Photo – Des Palestiniens ont dû s’abriter sous tente devant leurs appartements, détruits par l’offensive israélienne à Beit Lahiya le 11 août 2014 – Photo : Reuters/Suhaib Salem

 

On peut se demander pourquoi la reconstruction de Gaza, bombardée pour être renvoyée à l’Age de Pierre, selon les objectifs explicites de la doctrine  israélienne, n’a débuté, si timidement, que deux mois après la fin des combats.

Nazareth – D’après les données des Nations Unies, 100.000 logements ont été détruits ou endommagés, laissant 600.000 Palestiniens – soit près d’1 Gazaoui sur 3 – sans domicile ou en pleine détresse .

Les routes, les écoles et la centrale électrique alimentant les systèmes d’adduction et d’épuration d’eau sont en ruines. L’hiver approche, froid et humide. L’agence Oxfam déclare qu’au rythme actuel d’avancement des travaux, il faudra 50 années pour reconstruire Gaza.

Où, ailleurs dans le monde, sinon dans les Territoires palestiniens, la communauté internationale resterait-elle les bras croisés devant autant de personnes en souffrance – non du fait d’un dieu aveugle, mais par la volonté de leurs frères humains ?

La raison de ce retard , comme toujours … ce sont les « impératifs de sécurité » d’Israël. Gaza peut être reconstruit, mais uniquement selon les spécifications précises posées par les autorités israéliennes.

Nous en avons déjà été à ce point. Il y a 12 ans, les excavatrices israéliennes s’avançaient dans le camp de Jénine en Cisjordanie au milieu de la Deuxième Intifada. Israël venait de perdre son plus grand nombre de soldats en une seule bataille alors que son armée progressait avec peine dans un dédale d’étroites ruelles.

Israël a transformé en ruines des centaines de maison – des scènes qui ont choqué le monde. Tandis que les habitants vivaient sous des tentes, Israël a insisté sur les conditions de réhabilitation du camp. Les ruelles qui avaient aidé la résistance palestinienne dans ses embuscades devaient disparaître. A leur place on construisit des rues suffisamment larges pour permettre aux blindés israéliens d’y patrouiller.

Bref, les besoins humanitaires des Palestiniens aussi bien que leur droit de résister à leur oppresseur, reconnu en droit international, ont été sacrifiés pour satisfaire le désir d’Israël de renforcer plus efficacement son occupation.

Difficile de ne pas voir que l’accord conclu au Caire ce mois-ci pour la reconstruction de Gaza procède du même calcul.

Les donateurs ont promis 5,4 milliards de dollars – mais l’expérience nous a appris que seule une petite partie se matérialisera. En outre, la moitié sera immédiatement redirigée vers la lointaine Cisjordanie pour rembourser les importantes dettes de l’Autorité Palestinienne.

Dans la communauté internationale, personne ne semble avoir suggéré qu’Israël, qui a démembré la Cisjordanie et Gaza de diverses manières, règle la facture.

L’Accord du Caire a été largement salué, alors que les conditions de la reconstruction de Gaza n’ont été que vaguement rendues publiques. Mais certains participants indignés ont fait fuiter les détails.

Un analyste israélien a comparé la solution proposée à la transformation d’une prison du tiers monde en une installation carcérale moderne surdimensionnée, à l’américaine. L’extérieur plus civilisé ne fera que dissimuler son but réel : non pas améliorer la vie des résidents palestiniens, mais offrir davantage de sécurité aux gardiens israéliens.

Les préoccupation humanitaires sont exploitées pour permettre à Israël de restructurer un blocus de huit années qui a interdit tant de produits essentiels, y compris ceux qui étaient nécessaires pour reconstruire Gaza après les attaques précédentes.

L’accord transfère le contrôle symbolique des frontières de Gaza et l’apport de matériaux de construction à l’AP et à l’ONU afin de contourner et d’affaiblir le Hamas.

Les contrôleurs – et les décideurs véritables – seront les Israéliens.

Par exemple, ils auront un droit de veto contre les fournisseurs de quantités importantes de ciment nécessaires. Cela veut dire qu’une grosse partie de l’argent des donateurs tombera dans l’escarcelle des cimentiers et des intermédiaires israéliens.

Toutefois le problème est plus profond que cela. Le système doit satisfaire le désir d’Israël de savoir où aboutit chaque sac de ciment, chaque tige d’acier, pour empêcher le Hamas de reconstruire ses roquettes maison et son réseau de tunnels. Ces tunnels, et l’élément de surprise qu’ils ont présenté, ont causé la perte de tant de soldats israéliens. Sans eux, Israël aura plus de latitude la prochaine fois où il voudra « tondre la pelouse », comme ses chefs de  appellent les destructions répétées de Gaza.

La semaine dernière, le ministre de la  Moshe Yaalon avertissait qu’une reconstruction de Gaza serait conditionnée par la bonne conduite du Hamas. Israël voulait être sûr que « les fonds et les équipements ne seront pas utilisés pour le , c’est pourquoi nous surveillons de près tous les développements ».

AP et ONU devront soumettre à une base de données israélienne les détails de chaque maison qui a besoin d’être reconstruite. Il semble que les drones israéliens surveilleront tout mouvement sur le terrain.

Israël sera en mesure d’imposer son veto à tous ceux qu’il considérera comme militants – ce qui veut dire : ayant un lien avec le Hamas ou le Djihad Islamique. Israël espère sans doute que cela va dissuader la plupart des Palestiniens de s’associer aux mouvements de la résistance.

Par ailleurs on ne peut s’empêcher de croire que le système de supervision fournira à Israël les coordonnées GPS de chaque maison à Gaza, et les détails concernant chaque famille, consolidant son contrôle pour la prochaine décision de lancer une offensive. Et Israël peut tenir tout le processus en otage et l’interrompre à tout moment.

L’ONU, hélas, désespérant de voir tant tarder l’aide aux familles de Gaza, a accepté de concourir à cette nouvelle version du blocus, en dépit du fait qu’elle viole le droit international et les droits des Palestiniens.

Washington et ses alliés, semble-t-il, ne sont que trop heureux de voir le Hamas et le Djihad Islamique privés des matériaux nécessaires pour résister au prochain assaut d’Israël.

Le New York Times a exprimé sa préoccupation : « A quoi bon collecter et dépenser des millions de dollars … pour reconstruire la , juste pour qu’elle soit détruite à la prochaine guerre ? » 

Pour certains donateurs exaspérés par des années d’argent déversé dans un trou sans fond, revaloriser Gaza en maxi-prison moderne à l’américaine, paraît un meilleur retour sur investissement.

Jonathan Cook

Le 27 octobre 2014

Article original en anglais :

israeli-soldiers-firing-tear-gas-at-palestinian-protestors-in-a-jovial-mood

How Israel is Turning Gaza into a Super-Max Prison, publié sur globalresaerch.ca le 28 octobre 2014

Traduction : http://www.info-palestine.net/spip.php?article15017

Jonathan Cook a reçu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

 

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Toujours plus de murs dans un monde sans frontières

novembre 3rd, 2014 by Capitaine Martin

La nuit des 8 et 9 novembre 1989 reste un symbole de liberté en Europe. À la stupeur du monde entier, le mur qui coupait Berlin en deux depuis vingt-huit ans se fissure. La fin du « rideau de fer », selon l’expression instaurée par Churchill lors de son discours à Fulton le 5 mars 1946, a nourri l’espoir de la fin des divisions entre les peuples.

Depuis, à l’heure de la mondialisation, de l’ouverture des frontières, de la libre-circulation, d’Internet, l’homme construit des dizaines de murs. Parfois longs de plusieurs milliers de kilomètres, barbelés ou électrifiés, atteignant parfois huit ou dix mètres de hauteur, à double paroi, gardés par des soldats, des caméras ou des drones de reconnaissance, souvent renforcés par des mines antipersonnel, les murs de séparation contemporains peuvent ne pas se montrer comparables dans leurs caractéristiques. Les plus fréquents relèvent du domaine sécuritaire, qu’il soit civil ou militaire. Ils ont été construits pour contenir l’immigration ou pour lutter contre la contrebande ou le trafic de drogue. Ils divisent les peuples et les cultures et ont pour point commun de ne jamais remplir totalement leur mission première.

Des milliers de kilomètres de frontières réputées infranchissables séparent aujourd’hui les États-Unis et le Mexique, l’ et l’Afrique (notamment entre l’Espagne et le Maroc, mais aussi tout le long des côtes méditerranéennes par une forme de blindage maritime, une mer blindée), l’Inde et le Bangladesh, l’Irak et l’, etc.

En avril 2002, le gouvernement d’Ariel Sharon a décidé de construire un mur continu le long de la Ligne verte, ligne d’armistice de 1949 et frontière établie en 1967. Les Israéliens parlent de « clôture de sécurité » ou de « barrière de séparation », ou encore de « barrière antiterroriste » ou de « mur de la honte ». Pour Alexandra Novosseloff, la construction de ce mur ne suscite aucun état d’âme : « c’est un fait qui ne fait même pas l’objet de débats dans la société. Les organisations non gouvernementales qui combattent son tracé ou ses conséquences humanitaires n’ont pas remis en cause son principe même.  veut matérialiser sa séparation d’avec son voisin. Construire le mur, c’est entamer une séparation définitive dont les gouvernements israéliens étaient déjà convaincus quand ils construisirent une barrière de sécurité autour de la bande de Gaza ». Pour les Palestiniens, la construction du mur confisque leurs terres, les exproprie. « Des plaintes sont régulièrement déposées auprès de la Cour suprême israélienne. Rarement celle-ci a invalidé le tracé initial du mur ou celui imposé par les faits. De façon paradoxale, sans les Palestiniens, leur main d’œuvre, leurs entreprises, leurs carrières, ce mur n’aurait jamais vu le jour. 26.000 Palestiniens sont employés à sa construction ! ».

L’anniversaire de la chute du mur donne chaque année lieu à de nombreux commentaires. Fin mai 2014, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a affirmé « qu’il n’y aura plus jamais de mur de Berlin en Europe ». En 1989, la complexité et l’ampleur des phénomènes de la mondialisation ne s’étaient qu’en partie manifestées. Les années quatre-vingt-dix et plus encore le début du XXIème siècle ont montré la face cachée de ce phénomène : le terrorisme, l’immigration, les inégalités, la criminalité, l’exclusion sociale, les luttes sociales, la , mais aussi la financiarisation de l’économie, les guerres commerciales et l’érosion des droits des travailleurs sont autant d’aspects qui ont marqué les dernières décennies.

Les murs contemporains n’ont pas pour ambition de stopper les contacts avec les ressortissants de l’autre côté, comme c’était le cas du mur de . Ils se préoccupent d’enfermer dehors les indésirables. Il définit une communauté sociale et territoriale digne de protection et il définit également les catégories dangereuses dont il convient de se protéger. Il marque surtout un pouvoir de décision (décider de la séparation), un pouvoir de contrôle (contrôler le déplacement des autres) et un pouvoir de catégorisation (légitimer la séparation par la stigmatisation des réprouvés).

Dernières en date, les enclaves urbaines fortifiées (les barrios privados d’Amérique latine, ou quartiers résidentiels surveillés). Ces dispositifs qui ont tendance à se répandre dans le monde entier supposent l’anticipation permanente d’une menace extérieure qui appelle le déploiement de techniques d’inspirations militaire et technique pour contrôler un territoire privatisé. Au sein de ce territoire, un mode de gouvernance privé tend à se substituer au gouvernement public.

Les classes sociales s’isolent. Elles restent entre elles et n’ont même plus conscience d’être riches. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a montré à quel point en Allemagne, il est facile de ne pas se rendre compte qu’on fait partie des plus favorisés. Au quotidien, les classes sociales supérieures ne rencontrent en effet guère de personnes différentes d’elles. Et leurs amis et leurs connaissances ont au moins autant d’argent qu’elles.

On ne rêve pas d’être moins libre, plus pauvre, plus humilié, plus exploité, plus dominé, moins instruit… Pourtant, la précarité est déjà une réalité pour nombre de travailleurs, de privés d’emploi et de retraités, et la peur du déclassement n’a jamais été aussi prégnante chez les autres.

Ceux qui pensaient qu’après 1989, après la désagrégation de l’URSS, c’était la fin de l’histoire ou dit autrement, la victoire définitive du capitalisme, commencent à déchanter. L’éternelle grande peur des possédants, des dominateurs cyniques, qui leur fait dire que tout doit changer dans l’univers de la  pour que rien ne change dans l’univers capitaliste sont en train de prendre un coup derrière la tête.

Capitaine Martin

 

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BHL expulsé de Tunisie pour “trouble à l’ordre public”

novembre 3rd, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

Arrivé à Tunis vendredi soir, le philosophe français, Bernard Henri Lévy, devait assister, le dimanche 2 novembre à Hammamet à une conférence sur la situation en Libye, un sujet qui lui tient à coeur depuis qu’il a milité en faveur de l’intervention franco-qatarie sous le rêgne de Nicolas Sarkozy. La réunion a été organisée par le représentant d’Ennhadha aux Etats Unis, Radwan Masmoudi, président de l’association « Islam et Démocratie ». Mais hélas pour BHL, sa diplomatie parallèle n’est pas du goût du  tunisien qui l’a prié de reprendre l’avion vers Paris pour « trouble à l’ordre public ». .

Nous voici au coeur des réseaux entre une partie de l’administration américaine, les  en Tunisie et en Libye et des hommes d’affaires véreux qui arrosent tout ce petit monde. BHL devait assister, le dimanche 2 novembre, à une conférence sur la Libye organisée à Hammamet, la plus grande ville touristique de Tunisie,  par un certain Masmoudi, le représentant du mouvement ides islamistes tunisiens, Ennhadha, aux Etats Unis et le président de l’association Islam et Démocratie.

La réunion était parrainée par un homme d’affaire douteux, Chafik Jarraya, surnommé « la Banane », en raison du monopole d’import-export qu’il a obtenu sur ce fruit. Cet affairiste à multiples bandes est devenu un entrepreneur prospère grace aux contrats qu’il obtint en Libye à l’époque de Kadhafi et avec l’appui du clan Trabelsi, du nom de l’épouse de Ben Ali, qui regroupait les moins recommandables des familles alliées à l’ancien régime. Et voici « la Banane » qui, depuis quatre ans, a lancé à Tunis deux journaux en arabe pour soutenir les islamistes d’Ennhadha et qui est connu pour financer les Frères Musulmans et quelques autres candidats aux présidentielles en Tunisie.

En eaux troubles

Lors de la réunion d’Hammamet du 2 novembre, BHL devait notamment rencontrer Adelhakim Belhadj, le chef des Frères Musulmans libyens et l’homme du , dont le plus fidèle allié à Tunis s’appelle…Chafik Jerraya. Que du beau monde! Le plus surprenant est que Belhadj est interdit de séjour officiellement en Tunisie. Le ministère tunisien de l’Intérieur refuse de lui accorder le moindre visa et s’il rentre tout de même en territoire tunisien, notamment pour se faire soigner, c’est avec l’appui des dirigeants d’Ennahdha…mais illégalement. Comment Belhadj peut-il dans ces circonstances assister à une conférence officielle à Hammamet? Y rencontrer des personnalités telles que BHL? Et bénéficier du soutien des dirigeants d’Ennahdha organisateurs de cette réunion?

Ce n’est pas la première fois que BHL rencontre monsieur Belhadj. Lors du voyage éclair que le philosophe et « sauveur de la Libye »avait effectué à Tripoli le 22 mai 2014 et dont la presse n’avait pas parlé, le niveau de sécurité autour de sa personne avait été assuré par les milices islamistes qui règnent sur la ville sous le commandement de Belhadj. Les deux hommes s’étaient longuement entretenu.

Du neuf avec de l’ancien 

Sans mandat officiel, sauf le sauf conduit que constitue son amitié avec Laurent Fabius, BHL avait joué, lors de ce discret déplacement, aux faiseurs de roi, en proposant la nomination d’un gouvernement idéal. Le Premier ministre, selon lui, devrait redevenir l’ancien chef de gouvernement Zeidan. Le ministre de l’intérieur qui aurait ses faveurs est Abdelhakim Belhadj, l’homme du Qatar à Tripoli qui règne sur quelques centaines de miliciens islamistes et surveille les principaux lieux de détention de la capitale libyenne. Rien de tout cela n’a évidemment été suivi d’effets.

Personnalité sans mandat officiel ni rang institutionnel, Belhadj est aujourd’hui l’un des personnages les plus puissants du pays. Autrefois honni et traqué, il est aujourd’hui incontournable. Après avoir été financé et soutenu par le Qatar à la veille de la révolution, il multiplie depuis les déplacements à l’étranger pour consolider sa position de force à l’intérieur du pays et laisse entendre qu’il s’est éloigné de Doha, qui est soupçonné de financer l’Etat islamique.

Très proche du président turc Recep Tayyip Erdogan et des islamistes de Tunisie, notamment de Ghannouchi, le chef d’Ennahdha, l’ami Belhadj a surtout ses entrées à Washington. Mais ce fin politique sait ne pas être prisonnier de ses alliances. Plus récemment, le chef des islamistes libyens a même été reçu par des hauts responsables algériens et par Jacob Zuma, le président d’ du Sud. Alger et Pretoria comptent sur lui pour contrôler, voire réprimer, les jihadistes libyens violents et rétablir un semblant d’ordre dans le chaos. Retournement de situation étonnant quand on connait le curriculum d’Abdelhakim Belhad. A seulement 22 ans, Abdelhakim s’expatriait dans le Peshawar, au nord du Pakistan, où il suivait l’entraînement  et spirituel qu’organisent Abdallah Youssef Azzam et Oussama Ben Laden, les deux créateurs d’Al-Qaida.

BHL dégage!

La présence de BHL en Tunisie aura été d’autant plus surprenante qu’il ne s’est jamais intéressé à ce pays ni dans ses écrits ni dans ses chroniques. Sous Ben Ali, BHL n’a jamais dénoncé les dérives du régime, pas plus qu’il ne s’est penché depuis sur la formidable transition démocratique tunisienne. Autant son soutien aux généraux algériens, à qui il a consacré deux longs articles dans « le Monde » bourrés d’erreurs, est connue, autant son indifférence à la Tunisie est totale. Aussitôt connue son arrivée à Tunis, de nombreux tunisiens se sont massés à l’aéroport avec un seul mot d’ordre: « Dégage ». En revanche, ce tigre de papier et va-t-en guerre a pris fait et cause pour la guerre en Libye. Il aura été le propagandiste zélé de l’intervention franco-anglaise, soutenue par le Qatar. Après le départ de Kadhafi, il ne s’est illustré que par une volonté suspecte de rapprocher le CNT libyen de l’époque, qui luttait contre Kadhafi, de la diplomatie israélienne.

Cet automne, le bide de sa dernière pièce de théatre à « l’Atelier » l’avait rendu amer et silencieux. L’expulsion de Tunisie n’est pas exactement le « come back » dont il rêvait. Philosophe enseigné dans aucune université, journaliste mêlant le vrai du faux, cinéaste de raccroc, écrivain sans oeuvre littéraire, guerrier sans aucun fait d’armes, BHL est juste au bout de ses impostures. La Tunisie ne s’y est pas trompée qui sait ce qu’en matière sécuritaire, l’incendie allumé en Libye par BHL, Sarkozy et le Qatar comporte aujourd’hui encore des risques majeurs pour l’ensemble de la région

VIDEO

 

http://mondafrique.com/lire/decryptages/2014/11/01/bhl-expulse-de-tunisie-pour-trouble-a-lordre-public

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L’étrange malédiction des microbiologistes dans le monde

novembre 3rd, 2014 by Roberto Quaglia

Les récentes polémiques sur l’origine du virus Ébola combinées à la mort accidentelle en juillet dernier du spécialiste mondial de ce virus, Glenn Thomas, et de nombreux autres microbiologistes dans le crash du vol MH17 en Ukraine, nous a remis en mémoire cet inquiétant et très documenté chapitre du livre de l’écrivain italien Roberto Quaglia “Il Mito dell 11-Settembre o l’opzione Dottore Stranamore” paru en 2007 et traduit en anglais sous le titre “The Myth of September 11” mais pas en français (!) faute une nouvelle fois d’éditeur intéressé. Voici donc ces quelques paragraphes qui, rappelons-le, datent de 2003 [pour la première édiction complétée par d'autres exemples en 2007] mais qui semblent sinistrement actuels. L’auteur écrivait donc ces lignes peu après l’épidémie de SRAS qui avait sévi entre novembre 2002 et mai 2003 touchant de nombreux pays, et environ un an après les lettres à l’anthrax d’octobre 2001.


Entre le 12 novembre 2001 et le 11 février 2002, pas moins de sept microbiologistes ont découvert à leurs dépens qu’ils faisaient un métier bien plus dangereux que de piloter une formule 1, de pratiquer le benji-jumping tous les week-ends, ou d’être victime du hobby du sexe sans protection. Et par la suite, d’autres microbiologistes ont connu la même fin.[1]

Tous les microbiologistes ne courent pas les mêmes risques, et ce sont les spécialistes du séquencement de l’ADN qui semblent être les plus susceptibles de mourir dans des circonstances « suspectes et inhabituelles ». Précisons tout de suite que le séquencement de l’ADN est l’une des techniques nécessaires aux recherches émergentes sur les applications des armes biologiques de destruction de masse, surtout en ce qui concerne la création de nouveaux virus et de nouvelles bactéries.

Il faut dire que le métier de microbiologiste était une activité à risque depuis quelque temps déjà. Particulièrement, et curieusement, depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Il se trouve par exemple que le 4 octobre 2001, un avion commercial reliant Israël à Novossibirsk a été abattu « par erreur » au-dessus de la Mer noire par un missile sol-air tiré à plus de 100 km d’une zone où les militaires s’exerçaient, semble-t-il, à ce moment-là. On a dit au début qu’il s’agissait d’un vol transportant des marchandises, mais il s‘agissait bel et bien d’un vol de ligne, le vol Air Sibir 1812. Novossibirsk est connue pour être la capitale scientifique de la Sibérie, et elle est reconnue comme le siège d’importantes recherches en microbiologie. Il se trouve qu’à bord, voyageaient au moins cinq microbiologistes israéliens.[2]

Le 12 novembre 2001, Benito Que, 52 ans, expert en maladies infectieuses et en biologie cellulaire, est retrouvé dans le coma dans une rue proche du laboratoire de l’Université médicale de Miami où il travaillait. Le Miami Herald a écrit qu’il aurait été agressé par quatre personnes armées de battes de baseball, mais la version officielle veut qu’il ait été victime d’iun malaise. Il meurt le 6 décembre 2001. C’était un expert du séquencement de l’ADN. Il avait travaillé avec Don C. Wiley et David Kelly(*), deux autres microbiologistes retrouvés « suicidés » par la suite.[3]

Quatre jours plus tard, le 16 novembre 2001, Don C. Wiley, 57 ans, qui était l’un des principaux experts américains dans ce domaine, disparait.[4] Sa voiture de location est retrouvée abandonnée sur le pont Hermando de Soto près de Memphis (Tennessee), avec le réservoir plein et les clefs sur le contact. Wiley venait de terminer son diner et était sur le point de partir en vacances en famille.[5] Son corps a été retrouvé le 20 décembre dans le Mississippi, à 500 km de là. La thèse officielle fut que, pris de vertige, il serait tombé du pont. Wiley était spécialiste dans le domaine de la réponse du système immunitaire face à des attaques virales comme le Sida, l’Ebola, ou encore la grippe.[6] Il avait reçu un prix très prestigieux pour son travail dans le domaine des vaccins antiviraux. Il s’occupait lui aussi de séquencement ADN, et avait collaboré avec David Kelly.[7]

Le 23 novembre 2001, Vladimir Pasechnik, 64 ans, biologiste spécialisé dans des passetemps aussi sympathiques que la vaporisation de la peste bubonique, fut retrouvé mort à Wishire en Angleterre, non loin de son domicile. Pasechnik avait été responsable pour le développement d’armes biologiques en Union Soviétique et était passé à l’Ouest au début des années 1990.[8]

Le lendemain, le 24 novembre 2001, un avion de Crossair s’écrasa en Suisse. Parmi les passagers se trouvaient trois éminents [chercheurs] Israéliens : Yaakov Matzner, 54 ans, président du département de médecine à l’Université juive, Amiramp Eldor, 59 ans, chef du département d’hématologie de l’hôpital de Tel-Aviv, et Avishai Berkman, 50 ans, directeur du département de Santé publique à Tel-Aviv.[9]

Le 10 décembre, Robert Schwartz, 57 ans, fut retrouvé assassiné dans sa maison de campagne dans le comté de Loudoun en Virginie, Il s’occupait de séquencement ADN et d’organismes pathogènes.[10]

Le 11 décembre, Set Van Nguyen, 44 ans, fut retrouvé mort à l’entrée d’une chambre froide dans le laboratoire où il travaillait, à Geelong dans l’Etat de Victoria en Australie. Van Nguyen était entré dans la chambre froide sans s’apercevoir qu’elle était remplie d’un gaz empoisonné, qui l’avait rapidement tué. Dans ce même centre de recherches, cinq ans plus tôt, avait été isolé un virus de la famille des paramyxoviridés qui provient de la même souche que le virus du SRAS. Ce genre de virus avait été identifié comme étant transmissible aux êtres humains.[11]

Le 9 février 2002, Victor Korshunov, 56 ans, directeur de la sous-faculté de microbiologie à l’Université d’État de Moscou, fut retrouvé mort sur une route. Deux autres chercheurs russes, Ivan Glebov et Alexi Brushlinski, avaient été tués au cours des semaines précédentes. [12]

Le 11 février 2002, Ian Langford, 40 ans, est retrouvé mort dans sa résidence à Norwich en Angleterre.[13]

Le 27 février, Tanya Holzmayer, 46 ans, une chercheuse russe émigrée aux États-Unis est tuée d’un coup de pistolet par un autre microbiologiste, Guyang Huang, lequel est retrouvé mort peu après dans un parc, avec le pistolet non loin de sa main. Mme Holzmayer s’occupait du génome humain.[14]

David Wynn-Williams, 55 ans, astrobiologiste impliqué dans la recherche sur l’éventuelle existence de microbes extra-terrestres, meurt le 24 mars, renversé par une voiture alors qu’il faisait son jogging.[15]

Le lendemain, Steven Mostow, 63 ans, connu comme le « Docteur Grippe » de par son expérience dans le traitement de cette maladie, meurt dans le crash de son avion Cessna lors de la phase d’atterrissage, apparemment un de ses deux moteurs se serait détaché. Mostow était aussi connu pour être un expert en bioterrorisme.[16]

Le 24 juin 2003, le docteur Leland Rickman, 47 ans, meurt apparemment des suites d’un malaise. C’était un expert en maladies infectieuses et il travaillait aussi comme consultant en matière de bioterrorisme.[17]

Pour finir [façon de parler], le 17 juillet, le corps sans vie de David Kelly, 59 ans, expert en microbiologie, mais aussi consultant en armes biologiques de destruction de masse pour le gouvernement britannique, est retrouvé dans un bois. L’enquête conclut au suicide, mais toutes les preuves indiquent au contraire qu‘il s’est agi d’un homicide(*). Quelques mois plus tard, des témoignages affirmèrent que Kelly était sur le point d’écrire un livre sur les programmes de guerre biologique des grandes nations.[18]

Il faut ajouter à cette liste le cas de Jeffrey Paris, 49 ans, retrouvé écrasé à côté d’un parking le 6 novembre 2001,[19] et aussi Christopher Legallo, 33 ans, analyste spécialisé dans les problèmes de terrorisme, dont l’avion s’est écrasé le 30 septembre 2002. A bord de ce même avion, devait se trouver également sa femme, Laura Koepfler, analyste dans le domaine des armes de destruction de masse, mais elle avait changé de programme au dernier moment.[20]

Nous nous arrêterons là, mais les décès étranges de microbiologistes se sont poursuivis depuis. D’après Maurizio Blondet [21], en juin 2004, le nombre total de microbiologistes morts dans des circonstances suspectes se montait à 24.[22]

Il est difficile de savoir si la mort de tous ces microbiologistes est une anomalie statistique ou autre chose, pour cela il faudrait connaitre la quantité exacte de microbiologistes dans le monde et calculer si le taux de morts suspectes est supérieur ou pas à la normale. Je n’ai pas ces chiffres, et de toute façon ils ne m’intéressent pas. Parfois le doute est de loin préférable aux certitudes. J’aime mieux me tromper sans être sûr, qu’être sûr de ne pas me tromper.

Pour la deuxième édition de ce livre en 2007, je me dois de confirmer que la « malédiction » a continué de frapper les microbiologistes. Ce sont maintenant plusieurs dizaines d’entre eux qui ont disparu. Les énumérer tous n’aurait pas de sens, mais je vous en livre quelques-uns à titre d’exemple.

John Clark, un microbiologiste dont les recherches avaient amené au clonage de la fameuse brebis Dolly, s’est pendu le 12 août 2004.

Leonid Strachunsky, spécialiste dans la création de microbes résistants aux armes biologiques, est tué le 8 juin 2005 par une bouteille de champagne qui au lieu de lui faire tourner la tête, la lui a fracassée d’un bon coup sec.

David Banks, expert en prévention d’épidémies, et en mesures de quarantaines, meurt le 8 mai 2005 à bord de l’habituel avion qui s’écrase.

Matthew Allison, biologiste moléculaire, entre le 13 octobre 2004 dans sa voiture qui explose comme cela se produit seulement dans les films.

Et terminons notre liste par Antonina Presnyakova, une scientifique qui s’occupait directement d’armes biologiques, et qui le 25 mai 2004, se croit elle aussi dans un film et se pique par erreur avec aiguille infectée par le virus Ebola ; elle décède rapidement.

Si vous en voulez encore, la liste continue sur Internet.[23]

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques spécialisés dans un secteur meurent de façon rapprochée dans le temps et dans des conditions mystérieuses. Cela était par exemple arrivé quelques années plus tôt en Angleterre, à au moins 6 experts de la société Marconi (certains disent qu’il y en avait bien plus que 6), une société qui à l’époque constituait un colosse industriel, mais qui est aujourd’hui au bord de la faillite.[24]

Nous sommes à peine sortis du film America under attack [avec les attentats du 11-Septembre, puisque le livre date de 2003] et nous nous retrouvons déjà aux prises avec un nouveau film qui s’annonce suffisamment horrible pour nous faire presque oublier le précédent. Peut-être, allons-nous même regretter America under Attack, et avec lui le bon temps où la participation de tous les spectateurs à la réalisation d’un colosse médiatique était encore un devoir social. Ou un destin inévitable. Avec SARS Attack II [ou Ebola Attack III – NdT], la musique pourrait être bien différente.

Roberto Quaglia

 

 

 

 

  Traduction : IlFattoQuotidiano.fr

 

Références de l’auteur (certaines n’existent plus, nous sommes preneurs d’archives ou de versions imprimées si certains lecteurs en ont)

  1. www.rense.com/general20/fivedeadHH.htm et www.apfn.org/apfn/scientists.htm
  2. www.fromthewilderness.com/free/ww3/02_14_02_microbio.html
  3. www.rense.com/general40/dead.htm
  4. www.foxnews.com/story/0,2933,39355,00.html
  5. edition.cnn.com/2001/US/11/28/missing.scientist/
  6. www.cnn.com/2001/US/12/22/missing.scientist/
  7. globeandmail.workopolis.com/servlet/News/fasttrack/20020504/UMURDN?section=Science et www.counterpunch.com/madsenanthrax.html (sur WebArchive)
  8. education.guardian.co.uk/obituary/story/0,12212,750145,00.html
  9. edition.cnn.com/2001/WORLD/europe/11/25/singer.dead/ et www.stevequayle.com/Interviews/Spectrum.8-2002.3.html
  10. www.washingtonpost.com/ac2/wp-dyn?pagename=article&node=&contentId=A288642001Dec11 et www.washingtonpost.com/ac2/wp-dyn/A34695-2001Dec12?language=printer et www.rense.com/general17/top.htm
  11. www.rense.com/general35/sarrs.htm et www.rense.com/general39/death.htm
  12. www.thetruthseeker.co.uk/article.asp?ID=2725 (sur WebArchive)
  13. education.guardian.co.uk/higher/news/story/0,9830,649527,00.html
  14. www.mv-voice.com/morgue/2002/2002_03_08.shooting.html
  15. www.prisonplanet.com/articles/january2005/270105deadscientists.htm
  16. www.rense.com/general35/stre.htm
  17. www.latimes.com/news/printedition/california/la-merickman2jul02,1,386682.story et health.ucsd.edu/news/2003/06_26_Rickman.html
  18. media.guardian.co.uk/broadcast/story/0,7493,1000903,00.html et www.fromthewilderness.com/free/ww3/101403_kelly_1.html et www.fromthewilderness.com/free/ww3/120903_victoria.html
  19. www.asyura.com/0310/war39/msg/355.html et www.questionsquestions.net/docs04/0720_kelly.html
  20. www.cryptogon.com/2002_09_29_blogarchive.html
  21. www.rense.com/general48/moredead.htm
  22. www.disinformazione.it/intervistablondet2.htm
  23. www.stevequayle.com/dead_scientists/UpdatedDeadScientists.html et www.stevequayle.com/dead_scientists/UpdatedDeadScientists2.html (l’URL a dû changer entretemps, mais une liste d’articles sur le sujet est disponible à www.stevequayle.com/index.php?s=147)
  24. www.rense.com/general21/micromarconi.htm et fusionanomaly.net/sdi.html

 

 


Notes de la traduction :

(*) Mort de David Kelly : lire (entre autres) la série d’articles mis en ligne par ReOpen911 à l’époque de ce “suicide” et durant toute l’enquête, à commencer par http://www.reopen911.info/News/2010/11/04/affaire-david-kelly-un-crime-detat-en-oxforshire/

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Le chef de l’État islamique, le calife Ibrahim, alias Abou Bakr al-Baghdadi, ne cesse de nous étonner tous, y compris ses puissants commanditaires bourrés de pétrodollars. Le calife est pratiquement devenu un grand producteur de pétrole digne de faire partie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Depuis quelque temps, en théorie du moins, ses brutes mercenaires takfiri pompent du pétrole, le raffinent, l’expédient ou le passent en contrebande. Les contrats juteux qu’ils décrochent concernent d’énormes quantités de pétrole et leur rapportent des profits de l’ordre de 2 millions de dollars par jour.

Mieux encore, le calife décapite les prix (en plus des têtes). Après tout, il ne fait qu’adopter la même stratégie de bas prix concoctée par ceux-là mêmes qu’il veut détrôner à La Mecque : les membres de la Maison des Saoud. Le produit intérieur brut du califat en Syrak ne peut que monter en flèche.

Comme par hasard, les principaux clients du pétrole à rabais du calife sont, d’une part, le paradis sur terre du sultan Recep Tayyip Erdogan, alias la Turquie, qui est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et, d’autre part, le domaine du roi Playstation Abdallah II qui passe pour un pays appelé la Jordanie.

Pendant ce temps, l’impressionnant appareillage militaire ultraperfectionné et l’ensemble des services du renseignement qu’ont déployés les USA et l’Otan, ces parangons de liberté, dans un foisonnement d’acronymes, n’arrivent tout simplement pas à piger l’escroquerie et y mettre un terme.

Il ne faut pas s’en étonner, car ils n’avaient pas davantage pigé et rien fait quand les brutes du calife ont conquis de larges pans de la Syrak cet été, quand ils ont présenté leur version de l’opération Tonnerre roulant [1], en traversant le désert à bord de ces Toyota étincelantes qui leur ont fait une belle campagne promotionnelle.

Quant à la solution préconisée par l’Empire du Chaos, qui est d’intercepter les profits que le calife retire du pétrole, la seule décision prise jusqu’à maintenant a été de bombarder des oléoducs appartenant à la République arabe syrienne, autrement dit, au peuple syrien.

Ne sous-estimons jamais la capacité de la doctrine du président Barack Obama en matière de politique étrangère, qui consiste à ne pas faire de conneries, à atteindre des sommets inégalés de stupidité.

Cause toujours mon cheikh !

À tout cela s’ajoute le fatidique baisemain à répétition fait au capo de la maison des Saoud par le secrétaire d’État John Kerry, qui a eu lieu à Riyad le mois dernier.

Dans le superbe article indiqué en note [2], William Engdahl n’y va pas de main morte au sujet du marché prétendument conclu entre l’Arabie saoudite et les USA prévoyant la vente de pétrole à rabais, le bombardement de Bachar al-Assad et la déstabilisation de la Russie. Sauf qu’il s’agit peut-être moins d’un marché conclu entre Washington et Riyad que d’une collaboration visant des objectifs communs : un changement de régime en Syrie à long terme et une déstabilisation de l’Iran et de la Russie à court terme.

Quant au stratagème crucial du Pipelinistan au cœur de l’énigme syrienne, la construction d’un gazoduc partant du Qatar jusqu’à la Syrie sous un nouveau régime, en lieu et place d’un gazoduc Iran-Irak-Syrie, c’est davantage une priorité des Qataris, grands rivaux des Saoudiens.

Kerry a en fait donné le sceau d’approbation de la Voix de Son Maître à la stratégie saoudienne de vendre du pétrole à bas prix, en pensant aux consommateurs américains qui font le plein à court terme et à la pression exercée sur les revenus de l’Iran et de la Russie à moyen terme. Il a de toute évidence minimisé le coup qu’encaissera l’industrie du gaz de schiste aux USA.

Les Saoudiens, de leur côté, ont d’autres éléments majeurs à considérer, comme regagner leur part de marché en Asie, où se trouvent leurs plus gros clients. Cette part de marché, ils l’ont perdue aux mains de l’Iran et de l’Irak, qui vendent du brut à prix réduit. Par conséquent, ces deux pays doivent être punis, alimentant du même coup l’aversion pathologique de la Maison des Saoud pour tout ce qui est chiite.

En ce qui concerne la situation dans son ensemble en Syrie, le capo d’Obama chargé des affaires avec le calife, le général John Allen, a imposé sa loi dans une entrevue au journal saoudien Asharq Al-Awsat [3] : il n’y aura pas de solution militaire ici [en Syrie]. Il a aussi dit ceci : l’intention n’est pas de déployer une force de campagne pour libérer Damas. 

Autrement dit, on peut dire adieu aux brutes de l’Armée syrienne libre (ASL) d’hier en train de gagner contre Assad, qui cèdent leur place aux brutes de l’ASL d’aujourd’hui, qui seront d’ailleurs formées en Arabie saoudite (tiens, tiens !) et qu’on ne voit pas vraiment comme de pieux sauveurs. À toutes fins pratiques, le scénario à moyen terme prévoit qu’il y aura plus de bombardements de la part des USA (contre les infrastructures de l’État syrien), qu’il n’y aura pas de changement de régime à Damas et que le calife va consolider ses gains sans discontinuer.

Le facteur Hollywood

Imaginez si les combattants miteux d’Al-Qaïda première mouture avaient possédé les mêmes compétences en relations publiques que le calife. Des has been barbus brandissant leurs vieilles kalachnikovs dans des caves afghanes, c’est devenu tellement ringard ! Car en plus de passer en contrebande des dizaines de milliers de barils de pétrole par jour sans être découvert, voilà que le calife nous présente maintenant un otage britannique devenu correspondant à l’étranger (qui pourrait s’être converti à la version salafiste de l’Islam), en direct de Kobané vidée de sa substance, sur le point de tomber aux mains d’une bande de takfiri et de mercenaires (ce ne sont certes pas des moudjahidines).

La qualité de la production est impressionnante. Le reportage spécial du calife s’ouvre sur un plan de Kobané vu d’un drone. Est-ce un drone américain ? A-t-on mis la main dessus en Irak ? S’agit-il d’un drone israélien ? Turc ? Britannique ? Les moudjahidines ne sont sûrement pas dans la liste de contacts de Lockheed Martin, du moins pas encore.

Au même moment, sur le terrain, Ankara vient à peine d’autoriser quelque 200 peshmergas du Kurdistan irakien, dont les chefs insaisissables brassent des affaires avec la Turquie, à traverser la frontière afin d’aider Kobané (en théorie). Pas question toutefois d’envoyer des soldats, des armes et du ravitaillement aux forces du PKK/PYD kurdes, qui défendent Kobané depuis le début. La procrastination sans bornes du sultan Erdogan sera jugée par une enquête indépendante comme l’élément capital ayant rendu possible la chute de Kobané.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a de nouveau posé les conditions de son pays pour appuyer la campagne, jusqu’à maintenant outrageusement inoffensive, des USA contre le calife. Les libérateurs éventuels de Kobané ne peuvent être que les peshmergas irakiens et le reliquat des brutes de l’ASL, et non des terroristes (lire le PKK/PYD).

En fin de compte, Kobané, qui est à cheval sur la frontière séparant le sud-est de l’Anatolie et le Nord syrien, est hautement stratégique. La situation sur le terrain est désastreuse. Il reste à peine plus de 1 000 résidents barricadés dans leurs demeures. À peine plus 2 000 combattants kurdes syriens, y compris les membres de la brigade féminine Ishtar, assurent leur protection. Ce ne sont pas 200 peshmergas en provenance du Kurdistan irakien qui vont faire une grande différence contre quelques milliers de brutes du calife fortement armées, qui ont déployé une vingtaine de chars d’assaut. Cela n’augure rien de bon, même si les faux moudjahidines n’exercent pas un contrôle total, contrairement au reportage de l’otage britannique approuvé par le calife.

Le calife va très certainement poursuivre sur sa lancée. Absolument rien de ce qui précède n’aurait eu la moindre chance de se produire, sans la complicité explicite et implicite des USA et de l’Occident, ce qui prouve une fois pour toutes que le calife est le cadeau ultime, qui nous est offert à répétition dans le cadre de la sempiternelle Guerre mondiale contre le terrorisme. Comment se fait-il que le régime de Dick Cheney n’y ait jamais songé ?

Pepe Escobar

Article original en anglais :

isis-caliphatemap

Abu Bakr al-Baghdadi: The Caliph Fit to Join OPEC

The Caliph fit to join OPEC, Asia Times, 31 octobre 2014

Traduit par Daniel pour vineyardsaker.fr

http://www.vineyardsaker.fr/2014/11/01/loeil-itinerant-calife-nouveau-membre-en-puissance-lopep/

 

Notes

[1] Opération Rolling Thunder, Wikipédia

[2] The Secret Stupid Saudi-US Deal on Syria. Oil Gas Pipeline War, Global Research, 26-10-2014

[3] Exclusive : General Allen discusses coalition plans for defeating ISIS as regional tour starts, Asharq Al-Awsat, 25-10-2014

[4] ISIS shows John Cantlie in Kobani – John Cantlie is used as a News Reporter – Propaganda Video, Youtube, 28-10-2014

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), et Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

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Lettre ouverte à ceux qui ont appelé la guerre sur leur pays, la Libye

novembre 3rd, 2014 by Françoise Petitdemange

Que la honte retombe sur vous, esclaves made in CIA, qui avez appelé les bombes françaises, britanniques, états-uniennes – financées en grande partie par la mule du Qatar qui a vendu son âme au diable tandis que la mule qui lui succède achète la France et d’autres pays endetté(e)s jusqu’au cou – sur votre propre pays, la Libye, pour le remettre, comme avant la Révolution du 1er Septembre 1969, sous le joug étranger.

Que la honte retombe sur vous, esclaves qui avez profité de la Révolution du 1er Septembre 1969 et de tout ce qu’elle a apporté aux habitants et aux habitantes de la Libye, à vos grands-parents, à vos pères, à vos mères, à vos frères, à vos sœurs, aux familles, aux clans, aux tribus, durant 42 années : savez-vous, esclaves asservis par le fric que vous a filé ce service secret comme à des prostitué(e)s, que le roi Idriss 1er était un roi fantoche, que le peuple libyen vivait dans des bidonvilles et était analphabète.

N’est-ce pas, grâce aux douze jeunes hommes et à la centaine de civils et de militaires qui, au péril de leur vie, avaient fait la Révolution, sans effusion de sang, que vous avez pu avoir un vrai toit, apprendre à lire, à écrire, à compter, en arabe, dans votre propre langue et non pas dans la langue des colonisateurs !

Vous, vous n’avez été capables, en 2011, que de faire une contre-révolution avec l’appui des armes étrangères bazardées sur une population de six millions d’habitant(e)s. Vous n’avez été capables que de faire une contre-révolution dans le sang et les larmes. Vous n’avez jamais eu aucune perspective d’avenir pour votre pays : trois ans après votre contre- révolution doublée d’une guerre coloniale, vous voici avec votre pays détruit, avec une population qui vous fuit comme la peste. Vous vous croyez les nouveaux maîtres mais vous n’êtes, sans vous en rendre compte, que des esclaves armés jusqu’aux dents par les ennemis de votre pays et de votre religion qui pillent les principales richesses que le sol libyen renferme encore : les hydrocarbures ! Vous êtes dans l’Imaginaire. Lorsque vous reviendrez à la réalité, il sera trop tard !

Savez-vous ce que fait le Polichinelle français (BHL), Bernard-Henri Lévy, qui affiche son sionisme ? Il se rit des Arabes, il se rit de vous ! Après avoir poussé Nicolas Sarkozy à faire la guerre contre votre pays natal pour le détruire, il se moque de vous comme il se moquait, en 2011, des traîtres Mustapha Abdel Jalil, Abdul Hafiz Gogha, etc., lorsqu’il les rencontrait à Paris ou ailleurs. Le général Abdelfattah Younes, qui a trahi les idées de sa jeunesse en se laissant entraîner dans cette guerre coloniale, a été très vite identifié par Polichinelle aidé par le Mossad. À propos, où donc est-il ce traître à son pays, Mustapha Abdel Jalil, le petit monsieur qui croyait jouer dans la cour des grands et qui, sans s’en rendre compte, se faisait flouer, duper ? le petit monsieur qui est à l’origine de combien d’hommes, de femmes, d’enfants tué(e)s en Libye ? Où donc est-il ce président fantoche du congrès national général de la Libye, Mohammed Youssef el-Megaryef, l’assoiffé de pouvoir qui a déguerpi au bout de neuf mois ?

Jamais ces Révolutionnaires de 1969 n’auraient traité le roi et sa famille comme vous traitez Muammar Gaddhafi dans cette vidéo, et comme, dans d’autres vidéos, vous avez traité le Guide révolutionnaire, qui a tout donné à son pays, jusqu’à sa vie, jusqu’à ses fils, comme vous avez traité Abou Bakr Younis Jaber, Khouildi El Hamidi et sa famille, et tant d’autres… qui avaient fait passer la Libye du pays le plus pauvre de la planète au pays le plus riche du continent africain…

En décembre 2010, la Libye était le pays le moins endetté de la planète. Qu’avez-vous fait, esclaves, du respect que Muammar Gaddhafi avait su inspirer pour votre pays ? Savez- vous qu’en France, les médias, qui vous tendaient leurs micros, n’ont plus rien à faire de vous : dorénavant, ils cherchent d’autres pays, d’autres populations à détruire. Au nom des droits de l’homme !

Venez voir, sur ce site : http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr ce que vous avez détruit.

Votre seul salut ? Le retour de la Libye verte !

Françoise Petitdemange 

 

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«Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants»

Bernard de Chartres

 

L’Algérie va célébrer le 60e anniversaire de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. On le sait. Avec un rituel de métronome, chaque année nous réchauffons péniblement une symbolique à laquelle les jeunes qui, sans être éduqués dans le culte de la patrie, ont, au fond d’eux-mêmes, le «feu sacré» qui attend de s’exprimer. «La révolution se fera même avec les singes de la Chiffa» disait l’architecte de la Révolution Mohamed Boudiaf. Avec toujours le même scénario et rituellement on présente une révolution qui, en son temps, avait marqué l’Histoire dans le mouvement de décolonisation du Tiers-Monde.

Souvenons-nous de l’Appel du 1er Novembre: «A vous qui êtes appelés à nous juger, notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l’indépendance nationale dans le cadre nord-africain. (…)Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l’étiquette de Front de libération nationale, se dégageant de tous les partis et mouvements purement algériens, de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. But: l’indépendance nationale par: la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. (…) Algérien!(…) Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne». (Appel du Premier Novembre)

Qui étaient ces révolutionnaires sans arme, sans moyens, sans troupes face à une colonisation qui paraissait durer mille ans? de simples citoyens autour de la trentaine d’âge, formés à la dure école de la vie et qui avaient une conviction gravée dans le marbre. Cette détermination non seulement sans faille vis-à-vis de l’adversaire commun était nécessaire et toutes les manoeuvres du pouvoir colonial pour atomiser le consensus ont échoué. A l’époque il n’y avait ni régionalisme, ni prosélytisme. Seule la cause de la lutte pour la liberté était sacrée. A bien des égards la Révolution a sa place dans le Panthéon des Révolutions du XXe siècle. Elle a surtout à ne pas se comparer aux autres. Elle a sa spécificité, ses douleurs et ses convulsions propres. Nous sommes assurément des nains par rapport à ces géants…

Il est indéniable que le peuple algérien a souffert pendant 132 ans, soit environ soit plus de 48 000 jours de malheur, de sang et de larmes que nous gardons encore dans notre ADN et qui expliquent dans une large mesure notre errance actuelle, l’Algérien de ce temps, jeune plein d’idéal, élevé à la dure ou même jeune lettré décida que c’en était trop. Dans un environnement avec une chape de plomb qui paraissait durer mille ans, une vingtaine de patriotes décidèrent du déclenchement de la révolution. Ce fut l’épopée que l’on racontera encore dans cent ans. En effet, au bout d’un processus de près de 2800 jours de bombardements, d’exécutions sommaires, de tueries sans nom, l’envahisseur fut chassé du pays. Le tribut payé fut lourd: des centaines de milliers d’Algériens morts plusieurs milliers de combattants morts, des milliers de villages brûlés et plus de deux millions d’Algériens déplacés avec des traumatismes que l’on gère encore de nos jours.

Devoir d’inventaire

A l’indépendance nous étions tout feu tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l’aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s’est refroidie en rites sans conviction pour donner l’illusion de la continuité. Comment peut -on parler de révolution et du «Mach’al du premier novembre» à transmettre aux jeunes si ces jeunes sont tenus soigneusement à l’écart du mouvement de la nation? La Révolution a été portée à bout de bras par des jeunes pour la plupart et qui ne dépassaient pas la trentaine! Les héros étaient des gens simples qui ont fait leur devoir sans rien attendre en échange et surtout qui n’ont pas fait des mânes de cette révolution encore un fonds de commerce au nom d’une «famille révolutionnaire» excluant de ce fait, les autres, les Algériens. A bien des égards, eu égard au combat titanesque de ces pionniers qui ont fait démarrer l’Algérie à l’indépendance, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

Qu’avons-nous fait après l’indépendance? Comment avons-nous traversé le temps avec un héritage aussi prestigieux et qu’avons-nous fait? A l’indépendance nous tirions notre légitimité de l’aura de la révolution et beaucoup de pays avaient pour nous de la sollicitude. Cependant, il faut bien reconnaître que le pays était exsangue, les rares cadres qui existaient étaient sur tous les fronts. Je ne suis pas là pour faire le procès mais beaucoup de choses auraient pu être mieux faites.

A titre d’exemple, nous avons un système éducatif avec une productivité faible qui laisse chaque année des centaines de milliers d’adolescents sur le bord de la route. Même ceux qui arrivent à l’université ont un niveau déplorable. Ces dernières vingt années ont été les pires qu’a connu le système éducatif et tous les auto-satisfécits n’y feront rien. Notre école est malade et notre université moribonde. La formation des Hommes attend d’être revue. Le deuxième aspect de ce parcours post-indépendance qui m’interpelle est la politique énergétique qui n’a toujours pas de visibilité malgré des expériences désastreuses et dont nous ne tirons pas toutes les leçons.

L’Algérie de 2014, qu’est-ce que c’est? Un pays qui se cherche? qui n’a pas divorcé avec ses démons du régionalisme?, du népotisme? qui peine à se déployer qui prend du retard? qui vit sur une rente immorale car elle n’est pas celle de l’effort, de la sueur de la créativité. C’est tout cela en même temps! Qu’est-ce qu’être indépendant quand on dépend de l’étranger pour notre nourriture, notre transport, notre habillement, notre vie quotidienne? Nous avons perdu notre indépendance graduellement depuis 52 ans en acceptant de devenir vulnérables, la rente ayant anesthésié toute mise en marche de nos neurones à telle enseigne que tout est importé, l’Algérie se contente de consommer ce qui ne nous appartient pas.

La devise néolibérale: «Ne pensez pas, dépensez!» a trouvé en Algérie une brillante application. Jusqu’à quand? De plus,l’Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. La situation actuelle est profondément dangereuse. Le monde a profondément changé. Des alliances se nouent, d´autres se dénouent. Quoi qu´on dise, les regards sont braqués sur l´Algérie. Nous ne sommes pas à l´abri d´un tsunami, nos frontières sont de plus en plus vulnérables.

Le FLN a rempli sa mission historique

Avons-nous été fidèles au serment du Premier novembre? Cette question nous devons nous la poser chaque fois que nous devons contribuer à l’édification du pays par un autre djihad par ces temps incertains. Cependant il faut bien reconnaître que la génération post-indépendance reste peu informée de la réalité de cette Révolution, de la bravoure d’hommes et de femmes qui ont révolutionné le concept même du combat libérateur. Justement, nous sommes en 2014. Trois Algériens sur quatre sont nés après l’Indépendance. Ils n’ont qu’un lointain rapport avec l’Histoire de leur pays.

La jeunesse ne s’intéresse pas à son passé qu’on lui a très mal enseigné. Elle se retrouve soixante ans après déboussolée et déstabilisée par les questions identitaires. En son temps, le défunt président Mohamed Boudiaf affirmait que, justement, la «mission du FLN s’est achevée le 3 juillet 1962» au lendemain de l’indépendance de l’Algérie. En réalité, beaucoup pensent qu’il est grand temps de remettre ces trois lettres, symboles du patrimoine historique national, au Panthéon de l’Histoire.

Le FLN donne l’image d’une coquille vide qui s’est démonétisée au cours du temps. Le FLN historique, le FLN moteur de la Révolution de Novembre doit faire l’objet de toutes les attentions. Il ne devrait pas constituer un fonds de commerce pour tous les professionnels de la politique. Le FLN pour lequel tant de vaillants patriotes ont milité, souffert en définitive donné leur vie n’est pas le FLN actuel. Pourtant, le FLN doit être un marqueur indélébile de la dignité et de l’Histoire de l’Algérie, il doit être revendiqué par toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception et non pas uniquement la famille révolutionnaire qui s’intronise comme seul dépositaire de l’immense Révolution algérienne

Le moment est venu d’avoir des repères algériens. Par ailleurs, la voie de la réussite sociale actuelle n’est pas dans l’effort au quotidien d’un travail bien fait, d’une endurance sur plusieurs décennies pour mériter de la patrie, elle est dans la voie qui permet à un football d’engranger en un mois le gain d’un universitaire qui doit se réincarner plusieurs fois pour atteindre ces sommes. En cette veille du déclenchement de la Révolution du 1er novembre, l’Algérie de la IIe République-que nous appelons de nos voeux-, sera celle que l’on construira toutes tendances confondues. Une seule exigence: l’amour de l’Algérie. La vraie identité des Algériens est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l’on soit de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud».

Pour un nouveau Premier Novembre de l’intelligence

Comment alors expliquer cette panne dans l’action qui fait que nous sommes encore à chercher un projet de société et à vivre au quotidien gaspillant une rente imméritée qui hypothèque lentement mais sûrement l’avenir de nos enfants, leur laissant ce faisant, une terre inculte, ouverte à tout vent où rien de «construit» par l’intelligence de l’homme ne lui donnera une singularité? Est-ce parce qu’elle n’abrite pas en son sein les compétences à même de la faire sortir de l’ornière? Est-ce qu’elle n’a pas les ressources qui lui permettraient de financer son développement? non! Mille fois non!!

Le premier Novembre de papa appartient à l’Histoire, par contre l’Esprit de Novembre qui a fait que des jeunes par leur sacrifice suprême ont arraché l’Algérie des griffes du pouvoir colonial doit être toujours en nous. Nous devons le réanimer chacun de nous en donnant l’exemple de l’abnégation. Pour cela seul le parler vrai, l’honnêteté et le travail permettront à nos aînés de se reposer enfin, sachant que le flambeau est définitivement entre de bonnes mains. Le monde a changé. Les chaos libyen et malien sont à nos portes. Les loups attendent la curée? Il faut savoir ployer pour ne pas rompre d’autant que nous n’avons pas d’anticorps de défense immunitaire n’ayant pas de relèves et les partis actuels seraient utiles en incitant les Algériens à travailler, s’instruire, bref être une nouvelle Révolution, celle de l’intelligence.

Inventons un nouveau Premier novembre mobilisateur qui puisse répondre aux défis du siècle concernant la sécurité alimentaire, le problème de l’eau, des changements climatiques et par-dessus tout le défi de l’énergie, tant il est vrai que cette rente n’est pas au service du développement, Il est plus que temps de freiner cette hémorragie et de comprendre que notre meilleur coffre fort est notre sous-sol. Notre système éducatif attend d’être reconstruit.

Cependant, par dessus tout il y a nécessité de remettre la morale et l’éthique à l”honneur. Nous devrions avoir une démarche éthique dans nos comportements. Quand des professeurs d’université sont poussés vers la sortie sans égard (retraite) il y a de mon point de vue un manquement à la dignité humaine. Ces gardiens du Temple du savoir, de la connaissance, du savoir-vivre devraient être remerciés pour leur contribution à ce que l’Algérie garde son rang, notamment pendant la décennie noire où ils sont restés dans le pays bravant le terrorisme au quotidien, qui en enseignant qui en opérant, qui en dirigeant.

Il n’est pas juste qu’ils partent comme des anonymes et qu’on leur signifie d’une façon froide et inhumaine leur mise à l’écart. S’il est vrai qu’il faut passer la main et permettre le renouvellement des générations qu’est-ce qui interdit aux Algériens de 2014 de se respecter mutuellement de se convaincre qu’il y a eu un djihad aussi important que celui de nos aînés, celui du combat pour l’édification du pays, de la formation des hommes depuis 52 ans. Pourquoi le ministre des Moudjahidine ne mettrait-il pas à l’honneur ces moudjahid du temps présent qui, pour certains, ont accompagné l’enfance de l’Algérie indépendante avec les armes de l’esprit. Ils sont assurément les dignes continuateurs de ceux de novembre qui rêvaient d’une Algérie indépendante, libre, fascinée par l’avenir où chacun serait respecté et jugé à l’aune de sa valeur ajoutée à l’édification toujours actuelle du pays et non à l’aune de sa capacité de nuisance ou à l’appartenance à une famille révolutionnaire en continuelle expansion comme l’Univers et malgré ce que nous dit Darwin de la finitude humaine.

Dans un monde de plus en plus dangereux à la fois sur le plan des éléments naturels – notre pays étant vulnérable aux changements climatiques- mais aussi sur le plan économique, financier et militaire que devons-nous faire? Il nous faut «moderniser» le 1er Novembre qui doit être décliné avec les outils du XXIe siècle. Pour faire court, la Révolution de Novembre devra être réappropriée par la jeunesse. Il nous faut chaque fois réinventer le sens de l’Indépendance nationale. Le nouveau langage n’est plus celui des armes mais celui de la technologie, du Web2.0, des nanotechnologies, du génome, de la lutte contre le réchauffement climatique et des nouvelles sources d’énergie du futur. Il faut tourner le dos à la rente, qui a fait de nous des paresseux et qui, à tort ou à raison, cristallise les rancoeurs de tous ces jeunes sans qui il n’y aurait pas d’Algérie.»

Une révolution de l’intelligence est certainement la solution. Seul le parler vrai permettra à l’Algérie de renouer avec ce nationalisme qui contrairement n’est pas passé de mode, c’est un puissant stimulant. On l’aura compris, un drapeau par foyer – comme font les Américains c’est bien mais ne peut en rien remplacer le drapeau algérien que l’on doit accrocher dans nos coeurs et nos tripes et prouver par nos actes au quotidien que l’on mérite réellement, cette merveilleuse Algérie.

La légitimité révolutionnaire a fait son temps et les chahids et les rares survivants nous les porterons toujours dans nos coeurs. Cependant, le moment est plus que venu pour la légitimité de la compétence, du neurone, celle capable de faire sortir l’Algérie des temps morts. Si on ne fait rien pour revitaliser le Premier Novembre avec cette symbolique, il disparaîtra alors que nous avons besoin plus que jamais d’un ciment fédérateur qui puisse assurer ce désir de vivre ensemble en traduisant le combat des aînés dans de nouveaux combats aussi difficiles et de loin plus complexes; le meilleur hommage que l’on pourrait rendre aux martyrs, c’est de mettre en place un système éducatif et une université performante. C’est cela le 1er Novembre du XXIe siècle. 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole polytechnique Alger enp-edu.dz

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/204836-une-necessite.html

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Dans la foulée des fusillades où un soldat a trouvé la mort au Monument commémoratif de guerre à Ottawa, le gouvernement conservateur du Canada fait la promotion du militarisme et d’un nationalisme canadien belliqueux. Son but est de mobiliser le public derrière le programme impérialiste de plus en plus agressif de l’élite canadienne qui a commencé avec l’important rôle joué par le Canada dans la nouvelle guerre américaine au Moyen-Orient.

Le premier ministre Stephen Harper a parlé mardi lors des funérailles militaires de Nathan Cirrilo, le réserviste des Forces armées canadiennes tué le 22 octobre à l’âge de 24 ans. L’événement funeste – traité à saturation par les médias – a été exploité pour célébrer l’histoire militaire sanglante du Canada et la promouvoir comme une institution nationale essentielle gardienne de la démocratie. Le cercueil de Cirillo était transporté sur un véhicule militaire de la Deuxième Guerre mondiale, et le chef de l’Armée canadienne, le général Tom Lawson assistait également à l’événement.

«Désirant à jamais la paix, le Canada a été construit sur les idéaux les plus nobles: la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit, a affirmé Harper. Et aussi longtemps que ces idéaux ont été le fondement de notre pays, ce sont nos hommes et nos femmes en uniforme qui en ont été, finalement, les gardiens ultimes.»

Plus tard, il a été encore plus démonstratif dans son éloge de l’armée, parlant du Monument commémoratif de guerre: «Ces monuments nous rappellent que la liberté n’est jamais gratuite. Elle a été gagnée par le soldat, puis remise à chacun d’entre nous.»

Ces commentaires visent à couvrir le fait que les forces militaires canadiennes, tant au cours des deux guerres mondiales du siècle dernier que lors des guerres plus récentes en Afghanistan et en Libye, ont toujours fonctionné comme un outil de la bourgeoisie canadienne servant à avancer ses intérêts prédateurs sur la scène mondiale.

Dans un discours en août à l’occasion du centenaire de l’éruption de la Première Guerre mondiale, Harper a célébré le fait que ce massacre avait permis au Canada d’avoir «une place à la table des grandes nations», c’est-à-dire que le pays a eu son mot à dire et a pris part dans la redivision impérialiste du monde.

Quant à l’affirmation de Harper que la démocratie est un don de l’armée, c’est là une grossière falsification et un écho de la propagande des régimes autoritaires de droite qui donne des frissons dans le dos. Les droits démocratiques des Canadiens ont été remportés par d’âpres luttes par les travailleurs contre le gouvernement et l’État, y compris ses forces armées.

Les louanges de Harper à l’égard de l’armée visaient à tirer profit du climat de peur que son gouvernement a attisé depuis l’attaque à Ottawa et le meurtre d’un soldat à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec, le 20 octobre, pour intimider et faire taire l’opposition à la participation du Canada dans la nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Le même jour où Harper parlait, de hauts responsables militaires ont confirmé que six chasseurs CF-18 canadiens seraient en mesure de commencer à bombarder des objectifs de l’État islamique (ÉI) en Irak dès la fin de semaine. Bien que le vote tenu au Parlement pour envoyer ces avions plus tôt ce mois-ci limite l’opération initiale à six mois, les responsables militaires ont déjà déclaré que l’opération devra durer beaucoup plus longtemps.

L’establishment politique et militaire des États-Unis fait également pression pour une expansion majeure de l’intervention, multipliant les appels pour le déploiement de forces terrestres.

Alors que tant Ottawa que Washington continuent de promouvoir publiquement la nouvelle guerre au Moyen-Orient comme une mission «humanitaire» visant à vaincre les terroristes islamistes, ce n’est là qu’un objectif initial et partiel. Le véritable objectif de la guerre est le régime baasiste de Syrie, un proche allié de l’Iran et de la Russie, et son but principal est de consolider et d’élargir l’hégémonie stratégique américaine au Moyen-Orient, région exportatrice de pétrole la plus importante du monde.

Lors d’une visite effectuée mardi à Ottawa en guise de démonstration officielle de «solidarité» avec le Canada, le secrétaire d’État américain John Kerry a rencontré le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird et Harper. Kerry a explicitement décrit les événements de la semaine dernière comme une «attaque terroriste» et a ajouté que la coopération canado-américaine serait renforcée dans les domaines de la sécurité et du contre-terrorisme.

Bien qu’aucune déclaration officielle n’ait été diffusée à la suite des réunions avec Kerry, il ne fait aucun doute que la guerre au Moyen-Orient était l’une des principales questions discutées.

Lors d’une conférence de presse, un haut responsable du département d’État américain a déclaré aux médias: «Il n’y a vraiment pas une seule question d’importance mondiale dans laquelle le Canada n’est pas un partenaire clé, du virus Ebola à l’ÉI, en passant par les événements en Russie et en Ukraine.»

Après son entretien avec Baird, Kerry a tenu à saluer l’attitude agressive démontrée par Harper au lendemain des attaques, lorsque celui-ci a promis que le Canada ne retirerait pas son engagement militaire au Moyen-Orient. Kerry a déclaré: «Nous avons apprécié vos paroles quant à ne pas vous laisser intimider. Et tant le président que le peuple américains tiennent à vous dire que nous sommes à vos côtés et tenons à exprimer notre reconnaissance d’avoir un voisin aussi extraordinaire avec qui nous avons un excellent partenariat.»

Un jour avant l’arrivée de Kerry, le gouvernement conservateur a présenté un projet de loi au Parlement qui donnera l’autorisation explicite au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de collaborer plus étroitement avec les services de renseignement alliés dans le réseau «Five Eyes», y compris la NSA américaine, dans l’espionnage des Canadiens (voir : Le gouvernement canadien dépose un projet de loi pour élargir les pouvoirs des services de renseignement.)

Le projet de loi C-44 est seulement la première étape d’une attaque de grande envergure sur les droits démocratiques élémentaires, qui sera renforcée par le dépôt d’un deuxième projet de loi antiterroriste dans les semaines à venir pour renforcer les pouvoirs de l’État en matière d’arrestation et de détention préventives.

Mercredi, le ministre de la Justice Peter MacKay a révélé quelques-uns des plans du gouvernement. L’un de ceux-ci consisterait à réduire le seuil de preuve permettant à la police de procéder à des arrestations préventives en vertu de l’article 83.3 du Code criminel. L’ancien ministre de la Sécurité publique Stockwell Day a déclaré à la CBC qu’il croit que le gouvernement envisage également d’abandonner la nécessité d’une autorisation judiciaire pour ces arrestations – ce qui implique la détention de personnes pour lesquelles la police n’a pas de «soupçon raisonnable» qu’elles aient commis un acte criminel. MacKay a toutefois affirmé qu’il n’appuierait pas une telle démarche.

Des lois pour criminaliser l’«incitation» ou l’«encouragement» au terrorisme sont également prévues. MacKay a dit qu’il examine la législation du Royaume-Uni adoptée en 2006 relative à l’établissement d’une telle infraction.

