Le président Vladimir Poutine et d’autres hauts responsables ont à maintes reprises insisté sur le fait que moderniser la capacité militaire de la Russie était une priorité absolue de la politique du Kremlin et que la Russie se prépare à affronter des conflits armés.

Le Kremlin est actuellement en train de mettre en œuvre un programme de modernisation de l’armée et de la marine. Ce réarmement militaire coïncide avec des attaques croissantes à l’encontre la classe ouvrière et des conflits féroces au sein de l’élite dirigeante.

Dans un discours prononcé le 23 février à l’occasion de la « Journée [russe] des défenseurs de la patrie », Poutine a déclaré : « Garantir que la Russie dispose d’une force militaire fiable est la priorité de notre politique d’Etat. Malheureusement, le monde actuel est loin d’être pacifique et sûr. Aux conflits obsolètes et de longue date s’ajoutent de nouveaux non moins compliqués. L’instabilité est en train de croître dans de nombreuses régions du monde. »

Fin février, lors d’une réunion du ministère de la Défense, Poutine avait réitéré que l’armée devait être prête d’ici les cinq prochaines années à réagir aux « dangers actuels. »

Début février, le 70ème anniversaire de la victoire de l’Armée rouge contre la Wehrmacht de Hitler dans la bataille de Stalingrad a été l’occasion d’une campagne nationaliste de glorification de Staline. C’est par de tels moyens que le régime réagit aux conflits internationaux grandissant tout en cherchant, à l’intérieur du pays, à détourner l’attention des tensions sociales et du mécontentement à l’égard de la politique du Kremlin.

Les dépenses militaires russes n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. L’actuel programme de la défense est le plus vaste depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Il est prévu d’augmenter les dépenses militaires de 11 pour cent par an, entre 2011 et 2020, en faisant passer la part de l’armement moderne de l’armée à 70 pour cent d’ici 2010. La plus grande partie de l’armement russe date de l’époque soviétique.

Le montant total des dépenses est d’environ 657 milliards de dollars. En 2012, le Kremlin avait dépensé quelque 908 milliards de rouble (31 milliards de dollars) pour l’armée.

Une part importante du programme de réarmement est l’expansion et la modernisation de la flotte russe. D’ici 2020, le Kremlin projette de dépenser environ 132 milliards de dollars pour moderniser sa marine et augmenter le nombre de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Ceci permettrait à la flotte russe de montrer une présence plus forte tant en Mer Noire qu’en Méditerranée. La Russie est actuellement en train de négocier avec l’Ukraine au sujet du renouvellement de la flotte de la Mer Noire qui est stationnée dans le port ukrainien de Sébastopol en Crimée.

Jeudi dernier, la marine russe a organisé des exercices militaires surprise en Mer Noire impliquant 30 navires de guerre, des avions militaires et des blindés ainsi que 7.000 militaires. Le président Poutine a personnellement assisté à bord d’un hélicoptère à ces manœuvres. La Géorgie voisine a condamné les exercices en déclarant qu’ils étaient « contraires aux intérêts de stabilité et de prévisibilité dans le voisinage européen. »

Le ministre russe de la Défense, Sergeï Shoigu, a dit que la Russie devait faire preuve en permanence d’une présence militaire en Méditerranée afin de défendre ses intérêts dans la région. Le 17 mars, Shoigu avait annoncé qu’un groupe permanent de cinq à six navires de guerre serait envoyé en Méditerranée.

A ce stade, l’unique base de la marine russe en Méditerranée est située dans le port syrien de Tartous. Le mois dernier, au cours des négociations relatives au renflouement des banques chypriotes, le gouvernement de Chypre aurait proposé au Kremlin l’utilisation de la base navale de Limassol (Voir : « Europe threatens Cyprus with bankruptcy in power struggle with Russia ». Ceci a été contré avec véhémence par l’Union européenne, en premier lieu l’Allemagne, qui s’est rangée derrière la campagne menée par les Etats-Unis pour un changement de régime en Syrie au moyen d’une guerre civile sectaire.

Le programme d’armement du Kremlin fait partie d’une course internationale aux armements qui s’accélère. La Chine est également en train d’accroître considérablement ses dépenses militaires tandis que les Etats-Unis continuent de dépenser beaucoup plus que le reste du monde dans le domaine militaire. La remilitarisation est attisée par les guerres néocoloniales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et qui ont exacerbé les tensions entre les grandes puissances.

La guerre civile parrainée par l’OTAN en Syrie a tout particulièrement aggravé les tensions entre les Etats-Unis et la Russie et détérioré les relations de Moscou avec l’Allemagne et la France.

La Russie voit ses intérêts économiques et géopolitiques mis en péril par le conflit syrien et les préparatifs de guerre contre l’Iran qui pourraient déstabiliser le Caucase et l’Asie centrale. (Voir : « Syria’s civil war destabilising the Caucasus ». Une escalade de la guerre en Syrie et une guerre menée par les puissances occidentales et Israël contre l’Iran risquent d’amener des conflits militaires près des frontières de la Fédération russe. La guerre russo-géorgienne de l’été 2008, qui avait montré que des parties importantes de l’armée russe étaient insuffisamment préparées, avait servi de point de départ à une augmentation des dépenses militaires.

Depuis lors, la conscription a été réduite de deux à un an, des changements ont été apportés à la structure de commandement et un certain nombre de généraux et d’officiers ont été licenciés. Néanmoins, l’armée russe se trouve dans un état critique avec des soldats mal entraînés et se servant de matériel très obsolète datant de l’époque soviétique.

Le taux de suicides dans l’armée est extrêmement élevé. Des rapports relatifs au traitement brutal infligé aux soldats par leurs supérieurs sont monnaie courante. La nourriture est si mauvaise que certains soldats souffrent de la faim ou mangent des aliments avariés.

La hausse des dépenses militaires et les mesures de réforme ont créé des tensions au Kremlin et au sein de l’élite dirigeante. Le ministre des Finances, Alexey Kudrin, avait démissionné en 2011 parce qu’il n’était pas d’accord avec la taille du budget militaire. L’actuel ministre des Finance, par contre, Anton Siluanov, a fait de son programme de réarmement militaire la principale priorité de son ministère.

En novembre dernier, Poutine avait congédié le ministre de la Défense, Anatoly Serdyukov, qui avait pendant plusieurs années supervisé les réformes militaires. Serdyukov a eu à faire face à une forte opposition de la part du corps des officiers et l’industrie de l’armement qui s’était également dressée contre lui parce qu’il avait importé des armes de l’Occident. L’actuel rééquipement reposera essentiellement sur l’industrie de la défense russe.

En février, le premier ministre adjoint, Dmitry Rogozin, avait dit que le programme d’armement devrait être lié à une expansion de l’industrie de l’armement et à la construction de nouvelles usines d’armement, afin d’aider à surmonter en partie la dépendance de l’économie russe des exportations pétrolières et gazières.

La Russie est, après les Etats-Unis, le deuxième fournisseur d’armes du monde. Elle a considérablement augmenté l’année dernière ses exportations d’armes. L’Inde est de loin le plus grand importateur d’armes de la Russie, mais le Kremlin est aussi le fournisseur du régime d’Assad en Syrie, de l’Iran, de l’Irak et de l’Afghanistan. En février, Anatoly Isaikin, chef de l’entreprise d’Etat d’exportation d’armes Rosoboronexport, a dit que la Russie livrerait des systèmes de défense antiaérienne et du matériel militaire à la Syrie.

Cependant, selon Isaikin, la Russie ne vend pas d’avions de chasse au gouvernement syrien comme le relatent les médias occidentaux.

La modernisation de la capacité militaire de la Russie est liée aux attaques sociales perpétrées contre la classe ouvrière et au renforcement de l’appareil de répression d’Etat à l’intérieur du pays. Le budget 2013-2015 qui prévoit des coupes drastiques dans l’éducation et la santé, alloue près d’un tiers des dépenses totales du gouvernement à l’armée. Ceci fait passer la part des dépenses pour l’armée et les forces de l’Etat de 5,6 à 6,1 pour cent du produit intérieur brut de la Russie.

L’année dernière, Poutine avait déclaré considérer la politique d’industrialisation de Staline durant les années 1930 et 1940 comme un modèle à suivre. Une « ré-industrialisation » de l’économie devrait réduire la dépendance vis-à-vis des exportations de marchandises grâce à une exploitation accrue de la classe ouvrière. D’ores et déjà de nombreux travailleurs russes gagnent moins que leurs homologues en Chine.

Clara Weiss

Article original, WSWS, paru le 2 avril 2013

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Les plus de dix ans de guerres d’agression déclenchées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak devraient en fin de compte coûter jusqu’à 6 000 milliards de dollars, soit 75 000 dollars pour chaque ménage américain.

Ces guerres ont laissé les États-Unis lourdement endettés et auront un effet durable sur les crises fiscales et budgétaires du gouvernement fédéral. Telles sont les conclusions d’un nouveau rapport publié par la Kennedy School of Government [faculté d'administration publique] de l’Université de Harvard.

Rédigé par Linda Bilmes, maître de conférence en politique publique à Harvard et experte de premier plan sur les questions financières, budgétaires et celles liées aux anciens combattants, ce rapport attribue la plus grande part de ces milliers de milliards à des coûts qui continuent à s’accumuler pour soigner et indemniser des centaines de milliers de soldats laissés physiquement et psychologiquement blessés par ces deux guerres.

« Les conflits en Irak et en Afghanistan, pris ensemble, seront les guerres les plus coûteuses de l’histoire américaine – totalisant entre 4000 et 6000 milliards de dollars, » écrit Bilmes. « Cela comprend les soins médicaux et les indemnités pour invalidité versées pour les soldats en service actif, les vétérans et les familles, l’embauche de nouveaux soldats pour les remplacer, et les coûts sociaux et économiques. La plus grande partie de cette facture reste encore à payer. »

Une autre partie importante des coûts à long terme de ces guerres vient du remboursement de milliers de milliards de dollars de dettes contractées par le gouvernement américain et dont il n’a pas inclus le coût dans les budgets annuels tout en appliquant dans le même temps des réductions d’impôts de grande ampleur pour les riches.

De plus, des dépenses énormes sont faites pour remplacer les équipements militaires utilisés dans les deux guerres. Le rapport cite également les améliorations apportées aux salaires et aux prestations sociales des militaires en 2004 pour contrer la baisse des recrutements qui accompagnait l’augmentation des pertes dans la guerre d’Irak.

Bilmes prévient, « L’héritage des décisions prises durant les guerres d’Irak et d’Afghanistan va dominer les futurs budgets fédéraux pendant des décennies. »

Parmi les éléments les plus frappants établis par ce rapport, il y a le fait que 1,56 million de soldats américains, soit 56 pour cent de tous les anciens combattants d’Afghanistan et d’Irak, reçoivent des soins médicaux dans les établissements du ministère des anciens combattants et recevront des prestations sociales pour le reste de leur vie. D’après des statistiques citées dans le rapport, « un ancien combattant d’Irak et d’Afghanistan sur deux a déjà soumis un dossier pour toucher des indemnités d’invalidité à titre permanent. »

Ce rapport insiste sur le fait que le nombre officiel de 50 000 soldats américains « blessés au combat » sous-estime largement le coût humain réel de ces deux guerres américaines.

Il note que, « Un tiers des vétérans de retour est diagnostiqué avec des problèmes mentaux – souffrant d’anxiété, de dépression, et/ou de troubles de stress post-traumatique (PTSD). » De plus, plus d’un quart de million de soldats ont subi des traumatismes crâniens, qui, dans de nombreux cas, sont combinés avec des PTSD, créant des problèmes encore plus grands pour le traitement et la guérison.

Un aspect particulièrement affligeant de cette crise de santé mentale est le doublement du taux de suicides des personnels de l’armée américaine, et bon nombre de ceux qui ont tenté de se suicider souffrent de blessures graves.

Dans l’ensemble, le budget du ministère des anciens combattants a plus que doublé au cours de la décennie passée, passant de 61,4 milliards en 2001 à 140,3 milliards en 2013. En fraction du budget américain total, il est passé de 2,5 pour cent à 3,5 pour cent au cours de la même période.

L’augmentation vertigineuse des coûts médicaux pour les anciens combattants peut être attribuée à divers facteurs. Parmi eux il y a le fait que grâce aux avancées de la technologie médicale et des traitements de premier secours, les soldats en Irak et en Afghanistan ont survécu à des blessures qui leur auraient coûté la vie lors des conflits plus anciens.

Si le gouvernement américain a déjà dépensé 134 milliards de dollars en soins médicaux et en indemnisation des invalidités pour les anciens d’Irak et d’Afghanistan, le rapport estime que ce nombre augmentera encore de 836 milliards au cours des décennies à venir. Il note que la dépense la plus importante pour la santé concernant les vétérans de la Deuxième guerre mondiale a eu lieu dans les années 1980, près de quarante ans après la guerre, et que les dépenses de santé et les indemnités pour invalidité des anciens du Vietnam sont toujours en augmentation.

Les problèmes médicaux les plus courants pour les soldats revenant des deux guerres, d’après ce rapport, « comprennent : des maladies du système musculo-squelettique (principalement des problèmes articulaires et vertébraux) ; des troubles de la santé mentale ; des troubles du système nerveux et du système endocrinien ; ainsi que des troubles respiratoires, digestifs, de la peau et auditifs. » 29 pour cent de ces soldats ont été diagnostiqués avec un PTSD.

Parmi les plus sévèrement blessés, il y a 6 476 soldats et marines qui ont subi une « perforation crânienne sévère, » et des 1 715 autres qui ont eu un ou plusieurs membres amputés. Plus de 30 000 vétérans sont comptés comme invalides à 100 pour cent pour le service, et 145 000 autres invalides de 70 à 90 pour cent.

C’est sous le gouvernement d’Obama et suite à la « surge » que le président démocrate a ordonnée en Afghanistan que se sont produites les pires blessures et pertes humaines. « L’hôpital Walter Reed traite des centaines de récents amputés et de soldats gravement blessés – il a reçu pour traitement 100 amputés en 2010 ; 170 en 2011 ; et 107 en 2012, » indique le rapport. « Les marines ont subi des pertes particulièrement élevées. »

Comme l’indique le rapport, les dépenses directes massives pour ces deux interventions impérialistes continuent. Plus de 60 000 soldats américains restent en Afghanistan. Il est estimé que le coût du déploiement d’un seul soldat américain pour une année dans cette guerre se monte à 1 million de dollars. Ces soldats continuent à subir des pertes – dont des attaques appelées “vert contre bleu” de la part des Forces de sécurité afghanes contre leurs prétendus alliés. Une fois rapatriés, ils vont contribuer à l’augmentation des coûts médicaux et d’invalidité.

De plus, malgré les affirmations d’Obama pour qui « la vague de la guerre recule », un « accord de partenariat stratégique à long terme » a été signé par le président américain et la marionnette des États-Unis à Kaboul, Hamid Karzai, sur les opérations militaires américaines qui continueront en Afghanistan pendant au moins une dizaine d’années de plus après le retrait officiel fixé à la fin de 2014.

Et, comme l’indique le rapport, « les États-Unis maintiennent une vaste présence diplomatique en Irak, comprenant au moins 10 000 contractants privés qui fournissent une aide dans le domaine de la sécurité, des télécommunications, de la logistique, de l’ingénierie et autres ; ainsi que du soutien logistique et le paiement des installations louées au Koweït. »

Finalement, il y a la question de la manière dont le gouvernement américain a financé ces guerres. Il s’est servi de tout autant de mensonges pour financer ces guerres qu’il l’avait fait au moment de les déclencher avec les prétextes inventés du terrorisme et des « armes de destruction massive. »

Le gouvernement Bush affirmait à son début que la guerre d’Irak se financerait d’elle-même grâce aux revenus du pétrole irakien. Lorsque le directeur du Conseil économique national de Bush, Lawrence Lindsey, avait déclaré au Wall Street Journal que la guerre coûterait entre 100 milliards de dollars et 200 milliards, il avait été fortement critiqué par d’autres membres du gouvernement qui avaient affirmé que c’était une grosse surestimation, et il avait dû démissionner.

Washington a fini par emprunter 2 000 milliards de dollars pour financer ces deux guerres, pour l’essentiel à des prêteurs étrangers. Cela représente près de 20 pour cent du montant total ajouté à la dette publique américaine entre 2001 et 2012. D’après ce rapport, les États-Unis « ont déjà payé 260 milliards de dollars en intérêts sur la dette de guerre, » et les remboursements d’intérêts futurs se monteront à des milliers de milliards de dollars.

« Il est important de noter que ces emprunts n’ont pas été utilisés pour investir dans le capital du pays, » note ce rapport. « Par exemple, investir dans l’éducation, les infrastructures, la connaissance (recherche et développement) bénéficie à la nation, donc ce sont des dettes pour un but utile. Au contraire, la dette de guerre a été particulièrement inutile. »

De vastes ressources sont littéralement parties en fumée en Irak et en Afghanistan, des dizaines de milliards de dollars ont été gaspillés dans de prétendus programmes d’aide et de reconstruction qui étaient perclus de corruption, d’incompétence et d’inefficacité, ne faisant rien ou presque pour améliorer les conditions de vie des populations de ces pays.

Dans sa conclusion, le rapport cherche à démentir les illusions selon lesquelles la fin des opérations de guerre proprement dites en Irak et en Afghanistan produira une sorte de « dividendes de la paix » qui pourrait contribuer à améliorer la situation de pauvreté, de chômage et de déclin du niveau de vie des travailleurs aux États-Unis.

« En réalité, l’héritage des décisions prises durant les conflits d’Irak et d’Afghanistan imposera des coûts importants sur le long terme au gouvernement fédéral, » prévient le rapport. « En bref, il n’y aura pas de dividendes de la paix, et l’héritage des guerres d’Irak et d’Afghanistan seront des coûts qui persisteront pendant des décennies. »

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 2 avril 2013

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«Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin»

Malherbes

 

Nous avons dans une précédente contribution, traité de l’homme réparé et augmenté du fait des promesses de la science. Parmi les autres promesses de la science, l’allongement de la vie, voire la jouvence éternelle paraissaient être des asymptotes utopiques. La nature nous donne des exemples de durée de vie selon les espèces. On dit qu’un chien qui a une douzaine d’années est équivalent à l’âge d’un vieillard. A côté des éphémérides, ces fameux papillons qui durent l’espace d’une journée, on dit que le homard ne meurt que par prédation. Les tortues peuvent vivre deux cents ans et les séquoias, plusieurs milliers d’années. Depuis plus d’un siècle et suite aux règles d’hygiène, à la vaccination, aux antibiotiques et au réfrigérateur, la mortalité a considérablement chuté, à commencer par la mortalité infantile. Tout est donc une question de cinétique, de dégradation de l’organisme vivant qui peut être catalysée par des facteurs endogènes (génétiques) ou endogènes accident. La science nous dit qu’il n’y a pas de prédestination. Tout dépend de la qualité du capital initial.

Les conquêtes de la science dans le domaine de la biologie

Qui n’a au monde jamais rêvé d’avoir un 6e sens? Ou même de disposer de facultés supérieures à la normale, de tout voir, de tout entendre mieux que n’importe qui? Cette possibilité vient aujourd’hui de franchir un nouveau pas dans la réalité avec la prouesse réalisée par des chercheurs de l’Université Duke aux Etats-Unis. Ces derniers ont inventé un implant cérébral qui permettrait de percevoir de la lumière normalement invisible à notre oeil: les infrarouges. Des chercheurs américains sont parvenus à mettre au point un implant cérébral qui donne la capacité de percevoir la lumière infrarouge que nos yeux ne peuvent normalement pas distinguer. Vision, audition, goût, odorat, toucher, oui mais…» (1)

Le patrimoine génétique d’un individu peut être catalogué et on saura à l’avance son espérance de vie ou sa propension à développer des maladies grâce au code à barres! «Des chercheurs catalans, écrit Hervé le Crosnier, ont publié en novembre [2010] leurs travaux: comment introduire un «code-à-barres» (sic) dans les cellules d’un embryon. Cette analyse cherche à débusquer ce qui crée un nouveau risque moral, éthique, déontologique, et même scientifique pour une société qui, non seulement accepte, mais aussi promeut ce type de pratiques. Irons-nous vers le règne des «bébé-design», quand les parents vont «choisir sur mesure» les caractéristiques de leur progéniture? Ou saurons-nous résister à cette forme biopolitique de domination? En termes éthiques, «éviter toute réification de l’embryon». La notion de «processus embryonnaire en cours» témoignerait peut-être de l’énigme qui entoure la nature exacte de l’embryon aux premiers stades de sa vie. Quoi qu’il en soit, et en raison même de cette énigme, le Comité affirme son attachement à l’idée selon laquelle l’embryon humain doit, dès sa formation, bénéficier du respect lié à sa qualité.» (2)

La mort est-elle inévitable?

Du point de vue biologique, la mort peut être vue comme l’absence de vie, c’est-à-dire l’arrêt des réactions biochimiques au sein des cellules qui, comme des petites usines, convertissent les aliments en carburant grâce à l’apport de l’oxygène. Cette énergie est alors utilisée pour faire fonctionner l’organisme. Jean-Luc Pujo écrit: «La mort semblait une évolution biologique inévitable: la loi universelle de la vie. Le corps s’use progressivement, la médecine ne pouvant que ralentir cette dégradation inévitable. Pourtant, les découvertes biologiques récentes apportent une autre vision. La mort semble plutôt la conséquence d’une forme de ´´suicide cellulaire´´ qui se produit à un âge, différent selon les espèces… mais qui n’a rien d’obligatoire ni d’inévitable.» (3)

Laurent Alexandre, auteur de l’ouvrage Le recul de la mort: L’immortalité à brève échéance? écrit: «La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, la médecine des protéines-chaperons et des nanotechnologies réparatrices, l’hybridation humain-machine, le développement de toutes ces nouvelles connaissances vont permettre l’émergence d’une médecine de la résilience, oeuvrant à un recul important de la mort. Ce progrès entraîne cependant des conséquences importantes pour l’espèce humaine, estime Laurent Alexandre, docteur en médecine.» (3)

«Très longtemps, poursuit l’auteur, vécue entourée des proches, la mort s’est désocialisée, cachée et médicalisée à partir des années 1950. La techno-médecine va engendrer une seconde révolution: après la mort cachée et honteuse, sa biologisation et son grignotage technologique. Ce recul de la mort a déjà débuté avec le remplacement d’organes par la transplantation ou leur suppléance par des médicaments, ainsi qu’avec la médecine de la ressuscitation (réanimation lors des arrêts cardiaques, par exemple). Mais le processus va connaître une accélération foudroyante. La mort de la mort sera la plus vertigineuse conséquence de ce que les spécialistes nomment la ´´grande convergence NBIC´´ (nanotechnologies, biologie, informatique et cognitique)».(3)

Les conséquences de l’immortalité: une utopie dangereuse pour l’éthique?

Laurent Alexandre s’interroge si en arrivant à reculer les limites de ma mort, on ne crée pas un problème éthique et social. Il écrit: «La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, la médecine des protéines-chaperons et des nanotechnologies réparatrices, l’hybridation humain-machine (dont les implants cochléaires utilisés dans les surdités neurologiques, sont la plus spectaculaire réalisation à ce jour) permettent d’envisager une croissance de l’espérance de vie en bonne santé beaucoup plus rapide que ce que la société envisage généralement. Il est probable que l’espérance de vie doublera déjà au cours du XXIe siècle, et l’obtention d’une quasi-immortalité ne serait plus qu’une question de temps. (…) La médecine de la résilience deviendra le réacteur nucléaire de la société. Le contrôle social exercé par le complexe médico-industriel générera des oppositions politiques et philosophiques majeures et la bio-politique deviendra l’épicentre d’un débat démocratique, profondément remanié par l’allongement de la vie.» (3)

 «La mort, conclut l’auteur, joue un rôle psychologique fondamentalement bénéfique. (…) Notre existence ne tire-t-elle pas une partie de son sens de sa brièveté?? (…) Une société où l’espérance de vie serait très longue, serait confrontée à un risque majeur de surpopulation. Le malthusianisme démographique sera un réflexe partagé, pour maintenir une surface (terrienne) suffisante par habitant… (…) Dans un monde sans mort, l’humanité se cherchera de nouvelles valeurs. Le conflit avec les religions prônant de croître et de se multiplier pourrait devenir aigu. Cette évolution pourrait être à l’origine de la création de nouvelles religions et sectes, à ce moment charnière pour l’avenir de l’humanité, mais le rôle de l’argent pourrait aussi radicalement changer. La culture et l’art, qui constituent deux remparts universels contre notre effroi devant la mort, survivront-ils à la vie éternelle?»(3)

Les tentatives de création de la vie

Mieux encore plus que de réparer l’homme, on peut faire revenir à la vie un organisme mort. Ce qui était du domaine de la création au sens religieux commence à être banalisé. Des scientifiques sont parvenus à créer pour la toute première fois une cellule ´´zombie´´. Il s’agit d’une cellule morte qui reste malgré tout toujours fonctionnelle. Un organisme mort peut-il encore biologiquement fonctionner? Face à une telle question, la majorité d’entre nous, fans de science-fiction mis à part, serait tentée de répondre ´´non´´. Et pourtant, des scientifiques américains viennent de dévoiler une prouesse qui pourrait nous pousser à revoir notre copie. Pour la toute première fois, ceux-ci seraient parvenus à créer une cellule ´´zombie´´ qui, bien que morte, resterait active et fonctionnelle. ´´Nos cellules zombies jettent un pont entre la chimie et la biologie en créant des cellules qui, non seulement ressemblent comme deux gouttes d’eau à elles-mêmes, mais sont aussi capables de travailler sans relâche´´, a souligné Bryan Kaehr.» (4)

Rien n’arrête le mouvement de la science, on apprend que non contente d’offrir à terme, l’immortalité, elle ambitionne – avec le savoir actuel- de faire revenir à la vie des espèces mortes. «A l’occasion d’une conférence tenue à Washington DC, des scientifiques ont discuté sur la possibilité de ressusciter 24 espèces aujourd’hui éteintes. Le monde de demain pourrait bien devenir celui de ´´Jurassic Park´´ (…) Parmi les candidats potentiels qui pourraient un jour repeupler la Terre, les scientifiques ont mis en évidence 795 espèces dont 24 emblématiques. La sélection s’est faite selon des critères de désirabilité (le spécimen en question présente-t-il une fonction écologique intéressante, est-il apprécié par les humains?) de faisabilité (les échantillons récoltés sur son ADN sont-ils exploitables?) et de capacité de réadaptation (pourra-t-il être introduit dans un habitat naturel?). En tête du classement, on compte ainsi notamment, le célèbre Dodo (éteint depuis la fin du XVIIe siècle), le Tigre à dents de sabre (disparu depuis 11 000 ans), le Mammouth laineux (totalement disparu il y a 4 000 ans. Cependant, conclut le chercheur, il pourrait falloir encore de nombreuses années avant que la ´´de-extinction´´ ne prenne vraiment forme.» (5)

Ce que prévoit la science dans le « futur immédiat »

La science avance sans état d’âme . Le 28 janvier dernier, Le «Human Brain Project» (HBP), qui fédère plus de 80 institutions de recherche européennes et internationales, a été créé. Il a pour but de trouver des traitements contre les maladies du cerveau, comme celles liées à l’âge, en reconstruisant sur ordinateur un cerveau humain. Le projet devrait coûter 1,19 milliard d’euros. En Europe, 127 millions de personnes souffrent de dysfonctionnements de leur cerveau, notamment parce que la population européenne est vieillissante. Selon le neurobiologiste Henry Markram, qui dirige le Human Brain Project (HBP), la seule façon de répondre à ce défi majeur du XXIe siècle est d’utiliser la puissance du réseau Internet ainsi que l’expérience acquise lors de projets scientifiques. Lorsque suffisamment de connaissances auront été rassemblées et que la puissance des ordinateurs sera suffisante pour simuler avec précision le cerveau humain (d’ici une décennie), il devrait alors être possible de tester l’efficacité d’une molécule définie et de voir en détail le comportement des neurones et de leur connectome. Plus que jamais, le XXIe siècle semble être celui des neurosciences et de la nanotechnologie.(6)

Dans le même ordre d’une futurologie à notre portée profitant de la liberté que nous offre le premier avril d’offrir un poisson… je propose au lecteur, toujours dans le sillage du transhumanisme, cet article de Laurent Sacco qui imagine l’immortalité et fait parler un chercheur travaillant sur le Human Brain Project: «… En nous basant sur les travaux de Kenneth Hayworth et ceux en cours du Human Brain Project, nous pensons qu’il devrait être possible, non seulement de télécharger la conscience d’une personne sur un support non organique, mais également de faire revenir des morts à la vie, pourvu que l’on dispose d’informations suffisantes sur leur cerveau et sur leur vie. Pour le prouver, nous prévoyons de ressusciter Albert Einstein.» (7)

L’homme réparé, augmenté, «éternel» a-t-il encore besoin du divin?

Comme conséquence du recul des limites par la science, la mort pourrait se réduire aux causes accidentelles, criminelles et au suicide. Si l’humanité vieillit artificiellement, la qualité de vie, malgré les conquêtes de la science va s’en ressentir et de plus, il y aura forcément un problème entre les nouveaux et les anciens. Arrivera-t-on alors au contrôle de la qualité de vie et du nombre d’individus, une forme d’eugénisme. Ce qui nous amène à la prophétie de Aldous Huxley qui avait décrit dans son ouvrage Le meilleur des mondes, un monde d’heureux «La mort de la mort» serait, à terme, inévitable. Mais elle va nous obliger à revisiter tous les fondements de l’humanisme. Une réflexion d’anticipation qui fait froid dans le dos, tant la ´´nature humaine´´ pourrait en être bouleversée. Pas vraiment réjouissant de s’imaginer en cyborg avec des sentiments informatisés.

«Dans le meilleur des mondes, tout est bien plus aseptisé, plus de livres, plus de Dieu ni croyances, plus de doute, plus de famille, juste le travail, le loisir. Pas de maladie, pas de vieillesse, chacun à sa place parcourt sa vie organisée ainsi. Les habitants vivent sous ´´soma´´ une espèce de drogue qui efface tous les doutes, rend heureux et permet d’oublier, cette drogue est largement distribuée partout (restaurant cinémas ´´sentants´´ au travail etc.» (8)

Conclusion

On le voit, il y a un mystère! Cela démontre une fois de plus que les cellules s’adaptent, se transforment, résistent dans tous les milieux extrêmes. Tout est, sans cesse, dans la nouveauté, l’amélioration, la régénération et ceci, vers un but ultime, la perfection.

Cependant, qu’on le veuille ou non, le combat entre la science et les religions monothéistes est plus que jamais d’actualité. Tout a commencé quand Copernic a mis à mal le mythe géocentrique. Ce fut l’affolement dans l’Eglise, plus «inquisitante» que jamais. Galilée en sait quelque chose. Condamné à abjurer le fait que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, son avocat eut cette phrase célèbre: «Galilée ne vous dit pas comment aller au ciel, il vous dit comment est le ciel.»

La lutte est sourde et aucune religion n’est épargnée. Elles font, tantôt preuve de concordisme tantôt de mépris envers la science qui pendant ce temps avance, faisant fi des inquiétudes de tout un chacun en face du mystère de la mort. Les religions invoquent en dernier ressort : l’éthique de la vie ;  rien n’y fait partout dans les pays occidentaux, la définition de l’éthique est devenue de plus en plus élastique, comme le montre, à titre d’exemple le débat actuel  en France sur la procréation, les cellules souches : les souverainistes de la science dénoncent le retard pris par la science en n’autorisant pas les manipulations génétiques.  Dans d’autre pays comme aux Etats Unis, il y a bien longtemps que l’éthique est jetée par-dessus bord ; on se souvient en effet, au début des années 80 du siècle dernier, comment une Cour de justice californienne a donné raison à un biologiste Chatabarsky qui  a breveté pour la première fois une bactérie…ouvrant la voie  à tous les docteurs Frankenstein de la Terre dont l’ambition est de remplacer la création !

Il vient que le secours des religions convoqué, notamment par l’espérance d’un au-delà meilleur pour ceux qui ont été «exemplaires »n’arrive pas à apporter des réponses satisfaisantes  qui permettent au croyant potentiel de continuer à être rationnel  Devant une science conquérante qui nous dit qu’il n’y a pas de fatalité , bien que tout ce joue dans le bagage génétique il est possible de « bricoler » de réparer, d’augmenter d’une façon ou d’une autre l’espérance de vie.  A défaut de nous promettre le meilleurs des mondes, la science peut nous promettre un monde meilleur…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


1. http://www.maxisciences.com/vision/ des-rats-acquierent-un-sixieme-sens-grace-a-un-implant-cerebral_art28655.html

2. Herve Le Crosnier: un code-barre pour identifier les embryons Investig’Action 16 122010

3. Jean-Luc Pujo «Biopouvoir: Menaces pour l’Humanité?» La Tribune.fr – 18/12/2008

4. Maxime Lambert http://www.maxisciences.com/cellule/des-chercheurs-creent-la-toute-premiere-cellule-zombie_art28701.html 22 février 2013

5. Emmanuel Perrin http://www.maxisciences.com/esp%e8ce-disparue/les-scientifiques-selectionnent-24-especes-disparues-pour-les ressusciter_art29039.html 27 mars 2013

6. Laurent Sacco, Human Brain Project Futura-Sciences 30 01 2013

http://www2.cnrs.fr/sites/communique/fichier/cp_hbp_def.pdf 28 janvier 2013

7. L. Sacco, le_human brainproject_nous_ rendra-t-il_immortels 104 2013 Futura-Sciences

8. http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/ extraits-d-ouvrages/article/le-meilleur-des-mondes-d-aldous-133197

 

 


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Comment sortir du bourbier syrien ? C’est la question qui tracasse, deux ans après le déclenchement de la crise syrienne, non seulement les décideurs politiques en Occident, mais aussi les services de sécurité de renseignement européens et américains qui sont aujourd’hui dans le noir total.

À l’euphorie des premiers mois, quand tous les décideurs occidentaux, sans doute aveuglés par certains analystes trop pressés d’en finir avec le chef d’État syrien et ne connaissant rien à l’exception syrienne, ont succédé le doute et la confusion.

La question qui se pose aujourd’hui à ces stratèges en herbe, auto-intoxiqués par les précédents tunisien, libyen, yéménite et égyptien, n’est plus de savoir quand le régime de Bachar al-Assad va tomber, mais comment sortir indemne de ce bourbier. Car entre-temps, les services de renseignement, particulièrement ceux en charge de la lutte anti-terroriste, avaient tiré la sonnette d’alarme et s’étaient opposés, parfois ouvertement, à la politique myope et suicidaire que certains néoconservateurs occidentaux attardés voulaient appliquer à la Syrie, avec le soutien médiatique et financier des monarchies du Golfe, de la Jordanie, de la Turquie.

Ce constat désabusé a été dressé récemment par un diplomate français, cité en off par le quotidien Le Monde(édition du dimanche 31 mars – lundi 1er avril 2013) à propos de la politique en zigzag poursuivie par François Hollande au sujet de la Syrie depuis son accession à la présidence… Pour ce diplomate, c’est « l’incertitude », voire «  la confusion qui règne au sommet de l’État sur cette question. » Il commentait ainsi le renoncement de la France à armer l’opposition syrienne après avoir réclamé à cor et à cri la levée de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à la Syrie, régime et opposition confondus, embargo instauré, faut-il le rappeler par Paris et Londres.

Les Européens, conduits par la France et le Royaume-Uni, avaient également entraîné les autres membres de l’Union européenne à imposer un train de sanctions économiques, financières et diplomatiques contre, disent-ils, le régime syrien, mais qui, en réalité, touchait de plein fouet les catégories les plus fragiles de la société. C’est la même logique meurtrière qui avait conduit ces mêmes pays à imposer un embargo meurtrier contre l’Irak en 1991 causant la mort d’un million et demi d’Irakiens.

Parmi ces sanctions notons celles qui visent personnellement non seulement toute la nomenklatura politique et économique du régime, mais aussi les chefs du renseignement anti-terroriste, ceux-là même avec qui ils avaient tissé, dans le passé, les meilleures relations dans la lutte commune contre les groupes terroristes et les réseaux mafieux. En visant les chefs du renseignement syrien extérieur chargé de traquer la nébuleuse d’Al-Qaïda et des réseaux dormants dhjiadistes, non seulement en Syrie, mais aussi en Europe et dans le Maghreb, la France s’est tiré une balle dans les pieds.

Le diplomate en question cité par Le Monde a reconnu cette faute à demi-mot : «  Depuis que nous avons fermé l’ambassade à Damas, avoue-t-il, notre appréhension des réalités du terrain a beaucoup diminué. Plus personne ne peut assurer que ce qu’il dit est fondé. Les trois principaux acteurs de notre diplomatie – la défense, les affaires étrangères et la présidence – n’ont pas de vision commune. De là vient l’impression de flottement. »

Nombreux sont ceux qui dans la communauté du renseignement français, qui ont une certaine idée de la politique étrangère de la France, avaient vertement critiqué l’aveuglement des politiciens français, d’abord sous Sarkozy et aujourd’hui sous Hollande. Beaucoup, surtout parmi les anciens directeurs du renseignement, s’étaient exprimé publiquement comme c’est le cas d’Yves Bonnet ou d’Alain Chouet. D’autres, encore en fonction, partagent parfaitement la position de leurs aînés, mais ne se prononcent pas publiquement, droit de réserve oblige. Cela n’a pas empêché l’indocile juge anti-terroriste français Marc Trevidic de se soulever contre le cynisme des responsables occidentaux.

Dans un entretien avec le JDD [http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Le-juge-antiterroriste-Marc-Tr” name=”nh1″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb1″>1], il reconnaît que « la situation est trop confuse en Syrie. En plus, l’Occident est contre le régime en place (…) Le souci, et c’est ce que l’on voit actuellement en Syrie, est que ces élans spontanés [des dhjiadistes étrangers], sans réseau, sont tôt ou tard pris en charge par des groupes proches d’Al-Qaïda. Le terrorisme est une notion malléable, très liée à la géopolitique, aux alliances. Ces situations sont confuses, compliquées, voire hypocrites : quand ces gens-là nous servent, on ferme les yeux. Ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas dangereux, mais qu’ils sont dans le bon camp. Pour l’instant ».

Il y a quelques mois, le site français www.afrique-asie.fr a publié un article bien informé, intitulé : «  Quand la communauté du renseignement se rebelle contre la stratégie suicidaire de la France en Syrie » [http://afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/4596-quand-la-communaute-du-renseig” name=”nh2″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb2″>2] consacré aux relations sécuritaires entre la France et la Syrie où il affirme que ces relations sont aujourd’hui « au point mort ». Le même article soulignait déjà « le mécontentement des hauts gradés de la DGSE à propos de la politique menée par leur pays à l’égard de la Syrie. Une politique qui leur a coûté cher en matière de collaboration antiterroriste ».

L’agence de presse Asia News [http://www.asianewslb.com/vdcbszbf.rhb09pukur.html” name=”nh3″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb3″>3], reprise par de très nombreux médias de la région, était le premier média en ligne à avoir relaté en détail cet attentat manqué. En Turquie, les médias de l’opposition avaient largement commenté la nouvelle, évoquant un scandale et sommant le Premier ministre islamiste Erdogan à s’expliquer. Les médias français ont gardé jusqu’ici un black-out total sur cette affaire d’État. D’autant plus que cette révélation intervenait peu après le refus de Damas de répondre favorablement à la demande française, par Jordaniens interposés, de reprendre la coopération sécuritaire.

On comprend mieux pourquoi la Jordanie avait soudainement fermé hermétiquement ses frontières avec la Syrie et avait interdit aux groupes dhjiadistes de les franchir. On a même assisté depuis à un revirement spectaculaire du Roi Abdallah II qui a réalisé qu’après la chute programmée du régime syrien par l’action conjuguée des Frères musulmans et des groupes salafistes radicaux, il serait le second sur la liste. D’où sa colère soudaine contre le nouveau « croissant sunnite » dirigé par la Turquie, l’Égypte et le Qatar, trois pays piliers de la Confrérie des Frères musulmans. Venant d’un roi proche des services britanniques, américains et israéliens, et qui avait le premier parlé d’un « croissant chiite », il y a quelques années, le retournement, il faut le reconnaître, est colossal ! Ce changement d’un roi girouette est plus dû à un réflexe d’auto-défense tactique qu’à un véritable tournant stratégique.

C’est cette nouvelle donne qui a sans doute refroidi l’ardeur anti-syrienne des Jordaniens, et qui a poussé certaines sources proches des services secrets de Sa Majesté hachémite, à se confier, en off à l’agence arabophone en ligneasianewslb.com« Nous avons soumis aux Syriens tous les dossiers concernant les enquêtes sur les cellules terroristes qui projetaient de commettre des attentats à la voiture piégée, affirme cette source sécuritaire jordanienne. Ces enquêtes ont mis en évidence que toutes ces cellules terroristes actives ou dormantes qui opèrent en Syrie et en Jordanie, voire en France sont dirigées par un commandement central décloisonné représenté par un personnage central dit “le facilitateur”. C’est lui qui dirige les cellules sur le terrain sans que les membres de ces cellules le connaissent. Or ce personnage clé est tombé entre les mains des services syriens qui ont pu remonter, aveux et documents à l’appui, toute la filière dont toutes les actions s’étendent de la Syrie jusqu’en Europe en passant par la Jordanie et le Liban. »

Toujours selon les confidences recueillies par Asia News, « grâce aux renseignements fournis par Damas, nous avons pu identifier des individus qui étaient en contact avec le facilitateur. C’est après cette arrestation que les services français ont voulu renouer les contacts avec Damas qui a refusé net. Et pour cause : l’officier supérieur en charge de cette affaire n’est d’autre que le colonel Hafez Makhlouf qui fait partie d’un groupe d’officiers syriens dont les noms figurent sur les listes des sanctions française et européenne. »

Pour rappel, l’enquête, publiée par le site www.afrique-asie.fr, ci haut mentionnée faisait état du mécontentement des hauts gradés de la DGSE à propos de la politique menée par leur pays à l’égard de la Syrie. Une politique qui leur a coûté cher en matière de collaboration antiterroriste. « Les syriens, écrit cette enquête, ont sauvé la vie de centaines de citoyens français grâce à leur collaboration avec leurs homologues français et occidentaux en matière de lutte antiterroriste et de lutte contre le crime organisé (notamment la mafia des contrefaçons des médicaments). »

La politique insensée, résolument anti-syrienne, entreprise par l’ancien président Nicolas Sakozy et poursuivie avec hargne et dogmatisme par son successeur socialiste François Hollande, notamment en matière de soutien à une opposition disparate et conduite sur le terrain par des groupes terroristes, dont le seul objectif est le renversement du régime séculier du Baas et son remplacement par un « émirat wahhabite » ou un régime islamiste, a poussé Damas, soulignent des hauts gradés de la communauté du renseignement français, « à geler toute coopération avec nos services, au grand dam de la sécurité de nos citoyens. »

Le même article rappelait encore les lettres de remerciement rédigées et envoyées par les officiers français à leurs homologues syriens pour avoir aidé au démantèlement de nombreux réseaux mafieux et/ou terroristes et à déjouer de nombreuses tentatives d’attentats. En plus de son soutien aux terroristes en Syrie, l’ingratitude de Paris l’a mené à la mise sur liste noire européenne de la plupart de ces officiers dont l’un des plus connus, le colonel Hafez Makhlouf, dont le nom, avant de figurer sur la liste noire, trônait à l’entête des lettres de remerciement et de gratitude adressées par ses homologues français.

Bassam Tayyarah, le journaliste libanais résidant à Paris partage, dans son site arabophone d’information en lignehttp://www.akhbarboom.com/, la même analyse que celle des milieux du renseignement français. « Si vous avez aimé Claude Guéant (ancien ministre de l’Intérieur sous Sarkozy), vous allez adorer Manuel Valls (l’actuel détenteur du poste) », écrit-il. Il fait ainsi référence à la politique, en matière de lutte antiterroriste, de l’actuel ministre de l’Intérieur qui emboîte le pas à son prédécesseur de droite. Pour tous les deux, la lutte antiterroriste représente « une priorité absolue ». Particulièrement depuis le début de la guerre contre le Mali, et les menaces proférées par les islamistes contre ceux qu’ils qualifient de « nouveaux croisés français. »

Claude Guéant entretenait d’excellentes relations avec les services de renseignements du Moyen-Orient, quand il n’était encore que l’homme d’ombre de Sarkozy, avant même de devenir son ministre de l’Intérieur. L’une de ses relations, et pas des moindres, était les services de sécurité syriens réputés comme les meilleurs d’après un proche de Guéant.

La France a beaucoup profité de sa collaboration sécuritaire avec la Syrie, dont l’aide était précieuse dans des opérations telles que le démantèlement de réseaux terroristes ou la mise en échec d’attentats contre des intérêts français ou même contre le métro parisien. Toujours selon Tayyarah, les services de renseignement syriens tenaient leurs homologues français au courant des mouvements des dhjiadistes français qui traversaient ses frontières pour rejoindre l’Irak.

Celle collaboration syrienne était tellement appréciée qu’elle a contribué, à l’époque, à la volonté d’ouverture de Sarkozy envers Damas. Mais les choses ont changé depuis deux ans, c’est-à-dire depuis le début de la « révolution » syrienne car la France a choisi d’être le fer de lance dans le soutien de l’opposition armée ce qui a logiquement conduit à la rupture de tous les ponts entre les deux pays. Le bureau annexe de la sécurité et de la lutte antiterroriste, qui coordonnait la collaboration, a été transféré de Damas à Amman.

Face à la montée des périls terroristes, une source proche des services français se montre pourtant optimiste. « Il ne faut pas perdre espoir, confie-t-elle, car c’est maintenant de l’intérêt des deux parties d’arrêter la casse et de renouer avec la coopération sécuritaire bilatérale, à condition toutefois que Paris se fasse à l’idée que la guerre secrète qu’elle mène contre Damas ne mène nulle part et qu’elle est perdue d’avance. » En attendant cet hypothétique retour à la raison et au pragmatisme, le régime syrien ne baisse pas les bras et continue à mener une traque implacable contre les réseaux terroristes et dhjiadistes alimentés de l’extérieur.

Selon un observateur libanais cité par le site bien informéArabi Press, «  Damas sait pertinemment qu’un nombre non négligeable de forces spéciales françaises entraînent l’armée syrienne libre. La France leur facilite l’approvisionnement en armes au marché noir. Les services syriens sont parfaitement au courant de la présence militaire française, britannique et américaine qui opère à travers les frontières avec le Liban, la Jordanie et la Turquie. Cette présence n’est pas encore de nature combattante. Elle se situe encore au stade de l’entraînement, de la gestion des centres de commandement arrière et la fourniture d’armes et de matériels de communication. Sans parler de son rôle dans la surveillance des groupes dhjiadistes et des armes qu’ils peuvent se procurer ».

Ce sont sans doute ces agents français qui opèrent à ces frontières de la Syrie qui avaient alerté le chef de l’État et l’avaient convaincu de renoncer à fournir des armes sophistiquées à l’opposition.

Est-ce le début d’une révision de la politique offensive française dramatique vis-à-vis de la Syrie ? Dans ce cas, la France aura de nouveau besoin de la coopération sécuritaire avec Damas en vue d’arrêter le flux ininterrompu de dhjiadistes étrangers et l’arrêt des financements à ces filières provenant des pays du Golfe. On n’en est pas encore là. Mais le spectre du retour vers l’Europe des dhjiadistes qui ont combattu (et combattent toujours) en Syrie, fait trembler ces capitales et pousse Paris à un retournement spectaculaire, dont elle est coutumière.

Henri Sylvain

 


 

[1] http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Le-juge-antiterroriste-Marc-Trevidic-La-France-ennemi-bien-identifie-584526

[2] http://afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/4596-quand-la-communaute-du-renseignement-se-rebelle-contre-la-strategie-suicidaire-de-la-france-en-syrie.html

[3] http://www.asianewslb.com/vdcbszbf.rhb09pukur.html

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Alger enterre son poète. Mille ans et quelques tempêtes n’avaient pas suffi à le produire, comme si elle ne se débarrassait de ses mythes et ne naissait vraiment à l’histoire qu’à ses paroles :

«Son ère est nouvelle et son enseigne claque au vent.» Vous pouvez bien sûr, pour ce vers, entendre Algérie, et non pas Alger, le poète n’est plus là pour trancher sur les sens qu’on met dans ses mots. Il les a confiés au grand maître El Anka pour qu’ils vivent dans nos têtes le destin de nos propres émeutes. Mais vous avez raison de comprendre Algérie dans ces vers, car en mille ans et trop de mythes, pour la première fois, Alger, par la grâce de la guerre et de l’indépendance, atteignait une ambition nationale autrement plus compliquée que le statut de chef-lieu de la Régence ottomane ou le port d’attache de corsaires cosmopolites.

Mustapha Toumi a écrit bien d’autres poèmes et bien d’autres chansons. Il a écrit pour Myriam Makéba, pour Lamari, pour Abderrahmane Aziz… Il a écrit en français, en berbère et en arabe. Il a écrit au théâtre, au café, dans la rue, chez lui, dans son bureau au ministère ou aux quatre-vents. Il écrivait dans cette sorte d’ébullition productive, qu’était la vie des sphères culturelles d’Alger, pressées de rendre à la révolution leur promesse d’une autre Algérie. Il était, avec beaucoup d’autres, dans le rêve d’une éthique sociale, d’une exemplarité morale qui restituerait aux sacrifices leur pleine légitimation dans la justice. Cela remontait à loin cette histoire de «message philosophique», à ses années passées à Tunis et au Maroc, dans le travail avec les équipes culturelles du FLN et surtout dans La voix de l’Algérie. Cela vous marque un homme de ne vivre qu’à entretenir la flamme du combat et à nous soutenir par le rêve d’une autre société, d’un autre pays, d’un autre destin.

Mustapha était l’homme de cette promesse parce qu’il était tout à la fois, l’homme de cette époque de promesses anticoloniales, mais aussi homme de parole, tel que notre société a pu produire pour son propre combat. Le peuple d’Alger ne retiendra pourtant que Sobhan Allah Ya L’Tif et pour ce seul poème, il en fera le poète de la ville, privilège et magistère, que seul le peuple attribue selon les voies qui lui sont particulières. El Hadj M’hamed El Anka ajoutera, au poème, son poids symbolique, sa musique et cette interprétation qui démultiplient la puissance d’évocation et de suggestion du texte. L’osmose entre les deux artistes était née bien avant l’écriture du texte, le cheikh avait demandé à Mustapha de lui préparer un poème.

A la date de ce poème et de son interprétation, en 1970 ou vers 1970, Alger, pour des raisons de résonnance propre à un lieu du pouvoir, faisait le deuil de ses rêves de fraternité.

Tout cela s’écroulait, que nous avons cru advenu d’un pays sans conflits, sans rivalités, sans jalousie ; juste un pays fraternel où nous avions à faire, beaucoup à faire pour réparer les brisures, les injustices, les manques dans tous les domaines. Cette histoire reste à écrire d’une utopie algérienne que, par défaut, on appellera aussi socialisme pour dire rêve collectif, mais Alger va céder à son propre peuple, descendu dans la rue pour refuser la guerre entre les composantes de l’ALN. Il eut fallu pour que cette prise du pouvoir soit légitime, qu’elle respecte le lieu et les hommes. Plus que les comportements des services de répression à l’endroit de symboles algérois, c’est une espèce d’apologie du monde rural et paysan qui a fait le plus mal aux Algérois. Tout à fait dans l’air du temps, mi-maoïste et mi- fanonienne, tout en étant étrangère aux deux, cette théorie postulait à un caractère révolutionnaire des campagnes, a contrario des villes, qui seraient des lieux de soumission à la domination coloniale. Dans les faits, cette théorie ne visait qu’Alger, il n’était nullement question de trahison ou de collaboration pour les autres villes. Cette démarche a pu prendre des allures brutales, selon le niveau politique et culturel de ses acteurs, allant jusqu’à nier toute lutte à Alger qui ne soit le fait de non-Algérois. Sur le plan esthétique, films, pièces de théâtre, émissions, sketchs, etc. nous abreuvèrent de ces productions présentant Alger comme une Babylone dans laquelle les braves enfants de paysans perdaient leur innocence et leur âme.

Les conflits de l’été 1962, que le peuple d’Alger avait stoppé avec ses manifestations et son mot d’ordre : «Sept ans, ça suffit», continuaient leurs chemins souterrains, en se compliquant de ce «paysanisme» qui déniait au petit peuple d’Alger, d’ouvriers et d’artisans leur rôle décisif dans les formations politiques, syndicales et culturelles, qui ont enraciné l’idée de nation algérienne et leur rôle irremplaçable dans la bataille d’Alger et la guérilla ultérieure à cette bataille.

Le poème exprimait toutes ces blessures d’un peuple d’Alger qui avait refusé la lutte fratricide par sagesse et pour ne pas mener un combat qui n’était pas le sien, celui de la mainmise sur la ville européenne. Car le pouvoir, par mimétisme, s’installait sur les lieux du pouvoir colonial. Pouvait-il en être autrement ? Certainement non, mais il risquait la rupture avec la ville indigène, dont il a poussé la négation jusqu’à cette absurdité de «paysanisme». Toumi est allé chercher très loin, dans la vieille tradition mystique et guerrière du melhoun, la matrice de ses mots, les racines de ses expressions, la langue de son poème, les voies de l’allégorie et les embrasures de l’imaginaire. Inutile de le reprendre dans cet article, vous le connaissez par cœur.
Et il annonce à cet «invité» d’Alger, qui n’est autre que le pouvoir, qu’il n’a pris la ville que par concession de l’habitant.

La force de pénétration de ce poème dans la tête et dans le cœur du peuple d’Alger est précisément qu’il raconte ce combat reporté à plus tard, mais aussi cette prophétie que le pouvoir allait régner sur la ville, sur le pays donc, mais pas les dominer. Parce qu’il en était arrivé à cette dénégation de la ville, de la société, de ses composantes, il lui serait possible d’organiser le pouvoir sans jamais pouvoir organiser l’Etat. Gramsci en dit quelque chose. L’idée d’une impasse politique et surtout culturelle de ces vainqueurs provisoires et par défaut est latente dans chaque vers de ce poème. Il a été la revanche immédiate du peuple d’Alger, en ajoutant à la prophétie sa propre délégitimation à cette espèce mise à sac de la ville et de sa mémoire. Oui, vous avez raison de comprendre que le vers parle de l’Algérie et pas d’Alger : «L’Algérie, son ère est nouvelle et son emblème claque au vent.» En attendant, le poète a dérobé l’Alger de notre cœur et de nos combats au pouvoir et partagé ses mots avec le maître de notre chaâbi pour nous faire les oriflammes qui courent nos chants et nos ruelles.

Adieu Mustapha. Et adieu nos échanges. J’ai compris par ton poème et par nos paroles croisées la différence entre le règne, la domination et l’hégémonie. Merci de m’avoir, de nous avoir, tant donné ; des mots pour nos peines et des mots pour voir, des mots pour demain. Adieu, notre poète.

Mohamed Bouhamidi


« Le lion est lion même mort », écrivait-il dans son chef-d’œuvre Sobhan Allah ya latif. Mustapha Toumi est décédé dans la soirée du mardi 2 avril. Le poète est mort à l’hôpital Mustapha Pacha des suites d’une longue maladie. Ce matin, un hommage lui sera rendu au Palais de la culture, avant son enterrement, qui aura lieu l’après-midi au cimetière El Kettar. Né le 14 juillet 1937 à Alger, Mustapha Toumi est une figure incontournable de la culture algérienne. Nourri au mode de vie citadin de sa Casbah natale, Toumi a tracé des ponts entre la culture populaire et la culture universelle. L’artiste a exploré différentes disciplines artistiques, comme la composition, la poésie et même la peinture, qu’il pratiquait pour son plaisir.

Politiquement engagé, l’artiste a milité dans les rangs du FLN durant la révolution et a participé en 1958 à la radio clandestine «La voix de l’Algérie libre et combattante ». Après l’indépendance, Mustapha Toumi prend en charge les affaires culturelles au ministère de l’Information. Il tentera plus tard de fonder son propre parti avec l’ouverture démocratique des années 1990, mais l’aventure politique ne durera pas longtemps. Outre El Hadj El Anka, qui a immortalisé sa qacida Sobhan Allah ya latif, Mustapha Toumi a écrit pour Warda El Djazaïria, Mohamed Lamari et Myriam Makeba. Penseur encyclopédique, Toumi s’est également aventuré dans les arcanes de la linguistique. Il se consacrait, d’ailleurs, à des recherches sur les origines de la langue amazighe, avant que la maladie de ne l’emporte à l’âge de 76 ans.

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Commerce des armes, le Traité paravent de l’Onu

avril 4th, 2013 by Manlio Dinucci

Après sept années de laborieux efforts, l’Assemblée générale des Nations Unies a donné le jour au Traité sur le commerce des armements. L’objectif déclaré n’est pas de limiter les exportations et importations d’armes « conventionnelles », lourdes et légères, mais de les réglementer. Parmi les principes sur lesquels se fonde le Traité se trouve en effet celui du « respect des intérêts légitimes des Etats à acheter des armes conventionnelles pour exercer le droit à l’autodéfense et pour les opérations de peacekeeping, et de produire, exporter, importer et transférer des armes conventionnelles ».

Les cent plus grandes industries guerrières du monde, dont 78 sont basées aux Etats-Unis et en Europe occidentale, pourront ainsi continuer à accroître leurs ventes, dont la valeur annuelle estimée approche les 500 milliards de dollars. Les principaux exportateurs sont les Etats-Unis, suivis par la Russie, l’Allemagne, la France et la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne. Les principaux importateurs sont l’Inde, le Pakistan et les monarchies du Golfe. Forte croissance aussi pour les importations d’armes en Afrique du Nord, qui ont augmenté de 350% en 2007-2012. Personne par contre ne connaît la valeur réelle des transferts internationaux d’armes, dont certains adviennent sur la base de transactions politiques. Parmi ceux-ci, par exemple, les 20 véhicules blindés de combat Puma, donnés par l’Italie aux gouvernants libyens « à titre gracieux » (c’est-à-dire payés avec l’argent public par les contribuables italiens).

A quoi sert alors le Traité ? Il faut dire avant tout que, bien qu’ayant été approuvé à une large majorité, il a fait l’objet d’abstentions significatives, surtout celles de la Russie, de la Chine et de l’Inde. En outre, même après avoir été ratifié par les parlements nationaux (chose qui n’est pas du tout acquise, notamment aux Etats-Unis), le Traité ne sera pas contraignant mais constituera une sorte de code de conduite auxquels les gouvernements devraient se tenir. La norme fondamentale est que les armes ne doivent pas être fournies à des Etats qui « minent la paix et la sécurité et commettent des violations du droit humanitaire international ». Comme l’assure le secrétaire d’Etat étasunien John Kerry, le Traité contribuera à « réduire le risque que les transferts internationaux d’armes conventionnelles ne soient utilisés pour accomplir les pires crimes du monde, y inclus terrorisme, génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre ».

En d’autres termes, le Traité autorise la fourniture d’armes aux « gentils » mais interdit strictement de les fournir aux « méchants ». Reste à voir qui sont les uns et les autres. Si le Traité par exemple avait été approuvé par l’Onu en 2011, que ce serait-il passé ? Il aurait été employé pour justifier l’embargo draconien contre la fourniture d’armes au gouvernement libyen accusé de crimes contre l’humanité. En même temps il aurait servi à rendre légales la fourniture de bombes étasuniennes aux alliés (Italie comprise) qui avaient épuisé les leurs dès les premières semaines de bombardements.

Aujourd’hui, souligne la responsable d’Oxfam International pour le contrôle des armements, se faisant le porte-parole d’une idée répandue dans l’éventail pacifiste qui défend le Traité, il peut contribuer à réduire la tragédie de la guerre civile en Syrie, puisque « la Russie soutient que les ventes d’armes au gouvernement sont autorisées car il n’y a aucun embargo ». Elle oublie cependant le flux croissant d’armes, confirmé par la récente enquête du New York Times (il manifesto 27 mars), qui sont livrées au « rebelles » à travers un réseau international organisé par la Cia, qui implique la Turquie, la Jordanie et la Croatie. Dans cette logique, un autre des principes sur lesquels est fondé le Traité, à savoir « le droit de tous les Etats à l’autodéfense individuelle et collective reconnu par l’article 51 de la Charte des nations unies », peut être interprété de manière à justifier l’embargo des armes au gouvernement syrien et, en même temps, leur livraison aux « rebelles », en assurant que ceux-ci les utilisent pour l’ « autodéfense ».Différents défenseurs du Traité affirment que sont bannies les ventes d’armes non seulement aux Etats mais aussi aux groupes qui les utilisent dans des actions qui violent les droits humains, mais qu’elles peuvent être fournies ouvertement et légalement aux « mouvements de libération qui luttent contre des gouvernements abusifs ». Comme, précisément, le gouvernement syrien que les Usa et l’Otan considèrent comme illégal, pendant qu’eux-mêmes arment et entraînent le « mouvement de libération », en grande partie infiltré de l’étranger.

Les industries guerrières pourront ainsi continuer à faire des affaires en or : il suffit qu’ils vendent les armes à ceux qui les utilisent pour « le droit à l’autodéfense et pour les opérations de peacekeeping ».

Manlio Dinucci 

Edition de jeudi 4 avril de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130404/manip2pg/09/manip2pz/338381/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Gaz de schiste : les dommages collatéraux

avril 4th, 2013 by Gérard Montpetit

Au Québec, nous avons 31 puits «modernes» de gaz de schiste dont ceux de Leclercville et de La Présentation qui ont, ou ont eu, des fuites préoccupantes.  Il ne s’agit pas d’un grand nombre mais admettons que statistiquement cela soit significatif, nous dirions alors que plus de 6% des puits forés au Québec ont de sérieux problèmes.

Les experts en relations publiques des Forces Armées utilisent l’euphémisme «dommages collatéraux» pour minimiser les dommages et les souffrances que d’innocentes victimes doivent subir lors de bombardements ou d’opérations militaires.  Par exemple, si un «drone» frappe sa cible, mais tue ou blesse une douzaine de civils qui vivent dans les parages, on utilise cette expression, parfois suivie d’une autre: “Just too bad”, indicative de la plus suprême insouciance.

De même, la fracturation hydraulique des gazières est responsable de «dommages collatéraux» à des personnes qui ont le malheur de vivre à proximité d’une tour de forage mais aussi à ceux et celles qui vivent de l’agriculture, du tourisme, ou qui s’adonnent à la pêche sportive.  Pour les premiers, les effets collatéraux sont immédiats; pour les seconds, on ne les voit pas dans la même image, car reportés dans le temps mais avec celui-ci, ils deviennent de plus en plus visibles…

Les problèmes de santé font aussi partie de ces «dommages collatéraux» tardifs. Le professeur Ingraffea et ses collègues de l’Université Cornell nous disent que l’enjeu des gaz de schiste peut se résumer par la phrase lapidaire «The wealth of a few versus the health of many» «La richesse de quelques-uns contre la santé de plusieurs».

La cooccurrence «dommages collatéraux» peut aussi s’appliquer au monde du travail.  Pour chaque «job» créée par l’industrie des carburants fossiles, combien seront perdues dans d’autres secteurs?  Par exemple à Gaspé, Pétrolia peut fournir des emplois, un certain nombre de mois-personne disons, mais combien de mois-personne perdus dans le secteur du tourisme et des pêcheries?…  Et s’il fallait qu’une catastrophe survienne dans le golfe St-Laurent comme dans le golfe du Mexique en 2010?  Est-ce que Pétrolia aurait les reins assez solides pour indemniser toutes les personnes qui seraient lésées?… Entre Pétrolia et BP il y a un monde!

L’industrie n’ose dire non plus que la fracturation de la roche est une technique dont le taux d’efficacité est aberrant.  Selon Marc Durand, ingénieur-géologue à la retraite, l’industrie peut extraire aussi peu que 20% du gaz contenu dans la roche car il n’est pas économiquement rentable d’exploiter ce qui reste.  Est-ce qu’un agriculteur achèterait une moissonneuse-batteuse pour ne récolter que 20% du maïs dans son champ?

Dès que le puits n’est plus rentable, la compagnie bouche le puits avec du ciment et en remet le contrôle et la responsabilité financière à la province de Québec.  Le gaz et les autres fluides qui demeurent dans la roche vont migrer très, très lentement vers le puits et la pression va se rebâtir graduellement dans la structure pendant des siècles.  Voilà de sérieux «dommages collatéraux» pour les générations à venir qui habiteront à La Présentation ou ailleurs dans la vallée du Saint-Laurent.

Il faut comprendre qu’un puits défectueux, comme celui de La Présentation, peut possiblement contaminer toute la chaîne alimentaire.  Il est situé dans un champ de maïs, aliment de base qui sert à l’alimentation animale.  Il est également à moins de 100 mètres de la rivière Salvail; dont l’eau est nécessaire à toute production agricole.  Sans oublier le poulailler, lequel est situé à moins de 80 mètres de la tête de puits.  Enfin, la partie horizontale du puits passe probablement sous plusieurs cabanes à sucre et cela peut contaminer les produits de l’érable.  À long terme, la possible contamination des nappes phréatiques risque d’être la cause première de nombreux dommages collatéraux.  À très long terme, c’est la biodiversité qui est en jeu.

L’industrie projette près de 20 000 puits de gaz de schiste au Québec et probablement plus de pétrole de schiste.  Qu’est-ce qui est le plus important: les profits des pétrolières ou les pertes que d’innocentes victimes vont inévitablement subir?…

Gérard Montpetit

Pour le comité Non-schiste La Présentation

La Présentation, le 2 avril, 2013

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Le pillage financier de Chypre par l’Union européenne marque un tournant qualitatif dans les mesures d’austérité brutales imposées à tout le continent.

Les 10 milliards d’euros de l’UE pour renflouer les banques sont conditionnées à la destruction du secteur bancaire de l’île dans l’intérêt des sections les plus puissantes du capital financier.

Les dépôts bancaires supérieurs à 100 000 euros ont été razziés, et des contrôles stricts des capitaux sont en place. Le ministre des Affaires étrangères de Chypre Ioannis Kasoulides a dit que ceux-ci pourraient durer « jusqu’à un mois. » Bien que des commentateurs disent qu’ils s’attendent à ce que ces contrôles restent en place pendant des années.

Le renflouement est lié à des coupes drastiques dans les dépenses et à des privatisations. Des représentants de la troïka – l’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international – sont à Chypre depuis le début du mois, dressant une liste de privatisations possibles, y compris dans les principaux services publics.

En même temps, des exigences d’une austérité plus grande sont présentées à la Grèce, qui est en récession depuis cinq ans, suite aux mesures de l’UE.

Des représentants de la Troïka vont retourner à Athènes au début du mois prochain pour compléter ce que le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble décrivait cette semaine comme une « dure mission de supervision. »

Répondant au journal Grec Ta Nea, Schäuble a réfuté toute idée que la population ne pourrait pas supporter davantage d’austérité, disant « En ce moment, tous les indicateurs macroéconomiques signalent que la recette porte ses fruits. Mais il faudra plus de temps que ce que beaucoup en Grèce voudraient. »

En décembre, la troïka a accepté de remettre 50 milliards d’euros faisant partie de l’accord de prêt actuel dont le total porte sur 130 milliards. En échange, elle exigeait que la Grèce impose de nouvelles réductions des effectifs, des augmentations d’impôts et d’autres mesures d’austérité extrêmement pénalisantes. L’argent est versé en tranches qui dépendent strictement des mesures d’austérité qui leur sont attachées, avec des inspections régulières de leur « progrès ».

Mais le mois dernier, les représentants de la troïka ont quitté les négociations avec le gouvernement grec, retardant le versement d’un prêt de 2,8 milliards d’euros de ce qui avait été accepté auparavant.

Au cœur de la crise, il y avait l’insistance de la troïka pour que la Grèce adhère pleinement aux promesses de réduction de 25 000 emplois dans le secteur public avant la fin de 2013. Craignant une montée de la crise sociale dans un contexte de chômage record, le gouvernement a proposé à la place d’éviter les licenciements obligatoires et de transférer les employés vers une « réserve de travail spéciale » d’ici 2014. Même si ceci entraînerait la réduction de 40 pour cent des salaires pour un an, et le licenciement de 150 000 employés d’ici 2016, cela a été rejeté par la troïka qui considère la mesure insuffisante.

En s’appuyant sur son adhésion loyale aux diktats de l’UE, le gouvernement de coalition, qui réunit Nouvelle démocratie, le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique, avait affirmé que recevoir la prochaine tranche serait une formalité. Le ministre des finances Yannis Stournaras commentait à l’époque, « Cette fois-ci ça va être facile. S’ils [la troïka] restent quelques jours de plus, ce sera pour aller voir quelques antiquités. »

Au lieu de cela, la troïka a passé deux fois plus de temps que prévu à Athènes, puis a mis fin aux négociations et retenu sa promesse de prêt en invoquant l’argument que le gouvernement ne peut pas revenir sur des mesures pour lesquelles il s’est déjà engagé, y compris pour la suppression de milliers d’emplois dans le secteur public.

En réaction, un responsable anonyme du gouvernement a déclaré auGuardian que la réception de tout argent de la troïka était à présent gravement compromise : « Il y a des inquiétudes très sérieuses sur le fait qu’à l’été, le prochain versement [du prêt] ne sera pas effectué. Rien n’est sûr. »

Au cœur de l’action de l’UE, il y a une politique visant à diminuer les salaires et les conditions de travail des travailleurs dans tous les pays européens à un niveau comparable à ceux de l’Europe de l’Est, de la Chine et de l’Inde.

