaires encore inférieurs à ceux de la Roumanie ou de la Bulgarie. Et les “pays voisins” ne bénéficieraient pas des mêmes transferts budgétaires – pourtant déjà insuffisants et aux critères discutables – que les États membres, comme la Pologne par exemple, au titre de la PAC ou des fonds structurels de l’UE. La “compétitivité” est le maître-mot d’un système normatif où l’UE vise l’intérêt de ses firmes multinationales exportatrices et non pas le bien-être et les droits sociaux.

Quant à la libre circulation des personnes, il s’agit sans aucun doute d’un des aspects les plus importants des rêves, notamment dans la jeunesse, et après la chute du Mur, à l’Est, d’une Europe sans frontière et sans murs pour tous ses habitants (que nous pouvons aussi soutenir). Mais que sera-t-elle en pratique pour les “partenaires” de l’UE telle qu’elle est ? On peut avoir des doutes, quand on voit ce que représente au sein de l’UE elle-même, la montée de la xénophobie et un droit à géométrie variable : les interdits de travail viennent seulement d’être levés en janvier 2014 pour les Bulgares et les Roumains, pourtant citoyens européens depuis 2007 – non sans fantasmes délirants sur la “déferlante” qui allait advenir début 2014 en Angleterre ; sans parler du racisme d’État anti-Roms en France. Les réseaux de prostitution massive de femmes d’Europe de l’Est, et en particulier d’Ukraine, sont un autre éclairage d’une “libre circulation” dans un contexte de dégradation sociale désastreuse. Et “l’élargissement de Schengen”, qui est probablement ce qui se substituera aux futurs élargissements de l’UE, n’est pas non plus sans épines et incertitudes. Tout cela demande à être en outre spécifié selon les milieux socio-professionnels, les langues parlées et les qualifications.

Mais, globalement, la réalité est que l’UE avait bien davantage intérêt à la signature de l’Ukraine à Vilnius que l’inverse – pour des raisons symboliques et géopolitiques qui font partie des rapports de force. Mais le repoussoir des régimes politiques actuels en Russie et de son capitalisme oligarchique et violent sert de miroir à l’UE pour se montrer “la plus belle”. Et dans l’argumentaire néolibéral qui se présente comme “scientifique” contre l’arbitraire des partis aux pratiques dirigistes, la “concurrence libre et non faussée” apportera les moindres coûts et la satisfaction des besoins, forcera à la transparence contre la corruption, protégera les libertés – avec une part de vérité dans ces mensonges d’autant plus acceptés que l’expérience n’en a pas été faite : en Europe de l’Est, ce sont éternellement les “entraves” à la libre entreprise et à la compétitivité (des salaires) ou “l’incomplétude” de la transition vers le capitalisme |21| qui sont présentées comme la cause du chômage et de la dégradation sociale. Le “mauvais capitalisme” – de l’Est – essentiellement marqué par la corruption, doit être chassé par “le bon”.

Les accords d’association offraient donc des “lendemains qui chantent” à ceux qui accepteraient la “bonne gouvernance” et les réformes “structurelles” adéquates. Mais la crise de l’UE a rendu encore plus flou le pouvoir d’attraction des accords d’association avec elle. Outre l’adhésion pleine de la Biélorussie à l’union douanière (UD) proposée par Moscou, dès 2010, l’année 2013 a été marquée par l’annonce plus inattendue, le 3 septembre, du ralliement de l’Arménie au projet de Vladimir Poutine. Si l’UE se retient de critiquer le régime politique d’Azerbaïdjan (pourtant peu différent de celui de la Biélorussie), tant qu’il reste “observateur” entre les différents projets, elle a dû constater à Vilnius que seules la Géorgie et la Moldavie ont paraphé les accords proposés – qui demanderont encore confirmation. Si bien que des commentateurs estiment que les 3,5 millions d’habitants de la Moldavie pourraient de fait “rejoindre” la Roumanie, et devenir ainsi membres de l’UE – moyennant des enjeux identitaires et de souveraineté complexes –, la Géorgie se trouve elle-même sous pression des choix arméniens et avec 20 % de son territoire sous contrôle russe direct. La défection de l’Ukraine – corridor stratégique et géo-politique majeur et dont le nombre d’habitants est supérieur à l’ensemble des cinq autres pays – est, en tout état de cause, un cinglant échec.

Du côté de la Russie. La demande ukrainienne de négociations tripartites (UE, Russie et Ukraine) a été soutenue : en dépit des rivalités évidentes, la Russie de Poutine a une ambition “européenne” majeure. Il s’agirait de remplacer la logique de concurrence par celle d’une “Grande Europe” dotée de deux pôles de puissance – à Moscou et Bruxelles – en coopération sur des intérêts communs |22|. La Russie est elle-même affectée par la crise de l’UE et la baisse du cours des matières premières, et aussi en rivalité avec la Chine en Eurasie.

Mais elle garde une position dominante d’approvisionnement en énergie pour un grand nombre de pays (en particulier de l’Est de l’Europe), que le projet de gazoduc Nabucco visait à briser. Or, en juin 2013, fut annoncé l’abandon de ce projet après quinze ans de pourparlers et de négociations |23| au profit d’un projet assurant à l’Azerbaïdjan, en alliance avec la Russie, un rôle clé. Le ralliement de l’Arménie à l’union douanière confortait encore les succès diplomatiques de Moscou en 2013. La crise de l’UE a renforcé ses moyens de pression tant sur l’Arménie que sur l’Ukraine, et au-delà. La politique de “Partenariat oriental” proposée depuis 2009 par l’UE a été perçue à Moscou comme relevant d’une logique menaçante pour ses propres intérêts. Le projet d’Union eurasienne a été annoncé en octobre 2011, comme le cœur du grand projet alternatif – la “Grande Europe” à deux pôles – dans lequel s’intégreraient les divers États qui le souhaitent. Depuis lors, elle essaie de convaincre tous les pays de la CEI concernés par le Partenariat, et la Géorgie (qui a quitté la CEI en 2008), d’adhérer à l’Union douanière comme première étape de ce vaste projet d’Union eurasienne qui devrait voir le jour en 2015. Sont actuellement membres de l’UD la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, rejoints par l’Arménie. L’Ukraine y a un statut d’observateur pour l’instant – ce que n’a pas modifié le récent voyage du président ukrainien. Elle y est – comme dans le Partenariat avec l’UE – un enjeu géostratégique majeur.

Après avoir joué des menaces – à la veille des négociations de Vilnius – les accords concrets ont été signés le 17 décembre : 15 milliards de dollars ont été investis en titres de l’État ukrainien, en même temps qu’une réduction d’un tiers des tarifs de gaz. « Ce n’est lié à aucune condition, ni à une hausse, ni à une baisse, ni au gel des avantages sociaux, des retraites, des bourses ou des dépenses », a précisé Vladimir Poutine, en clin d’oeil au FMI. Mais aucun accord n’a été conclu, a-t-il précisé, sur l’union douanière.

La dissymétrie des relations au sein d’une telle union ne fait pas de doute – et donc, le pouvoir réel de décision de la Russie sur bien des enjeux. Il n’en demeure pas moins, pour l’Ukraine, comme pour l’Arménie – toutes deux attachées à leur indépendance et où s’est exprimé depuis longtemps un espoir d’arrimage à l’UE – un intérêt immédiat, tant au plan commercial que productif, dans l’accord avec Moscou.

Les B(R)ICS ?

Mais les pratiques de grande puissance de la Russie étant réelles, pragmatiquement, c’est vers les “pays émergents”, et notamment le BRICS sans son R, que s’est tournée l’Ukraine pour tenter d’atténuer les pressions Russie/UE et FMI. La Chine est devenue son troisième partenaire commercial en 2009. Elle lorgne vers les terres ukrainiennes, et, déjà, treize accords de coopération ont été signés en septembre 2010. Lors de son voyage début décembre, le président ukrainien aurait obtenu d’autres promesses de prêts et d’investissements. Il s’y ajoute un projet d’aider l’Ukraine à produire du gaz de synthèse à partir du charbon – ce qui pourrait aussi réduire la dépendance envers la Russie des approvisionnement gaziers de l’Europe, qui transitent en majorité par l’Ukraine.

En vertu d’un accord signé en décembre 2012 |24|, la Banque chinoise du développement aurait déjà accordé un crédit de 3,656 milliards de dollars au groupe gazier public ukrainien Naftogaz pour la réalisation du programme. Pékin s’engageant parallèlement à mettre ses technologies à la disposition de Kiev.

Le commerce bilatéral avec l’Inde a également doublé entre 2010 et 2012, avec des accords dans les secteurs du nucléaire civil, des sciences et des technologies, de la défense et de l’industrie d’armement. La même tendance est notable avec le Brésil (coopération pour le lanceur « Cyclone IV », circulation sans visas) et la Turquie, devenue second client de l’Ukraine après un doublement des échanges commerciaux en 4 ans.

Quel avenir ?

L’incertitude la plus grande règne sur l’évolution de la crise ouverte en Ukraine. Mais la mobilisation concernant les enjeux internationaux était bel et bien retombée début 2014 – en l’absence d’offres européennes concrètes à mettre en balance avec la besace du président ukrainien remplie de cadeaux russes : finalement, tout restait ouvert à plus long terme, puisqu’il n’y avait aucun accord conclu. Mais de part et d’autre, les accords sont empoisonnés s’ils ne sont pas soumis à un radical contrôle social et subordonné à des buts explicitement formulés par les populations concernées.s à des buts explicitement formulés par les populations concernées.

Les ministres des Affaires étrangères de Pologne et de Suède – les deux pays qui sont à l’initiative du Partenariat oriental de l’UE que l’Ukraine vient de mettre à mal – ont exprimé ensemble leur solidarité aux manifestants de Maïdan ; Alexandre Kwasniewski, membre de la mission de surveillance du Parlement européen leur a ouvertement conseillé d’accentuer la pression sur le pouvoir ukrainien ; le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, est allé à Kiev rencontrer deux chefs de l’opposition ukrainienne avant de se mêler aux manifestants ; des députés de l’opposition ont été reçus le 11 décembre à Strasbourg. De son côté, la secrétaire d’État américaine aux Affaires européennes et asiatiques, Victoria Nuland, a affirmé que les États-Unis étaient « avec le peuple ukrainien, qui voit son avenir dans l’Europe » |25| – et le 15 décembre (selon Libération) le sénateur républicain John McCain et le sénateur démocrate Christopher Murphy ont lancé aux 200 000 manifestants de la place de l’Indépendance : « L’Amérique est avec vous ! ».

Quelle Amérique ? Quelle Europe ? Avec qui ?

Les enjeux sous-jacents sont en effet importants – mais lesquels et pour qui ?

Il semble qu’à Lviv, capitale de la région de l’Ouest (Galicie) des milliers de manifestants ont investi (ce 23 janvier) l’administration régionale et déclaré « prendre le pouvoir » avec le concours des députés d’extrême-droite qui disposent d’une majorité dans la région. Des « prises de pouvoir » analogues auraient eu lieu à Rivne et Jitomir. L’absence de critique de ce courant – tant des autres partis d’opposition que des diplomaties étrangères – est un jeu d’apprenti sorcier. La solidarité va-t-elle à ces militants néo-nazis- qui agressent aussi d’autres manifestants parce que juifs, communistes, homosexuels – pas assez « ukrainiens » ?

C’est le vote d’un arsenal de lois extrêmement répressives |26| qui a produit un regain de mobilisations – dont s’empare l’extrême droite. Espérons qu’il sera remis en cause, démocratiquement. Le choix n’est pas entre ces lois et Svoboda. Ni entre “l’Europe” et “la Russie”. La souveraineté populaire ukrainienne ne sera réelle qu’avec une profonde démocratie sociale et politique, au cœur d’une “grande Europe” à construire, qui reconnaitrait pleinement le droit d’auto-déterminantion de toutes ses composantes tout en rejetant la domination des oligarques autant que des marchés financiers.