La définition large déjà en place du «terrorisme» signifie que ces pouvoirs pourraient être utilisés pour censurer et criminaliser l’opposition aux politiques de droite comme le militarisme et les attaques du gouvernement contre les droits démocratiques et sociaux.

Le terrorisme, tel que défini par la Loi antiterroriste de 2001 du Canada, comprend des actes commis «au nom d’un but, d’un objectif ou d’une cause de nature politique, religieuse ou idéologique en vue d’intimider tout ou partie de la population quant à sa sécurité, entre autres sur le plan économique, ou de contraindre une personne, un gouvernement ou une organisation nationale ou internationale à accomplir un acte ou à s’en abstenir, que la personne, la population, le gouvernement ou l’organisation soit ou non au Canada».

Le gouvernement est déterminé à présenter les deux récents meurtres de militaires comme une preuve que le Canada subit une «attaque terroriste», car un tel récit fournit un prétexte commode pour mettre en œuvre son programme réactionnaire. En fait, les deux assaillants ont agi seuls, n’étaient membres d’aucun groupe antigouvernemental et étaient clairement perturbés psychologiquement.

Les autorités affirment maintenant que des éléments de preuve conclusifs que le tireur Michael Zehaf-Bibeau a commis un acte terroriste à motivation politique quand il a abattu le caporal Cirillo sont contenus dans une vidéo qu’il a faite avant son attaque – une vidéo que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) refuse de rendre publique.

Durant la période de questions de mercredi à la Chambre des communes, tous les grands partis ont manifesté leur soutien au renforcement de l’appareil de sécurité nationale du Canada. Thomas Mulcair, chef de l’opposition officielle formée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) basé sur les syndicats, a critiqué le gouvernement pour avoir coupé 688 millions $ du budget de la Sécurité publique en 2012 après des années de hausses massives. Il a ainsi demandé: «Avant d’introduire une nouvelle législation qui pourrait restreindre les libertés des Canadiens, le premier ministre ne devrait-il pas rétablir le financement des organisations canadiennes de sécurité?»

Mulcair a ensuite proposé une coopération des partis au parlement pour l’élaboration de nouveaux pouvoirs de surveillance, en questionnant Harper: «Je voudrais savoir si le premier ministre accepterait de s’asseoir avec tous les partis pour analyser la situation afin de décider ensemble de la meilleure réaction législative à ces événements horribles?»

Le chef libéral Justin Trudeau a pour sa part rejoint Harper dans sa dénonciation de Mulcair qui a décrit la fusillade à Ottawa et l’attaque armée qui a suivi au Parlement comme les «actes horribles d’un individu profondément perturbé», plutôt que comme un acte de «terrorisme organisé».

Après avoir louangé l’Armée la veille, Harper a louangé mercredi le SCRS à plusieurs reprises.

Rejetant d’emblée les appels de l’opposition pour que le gouvernement accompagne les pouvoirs accrus de l’appareil de sécurité nationale avec de petites mesures de supervision accrue administrées par des politiciens ou des «chiens de garde» soigneusement nommés par le gouvernement, Harper a déclaré: «Il est essentiel de mentionner que le SCRS a un excellent bilan en matière de protection des droits et de respect de la loi. C’est la conclusion des agences de surveillance depuis longtemps. Après les événements de la semaine passée, c’est le moment de reconnaître l’important travail que cette organisation fait pour protéger les Canadiennes et les Canadiens.»

Ces affirmations sont des plus mensongères. Le SCRS a à maintes reprises enfreint la loi, notamment en mentant systématiquement devant les tribunaux afin d’obtenir l’autorisation de missions d’espionnage. Encore le 24 octobre, dans son dernier rapport, le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, l’organisme de surveillance du SCRS, soulevait ses préoccupations quant au fait que l’agence de renseignement recueille des informations sur des individus qui ne sont soupçonnés d’aucun crime, appliquant des techniques de surveillance «trop larges».

Ce n’est que grâce à des fuites que les Canadiens ont appris que l’année dernière seulement, qu’il y a une décennie déjà, en violation flagrante des droits constitutionnels des Canadiens, le gouvernement a donné le pouvoir à l’appareil de sécurité nationale d’espionner systématiquement sur les métadonnées des communications électroniques des Canadiens, y compris leurs conversations téléphoniques, leurs messages texte et leur usage d’Internet.

Roger Jordan

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 31 octobre 2014

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Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. À n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

Restriction des libertés, impunité et répression des mouvements sociaux

Le chômage et les mesures antisociales d’austérité encouragent toujours plus de personnes à protester dans la rue. Selon les données du gouvernement, mentionnées dans un rapport Amnesty International |1|, il y a eu 14 700 manifestations dans toute l’Espagne en 2012. À Madrid il y en aurait eu 3 419 en 2012 et 4 354 en 2013. Pour faire face à la recrudescence des manifestations et doter la police de plus de pouvoirs pour sanctionner, le gouvernement a impulsé une nouvelle loi, dite de « sécurité citoyenne » (Seguridad Ciudadana, aussi appelée « loi bâillon », ley mordaza). Celle-ci remet en cause le droit à la liberté d’association et d’expression, à se réunir et manifester pacifiquement, droits pourtant consacrés dans les traités de droits humains dont l’Espagne est signataire, tel le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP). Le projet soulève l’indignation alors qu’il condamne les réunions ou manifestations, non communiquées, d’infractions ou délits graves s’ils se déroulent à proximité de lieux tels que le Parlement ou le Sénat ou encore dans des « installations dans lesquelles sont rendus des services basiques pour la communauté ». Les personnes organisant de tels événements sont passibles d’amendes pouvant aller jusqu’à 600 000 euros. Mais, plus généralement, les réunions ou manifestations non-communiquées dans les lieux de passage public sont sanctionnés par des amendes allant de 100 à 600 euros. De plus, l’utilisation non autorisée d’images de la police peut être sujet à des sanctions graves, ce qui encourage les abus et l’impunité, cela met en péril le travail de la presse – principalement alternative – pour alerter l’opinion sur la répression des mouvements sociaux. Contre l’avis d’une grande partie de la population et de tous les partis de l’opposition qui demandent son abrogation, le projet de loi est maintenu après avoir été débattu le 16 octobre au Parlement. Une coordination citoyenne de 70 organisations lance une campagne pour le retrait total du projet de loi. |2|

Alors que celle-ci n’est toujours pas mise en application et que les chiffres d’infractions pénales sont en baisse, des dizaines de milliers de personnes croulent sous les amendes. Plus de 1 000 activistes sont accusés et parfois sous le coup de centaines de demandes d’incarcérations. En 2014, plus de 40 procédures pénales sont prévues pour participation à des grèves. Mentionnons le cas d’Alfon, jeune de 22 ans, arrêté alors qu’il se dirigeait au piquet de grève de son quartier Vallecas à Madrid pour la grève générale européenne du 14 novembre 2012. Il sera le seul détenu ce jour là et restera 56 jours en « détention préventive », il risque encore 5 ans et demi de prison. De nombreuses démonstrations de solidarité internationale ont eu lieu |3| et son procès, initialement prévu le 18 septembre, a finalement été reporté au 25 novembre. Carlos Cano et Carmen Bajo de Grenade, risquent 3 ans de prison et 3 655 euros d’amende pour avoir participé à un piquet de grève pendant la grève générale du 29 mars 2012. Lors d’un premier passage en prison, Carlos est devenu prisonnier politique le 14 juillet. |4| Miguel et Isma sont restés plusieurs mois en prison préventive après avoir participé aux Marches de la Dignité le 22 mars 2014. |5| Trois ans et cinq mois après les faits, 14 des 19 personnes inculpées suite à la manifestation du 15 mai 2011, prémices du mouvement 15M, sont condamnées à 74 années de prison au total. |6|

Selon le rapport d’Amnesty International |7|, 26 des 35 personnes détenues durant la manifestation « Rodea el Congreso » ont présenté une plainte le 20 décembre 2012, pour lésions, détention illégale, et torture. En effet, la violence du régime n’est pas seulement judiciaire, elle est aussi physique. Certaines personnes comme Ester Quintana ont perdu un œil par l’impact de balles en caoutchouc tirées par les Mossos D’Esquadra, la fameuse police de Barcelone. Iñaki, âgé de 19 ans, a perdu la vue sur un œil suite à l’impact du même projectile alors qu’il participait pacifiquement à la manifestation du 22 mars 2014 lors des spectaculaires Marches de la Dignité. |8| Le même jour et dans les mêmes conditions, Gabriel, un jeune de 23 ans, a perdu un testicule.

“Aturem el Parlament” (Arrêtons le Parlement

Barcelone, 15 juin 2011. Des milliers de personnes manifestent pour dénoncer l’approbation des « recortes » (coupes budgétaires) et un paquet de mesures –la loi Ómnibus– qui modifiait 80 lois d’un coup. Le Parlement de Catalogne est alors encerclé et des membres du gouvernement du Parti Converència i Unió (CiU) préfèrent venir en hélicoptère… Sans aucun doute, il s’agit d’une mobilisation historique qui dérange le pouvoir en place. Un procès a eu lieu contre 20 activistes. Le Parlement et la Generalitat de Catalogne ont déposé une plainte demandant 3 ans de prison et jusqu’à 150.000 euros d’amendes contre les accusés. Ils donnent ainsi suite à une accusation de Manos Limpias (mouvement fasciste qui se fait bizarrement appeler « syndicat » sans que personne ne conteste) réclamant 8 ans de prison aux manifestants. Le juge Eloy Velasco, ex directeur général de Justice au gouvernement valencien et lié à l’Opus Dei, affirme que l’intention de la manifestation n’était pas seulement d’exprimer un mécontentement mais bien empêcher les députés d’entrer au Parlement pour voter les budgets. |9| Cependant, 3 ans après les faits, 19 des 20 accusés ont été absouts, libérés de toute accusation (l’accusé restant écopera de 3 jours d’arrestation pour de la peinture sur une veste…). Ainsi, le Tribunal de Madrid (la Audiencia Nacional) place le droit à manifester au dessus du supposé danger souligné le jour des faits par la quasi totalité des médias.

Non seulement les nouvelles lois rétrogrades, les procès injustes et les violences physiques indignent une population déjà écœurée par la caste au pouvoir, entachée par une avalanche de scandales de corruptions, mais les réactions populaires sont souvent organisées avec plus ou moins de succès pour contrer ces attaques. L’Espagne entrerait-elle dans une période de rébellion populaire propice à un changement de régime ?

Jérôme Duval


Notes

|1| España el derecho a protestar amenazado, Amnistía Internacional, 2014. http://nosomosdelito.net/sites/defa…

|2| La coordination No somos delitos est composée de 70 organisations. Voir : http://nosomosdelito.net/

|3http://blogs.publico.es/shangaylily…

|4| Voir : http://carloscarmenabsolucion.wordp…

|5http://plataformalibertadisma.wordp…

|6| Ter Garcia, La Fiscalía pide 74 años para los 14 detenidos en la manifestación que dio inicio al 15M, Diagonal, 02/10/2014. https://www.diagonalperiodico.net/l…

|7España el derecho a protestar amenazado, Amnistía Internacional, 2014.

|8| Jérôme Duval, Les Marches de la Dignité convergent sur Madrid, 24 mars 2014. http://cadtm.org/Les-Marches-de-la-…

|9| Tous les députés ont participé malgré tout à la session parlementaire comme prévu.

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I. Communiqué de M. Bachar al-Jaafari suite à la réunion du Conseil de sécurité concernant la situation en Syrie – 30/10/2014 –

Bonjour Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, pour la première fois, le Conseil de sécurité a tenu une réunion conjointe entre des humanitaires et des politiques traitant de ce que l’on désigne communément par « la crise syrienne » [1]. M. Staffan de Mistura s’est exprimé suite à l’intervention par visioconférence, à partir de Genève, de Mme Kang Kyung-wha, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence de l’OCHA [Bureau de la coordination des affaires humanitaires].

Nous pensons que c’est là une évolution positive dans la mesure où les membres du Conseil de sécurité pourront examiner, à la fois, l’aspect politique et l’aspect humain que M. De Mistura [Envoyé spécial de l’ONU auprès de la Syrie] vient juste de vous exposer [2].

Nous ferons cependant deux remarques sur ce qui a été dit au cours de la session d’aujourd’hui :

  • La première remarque concerne Mme Kyung qui, lorsqu’elle a souligné le fait que la violence avait atteint des niveaux sans précédent, n’a pas précisé les raisons de cette escalade. Elle a parlé du nombre croissant de ce qu’elle a qualifié de « réfugiés » ou de « personnes déplacées », mais n’a pas précisé les raisons qui ont fait que ces millions de Syriens ont fui leur pays, leurs villes ou leurs villages. Elle a parlé des bombardements terroristes à Homs qui ont tué nombre d’enfants innocents devant leur école, mais n’a pas précisé qui en étaient les auteurs [3].

C’est cette manière de s’alarmer devant les événements sanglants frappant la Syrie qui pose un problème éthique et moral, à nous-mêmes, comme au gouvernement syrien.

Nous aurions souhaité que le personnel du Secrétariat soit plus neutre quant à ses prises de position concernant les actions terroristes en Syrie ; d’autant plus qu’aujourd’hui, après une longue période de déni, la dite « Communauté internationale » a fini par en arriver à la conclusion que ce que le gouvernement syrien disait depuis des années était la stricte vérité : «  Nous sommes confrontés à des mercenaires venant de 83 pays. Nous sommes confrontés à des terroristes venant du monde entier » !

Des terroristes entrainés dans des « camps secrets » ou plutôt, qui étaient secrets, puisque c’est maintenant chose publiquement déclarée en Jordanie, en Turquie et en Arabie saoudite. De plus, nous savons que leurs instructeurs et leurs superviseurs sont des Étasuniens, des Britanniques et des Français. Il n’y a donc plus de secrets, ni sur l’identité de ceux qui soutiennent les terroristes en Syrie, ni sur les principales raisons de l’afflux des terroristes du prétendu EIIL, de l’EI, de Jabhat al-Nosra ou de n’importe quelle autre organisation de ce type.

Plus personne ne peut se laisser convaincre qu’un terroriste australien qui a quitté Sydney pour se retrouver 24 heures après dans les environs de Damas ou d’Alep à se battre contre le gouvernement du pays, est un « rebelle syrien » ; mais certains, notamment les porte-paroles du Secrétariat, persistent à qualifier ainsi l’Australien, le Français, le Saoudien, le Libyen, le Tunisien ou le Turc rendus en Syrie. Je ne sais comment ils peuvent combiner ces deux identités contradictoires pour un même terroriste !

Nous avons donc là un problème éthique qui devrait être traité au niveau des représentants du Secrétariat [de l’ONU].

    • La deuxième remarque concerne M. De Mistura dont nous saluons les efforts en espérant en savoir plus sur ses propositions pour un « règlement politique » dans un avenir proche. Bien sûr que c’est d’un tel règlement que nous avons besoin, mais si nous voulons faciliter sa tâche, celle du gouvernement syrien et celle des membres du Conseil de sécurité, nous devons aborder la question dans son ensemble et d’une manière globale.

Nous ne pouvons pas nier le rôle destructeur de la Turquie en Syrie. Nous ne pouvons plus ignorer que la Turquie facilite l’entrée des terroristes de L’EIIL et de Jabhat al-Nosra sur notre territoire. Nous ne pouvons plus ignorer et ne pas condamner le fait que les politiques du gouvernement turc sont derrière cette escalade de la violence en Syrie.

Je ne comprends pas comment quiconque en ce monde peut tolérer ce genre de politique irresponsable du gouvernement turc, surtout après avoir entendu le président turc poser ses quatre conditions préalables à toute participation à la lutte de la Communauté internationale contre Daech et le terrorisme à Aïn al-Arab/Kobané, [Création d'une zone tampon, qualifiée ensuite de zone de sécurité, en territoire syrien ; doublée d'une zone d'exclusion aérienne dans le Nord de la Syrie ; refus de toute autonomie kurde, le Parti de l'union démocratique (PYD) étant considéré comme une organisation terroriste ; renversement du gouvernement syrien et, plus particulièrement, du Président Bachar al-Assad ; NdT].

Ces conditions constituent une violation de la Charte des Nations Unies et des principes du droit international, mais toujours pas de réaction de la part du Secrétaire général Ban Ki-moon, ni de n’importe lequel de ses assistants ou experts de haut niveau.

Quelque chose ne tourne donc pas rond dans cette organisation, d’autant plus que ces violations sont d’ordre éthique et non seulement d’ordre politique ou humanitaire.

La souffrance vécue par le peuple syrien n’est pas due au bazar ou au cirque que nous raconte, parfois, cette organisation [OCHA]. La souffrance du peuple syrien devrait être considérée et traitée d’une manière plus sérieuse qu’elle ne le fait. M. De Mistura a souligné qu’à Damas il avait entendu maintes fois répété le mot « Khalas » qui veut dire : « assez !». Assez d’aider les terroristes à traverser nos frontières à partir de la Jordanie, du Liban et de la Turquie !

Le fléau Daech auquel sont confrontés le peuple irakien et le peuple syrien devrait appeler la dite Communauté internationale à des déclarations plus sérieuses concernant la lutte contre le terrorisme dans le cadre des résolutions 2170 et 2178, alors qu’il apparaît que des mois après l’adoption de ces deux résolutions par le Conseil de sécurité, ni le gouvernement turc, ni le gouvernement saoudien, ni même le gouvernement jordanien qui est membre de ce Conseil, n’ont tenu compte du contenu de ces deux résolutions de l’ONU.

C’est pourquoi j’ai dit que quelque chose va mal dans cette organisation, là où nous avons besoin d’ouvrir les yeux sur les faits, pour ne pas aboutir à des analyses erronées sur ce qui se passe en Syrie.

Aujourd’hui, la priorité est de mettre fin à ces actions irresponsables et provocatrices du gouvernement turc à l’égard de la Syrie en dépit des résolutions 2170, et 2178. Nous ne pouvons pas continuer à pratiquer une telle sélectivité et combattre le terrorisme. Être sélectif signifie que vous n’êtes pas sérieux dans votre combat contre le terrorisme !

Je suis à votre disposition.

 Dr. Bachar al-Jaafari

Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

30/10/2014

II. Réponses de M. Bachar al-Jaafari aux questions posées par les journalistes, en arabe et en anglais :

1. M. de Mistura a-t-il discuté de son « plan d’action » avec le gouvernement syrien lorsqu’il s’est rendu à Damas, à Moscou ou à Téhéran, avant de le proposer au Conseil de sécurité ?

Non, nous n’avons pas eu de discussion préalable sur ce sujet lorsqu’il s’est rendu en Syrie. C’est, comme il vous l’a dit, le fruit de sa tournée d’une quarantaine de jours dans la région. De notre côté, nous étudierons ses propositions lorsqu’il retournera à Damas pour s’en entretenir avec les responsables politiques et donnerons notre avis sur la question. De toute façon, je dois le rencontrer dès demain.

2. M. De Mistura a appelé les Turcs à intervenir pour sauver les civils de Aïn al-Arab. Est-ce que ce point précis a été discuté avec le gouvernement syrien ?

Le gouvernement syrien est contre toute ingérence étrangère dans les affaires syriennes et contre toute violation de la souveraineté syrienne. C’est une ligne rouge !

Ensuite, M. De Mistura n’a pas appelé la Turquie à intervenir dans les affaires syriennes. Les autorités turques empêchant les Syriens qui ont dû fuir cette ville d’y retourner, il les a appelées à faciliter le retour des combattants kurdes syriens, se trouvant de l’autre côté de la frontière vers Aïn al-Arab, leur ville,  pour participer aux combats contre Daech. Il nous faut rester très précis dans notre façon de nous exprimer. Voilà ce que voulait dire M. De Mistura.

3. M. De Mistura a parlé de « freeze zones » que certains traduisent par « zones locales de cessez-le feu ». Pouvez-vous nous dire quelle est la position du gouvernement syrien devant ces propos. Comment a-t-il l’intention de procéder à Alep [ville considérée par M. De Mistura comme une « bonne candidate » pour ce type de zone, NdT]. Et aussi, pourriez-vous nous faire une mise au point sur ce qui se passe sur les hauteurs du Golan et avec les Forces de l’UNDOF [ou FNUOD : Force des Nations Unies chargée d’Observer le Désengagement ; résolution 350/1974]. Sont-elles revenues du côté syrien de la ligne de séparation [4] ?

Cette question est un autre scandale de cette organisation, le DPKO [Department for PeaceKeeping Operations] n’a même pas réagi devant la délicate et dangereuse situation qui prévaut dans la zone démilitarisée entre le côté syrien et le côté israélien de la ligne de désengagement. Depuis des mois, des éléments de Jabhat al-Nosra, qui est inscrite sur la liste des organisations terroristes, occupent des poches du côté syrien de la ligne de séparation, et le DPKO ne réagit toujours pas !

Comme vous le savez, le résultat est que les Philippins se sont retirés et que les Fidjiens ont été kidnappés, malgré nos mises en garde précoces et la prise en otage de membres philippins de l’UNDOF à deux reprises [en Mars et en mai 2013, NdT]. Le DPKO n’a « toujours pas enquêté », ni sur le rôle joué par les services du renseignement du Qatar, ni sur les incidents de l’époque; ce qui a encouragé les mêmes ravisseurs à répéter leurs crimes encore et encore. C’est aussi pourquoi je dis qu’il ne s’agit plus d’une crise essentiellement politique, mais d’une sorte de crise éthique au sein de cette organisation […].

Le gouvernement syrien a appelé, à maintes reprises, les membres du Conseil de sécurité, ainsi que M. Lakhdar Brahimi et M. Kofi Annan avant lui, à prendre en considération ce que nous qualifions de « processus de réconciliation nationale ». Autrement dit, le gouvernement syrien est en faveur de « zones pacifiées » où il travaille à la réconciliation avec ceux qui n’ont pas de sang sur les mains et qui déposent leurs armes. Par conséquent cette idée, dans son sens le plus large, est l’idée du gouvernement syrien lui-même. De plus, nous ne voulons pas des « freeze zones », nous voulons que la Syrie toute entière redevienne une seule et même « freeze zone » sans aucune exclusion.

Ceci dit, nous prendrons en considération l’idée de M. De Mistura et nous essaierons de voir comment nous pourrions l’aider à atteindre son objectif en même temps que celui du gouvernement syrien. Finalement, nous sommes heureux de constater que la priorité de M. De Mistura et celle des membres du Conseil de sécurité est de combattre le terrorisme. C’est sur point que nous avions insisté à Genève il y a un an et demi, et quelques-uns parmi vous doivent se souvenir que nous avions dit que c’était « la priorité des priorités ». Malheureusement, certains n’ont pas voulu entendre et aujourd’hui, comme vous le constatez, tout le monde s’accorde là-dessus, même si les uns parlent de Daech et que d’autres parlent de Jabhat al-Nosra ; ce qui revient au même.

Nous voulons combattre le terrorisme et nous avons besoin que la communauté internationale nous aide, mais ce combat ne peut rester sélectif. Nous ne pouvons pas combattre le terrorisme en témoignant clémence et tolérance à l’égard des mauvaises politiques du gouvernement turc contre la Syrie. Quelqu’un doit stopper le gouvernement à Ankara et le pousser à s’engager sérieusement dans le combat contre toutes les formes de terrorisme. Encore une fois, la Turquie viole la charte et les lois internationales en s’ingérant dans les affaires intérieures de la Syrie, en aidant les terroristes à traverser nos frontières après les avoir militairement entrainés sur son territoire. Cela devrait interpeller tout le monde et tout un chacun.

4. Pour revenir aux « freeze zones » ou « zones locales de cessez le feu », pourriez-vous, s’il vous plait, nous rappeler où ces zones ont été un succès ?

Nous ne parlons pas de cessez le feu, mais de processus de réconciliation nationale…

5. Où est-ce que cela a réussi ?

Partout dans le pays, à Damas, sur la côte, à Homs… Ce fut une expérience réussie pour le gouvernement syrien.

6. Des rapports indiquent que votre gouvernement a considérablement intensifié ses frappes aériennes ces derniers temps, y compris à Alep, et je ne vois pas comment cela est supposé vous conforter. Ensuite, l’EIIL ayant du répondant dans les ères sunnites, est-ce que les gouvernements syrien et irakien ont agi d’une façon ou d’une autre pour que les sunnites ne se sentent pas écartés par Damas et Bagdad à la fois ?

En Syrie, nous ne pratiquons pas un mode de pensée sectaire et confessionnel, notamment lorsqu’il s’agit de nos affaires intérieures. Je suis donc au regret de ne pas répondre à cette partie de votre question totalement étrangère à notre culture nationale.

Concernant le deuxième point de votre question, le fait est que les dites « Forces de coalition » mènent 8 à 30 raids aériens par jour, contre l’EIIL en Irak et en Syrie. Mais juste pour votre information, j’aimerais vous confirmer que les Forces aériennes syriennes mènent quotidiennement environ 130 raids aériens contre l’EIIL, contre Jabhat al-Nosra et contre d’autres organisations terroristes. Par conséquent, l’aviation syrienne est fortement engagée dans la lutte contre le terrorisme sur l’ensemble des régions du pays et pas seulement à Alep.

7. Pouvez-vous nous donner votre avis sur les frappes aériennes US en Syrie ? Ont-t-elles amené un quelconque changement positif sur le terrain ? 

Nous avons de sérieux doutes quant aux motivations de ces frappes. Le président Obama a commencé par dire que cette guerre durerait 3 ans ! Je ne vois pas comment la force militaire la plus puissante du monde serait incapable, selon les dires du Pentagone, de stopper 15.000 terroristes déployés le long du désert irakien et du désert syrien ! Il y a donc quelque chose d’erroné dans cette arithmétique.

Ensuite, nous avons entendu dire, par les chefs du Pentagone, que cette guerre pourrait durer longtemps et je crois que certains ont donné des chiffres allant de 20 à 30 ans ! C’est donc un appel à une guerre ouverte destinée à devenir une « guerre d’usure » contre tous les peuples ou les gouvernements de la région et plus particulièrement contre l’Irak et la Syrie, car nous sommes les principales cibles de cette campagne. Nous sommes donc nécessairement d’une extrême vigilance face aux déclarations publiques des uns et des autres.

Comme je viens de le dire, nous avons de sérieux doutes sur les motivations de cette dite « coalition » car alors qu’elle cible l’EIIL d’une main, elle se révèle très patiente à l’égard des exactions du gouvernement turc, de l’autre main ; exactions menées par l’intermédiaire de l’EIIL. Ce faisant, elle exerce d’énormes pressions sur l’Armée nationale syrienne en ouvrant de « nouveaux fronts » dans le but de disperser ses efforts et de la détourner de son combat contre l’EIIL, aussi bien au niveau de la zone frontalière avec la Turquie qu’au niveau d’autres zones du pays.

Ce qui revient à diminuer la pression sur l’EIIL et, d’une certaine façon, à faciliter sa tâche en Syrie et en Irak, alors que si l’Armée nationale syrienne avait les mains libres pour combattre uniquement l’EIIL, elle l’éliminerait en 3 jours et n’aurait certainement pas besoin de 3 ans pour ce faire !

Un grand merci à vous tous

Source :

http://webtv.un.org/watch/bashar-jaafari-syria-on-syria-security-council-media-stakeout-30-october-2014/3867335365001

ou

https://www.youtube.com/watch?v=zZdmuQbnSVE

 Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] The situation in the Middle East (Syria) – Security Council, 6810th meeting

http://webtv.un.org/watch/the-situation-in-the-middle-east-syria-security-council-6810th-meeting/1743476443001

[2] Transcript – Press Stakeout: UN Special Envoy for Syria, Mr. Staffan De Mistura, New York, 30 October 2014

http://reliefweb.int/report/syrian-arab-republic/transcript-press-stakeout-un-special-envoy-syria-mr-staffan-de-mistura

http://webtv.un.org/watch/staffan-de-mistura-on-syria-security-council-media-stakeout-30-october-2014/3867242945001

[3] Mme Kyung-wha Kang / Syrie : la poursuite des violences aggrave la crise humanitaire.

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=33631#.VFUNAhbOVyw

[4] Syrie : Les Israéliens jouent avec le feu et l’ONU se contente d’observer !

http://www.mondialisation.ca/syrie-les-israeliens-jouent-avec-le-feu-et-lonu-se-contente-dobserver/5402910

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Réalisé par Rehad Desai

Miners Shot Down est un documentaire frappant, mais souffrant de défauts politiques, au sujet du massacre de Marikana en août 2012 où 34 mineurs travaillant dans les mines de platine furent tués et 78 blessés par la police sud-africaine.

Le film a reçu le prix du public pour le meilleur documentaire au 13e festival « Au-delà de l’Europe – nouveaux films d’Afrique » de Cologne, en Allemagne. Le festival, qui a eu lieu pour la première fois en 1992, a été organisé sur une base biennale depuis 1996. La dernière édition, qui s’est tenue du 18 au 28 septembre 2014, affichait 83 films provenant de 27 pays africains.

Des employés de Lonmin se rassemblent sur une colline appelée Wonderkop à Marikana

Miners Shot Down reconstruit minutieusement la succession d’événements qui commença par la manifestation de milliers de mineurs demandant à la compagnie minière de platine Lonmin des salaires permettant de vivre pour se terminer, sept jours après, dans un bain de sang.

Outre les témoignages de mineurs qui participèrent à la grève et les interviews de politiciens et d’avocats représentant les familles des victimes, le film utilise toute une gamme de sources, y compris des vidéos de la police et des vidéos enregistrés par des gardes de sécurité de Lonmin, de même que des séquences tournées par al-Jazira et partagées avec l’équipe de tournage.

Réalisé par Regad Desai (fils de feu Barney Desai, activiste anti-apartheid et chef du Pan Africanist Congress) et sorti en mars 2014 à Prague, Miners Shot Down réfute de manière convaincante la version officielle de la police sud-africaine et du gouvernement ANC. Selon cette version des événements, les protestations et la violence à la mine de Lonmin près de Rustenberg résultaient uniquement d’un conflit entre deux syndicats rivaux et la police aurait agi en légitime défense.

Le film de Desai commence par l’image d’un groupe de mineurs en grève marchant vers un escadron de police armé d’équipements militaires, retranché derrière un cordon de véhicules de police. Soudain, des coups de feu claquent et le groupe de mineurs commence à se disperser. Alors que les mineurs essaient de fuir, ils sont pris sous le feu d’armes automatiques. Lorsque la poussière se lève, des douzaines de mineurs gisent par terre ensanglantés et agonisants. Après cette ouverture qui choque, Miners Shot Down passe aux commentaires faits par le président Jacob Zuma et la chef de police nationale, Mangwashi Victoria Phiyega, suite au bain de sang. Tous deux ont affirmé que le moment était au deuil et non pas aux accusations.

L’objectif du documentaire est au contraire d’établir qui est responsable du massacre. Il montre du doigt la police sud-africaine, qui a commis cette atrocité avec le plein soutien du gouvernement Zuma. Le film de Desai dévoile la coopération entre l’élite dirigeante, la police et les politiciens. Il explore la trahison de divers chefs syndicaux et expose, peut-être par inadvertance, l’essence du rôle social des syndicats – la défense du statu quo.

Les ouvriers travaillant dans les mines de platine d’Afrique du Sud souffrent de conditions de travail brutales et gagnent des salaires de misère en dépit des énormes profits réalisés par l’extraction du métal le plus précieux du monde. Les mineurs de Lonmin ont commencé à manifester publiquement leurs doléances de longue date le 10 août 2012, revendiquant une augmentation de leurs salaires mensuels à 12 500 rands sud-africains (1200 US$ ou 900 €).

Toutefois, la direction de l’Union nationale des mineurs (National Union of Mineworkers, NUM), syndicat qui se targuait de représenter, au moment des événements, la plupart des mineurs, refusa de négocier une augmentation de salaire. De plus en plus dégoûtés par la gestion de la situation de la part des chefs syndicaux du NUM, les travailleurs commencèrent à agir de manière indépendante et prirent les choses en main.

es mineurs grévistes rassemblés sur la colline où ils furent encerclés par la Police.

Econduits par un représentant de Lonmin, le 11 août 2012, des travailleurs non armés marchèrent sur les bureaux du NUM pour remettre aux bureaucrates un mémorandum. Au lieu de parler aux mineurs, des représentants et des gardes du NUM se ruèrent dehors, fusils en main et firent feu, tuant deux travailleurs.

Après plusieurs journées d’agitation, des mineurs grévistes occupèrent une petite colline dans le domaine public et refusèrent d’en descendre jusqu’à ce que la direction de la mine ait discuté des salaires avec eux. Le 13 août, un groupe de mineurs retourna aux bureaux de Lonmin pour essayer encore une fois de négocier une augmentation de salaire. Cette marche aboutit à la première confrontation avec la police.

Le massacre fut le plus meurtrier usage de la violence contre la population civile commis par le gouvernement sud-africain depuis 1960.

Lorsque les mineurs refusèrent de mettre bas leurs armes – des lances et des machettes −, la police commença à lancer des gaz lacrymogènes. Lorsque les travailleurs commencèrent à courir, la police ouvrit le feu, tuant au moins trois mineurs. Deux agents de police furent également tués au cours de l’incident. Les médias, les politiciens et la police se saisirent de la mort des policiers pour dépeindre les mineurs comme des criminels et pour justifier le renforcement et la militarisation de la police près de la mine.

De manière révélatrice, Miners Shot Down change d’optique à ce moment pour se concentrer sur le rôle de Cyril Ramaphosa, ancien chef du NUM, maintenant l’un des individus les plus riches d’Afrique du Sud. Des enregistrements archivés montrant Ramaphosa à un rassemblement syndical sous le régime de l’apartheid mettent en exergue sa démagogie « de gauche », qui se révèle maintenant comme totalement creuse. Nous le voyons claironner : « Il n’existe pas de chose telle qu’un bourgeois libéral. Ils sont tous les mêmes. Ils utilisent des méthodes fascistes pour détruire la vie des ouvriers. »

Entre-temps, Ramaphosa a amassé une fortune estimée à 700 millions de dollars (550 millions d’euros) et un siège au conseil d’administration de Lonmin. Selon le Cape Times, « son groupe Shanduka possède neuf pour cent de la compagnie [Lonmin] par le truchement de sa part de 50 pour cent de Incwala Resources, partenaire de Lonmin dans le cadre du black economic empowerment » (BEE, programme censé promouvoir la participation des non blancs à l’économie sud-africaine). Ces jours-ci, l’ancien chef syndicaliste, n’hésite pas à utiliser des méthodes « fascistes » pour réprimer la lutte des ouvriers.

Desai cite des courriels envoyés par Ramaphosa 24 heures avant que la police tira à balles réelles contre les ouvriers. Dans ces messages, Ramaphosa dénonça les mineurs comme de « vils criminels » et constata qu’il « fallait une action concomitante pour faire face à cette situation. »

Pas une alternative 

L’aspect le plus faible de Miners Shot Down est son effort pour présenter Joseph Mathunjwa, le chef du syndicat des mineurs et ouvriers du bâtiment (Association of Mineworkers and Construction Union, AMCU), né d’une scission avec le NUM en 1998, comme une alternative à ce dernier et aux traîtres de classe tels que Ramaphosa.

Dans le documentaire de Desai, Mathunjwa, interviewé par la radio avec le secrétaire général du NUM et la direction de Lonmin dans les jours qui ont précédé le massacre, suggère que tous aillent à la colline occupée pour négocier avec les ouvriers. Une succession bizarre d’événements s’ensuit. Bien que la direction ait d’abord accepté la rencontre puis soit revenue sur sa décision, les dirigeants d’AMCU et du NUM allèrent ensemble à la colline.

Au lieu de simplement aller vers les ouvriers, les représentants syndicalistes furent forcés de s’approcher de trois représentants des grévistes dans un véhicule blindé de la police. L’une des figures de proue parmi les mineurs, Mgcineni “Mambush” Noki, a du s’approcher du véhicule blindé, grimper sur le pare-choc et hurler à travers le pare-brise grillagé parce que le conducteur de la police refusa d’arrêter le moteur, qui fit trop de bruit pour communiquer les revendications des ouvriers.

Après ces tentatives échouées de négocier, Mathunjwa parla directement aux mineurs sur la colline, leur promettant que la direction viendrait le lendemain matin pour discuter des revendications des travailleurs s’ils restaient calmes. Cela donna assez de temps à la police pour rassembler plus d’hommes afin de tenter de chasser les ouvriers de la colline par la force. Le lendemain matin, plus de 1500 policiers équipés de fusils d’assaut et de mitraillettes, de barbelés et de véhicules blindés, encerclèrent les 3000 ouvriers qui disposaient seulement de lances et de machettes. L’un des défauts du film est l’embellissement des manœuvres dilatoires funestes de Mathunjwa.

Le massacre des travailleurs des mines de platine par les forces de sécurité à Marikana

Lorsque les mineurs se rendirent compte que la direction n’avait aucune intention de négocier, ils commencèrent à quitter la colline, se dirigeant vers les installations minières. Dans une scène horrible, les mineurs avancent lentement vers le cordon de police en chantant, mais sont décimés sans avertissement par un tir de barrage des fusils-mitrailleurs. L’un des premiers à tomber, criblé de quatorze balles, fut Mgcinemi Noki. Desai suggère qu’il a été visé délibérément, car la veille de la fusillade, la police coopérait avec des représentants de la compagnie pour identifier les meneurs de la grève qui furent ciblés par la suite.

Après le premier assaut meurtrier, la police fit la chasse aux mineurs en fuite, tuant encore dix-sept d’entre eux. Il est évident qu’il s’agit d’exécutions.

La projection du film à Cologne, bien accueillie par le public, fut suivie d’une séance de questions-réponses avec la productrice, et sœur du réalisateur de Miners Shot Down, Zivia Desai Keiper, et Bheki Buthelezi, l’une des figures de proue de la campagne de soutien pour Marikana, un mouvement soutenu par l’AMCU, Amnesty International et plusieurs ONG.

Plusieurs questions concernaient le rôle de la Commission d’enquête sur les événements de Marikana présidée par le juge Ian Gordon Farlam, un juge retraité de la Cour d’appel suprême. Keiper expliqua que la commission avait été instaurée pour blanchir les personnes responsables. Jusqu’ici, aucun représentant du gouvernement, de la police ou de Lonmin n’a été mis en accusation ou arrêté. En revanche, 270 mineurs ayant participé à la grève sauvage ont été arrêtés et accusés d’assassinat.

D’autres questions ciblèrent la politique ratée de l’ANC sur le plan ethnique. Tant Keiper que Buthelezi notèrent que les ouvriers commençaient à réaliser que l’ANC avait seulement créé une nouvelle et mince couche de politiciens et de gens d’affaires noirs puissants qui continuaient de mener précisément le même type d’oppression que celle qu’on connaissait du temps de l’apartheid.

Lors de la projection de Cologne, les deux visiteurs indiquèrent qu’ils étaient des partisans des Economic Freedom Fighters (EFF), mouvement fondé par l’ancien chef de l’organisation de jeunesse de l’ANC, Julius Malema. Toutefois, à l’instar de l’AMCU, ce parti n’offre pas de véritable alternative à la traîtrise du NUM ou de son ancien chef Ramaphosa. Il a été fondé pour détourner le mécontentement généralisé avec l’ANC dans des canaux politiquement inoffensifs.

L’affirmation que Mathunjwa et l’AMCU représentent quelque-chose de différent du NUM est clairement fausse. Mathunjwa s’est présenté maintes fois comme homme du peuple, mais à son agenda ne figure aucune révolution sociale dans l’intérêt de la classe ouvrière majoritaire. Il met en avant son christianisme et a présenté l’AMCU comme apolitique et non socialiste. Il en va de même pour l’EFF de Malema. En dépit de leur rhétorique militante actuelle, de telles formations ne peuvent servir de base pour une action indépendante de la classe ouvrière.

Toutefois, malgré ses sérieux défauts politiques, Miners Shot Down documente sans équivoque les atrocités commises par le régime de l’ANC contre des mineurs quasiment sans armes. En dépit du bon accueil fait au film sur le plan international, les compagnies de télévision sud-africaines ont jusqu’ici refusé de le montrer en raison de leur liens étroits avec l’ANC et Ramaphosa. Voici ici une liste de projections prochaines.

Derek Bell

Martin Kreickenbaum

Article original, WSWS, paru le 1er octobre 2014

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Les négociations au sujet de l’approvisionnement du gaz pour cet hiver entre l’Ukraine, l’Union européenne (UE) et la Russie ont échoué la semaine passée. Après une première annonce d’accord, la Russie a rompu tous pourparlers parce que l’UE n’était pas prête à garantir financièrement les livraisons de gaz à l’Ukraine.

Et donc, la menace d’une coupure de gaz russe pour cet hiver est brandie, ce qui aurait d’importantes conséquences économiques dans plusieurs pays européens en entraînant une aggravation des tensions sociales. Le conflit qui dure depuis des mois a été délibérément provoqué par l’UE dans le but de faire pression sur la Russie et de faire reculer l’influence de Moscou en Europe.

Mi-juin, la Russie a stoppé les livraisons de gaz à l’Ukraine parce que Kiev n’avait pas payé ses dettes envers la société russe Gazprom. Depuis lors, plusieurs séries de pourparlers ont eu lieu lors desquels Bruxelles et Kiev ont posé un ultimatum à Moscou en exigeant une baisse du prix du gaz.

Avant la tenue du sommet de l’ASEM (réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays asiatiques et européens) la semaine dernière, l’UE et l’Ukraine avaient annoncé qu’un accord était imminent. La Russie avait proposé une réduction de prix de 100 dollars en ne réclamant que 385 dollars pour 1.000 mètres cubes de gaz. En échange toutefois, l’Ukraine devait régler ses dettes à hauteur de 3,2 milliards de dollars envers Gazprom et verser un acompte pour la fourniture de gaz cet hiver. L’Ukraine n’aurait pu cependant le faire qu’avec le soutien financier de l’UE, ce que Bruxelles a refusé.

Des représentants de Gazprom et du gouvernement russe ont à maintes reprises déclaré être prêts à assurer un approvisionnement continu en gaz durant l’hiver. Mais, tant Kiev que Bruxelles ont pratiquement rejeté tout compromis en formulant des exigences qui imposeraient de sévères pertes économiques à la Russie en la poussant, en plus, a totalement perdre la face.

Une nouvelle série de négociations commençait mercredi. Or, jusqu’à maintenant, les deux parties ont accepté que le principe du contrat d’achat ferme ne figure pas dans l’accord, bien que ceci soit une pratique courante dans les accords internationaux. Il n’est toujours pas clair si un accord sera conclu avant l’hiver.

Une interruption prolongée de l’approvisionnement en gaz exacerberait les tensions sociales et économiques qui sont d’ores et déjà extrêmement tendues dans le pays. L’année dernière, les livraisons de gaz russe avaient couvert les trois quarts de la demande. Vu que les stocks de gaz ukrainiens ne sont remplis qu’à moitié, les réserves stockées ne suffiraient pas à garantir un approvisionnement tout au long de l’hiver.

Le régime de Kiev a déjà rencontré des difficultés à assurer l’alimentation des ménages en énergie. Durant l’été, des quartiers entiers de Kiev n’avaient pas eu d’eau chaude et parfois même d’électricité. Selon des articles de presse, le PIB du pays se contractera de 7 pour cent d’ici la fin de l’année. Plusieurs spécialistes craignent une cessation de paiement de l’État d’ici l’année prochaine.

L’arrêt des livraisons de gaz russe, notamment en hiver, affecterait considérablement plusieurs pays en Europe de l’Est. Des pays comme la Finlande, la Lituanie, l’Estonie, la Slovaquie et la Bulgarie dépendent pour plus de 90 pour cent de leurs importations de la Russie. De plus, l’Allemagne, qui se procure un cinquième de son gaz de la Russie, connaîtrait également de sérieux problèmes économiques.

S’appuyant sur un document interne du gouvernement, Spiegel Online a rapporté que le gouvernement aurait à imposer l’état d’urgence en matière d’énergie, dans un laps de temps très court après l’arrêt du gaz russe. Le dommage causé à la production industrielle serait considérable, les prix du gaz provenant d’autres sources augmenteraient fortement et l’approvisionnement énergétique aux ménages ne pourrait être garanti.

Le conflit gazier avec la Russie fait partie de la guerre économique de l’UE contre Moscou. Les dirigeants de l’UE se servent des conséquences économiques et sociales de la coupure de la fourniture de gaz pour accentuer la pression exercée sur le gouvernement Poutine.

Les approvisionnements en gaz russe représentent environ un tiers de la consommation de l’UE. Les exportations d’énergie à l’UE sont même encore plus importantes pour l’économie russe: les exportations de pétrole et de gaz comptent pour environ la moitié du budget de l’État. L’UE est le principal acheteur. L’UE représente quelque 40 pour cent des recettes de Gazprom et la société finance le quart du budget de l’État.

Le but de l’UE est d’amoindrir suffisamment la position de la Russie en tant que fournisseur énergétique pour que les prix et les conditions de fourniture de gaz soient dictés par l’UE. Le rôle joué par l’Ukraine comme l’un des plus importants acheteurs de gaz russe et pays par lequel passe ce gaz est particulièrement important.

La coupure de gaz russe qui est survenue en juin a été délibérément utilisée pour approvisionner l’Ukraine en gaz provenant de nouvelles sources. L’Ukraine importe actuellement une quantité de plus en plus grande de gaz provenant d’une soi-disant inversion des débits de gaz de pays de l’UE. Ce gaz provenait initialement de la Russie, mais était fourni à la Slovaquie, à la Hongrie ou à la Bulgarie pour être ensuite passé à la l’Ukraine. Début octobre, l’Ukraine avait importé de cette manière jusqu’à 1,7 milliard de mètres cubes.

Des plans d’approvisionnement de gaz selon ce schéma existent depuis longtemps et ont été débattus durant une visite du commissaire européen allemand à l’énergie, Günther Oettinger (Union chrétienne-démocrate, CDU) en Ukraine en 2013. La société norvégienne Statoil s’est aussi engagée à livrer du gaz à l’Ukraine. Dans le même temps, l’UE et les États-Unis poussent à l’expansion du financement du gaz de schiste et à l’importation du gaz naturel liquéfié vers l’Ukraine.

La réduction de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie est depuis des années l’objectif stratégique central d’institutions financières telles la Banque européenne de Reconstruction et de Développement et le Fonds monétaire international (FMI).

Dans ce contexte, le système de transit de gaz de l’Ukraine grâce auquel 6 milliards de mètres cubes de gaz sont acheminés quotidiennement, revêt une importance stratégique. Selon le quotidien russe gazeta.ru, les recettes engendrées par le transit de gaz s’élèvent à 3 milliards de dollars par an.

En août, l’Ukraine avait adopté une loi permettant aux investisseurs de l’UE et des États-Unis de détenir jusqu’à 49 pour cent des parts du système de transport de gaz précédemment détenues publiquement. Le régime de Kiev vient d’annoncer qu’il prévoyait très bientôt l’organisation d’appels d’offres ouverts à des investisseurs. La privatisation du système de transport du gaz fut dès le début l’un des principaux objectifs des puissances impérialistes. Il y avait eu à ce sujet de violents conflits durant la soi-disant Révolution orange de 2004.

La privatisation du système de transit de l’Ukraine restreindra considérablement l’influence russe sur l’Ukraine et le marché énergétique européen. Parallèlement, l’Ukraine renoncera au contrôle d’une importante part de son économie au capital européen et américain.

La loi autorise les entreprises étrangères à administrer, à franchiser ou à louer des oléoducs et des réservoirs pétroliers en Ukraine qui étaient auparavant contrôlés par la Russie. De plus, le gouvernement ukrainien pourra également trouver une nouvelle société pour exploiter les installations de stockage de gaz dont les investisseurs européens et américains pourront contrôler jusqu’à 49 pour cent.

Un expert ukrainien en matière de gaz a dit à gazeta.ru que la loi a laissé ouverte la possibilité pour le gouvernement ukrainien d’accorder aux investisseurs étrangers une participation au contrôle du réseau de transport du gaz. Grâce à l’investissement de leur propre argent dans le système de transport du gaz, qui est terriblement obsolète et qu’il est urgent de moderniser, les investisseurs seront en mesure d’augmenter le pourcentage de leurs capitaux propres.

Le contrôle croissant des investisseurs occidentaux dans le transport de gaz en provenance de la Russie est un pas pour faire reculer l’influence économique de la Russie, et aussi une mesure visant à intégrer l’Ukraine dans l’impérialisme occidental.

En même temps que ses tentatives de prendre le contrôle du système de transport du gaz, l’UE fait tout son possible pour empêcher la construction de l’oléoduc South Stream par lequel la Russie envisage de contourner l’Ukraine et d’acheminer le gaz russe vers l’Europe en passant par la mer Noire. La commission de l’UE a déjà contraint la Bulgarie (voir : « Bulgaria suspends construction of South Stream pipeline », en anglais) à reporter le projet. La construction d’un couloir méridional d’approvisionnement du pétrole se trouve au cœur de l’actuelle stratégie de l’UE en matière énergétique en fournissant du gaz à l’Europe à partir de la mer Caspienne, une soi-disant union énergétique au sein de laquelle les membres de l’UE appliqueraient une politique énergétique homogène et allant à l’encontre des sociétés russes et du Kremlin.

Clara Weiss

 

Article original, WSWS, paru le 29 octobre 2014

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Il s’agit des tracés terrestre et maritime des nouvelles « routes de la soie » que la République Populaire entend promouvoir dans les années à venir et qui vont s’ajouter à des routes existantes (comme celle plus au Nord du Transsibérien) ou en cours de réalisation ou de renforcement.

Il n’a été publié par l’agence officielle XINHUA que la version en chinois de ce document.

(L’échelle de la carte et la qualité du document peuvent expliquer certaines incertitudes sur le nom des villes desservies. Les lecteurs voudront bien nous en excuser)

Son analyse est très riche d’enseignements géopolitiques.

Cette carte a été présentée par Li Keqiang, premier ministre chinois à l’occasion du sommet Asie-Europe qui s’est tenu la semaine dernière à Milan.

 

1- Route terrestre :

Elle part de Xi’an, capitale de la province du Shaanxi, et principal point d’arrivée de la route de la soie historique. Xi’an est aujourd’hui une ville moderne, importante – l’agglomération compte plus de 7 millions d’habitants. Symbole du grand mouvement de l’industrie chinoise vers l’Ouest, qui fait suite au développement côtier des trois décennies précédentes, Xi’an va abriter une sorte de cité technologique d’avenir appelée Xi’an Xi’an Fen Dong.

La route continue vers l’Ouest via Lanzhou et Urumqi. Elle quitte la Chine, passe par le Kazakhstan et traverse ensuite la riche vallée du Fergana qui abrite les capitales de trois républiques d’Asie Centrale ex-soviétiques : Bichkek, Tachkent et Douchanbe. Concrétisation sur le plan économique des liens solides établis depuis 2001 à travers l’organisation de coopération de Shanghai dont font partie ces trois républiques.

Elle évite l’Afghanistan sans en être bien éloignée en attendant probablement une stabilisation de la situation. Elle évite également pour l’instant de passer par la Pakistan et l’Inde sachant qu’elle ne veut favoriser aucun de ces deux pays et qu’elle estime sage d’attendre que les relations entre eux se soient améliorées pour ajouter de nouvelles branches de la route vers le Sud vers Islamabad et la Cachemire.

Le trajet se poursuit vers le nord de l’Iran via Téhéran ou à proximité de cette ville ce qui concrétise l’intensité croissante des échanges économiques entre les deux pays et constitue un immense pied de nez aux sanctions occidentales.

Prochaine étape : Istanbul. Bien que pilier oriental de l’Otan, la Turquie essaie d’avoir un rôle régional important. Elle le fait dans un désordre apparent, avec beaucoup d’agressivité, tentant de s’imposer, sans succès jusqu’à présent, comme un pôle dominant du monde musulman, mais si elle veut confirmer sa place de nouveau pays émergent elle ne peut que développer ses relations économiques avec l’Est de l’Eurasie.

De là la route remonte vers le Nord en direction de Moscou. Il faut donc commencer par traverser la Bulgarie, la Roumanie Une nouvelle fois la Chine considère comme secondaire l’engagement “otanesque” de ces deux nouveaux venus dans l’UE et sait que les gouvernements et les populations de ces pays parmi les plus pauvres de l’Union ont intérêt à intensifier leurs liens avec des pays extérieurs à l’Union, en développement rapide et avec des capacités d’investissement importantes.

Pour parvenir à Moscou, reste à traverser l’Ukraine, une Ukraine où, qu’elle soit l’issue politique de la crise actuelle (partage, fédération…) un besoin immense de reconstruction va apparaître que l’UE ne sera pas en mesure de satisfaire. La Russie et la Chine y prendront donc inévitablement une place importante.

De Moscou la nouvelle route de la soie gagne la zone actuellement la plus riche de l’UE : l’Allemagne et le Benelux. La France est négligée et paye ainsi le prix de son alignement forcené sur la politique de Washington et de son soutien affiché à la politique belliciste du Japon.

2- Route maritime :

Partant des ports du centre et du sud-ouest de la Chine, elle dessert le Vietnam, l’Indonésie avec une escale sur l’île de Java, la plus peuplée et la plus riche de l’archipel, la Malaisie via le grand port de Kelang, puis le Sri Lanka et le Bangladesh. Elle approche ainsi le sous-continent indien par le Sud et l’Est évitant comme pour le trajet terrestre de desservir l’est de l’Inde tant que celle-ci, qui reste très courtisée par les Etats-Unis, n’a pas affiché plus clairement ses choix stratégiques.

L’étape suivante, au Kenya (probablement à Mombasa) est, outre une manifestation supplémentaire de l’intérêt de la Chine pour l’Afrique, un clin d’oeil à l’histoire. En effet c’est au Kenya qu’à plusieurs reprises le fameux amiral chinois Zheng He à la tête de la plus grande flotte de commerce de l’époque est venu faire escale pour montrer le savoir faire chinois et l’état très avancé de son économie, la plus développée du monde à l’époque.

L’amiral Zheng He a effectué 7 voyages entre 1405 et 1433. Les attaques des mandchous contraignirent l’Empereur à mettre un terme à ces expéditions fastueuses.

De là la route se poursuit vers l’Europe, emprunte le Canal de Suez sans marquer pour l’instant de l’intérêt pour les vastes zones logistiques et de perfectionnement actif (le « perfectionnement actif » est une notion économico-douanière qui consiste à faire assembler sous douane avant réexportation des produits industriels à partir d’éléments importés) que le nouveau gouvernement égyptien prévoit en complément du doublement du canal dont les travaux doivent commencer en 2015.

La prochaine escale est au Pirée, le port d’Athènes, déjà contrôlé par des capitaux chinois et le point d’arrivée, clin d’oeil cette fois à Marco Polo, est à Venise. De quoi susciter l’intérêt du nouveau gouvernement italien qui doit faire face à une baisse dramatique d’activité économique du pays qui est aujourd’hui en état de déflation.

Et c’est en Italie que la route terrestre et le route maritime se rejoignent. La France attendra !

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Vladimir Poutine a pris part à la dernière séance plénière de la XIe session du Club International de Discussion Valdaï le 24 octobre 2014. Le thème de la réunion était : L’ordre mondial : de nouvelles règles ou un jeu sans règles ?

Cette année, 108 experts, historiens et analystes politiques originaires de 25 pays, dont 62 participants étrangers, ont pris part aux travaux du Club.

La réunion plénière a présenté une synthèse des travaux du Club au cours des trois journées précédentes, qui ont été consacrées à l’analyse des facteurs d’érosion du système actuel des institutions et des normes du droit international.

Retranscription :

Chers collègues, Mesdames et Messieurs, chers amis,

C’est un plaisir de vous accueillir à la XIe réunion du Club Valdaï.

Il a déjà été mentionné que le Club a de nouveaux co-organisateurs cette année. Ils comprennent des organisations non gouvernementales russes, des groupes d’experts et de grandes universités. Il a également été suggéré d’élargir les discussions à des questions qui ne sont pas seulement liées à la Russie elle-même, mais aussi à la politique et à l’économie mondiales.

J’espère que ces changements dans l’organisation et le contenu des sessions renforceront l’influence du Club en tant que forum de discussion et d’experts de premier plan. Dans le même temps, j’espère que « l’esprit de Valdaï » sera conservé – cette atmosphère libre et ouverte, cette opportunité d’exprimer toutes sortes d’opinions très différentes et franches.

Permettez-moi de dire à cet égard que je ne vais pas vous décevoir et que je vais parler directement et franchement. Certains de mes propos pourront sembler un peu trop rudes, mais si nous ne parlons pas directement et honnêtement de ce que nous pensons vraiment, alors il est absolument inutile de tenir de telles réunions. Il serait préférable, dans ce cas, de se contenter des rencontres diplomatiques, où personne ne dit rien qui ait une véritable portée et, reprenant les paroles d’un célèbre diplomate, où vous vous rendez compte que les diplomates ont une langue faite pour ne pas dire la vérité.

Nous nous réunissons pour d’autres raisons. Nous nous réunissons pour nous parler franchement. Nous avons besoin d’être directs et francs aujourd’hui, non pas pour s’envoyer des piques, mais afin de tenter de faire la lumière sur ce qui se passe dans le monde, d’essayer de comprendre pourquoi le monde est de moins en moins sûr et de plus en plus imprévisible, et pourquoi les risques augmentent partout autour de nous.

Les débats d’aujourd’hui se sont tenus sous le thème : De nouvelles règles ou un jeu sans règles ? Je pense que cette formule décrit avec précision le tournant historique que nous avons atteint aujourd’hui et le choix auquel nous sommes tous confrontés. Bien sûr, il n’y a rien de nouveau dans l’idée que le monde est en train de changer très rapidement. Je sais que c’est quelque chose dont vous avez parlé durant les échanges d’aujourd’hui. Il est certainement difficile de ne pas remarquer les transformations dramatiques dans la politique mondiale et dans l’économie, dans la vie publique, dans l’industrie, l’information et les technologies sociales.

Permettez-moi de vous demander dès maintenant de me pardonner si j’en viens à répéter ce que certains des participants à la discussion ont déjà dit. C’est pratiquement inévitable. Vous avez déjà eu des discussions détaillées, mais je vais exposer mon point de vue. Il coïncidera avec le point de vue des participants sur certains points et divergera sur d’autres.

Tandis que nous analysons la situation d’aujourd’hui, n’oublions pas les leçons de l’histoire. Tout d’abord, les changements dans l’ordre mondial – et tout ce que nous voyons aujourd’hui constitue des événements de cette ampleur – ont généralement été accompagnés sinon par une guerre et des conflits à l’échelle mondiale, du moins par des chaînes de conflits locaux intenses. Deuxièmement, la politique mondiale est avant tout une question de leadership économique, de guerre et de paix, avec une dimension humanitaire, incluant les droits de l’homme.

Aujourd’hui, le monde est plein de contradictions. Nous devons être francs en nous demandant mutuellement si nous avons un filet de sécurité fiable et bien en place. Malheureusement, il n’y a aucune garantie et aucune certitude que le système actuel de sécurité mondiale et régionale soit en mesure de nous protéger des bouleversements. Ce système a été sérieusement affaibli, fragmenté et déformé. Les organisations internationales et régionales de coopération politique, économique, et culturelle traversent également des temps difficiles.

Oui, un grand nombre des mécanismes actuels visant à assurer l’ordre mondial ont été créés il y a très longtemps, y compris et surtout dans la période suivant immédiatement la Seconde Guerre mondiale. Permettez-moi de souligner que la solidité du système créé à l’époque reposait non seulement sur l’équilibre des forces et les droits des pays vainqueurs, mais aussi sur le fait que les « pères fondateurs » de ce système se respectaient mutuellement, n’essayaient pas de mettre la pression sur les autres, mais tentaient de parvenir à des accords.

L’essentiel est que ce système doit se développer, et malgré ses diverses lacunes, il doit au moins être capable de maintenir les problèmes mondiaux actuels dans certaines limites et de réguler l’intensité de la concurrence naturelle entre les nations.

Je suis convaincu que nous ne pouvions pas prendre ce mécanisme de freins et contrepoids que nous avons construit au cours des dernières décennies, parfois avec les plus grands efforts et difficultés, et tout simplement le détruire sans rien reconstruire à sa place. Sinon, nous serions laissés sans instruments autres que la force brute.

Ce que nous devions faire était de procéder à une reconstruction rationnelle et de l’adapter aux nouvelles réalités du système des relations internationales.

Mais les Etats-Unis, s’étant eux-mêmes déclarés vainqueurs de la Guerre Froide, n’en voyaient pas le besoin. Au lieu d’établir un nouvel équilibre des forces, essentiel pour maintenir l’ordre et la stabilité, ils ont pris des mesures qui ont jeté le système dans un déséquilibre marqué et profond.

La Guerre Froide a pris fin, mais elle n’a pas pris fin avec la signature d’un traité de paix comprenant des accords clairs et transparents sur le respect des règles existantes ou la création d’un nouvel ensemble de règles et de normes. Cela a créé l’impression que les soi-disant « vainqueurs » de la Guerre Froide avaient décidé de forcer les événements et de remodeler le monde afin de satisfaire leurs propres besoins et intérêts. Lorsque le système actuel des relations internationales, le droit international et les freins et contrepoids en place faisaient obstacle à ces objectifs, ce système été déclaré sans valeur, obsolète et nécessitant une démolition immédiate.

Pardonnez l’analogie, mais c’est la façon dont les nouveaux riches se comportent quand ils se retrouvent tout à coup avec une grande fortune, dans ce cas sous la forme d’un leadership et d’une domination mondiale. Au lieu de gérer leur patrimoine intelligemment, pour leur propre bénéfice aussi bien sûr, je pense qu’ils ont commis beaucoup de folies.

Nous sommes entrés dans une période de différentes interprétations et de silences délibérés dans la politique mondiale. Le droit international a maintes fois été forcé de battre en retraite, encore et encore, par l’assaut impitoyable du nihilisme légal. L’objectivité et la justice ont été sacrifiées sur l’autel de l’opportunisme politique. Des interprétations arbitraires et des évaluations biaisées ont remplacé les normes juridiques. Dans le même temps, l’emprise complète sur les médias de masse mondiaux ont rendu possible, quand on le désirait, de présenter le blanc comme noir et le noir comme blanc.

Dans une situation où vous aviez la domination d’un pays et de ses alliés, ou plutôt de ses satellites, la recherche de solutions globales s’est souvent transformée en une tentative d’imposer ses propres recettes universelles. Les ambitions de ce groupe sont devenues si grandes qu’ils ont commencé à présenter les politiques qu’ils concoctaient dans leurs corridors du pouvoir comme le point de vue de l’ensemble de la communauté internationale. Mais ce n’est pas le cas.

La notion même de « souveraineté nationale » est devenue une valeur relative pour la plupart des pays. En essence, ce qui était proposé était cette formule : plus la loyauté de tel ou tel régime en place envers le seul centre de pouvoir dans le monde est grande, plus grande sera sa légitimité.

Nous aurons une discussion libre après mon propos et je serai heureux de répondre à vos questions et je tiens également à utiliser mon droit à vous poser des questions. Que personne n’hésite à essayer de réfuter les arguments que je viens d’exposer lors de la discussion à venir.

Les mesures prises contre ceux qui refusent de se soumettre sont bien connues et ont été essayées et testées de nombreuses fois. Elles comprennent l’usage de la force, la pression économique et la propagande, l’ingérence dans les affaires intérieures, et les appels à une sorte de légitimité « supra-légale » lorsqu’ils ont besoin de justifier une intervention illégale dans tel ou tel conflit ou de renverser des régimes qui dérangent. Dernièrement, nous avons de plus en plus de preuves que le chantage pur et simple a également été utilisé en ce qui concerne un certain nombre de dirigeants. Ce n’est pas pour rien que « Big Brother » dépense des milliards de dollars pour tenir sous surveillance le monde entier, y compris ses propres alliés les plus proches.

Demandons-nous à quel point nous sommes à l’aise avec tout cela, à quel point nous sommes en sécurité, combien nous sommes heureux de vivre dans ce monde, à quel degré de justice et de rationalité il est parvenu. Peut-être n’avons-nous pas de véritables raisons de nous inquiéter, de discuter et de poser des questions embarrassantes ? Peut-être que la position exceptionnelle des États-Unis et la façon dont ils mènent leur leadership est vraiment une bénédiction pour nous tous, et que leur ingérence dans les événements du monde entier apporte la paix, la prospérité, le progrès, la croissance et la démocratie, et nous devrions peut-être seulement nous détendre et profiter de tout cela ?

Permettez-moi de dire que ce n’est pas le cas, absolument pas le cas.

Un diktat unilatéral et le fait d’imposer ses propres modèles aux autres produisent le résultat inverse. Au lieu de régler les conflits, cela conduit à leur escalade ; à la place d’États souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos ; et à la place de la démocratie, il y a un soutien pour un public très douteux allant de néo-fascistes avoués à des islamistes radicaux.

Pourquoi soutiennent-ils de tels individus ? Ils le font parce qu’ils décident de les utiliser comme instruments dans la voie de la réalisation de leurs objectifs, mais ensuite, ils se brûlent les doigts et font marche arrière. Je ne cesse jamais d’être étonné par la façon dont nos partenaires ne cessent de marcher sur le même râteau, comme on dit ici en Russie, c’est-à-dire de faire les mêmes erreurs encore et encore.

Ils ont jadis parrainé des mouvements islamistes extrémistes pour combattre l’Union soviétique. Ces groupes se sont formés au combat et aguerris en Afghanistan, et ont plus tard donné naissance aux Talibans et à Al-Qaïda. L’Occident les a sinon soutenus, du moins a fermé les yeux sur cela, et, je dirais, a fourni des informations et un soutien politique et financier à l’invasion de la Russie et des pays de la région d’Asie centrale par les terroristes internationaux (nous ne l’avons pas oublié). C’est seulement après que des attaques terroristes horribles eurent été commises sur le sol américain lui-même que les États-Unis ont pris conscience de la menace collective du terrorisme. Permettez-moi de vous rappeler que nous avons été le premier pays à soutenir le peuple américain à l’époque, le premier à réagir comme des amis et partenaires après la terrible tragédie du 11 Septembre.

Au cours de mes conversations avec les dirigeants américains et européens, je parlais toujours de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme, de le considérer comme un défi à l’échelle mondiale. Nous ne pouvons pas nous résigner et accepter cette menace, nous ne pouvons pas la couper en morceaux séparés à l’aide du deux poids deux mesures. Nos partenaires ont exprimé leur accord, mais après quelques temps, nous nous sommes retrouvés au point de départ. Ce fut d’abord l’opération militaire en Irak, puis en Libye, qui a été poussée au bord du gouffre. Pourquoi la Libye a-t-elle été réduite à cette situation ? Aujourd’hui, c’est un pays en danger de démantèlement et qui est devenu un terrain d’entraînement pour les terroristes.

Seule la détermination et la sagesse de la direction égyptienne actuelle a sauvé ce pays arabe clé du chaos et de l’emprise des terroristes. En Syrie, comme par le passé, les États-Unis et leurs alliés ont commencé à financer et armer directement les rebelles et leur ont permis de remplir leurs rangs de mercenaires provenant de divers pays. Permettez-moi de vous demander où ces rebelles obtiennent leur argent, leurs armes et leurs spécialistes militaires ? D’où tout cela vient-il ? Comment l’Etat Islamique notoire a-t-il réussi à devenir un groupe aussi puissant, de fait une véritable force armée ?