Dans des commentaires révélateurs avant la dernière visite de la troïka à Athènes, un représentant de la Grèce à la commission européenne, Maria Damanaki, avait dit à la radio FM To Vima, « La stratégie de la Commission européenne au cours de l’année et demie ou deux écoulée a été de réduire les coûts du travail dans tous les pays européens afin d’améliorer la compétitivité des compagnies européennes sur leurs rivales d’Europe de l’Est et d’Asie. »

C’était le cadre des réunions qui se sont tenu à la fin mars entre Kostas Hatzikadis, le ministre de l’Economie et du développement Grec, et les directeurs exécutifs de 11 des plus grandes compagnies internationales opérant en Grèce. Un rapport de GR Reporters notait que, « huit des onze dirigeants ont soutenu l’idée qu’un salaire [mensuel] de 250 à 300 euros pour des emplois à temps partiel pourrait créer de nouveaux emplois. »

Ce rapport citait les commentaires du directeur exécutif de Barilla Hellas, George Spiliopoulous, qui disait, « Je ne vois pas pourquoi un niveau minimal de salaire devrait être maintenu dans un pays où le chômage des jeunes a atteint des niveaux incroyables. »

C’est cette volonté de détruire les salaires et les conditions de vie des travailleurs qui explique la brutalité avec laquelle l’UE a traité Chypre et d’autres pays, ainsi que la vénalité du gouvernement de ces pays pour aider ses actions.

L’élite dirigeante avance à grands pour exploiter le niveau maintenant catastrophique de chômage en Grèce, qui se monte à près de 30 pour cent pour les adultes et plus de 60 pour cent pour les jeunes. Avec de telles exigences, l’élite dirigeante cherche à s’enrichir encore plus, quelques mois seulement après que le gouvernement, sur l’insistance de la troïka, a réduit le salaire minimum pour tous les moins de 25 ans de 25 pour cent, à 510 euros par mois au lieu de 740. Pour un travailleur de plus de 25 ans, le salaire minimum a été réduit de 22 pour cent à tout juste 586 euros par mois.

Cette semaine, l’agence fédérale allemande des statistiques Destatis a publié des enquêtes montrant qu’en 2012, la Grèce était le seul pays de l’UE à voir une baisse du coût moyen du travail dans le secteur privé. D’après l’étude, le coût d’une heure de travail, y compris les éléments qui ne font pas partie du salaire, dans le secteur privé grec était de 15,50 euros l’an dernier, soit une baisse de 6,8 pour cent par rapport à 2011.

Aucun domaine des services sociaux n’a été épargné, les conditions de vie dans le pays ont été ramenées au niveau de ce qui existait sous l’occupation nazie durant la seconde guerre mondiale. Des attaques allant encore plus loin sont même en préparation sous les mesures de réduction des coûts qui ont été conclues avec la troïka, dont la fermeture des hôpitaux régionaux dans un service de santé déjà décimé et la suppression du droit à l’enseignement supérieur par le « plan Athéna. »

L’objectif du plan Athéna est de fermer de nombreux établissements de l’enseignement supérieur et d’abolir le droit à cet enseignement, qui est pour le moment garanti par l’article 16 de la constitution grecque. Sous son égide, les établissements devront rechercher des partenariats privés et lier leurs programmes éducatifs aux demandes du marché.

Cette voie est présentée comme la seule possible dans un contexte où les mesures d’austérité successives ont laissé la Grèce embourbée dans sa sixième année de récession. La banque centrale grecque a prévu que la récession devrait s’aggraver, et que l’économie devrait se contracter de plus de 5 pour cent cette année, contre une projection de 4,5 pour cent faite par la troïka.

Robert Stevens

Article original, WSWS, publié le 30 mars 2013

Des avions de chasse américains F-22 sont arrivés hier en Corée du Sud, mettant l’Asie de l’Est en alerte maximale alors que Washington intensifie sa confrontation avec la Corée du Nord, apparemment au sujet du programme nucléaire du pays.

Stationnés habituellement à la base aérienne Kadena au Japon, les avions de chasse ont été déployés à la base aérienne Osan en Corée du Sud, dans le contexte des manœuvres militaires « Foal Eagle » en cours et auxquelles participent les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Le déploiement des F-22 est survenu au bout de deux semaines d’aggravation des tensions militaires et d’une démonstration de la puissance de feu américaine contre la Corée du Nord. Le 19 mars, les Etats-Unis avaient envoyé des bombardiers B-52 à capacité d’armement nucléaire en Corée du Sud et, la semaine passée, ils ont envoyé deux bombardiers furtifs B-2 pour pratiquer le largage de bombes factices au-dessus d’un champ de tir sud coréen.

Le déploiement de bombardiers lourds américains constituait une menace ouverte qu’en cas de conflit militaire en Asie de l’Est, Washington était prêt à recourir à l’arme nucléaire. Cette menace ne vise pas seulement la Corée du Nord, mais aussi la Chine, le principal objectif des opérations américaines dans la région et qui fournit au régime nord-coréen des produits alimentaires essentiels et du carburant.

Pour la Corée du Nord, un petit pays pauvre de 25 millions d’habitants, les vols des B-2 ont été le signal que Washington était disposé à annihiler le pays. Les bombardiers B-2 transportaient 16 bombes nucléaires B83 ayant chacune un rendement explosif de 1,2 mégatonnes – 75 fois la puissance des bombes atomiques que les Etats-Unis avaient larguées en 1945 sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Si deux bombardiers B-2 lâchaient leur cargaison sur la Corée du Nord, ils détruiraient toutes ses villes grandes et moyennes.

Samedi 30 mars, des responsables de l’armée américaine ont dit au Wall Street Journal qu’ils s’étaient engagés à préparer une série d’autres démonstrations de force contre Pyongyang. Ils ont refusé de dire quelles seraient ces démonstrations, parlant de « préoccupations de sécurité opérationnelle. »

Le Pentagone a aussi annoncé la préparation d’un « plan d’actions communes [avec la Corée du Sud] contre les provocations » de Pyongyang. Ceci vise à garantir une réponse plus agressive à toute action menée par l’armée nord-coréenne, tout comme en 2010 lorsque l’artillerie de la Corée du Nord avait déclenché des bombardements après avoir été accusée d’avoir coulé la frégate sud coréenne Cheonan. L’actuel plan des Etats-Unis et de la Corée du Sud présente le risque d’une rapide intensification des combats si un tel affrontement se reproduisait.

Ce risque est exacerbé par la politique menée par la présidente conservatrice sud-coréenne nouvellement élue, Park Geun-hye, la fille du dictateur militaire sud-coréen Park Chung-hee. Avec l’effondrement de la popularité de son gouvernement dans les sondages, elle a proposé d’élargir le programme nucléaire de la Corée du Sud. Si des combats frontaliers venaient à avoir lieu, elle subirait d’intenses pressions pour s’engager dans une escalade de l’affrontement et prouver ainsi la fermeté de sa position anti nord-coréenne.

Un récent article intitulé « Seule une réaction féroce peut empêcher les provocations nord-coréennes » et publié dans le quotidien conservateur sud-coréen Chosun Ilbo dénonçait la « réaction confuse et inefficace » à l’affrontement de 2010. Le journal décrivait aussi le « plan contre les provocations » qui implique des combats à grande échelle, dirigés par les Etats-Unis et assistés par le Japon.

Chosun Ilbo écrit: « L’armée sud-coréenne traitera la première réaction tandis que la Septième flotte américaine, dont le porte avion USS George Washington, sera mobilisée aux côtés des chasseurs F-22 japonais, puis suivra le déploiement des Marines américains pour s’occuper des missions communes. »

Les tensions provoquées par le « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama, qui est censé former une coalition avec des Etats alliés aux Etats-Unis en vue de contenir la Chine, viennent maintenant d’exploser en une véritable crise de guerre.

Vendredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a mis en garde que « la situation peut échapper à tout contrôle et elle s’engagera dans la spirale d’un cercle vicieux. »

Malgré les dénonciations de la Corée du Nord par les médias occidentaux, l’impérialisme américain porte la responsabilité essentielle. Tout au long de l’année dernière, Washington a annoncé son intention d’installer un bouclier antimissile visant la Chine bien que justifié comme étant une mesure contre la Corée du Nord. Les Etats-Unis ont aussi encouragé une confrontation navale entre la Chine et Japon au sujet des îles Senkaku (Diaoyu).

Washington a utilisé la Corée du Nord comme un moyen de faire pression sur le régime de Beijing qui s’est avéré être un obstacle majeur à la politique belliqueuse des Etats-Unis contre la Syrie et l’Iran pour qu’il s’aligne plus directement sur la politique étrangère américaine, Il est aussi le plus important créancier étranger des Etats-Unis.

Hier, l’agence d’information publique chinoise Xinhua a publié une rubrique intitulée « Des esprits plus lucides doivent l’emporter dans la Péninsule coréenne. » Elle a déclaré : « La Chine en tant qu’acteur concerné dans la région a pendant longtemps lancé des appels au calme sur la Péninsule coréenne. A présent, tous deux, la DPRK [République populaire démocratique de Corée, c’est-à-dire la Corée du Nord] et les Etats-Unis doivent modérer leurs propos et travailler avec Beijing pour une reprise rapide des pourparlers à six qui sont bloqués depuis longtemps. »

Tout en faisant pression pour un retour à la table des négociations, Beijing est aussi en train de signaler à Pyongyang que la Chine pourrait cesser de les soutenir face à Washington. Au début du mois, elle avait voté au Conseil de sécurité de l’ONU pour imposer des sanctions à Pyongyang en raison de son programme nucléaire. Selon des dépêches publiées par WikiLeaks, certaines sections du régime chinois considèrent Pyongyang comme un « enfant gâté » gênant.

Au cours du week-end, Pyongyang a publié un communiqué déclarant qu’un « état de guerre » existait sur la péninsule. Le communiqué avait fait suite à un rassemblement militaire de masse vendredi à Pyongyang.

Cependant, au-delà du discours belliqueux de Pyongyang, des information relatent une étrange situation de calme en Corée du Nord. Des responsables de l’armée américaine ont dit que leur renseignement sur l’armée de la Corée du Nord ne révélait aucune activité inhabituelle. Quant à la situation à Pyongyang, des journalistes de l’agence AP ont rapporté qu’en dehors de la parade militaire, « partout ailleurs c’était comme à l’accoutumée dans les restaurants, les magasins, les fermes et les usines où, pour les travailleurs, c’était du réchauffé. »

Pour le communiqué de Pyongyang et sa déclaration concernant un « état de guerre » en Corée, il s’agit d’une vérité juridique : l’armistice qui a mis fin aux combats de la guerre coréenne de 1950-1953 n’a techniquement jamais mis fin à l’état de guerre en Corée. Pyongyang réclame de longue date un traité de paix qui a été refusé en 1953 par les Etats-Unis et notamment par son régime fantoche et de type fasciste en Corée du Sud dirigé par Syngman Rhee. Depuis lors, Washington rejette les demandes en faveur d’un traité de paix.

Les déclarations de Pyongyang suggèrent que des sections de la bureaucratie nord coréenne tentent d’obtenir un genre d’arrangement avec Washington.

Le comité central du parti dirigeant nord-coréen, le Parti des travailleurs de Corée du Nord, s’est réuni hier après avoir annoncé laconiquement vouloir régler une « question importante » en publiant un communiqué avant le début, aujourd’hui, de la séance d’une journée du parlement coréen. Tout en promettant de poursuivre son programme nucléaire, le communiqué dit que Pyongyang entreprendrait « des efforts positifs pour empêcher une prolifération nucléaire. »

Le communiqué a souligné la volonté de Pyongyang d’ouvrir l’économie de la Corée du Nord et en faire une économie d’exportation tributaire du capital étranger dans le but d’exploiter la main d’œuvre bon marché nord coréenne. Il a demandé un changement en faveur d’une « économie basée sur la connaissance » et pour l’« introduction à large échelle » d’investissements. Pyongyang a déjà mis en place plusieurs zones d’exportation, particulièrement avec la Corée du Sud à Kaesong.

Les tentatives de Pyongyang de régler ses différends avec Washington et de s’intégrer dans l’économie capitaliste mondiale se sont toutefois heurtées à plusieurs reprises à l’opposition américaine. Il n’est pas clair quelles assurances Washington pourrait accorder aux dirigeants de Pyongyang pour leur propre sécurité après l’ouverture de leur économie au capital étranger américain – notamment dans le contexte d’une rapide escalade des tensions entre les Etats-Unis et le principal allié régional de Pyongyang, la Chine.

En 2001, la Corée du Nord avait été désignée par le gouvernement Bush comme un membre de l’« axe du mal » et elle reste la cible d’une campagne de dénigrement constante dans la presse occidentale.

Article original, WSWS, paru le 1er avril 2013

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Poutine 3 – An 1: Bilan et avenir

avril 3rd, 2013 by Alexandre Latsa

Beaucoup de commentateurs et analystes ont tenté de faire le bilan politique de la première année du troisième mandat de Vladimir Poutine, c’est-à-dire sa neuvième année en tant que président de la fédération de Russie et sa treizième année au sommet de la scène politique russe.

Le premier mandat Poutine avait commencé dans le sang avec la tentative de déstabilisation orchestrée de la république Tchétchène qui avait conduit à la seconde guerre de Tchétchénie. Ce premier mandat sera également marqué par la prise d’otages du théâtre de Moscou en 2002 ainsi que par l’attentat du métro de Moscou en février 2004. Le second mandat commencera lui aussi difficilement avec le double attentat sur les avions de ligne d’août 2004, l’abominable prise d’otages de l’école de Beslan et l’attaque de 2005 à Naltchik contre le bâtiment des forces de l’ordre. 2010 et 2011 connaitront également leurs attentats, dans le métro puis à l’aéroport de Domodedovo. Pourtant dans le même temps, l’intensification de la lutte contre les structures terroristes dans le Caucase a sans doute considérablement amoindri la capacité de ces cellules à frapper ailleurs en Russie et notamment dans la capitale russe, visée en priorité pour des raisons bien évidemment politiques. Sur le plan du terrorisme la situation s’est donc améliorée en Russie et ce sur la quasi-totalité du territoire.

La situation politique s’est elle aussi stabilisée. L’opposition parlementaire n’est pas plus qu’il y a 10 ou 12 ans en position de remporter des échéances électorales majeures puisque seul le parti communiste peut prétendre faire de l’ombre à Russie-Unie, ce parti (on doit sans doute plus parler de plateforme) centriste et conservateur. Mais le parti communiste, tout comme le parti nationaliste libéral-démocrate de Vladimir Jirinovski, souffrent d’une usure profonde due à l’ancienneté de leurs leaders respectifs, qui concourent politiquement depuis la fin de l’URSS. Curieusement du reste, cette usure politique semble frapper autant, voir plus, l’opposition que le pouvoir et ce contrairement aux prévisions de nombre d’experts.

L’opposition minoritaire et non parlementaire qui avait quand à elle réuni quelquesdizaines de milliers de manifestants durant l’automne 2011 s’est logiquement essoufflée, minée par les scandales et les dissensions internes, tout comme sans doute et surtout par l’absence d’un quelconque programme politique. Aucune surprise à cela, il y a un an j’avais tenté d’expliquer que la jeune classe moyenne supérieure (dite classe créative) n’allait pas pouvoir se résoudre bien longtemps à confier le leadership des manifestations de l’opposition à des tendances radicales par exemple d’extrême gauche, prêtes à l’action violente, voire à basculer dans le terrorisme.

Illustration: Une de mes amies, journaliste pour une télévision publique me disait qu’elle était allée à Bolotnaia, puis lorsqu’elle a vu ce que devenaient ces rassemblements, à savoir occuper des quartiers pour jouer du tam-tam et dormir dehors (à l’époque révolue du slogan Occupy Moscow) elle m’a dit n’y avoir plus jamais mis les pieds. Ce mouvement, pâle copie d’un projet américain lui aussi sur le déclin, est rapidement mort. Mon amie a fini par voter Prokhorov aux élections, par défaut, ne sachant pas trop pour qui mettre son bulletin dans l’urne.

Une enquête par sondages vient de démontrer que les jeunes russes, contrairement à une idée reçue, ne font en réalité pas plus confiance à l’opposition qu’au pouvoir. Si un grand nombre de jeunes soutiennent les autorités, ils ragent en même temps contre les bureaucrates et le système administratif, et ce comme la totalité des russes. Si Vladimir Poutine reste l’homme politique préféré des jeunes, celui-ci est suivi par Vladimir Jirinovski et par Michael Prokhorov, et la grande majorité des jeunes interrogés n’a pris part à aucune manifestation de l’opposition. Pour Elena Omeltchenko, chef du Centre de recherche de la jeunesse de l’École des hautes études en sciences économiques: “Les jeunes gens ont de la bouillie dans la tête. Le nationalisme coexiste avec le libéralisme”.

Ce mélange de deux tendances que l’on pourrait juger hautement contradictoires peut donner naissance a une nouvelle tendance hybride, dont l’une des formes a sans doute émergé discrètement en conséquence de l’évolution que la scène politique russe a connu ces 18 derniers mois: l’idéologie nationale-démocrate.

Plusieurs membres de la Chambre civile russe (organe consultatif auprès du Kremlin)s’attendent du reste à l’émergence de plusieurs partis nationalistes capables de concurrencer les partis parlementaires lors des prochaines élections législatives. Cette droitisation à venir de la société civile a visiblement été anticipée par le pouvoir russe, et ceci se traduit par l’émergence de figures fortes et nationalistes dans le cercle de gouvernance, que l’on pense par exemple à Dimitri Rogozine ou encore à Serguey Glaziev, tous deux anciens du mouvement politique Rodina (La Patrie).

On peut donc imaginer que de Bolotnaia 2011, il ne restera pas grand-chose dans le futur proche. Comme l’écrivait Dimitri Olchansky il y a de cela un peu plus d’un an: “Les gens qui ont manifesté à Bolotnaia et Sakharov sont victimes d’une illusion d’optique. (…) Ils pensent représenter le peuple russe dans son ensemble – mais sur ce point, ils se trompent. (…) Plus longtemps Poutine conservera le pouvoir, plus on aura de chances de voir la société russe évoluer de façon paisible et harmonieuse. Les nationalistes finiront de toute façon par prendre le pouvoir, c’est inévitable. Mais plus tard ce jour arrivera, plus ils seront civilisés”.

Pourrait-on imaginer dans l’avenir une scène politique russe partagée entre un bloc centriste (concentré autour de Russie-Unie et/ou du Front populaire Russe) et un bloc nationaliste? Et si la réelle opposition, après avoir été communiste de 1991 à aujourd’hui, devenait à l’avenir l’opposition nationaliste?

Alexandre Latsa

 

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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France : Traditions impériales

avril 2nd, 2013 by Pierre Levy

Il faut « répondre aux armes par les armes ». En martelant cette mâle sentence en marge du sommet européen, celui qui fut le lointain successeur de Jaurès à la tête du Parti socialiste, et qui préside désormais la République française, a peut-être accru ses chances de décrocher le prochain Prix Nobel de la paix. A moins qu’il ne lui faille le partager avec les combattants qui ont juré la perte du président syrien, dont l’un des derniers faits d’armes est un attentat dans une mosquée de Damas – une cinquantaine morts, des centaines de blessés.

François Hollande plaidait ainsi pour que soient levées les dernières restrictions à la livraison d’armes lourdes à l’opposition armée. Il s’agirait d’un nouveau cran dans l’escalade qui a vu, depuis deux ans, le camp occidental s’engager de plus en plus ouvertement pour le renversement d’un gouvernement certainement pas moins légitime que tous ceux des pays de la région. Ce point est capital : quelques semaines seulement après le début des manifestations d’opposants, et donc bien avant les drames actuels, Hillary Clinton, suivie par ses alliés, exigeait déjà explicitement le départ du président syrien. Ce dernier était ainsi placé devant l’alternative : ou bien obéir aux injonctions et déguerpir, à l’image des marionnettes occidentales Ben Ali ou Moubarak ; ou bien faire face à ce qui allait s’avérer de plus en plus clairement comme une véritable guerre, portée par l’Arabie saoudite, le Qatar et leurs mercenaires (on sait en outre aujourd’hui que des formateurs américains, et très probablement français et anglais, entraînent les hommes de ladite Armée syrienne libre).

Les stratèges occidentaux comptaient que le président syrien obtempérerait, ou bien que son régime s’effondrerait rapidement. Sans doute ces derniers – à l’image de George Bush décidant d’envahir l’Irak il y a tout juste dix ans, avec les conséquences que l’on sait – se sont-ils pris au piège de leur propre propagande décrivant Bachar el-Assad comme un chef de clan isolé dans son propre pays. La réalité est qu’il continue à jouir d’un large soutien populaire, ne serait-ce que par crainte du chaos sanglant que ne manquerait pas de provoquer la victoire des proches cousins de ceux que Paris affirme vouloir éradiquer au Nord-Mali. Le chef de l’Etat français de même que le premier ministre britannique ont pris le parti d’une fuite en avant dans l’escalade. Les deux capitales, dans une sorte de réminiscence historique, veulent façonner le « gouvernement provisoire » censé diriger la future Syrie. Au nom de la paix, bien sûr.

Pour des raisons qui ne tiennent pas au refus de principe de l’ingérence, mais plutôt à la crainte (fondée) d’une situation immaitrisable, une majorité des Vingt-sept ne souhaite pas, pour l’heure du moins, suivre le duo des boutefeux. Qu’à cela ne tienne : alors qu’on lui opposait l’embargo européen reconduit le 18 février dernier, Laurent Fabius a eu cette réaction courroucée : « la France est un pays souverain ». Ainsi, au moment même où s’accélère l’abandon des dernières prérogatives nationales – budgétaires, mais aussi économiques et sociales – le ministre ne se souvient de la souveraineté que dans un seul cas de figure : pour alimenter une guerre et déstabiliser un pays indépendant.

Les dirigeants européens ont cependant retrouvé une belle unanimité dès lors qu’il s’est agi de remettre dans le droit chemin un petit et lointain Etat membre – à quelques encablures des côtes syriennes : le 16 mars à l’aube, l’eurogroupe décidait de piocher dans les comptes des Chypriotes, dans l’espoir d’éviter que la zone euro ne replonge dans le chaos. Et enjoignait aux parlementaires de ce pays de ratifier, dès le lendemain, le diktat. Lesdits élus ne s’étant pas pliés à cette formalité, le patron de la Banque centrale européenne a publié un ultimatum menaçant l’île d’un véritable blocus monétaire.

En 2007, José Manuel Barroso estimait que l’UE constituait « une sorte d’empire non-impérial ». De plus en plus ouvertement, l’adjectif est de trop.

Pierre Lévy

Éditorial paru dans l’édition du 30/01/13 du mensuel Bastille-République-Nations
Information et abonnements : www.brn-presse.fr

Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation paru récemment : L’Insurrection

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Le nouveau président chinois, Xi Jinping, a visité l’Afrique cette semaine, d’abord la Tanzanie, puis l’Afrique du Sud, où il a participé au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et finalement la République du Congo. Tout au long de cette tournée, Xi a activement courtisé les gouvernements de ce continent, dans le contexte d’une ruée de plus en plus marquée des grandes puissances pour contrôler les vastes ressources et les marchés potentiels de l’Afrique.

Xi a déclaré que la Chine traiterait l’Afrique comme un partenaire « égal », par opposition aux anciennes puissances coloniales occidentales. Le choix de la Tanzanie comme première escale, où il a prononcé un discours politique sur l’Afrique, n’était pas un hasard. La voie de chemin de fer Tanzanie-Zambie, construite dans les années 1970, avait été l’un des premiers grands projets d’infrastructures de la Chine en Afrique.

Xi a prononcé son discours sur les relations sino-africaines dans une salle de conférence construite avec des fonds chinois à Dar es Salam, la plus grande ville de Tanzanie. Xi a déclaré : « Avec la croissance de sa force économique et générale, la Chine continuera à offrir, comme toujours, l’aide nécessaire à l’Afrique, sans contraintes politiques à la clef. »

Le président de la Chine a offert une ligne de crédit de 20 milliards de dollars aux pays africains pour 2013-15, promettant que la Chine « aide[rait] les pays africains à transformer leurs richesses naturelles en force de développement et à accomplir un développement indépendant et durable. » Xi a affirmé que la Chine ne traiterait jamais les pays africains en inférieurs, « pas même lorsque la Chine sera devenue plus forte et jouira d’un statut international plus élevé. »

La tournée de Xi était conçue pour contrer les critiques de certaines sections des élites africaines locales, en général celles qui sont plus alignées sur les anciennes puissances coloniales, selon lesquelles la Chine pratiquerait le « néo-colonialisme. » Avant la visite de Xi, le gouverneur de la banque centrale Nigériane, Lamido Sanusi, a écrit dans le Financial Times de Londres : « la Chine nous prend des matières premières et nous vends des produits manufacturés. C’était également le principe du colonialisme. »

En réaction à de telles critiques, Lu Shaye, qui dirige le département africain du ministère des Affaires étrangères chinois, a répondu à la télévision de Hong-Kong : « Qu’ont fait les pays occidentaux pour l’Afrique au cours des 50 ans écoulés depuis l’indépendance ? Rien. » Lu a insisté sur le fait que c’est l’occident, et non la Chine, qui n’est intéressée que par les ressources de l’Afrique.

Effectivement, la Chine n’est pas une puissance impérialiste. Le total de ses investissements en Afrique, bien qu’il augmente rapidement, est toujours faible comparé aux puissances impérialistes occidentales, lesquelles ont exploité le continent pendant des siècles. La Chine n’a qu’une présence militaire négligeable en Afrique, contrairement aux États-Unis et à leurs alliés européens.

Néanmoins, les entreprises chinoises n’opèrent pas en Afrique en bienfaiteurs. Les prêts et l’aide de la Chine en Afrique consistent principalement en projets d’infrastructures et d’exploitation des ressources, comme les mines et les autoroutes. Ceux-ci sont offerts en échange de la fourniture de matières premières, ou pour faciliter leur transport. La Chine a besoin de s’assurer de ces matières premières, en grande partie pour produire des marchandises peu chères pour les marchés occidentaux.

En Tanzanie, Xi a supervisé la signature de plusieurs accords. Parmi ceux-ci, on compte des plans pour un projet portuaire massif à Bagamoyo, à 75 kilomètres au Nord de Dar es Salam, pour 10 milliards de dollars, et qui sera construit par la compagnie publique chinoise Merchants group. Ce port sera relié à une zone industrielle spéciale, qui a fait l’objet d’autres accords. Si l’objectif officiel de ces projets est de transformer la région en un nœud commercial, reliant l’Asie et l’Afrique de l’Est, les analystes ont fait remarquer le potentiel de ce port à accueillir des navires de la marine chinoise, qui est actuellement active dans l’océan Indien.

Ces dernières années, de vastes réserves de gaz ont été découvertes au large de la côte de la Tanzanie et du Mozambique. La Chine a déjà financé la construction d’un gazoduc de 532 kilomètres, pour 1,2 milliards de dollars, reliant des réserves de gaz récemment découvertes dans le Sud de la Tanzanie au port de Dar es Salam.

L’accès aux sources d’énergie a également motivé la dernière étape de Xi, en République du Congo, qui fournit maintenant 2 pour cent du pétrole dont la Chine a grand besoin, et dont le potentiel de développement est considérable.

En raison des importants achats et investissements de la Chine dans le domaine des ressources africaines, des sections des élites locales se sont tournées vers elle, ou cherchent à se servir de son influence comme contrepoids aux intérêts occidentaux. Durant la visite de Xi en Afrique du Sud, le président Jacob Zuma a chanté les louanges de « la montée de la Chine, » la qualifiant de modèle et « source d’inspiration » pour son pays. La semaine dernière, Zuma a prévenu les compagnies occidentales qu’elles devraient changer leur mode de penser « colonial » quand elles investissent en Afrique, et arrêter d’accuser la Chine de « colonialisme. »

La Chine est maintenant le principal partenaire commercial de l’Afrique du Sud, mais l’Europe reste une source majeure de commerce et d’investissements. Avec cela en tête, le président Sud-africain a déclaré auFinancial Times : « La Chine fait des affaires d’une manière particulière et nous pensons que nous pouvons en voir les avantages, mais nous sommes très, très prudents. » Citant l’expérience du colonialisme en Afrique, Zuma a déclaré qu’une telle relation doit « bénéficier aux deux. Et c’est ce sur quoi la Chine et nous sommes en accord. »

Le cinquième sommet des BRICS, qui a eu lieu en Afrique du Sud, était intitulé « Les BRICS et l’Afrique : un partenariat pour le développement, l’intégration et l’industrialisation. » Le thème résumait le désir de la Chine, de la Russie, du Brésil et de l’Inde de développer leur présence économique sur le continent. Si la Chine a surpassé les États-Unis et les pays européens pour devenir le principal partenaire commercial de l’Afrique (le commerce dans les deux sens représentant près de 200 milliards de dollars au total pour 2012), le commerce du Brésil avec l’Afrique a également augmenté de 600 pour cent au cours des dix dernières années. Les entreprises du bâtiment et les compagnies minières du Brésil sont maintenant actives sur tout le continent.

Les ambitions des BRICS, entrent cependant en conflit avec les puissances occidentales établies qui dominent depuis longtemps le continent. La Chine a déjà reçu une leçon douloureuse avec l’intervention américano-européenne pour faire tomber le gouvernement libyen en 2011. La Chine y a perdu des milliards en investissements et a dû évacuer des milliers de ses ressortissants. Depuis le début de l’année, la France, soutenue par les États-Unis, a intensifié son intervention militaire au Mali, autre lieu stratégique.

Sous George W. Bush, et maintenant Obama, Washington se tourne plus franchement vers les moyens militaires pour contrer l’influence grandissante de la Chine en Afrique. Un nouveau centre de commandement américain, l’AFRICOM, a été établi en 2007 en réaction directe au premier sommet Chine-Afrique de 2006, auquel la Chine avait invité les chefs d’Etat de plus de 50 pays.

J. Peter Pham, conseiller pour les ministères américains des Affaires étrangères et de la Défense, déclarait en 2007 que les objectifs d’AFRICOM consistent à « protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques que l’Afrique a en abondance […] et à s’assurer qu’aucune tierce partie intéressée, comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie, n’obtienne de monopole ou de traitement préférentiel. »

Le sommet des BRICS souligne le fait que les rivalités à propos de l’Afrique sont liées à des tensions plus larges à l’échelle mondiale qui s’intensifient. Avant le sommet de Durban, la Russie, principal architecte du rassemblement des BRICS, a appelé à la création d’une banque du co-développement basée à Moscou, où chaque membre contribuerait 10 milliards de dollars, pour rivaliser avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) qui sont dominés par les États-Unis et les Européens.

La Russie a également proposé un rassemblement de capitaux s’élevant à 240 milliards de dollars, pour faire face à toute situation d’urgence financière à laquelle serait confronté un membre des BRICS. Le Brésil a dit que cette nouvelle banque permettrait « une plus grande autonomie par rapport au FMI » et donnerait un « outil financier alternatif » aux pays en voie de développement.

Cependant, il n’y a eu d’accord sur rien de concret au sommet des BRICS. Le ministre des Finances russe Anton Siluanov a affirmé qu’il y avait « un mouvement positif, » mais « aucune décision sur la création de la banque. » Des désaccords seraient survenus sur la taille des contributions, étant donné que l’économie chinoise est 20 fois plus grande que celle de l’Afrique du Sud, et quatre fois plus que celle de l’Inde.

Néanmoins, le Brésil et la Chine, les deux plus importantes économies des BRICS, ont signé un accord d’échange de monnaies représentant 30 milliards de dollars, qui couvre près de la moitié de leurs échanges commerciaux annuels de 75 milliards de dollars. Cet accord indique l’émergence de blocs monétaires potentiellement rivaux, dans un contexte mondial marqué par des bouleversements financiers et le statut de plus en plus remis en question du dollar américain comme monnaie des échanges commerciaux sur toute la planète.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 28 mars 2013

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Le vétéran de la guerre d’Irak Tomas Young, actuellement en soins palliatifs dans sa ville de Kansas City, au Missouri, a écrit une « dernière lettre » dévastatrice publiée sur Truthdig.com à l’attention de l’ex-président George W.Bush et du vice-président Dick Cheney.

Young, à qui était consacré le documentaire de 2007 Body of War [chronique en anglais] explique qu’il écrit sa lettre « au dixième anniversaire de la guerre d’Irak au nom de mes camarades vétérans de la guerre d’Irak. J’écris cette lettre au nom des 4488 soldats et marines qui sont mort en Irak. J’écris cette lettre pour le compte des centaines de milliers de vétérans qui ont été blessés, et pour le compte de ceux dont les blessures physiques et psychologiques ont détruit leur vie. Je suis l’un de ceux qui ont été gravement blessés. J’ai été paralysé au cours d’une embuscade de l’insurrection en 2004 à Sadr City. Ma vie touche à sa fin. »

Young poursuit : « J’écris cette lettre pour le compte de ces vétérans dont le traumatisme et le rejet de soi causés par ce qu’ils ont vu, subi et commis en Irak les a poussés au suicide, et pour les soldats et marines en service actif qui commettent en moyenne un suicide par jour. J’écris cette lettre au nom de certains des 1 million d’Irakiens morts et au nom des innombrables Irakiens blessés. J’écris cette lettre au nom de nous tous – les déchets humains que votre guerre a laissés derrière, ceux qui passeront leur vie dans la douleur et les remords sans fin. »

Body of War (2007) : Tomas Young se rendant sur le site de Ground Zero [crédits : Ellen Spiro /Mobilus Media]

S’adressant à Bush et Cheney, Young écrit : « J’écris, non pas parce que je pense que vous saisissez les terribles conséquences humaines et morales de vos mensonges, manipulation et soif de richesses et de pouvoir. J’écris cette lettre parce que, avant ma propre mort, je voudrais dire clairement que moi-même, et des centaines de milliers de mes camarades vétérans, ainsi que des millions de mes concitoyens, tout comme des centaines de millions d’autres en Irak et au Moyen-Orient, nous savons parfaitement qui vous êtes et ce que vous avez fait. » Body of War, co-dirigé par Phil Donahue et Ellen Spiro, raconte l’histoire de Young, sa maladie terrible et son opposition continue à la guerre en Irak. Young s’était engagé dans l’armée américaine après les attentats du 11 septembre 2001, parce que, comme il l’explique dans sa dernière lettre, « notre pays avait été attaqué. »

Body of War (2007) : Des femmes de l’organisation Gold Star Mothers qui ont perdu des enfants dans la guerre d’Irak avec Tomas Young lors d’une marche pour la paix à Washington DC [crédits : Ellen Spiro / Mobilus Media].

Cinq jours seulement après son premier déploiement en Irak en avril 2004, pendant qu’il traversait le quartier de Sadr City à Bagdad dans un véhicule tout terrain, le jeune soldat avait été blessé par balle par un insurgé placé en hauteur. La balle lui a sectionné la colonne vertébrale. À l’époque de l’enregistrement de Body of War, comme la rapportait le WSWS, il était « non seulement rivé sur un fauteuil roulant mais il souffre de graves handicaps supplémentaires, dont l’incapacité à tousser, des troubles de la régulation de la température corporelle, des problèmes d’élocution, des infections urinaires, et des dysfonctionnements sexuels. »

Après une hypoxie cérébrale en 2008, Young, qui a 33 ans aujourd’hui, expliquait à Chris Hedges de Truthdig, « j’ai perdu beaucoup de dextérité et de force dans le haut du corps. Je ne serais même pas capable de me tirer une balle ou même d’ouvrir une bouteille de médicaments pour me faire une overdose. » Il lui a dit, « Je me sentais au bout du rouleau […] J’ai pris la décision de me mettre en soins palliatifs, de cesser de m’alimenter et de disparaître. »

Le documentaire de Donahue et Spiro comprend un certain nombre de scènes émouvantes où Young participe à des activités anti-guerre où il rencontre d’autres vétérans blessés, ainsi que des membres de familles de soldats morts en Irak. En août 2005, avec son épouse de l’époque, Young s’était rendu à Camp Casey, le campement de protestation établi par Cindy Sheehan devant le ranch de George W. Bush à Crawford au Texas.

Malheureusement, les motivations des réalisateurs pour faire ce film n’étaient pas vraiment pures. Body of War se termine sur un laïus lamentable en faveur du Parti démocrate et de son prétendu engagement contre la guerre. Le héros implicite du film est l’ex-sénateur Robert Byrd, démocrate de Virginie occidentale, qui figure dans la dernière scène du film.

Ironiquement, le mouvement anti-guerre officiel, dont faisaient partie des personnalités comme Donahue, l’ex-présentateur de débats télévisés, était sur le point de se dissoudre au moment du tournage et de la sortie de Body of War. La victoire des démocrates aux élections de novembre 2006, suivie immédiatement par des assurances données par les grandes figures du parti qu’il n’y aurait aucune procédure d’impeachment contre Bush et que le financement des guerres d’Irak et d’Afghanistan se poursuivrait, a sérieusement entamé ce processus. L’arrivée au pouvoir d’Obama l’a complété.

Young lui-même adhère à l’idée que la guerre d’Irak était « la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des États-Unis, » et affirme dans sa lettre qu’il ne ressentirait pas le même désespoir s’il avait été blessé « en combattant en Afghanistan contre ces forces qui ont mené les attentats du 9/11. »

Pour autant, aucune personnalité du Parti démocrate, parti impérialiste couvert de sang, ne prononcerait des mots aussi sincères et justes que ceux-ci : « Je n’ai pas rejoint l’armée pour “libérer” les Irakiens ou faire fermer des installations d’un inexistant programme d’armes de destruction massive, ni pour implanter ce que vous appelez cyniquement la “démocratie” à Bagdad et au Moyen-orient. Je n’ai pas rejoint l’armée pour reconstruire l’Irak, ce qu’à l’époque vous nous disiez pouvoir faire avec les revenus du pétrole du pays. Au lieu de cela, cette guerre a coûté aux États-Unis plus de 3000 milliards de dollars. Je n’ai sûrement pas rejoint l’armée pour mener une guerre préventive. La guerre préventive est illégale d’après le droit international. En tant que soldat en Irak j’étais, je le sais maintenant, en train de soutenir votre imbécillité et vos crimes. »

Young décrit son corps « saturé d’anesthésiants, ma vie s’éloignant de moi, » confronté au fait « que des centaines de milliers d’êtres humains, y compris des enfants, et moi-même, ont été sacrifiés par vous, uniquement pour la cupidité des compagnies pétrolières, pour votre alliance avec la monarchie pétrolière d’Arabie saoudite, et vos visions impérialistes complètement malades. »

Vers la fin de sa lettre, Young écrit, « j’ai, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, souffert de l’assistance inadéquate et souvent inepte apportée par le ministère des anciens combattants. J’en suis venu, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, à réaliser que nos blessures mentales et physiques ne sont d’aucun intérêt pour vous, peut-être d’aucun intérêt pour aucun politicien. Nous avons été utilisés. Nous avons été trahis. Et nous avons été abandonnés. […] Le moment approche, pour moi, où je devrai rendre des comptes. Le vôtre viendra. J’espère que vous serez traduits en justice. »

La lettre de Young et sa situation témoignent de la tragédie épouvantable des guerres d’Irak et d’Afghanistan, du gâchis et de la destruction de centaines de milliers – peut-être de millions – de vies, toutes sacrifiées à la poursuite de la domination des États-Unis sur le monde. Le « moment de rendre des comptes » approche en effet pour l’élite dirigeante américaine.

David Walsh

Article original, WSWS, paru le 22 mars 2013

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«Le malheur des Arabes est dû à une interminable chute de Grenade»

Nezzar Quebanni (immense poète syrien)

Il y a une semaine, dans la plus pure tradition de la violation de la légalité internationale, la République arabe de Syrie se voyait au sein de la Ligue arabe- dépossédée de ses attributs en tant que membre de la Ligue arabe, dont elle a été parmi les premiers adhérents, au profit d’un Otni «Objet Tuant Non Identifié» appelé selon le cas de résistance, de coalition, l’armée syrienne libre, du Conseil national et naturellement de terroristes par l’Etat légaliste encore reconnu par 99% de pays. Même les Occidentaux, exception faite de la France- n’ont pas franchi le pas d’une rupture diplomatique.

Le Qatar est parvenu à obtenir l’octroi du siège de la Syrie à la Ligue arabe à la Coalition nationale de l’opposition, après d’ultimes tractations marquées notamment par la valse-hésitation de son président, Moaz Al-Khatib. La Coalition nationale a ensuite fait savoir que son Premier ministre par intérim, Ghassan Hitto, la représenterait au sommet. Dans une résolution adoptée le 6 mars au Caire, les ministres des Affaires étrangères arabes ont appelé l’opposition syrienne à ´´former une instance exécutive pour occuper le siège de la Syrie à la Ligue arabe´´, siège resté vacant depuis la suspension de Damas, en novembre 2011. Mais l’Irak et l’Algérie ont émis des réserves et le Liban ne s’est pas associé à l’appel.

Commentant cette dérive du droit, le professeur des Relations internationales de l’Université de Damas, Bassam Abou Abdallah, a indiqué à Al-Ahednews que la Ligue arabe était une ombrelle pour la mise en oeuvre des politiques américaines dans la région. Il a rappelé que ce rôle de la Ligue avait commencé depuis l’invasion de l’Irak, arrivant à la violation, à l’heure actuelle, du pacte selon lequel fut fondée cette Ligue. Selon M.Abou Abdallah, les pétromonarchies du Golfe accaparent les décisions de la Ligue. Il a noté dans ce contexte que «l’appel à l’exécution de la volonté du peuple syrien, n’a pas pris en compte l’avis des peuples des émirats et monarchies du Golfe». «Inviter l’opposition syrienne à occuper le siège vacant de la Syrie, devrait ouvrir la même voie à d’autres oppositions», a-t-il ironisé, appelant au moins à engager l’opposition bahreïnie dans les réunions de la Ligue, cette opposition étant plus légitime que pareille syrienne. (1)

L’Iran a jugé «hâtive et irrationnelle» la décision du Qatar d’autoriser l’opposition syrienne à ouvrir une représentation diplomatique à Doha. Le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, a dénoncé hier une «escalade» des opérations des rebelles à Damas, au lendemain de la mort de 15 étudiants dans des tirs d’obus sur un campus de la capitale. «L’armée, le peuple et le commandement de ce pays ont pris la décision décisive de défendre le pays jusqu’à la dernière minute», a-t-il assuré. (…) Selon M.Zohbi, les ordres pour mener une escalade proviennent «du Qatar, de la Turquie et de certains services de renseignements arabes et occidentaux qui tentent désespérément de faire tomber l’Etat syrien». Depuis le début de la rébellion en Syrie, qui s’est militarisée, Damas accuse l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie voisine de financer et d’armer les rebelles, qualifiés de terroristes par Bachar al-Assad. (2) Pour ajouter à l’horreur après la mort de Al Bouti, un dignitaire religieux respecté dans le monde, c’est au tour d’un autre imam Cheikh Hassan Seifeddine d’une mosquée d’Alep, la grande ville du nord de la Syrie, qui a été assassiné par des rebelles qui ont par la suite traîné son corps à terre, ´´Les ulémas d’Alep dénoncent ce crime ignoble commis par les ennemis de l’humanité qui ont assassiné cheikh Hassan Seifeddine et ont posé sa tête sur le minaret de la mosquée al-Hassan´´, a rapporté la télévision.

Qui est cette instance syrienne que l’on veut introniser ,

La situation est tragique pour le peuple syrien. Les Occidentaux et leurs valets honteux du Golfe pensaient que le domino syrien c’était une promenade de santé à la tunisienne, la libyenne ou l’égyptienne. Cruelle erreur! Le régime en place a pu mobiliser autour de lui, autour de la nation la majorité des Syriens. Les Occidentaux furent désemparés, à commencer par le tandem Sarkozy- Juppé qui mit en avant un universitaire franco-syrien, Burhan Ghalioun, et Besma Kodmani une autre chercheuse française, fille d’un ancien ambassadeur syrien en France. Rien n’y fit, ces deux dirigeants furent débarqués. On joua alors la carte d’Ahmed Moaz al-Khatib, un ancien cadre pétrolier d’Exxon: ce sera la carte américaine. Cela ne suffisant pas, les roitelets du Golfe se mélêrent et proposèrent un autre «américain» en la personne de Ghassan Hitto, le «Premier ministre» rebelle syrien choisi le 19 mars après des discussions houleuses à Istanbul. En fait, des membres importants de la Coalition, dont son porte-parole Walid al-Bounni, avaient décidé de geler leur appartenance pour ne pas participer à cette élection qu’ils jugeaient illégitime. Ce qui a amené Ahmed Moaz al-Khatib, à donner sa démission. Le chef de la coalition de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib a décidé de démissionner pour condamner les conditions de l’élection du ´´Premier ministre´´ de l’opposition, Ghassan Hitto dont il estime qu’il a été poussé en avant par Qatar.

Dans toute cette tragédie pour le peuple syrien, on apprend graduellement que la révolution syrienne est en fait un bric à brac de tous ceux qui veulent en découdre, au nom de la religion, au nom du pouvoir personnel, mais surtout dans la pire tradition du mercenariat au nom d’intérêts stratégiques régionaux. Les véritables responsables de ces tueries sont les pays du Golfe avec deux tendances: celle du ventripotent émir du Qatar et celle de l’Arabie Saoudite. A laquelle il faut ajouter la Jordanie, la Turquie et les pays occidentaux.

Pendant plus d’un an et demi, les Occidentaux armaient et formaient sans retenue et dépensaient sans compter. Cependant, sur le terrain on s’aperçoit que les idéaux de liberté, de démocratie ont fait place à l’horreur alimentée à partir d’armements venant de Turquie et de Jordanie. Les Occidentaux s’apercevant que les combattants de la liberté étaient en fait des terroristes comme ceux qu’ils combattaient ailleurs…au Mali. A tout prendre, l’état laïc de Bachar El Assad, qui a permis à des communautés religieuses et ethniques de vivre en paix, était pour eux préférable à ces barbus.

 «Le coup de frein, écrit Sarah Difallah, est aussi inattendu que l’accélération dont a fait l’objet ce projet porté par Paris et Londres. Que s’est-il passé? Lors de son intervention télévisée, François Hollande a annoncé que la France ne livrerait pas d’armes aux rebelles syriens sans la garantie qu’elles ne tomberaient pas aux mains de djihadistes: ´´Il ne peut y avoir de livraison d’armes à la fin de l’embargo, c’est en mai, s’il n’y a pas la certitude que ces armes seront utilisées par des opposants légitimes et coupés de toute emprise terroriste.Pour l’instant, nous n’avons pas cette certitude´´.»(3)

«Le coup de frein poursuit-elle, est aussi inattendu que l’accélération dont a fait l’objet ce projet porté de manière tonitruante, voire arrogante pour certains, par Paris et Londres. Hier soir, volte-face. Le chef de l’Etat a garanti au contraire: ´´Aujourd’hui, il y a un embargo, nous le respectons´´. Alors que la France a voulu être l’artisan d’une résolution du conflit syrien, que s’est-il passé? François Hollande a d’abord justifié ce retournement par les divisions continues au sein de la Coalition nationale syrienne. Officieusement, de nombreuses voix dénoncent la mainmise de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur l’opposition, qui mènent une lutte interne pour en prendre le contrôle. Présenté comme un modéré, Ahmed Moaz al-Khatib était considéré comme un rempart contre l’influence des Frères musulmans et les groupes djihadistes qui se sont immiscés parmi les combattants rebelles. Par ailleurs, l’Armée syrienne libre a refusé la nomination du nouveau ´´Premier ministre´´, Ghassan Hitto, chargé de diriger les zones de la Syrie libérées. Le refus des pays de l’Union européenne a peut-être aussi convaincu de la mission hasardeuse du projet franco-britannique. Le week-end dernier, lors d’une réunion à Dublin, les 27 n’ont pas suivi. Selon les services secrets français, 200 à 250 djihadistes venus d’Irak, du Liban, d’Arabie Saoudite, d’Egypte et Maghreb combattent en Syrie. Des djihadistes venus en nombre, non pas pour instaurer un Etat démocratique, mais pour bouter hors du pays le clan alaouite de Bachar al-Assad considéré comme des hérétiques. Parmi les groupes figure le front Al-Nosra, classé sur la liste des ´´organisations terroristes´´ par les Etats-Unis et soupçonné d’avoir des liens avec Al-Qaîda.» (3)

Pourtant, la France aurait déjà commencé à livrer des armes. François Hollande avait décidé à la mi-décembre de livrer directement des armes à des groupes sélectionnés par le renseignement. en coordination avec les Britanniques et les Américains. Les cours portent notamment sur la communication cryptée. Par ailleurs, l’envoi d’armes non-létales (gilets pare-balles, système de visée nocturne…) est depuis longtemps à l’ordre du jour. (4)

Quelle est la configuration actuelle et d’où viennent les armes?

´´Si on veut éviter que la Syrie éclate et que ce soit finalement les extrémistes qui l’emportent, il faut une solution politique. Pour cela il faut qu’il y ait un rééquilibrage sur le terrain des forces militaires´´, a déclaré Laurent Fabius, sur Europe 1. Le New York Times a rapporté que des pays arabes et la Turquie avaient fortement accru leurs livraisons d’armes aux rebelles avec l’aide de la CIA américaine. Un pont aérien mis en place à petite échelle début 2012 a pris de l’ampleur ces derniers mois, ajoute-t-il. Des avions jordaniens, saoudiens ou qataris chargés de matériel ont atterri en Turquie et en Jordanie.

On sait que les divisions de l’opposition syrienne, sont le fruit des rivalités entre Doha et Riyadh. Les dissensions, lit-on dans le Nouvel Obs., au sein de l’opposition syrienne ont révélé au grand jour l’ampleur d’une lutte d’influence régionale menée, à coups d’argent, de propagande médiatique et d’armes, entre l’axe Qatar-Turquie et celui de l’Arabie Saoudite. «Notre peuple refuse qu’on lui impose une quelconque tutelle. Les différends régionaux et internationaux ont compliqué la situation», a lancé le président démissionnaire Ahmed Moaz al-Khatib. Simultanément, quelque 70 personnalités de l’opposition ont dénoncé dans un message adressé au sommet arabe une politique d’«exclusion» suivie par un courant de la Coalition, en référence aux Frères musulmans, et une «hégémonie arabe et régionale scandaleuse» sur l’opposition, allusion au Qatar. (5)

On le voit, nous sommes loin des idéaux de libération de la Syrie: «Il y a, lit-on sur le Nouvel Obs, une lutte d’influence entre deux axes principaux qui ne représentent pas toute l’opposition, mais qui sont essentiels pour l’aide matérielle et militaire: l’axe Qatar-Turquie qui soutient le mouvement des Frères musulmans et l’axe saoudien, en harmonie avec les États-Unis», a expliqué Ziad Majed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Paris. «Cela a un impact sur la composition interne de l’opposition politique et l’affiliation des différents groupes militaires», a-t-il ajouté. Lors de la réunion de la Coalition la semaine dernière à Istanbul, les participants ont marqué leurs divisions entre partisans et adversaires d’un «gouvernement intérimaire» pour gérer les «zones libérées». Certains opposants ont dénoncé Ghassan Hitto, élu chef de ce gouvernement, comme «le candidat du Qatar», et d’autres ont suspendu leur appartenance au groupe. Pour M.Majed, «l’axe saoudo-américain préférait reporter la formation du gouvernement intérimaire, et l’axe Qatar-Turquie voulait le former rapidement et aurait ainsi poussé pour choisir Hitto».

La rivalité entre les riches monarchies pétrolières du Golfe et la Turquie voisine, en quête d’un rôle de puissance régionale, se traduit également sur le plan militaire. Après la réunion d’Istanbul, Riyadh a laissé entendre qu’il était «mécontent du choix de Hitto, conduisant l’Armée syrienne libre (ASL) à rejeter ce choix». Des combattants rebelles à Daraya dans la province de Damas racontent que, faute d’armes et de munitions, ils étaient sur le point de perdre la ville. Mais, précise l’un d’eux, «lorsque M.Khatib a fait son offre de dialogue avec le régime, les armes ont afflué rapidement». «Cela veut dire que les armes étaient stockées à la frontière. Mais n’étant pas favorables à l’offre de Khatib, la Turquie et le Qatar ont libéré ces armes pour favoriser une escalade sur le terrain et mettre en doute le bien-fondé de cette offre», explique un autre combattant.» (5)

Le Koweit aussi

Enfin, à tous ces donneurs d’ordre, il faut ajouter le Koweit. On lit: «Les armes envoyées par le Qatar arrivent à des groupes proches des Frères musulmans via la Turquie. En revanche, ajoute-t-il, les Saoudiens préfèrent financer et armer les conseils militaires dirigés par des dissidents de l’armée «de crainte d’un rôle croissant des islamistes radicaux», une approche appuyée par les États-Unis. Les livraisons saoudiennes arrivent par la frontière jordanienne. Quant aux combattants salafistes, dont ceux du Front al-Nosra, ils sont financés par des ONG basées notamment au Koweït, aux Émirats arabes unis, selon le spécialiste arabe de la Syrie, qui ne veut pas être cité. La rivalité régionale se joue aussi notamment dans les télévisions al-Jazeera et al-Arabiya, en compétition pour offrir une tribune aux divers groupes de l’opposition.» (5)

Dans ces conditions, on peut se demander s’il y a une cohérence dans la politique arabe vis-à-vis de la «défense» des Arabes au vu du fait qu’elle n’arrête pas de se déjuger en fonction des instructions reçues qui sont aux antipodes de l’émancipation arabe. Tout se passe comme si les Arabes se tiraient une balle dans le pied au profit de qui? La réponse nous est donnée par l’aveu de l’ancien dirigeant des services secrets israéliens (le Mossad), Shabtaï Shavit (1989-1996), qui vient de déclarer que le Qatar a joué un rôle historique en faveur d’´´Israël´´ ´´plus important que celui de la Grande-Bretagne´´,c’est ce qu’a rapporté le quotidien israélien Yediot Aharonot. Selon l’ancien chef du Mossad, le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, Emir du Qatar, s’était toujours rangé aux côtés des Etats-Unis et d’ «Israël» dans les dossiers régionaux. Pour Shavit, la politique étrangère du Qatar est comme le levier arabe des politiques de Tel-Aviv et de Washington» (6)

Conclusion

Tout est dit. C’est à se demander à quoi sert la Ligue arabe dans ce conclave de défaitistes qui n’a aucune influence sous la coupe égyptienne (Le siège et le   poste de secrétaire  général à vie sont à vie une propriété du gouvernement égyptien qui y « case » tous les anciens ministres des affaires étrangères). Une civilisation plusieurs fois millénaire qui  a connu Ugarit, les religions révélées, et des équilibres invisibles – tissés depuis des centaines d’années- qui ont fait que la Syrie laïque a vu coexister dan le calme et la sérénité toutes les spiritualités est en train de subir l’outrage final de l’inexorable partition, de la guerre de tous contre tous selon le postulat d’Hobbes. L’histoire retiendra que la cupidité des hommes n’a pas de limites pour une poignée de dollars et pour une tentation d’empire, pour adouber un vassal à distance écrasant les autres au Moyen Orient , les États-Unis d’Obama, nous parait en définitive aussi déterminée que celle de Bush pour un nouveau MEPI (GMO) avec cette fois-ci, le double langage  doucereux qui fait passer les mêmes volontés sous des dehors soft. Quant au peuple syrien, nous compatissons avec sa détresse et nous souhaitons  un miracle : Qu’il s’en sorte ! Amen !

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Nationale Polytechnique enp-edu.dz
1. http://french.moqawama.org/essaydetails. php?eid=8903&cid=284

2. http://www.lexpressiondz.com/internationale/171441-damas-denonce-une-escalade-des-rebelles.html Samedi 30 Mars 2013

3. http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130329.OBS6176/syrie-le-pas-en-arriere-de-hollande-sur-les-livraisons-d-armes.html

4. http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130321.OBS2603/les-francais-entament-l-entrainement-des-rebelles-syriens.html

5. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130327.AFP7992/syrie-les-divisions-de-l-opposition-fruits-des-rivalites-entre-doha-et-ryad.html

6. http://sos-crise.over-blog.com/article-l-etat-terroriste-du-qatar-salue-par-l-ancien-chef-du-mossad-pour-les-services-rendus-116672926.html

 

 

 

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Syrie : la course à l’or noir

avril 2nd, 2013 by Manlio Dinucci

Les réserves pétrolières assertées de la Syrie, d’un montant de 2,5 milliards de barils, sont plus importantes que celles de tous les pays environnants à l’exception de l’Irak : l’estimation vient de la U.S. Energy Information Administration, qui, en pétrole (surtout celui des autres), s’y entend. Ceci fait de la Syrie un des plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au Moyen-Orient. Le pays possède aussi de grosses réserves de gaz naturel, utilisé jusqu’à présent pour la consommation intérieure, surtout pour alimenter en gaz les centrales thermoélectriques. Mais il y a un problème, signale l’agence étasunienne : depuis 1964, les licences pour l’exploration et l’exploitation des gisements sont réservées aux sociétés d’Etat syriennes. Ceci procurait à l’Etat, jusqu’en 2010, une entrée annuelle de plus de 4 milliards de dollars provenant de l’exportation de pétrole surtout en Europe. Mais les choses changent avec la guerre. L’ « Armée syrienne libre » s’est emparée d’importants champs pétrolifères dans la région de Deir Ezzor.

D’autres sites, dans l’aire de Rumeilan, sont contrôlés par les Kurdes du Parti d’union démocratique, hostiles cependant, aussi, aux « rebelles » avec lesquels ils se sont affrontés plusieurs fois. La stratégie Usa/Otan mise sur les « rebelles », qu’on a aidés à s’emparer des champs pétrolifères dans un double objectif : priver l’Etat syrien des revenus des exportations, déjà fortement en baisse sous l’effet de l’embargo de l’Union européenne ; faire en sorte qu’à l’avenir les plus grands gisements passent, par l’intermédiaire des « rebelles », sous le contrôle des grandes compagnies pétrolières occidentales. A cet effet, le contrôle du réseau intérieur des oléoducs et gazoducs est fondamental. Ce réseau a été saboté par les « rebelles » à plusieurs endroits, surtout dans les alentours de Homs où se trouve une des deux raffineries du pays, afin d’interrompre la fourniture de produits pétrolifères. Mais une autre mise est plus importante encore, stratégiquement : le rôle de la Syrie comme hub de couloirs énergétiques alternatifs à ceux qui passent à travers la Turquie et d’autres parcours, contrôlés par les compagnies étasuniennes et européennes.

La « guerre des oléoducs » a commencé depuis longtemps : en 2003, en envahissant l’Irak, les Etats-Unis ont immédiatement détruit l’oléoduc Kirkuk-Baniyas qui transportait en Syrie le brut irakien. Celui de Ain Zalah à Suweidiva est resté par contre en fonction. Damas et Bagdad, défiant les interdictions de Washington, ont ensuite lancé le projet de deux oléoducs et d’un gazoduc qui, à travers la Syrie, relieront les gisements irakiens à la Méditerranée et donc aux marchés extérieurs. Plus dangereux encore pour les intérêts occidentaux est l’accord stipulé en mai 2011 entre Damas, Bagdad et Téhéran : il prévoit la réalisation d’un gazoduc qui, à travers l’Irak, transportera la gaz naturel iranien en Syrie et de là aux marchés extérieurs. Ces projets, et quelques autres, déjà financés, ont été bloqués par ce que l’agence étasunienne définit comme « les conditions de sécurité incertaines en Syrie ».

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 2 avril 2013 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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La Syrie, vue de Russie

avril 1st, 2013 by Thierry Meyssan

Selon la rhétorique occidentale, la Syrie serait une dictature écrasant dans le sang une révolution. Elle serait soutenue par la Russie car celle-ci n’avait pas vu de problème à écraser la rébellion tchétchène. Au contraire, vu de Moscou, l’impérialisme occidental s’est ligué depuis 35 ans avec les dictatures religieuses du Golfe pour détourner le jihadisme de la libération de la Palestine et le retourner contre l’URSS en Afghanistan, puis contre la Russie et ses alliés. Par conséquent, la Russie ne soutient pas la Syrie, elle est attaquée en Syrie.

Moscou l’intelligentsia pro-occidentale voit la guerre de Syrie comme un conflit lointain dans lequel le Kremlin a engagé le pays du mauvais côté pour maintenir une inutile base navale à Tartous.

Au contraire, Vladimir Poutine perçoit cette guerre comme un épisode du conflit qui, en vertu de la « doctrine Brzezinski », oppose depuis 1978 la grande coalition occidentalo-islamiste contre l’URSS, puis la Russie. Pour le Kremlin, il ne fait aucun doute que les jihadistes, qui se sont aguerris au Proche-Orient, poursuivront bientôt leur œuvre destructrice en Tchétchènie, en Ingouchie et au Daguestan. De ce point de vue, la chute de la Syrie serait immédiatement suivie de l’embrasement du Caucase russe. Dès lors, soutenir la République arabe syrienne n’est pas une tocade exotique, mais un impératif de sécurité nationale.

Ceci étant posé, les attentes du Kremlin à l’égard de la Syrie n’en sont que plus fortes. Au cours des entretiens que je viens d’avoir avec plusieurs dirigeants russes lors d’un voyage à Moscou, j’ai entendu plusieurs critiques.

1- Moscou ne comprend pas pourquoi Damas n’a pas engagé d’action juridique et diplomatique pour affirmer ses droits. La diplomatie syrienne se place toujours en défense lorsqu’elle est attaquée devant le Conseil des Droits de l’homme à Genève et ne parvient pas à défendre son image. Elle pourrait facilement inverser cette tendance en portant plainte contre ses agresseurs devant la Cour internationale de Justice, comme l’avait jadis fait avec succès le Nicaragua contre les États-Unis. Bien sûr l’important ne serait pas d’obtenir une condamnation de la France, du Royaume-Uni, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite —laquelle ne pourrait intervenir qu’à l’issue de trois à quatre années de procédure—, mais de renverser la rhétorique du Conseil de sécurité.

Le dépôt de cette plainte devrait être suivi d’une lettre au Conseil de sécurité affirmant le droit de la Syrie à riposter à ses agresseurs. Cette lettre ouvrirait la possibilité pour des groupes combattants arabes syriens d’entreprendre de leur propre initiative des actions armées contre des objectifs militaires de Londres à Doha.

2- De nombreux collaborateurs de Vladimir Poutine sont devenus des admirateurs de Bachar el-Assad en qui ils voient l’homme de la situation. Il ne fait aucun doute que le Kremlin, estimant son autorité à la fois légitime et légale, le soutiendra jusqu’à la fin de son mandat. Cependant, les dirigeants russes s’interrogent sur la volonté du président syrien de gouverner le pays au delà. Ils observent que, malgré leurs appels répétés, Bachar el-Assad n’a toujours pas exposé de programme politique pour le futur du pays. À ce jour, ils ignorent ses choix en matière économique, sociale, culturelle etc. Ils voient en lui le garant d’une société multiconfessionnelle, tolérante et moderne, mais doutent de son intention d’aller plus loin, de sa volonté d’être celui qui repensera et reconstruira le pays une fois la paix revenue.

3- Enfin au Kremlin, on a toute confiance dans l’Armée arabe syrienne et dans l’Armée de défense nationale. On souligne que Damas n’a perdu aucune bataille face aux Contras jihadistes, mais que ceux-ci ont pourtant gagné des positions sans avoir à combattre, comme l’a montré la trahison de Raqqa. Par conséquent, l’État syrien peut tenir encore le temps nécessaire à la finalisation d’un accord de paix régional américano-russe, mais il peut aussi s’effondrer soudainement sous l’effet de trahisons.

C’est pourquoi les dirigeants russes sont ulcérés par le manque de sécurité autour de Bachar el-Assad qu’ils ont testé au cours d’une audience qu’il a accordée à son domicile à une de leurs délégations. Un invité, passant outre les consignes qui lui avaient été données à l’entrée, a conservé avec lui son téléphone portable durant toute la rencontre. Le téléphone a sonné deux fois sans qu’aucun garde n’intervienne. On sait que les services syriens ont déjoué plusieurs tentatives d’assassinat de Bachar el-Assad commanditées par les services d’États membres de l’OTAN, mais force est de constater que sa sécurité rapprochée n’est pas assurée. Certains dirigeants font valoir que la Russie prend un grand risque en soutenant un leader qui peut être assassiné si facilement.

Thierry Meyssan

 

Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Agent Orange, chronique 7 : la Shorange

avril 1st, 2013 by André Bouny

Le 1er mars 2011, des Étasuniens appellent au soutien des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. « Il est temps de prendre part aux efforts humanitaires pour aider les Vietnamiens touchés par l’Agent Orange », a déclaré Bob Edgar, ex-représentant de la Chambre basse des États-Unis, président de l’organisation américaine à but non lucratif Common Cause.

Lors d’une discussion organisée le 25 février dans l’Université de San Francisco, Californie, Bob Edgar a annoncé qu’il avait présenté au Congrès américain un projet de loi afin d’aider les vétérans américains touchés par l’Agent Orange et qu’il s’intéressait à ce problème au Viêt Nam. Au cours de ce mois de mars, il emmènera des Étasuniens au Viêt Nam “pour qu’ils puissent voir de leurs propres yeux ce pays en plein renouveau“.

Le journal The Old Gold & Black de l’Université Wake Forest, en Caroline du Nord, a publié un article disant : “Il est important que le monde comprenne les effets de l’Agent Orange et s’unisse aux côtés du peuple vietnamien dans la lutte contre ce produit chimique“. L’auteur de cet article intitulé Les effets de l’Agent Orange persistent au Vietnam estime que “35 années plus tard, les effets de ce produit chimique sont encore visibles au Vietnam” et que “des enfants naissent encore aujourd’hui  avec des malformations“.

Selon le journal, des organisations américaines comme la Fondation Ford, Common Cause, Children of Vietnam, et d’autres, ont reconnu les effets délétères de l’Agent Orange dans la communauté vietnamienne. Les membres de ces organisations participent à Initiative spéciale sur l’Agent Orange lancée par la Fondation Ford afin de mobiliser 300 millions de dollars pendant dix ans pour aider le Viêt Nam à nettoyer les “points chauds” contaminés par l’Agent Orange et fournir des services de santé aux familles et aux enfants touchés. « Les 24 millions de dollars promis par l’administration américaine pour nettoyer ces “points chauds” seront insuffisants pour éliminer complètement les conséquences des actions des États-Unis au Viêt Nam il y a des décennies », poursuit la lucidité de l’auteur, affirmant qu’une action mondiale était nécessaire. Dans le cadre de l’Initiative spéciale, de nombreuses activités sur les effets de l’Agent Orange au Viêt Nam ont été organisées aux États-Unis ces deux dernières semaines, dont une table ronde à l’Université de Wake Forest tenue le 18 février dernier, un colloque à l’Université de Caroline du Nord le 16, et le débat organisé le 25 à l’Université de San Francisco.

Lors de ces événements, Charles Bailey, directeur de l’Initiative spéciale de la Fondation Ford sur l’Agent Orange, a affirmé qu’ “aider le Vietnam à régler les conséquences de l’agent orange est une question humanitaire“, et que “nous pouvons faire quelque chose“.  On peut penser qu’« humanitaire » est employé au sens de « solidarité », car il s’agit plutôt d’une affaire d’État à État, et non pas « humanitaire » au sens ou on l’entend habituellement.

Capture d’écran du film “AGENT ORANGE – Une bombe à retardement” réalisé par Thuy-tien Ho & Laurent Lindebrings, produit par ORCHIDEES. Victime squelettique sur son lit de bois, atteinte de toutes les pathologies terrifiantes que l’on peut imaginer. Sa mère très âgée est exténuée, elle s’occupe de son fils jour et nuit, jusqu’au dernier souffle. La maison en dur est typique, des cales sous les pieds des meubles rongés par l’humidité, une simple grille à la fenêtre car il fait chaud toute l’année, le chat ronronne, le vélo est rentré au cas où le voleur passerait et, sur le côté gauche, le bac de ciment bleu délavé récupère l’eau de pluie pour la toilette et la cuisine.

 

Début mars, des Députés allemands apportent leur soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. Une délégation parlementaire allemande a tenu une séance de travail avec les responsables de l’Association des victimes de l’Agent Orange/dioxine de Ho Chi Minh-Ville. La vice-président de cette association (VAVA), président de l’antenne d’Ho Chi Minh-Ville, le professeur Nguyen Thi Ngoc Phuong  (obstétricienne, ancienne directrice de l’hôpital-maternité de Tu Du où se trouve le Village de la paix accueillant des victimes de l’Agent Orange), a rappelé qu’ « entre 1961 à 1971, l’Armée américaine a répandu 84 millions de litres de produits chimiques toxiques ( possiblement 4 fois plus, selon moi), dont le principal était l’Agent Orange contenant près de 400 kg de dioxine pure, une des molécules les plus toxique que l’humanité connaisse à ce jour (il est toujours bon d’évoquer l’étude de l’Université Columbia de New York, selon laquelle 80g de ce composé introduit dans le système de distribution d’eau d’une ville tueraient 8 millions de ses habitants). Alors que la guerre est passée et que les blessures se sont refermées avec le temps, le corps et l’esprit de millions de Vietnamiens en subissent encore les conséquences (ici aussi il est bon de rappeler que jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens y ont été exposés, selon le rapport US dit « Stellman », sans compter les victimes nées de parents contaminés depuis plusieurs générations, ni celles empoisonnées par la chaîne alimentaire jusqu’à ce jour, sans que l’on sache quand cela s’arrêtera. À cette Shorange, on doit ajouter les victimes étasuniennes, sud-coréennes, australiennes, new-zélandaises, canadiennes, ainsi que celles dispersées dans tous les endroits du monde où a été expérimenté, mis au point, et stocké l’Agent Orange, et ils sont une centaine).  Le Viêt Nam compte actuellement environ 3 millions de victimes à divers degrés », signale la merveilleuse Mme Nguyen Thi Ngoc Phuong, avant d’exposer la lutte pour la justice menée par les victimes de l’Agent Orange, et parler de leur vie à Ho Chi Minh-Ville et dans le reste du pays. Les parlementaires allemands ont fait part de leur profonde sympathie pour le peuple vietnamien, affirmant qu’ « ils se feraient entendre sur la scène internationale dans ce combat pour la justice à rendre à ces victimes. »

Le 10 mars, le vice-président de l’Assemblée nationale vietnamienne, Nguyen Duc Kien, a reçu jeudi à Hanoi une délégation interreligieuse des États-Unis, Common Cause, conduite par Mme Connie Morella, ex-représentante de l’État du Maryland.