Catherine Samary

http://csamary.free.fr

Notes

|1| Lire la série d’articles récents sur l’Ukraine, http://www.europe-solidaire.org/spi…

|2| Ukraine, Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie, Moldavie.

|3| Empruntée à un texte de Jacques Sapir, “Maidan contre Ukraine”

|4| L’’ancienne première ministre libérale de la Révolution Orange (2004), Ioulia Timochenko actuellement en prison, et son regroupement, “Patrie” (23% des sièges au parlement) ,voient d’un mauvais oeil la montée en popularité de l’ancien champion du monde de boxe, Vitali Klitschko et son parti UDAR ou “le coup”, accronyme de Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme”, de centre droit (13% des siègent) ; le parti Svoboda (Liberté (9% de sièges). Celui-ci, membre du Front national européen, et dirigé par Oleg Tyahnibokh, se réclame des bataillons SS ukrainiens de Galicie dont iI reprend l’idéologie raciste et anti-communiste, Les deux autres partis – et les diplomaties occidentales ne se dissocient pas de Svoboda avec lequel ils partagent l’objectif d’une défaire de la coalition au pouvoir. Svoboda est entré au parlement pour la première fois en 2012 (Lire le 13/12/2012 Le Figaro l’Extrème-droite ukrainienne entre au Parlement” http://www.lefigaro.fr/internationa…. et le témoignage http://leplus.nouvelobs.com/louismonnier ? Ce dernier témoignage est disponible sur ESSF (article 30907), J’ai vu l’autre Ukraine, celle qui célèbre les SS et crimes nazis.

|5| Lire JM Chauvier “Les multiples pièces de l’échiquier ukrainien” http://www.monde-diplomatique.fr/20… ; V. Cheterian sur les révolutions colorées http://www.monde-diplomatique.fr/20… ; et “Dans l’ombre des révolutions spontanées” ; par Régis Genté et Laurent Rouy,http://www.monde-diplomatique.fr/20…

|6| Elle a été incarcérée pour des malversations financières liées au contrat gazier avec la Russie de 2009 et se trouve soumise à d’autres chefs d’inculpation en cours de traitement. Son complice et ancien premier ministre Pavel Lazarenko a été condamné en Suisse en 2000 et aux États-Unis en 2004 pour blanchiment d’argent, fraude et extorsion.

|7| Lire à ce sujet sur ESSF (article 30937), 2012-2013 : une vague de mouvements de protestation en Bulgarie.

|8| Si une partie de la gauche ukrainienne préfère se situer à l’extérieur d’un mouvement globalement caractérisé comme à droite, voire à l’extrême-droite, une autre partie, se présentant comme Opposition de Gauche dans le cadre du mouvement, cherche à y porter le débat avec un Manifeste un dix points : lire sur ESSF (article 30895), Manifesto : 10 Тheses of the Leftist Opposition in Ukraine.

|9| À noter, à contre-courant de cette présentation fort hypocrite, cet article du 03/12 de la Tribunehttp://www.latribune.fr/actualites/… de-voir.html

|10| Communauté des États Indépendants, issus de l’ex-URSS, formée de 12 des 15 anciennes républiques, sans les trois républiques baltes et, depuis 2008, sans la Géorgie.

|11| Sur l’analyse de la “grande transformation capialiste” voir sur mon site http://csamary.free.fr et lire Mayant, Martin & Jan Drahokoupil. Transition Economies : political Economy in Russia, Eastern Europe and Central Asia, Hoboken:John Wiley & Sons,Library of Congress Cataloging-in-publication Data. 2011.

|12| World Bank. Transition : the First Ten Years. 2002 et Annual World Development Reports (WDP) Baltimore : John Hopkins.

|13| Lire Jacques Sapir. Le Krach russe. Paris : La Découverte. 1998.

|14| Il est intéressant de comparer à ce sujet les choix radicalement opposés des républiques baltes (s’ouvrant les premières au capital étranger pour affirmer leur rupture avec l’URSS – et de la Slovénie cherchant à protéger une identité nationale indépendante du capital étranger dans son insertion dans l’UE. Lire à ce sujet Nicole, Renée Lindstrom (PDF) “Economic nationalism in the New Europe”. Conference “ European Identities ?” London : Nanovic Institute for European Studies. October 17-18 2008 http://nanovic.nd.edu/research-publ… ; sur le cas slovène lire égalementhttp://cadtm.org/Quelle-reelle-cris… ou sur ESSF (article 28998), Quelle crise en Slovénie ?.

|15| Lire “Vers un tsunami bancaire et social Est/Ouest européen”
http://france.attac.org/archives/IM…

|16http://ec.europa.eu/economy_finance…

|17| Lire l’excellent article de József Böröcz disponible sur ESSF (article 30910), Terms of Ukraine’s EU-Dependency – « Ukraine will not be a member of the European Union ; not in the foreseeable future »qui met le lien sur les documents européens relatifs aux Accords d’association et analyse le dernier rapport du FMI : http://www.criticatac.ro/lefteast/u…

|18| Cf. Etudes du CERI n° 202, décembre 2013, Tableau de bord d’Eurasie, p.68

|19| Cette “catégorie” géo-politique est utilisée par l’UE pour désigner les pays des Balkans non encore membres, mais en négociations d’adhésion : y restent donc, après l’adhésion de la Croatie en juillet 2013, Serbie et Kosovo, Monténégro,
Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Albanie. Cf. sur ESSF (article 30864), Les Balkans occidentaux

|20http://eeas.europa.eu/images/top_st….

|21| Voir dans ce numéro de la revue Les Possibles l’article d’Igor Šticks et Srečko Horvat.

|22| Voir Études du Ceri n°2O1 et 202, Tableau de bord de l’Eurasie, décembre 2012 et 2013.

|23| Soutenu pendant dix ans par la Commission européenne et les États-Unis, ce projet a été écarté au profit du TAP (Trans-Adriatic Pipeline), moins onéreux (investissement de 1,5 Md$ contre 10 Md$) dans un contexte d’incertitudes croissantes sur les marchés du gaz. Voir références note 22.

|24http://www.leblogfinance.com/2013/1…

|25| Cf. l’Echo républicain du 4 décembre.

|26http://citizenjournal.info/wp-conte… et note 1, article du 21 janvier.

Cet article a été écrit pour la Revue Les Possibles n°2 (Hiver) du conseil scientifique d’Attac.

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Les négociations de Genève II sur la Syrie ont été suspendues lundi en début de journée, après que la délégation du gouvernement syrien a présenté une « déclaration de principes » qui ne mentionne pas de transfert du pouvoir à une organisation comprenant l’opposition soutenue par les États-Unis.

Feignant l’indignation, le négociateur de l’opposition pro-occidentale, Hadi al Bahra, s’est plaint, « la déclaration est en dehors du cadre de Genève, lequel se concentre sur la création d’un gouvernement de transition. »

L’opposition syrienne, soutenue par les États-Unis, l’Europe, les monarchies du Golfe et la Turquie, a cité une motion des Nations unies de 2012 qui incitait la Syrie à former un gouvernement de transition et à organiser des élections libres et sans fraude. Mais cet ultimatum exigeant la démission de Bashar el Assad avait déjà été rejeté avant même le début des négociations la semaine dernière.

S’exprimant devant la conférence de Genève lors de son ouverture la semaine dernière, le ministre des affaires étrangères John Kerry a déclaré : « nous avons besoin ici de nous occuper de la réalité. Bashar Assad ne fera pas partie de ce gouvernement de transition. »

Le ministre des affaires étrangères syrien Walid al-Muallem a répondu, « personne au monde n’a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président, une constitution ou une loi, sauf les Syriens eux-mêmes. »

Il fut soutenu par le ministre russe des affaires étrangères Sergey Lavrov.

Le ministre-adjoint des affaires étrangères, Faisal Mekad, a a jouté que l’insistance de l’opposition pour obtenir la démission d’Assad gênait les négociations. « Le problème est que ces gens ne veulent pas faire la paix, ils viennent ici avec des conditions déjà établies, » a-t-il dit.

Jusqu’à lundi, les négociations se concentraient sur la question des convois d’aide humanitaire vers la ville assiégée de Homs tenue par l’opposition et qui ont besoin d’une autorisation du régime baasiste d’Assad pour y accéder. Près de 800 familles y seraient piégées.

Un accord provisoire a été obtenu dimanche permettant aux femmes et aux enfants de quitter la ville, mais les forces de l’opposition ont insisté pour que des « corridors humanitaires » soient ouverts à la place – la même base utilisée pour justifier l’intervention occidentale en ex-Yougoslavie au départ.

Le porte-parole de l’opposition Monzer Akbik était soutenu dans sa demande par le porte-parole des affaires étrangères américaines, Edgar Vasquez. Mais Mekad a dit que c’était les groupes de l’opposition en fait qui empêchaient les femmes et les enfants de quitter Homs.

Il n’y a pas eu non plus d’accord sur les demandes de l’opposition de libérer les près de 50 000 détenus qu’ils affirment que le gouvernement détient. Mikad a dit que la liste des noms soumis par l’opposition était grandement exagérée, et que le gouvernement n’avait pas d’enfants en prison. L’opposition a également affirmé qu’elle n’avait aucun contrôle sur les militants islamistes qui ont kidnappé des centaines de gens.

Dimanche, Mekad avait déclaré, « nous sommes ici pour discuter du terrorisme, non d’un transfert de pouvoir… Le président de la République arabe syrienne reste en place jusqu’à ce que le peuple syrien en décide autrement. C’est une ligne rouge. Si certaines personnes pensent que nous venons ici pour leur donner les clefs de Damas, elles se trompent. »

La déclaration du gouvernement publiée lundi demandait que les Syriens choisissent un système politique sans « formules imposées » depuis l’extérieur.

Washington, qui savait très bien que son ultimatum à Assad serait rejeté, a cherché à s’en servir pour faire monter les tensions, déstabiliser encore plus le Moyen-Orient et appliquer une pression maximale sur l’Iran.

Sa duplicité dans l’organisation des négociations de paix était clairement apparente quand il a choisi de reprendre les livraisons d’aide « non létale » à l’opposition syrienne le même jour, juste un mois après que des forces liées à Al Qaïda se sont emparées d’entrepôts et ont contraint les puissances occidentales, dont les États-Unis et la Grande-Bretagne, à suspendre leurs envois d’armes à l’opposition.

Des représentants anonymes des États-Unis ont indiqué que l’aide était envoyée par la Turquie vers la Syrie, avec la coordination du Conseil suprême de l’Armée libre syrienne, dirigée par le général Salim Idris. Ils ont insisté sur le fait que l’interruption des approvisionnements le mois dernier n’était qu’une « mesure de précaution. »

Lors du sommet de Davos, la 44e rencontre annuelle du Forum économique mondial (FEM) en Suisse, qui coïncidait avec les négociations de Genève, Kerry a adopté une fois de plus une posture belliqueuse envers la Syrie, l’Iran et le Moyen-Orient. Il a dit dans un entretien que l’option militaire était toujours envisageable si l’Iran ne respectait pas ses engagements nucléaires et que Assad ne pouvait pas faire partie d’un quelconque arrangement futur en Syrie.

Le pays « est devenu le plus grand aimant à djihadistes et terroristes dans le monde, » et l’opposition ne cesserait jamais de se battre tant qu’il serait au pouvoir.

Vendredi, le président iranien Hassan Rouhani, arrivant à Davos, a dit que le futur de la Syrie devrait être décidé par la nation syrienne et non par des forces extérieures.

Dimanche, l’Iran – principal allié de la Syrie – et les partisans de l’opposition, la Turquie et l’Arabie saoudite, ont tous condamné l’afflux de combattants étrangers en Syrie, tout en niant que leurs pays avaient joué un rôle dans celui-ci. L’ambassadeur de Syrie aux Nations unies, Bashar Jaafri, a dit deux jours plus tôt que son gouvernement avait retracé le parcours de plus de 500 combattants d’Al Qaïda entrés en Syrie depuis la Turquie, accusant l’Arabie saoudite d’envoyer des combattants en Syrie depuis le Yémen.

