Les Etats-Unis d’Amérique se souviennent encore « ici cela sent le soufre » lancé contre Bush à l’ONU. Son insistance à faire la distinction entre le gouvernement et le peuple US, fut l’exploit le plus remarquable de la relation.

Aucune autre figure latinoaméricaine n’a occupé à un tel degré l’attention des dirigeants et des médias US au cours des 14 dernières années comme Hugo Chávez, et l’annonce de sa mort fut à nouveau le sujet des Unes et dans les couloirs du pouvoir.

Le filtre éditorial dans des médias de masse souligne ici que Chavez a laissé un pays « en crise », polarisé, divisé et plus, sans mentionner comment un tel homme politique a remporté la grande majorité des voix lors d’élections multiples qualifiées comme parmi les plus transparentes dans l’hémisphère ( contrastant juste avec celles réalisées aux États-Unis durant les mêmes années). C’est plus ou moins le scénario officiel ici, répété par les hommes politiques, les soi-disant « experts » et les commentateurs.

Comme aucun autre depuis l’époque de Fidel Castro quand il était le président cubain, Chavez a provoqué la réaction des États-Unis comme si le président vénézuélien et son projet étaient tellement puissants qu’ils menaçaient le dernier superpouvoir.

Apparemment ce fut du au fait de ne pas bien se comporter. Certains disent que c’était pour avoir osé imposer de nouvelles règles aux entreprises transnationales du secteur pétrolier et d’ autres pour dire des choses peu diplomatiques comme « ici ça sent le soufre » à la tribune de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies peu de temps après que ce soit exprimé le président de l’époque George W. Bush.

Dans cette salle, les diplomates du monde essayaient de cacher leurs sourires, tandis que les employés (assistants, escortes, secrétaires et autres) lâchaient ouvertement un éclat de rire devant la colère de la délégation US.

Peut-être l’exploit le plus remarquable du feu président dans la relation avec les États-Unis fut son insistance constante à faire la distinction entre le gouvernement et le peuple.

Tant dans les mots que dans les actes, Hugo Chavez a réussi à faire quelque chose que peu d’autres leaders mondiaux ont obtenu : gérer une politique avec les dirigeants et une autre parallèle avec la société US.

La politique que tous connaissent est celle du conflit avec les dirigeants, surtout avec une Maison Blanche d’abord républicaine et belligérante et après avec la démocrate qui a commencé avec diplomatie et a fini par rentrer dans la ligne de son prédécesseur, y compris l’expulsion pour la deuxième fois du même ambassadeur, Bernardo Álvarez.

Le Vénézuélien a cherché à créer des liens avec diverses communautés et secteurs us, un travail mené par l’ambassadeur Álvarez et son équipe extraordinaire, comprenant tant des relations avec la crème intellectuelle comme avec certains groupes plus marginaux de ce pays.

Cela fut obtenu grâce à des initiatives patronales, culturelles et sociales de toute sortes, depuis le programme –sans précédent- pour octroyer du combustible subventionné pour le chauffage à des centaines de milliers de familles pauvres réalisé à travers la compagnie pétrolière vénézuélienne aux États-Unis CITGO – comprenant plus de 250 communautés indigènes dans tout le pays (même en Alaska) – jusqu’aux échanges intenses avec les secteurs latinos, afroaméricains, progressistes, artistiques, sportifs et universitaires en long et large dans le pays.

Ainsi, un large éventail de voix ont eu une incidence sur la relation bilatérale, depuis les hommes politiques nationaux et locaux jusqu’aux artistes comme Harry Belafonte et Sean Penn, et aux intellectuel comme Gore Vidal, Noam Chomsky et Cornel West.

Les efforts diplomatiques s’exprimaient depuis le monde du base-ball professionnel ( qui compte plus de 60 joueurs vénézuéliens dans les plus grandes ligues pour donner de nouvelles facettes du pays sudaméricain) jusqu’aux circuits artistiques comme l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar et sa vedette Gustavo Dudamel, ainsi que des dizaines d’échanges avec des organisations sociales et communautaires US.

Avec cela, le dialogue autour du Venezuela aux États-Unis s’est transformé et s’est beaucoup développé au delà des canaux officiels chargés de gérer la relation bilatérale. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre le commentaire de Sean Penn mardi sur que « les États-Unis ont perdu à un ami qu’ils n’ont jamais su qu’ils avaient ».

Opinions rencontrées

Depuis l’annonce de son décès mardi, la Maison Blanche, diverses figures du pouvoir législatif et culturelles comme Penn et Oliver Stone, entre autres, ont déclaré leur estime ou mépris pour le commandant, comme l’a rapporté La Jornada (http://www.jornada.unam.mx/2013/03/…). Aujourd’hui ces avis sur la mort et la vie de Chavez ont continué depuis différents coins des États-Unis.

L’ex-président Jimmy Carter a affirmé aujourd’hui : « nous arrivons à connaître un homme qui a exprimé une vision pour apporter des changements profonds à son pays pour faire du bien spécialement à ceux qui s’étaient sentis niés et marginalisés ». Le Vénézuélien, a ajouté le Carter, « sera dans les mémoires par son affirmation audacieuse d’autonomie et d’indépendance pour les gouvernements latinoaméricains et par son habileté formidable de communication et de liens personnels avec ceux qui l’appuyaient dans son pays et à l’étranger, à qui il a donné espoir et le pouvoir d’agir ». Il a salué ses efforts d’intégration régionale, la réduction de la pauvreté et de l’intégration de millions de citoyens dans la vie politique. Bien qu’il admît qu’il y a des divisions, il a dit espérer que les dirigeants politiques construisent un « nouveau consensus » au Venezuela.

Des parlementaires et hommes politiques comme le représentant démocrate José Serrano ont salué le président décédé pour sa redistribution aux pauvres et son ardeur à rendre le pouvoir aux marginalisés.

Michael Moore, le cinéaste documentaliste le plus connu, a commenté sur Twitter qu’il se souvient quand il s’est trouvé avec Chavez au Festival de cinéma de Venise, où le Vénézuélien lui a dit que « il était content de connaître finalement quelqu’un que Bush haïssait encore plus que lui ».

Moore a souligné que le défunt dirigeant a déclaré que « le pétrole appartenait au peuple » et qu’il l’a utilisé pour éliminer 75 % de la pauvreté extrême et pour offrir une santé et une éducation gratuite à tous, et « cela l’a rendu dangereux. Les États-Unis ont approuvé un coup d’état pour le renverser bien qu’il ait été un président démocratiquement élu ».

L’acteur Danny Glover a déclaré aujourd’hui : « je m’unis à des millions … de personnes amoureuses de la liberté partout autour du monde, dans l’espoir d’un avenir prospère pour la carte démocratique et d’un développement social de la révolution bolivarienne … Tous embrassons Hugo Chavez comme un champion social de la démocratie, du développement matériel et de bien-être spirituel ».

Antonio González, vétéran leader latino et président de l’Institut William C. Velazquez, a commenté à La Jornada : « pour les Latinos des Etats-Unis, la contribution la plus grande de Chavez fut son exemple de comment des gens communs peuvent se lever et tracer leur propre cours dans l’histoire. Par cela, maintenant c’est le moment pour que les Latinos US s’ajoutent aux peuples de l’hémisphère pour obtenir la justice sociale dans l’esprit de la révolution bolivarienne de Chávez ».

Républicains, des félicitations

Elles n’ont pas manqué, les voix des adversaires, quelques unes avec en échosdes appels de ces dernières années pour renverser, voire assassiner, Chavez (surtout pendant la présidence de Bush).

La nouvelle vedette du Parti Républicain, le sénateur cubano-us Marco Rubio, a résumé le sentiment des antichavistes ici en affirmant que le Venezuela « mérite quelque chose de mieux, que la catastrophe socialiste des 14 dernières années » et que maintenant il y a une occasion pour clore « l’une de ses périodes les plus obscures de son histoire et de s’embarquer sur un nouveau, bien que difficile, chemin pour restaurer l’empire de loi, de principes démocratiques, de sécurité et un système de libre entreprise ».

Le Miami Herald n’a pas surpris après avoir condamné 14 ans de Chavez dans l’édition du jour (06/03/13), en écrivant que bien qu’il fût un « homme politique extraordinaire », comme leader national « ce fut un échec abject qui a plongé le Venezuela dans un abîme politique et économique ».

Devant des expressions si opposées provoquées ici par la mort de Chavez, l’unique conclusion, peut être, est que le pays le plus polarisé et divisé n’est pas le Venezuela, mais les États-Unis, (comme on peut le vérifier chaque jour à Washington par les échecs dans les négociations politiques sur le gestion de ce pays).

David Brooks, correspondant de La Jornada.

Depuis New York, le 7 mars 2013.

EU aún recuerda el “aquí huele a azufre” lanzado contra Bush en la ONU, La Jornada.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 8 mars 2013.

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Mali: Lettre ouverte à Ahmadou Aya Sanogo

mars 8th, 2013 by René Naba

Paris – Le 19 Mars 2012, vous vous êtes emparé du pouvoir à Bamako à la faveur d’un coup d’état, interrompant le processus électoral visant à l’élection d’un nouveau président de la République au terme d’un double mandat calamiteux du titulaire du poste, le général Amadou Toumani Touré. Un double mandat marqué notamment par la déroute de l’armée malienne dans le Nord du Mali face à la nébuleuse djihadiste.

Bakary Mariko, un membre fondateur du Front National Contre la Constitution (FNC), un organisme qui se proposait de relancer le Mali sur de nouvelles bases démocratiques, opérait son ralliement à votre mouvement, par une retentissante proclamation qui se voulait digne d’un Maréchal d’Empire, qui s’est révélée celle d’un homme aux ordres.

Militant de base de la cause africaine, témoin assidu des travaux du FNC, j’avais alors fustigé cette forfaiture dans une lettre ouverte au déserteur. Un an après, je reviens sur cette affaire pour dresser avec vous le bilan de la gestion des prétendus sauveurs de la nation.

Capitaine,

N’en doutez pas un instant et autant vous le dire tout de suite: Je ne suis pas du genre à me mettre au garde à vous devant un quelconque pouvoir, mais pour faire le bilan de ce que certains ont qualifié de «coup d’état» et beaucoup d’autres de «coup de folie».
Nous voilà donc un après pour dresser le bilan de la junte militaire. Et quel bilan? Un bilan qui aurait été drôle s’il n’était tragique.

Voilà donc un an, votre porte-parole, Mariko Bakary, rompait subitement sa solidarité militante avec ces compagnons de route pour vous rallier, emportant avec lui, en butin à votre junte aventuriste, sans légitimité, sans compétence, tous les secrets des délibérations de ces anciens camarades de lutte, désorientés et désolés par son opportunisme éhonté.

Dans un communiqué, où la démagogie suintait de chaque mot, il pensait enflammer l’imagination des foules, sur vos instructions, il n’a fait qu’enfumer ses compatriotes. Il s’imaginait galvaniser leurs ardeurs, il n’a fait que décourager leur engagement par l’étalage de son carriérisme et votre aventurisme.
Un an après, La France, votre ancien colonisateur, est intervenue militairement pour sauver votre pays d’un désastre annoncé, avec l’aide de ses supplétifs, dans un tragique retour du refoulé.

Un an après, comme le prédécesseur que vous avez dégommé, vous êtes taiseux, vous et votre porte-parole, à la tête d’un pactole chacun d’entre vous désormais, assurance tout risque contre les lendemains incertains pour vous, et plus sûrement pour votre peuple.
La ficelle est grosse et malsain de cautionner de tels comportements tant il importe d’abolir cette pratique honteuse pour l’édification des générations futures.

Soyons clair: Commettre un forfait et se planquer avec son magot ne sauraient constituer un mode opératoire viable et crédible pour quelqu’un qui nourrit l’ambition de porter les plus nobles ambitions de sa nation.

Sur ce sujet voir à ce propos : http://www.renenaba.com/mali-le-tonitruant-silence-du-planque-de-dakar/

Ne comptez pas sur moi pour épiloguer ou polémiquer, mais, en peu de mots, prenez note de l‘essentiel de ce que j’ai à vous dire:

Serval a bouleversé les données géostratégiques et créé une nouvelle dynamique, dont la Mali en pâtit et en paiera longtemps le prix.
Serval a blanchi la France de son passif colonial en ce que le recours au pouvoir colonial pour restaurer son indépendance plombe définitivement tout discours sur l’indépendance et la dignité du fait de la vénalité et la couardise de la classe politique malienne, son indignité et son absence de sens patriotique. Cette observation vaut pour l’ensemble de la clientèle africaine de la France.

Sur ce sujet, voir à ce propos: http://www.renenaba.com/francafrique-honte-a-l’afrique/

Recourir pour le service après-vente au Tchad exonère un criminel de guerre mercenaire de la France de toutes ses turpitudes et couvre de ridicule le Mali, héritier du grand empire éponyme.
Ce Mali, fierté de tant d’Africains à la recherche désespérée de leur gloire passée pour y puiser les bases d’un meilleur avenir. Un Mali ridiculisé par un lilliputien, jadis raillé pour sa dépendance postcoloniale.

Le Mali, la porte d’entrée d’Israël en Afrique?

Dans un mouvement de fuite en avant destiné à occulter les responsabilités de la classe politico-militaire malienne dans ce désastre national, l’intention est prêtée au «Président transitoire en titre» Dioncounda Traoré de mettre à profit l’expédition militaire française pour faire du Mali, la porte d’entrée d’Israël en Afrique. Un coup de bluff? Un chantage? Une volonté réelle d’amorcer une nouvelle politique en contradiction avec la ligne traditionnelle du Mali, premier pays africain à avoir dépêché dès son indépendance, en 1960, un contingent en Algérie pour sceller dans l’ordre symbolique la fraternité d’armes des peuples opprimés?

Sur les conseils de la France, qui s’est méthodiquement appliquée à travers ses porte-voix médiatiques, Bernard Kouchner et Bernard Henri Lévy, à favoriser la sécession du Sud Soudan, pour en faire une plateforme opérationnelle d’Israël sur le cours du Nil? Seriez- vous à ce point-là dupe d’une politique dont les concepteurs cherchent à rééditer l’ancien scenario français de relier les deux anciens Soudan de l’époque coloniale, le Soudan français et le Soudan anglais, via le sud Soudan précisément et qui valut à la France l’une de ses plus cuisantes défaites militaires à Fachoda (1898)?

Israël et l’accaparement des terres africaines

Israël? L’allié indéfectible du régime d’Apartheid d’Afrique du sud? La garde prétorienne de tous les dictateurs qui ont pillé l’Afrique. De Joseph Désiré Mobutu (Zaïre-RDC), à Omar Bongo (Gabon), à Gnassingbé Eyadema (Togo), à Paul Biya, le président off-shore du Cameroun), le vacancier privilégie des pâturages suisse, et, même Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), le prétendu sage de l’Afrique qui n’était sage que par ce qu’il était le meilleur serviteur de ses anciens colonisateurs et de ses alliés israéliens.

Israël dont l’expérience de la colonisation de la Palestine l’a conduite à coloniser des terres à travers le Monde représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres. En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre; au Gabon pour la culture du Jatropha, nécessaire à la production de biocarburants; en Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest (1).

Un président éphémère et transitoire peut-il engager un virage d’une telle ampleur au mépris de la ligne traditionnelle de son pays sans votre consentement? Ou sur vos suggestions, vous, l’officier formé aux Etats-Unis dont les turbulences maliennes servent admirablement les intérêts en vue du quadrillage militaire de l’Afrique et participer à la dislocation globale du Monde arabe et de l’Afrique ?

Pour en savoir plus sur ce sujet : http://www.renenaba.com/le-quadrillage-en-douceur-de-l’afrique/

A l’intention des lecteurs arabophones, ce lien du journal transarabe de Londres «Al Qods Al-Arabi»:Le Mali porte d’entrée d’Israël?
http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=data\2013\02\02-14\14qpt999.htm&arc=data\2013\02\02-14\14qpt999.htm

Capitaine,

Ne soyons pas dupe: Vous ne pouvez édifier un état sur des fondements viciés. Il faut revoir à la base les conditions d’émergence d’une citoyenneté responsable.
La classe politique est gangrénée et les concepteurs du nouvel état devront nécessairement passer par les fourches caudines de leurs libérateurs. Tel est le triste constat que je soumets à votre sagacité et à votre génie politique.

Le Mali doit rendre justice à son Histoire, en faisant, sans retard, sans ménagement, le procès de l’institution militaire qui, en un demi-siècle d’indépendance, a sinistré le pays en phase de délitement du fait de sa déroute militaire et sa banqueroute économique.
De la déliquescence de l’État à la régression nationale: Jamais un pays n’aura connu pareille décélération. Du fait d’une mafia politico-militaire. En toute impunité. En cinquante ans d’indépendance, le Mali n’aura connu qu’un seul mandat de bonne gouvernance, celui du premier président du Mali indépendant, Modibo Keita (1960-1968).

Son renversement par un coup d’État d’un lieutenant fantasque, Moussa Traoré, va inaugurer une ère de plus de quarante années de mensonges et de corruption, dont le Mali ne connaitra l’épilogue tragique qu’avec le régime calamiteux d’Amadou Toumani Touré (ATT) et votre coup d’État pathétique.

Cinq officiers supérieurs, les fameux planqués de la République, sont particulièrement visés par ce propos:
-Le dictateur Moussa Traoré, parricide du symbole de l’indépendance malienne, deux fois condamnés à mort, puis gracié, vivant désormais une retraite pieuse mais très confortable aux frais de l’État, à Bamako, narguant de sa présence aux cérémonies les proches de ses victimes.
-Le velléitaire cumulard Amadou Toumani Touré, le planqué de Dakar, planqué avec son magot dans un silence tonitruant.
-Vous-même, putschiste planqué à l’ombre de ses 60 Humvee (High Mobility Multipurpose Wheeled Vehicle), affectés à votre protection, qui doivent être impérativement réaffectés au champ de bataille et non plus servir à votre parade, de même que doivent être reversés au budget de guerre, les 600 millions de francs maliens ponctionnés mensuellement sur le budget malien pour votre dépense personnelle.

Enfin les deux planqués de la déroute militaire, les deux grands vaincus de la bataille de 2012, le Colonel Gamou, responsable de la base de Kidal jusqu’à sa chute en février 2012, réfugié au Niger avec cinq-cents soldats ainsi que le colonel Maydoun, son alter ego de la base Gao.
Décréter la mobilisation générale, rétablir le service militaire obligatoire. Mener sa propre guerre de libération nationale, à l’exemple de son voisin et ami l’Algérie, qui a vaincu le colonialisme avant de vaincre le terrorisme. En un mot se débarrasser de sa mentalité d’assisté… Tel doit être le mot d’ordre du Mali pour reconquérir sa dignité avant sa souveraineté.

Pour toutes ces raisons, j’étais si triste devant cet aventurisme militaire qui a précipité le Mali vers l’inconnu. J’en avais fait part publiquement, sans ménagement, à votre porte-parole, car il importait de provoquer en vous un électrochoc salutaire.
Il eut été plus sage pour vous de présenter des doléances au prochain président démocratiquement élu et d’exiger des comptes de son prédécesseur. Une démarche qui aurait eu valeur de pédagogie et de thérapie.

La place d’une armée est aux frontières pour la défense de l’intégrité territoriale du pays et sa souveraineté non dans les palais présidentiels. Vous, militaires, vous avez été formés, éduqués, nourris et blanchis sur le budget de la nation. Pour la défendre non pour se substituer à elle. Sans le moindre mandat légitime, sans le moindre pouvoir autre que celui de la force.

Le Sénégal, voisin du Mali et son ancien partenaire au sein de la Fédération du Mali, vient d’administrer à la face du Monde une belle leçon de démocratie, en mettant en œuvre une alternance paisible.

La grandeur du Mali aurait été de donner cet exemple là et non de souiller son image par une équipée incontrôlée d’un quarteron de putschistes. Il n’est pas sain de donner au pays et au monde, l’image d’un opportunisme hideux. Sauf à se muer en «larbin de service», conséquence de ce nouvel aventurisme militaire, il t’importe pour votre dignité d’en rendre compte, vous et vos prédécesseurs.

Pour mémoire, vous voudrez bien relire, en annexe, le texte de votre proclamation enflammée à soumettre à votre examen critique, au terme d’un an d’exercice d’un pouvoir erratique pour un résultat pathétique.
Avec l’expression de mon exigence, dès lors qu’il s’agit d’un pays, le Mali, d’un continent, l’Afrique, qui ont tant souffert de la dépersonnalisation et de la dépossession.

Signé René Naba-Militant de base de la cause africaine.

In Memoriam des temps heureux où l’espérance et la détermination constituaient le moteur de l’action de tout un continent.
http://imagesdupasse.free.fr/senegal/dakar32.html

Référence :
1-«Israel et le contrôle des terres dans le Monde» Cf. Golias Hebdo N° 275- semaine du 14 au 20 Février 2013, se référant à une étude de The Journal of the National Academy of Sciences of the United States, étude intitulée «Global Land and Water Grabbing (accaparement mondial de la terre et des eaux). Israël est à la tête des pays qui contrôlent les terrer dans les pays pauvres, avec les Etats Unis, la Grande Bretagne et la Chine. Selon l’étude 90 pour cent de ces terres se trouvent dans 24 pays situées pour la plupart en Afrique, en Asie et en Amérique latine. En Colombie, Israël a pris le contrôle d’immense superficie pour cultiver la canne à sucre. Aux Philippines, la proportion des terres confisquées atteint 17,2 pour cent de la surface des terres agricoles. Depuis la crise alimentaire de 2007-2008, les sociétés étrangères s’emparent de dix millions d’hectares annuellement de terres arables. Les nouvelles cultures se font souvent au détriment des jungles et des zones d’importance environnementales, menacées ans leur biodiversité. Elles utilisent engrais et pesticides et libèrent d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Au final, le phénomène sape les bases e l souveraineté alimentaire et détourne en particulier les ressources en eau.

Annexe documentaire: La proclamation de Bakary Mariko
Communiqué n°1 du porte-parole du CNRDR en Europe
Mesdames, Messieurs,
Il y a, dans la vie d’une nation comme dans celle d’un homme, un moment où tombe le dernier voile pour laisser crûment paraître la vérité.

Les crises inextricables dans lesquelles s’enfonçait notre pays depuis quelques mois étaient autant de signaux d’urgence qu’il n’était plus possible d’ignorer.
Après des années d’échappatoires et de solutions illusoires, de rapetassages et de ravaudages, d’atermoiements, d’hésitations, d’aveuglement volontaire et de surdité collective orchestrés par un seul homme. Aujourd’hui, la réalité nous a rattrapés, nous sommes au bout du bout et notre vaillante Armée nationale, creuset de la nation malienne par excellence, a, une fois de plus, décidé d’assumer son devoir et sauver la République et ses institutions!
Ainsi, face à l’incapacité indiscutable du régime de M. Amadou Toumani TOURÉ à gérer la crise qui sévit au nord du pays en dotant les forces armées et de sécurité des moyens matériels et d’équipements adéquats; devant le risque croissant de la partition du pays et la disparition de l’unité nationale; dans le contexte d’impossibilité de la tenue des élections générales en 2012, en raison de la mauvaise qualité du fichier électoral délibérément provoquée par le pouvoir en place.
Les composantes des Forces Armées de Défense et de Sécurité du Mali, organisées en Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDRE), ont, le 22 mars 2012, mis fin au régime autocratique de M. Amadou Toumani TOURÉ.
Mesdames, Messieurs,
Ce sauvetage des Institutions de la République vise à créer des conditions appropriées devant permettre à l’ensemble des forces vives de la Nation, sans aucune distinction, de travailler à la préservation et au développement du pays; restaurer le patriotisme et assurer la défense de la souveraineté nationale en mettant l’homme qu’il faut à la place qu’il faut élaborer une liste électorale fiable et incontestable, aux fins d’organisation des élections transparentes ; restituer le pouvoir à un Président démocratiquement élu dès que l’Unité nationale et l’intégrité territoriale seront rétablies.
En ces moments particulièrement graves pour notre pays, où les citoyens ont un besoin vital de s’informer, il n’est nullement question d’un individu et de son gouvernement, mais du Mali. Le CNRDRE, par ma voix, s’engage à travailler avec chaque malienne et à chaque malien de l’intérieur comme de l’extérieur épris de paix et de justice.
Le CNRDRE a besoin d’être accompagné avec les bénédictions de l’ensemble de nos compatriotes pour la réussite des nobles missions que l’Histoire lui a assignées. En ces moments critiques de la vie de notre nation, le CNRDRE lance un vibrant appel à toutes les maliennes et à tous les maliens épris de paix et de justice, d’œuvrer à la mise en œuvre de la réconciliation et du pardon.
Vive le Mali, Vive le CNRDRE Debout sur le champ d’honneur et de la dignité, unis et déterminés nous allons triompher. Dieu bénisse le Mali
P/le CNRDRE-Paris, le 23 mars 2012, Le Porte-parole en Europe Monsieur Bakary MARIKO

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Le cinéaste légendaire britannique Alfred Hitchcock (1899-1980) a mis en scène plus de cinquante long-métrages pendant une carrière embrassant six décennies. Aujourd’hui, il est généralement reconnu comme l’un des plus grands artistes du cinéma britannique et américain.

Il a réalisé des classiques tels que The 39 Steps (Les 39 marches, 1935),The Lady Vanishes (Une femme disparaît, 1938), Saboteur (Cinquième colonne, 1942), Notorious (Les enchaînés, 1946), Strangers on a Train (L’inconnu du Nord-Express, 1951), The Man Who Knew Too Much(L’homme qui en savait trop, 1956), Vertigo (Sueurs froides, 1958) et North by Northwest (La mort aux trousses, 1959), pour n’en nommer que quelques-uns.

Les prouesses cinématographiques magistrales d’Hitchcock offrent du drame intense agrémenté d’humour noir subtil et révèlent une vision perspicace, singulière et inquiétante d’un monde tourmenté. Il est tout à fait naturel que le cinéaste fascine le public, tant à cause de sa vie artistique que personnelle. Cette année, deux films au sujet d’Hitchcock sont sortis – The Girl, récemment émis par HBO, et Hitchcock, une œuvre dramatique mise en scène par Sacha Gervasi et concentrée sur la genèse de Psycho (Psychose, 1960), l’une des œuvres les mieux connues du cinéaste.

Psycho fut un succès majeur, au niveau des critiques aussi bien que des recettes, vu par des publics dans le monde entier. Au sujet de ce film, Hitchcock a expliqué au cinéaste François Truffaut, dans le livre de 1967 documentant leur conversation : « Je crois que c’est une grande satisfaction pour nous d’utiliser l’art cinématographique pour créer des émotions des masse. »* Pendant le demi-siècle écoulé depuis la sortie de Psycho, des historiens et des critiques de cinéma ont déployé de grands efforts pour disséquer le film et l’impact qu’il a eu. En d’autres termes, il s’agit là d’un sujet porteur d’une grande portion d’histoire culturelle.

*(note de la trad. : citation tirée du livre Hitchcock Truffaut, éd. définitive Gallimard 1993)

Le Britannique Gervasi, a maintenant lui aussi, sans se laisser effrayer, relevé le défi. Basé sur un scénario qui repose sur le livre de Stephen Rebello Alfred Hitchcock and the making of Psycho, son film consacre beaucoup moins de temps à la production effective de Psycho qu’aux spéculations au sujet de la relation entre Hitchcock (Anthony Hopkins) et sa femme et collaboratrice, la remarquable Alma Reville (Helen Mirren).

Le film de Gervasi commence et se termine sur une scène montrant Hitchcock qui officie comme animateur dans une émission semblable à celle d’Alfred Hitchcock presents, sa série télévisuelle populaire des années 1950 et 1960. Au début du film, le cinéaste, âgé de 60 ans, désire ardemment se lancer dans un nouveau projet renouant avec l’un de ses plus grands succès commerciaux, North by Northwest.

La proposition d’Hitchcock de faire un film librement inspiré de l’étude de Robert Block sur le sinistre assassin Ed Gein, est rejeté au début par le chef des studios Paramount, Barney Balaban (Richard Portnow), l’agent d’Hitchcock Lew Wasserman (Michael Stuhlbarg) et Alma elle-même.

Paramount cède lorsqu’Hitchcock accepte de financer le projet lui-même, en échange d’un pourcentage des recettes brutes, mettant par là en péril sa maison de Bel Air en Californie. Alma soutient son mari, mais commence à sentir qu’elle n’est pas appréciée sur le plan professionnel. Par ailleurs, elle est lasse de surveiller ses habitudes alimentaires et se sent menacée par sa prédilection pour les actrices tenant les premiers rôles, la dernière étant Janet Leigh (Scarlett Johansson) dans Psycho. A titre de provocation, Alma commence à travailler sur un scénario avec son ami Whitfield Cook (Danny Huston), qui avait contribué aux scénarios de Stage Fright (Le grand alibi,1950) et Strangers on a Train.

Hitchcock en veut au deuxième rôle de Psycho, Vera Miles (Jessica Biel) parce qu’elle s’était retirée de Vertigo, étant tombée enceinte (« Pourquoi elles me trahissent toujours? »). Norman Bates, perturbé par une sexualité confuse et obsédé par sa mère, sera joué de manière mémorable par Tony Perkins (James D’Arcy), choisi par Hitchcock pour sa langueur et sa nervosité.

Gein (Michael Wincott) pour sa part, un agriculteur fou et criminel du Wisconsin, qui a tué plusieurs femmes et profané de nombreux cadavres dans les années 1950, surgit sans arrêt dans les cauchemars et les pensées morbides d’Hitchcock. Bizarrement, dans le film de Gervasi, Gein prend le statut de thérapeute du cinéaste, conseillant à Hitchcock de « ne pas refouler ces choses ».

En raison du désaccord entre Alma et Hitchcock, la première version dePsycho est mort-née. Elle prend vie seulement lorsqu’ Hitchcock reconnaît que finalement sa femme joue le premier rôle pour lui.

Hitchcock présente un plus grand intérêt quand il traite de la lutte du cinéaste contre le studio et les censeurs et de l’ingéniosité dont il fait preuve en promouvant le film. Il est considérablement moins intéressant quand il propose des spéculations concernant la relation entre les Hitchcock. Il est ridicule lorsqu’il introduit Gein comme psyché du cinéaste.

Les faits relatés dans le film sont pour l’essentiel des broutilles autour de la production de Psycho. De plus, Hitchcock pèche par une construction inélégante et un scénario superficiel, faiblesses qui sont quelque peu masquées par les performances saisissantes de Mirren et Hopkins, bien que ce dernier soit plutôt monotone.

Mirren et Hopkins éclipsent – et c’est peu dire – bon nombre des acteurs secondaires. Johansson et Biel ont l’air pétrifiées la plupart du temps. La talentueuse Toni Collette comme assistante d’Hitchcock tient bon, de même que Stuhlbarg qui joue l’agent d’Hitchcock. Huston est un peu plat, mais il a surtout la fonction d’un artifice permettant d’agencer une crise conjugale. Le rôle de Gein aurait été mieux placé dans la poubelle de la salle de montage.

Psycho, fait en trente jours, fut tourné en noir et blanc en partie pour faire en sorte que la fameuse scène du meurtre sous la douche puisse franchir l’obstacle des agents du Code de Production. Les notes d’Hitchcock expliquent que Psycho a généré plus du double des recettes de North by Northwest, son plus grand succès antérieur, et en 2012, le film a été classé 18e sur la liste des plus grands films américains compilée par l’American Film Institute.

Psycho contient des éléments fascinants, y compris bien sûr le remarquable Perkins. Le critique Manny Faber a toutefois regretté le « fouillis » et le « matériel spéculatif » dans le film (« Pourquoi la taxidermie doit-elle nécessairement être un hobby macabre ? », alors qu’il loue le premier tiers (« le train-train quotidien d’une réceptionniste dans l’immobilier ») comme « dépouillé, rigoureux, minimal ». Comme étude psychologique, la plus grande partie de Psycho paraît aujourd’hui plutôt absurde, et une partie énorme sert d’échafaudage pour construire l’apogée choquante du film.

En comparaison des chefs-d’œuvre précédents tels The Man Who Knew Too MuchVertigo et North by Northwest qui, chacun dans son genre, fait un commentaire nuancé et glaçant de l’Amérique d’après-guerre, la flamboyance fantaisiste de Psycho paraît moins révélatrice et moins intrigante.

Dans un article au sujet du remake fidèle par Gus Van Sant, écrit par David Walsh du WSWS en 1998, ce dernier fait le commentaire suivant : « On dit du Psycho original qu’en faisant de Norman Bates, quidam d’apparence ordinaire, un maniaque meurtrier, Hitchcock a transformé l’idée que le public de cinéma se faisait de l’anormal et du psychotique dans la vie américaine, les rendant quasiment palpables. Je pense, hélas, que c’est en grande partie le contraire. Le scénario et le film ont, à mon avis, raté l’occasion de dire quelque chose de substantiel au sujet de l’Amérique ‘normale’ et ont simplement créé une nouvelle catégorie de l’Autre étranger… »

« Psycho, il me semble, a révélé les limites artistiques et intellectuelles d’Hitchcock et a marqué le début de son déclin. La source des difficultés devient encore plus ‘extérieure’ et étrangère dans The Birds (Les oiseaux), et par la suite, le cinéaste a dérivé vers des films de Guerre froide et d’autres projets mineurs. » (Truffaut avait l’impression que Hitchcock n’était satisfait d’aucun des films qu’il avait créés après Psycho.)

Néanmoins, il faut tenir compte des circonstances sociales et culturelles dans lesquelles Psycho est sorti. La fin officielle de la liste noire anti-communiste hollywoodienne, avec toute la couardise et le conformisme qu’elle engendrait, n’est pas arrivée avant l’automne/hiver 1960, plusieurs mois après la sortie de Psycho, lorsque le nom de Dalton Trumbo a figuré dans les génériques de Spartacus et Exodus. (Hitchcock avait joué un rôle dans la fin de l’interdiction ayant engagé en 1957 Norman Lloyd, acteur jusque là sur la liste noire, comme producteur associé de ses séries télévisuelles de CBS.)

Dans ce sens, Psycho, avec son approche franche de l’adultère, du crime en col blanc et du désordre, apporta une bouffée d’air frais dans cette époque et brossa un tableau inquiétant de l’Amérique moyenne des années 1950.

Hélas, Gervasi, réalisateur d’Hitchcock (qui a signé aussi le documentaireAnvil: The Story of Anvil) et le scénariste John J. McLaughlin (co-auteur deBlack Swan, en plus de quelques films et séries télévisuels) ne sont simplement pas à la hauteur. Ils s’attardent longuement sur les futilités lubriques de la vie d’Hitchcock. Une approche sérieuse de son œuvre exigerait une compréhension du processus artistique et social que pratiquement personne ne possède dans le monde actuel du cinéma.

Hitchcock était l’un de ces artistes majeurs du cinéma tels Charlie Chaplin, John Ford, Orson Welles et Howard Hawks, qui ont pris au sérieux leur art et leur exploration de la vie, tout en offrant un divertissement populaire formidable. Une telle capacité est toujours liée à une compréhension profonde des temps et des mœurs et comporte une part d’opposition.

Hitchcock était un artiste conscient du milieu du 20e siècle et de toutes les menaces et tous les dangers de cette époque. Il est devenu majeur au moment de la Révolution russe et a vécu la montée du fascisme, du stalinisme et les deux Guerres mondiales. Une des choses qui intéressaient Hitchcock était d’examiner comment des gens ordinaires, avec leurs forces et faiblesses ordinaires, naviguaient dans cette période traîtresse et comment ils s’accrochaient à leur dignité et à leur santé mentale – ou n’y parvenaient pas.

Comparant Orson Welles à Hitchcock, le critique Andrew Sarris a écrit que « Welles se préoccupe des sentiments ordinaires de gens extraordinaires, et Hitchcock des sentiments extraordinaires de gens ordinaires. Alors que Welles évolue dans des cadres baroques, Hitchcock fonctionne dans des cadres banals. »

Bien qu’aucune imagination même exubérante ne puisse voir en Hitchcock un cinéaste sciemment politique, il avait, comme la plupart des artistes intéressants de l’époque, des contacts avec des idées et des personnalités de gauche. Parmi ces dernières il y avait Ivor Montagu, Peter Viertel, Dorothy Parker, John Houseman, Ben Hecht, John Steinbeck, Jo Swerling, Clifford Odets et Sean O’Casey.

Le célèbre acteur et producteur Houseman observait, au sujet de sa première rencontre avec Hitchcock en 1941 : « Je n’étais pas préparé à rencontrer un homme aux sensibilités exagérément délicates, marqué par une éducation catholique sévère et les cicatrices infligées par un système social contre lequel il était en révolte permanente. »

Cet esprit de « révolte », combiné à son réalisme méticuleux, apparaît dans sa représentation hostile des agents de police et des représentants de l’autorité en particulier. Une bonne partie de ses protagonistes sont, d’une manière ou d’une autre, « en cavale » ou injustement accusés d’un crime (The 39 StepsSaboteurNorth by Northwest, Frenzy [1972], etc.). Le coup monté contre un homme ou une femme innocents (réalisé dans un style presque documentaire dans The Wrong Man (Le faux coupable, 1956) est un motif central, et un motif adéquat pour une grande partie du siècle passé.

Truffaut, le collègue cinéaste, disait d’Hitchcock : « Son œuvre est à la fois commerciale et expérimentale »* et, plus loin, « Le cinéma d’Alfred Hitchcock n’est pas toujours exaltant mais toujours enrichissant, ne serait-ce que par la lucidité effrayante avec laquelle il dénonce les offenses que les hommes font à la beauté et à la pureté. »*

*(note de la trad. : citation tirée du livre Hitchcock Truffaut, éd. définitive Gallimard 1993)

En fin de compte, il semble que seule une petite partie des préoccupations ou des caractéristiques les plus intéressantes du remarquable cinéaste soit parvenue à trouver sa place dans Hitchcock.

Joanne Laurier

Article original, WSWS, paru le 10 janvier 2013

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Jeudi dernier, dans une déclaration faite devant un tribunal militaire, le soldat Bradley Manning a plaidé non coupable à l’accusation de « collusion avec l’ennemi », la plus sévère d’une liste de 22 chefs d’accusation portés contre lui pour avoir prétendument rendu publics des documents secrets à l’organisation de dénonciation WikiLeaks. Par l’entremise de son avocat David Coombs, Manning a plaidé coupable à 10 chefs d’accusation liés à la diffusion de documents faisant état de crimes de guerre.

Lisant une déclaration qu’il avait lui-même rédigée, le jeune soldat a admis avoir diffusé des documents gouvernementaux parce qu’il voulait « susciter un débat au pays sur le rôle de notre armée et de notre politique étrangère en général ». Il plaide ainsi sans que la défense ait négocié au préalable une réduction de peine avec la partie poursuivante. Le colonel Denise Lind, la juge militaire qui dirige le procès, a ordonné à Manning de retirer sa signature de la déclaration pour ne pas qu’elle soit considérée comme un témoignage sous serment.

C’était seulement la deuxième fois avec ce témoignage que Manning s’exprimait durant les audiences préliminaires à la base militaire de Fort Meade au Maryland. Les accusations auxquelles il a plaidé coupable représentent des offenses moins graves et le gouvernement a affirmé que ces aveux n’influenceront d’aucune façon la position du procureur. En plaidant ainsi, Manning ne pourra être reconnu « non coupable » par la juge. Lind avait précédemment statué que les motifs personnels de Manning étaient non pertinents, ce qui retirait au soldat toute protection liée à la dénonciation.

On retrouve, parmi les documents qui auraient été rendus publics par Manning, des vidéos montrant les crimes de guerre commis par les forces américaines en Irak, et des documents révélant les nombreuses victimes parmi la population civile an Afghanistan, d’autres atrocités commises par les États-Unis qui ont été niées par le Pentagone et des manœuvres diplomatiques du département d’État. L’ancien analyste des services du renseignement, qui est âgé de 25 ans, risque la cour martiale, qui pourrait débuter en juin, et la prison à vie dans un pénitencier de l’armée s’il est reconnu coupable sous la Loi sur l’espionnage. L’administration Obama compte bien faire un exemple de Manning pour intimider tous ceux qui oseraient s’opposer à elle et aussi se servir de cette affaire pour se lancer à la poursuite du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Manning a rapporté à la cour jeudi dernier qu’après avoir trouvé la vidéo de l’hélicoptère américain qui abattait des civils innocents, dont des enfants et des journalistes en Irak – une vidéo qui avait été diffusée par la suite par WikiLeaks sous le titre « Collateral Murder » (Meurtre collatéral) – il a contacté plusieurs médias pour leur apporter les fichiers. Politico.com, leWashington Post, et le New York Times figurent parmi les organisations que Manning a approchées avant de se tourner vers WikiLeaks.

Comme la vaste majorité des documents et des témoignages de l’audience, la déclaration de Manning n’a pas été divulguée publiquement. Les médias présents dans la salle d’audience n’ont pas le droit d’utiliser des supports électroniques hormis l’envoi de brèves mises à jour sur Twitter ou sur des blogues pendant les pauses.

« J’aimerais que le public américain sache que ce n’est pas tout le monde en Irak et en Afghanistan qui devait être pris pour cible et neutralisé », a dit Manning selon un commentaire publié sur Twitter par le journaliste duTelegraph britannique, Raf Sanchez.

Ed Pilkington du Guardian, un quotidien britannique, a rapporté que Manning a contacté le Washington Post en janvier 2010 et « a demandé s’ils étaient intéressés à recevoir de l’information qu’il a qualifiée de “très importante pour le peuple américain”. » Il a parlé à une femme qui se disait journaliste, mais “elle ne semblait pas me prendre au sérieux”. »

Nathan Fuller du réseau de soutien à Bradley Manning a publié un tweet qui disait que Manning parlait des carnets de guerre divulgués à WikiLeaks : « Je pensais et je pense encore que ce sont parmi les documents les plus importants de notre époque. »

« Personne lié à WikiLeaks a fait pression pour que j’envoie plus de documents », a déclaré Manning [comme l’a rapporté Kevin Gosztola deFiredoglake.com].

« La partie la plus alarmante pour moi était la soif de sang apparemment jubilatoire » dont faisaient preuve les soldats à l’intérieur de l’hélicoptère de combat lors de l’attaque. Ils ne « semblaient pas valoriser la vie humaine et traitaient les victimes de “salopards morts”… J’étais troublé par leur réaction devant des enfants blessés » [compte-rendu de Fuller].

Pilkington a écrit que Manning souhaitait révéler au peuple américain le « vrai coût de la guerre ».

« Je sentais que nous risquions beaucoup pour des gens qui semblaient ne pas vouloir coopérer avec nous, causant ainsi de la frustration et de l’hostilité de chaque côté. Le bourbier dans lequel nous nous enfoncions année après année me rendait dépressif », a dit Manning.

« Nous étions obsédés par la capture et l’assassinat de cibles humaines figurant sur les listes et nous ignorions les objectifs et les missions. Je croyais que si le public, particulièrement le public américain, pouvait voir la véritable situation en Irak et en Afghanistan, cela aurait pu déclencher un débat sur l’armée et sur la politique étrangère en général. Cela pourrait amener la société à reconsidérer le besoin de faire du contre-terrorisme en ignorant la situation humaine des gens que nous combattons chaque jour. »

Alors que la détention provisoire de Manning a dépassé son millième jour cette semaine, Lind a jugé le 26 février que son droit à un procès rapide n’avait pas été violé. Les trois ans et plus de prison, incluant du temps passé en isolement, sont « raisonnables » à la lumière de la gravité des accusations, a déclaré la juge. Les lois militaires exigent qu’un soldat accusé soit traduit en justice au plus tard quatre mois après son arrestation.

Le 27 février, les procureurs de l’administration Obama ont annoncé qu’ils allaient convoquer 141 témoins, y compris 15 personnes qui témoigneront que les renseignements obtenus par WikiLeaks ont causé du tort aux « intérêts nationaux » des États-Unis, un terme si vague que le gouvernement peut lui faire dire ce qu’il veut.

Le procureur principal du gouvernement, Ashden Fein, a dit que quatre personnes témoigneraient de façon entièrement anonyme et en secret, avec le juge, les avocats et Manning comme seules personnes présentes. Un de ces témoins serait un membre de l’équipe Navy Seal impliquée dans l’assassinat extrajudiciaire d’Oussama Ben Laden. Durant le raid d’Abbottabad, l’administration Obama affirmait que leur « John Doe » avait pénétré dans les quartiers de Ben Laden et qu’il y avait trouvé quatre fichiers de contenu de WikiLeaks sur support électronique. « Cette information a été demandée par Oussama Ben Laden; un membre d’Al-Qaïda y est allé et a pris l’information puis l’a donné à Ben Laden », a déclaré Fein.

Trente-trois autres témoins que le gouvernement envisage d’appeler donneront aussi des témoignages en partie en secret. Fein a affirmé que ces témoins décriront « les blessures et la mort causées » et comment « la puissance de l’ennemi augmente dans certains pays », supposément à cause des publications de WikiLeaks.

Les évaluations officielles de l’administration Obama, incluant les résultats de la soi-disant WikiLeaks TaskForce, n’ont trouvé aucune preuve que les fuites ont causé du tort à du personnel américain. La défense de Manning s’est vu refuser le droit de pouvoir faire appel à des témoins de l’armée et du gouvernement dont le témoignage pourrait venir contredire les arguments des procureurs.

Naomi Spencer

Article original, WSWS, paru le 1er mars 2013

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La leçon de Chavez à l’Empire

mars 7th, 2013 by Hugo Chávez Frías

Le 8 octobre 2012, pour sa première conférence de presse faisant suite aux élections, le Président Hugo Chavez s’exprime sur la Syrie, livrant un discours plein de bon sens, d’humanisme et à total contre-courant du discours dominant, à gauche comme à droite.

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La propagande hollywoodienne et la CIA

mars 6th, 2013 by Julie Lévesque

« L’une des tendances les plus répandues dans la culture occidentale au 21e siècle est presque devenue une obsession aux États-Unis : « l’histoire hollywoodienne ». Les studios privés de Los Angeles dépensent des centaines de millions de dollars pour confectionner sur mesure des événements historiques afin qu’ils conviennent au paradigme politique prédominant. » (Patrick Henningsen, Hollywood History: CIA Sponsored “Zero Dark Thirty”, Oscar for “Best Propaganda Picture”)

Black Hawk Dawn, Zero Dark Thirty et Argo, ne sont que quelques unes des productions récentes démontrant comment l’industrie cinématographique actuelle promeut la politique étrangère étasunienne. Le 7e art a toutefois été utilisé depuis le début de 20e siècle et la coopération d’Hollywood avec le département de la Défense, la CIA et d’autres agences gouvernementales n’est pas une nouvelle tendance.

En laissant Michelle Obama présenter l’Oscar du meilleur film, Argo de Ben Affleck, l’industrie a montré sa proximité avec Washington. Selon Soraya Sepahpour-Ulrich, Argo est un film de propagande occultant l’horrible vérité à propos de la crise des otages en Iran et conçu pour préparer l’opinion publique à une confrontation prochaine avec l’Iran.

« Ceux qui s’intéressent à la politique étrangère savent depuis longtemps qu’Hollywood reflète et promeut les politiques étasuniennes (déterminées par Israël et ses sympathisants). Ce fait a été rendu public lorsque Michelle Obama a annoncé le gagnant de l’Oscar du meilleur film, Argo, un film anti-iranien extrêmement propagandiste. Dans le faste et l’enthousiasme, Hollywood et la Maison-Blanche ont révélé leur pacte et envoyé leur message à temps pour les pourparlers relatifs au programme nucléaire iranien […]

Hollywood promeut depuis longtemps les politiques étasuniennes. En 1917, lors de l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, le Committee on Public Information (Comité sur l’information publique, CPI) a enrôlé l’industrie cinématographique étasunienne pour faire des films de formation et des longs métrages appuyant la “cause”. George Creel, président du CPI, croyait que les films avaient un rôle à jouer dans “la diffusion de l’évangile américaniste aux quatre coins du globe”.

Le pacte s’est fortifié durant la Seconde Guerre mondiale […] Hollywood contribuait en fournissant de la propagande. En retour, Washington a utilisé des subventions, des dispositions particulières du plan Marshall et son influence générale après la guerre pour forcer l’ouverture des marchés cinématographiques européens réfractaires […]

Alors qu’Hollywood et la Maison-Blanche s’empressent d’honorer Argo et son message propagandiste, ils occultent impudemment et délibérément un aspect crucial de cet événement “historique”. Le clinquant camoufle un fait important, soit que les étudiants iraniens ayant pris le contrôle de l’ambassade des États-Unis à Téhéran ont révélé au monde entier l’horrible secret d’Israël. Des documents classés “secrets” ont révélé les activités de LAKAM. Créé en 1960, LAKAM était un réseau israélien assigné à l’espionnage économique aux États-Unis et affecté à la “collecte de renseignement scientifique aux États-Unis pour le compte de l’industrie de la défense israélienne”. » (Soraya Sepahpour-Ulrich Oscar to Hollywood’s “Argo”: And the Winners are … the Pentagon and the Israel Lobby)

Pour un véritable compte rendu de la crise des otages en Iran, une opération clandestine de la CIA, Mondialisation.ca vous recommande la lecture d’un article de Harry V. Martin publié en 1995, The Real Iranian Hostage Story from the Files of Fara Mansoor et dont voici un extrait:

« Farah Mansour est un fugitif. Non, il n’a enfreint aucune loi aux États-Unis. Son crime est de connaître la vérité. Ce qu’il a à dire et les documents qu’il possède sont l’équivalent d’un arrêt de mort pour lui. Mansour est un Iranien ayant fait partie de l’establishment en Iran bien avant la crise des otages en 1979. Ses archives contredisent la soi-disant théorie de la “surprise d’octobre” voulant que l’équipe Ronald Reagan-George Bush ait payé les Iraniens pour qu’ils libèrent les 52 otages étasuniens seulement après les élections présidentielles de novembre 1980 […]

Détenant des milliers de documents pour appuyer sa version des faits, Mansour affirme que la “crise des otages” était un “outil de gestion” politique créé par la faction pro-Bush de la CIA et implanté à l’aide d’une alliance a priori avec les fondamentalistes islamiques de Khomeini. Il dit que l’opération avait deux objectifs :

  • Garder l’Iran intact et sans communistes en donnant le contrôle absolu à Khomeini
  • Déstabiliser l’administration Carter et mettre George Bush à la Maison-Blanche » (Harry V. Martin, The Real Iran Hostage Crisis: A CIA Covert Op)

Zero Dark Thirty est une autre œuvre de propagande du grand écran ayant soulevé un tollé plus tôt cette année. Le film exploite les événements affreux du 11-Septembre afin de présenter la torture comme un mal efficace et nécessaire :

« Zero Dark Thirty est troublant pour deux raisons. D’abord et avant tout le film laisse le spectateur avec la fausse impression que la torture a aidé la CIA à trouver la cachette de Ben Laden au Pakistan. Ensuite, il ignore à la fois l’illégalité et l’immoralité de l’utilisation de la torture comme technique d’interrogation.

Le thriller s’ouvre sur ces mots : « basé sur des témoignages d’événements réels ». Après nous avoir montré des séquences des horribles événements du 11-Septembre, le film passe à une longue représentation explicite de la torture. Le détenu, Ammar, est soumis à la simulation de noyade, mis dans des positions douloureuses, privé de sommeil et enfermé dans une petite boîte. En réaction à la torture, il divulgue le nom du messager qui mène finalement la CIA à l’endroit où se trouve Ben Laden et à son assassinat. C’est peut-être du bon cinéma, mais c’est inexact et trompeur. (Marjorie Cohn, “Zero Dark Thirty”: Torturing the Facts)

Plus tôt cette année les prix Golden Globe ont suscité les critiques de certains analystes dénonçant la macabre « célébration hollywoodienne de l’État policier » et avançant que le véritable gagnant des Golden Globe était le complexe militaro-industriel :

« Homeland a gagné les prix de meilleure série télévisée, du meilleur acteur et de la meilleure actrice. L’émission EST très divertissante et illustre certains défauts du système MIIC (complexe militaire, industriel et du renseignement).

Argo a reçu le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Ben Affleck a fait l’éloge de la CIA, que son film glorifie.

Le prix de la meilleur actrice est allé à Jessica Chastain pour son rôle dans Zero Dark Thirty, un film vilipendé pour sa propagande sur l’utilisation de la torture […]

Le complexe militaire, industriel et du renseignement joue un rôle de plus en plus envahissant dans nos vies. Dans les prochaines années nous allons voir des films axés sur l’utilisation de la technologie des drones dans le milieu policier et de l’espionnage aux États-Unis. Nous voyons déjà des films montrant comment les espions peuvent violer tous les aspects de notre vie privée, des parties de nos vies les plus intimes. En faisant des films et des séries télévisées célébrant ces propagations cancéreuses de l’État policier, Hollywood et les grands studios normalisent les idées qu’ils nous présentent, en mentant au public en créant régulièrement des histoires frauduleuses pour camoufler la réalité. (Rob Kall cité dans Washington’s Blog, The CIA and Other Government Agencies Dominate Movies and Television)

Tous ces liens troublants qu’entretient Hollywood ont été examinés dans un article détaillé publié par Global Research en janvier 2009. Lights, Camera… Covert Action: The Deep Politics of Hollywood (Lumières, caméra… action clandestine : La politique profonde d’Hollywood). L’article énumère un grand nombre de films en partie scénarisés à des fins de propagande par le département de la Défense, la CIA et d’autres agences gouvernementales. Il est intéressant de noter que le réalisateur Ben Affleck, gagnant de l’Oscar du meilleur film cette année, a coopéré avec la CIA en 2002 alors qu’il était en vedette dans La Somme de toutes les peurs.

Les auteurs Matthew Alford et Robbie Graham expliquent que comparativement à la CIA, le département de la Défense « a une relation “ouverte“, mais peu publicisée avec Tinseltown, [laquelle], quoique moralement douteuse et peu affichée, est au moins du domaine publique ». Alford et Graham citent un rapport de la CIA révélant l’influence tentaculaire de l’agence, non seulement dans l’industrie du cinéma mais également dans les médias, « entretenant des liens avec des reporters de toutes les grandes agences de presse, tous les grands journaux, hebdomadaires et réseaux de télévision du pays ». Ce n’est qu’en 1996 que la CIA a annoncé qu’elle « collaborerait désormais ouvertement aux productions d’Hollywood, supposément à titre strictement “consultatif“ » :

« La décision de l’agence de travailler publiquement avec Hollywood a été précédée par le rapport de 1991, « Task Force Report on Greater CIA Openness » (Rapport du groupe de travail sur une plus grande ouverture de la CIA), compilé par le nouveau « Groupe de travail sur l’ouverture » créé par le directeur de la CIA Robert Gates. Ironiquement, ce rapport discutait secrètement de la possibilité que l’Agence devienne moins secrète. Le rapport reconnaît que la CIA “entretient actuellement des liens avec des reporters de toutes les grandes agences de presse, tous les grands journaux, hebdomadaires et réseaux de télévision du pays“. Les auteurs du rapport notent que cela les a aidé “à transformer des ‘échecs du renseignement’ en ‘succès’ et a contribué à l’exactitude de nombreuses histoires“. Le document révèle par ailleurs que la CIA a par le passé “persuadé des journalistes de retarder, changer, retenir ou même laisser tomber des histoires qui auraient pu avoir des conséquences néfastes sur des intérêts en matière de sécurité nationale […] »

L’auteur de romans d’espionnage Tom Clancy a joui d’une relation particulièrement étroite avec la CIA. En 1984, Clancy a été invité à Langley après avoir écrit Octobre rouge, adapté au cinéma dans les années 1990. L’agence l’a invité à nouveau lorsqu’il travaillait sur Jeux de guerre (1992) et les responsables de l’adaptation cinématographique ont eu à leur tour accès aux installations de Langley. Parmi les films récents, on compte La Somme de toutes les peurs (2002), illustrant la CIA repérant des terroristes faisant exploser une bombe nucléaire en sol étasunien. Pour cette production, le directeur de la CIA George Tenet a lui-même fait faire une visite guidée du quartier général de Langley. La vedette du film, Ben Affleck, a lui aussi consulté des analystes de l’Agence et Chase Brandon a agi à titre de conseiller sur le plateau de tournage.

Les véritable raisons pour lesquelles la CIA joue le rôle de “conseiller“ dans toutes ces productions sont mises en relief par un commentaire isolé du codirecteur du contentieux de la CIA Paul Kelbaugh. En 2007, lors d’un passage dans un collège en Virginie, il a donné une conférence sur les liens de la CIA avec Hollywood, à laquelle a assisté un journaliste local. Ce dernier (qui souhaite conserver l’anonymat) a écrit un compte-rendu de la conférence relatant les propos de Kelbaugh sur le thriller de 2003, La Recrue, avec Al Pacino. Le journaliste citait Kelbaugh qui disait qu’un agent de la CIA était sur le plateau pour toute la durée du tournage prétextant agir comme conseiller, mais que son vrai travail consistait à désorienter les réalisateurs […] Kelbaugh a nié catégoriquement avoir fait cette déclaration. (Matthew Alford and Robbie Graham, Lights, Camera… Covert Action: The Deep Politics of Hollywood)

Durant la Guerre froide, l’agent Luigi G. Luraschi du Psychological Strategy Board (Bureau de stratégie psychologique, PSB) de la CIA était un cadre de Paramount. Il « avait obtenu l’accord de plusieurs directeurs de la distribution pour que l’on infiltre subtilement des “nègres bien habillés” dans les films, dont un “digne majordome nègre” avec des répliques “indiquant qu’il est un homme libre” ». Le but de ces changements était « de freiner la capacité des Soviétiques à exploiter le bilan médiocre de leurs ennemis relativement aux relations raciales et servait à créer une impression particulièrement neutre des États-Unis, toujours embourbés à l’époque dans la ségrégation raciale ». (Ibid.)

Les plus récentes productions cinématographiques primées confirment que la vision manichéenne du monde mise de l’avant par le programme de la politique étrangère étasunienne n’a pas changé depuis la Guerre froide. L’alliance Hollywood-CIA se porte bien et présente encore les États-Unis comme le « leader du monde libre » combattant « le mal » dans le monde entier :

L’ancien agent de la CIA Bob Baer nous a confirmé que l’imbrication entre Hollywood et l’appareil de sécurité nationale est toujours aussi étroite : « Il y a une symbiose entre la CIA et Hollywood ». Les réunions de Sun Valley donnent du poids à ses déclarations. Lors de ces rencontres annuelles en Idaho, plusieurs centaines de grands noms des médias étasuniens, incluant tous les directeurs des grands studios d’Hollywood, se réunissent afin de discuter d’une stratégie médiatique commune pour l’année suivante. (Ibid.)

Mondialisation.ca offre à ses lecteurs une liste d’articles sur ce sujet.

Contrairement à l’industrie cinématographique hollywoodienne, Mondialisation.ca ne subit aucune influence de l’appareil étasunien du renseignement et travaille d’arrache pied pour vous offrir la vérité plutôt que de la fiction et de la propagande.

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Article original: Screen Propaganda, Hollywood and the CIA


SELECTION D’ARTICLES

En français :

Lalo Vespera, Zero Dark Thirty : Oscar de l’islamophobie radicale

Lalo Vespera, Zero Dark Thirty et masque de beauté

David Walsh, Démineurs, la cérémonie des oscars et la réhabilitation de la guerre en Irak

Samuel Blumenfeld, Le Pentagone et la CIA enrôlent Hollywood

Timothy Sexton, L’histoire d’Hollywood : la propagande pendant la deuxième guerre mondiale

Matthew Alford et Robbie Graham, La politique profonde de Hollywood

En anglais:

Patrick HenningsenHollywood History: CIA Sponsored “Zero Dark Thirty”, Oscar for “Best Propaganda Picture”)

Soraya Sepahpour-Ulrich Oscar to Hollywood’s “Argo”: And the Winners are … the Pentagon and the Israel Lobby

Harry V. Martin, The Real Iranian Hostage Story from the Files of Fara Mansoor

Rob Kall cited inWashington’s Blog, The CIA and Other Government Agencies Dominate Movies and Television

Marjorie Cohn, “Zero Dark Thirty”: Torturing the Facts

Matthew Alford and Robbie Graham, Lights, Camera… Covert Action: The Deep Politics of Hollywood

 

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Le rôle inimitable d’Hugo Chavez

mars 6th, 2013 by Guillermo Almeyra

Hugo Chavez est mort après une vaillante et terrible lutte pour sa vie. La longue période de son leadership s’est refermée et le post-chavisme s’est ouvert au Venezuela et dans toute l’Amérique Latine.

La vacuité politique existante depuis le Caracazo et la mise à nue qui a suivi des vieux partis (Action Démocratique et Copei) comme instruments de l’oligarchie et du capital financier international et l’échec de l’apogée éphémère de Causa Radical a été comblée par le coup d’état manqué qui a transformé un jeune militaire nationaliste en héros populaire qui disposait jusqu’alors seulement de l’appui d’un groupe d’adeptes dans les Forces armées. Chavez a personnifié un espoir massif et il a donné d’abord son nom et après sa forme à cette exigence populaire massive pré existante de changement social et d’indépendance nationale. Les travailleurs vénézuéliens, le pauvre peuple, les intellectuels anti-impérialistes ont reconnu Chavez et ils l’ont conforté face à ses collègues d’armes et, quand un coup d’Etat civilo-militaire pro impérialiste l’a mis en prison, ils l’ont sauvé et l’ont libéré et, par leur mobilisation, ont ait penché la balance politique et morale au sein des forces armées en faveur du commandant, qui était dedans. Les exploités et opprimés du Venezuela ont adoubé Chavez, en ont fait leur leader, en reconnaissant en lui – et dans la haine envers lui celle des ennemis de classe – la possibilité d’instaurer une alternative, de changer radicalement le pays.

Chavez a fut le résultat du chavisme qui n’avait pas encore ce nom ; c’est-à-dire, d’une exigence de changement social profond, de libération nationale, d’une vague du nationalisme anti-impérialiste, d’une nécessité de développement national et de démocratie qui a trouvé avec lui un berceau au Venezuela et a ensuite impulsé des changements similaires dans d’autres pays de la région.

Une relation fertile s’est établie ainsi entre Chavez et les pauvres du Venezuela à qui l’initiative et la voix chantante n’ont pas correspondu au début. En réalité, tant la redécouverte partielle de Trotsky que la pression de Chavez en faveur de l’auto organisation populaire et son rejet de la bureaucratie, sont venus d’en bas, comme aussi l’idée de former une Vª Internationale, qui a dégénéré bientôt en une tentative sans principes de rejoindre les ennemis de Washington (Téhéran, avant Kadhafi, Basher el Assad et les autres du même style) et fut rapidement enterrée par la droite de l’appareil chaviste. Surtout Chavez a trouver le besoin d’avoir un parti avec des idées et des militants, ce qui a donné lieu au PSUV où tout n’est pas course bureaucratique, électoralisme et verticalisme, et aux organismes de pouvoir populaire, qui sont en grande partie asphyxiés ou qui n’ont pu se développer à cause des contrôles de la bureaucratie et de l’armée. Ce que Chavez n’apas pu faire, à cause de sa propre confusion idéologique (puisqu’il a mélangé les idées et les pratiques de l’ex-Union Soviétiques dans sa version cubaine, avec le christianisme social et les idées trotskistes sur l’auto organisation et l’autogestion) est d’ouvrir une discussion démocratique sur ce que doit être le contenu essentiel du socialisme qui ne répète pas l’expérience délétère du « socialisme réel » et quels doivent être la stratégie et l’instrument politique, dans un État capitaliste dépendant, qui permettent de commencer à changer la subjectivité des travailleurs et à établir les bases pour le socialisme, compris comme participation politique à part entière , solidarité, contrôle de l’économie par les travailleurs eux mêmes et onstruction de culture et de citoyenneté pour la vie quotidienne.

Cela a permis le développement dans les couches bien placées de la société de la corruption et de labolibourgeoisie, de cette bourgeoisie nouvelle surgie à la chaleur de l’État et, dans les couches les plus basses, formées dans une économie de rente et corrompue, d’une vaste délinquance. C’est-à-dire, des secteurs qui renforcent socialement et politiquement la droite pro impérialiste et menacent le processus révolutionnaire national et démocratique en cours. Cela a aussi permis, dans l’appareil étatique, la cristallisation d’une alliance entre technocrates et bureaucrates ayant une idéologie capitaliste, qui a aussi des liens avec des secteurs des forces armées, puisque celles-ci sont habituées au divisionnisme vertical. Le manque d’indépendance des dirigeants choisis par leur fidélité plus que par leur personnalité intellectuelle et leur capacité, a fait que, sans la stimulation de Chavez, ce secteur d’adeptes au Leader ne peut pas suffisamment agir comme contre-poids aux influences de la droite.

La droite « sans consistance » maintient liens avec l’impérialisme et conserve son poids économique qui dérive du caractère capitaliste et mono-producteur de l’économie vénézuélienne mais, dans l’immédiat, ce n’est pas le danger principal si elle ne réussit pas à entraîner une partie des forces armées et du commandement chaviste.

Comme l’a dit Chavez lui même, le vrai danger capitaliste réside dans les Thermidoriens, dans la droite conservatrice dans l’appareil étatique, dans ceux qui veulent éviter le contrôle et l’organisation populaire, dans les militaires de droite qui veulent « de l’ordre », leur « ordre », dans les bureaucrates qui désirent s’enrichir en jouant avec le marché qui dépend du capital international. Chavez mort, va le remplacer très probablement un directoire ou un gouvernement collectif qui va agir comme front unique entre différents personnages et tendances de l’actuel chavisme, à l’exception de la tendance révolutionnaire, plébéienne, qui ne fait pas partie de l’appareil. La pression de la droite politique oligarchique et de Washington se fera sentir très fortement et l’actuelle politique économique, avec son appui à Cuba et à l’ALBA et ses projets d’intégration sudaméricaine, sans doute sera rediscutée et redécoupée pour pouvoir renforcer dans l’immédiat, au nom du nationalisme, et pour la préservation de l’appareil, une politique d’assistance et d’ importations qui calme le front social . C’est le danger que seules la mobilisation et l’auto organisation des travailleurs peut gêner.

Guillermo Almeyra

El Correo. Paris, le 6 mars 2013

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Pour toujours, commandant Hugo Chávez !

mars 6th, 2013 by Alberto Rabilotta

Il est difficile de réprimer une profonde tristesse quand meurt un révolutionnaire qui a incarné l’histoire et les idéaux de son pays et de Notre Amérique, et qui a consacré sa vie à les transformer en réalité. Un révolutionnaire bolivarien qui en plus de ses idées et idéaux portait en soi le meilleur de cette chaleur humaine, de l’empathie, de la sincérité et de la solidarité qui émanent de nos peuples métissés, qualités qui expliquent cette complicité croissante et profonde qu’il a développée avec le peuple vénézuélien pour implanter la justice et pour révolutionner la société, et qui a eu et aura tant d’impact chez les autres peuples de Notre Amérique.

Et bien que nous sachions que son exemple et ses idées perdureront au Venezuela et dans toute l’Amérique Latine, où Chavez laisse le précieux legs d’avoir contribué de façon décisive à faire réalité l’unité et l’intégration de notre région pour réduire la pauvreté et éradiquer la misère, pour entreprendre des jours nouveaux de développement économique et social, pour rendre effective l’indépendance et la souveraineté de chacune de nos nations, ce n’est pas pour cela que cessera de nous manquer la joie, l’amour et la conviction qu’il irradiait.

Mais cette note, c’est aussi de pour parler de la sinistre contrepartie à cet amour et ferveur révolutionnaire que la personnalité et les idéaux de Chavez a fait rayonner et continuera de faire rayonner, au Venezuela et dans Notre Amérique. Cette contrepartie est la haine qu’ont distillée et continueront de distiller, ceux qui l’ont combattu, qui l’ont dénigré et qui jusqu’au dernier moment ont cherché à l’éliminer pour faire une contre-révolution qui leur permettait de reprendre le contrôle du Venezuela et de la région.

Il y a quelques années je me suis demandé, et mes collèges canadiens me demandaient aussi, d’où venait cette haine si visible dans la presse et les cercles politiques du Canada et des États-Unis, et aussi dans les élites de certains pays latinoaméricains et de beaucoup de pays européens. Était-ce seulement à cause de ses idées révolutionnaires, parce qu’il gagnait proprement les élections et donnait « un mauvais exemple » en Amérique Latine après avoir promu l’élimination de la pauvreté, l’éducation et un toit pour tous, parce que cela affectait de puissants intérêts privés nationaux et étrangers ?

Sans aucune doute, était-ce les raisons principales, mais derrière il y en avait une autre, aussi impardonnable, que j’ai très bien senti à plusieurs occasions, quand en étant correspondant au Canada pour l’agence mexicaine Notimex, j’abordais la question des politiques de Chavez dans des entretiens et des conversations avec des hommes politiques, entrepreneurs, journalistes et « experts » du Canada, des États-Unis et de l’Europe.

La haine de classe, parfaitement compréhensible, venait souvent (et revient) accompagnée du mépris que plusieurs de ces personnes ressentent, depuis le « mirador » de leurs « cultures civilisationnelles », envers les Latinoaméricains, et encore plus envers leurs leaders – parce que nous avons déjà notre Evo Morales en Bolivie – qui représentent parfaitement, avec sa propre personne, le métissage, la renaissance des cultures et les nations originaires, l’étendue culturelle, la simplicité, la franchise et la détermination de nos peuples.

Depuis plus de deux décennies l’oligarchie et l’impérialisme considèrent comme absolument inadmissible que le Venezuela, pays avec la plus grande réserve pétrolière du monde, eût un Président qui en plus d’être révolutionnaire, était un métis qui avait la mauvaise coutume de s’entretenir mano à mano avec son peuple, de l’écouter, de le fêter avec joie et de l’organiser à défendre les intérêts nationaux.

Ils ne le pardonnaient pas non plus sa franchise et le non respect de « l’étiquette et des bonnes manières » diplomatiques quand il s’agissait de défendre les intérêts du Venezuela et de l’Amérique Latine, et encore moins d’avoir apporté une contribution décisive pour empêcher que les peuples de la région demeurent soumis à l’Accord de Libre-échange des Amériques (ALCA), comme cela fut clair au Sommet des Amériques à Québec, en 2001.

Ce que je viens d’écrire je l’ai entendu de la bouche d’un ministre du gouvernement du Canada, à la sortie d’une réunion que le Premier ministre canadien Stephen Harper avait eu avec le Président de l’époque du Mexique, Vicente Fox, à Ottawa.

L’oligarchie de l’Empire, comme montrent les réactions du président Barack Obama et du Premier ministre canadien Stephen Harper, ne pardonne pas à Chavez, ni à l’actuelle majorité des gouvernants de la région, d’avoir décidé de créer la CELAC, où sont absents les États-Unis et le Canada, deux pays impliqués dans le coup d’État contre le Président constitutionnel du Honduras, Manuel Zelaya. Deux pays qui ont immédiatement reconnu le coup d’État contre le Président Lugo au Paraguay et qui depuis des années jouent un rôle dans les tentatives subversives et putschistes au Venezuela.

C’est pourquoi on ne s’étonne pas de de qu’ils ont exprimé devant la mort du grand leader bolivarien : Barack Obama a dit que « dans ces moments de défi à cause de la mort du Président Hugo Chavez, les États-Unis réaffirment leur appui au peuple vénézuélien et leur intérêt pour développer une relation constructive avec le gouvernement du Venezuela. Avec un Venezuela commençant un nouveau chapitre dans son histoire, les États-Unis continuent à être engagés dans des politiques de promotion des principes démocratiques, la légalité et le respect des droits de l’homme »

Sans gène, le Premier ministre canadien Stephen Harper a pratiquement « célébré la mort » de Hugo Chávez, comme le remarque la revue The Canadian Progressive [1] à partir de la description que l’agenceCanadian Press fait de la réaction du chef de gouvernement du Canada : Harper a seulement eu des mots agréables pour le peuple vénézuélien que le leader charismatique de gauche a laissé derrière. Le Premier ministre a dit qu’il présentait ses « condoléances au peuple du Venezuela » et qu’il regardait vers l’avenir pour « travailler avec le successeur (de Chávez) et d’autres leaders dans la région pour construire un hémisphère plus prospère, sûr et démocratique ». Harper a ajouté qu’il attendait que la mort de Chavez apporte un avenir plus prometteur pour le peuple du Venezuela : « Dans ce moment clef, j’attends que le peuple du Venezuela puisse construire maintenant pour lui-même un meilleur et plus brillant avenir basé sur les principes de liberté, démocratie, légalité et respect des droits de l’homme ».

De quoi parlent Harper et Obama quand ils mentionnent les principes de liberté, la démocratie, la légalité et le respect des droits de l’homme ?