Saluant cette visite, ainsi que celle précédente de son président, Bob Edgar, dans le cadre d’activités destinées à promouvoir l’amélioration des connaissances sur l’Agent Orange au Viêt Nam, il s’est réjoui des importantes avancées des relations entre les deux pays, politiques, économiques, commerciales, ou encore dans la coopération humanitaire…

« Point plus notable encore, le Viêt Nam et les États-Unis ont coopéré par diverses voies afin de résoudre ensemble le problème de l’Agent Orange », dit-il (la courtoisie diplomatique peut parfois nous faire avaler le chapeau). Nguyen Duc Kien a déclaré « apprécier vivement l’octroi américain d’aides publiques au développement de son pays lors de ces quatre dernières années, avant d’affirmer que malgré la fin de la guerre il y a 35 ans déjà, nombre de Vietnamiens, tout comme l’environnement du pays, subissent encore les effets particulièrement toxiques de ce « défoliant ». Ce sont près de 4,8 millions de personnes qui ont été exposées à la dioxine, et dont 3 millions en sont les victimes à divers degrés aujourd’hui, sans compter des milliers (millions ?) d’hectares de terrain contaminés qui restent à traiter. Le Viêt Nam a mobilisé les ressources de toute la société afin de partager et d’aider matériellement et spirituellement ses victimes de l’Agent Orange, lesquelles sont les plus défavorisées de tous les handicapés du pays. » Il s’est félicité « de l’activité de la Fondation Ford et du Groupe de dialogue vietnamo-étasunien sur l’Agent Orange comme de l’attention de l’organisation Common Cause sur ces points, et notamment du plan d’action de dix ans évoqué par le Groupe de dialogue en vue d’intervenir sur le problème de l’Agent Orange. » (tandis que le Président de VAVA, Nguyen Van Rinh, parle de plus de mille milliards nécessaires… et que pas un cent n’est encore arrivé).

Nguyen Duc Kien a souhaité qu’après son retour aux États-Unis, la délégation américaine contribue à davantage informer ses concitoyens et les milieux politiques étasuniens des conséquences de ce « défoliant » afin d’adopter une conduite plus réaliste et humaine, contribuant au partage mais aussi au règlement de ce problème. Quant à Mme Connie Morelle, elle annonça que sa délégation américaine, dont les membres sont issus de diverses couches sociales, civile comme professionnelle, s’engageait à instituer de bonnes relations entre les deux pays, affirmant que le règlement des conséquences de l’Agent Orange est une tâche très importante devant être menée jusqu’à son dernier terme. Lors de cette rencontre, de nombreux délégués étasuniens ont souligné que cette visite était importante pour saisir pleinement les données d’un règlement définitif du problème de l’Agent Orange.

Décidément, les déclarations de bonnes intentions fleurissent chez les pseudo-décideurs, à l’image des bonnes volontés qui n’ont aucun moyen ou si peu.

Le vendredi 11 mars, Radio-Canada annonce que l’Ontario forme un comité d’enquête sur l’Agent Orange (cf. chronique 6). Le gouvernement ontarien met sur pied le premier comité d’enquête indépendant du pays sur l’utilisation de l’Agent Orange et ses répercussions sur la santé. L’expert en toxicologie, Leonard Ritter, dirigera ce comité. Professeur à l’Université de Guelph et directeur général du Réseau canadien des centres de toxicologie, le Dr Ritter avait aussi collaboré à l’enquête du gouvernement fédéral sur l’utilisation de l’Agent Orange à la base militaire de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, en 2007.

Toutefois le député néo-démocrate de Timmins-Baie James, Gilles Bisson, doute de l’indépendance réelle du comité. Il souligne que c’est le même expert qui avait présidé l’enquête à Gagetown (ministère de la Défense). Le Nouveau Parti Démocrate (NPD) préférerait une enquête de l’ombudsman provincial.

Un produit toxique utilisé pendant 30 ans. Le gouvernement ontarien admet que l’«herbicide », utilisé abondamment par l’armée américaine comme « défoliant » au Viêt Nam, a aussi servi au désherbage dans la province. Des équipes s’en servaient durant les années 50, 60, 70 et possiblement une partie des années 80, le long d’autoroutes et de lignes de transport d’électricité.

Les autorités fédérales ont banni le produit en 1985, après avoir découvert que son utilisation pouvait causer des problèmes de peau, de foie et certains types de cancer. Plusieurs employés gouvernementaux de l’Ontario, qui l’ont épandu dans le passé, affirment souffrir maintenant de différents problèmes de santé. La ligne téléphonique d’information lancée par la province à la suite de ces révélations a été inondée d’appels au cours des dernières semaines.

La mission du nouveau comité d’enquête est de déterminer l’ampleur de l’utilisation de l’Agent Orange par les différents ministères et agences de l’Ontario. Le groupe d’experts se penchera aussi sur les effets de cette utilisation sur la santé des travailleurs et du public. Son rapport doit être rendu public d’ici juin 2012. L’Ontario incite, par ailleurs, Ottawa et les autres provinces à emboîter le pas. Selon le gouvernement ontarien, l’Agent Orange a aussi été utilisé en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan.

Le 25 mars, Vietnamplus publie un article de l’Agence vietnamienne d’information (AVI) : « L’Armée populaire du Viêt Nam a directement participé et coopéré à la décontamination internationale de sites infectés par des produits chimiques toxiques lors de la guerre », disent des officiers du ministère de la Défense, lors d’une rencontre vendredi à Hanoi avec le corps des attachés militaires internationaux au Viêt Nam.

« Ces dernières années, le ministère de la Défense s’est vu confier par le gouvernement la tâche de diriger la mise en œuvre de la décontamination de sites infectés par l’Agent,Orange largué par les GI’s pendant la guerre. Il a activement collaboré avec les services civils, les États-Unis, et plusieurs organisations internationales », ajoutent-ils.

« Par ailleurs, le ministère de la Défense a achevé pour l’essentiel l’évaluation du niveau de contamination des aéroports de Bien Hoa, Da Nang et Phu Cat, et construit des ouvrages pour limiter la propagation du poison dans l’environnement afin de minimiser ses impacts sur l’écosystème et l’homme. Plus particulièrement, 100.000 m² sévèrement pollués à l’aéroport de Bien Hoa ont été décontaminés. »

« Malgré les efforts, les résultats n’ont pas encore répondu à la demande et font encore face à beaucoup de difficultés et de défis. Afin d’achever cette décontamination pour assainir l’environnement au service du développement socioéconomique, la mobilisation des ressources, l’élargissement de la coopération, le partage d’informations avec les spécialistes et organisations du pays et de l’étranger, revêtent une signification importante dans toutes les activités du ministère de la Défense. »

Le responsable militaire de l’Afrique du Sud, chef du corps des attachés militaires étrangers au Viêt Nam, a reconnu les efforts du ministère de la Défense dans le règlement des conséquences laissées par l’Agent Orange dans les régions gravement contaminées.

 André Bouny

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2, 31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

Agent Orange, chronique 5 : ou le négationnisme de l’Histoire institutionnelle, 02 février 2013

Agent Orange, chronique 6 : Utilisation militaire, et civile (dilué), 01 mars 2013

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

Dans un geste de solidarité avec les prisonniers de Guantanamo, qui poursuivent leur grève de la faim depuis plus d’un mois, des militants du monde entier ont lancé un jeûne d’une semaine. La campagne comprendra également des rassemblements de protestation et des veillées.

L’action, organisée par le groupe de soutien aux prisonniers de Guantanamo, Witness Against Torture (WAT), a débuté dimanche et doit durer jusqu’au 30 mars. Certains militants ont l’intention de continuer à jeûner tous les vendredis jusqu’à la fermeture de la prison.

Le jeûne sera accompagné de rassemblements publics pour protester contre l’existence de la prison de Guantanamo et les conditions de détention des prisonniers.

« Nous nous rassemblerons pour une action à New York, Chicago, Los Angeles et d’autres villes dans le pays et à l’étranger la semaine prochaine, pour dénoncer la pratique barbare de la torture et de la détention indéfinie et pour réclamer justice pour les hommes à Guantanamo », dit WAT.

Les militants ont également publié une liste de 166 noms de détenus de Guantanamo, en appelant tous ceux qui les soutiennent à inonder la prison avec des lettres de solidarité et à rappeler ainsi à l’administration de la prison « que le monde n’a pas oublié les grévistes de la faim ».

La militante des droits de l’Homme, Andy Worthington est certaine que les manifestations sont cruciales pour changer la situation à Guantanamo, indiquant que l’ inaction « serait une victoire » pour ceux dont le but est de maintenir l’existence de cette prison.

« Ceux d’entre nous qui agissent pour fermer Guantanamo s’opposent aux forces puissantes de l’indifférence ou de l’hostilité à notre cause, en dépit de la justice évidente de notre cause. Les gens ne devraient pas – ne doivent pas – être rebutés par cette indifférence ou cette hostilité », a déclaré Andy Worthington à Russia Today.

WAT a organisé des jeûnes similaires de solidarité chaque année depuis 2010. Le groupe lui-même a été formé en 2005 et a depuis tenté d’imposer au gouvernement américain de fermer la prison tristement célèbre, à travers des veillées, des marches, des actions directes non-violentes et d’autres initiatives.

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La prison de Guantanamo, ou des gens sont emprisonnés depuis bientôt 12 ans sans inculpation, ni procès ni jugement, est un véritable déni du Droit, et devrait être fermée au plus vite. Encore une des promesses d’Obama rapidement oubliées…

 

Les avocats des détenus disent que plus d’une centaine de prisonniers de Guantanamo ont entamé une grève de la faim depuis début février, certains mettant à présent leur santé en péril.

Ce mouvement de protestation aurait été causé par les mauvais traitements de la part des gardes, dont des fouilles, la confiscation des objets personnels et des profanations d’exemplaires du Coran.

L’administration de la prison de Guantanamo cherche à minimiser l’ampleur de la protestation, en disant qu’elle ne concernerait qu’une poignée de détenus.

Lire également :

- Arrivée en Espagne d’un palestinien emprisonné depuis 2002 sans inculpation à Guantanamo - 14 mars 2010
- Mohamed Binyam, détenu à Guantanamo, torturé au Maroc - 18 août 2009
- Sami al-Hajj attaque ses ravisseurs américains - 3 mai 2008
- Guantanamo Bay : un journaliste d’Al-Jazeera, humilié et entravé, risque de mourir - 22 septembre 2007
- Le cameraman d’Al-Jazeera “proche de la mort” à Guantanamo - 16 septembre 2007
- (Faute d’accord sur Guantanamo, Washington exporte ses détenus ->http://www.info-palestine.eu/spip.php?article2002] – 26 juin 2007
- Guantanamo : « injustice et mauvais traitements » - 2 juin 2007
- Un cameraman d’Al Jazeera en grève de la faim à Guantanamo - 8 mars 2007

 

25 mars 2013 – Russia Today – Vous pouvez consulter cet article à :

http://rt.com/news/guantanamo-strik…
Traduction : Info-Palestine.eu

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Le pillage de Chypre par l’Union européenne

mars 31st, 2013 by Julie Hyland

Le sauvetage imposé par l’Union européenne (UE) à Chypre est un acte politiquement criminel de pillage financier visant à détruire les banques du pays et à jeter la classe ouvrière dans le dénuement.

Sous prétexte d’éviter la faillite de l’Etat, la petite île méditerranéenne, qui compte près d’un million d’habitants, est assujettie au genre de thérapie de choc qui a déjà été infligé à la Grèce.

Les modalités du prêt de 10 milliards d’euros imposées par l’UE, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire International (FMI) prévoient la liquidation de la banque Laïki – la deuxième banque de Chypre – et le transfert des dettes envers la BCE à la Banque centrale de Chypre qui doit également faire face à une importante restructuration. 5,8 milliards d’euros de plus doivent être levés en imposant de lourdes pénalités,de l’ordre de 40 pour cent ou plus, aux détenteurs d’obligations et à ceux possédant des dépôts supérieurs à 100.000 euros.

Des mesures d’urgence de contrôle des capitaux ont été mises en place, dont une interdiction de transfert outre-mer, un plafonnement à 300 euros des retraits en espèces et une interdiction a été imposée à quiconque de quitter le pays en portant sur lui plus de 1.000 euros en billets de banque. La firme de sécurité britannique G4S est en charge de la garde des banques de l’île afin « assurer le calme » après leur réouverture hier au bout de douze jours de fermeture.

Les mesures vont dans le sens de l’insistance de la chancelière allemande Angela Merkel à savoir que Chypre admette que « son modèle économique est mort. » Vu que le secteur bancaire du pays représente huit fois la taille de son PIB, ceci équivaut à un effondrement économique.

Ceci n’est nullement atténué par le fait que le gouvernement chypriote a été contraint de retirer son plan d’imposer une taxe de 6,7 pour cent sur les dépôts bancaires inférieurs à 100.000 euros. Ceux qui seraient épargnés dans ce cas là devront être saignées à blanc par d’autres moyens.

Le taux de chômage atteint 15 pour cent en raison des mesures d’austérité de l’UE appliquées par le précédent gouvernement mené par le Parti communiste, avant même que n’éclate la actuelle crise, et qui ont résulté dans l’instauration de banques alimentaires organisées par des associations caritatives à Paphos, Limassol et à Nicosie.

Cette situation va maintenant considérablement s’aggraver. Comme le remarquait avec satisfaction le Wall Street Journal, « Nicosie va maintenant faire face aux conditions habituelles d’un sauvetage dans la zone euro : des réformes du marché du travail, une discipline fiscale, des privatisations, une réforme des retraites et des soins de santé. »

Contrairement, toutefois, aux plans de sauvetage pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne et d’autres pays, où on a continué à prétendre que l’austérité et les réductions de salaire relanceraient l’économie, la presse reconnaît ouvertement que la médecine administrée par l’UE à Chypre tuera le patient.

Le prêt est lié à des pertes massives d’emplois et des réductions de salaires, la démolition des soins de santé, de l’éducation et des prestations sociales, la privatisation des principaux services publics, le transfert des ressources naturelles et énergétiques de l’île aux géants mondiaux de l’énergie.

L’on s’attend à une chute de 25 pour cent du PIB dans les deux ou trois prochaines années à venir et à un doublement du chômage. Avec l’ensemble de la zone euro sombrant dans une récession qui sera encore exacerbée par les mesures adoptées à Chypre, la conséquence en sera une dévastation sociale et économique.

Le Financial Times a imputé la faute à la population chypriote en écrivant : « … le choix d’accoupler l’économie à un service bancaire offshore s’était fait avec la duplicité des dirigeants et l’assentiment d’une population heureuse de vivre au-dessus de ses moyens. »

Comme si, à Chypre, on avait demandé l’avis des travailleurs, s’ils voulaient ou non que l’île devienne un centre bancaire.

En réalité, l’oligarchie financière agit partout avec impunité en dictant la politique gouvernementale selon ses intérêts. Partout, la conséquence est le parasitisme et une corruption endémique, comme l’illustrent les récents scandales au sujet de la manipulation du taux interbancaire Libor, du blanchiment de l’argent de la drogue par la banque HSBC et d’autres ainsi que de fraude généralisée chez JPMorgan Chase, pour n’en citer que quelques-uns. Personne n’a jamais eu de comptes à rendre pour ces délits.

Les travailleurs doivent rejeter cette propagande cynique venant de Berlin, de Paris, de Londres et de Bruxelles, comme quoi la « libération sous caution » chypriote, visant prétendument les oligarques russes et les adeptes de l’évasion fiscale, modifiera la situation ou représente même un genre d’appropriation de la richesse.

L’UE, menée par l’Allemagne avec l’appui des Etats-Unis, a profité de la crise à Chypre pour détruire un concurrent plus faible en consolidant son contrôle des marchés financiers mondiaux. Les banques européennes et américaines vont profiter des oligarques russes et des partisans de l’évasion fiscale qui ont transféré leur argent hors de Chypre durant les semaines qui ont précédé la crise du sauvetage chypriote.

Seule une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière internationale – luttant pour soumettre les ressources de Chypre, de l’Europe et de l’économie mondiale au contrôle démocratique de la population laborieuse – peut conduire à l’expropriation de l’aristocratie financière. Les mesures prises par les principales puissances de l’UE pour s’emparer de l’argent détenu précédemment par des banques chypriotes n’est rien d’autre qu’un vol à peine voilé commis dans l’intérêt des sections les plus puissantes du capital financier.

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung l’a d’ailleurs carrément reconnu en disant, « La zone euro a depuis longtemps cessé d’être une confrérie pour accroître la prospérité et la stabilité mutuelle. Elle s’est transformée en une école de gladiateurs dans laquelle tout le monde se bat pour son propre avantage et sa propre survie. »

L’offensive brutale qui a lieu partout en Europe ne peut être vaincue sur une base nationale. Tout comme ses homologues en Grèce, en Italie et ailleurs, la bourgeoisie chypriote a joué tout au long un rôle profondément réactionnaire. Son alternative aux plans de la troïka avait été de se servir dans les caisses de retraite et chez les petits déposants afin de protéger les ultra-riches et de préserver le statut de paradis fiscal de l’île.

Ces événements soulignent très clairement l’impossibilité absolue de trouver sous le capitalisme une solution démocratique, humaine et progressiste à la crise économique qui affecte le monde.

L’opposition de principe requise à l’encontre des mesures imposées à Chypre doit se fonder sur les intérêts des travailleurs et non sur ceux de l’une ou l’autre des cliques concurrentes de bandits impérialistes. Tout comme la classe dirigeante dispose de formes d’organisations internationales pour imposer ses intérêts de classe, la classe ouvrière doit développer les siennes.

Julie Hyland

Article original, WSWS, paru le 29 mars 2013

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«Le système financier actuel privatise les bénéfices et mutualise les pertes»

Propos attribués à Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie)

 

Une lente agonie qui a commencé en même temps que le feuilleton grec, celui d’un coma chypriote depuis pratiquement un an. De replâtrage en replâtrage, le verdict est tombé, Chypre risque la faillite si l’Europe ne lui vient pas en aide. Etant dans la même charrette que les pays du Sud catholiques, de l’Europe, connus dit-on par leur farniente, qu’on les appelle les Arabes de l’ Europe, partageant avec ces derniers, outre le climat, la paresse et l’esprit de cigale, contrairement aux Européens du Nord -généralement protestants- besogneux, durs à la tâche – symbolisés entre autres, par l’Allemagne qui donne l’impression de diriger l’Europe et d’imposer son diktat à ces pays du Sud qui tombent comme des dominos. Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne, même l’Italie que l’on croyait insubmersible et qui est -too big too fall- risque elle aussi de subir le même sort en attendant le pays suivant immédiat…la France.

Chypre

C’est un petit pays de 9251 km2 de 885.600 habitants. Avant d’être rattaché à l’Europe par un référendum qui n’a concerné que les Chypriotes du sud de l’Ile, les Chypriotes du Sud avaient le même PIB que ceux du Nord soit environ 10.000 $/an. La machine européenne les a tirés rapidement vers un niveau de vie,ils ont doublé leur niveau de vie au point d’arriver à un Indice de développement humain: 0,810 (35e rang mondial). De part et d’autre d’une frontière qui passe au milieu d’une rue, nous avons le Moyen âge d’un côté et le XXIe siècle. Ce rêve ne devait pas durer!

Cette économie virtuelle ne crée pas de richesse. «Les bords du lac Léman accueillent les sièges des plus gros négociants de matières premières. La «petite Suisse de la Méditerranée» accueille, elle, leurs boîtes aux lettres. Certaines entreprises y recherchent une fiscalité avantageuse (5% à la ´´belle´´ époque, 12,5% aujourd’hui). Mais ´´le détour chypriote permet fondamentalement de masquer les bénéficiaires économiques des sociétés´´, explique Olivier Longchamp, responsable fiscalité et finances internationales de l’association Déclaration de Berne. En clair: offrir aux ramifications des maisons de négoce une ombre propice à l’épanouissement de leurs activités lucratives et internationalisées.» (1)

Situation actuelle

Le PIB (2011) était de 17,9 milliards euros avec un faible taux de croissance (2011): +0,5%. Le taux de chômage (2011): 7,7% qui a augmenté d’une façon spectaculaire pour atteindre 15% en 2013. Solde budgétaire (2011):-6,5%. Balance commerciale (2011): -5,9 mds euros et -10 milliards en 2013. Les principaux fournisseurs de Chypre sont par ordre: 1/ Grèce 19% – 2/ Italie 9,3% – 3/ Allemagne 8,9% 4/ Royaume-Uni 8,3%- 5/ Israël 8% – 6/ Chine 5,3%: la France est en 7ème position. Ses principaux clients en 2010: 1/ Grèce 22,1%- 2/ Allemagne 8,4% 3/ Royaume-Uni: 8,2%. (2)

La particularité de l’économie chypriote est qu’elle ne crée pas de richesses. Ce sont les banques qui détiennent plus de 40% de son PIB. Ces banques qui ont fleuri et sont devenues le refuge de tous les requins de la finance qui ont cherché à la fois une fiscalité très faible (5%) mais aussi une complaisance pour «blanchir» des capitaux douteux. Les autorités chypriotes ont été contraintes de solliciter en juin 2012 l’assistance financière de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, pour faire face aux besoins de leurs banques, dont 40% des engagements extérieurs concernent la Grèce, et au financement des dépenses publiques.

«Pour rappel, le calvaire Chypriote qui rappelle celui de la Grèce, a commencé lit-on dans une dépêche de l’AFP, le 25 juin 2012: Chypre demande une aide financière, estimée à 17 milliards d’euros, à la zone euro pour contenir les risques pour l’économie du pays provenant de son secteur financier. Ses deux principales banques, très exposées à la dette grecque, ont subi des pertes évaluées à 4,5 milliards d’euros dans le cadre du plan de sauvetage conclu avec Athènes. Le 13 janvier, l’agence de notation financière Standard and Poor’s fait basculer Chypre dans la catégorie ´´spéculative´´ en abaissant la note de sa dette à long terme de deux crans à BB+ 16 mars: Nicosie accepte le plan de l’UE et du Fonds monétaire international (FMI) prévoyant un prêt de dix milliards d’euros en contrepartie d’une taxe sur les dépôts bancaires censée rapporter 5,8 milliards. Pour amortir l’impact sur ses gros clients russes, Chypre répartit la taxe sur tous les dépôts (6,75% jusqu’à 100.000 euros, 9,9% au-delà), brisant le tabou de la protection des petits épargnants et provoquant une ruée sur les distributeurs des banques fermées pour un week-end prolongé. Le 20 mars: recherche d’un ´´plan B´´. La puissante Eglise orthodoxe propose ses richesses en gage. La fermeture des banques est encore prolongée. La Banque centrale européenne donne jusqu’au 25 mars à Chypre pour s’accorder avec les bailleurs de fonds sous peine de la priver de liquidités. Standard and Poor’s dégrade la dette chypriote d’un cran, à CCC. Le 22 mars: la chancelière allemande Angela Merkel prévient Chypre de ne ´´pas abuser de la patience´´ de la zone euro. La taxe bancaire revient sur le tapis.»(3)

L’Accord douloureux pour les Chypriotes

L’accord mis au point prévoit des ´´décisions douloureuses pour sauver le pays de la faillite´´, a estimé le président chypriote Nicos Anastasiades en promettant lors d’une allocution télévisée que l’île méditerranéenne ´´se remettrait de nouveau sur pied´´. Le prix à payer par Nicosie est en effet très élevé. Laïki Bank (Popular Bank en anglais), la deuxième banque du pays, va être mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une ´´bad bank´´, entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une ´´good bank´´, où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100 000 euros, qui bénéficient d’une garantie publique dans l’UE. Sur le site Attac, nous lisons les conséquences de cet «accord» au scalpel: «Certes, le gouvernement chypriote et la Troïka ont renoncé à taxer les petits déposants, et le sort réservé aux gros clients des banques chypriotes – qui perdront une bonne part de leurs avoirs financiers – ne mérite pas de larmes. Mais le plan, imposé par un ultimatum sans précédent de la BCE, épargne les banques européennes, en particulier la BCE, qui ont pourtant accompagné Chypre et ses banques dans l’édification d’un paradis offshore en zone euro. (…) Pour la première fois de l’histoire de la zone euro, la Banque centrale européenne a imposé ses vues à un pays souverain en le menaçant explicitement de l’expulser de la zone euro. Ce précédent est d’une extrême gravité.» (4)

«Dans un communiqué du 21 mars la BCE adressait un ultimatum au Parlement de Chypre: si vous n’acceptez pas notre plan avant le lundi 25 mars, nous coupons la ligne de crédits d’urgence qui maintient à flot vos banques. La faillite des banques et l’interruption des prêts aurait conduit l’État chypriote à devoir les recapitaliser par ses propres moyens, probablement en sortant de l’euro pour recréer une monnaie nationale. Bien sûr, le système bancaire chypriote était un refuge pour des oligarques, pas seulement russes, à la recherche d’une fiscalité complaisante. Mais l’Union européenne n’avait jamais vraiment trouvé à y redire, au nom de la concurrence (fiscale) libre et non faussée. La taxation des dépôts supérieurs à 100.000 euros, va provoquer une fuite des capitaux et un effondrement de l’économie chypriote, trop dépendante de ses banques.» (4)

Attac poursuit en prévoyant les conséquences à savoir la sortie de l’euro: «Cette mesure va aussi accélérer la fuite des capitaux qui a déjà commencé depuis les autres pays du Sud européen vers l’Allemagne, la Suisse, le Luxembourg… La crise va s’aggraver, et la sortie de Chypre de la zone euro pourrait n’être que retardée de quelques mois. La Commission ne fait rigoureusement rien pour aider les peuples des pays en difficulté, bien au contraire, puisqu’elle continue à leur imposer des programmes d’austérité sans fin destinés à satisfaire les marchés financiers. (…) Avec une annulation de la dette et une socialisation des banques, il serait ainsi possible de refonder la zone euro et lui redonner un avenir*… Tout à l’inverse des diktats de la Troïka, qui au-delà de Chypre, visent clairement à décourager tout velléité des peuples grecs, portugais ou espagnols de relever la tête.» (4)

Comment réagissent les Chypriotes?

Le moins que l’on puisse dire est qu’ils protestent en vain. Les décisions sont prises ailleurs. La police est là pour appliquer. Loin de se réjouir du plan de sauvetage, conclu, le 25 mars, à l’arraché avec l’Union européenne, la presse chypriote dénonce les ´´diktats´´ de l’étranger et n’hésite pas, à l’instar du quotidien O Phileleftheros, d’appeler les habitants de l’île à entrer en résistance.

«Aujourd’hui lit-on sur ce journal – qui appelle à un mea culpa et à se ressaisir-, j’éprouve, écrit Emmanuil Lioudakis, le besoin, plus que jamais, d’écrire pour tenter de rassembler les morceaux de la dignité de ce peuple détruite par l’imposition de mesures inadmissibles par nos partenaires dans l’Union européenne (UE). Aujourd’hui, des milliers de personnes se sont réveillées et, au lieu de se préoccuper de leurs tâches quotidiennes, elles ont ressenti un immense vide. Car leur pays, Chypre, n’est plus. Notre île a disparu quelques semaines avant Pâques, au début du Carême, abdiquant devant les diktats de l’UE et de la Troïka (FMI, Commission et Banque centrale européennes). J’ai en moi un sentiment de dégoût, de honte et de déception. Quid de notre fierté, de notre dignité et de notre force d’opposition?» (5)

En fait, si nous nous sommes retrouvés au bord du gouffre, c’est en grande partie à cause de nos fautes. (..) Que vont devenir ces milliers d’employés qui perdent leur travail et dont le salaire est pris en otage par les dettes? La plupart d’entre eux seront remerciés sans aucun dédommagement. C’est pour cela que je veux, m’adresser à mes compatriotes, aux gens simples, et leur demander d’inscrire dans leur vie cet objectif de redresser notre système bancaire afin d’obtenir le départ de la Troïka et la redéfinition de nos liens de solidarité. C’est maintenant qu’il faut montrer notre patriotisme. Il faut montrer que l’âme des Hellènes ne se soumet pas aussi facilement aux diktats étrangers. Notre âme bouillonne et nos poings sont fermés. (…) Il faut aider notre Etat à se relever. (…) Patience et bon courage à tous.» (5)

Même appréciation d’un autre journal qui dénonce le manque de solidarité au profit d’une «realpolitik» décidée ailleurs. Nous lisons: «En imposant une taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros, les dirigeants de la zone euro ont commis au mieux ´´un dangereux précédent´´, au pire, ´´un chantage´´, selon la presse européenne. Sous le titre ´´L’Europe bâcle un autre sauvetage´´, le Financial Times condamne la taxe inattendue sur les dépôts, [...]. Face à un Etat membre en perdition, les dirigeants ont accroché du plomb au cou de Chypre au lieu de lui jeter une bouée de sauvetage. (..) On connaît le refrain: une fois de plus, il n’y avait pas d’autre solution. (…) Jadis, les citoyens européens avaient des droits, aujourd’hui, leurs dépôts bancaires risquent d’être imposables sans préavis, comme ce qui s’est passé à Chypre. L’arbitraire et le mépris total de l’Union européenne pour les règles et les valeurs sont devenus monnaie courante. La démocratie est maintenant une notion relative. Et le chantage a remplacé la solidarité».(6)

Aucun état d’âme

On le voit, les hommes en noir de la troïka n’ont aucun état d’âme quand il s’agit de sauver à tout prix le système et les banques quitte à précipiter dans le désespoir des milliers de besogneux de sans-grade, qui sou après sou, pensent assurer leurs arrières en vivant une retraite dans la dignité. Rien n’y fait, les requins de la finance internationale les rattrapent et les jettent dans la détresse absolue.

La crise dit-on a du bon, car elle permet un nouveau départ. Ceci est vrai pour les riches qui s’enrichissent encore plus. «La crise, lit-on dans cette contribution qui raconte le quotidien des «petits espagnols», est une occasion, diront certains à juste titre, pour tenter de renverser les rapports de force entre les classes. Mais la crise est aussi une opportunité pour les classes dominantes. La bourgeoisie nationale et transnationale a conquis ces dernières années de plus en plus de pouvoir en profitant de la disparition des frontières au sein d’un super État européen pour porter une attaque sans précédent sur les conditions de vie des classes populaires, allant même jusqu’à rétrograder socialement les maillons les plus faibles de leur propre classe.

La majorité des Espagnols est ainsi engagée dans un processus de paupérisation – certains parlent de prolétarisation – qui semble irrémédiable. Les données publiées par l’ONG catholique espagnole Caritas parlent d’elles-mêmes. Les riches gagnent en moyenne sept fois plus que les pauvres, faisant de l’Espagne l’un des pays connaissant un des taux d’inégalité les plus élevés sur le continent européen. La fourchette entre les riches et les pauvres a d’ailleurs augmenté de 30% ces dernières années.» (7)

A propos des coupes sombres dans le social, nous lisons: «La perte du pouvoir d’achat va de pair avec les coupes claires dans le budget des services sociaux; depuis quelques années, quantité d’hôpitaux et de centres de soins, d’écoles et d’universités, ont mis la clé sous la porte, rendant infernale la vie de millions de familles. Au dernier trimestre 2012, le taux de chômage s’établissait à 26,02% de la population active (soit presque six millions de chômeurs). Ceux qui disent que la crise est une opportunité ont raison. Mais la crise des uns n’est pas celle des autres, et force est de constater que ce sont les classes dirigeantes qui tirent jusqu’à présent les marrons du feu» (7)

Tout est dit: la machine du diable de la financiarisation broie les faibles et il est utopique de parler dans ce XXIe siècle de tous les dangers, de solidarité, d’empathie, encore moins d’amour du prochain et du secours des plus pauvres. Nietzsche avait- il raison d’écrire dans un autre contexte: «Périssent les faibles et les ratés?» Est-on raté quand on est un besogneux?

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu. dz
1. Chypre, la ´´boîte aux lettres´´ des traders de matières premières Le Monde.fr 26.03.2013

2. http://www.tresor.economie.gouv.fr/se/ chypre

3. Chypre: les principales étapes de la crise financière AFP 24 mars 2013

4. La Troïka. dynamite le casino… et le peuple chypriote: Attac le 25 mars

5. Emanuel Lioudakis C’est maintenant qu’il faut être patriotes! O Phileleftheros 25 03 2013

6. http://www.presseurop.eu/fr/content/press-review/3555371-le-chantage-remplace-la solidarite

7. http://sos-crise.over-blog.com/article-la-majorite-des-espagnols-engagee-dans-un-processus-de-pauperisation-116531017.html

 

Il y a 14 ans – après les négociations de Rambouillet et Paris entre le 6 et le 23 février 1999 – les médias globaux ont informés le public, que «la délégation serbe n’a pas accepté l’accord offert et qu’elle l’a qualifié de ‘nul et non advenu’». Les médias insinuaient, que la soi-disant groupe de contact pour la Yougoslavie soutenait prétendument cet accord. Cette commission était composée de quatre pays membres de l’OTAN et de la Russie; mais la Russie refusait d’approuver la partie militaire (annexe B) de cet accord – un fait qui à été caché par les informations des médias.
Qu’est-ce qui c’est réellement passé à Rambouillet et Paris et quels sont les termes exactes de l’«annexe B»? Madeleine Albright, la ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis d’alors, a prétendu que «la partie militaire de l’accord était pratiquement le noyau de l’accord offert à Rambouillet», lequel était inacceptable pour la délégation de la République fédérale de Yougoslavie.

Živadin Jovanovic, le ministre des Affaires étrangères yougoslave d’alors, a déclaré dans son interview avec le quotidien de Belgrade «Politika» du 6 février 2013, qu’«à Rambouillet, il n’y a eu ni de tentative d’atteindre un accord, ni des négociations, ni un accord». La délégation yougoslave avait été invitée à Rambouillet afin de participer aux négociations avec la délégation albanaise du Kosovo.

Il semble exact, qu’il n’y a effectivement pas eu de négociations. Cette conclusion peut être tirée suite aux diverses prises de position de quelques représentants occidentaux, entre autres du président d’alors de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), du ministre des Affaires étrangères norvégien.

L’information partisane de la presse occidentale et les affirmations partiales des politiciens occidentaux concernant «l’échec des négociations suite au refus du document politique demandant une large autonomie du Kosovo» par les représentants yougoslaves, poursuivait le but de préparer l’opinion public à une agression militaire du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui était déjà planifiée pour octobre 1998, mais qui fut, pour des raisons évidentes, reportée au 24 mars 1999. La seule chose vraie est que la délégation yougoslave a prié à plusieurs fois de pouvoir négocier – ce qui ressort des messages écrits transmis aux négociateurs lors des pourparlers – des négociations directes entre les délégations yougoslave et kosovare. Les documents officiels prouvent ce fait. Christopher Hill, le représentant américain lors de ces négociations, a prétendu dans sa réponse à de telles demandes, que la délégation du Kosovo «ne voulait pas de négociations directes». «Ainsi, il était clair pour nous tous, que le dialogue directe ne convenait pas aux Américains et que c’était la véritable raison pour laquelle le contact direct n’a pas eu lieu», a déclaré Jovanovic et d’ajouter: «Il n’est point croyable que dans une situation, dans laquelle les Américains auraient vraiment voulu des négociations directes, la délégation du Kosovo n’aurait pas accepté cette demande.»

Les médias du monde et les représentant occidentaux ont sciemment mal interprété le refus prétendu de la Yougoslavie, de «l’établissement de troupes pour le maintien de la paix au Kosovo (et Métochie)». La vérité par contre est que la délégation yougoslave avait accepté les parties politiques du projet d’accord de Rambouillet, mais pas son «annexe B» avec les points 2, 5 et 7, qui proposaient et demandaient l’occupation militaire de tout le territoire de la République fédérale de Yougoslavie d’antan (c’est-à-dire la Serbie avec deux provinces autonomes et le Monténégro). C’est pour cela que l’opinion publique du monde entier a été objet d’une manipulation médiatique, disant que les Serbes «refusaient des troupes de maintien de la paix au Kosovo (et Métochie)».

Mais que sont les «les forces de maintien de la paix» dans la pratique internationale et dans le droit international? Dans la pratique internationale ce sont des troupes administrées par les Nations Unies («Casques bleus»); se sont des troupes, que les pays membres de l’ONU mettent à disposition, ce ne sont pas des troupes de l’OTAN.

Afin de comprendre, ce qui a poussé la république fédérale de Yougoslavie à refuser la partie militaire du document présenté à Rambouillet, il est nécessaire de lire ses dispositions:

«(I) Les personnels de l’OTAN bénéficieront, tout comme leurs véhicules, navires, avions et équipement d’un passage libre et sans restriction et d’un accès sans ambages dans toute la RFY, y compris l’espace aérien, les eaux territoriales associées et toutes les installations; (II) Les personnels de l’OTAN, en toutes circonstances et à tout moment, seront dispensés des juridictions des Parties, concernant toute agression civile, administrative, criminelle ou disciplinaire qu’ils sont susceptibles de commettre en RFY; (III) Les personnels militaires de l’OTAN devront normalement porter un uniforme, ils pourront posséder et porter une arme; (IV) Les Parties pourront, sur simple demande, accorder tous les services de télécommunication, y compris les services de diffusion, nécessaires à l’Opération, tels que définis par l’OTAN. Ceci comprendra le droit d’utiliser les moyens et services nécessaires pour assurer une capacité totale de communiquer, et le droit d’utiliser tout le spectre électromagnétique à cette fin, gratuitement; (V) l’OTAN est autorisée à détenir des individus et, aussi vite que possible, à les remettre aux autorités concernées.»

Les médias du monde, surtout ceux des Etats membres de l’OTAN et les représentants d’alors des Etats-Unis et d’Europe, ont caché le contenu du document militaire, en reprochant aux dirigeants serbes et au président yougoslave «un manque de coopération dans les efforts, de trouver une solution pacifique». Tout comme Rambouillet, «la Conférence de Paris n’était pas une réunion, dans laquelle on aurait pu voir un ‹effort› sérieux pour arriver à une entente, des négociations ou un accord». L’envoyé américain Christopher Hill exigea de la délégation yougoslave uniquement de signer le texte qu’il avait élaboré et mis sur table – selon le principe ‹Take it or leave it›», à éxpliqué l’ancien ministre Živadin Jovanovic.

Outre les nombreuses condamnations du projet d’accord exprimées par des experts de droit internationaux, l’appréciation du document par l’ancien ministre américain des Affaires étrangères Henry Kissinger a trouvé une attention spéciale dans une interview du 27 juin 1999 accordé au «Daily Telegraph» de Londres. Il y a déclaré: «Le texte du projet de l’accord de Rambouillet, qui exigeait le stationnement de troupes de l’OTAN dans toute la Yougoslavie, était une provocation. Il a servi de prétexte pour commencer les bombardements. Le document de Rambouillet était formulé de telle manière qu’aucun Serbe ne pouvait l’accepter.» Ces mots indiquent entre autre, que l’agression de 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie était présentée dans les médias occidentaux tel un épilogue, qui se retrouvait dans le lancement de la nouvelle stratégie interventionniste de l’OTAN sous la conduite des Etats-Unis. Cette stratégie a été officiellement introduite lors de la rencontre de l’OTAN à Washington du 25 avril 1999, c’est-à-dire en même temps que l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie avait lieu.
Avec l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, l’OTAN a muté d’une alliance défensive en une alliance agressive, qui s’octroie le droit d’intervenir partout dans le monde en tant que puissance militaire. En outre, l’estimation des dirigeants yougoslaves en ce qui concerne la politique officielle du pays, était juste, lorsqu’ils disaient qu’un des buts de cette agression, était de créer un préjudice pour des actions militaires sans mandat de l’ONU et en violation de la charte de l’ONU dans le monde entier.

Cet avis a été confirmé lors de la conférence de pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion, qui a eu lieu en avril 2000 à Bratislava.

La conférence a été organisée seulement quelque mois après l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie par le ministère des Affaires étrangères américain et l’American Enterprise Institute du parti républicain; parmi les participants il y avait de très hauts fonctionnaires (représentants du gouvernement ainsi que des ministres des Affaires étrangères et de la Défense) des pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion. Les sujets principaux à cette conférence étaient les Balkans et l’élargissement de l’OTAN. Dans son résumé écrit de la conférence du 2 mai 2000, qu’il a fait parvenir au chancelier allemand Gerhard Schröder, Willy Wimmer, alors membre du Bundestag et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE a déclaré, que selon les Etats-Unis l’attaque de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie constituait un précédent, qui – quand toujours on en aura besoin – pourra être utilisé. On le comprenait «bien sûr tel un précédent auquel chacun pourra se référer et le fera». Wimmer a expliqué une des conclusions décisives. Il s’agit d’une confirmation rétroactive, que le véritable but des négociations de Rambouillet n’était pas de rendre possible de quelconques négociations directes entre les parties concernées (Serbes et Albanais) ou de trouver une quelconque solution politique, mais plutôt de créer un prétexte pour une agression, ce que Henry Kissinger a parfaitement signalé («Il a servi de prétexte pour le début des bombardements.»)

Ensuite Willy Wimmer fait remarquer dans son message écrit, que [selon l’organisateur lui-même] «la guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower durant la Seconde Guerre mondiale.» En conséquence, il fallait que des troupes américaines y soient stationnnées pour des raisons stratégiques, afin de compenser, ce qui n’a pas été fait en 1945. Avec la construction de la base militaire Camp Bondsteel au Kosovo – la plus grande d’Europe – les Américains ont mis en pratique leur position exprimée lors de la Conférence de Bratislava, disant que «pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région». Dans sa lettre, Wimmer affirme aussi (point 1): «Les organisateurs demandèrent de procéder aussi rapidement que possible au sein des alliés à la reconnaissance d’un Kosovo indépendant au niveau du droit international», pendant que «la Serbie (en tant qu’Etat successeur à la Yougoslavie) doit durablement rester en marge du développement européen», (selon Wimmer afin d’assurer la présence militaire américaine dans les Balkans). En outre, Willy Wimmer revendique: «La constatation que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition.» (Point 11) Dans son texte il est également écrit: «La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle», c’est-à-dire, que le droit international est considéré comme un obstacle à l’élargissement prévu de l’OTAN. Et Wimmer de terminer: «La puissance doit primer sur le droit. »

Milica Radojkovic-Hänsel

Traduction Horizons et débats

Lettre à Monsieur Gerhard Schröder, député au Bundestag
Chancelier de la République fédérale allemande
Chancellerie fédérale
Schlossplatz 1, 1017 Berlin
Berlin, le 2 mai 2000

Monsieur le Chancelier,
A la fin de la semaine passée, j’ai eu l’occasion de participer à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, à une conférence organisée conjointement par le Ministère des Affaires étrangères des USA et l’American Enterprise Institute (l’institut des affaires étrangères du parti républicain) ayant pour thèmes principaux les Balkans et l’extension de l’OTAN.
Des auditeurs de haut rang assistaient à la manifestation, ce dont témoignait la présence de nombreux Prémiers ministres ainsi que de ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la région. Parmi les nombreux points importants qui ont pu être traités dans le cadre du thème susmentionné, quelques-uns méritent particulièrement d’être cités:
1.    Les organisateurs demandèrent la reconnaissance par les alliés, aussi rapidement que possible, en droit international public, de l’Etat indépendant du Kosovo.1
2.    Les organisateurs déclarèrent que la République fédérale de Yougoslavie se situe en-dehors de tout ordre juridique, avant tout de l’Acte final d’Helsinki.2
3.    L’ordre juridique européen s’oppose à la réalisation des idées de l’OTAN. L’ordre juridique américain peut plus facilement être appliqué en Europe.
4.    La guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower durant la Seconde Guerre mondiale. Pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région.3
5.    Les alliés européens ont participé à la guerre contre la Yougoslavie pour vaincre de facto le dilemme résultant du «nouveau concept stratégique» de l’Alliance, adopté en avril 1999, et du penchant des Européens en faveur d’un mandat préalable des Nations Unies ou de l’OSCE.
6.    En dépit de l’interprétation légaliste subséquente des Européens, selon laquelle il s’est agi, dans cette guerre contre la Yougoslavie, d’une tâche dépassant le champ d’action conventionnel de l’OTAN, nous sommes en présence d’un cas d’exception. C’est évidemment un précédent qui peut être invoqué en tout temps et par tout un chacun, et cela se produira aussi dans le futur.4
7.    Dans le cadre de l’élargissement de l’OTAN prévu à brève échéance, il s’agit de rétablir, entre la mer Baltique et l’Anatolie, la situation géopolitique telle qu’elle était à l’apogée de l’expansion romaine.5
8.    Pour réaliser cela, la Pologne doit être entourée au nord et au sud par des Etats voisins démocratiques, la Roumanie et la Bulgarie doivent être reliées à la Turquie par une liaison routière sûre, et la Serbie (probablement pour assurer la présence militaire américaine) doit durablement rester en marge du développement européen.
9.    Au nord de la Pologne, il s’agit de maintenir un contrôle total de l’accès de Saint-Pétersbourg à la mer Baltique.6
10.    Dans chaque processus, la priorité doit revenir au droit à l’autodétermination, avant toutes autres dispositions et règles du droit international public.7
11.    La constatation que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition.8
Vu les participants et les organisateurs, on ne peut s’empêcher, à l’issue de cette manifestation qui s’est déroulée en toute franchise, de procéder à une évaluation des déclarations faites à cette conférence.
La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle. La puissance doit primer sur le droit. Là où le droit international fait obstacle, on l’élimine.
Lorsqu’un développement semblable frappa la Société des Nations, la Seconde Guerre mondiale pointait à l’horizon. On ne peut qu’appeler totalitaire une réflexion qui considère ses propres intérêts de façon aussi absolue.
Veuillez agréer, Monsieur le Chancelier,
l’expression de mes sentiments distingués.

Willy Wimmer

Membre du Bundestag

Président du groupement régional de la CDU du Bas-Rhin,

Vice-président de l’assemblée parlementaire de l’OSCE

Les notes de bas de page sont de Andreas Bracher (cf. sources).
1    Jusqu’à présent, le Kosovo constitue formellement une province de la Serbie qui elle-même est une république faisant partie de la Yougoslavie. Le maintien de ce statut avait été une condition préalable à la fin de la guerre dite du Kosovo de juin 1999. Officiellement, le maintien de ce statut fait jusqu’à aujourd’hui partie du programme de l’occident.
2    L’Acte final d’Helsinki: l’ordre dit de la CSCE, qui en avait établi en 1975 les bases pour une vie communautaire des Etats en Europe. Parmi ces bases figurait entre autres l’inviolabilité des frontières.
3    Cela semble se rapporter à l’invasion des alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Churchill avait demandé entre autres une invasion alliée dans les Balkans. Au lieu de ça, Eisenhower ordonna, en tant que chef suprême des forces alliées, un débarquement en Sicile (1943) et en France (1944). Par conséquent, il n’y a pas eu de forces d’occupation occidentales dans les Balkans.
4    L’OTAN a mené la guerre du Kosovo de 1999 sans mandat de l’ONU. Un pareil mandat aurait correspondu aux desiderata des gouvernements européens, mais pas à ceux du gouvernement américain. Celui-ci aimerait agir de façon aussi autoritaire que possible et sans restrictions internationales. Ce qu’on entend manifestement sous points 5 et 6, c’est que dans cette guerre, a) les Etats européens ont surmonté leurs engagements envers leurs opinions publiques par rapport au mandat de l’ONU et b) que cela a créé un précédent pour des engagements futurs sans mandat de l’ONU.
5    L’Empire romain n’a jamais atteint la mer Baltique. Pour autant que Wimmer ait rendu correctement les déclarations, on entend apparemment d’une part l’empire romain, d’autre part l’Eglise de Rome.
6    Cela signifie donc qu’il faut couper la Russie de son accès à la mer Baltique et l’écarter ainsi de l’Europe.
7    L’accent mis sur le droit à l’autodétermination montre à nouveau le wilsonianisme américain – d’après l’ancien président Woodrow Wilson – qui était, selon Rudolf Steiner, un adversaire essentiel lors de la fondation de la triarticulation sociale. Steiner considérait que c’était un programme de «la destruction de la vie communautaire des peuples européens». Celle-ci permet le démantèlement de presque tous les Etats européens par la mise en exergue des «problèmes de minorités».
8    Il semble que ce sont là des réactions à des remarques de Wimmer. Les participants à la conférence étaient parfaitement conscients de ces atteintes aux clauses du droit international public, mais elles leur étaient indifférentes.

Source: Copie de l’article «Was will die westliche Balkanpolitik?» avec les remarques d’Andreas Bracher in: Der Europäer Jg. 6, Nr. 1, Nov. 2001. www.perseus.ch/PDF-Dateien/bracher-wimmer.pdf

(Traduction Horizons et débats)

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Interview de Živadin Jovanovic, ancien ministre des Affaires étrangères de la République fédérale de Yougoslavie, aujourd’hui président du Belgrade Forum for a World of Equals

Horizons et débats: Monsieur Jovanovic, pourriez-vous vous présenter brièvement pour nos lecteurs et dire quelques mots sur votre personne et votre carrière?

Živadin Jovanovic: En 1961, j’ai terminé mes études à la faculté de droit de l’Université de Belgrade, de 1961 à 1964 j’étais dans l’administration du district de la ville de Novi Belgrade; de 1964 à 2000 j’ai servi dans le service diplomatique de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (à partir de 1992 République fédérale de Yougo­slavie, de 1988 à 1993 j’étais ambassadeur à Luanda/Angola, de 1995 à 1998 ministre des Affaires étrangères suppléant et de 1998 à 2000 ministre des Affaires étrangères). De 1996 à 2002 j’étais vice-président du parti socialiste de la Serbie pour les affaires étrangères; en 1996 membre du Parlement serbe et en 2000 du Parlement de la République fédérale de Yougoslavie. Les livres que j’ai écrits sont «The Bridges» (2002); «Abolishing the State» (2003); «The Kosovo Mirror» (2006).
Après avoir quitté le ministère des Affaires étrangères en 2000, vous vous êtes joint au «Belgrade Forum for a World of Equals». Actuellement vous êtes le président de cette association. Quels sont vos axes essentiels?

Les axes essentiels du Forum sont la contribution à encourager la paix, la tolérance et la collaboration sur la base de l’égalité parmi les individus, les nations et les Etats. Nous nous engageons pour le respect total du droit international, des principes de base des relations internationales et du rôle des Nations Unies. Le recours à la violence ou la menace de l’utiliser ne sont pas des moyens appropriés pour la solution de problèmes internationaux. Nous sommes d’avis qu’il n’existe pas de guerres ou d’interventions «humanitaires». Toutes les agressions, commencé par l’agression de l’OTAN contre la Serbie (RFY) de 1999 jusqu’à aujourd’hui, étaient, indépendamment des déclarations formelles et officielles, des guerres de conquête, quelques-unes menées pour des raisons géostratégiques d’autres pour le profit économique. Nous encourageons les droits de l’homme dans leur totalité selon la Charte de l’ONU – y compris les droits sociaux, économiques et culturelles et les droits à la santé, au travail et d’autres droits humains.

Nous essayons d’atteindre nos objectifs par le moyen de débats publics, de conférences, de tables rondes, de séminaires à l’échelle nationale et internationale. Le forum coopère avec des associations qui poursuivent des objectifs semblables – en Serbie, dans la région et au niveau mondial.

Nous avons vu quelques livres très intéressants, édités par le Belgrade Forum. Comment faites-vous pour maintenir votre activité éditrice?

Le Forum a publié environ 70 livres sur des thèmes divers, nationaux et internationaux, sur la politique du développement dans les conditions de crise, sur le statut du Kosovo et Métochie et sur le tribunal de la Haye concernant la politique de l’OTAN au Balkan, sur la politique étrangère de la Serbie, sur le terrorisme international et sur le rôle des intellectuels. Certains de nos livres ont été diffusés dans un grand nombre de pays sur tous les continents. Il y a par exemple l’ouvrage «Nato Aggression – the Twilight of the West». Suite au manque de moyens financiers, il n’y a malheureusement que peu de nos livres qui ont paru en d’autres langues.

Seul ce dernier mois nous avons publié trois nouveaux livres – l’un est dédicacé au grand philosophe serbe et membre de l’Académie, Mihailo Marcovic, qui a été un des co-fondateurs du Belgrade Forum; le deuxième porte le titre «De Nuremberg à La Haye» et le troisième «De l’agression à la sécession».* La présentation des livres dans différentes villes de la Serbie a eu un succès considérable.

Toutes nos activités, l’écriture et les publications, reposent sur le travail bénévole. Nous n’avons jamais eu et n’avons toujours personne qui est rémunérée dans le cadre du Forum. Des cotisations de membres et des dons, avant tout de la diaspora serbe, sont les recettes principales du Forum.

Vous avez mentionné l’encouragement à la paix comme l’une de vos affaires principales. Mais les peuples de votre région ont été les victimes de guerres au cours de la dernière décennie du XXe siècle.

C’est vrai. Les peuples de l’ex-Yougoslavie ont énormément souffert, d’abord lors des guerres civiles en Bosnie et en Croatie (de 1992 à 1995), puis suite à l’agression de l’OTAN (1999), suite aux sanctions et à l’isolation etc. Une grande partie de ces populations souffrent encore aujourd’hui. Pensez par exemple à la vie de presque un demi-million de réfugiés et d’expatriés qui vivent uniquement en Serbie, auxquels on ne permet pas de retourner dans leurs maisons en Croatie ou au Kosovo et Métochie. Les conséquences sont toujours douloureuses et le seront encore loin dans l’avenir. Que dire des conséquences des bombes à sous-munitions et des projectiles à l’uranium appauvri que l’OTAN a utilisés en 1999 et qui font encore de nombreuses victimes et le feront encore pendant des siècles. L’histoire apportera la preuve que les peuples d’ex-Yougoslavie ont été les victimes de la conception du Nouvel ordre mondial qui repose en réalité sur le pouvoir et l’exploitation.

Pensez-vous que ce ne sont pas des facteurs locaux mais des facteurs venant de l’étranger qui sont responsables de la fragmentation de la Yougoslavie?

On ne doit pas laisser de côté l’influence des populations locales, ils portent évidemment leur responsabilité de ne pas s’être prêtés à un compromis. Mais les analyses dominantes semblent ne pas donner assez d’attention au rôle négatif des facteurs externes. Nous avons aujourd’hui suffisamment de preuves que certaines puissances européennes avaient déjà des projets en 1976 et 1977 comment le territoire de la République fédérative socialiste de Yougoslavie devait être «réorganisé» en d’autres termes, comment la départir ou la démanteler pour qu’elle serve leurs propres intérêts.

Après la mort de Tito on a encouragé le nationalisme et le séparatisme dans différentes Républiques yougoslaves, mais aussi le séparatisme et le terrorisme dans la province serbe du Kosovo et Métochie, politiquement, financièrement, et avec la logistique et la propagande. Plus tard certains puissants pays étaient mêlés à des guerres civiles en soutenant un côté contre l’autre. Ces pays ont soutenu presque ouvertement la séparation de la Slovénie et de la Croatie et ont même ravitaillé en armes la Croatie et la Bosnie, même pendant l’embargo de l’ONU et ils ont encouragé et facilité l’entrée de mercenaires, dont des Moudjahidin. De l’autre côté, la Serbie et le Monténégro ont été isolés, sanctionnés et stigmatisés. On les a traités comme s’ils étaient les seuls responsables de la guerre civile. Cela ne repose pas sur des faits et n’était pas propice à éteindre le feu.

Les conséquences?

Au lieu d’un Etat, il y en a maintenant six qui ne sont pas solides économiquement, des Etats marionnettes, et un septième qui sera créé prochainement. 18 gouvernements1, six armées, six services diplomatiques etc. La dette extérieure, en 1990 pour toute la RFSY de 13,5 milliards, a augmenté pour les six républiques ex-yougoslaves jusqu’en 2012 à environ 200 milliards d’euros! Quelques-uns parmi eux sont devenus totalement dépendants du point de vue financier. A qui a profité tout cela? Jusqu’en 1990, il n’y avait dans la région pas une seule base militaire étrangère. Aujourd’hui, il existe une série de bases militaires étrangères, avant tout des Etats-Unis, dont Camp Bondsteel est la plus grande d’Europe.2 Pour quoi faire? Pour servir qui? Presque 18 ans après les Accords de Dayton, la Bosnie n’est toujours pas en état de fonctionner; l’ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM, Former Yugoslav Republic of Macedonia) n’est pas en état de fonctionner, dix ans après les Accords cadre d’Ohrid et continue à être confrontée à des divisions et des tensions ethniques profondes. 14 ans après la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, le statut du Kosovo et Métochie est toujours sans solution. Sali Berisha de Tirana et Hashim Thaci de Pristina plaident publiquement pour la création d’une soi-disant Grande Albanie. D’autres problèmes brûlants tel le chômage entre 30% et 70%, la pauvreté, des centaines de milliers de réfugiés et d’expatriés, la criminalité organisée internationale, dont le fond de commerce sont les organes humains, les drogues, les armes et les immigrants, donnent une image sombre et d’insécurité de la Yougoslavie.
Qui a donc réellement profité de la fragmentation de la Yougoslavie?

Vous avez mentionné l’intervention de l’OTAN. Comment la voyez-vous après 14 ans?

Mon opinion n’a pas changé. C’était illégal, criminel et une attaque immorale contre un Etat européen souverain. Illégal car elle a violé tous les principes fondamentaux du droit international, également de la Charte de l’ONU, de l’Accord d’Helsinki et de beaucoup d’autres conventions internationales. Elle a été exécutée sans mandat du Conseil de sécurité. Criminel aussi parce qu’elle s’est dirigée avant tout contre les populations et l’infrastructure civiles et que des armes interdites, par exemple des armes chimiques, des bombes à sous-munitions et des projectiles à l’uranium appauvri ont été utilisées. Immoral parce qu’elle a été basée sur de faux prétextes et des mensonges. Les dirigeants de l’OTAN sont responsables avant tout du meurtre d’environ 4000 personnes et d’environ 10 000 blessés, dont deux tiers des civils. Les dommages matériels directs s’élèvent à 100 milliards de dollars. L’agression de l’OTAN n’a pas apporté de solutions mais créé beaucoup de nouveaux problèmes. Elle a été une guerre de conquête et non pas une «intervention humanitaire».

Pourriez-vous préciser?

J’ai déjà mentionné quelques-unes des conséquences directes. Au sens plus large, il faut considérer que l’agression de l’OTAN a marqué un changement stratégique dans l’essence de l’Alliance: Elle a abandonné sa politique de défense et a introduit une politique offensive (agressive), tout en s’autorisant elle-même à intervenir à tout moment sur chaque point du globe. L’ONU, notamment le Conseil de sécurité, ont été court-circuités et le droit international et la justice violés.3

C’était la première guerre longuement préparée sur sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. C’était une démonstration du pouvoir des Etats-Unis en Europe, l’expansion vers l’Est, une justification pour les dépenses de l’OTAN, même après la dissolution du Pacte de Varsovie, et un précurseur pour des interventions futures (Afghanistan, Irak, Libye).

C’était une guerre octroyée et dirigée par une puissance extra-européenne avec la conséquence qu’elle restera pour longtemps sur le sol européen.

L’agression a aussi marqué un changement stratégique de la politique allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. En participant activement à l’agression de l’OTAN contre la Serbie, l’Allemagne s’est écartée de sa propre Constitution et a ouvert tout grand la porte pour faciliter la militarisation et pour pouvoir jouer un rôle dans les combats bien loin de son propre territoire.

Aujourd’hui nous avons sur le sol européen plus de bases militaires qu’à l’apogée de la guerre froide. Après l’agression de l’OTAN contre la Serbie les bases militaires ont commencé à pousser partout. Comment s’expliquer la propagation de la démocratie et en même temps la propagation de bases militaires? Je n’ai jusqu’à présent pas trouvé d’explication convaincante. Il me semble que là quelque chose n’est pas en ordre.

Quel est votre avis concernant l’avenir de la Bosnie?

La Bosnie Herzégovine comme une des six républiques de la RFSY, était basée sur l’égalité constitutionnelle de trois peuples ayant chacun le droit de veto – les Musulmans, les Serbes et les Croates. C’est la raison pour laquelle on l’appelait la «Petite Yougoslavie». Lorsqu’en 1992 le principe constitutionnel du consensus a été violé parce que les Musulmans et les Croates se sont prononcé en faveur de la séparation et ont ignoré l’option des Serbes de rester à l’intérieur de la Yougoslavie, la guerre civile a éclaté. L’Accord de paix de Dayton n’a été un succès uniquement parce qu’il a confirmé de nouveau le principe de l’égalité des trois peuples constituant, l’égalité des deux unités (la Fédération musulmano-croate et de la République Srpska) et le principe du consensus.4 Ces principes fondamentaux ont été ancrés dans la Constitution qui représente une partie intégrale de l’Accord.

La source principale de la crise actuelle est dans l’effort des dirigeants musulmans à Sarajevo d’abolir le principe du consensus et de créer un Etat unitaire sous leur suprématie. En outre, ils veulent changer la répartition du territoire qui est garantie par l’Accord de Dayton selon lequel la Fédération musulmano-croate contrôle 51% et la République Srpska 49% de tout le territoire. Pour rendre le problème encore plus difficile, les Musulmans continuent de bénéficier pour leurs exigences, évidemment à l’encontre des Accords de Dayton, du soutien de quelques centres décisionnels, en premier lieu de Washington et de Berlin. Pourquoi veulent-ils continuer à affaiblir la République Srpska et renforcer les Musulmans, je préfère ne pas faire de commentaires là-dessus. Ces centres mettent même sous pression les dirigeants serbes afin qu’ils disciplinent les dirigeants de Banja Luka pour qu’ils acceptent contre leurs intérêts garantis internationalement une révision de Dayton et de la Constitution. La Serbie, comme garant des Accords de Dayton n’a premièrement pas le pouvoir d’octroyer quoi que ce soit aux dirigeants de la République Srpska et deuxièmement ce n’est pas dans l’intérêt de la Serbie d’affaiblir la République Srpska et de provoquer ainsi des tensions internes et une nouvelle spirale de tensions ethniques ou même de combats dans son voisinage.

Je crois qu’il faudrait laisser à la Bosnie Herzégovine de trouver des solutions politiques qui correspondent aux intérêts des trois peuples constituants et des deux unités tous égaux en droits. L’Accord de Dayton n’est pas parfait. Mais il n’existe probablement pas de meilleur compromis. Bruxelles prétend qu’une centralisation du pouvoir à Sarajevo augmenterait l’efficacité de l’administration étatique. Les auteurs de cet avis semblent ne pas voir que c’était le principe du consensus et de la décentralisation qui avait conduit au rétablissement de la paix et au maintien de l’intégrité étatique et qui a éveillé un sentiment de liberté et de démocratie. Finalement, je pense que le Bureau du Haut Représentant, après avoir exercé pendant 17 ans en même temps des tâches législatives, exécutives et judicatives, est devenu un anachronisme et devrait être dissolu. La Bosnie Herzégovine est le seul membre de l’ONU (et même membre du Conseil de sécurité), de l’OSCE et d’autres organisations où le Haut Représentant édicte des lois et congédie des présidents, des Premier ministres et des ministres.

La Serbie, un petit pays qui aime la paix qui n’a ni une histoire impériale, ni des ambitions impériales, devrait à notre avis rester aujourd’hui un pays neutre, à l’instar de la Suisse. En ce qui concerne les droits de l’homme nous nous engageons pour les buts de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU de 1948, qui exige le respect de tous les droits de l’homme aussi celui de la coopération.

Mes collègues d’«Horizons et débats» ont déclaré un jour que la Serbie était une épine dans la conscience du monde occidental. Qu’en pensez-vous?

Ce que je peux dire, c’est que les dirigeants et les politiciens de certains pays européens étaient loin d’être neutres, constructifs ou moralement corrects pendant la crise yougoslave et kosovare. Quelques-uns ont soutenu et participé activement à l’agression de l’OTAN, ce qui a provoqué de sérieux problèmes pour toute l’Europe. En commun avec les Etats-Unis, ils avaient connaissance du financement, de l’entrainement et l’armement des terroristes albanais et des séparatistes au Kosovo et Métochie de la part de leurs Etats. Des documents du Conseil de sécurité le confirment.5 Je ne suis peut-être pas tout à fait impartial mais je suis certainement sincère. A mon avis, il y a peu de choses dont l’Europe peut être fière au cours de ces 20 dernières années concernant son rôle envers la Serbie et les Serbes. J’ai été surpris de l’ampleur des déformations, des doubles standards et des prises de position immorales de certains politiciens européens qui représentent les valeurs et la civilisation européennes. Et il serait superflu d’en parler aujourd’hui, si l’on avait tiré les leçons du passé. Malheureusement, les nouveaux politiciens de ces pays mènent la même politique avec les mêmes méthodes malhonnêtes envers la Serbie. Les gouvernements de grands pays occidentaux initient une campagne de propagande abominable contre la Serbie reposant sur des préjugés, des inventions mensongères et même de simples mensonges. Je me rappelle par exemple encore de l’invention de toute pièce du soi-disant «Plan Fer-à-cheval» par le ministre allemand de la défense Rudolf Scharping.6 Le soi-disant massacre de civils à Raçak, qui a servi comme justification pour le début de l’agression militaire, s’est avéré comme fausse. Le rapport avec les résultats d’une équipe internationale d’experts de médecine légale sous la direction du médecin finlandaise Helen Ranta qui a agi sous le contrôle de l’UE n’a jamais été publié. Il semble qu’il se soit perdu quelque part à Bruxelles!7

Quelles sont les leçons qu’on peut tirer de l’agression de l’OTAN pour vous et pour le monde?

L’agression de l’OTAN contre la République fédérale de la Yougoslavie de 1999 a été un modèle des nouvelles guerres de conquête sous le slogan de l’«intervention humanitaire». C’était une guerre de conquête pour prendre à la Serbie ses provinces du Kosovo et Métochie et pour y stationner, pour des raisons stratégiques, des troupes des Etats-Unis. C’était un précédent et d’autres ont suivi. A mon avis, il est actuellement tout aussi inacceptable de vouloir exporter le système de société capitaliste qui repose uniquement sur la doctrine de Washington, comme cela a été le cas au cours des années 1960 concernant l’exportation du système socialiste, reposant sur la doctrine de Moscou. La liberté de choix devrait être le droit souverain de chaque pays. Il n’est pas juste de diviser les peuples comme si Dieu avait donné le droit à quelqu’un de décider de ce qui est bon pour toutes les autres nations du monde. L’histoire nous a appris, au moins en Europe, qu’une telle idéologie est la source d’un grand danger.

Quelle solution voyez-vous pour la question du Kosovo?

Les problèmes du Kosovo et Métochie sont vieux comme le monde et sont profondément ancrés. La province est le berceau de l’Etat serbe, de la culture serbe, ainsi que de la religion et de son identité nationale. On y trouve encore aujourd’hui environ 1300 couvents et églises du Moyen-Age, dont certains ont été déclarés patrimoine mondial de l’UNESCO. Plus de 150 ont été détruits par des vandales et des extrémistes. Il serait trop simple de prétendre que les problèmes de fond se situent dans le domaine des droits de l’homme des Albanais. Pour résoudre les problèmes essentiels, qui se trouvent à mon avis dans la volonté d’expansion territoriale des Albanais, soutenue par les pays occidentaux – en premier lieu par les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne – il faudrait quelque sagesse de la part des acteurs politiques, mais aussi une vision à long terme et de la patience: des qualités qui sont particulièrement déficitaires.

Je reste persuadé qu’il existe une solution reposant sur un compromis sur la base de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité du 10 juin 1999. Cette résolution, comme d’ailleurs de précédentes résolutions du Conseil de sécurité, garantit la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République fédérale yougoslave (détachée de la Serbie) et l’autonomie du Kosovo et Métochie au sein de la Fédération yougoslave et de la Serbie. Entre-temps on a commis de nombreuses fautes graves, notamment de la part de ce qu’on appelle la communauté internationale, y compris l’UE, de même que de la part des autorités serbes. On peut considérer ces erreurs comme une déviation grave de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU. En mars 2008, les dirigeants albanais à Pristina ont déclaré la sécession unilatérale et illégale de la province par rapport à la Serbie et ont déclaré la prétendue République du Kosovo. Alors même que la province se trouve toujours sous le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, cette dernière n’a pas réagi. Les Etats-Unis, l’Allemagne, la Turquie et la Grande Bretagne ont reconnu immédiatement la séparation. Jusqu’à présent 22 des 27 membres de l’UE8 ont suivi le mouvement. La Serbie n’a pas reconnu la séparation de 17% de son territoire, et je pense que cela ne se fera pas à l’avenir. La plupart des membres de l’ONU, dont deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine, ne l’ont pas reconnue.

L’année dernière, un dialogue entre représentants de Belgrade et de Pristina concernant quelques aspects concrets qui touchent à la vie quotidienne de la population a été entamé sous le patronage de l’UE. C’est probablement bien, dans la mesure où cela n’est pas un préjudice négatif pour le problème principal – le statut de la province comme il est prévu dans la Résolution 1244. Personnellement, je souhaite que le dialogue débouche sur un calendrier assurant le retour libre de 250’000 Serbes et autres Non-Albanais dans leurs foyers, lesquels vivent actuellement dans des conditions misérables dans différentes villes de Serbie et du Monténégro. Malheureusement, cette question ne trouve pas place dans l’ordre du jour, en partie du fait de l’absence d’intérêt de la part de Pristina, mais aussi suite à la politique des deux poids deux mesures de l’Occident.

Une solution imposée à la Serbie par la force ou par chantage n’est guère possible. Je ne pense pas que le «marché», dont on parle dans certains pays occidentaux, d’échanger le territoire (Kosovo) contre l’adhésion à l’UE (de la Serbie) et davantage d’investissements de l’étranger – qui serait logique vu l’état de délabrement de l’économie serbe – soit viable. Ce ne serait pas honnête, pas équilibré. Il serait inacceptable pour les Serbes, quand on connaît leur histoire, leur culture et leur fierté.

Quelles sont les relations de la Serbie avec l’UE?