Dimanche également, le ministre de l’information Omran al-Zoubi a explicitement accusé les États-Unis et leurs alliés, en particulier la Turquie et le Qatar, d’alimenter la guerre civile. « Les États-Unis sont impliqués par l’intermédiaire de leurs agences de renseignements pour une grande partie de ce qu’il s’est passé en Syrie, avec le soutien de la Turquie et du Qatar, » a-t-il dit.

Le ministre iranien du travail, des coopératives et de l’aide sociale, Ali Rabeiei, a déclaré que Téhéran continuerait à soutenir la Syrie et que le premier pas pour faire cesser le bain de sang serait « une décision collective sur la lutte contre le terrorisme. »

Le régime syrien semble placer ses espoirs dans un accord négocié sur deux choses : le fait qu’il soit clairement en train de gagner la guerre civile ; et les craintes des États-Unis et de l’Europe que l’opposition soit dominée par des islamistes liés à Al Qaïda.

Au début du mois, Mekad a déclaré à la BBC que diverses agences de renseignements occidentales non-nommées ont visitées Damas pour des discussions sur la manière de combattre les groupes de l’islamisme radical. Il y a eu une scission entre les responsables de la sécurité et les politiciens qui insistaient pour que Assad démissionne. « Je ne vais pas entrer dans les détails, mais beaucoup d’entre-eux ont visités Damas, » a-t-il dit.

De nombreux gouvernements occidentaux comprennent maintenant qu’il n’y avait aucun remplaçant au pouvoir d’Assad, a-t-il dit, et certains approchent la Syrie pour reprendre les relations diplomatiques. Le directeur des correspondants internationaux de la BBC Lyse Doucet a commenté le 16 janvier que « des sources informées disent qu’il y a eu des rencontres entre des responsables des renseignements occidentaux et syriens dont le chef de la sécurité, le général Ali Mamluk. »

« Alors que cette guerre dévastatrice continue, il y a une inquiétude de plus en plus forte dans de nombreuses capitales sur la manière d’y mettre fin. Comme l’a indiqué un responsable occidental : « c’est une situation où absolument tout le monde y perd, » a indiqué la BBC.

Dans le Daily Beast, Frank G. Wisner, un ex-ministre adjoint aux affaires étrangères et à la défense et président émérite du Conseil des relations étrangères, a soutenu une évolution vers un accord négocié.

« Regardons en face la réalité d’Assad en Syrie, » a-t-il déclaré. « La conférence sur la Syrie en cours à Genève pour réaliser une transition du pouvoir d’Assad va échouer, et l’équipe Obama le sait. Il n’y a aucune raison maintenant dans le camp Assad ou rebelle pour un compromis diplomatique, et les États-Unis le savent […] La réalité sur le terrain aujourd’hui c’est que les rebelles modérés aidés par les américains continuent à s’effondrer, pendant que les forces d’Assad et celles des extrémistes djihadistes prospèrent.»

Le président Barack Obama a été contraint d’abandonner une intervention militaire en Syrie l’an dernier face à l’opposition populaire, la menace d’un conflit direct avec la Russie et le risque d’une guerre engouffrant toute la région. Mais le recours continuel de Kerry aux menaces montre que seul un imbécile écarterait la possibilité que Washington recoure une nouvelle fois à la guerre contre la Syrie, si les négociations échouent à faire avancer sensiblement les plans américains pour cette région.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 28 janvier 2014

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Le legs d’Obama

janvier 30th, 2014 by Joseph Kishore

Mardi, Barack Obama a prononcé son cinquième Discours sur l’état de l’Union, une tradition politique annuelle qui au fil des ans est devenu un rituel creux, avec peu ou pas de relation entre les mots du président et l’état actuel de la société américaine. Cette année ne sera pas différente.

Dans les jours qui ont précédé le discours de cette année, les responsables de l’administration ont modéré toute attente d’initiatives importantes. Au lieu de cela, le discours a proposé une série de mesures mineures visant à façonner le «récit» de la présidence d’Obama. Selon une analyse du New York Timespubliée en fin de semaine, Obama est «venu à sentir de façon aiguë les limites de son pouvoir», mais voit le Discours sur l’état de l’Union comme «une occasion unique de mener un programme qui peut encore façonner son legs».

Pour les fonctionnaires qui occupent des postes de haut niveau au sein de l’appareil d’État, séparés par un immense fossé social et politique des réalités auxquelles est confrontée la majorité de la population, «le legs» d’Obama est conçu avec une poignée de phrases extraites du dernier manuel à la mode d’une entreprise de marketing.

L’histoire toutefois, et plus immédiatement encore, le grand public, jugeront l’administration non pas sur la base de phrases mielleuses, mais de ses gestes.

Voici quelques-uns des principaux gestes qui détermineront la façon dont cette administration sera vue historiquement :

* L’administration Obama a ordonné l’assassinat d’un citoyen américain sans l’application régulière de la loi.

L’ancien professeur de droit constitutionnel Obama, autrefois à l’emploi d’une société liée à la CIA, est le premier président de l’histoire des États-Unis à s’être ouvertement vanté d’avoir mené l’exécution sans contrôle judiciaire d’un citoyen américain, Anwar al-Awlaki. Plus que tout autre, cette administration a travaillé à institutionnaliser et à bureaucratiser le meurtre extrajudiciaire commandité par l’État, tenant des réunions hebdomadaires pour préparer des «listes d’assassinats» et sélectionner des objectifs pour les missiles des drones américains.

* L’administration Obama a considérablement renforcé l’appareil d’espionnage mondial d’État policier.

Les révélations d’Edward Snowden ont exposé à la population américaine et mondiale un appareil d’espionnage fonctionnant sans contrainte, et capable de surveiller les communications de pratiquement tout le monde sur la planète.

* L’administration Obama a fait des criminels de ceux qui révèlent les crimes du gouvernement.

L’attitude de l’administration à l’égard des droits démocratiques est résumée dans le sort de ceux qui ont exposé les actions illégales de l’État: Bradley Manning est en prison, Julian Assange reste piégé à l’ambassade de l’Équateur au Royaume-Uni et Edward Snowden a été contraint à l’exil en Russie, en plus de faire face à des menaces de mort venant de responsables américains. Pendant ce temps, l’administration s’oppose catégoriquement à la poursuite de responsables du gouvernement qui ont ordonné des actes de torture et perpétré des crimes de guerre.

* L’administration Obama mène une guerre sans limite.

Obama a poursuivi les guerres de l’administration Bush en Irak et en Afghanistan et ordonné d’innombrables missions de drones pour pulvériser à coups de missiles des objectifs en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen, en Somalie et dans d’autres pays. Il a déclenché la guerre en Libye pour renverser et assassiner le colonel Mouammar Kadhafi en 2011. Depuis deux ans, l’administration Obama et ses alliés financent et arment une opposition dominée par les islamistes en Syrie, provoquant une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.

L’administration a effectué son «pivot vers l’Asie» pour encercler militairement la Chine et la saper économiquement et diplomatiquement. L’administration Obama a délibérément provoqué des tensions régionales qui menacent, 100 ans après l’éruption de la Première Guerre mondiale, de déclencher un nouveau conflit mondial.

* L’administration Obama supervise le plus grand transfert de richesses des pauvres vers les riches de l’histoire.

Le plan de sauvetage des banques et les programmes d’«assouplissement quantitatif» commencés sous Bush en 2008 ont considérablement pris de l’ampleur sous Obama. Son administration a mis à la disposition de Wall Street des ressources pratiquement illimitées pour spéculer. Au cours des cinq dernières années, la Réserve fédérale a acheté aux institutions financières, et encore plus des bons du Trésor américain, pour plus de 1,5 billion de dollars en titres adossés à des créances hypothécaires essentiellement sans valeur. Elle a aussi imprimé des billions de dollars pour les injecter dans les marchés financiers.

Comme conséquence directe, le marché boursier a grimpé en flèche. L’indice Dow Jones a plus que doublé depuis les premiers mois du premier mandat de Barack Obama. La richesse nette des 400 Américains les plus riches selonForbes a augmenté en conséquence, passant de 1,27 billion de dollars en 2009 à plus de 2 billions de dollars maintenant, soit une augmentation de 60 pour cent, ou de plus de 700 milliards de dollars. En tout, 85 % des gains de revenus enregistrés entre 2009 et 2012 sont allés au 1 % le plus riche de la population américaine.

Les bénéfices des sociétés sont plus élevés que jamais, tandis que la croissance des salaires est au niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans la foulée de la restructuration de l’industrie automobile effectuée par l’administration Obama en 2009, les salaires réels des travailleurs de l’automobile ont baissé de 10 % et ceux de l’ensemble du secteur industriel de 2,4 %. À la suite de cet effondrement des salaires, pour la première fois dans l’histoire, la majorité des Américains recevant des coupons alimentaires étaient en âge de travailler.

* L’administration Obama a donné un laissez-passer aux criminels de Wall Street.

Pas un seul des grands banquiers n’a été tenu responsable des crimes commis et du désastre infligé à la population mondiale. L’administration Obama a protégé les criminels de Wall Street contre toute poursuite, tel que le démontre le cas de Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase connu des initiés de Washington comme étant le «banquier préféré» d’Obama. Malgré qu’il ait orchestré des activités illégales répétées et bien documentées, Dimon non seulement est un homme libre, mais il a reçu en plus une augmentation de salaire de 74 % en 2013.

L’administration Obama effectue une contre-révolution sociale, à commencer par la destruction des soins de santé pour les travailleurs sous l’Obamacare.

Obama a supervisé un assaut sans relâche contre tous les programmes sociaux. Au moment même où il prononçait son discours, 1,3 million de personnes sans emploi étaient acculées à la misère, dépouillées de toute aide en espèces par la décision de la Maison-Blanche et des démocrates au Congrès de permettre la fin du versement de prestations de chômage de longue durée. Lundi, les démocrates et les républicains sont parvenus à un accord pour mener des réductions de 8 milliards de dollars dans le programme de coupons alimentaires, venant s’ajouter aux autres réductions de 5 milliards de dollars imposées en novembre dernier.

Obama se vante que son administration ait réduit les dépenses discrétionnaires intérieures à leur niveau le plus bas dans l’économie américaine depuis les années 1950.

Sa principale initiative nationale, la refonte des soins de santé, est une supercherie gigantesque qui vise non pas à accroître les soins de santé, mais à les sabrer. Son administration cherche à faire passer l’obligation que les gens payent à gros prix une assurance maladie inférieure à des assureurs privés comme une importante réforme sociale. L’Obamacare est le coup d’envoi d’un assaut contre les principaux programmes d’aide sociale remontant aux années 1930 et 1960 que sont la sécurité sociale et Medicare.

Le legs d’Obama est un réquisitoire non seulement contre lui ou son administration, mais également le système social et politique dans lequel ses politiques sont intégrées. Obama est le serviteur enthousiaste des grandes sociétés et de l’appareil militaire et du renseignement qui dominent la société américaine.

Son administration fonctionne avec le soutien des organisations syndicales, des forces libérales et de «gauche», vendues aux politiques identitaires et qui ont présenté son élection en 2008 comme un événement «transformateur» dans l’histoire américaine. Le Discours sur l’état de l’Union vise en grande partie à fournir une fausse image «réformiste» autour de laquelle ces forces peuvent fusionner afin de renforcer le soutien pour le Parti démocrate et bloquer l’émergence d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière.

Les politologues estiment qu’une mise en scène à Washington peut en quelque sorte remplacer ce que les gens ont perçu au cours de cinq années d’expériences amères. Mais l’ambiance dans le pays a considérablement changé depuis l’élection d’Obama, le candidat de «l’espoir» et du «changement». Parmi de vastes couches de la population, la désillusion est maintenant profondément enracinée. Chez elles, le discours d’Obama aura peu d’effet.