Quant aux sources de financement, aujourd’hui, l’argent ne vient plus seulement de la drogue, dont la production a augmenté non pas de quelques points de pourcentage mais dans des proportions considérables depuis que les forces de la coalition internationale sont intervenues en Afghanistan. Vous êtes au courant de cela. Les terroristes obtiennent également de l’argent en vendant du pétrole. Le pétrole est produit dans le territoire contrôlé par les terroristes, qui le vendent à des prix de dumping, le produisent et le transportent. Mais d’autres achètent ce pétrole, le revendent, et font du profit, sans penser au fait qu’ils financent ainsi les terroristes qui pourraient venir tôt ou tard sur leur propre sol et semer la destruction dans leur propre pays.

Où trouvent-ils les nouvelles recrues ? En Irak, après que Saddam Hussein eut été renversé, les institutions de l’État, y compris l’armée, ont été laissés en ruines. Nous avons dit, à l’époque, soyez très, très prudents. Vous mettez les gens à la rue, et que vont-ils y faire ? N’oubliez pas que légitimement ou non, ils faisaient partie de la direction d’une grande puissance régionale, et en quoi est-ce que vous les transformez maintenant ?

Quel fut le résultat ? Des dizaines de milliers de soldats, d’officiers et d’anciens militants du parti Baas se sont retrouvé à la rue et ont aujourd’hui rejoint les rangs des rebelles. Peut-être cela explique-t-il pourquoi l’Etat islamique s’est avéré si efficace. En termes militaires, il agit très efficacement et il a certains cadres très compétents. La Russie a mis en garde à plusieurs reprises sur les dangers des actions militaires unilatérales, des interventions dans les affaires des Etats souverains, et des flirts avec les extrémistes et les radicaux. Nous avons insisté pour que les groupes luttant contre le gouvernement syrien central, surtout l’Etat islamique, soient inscrits sur les listes des organisations terroristes. Mais avons-nous vu le moindre résultat ? Nous avons lancé des appels en vain.

Nous avons parfois l’impression que nos collègues et amis sont constamment aux prises avec les conséquences de leurs propres politiques, et qu’ils dépensent tous leurs efforts dans le traitement des risques qu’ils ont eux-mêmes créés, en payant un prix de plus en plus élevé.

Chers collègues,

Cette période de domination unipolaire a démontré de manière convaincante que le fait d’avoir un seul centre de pouvoir ne rend pas les processus mondiaux plus faciles à gérer. Au contraire, ce type de construction instable a montré son incapacité à lutter contre les menaces réelles telles que les conflits régionaux, le terrorisme, le trafic de drogue, le fanatisme religieux, le chauvinisme et le néo-nazisme. Dans le même temps, il a ouvert une large voie aux fiertés nationales exacerbées, à la manipulation de l’opinion publique et à la brutalisation et à l’oppression des faibles par les forts.

Essentiellement, le monde unipolaire est tout simplement un moyen de justifier la dictature sur les individus et les nations. Le monde unipolaire s’est avéré un fardeau trop rude, trop lourd et trop ingérable même pour son chef auto-proclamé. Des commentaires ont été faits dans ce sens juste avant mon intervention, et je suis entièrement d’accord avec eux. Voilà pourquoi nous voyons, en cette nouvelle étape de l’histoire, des tentatives de recréer un semblant de monde quasi-bipolaire en tant que modèle commode pour perpétuer le leadership américain. Peu importe qui prend la place du centre du mal dans la propagande américaine, peu importe qui remplace l’ex-l’URSS en tant que principal adversaire. Cela pourrait être l’Iran, en tant que pays qui cherche à acquérir la technologie nucléaire, la Chine, en tant que plus grande économie mondiale, ou la Russie, en tant que superpuissance nucléaire.

Aujourd’hui, nous assistons à de nouveaux efforts pour fragmenter le monde, dessiner de nouvelles lignes de clivage, réunir des coalitions qui ne sont pas façonnées pour quelque chose mais dirigées contre quelqu’un, qui que ce soit, pour créer l’image d’un ennemi comme ce fut le cas pendant les années de Guerre Froide, et s’emparer du droit à ce leadership, ou diktat si vous préférez. La situation était présentée de cette façon au cours de la Guerre Froide. Nous savons tous cela et nous le comprenons bien. Les Etats-Unis ont toujours dit à leurs alliés : « Nous avons un ennemi commun, un ennemi terrible, le centre du mal, et nous vous protégeons, vous nos alliés, de cet ennemi, et nous avons donc le droit de vous donner des ordres, de vous forcer à sacrifier vos intérêts politiques et économiques et à payer votre quote-part des coûts de cette défense collective, mais nous serons les responsables de tout cela bien sûr. » En bref, nous voyons aujourd’hui des tentatives, dans un monde nouveau et changeant, de reproduire les modèles familiers de la gestion globale, et tout cela de manière à garantir aux États-Unis leur situation exceptionnelle et à récolter des dividendes politiques et économiques.

Mais ces tentatives sont de plus en plus déconnectées de la réalité et sont en contradiction avec la diversité du monde. Des mesures de ce genre créent inévitablement des confrontations et provoquent des contre-mesures, et ont pour résultat l’effet inverse de ce qui était souhaité. Nous voyons ce qui se passe quand la politique commence imprudemment à s’ingérer dans l’économie et que la logique des décisions rationnelles cède la place à la logique de confrontation, qui ne fait que nuire aux propres positions et intérêts économiques des pays en question, y compris les intérêts des entreprises nationales.

Les projets économiques communs et les investissements mutuels rapprochent objectivement les pays et contribuent à aplanir les problèmes actuels dans les relations entre Etats. Mais aujourd’hui, la communauté mondiale des affaires fait face à des pressions sans précédent de la part des gouvernements occidentaux. De quelles affaires, de quelles opportunités économiques ou de quel pragmatisme peut-on encore parler lorsque nous entendons des slogans tels que « la patrie est en danger », « le monde libre est menacé », et « la démocratie est en péril » ? Et tout le monde doit alors se mobiliser. Voilà à quoi ressemble une vraie politique de mobilisation.

Les sanctions sapent déjà les fondements du commerce mondial, les règles de l’OMC et le principe de l’inviolabilité de la propriété privée. Ils portent un coup dangereux au modèle libéral de la mondialisation fondé sur les marchés, la liberté et la concurrence, qui, permettez-moi de le souligner, est précisément un modèle qui a avant tout bénéficié aux pays occidentaux. Et maintenant, ils risquent de perdre la confiance en tant que gouvernants de la mondialisation. Nous devons nous demander, pourquoi était-ce nécessaire ? Après tout, la prospérité des États-Unis repose en grande partie sur la confiance des investisseurs et des détenteurs étrangers de dollars et de valeurs mobilières étasuniennes. Cette confiance est clairement mise à mal et des signes de désillusion quant aux fruits de la mondialisation sont maintenant visibles dans de nombreux pays.

Le précédent bien connu de Chypre et les sanctions pour des motifs politiques n’ont fait que renforcer la tendance à chercher à renforcer la souveraineté économique et financière et la volonté des pays ou de leurs groupes régionaux de trouver des moyens de se protéger contre les risques de pressions extérieures. Nous voyons déjà que de plus en plus de pays cherchent des moyens de devenir moins dépendants du dollar et mettent en place des systèmes financiers, de paiement et des monnaies de réserve alternatifs. Je pense que nos amis américains sont tout simplement en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. On ne peut pas mélanger la politique et l’économie, mais c’est ce qui se passe maintenant. J’ai toujours pensé et je pense encore aujourd’hui que les sanctions pour des motifs politiques sont une erreur qui nuira à tous, mais je suis sûr que nous reviendrons sur ce point.

Nous savons comment ces décisions ont été prises et qui exerçait les pressions. Mais permettez-moi de souligner que la Russie ne va pas perdre son calme, s’offenser ou venir mendier à la porte de quiconque. La Russie est un pays auto-suffisant. Nous allons travailler au sein de l’environnement économique international qui a pris forme, développer la production et la technologie nationales et agir de façon plus décisive pour mener à bien notre transformation. Les pressions de l’extérieur, comme cela a été le cas à plusieurs reprises par le passé, ne feront que consolider notre société, nous maintenir en éveil et nous amener à nous concentrer sur nos principaux objectifs de développement.

Bien sûr, les sanctions constituent un obstacle. Ils essaient de nous affaiblir par ces sanctions, d’entraver notre développement et de nous pousser à l’isolement politique, économique et culturel, en d’autres termes nous forcer à prendre du retard. Mais permettez-moi de rappeler encore une fois que le monde est un endroit très différent aujourd’hui. Nous n’avons pas l’intention de nous isoler de quiconque ou de choisir une sorte de voie de développement fermée, en essayant de vivre en autarcie. Nous sommes toujours ouverts au dialogue, y compris au sujet de la normalisation de nos relations économiques et politiques. Nous comptons ici sur l’approche et la position pragmatiques des milieux d’affaires dans les principaux pays.

Certains disent aujourd’hui que la Russie tournerait le dos à l’Europe – de tels propos ont probablement été tenus ici aussi lors des discussions – et rechercherait de nouveaux partenaires commerciaux, surtout en Asie. Permettez-moi de dire que ce n’est absolument pas le cas. Notre politique active dans la région Asie-Pacifique n’a pas commencé d’hier, et non en réponse aux sanctions, mais c’est une politique que nous suivons depuis maintenant un bon nombre d’années. Comme beaucoup d’autres pays, y compris les pays occidentaux, nous avons vu que l’Asie joue un rôle de plus en plus important dans le monde, dans l’économie et dans la politique, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’ignorer ces développements.

Permettez-moi de dire encore une fois que tout le monde agit ainsi, et nous allons le faire nous aussi, d’autant plus qu’une grande partie de notre pays est géographiquement en Asie. Au nom de quoi devrions-nous ne pas faire usage de nos avantages concurrentiels dans ce domaine ? Ce serait faire preuve d’une vue extrêmement courte que de ne pas le faire.

Le développement des relations économiques avec ces pays et la réalisation de projets d’intégration communs créent aussi de grandes incitations pour notre développement national. Les tendances démographiques, économiques et culturelles actuelles suggèrent que la dépendance à une seule superpuissance va objectivement diminuer. C’est une chose que les experts européens et américains ont également évoqué dans leurs réunions et travaux.

Peut-être que l’évolution de la politique internationale sera le reflet de l’évolution que nous constatons dans l’économie mondiale, à savoir la concurrence intensive pour des niches spécifiques et des changements fréquents de dirigeants dans des domaines précis. Ceci est tout à fait possible.

Il ne fait aucun doute que des facteurs humanitaires tels que l’éducation, la science, la santé et la culture jouent un rôle plus important dans la concurrence mondiale. Cela a également un impact important sur les relations internationales, y compris parce que cette ressource douce (soft power) dépendra dans une large mesure des réalisations concrètes dans le développement du capital humain plutôt que des trucages sophistiqués de la propagande.

Dans le même temps, la formation d’un soi-disant monde polycentrique (je voudrais également attirer l’attention sur cela, chers collègues), en soi et d’elle-même, n’améliore pas la stabilité ; de fait, il est plus probable que ce soit l’inverse. L’objectif d’atteindre l’équilibre mondial est en train de devenir un casse-tête assez difficile, une équation à plusieurs inconnues.

Qu’est-ce que l’avenir nous réserve donc, si nous choisissons de ne pas respecter les règles – même si elles peuvent être strictes et peu pratiques – mais plutôt de vivre sans règles du tout ? Et ce scénario est tout à fait possible ; nous ne pouvons pas l’exclure, compte tenu des tensions dans la situation internationale. Beaucoup de prédictions peuvent déjà être faites, en tenant compte des tendances actuelles, et malheureusement, elles ne sont pas optimistes. Si nous ne créons pas un système clair d’engagements et d’accords mutuels, si nous ne construisons pas les mécanismes de gestion et de résolution des situations de crise, les symptômes de l’anarchie mondiale vont inévitablement s’accroître.

Aujourd’hui, nous voyons déjà une forte augmentation de la probabilité de tout un ensemble de conflits violents avec la participation directe ou indirecte des plus grandes puissances mondiales. Et les facteurs de risque comprennent non seulement les conflits multinationaux traditionnels, mais aussi l’instabilité interne dans différents États, surtout quand on parle de nations situées aux intersections des intérêts géopolitiques des grandes puissances, ou à la frontière de continents civilisationnels, culturels, historiques et économiques.

L’Ukraine, qui j’en suis sûr a été longuement évoquée et dont nous parlerons encore, est l’un des exemples de ces sortes de conflits qui affectent l’équilibre international des puissances, et je pense que ce ne sera certainement pas le dernier. De là émane la prochaine menace réelle de détruire le système actuel d’accords de contrôle des armements. Et ce processus dangereux a été initié par les Etats-Unis d’Amérique quand ils se sont unilatéralement retirés du Traité sur les missiles anti-balistiques (ABM) en 2002, puis se sont lancés dans la création de leur système global de défense antimissile et poursuivent aujourd’hui activement ce processus.

Chers collègues et amis,

Je tiens à souligner que nous ne sommes pas à l’origine de tout cela. Une fois de plus, nous glissons vers des temps où, au lieu de l’équilibre des intérêts et des garanties mutuelles, ce sera la peur et l’équilibre de la destruction mutuelle qui empêcheront les nations de se livrer à un conflit direct. En l’absence d’instruments juridiques et politiques, les armes deviennent encore une fois le point focal de l’ordre du jour mondial ; elles sont utilisées n’importe où et n’importe comment, sans la moindre sanction du Conseil de sécurité de l’ONU. Et si le Conseil de sécurité refuse de rendre de tels arrêts, alors on le condamne immédiatement comme un instrument dépassé et inefficace.

De nombreux États ne voient pas d’autres moyens d’assurer leur souveraineté qu’en obtenant leurs propres bombes. Cela est extrêmement dangereux. Nous insistons sur la nécessité de poursuivre les négociations ; nous ne sommes pas seulement en faveur de pourparlers, mais nous insistons sur la nécessité de poursuivre les pourparlers de réduction des arsenaux nucléaires. Moins nous aurons d’armes nucléaires dans le monde, mieux ce sera. Et nous sommes prêts à mener les discussions les plus sérieuses et les plus concrètes sur le désarmement nucléaire – mais seulement des discussions sérieuses sans aucun deux poids, deux mesures.

Qu’est-ce que je veux dire par là ? Aujourd’hui, de nombreux types d’armes de haute précision sont déjà assimilables à des armes de destruction massive en termes de capacité, et en cas de renonciation complète aux armes nucléaires ou de réduction radicale du potentiel nucléaire, les nations qui sont des leaders dans la création et la production de systèmes de haute précision auront un net avantage militaire. La parité stratégique sera perturbée, ce qui est susceptible d’entraîner de la déstabilisation. Le recours à une soi-disant première frappe préventive globale peut devenir tentant. En bref, les risques ne diminuent pas, mais s’intensifient.

La prochaine menace évidente est l’escalade plus avant de conflits ethniques, religieux et sociaux. De tels conflits sont dangereux non seulement en tant que tels, mais aussi parce qu’ils créent des zones d’anarchie, d’absence total de lois et de chaos autour d’eux, des lieux qui sont commodes pour les terroristes et les criminels, et où la piraterie, le trafic d’êtres humains et le trafic de drogue sont florissants.

D’ailleurs, nos collègues ont alors essayé de contrôler plus ou moins ces processus, d’exploiter les conflits régionaux et de concevoir des « révolutions colorées » en fonction de leurs intérêts, mais le génie s’est échappé de la lampe. Il semble que les pères de la théorie du chaos contrôlé eux-mêmes ne sachent plus quoi en faire ; il y a confusion dans leurs rangs.

Nous suivons de près les discussions à la fois au sein de l’élite dirigeante et de la communauté des experts. Il suffit de regarder les gros titres de la presse occidentale de l’année dernière. Les mêmes personnes sont appelées des combattants pour la démocratie, puis des islamistes ; d’abord, ils parlent de révolutions puis ils parlent d’émeutes et de soulèvements. Le résultat est évident : la propagation du chaos mondial.

Chers collègues,

Compte tenu de la situation mondiale, il est temps de commencer à se mettre d’accord sur des choses fondamentales. Ceci est d’une importance et d’une nécessité extrêmes ; cela vaudrait beaucoup mieux que de se retirer dans nos propres retranchements. Plus nous faisons face à des problèmes communs, plus nous nous trouvons dans le même bateau, pour ainsi dire. Et la manière sensée de trouver une issue réside dans la coopération entre les nations, les sociétés, dans le fait de trouver des réponses collectives aux défis croissants, et dans la gestion commune des risques. Certes, certains de nos partenaires, pour des raisons bien à eux, ne se remémorent cela que lorsque c’est dans leurs intérêts.

L’expérience pratique montre que les réponses communes aux défis ne sont pas toujours une panacée, et il faut que nous comprenions cela. En outre, dans la plupart des cas, elles sont difficiles à atteindre : il n’est pas facile de surmonter les différences dans les intérêts nationaux et la subjectivité de différentes approches, en particulier lorsqu’il s’agit de pays ayant des traditions culturelles et historiques différentes. Mais néanmoins, nous avons des exemples où, ayant des objectifs communs et agissant sur la base des mêmes critères, nous avons obtenu collectivement un réel succès.

Permettez-moi de vous rappeler la résolution du problème des armes chimiques en Syrie, et le dialogue de fond conséquent sur le programme nucléaire iranien, ainsi que notre travail sur les questions nord-coréennes, qui ont aussi connu des résultats positifs. Pourquoi ne pouvons-nous pas utiliser cette expérience à l’avenir pour relever les défis locaux et mondiaux ?

Quelle pourrait être la base juridique, politique, et économique pour un nouvel ordre mondial qui permettrait la stabilité et la sécurité, tout en encourageant une saine concurrence, et en ne permettant pas la formation de nouveaux monopoles qui entravent le développement ? Il est peu probable que quiconque puisse proposer dès à présent des solutions absolument exhaustives et prêtes à l’emploi. Nous aurons besoin de beaucoup de travail et de la participation d’un large éventail de gouvernements, d’entreprises mondiales, de la société civile, et de plates-formes d’experts telles que celle-ci.

Cependant, il est évident que les succès et les résultats réels ne sont possibles que si les participants clés des affaires internationales peuvent se mettre d’accord sur l’harmonisation des intérêts de base, sur le fait de s’imposer des limites raisonnables, et de donner l’exemple d’un leadership positif et responsable. Nous devons identifier clairement où se terminent les actions unilatérales et nous avons besoin de mettre en œuvre des mécanismes multilatéraux. Et dans le cadre de l’amélioration de l’efficacité du droit international, nous devons résoudre le dilemme entre les actions de la communauté internationale visant à assurer la sécurité et les droits de l’homme, et le principe de la souveraineté nationale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État, quel qu’il soit.

Ces collisions mêmes conduisent de plus en plus à une interférence extérieure arbitraire dans des processus internes complexes, et encore et encore, ils provoquent des conflits dangereux entre les principaux acteurs mondiaux. La question de la préservation de la souveraineté devient presque primordiale dans le maintien et le renforcement de la stabilité mondiale.

De toute évidence, discuter des critères de l’utilisation de la force extérieure est extrêmement difficile. Il est pratiquement impossible de la séparer des intérêts des nations particulières. Cependant, il est beaucoup plus dangereux de rester dans une situation où il n’y a pas d’accords qui soient clairs pour tout le monde, et où des conditions claires pour l’ingérence nécessaire et légale ne sont pas fixées.

J’ajouterais que les relations internationales doivent être basées sur le droit international, qui lui-même doit reposer sur des principes moraux tels que la justice, l’égalité et la vérité. Peut-être le plus important est-il le respect de ses partenaires et de leurs intérêts. C’est une formule évidente, mais le fait de la respecter, tout simplement, pourrait changer radicalement la situation mondiale.

Je suis certain qu’avec une volonté réelle, nous pouvons restaurer l’efficacité du système international et des institutions régionales. Nous n’avons même pas besoin de reconstruire quelque chose de nouveau, à partir de zéro ; ce n’est pas une « terre vierge », d’autant plus que les institutions créées après la Seconde Guerre mondiale sont relativement universelles et peuvent être dotées d’un contenu moderne et adéquat pour gérer la situation actuelle.

Cela est vrai quant à l’amélioration du travail de l’ONU, dont le rôle central est irremplaçable, ainsi que celui de l’OSCE, qui, durant 40 ans, a démontré qu’elle était un mécanisme nécessaire pour assurer la sécurité et la coopération dans la région euro-atlantique. Je dois dire que même aujourd’hui, en essayant de résoudre la crise dans le sud-est de l’Ukraine, l’OSCE joue un rôle très positif.

À la lumière des changements fondamentaux dans l’environnement international, l’augmentation des désordres incontrôlables et des diverses menaces, nous avons besoin d’un nouveau consensus mondial des forces responsables. Il ne s’agit pas de conclure certaines transactions locales ou un partage des zones d’influence dans l’esprit de la diplomatie classique, ni d’assurer la domination globale et complète de quiconque. Je pense que nous avons besoin d’une nouvelle version de l’interdépendance. Nous ne devrions pas avoir peur de cela. Au contraire, c’est un bon instrument pour harmoniser les positions.

Ceci est particulièrement pertinent étant donné le renforcement et la croissance de certaines régions de la planète, processus qui nécessite objectivement l’institutionnalisation de ces nouveaux pôles, par la création de puissantes organisations régionales et l’élaboration de règles pour leur interaction. La coopération entre ces centres contribuerait sérieusement à la stabilité de la sécurité, de la politique et de l’économie mondiales. Mais afin d’établir un tel dialogue, nous devons partir du postulat selon lequel tous les centres régionaux et projets d’intégration qui se forment autour d’eux doivent avoir les mêmes droits au développement, afin qu’ils puissent se compléter mutuellement et que personne ne puisse artificiellement les forcer à entrer en conflit ou en opposition. De telles actions destructrices briseraient les liens entre les Etats, et les Etats eux-mêmes seraient soumis à des difficultés extrêmes, voire même à une destruction totale.

Je voudrais vous rappeler les événements de l’année dernière. Nous avions prévenu nos partenaires américains et européens que les décisions hâtives prises en coulisses, par exemple, sur l’association de l’Ukraine avec l’UE, étaient emplies de risques graves pour l’économie. Nous n’avons pas même évoqué les problèmes politiques ; nous n’avons parlé que de l’économie, en disant que de telles mesures, mises en place sans arrangements préalables, nuiraient aux intérêts de nombreux autres pays, dont la Russie – en tant que principal partenaire commercial de l’Ukraine –, et qu’un large débat sur ces questions était nécessaire. D’ailleurs, à cet égard, je vous rappelle que par exemple, les négociations sur l’adhésion de la Russie à l’OMC ont duré 19 ans. Ce fut un travail très difficile, et un certain consensus a finalement été atteint.

Pourquoi est-ce que je soulève cette question ? Parce qu’en mettant en œuvre ce projet d’association avec l’Ukraine, nos partenaires seraient venus à nous avec leurs biens et services par la porte arrière, pour ainsi dire, et nous n’avons pas donné notre accord pour cela, personne ne nous a rien demandé à ce sujet. Nous avons eu des discussions sur tous les sujets liés à l’association de l’Ukraine avec l’UE, des discussions persistantes, mais je tiens à souligner que notre action a été menée d’une manière tout à fait civilisée, en indiquant des problèmes possibles, et en soulignant les raisonnements et arguments évidents. Mais personne ne voulait nous écouter et personne ne voulait discuter. Ils nous ont simplement dit : ce ne sont pas vos affaires, point, fin de la discussion. Au lieu du dialogue global mais – je le souligne – civilisé que nous proposions, ils en sont venus à un renversement de gouvernement ; ils ont plongé le pays dans le chaos, dans l’effondrement économique et social, dans une guerre civile avec des pertes considérables.

Pourquoi ? Quand je demande à mes collègues pourquoi, ils n’ont plus de réponse ; personne ne dit rien. C’est tout. Tout le monde est désemparé, disant que ça c’est juste passé comme ça. Ces actions n’auraient pas dû être encouragées – cela ne pouvait pas fonctionner. Après tout (je me suis déjà exprimé à ce sujet), l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait tout signé, il était d’accord avec tout. Pourquoi ont-ils fait ça ? Dans quel but ? Est-ce là une manière civilisée de résoudre les problèmes ? Apparemment, ceux qui fomentent constamment de nouvelles « révolutions colorées » se considèrent comme de « brillants artistes » et ne peuvent tout simplement pas s’arrêter.

Je suis certain que le travail des associations intégrées, la coopération des structures régionales, doivent être construits sur une base transparente et claire ; le processus de formation de l’Union économique eurasienne est un bon exemple d’une telle transparence. Les États qui font partie de ce projet ont informé leurs partenaires de leurs plans à l’avance, en précisant les paramètres de notre association et les principes de son travail, qui correspondent pleinement aux règles de l’Organisation mondiale du commerce.

J’ajouterais que nous aurions également accueilli favorablement l’initiation d’un dialogue concret entre l’Eurasie et l’Union européenne. D’ailleurs, ils nous ont presque catégoriquement refusé cela, et il est également difficile d’en comprendre les raisons. Qu’est-ce qu’il y a de si effrayant à cela ?

Et bien sûr, avec un tel travail conjoint, on pourrait penser que nous devons nous engager dans un dialogue (j’ai évoqué cela à de nombreuses reprises et j’ai entendu l’accord de plusieurs de nos partenaires occidentaux, du moins en Europe) sur la nécessité de créer un espace commun pour la coopération économique et humanitaire s’étendant depuis l’Atlantique jusqu’à l’océan Pacifique.

Chers collègues,

La Russie a fait son choix. Nos priorités sont d’améliorer encore nos institutions démocratiques et notre économie ouverte, d’accélérer notre développement interne, en tenant compte de toutes les tendances modernes positives observées dans le monde, et en consolidant notre société sur la base des valeurs traditionnelles et du patriotisme.

Nous avons un agenda pacifique et positif, tourné vers l’intégration. Nous travaillons activement avec nos collègues de l’Union économique eurasienne, de l’Organisation de coopération de Shanghai, du BRICS et avec d’autres partenaires. Ce programme vise à renforcer les liens entre les gouvernements, pas à les fragiliser. Nous ne prévoyons pas de façonner des blocs ou de participer à un échange de coups.

Les allégations et déclarations selon lesquelles la Russie essaie d’établir une sorte d’empire, empiétant sur la souveraineté de ses voisins, n’ont aucun fondement. La Russie n’a pas besoin d’un quelconque rôle spécial ou exclusif dans le monde – je tiens à le souligner. Tout en respectant les intérêts des autres, nous voulons simplement que nos propres intérêts soient pris en compte et que notre position soit respectée.

Nous sommes bien conscients du fait que le monde est entré dans une ère de changements et de transformations globales, dans laquelle nous avons tous besoin d’un degré particulier de prudence et de la capacité à éviter toutes mesures irréfléchies. Dans les années suivant la guerre froide, les acteurs politiques mondiaux ont en quelque sorte perdu ces qualités. Maintenant, nous devons nous les rappeler. Sinon, les espoirs d’un développement stable et pacifique seront une illusion dangereuse, tandis que la crise d’aujourd’hui servira simplement de prélude à l’effondrement de l’ordre mondial.

Oui, bien sûr, j’ai déjà souligné que la construction d’un ordre mondial plus stable est une tâche difficile. Nous parlons d’une tâche longue et difficile. Nous avons réussi à élaborer des règles pour l’interaction après la Seconde Guerre mondiale, et nous avons pu parvenir à un accord à Helsinki dans les années 1970. Notre devoir commun est de résoudre ce défi fondamental à cette nouvelle étape du développement.

Je vous remercie vivement pour votre attention.

Vladimir Poutine

Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

 

Texte original (russe) : http://kremlin.ru/news/46860
Traduction (anglais) : http://eng.news.kremlin.ru/news/23137
Traduction française : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

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Karen J. Greenberg revient dans cet article publié dans TomDispatch.com sur les tentations du gouvernement étatsunien de gérer la crise de l’Ebola à la manière d’une guerre contre le terrorisme avec le risque d’atteinte aux libertés publiques et d’aggravation de la situation sanitaire. Selon elle quatre principes devraient être pris en compte pour ne pas reproduire les erreurs antérieures de la lutte contre le terrorisme qui pourraient être transposées par le gouvernement US à la lutte contre l’Ebola :

- refuser la militarisation de la lutte contre l’Ebola

- laisser les professionnels de santé publique et médicaux gérer la crise

- avoir une gestion transparente de la crise

- refuser les centres de quarantaine


C’est seulement en faisant confiance à nos professionnels de la santé que nous pourrons éviter que la campagne contre le virus Ebola se retourne contre la sécurité nationale.”

Ces jours-ci, deux “guerres” font les titres : celle contre l’Etat islamique et son nouveau califat de terreur s’étant accaparé des régions de l’Irak et de la Syrie, et celle contre la maladie et éventuelle pandémie, du virus Ebola, se propageant au travers de l’Afrique de l’Ouest, avec déjà l’apparition des premiers cas qui ont atteint les Etats-Unis et l’Europe. Les deux guerres semblent tomber du ciel ; elles ont toutes deux été imprévues par notre vaste appareil de sécurité nationale ; elles ont induit des craintes proche de l’hystérie et, dans les deux cas, ces craintes ont été rapidement instrumentalisées par les politiques dans la perspectives des élections étatsuniennes.

Les experts ont déjà dispensé leur science avec solennité sur des menaces d’attaques comme celles du 11/9/2001 contre la patrie, se posant la question de la façon dont elles pourraient être contrées, et faisant des analogies dans le cas du virus Ebola avec les attaques à l’anthrax de 2001. Le précédent du 11/9 est encore dans leur esprit. Pendant ce temps, Thomas Frieden, directeur des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), a tenté de calmer les inquiétudes aux USA tout en se félicitant ouvertement de «nouvelles idées» dans la lutte contre la maladie. Étant donné que des comparaisons instinctives avec le terrorisme se font aux Etats-Unis, il est difficile de ne pas s’inquiéter sur la teneur de ces nouvelles idées qui pourraient se révéler étrangement similaires à celles qui, dans la période de l’après 11/9, ont amené à définir la guerre contre le terrorisme.

Les différences entre les deux «guerres» peuvent sembler trop évidentes pour insister à ce sujet, car Ebola est une maladie avec une étiologie médicale et des remèdes scientifiques, tandis que l’EI est un ennemi sensible. Néanmoins, le virus Ebola semble imiter certaines caractéristiques que les experts ont depuis longtemps attribuées à al-Qaïda et à ses successeurs en herbe ainsi qu’à ses différentes variantes. Il se cache dans l’ombre jusqu’à ce qu’il frappe. Il menace la sécurité des civils à travers les Etats-Unis. Ses causes profondes se trouvent dans la pauvreté et la misère des pays lointains. Sa diffusion doit être arrêtée dans sa région d’origine – dans ce cas, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone en Afrique de l’Ouest – tout comme les deux administrations Bush et Obama étaient convaincues que la lutte contre Al-Qaïda devaient mener aux déploiements de militaires dans des régions reculées de la planète allant des régions tribales limitrophes du Pakistan jusqu’aux zones rurales du Yémen.

Peut-être que nous ne devrions pas être surpris – alors que le président Obama a envoyé au moins 1 600 militaires (et des drones et des bombardiers) pour lutter contre l’EI – que sa première réponse face à la crise de l’Ébola fut également d’envoyer 3.000 soldats au Liberia dans ce que les médias ont nommé la “poussée d’Ebola” (une allusion à la “poussée” des troupes US en Irak en 2007). Le deuxième acte de l’administration Obama : a été de renforcer la protection des frontières afin d’assurer le contrôle des individus entrant aux États-Unis (un mouvement dont l’efficacité a été mise en doute par certains experts médicaux), de même que les autorités ont rapidement, dans le sillage du 11/9, transformé les aéroports et les frontières en zones de sécurité massives. Le troisième acte fut de commencer à tracer tous les personnes entrées en contact avec les victimes du virus Ebola, qui, imite étrangement les logiques et les procédés que l’état a commencé à déployer pour construire une cartographie des réseaux terroristes, établir des listes de surveillance, etc.

“La facilité avec laquelle des autorités non-médicales étatsuniennes semblent avoir opté pour un modèle de guerre contre le terrorisme pour faire face à l’Ebola doit être examinée – et rapidement.”

La prochaine étape à l’étude pour ceux qui pourraient avoir été exposés au virus, la quarantaine (qui est, une détention), est controversée parmi les experts médicaux, mais devrait de même nous rappeler quelle direction a pris la guerre contre le terrorisme après le 11/9 : à Guantanamo. Comme si les règles du jeu pour l’après 11/9 lors de la lutte contre le terrorisme étaient les mêmes que pour l’Ebola. Tim Murphy, du Congrès de Pennsylvanie, en interrogeant le Dr Frieden, a noté que, si nous ne mettons pas les politiques de surveillance, de confinement et de quarantaine en place, “nous avons toujours un risque “.

Alors que chacune de ces étapes pourraient se montrer individuellement sensible, la facilité avec laquelle des autorités non-médicales étatsuniennes semblent avoir opté pour un modèle de guerre contre le terrorisme pour faire face à l’Ebola doit être examinée – et rapidement. Si cela devient le modèle par défaut pour gérer le virus Ebola et que le pays finit par marcher sur la voie de la «guerre» contre une maladie, les problèmes pourraient être bien pire.

Alors peut-être est-il temps de nous rafraîchir la mémoire à propos de ce modèle de guerre contre la terreur et de tirer quatre leçons de prudence pour ne plus jamais reprendre cette direction à nouveau, qui n’a rien à voir avec l’élaboration d’une politique de lutte, ni à voir avec la poursuite du confinement d’une maladie.

Première leçon: Ne faites pas de la «guerre» contre l’Ebola un vaste programme de contrôle s’appuyant sur les structures de la sécurité nationale autour du renseignement, de la surveillance et de l’armée. Chercher, par exemple, les personnes se plaignant de symptômes d’Ebola en privé ou chercher les métadonnées des citoyens concernant les appels vers des médecins seraient une mission folle, ce serait l’équivalent de chercher une aiguille dans une meule de foin.

Et gardez à l’esprit que, aussi loin que nous pouvons nous rappeler, depuis le 11/9, le système de surveillance qu’ils ont construit a régulièrement montré ses défaillances. Il n’a pas, par exemple, permis d’arrêter le Shoe Bomber, le terroriste de Times Square, ou les terroristes du marathon de Boston. De même les services de renseignement, malgré tout l’argent investi depuis le 11/9, n’ont pu prévenir l’attaque de Benghazi ou le meurtre de sept agents de la CIA par un kamikaze sensé être un agent double US à Khost, en Afghanistan, en décembre 2009, pas plus qu’ils n’ont permis de prévoir la montée de l’EI. De même, il est difficile d’imaginer comment des militaires, pourront, avec des drones, des forces spéciales et des troupes sur le terrain résoudre le problème du virus Ebola.

Dans l’après 11/9, des solutions militaires ont souvent prévalu, quelque soit le problème qui se posait. Pourtant, finalement, des invasions de l’Afghanistan et de l’Irak à l’opération aérienne en Libye aux campagnes de drones de la CIA sur les tribus aux confins du Pakistan et du Yemen, aucune solution militarisée n’a apporté de victoire – et la nouvelle guerre contre l’État islamique (EI) en Syrie et en Irak semble déjà suivre le même chemin lamentable. Contre un virus, l’armée étatsunienne est susceptible d’avoir encore moins de succès si ce n’est d’aider les travailleurs de la santé et les fonctionnaires dans les zones insalubres.

“Il est difficile de comprendre comment de simples militaires, à partir de drones, de forces spéciales et de troupes sur le terrain pourront résoudre le problème du virus Ebola

Les outils que la sécurité nationale a invoquées dans sa guerre contre le terrorisme, non seulement ne fonctionnent pas (et sont très peu susceptibles de fonctionner quand il s’agit d’intervenir dans conflit au Moyen-Orient), mais s’ils étaient appliqués à l’Ebola cela aurait sans aucun doute des conséquences catastrophiques. Et encore – compter sur elle – pour enrayer la peur de cette maladie. Ils sont ce que le gouvernement sait faire, même si, dans la guerre contre le terrorisme, ils ont créé une vulnérabilité d’autant plus grande que la somme de toutes leurs actions, ont contribué à favoriser la croissance des mouvements djihadistes dans le monde, et à éroder le sentiment de confiance qui existait entre le gouvernement et le peuple étatsunien.

Deuxième leçon: Faites en sorte que les professionnels de la santé publique soient responsables de ce qui doit être fait. Trop souvent, dans la guerre contre le terrorisme, les professionnels avec une expertise ont été mis de côté par la mise en place de directive sécuritaire. Le système judiciaire, par exemple, fut embarrassé lorsqu’il fut confronté aux accusations contre des agents d’Al-Qaïda, alors que l’expertise de ceux qui n’ont trouvé aucune preuve d’armes de destruction massive en Irak en 2002-2003 a été ignorée.

C’est seulement en faisant confiance à nos professionnels de la santé que nous pourrons éviter que la campagne contre le virus Ebola influence l’état de la sécurité nationale. Et c’est seulement en refusant de militariser la crise potentielle, comme cela a été fait après le 11/9, que nous éviterons les catastrophes qui en découleraient. L’essentiel ici est de garder la lutte contre le virus Ebola dans le domaine civil. Plus cette lutte sera laissée aux mains des médecins et experts en santé publique qui connaissent la maladie, le mieux ce sera.

Troisième leçon: Ne pas enfermer la lutte contre le virus Ebola dans l’opacité. Les architectes de la guerre contre le terrorisme ont invoqué le secret comme l’un des piliers principaux de leur nouvelle façon de faire. Dès le début, l’administration Bush a caché cavalièrement ses politiques sous le voile du secret, affirmant que la sécurité nationale demandait que des informations sur ce que le gouvernement faisait devait être occulté aux yeux du peuple étatsunien afin de garantir leur propre “sécurité”. Bien que Barack Obama soit entré dans le bureau Oval en proclamant une présidence “transparente“, son administration a agi de manière encore plus féroce pour occulter les actions de la Maison Blanche et l’état de la sécurité nationale. ll suffit pour cela de ne citer que deux exemples, les justifications politiques de l’administration Obama entourant ses campagnes d’assassinats à l’aide de drones et l’étendue de ses programmes de surveillance de la population sans mandat.

En l’occurrence, ce mur du secret a montré sans cesse qu’il était faillible, alors que les fuites n’ont cessé d’inonder le monde. Néanmoins, l’envie de recréer un tel état de secret dans un autre secteur peut être particulièrement tentant. Ne soyez pas surpris si la guerre contre le virus Ebola se dirige dans l’ombre – et c’est bien la dernière chose dont le pays a besoin pour venir à bout d’une telle crise de santé publique. À ce jour, avec les professionnels médicaux toujours à la pointe de ceux qui traitent publiquement les malades atteints du virus Ebola, cette impulsion doit être transparente. Sous leur égide, des informations sur les premiers cas d’Ebola qui ont atteint ce pays et les problèmes liés à l’Ebola n’ont pas disparu derrière un voile de secret, mais ne comptez pas que cette transparence dure si les choses venaient à s’empirer. Pourtant occulter des faits importants sur une éventuelle pandémie galopante conduirait à la panique et à une détérioration rapide de la confiance entre les Etats-uniens et leur gouvernement, une relation déjà mise à rude épreuve depuis des années dans la guerre contre la terreur.

En réalité, l’opacité représenterait un point de départ de particulièrement mauvais augure pour le lancement d’une stratégie de lutte contre l’Ebola à un moment où il serait crucial pour les Etatsuniens de connaître les échecs et les succès. Les épidémies de panique drapées dans l’ignorance ne sont absolument pas un moyen d’arrêter la propagation de la maladie.

Quatrième leçon: Ne pas appliquer la méthode des «prisons secrètes (Black sites)» à la lutte contre le virus Ebola. La guerre contre le terrorisme a été marquée par la création de prisons spéciales ou «sites noirs» hors de portée du système judiciaire des États-Unis pour la détention (dans le cas du virus Ebola on pensera : isolement et quarantaine) de personnes soupçonnées de terrorisme, des lieux où beaucoup de choses sinistres se sont passées. Il n’est pas nécessaire que les patients atteints par la maladie d’Ebola, une fois diagnostiquée, soient isolés. Des combinaisons de protection et des unités d’isolement sont déjà utilisées dans le traitement des cas ici.

La question plus vaste de la quarantaine, cependant, se profile comme le premier grand débat de politique publique potentielle de l’époque Ebola. Gardez un œil sur ce point. A cause de la guerre contre le terrorisme, les tendances à la mise en quarantaine sont déjà gravées dans le mode de gestion des crises par le gouvernement, de sorte que la mise en quarantaine semblera naturel pour ses fonctionnaires.

La quarantaine est un phénomène redouté par les défenseurs des libertés civiles comme une réaction excessive qui se révélera inefficace quand il y aura une propagation de la maladie. Elle va priver les individus de leurs relations, plutôt que de les traiter effectivement quand ils afficheront effectivement des signes de la maladie. Pour beaucoup, cependant, cela apparaîtra comme une solution miracle, un équivalent de Guantanamo pour l’Ebola, un établissement pour ceux qui ont été jugés potentiellement porteurs d’une maladie terrorisante.

Occulter des faits importants sur une éventuelle pandémie galopante est la garantie de conduire à la panique et à une détérioration rapide de la confiance entre les Etatsuniens et leur gouvernement.”

Les craintes qu’une menace de quarantaines massives peut créer ne fera que rendre les choses plus difficiles pour les autorités sanitaires. Il en ira de même pour les appels aux interdictions de voyager pour ceux qui viennent des pays d’Afrique de l’Ouest, une suggestion qui rappelle une politique de profilage qui ciblera des groupes plutôt que des individus. Éviter ces interdictions n’est pas juste une question ayant trait à la préservation des libertés civiles, mais tout aussi bien une question de sécurité. Les craintes de mises en quarantaine massive et d’être soumis à des interdictions de voyager pourraient conduire les personnes concernées à devenir beaucoup plus discrètes sur la divulgation des informations concernant leur maladie et beaucoup plus mensongers dans la planification de leur voyage. Cela pourrait favoriser la propagation et non stopper la diffusion du virus Ebola.

Comme Thomas Frieden de la CDC l’affirme“nous savons en ce moment qui arrive. Si nous essayons d’interdire les voyages, certains voyageurs prendront d’autres trajets sur la terre, et passeront par d’autres endroits, et nous ne saurons pas où ils iront ce qui signifie que nous ne serons pas en mesure de prendre des mesures. Nous ne serons pas en mesure de vérifier leur température quand ils partent. Nous ne serons pas en mesure de contrôler leur température quand ils arrivent. Nous ne serons pas en mesure, comme nous le faisons actuellement, de relever l’historique détaillé pour voir si ils ont été exposéquand ils arrivent.” En d’autres termes, une réaction trop agressive pourrait effectivement rendre la détection médicale beaucoup plus difficile.

Les États-Unis sont sur le point d’être confrontés à une maladie qui par la manière dont ils vont gérer la crise pourrait concorder remarquablement bien avec la manière dont ils ont mené la guerre contre le terrorisme. Dans ce contexte, pensez à l’Ebola comme un défi injuste de l’univers à notre système gouvernemental de défense érigé sur un modèle militaire et guerrier. Ces choses que les Etats-Unis ont fait, souvent de manière inefficaces et contre-productives, pour contrecarrer ses ennemis, ses ennemis potentiels, et même ses propres concitoyens ne seront pas un antidote contre cet «ennemi» non plus. Cela pourrait être un fléau transnational, originaire des pays fragiles, et affectant ceux qui seraient confrontés à la maladie, mais il ne peut pas être arrêté par les procédés de la sécurité nationale.

La lutte contre le virus Ebola, nécessitera une nouvelle série de protections et de priorités, qui devrait émerger des communautés médicales et de santé publique. Les Instituts nationaux de la santé et d’autres organisations aujourd’hui, malheureusement sous-financés, se sont penchés sur les situations de pandémie possibles depuis des années. Il est impératif que nos fonctionnaires tirent les leçons de leurs recherches alors qu’ils ont omis de le faire à plusieurs reprises avec leurs homologues dans les politiques publiques durant la guerre menée contre le terrorisme, depuis des années. Convoquer une fois de plus les pouvoirs étatiques à s’occuper des fantasmes et des peurs plutôt que des réalités de la propagation de la maladie aboutirait à jouer dangereusement avec le destin.

Karen J. Greenberg

Article original en anglais :

Will the War on Terror Be the Template for the Ebola Crisis?  TomDispatch.com.

Traduction : SLT, le-blog-sam-la-touch.over-blog.com

 

 

Karen J. Greenberg est le directeur du Centre de la sécurité nationale à Fordham Law, l’auteur de The Least Worst Place: Guantanamo’s First One Hundred Days, une contributrice régulière de TomDispatch, et la rédactrice en chef de Morning Brief, un compte-rendu quotidien des informations concernant la sécurité nationale.

 

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Du racisme institutionnel en France

novembre 1st, 2014 by René Naba

DOSSIER SPÉCIAL 1ER CENTENAIRE DE LA 1 ÈRE GUERRE MONDIALE 

…. « Il n’y a pas, comme une certaine mode veut le faire croire, une question noire en France, mais il y a bien une question française à propos des noirs »…. et des arabes. (Odile Tobner « Du racisme français, quatre siècles de négrophobie » Les Arènes).

I. DE LA SOMMATION PERMANENTE DES MUSULMANS DE FRANCE

Les Français de confession musulmane, au delà les musulmans de France, ont fait l’objet d’une sommation à l’occasion des décapitations des otages occidentaux de Da’ech et de leurs alliés du Maghreb, symptomatique des phobies françaises en ce qu’elle a occulté le rôle des bailleurs de fonds des djihadistes takfriristes, le duo wahabbite, Arabie saoudite et Qatar. Et exonéré les pays occidentaux de leur responsabilité dans leur soutien résolu au djihadisme tant en Libye qu’en Syrie depuis quatre ans, au mépris de leurs valeurs affichées, et réduit leurs compatriotes à leur condition musulmane.

Dans le cas d’espèce de la France, cette sommation est malvenue à tous égards non seulement pour son rôle pilote dans la déstabilisation régionale des pays laïcs arabes, mais aussi et surtout au regard de sa propre histoire en ce que la « Patrie des Droits de l’homme », par une sorte de déni de réalité, a longtemps occulté sa responsabilité dans le génocide hitlérien, imputant cette odieuse opération d’extermination au seul pouvoir vichyste. « Vichy n’est pas la France » a été le leitmotiv commode pour exonérer la France de l’infamie d’avoir servi d’anti chambre du camp de la mort, dont les citoyens, de surcroît ont pratiqué la délation à grande échelle à l’égard de leurs compatriotes.

Halte au délire. Un pays qui saborde sa flotte plutôt que de lancer ses cuirassés à l’assaut de son ennemi, qui substitue la « chair à canon » de ses colonies pour la défense de sa patrie, un pays qui carbonise ses sauveurs le jour même de la victoire alliée du 9 mai 1945, se doit de ne pas être péremptoire dans ses assignations patriotiques à l’encontre des de ses compatriotes et concitoyens, et non, loin s’en faut, des « indigènes de sa propre république ».

Da’ech est une excroissance monstrueuse du bloc atlantiste et de ses relais pétromonarchiques. À ce titre, les Musulmans de France ne devraient pas battre leur coulpe, mais exiger des explications sur l’instrumentalisation abusive de leur religion par l’alliance islamo-atlantiste à des fins politiques. Et la France s’épargner les contorsions intellectoïdalles imputant à « la politique arabe de la France », inexistante à l’époque, la responsabilité de cette infamie morale qu’a constituée la collaboration avec le régime nazi.

Cf à ce propos les divagations de Philippe Val. http://www.renenaba.com/philippe-val-ou-le-revisionnisme-anti-arabe-en-guise-de-fond-de-commerce/

Il ne saurait y avoir de responsabilités collectives, pas plus qu’il ne saurait y avoir de châtiments collectifs. Comme si Maurice Audin et Francis Jeanson devaient être comptables des forfaitures du général Paul Aussaresses, « Le commandant Zéro » de la torture en Algérie, l’abbé Pierre de l’affairisme chiraco-haririen ou des jongleries du Bygmalion sarkozyste, ou encore Mère Thérésa des galipettes motorisées de François Hollande ou de DSK.

II. POSTULAT DE DÉPART

Alors que les États Unis songent à modifier l’intitulé du « Colombus Day », commémorant annuellement, le 12 octobre, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb pour l’adapter à une version plus conforme à la réalité historique, « Immigration Day », la France du XXI me siècle continue de marteler ses déclinaisons dans une crainte de la déshérence, comme la marque d’une perdition.

Rôle positif de la colonisation, identité nationale, serment d’allégeance au drapeau : le débat est cyclique et la stigmatisation au faciès de Christine Taubira, ministre de la justice, le mois de lancement l’année de célébration du premier centenaire de la 1 ère guerre mondiale (1914-1918), révèle la permanence d’une problématique française matérialisée par un passif post colonial non purgé, alors, qu’en contrechamps, les États Unis sont dirigés depuis sept ans par un président afro américain Barack Obama et que New York s’est choisie un couple mixte Di Biaso pour diriger la grande métropole américaine.

Même la sémantique s’en ressent et le révèle : Quand les Américains voient « Great and tremondous », les Français voient petit, tout petit…. petit déjeuner, petit ami, petite amie, petite bricole, petit coin, un petit coup, une petite bicoque…… enfin, dernier et non le moindre, un petit chouya.

…..« Il n’ y a pas, comme une certaine mode veut le faire croire, une question noire en France, mais il y a bien une question française à propos des noirs. De toutes puissances coloniales, la France, est, de façon directe ou indirecte, celle qui a maintenu le lus étroitement sous sa domination son empire outre-mer ; c’est également elle qui a accepté le moins de noirs dans l’exercice du pouvoir. Les deux faits sont liés et tiennent à un aspect inavouable de la mentalité française qui est le racisme. La France n’a certes pas le monopole du racisme, mais le racisme occupe en France une place particulière, héritée d’une longue tradition soigneusement occultée, de sorte qu’il se perpétue insidieusement, alors qu’ailleurs il a été plus franchement identifié et combattu….

Le pouvoir, l’intelligentzia, les médias entretiennent avec leurs noirs, une relation problématique. Bien loin de chercher à comprendre ce phénomène, on met immédiatement l’étouffoir sur toute recherche critique, en masquant le problème par le paternalisme. Ces deux réactions, silence ou arrogance, sont typiques du racisme français… En lieu et place d’une analyse objective, le sujet suscite des réactions a priori, violentes et régressives et nourrit une rhétorique de disculpation ».

Ce constat clinique dressé par Odile Tobner (« Du racisme français, quatre siècles de négrophobie » Les Arènes) résume bien le psychisme de la « Patrie des Droits de l’Homme », qui aura édicté certes le Code Civil, mais aussi du « Code Noir » et du « Code de l’indigénat », les deux compilations juridiques uniques au monde fondées sur le critères du gobino darwinisme…. mais non l’Habeas Corpus.

En période de crise, il existe certes un affaissement du sens moral. Mais ce phénomène s’est accentué en France avec la disparition des grandes matrices formatrices de la conscience nationale, l’armée et l’école. L’armée avec la suppression du service militaire obligatoire ; l’école avec la multiplication des écoles privées, des grandes écoles et autres instituts spécialisés.

De surcroît, la suppression des grands débats télévisés, qui constituaient une forme déguisée de pédagogie politique, s’est accompagnée, parallèlement, de la prolifération de programmes développant une forme d’individualisme basée sur la délation.

Loft Story, Koh Lanta sont des émissions qui n’incitent pas à la solidarité mais au chacun pour soi (chacun son beefsteak, selon la formule consacrée). Et la délation, faut-il le souligner, un travers quasi national, avec la traditionnelle existence des corbeaux dans les provinces de France et la délation du fait juif sous la France vichyste.

III. L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE DE FRANCE EST BIAISÉ

L’épisode de la commune, la révolte de Paris, n’est pas enseignée dans les programmes scolaires, sinon que brièvement, en ce qu’elle révèle la révolte contre la République injuste, alors que la Révolution de 1789 est abondamment enseignée en ce qu’elle est un soulèvement contre la monarchie. De même, le phénomène des zoos anthropologiques (1925 1935) n’est pas enseigné car concrétisant, dans la pratique, une théorisation de la hiérarchie des races dans un pays qui se veut « la Patrie des droits de l’homme et de la révolution ».

IV. LA FUITE EN AVANT

La France pratique la fuite an avant et non le retour en arrière pour corriger les erreurs. Dans la logomachie officielle cela est présenté comme étant « un pays de prospective et non d’introspection er de flagellation » quand bien même la dernière victoire militaire française remonte à Austerlitz (1805) et qu’il s’est ensuivi une série de défaites militaires: Waterloo 1815, expédition du Mexique et Fachoda (1864), Sedan (1870), compensée par des conquêtes coloniales Algérie (1830), Tunisie.

Si la France a renouée avec la victoire en 1918, c’est en ce que la victoire n’était pas exclusivement française, mais en partage avec les alliés occidentaux mais aussi, pour la première fois d’une façon massive avec les basanés, les peuples de couleur : 570.000 arabes et africains, chrétiens ou musulmans, dont 78.000 morts.

Les basanés retourneront bien chez eux, mais seront, de nouveau, appelés en urgence lors de la capitulation de 1940. La fuite en avant constitué d’ailleurs un sport national à en juger par la valse des républiques françaises : le désastre de Sedan (1870) a donné naissance à la IIIème République, la capitulation de Montoire en 1940 à la IV République, la défaite de Dien Bien Phu et d’Algérie à la Vème République

V. LA PATRIE DES DROITS DE L’HOMME PRATIQUE UN RACISME INSTITUTIONNEL SUBLIMINAL

Seul pays au monde qui a édicté des codes raciaux et racistes : Le Code Noir de Colbert sous la monarchie, le Code de l’indigénat en Algérie sous la République, appliqué d’ailleurs jusqu’en 1960, malgré la considérable contribution des Algériens aux deux Guerres mondiales, la Patrie des Droits de l’Homme, bien qu’elle s’en défende, pratique un racisme institutionnel subliminal. Un racisme non assumé, non avoué, un racisme « à l’insu de son plein gré ».

VI. LE FAIT ARABE ET MUSULMAN

L’antisémitisme n’est pas un terme propre. L’augmentation des actes anti juifs se situe dans la même proportion que les actes anti arabes et anti musulmans. Mais les actes anti juifs bénéficient d’un plus grand retentissement et d’une grande visibilité en raison de la sensibilité particulière de la classe politicologue médiatique au fait Juif résultant de la responsabilité et du complexe de culpabilité y afférent qu’elle nourrit à cet égard, du fait de l’Affaire Dreyfus et de la collaboration de Vichy avec l’Allemagne nazie qui pousse le pouvoir français à compenser sa judéophobie ancienne par une islamophobie nouvelle.

A. Le différentiel de traitement : Arno Klarsfeld, Gilad Shalit, DSK

Pour brider toute manifestation de sympathie pro palestinienne, lors du dernier carnage israélien de Gaza (Juillet-Août 2014), Manuel Valls, le premier ministre français lié de son propre aveu de « manière éternelle avec Israël » a popularisé le mot d’ordre « Ne pas transposer le conflit israélo-palestinien en France », quand bien même la transposition est le fait des plus hautes autorités françaises de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls à François Hollande. L’exemple d’Arno Klarsfeld en témoigne.

Ce bi-national franco allemand, qui opte pour un pays tiers pour son service militaire, non pas tant par option de nationalité, mais par affinités religieuses Israël, en raison de sa judaïcité, de surcroît, pour ce réserviste de l’armée israélienne bénéficiaire à son retour d’une promotion politique, conseiller du ministre de l’époque, Nicolas Sarkozy, en pleine guerre Liban-Israël.

Il en est de même de Gilad Shalit, caporal de l‘armée israélienne, capturé en opération à Gaza, qui aura droit à la protection diplomatique et médiatique française du fait de sa lointaine ascendance française. Un lien qui s’est fait par déduction de la présence d’un grand parent de nationalité française, alors qu’un civil franco-palestinien, Salah Hammouri, de mère française, sera emprisonné arbitrairement pendant cinq ans du fait de la nationalité palestinienne de son père. La Palestine, la nouvelle « étoile jaune » de la normalité française vis à vis du fait juif, par zèle compensatoire ?

Au-delà du complexe de culpabilité, les Juifs relèvent du patrimoine judéo-chrétien commun à l’Europe et la civilisation occidentale, alors que les Arabes, les Musulmans et les Noirs demeurent dans l’imaginaire français des bougnoules, quand bien même ils ont contribué massivement à deux reprises au 20me siècle, à la libération de la France du joug de l’oppresseur. Cas unique dans l’histoire, des colonisés ont libéré leur colonisateur de leur propre oppresseur. Le chiffre est éloquent : 1,2 millions de basanés ont combattu pour la France en 1914-1918 et en 1939-45 dont 123.000 morts, mais les basanés continuent d’être accusés de « manger le pain des Français ».

Contrecoup à cette lévitation, songeons au tollé et l’immanquable accusation d’antisémitisme qu’aurait suscitée la recension de gros scandales de Bernard Madoff, le banquier escroc, à Paul Wolfowitz, du fait de son abus de position dominante à la Banque Mondiale), à l’identique scandale de Dominique Strauss Khan, son compère du FMI, (Fonds Monétaire International), à la succession de plagiat du Rabbin Gilles Berheim, de Bernard Henri Lévy, (plagiaire du botulisme), à Alain Minc, (plagiaire de Spinoza), tous démasqués dans leur infamie. Mais le relever aurait été inéluctablement combattu comme relevant d’un acte d’antisémitisme. La France, il est vrai, prohibe les statistiques ethniques, sauf pour Eric Zemmour, seul habilité en la matière à propos de la délinquance carcérale et l’académicien Alain Finkielkraut pour la composition chromatique de l’équipe de France de Footbal … « black, black, black, risée de l’Europe ».

B – Pourquoi cette différence de traitement

1ère raison : Les Musulmans (arabes et noirs) d’Europe constituent le premier groupement ethnico-religieux sédimenté hors de la matrice judéo-chrétienne et gréco-latine alors que les arabes, les musulmans et les noirs demeurent dans l’imaginaire français des « bougnoules ». Une nuance qui compte au moment où les théoriciens de l’anglo-sphère mènent un combat d’arrière-garde pour le maintien de la suprématie de la « race blanche » qui représente désormais 20 pour cent de la population du globe.

VII. LA FONCTION DE « BOUC ÉMISSAIRE IDÉAL »

Arabes, Noirs, Musulmans remplissent pleinement la fonction de bouc émissaire. Le bouc émissaire n’est pas nécessairement le responsable. C’est celui qui a vocation, sociologiquement, à être désigné responsable, même s’il ne l’est pas, sans risque pour la cohérence de la société. L’islamophobie est amplifiée par les actes émanant d’individus se réclamant de la religion musulmane, le raid du 11 septembre 2001, Mohamad Merah à Toulouse, en 2012, Hédi Nemmouche, en 2014, Ansar Eddine au Mali, de même que les décaptiayions Da’ech. L’arabophobie et l’islamophobie se substituent à la judéophobie. La stigmatisation porte désormais sur ces « Arabes qui viennent manger le pain des Français », qui « égorgent les moutons dans les baignoires ». De la même manière que la « juiverie internationale » l’était dans l’entre-deux guerres (1920-1939).

VIII. LES SPÉCIFICITÉS FRANÇAISES : LES BÉQUILLES DE LA PRÉSIDENCE

A chaque président sa béquille financière. Pour Valéry Giscard d‘Estaing (1974-1980) ce fut Jean Bedel Bokassa et ses diamants qu’il intronisera Empereur. Pour Jacques Chirac (1995-2007) pour un double mandat de 12 ans, Rafic Hariri, qui l’héberge toujours à titre posthume. Nicolas Sarkozy (2007-2O12), l’émir du Qatar – avec une petite rallonge de Kadhafi, pourtant un dictateur ? Et pour tous…. les djembés et mallettes, c’est-à-dire de l’argent prélevé sur les budgets des états africains et livrés directement sans autre forme de formalité au personnel politique français pour soutenir son train de vie. Cigares, vacances sous les tropiques avec cigares et cocktails.

La France est la seule ancienne puissance coloniale à continuer à exploiter ses anciennes colonies, cinquante ans après leur indépendance. Ni le Royaume Uni, ni l’Espagne, ni le Portugal n’ont recours à cette pratique. Mais cela ne l’empêche d’être en pointe dans la guerre pour imposer la démocratie dans le Monde arabe. Au début du grand soulèvement arabe, en janvier 2011, pas moins de cinquante personnalités de premier plan se doraient la peau à l’ombre des tropiques dictatoriaux : Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, l’ancien et le nouveau président, au Maroc, François Fillon, le premier ministre, en Égypte, Michel Alliot Marie, ministre de l’intérieur, en Tunisie… Ils n’ont rien vu venir du révolte populaire tout simplement car leur vues étaient bouchées par le regard corrosif de la corruption.

Une puissance coloniale qui continue d’exploiter ses anciennes colonies, de surcroît alliée des deux régimes les plus régressifs et répressifs du Monde arabe, l’Arabie Saoudite qui cherche à imposer par la force une démocratie à son image, alors qu’elle est secouée par d’interminables scandales depuis près de dix ans…….. La rationalité cartésienne française se déploie ainsi dans toute sa fatuité.

Un pays qui veut instaurer par la force la démocratie en Syrie, en Libye, alors qu’il a longtemps soutenu les dictatures en Afrique et du Moyen orient. Un pays qui donne quotidiennement la preuve de sa corruption au plus haut niveau de l’état, dont la posture moralisatrice est dévaluée du fait de scandales successifs qui polluent la vie publique nationale (DSK, Cahuzac, Sarkozy (abus de faiblesse), Chirac emplois fictifs, Juppé (emplois fictifs) et Fabius (sang contaminé)… ce pays là est-il encore un exemple ? Le sujet se prête d’autant plus que les affaires DSK, Cahuzac, Karachi, Bettencourt, ont démontré l’inanité du discours moralisateur de la France et son besoin irrépressible de se donner en exemple au reste du Monde.

Pour aller plus loin : 
http://www.renenaba.com/de-laccusation-dantisemitisme-comme-arme-de-dissuasion/

L’erreur magistrale de la France a été d’avoir confié à l’Islam Wahhabite, (dans la foulée de l’usage de l’arme de pétrole en 1973), la gestion de l’Islam domestique français dans le but de détourner la jeunesse arabo musulmane des luttes syndicales revendicatives pour les confiner à leur retour aux sources de l’Islam, supposé être géré par un pays allié l’Arabie saoudite, dont l’agenda, l’agenda wahhabite, est radicalement différent de l’agenda français. Si la jeunesse avait participé aux luttes revendicatives, elle aurait mieux assurée son intégration, dans une communauté de lutte avec les Français, non dans un repli frileux sur leur bunker péri-urbain et les dirigeants de la revendication française auraient été contraints d’intégrer le péril jeune beur dans leurs paramètres, par un discours adapté, hors de toute démagogie et populisme.

IX. L’EUROPE FACE AU DÉFI DU VIEILLISSEMENT DE SA POPULATION

Dans l’Union Européenne, à partir de 2015, l’évolution démographique de l’ensemble de l’Union européenne sera négative et l’immigration sera alors le seul moteur démographique positif tant il est vrai que le premier facteur de décroissance est la baisse de la population et le premier motif de croissance un marché du travail actif. La France se désindustrialise et doit répondre au défi du vieillissement de sa population. Faute d’avoir suffisamment anticipé ces évolutions démographiques et économiques majeures, la France ne pourra pas répondre à la demande massive de main d’œuvre qualifiée.
À titre indicatif, les États-Unis forment 137.000 ingénieurs par an, la Chine 350.000, l’Inde 112.000, enfin, la France seulement 28.000. Alors, la France voudra-t-elle s’offrir le visage ridé de ses abus, de ses imprévoyances et de sa frilosité ou s’ouvrir au grand large ?

X. DE LA DÉRISION, COMME ARME CORROSIVE

Songeons à ce texte pastiche et au sort funeste de son auteur:

«Je considère que tout Arabe de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide au Monde arabe. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Arabes prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction du Monde arabe».

Déclaration sur « Monde Arabe 1″, en 2002, reprise par le Magazine «Que la vie est belle pour les Arabes en France», le 11 avril 2222 sous le titre «Trop Proche-Orient». Ah quel tollé en perspective.

Avec en mise en perspective cette déclaration savoureuse de DSK, la déliquescence et non la quitessence du socialisme : «Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël». Déclaration sur «Europe 1», en 1991, reprise par le Magazine «La vie en France », le 11 avril 2002 sous le titre «Trop Proche-Orient».

La France ne saurait être le dépotoir de l’Europe, mais ni les Arabes, pas plus que les Africains ne sauraient être l’exutoire à tous les maux de la société française. Le multiculturalisme est une richesse en ce que le refoulement de la culture d’origine constitue une amputation de richesses.

René Naba

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Dans l’histoire du Canada, la GRC (Gendarmerie royale du canada) a pu formé un département de la sécurité intérieure sans la nécessité d’une législation.

Ce programme, INSET (National Security Enforcement Team), équipes intégrées de la sécurité nationale, a été utilisé contre les mouvements sociaux à travers tout le Canada.

Le programme, appelé PROFUNC, visait à assurer une surveillance continuelle de milliers de militants de gauche et leur détention dans des camps d’internement, sans accusation et sans limite de temps. Officiellement, il n’a été démantelé qu’en 1984, lorsque la GRC a été scindée en deux pour créer le SCRS.(iciradiocanada.ca)

Copyright Concordia University TV (CUTV), 2014

 

Mis en ligne par William Ray/CUTV le 8 juin 2014: http://youtu.be/kIjJgALGiKs

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Le massacre comme forme de domination

octobre 31st, 2014 by Raúl Zibechi

En recevant le Prix Tata Vasco 2014, remis par l’Université ibéroaméricaine de Puebla à l’association Fudem (Forces Unies pour Nos Disparus au Mexique), un des rares hommes du groupe de 25 parents participant à la cérémonie a crié : « Ceci est une guerre ». La douleur inimaginable des parents les force à regarder en face et sans détours la réalité qu’ils subissent.

Il y a en effet une guerre contre les peuples. Une guerre coloniale pour s’approprier les biens communs, ce qui implique l’anéantissement de ces parties de l’humanité qui font obstacle au vol de ces biens, que ce soit parce qu’ils vivent au-dessus de ceux-ci, parce qu’ils résistent à la spoliation ou, simplement, parce qu’ils sont en trop, au sens le plus cru : on n’a pas besoin d’eux pour accumuler des  richesses.