L’UE est traditionnellement le principal partenaire économique de la Serbie. Les relations historiques, sociales et culturelles restent très fortes. Des centaines de milliers de Serbes et leurs descendants vivent et travaillent dans des pays membres de l’UE. La Serbie est candidate pour l’adhésion à l’UE. C’est ce qui se reflète dans la politique de la «carotte et du bâton» envers la Serbie dans une liste infinie de conditions qu’on n’avait jamais posées aux candidats et qu’on ne leur pose toujours pas. L’UE exige que «la Serbie normalise ses relations avec le Kosovo». Lorsque Belgrade réagit, en déclarant ne jamais accepter de reconnaître le Kosovo, les commissaires de Bruxelles prétendent qu’il n’en est pas encore question et que l’UE ne réclame que le système de contrôle des frontières intégré (Integrated Border Management IBM) aux abords du Kosovo, la signature d’un accord de bon voisinage, l’échange de diplomates, que la Serbie n’empêche pas l’adhésion du Kosovo à l’ONU, etc.! Remarquez l’étendue de cette hypocrisie. On n’exige pas des notes diplomatiques ou d’autres prises de position écrites concernant une reconnaissance, mais des relations telles que celles entre Etats souverains!

Je soutiens une coopération étroite entre la Serbie et l’UE dans tous les domaines, où il y a de l’intérêt pour les deux, sans obstacles: la libre circulation des marchandises, des capitaux, des personnes et des informations. Considérant le fait que l’UE ne traite pas la Serbie comme un partenaire souverain, la Serbie devrait adopter une politique de bon voisinage avec l’UE et mettre de côté la politique actuelle, qui définit l’adhésion à l’UE comme seule solution. Il n’est pas dans l’intérêt de la Serbie de lâcher trop pour recevoir moins. Un esprit d’ouverture et de coopération sans obstacles administratifs, ainsi que des relations de bon voisinage entre la Serbie et l’UE seraient une base sensée pour l’avenir à moyen terme.

Comment l’Allemagne, la Suisse et d’autres pays européens pourraient-ils contribuer à améliorer le sort de votre peuple?

La meilleure voie pour apporter un soutien à la Serbie, mais aussi à la compréhension mutuelle en Europe et revenir aux vraies valeurs de notre civilisation, consiste dans le fait de toujours dire la vérité et de s’opposer à toutes les formes de déformations, de demi-vérités et d’immoralités. La Serbie et la nation serbe ont de tous temps fait partie intégrante de l’Europe, de sa culture, de son développement et de sa civilisation. Il en est de même aujourd’hui et, à mon avis, cela restera ainsi aussi à l’avenir. Les peuples ont de profondes racines et une stature qu’on ne peut transformer du jour au lendemain. A mon avis, il serait heureux de cesser de considérer les Serbes et la Serbie au travers de préjugés et de caractérisations partiales et de les remplacer par une analyse équilibrée et impartiale.

Nous avons appris que le «Belgrade Forum» sera hôte d’une importante conférence internationale à Belgrade même en mars prochain.

Ce Forum et quelques autres associations indépendantes et sans préjugés en Serbie organisent une conférence internationale sous le titre «Agression, militarisation et crise planétaire» qui doit avoir lieu les 22 et 23 mars 2014 à Belgrade. Cette conférence et quelques autres événements du même type marqueront le 15e anniversaire de l’attaque de l’OTAN contre la Serbie et servira à honorer la mémoire des victimes. Nous prévoyons d’inviter des scientifiques et des intellectuels d’Europe, mais aussi d’autres pays, qui traiteront des interventions militaires, des augmentations des budgets militaires, de la militarisation des décisions politiques et de la crise dans le monde, qui n’est, à notre avis, pas seulement une crise financière et économique, mais bien une crise de l’ordre mondial.

Monsieur Jovanovic, nous vous remercions de cet entretien.    •

1        Seules la Bosnie et l’Herzégovine ont un gouvernement central, deux gouvernements, un pour chaque entité, et 10 gouvernements cantonaux au sein de la Fédération de Bosnie-Herzégovine.
2         «La guerre contre la République fédérale de Yougoslavie fut menée pour corriger une erreur d’appréciation du général Eisenhower lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour des raisons stratégiques, il fallait rattraper le stationnement de troupes américaines dans cette région.» Citation de la lettre de Willy Wimmer, adressée au chancelier allemand Gerhard Schröder le 2 mai 2000.
3    «La force doit primer le droit. Là, où le droit international barre le chemin, il faut l’éliminer.» Citation de la lettre de Willy Wimmer au chancelier Gerhard Schröder du 2 mai 2000.
4     L’Accord de Dayton mit en place simultanément deux entités – la Fédération de Bosnie et Herzégovine (Musulmans et Croates) et la République Srpska – leur remettant tous les droits constitutionnels et les responsabilités fondamentales.
5     Le Conseil de sécurité «décide que tous les Etats doivent interdire l’armement et l’entraînement pour des activités terroristes dans cette région» (Kosovo et Métochie, remarque de l’auteur); cf. résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n° 1160 du 31 mars 1998. Ce même Conseil de sécurité «prie les Etats de prendre toutes les mesures conformes à leur droit interne et aux dispositions pertinentes du droit international, pour empêcher que des fonds recueillis sur leur territoire ne servent à des fins contraires à la résolution 1160 (1998)»; cf. résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 septembre 1998, art. 12.
6     Le ministre de la Défense allemand Rudolf Scharping présenta lors d’une conférence de presse du 7 avril 1999 le prétendu plan des forces armées yougoslaves pour un nettoyage ethnique des Albanais au Kosovo et Métochie. Les services secrets allemands n’ont pas confirmé l’existence de ce plan et finalement, il ressortit que c’était un faux.
7    Il se passa quelque chose de semblable avec le rapport de Yasushi Akashi, représentant spécial pour la Bosnie et Herzégovine de mai 1992. Ce rapport mit en évidence deux aspects importants: premièrement que la plus grande partie de l’armée yougoslave avait été retirée et que, deuxièmement, le retrait de Bosnie de l’armée croate n’avait pas eu lieu. Toutefois, ce rapport ne fut pas distribué aux membres du Conseil de sécurité jusqu’au 30 mai 1992, jour où la résolution n° 757 du Conseil de sécurité décidait de graves sanctions contre la République fédérale yougoslave (cf. rapport du secrétaire général S24049 du 30 mai 1992, al. 6 et 9)
8    L’Espagne, la Roumanie, la République slovaque, la Grèce et la Chypre ne l’ont pas reconnue.

* «De Nuremberg à La Haye» ISBN 978-86-83965-7-3 [en serbe]
«De l’agression à la sécession» ISBN 978-86-83965-9-7 [en serbe]

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Jeudi soir 28 mars, dans un entretien d’une heure sur France2, le président français François Hollande a cherché à exposer sa politique dans un contexte de colère populaire grandissante contre son gouvernement.

L’interview de Hollande visait à rassurer la classe dirigeante que son gouvernement PS (Parti socialiste) poursuivrait ses guerres et les coupes sociales au mépris de l’opinion publique.

Depuis son accession au pouvoir, il y a dix mois, Hollande a imposé des coupes budgétaires à hauteur de dizaines de milliards d’euros, des licenciements de masse dans l’industrie automobile, dont la fermeture de l’usine d’Aulnay convenue conjointement avec la bureaucratie syndicale, et l’invasion du Mali. L’économie française stagne et le taux de chômage dépasse les 10 pour cent.

Les taux de satisfaction dans les sondages ont chuté à 30 pour cent, un record d’impopularité pour un président français depuis la mise en place des sondages d’opinion, Hollande perdant même des électeurs PS. Seuls 30 pour cent des jeunes et 32 pour cent des ouvriers approuvent actuellement sa politique.

Des responsables du PS qui ont commenté dans les médias le discours de Hollande décrivent la situation comme n’étant « pas bonne » et un conseiller de Hollande a dit au Monde : « Il faut qu’il porte un regard lucide sur la situation, mais en même temps qu’il ne donne pas l’impression que tout est foutu. »

Sur France2, Hollande a annoncé davantage d’attaques contre les retraites et les programmes sociaux, une intensification des guerres au Mali et en Syrie, ainsi que parallèlement des attaques contre les droits démocratiques des Musulmans et des homosexuels, dans le but de diviser les travailleurs.

Il a déclaré, « Ma priorité c’est l’emploi, mon cap c’est la croissance, » en réclamant une « simplification » des règlements pour les entreprises qui cherchent à embaucher des travailleurs. Il a fait l’éloge de la dérèglementation du droit du travail approuvée l’année dernière avec la bureaucratie syndicale et les associations patronales pour faciliter les licenciements et les emplois à bas salaire.

Bien que son discours se soit principalement concentré sur l’économie, il n’a pas soulevé le principal événement survenu ce mois-ci dans la vie économique européenne : le plan de sauvetage imposé à Chypre par l’Union européenne (UE) avec le soutien du gouvernement Hollande. La raison en est que toute description honnête de la politique communautaire appliquée à Chypre ferait éclater le mensonge selon lequel la bourgeoisie européenne veut créer des emplois et une croissance économique. En fait, sa politique vise à intensifier l’exploitation de la classe ouvrière dans un contexte de guerre impitoyable entre des sections concurrentielles du capital financier.

L’UE est en train d’imposer un plan de sauvetage qui devrait considérablement réduire le secteur bancaire chypriote, doubler le chômage et détruire entre 10 et 25 pour cent de l’économie de l’île.

Lors de son interview, Hollande a poursuivi en présentant un certain nombre de coupes sociales en France qui saperont encore davantage le pouvoir d’achat des travailleurs et l’économie en général.

Hollande a annoncé de nouvelles réductions des retraites, négociées avec la bureaucratie syndicale. Il a dit : « Comme on vit plus longtemps, l’espérance de vie s’allonge. Il va falloir avoir des durées de cotisation plus longues. Ça, ça sera l’objet de la négociation avec les partenaires sociaux… [c’est-à-dire les syndicats et les organisations patronales]… Il y aura une discussion sur les paramètres, tous les paramètres, cotisation, indexation et allongement de la durée de cotisation. »

Il a aussi proposé de réduire de 2 milliards d’euros le déficit de la branche famille de la sécurité sociale en réduisant les sommes versées aux familles plus aisées. Pour la classe dirigeante, il s’agit là d’une démarche visant à faire des prestations sociales universelles des prestations sous condition de ressources, en minant le soutien dont elles jouissent auprès des classes moyennes, préparant ainsi leur complète destruction.

Ces annonces soulignent le caractère réactionnaire du gouvernement PS et la fraude à l’endroit de l’électorat de la part des tendances pseudo-gauches telle le Parti communiste français (PCF) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) qui avaient appelé à voter pour Hollande. Ces forces affirmaient que par rapport aux candidats conservateurs, Hollande serait plus enclin à appliquer une politique de gauche sous la pression de manifestations et de grèves de protestation.

En fait, Hollande poursuit inflexiblement une politique d’austérité dans l’intérêt du patronat et à l’encontre des intérêts économiques fondamentaux des travailleurs. Quant aux forces pseudo-gauches, elles n’essaient même pas d’organiser des protestations contre les attaques sociales de Hollande. En effet, elles soutiennent et aident à formuler ses attaques de par le rôle qu’elles jouent au sein de la bureaucratie syndicale.

Le reste du discours de Hollande a été consacré à la présentation des grandes lignes de ses projets pour approfondir les attaques contre les droits démocratiques et ses projets de guerres impérialistes de la France en Afrique et au Moyen-Orient.

Hollande a laissé entendre des attaques supplémentaires à l’encontre des Musulmans en France en critiquant implicitement la décision du tribunal d’annuler le licenciement d’une employée de la crèche Baby-Loup parce qu’elle portait le voile islamique. Il a remarqué, « Je pense que la loi doit intervenir. »

Il a suggéré que la réactionnaire loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles publiques devrait aussi être étendue aux garderies d’enfants : « Dans ce qu’on appelle le service public de la petite enfance, une crèche associative avec des financements publics, il doit y avoir une certaine similitude par rapport a ce qui existe dans l’école. »

Dans un contexte de protestations par la droite contre sa proposition de loi accordant aux homosexuels le droit de mariage, Hollande a aussi montré une adaptation lâche à la droite. En indiquant que sa loi ne garantissait pas aux homosexuels le droit à la procréation médicalement assistée, il a dit vouloir se conformer à tout jugement à son encontre, en promettant aussi de maintenir l’interdiction contre les mères porteuses tant qu’il serait au pouvoir.

Hollande a promis aussi de poursuivre les guerres d’outre-mer de l’impérialisme français. En réagissant aux craintes exprimées parmi les cercles dirigeants que les coupes budgétaires pourraient affecter ces guerres, il a dit que les dépenses militaires seront les mêmes en 2014 qu’en 2013.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Marc Ayrault avait promis que la France maintiendrait son arsenal nucléaire et sa capacité d’intervention outre-mer. Il a dit, « Cessons de nous faire peur avec des scénarios catastrophe, qui n’ont jamais été sérieusement envisagés, en tout cas ni par le Président de la République, ni par moi-même, ni le ministre de la Défense. … Ce que la France fait au Mali, elle pourra le faire encore dans cinq ans. »

En ce qui concerne la guerre au Mali, tout en affirmant cyniquement que la France était « pays de délivrance et d’émancipation »Hollande a présenté une politique d’intervention néo-coloniale illimitée au Sahel. Il a annoncé que l’armée française maintiendrait jusqu’en juillet 2.000 soldats au Mali et disposerait encore d’un millier de soldats en décembre au Mali. Il a ajouté que la France stationnerait en permanence des troupes aux environs du Mali.

Sur la Syrie, où la France a été un des principaux acteurs européens de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis contre le président syrien Bachar al Assad, Hollande a réitéré les exigences d’armer directement les forces d’opposition. Bien que l’opposition syrienne consiste principalement en groupes liés à al Qaïda, tels le Front al Nustra et d’autres forces islamistes de droite, Hollande a écarté le risque que les armes pourraient tomber entre les mains de terroristes islamistes.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 29 mars 2013

En prévision d’une possible grève du pain, et avec la multiplication des luttes ouvrières dans tout le pays, le président Mohamed Morsi est en négociations avec l’armée pour imposer la loi martiale.

Les boulangers menacent de faire grève, pour protester contre la décision du gouvernement de retenir 400 millions de livres égyptiennes (46 millions d’euros) de paiements du gouvernement aux boulangeries qui préparent le pain à bas prix pour les pauvres. Ces miches sont vendues 5 piastres, soit moins d’un centime d’euro.

Les boulangers espèrent rencontrer cette semaine le Premier ministre Hesham Qandil du parti des Frères musulmans au pouvoir pour discuter des conditions. La semaine dernière, le gouvernement Morsi a menacé les boulangers d’actions en justice s’ils faisaient grève.

De nombreux travailleurs des transports ont également fait grève au cours de la semaine passée, les conducteurs de bus de Mahalla, du Caire, de Guizèh et d’autres villes manifestant contre la pénurie de carburant et l’augmentation des prix.

Morsi compte supprimer les subventions, principalement aux carburants et à la nourriture, qui représentent à peu près 25 pour cent du budget égyptien. Le Fonds monétaire international (FMI) exige des coupes profondes dans ces subventions, dont la classe ouvrière égyptienne dépend, comme préalable à un prêt de 4,8 milliards de dollars au gouvernement de Morsi. Le ministre des Affaires étrangères américain John Kerry s’est rendu au Caire le mois dernier, pressant l’Égypte d’accepter le prêt du FMI.

Sur la place Tahrir, les banderoles contre la visite de Kerry disaient, « Kerry, membre des Frères, » ou « Kerry, vous n’êtes pas le bienvenu ici. »

Les grèves et les manifestations se sont répandues dans toute l’Égypte. Au cours de la semaine dernière, quelque 1300 usines ont fermé suite aux grèves dans le centre industriel du Delta du Nil à Mahalla qui protestent contre le gouvernement islamiste, d’après le quotidien de l’Etat Al Ahram.

Des élèves du secondaires et des étudiants ont également manifesté, demandant la fin du régime et des Frères musulmans.

Hier, les étudiants se sont heurtés aux forces de l’ordre à l’université internationale de Misr (MIU) au Caire. Ils ont été rejoints par des étudiants de l’université allemande du Caire, de l’université américaine, de l’université britannique d’Égypte, et par des membres des Ultras White Knights, une association de supporters du club de football Al Ahly du Caire.

Les manifestations contre les Frères se sont répandues en Égypte après le déclenchement d’émeutes à Port Saïd le 26 janvier, contre les peines de mort prononcées à l’encontre des supporters du club de Port Saïd accusés d’avoir participé à des émeutes meurtrières en février 2012 contre les supporters d’Al Ahly, émeutes en fait organisées par la police. (lire : Émeutes mortelles en Égypte après le verdict du tribunal de Port Saïd).

En février, les manifestations se sont étendues à toute la région du canal de Suez, y compris Suez et Ismaïlia, et se sont amplifiées après le jugement du 9 mars qui acquittait sept officiers de police impliqués dans les émeutes.

Cette décision a également divisé la police, une partie de la police égyptienne et des Forces de la sécurité centrale [une unité paramilitaire, ndt] refusant les ordres de s’attaquer aux manifestants, ce qui a augmenté les craintes de la classe dirigeante. Au début du mois, les tribunaux du Caire ont suspendu les élections qui étaient prévues pour le 22 avril.

Cela a en particulier été demandé par les partis bourgeois “de gauche”, qui sont terrifiés par le regain d’activité de la classe ouvrière. L’ex-diplomate à l’ONU Mohamed ElBaradei du Front national du Salut (FNS) a soutenu l’annulation des élections, et prévenu que des élections mettraient Égypte sur une « route menant au chaos total et à l’instabilité. »

Dimanche, Morsi a annoncé qu’il envisageait d’« imposer des mesures exceptionnelles pour restaurer l’ordre à l’intérieur du pays, » et a dit qu’il avait « peur » de devoir le faire.

D’après Al Ahram, Morsi a rencontré à huis clos pendant une heure le ministre de la Défense Abdel-Fattah El-Sisi. Morsi lui aurait demandé s’il approuverait l’imposition de mesures exceptionnelles. Apparemment, El-Sisi a refusé de donner son approbation à Morsi.

El-Sisi a ensuite déclaré que « les défis économiques, sociaux et de sécurité auxquels est confrontée l’Égypte requièrent que toutes les forces de la société s’unissent et oeuvrent ensemble pour dépasser la crise actuelle. »

Les partis capitalistes essayent désespérément de remettre sur pied un appareil répressif fonctionnel contre la classe ouvrière. Les groupes d’extrême-droite affiliés aux Frères ont proposé des plans pour des escouades paramilitaires ou « milices de sécurité » qui défendraient le régime. »

Saber Abul Fotouh, qui préside la commission sur le travail au Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans, a affirmé la nécessité de développer « des méthodes alternatives de maintien de la sécurité dans le pays à la lumière d’une récente vague de grèves de la police. » Le terme de « méthodes alternatives » fait clairement référence à la mobilisation de groupes d’extrême-droite en vue d’attaques violentes contre la classe ouvrière égyptienne.

Certains membres des Frères seraient en train de former des milices dans les zones plus rurales, comme les provinces du Sud en haute Égypte.

Le FNS et d’autres partis pro-capitalistes de l’opposition ont pendant ce temps évoqué la possibilité d’un gouvernement de coalition rassemblant les partis laïcs, avec un rôle accru de l’armée, pour remplacer les Frères.

La répression menée par les Frères intervient dans un contexte où l’impérialisme américain cherche des forces moins liées à la religion pour mener sa guerre par procuration contre le président syrien Bashar el-Assad, en particulier, et plus largement dans toute la région.

Craignant de perdre du terrain face à des rivaux au sein du monde politique égyptien, les Frères menacent de couper les sources de financement des partis “de gauche” bourgeois et de poursuivre par une répression contre eux.

Le PLJ voudrait faire passer des lois strictes contre les Organisations non-gouvernementales (ONGs) financées depuis l’étranger qui opèrent en Égypte. Washington travaille étroitement avec les ONGs, établissant des liens avec les groupes petit-bourgeois et les syndicats, pour faire cesser les luttes ouvrières et promouvoir les intérêts impérialistes américains.

Le régime a également publié des mises en accusation contre cinq bloggeurs activistes et 169 autres personnes, dont des dirigeants de partis, des présumés « voyous » et des personnalités politiques. Parmi celles-ci on trouve, le dirigeant du Parti Social démocrate égyptien Mohamed Abul-Ghar, Mahmoud El-Alaily du Parti des Égyptiens libres, et l’ex-membre de la Coalition des jeunes révolutionnaires, Khaled Telima. Ceux qui ont été convoqués pour interrogatoire sont accusés d’avoir incité à participer aux manifestations du 22 mars contre les Frères.

« Si les enquêtes prouvent que certaines personnalités politiques sont impliquées, les mesures nécessaires seront prises contre eux, quel que soit leur statut, » a dit Morsi sur son compte Twitter dimanche, et il l’a répété à la télévision publique.

Il a ajouté, « Je suis un président après une révolution, ce qui signifie que l’on peut en sacrifier quelques-uns pour que le pays puisse avancer. Ce n’est absolument pas un problème. »

En même temps, des sections de l’armée envisagent apparemment la possibilité de faire tomber Morsi et d’installer les partis bourgeois et la pseudo-gauche au pouvoir, calculant que ces forces sont mieux à même de contrôler la situation que les Frères.

Le Général Mohamed Ali Bilal a critiqué « l’inefficacité patente du gouvernement actuel, » Attaquant les Frères pour leur recours à des « méthodes similaires à celles qu’adoptait l’ancien régime » d’Hosni Moubarak, que la classe ouvrière a fait tomber par les manifestations massives de février 2011.

 Thomas Gaist et Alex Lanthier

Article original, WSWS, publié le 27 mars 2013

Nous sommes face à un moment historique ! La coalition de partis tunisiens de l’opposition de gauche laïque, le Front populaire (qui regroupe 11 formations politiques), a organisé ces 23 et 24 mars 2013 une rencontre avec des représentants des partis politiques progressistes de la région méditerranéenne afin de réclamer conjointement une annulation des dettes odieuses et illégitimes des États du sud et du nord de la Méditerranée. Cette rencontre s’est déroulée sous la forme de deux demi-journées de travail qui ont débouché sur une déclaration finale. Le tout a été suivi d’une grande conférence publique réunissant 1000 participants et l’ensemble des forces de gauche présentes à la rencontre autour d’un combat désormais commun |1|.

Voici un compte rendu de l’intervention d’Éric Toussaint à la rencontre méditerranéenne contre la dette, les politiques d’austérité et la domination étrangère, pour une Méditerranée libre, démocratique, sociale, solidaire, féministe et respectueuse de l’environnement.

Éric Toussaint, président du CADTM Belgique, a souligné que l’alliance politique qui est en train de naître s’inscrit dans la poursuite du combat entamé par Thomas Sankara, président du Burkina Faso, assassiné le 15 octobre 1987, après qu’il a appelé les peuples d’Afrique et du monde à s’unir dans le combat pour le non paiement de la dette illégitime. Le mouvement naissant prolonge aussi le combat entrepris par tous les martyrs du printemps arabe et par Chokry Belaïd, porte parole du Front populaire tunisien, assassiné le 6 février 2013. Sans oublier Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante décédé en avril 2012 |2|, qui, à la fin de sa vie, avait fait de la lutte pour l’annulation de la dette illégitime un de ses combats prioritaires.

Les organisations politiques réunies à Tunis à l’invitation du Front populaire sont confrontées à un enjeu de taille. Trop souvent, des partis de gauche se limitent à une dénonciation radicale de la dette au niveau rhétorique sans en faire réellement une de leurs priorités pour le travail quotidien en direction des citoyens et des citoyennes. Certains d’entre eux, une fois proches du pouvoir ou au gouvernement, abandonnent leur promesse de mettre fin à la dette illégitime et finissent par s’accommoder de son remboursement.

Éric Toussaint a énoncé la définition initiale de la dette odieuse, contractée par un régime dictatorial tel que le régime de Ben Ali. Selon le droit international, à la chute d’un tel régime dictatorial, cette part odieuse de la dette est nulle et ne doit donc en aucun cas être remboursée. Certes, il faut souvent se battre pour que le droit international soit pleinement respecté. Dans ce but, seule une forte mobilisation populaire peut convaincre un gouvernement de recourir à un acte de suspension et de répudiation de la dette odieuse. Il est donc fondamental de constituer un rapport de force favorable pour affronter les créanciers.

Au niveau de droit international, une dette odieuse correspond aujourd’hui à 3 critères |3| :
l’absence de consentement de la population de l’État endetté ;
l’absence de bénéfices pour la population de cet État endetté ;
les créanciers savaient que les prêts qu’ils octroyaient ne servaient pas les intérêts de la population et n’avaient pas fait l’objet d’une approbation populaire.

Les dettes de pays comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande à l’égard de la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI) doivent être dénoncées parce qu’elles correspondent aux trois critères mentionnés plus haut :
1. les populations des pays concernés n’ont pas donné leur accord et nombre de gouvernements élus sur un programme anti-austérité finissent par se plier aux volontés de la Troïka une fois au pouvoir ;
2. ces dettes ne bénéficient pas aux populations, au contraire elles sont liées à des violations de leurs droits économiques, sociaux, civils et politiques (réduction des budgets sociaux et des salaires, licenciements massifs, dégradation de l’accès à la santé et à l’éducation, annulations de conventions collectives, non respect de la volonté des électeurs, soumission du pouvoir législatif au pouvoir exécutif…) ;
3. les créanciers, dont la Troïka et les banquiers, savent parfaitement que les crédits qu’ils octroient ne servent pas les intérêts des populations puisque ces crédits sont accordés afin de rembourser la dette et en échange de plans d’austérité drastiques. C’est la Troïka elle-même qui impose ces violations des droits humains et qui dicte ses conditions aux gouvernements et aux parlements des États endettés.

De leur côté, depuis 2011, les gouvernements qui ont succédé aux dictatures de Ben Ali et de Moubarak ont eux aussi contracté des dettes qui ne servent nullement les intérêts de la population, mais bien ceux des créanciers. Ces gouvernements endettent leur pays pour rembourser les dettes odieuses des dictatures et pour mener des politiques qui augmentent la vulnérabilité de leur pays. Ces dettes sont donc illégitimes.

La Tunisie, tout comme l’Égypte, négocie actuellement un emprunt auprès du FMI |4|. Il n’y a aucune issue possible avec une telle démarche. Mais si ces prêts sont octroyés, ils seront illégitimes pour au moins deux raisons : ils serviront au paiement des anciennes dettes odieuses et ils sont liés à la poursuite de politiques contraires aux intérêts des populations.

D’autres éléments entrent en considération pour déterminer le caractère illégitime de la dette.
D’une part, elles peuvent être des conséquences de politiques fiscales injustes. Concrètement, les États octroient des avantages fiscaux aux grandes entreprises (nationales ou étrangères) et aux ménages les plus fortunés, ce qui a pour effet de diminuer les recettes d’impôts et de creuser le déficit. Cela entraîne donc une augmentation de la dette publique car les États doivent recourir à l’emprunt pour financer leur budget. Des dettes contractées dans ces conditions sont marquées d’illégitimité car elles sont injustes socialement.
D’autre part, elles peuvent provenir du sauvetage des banques. Depuis 2007, les gouvernements des États des pays les plus industrialisés viennent au secours des banques privées responsables de la crise en leur apportant des milliards d’euros sous forme d’injection de capital ou de garanties diverses |5|. Les dettes contractées pour financer ces sauvetages sont également illégitimes.

Les créanciers et les gouvernements affirment qu’il faut toujours rembourser ses dettes sans questionner leur origine, bien qu’elles soient illégitimes, et ils utilisent l’argument de la recherche de l’équilibre budgétaire pour imposer des politiques antisociales d’austérité. C’est dans ce contexte, qu’une partie croissante de la population des pays méditerranéens (et au-delà) rejette le remboursement de la dette illégitime. Dans certains de ces pays (Tunisie, Espagne, Portugal, Grèce, France, etc.), des audits citoyens sont mis en place afin de déterminer la part illégitime des dettes publiques contractées par les États. Ils cherchent à déterminer comment, pourquoi, par qui la dette a été contractée et si elle a réellement servi les intérêts de la population. Ces comités d’audit citoyen visent à convaincre le plus largement possible de la nécessité d’annuler la dette illégitime.

Désobéir face aux créanciers

Il est possible et nécessaire de désobéir aux institutions financières internationales et à la Troïka, de refuser les diktats des créanciers privés afin de retrouver une marge de manœuvre pour améliorer la situation des pays et de leur population. La fermeté paie ! Plusieurs exemples concrets de pays qui ont osé défier leurs créanciers le démontrent.

L’Argentine et la suspension du remboursement de la dette

Ainsi, l’Argentine, après trois années de récession économique (1999-2001) et dans le contexte d’une rébellion populaire massive qui a fait tomber le président De La Rua, a décidé de suspendre, fin décembre 2001, le paiement d’une grande partie de sa dette extérieure publique pour un montant d’environ 90 milliards de dollars.
Une partie des sommes dégagées ont été réinvesties dans les secteurs sociaux, notamment dans des indemnités versées aux chômeurs organisés dans le mouvement des piqueteros. Certains affirment qu’en réalité la récupération économique de l’Argentine à partir de 2003-2004 est uniquement due à l’augmentation du prix de ses produits d’exportation (soja, minerais…). C’est faux car si l’Argentine n’avait pas suspendu le paiement de sa dette à partir de fin 2001, les recettes publiques générées par les exportations auraient été englouties par le remboursement de la dette. Le gouvernement n’aurait pas eu le moyen de relancer l’activité économique. Par ailleurs, grâce à la suspension de paiement des 90 milliards de dettes commerciales qui a duré jusqu’à mars 2005, l’Argentine a pu imposer à ses créanciers une réduction de la moitié de ce montant. Le CADTM ainsi que de nombreux mouvements sociaux et partis de la gauche argentine proposaient à l’époque d’aller plus loin vers l’annulation totale de la dette illégitime, non seulement à l’égard des créanciers privés mais également envers le FMI et d’autres créanciers publics. Le gouvernement argentin a refusé de suivre cette voie.
Il est important d’ajouter que l’Argentine est en suspension totale de paiement de sa dette de 6,5 milliards de dollars envers le Club de Paris depuis 2001. On peut donc constater que depuis 12 ans déjà, ce pays tient tête au Club de Paris. Malgré les 44 procès devant la Banque mondiale auxquels l’Argentine doit faire face et malgré les menaces récentes de se faire expulser du FMI, Buenos Aires s’en tire. Depuis 2001, l’Argentine n’emprunte plus sur les marchés financiers et pourtant le pays continue de fonctionner !
Il est important de ne pas se méprendre sur l’expérience argentine, il faut éviter d’en faire un modèle, il est nécessaire d’adopter un point de vue clairement critique. Le gouvernement argentin a œuvré pour maintenir le pays dans un cadre capitaliste, aucune réforme structurelle n’a été entreprise, la croissance économique argentine est largement fondée sur l’exportation de produits primaires (soja transgénique de surcroît, et minerais). Il s’agit d’un modèle extractiviste-exportateur. Néanmoins, ce que l’Argentine a fait démontre qu’on peut parfaitement désobéir aux créanciers. Sous d’autres cieux, un authentique gouvernement de gauche pourrait s’appuyer sur ce précédent pour aller beaucoup plus loin.

Équateur : audit et suspension

Autre exemple : l’Équateur. Sept mois après avoir été élu, le président équatorien Rafael Correa a décidé en juillet 2007 de faire procéder à un audit de la dette du pays, et des conditions dans lesquelles celle-ci s’était constituée. À cette fin, une commission d’audit de la dette composée de 18 experts, dont le CADTM faisait partie, a été mise en place à partir de juillet 2007. Après 14 mois de travail, un rapport a été remis. Il montrait notamment que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires. En novembre 2008, le nouveau pouvoir, prenant appui sur ce rapport, a décidé de suspendre le remboursement de la dette constituée de titres de la dette venant à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Finalement, le gouvernement de ce petit pays est sorti vainqueur d’une épreuve de force avec les banquiers nord-américains détenteurs des titres de la dette équatorienne. Il a racheté pour moins de 1 milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Le trésor public équatorien a ainsi économisé environ 2,2 milliards de dollars de stock de dette auxquels il faut ajouter les 200 millions de dollars d’intérêts par an pour la période 2008-2030. Cela a permis de dégager de nouveaux moyens financiers permettant au gouvernement d’augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation, l’aide sociale et dans le développement d’infrastructures de communication. Il a également intégré dans sa constitution l’interdiction de transformer des dettes privées en dettes publiques et l’interdiction de contracter des dettes illégitimes |6|.
Il faut ajouter que l’Équateur ne reconnaît plus la compétence du tribunal de la Banque mondiale. Il a refusé de signer un traité de libre échange avec l’Union européenne et avec les États-Unis. Le président équatorien a annoncé son intention de lancer un audit sur les traités bilatéraux d’investissement. Enfin, les autorités de Quito ont mis fin à la présence de l’armée des États-Unis sur le territoire équatorien.

Dans le cas de l’Équateur, il faut également se garder d’ériger en modèle l’expérience en cours. Un regard critique est indispensable. Il n’en demeure pas moins que l’expérience équatorienne en terme d’audit et de suspension unilatérale du remboursement de la dette démontre qu’il est parfaitement possible de désobéir aux créanciers et d’en tirer avantage pour améliorer les dépenses publiques dans des domaines comme l’éducation et la santé publique.

L’Islande : le refus de payer la dette réclamée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas

Enfin, suite à l’effondrement du système bancaire en 2008, l’Islande a refusé d’indemniser les ressortissants des Pays-Bas et du Royaume-Uni qui avaient placé des fonds dans des filiales de banques islandaises privées qui venaient de s’effondrer, pour un total de 3,9 milliards d’euros. Les autorités britanniques et hollandaises ont alors indemnisé leurs ressortissants et ont exigé de l’Islande qu’elle les rembourse. Sous la pression populaire (manifestations, occupations de places, référendums), les autorités de Reykjavik ont refusé. Cela a eu pour conséquence l’inscription de l’Islande sur la liste des organisations terroristes, le gel des avoirs islandais au Royaume-Uni et le dépôt d’une plainte de Londres et de La Haye contre Reykjavik auprès de la Cour de l’Association européenne de libre échange (AELE) |7|. Par ailleurs, l’Islande a bloqué totalement les sorties de capitaux du pays. Finalement elle s’en tire beaucoup mieux que d’autres pays d’Europe qui ont accepté les exigences des créanciers. Ici encore évitons de faire de l’Islande un modèle mais tirons des enseignements de son expérience.

Ces exemples nous démontrent que désobéir aux créanciers n’est pas une catastrophe et n’entraîne en aucun cas l’effondrement du pays.

Soulignons également que ces expériences ont été précédées ou réalisées dans un contexte de mobilisations populaires faisant pression sur le gouvernement. D’où l’importance, comme l’a rappelé Éric Toussaint, de toucher l’ensemble de la population au travers des moyens de vulgarisation de cette question parfois complexe. Le travail d’audit est donc un vrai travail de prise de conscience. Il s’agit de rendre visible l’illégitimité de la dette auprès de la majorité de la population.

En conclusion de cet atelier, Éric Toussaint a répété que les exemples cités ne sont pas des modèles politiques à suivre, mais que ce sont des expériences dont il est tout à fait pertinent de tirer des leçons politiques importantes !

 

Notes

|1| Voir Pauline Imbach, « Tunis : Un front commun d’organisations politiques contre la dette est né », http://cadtm.org/Tunis-Un-front-com…, publié le 25 mars 2013.

|2| Voir Éric Toussaint « En souvenir d’Ahmed Ben Bella, 1er président de l’Algérie indépendante, décédé le 11 avril 2012 à l’âge de 96 ans », http://cadtm.org/En-souvenir-d-Ahme… , publié le 12 avril 2012.

|3| Voir notamment CADTM, http://cadtm.org/Droits-devant, et en particulier Stéphanie Jacquemont, « Que retenir du rapport de l’expert de l’ONU sur la dette et les droits humains ? »,http://cadtm.org/Que-retenir-du-rap… , publié le 25 janvier 2013.

|4http://www.imf.org/external/french/…

|5| Voir Damien Millet, Daniel Munevar et Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, Tableau 28 / Le coût des sauvetages bancaires en Europe, dette émise jusque 2011, en Mds d’euros,http://fr.scribd.com/doc/111894681/…

|6| Voir Eric Toussaint, « La Constitution équatorienne : un modèle en matière d’endettement public », http://cadtm.org/La-constitution-eq… , publié le 27 décembre 2010.

|7| La Cour de l’Association européenne de libre échange (AELE), qui n’a pourtant rien d’une association altermondialiste, a donné raison à l’Islande il y a deux mois. Voir CADTM, « Le tribunal de l’AELE rejette les réclamations « Icesave » contre l’Islande et ses habitants »,http://cadtm.org/Le-tribunal-de-l-A… , publié le 29 janvier 2013.

«(…) C’est parce que le FLN considère les Israélites algériens comme les fils de notre patrie qu’il espère que les dirigeants de la communauté juive auront la sagesse de contribuer à l’édification d’une Algérie libre et véritablement fraternelle. (…)»

Lettre du FLN aux Israélites en  octobre 1956

Un sujet récurrent qui mérite de notre point de vue une attention particulière -au moment où l’Algérie s’interroge sur son avenir- est celui de savoir comment l’Algérie a traversé l’histoire. Si l’on est d’accord sur les alluvions allogènes dues à la colonisation française, il reste que nous ne savons pas quel a été le destin de ces habitants de l’Algérie depuis les temps reculés, je veux parler des juifs algériens. Quelle est leur histoire? Comment et quand sont-ils arrivés en Berbérie? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre pour arriver à la période actuelle, notamment celle de la Révolution où beaucoup d’entre eux ont choisi de défendre leur patrie, notamment à l’appel du FLN. Qui se souvient en effet de Laban, de Timsit qui ont défendu la Révolution, les armes à la main?

La venue des Juifs au Maghreb

Sans remonter jusqu’à la Génèse, après leur persécution, les tribus juives ont essaimé à partir de l’Egypte sur tout le littoral méditerranéen à partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Cette population juive, venue vraisemblablement par la mer habitait le littoral libyen, il y avait une autre à l’intérieur du pays, berbère d’origine qui elle aussi a été graduellement gagnée à la religion juive. Elle habitait le djebel Gharian, le djebel Yffren et le djebel Nefouça. Pour Slousch, les marchands juifs se sont mêlés aux Tyriens puis aux Phéniciens pour conquérir les rivages méditerranéens de l’Afrique.(1)

Les Juifs nous dit Stora, sont présents en Algérie depuis des millénaires pour les premiers, au moment où les Phéniciens, lancés dans le commerce maritime, fondent Annaba, Tipasa, Cherchell, Alger, Kartenna, des juifs les accompagnent. D’autres juifs viennent de Palestine fuyant l’empereur Titus après la destruction du temple de Jérusalem en 70 avant Jésus-Christ. Ils se mêlent aux Berbères autochtones et forment des tribus. Augustin d’Hippone et Jérôme de Stridon attestent tous deux de l’importance de la communauté juive aux IVe et Ve siècles. On doit donc admettre qu’il y a eu des immigrations d’Israélites en Berbérie dans les temps historiques et bien des siècles après l’époque où se forma la race berbère. Selon le mot d’Olivier cité par Rinn: «Les juifs ne furent que les hôtes des Berbères, ils ne furent pas leurs aïeux.»(2)

Les Israélites ont apporté au Maghreb leur contingent et tout en conservant leur religion, ils se sont fondus au milieu de la race du pays. A part l’acquittement de redevances (le Kharadj: impôt foncier,et la Djéziah: impôt de capitation), il semble que les maîtres arabes usaient à l’égard des juifs d’une large tolérance. Il y eut, comme l’écrit A. Dhina, parmi ces juifs, des hommes pieux et des savants, c’est le cas du Rabbin Raphaël Ephraïm Ankoa à Tlemcen et dont nous parlerons plus loin, des rabbins Isaac Ben Sheset Barfat et Simon Ben Semah Duran à Alger. Les implantations les plus importantes des communautés juives se situent à Tlemcen, Constantine, Alger, Laghouat.(3)

La crainte des persécutions de la part des Espagnols reste si grande dans la communauté juive que les échecs de ceux-ci dans leurs tentatives de prendre Alger en 1541 puis en 1775 sont commémorés par les juifs lors des Pourims d’Alger. Durant la Régence, ils purent vivre en bonne intelligence avec les musulmans. Il en sera de même pendant toute la période coloniale.

Ainsi, Mostefa Lacheraf rapporte la bonne harmonie qui régnait entre les deux communautés, dans les années 1920 à 1940 de ce siècle dans son petit village de Sidi Aïssa. Il écrit notamment:

«… Et puis l’école officielle du village de Sidi Aïssa était une école dite indigène où il n’y avait pas un seul élève européen, mais une grande majorité d’élèves musulmans en même temps qu’une douzaine de petits Israélites parlant l’arabe comme leur langue maternelle et fortement arabisés dans leurs genres de vie.» Eux et leurs familles appartenaient à la communauté juive du Sud algérien et portaient cinq ou six noms parmi ceux de l’ancienne diaspora andalouse judaïque réfugiée au Maghreb entre le XIVe et le XVIIe siècle et débordant, depuis 1830, les lieux habituellement citadins pour s’intégrer à des centres villageois dans la mouvance des grands foyers rabbiniques traditionnels tels que Ghardaïa, Laghouat, Bou-Saâda. Peut-être que le mode religieux n’était pas à l’époque, pour le «m’as-tu-vu» et le côté spectaculaire de la simple pratique, de l’observance rituelle exagérée comme aujourd’hui, car, dans ce centre villageois pourtant bien situé et peuplé d’habitants à la spiritualité mystique ou monothéïste affirmée, il n’existait ni mosquée officielle, ni Eglise, ni Synagogue édifiée en tant que telle».(4)

«Femmes juives et femmes musulmanes se rendaient visite pendant les fêtes religieuses de l’une ou l’autre des communautés où elles habitaient côte à côte, dans des logements séparés autonomes… Je me rappelle encore ce que chantaient quelques femmes israélites venus offrir à ma mère du pain «azym» de la Pâque juive et entonnant sur le pas de la porte, en partant, un air célèbre d’origine andalouse. (..)le chant nostalgique de l’ «Au revoir». Les relations entre les deux communautés allaient sans doute changer à l’avènement du sionisme agressif, militaire et colonial lors de la spoliation de la Palestine par le nouvel Etat d’Israël.»(4)

La considération des Musulmans pour les Juifs

On se souvient que les autorités coloniales en Algérie avaient choisi la collaboration pendant la seconde guerre mondiale, les algériens « indigènes » refusèrent de livrer les Juifs et de collaborer. C’est le cas notamment à Laghouat où la population s’oppose à la demande des autorités de livrer les juifs. Les enfants juifs, à qui les écoles républicaines étaient interdites, vont fréquenter les écoles «arabes» où la population les accepte et dissimule leur identité aux autorités de Vichy.

Les indigènes musulmans adopteront donc une position radicalement différente de celles des autorités de Vichy permettant la protection de nombreux juifs d’Algérie. L’immigration algérienne et les milieux nationalistes algériens seront globalement sur la même position. Ainsi, Messali Hadj s’opposera à toute forme de collaboration et aux persécutions des juifs; il fera d’ailleurs exclure du PPA, en mai 1939, les zélateurs d’une alliance avec les Allemands et sera emprisonné par le régime de Vichy en 1941.

Il y a deux ans, un film a été réalisé sur la bravoure des Algériens émigrés à Paris qui ont sauvé des centaines de juifs. Dans le film « Les hommes libres », le cinéaste Ismaël Ferroukhi raconte comment Les émigrés algériens -sous prolétariat français- pendant la colonisation, avaient décidé d’aider les juifs à s’enfuir et les ont cachés. Un mot m’avait frappé à propos: «ammarach nnagh», «Ce sont comme nos enfants» traduisant par là le sacrifice à faire pour sauver des enfants. juifs…qui sont comme nos enfants. Si Kaddour Ben Ghabrit, le fondateur de la Mosquée de Paris, aura dirigé ce lieu religieux durant la période de l’Occupation. Derri Berkani rapporte que durant la Seconde Guerre mondiale et l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, la Mosquée de Paris sert de lieu de résistance pour les musulmans vivant en France. Les Algériens du FTP (Francs-tireurs partisans) avaient pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri. Les FTP ont, par la suite, porté assistance à des familles juives, des familles qu’ils connaissaient, ou à la demande d’amis, en les hébergeant dans la mosquée, en attente que des papiers leur soient fournis pour se rendre en zone libre ou franchir la Méditerranée pour rejoindre le Maghreb.(5)

Le tract, en tamazight, a été lu à voix haute pour les hommes pour la plupart analphabètes «ammarrach nnagh» «Comme nos enfants» Le tract était rédigé ainsi du 16 juillet 1942 à Paris. On lit  «Hier à l’aube, les Juifs de Paris ont été arrêtés. Les vieux, les femmes et les enfants. En exil comme nous, travailleurs comme nous. Ils sont nos frères. Leurs enfants sont comme nos propres enfants.- ammarach nnagh. Celui qui rencontre un de ses enfants doit lui donner un abri et la protection des enfants aussi longtemps que le malheur – ou le chagrin – durera. Oh, l’homme de mon pays, votre coeur est généreux.» (5)

Les Juifs  algériens et la Révolution

Durant la Révolution, les Algériens de confession juive ont été sollicités pour apporter leur aide à la Révolution. Nous lisons la lettre suivante:

«Le Front de libération nationale (FLN), qui dirige depuis deux ans la révolution anticolonialiste pour la Libération nationale de l’Algérie, estime que le moment est venu où chaque Algérien d’origine israélite, à la lumière de sa propre expérience, doit sans aucune équivoque prendre partie dans cette grande bataille historique. Vous n’ignorez pas, chers compatriotes, que le FLN, inspiré par une foi patriotique élevée et lucide, a déjà réussi à ruiner la diabolique politique de division qui s’est traduite dernièrement par le boycottage de nos frères commerçants mozabites, et qui devait s’étendre à l’ensemble des commerçants israélites. (…) Depuis la Révolution du 1er Novembre 1954, la communauté israélite d’Algérie, inquiète de son sort et de son avenir, a été sujette à des fluctuations politiques diverses.(….)»(6)

Dans la suite de la lettre le  FLN demande aux Juifs algériens de se déterminer :

«  La communauté israélite se doit de méditer sur la condition terrible que lui ont réservée Pétain et la grosse colonisation: privation de la nationalité française, lois et décrets d’exception, spoliations, humiliations, emprisonnements, fours crématoires, etc. Sans vouloir remonter bien loin dans l’histoire, il nous semble malgré tout utile de rappeler l’époque où, en France, les juifs, moins considérés que les animaux, n’avaient même pas le droit d’enterrer leurs morts, ces derniers étant enfouis clandestinement la nuit n’importe où, en raison de l’interdiction absolue pour les juifs de posséder le moindre cimetière. Exactement à la même époque, l’Algérie était le refuge et la terre de liberté pour tous les Israélites qui fuyaient les inhumaines persécutions de l’Inquisition. Exactement à la même époque, la communauté israélite avait la fierté d’offrir à sa patrie algérienne non seulement des poètes, des commerçants, des artistes, des juristes, mais aussi des consuls et des ministres.(..). Le FLN est convaincu que les responsables comprendront qu’il est de leur devoir et de l’intérêt bien compris de toute la communauté israélite de ne plus demeurer «au-dessus de la mêlée», de condamner sans rémission le régime colonial français agonisant, et de proclamer leur option pour la nationalité algérienne.»(6)

Beaucoup d’Israélites ont fait le minimum en «cotisant». Il y eut des Algériens juifs admirables qui ont bravé les interdits, traversé les barrières invisibles des communautés, l’exemple le plus frappant est celui du D. Daniel Timsit qui a participé activement à la guerre d’indépendance de l’Algérie du «mauvais côté». Daniel Timsit est né à Alger en 1928 dans une famille modeste de commerçants juifs. Descendant d’une longue lignée judéo-berbère, il a grandi dans ce pays où cohabitent juifs, Arabes et pieds-noirs, que le système colonial s’efforce de dresser les uns contre les autres. Il s’occupera du laboratoire de fabrication d’explosifs, puis entrera dans la clandestinité en mai 1956. Arrêté, il sera détenu jusqu’à sa libération en 1962, date à laquelle il rentre à Alger. Il s’explique longuement sur son identité algérienne, lui qu’on continue en France, à présenter comme un Européen. «Je n’ai jamais été un Européen», se défend-il. Il s’est toujours considéré comme Algérien, lui, dont la langue maternelle est l’arabe «derdja». La langue et la culture françaises, qu’il ne renie pas, viennent au second plan. L’algérianité ne se définit pas en fonction d’une appartenance ethnique ou religieuse, mais parce qu’il appelle «une communauté d’aspirations et de destin».(7)

Les Juifs algériens dans l’Algérie de 2013

Après le départ massif de 1962, contrairement à ce qui s’est dit dans une certaine presse, beaucoup de juifs ont préféré rester en Algérie. Zouheir Aït Mouhoub  a pu avoir un entretien avec un descendant de ces Algériens de confession juive. Il en parle: «L’Algérie, pour laquelle ils ont participé à la libération, est leur patrie. Avec les Algériens, ils partagent tout à l’exception de… la religion. Eux, ce sont les juifs d’Algérie. Aujourd’hui, ils continuent encore de se cacher pour mieux vivre ».  (8)

Zouheir Ait Mouhoub  nous décrit ensuite le portrait d’un jeune Algérien juif qui a choisi de sortir de son silence.: «Je n’ai que 24 ans. Mais j’ai déjà passé l’essentiel de ma vie à me cacher. A cacher mon secret, celui de ma famille, de mes semblables. Je suis Algérien. Avec mes concitoyens, je partage le ciel, la mer, la terre, les joies et les tristesses. Mais pas la religion. (…)Je m’appelle Naïm. Je suis né un certain été 1988 à Alger. Il faisait beau. Rien n’indiquait que l’automne allait prendre un dramatique tournant dans la vie tourmentée de mon pays. Malgré cela, ma famille a toujours refusé de quitter l’Algérie et est restée liée à son histoire depuis des siècles. En 1962, alors que de nombreux juifs partaient dans la précipitation, emportés par les bruits qui couraient selon lesquels les juifs seraient tous «massacrés», mon grand-père décida de rester. «Ici, c’est notre terre. Elle a vu naître tes parents et tes aïeuls et nous n’avons nulle part où aller», répétait-il à chaque discussion. (…) Mon grand-père, à l’époque commerçant à Znikat Laârayass dans La Basse Casbah, aidait ses frères moudjahidine. Son frère s’était même engagé dans l’Armée de Libération nationale. C’est un chahid. Aujourd’hui encore, les vieux et les vieilles de La Casbah se souviennent de l’engagement de ma famille dans la Révolution.»(8)

Continuant son plaidoyer Naïm déclare : « La France nous a causé du tort, car elle nous a assimilés puis francisés par ce sordide décret Crémieux. «La France interdisait à nos frères juifs d’être enterrés sur son sol. Avec ce décret, elle voulait nous séparer de nos frères musulmans et nous mettre dans l’embarras», expliquait doctement mon grand-père. Il était fier d’être Algérien et n’acceptait aucune autre appellation, refusant les étiquettes «juifs d’Algérie», «juifs d’origine algérienne» ou encore «communauté israélite ou juive d’Algérie». El Hadj El Anka égayait ses jours et ses soirées. Le chaâbi était sa musique favorite et Edmond Yafil, un de ses grands amis. (…) Je prie matin et soir pour que l’Algérie reconnaisse enfin ses enfants, sa pluralité. Pour qu’elle respecte, comme elle l’a toujours fait, ses minorités, sans distinction. L’Algérie appartient à tous les Algériens.»(8)

L’Algérie du XXIe siècle  tout en tenant à ses repères se doit de fédérer autour d’elle toutes celles et ceux qui croient en elle, quelques que soient leurs régions du pays, leur ethnie,  et leurs religions. C’est sa diversité qui fera sa force. D’autant que dans son histoire trois fois millénaire, indépendamment du « socle rocheux originel constitué par l’amazigité » des alluvions humaines- notamment  les plus anciennes qui sont juives-  ont vécu sur cette terre. Mieux, l’Algérie a connu durant cette période toutes les spiritualités. Pendant la préhistoire  des Algériens étaient enterrés avec un cérémonial ( fleurs et nourritures qui devaient accompagner le défunt dans l’’au-delà il y a de cela 20.000 dans les grottes de Mechta Affalou  près de Béjaïa. Ce fut bien plus tard les cultes barbares  et ceux de Baal et Thanit des Phéniciens que nous avons adoptés 10 siècles avant l’ère chrétienne. On dit que par la suite le judaïsme était répandu dans quelques tribus  ( les Djerouas de La Kahina).

L’avènement du Christianisme, l’Algérie, le consolida et plusieurs docteurs de l’Eglise naquirent et prêchèrent la bonne parole , (Tertullien, Donat,  Lactance, de Cirta, et le plus célèbre d’entre eux  Augustin d’Hippone).  Arrivent les Arabes porteurs d’une religion l’Islam.  Ce dernier n’eut  pas de difficulté à s’implanter, lieux ce sont d’après Charles André Julien des berbères à leur tête Tarik Ibn Zyad qui partirent à la conquête de l’Espagne. C’est dire si en définitive que l’Algérie n’a rien à prouver en terme de religion. Il nous faut ramener la sérénité et militer plus que jamais à l’avènement d’une nation qui doit être pour chacun de nous un plébiscite de tous les jours. Nous le voyons, l’Algérie sera forte quand elle arrivera à se réconcilier avec elle-même. . L’assumation de son identité multiple est, à n’en point douter, la voie à suivre.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Slousch: Les Juifs: Archiv. Maroc,XIV. p.56. 1912.

2. L. Rinn:Essai linguistiques sur l’origine des Berbères; Revue Africaine, p.115,1889.

3. A. Dhina: Les Etats de l’Occident Musulman aux 13e-15e siècle. p. 260.Eds Enal, 1984.

4. Lacheraf: Des noms et des lieux.p.27, 28,29. Editions Casbah. 1999.

5. http://kabylemag.com/2011/09/25/ces-kabyles-qui-ont-sauve-des -juifs-des-nazis/24.10.2006

6. http://www.algeria-watch.org/farticle/1954 -62/israelites.htm

7. Daniel Timsit http://www.ldh-toulon.net/ spip.php?article4023

8. Zouheir Aït Mouhoub  http://www. dafina.net/gazette/article/moi-na%C3%AFm-24-ans-futur-rabbin-d%E2%80%99alg%C3%A9rie 13 07 2012

 

 

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Le miroir aux alouettes de la discipline

mars 28th, 2013 by Eric Toussaint

« Les marchés sont devenus trop grands et complexes et ils évoluent trop vite pour être assujettis à la supervision et aux réglementations du XXe siècle. Il n’est pas surprenant que ce Léviathan financier mondial dépasse la pleine compréhension des acteurs du marché, fussent-ils les plus avisés. Les régulateurs financiers sont chargés de surveiller un système beaucoup plus complexe que ceux qui existaient quand on rédigea les réglementations régissant encore les marchés. » |1|

Cette affirmation d’Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, a été reprise par tous les gouvernants des pays les plus industrialisés. Ils ont fait comme si les banques et les autres sociétés financières privées allaient s’auto-discipliner, tout en cherchant à satisfaire leurs intérêts particuliers, égoïstes. Alan Greenspan poursuit : « Le contrôle des transactions s’effectue désormais essentiellement grâce à la surveillance réciproque des traders. Pour protéger ses actionnaires, chaque prêteur tient à jour les positions des investissements de ses clients. Les régulateurs peuvent toujours prétendre qu’ils gardent l’œil ouvert mais leurs capacités sont très réduites. » |2|

La supposée capacité des banques et autres zinzins à s’autoréguler n’était que de la poudre aux yeux destinée à leur permettre de faire ce que bon leur semble. Alan Greenspan, l’ensemble des gouvernants des pays industrialisés, une armée d’experts et de commentateurs financiers, véritables illusionnistes prenant les citoyens pour des crétins, ont répété la fable de l’autorégulation des marchés jusqu’à la nausée. « Les marchés étant devenus trop complexes pour une intervention humaine efficace, les politiques anti-crise les plus prometteuses sont celles qui maintiennent une flexibilité maximale du marché : la liberté d’action pour les principaux acteurs du marché, tels que les hedge funds, les fonds d’actions privés et les banques d’investissements. » |3| Le cataclysme financier de 2007-2008 et ses effets dramatiques dans la durée ont opposé un démenti cinglant à ces incantations. Les acteurs des marchés financiers sont totalement incapables de s’autoréguler, ils n’en ont d’ailleurs aucunement le désir, encore moins la volonté. C’est une évidence démontrée par toutes les crises financières qui ont égrené l’histoire du capitalisme. Les gouvernants ont alors adopté un autre discours : « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini. » |4|. En réalité, six ans après le début de la crise, cinq ans après l’annonce d’un retour à davantage de réglementation, le bilan se réduit largement à des effets d’annonces. Acoquinés aux dirigeants des banques, les gouvernants et les législateurs ont pris très peu de mesures contraignantes à l’égard des sociétés financières.

Une mesure contraignante dans un océan de laxisme

Depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union Européenne, il est dorénavant interdit d’acheter unCredit Default Swap (CDS –voir encadré-) pour se protéger du risque de non remboursement d’une dette d’un État si on ne possède pas cette dette |5|. Les sanctions à prendre contre les sociétés et les personnes qui ne respecteront pas cette interdiction ne pas définies, elles sont de la compétence des États. Cela laisse une importante marge de manœuvre aux banques et autres sociétés financières qui voudraient contourner l’interdiction ou l’enfreindre. C’est à peu près la seule mesure significative prise par les autorités européennes pour mettre de l’ordre dans le secteur financier.

Qu’est-ce qu’un CDS ?Le CDS est un produit financier dérivé qui n’est soumis à aucun contrôle public. Il a été créé dans la première moitié des années 1990 en pleine période de dérèglementation. Credit Default Swap signifie littéralement “permutation de l’impayé”. Normalement, il devrait permettre au détenteur d’une créance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas où l’émetteur d’une obligation (l’emprunteur) fait défaut, que ce soit un pouvoir public ou une entreprise privée. Le conditionnel est de rigueur pour deux raisons principales. Premièrement, on peut acheter un CDS pour se protéger d’un risque de non remboursement d’une obligation qu’on n’a pas (sauf, depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union européenne en ce qui concerne les dettes des États de l’UE). Cela revient à prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison du voisin en espérant que celle-ci parte en flammes afin de pouvoir toucher la prime. Deuxièmement, les vendeurs de CDS n’ont pas réuni préalablement des moyens financiers suffisants pour indemniser les sociétés affectées par le non remboursement de dettes. En cas de faillite en chaîne d’entreprises privées ayant émis des obligations ou du non remboursement de la part d’un Etat débiteur important, il est très probable que les vendeurs de CDS seront dans l’incapacité de procéder aux indemnisations qu’ils ont promises. Le désastre de l’entreprise nord-américaine AIG en août 2008, la plus grosse société d’assurance internationale (nationalisée par le président George W. Bush afin d’éviter qu’elle ne s’effondre) et la faillite de Lehman Brothers sont directement liés au marché des CDS. AIG et Lehman s’étaient fortement développées dans ce secteur.Il faut souligner que l’interdiction d’acheter dans certaines circonstances des CDS, telle qu’elle a été décrétée à l’échelle de l’Union Européenne à partir de novembre 2012, ne concerne qu’une fraction minime du marché des CDS (le segment des CDS sur les dettes souveraines) : environ 5 à 7%.

La loi Dodd Franck aux États-Unis et les timides petits pas européens

Aux États-Unis, une nouvelle législation, timide en comparaison de la réglementation imposée par Franklin D. Roosevelt à partir de 1933 (voir encadré), a été adoptée pendant le premier mandat de Barack Obama. Il s’agit de la loi Dodd-Franck (qui inclut la règle Volcker |6|). Bien que la loi Dodd Frank ait été approuvée en 2010, son application tarde. Les banques et leurs lobbyistes, tout comme les parlementaires tant républicains que démocrates qu’ils influencent directement, ont réussi à limiter très fortement la mise en pratique d’une loi qui est pourtant timide |7|.

La séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement pendant la présidence de F. RooseveltUne des mesures fortes prises par Roosevelt et par les gouvernements d’Europe (notamment sous la pression des mobilisations populaires en Europe après la Libération) a consisté à limiter et à règlementer strictement l’usage que les banques pouvaient faire de l’argent du public. Ce principe de protection des dépôts a donné lieu à la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement dont la loi américaine dite Glass Steagall Act a été la forme la plus connue et qui a été appliquée pendant des décennies avec certaines variantes dans les pays européens.Avec cette séparation, seules les banques commerciales pouvaient recueillir les dépôts du public qui bénéficiaient d’une garantie de l’Etat. Parallèlement à cela, leur champ d’activités avait été réduit aux prêts aux particuliers et aux entreprises, et excluait l’émission de titres, d’actions et de tout autre instrument financier, réservée aux banques d’investissement qui devaient, quant à elles, capter leurs ressources sur les marchés financiers.

Au Royaume-Uni, la commission Vickers a remis en 2011 ses recommandations aux autorités qui doivent encore prendre une décision. A l’échelle de l’Union européenne, une commission animée par Erkki Liikanen, gouverneur de la Banque nationale de Finlande, a remis son rapport en octobre 2012. Les recommandations contenues dans les rapports des commissions Vikers et Liikanen |8| vont grosso modo dans le même sens que les lois Dodd Frank et la règle Volker : un début de cloisonnement des activités multiples des banques. Mais aucune ne propose de revenir à la loi Glass Steagall et aux règlementations adoptées à l’époque en Europe dans le même esprit. Aucune ne propose une séparation claire et nette entre banque de dépôt et banque d’investissement, c’est-à-dire le démantèlement de ce qu’on appelle aujourd’hui la banque universelle. Rappelons que la banque universelle (appelée également banque à tout faire ou banque généraliste) représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement et de la banque de gestion d’actifs. Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le risque majeur de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de détail et mettre ainsi en danger les avoirs des petits épargnants. C’est ce qui explique aujourd’hui l’actualité des mesures prises par Roosevelt et, dans sa foulée dans les années 1930 et 1940, par les gouvernements européens consistant à séparer radicalement les banques en deux catégories tout à fait étanches. La loi Dodd Franck, les propositions des commissions Vickers et Liikanen, le projet de loi sur la réforme bancaire déposé par le gouvernement français à l’Assemblée nationale en décembre 2012 |9| restent au milieu du gué et ne prévoient que des cloisons qui se révèleront (si un jour elles entrent en application) d’une efficacité très limitée, car la partie banques d’investissement et d’affaires n’hésitera pas à pomper dans les dépôts des clients et elle continuera à prendre des risques très élevés puisqu’aucune mesure contraignante sérieuse n’est mise en œuvre |10|. Qui plus est, banque de détail et banque de financement et d’investissement étant solidaires dans le cadre de la banque universelle, les pertes réalisées par la banque de financement et d’investissement seront supportées par la banque de détail (voir en France les pertes de Natixis supportées par les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne au sein du groupe BPCE).

Les banques se livrent à de multiples pressions pour continuer à agir comme bon leur semble

Bien que les recommandations de Vickers et de Liikanen soient très conciliantes à leur égard, les patrons des banques privées organisent comme aux États-Unis un intense lobbying afin qu’elles ne soient pas suivies d’effet. Challenges, hebdomadaire financier français, rapporte des réactions du milieu bancaire de l’Hexagone à propos de rapport Liikanen. « Beaucoup de rapports de ce genre ont fini à la poubelle » déclare un des banquiers qui a confié sa réaction à Challenges. « Liikanen ? Il sait à peine ce qu’est une banque », ironise un autre. « En Finlande, il n’y a que des filiales d’établissements étrangers ». Challenges poursuit avec un autre son de cloche, en donnant la parole à Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times : « Je crains que sous la pression des banquiers trop d’activités de marché (=trading) ne soient exclues du cantonnement (=cloisonnement). Ce rapport est un pas en avant, il ne faudrait pas que la prochaine étape soit un pas en arrière » |11|. Justement, le Financial Times a lui aussi mené sa petite enquête dans le milieu bancaire. Dans ses colonnes, Christian Clausen, le patron de la banque suédoise Nordea qui préside la Fédération bancaire européenne, déclare que le Rapport Liikanen a tout à fait tort en ce qui concerne le cloisonnement entre les activités de banque de détail et les activités de trading |12|. Les parlementaires étasuniens et européens, sans parler des hauts fonctionnaires, ont été soumis à d’intenses pressions. Les banques peuvent compter sur de solides alliés placés aux plus hautes fonctions, à commencer par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, ex-dirigeant de la banque Goldman Sachs.

Au sein des autorités de contrôle, quelques voix isolées s’élèvent contre le laxisme

Du côté des autorités de contrôle, quelques voix isolées se font entendre pour critiquer l’absence de règlementation sérieuse du secteur bancaire. Andrew Haldane, directeur du département Stabilité financière de la banque d’Angleterre, a élevé la voix lors d’une réunion des milieux financiers à Londres en octobre 2012. Il critique le fait que les 29 banques systémiques (voir encadré) profitent du danger que représenterait leur faillite pour obtenir à bon compte de l’argent de la BCE, de la Fed, de la Banque d’Angleterre… Il considère que le crédit que ces institutions publiques leur octroient constitue une subvention annuelle de plus de 700 milliards de dollars.

Les banques systémiques selon le G20Le G20 a établi en novembre 2011 une liste de 29 banques systémiques appelées en anglais SIFIs (Systemically Important Financial Institutions). A l’instar de Lehman Brothers dont la faillite a bouleversé l’économie mondiale en septembre-octobre 2008, ces banques sont considérées par le FSB (Financial Stability Board) comme trop importantes pour que les pouvoirs publics les laissent tomber (en anglais : « too big to fail »). Elles sont dites systémiques du fait de leur poids et du danger que la faillite de l’une d’entre elles représenterait pour le système financier privé au niveau international. En 2011, parmi les 29 banques systémiques, on comptait 4 banques françaises (Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas et BPCE), 2 banques allemandes (Deutsche Bank et Commerzbank), 1 italienne (Unicredit), 1 espagnole (Santander), 1 belgo-française (Dexia), 1 hollandaise (ING), 4 britanniques (HSBC, Lloyds, Barclays et Royal Bank of Scotland), 2 suisses (UBS, Crédit suisse), 1 suédoise (Nordea), 8 états-uniennes (JPMorgan, Bank of America, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Citigroup, Bank of New York Mellon, Wells Fargo, State Street), 3 japonaises (Sumitomo, Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG), 1 chinoise (Bank of China). En 2012, le G20 a retiré 3 de ces banques de la liste (Dexia, Commerzbank, Lloyds) et en a ajouté 2 (l’espagnole BBVA et la britannique Standard Chartered).

Andrew Haldane affirme que l’augmentation du ratio fonds propres par rapport au bilan des banques qui sera généralisé à partir de 2018-2019 est tout à fait insuffisant et n’est pas de nature à réellement diminuer les risques et les effets d’une faillite. Il recommande de réduire de manière drastique la taille des banques. Thomas Hoenig, de la US Federal Deposit Insurance Corporation, l’institution créée pendant la présidence de Roosevelt pour réguler le système bancaire, affirme que les cloisons mises en place pour séparer différents types d’activités des banques sont en réalité poreuses. Il plaide pour que soit adoptée une loi de type Glass-Steagall afin de séparer radicalement les banques de dépôts et les banques d’affaire. Il estime également que le niveau des fonds propres qui sera exigé à partir de 2018-2019 devrait être multiplié au moins par trois |13|.

Épilogue : Victoire des banquiers grâce aux autorités de contrôle

Début janvier 2013, le comité de Bâle |14| a renoncé à l’application d’une des exigences qu’il avait mises en avant à l’égard des banques. Elles ne devront pas constituer un amortisseur de chocs financiers sous la forme d’une réserve permanente de liquidités (liquidity coverage ratio, LCR), qui aurait dû leur permettre de faire face à une crise d’une durée de 30 jours. Il était prévu que la mesure entrerait en vigueur en 2015, elle est maintenant reportée à 2019 ! En première page, les périodiques financiers ont clairement souligné qu’il s’agissait d’une victoire des banques et d’un recul des autorités de contrôle. Le Financial Times titrait le 8 janvier 2013 : « Victoire des banques européennes après l’assouplissement des règles de Bâle. » |15The Economist titrait : « Les régulateurs adoucissent leur position en matière de liquidités » |16|. Non seulement l’application des mesures est reportée à 2019, autant dire aux calendes grecques, mais en plus les banques pourront comptabiliser, dans la réserve de liquidités (LCR), des produits structurés et toxiques comme les « mortgage backed securities ». C’est du grand n’importe quoi.

Quelques semaines plus tard, d’autres bonnes nouvelles ont fait plaisir aux banques. Michel Barnier, commissaire européen en charge des marchés financiers, a déclaré qu’il ne suivrait pas la principale recommandation du rapport Liikanen concernant le cloisonnement entre activités de banque de dépôts et activités de marché. Le Financial Times a titré : « Reculade de Bruxelles à propos du cœur de la réforme bancaire » |17|. Le journal explique que la Commission européenne a battu en retraite en ce qui concerne l’obligation qui pourrait être faite aux banques de séparer leurs activités de marché (entendez, hautement spéculative et à risque) et leurs activités de banques de dépôt.

Conclusion : Il faut rompre avec la soumission aux exigences des banques. En prenant un virage radical, il est possible de protéger les dépôts des épargnants, de financer des activités utiles aux biens communs, de garantir l’emploi et les conditions de travail du personnel du secteur. Pour cela, il faut un service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement. Le métier de la banque (au sens de constituer un instrument pour collecter l’épargne et pour octroyer du crédit) est trop sérieux pour être confié à des banquiers privés qui par définition cherchent à maximiser le profit de la poignée de grands propriétaires privés (le 1%, comme le mouvement Occupy Wall Street les a appelés). Il faut interdire les activités spéculatives et tous les instruments financiers qui les soutiennent. De même, il faut interdire les transactions avec les paradis fiscaux. Vu qu’elles utilisent de l’argent public, bénéficient de garanties de la part de l’État et doivent rendre un service de base fondamental à la société, les banques doivent être socialisées et placées sous contrôle citoyen |18|.