Rien de ce que les deux pratiquent dans leurs pays. Pour se maintenir au gouvernement, le Premier ministre Harper a fermé le Parlement quand cela lui est convenu et la démocratie parlementaire a depuis déjà des années a cessé de fleurir à l’Ottawa. En ce qui concerne les élections, le Parti Conservateur de Harper a été accusé – avec des preuves – de graves illégalités en matière électorale pour gagner dans certains districts pendant les élections de 2011. Sur la question de la légalité et de l’imputabilité, et du respect des droits de l’homme, les gouvernements de Harper constituent déjà les pires exemples de l’histoire contemporaine du Canada. C’est pourquoi nous pouvons déjà dire qu’Harper ne représente pas le Canada et encore moins son peuple.

Que dire « des principes démocratiques, la légalité et le respect des droits de l’homme » que le président Obama mentionne ? Pas grand chose, sauf que les principes démocratiques existent seulement pour ceux qui ont le pouvoir et beaucoup d’argent. La légalité existe aussi pour protéger les riches, mais rarement pour les pauvres, et jamais pour enquêter sur les fraudes bancaires gigantesques que paient les contribuables. En matière de droits de l’homme, que peut-on dire d’un Président qui a et utilise le pouvoir d’envoyer assassiner des citoyens usaméricains et étrangers partout dans le monde, qui permet la répression de manifestations pacifiques dans son propre pays et a à son crédit un énorme quantité de victimes civiles dans toutes ces attaques, invasions et guerres pour s’emparer des ressources naturelles au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique.

La quasi totalité des gouvernements du monde, tous les partis progressistes et de la gauche, ont donné des marques de respect, de douleur et de solidarité envers Hugo Chávez, envers le peuple vénézuélien et sa révolution. Le Canada et les États-Unis sont plus isolés que jamais, et tout cela constitue un bon hommage à l’œuvre du disparu commandant Hugo Chávez.

Toute cette douleur et solidarité devront être transformées en force pour continuer à lutter. Le Venezuela, son peuple et sa révolution ne sont pas seuls.

La Vèrdiere, Francia.

Alberto Rabilotta

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 6 mars 2013.

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Washington intensifie l’intervention en Afrique

mars 6th, 2013 by Bill Van Auken

Selon un rapport publié lundi 4 mars dans le Wall Street Journal, le gouvernement Obama est en train de « considérablement accroître son rôle » dans l’escalade de la guerre néocoloniale menée par la France au Mali.

Selon des responsables français anonymes cités dans le rapport, des drones américains Reaper ont été utilisés pour dépister des présumés combattants islamistes dans le massif montagneux des Ifoghas au Nord Mali et fournir des informations permettant des actions ciblées pour une soixantaine de frappes aériennes françaises rien que la semaine dernière.

Une force de 1.200 soldats français, aux côtés de 800 soldats d’élite tchadiens spécialement entraînés par les forces américaines et des unités de la propre armée malienne, sont engagés dans de violents affrontements avec les insurgés qui opèrent dans la région depuis de nombreuses années et qui connaissent parfaitement bien le terrain.

Compte tenu de la nouvelle phase plus violente de la guerre – qui depuis dimanche a porté le bilan humain à trois légionnaires français et des dizaines de soldats africains – le ministère français des Affaires étrangères a annoncé la semaine dernière qu’il ne commencerait pas à retirer en hâte son corps expéditionnaire fort de 4.000 hommes en indiquant effectivement que le calendrier de retrait prévu pour fin mars serait très certainement reporté. Des responsables français ont dit à l’Associated Press que les troupes françaises resteraient au Mali au moins jusqu’en juillet.

Les responsables tchadiens ont affirmé au cours du week-end que les soldats du pays avaient tué Mokhtar Belmokhtar qui est supposé avoir dirigé le groupe armé ayant assiégé en janvier le site pétrolier d’Amenas en Algérie. Belmokhtar entretiendrait des liens avec al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

« Les forces tchadiennes ont détruit totalement la principale base des jihadistes dans le massif de l’Adrar des Ifoghas, plus précisément dans la vallée d’Ametetai, » a annoncé samedi l’état-major tchadien. L’annonce est venue un jour après que le président tchadien, Idriss Déby, a affirmé qu’un autre chef d’AQMI, Abou Zeid, avait été tué lors de la même opération.

Les responsables français et américains ont été plus prudents là-dessus, disant n’avoir pas pu vérifier les meurtres. Washington a une longue expérience consistant à annoncer la soi-disant mort de jihadistes, pour ensuite les voir réapparaître plus vivants que jamais

Lundi, dans une interview, l’amiral français Edouard Guillaud a averti qu’alors que ces morts étaient « probables », l’armée française n’avait pas récupéré le corps des deux hommes. Guillaud a recommandé une « extrême prudence », mettant en garde qu’il y a toujours le risque plus tard d’un démenti par une vidéo datée.

Le recours de plus en plus fréquent aux drones américains dans la guerre au Mali fait suite à l’annonce faite le mois dernier d’un déploiement d’au moins 100 soldats américains au Niger voisin où un accord a été conclu avec le gouvernement local pour permettre à Washington l’installation d’une base de drones sur le territoire du pays. Alors, qu’actuellement les Etats-Unis affirment ne faire voler que des drones de surveillance non armés, l’installation d’une base crée pour le gouvernement Obama les conditions pour étendre sa campagne de meurtres à distance sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Alors que l’impérialisme américain justifie son intervention comme étant une réponse à la présence grandissante de forces liées à al Qaïda – qui ont envahi le Nord Mali après avoir été utilisées par Washington comme forces terrestres dans la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN pour le renversement du régime du colonel Mouammar Khadafi dans la Libye voisine – ses objectifs véritables sont d’asseoir l’hégémonie américaine sur les vastes richesses en pétrole, uranium et autres ressources minérales du sous-sol de la région, et de contrer l’influence économique croissante de la Chine.

L’article paru dans le Journal cite un responsable occidental anonyme disant que le rôle joué par les Etats-Unis au Mali représente « une rare réussite nord-africaine » lors de laquelle Washington a appliqué une nouvelle « stratégie de lutte contre le terrorisme en travaillant ‘par, avec et par le biais’ de forces locales. »

En d’autres termes, l’impérialisme américain tente de poursuivre sa campagne prédatrice en Afrique en comptant sur les élites bourgeoises nationales serviles de la région afin de fournir des troupes africaines agissant par procuration.

« Ces dernières années, » rapporte le Journal, « des Forces d’opérations spéciales en Afrique (Joint US Special Operations Task Force) ont fourni au groupement spécial anti-terroriste du Tchad, l’unité impliquée dans les opérations de la semaine passée et qui auraient tué M. Belmokhtar et M. Zeid, un soutien dans le domaine de l’équipement, de l’entraînement et de la logistique. »

Le Tchad a rapporté que 26 soldats de cette unité ont été tués depuis le lancement de l’offensive au Mali.

Les responsables tchadiens ont admis que l’unité tchadienne combattant au Mali, le groupement spécial anti-terroriste, avait été entraînée par les Bérets Verts américains. Selon le Journal, les responsables américains ont affirmé que « les forces américaines n’avaient pas accompagné l’unité tchadienne à l’intérieur du Mali. » Toute participation directe de forces américaines au sol combattant au Mali serait sans aucun doute mise en place secrètement.

En plus, de l’unité tchadienne, d’autres troupes africaines formées par les Etats-Unis sont préparées pour un éventuel déploiement au Mali.

Le général Carter Ham, commandant d’AFRICOM (Forces américaines en Afrique), commandement militaire américain supervisant le continent africain, s’est envolé la semaine passée pour la Mauritanie pour une rencontre à huis-clos avec le président du pays, Mohamed Ould Abdel Aziz et de hauts responsables de l’armée. Il a aussi parlé à des soldats mauritaniens, américains et français qui sont engagés dans un exercice militaire conjoint dans le Sud de la Mauritanie, près de la frontière avec le Mali.

Cet exercice appelé « Flintlock 2013, » fait partie d’une série de manœuvres annuelles organisées par le Pentagone depuis 2000, avant la soi-disant « guerre contre le terrorisme » et l’invocation d’al Qaïda comme prétexte à des interventions dans le monde entier.

Lundi, Abdel Aziz, s’exprimant à une conférence de presse commune avec le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a dit qu’il était prêt à envoyer des troupes mauritaniennes au Mali « pour assurer la stabilité et la sécurité. » Il a dit que son gouvernement « assumerait cette responsabilité dès que possible, » tout en ajoutant qu’il avait déjà déployé des troupes à la frontière que le pays partage avec le Mali pour bloquer les lignes de ravitaillement et les voies que les insurgés pourraient emprunter pour s’échapper du pays.

Alors que l’intervention franco-américaine au Mali a été présentée comme une entreprise humanitaire visant à secourir la population malienne des mains des Islamistes, la réalité est que la guerre a déclenché une immense souffrance humaine.

L’agence des Nations unies pour les réfugiés a relaté que quelque 40.000 Maliens ont fui les combats pour se réfugier dans des camps de réfugiés au Burkina Faso voisin. La majorité de ceux qui remplissent les camps de réfugiés à Dijbo, dans le Nord du Burkina Faso, sont des Touaregs qui étaient partis pour échapper au bombardement français et par crainte que les troupes maliennes n’organisent des actes de vengeance sur la minorité de la population pour s’être rebellée contre le gouvernement central.

4.000 personnes de plus se sont réfugiées en Mauritanie depuis que la France, soutenue par Washington, a lancé le 11 janvier son intervention militaire. Une semaine après l’initiative de la guerre néocoloniale, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés a averti que « 300.000 personnes supplémentaires pourraient dans un proche avenir être déplacées à l’intérieur du Mali et plus de 400.000 de plus pourraient être déplacées dans les pays voisins. » Cette évaluation est rapidement en train d’être confirmée.

« Nous craignons des meurtres perpétrés en représailles », ont dit des réfugiés maliens à IRIN, l’agence de presse de l’ONU. « Nous avons peur des attaques des soldats maliens. Personne n’ose rentrer. » L’agence de presse a rapporté que des familles d’agriculteurs n’ont pas été en mesure de cultiver leurs champs en raison des combats et qu’ils ont fui par crainte de la famine. Il a également été rapporté qu’alors que les écoles avaient rouvert dans la ville de Tombouctou, elles sont en grande partie vides parce que de nombreux élèves et enseignants ont rejoint le flux de réfugiés.

« Qui peut garantir notre protection, notre sécurité ? Personne. Je n’ai confiance en personne, » a dit le directeur de l’école à Tombouctou, Amhedo Ag Hamama, qui s’est porté volontaire pour enseigner dans le camp de réfugiés de Mbéra à l’Est de la Mauritanie, a dit IRIN.

Les stocks de nourriture et d’eau se révèlent insuffisants face au nombre de réfugiés, ce qui risque de produire une catastrophe humanitaire.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 5 mars 2013

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Droits de l’Homme, résolution, paix au Pays Basque

mars 5th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Le 20 mars prochain la Cour Européenne des Droits de l’Homme ré-étudiera la situation d’Ines del Rio.

Cette prisonnière qui a déjà accompli 25 ans de prison aurait dû être libérée en 2008, date de la fin de sa peine. Mais sa peine avait alors été prolongée de 9 ans. Mais lors de son délibéré du 10 juillet dernier, la Cour Européenne des Droits de l ‘Homme avait jugé que la doctrine 197/2006 allait à l’encontre des Droits de l’Homme et avait alors demandé à l’Etat espagnol de libérer Ines del Rio.

L’Etat espagnol n’a pas accepté cette décision et a donc maintenu Ines del Rio en prison, comme les 72 autres prisonnier(e)s qui sont dans la même situation. Beaucoup d’entre eux ont déjà accompli 20, 25 ou 30 ans de prison, certains ont un âge avancé et sont parfois gravement malades.

L’Etat espagnol ne respecte pas les droits des prisonnier(e)s politiques basques, cela engendre beaucoup de souffrance et va à l’encontre du processus de paix. Par l’enfermement des prisonnier(e)s ainsi prolongé, ce sont aussi les familles qui se retrouvent punies, leurs proches étant incarcérés à des milliers de kilomètres de leur domicile. En plus de cela les prisonnier(e)s sont régulièrement soumis à des régimes spéciaux tels que l’isolement. Ces situations existent également dans les prisons de l’Etat français.

La majorité de la société civile du Pays Basque souhaite la disparition de ces mesures d’exception appliquées aux prisonnier(e) basques. Les deux dernières mobilisations du 10 novembre à Bayonne et du 12 janvier à Bilbao l’ont démontré. Nous souhaitons transmettre cette revendication de la société civile aux institutions européennes: Droits de l’Homme, résolution, paix.

La suppression de la doctrine 197/2006 est absolument indispensable pour mettre fin à la juridiction d’exception appliquée aux prisonnier(e)s politiques basques. La grande majorité de la société basque est en accord avec le jugement de Strasbourg et le défend comme un point positif du processus de résolution et de paix. Nous espérons entendre le même message depuis l ‘Europe.

Nous disons oui à la libération d’Ines del Rio ainsi que des prisonnier(e)s ayant accompli leur peine. Car nous sommes pour le respect des droits fondamentaux et pour une résolution du conflit en Pays Basque. Le Pays Basque en a besoin, l’Europe aussi.

C’est le moment. Il faut donner une opportunité à la paix en Pays Basque.

Une opportunité pour la paix en Pays Basque

http://youtu.be/4sInNnfnt-I

 

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Les tensions s’aggravent entre la France et le Qatar avec des accusations que la pétro monarchie est en train de financer et d’armer des séparatistes et des militants islamistes liés à al-Qaïda au Mali et, plus généralement, de propager l’intégrisme islamique en Afrique.

La France a étroitement collaboré avec le Qatar pour évincer Mouammar Kadhafi en Libye. Elle est également actuellement en train de coopérer avec Doha ainsi qu’avec Riyadh et Ankara pour mener une guerre sectaire dans le but de renverser le président syrien Bachar al-Assad et d’isoler l’Iran. Mais maintenant un retour de flamme s’est produit car la politique du Qatar contrecarre les intérêts géostratégiques et commerciaux de la France au Mali et en Tunisie qui se trouvent au centre des projets de la France de recoloniser son ancien empire en Afrique du Nord et de l’Ouest.

Le premier ministre qatari Cheikh Hamad ben Jassim al-Thani s’est opposé à l’intervention française au Mali, préconisant plutôt le dialogue.

Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) au pouvoir, Harlem Désir, a dénoncé ce qu’il a appelé « une forme d’indulgence » de la part du Qatar envers les « groupes terroristes qui occupent le Nord Mali. » Ses remarques ont été suivies par la visite du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à Doha pour discuter du Mali avec al Thani.

Une déclaration du ministère de la Défense a souligné sans équivoque que le Qatar était « un client privilégié de la France » dans le domaine de l’armement et que les « prises de commandes se sont élevées à 450 millions d’euros pour 200 millions d’euros de matériels livrés » depuis 2007. Le ministère a aussi fait remarquer que du 16 février au 7 mars, un exercice commun se déroulerait au Qatar – baptisé Gulf Falcon 2013 – et impliquant 1.300 soldats français et un nombre identique de Qataris.

La presse française a accusé le Qatar de souhaiter voir le Nord Mali faire sécession tout comme elle avait soutenu la sécession du Soudan Sud du Soudan. Ceci permettrait au Qatar de forger des liens étroits avec la nouvelle nation – qui est supposée être riche en pétrole et en gaz – et d’étendre ainsi son influence en direction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique sub-saharienne.

En juin dernier, l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné avait publié un article, « Notre ami du Qatar finance les islamistes au Mali ». Il citait des sources du renseignement militaire français affirmant que le Qatar apportait, par le biais de la société du Croissant Rouge entre autres, un soutien financier à divers groupes : les insurgés touaregs du Mouvement national de la libération de l’Azawad (MNLA), l’Ansar-Dine, l’organisation al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et son groupe dissident, le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).

Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique sub-saharienne a suggéré que des forces spéciales qataries étaient entrées au Nord Mali pour former des recrues d’Ansar El Dine, qui fait partie d’al-Qaïda, une accusation également avancée par l’Express. Le Qatar avait poursuivi une stratégie identique en Libye. En Tunisie et en Egypte, la monarchie al-Thani avait financé en 2011 et en 212 les partis politiques des Frères Musulmans en tant que partie intégrante de sa stratégie plus générale de porter au pouvoir des gouvernements islamistes basés sur les Sunnites, dans le but d’écraser l’opposition au sein de la classe ouvrière arabe, de cibler le régime chiite en Iran et de renforcer sa propre position contre l’Arabie saoudite.

Le gouvernement tunisien conduit par les Islamistes et qui a remplacé le client de longue date de la France, Zine El Abidine Ben Ali, est à présent furieux contre la campagne menée par Paris pour le discréditer en réalisant soit un virement en direction des partis d’opposition soit en formant un gouvernement d’union nationale. La France a été irritée par le refus de la Tunisie de soutenir officiellement l’intervention française au Mali ou d’autoriser les avions militaires français de survoler son espace aérien. Le porte-parole présidentiel, Adnan Manser, a dit craindre que le conflit ne menace les pays voisins, dont la Tunisie.

Les tensions se sont encore accrues après qu’on a appris que les terroristes qui avaient perpétré l’attaque contre le site gazier dans le Sud de l’Algérie, apparemment en représailles à la guerre française au Mali, étaient passés en Tunisie qui est également limitrophe de la Libye et de l’Algérie. D’importantes caches d’armes qu’on ne trouve pas normalement en Tunisie, des RPG, des bombes et des Kalashnikovs, ont été découvertes à Médenine.

L’assassinat au début du mois de février de Chokri Belaïd, dirigeant du parti d’opposition laïc, le Front populaire, a amené le premier ministre d’alors Hamadi Jebali du Parti islamiste Ennahdha à accuser des militants liés à al-Qaïda d’avoir commis l’assassinat et d’accumuler des armes dans le but d’établir un Etat islamique.

Le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, a dénoncé le meurtre comme étant une attaque contre « les valeurs de la révolution du Jasmin » en Tunisie. Il a déclaré « Il y a un fascisme islamique qui monte un peu partout et cet obscurantisme… doit être évidemment condamné… puisqu’on nie cet Etat de droit, cette démocratie pour lesquels les peuples libyens, tunisiens, égyptiens se sont battus. »

Valls a aussi réclamé que la France soutienne les partis d’opposition pseudo-gauches pour stabiliser la Tunisie et pour contrôler l’opposition de la classe ouvrière,.

Ces remarques ont suscité une manifestation des partisans d’Ennahdha, qui ont scandé des slogans et brandi des pancartes disant, « La France dehors ! » et « Ca suffit la France ! La Tunisie ne sera plus jamais une colonie française ». L’intervention de Valls a été tellement crue que le porte-parole du Front populaire tunisien pseudo-gauche, le président du Parti communiste des travailleurs de Tunisie, Hamma Hammami, s’est vue obligé de déclarer : « En tant que Front populaire nous sommes contre la France, les Etats-Unis et tout pays arabe qui s’ingère dans nos affaires internes. »

L’intérêt porté par la France à ses anciens territoires coloniaux en Afrique du Nord et au Sahel est généré par leurs richesses en ressources naturelles – notamment le pétrole, le gaz, l’uranium, l’or et d’autres minéraux précieux – et la montée des Etats-Unis et de la Chine dans une région que la France considère être son propre pré carré.

Le président de l’époque, Jacques Chirac, avait initialement cherché à contrer l’Initiative Pan-Sahel (PSI) de Washington qui avait été promulguée en 2001 et par laquelle les forces militaires américaines formeraient des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie et du Niger, sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » annoncée après les attentats du 11 septembre. Plus tard, celle initiative avait été élargie de façon à inclure l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria et la Tunisie au titre de l’Initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme (TSCTI). La Libye, le Soudan et la Somalie avaient déjà été identifiés comme étant des cibles potentielles.

Le PSI et le TSCTI avait donné lieu en 2007 à la mise en place de l’AFRICOM au sein de l’EUCOM (United States European Command) basé à Stuttgart, étant donné qu’aucun pays africain ne voulait l’accueillir. L’AFRICOM avait pris le contrôle de la TSCTI. Chirac avait voulu obtenir le soutien de l’Allemagne, en invitant en 2007 l’Allemagne au sommet franco-africain, mais Angela Merkel avait refusé de contrarier Washington.

La montée de la Chine avait beaucoup pesé dans la décision du président français, Nicolas Sarkozy de rejoindre en 2009 les structures militaires de l’OTAN et de signer un accord avec la Grande-Bretagne en 2010 pour intégrer les armées des deux pays. Le rôle de la France serait de servir d’auxiliaire de Washington en Afrique du Nord et au Sahel, et d’obtenir sa part du butin résultant de ses projets de restructuration de la région.

Sarkozy avait cherché à renforcer la position économique déclinante de la France en courtisant l’émir du Qatar, en vendant 80 Airbus à Doha pour sa compagnie aérienne Qatar Airways, en lui livrant jusqu’à 80 pour cent de ses armes et en encourageant le Fonds souverain du Qatar à acquérir à hauteur de 70 milliards de dollars US d’actifs français.

La France a promulgué une loi spéciale exonérant de taxes l’émir et d’autres investisseurs qataris qui ont acheté des valeurs immobilières françaises. Elle a même proposé à Doha d’adhérer à son Organisation internationale de la francophonie (OIF), approuvant les écoles de langue française qui sont soumises à l’administration qatarie au Golfe, au Maghreb et en Afrique.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 28 février 2013

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Le réchauffement climatique provoque un recul de la banquise arctique qui ouvre déjà une voie commerciale pour certains navires le long de la côte sibérienne durant une partie de l’année. Ce recul de la banquise va, suivant tous les modèles de simulation climatique, s’accélérer et, dans quelques dizaines d’années, on pourrait peut-être même constater une disparition totale de la calotte polaire en été.

Cet itinéraire raccourcit les liaisons maritimes entre les grands ports européens et asiatiques de Chine, du Japon et de Corée du Sud d’environ 7000 km. La distance passera à environ 14000 km au lieu de 21000 km par le canal de Suez. La durée du voyage passera de 30 à 20 jours.

Pour être complet, il faut aussi mentionner qu’un passage par le Nord-Ouest, le long des côtes canadiennes, va peut-être aussi s’ouvrir mais les perspectives y sont moins prometteuses.

Les États-Unis et le Canada se disputent déjà sur les droits de ce passage. S’agira-t-il d’un passage libre où la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer s’appliquera ou s’agira-t-il d’un passage dans les eaux territoriales canadiennes ? Voila un beau litige que les tribunaux devront trancher dans les prochaines années.

Les premiers passages.

Après beaucoup de tentatives avortées depuis le XVIe siècle et nombre de bateaux écrasés par les glaces, le Suédois Adolf Erik Nordenskiöld a été le premier navigateur à passer de l’Atlantique au Pacifique en longeant les côtes de la Sibérie en 1879. Il dut hiverner dix mois avant de sortir par le détroit de Béring.

Le deuxième passage fut réalisé par le Norvégien Roald Amudsen, quarante ans plus tard. Il avait déjà réussi le passage du Nord-Ouest et avait aussi été le premier homme à atteindre le pôle Sud. Il hiverna 22 mois et faillit être tué par un ours.

La période soviétique.

En 1932, l’Union Soviétique procéda au premier passage sans hivernage. Il fut répété les années suivantes . Après la Seconde Guerre Mondiale, le passage du Nord-Est permettait la navigation des bateaux entre les océans Atlantique et Pacifique en restant hors du contrôle des États-Unis. Cela ne concernait que quelques dizaines de bateaux par an mais cela fut considéré comme stratégique par l’URSS.

La nouvelle ville de Severodvinsk, en mer Blanche, fut construite sur ordre de Joseph Staline par des milliers de prisonniers en 1936. C’est ici que furent construits la plupart des sous-marins nucléaires soviétiques ainsi que les russes actuels.

L’URSS fit construire (toujours par des prisonniers) une dizaine de ports dans des baies abritées ou dans les estuaires des fleuves qui se jettent dans l’océan Arctique. Tiksi sur la Lena, Nordvik sur le golfe de Khatanga, etc.  Ces ports n’étaient accessibles que quelques mois par an (deux ou trois).

La Nouvelle Zemble, un archipel formé par deux îles principales qui mesure 950 km du nord au sud et qui a une moyenne de 100 km de large, est dans le prolongement de l’Oural.

C’est ici qu’eurent lieu la plupart des essais nucléaires soviétiques jusque dans les années 1960.

Le 30 octobre 1961, un bombardier Tu 95 largua un bombe nucléaire de 50 mégatonnes (plus de 3000 fois celle Hiroshima) qui explosa à 4000 mètres d’altitude au dessus de la Nouvelle Zemble.

Tsar Bomba, le nom de cette bombe, provoqua la plus forte explosion nucléaire jamais réalisée.

La mer de Kara, du côté Est de l’archipel, servit longtemps de lieu d’immersion des déchets nucléaires soviétiques dans des conditions peu sécurisées.

La période contemporaine.

Par manque de moyens et n’ayant plus d’objectif géostratégique, la Russie des années 1990 a pratiquement abandonné les villes entre Doudinka et Pevek. Les passages de bateaux se firent alors rares.

Le démantèlement des sous-marins nucléaires déclassés qui rouillaient, abandonnés sur les côtes de la péninsule de Kola, est principalement effectué depuis les année 2000 par les deux chantiers navals de Severodvinsk avec l’aide financière des Occidentaux et du Japon et il arrive à son terme.

La propriété du plateau continental.

Cinq pays sont riverains de l’océan Arctique. Il s’agit du Canada, du Danemark (Groenland), des États-Unis (Alaska), de la Norvège et de la Russie. Quatre de ces pays sont membres de l’OTAN et cela a une grande importance dont je parlerai plus loin.

Ils revendiquent tous des extensions de leur zone économique exclusive (ZEE) et ils sont souvent en litige entre eux pour la fixation des frontières maritimes ou pour la souveraineté sur certaines îles qui apparaissent suite à la fonte de la banquise.

Le Conseil arctique est composé des cinq pays circumpolaire plus la Suède, la Finlande, l’Islande et de six communautés arctiques indigènes. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, la Pologne, l’Espagne et les Pays-Bas y ont le statut d’observateur permanent. La Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Italie ont le statut d’observateur. L’Inde s’interroge pour savoir si le statut d’observateur est utile pour elle. L’Union européenne a aussi le statut  d’observateur. Il est à noter que ce statut lui a été longtemps refusé.

Le Conseil arctique s’occupe des questions liées au développement durable et à la protection de l’environnement.

Les États-Unis en voulant amener l’OTAN dans les négociations et la Chine qui y voit un enjeu geoéconomique cherchent l’internationalisation des accords liés à l’Arctique. Le Canada et la Russie insistent pour que les problèmes soient réglés par des accords entre les pays riverains.

La Russie avait déposé une demande de fixation des limites de son plateau continental devant l’ONU en 2001. Il s’agit d’une revendication d’une surface de 1,2 millions de km² (deux fois la superficie de la France) très riche en hydrocarbures et en gaz. La demande n’a pas été retenue pour manque de preuves scientifiques. Elle n’avait été contestée sur le fond que par les États-Unis. Les trois autres pays riverains ne se prononçant pas. C’est assez cocasse dans le sens où les États-Unis n’ont pas ratifié la Convention de Montego Bay qui traite du droit de la mer. Ils ne devraient logiquement pas intervenir dans un dossier concernant un droit qu’ils ne reconnaissent pas.

Des données complémentaires demandées par la commission de l’ONU à la Russie seront déposées en 2015. Le traité sur la délimitation de la frontière maritime commune avec la Norvège est entré en vigueur en 2011. Il a été ratifié par les deux pays. Il reste un litige entre la Russie et la Norvège concernant la ZEE autour de l’archipel du Svalbard (Spitzberg).

Un segment du passage libre de glaces toute l’année.

Grâce à un courant atlantique chaud, le Gulf Stream, qui passe à proximité de la mer de Barents, une partie du sud de cette mer ne gèle jamais. La Russie a donc un port, Mourmansk, libre de glaces et relié à l’Atlantique toute l’année.

Les projets russes.

La Russie, sous l’impulsion de Vladimir Poutine, a fait du développement de la Sibérie du Nord un projet prioritaire avec l’objectif 2020. Il s’agira d’exploiter les ressources du sous-sol sibérien et du plateau continental. Il faudra pour cela réhabiliter et de moderniser les ports actuellement à l’abandon le long de la côte sibérienne. La Russie construit des centrales nucléaires flottantes de 70 mégawatts qui serviront à fournir de l’électricité à ces villes. La première unité devrait être mise en service en 2016. Elle alimentera la ville militaire de Vilioutchinsk (Kamtchatka).

Une nouvelle flotte de brise-glaces devra être construite. La flotte actuelle est vieillissante, elle date en grande partie de l’époque soviétique. Elle sera à propulsion nucléaire comme les plus gros brise-glaces actuels. Les carburants fossiles ont l’inconvénient de geler par très basse température. Ils présentent donc des problèmes de stockage dans ces régions où les températures peuvent descendre sous les -50 degrés. Je rappelle que la côte sibérienne est située au nord du cercle polaire arctique. Durant l’hiver, la nuit dure plus d’un mois et les vents polaires rendent le froid encore plus vif. L’activité économique tournera à ce moment au ralenti et les villes se videront d’une grande partie de leurs habitants qui en profiteront sans doute pour prendre des vacances. A l’inverse, au solstice d’été, il fait jour 24 h sur 24.

Le projet prévoit aussi la construction de routes et d’aéroports civils et militaires adaptés aux régions polaires. Un programme de nettoyage des anciens sites militaires soviétiques a été décidé. Les milliers de fûts de combustibles qui encombrent la Terre François-Joseph et la Terre Alexandra seront ramenés sur le continent et sécurisés. Le développement de cette région devra tenir compte de la protection de l’environnement en coordination avec les autres pays concernés.

Les ports militaires russes.

A Severomorsk, près de Mourmansk, est situé la principale base de la Flotte du Nord. C’est ici que s’est déroulé le drame du sous-marin Koursk, en août 2000. Il a coulé par 100 mètres de fond dans le mer de Barents. Cette catastrophe a au moins autant de zones d’ombre que la tragédie du 9/11. Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous invite à voir le passionnant film de Jean-Michel Carré : « Koursk, un Sous-marin en Eaux troubles ».

Un tas de bateaux espions et de sous-marins de l’OTAN scrutent les allées et venues des submersibles russes. Leurs signatures acoustiques sont enregistrées et transmises aux services de renseignements des États-Unis. Ils sont stockés et ensuite comparés aux signaux reçus par les balises que les États-Unis ont dispersés dans tous les océans du monde. Les États-Unis peuvent ainsi déterminer où se trouvent les sous-marins russes.

Le navire de ce type le plus connu est le Marjata norvégien qui opère dans les eaux internationales, près des côtes russes..

A l’extrémité sud-est de la Russie se trouve Vladivostok, le QG de la flotte du Pacifique. Les autres bases navales russes sont étalées tout au long de cette côte.

Vilioutchinsk (Kamtchatka) est la principale base sous-marine russe du Pacifique et elle est en phase de modernisation. La ville abrite aussi des navires de guerre de surface. Le premier des deux BPC construits par la France sera normalement affecté à la flotte du Pacifique. Des garde-côtes du Service fédéral de sécurité (FSB) seront déployés dans les ports de la côte sibérienne nord.

Les États-Unis et l’OTAN.

Les États-Unis ont compris l’importance stratégique des passages par la mer Arctique. Ils tenteront d’utiliser les moyens de l’OTAN, leur bras armé, pour renforcer leur présence militaire dans la région. Les trois autres pays de l’OTAN, riverains de l’Arctique, seront sollicités pour augmenter leur présence militaire et pour mettre des bases à la disposition des États-Unis.

Sera-ce uniquement une présence aérienne ou s’agira-t-il aussi d’une présence navale renforcée ?

L’US Air Force possède une base à Thulé (Groenland) et une autre à Anchorage (Alaska) où les États-Unis ont l’intention de déployer 36 avions F22 Raptor. L’Arctique est aussi une pièce maîtresse du bouclier antimissile des États-Unis. La base de Thulé joue un rôle majeur dans ce dispositif. Le recul de la banquise rend aussi le déploiement de destroyers AEGIS possible. Les États-Unis ont commencé la construction d’un nouveau brise-glace conventionnel. Cela semble indiquer qu’ils ont l’intention d’augmenter leur présence navale dans le Grand Nord. Le gouvernement Stephen Harper s’est aussi lancé dans la réoccupation des régions septentrionales du Canada. Il faut reconnaître que c’est aussi pour se protéger des appétits de l’ogre étasunien.

Gageons que les experts du Pentagone ont commencé à plancher sur les plans de contrôle militaire de l’Arctique. Pour eux, il n’est pas admissible que non seulement ils ne contrôlent pas une voie maritime stratégique mais qu’en plus elle soit entièrement dans les eaux territoriales de la Russie. Il est à noter que les États-Unis contestent la souveraineté russe sur les détroits du nord de la Sibérie, notamment sur les détroits de Kara, de Vilkitski et de Laptev. Ces détroits sont sur le passage du Nord-Est.

La machinerie habituelle est déjà lancée.

Des ONG et des associations de protection de la nature émettent des réserves sur l’impact environnemental des projets russes. Les média occidentaux ne tarderont pas à prendre le relais. Cela n’aura évidemment aucune influence sur l’imperturbable administration de Vladimir Poutine. Cela fait partie d’un travail de sape en attendant des mesures stratégiques plus concrètes. Je ne conteste pas le bien-fondé des critiques des associations de protection de la nature. C’est leur synchronisation avec les réserves émises par les États-Unis qui est suspecte, d’autant plus que leur financement vient généralement de ce pays.

L’Europe.

Une fois de plus, l’Union européenne manque de vision géostratégique à moyen et à long terme. Tout occupée qu’elle est à chicaner avec la Russie pour les gazoducs , les visas ou pour imposer sa conception morale à la société russe (homosexualité, Pussy Riot), elle passe à coté d’une opportunité de coopérer avec la Russie sur un projet qui la concerne au premier chef.

Un document assez général et sans mesures volontaristes a été adopté en 2008. Avec quelques autres déclarations, c’est à peu près tout ce que l’Union européenne a exprimé.

L’UE semble plutôt attendre, pour ensuite s’aligner sur la position des États-Unis.

Un exemple concret : les bateaux qui emprunteront le passage du Nord-Est devront être construits avec une coque renforcée pouvant résister au chocs répétés avec les blocs de glace ainsi qu’à l’écrasement par la banquise s’ils devaient être pris par les glaces. Une nouvelle flotte de navires devra être construite. Des brise-glaces géants seront aussi nécessaires pour ouvrir les routes.

Est-ce que quelqu’un a entendu parlé d’un projet européen d’aide aux chantiers navals pour concevoir ces nouveaux bateaux ? On laisse à nouveau la Corée du Sud, la Chine et le Japon prendre une avance qu’on ne comblera jamais.

Les perspectives économiques pour la Russie.

La première raison du nouvel intérêt de la Russie pour l’Arctique est de nature économique. Le potentiel d’extraction d’hydrocarbures et de gaz naturel est énorme et représente des sommes d’argent colossales. On connaît le gisement de Chtokman, une des plus grandes réserves de gaz du monde mais il y a aussi tous les autres gisements qui sont estimés pour l’ensemble de l’Arctique à 12 % du pétrole et à 30 % du gaz non encore découverts de la planète.

Les minerais comme le nickel sont déjà extraits depuis l’ère soviétique. Les usines de traitement du minerai de Norilsk sont d’ailleurs parmi les plus polluantes du monde. D’autres matières premières comme le cuivre, l’aluminium ou l’uranium sont aussi présentes dans le sous-sol sibérien.

Le commerce du bois est une des principales activités économiques de la Sibérie. Les grumes descendront les fleuves par flottage pour atteindre les nouvelles installations portuaires. Le transport se fait actuellement par chemin de fer vers le sud.

En cas d’extension de la ZEE au delà des 200 miles, l’industrie de la pêche russe y trouvera aussi son compte. Les ressources halieutiques de l’océan Arctique sont immenses.

Un réchauffement climatique de quelques degrés supplémentaires libérerait les terre du permafrost et permettrait aussi d’étendre les zones agricoles à partir du sud de la Sibérie. Ces terres sont parmi les plus fertiles du monde. D’autres études indiquent que la disparition du permafrost créera des problèmes de stabilité du sol, surtout gênants pour les habitations, les routes, les lignes de chemin de fer, les oléoducs et les gazoducs.

L’exploitation de la nouvelle voie maritime du Nord-Est sera facilitée par la présence des installations portuaires liées à l’exploitation industrielle de la région : en cas de panne, d’évacuation d’un navire, de surveillance ou de sécurité par exemple.

Les droits de passage et le coût des facilités logistiques (brise-glaces, assurances, secours en mer, sécurisation du passage) devraient être équivalent au péage perçu par l’Égypte pour le canal de Suez. Les navires passeront en convois. Les gains en distance à parcourir et en temps gagné seront donc appréciables pour les compagnies maritimes et ce sera une source de revenus non négligeable pour la Russie.

Conclusion.

Si le recul de la banquise se confirmait, les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest seraient d’une importance commerciale majeure pour l’Europe ainsi que pour la côte Est des États-Unis et du Canada.

Il n’y a pas que les cinq pays riverains qui sont concernés par l’Arctique. La Chine a construit son brise-glace et il est déjà opérationnel dans les eaux arctiques. Un autre est en chantier. D’autres pays non riverains ne tarderont pas à suivre l’exemple de la Chine.

Le revers de la médaille risque d’être une militarisation à outrance de la région polaire arctique et un plus grand risque de pollution. Imaginons des dégazages ou des déballastages sauvages dans l’écosystème fragile de l’Arctique ! Ce serait une catastrophe mortelle pour la faune qui doit déjà s’adapter au recul, voire à la disparition, de la banquise.

Est-ce que une coopération entre tous les acteurs concernés par ce nouvel eldorado est totalement exclue ? Il faut espérer que le bon sens finira par l’emporter et que, en coopérant, tous seront gagnants.

Nous savons à l’avance que le grain de sable viendra des États-Unis qui ne sont pas encore disposés à partager leur leadership mais les choses peuvent changer en 10 ou 20 ans.

Pour finir avec une projection dans l’avenir, il s’agit de 50 à 100 ans, une conséquence possible du réchauffement de la planète ferait des pays du Nord les plus puissants du monde. (Laurence C. Smith. The World in 2050.) Ils succéderaient aux pays du Pacifique qui ont actuellement le vent en poupe. On ne prend pas de risques en l’affirmant ; qui sera encore là pour en témoigner ?

Pierre Van Grunderbeek

 

Sources.

Conclusion du 7e congrès Arctic Frontiers.  http://www.la-croix.com/Ethique/Environnement/L-Arctique-de-nouvelles-chances-de-nouveaux-risques-_NP_-2013-02-18-912382

Conseil de l’Arctique et droit de la mer.  http://www.lygeros.org/articles?n=9778&l=fr

Dépollution de la terre de François-Joseph.  http://www.courrierinternational.com/article/2012/10/18/en-arctique-les-russes-font-le-grand-menage

La Russie et l’Arctique.  http://french.ruvr.ru/2012_09_07/87494659/

Investissement et passage d’un supertanker.  http://www.huffingtonpost.fr/mika-mered/ocean-artique-petrole_b_2258733.html

Marjata : navire espion.  http://translate.googleusercontent.com/translate_c?depth=1&ei=rrczUcCqOOTE0QXn6oDYDQ&hl=fr&prev=/search%3Fq%3Dmarjata%26hl%3Dfr%26biw%3D1066%26bih%3D516&rurl=translate.google.be&sl=en&u=http://www.military-today.com/navy/marjata.htm&usg=ALkJrhgzzPbWewOjUQE9Es-PAByvfrRKyg

The World in 2050.  http://bigthink.com/hybrid-reality/adapt-to-what-laurence-smiths-world-in-2050

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La journaliste Hala Jaber du Sunday Times interview le président syrien, Bachar Al-Assad, à Damas.

Sunday Times : Monsieur le Président, votre récente offre de « dialogue politique » a été fermement rejetée par ces mêmes groupes que vous devez  pacifier pour mettre fin à la violence : les rebelles armés et la Coalition nationale syrienne, principale alliance de l’opposition. Vous offrez donc un rameau d’olivier à la seule opposition loyaliste, en majorité interne, qui renonce à la lutte armée et reconnaît effectivement la légitimité de votre leadership. Avec qui êtes-vous vraiment prêt à dialoguer ?

Le président Assad : Pour plus de précision, permettez-moi de commencer par corriger certaines idées fausses qui circulent et qui sont sous-entendues dans votre question.

Sunday Times : Bien.

Le président Assad : Premièrement, lorsque j’ai annoncé « le plan » [1], j’ai dit que je m’adressais à ceux que le dialogue intéresse, parce que vous ne pouvez proposer un plan reposant sur le dialogue à qui ne croit pas au dialogue. J’ai donc été très clair sur cette question.

Deuxièmement, ce « dialogue ouvert » ne doit pas avoir lieu entre certains groupes exclusifs, mais entre tous les Syriens et à tous les niveaux. C’est un dialogue qui porte sur l’avenir de la Syrie. Nous sommes 23 millions de Syriens et nous avons tous le droit de participer à la construction de l’avenir du pays. Certains peuvent le regarder comme un dialogue entre le gouvernement et certains groupes de l’opposition « externe ou interne ». C’est, en fait, une façon très superficielle de le voir. Il est beaucoup plus global et concerne chaque Syrien et tous les aspects de la vie syrienne. L’avenir de la Syrie ne peut être  déterminé par ses seuls dirigeants, mais par les ambitions et les aspirations de tout son peuple.

L’autre aspect de ce dialogue est qu’il ouvre la porte aux groupes armés pour qu’ils déposent leurs armes. D’ailleurs, nous avons accordé plus d’une amnistie pour faciliter cela. C’est la seule façon d’installer le dialogue avec ces groupes. Cela avait commencé, avant même l’annonce du plan, certains ayant déjà rendu les armes et repris le cours de leur vie normale. Mais, ce « plan » rend le processus plus méthodique, publiquement annoncé et clair.

Concernant l’opposition, une autre erreur de l’Occident consiste à mettre toutes les entités, mêmes hétérogènes, dans le même panier ; comme si tout ce qui s’oppose au gouvernement est dans cette opposition. Nous nous devons d’être clairs sur ce point. Nous avons une opposition correspondant à des entités politiques et nous avons des terroristes armés. Nous pouvons engager le dialogue avec l’opposition, mais nous ne pouvons pas engager le dialogue avec les terroristes ; nous luttons contre le terrorisme !

Une phrase revient souvent [en Occident] : « l’opposition de l’intérieur de la Syrie » ou « l’opposition interne loyale envers le gouvernement »… Les groupes d’opposition devraient être patriotes et loyaux envers la Syrie ! L’opposition interne et externe ne relèvent pas d’une localisation géographique, mais de leurs racines, de leurs ressources, et de leurs représentants. Sont-elles enracinées dans la terre syrienne ? Représentent-elles le peuple syrien et les intérêts syriens ou les intérêts d’un gouvernement étranger ? C’est notre façon de regarder le dialogue, c’est ainsi que nous l’avons commencé, et c’est ainsi que nous allons le poursuivre.

Vidéo : Extrait de l’entrevue en anglais

 

Sunday Times : La plupart l’ont rejeté, du moins si nous parlons des opposants de l’extérieur qui sont devenus « l’organisation saluée en tant qu’Opposition » avec, fondamentalement, le monde entier derrière eux. La plupart l’ont en effet rejeté et certains de ces opposants ont décrit votre offre comme une «perte de temps» ; d’autres ont déclaré qu’il s’agissait d’une « rhétorique creuse » fondée sur un manque de confiance ; William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, considérant qu’elle allait « au-delà de l’hypocrisie », les Américains disant que vous étiez dans un ” déni de la réalité “ !

Le président Assad : Je ne ferai aucun commentaire sur ce que ces soi-disant organisations, extérieures à la Syrie, ont dit. Ces organisations ne sont pas indépendantes. En tant que Syriens, nous sommes indépendants et nous devons répondre à des organisations indépendantes, ce qui n’est pas leur cas. Alors, intéressons-nous aux autres allégations.

À propos du « déni de la réalité » : la Syrie se bat contre les adversaires et les ennemis depuis deux ans ; vous ne pouvez pas le faire si vous n’avez pas le soutien du peuple. Le peuple ne vous soutiendra pas si vous êtes détaché de la réalité. Au Royaume-Uni, une étude récente montre qu’une proportion non négligeable de britanniques demandent à leur gouvernement de « rester en dehors de la Syrie » et pensent pas qu’il ne devrait pas fournir du matériel militaire aux rebelles en Syrie. En dépit de cela, le gouvernement britannique continue de pousser l’Union européenne à lever son embargo sur les armes en direction des rebelles en Syrie, et à entreprendre de leur livrer des « armes lourdes ». Etre ainsi détaché de votre propre opinion publique, c’est ce que j’appelle un « déni de la réalité » !

Ils vont plus loin encore lorsqu’ils déclarent qu’ils veulent envoyer une « aide militaire » qu’ils présentent comme « non létales » ; alors que les renseignements, l’assistance financière et en moyens de communication fournis, sont quand même létaux ! Les événements du 11 Septembre n’ont pas été commis par des « aides létales ». C’est l’utilisation et l’entrainement à une technologie non-létale qui ont causé les atrocités. Le gouvernement britannique veut envoyer une aide militaire aux « groupes modérés », en sachant très bien que ces groupes modérés n’existent pas en Syrie. Maintenant, nous savons tous que nous combattons Al-Qaïda ou Jabhat al-Nusra – qui est une émanation d’Al-Qaïda – et d’autres groupes d’individus endoctrinés par des idéologies extrémistes. C’est cela qui est « au-delà de l’hypocrisie » !

Ce qui est « au-delà de l’hypocrisie » est que vous parliez de « liberté d’expression » quand vous bannissez la diffusion des chaines de télévision syriennes par les satellites européens ; quand vous pleurez pour quelqu’un qui a été tué par des terroristes en Syrie, tout en empêchant le Conseil de sécurité de prononcer une déclaration dénonçant un attentat suicide, tel celui qui a eu lieu la semaine dernière à Damas, alors que vous y étiez, et  où trois cents Syriens dont des femmes et des enfants ont été tués ou blessés… tous des civils ! C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous prêchez les droits de l’homme et que vous allez, en Irak, en Afghanistan et en Libye, tuer des centaines de milliers de personnes dans des guerres illégales. C’est au-delà de l’hypocrisie quand vous parlez de démocratie et que vos alliés les plus proches sont les pires régimes autocratiques du monde et appartiennent aux siècles médiévaux. C’est cela l’hypocrisie !

Sunday Times : Mais vous vous référez toujours aux personnes qui se battent ici [en Syrie] comme à des terroristes, acceptez-vous, même si certains sont de Jabhat al-Nusra ou affiliés à Al-Qaïda, qu’il en existe d’autres qui sont de l’ASL [Armée Syrienne Libre] ou sous l’égide de l’ASL ? Acceptez-vous que certains soient des déserteurs et que certains autres soient simplement des gens ordinaires qui ont initié une frange de la rébellion ? Ceux-là ne sont pas des terroristes ; ce sont des gens qui se battent pour ce qu’ils croient être bon pour le moment.

Le président Assad : Quand nous disons que nous combattons Al-Qaïda, nous voulons dire que le groupe terroriste principal et le plus dangereux est Al-Qaïda. J’ai dit lors de plusieurs interviews et discours que ce n’est pas le seul groupe présent en Syrie. Le spectre va des petits criminels, aux trafiquants de drogue, aux groupes qui kidnappent et tuent juste pour de l’argent, jusqu’aux mercenaires et rebelles armés. Il est clair que ceux-là n’ont ni programme politique ni aucune motivation idéologique.

La soi-disant « Armée Syrienne libre » n’est pas l’entité que l’Occident voudrait faire croire à vos lecteurs. Il y a des centaines de petits groupes tels que définis par les organismes internationaux qui travaillent avec Annan et Al-Ibrahimi. Il ne s’agit en aucun cas d’une entité, il n’y a pas de leadership, il n’y a pas de hiérarchie ; mais différents gangs oeuvrant pour diverses raisons. L’ « Armée syrienne libre » est tout simplement le titre, le parapluie utilisé pour légitimer ces groupes.

Cela ne veut pas dire qu’i il n’y avait pas un mouvement spontané au tout début du conflit. Il y avait des gens qui voulaient des changements en Syrie et je l’ai moi même publiquement reconnu à plusieurs reprises. C’est pourquoi j’ai dit que le dialogue n’est pas pour le conflit en soi mais concerne l’avenir de la Syrie, parce que beaucoup de groupes persistent dans leur volonté de changement et sont désormais contre les terroristes. Ils continuent à s’opposer au gouvernement, mais ne portent pas d’armes. Que vous ayez des besoins légitimes ne rend pas vos armes légitimes !

Sunday Times : Dans votre plan en 3 étapes, la première parle de la cessation de la violence. Manifestement, il y a d’une part l’armée et d’autre part les combattants. Or, dans le cas de l’armée vous avez une hiérarchie et donc si vous voulez un cessez-le-feu, il y a un commandant qui peut le contrôler. Mais quand vous proposez la cessation de la violence ou du feu, comment pouvez-vous supposer la même chose pour autant de groupes rebelles que vous dites si dispersés et sans direction unifiée ? C’est donc l’une des exigences de votre plan qui parait fondamentalement  impossible. Ensuite, vous parlez de référendum, mais étant donné le grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur et à l’extérieur de vos frontières dont beaucoup sont l’épine dorsale de l’opposition, il ne semble pas que les résultats de ce référendum puissent être justes. Enfin, la troisième étape de votre plan concernant les élections législatives, espérées avant 2014, fait que la liste des réalisations à atteindre d’ici là est fort longue ! Dès lors, quelles sont vos véritables conditions pour que le dialogue se tienne, et est ce que certaines de vos conditions suggérées ou offertes ne sont pas impossibles à réaliser?

Le président Assad : Cela dépend de la façon dont nous regardons la situation. Tout d’abord, disons que l’article principal du plan est le dialogue, lequel dialogue décidera du calendrier de tout le reste, dont les procédures et les détails de ce même plan. Le premier article implique la cessation de la violence. Si nous ne pouvons pas arrêter cette violence, comment pourrions-nous parvenir aux autres articles tels que le référendum et les élections, et ainsi de suite ? Mais dire que vous ne pouvez pas arrêter la violence n’est pas une raison pour ne rien faire. Oui, il ya beaucoup de groupes sans réel leadership comme je les ai décrits, mais nous savons que leur véritable leadership se situe dans ces pays qui les financent et leur fournissent armes et équipements ; principalement la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Si des pays tiers veulent vraiment aider le processus planifié, ils doivent faire pression sur ces pays afin qu’ils cessent d’approvisionner les terroristes. Comme tout autre État souverain, nous ne négocierons pas avec des terroristes !

Sunday Times : Vos critiques disent que d’authentiques et véritables négociations pourraient mener à votre chute et à celle de votre gouvernement ou régime, que vous le savez, et que c’est pour cela que vous proposez des scénarios pratiquement irréalisables pour le dialogue et les négociations.

Le président Assad : En fait, je ne sais pas cela, je sais son contraire ! Restons logiques et réalistes. Si tel était le cas, ces ennemis, adversaires ou opposants devraient pousser au dialogue puisqu’ils estiment qu’il leur offrira ma chute. En réalité, ils font tout le contraire. Ils empêchent les «organisations de l’opposition extérieures à la Syrie » de participer au dialogue, car je pense qu’ils croient l’exact opposé de ce qu’ils disent et savent que ce dialogue n’amènera pas ma chute, mais fera que la Syrie en sortira vraiment plus forte. Ceci pour le premier aspect.

Le deuxième aspect est que l’ensemble du dialogue porte sur la Syrie, sur l’avenir de la Syrie et aussi sur le terrorisme ; non sur les postes et les personnalités. Par conséquent, ils feraient mieux de ne pas détourner l’attention du peuple en parlant de ce dialogue et de ce qu’il pourrait apporter ou non au président. Je ne le fais pas moi-même. En fin de compte, c’est une contradiction. Ce qu’ils disent est  en contradiction avec ce qu’ils font !

Sunday Times : Vous avez bien dit que s’ils poussaient au dialogue, ils pourraient entrainer votre chute ?

Le président Assad : Non, vu ce qu’ils déclarent pouvoir amener ma chute, j’ai dit : pourquoi ne viendraient-ils pas au dialogue? Ils disent que le dialogue conduira à la chute du président et moi, je les invite au dialogue. Pourquoi n’acceptent-ils pas un dialogue pour s’offrir ma chute ? La réponse est évidente. C’est pourquoi j’ai dit qu’ils se contredisent !

Sunday Times : Monsieur le Président, John Kerry, un homme que vous connaissez bien, a commencé une tournée qui le mènera ce week-end en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie où il leur parlera des moyens de « faciliter votre éviction ». En début de semaine, il a déclaré à Londres comme à Berlin que le président Assad devait partir et aussi qu’une de ses premières actions serait d’élaborer des propositions diplomatiques pour vous persuader d’abandonner le pouvoir. L’inviteriez-vous à Damas pour en discuter ? Que lui diriez-vous ? Quel serait votre message du moment, étant donné ses déclarations et ce qu’il s’est préparé à dire à ses alliés lors de sa visite de cette fin de semaine ? Et, si possible, comment le décririez-vous en fonction de vos relations dans le passé ?

Le président Assad : Je préfère décrire les politiques plutôt que de décrire les personnes. Aussi, il est encore trop tôt pour le juger. Il est à seulement quelques semaines de sa nomination en tant que secrétaire d’État. Mais, avant tout, le point que vous avez évoqué est lié à des questions ou à des affaires internes syriennes. Aucun sujet syrien de cet ordre ne sera soulevé avec des personnes étrangères. Nous n’en discutons qu’entre syriens et en Syrie. Je ne vais donc pas en discuter avec quiconque qui viendrait de l’étranger. Nous avons des amis et nous discutons de nos problèmes avec les amis. Nous écoutons leurs conseils, mais finalement la décision est nôtre et il nous appartient, en tant que syriens, de penser ou de faire ce qui est bon pour notre pays.

Si quelqu’un veut « vraiment » – et j’insiste sur le mot vraiment – aider la Syrie et aider à la cessation de la violence dans notre pays, il ne peut faire qu’une seule chose ; il peut se rendre en Turquie et s’asseoir avec Erdogan pour lui dire de stopper la contrebande de terroristes vers la Syrie, d’arrêter d’envoyer des armes, de cesser de fournir un soutien logistique aux terroristes. Il peut aussi aller à Arabie saoudite et au Qatar pour leur dire de cesser de financer les terroristes en Syrie. C’est la seule chose que n’importe qui pourrait faire en ce qui concerne le versant externe de notre problème, mais nul étranger ne peut s’occuper du versant interne.

Sunday Times : Alors, quel est votre message à Kerry ?

Le président Assad : Il est très clair. Il faut comprendre que ce que je dis aujourd’hui, n’est pas un message adressé à Kerry seulement, mais à tous ceux qui parlent de la question syrienne : seul le peuple syrien peut dire au président de rester ou de quitter, de venir ou de partir. Je le dis clairement afin que tous les autres ne perdent pas leur temps et sachent sur quoi se concentrer.

Sunday Times : Quel rôle, le cas échéant, voyez-vous pour la Grande-Bretagne au niveau du processus de paix en Syrie ? Y a-t-il eu des contacts informels avec les Britanniques ? Quelle est votre réaction devant le soutien de Cameron à l’opposition ? Que lui diriez-vous si vous étiez assis en face de lui en ce moment, surtout que la Grande-Bretagne appelle à l’armement des rebelles ?

Le président Assad : Il n’y a pas de contact entre la Syrie et la Grande-Bretagne depuis longtemps. Si nous parlons de son rôle, nous ne pouvons pas le séparer de sa crédibilité, comme nous ne pouvons pas séparer sa crédibilité, elle-même, de l’histoire de ce pays. Pour être franc, maintenant que je parle à une journaliste britannique et à un public britannique, la Grande-Bretagne a joué un fameux rôle [dans notre région], un rôle non constructif dans plusieurs domaines et depuis des décennies, certains diraient depuis des siècles ! Je vous dis ici la perception que nous en avons dans notre région.

Le problème avec ce gouvernement est que sa rhétorique superficielle et immature ne fait que souligner cette tradition de harcèlement et d’hégémonie. Franchement, comment peut-on s’attendre à ce que nous demandions à la Grande-Bretagne de jouer un rôle en Syrie alors qu’elle est déterminée à militariser le problème ? Comment pourrions-nous leur demander de jouer un rôle pour que la situation s’améliore et se stabilise ? Comment pourrions-nous nous attendre à ce qu’ils contribuent à atténuer la violence, alors qu’ils veulent envoyer des fournitures militaires aux terroristes et n’essayent même pas de faciliter le dialogue entre les Syriens ? Ce ne serait pas logique. Je pense qu’ils travaillent contre nous et contre les propres intérêts du Royaume-Uni. Ce gouvernement agit d’une manière naïve, confuse et peu réaliste. Si les Britanniques veulent jouer un rôle, ils devraient changer cela et agir d’une manière plus raisonnable et responsable. D’ici-là, nous n’attendons pas qu’un pyromane se comporte en pompier !

Sunday Times : En 2011, vous aviez dit que vous ne gaspillerez pas votre temps à parler avec les meneurs de l’opposition. Je parle ici des organisations externes dont vous aviez, en fait, à peine reconnu l’existence. Qu’est-ce qui vous a récemment fait changer d’avis ? Quel type de pourparlers avez-vous, le cas échéant, avec les rebelles qui sont un facteur et une composante majeure dans cette crise ? Ce, d’autant plus que votre ministre des Affaires étrangères, Mouallem, a déclaré plus tôt dans la semaine et lors de sa visite en Russie que le gouvernement est ouvert à des discussions avec l’opposition armée. Pouvez-vous préciser ?

Le président Assad : En réalité, je n’ai pas changé d’avis. Encore une fois, ce plan ne leur est pas destiné, mais à tout Syrien qui accepte le dialogue. Donc, cette dernière initiative ne traduit pas un changement d’avis.

Ensuite, depuis le premier jour de cette crise, commencée il y a deux ans, nous avons dit que nous étions prêts au dialogue ; rien n’a changé depuis. Nous avons une position très cohérente à l’égard du dialogue. Certains pourraient comprendre que j’ai changé d’avis parce que je n’ai pas reconnu la première entité [de l’opposition], alors que je reconnaitrais la seconde entité. Je n’ai reconnu ni l’une, ni l’autre. Plus important encore, le peuple syrien ne les reconnait pas et ne les prend pas au sérieux. Lorsqu’ un produit échoue sur le marché, ils le retirent. Ils changent son nom, changent son emballage avant de le rélancer. Il n’empêche qu’il est toujours défectueux. La première et la deuxième organisation de l’opposition sont un seul et même produit avec un emballage différent.

Concernant la déclaration de notre ministre, M. Moallem, elle était des plus claires. Une part de notre initiative est que nous sommes prêts à négocier avec quiconque, y compris avec les rebelles qui déposent leurs armes. Nous ne traiterons pas avec des terroristes déterminés à garder leurs armes pour terroriser la population, tuer des civils, attaquer les lieux publics ou les entreprises privées, et détruire le pays.

Sunday Times : Monsieur le Président, le monde regarde la Syrie et voit un pays en cours de destruction, avec au moins 70 000 morts, plus de 3 millions de personnes déplacées, et des divisions sectaires de plus en plus profondes. Beaucoup de gens autour du monde vous blâment. Qu’est-ce que vous leur répondez ? Êtes-vous à blâmer pour ce qui s’est passé dans le pays que vous dirigez ?

Le président Assad : Vous donnez ces chiffres comme s’il s’agissait d’un tableau numérique, alors que certains acteurs les utilisent pour faire avancer leur agenda politique, et c’est malheureusement la réalité. Pour nous Syriens et indépendamment de leur exactitude, chacun de ces chiffres représente un homme, une femme ou un enfant syriens. Quand vous parlez de milliers de victimes, nous voyons des milliers de familles qui ont perdu des êtres chers dont ils porteront le deuil pendant des années et des années. Personne ne peut éprouver cette douleur plus que nous-mêmes !

Si nous nous penchons sur la question des agendas politiques, nous devons nous poser des questions plus importantes. Comment ces chiffres ont-ils été vérifiés ? Combien de combattants étrangers représentent-ils ? Combien y a t-il de combattants âgés de 20 à 30 ans ? Combien d’entre eux étaient des civils, des femmes ou des enfants, tous innocents ? La situation sur le terrain fait qu’il est presque impossible d’obtenir des réponses précises à ces questions.

Nous savons tous combien ont été manipulés, dans le passé, les chiffres de morts et de blessés pour ouvrir la voie à des « interventions humanitaires ». Le gouvernement libyen a récemment annoncé que le nombre de morts « avant l’invasion » de la Libye a été exagéré; ils ont parlé de cinq mille victimes de part et d’autre tandis que les chiffres qui ont circulé à l’époque [de l’invasion] parlaient de dizaines de milliers de personnes.

Les Britanniques et les Étasuniens, présents physiquement en Irak pendant la guerre, ont été incapables de fournir des chiffres précis sur les victimes tuées du fait de leur invasion. Soudain, voilà que ces mêmes sources sont capables de décompter très précisément les victimes syriennes. C’est un étrange paradoxe !

C’est en toute simplicité que je vous dis que ces chiffres n’existent pas dans la réalité. Ils font partie de leur réalité virtuelle, celle qu’ils veulent créer pour faire avancer leur agenda et pousser vers une intervention militaire, sous couvert d’une intervention humanitaire !

Sunday Times : Si je puis me permettre de revenir sur ce point en particulier, même si les chiffres sont exagérés et pas vraiment précis, ils sont corroborés par des groupes syriens et quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins que des milliers de syriens ont été tués. Certains étaient des combattants, mais d’autres étaient des civils. Certains sont morts lors d’offensives militaires menées, par exemple, par l’artillerie ou l’aviation sur certains secteurs. Donc, même si nous ne nous basions pas sur des chiffres exacts, ils continuent à vous blâmer pour les civils tués lors d’offensives de l’armée. Acceptez-vous cela ?

Le président Assad : Tout d’abord, nous ne pouvons pas parler de leur nombre sans citer des noms. Les personnes qui ont été tuées ont des noms. Ensuite, pourquoi sont-ils morts? Où et comment ont-ils été tués? Qui les a tués? Les bandes armées, les groupes terroristes, les criminels, les kidnappeurs, l’Armée, qui les a tués ?

Sunday Times : Une combinaison de toutes ces opérations.

Le président Assad : C’est, en effet, une combinaison ; mais il semble que vous laissez entendre qu’une seule personne est responsable de la situation actuelle et de toutes les pertes en vies humaines. Dès le premier jour, la situation en Syrie a été influencée par les dynamiques militaire et politique, le tout évoluant très rapidement. Dans de telles situations, vous avez les catalyseurs et les obstacles. Supposer qu’un côté est responsable de tous les obstacles alors qu’un autre est responsable de toutes les catalyses est absurde.

Beaucoup trop de civils innocents sont morts et beaucoup trop de Syriens sont dans la souffrance. Comme je l’ai déjà dit, personne n’est plus en peine que les Syriens eux-mêmes et c’est pourquoi nous incitons à un dialogue national. Je ne suis pas dans une affaire de blâme, mais si vous parlez de ma responsabilité, il est clair que j’ai la responsabilité constitutionnelle de garder la Syrie et son peuple à l’abri des terroristes et des groupes radicaux.

Sunday Times : Quel est le rôle d’Al-Qaïda et d’autres djihadistes et quelles menaces représentent-ils pour la région et l’Europe ? Craignez-vous que la Syrie ne se transforme en quelque chose de semblable à la Tchétchénie il y a quelques années ? Êtes-vous préoccupé par le sort des minorités si vous perdiez cette guerre, ou encore par une guerre sectaire comme en Irak ?

Le président Assad : Le rôle d’Al-Qaïda en Syrie est comme le rôle d’Al-Qaïda partout ailleurs dans le monde; assassinat, décapitation, torture, interdiction des enfants d’aller à l’école parce que, comme vous le savez, l’idéologie d’Al-Qaïda prospère là où il y a de l’ignorance. Ils tentent de s’infiltrer dans la société avec leurs sombres idéologies extrémistes, et ils réussissent !

Si vous deviez vous inquiéter pour quoi que ce soit en Syrie, ce n’est pas pour les « minorités » qu’il faudrait vous inquiéter. C’est une vision trop superficielle car la Syrie est un creuset de religions, de confessions, d’ethnies et d’idéologies qui, ensemble, forment un mélange homogène sans rapport avec des proportions ou des pourcentages. Nous devrions plutôt nous inquiéter pour la majorité des Syriens modérés qui, si nous ne combattons pas cet extrémisme, pourraient devenir la minorité. Alors la Syrie cessera d’exister !

Si vous envisagez votre inquiétude dans ce dernier sens, vous auriez du souci à vous faire pour le Moyen-Orient, parce que nous sommes le dernier bastion de la laïcité dans la région. Et si vous admettez cela, alors le monde entier devra s’inquiéter pour sa stabilité. Voilà la réalité telle que nous la voyons.

Sunday Times : Jusqu’à quel point Al-qaïda est-elle menaçante aujourd’hui ?

Le président Assad : Elle est menaçante par son idéologie plus que par ses assassinats. Certes les attentats sont dangereux, mais ce qui est tout aussi irréversible est la dangerosité de son idéologie. Nous avons mis en garde contre ceci depuis de nombreuses années, même avant le conflit, et nous avons eu à faire avec cette idéologie depuis les années soixante-dix. Nous étions les premiers de la région à faire face à ces terroristes qui ont revêtu le prétendu manteau de l’Islam.

Nous n’avons cessé d’avertir de cela, surtout pendant la décennie de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. L’Occident se contente de réagir face à une situation donnée, mais n’agit pas. Nous devons commencer par traiter l’idéologie. Une guerre contre le terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie ne mènera nulle part et ne fera qu’empirer les choses. Elle est une menace et un danger non seulement pour la Syrie, mais pour toute la région.

Sunday Times : Récemment, et notamment hier, il a été rapporté que des responsables US auraient déclaré que la décision de ne pas armer les rebelles pourrait être révisée. Si cela devait arriver quelles seront, selon vous, les conséquences en Syrie et dans la région ? Que diriez-vous pour mettre en garde contre cela, maintenant qu’ils parlent d’équiper « directement » les rebelles avec des véhicules blindés et des gilets de protection en plus d’assurer leur entrainement militaire.

Le président Assad : Vous savez que le crime ne concerne pas uniquement la victime et le criminel, mais aussi le complice et le soutien , qu’il s’agisse d’un soutien moral ou logistique. J’ai dit à plusieurs reprises que la Syrie se trouvait sur une « ligne de faille » géographiquement, politiquement, socialement et idéologiquement. Par conséquent, jouer sur cette ligne aura de graves répercussions dans tout le Moyen-Orient. Aujourd’hui, la situation est-elle meilleure en Libye ? Au Mali ? En Tunisie ? En Egypte ? N’importe quelle intervention n’améliorera pas les choses, elles iront de pire en pire. L’Europe, les États-Unis et d’autres vont tôt ou tard payer le prix de l’instabilité dans cette région, ce qu’ils n’ont pas prévu.

 Sunday Times : Quel est votre message à Israël après ses raids aériens sur la Syrie ? Userez-vous de représailles ? Comment répondrez-vous à une future attaque, d’autant plus qu’Israël a déclaré qu’il attaquerait de nouveau s’il pensait devoir le faire ?

Le président Assad : À chaque fois la Syrie a riposté, mais à sa façon et pas nécessairement du tac au tac. Nous avons riposté à notre manière et les Israéliens savent ce que nous voulons dire.

Sunday Times : Pouvez-vous développer ?

Le président Assad : Oui. Riposte ne veut pas dire missile pour missile ou balle pour balle. Notre manière de riposter n’a pas à être annoncée; les Israéliens savent de quoi je parle.

Sunday Times : Pouvez-vous nous dire comment ?

Le président Assad : Nous n’avons pas à faire ce genre d’annonce.

Sunday Times : J’ai rencontré un garçon de sept ans en Jordanie

Le président Assad : Un garçon syrien ?

Sunday Times : Un garçon syrien qui avait perdu un bras et une jambe par un tir de missile dans Herak. Cinq enfants de sa famille avaient été tués dans cette explosion. En tant que père, que pouvez-vous dire à ce petit garçon ? Pourquoi tant de civils innocents sont-ils morts sous des frappes aériennes, parfois des bombardements de l’armée et parfois, je cite, sous  « les fusillades des chabiha » ?

Le président Assad : Quel est son nom ?

Sunday Times : J’ai son nom Je vous le donnerai plus tard.

Le président Assad : Comme je l’ai déjà dit, toutes les victimes de cette crise ont un nom et chaque victime a une famille. Par exemple, le petit Saber a cinq ans et a perdu une jambe, sa mère ainsi que d’autres membres de sa famille alors qu’il ne faisait que prendre son petit déjeuner à son domicile familial. Le petit Rayan a quatre ans, il a vu ses deux frères se faire égorger parce qu’ils avaient participé à une manifestation. Aucune de ces familles n’avait d’affiliations politiques.

Les enfants sont le maillon le plus fragile dans n’importe quelle société et, malheureusement, ils paient souvent le plus lourd tribut en cas de conflit. En tant que père de jeunes enfants, je sais ce que c’est que de voir son enfant touché par une légère blessure, alors que dire en cas de graves blessures ou de décès ; la pire des choses qui puisse arriver à une famille que toute la famille ?

Dans tous les conflits, vous vivez de tels événements douloureux qui affectent toute la société ; et c’est justement la raison majeure qui nous incite fortement à lutter contre le terrorisme. Les véritables humanistes qui ressentent notre douleur face à ceux que nous avons perdus, et face à nos enfants, devraient encourager leurs gouvernements à interdire la contrebande d’armes et de terroristes et à empêcher les terroristes de recevoir des fournitures militaires de tous les pays.

Sunday Times : Monsieur le Président, la nuit, quand vous êtes couché dans votre lit, entendez-vous les explosions à Damas ? Comme tant d’autres syriens, êtes-vous inquiet pour votre famille ? Craignez-vous qu’à un moment donné votre propre sécurité soit menacée ?

Le président Assad : Je vois les choses tout à fait différemment. Quelqu’un peut-il être sûr que lui et sa famille puissent rester à l’abri quand tout le pays est en danger ? En réalité, NON ! Si votre pays n’est pas en sûreté, vous ne pouvez pas être en sûreté. Ainsi, au lieu de vous soucier de vous-même et de votre famille, vous devez vous soucier de chaque citoyen et de chaque famille de votre pays. C’est donc une relation mutuelle.

Sunday Times : Vous savez les préoccupations internationales concernant les armes chimiques de la Syrie. Est-il possible que votre armée les utilise en dernier ressort contre vos adversaires ? Des rapports suggèrent qu’ils ont été déplacés à plusieurs reprises. Si oui, pourquoi ? Partagez-vous la crainte internationale de les voir tomber aux mains des rebelles islamistes? Quel est le pire qui puisse arriver ?

Le président Assad : Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie.

Sunday Times : Je sais que vous ne dites pas si ces armes sont en lieu sûr ou non. Il n’empêche que des craintes existent sur le fait que certains puissent se les approprier.

Le président Assad : C’est l’ambiguïté constructive. Aucun pays ne parle de ses capacités en la matière.

Sunday Times : Un autre sujet est aussi très commenté : Quels sont les rôles du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie dans la guerre sur le terrain ? Savez-vous s’il y a des combattants du Hezbollah en Syrie et que font-ils ? Quelles armes vous sont livrées par vos alliés russes et iraniens, et quels sortes d’autres soutiens vous apportent-ils ?

Le président Assad : La position de la Russie est très claire en matière d’armement. Les russes fournissent à la Syrie des armes défensives, en conformité avec le droit international. Le Hezbollah, l’Iran et la Russie soutiennent la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme. La Russie a été très constructive, l’Iran nous a très favorablement soutenus, et le rôle du Hezbollah est de défendre le Liban non la Syrie. Nous sommes un pays de 23 millions d’habitants avec une armée nationale forte et des forces de police. Nous n’avons pas besoin de combattants étrangers pour défendre notre pays. La question qui devrait nous être posée concernerait plutôt le rôle d’ autres pays – le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, la France, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, – qui soutiennent le terrorisme en Syrie, directement ou indirectement, politiquement ou militairement.