Peut-être le legs le plus important d’Obama sera que son administration a démontré à des millions de personnes que la classe dirigeante n’a absolument rien à offrir, et qu’elle préside un système économique, le capitalisme, qui est historiquement en faillite.

 Joseph Kishore

Article original, WSWS,paru le 28 janvier 2013

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Pétrole au Québec : Pour une responsabilité collective en matière d’énergie

janvier 30th, 2014 by Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste au Québec

Comme en témoigne le récent Manifeste pour tirer collectivement partie de notre pétrole, signé par des personnalités de la sphère politico-économique québécoise, le débat sur les questions énergétiques mérite toute l’attention d’une vigile citoyenne bien informée et engagée. Fort heureusement, au cours des dernières années, une telle vigile s’est développée et renforcée au sein de notre société civile.

Signalons d’abord que nous sommes en accord avec l’énoncé suivant de ce Manifeste : « Le débat doit avoir lieu ! Mais il doit se faire correctement et surtout, nous aurons tous avantage à ce qu’il repose sur des faits. ». Cependant, il aura vraisemblablement échappé aux signataires qu’une invitation crédible à un débat citoyen transparent ne saurait s’accommoder d’une affirmation aussi antinomique que « Fermer la porte à l’exploitation du pétrole québécois serait irresponsable ». Pour reprendre leurs propres mots, il importe que les promoteurs du projet pétrolier « fournissent des informations vérifiées » et évitent de « recourir à des stratégies de désinformation ». Or le Manifeste pro-pétrolier contrevient à l’exigence d’un débat éclairé par ses raccourcis simplistes, son manque de rigueur et ses silences.

Les arguments apportés dans ce Manifeste témoignent d’une confusion des genres : en particulier, l’équation non fondée entre la santé des finances publiques et la nécessité du développement pétrolier; entre l’investissement collectif dans le pétrole et la création d’emplois; entre l’exploitation pétrolière et une meilleure éducation, des soins de santé adéquats et la prise en charge d’une population vieillissante; entre la production accrue d’hydrocarbures et la transition énergétique; entre l’émergence de l’industrie pétrolière norvégienne en 1969 et la pertinence de s’inspirer de cette expérience pour le Québec contemporain; entre l’argent d’un « Fonds des générations » provenant des revenus du pétrole et l’héritage socio-écologique que nous devons léguer, lequel pourrait être largement compromis par de mauvais choix énergétiques. Par ailleurs, le déficit annuel de 11 milliards imputé à l’importation du pétrole peut-il – doit-il – être comblé par la production de « notre » pétrole si l’on considère, entre autres, les coûts d’investissement collectif pour un tel développement et ceux des diverses « externalités », la quantité réelle qu’on peut extraire, de même que les opportunités d’autres avenues de développement énergétique et économique ? Enfin, des mesures technologiques et législatives de prévention, d’encadrement et de mitigation peuvent-elles suffire à rendre le projet pétrolier socialement et écologiquement « responsable » dans un contexte où il importe de réduire considérablement la production de gaz à effet de serre et d’entrer dans une ère de l’après-pétrole?

On observe également un silence inquiétant dans le Manifeste : si tant est qu’une exploration des ressources pétrolières – dont les limites sont encore floues – pourrait apparaître nécessaire au terme de l’examen critique des besoins sociétaux et de celui du potentiel de l’alternative énergétique, et qu’elle n’entraînerait pas d’effets d’engrenage économique et juridique vers une phase d’exploitation, par qui seraient défrayés les coûts élevés de telles opérations? Qui en assumerait les risques majeurs et les impacts d’ordre financier, social, sanitaire, écologique ? De tels investissements seraient-ils mieux justifiés dans d’autres avenues de développement ?

S’appuyant sur les travaux de notre Collectif au fil des trois dernières années et reprenant l’essentiel des nos communiqués antérieurs[1] , nous souhaitons que le débat sur les hydrocarbures s’appuie sur des informations vérifiées, respecte l’intelligence collective, valorise nos avancées scientifiques et technologiques de même que nos diverses potentialités énergétiques. Ce débat doit contribuer au déploiement de notre imaginaire économique et énergétique collectif, actuellement paralysé par une enfilade d’exercices disjoints empêchant toute discussion efficace sur l’urgence de préparer le Québec à l’après-pétrole. En lien avec une politique énergétique responsable et d’avant-garde, nous souhaitons entre autres l’adoption des approches et stratégies suivantes :

● L’évaluation des réels besoins énergétiques du Québec au regard des diverses possibilités de les combler, soit les diverses sources d’approvisionnement potentielles, leur complémentarité et arrimage ainsi que les divers modes de gestion de la demande en énergie.

● La mise à plat rigoureuse des risques environnementaux, sociaux et économiques, ainsi que des effets collatéraux prévisibles et des passifs que le développement des hydrocarbures engendrera pour les Québécois, tant en ce qui concerne l’exploration, l’exploitation et le transport des hydrocarbures, en particulier à Anticosti et dans l’ensemble du golfe. Un bilan financier rigoureux permettra d’établir les exigences minimales d’une économie québécoise robuste appliquée à mettre ses meilleurs outils financiers au soutien efficace des scénarios énergétiques les plus viables et les plus souhaitables.

● L’examen critique et la reconstruction du cadre légal et réglementaire relatif à l’énergie, actuellement dysfonctionnel par ses incohérences dans le traitement des filières et des options énergétiques et dans son plan d’allocations des ressources. En particulier, l’adoption sans délai d’un cadre réglementaire contraignant permettant – avant toute autorisation de forage, dont celui visant à confirmer un potentiel d’exploitation sur le territoire québécois – la protection de l’environnement et de la santé publique et capables d’opérationnaliser les 16 principes qui fondent la Loi sur le développement durable adoptée par le Gouvernement du Québec le 19 avril 2006. Une attention particulière doit être portée à la législation relative à l’eau.

● La mise à profit de l’exceptionnel avantage de notre production hydro-électrique actuelle pour faire en sorte que le Québec devienne un leader de l’alternative énergétique et un exportateur de son expertise plutôt que de ses seules matières premières : vers un modèle endogène de l’après pétrole.

Ces différents éléments font appel à tout un chantier d’innovations écosociales dont le peuple québécois pourrait être champion.

Janvier 2014

 

Signataires :

Lucie Sauvé, Centr’ERE – UQAM

En collaboration avec Bernard Saulnier, Johanne Béliveau, Pierre Batellier, Robert Desjardins, Daniel Chapdelaine, Marc Brullemans, Kim Cornelisson

Membres du Comité de pilotage du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste au Québec



[1] Le site www.collectif-scientifique-gaz-de-schiste.com comporte toutes les références en appui à ce commentaire.

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«Inutile d’ajouter quelque peur que ce soit, le peuple français sera de toute façon consulté par référendum»

 François Hollande (président de la République française)

 

C’est par ces mots sans appel que que le chef de l’Etat français a tenu à rassurer les Français, à savoir que c’est à eux de décider de l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Sachant que lors d’un dernier sondage, convoqué pour l’occasion, ils sont hostiles à 83% voilà qui est net, le battage médiatique visant à diaboliser la Turquie qui a la tare d’être musulmane et surtout d’être dirigée par un parti islamique ne date pas d’aujourd’hui, il a été accéléré durant le mandat de Nicolas Sarkozy. Il est vrai et il faut le regretter, l’AKP de par l’usure du pouvoir a dévié radicalement des espérances du début de l’an 2000. Nous nageons donc en pleine hypocrisie, la France de droite ou de gauche ne veut pas de la Turquie dans l’Union européenne qui, d’une façon incompréhensible, continue à fasciner la Turquie, alors que cette même Europe est sur un déclin pluridimensionnel.

La Turquie et l’inutile longue marche vers une Europe qui lui ferme la porte

Sur l’Encyclopédie Wikipédia nous lisons: «La Turquie a déposé sa demande d’adhésion à l’Union européenne le 14 avril 1987 (alors Communauté européenne). La Turquie est un membre associé de l’Union européenne (UE) et des communautés qui l’ont précédé depuis 1963. La Turquie a signé un accord d’Union douanière avec l’Union en 1995 et a officiellement été reconnue candidate le 12 décembre 1999 lors du sommet européen d’Helsinki. Les négociations commencèrent le 3 octobre 2005. La demande d’adhésion est devenue un sujet de controverse majeur parmi les élargissements en cours de l’Union européenne. Selon plusieurs sondages réalisés ces dernières années, la grande majorité des Européens et plus particulièrement des Français restent contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Malgré les réticences des populations des États européens, la procédure d’adhésion de la Turquie à l’Union est toujours en cours.» (1)

En fait, tout a démarré en 1959 quand l’Europe balbutiait avec la CEE (Communauté économique européenne). Le 11 novembre 1957, le Premier ministre turc présente son programme: il annonce que la Turquie entend participer aux initiatives telles que la Communauté économique européenne, et qu’elle souhaite que ces initiatives conduisent à une «Union politique européenne». Le 31 juillet 1959, dix-huit mois seulement après l’entrée en vigueur des traités de Rome, la Turquie a présenté sa demande d’association à la CEE. (1)

Depuis 1960, 20 pays ont rejoint l’Union dont le dernier pays, la Croatie, l’a fait en un temps record de moins de trois ans, grâce à l’Allemagne. Les défenseurs de l’adhésion turque avancent comme argument qu’il s’agit d’une puissance régionale importante de par son économie et son appartenance à l’Otan. Selon eux, celle-ci augmenterait la position de l’Union en tant qu’acteur géostratégique global; étant donné sa position géographique, et les liens économiques, politiques, culturels et historiques de la Turquie dans des régions riches en ressources naturelles aux alentours de la sphère d’influence politique de l’Union; tel que l’Est méditerranéen et les côtes de la mer Noire, le Moyen-Orient, le bassin de la mer Caspienne et l’Asie centrale. Si les tendances démographiques actuelles (2012) se poursuivent, la Turquie pourrait dépasser la population de l’Allemagne en 2019 avec 81 millions d’habitants. La Turquie deviendrait ainsi le pays le plus peuplé de l’Union européenne.» (1)

Les « reproches » impardonnables faits à la Turquie

Contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, farouchement hostile à l’intégration de la Turquie, un pays de 75 millions d’habitants à très forte majorité musulmane, M. Hollande s’est montré très prudent sur cette perspective. Rappelant qu’il avait approuvé en 2004 la décision de l’un de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, d’engager ces négociations, il a toutefois souligné que «aucune date» n’était encore prévue pour la fin de ce processus.

En dehors du rejet viscéral de l’extrême droite et de la droite de Giscard, de Sarkozy, il fut une époque où le Parti socialiste français était favorable comme d’ailleurs l’a été le président Chirac. Deux écueils techniques, le problème des Kurdes et la condition de la femme.
La langue kurde a récemment été reconnue par les autorités turques. Depuis le 1er janvier 2009, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a inauguré une nouvelle chaîne publique TRT6 consacrée à la langue kurde. De plus, la peine de mort de Ocalan le leader kurde a été commuée en prison à vie, mais le problème kurde reste entier.

S’agissant des femmes, la Turquie a accordé le droit de vote aux femmes depuis 1930 (la France ne l’a fait qu’en 1946) Dans le même temps, elles ont obtenu le droit d’être élues députées au Parlement turc, ou d’être nommées ministres, Dans son second rapport du 11 janvier 2007 sur le rôle des femmes dans la vie sociale, économique et politique de Turquie, le Parlement européen rappelle que le «respect des droits de l’homme, et donc aussi de la femme, est une condition sine qua non de l’adhésion de la Turquie à l’UE». De même, il fait remarquer que «le cadre juridique relatif aux droits de la femme «apparaît globalement satisfaisant», mais sa mise en oeuvre réelle «accuse encore des carences». (1)

Les États membres de l’Union doivent unanimement donner leur accord pour que l’adhésion de la Turquie puisse avoir lieu. Un certain nombre de pays pourrait s’y opposer tel que l’Autriche, qui servit de rempart à l’Europe chrétienne face à l’Empire ottoman dont l’armée a assiégé deux fois Vienne en 1529 et 1683; et la France. Il faut remarquer que l’obligation de vote des Européens n’est requise que dans le cas de la Turquie. Enfin, sur les 35 «chapitres» d’adhésion à l’UE, seuls 14 ont été ouverts depuis 2004 et un seul a été clôturé en dix ans, à cette cadence, il faudrait 350 ans.