Eric Toussaint

Eric Toussaint

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques, 20 novembre 2012 (première partie)

Banques privéesLa BCE et la Fed au service des grandes banques privéesSérie : Banques contre Peuples : les dessous d’un match truqué ! 29 novembre 2012 (2ème partie)

Europe banque centraleLa plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, Série « Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué ! », 24 décembre 2012 (troisième partie)

Money Market Funds Descente dans le milieu vicieux des banques, 16 janvier 2013 (quatrième partie)
arton banquesLes banques, ces colosses aux pieds d’argile, 08 février 2013 (cinquième partie)

 

 

Notes

|1| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Jean-Claude Lattès, 2007, p. 620.

|2Ibidem.

|3| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 2007, p. 621.

|4| Discours de Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2008 à Toulon (cité dans Éric Toussaint et Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, 2012, p. 34).

|5| Source : RÈGLEMENT (UE) N o 236/2012 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 14 mars 2012 sur la vente à découvert et certains aspects des contrats d’échange sur risque de crédithttp://eur-lex.europa.eu/LexUriServ…
Comme l’indique le titre du règlement, sont également visées les ventes à découvert. La vente à découvert consiste à vendre sur le marché un titre que l’on ne possède pas, dans l’espoir de le racheter plus tard à un prix inférieur. La règlementation sur les ventes à découvert est assortie d’une série d’exceptions qui offrent de nombreuses possibilités d’y échapper.
Voir aussi : http://www.lemonde.fr/economie/arti…

|6| Voir Daniel Munevar, “Un pequeño recordatorio de parte de JP : La importancia de la Volcker Rule”, 25 mai 2012, http://cadtm.org/Un-pequeno-recorda…

|7| Voir Matt Taïbbi, « How Wall Street Killed Financial Reform », Rolling Stone, 10 mai 2012,http://www.rollingstone.com/politic…. Voir également Les Echos, « La réforme de Wall Street reste aux deux tiers inachevée », 12 décembre 2012, p. 28.

|8| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012. Onze experts composaient ce groupe de travail constitué par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle, les turpitudes des banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport :http://ec.europa.eu/internal_market…

|9| Voir le texte complet : http://www.assemblee-nationale.fr/1…

|10| Voir l’excellente critique de Gaël Giraud au projet de loi sur la réforme bancaire en France ainsi que sur Dodd Franck, Vickers et Liikanen : http://www.lavie.fr/www/files/media…. Gaël Giraud montre que le projet de loi du gouvernement de François Hollande est plus favorable au statu quo et donc aux banques que la loi Dodd-Franck et les recommandations des commissions Vickers et Liikanen. Voir également : ATTAC, “Les 20 propositions d’Attac pour une véritable réforme bancaire”, 14 février 2013, http://www.france.attac.org/article…

|11Challenges, « La cloison bancaire est bien fragile », 11 octobre 2012, p. 28.

|12Financial Times, « Nordea chief takes a swipe at Liikanen », 30 octobre 2012.

|13| Le résumé des propos de Andrew Haldane et de Thomas Hoenig s’appuie sur : Financial Times, “Warnings over steps to reform biggest banks », 28-29 octobre 2012, p. 3.

|14| Le Comité de Bâle rassemble les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion des meilleures pratiques bancaires et de surveillance ainsi que la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel.

|15Financial Times, « European banks gain after Basel rules eased », 8 janvier 2013.

|16The Economist, « Bank liquidity. Go with the Flow. Global regulators soften their stance on liquidity », 12 janvier 2013, p. 60.

|17Financial Times, « Brussels retreat on key bank reform », 30 janvier 2013.

|18| Voir Patrick Saurin, “Socialiser le système bancaire », 2 février 2013,http://cadtm.org/Socialiser-le-syst…

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

Le pion chypriote

mars 28th, 2013 by Thierry Meyssan

Au sein de l’Union européenne, la crise financière chypriote n’est à nulle autre pareille. Pour la première fois des principes fondateurs de l’Union ont été mis en cause. Cette brèche ouvre un processus de décomposition politique qu’il sera difficile d’arrêter. Pour Thierry Meyssan, c’est un choix de Washington de privilégier la captation des capitaux pour résoudre sa propre crise financière, plutôt que de maintenir une organisation politique structurée de sa zone d’influence.

Photo : Conférence de presse de l’Eurogroupe, le 24 mars 2013 : Christine Lagarde, directrice générale du FMI ; Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas et président de l’Eurogroupe ; Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

 

Washington a été prompt à utiliser la crise financière chypriote pour mettre en œuvre la stratégie de captation de capitaux que je décrivais il y a trois semaines dans ces colonnes [1]. Avec l’aide de la directrice du Fonds monétaire international, l’États-unienne Christine Lagarde, ils ont remis en cause l’inviolabilité de la propriété privée dans l’Union européenne et tenté de confisquer un dixième des dépôts bancaires, prétendument pour renflouer la banque nationale chypriote affectée par la crise grecque.

Il va de soi que la finalité annoncée n’est qu’un prétexte car loin de résoudre le problème, cette confiscation si elle devait être mise en œuvre ne pourrait que l’aggraver. Menacés, les capitaux restants fuiraient l’île provoquant l’effondrement de son économie.

La seule véritable solution serait d’annuler les dettes en anticipant les recettes d’exploitation du gaz chypriote. Ce serait d’autant plus logique que ce gaz bon marché relancerait l’économie de l’Union européenne. Mais Washington en a décidé autrement. Les Européens sont priés de continuer à se procurer leur énergie au prix fort au Proche-Orient, tandis que ce gaz à bas prix est réservé à alimenter l’économie israélienne.

Pour masquer le rôle décisionnaire de Washington, ce hold-up bancaire n’est pas présenté comme une exigence du FMI, mais comme celle d’une troïka incluant l’UE et la BCE. Dans cette perspective, la confiscation remplacerait une dévaluation rendue impossible par l’appartenance à la zone euro. Sauf qu’ici la dévaluation ne serait pas une politique de Nicosie, mais un diktat du patron de la BCE, Mario Draghi, l’ex-directeur européen de la banque Goldman Sachs, qui est précisément le principal créancier de Chypre.

Madame Lagarde, ex-conseillère juridique du complexe militaro-industriel US, ne cherche pas à nuire à Chypre, mais à affoler les capitaux basés en Europe et à les guider jusqu’à Wall Street pour qu’ils relancent la finance US. Pourquoi s’en prendre à cette île ? Parce que c’est un des rares paradis fiscaux restant au sein de l’Union européenne et parce que les dépôts y sont principalement russes. Pourquoi le faire maintenant ? Parce que les Chypriotes ont commis l’erreur d’élire comme nouveau président l’États-Unien Nikos Anastasiades. Ils ont ainsi marché sur les pas des Grecs qui, victimes du même mirage américain, avaient élu comme Premier ministre l’États-unien Georgios Papandreou.

Cette petite cuisine a cependant mal tourné. Le Parlement chypriote a rejeté à l’unanimité des suffrages exprimés la taxation confiscatoire des dépôts bancaires. Il y a là un apparent paradoxe. Le gouvernement libéral veut nationaliser une dixième des capitaux tandis que le Parlement communiste défend la propriété privée. C’est que cette nationalisation ne se ferait pas au profit de la collectivité nationale, mais de la finance internationale.

Les conseils amicaux ont donc fait place aux menaces. On parle d’exclure Chypre de la zone euro, si les représentants de son Peuple persistent dans leur refus. Ce n’est pourtant guère possible. Les traités ont été ainsi conçus que la zone euro est un voyage sans retour. Il n’est pas possible de la quitter de son propre chef, ni d’en être exclu, à moins de quitter l’Union européenne.

Or cette option, qui n’avait pas été envisagée par les racketteurs, est redoutée par Washington. Si l’île sortait de l’Union, elle serait rachetée pour une dizaine de milliards de dollars par Moscou. Il s’agirait du plus mauvais exemple : un État de la zone d’influence occidentale rejoignant la zone d’influence russe, dans un chemin inverse à tout ce à quoi on a assisté depuis la chute de l’URSS. Il ne manquerait pas d’être suivi par les autres États des Balkans, à commencer par la Grèce.

Pour Washington, ce scénario catastrophe doit être évité coûte que coûte. Il y a quelques mois, il avait suffit au département d’État de froncer les sourcils pour qu’Athènes renonce à vendre son secteur énergétique à Moscou. Cette fois, tous les moyens, même les plus anti-démocratiques, seront utilisés contre les Chypriotes s’ils résistent.

La Russie feint de ne pas être intéressée. Vladimir Poutine a négligé les offres avantageuses d’investissement qui lui ont été faites par le gouvernement Anastasiades. C’est qu’il n’a pas l’intention de sauver les oligarques russes qui avaient planqué leurs capitaux dans l’île, ni l’Union européenne qui les avaient aidé à organiser leur évasion fiscale. En coulisse, il a négocié un accord secret avec Angela Merkel qui devrait permettre une solution financière à la crise, mais devrait aussi déboucher sur une vaste remise en cause de règles européennes. Au passage, le Tsar a glané des informations étonnantes sur les investissements de la Russie dans l’île durant l’ère Medvedev ; des informations qu’il pourrait utiliser comme moyen de pression supplémentaire sur son inconsistant Premier ministre.

Thierry Meyssan


Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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SYRIE : Pont aérien Cia pour armer les « rebelles »

mars 27th, 2013 by Manlio Dinucci

Dans la « guerre couverte » en Syrie, on découvre désormais les cartes. Après que le centre de Damas a été touché par des projectiles de mortier et des missiles qui ont tué plusieurs civils, le commandant « rebelle » Abou Omar, revendiquant le mérite de l’action, a déclaré hier 26 mars au New York Times que « les groupes rebelles autour de Damas ont été renforcés par de nouvelles fournitures d’armes à travers la Jordanie avec l’assistance américaine ». Une enquête de ce même journal confirme ce que nous écrivons depuis longtemps sur il manifesto : l’existence d’un réseau international, organisé par la Cia, à travers lequel un flux croissant d’armes arrive aux « rebelles » en Syrie.

Depuis des centres opérationnels appropriés, des agents de la Cia pourvoient à l’achat d’armes avec des financements (de l’ordre de milliards de dollars) concédés principalement par Arabie saoudite, Qatar et autres monarchies du Golfe ; ils organisent ensuite le transport des armes en Turquie et Jordanie à travers un pont aérien, puis les font enfin parvenir, à travers la frontière, aux groupes en Syrie, déjà entraînés dans les camps installés à cet effet en territoire turc et jordanien.

Depuis que l’opération a commencé en janvier 2012, au moins 3.500 tonnes d’armes, selon une estimation par défaut, ont ainsi été transportées par pont aérien. Les premiers vols ont été effectués, par des avions militaires de transport C-130, du Qatar en Turquie. Depuis avril 2012 ont été utilisés de gigantesques avions cargos C-17, fournis par le Qatar, qui ont fait la navette entre la base aérienne de Al Udeid et celle turque de Esenboga. Détail non négligeable : la base aérienne qatari de Al Udeid abrite le quartier général avancé du Commandement central Usa, avec un personnel de plus de 10mille militaires, et fonctionne comme hub pour toutes les opérations au Moyen-Orient. Dans ses dépôts sont stockés des armes de tous types, y compris certainement aussi celles non made in Usa, plus adaptées pour les opérations « couvertes ». Depuis octobre 2012, des avions jordaniens C-130 ont atterri dans la base turque de Esenboga, pour charger des armes à transporter à Amman pour les « rebelles » syriens.

En même temps, des avions cargos jordaniens ont commencé à faire la navette avec Zagreb, en transportant à Amman des armes d’arsenaux croates achetées avec les financements saoudiens. Pour cette opération on utilise de gigantesques avions Iliouchine de la Jordanian International Air Cargo. Depuis le mois de février 2013, aux vols des avions cargos qatari et jordaniens se sont ajoutés des saoudiens, effectués par des C-130 qui atterrissent sur la base turque d’Esenboga.

Malgré les démentis de Zagreb, l’enquête a amplement documenté l’engagement de la Croatie dans ce trafic international d’armes, dirigé par la Cia. Un acte méritoire pour la Croatie qui, pour son rôle dans la désagrégation de la Yougoslavie, a été récompensée par son admission dans l’Otan en 2009. A présent, en participant à l’opération pour la désagrégation de la Syrie, elle acquiert de nouveaux mérites aux yeux de Washington. Et ceci à la veille de son admission dans l’Union européenne, dont elle deviendra le 28° membre en juillet prochain. Elle pourra ainsi joindre sa voix à celle de l’Union européenne qui, tandis qu’elle renforce l’embargo des armes à l’égard du gouvernement syrien, déclare vouloir « atteindre une solution politique qui permette d’arrêter le massacre et autorise la fourniture d’aides humanitaires rapides et efficaces, avec une attention particulière pour les enfants ».

Manlio Dinucci

Edition de mercredi 27 mars de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Obama et son Vietnam du Proche-Orient

mars 27th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Le pays du Sham – ou grande Syrie – concentre une extraordinaire diversité humaine tant au plan ethnique qu’au plan des confessions et des langues. Des églises donnent encore la messe dans la langue de Jésus et en Syriaque. C’est vous dire la précieuse diversité humaine de cette région (et de ses connexions méditerranéennes) qui dit les origines et les péripéties de la formation de la pensée et de l’imaginaire du Monde Occidental. Croyances, écriture et Ecritures, mythes et Raison, cosmogonies, géométrie et arithmétique, philosophie, concepts et modèles politiques, tout ou presque de la culture occidentale vient de cette région, musée vivant qu’aucun incendie, y compris les croisades et le Sykes-Picot, n’a pu détruire.

Un monde sensé et une humanité intelligente auraient témoigné au pays du Sham  la même attention respectueuse manifestée à la biodiversité sans laquelle rien ne peut se régénérer. La dispersion des Chrétiens d’Irak montre le désastre infligé à cette diversité par les politiques des USA, d’Israël et de leurs auxiliaires wahhabites. Un jour, il faudra bien rajouter aux crimes de l’impérialisme l’atteinte à l’« homo diversité » au même titre que l’atteinte à la biodiversité.

En réglant les petits et les grands problèmes de ses auxiliaires turcs et israéliens, en redonnant de l’éclat à un Erdogan bien terni par ses déceptions syriennes, en anesthésiant avec quelques dollars un roi jordanien effrayé par son inexorable départ au profit d’une nouvelle entité islamiste jordano-palestinienne qui soulagera Israël de ses Palestiniens de Cisjordanie, en ordonnant la démission d’un Mikati, qui a tout fait pour faciliter les activités de l’ASL et d’El Qaïda, et en donnant ipso facto le signal d’une offensive généralisée contre la Syrie et contre les positions du Hezbollah, Obama vient de mettre de l’ordre dans ses troupes. Cette offensive sera sans merci.

La concentration de troupes mercenaires et djihadistes au Liban, en Turquie, en Jordanie paraît suffisante pour donner l’estocade à l’armée syrienne. Obama a mis dans cette annonce tous les signes d’une lutte pour la vie ou pour la mort. En réaffirmant que le minimum est le départ d’El Assad, il brûle ses vaisseaux et s’interdit toute retraite. Il avertit ses troupes qu’elles jouent leur survie. La formation de ce gouvernement sous chefferie américaine porte le même sens. Que reste-t-il à négocier si ce gouvernement d’une faction politique – car il existe d’autres oppositions en dehors de la coalition et notamment celle de Manaâ – occupe le siège de toute la complexe Syrie et sous ce nouveau-ancien ?

En Côte d’Ivoire, en Libye, aujourd’hui en Syrie et au Mali, la ligne de conduite invariable des puissances coloniales reste le refus de toute issue négociée. En imposant cette ligne de conduite, les USA poussent sciemment à l’irréparable pour préparer dans les têtes le recours à un refuge communautaire et à un état confessionnel ou ethnique. Voilà le crime que commet en ce moment Obama en mettant en bon ordre de marche Netanyahu, Erdogan, Abdallah II, le Qatar, l’Arabie saoudite et des forces libanaises agglomérées autour de Hariri. Il doit aboutir à la mort de la nation syrienne et libanaise, à la mort de la vie commune, dans une identité nationale et humaine commune de cette extraordinaire diversité. Le meurtre d’El Bouti par son message de terreur et de promesse de nettoyage participe de cet ordre de guerre.

Obama a échoué les trois premiers plans offensifs. Il en est au quatrième avec la même obstination, car il mesure ce qu’un échec américain en Syrie signifierait pour sa force de dissuasion déjà mise mal par Chavez, par l’Iran et moins spectaculairement par les Brics. Il ne s’agit plus de l’hybris d’une Clinton survoltée par l’audace de la volonté adverse syrienne, mais de la froide évaluation qui a investi l’hybris dans la nécessité de la guerre de destruction de toute la région.

Pour réussir sa guerre, qui devait rester circonscrite à la Syrie, Obama est obligé de l’élargir au Liban pour frapper le Hezbollah tenu pour facteur essentiel de la résistance syrienne, de mobiliser encore plus de forces incluant Israël et la Jordanie, de faire encore plus de place au Qatar et aux djihadistes et, donc, faire peser plus de menaces à cette diversité humaine qui n’aura plus que le choix de la résistance. Quand ils organisent le 2 et le 4 août 1964 la provocation du Golfe du Tonkin, les USA ne doutaient pas de leur victoire au Vietnam. La même hybris les aveugle aujourd’hui.

 Mohamed Bouhamidi
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Un peu d’histoire

Les récents événements à Chypre ont donné lieu à un déferlement médiatique excessif et souvent bien éloigné de la réalité. La partie sud de l’île de Chypre (la partie nord étant envahie militairement par la Turquie depuis 1974) est peuplée de 770.000 habitants et ne représente que 0,3% du PIB de la zone euro. L’île, bien que relativement méconnue du grand public, du moins jusqu’à cette crise, a eu une histoire très tumultueuse la partageant largement entre l’Occident et l’Orient. Les lecteurs souhaitant en savoir plus peuvent consulter cette histoire illustrée de l’île s’arrêtant à 2004.

C’est justement à cette date que Chypre a intégré l’Union Européenne (le pays étant le plus riche des nouveaux entrants à l’époque) puis en 2008 Chypre a intégré la zone euro. A ce moment l’île connaissait déjà des afflux de capitaux russes et la législation fiscale y était déjà sensiblement la même qu’aujourd’hui. La même année la crise financière à frappé l’île comme tous les pays occidentaux et lors de la restructuration de la dette Grecque, les actifs des banques Chypriotes (qui contenaient une forte proportion de bons du trésor grecs) ont été brutalement dévalorisés par cette décision de l’Eurogroupe. Le pays en 2011 avait pourtant une dette en pourcentage du PIBinferieure à celle de la France, de  l’Italie et  de l’Allemagne. Jacques Sapir rappelle en outre que les banques chypriotes ont aujourd’hui des actifs qui sont égaux à 7,5 fois le PIB de l’île, alors que la moyenne dans l’UE est de 3,5 fois, mais que c’est largement moins par exemple que le Luxembourg dont les actifs bancaires pèsent 22 fois le PIB.

Le racket fiscal: nouvelle solution pour régler la crise?

La Troïka (une alliance de la BCE, du FMI et de l’UE) a donc choisi une mesure radicale pour récupérer la trésorerie nécessaire au renflouement des banques: le prélèvement de l’argent via une ponction obligatoire pour tous les détenteurs de comptes sur l’île. Une mesure sans précédent et vraisemblablement contraire à toutes les normes juridiques bancaires internationales, que les autorités russes ont qualifié non seulement d’injustes et dangereuses et qui montrent bien selon eux que le modèle économique néolibéral est complètement épuisé. Des officiels russes ont même parlé d’une mesure de type soviétique et la presse russe à elle titré sur la fin de l’Europe civilisée.

Les commentateurs français quand à eux ont ces derniers jours au contraire justifié ce racket fiscal imposé sur les comptes chypriotes par la Troïka en affirmant qu’après tout on y prélevait de l’argent sale et russe, ou russe et donc sale, et que par conséquent la mesure était justifiée. Mention spéciale à Marc Fiorentino pour qui il ne faut pas“s’emmerder” avec ce pays (…) Dans “lequel les gens ne payent pas leurs impôts (…) Et en frappant l’argent de la mafia russe”. Les Chypriotes apprécieront. Pour Christophe Barbier la mesure vise “l’argent pas propre de Chypre” ce que les milliers de petits salariés qui risquent d’être maintenant licenciés auront sans doute du mal à croire.

Les politiques ne sont pas en reste. Pour le Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères Bernard Cazeneuve “il est normal que les oligarques russes payent”, pour Alain Lamassoure “il est normal que la lessiveuse à laver l’argent sale qu’est Chypre soit arrêtée et que les oligarques russes payent” et pour Daniel Cohn-Bendit “qu’on taxe un oligarque russe ne va pas lui faire mal digérer ce qu’il a mangé ce soir” (sources). Quand a François d’Aubert il affirme lui “qu’il n’y a pas de raison que le contribuable européen finance l’épargne des oligarques russes”.

On aimerait bien entendre les mêmes commentateurs sur les investissements russes en Angleterre, ce pays qui accorde le droit de résidence à un grand nombre d’oligarques dont on peut grandement douter qu’ils aient fait fortune légalement, ou même et pour faire plus proche sur nombre d’investissements russes en France notamment sur la cote d’Azur à la fin des années 90.

Romaric Gaudin remet lui relativement les pendules à l’heure en rappelant que “Les Européens, prompts à pleurer sur le sort peu enviable de Mikhaïl Khodorkovski oublient que ce dernier avait construit son empire sur la banque Menatep, basée à… Chypre” ou encore que “Lorsque l’argent russe va vers Chypre, il est forcément sale. En revanche, lorsque l’argent russe construit un gazoduc sous la baltique vers l’Allemagne, investit dans le football britannique, il devient respectable”.

Les mythes sur Chypre ont la peau dure

A Chypre, en y regardant de plus près, la situation n’est pas vraiment celle décrite dans la presse francophone.

D’après l’économiste Natalia Orlova, le montant des dépôts dans les banques chypriotes s’élève à 90 milliards d’euros (particuliers et entreprises) dont seulement 30% est détenu par des personnes (morales ou physiques) pas originaires de la zone Euro. Les dépôts russes à Chypre sont selon elles estimés à environ 20 milliards et 13 milliards correspondent à des dépôts grecs, britanniques mais aussi du Moyen-Orient. L’immatriculation de sociétés a en effet contribué à la fortune de Chypre, qui offre il est vrai un cadre légal et fiscal avantageux et très souple. De nombreuses sociétés se sont ainsi très logiquement et légalement domiciliées à Chypre, au sein de l’Union Européenne. Parmi elles de nombreuses sociétés russes ayant des activités économiques intenses avec l’UE, bénéficiant à Chypre d’un régime fiscal avantageux (I.S à 10%) et d’un traité de non double imposition leur permettant donc de rapatrier leurs profits  en Russie sans être taxées deux fois.

Les arguments basés sur la “volonté de lutter” contre le blanchiment d’argent sale et russe, ou russe et forcément sale, ont tourné à la caricature grotesque puisque si les dépôts russes à Chypre se montent à environ 20 milliards d’euros, à titre de comparaison l’an passé, on a enregistré 120 milliards d’euros de mouvements de fonds russes vers Chypre, mais aussi et surtout 130 milliards d’euros de mouvements de fonds de Chypre vers la Russie (sources ici et la). Depuis 2005 les investissements de Chypre vers la Russie sont supérieurs aux investissements de Russie vers Chypre! Selon Marios Zachariadis, professeur d’économie à l’université de Chypre: “la proportion des avoirs étrangers illégaux à Chypre n’est pas supérieure à ce qu’elle est en Suisse ou au Luxembourg“, pays qui vient par ailleurs il y a peu de signer le traité de non double imposition avec la Russie tout comme Chypre. Une réalité confirmée par le secrétaire d’Etat allemand aux Finances, Stefan Kampeter qui a explicitement affirmé qu’il “n’y avait aucun signe à Chypre de dépôt illégal et que les allégations de blanchiment d’argent contre Chypre ne pouvaient être prouvées”.

Le parlement chypriote a voté contre le pan initial de la Troïka qui envisageait un prélèvement obligatoire sur tous les comptes de l’île et c’est seulement dans la nuit de dimanche à lundi dernier qu’un accord a été trouvé, à savoir le prélèvement de 100% des actifs au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la banque la plus malade de l’île, et un pourcentage non encore fixé (30 à 40%) au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la seconde grande banque du pays. En clair, le racket pur et simple de l’argent chypriote et non chypriote (russe, est européen, anglais et oriental) massivement stocké dans les deux principales banques de l’île. Est-ce normal que des actifs étrangers légaux payent pour la crise grecque? Peut-on imaginer les sociétés françaises ou américaines de Russie se faire taxer 40% de leurs actifs pour payer la dette d’un pays qui au sein de l’Union Eurasiatique serait mal en point? On peut tenter d’imaginer la réaction américaine dans une telle situation.

La guerre financière, entre énergie et orthodoxie

Chypre apparaît en réalité de plus en plus comme un maillon (un pion pour Thierry Meyssan) au cœur d’une tension géopolitique opposant de plus en plus directement et frontalement la Russie et l’Occident.

L’Eurogroupe a sans doute rempli ses objectifs réels. Tout d’abord celui de prendre une mesure test sur un pays de petite taille et qui a sans doute servi de laboratoire. Déjàl’Espagne et la Nouvelle Zélande se sont dites prêtes à faire passer une mesure similaire, pour combler le déficit de leurs systèmes bancaires. Nul doute que la liste va s’allonger. Les conséquences vont sans doute être très lourdes et pourraient insécuriser de nombreux titulaires de comptes dans la zone Euro. Bien que l’Eurogroupe répète en boucle que Chypre est un cas bien à part, nombreux sont les Européens tentés de déplacer leurs actifs financiers ailleurs, et sans doute outre-Atlantique, affaiblissant ainsi de plus en plus l’Europe et la zone euro. Les Chypriotes l’ont bien compris en brandissant dans la rue des pancartes “Nous ne serons pas vos cobayes” et alors que les rues de Nicosie sont pleines de messages adressés aux frères orthodoxes russes et que les manifestations de ces derniers jours voient fleurir les drapeaux russes.

Après la faillite de la Grèce, la Russie s’était engagée il y a près d’un an sur la voie du rachat du consortium gazier grec DEPA/DESFA par Gazprom. Ces négociations intervenaient quelques mois après la chute du régime libyen (et la perte financièreimportante liée pour Moscou) mais elles se sont visiblement arrêtées lorsqu’il y a un mois le département d’Etat américain a tout simplement mis en garde Athènes contre une coopération énergétique avec Moscou et déconseillé une cession de DEPA à Gazprom qui “permettrait à Moscou de renforcer sa domination sur le marché énergétique de la région”. Empêcher une plus grande intégration économique Russie-UE est-il vraiment dans l’intérêt de l’Europe aujourd’hui alors que le président chinois vient de faire sa première visite internationale à Moscou avec à la clef une très forte intensification de la coopération politique, militaire mais aussi et surtout énergétique entre les deux pays ?

En sanctionnant ainsi directement les actifs russes dans les banques de Chypre, c’est la Russie qui est directement visée et touchée. Bien sur les Russes ont logiquement des visées et elles sont bien plus importantes que la simple exploitation du gaz offshore dont le consortium russe Novatek a été exclu de façon assez inexpliquée. D’après l’expert en relations internationales Nouriel Roubini, la Russie vise simplement l’installation d’une base navale sur l’île (ce que les lecteurs de RIA-Novosti savent depuis septembre dernier) et que les Russes pourraient tenter de monnayer en échange d’une aide financière à Nicosie.

A ce titre, les négociations russo-chypriotes n’ont pas échoué contrairement à ce que beaucoup d’analystes ont sans doute hâtivement conclu. Mais Chypre ne se trouve sans doute pas suffisamment dans la sphère d’influence russe au vu de la dimension de tels enjeux. Il faudrait pour cela qu’elle quitte l’UE et rejoigne la Communauté économique eurasiatique, comme l’a clairement indiqué Sergueï Glaziev, le conseiller du président Poutine.

Il faut rappeler que Sergueï Glaziev avait au début de cette année dénoncé la “guerre financière totale que mènent les pays occidentaux contre la Russie aujourd’hui”. Une guerre financière qui semble confirmée par les dernières menaces de la BCE envers la Lettonie pour que celle-ci n’accueille pas d’éventuels capitaux russes qui pourraient vouloir sortir de Chypre.

Sur le plan extérieur, Chypre reste un maillon crucial pour la Russie dans le cadre de son retour au Moyen-Orient et en Méditerranée, mais aussi dans le cadre de ses relations avec l’Occident. Sur le plan intérieur, le pouvoir russe peut enfin montrer qu’il est décidé à maintenir ses objectifs de lutte contre l’offshorisation de l’économie russe, dont Vladimir Poutine avait fait un point essentiel, dans son discours de fin d’année 2012. C’est dans cette optique que le groupe public russe Rosneft vient d’indiquer qu’il allait rapatrier de plusieurs zones du monde réputées offshore les actifs hérités lors de l’acquisition de son concurrent anglais: TNK-BP, notamment de Chypre et des Caraïbes.

Au cœur du monde orthodoxe, la fin du rêve européen?

Mais pendant qu’Occident et Russie s’affrontent par territoires interposés au cœur de la Méditerranée (Grèce, Syrie, Chypre…) le peuple chypriote et les dizaines de milliers de travailleurs anglais et est-européens immigrés à Chypre vont payer la facture et sans doute traverser des années difficiles, Jean Luc Mélenchon a par exemple déjà promisl’enfer aux Chypriotes.

Alors que la Bulgarie a récemment  interrompu ses négociations d’intégration à l’euro, la Grèce continue à s’enfoncer dans l’austérité. A Chypre aujourd’hui, selon les derniers sondages, 67% des habitants souhaitent désormais que leur pays quitte la zone euro, l’UE, et se rapproche de la Russie, une position soutenue activement par l’église orthodoxe chypriote.

Au cœur de la Méditerranée et du monde orthodoxe, le rêve européen semble toucher à sa fin.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Samedi 23 mars, le gouvernement français a confirmé la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, le dirigeant d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) lors d’une opération militaire menée le mois dernier par la France au Nord Mali.

Dans un communiqué de presse du palais de l’Elysée, le président français, François Hollande, a confirmé que la mort de Zeid était survenue « lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar [montagne] des Ifoghas au Nord du Mali, à la fin du mois de février. »

Le 28 février, la chaîne algérienne Ennahar TV avait tout d’abord rapporté que Zeid avait été tué le 25 février en même temps que 40 militants islamistes lors de combats survenus près de la région montagneuse de Tigargara au Nord Mali. A l’époque, Paris n’avait ni démenti ni confirmé sa mort dans l’attente des résultats de tests ADN. Le 1er mars, le président du Tchad, Idriss Deby, avait dit que Zeid avait été tué par des troupes tchadiennes combattant aux côtés de la France.

La France a envahi le Nord Mali en janvier en affirmant que l’opération faisait partie de la « guerre contre le terrorisme » et visait à reconquérir des parties du Nord Mali contrôlées depuis 2012 par des milices islamistes et touareg. La France a envoyé quelque 4.000 soldats au Mali et supervisé le déploiement de quelque 8.000 soldats ouest-africains combattant aux côté des troupes françaises et des forces gouvernementales maliennes.

Paris a capturé des villes clé au Nord Mali, dont Gao, Kidal et Tombouctou d’abord par des frappes aériennes puis par des assauts terrestres. Le bilan des victimes civiles de la guerre de la France est toutefois encore inconnu «étant donné que Paris bloque les reportages sur la région ravagée par la guerre. Cinq soldats français ont été tués.

Le communiqué de l’Elysée affirme que la mort de Zeid est une victoire dans la guerre contre le terrorisme : « Cette disparition de l’un des principaux chefs d’AQMI marque une étape importante dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. »

En fait, l’intervention de l’armée française au Mali n’a rien à voir avec une lutte contre le terrorisme. C’est le prétexte pour une intensification de la guerre en Afrique qui est liée aux intérêts géostratégiques des puissances impérialistes et visant à miner l’influence de puissances rivales, notamment la Chine. La guerre, qui est menée pour le contrôle des régions du Mali potentiellement riches en pétrole et localisées au milieu de la région stratégique du Sahel, sert de couverture politique au déploiement des forces françaises, américaines et européennes dans le but de sécuriser les mines d’uranium du Sahel, des bases militaires et d’autres emplacements clé. (Voir : La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger».)

Tout comme al Qaïda et son dirigeant initial, Oussama ben Laden, AQMI a souvent aligné la politique réactionnaire de ses organisations sur les intérêts des puissances impérialistes.

Abou Zeid, d’origine algérienne, était un membre du parti islamiste algérien, le Front islamique du Salut (FIS). Zeid avait rejoint le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) dont les forces avaient à l’origine été mobilisées par l’impérialisme américain afin de combattre le régime de Kaboul soutenu par l’Union soviétique dans les années 1980 et 1990. Il était ensuite retourné en Algérie.

Mais Paris, qui était appuyé par Washington, s’était vivement opposé en 1990 à la victoire du FIS lors des élections algériennes, soutenant un coup d’Etat militaire. Ceci avait déclenché la guerre civile algérienne brutale, durant laquelle plus de 100.000 Algériens furent tués et durant laquelle le régime algérien avait renforcé ses relations avec la France, son ancienne puissance coloniale. De nombreux combattants islamistes algériens avaient cherché refuge au-delà de la frontière algérienne, au Nord Mali.

En 2007, le GSPC a changé de nom pour devenir Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique. Cependant, lors d’un autre virage abrupt, ces forces ont une fois de plus été mobilisées par l’impérialisme après les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Egypte durant l’hiver 2011.

Après avoir attaqué la Libye en mars 2011, Paris et Washington ont soutenu les milices islamistes liées à AQMI pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi. En Syrie, les puissances occidentales et leurs puissances régionales, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent encore le Front al-Nusra, qui est affilié à al Qaïda, encourageant une guerre civile visant à renverser le président Bachar al Assad.

La mort d’Abou Zeid ne mettra pas fin à la violence impérialiste administrée par la France à la population au Nord Mali, pas plus qu’elle ne marque une avancée dans une soi-disant lutte contre le terrorisme.

Sur fond de mécontentement populaire et de diminution du soutien pour la guerre dans les sondages publics, le gouvernement Hollande est en train de dire qu’il pourrait commencer à retirer des troupes dès le mois prochain. Le 20 mars, Hollande a annoncé que « la quasi-totalité du territoire sera revenue à la souveraineté du Mali dans quelques jours. »

En réalité les combats se poursuivent au Mali Nord. Samedi, des affrontements ont eu lieu après que les rebelles islamistes du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ont pénétré dans la ville de Gao. C’était la troisième attaque majeure depuis la prise de Gao par les troupes françaises et maliennes.

Selon Al Jazeera, « L’assaut montre que le MUJAO reste bien implanté et capable de lancer des attaques malgré les milliers de soldats français qui ont affranchi la plupart des villes du Nord Mali du contrôle des rebelles. »

Alors que la guerre continue au Mali, Paris poursuit ses ambitions impérialistes en promouvant les projets de coopération de reconstruction des entreprises françaises au Mali. Des responsables français et maliens ont organisé la semaine passée une conférence à Lyon pour discuter d’environ 300 projets locaux.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit, « Nous sommes en train de gagner la guerre. Il faut aussi gagner la paix. Et pour gagner la paix, il y a toute une série d’actions à la fois démocratiques et de développements. Et bien évidemment, les collectivités locales, l’Etat français et l’Europe, les collectivités internationales aussi, doivent aider à ce développement. Simplement, il faut maintenant que l’on assure la sécurisation [du pays]. »

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 25 mars 2013

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…Bergoglio vient de loin et, bien qu’il n’ait pas eu un rôle de premier plan dans l’église argentine complice de la dictature, il émerge de cette histoire avec un passé qui pourrait affaiblir son autorité et qu’il est utile de connaître, en dehors de toute démonisation ou sanctification. Pour commencer par les démonisations, la photo qui tourne depuis des heures sur Internet et qui fait en ce moment l’ouverture du site de l’hebdomadaire mexicain Proceso [Processus], où l’on voit un prélat donner la communion au dictateur Videla, est un faux : ce n’est pas Bergoglio. En outre, parmi les accusations que nous examinerons, contrairement à tout ce qui est affirmé de façon répétée, aucune n’a conduit à la mort de quiconque.

Il est difficile d’avoir été un prélat important dans l’Argentine des années 70 tout en restant étranger à une histoire de déchirements, drames, crimes, persécutions telle que celle de l’église argentine. Celle-ci, contrairement aux églises chilienne et brésilienne qui peuvent se prévaloir de plus de lumières que d’ombres, fut sûrement la pire, parmi toutes les églises catholiques, complice et souvent même ordonnatrice des crimes commis par les dictatures civilo-militaires qui dévastèrent l’Amérique latine dans les années 60 et 70. Il y a à peine un mois, une sentence de la magistrature mit noir sur blanc la pleine complicité de l’église catholique, y compris du primat de l’époque, le Cardinal Raul Primatesta et du nonce apostolique Pio Larghi, dans l’assassinat de l’évêque Enrique Angelelli et des prêtres Carlos de Dios Murias et Gabriel Longueville. La sentence confirmait tout ce qu’on savait à partir de mille témoignages et documents. Dans le cadre du génocide, l’église catholique argentine ne fut pas seulement complice : ses dirigeants perpétrèrent une sorte d’extermination interne en faisant éliminer prêtres et religieuses proches de l’option d’une préférence pour les pauvres décidée lors de la Conférence Eucharistique de Medellin en 1968, ou, simplement, gênants. Il y eut au moins 125 prêtres engagés dans ce mouvement qui moururent ou “disparurent”. Nombre de ceux qui perdirent la vie furent désignés aux bourreaux par les dirigeants catholiques mêmes, Tortolo, Primatesta, Aramburu, qui collaborèrent activement aux crimes aussi bien qu’à leur postérieure dissimulation.

Nous parlons ici d’une frontière ambiguë entre complicité et meurtre et c’est dans ce cadre qu’il faut mesurer actions et omissions. L’ordre auquel appartient le Pape François, l’ordre jésuite, reste en marge de la complicité avec la dictature pour les 30000 desaparecidos et la guerre intestine dans l’église même. Cependant, nombreuses sont les accusations qui frappent l’actuel pape argentin pour les six années où il a été Provincial des jésuites entre 1973 et 1979. La plus grave et circonstanciée est portée en particulier par Horacio Verbitsky, auteur de El Vuelo, le premier livre dénonçant les vols de la mort, toujours méticuleux dans ses accusations ; il est aujourd’hui président du CELS, la plus importante institution de défense des droits de l’homme du pays ; il accuse Bergoglio d’avoir refusé sa protection à plusieurs jeunes prêtres de son diocèse, trop exposés dans leur travail social avec les pauvres. Deux d’entre eux furent séquestrés pendant cinq mois. L’un d’eux, Orlando Yorio, rapporta à Verbitsky qu’il avait été livré par Bergoglio à Massera (1) lui-même, et nombreux sont les témoignages sur l’amitié entre le nouveau pape et l’Amiral membre de la Loge P2. “Bergoglio s’en est lavé les mains. Il ne pensait pas que j’en sortirais vivant.” Pour Emilio Mignone, l’une des plus pures figures de défenseur des droits de l’homme en Argentine, qui confirme et précise la dénonciation de Verbitsky, et auteur d’un texte aujourd’hui encore fondamental sur église et dictature, Bergoglio “est un de ces pasteurs qui ont livré leurs brebis.” Les accusations de Verbitsky sont aussi confirmées par Olga Wornat, dont le travail est en général étayé par un nombre énorme de témoignages.

Après la dictature, et même dans ces dernières années, Bergoglio a été appelé à témoigner dans de multiples circonstances , lors d’enquêtes et procès pour violation des droits de l’homme. Il n’a jamais parlé. L’auteur de ces lignes a personnellement vérifié dernièrement son silence face au magistrat qui enquêtait sur la séquestration d’une jeune femme enceinte. Ces indications sont-elles des précédents qui le rendent pleinement complice de la dictature ? c’est au lecteur d’en décider. Selon l’auteur, il serait aussi excessif de le pointer du doigt, qu’insuffisant de l’absoudre. Bergoglio ne fut ni un Aramburu ni un Von Wernich, mais tout aussi peu un père Mujica, un des prêtres assassinés. Il se trouvait dans une zone grise, quadragénaire en phase d’ascension, jouant un rôle important mais pas encore de premier plan, dans une église argentine où les uns ordonnaient de tuer et les autres risquaient d’être tués.

Bergoglio était depuis 1973 provincial des jésuites. Dans un ordre traditionnellement progressiste, et conduit par le Père Arrupe, le pape noir qui, au début des années 80, se heurtait à Jean-Paul II qui le réduisit à l’impuissance, c’est Bergoglio qui fut marginalisé par les siens. Pour Luis “Perico” Pérez Aguirre, prestigieux jésuite uruguayen, fondateur du SERPAJ et conseiller de l’ONU en matière des droits de l’homme, ( que l’auteur a eu l’occasion de rencontrer et d’admirer avant sa mort en 2000), dans un témoignage recueilli par Olga Wornat, “Bergoglio [qui s’était depuis longtemps voué à une relation d’absolue obéissance à Karol Wojtyla] bouleversa complètement le caractère de la Compagnie qui, de progressiste, devint conservatrice et rétrograde. J’ai rompu tout rapport avec lui, surtout du fait de son comportement pendant la dictature.”

Ce changement aura été structural : dans la rétrograde Eglise argentine, la Compagnie ne fait plus exception. Bergoglio cependant voit plus loin et c’est en dehors de son ordre qu’il trouvera moyen de rentrer en piste. Formellement encore jésuite, à partir de 1979 il évoluera en dehors de son ordre. Il doit une grande partie de sa carrière au successeur de Primatesta, Antonio Quarracino. Différent de Primatesta et avec un lointain passé progressiste déjà clos à la fin des années 60, Quarracina était rien moins qu’un saint. L’ostentation des richesses (il suffit de penser à Aramburu) est un autre trait des hiérarchies argentines dont le nouveau pape est complètement exempt : choisir comme auxiliaire Bergoglio, cet évêque simple et irréprochable, était pour Quarracino une façon de se protéger de bien des critiques.

Bergoglio ne se compromettait pas dans les fêtes auxquelles assistait le cardinal Quarracino dans la maison d’Olivos et où il se complaisait comme un quelconque Apicella à jouer de la guitare pour Carlos Menem. C’était là d’autres années sombres pour l’Argentine, celles du ménémisme. Bien des choses éloignent les deux prélats. Le primat avait des intérêts mondains, l’auxiliaire jouait son rôle d’évêque, centrant sa mission sur la formation des prêtres et l’attention au peuple des bidonvilles qui aujourd’hui encore entourent de toutes parts le grand Buenos Aires. Bergoglio sut conserver avec Quarracino des relations cordiales mais distantes. C’était peut-être la seule façon de rester fidèle à ses voeux de chasteté et pauvreté aussi bien qu’à son voeu d’obéissance.

C’est dans cette relation entre deux prélats si différents que Bergoglio se construisit un rôle de point de référence pour une nouvelle génération de prêtres argentins, notamment lorsque, premier jésuite de l’histoire, il succéda au Cardinal Quarracino en 1998. Sur ses épaules retombera la responsabilité de racheter une église catholique au passé ténébreux. Mais alors aussi se firent jour les caractéristiques qui aujourd’hui l’ont porté sur le trône pontifical : la main de fer avec laquelle il a conduit l’église argentine (et qui en fait maintenant un épouvantail pour la curie romaine), une préoccupation sociale marquée, la critique de la politique. Surtout, Bergoglio (et c’est une ligne de force marquante) montre un intérêt extraordinaire pour la vie de ses prêtres : il se préoccupe de leurs besoins matériels, il est présent, il est proche et accessible. Même Clelia Luro (qui a apporté son témoignage à l’auteur), la terrible compagne de l’évêque Jeronimo Podestà, sauve Bergoglio, et lui seul, parmi tout le clergé argentin qui avait isolé le prélat lorsqu’il avait décidé de mener la bataille pour la fin du célibat. Quoiqu’il ne partageât pas les positions de l’évêque, qui fut finalement ramené à l’état laïque, Bergoglio resta humainement proche de lui jusqu’à la fin.

Cependant, le passé revient et le profil de Bergoglio reste bas. Il essaie de se défendre lui-même ainsi que l’église argentine. Pour celle-ci en particulier, il y a peu de chose à défendre. Primatesta et Aramburu avaient élevé un mur d’inaccessibilité face aux proches des victimes qui (contrairement à ce qui s’était passé avec le Vicariat de la Solidarité à Santiago du Chili), n’avaient même pas trouvé de sûreté dans l’église. Une tache indélébile continue à éloigner bien des fidèles de l’église catholique. Lui a choisi de dénoncer de façon générale et souvent nette les péchés (selon une position qui rappelle la théorie des deux démons), mais de sauver les pécheurs, aussi bien lorsqu’il a été appelé à témoigner devant les tribunaux que lorsqu’il a écrit ou pris des décisions politiques. Lorsqu’en 2007 il fut appelé à prendre des mesures à l’encontre de Christian Von Wernich, le prêtre condamné à la prison pour avoir personnellement séquestré 42 personnes, en avoir assassiné 7 et torturé 32, il prononça des paroles fortes mais ne prit aucune sanction, contrairement à ce que demandait tout le monde de la démocratie et des droits de l’homme. Von Wernich purge aujourd’hui sa peine, mais il reste un prêtre à tous les effets, et aucune mesure disciplinaire n’a été prise à l’égard d’un tortionnaire que toutes ses victimes décrivent comme un véritable démon.

Mais qui est véritablement Jorge Bergoglio, le Pape François, qui commence son chemin d’évêque de Rome avec un aussi lourd passé ? Intégrationniste de droite, il met les pauvres au centre de son apostolat. Proche de la dictature militaire, il rend hommage aux prêtres assassinés par celle-ci. Il a eu une carrière complètement à contre-courant, conservateur dans un ordre considéré comme progressiste, premier jésuite primat argentin, premier jésuite pape, premier pape latino-américain. Ennemi des progressistes et de tous les politiciens (il les déteste et ne l’envoie pas dire, presque grillien en cela) et éloigné des organismes pour les droits de l’homme, il exige de l’Etat une éducation religieuse et est opposé aux contraceptifs, mais nul ne peut l’accuser de ne pas respecter ses voeux, en particulier celui de pauvreté.

L’auteur de ces lignes déconseille de le ranger dans la catégorie, qui lui est étrangère, des prêtres provenant de “l’église jeune” et autres simplifications journalistiques que nous rencontrerons demain. Il vient d’une église structurée et complexe et d’une réalité métropolitaine des plus dures. L’association avec la ligne de Medellin est donc tout à fait hors de propos. L’attention de Bergoglio aux pauvres est d’essence constamment caritative, jamais politique. Cependant, il faut aussi rejeter l’interprétation ténébreuse de pure et simple complicité avec la dictature, celle d’un pape choisi pour arrêter le changement en Amérique. Bien qu’il soit une personnalité bien différente de celle de Ratzinger, il présente des traits d’une forte continuité, surtout avec Karol Wojtyla. Celui-ci mena et remporta la bataille contre la théologie de la libération sans comprendre les origines de celle-ci, pour ensuite perdre la bataille contre les églises protestantes. C’est là qu’on attend le nouveau pape, à partir de son prochain voyage au Brésil.

A Buenos Aires, ses amis disent (sans qu’aucun détracteur le conteste) qu’il disparaît chaque fois qu’il le peut pour se rendre dans des orphelinats, des prisons, des hôpitaux, afin de remplir son apostolat. Pourra-t-il le faire aussi à Rome ?

Gennaro Carotenuto (sinistrainrete, le 14 mars 2013).

Note :

(1) Massera, membre de la junte argentine et principal responsable de la “guerre sale”, a été condamné à perpétuité en 1985 ; gracié par Menem en 1990, il sera réincarcéré en 1998, sous le chef de crimes contre l’humanité, non prescriptibles. C’est cette affaire qui mènera à l’annulation du principe de Obediencia debida y punto final, c’est-à-dire l’impunité pour les militaires de la dictature.

Article original en anglais  : http://www.gennarocarotenuto.it/22713-il-papa-argentino-fran…

Traduction : Rosa Llorens

Version française publiée sur le Grand Soir.

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Etats-Unis : Enseigner la guerre aux enfants.

mars 26th, 2013 by David Swanson

Le Musée National de l’Histoire des Etats-Unis et le multi-milliardaire qui vient d’y financer une nouvelle exposition, voudraient vous faire croire que nous allons devoir faire plus de guerres si nous voulons être libres. Peu importe que nos libertés semblent se réduire chaque fois que nous sommes en guerre. Peu importe que des quantités d’autres pays bénéficient de plus de liberté que nous sans avoir fait la guerre. En ce qui nous concerne, la guerre est le prix de la liberté. C’est pourquoi cette nouvelle exposition s’intitule : “Le prix de la liberté : les Etasuniens en guerre.”

L’exposition s’ouvre sur ces mots : “Les Etasuniens sont allés à la guerre pour conquérir leur indépendance, agrandir leur territoire, définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde.” Ils sont vraiment idiots ces Canadiens qui ont obtenu leur indépendance sans faire la guerre, n’est-ce pas ? Imaginez tous les gens qu’ils auraient pu tuer ! L’exposition est étonnamment assez honnête en ce qui concerne l’impérialisme, en tous cas des premières guerres. Il est bien spécifié, même si cet aveu est accompagné des justifications d’usage, que l’un des objectifs de la guerre de 1812 était de conquérir le Canada.

Par contre, en ce qui concerne la seconde partie de l’exposition : “… définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde”, le texte de présentation est proprement scandaleux. L’exposition, du moins pour ce que j’ai pu en voir sur Internet, n’explique absolument pas en quoi une guerre peut aider à “définir nos libertés”. Et, inutile d’ajouter que c’est le gouvernement, et pas les “Etasuniens” qui croit avoir des “intérêts dans le monde” qui doivent être “défendus” par la guerre.

L’exposition est un tissu de mensonges et de falsifications. La guerre civile étasunienne est présentée comme “le conflit le plus meurtrier des Etats-Unis.” Vraiment ? Parce que les Philippins ne saignent pas ? Ni les Vietnamiens ? Ni les Irakiens ? Voilà ce que nous enseignons à nos enfants ! La guerre espano-étasunienne est présentée comme une tentative de “libérer Cuba” et tutti quanti. Mais c’est par omission que l’exposition pèche le plus. Elle passe sous silence les faux prétextes utilisés pour déclarer les guerres, elle ignore ou minimise hypocritement les morts et les destructions. Elle expédie rapidement les guerres qui sont trop récentes pour que nous puissions les regarder en face.

L’exposition fournit aux enseignants un manuel qui est supposé recouvrir les 12 dernières années de guerre (qui ont causé la mort de 1,4 million personnes rien qu’en Irak) mais qui en fait ne parle que des événements du 11 septembre. Il commence ainsi :

Le 11 septembre a été une épouvantable tragédie. Les attaques dévastatrices perpétrées par des terroristes d’al Qaeda sur le territoire étasunien ont fait 3 000 morts et déclenché une guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis. Les événements de cette journée auront des conséquences sur les décisions sur la politique intérieure et étrangère pendant encore de nombreuses années. A 20H46, le 11 septembre 2001, un avion de ligne a percuté la tour du nord du World Trade Center de New York. Les pompiers et les sauveteurs se sont précipités sur les lieux. Comme on commençait à diffuser les premières images à la TV, les spectateurs horrifiés ont pu voir le second avion percuter la tour du sud à 21H03. Trente minutes plus tard, un troisième avion s’est écrasé sur le Pentagone. Un autre avion qui se dirigeait vers Washington, D.C., s’est écrasé en Pennsylvanie après que les passagers se soient opposés aux pirates de l’air. Le pays a chancelé. Mais les Etasuniens ont décidé de répliquer inspirés par les paroles d’un des passagers qui ont fait échouer la dernière attaque : ’Vous êtes prêts les gars ? On y va !’”

En parlant avec des enseignants qui ne sont pas des sociopathes, on s’aperçoit que ce genre “d’enseignement” dispensé par nos musées a un impact épouvantable sur les étudiants. Il faut lire Teaching About the Wars (enseigner les guerres, ndt) qui vient de sortir. Le livre est écrit par des enseignants qui essaient de fournir à leurs étudiants une analyse des guerres plus complète et plus honnête que ce qu’on trouve d’ordinaire dans les livres de classe dont beaucoup sont encore pires que l’exposition dont je viens de parler. Ces professeurs/auteurs affirment que lorsqu’un enseignant prétend ne pas avoir d’opinion, il enseigne aux enfants la paresse morale. Prétendre être indifférent à ce qui se passe dans le monde apprend aux enfants à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Selon eux, les enseignants doivent avoir un point de vue mais en fournir d’autres à leurs élèves pour leur enseigner l’analyse critique, le doute, et le respect des opinions des autres.

D’après eux, on ne devrait pas inciter les étudiants à rejeter en bloc toutes les déclarations officielles ni à penser que la vérité est inatteignable. Il faut au contraire former leur esprit critique pour qu’ils puissent évaluer le degré de vérité de ces déclarations et se faire leur propre opinion. Jessica Klonsky écrit :

“Parmi les cours sur les médias que j’ai donnés, un de celui qui a eu le plus d’effet comprenait un exercice de comparaison entre deux points de vue médiatiques. J’ai d’abord montré les premières 20 minutes de ’Salle de contrôle’, un documentaire en Arabique de Al Jazeera, la chaîne de TV internationale du Qatar. Et beaucoup de mes étudiants ont réalisé pour la première fois qu’il n’y avait pas que les soldats qui mouraient pendant les guerres.”

Les soldats étasuniens représentent 0,3 pour cent des morts de la guerre en Irak de 2003-2011. Ces élèves n’avaient jamais entendu parler des 99,7 autres pour cents. Apprendre ce que la guerre est réellement est certainement une des importantes leçons qui manquent dans notre système d’éducation.

Un autre sujet de cours important porte sur qui déclare la guerre et pourquoi. Bill Bigelow présente un modèle de cours qui permet à des enseignants de mettre leurs élèves face à des situations réelles mais en changeant les noms des pays. Ils peuvent discuter de ce que les pays auraient dû faire avant d’apprendre que l’un des pays est le leur et avant d’apprendre ce qu’il a fait en réalité. Puis ils peuvent commenter ses actions. Bigelow commence aussi son enseignement sur la “guerre contre le terrorisme” en demandant aux étudiants de définir le mot “terrorisme” (et non pas en s’attaquant les uns les autres, ce qui est sans doute la manière dont le Musée National d’Histoire Etasunienne recommanderait de “définir” ce mot).

Un professeur termine son cours sur le sujet en demandant “Quelle différence pensez-vous que cela ferait si tous les élèves du pays avaient la discussion que nous avons aujourd’hui ?” Il est clair qu’une question de ce genre encourage les futurs enseignants parmi ses étudiants à faire bénéficier leurs futurs élèves d’un niveau d’enseignement qui n’a plus rien à voir avec la mémorisation des dates de batailles présentée par le professeur comme un bon moyen d’impressionner les autres.

Un bon enseignement peut-il concurrencer le Musée de l’air et de l’espace sponsorisé par Lockheed Martin, les jeux vidéos, Argo, Zero Dark 30, les mensonges sophistiqués des recruteurs, le Projet de Commémoration du Vietnam, l’instrumentalisation du drapeau par les réseaux de télévision, les fascistes assurances d’allégeance quotidiennes et le manque de perspective d’une vie meilleure sur d’autres bases. Parfois oui. Et de toutes façons plus il se répand, mieux c’est.

Un des chapitres de Teaching About the Wars décrit un programme pour établir des contact entre des élèves étasuniens et des élèves d’Asie occidentale par le biais de vidéos discussions. Cela devrait faire partie de l’éducation de tout les jeunes. Je vous garantis que les “pilotes” de drones que notre gouvernement utilise pour établir à distance des liens en temps réel beaucoup plus destructeurs avec des pays étrangers n’ont jamais parlé à de petits étrangers quand ils étaient jeunes.

David Swanson

Article original en anglais :

war

“American Education”: Teach the Children War, 20 mars 2013

Traduction : Dominique Muselet

Version française publiée sur le Grand Soir.

David Swanson est l’auteur de War is a Lie. Il habite en Virginie.

Ne touchez pas à la Syrie!

mars 26th, 2013 by Bill Van Auken

Lorsqu’il a entamé mercredi 21 mars une visite de deux jours en Israël, le président américain Barack Obama a lancé des menaces belliqueuses à la fois contre la Syrie et contre l’Iran. Cette visite, qui avait ouvertement le caractère d’un conseil de guerre israélo-américain, montre clairement que dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain est en train de planifier des crimes encore plus grands au Moyen-Orient.

Le président démocrate a menacé le régime syrien de Bachar al-Assad de le « tenir responsable d’avoir recours à des armes chimiques ou de les passer à des terroristes, » ajoutant que s’il y avait des preuves que de telles armes ont été utilisées cela « changerait la règle du jeu ».

Sur l’Iran, Obama a réitéré son serment « d’empêcher ce pays d’avoir une arme nucléaire » et que « toutes les options étaient sur la table, » tout en reconnaissant le « droit » à Israël d’agir unilatéralement contre l’Iran. Il « n’y a pas beaucoup de différence » entre les Etats-Unis et Israël au sujet de l’Iran, a-t-il dit.

Les remarques d’Obama ont été faites un jour après le dixième anniversaire de l’invasion américaine de l’Irak. Ni discours ni cérémonie ne fut organisé mardi par le gouvernement Obama ou le Congrès pour marquer le début d’une guerre dans laquelle furent envoyés 1,5 million d’Américains et au cours de laquelle près de 4.500 d’entre eux sont morts et des centaines de milliers d’autres ont subi des blessures physiques ou psychologiques.

Dans un tel cas, le silence est signe de culpabilité. Les deux partis politiques, chaque ministère du gouvernement, les médias et les grands groupes américains ont été directement complices dans ce qui représente incontestablement le plus grand crime de guerre du 21ème siècle : une guerre non provoquée lancée sur la base de mensonges contre un pays quasi sans défense et qui a coûté la vie à près d’un million de personnes, laissant une société entière en ruines.

L’élite dirigeante américaine insiste maintenant pour déclencher des conflits encore plus grands et plus destructifs en dépit d’une opposition massive à la guerre. De manière orwellienne, des prétextes connus et discrédités concernant des « armes de destruction massive », le terrorisme et la promotion de la « démocratie » sont ressassés, cette fois-ci pour justifier une guerre contre la Syrie.

Au Congrès, il y a eu une avalanche d’appels en faveur de nouvelles guerres au Moyen-Orient. L’amiral James Stavridis, le chef du Commandement allié du Pentagone en Europe, a témoigné mardi devant la Commission des forces armées du Sénat au sujet d’une planification approfondie par l’OTAN d’une intervention en Syrie. « Nous examinons un large éventail d’opérations et nous sommes prêts, si on nous le demande, à nous engager comme nous l’étions en Libye, » a-t-il dit.

Selon Stavridis, la mise en place d’une « zone d’exclusion aérienne » est sérieusement étudiée. Des appels en faveur d’une telle zone d’interdiction de vol en Libye, approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies en mars 2011, avaient été à l’origine d’une campagne de bombardement des Etats-Unis et de l’OTAN et d’une guerre visant à un changement de régime.

Le président de cette commission, le sénateur Carl Levin, (Démocrate du Michigan) avait dirigé l’audition de Stavridis. La veille, il s’était exprimé devant le Conseil sur les relations étrangères et avait réclamé l’établissement d’une « zone protégée le long de la frontière turco-syrienne » et sur le recours à la force militaire « pour s’en prendre à une partie de la défense aérienne syrienne et des forces aériennes syriennes. »

Des résolutions furent soumises à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat pour réclamer une intensification de l’armement et de l’entraînement des « rebelles » luttant pour le renversement d’Assad et qui sont soutenus par l’Occident.

Entre-temps, le recours apparemment à des armes chimiques et qui a coûté mardi 19 mars la vie à plus de trente Syriens a suscité à Capitol Hill (siège du Congrès) de nouvelles demandes pour une intervention directe américaine.

Le gouvernement syrien a accusé les combattants soutenus par l’Occident d’avoir tiré le missile armé d’une tête chimique. De toute évidence, l’engin a touché un village contrôlé par le gouvernement à l’extérieur de la ville d’Alep. Des sources de l’opposition ont dit que la plupart des victimes étaient des soldats du gouvernement syrien alors que des sources en Syrie les ont décrites comme étant des civils alaouites, une population qui soutient en grande partie Assad.

Des législateurs ont évoqué les menaces antérieures d’Obama selon lesquelles le recours à l’arme chimique en Syrie constituait une « ligne rouge » qui provoquerait une intervention américaine. « Si les articles d’aujourd’hui sont fondés, la ligne rouge du président a été franchie, et nous l’exhorterions à prendre une action immédiate pour imposer les conséquences qu’il a promises, » ont dit les sénateurs républicains Lindsey Graham et John McCain dans un communiqué commun.

Dans une interview, Graham est allé plus loin et a réclamé l’envoi de troupes américaines au sol en Syrie pour sécuriser ses armes chimiques, une opération que le Pentagone a jugé nécessiter 75.000 soldats et Marines.

La logique tordue de cette campagne est que la guerre civile sectaire, qui dure depuis deux ans et que les Etats-Unis et leurs alliés en Europe, en Turquie et les monarchies du golfe Persique, ont fomentée, financée et armée, a affaibli le régime Assad à un point tel que ses armes chimiques pourraient tomber entre les mains de terroristes.

Cependant, ces terroristes, comme le Jabhat al-Nusra qui est lié à al Qaïda et d’autres milices djihadistes, forment les principales troupes de choc de la guerre appuyée par l’Occident en vue d’un changement de régime.

En ce qui concerne l’affirmation que Washington est en train de promouvoir la « démocratie » en Syrie, il ne pourrait y avoir de réfutation plus révélatrice que l’« élection » lundi du premier ministre d’un nouveau « gouvernement intérimaire » qui doit être installé sur la partie du territoire syrien saisie par les soi-disant rebelles. Le vainqueur, choisi par à peine 35 membres du Conseil national syrien formé sous la tutelle du Département d’Etat américain, est Ghassan Hitto. Un citoyen américain et cadre supérieur d’une entreprise de télécommunications basée au Texas qui avait quitté la Syrie il y a plus de 30 ans, à l’âge de dix-sept ans.

Les prétextes idéologiques pour une guerre américaine en Syrie sont encore moins cohérents que ceux utilisés il y a dix ans pour la guerre en Irak. Les véritables forces motrices sont les mêmes. Ce qui est impliqué c’est une guerre prédatrice visant à redessiner la carte du Moyen-Orient de façon à servir les intérêts de l’impérialisme américain et à garantir son hégémonie sur les ressources énergétiques de la région. Une guerre pour un changement de régime en Syrie fait partie d’une campagne plus générale pour une guerre contre l’Iran qui comporte le risque d’un engagement de la Russie et aussi de la Chine.

Alors que l’establishment dirigeant américain voudrait enterrer la mémoire de la guerre en Irak, la population laborieuse a tiré ses propres conclusions et un sondage d’opinion après l’autre montre que l’écrasante majorité est d’avis qu’elle n’aurait jamais dû être menée.

La tentative d’imposer, en recourant aux mêmes mensonges réchauffés, une nouvelle guerre à la population américaine, s’accompagne d’une attaque grandissante des emplois et des niveaux de vie ainsi que de révélations permanentes sur la criminalité de l’aristocratie financière dans l’intérêt de laquelle ces guerres sont menées. Un tel mélange volatile est le meilleur moyen pour conduire à des explosions sociales aux Etats-Unis et au développement d’un mouvement politique de masse contre les guerres impérialistes en Irak, en Syrie et au-delà.

Bill Van Auken

Article original WSWS, paru le 21 mars 2013

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Une heure pour la planète : Une escroquerie éhontée

mars 26th, 2013 by Tony Cartalucci

Rien ne représente mieux le mouvement environnementaliste kidnappé par le monde entrepreneurial que cette escroquerie éhontée qu’est « Une heure pour la planète ». Une fois par an, nous sommes bombardés dans le monde entier, par une campagne de publicité destinée à nous faire « sentir bien » sur toutes les radios, réseaux de télévisions, panneaux d’affichage, journaux, magazines et tout autre moyen possible et imaginable pour promouvoir un évènement consistant à fermer la lumière pendant une heure par an, pour « prendre position contre le changement climatique »

Image : Ce qu’Al Gore ne vous dit pas : le CO2 était 1000 fois plus élevés durant la période du Crétacé et le niveau de l’eau était si élevé que l’Amérique du Nord avait une mer intérieure. L’Antarctique était couvert de forêts tempérées et de dinosaures.

 

Video: Corbett Report

La science n’a pas réussi à prouver que le changement climatique anthropique se produit réellement, à tel point que certains de ses promoteurs, comme par exemple John Holdren de la Maison-Blanche, ont rebaptisé le « réchauffement planétaire » en « changement climatique » puis en une nouvelle version plus ambigüe, la « perturbation climatique ». Toutefois les preuves suggèrent que les « scientifiques » qui vendent cette théorie ont trompé le public à maintes reprises. Il convient de noter que John Holdren est une créature du Belfer Center de Havard, nommé en l’honneur du magnat corrompu du pétrole Robert Belfer. La plupart des politiques issues du Centre Belfer, se retrouve devant des délégués assistant aux sommets très inefficaces et frauduleux sur le changement climatique, comme ceux s’étant tenus récemment à Copenhague et Cancun.

Si l’on regarde de plus près les entreprises parrainant « Une heure pour la planète » ou même les commanditaires du World Wild Fund (WWF),(incluant des entreprises figurant sur la liste du Fortune 500 page 24, pdf, et ici) ou la myriade de banksters et de pétroliers qui dirigent les centres de politique du climat comme le Centre Belfer, il faut comprendre que non seulement les gros intérêts pétroliers et le reste des entreprises polluant la planète ont détourné le mouvement environnementaliste ainsi qu’une multitude d’activistes bien intentionnés, mais que ces intérêts corporatistes l’utilise désormais pour souiller davantage la planète et sa population avec une justification morale.

Pouvons-nous nous attendre à autre chose de la part d’une aussi grande organisation ayant autant d’affiliations entrepreneuriales?

Les solutions proposées pour résoudre ces problèmes impliquent bien sûr de plus grandes consolidations de pouvoir entre les mains de gouvernements, les solutions étant la taxe sur le carbone payée directement aux banquiers, des lois et règlementations et règlementations, et des lois, qui ne peuvent être suivies que seules des entreprises puissantes peuvent se permettre, éliminant ainsi la concurrence, ainsi qu’une liste de solutions inefficaces qui ne font que donner plus de pouvoir à ces mêmes entreprises à l’origine des dommages environnementaux, dommages réels et vérifiables.

L’horloge du carbone de la Deutsche Bank

 

Qu’en est-il des véritables dangers pour l’environnement? Qu’en est-il de l’industrie nucléaire débridée, de l’uranium appauvri répandu dans les théâtres de guerre toujours plus nombreux où s’engage l’Occident en expansion permanente, des plantes et des animaux génétiquement modifiés qui déplacent et altèrent les espèces naturelles qui habitent cette planète? Et que dire de la méga-industrie agroalimentaire inefficace, avec sa logistique volumineuse et ses quantités faramineuses de produits dérivés du pétrole, des herbicides toxiques et des pesticides largués dans notre nourriture par des entreprises comme Monsanto, du libre-échange entraînant l’utilisation de tonnes carburant diesel pour transporter des babioles en plastique des usines chinoises aux rives américaines et la liste est infinie.

En général, les véritables solutions n’impliquent pas les entreprises ou les gouvernements. En réalité, il est plutôt nécessaire de les exclure. Nous devrions tous pouvoir nous entendre sur le mariage entre les intérêts des entreprises et les règlementations gouvernementales, peu importe notre allégeance politique.

Les véritables solutions impliquent une véritable éducation dans les domaines scientifique, technologique, du design et de la fabrication. Cela donne du pouvoir aux personnes à tous les niveaux de la société, afin qu’elles évaluent précisément les problèmes et appliquent des solutions localement. Combiné aux technologies modernes de production, cela permet d’en faire davantage au niveau local, court-circuitant ainsi les chaînes logistiques intensives des pétroliers sans lesquels les commanditaires du WWF comme Walmart ne pourraient vivre.

L’agriculture bio à un niveau local conjuguée aux marchés des fermiers locaux élimine totalement la nécessité des poisons, des engrais et des cultures Frankenstein génétiquement modifiées de Monsanto, et remplace les réseaux logistiques de distribution de l’agroalimentaire consommant d’énormes quantité de pétrole.

En fait, lorsqu’on y pense, presque toutes ces véritables solutions impliquent l’action locale et communautaire. Elles ne nécessitent pas de politique, de taxe ou de règlementations, mais plutôt de la technologie, de l’éducation et des solutions techniques constructives et pragmatiques, qui rendraient non seulement notre environnement, mais aussi nos économies locales et nos communautés plus habitable et autosuffisantes. L’attrape c’est que, vous l’aurez noté, aucune de ces activités ne nécessite de commanditaires, comme ceux du WWF, c’est-à-dire Walmart, Nike, IBM, Toyota, Bank of America, Coca-Cola, HSBC, Citigroup, IKEA, Nokia etc. Et voilà pourquoi ce n’est pas mis en pratique.

Peut-on logiquement voir pourquoi les vrais problèmes et leurs solutions se font pirater par des conglomérats comme le WWF? Est-il sensé de les voir offrir des solutions « alternatives », centralisées et dépendantes des entreprises remplaçant l’activisme local?

Enquêtez vous même au sujet du WWF et des ses commanditaires commerciaux et vous verrez combien d’entre eux sont sur cette liste, « Naming Names », qui expose les entreprises et les intérêts spécifiques qui nous maintiennent en état de guerre perpétuelle et au bord de la ruine financière.