Sunday Times : Un autre sujet est aussi très commenté : Quels sont les rôles du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie dans la guerre sur le terrain ? Savez-vous s’il y a des combattants du Hezbollah en Syrie et que font-ils ? Quelles armes vous sont livrées par vos alliés russes et iraniens, et quels sortes d’autres soutiens vous apportent-ils ?

Le président Assad : La position de la Russie est très claire en matière d’armement. Les russes fournissent à la Syrie des armes défensives, en conformité avec le droit international. Le Hezbollah, l’Iran et la Russie soutiennent la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme. La Russie a été très constructive, l’Iran nous a très favorablement soutenus, et le rôle du Hezbollah est de défendre le Liban non la Syrie. Nous sommes un pays de 23 millions d’habitants avec une armée nationale forte et des forces de police. Nous n’avons pas besoin de combattants étrangers pour défendre notre pays. La question qui devrait nous être posée concernerait plutôt le rôle d’ autres pays – le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite, la France, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, – qui soutiennent le terrorisme en Syrie, directement ou indirectement, politiquement ou militairement.

Sunday Times : Monsieur le Président, permettez-moi de vous interroger sur votre propre position. Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a récemment déclaré que Lakhdar Ibrahimi s’était plaint du peu de flexibilité de votre régime et que, même si vous semblez ne jamais dire NON, vous ne semblez jamais dire OUI. Pensez-vous qu’un règlement négocié soit possible tant que vous resterez président, question que beaucoup de gens se posent ?

Le président Assad : N’attendez pas d’un politicien qu’il vous réponde par un oui ou par un non dans un sens absolu, quoiqu’il ne s’agisse pas de questions à choix multiples où vous cochez la bonne ou la mauvaise réponse. En revanche vous pouvez attendre d’un politicien qu’il vous parle d’une vision. La nôtre est très claire. Nous avons proposé un plan. Celui qui veut travailler avec nous, peut le faire sur la base de ce plan. C’est très clair et il est inutile de perdre son temps. Ceci dit, votre question traduit « la personnalisation du problème syrien » prêchée par les médias occidentaux pour laisser croire que l’ensemble du conflit relève du président et de son propre avenir.

Si ce prétexte est correct, mon départ ferait cesser les combats ; ce qui est clairement absurde. Les précédents récents, en Libye, au Yémen et en Égypte en témoignent. Ce qui les motive est d’essayer de se soustraire à l’essentiel du problème : le dialogue, les réformes et la lutte contre le terrorisme. L’héritage de leurs interventions dans notre région a été le chaos, la destruction et le désastre. Par conséquent, comment peuvent-ils justifier une nouvelle intervention ? Ils ne le peuvent pas ! Alors, ils se concentrent sur le blâme du président, poussent à son départ, font douter de sa crédibilité, se demandent s’il vit dans une bulle, et prétendent qu’il est dans le déni de la réalité. C’est ainsi que le point de focalisation du conflit devient le président !

Sunday Times : Certains fonctionnaires étrangers ont appelé à vous juger pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale en tant que personne responsable, en dernier ressort, des exactions de l’armée? Craignez-vous les poursuites par cette Cour, ou d’autres poursuites futures lors d’éventuels procès en Syrie ?

Le président Assad : Chaque fois qu’un problème lié à l’ONU est soulevé, vous soulevez la question de sa crédibilité. Nous savons tous que ces vingt dernières années, et particulièrement suite à l’effondrement de l’Union soviétique, l’ONU et toutes les organisations qui en dépendent sont, sans exceptions, les victimes de l’hégémonie au lieu d’être des bastions de la justice. Elles sont devenues des outils politisés pour créer l’instabilité et attaquer des pays souverains, ce qui est contraire la Charte de l’ONU ! Maintenant, la question que nous devons nous poser : vont-ils juger les dirigeants US et britanniques pour avoir attaqué l’Irak en 2003 et avoir fauché plus d’un demi-million de vies sans parler des orphelins, des handicapés, des défigurés et malformés ? Vont-ils juger les US, les britanniques, les français et d’autres qui se sont rendus, l’année dernière, en Libye sans résolution de l’ONU pour faucher à nouveau des centaines de vies ? Ils ne vont pas le faire. La réponse est très claire.

Par ailleurs, savez-vous que l’envoi de mercenaires dans tout pays est un crime de guerre selon les principes de Nuremberg et conformément à la Charte de Londres de 1945. Vont-ils juger Erdogan devant ce même tribunal parce qu’il a envoyé des mercenaires en Syrie ? Vont-ils faire de même avec les Saoudiens et les Qataris ? Si nous avions les bonnes réponses à ces questions, nous pourrions continuer à parler des organisations pour la paix et de leur crédibilité.

Ma réponse à moi est très brève: lorsque des personnes défendent leur pays, ils ne tiennent compte de rien d’autre !

Sunday Times : Regarder en arrière est une chose merveilleuse, Monsieur le Président. Si vous pouviez remonter le temps deux ans en arrière, auriez-vous géré les choses différemment ? Croyez-vous qu’il y a des choses qui auraient pu ou auraient dû être faites d’une autre manière ? Quelles sont les erreurs commises par vos partisans que vous penseriez rectifier ?

Le président Assad : Vous pouvez poser cette question à un président qui serait le seul responsable du cours des événements. Dans notre cas, en Syrie, nous savons qu’interviennent de nombreux acteurs extérieurs. Partant de ce présent, vous devez juger rétrospectivement chacun des acteurs. Avec le recul, vous devez demander à M. Erdogan : auriez-vous envoyé des terroristes pour tuer des Syriens et leur auriez-vous procuré toutes sortes de soutien logistique ? Avec le recul, vous devez demander au Qatar et à l’Arabie saoudite : auriez-vous financé des terroristes, des réseaux d’Al-qaïda ou toute autre organisation terroriste pour tuer des Syriens ? Avec le même recul, vous devriez poser les mêmes questions aux fonctionnaires US et européens : auriez-vous offert un parapluie politique aux terroristes qui tuent des civils innocents en Syrie ?

En Syrie, nous avons pris deux décisions. La première consiste à lancer le dialogue, la seconde consiste à lutter contre le terrorisme. Si, avec le recul, vous demandez à n’importe quel Syrien : diriez-vous NON au dialogue et OUI au terrorisme? Je ne pense pas qu’une seule personne, saine d’esprit, serait d’accord. Donc, avec le recul, je pense que nous avons commencé par le dialogue et que nous allons continuer le dialogue. Avec le recul, nous avons dit que nous allons lutter contre le terrorisme et nous allons continuer à combattre le terrorisme.

Sunday Times : Avez-vous jamais pensé vivre en exil si les choses en arrivaient jusque là ? Et est-ce que vous quitteriez votre pays si cela devait augmenter  les chances de paix en Syrie ?

Le président Assad : Encore une fois, il ne s’agit pas du président. Je ne pense pas que n’importe quel patriote ou citoyen pourrait songer à vivre hors de son pays.

Sunday Times : Vous ne quitterez jamais ?

Le président Assad : Nul patriote ne peut songer à vivre hors de son pays. Je suis comme n’importe quel autre syrien patriote.

Sunday Times: Jusqu’à quel point avez-vous été secoué par la bombe qui a tué certains de vos plus hauts généraux l’été dernier, y compris votre beau-frère ?

Le président Assad : Vous avez mentionné mon beau-frère, mais ce n’est pas une affaire de famille. Lorsque des hauts fonctionnaires sont assassinés c’est une affaire nationale ! Un tel crime, vous rend plus déterminé à combattre le terrorisme. Cela ne concerne pas ce que vous ressentez, mais plutôt ce que vous devez faire. Nous sommes plus déterminés dans notre lutte contre le terrorisme.

Sunday Times: Pour finir, Monsieur le Président, puis-je vous interroger sur ma collègue, Marie Colvin, qui a été tuée lors du bombardement par l’opposition d’un centre de médias de Bab Amr, le 22 Février de l’année dernière. A-t-elle été ciblée, comme certains l’ont suggéré, parce qu’elle avait condamné les destructions sur les télévisions américaines et britanniques? Ou bien a-t-elle simplement manqué de chance? Avez-vous entendu parler de sa mort à l’époque et, si oui, quelle a été votre réaction ?

Le président Assad : Bien sûr, j’en ai entendu parler par les médias. Quand un journaliste se rend dans les zones de conflit, comme vous le faites en ce moment même, pour couvrir un événement et le transmettre au monde, je pense que c’est un travail très courageux. Toute personne honnête, qu’il s’agisse de responsables ou de membres du gouvernement, devrait soutenir les efforts des journalistes car cela aidera à faire la lumière sur ce qui se passe sur le terrain et démontera la propagande là où elle existe. Malheureusement, dans la plupart des conflits un journaliste a payé le prix ultime. C’est toujours triste quand un journaliste est tué parce que les journalistes ne sont partie prenante et ne font même pas partie du problème. Ils cherchent juste à couvrir l’événement.

Il y a une guerre médiatique contre la Syrie pour empêcher que la vérité ne soit connue du monde extérieur. Quatorze journalistes syriens ont aussi été tués depuis le début de la crise, et tous ne sont pas tombés sur le champ de bataille. Certains ont été ciblés à leur domicile en dehors des heures de travail, kidnappés, torturés, puis assassinés. D’autres sont toujours portés disparus. Plusieurs bâtiments de la télévision syrienne ont été attaqués par les terroristes et leurs bombes. Et, actuellement les chaines de télévision syriennes sont interdites de diffusion par les systèmes satellitaires européens.

On sait maintenant comment les rebelles ont utilisé les journalistes dans leur propre intérêt. Il ya eu le cas du journaliste britannique qui a réussi à s’échapper…

Sunday Times : Alex Thompson ?

Le président Assad : Oui. Il a été dirigé vers un piège mortel par les terroristes dans le but d’accuser l’armée syrienne de sa mort. C’est pourquoi il est important d’entrer légalement dans le pays, d’avoir un visa. Ce ne fut pas le cas pour Marie Colvin. Nous ne savons pas pourquoi et ce n’est toujours pas clair. Si vous entrez illégalement, vous ne pouvez pas attendre de l’État qu’il soit responsable.

Contrairement à la croyance populaire, depuis le début de la crise des centaines de journalistes de partout dans le monde, y compris vous, ont obtenu un visa d’entrée en Syrie et ont rendu compte librement, à partir de la Syrie, sans interférences dans leur travail et sans obstacles contre leurs missions.

Sunday Times : Je vous remercie.

Le président Assad : Merci à vous.

Sunday Times

Interview publiée le 03/03/2013

‘Bullying’ Britain fanning the flames, warns Assad, Sunday Times, le 3 mars 2013

Texte original en anglais :

Entrevue AssadSyria President Al-Assad’s Interview with The Sunday Times, March 03, 2013

Texte traduit de l’anglais  par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes 

[1] Syrie : Qui est dans le déni de la réalité ?

http://www.mondialisation.ca/le-president-al-assad-lance-une-solution-politique-de-la-crise-en-syrie/5318025

 

Extrait de l’interview du président Bachar Al Assad avec le SUNDAY TIMES

http://www.youtube.com/watch?v=NVJFJzaTZc0

 

 

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Zero Dark Thirty raconte la traque supposée d’Oussama Ben Laden par une cellule spéciale de la CIA. Rappelons que ce film est construit sur un scénario imaginaire à partir d’informations extraites d’un récit officiel subjectif et partisan, d’allégations sans preuves et de témoignages invérifiables. Et pourtant les médias célèbrent une œuvre particulièrement documentée… Les critiques de cinéma seraient-ils en passe, au sein des rédactions, de prendre la place abandonnée par les journalistes d’investigation pour nous éclairer sur les zones d’ombre des événements contemporains ? Par ailleurs, cette production nous fait visiter la CIA en compagnie d’une toute jeune fille, l’agent Maya, dont la beauté et la pâleur fantomatique apposent un masque bien trompeur sur la somme terrifiante des crimes que cette agence aura pu commettre hors du territoire américain en moins de 66 ans d’existence, et ce pour soutenir avant tout les intérêts de sociétés privées ou pour assouvir les pulsions impérialistes de l’oligarchie dirigeant les États-Unis.

Article précédent :

ZEROZero Dark Thirty : Oscar de l’islamophobie radicaleLa preuve par la fiction, 01 mars 2013


Jessica Chastain reçoit le Golden Globe Award
pour son interprétation dans Zero Dark Thirty


« Le gouvernement américain est aujourd’hui 

le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde. »

Martin Luther King, discours de Riverside Church à New York,
le 4 avril 1967, un an exactement avant sa mort. [1]

 

Les critiques de cinéma, aux États-Unis comme en France, ont très largement plébiscité Zero Dark Thirtyqui a, par ailleurs, reçu 5 nominations aux Oscars dont une pour la catégorie du meilleur film de l’année 2012. L’immense majorité de ces recensions tressent des louanges au film, en se basant le plus souvent sur des critères artistiques et cinématographiques, mais aussi pour une bonne part en reproduisant les arguments du dossier de presse qui met en avant le travail de documentation journalistique qui aurait été effectué durant la phase d’écriture de Zero Dark Thirty. Ainsi, dans leurs différents billets dithyrambiques, Libération parle de « fiction très documentée »Les Inrockuptibles évoquent un « modèle de construction logique et de rigueur intellectuelle »Télérama affirme « On est en plein réalisme. En plein journalisme d’investigation » et soutient que c’est « parce qu’elle est très soucieuse de vérité » que Kathryn Bigelow a filmé des scènes de torture, enfin Le Monde nous dit qu’elle embarque le spectateur « dans le récit documenté et circonstancié d’une chasse à l’homme qui se veut la plus réaliste possible. S’appuyant sur un sérieux travail d’enquête mené par le journaliste, scénariste et producteur du film, Mark Boal… ». Nous sommes curieux de connaître le degré de fiabilité des informations contenues dans les arguments promotionnels ayant pour objectif de vendre un produit culturel aux médias, et nous aurions apprécié que les chroniqueurs de cinéma, qui bénéficient comme leurs confrères d’une carte de journaliste, entreprennent de vérifier par eux-mêmes la réalité de ces faits« s’appuyant sur un sérieux travail d’enquête ». De quel travail d’enquête est-il question exactement si l’on tient compte du fait que les producteurs de Zero Dark Thirty revendiquent pour leur part la licence artistique que leur autorise par nature toute fiction cinématographique afin de ne pas être visés par l’enquête du Sénat des États-Unis qui cherche à savoir si la CIA a fourni ou non des informations classifiées aux auteurs du film ? [2]
A l’image du physique délicat de son héroïne interprétée par Jessica Chastain, Zero Dark Thirty use des talents artistiques qu’il synthétise et de la « beauté » formelle de sa réalisation pour recouvrir d’une pellicule de vernis la laideur des guerres impérialistes entreprises par les États-Unis à la suite du 11 Septembre sur le prétexte fallacieux de la lutte mondiale contre le terrorisme. Et, par le truchement d’une campagne marketing de plusieurs dizaines de millions de dollars, nous sommes invités à célébrer un produit type de la pop culture financé, élaboré et distribué par la multinationale Sony qui promeut aux yeux du monde le bien fondé de la « guerre au terrorisme » et des pratiques contraires aux fondamentaux du respect humain, comme la torture.

 


Récapitulatif des critiques de presse au sujet de Zero Dark Thirty,
présenté sur le site Allociné.

 

N’en déplaise à la grande majorité des journalistes qui relayent sans esprit critique les prétendues vertus documentaires de Zero Dark Thirty que s’applique à vendre la production, il n’est pas certain que la CIA soit réellement et totalement cette entreprise de bonne volonté que le film présente, soucieuse de protéger le peuple américain des dangers extérieurs, même si elle se montre extrêmement dévouée au point d’assurer le sale boulot et de torturer des milliers de musulmans… pour la « bonne cause », la raison d’État, ou tout autre prétexte permettant de justifier la pratique assidue de tels crimes. Il est intéressant de noter que jamais, au grand jamais, le scénario de Zero Dark Thirty n’aborde l’éventualité que la CIA et les autorités américaines aient pu, d’une façon ou d’une autre, mentir aux citoyens des États-Unis et au monde entier en arrangeant la réalité des faits et en faisant usage de duplicité. Et à aucun moment cette question ne se trouve traitée dans la trame du scénario. En dehors de ce penchant fort malencontreux pour la torture, Kathryn Bigelow et son scénariste Mark Boal nous présentent la CIA comme une entreprise bel et bien régulière, subordonnée au pouvoir démocratique et fondamentalement vertueuse.
Bien que le secret et la duplicité représentent le fond de commerce de la CIA et que la pratique du meurtre et des coups tordus soit au cœur des attributions de cette agence de renseignement, jamais les auteurs n’entreprennent de lever le voile sur la nature délictueuse de l’Agence et nous – citoyens – devrions nous convaincre une bonne fois pour toute que le mensonge et le crime n’ont pas leur place ici pour mener à bien un projet soutenu par un gouvernement d’une grande démocratie moderne telle que les USA, alors même que l’histoire nous démontre que cela s’est déjà produit dans le passé, et à maintes reprises… En effet, ce ne sont pas les exemples historiques qui manquent concernant les actions de la CIA totalement contraires au droit international le plus basique. Et si les grands médias occidentaux subordonnés à l’idéologie atlantiste contribuent à entretenir l’idée selon laquelle la CIA remplirait essentiellement la fonction qui lui est attribuée officiellement, à savoir protéger la nation et le peuple américain, un bref regard sur l’histoire de cette administration suffit à constater qu’il n’en est rien et que les très nombreuses opérations clandestines organisées par l’Agence ont été exécutées, avant tout pour protéger les intérêts financiers de quelques multinationales.
Le documentaire de William Karel, réalisé en 2003, CIA, guerres secrètes – Opérations clandestines, présente ainsi la CIA : « On sait que ses effectifs sont passés de 35 personnes à sa création à près de 100 000 aujourd’hui, et son budget de quelques centaines de milliers de dollars à 28 milliards. La CIA est chargée du contre-espionnage extérieur, mais il lui est interdit d’opérer sur le territoire des États-Unis qui reste le domaine réservé du FBI. Truman avait placé la CIA sous l’autorité directe du Président des États-Unis, mais l’Agence allait très vite lui échapper et devenir le seul service chargé de mener des activités spéciales clandestines et des opérations subversives à l’étranger. »

Le documentaire de William Karel
CIA, guerres secrètes – Opérations clandestines

L’holocauste américain

En 2003, l’historien William Blum publie un livre phare, Killing Hope(qui sort l’année suivante en France sous le titre Les guerres scélérates, aux éditions Parangon). Blum est un ancien fonctionnaire du département d’État américain qui établit une liste extrêmement documentée de 55 cas d’interventions militaires ou d’opérations clandestines menées à l’étranger par les États-Unis depuis 1945. Les premières lignes de son introduction donnent le ton : « Les Américains [ont] eux aussi perpétré un holocauste et […] le nier est aussi scandaleux que de nier l’holocauste nazi. La négation de l’holocauste américain est si largement et si profondément ancrée […] que ses négationnistes ne soupçonnent même pas qu’il y a eu des victimes. Pourtant, plusieurs millions de personnes en sont mortes et encore plus de millions ont été condamnées à vivre dans la misère, en raison des interventions américaines, de la Chine et la Grèce dans les années quarante, à l’Afghanistan et à l’Irak de nos jours. »

 

Voici le sommaire de l’édition américaine :

1. China – 1945 to 1960s: Was Mao Tse-tung just paranoid?
2. Italy – 1947-1948: Free elections, Hollywood style
3. Greece – 1947 to early 1950s: From cradle of democracy to client state
4. The Philippines – 1940s and 1950s: America’s oldest colony
5. Korea – 1945-1953: Was it all that it appeared to be?
6. Albania – 1949-1953: The proper English spy
7. Eastern Europe – 1948-1956: Operation Splinter Factor
8. Germany – 1950s: Everything from juvenile delinquency to terrorism
9. Iran – 1953: Making it safe for the King of Kings
10. Guatemala – 1953-1954: While the world watched
11. Costa Rica – Mid-1950s: Trying to topple an ally – Part 1
12. Syria – 1956-1957: Purchasing a new government
13. Middle East – 1957-1958: The Eisenhower Doctrine claims another backyard for America
14. Indonesia – 1957-1958: War and pornography
15. Western Europe – 1950s and 1960s: Fronts within fronts within fronts
16. British Guiana – 1953-1964: The CIA’s international labor mafia
17. Soviet Union – Late 1940s to 1960s: From spy planes to book publishing
18. Italy – 1950s to 1970s: Supporting the Cardinal’s orphans and techno-fascism
19. Vietnam – 1950-1973: The Hearts and Minds Circus
20. Cambodia – 1955-1973: Prince Sihanouk walks the high-wire of neutralism
21. Laos – 1957-1973: L’Armée Clandestine
22. Haiti – 1959-1963: The Marines land, again
23. Guatemala – 1960: One good coup deserves another
24. France/Algeria – 1960s: L’état, c’est la CIA
25. Ecuador – 1960-1963: A text book of dirty tricks
26. The Congo – 1960-1964: The assassination of Patrice Lumumba
27. Brazil – 1961-1964: Introducing the marvelous new world of death squads
28. Peru – 1960-1965: Fort Bragg moves to the jungle
29. Dominican Republic – 1960-1966: Saving democracy from communism by getting rid of democracy
30. Cuba – 1959 to 1980s: The unforgivable revolution
31. Indonesia – 1965: Liquidating President Sukarno … and 500,000 others
East Timor – 1975: And 200,000 more
32. Ghana – 1966: Kwame Nkrumah steps out of line
33. Uruguay – 1964-1970: Torture — as American as apple pie
34. Chile – 1964-1973: A hammer and sickle stamped on your child’s forehead
35. Greece – 1964-1974: “Fuck your Parliament and your Constitution,” said the President of the United States
36. Bolivia – 1964-1975: Tracking down Che Guevara in the land of coup d’etat
37. Guatemala – 1962 to 1980s: A less publicized “final solution”
38. Costa Rica – 1970-1971: Trying to topple an ally — Part 2
39. Iraq – 1972-1975: Covert action should not be confused with missionary work
40. Australia – 1973-1975: Another free election bites the dust
41. Angola – 1975 to 1980s: The Great Powers Poker Game
42. Zaire – 1975-1978: Mobutu and the CIA, a marriage made in heaven
43. Jamaica – 1976-1980: Kissinger’s ultimatum
44. Seychelles – 1979-1981: Yet another area of great strategic importance
45. Grenada – 1979-1984: Lying — one of the few growth industries in Washington
46. Morocco – 1983: A video nasty
47. Suriname – 1982-1984: Once again, the Cuban bogeyman
48. Libya – 1981-1989: Ronald Reagan meets his match
49. Nicaragua – 1981-1990: Destabilization in slow motion
50. Panama – 1969-1991: Double-crossing our drug supplier
51. Bulgaria 1990/Albania 1991: Teaching communists what democracy is all about
52. Iraq - 1990-1991: Desert holocaust
53. Afghanistan – 1979-1992: America’s Jihad
54. El Salvador - 1980-1994: Human rights, Washington style
55. Haiti – 1986-1994: Who will rid me of this turbulent priest?

A partir des années 1980, John Stockwell, ancien officier de la CIA, dénonce
la nature criminelle de l’Agence et des interventions militaires américaines,
évoquant littéralement une 3e Guerre mondiale menée par les États-Unis
contre les peuples du tiers-monde [10].

 

 

Quelques exemples caractéristiques de crimes commis par la CIA
1953 • Iran
Commandée par le Royaume-Uni et les États-Unis et exécutée par la CIA, l’opération Ajax aboutit au renversement du Premier ministre, Mohammad Mossadegh, et renforce le pouvoir du Chah, Reza Pahlavi. Cette opération secrète met un terme à la politique nationaliste de Mossadegh et permet de préserver les intérêts occidentaux dans l’exploitation des gisements pétrolifères iraniens (British Petroleum en particulier). Les États-Unis reconnaitront officiellement, sous l’administration Clinton, leur implication dans l’organisation et le soutien financier de ce coup d’État [3].
1954 • Guatemala

Le régime démocratique de Jacobo Arbenz Guzmán est renversé par un coup d’État organisé par la CIA afin d’empêcher l’expropriation des terres non exploitées de la société américaine United Fruit spécialisée dans la monoculture de la banane, alors même que le numéro un de la CIA, Allen Dulles, siège au conseil d’administration de United Fruit. L’historien William Blum témoigne : « C’est sans doute une des pires choses que la CIA et le gouvernement américain aient jamais faites. Ils ont mis à la place une dictature militaire qui a tué des centaines de milliers de gens au Guatemala pendant 40 ans. » [4]
1961 • Cuba

Alors qu’il vient de chasser le dictateur Batista, Fidel Castro nationalise les plantations de sucre détenues par des sociétés américaines. Dès lors commence l’escalade entre Cuba et les États-Unis qui conduit au débarquement de la Baie des Cochons visant à renverser Castro. La CIA a entrainé 1400 exilés cubains, mais le gouvernement en place étant très populaire, le soulèvement n’a pas lieu et les mercenaires sont rejetés à la mer. « La CIA espérait que Kennedy, devant le désastre, se sentirait obligé de dépêcher l’armée américaine en renfort. Mais Kennedy refusa et l’opération échoua. La CIA lui attribua la totalité de l’échec de la Baie des Cochons. » [5]

 


William Colby en charge de l’Opération Phoenix menée au Vietnam par la CIA
avoue devant la commission Church que cette opération a conduit à
l’assassinat de 20 000 personnes (image extraite de CIA, guerres secrètes).

 

1965 • Vietnam
L’opération Phoenix est un programme secret de la CIA qui implique l’assassinat ciblé de civils vietnamiens (enseignants, cadres, médecins…) visant à paralyser le fonctionnement du pays et à détruire son infrastructure. Ce programme accompagné de tortures fut exécuté avec une violence sans nom afin de terroriser les populations. William Colby est en charge de l’opération et il sera ensuite nommé directeur de la CIA. Lors des auditions qui auront lieu dans les années 70 devant le congrès, Colby lui-même avouera que ce programme a conduit à l’assassinat de 20 000 personnes en une seule année. A noter que le général Aussaresses, militaire français connu pour son efficacité dans les pratiques de torture durant la guerre d’Algérie, participe à l’opération. [6]
1973 • Chili 
Le mardi 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste du président démocratiquement élu Salvador Allende est renversé par un coup d’État militaire dirigé par le général Augusto Pinochet et combiné en sous main par la CIA et le Secrétaire d’État Henry Kissinger. Salvador Allende est assassiné (selon la CIA, il s’est suicidé). La liberté de la presse est abolie, le couvre-feu instauré et les opposants au régime arrêtés, exilés, torturés ou exécutés. Les listes des suspects sont fournies par la CIA aux escadrons de la mort de la junte militaire. La dictature militaire dirigera le pays jusqu’en 1990. [7]
1980-1986 • Nicaragua
Les dérives de la CIA ont continué malgré les révélations de la commission Church en 1975, avec en particulier l’Irangate et le financement des groupes armés au Nicaragua dont les conséquences sur la société américaine ont été largement étouffées par les médias, en particuliers le lien entre ces machinations de la CIA et le fléau du crack, le stupéfiant qui a ravagé les États-Unis durant les années 1980. Le livre Black List publié en 2003 rassemble les récits de plusieurs grands journalistes américains racontant comment ils ont été mis à l’index après avoir tenté de publier des articles ou diffuser des reportages sur des sujets mettant en cause des instances ou des personnages élevés du pouvoir. Le premier récit présenté dans le livre est celui du journaliste Gary Webb au sujet de la guerre secrète menée par la CIA au Nicaragua entre 1980 et 1986 qui a donné lieu à une opération clandestine organisée par l’Agence, faisant usage d’un gigantesque trafic de drogue. Cette opération a permis de financer la Contra, un mouvement de lutte armée créé de toutes pièces par la CIA pour déstabiliser le gouvernement sandiniste au pouvoir à Managua. Et le financement de ce groupe armé s’est fait grâce à la vente de la cocaïne dans les ghettos noirs de Los Angeles, contribuant à déclencher la terrible épidémie de crack qui a dévasté ensuite les quartiers pauvres sur l’ensemble du territoire américain. La diffusion du travail de Gary Webb sur Internet, en 1996, donnera naissance à un vaste mouvement de mobilisation citoyenne aux États-Unis pour enrayer le désastre sanitaire dû à cette arrivée massive de drogue, et ce malgré le black-out presque total des médias institutionnels sur le sujet. Le journaliste dénonce précisément la collusion entre l’Agence de renseignement et la presse de son pays : « Les grands médias nationaux courtisent depuis longtemps la CIA. Ils publient des fuites qui arrangent l’Agence, ou bien pourfendent des articles ou des idées qui lui sont préjudiciables. Si cette connivence entre la presse et le pouvoir est si inquiétante, c’est parce qu’elle est devenue la règle. »

 

Le général Benoît Royal explique comment la CIA utilise les drones
pour procéder aujourd’hui à des assassinats ciblés au Pakistan.

 

 

Le paravent de la polémique sur la torture

Durant la première demi-heure du film, nous sommes contraints d’assister à la torture qu’un agent de la CIA inflige à un prisonnier présenté comme étant Ammar, le neveu de Khaled Cheikh Mohammed, accusé d’avoir transféré de l’argent à l’un des 19 pirates de l’air et terroristes présumés du 11 Septembre. Et entre deux sévices, le tortionnaire fait face à sa victime, et déclare : « Tu es responsable de la mort de 3000 personnes innocentes », justifiant ainsi, à l’attention du spectateur, le traitement qu’il lui inflige, sur la base de la tragédie du 11 Septembre.

Il est probable que la polémique à propos de la représentation de la torture dans le film, même si elle a pris à un moment donné des proportions embarrassantes pour la production, était au départ souhaitée par cette dernière, car cette polémique présente trois atouts majeurs :

1 • La polémique sert de paravent. Elle sature le débat autour du film, comme cela a été en particulier le cas aux États-Unis, ce qui écarte du champ des débats médiatiques l’enjeu primordial de l’absence de preuve concernant la réalité de l’assassinat d’Oussama Ben Laden en 2011.

2 • La polémique donne aux auteurs du film un gage de crédibilité aux yeux du public du fait que le film aborde de front certaines pratiques litigieuses normalisées sous l’administration Bush (le spectateur est ainsi susceptible de se dire « si les auteurs montrent sans détour la torture, sûrement font-il de même pour les autres zones d’ombre de cette histoire… »).

3 • La polémique, lorsqu’elle est maitrisée, est un excellent vecteur publicitaire pour un film.

Par ailleurs, contrairement à ce que prétendent les promoteurs du filmZero Dark Thirty ne dénonce pas réellement l’usage de la torture, mais le justifie aux yeux du spectateur, car dans la logique du récit ficelé par Mark Boal, c’est bel et bien les informations fournies par les prisonniers torturés qui permettent au bout du compte à la jeune héroïne de parvenir au but ultime : attraper son Ben Laden de cinéma.

 

Le documentaire d’Errol Morris, Standard Operating Procedure,
revient sur les tortures infligées aux prisonniers d’Abu Ghraib en Irak,
loin de la représentation hollywoodienne de ces pratiques dans 
Zero Dark Thirty.

Hollywood sous tutelle après le 11 Septembre
En décrétant au soir du 11 Septembre que les États-Unis devaient répondre à un acte de guerre, George Bush a lancé une dynamique qui a permis à l’administration au pouvoir de gagner le soutien de bien des acteurs de l’économie américaine. Dans un article publié en 2009 sur Global Research, les deux auteurs, Matthew Alford et Robbie Graham, explorent la question de la collaboration entre les médias américains (dont l’industrie cinématographique) et la CIA, et apportent des éléments d’information éloquents sur l’installation d’une logique de propagande aux États-Unis à la suite du 11 Septembre [8] :
« Nous considérons ici, de prime abord, l’idée selon laquelle Hollywood reste visé par l’infiltration et la subversion de différents organismes publics, en particulier la CIA. Les débats traditionnels sur la propagande cinématographique sont généralement rétrospectifs, et bien qu’un certain nombre d’observateurs ont mis en évidence la relation de longue date affichée entre Hollywood et le Pentagone, peu de choses ont été écrites sur les influences plus clandestines qui pénètrent Hollywood dans le monde de l’après 11 Septembre. Ainsi, notre analyse explore ce champ que Peter Dale Scott nomme la “politique profonde”, à savoir, les activités qui ne peuvent être véritablement comprises aujourd’hui en raison de l’influence secrète d’acteurs dissimulés du pouvoir. […] »

 


Le documentaire Hollywood – Pentagone (cinéma et propagande, les liens secrets)
s’ouvre avec la célèbre réplique du film Patton : « Mettez-vous bien dans la tête
qu’un connard n’a jamais gagné une guerre en mourant pour son pays.
On gagne une guerre en faisant ce qu’il faut pour que les pauvres
connards d’en face meurent pour leur pays. »

 

« Le 11 Novembre 2001, une réunion a eu lieu à Hollywood entre le chef de cabinet adjoint du président Bush, Karl Rove, et des représentants de chacun des grands studios d’Hollywoodpour discuter de la façon dont l’industrie du cinéma pourrait contribuer à la guerre contre le terrorisme.[…] En fait, cette réunion faisait partie d’une série de rencontres entre Hollywood et la Maison Blanche d’octobre à décembre 2001. Le 17 octobre, en réponse au 11 Septembre, la Maison Blanche a annoncé la formation de l’Arts and Entertainment Task Force [groupe de travail portant sur l'industrie du divertissement], et en novembre, Jack Valenti [qui a été conseiller à la Maison Blanche sous Lyndon Johnson puis président de la MPAA, la toute puissante association de l’industrie cinématographique, de 1966 à 2004] devenait le chef de file de la nouvelle mission attribuée à Hollywood dans la guerre contre le terrorisme. Comme conséquence directe de ces réunions, le Congrès a demandé conseil aux professionnels d’Hollywood sur la manière de façonner un message efficace en temps de guerre à l’attention de l’Amérique et du monde. […] »
« L’imbrication d’Hollywood avec les services chargés de la sécurité nationale reste plus étroite que jamais : l’ex-agent de la CIA Robert Baer nous a dit, “Il y a une symbiose entre la CIA et Hollywood” et il a révélé que l’ancien directeur de la CIA, George Tenet, était actuellement “à Hollywood, en train de parler aux studios.” Les affirmations de Baer sont étayées par les réunions de Sun Valley, des rencontres annuelles qui ont lieu dans l’Idaho et qui regroupent plusieurs centaines des plus grands noms des médias américains – y compris les principaux exécutifs des studios hollywoodiens – rassemblés pour discuter de la stratégie collective des médias pour l’année à venir. Dans le cadre idyllique des vastes parcours de golf, des forêts de sapins et des lacs de pêche en eau claire, des transactions sont menées à terme, des contrats sont signés, et la physionomie des médias américains est ainsi tranquillement transformée. La presse n’a pas encore reçu la permission de rendre compte de ces rencontres entre les grands médias et la nature exacte de ce qui est abordé à cette occasion n’a jamais été rendue publique. On sait, cependant, que Tenet était conférencier d’honneur à Sun Valley en 2003 (tout en étant à la tête de la CIA) et de nouveau en 2005. […] »

 

Du fait de sa nature souterraine, la CIA est une administration qui échappe au contrôle politique des citoyens tel qu’il peut être exercé au sein de l’appareil démocratique américain. À partir de ce constat, les dérives permettant l’instrumentalisation des médias et de l’industrie cinématographique à des fins propagandistes ne sont guère surprenantes. Chacun aura d’ailleurs noté que malgré la popularité des thèses alternatives à la version officielle sur le 11 Septembre, jamais Hollywood n’a pu à ce jour mettre en image un récit qui se démarque véritablement de celui livré en 2001 par l’administration Bush [9]. Comme le remarquent Alford et Graham, il est effectivement pertinent de se référer à l’analyse de Peter Dale Scott au sujet de « l’État profond » tel que cet auteur le définit dans ses derniers ouvrages etarticles, pour comprendre comment la puissance monstrueuse de la CIA a pu s’enraciner au sein d’un pays comme les États-Unis.
Avant la chute du Mur de Berlin, ces actions criminelles de la CIA pouvaient être jugées par l’opinion occidentale comme un mal plus ou moins nécessaire dans le cadre de la Guerre froide opposant l’Est et l’Ouest. Et l’on constate qu’effectivement, les crimes de l’agence étaient alors envisagés avec un certain pragmatisme teinté d’indulgence et de fatalisme. L’effondrement de l’URSS a bouleversé la donne et cependant la CIA et l’ensemble des agences américaines ont gardé une place prépondérante dans le fonctionnement global de l’appareil d’État américain, et ce pouvoir qui échappe totalement à l’emprise citoyenne s’est considérablement renforcé après la tragédie du 11 Septembre. Il eut été intéressant que Zero Dark Thirty traite un tant soit peu de cette dimension, de l’opacité qu’elle suppose et des dérives meurtrières qui ont marqué l’histoire de la CIA afin de remettre dans une juste perspective le sujet que le film est sensé traiter.
 
James Gandolfini : de la mafia (Tony Soprano) à la CIA (Leon Panetta)

 

A défaut, Zero Dark Thirty constitue une formidable campagne de communication au bénéfice de l’Agence. A noter que le film réserve tout de même une allusion sur le caractère criminel et illégal des activités de la CIA dans le choix de casting retenu par la production pour interpréter Leon Panetta alors directeur de la CIA. Le rôle est tenu par James Gandolfini avant tout connu pour son interprétation de Tony Soprano, le parrain d’une organisation mafieuse dans la célèbre série télévisée Les Sopranos. Voilà qui est bien à l’image de la roublardise des producteurs de Zero Dark Thirty, car quelle que soit l’ambivalence du propos que développe le film, ce choix de casting renforce finalement le sentiment de sympathie du spectateur à l’égard de la CIA.

 

Lalo Vespera

 

À suivre : Le retour de Leni Riefenstahl

 

 


Notes :

[1] http://en.wikipedia.org/wiki/Martin_Luther_King,_Jr.

[2] http://www.lepoint.fr/cinema/zero-dark-thirty-kathryn-bigelow-une-combattante-a-hollywood-17-01-2013-1619177_35.php

[3] Barack Obama est le premier président à reconnaître l’implication de son gouvernement et à s’en excuser dans un discours adressé à la communauté musulmane le 4 juin 2009.

[4] http://www.elcorreo.eu.org/CIA-et-Assassinats-Guatemala-1954

[5] http://www.arte.tv/fr/cuba-baie-des-cochons-1961/387256,CmC=387274.html
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/04/CALVO_OSPINA/20388

[6] http://www.dailymotion.com/video/x1hmli_cia-plan-d-assassinat-en-masse-viet_news

[7] http://www.michelcollon.info/11-septembre-1973-coup-d-Etat-au.html

[8] Merci à “agent orange” qui a relayé cet excellent article de Global Research dans les commentaires de la première partie de cette analyse à propos de Zero Dark Thirty parue sur Agoravox :
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/zero-dark-thirty-oscar-de-l-131524

L’Histoire de la CIA et ses liens avec le journalisme et la propagande sont évoqués dans cet article de Terry Hansen :

[9] Des productions qui s’affranchissent du récit officiel ont vu le jour, mais elles sont l’œuvre de productions indépendantes, produites avec peu de moyens et restent extrêmement confidentielles en termes de diffusion :
http://www.reopen911.info/News/2012/11/07/le-11-septembre-2001-au-cinema-une-success-story-est-elle-envisageable/

Une production plus importante, intitulée September Morn, a été annoncée, mais semblerait souffrir de quelques aléas :
http://www.reopen911.info/News/2012/10/24/september-morn-enfin-le-long-metrage-que-le-mouvement-international-attend/
[10] L’intervention de John Stockwell est extraite ici du documentaire édifiant de Scott Noble intitulé Les principes du pouvoir (documentaire en trois parties) :
Les principes du pouvoir – L’Empire : http://www.youtube.com/watch?v=t159G1kNIJc
Les principes du pouvoir – La propagande : http://www.youtube.com/watch?v=E5e7dPgdp2A
Les principes du pouvoir – L’Apocalypse : http://www.youtube.com/watch?v=cCB3iP7tEcc
Par ailleurs, un autre documentaire est disponible en ligne, consacré plus spécifiquement à John Stockwell :
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SYRIE : Entrevue de Bachar Al-Assad à Sunday Times

mars 3rd, 2013 by DR Bachar al-Assad

Damas /  Le président Bachar al-Assad a affirmé que l’avenir de la Syrie ne peut pas être déterminé simplement selon celui qui conduit le pays mais conformément aux ambitions et aux aspirations de tous ses fils.

Dans une interview avec le journal britannique “Sunday Times”, le président al-Assad a souligné que le dialogue concerne chaque Syrien et touche tous les aspects de vie dans le pays.

Passant à l’opposition syrienne, le président al-Assad a fait noter que l’opposition, intérieure ou extérieure, doit être nationale et pro syrienne. “L’opposition, intérieure ou extérieure, n’appartient pas à sa position géographique mais à ses racines, à ses ressources et à sa représentation, Est-ce cette opposition est enracinée en Syrie? Est-ce qu’elle représente le peuple et les intérêts syriens ou biens ceux des gouvernements étrangers? C’est alors de ce point qu’on part avec le dialogue et on le poursuit” a notifié le président al-Assad.

“Nous sommes prêts à négocier avec n’importe qui, dont les combattants qui jettent l’arme, mais pas avec les terroristes qui sont déterminés à porter l’arme, à terroriser les citoyens, à tuer les civils, à attaquer les lieux publics et les établissements privés et à détruire le pays.

“Nous avons pris en Syrie deux décisions, la 1ère est de lancer le dialogue, et le 2ème est de lutter contre le terrorisme”, a assuré le président al-Assad qui a évoqué dans ce sens la guerre médiatique lancée contre la Syrie pour empêcher l’arrivée de la réalité au monde.

Vidéo de l’entrevue en anglais

 

Le président al-Assad a affirmé qu’al-Qaïda et son idéologie constitue un danger et une menace non seulement sur la Syrie mais encore sur toute la région, affirmant à cet effet que comme chaque Etat de souveraineté la Syrie ne tient pas des négociations avec les terroristes.

“Quant ont dit nous luttons contre al-Qaïda cela signifie que le plus dangereux groupe terroriste est celle d’al-Qaïda., mais il n’est pas le seul qui existe en Syrie, il y a des criminels, des trafiqueurs de stupéfiants, des groupes qui tuent et qui enlèvent pour l’argent et des mercenaires, et ceux-ci n’ont aucun agenda politique ni des motivations idéologiques”, a précisé le président al-Assad qui a souligné, à cet effet, que même le soi-disant “armée libre” n’est pas une entité comme veut faire croire l’Occident, mais des centaines de groupes qui n’ont pas une direction ni une hiérarchie, et un groupe de gangs dont le nom est le moyen de leur donner la légitimité.

Le président al-Assad affirmé, à cette occasion, que la Syrie n’examinera jamais ses affaires internes avec les étrangers mais avec seulement les syriens et sur le territoires syrien, ajoutant que la Syrie a des amis et elles écoutent leurs conseils mais la décision est enfin syrienne et verse dans l’intérêt du pays.

“Celui qui veut sincèrement, et j’insiste sur sincèrement, aider la Syrie et à l’arrêt de la violence dans ce pays peut faire une seule chose, à savoir, aller en Turquie, au Qatar et en Arabie Saoudite pour leur demander de cesser de financer les terroristes en Syrie”, a martelé le président al-Assad.

Abordant les relations avec la Grande-Bretagne et le rôle que pourrait jouer elle-ci dans la crise en Syrie, le président al-Assad a souligné que pas de contacts entre les deux pays depuis longtemps, ajoutant qu’un éventuel rôle de celle-ci ne peut pas être séparé de la crédibilité.

“Le gouvernement de Cameron a un discours superficiel et immature qui révèle le patrimoine britannique d’hégémonie, alors comment attendre d’elle de jouer un rôle dans l’atténuation de la violence en Syrie au moment où elle veut envoyer des équipements militaires aux terroristes?” s’est interrogé le président al-Assad qui a exprimé sa conviction que ce gouvernement ne travaille pas seulement contre la Syrie mais aussi contre ses propres intérêts.

“Ce gouvernement se comporte d’une façon naïve et irréaliste et si il veut jouer un rôle, il doit changer ses comportements et être plus rationnel et plus responsable”, a-t-il poursuivi.

D’autre part, le président al-Assad a souligné que le Hezbollah, l’Iran et la Russie soutiennent le peuple syrien dans sa guerre contre le terroriste, qualifiant le rôle russe de “très constructif”, celui de l’Iran de “très soutenant” et celui de Hezbollah de “défensif du Liban et non pas de la Syrie”.

“La Syrie, dont la population atteint 23 millions et qui a une armée nationale et des forces de police compétentes, n’ pas besoin des combattants étrangers pour la défendre”, a martelé le président al-Assad.

Il a appelé, à cet effet, à poser des questions sur le rôle des pays, tels que la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis, qui soutiennent le terroriste en Syrie directement ou indirectement, militairement ou bien politiquement.

Le président al-Assad a mis en garde, enfin, contre la gravité des répercussions de jouer avec l’affaire syrienne sur tout le Moyen-Orient, rappelant qu’elle constitue une ligne de contact géographique, politique, sociale et idéologique.

Questionné sur les armes chimiques syriennes, le président al-Assad a souligné que ce qui a été véhiculé sur ce sujet par les médias ou des politiciens ne sont que des spéculations, affirmant que la Syrie n’a évoqué avec personne des questions relatives à ses armes.

Il a averti, à cet effet, que ce qui est concernant pour le moment est l’arrivée des matières chimiques aux terroristes.
Quant à l’agression israélienne contre la Syrie et la riposte de celle-ci, le président al-Assad a rappelé que la Syrie avait riposté à chaque agression à sa propre manière, et que seuls les Israéliens connaissent comment la Syrie avait riposté.

L.A.

Voir le texte de l’entrevue intégrale traduite en français :

Entrevue intégrale du président syrien avec le Sunday Time, 05 mars 2013

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Le journaliste Nadir Dendoune, arrêté le 23 janvier à Bagdad où il était en reportage pour Le Monde Diplomatique, avait été libéré le 14 février contre une caution de 10 millions de dinars irakiens ( environ 6.440 euros). Depuis le 26 février, il pouvait quitter l’Irak. Oui, mais…

Le 1 mars, après avoir passé tous les contrôles de l’aéroport de Bagdad -  en compagnie de l’ambassadeur de France et d’un diplomate australien - Nadir Dendoune n’a pas été autorisé à monter dans l’avion qui devait le ramener en France. Motif : son visa était expiré !

Reporters sans frontières condamne « le manque de volonté de la part des autorités irakiennes à laisser ce journaliste repartir libre » et qualifie ce « manquement » de« grotesque et kafkaïen »*.

En fait, la Police de l’air et des frontières irakienne n’a fait qu’exécuter un ordre des services secrets de Nouri al-Maliki qui veut faire payer au journaliste son engagement militant contre le déclenchement de la dernière guerre du Golfe.  Le Premier ministre qui déteste les Français, veut aussi signifier à ceux qui critiquent son régime qu’ils n’ont pas intérêt à mettre les pieds en Irak.

Encore heureux que Nadir Dendoune n’ait pas été victime d’un « accident ». En Irak, le pire est toujours à craindre.

 Gilles Munier

http://fr.rsf.org/irak-nadir-dendoune-retenu-contre-son-01-03-2013,44156.html

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Cuba : 50 vérités que taira Yoani Sánchez

mars 3rd, 2013 by Salim Lamrani

1. L’Article 1705 de la loi Torricelli de 1992, adoptée par le Congrès, stipule que « les États-Unis fourniront une assistance à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba ».

2. L’Article 109 de la loi Helms-Burton de 1996, adoptée par le Congrès, confirme cette politique : « Le Président [des États-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba ».

3. L’agence espagnole EFE parle d’« opposants payés par les États-Unis » à Cuba.

4. Selon l’agence de presse britannique Reuters, « le gouvernement étasunien fournit ouvertement un soutien financier fédéral pour les activités des dissidents ».

5. L’agence de presse étasunienne The Associated Press reconnaît que la politique de financement d’une dissidence interne n’était pas nouvelle : « Depuis des années, le gouvernement des États-Unis a dépensé des millions de dollars pour soutenir l’opposition cubaine ».

6. Jonathan D. Farrar, ancien chef de la Section d’intérêts nord-américains à La Havane (SINA), a révélé que certains alliés des États-Unis tels que le Canada ne partagent pas la politique de Washington : « Nos collègues canadiens nous ont posé la question suivante : quelqu’un qui accepte de l’argent des États-Unis doit-il être considéré comme un prisonnier politique ? ».

7. Pour Farrar, « Aucun dissident n’a de vision politique qui pourrait être appliquée dans un futur gouvernement. Même si les dissidents ne l’admettront pas, ils ne sont que très peu connus à Cuba en dehors du corps diplomatique et médiatique étranger […]. Il est peu probable qu’ils jouent un rôle significatif dans un gouvernement qui succèderait aux frères Castro »

8. Farrar a affirmé que « les représentants de l’Union européenne ont disqualifié les dissidents dans les mêmes termes que ceux du gouvernement de Cuba, en insistant sur le fait qu’ils ‘ne représentent personne’ ».

9. Cuba dispose du taux de mortalité infantile (4,6 pour mille) le plus bas du continent américain – y compris le Canada et les Etats-Unis – et du Tiers-monde.

10. La American Association for World Health, dont le président d’honneur est James Carter, remarque que le système de santé de Cuba est « considéré de manière uniforme comme le modèle prééminent pour le Tiers-monde ».

11. La American Public Health Association note qu’« il n’y a pas de barrière raciale qui empêche l’accès à la santé » et remarque « l’exemple offert par Cuba – un exemple d’un pays avec la volonté politique de fournir une bonne attention médicale à tous ses citoyens ».

12. Avec un médecin pour 148 habitants (78 622 au total), Cuba est, selon l’Organisation mondiale de la Santé, la nation au monde la mieux pourvue dans ce secteur.

13. Selon le New England Journal of Medecine, la plus prestigieuse revue médicale au monde, « le système de santé cubain semble irréel. Il y a trop de docteurs. Tout le monde a un médecin de famille. Tout est gratuit, entièrement gratuit […]. Malgré le fait que Cuba dispose de ressources limitées, son système de santé a résolu des problèmes que le nôtre [celui des États-Unis] n’a pas encore réussi à régler. Cuba dispose désormais de deux fois plus de médecins par habitant que les États-Unis ».

14. Selon le Bureau de l’Indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement, Cuba est le seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde qui se trouve parmi les dix premières nations du monde avec le meilleur Indice de Développement Humain sur les trois critères espérance de vie, éducation et niveau de vie lors de la dernière décennie.

15. Selon l’UNESCO, Cuba dispose du taux d’analphabétisme le plus bas et du taux de scolarisation le plus élevé d’Amérique latine.

16. D’après l’UNESCO, un élève cubain possède deux fois plus de connaissances qu’un enfant latino-américain. L’organisme note que « Cuba, bien que ce soit l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, dispose des meilleurs résultats en ce qui concerne l’éducation basique ».

17. Un rapport de l’UNESCO sur l’éducation dans 13 pays d’Amérique latine classe Cuba en tête dans toutes les matières d’enseignement.

18. Selon l’UNESCO, Cuba occupe le seizième rang mondial – le premier du continent américain – de l’indice de développement de l’éducation pour tous (IDE) qui évalue l’enseignement primaire universel, l’alphabétisation des adultes, la parité et l’égalité entre les sexes ainsi que la qualité de l’éducation. A titre de comparaison, les États-Unis sont classés au vingt-cinquième rang.

19. D’après l’UNESCO, Cuba est la nation au monde qui consacre la part de budget national la plus élevée à l’éducation, avec près de 13% du PIB.

20. L’Ecole latino-américaine de médecine de La Havane est l’une des plus réputées du continent américain et a formé des dizaines de milliers de professionnels de la santé de plus de 123 pays dans le monde.

21. L’UNICEF souligne que « Cuba est un exemple dans la protection de l’enfance ».

22. Selon Juan José Ortiz, représentant de l’UNICEF à La Havane, à Cuba, « il n’y a aucun enfant dans les rues. A Cuba, les enfants sont toujours une priorité et c’est pourquoi ils ne souffrent pas des manques qui affectent des millions d’enfants en Amérique latine, qui travaillent, qui sont exploités ou qui se trouvent dans des réseaux de prostitution ».

23. Selon l’UNICEF, Cuba est un « paradis de l’enfance en Amérique latine ».

24. L’UNICEF souligne que Cuba est le seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à avoir éradiqué la malnutrition infantile.

25. L’organisation non gouvernementale Save the Children classe Cuba au premier rang des pays en développement pour les conditions offertes pour être mère, devant l’Argentine, Israël ou la Corée du Sud.

26. Le premier vaccin au monde contre le cancer du poumon, le Cimavax-EGF, a été élaboré par des scientifiques cubains du Centre d’immunologie moléculaire de La Havane.

27. Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays.

28. Au total, plus de 85 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé 615 000 vies.

29. Actuellement, 38 868 collaborateurs médicaux cubains, dont 15 407 médecins, offrent leurs services dans 66 nations.

30. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), « l’un des exemples les plus réussis de la coopération cubaine avec le Tiers-monde a été le Programme Intégral de Santé pour l’Amérique centrale, la Caraïbe et l’Afrique ».

31. En 2012, Cuba a formé plus de 11 000 nouveaux docteurs. 5 315 sont cubains et 5 694 sont issus de 59 pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie… et même des Etats-Unis.

32. En 2005, suite à la tragédie engendrée par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, Cuba avait offert à Washington d’envoyer 1 586 médecins secourir les victimes, mais s’était heurté au refus du président de l’époque George W. Bush.

33. Suite au tremblement de terre qui avait ravagé le Pakistan en novembre 2005, 2 564 médecins cubains se rendirent sur place et portèrent secours aux victimes pendant plus de huit mois. Trente-deux hôpitaux de campagne furent montés et furent ensuite offerts aux autorités sanitaires du pays. Plus de 1 800 000 patients furent soignés et 2 086 vies furent ainsi sauvées. Aucune autre nation au monde n’apporta une aide aussi importante, pas même les États-Unis, principal allié d’Islamabad. Selon le journal britannique The Independent, la brigade médicale cubaine fut la première à arriver sur les lieux et la dernière à quitter le pays.

34. Suite au tremblement de terre à Haïti en janvier 2010, la brigade médicale cubaine, étant sur place depuis 1998, a été la première à porter secours à la population et a soigné près de 40% des victimes.

35. Selon Paul Farmer, envoyé spécial de l’ONU, en décembre 2010, lorsque l’épidémie de choléra avait atteint son sommet en Haïti avec un taux de mortalité sans précédent et que le monde avait les yeux rivés ailleurs, « la moitié des ONG étaient déjà parties, alors que les Cubains étaient toujours présents ».

36. Selon le PNUD, l’aide humanitaire cubaine représente proportionnellement au PIB un pourcentage supérieur à la moyenne des 18 nations les plus développées.

37. Grâce à l’Opération Miracle lancée en 2004 par Cuba et le Venezuela, qui consiste à opérer gratuitement les populations pauvres atteintes de cataractes et autres maladies oculaires, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue.

38. Le programme d’alphabétisation cubain Yo, sí puedo, lancé en 2003, a permis à plus de cinq millions de personnes de 28 pays différents, y compris l’Espagne et l’Australie, à apprendre à lire, écrire et compter.

39. Depuis la création du Programme humanitaire Tarará en 1990, en réponse à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, près de 30 000 enfants âgés de 5 à 15 ans ont été soignés gratuitement à Cuba.

40. Selon Elias Carranza, directeur de l’Institut latino-américain des Nations unies pour la prévention du délit et le traitement de la délinquance, Cuba a éradiqué l’exclusion sociale grâce « à de grands acquis dans la réduction de la criminalité ». Il s’agit du « pays le plus sûr de la région [alors que] la situation quant aux délits et l’insécurité à l’échelle continentale s’est détériorée durant ces trois décennies avec l’augmentation du nombre de morts dans les prisons et à l’extérieur ».

41. Au sujet du système de Défense civile cubain, le Centre pour la politique internationale de Washington, dirigé par Wayne S. Smith, ancien ambassadeur étasunien à Cuba, note dans un rapport que « l’efficacité du système cubain ne fait aucun doute. Seuls quelques Cubains ont perdu la vie dans les 16 ouragans les plus importants qui ont frappé l’île lors de la dernière décennie, et la probabilité de perdre la vie lors d’un ouragan aux États-Unis est 15 fois supérieure à celle de Cuba ».

42. Le rapport de l’ONU sur « l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » montre que les seuls pays qui ont éradiqué la faim en Amérique latine sont Cuba, le Chili, le Venezuela et l’Uruguay.

43. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « les mesures prises par Cuba dans la mise à jour de son modèle économique en vue de la réalisation de la souveraineté alimentaire peuvent devenir un exemple pour l’humanité ».

44. Selon la Banque mondiale, « Cuba est internationalement reconnue pour ses succès dans le domaine de l’éducation et de la santé, avec un service social qui dépasse celui de la plupart des pays en voie de développement et qui, dans certains secteurs, est comparable à celui des pays développés »

45. Le Fond des Nations unies pour la population souligne que Cuba « a adopté il y a plus d’un demi-siècle des programmes sociaux très avancés, qui ont permis au pays d’atteindre des indicateurs sociaux et démographiques comparables à ceux des pays développés ».

46. Depuis 1959 et l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, aucun journaliste n’a été assassiné à Cuba. Le dernier à perdre la vie fut Carlos Bastidas Argüello, assassiné par le régime militaire de Fulgencio Batista le 13 mai 1958.

47. Selon le rapport 2012 d’Amnesty International, Cuba est l’un des pays d’Amérique qui viole le moins les droits de l’homme.

48. Selon Amnesty International, les violations des droits de l’homme sont plus graves aux Etats-Unis qu’à Cuba.

49. Selon Amnesty International, il n’y a actuellement aucun prisonnier politique à Cuba.

50. Le seul pays du continent américain qui ne dispose pas de relations diplomatiques et commerciales normales avec Cuba est les Etats-Unis.

Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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«Mais si aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève.»

Stephane Hessel 

Mardi 26 février est un jour à marquer d’une pierre noire. Ce jour-là Stéphane Hessel rendait l’âme et déposait les armes mettant fin à un combat de près d’un siècle. Il y eut des hommages sincères à travers le monde, notamment les indignés de différents pays. Il y eut aussi des gens – à l’instar du Caf – qui ne boudèrent pas leur plaisir de voir enfin cet infatigable défenseur des faibles leur crier à la face leur ignominie. Stéphane Hessel a été ´´un maître à ne pas penser´´, a jugé mercredi le président du CRIF, qui dénonce notamment sa ´´volonté obsessionnelle´´ ´´de faire de Gaza l’épicentre de l’injustice´´ dans le monde.

Qui est Stéphane Hessel?

Il est né le 20 octobre 1917 à Berlin dans une famille d’écrivains. Après la percée allemande de mai 1940, il est retenu prisonnier. Il s’en échappe rapidement et se trouve parmi les premiers à rejoindre De Gaulle à Londres. Mais le 10 juillet 1944, à la suite d’une trahison, il est arrêté à Paris par la Gestapo, qui le torture et l’expédie à Buchenwald. Là, il est sauvé avec quelques autres de la pendaison grâce à la complicité d’un intellectuel allemand. Après la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il commence une carrière de diplomate au Quai d’Orsay, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, signée en 1948 dans le cadre des Nations unies.(1)

Ambassadeur de France durant de longues années, notamment en Israël. Hessel connaît la barbarie et l’a vue de ses propres yeux pour l’avoir subie. Lorsqu’il parle de la Palestine, il estime que ce qu’il a vécu dans les camps de concentration n’est pas loin de ce que vivent les Palestiniens! Deux grandes causes reviennent de façon récurrentes dans le combat de Stéphane Hessel: la cause palestinienne et le néolibéralisme.

Stéphane Hessel, le défenseur opiniâtre des droits des Palestiniens

Le cheminement de la pensée de Stéphane Hessel à propos de la Palestine ne date pas d’aujourd’hui. Il écrit: «En 1947, l’ONU s’est laissé convaincre que les juifs seraient contents d’avoir 55% de la Palestine, et les Arabes 45%. On s’est vite rendu compte que les juifs, porteurs de l’idéologie sioniste, voulaient beaucoup plus, et que les Palestiniens ne voulaient pas entendre parler du partage d’une terre qu’ils estimaient leur appartenir totalement. J’ai complètement changé ma perception des choses entre le moment où l’on a construit un pays pour les juifs massacrés par les Allemands et le moment où l’on s’est aperçu que les dirigeants de ce pays, devenus eux-mêmes des colonisateurs et des occupants de terres arabes, se comportaient très mal vis-à-vis du droit international et des droits de l’homme. Ma conviction est qu’Israël n’a jamais dévié de sa volonté de faire qu’il y ait le moins de Palestine possible et que l’on cantonne les Palestiniens dans de petits «bantoustans», ce qui est tout sauf une solution si l’on veut voir les Israéliens vivre durablement en paix.» (2)

 «De tous les combats auquels, Stéphane Hessel a prêté son enthousiasme et sa hauteur de vue, écrit Benyamin Barthes, celui pour les droits des Palestiniens occupe une place à part dans son parcours. Au mois d’octobre, il avait manifesté une dernière fois sa fidélité à cette cause, en présidant la quatrième session du tribunal Russel sur la Palestine, une juridiction citoyenne, réplique de celle bâtie par le philosophe britannique Bertrand Russel et son homologue français Jean-Paul Sartre, qui avait jugé en 1966 les crimes américains au Vietnam. (…)L’auteur d’Indignez-vous avait été fait, en novembre, citoyen d’honneur de ce pays sans Etat. ´´C’est vraiment très triste, réagit le poète Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine à l’Unesco. Stéphane était quelqu’un d’extrêmement chaleureux, animé d’une énergie vitale, d’une foi inébranlable dans le droit. C’est une perte énorme, et pas que pour la Palestine.´´»(3)

«Dans un livre de dialogue, publié en 2012, Le Rescapé et l’Exilé (éditions Don Quichotte), les deux hommes, unis par un même amour de la poésie, avaient évoqué leur rapport à la question palestinienne. Hessel y racontait qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, marqué par l’expérience de la déportation, il était favorable à la création d’Israël. ´´Mais il racontait aussi qu’à cette époque-là, il était, comme beaucoup, totalement ignorant de ce qu’était la Palestine, précise Elias Sanbar, coauteur du livre. C’est par la question du droit qui lui était si chère, et de son non-respect par Israël, qu’il a rejoint notre cause.´´ Son premier voyage dans les territoires occupés, qui remonte aux années 1990, l’incite à transformer ses convictions en actions. ´´Il en est revenu bouleversé, quasiment habité par le sentiment qu’il avait le devoir de parler, se remémore Leïla Chahid, Dans les années 2000, le fringant octogénaire multiplie les déplacements dans une région en pleine ébullition.» (3)

«En 2009, poursuit Barthes, l’infatigable Hessel s’insurge contre l’opération ´´Plomb durci´´, qui coûta la vie à plus d’un millier de résidents de Gaza, qualifiant les bombardements israéliens de ´´crimes contre l’humanité´´. Il milite pour la libération de Salah Hamouri, le jeune Franco-Palestinien condamné par Israël à sept années de prison. Il joint également sa voix à la campagne BDS (boycottage, désinvestissement, sanctions), qui lutte de façon non-violente contre l’impunité d’Israël, en appelant, notamment à un boycottage des produits fabriqués dans les colonies juives de Cisjordanie. Ce ralliement achève d’en faire la bête noire des milieux pro-israéliens français, qui, à l’instar de l’écrivain Pierre-André Taguieff, martèlent qu’il appelle à la ´´haine d’Israël ´´ et qu’il s’est rangé dans le camp des ´´pires antijuifs´´. En janvier 2011, le CRIF obtient même l’annulation d’une conférence à laquelle il devait participer à l’Ecole normale supérieure, rue d’Ulm à Paris. (…)Le vieil indigné refusait de raccrocher. ´´Il nous laisse un message,conclut Elias Sanbar, c’est qu’il faut se battre sur le front du droit, encore et encore. C’est ça ou le bain de sang.´´(3)

L’acharnement contre ses principes

Avec sa liberté de ton, Stéphane Hessel a mobilisé contre lui tous les intellectuels français qui font de la défense d’Israël – qu’elle ait tort ou raison – leur combat. Il s’est notamment attiré leurs foudres quand il a donné son avis sur la politique hitlérienne. Dans un entretien publié dans le Frankfurter Allegemeine Zetitung du 21 janvier 2011 Stéphane Hessel déclarait en effet:

«L’occupation allemande était ´´relativement inoffensive´´ tout comme la persécution des juifs et l’extermination systématique des juifs d’Europe. «Aujourd’hui, nous pouvons constater ceci: la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. Il était permis à Paris de jouer des pièces de Jean-Paul Sartre ou d’écouter Juliette Gréco. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci: l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’oeuvres d’art. Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait, nous rendait à nous, résistants, le travail si difficile.»

Pour avoir défendu le droit des Palestiniens à vivre dignement, il a été mis en examen, le 24 septembre 2010, pour «incitation à la haine raciale». Comment le fait de dénoncer un pays qui bafoue les lois internationales fait que nous sommes systématiquement accusés d’antisémitisme ou d’incitation à la haine raciale? Pourquoi de tels amalgames? Comment cet homme de 93 ans, qui se bat chaque jour pour la paix et pour les droits de l’homme peut-il se faire accuser de la sorte? «Peut-être est-ce parce qu’il ose le crime ultime: dénoncer la politique du gouvernement israélien! Stéphane Hessel utilise tout ce qui est en son pouvoir pour faire pacifiquement pression sur le gouvernement israélien afin que les droits de l’homme et les lois internationales soient respectés; notamment grâce au boycott des produits israéliens (BDS), une pratique que Michèle-Alliot Marie avait docilement condamnée.

Avant de disparaître, l’intellectuel avait également rédigé la préface d’Un État pour la Palestine, à paraître le 20 mars aux éditions de L’Herne, qui présente les conclusions des différentes sessions du ´´Tribunal Russell sur la Palestine´´..

Le devoir de s’indigner

Stéphane Hessel, un résistant d’hier et d’aujourd’hui. Sous ce titre, le site Attac rappelle le combat de Stéphane Hessel: «Résister, disait Lucie Aubrac, est un verbe qui se conjugue au présent. Résistant d’hier contre le nazisme, Stéphane Hessel était aussi un résistant d’aujourd’hui, engagé contre les méfaits du néolibéralisme, l’écart grandissant entre les plus riches et les plus pauvres, la dictature des marchés financiers, l’exploitation abusive des ressources de la terre, les traitements inhumains infligés aux personnes les plus défavorisées. Stéphane Hessel était aussi un bâtisseur. Il avait participé à l’élaboration du programme du conseil national de la résistance, dont Attac a fêté avec lui le soixantième anniversaire en 2004. Il avait ensuite corédigé la Déclaration universelle des droits de l’homme. Infatigable défenseur des droits humains, il a été également de tous les combats anticoloniaux. Sa défense rigoureuse du peuple palestinien lui a valu d’essuyer, à maintes reprises insultes et diffamation. Jusqu’à la fin, il a été aux côtés de ceux qui menaient les luttes pour un monde plus juste. Son livre Indignez-vous, qui a eu un écho planétaire, a été le drapeau de milliers de manifestants du monde entier qui se sont mobilisés contre un système injuste et de moins en moins démocratique. Le 15 janvier 2012, Hessel avait conclu une manifestation internationale organisée par Attac sur ´´Leur dette, notre démocratie´´.(4)

Après l’immense succès du manifeste Indignez-vous!, Stéphane Hessel, mort à 95 ans, s’apprêtait à publier la semaine prochaine A nous de jouer! un livre d’entretiens dans lequel il exhorte les ´´indignés de cette Terre´´ à agir avec compassion en faveur d’un ´´monde social´´.

Les indignés européens, puis planétaires, résistants, presque impossibles, se sont soulevés sous une bannière proposée par un homme qui avait déjà traversé un siècle. Pensez donc! Des jeunes faisant du slogan d’un «vieillard» le cri de guerre de leur génération contre les effroyables conditions qui leur sont faites: Indignez-vous!. Les valeurs et les moyens de Stéphane Hessel sont devenus des mantras à Madrid, Athènes, Lisbonne, à Tel-Aviv, mais aussi à Paris et, chose fascinante, au pied de Wall Street avec les fameux Occupy Street, Stéphane Hessel s’est opposé à l’inéluctable: d’une part, à «l’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s’accroître» et d’autre part, à la détérioration des droits de l’homme.

 «Le ras-le-bol mondialisé est une réalité. Si les médias aux ordres ont soigneusement étouffé les révoltes des sans-voix mais pas sans droits dans les pays occidentaux, on se souvient que Stephane Hessel s’était indigné et l’avait fait savoir dans un petit fascicule: Indignez-vous!. Tiré à des dizaines de milliers d’exemplaires, il a fait mouche, car devant l’anomie du monde, les motifs d’indignation ne manquent pas. Avec le philosophe Edgar Morin, il vient de «récidiver» dans un petit ouvrage. Stéphane Hessel et Edgar Morin marient leur ardeur juvénile et leurs réflexions dans un manifeste, Le chemin de l’espérance, qui préconise l’insurrection des consciences et exigence citoyenne, socles selon eux d’une «politique du bien-vivre».(5) (6)

«L’ouvrage écrit à deux, est un manifeste d’indignation de ´´dénoncer le cours pervers d’une politique aveugle qui conduit au désastre, d’énoncer une voie politique de salut public et d’annoncer une nouvelle espérance´´, soulignent ces deux symboles de la Résistance et amis de longue date.» «Nous ne proposons pas de pacte aux partis existants», insistent-ils. «Nous souhaitons contribuer à la formation d’un puissant mouvement citoyen, d’une insurrection des consciences qui puisse engendrer une politique à la hauteur de ces exigences». Ils appellent à dépasser les clivages idéologiques pour trouver des solutions. Ils définissent ainsi quatre sources pour «alimenter la gauche: la source libertaire, la source socialiste, qui se concentre sur l’amélioration de la société; la source communiste, qui se concentre sur la fraternité communautaire. Ajoutons-y la source écologique, qui nous restitue notre lien et notre interdépendance avec la nature et plus profondément notre Terre-mère, et qui reconnaît en notre Soleil la source de toutes les énergies vivantes.» (5) (6)

L’écologie ne lui était pas étrangère. Lors d’une conférence à Nantes, Hessel a présenté son livre Tous comptes faits… ou presque, Stéphane Hessel appelle les citoyens a s’engager pour lancer un grand mouvement. «Nous sommes membres de la Terre, nous n’en sommes pas les maîtres.» Stéphane Hessel est ensuite revenu sur l’affaire Mohammed Merah. Il nous met en garde «il ne faut pas confondre cette violence terroriste avec l’Islam», qui n’est pas plus condamnable qu’une autre religion. La source du terrorisme est la haine, c’est à celle-ci qu’il faut trouver des réponses. Stéphane Hessel prône la compassion, c’est-à-dire «la passion de vouloir un équilibre établi entre tous afin que les cultures se rencontrent et vivent ensemble».(7)

A cette empathie envers son prochain, son combat itératif est toujours celui des droits de l’homme. Le 22 janvier 2013, à la question du journaliste Mathias Leboeuf «Où faut-il aller? » , Stéphane Hessel répond tout de suite. «Il faut aller à la mise en oeuvre de la Déclaration universelle des droits de l’homme»: telle fut la dernière phrase prononcée alors par l’ancien résistant. Tout est dit dans cette phrase qui résume le noble combat d’une vie. Reposez en paix Stephane Hessel, que la Terre vous soit légère.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz
1. http://www.la-croix.com/Actualite/France/ Stephane-Hessel-resistant-diplomate-indigne-est-mort-_NG_-2013-02-27-915600

2. http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/ghozlan-s-en-prend-a-stephane-82687

3. Benjamin Barthe http://www.lemonde. fr/proche-orient/article/2013/02/27/stephane-hessel-le-defenseur-opiniatre-des-droits-des-palestiniens_1839840_3218.html

4. http://www.france.attac.org/archives/spip.php? rubrique432

5. Stéphane Hessel et Edgar Morin Le chemin de l’espérance Edits Fayard, 28.09.10 David Naulin Indignés, Stéphane Hessel et Edgar Morin prônent l’espérance 5 octobre 2011

6. http://www.legrandsoir.info/le-printemps-occidental-les-indignes-relevent-la-tete.html

7. http://www.mopnantes.fr/societe/stephane-hessel-rsquo-universite-nantes6126 30 03 12

 

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L’incident sur le site nucléaire du Tricastin n’est pas terminé

mars 3rd, 2013 by Coordination anti-nucléaire Sud-Est

Le nouvel incident – une explosion précédée d’un immense flash bleu – qui s’est produit jeudi 28 février 2013 vers 20h à la centrale nucléaire du Tricastin, l’une des plus vieilles centrales nucléaires, n’est pas clos.