Une guerre coloniale, en outre, par le type de violence utilisée. On ne se contente pas d’assassiner. On décapite et on démembre pour disperser les lambeaux de corps au vu et au su de la population, pour faire un exemple et lancer un avertissement. Pour instiller la peur. Pour paralyser, pour empêcher toute réaction, en particulier les actions collectives.
Cette technique n’est pas nouvelle. Elle a été utilisée par la Couronne espagnole pour anéantir les luttes indigènes. C’est là que les nouveaux colonisateurs l’ont apprise. Túpac Amaru fut écartelé vivant devant la foule réunie sur la place d’armes de Cusco.
Amaru fut contraint à être témoin de la torture et de l’assassinat de ses deux fils aînés et de son épouse, en plus d’autres parents et amis. Avant de mourir ils furent torturés, on leur coupa la langue, tout un symbole de ce qui gênait réellement les conquistadors. Le fils cadet, âgé de seulement 10 ans, fut obligé d’être témoin de la torture et de la mort de toute sa famille, pour être ensuite être déporté en Afrique.
La tête d’Amaru fut fichée dans une lance exhibée à  Cusco puis à Tinta, ses bras et jambes furent envoyés dans des villes et des villages pour donner une leçon à ses partisans. Túpac Katari et ses affiliés subirent plus ou moins les mêmes tortures et leurs restes furent aussi dispersés sur le territoire de la Bolivie d’aujourd’hui. La cruauté des nouveaux conquistadors n’est pas nouvelle. Avant il s’agissait de s’emparer de l’or et de l’argent ; aujourd’hui  ce sont les mines à ciel ouvert, les monocultures et les centrales hydroélectriques. Mais au fond, il s’agit de maintenir ceux d’en bas dans le silence, la soumission et le calme.
La généalogie du massacre est ce qui différencie notre histoire de l’histoire européenne. Ici les formes de disciplination n’ont été ni le panoptique*, ni le satanic mill, « l’usine du diable » de la Révolution Industrielle et de l’exploitation capitaliste, dépeinte par le poète William Blake et analysée avec rigueur par Karl Polanyi. L’enclosure des champs à partir du XVIème siècle en Angleterre, une révolution des riches contre les pauvres, est analysée comme la liquidation des droits et usages anciens par les seigneurs et les nobles, « en utilisant dans certains cas la violence et presque toujours les pressions et l’intimidation » (Karl Polanyi, La Grande transformation: Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, 2009).
Ici la violence a été, et est, la norme, la manière d’éliminer les rebelles (comme à Santa Maria de Iquique, au Chili, en 1907, quand 3 600 mineurs en grève furent massacrés). C’est la manière de signifier à ceux d’en bas qu’ils ne doivent pas bouger de la place qui leur a été assignée. Ici nous avons eu, et nous avons, l’esclavage, rien qui ressemble au statut de  travailleur libre  qui a permis au capitalisme européen de se développer après avoir volé les terres aux paysans.

Il faut noter que dans les guerres d’indépendance entre Créoles et Espagnols, les insurgés fait prisonniers par les royalistes ne furent pas torturés. Miguel Hidalgo et José Marie Morelos, pour mentionner des rebelles créoles éminents, furent jugés et ensuite fusillés, comme c’était l’usage à l’époque pour les prisonniers de guerre. Seule la couleur de peau explique le traitement différent auquel eurent doit Túpac Katari et Túpac Amaru, comme tous les Indiens, Noirs et métis de notre Amérique.

 Ce n’est pas que de l’histoire. Dans le Brésil démocratique, l’organisation Mères de Mai comptabilise, entre 1990 et 2012, 25 massacres, tous de  noirs et de métis, comme celui qui est à l’origine de leur activisme  : en mai 2006, dans le contexte de la répression contre le Premier Commando de la Capitale de Sao Paulo (des narcos organisés à partir les prisons), 498 jeunes pauvres,  des garçons entre 15 et 25 ans, ont été assassinés par la police, entre 10 heures du soir  et 3 heures du matin.
Le narco est l’excuse. Mais le narco n’existe pas. Ce sont les affaires qui font partie des modes d’accumulation/vol de la classe dominante. Nous ne sommes pas face à des bavures policières épisodiques, mais face à un modèle de domination qui fait du massacre la manière de terroriser les classes populaires pour qu’elles ne sortent pas de la partition écrite par ceux d’en haut, et qu’ils appellent démocratie : voter une fois tous les cinq ou six ans et se laisser voler/assassiner le reste du temps.
Le pire que nous puissions faire est de ne pas regarder la réalité en face, de faire comme si la guerre n’existait pas, parce qu’ils ne nous ont pas encore frappés, parce que nous sommes encore en vie. Cela vise tous et toutes. Il est certain qu’il y a une partie qui peut s’exprimer librement encore, manifester même, sans être anéantie. À condition toutefois de ne pas sortir de la partition, de  ne pas remettre en question le modèle. En y regardant de près, ceux que d’entre nous qui peuvent manifester à visage découvert, sont un peu comme les Créoles des guerres d’indépendance, ceux qui peuvent espérer une mort digne, comme Hidalgo et Morelos.
Mais la question est ailleurs. Si nous voulons vraiment que le monde change, et non utiliser la résistance de ceux d’en bas pour grimper au sommet, comme l’ont fait les Créoles dans les mouvements républicains, nous ne pouvons pas nous contenter de maquiller ce qui existe. Il s’agit de prendre d’autres chemins.
Peut-être qu’ un bon commencement serait de suivre les pas des disciples d’Amaru et de Katari. Reconstruire les corps dépecés pour reprendre le chemin, là où le combat a été interrompu. C’est un moment inspiré : regarder l’horreur en face, travailler la douleur et la peur, avancer en se tenant par la main, pour que les larmes ne nous voilent pas la vision du chemin.

Raúl Zibechi

Article original : Source: http://www.jornada.unam.mx/2014/10/31/opinion/023a1pol, le 30 novembre 2014

Traduction : Fausto Giudice, Tlaxcala

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=13932


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Si elles étaient vivantes aujourd’hui, elles auraient passé la quarantaine. 14 d’entre elles ne sont plus là et il faut une solidarité féminine à toute épreuve pour les garder vivantes dans notre mémoire. Les récents événements nous forcent encore une fois à nous questionner sur la rapidité avec laquelle les autorités, les analystes de comportements tout autant que les journalistes ont toujours eu tendance à désigner la rage des attaquants en parlant de « folie ». Il m’arrive de me dire que la folie a le dos large et que ça simplifie le travail de tout le monde de parler de folie plutôt que de chercher la véritable raison de ces dérives qui mènent au crime.

Bien sûr, on a eu raison de souligner le drame vécu par les deux militaires qui ont perdu la vie il y a quelques jours et le vide laissé dans leur famille respective. C’est tellement injuste. Se faire tuer parce qu’on se trouve sur la route d’un enragé qui fonce sur tout ce qui bouge, c’est insensé. C’est tout aussi insensé, pour une jeune femme, de mourir à 23 ans, à coups de barre de fer, dans un parc de Longueuil en rentrant chez elle tranquillement à bicyclette.

Dans le traitement de l’information, on devrait se demander si les meurtres de femmes n’ont pas tendance à être traités comme de la « nouvelle ordinaire » sur laquelle on ne sent pas le besoin d’insister outre mesure. La violence faite aux femmes n’a jamais figuré tout en haut d’un bulletin d’information probablement parce qu’elle met le plus souvent en cause un homme et qu’il faudrait bien finir par dire que la violence des hommes a assez duré, ce que d’autres hommes hésitent à affirmer, même ceux qui s’affichent contre la violence en général et même ceux qui se disent féministes.

Un autre exemple serait l’assassinat probable d’un nombre incroyable de femmes amérindiennes, assassinats pour lesquels on n’a même pas senti l’obligation de faire une véritable enquête, pourtant réclamée à hauts cris par les femmes amérindiennes elles-mêmes. Ça permet de mesurer l’importance que nos sociétés accordent aux meurtres et aux disparitions de femmes. On préfère un silence de plomb à la recherche des coupables.

Après les meurtres de Polytechnique, les compagnes de celles qui y ont laissé leur vie se sont serré les coudes et ont décidé de mener à terme une revendication qui exigeait du gouvernement fédéral la mise sur pied d’un registre des armes à feu afin d’arriver à limiter la possession des armes dangereuses par des « excités de la mitraille ». Il leur a fallu du temps, de la patience et de l’entêtement pour arriver à convaincre nos élus d’accoucher d’un registre qui allait s’avérer utile, mais très coûteux. Coûteux probablement parce que les sommes investies dans la réalisation de ce projet ne sont pas toutes allées dans les bonnes poches. On sait depuis la commission Charbonneau comment des sommes astronomiques prennent des directions parfois étonnantes.

Stephen Harper, sensible au lobby des propriétaires d’armes à feu, a mis fin au registre en question. Bang ! Un seul coup de feu. Droit au coeur des femmes du Québec.

Elles se sont tournées vers le gouvernement du Québec, espérant qu’il aurait la bonne idée de récupérer les données québécoises que nous avions payées et qui nous appartenaient. La demande du Québec a été mal reçue par Ottawa et la décision finale est entre les mains de la Cour suprême du Canada où le Québec, maintenant celui de Philippe Couillard, défend du bout des lèvres la sauvegarde du fameux registre québécois. M. Couillard n’a même pas eu le courage de dire qu’il y tenait et le défendrait bec et ongles. Pas plus qu’il n’a eu le courage de parler des droits de la personne durant son séjour en Chine. Ce qui fera l’affaire des hommes d’affaires chinois, mais qui n’aidera en rien le peuple chinois qui souffre.

J’ai souvent répété que la violence des hommes ne peut être réglée que par les hommes eux-mêmes, entre eux. Qu’ils en parlent, qu’ils cherchent les raisons qui font en sorte que les femmes de leur vie ont peur d’eux et qu’une femme de mon âge a vécu toute sa vie à travers les guerres du monde entier. J’ai connu des Québécois qui étaient revenus de celle de 1914 tellement « gazés » qu’ils ne réalisaient plus rien de ce qui se passait autour d’eux. J’en ai connu qui sont partis en 1939, puis en Corée et toutes les guerres qui ont suivi et qui sont en cours encore maintenant. Les femmes n’arriveront jamais à régler la violence des hommes.

Elles ne doivent cependant pas se laisser détourner de leur objectif d’autonomie, de réalisation personnelle et du sens des valeurs qui leur sont chères. Elles doivent transmettre à leurs enfants, garçons comme filles, le respect des autres humains et l’espoir d’un monde meilleur où on cessera de s’entre-tuer pour toutes sortes de mauvaises raisons.

Lise Payette

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La guerre, c’est la paix

octobre 31st, 2014 by Olivier Roy

L’Association des juristes progressistes tient à dénoncer avec force les restrictions annoncées des droits et libertés au Canada. Le 23 octobre dernier, Stephen Harper s’adressait à la Chambre des communes le lendemain de l’irruption d’un homme armé à l’intérieur de l’édifice du parlement. Le premier ministre affirmait que, malgré cet événement, les parlementaires ne céderaient pas à la peur. Du même souffle, il soutenait que le projet de loi annoncé quelques semaines auparavant devant modifier la Loi sur le service canadien du renseignement de sécurité suivrait un processus accéléré d’adoption.

L’odeur de poudre ne s’était pas encore dissipée dans les corridors du parlement que les conservateurs instrumentalisaient l’événement. Une nouvelle victime était brandie pour valider l’idéologie conservatrice en matière de politique étrangère et pour justifier des mesures répressives à venir.

Or, le terrorisme, ce n’est pas l’action de tuer, quand bien même le tueur se réclame d’une idéologie, quand bien même il tue au parlement. Un geste devient terroriste par le traitement médiatique et politique qu’on en fait. D’où l’insistance de la GRC : l’auteur de la fusillade avait des motifs idéologiques et politiques. À cet égard, nous ne saurions mieux dire que Guy Debord : « Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. »

Depuis ces deux meurtres, que l’on qualifia d’actes de terrorisme, nous assistons à une surenchère de propositions destinées à augmenter les moyens répressifs et discrétionnaires de l’État en matière de détention préventive, d’arrestation et de surveillance. Le ministre de la Sécurité publique a réitéré son intention d’augmenter les pouvoirs du Service canadien de renseignement et de sécurité (SCRS). L’Association des juristes progressistes dénonce la fabrication de la peur et son utilisation pour restreindre les droits et libertés de l’ensemble de la population au nom de la prévention d’actes isolés et imprévisibles.

Il n’est pas surprenant d’entendre Harper parler de « société libre, démocratique et sécuritaire ». Il importe cependant de souligner l’oxymoron : l’accroissement de l’appareil répressif de l’État se fait toujours au détriment de la liberté et de la démocratie. La soumission de la liberté à la sécurité conduit à des dérives autoritaires et porte atteinte aux fondements de la démocratie. C’est d’ailleurs une des idées maîtresses qui sous-tend la Déclaration universelle des droits de l’Homme et la Charte canadienne des droits et libertés.

L’AJP s’inquiète de l’augmentation des moyens répressifs de l’État, lesquels permettent un contrôle accru de la population en général et, plus particulièrement, facilitent la répression des groupes dissidents, quels qu’ils soient. L’AJP dénonce l’instrumentalisation de meurtres à des fins politiques et sécuritaires. Les libertés individuelles protégées par la Constitution sont les gardiennes de la liberté collective. Nourrir la terreur pour amenuiser ces libertés restera toujours une lâcheté antidémocratique.

Olivier Roy

Olivier Roy :  Association des juristes progressistes

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Les centres de femmes du Québec seront en action, le 31 octobre prochain, pour proposer #10milliards de solutions fiscales contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard, dans le cadre de la grande mobilisationL’austérité, une histoire d’horreur, organisée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.

Mobilisations nationale et régionales

Vêtues de leur cape turquoise, les femmes des centres des régions de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Capitale-Nationale, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches, de Laval, de Lanaudière, des Laurentides, de la Mauricie, de la Montérégie, de Montréal et du Nord-du-Québec convergeront vers Montréal pour prendre part à la manifestation nationale.

Quant à elles, les militantes capées de bleu de la région de Gaspésie/Île-de-la-Madeleine rejoindront celles de la région du Bas-St-Laurent à Rimouski, le 31 octobre prochain, pour une grosse mobilisation interrégionale et multisectorielle. Celles de la région du Saguenay-Lac-St-Jean se rendront à Jonquière.

Celles de l’Estrie, à Sherbrooke. Dans la région de la Côte-Nord, les centres de femmes produiront un film vindicatif en soutien à la lutte nationale et participeront à une action multisectorielle à Baie-Comeau. Puis en Outaouais, elles participeront à des actions régionales tout au long de la semaine.

Non au corset libéral

Les conséquences de l’austérité se feront sentir davantage par les femmes que par les hommes puisqu’elles sont déjà plus pauvres que ces derniers. Les femmes œuvrent majoritairement dans les secteurs de services et seront donc gravement affectées par les coupures en santé, en services sociaux et en éducation. Elles occupent 70% des emplois à temps partiel et plus de 60% des emplois au salaire minimum. Elles vivent plus longtemps que les hommes et elles se retrouvent sans sécurité financière à la retraite puisqu’elles ont occupé des emplois moins bien payés et souvent sans avantages sociaux. La diminution du soutien de l’État dans l’attribution de soins et de services sociaux se traduira par une augmentation du travail invisible des femmes. Janelle LeBlanc, porte-parole de L’R, explique que « les centres de femmes craignent grandement un retour en arrière! Les politiques d’austérité renvoient les femmes à des rôles féminins traditionnels, ce qui accroît les inégalités hommes-femmes ».

Oui à la justice sociale

Les membres de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics ont élaboré conjointement quelques18 solutions fiscales. L’instauration de ces solutions permettrait à l’État québécois d’augmenter ses revenus annuels de 9 538 M $. Cette somme suffirait largement pour maintenir les services publics qui favorisent l’atteinte de l’égalité entre toutes et tous et permettrait même d’en envisager d’autres.

Si l’État préfère couper dans les outils collectifs que les Québécoises et les Québécois ont construits depuis des décennies, c’est parce qu’il refuse de voir les solutions qui sont profitables pour la majorité et pour l’égalité de fait. Madame LeBlanc, porte-parole de L’R, résume cette logique féministe avec la force de l’image : « Avec 10 milliards de solutions, nous remettrons nos pantalons! »

J’ai pas mal de difficulté à ressentir quelque empathie avec le Premier ministre Harper. Mais quand j’ai vu hier sa déprimante image au téléphone, au sortir de son confinement dans un endroit sous clé de la Chambre des Communes, j’ai senti en lui une vulnérabilité qu’il ne montre que rarement. Harper, comme ses camarades députés, comme les employés parlementaires, les médias, les visiteurs et les enfants dans la garderie du sous-sol, s’était en effet barricadé derrière des portes closes, sans aucun doute traumatisé par l’entrée d’un tireur au Parlement. Chacun, cible potentielle, ne savait après qui il en avait. Pour une demi-journée, tout ce monde enfermé a ressenti peur, désespoir, tristesse et fragile sens de mortalité, sentiments que la population en Irak et en Syrie ont expérimentés tous les jours pendant au moins une décennie et qu’ils expérimenteront avec un degré supplémentaire sous les bombes des CF-18 canadiens.

C’est le genre de traumatisme qu’on ne souhaite à personne, et j’espère que tous ceux qui en ont été affectés recevront des conseils pour affronter le Trouble de Stress Post-Traumatique ainsi que sa cure thérapeutique nécessaire, du genre dont nos vétérans militaires se voient trop souvent privés quand ils reviennent de mission. Du genre dont la population afghane a souffert pendant 13 ans de bombardements canadiens (un milliard de balles canadiennes!), de raids nocturnes, de transferts vers la torture sans compter des quotidiens traitements indignes que procure une occupation militaire. Bref ces Parlementaires avec le pouvoir de déclarer la guerre – et d’envoyer quelqu’un d’autre la faire à leur place – ont ressenti, d’une façon relativement restreinte, ce que des millions ressentent, dans les peuples soumis à une guerre quotidienne. L’image de John Baird ou de Jason Kenney recroquevillés dans un bureau barricadé a dû présenter un contraste saisissant avec la manière crâneuse et macho avec laquelle ces hommes ont incité à déclarer la guerre à l’Armée Islamique et à raviver les flammes de la peur et de la haine face aux musulmans.

Une violence inopinée?

Rendons grâces que la plupart des otages de la violence d’hier au Parlement aient pu retourner à leur chaude maison avec douches, accès ininterrompu à l’électricité, réfrigérateur plein et la conscience que l’horreur vécue avait peu de chances de se répéter demain, ni quatre ou cinq fois dans le mois suivant, ni périodiquement pour le reste de leurs vies. Mais si c’était arrivé en Iraq, cette sécurité relative ne serait nullement garantie, en partie à cause du rôle du Canada qui a contribué à détruire l’économie, l’électricité et l’accès à l’eau potable et à un système de santé de cette nation, d’abord par un bombardement intensif en 1991, par une mise en place de sanctions brutales qui ont tué un million d’Iraquiens et par la participation canadienne à l’invasion de 2003 à l’aide (!) d’armes, d’équipements électroniques et techniques, de personnel de marine, de troupes alliées et de militaires de haut-rang. N’est-ce pas des prisonniers torturés en Iraq qu’ont émergé plusieurs chefs de l’Armée Islamique?

Le meurtre tragique d’un jeune réserviste canadien et la fusillade au Parlement en ont choqué plusieurs comme un événement soudain et inattendu. De même, sur une base quotidienne dans les zones tribales du Pakistan et d’Afghanistan, au Yémen et en Somalie, des enfants à l’école, des célébrants de mariages et d’autres individus et familles ont été soudainement tués, victimes d’un missile Hellfire expédié d’un drone opéré à distance et équipé probablement d’une caméra ciblante construite au Canada, gracieuseté de Wescam L-3 à Burlington en Ontario.

Ce que les médias décrivent comme le 9/11 du Canada rappelle les commentaires d’il y a un demi-siècle par le grand Malcolm X, selon qui l’assassinat du président Kennedy était un cas de « poulets revenant à la maison pour être rôtis », le résultat d’un « climat de haine» nourri par l’establishment corporatif renversant régulièrement des gouvernements et assassinant (ou complotant en vue d’assassiner) un assortiment de chefs d’état, de Patrice Lumumba à Fidel Castro. À l’époque, on a diffamé Malcolm X pour avoir dit la vérité, une vérité que les Américains n’étaient pas préparés à accepter, tout comme beaucoup de Canadiens aujourd’hui.

En effet, combien de Canadiens à la lecture de ce dernier paragraphe reculeront en se disant « ce sont eux, pas nous »? Et pourtant le son horrible des détonations au Parlement a dû sembler une pâle copie des premiers moments du renversement (appuyé par le Canada) du gouvernement chilien élu de Salvador Allende en 1973, un des nombreux renversements auxquels le Canada a prêté main forte (dont ceux plus récents au Honduras, en Égypte et en Haïti, etc.). Une journaliste canadienne s’est étouffée devant l’incongruité de devoir être escortée par un commando SWAT dans les couloirs du parlement où elle travaille, alors que ses collègues de tant de pays y sont obligés chaque jour par nos politiques étrangères canadiennes.

Mais plutôt que de considérer les tragiques événements d’hier comme un signal de réveil nous forçant à réexaminer le rôle négatif du Canada sur la scène mondiale et l’inévitable « climat de haine » auquel nous contribuons, nous voilà embarqués sur l’Express Platitude, enclenché dès les premières minutes après le sifflement des premières balles.

L’Express Platitude

Les incessantes références à la « perte d’innocence » ou les répétitions que « les choses ne seront plus jamais les mêmes » (spécialement dans « les halls sacro-saints » du Parlement), on assiste à la valorisation mythique d’une machine d’amour-propre en plein délire. Ce climat n’augure rien de bon. Les événements d’hier seront utilisés comme tremplins vers une plus grande militarisation de la culture nationale et une justification de guerres sans fin contre l’AI ou l’ASIL ou tout autre ennemi-du-jour adéquat. Cela nous mènera à de continuelles augmentations du budget militaire, en dépit du fait que le Département de la Guerre devait faire face à 2 milliards de $ de coupures. Les guerres en Ukraine et en Irak – dont les coûts sont gardés secrets sans trop de protestations – vont aisément en représenter le double. Les événements d’hier vont être utilisés pour attaquer quiconque questionne le rôle du Canada en des guerres présentes et passées.

De nouvelles lois répressives 

Les événements d’hier auront probablement un impact réfrigérant sur des Parlementaires ayant vécu un traumatisme commun. Mercredi était censé représenter l’opportunité pour le gouvernement Harper de déclencher une nouvelle ronde de mesures législatives pour donner au SCRS et à la Gendarmerie Royale du Canada la “liberté” d’échanger des informations avec des bourreaux, de téléguider des surveillants à l’étranger, de participer à des programmes suspicieux et d’échapper à toute poursuite et questionnement par des cours martiales ou publiques, vu la création d’une classe privilégiée d’agents et informateurs. Car après une telle journée, quel chef d’opposition voudra présenter une image premièreministrable qui refuserait un tel agenda? Les Conservateurs vont sans aucun doute entonner le refrain familier « soit vous êtes avec, soit vous êtes contre les terroristes! »

Les impacts immédiats les plus sévères seront ressentis dans certaines communautés ciblées par le profilage racial ou religieux. Tandis que les soldats canadiens ont reçu l’ordre de rester à l’intérieur ou de ne pas se présenter en uniforme en public, des individus de communautés sud-asiatiques ou moyen-orientales, et toute personne musulmane ou perçue musulmane, y penseront à deux fois avant de se montrer en public. Ces communautés vont faire l’objet d’exigences, de la part des médias et de « leaders de ces communautés », à expulser de leurs rangs les personnes radicalisées, à signaler les comportements « suspicieux » (non-définis) et à dénoncer leurs voisins au SCRS et à la police montée. Ces gens vont avoir davantage de difficulté à voyager et expérimenteront au premier chef le Programme de Protection des Passagers (avec des listes secrètes d’interdiction de vol). Notamment parce qu’avant de savoir grand-chose à propos du tireur, les médias ont vite affirmé que même s’il était canadien, il était d’héritage maghrébin et récemment converti à l’Islam. Ces facteurs, sans doute sans grand rapport avec sa souffrance personnelle, font partie du discours quotidien anti-terreur qui ne réfléchit jamais aux conséquences.

Interrogations légitimes à venir

Mon collègue Glenn Greenwald a résumé les faits (voirici.) en posant la question pourquoi le Canada, une nation en guerre depuis treize ans et plus, ressent un tel état de choc à l’idée que quelqu’un puisse (même de façon injustifiée) réagir agressivement. Mais tels des citoyens d’un pays capable d’infliger des guerres sans jamais en avoir souffert au même titre que la Russie, la France et surtout la Syrie et l’Irak, nous nous sommes crus à l’abri des conséquences de nos actions, émoustillés par une mythologie nous faisant porter fièrement le drapeau canadien sur nos packsacs lors de nos voyages en Europe.

À la fin de la journée d’hier, Harper s’est adressé à la nation, son discours inchangé du ton belliqueux emprunté la semaine précédente pour entrer dans la gorge des Parlementaires un vote pour endosser les bombardements en Irak et en Syrie : « le Canada ne sera jamais intimidé… redoubler nos efforts… sauvagerie… terroristes… pas de port de salut ».

Après cette longue journée concentrée de douloureux événements dans la capitale nationale, je m’interroge si cette expérience directe de peur et de traumatisme nous forcera à réexaminer notre propension à la violence comme prétendue solution aux conflits. Hier ne devrait-il pas donner l’occasion de réfléchir à nos propres contributions insidieuses au climat de haine et à nous désengager de notre culture de plus en plus militarisée?

Matthew Behrens

23 octobre 2014, publié sur Rabble.ca et traduit par Pierre Jasmin

Version française : http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=5582

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Précisons d’entrée de jeu qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune indication que l’accident survenu à l’aéroport Vnoukovo de Moscou et qui a coûté la vie au PDG de Total, Christophe de Margerie, et aux trois membres de l’équipage de l’avion privé qui devait le ramener à Paris, pourrait cacher un attentat.

L’Affaire Mattei

Cependant, les liens personnels du dirigeant de la pétrolière française avec Vladimir Poutine, ses positions sur l’utilisation du dollar US comme référence dans les transactions sur le pétrole, et le contexte géopolitique actuel, nous forcent à faire un rapprochement avec la disparition dans des circonstances similaires d’un autre acteur important de l’industrie pétrolière il y aura exactement 52 ans dans quelques jours, Enrico Mattei, alors PDG de l’Ente Nazionale Idrocarburi, l’ENI, une société d’État italienne.

Rappelons les faits.

Le soir du 27 octobre 1962, en pleine tempête, l’avion privé qui le ramène de Catane, en Sicile, à Milan, s’écrase à la suite d’une déflagration dans un petit village de Lombardie quelques minutes avant l’heure prévue pour son arrivée. Selon les conclusions cumulatives de plusieurs enquêtes dont la dernière remonte au milieu des années 1990, l’ouverture du train d’atterrissage de l’appareil a déclenché le détonateur d’un engin explosif placé subrepticement à bord avant le décollage.

Héros de la résistance antifasciste italienne pendant la Deuxième Guerre mondiale, il s’était vu confier par le gouvernement dès la fin de celle-ci, la responsabilité de démanteler l’Azienda Generale Italiana Petroli (Agip), la pétrolière nationale créée sous Mussolini.

Découvrant son potentiel, il s’appliquera plutôt à restructurer l’entreprise et la transformer en l’un des atouts économiques les plus importants du pays. En 1949, la découverte d’un important champ pétrolier et gazier dans la vallée du Pô, le fleuve qui traverse le nord du pays, l’amène à déclarer que l’Italie pourrait devenir autosuffisante en matière d’énergie.

Profitant d’une très bonne couverture de la presse italienne, il suggère que le pays, à cette époque encore durement touché par les répercussions de la guerre, va enfin connaître la prospérité. Jouissant d’un statut juridique hybride qui lui permet d’être cotée en bourse bien qu’elle appartienne à l’État, Agip voit son titre grimper en flèche, et l’entreprise devient très rapidement l’une des plus solides et des plus importantes du pays.

Mais Mattei a pris quelques libertés avec la réalité. Le territoire de Cortemaggiore, dans la vallée du Pô, renferme en fait une certaine quantité de gaz et seulement un peu de pétrole. Assez cependant pour en justifier l’exploitation commerciale.

La stratégie de Mattei est d’utiliser le gaz naturel pour alimenter le développement d’une industrie nationale dans le nord du pays. Elle sera couronnée de succès, au point d’être à l’origine de ce qu’on qualifiera de « miracle économique italien ». Mattei réinvestit les importants profits que génère les ventes de gaz naturel dans l’exploration, le développement, la production et la commercialisation du pétrole et du gaz, et dans le développement d’un réseau de gazoducs.

Avec l’obtention de l’exclusivité des droits pour l’exploration et la production de gaz et de pétrole sur le territoire national, Agip parvient à maintenir ses profits à un niveau élevé, ce qui déclenche rapidement les convoitises du secteur privé. Mais elle jouit du soutien de la gauche, influente à cette époque.

N’hésitant pas à soudoyer les politiciens au besoin, Mattei propulse Agip dans dans tous les secteurs économiques, et notamment la presse dont il a découvert la puissance. Agip devient ainsi propriétaire de plusieurs journaux et de deux agences de presse. En 1953, le parlement italien adopte une loi créant l’ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) et y incorpore Agip. Mattei est nommé PDG, et l’ENI devient sa chose.

Il commence alors à s’intéresser au marché international du pétrole. Vu le statut de son entreprise comme société d’État, il doit obtenir le soutien des milieux politiques, ce qu’il fait en exploitant la sympathie de l’opinion publique à son endroit. Habile communicateur, il sait trouver les mots qui font image. C’est à lui que l’on doit la paternité de l’expression « Les sept soeurs » pour personnifier les géants mondiaux du pétrole de l’époque. Le journaliste et auteur britannique Anthony Sampson reprendra cette image dans le best-seller mondial qu’il leur consacrera en 1975 pour décrire le cartel qu’elles sont parvenues à former.

Pour briser l’oligopole des Sept Sœurs, Mattei va conclure des ententes avec les pays les plus pauvres du Moyen-Orient et ceux de l’Europe de l’Est, alors sous la domination de l’Union Soviétique. En 1959, il se rend à Moscou, où il négocie avec les Russes un accord d’exportation de pétrole vers l’Italie en pleine Guerre froide, contre les protestations de l’OTAN et des États-Unis.

Il soutient également des mouvements indépendantistes contre les pouvoirs coloniaux, ce qui permettra à l’ENI de tirer parti de la rancœur des premiers contre les seconds dans des pays nouvellement indépendants comme l’Algérie. À ses détracteurs qui l’accusent de faire le jeu des communistes et de rendre l’Italie dépendante des exportations soviétiques, Mattei rétorque qu’il s’approvisionne auprès des fournisseurs qui lui offrent les meilleurs prix.

Mattei conclura ainsi des accords avec la Tunisie et le Maroc, à qui il a offert un partenariat à 50/50 pour l’extraction du pétrole. Ces accords avantageux pour des pays pauvres se distinguent fortement des concessions normalement proposées par les grandes compagnies pétrolières. À l’Iran et à l’Égypte, il propose en plus de prendre entièrement à la charge de l’ENI le risque de l’exploration. En l’absence de découvertes, ils n’auront pas un sou à débourser. Dès la fin des années 1950, l’ENI est déjà en mesure de concurrencer des géants comme Esso ou Shell, et pousse l’outrecuidance jusqu’à financer le FLN (Front de libération nationale) algérien contre l’État français alors en pleine guerre contre lui.

En 1960, après avoir conclu un accord avec l’Union Soviétique et pendant qu’il en négocie un autre avec la Chine de Mao-Tsé-Toung, Mattei annonce aux médias la fin du monopole américain sur le pétrole. Les premières réactions sont conciliantes, et l’ENI est invitée à prendre part au partage des zones de prospection dans le Sahara.

Mais, tenu par ses engagements envers les nationalistes algériens, Mattei fait de l’indépendance de l’Algérie une condition sine qua non de son acceptation. Il devient alors une cible de l’OAS, l’organisation terroriste française d’extrême-droite opposée à l’indépendance de l’Algérie, qui le menace même de mort.

Du côté américain, la moutarde commence singulièrement à monter au nez du Secrétariat d’État, du Pentagone et de la CIA, sans parler du lobby pétrolier qui s’agite en coulisses. Déjà en 1958, un rapport classé du National Security Council le décrivait comme un dangereux gêneur. Il faut trouver le moyen de l’amener à la raison. Des pressions intenses sont exercées par l’entremise de l’inoxydable Giulio Andreotti, figure emblématique du Parti de la Démocratie-Chrétienne. Ne lui a-t-il pas facilité sa montée en puissance dans les divers postes ministériels d’importance qu’il a occupés entre 1954 et 1962 (Intérieur, Finances, Trésor, Défense) ? Convaincu de la justesse de ses positions et de la noblesse de sa cause, Mattei ne recule pas. Pire, il en rajoute.

Son décès dans des circonstances aussi dramatiques cause un électro-choc en Italie, et une enquête est ouverte pour conclure rapidement à un accident. Mais le doute subsiste et des enquêtes ultérieures iront même jusqu’à mettre en cause le ministre Andreotti. Il faut dire que pendant la durée de son mandat à l’ENI, Mattei s’est fait des ennemis très puissants. Les Américains, l’OAS, et même la mafia, aux magouilles de laquelle il a refusé de se prêter. .

Philippe Thyraud de Vosjoli, un ancien agent des services français de renseignement, déclarera que les services secrets français étaient à l’origine de l’attentat, pour empêcher que l’ENI ne supplante les intérêts pétroliers français en Algérie. Mais Thyraud de Vosjoli est peu crédible. Il s’est lié d’amitié avec James Angleton, un dirigeant légendaire de la CIA, alors qu’il était détaché à Washington par le contre-espionnage français de 1951 à 1963, et il est devenu un auxiliaire de la CIA. Rappelé à Paris en 1963, il préfèrera démissionner et s’installer aux États-Uni, ce qui en dit long sur l’évolution de ses loyautés.

C’est toute cette histoire qui est brillamment racontée par le réalisateur italien de grand talent et maître de l’école du néo-réalisme, Francesco Rosi, dans son film intitulé « Il caso Mattei », en français « L’Affaire Mattei », qui sortira en salles en 1972 après avoir gagné la palme d’or au Festival de Cannes. Au lendemain de sa sortie, les droits sont rachetés par la Paramount, un géant américain de la distribution, qui le présente quelques jours dans un cinéma de Manhattan, avant de le retirer. Aucune VHS ni aucun DVD de ce film n’a jamais été produit.

Ce film serait donc introuvable si ce n’était de sa diffusion occasionnelle par la RAI (radio-télévision italienne). On peut ainsi le retrouver en version originale intégrale sur YouTube. Depuis quelques mois on en retrouve même une version d’excellente qualité sous-titrée en anglais que voici.

En préparant son film en 1970, Francesco Rosi a demandé au journaliste Mauro De Mauro d’enquêter sur les derniers jours de Mattei en Sicile. De Mauro a mis la main sur un enregistrement de son dernier discours et passé plusieurs jours à l’étudier. Huit jours après avoir mis la main sur cette cassette, le 16 septembre 1970, De Mauro disparaît sans laisser de traces. Son corps n’a jamais été retrouvé.

En 1994, trois mafiosi arrêtés dans les rafles qui suivent l’assassinat des juges Falcone et Borsellino en Sicile, Tommaso Buscetta, Gasparo Muloto et Gaetano Ianni, déclarent chacun lors d’interrogatoires auxquels ils se prêtent en échange d’un allègement de peine qu’un accord avait été passé entre la Cosa Nostra américaine et la mafia sicilienne en vue d’éliminer Mattei pour le compte d’importants intérêts américains auxquels il causait du tort au Moyen-Orient.

Il faut savoir que les services secrets américains ont établi de longue date des liens avec la mafia. Désireux d’obtenir son concours pour faciliter la libération de la Sicile durant la Deuxième Guerre mondiale, ils relâchent en échange le célèbre gangster Lucky Luciano, détenu en prison pour une peine très longue pour le déporter vers la Sicile. Cette collaboration se révèle fructueuse et connaîtra des suites, comme l’expose le réalisateur Francesco Rosi dans le film qu’il consacre à Luciano tout de suite après avoir réalisé l’Affaire Mattei.

Voilà qui règle l’Affaire Mattei.

Christophe de Margerie

Mais elle nous amène presque automatiquement à nous demander si nous ne serions pas maintenant en face d’une Affaire de Margerie. En effet, si le profil de celui-ci est tout de même assez différent de celui de Mattei, il n’en reste pas moins qu’il partage avec ce dernier la particularité de ne pas hésiter à piétiner allègrement les plates-bandes du gouvernement des États-Unis et de l’industrie pétrolière américaine.

Déclarer publiquement comme il l’a fait l’an dernier que le maintien du dollar US comme référence pour les prix du pétrole n’a plus sa raison d’être constitue une attaque directe contre le Trésor américain qui profite immensément et indûment de ce privilège. L’abandon de cette référence lorsqu’elle surviendra éventuellement aura des retombées économiques et politiques colossales, au point que les États-Unis soient prêts à tout pour en retarder l’échéance le plus longtemps possible.

N’en retenons pour preuve que deux événements qui ont dominé la scène médiatique pendant des mois lorsqu’ils sont survenus : la disgrâce spectaculaire de l’ancien président du FMI et favori à la présidentielle française, Dominique Strauss Kahn, et l’exécution sommaire du président Mouammar Kadhafi par un commando français chargé de cette mission à l’issue de l’opération de l’OTAN contre son régime.

DSK et Kadhafi avaient eu l’audace de suggérer l’abandon du dollar US comme monnaie de réserve et son remplacement par une combinaison de plusieurs devises, d’or et de droits de tirage spéciaux. Ils ont même collaboré à la réalisation de ce projet avec un dirigeant de la Banque de Chine. À quelques mois d’intervalle, ils ont été mis hors d’état de nuire.

Mais non seulement Christophe de Margerie a-t-il défié le Trésor américain, il s’est également interposé dans les grands desseins de la politique étrangère américaine en faisant cabale contre les sanctions décrétées contre la Russie à la suite de l’affaire ukrainienne, et entretient des liens personnels avec Vladimir Poutine et les dirigeants de plusieurs pays jugés déterminants dans la stratégie américaine, qui portent ombrage aux efforts des États-Unis pour tenter de les influencer dans le sens de ses intérêts.

Quant à l’industrie pétrolière américaine, elle a tendance a voir d’un oeil mauvais toute personne qui n’entre pas dans son moule, À cet égard, impossible d’y être plus étranger que ce Français moustachu issu des rangs de l’aristocratie qui se permettait d’avoir des vues différentes de la sienne sur l’avenir de l’industrie et qui ne se gênait pas pour les promouvoir aux plus hauts niveaux avec toute l’aisance et l’assurance des plus grands diplomates. Les Américains supportent mal de se faire damer le pion, à plus forte raison par un « Frenchy » un peu trop sûr de lui.

Toutes ces raisons étaient-elles suffisantes pour faire subir à Christophe De Margerie le sort d’Enrico Mattei ? Encore trop tôt pour le dire, mais la version de l’accident commence déjà à susciter le scepticisme, comme en fait foi cet article mis en ligne hier sur le site d’information Réseau International On y parle même d’une explosion…

Richard Le Hir

 Richard Le Hir : Avocat et conseiller en gestion, ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau (1994-95)

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Voici la retranscription en français de l’interview récente du spécialiste en guerre biologique, Francis Boyle(*), auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet des armes biologiques américaines, dont celui paru en français aux Editions Demi Lune “Guerre biologique et terrorisme“.

L’enregistrement audio de cette émission se trouve ici : http://prn.fm/cant-happening-102214/

* * *

T R A N S C R I P T I O N

David Lindorff (du site ThisCantBeHappening) : Nous avons l’honneur d’accueillir sur notre antenne le juriste (lawyer) Francis Boyle, qui s’est distingué en portant plainte auprès d’un tribunal de Malaysie contre George W. Bush et Dick Cheney pour Crime contre l’humanité. Il va nous parler de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Il a une opinion assez sinistre sur cette affaire. Francis, vous êtes là ?

Francis Boyle : Merci beaucoup David de m’avoir invité. Pour contextualiser cette conversation, je suis celui qui a écrit le brouillon de la loi anti-terroriste contre les armes biologiques (Biological weapons anti-terrorism act) en 1989. Les États-Unis ont mis en place cette loi au titre de la Convention sur les armes biologiques, qui a été votée à l’unanimité par les deux chambres du Congrès US et mise en application par George W. Bush, et vous pouvez lire tous les détails dans mon livre « Guerre biologique et terrorisme », tout y est documenté…

 

DL : D’accord. C’est évidemment un sujet que vous connaissez très bien, et j’ai lu une interview de vous par une chaine grecque, qui était assez surprenante, où vous dites que cette épidémie n’est pas ce qu’on dit, avec cette histoire de chauves-souris qui sont venues par les airs depuis le Zaïre, et qu’il s’agirait ici d’une variante de l’ « Ébola du Zaïre » ce qui est curieux, car le Zaïre est à plus de 3500 km de là. De quoi s’agit-il à votre avis ?

FB : Oui. Entre nous, toute cette histoire ne tient pas debout. Le gouvernement américain possède trois laboratoires BSL-4 (Bio Safety Lab niveau 4). Un en Guinée, un au Libéria, un en Sierra Leone, au coeur de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. Et ces laboratoires BSL-4 font toutes sortes de  recherches plus effrayantes les unes que les autres sur les armes biologiques.

DL : Pourquoi sont-ils situés dans ces pays ?

FB : Parce que la Guinée n’a pas signé la Convention sur les Armes biologiques, le Libéria non plus. La Sierra Leone l’a signée, mais c’est une colonie britannique. J’avais d’ailleurs contesté dès 1988 le programme du Pentagone de recherche sur la Defense biologique (Biological Defense program) – et vous pouvez le lire dans mon livre, et leur avais demandé pourquoi ils conduisaient cette « double recherche », offensive et défensive, sur les armes biologiques au Libéria – qui à l’époque était une dictature militaire sous le joug du Capitaine Doe soutenu par la CIA – en contournant ainsi la Convention sur les armes biologiques. J’ai tout ici, dans un document du gouvernement US intitulé « Biological Defense program », et vous trouverez tout ça dans mon livre : le Center for Desease Control (CDC) menait des recherches dans le domaine biologique pour le Pentagone, en Sierra Leone, déjà en 1988, et probablement même avant ça, car il a fallu construire le laboratoire. De plus, la Columbia Universitymenait aussi des travaux dans le domaine des armes biologiques (Bio warfare) pour le Pentagone, au Libéria, dès 1988. C’est celui que j’avais contesté en parlant de contournement des termes de la BWC (Bio-Weapons Convention, ou Convention sur les armes biologiques). Voyez-vous David, tout ceci n’est qu’une vaste opération de camouflage par le CDC. Ils sont plongés jusqu’au cou dans ces horribles travaux de recherche sur les armes biologiques depuis au moins 1988.

DL : Vous avez parlé de « double recherche », pouvez-vous préciser ?

FB : Bien, voilà ce qui se passe : pour pouvoir justifier ces travaux effrayants, si vous lisez les contrats, et j’ai pu en lire un avant que tout ne soit classifié, vous y lisez : “Il pourrait y avoir cette terrible forme de maladie émergente, et nous devons développer un vaccin pour cela. Et donc, nous allons commencer à travailler sur ce virus, il est possible que nous ayons à le modifier génétiquement et…”

DL : –    (l’interviewer a un rire nerveux)

FB : Non David, ne riez pas, j’ai lu ces documents…

DL : C’est un rire nerveux, c’est que je suis horrifié !

FB : …au début des années 1980, sous l’administration Reagan, au moment où j’ai pris connaissance de tout ça, « et par conséquent, nous devons le modifier génétiquement, ou faire une chose de ce genre, pour créer un vaccin et protéger tout le monde. » C’est ce qui était écrit, et ils font ça pour tous les virus : L’ébola, la fièvre hémorragique, etc…  Si vous ne me croyez pas, lisez l’édition du New York Times de vendredi dernier, où l’administration Obama a essayé d’enterrer tout ça. Obama y déclare : « Notre politique officielle est désormais d’arrêter ce type de recherche ». Ce qui revient à admettre qu’ils en faisaient.

DL : C’était vendredi dernier ?

FB : Oui, le New York Times de vendredi dernier. Cela revenait donc à admettre qu’ils en faisaient ce genre de recherches jusqu’à vendredi dernier au moins. Et si vous jetez un oeil sur la liste de ces recherches, le virus Evola n’y figure pas. Pourquoi ? Cela ne signifie pas qu’ils ne faisaient pas de « double recherche » sur l’Ebola. Toutes ces informations sont publiques. Si Ebola avait été sur la liste vendredi, les gens auraient demandé : mais que faisiez-vous avec ce virus Ebola ? Okay ? Cet article de vendredi dans le New York Times, c’est un peu le « Smoking Gun» [la preuve irréfutable - NdT], puisqu’Obama admet que les USA ont mené ce genre de recherches. Et en consultant la documentation, j’ai pu remonter jusqu’à l’administration Reagan, avec ces néoconservateurs qui sont arrivés au pouvoir et qui voulaient des armes biologiques. Et vous pouvez aussi lire le document du PNAC [Project for the New American Centurytraduit en français ici] en 2000, ces mêmes néoconservateurs de l’ère Reagan qui écrivaient clairement vouloir développer des armes biologiques. Ils sont revenus au pouvoir avec Bush Junior, et ils ont poursuivi dans cette voie. Les néocons voulaient ces armes biologiques, et je pense que ça a vraiment commencé sous Reagan et ça a continué depuis. La deuxième administration Reagan l’a fait aussi, pas la première, mais 2e très certainement, sous l’influence de ce Richard J. Danzig qui est maintenant aux Conseils d’administration de ces sociétés “Big Pharma”, et qui a établi des accords (bundle) en violation du Foreign Exchange (FX) and Governement Act.

DL : A-t-on la preuve que la souche du virus Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest a été génétiquement modifiée ?

FB : Laissez-moi vous dire ceci : toutes les précédentes épidémies d’Ebola en Afrique avaient été circonscrites, avec un taux de mortalité de 50%. Celle-ci n’est pas « contenue » et a un taux de mortalité de 70%. Cela me fait dire que nous avons affaire à un organisme génétiquement modifié, ou OGM. Nous savons que ce type de travaux était conduit à Fort Detrick. Il y a aussi ce Docteur Kawaoka  à l’University du Wisconsin de Madison, il a admis sur sa page Web avoir modifié génétiquement le virus Eola pour le rendre plus violent. Il a aussi ressuscité le virus de la grippe espagnole, pour le Pentagone.

DL : Doux Jésus…

FB : Il a aussi fait des recherches très poussées sur la grippe, y compris en modifiant génétiquement le virus H5N1, ce virus de la grippe si dangereux qui a sévi lors de l’épidémie du SRAS [SRAS -Syndrome respiratoire aigu sévère – NdT]. Et le tout était financé par le Pentagone ou bien le National Institute of Health (NIH), ou par le CDC. Ces travaux étaient si dangereux qu’il avait dû transférer son laboratoire du Wisconsin vers le Winnipeg au Canada. Mais peut-être que les Canadiens ont dit « allez-vous-en d’ici, on ne veut pas de vous ici, c’est trop dangereux pour nous », je ne sais pas. Ce que l’on sait, c’est que le laboratoire BSL-4 Kanema de l’Université de Tulane était impliqué. Nous savons qu’ils font ce type de recherches sur les armes biologiques depuis longtemps. [Le laboratoire US de] Fort Detrick était impliqué aussi. Ils sont connus également depuis longtemps pour conduire ce genre de recherches, y compris sur le virus Ebola. Les trois laboratoires que j’ai cités ont tous été mis en place par l’USAID, qui n’est rien d’autre qu’une organisation servant de couverture pour la CIA. Je suis juste en train d’essayer de relier tous ces points entre eux, sur la base des informations que j’ai pu récolter sur ces armes biologiques, depuis si longtemps, depuis mes études à l’université de droit à Harward, et je me suis intéressé professionnellement à la question, puisque j’ai été appelé à défendre le Council for Responsible Genetics au début des années 1980, dans leur Comité sur les armes biologiques, etc…

DL : Êtes-vous en train de suggérer que cette épidémie a été déclenchée délibérément, ou bien s’agit-il selon vous d’un accident, le virus leur aurait échappé sans qu’ils le veuillent ?

FB : Vous savez David, si vous allez sur le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone – c’est une information publique – ils ont fermé le BSL-4 de Kanema cet été et ont affirmé que c’était la source de l’épidémie Ebola, car Tulane et d’autres laboratoires administraient des vaccins aux gens.

DL : Vous voulez dire, au personnel des laboratoires ?

FB : Non, aux gens, aux Africains de l’Ouest. Sur une large échelle.

DL : Mais alors il y a un vaccin ?

FB : Ils disent que c’est un vaccin, mais ce dont il s’agit, c’est un virus Ebola vivant. Ils ont affaire à un virus Ebola vivant pour ce soi-disant vaccin.

DL : (rire nerveux du journaliste)

FB : De plus, nous savons que le NIH, a travaillé avec le CDC, depuis un certain temps pour combiner le virus vivant d’Ebola avec celui du « rhume commun ».

DL : Mon Dieu. Mais pourquoi font-ils ça ? Comment justifient-ils cela ?

FB : Mais pour développer un vaccin, David.

DL : C’est comme ça qu’ils l’expliquent ?

FB : Eh oui, c’est tout ce qu’ils peuvent dire. Et donc, si vous mettez ensemble le virus vivant d’Ebola avec celui du rhume, vous obtenez quelque chose qui est aussi contagieux que le rhume commun, mais pas autant que la grippe. Et ça pourrait bien être ce à quoi nous avons affaire ici. Ce vaccin, ou appelez-le comme vous voulez, avec l’Ebola vivant et le rhume commun, a été injecté à une vaste population en Sierra Leone, et peut-être au Libéria, et c’est cela l’origine de l’épidémie, mais ne me croyez pas sur parole et allez voir le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone, et vous verrez que c’est leur conclusion sur ce qui arrive aujourd’hui, et c’est pour cela qu’ils ont ordonné la fermeture du laboratoire américain BSL-4 cet été.

DL : Est-ce pour cela qu’ils sont contents que les Cubains soient venus, plutôt que de voir les Américains arriver ?

FB : Le problème c’est qu’aucun Américain ne veut y aller, parce qu’ils savent que les USA sont derrière tout ça. Si vous regardez ce qu’ils appellent le « projet d’aide », c’est le vide total. C’est simplement une vaste mise en scène pour faire croire qu’ils font quelque chose, alors qu’en réalité ils ne font pratiquement rien.

DL : Les USA n’ont d’ailleurs envoyé aucun médecin là-bas, seulement des soldats, n’est-ce pas ?

FB : Exact. Et la raison est claire. La semaine dernière il y avait une réunion à Kanema, en Sierra Leone, avec des représentants de toutes ces organisations gouvernementales internationales, et la décision a été prise d’abandonner ces gens  à leur sort. Pas de traitement…

DL : Oui j’ai lu ça, il faut juste les laisser se soigner eux-mêmes.

FB : Ils les renvoient à la maison avec du simple Tylénol (Doliprane). Ils sont désormais livrés à eux-mêmes, et ce à quoi nous assistons est seulement une mise en scène pour faire croire que les USA font quelque chose, alors qu’ils ne font rien. Les Cubains se sont montrés très héroïques vu la situation. L’organisation Médecins sans frontières est là aussi, et certaines ONG privées également. Mais toutes les organisations gouvernementales sont absentes, en fait elles n’ont jamais voulu s’en mêler, car elles ont réalisé que derrière l’épidémie, il y avait la recherche US sur les armes biologiques, et qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, et que tout ce qui restait à faire c’était de laisser tout cela se consumer tout seul.

DL : Ce que vous dites est vraiment convaincant et me suggère deux choses. La première est la suivante : bien que le milieu de la médecine inclut beaucoup de gens très motivés sur le plan de l’aide humanitaire, pourquoi n’avons-nous eu aucun “whistle blower” (lanceur d’alerte) sur ce sujet ? Cela semble si scandaleux et dégoutant que quelqu’un aurait dû lancer l’alerte, non ?

FB : David, si vous regardez au cours de toutes ces années, et ces informations sont du domaine public, il y a environ 27 ou 28 microbiologistes qui sont morts.[1]

DL : Oui j’ai lu ça.

FB :  27 ou 28 microbiologistes morts. Je pense que ces chercheurs ont menacé de sonner l’alarme sur ces programmes aussi dangereux qu’illégaux de recherches américaines sur les armes biologiques, et on les a tués. Et c’est pour cela que nous n’avons pas de lanceurs d’alerte ici, parce qu’ils seraient tués eux aussi. Je crois que c’est clair.

DL : Oui j’ai lu à ce sujet, la liste est impressionnante. Et il y a des histoires bizarres de personnes qui arrêtent leur voiture au-dessus d’un pont et qui sautent. 

FB : Des histoires souvent ridicules. Et je crois que tous ces microbiologistes, plutôt que de sonner l’alarme, ils sont allés voir leur supérieur, au CDC ou ailleurs. Cette information a suivi son chemin et on les a éliminés. C’est pour cela que nous n’avons pas de whistle blowers. En fait nous en avions, mais ils sont tous morts, avant qu’ils n’aient pu lancer l’alerte.

DL : Avez-vous publié vous-même sur ce sujet et sur les documents dont vous me parlez ? Ou bien comptez-vous le faire ?

FB : J’ai donné des interviews. Nous avons envoyé des communiqués de presse, à l’Institute for Public Accuracy, et j’ai donné aussi des interviews. J’ai travaillé sur d’autres sujets depuis le début de cette crise, mais si vous allez sur Internet, vous verrez que je suis un peu partout…

DL : Oui, j’ai vu ça. Mais pas dans les grands médias, évidemment.

FB : Évidemment, quelqu’un a donné l’ordre de ne pas m’interviewer, et d’ailleurs, après les attaques à l’anthrax d’octobre 2001, j’ai été le premier à dire qu’il s’agissait d’anthrax militarisé (weaponized anthrax) provenant d’un laboratoire gouvernemental américain. Ce qui fut confirmé plus tard. Mais personne ne m’a interrogé. Je crois que j’ai donné en tout et pour tout trois interviews. Une à FoxNews, à Boston, j’ai donné une conférence à Harvard, et une interview à la BBC, et à une chaine de la Pacific à Washington. Je parle de tout ça dans mon livre. Cela s’est passé dans les tout premiers jours après les attaques, et après plus rien. Le grand silence. Plus personne n’a parlé avec moi. Plus personne parmi les grands médias. Ces communiqués de presse sont envoyés à plus de 8000 organes de presse tout autour du globe, tous l’ont vu. Tous savent qui je suis. Mais il est clair qu’un ordre a été donné de ne pas avoir affaire avec moi. Et donc, non, rien dans les grands médias.

DL : Et les médias grands publics dans d’autres pays ? En Russie, en Chine, ou ailleurs ?

FB : Très peu. En Grèce, j’ai donné une interview[2], mais c’est la seule. Le gouvernement US a probablement dit à ces médias de se tenir éloignés de Francis Boyle. Mais vous savez, je ne suis pas payé pour les interviews, je ne suis pas en train de perdre de l’argent, je fais ça pour informer le public, pour essayer de faire sortir la vérité. Les seuls à m’interviewer ont été des médias alternatifs comme le vôtre.

DL : Ce qui est étrange dans cette histoire d’armes biologiques génétiquement modifiées, c’est qu’il est difficile de prévoir là où elle va frapper. En supposant que ce que vous dites est exact, comment peuvent-ils penser tenir ce virus éloigné des USA ?

FB : Vous savez, M. Duncan est ici, aux USA. Il est le cas « zéro » [le premier en dehors des USA – NdT]. L’information est déjà parue, selon laquelle le Département de la Défense et le NIH ont un programme informatique qui simule tout ça, ils savent exactement ce qui va se passer, en Afrique de l’Ouest, et maintenant en Espagne, à cause de l’infirmière là-bas [apparemment guérie depuis – NdT], et ici aux USA à cause de M. Duncan, puisque c’est le cas « zéro », et donc la liste de ses contacts. Ils peuvent insérer tout cela dans l’ordinateur et voir ce qui va se passer. Dans le New York Times hier, il y avait un diagramme avec M. Duncan et tous ses contacts et leurs enfants, et chacun d’entre eux est surveillé. Sauf pour les 4000 personnes sur le bateau de croisière. Ce qui pose la question : pourquoi n’ont-ils pas mis tous les gens du bateau en quarantaine ? Au Nigéria, où ils disent avoir stoppé l’épidémie…

DL : J’allais vous poser la question…

FB : …ils ont contacté tout le monde et les ont mis sous surveillance. Mais pas les 4000 personnes sur le paquebot de croisière, et ils ont tous été relâchés sur recommandation du CDC, qui a d’ailleurs dit « il suffit d’une période de quarantaine de 21 jours », et donc tous les gens sur le paquebot ont été libérés. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a critiqué cette décision et dit qu’il faudrait une période de 42 jours de quarantaine. Et si vous regardez les chiffres qui sont derrière les calculs de l’OMS et qui ont abouti à cette période de 42 jours, c’est toujours avec un taux d’efficacité de seulement 98% et un taux de mortalité de 50%, et non de 70%, ce dernier taux indiquant qu’il semble bien s’agir d’un virus manipulé génétiquement et qui est bien plus dangereux que l’Ebola d’origine. Je ne suis pas sûr, mais il me semble que par sécurité, il faudrait parler de période de quarantaine de 50 jours, et d’ailleurs tous ces chiffres du CDC ou de l’OMS sont simplement basés sur le rapport risque/coût, c’est tout. Ils disent simplement que c’est moins couteux de laisser les gens partir après 21 jours, ou 42 jours, plutôt que de les garder en quarantaine.  C’est une analyse risque/coût (Cross-Benefit Analysis) au détriment de nos vies. Peut-être que nous serons comme le Nigéria, mais la différence entre le Nigéria et nous [aux USA] est que le Nigéria a retrouvé tous les contacts, alors que nous avons laissé partir dans la nature 4000 personnes de ce paquebot, et avec ces 4000 personnes, ils ont simplement appliqué les protocoles du CDC qui n’ont aucune  valeur et sont très dangereux .

DL : Et bien sûr vous ne pouvez pas mettre en quarantaine toutes ces 4000 personnes ensemble, il faut les maintenir séparées les unes des autres, pour ne pas qu’ils se contaminent les uns les autres.

FB : Absolument. Ils auraient très bien pu les garder sur le bateau pendant 42 jours en leur expliquant les raisons, avant de les relâcher.

DL : Vous faites le lien entre l’OMS et le CDC en disant qu’ils sont tous deux coupables dans cette affaire, mais l’OMS comprend de nombreux pays, il y a du personnel venant de pays qui ne sont pas alignés avec les USA. Comment est-ce que ça marche ?

FB : David, je ne me rappelle pas exactement les chiffres, mais l’OMS est financée sur la même base que l’ONU, puisque c’est une organisation spécialisée.

DL: Oui, environ 25% par les USA

FB : En effet, environ 25%, plus le fait que nous devons des milliards de dollars à l’ONU.  Et celui qui paie les musiciens choisit la musique. Je ne sais pas à quel point nous devons de l’argent à l’OMS, mais ils font ce qu’on leur demande de faire. Ils peuvent à l’occasion essayer de révéler quelque chose, mais ils ne vont pas se dresser contre nous. Toujours est-il que le CDC est trempé jusqu’au cou dans cette affaire, et ils font du camouflage, nous ne pouvez pas croire un mot de ce qu’ils disent.

DL : Ouah. Mais alors que devons-nous faire face à cette situation ? Vu que nous ne pouvons pas faire confiance au gouvernement sur ce sujet ? 

FB : Mon conseil est le suivant : heureusement, selon la Constitution des États-Unis, la Santé publique ne relève pas du gouvernement fédéral. Elle dépend des États, des comtés, des villes, des communautés, des villages, des autorités sanitaires [locales]. Et donc ces autorités sanitaires locales doivent s’unir, et faire appel à des experts indépendants qui n’ont jamais participé à aucune recherche dans le domaine des armes biologiques pour le gouvernement américain, et partir de là, élaborer une stratégie pour leurs communautés. Si vous lisez les médias grands publics, ils contactent tous ces experts qui ont trempé dans des recherches en guerre biologique pour les USA.

DL : Oui, c’est un peu comme demander à des généraux de nous parler des guerres.

FB : Exactement. C’est la même chose. Vous ne pouvez accorder aucune confiance à ce qu’ils disent. Et donc, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à faire, mais que cela doit se passer au niveau local, dans les communautés et avec les autorités sanitaires. Par exemple nous avons eu une crise ici à l’université de Droit. Les abrutis en charge de l’Université ont envoyé un juriste gouvernemental taiwanais. Et ils savaient que nous avions affaire à la tuberculose. J’ai découvert cela, et ai demandé que tout le monde passe des tests, ils ont refusé, alors j’ai lancé l’alerte. Et avec les autorités sanitaires et tous ici, nous avons finalement obtenu que tout le monde passe les tests et nous avons découvert que cinq personnes étaient infectées par la tuberculose. Heureusement on a pu les traiter et elles s’en sont sorties. Sans cela, elles auraient développé la tuberculose, qui est une maladie extrêmement contagieuse. Ce qui est sûr, c’est qui faut travailler avec les autorités sanitaires locales et des spécialistes qui n’ont jamais été impliqués dans des travaux de guerre biologique pour le gouvernement des USA. Malheureusement nous avons 14 000 scientifiques qui participent à ces affreuses recherches en armements biologiques pour le compte du gouvernement des USA, je les appelle les « scientifiques de la Mort », et plus de 1500 laboratoires aux États-Unis qui font ce type de recherche. Vous ne pouvez pas leur faire confiance.

DL : Combien de laboratoires ?

FB : 1500

DL : Mon Dieu. Alors que nous ne sommes pas censés en faire.

FB : C’est exact. Ce genre de travaux de recherche constitue un crime selon les termes de la loi antiterroriste contre les armes biologiques que j’ai écrite, et nous avons dépensé 79 milliards de dollars depuis le 11 septembre 2001 dans ce domaine de recherche, ce qui en dollar constant, représente le double de ce qui a été dépensé pour le projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale pour développer la bombe atomique.

DL : Mais ils disaient que c’est défensif.

FB : Oui, ils disaient que c’est pour protéger le peuple américain de virus émergents comme l’Ebola. Mais regardez autour de vous. Vous pouvez voir qu’ils n’ont rien fait pour protéger qui que ce soit.

DL : S’ils travaillaient sur un vaccin depuis les années 80, ils devraient l’avoir maintenant, non ?

FB : Soit ils devraient l’avoir, soit ils l’ont, et c’est dans les tiroirs au fin fond du laboratoire de Fort Detrick, mais ils ne nous le disent pas, et ils ne l’ont donné qu’aux plus hauts dirigeants de notre gouvernement. C’est très similaire aux attaques à l’anthrax d’octobre 2001, et le fait que tout le monde à la Maison-Blanche prenait du Cipro [antibiotique prévenant les effets de l’anthrax – NdT]. Mais bon, je ne sais pas s’ils l’ont. Soit nous avons le vaccin, soit tout cet argent a été dépensé en pure perte, soit (et ce n’est pas incompatible) ils l’utilisent pour développer des armes biologiques. Faites votre choix. Je dois vous laisser. Merci de l’invitation.

DL : Merci Francis d’être venu si rapidement à notre antenne.

 

Traduction IlFattoQuotidiano.fr

 Francis A. BOYLE est un professeur états-unien de renommée mondiale dans sa spécialité, le droit international, qu’il pratique et dont il est un ardent défenseur. Il rédigea la loi anti-terrorisme de 1989 sur les armes biochimiques, la législation américaine mettant en application la Convention sur les armes biologiques de 1972. Titulaire par l’université de Harvard de deux doctorats, un de Droit (Magna cum laude) et un en Sciences politiques, il enseigne à l’université de l’Illinois, à Champaigne. (Source Editions Demi Lune)


Notes de la Rédaction :

  1. A ce propos, il se trouve que Glenn Thomas, consultant de l’OMS à Genève et spécialiste du virus Ebola est mort en juillet dernier dans le crash du Vol Mh17 en Ukraine, en même temps que 17 spécialistes du virus du SIDA qui se rendaient à un conférence à Kuala Lumpur. Il est évidemment trop tôt pour en tirer des conclusions hâtives, c’est certainement un coup de malchance.
  2. L’interview de F.Boyle par la chaine grecque sera bientôt disponible en français sur ce site
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Démocratie en Tunisie : Vote de coeur et non vote de peur

octobre 30th, 2014 by Chems Eddine Chitour

La Tunisie a connu ce dimanche 26 octobre ses premières élections libres. Une grande victoire pour le pays qui semble avoir choisi à la tête de son futur gouvernement le parti séculier Nidaa Tounès, arrivé en tête du scrutin, selon des sondages sortis des urnes. Que représente ce parti et comment va-t-il gouverner le pays? Le parti séculier Nidaa Tounès est en tête (avec 36 à 37% des voix) devant le parti islamiste Ennahda (26 à 24%). Ces élections étant seulement les secondes élections libres du pays. Pour le politologue Jérôme Heurtaux, chercheur à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain à Tunis.(1)

Qui est Nidaa Tounès?

Accusé par certains de ses détracteurs d’être le parti refuge d’anciens du parti de Ben Ali, Nidaa Tounès est, en fait, un parti composite qui a, certes, admis dans ses rangs certains membres du RCD. On trouve dans ce parti des membres de la gauche tunisienne, dont certains étaient des opposants au régime de Ben Ali. Les têtes de liste de Nidaa Tounès ne sont pas en majorité d’anciens benalistes», explique le chercheur. «Il y a même d’anciens destouriens qui considèrent que Nidaa Tounès ne les représentent pas.» Quant à son leader Béji Caïd Essebsi, certes, il avait eu des responsabilités sous Ben Ali. C’est un ancien proche de Bourguiba. Trop tôt pour tirer des conclusions sur la dynamique de vote pour Nidaa Tounès. Mais on peut souligner quelques-unes de ces caractéristiques. Pour Jérôme Heurtaux ll y a eu une trajectoire collective d’un vote dit moderniste Ettakatol en 2011 vers un vote Nidaa Tounès en 2014. C’est un vote de raison, un vote utile dans une situation d’éclatement de l’opposition. Autrement dit, Nidaa Tounès semble être apparu à beaucoup d’électeurs, soit comme celui qui allait mettre fin aux divisions, soit comme l’alternative la plus à même de l’emporter face à Ennahda. Le vote utile a d’ailleurs été un slogan de campagne de Nidaa Tounès qui s’est répandu dans la société. Et parler d’un vote utile, d’un vote refuge, ce n’est pas parler d’un vote de conviction», souligne Jérôme Heurtaux. «Tout laisse penser que ce vote est plutôt un vote de peur qu’un vote de coeur.» (1)

Les Occidentaux voient dans la Tunisie le bel exemple de ce que devrait être un pays musulman où l’islam serait sans épaisseur, à la limite tolérée pour faire bien et pour être présentable. Ils continueront aussi à dépecer la Tunisie comme le fait le FMI, malgré toutes les sollicitudes du monde occidental l’ardoise sera salée pour les Tunisiens. Il y aura des réveils douloureux.