Pouvons-nous honnêtement penser que ces entreprises se préoccupent de la gestion responsable de la planète? Se soucient-elles des gens? Se soucient-elles de l’environnement? Ne sont-elles pas au centre des plus horribles scandales, atrocités et guerres de notre époque? Si vous vous préoccupez de votre environnement, alors faites vous une faveur : gardez vos lumière allumée pendant la prochaine « heure pour la planète », et lisez un peu sur la façon dont vous pouvez acquérir du pouvoir, pour vous et votre communauté et devenir indépendants de ces entreprises avides de pétrole, ravageant le monde faisant la promotion de leur version de « l’environnementalisme » par le biais d’organisations piratées comme le WWF. Elles ont créé une religion à leur image, malthusienne, misanthrope, prêtant obéissance servile à une gouvernance mondiale « promettant » d’arranger les problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés.

Soyons plus intelligent et regardons au-delà de coup de relation publique que constitue cette campagne d’« Une heure pour la planète » et cherchons des solutions locales. Pensons et agissons localement. Vous connaissez les problèmes de votre localité et vous savez fort probablement comment les arranger. Vous et vos voisins pouvez surtout comprendre que cela est dans votre meilleur intérêt et vous n’avez pas besoin de charlatans comme Al Gore pour vous tenir la main en lui payant des taxes sur le carbone.

Pour en savoir plus sur des solutions réelles qui ne promeuvent pas seulement la liberté, mais nous donnent des outils pour créer des solutions technologiques locales plus efficaces et plus propres, veuillez consulter ces liens (en anglais) :

Decentralize Big-Retail

Self-Sufficiency

Alternative Economics

The Lost Key to Real Revolution

Boycott the Globalists

Tony Cartalucci

Article original:

http://landdestroyer.blogspot.jp/2013/03/earth-hour-2013-still-despicable-hoax.html

Traduction : Mondialisation.ca

 

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L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

mars 26th, 2013 by Manlio Dinucci

Double engagement répété par Obama dans sa visite en Israël. L’alliance toujours plus forte des USA avec l’Etat israélien, confirmée par le fait que « nos militaires et nos services de renseignement coopèrent plus étroitement que jamais ». Ceci est indubitable. La création d’ « un état palestinien indépendant et souverain ». Ceci est faux. L’ « Etat palestinien » auquel on pense à Washington ressemble beaucoup à une « réserve indienne » : il y a quatre mois, aux Nations Unies, les Usa ont même voté avec Israël contre la reconnaissance de la Palestine en tant qu’ « Etat observateur non membre ». Mais se déclarer favorables à un Etat palestinien accrédite l’idée que les Etats-Unis sont engagés, comme jamais, pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Obama a en outre joué le médiateur de paix entre la Turquie et Israël : Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».

Après ses rencontres en Israël, Obama a fait escale à Amman, en réaffirmant « l’engagement des Etats-Unis pour la sécurité de la Jordanie », mise en danger par la « violence qui filtre à travers la frontière avec la Syrie ». Il reste à voir, cependant, dans quelle direction. Comme informe le Guardian, des instructeurs étasuniens, aidés par des collègues français et britanniques, entraînent en Jordanie les « rebelles » qui sont infiltrés en Syrie. Le cercle se resserre ainsi autour de la Syrie, avec une opération sous direction Usa/Otan menée à travers la Turquie et Israël (à présent réconciliés) et la Jordanie. Et, pour l’estocade finale,  le casus belli est prêt : le lancement d’un missile à tête chimique, qui a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la zone d’Alep.

A Jérusalem, Obama a exprimé sa solidarité avec « la préoccupation croissante d’Israël pour les armes chimiques de la Syrie voisine », en avertissant que, si l’enquête trouvait les preuves que ce sont les militaires syriens qui ont utilisé l’arme chimique, cela « changera les règles du jeu ». En d’autres termes, c’est une menace d’intervention « préventive » USA/Otan en Syrie, au motif de bloquer l’arsenal chimique avant qu’il ne soit utilisé. Si de telles «preuves » émergeaient, cela voudrait dire que le gouvernement syrien a décidé d’utiliser un missile à tête chimique contre ses propres soldats et civils loyaux au gouvernement (la quasi-totalité des victimes), pour fournir aux Usa et à l’Otan, sur un plateau d’argent, la justification pour attaquer et envahir la Syrie. En attendant, en même temps que des dollars et des armes, Washington a déjà fourni aux « rebelles » le futur premier ministre : Ghassan Hitto, citoyen étasunien d’origine syrienne. Un executive[1] texan dans la technologie d’information, choisi formellement par les « rebelles ».

Qu’est-ce qu’Obama devrait faire d’autre pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient ?

 

Edition de mardi 26 mars 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130326/manip2pg/14/manip2pz/337945/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] Executive, en anglais dans le texte, est le mot qui revient absolument invariablement dans les présentations anglophones du nouveau premier ministre syrien déniché au Texas par l’administration étasunienne (et « alliés ») : mot générique qui en dit long non seulement sur le flou entourant ce que Monsieur Hitto a fait jusque là mais aussi sur l’arrogance et le mépris de cette même administration (et « alliés ») qui ne ressent aucune nécessité à donner le moindre vernis de crédibilité à ses larbins. L’analyse précise du langage de l’empire, en deçà et au-delà de ses effets d’annonce, donne des clés essentielles pour une analyse non moins précise de la situation géopolitique. NdT pour la version française.

 

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Québec : Du gaz dans ton sirop

mars 25th, 2013 by Gérard Montpetit

Le mois de mars est arrivé. Les journées allongent et la neige fond au soleil. Au Québec, depuis quatre cents ans, c’est à ce moment de l’année que de gais lurons se dirigent vers la forêt pour entailler les érables. Ce geste séculaire, qui est devenu une véritable fête, la fête des sucres, est au cœur de notre identité québécoise. Les produits de l’érable font partie intégrale de notre culture et aussi de notre renommée.

Or, une menace plane sous les racines de nos érables à La Présentation, comme en bien d’autres endroits au Québec. Le puits de gaz de schiste du rang Salvail, qui n’est pourtant pas en production, laisse toujours s’échapper du méthane des profondeurs de la terre. Bien sûr, Gastem et sa partenaire, la compagnie albertaine Canbriam Energy, ont tenté de colmater les fuites au cours de l’été 2011 mais sans succès car si Gastem avait réussi, sans doute l’aurait-elle crié sur tous les toits et elle n’aurait pas hésité à brandir en conférence de presse un document émis par le Ministère de l’environnement pour démontrer leur réussite. Or il n’en est rien, et l’absence d’information depuis ce temps est fort inquiétante.

Dans un récent article de La Presse [1], Marie-Michèle Sioui nous dit qu’après plus de deux ans et demi de tergiversations pour empêcher les citoyens de savoir ce qui a été injecté sous nos pieds, les gazières ont finalement remis divers documents dans lesquels on retrouve cités un grand nombre de produits et substances. «Arsenic, mercure, plomb, uranium et nitrites font partie de ces produits, à l’instar des 64 000 litres d’acide chlorhydrique…» est-il indiqué dans l’article. La journaliste ne relève pas l’ensemble des substances mais si l’on ne considère que ceux mentionnés, qui peut prédire les réactions chimiques qui peuvent avoir lieu au fonds du puits, là ou règne une température et une pression élevées?… Tout étudiant en chimie vous dira que des produits chimiques peuvent réagir pour en produire de nouveaux et que ceux-ci ont en général des propriétés souvent très différentes des produits originaux. Qui pourrait donc connaître la toxicité de ce que l’on retrouve dans les puits des gazières?…

À La Présentation, pour autant que l’on puisse en savoir quelque chose, le méthane et tous les autres produits chimiques qui furent employés lors du forage fuient du sol dans un rayon de plus de 20 mètres (donc 125 pieds de diamètre) autour de la tête de puits. Ça fait beaucoup de «cochonneries» qui se promènent dans le sol et qui menacent la nappe phréatique. Quelles en sont les conséquences pour la santé publique et, plus particulièrement en cette saison, pour la qualité du sirop d’érable qui sera produit? De fait, si l’eau d’érable coule généreusement dans les seaux ou les tubulures, c’est parce que les racines de nos érables s’abreuvent dans l’eau du sol et du sous-sol…

On serait donc en droit de demander à Canbriam Energy, et à toutes les autres compagnies gazières, si les racines des érables peuvent absorber ces nouveaux contaminants chimiques. On a ici un premier indice… Michel Labrecque, de l’Institut de recherche en biologie végétale au Jardin Botanique, utilise des saules pour décontaminer les sols des usines désaffectées de leurs métaux lourds et autres produits chimiques. On pourrait sans doute conclure qu’il est possible que certaines substances chimiques pénètrent dans les racines et montent dans la sève des érables. Heureusement, on ne fait pas de sirop de saule!

On pourrait aussi demander à ces compagnies et à leurs sous-traitants si la sève contaminée peut agir sur le métabolisme des érables. Est-ce que la sève contaminée peut, à terme, modifier la photosynthèse des feuilles? ou encore hypothéquer les mécanismes de défense de l’arbre?…

C’est inquiétant aussi d’imaginer que ces produits chimiques peuvent se retrouver dans la «panne à bouillir» avec l’eau d’érable. Et là, ça se complique. Le processus d’ébullition concentre les sucres présents dans la sève car il faut entre 35 et 40 litres d’eau d’érable pour faire un litre de sirop. De plus, la chaleur accélère la plupart des réactions chimiques. Or, on retire le sirop du feu à environ 104°C, la tire d’érable à 114°C et le sucre dur à 118°C. Est-ce que les produ its chimiques présents dans la sève pourraient être 35 fois plus concentrés dans le sirop, comme cela est le cas pour les sucres? Pourraient-ils être dégradés? Une question se pose : quelle est la composition finale du sirop d’érable? Du sucre d’érable? En absence de réponse, il existe un sage principe: le principe de précaution…

On mentionne dans la brochure «De la palette à la fourchette» de l’an dernier que 17 % de la production mondiale des produits de l’érable provient du Vermont et des États Américains limitrophes; environ 7% de la production mondiale des produits de l’érable provient de l’Ontario et des provinces maritimes; et 76% provient du Québec. Il y a là une industrie et un patrimoine unique à protéger. Fait étonnant : la majorité des régions productrices de sirop au Québec sont assujetties à des permis et à des travaux d’exploration des gazières et il suffit de consulter la carte des permis du Ministère des Ressources naturelles du Québec pour s’en convaincre. Est-ce que l’ensemble de l’industrie acéricole québécoise et des petits producteurs est consciente des dangers que représente l’exploration gazière pour leurs produits? Cela me semble très important et mériterait une grande attention.

Pour le moment, il n’y a qu’un puits à La Présentation et il fuit. L’industrie du gaz projette quant à elle de forer 20 000 puits dans la vallée du Saint-Laurent. Combien laisseront échapper des produits toxiques dans 20 ans? dans un siècle?

Gérard Montpetit
Membre du comité Nonschiste La Présentation 14 mars 2013

[1] La Presse, 9 mars 2013. Gaz de schiste : cocktail chimique utilisé pour les forages. http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201303/08/01-4629270-gaz- de-schiste-cocktail-chimique-utilise-pour-les-forages.php

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Dans un discours prononcé à Jérusalem jeudi 22 mars, Obama a aligné inconditionnellement les intérêts américains sur ceux d’Israël et réitéré les menaces de guerre déjà faites contre la Syrie et l’Iran

Ce discours, prononcé devant plusieurs centaines d’étudiants, avait pour intention ostensible de signaler le soutien continu de Washington pour le soi-disant « processus de paix », la pantomime moribonde jouée depuis des décennies et qui a servi de couverture à l’oppression du peuple palestinien et de moyen de promouvoir les objectifs américains dans le reste du monde arabe.

L’administration américaine a choisi cet auditoire plutôt que la Knesset de peur qu’Obama ne se fasse chahuter par les éléments sionistes d’extrême-droite qui dominent dans le gouvernement du premier ministre Benjamin Netanyahu.

Avant son discours de Jérusalem, Obama a fait un bref voyage à Ramallah en Cisjordanie, où il a tenu une conférence de presse commune avec le patron de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Ramallah pour dénoncer cette visite, mais furent tenus à l’écart du quartier général d’Abbas par une phalange de la police de l’Autorité palestinienne. Faisant face à la police, les manifestants ont commencé à scander des slogans contre Abbas, criant « à bas le régime militaire ».

Tout en proférant des platitudes sur le fait que l’extension de plus en plus rapide des colonies sionistes en Cisjordanie occupée n’était pas « constructive », Obama n’a pas répété son exigence de 2009 d’un gel de l’implantation de colonies. Au contraire, il a fait pression sur l’Autorité palestinienne et sur Abbas pour qu’ils abandonnent leur propre revendication d’un gel de l’activité d’implantation.

Obama a expliqué que la politique en Israël était « complexe » et que l’installation de colonies n’était pas « une question qui allait être résolue dans l’immédiat ». Il blâma les Palestiniens pour être d’avis que « nous pouvons seulement avoir des négociations directes quand tout est réglé d’avance, alors il n’est pas nécessaire d’avoir des négociations ».

En réalité, la soi-disant « solution des deux Etats » est devenue lettre morte, les implantations de colonies sionistes ayant déjà avalé près de la moitié de la terre occupée par Israël lors de la guerre de 1967, et qui devait prétendument devenir le territoire d’un mini-Etat palestinien. Il y a maintenant 560.000 israéliens, 60.000 de plus que lorsque Obama est arrivé à la présidence.

Le New York Times a fait état d’un document résumant les « points de discussion » dressés par l’Autorité palestinienne en vue de la rencontre avec Obama et qui suggère qu’Abbas et la clique riche et corrompue qu’il représente était prête à s’abaisser encore plus devant les Etats-Unis et Israël.

Ce document propose un accord par lequel Netanyahu pourrait « s’engager envers vous secrètement de stopper l’implantation des colonies pendant la période de négociations. »

Tant la presse israélienne que l’Autorité palestinienne ont décrit le discours d’Obama devant les étudiants israéliens comme l’adoption la plus enthousiaste de l’idéologie du sionisme par n’importe quel président dans l’histoire des Etats-Unis. Un journal israélien a pressé Obama d’émigrer en Israël et d’y être candidat à la présidence.

Obama a d’abord insisté sur le droit inconditionnel d’Israël à sa sécurité – bien que l’option d’une telle sécurité n’existe pas pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ou pour les pays adjacents comme le Liban qui ont été soumis de façon répétée aux invasions et aux bombardements d’Israël. C’est Israël et non ces pays qui sert de bastion aux opérations contre-révolutionnaires et néocoloniales des Etats-Unis dans la région.

« Le rapport de sécurité entre les Etats-Unis et Israël n’a jamais été plus fort : plus de manœuvres entre nos armées et plus d’échanges entre nos responsables politiques, militaires et du renseignement que jamais auparavant ; le plus vaste programme jusque-là pour vous aider à maintenir votre avantage militaire qualitatif » se vanta Obama. Il annonça que des discussions avaient lieu pour prolonger d’une décennie le programme d’aide militaire américain qui fournit des milliards de dollars à l’armée israélienne chaque année.

Obama a répété la menace d’une action militaire contre la Syrie déjà faite la veille lors d’une apparition commune avec Netanyahu. « Nous ne tolérerons pas l’utilisation d’armes chimiques contre le people syrien ou le transfert de ces armes à des terroristes » a-t-il dit. « Le monde vous regarde et nous vous tiendrons pour responsables »

Il y a une abondance de preuves qui indiquent que les armes chimiques utilisées le mardi 19 mars, tuant au moins trente syriens dans une zone contrôlée par le gouvernement près de la ville d’Alep, était effectivement l’œuvre de « terroristes » — ceux que les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent dans la guerre menée pour un changement de régime. Le président américain ne parlait pas cependant de ces forces liées à Al-Qaïda mais bien plutôt du mouvement de masse chiite Hezbollah qui a été une force prépondérante dans le gouvernement libanais. Il exigea que tous les gouvernements étrangers se joignent à Washington pour stigmatiser celui-ci comme une « organisation terroriste ».

Obama répéta encore plus vigoureusement ses menaces contre l’Iran et son programme nucléaire, affirmant que si Washington rechercherait la soumission de Téhéran par des moyens diplomatiques « le temps n’était pas illimité ».

« J’ai dit au monde que toutes les options étaient sur la table pour remplir nos objectifs » ajouta-t-il. L’Amérique fera ce qu’elle doit faire pour empêcher que l’Iran n’ait une arme nucléaire. »

Le reste du discours était en grande partie consacré à appeler à une reprise du « processus de paix » et de la « solution des deux Etats ». Obama insista pour dire que tout accord devait comporter la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël comme d’un « Etat juif », une définition qui renforcerait la privation de droits de style apartheid des non juifs, y compris une nombreuse population palestinienne à l’intérieur d’Israël et abrogerait tout droit de retour pour les Palestiniens.

Si les médias ont fait l’éloge de cette rhétorique pacifique la qualifiant d’« audacieuse » et de « courageuse », les politiciens sionistes droitiers du gouvernement de Netanyahu eux, balayèrent du revers de la main les remarques du président.

Netanyahu remercia Obama de son discours et de son « soutien total d’Israël ». Son nouveau ministre de l’Economie et du Commerce, Naftali Bennett exprima cependant des réserves quant à la référence d’Obama à l’occupation de la Cisjordanie par Israël, et déclara : « Une nation ne peut pas être l’occupant de ses propre terres. »

Danny Ayalon, l’ancien droitier et nationaliste vice-ministre des Affaires étrangères, dit que ce discours ne faisait « pas problème » étant donné qu’il ne contenait aucune proposition spécifique pour ce qui était des soi disant pourparlers de paix.

Depuis, le Jerusalem Post a suggéré que les propos sur une reprise du « processus de paix » n’étaient que de la poudre aux yeux pour accompagner l’objectif principal du voyage d’Obama, qui était d’intensifier la menace de guerre vis-à-vis de l’Iran.

« On a spéculé pendant des années sur le fait que les Etats-Unis retenaient Israël dans la question de l’Iran » notait ce journal. « En fait, avant la visite d’Obama on spéculait sur le fait qu’un des buts principaux de son voyage était de mettre devant Netanyahu un gros feu rouge. » Et il poursuivait ainsi: « Publiquement, cependant, retenir Israël n’a pas été le message d’Obama. En fait, c’est le contraire qui est vrai – et ce sont les mots que les Iraniens entendent également. »

Lors de la conférence de presse jointe de mercredi 20 mars, Obama a reconnu le « droit » unilatéral d’Israël d’attaquer l’Iran. « Chaque pays doit prendre ses propres décisions quand il s’agit de la terrible décision de s’engager dans une action militaire quelconque et Israël est dans une situation différente de celle des Etats-Unis, » dit-il.

« Obama espère qu’on n’en arrivera pas là avec l’Iran, il espère que les Iranien vont reculer » commenta le Jerusalem Post. « Mais s’ils ne le font pas, la menace militaire crédible que Netanyahu veut voir brandir à coté de la pression économique, politique et diplomatique déjà appliquée contre l’Iran n’est rien moins qu’Israël même. L’Iran et la communauté internationale ont été prévenues. »

Dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain pose les fondements d’une guerre contre l’Iran qui a une superficie et une population trois fois plus grandes que celles de l’Irak. Les motivations sont les mêmes, le contrôle des régions les plus vitales dans le monde du point de vue géostratégique et énergétique.

Toue attaque de l’Iran par Israël entraînerait rapidement une intervention des Etats-Unis. Par son approbation publique du « droit » d’Israël à lancer une telle attaque, Obama met en marche un mécanisme qui conduit à une conflagration militaire.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, publié le 22 mars 2013

 

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 «Il y a deux fous dans tout marché: l’un qui ne demande pas assez, et l’autre qui demande trop.»

Proverbe américain

Obama s’est rendu en Israël où il a rencontré les autorités du pays. Pour lui, la cause palestinienne et sa résolution sont de la responsabilité unique d’Israël, des citations en hébreu pour s’assurer les bonnes grâces de Netanyahu:

«Au premier jour de sa visite au Proche-Orient, le président américain a multiplié mercredi les déclarations visant à rassurer une opinion israélienne méfiante. A peine le pied posé sur le sol de Tel-Aviv mercredi, le président américain a lancé en hébreu: ´´C’est bon de revenir en Israël´´. Outre l’effort linguistique, toujours appréciable, il a rappelé que ce n’était pas son premier séjour dans le pays. ´´Notre alliance est éternelle´´, a assuré Obama, ajoutant que les Etats-Unis étaient ´´fiers d’être le plus fort allié d’Israël´´. Barack Obama, qui a appelé à sept reprises Benjamin Netanyahu par son surnom ´´Bibi´´, a annoncé que les Etats-Unis et Israël allaient ´´ouvrir des discussions´´ pour prolonger l’aide militaire américaine au-delà de 2017. Les deux hommes ont ensuite inspecté le système antimissile Iron Dome, financé par les Etats-Unis.» (1)

Lors du discours d’accueil, le Premier ministre Netanyahu a clairement défini les priorités d’Israël, à savoir, l’Iran, la Syrie et la Palestine selon sa vision. Ecoutons-le: «Monsieur le Président, vous avez dit clairement que vous êtes déterminé à empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. (..) Malgré nos efforts conjoints et votre grand succès dans la mobilisation de la communauté internationale, la diplomatie et les sanctions jusqu’à présent n’ont pas arrêté le programme nucléaire iranien. Et comme vous le savez, mon avis est que pour stopper le programme nucléaire iranien, la diplomatie et les sanctions doivent être complétées par une menace claire et crédible d’action militaire. (…) Le peuple juif, seulement il y a deux générations, était un peuple impuissant et sans défense contre ceux qui ont cherché à nous détruire. Aujourd’hui, nous avons le droit et la capacité de nous défendre. Comme vous l’avez dit plus tôt, aujourd’hui, l’essence même de l’Etat d’Israël, l’essence de la renaissance de l’Etat juif, est la réalisation du rêve séculaire du peuple juif: d’être maîtres de notre destin dans notre propre État, et je pense que c’est quelque chose de merveilleux que nous chérissons. C’est l’essence même de cet Etat. (…) J’ai donc hâte de continuer à travailler avec vous pour régler ce qui est une menace existentielle pour Israël, et une grande menace pour la paix et la sécurité dans le monde.»(2)

«Monsieur le Président, nous avons discuté aujourd’hui de la situation en Syrie. Nous partageons l’objectif de voir un pays stable et pacifique en Syrie sortir du carnage auquel nous avons assisté au cours des deux dernières années. Nous partageons également la volonté d’empêcher l’arsenal meurtrier de la Syrie de tomber dans les mains de terroristes. (…) Enfin, Monsieur le Président, votre visite nous a donné l’occasion d’essayer de trouver un moyen de faire progresser la paix entre Israéliens et Palestiniens. (…) Alors, laissez-moi être clair: Israël reste pleinement attaché à la paix et à la solution à deux Etats pour deux peuples. Nous tendons la main dans la paix et l’amitié au peuple palestinien. (…) Asseyons-nous autour de la table de négociation. Mettons de côté toutes les conditions. Laissez-nous travailler ensemble pour réaliser le compromis historique qui mettra fin à notre conflit une fois pour toutes.»(2)

Le discours d’Obama à Jérusalem

Dans son discours, à Jérusalem, la symbolique est importante car il permet de faire référence au discours du Caire -mal perçu en Israël- pour les Arabes, le président américain Barack Obama a appelé jeudi la communauté internationale à déclarer le mouvement chiite libanais Hezbollah une organisation ´´terroriste´´, ´´Chaque pays qui reconnaît la valeur de la justice doit désigner le Hezbollah pour ce qu’il est: une organisation terroriste.» (3)

 «Le président américain a déployé à Jérusalem tout son talent d’orateur pour gagner le coeur des Israéliens. (…) Point culminant d’un voyage pensé et conçu comme une opération de charme vers les Israéliens, son discours de Jérusalem était avant tout destiné à rassurer et conforter son auditoire. (…) Le lien «indestructible» entre Israël et les États-Unis, mantra de sa visite, a été longuement développé par le président américain. L’ordre des priorités évoquées par Obama était aussi destiné à rassurer les Israéliens: sécurité, paix, et prospérité.»

«Énumérant toutes les menaces qui pèsent sur Israël, depuis les roquettes du Hamas jusqu’à l’arme nucléaire iranienne, en passant par les missiles du Hezbollah et les armes chimiques syriennes, Obama s’est fait l’écho de la vision sécuritaire israélienne, selon laquelle il n’existe pas de partenaire pour la paix: «Vous vivez dans une région où beaucoup de vos voisins refusent votre droit à l’existence», a dit Obama à son auditoire, «et c’est pourquoi la sécurité du peuple juif en Israël est aussi importante», a-t-il continué, avant de lancer sous les applaudissements: «Israël ne disparaîtra pas!». (…) » (3)

«  Vous avez fait des propositions crédibles aux Palestiniens à Annapolis. Vous vous êtes retirés de Gaza et du Sud-Liban, et n’avez obtenu que du terrorisme et des roquettes. Vous avez tendu la main de l’amitié et trop souvent été confrontés à l’hideuse réalité de l’antisémitisme… Vous avez tous les droits d’être sceptiques», a dit Obama. «Il peut être tentant de mettre de côté les frustrations et les sacrifices qui accompagnent la recherche de la paix», a-t-il aussi ajouté, expliquant que lui-même aurait plutôt intérêt à «mettre ce sujet de côté, et soutenir tout ce que décide Israël. C’est à vous de décider dans quel type de démocratie vous voulez vivre», a insisté le président américain, «et rappelez-vous qu’en prenant cette décision, vous définirez l’avenir de vos relations avec les Palestiniens, mais aussi le futur d’Israël. (…) Israël est le pays le plus puissant de la région. Israël a le soutien du pays le plus puissant de la région… C’est à vous d’écrire le nouveau chapitre dans l’histoire de cette grande nation!» Obama semble surtout avoir remis aux Israéliens la responsabilité du processus de paix.»(3)

Obama en «visite touristique» en Israël

Avec son franc-parler coutumier, le rédacteur en Chef du New York Times,Thomas Friedmann explique pourquoi la visite d’Obama est un non-événement au vue de la géopolitique actuelle du Moyen-Orient. Nous lisons: «(…) Sachez que le président Obama se rendra en Israël cette semaine. (…) Sans tambour ni trompette, l’incontournable question du conflit israélo-palestinien s’est vue reléguée au rang de simple hobby pour les diplomates américains. Et comme c’est le cas pour tout hobby -qu’il s’agisse de fabriquer des modèles réduits d’avion ou de tricoter des pulls -, il y a des jours où l’on s’y attelle et d’autres pas. Cela dépend de votre humeur et peu importe quand le pull sera fini. Le conflit israélo-palestinien a occupé le président au début de son premier mandat. Puis, il s’est retrouvé coincé lorsque les deux parties en présence ont rejeté ses propositions, et dès lors, il a décidé d’adopter une attitude -parfaitement rationnelle à mon avis -de négligence désinvolte. Et presque personne n’a rien remarqué.»(4)

Thomas Friedman énumère ensuite les causes de cette désaffection, pour lui, c’est aux Chinois et aux Indiens pauvres en pétrole de se démener pour convaincre Israël et éviter du fait de leur dépendance une guerre au Moyen-Orient: «Si le conflit au Moyen-Orient n’est plus qu’un hobby pour les Américains, c’est essentiellement à cause de changements structurels, notamment la fin de la Guerre froide. Il fut un temps où l’on redoutait vraiment qu’une guerre israélo-arabe ne débouche sur un conflit plus large entre grandes puissances. Ce scénario paraît improbable aujourd’hui. La découverte, en outre, d’immenses réserves pétrolières et gazières aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique a fait de l’Amérique du Nord la nouvelle Arabie Saoudite. Dès lors, pourquoi s’accrocher au vieux royaume pétrolier? Mais même si les Etats-Unis continuent d’importer du pétrole du Moyen-Orient, nous ne risquons plus d’être confrontés à une pénurie aux stations-service suite à un embargo arabe en réaction à un événement dans la région. Pour l’Inde et la Chine, la situation est différente. Pour ces puissances, le Moyen-Orient est un ancien hobby devenu nécessité car elles sont largement dépendantes du gaz et du pétrole de cette région. Si quelqu’un devait aujourd’hui se charger de faire avancer le processus de paix entre Israël et les pays arabes, ce sont les ministres des Affaires étrangères chinois et indiens.»(4)

L’auteur conclut en citant la colonisation qui bloque toute évolution: «Les Etats-Unis n’ont jamais eu aussi peu besoin de faire la paix entre Israéliens et Palestiniens, les obstacles n’ont jamais été aussi nombreux: près de 300.000 colons israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie (…) Barack Obama pourrait être le premier président américain à se rendre en Israël comme simple touriste. Est-ce une bonne nouvelle pour Israël? Non. Le statu quo actuel est peut-être tolérable pour l’Etat hébreu, mais il reste malsain. Son maintien implique en effet la poursuite de la colonisation et l’annexion tacite de la Cisjordanie par Israël ». (4)

Le lent abandon de la cause palestinienne

Barack Obama a lentement abandonné les convictions favorables aux Palestiniens qu’il affichait avant d’entrer à la Maison-Blanche et au début de son premier mandat.

 «De fait, estime Jonathan Baker, les Palestiniens n’attendent pas grand-chose de sa visite ce 21 mars. Pour ce qui est d’Israël, le président américain a bien fait savoir que son pays placerait la sécurité israélienne au centre de toutes les discussions qu’il aurait sur le conflit. (…) Il suffit de prendre en considération le temps que le président passera de chaque côté de la barrière de séparation. Une cinquantaine d’heures en Israël, Quatre heures en tout et pour tout en Palestine. En 2007, alors qu’il était encore sénateur, il a déclaré devant un groupe de démocrates de l’Iowa: ´´Personne ne souffre davantage que les Palestiniens.´´ Quand il a été élu pour son premier mandat, il a déclenché la colère d’Israël en réclamant un gel de la colonisation, une proposition qui impliquait que, pour lui, les colonies étaient le principal obstacle à la paix. (…) Puis, lentement, mais sûrement, comme une vieille peinture qui s’écaille, il a abandonné l’une après l’autre ces positions acceptables. Il n’appelle plus à un gel de la colonisation, son pays s’est opposé à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’octroi du statut d’Etat à la Palestine et a rejeté une résolution de l’Assemblée générale sur le même sujet en novembre dernier. Il ne manque jamais d’évoquer le ´´lien spécial´´ des Etats-Unis avec Israël ni leur soutien indéfectible à ce pays.» (5)

Faut-il dissoudre l’Autorité palestinienne? Yossi Beilin en est convaincu. Alain Gresh qui rapporte ses propos le présente: «Il a été l’un des artisans de la négociation de ce qui devait s’appeler les Accords d’Oslo. Yossi Beilin fut aussi le signataire, avec Yasser Abdel Rabbo, des Accords de Genève d’octobre 2003, qui proposaient une solution au conflit. La lettre qu’il vient d’envoyer à Mahmoud Abbas est d’autant plus significative. Il appelle le président palestinien à «end this farce» (Foreign Policy, 4 avril 2012) – mettre un terme à cette farce des négociations.(..) Dissoudre l’Autorité palestinienne et donner le contrôle des affaires quotidiennes à Israël serait une initiative que personne ne pourrait ignorer. (6)

Pour sa part, Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Bet, le service de renseignements israélien, donne ses conseils à Obama. Promoteur d’un plan de paix israélo-palestinien il propose qu’Israël se retire des territoires occupés. Il déclare: «(…) Nous comprenons aujourd’hui que le maintien du statu quo risque de nous entraîner dans l’abîme et nous sommes conscients des douloureuses concessions que nous devrons faire pour nous en éloigner. Il faut qu’on nous montre clairement que le chemin sera long et ardu, mais que nous nous préparons un avenir meilleur en l’empruntant. (…)le président américain devrait clairement adhérer aux principes suivants: deux Etats-nations seront établis sur la base des frontières de 1967 pour accueillir les deux peuples; des échanges de territoire équivalents seront organisés pour permettre aux blocs de colonies [en Cisjordanie] de demeurer sous souveraineté israélienne; Jérusalem sera une ville ouverte, capitale des deux Etats; les quartiers arabes seront placés sous souveraineté palestinienne et les quartiers juifs, sous souveraineté israélienne; un régime spécial sera mis en place pour l’administration et la garde des Lieux Saints; l’Etat palestinien sera démilitarisé et la communauté internationale garantira sa sécurité; les réfugiés palestiniens seront autorisés à revenir sur le territoire palestinien ou à émigrer vers des pays tiers et se verront offrir un dédommagement; toutes les parties devront signer une déclaration de fin de conflit. (7)

En appelant ´´les Palestiniens à reconnaître qu’Israël (serait) un Etat juif´´ et les Israéliens qu’´´une Palestine indépendante (devait) être viable´´ Obama va au-devant des espérances des Israëliens. Pour rappel, Obama réinsère ´´Jérusalem capitale d’Israël´´ dans le programme démocrate en septembre 2012. De plus, accepter qu’Isräel soit un Etat juif, c’est à terme reposer le problème des arabes israéliens -chrétiens et musulmans- qui n’auraient plus vocation à vivre dans un Etat aseptisé, un Etat «élu». Nous serons alors en présence d’une autre Nekba pour ces Arabes israéliens. C’est de notre point de vue un discours de prudence qui n’apporte rien au contraire, il conforte Israël dans sa vision du «Grand Israël». Pour rappel encore, la déclaration de Riyadh proposait la reconnaissance d’Israël et posait comme seule condition l’application des résolutions de l’ONU, notamment celles du 22 novembre 1967. Il est vrai que la gabegie règne de l’autre côté palestinien, d’ailleurs, le quotidien israélien Yediot Aharonot a demandé au président américain de ne pas se rendre dans les Territoires palestiniens, dirigés par un autocrate corrompu et où manuels scolaires et émissions de télévision perpétuent les clichés antisémites. Les aides versées par les Etats-Unis et par d’autres pays au gouvernement Abbas, tant qu’il se déclare en faveur de la paix, lui permettent de se maintenir en place artificiellement.

On le voit, le monde occidental laisse la bride sur le cou à Israël qui poursuit son chemin, la disparition inexorable du peuple palestinien en tant que nation. Il restera des confettis de territoires non viables Un siècle de combat se solde par la disparition d’une utopie. Peut-être qu’il faille revenir à la solution à un Etat avec des citoyens juifs chrétiens et musulmans et autres avec une égale dignité.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. http://dafina.net/gazette/article/lop%C3% A9ration-s%C3%A9duction-dobama-en-isra%C3%ABl

2. http://jssnews.com/2013/03/21/discours-integral-et-en-francais-de-benyamin-netanyahu-devant-barack-obama-20032013/

3. http://www.lefigaro.fr/international/2013 /03/21/01003-20130321ARTFIG00700-le-plaidoyer-d-obama-pour-la-paix.php

4. Thomas Friedman http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/20/obama-en-visite-touristique-en-israel

5. Jonathan Baker http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/21/avec-obama-les-espoirs-restent-limites

6. Alain Gresh – Le Monde diplomatique. Yossi Beilin: En finir avec «la farce» des négociations de paix Le Monde.fr 16/04/2012

7. Ami Ayalon http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/14/conseils-pour-obama

 

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Hélicoptères d’assaut MI-35 avec mitrailleuses et paniers de roquettes, avions de chasse Mig-23, voilà le genre d’arsenal avec lequel les rebelles libyens ont mené à bien leur « révolution démocratique ». Alors qu’il est désormais établi que Kadhafi n’a pas bombardé sa population, force est de constater que les rebelles ne se sont pas privés, de leur côté, de bafouer la « no-fly zone » imposée par l’ONU. Pire, ils ont reçu pour cela le soutien et la bénédiction de l’OTAN… Un « deux poids, deux mesures » qui en dit long sur nos soi-disant « guerres humanitaires ».

Six mille morts. Ce chiffre a fait le tour de médias. A l’époque, tous assuraient que Kadhafi avait fait bombarder la population libyenne, descendue pacifiquement dans la rue pour contester le pouvoir du dictateur en place depuis quarante ans. L’information était pour le moins peu fiable puisqu’elle ne provenait que d’un seul homme, un certain Ali Zeidan, porte-parole autoproclamé de la Ligue Libyenne des Droits de l’Homme et membre éminent de l’opposition. Aujourd’hui, Ali Zeidan occupe la fonction de Premier ministre libyen. Au sein du nouveau gouvernement, personne ne semble lui reprocher d’avoir provoqué, par ses mensonges, les bombardements de l’OTAN qui ont mené au renversement de Kadhafi.

Pourtant, Ali Zeidan n’a pas fait dans la dentelle. Loin des 6000 morts annoncés, on estime désormais que le nombre de victimes s’élevait en fait à environ 300 avant les bombardements de l’OTAN. Ces chiffres proviennent des rapports d’organisations respectables telles qu’Amnesty InternationaleHuman Rights Watch et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme. Ils constituent les seuls chiffres documentés que l’on ait et concordent avec ceux avancés par le gouvernement libyen au moment du conflit. Un nombre de morts particulièrement révélateur de l’hypocrisie des pays occidentaux puisqu’il est près de trois fois inférieur à celui des victimes de Moubarak en Egypte à la même époque. Une répression dont nos médias se gardèrent bien de révéler l’ampleur, et pour cause : du temps de Moubarak, l’Egypte était l’un des meilleurs alliés de l’Occident au Proche-Orient. La Libye de Kadhafi, en revanche, dérangeait par sa trop grande indépendance. Tout prétexte était donc le bienvenu pour justifier un changement de régime

Quant au fait que Kadhafi aurait « bombardé » la population libyenne, on sait désormais qu’il s’agit là aussi d’un médiamensonge. «  En dépit des informations transmises par certains médias, il n’a jamais été démontré que des avions ou des hélicoptères aient tiré sur les manifestants à Tripoli », assure Human Rights Watch. Par contre, les rebelles ont fait de leur côté usage d’avions de chasse et d’hélicoptères. En effet, à en croire un article duFigaro paru en septembre 2011, ils avaient à leur disposition dès le 14 mars – c’est-à-dire avant l’entrée en guerre de l’OTAN – des avions de chasse Mig-23 et au moins deux hélicoptères d’assaut MI-35. Ces derniers, surnommés « tanks volants » ou « Terminator », sont équipés de quatre mitrailleuses à l’avant et de paniers de roquettes sous les ailes. D’après Le Figaro, ils évoquent « la destruction et la mort  ». Les rebelles étaient donc lourdement armés, contrairement à ce que l’on dit généralement. Ils violaient en outre allègrement la résolution 1973 de l’ONU. Pire, ils le faisaient avec le consentement et la complicité de l’OTAN.

Aussi ne faut-il pas s’étonner si la Russie et la Chine se montrent aujourd’hui réticentes à l’idée de signer une quelconque résolution condamnant trop fermement la répression en Syrie. Ces deux pays savent bien que, en Occident, on hésitera pas une seconde à détourner le sens d’une telle résolution pour servir ses propres intérêts et, éventuellement, déclencher une nouvelle guerre. Une guerre qui, comme en Libye, risquerait fort de semer le chaos dans le pays voire d’embraser toute la région. « Deux ans après la révolution, la Libye n’a jamais fait aussi peur à ses voisins », écrivait récemment le journal Jeune Afrique. Un scénario qu’il est légitime de vouloir éviter pour le Moyen-Orient.

Simon de Beer

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Les révélations faites par le président en charge du Venezuela, Nicolás Maduro, autour d’un complot destiné à assassiner l’opposant Henrique Capriles confirment des informations provenant de Miami et indiquent comment les anciens hauts représentants des États-Unis, Otto Reich et Roger Noriega, tous deux liés à la CIA, se sont concertés avec l’extrême droite vénézuélienne pour fomenter un plan destiné – entre autres – non seulement à éliminer Capriles, mais encore à en faire un “martyre” en accusant du crime le gouvernement du Vénézuéla.

En fabriquant à l’opposition son “martyre”, les conspirateurs cherchent à lui créer un motif de mobilisation et, surtout, cherchent à créer un prétexte pour encourager un climat de violence et de déstabilisation totale. Objectif final : essayer d’empêcher la tenue des élections présidentielles du 14 Avril prochain, ou au moins mettre en cause leur validité. Élections au cours desquelles – tout le monde le reconnaît – il leur sera impossible de mettre en déroute les forces chavistes.

L’ex ambassadeur de Caracas, Reich, a contribué activement au retour aux États-Unis du terroriste Orlando Bosch, responsable de la destruction en plein vol d’un avion civil cubain.

Reich, ce fils Cubain d’un Autrichien qui a trouvé refuge à Cuba après avoir collaboré avec les Nazis – ce qui pourrait expliquer son mépris viscéral de Capriles – est depuis longtemps membre du cercle des amis intimes du terroriste Posada Carriles, lequel a une grande expérience en conspiration. Ils ont œuvré ensemble pendant des années autour de plans en tous genres pour tenter de renverser la Révolution Cubaine et d’éliminer physiquement son leader Fidel Castro.

Dans les années 80 ils firent tous deux partie de l’opération lancée par l’administration Reagan contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua qui devait finir par le scandale Iran-Contra.

Alors qu’il était assistant au Secrétariat d’État du gouvernement de George W. Bush, Reich s’est chargé personnellement des négociations avec la présidente du Panamá, Mireya Moscoso, pour obtenir la libération de Posada Carriles et des autres terroristes emprisonnés dans ce pays d’Amérique Centrale, afin d’essayer d’assassiner lors d’un sommet Ibéro-américain celui qui était alors le président de Cuba, Fidel Castro.

Après le triomphe électoral de Hugo Chávez aux élections présidentielles de 1998 au Vénézuéla et la radicalisation ultérieure du processus révolutionnaire dans ce pays, renverser le gouvernement bolivarien devint une obsession maladive pour Reich et pour les intérêts de l’extrême droite des États-Unis liée aux grands monopoles pétroliers qu’il représentait.

Ce fut précisément Reich qui, depuis son poste au Département d’État sous l’administration Bush, a eu l’idée du coup d’état contre le Président Chavez en Avril 2002.

A ce que l’on a su après, Reich a rendu responsables de l’échec de cette tentative de coup d’état les divisions et divergences qui existaient entre les militaires complotistes, et il déplorait qu’ils ne soient pas parvenus à se mettre d’accord dès le début aussitôt qu’il a été décidé d’éliminer le président du Vénézuéla comme lui-même l’avait dit.

Après cela, Reich a été d’une manière ou d’un autre impliqué dans plusieurs plans de tentatives d’attentats contre le président bolivarien, avec la complicité de la CIA, de l’extrême droite vénézuélienne et des groupes terroristes qui résidaient aux États-Unis.

Reich et ses amis ont du se rendre à l’évidence selon laquelle la tant désirée disparition physique du leader de la révolution bolivarienne n’a pas conduit comme ils l’espéraient à la déroute de ce processus. Au contraire, Chavez est devenu un ennemi beaucoup plus dangereux et difficile à affronter.

Il est devenu un symbole vénéré par des millions de Vénézuéliens, et toute tentative pour attaquer son image équivaut en ce moment à un suicide politique.

Face à cette situation, les secteurs de l’opposition vénézuélienne et ceux qui la dirigent depuis Washington sont plus déconcertés qu’ils ne l’ont jamais été. De toute évidence, ils ne savent pas comment faire face à la réalité nouvelle. Leurs différences et contradictions internes deviennent chaque jour plus inconciliables.

Paradoxalement, c’est Capriles lui-même qui, avec ses déclarations offensantes le jour où il a annoncé sa candidature et avec le rejet qu’elles provoquèrent, a contribué à accélérer ces plans.

“S’il y a quelque chose sur quoi tout le monde est d’accord, c’est que le candidat de l’opposition n’a pas une “âme de martyre”, commente depuis Washington un analyste proche de la question. “Je me risquerais seulement à conseiller à Capriles qu’il soit prudent dans ses actions provocatrices et irresponsables. Et qu’il se rappelle que pour ses amis de l’extrême droite et ses mentors du Nord, tout est bon pour atteindre les objectifs qui vont dans le sens de leurs intérêts.”

Jean Guy Allard

Article original : http://www.aporrea.org/actualidad/n225194.html

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Obama au Moyen-Orient et les tambours de guerre

mars 24th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Comme dans un conte biblique – le plus commode des registres pour fausser la conscience populaire de la nature d’Israël, de la crise du Moyen-Orient et de la crise du système dévoilée en 2008, mais en réalité bien plus ancienne – Obama a accompli le voyage d’Israël pour faire battre les tambours de la guerre. Les questions-clés de la région deviennent la reconnaissance palestinienne du caractère juif de l’Etat d’Israël, le départ de Bachar Al Assad comme condition de toute solution politique, la qualification « terroriste » du Hezbollah et le maintien de « toutes les options » à l’endroit de l’Iran… Toutes les options pour l’Iran signifient une seule alternative : la reddition totale, synonyme de dissolution immédiate ou la démolition par embargos, blocus et sanctions, en attendant la guerre qui renverrait chaque adversaire à l’âge de pierre, selon l’expression américaine.

Quelques jours auparavant, le mercredi 6 mars au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe avaient réservé la chaise syrienne à un futur gouvernement de l’opposition qu’elle appelait à créer pour l’occuper à l’occasion du sommet arabe de ces 26 et 27 mars 2013 et que le Qatar concevait dans la confusion du lit américain… La coalition en accouchait la veille de la tournée d’Obama. L’entrée de ce gouvernement dans l’enceinte de la ligue, le jour du sommet, équivaut à sa reconnaissance, dans la solennité, comme gouvernement légal de « toute la Syrie », avec lequel Cameron, Hollande et surtout Israël pourront traiter « en toute légalité » et contourner le Conseil de sécurité pour une intervention directe promue en « traité entre Etats souverains ».

Pour plus de « sens démocratique » à cette opération, l’ambassadeur Ford et le Qatar ont choisi pour chef à ce gouvernement Hitto, un Américain, frère musulman sans aucun lien avec la Syrie qu’il a quittée à l’âge de dix-sept ans.

Dans ce Moyen-Orient friand d’analyses et de décryptage – penchant hérité de la fonction religieuse d’oracle si répandue à l’époque antique –, le message d’Obama a mis fin aux spéculations sur un arrangement russo-américain qui contredirait les actes de guerre multipliés de Cameron, de Hollande, d’Erdogan et des pétro-émirs. La solution politique signifie le départ d’Al Assad et le transfert du pouvoir à l’opposition. Elle est proposée à la Russie… pas au régime syrien, qui n’aurait plus d’autre alternative que la mort ou la reddition. Tout le flou entretenu sur d’éventuelles divergences entre les USA et ses alliés consistait à leurrer les Russes, désorienter la direction politique syrienne, à donner du temps à l’armée multinationale des rebelles d’affaiblir l’armée syrienne, de l’épuiser, de la disperser sur tout le territoire et de faire de ses différents détachements des proies faciles pour les concentrations ennemies itinérantes sur les franges des lignes de front vers les frontières turque, jordanienne et libanaise. Les USA ont su brider l’impatience des pays du Golfe et de la Turquie pour amener l’armée syrienne à ce qu’ils croient être son point de rupture.

Le voyage d’Obama annonce la fin des ultimes préparatifs : le transfert des armes croates, la mise en place d’un gouvernement prêt à l’emploi, l’entraînement de forces nouvelles sous autorité américaine en Jordanie chargées de contrôler Damas, la touche ultime donnée à la préparation de 15 000 djihadistes au Liban, le « travail » de l’opinion publique par la menace des armes chimiques et enfin la déclaration du chef militaire de l’Otan qui annonce que des pays membres se préparent à intervenir. Ceux-ci pensent que l’armée syrienne est à terre, que la Russie n’osera pas risquer la guerre et qu’il est donc temps de passer à l’offensive finale avec un appui militaire d’Israël. Ainsi Cameron, Hollande, Erdogan et les pétro-monarques feront la guerre US par procuration. Obama a sonné l’hallali.

La meute confortée par son chef va se lancer sur la proie jugée agonisante. Le meurtre d’Al Bouti « légalisé » par les fatwas cathodiques d’Al Karadawi, le chef spirituel des Frères musulmans, est le signal hautement symbolique de la mise à mort programmée de l’Islam des lumières prôné par le vieux savant sunnite, pour le règne conjoint, dans nos pays arabes, de l’économie de marché et de tous les obscurantismes du sionisme au wahhabisme.

Mohamed Bouhamidi

Cet article a été publié initialement sur Reporters.DZ :

http://reporters.dz/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=40&Itemid=24

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L’Irak dix ans plus tard

mars 23rd, 2013 by Dr. Paul Craig Roberts

L’héritage de la « guerre au terrorisme » est la mort de la liberté

Il y a dix ans aujourd’hui, le régime Bush envahissait l’Irak. On sait que la justification pour l’invasion n’était qu’un paquet de mensonges orchestré par le régime néoconservateur de Bush afin de tromper les Nations Unies et le public étasunien.

Le secrétaire d’État de l’époque, le général Colin Powell, a regretté avoir été utilisé par le régime Bush pour tromper les Nations Unies avec de faux renseignements, ce que les régimes de Bush et Blair savaient. Mais les ignobles médias, ces pressetitués, ne se sont toujours pas excusés auprès du peuple étasunien pour avoir servi le régime corrompu de Bush et son ministère de la Propagande et du Mensonge.

Il est difficile de bien discerner le plus abject : le régime corrompu de Bush, les pressetitués qui l’ont rendu possible ou le régime corrompu d’Obama qui refuse de poursuivre le régime Bush en justice pour ses crimes de guerre sans équivoques, ses crimes contre la Constitution et le droit législatif étasuniens, ainsi que ses crimes contre l’humanité.

Dans son livre “Cultures of War”, l’éminent historien John W. Dower observe que les actes de guerre concrets perpétrés par les Japonais au XXe siècle ainsi que la présidence impérialiste de Bush au XXIe siècle « nécessitent une analyse comparative des crimes de guerre, de la torture et des autres transgressions. Le passé sombre du Japon impérial a laissé une marque indélébile sur l’honneur et la renommée du pays et il reste à voir combien de temps la réputation des États-Unis sera ternie. À cet égard, les planificateurs de guerre de l’administration Bush ont beaucoup de chance d’avoir été capables d’échapper à toute forme d’enquête formelle sérieuse, nullement comparable à celle effectuée par les puissances alliées vis-à-vis du Japon et de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. »

Dower cite Arthur Schlesinger Junior; « Le président Bush a adopté une politique “d’autodéfense par anticipation” terriblement très similaire à la politique employée par le Japon impérial à Pearl Harbor à une date qui vivra dans l’infamie, comme l’a affirmé un ancien président étasunien. Franklin D. Roosevelt avait raison, mais aujourd’hui, ce sont les Étatsuniens qui vivent dans l’infamie. »

Les Étasuniens paient des sommes considérables pour continuer à vivre honteusement dans l’infamie. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes ont calculé que la guerre d’Irak a couté aux contribuables étasuniens 3000 milliards de dollars. En fait cette estimation est encore optimiste. La dernière étude conclut que la guerre pourrait en réalité coûter aux contribuables étasuniens le double de ce qui est avancé.

http://www.reuters.com/article/2013/03/14/iraq-war-anniversary-idUSL1N0C5FBN20130314

Afin de payer les profits qui se sont acheminés dans les poches du complexe militaro-sécuritaire étasunien pour ensuite devenir des contributions politiques, les Étasuniens risquent de perdre leur sécurité sociale, leur assurance-santé et toute la cohésion sociale assurée par le système de sécurité sociale.

Le coût humain de l’infamie étasunienne en Irak est extraordinaire : 4,5 millions d’Irakiens déplacés, au moins un million de civils tués, laissant des veuves et des orphelins, une classe professionnelle qualifiée qui a déserté le pays, une infrastructure en ruine, une cohésion sociale détruite par le conflit entre sunnites et chiites provoqué par Washington et sa destruction du gouvernement de Saddam Hussein.

Dire que les États-Unis ont amené la liberté et la démocratie en Irak est une plaisanterie de très mauvais goût. Les criminels de guerre de Washington n’ont apporté que la mort et la destruction du pays.

La majorité des Étasuniens semble parfaitement à l’aise avec la destruction gratuite de l’Irak et tout ce que cela comporte : des enfants sans parents, des femmes sans maris, des malformations de naissance dues à l’uranium appauvri, de l’eau non potable, un pays sans espoir miné par des violences interconfessionnelles.

Les gouvernements fantoches de Washington au Royaume-Uni, en Europe, au Moyen-Orient et au Japon, semblent tous également satisfaits de la victoire. Victoire contre quoi? Quelle menace la victoire a-t-elle mis en échec ? Il n’y avait pas de menace. Les armes de destruction massive n’étaient qu’une escroquerie propagandiste. L’image de champignons nucléaires au dessus des villes étasuniennes n’étaient que pure fantasmagorie propagandiste. Les populations doivent être vraiment ignorantes pour tomber dans une propagande aussi transparente. N’y a-t-il plus personne d’intelligent dans le monde occidental?

Dans une conférence récente, les responsables néoconservateurs de toutes ces morts, de la vie ruinée de millions de gens et des milliers de milliards de dollars que leurs guerres ajoutées à la dette nationale étaient sans remords et plein de justifications. Alors que Washington regarde à l’étranger pour tuer le mal, le mal se concentre à Washington même.

http://nationalinterest.org/blog/paul-pillar/still-peddling-iraq-war-myths-ten-years-later-8227

Les criminels de guerre étasuniens demeurent intouchés. On les paie d’énormes sommes d’argent pour faire des discours sur la façon dont les Étasuniens apportent la liberté et la démocratie au monde entier en envahissant, bombardant et en assassinant les gens. Le tribunal des crimes de guerre n’a pas émis de mandats d’arrêt. Le département d’État étasunien, qui continue à chasser les criminels de guerre nazis, n’a pas fait enlever les criminels de guerre étasuniens pour les conduire devant le Tribunal de la Haye.

Parmi les Étasuniens qui ont souffert ont trouve 4801 soldats qui ont perdu la vie, les milliers de troupes qui ont perdu des membres et souffert d’autres blessures permanentes, les dizaines de milliers qui souffrent de stress post-traumatiques et regrettent d’avoir massacré des innocents, les familles et les amis de ces troupes étasuniennes, les mariages brisés et les enfants laissés avec un seul parent en raison du stress de la guerre.

D’autres étasuniens ont aussi souffert aux États-Unis. Ceux dont la conscience morale a appelé à protester contre la guerre et qui ont été battus et abusés par la police, soumis à des enquêtes abusives et harcelés par le FBI, mis sur des listes d’interdiction de vol. Certains seront peut-être poursuivis en justice. Les États-Unis ont atteint un point où tout citoyen ayant une conscience morale constitue un ennemi de l’État. La persécution de Bradley Manning le démontre.

On pourrait dire que la comparaison des historiens entre le régime Bush et les criminels de guerre japonais ne va pas assez loin. D’ici le 7 octobre prochain, Washington aura, pendant 12 ans, tué des gens, essentiellement des femmes, des enfants et des ainés des villages en Afghanistan. Personne ne sait pourquoi les États-Unis a autant détruit le peuple afghan. D’abord les Soviétiques, puis les Étasuniens. Quelle est la différence ? Quand Obama est arrivé à la présidence, il a admis que personne ne savait ce qu’était la mission de l’armée étasunienne en Afghanistan. Nous ne le savons toujours pas. La meilleure supposition serait pour les profits générés par l’industrie étasunienne de l’armement, le pouvoir de l’industrie de la Sécurité intérieure et un État policier pour la population étasunienne insouciante.

Washington a laissé la Libye en ruine avec un conflit interne majeur. Il n’y a pas de gouvernement, mais ce n’est pas le nirvana libertaire.

Les attaques illégales incessantes de drones contre des civils au Pakistan radicalisent des éléments pakistanais et provoquent une guerre civile contre le gouvernement pakistanais, détenu par Washington et lui ayant vendu son pays et lui permettant d’assassiner ses citoyens en échange d’argent pour ses élites politiques.

Washington a déstabilisé la Syrie et détruit la paix que la famille Assad avait imposée aux sectes islamistes. La Syrie semble être condamnée à être réduite en ruines et à la violence permanente comme en Libye et en Irak.

Washington s’affaire à tuer des gens au Yémen.

Comme l’a montré la vidéo publiée sur Wikileaks par Bradley Manning, certaines troupes étasuniennes ne se soucient pas du tout de ceux qu’ils tuent, des journalistes, des civils, marchant paisiblement dans une rue, un père et ses enfants qui s’arrêtent pour aider les blessés. En autant que quelqu’un soit tué, peu importe qui.

Tuer c’est gagner.

Les États-Unis ont envahi la Somalie, ont leur marionnettes françaises impliquées au Mali et a peut-être, le Soudan dans la mire de ses drones et de ses missiles.

L’Iran et le Liban sont les prochaines victimes désignées de l’agression de Washington.

Washington protège l’agression israélienne contre la Cisjordanie, Gaza et le Liban contre la censure et les embargos de l’ONU. Washington a arrêté et emprisonné des gens qui ont envoyé de l’aide aux enfants palestiniens. Washington, qui se voit comme le détenteur de la vérité universelle, affirme que Gaza est gérée par le Hamas, qu’elle qualifie d’organisation terroriste. Ainsi, toute aide à Gaza constitue une aide au terrorisme. Aider des enfants palestiniens malades et affamés est un soutien au terrorisme. C’est la logique d’un État inhumain et coupable de crimes de guerre.

Quel est le but de cette agression contre les musulmans?

L’URSS s’est effondrée et Washington avait besoin d’un nouvel ennemi pour maintenir les profits et le pouvoir de son complexe militaro-industriel. Les néoconservateurs, qui dominaient totalement le régime Bush et dominent peut-être maintenant le régime Obama ont déclaré que les musulmans et le Moyen-Orient représentent l’ennemi. Les États-Unis ont lancé des guerres d’agression contre cet « ennemi » factice, agressions qui constituent des crimes de guerre en vertu des standards de Nuremberg imposés par les États-Unis aux Allemands vaincus dans la Seconde Guerre mondiale.

Bien que les Britanniques et les Français aient déclenché la Seconde Guerre mondiale en déclarant la guerre à l’Allemagne, ce sont les Allemands, vaincus par l’Armée rouge, qui ont été jugés par Washington pour crimes de guerre pour l’avoir déclenché. De nombreux historiens sérieux ont conclu que les crimes de guerre des États-Unis, incluant les bombardements incendiaires de populations civiles à Dresde et à Tokyo et les attaques nucléaires gratuites contre des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki, sont de la même veine que les crimes de guerre d’Hitler et des Japonais.

La différence est que les vainqueurs dressent toujours le portrait le plus noir des vaincus et se confèrent une grande moralité. Les historiens honnêtes savent très bien qu’il n’y a pas beaucoup de différences entre les crimes étasuniens, japonais et allemands commis lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais les États-Unis étaient du côté des vainqueurs.

Par ses assassinats de musulmans dans sept ou huit pays, Washington a provoqué une réaction musulmane : une haine implacable des États-Unis. Washington appelle cette réaction « terrorisme » et la guerre contre le terrorisme sert de source à des bénéfices sans fin pour le complexe militaraire et pour un État policier visant à « protéger » les Étasuniens du terrorisme, mais pas du terrorisme de leur propre gouvernement.

La vaste majorité de la population étasunienne est trop mal informée pour comprendre de quoi il retourne et les quelques personnes qui comprennent et essaient d’avertir les autres seront réduits au silence. Le XXIe siècle sera un des pires siècles de l’histoire de l’humanité. Partout dans le monde occidental, la liberté se meurt.

L’héritage de la « guerre contre la terreur » est la mort de la iberté.

Paul Craig Roberts

Texte original: Iraq After 10 Years, 19mars, 2013

Traduction: Mondialisation.ca

 

 

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Après 10 ans de guerre et d’occupation de l’Irak, la mort de plus d’un million de personnes incluant des milliers de soldats étasuniens, le tout fondé sur des affirmations mensongères voulant que la nation possédait des « armes de destruction massive » (ADM), il est scandaleux de voir que l’Occident donne hypocritement des armes, ainsi qu’un appui financier et politique aux terroristes en Syrie, lesquels possèdent et utilisent de telles armes de destruction massive contre le peuple syrien.

Une attaque avec des armes chimiques visant des soldats syriens et perpétrée par des terroristes soutenus par l’OTAN au nord d’Alep aurait fait 25 morts.

Alep est située près de la frontière turco-syrienne. Si les armes chimiques pillées en Libye avaient été envoyées en Syrie, elles seraient passées par la Turquie avec des armes envoyées depuis la Libye par les États-Unis et des milliers de terroristes libyens opérant ouvertement en Syrie, et seraient probabalement utilisées pour cibler des villes comme Alep.

Pire encore, toute arme chimique importée dans le pays impliquerait l’OTAN directement ou sa simple négligence, puisque les armes seraient passées par un pays membre de l’OTAN, la Turquie, devant les  agents de la CIA opérant ouvertement le long de la frontière, auprès des terroristes soutenus par l’Occident en Syrie.

Les ADM libyennes sont entre des mains terroristes

L’arsenal libyen est tombé dans les mains d’extrémistes sectaires avec l’aide de l’OTAN en 2011 au point culminant des efforts pour renverser le régime en place dans le pays nord-africain. Depuis lors, les militants libyens, menés par leurs commandants du Groupe islamiste combattant en Libyen (GICL), affilié à Al-Qaïda, ont armé des extrémistes sectaires à travers le monde arabe, jusqu’ au Mali à l’ouest et jusqu’en Syrie à l’est.

En plus des armes de petit calibre, des armes plus lourdes se sont aussi frayé un chemin à travers ce réseau étendu. Le Washington Post rapportait dans un article « Libyan missiles on the loose » (Des missiles libyens dispersés):

« Deux anciens officiers du contre-terrorisme de la CIA m’ont dit la semaine dernière que des techniciens ont récemment réusiné 800 de ces systèmes de défense aériens portables (connus sous le sigle MANPADS), certains pour un groupe djihadiste africain appelé Boko Haram, souvent vu comme un allié d’Al-Qaïda, afin d’attaque des avions commerciaux se dirigeant vers le Niger, le Tchad et peut-être le Nigéria. »

Alors que ces armes se dirigent sans aucun doute également vers le Niger, le Tchad et peut-être le Nigéria, elles sont véritablement en route pour la Syrie. Il est avéré que les terroristes libyens du GICL envahissent la Syrie depuis la Libye. En novembre 2011, un article du journal britannique Telegraph rapportait dans « Leading Libyan Islamist met Free Syrian Army opposition group » (Des chefs islamistes libyens ont rencontré le groupe d’opposition nommé Armée syrienne libre) :

« Abdelhakim Belhadj, chef du conseil militaire de Tripoli et ancien chef du GICL, a rencontré les leaders de l’Armée syrienne libre (ASL) à Istanbul et à la frontière avec la Turquie, a dit un officiel militaire travaillant avec Belhadj, Mustafa Abdul Jalil (le président libyen intérimaire) l’a envoyé là-bas. »

Un autre article du Telegraph « Libya’s new rulers offer weapons to Syrian rebels, »  (Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens) admettait :

« Les rebelles syriens avaient tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes, visant à sécuriser des armes et de l’argent pour leur insurrection contre le président Bachar Al-Assad et son régime.

A cette réunion, qui s’est tenue à Istanbul et qui comprenait des officiels turcs, les Syriens ont demandé « l’aide » des représentants libyens, lesquels ont offert des armes et des volontaires potentiels.

« Il y a un plan pour envoyer des armes et même des combattants libyens en Syrie », a déclaré une source libyenne, ayant requis l’anonymat. » Une intervention militaire se prépare, vous verrez dans quelques semaines. »

Plus tard ce mois là, quelques 600 terroristes libyens sont entrés en Syrie pour commencer les opérations de combat et affluent dans le pays depuis ce temps.

Image: Le Libyen Mahdi al-Harati du GICL, sur la liste des terroristes du département d’État étasunien, les Nations Unies et le Home Office britannique, s’adressant à des confrères terroristes en sol syrien. Al-Harati commande maintenant une brigade libyenne opérant en Syrie et tentant de détruire le gouvernement syrien et de subjuguer la population syrienne. C’est ce que l’on appelle traditionnellement une « invasion étrangère ».

….

Les « missiles perdus » en Libye mentionnés par le Washington Post ont été retrouvés maintenant sur le champ de bataille syrien. Bien que des publications comme le Guardian dans leur article « Arms and the Manpads: Syrian rebels get anti-aircraft missiles, » (Des armes et des MANPADS : Les rebelles syriens reçoivent des missiles antiaériens) rapportent que les missiles ont été déployés à travers la Syrie, ils tentent de minimiser toute connexion entre le pillage de l’arsenal libyen et les terroristes d’Al-Qaïda qui les ont importés en Syrie. En revanche, le Times a publié les aveux mêmes des terroristes disant qu’ils reçoivent des armes lourdes de Libye, incluant des missiles sol-air.

On rapporte dans l’article du Times: « Libya’s Fighters Export Their Revolution to Syria, » (Les combattants libyens exportent leur révolution en Syrie) :

« Certains Syriens sont plus honnêtes quant à l’aide que les Libyens leur donnent. Ils ont des armes plus lourdes que nous, note Firas Tamim, qui a voyagé dans les zones contrôlées par les rebelles afin de voir les combattants étrangers. Ils ont amené ces armes en Syrie et elles sont utilisées au front. Parmi les armes vues par Tamim, il y avait des missiles sol-air de fabrication russe connus sous le nom de SAM-7.

Les combattants libyens balayent souvent du revers de la main les questions concernant le transfert d’armes, mais en décembre ils ont affirmé les importer. « Nous procédons actuellement à une collecte d’armes en Libye », a déclaré un combattant libyen au quotidien français Le Figaro.» Lorsque ce sera fait, nous trouverons un moyen de les amener ici. »

Clairement, l’intervention de l’OTAN en Libye a laissé un vaste arsenal entre les mains d’extrémistes sectaires dirigés par le GICL, un groupe figurant sur les listes d’organisations terroristes du département d’État étasunien, des Nations Unies et du Home Office britannique. Le GICL exporte maintenant des armes et fournit des militants pour l’autre front de  l’OTAN, la Syrie. Il est avéré qu’à la fois des armes et des terroristes libyens traversent la frontière turco-syrienne, avec l’aide de l’OTAN, et il est maintenant évident que des armes lourdes, incluant des armes antiaériennes ont également traversé la frontière.

En novembre 2011, le Guardian rapportait dans son article « Libyan chemical weapons stockpiles intact, say inspectors, » (Les armes chimiques libyennes sont intactes selon les inspecteurs) : « Les stocks de gaz moutarde et de produits chimiques libyens sont intacts et n’ont pas été volés pas dérobés durant l’insurrection qui a renversé Kadhafi, ont affirmé des inspecteurs de l’armement. »

L’article rapportait par ailleurs :

« L’abandon ou la disparition de certaines armes de l’époque de Kadhafi ont suscité des inquiétudes quant à l’érosion de la sécurité régionale si une telle puissance de feu tombait entre les mains de militants islamistes ou des rebelles actifs en Afrique du Nord. Certains craignent que les armes soient utilisés par des loyalistes de Kadhafi pour propager l’instabilité en Libye.

Le mois dernier Human Rights Watch a incité au conseil de transition national libyen à agir relativement aux nombreuses armes lourdes, incluant des missiles sol-air, affirmant qu’elles étaient demeurées sans surveillance durant plus de deux mois après le renversement de Kadhafi.

Mercredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a déclaré que l’ONU enverrait des experts en Libye pour s’assurer que le matériel nucléaire et les armes chimiques n’étaient pas tombés en de mauvaises mains. »

Et bien que les inspecteurs affirment que les armes chimiques sont entre les « mains du gouvernement » et non « aux mains des extrémistes », il est évident de l’aveu même du gouvernement libyen, qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans l’envoi d’armes et de combattants en Syrie.

Reste à voir d’où proviennent ces armes chimiques. S’il s’avère qu’elles proviennent de l’arsenal libyen, l’OTAN et spécifiquement les États-Unis et la Turquie, seraient impliqués dans l’acheminement d’armes de destruction massive aux terroristes d’Al-Qaïda, exactement le scénario pour lequel l’Occident a été paralysé de terreur depuis plus de 10 ans, a abandonné ses libertés et versé le sang de milliers de ses soldats pour le prévenir.

L’utilisation d’armes chimiques par des terroristes appuyés par l’Occident utilisant des armes chimiques, quelle que soit leur origine, ont sapé la légitimité déjà vacillante de l’Occident, mis ses institutions en danger et ébranlé encore plus la confiance de ses partenaires qui l’ont appuyé sur les plans politique, financier, industriel et stratégique. De tels associés seraient bien avisés de commencer à chercher des portes de sortie en cultivant des alternatives hors de l’ordre international géré par Wall Street et la City de Londres.

Tony Cartalucci

Land Destroyer

Article original: SYRIA: US-NATO Backed Al Qaeda Terrorists Armed with WMDs. Chemical Weapons against the Syrian People, le 19 mars  2013

 

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Le Canada a participé à la guerre en Irak

mars 22nd, 2013 by Suzanne Loiselle

Le 17 mars 2003, le premier ministre Jean Chrétien annonçait que le Canada ne participerait pas à la « coalition des volontaires » que les États-Unis tentaient de réunir avant d’envahir l’Irak. Dix ans plus tard, une attention médiatique importante est consacrée à rappeler cette décision. D’aucuns la présentent comme « un moment important », une « décision phare » affirmant l’indépendance canadienne vis-à-vis son géant voisin ; d’autres en soulignent le bien-fondé, empêchant le Canada de participer à une véritable hécatombe.

Bien loin de constituer « un tournant » dans la diplomatie canadienne, la décision de Jean Chrétien – que nous avions accueillie favorablement, mais avec de nombreux bémols – s’avère plutôt comme une anicroche dans l’évolution d’une politique étrangère de plus en plus inféodée à celle de l’empire étasunien.