A ce jour les investigations indépendantes menées en dehors de la parole officielle et de l’exploitant EDF révèlent :

- le parasurtenseur (parafoudre) de sortie du transformateur principal du réacteur nucléaire n° 1 est touché et git à 45 ° vers le sol, des techniciens sont en intervention

- les bâtiments annexe « phase 3 » du réacteur nucléaire n°1 , celui des turbines et condensateurs, crachent de la “vapeur” de tous les côtés. D’importantes coulures de liquide se répandent au long de l’assise en béton. Ce qui peut laisser supposer une difficulté de régulation de la pression.

- le mistral soufflant entre 80 et 90 km/h rend impossible des prélèvements d’échantillons significatifs de présence ou non de radioactivité

Des rejets radioactifs possibles, une vétusté inquiétante

Lors de l’arrêt d’urgence d’un réacteur, tel aujourd’hui ce qui affecte le réacteur n°1 du Tricastin, il y a impossibilité de stopper instantanément la réaction nucléaire (blackout). En conséquence le refroidissement et la production de vapeur par l’échangeur du circuit primaire doivent être assurés. Cette continuité peut engendrer des “soulagements” qui peuvent nécessiter en urgence des rejets gazeux radioactifs et chimiques par la cheminée (et non par les tours de refroidissement dont ce n’est pas la fonction).

Le réacteur n°1 est celui qui présente le plus de vétusté dont de nombreuses fissures de plus de 1 cm et il apparaît que sa maîtrise de conduite relève de la danse de Saint-Guy. L’ASN l’a placé particulièrement sous surveilllance tout en lui ayant octroyé un prolongement de durée de fonctionnement plutôt contradictoire.

D’autres incidents dans les mois et années passées

- le 2 juillet 2011 : un incendie avait déjà touché le transformateur de l’unité du réacteur n°1 à l’arrêt. Incendie, flammes, fumées noires dans le ciel, intervention des pompiers, périmètres de « sécurité ». Explication officielle à l’époque : « Une borne en porcelaine s’est fissurée et a explosé. De l’huile a coulé, provoquant l’incendie. »

- février 2011 : Un incident concernant les groupes électrogènes de secours à moteur diesel de la centrale nucléaire du Tricastin a été déclaré par EDF le 16 février 2011. Les groupes électrogènes de secours à moteur diesel permettent d’alimenter les systèmes de sûreté du réacteur en cas de perte de l’alimentation électrique par le réseau national. L’ASN a classé au niveau 2 sur l’échelle INES cet incident.

- mardi 10 avril 2012 au petit matin, un incendie dégageant une importante fumée s’est déclaré dans la salle des machines, cette fois-ci du réacteur n° 4. La quasi totalité des voies de circulations situées à l’extérieur du site nucléaire ont du être fermées par les forces de gendarmerie.

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Photos des installations © next-up

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Nouvel incident sur le site nucléaire du Tricastin

mars 2nd, 2013 by Coordination anti-nucléaire Sud-Est

Un nouvel incident vient de se produire ce jeudi soir à la centrale nucléaire du Tricastin, l’une des plus vieilles centrales nucléaires du pays dont les réacteurs –mis en service dans les années 1980/81 – ont dépassé leur âge limite de 30 ans. C’est le 1000ème incidents/accidents qui survient sur le site nucléaro-chimique civil et militaire du Tricastin depuis sa création. Le Collectif antinucléaire de Vaucluse demande sa fermeture immédiate et définitive.

Jeudi 28 février à 20h. un nouvel incident – une explosion précédée d’un immense flash bleu – a ébranlé la quiétude relative des habitants des environs de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme). Cette fois-ci c’est le premier pylône en sortie du transformateur du réacteur nucléaire n°1 qui en serait la cause suite à un court-circuit sur la ligne de 250 000 volts. Le réacteur n°1 s’est mis automatiquement à l’arrêt sans qu’on sache précisément les origines et les conséquences de cette incident.

Comme d’habitude « rien de grave, aucun danger » selon l’exploitant nucléaire. Pourtant il s’agit du millième incident/accident sur le site du Tricastin depuis sa création. Pourtant l’ASN ne cesse de pointer du doigt l’un des plus vieux sites nucléaires du pays et sa catastrophique gestion.

Pourtant  l’Autorité de Sureté Nucléaire a donné son feu vert à la prolongation pour 10 ans de l’exploitation des réacteurs nucléaires périmés (au nombre de 37 en France en plus de ceux du Tricastin)  tout en réclamant pieusement des travaux de sécurisation notamment face aux risques d’inondation et sismiques ou de canicules. Mais … pas avant plusieurs années. Les nucléocrates aiment jouer à la roulette russe.

« Ce n’est pas un chèque en blanc donné à EDF. En plus des contrôles réguliers, nous en demanderons un autre très approfondi de la cuve du réacteur dans cinq ans, ce que nous ne ferions pas forcément ailleurs… » déclarait dans un terrible euphémisme l’ASN il y a plusieurs années. Cette cuve du réacteur n°1 sur laquelle on vient de recenser près de 20 fissures de plus d’un centimètre sans pouvoir savoir si elles sont plus importantes car impossibles à contrôler du fait de la radioactivité ambiante.

Pourtant EDF réclame à présent de poursuivre l’exploitation de ses réacteurs durant soixante ans privilégiant ainsi le profit financier sur la sécurité, la santé et la vie des riverains, des travailleurs et des territoires.

Incidents et accidents à répétition (quelques exemples, liste non-exhaustive)

Le 13 mai 2009 : deux pièces métalliques de 2 tonnes restent bloquées en suspension sur le pont de manutention à 15 mètres au dessus de la piscine pendant plusieurs jours, menaçant de rayer de la carte la Provence et la région Rhône-Durance.

En novembre 2011,  sur le réacteur nucléaire n°2 de la centrale nucléaire du Tricastin, un des 157 assemblages d’uranium est «resté accroché» à l’intérieur du bâtiment de la piscine lors d’opérations de déchargement du combustible. Le bâtiment réacteur a du être fermé et le personnel évacué.

En juillet 2011, un incendie spectaculaire touche le transformateur de l’unité du réacteur n°1 à l’arrêt. Incendie, flammes, fumées noires dans le ciel, intervention des pompiers, périmètres de « sécurité ». Là encore pour EDF : « aucune conséquence radiologique sur l’environnement et la population».

7 juillet 2008 : contamination de la nappe phréatique par des rejets intempestifs d’uranium par l’usine de retraitement de déchets nucléaires Areva-Socatri. Eau impropre à la consommation et à l’arrosage des cultures, préjudices matériels, financiers et sanitaires des riverains. Après moultes dénégations, Areva est condamnée par le Tribunal de Carpentras.

23 juillet 2008 : fuite de poussières radioactives échappées d’un tuyau dans le bâtiment du réacteur n°4. Evacuation de 100 salariés et contamination de au moins 2 salariés. Cyniquement EDF déclara qu’il n’avait dépassé ni la norme ni la dose.

Avril 2012 : incendie sur le transformateur du réacteur n°1

Face aux atteintes permanentes et quotidiennes à la sécurité et à la santé des habitants et salariés – et avant que la catastrophe ultime ne se produise – le Collectif antinucléaire de Vaucluse / CAN84 exige la fermeture immédiate des 4 réacteurs nucléaires ainsi que la mise à l’arrêt de la totalité des installations nucléaires du site nucléaro-chimique civil et militaire du Tricastin.

Il y va de la survie de tout un territoire, de toute une population.

Communiqué de Presse du 1er mars 2013
Collectif antinucléaire de Vaucluse / CAN84 / collectifantinucleaire84@hotmail.fr 

NB : Lors de l’arrêt d’urgence d’un réacteur, tel aujourd’hui le réacteur n°1 du Tricastin, il y a  impossibilité de stopper instantanément la réaction nucléaire (blackout). En conséquence le refroidissement et la production de vapeur par l’échangeur du circuit primaire doivent être assurés. Cette continuité peut engendrer des “soulagements” qui peuvent nécessiter en urgence notamment des rejets gazeux radioactifs et chimiques par la cheminée  (et non par les tours de refroidissement). Compte-tenu des vents dominants l’organisation Next-Up procède actuellement en urgence sur la zone de la centrale nucléaire du Tricastin à des prélèvements en continus et mesures des contrôles avec la mise en œuvre d’un collecteur de particules autonome en énergie.

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(Photo : www.cartoradiations.fr )


la presse en parle
 (cliquer sur les miniatures ou logos)

2013-03-02_Presse_LaProvence_Tricastin_incident_CAN84.jpg  La Provence   logo_bioaddict.jpg    logo_France-Info.jpg
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Durant les préparatifs du sommet des Amis de la Syrie du 28 février à Rome, les États-Unis ont indiqué un changement de politique consistant à armer ouvertement l’opposition syrienne qui mène une guerre pour le compte des États-Unis dans le dessein de faire tomber le président syrien Bashar el-Assad.

Cela s’est fait par un jeu politique chorégraphié avec soin entre le ministre des Affaires étrangères John F. Kerry, quelques pays européens dont la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Italie, et l’opposition syrienne elle-même.

La Coalition nationale syrienne (CNS) d’opposition a menacé de ne pas venir au sommet, laissant ostensiblement les amis de la Syrie sans personne avec qui pouvoir affirmer leur amitié. Kerry a saisi ce moment pour faire des promesses d’un soutien supplémentaire pendant qu’il faisait la tournée des capitales européennes, en préparation du sommet de Rome et de sa prochaine tournée au Moyen-Orient.

En rencontrant le premier ministre britannique David Cameron et le ministre des Affaires étrangères William Hague, Kerry a promis qu’un nouveau soutien américain pour la CNS « arrive[rait] à maturité d’ici que nous nous réunissions à Rome. » D’autres mesures américaines devaient y être discutées si l’opposition assiste à la réunion des Amis de la Syrie.

Kerry a insisté sur le fait que les États-Unis cherchaient toujours une solution politique, suggérant que l’aide militaire directe n’était pas immédiatement à l’ordre du jour. Mais il a ajouté : « Nous sommes déterminés à ce que l’opposition Syrienne ne soit pas laissée à l’abandon, à se demander où est le soutien, et s’il doit bien arriver. » « Je veux que nos amis du conseil d’opposition syrien sachent que nous ne venons pas à Rome juste pour parler. Nous venons à Rome pour prendre une décision sur les prochaines étapes, » a-t-il ajouté. Hague a également insisté pour que l’opposition reste impliquée dans les négociations, promettant que le Royaume-Uni croit que « nous devons augmenter significativement notre soutien à l’opposition syrienne, en plus de notre importante contribution à l’aide humanitaire, et c’est précisément ce que nous nous préparons à faire. »

Les diplomates européens ont dit que le chef de la CNS, Moaz al-Khatib, avait déclaré au gouvernement italien que sa délégation se rendrait au sommet jeudi. Walid al-Bunni, porte-parole du CNS, a dit lundi que cette décision avait été prise après une conversation téléphonique entre al-Khatib et Kerry.

La discussion sur l’intensification de l’aide est intervenue dans un contexte de reportages – notamment de la part du New York Times – selon lesquels les cargaisons d’armes envoyées à l’opposition étaient en augmentation, financées par les Etats du golfe et dans certains cas en provenance de Croatie et d’autres pays d’Europe de l’Est.

Ces armes auraient été acheminées en passant par la Jordanie et la Turquie. David Ottaway du Woodrow Wilson International Center for Scholarsa déclaré, « Je pense que c’est une opération américano-jordano-saoudienne – les trois mêmes groupes qui ont œuvré par le passé pour faire tomber Saddam Hussein. Je ne pense pas que la Jordanie ferait cela seule. »

« En effet, nous avons fourni de nouvelles armes anti-aériennes et des armes défensives lourdes données par des pays arabes et non-arabes ces derniers temps, » a dit Louay Almokdad, coordinateur politique et médiatique de l’Armée syrienne de libération, à CNN dimanche.

Divers commandants et combattants rebelles ont déclaré à Reuters qu’une cargaison était parvenue en Syrie en passant par la Turquie le mois dernier comprenant des équipements portables à l’épaule et d’autres équipements mobiles, dont des armes anti-aériennes et anti-blindage, des mortiers et des lance-roquettes. Ces armes, ainsi que l’argent pour payer les combattants, étaient tous distribués via une nouvelle structure de commandement établie pour envoyer de l’aide étrangère en partie comme moyen de contrôler l’opposition et de minimiser l’influence des groupes de type Al-Quaïda comme Jabhat al-Nusra et Ahrar al-Sham.

D’après Reuters, « Les rebelles ont refusé de spécifier qui fournissait les nouvelles armes, disant qu’ils ne veulent pas embarrasser leurs soutiens étrangers, mais ils ont dit qu’elles étaient venues ouvertement de Turquie, “de la part d’Etats donneurs”. “Nous avons reçu cette cargaison légalement et normalement. Elle n’a pas été livrée en contrebande mais officiellement par le passage de Bab al-Hawa,” a dit un commandant rebelle. »

Un photographe de Reuters à Damas a vu des armes d’origine occidentale aux mains des rebelles, dont des fusils d’assaut M4 américains et Steyr autrichiens.

Un commandant rebelle a dit au sujet de l’argent et des armes fournis, « Donc en fait c’est comme si nous avions payé d’avance. C’est financé par les pays qui seront impliqués dans la reconstruction de la Syrie. »

Le chef d’état-major du commandement militaire rebelle, le brigadier Selim Idris, a dit que la présence des combattants étrangers compliquait le soutien international pour la lutte contre Assad, tout en affirmant : « Nous ne recevons pas d’armes des Européens, nous ne voulons pas les embarrasser, nous ne voulons embarrasser personne avec la question des armes. »

Après la déclaration de Kerry à Londres, le Washington Post et CNN ont tous deux fait état du fait que le gouvernement Obama s’apprêtait à un changement de politique majeur concernant la Syrie qui pourrait fournir aux rebelles des équipements tels des gilets pare-balles et des véhicules blindés, et éventuellement de l’entraînement militaire.

Le Washington Post a dit que le gouvernement Obama cherche à retirer les restrictions sur les équipements « à double usage [pouvant servir à une action offensive comme défensive, ndt] », qui concernerait le matériel de communication, les gilets pare-balles et pare-éclats, du matériel de vision de nuit, et des véhicules militaires. « Ils procèdent à une redéfinition de ce qui est létal, » a indiqué une source. « Ils travaillent là-dessus depuis un moment. »

CNN a affirmé que ces changements sont en cours de discussion avec les alliés des États-Unis dans le cadre de la tournée de Kerry et que cela se fait en coordination avec les puissances européennes. Chaque pays de l’Union européenne décidera lui-même de ce qu’il va fournir, d’après le responsable.

Le Post a noté que « Kerry a fait référence indirectement à plusieurs reprises à un changement de politique au cours de ses voyages. Il a dit à un groupe d’étudiants allemands mardi que les États-Unis veulent une “solution pacifique” en Syrie, mais si ses dirigeants refusent de négocier et continuent à tuer des civils, “alors il faut au moins fournir une sorte de soutien à ceux qui se battent pour leurs droits. »

La Grande-Bretagne et la France ont toutes deux insisté pour lever l’embargo de l’UE sur les ventes d’armes à la Syrie, mais ont rencontré une opposition dans ce bloc, celui-ci a par conséquent été prolongé de trois mois. L’UE a cependant inséré une clause autorisant les Etats-membres « à fournir une aide non-létale plus importante et une assistance technique à la protection des civils. »

Un représentant de l’UE a parlé avec franchise au Washington Post, expliquant, « Sous le vieux système européen on ne pouvait rien faire, » alors que la nouvelle règle autorisera « des choses qui en elles-mêmes ne tuent pas les gens. »

« On parle de choses qui peuvent être utiles sur le terrain – gilets pare-balles, jumelles et moyens de communication, » a dit un autre.

La duplicité des États-Unis et de leurs alliés européens est rendue nécessaire par leur tentative de préserver l’illusion qu’ils cherchent une solution diplomatique. Kerry s’est même plaint au CNS que leur boycott affaiblissait sa position à la veille d’une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères russe, Sergey Lavrov, à Berlin mardi.

S’exprimant depuis Moscou lundi 25 février, le ministre des Affaires étrangères syrien Walid al-Moallem a proposé des négociations avec l’opposition, y compris avec ceux qui avaient pris les armes. Lavrov a lancé un appel au soutien de l’initiation du régime Assad, prévenant que de nouveaux combats risquaient d’entraîner « le démembrement de l’Etat syrien. »

« Les Syriens devraient décider par eux-mêmes de leur sort sans intervention extérieure, » a dit Lavrov, citant « des forces raisonnables qui sont de plus en plus conscientes de la nécessité de commencer les négociations aussi tôt que possible pour parvenir à un accord politique. »

Quelles que soient les agitations diplomatiques, Washington pousse à un changement de régime en Syrie, par l’entremise de ses intermédiaires : la Turquie, l’Arabie saoudite, et le Qatar. Mardi 26 février, des délégués du Groupe de travail international des Amis de la Syrie, réunis à Sofia, ont appelé à l’application de sanctions par « tous les membres de la communauté internationale, en particulier les membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies » – visant la Russie et la Chine pour leur opposition à de telles mesures.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 28 février 2013

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Le président français François Hollande s’est rendu en Grèce le 19 février pour rencontrer le premier ministre grec conservateur Antonis Samaras. Il s’est présenté en tant qu’ami du peuple grec, bien qu’il ait soutenu les programmes d’austérité successifs imposés sur le pays par les banques et l’Union européenne.

Hollande était accompagné de capitalistes français qui comptaient acheter des biens du secteur public grec, que la Grèce privatise sous pression de l’UE.

Lors de sa visite à Athènes, Hollande a approuvé les mesures d’austérité imposées à la population grecque par les différents gouvernements successifs depuis 2009 : « le peuple a subi des choix douloureux, même si, pour beaucoup ils étaient nécessaires ».

Cette déclaration expose le caractère mensonger de la campagne électorale de Hollande, qui déclarait que « l’austérité n’est pas une fatalité » pour tenter de donner un aspect de « gauche » au programme d’austérité qu’il préparait contre les travailleurs.

Le ton cynique de la tournée de Hollande en Grèce reflétait la collaboration réactionnaire entre les bourgeoisies grecque et française au sein de l’UE. Contrairement à la visite précédente de la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français n’était pas protégé par un dispositif policier important.

Hollande a reçu les compliments de Samaras, qui a remercié le gouvernement français pour avoir soutenu le maintien de la Grèce dans la zone euro. Samaras a flatté la France d’être le « centre politique de l’Europe ».

Hollande démontrait non seulement son indifférence politiquement criminelle envers les travailleurs grecs, mais les conceptions réactionnaires qui motivent sa politique en France. Les banques et l’UE se servirent de la Grèce comme d’un laboratoire pour détruire les acquis sociaux de la classe ouvrière. Depuis l’élection de François Hollande en mai 2012, la France suit le chemin tracé par le premier ministre du parti social-démocrate grec PASOK, Georges Papandreou, après son élection en octobre 2009.

L’UE a imposé à la Grèce cinq plans de sauvetage assortis de plans d’austérité depuis 2009 qui ont produit une régression sociale à une échelle inconnue dans son histoire moderne. Depuis 2008, le taux de chômage est passé de 7 à 27 pour cent. En 2013, les économistes projettent que le pourcentage de travailleurs sans emploi passera à 30 pour cent.

Les pensions des retraités et les salaires des travailleurs qui ont réussi à garder leur emploi ont subi des baisses importantes, en moyenne d’environ 40 pour cent. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est en constante augmentation. L’accès aux soins et à la nourriture sont de plus en plus difficiles pour de larges sections de la population:les hôpitaux ne sont pas équipés, des milliers de gens sont devenus SDF et le taux de suicides explose.

Les programmes d’austérité ont aussi provoqué une crise dans les partis politiques traditionnels en Grèce et par là même une crise de la démocratie bourgeoise grecque. Pour continuer à imposer les mesures d’austérité à la classe ouvrière grecque, l’UE avait imposé en novembre 2011 un gouvernement de technocrates pour remplacer le gouvernement Papandreou discrédité. Depuis juin 2012, c’est un gouvernement de coalition de partis de droite et de « gauche » dirigé par Samaras qui poursuite cette politique. Le PASOK fait partie de cette coalition mais son vote s’est effondré lors des dernières élections.

Les droits démocratiques des travailleurs grecs sont attaqués par la bourgeoisie grecque qui rend illégale toute mobilisation des travailleurs. Les milieux dirigeants s’inquiètent que la classe ouvrière est susceptible d’échapper au contrôle des syndicats, comme elle menaçait de faire lors de la grève des chauffeurs de camion en 2011 et la récente grève des travailleurs du métro d’Athènes. La bourgeoisie grecque fait aussi appel aux bandes fascistes organisées par l’Aube dorée, avec la complicité de la police, pour réprimer les immigrés et plus largement la classe ouvrière.

Depuis près d’un an, François Hollande tente de réduire du déficit public, comme Papandreou en 2009. Son gouvernement met en œuvre une politique de destruction de sites industriels (PSA Aulnay, ArcelorMittal-Florange) et a fait pression sur les travailleurs pour qu’ils acceptent que les syndicats signent des accords de compétitivité dans chaque entreprise, supprimant ainsi les acquis sociaux. Les syndicats et le gouvernement Hollande ont trouvé un terrain d’entente le 11 janvier avec le patronat pour réformer le marché du travail.

L’économie française stagne, avec une croissance en 2012 à 0,1% et qui risque de se contracter cette année. Le déficit budgétaire sera supérieur au 3% en 2013 et 2014. L’Etat cherchera à faire des économies, comme l’a expliqué Olli Rehn, commissaire aux affaires économiques de l’UE : « étant donné les risques liés à une dette publique qui a déjà grimpé au-dessus de 90% et le défi de compétitivité très important auquel fait face l’économie française, il faut que la France poursuive (…) les efforts budgétaires et les réformes structurelles pour la croissance et l’emploi. ».

François Hollande s’inspirera de son voyage en Grèce pour imposer ses mesures d’austérité à la classe ouvrière française. Il comptera sur le soutien d’organisations comme le Front de Gauche ou le NPA, tous deux très proches du parti pseudo-gauche Syriza, qui grimpe dans les sondages suite à l’effondrement du Pasok.

Syriza a salué la victoire de Hollande sur Sarkozy, qui travaillait en étroite collaboration avec Merkel pour mener une politique d’austérité en Europe. Le dirigeant de Syriza Alexis Tsipras avait dit que « nous avons de grands espoirs et attentes concernant cette rupture de l’axe franco-allemand qui a suivi la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ».

Il avait ajouté : « les questions formulées par la gauche il y a longtemps sont maintenant discutées au niveau du G8, tels les euros-bonds et les prêts directs de la Banque centrale européenne ».

Cet enthousiasme de Tsipras contribua à masquer la nature du gouvernement Hollande, démontrant les liens étroits qui existent entre la pseudo-gauche et la « gauche » bourgeoise social-libérale incarnée par Hollande.

Les propositions de Tsipras n’étaient pas des mesures de rupture avec la politique d’austérité dictée par l’UE mais étaient calquées sur le programme de Hollande aux élections présidentielles. Tsipras voyait en Hollande un partenaire pour discuter l’assouplissement des conditions de remboursement de la dette grecque et ainsi favoriser sa propre ascension électorale, basée sur une politique de collaboration avec l’UE et de remboursement des banques.

Anthony Torres

Il y a soixante ans aujourd’hui, un accord a été conclu à Londres pour annuler la moitié de la dette de l’Allemagne d’après-guerre. Cette annulation, et la façon dont cela a été fait, est essentielle à la reconstruction de l’Europe de l’après-guerre. Elle est en contraste frappant avec la souffrance infligée aux peuples européens aujourd’hui au nom de la dette.

L’Allemagne a émergé de la seconde guerre mondiale en supportant encore des dettes originaires de la première guerre mondiale : les réparations imposées au pays suite à la conférence de paix de Versailles en 1919. Beaucoup, y compris John Maynard Keynes, ont fait valoir que ces dettes impayables et les politiques économiques qui en découlaient ont conduit à la montée du nazisme et à la seconde guerre mondiale.

En 1953, l’Allemagne avait également des dettes due aux prêts pour la reconstruction effectués immédiatement après la fin de la seconde guerre mondiale. Parmi les créanciers de l’Allemagne, on trouvait la Grèce et l’Espagne, le Pakistan et l’Egypte, ainsi que les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

La dette allemande était bien inférieure aux niveaux observés en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne d’aujourd’hui, et ne représentait qu’un quart du revenu national. Mais même à ce niveau, la préoccupation était vive que le service de la dette obligerait à utiliser de précieuses recettes en devises et mettraient en danger la reconstruction.

Ayant besoin d’une Allemagne de l’Ouest forte comme rempart contre le communisme, les créanciers du pays se sont réunis à Londres et ont montré qu’ils avaient compris comment aider un pays qu’on souhaite voir sortir des ruines. Ils ont également montré avoir compris que la dette ne peut jamais être considérée comme étant de la responsabilité du seul débiteur. Des pays tels que la Grèce ont volontairement pris part à un accord pour aider à créer un environnement stable et prospère en Europe occidentale, malgré les crimes de guerre qu’avait infligé l’occupant allemand quelques années auparavant.

L’annulation de la dette de l’Allemagne a été rapide, avant qu’une vraie crise n’éclate. L’Allemagne a bénéficié d’une annulation de 50% de sa dette. L’accord couvrait toutes les dettes, y compris celles dues par le secteur privé et même les particuliers. Il a également couvert l’ensemble des créanciers. Personne n’a été autorisé à s’abstraire de l’accord pour gagner plus que les autres. Tous les problèmes ont été traités par des négociations entre égaux, plutôt que par des sanctions ou l’imposition de politiques non démocratiques.

Peut-être l’aspect le plus novateur de l’accord de Londres était une clause qui disait que Allemagne de l’Ouest ne devrait payer sa dette qu’en cas d’excédent commercial, et que les remboursements étaient limités à 3% des recettes d’exportation chaque année. Cela signifiait que ces pays qui avaient consenti les créances devaient acheter les exportations ouest-allemands afin d’être payés. Cela signifiait que Allemagne de l’Ouest ne paierait que sur ses gains réels, sans avoir recours à de nouveaux emprunts. Et cela signifiait que les créanciers de l’Allemagne avaient un intérêt certain à ce que le pays et son économie soient en plein essor.

Suite à l’accord de Londres, l’Allemagne de l’Ouest a connu un « miracle économique », avec une dette allégée et des années de croissance. Le médicament administré aux pays lourdement endettés au cours des 30 dernières années, n’aurait pas pu être plus différent. La pratique depuis les années 1980 a été de renflouer les prêteurs imprudents à travers l’octroi de nouveaux prêts, tout en forçant les gouvernements à mettre en œuvre austérité et libéralisation du marché au nom de la « compétitivité ».

À la suite de cela, en Amérique latine et en Afrique dans les années 1980 et 1990, en Grèce, en Irlande et en Espagne d’aujourd’hui, la pauvreté a augmenté et les inégalités grimpé en flèche. En Afrique dans les années 1980 et 1990, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a augmenté de 125 millions, tandis que l’économie était en récession. En Grèce aujourd’hui, l’activité économique a chuté de plus de 20%, tandis que un jeune sur deux est au chômage. Dans les deux cas, la dette a gonflé.

La priorité d’un gouvernement endetté aujourd’hui est de rembourser ses dettes, quel que soit le montant du budget que ces remboursements consomment. Contrairement à la limite de 3% sur les paiements de la dette allemande, aujourd’hui, le FMI et la Banque mondiale estiment qu’une charge qui absorbe jusqu’à 15-25% des recettes d’exportation est « soutenable » pour les pays pauvres. La charge de la dette grecque représente environ 30% des exportations.

Lorsque celle-ci a été « restructurée », cela n’a concerné qu’une partie de l’ensemble des dettes, et seulement les créanciers qui souhaitaient y participer. En 2012, seuls les créanciers privés de la Grèce ont subi une restructuration. Les créanciers qui détenaient des titres émis selon la loi britannique ou suisse ont pu la refuser, et poursuivront la Grèce en justice dans les années à venir.

La « stratégie » en Grèce, Irlande, Portugal et Espagne aujourd’hui est de mettre le fardeau de l’ajustement uniquement sur le pays débiteur, l’obligeant à rendre son économie plus compétitive grâce à un chômage de masse et des réductions de salaires. Mais sans que les créanciers comme l’Allemagne soient prêts à acheter plus de leurs exportations, cela ne marchera pas, et provoquera une crise sans fin.

L’accord sur la dette allemande a été un élément clé de la reconstruction après les dévastations de la seconde guerre mondiale. Dans l’Europe d’aujourd’hui, la dette déchire le tissu social. Hors d’Europe, les pays lourdement endettés sont encore contraints à des politiques d’austérité et des mesures d’ajustement. Le Pakistan, les Philippines, le Salvador et la Jamaïque consacrent tous entre 10 et 20% des recettes d’exportation au paiement de la dette publique extérieure, non compris les paiements de dettes privées.

Si nous n’avions pas une expérience concrète de la façon de résoudre une crise de la dette de manière équitable, nous pourrions peut-être considérer que les dirigeants européens se trompent. Mais nous avons l’exemple positif de l’Allemagne il y a 60 ans, et l’exemple dévastateur de la crise de la dette latino-américaine il y a 30 ans. Les actions des dirigeants européens sont tout simplement criminelles.

Nick Dearden

Traduit par Thomas Coutrot, CADTM


Nick Dearden Directeur de Jubilee Debt Campaign (la Campagne pour le jubilé de la dette) www.jubileedebtcampaign.org.uk
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Pour en finir avec le mythe de Kennedy

mars 1st, 2013 by Jean-Pierre Dubois

Le 22 novembre prochain marquera le 50ème anniversaire de l’assassinat de J.F. Kennedy et il fait peu de doutes que nos formateurs d’opinion y trouveront l’occasion de nous rappeler tout le bien qu’il faut penser de ce « héros » de l’Occident.

Pourtant, il ne suffit pas d’avoir été assassiné (par qui ?) pour entrer dans l’Histoire par la grande porte. Ce pur produit du système élitaire américain s’est en effet distingué par des décisions qui font de sa présidence une calamité pour les peuples du monde…

Entré en fonction en janvier 1961, dès mars, Kennedy lance un programme d’armement parmi les plus importants en temps de paix : il double le nombre de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux ; augmente le nombre de bombardiers stratégiques et celui des autres missiles ; et quadruple les unités de lutte subversive dites « anti-guérillas ».

En avril, il ordonne de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. Des bombardiers américains maquillés aux couleurs cubaines attaquent les bases aériennes de l’île et détruisent les appareils au sol tandis que des bâtiments de guerre appuient le débarquement sur l’île d’une troupe de 1.500 exilés cubains recrutés et entraînés aux États-Unis par la CIA. Cette « invasion de la baie des Cochons », perpétrée en violation flagrante de la légalité internationale, se solde fort heureusement par un échec cuisant des Etats-Unis et de leurs mercenaires. Mais le peuple cubain déplore 176 tués et 4.000 blessés.

En août, Kennedy déclenche l’opération Ranch Hand, une guerre chimique contre la population du Vietnam qui consiste à répandre, sur les forêts et les récoltes, un défoliant connu sous le nom d’agent orange. Jusqu’en 1971, près de 80 millions de litres de ce défoliant sont déversés sur le Sud du Vietnam, principalement par avion. Plus de 2,5 millions d’hectares de forêts et de terres sont contaminés.

L’agent orange, qui contient de la dioxine, est un danger pour l’être humain. Les personnes exposées peuvent développer des cancers de divers types ou, s’il s’agit de femmes, mettre au monde des enfants présentant des malformations rares et monstrueuses : absence partielle ou totale de membres, tête disproportionnée, tronc a deux têtes, absence de cerveau, …

De tels enfants continuent de naître aujourd’hui car les mutations génétiques acquises par les personnes contaminées se transmettent à leur descendance. Selon les autorités vietnamiennes, 800.000 personnes seraient encore malades du fait de leur exposition à la dioxine et 150.000 enfants souffriraient de malformations.

Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants de l’entreprise IG Farben qui avaient produit le gaz Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz ont été jugés, reconnus coupables de crimes de guerre et condamnés. Serait-il anormal que les dirigeants civils et militaires des Etats-Unis qui portent la responsabilité de l’épandage de l’agent orange sur le Vietnam subissent le même sort ?

Pour Kennedy, qu’il suffise que sa mémoire soit définitivement associée à un des crimes les plus horribles du XXème siècle, et qu’en France, au moins symboliquement, l’on débaptise les rues et avenues – trop nombreuses – qui portent son nom. [1]

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Victimes de l’agent orange

Jean-Pierre Dubois

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2013/02/23/p…

[1] En région parisienne, on trouve des rues ou avenues dédiées à Kennedy dans les villes suivantes : Paris (16ème), Le Bourget, Le Kremin-Bicêtre, Charenton-le-Pont, Nogent-sur-Marne, Rosny-sous-Bois, Massy, Alfortville, Montigny-le-Bretonneux, Villeneuve-Saint-Georges, Viry-Châtillon, Antony, Pavillons-sous-Bois, Colombes, Saint-Maur-des-Fossés, Créteil, Saint-Maurice,… Même chose en Bretagne à Saint-Malo, Brest, Quimper, Lorient, Auray, Guingamp, Carhaix, Landerneau,… En plus d’un cours et d’un gymnase, Rennes a même donné le nom de Kennedy à une de ses station de métro.

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« Je suis né dans les plaines où le vent soufflait libre et il n’y avait rien pour arrêter la lumière du soleil. Je suis né là où il n’y avait pas de clôtures. […] J’ai prié à la lumière et les ténèbres, Dieu et le soleil, laissez-moi vivre en paix avec ma famille. »
Go Khla Yeh, guerrier apache, dit Geronimo

Le labyrinthe imaginaire de Mark Boal

Zero Dark Thirty s’ouvre avec un fond noir sur lequel s’inscrit un avertissement indiquant : « Ce film est basé sur des comptes rendus de faits réels ». Et, quelques deux heures trente plus tard, le long métrage réalisé par Kathryn Bigelow se conclut sur une séquence montrant l’héroïne que nous aurons suivie tout au long du film, une jeune femme, agent de la CIA, qui entrouvre un sac mortuaire et découvre le visage du cadavre que le commando desNavy Seals a rapporté après le raid opéré dans la nuit du 1er au 2 mai 2011 sur la villa d’Abbottabad au Pakistan. En arrière plan, un militaire est au téléphone, en communication avec un haut responsable à Washington. Après un regard approbateur de la jeune femme, le militaire transmet : « L’expert de la CIA nous annonce une confirmation visuelle à 100% » [1]. Ainsi la protagoniste du film – dénommée Maya – délivre-t-elle aux autorités américaines, comme aux spectateurs, la confirmation que le cadavre, exfiltré du Pakistan le 2 mai 2011, est celui de l’ennemi public numéro un de l’Occident, une attestation comme quoi Ben Laden est bien mort après être resté mystérieusement insaisissable durant près de dix ans… Cependant, les spectateurs non avertis ignorent que cette héroïne est un simple pantin de cinéma, un personnage fictif qui nous a conduit dans un labyrinthe plus ou moins imaginaire à la recherche du fantôme d’Oussama Ben Laden, un labyrinthe créé par un scénariste, Mark Boal, et vendu au monde comme une réalité tangible par l’artifice des « comptes rendus de faits réels ».

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La version française de Zero Dark Thirty indique en ouverture : « Ce film est basé sur des comptes rendus de faits réels. » La version en langue anglaise est plus pointue : « … des comptes rendus de première main… »

Ces deux jalons qui encadrent le film sont révélateurs de la roublardise des producteurs et des auteurs qui sont à l’origine de l’événement médiatique et politique qui a marqué la fin d’année 2012 aux USA, et qui est arrivé en France en ce début d’année, et révélateurs du décor en trompe l’œil dans lequel nous projette le film de Kathryn Bigelow. Tout d’abord, que signifie exactement cette mention selon laquelle le film est basé sur des « comptes rendus de faits réels » ? Une chose est claire, cet avertissement a pour but de convaincre le spectateur qu’il va assister à une reconstitution cinématographique relativement rigoureuse d’événements ayant réellement eu lieu. Et pourtant, à y réfléchir, on se rend bien compte que la mention ne veut tout simplement rien dire : de quels comptes rendus s’agit-il ? De comptes rendus de témoins indépendants ou alors des autorités politiques ou militaires ? De ceux des médias ou encore de services américains de renseignement comme la CIA ? Il s’avère, en fait, que cette dernière option semble être la bonne, la promotion du film nous indiquant que la CIA aurait ouvert ses archives et réservé des révélations au scénariste du film… Mais l’Histoire nous enseigne que cette agence, la CIA, qui a pour fond de commerce la duplicité, est libre de produire à l’attention d’Hollywood les comptes rendus qui lui chantent [2]. Cette mention est donc vide de sens. Par ailleurs, dès les premiers signes de polémique aux États-Unis, concernant les séquences de torture présentes dans le film, la production s’est défaussée et a prétexté la liberté artistique que prodigue la fiction cinématographique pour faire savoir que le film pouvait s’affranchir de toute vérité historique et ainsi se protéger des attaques. Les propos de Mark Boal lui-même, lors de la promotion du film, confirment le changement de communication : « Nous avons essayé de trouver l’équilibre entre réalisme et fiction. Notre film n’a pas la vocation d’être un documentaire. » Malgré cette couardise, les producteurs conserveront la mention de départ citée plus haut, suffisamment ambivalente pour faire illusion, sans qu’il soit nécessaire pour eux d’assumer l’enjeu politique du film.

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Les affiches américaines de Démineurs et Zero Dark Thirty

Notons également que Mark Boal, le scénariste de Zero Dark Thirty, avait déjà usé d’une stratégie semblable lors de sa première collaboration avec Kathryn Bigelow. Profitant des informations recueillies alors qu’il était journaliste en Irak, Boal avait pu vendre son scénario à Hollywood en vantant le réalisme caractérisant le protagoniste du filmDémineurs et la trame documentée de l’histoire qu’il racontait. Mais quand le sergent Jeffrey Sarver, que Mark Boal avait suivi pendant des semaines pour décalquer son personnage principal, a demandé à être crédité sur le film, les avocats du scénariste ont aussitôt répliqué que le scénario de Démineurs n’était en réalité qu’une simple fiction… Et si, pour eux, la partie a été facile, elle le fut moins pour le véritable démineur rescapé de la guerre en Irak. Sarver a vu sa plainte rejetée et s’est trouvé condamné à rembourser les frais d’avocats de l’auteur, soit la modique somme de 187 000 dollars ! Dans l’usine à rêves d’Hollywood, pas de place et pas de pitié pour le petit soldat qui aura mangé la poussière du sol irakien… De son côté, Mark Boal remportera pour Démineurs l’Oscar du meilleur scénario original, plébiscité précisément pour sa dimension réaliste…

Revenons à Zero Dark Thirty et à cette dernière séquence du film caractéristique d’une dimension de ce projet que la presse s’abstient de commenter, à savoir, la représentation pour un large public de la réalité communiquée par les autorités américaines concernant l’existence d’un Oussama Ben Laden qui serait resté reclus jusqu’en 2011 et sa mort le 2 mai de cette année-là. Car, malgré le barnum médiatique que nous avons connu il y a près de deux ans, cette prétendue réalité ne reste en fait – jusqu’à preuve du contraire – qu’un vaste storytelling de l’administration Obama, un récit aussi opportun qu’improbable si l’on tient compte du fait que les autorités américaines se sont toujours refusées à produire les preuves – vérifiables par le citoyen – soutenant les allégations qu’elles avançaient concernant cet événement.

D’ailleurs, dans les scènes qui précèdent l’intervention militaire au Pakistan, le film nous offre une réplique intéressante d’un palefrenier de la Maison Blanche à un responsable de la CIA qui tire sur la bride afin qu’Obama donne son feu vert pour envoyer un commando dans la villa où Ben Laden se cacherait : « Le Président a un esprit analytique. Il a besoin de preuves. » Il s’avère que, tout comme le Président des États-Unis, nous, citoyens du monde, avons également un esprit analytique. De même, tout comme le film nous raconte qu’Obama a besoin de preuves pour croire les cadors de la CIA, nous avons besoin de preuves pour croire Obama… Mais, bien entendu, il est regrettable que le commando envoyé par ce dernier ait maladroitement tué Ben Laden alors qu’il était au final seul et désarmé, tout aussi regrettable que son corps ait été, aussitôt après, jeté à la mer… Et c’est également dommage qu’Obama ne daigne pas publier les photos qu’il prétend détenir du cadavre de son prestigieux trophée… Autant de preuves auxquelles nous souhaitons nous fier bien davantage qu’à un storytelling soigneusement distillé par une administration dont la principale agence de renseignement, la CIA, détient un palmarès de coups tordus et de crimes de masse sans équivalent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous y reviendrons.

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Fantôme contre fantôme : Maya, agent fictif de la CIA, cherchant Oussama Ben Laden dans les méandres dustorytelling délivré par les autorités américaines…

Ensuite, remarquons que Zero Dark Thirty nous met en situation de suivre un fantôme, à savoir le personnage fictif de Maya, jeune fille pâle et invraisemblable, sans autre vie que la froide vengeance qu’elle poursuit dix ans durant en arpentant les couloirs de la CIA et les antichambres de la mort que sont les « sites noirs », les prisons secrètes de l’agence. Et c’est finalement cet être imaginaire et fantomatique que les auteurs utilisent dans la séquence finale du film pour valider, aux yeux du spectateur, la disparition médiatique d’un autre spectre, celui d’Oussama Ben Laden. Rappelons que ce fils d’une grande famille saoudienne liée à la famille Bush par les intérêts diplomatiques et le commerce du pétrole est avant tout une créature hybride née des manipulations stratégiques opérées par la CIA durant la guerre froide pour favoriser l’effondrement de l’URSS. Une fois passé ce cap, et plus encore après le 11 Septembre, la figure de Ben Laden, agrémentée de la nébuleuse al-Qaïda, sera recyclée en épouvantail de super production afin de faire admettre au monde entier deux guerres d’agression, illégales et illégitimes, en Afghanistan et en Irak, accomplies en toute impunité par les forces militaires des États-Unis et leurs alliés sous le prétexte opportun et ambivalent de la « guerre au terrorisme ».


Hillary Clinton : Nous Avons Financé Les…par la-matrice_org
Hillary Clinton explique comment, au départ, l’administration
Reagan a sponsorisé al-Qaïda pour précipiter la chute de l’URSS
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Le labyrinthe sophistiqué créé par Mark Boal pour construire le scénario de Zero Dark Thirty reprend des morceaux épars et improbables de l’histoire officielle concernant la traque supposée de Ben Laden et les assemble en tordant la réalité autant que nécessaire dans les courbes de son récit fictionnel. Ainsi peut-il aligner les faits dans une perspective relativement cohérente aux yeux du spectateur. Dans sa première moitié, le film est rythmé par la répétition des attentats qui ponctuent le déroulement de cette traque, la recherche des suspects, leur capture, les interrogatoires et les séances de torture. Le film s’ouvre par une évocation sonore des attaques du 11 septembre 2001. Plus loin survient la fusillade d’al-Khobar en Arabie Saoudite en 2004, ensuite les attentats de Londres en 2005, puis d’Islamabad au Pakistan en 2008 et, enfin, l’attentat suicide dans la base américaine de Camp Chapman en Afghanistan, en 2009. À chaque reprise, ces reconstitutions sont suivies d’une intégration de véritables images d’actualités extraites des journaux télévisés de l’époque, ces archives étant susceptibles de renforcer, dans l’esprit du spectateur, l’illusion que le scénario du film présente une transcription fidèle de la réalité. Et dans la dynamique du récit, cette représentation permet de justifier implicitement l’usage de la torture.

Par ailleurs, le film utilise habilement la construction dramaturgique et les techniques de montage propres au cinéma pour canaliser l’attention du spectateur dans ce bazar obscurantiste. Ainsi, le subterfuge de l’ellipse permet de dissoudre dans quelques séquences anecdotiques la période de trois ans qui s’écoule entre les attentats de juillet 2005 dans la capitale britannique et celui de l’hôtel Marriott à Islamabad en septembre 2008. Ces trois années ont été forcément infructueuses puisque Ben Laden restait alors insaisissable, mais par la magie de l’ellipse, le film s’affranchit de toute rationalité et nous entraine, avec son héroïne, à l’écart des réalités du monde. Ainsi, Zero Dark Thirty ne traite jamais des faits qui, dans cet intervalle, sont venus contrarier le récit officiel américain, comme l’entretien accordé en novembre 2007 par Benazir Bhutto à la chaine al-Jazira, dans lequel l’ex-Premier ministre du Pakistan mentionnait que Ben Laden avait été assassiné par Omar Sheikh, un agent de l’ISI pakistanaise, cette révélation tombant quelques semaines avant qu’elle-même ne disparaisse, victime d’un attentat suicide.

Logique de raisonnement à géométrie variable

Il est intéressant d’observer la logique de raisonnement qui anime au cours de leur enquête les agents de la CIA tels qu’ils sont dépeints dans Zero Dark Thirty. Et il est surprenant de constater que cette logique pour le moins élémentaire n’a pas été vraiment mise en œuvre et suivie dans la vraie réalité, la réalité non cinématographique, pour explorer les zones d’ombre du 11 Septembre avec la même efficacité que celle supposée dans le film :

• Lors d’une séance de waterboarding (technique de torture par simulation de noyade), Dan, agent de la CIA et collègue de l’héroïne, demande à Ammar, le prisonnier dont il inonde le visage : « Ben Laden, tu l’as vu quand pour la dernière fois ? »

Avant même d’envisager cet usage prosélyte de la torture sur nombre d’étrangers refusant de se soumettre sans réserve aux caprices de l’impérialisme américain, il eut été heureux que les agents de la CIA entreprennent de poser cette question précise, « Ben Laden, tu l’as vu quand pour la dernière fois ? », aux membres de leurs propres services, si l’on tient compte de l’information titrée par Le Figaro selon laquelle, le 12 juillet 2001, Ben Laden rencontrait à l’hôpital de Dubaï, où il était soigné pour sa maladie rénale, le chef d’antenne local de la CIA, précisément, Larry Mitchell.

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La CIA a-t-elle pensé à interroger ses propres agents avant de torturer des milliers de suspects étrangers ?

• Alors que le prisonnier torturé pendant la première demi-heure du film, Ammar, demande de l’aide à Maya, la jeune recrue de la CIA louée pour sa détermination, celle-ci lui répond : « Vous vous aiderez vous-même si vous nous dites la vérité. »

Les dirigeants américains, à commencer par Barack Obama, seraient bien inspirés de suivre le précepte de la jeune Maya (sans qu’ils aient pour autant à endurer le waterboarding…) et de rendre public les enregistrements effectués par les dizaines de caméras entourant le Pentagone le 11 Septembre, de rendre enfin public les débris résiduels marqués par des numéros de série correspondant à ceux des quatre avions de ligne victimes des crashs officiels du 11 Septembre et, bien entendu, d’accepter enfin l’ouverture d’une enquête criminelle réellement indépendante afin de faire la lumière sur l’ensemble des questions restées sans réponse à la suite du 11 Septembre. La Constitution des États-Unis d’Amérique s’ouvre avec ces mots : « Nous, Peuple des États-Unis… » ; les responsables actuellement aux commandes de la première puissance mondiale aideraient grandement le peuple qu’ils sont supposés représenter, et le reste de la planète, en laissant la vérité sur cet événement fondateur de notre siècle éclater au grand jour.

• Au cours d’une réunion tenue par la CIA, un des agents annonce au sujet de l’ISI, les services de renseignement pakistanais : « L’ISI est lent à réagir et on commence à penser que si les services pakistanais sont lents, ce n’est pas seulement du fait de leur incompétence. » Ce qui suppose, selon ces agents de cinéma, que l’ISI ferait en sorte d’entraver délibérément le déroulement des opérations de lutte contre le terrorisme international quitte à laisser supposer qu’ils n’y peuvent pas grand-chose, du fait de l’incompétence de leurs services.

Il est ironique de constater que si l’on replace un tel dialogue dans le contexte américain en remplaçant l’ISI par la CIA et le Pentagone, avant ou pendant le 11 Septembre, l’analyse des événements de 2001 aurait de bonnes chances de se révéler pertinente, mais une telle analyse serait assurément qualifiée par les autorités et les médias de conspirationniste…

• Enfin, lors d’un dialogue entre deux agents de la CIA, Maya et Jessica, cette dernière suggère à sa jeune collègue l’usage de l’argent pour faciliter l’obtention d’informations de la part de membres d’organisations islamistes : « Une chose dont on peut être sûres, c’est que les gens aiment l’argent. »

Est-ce que cet aphorisme peut faire office de généralité pour caractériser la nature humaine ? En tout cas, gageons qu’il est approprié pour ce qui concerne les promoteurs zélés des valeurs matérialistes et de l’ultralibéralisme effréné que sont les néoconservateurs au pouvoir aux États-Unis à partir de 2001… Ainsi, sur la base d’une pareille certitude concernant l’avidité, les vertueux et dévoués agents cinématographiques de la CIA – aussi intraitables qu’infatigables – pourraient-ils sortir de l’écran (à l’image du héros du film La rose pourpre du Caire) et venir faire un tour dans notre réalité afin d’examiner par quel enchaînement de circonstances le Vice-président Dick Cheney, ancien dirigeant d’Halliburton, a empoché des millions de dollars de bénéfices personnels grâce à l’invasion de l’Irak, comment le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a gagné une fortune en 2005 grâce à la société Gilaed en contrat avec le Pentagone et comment la famille Bush était financièrement liée à la famille Ben Laden à travers le groupe Carlyle.

La preuve par la fiction

Evidemment, qui n’a pas conscience des anomalies de la version officielle concernant le 11 Septembre et l’épouvantail Ben Laden aura de bonnes chances d’avaler le film comme un épisode surdimensionné de la série « 24 » dans lequel l’agent Jack Bauer aurait été mis sur la touche pour faire place au casting des Drôles de dames. En revanche, celui qui a conscience de ces anomalies éprouvera probablement un certain malaise à la vision deZero Dark Thirty.

La presse s’est particulièrement répandue en éloges sur l’efficacité cinématographique de la partie finale du film qui reconstitue l’assaut, par le commando américain, de la villa d’Abbottabad où il est dit que Ben Laden se cache. Pour notre part, nous ferons quelques remarques. Cette séquence s’inscrit dans l’imaginaire du western renforcé par une logique de vengeance en cohérence avec la violence guerrière anglo-saxonne. Rappelons que le nom de code donné à la mission de ce commando est Geronimo, ce qui est un choix d’un rare cynisme, au regard du sombre génocide que les colons blancs ont accompli vis à vis des Indiens d’Amérique. Est-ce donc le sort qui attend aussi les populations arabes et musulmanes qui ont eu la mauvaise idée de naître sur des terres riches en ressources naturelles ou visées par la soif de conquête des puissances occidentales ?

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Le commando américain débarque sur la villa d’Abbottabad (et Hollywood explore une planète extraterrestre…)

Si l’on se détache un instant de la mise en scène enjôleuse de Kathryn Bigelow, l’assaut de la villa par les Navy Seals a quelque chose de dérisoire, voire pitoyable. Le film nous montre un commando surarmé qui assassine quelques pauvres diables en djellaba comme autrefois on descendait des Indiens dans les westerns, ou comme aujourd’hui chacun peut « buter » des monstres dans un jeu vidéo. Et à aucun instant les auteurs du film n’indiquent aux spectateurs qu’ils sont conscients de ce fait, étant davantage soucieux de bien mettre en image ce qui a été développé dans le récit officiel… Les premiers coups de feu tirés par l’ennemi à l’intérieur de la villa, contraignant le commando à riposter… La tension et la confusion des derniers instants aboutissant à l’exécution « malencontreuse » de la cible Ben Laden… La séance de photographie du cadavre… Rien ne manque à l’appel. Zero Dark Thirty fournit au public les preuves qu’Obama a manqué de lui présenter en 2011. Il nous offre, comme substitut des faits avérés, un spectacle en immersion, la preuve par la fiction.

Pourtant, est-ce parce qu’un film met en avant un style réaliste, foisonnant de détails, de noms orientaux, de décors naturels, de costumes appropriés et de dialogues ciselés mêlant informations intelligibles et déductions logiques, que les faits que ce film énonce sont véridiques ? Comment la presse peut-elle confondre si vite la forme et le fond ? Zero Dark Thirty est bien une fiction scénarisée où sont injectés quelques événements ayant fait la une de l’actualité. Il s’agit d’une pirouette qu’affectionne particulièrement Hollywood et qui caractérise de nombreux scénarios, comme celui de Titanic, par exemple. Et dans la trame du film de Kathryn Bigelow, le bon petit agent Maya et le grand méchant Ben Laden n’ont pas beaucoup plus de consistance historique que Jack et Rose, le couple qu’avait inventé James Cameron pour donner au récit de Titanic l’ampleur dramaturgique qu’il souhaitait.

Dans la prochaine partie de cette analyse au sujet de Zero Dark Thirty, nous reviendrons sur le peu de réserve critique que les médias manifestent à l’égard du rôle essentiellement positif attribué dans le film à la CIA, au cœur de la puissance américaine, et ce malgré l’historique inouï de coups tordus et de crimes de masse commis à l’étranger par cette agence, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Lalo Vespera

http://www.reopen911.info/News/2013/02/27/zero-dark-thirty-o…

[1] Dialogue extrait du film en version française.

[2] Un courrier a été adressé au producteur et distributeur du film, Sony Pictures, par les sénateurs démocrates Dianne Feinstein, présidente du Comité du renseignement, et Carl Levin, président du Comité des forces armées, et John McCain, ancien candidat républicain à la présidence. Il indique : « Zero Dark Thirty est factuellement inexact, et nous croyons que vous avez l’obligation de déclarer publiquement que le rôle attribué à la torture dans la traque d’Oussama Ben Laden n’est pas fondé sur la réalité, mais relève de la part de fiction du film. »

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5 films pour ouvrir les yeux sur la Palestine

mars 1st, 2013 by Laurent Dauré

Je viens de voir un documentaire qui m’a profondément ému : 5 caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi (en salles depuis le 20 février). En sortant de l’Espace Saint-Michel – un cinéma parisien qui mérite d’être soutenu pour sa programmation intelligente et courageuse –, je me sens obligé d’écrire ce texte. C’est la première fois qu’une telle injonction s’impose à moi après avoir vu un film (et j’en vois beaucoup… beaucoup).

Avant de parler de 5 caméras brisées, je tiens à dire que je ne suis pas un spécialiste de ce qu’il est convenu d’appeler le « conflit israélo-palestinien ». Je m’intéresse à cette question depuis quatre ou cinq ans seulement ; j’ai lu quelques livres, un grand nombre d’articles, j’ai vu des documentaires, des reportages, mais je ne revendique aucune expertise.

J’ajoute que je ne fais partie d’aucun mouvement de solidarité, d’aucune association de soutien à la cause palestinienne, je n’ai participé à aucune manifestation, si ce n’est à celle qui a eu lieu le 18 janvier 2011 devant le Panthéon pour protester contre l’interdiction d’une conférence à l’École normale supérieure (1).

Si je considère aujourd’hui comme une évidence que le peuple palestinien est victime d’une immense injustice et que ses souffrances devraient révolter toute conscience en état de fonctionnement, c’est notamment grâce au cinéma documentaire. Mon but principal ici n’est pas de convaincre de la légitimité de la cause palestinienne, je veux simplement inciter ceux qui ne savent pas quelle position adopter (ou ne veulent en adopter aucune), ceux qui pensent que les torts sont partagés, voire ceux qui soutiennent la politique d’Israël (rêvons…), à voir cinq films documentaires. Un ou deux, ce serait déjà bien. Cela ne prendra que quelques heures.

Le plus récent, 5 caméras brisées, dont voici la bande-annonce, montre le combat non-violent des habitants du village palestinien de Bil’in en Cisjordanie contre l’installation d’un mur de séparation qui exproprie de fait ces paysans d’une grande partie de leurs terres, et cela afin d’étendre la colonie juive de Modi’in Illit. Avec une caméra achetée en 2005 pour filmer les premiers jours de son quatrième fils, Emad Burnat documente parallèlement la résistance de son village. Pendant cinq ans, il enregistre la vie de Bil’in, de ses proches, et suit l’évolution de la lutte contre la colonisation. Les manifestations pacifiques sont parfois violemment réprimées par l’armée israélienne ; il y a de nombreux blessés, et des morts. Emad Burnat sera lui-même blessé à plusieurs reprises. Malgré la destruction de cinq caméras, il continuera de filmer avec obstination. Il continue encore aujourd’hui.

Le co-réalisateur de 5 caméras brisées, Guy Davidi, est un juif israélien qui a participé dès 2005 aux manifestations de Bil’in (2). On voit d’ailleurs dans le film d’autres militants israéliens luttant aux côtés des Palestiniens.

Vous l’avez compris, je recommande au plus point ce documentaire beau et fort. Cette chronique personnelle d’un combat collectif non-violent donne du courage, elle rend humble aussi ; on ne peut qu’être admiratif devant la détermination pacifique des manifestants. Mais on ressent également de l’indignation, de la colère, face aux injustices et violences commises par l’armée israélienne et les colons.

Je mets au défi ceux qui doutent de la légitimité de la cause palestinienne de s’exposer à ce film et de sortir de la salle sans avoir été ébranlés (au moins un peu) dans leur position.

Malgré une sélection aux Oscars pour le prix du meilleur documentaire, 5 caméras brisées bénéficie d’une sortie très discrète en France. Seulement douze copies sont en circulation. Il est donc important d’aller le voir au cinéma et de faire fonctionner le bouche à oreille pour soutenir la diffusion.

Un seul film ne suffira probablement pas à convaincre les sceptiques, a fortiori ceux qui sont hostiles. Par « chance », la production de qualité est abondante sur le conflit israélo-palestinien. Pour ma part, je recommande ces quatre autres documentaires qui abordent différents aspects du sujet (3) :

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Rachel de Simone Bitton (2009) : la réalisatrice franco-israélienne fait un portrait de Rachel Corrie, une activiste pacifique américaine tuée en 2003 – elle avait 23 ans – par un bulldozer militaire israélien alors qu’elle menait une action de protestation non-violente contre la destruction de maisons palestiniennes à Rafah, ville située au sud de la bande de Gaza. (Voir la bande-annonce.)

 

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Gaza-strophe, Palestine de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk (2011) : juste après la meurtrière opération militaire « Plomb durci » (2008-2009), deux documentaristes – l’un franco-égyptien, l’autre algérien – pénètrent avec des délégués du Centre palestinien des droits de l’homme dans la bande de Gaza dévastée. Ils filment ce qu’ils voient, recueillent les témoignages des Gazaouis qu’ils rencontrent. (Voir la bande-annonce.)

 

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Feu sur le Marmara de David Segarra (2011) : un journaliste espagnol de la chaîne teleSUR raconte l’histoire de la « flottille de la liberté », ce convoi humanitaire parti en mai 2010 pour rompre le blocus de Gaza et acheminer de l’aide aux habitants. À partir de témoignages et d’images prises par des journalistes et des activistes, nous revivons notamment l’assaut des commandos israéliens – dans les eaux internationales – sur le navire Mavi Marmara (le 31 mai). Cet assaut fit neuf morts parmi les passagers et de nombreux blessés (4).

 

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My Land de Nabil Ayouch (2012) : le cinéaste franco-marocain montre à des Israéliens – principalement des jeunes – les témoignages filmés de réfugiés palestiniens qui vivaient dans la même région avant eux mais qui durent prendre la fuite lors de la guerre de 1948. Leurs terres ont été colonisées, ils vivent depuis plus de 60 ans dans des camps au Liban. Confrontés à la parole digne de ces vieux palestiniens meurtris par l’exil, les Israéliens réagissent de différentes façons. (Voir la bande-annonce.)

Regardez ces films et jugez par vous-même. Renseignez-vous sur les événements relatés, vérifiez tel ou tel point, informez-vous sur les réalisateurs, sur leurs motivations ; le mieux étant de commencer par prendre connaissance de ce qu’ils en disent eux-mêmes (articles, interviews, entretiens (5)).

Je ne demande à personne d’adopter une approche exclusivement « émotionnelle » ou « compassionnelle » (ce qui d’ailleurs ne veut pas dire grand-chose). Il faut aborder ce sujet de façon rationnelle et ouverte, ce qui n’exclut pas l’émotion, l’empathie – on oppose souvent à tort raison et émotion (6). Considérer que ces films sont biaisés ou manipulateurs est recevable à condition qu’on le démontre par des arguments probants. En revanche il ne serait pas rationnel de supposer a priori que ces documentaires sont malhonnêtes et « idéologiques ».

Pour être valable – fondé –, un jugement moral et/ou politique doit être informé, c’est-à-dire étayé par des faits et une appréciation la plus objective possible de la situation. Aussi, j’ai envie de poser une simple question à ceux qui sont indifférents au sort des Palestiniens, à ceux qui estiment qu’Israël est dans son bon droit, à ceux qui ne trouvent rien à redire au fait que le gouvernement français, suivant servilement les États-Unis et l’Union européenne, soutienne la « seule démocratie du Moyen-Orient »… Voici cette question : que savez-vous de ce qui se passe là-bas ?

Laurent Dauré

Cet article a été publié initialement sur le Grand Soir.

 

Notes :

1) Avec Stéphane Hessel en invité principal, la conférence annulée par la direction de l’ENS devait porter sur la criminalisation du mouvement militant en faveur du boycott d’Israël (campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions – BDS).

2) Guy Davidi est réalisateur de documentaires et professeur de cinéma. Il a été d’une aide précieuse dans la fabrication et la diffusion du film.

3) J’ai choisi de ne parler que de cinq films, on pourrait bien sûr en mentionner d’autres. Je pense notamment à Pour un seul de mes deux yeux du réalisateur israélien Avi Mograbi (2005).

4) Feu sur le Marmara n’a pas encore été diffusé en France (et il est peu probable qu’il le soit). On peut heureusement voir le film en intégralité ici.

5) Je conseille par exemple cet entretien avec Emad Burnat et Guy Davidi.

6) Sur ce sujet, je profite de l’occasion pour recommander la lecture de L’Erreur de Descartes : la raison des émotions (Odile Jacob, 1995) du professeur de neurosciences Antonio R. Damasio.

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Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?

mars 1st, 2013 by Ali El Hadj Tahar

L’Algérie a refusé de participer à l’intervention au Mali même dans le cadre d’une force africaine : elle donnait l’impression d’être sûre qu’il s’agissant d’un plan inscrit dans un agenda, comme l’a laissé entendre M. Medelci. Et probablement convaincue qu’une intervention avec des agents troubles dans les parages, comme le Qatar, serait un Sahelistan, soit un bourbier pour toutes les armées de la région, Algérie incluse. Un Sahelistan est fait pour durer, et il ne peut durer sans le soutien des pays qui instrumentalisent le terrorisme. Sans la Turquie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Qatar y aurait-il eu autant de destruction, de morts et d’actes terroristes en Syrie ?

Le MNLA, trublion des Français, et Ansar Dine, trublion qatari, ne sont en fait qu’un seul et même groupe d’opportunistes manipulés que l’Algérie aurait pu facilement récupérer si sa diplomatie avec les pays manipulateurs était aussi stricte que son sérieux dans sa mission de bons offices avec les deux groupes qu’elle a appelés au dialogue à Alger. Mais à cause de sa mollesse avec les Etats responsables de la situation, Alger perdra son temps avec le menu fretin en donnant l’impression d’un Etat faible. Par contre, en plus de l’impression qu’il donne de force et de vigueur, le Qatar distribue du fric… Le choix était facile à faire pour le MNLA et Ansar Dine qui n’avaient pas été créés sur la base de principes moraux ou politiques pour avoir des repentirs à suivre le plus offrant. Pour comprendre que le terrorisme n’est aucunement indépendant et qu’il dépend intrinsèquement de l’Occident – le Qatar n’étant que son outil –, il nous fallait revenir à ses premières alliances durant la première guerre d’Afghanistan qui l’a généré et en a fait un phénomène international. Car sans cette guerre, il n’y aurait pas de terrorisme international ; et si le monde était encore divisé en deux grands blocs, l’un communiste et l’autre capitaliste, il n’existerait pas non plus. On ne peut pas comprendre les causes véritables de l’attentat contre le site gazier de Tiguentourine le mercredi 16 janvier si on n’a pas été au fond des choses pour déduire qu’il est lié à la crise malienne et que l’Algérie fait partie de la crise malienne, qu’elle le veuille ou non. Mais dès le début, au lieu d’agir dans le cadre idoine du Comité d’état-major opérationnel conjoint entre les pays du champ (Algérie, Mauritanie, Niger et Mali), l’Algérie a fait dans l’attentisme, par mollesse, jusqu’à ce que le pourrissement de la situation rendît leur rôle caduc, offrant ainsi sur un plateau l’initiative aux manipulateurs de l’ombre et autres acteurs exogènes. Cela a permis d’engendrer une crise humanitaire qui a touché des centaines de milliers de Maliens et failli engendrer la destruction du complexe gazier d’In Aménas, voire la mort de centaines ou de dizaines de milliers de personnes. Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur de l’ANP en retraite, politologue et analyste en relations internationales et questions stratégiques, disait dans une interview publiée avant l’attaque d’In Aménas que l’Algérie «est en train de prendre pied dans un système de sécurité régionale où elle risque malheureusement de s’enferrer avec, subséquemment, une incapacité à exercer sa souveraineté nationale. Ce qui se déroule au Nord-Mali résulte, directement, de cette volonté d’intégrer l’Algérie, de force au besoin, dans un mécanisme dont elle ne pourra plus se libérer». Pour ce spécialiste, il est donc clair que le Mali est en passe de devenir un nouvel Afghanistan. L’offre de survol de l’espace aérien algérien est-il une preuve de l’engagement algérien dans ce «système de sécurité régionale» ? Il est clair que par l’euphémisme de «système de sécurité régionale», Mohamed Mesbah entend une afghanistanisation du Sahel. L’Algérie est-elle allée au-delà de cette offre ? L’ANP est-elle d’accord ? L’hebdomadaire Jeune Afrique, en joignant des cartes, dément que l’aviation française ait survolé le ciel algérien. L’armée s’est-elle opposée à ce survol en dernière minute ? Quand a eu l’accord de survol du territoire algérien ? Lorsque Hollande était à Alger ou lorsque Hamad a visité notre pays ? Pareil accord se prend-il par simple coup de fil ? Mohamed Mesbah croit savoir que «le président Abdelaziz Bouteflika ne semble pas avoir pu susciter l’adhésion de l’institution militaire à une démarche qui ne semble pas, encore, consensuelle».

Un Zia Ul-Haq pour compléter la trahison

Ce point de vue semble rejoindre celui des observateurs qui disent que le Mali serait une sorte d’Afghanistan, et l’Algérie son Pakistan comme base arrière. La lutte contre les Russes en Afghanistan a induit la transformation de ce pays en terre du terrorisme et de désolation, et le Pakistan, idem. Mais sans la complicité des autorités pakistanaises, rien ne se serait passé. Autrefois, l’ISI (Inter-Services Intelligence) pakistanais, et les Renseignements généraux d’Arabie Saoudite travaillaient pour la CIA pour soutenir les mercenaires afghans et afghans-arabes afin de déstabiliser le régime socialiste de Kaboul, alors aidé par les Russes et qui permettait aux femmes de travailler, d’étudier… Zia Ul-Haq, un président traître inconscient, a mené son pays, le Pakistan, et un pays voisin à une catastrophe dont le monde entier paie aujourd’hui le prix, ce terrorisme dit «islamiste» qui a été inventé pour détruire les Etats musulmans et discréditer l’Islam. Pour afghaniser le Sahel, il faut un Zia Ul-Haq. Si les Américains ne trouvent pas ce Zia Ul-Haq au Mali ou au Niger, ils le trouveront ailleurs, peut-être… L’argent saoudien et qatari fera le reste, comme d’habitude. Mohamed Mesbah écrit : «Il existe une corrélation directe entre la position algérienne vis-à-vis de la crise au Nord-Mali et l’état de déliquescence du système de gouvernance en Algérie.» Pendant que la diplomatie et la défense algériennes essayaient d’isoler les groupes Ansar Dine et du MNLA des autres groupes terroristes, El Mouradia recevait émirs et ministres qataris. Quelle efficacité lorsque la diplomatie et la défense travaillent dans un sens et la présidence donne un autre son de cloche, du moins un autre ton ? Sous le fallacieux prétexte d’offrir de mirobolants protocoles d’accords, les Qataris allaient et venaient à El Mouradia pour cacher leur jeu à nos frontières. D’ailleurs, l’Algérie avait-elle besoin d’argent qatari ou bien de projets à caractère vraiment national qui rendent leur dignité au peuple ? Les Etats-Unis en arrière-plan veillaient au grain, en avançant un pion tantôt l’autre dans une nouvelle guerre de la ruse. La guerre cognitive est une guerre de stratégie et de mensonges. Aujourd’hui, les guerres d’Occident nécessitent moins d’armées et de généraux que d’idiots, de traîtres et de lâches dans l’autre camp. Ils les trouvent à la pelle, a dit Obama, en parlant de «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», signifiant une immense chaîne de traîtres parmi les musulmans. L’autorisation du survol du ciel national, qui est non seulement une atteinte à la souveraineté nationale mais en contradiction avec le refus d’ingérence du pays à l’étranger, est un dérapage qui n’a pas tardé à se transformer en drame le lendemain même [évidemment il se préparait depuis deux mois] et qui a failli faire exploser une base n’était l’intervention de l’armée qui, encore une fois, vient de sauver la baraque Algérie. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Il est impossible qu’une armée tienne seule lorsque la politique fait le contraire sur le terrain. L’Algérie est un hard power régional ; défiée à ses frontières, elle se devait de le prouver sur le terrain en défendant son espace vital. L’Algérie n’a pas les moyens de devenir un soft power ni sur le court terme ni sur le moyen-terme : sa seule force aujourd’hui réside dans ses hydrocarbures – cette Sonatrach qui se contente d’être un pis nourricier – et dans son armée, l’ANP. Or, ce sont ces deux forces que l’ennemi veut frapper. A Alger, le système continue à monopoliser El Mouradia et les autres institutions et à marginaliser les forces vives, en fragilisant davantage le pays. La chance du pays est que notre jeunesse ne s’engage plus dans le terrorisme, comme l’a montré l’attentat d’In Amenas où seulement trois de nos ressortissants étaient impliqués ; attentat qui prouve le caractère mercenaire des groupes terroristes et leur filiation avec les forces de l’ombre au premier rang desquels le Qatar, le recruteur en chef de la nouvelle secte des assassins. Le sursaut algérien viendra de l’armée ou ne viendra jamais. La crise malienne et l’attentat d’In Amenas vont indiquer le positionnement de l’armée, et dire si elle est capable de donner à l’Algérie une assise plus rassurante non seulement par rapport à ce qui se profile au Sahel mais par rapport à l’avenir du pays, un avenir gravement hypothéqué comme l’a révélé l’affaire malienne doublée d’un attentat au cœur même du champ de gaz national. En plus de la grave déclaration d’Ould Kablia… «Parallèlement aux critères de puissance traditionnels (autonomie stratégique, économie, puissance militaire), ceux fondés sur la capacité à rassembler (crédibilité et légitimité internationales) et le soft power (culture, technologie) devraient compter de plus en plus», écrit le rapport 2012 de la défense français pour la perspective 2060. L’attaque d’In Amenas vient mettre à nu les contradictions politiques, diplomatiques et militaires du pouvoir algérien, tout comme la fragilité de nos «richesses». Révèlera-t-elle la faiblesse ou la force de la défense algérienne, à tout le moins sa position vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde et dans la région ? Bientôt, le ministère des Finances devra payer la facture de la crise malienne qu’on n’a pas su anticiper sur le plan politique en marginalisant le côté défense et profondeur stratégique du pays, et en ne donnant 50 millions d’euros aux Maliens que lorsque le mal était fait. Seule une position forte sur ce qui se passe dans le monde pourrait sauver le pays, pas la mollesse. Si l’Algérie peut faire face aux dépenses exigées par la crise malienne pour défendre son territoire, les autres pays ne le pourront pas (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad…). Or, les frontières sont perméables. Lorsque le bâtiment est en feu, on ne se contente pas de protéger son appartement. Fermer les frontières avec le Mali jusqu’à quand ? Le feu rentre par les interstices… Les centres de recrutement de Tunisie et de Libye sont encore actifs, et ils n’envoient pas des mercenaires uniquement vers la Syrie.