La Tunisie connaît justement des difficultés économiques, sociales et budgétaires. Elle a sollicité de l’aide du Parlement européen: «L’Union lui versera 300 millions d’euros, sous la forme d’un prêt et à des conditions qui font de cette «aide» un véritable prêt toxique. Qu’on en juge. Si la Tunisie veut toucher l’intégralité de la somme, elle devra entre autres, mettre fin aux subventions aux produits de base pour les plus démunis, privatiser ses banques publiques, flexibiliser son Code du travail… Le remboursement de cette dette représente chaque année six fois le budget de la santé et trois fois celui de l’éducation; la Tunisie a déjà remboursé à ses créanciers 2,5 milliards d’euros de plus que le capital prêté; et 85% des emprunts contractés par la Tunisie depuis la Révolution ont servi au remboursement de la dette. (2)

La récupération de la lutte des Tunisiens

Si on devait donner la médaille à quelqu’un qui n’a qu’un lointain rapport avec le combat des Tunisiens mais qui fait de la récupération, nous devons citer l’écrivain  Français  en France Abdelwahab Meddeb et à l’occasion Tunisien en Tunisie . Alain Gresh décrit l’ambivalence du discours que décrit  l’ouvrage pondu à l’occasion des évènements qu’a connu la Tunisie en 2011. : «Ce qui est frappant dans l’ouvrage, c’est sa «pudeur» concernant ses positions sur le régime de Ben Ali. Evoquant la manifestation de Paris, le 15 janvier, après la chute du dictateur, il écrit: «Cela fait longtemps que je n’ai pas participé à une manifestation.» Et la question qui se pose est simple: pourquoi n’a-t-il jamais participé à des manifestations contre la dictature à Paris durant ces dernières décennies? Pourquoi n’a-t-il jamais élevé la voix contre la torture de milliers de prisonniers politiques? (…) »(3)

 « Il n’est toutefois pas resté totalement silencieux. Dans son ouvrage Contre-prêches (2006), il consacre une chronique à la Tunisie: «Lorsqu’on se promène à Tunis dans cette atmosphère d’amitié entre les sexes, on se dit que la solution est simple, que le remède à la maladie [de l'islam] est à portée de main, qu’il ne représente pas un secret et une énigme exigeant de recourir au devin ou au sorcier. On se dit aussi que cette maladie n’est pas incurable. Mais on se demande aussi pourquoi l’exemple tunisien n’est pas davantage connu, pourquoi il ne constitue pas une référence (sic), pourquoi il ne s’érige pas lui-même en modèle (re-sic). Il est sûr que le déficit démocratique n’aide pas à l’émergence d’un tel modèle. Mais nous avons cependant à réfléchir sur le passage, à doses homéopathiques, par l’Etat autoritaire comme recours éclairé pour les sociétés héritant de consciences “obscures”.»(3)

« Ce sont ces consciences «obscures»  écrit Alain Gresh que le colonisateur voulait aussi «éclairer», et l’on ne s’étonnera pas que Meddeb fasse l’apologie de cette période, comme le souligne Vincent Geisser dans un texte du 4 février 2005 («Islam light: un produit qui se vend bien»), publié par Oumma.com: «Dans son best-seller, La Maladie de l’islam, Abdelwahab Meddeb se livre ainsi à un véritable hymne à la Tunisie sous le Protectorat français. «Il faut le reconnaître, le modèle européen dans lequel j’ai grandi, celui qui émane des Lumières françaises et qui m’a formé, à travers un enseignement franco-arabe, n’est plus attractif. [...] J’ai assisté dans mon enfance (dans les années 1950), dans cette citadelle de l’islam qu’est la médina de Tunis, au dévoilement des femmes au nom de l’occidentalisation et de la modernité; cela a concerné les femmes, les filles et les soeurs des docteurs de la Loi qui tenaient chaire dans la millénaire Université théologique de la Zitouna (une des trois plus importantes de l’islam sunnite…)» (A. Meddeb, La Maladie de l’islam, p. 43). (3)

«Abdelwahab Meddeb poursuit Alain Gresh n’hésite pas à se réclamer ouvertement du penseur nationaliste Ernest Renan, lui pardonnant au passage son racisme antisémite»: «[...] Qu’est-ce qu’une nation? Elle l’est sur le seul désir d’être ensemble. C’est ce désir qui m’a fait choisir la communauté française, où mon nom étranger se décline dans l’amputation sonore, où je continue d’entretenir ma généalogie islamique et de la croiser avec mon autre généalogie européenne. Ainsi l’hérité et le choisi se combinent à l’intérieur d’un seul et même être…» (La Maladie de l’islam, p. 220-221). On ne peut donc s’étonner que le discours de Meddeb non seulement n’ait pas dérangé Ben Ali, mais que celui-ci l’ait célébré, comme nous l’apprend le site Oumma.com. Le 24 janvier 2011, ce site publiait «en exclusivité, ce document de l’ambassade de Tunisie à Paris, rendant compte d’une réception officielle organisée en l’honneur de l’écrivain franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, en mars 2004. A l’époque, le discours d’hommage avait été prononcé par Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, bien connu de la presse française pour avoir justifié la répression sanglante des récentes protestations qui ont fait plus de 70 morts et des milliers de blessés. Ce document prouve qu’A. Meddeb ne s’est pas contenté de rester silencieux mais a clairement soutenu la dictature du général Ben Ali.»(3)

On le voit Abdelwahab Meddeb a des problèmes identitaires. Il veut s’accrocher en vain à une sphère civilisationnelle qui n’est pas celle de son génie propre. Au besoin il abdique toute référence à son passé culturel et surtout  cultuel faisant de l’Islam un produit dérivé soft sans épaisseur sans aspérité, bref un Islam mondain bien vu sur les palteax de télé et compatible aves l’esprit de la république

Voilà donc des Maghrébins dont nous avons l’équivalent en Algérie et au Maroc, installés confortablement et qui marchandent leur visibilité en démonétisant l’islam Cela n’est pas nouveau.  Une intellectuelle tunisienne de passage à Alger et dans une communication a comparé la Révolution tunisienne à la révolution française comme si la révolution française était un horizon indépassable. Mimétisme quand tu nous tient !  Ben Ali a été comparé au roi Louis XVI s’enfuyant à Varenne. Le ridicule ne tue plus et là encore, le logiciel de la post-colonisation attend pour certains le temps d’être déprogrammé.

Le rôle discret de l’Algérie

Dans une contribution lucide et objective Samy Ghorbal nous explique en creux le rôle positif et désintéressé de l’Algérie dans l’aide au dialogue entre les leaders tunisiens. Pour lui, les destins de l’Algérie et de la Tunisie sont globalement liés: «Une déstabilisation de la Tunisie affectera nécessairement la sécurité intérieure d’une Algérie, aux prises, depuis de longues années, avec la subversion terroriste islamiste. (…) La solution de la crise tunisienne passerat-elle par Alger? (…)En mars 2011, fraîchement nommé à la tête du second gouvernement de transition, Béji Caïd Essebsi part à Alger pour rassurer Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia. Les fils du dialogue sont renoués. (4)

Samy Ghorbal nous parle de la maladresse de Moncef Marzouki: «En choisissant de se rendre à Tripoli pour sa première visite à l’étranger, le 2 janvier 2012, Moncef Marzouki a indisposé Alger. Il a aggravé son cas en déclarant, alors qu’il se trouvait à Tripoli, que les Algériens auraient pu éviter le bain de sang des années 1990 en respectant le résultat des urnes et en laissant les islamistes accéder au pouvoir.» (4)

 «Les événements de l’été 2013, sont pour Samy Ghorbal un tournant: «Avec l’assassinat du député Mohamed Brahmi et le massacre de huit militaires tunisiens, dans le djebel Chaâmbi, marquent un tournant dans la relation entre les deux pays. Très vite, l’Algérie prend la mesure de la crise et son armée vole au secours du gouvernement tunisien. 8000 hommes sont déployés pour sécuriser le flanc arrière de la frontière et prendre dans une nasse le groupe djihadiste responsable de la mort des soldats tunisiens. L’impact est immédiat. En quelques semaines, la situation sécuritaire, qui paraissait compromise, est rétablie.»(4)(5)

«Parallèlement, nous dit Samy Ghorbal, les ingrédients de la spectaculaire médiation du chef de l’Etat algérien se mettent en place. Le 25 août, Ghannouchi accorde une interview à la chaîne Nessma et rend un hommage appuyé au grand voisin (…) Le 10 septembre, Abdelaziz Bouteflika interrompt sa convalescence pour recevoir séparément – et «à leur demande» – les deux principaux protagonistes de la crise tunisienne, Ghannouchi et Caïd Essebsi. Moncef Marzouki, le président tunisien, est totalement court-circuité. (4)(5)

«Samy Ghorbal parle  enfin, d’un avantage décisif de l’Algérie sur les grandes puissances qui ne peuvent agir que par le soft power – la diplomatie -. «Les Algériens, conclut Samy Ghorbal, sont des diplomates rugueux mais chevronnés. (…) L’image ombrageuse dégagée par l’Algérie sur la scène internationale, constitue un aspect qui rebute fréquemment ses partenaires européens et occidentaux. Mais c’est peut-être justement ce trait de caractère qui séduit aujourd’hui des Tunisiens en mal de prestige, d’autorité et de certitudes. (…) l’Algérie leur apparaît comme un repère, un pôle de puissance et de stabilité dans un univers régional et arabe chaotique, tourmenté, en proie à l’anarchie et la violence». (5)

Le mérite des Tunisiens

Le mérite des Tunisiens, c’est d’être soudés quelles que soient leurs tendances. On peut être islamiste, RCDiste, voire merzoukiste mais avant tout, on est et on reste tunisien avec une forte assurance quant à la singularité de la Tunisie. Les Tunisiens ont capitalisé par procuration les expériences d’autres pays arabes vus comme des repoussoirs L’émergence de Daesh a été un puissant stimulant par défaut de Nidaa Tounès. De plus, l’expérience algérienne et la sollicitude directe et indirecte au nom de l’Histoire notamment forgée par  l’èpreuve commune à Sakiet Sidi Youssef, de la langue, voire de la religion, ont été des voies suivies par les Tunisiens dans la lutte contre le terrorisme. L’aile occidentale de la Tunisie étant sécurisée par l’Algérie. Il faut ajouter aussi la présence pesante des Occidentaux qui par leurs conseils que la Tunisie ne peut pas refuser, a dû certainement peser dans la balance du choix, notamment les Américains et les Français.

Il faut surtout rendre hommage à Rached Ghannouchi qui a sauvé la Tunisie du chaos contrairement aux jusqu’aux-boutistes que nous avons connus en Algérie. Il faut tout de même signaler qu’il a vécu dans la patrie de l’Habéas Corpus (Royaume-Uni) pendant près d’une vingtaine d’années et lui-même a déclaré qu’il préférait mieux être dans un pays démocrate non musulman que dans un pays musulman.

Cela ne veut pas dire que l’islam est passé de mode en Tunisie; Nous l’avons vu comment le vote de la Constitution qui exclut la Chari’a est plébiscité d’une façon hystérique par les médias occidentaux, notamment français. Il n’a pas été fait crédit aux Tunisiens de toutes les avancées arrachées pour la liberté, tout au long des 145 articles de la Constitution. Ce qui les intéresse est que la chari’a soit bannie. Les Tunisiens ne sont pas devenus des mécréants, leur islam maghrébin comme le nôtre fait de tolérance et d’empathie fait partie de leurs gènes, notamment pour les plus anciens. La religion peut être vécue d’une façon apaisée sans en faire un fonds de commerce. Ghannouchi a sauvé l’avenir de la Tunisie et l’avenir de l’islam en s’en tenant aux fondamentaux, un islam apaisé dans une Tunisie prospère fascinée par l’avenir.

Ce qui est frappant c’est la proximité, voire la sollicitude suspecte des médias et des dirigeants occidentaux vantant le miracle tunisien; en fait, pour eux, la défaite de l’Islam. La Tunisie et les Tunisiens sauront désormais ce que valent les belles paroles et les grandes déclarations.

Nous – en Algérie – qui vivons sur un lit de braises mal éteintes savons ce que c’est la recherche d’un projet de société oecuménique du fait justement des donneurs de leçons occidentaux.

Nous avons de l’affection pour la Tunisie, sa recherche désespérée d’un vivre-ensemble où chaque Tunisienne et chaque Tunisien pourront donner la pleine mesure de leur talent à l’ombre des lois d’une République qui ne renie rien de son histoire, de sa culture celle d’un islam apaisé millénaire qui ne fait pas dans le m’as-tu-vu, qui n’est pas instrumentable et surtout qui n’est pas un chemin pour arriver au pouvoir autrement que par le savoir et la compétence. La Tunisie s’en sortira grâce au génie de son peuple et sa société civile qui veut changer les choses pacifiquement. Assurément le vote tunisien est un vote de cœur pour l’amour de la Tunisie, ce n’est certainement pas un vote dicté par la peur des islamistes.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.Céline Lussato: Nidaa Tounes en tête ou la victoire du vote utile Nouvel Obs 27-10-2014

2.Prêt toxique à la Tunisie: le bal des Tartuffes Oulala.info Le 27 avril 2014

3. Alain Gresh http://blog.mondediplo. net/2011-07-27-La-maladie-d-Abdelwahab-Meddeb-et-la-revolution

4.Chems Eddine Chitour: La Tunisie selon l’Occident Mondialisation.ca, 21 janvier 2014

5. Samy Ghorbal: Une ingérence plébiscitée? L’Algérie rêvée des Tunisienshttp://www. leaders.com.tn/ 4 janvier 2014

 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/204642-vote-de-coeur-et-non-vote-de-peur.html

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Les chasseurs F-35 ne sont pas les seuls à être stealth (furtifs), c’est-à-dire capables de fuir dès le repérage. Cette capacité a aussi été acquise par le gouvernement Renzi. Il s’est engagé en septembre dernier, sur la base d’une motion Pd (Partito democratico), à « réexaminer tout le programme F-35 pour en clarifier critiques et coûts dans l’objectif final de diviser en deux son budget » de 13 à 6,5 milliards d’euros, chiffre avec lequel -estime-t-on- on pourrait acheter, en plus des 6 déjà acquis, une vingtaine de F-35. En même temps la ministre de la Défense Pinotti s’est exhibée dans une série de manoeuvres de diversion : en mars elle a déclaré que sur les F-35 « on peut réduire, on peut revoir », en juillet elle a juré que devant les dysfonctionnements techniques des F-35 « l‘Italie n’acquerra rien qui ne soit plus que sûr pour les pilotes », et en octobre elle a annoncé « l’engagement pour l’acquisition de deux autres F-35 ».

La commande pour le compte de l’Italie a été faite par le Pentagone qui, le 27 octobre, a conclu un accord avec Lockheed Martin (principal contractant) pour l’achat de 43 autres F-35, dont 29 pour les USA, 4 pour respectivement la Grande-Bretagne et le Japon, et deux pour respectivement la Norvège, Israël et l’Italie. On ne sait pas combien finira par coûter chaque chasseur : l’accord indique que « les détails sur le coût seront communiqués une fois le contrat stipulé ». L’Italie s’engage ainsi à acheter d’autres F-35 sans en connaître le prix. Une estimation maximale peut être tirée du budget du Pentagone, qui prévoit pour l’année fiscale 2015 (commencée le 1er octobre 2014) une allocation de 4,6 milliards de dollars pour l’achat de 26 F-35, c’est-à-dire 177 millions de dollars -équivalents à 140 millions d’euros- pour chaque chasseur. Lockheed assure que, au fur et à mesure que la production augmentera, le coût unitaire du chasseur diminuera. Mais se tait par contre sur le fait que, comme il arrive pour tout système d’arme, le F-35 subira des modernisations continues qui feront gonfler la dépense.

Lockheed elle-même confirme officiellement, tandis que nous écrivons, que « l’Italie recevra 90 F-35, combinaisons de F-35A à décollage et atterrissage conventionnels et de F-35B à décollage court et atterrissage vertical ». Ces derniers, adaptés au porte-avions Cavour et aux opérations d’assaut amphibie, sont notablement plus coûteux. Etant donné que le communiqué de Lockheed n’est pas démenti par Rome, il est évident que le gouvernement italien avance sur deux plans : d’un côté en conservant sous le manteau l’engagement auprès de Washington d’acheter 90 F-35 à un prix qui reste à quantifier, de l’autre en s’engageant au parlement à diviser par deux le budget final pour les F-35, en misant sur le fait que l’achat viendra à échéance dans plusieurs années et que les promesses d’aujourd’hui peuvent facilement être effacées demain, en invoquant la nécessité de garantir la « sécurité » du pays.

Lockheed Martin encore souligne le fait (largement ignoré dans le débat actuel sur les F-35) que l’Italie est non seulement acquéreur mais, avec plus de vingt sociétés, productrice des chasseurs, si bien que « dans chaque F-35 produit il y a des parties et des composants made in Italy ». La participation de l’Italie  au programme F-35 est présentée comme une grosse affaire, mais on ne dit pas que, pendant que les milliards des contrats pour le F-35 entrent dans les caisses de sociétés privées, ceux pour l’achat des chasseurs sortent des caisses publiques. Et on ne dit pas non plus combien finissent par coûter les quelques emplois créés dans cette industrie guerrière. Le site Faco di Cameri, avec 20 usines et une superficie d’un demi million de mètres carrés, qui a coûté à l’Italie presque un milliard d’euros, donne du travail à moins de mille employés qui, selon Finmeccanica, pourraient arriver à 2500 à plein régime. Mais Lockheed est optimiste : « Le site de Cameri peut fournir un appui opérationnel significatif à la flotte F-35 dans l’aire européenne, méditerranéenne et moyen-orientale ».

En d’autres termes, le développement de Cameri est lié au développement des guerres USA/Otan dans cette aire.

 

Edition de jeudi 30 octobre 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/i-tagli-litalia-sta-acquistando-90-caccia-f-35/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Note de la rédaction  : Lockheed Martin est la première entreprise américaine et mondiale de défense et de sécurité.

 

 

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Publié le 20 octobre 2014 par Russia Today dans le cadre de son émission Cross Talk. Norman Finkelstein a un débat avec le journaliste Amir Oran, du quotidien israélien Haaretz Daily, sur la reconnaissance d’un État palestinien.

Le Parlement suédois a reconnu l’Etat de Palestine, suivi, le 13 octobre, de la Chambre des communes britannique.

Sur 193 Etats qui composent les Nations Unies, 134 ont déjà reconnu formellement l’Etat palestinien.

Dans cette intervention, Norman Finkelstein rappelle qu’Israël n’a jamais accepté de conclure la paix avec les Palestiniens, même aux termes les plus favorables, ayant toujours privilégié l’expansion au détriment de la sécurité. Selon lui, si de plus en plus de pays reconnaissent unilatéralement l’Etat palestinien, c’est parce que la communauté internationale a compris qu’Israël ne reconnaîtra jamais la Palestine et s’opposera toujours à ce qu’un Etat palestinien viable voie le jour.

Sayed 7asan (son site)

Extrait de l’émission :

Sous-titrage et mise en ligne réalisés par Sayed Hasan

 

Émission Cross Talk du 24 octobre dans son intégralité et sous-titré en français :

 

Retranscription des interventions de Norman Finkelstein

Introduction par Peter Lavelle : Le soi-disant processus de paix israélo-palestinien n’ayant rien résolu, la communauté internationale a commencé à prendre l’initiative. Répondant au droit universel à l’autodétermination, et s’appuyant sur le droit international, nombre de pays déclarent les uns après les autres qu’ils n’ont pas besoin d’Israël pour reconnaître un Etat Palestinien… 

[…]

Peter Lavelle : Norman, je m’adresse d’abord à vous. Le gouvernement suédois a annoncé qu’il allait bientôt reconnaître un Etat Palestinien ; les Députés britanniques ont voté massivement en faveur de la reconnaissance d’un Etat palestinien. Pourquoi cela se passe-t-il maintenant ?

Norman Finkelstein : Je pense qu’il y a deux raisons principales à cela. La première est le dernier massacre israélien à Gaza. Les Européens, en particulier, sont maintenant las de ces massacres qui se produisent régulièrement : l’un en 2008-2009, l’Opération « Plomb durci », l’autre en 2012, l’Opération « Pilier de défense », et maintenant cette dernière explosion de furie israélienne, l’Opération « Bordure protectrice ». Ils en ont également assez car tandis qu’Israël détruit, ravage et saccage, c’est l’Europe qui est censée prendre en charge les factures et payer la note régulièrement.

Israël a cette étrange conception selon laquelle les seules personnes au monde qui méritent des réparations pour les crimes qu’ils ont subi sont les Israéliens ou les Juifs, alors que pour les crimes qu’ils infligent régulièrement aux Palestiniens, ceux de Gaza en particulier, les factures doivent être payées par d’autres pays, notamment les Européens.

La seconde raison est l’effondrement de l’initiative de paix de Kerry. Ce fut un épisode étrange, car de fait, Kerry offrait à Israël de satisfaire leurs propres revendications, à en juger par les négociations d’Annapolis de 2009. Et bien que Kerry ait offert à Israël tout ce qu’ils souhaitaient officiellement, à savoir l’annexion des principaux blocs de colonies, et la liquidation de la question des réfugiés palestiniens, Israël refusa l’offre dont les termes lui étaient si favorables.

[…]

Peter Lavelle : Permettez-moi de revenir à Norman. Nous venons d’entendre les exigences d’Israël, alors qu’ils ont un Etat, une sécurité considérable, et de puissants alliés. Les Palestiniens n’ont rien de tout cela. Pourquoi est-ce que ces pays reconnaissent maintenant la Palestine ? Car je dirais que tout ce « processus de paix » – et je n’aime pas du tout employer cette expression maintenant – étant dans l’impasse, il doit y avoir quelque chose de nouveau.

Norman Finkelstein : Eh bien, je pense que le problème est que dans ce débat, jusqu’à présent, Amir ne cesse de se référer à ce que veulent les Israéliens, comme si les desideratas d’Israël constituaient ce qui doit être négocié. Mais ce n’est pas d’après ces termes que le conflit doit être résolu. Les termes qui doivent résoudre le conflit ne sont pas ce que les Israéliens veulent, pas plus d’ailleurs que ce que les Palestiniens veulent, mais bien ce que dit le droit international : quelles sont les exigences pour résoudre ce conflit, qu’est-ce que chacune des parties doit faire. Maintenant, Amir nous dit : « Israël veut ceci + cela +, +, +… ». Je n’ai aucun doute sur ces « +, +, +… » qui, je le suspecte, finiront un jour par inclure tout l’univers. Mais ce n’est pas ce que dit le droit international. Israël n’a droit qu’à ses frontières basées sur celles d’avant la guerre de juin 1967. Les colonies qu’Israël a implantées dans les Territoires Occupés, y compris les principaux blocs de colonies, sont illégales d’après le droit international. Plus encore, d’après le Statut de Rome, elles constituent un crime de guerre.

Vous demandez pourquoi est-ce que la communauté internationale réagit maintenant. Eh bien l’une des raisons, si vous avez suivi le débat de la Chambre des Communes (britannique) – et j’ai pour ma part suivi les cinq heures de ce débat en direct sur Internet – intervenant après intervenant, tous ne cessèrent de parler de ces colonies. Israël parle de paix mais persiste à étendre ses colonies. La plupart des êtres humains rationnels et prudents jugent d’après les actions, non d’après les paroles. Et les actions montrent que jour après jour, Israël persiste à étendre les colonies et à commettre, d’après les termes du droit international, des crimes de guerre.

Les faits qui importent, ce qu’il faut retenir est très simple : les Palestiniens, leurs dirigeants, durant les 20 dernières années déjà – en réalité plus de 20 ans –, ont exprimé leur accord aux termes du droit international pour la résolution du conflit. Israël, sous TOUS les gouvernements – pas seulement le gouvernement Netanyahu, le gouvernement Olmert ou le gouvernement Barak, même sous M. [Yitzhak] Rabin – Israël n’a jamais accepté un Etat Palestinien dans toute la Cisjordanie incluant Jérusalem-Est et Gaza, ce que le droit international détermine comme le territoire réservé à l’auto-détermination des Palestiniens. Aucun des gouvernements israéliens n’a accepté de solution juste à la question des réfugiés palestiniens conforme au droit international, qui a également reconnu cela.

Donc je pense que la seule manière de résoudre ce conflit est de se demander quel côté, selon le droit international, est le côté récalcitrant. Non pas ce qu’Israël veut, mais si Israël exige plus que ce à quoi il a droit selon le droit international, des sanctions devraient lui être imposées.

[…]

Peter Lavelle : Avant de faire une courte pause, Norman, il me semble que dans le jargon politique qui nous parvient de Tel Aviv – non pas de notre invité, mais de la part du gouvernement –, « négociations » signifie « jamais ».

Norman Finkelstein : Eh bien, les négociations, d’après ce que vient de dire Amir, ne mèneront évidemment à rien. En particulier, deux de ses déclarations doivent être soumises à l’examen. Il a affirmé qu’Israël s’est retiré de Gaza en 2003. Israël ne s’est pas retiré de Gaza. Même le plus grand expert israélien en droit international, Yoram Dinstein, dans son ouvrage L’Occupation belligérante selon le droit international, il est la plus grande autorité sur cette question en Israël, et il déclare qu’Israël reste le pouvoir occupant à Gaza. Ils ne se sont pas retirés de Gaza. S’ils s’étaient retirés de Gaza, pourquoi y aurait-il un blocus à Gaza ?

Eh bien, j’ai traité la question de Gaza, regardons maintenant le problème des colonies. Amir déclare que concrètement, Israël va conserver les plus importants blocs de colonies. Cela signifie que pour satisfaire son « pragmatisme », Israël va conserver 10% de la Cisjordanie. Les blocs de colonies du Nord, les blocs de colonies d’Ariel et de Shomron, coupent l’Etat palestinien en deux au Nord. Le bloc de colonies du centre, Ma’ale Adumim, part de Jérusalem et va presque jusqu’à Jéricho, coupant encore l’Etat palestinien en deux. Ils annexent certaines des terres les plus arables de Cisjordanie. Ils annexent les ressources d’eau essentielles. Si Israël conserve ces blocs de colonies, il ne restera rien pour les Palestiniens.

Je ne veux pas m’étendre sur les détails car ce n’est pas le moment, mais ce qu’il faut retenir est simple : il faut respecter la loi, et il faut être raisonnable. Toutes les données démontrent que les Palestiniens ont déployé tous les efforts pour être raisonnables. Les propositions qu’ils ont faites en 2006 permettaient à Israël de maintenir – écoutez attentivement – 60% des colons en place. Ils ont déclaré qu’ils accepteraient un échange de territoires égalitaire, c’est-à-dire portant sur des terres de même taille et de même valeur. Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour être raisonnables, mais tout ce qu’ils obtiennent d’Israël est non seulement un « Non ! Non ! Non ! », mais encore un engloutissement progressif et croissant de leur Etat.

C’est pourquoi les Suédois agissent de cette manière. C’est pourquoi les Français agissent de cette manière. C’est pourquoi la Chambre des Communes britannique agit de cette manière. Il est absolument évident que cet Etat n’a pas la moindre intention, alors que nous approchons de la date anniversaire d’un demi-siècle [depuis 1967], Israël n’a pas la moindre intention d’accorder aux Palestiniens LEUR droit à l’auto-détermination.

[…]

Norman Finkelstein : Eh bien, comme Amir le sait très certainement, le problème est qu’Israël exècre les modérés, et qu’Israël désire et convoite ardemment les extrémistes.

Un politologue israélien, Avner Yaniv, avait trouvé une belle expression : il parlait des « offensives de paix » palestiniennes. Ce fut la volonté de paix palestinienne, qui s’exprimait déjà au début des années 1980, ce fut la volonté de paix palestinienne qui poussa Israël à attaquer l’OLP en 1982, tuant entre 15 et 20 000 Palestiniens et Libanais, dont une écrasante majorité de civils.

C’est lorsque le Hamas honora un cessez-le-feu qui fut négocié en Juin 2008, c’est lorsque le Hamas honora le cessez-le-feu qu’Israël l’attaqua, espérant provoquer une réaction qui puisse justifier une attaque contre Gaza.

C’est après que le Hamas ait rejoint le gouvernement de réconciliation, en avril 2014, il y a quelques mois de cela, c’est après que le Hamas ait rejoint le gouvernement de réconciliation et que [Mahmoud] Abbas ait accepté les termes de résolution du conflit, c’est à ce moment que Netanyahu s’est déchaîné, espérant provoquer une réaction violente de la part du Hamas.

Ce sont les « offensives de paix » palestiniennes, et non l’extrémisme, ce sont bien les « offensives de paix » palestiniennes qu’Israël exècre le plus.

[…]

Peter Lavelle : Norman, j’ai déjà entendu ce problème concernant le Hamas. On peut désigner le Hamas comme une organisation religieuse, mais c’est un parti politique, et je ne vois pas pourquoi un parti politique devrait reconnaître un Etat, je ne comprends pas la logique, ou peut-être que cela ne fait aucun sens.

Norman Finkelstein : Le Hamas a fait de nombreuses déclarations. Certaines sont conformes au droit international, d’autres ne le sont pas. Mais je pense qu’Amir ne comprend pas mon propos.

C’est précisément au moment où le Hamas est raisonnable et se conforme au droit international qu’Israël se met à paniquer. Car lorsque le Hamas agit raisonnablement, Israël n’a plus de prétexte ou d’excuse pour maintenir l’Occupation. Donc Israël fait avec le Hamas exactement la même chose qu’elle a fait avec l’OLP durant les années de Yasser Arafat : à chaque fois qu’Arafat devenait raisonnable, par exemple – et vous m’excuserez Peter, mais il est important d’évoquer l’Histoire – en juillet 1981, un cessez-le-feu fut signé entre l’OLP et Israël, ou du moins un accord fut conclu. Israël ne cessa pas de frapper l’OLP, encore et encore, mais l’OLP ne ripostait pas. Arafat était déterminé à obtenir une résolution diplomatique du conflit. Finalement, ils ont tant bombardé l’OLP, tué tellement de civils, que l’OLP a riposté.

Ce sont les « offensives de paix », c’est la modération qu’Israël redoute le plus car ils ne veulent pas se retirer (des territoires occupés) et ils ont besoin d’un prétexte. Et le prétexte est l’extrémisme palestinien qu’Israël créé lui-même.

[…]

Peter Lavelle : Vingt dernières secondes, qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Que doit-on faire ?

Norman Finkelstein : Je pense que ce qu’il faut faire est évident.

Premièrement, il doit y avoir une reconnaissance du droit des Palestiniens à l’auto-détermination et à avoir un Etat.

Deuxièmement, l’Occupation des Territoires palestiniens doit être déclarée illégale selon le droit international. Israël doit être mis en demeure du fait que s’il continue à violer le droit international, des sanctions vont être imposées contre Israël. Et je pense que c’est vers cela que nous nous dirigeons.

 

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Une terrible tragédie s’est abattue sur la capitale de la nation le 23 octobre lorsqu’un homme armé a ouvert le feu sur des sites gouvernementaux à Ottawa. Une enquête complète se doit de rassembler tous les détails possibles alors que les flammes de l’hystérie sont attisées sur la conscience publique. Les mots “terreur” et “terrorisme” ont été lancés de manière si routinière, que de nos jours, un criminel de droit commun pur et dur serait facilement classifié comme terroriste d’après le gouvernement Harper et les médias de masse. De fait, les activistes politiques qui empêchent les politiques du gouvernement de tourner en rond ici et à l’étranger, sont référencés de la même manière.

De l’autre côté de ce spectre, le média social est rempli de la suspicion que cet évènement pourrait représenter une opération fausse-bannière pour assister le gouvernement à démanteler les libertés civiles et les droits de l’Homme au nom de la guerre, du profit, de l’imposture politique et du contrôle du public.

Ceci ne veut pas dire que ceci n’était pas un acte de terrorisme. Peut-être en était-ce un, mais il est sûrement bien trop tôt pour parvenir à cette conclusion lorsque les noms des suspects n’ont pas été divulgués pour faire l’hypothèse même d’un motif. Ou l’ont-ils été ?

A 10:13 du matin, le journaliste du quotidien Globe and Mail a rapporté que les officiers de police pointaient leurs armes sur chaque journaliste présent au parlement (Post since removed from Twitter.)

A Midi 11, le journaliste de CBC Kady O’Malley rapportait que son groupe avait reçu l’ordre de la police d’évacuer le toit local, alors qu’ils continuaient de rechercher un coupable et tentait de sécuriser l’endroit.

A 13:14 Mme O’Malley a rapporté un vérouillage continu du centre de la ville d’Ottawa. Elle ne savait pas si l’évènement était fini et n’avait pas plus d’information à divulguer.
Tandis que les journalistes canadiens étaient menacés par les armes de la police, les officines d’information américaine comme CBS News et Associated Press avaient déjà une histoire complète à vendre, complète avec le nom même du tireur.

Avant que la scène du crime ne fut sécurisée à 10:54 du matin, une dépêche commune fut publiée pour identifier le coupable. Elle disait ceci:

“Le forcené armé a été identifié par les officiels américains et son identité livrée à CBS News. Il s’agit d’un nommé Michael Zehaf-Bibeau, citoyen canadien né en 1982.”

A 16:58, l’histoire avait été éditée, épurée, pour en retirer le nom du tireur ou toute mention d’une connaissance (préalable) du gouvernement américain. Le seul problème est que personne ne pouvait faire une mise à jour de la base de données de Google suffisamment vite pour effectuer ces changements, ainsi l’information originale apparait toujours avec les résultats de recherche générale.

L’histoire fut une fois de plus changée en soirée, lorsque le gouvernement canadien autorisa que le nom du forcené soit diffusé et le média américian ajouta les forces de l’ordre à sa liste de source officielle. Ils ajoutèrent également un second prénom, Abdul, pour renforcer le fait que le suspect avait des liens islamiques avec aussi une accusation de terrorisme.

Alors que les parlementaires commencent à rassembler les pièces du puzzle de cette tragédie, ils sont avisés de demander une enquête sur le comment le renseignement américain savait-il le nom d’un “terroriste possible” alors que le chaos se déroulait toujours ? Comment les Américains ont-ils pu savoir ce que les Canadiens ne savaient pas ? Comment se fait-il que cette information fut tant disséminée que les médias américains et Google eurent accès à l’information à distribuer, mais que les journalistes locaux sur la scène ne le purent pas faute de connaissance ?

Les chefs du bureau parlementaire canadien ne possédaient pas les même informations que leur contre-partie américaine et étaient tenus en joue par la police alors qu’un narratif de presse fut fourni en leur nom par un autre pays. Si ceci s’avère être un acte de terrorisme que des sources américaines connaissaient suffisamment pour en faire un pré-rapport, alors pourquoi rien ne fut fait pour empêcher cette violence ?

Beaucoup ont questionné le comment un homme armé avait pu pénétrer dans le parlement avec un fusil sans qu’on le remarque et ce malgré une grosse sécurité et des queues importantes. Certains demandent plus de contrôle d’état-policier et se réchauffent à l’idée d’abandonner leurs droits de Charte dans un effort de combattre le terrorisme intra muros. Quelque chose doit justifier la militarisation de la police depuis que la “Guerre contre la drogue” a été transformée en un produit lucratif du capitalisme.

Le Parti Libéral du Canada a fait campagne contre les politiques de la peur du gouvernement Harper, mais alors qu’ils ont “eu peur” cette fois-ci, les opposants se sont calmés et ont jeté leur soutien derrière le premier ministre. Le communiqué de presse du parti a été ciselé en conséquence, mais il mentionne le mot “terroriser” et se soumet à l’agenda à long terme du gouvernement.

Tous les Canadiens qui font attention à ce qui se passe sont particulièrement avertis de l’état policier rampant et de la perte des droits de vie privée dans cet échange. En fait, un député du parti libéral, Joyce Murray, a proposé la loi C-622 pour gagner une supervision du CSIS et du CSEC (NdT: les services de renseignement canadiens), de façon à ce que les forces de l’ordre canadiennes ne puissent pas dépasser les limites comme révélé par les fuites de Snowden.

Cette fusillade se passe également au moment où le maire d’Ottawa pense à sa réélection avec un historique de vouloir accommoder le CSEC en tant qu’associé.

Le journaliste qui a amené les fuites de Snowden au grand jour est en ville pour faire la promotion de son nouveau livre au sujet de pouvoir tentaculaire de l’état de surveillance. Glenn Greenwald parlera juste à quelques pâtés de maisons de distance de la colline du parlement, dans le même voisinage du vérouillage policier. C’est purement coïncidentel qu’il ait écrit une dithyrambe contre le gouvernement canadien et de l’abus du mot “terrorisme” par les médias dépendants, un jour plus tôt.

Dans le même temps le NDP a remarqué une anomalie d’un terrorisme différent en ce qui concerna la violence au Québec le jour d’avant également. Le bureau du premier ministre fut accusé d’avoir planté un commentaire prémonitoire dans la période des questions, qui anticipait les rapports de police sur “une attaque terroriste possible contre des soldats.”

Le ministre de la sécurité publique, Steve Blaney, a rapporté que l’évènement de Lundi était “clairement lié à l’idéologie terroriste”, mais le quotidien du Toronto Star rapporta de multiples témoins qui virent le suspect du Québec les mains en l’air lorsqu’au moins un des policers fit feu sur lui. Ils ont aussi dit “qu’un couteau fut implanté au sol près de là où l’incident s’est produit”.

C’est en tout cas ce que disait l’histoire originale d’Allan Woods, de Bruce Campion-Smith, de Joanna Smith, Tonda McCharles et Les Whittington. Une copie syndiquée devait être enregistrée au Cambridge Times, parce qu’une version plus récente et éditée du Toronto Star fut dramatiquement altérée et publiée le Mardi. Oubliant toute éthique journalistique, le Toronto Star a surpris les observateurs de l’industrie des médias en corrigeant son narratif sans même donner une note de réflexion de ces changements marquants. Maintenant l’article affirme que le suspect était un radical islamiste, qui émergea du véhicule avec un grand couteau dans ses mains, il n’y a aucune mention de témoins qui virent qu’il avait ses mains en l’air et le couteau n’était plus sur le sol. Toute information des témoins fut retirée du narratif sans aucune explication ou excuse de s’être trompé auparavant si de fait les témoins s’étaient trompés. La presse francophone à TVA continue de faire valoir les témoignages des témoins occulaires, mais aucun média anglophone ne mentionne ces témoignages de terrain.

Cet article du Toronto Star a été bien plus qu’édulcoré et qualifie pour avoir été totalement remplacé, ayant perdu son ton, ses faits, et l’esprit de la version originale. Il a été radicalement changé pour soutenir le narratif du gouvernement et des sources indépendantes censurées qui étaient apparues précédemment, les remplaçant par des citations de l’administration Harper qui focalisent sur le motif du suspect pour un terrorisme islamiste.

S’il n’y avait pas de petits journaux reprenant les dires originaux du Toronto Star, il n’y aurait plus aucune preuve de la version originale de reportage. Les journalistes professionnels n’acceptent en général pas que leur rédaction change l’esprit de leur travail sans aucune notice ou explication, spécifiquement quand 5 journalistes ont collaboré à produire un article de fond. L’histoire créée par des journaux imprimés ne devrait pas pouvoir être effacée du simple click sur un bouton ; avant que les médias ne migrent sur une base de reportage depuis internet, il apparaît un manque de mécanismes de responsabilité.

Ces deux exemples s’opposent à cause de la disparité des faits et il n’y a aucune note réfléchissant cette incongruité majeure. Le Toronto Star a été un leader dans l’éthique journalistique et ne modifierait pas des articles publiés pour discréditer ses propres reporters sans qu’une raison ne lui soit fournie. Ceci jusqu’à ce que les cadres et quelques journalistes bien établis qui demeurent silencieux, aient expérimenté la politique de la peur.

On verra si le New Democratic Party (NDP) va se lancer en soutien du gouvernement Harper alors que Mulcair délibère au sujet d’une déclaration publique qui doit toujours être publiée. Les membres du caucus du NDP qui étaient barricadés dans un bureau du parlement décrivent une perte de sécurité et un sentiment de peur.

Toute personne sensée devrait avoir peur lorsque des tirs proviennent d’individus hostiles, mais la politique de la peur sera t’elle aurorisée à dicter un narratif du terrorisme à la place des faits ? Le critique sur l’éthique et la vie privée de l’opposition, le député Charlie Angus, fait aussi part de coups de feu vers 10:00 du matin, tandis que les médias américains ont résolu l’évènement à 10:54 et que les membres du parlement et les médias parlementaires étaient toujours détenus et n’avaient aucun accès à la même information.

Si le gouvernement américain a pu avoir accès à de l’information concernant une attaque terroriste sur le sol canadien avant même que le gouvernement canadien ne fut averti, alors pourquoi cet évènement ne fut-il pas anticipé et empêché ? Dans la même veine, si le gouvernement canadien était en plein tumulte, alors comment les Américains ont-ils obtenu des informations qui n’étaient pas disponibles aux bureaucrates directement affectés à leurs propres agences de renseignement et de police ? Quel pouvoir a l’Amérique sur le Canada que le Canada ne possède pas lui-même ? Si un flingage sur une propriété du gouvernement canadien peut-être résolu avant même qu’il ne soit terminé, alors pourquoi les CSIS, CSEC, DHS et NSA ne furent-elles pas capables d’une intervention préalable ? Après tout, le tireur de Mercredi était déjà sur une liste de surveillance du gouvernement.

Le timing est incroyable et peut très bien être motivé par la guerre contre l’EIIL/EI. Le Canada a mué de sa peau de gardien de la paix pour une peau plus agressive de combat qui génère bien plus de revenus et de profits pour le Canada Pension Plan et Nigel Wright, ceci ayant le potentiel d’inviter un retour de bâton idéologique. Ceci n’est pas contesté. On a besoin d’une enquête impartiale, mais aussi que le public soit patient pour recevoir des faits judiciaires confirmés, gardant présents à l’esprit les motifs politiques, les narratifs différents et la course à la vente de la peur.

Le même jour où l’acte terroriste a été envisagé au Québec, le gouvernement Harper a fait passé la loi C-13 sans beaucoup de remarques de la part de l’audience des moutons. Jusqu’à Lundi, la loi C-13 était un des projets les plus controversés qui fut présenté sous le déguisement du harcèlement cybernétique, mais même la mère d’Amanda Todd parla contre l’exploitation de la mort de sa fille comme d’un outil pour créer un état policier surveillant sans mandat judiciare ni contrôle.

Grâce aux accusations de terrorisme faites par le gouvernement Harper durant cette journée, aucun média de masse ne rapporta le passage de cette loi plus tard dans la journée. CBC fut le seul média qui mentionna le passage de cette loi le lundi, mais ils négligèrent de noter que la chambre commune passa cette législation à aucun moment dans leur histoire. Ils présentèrent l’information comme étant un processus en progression tout en ne rapportant pas le vote effectif qui fit de cette proposition une loi.

Ceci représente également un problème d’éthique journalistique, mais CBC a eu sa part de défis depuis que le gouvernement Harper a nommé 10 donnateurs conservateurs à son comité directeur, ayant une influence sur la direction de diffusion publique.

La seule mention du passage de la loi C-13 provient d’un éditorial de Saanich News. Cette plus petite publication somme tout le monde d’être vigilant alors que cette loi complète la dernière étape vers son ascencion vers le sénat qui est dominé par une majorité conservarice.

De manière étonnante, le sénat a passé une première lecture de la loi C-13 le jour suivant. Il a passé cet obstacle à la va-vite le mardi, mais ceci n’a été rapporté par aucun média. Les sénateurs ont alors programmé une seconde lecture pour deux jours plus tard, pour le jeudi 23 Octobre 2014. La seule mise en échec provisoire de ce processus fut la fusillade au parlement du Mercredi.

Dès aujourd’hui la loi C-13 va peut-être être le passage le plus rapide d’une loi au travers de la bureaucratie dans le monde dit démocratique et ce sans que le public ou les médias ne remarquent quoi que ce soit et tandis que les législateurs récupèrent des vapeurs de poudre. Ni les journalistes parlementaires qui furent tenus en joue par la police mardi, ni les députés qui se barricadèrent, ont bien récupéré.

De plus, il y a une conférence de presse de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC, la police montée) au sujet de la fusillade de mercredi qui va sûrement distraire l’attention de cette nouvelle loi. Dans les jours qui viennent, il est très possible qu’ils fassent passer la loi C-13 comme un moyen de parvenir à attraper les terroristes, aussi sous couvert de harcèlement cybernétique (contrôle de l’internet), alors même qu’avoir été mis sur liste de surveillance avec les pouvoirs de surveillance pré-existant, n’a pas empêché Michael Zehaf-Bibeau de passer à l’acte.

Ceci nous amène à ce qui est en jeu. Le tabou que personne ne veut réellement évaluer. La décision que devront prendre les sénateurs tout en récupérant d’un traumatisme psychologique provoqué par l’échec de leur sécurité personnelle.

Nous parlons ici de la surveillance de données publiques, ou à ce qui ressemble à un espionnage systémique.

Il y a beaucoup de mots ambigus qui sont utiliés pour décrire la surveillance de données, mais peu comprennent ce que cela veut dire ou à quel point ceci correspond à un abus de pouvoir à huis-clos de la part du CSEC. La surveillance internet sans mandat a le potentiel de tracer une cible par ses mouvement relevés au GPS le tout avec mise à jour toute les minutes. Elle peut pénétrer la chaîne complète de communication entre un individu et ses contacts, incluant des étrangers qui font référence à la personne ciblée et ce quelque soit le degré de séparation au travers de la toile du world wide web. La technologie possède des capacités d’anticipation d’attitude. Chaque citoyen pris dans ce filet tentaculaire est évalué psychologiquement au travers de la sémantique (utilisation du langage) et assigné une persuasion pour déterminer si quelques critères présentent des problèmes pour la sécurité publique ou si la cible originelle a trop d’influence pour générer un soutien pour ses affaires et/ou croyances politiques et/ou religieuses.

Les gouvernement des “cinq yeux” (NdT: The Five Eyes ou le réseau de surveillance partagé par les cinq nations suivantes: Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande, auxquels on pourrait vraiment ajouter un sixième élement: Israël…) ont établi des programmes de surveillance spécifiques des médias. Ils surveillent les nouveaux sujets abordés, les journalistes, ils étudient l’effet des journalistes sur les perceptions du public. Lorsque quelqu’un poste un nouveau lien sur les réseaux sociaux quels qu’ils soient, tous les commentaires sont collectés et classés pour dissémination gouvernementale et dans les forces de répression. Le Canada a dépensé 20 millions de dollars et emploie 3300 personnes pour espionner les journalisres et les opposants politiques depuis 2012. La Commission Européenne et les Etats-Unis font la même chose dans ce qui est un vide juridique total pour protéger la vie privée des gens dans ce nouvel âge de la communication. Au lieu de faire des mises à jour du droit constitutionnel pour s’adapter à la nouvelle technologie, ils ont pondu des lois comme la C-13 qui révoque ces droits entièrement.

Ceci va bien au-delà de l’affaire des méta-données et seulement le Commissaire à la Vie Privée de la province de l’Ontario a pris la cause en main, sûrement au désespoir des partis politiques qui avaient commencé à utiliser une technologie similaire contre leurs opposants durant les élections. Quelque soit le bien que pourrait faire cet espionnage intrusif, ceci est complètement contre-balancé par le mal qu’il génère. Michael Sona possède une liste de numéros de téléphone et d’intentions, sans parler de pouvoir cartographier les pensées du public et des mises à jour de la position géographique de des opposants politiques minute par minute.

Si quiconque suivait physiquement un candidat politique, ses volonntaires ou supporteurs chaque minute de chaque jour et nuit ou essayait d’enregistrer chacun de leurs échanges, ceci serait considéré comme un harcèlement criminel. Si cette personne suivait aussi chaque contact qui a parlé de la personne ciblée et les évaluait psychologiquement pour faire des graphes, ceci surpasserait toute la fascination d’Hollywood et du complotage complexe de délinquants, criminels en série.

Mais ceci n’est pas de la fiction et la surveillance internet sans mandat judiciaire peut-être utilisée pour nuire à toute personne basé sur ses croyances politiques. Aux Etats-Unis, cela est déjà utilisé pour surveiller les juges en plus des journalistes, ajoutant un défi difficile à l’essence et l’apparence de la démocratie. Le dialogue est strictement contrôlé pour cacher ces utilisations et elles sont intégrées dans l’argument terroriste pour décourager le public d’aller chercher plus loin.

Le gouvernement Harper a été le premier à importer ces tactiques au Canada. Puis les libéraux et le NDP ont suivi, affirmant qu’ils auraient un désavantage dans les élections. Alors que le public était mis sous le choc de l’idée d’un terrorisme domestique, la loi C-13 fut passée sans discussion pour transformer le Canada en un état policier de surveillance qui permet ce type d’attitude.

On dit aux résidents que s’ils n’enfreignent pas la loi ils n’ont rien à craindre. Ceci subvertit tout but de la charte canadienne pour les droits et les libertés et remplace ce document avec une clause gouvernementale du “ayez confiance en moi”. Cela remplace le cœur même de la relation légale entre les citoyens et les forces de l’ordre en donnant un pouvoir débridé au gouvernement et aucun besoin de superviser la justification de son emploi. Cela met en danger les lois fondées sur la preuve de culpabilité, qui sont faites pour protéger l’innocent.

Peut-être que les avocats ont été bien calmes à ce sujet parce qu’un des contractants de la surveillance du gouvernement contrôle aussi leur programme de Quick Law, aussi bien que les bases de données des tribunaux et des universités. Peut-être que les professeurs ont aussi été silencieux parce qu’ils s’allouent ces entreprises de surveillance pour surveiller leurs étudiants en doctorat en sciences et en recherche dans une université canadienne connue qui est associée avec le CSEC.

Pour savoir ce que cette technologie de surveillance sans mandat judicaire peut faire à un citoyen ou des familles ordinaires lorsqu’abusée, on peut écouter un entretien avec un journaliste canadien qui en a été affecté dans la première saison de View up Here. (a comprehensive interview with an affected Canadian journalist can be heard). Le clip commence à 3min15 (pour éviter des commentaires techniques) et des révélations surprenantes sont faites quant au processus et aux ramifications de la surveillance le tout expliqué par des exemples. L’entretien détaille plus avant la censure de la presse gouvernementale en Amérique du Nord et ses conséquences internationales. Cela dure deux heures mais vaut l’investissement de son temps si le public désire vraiment garder ses droits de croire en quoi que ce soit ou de rejoindre des groupes d’opinion identique, les uns avec les autres.

Au-delà de la terminologie sèche de la législation, voici comment les mots de cette loi C-13 peuvent être utilisés par un gouvernement agressif, ses forces de l’ordre et la communauté des “cinq yeux” (5 +1).

Des lectures suggérées (Suggested reading) fournissent l’histoire et le développement de l’idéologie et des politiques en relation au Canada, aux Etats-Unis et en Europe. Cela devenait une loi au Canada alors que les ondes médiatiques étaient inondées d’accusations terroristes et le gouvernement s’est attendu à ce que personne ne le remarque. Cela se rapporte aussi à la surveillance des médias ce qui pourrait expliquer quelques histoire altérées, des publications enlevées et la mauvaise compréhension politique au sein même de l’appareil de parti lui-même.

 Amy McPherson

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Les amis du Nigéria ne sont pas ceux qui, par une communication surfaite, proposent leur « aide » pour lutter contre la secte islamiste. Il s’agit plutôt d’embrasser l’ennemi nigérian pour mieux l’étouffer ! Premier pays producteur de pétrole en Afrique et sixième mondial avec 2,5 millions de barils par jour, le Nigéria a commis le « crime » de céder des puits de pétrole à la Chine. Une concurrence jugée insupportable pour les USA, la France et l’Angleterre qui pompent le pétrole nigérian sans inquiétudes depuis 50 ans. De leur côté, les pétromonarchies arabes s’inquiètent d’un Nigéria trop puissant qui pourra ne plus se soumettre au diktat de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur le marché du pétrole et du gaz. A l’image de l’Iran (2ème) et du Venezuela (5ème producteur de pétrole mondial) qui gèrent leur pétrole en toute souveraineté. Boko Haram est le cheval de Troie qu’utilisent les puissances impérialistes pour contrer la Chine et détruire la première puissance économique africaine qu’est devenu le Nigéria en le divisant en deux états comme au Soudan.

Quelques questions pour briser le tabou

Première puissance économique africaine depuis le premier trimestre 2014, premier pays producteur de pétrole en Afrique, le Nigéria qui conserve par ailleurs sa confortable position de première puissance démographique (180 millions d’habitants) du continent retient de plus en plus l’attention des médias. Seulement, dans les chaînes de télévision ou les colonnes des journaux, cette triple puissance qu’est le Nigeria est désormais réduite à un nom devenu son synonyme : Boko Haram. Présenté par les« grands »medias « presstitués » comme un groupe de « fous de Dieu », Boko Haram n’aurait pas d’autres visées que de créer un Califat dans une partie du Nigéria, à défaut de soumettre tout le pays à la loi islamiste, la Charia. Aucun lien avec les puissances impérialo-capitalistes engagées dans une lutte à mort pour conserver l’hégémonie mondiale face à la Chine. Et grâce à la grande communication faite autour de l’ « enlèvement » le 14 avril 2014 de plus de 200 jeunes filles (le nombre varie en fonction des sources) dans la localité de Chibok, la secte islamiste a acquis une renommée planétaire. Ses actions sont relayées autant que celles des autorités nigérianes sont censurées. Comme pour prouver aux yeux du monde que le président nigérian, Jonathan Goodluck n’a paradoxalement aucune chance !

Mais est-ce une surprise si ces médias « oublient » systématiquement de vous dire à qui profitent en dernier ressort les crimes commis par la secte Boko Haram ? Pourquoi notre grande presse garde-t-elle un silence complice sur les origines des fonds et des armes lourdes qui permettent aux adeptes de Boko Haram de semer la mort au Nigeria, et bientôt au Cameroun ? Pourquoi les médias qui arrosent le monde ne diffusent-ils pas ce câble de Wikileaks qui citait nommément l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique à Abuja, Terence P. MacCulley comme le coordinateur des actions de déstabilisation du Nigéria ? Face à la redéfinition des équilibres géostratégiques imposée par la pénétration de la Chine en Afrique, Boko Haram comme la Séléka en République centrafricaine est devenue une arme redoutable pour préserver la mainmise des multinationales occidentales sur les matières premières et accélérer la mise en place d’Africom, le Commandement militaire US pour Afrique.

BokoHaram : à qui profitent les crimes de la secte islamiste ?

Pour envahir l’Irak et tuer son président au nom du pétrole, les Etats Unis d’Amérique de Georges Bush ont trompé la planète entière en affirmant que Saddam Hussein, devenu l’ennemi à abattre détenait des Armes de destruction massive. Colin Powell est allé plus loin en sortant des tubes à essai qu’il a présentés en mondovision comme les échantillons de ces armes à la disposition de Saddam Hussein. 10 ans après, tout le monde a constaté qu’il s’agissait d’un gros mensonge made in Washington.

En 2011, une vidéo sur le chef de guerre congolais Joseph Kony postée sur You Tube et largement commentée dans les médias a été regardée dit-on par plusieurs millions d’internautes. Stupéfaits par les crimes de Joseph Kony, les internautes du monde entier ont juré la perte de Kony. En retour, les USA ont proposé leur aide pour officiellement traquer les troupes de l’Armée de Résistance du Seigneur que commande l’ « invisible » Kony. Trois ans après, le résultat est le suivant : Joseph Kony est toujours en fuite. Mais au nom de sa traque, les USA ont installé des bases militaires en République démocratique du Congo, en Ouganda, en République centrafricaine, etc.

Autrement dit, à travers cette campagne, Washington a solidement installé les bases militaires dans cette partie de l’Afrique particulièrement riche en minerais précieux et très sollicités par la Chine qui en a grand besoin pour son industrialisation. (Voir carte ci-dessous)

Bases militaires étasuniennes en Afrique

Le Nigéria fait son entrée dans la gueule du loup

Membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) depuis 1971, le Nigeria garde le record de putschs en Afrique. Le pays a connu plusieurs groupes irrédentistes parmi lesquels le Mouvement pour la Survie du peuple Ogoni (Mosop) que dirigeait l’écrivain Ken Saro-Wiwa (pendu en 1995), le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (Mend). Le Mosop et le Mend avaient des revendications clairement formulées : gestion inclusive des ressources pétrolières. Les membres des deux organisations faisaient recours aux moyens légaux descendant dans la rue pour manifester mais n’hésitaient pas à prendre les armes pour s’attaquer au pouvoir central ou aux compagnies pétrolières, sources de leurs malheurs.

BokoHaram : un fantôme à plusieurs facettes

Crée à Maiduguri par Mohamed Yusuf en 2002, au lendemain des attentats du 11 septembre, Boko Haram évolue au gré des événements politiques nigérians et des orientations géostratégiques dessinées par les grandes puissances occidentales.

De 2002 à 2006, la secte s’inscrit dans la logique de recrutement-endoctrinement. Néanmoins, elle effectue quelques actions de violence comme pour prouver sa capacité d’action et se faire connaître. De 2006 à 2009, au fur et à mesure que le sudiste Olusugun Obasanjo s’obstinait à modifier la constitution (2006) pour briguer un troisième mandant à la tête du Nigeria, Boko Haram franchit un pallier dans la violence.

Les Etats de Bauchi, Wudil, Potiskum ,Maiduguri, Borno, Yobe, Kano deviennent le théâtre des violences incessantes. Celles-ci ont fait des morts aussi bien dans les rangs des forces de sécurité que dans la population civile et les adeptes de la secte. Son fondateur a d’ailleurs été exécuté en juillet 2009. Mais, comme cette hydre mythologique dont une tête coupée en faisait renaître 1000, Mohamed Yusuf n’est pas mort avec Boko Haram.

Quand Boko Haram s’invite dans la lutte pour le pouvoir entre le Nord et le Sud

Il est un élément qui permet de comprendre le versant nigéro-nigérian du phénomène Boko Haram. Entre 2006 et 2007, le président nigérian d’alors, Olusegun Obasanjo use de tous les stratagèmes pour écarter le candidat favori du Nord à la présidentielle.

Atiku Aboubacar qui a pourtant été son vice-président de 1999 à 2007 est tantôt accusé de corruption, tantôt exclu du parti au pouvoir, le Parti Démocratique Populaire (PDP). Déçu, il quitte le PDP et se présente sans succès à l’élection présidentielle de 2007 sous la bannière du Parti populaire de Tout le Nigéria (ANPP).

Finalement, c’est le malade Umaru Yar’Adoua qui succède à Obassanjo. Yar’Adoua est certes du Nord, mais il n’a pas le poids politique, encore moins le soutien populaire dont jouit le richissime Atiku Aboubakar que l’entourage d’Obassanjo trouve trop proche de Washington. Ce qui est sûr c’est que depuis cette brouille de plus et peut être de trop entre le Nord et le Sud, Boko Haram est devenu plus violent que jamais. S’attaquant aux écoles, églises chrétiennes et autres lieux publics. Avec ce nouveau redéploiement, l’on constate que la secte devenue le cheval de Troie de l’élite du Nord Nigéria dispose désormais d’armes lourdes. Ses troupes aujourd’hui estimées à 30 000 hommes, sont plus disciplinées, semblent plus entraînées. Bref elles sont devenues plus « professionnelles » ! Ceci fait immédiatement penser au deash en Irak c’est-à-dire une arme de chantage manipulée par des intérêts occultes…

Finalement, le 5 mai 2010, à la mort du président nordiste OumarouYar’Adoua qui n’a pas fini son mandat, le pouvoir revient au Sud avec l’élection de Jonathan Goodluck, originaire de la région pétrolifère du Delta du Niger. Les musulmans du Nord se sentent une fois de plus floués. Ils estiment que la bande à Jonathan Goodluck et Obassanjo a violé l’accord tacite qui veut que non seulement le Nord et le Sud dirigent le pays à tour de rôle, mais aussi qu’il revient à chaque partie de choisir son candidat-président.

Une disposition que le parti au pouvoir aurait violé aussi bien en 2007 qu’en 2011. On comprend par là pourquoi à l’approche de l’élection présidentielle de 2015, Boko Haram multiplie les actes de terreur qui visent sur le plan interne à fragiliser le président sudiste Jonathan Goodluck.

Pour cette mission, les grands médias jouent un rôle déterminent. Ils font une communication sélective qui consiste à communiquer sur les actions de Boko Haram et à passer sous silence les actions des forces de sécurité nigérianes qui ont fait leurs preuves à plusieurs reprises. En 2009 par exemple, l’armée nationale a infligé une cinglante déculottée aux membres de la secte, tuant son fondateur Mohamed Yusuf et un millier de ses combattants. Dans une lettre datant du 9 août 2009, Sanni Umaru qui s’est présenté comme le successeur de Mohamed Yusuf a reconnu la perte de plus de 1 000 hommes par Boko Haram. Certes gangrené par la corruption, le gouvernement fédéral n’est pas (pour l’instant) l’éléphant mort que vous présente votre téléviseur !

Le Nigéria est confronté à la guerre de quatrième génération et dans celle-ci, la guerre de l’information est un pilier central. Les mediamensonges des journaux et télévisions « presstitués » deviennent des obus de mortier qu’on tire du matin au soir. Notre poste de télévision devient un fantassin de l’ennemi installé dans notre propre salon, tirant jour et nuit en direction de notre cerveau !

Avec les financements de l’élite du Nord et ceux des acteurs extérieurs, la secte islamiste s’est suréquipée et dispose désormais d’armes lourdes ainsi que des chars. Outre les soutiens financiers et logistiques, ces islamistes terroristes bénéficient d’importantes complicités dans l’administration et dans les forces de sécurité. Ce sans quoi il n’aurait jamais été possible d’enlever plus de 200 filles dans un établissement scolaire et disparaitre sans être appréhendé. Parmi les financiers de Boko Haram, le Qatar et l’Arabie saoudite sont en tête de peloton bien sûr pour le compte de l’empire certes mais avec l’avantage de déstabiliser un acteur majeur et futur rival sur le marché du pétrole et du gaz. En 2050, le Nigéria seule aura environ 400 millions d’habitants, soit la troisième puissance démographique du monde. Cela n’arrange pas les affaires de beaucoup de gens…

La dimension occidentalo-impérialiste : fragiliser le Nigeria et écarter la Chine

Les puissances sont jalouses de leur position et des privilèges y afférents. Elles s’emploient à freiner toute concurrence, aussi petite soit-elle. En tant que triple puissance (démographique, économique et pétrolière) africaine, le Nigéria s’est involontairement attiré des ennemis hors du continent. Pour ne pas arranger les choses, l’ancien président Olesugun Obasanjo a commis le « crime » de briser le monopole des entreprises occidentales dans l’exploitation des vastes gisements de pétrole du Nigéria en ouvrant les puits au Chinois.

En effet, pendant plus d’un demi-siècle les compagnies pétrolières françaises, anglaises et étasuniennes ont régné en maîtres imperturbables dans la production pétrolière au Nigéria. Et puis, coup de théâtre ! En avril 2006, le président Obasanjo qui n’a pas reçu l’appui des Occidentaux dans sa tentative de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir se fâche et se tourne vers la Chine. Au grand dam de Shell, Texaco, Chevron…, les autorités nigérianes annoncent en grandes pompes avoir signé un contrat d’exploitation avec la compagnie pétrolière China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) pour plus de deux milliards de dollars avec une prévision de production de 225 000 barils jour. Dans la même logique, le président Obasanjo a négocié un prêt d’un milliard de dollars auprès du gouvernement chinois afin de financer la réhabilitation des voies ferrées du Nigéria et acheter du matériel roulant. La partie chinoise se donne deux ans pour produire son premier baril de pétrole au pays de ken Sarowiwa et de Wole Soyinka.

Ce rapprochement Abuja-Pékin crée des insomnies dans les capitales occidentales. Perdre le contrôle du Nigéria qui produit 2,5 millions de barils par jour est un coup dur pour Paris, Londres et Washington. D’autant plus que le Nigéria et son voisin le Cameroun constituent une sorte de glacis stratégique incontournable pour le contrôle du Golfe de Guinée.

De leur côté, l’Arabie Saoudite et le Qatar s’inquiètent de voir le premier producteur africain de pétrole s’affranchir de leur tutelle. L’Iran, deuxième producteur de l’or noir au monde se moque des directives éditées par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole s’est affranchi des directives des monarchies arabes et de l’impérialisme occidental depuis plus d’une décennie. Il gère son pétrole en toute souveraineté. Or, Ad vitam Aeternam, ces pétromonarchies entendent être le centre de régulation du marché du pétrole mondial. Ce qui est le seul lot de consolation que leur laisse l’impérialisme occidental.

Face aux velléités souverainistes du Nigéria, les réactions ne se font pas attendre. Chez l’Oncle Sam, on le sait, la meilleure défense c’est l’attaque ! L’administration US lance précipitamment son Commandement militaire pour l’Afrique en 2008, année où la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) démarrait ses activités pétrolières dans le premier pays producteur de pétrole en Afrique. Dans la précipitation, les USA n’attendent pas l’obtention d’un accord de siège pour lancer l’Africom. Il faut faire quelque chose. Point besoin d’attendre qu’un pays africain accepte d’abriter Africom pour le lancer. Six ans après son lancement, ce Commandement militaire étasunien pour l’Afrique est toujours basé à… Stuttgart en Allemagne.

Certains peuvent toujours y voir une simple coïncidence. Mais, cela n’enlève rien sur le fait que le Commandement militaire étasunien pour l’Afrique ne vise pas à lutter contre le terrorisme comme l’indique le discours officiel. Africom est le bras militaire de la diplomatie US pour contrer l’émergence d’une puissance endogène et surtout écarter la Chine de Afrique. Pour éviter que l’Empire du milieu ne s’empare de leur place de première puissance économique mondiale, les USA, incapables de fermer les industries chinoises, empêchent que celles-ci puissent accéder aux matières premières qui leur sont indispensables.

La CIA à l’œuvre

S’appuyant sur les câbles de Wikileaks, l’organisation Greenwhite Coalition affirme que pendant plusieurs années, les USA ont déployé les gros moyens pour déstabiliser le géant d’Afrique. En fouillant dans sa mémoire, le pays de Georges Bush a constaté que les troupes de l’Ecomog (EconomicCommunity of West African States Monitoring Group), la force militaire de la CDEAO (Communauté de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest), majoritairement constituée de militaires nigérians avait joué un rôle important (institution de cessez-le-feu) dans les guerres civiles au Libéria et en Siéra-Léone dans les années passées.

Craignant que le Nigéria utilise l’Ecomog pour supplanter l’influence des grandes puissances dans la sous-région, le président Georges Bush, fonde l’Acri (Africa Crisis Response Initiative ) en 2004. Avec l’aide de la CIA, l’Acri recrute des jeunes islamistes qu’elle forme à la collecte du Renseignement, au maniement des armes, aux techniques de survie. Les jeunes formés sont mis à la disposition de la secte BokoHaram qui s’en sert pour semer la mort !

Greenwhite Coalition constate également que la CIA a installé les camps d’endoctrinement et de formation le long des frontières poreuses du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger. Bien plus, un autre câble diplomatique US révèle que pour conduire la déstabilisation du Nigéria, l’ambassade US au Nigéria est devenue un véritable laboratoire. Pour mieux mener le sinistre projet, Washington n’a pas trouvé mieux que Terence P. MacCulley pour occuper le poste d’ambassadeur dans ce pays. Terence P. MacCulley n’est pas un diplomate comme les autres. En plus d’être le coordinateur de la politique étrangère d’Africom, il est l’un des architectes de l’Africa Crisis Response Initiative. Son expérience est mise à contribution pour fragiliser le pouvoir fédéral afin de justifier l’intervention des pays de l’OTAN.

Il n’aura échappé à personne que les attaques de la secte islamiste se font désormais avec une précision digne d’une armée professionnelle bien entrainée ! Elle dispose d’un effectif que la rançon issue du marchandage des otages ne peut payer. Car pour enrôler, nourrir, équiper et soigner des milliers de combattants comme c’est le cas de Boko Haram, il faut avoir des financements importants et réguliers. Or le business des otages n’obéit pas à cet impératif.

Quand Michelle Obama fait le marketing des drones US au Nigéria

Pour mieux comprendre l’implication des USA dans la déstabilisation du Nigéria, il faut revisiter les derniers évènements qui se rapportent à ce pays. Le dernier en date est incontestablement la campagne « Bring Back our girls », lancée personnellement par la première dame des Etats Unis d’Amérique. Restée en retrait pendant les six premières années de présidence de son mari, Michelle Obama s’est muée en mascotte du complexe militaro-industriel US. En lançant la campagne Bringbackourgirls sur facebook, elle a légitimement attiré l’attention du monde sur le sort des 200 filles enlevées par la secte islamiste.