La mauvaise  querelle du génocide arménien

Entre la France et la Turquie, les désaccords se sont accumulés ces dernières années. En premier lieu, la «question arménienne», depuis la reconnaissance du génocide de 1915 par le Parlement français en 2001. Le président français François Hollande a exhorté lundi la Turquie à faire son «travail de mémoire» sur les massacres de centaines de milliers d’Arméniens par l’Empire ottoman en 1915, lors de la première journée de sa visite d’Etat en Turquie. «Le travail de mémoire est toujours douloureux, mais doit être fait», a estimé M.Hollande lors d’une conférence de presse avec son homologue turc Abdullah Gül, dont le pays refuse de qualifier les événements de 1915 de «génocide».

Les relations franco-turques ont été émaillées de ce fait, de crises à répétition depuis l’adoption en 2001 par le Parlement français d’une loi reconnaissant le génocide arménien, suivie de tentatives législatives avortées pour en réprimer la négation. La France qui donne des leçons devrait balayer d’abord chez elle comme l’ont dénoncé à l’époque les députés turcs qui ont rappelé aux Français leur amnésie concernant les massacres de masse tout au long de la colonisation, qui ont fait perdre 2 millions d’habitants, les trente années suivant l’invasion de l’Algérie, les massacres de Sétif et enfin le million de morts lors de la révolution. Assurément, la France est mal placée pour juger d’un génocide, que plusieurs historiens et non des moindres comme Bernard Lewis- pourtant que l’on ne peut soupçonner d’affection envers les musulmans- ont nié qu’il s’agisse d’un génocide mais de massacres aussi abject soient-ils, mais tout à fait dans l’air du temps de la boucherie de la Première Guerre mondiale comme par exemple les assauts du général français Nivelle et de sa force noire qu’il consommait généreusement…

Hollande en voyageur de commerce

Sur le plan économique, les trois décennies d’hyperinflation ont longtemps constitué un frein majeur à la candidature de la Turquie à l’UE. Aujourd’hui, d’une part, l’économie turque connaît une forte croissance et d’autre part, la plupart des problèmes d’inflation se résolvent. L’inflation annuelle a été réduite à 6% ces dernières années.

L’aspect commerce est indéniable. «Notre présence est élevée, mais nous ne sommes pas au niveau qui est souhaité, et par la Turquie, et par la France (…) nous devons atteindre 20 milliards d’euros d’échanges commerciaux», a dit le président français, qui devait rencontrer mardi dernier à Istanbul des patrons français et turcs.

Le commerce franco-turc se porte bien et obéit à ses propres règles. Intégrer la Turquie serait pour les Français accélérer la construction du village global, c’est-à-dire l’anéantissement des différences culturelles entre les Etats. Hollande ne va pas faire la même erreur avec la Turquie. Les Français n’en veulent pas de toute façon, sauf quand il s’agit de commerce…

Les promesses sans lendemain de Hollande

Voulant à la fois donner des gages à son opinion, mais aussi à la Turquie pour des raisons uniquement matérielles, François Hollande a fait de l’acrobatie du grand écart. Il déclare sans conviction: «Ce «processus doit se poursuivre» mais «aucune date n’est prévue», a-t-il souligné à l’adresse d’une opinion française hostile à la perspective d’une entrée de la Turquie dans l’UE. «Nous ne sommes pas pressés», a souligné pour sa part le président turc Abdullah Gül, pour qui la crise politique que traverse actuellement son pays ne saurait influer sur le processus européen «essentiellement technique». Selon l’article 88-5 introduit en 2005 dans la Constitution française, parallèlement à l’ouverture des négociations avec la Turquie, toute nouvelle adhésion doit en effet être soumise à une consultation populaire à l’issue plus qu’incertaine. Depuis son élection en 2012, François Hollande s’est borné à constater que la question de l’entrée de la Turquie dans l’UE ne se poserait pas pendant son quinquennat, puisque les Européens ont exclu cette perspective avant 2020. (2)

Enfin, à l’extérieur, nous ne pouvons pas ne pas citer la position américaine. Plusieurs fois, les États-Unis ont soutenu l’entrée de la Turquie dans l’UE car ils considèrent cela comme un avantage géostratégique pour le monde occidental. Barack Obama a déclaré, dans un discours prononcé le 6 avril 2009 à Ankara, que la Turquie liait le monde musulman à l’Occident. Plusieurs politiciens ont déclaré qu’il n’était pas question de permettre l’ingérence des États-Unis dans la politique intérieure de l’Union. Ainsi, dans le Spiegel, Bernd Posselt (CSU) déclara que l’«UE n’est pas le jouet d’Obama». Selon lui, le président américain «essaye de récompenser les Turcs aux dépens des Européens, et en même temps d’affaiblir ou de miner l’intégration européenne». Il a d’ailleurs suggéré qu’Obama accueille «la Turquie comme 51e État». (1)

On passe sous silence que la plupart des différends sont en fait des problèmes de fond et les pseudo-discussions ne sont que d’hypocrites agitations. L’erreur est de confondre la Turquie à Erdogan qui ne sera pas forcément là lorsqu’elle rentrera dans l’Europe. La Turquie avec son dynamisme, la jeunesse de son peuple et sa position est une chance pour l’Europe La politique n’est pas que l’art de l’immédiateté. Elle est aussi l’art de l’anticipation, de la préparation du futur. Aujourd’hui, une majorité de Français refuse la Turquie. Demain contre un jerrycan combien seront-ils à avoir changé d’idée?

Qu’on le veuille ou non, la civilisation européenne est née sur les rives de la Turquie. Qui ne connaît Hérodote l’historien, Strabon le géographe, Thales de Milet, Paul de Tarse qui séjourna à Antioche et, qui ne connaît la Vierge qui termina ses jours à Ephèse et comme l’écrit ce sont les Turcs qui ont sauvé le protestantisme… En France, le bonnet phrygien de Marianne vient de Phrygie en Turquie. Il fut une époque où sous les coups de boutoir de la perfide Albion et de son mauvais génie, le coq gaulois, l’empire ottoman était appelé l’homme malade de l’Europe..(3)

Le Premier ministre turc Erdogan s’est fait l’écho d’un point de vue prévalant en Turquie, selon lequel l’UE serait un «club chrétien», dénué de fondement légitime. Il considère que c’est la raison principale du refus d’accepter l’adhésion d’un État musulman dans l’Union. Tout est dit. Pourquoi alors quémander en vain un strapontin. La Turquie doit faire sa mue, consacrer définitivement l’alternance et se tourner vers les pays émergents pour pouvoir évoluer en dehors de la vieille Europe rabougrie, revancharde qui rejoue les croisades.»

«Peut-on ignorer, écrit Ignacio Ramonet, que la côte égéenne de la Turquie, où se situe l’ancienne Troie, est l’aile orientale de la Grèce antique, berceau de la civilisation européenne? On se demande quels arguments «techniques» seront avancés demain pour retarder l’adhésion de deux autres Etats à majorité musulmane – la Bosnie et l’Albanie (…) » (4)

« Un commissaire européen, poursuit  Ignacio Ramonet, M. Frits Bolkestein, est allé jusqu’à déclarer que si la Turquie était admise au sein de l’Union «la libération de Vienne [assiégée par les Turcs] en 1683 aurait été vaine.» Au cours de ce siège, les Viennois, réputés pour l’excellence de leur boulangerie, durent rationner la farine et fabriquer de petits pains auxquels ils donnèrent la forme de l’emblème des Ottomans: le croissant…» (4)

Assurément la « marche turque » immortalisée par Wolfgang Amadeus Mozart,   n’a rien de divertissant pour le peuple turc qui se demande à quoi cela sert de courir à la conquête d’un Graal hypothétique alors que le vrai Graal celui de la conquête de la science et du savoir, dans un environnement de liberté est le plus sûr moyen d’atteindre le respect  par les autres et de retrouver le respect de soi .

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Encyclopédie Wikipédia

2. Elizabeth Pineau: François Hollande rassure la Turquie sur son avenir Reuters 27 01 2014

3 http://www.monde-diplomatique.fr/ 2004/11/RAMONET/11588

4. http://www.planet-turquie-guide.com/ histoire_turquie.htm#Phrygie

 

 

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Cyber-espionnage : la NSA joue avec Angry Birds

janvier 29th, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

Plusieurs documents exfiltrés par Edward Snowden révèlent que l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) se livre, depuis 2007, à des collectes massives de données via les applications mobiles, en collaboration avec son homologue britannique (GCHQ).

Depuis l’éclosion du scandale PRISM en juin 2013, les révélations se succèdent autour des programmes de cyber-espionnage opérés à grande échelle par le renseignement américain.

Une nouvelle série de documents exfiltrés par l’ancien consultant Edward Snowden jette un peu plus de discrédit sur les activités de la puissante NSA, qui réalise, en collaboration avec son homologue britannique (le GCHQ), des collectes massives de données via les applications installées sur les téléphones mobiles.

En 2007, cette activité a concentré un budget de 767 millions de dollars. Les deux agences ont collaboré pour récupérer des éléments de géolocalisation via Google Maps, pour aspirer listes de contacts et carnets d’adresse, pour accéder aux historiques d’appels ou encore pour intercepter les métadonnées associées aux photographies publiées sur le Web.

Des protocoles ont même été spécifiquement mis en place pour certaines applications comme Angry Birds. Ce jeu, développé par Rovio et téléchargé plus d’un milliard de fois, diffuse sur le réseau des informations d’identification du téléphone et de son propriétaire. Il est même possible de déterminer si celui-ci écoute de la musique ou passe un appel pendant qu’il joue.

L’ampleur de ces collectes reste sujette à débat, mais les techniques exploitées font consensus entre NSA et GCHB : les meilleurs points d’accès sont les applications anciennes, non mises à jour. Un autre levier d’écoute pourrait résider dans les entreprises qui récupèrent des données personnelles pour affiner le ciblage publicitaire, mais à aucun moment, il n’est fait état d’une quelconque coopération. Comme le note le New York Times, chaque update d’Android permettrait aussi de récupérer de nombreuses informations.