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident, 25 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (15e partie) Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières, 27 février 2013

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Kerry- Lavrov : Sykes Picot du XXIe siècle

mars 1st, 2013 by Chems Eddine Chitour

«La vie humaine est une valeur qui n’a pas de prix, tout ce qu’on appelle réformes, droits de l’homme et démocratie ne valent pas le sang d’un seul homme innocent»

Patriarche Raï

Il semble que le drame du peuple syrien connaîtra son épilogue à en croire les rumeurs supputations et autres analyses. De quoi s’agit-il? Ni plus ni moins d’un nouveau partage du monde entre les grands. Pour l’histoire récente nous nous souvenons de Yalta, du «rideau de fer» entre un Occident dit «libre» et un Empire du «mal» pour reprendre l’expression de Ronald Reagan. Une trentaine d’années plus tôt, il y eut un partage du monde entre les deux «puissances» de l’époque, la perfide Albion (l’Angleterre) et le Coq gaulois (la France) qui guerroyaient tantôt de concert, notamment pour démolir la Chine, tantôt l’un contre l’autre par pays faibles interposés. Les Etats-Unis n’avaient pas encore atteint le sommet de la puissance et la Russie et la Chine étaient engluées dans leur contradiction interne.

Les accords Sykes –Picot

Nous sommes en 1916, le conflit a deux ans, l’Empire ottoman «l’homme malade de l’Europe» est du côté allemand. C’est l’occasion pour les deux acolytes anglais et français de donner le coup de grâce à l’empire vermoulu et qui n’a jamais connu de repos depuis plus d’un siècle, constamment attaqué par ces deux puissances qui, au nom de la protection des minorités (Guerres du Levant), dépeçaient méthodiquement l’empire. Les accords Sykes-Picot sont justement des accords secrets signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval des Russes et des Italiens), prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne) en zones d’influence entre ces puissances, dans le but de contrer des revendications ottomanes. (…) Aux États-Unis, le président Woodrow Wilson, -scandalisé par l’accord- tentant de mettre en avant l’argument de l’autodétermination des peuples, en vain. Les Français et les Britanniques se mettent d’accord sur les frontières à la conférence de San-Remo, en avril 1920.

Obama et Poutine et le partage du Proche-Orient

Dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, Thierry Meyssan expose le nouveau plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. L’auteur y révèle les principales données de la négociation en cours sans préjuger d’un accord définitif, ni de sa mise en oeuvre. L’intérêt de l’article est qu’il permet de comprendre les positions ambigües de Washington qui pousse ses alliés dans une impasse de manière à pouvoir leur imposer prochainement une nouvelle donne dont ils seront exclus. «Le président Obama écrit Thierry Meyssan, s’apprête à changer complètement de stratégie internationale, malgré l’opposition que son projet a suscité dans sa propre administration. Le constat est simple. Les États-Unis sont en passe de devenir indépendants au plan énergétique grâce à l’exploitation rapide des gaz de schiste et du pétrole des sables bitumineux. Par conséquent, la doctrine Carter (1980) selon laquelle la sécurisation de l’accès au pétrole du Golfe est un impératif de sécurité nationale, est morte. De même d’ailleurs que l’Accord du Quincy (1945) selon lequel Washington s’engage à protéger la dynastie des Séoud si ceux-ci leur garantissent l’accès au pétrole de la péninsule arabique. (…) D’autre part, tout doit être fait pour empêcher une alliance militaire sino-russe ». (1)

 « Il convient donc, poursuit Thierry Meyssan, d’offrir des débouchés à la Russie qui la détournent de l’Extrême-Orient. Enfin, Washington étouffe de sa relation trop étroite avec Israël. Celle-ci est extrêmement onéreuse, injustifiable au plan international, et dresse contre les États-Unis l’ensemble des populations musulmanes. (…) C’est trois éléments ont conduit Barack Obama et ses conseillers à proposer un pacte à Vladimir Poutine: Washington, qui reconnaît implicitement avoir échoué en Syrie, est prêt à laisser la Russie s’installer au Proche-Orient sans contrepartie, et à partager avec elle le contrôle de cette région». C’est dans cet état d’esprit qu’a été rédigé par Kofi Annan le Communiqué de Genève du 30 juin 2012. (…) Ses différentes oppositions internes étant pulvérisées ou paralysées, Barack Obama a annoncé un renouvellement en profondeur de son équipe. D’abord, John Kerry au département d’État. L’homme est partisan déclaré d’une collaboration avec Moscou sur les sujets d’intérêt commun. Il est aussi un ami personnel de Bachar el Assad. Puis, Chuck Hagel au département de la Défense. C’est un des piliers de l’Otan, mais un réaliste. Avec son ami Kerry, Hagel avait organisé en 2008 une tentative de négociation pour la restitution par Israël du plateau du Golan à la Syrie.» (1)

«Ce que l’administration Obama envisage, c’est un remodelage du Proche-Orient pour le XXIe siècle, sous l’égide des USA et de la Russie. (…) L’originalité du plan, c’est que la force des Nations unies serait principalement composée par des soldats de l’Organisation du Traité de sécurité collective (Otsc). Le président Bachar el Assad resterait au pouvoir. Il négocierait rapidement une Charte nationale avec des leaders de l’opposition non-armée sélectionnés avec l’approbation de Moscou et Washington, et ferait valider cette charte par référendum sous contrôle des observateurs. Ce coup de théâtre a été préparé de longue date par les généraux Hassan Tourekmani (assassiné le 18 juillet 2012) et Nikolay Bordyuzha. Une position commune des ministres des Affaires étrangères de l’Otsc a été conclue le 28 septembre et un Protocole a été signé entre le département onusien de maintien de la paix et l’Otsc. (…) Une fois la Syrie stabilisée, une conférence internationale devrait se tenir à Moscou pour une paix globale entre Israël et ses voisins.» (1)

«Côté US, on souhaiterait prolonger le remodelage jusqu’à sacrifier l’Arabie Saoudite devenue inutile. Le pays serait divisé en trois, tandis que certaines provinces seraient rattachées, soit à la fédération jordano-palestinienne, soit à l’Irak chiite, conformément à un vieux plan du Pentagone (´´Taking Saudi out of Arabia´´, 10 juillet 2002). Cette option permettrait à Washington de laisser un vaste champ d’influence à Moscou sans avoir à sacrifier une partie de sa propre influence. (…) Cet accord politico-militaire se double d’un accord économico-énergétique, le véritable enjeu de la guerre contre la Syrie étant, pour la plupart des protagonistes, la conquête de ses réserves de gaz. De vastes gisements ont en effet été découverts au Sud de la Méditerranée et en Syrie (…) Le cadeau de la nouvelle administration Obama à Vladimir Poutine se double de plusieurs calculs. Non seulement détourner la Russie de l’Extrême-Orient, mais aussi l’utiliser pour neutraliser Israël.(…) Installées en Syrie, les troupes russes dissuaderaient les Israéliens d’attaquer les Arabes et les Arabes d’attaquer Israël. Par conséquent, les États-Unis ne seraient plus obligés de dépenser des sommes phénoménales pour la sécurité de la colonie juive ».

«La nouvelle donne  conclut l’auteur, obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran. Cependant, Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. (…) Ce projet a des perdants. D’abord, la France et le Royaume-Uni dont l’influence s’efface. Puis Israël, privé de son influence aux États-Unis et ramené à sa juste proportion de petit État. Enfin L’Irak, démantelé. Et peut-être l’Arabie Saoudite qui se débat depuis quelques semaines pour se réconcilier avec les uns et les autres afin d’échapper au sort qui lui est promis. Il a aussi ses gagnants. D’abord, Bachar el Assad, hier traité de criminel contre l’humanité par les Occidentaux, et demain glorifié comme vainqueur des islamistes. Et surtout Vladimir Poutine qui, par sa ténacité tout au long du conflit, parvient à faire sortir la Russie de son «containment», à lui rouvrir la Méditerranée et le Proche-Orient et à faire reconnaître sa prééminence sur le marché du gaz.» (1)

Dans le même ordre il faut se souvenir comme l’écrit Laïd Seraghni, que: «Pour Catherine II, Damas détient «la clé de la maison Russie» et pour Poutine «elle est la clé de la nouvelle ère.» Les événements qui se déroulent actuellement en Syrie ne sont en aucun cas liés à la question de démocratisation de la société ni pour plus de liberté pour les Syriens. Il s’agit d’un ordre mondial que cherchent les Etats-Unis à imposer avec ses vassaux occidentaux prédateurs à un autre monde qui, à leur tête la Russie, réclame plus de participation dans la gestion des affaires internationales, desquelles elle a été exclue depuis des décennies. Depuis le début des contestations en Syrie, la Russie, appuyée notamment par la Chine et l’Iran, a décidé de faire échouer toutes les tentatives d’un changement de régime car elle était persuadée que si le plan des Occidentaux réussissait, elle serait confinée dans un rôle de second plan et sera menacée dans son intégrité territoriale. (…) Les actions d’encerclement de la Russie seront relancées. Cette stratégie, en matière de géopolitique, est fondée sur la ligne Brezinski qui prévoyait la domination de l’Union soviétique en deux étapes (…) Poutine dans le prolongement de la ligne de Catherine II, considère Damas comme étant le point de départ du nouvel ordre mondial. Si cette capitale tombait, la Russie perdrait définitivement son rêve de retrouver son statut de grande puissance dans le monde du temps de la Guerre froide ».(2)

Nous sommes loin de l’époque guerrière de Bush. Avec Obama c’est le «soft power» en action.  A l’époque Bush, c’était l’affrontement à outrance. Marco d’Eramo nous rappelle un Rapport de 2006: «Pour la Maison-Blanche, la planète de l’an 2006 se domine avec les mêmes oeillères et la même agressivité préventive qu’il y a quatre ans. C’est ce qu’on apprend de la lecture des 48 pages denses qui composent le nouveau document sur la National Security Strategy (..) Dans le paragraphe sur l’Irak, les stratèges admettent qu’il n’y avait pas d’armes de destruction de masse. Mais, disent-ils, presque textuellement: rien à foutre, (…). La nouveauté la plus préoccupante du document se trouve cependant ailleurs, c’est-à-dire dans la nouvelle dureté manifestée à l’égard de la Russie et de la Chine à qui le rapport dispense des conseils assez menaçants, voire de véritables menaces». (3)

Et la Chine? Et Israël?

Thierry Messan nous dit que quand les Américains auront les coudées franches en Syrie, ils «s’occuperont «de la Chine». Le temps est venu d’un retrait massif qui permettra de transférer les GI’s vers l’Extrême-Orient afin de contenir l’influence chinoise».

Une analyse sur le site Oulala permet d’expliquer pourquoi la Chine modernise son armée étant donné qu’au stade impérialiste de développement économique mondial, tous les marchés, toutes les zones de ressources naturelles et toutes les aires d’exploitation de la main-d’oeuvre sont déjà accaparés par l’une ou l’autre des puissances impérialistes. La Chine n’a pour alternative que de mener des guerres commerciales, financières et monétaires de conquête afin de repartager les zones d’influence et d’exploitation hégémoniques. Mais cette retenue et cette diplomatie ne doivent pas faire mirage, la Chine impérialiste commence à s’armer et quand les États-Unis deviendront trop menaçants – eux qui viennent de déplacer leurs flottes de guerre vers le Pacifique, l’Empire du Milieu sera prêt à riposter».(4)

 «Les États-Unis considère Thierry Meyssan  Meyssan considèrent qu’il n’est pas possible de négocier une paix séparée entre Israël et la Syrie, car les Syriens exigent d’abord une solution pour la Palestine au nom de l’arabisme. (…) Par conséquent, toute négociation doit être globale sur le modèle de la conférence de Madrid (1991). Dans cette hypothèse, Israël se retirerait autant que faire se peut sur ses frontières de 1967. Les Territoires palestiniens et la Jordanie fusionneraient pour former l’État palestinien définitif. Son gouvernement serait confié aux Frères musulmans, ce qui rendrait la solution acceptable aux yeux des gouvernements arabes actuels. Puis, le plateau du Golan serait restitué aux Syriens en échange de l’abandon du lac de Tibériade, selon le schéma envisagé jadis aux négociations de Shepherdstown (1999). La Syrie deviendrait garante du respect des traités par la partie jordano-palestinienne.» (1)

Reste Israël qui ne va pas se laisser faire. Nous le voyons déjà comment elle tente de torpiller la candidature de Hegel au secrétariat à la Défense, coupable selon le Sénat de ne pas avoir de feeling pour Israël. Il a fallu toute sa pugnacité pour qu’en définitive le Sénat approuve sa candidature, sans qu’il n’ait rien renié- apparemment- de ses principes

La Syrie est prête au dialogue avec les groupes armés  La conséquence du deal américano-russe se fait jour. En effet, l’espoir peut-il être permis à la faveur des déclarations faites hier à Moscou par le ministre syrien des Affaires étrangères, Wali El-Mouallem, qui, lors d’une rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a déclaré que le régime du président syrien Bachar el Assad est prêt à dialoguer avec toutes les parties, y compris les groupes armés.: «Nous sommes prêts au dialogue avec tous ceux qui veulent le dialogue, y compris les groupes armés», a déclaré M.Mouallem au début de ses entretiens avec M.Lavrov. Le ministre russe a, lui, déclaré qu’un règlement politique inter-syrien était la seule solution «acceptable» et que la poursuite de l’effusion de sang pourrait entraîner «l’effondrement» de l’État.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a rencontré mardi dernier à Berlin son homologue russe Sergueï Lavrov. Ces tractations diplomatiques en Europe se déroulent au moment où le régime du président Bachar el Assad se dit prêt, pour la première fois, à dialoguer avec les rebelles armés. MM.Kerry et Lavrov se connaissent du temps où le nouveau secrétaire d’Etat présidait la commission des Affaires étrangères du Sénat. (…) Un responsable du département d’Etat a ainsi expliqué aux journalistes accompagnant M.Kerry que «la Russie peut jouer un rôle crucial pour convaincre le régime syrien (…) de la nécessité d’une transition politique.»(5)

On comprend aisément la politique américaine  concernant le géant russe grande capacité militaire , faible développement, le contraire de la Chine : grande capacité économique faible capacité militaire.. La puissance de frappe et les richesses énergétiques de la Russie sont une réalité: les premières réserves de gaz naturel et de pétrole, mais aussi tous les minerais Contrairement à la Chine très développée, mais pauvre en ressources. Du point de vue nucléaire, la Chine est un nain. Poutine est désormais l’homme le plus influent de la planète (il n’a pas cédé sur la Syrie).

Nous assistons certainement à une réorganisation du monde. Les Français et les Anglais sont cantonnés dans le rôle de supplétifs. Nous sommes loin de la politique arabe de De Gaulle ou même du tandem Chirac-De Villepin qui ont dit non à l’Empire à propos de l’invasion de l’Irak. Les Allemands, qui ont toujours deux fers au feu, vont basculer du côté russe (continuation de la politique de Schröder). Les Français continueront à guerroyer en vain, ils auront leur Afghanistan au Mali et comme le dit un proverbe arabe, «ils mangeront leurs dents».

Chems Eddine Chitour

 

1 Thierry Meyssan http://www.alterinfo.net/  Obama-et-Poutine-vont-ils-se-partager-le-Proche-Orient_a87127.html23 Février 2013

2. http://www.alterinfo.net/Pour-Laïd Seragni Catherine-II-damas-detient-la-cle-de-la-maison-Russie-et-pour-Poutine-elle-est-la-cle-d-une-nouvelle-ere_a87034.html  21 Février 2013

3. http://www.mondialisation.ca/la-russie-et-de-la-chine-sur-la-liste-des-usa/2181

4. C.E.Chitour http://www.mondialisation.ca/etats-unis-chine-russie-le-partage-du-monde/29482

5. Syrie: Kerry rencontre Lavrov à Berlin pour une issue au conflit AFP 26.02.2013

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Le 7 février 2011, le Dr Olga Naidenko, toxicologue employée par le Groupe de travail sur l’environnement (EWG), a pris part aux séances publiques de l’Agence de protection de l’environnement US (EPA). L’EPA devant réviser la littérature scientifique de l’exposition aux dioxines et de ses effets sur la santé de l’homme conformément aux dispositions du processus de réévaluation : une commission de consultation scientifique visant à en réviser les « normes » s’était donc réunie.

L’année précédente, EWG venait justement de mener une analyse du risque de maladie provoqué par la quantité d’exposition à la dioxine reçue par le fœtus et le nourrisson. Cette analyse permettait de conclure que les niveaux actuels d’exposition aux « dioxines de fond » sont à l’origine d’une prévalence inacceptable de morbidité chez les nouveau-nés et nourrissons américains. L’analyse EWG avait été présentée lors d’une réunion tenue en octobre 2010 par le Groupe d’étude sur les dioxines dans le but de finaliser rapidement une réévaluation des dioxines et des mesures réglementaires motivant le nettoyage des sites contaminés (cf. chronique 2).

En réalité, l’EPA n’avait pas pu finaliser sa « réévaluation dioxine » depuis le début du processus datant d’avril 1991 à cause des pressions exercées par les pollueurs, notamment les sociétés et les militaires, ceci durant deux décennies.

Au centre de la finalisation du document « réévaluation dioxine » est la question de la quantification du risque de cancer dû à l’exposition. EPA s’efforçait de produire une évaluation quantitative du risque de cancer dû à l’exposition aux dioxines, et qui serait utilisée pour définir les normes environnementales. L’évolution du cancer a longtemps été utilisée pour établir de telles normes. Or, maintenant, se sont les « niveaux de fond » qui doivent être estimés comme déclencheurs, par exemple ceux contenus dans la consommation d’aliments gras.

Les sociétés chimiques et l’industrie alimentaire font valoir que l’exposition aux dioxines est à des niveaux de contamination négligeables face au risque de cancer. Ce n’est pas ce que la littérature scientifique présente sur le thème « exposition aux dioxines : risque de cancer ». Les niveaux actuels d’exposition imposent un risque supérieur à 1 pour 1000.

« Action Cancer » de l’État de New York prend position contre l’EPA, disant qu’elle est devenue l’acteur de grands enjeux nationaux, et qu’elle n’est pas sincère dans son engagement à finaliser la « réévaluation dioxine ». Un manquement qui viserait à protéger des sociétés chimiques et alimentaires influentes auprès du gouvernement fédéral allié aux entreprises, ceci au détriment de la santé publique.

Le seul espoir pour que l’EPA finalise la « réévaluation dioxine » et prenne les mesures de décontamination est la pression publique. Toute personne qui se soucie de la santé des humains et des animaux se nourrissant de matières grasses animales affectés par l’exposition aux dioxines doit s’exprimer sur cette question et continuer jusqu’à ce que le gouvernement s’associe aux organisations environnementales.

« Honneur à Olga Naidenko et EWG comme exemple pour tous les Américains, si ce groupe utilise le savoir scientifique pour protéger l’environnement et la santé publique, vous le pouvez aussi », conclu The a-infos Radio Projet dans son émission Loving the Earth Pollution Free Revolution.

17 février, Radio-Canada annonce que de l’Agent Orange a été épandu dans la forêt boréale : « Un puissant défoliant cancérigène utilisé pendant la guerre du Viêt Nam pour clairsemer la végétation à des fins militaires a également été épandu dans la forêt boréale, en Ontario. »

Des documents obtenus par le Toronto Star révèlent que des travailleurs forestiers, souvent des étudiants, ont été exposés au produit chimique dans les années 60. Le gouvernement de l’Ontario aurait commencé ses expérimentations avec l’acide 2,4,5- trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) en 1957 à Hearst. Moins de 10 ans plus tard, le Department of Lands and Forests, qui deviendra le ministère des Richesses naturelles, autorise l’utilisation d’un produit plus puissant encore : l’Agent Orange, qui est un mélange d’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) et d’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2, 4 –D).

Un  agent  « économique ». L’Agent Orange est un puissant défoliant qui a été utilisé pour éradiquer certaines espèces d’arbres, dont l’érable, le bouleau, le peuplier et des arbustes. Les entreprises forestières souhaitaient se débarrasser de ces espèces pour favoriser la croissance des épinettes (épicéa), jugées économiquement plus rentables.

Les travailleurs forestiers exposés seraient notamment des jeunes qui passaient des semaines à tenir des ballons d’hélium afin de démarquer les zones d’épandages aux avions passant à basse altitude durant les épandages. L’Ontario a annoncé qu’il lançait une enquête et dit avoir prévenu la responsable en chef du service d’hygiène de la province. Le député provincial néo-démocrate de Timmins-Baie, James Gilles Bisson, réclame que le gouvernement fasse preuve de transparence et dévoile où l’Agent Orange a été utilisé, et prévienne les Ontariens qui ont pu être exposés.

La seule autre utilisation de l’Agent Orange répertoriée à ce jour au Canada est l’épandage à la Base des Forces canadiennes de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, principalement durant les années 60. Un programme d’indemnisation, mis sur pied par Ottawa, a été étendu aux veuves d’ex-militaires en décembre.

Le 21, Vietnamplus, annonce que, le 18 du même mois, dans le cadre de l’Initiative spéciale sur l’Agent Orange, les participants à un colloque tenu à l’Université de Wake Forest (Caroline du Nord, États-Unis) estiment qu’une aide de 30 millions de dollars annuelle devrait aider le Viêt Nam à régler les conséquences laissées par ce toxique. Cette somme serait utilisée dans l’assainissement des régions contaminées par l’Agent Orange, la restauration des milieux naturels et l’élargissement de la fourniture de services aux enfants souffrant de malformations congénitales liées à ce produit chimique mortel. Les participants ont annoncé que cette initiative avait pour objectif d’accorder 300 millions de dollars pendant dix ans. Jusqu’ici, 10% de cet argent a été collectée, avec notamment un engagement de 15 millions de dollars du gouvernement américain (cf. chronique 1).

Charles Bailey, directeur chargé de l’Initiative spéciale sur l’Agent Orange (relevant de la Ford Foundation), a informé qu’il reste au Viêt Nam 28 “points chauds”. « Le règlement des conséquences de l’épandage de ce toxique fait partie des travaux inachevés de la guerre », a-t-il dit. « L’Agent Orange affecte la santé d’environ 3 millions de Vietnamiens, dont 150.000 enfants », ont précisé les participants, tout en citant les résultats d’études effectuées dès la fin de la guerre, en 1975, qui montrent qu’un grand nombre de nouveau-nés ont été et sont toujours touchés par des malformations congénitales. “L’aide au Vietnam dans le règlement des conséquences laissées par l’Agent Orange est donc un problème humanitaire (!) et les États-Unis doivent faire quelque chose pour le résoudre“, ont estimé les participants. Auparavant, un séminaire sur l’Agent Orange avait été organisé le 16 février à l’Université de Caroline du Nord. Le quotidien Winston-Salem Journal a publié le 19 février un article condamnant l’épandage par les GI’s d’herbicides au Viêt Nam dans les années 1960. Ce toxique a détruit des millions d’hectares de forêts et de cultures, et nuit gravement à la santé humaine. Environ 4,5 millions de Vietnamiens et des centaines de milliers de soldats américains souffrent de pathologies liées à ce toxique.

23 Février, sous la plume de Dominique Bari, l’Humanité titre : « Hanoi, Washington et l’Agent Orange ». Cette année, le Président Barack Obama doit se rendre au Viêt Nam mais la Maison-Blanche rechigne toujours à solder sa dette de guerre, dont les conséquences se font encore sentir.

Depuis la levée de l’embargo américain, en 1994, et la reprise des relations diplomatiques, en 1995, deux présidents étasuniens se sont rendus à Hanoi (Clinton en 2000 et Bush en 2006). Le président vietnamien, Nguyên Minh Triet, a été reçu à Washington en 2007, suivi du premier ministre Nguyen Tan Dung en 2008. Si les États-Unis sont devenus le premier client du Viêt Nam, ces derniers persistent à réfuter toute responsabilité dans l’utilisation par leur armée de l’Agent Orange pendant la guerre. Durant dix ans, de 1961 à 1971, environ 100 000 tonnes de produits chimiques ont été déversées sur les forêts du Sud et terres agricoles, chiffre retenu par l’Académie nationale des sciences des États-Unis. Afin de surmonter les difficultés militaires des Américains, le président John Kennedy avait donné son feu vert pour déclencher ces épandages. Il s’agissait d’empêcher l’adversaire de s’y camoufler, et de détruire les récoltes pour affamer les populations et les combattants.

Quarante ans après, l’Agent Orange continue de provoquer des décès, des pathologies d’une extrême gravité, des malformations à la naissance (handicaps physiques et mentaux, membres ou organes absents ou surnuméraires, lésions nerveuses irréversibles, etc.). L’herbicide a touché, directement ou indirectement, de plus de deux à près de cinq millions de personnes.

Créée en 2004, l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange a déposé plainte devant la cour de justice du district Est de New York contre les 37 entreprises ayant fabriqué les défoliants pour l’armée américaine. Parmi elles, les célèbres Monsanto et Dow Chemical. Fin février 2009, la Cour suprême des États-Unis a rejeté la requête des victimes, vietnamiennes et américaines. C’est pourtant une véritable catastrophe humanitaire qui perdure au Viêt Nam. Sur les lieux où la dioxine a été pulvérisée et, a fortiori, aux endroits où elle a été stockée et transvasée dans les avions et hélicoptères épandeurs, elle est encore présente en grande quantité dans le sol (jusqu’à 2,5 m de profondeur), les sédiments et les nappes phréatiques. L’année dernière, Washington a enfin accepté de participer aux opérations de décontamination de l’ancienne base militaire de Danang, l’un des trois principaux sites contenant les toxiques utilisées. Elles devraient débuter en juillet 2011 et être terminées en octobre 2013*, selon les termes de l’accord signé en décembre. La décision de principe avait été prise en 2006 mais Washington se fait toujours tirer l’oreille. L’ancien agresseur du Viêt Nam ne paiera d’ailleurs que 17 millions de dollars pour cette opération qui devrait, au total, en coûter 36.

*Il y a peu de chance pour que ce calendrier soit tenu, car les travaux seraient arrêtés pour cause de difficultés techniques dans la phase qui consiste à chauffer les terres à haute température afin de dénaturer la dioxine TCDD.

Lundi 28 février, de nouvelles révélations sur l’utilisation de l’Agent Orange en Ontario se font jour. L’Ontario demande à Ottawa de coordonner une réponse nationale sur l’utilisation de l’Agent Orange au pays. Le gouvernement ontarien reconnaît maintenant que des fermiers et certaines villes ont employé le défoliant toxique. Les agriculteurs utilisaient l’Agent Orange pour contrôler la végétation le long des clôtures, à proximité des terres cultivables et des élevages de bétails. Le ministère de l’Agriculture s’en servait quant à lui dans ses stations de recherche. De leur côté, les municipalités en ont épandu dans les parcs. Ces révélations s’ajoutent à celles selon lesquelles l’Agent Orange a été utilisé par Ontario Hydro (devenue Hydro One) pour dégager les corridors de lignes électriques ; par le ministère des Transports de l’Ontario pour contrôler la végétation en bordure des routes ; de même que par le Department of Lands and Forests (devenu le ministère des Richesses naturelles) et des entreprises forestières dans la forêt boréale.

La ministre des Richesses naturelles, Linda Jeffreys, indique que la responsable en chef de l’hygiène de l’Ontario va se pencher sur les questions de santé publique. À cette occasion, Radio Canada me demande une interview,* donnée par téléphone depuis la Cité des Sciences, à Paris.

Pendant ce temps, les travailleurs qui ont été exposés à l’agent chimique commencent à s’organiser et parlent même d’intenter un recours collectif. Un de ces travailleurs, Roger Robitaille, souhaite que l’Ontario indemnise « tous les gens à qui on a menti » en ne les informant pas des substances utilisées. M. Robitaille a aspergé des milliers de litres d’Agent Orange le long des routes de l’Ontario dans les années 70. Ses vêtements imbibés se retrouvaient dans la lessive familiale. Il souligne que sa femme a fait trois fausses couches. Lui-même éprouve aujourd’hui plusieurs problèmes de santé qui pourraient éventuellement être liés à sa manipulation de l’Agent Orange.

Le gouvernement a mis en place deux lignes gratuites pour recueillir les plaintes et les demandes de compensations du public. À cette date plus de 300 appels ont été reçus.

* L’année précédent cette révélation, mon ouvrage Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam disait ceci à propos de la gestion forestière, notamment au Canada: « Dans cette profusion chimique, les herbicides  sont largement utilisés en sylviculture, en premier lieu lors de la régénération des forêts d’exploitation afin de supprimer les pousses concurrentes, puis la végétation d’accompagnement. Les forêts de conservations sont aussi concernées, tout comme l’aménagement des chemins et aires d’agréments, ou l’éclaircissement des variétés. Le 2,4,5-T (responsable de dioxine TCDD dans l’Agent Orange) fut donc largement utilisé en « gestion durable » entre la fin de la seconde guerre mondiale et 1984. Les compagnies chimiques, anticipant l’interdiction du 2,4,5-T, mirent au point des produits de substitution, tels que l’hexazinone, le triclopyr et le glyphosate. Les États du Maine, de l’Oregon et du Vermont adoptèrent les premiers, en 1979, le glyphosate pour le traitement aérien des forêts, le Canada suivant 5 ans plus tard. Le Québec continua d’utiliser uniquement le 2,4,5-T, soulevant un débat public qui aboutit à l’abandon total de l’utilisation des 2,4-D et 2,4,5-T en gestion forestière, préférant des moyens mécanisés, qui par ailleurs créaient des emplois. Cependant, l’année suivante, le glyphosate devint l’herbicide de référence pour tuer la végétation d’accompagnement des forêts de résineux au Québec, 31 000 ha étant traités de cette manière chaque année. Les problèmes sanitaires chez l’homme, et environnementaux dans les écosystèmes mirent un terme à l’utilisation de ce produit au Québec : suite à une évaluation drastique, le gouvernement prohiba tout emploi d’herbicide en milieu forestier à compter de 2001. Malheureusement, seuls le Québec, la Suisse et la Suède les ont abandonnés, tous les autres pays du monde continuent à les utiliser… Ce qui a pour effet de transformer des habitats verdoyants en lieux empoisonnés et empoisonneurs des cycles naturels. » Plus loin : « À ces usages intensifs doivent être ajoutés ceux des grandes entreprises, comme par exemple les chemins de fer, les collectivités territoriales ou les commune, grandes consommatrices d’herbicides  pour « entretenir et préserver » la voierie. »

André Bouny

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2,31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

Agent Orange, chronique 5 : ou le négationnisme de l’Histoire institutionnelle, 02 février 2013

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

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Après la fatwa du dignitaire religieux Saoudien, Sheikh Mohammed al-Arifi, qui a émis une fatwa intitulée “ouverture de la porte du djihad par le mariage en Syrie” qui tend à rendre légal d’un point de vue religieux, les rapports sexuels avec des filles syriennes, pour les mercenaires islamistes présents sur le sol syrien, non mariés ou loin de leurs épouses, qui pourront grâce à cette fatwa contracter mariage, pour une durée ne dépassant pas quelques heures, avec celles qui ne sont pas mariées ou celles qui ont été répudiées ou divorcées.

Ne se suffisant pas des jeunes filles syriennes, cette fatwa circule sur Internet et des messages postés sur les réseaux sociaux appellent les musulmanes dans le monde entier à converger vers la Syrie pour “le djihad par le mariage”, à condition d’être une bonne pratiquante, de porter le niqab ou le hijab, d’avoir au moins 14 ans ou d’être répudiée. Répondant à cet appel au djihad, des dizaines de ces volontaires au mariage de jouissance ou temporaire seraient déjà présentes sur le sol syrien, selon les mêmes messages postés sur facebook et twitter.

Parmi ces volontaires se trouve une adolescente tunisienne de 16 ans qui a du emprunter les mêmes circuits d’enrôlement et de transport des milliers de mercenaires tunisiens pour aller combattre le peuple syrien.

Les parents affolés et en pleurs de la jeune fille ont lancé un appel de détresse, accusant Jabhat Al Nosra (Front al-Nosra) de l’avoir enlevée et emmenée en Syrie.

Dans une vidéo diffusée sur Facebook, l’oncle de Rahmat a signalé qu’elle a disparu depuis samedi dernier. Il accuse les djihadistes de lui avoir fait un lavage de cerveau et de l’avoir emmenée avec eux en Syrie, pour être à la disposition des miliciens, dans le cadre du « Jihad par le mariage».

Voir la vidéo sur l’article original :

http://www.algerie1.com/actualite/une-adolescente-tunisienne-candidate-au-djihad-par-le-mariage-en-syrie/

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La «Conférence de Munich sur la sécurité» et les récits diffusés par les médias donnent, au début de février de chaque année, une idée des messages que l’OTAN et ses alliés veulent présenter au public. La conférence de cette année a désiré émettre trois messages:

1.    Les Etats-Unis veulent rester la première puissance au monde. Ils ont tiré comme «conclusions» des diverses défaites de ces dix dernières années, de vouloir imposer, sur le dos de leur propre peuple – en cherchant, sans scrupules, à extraire par fracturation hydraulique (Fracking) des réserves de pétrole et de gaz dans des conditions extrêmement difficiles – leur prédominance énergétique. Toutefois, si d’autres guerres devaient se révéler «nécessaires» dans les régions riches en matières premières d’Afrique et du Moyen-Orient, ce serait aux Européens, c’est-à-dire aux pays membres de l’UE, à les mener. Mais les Etats-Unis en garderaient la direction politique.

2.    Les Etats de l’UE, notamment l’Allemagne, doivent donc améliorer leurs «capacités» de mener des guerres partout dans le monde. Il est nécessaire de briser, particulièrement en Allemagne, la réticence d’une large majorité de la population à se lancer dans des aventures bellicistes à l’étranger, en utilisant des slogans orwelliens, tels que «l’armée allemande fait partie du mouvement de la paix» (= «La guerre, c’est la paix») – comme s’exprime le ministre de la Défense –, en les reliant à une affirmation dénuée de sens telle que: avec son engagement d’aujourd’hui pour la guerre, l’Allemagne dit merci pour sa prétendue sécurité d’hier. En contrepartie, l’Allemagne obtiendrait le droit de se comporter en grande puissance avec des ambitions globales. Dès à présent, le pays recherche partout dans le monde des «partenariats stratégiques».

3.    L’UE et les Etats-Unis visent un accord de libre-échange avec comme devise: «Ensemble nous serons économiquement fort contre le monde». Dans ce but, il faudra que des deux côtés de l’Atlantique, et selon l’idéologie néolibérale, la «capacité concurrentielle» se développe sur le dos des travailleurs pour permettre au grand capital de continuer à accroître ses bénéfices. Il n’apparaît pas encore bien clairement si l’on veut dominer militairement ou économiquement, ou des deux façons, les pays émergents, notamment ceux du BRICS.

En liaison avec l’accord de libre- échange, le directeur de l’Association allemande du commerce extérieur (BGA) a parlé d’une «OTAN économique» et, dans sa mise en garde, à signaler vouloir, par cet accord, opposer au niveau économique l’UE et les Etats-Unis aux autres marchés.

Ces trois messages de Munich n’offrent de réelles visions ni aux Etats-Unis, ni à l’UE, ni au monde. Malheureusement, les actuels responsables de l’UE, des Etats-Unis et de l’OTAN, n’ont guère davantage à offrir que des variantes des anciens modes de pensée et d’action.

L’alternative

Un changement aurait été possible si l’on s’était donné la peine, à Munich, d’écouter les hôtes des autres régions du monde. Cela aurait donné d’autres messages, comme par exemple:
1.    La politique d’hégémonie occidentale, dirigée par les Etats-Unis, a échoué. Les coûts de cette politique ont été énormes, le nombre de victimes également. Seul un tout petit nombre de personnes en a profité. Nous voulons mettre un terme à cette politique et respecter, à l’avenir, les principes suivants: ne plus avoir d’affrontements politiques et de concurrence économique ruineuse à l’aide de combines, mais une coopération honnête et sur pied d’égalité pour le bien de tout le monde. Ne plus rechercher la victoire et le triomphe dans les conflits, mais régler ces derniers à la table de négociations en cherchant l’accord de tous.

2.    Nous voulons dès à présent prendre au sérieux la Charte des Nations Unies: l’offre de paix de la Charte; la volonté de justice dans le monde; le respect de l’intégrité nationale et de la souveraineté; reconnaître que les accords internationaux sont nécessaires pour régler les questions d’importance mondiale, mais qu’ils doivent être conclus selon le principe de l’égalité de droit et de la liberté de décision de tous les participants.

3.    Nous respectons les conquêtes culturelles, sociales, économiques et politiques, les traditions et les possibilités de développement de chaque peuple et de chaque Etat de ce monde. En tant qu’Européens, nous apportons, dans les discussions sur le plan mondial, nos conquêtes de la doctrine sociale et de paix, ainsi que du siècle des Lumières, tout comme nous tentons nous-mêmes de nous souvenir de ces conquêtes, sérieusement et avec soin.
De tels messages seraient un bienfait pour tous les hommes de ce monde. Ces messages rappelleraient ceux émis après la Seconde Guerre mondiale et ceux de la Charte de Paris après la fin de la guerre froide. De tels appels sont urgents, maintenant, au milieu de la deuxième décennie du XXIe siècle. L’«Occident» doit apprendre à modifier sa pensée honnêtement.

Karl Müller

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Port de Gwadar, Pakistan : La Chine revient

février 28th, 2013 by Comaguer

Soucieux à la fois de désengorger le port de Karachi et de son voisin immédiat Port Kasim, de favoriser le développement de la province occidentale du Baloutchistan, le gouvernement pakistanais a décidé en 2001 et peu avant les attentats du 11 Septembre de construire un nouveau port à GWADAR petite localité qui n’abritait jusque là qu’un port de pêche.

Situé à un peu moins de 80 km de la frontière iranienne et à 400 km du détroit d’Ormuz ce nouveau port occupe une position stratégique.

Mais le projet a tardé à se concrétiser. En 2001 le Pakistan confie les travaux de construction à la Chine qui va assurer 85 % du financement de la première étape du projet. La photo illustre l’état actuel de la construction.

Cette arrivée spectaculaire de la Chine dans cette région est évidemment mal perçue aux Etats- Unis, comme en Inde et en Occident en général. Elle permet en effet à la Chine d’ouvrir une route commerciale directe entre la mer d’Arabie et les provinces occidentales de la République Populaire via la route du Karakorum aménagée à grands frais à la frontière sino pakistanaise.

Les réactions ne vont pas manquer. Elles sont d’abord le fait de groupes insurgés baloutches qui sont en opposition armée avec le gouvernement central du Pakistan. Le Baloutchistan est la plus vaste province du pays mais la moins peuplée et la plus pauvre. Les baloutches sont également présents au sud de l’Afghanistan et à l’Est de la République Islamique d’Iran où ils revendiquent des territoires. L’agitation baloutche peut donc être mise à profit par les Etats-Unis dans sa stratégie anti-iranienne comme dans des opérations de déstabilisation du Pakistan et de division de l’Afghanistan. Pas étonnant donc que plusieurs attentats anti chinois marquent la période de construction du nouveau port.

La situation est à ce point délicate que le président pakistanais Musharraf va confier la gestion du port construit par la Chine au Port de Singapour donc à l’état de Singapour un des alliés les plus fidèles des Etats-unis en Asie du Sud-Est. La compétence professionnelle du Port de Singapour est incontestable mais la signification politique du choix en sa faveur est claire : Pervez Musharraf veut apaiser les Etats-Unis quitte à vexer l’ami chinois. Nous sommes en 2007.

De 2007 à 2012 le port de Gwadar va rester inactif. Par contre la guerre d’Afghanistan se poursuit et les bombardements collatéraux par les drones des Etats-Unis sur les régions du nord ouest du pakistan vont se multiplier suscitant de plus en plus de mécontentement des populations locales victimes et de l’armée pakistanaise elle-même. La liquidation de Ben Laden au nez et à la barbe de cette même armée pakistanaise va accroitre son mécontentement.

Au point que le gouvernement pakistanais va exprimer par diverses mesures son mécontentement contre les Etats-Unis. La Chine attendait son heure. Elle est venue !

Le gouvernement pakistanais vient en effet de confier la gestion et le développement du port de GWADAR à l’entreprise portuaire publique chinoise.

Dans le même temps l’Iran annonce la construction d’un port de guerre au voisinage de la frontière pakistanaise sortant ainsi une partie de ses forces navales du Golfe persique dans lequel elles risquaient de se trouver enfermées et célèbre la signature de l’accord pour la construction du gazoduc Iran-Pakistan dont les travaux viennent d’être confiés à une entreprise iranienne.

Ces informations montrent une profonde transformation des rapports internationaux dans cette région et font apparaitre un renversement stratégique d’importance : les puissances entourant le bunker Otanien afghan, en consolidant leurs liens, sont en passe de parachever son encerclement.

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“En Grèce, la classe dirigeante et les gouvernants détruisent la démocratie”, déclare au quotidien grec “Ef. Syn.” Eric Toussaint, professeur en sciences politiques et militant. Selon lui, seul un gouvernement déterminé et s’appuyant sur le peuple pourra obtenir une solution au problème de la dette. A ses yeux, SYRIZA ne doit pas se déplacer vers des positions modérées[1].

-La Grèce semble rester au cœur de la crise de la dette. Vous avez déclaré que le peuple grec, tout en étant au cœur de la crise, constitue aussi l’épicentre de la solution à cette crise. Qu’entendez-vous par là ?

Il est clair que toute l’Europe vit une crise profonde. La classe capitaliste et la Commission européenne, qui opère en son nom, ont déclenché une attaque terrible contre les peuples. La Grèce se trouve au cœur de cette crise mais aussi au centre de la résistance à cette attaque. Des pays comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, mais également la Roumanie et la Bulgarie, sont aussi victimes de cette attaque.

Toutefois, la Grèce se trouve au centre parce qu’elle représente le début de la nouvelle phase de la crise, de par la mise en œuvre du protocole d’accord de mai 2010, mais aussi à cause de la résistance du peuple grec. Je suis au courant de la dernière grève générale du 20 février 2013 qui a été très importante. Des millions de personnes à travers l’Europe et d’autres continents ont leurs yeux tournés vers les formes de résistance en Grèce. Nous faisons le maximum pour susciter une coopération paneuropéenne entre les mouvements de lutte / une coopération entre les mouvements de lutte au niveau européen, afin de construire une résistance élargie capable de renverser la vapeur. Il est très difficile pour les citoyens d’un pays de faire seuls face à cette attaque.

- Pour le moment nous ne voyons pas une telle forme de coopération.

C’est la raison pour laquelle nous devons être inquiets. Il existe toutefois de nombreuses tentatives pour que cela réussisse. Par exemple, la Confédération européenne des syndicats essaye, mais ce n’est pas du tout suffisant. Nous allons avoir des manifestations paneuropéennes les 13 et 14 mars 2013. J’espère qu’elles auront du succès, mais cela ne suffit pas.

- En Grèce, nous nous trouvons dans une situation politique très précaire, avec de nombreux scénarios possibles. Nous vivons sous un gouvernement de plus en plus autoritaire, il multiplie les coups d’état parlementaires et utilise systématiquement la répression des mouvements sociaux. Au même moment, il est possible que SYRIZA devienne le premier parti aux prochaines élections. Comment voyez-vous les choses ?

Vous êtes confrontés à un défi majeur. Je suis d’accord avec vous qu’en Grèce les classes dirigeantes et les gouvernements détruisent la démocratie à plusieurs niveaux. Ils ne respectent pas le vote du peuple, ils ont imposé des protocoles d’accord et traités sans consultation démocratique, ils dégradent le pouvoir législatif, et cherchent à détruire la capacité de la classe ouvrière à négocier collectivement. Ainsi, vous êtes face à un défi majeur et la capacité de SYRIZA à donner une réponse vraiment radicale à cette attaque est en effet cruciale. Si SYRIZA adopte des politiques et des propositions plus modérées, les conséquences qui en découleront peuvent être énormes.

- Dernièrement, beaucoup affirment que SYRIZA fait un effort pour adopter des positions plus modérées.

J’espère que SYRIZA radicalisera ses positions. Si SYRIZA réussit à devenir le prochain gouvernement, il est très important, par exemple, de suspendre unilatéralement le remboursement de la dette.

- Vous trouvez qu’il est réaliste de le faire ?

Je pense qu’il est absolument impératif de changer le rapport de forces. Si le gouvernement ne prend pas une position de combat et se contente de dire ‘nous voulons renégocier’, il sera très difficile d’imposer aux créanciers une solution dans l’intérêt des masses populaires. Si vous commencez une négociation sans changer le rapport de forces, vous ne pouvez pas vraiment obtenir une solution réellement positive. C’est pourquoi il faut tout d’abord effectuer un défaut de paiement, les créanciers étant alors obligés de demander des négociations. Pour suspendre le paiement, il faut le soutien du peuple comme cela fut prouvé dans le cas de l’Équateur et de l’Argentine. Seul un gouvernement déterminé peut le faire.

- Nous vivons un processus d’élimination des biens communs avec la privatisation de la santé, de l’éducation et de la plupart des sociétés et services du secteur public. Quelles en sont les conséquences ?

Il y a une dégradation considérable des conditions de vie de la majorité de la population. Il est clair qu’avec ces attaques, la classe capitaliste veut détruire ce qui a été construit après la seconde guerre mondiale avec la victoire sur le nazisme et le fascisme en Europe. Il s’agit d’une perspective historique pour la classe capitaliste qui pense que cette crise est une excellente occasion de réaliser son rêve de venir à bout de toutes les conquêtes populaires.

- Quel est votre message aux Grecs ?

Premièrement, il faut que le mouvement social paneuropéen se renforce. Cela exige une action en coopération avec le peuple grec. La question ne se limite pas à la solidarité avec le peuple grec. Le défi c’est d’arriver à lutter ensemble, vu que d’autres peuples d’Europe souffrent. Les circonstances peuvent être différentes mais ils sont victimes de la même attaque. Et nous ne pouvons faire face à cette attaque qu’en unissant toutes les forces du continent afin de parvenir à un changement radical. Mon message est donc que nous devons nous unir et que tous nos efforts doivent converger dans ce sens.

 

L’interview originale a été publiée le 23 février 2013 par le quotidien grec « efsyn »http://www.efsyn.gr/?p=25897

Éric Toussaint, professeur en sciences politiques à l’Université de Liège, est président du CADTM, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. En 2007, il fut nommé par le président de l’Équateur Rafael Correa, membre de la Commission d’audit de la dette publique interne et externe du pays. Il est connu en Grèce, qu’il a visitée plusieurs fois dans le cadre de son action pour la libération des pays du Sud des jeux des spéculateurs internationaux et des organismes de crédit.

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Le gouvernement Obama, travaillant main dans la main avec les médias américains, a ouvert un nouveau front dans sa campagne agressive contre la Chine. Une série d’articles, notamment dans le New York Times, est apparue au cours de la semaine passée pour soi-disant révéler l’implication de l’armée chinoise dans le piratage d’entreprises américaines et donner des indications sur la menace de guerre informatique qui existerait sur des infrastructures américaines vitales comme le réseau électrique.

L’article du Times de jeudi s’appuyait sur les affirmations non-prouvées et très biaisées en faveur des États-Unis d’un rapport préparé par la compagnie de sécurité informatique Mandiant qui prétend qu’une unité de l’armée chinoise installée à Shangaï serait responsable d’attaques informatiques sophistiquées aux États-Unis. Le reste des médias aux Etats-Unis et ailleurs a suivi, avec des articles fourmillants de commentaires d’analystes, de groupes de réflexion et de responsables publics qu’ils soient à la retraite ou toujours en fonction, au sujet de la « cyber-menace chinoise », en ignorant totalement les dénégations appuyées des ministères de la Défense et des Affaires étrangères chinois.

Cela a créé les conditions voulues pour la publication mercredi de la « Stratégie de l’administration sur l’atténuation des vols de secrets commerciaux américains » d’Obama, laquelle, sans nommer formellement la Chine, cite de nombreux exemples d’espionnage informatique pouvant lui être attribués. En des termes très généraux, ce document présente la réaction américaine, y compris la « pression diplomatique soutenue et coordonnée » contre les pays en infraction ainsi que la menace implicite de représailles économiques au moyen d’« outils de politique commerciale. »

Le procureur général américain Eric Holder a mis en garde contre « une menace significative et en croissance régulière contre l’économie américaine et les intérêts de la sécurité nationale. » Le vice-ministre de l’Intérieur Robert Hormats a déclaré que les États-Unis « s’inquiètent de plus en plus du vol de secrets commerciaux par tous les moyens au plus haut niveau de la part de responsables chinois haut placés. »

La diabolisation de la Chine comme menace informatique mondiale suit un mode opératoire bien établi : elle vise à créer un climat de peur et d’hystérie dans le public en préparation d’un nouvel acte d’agression – cette fois dans le domaine de la guerre informatique. Depuis sa prise de pouvoir en 2009, Obama a lancé une large offensive économique et stratégique visant à affaiblir et isoler la Chine et à renforcer la domination mondiale des États-Unis, en particulier en Asie.

Ces accusations de piratage informatique chinois viennent compléter la poussée économique du gouvernement Obama en Asie menée par l’intermédiaire de son Partenariat trans-pacifique (PTP), un nouvel accord commercial multilatéral visant à développer le commerce américain au détriment de la Chine. La protection des « droits de propriété intellectuelle » est un élément central du PTP, du fait que les profits des grands groupes américains viennent pour beaucoup de leur monopole sur des marchés obtenus par les marques commerciales et la technologie. Les allégations d’espionnage informatique vont devenir le prétexte à de nouvelles mesures de guerre commerciale contre la Chine.

Cependant, l’aspect le plus sinistre de la propagande anti-chinoise est la préparation d’une guerre contre la Chine. Sous la bannière de son « pivot vers l’Asie », le gouvernement Obama a mis en marche une offensive diplomatique et stratégique de grande ampleur visant à renforcer les alliances militaires existantes avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines et la Thaïlande, à forger des partenariats stratégiques et des liens plus étroits, en particulier avec l’inde et le Vietnam, ainsi qu’à saper les bonnes relations existantes entre la Chine et des pays comme la Birmanie ou le Sri Lanka.

Ce « pivot vers l’Asie » d’Obama a déjà entraîné une escalade dangereuse des conflits maritimes en Mer de Chine du Sud, et en Mer de Chine orientale. Encouragés par les États-Unis, le Japon, les Philippines et le Vietnam ont ravivé leurs différends frontaliers avec la Chine. La concentration sur ces eaux stratégiques n’est pas accidentelle, c’est par elles que passent les lignes de navigation dont dépend la Chine pour importer des matières premières et de l’énergie du Moyen-Orient et d’Afrique. Les États-Unis sont en train d’établir de nouveaux accords pour des bases militaires en Australie, en Asie du Sud-Est, et ailleurs dans la région pour s’assurer qu’ils ont la capacité d’étrangler les lignes de ravitaillement vitales de la Chine en cas de confrontation ou de guerre.

Le Pentagone considère la guerre informatique comme un élément essentiel de l’énorme machine de guerre américaine et a consacré des ressources considérables à son développement, en particulier sous le gouvernement d’Obama. En mai 2010, le Pentagone a installé son nouveau centre de commandement informatique dirigé par le Général Keith Alexander, directeur de la NSA (National Security Agency – les services renseignements militaires), qui s’appuie sur les ressources informatiques déjà massives dont disposent la NSA et l’armée américaine.

Les accusations américaines d’espionnage informatique chinois sont complètement hypocrites. La NSA, entre autres agences, est engagée dans l’espionnage et le piratage informatiques des systèmes informatiques et des réseaux étrangers à une vaste échelle. Sans aucun doute, la Chine est déjà en haut de la liste de ses cibles. Le ministère des affaires étrangères chinois a affirmé cette semaine qu’au moins 14 millions d’ordinateurs en Chine ont été piratés par 73 000 utilisateurs basés à l’étranger cette année, dont de nombreuses attaques informatiques contre le ministère de la Défense chinois.

Les États-Unis ont déjà procédé à des actes agressifs illégaux de sabotage informatique contre les installations nucléaires iraniennes et leurs infrastructures. Avec Israël, ils ont infecté les contrôleurs électroniques des centrifugeuses à gaz utilisées dans l’usine d’enrichissement iranienne de Natanz avec le vers Stuxnet, en poussant des centaines d’entre elles à tourner trop vite et à s’autodétruire. Cette activité illégale a été utilisée aux côtés de formes plus traditionnelles d’attaques, tels l’assassinat de physiciens nucléaires iraniens et d’autres actes de sabotage de la part d’Israël.

Il est inconcevable que les capacités informatiques du Pentagone ne soient déployées qu’à des fins purement défensives face à la « menace chinoise ». En fait, quand il a pris ses fonctions de chef de la guerre informatique en 2010, le général Alexander a présenté son point de vue au sous-comité aux Forces armées de la Chambre des représentants. Après avoir déclaré que la Chine est considérée comme responsable d’« un grand nombre d’attaques contre les infrastructures occidentales, » il a ajouté que si les États-Unis étaient soumis à une attaque organisée, « Je voudrais aller abattre la source de ces attaques. »

En août dernier, l’armée de l’air des États-Unis a publié ce que le New York Times a décrit comme « Un appel d’offre très clair à des articles la conseillant sur les “capacités d’attaque dans la guerre du cyberespace”, comprenant des armes pour “détruire, refuser l’usage, tromper, corrompre ou usurper un réseau d’ordinateurs ennemis et d’autres cibles de haute technologie. Le même article faisait référence à la branche recherche du Pentagone, la DARPA (Defence Advanced Research Projects Agency), qui abrite un ensemble de contractants privés qui veulent participer au « Plan X », c’est-à-dire au développement de « technologies révolutionnaires pour comprendre, planifier et gérer la guerre informatique. »

La propagande de cette semaine sur la « cyber-menace chinoise » donne le prétexte pour développer les préparatifs déjà bien avancés des États-Unis et visant à mener des attaques informatiques contre des cibles militaires et civiles en Chine. Dans le contexte de tensions de plus en plus grandes entre les États-Unis et la Chine, provoquées par le « pivot en Asie » d’Obama, des actions américaines sans merci dans le domaine de la guerre informatique ne peuvent qu’accentuer le risque d’une confrontation militaire ouverte entre les deux puissances.

Peter Sysmonds

Article original, WSWS, paru le 23 février 2013

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Hier, 22 février, les responsables américains ont bloqué une résolution parrainée par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, qui condamnait les nombreux bombardements terroristes survenus jeudi dans la capitale syrienne, Damas.

Le bilan des bombardements qui ont eu lieu dans le cadre de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis pour évincer le président syrien Bachar al-Assad, a fait état hier de 83 morts et de plus de 200 blessés. Environ 22 personnes sont mortes dans trois attentats à la voiture piégée dans le Nord de Damas. Le principal attentat à la voiture piégée perpétré dans le centre de Damas à proximité du quartier général du parti Baas et d’une école a tué 63 personnes dont de nombreux enfants.

Bien que personne n’ait revendiqué la responsabilité pour le bombardement, l’on croit largement qu’il s’agit de l’œuvre du Front al Nusra, un groupe lié à al-Qaïda et actif au sein de l’opposition contre Assad qui est soutenue par les Etats-Unis et qui avait déclaré dernièrement vouloir lancer une offensive pour « libérer Damas. »

Lorsque les représentants russes ont soumis une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour condamner les bombardements terroristes de Damas, la délégation américaine a refusé de l’adopter. Quelles que soient les divergences tactiques existant à Washington sur la question de savoir jusqu’où armer al-Qaïda et l’opposition syrienne plus large dominée par les Islamistes, le gouvernement américain appuie le terrorisme et la tuerie de masse comme instruments de sa politique au Moyen-Orient.

En expliquant sa position, la porte-parole de la mission américaine à l’ONU, Erin Peltin, a dit : « Nous étions d’accord avec le projet russe pour une déclaration du Conseil de sécurité et nous cherchions uniquement à ajouter une formulation identique sur les attaques brutales commises par le régime contre le peuple syrien. Malheureusement, la Russie a refusé de s’engager sur un texte crédible. »

C’est une esquive cynique visant à minimiser la responsabilité des Etats-Unis et de leurs alliés dans les attaques terroristes en Syrie.

Les commentaires de Peltin montrent clairement que, confrontée à une résolution qui dénonce les bombardements, la délégation américaine a reconnu que ce n’était pas le régime d’Assad qui était critiqué. Elle a par conséquent ajouté à la résolution un texte attaquant le gouvernement syrien – bien que ce dernier soit en fait la cible du bombardement terroriste – en tentant de détourner la responsabilité des forces terroristes au sein de l’opposition qui est soutenue par les Etats-Unis. La Russie a alors refusé de faire passer la résolution telle que les responsables américains l’avaient amendée.

La Coalition nationale syrienne, groupe de tutelle de l’opposition appuyée par l’Occident, a sombré dans l’absurdité en rejetant la responsabilité des bombardements sur Assad. Hier, elle a publié une déclaration sur sa page Facebook : « Le régime terroriste d’Assad porte la plus grande part des responsabilités pour tous les crimes qui se sont passés dans le pays parce qu’il a ouvert la porte à ceux qui ont des objectifs différents pour arriver en Syrie et nuire à sa stabilité en se cachant ainsi derrière ce fait et l’utiliser comme un prétexte pour justifier ses crimes. »

Il est bien connu que les forces d’opposition effectuent des bombardements terroristes et attisent une guerre civile sectaire avec le soutien des Etats-Unis et de leurs alliés en Europe et au Moyen-Orient. En décembre, lorsque le département d’Etat américain a finalement désigné le Front al Nusra comme un groupe terroriste, il reconnaissait qu’al Nusra avait perpétré, au cours de l’année précédente, près de 600 bombardements terroristes en Syrie.

L’opposition anti-Assad a reçu des centaines de millions de dollars des monarchies saoudiennes et du Qatar qui sont soutenues par l’Occident. La veille du bombardement, la monarchie du Qatar al Thani avait octroyé 100 millions de dollars supplémentaires à l’opposition. De tels fonds servent à payer les armes et les salaires des combattants de l’opposition, dont beaucoup sont des mercenaires des monarchies pétrolières ultra conservatrices du Golfe.

Le soutien accordé devant l’ONU par le gouvernement américain aux actes terroristes d’assassinats de masse souligne le caractère frauduleux de la « guerre contre le terrorisme ». Les gouvernements, tant démocrate que républicain, ont cité la menace d’al Qaïda pour justifier les attaques fondamentales perpétrées contre les droits démocratiques de la population américaine : la quasi élimination des restrictions sur la surveillance électronique, le recours à la torture et finalement le droit du président américain d’ordonner le meurtre extra-judiciaire par des attaques de drones.

Cette politique n’est cependant pas dictée par une opposition de principe au terrorisme, mais bien plutôt par la poursuite cynique des intérêts de l’impérialisme américain. En Syrie, ceci signifie une collaboration instable entre Washington et al Qaïda. Le régime d’Assad est un allié clé de l’Iran, un pays disposant de massives réserves pétrolières et qui est actuellement le principal obstacle à l’hégémonie néocoloniale des Etats-Unis au Moyen-Orient. Pour faire tomber le régime syrien et accroître la pression sur l’Iran, Washington est plus que disposé à soutenir politiquement les opérations terroristes.

La tuerie de masse appuyée par les Etats-Unis à Damas constitue un réquisitoire impitoyable contre les forces qui ont affirmé que c’est la guérilla, soutenue par l’impérialisme, et non la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière syrienne qui devrait régler les comptes avec la dictature d’Assad. Dans les pays impérialistes, ces forces comprennent à la fois les médias de masse et les partis petits bourgeois de « gauche » – comme l’International Socialist Organization (ISO) aux Etats-Unis, le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne, le parti La Gauche (Die Linke, l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) en Allemagne et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France.

Ils portent leur part de responsabilité politique pour les crimes commis contre la population syrienne par ces forces qu’ils promeuvent depuis des années.

La politique de Washington en Syrie exacerbe le conflit non seulement avec la Syrie et l’Iran mais aussi avec la Chine et la Russie, principal allié de la Syrie. Le président américain de l’époque, George W. Bush, avait fait remarquer en 2007 que de tels conflits menaçaient de provoquer une Troisième Guerre mondiale. (Voir : « Iran: Why does Bush invoke the threat of World War III? »)

Après des consultations avec les responsables chinois, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a critiqué le vote américain sur le bombardement terroriste de la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU. Il a dit « Nous estimons qu’il s’agit là de deux poids et deux mesures et nous y voyons une très dangereuse tendance de nos collègues américains de déroger au principe fondamental d’une condamnation inconditionnelle de tout acte terroriste – un principe qui garantit l’unité de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme. »

L’agressivité de la politique américaine au Moyen-Orient, ainsi que la politique menée dans le Pacifique par le nouveau gouvernement droitier japonais du premier ministre Shinzo Abe et soutenue par les Etats-Unis, semble pousser la Chine et la Russie vers une alliance défensive contre Washington. Jeudi, il a été annoncé que pour sa première visite à l’étranger le nouveau président chinois Xi Jinping se rendrait à Moscou, dans le courant du mois de mars.

Là, il projetterait de discuter de la stimulation des importations énergétiques chinoises en provenance de la Russie, dans le but de limiter, du moins provisoirement, la dépendance chinoise du pétrole du Moyen-Orient et de pays comme la Syrie et l’Iran qui sont menacés par une attaque des Etats-Unis.

Alex Lantier

Article original,WSWS, paru le 23 février 2013

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Pierre Khalaf (chercheur au Centre d’études stratégiques arabes et internationales de Beyrouth) écrit : «Dans le front complexe et varié mis en place par les Etats-Unis, Al-Qaïda et ses ramifications semblent s’être transformées en outil de division et de terrorisme soutenu par l’Occident. Son but est de détruire le tissu social des peuples arabes en répandant la violence et la terreur, couplées d’une culture de discorde confessionnelle, en transformant une contradiction virtuelle et illusoire en contradiction principale.»

Aujourd’hui, «l’islamisme» bénéficie de la mansuétude occidentale et la «question touareg», du capital sympathie lié à l’exotisme des hommes bleus. Voire, le terrorisme est devenu ouvertement un outil de politique étrangère pour de nombreux pays, comme l’a clairement montré la crise libyenne et comme le montrent surtout les crises syrienne et malienne : la Turquie, les Emirats, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Angleterres, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne disent officiellement fournir des armes aux groupes armés d’une «armée syrienne libre» que tout le monde sait composée essentiellement de mercenaires étrangers dont certains affiliés à Al-Qaïda et An-Nousra. La préméditation existe dans la crise malienne, sa transformation en Sahelistan l’est moins bien que de nombreuses déclarations d’officiels incitent à le penser, tout comme la création future d’une base de lancement de drones au Niger. Espérons que ce qui s’y passe n’est qu’un scénario américano-franco-qatari pour contraindre Bamako à leur donner des concessions dans les nouveaux gisements de pétrole et que les bases pour leurs soldats ne servent pas à la propagation du terrorisme, mais qui dit action dit réaction. Espérons que ce scénario ne soit pas apocalyptique et qu’il ne s’agit que d’une course aux puits de pétrole maliens par terroristes interposés et que les contrats permettraient de les assagir. Et que les doubles menaces (division ethnique et islamiste par MNLA et djihadistes interposés) exercées sur les pays de la région ne soient que passagers. En tout cas, c’est ce que laisserait penser l’absence de réaction des terroristes d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine face à l’avancée des troupes françaises engagées au Mali, ce qui soulève toujours des interrogations. La «menace contre la civilisation occidentale», le risque de terrorisme en Occident à cause de la proximité malienne sont un mensonge honteux brandi pour fustiger des mercenaires créés de toutes pièces avec l’ami qatari, et qui sont en fait une «légion étrangère» au service des intérêts stratégiques et économiques de l’Occident. Il est indéniable maintenant que l’intervention armée était inscrite dans un agenda, pour utiliser le terme de M. Medelci. Il est à espérer que les velléités occidentales de sécurisation de leur profondeur stratégique ainsi que de protection et d’extension de leurs intérêts dans la région ne visent pas à créer une régression féconde ou un «chaos constructeur», comme en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Nigeria. Le «chaos constructeur» est un concept de politique étrangère américaine qui préconise la création du désordre dans une région riche et instable pour y imposer un ordre nouveau. «Pour les théoriciens du chaos constructeur, c’est après la violence et le chaos que les Américains peuvent créer des États à souveraineté négative afin d’exploiter leur sol et sous-sol sans grande résistance,» écrit Mahatma Julien Tazi K. Tiena-be de l’université de Kinshasa dans son diplôme d’études supérieures en relations internationales 2009 intitulé «La politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de la République démocratique du Congo : de 1990 à 2006». Il ajoute : «L’objectif américain dans le Moyen-Orient était donc simple : le contrôle des zones appelées “l’arc de crise”. Cette région est riche en hydrocarbures. Elle porte sur l’arc rejoignant le golfe de Guinée à la mer Caspienne, en passant par le golfe Persique. Pour y arriver, l’impératif américain est d’imposer une redéfinition des frontières, des Etats et des régimes politiques. Il s’agit bien d’un remodelage du Grand Moyen-Orient (…) L’idée est simple : substituer aux Etats hérités de l’effondrement de l’Empire ottoman des entités plus petites à caractère mono-ethniques, et neutraliser ces mini-Etats en les dressant en permanence les uns contre les autres. En d’autres termes, il s’agit de revenir sur les accords conclus secrètement, en 1916, par les empires français et britannique, dit Accords Sykes-Picot et de consacrer la domination désormais totale des Anglo-Saxons sur la région». Sur la question malienne, Pékin et Moscou ont observé un grand silence qui donne l’impression que cette partie de l’Afrique n’existe plus pour eux. Cela fait-il partie du deal entre Russes et Américains sur la Syrie ? Chacun son territoire ? Russes et Américains traversent encore une grave crise sur la question syrienne qui vise directement les intérêts russes. Les Russes ont déjà tout perdu en Afrique… Les «printemps arabes» sont venus jeter dans les bras de l’Amériques les régimes que l’ex-bloc soviétique a pourtant sauvés de maintes recolonisation ces trente dernières années et qui semblent ignorer qu’ils se sont jetés dans la gueule du loup. Le Mali était sur la bonne voie démocratique car le président ATT a donné l’exemple de bonne gouvernance, malgré les pressions du FMI qui ont mis son pays à plat, davantage appauvri et fragilisé économiquement, socialement avant qu’une invasion terroriste suivie d’un putsch téléguidé ne viennent créer une situation de non-droit autorisant l’intervention. Les Occidentaux sont venus souiller l’image de ce pays qui n’a jamais connu les extrémismes et qui était en train de donner l’exemple de l’alternance au pouvoir. Le coup d’Etat contre le président malien ATT est lié à l’intervention française et entre dans le même plan des putschs des «printemps arabes» contre des présidents élus (Kadhafi, Ben Ali, Moubarak, Al-Assad) et qui engendrent les mêmes chaos, et le même développement de la violence terroriste, les mêmes divisions tribales et ethniques ou religieuses ainsi que d’autres conditions du développement de la misère et de la violence. Le but, au Mali, en Syrie ou ailleurs n’est pas obligatoirement de créer un «califat» dit «islamiste» mais un Etat faible et fragile, instable et violent, que l’on jettera par la suite sous prétexte de terrorisme. Washington ne prend-elle pas ses distances avec la Libye ? Beaucoup de médias occidentaux malintentionnés ou mal informés mettent en exergue la «marginalisation» des Touareg maliens qui, pourtant, vivent dans les mêmes conditions que les autres communautés au Mali, en Algérie, au Niger, en Libye ou au Burkina Faso, avec des différences liées à la santé économique de chacun de ces pays. Ils pourraient le faire pour l’Algérie où leur situation économique et sociale est catastrophique. Si l’Etat ne fait rien pour eux dans un plan d’extrême urgence, les manipulateurs pourront trouver quelques cibles faciles pour en faire des mercenaires. D’ailleurs, toutes les populations du Sud algérien ont dénoncé la politique de l’emploi qui ne privilégie pas les autochtones, ouvrant ainsi le champ à tous les scénarios possibles. Ce qui est incroyable, c’est que des médias algériens continuent à parler de l’Azawad comme si cela existait, non conscients des dangers sur la communauté touareg tout entière que le MNLA veut débaucher non seulement à l’échelle locale mais à l’échelle régionale (lire 3e et 4e parties). La décision de fermer les frontières est-elle une solution face au péril terroriste et aux menaces qu’une intervention risque d’induire ? Quid des atteintes aux droits humains chez nos voisins ? Une attitude de conciliation et/ou de neutralité face au conflit malien serait inefficace sans une nouvelle stratégie de politique étrangère dans tout le Sahel, pour contrecarrer celle des pays occidentaux et des pays du Golfe qui tirent les ficelles. L’urgence n’est pas strictement militaire ou sécuritaire mais également politique, économique et culturelle, en commençant à renforcer la profondeur stratégique du pays (aide, solidarité, coopération et échange économique, partenariat…). Se bunkériser sans agir sur le mal et ses causes, là où elles se trouvent, équivaut à une attitude de l’autruche. Un minuscule Qatar active pour déstabiliser notre pays et les pays voisins à des milliers de kilomètres de ses frontières ; et l’Algérie se replie dans sa coquille, sans se défendre ! L’attitude défensive adoptée par Alger n’a pas éloigné les risques et a donné l’impression de faiblesse d’un Etat qui ne va pas au-devant des menaces qui le visent. En laissant se rapprocher ces menaces, on paie aujourd’hui le prix fort de devoir fermer les frontières, en espérant que n’advienne pire que l’attentat d’In Amenas. M. Medelci a dit que la crise malienne obéissait à un agenda : il signifiait donc qu’il s’agissait d’un acte de guerre. A un acte de guerre, l’Algérie a répondu par les salamalecs et la stratégie de l’autruche. Il faut oser traiter le terrorisme comme un acte de guerre dirigé par des pays, et non pas de groupes ! L’Algérie a traité le terrorisme des années 1990 comme un acte de guerre venant de l’étranger et pas seulement comme un fléau local, et c’est ce qui lui a permis de s’en débarrasser, contrairement à l’Irak et la Syrie qui traitent aujourd’hui le terrorisme in situ, au lieu de le frapper à la racine.

L’Algérie au cœur du problème malien

L’Algérie a une frontière instable de 1 400 km avec le Mali et de 1 000 km avec une Libye encore très instable avec comme trublions Aqmi, Ansar Eddine, Mujao et MNLA. Elle a de centaines de kilomètres fragiles avec le Sahara occidental et la Mauritanie. Ce qui est beaucoup à sécuriser même s’il n’y avait pas ce diable qatari qui attise le feu islamiste et séparatiste. L’Algérie a les mêmes ingrédients islamistes et ethniques que le Mali. Si certains manipulateurs ont exploité ces poches pour recruter des mercenaires pour attaquer le Mali, ils pourraient le faire pour viser l’Algérie, plus directement, selon un même scenario que celui concocté contre notre voisin. L’influence algérienne, dans les années 1960-1970, s’étendait dans toute l’Afrique, dans le monde arabe et musulman et sa voix était entendue dans le monde entier grâce à l’organisation des Non-Alignés. Après la mort de Boumediène, l’Algérie semble abandonner le champ africain et sa profondeur stratégique pour se tourner vers une hypothétique nation arabe aux Etats désolidarisés les uns des autres. Cette nation arabe est plus fragile que jamais aujourd’hui et les Maghrébins se retrouvent seuls face à leurs problèmes et à des complots déstabilisateurs venant parfois de cette même nation arabe. Désormais entourée de pays fortement instables, l’Algérie fait face à des risques majeurs avec un Mali brusquement devenu une poudrière sinon une bombe à retardement pour lui-même et ses voisins, dont notre pays qui, il faut la rappeler, a lutté tout seul contre le terrorisme islamiste soutenu par les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ainsi que par les pays du Golfe. Si les conditions objectives (crise économique et plus d’une décennie de terrorisme) ont fait perdre à l’Algérie son rôle de leader arabe et musulman, il n’y avait pas de raison de perdre le rôle de leader africain et, plus grave, de laisser le Qatar parader dans les parages. Mais la nature ayant horreur du vide, les nains nous prennent notre place dans notre voisinage immédiat et voilà des terroristes non seulement implantés au Sahel mais sur le point de faire exploser une plateforme gazière à In Amenas. Tout en négociant avec Ansar Eddine et le MNLA, l’Algérie n’a pas su leur tendre à eux et à leurs maîtres une main d’acier dans un gant de velours. Elle a tendu l’autre joue, donnant l’impression de faiblesse : l’Algérie est donc le mauvais camp, à ne pas suivre ni écouter. Rien à offrir que des leçons de nationalisme à des mercenaires sans foi ni loi, ni patrie. C’est cette faiblesse politique que les maîtres de l’agenda ont exploitée. Il ne suffit pas d’avoir une armée puissante si la politique détruit cet atout et les autres… Au Mali, ce n’est pas l’armée qui a failli, c’est l’argent qui a fait défaut à Bamako, à cause du FMI qui l’a sucé, pour préparer le terrain aux mercenaires. Le but caché de cette intervention comme dans toutes les autres interventions depuis 2011 est de faire barrage à la tentative d’émancipation économique, énergétique, technologique, politique et militaire des Arabes et des Africains. Avant l’attentat contre In Amenas, l’auteur français indépendant, David S. J. Borrelli, écrivait de manière lucide et surtout prémonitoire : «La scission, la partition et la déstabilisation du Mali ainsi que l’islamisation du conflit, ont été planifiées et organisées par des puissances étrangères (notamment française et les Qataris), tout comme l’éviction d’ATT et la division du peuple malien, tout cela dans le but de pouvoir faire entrer les forces de l’OTAN (sous mandat de l’ONU) sur le sol malien afin de cibler directement le Sud libyen et les forces loyalistes du guide de la Jamahiriya (Maâmmar Kadhafi) via le Niger voisin et de faire indirectement pression sur l’Algérie (qui sera sûrement ciblée à son tour très prochainement, probablement tout d’abord par ces mêmes islamistes qui balkanisent le Nord-Mali).»(1) Mais bien avant cela, en mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), disait que des membres d’Al-Qaïda tentaient de s’établir «dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres(2)».