Mais, ce qu’on ne dit pas c’est que Michelle Obama a trouvé un nouveau ciel pour les drones US et un nouveau terrain d’actions pour les Marines et autres forces spéciales étasuniennes. Au nom de la recherche des 200 lycéennes, le président étasunien a décidé l’envoi de 70 militaires au Tchad.

Obama en a profité pour renforcer les effectifs militaires US au Nigeria. Jusqu’en mai 2014, 50 soldats étasuniens étaient régulièrement affectés à l’ambassade des USA au Nigéria. 20 Marines y assuraient la formation des militaires locaux. La campagne lancée par Michelle Obama a permis d’accroitre ce nombre.

Rappelez-vous la campagne lancée pour nous avait-on dit, traquer Joseph Kony. Elle a permis aux USA de quadriller le Congo, l’Ouganda, la RCA… Brink back our girls permet de quadriller l’Afrique de l’Ouest. Etablissant l’axe Mogadiscio-Ouagadougou, avec 12 pays sous la botte de Washington. A ce jour, 29 pays africains ont accordé le droit aux USA d’utiliser leurs aéroports. Et n’oubliez jamais que les forces spéciales sont toujours précédées des hommes de Renseignements qui collectent certes des données utiles pour les militaires, mais font de l’espionnage économique et industriel au service de l’Empire. On voit à qui profite les crimes de Boko Haram en dernier ressort. La guerre c’est le plan !

Boko Haram : un poker menteur très rentable

En français, BokoHaram veut dire : « l’école interdite ». Boko renvoie au livre Book et Haram veut dire interdit. Son contraire est Halal. Plusieurs « spécialistes » et « experts » de Boko Haram préfèrent la traduction suivante : « L’éducation occidentale est un péché ».

Cependant, il est étonnant de constater que Boko Haram ne s’attaque pas aux intérêts des Occidentaux qui sont pourtant ses ennemis objectifs si l’on en croit la traduction des « experts ». Au Nigéria, les grandes marques occidentales ne manquent pourtant pas. Les plus visibles dictent la loi dans le pétrole qui est la principale source en devises du pays.

Au lieu de s’attaquer à elles pour confirmer le caractère Haram de l’Occident, la secte préfère s’en prendre aux Nigérian(e)s dont le crime inexpiable serait d’être chrétien(e)s ou de fréquenter une école laïque. Aboubakar Shekau n’a-t-il pas revendiqué l’enlèvement des 200 filles dans une vidéo ? Quelle incohérence ! Boko Haram est donc ce que son nom n’indique pas. Autrement dit Boko Haram n’est pas ce que vous en savez.

Contrairement à Boko Haram, le Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni et le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger s’opposaient ouvertement aux intérêts de l’Occident. Les deux organisations s’en prenaient directement aux multinationales pétrolières et à leurs relais nigérians. En 1992, trois ans avant sa pendaison à Port Harcourt le 10 novembre 1995 par le régime de Sani Abacha, l’écrivain Saro-Wiwa (assassiné avec 8 autres militants du Mosop) indexait les compagnies pétrolières en termes : « L’exploration pétrolière a transformé le pays ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ; l’atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs d’hydrocarbures, de méthane, d’oxydes de carbone et de suies rejetés par les torchères qui, depuis trente-trois ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout près des zones d’habitation. Le territoire ogoni a été dévasté par des pluies acides et des épanchements ou des jaillissements d’hydrocarbures. Le réseau d’oléoducs à haute pression qui quadrille les terres cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse menace ». Poursuivi par les familles des victimes pour complicité dans l’élimination de Saro-Wiwa et ses compagnons, le pétrolier Shell a accepté de payer 15,5 millions de dollars en juin 2009.

La rançon de la mauvaise gestion

Si BokoHaram recrute avec tant de facilité au Nigéria, c’est aussi parce que les dirigeants successifs de ce pays se sont illustrés par une redistribution inéquitable des ressources pétrolières. Exemple : l’écart entre le taux de scolarisation au Sud et au Nord du pays est abyssal. Pareil pour la couverture sanitaire. Tenez ! Sur 100 000 femmes qui enfantent au Nigéria, 1 800 meurent au Nord contre 80 dans le Sud du même pays. Face à cette misère entretenue par les hommes politiques généralement empêtrés dans les affaires de corruption et de détournement de deniers publics, les populations des zones lésées sont réceptives aux manipulations.

Pour attirer le maximum de personnes qu’il a finalement converties au djihad, Mohamed Yusuf, le fondateur de Boko Haram insistait dans ses prêches sur ces inégalités. Il pointait le pouvoir fédéral comme étant la cause du chômage des jeunes. Et ces derniers étaient nombreux qui attendaient leur premier emploi après plusieurs années d’études universitaires. En usant de tous les subterfuges pour écarter le nordistes, Atiku Aboubakar et placer le malade Omaru Yarad’oua, Olesugun Obasanjo à renforcé le clivage Nord-Sud et Boko Haram prospère au Nord parce qu’il a le soutien de l’élite nordiste. Les Nordistes sont prêts à tout pour qu’un sudiste ne remporte pas l’élection de 2015.

L’issue de cette consultation électorale déterminera probablement le cours de l’histoire du Nigéria. Si un ressortissant du Sud gagne, les actes terroristes de Boko Haram vont vraisemblablement se multiplier. Un rapport circonstancié du National Intelligence Council des USA évoque d’ailleurs une probable partition du Nigéria en 2015. Par contre si un nordiste l’emporte, les données pourront changer. Les musulmans verront l’arrivée d’un des leurs à la tête de l’Etat fédéral comme la correction d’une injustice. Comme un instrument au service de l’élite nordiste du Nigéria, BokoHaram aura atteint l’une de ses missions historiques. Mais, puisqu’elle est aussi et surtout au service des puissances étrangères, Boko Haram pourra migrer vers un autre pays exactement comme l’ont fait les djihadistes takfiri abandonnant la Lybie conquise pour la Syrie de Bachar Al-Assad. En clair, ses combattants pourront être envoyés sur un nouveau front pour une mission similaire : contrer la Chine et obtenir des contrats léonins pour les multinationales occidentales.

Après le Nigéria, le Cameroun ?

Le Cameroun est la cible idéale pour les puissances impérialistes occidentales. Pourquoi le Cameroun de Paul Biya ? Comme le président centrafricain François Bozizé renversé par une coalition rebelle en mars 2013, le malheur de Paul Biya c’est d’avoir décidé de diversifier les partenaires économiques du Cameroun. Ainsi, ce pays considéré depuis près d’un siècle comme bastion imprenable de la France a largement ouvert ses portes à la Chine. En 10 ans, l’Empire du milieu a supplanté la France dans l’économie camerounaise. Gagnant progressivement tous les grands marchés : construction des barrages de Mekin et M’mvelle, construction de l’autoroute Douala-Yaoundé, construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi, etc.

Le Cameroun c’est aussi le verrou du golfe de Guinée et la gâchette de toute l’Afrique. On l’appelle « l’Afrique en miniature ». Déstabiliser ce pays c’est la garantie de mettre le feu à tout le Golfe de Guinée. Déjà, depuis plus de deux ans, les incursions de la secte nigériane ont presque totalement détruit le commerce de bétail dans le nord du Cameroun alors que la misère sociale est justement la raison essentielle pour laquelle la secte recrute si facilement ses djihadistes. La stratégie du chaos est donc bien en marche. Jusqu’ici, les seuls otages occidentaux attribués ou revendiqués par la secte nigériane Boko Haram ont été enlevés au…Cameroun.

Le 19 février 2013, une famille française constituée de Tanguy Moulin-Fournier et son épouse, leurs quatre fils et Cyril le frère de Tanguy sont enlevés à l’extrême-Nord du Cameroun. En visite en Grèce, François Hollande réagira tout de suite en indiquant que cette famille est entre les mains de Boko Haram. Boko Haram n’avait encore fait aucune revendication de ce rapt. Il a fallu attendre le 21 pour qu’Aboubakar Shekau revendique l’enlèvement. En novembre de la même année 2013, un autre Français, Georges Vandenbeusch, 42 ans est enlevé à Nguetchewé, localité du Nord-Cameroun. Le Conseil épiscopal du Cameroun n’a signé aucun communiqué rendant public cet enlèvement. L’instance est restée tout aussi muette après la libération de Vandenbeush le 31 décembre. Ce qui est inhabituel. Lorsqu’un prêtre catholique est en difficulté, le Conseil épiscopal prend officiellement position en condamnant l’acte. Ce qui n’a jamais été le cas pour Georges Vandenbeusch qui était pourtant présenté comme prêtre catholique. Le 5 avril 2014, les prêtres italiens Giampaolo Marta et Gianantonio Allegri, ainsi qu’une religieuse canadienne sont enlevés à Tchère, à environ 20 kilomètres de Maroua, capitale de la Région de l’Extrême-Nord Cameroun. L’enlèvement est attribué à la secte islamiste. On dirait que BokoHaram ne voit les Occidentaux qu’au Cameroun !

En fait, à travers ces enlèvements, la secte islamiste et ses financiers impérialistes veulent faire passer dans l’opinion internationale que le régime de Yaoundé est incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens et des étrangers et ainsi préparer les esprits à une future occupation militaire du pays comme en Centrafrique.

Une nouvelle carte de l’Afrique se dessine. Les frontières issues de la colonisation n’arrangent plus ceux qui les ont tracées à l’époque. Des informations sérieuses parlent de la constitution d’un nouvel état regroupant le nord du Nigéria, du Cameroun, de la Centrafrique et le sud du Tchad et qui sera un émirat islamique comme celui qui se prépare en Irak.

Finalement, la guerre contre Mouammar Kadhafi en Libye n’est pas différente de celle qui a plongé le Mali dans le chaos. La différence entre le renversement de Laurent Gbagbo en Côte-D’ivoire et de celui de François Bozizé en Centrafrique c’est l’identité des présidents renversés. Au Nigéria, les actions de Boko Haram servent les mêmes intérêts que ceux de la Séléka en République Centrafrique. Par ces temps de faillite économique en occident, les pays de l’Otan, conduits par le nouveau couple anthropophage : USA-France veulent endiguer la pénétration chinoise et reprendre les énormes ressources naturelles disponibles dans cette partie du monde.

Il est également question de déstructurer le continent africain qui sera tout de même la première puissance démographique mondiale en 2050 avec deux milliards d’habitants. Dans cette troisième guerre mondiale qui est la lutte pour l’hégémonie planétaire, tout Etat souverain est un danger pour l’Occident et tout Etat très grand doit être divisé en entités plus facilement manipulables comme au Soudan, et comme prévu pour l’Irak.

La guerre risque d’être longue et large. La campagne d’occultation des vraies causes aussi. Et la grande force de l’impérialisme est de toujours faire porter la responsabilité de ses guerres par d’autres. Ce qui complique évidemment la compréhension des causes profondes et des objectifs finaux des conflits contemporains. Face à cela, le choix devient simple pour les africains : soit combattre pour leur libération définitive et travailler pour devenir la puissance émergente du 21ème siècle, ou alors accepter une recolonisation directe qui cette fois est bien partie pour durer 1000 ans !

Carlos Bake et Olivier A. Ndenkop

Source : “Le Journal de l’Afrique n° 003″, 24 octobre 2014, Investig’Action

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Pour bien comprendre cet article de Noam Chomsky, publié non pas aux États-Unis, mais au Venezuela, qui considère les USA comme un État terroriste, il convient de rappeler que dans le « droit de la guerre » la protection des populations civiles est un devoir pour les deux parties en lice. Ne pas le faire est une infraction directe au droit humanitaire [1].

Une attaque terroriste est une attaque visant directement des civils, dans le but d’obtenir un avantage territorial ou politique. Ce qui est le cas de l’État islamique (Daech, Isis, EIIL…), qualifié de groupe terroriste. Mais l’attaque, racontée dans ce texte, d’une usine cubaine, par des forces terroristes formées par les USA, et qui laissa 400 ouvriers morts, en est un autre cas. Au niveau légal, les deux attaques ne sont pas différentes. La différence entre les deux, subjective à la conscience collective occidentale, repose sur sa représentation médiatique, celle qui fabrique votre consentement, qui vilipende la première et encense, ou au moins excuse, la deuxième, simplement parce que c’est votre bord qui en est l’auteur.

Si vous trouvez que faire cette différence est normal de votre part, alors vous pouvez vous classer parmi les hégémonistes (même si vous préférez le mot pragmatiques), ceux qui pensent que c’est la puissance qui est la règle du jeu international. Si vous trouvez cette différence anormale, vous vous classez parmi les légalistes et vous blâmerez les deux. Mais il faut aussi se rappeler que le puissant à une responsabilité supplémentaire, celle de maîtriser sa puissance et ne pas commencer l’attaque. D’autant plus, s’il se considère « gendarme du monde », car on ne peut prétendre à la fois faire appliquer la loi et se placer au-dessus d’elle.

Il devient de plus en plus évident que l’hégémonisme est une idéologie qui reprend toute sa force aux USA et dans le monde occidental, tant parmi nos gouvernements, que dans la conscience collective, dirigée dans ce sens par les médias dominants. C’est pourtant cette idéologie qui a conduit aux catastrophes qu’ont été les deux premières guerres mondiales. Guerres à chaque fois perdues par les tenants de l’hégémonisme. Ce qui nous ramène à la constatation du gouvernement US lui-même, que vous lirez dans ce texte : « les succès sont si rares qu’il serait bon d’envisager un changement de stratégie », constatations que les pragmatiques et les hégémonistes se doivent de méditer.

Le Saker francophone


Un sondage international a montré que les USA sont en tête du classement de « la plus grande menace à la paix de nos jours », loin devant la deuxième place tenue par le Pakistan.

Imaginez un article de première page dans la Pravda, rapportant une étude faite par le KGB, portant sur les principales opérations terroristes menées par le Kremlin dans le monde, dans le but de déterminer ce qui a favorisé leurs succès ou leurs échecs, et qui conclurait que, malheureusement, les succès sont si rares qu’il serait bon d’envisager un changement de stratégie. Imaginez que l’article en vienne à reprendre des propos de Poutine, disant qu’il a demandé au KGB d’enquêter pour recenser les cas « de financement et de livraison d’armes aux insurgés dans un pays, ayant entraîné la victoire de ces derniers. Mais ils n’ont pas trouvé grand-chose ». Il aurait donc quelques hésitations à poursuivre de telles actions.

Si, aussi inimaginable que cela puisse paraître, un tel article venait à être publié, les cris d’indignation et de colère seraient tonitruants, et la Russie serait immédiatement condamnée très sévèrement (même pire), non seulement pour cette reconnaissance publique d’actes de soutien terroristes, mais aussi pour la réaction de sa classe dirigeante. Aucune remise en question, si ce n’est de savoir si de tels actes ont un effet et comment l’améliorer.

Il est même difficile d’imaginer qu’un tel article puisse être publié, sauf qu’il l’a été (ou presque).

Le 14 octobre, l’info de Une du New York Times portait sur une étude de la CIA, qui passait en revue les principales opérations terroristes conduites par la Maison Blanche dans le monde, dans le but de déterminer les causes de leurs succès ou de leurs échecs et dont la conclusion disait que, malheureusement, les succès étaient rares et qu’il serait bon d’envisager une réadaptation stratégique [2] [3]. L’article continue en citant Obama, disant qu’il avait demandé à la CIA de lancer une enquête pour déterminer les cas où « le financement et la fourniture d’armes aux insurgés d’un pays a abouti à leur victoire. Mais ils n’ont pas trouvé trouvé grand-chose ».

Il n’y a eu aucun cri de réprobation, aucune indignation, rien.

La leçon à tirer d’une telle histoire me semble limpide. Dans la culture politique occidentale, il est maintenant considéré comme totalement normal que le Leader du Monde Libre soit un État voyou et terroriste et puisse publiquement proclamer sa capacité à accomplir de tels crimes. Et il est tout à fait normal que le prix Nobel de la paix, et avocat constitutionnel libéral, qui détient le pouvoir, ne soit concerné que par un aspect : comment rendre de tels actes plus efficaces.

Une approche plus détaillée de cette histoire ne peut qu’aboutir à cette leçon.

L’article commence en citant les opérations US « de l’Angola au Nicaragua, en passant par Cuba ».

En Angola, les USA se sont alliés à l’Afrique du Sud pour fournir une aide vitale à Jonas Savimbi, de l’armée terroriste de l’Unita, et ont continué de même après que Savimbi eut été battu à plate couture dans des élections libres dûment surveillées, et même après que l’Afrique du Sud avait retiré son soutien à ce « monstre, dont la soif de pouvoir avait entraîné la misère de son peuple », selon les mots mêmes de l’ambassadeur britannique en Angola, Marrack Goulding, propos renforcés par ceux du chef de la station de la CIA à Kinshasa, dans le Zaïre voisin, qui avait averti que « ce ne serait pas une bonne idée » de soutenir un tel monstre, « à cause de l’étendue de ses crimes. Il est extrêmement brutal ».

 

Jonas Savimbi recevant ses parrains sud-africains dans sa « capitale » de Jamba, en Angola
Jonas Savimbi recevant ses parrains sud-africains dans sa « capitale » de Jamba, en Angola

 

 

Malgré ces opérations terroristes meurtrières en Angola, appuyées par les USA, les forces cubaines ont repoussé les agresseurs sud-africains vers le sud, les forçant à quitter la Namibie, illégalement occupée, et à ouvrir la voie à des élections, pour lesquelles Savimbi, après sa défaite, «  a complètement rejeté les avis de 800 observateurs internationaux, qui disaient que ces élections avait été… globalement libres et justes » (New York Times). Savimbi a continué sa guérilla terroriste, grâce au soutien US.

Les succès cubains dans la libération de l’Afrique et la fin de l’apartheid furent loués par Nelson Mandela, quand il fut finalement libéré de prison. Un de ses premiers actes fut de déclarer que « durant toutes ces années de prison, Cuba fut une inspiration pour moi, et Fidel Castro un monument de courage… Les victoires cubaines ont détruit le mythe de l’invincibilité de l’oppresseur blanc et inspiré le combat du peuple sud-africain… un tournant majeur pour la libération de notre continent (et de mon peuple) du fléau de l’apartheid ».

 

Recherché pour crimes contre l'humanité : Henry A. Kissinger
Recherché pour crimes contre l’humanité : Henry A. Kissinger

 

Par contraste, le commandant terroriste Henry Kissinger était dans un état « apoplectique », face à l’insubordination de ce « minable » de Castro, qui devait être « écrasé », comme l’ont rapporté William Leogrande et Peter Kornbluh dans leur livre « Back channel to Cuba », en se référant à des documents déclassifiés.

Pour ce qui est du Nicaragua, nous ne nous attarderons pas sur cette guerre terroriste de Reagan, qui continua bien après que la Cour de justice internationale eut ordonné à Washington d’arrêter tout « usage illégal de la force », c’est-à-dire du terrorisme international, et de payer pour les vastes dommages occasionnés ; et même bien après la résolution du conseil de sécurité des Nations Unies qui demandait à tous les États (c’est-à-dire aux USA) de respecter les lois internationales – Résolution contre laquelle Washington a posé son veto.

Il faut quand même reconnaître que la guerre terroriste de Reagan contre le Nicaragua, poursuivie par Bush 1er, ne fut pas aussi destructrice que le terrorisme d’État qu’il a soutenu avec grand enthousiasme au Salvador et au Guatemala. Le Nicaragua avait l’avantage d’avoir une armée pour s’opposer aux forces terroristes soutenues par les USA, alors que dans le cas de ces pays voisins les terroristes s’en prenant à la population étaient les forces armées elles-mêmes, équipées et entraînées par Washington.

 

Le meurtre de 6 intellectuels sud-américains, des prêtres jésuites, par une brigade d’élite de l’armée du Salvador, le bataillon Atlacatl
Le meurtre de 6 intellectuels sud-américains, des prêtres jésuites, par une brigade d’élite de l’armée du Salvador, le bataillon Atlacatl

Dans quelques semaines nous commémorerons une des dernières batailles terroristes de Washington contre l’Amérique du Sud : le meurtre de 6 intellectuels sud-américains, des prêtres jésuites, par une brigade d’élite de l’armée du Salvador, le bataillon Atlacatl, équipé et entraîné par Washington et agissant sous les ordres du Commandement Central, bataillon ayant un long passé de massacres des habituelles victimes.

Ce crime horrible datant du 16 novembre 1989, à l’Université jésuite de San Salvador fut le point culminant d’une énorme vague de terreur qui s’est répandue sur tout le continent à la suite de la décision par John F. Kennedy de changer la stratégie des militaire sud-américains, de « défense de l’hémisphère » – une relique datant de la seconde guerre mondiale – à celle de « sécurité intérieure », qui voulait dire que la guerre allait se tourner contre la population locale. Le décor fut brièvement planté par Charles Maechling, qui dirigea la planification de la contre-insurrection  et de la défense intérieure US de 1961 à 1966. Il a décrit la décision que prit Kennedy en 1962 comme un changement de « la tolérance envers la rapacité et la cruauté des militaires sud-américains » vers « une complicité directe dans leurs crimes » et même vers un appui US aux « méthodes des escadrons de la mort d’Heinrich Himmler ».

À Cuba, les opérations terroristes US furent lancées plein gaz par le président Kennedy pour punir les Cubains d’avoir gagné lors de l’invasion de la Baie des cochons. Comme l’a décrit l’historien Piero Gleijeses, JFK a « demandé à son frère, le procureur général Robert Kennedy, de diriger le groupe qui a organisé l’Opération Mongoose (Mangouste), un programme d’opérations paramilitaires, de guerre économique, et de sabotage qu’il lança en 1961 pour que Fidel Castro connaisse « les terreurs terrestres » (terrors of the earth) [4] mais surtout, de manière plus pragmatique, pour le renverser ».

La phrase « les terreurs terrestres » fut notée par Arthur Schlesinger, historien et associé de Kennedy, dans sa biographie quasi-officielle de Robert Kennedy, qui reçut la mission de conduire cette guerre terroriste. RFK informa la CIA que le problème cubain représentait «  la priorité absolu du gouvernement des USA (tout le reste devenant secondaire) et que ni le temps, ni les efforts, ni le matériel ne devaient être épargnés » dans l’effort de renverser le régime de Castro et de répandre les « terreurs terrestres » sur Cuba.

Cette guerre terroriste lancée par les frères Kennedy ne fut pas une mince affaire. Elle impliqua 400 US-Américains, 2000 Cubains, une flotte privée de vedettes et un budget annuel de 50 millions de dollars, géré en partie par la station CIA à Miami, en violation du « Neutrality act » mais aussi visiblement en violation de celle qui interdit à la CIA d’opérer sur le sol US.

 

Diplôme de bons et loyaux services décerné au Général Lansdale
Diplôme de bons et loyaux services décerné au Général Lansdale

 

L’opération terroriste Mongoose fut conduite par le général Edward Lansdale, qui s’était formé aux opérations terroristes US dans des opérations menées aux Philippines et au Vietnam. Son programme pour l’Opération Mongoose appelle à « des révoltes publiques et au renversement du régime communiste » en octobre 1962, et pour qui « le succès final va demander une action militaire US décisive » quand le terrorisme et la subversion auront préparé le terrain.

Octobre 1962 est, bien sûr, une date très importante de l’histoire moderne. C’était le mois où Nikita Khrouchtchev a envoyé ses missiles à Cuba, déclenchant la fameuse crise des missiles qui nous a amenés au bord d’une ultime guerre nucléaire. L’histoire officielle reconnait maintenant que Khrouchtchev fut en partie motivé par l’énorme avantage de force dont bénéficiaient les USA après que Kennedy eut répondu à son appel pour une réduction des armes offensives par une augmentation radicale de l’avantage US ; et aussi par l’inquiétude de voir une invasion US de Cuba. Des années plus tard, le secrétaire à la Défense de Kennedy, Robert McNamara a reconnu que Cuba et la Russie avaient raison de craindre une attaque. « Si j’avais été à la place des Cubains ou des Russes, j’aurais pensé la même chose », fit observer McNamara au cours d’une conférence internationale pour le 40ème anniversaire de la crise des missiles.

Objectifs de reconnaissance de l'US Air Force à Cuba, 1962. (document US Air Force)
Objectifs de reconnaissance de l’US Air Force à Cuba, 1962. (document US Air Force)

 

L’analyste politique Raymond Garthoff, très reconnu dans son milieu, et ayant de nombreuses années d’expérience directe du renseignement US, a rapporté que pendant les semaines qui ont précédées la crise d’octobre, un groupe terroriste cubain, basé en Floride avec l’autorisation du gouvernement US a entrepris « une attaque osée à base de vedettes rapides sur un hôtel de bord de plage cubain, près de La Havane, ou des techniciens militaires avait l’habitude de se réunir, tuant une dizaine de Russes et de Cubains ». Peu de temps après, rajoute-t-il, les forces terroristes attaquèrent des cargos britanniques et cubains et organisèrent d’autres raids sur Cuba, entre autres actions entreprises début octobre. À un moment particulièrement tendu de cette crise encore non résolue, le 8 novembre, une équipe terroriste envoyée des USA a fait exploser une usine cubaine alors que l’opération Mongoose avait déjà été officiellement arrêtée. Selon Fidel Castro, 400 ouvriers ont été tués dans cette opération menée grâce à « des photos prises par des avions espions ». Des tentatives d’assassinat de Castro et d’autres attaques terroristes ont continué, et se sont même aggravées, les années suivantes.

On a accordé un peu d’intérêt à une partie mineure de cette guerre terroriste, les nombreuses tentatives d’assassiner Castro, mais elles furent le plus souvent considérées comme des manigances infantiles de la part de la CIA. À part cela, rien de ce qui s’est passé n’a provoqué grand intérêt ou beaucoup de commentaires. La première enquête sérieuse de langue anglaise sur l’impact de cette période sur les Cubains fut publiée par le chercheur canadien Keith Bolender dans son Voices from the other side : An oral history of terrorism against Cuba (Voix de l’autre côté : une histoire orale du terrorisme contre Cuba), une étude de grande valeur, largement ignorée.

Ces trois exemples mis en lumière dans l’article du New York Times sur le terrorisme US ne sont que la pointe de l’iceberg. Mais ils sont néanmoins utiles pour reconnaitre l’engagement de Washington dans des opération terroristes meurtrières et destructrices et du peu d’inquiétude que cela provoque dans la classe politique, qui trouve cela normal et considère que les USA doivent être une superpuissance terroriste, au-dessus des lois internationales et des normes de civilisation.

Aussi étrange que cela puisse vous paraître, le reste du monde risque de ne pas être d’accord. Un sondage international diffusé il y a un an par le Worldwide Independent Network/Gallup International Association (WIN/GIA) a montré que les USA arrivaient largement en tête des « menaces contre la paix mondiale », loin devant le Pakistan (position surement grossie par le vote indien). [5] [6]

Heureusement, on a épargné cette information insignifiante aux Étasuniens.

 Noam Chomsky

Article original : Official: The US is a Leading Terrorist State (telesurtv.net, anglais, 20-10-2014)

Traduit par Wayan (qui a aussi rédigé le préambule) et revu par Fausto, pour vineyardsaker.fr et Tlaxcala

Notes

[1] Droit international humanitaire : protection des civils (Wikipédia, français)

[2] C.I.A. Study of Covert Aid Fueled Skepticism About Helping Syrian Rebels (nytimes.com, anglais, 14-10-2014)

[3] Syria: Arming Insurgents Probably Achieved Its Real Aim (moonofalabama.org, anglais, 16-10-2014)

[4] « [... ] je ferai de telles choses – je ne sais pas encore lesquelles, mais elles seront la terreur de la terre  [... ] », citation contenue dans le discours du sénateur JFK à l’Auditorium du Coliseum d’Indianapolis, IN, le 4 Octobre 1960, tirée du Roi Lear de W. Shakespeare (Scène II, Acte IV, 276-282) : « [... ] Je veux faire des choses… Ce qu’elles seront, je ne le sais pas encore ; mais elles feront l’épouvante de la terre. Vous croyez que je vais pleurer.  Non, je ne pleurerai pas ; j’ai certes sujet de pleurer ; mais ce cœur se brisera en cent mille éclats avant que je pleure… Ô bouffon, je deviendrai fou ! [... ] » [Trad. François-Victor Hugo]

[5] Win/Gallup Iinternational’s annual global end of year survey shows a brighter outlook for 2014 (orb-international.com, anglais)

[6] In Gallup Poll, The Biggest Threat To World Peace Is … America? (ibtimes.com, anglais, 02-01-2014)

 

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Au Brésil, le grand perdant est… le néolibéralisme

octobre 29th, 2014 by Pepe Escobar

Caricature de l’hebdomadaire brésilien Veja : Le peuple a répondu à la tentative de coup d’État

 

Soleil, sexe, samba, carnaval, pays du foot (du moins jusqu’à cette défaite à plate couture contre l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde), sans oublier la démocratie dynamique. Le Brésil a beau être l’une des plus grandes puissances discrètes de ce monde, il demeure submergé dans une avalanche de clichés.

La démocratie dynamique a certes fait honneur à sa réputation, lorsque la présidente Dilma Rousseff, candidate du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir, a été réélue, ce dimanche 26 octobre 2014, à l’issue d’un deuxième tour serré contre le candidat de l’opposition, Aecio Neves, du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Un autre cliché la qualifierait de victoire des politiques centrées sur l’État contre les réformes structurelles, ou encore de victoire des dépenses sociales élevées contre une approche favorable aux entreprises, laissant ainsi entendre que le milieu des affaires est l’ennemi par excellence de l’égalité sociale.

Ouste les clichés. Laissons place à la devise nationale vénérée : Le Brésil n’est pas pour les débutants.

En effet. Le caractère complexe du Brésil a de quoi donner le tournis. À commencer sans doute par cette superposition de messages clés qu’un pays divisé a transmis à la gagnante des élections, Dilma Rousseff. Nous faisons partie d’une classe moyenne en pleine croissance. Nous sommes fiers de vivre dans un pays, où les inégalités s’aplanissent. Mais nous voulons que les services sociaux continuent de s’améliorer. Nous voulons plus d’investissements dans l’éducation. Nous voulons que l’inflation soit endiguée (elle ne l’est pas encore). Nous appuyons une lutte féroce contre la corruption (sur ce point, le Brésil de Dilma rejoint la Chine de Xi Jinping). Enfin, nous voulons continuer d’améliorer les choses, en nous fondant sur le succès économique de la dernière décennie.

Rousseff semble comprendre le message. Reste à savoir si elle pourra livrer la marchandise dans ce pays grand comme un continent, où les normes en matière d’éducation sont déplorables, où le secteur de la fabrication n’est pas vraiment concurrentiel sur les marchés mondiaux, et où la corruption a pris des proportions incontrôlables.

Des élites ignorantes et arrogantes

La croissance du produit intérieur brut (PIB) du Brésil est rachitique, à peine 0,3 %. En jeter le blâme sur la crise mondiale est une excuse facile. Ses voisins sud-américains gagnent incontestablement du terrain en 2014, avec une croissance de 3,6 % dans le cas du Pérou, et de 4,8 % dans le cas de la Colombie.

Les chiffres ne sont pourtant pas tous aussi déprimants. Plus d’emplois sont créés. Le chômage est à la baisse (seulement 5,4 %). On investit davantage dans l’infrastructure sociale. Le salaire minimum a plus que triplé de 2002 à 2014. Le PIB par habitant a plus ou moins atteint 9 000 $, tandis que le coefficient de Gini, qui mesure l’inégalité sociale, a fléchi (données de 2012).

La production industrielle a retrouvé son niveau d’avant la crise mondiale de 2008. Le Brésil a remboursé toutes ses dettes au FMI. La dette publique en proportion du PIB est à la baisse (elle n’était que de 33,8 % en 2013). Les travailleurs ont plus de pouvoir d’achat, et ce, malgré l’inflation en hausse, signe d’une meilleure répartition des revenus.

Quatorze millions de familles bénéficient de programmes sociaux, soit l’équivalent d’environ 50 millions de Brésiliens. Ces mesures keynésiennes pourraient être sans doute qualifiées de trop peu, trop tard. Mais c’est tout de même un départ, dans un pays exploité depuis des siècles par des élites extrêmement ignorantes, arrogantes et rapaces.

On pourrait aussi reprocher au premier mandat de Rousseff à la présidence d’avoir été marqué par trop de concessions aux grandes banques (extrêmement rentables au Brésil), au puissant secteur de l’agroentreprise et au grand capital. Ce qui s’est produit, pour faire court, c’est que le Parti des travailleurs, de centre-gauche, s’est rapproché du centre et a été contraint de former des alliances oligarchiques peu recommandables. Résultat : une portion significative de sa base sociale, la classe ouvrière métropolitaine, tient maintenant beaucoup à la poursuite de son tout nouveau rêve de consommateur, qui l’a poussée à lorgner la droite comme alternative politique.

À cela s’ajoutent les capacités de gestion du PT qui ne sont pas des plus brillantes. La lutte contre la pauvreté est certes un idéal noble. Mais dans un pays marqué par l’inégalité, il ne faut pas s’attendre à des résultats tangibles avant 2030. Dans l’intervalle, une sérieuse planification s’impose, notamment en ce qui a trait à la construction d’un train à grande vitesse entre les deux mégalopoles que sont Rio et Sao Paulo (en Chine, ce serait chose faite en quelques mois). Il faut sérieusement s’occuper aussi des oligopoles brésiliens formés par les banques, les entreprises médiatiques, les conglomérats dans le secteur de la construction et de l’immobilier, et le lobby de l’industrie de l’automobile.

 

 

Lors du débat final entre les deux candidat : Dilma frappe la balle avec Aécio

Lors du débat final entre les deux candidats : Dilma frappe le ballon avec Aécio (les « bate-bolas » sont des jeunes des bidonvilles de Rio qui participent au Carnaval dans des tenues délirantes mais bolas signifie aussi « boules », donc Dilma donne un coup de pied dans les parties d’Aécio)
-Aécio : « Vous avez fait main basse sur l’État ! Il faut en finir avec la réélection ! »
-Dilma : « Intéressant ! Vous avez acheté des votes au Congrès pour faire approuver la réélection de Fernando Henrique Cardoso et maintenant vous êtes contre ! »

 

Et le perdant est… le néolibéralisme

Contrairement aux USA et à l’Europe, le néolibéralisme est constamment rejeté dans les boîtes de scrutin au Brésil depuis 2002, lorsque Lula a été élu président pour la première fois. L’opposition sociale démocrate n’a rien de social et n’a pas grand-chose de démocrate à proposer. Le projet chouchou du PSDB, c’est le turbo-néolibéralisme pur et simple.

L’équipe Neves avait tout pour elle. Elle misait sur les 60 millions de contribuables brésiliens en colère pour la plupart, dont 80 % vivent et travaillent le long de la côte au sud-est du pays, qui est plus prospère. La vie n’est pas facile pour un professionnel salarié brésilien ou le propriétaire d’une petite ou moyenne entreprise. Le fardeau fiscal est le même que dans le monde industrialisé, mais avec pratiquement rien en retour.

Ces contribuables courroucés veulent désespérément des routes pavées décentes, des villes plus sûres, des meilleurs hôpitaux publics et un réseau d’écoles publiques où envoyer leurs enfants, en plus d’en avoir assez des lourdeurs administratives et de la bureaucratie, qui contribuent à l’infâme et universellement connu coût brésilien (ne rien avoir pour son argent). Ces gens ne votent pas pour le Parti des travailleurs, bien que certains l’ont fait. Ce qu’ils souhaitent se situe à des années-lumière des tribulations quotidiennes de l’imposante nouvelle classe moyenne inférieure issue des programmes sociaux mis en place au départ par Lula.

Mais avec un candidat médiocre comme Neves (il a même perdu dans l’État où il vit, dont il a été le gouverneur), le néolibéralisme n’a pas besoin d’ennemis.

Sans surprise, Neves s’est qualifié de dragon terrassant le statisme dont se moque Wall Street, en coupant dans les dépenses publiques et en libéralisant le commerce, autrement dit, en privilégiant les intérêts des USA. Neves n’est jamais arrivé non plus à s’attirer le vote des femmes noires, qui en ont plein les bras dans les favelas.

Si Neves l’avait emporté, le nouveau ministre des Finances aurait été Arminio Fraga, un gestionnaire adroit qui, entre autres choses, a déjà été responsable de fonds de placements financiers à haut risque dans les marchés émergents pour George Soros, et gouverneur de la Banque centrale du Brésil. Une partie de ses combines sont décrites en détail dans More Money than God: Hedge Funds and the Making of a New Elite, par Sebastian Mallaby. Fraga aurait été la cheville ouvrière d’un gouvernement inspiré par Soros.

Fraga est le prédateur de Wall Street par excellence. Avec lui comme ministre des Finances, c’est la banque J.P. Morgan qui prenait le contrôle de la politique macroéconomique du Brésil. Le chemin était déjà tracé par l’éminence grise du PSDB, l’ex-président Fernando Henrique Cardoso, qui a rencontré de grands investisseurs mondiaux à New York le mois dernier, par l’entremise de J.P. Morgan.

Fraga tenait à mettre fin au pari sur la demande hyper-keynésien des administrations Lula et Rousseff, pour le remplacer par l’offre d’un nouveau traitement-choc capitaliste. Sans surprise, sa proposition a trouvé écho dans l’énorme caisse de résonnance que constituent les médias conservateurs brésiliens, assourdissant tout le reste.

Comme la perception est la réalité, la contamination s’est répandue et a eu pour conséquence d’orienter les dépenses publiques à la baisse, de semer la confusion parmi les investisseurs privés et d’amener les agences de notation occidentales à confirmer le supposé manque de crédibilité de l’économie brésilienne.

Les USA contre le BRICS

Lentement mais sûrement, le Brésil quitte la semi-périphérie pour se rapprocher du centre de l’action en matière de relations internationales, d’une part par sa pertinence dans l’échiquier géopolitique régional, mais surtout en raison de son rôle de premier plan dans le BRICS. C’est une réalité malgré l’indifférence totale de Washington vis-à-vis le Brésil, qui s’étend en fait à l’ensemble de l’Amérique latine. Soit dit en passant, dans le royaume du baratin ou règnent les groupes de réflexion américains, le BRICS est détesté.

Sur le plan politique, une victoire des néolibéraux Cardoso et Neves (qui ne sont plus que l’ombre des sociaux-démocrates qu’ils ont déjà été) aurait mis la politique étrangère brésilienne sans dessus dessous, non seulement à contre-courant des vents historiques, mais aussi en opposition avec les intérêts nationaux du Brésil.

Comme le soutenait Rousseff à l’ONU le mois dernier, le Brésil mène une lutte contre une crise mondiale marquée par une inégalité croissante sans créer de chômage et sans sacrifier les emplois et les salaires des travailleurs. Puis comme le souligne l’économiste de renom Theotonio dos Santos [1], la décadence occidentale exerce encore une influence substantielle dans le Grand Sud avec son vaste réseau de collaborateurs. Il va même plus loin en disant que la lutte principale, selon lui, vise le contrôle du pétrole brésilien.

Dos Santos fait référence à la plus grande société du Brésil, Petrobras, actuellement embourbée dans un scandale de corruption (une enquête approfondie s’impose) qui jette un voile sur le Saint Graal : les revenus potentiels tirés des gisements présalifères, l’équivalent de milliards de barils de pétrole recouverts d’une couche de sel faisant plusieurs kilomètres d’épaisseur sous le fond marin de l’Atlantique Sud. Petrobras compte investir 221 milliards de dollars d’ici 2018 pour déverrouiller ce coffre au trésor et s’attend à faire un profit même si le pétrole se transige autour de 45 $ à 50 $ le baril.

Bref, sur le plan politique, la courte victoire de Rousseff est cruciale pour l’intégration progressive de l’Amérique du Sud. Elle va revigorer le Mercosur, le marché commun du Sud, ainsi que l’Unasur, l’Union des nations sud-américaines. Ce dont il est question, c’est bien plus que du libre échange. C’est une intégration régionale plus étroite qui se fait parallèlement à celle en cours en Eurasie.

Dès 2015, le Brésil pourrait de nouveau connaître une croissance économique, propulsée en grande partie par les retombées des gisements présalifères, et accentuée par la construction effrénée de routes, ports et aéroports. Un effet d’entraînement est à prévoir du côté des voisins du Brésil.

 

Photo souvenir : le 21 mars 2011, Barak Obama embrasse Dilma Rousseff après un discours au Palais présidentiel brésilien, Dilma a un air pincé, c'est le moins qu'on puisse dire

Photo souvenir : le 21 mars 2011, Barak Obama embrasse Dilma Rousseff après un discours au Palais présidentiel brésilien, Dilma a un air pincé, c’est le moins qu’on puisse dire

 

Du côté de l’Empire du Chaos, tant à Washington qu’à Wall Street, c’est la grogne, surtout après avoir misé sur le mauvais cheval [2], Marina Silva, une sorte de personnification féminine du changement auquel nous pouvons croire, à la Obama, sortie tout droit de la forêt amazonienne. La réalité, c’est qu’à l’instar du modèle brésilien de répartition des revenus, qui va à l’encontre des intérêts des grandes sociétés, la politique étrangère brésilienne est maintenant diamétralement opposée à celle de Washington.

Sur une note plus légère, certaines choses vont rester pareilles. C’est le cas du journal de Dilma, ces écrits apocryphes et satiriques d’un auteur fantôme portant sur l’horaire chargé de la présidente, que publie le principal mensuel brésilien Piaui (en quelque sorte l’équivalent local du magazine The New Yorker). En voici un extrait représentatif : « J’ai visionné une copie pirate de Homeland. Super ! Nous avons veillé tard, moi et Patriota [l’ancien ministre des Affaires étrangères]. Il a trouvé l’ensemble de l’œuvre extrêmement crédible ! »

Avec la démocratie dynamique, il n’y a pas de quoi s’ennuyer !

Pepe Escobar

 

Traduit par Daniel pour Vineyardsaker.fr

Notes

[1] Para frente ou para tràs, Carta Maior, 16-10-2014

[2] This is What a Leader Looks Like, Foreign Policy, 19-09-2014

Source : And the loser in Brazil is – neoliberalism, Asia Times Online, 28-10-2014

 Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), de Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007) et de Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

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Photo : Mohamoud, le premier mort canadien au sein du groupe État islamique

Pourquoi est-ce qu’en Occident on accepte et même on loue les soldats des Forces de défense israéliennes (FDI), tandis qu’on méprise et tue les combattants de l’État islamique (EI) ? En quoi le scénario des FDI est-il moins répréhensible que celui de l’EI ?

Dans les dernières semaines, on a vu passer toute une série d’articles sur les jeunes occidentaux qui se rendaient en Syrie, ainsi qu’en Irak, pour se joindre au califat de l’État islamique. Environ 11.000 jeunes ont fait le saut. Au moins 130 Canadiens se sont joints à eux, dont un étudiant de l’Université Hamiltonian York, Mohamoud Mohamed Mohamoud, un Canadien d’origine somalienne, considéré par sa famille et ses amis comme quelqu’un de sociable et de bien adapté, vêtu à la dernière mode, amateur de musique pop et de cinéma, comme toutes les heureuses familles multiculturelles canadiennes.

En septembre, Mohamoud a été le premier Canadien à mourir en Syrie sous les balles des forces kurdes soutenues par les États-Unis.

Du fait que le Premier ministre canadien, Stephen Harper, y envoie avec enthousiasme des bombardiers et des fantassins canadiens (70 des 600 membres du contingent prévus y sont déjà partis), les soldats canadiens ne vont pas tarder à tuer des djihadistes canadiens comme Mohamoud, à mille lieues de chez eux. Peu de Canadiens ont le sentiment que la mission canadienne en Afghanistan, qui a déjà fait 158 morts et quelques 2000 blessés ou traumatisés dans les rangs de l’armée, ait apporté quoi que ce soit aux Afghans. Personne ne croit non plus que cela ait amélioré la sécurité du Canada, ce qui devrait être l’objectif d’une armée nationale. Et voilà le Premier ministre pressé de répéter ce désastre, alors même que la jeunesse canadienne insatisfaite réagit en rejoignant le dernier Djihad contre l’occupation occidentale du Moyen-Orient.

L’engagement de Mohamoud et de Harper en faveur du multiculturalisme est dans les deux cas très profond. Mohamoud croit que l’Islam est spécial, que l’Occident veut le détruire, et il en est arrivé à rejeter la culture pop occidentale. Pour Harper, le multiculturalisme est ce qui lie les Canadiens aux États-Unis. Ce sont des économies de marché mondialisées, où des pays comme le Canada occupent une place économique privilégiée. Il ne peut pas vraiment croire que les avions de guerre canadiens, qui tuent des Irakiens (et des Canadiens), vont améliorer en quoi que ce soit la situation en Irak.

Par contre, le chauvinisme généré par le fait de mener une guerre loin de chez soi apporte des votes : Harper prépare les prochaines élections de 2015. Comme en Afghanistan, une fois que les troupes y sont et y meurent, des Canadiens patriotes les soutiennent, eux et ceux qui reviennent dans des sacs mortuaires, même si, comme Harper, ils savent au fond d’eux-mêmes que leur sacrifice n’a servi à rien. Le leader libéral, Justin Trudeau, a d’ailleurs interpellé Harper sur son dernier fiasco-en-cours-d’exécution : « Une fois de plus [Harper] fait de la rhétorique au lieu de s’appuyer sur des faits et des informations. Il n’a pas de plan, il n’a pas justifié sa décision de partir en guerre en Irak ».

Les jeunes comme Mohamoud sont traités de naïfs sous influence. Pourtant ils ne font que répondre à l’appel cynique de l’Occident de renverser le gouvernement syrien, un objectif qui remonte à des dizaines d’années, et que les États-Unis continuent de poursuivre, bien que Bachar al-Assad soit la principale force d’opposition à l’EI.

Il est difficile de croire que sous l’apparence angélique de Mohamoud se cache un coupeur de tête assoiffé de sang, avide d’en finir avec tous les Shiites, les Chrétiens et les laïcs. Et pourtant il est officiellement déclaré terroriste, et les soldats canadiens déjà arrivés en Irak, officiellement dans le camp des bons, traquent les semblables de Mohamoud, et les tuent sans état d’âme, sous les applaudissements des médias occidentaux.

Oui, Mohamoud s’est rendu illégalement dans un pays étranger pour participer à une guerre, illégale selon les critères occidentaux. Pourquoi voulait-il y aller, en laissant derrière lui la prospérité économique et la sécurité que sa famille lui avait procurées au Canada ? Où étaient ces djihadistes il y a 50 ans ? Pourquoi maintenant ?

La réponse, bien sûr, est Israël. La violente occupation de terres arabes en 1948 était déjà une catastrophe, mais l’annexion de facto, avec la colonisation rapide, de toute la Palestine depuis 1967, a radicalisé le Moyen-Orient et est devenu le cri de ralliement du Djihad des Musulmans partout dans le monde. L’indignation grandit et continuera de grandir, tant qu’Israël se comportera de la sorte.

Bien que l’EI soit actuellement occupé à créer un califat, là où la résistance est la plus faible (en Syrie et en Irak sunnite), son projet est de chasser, non seulement les Shiites et les Chrétiens, mais aussi tous les Juifs de Palestine. Depuis le début, ce que fait Israël est illégal au regard du droit international et, tant qu’il continuera à le faire, cela continuera à enflammer ces djihadistes, ce qui laisse prévoir un avenir apocalyptique.

Et que dire du flot ininterrompu de jeunes Juifs qui font leur Aliyah (l’immigration des Juifs de la diaspora en Terre d’Israël), en faisant à peu près le même voyage que les Mohamoud, et qui, comme eux, à leur arrivée, attrapent des fusils pour se battre contre l’ennemi ? Pourquoi ne se conduisent-ils pas comme des bons petits Canadiens multiculturels, qui observent leurs rites dans les tranquilles faubourgs canadiens, à l’exemple de la plus grande partie des musulmans canadiens pratiquant leur religion sans tuer personne ?

Parce que les Juifs du monde entier ont la possibilité, considérée partout comme légale, de soutenir le djihad israélien contre ses voisins musulmans. Oui, c’est un djihad, parce qu’Eretz Israel (le Grand Israël) continue à s’étendre par la force 70 ans après sa création. Israël n’a pas de frontières officielles et se qualifie lui-même d’État juif, la notion de juif reposant sur des critères raciaux et non sur des critères religieux (Ben Gourion, le fondateur d’Israël, se disait athée).

Les Canadiens qui ont des ancêtres juifs peuvent sauter dans un avion pour Tel Aviv et, à la frontière, recevoir automatiquement la citoyenneté ainsi qu’un passeport israélien : un privilège dont aucune autre ethnie canadienne ne jouit. Si vous avez entre 18 et 49 ans, vous devrez aussi servir dans l’armée. Pour certains jeunes juifs épris d’aventure, cela fait partie de ce qui les attire en Israël : allez là-bas, prenez un fusil et tuez des Arabes en toute légalité pour défendre Israël. Et si la vie devient trop inconfortable en Israël, reprenez l’avion pour Toronto et relaxez-vous dans votre pavillon de banlieue, au calme, loin de la guerre. Personne ne vous posera la moindre question.

Cela viole le droit international, selon lequel les citoyens doivent avoir des droits égaux, quelle que soit leur race, et selon lequel un gouvernement doit négocier des frontières acceptables avec ses voisins. Pourtant, à la différence de l’EI, aucune sanction internationale ne menace Israël et ses supporters canadiens en armes.

Pourquoi ces jeunes sont-ils tolérés et même loués en Occident, tandis que les Mohamoud sont méprisés et tués ? En quoi le scénario des FDI (Forces de défense israéliennes) est-il moins répréhensible que celui de l’EI (Etat islamique) ? Avram [1] se comporte, à peu de choses près, comme son homologue djihadiste Mohamoud [1] : tous deux sont épris d’aventure, l’un cherche à étendre les territoires du Grand Israël et l’autre ceux du califat.

Qui est le vrai terroriste ? Bien sûr, la réponse est les deux. Les deux participent à une guerre dans le but d’étendre par la force leurs territoires en violation du droit international. Mais la culture occidentale encense Israël et laisse Avram assassiner impunément des Arabes, tout en diabolisant Mohamoud. Avram va désormais recevoir l’aide des soldats canadiens pour assassiner des concitoyens canadiens comme Mohamoud.

Si l’on voulait vraiment combattre le terrorisme, il faudrait décourager tout aussi bien Avram que Mohamoud. En fait, si Israël était obligé de respecter le droit international, personne ne pourrait convaincre les Mohamoud de rejoindre une guerre douteuse très éloignée du Djihad, tel qu’il est décrit dans le Coran. Cette sorte de terrorisme disparaîtrait immédiatement.

Mais, hélas, le flot continu de faiseurs d’Aliyah et de djihadistes ne s’arrêtera pas et, dans les deux cas, le contrecoup de leur violence se fera sentir jusqu’au Canada, quand des tueurs (musulmans et juifs), endurcis par la guerre, y reviendront, souffrant pour certains de stress post-traumatique, et capables de perpétrer des attentats terroristes sur le paisible sol canadien. Et ils seront rejoints par les soldats canadiens, qui, en toute légalité, ont été envoyés en terre musulmane pour combattre des djihadistes, avant de rentrer avec leurs propres traumatismes affronter un avenir incertain au Canada.

Eric Walberg

 

Article original : IS and the IDF: Canada’s Double Standard, palestinechronicle.com, anglais, 14 octobre 2014

Traduit par Dominique Muselet pour vineyardsaker.fr

Note de traduction

[1] Avram (= Abram) est le nom initial d’Abraham ; Mohamoud est une forme du nom du prophète de l’islam.

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L’ de l’ONU a approuvé ce mardi 28 octobre 2014 presque unanimement et pour la 23° année consécutive, une résolution qui demande la fin du blocus étasunien contre cuba, une mesure unilatérale imposée par Washington depuis 1962.

L’assemblée plénière des 193 membres des Nations Unies a soutenu par 188 voix pour, 2 contre (Etats-Unis et Israël) et 3 abstentions (Palau, la Micronésie et les Iles Marshall) le projet intitulé « Nécessité de mettre fin au , commercial et financier imposé par les Etats-Unis à Cuba ».

Depuis 1992, l’assemblée Générale approuve la demande de Cuba d’éliminer cette politique hostile qui survécu à 11 administrations de la , dont les conséquences économiques sont estimées à 1 billion 112 534 millions de dollars et dont les dommages humains sont incalculables.

« La politique du blocus viole le principe de non intervention. Les Etats-Unis perdent toute autorité. Le blocus viole systématiquement les droits de l’homme de tous les Cubains », a dit Samuel Moncada lors de la session.

Alors, le représentant de l’Egypte a affirmé que malheureusement, avec le blocus, nous continuons « à écouter les échos du passé ». Ce blocus a duré plus que n’importe quel autre blocus dans l’ère moderne. Il persiste en violation totale du . « L’Egypte continuera à transmettre un message clair aux Etats-Unis », à propos de cette politique.

« Nous appelons instamment tous les pays à appliquer la Charte de l’ONU… Malheureusement, ces résolutions ne sont pas appliquées efficacement et le blocus contre Cuba n’est pas levé ». Cela a causé des pertes économiques énormes pour l’Ile, a assuré la délégation de la Chine.

« Que les Etats-Unis appliquent pleinement la résolution de l’Assemblée de mettre fin aux sanctions contre Cuba… » Le Vietnam fera tout son possible pour aider Cuba pour qu’elle surmonte les limitations que lui a imposées le blocus.

« Malgré les circonstances adverses affrontées depuis plus de 50 ans, Cuba a élevé ses indices de développement humain… Nous soulignons qu’historiquement, elle a transformé la solidarité en axe central de sa politique extérieure », a dit le représentant du Mexique. Et la  a demandé aux Etats-Unis d’avoir la ferme volonté politique de mettre fin au blocus contre Cuba.

Au nom du MERCOSUR et des Etats associés, la délégation de l’Argentine a déclaré que « les coûts humanitaire et économiques pour le  cubain, en plus de l’anachronisme de cette politique, sont évidents pour tous, a-t-elle dit. Le blocus viole les principes de la Charte de l’ONU et du droit international », a affirmé son représentant. Et aussi « les principes de la justice et des droits de l’homme ».

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Article original en espagnol : El Mundo vuelve a reclamar a Estados Unidos el fin del bloqueo contra el pueblo cubano, 28 octobre 2014

Traduction :  Françoise Lopez pour Cuba Si

http://voiebolivarienne.wordpress.com/2014/10/28/votation-a-lonu-188-pays-pour-la-fin-du-blocus-contre-cuba-2-pays-contre-etats-unis-et-israel/

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Aucun des pays  membres de l’OTAN ne voulant appliquer les présupposées directives du sommet du pays de Galles, c’est-à-dire augmenter à 2 % du PIB les dépenses de défense et affecter 20 % de l’argent pour l’achat d’équipement de combat moderne, la Suède qui n’est pas membre de l’OTAN, le fait de sa propre initiative.

L’armée suédoise a annoncé qu’elle menait une opération de recherche navale et aérienne, à la suite d’informations concernant une éventuelle activité sous-marine étrangère suspecte aux alentours des îles proches de Stockholm. Les médias internationaux ont immédiatement parlé de sous-marin russe endommagé, faisant référence à la tragédie du sous-marin Kursk, qui a eu lieu il y a plus de dix ans. Seulement le ministère de la défense de la Fédération de Russie a donné une réponse à ce sujet : « pour réduire les tensions dans la mer Baltique et économiser de l’argent aux contribuables suédois, nous vous recommandons de demander des explications au commandement de marine néerlandaise. Il y a une semaine le sous-marin néerlandais à propulsion diesel-électrique, Bruinvis a effectué des exercices dans la mer Baltique, près de Stockholm, des exercices qui ont simulé des sorties d’urgence à la surface, comme le montrent les photos qui sont considérées comme mystérieuses ».

 

 

Pour mieux convaincre l’opinion publique suédoise du danger de la menace que court le pays, ils se sont tournés vers une petite diversion faisant appel à l’arsenal publicitaire des médias, destinée à suggérer que l’agression de la Russie augmente de jour en jour. Le Service de renseignement, le FRA, subordonné à l’armée suédoise, est l’organe responsable de l’espionnage électronique. Il utilise un avion Gulfstream IVSP transformé en S102B Korpen,-à la suite de son équipement avec du matériel radio-électronique de reconnaissance et de brouillage (SIGINT & ELINT).

 

 

FRA a publié une seule photo d’un avion russe Su-27 Flanker, qui aurait intercepté l’avion S102B-Korpen, quelque part au-dessus de la mer Baltique, et qui se serait approché à une distance de 10 m. Comme dans les autres scénarios fabriqués par le siège de l’OTAN, au sujet d’une prétendue  russe dans l’est de l’Ukraine, les Suédois ne soufflent mot au sujet de la date, de l’heure et des coordonnées précises du lieu où l’incident s’est produit. Ce qui suggère que dans ce cas aussi, nous avons affaire à un photomontage de la pire facture.

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La Suède qui n’est pas membre de l’OTAN mais collabore étroitement avec les  dans le domaine militaire, a décidé de compléter le budget de défense de plus de 5 milliards d’euros nécessaires à l’achat de 22 Gripen JAS 39 E/F-NG, (initialement prévu pour la Suisse), plus 18 autres avions JAS 39E/F. Tous les avions JAS 39E/F-NG de l’armée suédoise (60) seront opérationnels en 2018.

L’armement accéléré de la Suède est pertinent s’il est vu à travers le prisme des rapports scientifiques de l’US Geological Survey, qui a estimé que dans l’Océan Arctique il y aurait 13 % des réserves de  inexploité dans le monde et 30 % des réserves de gaz naturel. Seulement, 70 % de ces réserves sont situés dans la mer de Barents, plus précisément dans la région de l’Arctique russe.

Puisqu’elle n’a pas d’importants gisements d’hydrocarbures et qu’elle est obligée d’importer, la Suède s’est joint aux USA, Canada, Danemark, Finlande, Norvège, Estonie,  et Lituanie, comme co-auteur d’un nouveau concept de mini-OTAN-Arctique, apparu en 2011. Ce concept met en place un mécanisme pour l’appropriation et l’exploitation, par la force, des ressources pétrolières et gazières de l’Océan Arctique appartenant en fait à la Russie. Selon ce plan, il est nécessaire d’armer de missiles de croisière capables de frapper Moscou les vassaux qui constituent le plus court chemin vers la capitale russe : la Finlande et la Pologne.

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Pologne, les pays baltes et la Finlande figurant fiers à bras

Les forces aériennes suédoises sont équipées de 120 avions JAS 39. Dont 63 sont de la plus ancienne version A / B, et 57 de la deuxième version C / D. Suite à un référendum en Suisse en mai 2014, le  pour l’achat de 22 avions de JAS 39 E / F Gripen, la troisième version, NG (Next Generation), d’une valeur de 3,5 milliards de dollars, a été annulé. Les trois appareils déjà livrés à l’armée de l’air Suisse ont été renvoyés à l’usine suédoise SAAB. Malgré le revers en Suisse, le gouvernement suédois considère que le développement des nouvelles variantes JAS 39 Gripen NG est essentiel pour l’industrie du pays, étant donné que l’appareil est le favori dans la phase finale de la sélection du programme brésilien F-X 2.

Le JAS 39E/F (NG) est apparu après que British Aerospace ait rejoint la société SAAB avec l’intention de développer une variante pour l’exportation (EBS : Export baseline Standard) des avions JAS 39 Gripen. Les changements ont consisté à un montage de radar Raven ES-05 AESA ( Active Electronically Scanned Array) qui détecte des cibles aériennes à une distance de 120-180 km, et un équipement Skyward-G, utilisé pour la détection des cibles par infra-rouge et le guidage des armes, ces deux éléments étant produits par la firme Selex. Le moteur F-404, de la société américaine General Electric (l’une des deux sur le F/A-18 Hornet), est produit sous licence par la société Volvo, qui a augmenté la traction de 20 %. Le nouvel avion a un dispositif rétractable pour le ravitaillement en vol. Le Gripen JAS 39E/F-NG a une vitesse maximale de Mach 2 et un rayon d’action de 1 200 km, fiable en opération, pouvant décoller et atterrir souvent dans des conditions hivernales, et sur des tronçons d’autoroute.

 

 

Le JAS 39 Gripen a été testé dans des conditions réelles de combat en 2011, quand le gouvernement suédois a répondu à la demande de l’OTAN d’imposer une zone d’exclusion aérienne sur la Libye. La Suède a participé avec 8 avions JAS Gripen C/D, opérant à partir de la base aérienne de Sigonella, en Sicile. Les Forces aériennes de la République Tchèque et de la Hongrie sont également dotées de JAS 39 Gripen C/D, comme les forces thaïlandaises qui disposent de 6 avions Jas 39 C/D depuis 2011, avec six autres qui seront livrés en 2013.

 

 

Valentin Vasilescu

Article original en roumain :

Suedia lansează diversiuni la adresa Rusiei pentru a-și justifica dublarea flotei de avioane multirol, le 27 octobre 2014.

Traduit par Avic – Réseau International

 

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Militarisation – La puissance de Rome sur les mers

octobre 28th, 2014 by Manlio Dinucci

Le porte-avion Garibaldi, remis à neuf dans l’Arsenal de Tarente, restera en service pendant au moins 7/8 autres années. Les travaux de modernisation, qui ont concerné la quasi totalité des postes et des structures du navire, ont coûté plus de 10 millions d’euros. Il semble donc que soit renvoyée la vente du navire à l’Angola, dont le gouvernement, dans un pays où environ la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, aspire à devenir le premier en Afrique à posséder un porte-avions. Le vrai business, dans la vente du Garibaldi, consisterait dans les contrats que l’acquéreur stipulerait avec des entreprises italiennes pour gérer ses systèmes sophistiqués.

Le Garibaldi, long de 180 mètres et avec un équipage de 600 militaires, réalisé dans les années 1980 comme porte-hélicoptères, est devenu porte-avions dix ans après avec l’embarquement de chasseurs Harrier, destinés à être remplacés par les futurs F-35B du nouveau porte-avions Cavour. Le Garibaldi -indique la Marine militaire- a joué un rôle fondamental, comme navire amiral de la flotte, dans toutes les principales « missions internationales », de la Somalie à la Yougoslavie, de l’Afghanistan au Liban, jusqu’à l’ « Opération Unified Protector » en Libye en 2011. Il a ainsi contribué à « élever l’Italie à un rang et à un prestige international qui auparavant avaient été l’apanage exclusif de quelques rares autres pays ».

Le Garibaldi, aujourd’hui modernisé, continue à être « un précieux instrument stratégique de capacités opérationnelles élevées, en mesure de se mobiliser avec un préavis minimal ». Pour certaines opérations il est préférable au Cavour, le nouveau porte-avions avec un pont d’envol de 220x34mètres et un grand hangar pour accueillir aussi bien des bombardiers que des véhicules d’assaut terrestres.

Le Cavour, dont le coût (futurs F-35 compris) se monte à 3,5 milliards d’euros, coûte 200mille euros par jour en navigation et 100mille quand il est à quai. C’est pour cela aussi que pour les bombardements en Libye, en 2011, fut utilisé le Garibaldi dont le coût journalier en navigation est de 130mille euros, à quoi s’ajoute celui des chasseurs embarqués qui coûtent environ 10mille euros par heure de vol. A la guerre contre la Libye participèrent aussi le lance-torpilles Andrea Doria, le navire ravitailleur Etna, les navires amphibies San Giusto, San Giorgio et San Marco ; plus 2 submersibles, 3 frégates, 5 corvettes et 7 patrouilleurs. Certaines de ces unités ont été ensuite utilisées dans l’opération Mare Nostrum, que l’amiral De Giorgi, s’adressant aux équipages, a défini comme « une guerre que nous sommes en train de mener contre la mort en mer, contre les malheurs qui se sont abattus sur les peuples et les gens que vous sauvez ». Malheurs qu’on aurait en grande partie évités si l’Italie n’avait pas participé à la démolition de l’Etat libyen par la guerre.

Pour d’autres guerres on est en train d’outiller la Marine militaire, qui « contribue à la défense des intérêts vitaux du pays » dans la « Méditerranée élargie » qui, dans le cadre de la stratégie USA/Otan s’étend de l’Atlantique à la Mer Noire et, au sud, jusqu’au Golfe persique et à l’Océan Indien. La nouvelle flotte, qu’on est en train de planifier grâce aux 6 milliards d’euros garantis par la Loi de stabilité et à d’autres financements, aura comme structure portante le porte-avions Cavour, ainsi qu’un nouveau grand navire d’assaut amphibie porte-hélicoptères qui remplacera le Garibaldi, 10 frégates lance-missiles Fremm réalisées avec les fonds du Ministère du développement économique (8 déjà financées), plus une vingtaine de nouvelles unités réalisées avec des financements ad hoc.

Même si pour les travailleurs « le poste fixe n’existe plus », comme l’a annoncé Renzi, les préposés à la machine de guerre peuvent être tranquilles. Leur avenir est garanti par d’autres guerres.

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 28 octobre 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/la-potenza-di-roma-sui-mari/

Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio

 

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Les manœuvres maléfiques des rentiers du Golfe

octobre 27th, 2014 by Chems Eddine Chitour

«Les Français ne le savent pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats Unis, une guerre féroce, une guerre invisible, une guerre sans morts »

 Propos attribués à François Mitterrand

 

Un royaume du mal qui répand la terreur, l’Arabie Saoudite puisqu’il faut l’appeler par son nom est en train de déstabiliser plusieurs pays rien que par la seule force maléfique de la manne pétrolière. Cette paraphrase de la fable des animaux malades de la peste est là pour donner une idée de la capacité de nuisance des potentats installés dans les temps morts mais qui par leur sacerdoce du mal risquent d’emporter les destins de pays vulnérables. On ne sait toujours pas si elle le fait sur instruction ou si c’est sa volonté délibérée. A l’instar de la diplomatie, la chute programmée  des prix du pétrole, s’apparente à « une guerre par d’autres moyens»

Le scénario saoudien

Comme l’écrit Catherine Gouëset: «Le prix du pétrole a baissé de 25% en quatre mois. Certains pays exportateurs accusent l’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial, de manipuler les cours du brut. Avec l’assentiment des Etats-Unis, ou pas. Le baril de Brent est tombé à 82,60 dollars le baril, la semaine dernière, avant de remonter légèrement. Son niveau le plus faible depuis fin novembre 2010.La brusque baisse des cours du brut ces derniers mois après trois années de stabilité est-elle due aux seuls équilibres du marché? Peut-être pas. Certes, le ralentissement de l’économie mondiale, en particulier en Chine, «l’atelier du monde», contribue à freiner la demande. Certes, avec l’essor de leur production de pétrole de schiste, les Etats-Unis n’ont plus besoin d’importer l’or noir. Certes, le pétrole libyen et irakien a recommencé à couler abondamment, malgré le désordre au Moyen-Orient. Mais, le prix du pétrole qui s’est stabilisé autour de 110 dollars le baril au début de l’été a perdu 25% en l’espace de quatre mois. Il a atteint son plus bas niveau depuis 2010.