Le contexte historique

Au cours des 20 dernières années, avec la dissolution de l’URSS, l’accélération de la mondialisation néolibérale et l’émergence de nouvelles puissances économiques, la politique étrangère canadienne s’est de plus en plus alignée sur celle des États-Unis : participation aux expéditions guerrières en Irak (1991), en Somalie, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye, au Mali ; discours à l’unisson de la « guerre contre le terrorisme », appui inconditionnel à Israël, etc. Cette tendance n’a fait que s’accélérer avec les gouvernements Harper successifs.

Dans le cas de l’Irak, l’alignement sur la politique étasunienne était presque entier. Depuis 1990, le Canada participait aux sanctions génocidaires imposées contre ce pays, à la suite de son invasion du Koweït, et maintenues après son retrait, sous prétexte qu’il n’avait pas fait la preuve de l’éradication de toutes ses armes de destruction massive… Ces sanctions, d’une dureté sans précédent, ont entraîné la mort de plus d’un million de personnes. De nombreuses agences internationales (UNICEF, FAO, PNUD, HCR, CICR, etc.) ont régulièrement documenté leurs effets dévastateurs, mais le Conseil de sécurité des Nations unies les a reconduites de 6 mois en 6 mois, pendant plus de 12 ans, y compris lorsque le Canada en assumait la présidence.

Dans ce contexte, la décision de Jean Chrétien en 2003 avait donc de quoi surprendre. Mais ceux qui la louent parce qu’elle a empêché le Canada de participer à l’hécatombe criminelle de la guerre oublient de parler de la première hécatombe, celle des sanctions, à laquelle le Canada a pleinement participé. D’autre part, on ne saurait parler de « décision phare » ou de « tournant majeur » quand on constate que cette décision n’est en rien caractéristique des 10 années de pouvoir de Jean Chrétien, qu’elle a été prise juste avant sa retraite, au terme d’un débat international orageux auquel il n’a pas du tout participé et, finalement, qu’elle n’a en rien déterminé l’évolution subséquente de la politique étrangère canadienne, bien au contraire. En effet, deux ans plus tard, le gouvernement Martin annonçait que les troupes canadiennes assumeraient désormais un rôle de combat à Kandahar et le chef d’état-major canadien, Rick Hillier, déclarait « Nous sommes les Forces canadiennes et notre travail est d’être capable de tuer des gens » !

Au-delà du «non»… la réalité

L’annonce de la non-participation canadienne à cette guerre était, au mieux, une demi-vérité, car le Canada y a participé… de multiples façons, à tel point que l’ambassadeur étasunien, Paul Cellucci, observait publiquement que le Canada y contribuait davantage que la plupart des 46 pays de la « coalition des volontaires ».

Pendant toute la période des sanctions contre l’Irak, des frégates canadiennes avaient participé au blocus maritime contre ce pays, en prenant parfois le commandement. Quand l’invasion de l’Irak a débuté, les frégates canadiennes sont demeurées dans le Golfe, assumant un rôle de protection des navires étasuniens d’où s’élançaient les avions de combat et les missiles de croisière…

D’autre part, dans le cadre de leur formation, de nombreux soldats et officiers canadiens font des stages dans diverses unités de l’armée étasunienne. Or, cette « formation » s’est poursuivie, même lorsque leurs unités ont été déployées en Irak. Des militaires canadiens ont ainsi été impliqués, sur le terrain, dans divers aspects de l’invasion de l’Irak et dans la planification même de la guerre au Central Command étasunien. En 2004, l’actuel chef d’état-major des Forces canadiennes, le brigadier général Walt Natynczyk, s’est même retrouvé second dans la chaîne de commandement de toutes les troupes d’occupation des États-Unis en Irak !

Dans une lettre au Globe Mail, le 5 février 2003, l’ex-ministre fédéral et ex-premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin, écrit : « Les États-Unis ont besoin de libérer d’importants équipements logistiques et militaires présentement en Afghanistan pour la prochaine campagne en Irak. Le Canada peut – et devrait – offrir de combler le vide. » Une semaine plus tard, Ottawa annonce que le Canada prendra le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) avec l’envoi de 2000 militaires.

Une mobilisation populaire planétaire

Dix ans plus tard, nous ne pouvons croire que la décision de Jean Chrétien ait été sans lien avec la formidable mobilisation populaire contre la guerre, que le New York Times présentait alors comme l’émergence d’une nouvelle superpuissance mondiale et que les médias oublient de rappeler aujourd’hui. Or, c’est au Québec – assise importante du Parti libéral du Canada d’alors – que cette opposition s’exprimait le plus fortement en Amérique du Nord, avec des manifestations à répétition qui amenaient simultanément dans les rues plus de 200 000 personnes à Montréal, 25 000 à Québec, 5000 à Alma, etc.

Ces protestations de très grande envergure, au Canada et au Québec, étaient l’expression manifeste, quoique rare, d’une aspiration populaire à une politique étrangère indépendante, réellement fondée sur le respect du droit international plutôt que sur la force. Dans une certaine indifférence maintenant, le Canada évolue, de plus en plus, dans la direction contraire.

Suzanne Loiselle

Raymond Legault

Suzanne Loiselle Raymond Legault – Porte-parole du Collectif Échec à la guerre, une coalition d’organismes créée à l’automne 2002 pour s’opposer à la guerre annoncée contre l’Irak. À la suite d’un séjour en Irak en janvier 2000, ils ont été actifs au sein du Réseau québécois pour la levée des sanctions contre l’Irak.

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Le 21 mars 2003, à 21h37, soit quelques heures après la fin de l’ultimatum de 48h du président George W. Bush – demandant au président irakien Saddam Hussein, ainsi qu’à ses fils Oudaï et Qusay, de quitter l’Irak – les États-Unis lançaient sur Bagdad les premiers missiles. C’était le début de la deuxième guerre occidentale contre l’Irak. Nous assistions impuissants et sidérés au déluge continu de missiles le plus massif de l’histoire. Tout cela était criminel et est resté à ce jour impuni. [Mise à jour d’un article publié en mars 2003]

Premiers bombardements sur Bagdad

Les pro-israéliens Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, et leurs amis dans le monde, ont appelé à la guerre qui devait démembrer l’Irak et le mettre à genoux. Leur objectif caché : assurer la domination d’Israël dans la région. Il s’agissait pour tous ces pro-israéliens cyniques et impitoyables de se défaire d’un voisin qui résistait aux diktats d’Israël et de ses alliés. Peu en importait le prix. Cette guerre a tué un million et demi d’Irakiens et détruit leur pays. L’Irak ne serait plus jamais l’Irak. Tous ces avocats de la guerre ne se sont plus jamais souciés du sort des Irakiens et du sang qui a coulé. L’Irak n’était pas assez. Ils se sont fixés par la suite sur d’autres chefs d’État à abattre qui n’avaient jamais reconnu l’État juif d’Israël. Kadhafi en Libye, Assad en Syrie…et l’Iran dans la ligne de mire. [Silvia Cattori, 19 mars 2013]


C’est atroce. Ils la veulent leur guerre, Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut. Ils l’auront leur guerre. Ils le veulent leur sang. Ils l’auront leur sang, et les cadavres déchiquetés, et les blessés, et les millions de déplacés et de morts. Tout cela est effroyable.

Et nous, citoyens du monde, nous qui ne voudrions rien de tout cela, et qui en tremblons, nous qui voudrions empêcher les armées de continuer de verser du sang ; nous qui n’avons pas les moyens d’arrêter la folie guerrière de Bush et de Blair ; nous qui n’avons pu faire taire les impostures de ces gens inhumains qui trouvent normal d’aller attaquer un pays qui ne les attaque pas, il ne nous reste plus qu’à continuer de nous opposer à toutes ces guerres de cruelle domination.

L’Union européenne s’est associée à toutes les guerres illégales récentes depuis 1991. Ceux qui ont cru en elle ont de quoi déchanter, et tout à craindre pour demain. De quels nobles idéaux ses élus pourront-ils encore parler ? Les États européens ont déjà connu bien des égarements. Les pays européens n’auraient jamais dû s’inféoder à l’OTAN, sans se soucier des conséquences désastreuses pour les populations ni de leurs effets destructeurs à long terme. De quelle légitimité pourront-ils encore se prévaloir, alors que tant de gouvernements se sont associés, plusieurs fois déjà en treize ans, aux projets de dirigeants qui pratiquent le terrorisme d’État et qui piétinent les petits pays en violation du droit international ? Les États-Unis et son allié Israël peuvent-ils continuer de frapper d’autres États faibles, en toute illégalité, et demeurer impunis ?

Aujourd’hui, le monde a compris que, si des pays réputés « démocratiques » jettent les peuples dans des guerres illégitimes, ce n’est pas pour servir des principes moraux et des valeurs universellement reconnues. Leur seul langage est celui de la force. Les va-t-en guerre pro-israéliens Richard Perle, Paul Wolfowitz, etc., dominent les institutions politiques, diplomatiques, et économiques. Ils ont le soutien de gens qui comme Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, défendent eux pied à pied les intérêts d’Israël avant tout autre intérêt. Leurs guerres, au mépris de la légalité internationale jettent des peuples innocents dans l’horreur.

Cette guerre contre l’Irak n’aurait peut être jamais commencé sans les pressions du lobby pro-israélien. Ce lobby a pesé de tout son poids dans les décisions du Pentagone et de la Maison Blanche. L’ouverture par les États-Unis de ce nouveau front au Moyen Orient est une aubaine pour Israël ; il se sent déjà les mains libres, pour continuer sa sale guerre à l’encontre des Palestiniens. Tous les jours, les militaires israéliens poursuivent des exactions et le vol de nouvelles terres pour y installer des colons fanatisés qui arrivent de France et d’ailleurs.

La question irakienne vient de dessiller bien des yeux.

Ce n’est pas la fonction des intellectuels que de mentir. Les récentes prises de position pour ou contre la guerre en Irak ont été une sorte de révélateur. Chacun a compris pourquoi les ardents supporters des interventions militaires contre les ennemis d’Israël, nous disent que cette guerre, si lourde de conséquences, est une bonne guerre.

Ils ont toujours manipulé des syllogismes mortifères. C’est pourquoi la doctrine de l’« axe du mal » chère à Bush leur va comme un gant. La tragédie irakienne est un formidable révélateur. Les souffrances des Irakiens serviront-elles au moins à provoquer une prise de conscience ?

Après 21 jours de bombardements, les forces armées US prennent le contrôle de la plus grande partie de Bagdad en ruines. L’Irak développé et prospère que nous avons connu a disparu.

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Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence. En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.

Silvia Cattori : Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien – que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, – et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les évènements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façon alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des évènements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori : Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces évènements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de recherches pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM). Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori : Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori : La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya : En premier lieu, il faut voir que les évènements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les évènements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les évènements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième guerre mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces évènements soient nécessairement le prélude à une Troisième guerre mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces évènements font déjà partie de la Troisième guerre mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori : Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Le démantèlement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori : Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori : En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori : Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. 
Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

Silvia Cattori

 

Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie. 
Sur son ouvrage « The Globalization of NATO », voir également (en anglais) : 
 http://www.silviacattori.net/article4005.html 
 http://www.silviacattori.net/article3834.html 
 http://www.silviacattori.net/article3780.html  Article traduit de l’anglais par JPH

 


[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir : 
 « Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » : 
http://www.silviacattori.net/article3350.html 
 « Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » : 
http://www.silviacattori.net/article3416.html

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire général adjoint et directeur du programme humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, l’écrivain israélien Israël Shamir, a été accusé d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal pour avoir affirmé en 2003 cette vérité : qu’Israël et le lobby juif avaient joué un rôle prépondérant dans la guerre qui devait démembrer l’Irak un pays qu’Israël voulait mettre à genoux.

 

 

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Dans sa dernière entrevue avec le Sunday Time [1], publiée le 3 Mars 2013, le Président syrien Bachar al-Assad avait précisé : « Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie ».

Nul doute que les vidéos en question ont été visionnées et leur authenticité vérifiée par les services compétents de France, de Navarre et d’ailleurs [2]. Nul doute que la menace contre le peuple syrien a été impitoyablement mise à exécution le 19 Mars [3], à Khan al-Assal dans cette région d’Alep que le Président français rêve d’intégrer à ses prétendues « zones libérées » par d’« admirables révolutionnaires » qui font le sale travail qu’il appelle de ses vœux et fait « normalement » mine d’ignorer. Nul doute sur les raisons pour lesquelles le ministre français des Affaires étrangères « veut rapidement armer » la soi-disant opposition syrienne [4] et, qu’à ses yeux, non seulement « Assad ne mériterait pas d’être sur la terre » [5] mais aussi les citoyens syriens récalcitrants, civilisés, et loyaux envers leur mère patrie. Nul doute que ni le Président syrien, ni les autorités syriennes ne sont jamais réfugiés dans le « déni de la réalité », une réalité horrible et terrifiante pour les citoyens syriens, une réalité infamante et écoeurante pour les citoyens occidentaux dupés par des dirigeants définitivement menteurs, prédateurs et pilleurs.

Nul doute parce qu’il est désormais clair, même pour certains de nos médias longtemps malvoyants et malentendants [6), que c’est l’État et le peuple syriens qui doivent systématiquement être sacrifiés sur l’autel des ambitions hégémoniques de certaines « grandes » puissances et de leurs alliés médiocres. Mais pour autant est-ce que le recours criminel aux armes chimiques, après tant d’autres crimes non moins barbares, modifie l’équation sur laquelle repose le peuple et l’État syriens ? Le Général Hoteit répond à la question [NdT].

Certains ont été surpris devant l’utilisation d’armes chimiques par les bandes de terroristes sévissant en Syrie et sont même allés jusqu’à désapprouver les réactions des chancelleries occidentales, lesquelles ne se contentent plus de déformer les faits avant de les exploiter pour aller encore plus loin dans leur agression, mais s’arrogent le droit de nommer un Américain d’origine syrienne [un certain Ghassan Hitto, inconnu des syriens [7], NdT] à la tête d’un gouvernement de l’Opposition syrienne baptisé « le gouvernement d’intérim » ! Nous sommes donc face à une « escalade programmée de l’agression anti-syrienne » et pour situer le niveau réel de ces derniers événements, il nous faut revenir aux aspects fondamentaux du sujet.

L’un de ces aspects concerne naturellement l’identité de ceux qui ont usé de l’arme chimique ; identité évidente pour tout observateur qui accepte de constater les évidences. La première découle du fait que le missile sol-sol chimiquement chargé, qui a été lancé sur Khan el-Assal près d’Alep, a visé une région entièrement contrôlée par l’Armée nationale syrienne dont la population a unanimement rejeté les prétendus rebelles armés aussi bien syriens qu’étrangers, et a témoigné de son attachement indéfectible à l’État syrien et à son gouvernement actuel légitimement élu. La deuxième est en rapport avec le « timing » de l’attentat survenu à un moment critique qui a révélé l’incapacité des bandes armées à modifier l’équilibre des forces en leur faveur, de telle sorte qu’elles puissent effectivement réussir à contrôler ne serait-ce qu’une région du pays et à en interdire l’accès aux forces gouvernementales pour s’offrir une quelconque légitimité, et ce en dépit de tout leur armement et des moyens logistiques mis à leur disposition ! Ceci sans oublier une troisième évidence : celle de la crise notoire vécue par les soi-disant oppositions syriennes, séparées entre extérieure et intérieure, qui ne se rencontrent que par leur « hostilité au régime », pour tout de suite se disperser devant « la soif du pouvoir ».

Tout cela nous permet d’affirmer que les terroristes ont eu recours à l’arme chimique par décision d’un commandement suprême [USA], avec la coopération et la complicité d’un triangle régional [Qatar, Arabie saoudite, Turquie] et d’un binôme européen [France, Grande Bretagne], qui ne sont donc que des exécutants, pour atteindre les objectifs suivants :

1. Dépasser la crise structurelle et le handicap sur le terrain dont souffre la prétendue opposition syrienne et introduire une nouvelle arme dans la bataille, pour atteindre l’équilibre rêvé par « le front des agresseurs » comme nous l’a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui « ne peut accepter le déséquilibre actuel » entre un État souverain et des mercenaires inféodés à l’étranger, et qui considère que « lever l’embargo sur les armes [à destination de l’opposition syrienne] est le seul moyen qui reste pour faire bouger politiquement la solution » ! [4]. Mais les règles de la guerre nous ont toujours enseigné qu’un adversaire, incapable d’atteindre ses objectifs, demande des renforts et/ou introduit une nouvelle arme sur le champ de bataille. Et c’est justement le cas des mercenaires armés incapables de contrôler la situation d’ensemble en dépit de renforts humains incessants qui ont atteint les 135000 hommes armés, rendus à 65000, sous les coups de l’Armée nationale syrienne et aussi du fait de l’évolution de leur environnement qui n’est plus dupe de leurs motivations. Coincés politiquement et militairement, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire exploser la situation et ainsi récupérer l’équilibre tant rêvé.

2. Satisfaire la volonté des dirigeants de l’OTAN, et particulièrement de la Turquie, par l’envoi d’un message fort à la Syrie lui signifiant que leurs menaces à répétition de fournir des « armes létales » à la dite opposition syrienne sont sérieuses et que les autorités syriennes feraient bien d’en tenir compte et de réviser leurs calculs, comme l’ont déclaré plus d’un responsable occidental… Les calculs qu’à leur avis la Syrie est censée réexaminer portent sur la détermination du gouvernement syrien et du Président Al-Assad de ne s’en remettre qu’aux seules décisions du peuple et de refuser les diktats étrangers d’où qu’ils viennent, notamment ceux qui consistent à en désigner les dirigeants en contournant le verdict des urnes. D’ailleurs, la désignation d’un citoyen américain, d’origine syrienne, comme premier ministre d’un gouvernement fantoche n’est qu’un avant goût de ce que les Occidentaux voudraient imposer à la Syrie ; ce que le peuple syrien refuse, ainsi que ses autorités nationales et patriotes. Là encore, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire pression, intimider, voire terroriser les autorités syriennes afin qu’elles abandonnent leurs principes de gouvernance, de souveraineté et d’indépendance.

3. Permettre aux dirigeants US de tester concrètement la direction syrienne du point de vue cohésion et sang froid, en particulier, tout en la poussant à répondre à ce crime commis par les bandes armées à sa solde par un crime de même nature. En d’autres termes, pousser la direction syrienne à répondre par une attaque chimique contraire, au cas où ils échoueraient à l’accuser de l’avoir elle-même perpétré. Ainsi les US auraient le prétexte suffisant pour intervenir militairement sous la couverture de diverses organismes internationaux ou régionaux et réussiraient enfin à « faire tomber le régime » qui a résisté et qui est toujours capable de résister, malgré le nombre considérable des agresseurs et la violence extrême de l’agression ; ce qui a fait que la Russie les a clairement prévenu que « sa chute était impossible » !

La décision d’utiliser le gaz sarin est une décision de la direction US prise il y a deux mois dans le but de s’en servir comme prétexte à intervention. Les rapports de la chaine CNN sur ce gaz prétendument utilisable par Damas, aux abois, se sont multipliés depuis le début de l’année [8] et révèlent que ce dernier argument s’est évaporé comme les précédents, car la cohérence syrienne sur les plans politique, médiatique et politique a fait échouer certains des objectifs essentiels de ses ennemis. Certes, les résultats de cet acte criminel sont lourds de conséquences, notamment par le nombre de victimes syriennes [26 tués, dont 16 militaires, et 86 blessés, au 20 Mars 3013, NdT]. Il n’empêche que ses répercussions vont dans le sens opposé à la volonté des États-Unis. En effet :

1. La condamnation internationale de cette attaque chimique, par de prétendus opposants pour la liberté, a quelque peu embarrassé les dirigeants occidentaux et a particulièrement révélé l’hypocrisie des dirigeants US qui, après avoir affirmé qu’ils ne savaient pas qui des rebelles ou des autorités syriennes avait usé de ces armes, se sont lancés dans une fuite en avant en déclarant « qu’ils n’accepteront pas que le régime utilise des armes chimiques » ; ce qui revient à admettre implicitement qu’ils acceptent, encouragent, voire ordonnent aux bandes armées d’en faire usage ! Bien que nous soyons convaincus que les dirigeants US ne s’imposent aucune restriction d’ordre légal, moral, ou humaniste, nous pensons néanmoins que cette situation dans laquelle ils se sont empêtrés pourrait les empêcher d’invoquer l’usage des armes chimiques pour pousser la communauté internationale à intervenir militairement en Syrie.

2. Quant à la dite opposition syrienne, nous pouvons dire que  ce crime dépasse le simple embarras et constitue un énorme scandale qui ne manquera pas de les diviser encore plus qu’ils ne le sont, surtout que les victimes sont principalement des femmes et des enfants, dont une petite fille qu’ils n’ont pas pu ne pas entendre dire : “C’est cela leur liberté ? Puisse Dieu ne jamais les exaucer ! ».

3. Reste les « ourbanes » qui se réunissent encore sous l’égide d’une prétendue Ligue arabe et sur lesquels nous ne nous attarderons pas, sinon pour dire que leur silence équivaut à un aveu de reconnaissance de complicité dans ce crime répréhensible et condamnable par toute personne saine d’esprit douée d’un minimum de noblesse, autant de termes exclus de leur dictionnaire.

Finalement, bien que le recours aux armes chimiques par le front des agresseurs « sous direction US » signifie une importante escalade dans la violence contre la Syrie, il a été incapable de créer une brèche dans sa défense militaire et n’a en rien assuré l’équilibre des forces que les US cherchent désespérément avant de s’asseoir à la table des négociations. Au contraire, les USA ont perdu des cartes que ne compensera certainement pas la nomination d’un citoyen américain d’origine syrienne à « la tête d’un gouvernement intérimaire ». Ni lui, ni l’attentat criminel par armes chimiques n’auront réussi à atteindre leurs objectifs, tout comme ils ne modifieront pas les paramètres essentiels de l’équation sur laquelle repose l’Etat  syrien et sa légitimité.

Amin Hoteit

21/03/2013

 

Article original : Al-tayyar

هل تغيّرت المعادلة السورية بعد الكيماوي؟!

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/syria-after-chemical-pb-8119.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Entrevue intégrale du président syrien avec le Sunday Times

http://www.mondialisation.ca/entrevue-integrale-du-president-syrien-avec-le-sunday-time/5325236

[2] Des terroristes testent l’effet de gaz toxiques, de fabrication turque, en territoire syrien.

http://www.youtube.com/watch?v=k_IIARKNXQI&feature=youtu.be

[3] SYRIA: US-NATO Backed Al Qaeda Terrorists Armed with WMDs.

Chemical Weapons against the Syrian People

http://www.globalresearch.ca/syria-us-nato-backed-al-qaeda-terrorists-using-wmds-chemical-weapons-against-the-syrian-people/5327507

[4] Syrie : Fabius veut armer “rapidement” l’opposition

http://www.dailymotion.com/video/xy6zt5_syrie-fabius-veut-armer-rapidement-l-opposition_news

[5] Syrie : pour Fabius, “Assad ne mériterait pas d’être sur la terre”

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/syrie-pour-fabius-assad-ne-meriterait-pas-d-etre-sur-la-terre-7460516.html

[6] En Syrie, armes à double tranchant

http://blog.mondediplo.net/2013-03-19-En-Syrie-armes-a-double-tranchant

[7] Syrie : le premier ministre de l’opposition refuse tout dialogue avec Assad

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/19/ghassan-hitto-elu-premier-ministre-interimaire-par-l-opposition-syrienne_1850209_3218.html

[8] Syria’s chemical weapon potential: What is it, and what are the health risks?

http://edition.cnn.com/2012/12/07/world/meast/syria-chemical-weapons-qa/

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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Honduras : Un escadron de la mort sème la terreur

mars 22nd, 2013 by André Maltais

Le Congrès hondurien, l’un des protagonistes du coup d’état de 2009 contre le président Manuel Zelaya, ne cesse, depuis ce temps, de voter des lois au service du capital étranger, dans un pays devenu l’épicentre du trafic de drogue en Amérique centrale et l’un des endroits les plus violents sur la planète.

Ce constat de l’Organisation fraternelle des noirs du Honduras (OFRANEH), paru dans un communiqué du 28 janvier dernier, n’est vécu nulle part ailleurs avec autant d’intensité que dans la région du Bajo Aguan, sur la côte caribéenne du Honduras.

Là-bas, depuis trois ans, ont jusqu’à maintenant été assassinés près d’une centaine de membres et sympathisants d’organisations paysannes, comme le Mouvement unifié des paysans de l’Aguan (MUCA) et le Mouvement paysan pour la récupération de l’Aguan (MOCRA), qui cherchent à protéger les petits fermiers contre l’appropriation des terres par l’oligarchie de l’agrobusiness.

Pour le gouvernement de Porfirio Lobo, ces meurtres sont le triste résultat d’une confrontation entre les forces de sécurité des grands producteurs d’huile de palme et les organisations paysannes et on ne peut rien faire de plus que de recourir aux forces de l’ordre pour mettre fin au conflit.

Mais un rapport de l’organisme Rights Action, publié le 20 février, souligne que seulement six des assassinats ont eu lieu sur des terres occupées par les paysans ou pendant les opérations d’éviction de ces derniers. Tous les autres sont des meurtres ciblés alors que les victimes sont tuées à la maison ou sur la route.

Ces meurtres systématiques exécutés par des tueurs masqués ont commencé, note Annie Bird, co-directrice de Rights Action, quand, en janvier 2010, une unité des forces spéciales du 15e bataillon de l’armée hondurienne est arrivée dans l’Aguan, fraîchement entraînée par le Commandement des opérations spéciales du Commandement Sud de l’armée des Etats-Unis (SOCSOUTH).

Baptisée Opération Tumbador, cette première militarisation répondait à l’occupation de 10,000 hectares de terres appartenant au plus grand propriétaire terrien du pays, Miguel Facussé, par des milliers de paysans du MUCA.

Médias et gouvernement, raconte German Reyes, du Front national de résistance populaire (FNRP) hondurien, avaient alors accusé les militants paysans d’avoir créé une cellule de guérilla, financée par le trafic de drogue, pour déstabiliser le pays.

Après Tumbador, aucune annonce n’a suivi à propos de la supposée guérilla, continue Reyes. Aucune saisie d’armes ni capture de guérillero. Pendant que militaires et policiers se concentraient à déloger les paysans des terres occupées et que commençaient les meurtres ciblés de paysans par ce qui semble être un escadron de la mort, le SOCSOUTH états-unien finançait l’agrandissement et la modernisation de la base militaire de Rio Claro, là où avait été entraîné le 15ebataillon.

Mais les auteurs du rapport font plus que de souligner la coïncidence entre l’Opération Tumbador et le début des assassinats. Les conditions entourant plusieurs des meurtres de paysans, révèlent-ils, découlent des techniques enseignées aux militaires et policiers honduriens par le SOCSOUTH, parmi celles-ci, la « conduite automobile offensive », le « tir de précision à distance » et « l’insertion » dans les domiciles ou lieux de travail.

Or, s’inquiète madame Bird, plusieurs dizaines de meurtres sont survenus suite à des poursuites automobiles à haute vitesse tandis que plusieurs autres paysans sont morts ou ont survécu à des tirs de « snipers » ou ont été attaqués à la maison ou au travail par des commandos de tueurs.

Les résidents locaux et la presse nationale signalent la présence de Rangersétats-uniens dans la région, depuis au moins 2008, ce que confirment, écritRights Action, des documents publics du gouvernement des Etats-Unis.

Pour les organisations paysannes, il ne fait aucun doute que la police et les militaires participent à cette tuerie tellement elles ont été témoin d’actes de violence et d’intimidation de leur part dans les communautés agraires. Il est, par ailleurs, de notoriété publique que des éléments de la police commettent de nombreux délits, au Honduras, spécialement des meurtres commandités, du trafic de drogue et des enlèvements avec extorsion.

Bien que Tumbador ait aggravé la situation dans l’Aguan, le gouvernement y dépêchait, en 2011, une nouvelle unité conjointe de l’armée et de la police, l’unité Xatruch qui, en 2004, a participé à l’occupation iraquienne par les Etats-Unis et à ses opérations spéciales de contre-insurrection.

Pour OFRANEH, le conflit meurtrier de l’Aguan, avec sa population armée de machettes coincée entre les AK-47 des trafiquants de drogue et des milices terriennes, pourrait se reproduire partout au pays tellement le gouvernement est anxieux d’en livrer les ressources aux investisseurs étrangers.

En octobre 2011, Lobo est allé à Washington se faire photographier et annoncer au monde que son pays est ouvert à des affaires qui, toutes, augmentent la pression sur la terre hondurienne: agro-combustibles, tourisme, sylviculture et mines à ciel ouvert.

Le 23 janvier dernier, le Congrès putschiste adoptait un projet de villes-modèle, parrainé par l’économiste états-unien, Paul Romer, et baptisé Loi des régimes spéciaux de développement (RED), qui consiste à transformer des portions du territoire hondurien en villes-états autonomes, répliques de paradis fiscaux comme Singapour ou les îles Caïmans.

Trois mois auparavant, la Cour suprême de justice avait pourtant déclaré le projet de loi RED inconstitutionnel mais, le 12 décembre, le Congrès hondurien destituait illégalement les quatre magistrats qui avaient voté contre l’initiative néocoloniale.

Comme le Chili de Pinochet, le Honduras d’après 2009 est devenu un laboratoire politique, social et économique, dont les enseignements visent à être appliqués à d’autres pays latino-américains plus importants. Dans un avenir pas si lointain, prédit OFRANEH, les Cours supérieures des pays restés sous la férule impériale seront prisonnières des législateurs soumis aux intérêts du Nord.

Selon le Groupe de travail de l’ONU sur l’emploi des mercenaires, le Honduras de Porfirio Lobo compte 706 entreprises privées de sécurité qui emploient entre 60,000 et 70,000 personnes, soit plus du double des éléments que comptent ensemble la police nationale et l’armée.

Il y a cinq gardes de sécurité privés pour un policier, au Honduras et cela ne comprend même pas les entreprises de sécurité illégales. Il est clair, dit Patricia Arrias, membre du groupe de travail onusien, que, dans un contexte de législation insuffisante et très faible encadrant ces entreprises, cela facilite les violations des droits humains.

Le congrès hondurien, conclut l’OFRANEH, est en train d’écrire un Manuel de destruction de l’état et de la démocratie pour les nuls, en quatre chapitres : coup d’état pour éliminer les forces qui s’opposent au pillage des ressources; tolérance des cartels de la drogue qui contrôlent des pans entiers du territoire national; sape de ce qui reste de l’administration de la justice et, en guise de happy end, don de la terre et du sous-sol du pays aux néo-colonialistes.

Mais reste à voir ce qu’en dira la population. 2013, au Honduras, est une année d’élections présidentielles. Or, tous les sondages montrent jusqu’à maintenant qu’une élection libre donnera gagnante Xiomara Castro, épouse de l’ex-président, Manuel Zelaya, et son parti Liberté et refondation (LIBRE).

André Maltais

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Leçon de politique sur la Palestine à l’assemblée en Australie

mars 22nd, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Israël-Palestine… David Shoebridge remet les pendules à l’heure

 

Formidable discours du député australien qui donne une vraie leçon de politique sur la Palestine à l’assemblée en Australie, en réponse à une motion présentée par un groupe de députés de retour d’une “mission” en Israël et dans certains endroits “choisis” de Cisjordanie. Mission qui était sous la houlette du Jewish Board of Deputies.

 

 

19 mars 2013 - http://www.youtube.com/watch?v=psWg…/MrPedrolobito·

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Au dixième anniversaire de l’invasion américaine en Irak, plusieurs attentats à la voiture piégée ont atteint hier des cibles chiites partout en Irak, tuant 65 personnes et en blessant au moins 200 autres. C’est un rappel sanglant des effets de l’occupation néocoloniale américaine de l’Irak, comprenant l’embrasement par Washington du conflit ethno-confessionnel et de l’escalade de la guerre en Syrie.

Les attentats d’hier ont eu lieu après une série d’attaques anti-chiites perpétrées par des partenaires d’al Qaïda en Irak, un groupe lié au Front al Nusra – actuellement la force motrice de l’opposition syrienne, soutenue par les Etats-Unis, et qui lutte pour le renversement du président Bachar al Assad.

Dans le contexte de ces atrocités continuelles, l’on ne peut qu’être écoeuré par les rétrospectives superficielles et trompeuses des médias américains sur la guerre en Irak. Ils présentent la guerre comme faisant définitivement partie du passé après les élections d’un gouvernement irakien et le retrait officiel d’Irak, en décembre 2011, des troupes américaines. Les mensonges et la criminalité avec lesquels l’impérialisme américain a poursuivi la guerre – qui a dévasté l’Irak et entraîné la mort d’environ 1,2 million d’Irakiens et de près de 4.500 soldats américains, tout en coûtant 2 milliers de milliards de dollars sont soit ignorés soit balayés d’un revers de la main comme étant des « ratés du renseignement. »

La population américaine a été poussée dans une guerre impopulaire, malgré des protestations de masse, une guerre fondée sur des mensonges et pour lesquels personne n’a eu de comptes à rendre. Les preuves avancées pour montrer que l’Irak possédait des armes de destruction massive (ADM) ont été fabriquées par des responsables américains, dont par le discours prononcé en 2003 par le secrétaire d’Etat, Colin Powell devant l’ONU. Le président américain George Bush et le vice-président, Dick Cheney, ont trompeusement affirmé que les Etats-Unis devaient attaquer l’Irak pour empêcher qu’il s’allie à al Qaïda – qui opère actuellement en Syrie comme force intermédiaire des Etats-Unis.

Compte tenu de l’ampleur des crimes et de la dévastation causée par la guerre en Irak, la réaction des médias américains ont un caractère orwellien. Dix ans après une massive campagne médiatique pour faire pression sur la population pour qu’elle soutienne la guerre d’agression, il n’existe aucun examen sérieux des événements qui ont contribué à cette catastrophe. L’histoire se réduit à des bulletins d’information de deux minutes et à de brefs articles.

Le New York Times a publié une liste de brefs commentaires d’universitaires et d’agents de l’Etat intitulé « Cela en valait-il la peine ? » Le professeur de l’université de Harvard et ancienne conseillère adjointe à la sécurité nationale, Meghan O’Sullivan, a avancé l’argument immonde suivant, « Croyez-le ou non, nous sommes plus en sécurité maintenant » après la guerre. En reprenant les mensonges sur les ADM, elle a affirmé que sans l’invasion de l’Irak, « Il est du moins concevable que Saddam [Hussein, l’ancien président de l’Irak] aurait aujourd’hui l’arme nucléaire. »

Le Washington Post a écrit que l’Irak « titube entre progrès et chaos, » en reconnaissant qu’une guerre sectaire est en cours mais en citant le commentaire du gouverneur de Najaf, Adnan Al-Zurfi disant, « La plupart des gens ont actuellement un bon boulot et de nombreuses opportunités. » Mis à part le fait que c’est un mensonge, et même si c’était vrai, cela ne justifierait pas une invasion américaine et l’occupation de l’Irak.

Les experts des médias, qui ont tout particulièrement promu la guerre – dont Thomas Friedman et Richard Cohen du New York Times et David Ignatius duWashington Post – n’ont pas abordé la question de l’anniversaire. Friedman n’a pas ressenti le besoin de fournir une quelconque explication pour sa tristement célèbre déclaration au sujet de l’Irak qu’« une guerre pour le pétrole ne lui posait aucun problème.»

Les chroniqueurs du Post ont été, quant à eux, trop occupés à réclamer une guerre avec la Syrie pour faire un bilan de leurs articles sur l’Irak. Saluant l’envoi de missiles antiaériens aux combattants de l’opposition syrienne, Ignatius a préconisé une occupation de la Syrie, menée par les Etats-Unis. Il écrit, « Soyons sincère : Assad une fois parti et la Syrie enfin en train de reconstruire son Etat, elle aura besoin d’une massive aide économique et militaire étrangère – incluant probablement des troupes de maintien de la paix de la Ligue arabe ou même d’un pays de l’OTAN comme la Turquie. »

En 2003, Cohen était ravi du fait que les mensonges de Colin Powell sur les ADM à l’ONU signifiaient « un homme raisonnable exposant des motifs raisonnables » – un jugement que, comme l’avait fait remarquer le WSWS, Cohen avait prononcé tandis qu’il écrivait frénétiquement sur son ordinateur « avant même que Powell ait fini de parler » afin de finir son article dans les délais imposés par son journal. Cette fois encore il a hâte de dissiper les préoccupations concernant un « retour de flamme » ou des conséquences imprévues résultant d’un armement d’al Qaïda en Syrie.

Les Etats-Unis devraient simplement aller attaquer Assad, écrit Cohen. « Le retour de flamme est maintenant une réalité. Il n’y a pas de moyen sûr de l’éviter, seulement de le contenir. Cela ne peut se faire qu’en armant rapidement les modérés et en faisant pression pour une fin aussi rapide que possible de la guerre. »

Les remarques belliqueuses de Cohen reflètent l’émergence d’un groupe d’enthousiastes pro-guerre au sein de la presse anciennement politiquement libérale et favorable au Parti démocrate.

La promotion d’une guerre agressive par les médias et qui forme maintenant la base incontestée de la politique américaine au Moyen-Orient, s’expose à la même condamnation que celle émise contre les cadres de haut niveau de la machine de propagande nazie. La résolution 110 des Nations unies, votée après les procès de Nuremberg, a censuré « toute forme de propagande, dans tous les pays, qui tente de provoquer ou d’encourager toute menace contre la paix, toute violation de la paix ou tout acte d’agression. »

Malgré les coûts humains et financiers incalculables de la guerre, certains ont bien profité de l’Opération Liberté en Irak.

La guerre a mis en faillite les Etats-Unis et dévasté l’Irak dont les champs pétrolifères sont actuellement pillés par des firmes occidentales, parmi lesquelles on compte Exxon Mobil, PB, Chevron, Shell et l’entreprise de Cheney, Halliburton. L’Irak est même confronté à une pénurie d’énergie et de nombreux civils irakiens manquent toujours d’électricité et d’eau courante, étant donné que 80 pour cent du pétrole irakien est exporté par des firmes étrangères. Elles travaillent en étroite collaboration avec l’énorme ambassade américaine, qui est dissimulée à Bagdad dans la zone verte encore fortifiée, pour surveiller le premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Les projets de guerre américains en Iran et en Syrie découlent inévitablement du crime initial commis en Irak. Craignant que sa mise en place en Irak d’un régime chiite n’ait infléchi l’équilibre du pouvoir régional trop en faveur de l’Iran, les Etats-Unis ont laissé les monarchies du golfe persique armer les forces droitières sunnites, dirigées par Al-Nusra, contre la Syrie, un allié clé de l’Iran. Comme le bombardement d’hier l’a montré, l’Irak se retrouve une fois de plus au milieu de ces projets de guerre.

Dix ans après le début de la guerre en Irak, les guerres de l’impérialisme américain se poursuivent au Moyen-Orient, de nouvelles guerres sont planifiées et les criminels politiques qui en sont responsables, ainsi que leurs propagandistes des médias, restent impunis.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 20 mars 2013

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L’invasion de l’Irak, il y a dix ans, a provoqué la plus grave crise humanitaire dans le monde. Comme on l’avait annoncé, le pays a été systématiquement détruit. La brutale réalité dépasse tout ce qu’il est possible d’imaginer. Ce qui suit ne s’adresse pas aux lecteurs sensibles.

“Le chemin vers Jérusalem passe par Bagdad.”

Henry Kissinger

Morts, disparus, réfugiés

Selon l’UNESCO, entre 1991 et 2003, un million d’Irakiens, dont la moitié étaient des enfants, ont perdu la vie suite aux sanctions économiques imposées au pays.[1] Cela n’était que le prélude. Entre l’invasion étasunienne en mars 2003 et mars 2013, 1,5 million d’Irakiens de plus ont été tués.[2]

Le nombre de personnes disparues est actuellement estimé entre 250.000 et plus d’un million. Pour les seules familles expatriées, presque 100.000 enfants sont portés disparus.[3]

L’invasion et l’occupation qui a suivi ont été à l’origine d’une des plus grandes migrations de peuples provoquée par un conflit dans l’histoire du Moyen-Orient.[4] Un rapport des NU datant de 2008 rapportait 2,8 millions de personnes déplacées à l’intérieur de l’Irak.[5] La Croix Rouge irakienne rapportait, en juillet 2007, qu’au moins 2,5 millions d’Irakiens avait fui à l’étranger.[6] Au total, il s’agissait donc de 5,3 millions de réfugiés[7] sur une population de 31 millions, soit une personne sur six.[8] Parmi ces réfugiés en Irak, 80% sont des femmes et des enfants de moins de 12 ans.[9]

Entre l’invasion étasunienne en mars 2003 et mars 2013,jusqu’à 1,5 million d’Irakiens ont été tués. Un irakien sur six est en fuite.

Terrorisme, torture, détention, traumatismes…

Pendant des années, l’Irak fut le pays le plus violent et le moins sûr du monde.[10] En 2011, il fut rattrapé par la Somalie… Etant donné les multiples attentats à la bombe et la violence religieuse des diverses milices, c’est un endroit plus dangereux que l’Afghanistan.[11] Plus d’une victime sur trois du terrorisme mondial est un Irakien.[12]

Ces dix dernières années, plusieurs dizaines de milliers d’Irakiens ont été emprisonnés sans aucune forme d’inculpation ou de procès, dans des prisons officielles ou secrètes (aussi bien irakiennes qu’étasuniennes).[13]

“Tu as vu ce qui s’est passé en Afghanistan : les gens se promenaient dans les rues ! Et ils étaient joyeux.

Ils avaient des ballons. Ils faisaient de la musique.
Et ils accueillaient les Etats-Unis.
Car tout le monde sait que les Etats-Unis ne veulent pas occuper l’Irak. »

Donald Rumsfeld, à l’époque ministre de la Défense, 4 décembre 2002[14]

Entre 2005 et 2008, 50 à 180 corps humains ont chaque jour été jetés dans les rues de Bagdad, portant pour la plupart d’affreuses traces de torture.[15] On sait que la force d’occupation a formé, entraîné, armé et déployé des escadrons de la mort [16] responsables de ces assassinats. Il y a un lien direct entre les centres de torture et le Pentagone.[17]

Être journaliste dans ce pays entre deux fleuves n’est pas une sinécure. Depuis l’invasion, au moins 382 journalistes (dont 352 Irakiens) ont été tués.[18] Ce nombre dépasse celui de toute autre zone de guerre de l’Histoire. Pour comparaison : durant la période 1996-2006, 862 journalistes ont été tués dans le reste du monde.[19]

Il n’est pas étonnant que les Irakiens souffrent de traumatismes extrêmes, au niveau plus élevé que dans d’autres zones de guerre. Une étude indique que parmi les réfugiés irakiens 80% avaient été témoins d’une fusillade, 72% avaient été victimes d’une voiture piégée, et 75% connaissaient une personne morte assassinée.[20]

On sait que les Etats-Unis ont formé, entraîné, armé et déployé des escadrons de la mort responsables de ces assassinats.

Le pays le moins vivable du monde

Pour la énième fois, Bagdad a été proclamée « ville moins vivable de la planète »,[21] suite à la destruction systématique par l’armée étasunienne d’usines, d’écoles, d’hôpitaux, de musées, de centrales d’énergie et d’installations de purification des eaux.[22]

Pourtant, selon les dispositions de la Convention de Genève, lorsqu’une force d’occupation opère par le biais d’un gouvernement qu’elle a installé, elle est responsable de la protection et du bien-être de la population civile.[23] Ces règles et obligations ont été systématiquement ignorées.

“Mais lancez donc une guerre totale contre ces tyrans !

Je pense que nous allons faire ça à merveille.
Et plus tard, nos enfants nous en feront l’éloge. »

Michael Ledeen, American Enterprise Institute, 29 octobre 2001[24]

Selon la Croix Rouge, la crise humanitaire en Irak après l’invasion étasunienne est une des pires du monde.[25] Aujourd’hui, 11 millions, soit presque la moitié des citadins irakiens, habitent dans des bidonvilles.[26] En 2000, ils n’étaient même pas 3 millions. Selon Oxfam, 8 millions d’Irakiens ont un besoin d’aide urgente, et 4 millions manquent de nourriture.[27] 70% de la population n’ont pas accès à une infrastructure d’électricité fiable.[28]

Les bas niveaux d’eau des lacs et rivières ont provoqué une catastrophe car la canalisation défectueuse a empoisonné l’eau potable, rendue ainsi inapte à la consommation humaine et animale.[29] Par conséquent, 70% des Irakiens n’ont pas accès à l’eau potable.[30]

La contamination par l’uranium appauvri et d’autres pollutions liées aux opérations militaires ont engendré une augmentation de déformations génétiques et de cancers qui ont rendu le pays quasi invivable.[31]

Pour la énième fois, Bagdad a été proclamée « ville moins sûre de la planète ». La contamination par l’uranium appauvri et d’autres pollutions liées aux opérations militaires ont engendré une augmentation de déformations génétiques et de cancers qui ont rendu le pays quasi invivable.

Femmes et enfants

En Irak, 44.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année,[32] ce qui est deux fois trop élevé. Ça veut dire que chaque jour 60 enfants meurent inutilement.[33] Un demi-million d’enfants sont mal nourris et 800.000 jeunes irakiens, entre cinq et quatorze ans, sont mis au travail.[34]

L’Irak est devenu le pays des orphelins. On estime à 5 millions le nombre d’orphelins,[35] dont plus d’un demi-million vivent dans la rue.[36]

En Irak, 44.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, ou 60 par jour, soit plus que la normale.

Un demi-million d’enfants sont mal nourris et 800.000 jeunes irakiens ,entre cinq et quatorze ans, sont mis au travail.

L’Irak est aussi le pays des veuves. En 2007, le Ministère irakien des Affaires des Femmes rapportait qu’il y avait environ 3 millions de veuves, suite à la guerre avec l’Iran, la guerre du Golfe de 1991, et l’occupation de l’Irak depuis 2003.[37] Plus de la moitié des veuves ont perdu leur mari après l’invasion de 2003, avec des conséquences dramatiques pour elles. 8% d’entre-elles seulement perçoivent une pension, 55% sont déplacés, et un nombre équivalent sont victimes de violences.[38]

Pour les femmes, l’invasion a signifié un grand bond en arrière. Depuis 2003, nombre de leurs droits ont reculé, notamment le droit à la protection maternelle, à l’emploi et aux soins de santé.[39] À présent, la polygamie est proposée comme une solution au très grand nombre de veuves,[40] et le mu’ta, sorte de mariage de complaisance – une forme de prostitution légalisée – est de retour.[41]

Education

L’enseignement a été une cible systématique dans la destruction de l’Irak. Entre mars 2003 et octobre 2008, plus de 30.000 attaques violentes ont été commises contre des institutions d’enseignement. Plus de 700 écoles primaires ont été bombardées, 200 ont été incendiées et plus de 3.000 ont été pillées. Plusieurs établissements d’enseignement ont été utilisés pour héberger des militaires.[42]

En 2008, seule la moitié des enfants entre six et douze ans fréquentait encore l’école.[43] En 2005, ils étaient encore 80%. Plus de 90% des enfants accusent un retard au niveau de l’apprentissage.[44]

L’enseignement supérieur a été particulièrement visé et encore plus durement frappé. 84% des institutions de l’enseignement supérieur ont été incendiées, pillées ou gravement endommagées.[45] Plus de 470 professeurs irakiens ont été des cibles, soit presque un enseignant tué par semaine depuis le début du conflit.[46]

L’enseignement a été une cible systématique dans la destruction de l’Irak. Plus de 470 professeurs irakiens ont été tués, soit presque un par semaine.

Une fuite de cerveaux sans précédent

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le pays se vide. Depuis l’invasion, 20.000 scientifiques et de professionnels irakiens et 6.700 professeurs de l’université ont fui le pays.[47]

Les médecins, notamment, ont pris la fuite. Rien de surprenant quand on sait que, depuis 2003, plus de 2.000 médecins ou infirmiers ont été assassinés.[48] Plus de la moitié des médecins enregistrés se sont également désengagés dans leur propre pays.[49]

La désarticulation est totale. 75 % des médecins, pharmaciens, infirmiers, et 80% du corps d’enseignants de Bagdad ont été tués, ont émigré, ou ont abandonné leur poste.[50] Avant 2006, environ 40% de la classe moyenne avait pris la fuite suite à la violence ou la terreur.[51]

75 % des médecins, pharmaciens, infirmiers et 80% du corps d’enseignants de Bagdad ont été tués, ont émigré, ou ont abandonné leur poste.

Iconoclasme et purifications religieuses et ethniques

Non seulement les cerveaux ont été décimés mais également l’héritage culturel. Après l’invasion, l’occupant étasunien a laissé 12.000 sites archéologiques sans aucune surveillance et les pillages en ont été la conséquence.[52] Rien qu’au Musée national de Bagdad, 15.000 artéfacts mésopotamiens d’une valeur inestimable ont été volés.[53]

Les minorités irakiennes (les Chaldéens, Assyriens, Mandéens, Bahia, Yezidi…) sont au bord de l’extermination car elles sont confrontées à une violence inouïe.[54] Depuis l’invasion, l’Irak attire des combattants djihadistes visant souvent des minorités ethniques et religieuses.[55] Certaines de ces minorités ont vécu pacifiquement en Irak pendant deux mille ans. A l’heure actuelle, ce même scénario se répète en Syrie.

Les minorités irakiennes (les Chaldéens, Assyriens, Mandéens, Bahia, Yezidi…) sont au bord de l’extermination.

Néo-colonie et terre conquise pour les Etats-Unis

L’Irak ne fut pas seulement occupé en termes militaires mais également en termes économiques. Le pays est devenu un paradis pour les investisseurs étrangers, au détriment des Irakiens qui n’ont rien eu à dire dans la reconstruction de leur pays.[56] Les nouveaux contrats ont presque tous été attribués à des entreprises étrangères. L’exemple le plus édifiant à ce titre est celui de Halliburton.[57] En 2003, cette entreprise de construction de Houston est parvenue à acquérir un contrat d’une valeur de plusieurs milliards.[58] Détail révélateur : l’ancien CEO (jusqu’en 2000) n’était autre que Dick Cheney, vice-président et homme fort du cabinet de guerre de Bush. Jusqu’à maintenant, l’homme a conservé des intérêts dans cette société.[59]

“Il y a beaucoup d’argent pour financier tout ceci (…) les revenus du pétrole de ce pays pourraient s’élever entre 50 et 100 milliards de dollars US dans le courant des deux ou trois années à venir (…)

Nous avons à faire à un pays qui peut financier sa propre reconstruction, et assez vite.”

Paul Wolfowitz, conseiller d’élite de Bush et architecte de l’invasion, 27 mars 2003[60]

 

De nouvelles lois ont également prévu des impôts faibles permettant que des entreprises irakiennes passent à 100% aux mains d’investisseurs étrangers, y compris le droit de transférer tous les bénéfices à l’étranger.[61] Les transactions financières avec l’étranger sont passées entre les mains d’une banque des Etats-Unis, notamment JP Morgan, le premier financier de la première guerre mondiale et de Mussolini.[62]

Même après le retrait (de la plupart) des troupes étasuniennes, en décembre 2011, les conseillers étasuniens restent liés à tous les ministères et services de sécurité.[63] L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est le symbole de la main de fer sur le pays. Cette ambassade est la plus grande et la plus chère du monde, aussi grande que le Vatican, et dotée d’un cadre de personnel de 15.000 personnes.[64]

L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est le symbole de la main de fer sur le pays. Elle est la plus grande et la plus chère du monde.Les transactions financières avec l’étranger sont passées aux mains d’une banque des Etats-Unis, notamment JP Morgan, le premier financier de la première guerre mondiale et de Mussolini.

Facture improbable et situations maffieuses

Selon Stiglitz, lauréat du prix Nobel, l’invasion de l’ Irak a coûté quelque 3000 milliards de dollars,[65] l’équivalent de 100 ans d’aide au développement des Etats-Unis.[66] Un sixième de ce montant aurait suffi pour atteindre les objectifs du millénaire pour le monde entier.[67]

Pour l’occupation et la soi-disant reconstruction du pays, des montants considérables ont été prévus. Cependant, ils n’ont toujours pas été équitablement distribués. Selon Transparency International, il s’agit en l’espèce du plus grand scandale de corruption jamais vu dans l’histoire.[68] Des milliards de dollars se sont envolés en fumée. Jusqu’à présent, on vole du pétrole à volonté, puisqu’il n’y a toujours pas de système de mesure moderne disponible.[69]

Certes, on a bien tenté de combattre cette corruption massive. Ainsi, un service contre la corruption a vu le jour. Cependant, les fonctionnaires trop zélés sont assassinés. Depuis 2006, 30 inspecteurs contre la fraude ont été « liquidés ».[70]

Selon Stiglitz, lauréat du prix Nobel, l’invasion de l’ Irak a coûté

Quelques 3 000 milliards de dollars,

l’équivalent de 100 ans d’aide au développement des Etats-Unis.

Parole contre parole

Avant la première guerre du Golfe, en 1991, James Baker, à l’époque ministre étasunien des affaires étrangères, avait dit à son homologue Tariq Aziz : « Nous allons détruire ton pays et le catapulter à l’âge de pierre ».[71] Près de dix ans plus tard, Paul Wolfowitz, vice-ministre de la Défense et architecte de l’invasion, disait que les Etats-Unis « allaient en terminer avec les états qui soutiennent le terrorisme ».[72] Ils ont tenu parole.

“Nous allons détruire ton pays et le catapulter à l’âge de pierre”.
James Baker, à l’époque ministre étasunien des affaires étrangères

La population irakienne ne se croise pas les bras. Depuis l’invasion et l’occupation qui a suivi, les protestations sont constantes. Elles se sont accélérées lors du Printemps arabe en janvier-février 2011. Depuis le 25 décembre 2012, des protestations massives ont lieu chaque jour à Ramadi.[73]

Ces protestations auxquelles participent des centaines de milliers de personnes se sont étendues vers d’autres villes, partout dans le pays. Le 12 janvier dernier, plus de 2 millions de manifestants réclamaient la démission du premier ministre irakien Al Maliki. Ils réclament notamment la fin des atrocités, l’abolition des lois antiterroristes, la fourniture de services de base essentiels, l’arrêt de la marginalisation et de la division organisée parmi les groupes religieux et ethniques, la sanction du comportement criminel de l’armée, de la police et des forces de sécurité.

En Chine ou au Myanmar, il suffit d’un dissident pour se retrouver à la une des journaux. Par contre, nos médias gardent le silence sur ces protestations massives. Oui, la vérité est toujours la première victime de toute guerre.[74]

Dirk Adriaensens

Marc Vandepitte

 

Article original : De wereld morgen

http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/03/18/wist-je-dat-onwaarschijnlijke-cijfers-over-de-georganiseerde-vernietiging-van-ir

Traduit du néerlandais par Erwin Carpentier

Investig’action http://www.michelcollon.info/Les-chiffres-invraisemblables-sur.html

Notes :

[1]https://www.coc.org/files/iraq_fact_sheet.pdf.

[2]Le nombre des morts est très controversé et, bien sûr, politiquement très sensible. Le chiffre d’un million et demi est basé sur les calculs suivants :

En 2006 déjà, le prestigieux magazine Lancet dénombrait environ 650.000 morts. En 2008, l’Opion Research Business, magazine autant renommé, recensait aussi un peu plus d’un million de victimes. En extrapolant, sur la base des comptes d’Iraq Body Count (IBC), on arrive au chiffre d’un million et demi. Les calculs conservateurs se limitent à 100.000 morts.
http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2806%2969491-9/abstract

http://www.reuters.com/article/2008/01/30/us-iraq-deaths-survey-idUSL3048857920080130

http://www.justforeignpolicy.org/deathcount/explanation

http://www.iraqbodycount.org/

http://en.wikipedia.org/wiki/Casualties_of_the_Iraq_War#The_Associated_Press_and_Health_Ministry._More_information

[3]http://www.unhcr.org/refworld/docid/4d35334e1e.html.

[4]http://www.irinnews.org/Report/77594/IRAQ-New-report-highlights-growing-number-of-IDPs, p. 10.

[5]http://www.brusselstribunal.org/Refugees.htm.

[6]http://www.fmreview.org/FMRpdfs/Iraq/full.pdf.

[7]http://www.sfgate.com/opinion/article/Mission-accomplished-Not-for-the-Iraqi-people-3184148.php#ixzz0yUDbF2Va

[8]Aujourd’hui, on estime à presque trois millions le nombre total de réfugiés, à l’intérieur du pays ou à l’étranger.
www.unhcr.org/pages/49e486426.html

[9]http://www.internal-displacement.org/idmc/website/countries.nsf/(httpEnvelopes)/B6C0B024031DFA0F802570B8005A74D6 ?OpenDocument.

[10]http://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2011/10/2011GPIMethodologyResultsFindings.pdf, p. 4.

[11]http://www.musingsoniraq.blogspot.be/2013/02/iraq-still-far-deadlier-place-than.html?goback=.gde_1491617_member_216675612.

[12]http://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2012/11/Global-Terrorism-Index-Fact-Sheet.pdf.

[13]http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/report/thousands-iraqi-detainees-risk-torture-after-us-handover-2010-09-13.

[14]http://www.defense.gov/Transcripts/Transcript.aspx?TranscriptID=2868.

[15]http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf/db900sid/MWAI-7R74BB?OpenDocument&amp ;query=disappeared%20iraq&cc=irq ; http://www.stv.tv/weather/88812-horror-of-war-at-iraqi-morgue-even-as-attacks-fall.

[16]http://www.globalresearch.ca/terrorism-with-a-human-face-the-history-of-americas-death-squads/5317564.

[17]http://readersupportednews.org/news-section2/306-10/16361-revealed-pentagons-link-to-iraqi-torture-centers ; http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/06/el-salvador-iraq-police-squads-washington.

[18]http://www.brusselstribunal.org/JournalistKilled.htm.

[19]http://www.newssafety.org/images/stories/pdf/programme/globalinquiry/killingtheMessenger.pdf, p. 62.

[20]http://gorillasguides.com/2008/01/22/syria-un-research-indicates-high-levels-of-trauma-among-iraqi-refugees/.

[21]http://www.mercer.com/press-releases/quality-of-living-report-2012.

[22]http://www.michaelmoore.com/words/mike-friends-blog/truth-about-end-combat-operations.

[23]http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/12A02E96E6AABB55852573D9005ABD42-Full_Report.pdf, p. 3.

[24]http://killinghope.org/bblum6/mafia.htm.

[25]http://www.icrc.org/eng/assets/files/other/icrc-iraq-report-0308-eng.pdf, p. 3.

[26]http://www.unhabitat.org/pmss/listItemDetails.aspx?publicationID=2917, p. 33.

[27]http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/Rising%20to%20the%20humanitarian%20challenge%20in%20Iraq.pdf.

[28]http://www.sfgate.com/cgi-bin/artic….

[29]http://waterwebster.org/IraqWater.htm.

[30]http://www.mcclatchydc.com/2007/11/18/21753/us-struggles-to-restore-drinking.html.

[31]http://www.iauiraq.org/documents/1375/images…unitionsHumanHealthinIraq.pdf.

[32]http://www.unicef.org/sowc2012/pdfs/SOWC%202012-Main%20Report_EN_13Mar2012.pdf.

[33]En 1990, l’Irak avait le même taux de mortalité infantile que son voisin, la Turquie. Aujourd’hui, ce chiffre est le double.
http://hdr.undp.org/en/media/hdr_1992_en_indicators1.pdf, p. 142.

http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2011_EN_Complete.pdf, p. 159.

[34]http://childvictimsofwar.org.uk/get-informed/iraq/.

[35]http://en.wikipedia.org/wiki/Humanitarian_crises_of_the_Iraq_War.

[36]Les estimations du nombre d’enfants orphelins varient énormément. Un rapport des NU de 2008 fait état de 870.000. Des calculs locaux donnent actuellement un nombre de 4,5 à 5 millions d’orphelins. Ces derniers chiffres sont plausibles, étant donné que plus d’un million d’Irakiens ont trouvé la mort et que le nombre d’enfants par femme s’élève à 4,7.
http://mawtani.al-shorfa.com/en_GB/articles/iii/features/iraqtoday/2012/03/27/feature-01

http://en.wikipedia.org/wiki/Humanitarian_crises_of_the_Iraq_War

http://www.alternet.org/story/70886/occupation%27s_toll%3A_5_million_iraqi_children_orphaned

http://www.unicef.org/sowc2012/pdfs/SOWC%202012-Main%20Report_EN_13Mar2012.pdf, p. 109.

[37] http://worldblog.nbcnews.com/_news/2007/03/29/4377071-iraq-a-nation-of-widows?lite.

[38] http://www.ncciraq.org/index.php?option=com_content&amp ;view=article&id=128&Itemid=81&lang=en ; http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=%2Fc%2Fa%2F2010%2F06%2F27%2FIN5D1E116Q.DTL#ixzz0yUDbF2Va.

[39] http://www.globalresearch.ca/how-the-us-erase-women-s-rights-in-iraq/1054.

[40] http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12266986.

[41] http://usatoday30.usatoday.com/news/world/iraq/2005-05-04-pleasure-marriage_x.htm.

[42] http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001868/186809e.pdf, p. 202.

[43] http://childrenandarmedconflict.un.org/press-releases/25Apr08/.

[44] http://www.irinnews.org/printreport.aspx?reportid=26114.

[45] http://www.investpromo.gov.iq/index.php?id=80.

[46] http://www.brusselstribunal.org/academicsList.htm.

[47] http://dissidentvoice.org/2009/08/the-us-war-against-iraq/.

[48] http://www.iraqupdates.com/free-news/health/2000-iraqi-doctors-killed-since-2003/2008-03-18.

[49] http://www.brookings.edu/ /media/Centers/saban/iraq%20index/index20100630.PDF, p. 35.

[50] http://dev-bd.bdnews24.com/details.php?id=88682&amp ;cid=1.

[51] http://www.sfgate.com/news/article/CONFLICT-IN-IRAQ-Iraq-refugee-crisis-exploding-2656851.php.

[52] http://www.nytimes.com/2007/12/11/news/11iht-iraq.4.8696930.html?_r=0.

[53] http://www.nytimes.com/2011/03/15/world/middleeast/15george.html?_r=0.

[54] http://www.minorityrights.org/download.php?id=25.

[55] http://www.guardian.co.uk/world/2005/jun/23/terrorism.iraq.

[56] http://dissidentvoice.org/2010/04/iraq-today-afflicted-by-violence-devastation-corruption-and-desperation/.

[57] http://www.halliburtonwatch.org/about_hal/chronology.html.

[58] http://articles.latimes.com/2004/jan/17/world/fg-halli17.

[59] http://nl.wikipedia.org/wiki/Halliburton.

[60] http://zfacts.com/iraq-war-quotes.

[61] http://dissidentvoice.org/2010/04/iraq-today-afflicted-by-violence-devastation-corruption-and-desperation/.

[62] http://www.nytimes.com/2003/08/30/business/j-p-morgan-selected-to-run-new-trade-bank-in-iraq.html ; http://en.wikipedia.org/wiki/J._P._Morgan,_Jr.

[63] http://www.bigeye.com/fc060404.htm.

[64] http://en.wikipedia.org/wiki/Embassy_of_the_United_States,_Baghdad.

[65] http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/09/03/AR2010090302200.html.

[66] http://www.oecd-ilibrary.org/development/development-aid-net-official-development-assistance-oda-2012_aid-oda-table-2012-1-en.

[67] http://www.worldbank.org/html/extdr/mdgassessment.pdf.

[68] http://www.ft.com/intl/cms/s/0/e5dac110-9557-11d9-bc72-00000e2511c8.html#axzz2Mt6ICfUI.

[69] http://www.iraqoilreport.com/oil/iraq-criticized-for-oil-metering-delays-5658/.

[70] http://musingsoniraq.blogspot.be/2012/11/the-undermining-of-integrity-commission.html.

[71] http://www.twnside.org.sg/title/iraq2.htm.

[72] http://www.nndb.com/people/290/000023221/.

[73] http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/01/13/irak-massale-protesten-tegen-het-tweede-gezicht-van-de-bezetting.

[74] http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/02/08/protesten-in-irak-breiden-uit-de-pers-zwijgt-als-vermoord.

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Le retour de la lutte de classe

mars 21st, 2013 by Paolo Ercolani

D. Losurdo est un des chercheurs italiens en philosophie les plus traduits au monde. Tous ses livres ont déjà eu des éditions en anglais, étasunien, allemand, français, espagnol mais aussi portugais, chinois, japonais et grec. Nous oublions sans doute quelque langue. Le Financial Times et la Frankfurter Allgmeine Zeitung, entre autres, lui ont consacré de nombreuses pages. Traitement qui jure avec celui qui lui est réservé dans son pays (et en France, NdT), où ses travaux font l’objet, souvent et volontiers, d’un silence étudié. Sans que, toutefois, ceci n’ait d’incidence sur les ventes, si l’on s’en juge aux éditions réitérées de ses ouvrages.

Son dernier ouvrage est publié ces jours-ci aux Editions Laterza, sous le titre : La lotta di classe. Una storia politica e filosofica (La lutte de classe. Une histoire politique et philosophique) (388 pages) [1]; Critica liberale est allé l’interviewer à ce sujet dans sa maison-bibliothèque des collines d’Urbino.

 

Professeur Losurdo, expliquez-nous cette idée d’un livre sur la lutte de classe, concept qui a souvent été donné pour mort.

Pendant que la crise économique se propage, les essais se multiplient pour évoquer le « retour de la lutte de classe ». Avait-elle disparu ? En réalité, les intellectuels et les hommes politiques qui proclamaient le déclin de la théorie marxienne de la lutte de classe commettaient une double erreur. Dans les années 50, Ralf Dahrendorf affirmait qu’on assistait à un « nivellement des différences sociales » et que ces modestes « différences » mêmes n’étaient que le résultat de la réussite scolaire ; mais il suffisait de lire la presse étasunienne même la plus alignée pour se rendre compte que dans le pays-guide de l’Occident, aussi, subsistaient des poches effroyables d’une misère qui se transmettait de façon héréditaire de génération en génération. Et la seconde erreur, de caractère proprement historique, était encore plus grave. C’était les années où se développait la révolution anti-coloniale au Vietnam, à Cuba, dans le Tiers Monde ; aux Usa les noirs luttaient pour mettre fin à la white supremacy, le système de ségrégation, de discrimination et d’oppression raciale qui pesait encore lourdement sur eux. Les théoriciens du dépassement de la lutte de classe étaient aveugles devant les âpres luttes qui se déroulaient sous leurs yeux.

Donc, si nous avons bien compris, vous élargissez sémantiquement l’expression « lutte de classe », en y incluant une gamme de problèmes et de questions beaucoup plus ample ?

Oui, Marx et Engels attirent l’attention non seulement sur l’exploitation qui se déroule dans le cadre d’un pays singulier, mais aussi sur l’ « exploitation d’une nation par une autre ». Dans ce second cas aussi nous avons affaire à une lutte de classe. En Irlande, où les paysans étaient systématiquement expropriés par les colons anglais, la « question sociale » prenait la forme d’une « question nationale », et la lutte de libération nationale du peuple irlandais non seulement était une lutte de classe, mais une lutte de classe d’une importance particulière : c’est dans les colonies, de fait –observe Marx- que « la barbarie intrinsèque de la civilisation bourgeoise » se révèle dans sa nudité et dans toute sa répugnance.

Pouvez-vous nous expliquer davantage la genèse historico-philosophique de votre lecture si inhabituelle des catégories traditionnelles ?

La culture du 19ème siècle était destinée à répondre à trois défis théoriques.  Premièrement, comment expliquer la marche irrésistible de l’Occident, qui avec son expansionnisme colonial assujettissait toute la planète, en renversant même des pays de civilisation très ancienne comme la Chine ? Pendant qu’il poursuivait son triomphe sur le plan international, l’Occident se voyait menacé à l’intérieur par la révolte de masses populaires qui faisaient irruption pour la première fois, et de façon désastreuse, sur la scène de l’histoire. Eh bien, quelles étaient les causes de ce phénomène inouï et angoissant ? Troisièmement, l’Occident présentait un cadre assez différent d’un pays à un autre. Si en Angleterre et aux Etats-Unis on assistait à un développement graduel et pacifique à l’enseigne d’une liberté bien ordonnée, le cas était radicalement différent en France : là, à la révolution faisait suite la contre-révolution, balayée à son tour par une nouvelle révolution ; à partir de 1789, les régimes politiques les plus différents (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, terreur jacobine, dictature militaire napoléonienne, Empire, république démocratique, bonapartisme) se succédaient, sans que ne se réalisât jamais la liberté ordonnée. Quelle était donc la malédiction qui pesait sur la France ? A ces trois défis théoriques la culture dominante du 19ème répondait en renvoyant plus ou moins nettement à la « nature ». Pour le dire avec Disraeli, la race est « la clé de l’histoire » et « tout est race et il n’y a pas d’autre vérité » et ce qui définit une race « est une seule chose, le sang » ; et c’était là aussi l’opinion de Gobineau. On expliquait ainsi et le triomphe de l’Occident, ou de la race blanche et aryenne supérieure, et la révolte de ces « barbares » et « sauvages » qu’étaient les ouvriers, et les convulsions incessantes d’un pays comme la France dévasté par le mélange racial. D’autres fois, la nature à laquelle on renvoyait avait une signification plus légère. Pour Tocqueville, il n’y avait aucun doute : le triomphe de la « race européenne » sur « toutes les autres races » était le fait de la Providence ; le déroulement plus ordonné de l’Angleterre et des Etats-Unis était la preuve d’un sens moral et pratique plus robuste chez les anglo-saxons que chez les Français,  lesquels étaient dévastés par la folie révolutionnaire c’est-à-dire par un « virus d’une espèce nouvelle et inconnue ». On le voit, le paradigme racial au sens strict (cher à Gobineau et Disraeli) tendait à être remplacé par le paradigme ethnico-racial et par celui de la psychopathologie. Le renvoi à une « nature » plus ou moins imaginaire et l’abandon du terrain de l’histoire restaient entiers. C’est dans le sillage de la lutte contre cette vision que Marx et Engels élaboraient leur théorie de la lutte de classe.  La marche triomphale de l’Occident ne s’expliquait ni par la hiérarchie raciale ni par les desseins de la Providence ; elle exprimait l’expansionnisme de la bourgeoisie industrielle et sa tendance à construire le « marché mondial » en bouleversant et en exploitant les peuples et les pays les plus faibles et les plus arriérés. Les protagonistes des révoltes populaires en Occident n’étaient ni des barbares ni des fous ; c’étaient plutôt des prolétaires qui, à la suite du développement industriel,  devenaient de plus en plus nombreux et acquéraient une conscience de classe plus mûre. Dans un pays comme les Etats-Unis le conflit social bourgeoisie/prolétariat était moins aigu, mais grâce seulement au fait que l’expropriation et la déportation des indigènes permettait de transformer en propriétaires terriens une partie consistante de prolétaires, alors que l’esclavagisation des noirs rendait possible un contrôle drastique des « classes dangereuses ». Mais tout cela n’avait rien à voir avec un sens moral et pratique supérieur des américains, comme l’a confirmé la très sanglante guerre civile où, en 1861-65, s’affrontaient la bourgeoisie industrielle du Nord et l’aristocratie terrienne et esclavagiste du Sud et, dans la phase finale du conflit, les esclaves (qui s’étaient engagés dans l’armée de l’Union) contre leurs patrons ou ex-patrons.