A. E. T.

 

1. http://www.mathaba.net/news/?x=632417
2. Le Monde diplomatique, février 2005.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’OccidentPar Ali El Hadj Tahar, 25 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? Fermer les frontières quand le feu est dans la maison ! (16e partie et fin) Par Ali El Hadj Tahar, 01 mars 2013 - See more at: http://www.mondialisation.ca/author/ali-el-hadj-tahar#sthash.GYMqTByC.dpuf

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Le discours disjonctif occidental

Sauf erreur ou omission, les Palestiniens et les Sahraouis paraissent devoir être les deux derniers peuples au Monde à demeurer sous domination de type coloniale. Sans nul doute du fait du discours disjonctif occidental sur un principe fondamental du Droit International Public, le Droit à l’autodétermination des peuples, paradoxalement, constamment bafoué par ses promoteurs.

Ce principe, pourtant intangible, connaît une application modulée, soumis à des infléchissements circonstanciels, au point de constituer une variable d’ajustement conjoncturelle en fonction des intérêts des grandes puissances occidentales, qui furent longtemps le groupe hégémonique de la géostratégie mondiale. Valable un temps en un lieu, inopérant ailleurs, en d’autres temps.

Le conflit du Sahara occidental en fait l’amère expérience de même que le conflit palestinien. Le droit à l’autodétermination, le principe de base du conflit, souffre de la flexibilité de sa mise en œuvre. S’il trouve sa pleine vigueur et sa pleine justification lorsqu’il s’agit de promouvoir sur la scène internationale des entités conformes aux intérêts des pays occidentaux, il est, paradoxalement, combattu ou nié lorsqu’il s’agit d’éradiquer toute velléité nationaliste ou indépendantiste d’états situés hors de la sphère d’influence occidentale.

Une étude diachronique, combinant les données spatiotemporelles sur la question, révélerait un comportement échappant à la rationalité immédiate, en contradiction avec la plus élémentaire justice.

Le constat est ahurissant: Georges Bush avait assuré du temps de sa présidence (2000-2008) qu’il était las d’attendre dix ans que le Kosovo obtienne son indépendance. Comme par enchantement, aussitôt après ce cri d’amour, un coup de baguette magique, qui relève non de la prestidigitation mais de l’imposture, conférait au Kosovo son indépendance, en ce qu’il participait d’un projet plus vaste visant à parachever le démembrement de l’ancienne Fédération de Yougoslavie, un obstacle majeur à l’expansion économique occidentale dans l’Europe centrale.

Il en a été de même du Sud Soudan, un nouvel état pétrolier et ami d’Israël sur le cours du Nil. Une donne non négligeable, alors qu’une guerre de l’eau se profile dans la zone du fait des bouleversements climatiques.

Le droit à l’autodétermination a ainsi posé deux micro-états – le Kosovo et le Sud Soudan- comme jalons du maintien de l’hégémonie occidentale, face à la montée en puissance de la Chine et le contournement chinois de l’Europe par l’Afrique.

Dans ce panorama: deux cas -Le Tibet et les Kurdes- font exception en ce que dans le premier cas, celui du Tibet, les Etats-Unis se heurtent à une cible située dans la sphère géostratégique de la Chine et dans le deuxième cas, les Kurdes, à un allié de l’Amérique, la Turquie, la sentinelle avancée de l’Otan sur le flanc sud.

Dans le cas du Tibet, les Etats-Unis encouragent les autonomistes tibétains dans leurs revendications, mais veillent à ménager la puissance chinoise dans son pré carré. Le soutien des Occidentaux au Dalaï Lama constitue tout au plus un instrument de pression pour servir de monnaie d’échange à des concessions diplomatiques ou économiques chinoises.

Dans le cas des Kurdes, les supplétifs exemplaires des Etats-Unis lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, qui s’estimaient en mesure d’obtenir un état en récompense de leur collaboration n’y ont pas eu droit en raison de l’hostilité de la Turquie à un projet qui pourrait la déstabiliser du fait de la présence d’un fort sentiment irrédentiste kurde sur son territoire.

La solution médiane auxquels ont souscrit les Kurdes – une zone de large autonomie dans le nord kurdophone de l’Irak- si elle les satisfait partiellement, enchante pleinement les Américains en ce que l’enclave kurde englobe les riches champs pétrolifères de Kirkouk, de surcroît liée économiquement et militairement à Israël.

La solution est provisoire. Beaucoup à Ankara et à Washington nourrissent l’ambition de constituer une entité indépendante Kurde, sur les débris de la Syrie, dans le nord du pays, dans la zone de Jisr al Choughour, par adjonction du Kurdistan irakien, assurant ainsi à l’Etat Kurde un débouché sur la mer. Les troubles en Syrie, justifiées sans nul doute par les d’abus du pouvoir baathiste, sont alimentées de l’extérieur dans un but annexe. Le règlement par défaut de la question kurde par démembrement de la Syrie, comme cela avait déjà été le cas avec Alexandrette et le Liban

Le Kosovo a attendu 10 ans pour son indépendance, mais la Palestine attend depuis 65 ans, sans émouvoir les Occidentaux de son sort.

Pourquoi une telle duplicité? Au-delà du tribut compensatoire des Occidentaux au génocide juif et des considérations bibliques, Israël, -le choix de son implantation ne relève pas du hasard-, est située à l’intersection de la rive asiatique et la rive africaine du Monde arabe, au point de jonction de la route continentale des Indes et de la route maritime, le bassin syro palestinien et son prolongement égyptien, au point de convergences des voies d’eau du Moyen orient (Jourdain, Oronte, Hasbani, Zahrani) et des gisements pétroliers de la péninsule arabique.

L’existence d’Israël, de par son positionnement géographique, signe stratégiquement la rupture de la continuité territoriale de l’espace arabe. Pour le malheur du peuple palestinien qui paie le prix de cette entreprise de délocalisation de l’antisémitisme récurrent de la société occidentale, et pour le plus grand malheur des Arabes entravés de la possibilité de constituer une masse critique à l’effet de peser sur les relations internationales.

Mais ce qui est bon pour le Kosovo et le Sud Soudan ne saurait être vrai ni pour la Palestine, ni pour le Sahara occidental. L’ostracisme n’est nullement le fait du hasard: Les Palestiniens font face à Israël, les Sahraouis, au Maroc, le principal allié souterrain d’Israël.

Il n’est pas indifférent de noter dans ce contexte que le Kosovo et Israël sont les deux seuls pays au monde créés par une décision unilatérale. L’indépendance s’accorde donc en fonction des intérêts stratégiques. Le conflit du Sahara n’aurait peut-être sans doute pas duré autant s’il ne servait à attiser et à affaiblir deux pays au bénéfice de la stratégie hégémonique occidentale aussi bien américaine que française dans la zone, et surtout, s’il ne constituait un excellent stimulant pour les industries d’armement.

Un conflit budgétivore, stimulant pour les industries d’armement

Le Maroc est parmi les pays africains qui consacrent le plus d’effort budgétaire à leur armement. Près de 2, 8 milliards d’euros sont consacrés annuellement à l’armée marocaine, représentant 15% du budget marocain, soit le double de celui de la Santé. Les besoins militaires du Maroc absorbent 5% de son PIB, ce qui lui vaut de figurer au top 20 des pays les plus dépensiers pour leurs armées. Aussi, si l’on tient compte de la croissance du PIB, le Maroc dépense plus de 7 millions d’euros par jour pour sa défense. Parmi les grosses commandes figurent deux escadrilles de F-16 en plus de la modernisation de 27 Mirage F-1 français pour 400 millions d’euros, une frégate française Fremm pour 470 millions d’euros, trois hélicoptères américains CH-47D pour 93,4 millions d’euros, quatre avions de transport tactique C-27J Spartan à l’Italie pour 130 millions d’euros et 1.200 blindés espagnols pour 200 millions d’euros.

L’Algérie, lui, est le second importateur d’armes du continent, derrière l’Afrique du sud selon le rapport 2010 du SIPRI, l’Institut international de recherche pour la paix (SIPRI), basé à Stockholm. L’Algérie consacre en moyenne 3% de son PIB par an aux dépenses militaires, ce qui représente environ 4,5 milliards d’euros pour 2011.

La conclusion par l’Algérie d’un contrat d’acquisition d’une soixantaine d’avions de combat avec la Russie en 2006 avait immédiatement suscité une réaction de Rabat, qui s’est empressé de moderniser sa flottille de Mirage F-1 vétustes et de conclure le mirifique contrat des F-16 avec Lockheed Martin, la bénédiction de Washington et l’aide technologique israélienne.

Le budget militaire algérien s’accroît d’environ 10% par an. Des sommes colossales sont ainsi allouées par ces deux pays dont le secteur militaire occupe la première place en termes de budgétisation.

L’épreuve de force entre l’Algérie et le Maroc: un conflit de deux mémoires

Le Maroc dispose de deux atouts incomparables dans son épreuve de force avec l’Algérie.
Il est, avec la Jordanie, le meilleur allié souterrain d’Israël dans le monde arabe. Pour aller plus loin sur les relations Maroc-Israël Cf. à ce propos http://www.renenaba.com/le-collier-de-la-reine

Sa diplomatie corruptive de la Mamounia bride toute velléité intellectuelle critique de la classe politique française. Le Maroc est en effet la destination préférée du personnel politique français où pas moins d’une quarantaine de personnalités de premier plan en font office comme pied à terre pour des vacances parasitaires aux frais de la princesse.

L’ancien président Jacques Chirac, à Taroudant, dans le sud du pays, à l’ancien directeur du Fonds Monétaire international (FMI) Dominique Strauss Kahn et l’écrivain médiatique Bernard Henry Lévy y ont leurs habitudes. Nicolas Sarkozy, le Président de la République, y a passé des vacances de Noël en 2009 et en 2010, à la résidence royale de Jinane Lekbir (le grand jardin), à trois kilomètres de Marrakech. Son ancienne adversaire socialiste de 2007, Ségolène Royal, y a séjourné également en 2010, avec son compagnon André Hadjez, au sein d’un « palace de Ouarzazate », dans le sud du pays. Elevé en partie à Agadir, Dominique Strauss Kahn possède un ryad, une maison de luxe située à Marrakech, où il passe quelques jours de vacances pour les fêtes.

Jean Louis Borloo a, lui aussi, choisi le royaume chérifien comme destination de vacances en 2010, ainsi que le couple Balkany, Isabelle et Patrick Balkany, maire de Levallois et proche de Nicolas Sarkozy. La liste est longue. Elle englobe Hervé Morin (et 18 membres de sa famille à l’hôtel Es-Saâdi de Marrakech) et Brice Hortefeux et naturellement Philippe Douste Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères qui fit l’objet d’un scandale.

L’afflux de ces touristes d’un genre particulier amuse la presse marocaine. Les invitations spéciales sont l’atout maître de l’arsenal diplomatique du royaume chérifien pour séduire les politiques français. La pratique est érigée en politique d’Etat. On l’appelle la «diplomatie Mamounia», du nom du célèbre palace de Marrakech, propriété de l’Etat marocain, qui accueille depuis toujours les plus grandes célébrités de la planète. Depuis qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avaient lancé la mode des riyads, ces riches demeures nichées au cœur des médinas marocaines, c’est une véritable déferlante gauloise qu’a connue le Maroc. Plus de 5.000 ressortissants français, la plupart retraités, y ont élu domicile, à la suite de la diffusion en 1999 sur M6 d’une émission de la série Capital vantant les charmes de Marrakech, Tanger, Essaouira, Fès ou Agadir. Mais si le Maroc est devenu une destination privilégiée des Français, elle l’est surtout pour les «amis du royaume». Certains y ont des liens généalogiques comme Elisabeth Guigou, Dominique De Villepin, Rachida Dati ou Eric Besson.

Mais la «tribu Maroc» s’étend bien au-delà de ces attaches. Elle est pour ainsi dire tentaculaire. De Bernard-Henri Lévy à Thierry de Beaucé, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du showbiz ont à Marrakech ou ailleurs une résidence secondaire.

Le «plus beau pays du monde», comme le veut la publicité de l’Office marocain du tourisme, devient ainsi un lieu de rendez-vous culte pour la classe politique française, où la délocalisation d’un Conseil des ministres serait presque envisageable durant les fêtes de fin d’année, ironisait un élu.

Dans bien des cas, le charme exotique du pays constitue aussi la botte secrète de l’influence marocaine dans les hautes sphères de l’Hexagone. Ces vacances, certes privées, sont bien trop souvent l’occasion de contacts plus ou moins informels avec les premiers cercles du roi. Des invitations «spéciales», des «prix d’amis» appliqués dans des lieux d’agrément gérés par des hommes proches du pouvoir, sont pratique courante. Ces gâteries sont d’ailleurs systématiquement appliquées aux VIP de la République.

La Mamounia est la carte maîtresse de cette politique de séduction du Makhzen, le pouvoir féodal marocain. Tous y sont reçus avec les attentions particulières que sait déployer le Maroc pour ses hôtes de marque. Les turpitudes de MAM en Tunisie avec l’homme d’affaires Aziz Miled pourraient cependant sonner le glas d’une tradition qui autrefois ne se refusait pas.

Voltigeur de pointe de la stratégie occidentale en Afrique, bras armé de l’Arabie Saoudite pour la protection des régimes honnis, tel celui du satrape zaïrois Mobutu, dans le cadre du Safari Club, ce royaume des bagnes et de la terreur qui sera octroyé toutes les licences, qui aura bafoué la souveraineté française en ordonnant l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, le chef charismatique de l’opposition marocaine, en plein centre de Paris avec la complicité des services français, l’homme qui aura ridiculisé le plus illustre dirigeant français Charles De Gaulle sera pourtant vanté comme le paradis sur terre sous l’œil vigilant du «groupe d’Oujda», animé par Maurice Lévy, le patron de Publicis, le grand groupe de communication français. Le Maroc fonde son passe-droit du rôle de base de repli à l’Etat Français assigné au royaume par les stratèges occidentaux à l’apogée de la guerre froide dans le cas d’un nouvel effondrement français face à une poussée soviétique.

Mais ce Royaume souverain est un pays frappé de servitude. Le commandeur des croyants ne commande pas son détroit, le détroit de Gibraltar, qui assure la jonction stratégique de l’Océan Atlantique à la Mer Méditerranée, comme en témoigne l’incident de l’ilot persil.

Se greffe ainsi sur le conflit du Sahara une donne particulière, un conflit de deux mémoires. Les deux pays n’ayant pas accédé d’une façon identique à l’indépendance et n’ont pas été soumis à la même histoire coloniale.

L’histoire algérienne a été faite dans la douleur. Bien avant l’enfumage des caves de Bora Bora, en Afghanistan, en 2001, Bugeaud et ses soldats avaient enfumé toute l’Algérie. L’histoire algérienne est beaucoup plus douloureuse que ne l’a été l’histoire marocaine, ne serait-ce que par sa durée, et par l’imposition du code de l’Indigénat en Algérie, un des facteurs majeurs de l’acculturation algérienne, suscitant par réaction un nationalisme chatouilleux particulièrement en ce qui concerne la France.

132 ans de colonialisme en Algérie, contre trente-six de protectorat français au Maroc, soit le quadruple, avec à la clé, Sétif, le symbole de la victoire de la deuxième Guerre Mondiale, noyé dans le sang, une guerre d’Indépendance de huit ans et son cortège d’ un million de morts, avec en prime, un lobby pieds noirs algériens c’est-à-dire un lobby d’anciens colons français en Algérie, sans pareil au Maroc, ni dans aucune des anciennes colonies françaises, expliquent et justifient l’extrême réactivité algérienne à toute atteinte à sa souveraineté ou aux principes moteurs de la dynamique de la guerre de Libération nationale.

L’histoire marocaine ne l’a pas été autant. Il y eu certes la guerre du Rif, mais le protectorat français sur le Maroc a été dans la durée infiniment moindre que le colonialisme français en Algérie et dans sa manifestation atténué par la complaisance d’une fraction du trône, notamment le Glaoui de Marrakech.

Au conflit de la construction de la mémoire entre les deux pays se superpose leurs orientations divergentes tant sur le plan international que sur le plan interne. Un des drames du monde arabe réside dans le fait que les deux monarques les plus cultivés de leur génération, -Hassan II du Maroc, diplômé de la faculté de droit de Bordeaux et Hussein de Jordanie, de l’académie militaire britannique de Sandhurst- au lieu de mettre en pratique le modernisme pour la promotion de leurs peuples et de leurs pays, ont instrumentalisé ce modernisme au service d’un absolutisme rétrograde.

La balkanisation du Monde arabe et la nécessité d’un seuil critique

Plaie béante qui entrave son élan, le Monde arabe souffre de balkanisation, dont la dernière en date, en 2011, a été l’amputation du sud Soudan du Soudan au mépris du principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation.

Auparavant, l’amputation de la Palestine par l’implantation d’une entité occidentale Israël à l’articulation de la rive africaine et de la rive asiatique du monde arabe, la dissociation du Liban de la Syrie, l’amputation du district d’Alexandrette de la Syrie et son rattachement à la Turquie, enfin le Koweït de l’Irak et la Transjordanie (la Jordanie actuelle) de la Cisjordanie.

Source de faiblesse face aux grands ensembles de son voisinage immédiat, telle l’Union européenne, la fragmentation du monde arabe devrait le conduire à œuvrer non pour la division et la désunion, mais pour l’union.

La constitution d’un ensemble homogène résoudrait le problème du Sahara occidental par l’entente et la coopération, à l’effet de jeter une passerelle entre les deux grands pays du Maghreb central, l’Algérie et le Maroc, plutôt que de maintenir un abcès de fixation entravant tout projet transarabe.

La construction du Grand Maghreb ne saurait demeurer une vue de l’esprit. Elle se doit de se concrétiser, au besoin au forceps, pour durcir le ventre mou de la Méditerranée, première étape vers la mise sur pied d’un groupement atteignant un seuil critique par le regroupement de l’Iran, la Turquie, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine, l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Libye et le Soudan. Un ensemble de 500 millions d’habitants, équivalent à la structure des 27 pays de l’Union européenne, agrégeant sunnites et chiites, chrétiens et musulmans, arabes, turcs, iraniens, berbères, kurdes dans une mosaïque humaine créative, non une guerre intestine destructive.

Anormal à cet égard qu’un convoi humanitaire venant d’Europe pour aller à Gaza soit tributaire d’une brochette d’autorisation entre l’Algérie, le Maroc, la Libye et l’Egypte.

Une ère s’achève, une autre s’ouvre. Au-delà du point d’abcès malien, en raison de la talibanisation du Sahel du fait de la prolifération du septentrion malien, la confédération se doit être l’objectif majeur pour faire pièce aux tendances centrifuges de la zone, attisées par les particularismes régionaux, les irrédentismes et le chauvinisme religieux.

La donne Libyenne

On ne saurait occulter le gâchis stratégique provoqué par l’effondrement d’un pays à la jonction du Machreq et du Maghreb et son placement sous la coupe de l’OTAN, le plus implacable adversaire des aspirations nationales du Monde arabe.

Acte stratégique majeur comparable par son ampleur à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, le changement de régime politique en Libye, sous les coups de butoirs des occidentaux, paraît destiné au premier chef à neutraliser les effets positifs du «printemps arabe» en ce qu’il accrédite l’alliance atlantique comme le gendarme absolu des revendications démocratiques des peuples arabes.

Quarante-deux ans après leur expulsion de la base américaine de Wheelus AirField-Okba Ben Nafeh (Tripoli) et de la base anglaise d’Al Adem-Abdel Nasser (Benghazi), les Anglo saxons ont repris pied en Libye pour en faire leur plateforme opérationnelle majeure de la contre révolution arabe, la zone de sous-traitance par excellence de la lutte contre l’immigration clandestine à destination de l’Europe occidentale, le siège occulte de l’Africa Command pour la mise sous observation du Maghreb et la lutte contre l’AQMI au Sahel.

Dans cette nouvelle configuration, la Libye et le Maroc paraissent devoir faire office des deux mâchoires d’une tenaille destinée à enserrer l’Algérie.

La diversification des sources d’armement de l’Algérie avec l’Allemagne (14 milliards de dollars sur dix ans), le Royaume uni et l’Italie, en sus de la Chine et la Russie, ne saurait suffire. L’immobilisme porte condamnation de l’Algérie. Cinquante ans après l’indépendance, la génération des Moudjahidine arrive au terme de sa prestation.

Sous peine de marginalisation, sous peine de sclérose du pays, sous peine de nécrose de la revendication sahraouie, l’Algérie se doit de se mettre au diapason des nouvelles équipes dirigeantes de son environnement, en réactivant sa relation jadis stratégique avec l’Egypte du temps du tandem Nasser Boumediene, en vue de stabiliser la Libye et la prémunir des effets centrifuges des rivalités internes, en favorisant une convergence avec la relève contestataire marocaine pour une nouvelle approche du règlement du conflit du Sahara.

Sur le flanc sud de l’Europe tenu par les rets de la Mondialisation se dresse désormais un monde rebelle, dans son ancienne chasse gardée, une zone qu’elle vouait à faire office de glacis stratégique contre la percée chinoise en Afrique, la zone d’externalisation de la politique de la lutte contre l’immigration sauvage arabo africaine.

Au lendemain du printemps arabe de 2011, le plus grand défi du monde arabe est de porter la dynamique de réformes au sein des monarchies arabes, curieusement épargnée par la contestation, particulièrement les pétromonarchies du golfe, le foyer de l’intégrisme et de la régression sociale, qui se trouvent par ailleurs être les principaux alliés du Maroc dans le conflit du Sahara occidental en même temps que les alliés objectifs d’Israël dans la confrontation palestinienne.

Le règlement du conflit palestinien et du conflit sahraoui paraissent devoir passer par le rééquilibrage des rapports interarabes, par le placement en état défensif des pétromonarchies, prélude à une modification radicale de leurs alliances internationales, particulièrement leur allégeance inconditionnelle aux Etats-Unis, le protecteur d’Israël.

Dans la décennie 1970-1980, alors que le Liban servait de guerre de dérivation au processus de paix égypto-israélien, la pression s’est portée sur la Syrie et l’Algérie en vue de briser la détermination des deux principaux foyers du «Front de refus arabe» aux menées israélo-américaines dans la zone. La crise cardiaque du président syrien Hafez Al Assad, en 1976, en plein siège du camp palestinien de Tall el Zaatar, dans la banlieue est de Beyrouth, a laissé espérer une brèche pour une redistribution des cartes à l’échelle régionale. Son rétablissement suivi de la maladie fatale du président algérien Houari Boumediene, en 1979-1980, a privilégié la déstabilisation vers l’Algérie, par le financement d’un prosélytisme islamique par les fonds saoudiens.

Le ralliement de la dynastie wahhabite à la coalition occidentale anti Saddam Hussein a quelque peu distendu les liens entre les islamistes algériens et leurs parrains saoudiens, sans pour autant mettre un terme à la dynamique de la guerre intestine qui ravagera l’Algérie pendant dix ans, entraînant sa marginalisation au niveau de la diplomatie régionale arabe.

Le même schéma paraît se reproduire avec la constitution d’un glacis pétro monarchique contre révolutionnaire par l’adjonction du Maroc et de la Jordanie, les deux grands alliés d’Israël au Conseil de Coopération du Golfe.

Sauf à se résoudre au fait accompli, le bloc républicain arabe devrait veiller à créer les conditions d’un Fukushima politique sur les pétromonarchies, particulièrement l’Arabie saoudite, le cœur nucléaire de l’intégrisme mondial et le foyer absolu de la régression sociale, afin de redonner une plus grande cohérence sociale et économique entre les deux versants du monde arabe, la zone méditerranéenne de pénurie et la zone d’abondance du golfe pétrolier, à l’effet d’établir un rapport de force qui lui soit favorable en vue de favoriser un règlement du conflit du Sahara occidental et les autres points du contentieux interarabe.

Et pour les Sahraouis de désenclaver leur problème pour le sensibiliser à l’échelle du monde arabe. Tant il est vrai qu’ «il ne saurait y avoir de victoire politique possible sans une victoire culturelle préalable» (Antoine Gramsci).

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Prisons irakiennes : les détenues sont toujours en danger

février 26th, 2013 by Gilles Munier

On sait que la détention de plus de 5 000 femmes par le régime de Nouri al-Maliki est à l’origine des manifestations qui se propagent en Irak depuis la fin décembre 2012. La majorité d’entre-elles, sunnites, sont toujours en danger, utilisées comme otages pour obliger un de leurs proches, fiché comme opposant, de se rendre aux forces de sécurité ou d’avouer des crimes qu’il n’a – la plupart du temps – pas commis.

En Irak, pour faire parler les récalcitrants, les interrogatoires comprennent des scènes d’humiliations sexuelles, voire des viols, parfois en présence des enfants des parents détenus.

Cette méthode a été mise au point par les troupes d’occupation britanniques et leurs supplétifs irakiens aujourd’hui au pouvoir. Le député irakien Mohammed al-Dainy avait répertorié 1 053 cas de viols commis par les occupants et leurs supplétifs irakiens entre 2003 et 2007 (1) … Depuis, la situation a empiré.

Acculé par les manifestants, Maliki avait promis de libérer toutes les femmes « arrêtées et détenues sans mandat judiciaire » ou suite à « un crime commis par un homme de leur famille». Environ 200 femmes l’auraient été, sans que l’on sache si c’est exact ou s’il s’agit d’une mystification ; d’autres auraient été transférées dans une des prisons de leur province d’origine.

Human Right Watch s’étant fait l’écho d’un rapport du Parlement irakien affirmant de 1 030 prisonnières ont été victimes d’abus – y compris sexuels -, Nouri al-Maliki a répliqué en menaçant d’«arrêter les parlementaires qui discutent des violences subies par les femmes en détention ». Le Premier ministre irakien ferait mieux d’arrêter et de juger les tortionnaires qui les ont abusées s’il veut calmer un peu la colère des manifestants des régions à majorité sunnite.

(1)http://lib.ohchr.org/HRBodies/UPR/Documents/Session7/IQ/JS7_UPR_IRQ_S07_2010_JointSubmission7.pdf

 

Source: For Iraqi women, America’s promise of democracy is anything but liberation, par Haifa Zangana (guardian.co.uk – 25/2/13)

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/feb/25/iraqi-women-american-promise-democracy

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L’opération Serval peut aussi s’expliquer par la nécessité militaire de donner du service à des éléments qui ont fait l’Afghanistan. Un service que les Etats-Unis rendent en faisant avancer le pion français au Mali, d’autant que les marines et autres GI’s ont encore quelques affaires à régler en Afghanistan. De plus, cela passe mal pour les Etatsuniens de s’ingérer dans un pays d’Afrique après la Libye, la Syrie et le Yémen où ils n’ont pas laissé une bonne impression au sein de l’opinion musulmane.

Entreront-ils au Mali en 2014, lorsque leur retrait d’Afghanistan sera total, et surtout lorsque les conditions militaires et/ou politiques auront été réunies ? Le pourrissement de la situation au Mali servira probablement de prétexte d’une entrée des Etats-Unis, et l’histoire montre que les Américains apprécient les conflits ouverts par les Français, le Vietnam étant le meilleur exemple. La France s’est donné le mandat de s’immiscer au Mali à coups de mensonges et subterfuges. Hollande a dit qu’il laissait la doctrine néocolonialiste Françafrique derrière lui, mais elle colle à la politique extérieure française, surtout dans le lourd héritage d’un parti socialiste marqué de forts relents mitterrandiens. Sarkozy l’a prouvé en Côte d’Ivoire, en se donnant ainsi un véritable pouvoir politique dans ce pays après avoir dégommé Gbagbo et placé Ouattara, comme Chirac l’a fait en 1999, en fomentant un coup d’Etat militaire contre le président Henri Konan Bédié, ouvrant ainsi pour ce pays plus d’une décennie de guerre, de massacres et de violences ethnico-religieuses. Laurent Gbagbo avait fermé la base française d’Abidjan, alors la France imposera Ouattara qui prétendait avoir gagné les élections face à son prédécesseur : il permettra le maintien de la base française. Au Tchad, la France maintient un millier d’hommes appelés dans le cadre du dispositif Epervier mis en place pour sauver un certain criminel, Hissène Habré, le président tchadien putschiste installé par la France et qui a appelé Paris à l’aide lorsque le président déchu, Goukouni Oudeï, a essayé de reprendre le pouvoir avec l’aide de Kadhafi, en 1986. Responsable de la mort de presque 40 000 personnes et de nombreux assassinats politiques, Habré sera d’ailleurs arrêté, mais, à ce jour, la France ne permet pas son jugement par la cour internationale de justice. La fin de la mission de l’opération Epervier au Tchad est proche et elle risque d’être fermée d’autant, qu’en 2010, le président Idriss Deby avait reproché à la France de ne rien payer pour sa présence militaire. Une opération coup-de- poing au Mali va donner à réfléchir à ces présidents qui osent chasser les troupes françaises et suivre les conseils de l’artiste Alpha Blondy qui chantait : «Armée française allez-vous en ! Allez-vous en de chez nous… Nous ne voulons plus d’indépendance sous haute surveillance.» En 1960, l’armée française comptait 30 000 hommes en Afrique ; en 1980, 15 000 ; aujourd’hui, ils sont à peine plus de 5 000, répartis sur trois bases : au Gabon (980), au Cap-Vert (1 200) et le plus gros contingent est à Djibouti (2 900). Rien qu’en 2011, près de 2 500 soldats ont quitté Djibouti (république de Djibouti), Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d’Ivoire) où la force Licorne n’est plus que de 450 hommes. Avec un budget de 800 millions d’euros par an en 2008, pour la présence française en Afrique (sur un budget militaire français de 31,4 milliards d’euros en 2013), la France ne peut pas avoir les mêmes objectifs géostratégiques que les Etats-Unis qui octroient à la Défense près de 50% du budget étatique alors qu’en France, il n’est que le deuxième après l’éducation. En début d’année, la fermeture de la base française au Sénégal avait confirmé le désir de plusieurs chefs d’Etat africains de voir ces symboles de la Françafrique disparaître. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a récemment déclaré que le Sénégal ne sera «pas le dernier pays à maintenir une base (militaire) française en Afrique. Il ne peut pas y avoir d’agressions extérieures, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas qui peut agresser le Sénégal».

L’ingérence au nom du droit de défendre…

Cette fermeture des bases françaises en Afrique n’explique-t-elle pas l’acharnement de François Hollande à intervenir au Mali pour l’aider à se débarrasser des méchants «islamistes» ? Le drame n’a-t-il pas été scénarisé depuis le début, avec des armes qui se perdent en Libye, des partis fantoches qui se créent comme des champignons sous la pluie ? Beaucoup de peuples arabes n’ont pas pris conscience de la supercherie de cet hiver appelé «Printemps arabe» qui a amené des wahhabites au pouvoir et dans leur suite, et des crises à la chaîne, dont celle du Mali pourrait ouvrir la boîte de Pandore d’un terrorisme pour des décennies. L’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste, mais cet alibi a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces, les cas afghan et irakien étant des classiques des nouvelles ruses de l’impérialisme camouflé en ingérence humanitaire. En effet, le vœu du sioniste français Bernard Kouchner finira par se concrétiser, et l’ONU par adopter une résolution en 2009 autorisant la responsabilité de protéger, la R2P (Responsibility To Protect) qui permet à la «communauté internationale» de s’ingérer pour pallier les «défaillances» d’Etats incapables de prendre en charge leur propre population. C’est pour sauver des populations civiles de prétendus massacres que l’ONU a adopté la résolution 1973 qui a permis à l’OTAN d’intervenir en Libye. Au nom de cette ingérence humanitaire, la France est pressée d’intervenir pour s’incruster dans un Mali convoité dont le président déchu, Amadou Toumani Touré, lui aurait refusé l’installation d’une base militaire. En forçant la main aux nouvelles autorités, putsch-invasion-libération aidant, Paris finirait par avoir sa base. Les Etats-Unis, eux aussi, cherchent un pays où installer la base de l’Africom, et ils l’a trouveront probablement dans le pays qui s’avérera le plus faible ou le plus choyé par de futurs libérateurs : le Niger où, selon le New York Times, ils viennent de décider de la création d’une base pour le lancement de drones, ce qui augure de beaux jours pour Al-Qaïda, Ansar Dine, Mujao et autres mercenaires pseudo-djihadistes dans la région. Le fait que les Américains participent à l’intervention française n’annule pas tout ce qui vient d’être dit plus haut sur la différence de point de vue entre la Maison- Blanche et l’Elysée, car il n’y a pas de différend entre puissances amies mais néanmoins rivales. Tout n’a été que mensonges et camouflage pour préparer les conditions d’une intervention au mépris des milliers de réfugiés, des morts et des mains coupées ? L’impérialisme français ou américain n’a jamais fait cas de la vie humaine, et ce qui se passe en Syrie, en Irak et au Pakistan montre l’insensibilité implacable des atlantistes. Le raid israélien contre la Syrie pendant que les pays de l’OTAN y envoient leurs mercenaires atteste que notre analyse est juste. Maintenant, on comprend aussi pourquoi ni la France ni les autres pays, qui ont accouru avec leurs avions au Mali, ont préféré cette option à mettre la main à la poche pour offrir la modique somme de 375 millions de dollars nécessaire aux forces de la Misma. On comprend aussi pourquoi l’ONU n’a pas demandé une aide internationale pour les réunir ni pour l’envoi des troupes africaines : l’intervention française était déjà dans les plans entre Obama, Hollande et Cameron. Les Russes, préoccupés à sauver la Syrie, ne se sont pas ingérés dans la question : ils ont été éjectés de l’Afrique, y compris par cette ancien ami algérien qui a participé aux exercices de l’OTAN en même temps qu’Israël en 2010… Plusieurs auteurs partagent la thèse du complot impérialiste au Mali, la France, l’ancien maître colonial est naturellement choisi «parmi les puissances occidentales pour diriger une aventure néo-impérialiste dans cette région stratégiquement importante», écrit Finian Cunningham, un journaliste irlandais.(1) Les sommes dépensées par l’armée française dans le cadre de l’opération Serval (pour rendre servile ?) ont dépassé 30 millions d’euros en une semaine sur un budget de 630 millions d’euros destiné aux Opex (opérations extérieures) par le ministère de la Défense français, ce qui signifie d’ailleurs que ce budget ne pourrait pas tenir plus de deux mois. Cela signifie-t-il, par conséquent, que la France va se désengager du conflit malien au-delà de mars-avril, ou bien, va-t-elle s’engager pour une durée imprévisible malgré sa récession économique ? On ignore si les pays du Golfe vont payer la facture comme en Libye et en Syrie, car il n’a rien filtré de la visite de Hollande aux EAU. Le 13 janvier, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que la France n’a «pas vocation à rester éternellement dans ce pays», ce qui contredit ses propres déclarations quinze jours plus tard et celles d’autres officiels français.

Les associations «caritatives» qataries

Quelle va être la durée du conflit ? Militairement, il aurait été très facile pour l’armée malienne à elle seule de se débarrasser de ces bandes criminelles, à condition que le fonds de commerce de l’Azawad ne soit pas utilisé. Les Maliens ont subi un traumatisme qui les place dans le camp de l’opposition totale aux islamistes qu’ils aideront à éradiquer et à combattre. Sages, les Touareg ont compris que leur credo a été sali par le MNLA. Ils ont conscience qu’un démembrement du Mali sera dramatique pour eux et pour la région, comme ils le voient dans un Soudan divisé mais instable. La deuxième condition est le départ rapide des forces occidentales, et la non-implantation de bases américaines ou françaises. Or, malheureusement, comme nous l’avons écrit plus haut, une base américaine va bientôt être créée au Niger. Les Français auront-ils la leur au Mali ? Dès lors que le ver sera dans le fruit à cause de ces bases, il sera impossible de prévoir une fin heureuse pour le conflit dans la région. Et tant que les associations «caritatives» qataries qui financent le terrorisme et le soutiennent, y compris sur le plan médical et chirurgical, l’issue n’est pas optimiste, de surcroît si la Maison-Blanche fait toujours semblant d’oublier les accusations graves portées par l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui disait que «plus de 10 000 missiles sol-air» ont été perdus par l’OTAN en Libye et celles portées par Mahmoud Jibril, le chef du parti au pouvoir dans ce pays, disant que le Qatar refuse de récupérer les armes «oubliées» chez les groupes islamistes libyens, entendez par-là, celles du GICL (lire 2e partie). Le pays, qui accepte de servir de tremplin pour les forces atlantiques, permet la propagation du terrorisme. En Irak, dix années durant, Al-Qaïda – dont le but supposé était de nuire aux forces coalisées – a tué des centaines de milliers d’Irakiens à travers des attentats à la bombe dont la plupart n’étaient même pas placés à proximité des unités coalisées. Ce sont les forces révolutionnaires chiites et sunnites et quelques supporters de Saddam qui ont ciblé les 5 000 Américains et les quelques dizaines de Français ou d’Allemands, tués en Irak, et non pas les djihadistes financés, formés et soutenus par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe pour créer le chaos dans ce pays et lui faire le plus de mal possible. Depuis le fameux «Printemps arabe», plusieurs pays servent de bases arrière aux groupes terroristes ou leurs assurent une formation : la Jordanie, la Turquie et le Liban abritent des milliers de terroristes qui sont en train de détruire la Syrie. 100 000 terroristes sont entrés en Syrie, dont 90% par le territoire turc. La Tunisie, la Libye et l’Egypte ont des agences et des agences de voyages servant au recrutement de terroristes destinés à la Syrie. Selon les déclarations d’un jeune Tunisien revenu de Syrie, après son recrutement dans une agence de voyages ayant pignon sur rue à Tunis, il aurait suivi une formation d’une semaine avant d’être transféré en Libye, puis vers la Turquie. Les terroristes d’aujourd’hui sont des mercenaires sans conviction, intéressés par l’argent qatari ou saoudien, les principaux payeurs des nouvelles guerres impérialistes par l’entremise du terrorisme. Le terrorisme «islamiste» est transnational, mais il ne frappe que les pays musulmans et africains. Il est international mais les victimes sont musulmanes. Voilà pourquoi il y a dans les paroles de Hollande et de Cameron une indécence et un cynisme qui font honte. Le terrorisme est une création occidentale et il n’a jamais menacé ni touché les intérêts occidentaux : de nombreux ouvrages, les nombreuses preuves, les innombrables zones d’ombre attestent que tous les attentats où il y a eu des victimes occidentales ont un lien (de complicité avérée ou de négligence volontaire) avec la CIA ou les autres services de renseignements occidentaux. Les affaires libyennes, syriennes et maliennes attestent que l’Occident ne cache même pas son alliance avec le terrorisme.

A. E. T.

 

1. http://www.silviacattori.net/article4154.html

 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’OccidentPar Ali El Hadj Tahar, 25 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (15e partie) Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières, 27 février 2013 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? Fermer les frontières quand le feu est dans la maison ! (16e partie et fin) , 01 mars 2013

 

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Depuis plusieurs années le gouvernement conservateur de Stephen Harper est vivement critiqué pour sa gestion idéologique de l’aide internationale. Connu pour ses liens avec la droite religieuse et son appui inflexible à Israël, le gouvernement Harper a sabré le financement de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) à des organisations non gouvernementales (ONG) comme KAIROS promouvant, entre autres, les droits humains des Palestiniens.

Récemment il a décidé de revoir le financement destiné à des projets en Haïti invoquant l’absence de progrès.

Rappelons que le « progrès » en Haïti a été gravement entravé en 2004 lorsque les États-Unis, avec l’appui du Canada et de la France, ont orchestré un coup d’État contre le très populaire président Jean Bertrand Aristide, élu démocratiquement.

Aristide devait mettre en place des mesures pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Haïtiens, une série de mesure que craignaient l’élite haïtienne et leurs partenaires étrangers, qui profitent des conditions de quasi-esclavage de la plupart des Haïtiens.

Un gouvernement conservateur aurait probablement agi de le même manière que les libéraux de l’époque.

Les conservateurs sont tout récemment à nouveau passés au crible pour avoir subventionné un groupe religieux anti-gay en Ouganda.

Les médias, traditionnels comme alternatifs, suggèrent que le gouvernement Harper a transformé l’institution neutre et bien établie qu’était l’aide internationale, autrefois à l’abri de l’influence des intérêts politiques et financiers des partis au pouvoir :

« Le problème est que Stephen Harper a renversé 60 ans de consensus sur le rôle central de la société civile au Canada et auquel ont adhéré tous les gouvernements précédents. Tous les gouvernements précédents ont financé des groupes de la société civile et des ONG même lorsqu’ils défendaient des politiques allant à l’encontre de celles du gouvernement. Les gouvernements l’ont peut-être fait à contrecœur et n’ont peut-être pas été aussi généreux que certains d’entre nous le souhaitaient. Toutefois, le fait que nos gouvernements aient financé des groupes critiques à leur égard ou ayant des priorités compétitives constitue l’un des triomphes discrets de la démocratie canadienne.

Ce n’est plus le cas. Avec Stephen Harper, vous devez suivre la ligne de parti ou l’on vous écarte. » (Gerry Caplan, Kairos case is a reminder of the real Harper agenda, rabble.ca, 20 février 2011.)

Il est incorrect de dire que « [t]ous les gouvernements précédents ont financé des groupes de la société civile et des ONG même lorsqu’ils défendaient des politiques allant à l’encontre de celles du gouvernement ». Le livre Paved with Good Intentions – Canada’s Development NGOs from idealism to imperialism (Pavé de bonnes intentions – Les ONG canadiennes de développement, de l’idéalisme à l’impérialisme) le prouve et « dévoile la face cachée du rôle des ONG ».

Comme dans la plupart des pays développés, les ONG canadiennes de développement ont en réalité servi les intérêts du pays ici et ailleurs et ce n’est pas seulement depuis que le gouvernement actuel a pris le pouvoir que les ONG doivent suivre une ligne de parti.

Mondialisation.ca a rencontré l’un des auteurs du livre, Nik Barry Shaw, qui explique les origines des ONG de développement au Canada et comment elles sont utilisées comme instruments de politique étrangère. Voici la première partie de l’entrevue.


Entretien avec Nik Barry-Shaw par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Comment avez-vous découvert l’influence du financement gouvernemental sur les ONG?

Au départ il s’agissait d’une conjecture. Nous étions impliqués dans les mouvements de solidarité avec Haïti au début des années 2000 et nous avons entendu beaucoup de critiques envers les ONG. Nous savions que leur position en Haïti était alignée à 100 % avec les intérêts de la politique étrangère du Canada. De toute évidence, cette influence a lieu derrière des portes closes et il est difficile de prouver son existence.

En raison de l’influence des mouvements antiguerre et de la théorie de libération, vers la fin des années 1960-1970 une poignée d’ONG ont tenté de prendre une position plus radicale et ont fait ce que les activistes devraient faire de nos jours : critiquer les intérêts des entreprises privées canadiennes dans l’hémisphère sud, en Afrique du Sud, au Guatemala, les intérêts miniers au Chili, l’alignement de la politique étrangère canadienne sur celle de l’empire étasunien, etc. La critique a pris de plus en plus d’importance dans leur travail et de nombreux projets ont été influencés par ce qu’ils appelaient l’idéologie de la solidarité, laquelle consistait à dire aux Canadiens : « Nous devons nous battre aux côtés des opprimés dans ces pays. »

Le financement des ONG était de nature gouvernementale dès le départ et le gouvernement canadien exerçait peu de contrôle (ne s’attendant probablement pas à ce que ça déraille comme dans le cas de CUSO, une ONG fondée par Keith Speicer et d’autres personnes liées aux universités et au Parti libéral du Canada). CUSO a fait appel à Lester B. Pearson et demandé du financement et de nombreuses autres ONG ont emboîté le pas. CUSO était la première ONG financée par un gouvernement. Les largesses dont elle a bénéficié de la part du gouvernement ont poussé les autres à demander du financement et cela a donné le coup d’envoi d’un système de subventions de contrepartie.

Dès le départ, cette création gouvernementale servait explicitement à convaincre les « Canadiens ordinaires » que le Canada devait prendre sa place sur la scène mondiale, que notre rôle dans la Guerre froide était de développer le tiers-monde et que les ONG créeraient ce contact humain entre les Canadiens et le programme d’aide, lequel n’existerait pas sans cela, puisqu’il ne serait pas pertinent pour les « Canadiens ordinaires ».

Il est toutefois étonnant de voir qu’une poignée d’ONG, dont CUSO, la plus importante à l’époque, ont fini par faire exactement le contraire! Ils ont fait le procès de l’aide internationale et de la politique étrangère canadienne et sont allés au cœur du problème, à savoir que les entreprises privées dominent l’économie mondiale, que la politique étrangère des gouvernements occidentaux a joué un rôle dans cette domination et l’a favorisée en appauvrissant l’hémisphère sud. Bien entendu, cela était inacceptable pour le gouvernement.

Cela a donc donné lieu à des tensions accrues entre les ONG et le gouvernement canadien, qui s’est mis à exercer plus de contrôle sur le financement, allant jusqu’à le retirer complètement dans le cas de CUSO en 1979. On a dit aux responsables de CUSO qu’ils ne recevraient pas d’argent tant qu’ils ne réorganiseraient pas entièrement leur structure. Sous l’influence d’éléments plus radicaux, CUSO avait jusque-là favorisé une gestion davantage démocratique en donnant plus de pouvoir aux personnes sur le terrain, en décentralisant et en permettant à des gens en dehors du siège social de développer les programmes.

Le gouvernement a dit : « Nous nous débarrassons du conseil d’administration élu démocratiquement, nous le remplaçons par un groupe de personne de l’extérieur et nous allons centraliser à nouveau le processus décisionnel au siège social. » Ils voulaient que les personnes responsables leur rendent des comptes à eux et non pas aux personnes en Tanzanie par exemple, avec qui l’ONG travaillait.

Donc nous avons découvert qu’il existait des exemples très clairs et du domaine public indiquant où le gouvernement était intervenu et avait vraiment imposé son programme à des organisations bénéficiaires de financement gouvernemental.

Ces dernières années les coupes du gouvernement Harper relativement aux ONG qui défendent, par exemple, les droits humains des Palestiniens ont donné l’impression que l’orientation politique du financement des ONG est une nouvelle tendance initiée par le gouvernement Harper. En réalité, le financement gouvernemental a pratiquement toujours été aligné à la politique étrangère.

Oui, le premier exemple cité dans le livre date de 1970-1975, au moment où le CCCI (Conseil canadien pour la coopération internationale) s’est vu retirer son financement après avoir organisé l’envoi d’une délégation à une conférence des Nations Unies à Rome sur la crise alimentaire – c’est fou comme les temps changent! La délégation a vivement critiqué la position du gouvernement et cela a eu des échos jusqu’au Canada, menant à une refonte assez importante du programme d’aide alimentaire. Ce dernier a été amélioré à certains égards, cependant la conséquence principale a été le retrait du financement par le gouvernement libéral, dirigé par Pierre Elliot Trudeau à l’époque.

Il y a définitivement un parallèle entre ce qui se passe au niveau international avec les ONG de développement et au niveau national avec les organisations communautaires. Trudeau voulait créer une société participative, donc beaucoup de fonds sont allés à ces organisations, mais cela se faisait toujours sous certaines conditions. En termes marxistes, cela consiste à bâtir l’hégémonie, cette idée voulant que la classe dirigeante s’approprie les initiatives et les idées des mouvements d’opposition, les transforme en en faisant des instruments inoffensifs qui défendent l’ordre existant. Cela donne l’impression que les dirigeants sont prêts à faire des réformes alors qu’en réalité ils absorbent les éléments d’opposition, les neutralisent et les utilisent pour défendre le statu quo.

C’est ce que l’on appelle la fabrication du consentement?

Oui et cela dure depuis longtemps.

Comment vous est venue l’idée d’écrire à propos des rouages du financement des ONG?

L’idée est venue de mon implication dans le mouvement de solidarité avec Haïti et des conflits que nous avons eus avec les ONG en 2004-2005. Nous nous attendions à ce que ces organisations en faveur de la démocratie et des droits humains s’opposent clairement à ce qui se produisait en Haïti [au coup d’État des États-Unis de la France et du Canada], car, de toute évidence, ils ne pouvaient pas ne pas s’y opposer! [Pour en savoir plus sur Haïti et sur le coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide, le premier président élu démocratiquement, consultez notre dossier sur Haïti]

Croyez-vous que ces ONG ont volontairement défendu l’intervention militaire ou qu’elles se sont fait avoir par la propagande contre Aristide?

Tout cela est complexe. À l’époque nous n’étions qu’un groupe de jeunes anglophones ayant certains liens avec la communauté haïtienne opposée au coup et nous manquions d’expérience et de crédibilité. Nous avons donc contacté d’autres personnes et tenté de nous faire des alliés dans la lutte, mais on nous disait : « Je connais quelqu’un de Développement et paix ou d’Alternatives et ils travaillent sur cette question depuis des années, ce sont de bonnes personnes et elles disent que vous avez complètement tort, donc — fin de la discussion. »

C’était difficile parce qu’ils ne voulaient pas regarder les faits et prenaient leurs décisions en fonction de leurs contacts. Et si on leur disait : « Vous avez pris tout cet argent du gouvernement et vous avez cette opinion sur Haïti en raison de l’implication du Canada dans le coup, vous êtes vendus, vous êtes des pions », alors ils nous répondaient : « Non, nous ne somment pas des pions, nous reflétons la position de nos partenaires en Haïti. » Et c’est vrai, ils la respectaient.

Alternatives travaillait avec un groupe nommé Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), un regroupement d’ONG de gauche, anti-néolibérales, dirigé par Camille Chalmers, un économiste à l’université d’État d’Haïti, et il est vrai qu’Alternatives reflétait leur position. Mais les questions qui se posent ensuite sont : Qui formaient ces groupes et pourquoi recevaient-ils du financement? Pourquoi Alternatives travaillait avec eux et non pas avec des groupes pro Lavalas [parti du président Aristide]? Pourquoi n’y avait-il aucune ONG au Canada travaillant avec le gouvernement, appuyant le gouvernement ou n’étant pas, à tout le moins, farouchement opposée à Jean-Bertrand Aristide et son mouvement Lavalas? Et nous parlons ici d’un mouvement appuyé par 50 à 60 % de la population, dont une très vaste majorité de démunis.

Ces ONG sont-elles donc malhonnêtes? Je crois que leur attitude est due en grande partie au fait que l’on adhère à ce que l’on fait, surtout dans les ONG de gauche. Elles diront qu’elles travaillent avec la base, avec la société civile, avec les gens qui se battent véritablement pour changer les choses. Il faut y croire pour pouvoir effectuer le travail, mais ce n’est pas la réalité. Qui est Camille Chalmers? Qu’est-ce que PAPDA? Et SAKS et toutes les ONG partenaires? Ce sont des Haïtiens de la classe moyenne! Des gens avec une éducation universitaire, très loin de la base, ayant une vie confortable, des bureaux climatisés, séparés du reste de la société en fonction de leur classe sociale et c’est ce que leur opinion reflète.

Lors du second coup, une majorité écrasante de la petite classe moyenne s’est alliée à la bourgeoisie et à des membres de l’ancienne dictature contre le reste de la société, contre le gouvernement et ses partisans des bidonvilles et de la campagne.

Toutefois les ONG ne voient pas cela parce qu’elles renoncent à analyser en fonction des classes sociales et ne peuvent pas reconnaître qu’en réalité, les groupes avec lesquels elles travaillent ne représentent pas vraiment la base et ne sont pas si liés aux gens ordinaires. Cela anéantit tout le mensonge des ONG, qui sont censées travailler directement avec les démunis, avec les organismes communautaires et les mouvements sociaux ou peu importe l’expression à la mode. Elles considèrent travailler directement avec la population, contrairement aux grandes agences d’aide officielles qui elles travaillent avec les gouvernements : « Les agences sont de grandes institutions qui fonctionnent en aval alors que nous, les ONG, fonctionnons en amont. » Et c’est ce qui fait le charme des ONG, alors que c’est fondamentalement faux puisque les ONG finissent par créer plein de petites structures descendantes et des relations hiérarchiques au sein même de la société haïtienne, ainsi qu’entre les organisations haïtiennes et les ONG étrangères.

Au début du livre vous mentionnez un bon exemple du manque d’intérêt des ONG internationales pour les organisations communautaires haïtiennes. Vous expliquez que ce sont ces dernières qui ont initié la chute de la dictature de Duvalier et qu’au lieu de s’associer à celles-ci, les ONG internationales les ont remplacées ou se sont alliées à des ONG dirigées par l’élite haïtienne.

Il s’agit en quelque sorte d’un processus inconscient et inévitable. Après le premier coup en 1994, de nombreuses ONG internationales se sont rendues en Haïti pour tenter de travailler avec les organisations populaires. Cependant la structure des ONG, l’ampleur de la bureaucratie, la quantité de paperasse à remplir et la satisfaction des attentes des donateurs qui financent les ONG canadiennes, tout ça fait qu’il est impossible de travailler avec des gens issus de la classe ouvrière démunie. Cela nécessite de travailler avec des gens ayant une éducation universitaire, qui proviennent de l’élite relativement privilégiée et qui savent comment s’y prendre pour obtenir du financement.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne représentent pas le reste de la population, mais, en conséquence, cela pousse les ONG à travailler davantage avec des gens qui ne sont pas nécessairement en lien avec la base et s’il n’y a pas d’importantes redditions de comptes entre la classe moyenne en haut qui reçoit le financement et les gens à la base que l’on prétend appuyer, alors il arrive parfois que l’organisation devient un véhicule pour la personne dirigeante. Par ailleurs le financement a tendance à repousser la reddition de compte vers le bas et je crois que c’est ce qui s’est produit avec certaines organisations en Haïti. Elles ont reçu des sommes importantes après 1994 et elles étaient très militantes et très pro Lavalas durant un certain temps, mais plus elles recevaient de financement, plus le pouvoir se centralisait dans les mains des personnes en mesure d’obtenir ce financement et elles sont devenues dépendantes des donateurs auxquels elles devaient continuer à plaire.

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L’art de la guerre : L’Europe vole sur le nEUROn

février 26th, 2013 by Manlio Dinucci

Alors que l’euro continue à perdre de l’altitude et risque de s’écraser, le nEUROn décolle. Ce n’est pas un euro de nouveau cours. C’est un vélivole de combat non piloté d’un nouveau type. Les drones actuels, comme le Predator étasunien, sont pilotés à distance par des opérateurs installés à une console, dans une base aux Usa à plus de 10mille Kms de distance : à travers des vidéocaméras et des senseurs à infrarouges, ils repèrent l’objectif (une maison, un groupe de gens, une voiture en mouvement), et le frappent avec des missiles « Feu de l’enfer ». Ces drones et d’autres sont de plus en plus employés dans les « guerres couvertes » en Afghanistan, Pakistan, Irak, Yémen, Somalie, Libye et ailleurs.

Pour soutenir l’opération militaire française au Mali, on installe maintenant au Niger une base de drones Usa, qui s’ajoute à celles qui sont déjà opérationnelles en Ethiopie et dans quelques autres pays africains. La U.S. Air Force est en train d’entraîner plus de « pilotes éloignés » que de pilotes de chasseurs bombardiers. Mais les problèmes ne manquent pas : les pilotes aux consoles ne risquent pas leur vie, mais ils sont sujets à de gros stress qui, selon une étude du Pentagone, provoquent dans de nombreux cas angoisse et dépression.

La guerre évidemment déprime, même quand on tue en appuyant sur un bouton à 10mille Kms de distance. Mais ces problèmes seront bientôt résolus : on est en train d’expérimenter des vélivoles complètement robotisés, comme le X-37B de la U.S. Air Force, qui peuvent même se passer des pilotes aux consoles. Parmi ces vélivoles non pilotés de combat se distingue le nEUROn, issu d’un programme européen conduit par la société française Dassault, auquel participe la société [italienne] Alenia Aermacchi en tant que premier partenaire industriel, avec aussi un pourcentage de 22% des coûts (quantifiés dans la phase initiale à 400 millions d’euros). Un groupe de sociétés italiennes dont Selex Galileo (Finmeccanica) participe aussi au programme, avec Alenia Aermacchi comme chef de file national.

Le prototype du nEUROn (au développement duquel participent aussi la Suède, l’Espagne, la Grèce et la Suisse) a déjà effectué son premier vol. Il sera maintenant, pendant deux ans, soumis à un intense programme de tests, à Decimomannu (Sardaigne) aussi, pour vérifier sa capacité stealth (invisibilité aux radars) et celle de lancement de missiles et de bombes à guidage laser depuis la soute intérieure, avec un système « intelligent » projeté par Alenia qui « effectuera automatiquement la reconnaissance de la cible ». Une fois donnés les éléments de la mission, c’est l’intelligence artificielle du nEUROn qui guidera le vélivole sur la cible et, après que celle-ci aura été atteinte, le ramènera à la base. En silence radio total, pour éviter l’interception, et avec la possibilité de contrôler toute une escadre d’attaque de nEUROn de façon automatique par les chasseurs de dernière génération (type Rafale).

De cette manière, au 21ème siècle, la guerre impérialiste devient automatisée et invisible. De sorte que les parlementaires, qui soutiennent cette politique par un vote bipartisan, peuvent encore se présenter avec le visage de la démocratie.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 26 février 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130226/manip2pg/14/manip2pz/336548/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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La terre se dérobe sous les pieds de la Commission présidentielle d’enquête sur les attentats du 11-Septembre. La principale source de son rapport —Abou Zoubeida, dont les aveux furent extorqués sous la torture— est désormais officiellement considérée comme sans valeur. Et l’agent de la CIA qui a arrêté et interrogé Zoubeida a admis avoir tout inventé.

Photo : Lee Hamilton

Lee Hamilton fut durant 34 ans le représentant de l’Indiana au Congrès. En 1975, il rédigea le rapport aboutissant à la Doctrine Carter de sécurisation des champs pétroliers du Golfe et à la création du CentCom. Spécialiste du renseignement, il siégea dans divers Comités de la CIA. Il s’efforça d’étouffer les scandales de l’Irangate et du 11-Septembre en présidant les commissions d’enquête ad hoc. Il joua également un rôle crucial dans le revirement de politique US au Proche-Orient en co-présidant le Groupe d’étude sur l’Irak, en 2006.

 

Les auditions de confirmation de John Brennan, choisi par Obama pour diriger la CIA, sont au cœur de l’actualité. Mais parallèlement, un autre sujet lié à cette nomination a été largement ignoré par les médias aux États-Unis. Il s’agit de l’histoire d’Abou Zoubeida, dont les prétendus témoignages — extirpés sous la torture alors que Brennan dirigeait le Centre des menaces terroristes de la CIA —, ont construit les bases du récit officiel du 11-Septembre. Récemment, j’ai pu m’entretenir avec Lee Hamilton, l’ancien vice-président de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Je l’ai interrogé sur la nouvelle position du gouvernement à propos d’Abou Zoubeida, et sur les graves problèmes induits par ce revirement relatifs au Rapport de la Commission sur le 11-Septembre.

En effet, comme le soulignait mon précédent article sur cette affaire, Zoubeida est au centre d’une remise en cause du récit officiel des attaques du 11-Septembre. [1] Durant le mandat de Brennan, d’importantes preuves contre al-Qaïda auraient été rassemblées grâce aux nombreuses tortures infligées à Zoubeida par la CIA — dont au moins 83 simulations de noyade, des périodes où il était accroché nu au plafond, des projections violentes de cet homme contre un mur de béton, et d’atroces méthodes expérimentales du même genre —. Mais [depuis septembre 2009], le gouvernement des États-Unis affirme que Zoubeida n’a jamais été un membre ou un associé d’al-Qaïda. Il n’aurait donc pas pu être au courant des informations que la Commission sur le 11-Septembre lui attribue.

Dès le début de notre conversation, Lee Hamilton me déclara qu’il avait du mal à se souvenir de Zoubeida. Cette perte de mémoire est étrange puisqu’en 2008, dans le New York Times, il avait coécrit un article avec [le président de la Commission] Thomas Kean, afin de décrire comment la CIA entravait l’enquête sur le 11-Septembre. Or, cet article contenait de nombreuses références à Zoubeida. [2] Il affirmait que, « [d]epuis juin 2003, [la Commission avait] demandé tous les rapports de renseignement récoltés sur ces vastes sujets lors des interrogatoires de 118 individus nommément désignés. Ces derniers incluaient à la fois Abou Zoubeida et Abd al-Rahim al-Nashiri, deux importants agents d’al-Qaïda. » Kean et Hamilton écrivirent qu’« en octobre 2003, [ils envoyèrent] une nouvelle vague de questions au directeur juridique de la CIA. Une série d’entre elles incluait des dizaines de questions spécifiques à propos de ces rapports, dont ceux concernant Abou Zoubeida. »

Photo : John O. Brennan

John O. Brennan fut directeur de cabinet du directeur de la CIA George Tenet. Il fut le concepteur de la « Worldwide Attack Matrix » (Matrice de l’attaque mondiale) adoptée le 15 septembre 2001 par le président Bush, un vaste programme de propagande et d’assassinat politique dans le monde entier. Devenu conseiller de Sécurité de la Patrie du président Obama, il développa « Disposition Matrix » (le Système de la Matrice), un programme informatique pour déterminer les cibles à tuer et suivre les opérations d’assassinat. Il vient d’être confirmé directeur de la CIA malgré sa responsabilité personnelle dans le programme de torture de l’Agence.

Les demandes de la Commission sur le 11-Septembre auraient dû engendrer la publication d’archives remplies de révélations. En effet, alors que John Brennan dirigeait le Centre des menaces terroristes à la CIA, l’Agence filma les séances de torture infligées à Zoubeida ainsi qu’à d’autres personnes. De façon intentionnelle, elle manœuvra ensuite pour dissimuler ces informations à la Commission sur le 11-Septembre. Il est presque certain que John Brennan et George Tenet, alors directeur de la CIA, étaient tous deux impliqués dans les décisions relatives à cette obstruction. Pendant des années, ces deux hommes avaient travaillé en étroite collaboration. En tant que chef de station de la CIA en Arabie saoudite, Brennan était fréquemment en communication directe avec Tenet, évitant la chaîne de commandement habituelle. À cette époque, dans ce qui semblait être une faveur concédée aux Saoudiens, les analystes de la CIA furent dissuadés [par leur hiérarchie] de s’intéresser aux relations entre l’Arabie saoudite et les extrémistes arabes. [3] Visiblement, Brennan et Tenet avaient tendance à protéger certains individus suspectés de terrorisme, tout en dissimulant le traitement d’autres suspects par l’Agence.

Il a été révélé qu’en 2005, alors que Brennan dirigeait le Centre national de contreterrorisme, la CIA détruisit les enregistrements vidéo des tortures, Zoubeida figurant dans la majorité d’entre eux. [4] En expliquant l’obstruction de la CIA, Hamilton écrivit : « L’Agence n’a jamais révélé qu’un quelconque interrogatoire ait été enregistré, ou qu’elle ait eu en sa possession toute autre information pertinente, quelle qu’en soit la forme. Insatisfaits de cette réponse, nous en avons conclu que nous devions interroger nous-mêmes les détenus, dont Abou Zoubeida et quelques autres prisonniers. » [5]

Ainsi, en 2008, Lee Hamilton se rappelait très clairement qu’à deux reprises au moins, il avait demandé à la CIA des informations spécifiques au sujet de Zoubeida, et ce d’une façon potentiellement litigieuse. N’ayant pas reçu ces renseignements, Hamilton demanda à la CIA l’autorisation de l’interroger directement. L’Agence ne se contenta pas de rejeter cette requête, elle refusa également à la Commission l’accès aux interrogateurs ayant obtenu sous la contrainte le prétendu témoignage de Zoubeida. Cependant, malgré des refus aussi mémorables, Hamilton semble avoir tout oublié sur cet homme, excepté son sentiment qu’il n’aurait pas joué un grand rôle dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre. En effet, il me déclara que ses « souvenirs sont un peu flous sur ce sujet, mais les renseignements que l’on avait obtenu grâce à lui n’étaient pas déterminants dans notre rapport. » [6]

Parmi les possibles raisons de l’amnésie soudaine et peu convaincante de Lee Hamilton, nous pourrions citer le fait que le gouvernement US a récemment abandonné ses accusations contre ce « détenu », qui a été emprisonné par les États-Unis pendant onze ans sans avoir été inculpé. Ces rétractations à propos d’Abou Zoubeida créent des distorsions dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre, qui impliquent une évidente nécessité de le réviser.

Par exemple, en réponse à la requête en habeas corpus déposée par les avocats de Zoubeida, le gouvernement déclara ne pas soutenir que ce dernier « ait joué un rôle direct ou qu’il ait eu une pré-connaissance des attaques terroristes du 11 septembre 2001. » [7] Dans cette même réponse, le gouvernement affirma ne plus accuser Zoubeida d’avoir été « un membre d’al-Qaïda, [ou d’être] formellement identifié comme faisant partie de cette organisation. » Pourtant, la note 35 du Chapitre 5 du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre prétend exactement le contraire. Selon cette note, « Abou Zoubeida, qui travaillait étroitement avec la direction d’al-Qaïda, a déclaré qu’initialement, KCM [ou Khaled Cheikh Mohammed] présenta à ben Laden une version à moindre échelle du plan du 11-Septembre, et que ce dernier exhorta KCM d’étendre l’opération en faisant ce commentaire : ‘Pourquoi utiliser une hache quand vous pouvez utiliser un bulldozer ?’ » [8] Pour quelqu’un qui n’a jamais été associé à al-Qaïda, Abou Zoubeida avait une connaissance plutôt vaste et intime de cette organisation…

Lors de notre conversation, j’ai rappelé à Lee Hamilton qu’Abou Zoubeida était mentionné à plus de 50 reprises dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre. Je lui ai également rappelé que ses prétendus témoignages obtenus sous la torture jetèrent les bases de la version officielle du 11-Septembre. C’est également le cas des témoignages extirpés par les tortionnaires de KCM et de Ramzi ben al-Chaïba, tous deux [initialement] identifiés par Zoubeida comme étant impliqués dans ces attaques. Construisant l’arrière-plan de la légende officielle d’al-Qaïda, le rapport d’Hamilton qualifia Zoubeida d’« associé d’al-Qaïda », d’« allié de longue date de ben Laden », de « lieutenant de ben Laden » et de « lieutenant d’al-Qaïda ». [9] Malgré ces importantes références, Hamilton m’assura qu’il ne pouvait tout simplement plus se rappeler de Zoubeida, me disant que ses « souvenirs de cet homme [étaient] vraiment flous ».

Afin de lui rafraîchir davantage la mémoire, j’ai rappelé à Hamilton que son rapport citait neuf différentes dates d’interrogatoires d’Abou Zoubeida. En réponse, Hamilton déclara qu’il devait encore « faire un gros effort d’imagination pour se souvenir » de cet homme. Il semble que si Hamilton avait lu mon article sur Zoubeida, envoyé plus d’une semaine avant notre accord mutuel pour une rencontre et onze jours avant notre conversation, il aurait facilement retrouvé la mémoire. Au contraire, son incapacité à faire un effort d’imagination sur ce sujet rappelait l’excuse du « manque d’imagination » utilisée par la Commission lorsqu’elle proposa une explication globale du 11-Septembre.

Aujourd’hui, le gouvernement des États-Unis ne soutient plus que Zoubeida fût d’une manière ou d’une autre associé à al-Qaïda, et il affirme que cet homme n’avait aucune connaissance du 11-Septembre. C’est pourquoi j’ai demandé à Hamilton s’il pouvait expliquer comment Zoubeida aurait pu en savoir autant sur al-Qaïda, tel que l’affirme son rapport. Par un simple « non », Hamilton me suggéra que ces contradictions ne le dérangeaient pas.

Photo : John Kiriakou

John Kiriakou fut agent opératif de la CIA. Dans ce cadre, il travailla au sein du Gladio en Grèce. Ultérieurement, il fut conseiller de John Kerry à la Commission sénatoriale des Affaires étrangères. Il a reconnu avoir enlevé Abou Zoubeida au Pakistan et l’avoir mensongèrement présenté comme responsable d’Al-Qaida. Dans des déclarations contradictoires, il a admis l’avoir lui-même torturé, puis s’est rétracté. Entré en conflit apparent avec l’Agence, il a été condamné à 20 mois de prison pour révélation de secrets de la Défense ce qui a fait de lui une icône de la gauche états-unienne.

Notre discussion nous a ensuite menés à la récente condamnation de John Kiriakou, le directeur des opérations de contreterrorisme de la CIA au Pakistan après le 11-Septembre. Ce dernier aurait été à l’origine de la capture et des premiers interrogatoires de Zoubeida. Il est intéressant de noter que l’histoire de Kiriakou a vraiment évolué à l’image du récit officiel sur Abou Zoubeida. Selon des sources bien informées, « dorénavant, [lorsqu’il est question de Zoubeida,] Kiriakou admet avec une certaine désinvolture qu’il a en fait tout inventé. » [10]

Depuis, ce dernier a été acclamé en tant que lanceur d’alerte. Et il a récemment déclaré que John Brennan était un terrible choix pour diriger la CIA, puisqu’il avait adopté la torture [comme source de renseignement]. Kiriakou déclara avoir connu Brennan depuis les années 1990, et avoir travaillé pour lui à deux reprises. Comme l’a remarqué Kiriakou, lorsqu’il était à la CIA, Brennan « aurait dû être étroitement impliqué dans — pas nécessairement dans la mise en œuvre des méthodes de torture, mais dans les politiques, les politiques de la torture —. » [11] Ainsi, selon toute vraisemblance, Brennan serait un choix particulièrement mauvais [pour diriger la CIA]. Mais aujourd’hui, il est clair que les individus s’étant impliqués dans la torture n’auront pas à répondre de leurs actes, tout comme ceux ayant utilisé les témoignages extirpés de cette manière pour créer de faux rapports.

Dans cette même période, j’ai également pu m’entretenir avec Brent Mickum, l’avocat d’Abou Zoubeida. Contrairement à Lee Hamilton, Maître Mickum fut très direct et convaincant. Les informations qu’il a en sa possession suggèrent que Zoubeida fût victime de fausses accusations dès le début. Mickum pense qu’il pourrait exister des raisons alternatives expliquant pourquoi son client a été choisi pour être la première victime expérimentale de la torture — bien qu’il ne soutienne pas le meurtre d’innocents ou les attentats-suicides, et qu’il ait refusé à maintes reprises de rejoindre al-Qaïda —. Il s’attend à ce que son client soit inculpé cette année, mais il ne peut déterminer quelles seront les accusations. Plus aucune preuve ne soutient les allégations voulant que, d’une manière ou d’une autre, Zoubeida ait comploté avec al-Qaïda. Par ailleurs, les autorités ne peuvent lui attribuer le statut de « combattant ennemi » en vertu du Military Commissions Act de 2006, sachant qu’il a été capturé et torturé plusieurs années avant que cette loi ne soit promulguée.

Avec ces faits à l’esprit, j’ai demandé à Lee Hamilton si l’on devrait permettre à Abou Zoubeida de raconter sa propre version de l’histoire, puisqu’il est aujourd’hui avéré que la détention arbitraire et les tortures qui lui ont été imposées se basent sur des mensonges. Hamilton me répondit qu’il ne prendrait pas position sur ce sujet, de quelque manière que ce soit. Ce refus constitue une autre raison de suspecter que cet homme ne dira jamais la vérité sur l’utilisation, par la Commission sur le 11-Septembre, de témoignages indignes de confiance car obtenus sous la torture.