Les pays touchés

A des degrés divers, plusieurs pays vont souffrir du manque à gagner. Comme l’Opep est paralysée par les pays du Golfe qui détiennent plus de la moitié de la production (plus de 15 millions de barils/jour) elle ne se réunira pas. Ali al Naima a été clair, il va laisser filer les prix à la baisse. L’Iran, la Russie et le Venezuela premiers affectés. La monarchie saoudienne, dont la production représente un tiers de celle de l’Opep, dispose de suffisamment de réserves pour se permettre de supporter une baisse des prix pendant plusieurs mois, voire de nombreuses années. Plusieurs des pays rivaux du Royaume – ou ceux en conflit plus ou moins larvé avec les Etats-Unis – seraient en revanche durement affectés par une chute durable des cours en dessous de 90 dollars le baril. Les budgets de l’Iran, de la Russie, ou du Venezuela ont en effet été calculés sur la base d’un baril à plus de 100 dollars. Au point que plusieurs observateurs voient dans la position saoudienne une action concertée avec la Maison-Blanche pour les affaiblir. «Cette baisse des prix sert les intérêts stratégiques des États-Unis et de l’Arabie Saoudite», assure Thomas Friedman dans le New York Times L’éditorialiste subodore dans cette politique une «guerre par d’autres moyens» à l’encontre de Moscou et de Téhéran. Les recettes d’exportation de pétrole représentent environ 60% des recettes publiques de l’Iran et plus de la moitié de celles de la Russie. (1)

Les accusations de Moscou…

La Pravda avait d’ailleurs anticipé cette baisse, en pleine crise ukrainienne au printemps dernier: «Obama veut que l’Arabie Saoudite détruise l’économie russe», titrait le journal au mois d’avril, s’appuyant sur le passé pour justifier sa lecture des événements. L’action conjointe de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis dans les années 1980 serait même à l’origine de la fin de l’Urss: «En 1985, le Royaume a quintuplé sa production, de 2 à 10 millions de barils par jour, et provoqué une chute du prix du baril de 32 à 10 dollars. Acculé, Moscou a augmenté ses exportations, accélérant la dégringolade du baril jusqu’à 6 dollars. L’Arabie Saoudite a compensé la perte en multipliant sa production par cinq. Mais l’économie russe n’y a pas résisté et s’est effondrée.»

Pénalisé par les sanctions occidentales liées à son programme nucléaire, l’Iran dénonce également la politique de Riyadh, qui «tout en prétendant diriger l’Opep, agit pour les intérêts du G20», selon les termes de l’ancien ministre du Pétrole Masoud Mirkazemi. Même suspicion au Venezuela, dont l’économie est en difficulté: «La baisse des cours n’est pas liée aux fondamentaux du marché mais à une manipulation destinée à nuire aux économies des principaux pays producteurs de pétrole», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Rafael Ramirez. L’Arabie Saoudite profite aussi de l’occasion pour faire pression sur les Etats-Unis, où la rentabilité de l’exploitation du pétrole de schiste sera mise à mal en dessous du seuil de 90 dollars le baril, selon plusieurs observateurs. Une façon de faire payer l’inquiétude qu’inspirent au royaume les négociations sur le nucléaire entre la Maison-Blanche et la République islamique. et sa hantise d’un rabibochage entre les deux ennemis de 35 ans. (1)

La Russie tente-t-elle de faire plonger les marchés financiers américains?

Dans cette guerre par d’autres moyens que la confrontation, on accuse la Russie probablement de concert avec la Chine, de riposter aux sanctions et à la manipulation du prix du pétrole en essayant de perturber les marchés monétaires anglo-sionistes et de faire plonger les marchés boursiers américains. Si la stratégie fonctionne, le déclin économique aux USA et en Europe sera semblable à celui qui a suivi l’effondrement du marché immobilier américain en 2008. (…) Si la volatilité persiste, en particulier sur les marchés boursiers américains, elle risque fort d’entraîner un krach majeur lorsque les investisseurs institutionnels se débarrasseront de leurs actions, ce qui entraînera un exode de la population en général quand la peur et la panique s’installeront.(2)

La chute anormale des prix du pétrole ne peut s’expliquer uniquement par le marasme économique mondial et la faible demande. Une publication parue le 15 octobre a attiré mon attention. Il est question là aussi d’une manoeuvre de l’Arabie Saoudite pour faire plier les Etats-Unis en rendant le pétrole de schiste non rentable si le prix du baril chute.
Nous lisons: «Les Saoudiens font chuter le prix du pétrole pour augmenter leur influence sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient (..) Le Royaume saoudien, est prêt à accepter des prix du pétrole en dessous de 90 $ le baril, et peut-être de descendre jusqu’à 80 $, pendant un ou deux ans, selon les personnes qui ont été mises au courant de conversations récentes. De facto, le chef de file de l’Opep a la «puissance de feu financière «pour supporter des prix aussi bas que 70 $ pendant deux ans sans éprouver de difficultés économiques, selon Energy Aspects Ltd, un consultant à Londres. Cette stratégie permettra aux dictateurs du Golfe non seulement de conserver leur part de marché, mais les Saoudiens et d’autres vont utiliser cette stratégie pour ralentir, voire arrêter, les ouvertures américaines vers l’Iran et faire pression sur les États-Unis pour permettre un changement de régime en Syrie «(3).

Jusqu’où le pétrole peut-il baisser?

Selon la presse chinoise, l’administration américaine et les Saoudiens comptent réduire les cours pétroliers jusqu’à 50-60 dollars le baril pour faire pression sur la Russie et l’Iran, écrit lundi 20 octobre le quotidien Nezavissimaïa gazeta. Le président russe Vladimir Poutine pense que le baril ne sera pas inférieur à 80 dollars. Alors que les experts indépendants s’abstiennent de prédire la profondeur de la chute des tarifs pétroliers.(4)

Un ancien haut fonctionnaire de la Maison-Blanche a noté que même une baisse de cours jusqu’à 80 dollars le baril ne provoquerait que des pertes mineures pour l’Arabie Saoudite. Et si le tarif du pétrole brut aux USA tombait jusqu’à 85 dollars, les compagnies américaines qui produisent également de l’huile de schiste pourront quand même faire du bénéfice. Le quotidien chinois Renmin Ribao rappelle que la moitié des revenus de la Russie proviennent des ventes d’hydrocarbures, et si le prix du baril chutait réellement jusqu’à 60 dollars le baril, l’économie russe se retrouverait dans une position difficile.(4)

Les conséquences de la baisse du pétrole sont majoritairement positives pour l’Europe. Le prix de l’énergie baissant, les coûts de production en Europe vont baisser. En théorie, la chute des cours devraient bénéficier au consommateur européen. 80$ représentent le seuil en deçà duquel le pétrole de schiste n’est plus rentable. Les USA n’y ont pas intérêt. 80$ sont déjà en dessous du seuil a minima des business plans des compagnies pétrolières (88$ pour Total).

Tirer les prix du pétrole vers le bas pourrait se retourner contre l’Arabie Saoudite Selon une interview de Pepe Escobar, réalisée par Russia today,: «Bien des gens sont affectés. Il y a plus ou moins vingt pays qui ont besoin du pétrole pour boucler au moins 50% de leur budget. L’Opep n’est pas une organisation moraliste. La façon d’agir de l’Arabie Saoudite soulève bien des interrogations. En fait, sa stratégie est malhabile. Elle veut aussi plus ou moins contraindre le gaz de schiste produit aux USA à sortir du marché et aussi forcer la main de l’Iran vis-à-vis de ce qui se passe au Moyen-Orient, le fameux antagonisme irano-saoudien. Mais cela ne fonctionnera pas à long terme, car même l’Arabie Saoudite aura des problèmes, si le prix du baril de pétrole, oscille entre 70 $ et 80 $ au premier trimestre de 2015, comme prévu. Elle sera donc en difficulté aussi, et sa stratégie va finir par se retourner contre elle à long terme. (…) Lorsqu’on consulte le plus récent tableau, dressé à partir d’indices provenant de sources comme The Economist, le Wall Street Journal, Bloomberg et Reuters, ce prix est de 120 $ le baril pour le Venezuela et l’Équateur, qui vont se retrouver dans un sale pétrin. Dans le cas de l’Irak, ce prix oscille entre 106 $ et 116 $, ce qui met aussi ce pays dans le pétrin. D’après les indices publiés, le seuil de rentabilité de l’Iran varierait de 130 $ à 140 $ le baril. C’est trop, car le pétrole ne compte que pour 20% des revenus de l’Iran et n’est donc pas un élément essentiel.»(5)

«Quant à la Russie, nous savons qu’elle pourrait être affectée, car son budget de l’année 2015 prévoit un prix autour de 100 $ le baril. Ainsi, selon les meilleures projections dont nous disposons, si le prix du baril de pétrole oscille entre 70 $ et 80 $ et même entre 65 $ et 70 $ au cours des prochaines années, tous ces pays vont souffrir. Il faut donc s’attendre à des contre-mesures par de nombreux membres de l’OPEP.» (5)

Cependant, parmi les pays touchés il faut savoir que la Russie souffrira moins du fait qu’elle a d’immenses réserves, de plus, elle est tournée vers le marché asiatique et le deal avec la Chine: un accord intergouvernemental, indispensable pour que la Russie puisse livrer pour la première fois du gaz à la Chine par gazoduc. Ce mégacontrat est estimé à 400 milliards de dollars sur 30 ans et prévoit des livraisons de 38 milliards de mètres cubes par an à partir de 2018, via le gazoduc «Force de Sibérie» Il s’agit également d’accords sur le renforcement de la coopération entre le géant gazier russe Gazprom, le numéro un du pétrole russe Rosneft et le groupe chinois Cnpc.(5)

Le cas de l’Algérie

Parmi les plus touchés ce sera l’Algérie qui souffrira le plus parce que le pétrole couvre 98% de nos importations. On ne retient pas assez les leçons de l’Histoire. Souvenons-nous les manoeuvres maléfiques de l’Arabie Saoudite qui n’ont pas seulement détruit l’empire soviétique mais elles nous ont emmené en 1988; la stratégie actuelle de ce pays aura aussi comme répercussion de ruiner des petits pays producteurs comme l’Algérie. On se souvient qu’en 1986 la même Arabie Saoudite a voulu rivaliser en inondant le marché avec Margareth Teatcher et les gisements de la mer du Nord. Résultat des courses: le prix du pétrole a chuté à 9 dollars, l’Algérie a commencé à s’endetter pour nourrir sa population puis ce fut octobre 1988.. Souvenons-nous aussi que le roi Fayçal informé par Boumediene des répercussions négatives d’une décision de l’Opep eut cette réponse digne: «Si cette mesure peut nuire à l’Algérie je ne la prendrai pas». Le monde a changé depuis 1978.

L’Algérie est donc un cas unique! Depuis trente ans on parle de la nécessité de sortir de la dépendance du pétrole! et depuis trente ans on accélère notre dépendance à l’éphémère stérilisant toute création de richesse endogène au profit du container et de la paix sociale qui nous permet de vivre de sursis en sursis, alors que la maison brûle et nous continuons de regarder ailleurs. Une comparaison du prix de l’essence dans le monde nous montre l’étendue du bradage des carburants en Algérie. En Irak pays pétrolier l’essence est vendue à 0,59 euro/litre En France – 1,50 euro/litre, en Norvège pays pétrolier mais qui a le souci des générations futures au point de créer un Fonds de réserve de 200.milliards de dollars, l’essence est à 1,61 euro/litre sept fois plus cher qu’en Algérie (0,24 euro/l. Pour Les pays frontaliers on trouve la Tunisie – 0,71 euro/litre, le Niger – 0,81 euro/litre; la Mauritanie – 0,88 euro/litre; le Maroc – 0,93 euro/litre, et le Mali-1,08 euro/litre. Il vient que l’essence algérienne est l’une des moins chères au monde, exception faite du Venezuela et de l’Arabie Saoudite deux producteurs qui disposent de réserves 10 et 20 fois plus importantes que celles de l’Algérie.

Comparativement avec les pays frontaliers, l’essence algérienne est vendue de trois fois (Tunisie) à cinq fois plus importante (Mali) en passant par le Maroc où elle est plus de quatre fois plus chère. Ce qui explique les hémorragies aux frontières. Le différentiel est encore plus important s’agissant du gasoil et les ratios sont de 1 à 7.

Devons-nous continuer à brader cette ressource? Pour parer à cette baisse de plus en plus imprévisible des prix du pétrole, nous ne pouvons pas continuer à nous tenir le ventre chaque fois que les Saoudiens font de la «boulitique » sur le dos des faibles. Réduisons immédiatement le train de vie de l’Etat en faisant une réduction qui est à notre portée de 10% du budget. Chaque département ministériel devra se mettre au travail pour proposer dans les meilleurs délais un plan d’urgence pour faire mieux avec moins de ressources. Mettons en place le plus tôt possible une stratégie et expliquons aux jeunes les vrais enjeux au lieu de les bercer avec des maisons de jeunes pur produit de l’idéologie du parti unique que l’on continue à ressasser sans imagination en traversant le siècle. Il nous faut plus que jamais un cap et une stratégie multidimensionnelle où chacun sera jugé à l’aune de sa valeur ajoutée et non comme c’est le cas actuellement, il faut le regretter; de sa capacité de nuisance.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Nationale Polytechnique

Notes

1.Catherine Gouëset, http://www.lexpress. fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/la-chute-du-prix-du-petrole-la-guerre-par-d-autres-moyens_1613597.html#SAD8voYxSTBoDi2C.99

2. Is Russia Trying To Crash The American Stock Market? (vineyardsaker, anglais, 18-10-2014)

3.http://reseauinternational.net/les-saoudiens-font-chuter-prix-du-petrole-augmenter-influence-politique-etats-unis-au-moyen-orient/

4. Pétrole: Riyad et Washington suspectés de complot contre la Russie RIA Novosti 20/10/14

 

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/204254-l-algerie-prise-au-piege.html

 

 

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Le Sénat vient d’adopter la loi antiterroriste proposée par le Parti socialiste (PS), privant la population du droit de pouvoir quitter la France librement. Cette loi, qui renforce l’appareil policier de l’Etat, constitue une attaque sévère des droits démocratiques.

Le texte devrait être adopté définitivement par l’Assemblée nationale le 29 octobre, puis par le Sénat le 4 novembre.

Le projet de loi autoriserait le gouvernement à interdire à des citoyens français de quitter le territoire national s’il existe « de sérieuses raisons de croire » qu’ils se rendent à l’étranger dans le but de « participer à des activités terroristes, à des crimes de guerre ou à des crimes contre l’humanité », ou si les autorités soupçonnent qu’ils se rendent sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes dans des conditions susceptibles de les conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de leur retour sur le territoire français.

Une fois la décision prise, le passeport de la personne lui serait confisqué et elle ne pourrait pas quitter le pays.

Le projet de loi prévoit aussi d’autoriser le blocage administratif, sans l’accord préalable d’un juge, de sites Internet que le pouvoir accuse de faire l’‘apologie du terrorisme’. Les députés et les sénateurs travaillent encore sur les détails des peines imposées pour les délits de ‘provocation au terrorisme’ et d’ ‘apologie du terrorisme’. Selon l’AFP, la version actuelle du projet de loi proposerait cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende, peines portées à sept ans et 100.000 euros d’amende quand ils ont été commis en ligne.

Or, le terrorisme est un terme très vague, appliqué par des responsables politiques à toutes sortes d’activités et de formes d’expression politique n’ayant rien à voir avec l’activité terroriste de réseaux tels qu’Al Qaida. On entrevoit ainsi comment l’Etat s’arme non seulement pour une lutte contre le terrorisme, mais encore contre toute politique oppositionnelle ou révolutionnaire.

Le Monde rapporte que le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a glissé un amendement dans la loi antiterroriste. Selon le quotidien, « Il s’agit de pouvoir interdire l’entrée en France d’un ressortissant de l’Union européenne, en dépit de la sacro-sainte liberté de circulation, s’il représente « une menace » pour la sécurité publique. Pas forcément une menace terroriste – le mot n’est même pas cité. La formulation est tellement large que les associations se demandent si le texte ne vise pas, surtout, les Roms. A peine expulsés, ils reviennent. On pourra désormais leur interdire d’entrer. »

Cet amendement est illégal, contraire aux accords de Schengen. Elle facilitera la répression des Roms, mesure phare du gouvernement Hollande, qui tente ainsi de faire appel aux sentiments et aux couches les plus rétrogrades.

L’amendement constitue avant tout une attaque époustouflante des droits démocratiques. Elle ouvre la voie non seulement à la persécution accrue des Roms, mais aussi à la fermeture arbitraire du territoire à toute personne étrangère jugée indésirable par la police ou le pouvoir.

Cette loi réactionnaire et hypocrite fut élaborée en urgence par le gouvernement pour empêcher le départ de jeunes Français candidats au jihad en Syrie, alors que Paris compte sur les groupes djihadistes comme Al Nosra pour mener une guerre par procuration contre le régime de Bachar al-Assad. Elle fait partie d’un programme plus large de surveillance, d’intimidation, et de répression de toute opposition en France à la politique menée par l’Etat.

Izza Leghtas, chercheuse à Human Rights Watch, souligne ainsi le stade avancé des préparatifs pour l’instauration d’un Etat policier en France: « Le gouvernement français dispose déjà de pouvoirs très étendus en matière de lutte contre le terrorisme (…) Afin d’empêcher des injustices, les parlementaires français devraient rejeter de nouvelles mesures qui élargiraient encore davantage ces pouvoirs. »

Déjà en 2013, le gouvernement avait fait passer la loi de programmation militaire qui revenait pour l’essentiel à donner aux autorités françaises des pouvoirs comparables à ceux de leurs homologues américains de la NSA. Cela faisait suite aux révélations par Edward Snowden de l’écoute et de la collecte de renseignement en masse mené en toute illégalité par la NSA. La France menait le même type d’opération, mais la loi de programmation militaire établissait un cadre pseudo-légal aux écoutes et élargissait le champ d’action des services de renseignements français.

La loi antiterroriste constitue une infraction au droit à la liberté de mouvement tel que défini par le droit international. Elle montre l’état dans lequel se trouve la démocratie bourgeoise en France, et au plan international comme l’ont démontré les évènements de Ferguson aux Etats Unis, où la police équipée d’armes de guerre a pris en otage les travailleurs de la ville.

Le gouvernement Hollande mène une politique d’austérité et de guerre impérialiste impopulaire et incompatible avec les droits démocratiques. Hollande et son gouvernement s’attaquent donc aux droits démocratiques pour tenter d’intimider, et au besoin de réprimer toute opposition en renforçant l’appareil répressif de l’Etat.

En 2010, le gouvernement Sarkozy avait envoyé les CRS pour débloquer les raffineries et les dépôts pétroliers pendant la réforme des retraites pour mettre fin aux grèves de travailleurs. Avec les lois de programmation militaire et antiterroriste, l’Etat s’est donné les moyens de pouvoir écouter et surveiller très largement la masse de la population en France.

Cette loi est un avertissement pour la classe ouvrière. Elle montre une fois encore le caractère réactionnaire du gouvernement PS, qui prépare des mesures, et tente de mobiliser des forces sociales, qui seront violemment hostiles à la classe ouvrière en lutte.

La responsabilité de la mise en place d’un tel Etat policier incombe aussi aux partis de la pseudo gauche. En 2012, le NPA, LO et le Front de gauche avaient appelé à voter Hollande au second tour des présidentielles, tout en annonçant que le PS mènerait une politique réactionnaire. Ces partis ont soutenu les politiques pro-guerre du PS et font tout pour bloquer une lutte politique de la classe ouvrière contre Hollande.

Méprisant les droits démocratiques, ces organisations sont restées silencieuses sur les révélations d’espionnage des populations par la NSA et elles le restent maintenant sur les lois anti démocratiques du gouvernement.

Anthony Torres

25 octobre 2014

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Comment commencer une guerre et perdre un empire

octobre 27th, 2014 by Dimitry Orlov

Il y a de cela un an et demi, j’ai écrit un essai sur la façon dont les États-Unis ont choisi de considérer la Russie, intitulé L’image de l’ennemi. A l’époque, je vivais en Russie, et, après avoir entendu la rhétorique américaine antirusse et la réaction russe, j’ai fait quelques observations qui semblaient importantes à l’époque. Il s’avère que j’ai réussi à repérer une tendance importante, mais, étant donné le rythme rapide de l’évolution depuis lors, ces observations sont maintenant obsolètes, donc voici une mise à jour.

A cette époque, il n’y avait pas encore beaucoup d’enjeux Il y avait beaucoup de bruit autour d’un gars nommé Magnitski, un avocat-escroc d’entreprise qui avait été appréhendé et était mort durant sa détention provisoire. Il était l’intermédiaire d’escrocs occidentaux bien pires et qui n’ont, bien sûr, jamais été appréhendés. Les  ont choisi de considérer cela comme une violation des droits de l’homme et ont répondu avec la dénommée loi Magnitski, qui était censée sanctionner certains individus russes qualifiés de violeurs des droits de l’homme. Les législateurs russes ont réagi avec le projet de loi Dima Yakovlev, nom d’un orphelin russe adopté par des Américains, qui l’ont laissé mourir, en l’abandonnant dans une voiture verrouillée pendant neuf heures. Cette loi dissuade les Américains tueurs d’orphelins d’adopter des orphelins russes. Tout cela est devenu un mélodrame un peu idiot.

Mais quel changement a pu se produire en un an et demi ? L’Ukraine, s’effondrant lentement au même rythme que durant les deux décades passées depuis son , est maintenant vraiment un État défunt, avec son économie en chute libre, une région disparue et deux autres en rébellion ouverte, la plupart du pays terrorisé par des escadrons de la mort financés par les oligarques, et dirigé par quelques marionnettes désignées par les Américains et tremblant à l’idée de ce qui peut arriver. Les conflits larvés en Syrie et en Irak ont, depuis, éclaté en véritable guerre, avec de grandes parties de ces deux pays désormais sous le contrôle du califat islamique, qui a été formé avec l’aide des États-Unis, avec des armes de fabrication américaine, via les Irakiens. La Libye post-Kadhafi semble tout à fait capable d’établir un califat islamique par ses propres moyens. Dans ce contexte d’échec patent de leur politique étrangère, les États-Unis ont récemment dû s’adapter, et ont accusé la Russie de poster des troupes aux portes de l’Otan, comme si cela n’avait rien à voir avec le fait que l’Otan s’était étendu à l’est, le long des frontières de la Russie. Sans surprise, les relations américano-russes ont maintenant atteint un point, où les Russes s’autorisent à émettre un avertissement sévère : de nouvelles tentatives de chantage occidentales pourraient entraîner une confrontation nucléaire.

Le comportement américain tout au long de cette succession d’échecs a été remarquablement stable, l’élément constant étant leur refus catégorique de faire face à la réalité, autant dans la forme que sur le fond. Tout comme avant, en Syrie, les Américains sont toujours à la recherche d’islamistes modérés pro-occidentaux, qui feront ce que les Américains veulent (renverser le gouvernement de Bachar al Assad), mais sauront s’arrêter, au moment de tuer tous les envahisseurs infidèles qui leur tombent sous la main. Le fait que des islamistes modérés pro-occidentaux ne semblent pas exister n’affecte en rien la stratégie américaine dans la région.

De même, en Ukraine, le fait que les lourds investissements américains dans la liberté et la démocratie ou une société ouverte, ou ce que vous voudrez, aient produit un gouvernement dominé par les fascistes et une guerre civile à l’est, selon les Américains, ne sont que de la  russe. Défiler sous la bannière de la division ukrainienne SS de Hitler et la reconnaissance des collaborateurs nazis comme des héros nationaux n’est tout simplement pas assez convaincant pour eux. Qu’est-ce que ces nazis doivent faire pour prouver qu’ils sont nazis ? Construire des fours et rôtir des Juifs ? Massacrer les gens en mettant le feu à un bâtiment, comme ils l’ont fait à Odessa, ou tirer dans le dos de civils désarmés et de les jeter dans des fosses communes, comme ils l’ont fait à Donetsk, ne semble pas suffire non plus. Le fait que de nombreuses personnes ont refusé d’être dirigées par des voyous nazis, et ont résisté avec succès, a conduit les Américains à les étiqueter comme des séparatistes pro-russes. Cela, à son tour, a été utilisé pour rendre responsable la Russie des troubles en Ukraine, et imposer des sanctions à la Russie. Les sanctions seront reconsidérées, si la Russie retirait ses troupes d’Ukraine. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de troupes russes en Ukraine.

Notez que ce genre de comportement n’a rien de nouveau. Les Américains ont envahi l’Afghanistan parce que les talibans n’envisageaient d’expulser Oussama Ben Laden (qui était un agent de la CIA), que si les Américains produisaient des preuves l’impliquant dans l’attentat du 9/11, preuves qui n’existaient pas. Les Américains ont envahi l’Irak parce que Saddam Hussein ne renonçait pas à ses armes de destruction massive, qui n’existaient pas. Ils ont envahi la Libye parce que Mouammar Kadhafi n’abandonnait pas les positions officielles qu’il ne détenait pas. Ils étaient prêts à envahir la Syrie de Bachar al Assad, qui avait utilisé des  contre son propre peuple-sans jamais l’avoir fait. Et maintenant, ils ont imposé des sanctions à la Russie, parce que la Russie a déstabilisé et envahi l’Ukraine, alors qu’elle n’en a rien fait non plus (les États-Unis l’ont fait.).

Les sanctions contre la Russie paraissent d’autant plus incompréhensibles, qu’elles ont un effet boomerang dans la mesure où elles font du  à l’Ouest, tout en donnant au gouvernement russe l’élan nécessaire pour faire ce qu’il a toujours voulu faire. Les sanctions portant atteinte aux droits d’un certain nombre d’hommes d’affaires et de responsables russes, elles les incitent à rapidement retirer leur argent des banques occidentales, à sortir leurs enfants des écoles et des universités de l’Ouest, et à faire tout ce qu’ils peuvent pour démontrer qu’ils sont de bons Russes patriotiques et ne sont pas des laquais des Américains. Les sanctions qui affectent un certain nombre de compagnies russes dans le secteur de l’énergie, les coupant des ressources technologiques et des financements occidentaux, vont principalement nuire aux bénéfices des sociétés occidentales de l’énergie, tout en aidant leurs concurrentes chinois. Il y avait même des  de couper la Russie du système bancaire SWIFT, ce qui aurait rendu difficile la tâche de transférer des fonds entre la Russie et l’Occident, mais ces  ont plutôt donné à la Russie l’impulsion nécessaire pour introduire son propre système dénommé RUSSWIFT, qui sera même ouvert à l’, et de neutraliser les efforts américains pour imposer des restrictions financières.

Les sanctions ont été conçues pour causer des dommages économiques, mais les efforts occidentaux pour infliger des dommages économiques à court terme à la Russie sont défaillants. Couplé à une baisse significative du prix du pétrole, tout cela était censé faire du mal à la Russie sur le plan financier, mais, comme les sanctions ont fait chuter le cours du rouble, le résultat net sur les finances de la Russie est un véritable lifting. Les prix du pétrole sont plus faibles, mais, grâce en partie aux sanctions, il en est de même pour le cours du rouble, et parce que les revenus du pétrole sont encore en grande partie libellés en dollars, les recettes fiscales de la Russie restent au même niveau qu’avant. Et puisque les compagnies pétrolières russes gagnent des dollars à l’étranger, les convertissant ensuite en rouble sur le marché intérieur, leur budget de production n’est pas affecté.

Les Russes ont également répondu en imposant des contre-sanctions, et ont pris des mesures rapides pour neutraliser l’effet des sanctions à leur encontre. La Russie a interdit l’importation de produits provenant de l’Union européenne, au grand dam des agriculteurs . Les plus touchés sont des membres de l’Union européenne particulièrement antirusses : les pays baltes, qui ont perdu rapidement une fraction importante de leur Produit intérieur brut, ainsi que la Pologne. Une exception est faite pour la Serbie, qui a refusé de se joindre aux sanctions. Ici, le message est simple : les amitiés qui ont duré plusieurs siècles prévalent ; ce que les Américains veulent, n’est pas ce que les Américains auront ; et l’Union européenne est un simple bout de papier. Ainsi, les contre-sanctions créent des frictions entre les États-Unis et l’Union européenne, et, au sein de l’Union européenne, entre l’Europe de l’Est (où les sanctions causent le plus de difficultés) et l’Europe de l’Ouest. Et, plus important encore, elles évoquent un message simple : les États-Unis ne sont pas les amis de l’Europe.

Il y a autre chose qui va devenir plus important dans le long terme: la Russie a relevé le défi et se détourne de l’Ouest pour se rapprocher de l’Est. C’est assimilé à une défiance ouverte aux tentatives américaines de domination du monde, au travers des relations commerciales dans le monde entier, dont une grande partie est malade et fatiguée de rendre hommage à Washington. La Russie joue un rôle clé dans la mise sur pied d’un système bancaire international, qui contourne le dollar américain et la Réserve fédérale américaine. Dans ces efforts, le territoire et les populations de plus de la moitié du monde sont carrément du côté de la Russie et applaudissent. Ainsi, l’effort d’isoler la Russie a produit l’inverse du résultat prévu : il isole l’Ouest du reste du monde.

Dans d’autres secteurs, les sanctions sont aussi utiles. L’interdiction d’importation sur les denrées alimentaires de l’Union européenne est une aubaine pour l’agriculture nationale, qui répond à un point politique important : ne pas être nourri des mains de ceux qui vous mordent. La Russie est déjà l’un des plus grands exportateurs de céréales au monde, et il n’y a pas de raison qu’elle ne puisse atteindre une entière auto-suffisante alimentaire. L’incitation à se réarmer face à la présence de l’Otan aux frontières russes (il y a maintenant des troupes américaines stationnées en Estonie, à seulement quelques kilomètres de la deuxième plus grande ville de Russie, Saint-Pétersbourg) fournit le stimulus nécessaire à une reconversion industrielle. Cette série de dépenses militaires est prévue un peu plus intelligemment que durant l’époque soviétique, la conversion éventuelle [des innovations militaires, NdT] dans le domaine civil faisant partie du plan dès le début. Ainsi, avec les meilleurs chasseurs à réaction du monde, la Russie est susceptible de commencer à construire des avions civils pour l’exportation, qui viendront en concurrence directe avec Airbus et Boeing.

Mais ce n’est que le début. Les Russes semblent s’être enfin rendus compte à quel point le terrain de jeu a été étendu à leur détriment. Ils ont été forcés de jouer avec les règles de Washington de deux façons :

  1. se plier à la volonté de Washington, afin de maintenir leurs cotes de crédit élevées dans les trois principales agences de notation de crédit occidentales, afin de garantir l’accès au crédit de l’Ouest ;
  2. respecter les règles de l’Ouest lors de la délivrance de leur propre crédit, donc maintenir les taux d’intérêt intérieurs artificiellement élevés.

Le résultat a été que les entreprises américaines étaient en mesure de financer leurs opérations à moindre coût, ce qui les rendait artificiellement compétitives. Mais, maintenant que la Russie agit rapidement afin de sortir de l’emprise du dollar américain, commerçant via des contrats d’échanges bilatéraux (complétés par une quantité d’or, lorsque la couverture commerciale est insuffisante), elle est aussi à la recherche de façons de transformer la création monétaire à son avantage.

À ce jour, le diktat transmis de Washington est : Nous pouvons imprimer autant d’argent que nous voulons, mais vous, vous ne pouvez pas, sinon nous allons vous détruire. Mais cette menace sonne de plus en plus creux, et la Russie n’utilisera plus ses recettes en dollars pour acheter de la dette américaine. Une proposition actuellement sur la table est de rendre impossible de payer les exportations de pétrole russe autrement qu’en rouble, par la création de deux sociétés de courtage de pétrole, une à Saint-Pétersbourg, l’autre à sept fuseaux horaires de là, à Vladivostok. Les acheteurs étrangers de pétrole auraient alors à gagner leurs pétro-roubles par la voie honnête du commerce bilatéral ou, s’ils ne peuvent fournir suffisamment de biens que les Russes souhaitent importer, ils pourraient payer le pétrole avec de l’or (jusqu’à épuisement des stocks). Sinon les Russes pourraient simplement imprimer des roubles, et, pour s’assurer que cette création de monnaie ne provoque pas d’inflation intérieure, ils pourraient exporter l’inflation en jouant avec le robinet du pétrole et les taxes à l’exportation sur le pétrole. Et si des gens comme George Soros décident d’attaquer le rouble afin de le dévaluer, la Russie pourrait défendre sa monnaie tout simplement en imprimant moins de roubles pour un temps (pas besoin de stocker des réserves en dollars).

Jusqu’à présent, cela ressemble à une guerre économique typique : les Américains veulent obtenir tout ce qu’ils veulent en imprimant de l’argent, tout en bombardant ceux qui leur désobéissent, pour les soumettre et les sanctionner, tandis que le reste du monde tente de leur résister. Mais, au début de 2014, la situation a changé. Les États-Unis ont tenté un coup à Kiev, et au lieu de se coucher et de faire le mort comme ils étaient censés le faire, les Russes ont monté une campagne rapide et réussi brillamment à regagner la Crimée, puis maté avec succès la junte de Kiev, l’empêchant de consolider son contrôle sur le reste de l’ancien territoire de l’Ukraine, en laissant entrer des bénévoles, des armes, de l’équipement et de l’aide humanitaire et en laissant sortir des centaines de milliers de réfugiés (par la frontière russo-ukrainienne strictement théorique, tout en évitant la confrontation militaire directe avec l’Otan). Voir tout ce qui se passe dans les journaux télévisés du soir a réveillé la population russe de sa torpeur politique, les a poussés à s’asseoir et à s’intéresser, et la cote de popularité de Poutine s’est envolée, pour crever le plafond.

La perception de tout cela, comme ils aiment le dire à la Maison Blanche, est plutôt de mauvais augure. Alors que nous fêtons le 70e anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre Mondiale (une occasion importante pour les Russes, qui se piquent d’avoir défait Hitler sans l’aide de personne), dans le même temps, les États-Unis (auto-proclamés ennemi juré de la Russie) profitent de l’occasion pour réveiller et nourrir le monstre du nazisme juste à la frontière russe (à l’intérieur des frontières de la Russie, diraient certains Russes et Ukrainiens). Cela incite les Russes, à leur tour, à se souvenir de la mission historique et unique de la Russie parmi tous les pays, qui est de contrecarrer les tentatives de toutes les autres nations à vouloir dominer le monde, que ce soit la France napoléonienne, l’Allemagne hitlérienne ou l’obamaniaque Amérique. Chaque siècle, une nation oublie ses leçons d’histoire et attaque la Russie. Le résultat est toujours le même : beaucoup de cadavres cloués dans des congères, puis la cavalerie russe galope dans Paris, ou les chars russes roulent sur Berlin. Qui sait comment cela va finir cette fois-ci ? Ce seront peut-être des hommes polis, bien armés, en uniformes verts sans insigne, patrouillant dans les rues de Bruxelles et de Washington D. C. Seul le temps nous le dira.

 

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Le costume d’-Superman rétrécit dans les sondages (Polls)

 

On pourrait penser qu’Obama a déjà surestimé sa main, et devrait se comporter en conséquence. Sa popularité chez lui est à peu près l’inverse de celle de Poutine; en fait, Obama reste plus populaire que le virus Ebola, mais de justesse. Il n’obtient rien après avoir tout joué, pas même le moindre résultat, et ses efforts à ce jour, chez lui et à l’étranger, ont été, à peu de chose près, une catastrophe. Alors qu’est-ce que ce travailleur social devenu mascotte nationale s’est décidé à faire ? Eh bien, de la façon dont les Russes le voient, il a décidé de déclarer la guerre à la Russie ! Dans le cas où vous l’auriez manqué, regardez son discours devant l’Assemblée générale des Nations-Unies. C’est sur le site Web de la Maison Blanche. Il a placé la Russie exactement entre Ebola et l’État islamique [ISIS, EIIL, DAECH…), parmi les trois plus grandes menaces qui pèsent sur le monde. Avec des yeux russes, son discours se lit comme une déclaration de guerre.

C’est une nouvelle sorte de guerre mixte. Ce n’est pas une guerre totale à mort, bien que les États-Unis se soient montrés bien imprudents, selon les vieux critères de la Guerre froide, en oubliant la confrontation nucléaire. C’est une guerre de l’information, à base de mensonges et d’injuste diffamation. C’est une guerre économique et financière, en usant de sanctions. C’est une guerre politique, avec le renversement violent d’un gouvernement élu et le soutien à des régimes hostiles, aux frontières de la Russie. Et c’est une guerre militaire, avec le déploiement, certes inefficace, mais néanmoins insultant, d’une poignée de soldats américains en Estonie. Et les objectifs de cette guerre sont clairs : porter atteinte à la Russie sur le plan économique, la détruire politiquement, la démembrer géographiquement, et la transformer en un État vassal, qui fournit les ressources naturelles de l’Ouest presque gratuitement (avec quelques aumônes à une poignée d’oligarques russes et des voyous criminels qui jouent au ballon). Mais tout cela ne se produira pas, parce que, vous voyez, beaucoup de Russes savent tout cela, et veulent choisir des dirigeants, qui, sans gagner des concours de popularité en Occident, vont les conduire à la victoire.

Selon la prise de conscience que les États-Unis et la Russie sont, qu’on le veuille ou non, dans un état de guerre, même si ce n’est pas toujours très clair, les gens en Russie essaient de comprendre pourquoi il en est ainsi et ce que cela signifie. De toute évidence, les États-Unis ont vu la Russie comme un ennemi dès l’époque de la Révolution de 1917, sinon plus tôt. Par exemple, il est connu que, après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des stratèges militaires, en Amérique, envisageaient une attaque nucléaire contre l’URSS, et la seule chose qui les a retenus, c’était le fait qu’ils n’avaient pas assez de bombes, et que donc la Russie aurait pris l’ensemble de l’Europe, avant que les effets des frappes nucléaires aient pu les dissuader de le faire (la Russie n’avait pas d’armes nucléaires à l’époque, mais beaucoup de forces conventionnelles en plein cœur de l’Europe).

Mais pourquoi la guerre a-t-elle été déclarée maintenant, et pourquoi a-t-elle été déclarée par ce travailleur social devenu un dirigeanttraitre ? Certains observateurs attentifs ont mentionné son slogan, l’audace de l’espoir, et se sont hasardés à deviner que ce genre d’audace (qui en russe ressemble beaucoup à la folie) pourrait être un élément clé de son caractère, qui lui donne le désir d’être le leader de l’univers, comme Napoléon ou Hitler. D’autres regardaient le charabia de la campagne de sa première élection présidentielle (qui a attiré autant de stupides jeunes Américains) et ont découvert qu’il faisait beaucoup de compliments à divers militaires partisans de la Guerre froide. Pensez-vous qu’Obama serait peut-être un spécialiste de l’histoire et un géopoliticien habile à part entière ? (Cette question pousse à rire habituellement, parce que la plupart des gens savent qu’il est juste un simple d’esprit et répète ce que ses conseillers lui disent de dire.) Hugo Chavez, l’a une fois qualifié d’otage à la Maison Blanche, et il n’était pas trop loin du compte. Alors, pourquoi ses conseillers sont désireux d’entrer en guerre avec la Russie, à l’heure actuelle, cette année ?

Est-ce parce que les USA s’effondrent plus rapidement que la plupart des gens ne l’imaginaient ? Ce raisonnement est le suivant : le système américain de domination du monde par l’agression militaire et par la création de monnaie illimitée est un échec devant nos yeux. Le public n’a aucun intérêt à davantage de bottes sur le terrain, de campagnes de bombardement, qui ne font rien d’autre qu’aider des militants à régner, des militants que les Américains eux-mêmes ont aidés à organiser et à équiper. L’hégémonie du dollar se délite, chaque jour qui passe. La Réserve fédérale n’a plus de munitions fraîches et doit faire le choix entre un crash sur le marché boursier et un crash sur le marché obligataire. Pour arrêter, ou au moins pour prévenir cette tendance à la baisse financière, économique et politique, et la masquer, les États-Unis doivent agir rapidement, en sapant toutes les économies concurrentes dans le monde, et cela par tous les moyens qu’ils ont à leur disposition : campagne de bombardement, révolution ou pandémie (même si cette dernière peut être un peu difficile à garder sous contrôle). La Russie est une cible évidente, c’est le seul pays au monde qui a eu le courage de réellement montrer un leadership international dans sa confrontation avec les États-Unis et qui a réussi à les faire plier; par conséquent, la Russie doit être punie d’abord, pour maintenir les autres au garde-à-vous.

Je ne suis pas en désaccord avec cette ligne de raisonnement, mais je veux ajouter quelque chose à cela.

Tout d’abord, l’offensive américaine contre la Russie, avec la plupart du reste du monde, est une des choses que les Américains aiment à qualifier de réalités de terrain, et celles-ci prennent du temps à être réalisées. Le monde n’a pas été fait en un jour, et il ne peut pas être détruit en un jour (sauf si vous utilisez des armes nucléaires, mais il n’y a là de stratégie gagnante pour personne pas même pour les États-Unis). Mais tout le château de cartes financier peut être détruit assez rapidement, et ici la Russie peut faire beaucoup de choses, tout en risquant peu. Financièrement, la position de la Russie est si solide, que même les trois agences de notation de crédits occidentales n’ont pas le culot de dégrader la note de la Russie, et cela malgré les sanctions. C’est un pays qui a volontairement remboursé sa dette extérieure, qui dispose d’un excédent budgétaire record et d’une balance des paiements positive, qui a entassé des réserves d’or physique, et pas un mois ne passe sans qu’elle ne signe un grand accord commercial international (qui contourne le dollar américain). En comparaison, les États-Unis sont un homme mort en marche : à moins qu’ils puissent continuer à rouler sur des milliards de dollars de dette à court terme, chaque mois à des taux d’intérêt historiquement bas, ils ne seront pas en mesure de payer les intérêts sur leur dette ou leurs factures. Adieu, l’État providence, bonjour les émeutes. Adieu aux entrepreneurs militaires et à l’application de la loi fédérale, bonjour le chaos et l’ouverture des frontières. Maintenant, infléchir les réalités de terrain suppose des actions physiques, tandis que financièrement, pour provoquer une ruée vers la sortie, il suffit que quelqu’un crie un « Bouh ! » assez fort et de façon assez convaincante.

Deuxièmement, il faut comprendre, qu’à ce stade, l’élite dirigeante américaine est presque entièrement sénile. Les plus âgés semblent effectivement séniles au sens médical. Prenez Leon Panetta, l’ancien secrétaire à la  : lors de la descente en flamme de son dernier livre, et il en est toujours à blâmer Bachar al Assad en Syrie pour le gazage de son propre peuple ! A présent, tout le monde sait que c’était une attaque sous fausse bannière, menée par des rebelles syriens désemparés, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, pour être utilisée comme une excuse pour les États-Unis pour bombarder à nouveau la Syrie (vous savez, à nouveau le vieil argument des armes de destruction massive). Soit dit en passant, ce genre de stupidité, l’insistance répétitive sur un raisonnement faux, apparaît comme un signe certain de la sénilité. Ce plan n’a pas fonctionné, parce que Poutine et Lavrov sont intervenus et ont rapidement convaincu Assad d’abandonner son inutile stock d’armes chimiques. Les Américains étaient livides. Donc, tout le monde connaît l’histoire, sauf Panetta. Vous voyez, une fois qu’un responsable américain commence à mentir, il ne sait tout simplement pas comment s’arrêter. L’histoire commence toujours par un mensonge, et, quand des faits émergent, qui contredisent l’histoire initiale, ils sont tout simplement ignorés.

Voilà pour la vieille garde sénile, mais quid de leurs remplaçants ? Eh bien, le garçon à l’affiche pour les jeunes est Hunter Biden, fils du Vice-président, qui a fait la tournée des putes et des coups fourrés en Ukraine l’été dernier, et a atterri par inadvertance sur un siège au conseil d’administration de la plus grande entreprise de gaz naturel de l’Ukraine (qui n’a plus beaucoup de gaz d’ailleurs). Il vient de se révéler être un fou de coke. En plus des nombreux préemptés, comme le fils du Vice-président, il y a aussi des granges pleines de prêts à bêler parmi les diplômés de l’Ivy League, qui ont été préparés pour les emplois dans les hautes sphères. Ce sont d’excellents moutons du professeur William Deresiewicz.

Le fait est qu’il n’y a pas grand monde, jeune ou vieux, apte à répondre à des problèmes internationaux, des défaites militaires, des catastrophes humanitaires. Toutes ces choses les dépassent, et ils s’en remettent à vous pour les promouvoir, sans être trop regardants quant à leur vision idyllique sur eux-mêmes. Le seul coup qu’ils peuvent réellement flairer, c’est un coup sur leur portefeuille.

Ce qui nous ramène toujours à mon premier point : Bouh !

Dimitry Orlov

 

Article original : How to start a war and lose an empire (cluborlov.blogspot.fr, , 21-10-2014)

Traduit par LaLEF (qui a aussi rédigé le préambule) et révisé par Hervé, pour vineyardsaker.fr

http://www.vineyardsaker.fr/2014/10/25/comment-commencer-guerre-perdre-empire-dmitry-orlov/#more-6432

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Les Russes remportent le championnat du monde 2014 de Break Dance en Allemagne

octobre 27th, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

Avec la vidéo ci-dessous on voit que les danseurs russes n’excellent pas qu’au Bolchoï ou au patinage artistique. La finale de la compétition internationale de breakdance “Battle of the Year” s’est déroulée samedi à Braunschweig en Allemagne, devant plus de 7000 personnes. Le groupe russe Predatorz a remporté la compétition. (reseauinternationl.net)

 

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Le gouvernement conservateur du Canada a proclamé que le Canada et la démocratie canadienne sont la cible d’attaques terroristes.

Ce n’est pas simplement une exagération ou du sensationnalisme: c’est un mensonge. Le gouvernement, aidé par les médias, déforme les faits pour justifier un tournant drastique à droite de la politique extérieure et intérieure du Canada.

Le gouvernement a deux objectifs immédiats: délégitimer et étouffer l’opposition à la nouvelle guerre menée par les États-Unis au Moyen-Orient pour que le Canada puisse s’y impliquer davantage; et légiférer rapidement afin de donner de nouveaux pouvoirs à l’appareil de sécurité nationale.

Les évènements de mercredi à Ottawa – le meurtre d’un soldat qui montait la garde au Monument commémoratif de guerre du Canada, suivi d’une fusillade dans le bâtiment principal du Parlement canadien – ont été commis par un individu désorienté, agissant seul. C’est le même type d’individu, un récent converti à l’islam radical, qui était impliqué dans le meurtre, deux jours plus tôt, d’un autre membre des Forces armées canadiennes, qui a été renversé par une voiture alors qu’il marchait dans le stationnement d’un centre d’achats à St-Jean-sur-Richelieu au Québec.

Aucun des agresseurs n’appartenait à «un groupe terroriste du terroir», sans parler d’Al-Qaïda, de l’État islamique (EI) ou d’une quelconque organisation terroriste basée à l’étranger. La police a conclu que les agresseurs ne se connaissaient pas et que les deux meurtres constituaient des évènements complètement séparés, même si ce n’est pas inconcevable que le meurtre de St-Jean-sur-Richelieu ait pu encourager le tireur d’Ottawa.

Malgré l’absence d’un complot terroriste, le premier ministre Stephen Harper et son gouvernement sont déterminés à présenter le Canada comme étant assiégé.

Suite au délit de fuite de lundi dernier à St-Jean-sur-Richelieu, Harper et le bureau du premier ministre se sont empressés d’occuper le devant de la scène. Rompant avec les normes canadiennes, c’est Harper, et non la police, qui a annoncé publiquement qu’il y avait eu une possible attaque «terroriste». Ce sont ses conseillers qui ont continué d’être la principale source d’information pour l’enquête de la police et des agences de renseignement.

Dans un discours télédiffusé mercredi soir partout au pays – bien après qu’il soit devenu évident que la fusillade du matin à Ottawa avait été commise par un individu agissant seul – Harper a tenté d’adopter un ton churchillien, affirmant que le Canada vaincrait les terroristes qui ont attaqué et menacé ses «valeurs» et la démocratie. Il a fait une référence gratuite à la guerre au Moyen-Orient. Harper a juré que le gouvernement «redoublerait» d’efforts pour mieux collaborer avec les partenaires militaires et stratégiques du Canada et pour priver les terroristes de «refuge» partout dans le monde.

Les tentatives de Harper de se présenter comme un défenseur de la démocratie seraient ridicules si les enjeux n’étaient pas aussi sérieux. Son gouvernement a aboli de facto le droit de grève des employés fédéraux et des travailleurs soumis aux règlements fédéraux et il a directement affirmé le droit de l’État d’espionner à volonté les communications électroniques des Canadiens. En décembre 2008, il a imposé ce qui revient à un coup constitutionnel. Il a eu le dernier mot devant la gouverneure générale, un poste non élu, afin d’utiliser les pouvoirs antidémocratiques de cette instance pour fermer le parlement et empêcher les députés de voter pour renverser ce gouvernement.

Le scénario qui s’est déroulé à Ottawa la semaine dernière est devenu trop familier. Une fois après l’autre depuis le 11 septembre 2001, les gouvernements ont utilisé des actes terroristes et des campagnes de peur pour mettre de l’avant un programme politique réactionnaire et prédéterminé.

Les attaques du 11 septembre sont devenues le prétexte de l’administration de George W. Bush pour lancer une guerre d’agression contre l’Afghanistan et l’Irak et attaquer les droits démocratiques des Américains. Le Canada a rapidement emboîté le pas: il a passé sa propre loi antiterroriste, s’est réarmé et a joué un rôle de premier plan dans l’invasion de l’Afghanistan.

L’offensive pour faire un tournant aussi, sinon plus abrupt, est déjà en cours.

Le gouvernement était censé dévoiler mercredi des amendements controversés à la Loi antiterroriste canadienne de 2001, qui donneraient de nouveaux pouvoirs aux agences de sécurité, y compris une plus grande intégration de leur surveillance des Canadiens avec la National Security Agency (NSA) des États-Unis et d’autres services de renseignement étrangers. Mais, cherchant maintenant à exploiter le climat de peur et de nationalisme qu’il a alimenté grâce aux attaques de cette semaine, le gouvernement a signalé qu’il va remettre à plus tard l’introduction des amendements pour pouvoir les réécrire et donner aux agences de sécurité encore plus de pouvoirs. Les amendements révisés vont apparemment comporter des pouvoirs accrus pour arrêter de présumés terroristes – ce qui veut dire, détenir des gens sans accusation sur l’unique base qu’ils pourraient commettre des gestes illégaux dans le futur.

Même si les conservateurs n’ont pas fait de nouvelles annonces sur le rôle du Canada dans la nouvelle guerre au Moyen-Orient, l’armée canadienne et les médias de la grande entreprise ont encouragé fortement le gouvernement à «parler franchement» aux Canadiens et à leur annoncer que la mission de combat du Canada durera plus longtemps que les six mois prévus. Ils ont aussi appelé le gouvernement à augmenter de façon significative les dépenses militaires, de pair avec son discours belliqueux contre la Russie, l’Iran et d’autres États.

Rejeter l’affirmation fausse et politiquement motivée que le Canada est sous un siège terroriste ne revient pas à dire que le phénomène de terrorisme du «terroir» est complètement fabriqué. Mais, dans la mesure où, pour les Canadiens ou des gens aux États-Unis, en Europe et en Australie, des individus désorientés et influencés par la propagande djihadiste de l’EI, d’Al-Qaïda ou de leurs filiales posent un plus grand danger, la responsabilité repose sur les épaules des classes dirigeantes des puissances impérialistes – y compris le Canada.

Les puissances impérialistes ont amené la destruction et la dévastation sociale partout au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale, des régions à majorité musulmane, avec leurs guerres, leurs frappes par drones, leur appui à des dictatures militaires et à des monarques, et les plans d’ «ajustement structurel» du FMI.

Pour défendre leurs intérêts de prédateurs, elles ont renforcé, utilisé et manipulé pendant des décennies les éléments islamistes. Parfois, comme c’est le cas pour l’Irak et la Syrie aujourd’hui, ces éléments ont servi de prétexte pour lancer de nouvelles guerres dont l’objectif est de défendre les intérêts géostratégiques américains. Plus souvent, ils ont été utilisés comme des agents en sous-main pour le compte de l’impérialisme.

Les Talibans et Al-Qaïda ont émergé suite à l’organisation et à l’armement par Washington des fondamentalistes islamistes pour combattre le gouvernement appuyé par les soviétiques en Afghanistan. L’État islamique (EI) est un produit de l’invasion américano-britannique de 2003 et de l’occupation de l’Irak. Cela a mené à plus d’un million de morts, à l’alimentation par les États-Unis des tensions sectaires en Irak dans le cadre de leur stratégie de diviser pour mieux régner, et à l’utilisation de forces islamistes sectaires comme armées en sous-main dans leurs guerres pour changer les régimes en Libye et en Syrie.

Le vice-président américain, Joe Biden, a récemment laissé échapper que les alliés fidèles de Washington, la Turquie, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, ont versé de l’argent et des armes à l’EI dans le cadre du conflit sectaire sunnite avec l’Iran.

Le Canada, aussi bien sous les Libéraux que sous les conservateurs, a été complice de ces crimes. Il a joué un rôle majeur dans les guerres en Afghanistan et en Libye; il a appuyé loyalement Israël, y compris lors de sa récente agression contre les Palestiniens à Gaza; il a défendu la dictature de Moubarak et le retour de l’armée au pouvoir en Égypte en 2013; il a fourni des armes à l’Arabie Saoudite… la liste est sans fin.

Même les médias de la grande entreprise ont dit que les bombes canadiennes pourraient bientôt tomber en Irak sur les mêmes combattants islamistes avec qui les Forces armées canadiennes ont coordonné la campagne de bombardement en Libye en 2011 et qu’Ottawa a présentés comme des «combattants pour la liberté» autant en Libye qu’en Syrie.

La hausse des crimes impérialistes à l’étranger va de pair avec la promotion du militarisme, la destruction des droits démocratiques et l’implantation d’un programme social de droite au pays. Le Canada, comme toutes les puissances impérialistes, a vu une croissance massive des inégalités sociales et de l’insécurité économique dans le dernier quart de siècle. Depuis 2008, l’assaut sur les services publics, les retraites, les prestations de chômage et d’autres droits sociaux s’est intensifié.

Dans un tel environnement de réaction, ce n’est pas surprenant que des idéologies politiques perverses puissent trouver un écho, particulièrement chez les marginalisés et les désorientés.

Le tireur d’Ottawa, Michael Zehaf-Bibeau, avait lutté contre la dépendance à la drogue pendant des années et avait eu, à cause de cette dépendance, plusieurs accrochages avec la loi. Il vivait dans un refuge pour sans-abris dans les derniers jours de sa vie. Son père, un entrepreneur libyen-canadien, a apparemment été actif dans une milice djihadiste qui a participé en 2011 à une insurrection contre le régime de Kadhafi.

Parce que leur programme de guerre et d’austérité va à l’encontre des intérêts de la vaste majorité de la population, les dirigeants au Canada, comme leurs homologues de classe aux États-Unis et dans les autres pays impérialistes, ramènent au pays les méthodes violentes et autoritaires qu’ils ont toujours employées en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Keith Jones

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Blackwater, la torture et l’impérialisme américain

octobre 27th, 2014 by Joseph Kishore

Mercredi 22 octobre, un jury composé de huit femmes et quatre hommes du tribunal fédéral de Washington DC a condamné quatre mercenaires de la société de sécurité privée américaine Blackwater pour le rôle qu’ils ont joué dans le massacre de la Place Nissour à Bagdad en 2007. Les jurés ont reconnu l’un des mercenaires coupable de meurtre et les trois autres coupables d’homicide volontaire pour avoir tiré des centaines de coups de feu et lancé des grenades sur des civils irakiens lors d’une opération brutale qui fit 17 morts et 20 blessés.

Le jugement, prononcé sept ans après les crimes, est le signe d’une évolution positive. La décision du jury – qui n’a pas répondu aux attentes des médias et de l’establishment politique – a sans aucun doute exprimé la révulsion des jurés face aux actes barbares qui ont été décrits en détail durant l’audience. Le jury écouta les dépositions de dizaines de témoins oculaires et de victimes irakiens. Il put se rendre compte de la brutale réalité d’une guerre qui fut largement cachée au public américain.

Ce verdict est le reflet d’une opposition populaire grandissante aux Etats-Unis aux crimes commis par l’armée américaine et les légions de mercenaires recrutés pour venir renforcer ses opérations dans le monde entier.

L’affirmation des responsables du ministère de la Justice du gouvernement Obama cependant, comme quoi le verdict représentait, aux dires de l’un des procureurs généraux, « une affirmation claire de l’engagement du peuple américain vis-à-vis de l’Etat de droit, » procède du blanchiment politique et de l’occultation.

En fait, les agissements des employés de Blackwater – Nicholas Slatten (reconnu coupable de meurtre au premier degré), Evan Liberty, Paul Slough et Dustin Heard (déclarés coupables d’homicide volontaire et d’avoir utilisé un fusil-mitrailleur pour commettre des crimes violents) – sont le produit d’un crime plus grave et plus fondamental: la guerre d’agression menée contre l’Irak et l’éruption continue de violence impérialiste dont cette guerre faisait partie.

D’innombrables atrocités ont été commises dans le cadre de ces guerres. Si certaines sont apparues au grand jour, d’autres bien plus nombreuses demeurent cachées: la destruction systématique de la ville de Falludja, entreprise en 2004 par les Marines en réponse au meurtre de plusieurs mercenaires de Blackwater et qui a tué bien plus d’un millier d’Irakiens; le massacre d’Haditha, en novembre 2005, dans lequel un groupe de Marines américains ont tué vingt quatre Irakiens non armés et pour lequel seul un soldat fut condamné pour manquement à son devoir; l’incinération d’une école religieuse au Pakistan par des drones de la CIA en octobre 2006, tuant au moins 68 enfants; le massacre de quarante sept personnes célébrant un mariage dans la province de Nangahar, en Afghanistan en juillet 2008 et une tuerie, quatre mois plus tard seulement, dans la province de Kandahar qui tua soixante trois personnes…

Les auteurs de ces crimes sont toujours en liberté. Ils comprennent de hauts responsables du gouvernement Bush (le président lui-même, l’ancien vice-président Dick Cheney, l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell et de nombreux autres) qui ont planifié et mené une guerre sur la base de mensonges délibérés. Ils comprennent de haut gradés de l’armée et de hauts responsables de la CIA qui ont mené une guerre de terreur contre la population d’Irak et d’Afghanistan en recourant à la torture et au meurtre de masse comme instruments politiques. Ils comprennent les dirigeants des partis Démocrate et Républicain qui ont approuvé des guerres qui ont causé la mort de centaines de milliers de gens. Et ils comprennent des responsables de haut rang dans les médias de masse qui ont œuvré pour vendre ces guerres au peuple américain.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2009, la principale préoccupation du gouvernement Obama fut d’empêcher qu’aucune responsabilité ne puisse être attribuée à l’armée et aux services de renseignement pour les crimes commis – et qui continuent d’être commis. Le président démocrate et ses responsables gouvernementaux figurent parmi les nombreux co-conspirateurs non inculpés.

Il est instructif de comparer la décision du jury à propos du massacre de Blackwater à une audience qui eut lieu deux jours plus tôt devant un autre juge d’un tribunal fédéral de la ville de New York. Cette affaire concernait les tentatives répétées du gouvernement Obama, sur une période de six ans, d’empêcher la diffusion de 2.100 photos d’actes de torture commis par l’armée américaine tant en Irak qu’en Afghanistan. La Maison Blanche s’est efforcée de garder en masse les photos secrètes pour des motifs de « sécurité nationale », une justification qu’elle a aussi utilisée pour masquer l’espionnage de la NSA, l’alimentation forcée par sonde des détenus à Guantanamo Bay et d’autres crimes. Le juge fédéral Alvin Hellerstein a fixé au gouvernement la date butoir du 12 décembre pour présenter les raisons spécifiques de ne rendre publique aucune de ces photos.

Selon un article paru le 23 octobre sur le WSWS (Voir: US judge sets deadline in lawsuit over Iraq, Afghanistan torture photos , en anglais), les photos des tortures « sont censées être plus dérangeantes que celles diffusées en 2004 montrant des sévices infligés aux prisonniers à Abou Ghraib… On y voit des soldats pointant des fusils sur les têtes des détenus couverts d’une cagoule et menottés, des soldats frappant des détenus avec leurs poings ou avec des objets divers, des soldats posant avec des groupes de prisonniers menottés et immobilisés, des soldats posant à côté de cadavres et, dans un cas au moins, une femme soldat pointant un manche à balai sur l’anus d’un détenu cagoulé. »

Les manoeuvres du gouvernement Obama dans les tribunaux ont lieu alors que la Maison Blanche poursuit ses tentatives d’empêcher la diffusion d’une enquête du Sénat américain sur les méthodes de torture « médiévales » (voir: CIA employed “medieval” torture that brought prisoners “to the point of death” , en anglais) pratiquées par la CIA, entre autres le « maintien [des détenus] sous l’eau au point d’en mourir ». En début d’année, la CIA fut surprise en train d’espionner des collaborateurs du Sénat qui établissaient ce rapport d’enquête et le gouvernement Obama collabore depuis avec l’agence d’espionnage afin de garantir qu’en cas de diffusion du document, il s’agira d’une version lourdement expurgée.

Aux dires de l’avocat spécialiste des droits de l’homme Scott Horton dans une interview accordée au magazine en ligne The Intercept, « le plan de bataille » du directeur de la CIA, John Brennan, et du gouvernement Obama est de retarder la publication du rapport sur la CIA jusqu’aux élections de mi-mandat en novembre. Ils espèrent qu’une victoire prévue du Parti républicain au Sénat garantira que le rapport sera définitivement enterré sans nécessiter que les Démocrates fassent ce sale travail eux-mêmes.

La raison de la détermination de la Maison Blanche à couvrir les crimes du gouvernement Bush est suffisamment claire. Pour reprendre les mots de Faulkner, « Le passé n’est jamais mort. Il n’est même pas passé. »

La torture, l’assassinat par drone, les massacres, les meurtres extra-judiciaires : ce sont les méthodes employées par la classe dirigeante américaine pour imposer ses intérêts de par le monde. Le gouvernement Obama a poursuivi et intensifié la politique de son prédécesseur. Il organise actuellement l’escalade d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient tout en planifiant de nouveaux crimes encore plus sanglants. En Ukraine, il collabore avec des mercenaires intégrés à des organisations droitières et fascistes dans le cadre d’opérations visant à asseoir l’hégémonie américaine en Europe de l’Est. Un récent document (voir : « L’armée américaine élabore un plan pour la Troisième Guerre mondiale ») publié par l’armée américaine expose une stratégie de guerre préventive menée dans chaque région du globe et désigne la Chine et la Russie comme des cibles potentielles spécifiques.

Le massacre de la Place Nissour n’est pas une exception mais bien la règle, il n’est pas le résultat de l’action de quelques « brebis galeuses », mais le produit organique de la criminalité de l’impérialisme américain. Justice ne sera pas rendue tant que ceux qui font cette politique aux plus hautes instances de l’appareil militaire et de l’Etat ne se trouveront pas dans la situation des mercenaires condamnés de Blackwater.

Joseph Kishore

Article original, WSWS, paru le 24 octobre 2014

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Espagne : Injustice, expulsions et apartheid sanitaire

octobre 27th, 2014 by Jérôme Duval

Alors que l’Espagne vit une crise humanitaire sans précédent, le mouvement social subit une répression constante d’un régime qui a peur du changement et protège ses intérêts. Le bipartisme PP/PSOE qui s’alterne au pouvoir depuis la fin de la dictature est fort affaibli par une succession de luttes sociales victorieuses et l’irruption d’initiatives populaires qui mettent en pratique de nouvelles façons de faire de la politique. A n’en pas douter, l’Espagne entre dans une phase de mobilisation qui augure de possibles changements politiques importants.

L’impunité règne

Le principe de compétence universelle (« Justicia universal »), établissant la possibilité pour les Cours espagnoles d’être saisies d’affaires concernant des personnes de quelque nationalité que ce soit, en n’importe quel lieu y compris hors de l’Espagne, pour des crimes graves (violations de droits humains, terrorisme, crimes de guerre ou génocide), est remis en question par le gouvernement |1|. La réforme approuvée en mars, retire toute compétence aux juges sur ces questions et permet d’archiver les affaires en cours, ouvrant la voie à l’impunité de responsables de crimes graves qui bénéficient déjà de la protection légale dans certains pays. Les délits en cours d’instruction, tels les cas de génocide au Guatemala (contre Efraín Ríos Montt et Carlos Mejía Víctores pour délits de génocide et tortures commis contre la population maya durant le conflit armé) et au Tibet ; les crimes de guerre à Gaza ; les tortures à Guantanamo ; l’assassinat en 2003 du cameraman espagnol de Telecinco, José Couso, par l’armée américaine en Irak ou encore la plainte contre Israël pour crime de guerre au sujet de la Flottille de la Liberté (l’assaut du commando israélien en mai 2010 s’était soldé par 9 morts), restent ainsi impunis et désormais classés sans suite. Les pressions des autorités chinoises ont semble-t-il constitué un motif déterminant dans l’élaboration de ce projet de loi. La Chine a d’ailleurs remercié chaleureusement le gouvernement espagnol pour mettre ainsi fin au mandat d’arrêt international de cinq ex-leaders chinois dont l’ex-président Jiang Zemin, impliqués dans l’affaire du génocide au Tibet. |2|

Attaques capitalistes en temps de crise 

« Agosticidad », est un terme espagnol pour désigner spécifiquement les contre-réformes adoptées au mois d’août afin d’éviter tout débat public et les réactions hostiles qu’elles pourraient susciter. Ce fut le cas de la réforme de l’article 135 de la Constitution qui donne la priorité absolue au remboursement de la dette lancée en août 2011 par le PSOE et approuvée sans référendum en septembre avec l’appuie du PP. De la même manière, la contre-réforme fiscale proposée discrètement en août dernier et qui devrait entrer en application en janvier 2015, va encore aggraver les inégalités.

En dépit d’une mobilisation exceptionnelle, les expulsions de logements se poursuivent à un rythme effréné. Depuis le début de la crise, des centaines de milliers de familles ont été expulsées de leurs logements, les condamnant à la marginalisation sociale permanente due au maintient de la dette hypothécaire malgré la perte du foyer. |3| Rappelons que la législation espagnole ne permet pas d’annuler la dette de l’hypothèque en cédant son bien immobilier. Les familles expulsées sont donc toujours redevables de cette dette auprès de la banque créancière qui, de surcroît, bien souvent s’accapare l’appartement pour spéculer ou le revendre. Récemment, la Communauté de Madrid a vendu 3 000 logements sociaux aux fonds vautour Goldman Sachs – Azora. D’autre fonds comme Blackstone rachètent des appartements sans en informer leurs résidents et expulsent ceux qui ne peuvent plus payer. |4| Cependant, plus de 1 100 expulsions ont été paralysées depuis le début de la crise et près de 1 180 personnes ont pu retrouver un logement grâce à l’action de la coordination des affectés par l’hypothèque (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH) |5|.

Par ailleurs, la très controversée loi LOMCE sur l’éducation prend désormais en compte la notation en cours de religion dans tous les centres scolaires et renforce les établissements publics-privés (« concertados »).