Pour comprendre le déroulement historique il faut revenir à l’histoire et à la lutte de classe, voir aux « luttes de classe » qui prennent des formes multiples et variées, s’intriquent les unes aux autres de façon particulière et donnent une configuration toujours différente aux différentes situations historiques.

Votre discours semble donc partir avant tout d’une nouvelle lecture du legs de Marx et d’Engels ?

Ma lecture de Marx et Engels peut étonner mais relisons le Manifeste du parti communiste : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classe », et elles prennent des « formes différentes ». Le recours au pluriel laisse entendre que la lutte entre prolétariat et bourgeoisie ou entre travail salarié et classes propriétaires n’est qu’une des luttes de classe. Il y a aussi la lutte de classe d’une nation qui se débarrasse de l’exploitation et de l’oppression coloniale. Sans oublier, enfin, un point sur lequel Engels insiste particulièrement : « la première oppression de classe coïncide avec celle du sexe féminin par le sexe masculin » ;  dans le cadre de la famille traditionnelle « la femme représente le prolétariat ». Nous sommes donc en présence de trois grandes luttes de classe : les exploités et les opprimés sont appelés à modifier radicalement la division du travail et les rapports d’exploitation et d’oppression qui subsistent au niveau international, dans un pays singulier et dans le cadre de la famille.

C’est un discours qui va loin, mais qui avant tout peut nous aider à avoir une nouvelle lecture du passé.

Ça n’est que de cette façon que nous pourrons comprendre le siècle qui vient de se terminer. Aujourd’hui, un historien de grand succès, Niall Ferguson, écrit que dans la grande crise historique de la première moitié du 20ème siècle, la « lutte de classe », et même les « présumées hostilités entre le prolétariat et la bourgeoisie » ont joué un rôle très modeste ; « les divisions ethniques » auraient été bien plus importantes.  Sauf que, dans ce type d’argumentation, on reste bloqués à la vision du nazisme qui lisait la guerre à l’Est comme une « grande guerre raciale ». Mais quels étaient les objectifs réels de cette guerre ? Les Discours secrets de Heinrich Himmler sont explicites : « Si nous ne remplissons pas nos camps de travail d’esclaves –dans cette pièce je peux dire les choses de façon nette et précise- d’ouvriers-esclaves qui construisent nos villes, nos villages, nos fermes, sans se soucier des pertes », le programme de colonisation et de germanisation des territoires conquis en Europe orientale ne pourra pas être réalisé. La lutte de tout un peuple ou de peuples entiers pour éviter le sort d’esclaves à quoi voudrait le livrer une présumée race de seigneurs et de patrons est clairement une lutte de classe !

Un événement analogue se déroule en Asie, où l’Empire du Soleil Levant imite le Troisième Reich et reprend en la radicalisant la tradition coloniale. La lutte de classe de peuples entiers qui luttent pour échapper à l’esclavagisation trouve son interprète en Mao Zedong qui, en novembre 1938 souligne l’ « identité de la lutte nationale avec la lutte de classe » qui a surgi dans les pays investis par l’impérialisme japonais. Tout comme dans l’Irlande dont parle Marx la « question sociale » se présente concrètement comme « question nationale », ainsi dans la Chine de l’époque la forme concrète que prend la « lutte de classe » est la « lutte nationale ».

Votre interprétation est une interprétation assez hétérodoxe, qui pourrait vous attirer, comme c’est d’ailleurs souvent arrivé déjà, les critiques acerbes y compris de la gauche, en plus de celle du monde libéral.

 Malheureusement même dans la « gauche » radicale on trouve très diffuse cette vision selon laquelle la lutte de classe renverrait exclusivement au conflit entre prolétariat et bourgeoisie, entre travail salarié et classes propriétaires. On sent ici, de façon négative, l’influence d’une éminente philosophe, Simone Weil, pour qui la lutte de classe serait « la lutte de ceux qui obéissent contre ceux qui commandent ». Ce n’est pas le point de vue de Marx et d’Engels. D’abord, à leurs yeux, est aussi lutte de classe celle que mènent ceux qui exploitent et oppriment. Même si on voulait se centrer sur la lutte de classes émancipatrice, elle peut tout à fait être menée par le haut, par « ceux qui commandent ». Prenons la Guerre de sécession aux Usa. Sur le champ de bataille s’affrontaient non pas les puissants et les humbles, les riches et les pauvres, mais deux armées régulières. Et pourtant, dès le départ, Marx désignait dans le Sud le champion déclaré de la cause du travail esclavagiste et dans le Nord le champion plus ou moins conscient de la cause du travail « libre ». De façon totalement inattendue, la lutte de classe pour l’émancipation du travail prenait corps dans une armée régulière, disciplinée et puissamment armée. En 1867, quand il publie le premier livre du Capital, Marx indique dans la Guerre de sécession « le seul avènement grandiose de l’histoire de nos jours », avec une formulation qui rappelle la définition de la révolte ouvrière de juin 1848 comme « l’avènement le plus colossal dans l’histoire des guerres civiles européennes ». La lutte de classe, cette même lutte de classe émancipatrice, peut prendre les formes les plus diverses.

Après la révolution d’octobre, Lénine souligne de façon répétée : « la lutte de classe continue ; elle n’a  fait que changer de formes ». L’engagement à développer les forces productives, en améliorant les conditions de vie des masses populaires, en élargissant la base sociale de consensus du pouvoir soviétique et en renforçant sa capacité d’attraction sur le prolétariat occidental et sur les peuples coloniaux, tout cela constituait la nouvelle forme que prenait la lutte de classe en Russie soviétique.

 Comment expliquer cet impressionnante méprise dans la théorie de la lutte de classe, justement, dans un camp, celui de la gauche, qui, justement, a construit une grande partie de sa propre action historique sur la théorie du conflit social?

La gauche même radicale a du mal à comprendre la théorie de la lutte de classe chez Marx et Engels parce qu’elle est influencée par le populisme. Le populisme se présente ici sous deux formes reliées entre elles. La première, nous avons déjà commencé à l’aborder : c’est la transfiguration des pauvres, des humbles, vus comme les seuls dépositaires des authentiques valeurs morales et spirituelles et les seuls protagonistes possibles d’une lutte de classe réellement émancipatrice. C’est une vision dont se moque déjà le Manifeste du parti communiste, qui critique l’ « ascétisme général » et le « grossier égalitarisme » et il ajoute : « rien n’est plus facile que de couvrir d’un vernis de socialisme l’ascétisme chrétien ». Selon Marx et Engels cette vision caractérise les « premiers essais du prolétariat ». En réalité, cette première forme de populisme s’est manifestée avec force en Russie soviétique quand de nombreux ouvriers, même inscrits au parti bolchevique, ont condamné la NEP comme une trahison des idéaux socialistes. Une réplique de ces processus et conflits s’est manifestée en Chine quand, en polémique contre la transfiguration du paupérisme et de la vision du socialisme en tant que distribution « égalitaire » de la misère, Deng Xiaoping a appelé à réaliser la « prospérité commune » à atteindre étape par étape (et même à travers de multiples conditions). C’est dans ce cadre que doit être situé le slogan « Devenir riches est glorieux ! », qui a provoqué un gros scandale notamment dans la gauche occidentale.

La deuxième forme de populisme trouve sa plus éloquente expression, et la plus ingénue, à nouveau chez Simone Weil quand, dans les années 30, elle imagine un affrontement homogène sur le plan planétaire, et apportant une solution une fois pour toutes : l’affrontement aurait lieu entre « l’ensemble des patrons contre l’ensemble des ouvriers » ; il s’agirait d’une « guerre menée par l’ensemble des appareils d’état et des états-majors contre l’ensemble des hommes valides et en âge de prendre les armes », d’une guerre qui voit s’affronter l’ensemble des généraux contre l’ensemble des soldats !  Dans cette perspective on évacue le problème de l’analyse des formes de lutte de classe à chaque fois différentes dans les différentes situations nationales et dans les différents systèmes sociaux. Partout est à l’œuvre une seule contradiction à l’état pur : celle qui oppose riches et pauvres, puissants et humbles.

On voit clairement l’influence que cette forme de populisme continue à jouer de nos jours encore, notamment sur la gauche occidentale :  quand dans le très réputé livre de Hardt et Negri, Empire, nous lisons la thèse selon laquelle dans le monde actuel à une bourgeoisie substantiellement unifiée au niveau planétaire s’opposerait une « multitude » elle-même unifiée par la disparition des barrières d’Etat et nationales,  quand nous lisons cela nous ne pouvons pas ne pas penser à la vision chère à Simone Weil.

Votre reconstruction du problème fournit-elle une clé de lecture aussi pour la période actuelle ?

Bien sûr ! Les trois formes fondamentales de lutte de clase analysées par Marx et Engels opèrent toujours. Dans les pays capitalistes avancés la crise économique, la polarisation sociale, le chômage croissant et la précarisation, le démantèlement de l’état social, tout cela exacerbe le conflit entre le travail salarié et une élite privilégiée de plus en plus restreinte. C’est une situation qui compromet certaines des conquêtes sociales des femmes, dont la lutte d’émancipation s’avère  particulièrement difficile dans des pays qui n’ont pas encore atteint le stade de la modernité. Quant au Tiers Monde, la lutte de classe continue encore à se manifester largement comme lutte nationale. Ceci est immédiatement évident pour le peuple palestinien, dont les droits nationaux sont piétinés par l’occupation militaire et par les colonies. Mais la dimension nationale de la lutte de classe n’a pas disparu non plus dans les pays qui se sont libérés du joug colonial. Ils sont destinés à lutter contre non pas un mais deux types d’inégalité : d’un côté ils doivent réduire les disparités sociales chez eux ; de l’autre ils doivent combler ou atténuer l’écart qui les sépare des pays les plus avancés. Les pays qui, surtout en Afrique, ont négligé cette deuxième tâche et qui n’ont pas compris la nécessité de passer à un certain moment de la phase militaire à celle économique de la révolution anti-coloniale, ces pays n’ont aucune indépendance économique réelle et sont exposés à l’agression ou à la déstabilisation opérée ou favorisée de l’extérieur.

Nous avons donc trois formes de lutte de classe émancipatrice, parmi lesquelles il n’y a pas d’harmonie pré-établie : comment les articuler dans les différentes situations nationales et au niveau international afin qu’elles puissent converger en un seul processus d’émancipation, voilà le défi auquel doit se confronter une gauche authentique.

 

Texte italien disponible sur le blog de l’auteur http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

et sur http://www.criticaliberale.it/news/105155

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

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«Je pense que l’on ne peut mettre en doute les faits qui nous ont conduits à ce vote fatal. Saddam Hussein est un tyran qui a torturé et tué son peuple… Les rapports des services d’intelligence prouvent que Saddam Hussein a reconstruit son stock d’armes chimiques et biologiques, ainsi que sa capacité de lancement de missiles et son programme nucléaire. Il a aussi offert aide, protection et refuge aux terroristes et à ceux d’al-Qaîda.»

(Sénatrice Hillary Clinton, 10/10/02).

Voilà un exemple de positions politiques qui ont légitimé l’invasion de l’Irak de 2003. La deuxième guerre d’Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak (dite «opération Iraqi Freedom») par la coalition menée par les États-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein et s’est terminée le18 décembre 2011 avec le retrait des dernières troupes américaines. L’invasion a conduit à la défaite rapide de l’armée irakienne, à la capture et l’exécution de Saddam Hussein et à la mise en place d’un nouveau gouvernement. Le conflit ne s’est donc achevé de manière effective que le 18 décembre 2011 avec le retrait du dernier soldat américain du pays mais la violence continue. Cette guerre aura duré 3207 jours, soit huit ans et neuf mois.(1)

Il ne faut pas penser que tout le monde était d’accord pour l’invasion programmée bien avant l’attaque des tours jumelles. «Ce 2 octobre 2002, écrit Denis Kucinich membre du Parti démocrate, l’un des rares opposants à l’aventure irakienne de Bush le jour où la loi sur l’Irak fut introduite, j’avais envoyé et distribué personnellement un mémo à mes collègues du Congrès réfutant, point par point, les allégations fournies par l’administration Bush pour aller en guerre. Le lendemain, j’ai organisé une conférence de presse avec 25 membres du Congrès, réfutant à nouveau les mensonges sur les causes de cette guerre. Il était prouvé, à cette époque déjà, que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive, qu’il n’avait aucun lien avec le 11 septembre et qu’il n’était pas non plus une menace pour les Etats-Unis. Quiconque s’y intéressait pouvait obtenir les mêmes informations que celles que j’avais.» (2)

«Il y a dix ans, poursuit Denis Kucinich, le Congrès a voté pour entrer en guerre contre un pays qui ne nous avait pas attaqués. Cette décision a fragilisé notre sécurité nationale et financière. Des milliers d’Américains et peut-être un million d’Irakiens ont été sacrifiés pour ces mensonges. La guerre en Afghanistan se poursuit et de nouvelles guerres se sont répandues au Pakistan, au Yémen et en Somalie selon le concept indéfini de «guerre contre le terrorisme.» Cet état d’esprit nous entraîne sur le bord d’une guerre avec l’Iran. Dix ans plus tard, alors que des milliards de milliards de dollars se sont envolés, le peuple américain dans son ensemble ignore toujours ce qui s’est passé. Il est temps d’ouvrir une ère de vérité et de réconciliation.» (2)

Le bilan à 2013 d’un pays en miettes

En janvier 2012, Iraq Body Count, qui fonde son analyse sur des données publiées dans les médias estime que 105 052 à 114.731 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d’attentats, et au moins 250.000 civils irakiens auraient été blessés auxquels il faut ajouter 4488 morts et 32.230 blessés dans les rangs américains (4 806 morts pour l’ensemble des troupes de la coalition et plus de 36.000 blessés), les morts des sociétés militaires privées et parmi les combattants irakiens (armée irakienne et insurgés). Toutefois, la limite de cette méthode de comptabilisation réside dans le fait que les journalistes ne peuvent raisonnablement pas observer, ni recouper entre eux, la totalité des morts durant une guerre aussi longue et se déroulant sur un grand territoire. Plusieurs études donnent des fourchettes beaucoup plus élevées. Parmi elles, la revue scientifique The Lancet a, dans une seconde étude publiée le 11 octobre 2006, estimé que le nombre de morts liés à la guerre était situé entre 426.369 et 793.663, tandis que l’institut britannique indépendant ORB a estimé dans une publication du 28 janvier 2008 sur la base d’une étude épidémiologique, que le nombre de morts était compris entre 733.158 et 1.446.063. La guerre a provoqué l’exode d’au moins deux millions d’Irakiens, réfugiés à l’étranger depuis 2003 (principalement en Syrie et en Jordanie, mais également en Europe et aux États-Unis). L’organisation National Priorities Project estime à plus de 810 milliards de dollars le coût de la guerre (1)

Les informations sont contradictoires et dépendent de la source. Ainsi selon une dépêche de l’AFP de janvier 2012, environ 162.000 personnes, essentiellement des civils, ont péri de mort violente en Irak depuis l’invasion américaine de mars 2003, et le pays reste pris dans un ´´conflit de basse intensité´´ qui va continuer à faire de nombreuses victimes, estime une ONG. Ce bilan, publié deux semaines après la fin du retrait de l’armée américaine d’Irak par Iraq Body Count (IBC), une ONG basée en Grande-Bretagne, fait également état de plus de 4000 morts civils pour la seule année 2011. De mars 2003, date de l’invasion américaine en Irak au départ fin 2011 des derniers GI’s, 162.000 personnes ont été tuées dans le pays selon un bilan établi par IBC en croisant ses propres statistiques (consacrées aux civils) avec celles des autorités irakiennes, les pertes américaines ainsi que des données révélées par le site WikiLeaks (Iraq War Logs). IBC indique que WikiLeaks a ainsi révélé l’existence de milliers de décès de civils dont elle n’avait pas eu connaissance au moment des faits. Sur les 162.000 tués recensés, `’79% étaient des civils´´.

Ce que nous retiendrons de la démocratie aéroportée

Quelques faits d’armes: l’horreur de Abou Ghraib passée pour perte et profit et l’alignement servile des médias aux ordres comme montré dans l’affaire Jessica Lynch. Cette soldate noire soit-disant «délivrée» par les GIs selon un scénario à «la chute du Faucon noir», était blessée par des tirs amis et recueillie par un chirurgien irakien qui a sauvé la vie de cette soldate en remuant ciel et terre pour lui trouver du sang «O» mettant à contribution un parent à lui qui avait le même groupe. Ainsi, la libération de la militaire Jessica Lynch d’un hôpital irakien, a été présentée comme une opération de sauvetage à haut risque. Dans une entrevue au magazine Time, Jessica elle-même reconnaît que toute l’opération menée contre l’hôpital avait été une mise en scène.

Quelques faits ont aussi retenu notre attention. La pendaison en direct de Saddam Hussein qui a donné au monde une leçon de courage jusqu’à ces derniers instants. Un deuxième fait est celui du journaliste irakien qui a jeté sa chaussure à la face de Bush. Ce fut un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour la dignité humaine.

L’Irak actuel

Cette guerre est à ce jour l’unique mise en oeuvre du concept de guerre préventive développé par l’administration Bush pour parer à la menace des armes de destruction massive dont cette dernière affirmait à tort détenir la preuve dans un rapport présenté au Conseil de sécurité de l’ONU le 12 septembre 2002. Formation de facto d’un État indépendant au Kurdistan car depuis, bien longtemps, les Kurdes d’Irak, tout comme ceux de Turquie, de Syrie et d’Iran, veulent créer un État kurde unifié et indépendant, et ont engagé des luttes armées pour y parvenir, luttes qui ont été en particulier durement réprimées par la Turquie et par le régime de Saddam Hussein.

Les raffineries de pétrole sont sous le contrôle des forces spéciales et des armées américaines et britanniques. Les dommages aux infrastructures civiles sont énormes et mettront du temps à être résorbés: les services de santé ont été pillés, les équipements détruits. C’est le cas aussi des routes, des centrales électriques. Les hôpitaux sont surchargés et les médecins manquent cruellement. C’est véritablement l’âge de pierre promis par George Bush père.

De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé au moment de l’entrée des troupes américaines dans Baghdad. Tout ce qui représente Saddam ou son régime a été saccagé par les populations chiites et kurdes. C’est la fin de la paix religieuse permise par le régime laïc du parti Baas de Saddam Hussein. La résurgence des anciens conflits religieux entre chiites et sunnites pour la prise du pouvoir et l’installation d’un régime religieux, après la chute de Saddam.

Par ailleurs, il y a une augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otages), à la suite de la désorganisation totale des différents services publics. Les assassinats de nombreux chefs religieux chiites sont nombreux, il en est de même des assassinats de chrétiens autrefois protégés par le régime laïc de Saddam Hussein. Enfin, l’exode vers l’étranger de centaines de milliers d’Irakiens vide de sa substance culturelle scientifique et technique ce pays.

Pour rappel, l’Irak avait un système éducatif et de recherche performant. Le niveau de développement était de loin le plus important du Monde arabe. Les infrastructures étaient développées et un célèbre dicton permet de situer le niveau intellectuel héritier de «Dar El Hikma» «La Maison de la Sagesse». « Les livres étaient rédigés en Egypte, imprimés à Beyrouth et lus en Irak», le taux d’analphabétisme en Irak était le plus bas du Monde arabe, ce pays constituait un danger pour le «monde libre et civilisé».

La première guerre du Golfe fut alimentée on le sait, par l’Occident en armements à Saddam, notamment français et américains, et financièrement ce sont les roitelets du Golfe qui furent mis à contribution. Huit ans plus tard, fin des combats pour rien. L’empire soviétique s’effondrait, grâce aux coups de boutoir des moudjahidine commandés par le meilleur allié de l’Occident, Oussama Ben Laden. Lors de la deuxième guerre du Golfe de 1991, qui, rappelons-le, s’est faite sur un malentendu, Saddam Hussein avait reçu l’ambassadrice Glapsie et l’avait informée des problèmes qu’il avait avec le Koweït -19e province de l’Irak avant la Première Guerre mondiale. Celle-ci lui aurait dit que les Etats-Unis ne se sentent pas concernés par ce problème. Ce fut une erreur tragique de Saddam Hussein – en envahissant le Koweït le 2 août 1990, il a donné le feu vert à la première invasion de l’Irak. Douze ans après son père, George Bush envahit l’Irak en mars 2003, sans résolution des Nations unies.

Résultat des courses: après la guerre il y eut 12 ans d’embargo et dans le programme «Pétrole contre nourriture», beaucoup d’hommes politiques en ont profité. Cet embargo s’est soldé par la mort de 500.000 enfants irakiens des suites de la maladie et de la malnutrition: «Ce n’est pas cher si c’est le prix à payer pour faire partir Saddam», disait Madeleine Albright secrétaire d’Etat de Bill Clinton. Les dommages aux infrastructures civiles sont immenses: les services de santé son pillés. Il y a eu une détérioration des canalisations d’eau et la dégradation des bassins hydrographiques du Tigre et de l’Euphrate. Il y a de plus, augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage), suite à la désorganisation totale des différents services publics. De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé.

Y aura-t-il d’autres Irak?

On peut s’interroger si après le désastre irakien, les Américains seront tentés par une autre aventure que celle de formater le monde. Pour le Christian Science Monitor qui rapporte le nouveau format des guerres américaines, on parle de nouvelles guerres: «On les appelle les interventions militaires «transhorizon» ou à distance: l’usage de drones ou de missiles lancés à partir de bâtiments de combat en vue d’éliminer des cibles humaines dans un pays étranger sans avoir à envoyer de soldats sur le terrain. (3)

Avec élégance, Badia Bendjelloun résume le drame du Proche-Orient. «On peut, écrit -elle, verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen-Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales avec une fréquence anormalement élevée lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium appauvri, Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement avec toute une génération montante d’enfants orphelins, sont actuellement hors champ médiatique.
La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette Constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. (…) Pas un jour ne se déroule sans qu’un attentat – d’origine sectaire ou non, rappelant étrangement les années noires qu’a vécues l’Algérie juste après 1991 dans une coïncidence chronologique curieuse – ne fasse plusieurs dizaines de morts ».(4)

 « (..) Dès les premiers mois de l’occupation de l’Irak, la menace sur la Syrie s’est exprimée d’abord sous la forme de la résolution 1559 négociée entre la France par la voix de son ambassadeur Jean-David Lévite et les US(a) avec son homologue pour le Moyen-Orient Elliot Abrams. (…) À l’automne 2003, de nouvelles sanctions américaines sont prises à l’encontre de la Syrie au titre du «Syrian Accountability Act». (4)

«Les Us(a), conclut l’auteure, utilisent leurs laquais, le Qatar et les Séoudiens pour l’argent frais, la France et le Royaume-Uni pour la logistique des conflits qu’ils se contentent d’arbitrer de loin. La destruction de la Syrie va être lente, mais elle est sûre. La fragmentation des Nations ne concerne pas seulement la nation arabe ou les pays musulmans ou africains quoique ces derniers paient en ce moment un lourd tribu à cette dilacération soutenue. Soudan, Sahara occidental, Somalie et Irak. L’effacement de la question palestinienne est en cours, le personnage affublé du titre de Président (à vie?) de l’Autorité palestinienne est là pour percevoir son salaire de l’UE qui finance la judéisation inexorable de la Cisjordanie. Ghaza redeviendra sans doute une petite province de l’Égypte.»(4)

L’Irak, une des plus brillantes civilisations que l’humanité ait connues, sombre dans un chaos qui, à moins d’un miracle, semble être parti pour longtemps. Tout ceci pour une mainmise sur des matières premières et imposer Israël comme «rempart contre la barbarie». selon la prophétie formulée par Théodore Herzl. Ainsi va le monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. La guerre en Irak : Encyclopédie Wikipédia

2. http://----escape_autolink_uri:b3992c5255e0cc8232b55d43ca8cc02f----
3. C.E. Chitour http://www.legrandsoir.info/retrait-des-americains-d-irak-le-chaos-en-cadeau-d-adieu.html

4. Badia Benjelloun
http://www.dedefensa.org/article Cela_fait_dix_ans_19_03_2013.html

 

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Dix ans ce n’est pas l’âge de raison.

Le 20 mars 2003, une coalition organisée autour des US(a) a envahi l’Irak sous la forme inédite d’une agression militaire préventive pour épargner à l’humanité l’emploi d’armes de destruction massive inexistantes par un régime dictatorial aux abois après un embargo de 13 ans et pour apporter par les armes en bénéfice secondaire la démocratie au peuple irakien.

Dix ans après, le pays est très loin d’avoir retrouvé le niveau des infrastructures dont il jouissait avant le premier cataclysme qu’il a essuyé de la part de l’occident en 1991.

L’hypothèse basse de 1,5 millions de morts irakiennes pour cette guerre peut être retenue si il y est intégré la surmortalité due aux déficits d’accès aux soins et aux ressources alimentaires habituelles. Le nombre de décès estimé par l’enquête du Lancet en 2006 a été établi à 601 000, l’enquête de Gidéon Polya en 2009 l’évalue à plus de 2,3 millions.

On peut verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales avec une fréquence anormalement élevée lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium appauvri, les quelques cinq millions de réfugiés déplacés internes ou dispersés dans les pays voisins, la chute efficace du taux de scolarisation.

Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement avec toute une génération montante d’enfants orphelins, sont actuellement hors champ médiatique. L’apparent retrait des forces étasuniennes en 2011 ne peut faire occulter la présence militaire des US(a) sous la forme des firmes privées dont plus personne ne peut plus ignorer qu’elles sont une émanation de la CIA, la parole d’Erik Prince PDG de Blackwaters en fait foi.

La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. Les choses ont été suffisamment agencées pour que des sécessions se produisent tôt ou tard, la Turquie en retire déjà de substantiels bénéfices. Il ne s’agit là que d’un effet collatéral, Israël est conforté dans son ambition d’être le seul État fort de la région.

Pas un jour ne se déroule sans qu’un attentat – d’origine sectaire ou non, rappelant étrangement les années noires qu’a vécues l’Algérie juste après 1991 dans une coïncidence chronologique curieuse – ne fasse plusieurs dizaines de morts.

Le fait est désormais coutumier, personne n’en fait état.

Deux années révolues de troubles viennent de s’écouler en Syrie.

70 000 morts. Trop mais pas de commune mesure avec les premières années en Irak, confortant qu’une guerre civile même faussement civile reste moins meurtrière que celle qui ne prend pas de masque ni de gants.

Si des manifestations populaires ont eu lieu, un peu tardivement d’ailleurs, dans le sillage de l’Intifada tunisienne, les ingérences étrangères manifestes interdisent dans ce cas d’envisager la guerre qui s’en est suivie comme émanant d’un peuple en insurrection contre un régime qui l’opprime.

En Syrie, il ne s’agit pas d’une Révolution

La couche populaire qui en serait l’instigatrice n’est pas identifiée.

En dehors de l’exigence du départ du chef de l’État, aucun programme politique ou économique n’est avancé pour lui donner une substance révolutionnaire.

Des armes très sophistiquées ont fait leur apparition très tôt dans les rangs des rebelles, une amplification médiatique internationale que n’a pas méritée l’insurrection au Yémen ni celle de Bahrein pouvait éveiller le soupçon chez le moins chevronné des observateurs.

Depuis plusieurs mois, des journaux européens comme le Guardian ou Der Spiegel confirment que les insurgés peuvent ne pas être syriens, mais libyens, turcs, tunisiens, français ou britanniques. De plus, ils sont entraînés par des éléments de l’armée française, britannique ou étasunienne en Turquie, Jordanie voire au Liban.

Dès les premiers mois de l’occupation de l’Irak, la menace sur la Syrie s’est exprimée d’abord sous la forme de la résolution 1559 négociée entre la France par la voix de son ambassadeur Jean-David Lévite et les US(a) avec son homologue pour le Moyen-Orient Elliot Abrams. Chirac a obtempéré pour l’affaiblissement de la Syrie, sa sortie du Liban comme prix de sa ‘réconciliation’ après le discours incongru de De Villepin à l’ONU qui jouait pour la dernière fois une partition Total et l’honneur de la France.

À l’automne 2003, de nouvelles sanctions américaines sont prises à l’encontre de la Syrie au titre du Syrian Accountability Act.

Clairement, une convergence franco-américaine s’exerce depuis contre le régime de Bashar Assad, dictateur à abattre car dictateur non aligné sur les intentions des néoconservateurs de paix séparée avec Israël et normalisation des rapports avec l’entité sioniste.

Nul ne sait le coût réel de la guerre menée par les US(a) contre l’Irak : entre 2000 milliards de dollars et 8000 milliards. Le Pentagone n’a pas les moyens d’organiser une comptabilité précise, par incapacité structurelle et en raison de la multiplicité des fonds secrets alimentés par la vente des stupéfiants.

Ben Bernanke fait imprimer 40 milliards de dollars par mois pour soutenir la fiction d’une bonne santé économique fondée sur la dette privée et publique. Son niveau actuel et l’hypertrophie monstrueuse du Complexe Militaro-Industriel qui absorbe une part énorme même si inconnue des ressources nationales juste pour sa perpétuation interdisent dans le contexte de dysfonction financière majeure le recours à une guerre frontale en Syrie.

Les Us(a) utilisent leurs laquais, le Qatar et les Séoudiens pour l’argent frais, la France et le Royaume Uni pour la logistique des conflits qu’ils se contentent d’arbitrer de loin.

La destruction de la Syrie va être lente, mais elle est sûre puisque de faux révolutionnaires locaux doublés de minables résidents à l’étranger appointés par des officines même plus secrètes accomplissent avec zèle et l’idiotie du parvenu leur rôle de supplétifs.

Ces hommes et ces femmes portent une très lourde responsabilité.

Celle d’être la caution de la disparition programmée de la nation syrienne.

Elle a déjà été amputée de la Palestine, du Golan , du Liban de provinces au profit de l’Irak et de la Turquie à la faveur des guerres mondiales européennes et des découpages que les puissances ont configurés, règle et ciseaux en main.

Obama se charge des opérations de somalisation depuis des drones.

Il en fait la promesse puisque Al Qaïda, cette espèce vivace malgré son étêtage exerce ses talents en Syrie. Les opérations d’assassinats (dits ciblés) pourront être étendues depuis l’Afpak jusqu’à Damas.

Un drone, ce n’est pas coûteux.

Ça terrorise une population, l’épuise, la met à genoux.

La formule est opérante, efficace et rentable. Créer à moindres frais un ennemi, et le combattre par un procédé qui maintient une industrie en nécessité absolue de produire et de vendre. De toutes ces filouteries et trahisons émergeront des petites entités, l’une alaouite, l’autre kurde, une autre encore sunnite, opposées pour le partage du gaz en Méditerranée.

Le Jerusalem Post s’en gargarise. Une autre actualité viendra au premier plan dans moins de dix ans.

Puis on s’habituera à voir ces insectes voler et cracher leur mitraille un peu partout, même au-dessus de nos têtes, ici, dans les pays dits civilisés.

Une vieille règle aura été oubliée par les faux dévots et les faux révolutionnaires. Pas de lutte possible pour une quelconque émancipation si manque l’assise nationale.

La fragmentation des Nations ne concerne pas seulement la nation arabe ou les pays musulmans ou africains quoique ces derniers paient en ce moment un lourd tribu à cette dilacération soutenue. Soudan, Sahara occidental, Somalie et Irak. Un bon travail de préparation a déjà eu lieu en Côte d’Ivoire et au Mali. L’effacement de la question palestinienne est en cours, le personnage affublé du titre de Président (à vie ?) de l’Autorité Palestinienne est là pour percevoir son salaire de l’UE qui finance la judéisation inexorable de la Cisjordanie. Gaza redeviendra sans doute une petite province de l’Égypte.

Ce processus est aussi à l’œuvre au sein de l’Union européenne qui promeut les régions, plutôt que le pays dans sa globalité. L’Alsace-Lorraine risque de se voir détachée, la région du nord de l’Italie, la Belgique résiste encore mais jusqu’à quand ?

Badia Benjelloun

Note

Après avoir écrit : Ce script provient de la masse drue des faits.

Il ignore volontairement deux éléments qui contrarient cette cinétique, c’est la formidable énergie potentielle contenue dans les peuples qui résistent et l’émergence d’un pôle nationaliste russe qui parvient à organiser autour de lui une volonté de s’opposer au projet de chaos de l’Empire ( les Brics).

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Ce sera en novembre prochain que les élections présidentielles se réaliseront au Chili. Nous savons tous et toutes que Washington ne veut pas perdre, pour une seconde fois, le plein contrôle de cette partie du continent sud-américain. On se souviendra de l’élection du vrai socialiste, Salvador Allende, en 1969, qui leur avait fait perdre, pour la première fois, le contrôle politique du pays. Ça n’aura duré qu’un peu plus de trois ans, le temps de préparer Pinochet et la machine infernale de la déstabilisation, pour reprendre en main la démocratie par un coup d’État militaire et une répression humanitaire dont des dizaines de milliers de Chiliens et Chiliennes se souviendront toute leur vie. Par contre, les victimes des tortures et des balles de fusils bien entretenus par l’armée ne sont plus là pour se souvenir.
De 1973 à 1990, ce fut le règne de la « démocratie autoritaire » pour reprendre l’expression inventée de toutes pièces par Pinochet lui-même. Pour faire suite au référendum de 1988, Pinochet se résigna à laisser la place, confiant en la constitution élaborée à son image et ressemblance et promulguée le 11 septembre 1980, pour assurer la continuité de sa démocratie. Cette constitution est toujours, sauf quelques amendements mineurs réalisés au cours des ans, celle qui définit la vie politique, économique et sociale du pays. Ni le socialiste Lagos (2000-2004), ni la socialiste Michelle Bachelet ne sont intervenus pour reformater cette constitution à l’image du peuple.
Depuis le départ de Pinochet, les cartes de Washington ont été jouées de façon à garder son emprise sur les gouvernements qui lui ont succédé. Ce furent d’abord deux présidents du parti démocrate chrétien (Tomic et Frei) allié traditionnel de Washington. Par la suite, ce fut l’arrivée de deux socialistes (Ricardo Lagos et Michelle Bachelet) qui prirent la relève dans le cadre d’une coalition. Depuis 2009, c’est le représentant de la droite chilienne, proche des politiques de Pinochet, Sébastian Pinera, qui assume cette fonction de président.
Le Chili est au nombre des dix pays au monde où les écarts de revenus entre les riches et les pauvres sont les plus élevés. Dans un rapport des Nations Unies, on peut y lire que « cette inégalité est difficilement rattrapable. De nos jours, les 20 % des plus riches du pays gagnent 14,3 fois ce que reçoivent les 20 % des plus pauvres. »
L’endettement de la population est également un des plus élevés. Les cartes de crédit se multiplient et avec leur usage, les Chiliens en viennent à la limite de l’endettement personnel. Il faut lire absolument ce petit article qui en dit long sur cette question souvent passée sous silence.
Il ne fait pas de doute que le néolibéralisme y règne en maître. La consommation bat son plein, le peuple se bat pour répondre à ses obligations de crédit de sorte que le temps lui manque pour réfléchir et s’engager politiquement.
C’est dans ce contexte que le parti socialiste s’est affirmé en 2000 avec Ricardo Lagos et en 2004 avec Michelle Bachelet dans le cadre d’une coalition comme ce fut le cas pour Allende avec l’Unité populaire. À l’époque d’Allende, le parti socialiste visait des changements profonds dans la gestion des biens de l’État et de ceux du bien commun de l’ensemble de la société chilienne. C’est d’ailleurs pour avoir suivi cette voie qu’il y a eu un coup d’État militaire, qu’il y a laissé sa vie ainsi que l’ont fait des milliers de Chiliens et Chiliennes.
Avec l’arrivée du socialiste Ricardo Lagos et celle de Michelle Bachelet, nous entrons dans une nouvelle ère, celle de la démocratie, vêtue du socialisme, mais guidée par des fidèles au néolibéralisme. Dans les deux cas, ils ont plutôt servi le régime néolibéral avec ici et là quelques initiatives cosmétiques. Il ne fait aucun doute que Salvador Allende doit se retourner dans sa tombe, lorsqu’il regarde ces socialistes, genre sépulcres blanchis. Rien en eux, pour en faire des alliés surs du socialisme du XXIè siècle, tel que proposé par Chavez. Washington ne pouvait trouver mieux avec ces deux personnages pour assurer sous une couverture socialiste, les paradigmes du néolibéralisme.
Ricardo Lagos a eu une carrière politique davantage dans la diplomatie internationale. Lui-même se définit moins comme un socialiste que comme un indépendant de gauche. Il est incorporé au groupe Forum2000regroupant des hommes politiques et intellectuels, surtout de droite, pour soutenir et défendre la démocratie néolibérale, à savoir celle qui est au service des oligarchies et de l’empire.
Ricardo Lagos est un membre actif Forum2000 et participa auForum2000 à Prague, en octobre 2007. Pour en savoir plus sur ce FORUM2000, je vous invite à aller directement au sitequi en définit les objectifs et qui en indique les principaux partenaires.
Un Forum regroupant ce qu’il y a de plus représentatif des démocraties néolibérales, n’ayant rien à voir avec le socialisme qui en modifie les paradigmes. Ceux et celles qui participent à ces rencontres, sous l’égide de FORUM2000, sont des convaincus du système capitaliste, sous sa forme néolibérale. Pour eux, tous les moyens sont bons pour barrer la route à ceux et celles qui voudraient en modifier les paradigmes.
Je me permets de rappeler ici une anecdote de ce qui s’est passé à la rencontre du FORUM2000, à Prague, à l’automne 2007. À l’époque, Michaëlle Jean, ex-journaliste de Radio-Canada, devenue par la grâce d’un premier ministre généreux, Gouverneure générale du Canada, fut invitée à présider la séance d’ouverture de ce Forum. En marge de ce forum, une rencontre privée, regroupant des membres haut placés de l’Administration étasunienne et de certains autres pays, s’est réalisé pour discuter d’un plan visant à faire échouer le référendum qui était en pleine opération au Venezuela et pour discuter de la manière de se défaire de Chavez.
Pour ceux que le sujet intéresse, je vous réfère à l’article que j’avais écrit à ce moment-là ainsi qu’à une lettre envoyée au premier ministre du Canada.
On se souviendra que Michelle Bachelet, alors qu’elle était présidente pro temporelle d’UNASUR, avait reçu le vice-président des États-Unis, Joe Biden, sans en informer ses collègues d’UNASUR et sans y inviter ceux et celles qui auraient souhaité y participer. Chavez, Morales, Correa furent ignorés.
Lorsque le roi d’Espagne, lors du XVIIe Sommet ibéroaméricain, réalisé au Chili, en novembre 2007, eut l’indécence de dire à Chavez de se la fermer, alors que ce dernier avait la parole, la socialiste Michelle Bachelet qui présidait cette rencontre se garda bien de rappeler au dignitaire qu’ici, les présidents peuvent s’exprimer comme ils l’entendent et qu’ils doivent être respectés. Elle n’en fit rien.
Si le peuple chilien ne prend pas note du détournement de sens donné au mot socialiste, il se retrouvera avec Michelle Bachelet comme présidente un peu comme le peuple français se retrouve, aujourd’hui, avec le socialiste François Hollande, véritable marionnette caricaturale de la volonté de Washington.
En Amérique latine, l’empire veut garder les territoires reconquis par des coups d’État militaires et poursuivre son action pour reconquérir ceux qui lui ont échappé.
Une louve déguisée en brebis est plus dangereuse qu’une louve à corps découvert.
Pour moi, l’élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili ne serait pas une bonne nouvelle. Nous savons que Pinera, l’actuel président, est un fervent défenseur et promoteur du néolibéralisme et personne n’en est surpris. Il s’est présenté sous ses véritables couleurs et le peuple l’a élu et ses collègues latino-américains le respectent.
Je prédis qu’avec Michelle Bachelet ça va être le trouble-fête dans les organismes d’intégration régionale. Les ressources en provenance de Washington ne lui manqueront pas, d’abord pour gagner la prochaine élection puis pour semer la bisbille dans la bergerie de la grande patrie. Son séjour aux Nations Unies lui aura donné le temps de bien apprendre sa leçon.
C’est un sentiment profond dont je n’arrive pas à me défaire.
Oscar Fortin
Québec, le 19 mars 2013
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Le candidat de la droite vénézuélienne se présentera aux élections du 14 avril 2013 face au Président de la République par intérim Nicolás Maduro. Mais qui est-il vraiment ?

1. Né en 1972, Henrique Capriles Radonski est issu de deux des plus puissantes familles vénézuéliennes, qui se trouvent à la tête de plusieurs conglomérats industriel, immobilier et médiatique (Capriles) et possèdent le Circuit national d’exhibitions (Cinex), seconde chaîne de cinéma du pays (Radonsky).

2. Sa famille possède le quotidien Últimas Noticias, le plus diffusé au niveau national, des radios et une chaîne de télévision.

3. Dans les années 1980, il a milité au sein du parti d’extrême droite Tradición, Familia y Propiedad.

Agência Efe

Capriles accuse la famille de Chavez d’avoir manipulé la date de la mort du président vénézuélien

4. Capriles a été élu député en 1999 pour l’Etat de Zulia en tant que membre du parti de droite COPEI. Contre toute attente et malgré son manque d’expérience en politique, il a immédiatement été désigné président de la Chambre des députés, devenant ainsi le plus jeune député à diriger la Chambre basse du Parlement.

5. En réalité, Capriles a réussi à s’imposer face aux autres aspirants au poste, ayant une trajectoire politique plus importante grâce au pouvoir économique et financier de sa famille qui a financé les campagnes de nombreux députés.

6. En 2000, il fonde le parti politique Primero Justicia avec le conservateur Leopoldo López, et s’allie immédiatement à l’International Republican Institute, branche internationale du Parti républicain des Etats-Unis. Le président de l’époque n’est autre que George W. Bush, lequel apporte un large soutien à la nouvelle formation politique qui s’oppose au gouvernement d’Hugo Chávez, notamment par le biais de la National Endowment for Democracy (NED).

7. Selon le New York Time « la NED a été créée il y a 15 ans pour réaliser publiquement ce que la Central Intelligence Agency (CIA) a fait subrepticement durant des décennies. Elle dépense 30 millions de dollars par an pour appuyer des partis politiques, des syndicats, des mouvements dissidents et des médias d’information dans des dizaines de pays ».

8. Selon Allen Weinstein, père de la législation qui a donné naissance à la NED, « Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui a été fait par la CIA il y a 25 ans de manière clandestine ».

9. Carl Gershman, premier président de la NED, a expliqué la raison d’être de la Fondation en juin 1986 : « Il serait terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d’être vus comme subventionnés par la CIA. Nous avons vu cela dans les années 1960, et c’est pour cela qu’on y a mis un terme. C’est parce que nous n’avons pas pu continuer à le faire que la fondation [la NED] a été créée ».

10. Durant son mandat de maire de la municipalité de Baruta, Capriles a signé plusieurs accords avec le FBI étasunien afin de former sa police municipale, et a reçu des fonds de l’ambassade des Etats-Unis pour cette mission.

11. Henrique Capriles a activement participé au coup d’Etat contre Hugo Chávez, organisé par les Etats-Unis, en avril 2002. Maire de Baruta, il a fait arrêter de nombreux partisans de l’ordre constitutionnel dont Ramón Rodríguez Chacín, alors ministre de l’Intérieur et de la Justice, lequel a été violemment agressé par les partisans du putsch devant les caméras de télévision.

12. A ce sujet, les propos de Rodríguez Chacín sont sans équivoque : « Je leur  ai fait part [à Henrique Capriles et Leopoldo López venus l’arrêter] du risque, du danger qu’il y avait pour mon intégrité physique [de sortir au milieu de la foule]. J’ai suggéré de passer par une autre sortie et la réponse que j’ai reçue de Capriles, précisément, a été négative, car, m’a-t-il dit, les caméras se trouvaient devant l’immeuble. Ils voulaient me faire sortir devant les caméras, pour m’exhiber, pour se vanter [d’avoir procédé à mon arrestation] ».

13. Quelques jours avant le coup d’Etat, Capriles est apparu devant les caméras de télévision en compagnie des dirigeants de son parti politique Primero Justicia pour réclamer la démission d’Hugo Chávez, des députés de l’Assemblée nationale, du Procureur de la République, du Défenseur du peuple et du Tribunal Suprême de Justice. Suite au coup d’Etat du 11 avril 2002, la première décision prise par la junte putschiste a été précisément de dissoudre tous ces organes de la République.

14. En avril 2002, Primero Justicia, a été le seul parti politique à accepter la dissolution forcée de l’Assemblée nationale ordonnée par la Junte putschiste de Pedro Carmona Estanga.

15. Durant le coup d’Etat d’avril 2002, Capriles a également participé au siège de l’ambassade cubaine de Caracas, organisée par l’opposition vénézuélienne et l’extrême droite cubano-américaine. Henry López Sisco, complice du terroriste cubain Luis Posada Carriles, qui est responsable de plus d’une centaine d’assassinats, dont l’attentat contre l’avion civil de Cubana de Aviación qui a coûté la vie à 73 personnes le 6 octobre 1976, était présent.

16. Après avoir coupé l’eau et l’électricité, Capriles, pensant que le vice-président de l’époque Diosdado Cabello, était réfugié au sein de l’entité diplomatique, est entré et a exigé de l’ambassadeur de fouiller les lieux, violant ainsi l’Article 22 de la Convention de Vienne, stipulant que les représentations diplomatiques sont inviolables.

17. Germán Sánchez Otero, à l’époque ambassadeur cubain au Venezuela, lui avait rétorqué : « Si vous connaissez le droit international, vous devez savoir le Venezuela tout comme Cuba ont le droit d’évaluer la possibilité d’octroyer l’asile politique à tout citoyen dans n’importe quelle représentation diplomatique. Un démocrate, un humaniste, ne peut pas permettre que des enfants soient privés d’eau, de nourriture et d’électricité ».

18. A sa sortie de l’ambassade, Capriles, loin de calmer la foule excitée, a déclaré à la presse qu’il n’avait pas été autorisé à fouiller la représentation diplomatique et qu’il était dans l’impossibilité de confirmer ou d’infirmer la présence de Cabello, attisant les tensions.

19. Pour sa participation au coup d’Etat, Capriles a été mis en examen et mis en détention préventive après s’être soustrait à la justice.

20. Le procureur de la République Danilo Anderson en charge du dossier Capriles a été assassiné en novembre 2004 lors d’un attentat à la voiture piégée.

21. En 2006, Capriles a été acquitté par les tribunaux.

22. En 2008, une nouvelle procédure pénale a été lancée et suit toujours son cours.

23. Suite à son élection en 2008 en tant que gouverneur de l’Etat du Miranda, Capriles a expulsé des installations de la région les fonctionnaires chargés des programmes sociaux mis en place par le gouvernement de Chávez.

24. Dans son programme électoral, Capriles promet de lutter contre la délinquance. Néanmoins, depuis son arrivée au pouvoir à Miranda, l’insécurité a explosé, faisant de l’Etat l’un des trois les plus dangereux du Venezuela. Entre 2011 et 2012, le taux d’homicides a augmenté de plus de 15%.

Agência Efe

Capriles durant un de ses premiers voyages à la recherche de votes pour les élections d’avril de 2013

 

25. Malgré ce bilan, Capriles, réélu en 2012, refuse toujours l’implantation de la Police nationale bolivarienne sur le territoire dont il a la gestion.

26. Entre 2008 et 2012, Capriles a congédié plus de mille fonctionnaires dans l’Etat du Miranda – qui travaillaient dans le secteur culturel et étaient soupçonnés d’être proches de l’ancien gouverneur chaviste Diosdado Cabello. Capriles a ainsi procédé à la fermeture de dizaines de bibliothèques.

27. En 2012, Capriles s’est secrètement réuni en Colombie avec le général Martin Demsey, chef d’Etat Major des Etats-Unis. Rien n’a filtré de ces discussions.

28. Capriles ne cesse de se réclamer de l’ancien président brésilien Lula da Silva. Néanmoins, ce dernier a apporté à maintes reprises son soutien à Hugo Chávez, notamment lors des dernières élections d’octobre 2012. « Ton triomphe sera le nôtre », avait-il déclaré dans un message d’appui au Président Chávez.

29. Candidat à l’élection présidentielle de 2012, au nom de la Mesa Unidad Democrática qui a regroupé les partis d’opposition, Capriles a perdu le scrutin par plus de 10 points d’écart.

30. En cas de victoire aux élections présidentielles du 14 avril 2013, Capriles a promis l’amnistie à Pedro Carmona Estanga, ancien président du patronat vénézuélien qui avait pris la tête de la junte militaire lors du coup d’Etat d’avril 2002, actuellement en fuite en Colombie.

31. Le programme présidentiel de Capriles est d’essence néolibérale et préconise une accélération des privatisations dans une économie déjà contrôlée à plus de 70 % par le secteur privé, une autonomie et une décentralisation.

32. En cas de victoire de Capriles, l’entreprise pétrolière nationale Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA), ne sera plus contrôlée par le pouvoir politique.

33. Le programme de Capriles prévoit la suspension de l’aide financière qu’octroie PDVSA au Fonds de développement national, lequel finance les infrastructures et les programmes sociaux.

34. Capriles imposera également une augmentation du prix de l’essence consommée sur le marché national.

35. Les réformes agraires réalisées sous le gouvernement de Chávez seront annulées et les terres restituées aux latifundistes.

36. La loi sur la pêche, dont ont bénéficié des dizaines de milliers de travailleurs de la mer, sera également abrogée.

37. Capriles autorisera la culture au Venezuela d’organismes génétiquement modifiés.

38. Capriles se propose « d’incorporer dans le système éducatif primaire et secondaire des thèmes démonstratifs sur la connexion entre la propriété, le progrès économique, la liberté politique et le développement social »

39. Capriles prévoit d’accorder une indépendance totale à la Banque centrale du Venezuela, afin d’éviter tout contrôle démocratique sur les politiques financières et monétaires, et lui « interdira de financer les dépenses publiques ».

40. Capriles a annoncé qu’il mettrait fin à la relation spéciale avec Cuba, ce qui affectera les programmes sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation, du sport et de la culture.

41. Capriles mettra un terme à l’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), organisme d’intégration régionale.

42. Capriles supprimera le programme Petrocaribe qui permet actuellement à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné et d’assurer leur approvisionnement énergétique.

43. Capriles prévoit de signer des traités de libre échange (TLC), notamment avec les Etats-Unis et l’Union européenne.

44. Capriles prévoit de redonner la concession hertzienne à la chaîne RCVT, qui émet désormais par câble et satellite, malgré sa participation ouverte au coup d’Etat d’avril 2002.

45. Capriles interdira tous les programmes politiques sur la chaîne nationale Venezolana de Televisión, laissant ainsi le monopole du débat citoyen aux chaînes privées.

46. Capriles prévoit de « superviser et contrôler la prolifération des radios […] et de réguler la croissance des radios communautaires ».

47. Le programme de la MUD prévoit de réduire de façon substantielle le nombre de fonctionnaires.

48. Le FONDEN, fonds spécial destiné à financer les programmes sociaux, sera éliminé.

49. Capriles mettra un terme à la régulation des prix qui permet à toute la population d’acquérir les produits de première nécessité.

50. Capriles accuse le gouvernement vénézuélien et la famille d’Hugo Chávez d’avoir occulté la mort de ce dernier. Selon lui, son décès serait survenu avant le 5 mars 2013.

Salim Lamrani

Article publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27872/50+verdades+sobre+henrique+capriles+candidato+opositor+a+presidencia+da+venezuela.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 

 

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Le 5 mars 2013, Hugo Chavez, président du Venezuela et leader mondial de l’anti-impérialisme, est décédé. Les impérialistes de Washington et leurs prostituées des médias et des boîtes de réflexion ont exprimé un tonitruant soupir de soulagement, tout comme le fît la population des États-Unis soumis à un lavage de cerveau permanent. « Un ennemi de s États-Unis » est parti.

Chavez n’était pas un ennemi des États-Unis. Il était un ennemi de l’hégémonie de Washington sur d’autres pays, un ennemi de l’alliance de Washington avec la clique d’une élite dirigeante qui vole les peuples, qu’elle oppresse et refusent d’aider. Il était un ennemi de l’injustice de Washington, de la politique étrangère de Washington fondée sur des mensonges et l’agression militaire, des bombes et des invasions.

Washington n’est pas les États-Unis d’Amérique. Washington est la ville natale de Satan.

Chavez était un ami de la vérité et de la justice, et cela l’a rendu impopulaire dans le monde occidental où chaque politicien regarde la vérité et la justice comme de graves menaces.

Chavez était un leader de ce monde. A l’encontre des politiciens américains, Chavez était respecté à travers le monde non-occidental. Il a été le récipiendaire de doctorats honoraires en Chine, en Russie, au Brésil et dans d’autres pays, mais pas de Havard, Yale, Cambridge ou Oxford.

Chavez a été un miracle. Il a été un miracle parce qu’il ne s’est pas vendu aux États-Unis et aux élites vénézuéliennes. S’il l’avait fait, il serait devenu très riche avec les revenus du pétrole, comme la famille royale saoudienne et il aurait été honoré par les États-Unis de la même manière que Washington honore ses marionnettes : avec une belle visite à la Maison Blanche. Il aurait pu devenir un dictateur à vie s’il avait servi Washington.

Chaque marionnette de Washington, de l’Asie a l’Europe en passant par le Moyen-Orient, attend anxieusement l’appel démontrant que Washington apprécie sa servitude au pouvoir impérialiste mondial qui occupe toujours le Japon et l’Allemagne 68 ans après la fin de la seconde guerre mondiale , et la Corée du Sud 60 ans après la fin de la guerre de Corée et a placé des troupes et des bases militaires dans de nombreux autres pays « souverains ».

Il aurait été politiquement facile pour Chavez de se vendre. Tout ce qu’il avait à faire était de continuer une rhétorique populiste, de promouvoir ses alliés dans l’armée, de balancer au sous-prolétariat plus de bénéfices que jamais auparavant et de diviser le reste des revenus du pétrole avec les élites corrompues vénézuéliennes.

Mais Chavez était une véritable personne, comme Rafael Correa, le président de l’Équateur élu pour trois termes ayant résisté aux États-Unis et accordé l’asile politique à un Julian Assange persécuté, et comme Evo Morales, premier président indigène de Bolivie depuis la conquête espagnole. La grande majorité des Vénézuéliens avaient compris que Chavez était une véritable personne. Ils l’ont élu quatre fois comme président et auraient continué à l’élire aussi longtemps qu’il aurait vécu. Ce que Washington déteste le plus au monde est une vraie personne qui ne peut pas être achetée.

Plus les politiciens occidentaux et les putains des médias diabolisaient Chavez et plus le peuple vénézuélien l’adorait. Celui-ci avait parfaitement compris que quiconque est damné par Washington est un cadeau de Dieu pour le monde.

Il en coûte de se dresser contre Washington. Tous ceux qui ont le courage de le faire sont diabolisés et risquent d’être assassinés et renversés par un coup d’État organisé par la CIA, comme l’a été Chavez en 2002, lorsque les élites vénézuéliennes ont lancé leur coup et enlevé Chavez sous les instructions de la CIA. Le coup a été mis en échec par le peuple vénézuélien qui a pris la rue et par des éléments de l’armée, et ce avant que Chavez ne puisse être liquidé par les élites vénézuéliennes cupides contrôlées par la CIA, lesquelles eurent la vie sauve, parce que Chavez, contrairement à elles, était humanitaire. Le peuple vénézuélien s’est soulevé massivement et instantanément pour défendre Chavez publiquement et exposer le mensonge véhiculé par la Maison Blanche de Bush et selon lequel Chavez était un dictateur.

Révélant son niveau de corruption sordide, le New York Times a pris parti pour le coup anti-démocratique d’une poignée d’élitistes contre un Chavez démocratiquement élu et déclaré que la mise à l’écart de Chavez par un petit groupe de riches et d’agents de la CIA signifiait que « La démocratie vénézuélienne n’était plus mise en danger par un dictateur en devenir. »

Les mensonges et la diabolisation continuent avec la mort de Chavez. On ne lui pardonnera jamais de s’être rangé du côté de la justice. On ne pardonnera pas non plus à Correa et Morales, eux aussi sans nul doute sur des listes de personnes à assassiner.

Des commentateurs de CounterPunch, de Fairness & Accuracy in Reporting ont réuni des exemples de condoléances venimeuses que les “pressetituées” ont écrit pour Chavez,  célébrant essentiellement le fait que la mort avait réduit au silence la voix la plus courageuse sur terre :http://www.counterpunch.org/2013/03/08/obituaries-for-hugo-chavez/http://fair.org/take-action/media-advisories/in-death-as-in-life-chavez-target-of-media-scorn/

Le commentaire de la journaliste d’affaires de l’agence Associated Press Pamela Sampson était probablement le plus absurde. Elle jugeait que Chavez avait gaspillé la richesse issue du pétrole vénézuélien dans « des programmes sociaux, incluant des marchés gérés par l’État, des avantages financiers pour les familles pauvres, des cliniques et hôpitaux gratuits, ainsi que des programmes éducatifs », une mauvaise utilisation de l’argent qui aurait pu être utilisé pour bâtir des gratte-ciel comme « le plus grand building du monde de Dubaï et des branches des musées du Louvre et de Guggenheim à Abu Dhabi » :http://www.fair.org/blog/2013/03/06/ap-chavez-wasted-his-money-on-healthcare-when-he-could-have-built-gigantic-skyscrapers/

Parmi les dizaines de millions de victimes de Washington dans le monde, les peuples d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Soudan, du Pakistan, du Yémen, de Somalie, de Syrie, de Palestine, du Liban, du Mali,  avec ceux de l’Iran, la Russie, la Chine et l’Amérique du Sud en attente de sanctions, de déstabilisation, de conquête ou de reconquête, le discours à l’assemblée générale de l’ONU de Chavez le 30 Septembre 2006, durant le régime Bush, demeurera le plus grand discours du début deuXXIème siècle.

Chavez a affronté le lion, ou plutôt Satan, sur son terrain :

“Hier, le diable lui-même se tenait ici, à ce pupitre, parlant comme si le monde lui appartenait, vous pouvez toujours sentir le soufre…

Nous devrions appeler un psychiatre pour analyser la déclaration faite ici-même hier, par le président des États-Unis. En tant que porte-parole de l’impérialisme, il est venu partager ses recettes éculées pour essayer de préserver la forme actuelle de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde. Un film d’Alfred Hitchcock pourrait l’utiliser comme scénario. Je proposerais même un titre : « La recette du diable ».

L’assemblée générale de l’ONU n’avait jamais entendu de tels propos, même pas du temps de la puissante URSS. Des sourires sont apparus en signe d’approbation, mais personne n’a osé applaudir. Trop d’argent étasunien était en jeu pour leur pays. (Un lecteur a fait remarquer que bien que le discours de Chavez n’ait pas été pas interrompu par des applaudissements, ceux-ci ont été nombreux  à la fin.)

Les délégations étasuniennes et britanniques ont fuit l’endroit place, comme des vampires confrontés par de l’ail et des crucifix ou des loups-garous devant des balles en argent. Chavez a parlé de la fausse démocratie des élites, imposée  aux autres par la force, les « armes et les bombes ». Chavez a demandé  « Quel type de démocratie imposez-vous avec des Marines et des bombes? Peu importe où Bush regarde, il voit des extrémistes et toi, mon frère, il regarde ta couleur et il dit Oh, voilà un extrémiste”. Evo Morales le valeureux président de la Bolivie ressemble à un extrémiste pour lui. Les impérialistes voient des extrémistes partout. En réalité, ce n’est pas parce que nous sommes des extrémistes, mais parce que le monde se réveille. Il se réveille partout et les peuples se lèvent. »

En deux courtes phrases de vingt mots, Chavez a défini a jamais le Washington du début du XXIème siècle : « L’empire a peur de la vérité, peur des voix de l’indépendance. Il nous appelle extrémistes, alors que ce sont eux les extrémistes. »

A travers l’Amérique du Sud et dans le monde non-occidental, la mort de Chavez est imputée à Washington. Les Sud-Américains connaissent les audiences du Congrès des années 1970 lorsque la Commission Church a révélé les divers plans de la CIA visant à empoisonner Fidel Castro.

Le document officiel présenté au président Kennedy par le chef d’état-major des armées et connu sous le nom d’opération Northwoods, est maintenant connu du monde entier et est consultable en ligne. L’opération Northwoods consistait à attaquer des citoyens étasuniens  sous fausse bannière afin de blâmer Cuba et de faire accepter au public étasunien et au reste du monde un changement de régime imposé par les États-Unis à Cuba. Le président J.F. Kennedy a rejeté le projet le considérant immoral et contraire aux pratiques d’un gouvernement responsable.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Northwoods

En Amérique du Sud on croit déjà fermement que Washington a utilisé ses horribles technologies mortelles pour infecter Chavez d’un cancer afin d’écarter l’obstacle qu’il représentait pour l’hégémonie de Washington en Amérique du Sud.

Cette croyance ne mourra jamais : Chavez, le plus grand Sud-Américains depuis Simon Bolivar, a été assassiné par Washington. Vrai ou faux, la croyance est gravée dans la pierre. Alors que Washington et le mondialisme détruisent toujours plus de pays, la vie des élites est de plus en plus en danger.

Le président Franklin Delano Roosevelt avait compris que la sécurité des riches nécessitait une sécurité économique pour les classes inférieures. Roosevelt a donc établi une forme faible de démocratie sociale aux États-Unis, forme dont les politiciens européens avaient déjà compris la nécessité afin d’assurer une cohésion sociale et une stabilité politique et économique.

Les régimes Clinton, Bush et Obama se sont mis en tête d’ébranler la stabilité que Roosevelt avait fourni, tout comme Thatcher, Major, Blair et l’actuel premier ministre britannique ont miné le consensus social entre les classes au Royaume-Uni. Les politiciens au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande ont aussi fait l’erreur de donner le pouvoir à des élites privées aux dépens de la stabilité économique et sociale.

Gerald Celente prévoit que les élites ne survivront pas à la haine et à la colère qu’ils s’attirent. Je suspecte qu’il a raison. On détruit la classe moyenne étasunienne, la classe ouvrière s’est transformée en prolétariat et l’on détruit aussi le système de sécurité sociale afin de réduire les déficits budgétaires causés par le manque de revenus fiscaux, la délocalisation, les dépenses de guerres, les bases militaires à l’étranger et les sauvetages financiers. Le peuple étasunien doit souffrir afin que les élites puissent poursuivre leurs programmes.

Les élites américaines savent parfaitement bien ce qui va se produire. C’est pourquoi elles ont créé un ministère de l’Intérieur de style nazi appelé Department of Homeland Security (Département de la sécurité intérieure) ayant suffisamment de munitions pour tuer chaque Étasunien cinq fois et des chars d’assaut pour neutraliser le second amendement de la constitution américaine.

http://www.informationclearinghouse.info/article34259.htmhttp://www.forbes.com/sites/ralphbenko/2013/03/11/1-6-billion-rounds-of-ammo-for-homeland-security-its-time-for-a-national-conversation/

Les pistolets et les fusils sont inutiles contre des chars d’assaut, comme ont pu le constater les Davidiens à Waco au Texas. La protection d’une petite poignée d’élite contre les  citoyens étasuniens qu’elle opprime, constitue également l’une des raisons pour lesquelles la police est militarisée, est mise sous le contrôle de Washington et armée de drones qui peuvent assassiner les véritables leaders du peuple étasunien, qui ne seront pas dans les chambres législative, exécutive ou judiciaire, mais plutôt dans la rue.

http://www.globalresearch.ca/the-militarization-of-law-enforcement-in-america-use-of-military-technology-and-tactics-by-local-level-police/5326303

Des camps d’internement aux États-Unis semblent bien réels et non pas une « théorie du complot » :

http://www.youtube.com/watch?v=FfkZ1yri26shttp://info.publicintelligence.net/USArmy-InternmentResettlement.pdf

La menace que le gouvernement étasunien pose à ses propres citoyens a été reconnue le 7 mars 2013 par deux sénateurs des États-Unis, Ted Cruz (républicain, Texas) et Rand Paul (républicain, Kentucky), qui ont présenté un projet de loi pour empêcher le gouvernement étasunien d’assassiner ses propres citoyens : « Le gouvernement fédéral ne peut pas utiliser un drone pour tuer un citoyen des États-Unis, situé sur le territoire des États-Unis, à moins que la personne ne pose un danger de mort ou de blessures graves à autrui de manière claire et imminente. Rien dans cette section ne pourra être retenu pour suggérer que la constitution autoriserait autrement le meurtre d’un citoyen des États-Unis en sol étasunien et sans autre forme de procès et d’action légale. »

http://www.cruz.senate.gov/record.cfm?id=339952

Les « gens indispensables » avec leurs présidents Bush et Obama ont commencé le XXIème siècle avec la mort et la violence. Cela demeure leur seul héritage. La mort et la violence que Washington a déchaînées se retournera contre Washington et les « élites » politiques corrompues de partout. Comme le dit si bien Gerald Celente, la première grande guerre du XXIème siècle a commencé.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

Hugo Chavez: Friend of the American People, Enemy of US Hegemony and Washington’s Injustice, 13 mars 2013

Traduit de l’anglais par Mondialisation.ca

 

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En Irak la guerre est « subrogée »

mars 20th, 2013 by Manlio Dinucci

Cet article a été publié en décembre 2011. Nous publions à nouveau cet analyse de Manlio Dinucci à l’occasion du dixième anniversaire de la guerre en Irak.

Nos troupes sont sorties d’Irak « la tête haute », a annoncé le commandant en chef Barack Obama. Les USA ont de quoi être fiers. Ils quittent un pays envahi en 2003 au motif qu’il possédait des armes de destruction de masse, motif qui s’est révélé infondé. Mis à feu et à sang par plus d’un million et demi de soldats, que le Pentagone a déployés par rotations, avec aussi des centaines de milliers de contractor militaires (mercenaires), en employant n’importe quel moyen pour écraser la résistance : des bombes au phosphore contre la population de Fallujah aux tortures d’Abu Ghraib. Provoquant environ un million de victimes civiles, qui s’ajoutent à celles de la première guerre contre l’Irak et de l’embargo. Contraignant plus de 2 millions d’Irakiens à quitter leur maison et autant à se réfugier en Syrie et en Jordanie. Laissant un pays sinistré, avec un chômage à plus de 50%, la moitié des médecins qu’il avait avant l’invasion, un tiers des enfants affectés de malnutrition, à qui s’ajoutent ceux qui ont des malformations génétiques dues aux armes du Pentagone. Une guerre que les USA ont payée de 4.500 morts et plus de 30mille blessés chez les militaires, dont 30% sont rentrés chez eux avec de graves problèmes psychiques.

 

Guerre qui a coûté 1.000 milliards de dollars, à quoi s’ajoutent environ 4mille milliards de dépenses indirectes, comme celles de l’assistance aux anciens combattants. Elle en a cependant valu la peine : dorénavant « l’avenir de l’Irak sera dans les mains de son peuple », assure le président Obama. Est-ce ainsi qu’il a gagné le Prix Nobel de la Paix ? On peut en douter en lisant le manuel de la US Army sur « La guerre subrogée pour le 21ème siècle » : une guerre menée en substituant aux forces armées traditionnelles, qui interviennent ouvertement, des forces spéciales et agents secrets qui agissent dans l’ombre, avec le soutien de forces alliées, de fait sous commandement étasunien. Divers faits le confirment. Le personnel de l’ambassade étasunienne à Bagdad, la plus grande du monde, passera de 8mille à 16mille personnes. Son « bureau de coopération et sécurité », qui entraîne et arme les forces irakiennes sera renforcé. Depuis 2005, le gouvernement irakien a acheté des armements étasuniens pour une valeur de 5 milliards de dollars et, selon le programme, il en achètera d’autres pour 26 milliards. Parmi lesquels, 36 chasseurs F-6 avec leurs armements (qui pourraient augmenter jusqu’à 96), dont les pilotes seront entraînés aux Etats-Unis et dont les bases seront de fait sous le contrôle du Pentagone. Des unités de la Cia et des forces spéciales étasuniennes continuent à entraîner (et de fait à diriger) les « forces de sécurité » qui, sur ordre du premier ministre Nouri al-Maliki, ont déjà arrêté des centaines d’ex-baasistes accusés, sur la base de preuves fournies par le Cnt libyen, d’avoir préparé un coup d’état avec l’appui de Kadhafi. En même temps Washington s’attache le gouvernement régional kurde de Masoud Barzani avec lequel ExxonMobil a conclu un gros contrat d’exploitation pétrolière, en doublant le gouvernement de Bagdad.

Au Kurdistan irakien opèrent depuis 2003 des forces spéciales étasuniennes, sous les ordres du général Charles Cleveland. Celui-là même qui -révèle le journal égyptien al-Arabi- entraîne et dirige aujourd’hui en Turquie les commandos de l’ « armée syrienne libre» pour la « guerre subrogée » contre la Syrie.

Edition de mardi 20 décembre 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20111220/manip2pg/14/manip2pz/315245/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il écrit pour le quotidien italien il manifesto.

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