Bien qu’à de nombreuses occasions, Lee Hamilton ait publiquement déclaré qu’il considérait la torture comme immorale, et que les États-Unis devaient s’y opposer avec fermeté, ses actes et son travail indiquent le contraire. En effet, la contradiction flagrante face à laquelle il se trouve aujourd’hui est qu’en réalité, le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre constitue l’argument suprême pour justifier le recours à la torture. Car après tout, sans les prétendus témoignages obtenus par les tortionnaires d’Abou Zoubeida et des individus qu’il aurait alors identifié (en particulier KCM et Ramzi ben al-Chaïba), le rapport d’Hamilton aurait peu de fondements probatoires. Par conséquent, alors que le gouvernement US peine à inculper Zoubeida après avoir démenti ses liens avec al-Qaïda, ce rapport pourrait être remis en cause quelles que soient les accusations qui seraient finalement prononcées.

Kevin Ryan

Traduction : Maxime Chaix

Kevin Ryan : Ancien directeur du laboratoire d’expertise chimique de Underwriters Laboratories. Il fut renvoyé après avoir mis en cause le rôle de sa compagnie dans l’établissement du rapport du NIST sur les attentats du 11-Septembre. Il est co-rédacteur en chef du Journal of 9/11 Studies. Il est membre fondateur de Scholars for 9/11 Truth & Justice et du 9/11 Working Group of Bloomington.

 

[1] Kevin R. Ryan, « Abou Zoubeida, la ‘balance d’Al-Qaida’ », 17 janvier 2013, Réseau Voltaire. Article original : « Abu Zubaydah Poses a Real Threat to Al Qaeda », Dig Within, 15 octobre 2012.

[2] Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, « Stonewalled by the C.I.A. », The New York Times, 2 janvier 2008.

[3] James Risen, State of War : The Secret History of the CIA and the Bush Administration, Free Press, 2006. Version française État de guerre : Histoire secrète de la CIA et de l’administration Bush, Albin Michel éd., 2006.

[4] Mark Mazetti, « U.S. Says C.I.A. Destroyed 92 Tapes of Interrogations », The New York Times, 2 mars 2009.

[5] Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, Stonewalled by the C.I.A, op cit.

[6] Notes de mon entretien avec Lee Hamilton, 7 février 2013.

[7] Zayn al Abidin Muhammad Husayn v. Robert Gates, Respondents Memorandum of Points and Authorities in Opposition to Petitioner’s Motion for Discover and Petitioner’s Motion for Sanctions. Civil Action No. 08-cv-1360 (RWR), septembre 2009.

[8] Voir la note 35 du Chapitre 5 du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre, la source de ce renseignement étant « Intelligence report, interrogation of Abu Zubaydah, May 16, 2003 ».

[9] Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, 2 février 2005 pour l’édition française, 22 juillet 2004 pour l’édition originale (téléchargeable ici).

[10] Jeff Stein, « CIA Man Retracts Claim on Waterboarding », Foreign Policy, 6 janvier 2010.

[11] Democracy Now, « Whistleblower John Kiriakou : For Embracing Torture, John Brennan a ‘Terrible Choice to Lead the CIA’ » 30 janvier 2013.

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Le Pape Benoît XVI : comme un Bilan

février 25th, 2013 by Tariq Ramadan

Le Pape Benoît XVI n’aura pas marqué l’Histoire d’une façon aussi particulière que son prédécesseur, le Pape Jean-Paul II. Ce dernier restera connu pour sa volonté d’ouverture, de service de l’humanité et de dialogue avec les spiritualités et les religions du monde. Quand le Cardinal Ratzinger est élu Pape, il y a huit ans, on sait déjà qu’il va réaffirmer la centralité du dogme, des principes et des règles de l’Eglise catholique. On le connaît théologiquement rigoureux, strict sur le dogme et la pratique, et sans concession vis-à-vis des autres traditions chrétiennes et des religions. L’Eglise est la vérité et doit le réaffirmer avec plus de clarté et de courage. C’est avec le souci de cette réaffirmation qu’il semble avoir conçu sa fonction papale.

Il faut reconnaître au Pape, qui aujourd’hui renonce, une impressionnante connaissance théologique, une intelligence méditative réelle et sincère. Il est fondamentalement catholique, profondément convaincu, avec un souci permanent de cohérence. Les premières années de son pontificat révéleront d’ailleurs les défauts de ses qualités au gré des relations avec le monde de la communication et des médias. Benoît XVI pense de l’intérieur, s’exprime en théologien féru de textes et de traditions, et quelques-uns de ses propos publics seront marqués du double sceau de la cohérence catholique et de la maladresse médiatique. Il passera lui-même du temps, ainsi que ses conseillers et représentants, à redire, réexpliquer, contextualiser un propos, une formule, un discours. Il ne fut pas un Pape des médias, mais bien un Pape de l’Ecriture, fidèle aux normes à rappeler, bien davantage qu’interpellé par les défis contemporains à relever.

Sa scrupuleuse cohérence l’a mené à affirmer des positions qui ont choqué à l’intérieur même de la famille chrétienne. Pour lui, au fond, la Vérité, et le seul vrai Salut, ne pouvaient être envisagés hors de l’Eglise catholique. Le dialogue avec les protestants, les orthodoxes, ou autres Églises chrétiennes était certes nécessaire et positif mais il ne devait pas faire oublier cette vérité. De fait, le dialogue avec les traditions monothéistes juive et musulmane, et au-delà avec l’hindouisme et le bouddhisme, était abordé avec la même cohérence : ces spiritualités et ces religions peuvent bien receler une part de vérité, elles ne sont en aucun cas des voies pour le salut des âmes. Le dialogue peut donc avoir pour objectif de discuter de principes éthiques communs, des pratiques respectives, ou des réalités sociales mais il ne peut être question de relativiser le fondement de vérité que seule l’Eglise catholique possède et incarne. Une position somme toute cohérente en amont, et logiquement – et dogmatiquement – exclusiviste en aval. Le Pape a ainsi incarné la cohérence fermée, et troublante, de l’esprit dogmatique : le dialogue interreligieux en devenait naturellement biaisé, dénaturé, presque inutile sinon sous l’angle de la compétition missionnaire ou de la comparaison des bonnes ou mauvaises pratiques.

C’est à la lumière de ces dernières préoccupations qu’il faut comprendre son propos à l’université de Ratisbonne en 2006. Sa relecture de l’histoire de l’Europe est nourrie par ses craintes quant à l’époque contemporaine. Deux menaces hantent le Vieux continent selon lui : la sécularisation qui marginalise la religion – en tant que foi, règles et espérance – et l’installation des musulmans dont le nombre, la pratique et la visibilité grandissants apparaissent comme un défi majeur pour l’Eglise catholique. C’est avec force – et quelques maladresses et inexactitudes historiques – que le Pape Benoît XVI va affirmer que les racines de l’Europe sont grecques et chrétiennes. Cette volonté de relire le passé, de réduire les racines de l’Europe à la tradition rationaliste hellène et à la foi chrétienne, ont pour but de réaffirmer l’identité de l’Europe : celle-ci ne peut-être définie sans le mariage centenaire de la raison grecque et de la foi chrétienne et les autres traditions, et particulièrement l’islam, sont des éléments exogènes à cette identité. L’Europe peut bien désormais compter des millions de citoyens musulmans, ceux-ci restent étrangers à l’identité profonde de l’Europe qu’il faut aujourd’hui rappeler, défendre, protéger. La vérité historique est pourtant bien autre et l’islam, comme le judaïsme, ont participé à la formation de l’âme européenne par leurs penseurs, leurs philosophes, leurs architectes, leurs écrivains, leurs artistes et leurs commerçants. L’islam est historiquement et actuellement une religion européenne et le propos du Pape est à décrypter à travers le prisme de la crainte de la présence musulmane et animée par un souci de réaffirmation missionnaire au coeur de l’Europe même.

C’est à travers ce même prisme que Benoît XVI s’engageait dans le dialogue interreligieux. Lors de nos différentes rencontres, dont la dernière à Rome en 2009, il ne fut jamais vraiment possible d’engager un dialogue sur les fondements théologiques et les principes : les débats, très vite, s’orientaient vers les pratiques respectives, le traitement des minorités chrétiennes en Orient. On pouvait certes parfois mettre en avant les valeurs communes, mais l’axe du dialogue était souvent la comparaison, la réciprocité, voire la compétition sur le terrain. Il faut certes engager ce débat sur le traitement des minorités chrétiennes en Orient car des discriminations existent et les musulmans doivent y répondre avec clarté, mais cela ne doit pas être le prétexte à éviter le débat théologique de fond ou plus largement la contextualisation historique et politique. Car enfin si les droits des musulmans sont parfois mieux respectés dans l’Occident sécularisé ce n’est certainement pas grâce au seul christianisme et s’ils sont parfois discriminés dans les sociétés majoritairement musulmanes ce n’est évidemment pas exclusivement à cause de certaines interprétations de l’islam. On ne peut faire fi des contextes historiques et politiques qui vont bien au-delà du strict dialogue interreligieux. Confiner le dialogue – avec les autres religions en général et avec l’islam en particulier, à ces postures missionnaires (face à la menace de l’islam en Occident) et systématiquement critiques (en pointant du doigt les contradictions dans les sociétés majoritairement musulmanes) ne peut qu’en dénaturer la substance et n’avoir que peu d’impact sur une meilleure connaissance mutuelle et un vivre ensemble fructueux, proactif, respectueux et harmonieux.

Il faut regarder la réalité en face, l’Eglise a désormais un réel problème avec la jeunesse. Les dernières années du Pape Jean-Paul II et la renonciation, à 85 ans, de Benoît XVI se révèlent être comme des symboles de l’époque : l’Eglise apparaît frileuse, sur la défensive, loin du monde, arcqueboutée sur des principes que des millions entendent et que très peu appliquent. Les églises d’Europe et d’Occident se vident et les fidèles sont de plus en plus âgés. Il faut espérer que le prochain Pape aura cet atout de la jeunesse d’esprit mariant le sérieux et la compétence théologiques avec la compréhension des défis majeurs de l’époque au sein de l’Eglise comme au cœur des sociétés contemporaines. Offrir un message catholique plus serein, plus ouvert aux autres traditions, qui, s’il s’affirme naturellement comme “la vérité” des fidèles, ne néglige jamais le dialogue, le respect mutuel et l’affirmation déterminée d’un Occident désormais pluriel et inclusif au nom même du message catholique. La reconnaissance de la diversité interne (les autres traditions chrétiennes) et externe (les autres spiritualités et religions) doit s’ajouter à l’ouverture de vrais débats internes sur les règles et les pratiques. Les questions du célibat des prêtres, de l’exclusion des femmes de la hiérarchie cléricale, de la reconnaissance du divorce, de l’usage possible des moyens contraceptifs, ou encore des réponses éthiques de l’Eglise catholique aux défis scientifiques et technologiques contemporains, sont autant d’interrogations qui devraient être la priorité du nouveau Pape : non pas contre les principes catholiques mais avec la double exigence de la fidélité aux principes, de la relecture critique des textes et de la responsabilisation face à l’état de la planète.

Toutes les traditions religieuses et spirituelles ont besoin de ce travail critique et autocritique : il nécessite l’apport d’un Pape, de prêtres et de responsables religieux (rabbins et ulama) compétents, sereins et courageux qui refusent la posture défensive et savent que leur rôle premier est de questionner les intelligences et les cœurs sur le sens de la vie et de la mort, la dignité des êtres dans leur diversité et l’affirmation de valeurs et de finalités supérieures (et universelles car partagées) auxquelles aucune société ne peut déroger. L’Eglise attend ce message et ce pastorat, comme d’ailleurs toutes les spiritualités et les religions à travers le monde.

Tariq Ramadan

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Certains parlent du «caractère transnational du terrorisme». Le terrorisme n’a pas de caractère globalement transnational. Il a un caractère transnational limité aux pays musulmans. Il n’y a pas eu d’attentat en Occident ou contre des intérêts occidentaux depuis plus d’une décennie. Le terrorisme dit «islamiste» ne touche jamais les intérêts américains ou occidentaux, et tous les attentats qui ont eu lieu en terre d’Occident sont, selon les analystes les plus crédibles, des «inside jobs», des opérations internes, ou intimement liées à des filières d’agents «islamistes» liés aux services secrets occidentaux.

Nul ne croit que le troglodyte Ben Laden soit capable d’exécuter l’opération-attentat extrêmement sophistiquée du 9 septembre 2001. En tout cas, sans les attentats du 9 septembre 2001 et ceux «perpétrés» contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi (Kenya) et à Dar es-Salam (Tanzanie), contre le navire USS Cole (octobre 2000, Amen, Yémen), contre le bâtiment des soldats US à Djedda, contre le RER de Madrid (2004) ou celui de Londres (2005), le terrorisme ne serait jamais devenu une affaire aussi juteuse pour l’économie de guerre américaine et occidentale. Les entreprises américaines ont touché près de 5 000 milliards de dollars en 8 ans grâce aux guerres en Irak et en Afghanistan. Les ventes d’armes occidentales n’auraient pas doublé par rapport à celles des Russes et des Chinois, les bases américaines dans le monde n’auraient pas été multipliées par deux ou presque… Même Coca, Pepsi et Marlboro gagnent avec les GI’s et les marines en campagne en Afghanistan, Irak, Yémen ou ailleurs… La Russie est désormais entourée de bases américaines comme elle ne l’a jamais été lors de la guerre froide. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les EAU et le Qatar dépensent des milliards en armement : du bonheur pour le complexe militaro-industriel des six grands fabricants d’armes. Le Qatar achète des gadgets de mort qu’il n’emploie pas : il les offre aux terroristes, avec la garantie qu’ils ne viseront jamais un appareil ou un citoyen israélien, américain ou français, et si cela advient, comme pour trois Etats-Uniens dont un ambassadeur en Libye, cela s’appelle pertes collatérales avec en récompense aux familles une médaille de mérite… au nom de Lockheed, Boeing ou Carlyle où la famille Ben Laden est toujours actionnaire… Au Mali, on ne trouvera jamais un Qatari parmi les terroristes, mais le «généreux» donateur y a envoyé des associations caritatives ; 90% des ONG humanitaires qataries ou saoudiennes cachent un service de renseignement, qui fait semblant de donner du lait mais qui recrute des mercenaires. Le Croissant-Rouge qatari, les structures telles que Qatar Charity ou la Mou’assassat Eid ont fait des pays du Sahel (et donc du Nord-Mali) l’un de leurs terrains d’intervention privilégiés. Avant l’intervention française, ces ONG humanitaires qataries n’étaient présentes que dans les villes où Ansar Dine était présent, soit le Nord-Mali, alors que la misère est partout aussi au Sud : elles soignent et nourrissent les terroristes, et donnent des miettes aux pauvres. Le Qatar détient 4% de la dette malienne (3,5 milliards de dollars) : ces ONG maliennes ne peuvent-elles pas l’effacer ? Ces ONG permettent de ceinturer le Sahel d’agents de renseignements comme l’était le Pakistan dans les années 1980. C’est grâce à ces «associations caritatives» que les terroristes saoudiens et du Golfe étaient présents en Afghanistan, durant la première guerre, de 1979 à 1986 : le livre House of Bush, House of Saud de Craig Unger montre le fonctionnement de ce réseau «humaniste» créé par Abdoullah Youcef Azzam et Ben Laden et qui a permis d’acheminer des fonds et des armes aux Afghans et aux Afghans arabes, puis aux terroristes islamistes en Bosnie, en Tchétchénie… Dans le cadre de cette «mission», Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri, alors amis, sont même allés acheter des Stinger aux Etats-Unis, ce que Reagan autorisera à donner aux «moudjahidine» afghans (opération Cyclone). Ces structures «caritatives» sont toujours existantes et se renforcent au fur et à mesure que se développe «l’autoroute du terrorisme». Sur l’intervention atlantique en Libye en 2011, il y a une vidéo disponible sur YouTube qui montre des missiles qui tombent d’une caisse frappée du Croissant-Rouge qatari pendant sa manipulation par les «rebelles» anti-Kadhafi. S’agissant de la Syrie, des terroristes libyens avouent (dans un documentaire du journaliste libanais Khoudr Aouarka) avoir acheminé sous la couverture humanitaire plusieurs bateaux d’armements aux terroristes qui ont massacré des dizaines de milliers de militaires et de civils syriens. Dans un entretien téléphonique de 9 minutes, le député libanais Okab Sakr (courant proche de Rafik Hariri et des phalangistes) parle avec un chef terroriste en Syrie lui demandant un approvisionnement en armes. Tout le monde s’est mis dans le commerce de la mort, officiels, banquiers, directeurs d’agences de renseignement, députés, organismes humanitaires… qui, eux, sont les véritables patrons d’Al- Qaïda, pas cet Ayman Al-Zawahiri qui ne sert que de leurre, tout comme Ben Laden dont l’holographie a été effacé pour donner un nouveau souffle à la nébuleuse.

Le rôle trouble du Qatar : pourquoi en avoir peur ?

Dans la crise du Sahel, ce n’est pas uniquement le Mali qui est visé mais tous les pays de la région : l’attentat d’In Amenas est lourd de menaces nouvelles… L’assassinat de deux gardiens d’oléoduc à Bouira vient montrer que les cibles sont ce pétrole et ce gaz qui nous donnent à manger. Les infrastructures pétrolières irakiennes font l’objet de sabotages permanents par Al-Qaïda et d’autres mercenaires agissant pour le compte des commanditaires de l’ombre. Le gazoduc iranien a explosé en territoire turc… Il n’y a pas que la production de pétrole et de gaz qui compte, parfois sa non-production est plus avantageuse pour l’Amérique (l’Irak ne pouvait produire qu’un quota donné des années durant ; aujourd’hui, le pétrole iranien est boycotté). Les puissances impérialistes ne cherchent pas que le pétrole. D’ailleurs il y a trop de pétrole et de gaz aujourd’hui. Le gaz russe et le gaz iranien gênent le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui veulent réduire la production des autres pays pour imposer leur marchandise, d’autant qu’ils ont investi des sommes énormes dans des raffineries. Le pétrole découvert en zone syrienne, libanaise et chypriote fait à la fois rager et rêver : la crise syrienne est aussi liée à cette volonté de lui prendre sa richesse ou de retarder sa production, tout comme elle vise à saboter le gazoduc russe pour permettre le passage d’un gazoduc qatari vers l’Europe à condition qu’un nouveau gouvernement prenne Damas, selon le journal libanais Al-Akhbar. In Amenas produit du gaz et le Qatar peine à trouver des clients pour sa ressource… Le Qatar est aussi actionnaire dans Total qui veut avoir des concessions dans le pétrole récemment découvert au Mali, aux frontières de la wilaya d’Adrar. Total a retardé la production de gaz iranien (dans ses concessions iraniennes) pour permettre l’extraction du gaz qatari, et l’affaire est entre les mains de la justice… Les coups fourrés du Qatar à l’encontre de l’Iran, et récemment de l’Égypte méritent d’être médités : Hamad a raflé à son ami Morsi le marché de gaz israélien ! Le gazoduc égyptien vers Israël est souvent saboté depuis les «Printemps arabes», alors le Qatar signe un contrat avec Israël (2012) pour lui assurer un approvisionnement sans sabotages… Un Sahelistan causera des morts, des déplacements et un ralentissement économique insupportables qui ne feront qu’aggraver la crise, outre le développement de la drogue, et aucune fermeture des frontières ne permettra de l’éviter comme l’a montré l’attentat d’In Amenas. Le but du terrorisme n’est pas de tuer des gens mais de détruire des économies, des nations, des Etats et en faire des Etats faillis, des pays qui ne concurrencent pas les grandes puissances qui peuvent alors en piller les richesses sans contrôle. Le terrorisme produit du terrorisme en créant les conditions de son développement, et c’est ce mécanisme qui semble aussi être enclenché en Irak qui, malgré son immense production pétrolière, patine en place à cause du terrorisme et des divisions internes. Si la crise malienne transformait la région en Sahelistan, un scénario apocalyptique se profile à l’horizon. Au Mali comme en Afghanistan, en Syrie et en Irak, ce sont essentiellement des groupes terroristes qui sont responsables du drame. Si les groupes appartiennent à la même nébuleuse (Al-Qaïda), ce sont aussi les mêmes cercles qui désignent leur agenda, dans un centre de commande qui n’a rien à voir avec la grotte troglodytique d’Ayman Al-Zawahiri mais plutôt avec un bureau hypersophistiqué avec des décideurs et des stratèges entourés de think-tanks liés à des multinationales qui brassent des centaines de milliards de dollars. La multinationale terroriste est un outil du libéralisme prédateur de ce siècle où le budget de défense de l’Amérique est de deux fois supérieur à celui de ce pays durant ses deux années de sa participation à la guerre mondiale ! Oui, pour combattre le gueux Ben Laden, le Department of Defence (DoD) se donne un budget deux fois supérieur à celui qu’il avait dans sa guerre contre Hitler, Mussolini et Hiro-Hito ! Vous avez compris que ce budget (750 milliards de dollars en 2010 et 676,7 en 2012) ne peut s’expliquer que par une corruption d’une dimension inouïe qui rend l’Etat américain otage du complexe militaro-industriel et des autres entreprises contractuelles du Pentagone. La pire dictature se trouve camouflée sous le système politique qui apparaît comme le plus démocratique du monde.
Manipulateurs de l’ombre, commanditaires actifs Des intérêts variés, parfois contradictoires, sont cachés derrière ces conflits impérialistes qui se concrétisent par l’entremise de supplétifs, tandis que les maîtres d’ouvrage se contentent de nourrir les facteurs crisogènes, notamment par les médias, surtout lorsque des chaînes autochtones et «crédibles» comme Al Jazeera ou Al Arabia sont de la partie. D’ailleurs, il est écrit dans le rapport Horizons stratégiques 2012 du ministère français de la Défense : «Dans un contexte multipolaire, l’affrontement entre puissances pourra également se mener par procuration, au travers de pays tiers appartenant à leurs sphères d’influences respectives.» Ce rapport reconnaît que «la criminalité transnationale pourrait aussi, a contrario, être suscitée ou soutenue par certains États ou organisations trans-étatiques, dans le cadre d’une stratégie indirecte ». Or, la France est un de ces pays manipulateurs de groupes terroristes depuis plusieurs décennies, à l’instar des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne notamment. Les maîtres d’ouvrage sont en action au Mali, parmi eux la France et le Qatar, en attendant que d’autres se révèlent ou que se révèle pour qui courent ces deux premiers ou l’un des deux. Le terrorisme dit «islamiste» ne vise pas les Occidentaux ni l’Occident mais les musulmans et les pays musulmans. Il continue à jouer pleinement ce rôle tel que l’a voulu Zbigniew Brzezinski, l’inventeur de cette arme qu’on appelle terrorisme «islamiste» et qui consiste à utiliser des musulmans contre des musulmans, une arme expérimentée d’abord en Afghanistan (sous Jimmy Carter et Ronald Reagan). Dans le pays de Djamal Eddine El Afghani, des dizaines de milliers de mercenaires de pratiquement tous les pays musulmans ont combattu aux côtés des Américains. Puis en Algérie, ils voulurent instaurer une «république islamique», pareil en Tchétchénie et même en Bosnie où ils ont été transportés dans des avions de l’OTAN et bénéficié de l’aide occidentale pour déstabiliser la Russie comme ils l’ont fait auparavant pour embourber l’URSS dans une guerre coûteuse. «Les islamistes dits radicaux ne sont radicaux qu’en paroles contre l’impérialisme», écrit Bill Van Auken, un candidat à l’élection présidentielle américaine en 2004 et membre du Parti égalité socialiste, qui sait que l’islamisme est un outil utilisé par les républicains et les démocrates pour renflouer les caisses des marchands d’armes et celles d’autres firmes. Il ajoute : «Partout dans le monde, le terrorisme est apparu suite aux interventions américaines ou même avec leur aide ! L’Irak n’a connu le terrorisme qu’après les guerres des Etats-Unis. Le terrorisme de Ben Laden est directement une création de l’impérialisme américain. Le terrorisme s’est grandement développé après l’intervention américaine en Somalie, etc., etc.» Mais ni lui ni Ron Paul, qui demandait à réduire drastiquement le budget inutile, criminel et corrupteur de la défense, ne pourront un jour être élus à cause d’un système électoral qui exige un immense budget de campagne (2,6 milliards de dollars pour Obama et Romney, selon le Washington Post) pour arriver en bout de course, et ce budget ce sont les super donateurs, soit les entreprises bénéficiaires des contrats de la Maison-Blanche, qui l’offrent aux… candidats.

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

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Palestine, Arafat Jaradat : Un crime d’Etat

février 25th, 2013 by Maître Gilles Devers

La mort du jeune Palestinien Arafat Jaradat est un crime d’Etat. La première main est celle des bourreaux, qui ont tué sous la torture ; la seconde, qui est la principale responsable, est celle des dirigeants politiques qui organisent cette gestion du sereine du crime.

1/ Regardons les faits

La vie

Arafat Jaradat  était un Palestinien âgé de 30 ans, père de deux enfants : Yara,  4 ans, et Mohammed, 2 ans. Il vivait à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, territoire de Palestine occupée. Il était en bonne santé. C’était un militant du Fatah.

L’arrestation

Il a été arrêté par les services israéliens le 18 février, à la suite d’incidents du 18 novembre 2012, où des heurts avaient eu lieu près de la colonie de Kiryat Arba, à proximité d’Hébron. Un Israélien avait été blessé par des jets de pierre.

L’épouse d’Arafat, Dalal, a déclaré à l’agence Ma’an que l’officier du renseignement israélien avait ramené son mari un moment à son domicile, juste après son arrestation, et qu’il lui avait dit de dire adieu à ses enfants : « Pour cette raison, j’étais très inquiète. Mon mari a été arrêté plusieurs fois auparavant, mais cette fois, l’agent israélien du renseignement a parlé d’une façon étrange ».

Le transfert en Israël

Il a été emmené à la prison d’al-Jalama, dans le Nord de la Cisjordanie, avant d’être transféré à la prison Megido en Israël. Il était sous le contrôle du Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien.

La mort

Il est décédé dans cette prison samedi 23.

La preuve de la torture

Le corps d’Arafat Jaradat a été autopsié dimanche au Centre national médico-légal d’Israël. Selon le Shin Bet, le jeune homme a été « victime d’un malaise » samedi après le déjeuner. Le ministère israélien de la Santé a estimé que les premières constatations n’étaient « pas suffisantes » pour déterminer la cause de la mort.

Une autopsie a été pratiquée au retour du corps en Palestine. Issa Qaraqaë, le ministre palestinien des prisonniers, a divulgué des détails de l’expertise, mentionnant des blessures et des contusions sur le dos et à la poitrine, des traces de torture sur le haut de l’épaule gauche ainsi que deux côtes cassées. « Les résultats de l’autopsie prouvent qu’Israël l’a assassiné », a déclaré le ministre.

2/ Que dit le droit ?

L’occupation et la résistance

La Cisjordanie est un territoire palestinien sous occupation militaire israélienne depuis 1967. La Palestine est un pays souverain, et l’occupation militaire légitime la résistance. C’était valable pour la France de Jean Moulin, c’est valable pour la Palestine et c’est valable pour toutes les occupations militaires.

La violation de la IV° Convention de Genève

Le droit est bien connu, car c’est celui défini par la 4° Convention de Genève de 1949. Sur tous les points en cause dans cette affaire, le texte reprend des règles existantes depuis le Règlement de la Haye de 1907, précisées par le Protocole additionnel de 1979, reposant sur maintes décisions de justice, et reprises dans le Statut de la CPI. Ces règles sont tellement sûres qu’elles sont considérées comme faisant partie de la coutume internationale, laquelle est opposable aux Etats n’ayant pas ratifié les traités.

Israël n’avait pas le droit de transférer Arafat Jaradat sur son territoire

La puissance militaire occupante ne peut arrêter, juger et emprisonner les ressortissants de la puissance occupée qu’à condition de rester sur le territoire occupé. C’est l’article 49 de la 4° Convention de Genève : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif ». Tout transfert de prisonnier est illicite  et constitue un crime de guerre (CPI, art. 8, 2, b, viii)Or, c’était le cas pour Arafat Jaradat, mais c’est le cas pour les 5000 prisonniers, ce qui rend toutes ces détentions irrévocablement illégales et désigne les dirigeants politiques comme principaux responsables.

Israël n’avait pas le droit de confier les interrogatoires  au Shin Bet

C’est le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien, qui interrogeait Arafat Jaradat, et qui a annoncé son décès. Cela signifie que l’arrestation, la détention et l’accusation se joue sans le contrôle d’un juge. Or, même en temps d’occupation, la privation des règles du procès équitable est un crime de guerre. (CPI, art. 8, 1, a, vi). C’est une règle de jus cogens,indérogeable (CEDH Golder ; CIADH, Goiburú ; TPIY, Tadic).

Le Shin Bet n’a aucun droit de recourir à la torture

La torture comme cause de la mort est établie par l’autopsie pratiquée en Palestine, et elle est la seule cause possible. Il faut un cynisme infini pour évoquer un malaise après le déjeuner… La torture des prisonniers est interdite, comme tous les traitements inhumains, et aucun fait ne peut justifier le recours à la torture. C’est en toutes circonstances un crime (Art. 3 commun aux quatre conventions de Genève; CPI, art. 8, 1, a, ii ; TPIY, Furundzija, 1998 ; CEDH, Selmouni, 1999). La France peut juger les faits grâce à un régime de compétence universelle (CEDH, Ould Dah, 2009). En Israël, c’est une méthode d’enquête reconnue, ce qui engage la responsabilité des responsables politiques, dont le ministre de la défense, compétent pour les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens.

Les dirigeants israéliens n’avaient aucun droit de procéder à une autopsie

Les services israéliens n’ayant aucun droit pour transférer Arafat Jaradat chez eux, tout ce qu’ils ont pu faire, dont l’autopsie, est illicite. De même, ils ne pouvaient procéder d’autorité à l’autopsie sans demander l’avis de la famille, et sans processus judiciaire respectant les principes du droit. C’est une violation du cadavre (CPI, art. 8, 2, b, xxi).  

*   *   *

Arafat Jaradat sera inhumé ce lundi matin dans son village natal de Sa’ir, à côté d’Hébron.

Maître Gilles Devers

 

 PhotoD’autres photos des funérailles du martyr ici.

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Face aux menaces racistes directes du parti nazi Aube Dorée envers un des membres fondateurs du CADTM Grèce, Moisis Litsis*, le réseau international du CADTM tient à rappeler la gravité de la montée du fascisme, conséquence directe des dégradations sociales imposées par les créanciers au nom de la priorité affirmée au remboursement de la dette sur les droits humains fondamentaux.

Le magazine néo-fasciste « Stohos » a édité « une note biographique » de Moisis mentionnant toutes ses activités politiques et syndicales pendant les deux dernières décennies. Sous le titre« L’ESIEA (l’union des journalistes) a un juif comme trésorier », on poursuit la diffamation clairement raciste avec la déclaration suivante : « Il parle parfaitement hébreu, il adore l’Israël bien qu’il se déclare (mais qui peut le croire ?) antisioniste ! … Aux assemblées générales de l’ESIEA, au lieu de parler des problèmes des journalistes grecs, Moisis Litsis aime parler de l’holocauste juif et de la nécessité de condamner l’aube dorée »

L’aggravation permanente de la crise sociale et économique permet à l’extrême droite de diaboliser les étrangers (immigrants, demandeurs d’asile). Elle recourt à l’antisémitisme afin de chercher des boucs émissaires et dresser un écran de fumée devant les véritables causes des problèmes auxquels le peuple grec est confronté. La cure d’austérité brutale de la troïka envers le peuple grec pousse de nombreux Grecs désorientés vers de nouvelles voies quitte à emprunter les sentiers obscurs du fascisme.

Pourtant, l’objectif déclaré d’Aube Dorée, organisation raciste, ultra-violente et pogromiste est la destruction de toute organisation syndicale, politique et culturelle des travailleurs, l’écrasement de toute résistance citoyenne, la négation du droit à la différence et l’extermination –même physique- des « différents » et des plus faibles.

Ce retour raciste, rétrograde, autoritaire et discriminatoire est une des conséquences les plus inquiétantes du processus de destruction de l’Etat social imposé par les créanciers au nom du remboursement d’une dette en grande partie illégitime.

Le réseau CADTM international exprime toute sa solidarité envers le peuple grec en lutte pour sa souveraineté, contre les plans d’austérité, pour l’affirmation de ses droits et le non paiement d’une dette odieuse et assassine. Nous ne pouvons tolérer plus longtemps les assassinats, l’intimidation et la provocation d’un parti nazi qui siège déjà au Parlement grec.

Nous nous joignons à toutes les voix qui, de par le monde, s’élèvent contre le fascisme rampant en Europe. La lutte contre l’austérité au nom du remboursement d’une dette assassine est indissociable du combat contre le fascisme en Europe.

Toute notre solidarité envers Moisis Litsis, envers le CADTM grec et toutes les forces de gauche en lutte contre les politiques d’austérité et le système qui les génère.

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La facilité avec laquelle la force d’intervention militaire française a chassé les groupes armés jihadistes des localités qu’ils contrôlaient au Nord-Mali, a suscité l’euphorie à Paris au point que l’Elysée en était arrivé à prétendre que l’opération « Serval » ayant atteint l’objectif pour lequel elle a été montée, ce qui reste à terminer au Nord-Mali peut l’être par l’armée malienne et les contingents militaires que les Etats de la CEDEAO ont déjà dépêchés au Mali ou en voie de le faire. Optimiste, François Hollande avait même fixé le délai au désengagement des soldats français sur le terrain au profit des forces africaines déployées au Nord-Mali. Au plus tard début mars avait-il affirmé dans l’euphorie de la « débandade » des groupes jihadistes qu’il pensait avoir été rendus incapables d’opérer leur retour dans les zones d’où ils ont été chassés.

Ce qui se passe au Nord-Mali depuis une semaine démontre que le scénario envisagé par l’Elysée est loin d’être réalisable et que c’est celui redouté de « l’ensablement » de la France au Nord-Mali qui est en train de s’imposer. Les jihadistes que l’on pensait réduits à se terrer dans le plateau des Iforas et dans l’impossibilité d’opérer leur retour dans les zones d’où ils ont été chassés ont lancé des raids dans celles-ci qui ont démontré qu’ils ont toujours leur capacité de nuisance et que sans l’intervention des militaires français l’armée malienne qui a réoccupé les localités du nord du pays est incapable de défendre celles-ci contre eux. Dans ces conditions, le désengagement rapide de la force d’intervention française envisagé par Hollande et les stratèges militaires de l’hexagone tournerait à l’échec de l’opération Serval.

Non seulement la France est désormais contrainte de renoncer à son scénario optimiste, mais obligée d’admettre qu’elle s’est fourvoyée dans une opération militaire dont le bout n’est pas près d’être atteint. Il est passé le temps des« cocoricos » triomphalistes lancés en France et de l’unanimisme favorable dont ont bénéficié Hollande et son gouvernement quand ils ont ordonné l’opération Serval. L’on reconnaît désormais en France que le pays s’est piégé en lançant seul celle-ci. Pire, l’on s’interroge si la France a « bien fait » d’engager une guerre en train de prendre une tournure à laquelle l’armée française est manifestement incapable de faire face si elle ne reçoit pas les renforts d’Etats alliés.

C’est que les jihadistes qui sévissent au Sahel font preuve qu’ils obéissent à une stratégie de combat qui contraint la force d’intervention française à disperser sa puissance de feu, mais aussi à monter des opérations de diversion qui obligent Paris à ne plus penser à quitter la région. L’enlèvement de 7 ressortissants français au Cameroun en est l’une d’elles même si les autorités françaises se refusent à faire un lien entre lui et l’opération Serval menée au Nord-Mali. Ils n’ont pas tort les experts et observateurs militaro-médiatiques qui estiment que la guerre dans laquelle la France s’est engagée au Nord-Mali commence en fait maintenant et que les groupes armés jihadistes qui l’a mènent contre elle ont surmonté le « désarroi » qui a été le leur devant la puissance de feu qu’ils ont subie en voulant opposer une défense statique à l’offensive de la force d’intervention française. L’opération Serval qui s’annonçait un triomphe pour le président français en mal avec les sondages de popularité risque par la tournure qu’elle prend de l’enfoncer encore plus bas dans ceux-ci.

Kharroubi Habib

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Science et culture en Iran : Un défi pour l’Occident

février 25th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Vous [les Américains] voulez négocier alors que vous pointez une arme sur l’Iran. La nation iranienne ne sera pas intimidée par ce genre d’acte.» 

 Ayatollah Ali Khameneï

L’Iran est encore une fois dans le collimateur des pays occidentaux (Etats-Unis et les 5+1). S’exprimant dans le cadre d’un entretien à paraître lundi 4 février dans Le Figaro, le vice- président américain, Joe Biden, a prévenu l’Iran que «la fenêtre diplomatique se referm(ait)» dans les négociations sur «son programme nucléaire controversé». «La balle est dans le camp des Iraniens. En ce qui nous concerne, nous avons fait et continuons à faire de réels efforts en vue d’atteindre une résolution diplomatique des préoccupations de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien. Mais la fenêtre diplomatique se referme» «Le président Obama a été clair: il empêchera l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Et nous ferons ce qu’il faut pour s’assurer que cela n’arrive pas.»

Il faut savoir que concernant le programme nucléaire, depuis 1977, il y a eu près de deux mille inspections de l´Agence internationale de l´énergie atomique (Aiea) et aucun rapport n’a pu établir que l’Iran cherchait à mettre au point la bombe. Pourtant, tous les médias en parlent comme si c’était acquis. Le 11 avril 2006, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad annonce que l´Iran a enrichi avec succès de l´uranium. «J´annonce officiellement que l´Iran a rejoint le groupe de ces pays qui ont la technologie nucléaire.» L´uranium a été enrichi à 3,5% en utilisant plusieurs milliers de centrifugeuses. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei a rejeté, jeudi 7 février, l’offre des Etats-Unis d’entamer des discussions bilatérales sur son programme nucléaire controversé alors que Washington impose des sanctions économiques à l’Iran, selon son site internet officiel. Les Etats-Unis ont confirmé mercredi avoir mis en oeuvre de nouvelles sanctions contre l’Iran, quelques jours après une “offre sérieuse” du vice-président américain Joe Biden à Téhéran concernant des négociations directes sur le nucléaire dans le cadre du groupe 5 + 1 (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne). Après plusieurs mois d’interruption, le 5 + 1 et l’Iran se sont mis d’accord pour reprendre les discussions le 26 février au Kazakhstan. (1)

Les deux poids, deux mesures

L’Iran n’acceptera pas d’abandonner ses «droits» et «n’ira pas au-delà de ses obligations» internationales lors de ses prochaines discussions avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé, a réaffirmé hier le négociateur iranien Saïd Jalili. Ce rappel de la position très ferme de l’Iran intervient alors que M.Jalili doit retrouver le 26 février à Almaty (Kazakhstan) les représentants des grandes puissances pour tenter de relancer les négociations sur le dossier nucléaire iranien. Les discussions entre l’Iran et le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) sont au point mort depuis une précédente rencontre en juin 2012 à Moscou, (…) Le programme nucléaire iranien a été condamné par six résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU dont quatre assorties de sanctions, renforcées depuis 2010 par un embargo économique et pétrolier des Occidentaux. «L’Iran a rempli toutes ses obligations dans le cadre du TNP (Ndlr: dont il est signataire) et doit bénéficier de tous ses droits (…) Le peuple iranien n’accepte pas d’être traité différemment du reste du monde», a insisté M.Jalili cité par l’agence Isna. (2)

Dans le cadre d’une stratégie énergétique bien pensée, au-delà des énergies fossiles, de l’énergie hydraulique bien développée et sans oublier le solaire et l’éolien, l’Iran disposant de gisements d’uranium se lance dans la construction de centrales nucléaires. La construction de nouvelles centrales nucléaires fait partie d’un plan visant à générer une puissance totale de 20.000 mégawatts d’électricité. Les autorités ont l’intention de le mettre en oeuvre au cours des 15 prochaines années. Pour cela, elle a besoin de concentrer l’uranium. Les centrifugeuses permettent d’accélérer le processus d’enrichissement de l’uranium de 3 à 5 fois. Les experts iraniens croient qu’à ces fins, le pays, dont la consommation d’énergie croît rapidement, aura besoin de 20 centrales nucléaires. En raison de la croissance démographique et l’augmentation du processus de l’industrialisation, la consommation d’énergie en Iran augmente en moyenne de 8% par an. En 2011, l’Iran avait lancé la première centrale nucléaire commerciale au Moyen-Orient dans la ville de Bouchehr, construite avec la participation des experts russes.(3)

Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), paru jeudi 21 février, confirme que l’Iran a commencé à installer des centrifugeuses plus modernes sur son site de Natanz au début de février. “Le 6 février 2013, l’agence a observé que l’Iran a commencé l’installation de centrifugeuses IR-2m”à Natanz, selon ce rapport. C’est la première fois que des centrifugeuses plus avancées que les IR-1 ont été installées” . Israël qui n’a pas signé le TNP et qui dispose d’un arsenal de bombes atomiques dicte la marche à suivre aux Occidentaux concernant la démolition de l’Iran Elle souligne que l’Iran “était plus proche que jamais” de la bombe atomique. Les services du Premier ministre, Benyamin Nétanyahu, ont qualifié de “grave” le rapport de l’Aiea, soulignant que l’Iran était ´´aujourd’hui plus proche que jamais d’obtenir du matériel enrichi pour une bombe atomique´´. Le rapport ´´prouve que l’Iran continue à avancer rapidement vers la ligne rouge que le Premier ministre avait dessinée lors de son discours aux Nations unies´´

Du point de vue contribution au patrimoine de l´humanité, on doit aux Perses la diffusion de l´alphabet et l´écriture, la Route de la soie, les contes des Mille et Une Nuits, l´irrigation par canaux, le jeu d´échecs, les premières climatisations, les premières dissections humaines avec Ibn Sina (Avicenne), la découverte de l´alcool méthylique, la découverte du zéro du côté de Ninive, une très grande partie de l´algèbre et la géométrie, les logarithmes avec Al Khawarizmi, mais aussi le système des armées modernes (inventé par Darius I et copié cinq cents ans plus tard par les Romains). «Le taux d’alphabétisation était de moins de 50 pour cent (avant la Révolution islamique) tandis que grâce à la révolution, il est maintenant de plus de 86 pour cent,» a-t-il ajouté. Il a souligné qu’en 1979, le nombre d’étudiants s’élevait à 176.000 tandis qu’il atteignait les 2.165.000 en 2004, les 3 572.000 en 2008. En 1979, seulement 398 articles avaient été publiés dans les journaux professionnels, alors qu’ils sont passés à plus de 20 000 en 2008 (3855 de 2004)», a affirmé le président iranien. (4)

Avec un Produit national brut de 570 milliards de dollars en 2005, il constitue la deuxième économie de la région. Son Produit intérieur brut par habitant s´élève à 8 400 dollars. L´Iran est le 4e producteur de pétrole au monde. Il dispose aussi de la deuxième plus grande réserve en gaz naturel, après la Russie, et en est le 6e producteur. De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, de loin plus performante que les autres pays musulmans. L´avion de combat, entièrement conçu et fabriqué par les ingénieurs iraniens, a effectué, ce dimanche, avec succès, son premier vol-test, en présence du ministre de la Défense et des hauts responsables militaires, à Ispahan. Cet avion de combat baptisé «Azarakhsh» (la foudre) est le deuxième. Le premier du nom est baptisé «Saegheh» (l´éclair). (5)

Dans le même temps, la mise en orbite d’un satellite civil iranien pourrait entraîner les puissances spatiales dans la militarisation de l’espace en raison des tensions dans les relations politiques irano-américaines, selon l’expert. Le lancement réussi d’une fusée-porteuse a aussi suscité la préoccupation de nos partenaires américains a noté le responsable.

L’Iran a annoncé samedi 23 février 2012 avoir abattu un drone de surveillance étranger lors d’un exercice militaire, rapporte l’agence officielle de presse Irna. Irna ne précise pas à quel pays appartenait ce drone. Par le passé, l’Iran a affirmé à plusieurs reprises avoir intercepté des drones américains. L’événement qui s’est produit le dimanche 4 décembre 2011 présente, pourtant, des implications immédiates et une portée géopolitique d’une colossale importance. Les ingénieurs iraniens ont apprivoisé, domestiqué, The Beast.  (La bête)

Georges Stanechy pour sa part, nous parle du dernier rapport du FMI dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fait un constat de bonne gouvernance en Iran. On mesure sans peine ce lourd aveu d’un pays qui n’a jamais cessé d’être diabolisé. «Obligés d’admettre que le pays connaît une croissance soutenue. Pas seulement grâce aux cours internationaux du pétrole et du gaz, mais aussi sous l’action conjointe d’une forte croissance du secteur agricole. Auquel s’ajoute l’effet moteur d’une rapide extension du crédit en faveur d’un important secteur industriel, bien diversifié, tout particulièrement des petites et moyennes. Afin d’améliorer leur productivité, leur compétitivité et faciliter la création de nouvelles initiatives».(6)

«Au-delà de ces performances, poursuit Georges Stanechy, ce qui est à retenir de la lecture du rapport du FMI c’est le «constat» de la remarquable réussite, à l’étonnement des experts eux-mêmes, portant sur la profonde rénovation en cours du système économique de l’Iran. En décembre 2010, les subventions des prix de l’énergie et des produits agricoles ont été supprimées. (….) Les produits pétroliers, électricité, et blé, en particulier, ont subi une forte augmentation. Pendant une période transitoire, le montant économisé est redistribué aux ménages sous forme d’une allocation en espèces librement utilisable aux entreprises pour activer leur restructuration et leur modernisation en termes d’économies d’énergie et aux administrations publiques pour financer leur modernisation.»(6)

Les relations irano-américaines

Dans un article objectif sur les malentendus américano-iraniens: Franklin Lamb écrit «L’observateur étasunien que je suis, a participé à d’innombrables conférences internationales et a voyagé dans plus de 70 pays. Mais il n’a jamais rencontré une société aussi complexe, évolutive, énergique, industrieuse et riche en idéalistes chaleureux qui ont le sens de l’humour et qui aident ceux qui sont dans le besoin que la société de la République Islamique d’Iran.

Se trouver en Iran, en ces temps difficiles, est une expérience bouleversante car on prend conscience que les Iraniens et les Etasuniens ont tant de besoins et d’intérêts communs – oui, même en ce qui concerne les croyances religieuses – que les deux peuples devraient immédiatement restaurer leurs relations et revenir à l’époque où 60.000 étudiants iraniens faisaient leurs études aux Etats-Unis et où des milliers d’Etasuniens vivaient et travaillaient en Iran – dans la plus parfaite harmonie et pour le plus grand profit de tous. (…) Il n’y a probablement aucun pays qui soit si incompris des Etats-Unis que l’Iran. Et c’est dû presque entièrement à la politique de diabolisation qui mène à tout déformer, y compris les parties des discours du président Ahmadinejad qui portent sur Israël et les Etats-Unis. (…)» (7)

Mme Rubin, qui est une ancienne bénévole de l’Aipac, a fustigé la nomination au secrétariat de la Défense de Chuck Hagel, l’ancien sénateur, de concert avec 52 organisations sionistes des Etats-Unis, le mois passé, parce qu’il s’est prononcé en faveur d’une relation de respect et de bienveillance mutuels avec l’Iran. Les propos de Hagel sur les sanctions imposées à l’Iran et à la Syrie sous l’égide étasunienne et sur la nécessité de reconstruire la confiance et de normaliser les relations par le dialogue, sont impardonnables à leurs yeux. Voilà ce que Hagel a dit à propos des relations entre l’Iran et les Etats-Unis:

 « Nous ne devrions pas mettre des conditions aux pourparlers ni rejeter toutes les alternatives pour n’en retenir qu’une seule que nous ‘dicterons’ à l’Iran´´. (…) Avec les Etasuniens, les Iraniens parlent le plus souvent de la nécessité d’améliorer les relations entre les deux pays ou alors ils leur demandent comment se passe leur séjour en Iran et s’ils ont besoin d’aide ou d’information sur le pays. Les Iraniens sont naturellement aussi ouverts que les Etasuniens et à la différence de beaucoup d’autres pays, il n’y a aucun sujet tabou.» (7)

«Il y a toutes les raisons du monde pour que Washington tende la main à l’Iran, pas seulement en paroles mais en actes. Le peuple iranien et de nombreux Etasuniens le désirent ardemment et ce serait bénéfique pour les deux sociétés. Les contacts, les visites et les discussions ouvertes contribueraient à détendre les relations entre l’Iran et les Etats-Unis. Et on peut espérer que les deux peuples finiront par faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils oublient le passé et se tournent vers l’avenir en recréant des liens d’amitié.» (7)

Ceci va dans le sens de la prise en compte de l’incontournabilité de l’Iran comme l’expose Thierry Meyssan dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, le nouveau Le Plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. «La nouvelle donne obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran.
Cependant, Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. On ignore la réaction iranienne à cet aspect du dispositif, mais Mahmoud Ahmadinejad s’est d’ores et déjà empressé de faire savoir à Barack Obama qu’il ferait tout ce qui est en son possible pour l’aider à prendre ses distances avec Tel-Aviv.» (8)

Comment l’Iran s’est imposée sur la scène internationale? L’explication est à chercher dans l’endurance de ce pays, qui a compris qu’il n’y a pas à se lamenter. Il faut se battre avec les armes de la science, sa propre richesse technologique fruit d’une éducation et d’une recherche de qualité moins la démagogie. Inspirer le respect est une question de sueur, de veille, de travail acharné. L´Occident ne veut pas d´un Iran développé et toutes les manoeuvres visent à freiner le développement de ce pays, pays émergent par excellence et qui dispose de tous les atouts: une civilisation plusieurs fois millénaire, des réserves énergétiques les deuxièmes plus importantes en pétrole et gaz. En Iran tout n’est pas rose, loin s’en faut, les mêmes maux de corruption, de népotisme, gangrènent la société.

Le fait est là, c’est un pays qui avance et qui mise sur son intelligence. Puissent les pays musulmans le suivre dans cette marche forcée vers le savoir au lieu de s’installer dans la fatalité pour le plus grand malheur de leurs peuples.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Le Guide suprême iranien rejette l’offre de dialogue Le Monde.fr 07.02.2013

2. http://www.lexpressiondz.com/internationale/169569-l-iran-reitere-ses-droits-sur-le-nucleaire.html

3. http://french.ruvr.ru/2013_02_23/LIran-a-choisi-16-sites-pour-la-construction-des-centrales-nucleaires/

4. Farsnews – Le 1er vol de l´avion de combat, «la foudre», «made in Iran».05 août 2007

5. Daniel Laurent. Et si l’Iran nous donnait des leçons en matière d’enseignement supérieur? Education/ Recherche, jeudi 28 août 2008.

6. Georges Stanechy IMF Country Report No. 11/241 – Islamic Republic of Iran: 2011 Article IV Staff Report; August 2011 http://www.legrandsoir.info/iran-rapport-fmi-aout-2011.html

7. Franklin LAMB http://www.legrandsoir.info/les-iraniens-et-l-amitie.html

8. http://www.alterinfo.net/Obama-et-Poutine-vont-ils-se-partager-le-Proche-Orient_a87127.htm

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Crise en Grèce : Mystères et martyres

février 24th, 2013 by Panagiotis Grigoriou

“Sauf que certains musiciens de rue” – Athènes 21/02

Dieu merci comme on dit, ce matin à Athènes c’était le déluge. Enfin, les cieux se sont ouverts et nos avenues ont été transformées aussitôt en rivières au point de dérouter, à la fois les automobilistes et nos journalistes créatifs… Pour une fois, le temps « entier », celui de la météo, a effacé le temps événementiel troïkan, au moins pour quelques heures. Nous apprécions alors toujours davantage, ces moments ainsi « blanchis » par le vide… pluviométrique ou sinon le cas échéant, offerts en… bonus par nos journalistes en grève, comme l’autre jour, au moment de la visite de François Hollande à Athènes.

Athènes… le déluge – 22/02

 

Les voilà sans doute les limites de l’expérience… dans cette guerre psychologique (et  accompagnatrice… si bienveillante de la guerre économique que nous subissons), oui, nous ne sommes plus très réceptifs aux messages imposés, ni à leur cadence dans la répétition d’ailleurs. D’abord, nos capacités s’amenuisent, “trop c’est trop”, comme on l’entend dire parfois, ensuite, la réalité des chiffres et des êtres rend tout discours officiel, toute propagande du journalisme mainstream pratiquement caduc. Selon un récent classement du « Trading Economics  », (cité par l’hebdomadaire satyrique et politiqueTo Pontiki, 21/02), la Grèce occupe la treizième place au niveau mondial, pour ce qui est du taux de chômage (officiellement à 27%), devançant… disons désormais, l’Espagne, la Serbie, l’Irak ou la République du Congo. Triste record dans un monde pas moins triste… Sauf que certains musiciens de rue, nous remplissent encore de cette joie amère, sortie de rien… qui est la leur, et la nôtre.

Il n’y a pratiquement plus un seul foyer sans chômeur… ni espoir. Les « investisseurs » l’ont également compris : Récemment, le cheikh du Qatar aurait même fait signifier ceci  à « nos »  gouvernants – par un messager intermédiaire : « Vous recherchez plutôt des masochistes en Grèce et non pas des investisseurs » (To Pontiki, 21/02). Et il a claqué la porte. Tout comme les banques françaises (Crédit Agricole et Société Générale) et même Carrefour, après tant d’années de présence chez nous. La Grèce est certes bradée, mais visiblement sous certaines conditions… plutôt chaotiques par ce temps. Temps maussade alors, temps de pluie. Après l’échec du gouvernement à tirer profit (toujours dans la communication) de la visite du Président François Hollande, c’est presque la panique, car il va falloir inventer autre chose, une autre « parade », un nouvel euphémisme à trois sous, en plus du régime climatique…de la peur au ventre pour tous. Sauf que le temps du trucage est bien derrière nous et derrière eux (?).

 

Athènes sur le marché central – 21/02

 

Certains députés de notre junte tripartite parlementaire, auraient alerté récemment Antonis Samaras sur… la météo du pays : « Les gens n’en peuvent plus. Ils ne croient plus du tout au changement potentiellement positif, puisque déjà, ils n’ont pas vu la couleur de la dernière tranche de l’emprunt («aide” de décembre 2012) accordée au pays [en réalité aux spéculateurs], car tout le monde pensait qu’une partie au moins de cette aide, aurait pu servir à revitaliser un peu le marché intérieur. Il y a un chômeur par foyer, tandis qu’au même moment, les revenus mensuels de nombreuses familles ne suffisent plus à couvrir les besoins essentiels » (To Pontiki, 21/01). Antonis Samaras devrait paniquer suggère-t-il l’éditorialiste de notre hebdomadaire satyrique, nous, nous n’y croyons pas un seul instant.

Daphnie, 34 ans, enseignante au chômage, rencontrée à la marge de la grande manifestation du mercredi (20/02) ne dit pas autre chose à sa manière : « Il n’y a plus rien à attendre de ces gens qui gouvernent. Dans le quartier, [Christina et son compagnon habitent dans un quartier populaire à l’ouest de l’agglomération athénienne],les gens sont tellement absorbés par leur martyre qu’ils n’ont plus les mêmes réactions qu’avant. Je leur dis bonjour et j’ai l’impression qu’au lieu de (se) saluer, ils ont envie de mordre leur prochain, comme ça. C’est de la jungle… qui mijote dans la casserole de la Grèce. Sauf qu’il n’y a pas de mystère non plus pour ce qui est de notre gauche. Tout le monde sait que dans trois mois les dernières conventions collectives tomberont, les salaires seront encore amputés de 30%, et dans certaines branches du privée on pratiquera… amplement le salaire tant «attendu» : 300 euros par mois. Bientôt, le droit de grève sera aboli de fait, c’est annoncé… il restera l’esclavage et peut-être la révolte. Les syndicats, les partis de la gauche, Syriza, KKE le savent bien, sauf qu’ils se contentent de la contestation gentille, pourquoi ? Peut-être parce qu’ils ne peuvent pas aller au-delà, ou qu’ils ne le veulent pas. C’est une forme d’Armageddon qui arrive, jusque là ce n’était qu’un prélude ».

 

Athènes – 21/02

 

Ces derniers jours, des suicides « en série », ont brièvement frôlé l’actualité sans trop… la perturber, on sait que les tenants des médias, interdisent pratiquement les nouvelles du genre. Sauf que les messages de la mort finissent par nous parvenir, même en retard  : Dans la région de Corinthe (mardi 19/02), un homme de 55 s’est suicidé par une arme à feu, c’était au moment où l’huissier lui signifiait la saisie de sa maison pour cause de dettes. Sur l’île de Lesbos, une mère de deux enfants, originaire d’Albanie, s’est donnée la mort par pendaison chez elle. Toujours mardi, une femme de 32 ans, a mis fin à ses jours se servant d’un fusil, à ma connaissance c’est alors une nouveauté significative.  Une barrière du genre dans la violence vient d’être franchie…

Un homme de 70 ans s’est jeté mardi soir sur les rames du RER athénien, il est depuis hospitalisé, grièvement blessé. Lundi dernier enfin, un homme, âgé de 53 ans a fait volontairement plongé sa voiture dans le port du Pirée, il a tout de même changé d’avis, les policiers du port, ont pu alors le secourir à temps. La vie et la mort, deviennent enfin en Grèce des… réalités transparentes. Nous le savons, en tout cas, telle est la doxadominante chez les habitants du pays, « que les gouvernants préparent sciemment notre mise à mort, ils ne se cachent plus, entre eux et nous c’est la haine, nous le savons, nous le sentons… ».

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D’après To Pontiki (21.02), Failos Kranidiotis, proche conseiller d’Antonis Samaras, a voulu réagir à cette phrase composée (et twittée) par un usager des réseaux instantanés : « La violence c’est lorsque mon vieux père se présente chez le médecin pour apprendre que les dix rendez-vous gratuits ont déjà eu lieu… ils sont passés. S’il meurt, je te l’amène alors ? ». Et l’ami du premier Ministre… de rétorquer : « Avec plaisir, mais où alors le mettre ? J’ai gardé un vieux carton d’un téléviseur (en noir et blanc). Si tu arrives à faire plier son corps avant qu’il ne refroidisse, je pense qu’on pourra le faire tenir dedans ».

La « gouvernance » de la méta-démocratie a au moins ce mérite… de la transparence et de la vérité. Sur un mur d’Athènes hier : « Alles wird gut », tout va bien, effectivement. Le temps est à l’orage chez nous.

 

 

Sur un mur d’Athènes hier : « Alles wird gut » – 21/02

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Pour ne pas changer, Israël se lance dans une nouvelle provocation et pas des moindres, puisque l’État hébreux a décidé d’exploiter le pétrole qui se trouve sur le Golan. Il s’agit là d’une énième démonstration de barbarie et d’arrogance de la part d’Israël. Non content d’affamer et d’usurper un peuple, voilà que décision est prise d’exploiter des ressources qui ne sont pas siennes. Rien de nouveau nous direz-vous puisque c’est précisément ce à quoi Israël nous a habitué depuis des décennies. Le caractère choquant d’une telle décision provient de deux facteurs. D’une part, le territoire dont nous parlons n’est pas un territoire Palestinien mais Syrien. Le deuxième élément, c’est le mutisme des médias sur une telle décision arbitraire. 

Les faits

A la veille de la visite officielle de Barack Obama en Israël, le ministre israélien de l’Énergie et de l’Eau, Uzi Landau, a en effet concédé une licence à la firme Genie Energy. Cette entreprise est partiellement détenue par Lord Jacob Rothschild et Rupert Murdoch qui s’est notamment rendu encore plus célèbre lors du fameux scandale des écoutes téléphoniques dans les médias anglais. L’ancien vice-président des États-Unis, Dick Cheney siège par ailleurs au sein du Conseil stratégique de cette société. Ce projet d’exploitation est dirigé par le général Effi Eitam. En 1990, une court martiale avait bloqué sa promotion après qu’il eut donné l’ordre à ses soldats de casser les os d’un Palestinien de 21 ans. Que du beau monde donc dans cette affaire et bien sûr cela ne saurait nous étonner : l’histoire se déroule mais nous connaissons toujours les principaux protagonistes.

Quelques notions

Le plateau du Golan a été annexé en 1967 après la Guerre de Six Jours. Il s’agit d’un territoire Syrien qu’Israël a confisqué arbitrairement et il faut dire avec force que l’Etat Hébreux a toujours mené cette stratégie d’expansion et l’Histoire témoigne de cette évidence puisqu’en réalité il n’y avait aucune raison  légitime à cette guerre comme l’affirme le chef de l’aviation Israélienne qui allait devenir alors  Président : « Nous avons leurré Nasser dans le piège du Sinaï ».  Elle s’inscrit plutôt dans la politique d’agression fondamentale d’Israël.  L’enjeu de cette stratégie à l’époque est non seulement politique, mais aussi économique. Il s’agissait de contrôler les ressources en eau et d’affaiblir l’ancien président d’Egypte Nasser qui incarnait un potentiel début d’unité au sein des pays arabes. Aujourd’hui, le débat est le même quant à l’exploitation des ressources du Golan « l’histoire se répète » comme disait Ibn Khaldoun. Précisons que l’existence de ces colonies est en elle même une violation du droit international dénoncée par la Court internationale de Justice. On imagine donc que l’exploitation économique des ressources s’y situant soit illégale. Preuve en est qu’Israël ne se souciepas du droit et que celle-ci ne comprend que la force comme mode d’expression et de légitimation.

Répercussions

Ce choix s’inscrit dans un contexte explosif à deux égards. D’abord, parce qu’on imagine difficilement que cette décision va faciliter le processus de paix avec les Palestiniens. Tout se passe comme si Israël souhaitait au contraire volontairement retarder la paix. Le second élément, c’est la situation en Syrie. Quand les guerres deviennent trop compliquées, nous dit Michel Collon « prenez une carte du monde représentant les ressources pétrolières et prenez en une autre représentant les guerres dans le monde. Vous verrez que celles-ci correspondent souvent ».

Ainsi, Israël s’est attelé dans un premier temps à bombarder des cibles en Syrie le mois dernier et poursuit en décidant arbitrairement d’exploiter le pétrole du territoire Syrien occupé. Il s’agit bien ici d’une volonté d’affaiblir et de décrédibiliser un pays souverain. Tout ceci se passe alors que les yeux du monde sont braqués sur le Mali et sur les exactions d’AQMI. On ne saurait mieux faire comme diversion stratégique. On comprend alors pourquoi aucun média ne traite de cette actualité au Proche-Orient. On peut bien exploiter illégalement du pétrole à la Syrie sans crainte. Encore faut-il pour cela s’appeler « Israël ».

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Obama et Poutine vont-ils se partager le Proche-Orient ?

février 24th, 2013 by Thierry Meyssan

Dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, Thierry Meyssan expose le nouveau plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. L’auteur y révèle les principales données de la négociation en cours sans préjuger d’un accord définitif, ni de sa mise en œuvre. L’intérêt de l’article est qu’il permet de comprendre les positions ambigües de Washington qui pousse ses alliés dans une impasse de manière à pouvoir leur imposer prochainement une nouvelle donne dont ils seront exclus.

Le président Obama s’apprête à changer complètement de stratégie internationale, malgré l’opposition que son projet a suscité dans sa propre administration.

Le constat est simple. Les États-Unis sont en passe de devenir indépendants au plan énergétique grâce à l’exploitation rapide des gaz de schistes et du pétrole des sables bitumineux. Par conséquent la doctrine Carter (1980) selon laquelle la sécurisation de l’accès au pétrole du Golfe est un impératif de sécurité nationale est morte. De même d’ailleurs que l’Accord du Quincy (1945) selon lequel Washington s’engage à protéger la dynastie des Séoud si ceux-ci leur garantissent l’accès au pétrole de la péninsule arabique. Le temps est venu d’un retrait massif qui permettra de transférer les GI’s vers l’Extrême-Orient afin de contenir l’influence chinoise.

D’autre part, tout doit être fait pour empêcher une alliance militaire sino-russe. Il convient donc d’offrir des débouchés à la Russie qui la détournent de l’Extrême-Orient.

Enfin, Washington étouffe de sa relation trop étroite avec Israël. Celle-ci est extrêmement onéreuse, injustifiable au plan international, et dresse contre les États-Unis l’ensemble des populations musulmanes. En outre, il convient de sanctionner clairement Tel-Aviv qui s’est ingéré de manière ahurissante dans la campagne électorale présidentielle US, qui plus est en misant contre le candidat qui a gagné.

C’est trois éléments ont conduit Barack Obama et ses conseillers à proposer un pacte à Vladimir Poutine : Washington, qui reconnaît implicitement avoir échoué en Syrie, est prêt à laisser la Russie s’installer au Proche-Orient sans contrepartie, et à partager avec elle le contrôle de cette région.

C’est dans cet état d’esprit qu’a été rédigé par Kofi Annan le Communiqué de Genève du 30 juin 2012. À l’époque, il s’agissait juste de trouver une issue à la question syrienne. Mais cet accord a été immédiatement saboté par des éléments internes de l’administration Obama. Ils ont laissé fuiter à la presse européenne divers éléments sur la guerre secrète en Syrie, y compris l’existence d’un Presidential Executive Order enjoignant la CIA de déployer ses hommes et des mercenaires sur le terrain. Pris en tenaille, Kofi Annan avait démissionné de ses fonctions de médiateur. De son côté, la Maison-Blanche avait fait profil bas pour ne pas exposer ses divisions en pleine campagne pour la réélection de Barack Obama.

Dans l’ombre trois groupes s’opposaient au communiqué de Genève :
• Les agents impliqués dans la guerre secrète ;
• Les unités militaires chargées de contrer la Russie
• Les relais d’Israël.

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En 1916, le Royaume-Uni et la France se partageaient le Proche-Orient (accords Sykes-Picot). Presque un siècle plus tard, les Etats-Unis et la Russie discutent d’un nouveau plan de partage qui leur permettrait d’évincer à leur profit l’influence franco-britannique.

Au lendemain de son élection, Barack Obama a débuté la grande purge. La première victime fut le général David Petraeus, concepteur de la guerre secrète en Syrie. Tombé dans un piège sexuel tendu par une agente du Renseignement militaire, le directeur de la CIA fut contraint à la démission. Puis, une douzaine de hauts gradés furent mis sous enquête pour corruption. Parmi eux, le suprême commandeur de l’OTAN (amiral James G. Stravidis) et son successeur désigné (le général John R. Allen), ainsi que le commandant de la Missile Défense Agency —c’est-à-dire du « Bouclier anti-missiles »— ¬(général Patrick J. O’Reilly). Enfin, Susan Rice et Hillary Clinton faisaient l’objet de vives attaques pour avoir caché au Congrès des éléments sur la mort de l’ambassadeur Chris Stevens, assassiné à Benghazi par un groupe islamiste probablement commandité par le Mossad.

Ses différentes oppositions internes étant pulvérisées ou paralysées, Barack Obama a annoncé un renouvellement en profondeur de son équipe. D’abord, John Kerry au département d’État. L’homme est partisan déclaré d’une collaboration avec Moscou sur les sujets d’intérêt commun. Il est aussi un ami personnel de Bachar el-Assad. Puis, Chuck Hagel au département de la Défense. C’est un des piliers de l’OTAN, mais un réaliste. Il a toujours dénoncé la mégalomanie des néo-conservateurs et leur rêve d’impérialisme global. C’est un nostalgique de la Guerre froide, ce temps béni où Washington et Moscou se partageaient le monde à moindres frais. Avec son ami Kerry, Hagel avait organisé en 2008 une tentative de négociation pour la restitution par Israël du plateau du Golan à la Syrie. Enfin John Brennan à la CIA. Ce tueur de sang-froid est convaincu que la première faiblesse des États-Unis, c’est d’avoir créé et développé le jihadisme international. Son obsession est d’éliminer le salafisme et l’Arabie saoudite, ce qui en définitive soulagerait la Russie au Nord-Caucasse.

Simultanément, la Maison-Blanche a poursuivi ses tractations avec le Kremlin. Ce qui devait être une simple solution pour la Syrie est devenu un projet bien plus vaste de réorganisation et de partage du Proche-Orient.

On se souvient qu’en 1916, à l’issue de 8 mois de négociations, le Royaume-Uni et la France se partagèrent en secret le Proche-Orient (Accords Sykes-Picot). Le contenu de ces accords avait été révélé au monde par les Bolcheviks dès leur arrivée au pouvoir. Il s’est poursuivi durant près d’un siècle. Ce que l’administration Obama envisage, c’est un remodelage du Proche-Orient pour le XXIe siècle, sous l’égide des USA et de la Russie.

Aux États-Unis, bien qu’Obama se succède à lui-même, il ne peut dans la période actuelle qu’expédier les affaires courantes. Il ne reprendra ses attributions complètes que lors de sa prestation de serment, le 21 janvier. Dans les jours qui suivront, le Sénat auditionnera Hillary Clinton sur le mystère de l’assassinat de l’ambassadeur en Libye (23 janvier), puis il auditionnera John Kerry pour confirmer sa nomination (24 janvier). Immédiatement après, les 5 membres permanents du Conseil de sécurité se réuniront à New York pour examiner les propositions Lavrov-Burns sur la Syrie.

Celles-ci prévoient la condamnation de toute ingérence extérieure, le déploiement d’observateurs et d’une force de paix des Nations Unies, un appel aux différents protagonistes pour qu’ils forment un gouvernement d’union nationale et planifient des élections. La France devrait s’y opposer sans pour autant menacer d’utiliser son veto contre son suzerain US.

L’originalité du plan, c’est que la force des Nations Unies serait principalement composée par des soldats de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Le président Bachar el-Assad resterait au pouvoir. Il négocierait rapidement une Charte nationale avec des leaders de l’opposition non-armée sélectionnés avec l’approbation de Moscou et Washington, et ferait valider cette charte par référendum sous contrôle des observateurs.

Ce coup de théâtre a été préparé de longue date par les généraux Hassan Tourekmani (assassiné le 18 juillet 2012) et Nikolay Bordyuzha. Une position commune des ministres des Affaires étrangères de l’OTSC a été conclue le 28 septembre et un Protocole a été signé entre le département onusien de maintien de la paix et l’OTSC. Celle-ci dispose maintenant des mêmes prérogatives que l’OTAN. Des manœuvres communes ONU/OTSC de simulation ont été organisées au Kazakhstan sous le titre « Fraternité inviolable » (8 au 17 octobre). Enfin, un plan de déploiement de « chapkas bleues » a été discuté au sein du Comité militaire de l’ONU (8 décembre).

Une fois la Syrie stabilisée, une conférence internationale devrait se tenir à Moscou pour une paix globale entre Israël et ses voisins. Les États-Unis considèrent qu’il n’est pas possible de négocier une paix séparée entre Israël et la Syrie, car les Syriens exigent d’abord une solution pour la Palestine au nom de l’arabisme. Mais il n’est pas possible non plus de négocier une paix avec les Palestiniens, car ceux-ci sont extrêmement divisés, à moins que la Syrie ne soit chargée de les contraindre à respecter un accord majoritaire. Par conséquent, toute négociation doit être globale sur le modèle de la conférence de Madrid (1991). Dans cette hypothèse, Israël se retirerait autant que faire se peut sur ses frontières de 1967. Les Territoires palestiniens et la Jordanie fusionneraient pour former l’État palestinien définitif. Son gouvernement serait confié aux Frères musulmans ce qui rendrait la solution acceptable aux yeux des gouvernements arabes actuels. Puis, le plateau du Golan serait restitué aux Syriens en échange de l’abandon du lac de Tibériade, selon le schéma envisagé jadis aux négociations de Shepherdstown (1999). La Syrie deviendrait garante du respect des traités par la partie jordano-palestinienne.

Comme dans un jeu de domino, on en viendrait alors à la question kurde. L’Irak serait démantelé pour donner naissance à un Kurdistan indépendant et la Turquie serait appelée à devenir un État fédéral accordant une autonomie à sa région kurde.

Côté US, on souhaiterait prolonger le remodelage jusqu’à sacrifier l’Arabie saoudite devenue inutile. Le pays serait divisé en trois, tandis que certaines provinces seraient rattachées soit à la fédération jordano-palestinienne, soit à l’Irak chiite, conformément à un vieux plan du Pentagone (“Taking Saudi out of Arabia“, 10 juillet 2002). Cette option permettrait à Washington de laisser un vaste champ d’influence à Moscou sans avoir à sacrifier une partie de sa propre influence. Le même comportement avait été observé au FMI lorsque Washington a accepté d’augmenter le droit de vote des BRICS. Les États-Unis n’ont rien cédé de leur pouvoir et ont contraint les Européens à renoncer à une partie de leurs votes pour faire de la place aux BRICS.