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Haïti : Des élections à saveur de cocaïne

janvier 29th, 2014 by Leslie Péan

En septembre 2013, Joris Mergelus, chef de l’Unité anti-drogue en Haïti, écrivait :« 114 dealers de drogue présumés et leurs complices ont été arrêtés, 1.554 kilos de cocaïne et de marijuana ainsi que plus de 1 million de dollars saisis entre Janvier et mi-Septembre 2013, comparativement à 124 arrestations, plus de 634 kg de stupéfiants et environ US$ 93.000 confisqués de Janvier à Décembre 2012 [1]. » En réalité, il s’agit de la continuation de la route prise par la société haïtienne depuis le gouvernement des Duvalier. Un combat prétendument engagé pour le meilleur, mais passant par la route du pire. Un projet réactionnaire et servile en soi qui a investi le champ politique en force. En effet, c’est à coup de dollars que les élections sont organisées chaque fois en Haïti. Il n’y a même pas besoin de simulacres. Deux mois avant les élections de novembre 2010, les Nations Unies exprimaient ouvertement leurs craintes en disant : « il existe un risque que la campagne pour les prochaines élections – en particulier les législatives – peut être contaminée par le financement provenant d’activités illégales, y compris le trafic de drogue qui continue d’être un facteur de déstabilisation en Haïti [2]. »

Depuis 2004 et même avant, Haïti est reconnue comme une plaque tournante de la cocaïne dans les Caraïbes. Selon Joe Mozingo du Miami Herald [3], « la connexion de la cocaïne en Haïti » est une vérité de La Palice. Au cours de la décennie 1994-2004, la condamnation pour trafic de cocaïne et l’emprisonnement de militaires et d’officiels du gouvernement Lavalas accusés et poursuivis par la Drug Enforcement Agency (DEA) indiquent clairement que la profondeur du mal dépasse de loin les frontières idéologiques. Les dernières révélations le 6 janvier 2014 parues dans le journal mexicain El Universal [4] au sujet de la DEA au Mexique indiquent que « l’agence antidrogue américaine (DEA) et des membres du ministère de la justice américain auraient collaboré pendant des années avec le cartel mexicain de Sinaloa en échange d’informations sur les cartels rivaux. Entre 2000 et 2012, les agents américains auraient ainsi organisé une cinquantaine de rencontres avec les mafieux, sans en informer les autorités mexicaines [5]. »

Les autorités américaines de la DEA et de la CIA ont laissé le cartel de Sinaloa envahir le marché américain avec des milliards de dollars de cocaïne en échange d’informations sur les cartels concurrents des Arellano Felix, Beltran Leyva, Los Zetas, Carillo Fuentes, Gulf et La Familia. Le marché de la cocaïne représente annuellement 45 milliards de dollars et 90% de la cocaïne consommée aux États-Unis passe par le Mexique. Les relations occultes des autorités américaines avec les mauvais garçons mexicains ne sont pas nouvelles. Pour s’en rendre compte, on peut consulter les articles de Gary Webb publiés en 1996 dans le San Jose Mercury News référant à l’alliance ténébreuse de 1982 à 1994 entre la CIA et les Contras.

Ces informations, bien que rejetées dans les deux volumineux rapports produits en 1998 par l’Inspection Générale de la CIA (Inspector General’s Report on CIA- Contra Drug Trafficking), indiquent qu’il était impératif pour les autorités compétentes de fermer les yeux ou de regarder ailleurs. C’est précisément le cas quand le blanchiment d’argent a explosé pour sauver le dollar et éviter qu’il ne vole en éclats lors de la crise de 2008, la plus grande crise financière depuis celle de 1929. Pour ne pas profaner le Dieu de l’argent en donnant le blues à la Réserve Fédérale, il a fallu occulter certaines réalités.

Le financement du capitalisme par l’argent de la drogue

En effet, les rapports de corruption entre les autorités américaines et les cartels de la drogue ont été remarqués particulièrement à l’occasion de la crise financière mondiale de 2008. Dans le désespoir et pour sortir du véritable carnage des 200 plus grandes banques en faillite, annonçant alors la fin du système capitaliste, les autorités américaines ont accepté la fausse bonne idée de se faire financer par les cartels de la drogue. Et depuis lors, le système est incapable de leur tourner le dos. De manière ouverte ou clandestine, ce passé rattrape le système. La révélation de ces rapports mafieux est faite, entre autres, par Antonio Maria Costa, directeur de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODOC) [6]. Dans son entendement, c’est grâce aux profits générés par le crime organisé que le pire a été évité.

« Dans de nombreux cas, l’argent de la drogue a été la seule source de liquidités disponibles. Dans la seconde moitié de 2008, le manque de liquidités a été le principal problème du système bancaire » a-t-il dit [7]. Des 1 000 milliards de dollars par an blanchis dans le système financier mondial, 400 milliards viennent du commerce de la drogue (marijuana, cocaïne, héroïne, etc.) [8]. Dans l’optique de la loi du plus fort, ces malversations n’ont provoqué aucun tollé ni scandale. Dans le tourbillon de la vie quotidienne, les agissements scandaleux ont été accueillis avec indifférence et certains de ces banquiers corrompus engagés, entre autres dans les manipulations du taux du LIBOR, ont même eu droit à une certaine reconnaissance [9]. Sur cette lancée, on notera aussi que la production d’opium en provenance d’Afghanistan a augmenté de plus de 900% depuis l’invasion américaine en 2001. Cette augmentation a contribué à financer les pertes de plus de 1 000 milliards de US$ de produits dérivés toxiques enregistrées par le système financier international lors de la crise de 2008.

Selon Peter Dale Scott, « la banque HSBC pourrait avoir blanchi environ 7 milliards de dollars de revenus narcotiques grâce à sa filiale mexicaine sans que personne n’aille en prison [10]. » Le blanchiment d’argent de la drogue par les grandes banques a été sanctionné par les institutions de régulation, mais les pénalités ont rarement dépassé 2% des profits. Un cas édifiant est celui de la banque Wells Fargo qui a racheté la banque Wachovia au cœur du blanchiment de 378 milliards de dollars en provenance des cartels de cocaïne du Mexique [11] au cours des années 2002-2008. L’égoïsme des uns s’affiche d’un côté dans toute sa pétulance tandis que de l’autre, la misère des autres est exposée dans toute sa laideur.

Les rapports du système financier international avec les barons de la drogue font penser aux rapports entre l’Angleterre et la Chine conduisant aux guerres de l’opium du 19e siècle au cours desquelles l’évangélisme n’a pas été absent. C’est bien au nom de la liberté religieuse que l’Angleterre oblige les Chinois à consommer de l’opium. Pour conquérir le pouvoir et le garder, tous les moyens sont bons selon certains. Même si cela doit inclure l’alliance avec le diable comme c’est le cas avec les alliances tacites de certains évêques avec les cartels de drogue au Mexique, pendant que près de 300 prêtres sont obligés de fuir pour échapper à la mort dans leur paroisse.

Quatre tonnes de cocaïne par mois

En Haïti aussi, de telles alliances sont courantes. La religion catholique a été présente dès l’arrivée des premiers esclaves débarqués des cales des négriers. Elle a traversé le temps en menant un combat contre le vaudou classé parmi les superstitions africaines. Syncrétisme aidant, la mentalité de l’Haïtien moyen convaincu de la capacité destructrice des « messes noires » a subi une mutation devant la continuation du pouvoir maléfique des Duvalier, malgré les persécutions dont le clergé catholique fait les frais.

Dans un style qui semble être à la fois celui de la fiction et du reportage journalistique, Nicolas Jallot reconstitue une tranche assez cocasse de l’histoire du trafic de la cocaïne en Haïti. En levant les bras vers le ciel à la recherche d’une solution divine à ses tourments, un paysan sans terre voit un jour tomber du ciel des sacs d’une poudre blanche qu’il assimile dans un premier temps à de la farine. Une manne dont il ne tardera pas à découvrir la vraie nature… et la valeur. L’heureux paysan vend sa « farine » au boulanger du coin qui « porte plainte contre (lui), car sa pâte ne prend pas » [12].

On apprendra plus tard que le largage à tout vent de milliers de petits sacs de cocaïne était à la fois plus efficace et moins coûteux que la formule traditionnelle d’import-export avec l’aide d’intermédiaires de plus en plus gourmands. L’opération eut tant de succès qu’à l’approche du nouvel an, les Haïtiens en général, et surtout ceux, des régions côtières se souhaitaient mutuellement de faire une petite « trouvaille », nom donné par la malice populaire au précieux paquet tombé du ciel ou emporté sur le rivage par les vagues !

Ainsi quatre tonnes de cocaïne par mois sont larguées par les petits avions des trafiquants colombiens et récupérés par leurs associés haïtiens qui les acheminent ensuite au Mexique et en Floride. Mark Fineman en discute à Aquin dans le Sud [13], et Joe Mozingo en parle aux Gonaïves. Vingt sept clans colombiens se font concurrence sur le territoire haïtien. Ils sont autour des hautes sphères du pouvoir depuis le régime de Jean-Claude Duvalier quand « les fructueuses affaires de Frantz Bennett, frère de Michèle Bennett-Duvalier, sont mises en évidence [14] » avec son arrestation par la DEA. Depuis lors, la cocaïne est au cœur de l’activité politique en Haïti. Selon Gérard Pierre-Charles en 1999, « l’État ne fonctionne pas et les barons de la drogue pourraient devenir les maîtres du pays [15]. »

En réalité, considérant que 70 tonnes de cocaïne, ont transité par Haïti en 1999, d’après le Département d’État, les trafiquants sont déjà les maîtres. Le journaliste Christophe Wargny dira en juin 2001 qu’on peut considérer « en Haïti, la drogue comme substitut au développement » [16]. L’influence de la drogue dans la politique en Haïti est telle que Bruce Bagley, professeur à l’Université de Miami, qualifie le renversement du président Aristide le 29 février 2004 de « coup d’État des narcos » [17]. Depuis, la dérive n’a pas cessé. La dégradation continue, et le sujet de la cocaïne est devenu habituel. Selon Hillary Clinton, Secrétaire d’État américain, en 2010, la drogue transitant par Haïti serait d’un montant équivalent à 500 millions US [18]. Un montant sous-estimé car, déjà en 1993, les recherches du député démocrate John Conyers indiquaient un trafic d’une valeur double, soit d’un milliard de dollars US$ sur le marché américain [19].

Le mauvais pli s’affirme à nouveau comme au temps des militaires avec les colonels Jean-Claude Paul et Michel François. Depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly, surnommé également « Sweet Micky » comme le fameux colonel, les clans de la drogue voient arriver l’heure du recyclage de leur produit. Nombre d’anciens militaires se sont reconvertis dans le secteur privé et dirigent ou travaillent dans des compagnies de sécurité. Qui les payent mieux que l’armée d’Haïti. D’autres ont carrément viré dans la mafia, un peu comme les anciens du KGB ont fait leur reconversion dans la Russie des hommes à la gâchette facile. La prise du pouvoir par le chanteur-président, symbolisant l’absence de tout repère éthique, représente une occasion idéale pour cette engeance de redémarrer le juteux trafic. Le 23 février 2012, « 300 kilos de cocaïne estimés à 2,5 millions de dollars américains sur le marché haïtien ont été saisis lors d’une opération conjointe du Bureau de lutte contre le trafic des stupéfiants (BLTS) et de l’Agence américaine antidrogue (DEA) [20]. »

Ces mouvements des cargaisons de cocaïne se répètent à l’infini, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, comme dans les potpourris du musicien Sweet Micky ! Ce dernier, il faut le reconnaître, n’a jamais caché d’y avoir goûté et pris son pied. Sans faux puritanisme. Il dit s’en être démarqué comme un apprenti sorcier qui maudit sa première cuite. Sans donner des détails sur sa désintoxication. Il n’empêche que la cocaïne a planté ses racines assassines au cœur du terroir. Selon le Département d’État américain, les Rapports de Transactions Suspectes [Suspicious Transaction Reports (STR)] n’étaient que 49 en 2011 et 43 en 2012, tandis que les Rapports de Transaction en Espèces (Cash Transaction Reports)] étaient de 244 297 en 2011 et de 264 099 en 2012 [21]. Avec une magie inépuisable, de nouvelles procédures sont constamment inventées pour blanchir l’argent sale. Dans un temps qui semble rester en suspens, les autorités monétaires haïtiennes n’ont pas vu les traits, pourtant d’une grande netteté, des 100 millions de US$ en espèces allant au Panama annuellement [22]. D’ailleurs, les autorités américaines ont détecté ce dangereux entre-deux entre Haïti et le Panama en 2012.

On ne peut rien laisser en désordre pour faire fonctionner un réseau de passagers voyageant avec 25 000 dollars chacun dans des vols totalisant 1 million de US$ au décollage [23]. Une bonne trousse de suggestions est nécessaire. Loin des clichés éculés d’une modernité démodée, la récidive des bandits légaux est ambitieuse. Partisans et adversaires des clans mafieux au sein du gouvernement n’ont pas seulement le goût du travestissement des carnavals. Ils peuvent aussi avancer sans bruit dans la démesure et l’horreur. Surtout quand ils ne se déchirent pas dans de sombres fresques politiques autour d’intrigues alambiquées de cargaisons de cocaïne recueillies par exemple à l’Anse-d’Hainault au cours du week-end du 18 mars 2012 [24] ou encore à Port-Salut le 12 septembre 2013. Un combat sans merci dans lequel Haïti agonise.