Cet accord politico-militaire se double d’un accord économico-énergétique, le véritable enjeu de la guerre contre la Syrie étant pour la plupart des protagonistes la conquête de ses réserves de gaz. De vastes gisements ont en effet été découverts au Sud de la Méditerranée et en Syrie. En positionnant ses troupes dans le pays, Moscou s’assurerait un plus large contrôle sur le marché du gaz dans les années à venir.

Le cadeau de la nouvelle administration Obama à Vladimir Poutine se double de plusieurs calculs. Non seulement détourner la Russie de l’Extrême-Orient, mais aussi l’utiliser pour neutraliser Israël. Si un million d’Israéliens ont la double nationalité états-unienne, un autre million est russophone. Installées en Syrie, les troupes russes dissuaderaient les Israéliens d’attaquer les Arabes et les Arabes d’attaquer Israël. Par conséquent, les États-Unis ne seraient plus obligés de dépenser des sommes phénoménales pour la sécurité de la colonie juive.

La nouvelle donne obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran. Cependant Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. On ignore la réaction iranienne à cet aspect du dispositif, mais Mahmoud Ahmadinejad s’est d’ores et déjà empressé de faire savoir à Barack Obama qu’il ferait tout ce qui est en son possible pour l’aider à prendre ses distances avec Tel-Aviv.

Ce projet a des perdants. D’abord la France et le Royaume-Uni dont l’influence s’efface. Puis Israël, privé de son influence aux États-Unis et ramené à sa juste proportion de petit État. Enfin L’Irak, démantelé. Et peut-être l’Arabie saoudite qui se débat depuis quelques semaines pour se réconcilier avec les uns et les autres afin d’échapper au sort qui lui est promis. Il a aussi ses gagnants. D’abord Bachar el-Assad, hier traité de criminel contre l’humanité par les Occidentaux, et demain glorifié comme vainqueur des islamistes. Et surtout Vladimir Poutine qui, par sa ténacité tout au long du conflit, parvient à faire sortir la Russie de son « containment », à lui rouvrir la Méditerranée et le Proche-Orient et à faire reconnaître sa prééminence sur le marché du gaz.

Thierry Meyssan

Source
Odnako (Fédération de Russie)
Hebdomadaire d’information générale. Rédacteur en chef : Mikhail Léontieff.

Article publié le 26 janvier 2013 dans l’hebdomadaire russe Odnako (magazine proche de Vladimir Poutine)

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Au moment où une part croissante de la gauche européenne se convertit au « droit d’ingérence » qu’elle critiquait il y a quelques années et où, complices de l’impunité, les médias occidentaux minimisent les milliers de victimes civiles de bombardements « humanitaires » ou « laïcs » (Afghanistan, Libye, Mali, etc…), les latino-américains ne sont pas dupes des habits neufs du colonialisme. Ils savent qu’au-delà du contrôle des matières premières, c’est l’unité politique du Sud qui est visée. La volonté des gouvernements progressistes latino-américains de développer des relations Sud-Sud (suivant la ligne tracée du Congrès de Panama organisé par Bolivar en 1828 au sommet de Bandoeng en 1956…) n’a rien à voir, contrairement à ce que martèlent les médias occidentaux, avec un quelconque « appui aux dictateurs ».

Lorsque le président brésilien Lula da Silva signa avec la Turquie un Pacte appuyant le droit de l’Iran à développer l’énergie nucléaire civile et qu’il critiqua « l’ ingérence des occidentaux dans les élections et dans la vie politique de l’Iran », quand les présidents Evo Morales, Cristina Fernandez ou Rafael Correa notamment, signent d’importants traités et contrats avec les iraniens, ils ne font qu’appliquer ce qu’il y a plus de trente ans un certain Régis Debray conseillait au prince à propos des pays du « socialisme réel ». Plutôt que d’entrer dans le Disneyland de la Guerre Froide en les ostracisant, développer une stratégie plus subtile et plus ambitieuse, garder des relations politiques et diplomatiques avec eux, pour les influencer dans le bon sens et garder son mot à dire.

En Amérique Latine, la concrétisation par des gouvernements de gauche de la démocratie participative, des droits de la femme, de l’éco-socialisme, etc… ne peuvent qu’influencer dans le bon sens la construction d’un monde multipolaire des trois-quarts de l’humanité. On ne peut qu’être frappé en comparaison par le néant idéologique qui caractérise le discours de gouvernants européens devenus simples « commis de commerce » vis-à-vis des nations du Sud (voir le récent sommet UE-CELAC à Santiago du Chili).

Lorsque les occidentaux (y compris de gauche) raillèrent et rejetèrent la proposition de nombreux gouvernements latino-américains, soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), d’entamer des pourparlers diplomatiques en Libye afin d’éviter une guerre meurtrière, la présidente argentine sut exprimer le sentiment d’un continent : « Quand je vois les gens dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je suis fière d’être latino-américaine ».

africa

Lettre du Président Hugo Chavez aux participants du IIIème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Guinée Équatoriale, février 2013)

Caracas, 22 février 2013.

Frères et sœurs,

Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et de toute mon espérance dans le déroulement de ce III° Sommet si attendu des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos Peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République Bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caribéenne.

Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique Latine et les Caraïbes partagent avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits , nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XX° siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA (1).

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même ». Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néo-coloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce II° merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la Déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat Permanent de la Table Présidentielle Stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le Sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ils ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néo-coloniale a été, depuis le début du XIX°, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extra-régionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce III° Sommet de l’ ASA dans cette république sœur de Guinée Equatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Energie, Education, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des Peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce III° Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens ».

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie,un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »

Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ’ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

Hugo Chavez Frias

 

Note :

(1) ASA : América del Sur/Africa.

Traduction Gaston Lopez

 

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Le troisième sommet Afrique-Amérique du Sud, qui a réuni une soixantaine de chefs d’État à Malabo (Guinée Équatoriale) du 20 au 23 février 2013 a permis la signature de 27 accords de coopération sud-sud dans tous les secteurs d’activité. La réunion se poursuivra à Caracas le 26 avril 2013.

 

 

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Les Etats-Unis ont pris la base militaire française de la France à Djibouti. Ce serait la seule base américaine en Afrique ; or, ils auraient une base en Égypte et d’autres en Afrique et même d’Afrique du Nord : sur Google, il suffit de mettre le nom d’un pays pour que des informations troublantes apparaissent… Néanmoins, si la mission Africom vise à assurer une présence américaine en Afrique sous le fallacieux prétexte d’aide à la lutte contre le terrorisme, aucun pays africain n’a accepté d’héberger chez lui son commandement général, lequel s’est, en définitive, installé en Allemagne et en Italie (lire 11e partie).

Depuis quelques mois, prétextant de l’assassinat de leur ambassadeur en Libye, les Etats-Uniens se sont implantés de force au Yémen, ce qui laisse croire que l’histoire des révoltes musulmanes un certain 11 septembre 2012 après la sortie d’un film anti-islam a été allumée exprès, comme on allume des foules dans le livre de Serge Moscovici, L’Age des Foules. La vidéo en question était sur YouTube depuis des mois, et nul n’y a prêté attention, puis subitement, les rues musulmanes s’enflamment un certain 11 septembre, cette date devenue fatidique… Manipulation à l’état pur : Gustave le Bon doit aller se rhabiller. Comme Sarkosy a eu son Merah pour sa campagne électorale, Romney (ou même Obama) a eu son film anti-islamique qui donne le même effet que les crimes attribués à Merah, car ces fanatiques qui brûlent et qui meurent pour rien donnent raison aux racistes de tout poil. Donc, les Etats-Unis menacent de s’installer dans les fiefs historiques de l’armée française, dans ce Sahel où elle a pratiqué tous les coups bas, coups d’Etat et même corruption comme ces diamants de Bokassa. La présence américaine dans son fief peut avoir agacé Paris, mais entre membres d’une OTAN dominée par les Etats-Unis, c’est le respect au plus gradé qui prime sur les susceptibilités et les humeurs. D’ailleurs, ni Sarkozy ni Hollande n’ont le punch d’un de Gaulle qui a envoyé balader les bidules de l’ONU et de l’OTAN, refusant d’être à la solde des mastiqueurs de chewing-gum. Lointains sont les temps de la fierté, car même Berlusconi et Erdogan qui avaient décroché de superbes marchés en Libye (de 25 milliards de dollars pour la Turquie) ont rogné un peu quand les Etats-Unis avaient décidé d’abattre Kadhafi avant de rentrer dans les rangs des subalternes et d’envoyer leurs soldats. Ils se sont joints à la meute de prédateurs, faute de quoi, le boss de l’OTAN ne leur aurait pas laissé une miette en Libye. Pareil en Syrie, où les meilleurs amis de Bachar El-Assad (Erdogan, Hamad) sont devenus ses pires ennemis lorsque l’Amérique a décidé de le sacrifier sur l’autel du «Printemps arabe». Il est clair que le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinski est en train de se mettre en place, au grand dam de ceux qui ne lisent pas et ne prévoient pas. Il est clair qu’un impérialisme prédateur est en train de redéfinir ou d’étendre ses zones d’influence à nos frontières et à la faveur du système unipolaire qui lui donne l’avantage. Dans la nouvelle prédation contre le Mali, le Qatar peut jouer le bras séculier des Etats-Unis, soit pour écarter la France des derniers quartiers du Sahel, soit pour renforcer le statut de France parce qu’il est actionnaire dans Areva et Total… Le Qatar est l’un des outils de l’Oncle Sam, mais il a aussi ses intérêts propres. Intérêts : le maitre-mot des relations internationales. Les naïfs parlent de divergences franco-étatsuniennes. Si elles existent, celles- ci doivent nécessairement converger vers un seul point : la défense de leurs intérêts spécifiques et leurs intérêts communs. La realpolitik impose de la prudence aux Etats-Unis pour gagner les populations qui commencent à mesurer les conséquences des «printemps arabes», surtout à l’aune des massacres à Ghaza. N’empêche que la France est une grande puissance, et qu’elle tente de jouer son jeu, de sauver ses cartes en Afrique face aux Etats-Unis qui avancent dans son fief à pas de géant, et face aux Russes et aux Chinois, mais tout en restant proche des Etats-Unis afin de ne rien perdre de ses parts dans le cadre atlantique. La course à l’Afrique a commencé par la destruction du plus gros verrou, Kadhafi, l’homme qui contrôlait plusieurs pays africains qu’il avait gagnés à sa cause en leur fournissant une aide financière et économique et en intégrant leurs ressortissants dans son économie (des milliers d’emplois). Kadhafi avait quatre millions de travailleurs chez lui, avec des projets pharaoniques qui mettaient les pays du Golfe en danger, et c’est ce qui explique d’ailleurs la forte croissance économique libyenne durant ses dernières années de règne. L’OTAN a cru pouvoir vite régler la question syrienne et dégommer Bachar El-Assad mais elle est tombée sur un os qui a l’appui de son armée, c’est-à-dire de son peuple, car armée signifie peuple, qu’on le veuille ou non. Tandis qu’au Mali tout a baigné dans de l’huile et, comme probablement entendu avec les Russes, l’Afrique sera désormais américano-européenne, preuve en est que la Russie et la Chine n’ont dit mot sur ce qui se passe au Sahel. Les pays qui se sont mis dans la gueule du loup en abandonnant le groupe des Non-alignés se feront bouffer crus devant le regard impassible de la Russie qui ne se soucie que de ce qui la regarde désormais.

Course entre les grandes puissances et le Qatar

Dans le cadre de sa guerre moderne, la France s’est investie à fond dans la lutte cognitive, via ses services de renseignement, notamment le SDECE et la DCRI, en envoyant de nombreux nouveaux Merah renseigner et manipuler des Maliens : avec ces nouveaux harkis, on ne sait plus désormais qui est ami et qui est ennemi car il se dit musulman, lui aussi, et jure par l’Islam, mais nul ne lui a dit comment il a pu obtenir plusieurs passeports pour pouvoir aller en Israël, en Iran, au Pakistan, en Algérie et ailleurs. Pour les manipulateurs de l’ombre, la faillite des élites compte aussi, tout comme leur corruptibilité et leur disponibilité à la manipulation ou à la trahison. Pour un coup d’essai au Mali, la France a fait un coup de maître, même si le Qatar et les Etats-Unis lui ont facilité le rôle. Si pour les Etats-Unis, brandir le drapeau n’est pas trop à la mode, pour un François Hollande en butte à des difficultés économiques sur son territoire, voir le tricolore brandi à Gao, Nouakchott ou Bamako requinque le moral et rehausse la fierté du coq conquérant devenu humanitariste. Il est indéniable que pouvoir cacher une guerre impérialiste sous l’apparence d’une guerre humanitaire est une immense réussite pour un président qui semblait en panne depuis son accès à l’Elysée. Puisant dans son fonds colonial, la France a créé son MNLA pour faire pression sur Bamako ; tandis que les Etats-Unis et le Qatar ont créé des groupes dits «islamistes» pour avoir leur part du gâteau. Preuve en est que les pays occidentaux n’ont qu’un seul et même but est qu’ils apportent tous leur appui logistique à la France. Les apparences n’étaient que du leurre pour la crédibilité du scénario. Quant au Qatar, il joue parfaitement son rôle : chauffer le bendir pour les «islamistes» de tous bords, armés et non amés, au Mali et ailleurs, en faisant croire qu’il n’est pas d’accord avec l’intervention française décidée par Washington. Un même partage de rôles a été défini pour les groupes mercenaires sur le terrain qui ont envahi le Nord-Mali ensemble et de concert, comme sur ordre d’un chef d’état-major suprême, comme sur ordre d’un chef d’orchestre caché dans l’ombre. Pour certains observateurs, la France, les Etats-Unis et le Qatar semblent se faire la guerre par groupes terroristes interposés. Il n’en est rien en vérité, car au-delà des intérêts particuliers de tout un chacun (France, Qatar, Etats-Unis, GB…), il y a les intérêts communs. Après les coups bas du début, tout est rentré dans ordre pour l’assaut final et le partage du butin. Et comme dans une meute, c’est le plus fort qui aura la plus grosse part, un point c’est tout. L’OTAN est une meute de prédateurs. Pour le moment, les Américains n’ont pas intérêt à trop se mettre en avant sur la scène musulmane, ils demandent aux Français de diligenter une opération qui permette l’intervention occidentale après avoir mis en avant une hypothétique force africaine composite qui risquait d’être un véritable frein au développement du terrorisme. Or, le but occidental est de le promouvoir, pas de le combattre. Par la même occasion, l’opération Serval permet à François Hollande d’espérer blanchir le socialisme de son passé colonialiste aux yeux de quelques crédules parmi les musulmans ou les non-musulmans au Mali et à travers le monde. Tout comme les Etats-Unis, il faut aussi toujours une guerre à la France, de préférence en Afrique. Elle intervient dans 16 régions différentes actuellement, avec un budget de moins d’un milliard d’euros. Elle n’a pas les moyens de l’Amérique, mais si des pays du Golfe veulent mettre la main à la poche, ce n’est pas de refus. La France s’engage donc au Mali après son retrait d’Afghanistan, et ce n’est que partie remise dans une autre région du globe. Comme tous les locataires de l’Elysée, de De Gaulle à Pompidou, Valery Giscard D’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy, Hollande veut faire sa guerre, une autre guerre sans fin, une guerre sans fin qui va créer une nouvelle «autoroute de l’internationale insurgée», pour utiliser un terme d’Alain Gresh.

Une base de drones américaine au Niger

Aujourd’hui, l’armée française est à Bamako, sous couvert de protection des ressortissants français. Cela signifie qu’elle a obtenu une base ou un QG. Reste à signer l’accord de coopération militaire… Peut-être même que les Français de l’opération Serval y resteront tant qu’un président ne vient pas leur demander de partir. Au Tchad, ils sont également intervenus pour protéger Hissène Habré, le dictateur criminel et putschiste, en 1986 et ils y sont encore. C’est le même scénario qui se répète : au préalable, la France a installé une situation de crise au Mali, puis un putschiste est venu renforcer son argumentaire, ensuite un intérimaire sans autorité réelle a été forcé à demander de l’aide pour que le pays retombe sous le giron d’une France qui sait perpétuer son rôle de gendarme de l’Afrique. Par sa mollesse si ce n’est par sa léthargie, du moins par son manque de perspicacité, l’Algérie a permis de perpétuer ce plan qui a rendu incontournable le recours à la France par les autorités de Bamako. Selon le New York Times(28 janvier 2013), les Etats-Unis vont créer une base de lancement de drones dans le nord-ouest de l’Afrique, au Niger pour être précis, afin de «combattre» les groupes terroristes. Selon le même journal, le commandement américain en Afrique discute également d’autres options pour localiser cette base dans d’autres pays de la région, comme le Burkina Faso. Ces drones participent de la création du terrorisme et ont causé des milliers de victimes au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen et en Somalie. Machiavélique scénario : on dit au Qatar de perdre des milliers d’armes en Libye, puis on lui dit de financer Ansar Dine et Mujao et Aqmi ensuite on crée une base de drones… La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et l’Allemagne ont accepté d’aider la France dans son opération Serval, ce qu’elles ne peuvent faire si elles n’avaient pas un intérêt. Le néocolonialisme vient en libérateur contre l’Islam castrateur-oppresseur-intégriste-fondamentaliste-terroriste… Les crimes commis en Syrie et ceux commis en Libye sont exemptés. Quelle belle victoire pour l’OTAN ! Quelle piètre image de l’Islam qu’une poignée de vendus du Qatar et de voyous maliens donnent de l’Islam. Pendant que les décideurs véritables étaient dans l’ombre, les supplétifs faisaient le sale boulot, prenaient des otages, tuaient, pillaient et mourraient, chair à canon rameutée au nom de l’Islam ou au nom d’un hypothétique Azawad, deux arguments au service du néocolonialisme en marche. Les peuples d’Afrique ont toujours vécu en communautés pacifiques jusqu’au jour où le colonialisme a utilisé le divide ut regnes à des fins cyniques. Il n’y a presque plus de véritables groupes djihadistes, mais des mercenaires recrutés à la porte d’un bar, d’un stade ou d’un cyber café et à qui on fait miroiter une belle poignée de dollars qataris : les 11 Tunisiens et les 7 Egyptiens qui ont commis l’attentat d’In Amenas montrent que le mercenariat a remplacé le «djihadisme», comme nous le verrons plus loin. Mercenaires aussi sont les éléments qui composent le MNLA qui est composé de mercenaires déguisés en Touareg pour pallier le manque d’autochtones dans ses rangs. Il est probable que les Français ne représentent qu’eux-mêmes au Mali, mais le Qatar ne peut représenter que lui-même dans la question malienne où il a joué le rôle moteur : si c’est MNLA (France) qui a servi à la pénétration, c’est tout de même Doha qui a pu gérer les groupes «islamistes» en leur permettant d’arriver jusqu’aux portes de Bamako, cette ligne rouge tracée pour une intervention sans mandat de l’ONU et que Ban Ki-Moon au lieu de condamner a félicitée ! Les musulmans mis KO par les chrétiens ! Des Hollande et des François sont baptisés dans certains foyers chrétiens maliens qui ont eu peur de devoir imposer à leurs filles de porter la burqa des «djihadistes»… Bravo Hamad pour la promotion de l’Islam ! Grâce à toi, des drapeaux français sont déployés dans les rues maliennes…

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident, 25 février 2013

 

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Sous le prétexte d’une «responsabilité de protéger», les Français ont intervenu au Mali sans mandat de l’ONU. Les puissances occidentales les soutiennent pour une mise sous tutelle programmée de l’Afrique. Mais dans la tutelle de l’Afrique, il y a la mise sous tutelle de la France par les USA, car ceux qui mènent le jeu au Sahel ce sont les Américains, avec la complicité de nombreux pays d’Afrique et d’Afrique du Nord, qui semblent depuis quelques années appeler le néocolonialisme de leurs vœux.
Dans le nouvel ordre mondial qui voit le jour, la financiarisation est inséparable de la militarisation, le monde de la finance étant intimement lié au complexe militaro-industriel qui a pris la Maison-Blanche en otage. La Maison-Blanche, quant à elle, prend en otage d’autres pays, des plus grands aux plus petits. Moscou et Pékin et les pays du BRICS semblent être les seuls Etats à refuser cette hégémonie, que les Américains refusent de voir fragilisée, quitte à ramener les récalcitrants avec le «gros bâton» cher au président Theodore Roosevelt. Beaucoup d’éléments ont argumenté dans le sens d’une préméditation de l’opération Serval dans le cadre d’un complot contre le Mali et les pays frontaliers, pas uniquement l’Algérie. Mais on a compris que tout le micmac flagrant montre qu’il s’agit d’une crise créée de toutes pièces et que le manipulateur en chef, le Département de la défense américain (DoD) la préparait depuis les années 1990, lorsqu’il a créé des situations créatrices de crises (crisogènes) par sa seule présence. Revenons à l’histoire de la présence américaine en Afrique et à l’apparition mystérieuse du terrorisme, à chaque fois qu’une base américaine se crée dans une région. «L’idée politique centrale de l’impérialisme, écrit la philosophe politique Hannah Arendt, est l’expansion comme un but permanent et suprême de la politique», tandis que Chalmers Johnson écrit dans The Sorrows of Empire. Militarism, Secrecy, and the End of the Republic : «L’impérialisme ne peut pas exister sans un puissant appareil militaire pour soumettre et policer les gens qui s’opposent sur son chemin et un système économique pour financer un établissement militaire couteux et improductif.»(1) En 2002, dans une perspective qui s’inscrit dans le projet impérialiste du Grand Moyen-Orient, George Bush a créé le plan Pan Sahel afin de «lutter» contre le terroriste dans le Sahel ; or, il n’y avait pas de terroristes au Sahara ni dans sa région sud, est et ouest, même après dix années de troubles en Algérie. Le terrorisme s’est développé au nord du Maghreb, et s’y est maintenu car il n’avait pas d’assisses dans le sud, d’autant que l’Islam traditionnel et soufi y est très puissant et constituait un paravent contre les takfiristes, wahhabites et autres excommunicateurs. Ce bel Islam de nos ancêtres dérangeait beaucoup, car il donne une idée forte et puissamment ancrée d’une tradition spirituelle et culturelle qui empêchait la prolifération des parasites. Mais le Sahel est une région visée par les Etatsuniens dès que le bloc communiste a sombré. Déjà, en 1996, ils ont demandé aux Saoudiens d’envoyer l’agent Ben Laden au Soudan, non sans avoir concocté un coup d’Etat dans ce pays afin de permettre à un Etat «islamiste» d’y prendre racine. Ben Laden enverra des armes et des Arabes-Afghans vers l’Algérie et, au préalable, il écrira pour ses amis du parti dissous les paroles de : «Alayha nahia, alayha noudjahed.»

Programme d’aide, programme d’asservissement

Pourquoi les Américains voulaient-ils «combattre» le terrorisme sur un territoire où le phénomène n’existait pas si ce n’est pour le créer ? Comme par hasard, dès l’année suivante, entre 2003 et 2004, le groupe d’El Para kidnappe plusieurs groupes de touristes au Sahara ! Le groupe terroriste nigérian Boko Haram est créé en 2002. Entre 2007 et 2008, la Mauritanie subit des attaques et des enlèvements de l’Aqmi. Le terrorisme était inconnu en Irak avant 2003 ; aujourd’hui, ce pays est son fief. En 2008 apparaissent les djihadistes d’Al-Shabbab, en Somalie. Moubarak et Benali ont éradiqué le terrorisme que le «printemps arabe» vient ressusciter en Égypte et en Tunisie… Idem pour la Libye et surtout la Syrie actuellement… où les Américains s’installent. Le cancer terroriste se développe, comme s’ils l’inoculaient directement par injection. En 2005, le programme US Pan Sahel se transforme en Trans Sahel Conter Terrorism Partnership dont l’objectif était de former les forces militaires des sept pays sahariens «volontaires» dans leur lutte contre leurs différents ennemis, y compris «terroristes», en fait des alliés sous de faux drapeaux. Tactique du pyromane pompier… Les Etats-Unis ont aussi un programme appelé Counter Terrorism Train and Equip destiné à apporter de l’aide militaire à des pays maghrébins et d’Afrique subsaharienne (Algérie, Burkina Faso, Tchad, Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigeria, Sénégal, Tunisie) en leur offrant quelques armes et véhicules, du matériel de communication, des pièces de rechange et des tenues militaires. Il permet d’avoir un pied à terre dans ces pays en attendant mieux, une base militaire, un puits de pétrole ou une exploitation minière, par exemple. Ainsi donc, les Etats-Unis visent l’implantation dans des pays qui sont traditionnellement dans le giron français… Peu d’égards pour la France amie et alliée au sein de l’OTAN… Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas venus concurrencer la France à Djibouti en 1981 ? Et comme par hasard, le piratage s’est développé dans la corne de l’Afrique dès que la base américaine de Camp Lemonnier a été créée en 2003. Les actes de piratage contre des navires marchands se développent en même temps que le terrorisme, au fur et à mesure que la répression grandit. L’injustice nourrit la révolte, c’est ce que font semblant de ne pas comprendre les pays qui ont de longues expériences coloniales. Une fois le terrorisme installé en Afrique, George Bush décide de créer, en 2007, un commandement unifié pour l’Afrique (United States Africa Command) dont l’acronyme est Usafricom ou Africom et destiné, en premier lieu, à coordonner toutes les activités militaires et sécuritaires étatsuniennes sur ce continent. Son deuxième but est la «géopolitique du pétrole», soit la sécurisation des approvisionnements américains par le golfe de Guinée afin d’amoindrir la dépendance aux réserves du Moyen-Orient. Le troisième but est la compétition économique afin de contrer par un pré-positionnement militaire US la montée en puissance de la Chine. Parmi ces objectifs, on ne sait lequel est prioritaire, car comptent beaucoup pour les Etats-Unis les nécessités de défense pure, soit la dépense du budget militaire dans des conflits nécessaires pour le fonctionnement du complexe militaro- industriel. Ce n’est qu’à cela essentiellement qu’ont servi les guerres d’Afghanistan et d’Irak depuis 2003. Car il faut savoir que la Maison-Blanche a dépensé près de 5 000 milliards de dollars en dix ans en Irak et en Afghanistan, sommes qui sont allées dans les coffres du complexe militaro-industriel et ceux d’autres entreprises étatsuniennes. La recette est simple : on crée la pauvreté dans un pays, et lorsqu’il devient ingouvernable, on y envoie des terroristes qu’il s’agira d’éliminer sous prétexte qu’ils menacent le «monde libre». Ainsi, la chaîne de production d’armes tourne à fond pour doter à la fois les terroristes et les pays qui combattent le terrorisme. En 2008, Jeremy Keenan, un anthropologue très au fait des choses du terrorisme et du renseignement, écrivait dans la revue d’intelligence Menas: «Rares sont les endroits au monde qui ont été autant sujets à désinformation que le nord du Mali et sa frontière avec l’Algérie. Il est vrai que c’est le point focal de l’administration Bush en ce qui concerne sa fabrication d’un second front saharien dans sa soidisant guerre contre le terrorisme.» En 2009, le Mali a bénéficié du programme Trans Sahel Conter Terrorism Partnership, mais au préalable, les Etats-Unis ont imposé à ce pays criblé de dettes une restructuration qui l’a davantage affaibli puis entraîné dans le gouffre actuel. En un tour de passe-passe américano-franco-qatari, voilà le Mali coupé en deux, avec un nord occupé par une nébuleuse d’islamistes et de pseudo-rebelles également à la solde. Puis voilà les Français qui accourent pour sauver un peuple de barbares islamistes… qu’ils ont pris soin de doter des armes les plus sophistiquées…

La guerre, seule logique de la Maison-Blanche

Pour renforcer sa présence en Afrique, au détriment d’une France qui n’a plus d’argent pour y être présente, Washington va, selon le Département d’Etat américain, déployer une centaine de conseillers en Afrique de l’Ouest et les répartir au sein des contingents africains de six nations : Niger, Nigeria, Burkina Faso, Sénégal, Togo et Ghana, qui fournissent des troupes à la Misma. Ces «mentors» dépendent du programme African Contingency Operations Training and Assistance (ACOTA). Même s’ils ne seront pas déployés sur le territoire malien, économiquement, il s’agit d’une ingérence dans une chasse gardée, même s’il s’agit d’un allié atlantique. Pour comprendre cette stratégie, il faut savoir que le budget américain est de 755 milliards de dollars (2010) alors que celui de la Chine est de seulement 143 milliards de dollars, que celui de la Russie est de 71, 9 mds et celui de la France de 62,5 seulement. Le budget défense des Etats-Unis est non seulement colossal, mais il est plus important que tous les autres secteurs réunis : il bouffe plus que la moitié du budget du pays alors que celui de la France est le deuxième après celui de l’éducation. En 2011, le budget du DoD représente 41% du total mondial de défense par rapport à la Russie qui n’en détient que 4,1% et la Chine 8,2 % tandis que l’Arabie Saoudite en détient 3%. La véritable course aux armements n’a jamais été aussi folle qu’aujourd’hui, car l’Amérique dope les achats en imposant une surenchère, ensuite grâce au terrorisme qui cible les pays non amis et ennemis. Ainsi, les pays arabes, qui soutiennent le terrorisme (Arabie Saoudite, le Qatar et les autres pays du Golfe) sont devenus des investisseurs dans l’industrie militaire occidentale par le biais d’opérations de leurs fonds souverains, et ce, indirectement ou directement dans certaines entreprises liées au complexe militaro-industriel (Carlyle et la société militaire privée Vinnel) : des enjeux importants les lient désormais au terrorisme qui nourrit le complexe militaro-industriel… Le problème malien s’inscrit donc dans une stratégie géopolitique globale qui dépasse les acteurs apparents (groupes terroristes) et même ceux qui se sont mis en avant depuis le début ou dernièrement (Qatar et France) : elle s’inscrit dans un plan du Grand Moyen-Orient tout comme les «printemps arabes» qui visaient à éliminer tous les raïs (Benali, Moubarak et surtout Kadhafi) susceptibles de s’opposer à la création, à leur frontière (Mali), d’un Etat failli où se déploient les groupes terroristes, tout comme en Afghanistan. Fin 2010, Obama avait dit vouloir renforcer l’armée américaine et lui donner de nouveaux «partenaires» pour la réussite de ses objectifs : il ne dit pas alliés car ceux de l’Occident sont connus ; il s’agit donc de ces innombrables traîtres à leur nation qui prolifèrent depuis les «printemps arabes». Ce sont les services de renseignements étatsuniens qui recrutent les traîtres, ainsi que des agences supposées de droits de l’homme, des ONG supposées humanitaires ou destinées à «promouvoir la démocratie dans le monde», comme l’Open Society, le Fondation Soros, la National Endowment for Democracy… D’ailleurs, ces trois ONG liées à la CIA ont joué un rôle fondamental dans les «printemps arabes».

A.E.T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

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Le 6 juin 2012 était formellement crée l’Alliance du Pacifique entre le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili. Ces quatre pays, écrit l’économiste péruvien, Oscar Ugarteche, ont en commun des accords de libre-échange avec les États-Unis et l’absence d’accords semblables avec leMercosur. Dépourvus de secteurs industriels nationaux significatifs, leur rôle n’en est pas un de compétition, mais de blocage de l’intégration régionale que propose l’Unasur.

Le 22 juin, la destitution du président du Paraguay, Fernando Lugo, frappait en plein cœur la même Unasur. Mais la réplique du Brésil et de ses alliés régionaux n’a pas tardé : d’abord en incorporant le Venezuela au Mercosur, et, ce qui est moins connu, en redonnant vie à la Zone de paix et de coopération de l’Atlantique-Sud (Zopacas).

Créée en 1986 à l’initiative du Brésil et de l’Argentine, la Zopacas est une alliance de 24 pays latino-américains et africains qui comprend deux membres des BRICS (Brésil et Afrique du Sud), un membre du G-20 (Argentine) et deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole (Nigéria et Angola). Son principal objectif est la coopération pour préserver l’Atlantique-Sud d’armes nucléaires et de destruction massive.

Gouvernés à l’époque par des forces conservatrices, le Brésil du président José Sarney et l’Argentine de Raul Alfonsin en avaient contre la présence soviétique dans cette région du monde. Mais, explique l’analyste international uruguayen, Raul Zibechi, l’Occident craint tellement la coopération Sud-Sud que des pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, le Portugal et les Pays-Bas votaient contre la constitution de la Zopacas aux Nations-Unies.

L’alliance a fonctionné de manière sporadique de sorte que la rencontre ministérielle convoquée par le Brésil, à Montevideo (Uruguay), les 15 et 16 janvier dernier, n’était que la septième en 27 ans.

Mais, pour la première fois de son histoire, la Zopacas réunissait les ministres de la Défense des pays membres. Ceux-ci ont adopté un plan d’action prévoyant le renforcement des capacités navales et aériennes des 24 pays et la tenue d’exercices militaires conjoints dans l’Atlantique-Sud.

Zibechi rapporte que la Division des affaires géopolitiques et des relations internationales de l’École supérieure de guerre brésilienne qualifie la conférence de « plus grande réussite diplomatique » du gouvernement de Dilma Rousseff.

Depuis le Sommet de l’OTAN 2010, à Lisbonne, qui a discuté de la vocation d’intervention globale de l’organisation, le Brésil craint une possible initiative états-unienne pour créer une Organisation du traité de l’Atlantique-Sud (OTAS).

Dès la fin de ce sommet, le ministre de la Défense brésilien d’alors, Nelson Jobim, avait critiqué ces prétentions de l’OTAN en disant que, l’Union soviétique disparue, il n’y a plus de raison d’être pour une alliance qui est en voie de se convertir en « instrument d’avancement des intérêts de son membre principal, les États-Unis. »

Au nom d’une vision de pays en développement qui répudie toute attitude coloniale ou néocoloniale, le Brésil rejette le concept de souveraineté partagée que proposent les États-Unis pour l’Atlantique-Sud. Le Brésil conçoit cette région comme son espace vital de renforcement international et d’insertion multipolaire dans le monde.

Le Brésil, rappelle Zibechi, est la sixième économie mondiale et pas moins de 95% de son commerce transite par l’Atlantique-Sud. L’importance de la Zopacas est aussi proportionnelle à la croissance de la présence économique brésilienne en Afrique. En Angola, par exemple, pays lusophone comme le Brésil, plus de 200 entreprises de ce pays étaient, en 2007, responsables de 10% du PIB angolais.

Pour sa part, l’analyste géopolitique chilien, Patricio Carvajal, croit que l’Atlantique-Sud est stratégique pour bien du monde parce qu’il est le point d’accès principal au vaste continent antarctique. La Grande-Bretagne, qui menace de défendre les Malouines avec des armes nucléaires, vient de nommerTerres de la reine Isabelle quelques 430 000 kilomètres carrés de territoire antarctique.

L’explosion démographique qui affecte la planète, explique Carvajal, la demande croissante de ressources alimentaires et d’eau douce, indiquent que, très bientôt, la Convention de la Jamaïque sur le droit de la mer (1982) et le Traité antarctique (1959) appartiendront à l’histoire du droit international.

Carvajal ajoute qu’il y a urgence pour l’Amérique latine à se doter d’une stratégie maritime commune et d’une force navale dont le pilier pourrait être la flotte de sous-marins de l’armée chilienne, qui se situe à un niveau de développement technologique comparable à celui de pays comme la Chine, le Japon, l’Inde, la Russie et les États-Unis.

Mais si l’OTAN s’immisce dans l’Atlantique-Sud, le Brésil et ses alliés des BRICS font de plus en plus sentir leur présence dans la mer des Caraïbes que Washington considère pourtant presque comme une mer intérieure.

Depuis la dernière décennie, rappelle l’analyste politique radiophonique nicaraguayen, Jorge Capelan, l’initiative PetroCaribe, la circulation de la flotte russe et même des plans annoncés pour l’érection d’une base militaire russe à Cuba, ont provoqué de grosses vagues que n’ont surtout pas calmé la récente réélection des présidents Chavez et Ortega.

Le gouvernement nicaraguayen, qui, en novembre, a reçu près de 70% du vote populaire, a annoncé le creusement d’un canal interocéanique qui permettra bientôt, dit-il, aux pays du Mercosur un accès plus fluide à l’océan Pacifique.

Le Nicaragua vient aussi de remporter un différend maritime avec la Colombie qui, prétextant de sa souveraineté sur de petites îles situées plus près des côtes nicaraguayennes que des côtes colombiennes, interdisait à Managua la construction d’un port en eaux profondes dans les Caraïbes. Le jugement de laCour internationale de justice (CIJ) de La Haye non seulement donne raison au Nicaragua, mais lui octroie 75 000 kilomètres carrés de territoire maritime additionnel.

La Colombie a répondu en se retirant du Pacte de Bogota par lequel, depuis 1948, les États sud-américains s’engagent à une solution pacifique de leurs différends et reconnaissent les verdicts de la CIJ en tant qu’instance suprême de règlement.

Malgré l’appel à l’aide lancé par l’Assemblée nationale nicaraguayenne aux armées cubaines et russes suite à la réaction colombienne, celle-ci, croit Capelan, fait l’affaire des États-Unis, d’abord parce qu’elle sème la discorde au sein de l’Unasur, mais surtout parce qu’elle ouvre la voie à un affrontement avec le Nicaragua.

Les États-Unis ont besoin d’un acteur de poids dans cette région, dit encore Capelan, car le coup d’état de 2009, au Honduras, n’a pas donné les résultats escomptés. La résistance populaire a empêché la transformation du pays en épicentre de guerres de basse intensité semblables à celles des années 1980 contre le Nicaragua.

Alors que la Colombie s’implique davantage dans les Caraïbes, les États-Unis multiplient les interventions anti-drogue des Marines en Amérique centrale. Dans un texte où elle analyse l’une de ces interventions, la journaliste d’enquête de Vancouver, Dawn Paley, affirme que l’Opération Martillo, qui vient de prendre fin après quatre mois au Guatemala, visait à pousser les trafiquants de drogue de la côte ouest de l’Amérique centrale vers la côte est, dans les Caraïbes.

C’est dans cette mer qui sent de plus en plus la poudre, que, le 6 novembre dernier, 54% de la population portoricaine, rejetait par référendum le statut colonial de l’île.

André Maltais

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Le 15 janvier, après la demande d’intervention reçue de son homologue malien, François Hollande est parti aux Emirats demander des fonds pour l’intervention au Mali, et par la même occasion, il a visité la base navale française d’Abu Dhabi. Il sait que les musulmans ne se contentent pas d’envoyer leurs fils tuer d’autres musulmans, mais qu’en plus, ils mettent la main à la poche pour financer la liquidation de leur progéniture par les commanditaires.

Cette visite entre dans le cadre du partenariat dont Obama a parlé dans son discours avant les «printemps arabes», signifiant qu’il se fixait un but de créer une chaîne de «partenaires» avec un nombre incalculable de traîtres qui feraient de la surenchère pour abattre les derniers Etats qui résistent à l’impérialisme et même pour se détruire les uns les autres, non seulement pour se partitionner en mini-Etats à caractère ethnique, linguistique ou religieux. Auparavant, François Hollande était occupé à soutenir les bandes de mercenaires en Syrie, un autre cas d’école du terrorisme transnational créé et instrumentalisé par l’Occident : 90% des 100 000 terroristes qui activent dans ce pays sont d’origine étrangère. Tandis que Hollande veut «lutter» contre Ansar Dine au Mali, il recevait à l’Elysée le chef de l’Alliance syrienne, Ahmad Moaz Al-Khatib – un ancien imam intégriste de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas dont il a été chassé pour extrémisme – qui disait soutenir le groupe terroriste An-Nousra que les USA venaient de mettre sur la liste de groupes terroristes et qu’ils continuaient à soutenir eux aussi. Fabius se disait soucieux d’empêcher l’installation d’un Etat terroriste au Mali alors qu’il soutenait An-Nousra à installer des fiefs terroristes à Alep, à Hama, Homs, Damas et ailleurs afin de déboulonner le seul président laïc, progressiste et anti-israélien qui reste dans le monde arabe. La logique semble complexe, mais au fond, elle est très simple : il ne s’agit pas du deux poids, deux mesures envers les groupes djihadistes. C’est la même logique. Avant de les combattre, il faut les entretenir, et quand ils grossissent, on se met à les combattre pour les victimiser afin que Morsi, Ghannouchi, Hamad et consorts chauffent le tambour pour rameuter des hordes de mercenaires et de barbus, en brandissant le chéquier et le Coran. Les ventes d’armes seront en augmentation exponentielles, comme nous le verrons plus loin. Tous les groupes de mercenaires impliqués au Mali ont agi de concert avec une affectation de rôles pour chacun, y compris pour le MNLA qui fait semblant de se retirer du jeu lorsque l’intervention a lieu, alors que c’est par lui que tout a commencé. Il ne renoncera pas à ses velléités indépendantistes tant que le commanditaire n’a pas obtenu gain de cause : ses récentes déclarations donnent à penser qu’il sert toujours de moyen de pression pour la France. Comme l’invasion qu’il a guidée le 17 janvier 2012, le retrait qu’il opère s’inscrit dans une même démarche où rien n’est fortuit. Bien au contraire, tout a été programmé. Ce que disent les groupes de mercenaires importe peu, tout comme importe peu les déclarations de leurs soutiens wahhabites-salafistes-Frères-musulmans sur les médias et TV égyptiens, libanais, maghrébins ou des pays du Golfe. Dans leurs discours, ils disent leur «haine» de l’Occident, mais la vérité est tout autre : ils agissent au profit de l’Occident, dans le cadre défini par l’Occident, sous les ordres et avec les instructions express de l’Occident, soit directement via des centrales de renseignement comme la CIA, le SDECE et la DCRI français, le MI6, etc., ou par l’entremise du Qatar et de l’Arabie Saoudite qui peuvent aussi agir pour leurs propres agendas.

Françafrique et socialisme néocolonialiste

Après l’intervention française au Mali, il devient clair que les velléités séparatistes du MNLA sont plus dictées par les services secrets occidentaux que par des injustices réelles ou supposées. En Afrique du Nord, la majorité des communautés ont vécu des siècles sinon des millénaires en harmonie. Les conflits et les heurts ne sont apparus qu’avec le divide ut regnescolonial, et c’est le néocolonialisme qui a exacerbé les conflits, stigmatisé les différences, encouragé les divisions. Des faits troublants laissent penser que l’invasion du Nord-Mali par des rebelles et des terroristes financés par un même commanditaire obéit à un plan minutieux préparé avant la chute de Kadhafi. Quant à l’intervention française au Mali, elle risque de déraper et d’ouvrir le champ au dépeçage d’un pays ou même de toute une région, à sa mise à sac, voire sa partition, dans le genre des scénarios initiés par la France au Biafra (1967-1970), au Rwanda ou en Côte-d’Ivoire, et par les USA en République de Serbie, en Tchétchénie, en Irak, au Soudan… Pour montrer que le MNLA est toujours un groupe d’irrédentistes qui disent une chose puis son contraire, Moussa Ag Assarid, l’un des leaders du MNLA disait vouloir participer avec les forces françaises à lutter contre ce qu’il appelle les terroristes : «Nous sommes en mesure d’accomplir le travail au sol. Nous avons des hommes, des armes et, par-dessus tout, le désir de libérer l’Azawad du terrorisme.» En outre, dans un entretien accordé au Soir d’Algérie(22-26 janvier), Hama Ag Sid Ahmed, porte-parole du conseil du MNLA, dit que ses unités se déploient dans les territoires du Nord-Mali : à quoi sert donc une libération si elle ne désarme pas tous les belligérants ? Questionné sur l’éventualité de rejoindre les unités de la Misma, le porte-parole affirme que «Bilal Ag Achérif, le président du Conseil transitoire de l’Azawad, avait fait une déclaration dans laquelle il expliquait très clairement que le MNLA ne s’allierait pas à la Cédéao. Nous estimons que ces forces, pilotées par l’armée malienne, ne connaissent pas la région et elles risquent fort de s’engager dans une guerre contre la «peau blanche». Cela risque de devenir très dangereux. Ces forces armées ne feront aucune distinction entre les populations civiles et les groupes terroristes.» Il ajoute : «Voilà pourquoi nous privilégions les frappes aériennes ciblées au déploiement de troupes dans l’Azawad», entendant par-là les opérations des troupes françaises. Selon lui, les Français sur le terrain savent distinguer entre civils et terroristes ! Il se révèle davantage en disant : «Je pense que nous aurons également à nous concerter avec les autorités françaises». Au nom de quelle légitimité il se concerterait avec les Français ? Cela signifie donc que les Français prennent langue avec ce groupe de mercenaires : c’est de l’ingérence pure et simple. Finalement, la France semble avoir ressorti un vieux projet gaullien de séparation du Sahara des autres pays — un projet datant de 1957 et appelé «Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) — et semble décidée à nous faire mordre la poussière avec, puisqu’elle trouve des traîtres dans chaque coin de nos pays (lire 7e partie). Si à l’Azawad, le MNLA veut donner une connotation ethnique, pourquoi donc ne pas y inclure Tamanrasset et tout le Sahara algérien, une partie du Niger, du Burkina Faso et du Sahara libyen ? La France a échoué en 1957, et veut gagner aujourd’hui en s’alliant à l’impérialisme franco-qatari. En créant le MNLA et en l’instrumentalisant, le socialiste Hollande commet le crime le plus grave de l’histoire postcoloniale de la France. Les relents de la Françafrique puent dans les discours faussement humanitaristes du plus mitterrandien des néocolonialistes. Aujourd’hui, l’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste mais encore une fois, il s’avère que cet alibi fabriqué a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces : le cas malien s’ajoute donc aux cas afghan et irakien. La France garde le MNLA sous la main, car il pourrait encore servir de moyen de pression et énième ruse de l’impérialisme.

Les groupes de mercenaires fidèles à leurs maîtres

L’oncle du leader du MNLA, Moussa Ag Assarid, chef d’Ansar Dine, un autre groupe fantoche qui, lui, utilise l’islam comme fonds de commerce, suit le Qatar, dans une distribution des rôles apparemment écrite par l’ex-secrétaire à la Défense, Hillary Clinton, pour mettre plus de piquant à l’histoire et éparpiller les pièces du puzzle. Le Qatar fait mine d’être en colère contre l’intervention française ou bien l’est-il vraiment que son poulain, Ansar Dine, soit sacrifié et non pas le MNLA ? «Nous espérons que ce problème puisse être réglé par le dialogue. Je pense que le dialogue politique est important et nécessaire. Je ne pense pas que la force règlera le problème», a dit Hamad Ben Jassem Al-Thani, le Premier ministre du Qatar. D’ailleurs, pour montrer sa reconnaissance à ses généreux donateurs du Golfe, Iyad Ag Ghaly a pris pour nom Cheikh Abou Elfadel, ce qui montre son mépris pour la culture touarègue. Ansar Dine était sur le point de proclamer un cessez-lefeu unilatéral, puis voilà qu’Iyad Ag Ghaly accuse ses représentants de trahison et quelques jours après il lance l’assaut contre la ville de Kona pour donner le signal à l’intervention française. Les Hamad du Qatar ont plus d’un tour dans leur sac : la preuve, un parti islamiste vient d’être créé au Mali. Il est issu d’Ansar Dine et se fait appeler : Mouvement islamique de l’Azawad. Maintenant, même les «islamiques» se revendiquent l’Azawad et non pas du Mali. Si le prétexte indépendantiste ne réussit pas, le prétexte islamiste aura des chances. Finalement, tous les ramassis d’Ansar Dine se ressemblent : des mercenaires qui doublent leurs revendications islamistes de revendications sur le Nord-Mali. Quelle différence alors avec le MNLA ? Aucune, que la duplicité, la lâcheté et la ruse pour satisfaire les desiderata de la France. Mais ni les Touareg ni les autres factions du Nord-Mali ne se laissent duper. Le Mouvement islamique de l’Azawad a été créé pour diviser les Touareg et les peuples avec lesquels ils ont toujours vécu en harmonie. D’ailleurs, les scènes de pillage et de violence entre les différentes ethnies en représailles de celles subies depuis janvier 2012 à cause d’Ansar Dine et du MNLA attestent que le feu de la fitna a commencé, avec son lot de vengeances. Ce parti vise aussi à créer davantage de divisions au sein des Touareg et à politiser cette population dans le mauvais sens du mot, alors que pour eux, la citoyenneté se pratique dans les faits, par le travail et la solidarité traditionnels imposés par l’environnement hostile. Les credo ethniques comme les credo d’une «Dawla islamiyya» sont le camouflage entrant dans un projet global de partition et de destruction des Etats islamiques et de la nation islamique dans sa globalité. Les déclarations du MNLA autant que la création du parti islamiste touareg montrent que les causes et les effets sont intimement liés, pas uniquement au menu fretin des supplétifs et des valets, mais des ordonnateurs et décideurs de l’ombre. Tous les chefs des groupes maliens pseudo-djihadistes et pseudo-rebelles du MNLA et d’Ansar Dine viennent du même mouvement du MPLA et du MPA responsables des anciennes rébellions qu’Alger a eu à régler notamment en 1992 et en 2006. Mais aujourd’hui, ce sont des manipulateurs exogènes qui avancent ces pions sur le terrain. Depuis plus d’un siècle, les Etats-Unis utilisent le terrorisme comme soutien à leur politique étrangère : l’Afghanistan, le Nicaragua (les Contras), la Tchétchénie, la Bosnie… Les Français quant à eux ne sont pas des amateurs dans le domaine et ils viennent de le prouver au Mali, en manipulant plusieurs marionnettes à la fois, le MNLA Aqmi, Ansar Dine, Mujao, et cela s’est sans doute fait en coordination avec le Qatar, ce nouveau membre non déclaré de l’OTAN.

A. E. T.

 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11)Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme, 23 février 2013

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L’inégalité et la démocratie aux États-Unis

février 22nd, 2013 by Joseph Kishore

Dans son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, le président Obama a commencé en déclarant que la reprise économique était bien amorcée. «Ensemble, nous avons déblayé les décombres de la crise», a-t-il affirmé, «et nous pouvons dire, avec une confiance renouvelée, que l’état de notre union est fort».

Les plus récentes statistiques sur l’inégalité sociale aux États-Unis, rendues publiques le mois dernier, montrent plus clairement ce que signifie véritablement cette déclaration. Pour Obama et la totalité de l’établissement politique, les principaux indices de la crise sont les marchés boursiers et la richesse de l’élite patronale et financière.

Selon des données compilées par Emmanuel Saez de l’Université de Californie, le revenu réel moyen par famille a crû de 1,7 pour cent entre 2009 et 2011 — soit durant les deux premières années de la «reprise». Cependant, Saez note que «Le 1 pour cent des revenus les plus riches a crû de 11,2 pour cent tandis que les 99 pour cent inférieurs ont diminué de 0,4 pour cent. Ainsi, le 1 pour cent supérieur a accaparé 121 pour cent des augmentations de revenu durant les deux premières années de la reprise.»

Part des revenus de la tranche supérieure de 1 pour cent, de 1917 à 2011.

Autrement dit, la tranche supérieure de 1 pour cent a absorbé la totalité de la croissance des revenus durant deux ans, plus 20 pour cent. Ces chiffres montrent un immense transfert de richesse, une injection de fonds dans les marchés financiers aux dépens de la majorité de la population : la classe ouvrière.

Saez écrit aussi : «En 2012, la tranche supérieure de 1 pour cent va probablement assister à une amélioration fulgurante de sa position en raison du boom des valeurs des actions et du réajustement des revenus pour éviter les taux d’imposition plus élevés de 2013. De 2011 à 2012, les revenus des 99 pour cent inférieurs vont probablement croître beaucoup plus modestement que ceux du 1 pour cent supérieur. Il semblerait donc que la Grande Récession n’a que temporairement réduit la part des revenus obtenue par les couches les plus riches et qu’elle n’effacera pas les augmentations radicales de la part des revenus qu’accaparent ces couches qui prennent place depuis les années 1970.»

Ces tendances dans le partage des revenus ne sont pas simplement le produit de forces économiques abstraites. Elles proviennent d’une politique de classe bien précise et impitoyable menée d’abord par Bush et intensifiée par Obama. En réponse au krach de 2008, qui a été le résultat de spéculation financière à une échelle historiquement sans précédent, des sommes d’argent illimitées ont été offertes aux banques par le gouvernement et la Réserve fédérale.

Pour financer le boom de la bourse, la Fed a acheté des actifs d’une valeur de quelque 2 billions $ depuis 2008, essentiellement en imprimant un montant égal d’argent pour la transférer dans le système financier. Internationalement, les gouvernements ont mis en oeuvre une politique semblable. Les résultats étaient prévisibles : les bulles d’actifs ont gonflé à nouveau, tandis que les mauvaises dettes de l’aristocratie financière ont été transférées aux banques centrales et aux budgets gouvernementaux.

Le corollaire de ces mesures a été une attaque systématique et continuelle sur les niveaux de vie de la vaste majorité de la population. Dans son discours sur l’état de l’Union, Obama a louangé la prétendue résurgence des emplois manufacturiers – en fait, une petite minorité des emplois abolis ont été restaurés. Il n’a pas mentionné que les emplois qui avaient été créés l’ont été sur la base de salaires de misère, amenés par la restructuration de l’industrie de l’automobile en 2009 par l’administration Obama.

Ainsi, le nombre de «travailleurs pauvres» aux États-Unis – ceux qui sont presque pauvres même s’ils ont un emploi – a fortement augmenté. En 2011, 47,5 millions de personnes vivaient dans des familles gagnant moins de 200 pour cent du taux de pauvreté officiel. C’est près du tiers (33 pour cent) de toutes les familles de travailleurs, en hausse par rapport à 31 pour cent en 2010 et 28 pour cent en 2007.

Ces statistiques n’incluent pas les chômeurs. Malgré le déclin officiel du taux de chômage, qui est largement dû aux millions de personnes qui ont quitté la force de travail, la proportion de travailleurs dans la population demeure près du plus bas taux atteint après la crise.

Derrière la rhétorique peu convaincante d’un retour d’une «classe moyenne prospère», Obama a clairement fait savoir que les politiques de l’administration durant son deuxième mandat seront totalement subordonnées aux intérêts de la grande entreprise, en commençant par des coupes de centaines de milliards de dollars en santé.

Ces statistiques sur l’inégalité en disent long sur la société américaine : une société dominée par une minuscule aristocratie. Le programme de tout l’établissement politique est dicté par la défense de la richesse de cette couche sociale. C’est le conflit entre cette aristocratie et la classe ouvrière qui représente la division sociale fondamentale, et non pas les diverses formes de politiques identitaires qui font maintenant partie intégrante de l’idéologie d’État.

Ces relations sociales sont absolument nécessaires à la compréhension de la crise de la démocratie aux États-Unis. Sans aucune véritable opposition de la part des médias ou de l’établissement politique, l’administration Obama s’est arrogé le droit d’assassiner des citoyens américains sans contrôle judiciaire ou jugement en bonne et due forme.

Des principes démocratiques fondamentaux qui datent de plusieurs siècles sont tout simplement jetés aux orties. Après la couverture médiatique qui a suivi immédiatement la divulgation du livre blanc du gouvernement sur l’assassinat extra-légal de citoyens américains, il y a maintenant silence sur la question. La personne qu’Obama a choisie pour diriger la CIA, John Brennan, l’architecte des «listes d’assassinats », devrait obtenir l’appui du Sénat pour sa nomination plus tard ce mois-ci.

Sous la bannière de la «guerre contre le terrorisme», une croissance inexorable des pouvoirs de l’exécutif a pris place au cours de la dernière décennie : qu’il s’agisse de la détention indéfinie, des commissions militaires, de l’espionnage interne ou du maintien d’immenses bases de données de communications.

Les formes démocratiques de gouvernement ne sont pas compatibles avec les niveaux incroyables d’inégalité qui imprègnent la société américaine.

 Joseph Kishore
Article original, WSWS, paru le 16 février 2013
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Il y a un an, les principales entreprises industrielles allemandes ont lancé uneAlliance pour la sécurisation des matières premières (Rohstoffallianz) en vue de sécuriser l’approvisionnement en matières premières sélectionnées pour le compte de ses actionnaires et de ses membres. Pour atteindre ce but, elle appelle à recourir aux moyens militaires.

Dans une interview accordée lundi 18 février à Reuters, le directeur de l’Alliance, Dierk Paskert, a réclamé «une politique stratégique en matière de commerce extérieur et de sécurité» afin de garantir aux entreprises allemandes l’approvisionnement en matières premières.

Alors même que cette politique devrait se laisser guider par «l’objectif consist[ant] à accéder à des marchés des matières premières libres et transparents,» dit Paskert, «il serait naïf de considérer que cela se fera dans un avenir proche.» L’évolution est «malheureusement allée exactement dans le sens inverse.» C’est pourquoi, Paskert conclut, «Nous [l’Allemagne], en coopération avec nos partenaires de l’UE et de l’OTAN, devons nous impliquer encore plus, avec nos partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN, dans les questions relatives au commerce extérieur et à la sécurité.»

«L’implication dans les questions relatives à la sécurité» est un euphémisme pour des opérations militaires. Ceci est révélé par la référence faite à l’OTAN, une alliance militaire.

Paskert réclame des guerres de ressources.

En réponse à une question directe posée par le quotidien économiqueHandelsblatt – «Allons-nous assister à des guerres de ressources ?» – Paskert a répondu par l’affirmative en citant un précédent historique. «L’histoire montre,» a-t-il dit, «que de nombreux conflits ont eu pour origine dans la lutte pour les ressources… L’approvisionnement en matières premières est la base de la création de valeur et du bien-être d’un pays, et a donc une signification géopolitique.» Le Handelsblatt a publiquement déclaré quelle était la question centrale. Dans un long éditorial sur l’interview de Paskert, le journal écrit que l’industrie voudrait qu’il y ait «un plus grand engagement du gouvernement – et de l’armée – dans la sécurisation des matières premières.» L’éditorial a été publié sous le titre révélateur «Expédition matières premières : la nouvelle voie de l’Allemagne.»

Dans les cercles politiques, explique le Handelsblatt, cette exigence de l’industrie trouve une audience. Pour le gouvernement, «le contrôle des matières premières est une “question stratégique” pour la politique étrangère allemande.» L’on peut s’imaginer «que les partenariats sur les matières premières qui existent déjà ne suffisent pas. “Des instruments sécuritaires et militaires” sont aussi nécessaires.»

Selon le Handelsblatt, la chancelière envisage de nommer un coordinateur qui «ajustera mieux les intérêts des industries stratégiques à la technologie de la défense et de la sécurité, en contribuant à garantir l’approvisionnement en matières premières.» Les partenaires stratégiques de l’Allemagne, comme l’Arabie saoudite, devraient être soutenus en matière de technologie des armes avant que l’Allemagne en cas de crise ne soit obligée d’envoyer ses propres soldats. Et les forces armées devraient «être mieux préparées pour jouer leur nouveau rôle en tant que gardiens des intérêts stratégiques.» Le Handelsblatt cite les directives sur la politique de défense de 2011 disant que la «sécurité et l’accès aux ressources naturelles» sont l’ «intérêt le plus important de la politique de sécurité et de défense.»

Cet objectif n’est pas tout à fait nouveau. Au milieu des années 1990, les directives de la politique de défense avaient défini les tâches principales de la Bundeswehr (les forces armées allemandes) comme étant le «maintien de la liberté de commerce dans le monde et l’accès aux matières premières stratégiques.» Cette approche a ouvert la voie à la transformation de l’armée allemande de force de défense du territoire en force d’intervention internationale.

Dans la propagande officielle, les missions de l’armée aux Balkans, en Afghanistan et ailleurs ont été justifiées par des raisons humanitaires ou comme faisant partie de la «guerre contre le terrorisme.» Mais le gouvernement et le patronat estiment maintenant qu’il est temps de mettre l’opinion publique au fait des objectifs réels de telles opérations.

Dans une interview accordée le 31 janvier au journal Süddeutsche Zeitung, le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a déclaré, pour souligner la nécessité d’interventions militaires directes à l’avenir, qu’un nouveau type de justification devrait être trouvé. «Les opérations militaires internationales doivent être expliquées de manière réaliste,» a-t-il «et les justifications ne doivent pas sembler trop piteuses.»

Sous la direction de De Maizière, fils d’un général d’armée et chef d’État-major de longue date de la Bundeswehr, la transformation de la Bundeswehr progresse rapidement. Les moyens de reconnaissance et de transport ainsi que les troupes de déploiement rapide sont en train d’être élargis. De plus, la Bundeswehr veut acheter des drones armés et deux «joint support ships» (navires de soutien interarmées) qui, aux dires d’un haut gradé militaire, sont appropriés pour «faire preuve de volonté politique,» c’est-à-dire pour intimider adversaires et rivaux.

L’Allemagne est entre-temps en train de s’impliquer de façon toujours plus agressive dans des guerres impérialistes. Alors que Berlin affichait certaines réserves en 2003 en Irak et même en 2011 dans la guerre en Libye, elle soutient actuellement pleinement l’intervention française au Mali et les préparatifs de guerre contre la Syrie.

Le contexte de cette évolution est l’intensification de la lutte pour les matières premières, notamment avec la Chine. L’été dernier, le chef de l’Alliance, Paskert, déclarait au magazine américain BusinessWeek : «Si nous considérons que la Chine consomme 40 pour cent de presque tous les produits et que ses besoins continueront d’augmenter drastiquement, je commence à me sentir mal à l’aise à moyen terme. La Chine est un aspirateur géant qui n’existait quasiment pas, il n’y a pas si longtemps. Nous devrions maintenant sérieusement réfléchir à la sécurité de l’approvisionnement de l’industrie allemande.»

L’appel lancé par le patronat allemand en faveur d’une guerre de ressources rappelle les chapitres les plus sombres de l’histoire allemande. Les objectifs de guerre allemands dans la Première Guerre mondiale – des annexions extensives en France, dans les pays du Benelux et en Afrique – étaient fondés sur les besoins et les projets d’«éminents esprits du monde des affaires, de la politique et de l’armée,» comme l’écrivait en 1961 l’historien Fritz Fischer dans son livre innovant Les buts de guerre de l’Allemagne impériale.

Les mêmes cercles d’affaires avaient alors soutenu Hitler parce que ses projets pour la conquête du monde et la demande de «Lebensraum» (espace vital) à l’Est correspondaient à leur poussée expansionniste à la recherche de matières premières et de marchés et parce qu’il avait détruit l’organisation du mouvement ouvrier.

De nos jours, de nombreuses entreprises, ou leurs successeurs, qui avaient soutenu la Première et la Deuxième Guerre mondiale figurent parmi les partisans et les membres de l’Alliance. Ceux-ci comprennent, les sociétés chimiques et pharmaceutiques BASF et Bayer, qui sont issus du tristement célèbre cartel IG Farben ; le géant de l’acier ThyssenKrupp, né de la fusion de Thyssen et Krupp, qui tous deux faisaient partie des premiers partisans des nazis ; le groupe Volkswagen qui avait été fondé sur initiative de Hitler ; et le constructeur automobile BMW dont le principal actionnaire, la famille Quandt, doit une grande partie de ses actifs à la politique d’arianisation et de travaux forcés pratiquée par les nazis ainsi qu’aux crimes nazis.

Comme l’indique son site Internet, l’Alliance a été fondée fin de 2010 par le «président de la fédération allemande de l’industrie (BDI), le Prof. Dr Hans-Peter Keitel, dans le but d’examiner l’évolution des marchés de matières premières et des réponses éventuelles à donner par l’industrie.» Son haut responsable, Dierk Paskert, est un cadre supérieur qui siégeait précédemment au directoire d’E.ON Energie AG, l’un des plus grands producteurs d’énergie en Allemagne.

L’Alliance entretient de très étroites relations avec le gouvernement allemand. Elle gère, au nom du ministre allemand de l’Économie, Philipp Rösler, un programme d’aide qui accorde des prêts conditionnellement remboursables à des entreprises pour la conquête de nouveaux marchés cruciaux de matières premières comme l’antimoine, le béryllium, le cobalt, la fluorine, le gallium, le germanium, le graphite, l’indium, le magnésium, le niobium, les métaux du groupe du platine, les terres rares, le tantale et le tungstène.

Le fait que l’industrie allemande ose une fois de plus appeler ouvertement à une guerre impérialiste pour satisfaire ses besoins en matières premières doit être considéré comme un avertissement par les travailleurs en Allemagne et aux quatre coins du monde. C’est l’expression évidente de l’accroissement des conflits économiques et géopolitiques mondiaux qui conduisent inexorablement à une guerre mondiale .– à moins que les impérialistes ne soient désarmés par la mobilisation sociale.

Peter Schwartz

Article original, WSWS, paru le 20 février 2013

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Russie: vers un nouveau modèle politico-économique?

février 22nd, 2013 by Alexandre Latsa

Le Forum Gaïdar s’est tenu en Russie du 16 au 19 janvier 2013. Comme chaque année, les participants au forum ont pu discuter de l’avenir économique de la Russie et envisager des scénarios de développement pour le pays. Le forum s’est notamment axé sur les questions d’intégration économique et de choix des partenaires commerciaux de la Russie.

Certains intellectuels libéraux ont ouvertement envisagé comme voie inévitable pour la Russie une forme “d’intégration à l’Union Européenne” pendant que des intellectuels de la gauche russe comme le directeur de l’institut de la mondialisation Michael Deliaguine pensent au contraire que “L’Europe n’a pas besoin d’une intégration avec la Russie”. Le gouvernement russe, via le premier ministre Dimitri Medvedev, a lui réaffirmé ses objectifs prioritaires d’intégration eurasiatique pour faire de cette nouvelle hyper-région du monde un pont entre l’atlantique et le pacifique, tout en relevant le défi de lamodernisation du pays dans les domaines de la politique, de l’économie et du social.

Les participants au forum ont tous admis que le monde était au bord de changements majeurs, ce que le président russe annonçait en décembre dernier en affirmant“L’ensemble du monde s’engage dans une époque de transformations radicales et peut-être même de grands chocs”. L’un des signes de ces transformations radicales en cours semble être “ l’éclatement de l’Occident ” selon les mots d’Alexandre Melnik. Un éclatement qui se matérialiserait selon lui par la transformation de l’Amérique puissance transatlantique en une puissance transpacifique happée par l’Asie conquérante, par l’isolement de l’occidentale Australie au sein d’un Pacifique de plus en plus asiatique, mais aussi par l’incapacité de l’Europe à faire face à la globalisation, ce qui lui fait prendre le risque de sortir de l’histoire par une porte dérobée. A ce titre, les dernières nouvelles politiques d’Angleterre semblent indiquer que la première étape de ce phénomène (un monde sans Union Européenne) est peut être bien déjà entamée.

Cette évolution vers un monde désoccidentalisé et “asiatisé” laisse penser que les intentions de la Russie de se placer comme partenaire européen prioritaire de l’Asie et comme pont entre la région Asie-pacifique et la région euro-atlantique sont non seulement un choix stratégique majeur mais aussi un choix essentiel pour la survie économique et culturelle de la Russie.

Cette option de la Russie pourrait fournir des débouchés, mais aussi une porte de survie à l’Europe, vers l’Asie et le continent eurasiatique. Le président russe, lors de son discours annuel en décembre dernier, a affirmé (il faut s’en rappeler) que l’Asie constituerait la priorité de développement de la Russie pour les prochains 25 ans. Sur le plan des hydrocarbures, la Russie projette de réaliser en Asie-Pacifique 22% à 25% de ses exportations pétrolières et 20% de ses exportations de gaz d’ici à 2020.

Le basculement du monde y compris la Russie vers une Asie en pleine expansion pourrait modifier le mode de gouvernance en Russie puisque selon l’ancien premier ministre Evgueny Primakov, la période dite du tandem (soit l’Alliance entre deux hommes: Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev) pourrait prendre fin. Non pas que les deux hommes soient en guerre comme cela a trop souvent été envisagé, mais parce que la situation politique interne et externe est devenue différente. Les impulsions libérales et modernisatrices de Dimitri Medvedev ont été insufflées à la gouvernance russe, mais celle-ci n’a plus besoin d’être vue comme un tandem qui assure l’alternance politique pour apparaître plus démocratique, selon les mots de l’ancien premier ministre.

Enfin un nouveau visage est apparu au premier plan durant la dernière campagne présidentielle de Vladimir Poutine: le très patriote Dimitri Rogozine, proche en son temps du général Lebed et ancien “Monsieur Russie”  à l’OTAN. Il est devenu vice premier ministre chargé du complexe militaro-industriel et il est partisan d’une ligne politique de reconstruction nationale avec l’appui de l’état. Récemment, il a affirmé que le complexe militaro-industriel russe devait et allait devenir la locomotive de l’économie russe.

Ces déclarations ont fait écho à celles de Serguei Glaziev, ancien candidat à la présidentielle et désormais conseiller financier de Vladimir Poutine.Ce dernier a récemment  alerté les autorités russes sur ce qu’il appelle ” la guerre financière totale ” que mènent les pays industrialisés et occidentaux contre la Russie aujourd’hui. Selon lui, les principales puissances monétaires mondiales, notamment les Etats-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne et les pays de l’UE, accroissent actuellement leur émission monétaire en vue d’acquérir des actifs en Russie, ce qu’il dénonce comme étant “la guerre de la planche à billets”. Il propose donc des mesures pour permettre à l’état russe de s’opposer au rachat massif d’actifs russes par des sociétés étrangères, via notamment une taxe sur les opérations avec les monnaies étrangères en vue de limiter les transactions spéculatives. Hasard? Ce conseiller financier est un ancien du parti “Rodina” (Patrie) et un ancien bras droit de Dimitri Rogozine.

Vladimir Maou, recteur de l’Académie de l’économie nationale et de la fonction publique de Russie, a lui conclu au forum Gaïdar que “les changements consécutifs à une crise importante conduisent à un changement des équilibres géopolitiques et géoéconomiques et à la formation de nouvelles doctrines économiques”.

Est-ce qu’il faut s’attendre à  un changement de tendance politique et économique majeur au sein de la gouvernance russe? On peut le penser alors que vient d’être d’annoncé la rédaction d’une nouvelle Doctrine de politique étrangère qui devrait renforcer la “souverainisation” de la politique nationale russe, et que le ministère russe du Développement économique vient aussi de publier très récemment trois scénarios de développement socio-économique de la Russie pour l’horizon 2030.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Ces quatre dernières semaines, la vingtaine de personnalités qui se sont succédées à la barre du tribunal correctionnel de Paris, étaient toutes accusées d’ « avoir violé une résolution de l’ONU ». Le fait qu’elles aient allégé – quelles que soient leurs motivations -  les souffrances du peuple irakien, n’a pas été pris en considération. Le jugement sera rendu le 8 juillet prochain.

Je ne vais pas me plaindre sur mon sort. Quand on mène un combat politique, il faut s’attendre à des déboires. Mais, je suis déçu. Il y a huit ans,  j’espérais que le procès «Pétrole contre nourriture» serait celui de l’embargo: c’est raté!Alors qu’à son lancement l’affaire avait fait la Une des médias, sa conclusion - et le sort du peuple irakien - ne parviennent plus à retenir l’attention des médias.

Arrêter et juger

les criminels de guerre américains

En 2005, il était facile au juge Philippe Courroye d’entrer dans le jeu des néo-conservateurs américains en instruisant -uniquement à charge – l’affaire « Pétrole contre nourriture ». Mais depuis, ses amis ont quitté le devant de la scène internationale et les troupes américaines sont parties d’Irak « la queue entre les jambes ». Ce n’est pas moi qui vais plaindre Courroye aujourd’hui quand il se dit « victime d’un lynchage médiatique » ! Il goutte un peu de ce qu’il a fait subir à d’autres.

Il reste à espérer maintenant qu’un juge français courageux fasse un jour arrêter un des criminels de guerre américains passant par Paris. Fin octobre 2007, Donald Rumsfeld l’a échappé bel lorsqu’un collectif d’avocats parisiens a demandé au Procureur de la République « de prendre toutes mesures conservatoires aux fins d’assurer la détention de cette personne ou sa présence sur le territoire français » (1). Il a pu s’échapper, mais il ne passera peut-être pas toujours à travers les mailles du filet.

Il faut continuer de réclamer le jugement de George Bush et consorts pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, ainsi que celui de Madeleine Albright – ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton -  qui a déclaré que « la mort de plus de 1,5 million d’enfants irakiens était le prix à payer pour renverser le régime ». Alors -  et alors seulement - les peuples sauront que la justice est de ce monde, et que le règne de la démocratie promis à chaque guerre interventionniste par la soi-disant communauté internationale est autre chose qu’un tissu de mensonges camouflant la rapacité des pays occidentaux.

Gilles Munier

(1) Une plainte pour « torture » déposée en France contre Donald Rumsfeld

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article7976

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