Dans le cas de l’affaire de drogue à Port-Salut, Jean Renel Sanon, ministre de la Justice, est intervenu en personne pour libérer les deux trafiquants Woodly Ethéard, alias Sonson, et Evinx Daniel. Avec la superficialité de celui qui revendique la liberté de choisir ses amis comme bon lui semble, le président Martelly s’est associé au présumé trafiquant Evinx Daniel en s’exhibant avec lui au Dan’s Creek hotel de Port-Salut. Dans le collimateur du FBI pour trafic de drogues et blanchiment d’argent, ce dernier serait devenu, semble-t-il, une menace pour le pouvoir. Arrêté par le Commissaire du Gouvernement des Cayes Jean-Marie Salomon [25] en septembre 2013, il est libéré sous les pressions du président Martelly qui en profite pour révoquer le magistrat. Cet acte irréfléchi a provoqué l’ire du FBI qui l’aurait amené aux Etats-Unis pour enquête. De retour au pays, il a disparu de la carte depuis le 5 janvier 2014.

(à suivre)

Leslie Péan

Économiste, écrivain

Soumis à AlterPresse le 24 janvier 2014

[1] Joe Colas, 
« Plus de 238 arrêtés, 2.200 kg saisis en Haïti dans le cadre de la lutte anti-drogue », Haïti en marche, 23 septembre 2013.

[2] Report of the Secretary-General on the United Nations Stabilization Mission in Haiti, United Nations Security Council, New York, September 1, 2010, p. 3.

[3] Joe Mozingo, « Haïti cocaïne connexion », Miami Herald, June 3, 2004.

[4] Doris Gómora, « La guerra secreta de la DEA en México », El Universal, 6 de Janeiro de 2014. Lire aussi Per Liljas, « U.S. Government Helped Rise of Mexican Drug Cartel », Time, January 14, 2014. Lire enfin Tracy Wilkinson and Ken Ellingwood, « International banks have aided Mexican drug gangs », Los Angeles Times, November 27, 2011.

[5] « Feu à la poudre – Les relations troubles entre les Etats-Unis et un cartel mexicain », Blog Le Monde, 14 janvier 2014.

[6] Rajeev Syal, « Drug money saved banks in global crisis », claims UN advisor, The Observer, London, 12 December 2009. Lire aussi « La criminalité organisée, une menace mondiale pour la sécurité », United Nations Information Service, Vienna, UNIS/CP/618, 3 juin 2010.

[7] « Le trafic de drogue a sauvé l’économie mondiale, selon l’ONU », – LMOUS, 5 janvier 2010.

[8] Thierry Francq et Alain Damais, Problèmes économiques, n° 2674, 19 juillet 2000, p. 2.

[9] Leslie Péan, « La corruption du LIBOR et par le LIBOR », Le Nouvelliste, Port-au-Prince, 10 et 11 août 2012. Voir aussiAlterPresse, Port-au-Prince, 13 et 15 août 2012.

[10] Maxime Chaix, « Les drogues et la machine de guerre des Etats-Unis », Réseau Voltaire, 18 juillet 2013.

[11] Ed Vulliamy, « How a big US bank laundered billions from Mexico’s murderous drug gangs », The Guardian, April 2, 2011.

[12] Nicolas Jallot et Laurent Lesage, Haïti – Dix ans d’histoire secrète, Paris, Éditions du Félin, 1995, p. 153. Lire aussi, Nicolas Jallot, Haïti – la plaque tournante de la drogue », Le Point, no. 1132, 28 mai 1994, p. 70.

[13] Mark Fineman, « Drug Cartels Set Back Efforts to Bring Democracy to Haiti », Los Angeles Times, October 30, 1998.

[14] Nicolas Jallot et Laurent Lesage, Haïti – Dix ans d’histoire secrète, op. cit., p. 154.

[15] « Haiti : a shabby epilogue », Newsweek, November 27, 2000.

[16] Christophe Wargny, « En Haïti, la drogue comme substitut au développement », Le Monde diplomatique, Paris, juin 2001.

[17] Lydia Polgreen and Tim Weiner, « Drug Traffickers Find Haiti a Hospitable Port of Call », New York Times, May 16, 2004

[18] Hillary Rodham Clinton, “International Donors Conference : Towards a New Future for Haiti,” US State Department, March 31, 2010.

[19] Dennis Bernstein and Howard Levine, « The CIA’s Haitian Connection », San Francisco Bay Guardian, 11/3/93.

[20] « 300 kilos de cocaïne saisis et deux arrestations à Port-au-Prince », Radio Kiskeya, 24 février 2012 ?

[21] United States Department of State, Bureau for International Narcotics and Law Enforcement Affairs, Money Laundering and Financial Crimes, Country Database, March 7, 2012 and June 2013.

[22] United States Department of State, 2012 International Narcotics Control Strategy Report II (INCSR), Volume II : Money Laundering and Financial Crimes, March 7, 2012.

[23] Ibid, p. 105.

[24] Jackson Joseph, « Une autre affaire de drogue », Le Matin, 9 avril 2012.

[25] RNDDH, Trafic illicite de drogues : Le Gouvernement MARTELLY / LAMOTHE met tout en œuvre pour protéger les narcotrafiquants proches du Pouvoir, P-au-P, 19 septembre 2013.

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Le plus gros trafiquant de cocaïne des Etats-Unis révélé: La DEA

janvier 29th, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

De nouveaux documents publiés ainsi que des témoignages du ministère de la ustice et d’officiels de la Drug Enforcement Administration (DEA), montrent maintenant que les histoires concernant le gouvernement qui importerait la cocaïne sont vraies. Une enquête faite au Mexique a trouvé que le gouvernement américain a permis le plus gros des cartels de la drogue de ce pays, Sinaloa, d’opérer sans crainte de persécution.. Ce groupe est responsable de 80% de la cocaïne qui entre dans le pays par Chicago. En échange, les leaders de Sinaloa donnent des informations à la DEA sur les gangs rivaux de la drogue.

Le cartel de la drogue qui travaille avec le gouvernement fédéral est dirigé par un des plus puissants trafiquants de drogue au monde. En plus de Chicago, son groupe maintient des opérations de cocaïne dans plusieurs des plus grandes villes américaines. Des déclarations écrites furent faites au tribunal de district de Chicago, confirmant l’alliance de la DEA et du plus gros cartel de la drogue mexicain. Le témoignage écrit, en plus d’autres preuves, montre des officiels de la DEA rencontrant des leaders du cartel Sinaloa plus de 50 fois entre 2000 et 2012. Ceci voudrait dire que le trafic autorisé par la DEA remonterait à au moins le début de l’administration de W. Bush et que cela continua sous la présidence d’Obama.

Un des leaders du groupe, Vincente Zambada-Niebla, affirme que le gouvernement américain a aussi fait envoyer des armes de type militaire au cartel Sinaloa. D’après des révélations récentes, ce furent ces armes qui furent à l’origine du scandale de l’Opération Fast and Furious (NdT:qui vit le bureau américain du Tabac de l’Alcool et des Armes, l’organisme fédéral qui gère ces trois produits, vendre des armes au Mexique, armes qui se retrouvèrent dans les mains du cartel de la drogue…).  Des armes automatiques, qui “disparurent” durant l’opération commandé par le ministre de la justice Eric Holder, réapparurent aux mains des membres du cartel pour tuer des agents fédéraux gardes-frontière. Cette toute dernière preuve pointe en direction d’un énorme scandale, impliquant à la fois les gouvernements républicain et démocrate. Au mieux, ceci donne la meilleure preuve jusqu’ici que le gouvernement fédéral est hautement responsable et soutient activement la contrebande de cocaïne dans le pays pour une valeur de multi-milliards de dollars. Pire même, des armes achetées pour l’armée américaine ont été envoyées au cartel de la drogue pour finalement tuer des agents américains.

Article original en anglais : http://www.informationclearinghouse.info/article37472.htm

Traduction : Résistance 71

Vidéo de l’affaire (en anglais):

http://www.youtube.com/watch?v=jbGaWSXfbWk

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La Shoah : Religion d’Etat ?

janvier 29th, 2014 by Diana Johnstone

La campagne du gouvernement français, des grands médias et des organisations influentes pour faire taire l’humoriste franco-camerounais Dieudonné M’Bala M’Bala ne cesse de révéler une coupure radicale dans la perception que les Français ont du comédien mais aussi sur d’autres questions.

La « mobilisation » officielle, annoncée par le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls à l’Université d’Eté du Parti Socialiste en août dernier, se poursuit en accusant le comédien d’utiliser ses spectacles pour semer la haine contre les Juifs. Son geste de la « quenelle » (*) serait un « salut nazi renversé ».

Son public rejette ces accusations.

Probablement l’effet de la controverse qui, jusqu’à présent, a été le plus significatif, est la prise de conscience croissante du fait que la Shoah fonctionne comme religion officieuse d’Etat en France.

Exprimant son commentaire sur l’affaire le 10 janvier sur RTL, Eric Zemmour a tancé Valls pour avoir oublié la liberté d’expression tout en se présentant comme un homme de gauche. « C’est la gauche qui nous a appris depuis mai 68 qu’il est interdit d’interdire, c’est la gauche artistique qui nous a enseigné qu’il fallait choquer le bourgeois. C’est la gauche antiraciste qui a fait de la Shoah la religion suprême de la République… ». Produit de la gauche, Dieudonné provoque, d’après Zemmour, la « bourgeoisie bien-pensante de gauche ».

Admettant que Dieudonné fait des plaisanteries “antisémites“, Zemmour juge qu’il était « grotesque et ridicule de faire de M’bala M’bala un nostalgique du troisième Reich ». Le comédien, dit-il, « reproche aux juifs de vouloir conserver le monopole de la souffrance et de voler aux descendants des esclaves la primauté du malheur. »

Il y a d’autres enjeux de plus grande portée. Rappeler la Shoah sert indirectement à justifier le rapprochement toujours plus fort entre la France et Israël en ce qui concerne la politique au Moyen Orient. Dieudonné s’est opposé à la guerre contre la Libye au point de montrer sa solidarité en visitant le pays sous les bombes de l’Otan.

Dieudonné a commencé sa carrière en tant que militant antiraciste. Au lieu de s’excuser lors des protestations contre son sketch de 2003 critiquant un «  colon sioniste extrémiste », Dieudonné a, pendant les années qui suivirent, graduellement élargi la sphère de ses parodies pour y inclure la Shoah elle-même. On peut voir la campagne actuelle pour le faire taire comme un effort visant à réaffirmer le caractère sacré de la Shoah en réprimant une forme contemporaine de blasphème.

Comme s’ils voulaient confirmer cette impression, le Parquet de Paris et le Mémorial de la Shoah ont conclu une convention le 9 janvier selon laquelle tout auteur d’une infraction antisémite âgé d’au moins 13 ans pourra désormais être condamné à effectuer un stage de sensibilisation à l’histoire de l’extermination des Juifs. L’étude des génocides est censée inculquer « les valeurs républicaines de tolérance et de respect pour autrui ».

Et si c’était le contraire de ce qu’il faudrait faire ? Le Procureur de Paris ignore peut-être les jeunes qui prétendent avoir subi trop, au lieu de pas assez, d’éducation sur la Shoah ?

Exceptionnellement, un article du Monde du 8 janvier a cité des opinions qu’on peut facilement entendre de la part de jeunes, si l’on veut bien les écouter. Soren Seelow a interviewé une dizaine de jeunes admirateurs de Dieudonné, issus de la classe moyenne, politiquement modérés, souvent de gauche et qui se défendent de tout antisémitisme. Ils font remonter la « sacralisation » de la Shoah à leurs cours d’histoire à l’école, dont ils gardent un souvenir pesant.

Nico, 22 ans, étudiant en droit à la Sorbonne, qui vote à gauche, rappelle : « On nous en parle depuis la primaire… A 12 ans, j’ai vu un film où des tractopelles poussaient des cadavres dans des fosses. Nous subissons une morale culpabilisatrice dès le plus jeune âge. » Etudiant en master en langues, Guillaume, également âgé de 20 ans, se plaint : «  La Shoah, on en a mangé jusqu’à la terminale. Je respecte ce moment de l’histoire, mais pas plus que d’autres. »

En plus des cours, certains professeurs organisent des commémorations, des pèlerinages à Auschwitz. Les articles, les films, les documentaires sur la Shoah remplissent les loisirs.

De très nombreux messages reçus de Français, ainsi que de nombreuses conversations, me convainquent que pour beaucoup de personnes nées quelques décennies après la défaite du nazisme, la mémoire de la Shoah est ressentie comme une invitation à la culpabilité, ou, pour le moins, à un sentiment de malaise en ce qui concerne des crimes qu’ils n’ont pas commis. L’exigence de solennité obligatoire peut imposer un silence gêné. On accueille alors le rire comme une libération.

Mais pour d’autres, un tel rire est une abomination.

Les condamnations de Dieudonné, résultant de procès entamés en général par la LICRA, telle une amende de 8.000 euros pour la chanson Shoananas, s’accumulent, pour le stigmatiser, et, en fin de compte, pour le ruiner financièrement.

“La Haine”

Dans le chœur politico-médiatique, on entend souvent que Dieudonné n’est plus un humoriste, mais tient plutôt des meetings politiques pour répandre « la haine ». Même le lointain New Yorker l’accuse d’être un médiocre comédien qui doit sa carrière à la diffusion de la « haine ». Cette allégation évoque des images très éloignées de ses spectacles ou de leurs conséquences.

On n’observait aucune haine parmi les milliers de spectateurs abruptement privé du spectacle pour lequel ils avaient payé leur place à Nantes le 9 janvier, suite à une décision du Conseil d’Etat confirmant le désir du Ministre Valls de l’interdire. Personne ne se plaignait de rater les frissons d’un meeting nazi. Personne ne voulait partir mener des rafles contre des juifs. Tout le monde regrettait de ne pas pouvoir passer une soirée de bonne humeur et de rires. Comme d’habitude, les spectateurs étaient un mélange de jeunes Français, généralement issus des classes moyennes. Le spectacle fut interdit pour éviter un «  trouble immatériel de l’ordre public ». Le public déçu se dispersa paisiblement. Aucun des spectacles de Dieudonné n’a jamais troublé l’ordre public.

Mais il n’y a aucun doute sur la haine virulente des adversaires de Dieudonné à son égard.

Le journaliste Philippe Tesson s’exclama sur Radio Classique : « Ce type, sa mort par un peloton de soldat me réjouirait profondément ! », avant d’ajouter que « c’est une bête immonde, donc on le supprime. C’est tout ! »

Au cours d’une leçon de théologie diffusée par internet, le rabbin Rav Hai Dynovisz, hostile à la théorie d’évolution de Darwin, « admettait » que la personne de Dieudonné avait montré que « certaines » personnes ont dû descendre des gorilles.

Deux adolescents âgés de 17 ans furent expulsés de leur lycée pour avoir fait le geste de la quenelle, accusés d’apologie de « crimes contre l’humanité ». Le magazine électronique franco-israélien JSSnews enquête sur l’identité de personnes ayant fait la quenelle dans le but de les faire renvoyer par leurs patrons.

Les propriétaires du petit théâtre parisien loué jusqu’à 2019 par Dieudonné, La Main d’Or, seraient revenus d’Israël en expriment leur intention de l’en expulser.

Que je sache, la pire chose que Dieudonné ait dit sur scène fut une insulte personnelle proférée contre l’annonceur de radio Patrick Cohen. Celui-ci avait insisté longuement dans une émission de télévision que les organisateurs de débats télévisés devraient s’interdire d’inviter des « cerveaux malades » comme Dieudonné et Tariq Ramadan. Fin décembre, lorsque la campagne anti-Dieudo battait son plein, la télévision française (qui en effet ne l’invite plus depuis un moment) a diffusé une « vidéo volée » du comédien disant que, lorsqu’il entendait parler Patrick Cohen, il pensait aux « chambres à gaz… dommage… » Cette malheureuse sortie en réplique aux attaques virulentes contre sa personne fut naturellement saisie par tous ses adversaires comme typique du contenu de ses spectacles.

Que cela plaise ou non, l’irrévérence est l’outil principal des comiques qui se produisent en solo. Les allusions à la Shoah de la part de Dieudonné appartiennent à cette catégorie.

Dès qu’il s’agit d’autre chose que de l’Holocauste, il ne manque pas d’irrévérence en France.

Les religions traditionnelles, ainsi que des personnalités en vue, n’échappent pas aux caricatures dont la nature scatologique fait paraître la quenelle comme excessivement prude. En octobre 2011, la police parisienne a dû intervenir pour protéger, contre l’action de catholiques traditionnels indignés, une pièce d’avant-garde dans laquelle on faisait semblant de verser des excréments sur le visage de Jésus. Tout l’establishment politico-médiatique défendit la pièce, sans se soucier du fait que certains la trouvaient « blessante ».

Récemment, la France a accueilli à bras ouvert le groupe ukrainien des « Femen », jeunes femmes ayant apparemment appris les doctrines de provocation à des fins de déstabilisation de l’Américain Gene Sharp, et qui emploient leurs seins nus pour s’exprimer, politiquement disent-elles. On leur a rapidement accordés des papiers de résidence souvent difficiles à obtenir pour des travailleurs immigrés. Les Femen se sont installées dans le quartier le plus musulman de Paris, où elles se sont mises à essayer (en vain) de provoquer leurs nouveaux voisins ébahis. Une image de la chef du groupe embellit même le nouveau timbre-poste français, en guise de portrait de « Marianne », symbole de la République.

Le 20 décembre dernier ces « nouvelles féministes » ont envahi l’Eglise de la Madeleine en plein Paris pour y mimer « l’avortement de Jésus » avant d’uriner sur l’autel. On n’entendit pas de cri d’indignation des ministres du gouvernement français. L’Eglise Catholique se plaint, mais l’écho en est faible.

Pourquoi la Shoah doit être sacrée

Lorsque Dieudonné chante avec légèreté à propos de la Shoah, pour certains, il nie l’Holocauste tout en demandant sa répétition (une proposition contradictoire, si on y réfléchit). La nature sacrée de la Shoah est défendue en soutenant que garder vivante la mémoire de l’Holocauste est essentiel pour empêcher qu’il ne se reproduise. Cette suggestion d’une répétition possible entretient la peur.

Cet argument est largement accepté comme une sorte de loi de la nature. Nous devons continuer à commémorer le génocide pour l’empêcher de se reproduire. Mais où sont les preuves de cette affirmation ?

Rien ne montre que les rappels insistants d’un immense événement historique du passé empêche sa répétition. L’histoire ne fonctionne pas ainsi. Quant à la Shoah, il est insensé d’imaginer qu’elle puisse se reproduire, quand on pense à tous les éléments spécifiques qui l’ont produite. Hitler avait le projet d’établir la domination allemande sur l’Europe, en tant que race « arienne » de maîtres, et haïssait les Juifs en tant que groupe rival dangereux. Qui aujourd’hui mijote un tel projet ? Certainement pas un humoriste franco-africain ! Hitler ne va pas revenir, pas plus que Napoléon Bonaparte, Attila ou Genghis Khan.

Le rappel constant de la Shoah, dans les articles, les films, les discours, ainsi qu’à l’école, loin d’empêcher quoi que ce soit, crée une sort de fascination morbide pour les « identités ». Il encourage la « compétition victimaire ». Cette fascination peut produire des effets surprenants. Quelques 330 écoles parisiennes portent des plaques en commémoration des enfants juifs déportés dans les camps nazis. Comment les enfants juifs réagissent-ils à cela ? Trouvent-ils cela rassurant ?

Cette commémoration sert en tout cas Israël, qui entame actuellement un programme de trois ans pour encourager un nombre croissant des quelques 600.000 Juifs de France à partir pour Israël. L’année dernière, plus de 3.000 Juifs ont fait leur Aliyah, une tendance attribuée par l’European Jewish Press à « la mentalité de plus en plus sioniste de la communauté juive française, surtout parmi les jeunes, et une manifestation des efforts de l’Agence juive, du gouvernement israélien et des ONG, pour cultiver l’identité juive en France. »

« Si cette année nous avons vu l’Aliyah de la France augmenter de moins de 2.000 à plus de 3.000, j’attends avec impatience le jour où je verrai le nombre atteindre 6.000 et davantage dans un avenir proche, » a dit Natan Charansky, président de l’exécutive de l’Agence Juive pour Israël. Une façon d’encourager l’Aliyah est d’effrayer les Juifs en brandissant la menace de l’antisémitisme, en prétendant que les nombreux admirateurs de Dieudonné sont tous des nazis en herbe.

Quant aux Juifs qui veulent continuer à vivre en France, est-il vraiment sain de faire croire aux enfants juifs que, s’ils baissent leur garde, ils risquent un jour d’être poussés dans des trains pour Auschwitz ? N’est-ce pas une forme de maltraitance de l’enfance ?

Quelqu’un qui le pense est Jonathan Moadab, journaliste indépendant âgé de 25 ans, interviewé par Soren Seelow. Moadab est à la fois juif pratiquant et anti-sioniste. Enfant, il a été amené à visiter Auschwitz. Il raconte à Seelow que vivre avec cet « endoctrinement victimaire » avait engendré un « syndrome de stress pré-traumatique ».

Selon Jonathan Moadab, « Les blagues de Dieudonné sur la Shoah, comme sa chanson Shoananas, ne visent pas la Shoah elle-même, mais l’instrumentalisation de l’Holocauste décrite par le politologue américain Norman Finkelstein ».

Le 22 janvier, sur son site Agence Info Libre
http://www.agenceinfolibre.fr/pour-la-separation-de-letat-et-de-la-religion-de-lholocauste/, Jonathan Moadab a ouvertement appelé à la « séparation entre l’Etat et la religion de l’Holocauste ». Le professeur Yeshayahu Leibowitz d’origine lettonne de l’Université hébraïque a probablement été le premier à suggérer que l’Holocauste était devenu la nouvelle religion juive, dit-il. Si cela est vrai, tout le monde a certainement le droit de pratiquer la religion de la Shoah. Mais doit-elle être la religion officielle de la République Française ?

La classe politique française ne cesse de célébrer la « laïcité » de la République. Le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls, qui proclame sa fidélité à Israël, parce que sa femme est juive, a récemment qualifié la Shoah de « sanctuaire qu’on ne peut pas profaner ». Or, dit Moadab, si « la Shoah est un sanctuaire », alors l’Holocauste est une religion, et la République n’est pas laïque.

L’esprit des jeunes en France change. Ces changements ne peuvent pas être attribués à Dieudonné. Ils sont dus au passage du temps. L’Holocauste est devenu la religion de l’Occident à une époque où la première génération née après la Deuxième Guerre Mondiale était d’humeur à culpabiliser leurs parents. Aujourd’hui nous avons affaire aux petits-enfants, ou aux arrières petits-enfants, de ceux qui ont vécu cette époque, et ils veulent regarder vers l’avenir.

Aucune loi ne peut arrêter ce processus.

Diana Johnstone
Paris, 24 janvier 2014

Diana Johnstone peut être contactée à
[email protected]

(*) Pour ceux qui ne la connaissent pas, la quenelle est un geste plutôt vulgaire, une variation du “bras d’honneur”, avec une main placée en haut de l’autre bras dirigé vers le bas. Le comédien avait introduit ce geste il y a des années, dans un autre contexte, pour exprimer le ras-le-bol.

URL : http://www.silviacattori.net/article5366.html

 

Article original en anglais :
http://www.counterpunch.org/2014/01/24/blasphemy-in-secular-france/

Traduction et source : Diana Johnstone

Publié en français sur :silviacattori.net

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