Apartheid sanitaire

La nouvelle loi entrée en application dans les centres de santé et hôpitaux depuis le 1er septembre 2012 (Real Decreto Ley 16/2012) constitue un apartheid sanitaire qui excluent de couverture santé les plus de 26 ans qui n’ont pas cotisé à la Sécurité sociale et plus de 800 000 personnes immigrés sans papiers. Il sacrifie le concept d’universalité d’accès aux soins de santé et met en danger de nombreuses vies. Le 20 février 2013, Soledad Torrico, immigrée bolivienne, est décédée des complications d’une grippe après avoir passé 6 jours sans être reçue par le Service valencien de santé. Le 24 avril 2013, le jeune sénégalais Alpha Pam, de 28 ans, mourait chez lui d’une tuberculose après un périple de 6 mois durant lequel on lui a refusé à plusieurs occasions l’assistance de l’hôpital. |6| La célèbre revue scientifique The Lancet a déjà averti que les coupes budgétaires du gouvernement espagnol, pourraient avoir « de graves conséquences pour la santé de la population, spécialement en ce qui concerne la tuberculose et l’infection par le VIH ». |7| Comme le signale la Fédération des Associations pour la Défense de la Santé Publique, en seulement trois ans, 7,2 milliards d’euros ont été amputés du budget de la santé, et 53 000 personnes en moins travaillent dans le secteur. Pendant ce temps, comme le dit bien la coordination Yo sí sanidad universal, le secteur privé de la santé se convertit en un négoce prospère et réalise de juteux profits. |8|


Partie 1
Partie 2
Partie 3

Notes

|1| Le premier exemple connu est sans doute l’inculpation et arrestation à Londres en 1998 du dictateur chilien Augusto Pinochet par le juge Baltasar Garzón.

|2| “Acogemos con agrado los esfuerzos del Gobierno y sus departamentos competentes. China y España tienen una tradición de amistad y apoyan las preocupaciones del otro”, dijo hoy la portavoz del ministerio chino de Asuntos Exteriores Hua Chunying. 24/06/2014. http://www.eldiario.es/politica/Chi…Los crímenes que pueden quedar impunes con la reforma del PP para limitar la justicia universal, Público, 12/02/2014. http://www.publico.es/politica/5013… Pour la réforme, voir : http://www.eldiario.es/desalambre/C…

|3| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2…

|4| Plataforma de Afectados por las Hipotecas, PAH. Datos procedentes del Consejo General del Poder Judicial, 10-oct-2014. http://afectadosporlahipoteca.com/2…

|5| Voir le site de la PAH : http://afectadosporlahipoteca.com/

|6| Gladys Martínez López, Un año sin sanidad universal, Diagonal, 10/09/13. https://www.diagonalperiodico.net/c…

|7| « Such changes could have serious consequences for population health, especially with regard to tuberculosis and HIV infections ». Erosion of universal health coverage in Spain, The Lancet, 14 de diciembre de 2013. http://www.thelancet.com/journals/l… En espagnol : http://esmateria.com/2013/12/15/la-…

|8| Olga Rodriguez, Los recortes perjudican gravemente la salud. http://yosisanidaduniversal.net/not…

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La dette et l’austérité en Europe

octobre 26th, 2014 by Eric Toussaint

Photo : Alexis Tsipras et Eric Toussaint le 8 octobre 2012 au Festival de la jeunesse de Syriza

INTERVIEW d’Éric Toussaint réalisée par Tassos Tsakiroglou (journaliste au quotidien grec Le Journal des Éditeurs) |1|

• Manuel Valls et Matteo Renzi demandent plus de temps pour réduire le déficit, en échange des réformes nécessaires pour que leurs pays deviennent plus compétitifs. Est-ce là un véritable défi pour un consensus sur l’austérité en Europe ? Cela peut-il mener à des résultats positifs ?

Je pense que la requête qu’ils adressent à la Commission européenne sera rejetée, car cette dernière veut poursuivre les mesures d’austérité brutales au niveau européen, en particulier dans la périphérie (Grèce, Espagne, Irlande, Chypre, Portugal et les pays d’Europe centrale et orientale), mais aussi dans des pays comme la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche et l’Allemagne. Si les gouvernements italien et français arrivaient à persuader la Commission européenne d’abandonner les politiques d’austérité, cela serait positif. Mais c’est impossible, d’autant plus qu’en même temps, F. Hollande et M. Renzi entendent précariser encore un peu plus les travailleurs sur le marché du travail. En Italie, Renzi mène par exemple une attaque contre des conquêtes sociales que Berlusconi n’avait pas réussi à détruire. De plus, nous savons que ce que fait le gouvernement Valls en France est en faveur des grandes entreprises privées et notamment des grandes banques et assurances privées.

• Alexis Tsipras appelle à une conférence internationale pour l’annulation de la dettedes pays du Sud de l’Europe touchés par la crise, similaire à celle qui a eu lieu pour l’Allemagne en 1953 et par laquelle 22 pays, dont la Grèce, ont annulé une grande partie de la dette allemande. Est-ce que cette perspective est réaliste aujourd’hui ?

C’est une proposition légitime. Il est clair que la Grèce n’a provoqué aucun conflit en Europe, à la différence de celui causé par l’Allemagne nazie. Les citoyens de Grèce ont un argument très fort pour dire qu’une grande partie de la dette grecque est illégale ou illégitime et doit être supprimée, comme la dette allemande a été annulée en 1953. |2| Je ne pense toutefois pas que SYRIZA et d’autres forces politiques en Europe parviendront à convaincre les institutions de l’UE et les gouvernements des pays les plus puissants à s’asseoir à une table afin de reproduire ce qui a été fait avec la dette allemande en 1953. Il s’agit donc d’une demande légitime et j’ai soutenu en ce sens la candidature de Tsipras pour la présidence de la Commission européenne, |3| mais vous ne pourrez pas convaincre les gouvernements des principales économies européennes et les institutions de l’UE de le faire. Mon conseil est le suivant : la dernière décennie nous a montré qu’on peut arriver à des solutions équitables en appliquant des actes souverains unilatéraux. Il faut désobéir aux créanciers qui réclament le paiement d’une dette illégitime et imposent des politiques qui violent les droits humains fondamentaux, lesquels incluent les droits économiques et sociaux des populations. Je pense que la Grèce a de solides arguments pour agir et pour former un gouvernement qui serait soutenu par les citoyens et qui explorerait les possibilités dans ce sens. Un tel gouvernement populaire et de gauche pourrait organiser un comité d’audit de la dette avec une large participation citoyenne, qui permettrait de déterminer quelle partie de la dette est illégale et odieuse, suspendrait unilatéralement les paiements et répudierait ensuite la dette identifiée comme illégitime, odieuse et/ou illégale.

• En Grèce, SYRIZA est en tête de tous les sondages et plusieurs de ses dirigeants affirment que la négociation de la dette se fera dans le cadre de la zone euro et qu’elle ne sera pas le résultat d’une action unilatérale. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

Oui, je connais la position officielle de Syriza. Personnellement, j’essaie de montrer que l’on peut appliquer un autre type de politique, car il est évident que la plupart des gouvernements de la zone euro et la BCE n’accepteront pas d’effectuer une réduction importante de la dette grecque. Ainsi, malgré la volonté exprimée par Syriza de négocier, je pense qu’il est impossible de convaincre l’ensemble de ces acteurs. Pour cela, il faut être plus radical, parce qu’il n’y a pas d’autre possibilité. Il s’agit d’être radical, à l’instar de l’Islande après 2008, de l’Équateur en 2007-2009 ou de l’Argentine entre 2001 et 2005.
Par la suite, ces gouvernements ont fait une série d’erreurs et ont abandonné la position radicale qu’avait adoptée leur pays, c’est pour cette raison qu’ils rencontrent aujourd’hui de grandes difficultés, comme c’est le cas de l’Argentine. J’étais en Argentine ces derniers jours. Le Parlement a adopté une loi pour que le pays agisse de façon souveraine au sujet de sa dette. Il a été décidé de créer un comité du Congrès qui auditera la dette pendant une période de trois mois. On verra si cette commission verra effectivement le jour.

• Vous avez dit que la réduction drastique de la dette publique est nécessaire, mais non suffisante pour que les pays de l’UE sortent de la crise, il sera ainsi nécessaire d’appliquer d’autres mesures importantes dans divers secteurs. Quelles sont-elles, brièvement ?

Tout d’abord, il faut nationaliser - je préfère le terme socialiser - les banques. Je pense que les banques en Grèce et dans d’autres pays devraient être transférées au secteur public et fonctionner dans le strict respect des règles et des intérêts fixés par le peuple. En outre, il s’agit de contrôler les mouvements de capitaux, surtout les transferts importants réalisés par les grandes institutions financières. Je ne parle pas des transferts de 1 000 ou 2 000 euros, sinon des transferts plus importants qui requerront l’approbation préalable des autorités de contrôle sous peine de très fortes amendes et du retrait de la licence bancaire aux banques qui passeraient outre ce contrôle. Celui-ci sera effectué à bonnes fins. Il s’agira de protéger les simples citoyens qui pourront continuer à effectuer des transferts bancaires internationaux dans des limites raisonnables. Il faut également une réforme fiscale radicale : diminuer fortement les impôts et taxes payés par la majorité de la population et augmenter fortement et progressivement les taxes et impôts sur les plus riches et les grandes entreprises privées nationales et étrangères.

• Et la Grèce ?

Il s’agit de faire ce que disait SYRIZA lors des élections en 2012. Si Syriza forme un gouvernement, il faut abolir les lois injustes qui ont été imposées par la Troïka (notamment celles qui ont détruit les conventions collectives et la négociation collective entre les employeurs et les travailleurs). Les autres mesures nécessaires sont les suivantes : la mise en place d’une réforme fiscale radicale en faveur de la justice sociale et de la redistribution des richesses, l’abrogation d’une partie des taxes imposées aux pauvres et la taxation des plus riches, la réalisation d’un audit et la suspension du paiement de la dette pour ensuite répudier la partie identifiée comme illégitime, odieuse, insoutenable et/ou illégale ; la socialisation des banques et l’application d’un contrôle sur les mouvements de capitaux.

• Comme le dit Naomi Klein, « notre modèle économique, c’est-à-dire le capitalisme, mène une guerre contre la planète ». Récemment, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans de nombreux pays contre le changement climatique. Quelle est la signification de ces manifestations ?

Elles sont très importantes parce que, au niveau mondial, de plus en plus d’individus se rendent compte que nous sommes confrontés à des problèmes globaux, à des inégalités mondiales, qui causent des dégâts au climat, influent sur les migrations, et provoquent des guerres. Les mouvements internationaux de protestation sont fondamentaux et nécessaires. Ils doivent néanmoins être renforcés. J’attends avec impatience de voir une plus grande capacité à mobiliser les peuples au niveau mondial, de façon à renforcer les luttes.

Éric Toussaint, de nationalité belge, est Maître de conférence en science politique à l’Université de Liège, porte-parole du CADTM International - le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde -, et membre du conseil scientifique de l’organisation française ATTAC. En 2007, il a été nommé par le président de l’Équateur, Rafael Correa, comme membre du Comité d’audit intégral de la dette publique interne et externe du pays. Il est connu en Grèce, ayant visité le pays à plusieurs reprises dans le cadre de son activité pour la libération des pays du Sud face aux engrenages des spéculateurs internationaux et des institutions financières. Éric Toussaint, ayant connaissance des événements en Grèce, nous a déclaré préalablement à cet entretien : « Je sais que vous faites un excellent travail dans votre journal et c’est important. Je lis souvent des traductions de certains de vos articles et il est crucial que des journalistes comme vous luttent pour la vérité ».

Traduit du grec par Christian Haccuria. CADTM

Notes

|1| La version originale est parue le dimanche 20 octobre 2014 dans le quotidien grec de centre gauche Le Journal des Éditeurs, voir http://www.efsyn.gr/?p=245093, « Νόμιμο το αίτημα Τσίπρα για διεθνή διάσκεψη για το χρέος » . La version en français a été revue par Éric Toussaint.

|2| Voir l’article : Eric Toussaint, « L’annulation de la dette allemande en 1953 versus le traitement réservé au Tiers Monde et à la Grèce », publié le 11 août 2014, http://cadtm.org/L-annulation-de-la…

|3| En 2014, lors de la désignation du nouveau président de la Commission européenne, le groupe parlementaire de la gauche unitaire avait présenté la candidature d’Alexis Tsipras contre celle de Jean-Claude Juncker (soutenu par le Parti Populaire européen et le groupe socialiste européen) et celle d’un candidat libéral.

La version originale en grec est disponible sur : http://www.efsyn.gr/?p=245093

I. LE HEZBOLLAH ET SA « DISSUASION ASYMÉTRIQUE »

En initiant une dissuasion asymétrique, fondée sur une riposte balistique, le Hezbollah a modifié les règles du combat dans sa confrontation avec Israël, une puissance nucléaire créditée parmi les plus grandes armées de l’Hémisphère Sud. En obtenant le dégagement militaire israélien du Liban sans négociation ni traité de paix, en 2000, la formation chiite a propulsé le Liban à la fonction de curseur diplomatique régional, et, dans l’histoire du conflit israélo-arabe, le standard libanais au rang de valeur d’exemple, tant cet exploit a revêtu dans la mémoire collective arabe un impact psychologique d’une importance comparable à la destruction de la ligne Bar Lev, lors du franchissement du Canal de Suez, lors de la guerre d’octobre 1973. Récidiviste huit ans plus tard, le Hezbollah initiera, face à la puissance de feu de son ennemi et à l’hostilité quasi générale des monarchies arabes, une nouvelle méthode de combat, concevant un conflit mobile dans un champ clos, une novation dans la stratégie militaire contemporaine, doublée d’une audacieuse riposte balistique, à la grande consternation des pays occidentaux et de leurs alliés arabe.

En 2006, la « divine surprise » du Hezbollah s’explique tant par le fait que la milice chiite se battait, alors que son arrière-plan stratégique, – son flanc occidental et son flanc oriental-, étaient tenus par ses adversaires, – le camp phalangiste à Beyrouth et le clan Hariri à Beyrouth Ouest – que par le fait que cette victoire s’est accompagnée d’une spectaculaire opération d’échange de prisonniers avec Israël. Un échange œcuménique dépassant les clivages traditionnels du Monde arabe, en ce qu’il comportait tan des Libanais que des Palestiniens, dont aucun n’appartenait au Hezbollah, notamment le druze Samir Kintar, le doyen des prisonniers politiques arabes en Israël, et près de 200 dépouilles, dont celle de la palestinienne, Dalal Moughrabi, membre d’un commando palestinien tuée en 1978. Un exploit qui pourrait éclairer le souci du camp islamo-atlantiste (la coalition des grands pays musulmans sunnites avec le bloc atlantiste) d’enserrer le Hezbollah dans un nœud coulant en vue de provoquer sinon son implosion, à tout le moins sa strangulation, via la justice internationale et la politique de criminalisation du Hezbollah (inculpation par le Tribunal Spécial sur le Liban, TSL Liban Hariri), inscription sur les liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

Hasard ou préméditation ? Deux journalistes français se sont distingués, de manière synchrone, durant cette période. Le premier, Yves Mamou, un ancien du journal Le Monde, commettra un opus de moyenne facture, intronisant le Hezbollah comme le nouveau baron du narco trafic tri continental (Amérique latine, Afrique Moyen orient), l’égal de Pablo Escobar.

La seconde, Annick Cojean, une ancienne journaliste au même journal qu’elle a réintégré, dissertera, elle, sur la sexualité débridée des combattants de la formation chiite, se fondant sur le témoignage des réfugiées syriennes du camp de Zaatari, un camp situé en Jordanie, placé sous haute surveillance de l’armée bédouine du Roi hachémite. Mais le fait est que Brookings Doha Center, – une institution nullement suspectée de sympathies ni pour l’Iran, ni pour le Hezbollah -, n’ait mentionné le moindre de ces méfaits dans son rapport paru en Mai 2014 a posé le problème la pertinence de ses articles.

S’agissait-il de la part des deux confrères de l’ancien et du nouveau Monde de discréditer le Hezbollah pour mieux accréditer sa culpabilité en pleine phase accusatoire du procès des assassins présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri (TSL) ? De faire contre feux au fait qu’Israël soit devenu l’un des premiers colonisateurs de la planète, une superficie 20 pour cent supérieure à la totalité de la Palestine, avec une colonisation de terres en Amérique latine et en Afrique ?
http://www.renenaba.com/yves-mamou-et-le-phenomene-de-serendipite/

II. DU SYMBOLE ET DE SA FONCTION

Un symbole se flétrit de ses flétrissures. Il dépérit faute d’éléments contributifs à sa pérennisation. Il en est ainsi d’Achoura et de La Mecque. Achoura, la commémoration du martyr d’Hussein, se serait réduite à un exercice de flagellation et de lamentation, objet de dénigrement de la part des adversaires des chiites n’était-ce les exploits guerriers du Hezbollah et la résistivité de l’Iran. Achoura est ainsi devenue un temps fort du rituel symbolique de la révolution, comparable à la prise de la bastille en France ou au défilé de la place Rouge commémorative de la Révolution d’Octobre en Russie. En contrechamps, l’Arabie saoudite, elle, détient les symboles les plus incontournables de l’Islam en ce qu’elle est la terre de la prophétie, abritant la Mecque et Médine. Sans la puissance financière du Royaume et ses réserves pétrolières, l’Arabie aurait été un nain politique, objet d’une détestation généralisée.

A – La symbolique de l’exercice du pouvoir au Liban : Hassan Nasrallah versus Saad Hariri

Hassan Nasrallah et Saad Hariri, les deux chefs de file des deux courants antagonistes de l’islam libanais, sont antinomiques. Le chiite, adossé à l’Iran, fait objet d’un rigoureux pistage des services israéliens et de la totalité des services occidentaux et pétro monarchiques, le sunnite, adossé sur l’Arabie saoudite, fait, lui, l’objet de la sollicitude de ces mêmes services.

Une reproduction à l’identique du schéma irakien sous la monarchie hachémite. Abdel Mohsen Saadoune, premier ministre chiite d’Irak (1879-1929) se suicidera après avoir ratifié, sur ordre de son Roi, un traité anglo-irakien qu’il jugeait contraire aux intérêts de son pays, quand son successeur Noury Saïd (1958), de même que son compère de la branche jordanienne de la dynastie hachémite Wasfi Tall (1971), tous deux sunnites et agents attitrés de l’Intelligence service, périront lynchés par la foule, l’irakien pour avoir encouragé les Anglais à lancer une expédition contre l’Égypte nassérienne (1956), le jordanien pour avoir servi de bourreau aux palestiniens lors du septembre noir jordanien (1970).

Noury Said est passé à la postérité pour avoir tenu ces propos au premier ministre britannique de l’époque, Anthony Eden, concernant Nasser : « Hit him, Hit him now, Hit him hard » (« Frappe le, Frappe le maintenant, Frappe le durement »), au diapason des suppliques de Youssef al Qaradawi, le Multi du Qatar, implorant l’Otan de bombarder la Syrie quand le Pape en personne mettait en garde contre un emballement belliciste.

Au Liban, une menace permanente pèse sur les deux dirigeants libanais. Hassan Nasrallah a perdu deux de ses plus importants collaborateurs au niveau militaire, Imad Moughnieh, le fondateur de la branche militaire du Hezbollah et Hassan Lakiss, le chef de sa balistique, et l’un des dignitaires chiites a fait l’objet d’une tentative d’assassinat de la part de la CIA, Cheikh Hassan Fadlallah. Sans compter les opérations de déstabilisation du fief Hezbollah, l’été 2013, en relation avec la guerre de Syrie, dont le plus meurtrier aura été l’attentat contre la mission culturelle iranienne à Beyrouth. Saad Hariri, lui, a perdu son père Rafic Hariri, l’ancien premier ministre, dans un attentat en Février 2005, et le chef de sa garde rapprochée, Wissam Al Hassan, dans un attentat en octobre 2012, en pleine guerre de Syrie.

Là s’arrête la similitude. Hassan Nasrallah n’a jamais déserté le champ de bataille, ni son fief du sud de Beyrouth, alors que son contrepoids sunnite Saad Hariri, le chef du clan saoudo américain au Liban a opté pour la fuite en avant comme mode de gouvernement.

Député de Beyrouth, une ville reconstruite par son père, de surcroît chef de la majorité parlementaire à l’époque, il n’hésitera pas à fuir Beyrouth, au premier coup de feu tiré par les Israéliens en 2006. Il récidivera cinq ans plus tard en s’exilant en Arabie saoudite pendant la totalité de la guerre de Syrie, glanant au passage le sobriquet de « planqué de Beyrouth ».
Il en a été de même des deux formations sunnites Fateh Al Islam et celle du prédicateur salafiste pro Qatar de Saïda, Cheikh Ahmad Al Assir, missionnées, tous les deux, par les pétromonarchies du Golfe pour y créer un abcès de fixation dans l’hinterland stratégique du Hezbollah. Tant Fateh Al Islam (Nord du Liban) que Cheikh Ahmad Al Assir (Sud du Liban) se sont attaqués à l’armée libanaise, agrégateur des diverses composantes de la mosaïque libanaise en ce qu’elle constitue l’unique matrice du brassage humain inter libanais. Les deux ont infligé de lourdes pertes à l’armée libanaise. Plus durement qu’elle n’en a subie depuis l’indépendance du Liban, il y a 70 ans. Et pas la moindre éraflure à l’armée israélienne. Les deux ont instrumentalisé des Palestiniens dans leur aventure, dévoyant le combat principal des Arabes de son champ de bataille principal la Palestine.

Les chefs de ces deux formations ont déserté le champ de bataille. Chaker Absi, le nordiste, a été exfiltré vers l’Arabie saoudite par son ancien commanditaire Saad Hariri, (remembrer l’épisode de la Banque de la Méditerranée) et Ahmad Al Assir a disparu de la scène par phénomène d’évaporation théologique. Une baudruche dégonflée.

B – Le Hezbollah, Al Qaida : Une différence de stature

Une différence de stature existe entre les deux organisations de lutte armée opérationnelles du Monde arabe, Al Qaida (sunnite) et le Hezbollah (chiite). Hezbollah recherche la dissuasion, une parité stratégique avec son ennemi, alors qu’Al Qaida pratique la nuisance. Dommage collatéral et subsidiaire, la destruction des Bouddhas de Bamyan a entraîne de surcroît un rapprochement entre Israël et l’Inde, jadis partenaire privilégiée de l’Égypte au sein du mouvement des non-alignés. De même les dérives djihadistes du conflit de Syrie ont accentué l’islamophobie dans le Monde occidental et massivement contribué à un retournement de l’opinion.

Bénéficiant d’une audience certaine tant au sein de l’Islam asiatique (Afghanistan Pakistan) que de l’Islam africain (Sahel subsaharien), son mouvement opérant une spectaculaire percée en Syrie à la faveur des errements de la stratégie islamo atlantiste, Oussama Ben Laden a souffert toutefois d’un handicap majeur au sein du noyau historique de l’Islam – le Monde arabe – du fait de son passé d’agents de liaison des Américains dans la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1990), détournant près de cinquante mille combattants arabes et musulmans du champ de bataille principal, la Palestine, alors que Yasser Arafat, chef de l’OLP, était assiégé à Beyrouth par les Israéliens avec le soutien américain (juin 1982).

S’il a pu se targuer d’avoir contribué à précipiter l’implosion d’un « régime athée », l’Union soviétique, ses censeurs lui reprochent d’avoir privé de leur principal soutien militaire, les pays arabes du « Champ de bataille », l’Organisation de Libération de la Palestine, l’Égypte, la Syrie, l’Irak, ainsi que l’Algérie, le Sud Yémen, le Soudan et la Libye. Son autorité de ce fait se heurte sur la scène arabe au charisme d’authentiques dirigeants à la légitimité avérée aux yeux de larges factions du Monde arabo musulman, Cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le mouvement chiite libanais, auteur de deux exploits militaires contre Israël (2000, 2006), dont l’incomparable avantage sur Oussama Ben Laden réside dans le fait qu’ils n’a jamais déserté, lui, le combat contre Israël, l’ennemi principal du monde arabe. Elle se heurte aussi à la concurrence du nouveau Calife de l’Islam, le calife Ibrahim.
http://www.renenaba.com/yemen-le-pied-de-nez-de-ben-laden-a-ses-anciens-parrains/
http://www.renenaba.com/yemen-le-pied-de-nez-de-ben-laden-a-ses-anciens-parrains-2/

C – À propos du Hamas

Cas unique dans les annales des guerres de libération nationale, la décision du Hamas d’installer son quartier général politique à Doha a constitué une aberration mentale équivalant, dans l‘ordre symbolique, à se placer sous la coupe de son bourreau, équivalant, pour bien le’souligner, à l’implantation du QG du FLN algérien à proximité de Taverny, le PC de la force stratégique aérienne française, ou du ViêtCong vietnamien à Pearl Harbour, la plus importante base américaine de la zone Asie Pacifique.

Un mouvement de libération nationale qui renonce de facto à libérer son pays occupé pour privilégier un alignement sectaire, non sur sa religion, mais sur une école de pensée religieuse, cesse ipso facto d’être un mouvement de libération.Toutefois, le premier percement balistique de l’espace aérien israélien par sa trajectoire transnational de Gaza à Tel Aviv, opéré en riposte à « Bordure protectrice », a rompu la réclusion du Hamas consécutive à son alignement sectaire sur les pétromonarchies rigoristes. En replacant la revendication palestinienne au centre du débat international, il a renfloué du coup la branche palestinienne des Frères Musulmans en renouant ses relations avec ses anciens frères d’armes, le Hezbollah et l’Iran, le rangeant à nouveau parmi les principaux interlocuteurs de ce conflit. http://www.renenaba.com/qatar-hamas-un-an-apres-hamad-du-qatar-en-rade-et-le-hamas-en-panade/

D – Le drone Ayoub : Une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique

Au-delà des tentatives de déstabilisation, de criminalisation et des supputations, l’Iran et son allié libanais ont fait preuve de résistivité et de leur capacité à percer la défense anti aérienne israélienne.
Le lancement le 2 octobre 2012 d’un avion sans pilote du Hezbollah en direction d’Israël a constitué la première incursion aérienne réussie de l’aviation arabe depuis la guerre d’octobre 1973, il y a 40 ans. Son survol du site nucléaire de Dimona, dans le Néguev, a démontré l’étanchéité du « dôme d’acier » israélien, édifié avec de coûteux moyens avec l’aide américaine en vue d’immuniser le ciel israélien de toute attaque hostile. Cet exploit militaire du Ayatollah, et par voie de conséquence de l’Iran, est apparu comme une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique tant à l’égard d’Israël et des États-Unis, qu’à l’encontre du groupement des pays sunnites gravitant dans l’orbite atlantiste.

Le drone produit par l’Iran, sans doute un clonage du RQ-170, a été monté par le Hezbollah sur le sol libanais. Son nom de code « Ayoub » fait référence à l’un des combattants du Hezbollah, Hussein Ayoub, premier artisan de cette formation tué lors d’une attaque. Par extension au personnage biblique de Job et à sa légendaire patience, comme pour signifier que cette qualité anime aussi les contestataires à l’ordre hégémonique israélo-américain dans la sphère arabo musulmane. Au vu de ce bilan, bon nombre d’analystes occidentaux considèrent que le Hezbollah constituent le phénomène majeur sur le plan politique et militaire du dernier quart de siècle, un des plus prestigieux mouvements de libération du tiers monde, à l’égal des Barbudos cubains, du FLN vietnamien et du FLN algérien.

Pour aller plus loin sur l’aspect militaire du Hezbollah, son leadership et les enjeux de la guerre de Syrie, sur ces liens : http://www.renenaba.com/hassan-nasrallah-lindomptable/
http://www.renenaba.com/sous-la-syrie-le-hezbollah/
http://www.renenaba.com/moqtada-sadr-un-scalp-ideal-pour-george-bush-en-fin-de-mandat/

III. LA NORMALISATION AVEC ISRAËL

Alors que le grands pays arabes musulmans sunnites, notamment l’Arabie Saoudite, s’emploient, via la théologie, à provoquer une normalisation de facto avec Israël, l’Iran et le Hezbollah s’y refusent.
Aucun dignitaire religieux chiite n’a participé au colloque des oulémas sunnites d’Amman, le 1 er mai 2014, rendant licite sous certaines conditions, le pèlerinage à Jérusalem pour les Musulmans, dégageant ainsi la responsabilité de la branche rivale du sunnisme dans cette forme de normalisation déguisée par la théologie avec Israël.

L’Iran chiite et le Hezbollah libanais constituent les deux seules entités à proclamer leur attachement à la célébration de la journée mondiale d’« Al Qods », commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite, et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.

IV. LE SURGE DE L‘ISIS EN IRAK ET « L’IMPÉRIALISME SAFAVIDE »

Des islamophilistes, jamais avares d’explications apologétiques, soutiendront que le surge de l’ISIS en Irak, en juin 2014, visait, au premier chef, « l’expansionnisme iranien » et « l’impérialisme safavide », en référence à la dynastie des Safavides (1501-1736), qui se sont convertis au chiisme entraînant avec eux la majorité de la population iranienne.

Sous le fatras des considérations historico théologiques de ces plumitifs besogneux, l’objectif sous-jacent viserait en fait « la fracture du croissant chiite, dont la continuité territoriale allait, depuis l’invasion américaine en Irak, en 2003, et la mise en place d’un régime chiite à Bagdad, de Téhéran à Beyrouth ».
Cf : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/19/la-guerre-de-l-eiil-contre-l-iran-ne-concerne-ni-la-france-ni-l-occident_4441248_3232.html et la contre analyse du signataire de ce papier : http://www.renenaba.com/irak-la-proclamation-du-califat-et-ses-consequences-strategiques/

Sauf que cette thèse pour séduisante qu’elle soit, ne résiste pas à l’analyse, en ce que le déclencheur du feu initial a bel et bien été le camp sunnite : Saddam Hussein, d’abord, contre la révolution islamique iranienne, en 1979, c’est-à-dire par un dirigeant nationaliste et non théocratique, animé d’une idéologie laïque pan arabe, pour le compte de pétromonarchies théocratiques, dont il apparaîtra ultérieurement comme le sous-traitant, gratifié de leur ingratitude par l’invasion de son pays et sa pendaison. Le colonel Mouammar Kadhafi, ensuite en décapitant sans raison apparente, en pleine guerre du Liban, (1975-1990), l’Imam Moussa Sadr, chef spirituel de la communauté chiite libanaise, le partenaire principal d’une coalition palestino-progressiste à très forte majorité sunnite et qui récoltera, à son tour l’ingratitude islamo-atlantiste.

En contrepoint, la formation chiite libanaise a été l’alliée stratégique du sunnite Hamas dans son combat anti israélien, jusqu’à la défection sectaire de la branche palestinienne de la confrérie des Frères Musulmans, parallèlement au harcèlement des organisations takfiristes, Jobhat an Nosra et Dahe’ch, sur le Hezbollah plus intensément que sur leur supposé ennemi commun Israël.

L’axe chiite de Téhéran à Beyrouth, généré par un effet d’aubaine des déboires de la stratégie saoudo américaine, visait par une alliance de revers à briser la triangulation constituée par le partenariat stratégique d’Israël et la Turquie, seul pays musulman qui plus est sunnite membre de l’Otan.

Une alliance contre nature entre le premier état génocidaire du XXème siècle et les rescapés du génocide hitlérien. Prolongée par le chapelet des bases atlantistes des pétromonarchies du golfe, cette triangulation enserre le cœur du Monde arabe dans un étau et bride ses aspirations à l’autonomie.

Durant la guerre de Syrie, un PC opérationnel de l’Otan et des pétromonarchies, incluant la Turquie, avait même été aménagé à Mafrak, à une 50 km de de la frontière syrienne de Dera’a, dans l’ancien PC mixte israélo jordanien de 1988, pour y synchroniser les opérations contre le pouvoir de Damas. Un pont aérien avait été établi de la Jordanie vers la Turquie pour consolider le Front Nord (Alep) où les djihadistes étaient en mauvaise posture. Le prince Salmane Ben Sultan, demi-frère du prince Bandar, était chargé de la gestion du flux djihadiste depuis la Jordanie vers la Syrie, et la coordination de l’intendance, leur ravitaillement en armes et munitions.
http://www.al-akhbar.com/node/203853

Le chef de l’ISIS, Abou Bakr al-Baghdadi, un Irakien de Samarra de son vrai nom Ibrahim Awad Al Badri, Al Sammarai, s’est battu contre les Américains. Ancien lieutenant d’Abou Mouss’ab Al Zarkaoui, capturé, détenu, il a été torturé dans la plus grande prison américaine en Irak, le camp Bucca pendant cinq ans.

L’administration George Bush jr a réveillé le conflit entre sunnites et chiites enraciné dans plus de 14 siècles d’histoire en ce que l’ignorance délibérée par les États-Unis de l’oppression massive des Irakiens et des sunnites en particulier, au cours de la guerre de 2003 jusqu’à leur retrait, de même que l’éradication du Baas et le démantèlement de l’armée, ont été un facteur important dans la formation de l’ISIS et dans le déchaînement de violence dont il s’est illustré en Irak, depuis juin 2014. L’Iran a su exploiter la situation pour des raisons diverses dont de forts intérêts politiques et territoriaux, couplés avec l’espoir de prendre sa revanche sur ce que beaucoup de chiites perçoivent comme des injustices historiques.

À noter que la résurgence de l’ISIS marque l’échec cuisant des idéologies, particulièrement baasiste, en ce que le pouvoir baasiste à Damas le plus important soutien à ses frères d’armes baasistes irakiens dans leur contre insurrection anti-américaine à Bagdad, en 2003, sera payé de retour, de bien curieuse façon par le résidu du Baas irakien, via son alliance avec l’ISIS, l’adversaire le plus coriace des baasistes syriens.

CF. À ce propos l’une des rares interviews du successeur de Saddam Hussein à la tête du Baas irakien, Izzat Ibrahim ad Doury, l’artisan de l’alliance avec l’ISIS http://www.afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/7796-irak-chaos-programme.html
Le Monde musulman, particulièrement sa sphère arabe, est en pleine ébullition. Le terrorisme sous couvert du Djihad en propagation constante. Un mouvement pour l’instant resté essentiellement anthropophage en ce que les victimes sont dans leur très grande majorité des musulmans : un million de morts lors de la guerre Irak-Iran (1979-1989), 200 000 morts en Algérie durant la décennie 1990, 200 000 morts en Irak (2003-2008), davantage encore au Soudan (Darfour), en Somalie, en Libye, en Syrie et au Pakistan, sans compter l’Égypte et la Tunisie.

La mutation de l’Islam sunnite en Islam wahhabite a, en fait, signé « l’adieu aux armes » des pays arabes et sa reddition à l’Imperium israélo-américain, dont le signe le plus manifeste aura été le ralliement aux pétromonarchies du mouvement palestinien Hamas, l’unique mouvement de guérilla sunnite au monde arabe, sinon l’excepte le djihadisme erratique d’Al Qaida et de l’ISIS, ainsi que la renonciation par Mahmoud Abbas au « Droit au retour » des Palestiniens, quêtant la faveur de visiter sa ville natale de Safad, avec promesse de ne pas s’y installer dans une pathétique prestation à l’occasion du 95eme anniversaire de la promesse Balfour.
La verticale Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth constitue, dans ce contexte, l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-occidentale, – « Douwal Al Moumana’3a » -, un concept lancé par le président iranien Mohamad Khatami, en personne, en 2004, lors de son déplacement officiel à Beyrouth, haut lieu de la résistance arabe. Cette verticale a été désignée par le Roi de Jordanie d’« arc chiite ».

Dans la prose occidentale, elle constitue « l’axe du mal », cher à George Bush jr, par opposition à « l’islam des lumières » incarné par la constellation des régimes les plus rétrogrades du monde (les pétromonarchies du golfe) et les plus répressifs (la Jordanie, Maroc). Un « Islam des Lumières » qui constitue par ses états de service, l’axe de la capitulation, célébré au sein du camp occidental par la mise en œuvre du pernicieux protocole de validation d’un islam domestiqué à l’ordre israélo américain, opérée, de manière subliminale, à la faveur du « printemps arabe ».

L’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques est le fait de deux démiurges, les États Unis aux manettes, en tant que sorcier apprenti, et l’Arabie saoudite, copilote, en sa qualité d’apprenti sorcier. Sous l’égide de Gamal Abdel Nasser, l’islam sunnite, flamboyant dans le tiers monde, bien au-delà du Monde arabe, a été le point de ralliement des peuples en lutte pour l’indépendance. Sous les wahhabites, le centre de basculement vers la vassalisation à l’ordre israélo-américain. Ce n’est pas tant l’islam qui est en cause, mais l’usage qui en est fait.

ÉPILOGUE : AU-DELÀ DE CETTE GESTICULATION GUERRIÈRE

Au-delà de cette gesticulation guerrière, trois vérités s’imposent :

Première vérité : Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam d’une partie de son rayonnement, qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète, Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement du conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Mouqaffah ainsi qu’Avicenne (Ibn Sinna). De même, l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plate forme iranienne.

Deuxième vérité : Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié N’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’état hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des « Trois NON » : Non à la reconnaissance, Non à la normalisation, Non à la négociation avec Israël. Il a ainsi offert à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Égypte du champ de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Égypte, le 25 mars 1979.

En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

Troisième vérité : Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi-siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les États-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.
Israël a ainsi bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue « Counter punch » en date du 30 mars 2007. À cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la fourniture de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen Orient.

À deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du Monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran, un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

À l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime les trois îlots du golfe, propriété d’Abou Dhabi : Abou Moussa et les deux îles Tumb, occupés par le Chah d’Iran, dans la décennie 1970.

En phase de puissance relative, l’Amérique saura-elle, à tout le moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak, en Afghanistan et en Syrie la place sur la défensive, alors qu’en contrepoint, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires de son allié libanais, le Hezbollah se pose en parfait contre-exemple de la servitude monarchique. Plus précisément, alors qu’elle se lance à la conquête de l’Asie pour y endiguer la Chine, l’Amérique pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir.
Les Arabes ont trop souvent sacrifié la stratégie à des succès tactiques à court terme. Au point que l’un des plus actifs partisans de la diplomatie pétitionnaire, Leila Shahid, déléguée de l’autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, a admis l’échec de leur stratégie après la dernier offensive anti israélienne contre Gaza. Pour leur malheur et celui des peuples en lutte pour leur liberté.

Au-delà de leur discours de légitimation respectif (Wilayat al Faqih pour les Iraniens, idéologie du Tawhid pour les Saoudiens), une analyse concrète d’une situation concrète tendrait à constater que l’Iran dispose d’une autonomie de décision, de par son statut de puissance du seuil nucléaire. L’Arabie saoudite, elle, est sous protectorat américain. Et le Clan Hariri au Liban, une excroissance de l’Islam wahhabite et sa délocalisation dans un pays à système pluraliste. Des faits indiscutables.

Ni théologien ni linguiste, le signataire de ce texte laisse toutefois le mot de la fin à plus compétent que lui en la matière pour traiter de la différence entre chiites et sunnites : « Les religieux chiites reçoivent une éducation beaucoup plus rigoureuse que les clercs sunnites. Ils ont une solide formation dans les sciences théologiques. Ils apprennent la logique aristotélicienne avant le Coran….« La théologie est beaucoup plus vivante dans la communauté chiite. …Les Chiites sont plus théologiques, les sunnites sont légalistes. Et les chiites ont leur « histoire de passion » avec Hussein et Ali. C’est une invitation à réfléchir sur la nécessité de la justice », soutient un universitaire sunnite palestinien, Cheikh Tarif Al Khalidi, Professeur de civilisation musulmane à l’Université Américaine de Beyrouth. Paroles d’expert.

René Naba

RÉFÉRENCE

Cheikh Tarif Al-Khalidi : Interview de Robert Fisk correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. http://www.independent.co.uk/biography/robert-fisk

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L’attaque terroriste de mercredi soir à Jérusalem n’aurait dû surprendre personne. Après tout, deux nations vivent dans le Pretoria de l’État d’Israël. A la différence des autres zones occupées, il y aurait là une certaine égalité entre les deux peuples : cartes d’identité bleues accessibles pour tous, liberté de mouvement, impôt foncier payable à la municipalité, sécurité sociale – tous Israéliens. Mais Jérusalem sombre dans les mensonges. Elle est devenue la capitale israélienne de l’apartheid.

A l’exception d’Hébron, aucun endroit ne subit un régime de séparation aussi criant et cynique. Et maintenant que la botte israélienne s’abat encore plus fort sur la capitale, la résistance dans le ghetto-en-devenir s’intensifie : battus et opprimés, abandonnés et pauvres, emplis de sentiments de haine et d’un appétit de vengeance.

L’insurrection est en route. Quand la prochaine vague de terreur émergera des ruelles de Jérusalem Est, les Israéliens prétendront être surpris et furieux. Mais il faut dire la vérité : en dépit de l’incident choquant de mercredi, les Palestiniens se révèlent être une des nations les plus tolérantes de l’histoire. Arrestations massives, colons violents, privations, expulsions, manque de soins, dépossessions – et ils demeurent silencieux, excepté la récente manifestation des pierres.

Il n’existe aucune désillusion dont la ville ne souffre pas. La capitale n’en est une qu’à ses propres yeux ; la cité unie est l’une des plus divisées de tout l’univers. L’égalité alléguée est une plaisanterie et la justice est foulée aux pieds. L’accès libre aux lieux saints n’existe que pour les Juifs (et oui, pour les vieux musulmans). Et le droit au retour est réservé aux Juifs.

Un résident palestinien de Jérusalem est maintenant en bien plus grand danger d’être lynché qu’un Juif à Paris. Mais ici, il n’y a personne pour réveiller Caïn. A la différence du Juif parisien, le Palestinien peut être expulsé de Jérusalem. Il peut aussi être arrêté terriblement facilement. Après que le jeune Mohammed Abu Khdeir de 16 ans ait été brûlé à mort, provoquant une vague de protestations, Israël a arrêté 760 Palestiniens dans la ville, dont 260 enfants.

Comme toujours, la réponse à chaque problème est une main plus pesante. Le premier ministre a déjà ordonné de soutenir les forces de sécurité, utilisant le seul langage connu des membres de son gouvernement. Et quand, naturellement, la résistance devient plus violente, ils lèvent les mains au ciel et disent: « Regardez comment ils détruisent la voie légère que nous leur avons construite. »

Jérusalem aurait pu être différente. Si Israël y avait pratiqué la justice et l’égalité, elle aurait pu devenir une cité modèle; le peuple qui l’a annexée aurait dû s’y efforcer. Aux pires jours de l’intifada, il y eut relativement peu de terrorisme dans la ville, alors même que ses résidents pouvaient voyager librement. Les Palestiniens sont les mêmes Palestiniens, mais la fermeture, le couvre-feu et le siège sont différents. Le résultat est qu’il y avait moins de terrorisme à Jérusalem, réfutant la théorie comme quoi un siège prévient le terrorisme. Pourquoi ? Parce que beaucoup de résidents de la capitale aspirent à devenir Israéliens. Mais Israël les en empêche. Unis, unis – mais sans les Arabes.

Les arrestations massives à Jérusalem, qui n’ont éveillé aucun intérêt en Israël, l’invasion des colons dans les quartiers arabes avec le soutien du gouvernement et des tribunaux, la négligence criminelle dont la ville est responsable – tout ceci aura un coût.

Combien de temps encore verront-ils leurs enfants craindre de quitter leur maison de peur d’être attaqués dans la rue par des hooligans ? Combien de temps verront-ils leurs enfants arrêtés à chaque jet de pierre ? Combien de temps observeront-ils l’abandon de leurs quartiers ?

Combien de temps consentiront-ils à leur expulsion tacite de la ville ? Entre 1967 et 2013, Israël a retiré le statut de résident à 14.309 Palestiniens de Jérusalem, avec d’étranges prétentions qui ne s’appliquent à aucun de ses résidents juifs. N’est-ce pas de l’apartheid ?

Alors, la terreur surgira. En retour, des drones envahiront les cieux du camp de réfugiés de Shuafat, il y aura des meurtres dans les rues d’Azariyeh et des assassinats ciblés à Beit Hanina, et une autre barrière de séparation sera construite entre les deux parties de la ville, juste pour être du bon côté. Avec un maire nationaliste, des forces de police violentes et un gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, rien n’est plus sûr.

Gideon Levy

Photo : Vue de Jérusalem

Source: Haaretz

Traduction : J.Ch. pour l’Agence Media Palestine

 

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Vladimir Poutine au Club international de Valdaï

octobre 26th, 2014 by Oscar Fortin

Selon le Financial Times, ce fut l’un des discours les plus importants de Poutine. Cette rencontre avec les membres du Club international de Valdaï a eu lieu à Sotchi, le 24 octobre dernier. Cette intervention est d’autant plus importante qu’elle se réalise à un moment où l’histoire de nos sociétés transite vers une ère nouvelle des relations des peuples les uns avec les autres. Elle l’est également du fait que la Russie et Poutine en particulier sont pour l’Occident et de façon déclarée par les États-Unis des ennemis avec lesquels il faut en finir.

Le président des États-Unis n’a-t-il pas déclaré, lors de sa présence à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, que la Russie représente, après l’Ebola, la seconde plus grande menace pour la stabilité de l’humanité, avant même les terroristes islamiques qu’il plaça en troisième lieu? Ce n’était pas peu dire de la part de celui qui dirige la plus grande puissance mondiale.

Les propos du Président Russe, à la lumière de cette déclaration du président Obama et des nombreux foyers de conflits qui se présentent en Irak, en Syrie, en Ukraine, en Palestine, en Afrique et en Amérique latine, revêtent donc une importance de premier plan.

Qu’a-t-il donc dit en ce vendredi 24 octobre 2014?

Pour ne pas alourdir inutilement le texte, je vais donner les principaux liens qui permettent de faire le tour des principales questions. D’abord. Un premier résumé de l’ensemble de son intervention sur RIANOVOSTIet sur  EODE PRESS OFFICE. Il est bon de lire l’un et l’autre. Ils se complètent bien. Pour qui veut aller au texte intégral suivre le lien ici.

Une lecture attentive de ces deux résumés de l’intervention du Président de la Russie nous fait découvrir un homme qui sait prendre le recul nécessaire pour aller à l’essentiel de ce que vit le monde d’aujourd’hui. S’il se permet de relever les faiblesses et les erreurs des États-Unis, il ne s’en fait pas pour autant un ennemi, même si ses politiques ne facilitent pas la solution des problèmes auxquels notre monde doit résoudre. Sa compréhension des relations internationales se réalise dans le cadre d’une vision d’un monde qui évolue dans le sens du passage d’une époque à une autre, du bipolaire au multipolaire. Tout doit être repensé en fonction de ce mouvement de fond de notre évolution comme société.

“…le monde s’est engagé dans une époque de changements et de mutations profondes, époque où nous devons tous faire preuve d’un degré élevé de prudence et d’une capacité à éviter les démarches irréfléchies”.

« L’Occident donne l’impression d’être en perpétuelle lutte contre les résultats de sa propre politique. On a parfois l’impression que nos collègues et amis ne cessent de lutter contre les résultats de leur propre politique. Ils lancent toute leur puissance pour éliminer les risques qu’ils créent eux-mêmes, en le payant de plus en plus cher. »

« …il n’y a, malheureusement, plus de garanties ni de certitude que le système actuel de sécurité mondiale et régionale soit capable de nous épargner des bouleversements”.

“Ce système est sérieusement affaibli, morcelé et déformé. Les institutions internationales et régionales de coopération politique, économique et culturelle traversent une période difficile »

Pas surprenant qu’il évoque le besoin d’un nouveau consensus des forces responsables de l’avenir de l’humanité et une meilleure compréhension des principales sources des conflits.

Une fois qu’on a pris connaissance des propos tenus et du ton avec lequel il les accompagne,  on ne peut plus avoir de l’homme l’image diabolisée que nos politiciens et médias diffusent.

Poutine raconté par Sharon Tennison

Poutine raconté par Andrei Nikitine

Manuel Todd historien et sociologue français

 Eh vous qu’en pensez-vous?

Oscar Fortin

Le 25 octobre 2014

 

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La connexion française avec la dictature argentine

octobre 26th, 2014 by Alejandra Dandan

La Marine dominait les relations extérieures et a transformé les ambassades en centres de propagande. Cette semaine, les archives sont publiées sur la page Web officielle et on pourra suivre des histoires comme celle du Centre Pilote de Paris, où ils ont envoyé les assassins des religieuses françaises.

Pendant la dernière dictature, les répresseurs ont baptisé « campagne anti-argentine » les demandes à la justice et d’information sur le destin des disparus. Le rôle du ministère des affaires étrangères argentin dans le terrorisme de l’État fut d’essayer de contrecarrer les plaintes déposées en dehors du pays sur les violations des droits de l’homme. « La mission imposée pourra se réaliser avec la collaboration, le dévouement et l’efficacité que mettent les Représentations destinées à l’extérieur, sur qui retombe le plus grand poids de l’effort », dit un document jusqu’à présent secret. Y sont aussi précisés les « travaux » que les ambassadeurs et d’autres fonctionnaires diplomatiques devaient accomplir. Parmi celles-ci, celle de contacter des journalistes pour « transmettre des informations favorables » et celle de promouvoir des visites « de personnes importantes ». « Les termes qui doivent être employés quand référence sera faite à la subversion, devront être des groupes terroristes, sans mentionner de subversion marxiste ou d’autres termes qui mènent à confusion à l’extérieur », selon la Directive Numéro 1 de Diffusion à l’Extérieur, scellée le 15 août 1977.

C’est l’un de 5 832 documents qui ont été déclassés par le Ministère des Affaires Etrangères et qui sont à partir d’aujourd’hui accessibles à tout le monde à travers la page Web de l’organisme. Avec cette archive il est possible de vérifier qu’une grande partie de l’escadron de l’ESMA a été nommé par le Ministère des affaires étrangères et que certains de ses membres ont été découverts par les autorités françaises. Un document informe que, en 1979, Paris a demandé les lettres de créance diplomatiques du lieutenant Enrique « Cobra » Yon, qui était impliqué dans l’enlèvement des religieuses françaises et affecté au Centre Pilote de Paris, l’organisme qui a été le fer de lance de cette stratégie des militaires qu’incarnait la Marine.

Le 26 juillet 1977 le Bulletin Officiel a publié le décret 1987 du Pouvoir Exécutif National pour créer la direction de presse et diffusion du Ministère des Affaires Etrangères, dont allait dépendre le dit Centre Pilote de Paris. Ce document classé comme « public » apparaît accompagné un mois plus tard, le 15 août 1977, de la Directive Numéro 1 de Diffusion à l’Extérieur, qui a été qualifiée comme « secrète » et qui était destinée à réglementer le travail de contre-propagande des ambassades d’ Europe occidentale et des Etats-Unis d’Amérique. La copie déclassée a été trouvée au sein de l’ambassade argentine de Bonn. On ne sait pas si les documents ont été intégrés jusqu’à présent dans les dossiers des procès de l’ESMA.

« Monsieur l’Ambassadeur : J’ai l’honneur de m’adresser à VE dans l’accomplissement d’un ordre de monsieur le Ministre, pour élever la Directive Nº 1 de Diffusion à l’Extérieur qui détermine les modes d’action que devra mettre en application cette représentation diplomatique afin de contrecarrer la campagne de discrédit que certains médias étrangers de presse développent contre les autorités nationales ».

Le document est signé par Roberto Pérez Froio, capitaine de frégate IM, directeur général de Presse et de Diffusion et est dirigé à monsieur l’ambassadeur de l’époque en Allemagne Fédérale, Enrique JL Ruiz Guiñazú.

Un autre document se réfère à un « compte particulier » (numéro 459) que le Ministère des affaires étrangères possédait et qui a connu un mouvement singulier pendant la dictature. En 1976 il a reçu au titre des frais réservés moins de vingt mille dollars, mais l’année suivante plus de 832 000. En 1978, année du championnat mondial de football, quand l’un des soucis principaux des répresseurs était la « campagne anti-argentine » à l’extérieur, le chiffre déposé a atteint les deux millions et demi de dollars. Le montant s’est maintenu les deux ans suivants et a été réduit à la moitié en 1981. Les copies de cette documentation ont été placées comme annexes de la liasse diplomatique de la fonctionnaire Elena Holmberg, assassinée par la Marine dans ce que l’on a supposé un différend avec l’Armée de Terre.

Elisa Tokar a fait une déclaration devant la Justice : « Un jour de mai 1978 ils me disent : ‘ Eh bien, nous allons aux Relations extérieures’. Je n’avais pas de vêtements adéquats, mais j’y suis allée avec les vêtements que j’avais et là ils me présentent au capitaine Pérez Froio, qui était le responsable du Secrétariat de Presse et Diffusion. L’une de mes surprises fut que le chef de Diffusion était Francis Whamond, qui était mon tortionnaire. Après ils me montrent d’autres bureaux. Là je vois le lieutenant (Hugo) Damario, qui est un des autres personnages qui s’est présenté le 21 ou 22 septembre -jour de mon enlèvement- sous le sous nom de Jirafa. Et le lieutenant (Alejandro) Spinelli, qui était, disons, au Ministère. Le Secrétariat de Presse et Diffusion se trouvait dans le Palais Saint Martin, l’imprimerie était au sous sol et en dessous du sous sol il y avait comme un autre petit sous-sol où l était le lieutenant Spinelli, on l’appelait Felipe ».

Ces nominations, qui ont été qualifiées comme « secrètes », apparaissent dans les documents déclassés. En date du 16 mars 1979, la Direction du personnel décide « d’établir qu’Enrique Yon a rendu des services dans ce ministère du 22 janvier 1978 au 17 janvier 1979 avec l’attribution de fonctions au centre de Diffusion Argentine à Paris ». Le 17 avril 1979 le même bureau met fin aux fonctions de Hugo Damario et désigne « avec caractère effectif le 22 mars 1979 un chef du Département et de la Diffusion ‘M. le lieutenant de Navire D. Juan Carlos Rolón’ » (un autre des répresseurs connus de l’ESMA).

Il est certain qu’une grande partie des répresseurs de l’ESMA ont été affectés via le Ministère des Affaires Etrangères, soit à travers le Centre Pilote de Paris, dans des représentations étrangères comme attachés navals ou dans la structure même du ministère. Le vice-amiral Oscar Montes, qui a été ministres des affaires étrangères entre le 30 mai 1977 et le 30 octobre 1978, avait commandé en 1976 l’escadron de la mort 332 de l’ESMA. Les officiers de Marine Walter Allara, qui a été sous-secrétaire des Relations extérieures, Hugo Damario, qui a été à la Direction de Presse, Alberto Eduardo González, qui a été attaché de presse du ministère et attaché naval en Grande-Bretagne et aux Pays Bas, Francis Whamond et Juan Carlos Rolón qui ont aussi été attachés presse ont aussi fait partie de l’escadron de la mort de la Marine à l’ESMA. De plus il y a le cas déjà mentionné de Yon, qui a été nommé à Paris et détecté par la France comme l’un des participants à l’enlèvement des religieuses. Alfredo Astiz que les exilés ont identifié en France a aussi été attaché naval en Afrique du Sud.

Les documents qui sont maintenant publics permettent de lier formellement le Centre Pilote de Paris avec la structure du Ministère des affaires étrangères. Comme le signale l’historienne Marina Franco, auteur de « L’exil, les Argentins en France pendant la dictature », cet organisme remplissait d’un côté la fonction de coordonner les efforts contre la dite  campagne anti -argentine en Europe, mais c’était aussi le lieu depuis lequel on a cherché à espionner et à contrôler les exilés et depuis lequel on a cherché à étayer le projet politique de Emilio Eduardo Massera. Ainsi, plus globalement, d’après les documents on observe le passage des officiers de Marine depuis les sous-sols de l’ESMA à la structure bureaucratique de l’État répressif et au rôle qu’a eu le ministère pendant le terrorisme d’État : contrecarrer et discréditer les plaintes sur les violations des droits de l’homme qui étaient commises dans le pays. Malgré les efforts, grâce à la persévérance des organismes de droits de l’homme, ils n’y sont pas arrivés.

Alejandra Dandan et Victoria Ginzberg

 

Instructions pour contrer la campagne anti-Argentine à l'étranger

 

Rolón, directeur de la presse Cancillería.

 

 

Article original : Página 12. Paris, le 25 octobre 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

La Justice et l’Histoire attendent encore que les archives françaises sur cette triste époque de notre Histoire commune, soient enfin ouvertes.

El Correo. Paris, le 26 octobre 2014.

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Mexique, un État failli planifié

octobre 25th, 2014 by Raúl Zibechi

L’État est devenu une institution criminelle où se mélangent les narcos [trafiquants de drogues] et les hommes politiques pour contrôler la société. Un État failli qui a été construit durant les deux dernières décennies pour éviter le plus grand cauchemar des élites : la deuxième révolution mexicaine.

« Vivants ils les ont enlevés, vivants nous les voulons », Marie Ester Contreras crie, tandis que vingt poings levés approuvent la consigne sur l’estrade de l’Université Latinoaméricaine de Puebla, lors de la réception du prix Tata Vasco au nom du collectif Forces Unies Pour Nos Disparus au Mexique (Fundem), pour son travail contre les disparitions forcées. La scène est saisissante, alors que les familles, presque toutes mères ou sœurs, ne peuvent retenir leurs pleurs et larmes chaque fois qu’elles parlent en public lors du  XI Forum des Droits de l’homme.

Rien à voir de la généalogie des disparitions que nous connaissons dans le Cône Sud. Au Mexique il ne s’agit pas de réprimer, de disparaître et de torturer des militants mais quelque chose de beaucoup plus complexe et terrible. Une mère a raconté la disparition de son fils, un ingénieur en communication qui travaillait pour IBM, séquestré par les narcos pour le forcer à construire un réseau de communications à leur service. « Cela peut être le tour de n’importe qui », remarque-t-elle, estimant que toute la société est dans le collimateur et que, par conséquent, personne ne devrait rester en dehors.

Fundem est née en 2009, à Coahuila, et a réussi à réunir plus de 120 familles qui cherchent 423 personnes disparues, qui travaillent à leur tour avec le Réseau Vérité et Justice, qui cherche 300 migrants de l’Amérique centrale disparus en territoire mexicain. L’ancien président Felipe Calderon a nommé cela « des dommages collatéraux  », essayant de minimiser la tragédie des disparitions. « Ce sont des êtres qui n’auraient jamais du disparaitre », réplique Contreras.

Pire que l’État Islamique

Un communiqué de Fundem, à l’occasion de la Troisième Marche de la Dignité célébrée en mai, souligne que « selon le Ministère de l’Intérieur, jusqu’à février 2013, on dénombrait 26 121 personnes disparues », depuis que Calderon a declaré la « guerre au trafic de stupéfiants » en 2006. En mai 2013, Christof Heyns, rapporteur spécial des exécutions extrajudiciaires des Nations Unies a dit que le gouvernement a reconnu 102 696 homicides sur le mandat de six ans de Calderon (une moyenne de 1 426 des victimes par mois). Mais en mars dernier, après 14 mois du gouvernement actuel de Peña Nieto, l’hebdomadaire Zeta comptabilisait 23 640 homicides (1 688 par mois).

La chaîne d’information Al Jazeera a diffusé une analyse où sont comparées les morts provoquées par l’État Islamique (EI) avec les massacres du narco mexicain. En Irak, en 2014, l’EI a mis fin à la vie de 9 000 civils, pendant que le nombre de victimes des cartels mexicains en 2013 a dépassé 16 000 (Russia Today, 21 octobre 2014). Les cartels mènent des centaines décapitations tous les ans. Ils ont démembré et mutilé les corps des victimes, afin après de les exposer pour effrayer la population. « Avec la même intention, les cartels attaquent aussi des enfants et des femmes, et, comme EI, publient les images de leurs délits dans les réseaux sociaux ».

Nombre de médias ont été réduits au silence à travers des pots-de-vin ou des intimidations et depuis 2006 les cartels ont été responsables de l’assassinat de 57 journalistes. L’État Islamique a assassiné deux US, dont les cas ont gagné les grands médias, mais peu savent que 293 citoyens usaméricains ont été assassinés par les cartels mexicains entre 2007 et 2010.

La question n’est pas, ne doit pas être, qui sont plus sanguinaires, mais pourquoi. Depuis que nous savons que AL Qaeda et l’État Islamique ont été créés par l’intelligence US, la question sur qui se trouve derrière le trafic de stupéfiants, mérite d’être posée.

Diverses études et articles journalistiques d’investigation soulignent la fusion entre les autorités étatiques et des narcos au Mexique. La revue Proceso souligne dans sa dernière édition que « depuis le premier trimestre de 2013 le gouvernement fédéral a été alerté par un groupe de parlementaires, des militants sociaux et de fonctionnaires fédéraux au sujet du degré de pénétration du crime organisé dans les domaine de sécurité de plusieurs municipalités de Guerrero », sans obtenir la moindre réponse (Proceso, 19 octobre 2014).

En analysant les liens derrière le massacre récent des étudiants d’Ayotzinapa (six morts et 43 disparus), le journaliste Luis Hernández Navarro conclut que le fait « a découvert le cloaque du narcopolitque guerrerense » (La Jornada, 21 octobre 2014). Y participe des membres de tous les partis, y compris du PRD, de centre-gauche, où militait le président municipal d’Iguala, José Luis Abarca, directement impliqué dans le massacre.

Raul Vera fut évêque à San Cristobal de la Casas quand la hiérarchie a décidé d’écarter de cette ville Samuel Ruiz. Mais Vera a suivi le même chemin que son prédécesseuret maintenant il exerce dans Saltillo, la ville de l’état de Coahuila d’où viennent plusieurs mères qui sont dans Fundem. Elles n’ont pas de local propre et se réunissent au Centre Diocésain pour les Droits de l’homme. L’évêque et les mères travaillent cote à cote

En 1996 le Bord a dénoncé le massacre d’Acteal, où 45 indigènes tzotziles ont été assassinés tandis qu’ils priaient dans une église de la communauté, dans l’état de Chiapas, entre celles-ci 16 enfants et adolescents et 20 femmes. Malgré ce que le massacre a été perpétré par paramilitaires opposés à l’EZLN, le gouvernement a essayé de le présenter comme un conflit ethnique.

Contrôler la société

Par sa longue expérience, il soutient que le massacre d’Ayotzinapa, « c’est un petit message au peuple, c’est de nous dire : voyez ce dont nous sommes capables », comme c’est arrivé à San Salvador Atenco en 2006, quand des militants du Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra, qui participaient à  L’autre Campagnezapatiste, ont été cruellement réprimés avec un bilan de deux morts, plus de 200 arrestations, dont 26 viols. Le gouverneur en charge de cette affaire était Enrique Peña Nieto, l’actuel président.

Ces « messages » se répètent à plusieurs reprises dans la politique mexicaine. Le père Alejandro Solalinde, qui a participé au Forum des Droits de l’homme, coordonne la Pastoral de Movilidad Humana Pacífico Sur de l’Épiscopat Mexicain et dirige un foyer pour les migrants qui passent par le Mexique vers les États-Unis, il assure qu’il a reçu l’information que les étudiants ont été brûlés vifs. Après avoir été mitraillés, les blessés ont été brûlés, comme l’ont raconté les policiers qui ont participé aux événements et « ont balancé par conscience » (Proceso, 19 octobre 2014).

Si la manière d’assassiner révèle un message mafieux clair, ils doivent dévoiler les objectifs, qui ils visent et pourquoi. La réponse vient de la main de l’évêque Vera. Il souligne l’intime relation entre les cartels et les structures politiques, judiciaires et financière de l’État, au point qu’il est impossible de savoir où commence l’un et finit l’autre. Constater cette réalité l’amène à assurer que les dirigeants de son pays « sont le crime organisé  » et que, par conséquent, « nous ne sommes pas dans une démocratie » (Proceso, 12 octobre 2014).

Mais l’évêque dirige sa réflexion vers un point névralgique qui permet de démêler le nœud. « Le crime organisé a aidé au contrôle de la société et c’est pourquoi c’est un associé de la classe politique. Ils ont obtenu que le peuple ne s’organise pas, ne progresse pas ». Dans les plus ou moins même termes, c’est que le sous-commandant Marcos a signalé.

Enfin, il ne s’agit pas d’une coïncidence fortuite, mais d’une stratégie. L’un de ses constructeurs sur le terrain, est le général Oscar Naranjo, qui a été l’un « des architectes les plus remarquables de la narcodémocracie colombien actuelle » sous le gouvernement d’Álvaro Uribe, comme le dénonçait, Carlos Fazio (La Jornada, 30 juin 2012). Naranjo, un protégé de la DEA et «  produit d’exportation » des États-Unisd’Amérique pour la région, est devenu le conseiller du gouvernement de Peña Nieto.

Fazio souligne une information du The Washington Post où le quotidien assure que « sept mille policiers et militaires mexicains ont été entraînés par des conseillers colombiens ». Il ne faut pas avoir beaucoup d’imagination pour découvrir où on a commencé à fabriquer l’État failli mexicain.

Mais il y a plus. « Le gouvernement des États-Unis a aidé plusieurs cartels à travers de l’Opération choc et effroi » (de l’anglais Shock and Awe), pour la quelle « involontairement deux mille armes sont tombées dans les mains des narcos », rappelle la page antiwar.com. C’est possible, comme le pensent des sites consacrés à l’analyse stratégique tel le site européen dedefensa.org, que le chaos mexicain est favorisé par la paralysie croissante de Washington et la cacophonie émise par ses divers et contradictoires services. Cependant, tout indique qu’il y a quelque chose de délibéré. Qui cela peut revenir en boomerang à travers sa frontière poreuse et étendue, ne devrait pas non plus être mis en doute.

Raul Zibechi

Article original en espagnol : Brecha. Uruguay, 23 octobre 2014.

Alai-Amlatina. Equateur, le 24 octobre 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 25 octobre 2014.

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Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.
Raúl Zibechi Journaliste uruguayen, est enseignant et chercheur à la Multiversidad Franciscana de l’Amérique Latine, et le conseiller de plusieurs groupes sociaux.

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Manifestons contre la participation canadienne à la troisième Guerre en Irak

octobre 25th, 2014 by Collectif Échec à la guerre

L’Alliance canadienne pour la paix et le Collectif Échec à la guerre appellent à des actions de protestation, lors de la fin de semaine des 25 et 26 octobre prochains, contre la participation canadienne à la troisième guerre en Irak.

Ces actions auront lieu 12 ans après les premières mobilisations au Canada et aux États-Unis – à l’automne 2002 – contre les préparatifs de l’invasion étasunienne et de la guerre d’occupation de l’Irak qui allait durer de 2003 à 2011.

Nous invitons la population du Québec et du Canada à manifester :

- contre une nouvelle guerre illégale, qui contribue au démantèlement de l’ordre international existant et qui menace « la paix et la sécurité internationales », qu’elle prétend défendre ;

- contre les prétextes sécuritaires et humanitaires invoqués par les nouveaux coalisés : la protection des populations en Irak n’a rien à voir avec les véritables motifs de cette guerre, qui leur causera plus de souffrances et détériorera encore davantage leurs conditions de vie ;

- contre une politique étrangère canadienne axée sur l’exacerbation des conflits et la guerre ;

- contre le détournement de ressources publiques colossales pour faire la guerre, promouvoir l’industrie militaire, glorifier l’armée et le passé militaire du Canada, alors même que depuis des années des « mesures d’austérité » frappent l’éducation, la santé, les services publics, la promotion des droits des femmes, la protection de l’environnement, la coopération internationale, etc.

Ensemble, dans les rues, nous revendiquerons :

- la fin immédiate de toute participation canadienne à cette nouvelle coalition d’agression mise en place en fonction des intérêts stratégiques de l’empire étasunien et de ses alliés ;

- le gel de tous les projets d’acquisition majeurs de l’armée canadienne ;

- la tenue d’un vaste débat public sur la politique étrangère canadienne, le rôle de l’armée, l’industrie militaire et le commerce des armes ;

- que le gouvernement canadien cesse immédiatement toutes ses procédures de déportation des vétérans étasuniens opposés à la deuxième guerre en Irak et mette en place, une fois pour toutes, un règlement qui leur permette de rester au Canada.

Si vous organisez une action locale, faites-la connaître en contactant [email protected]

Dimanche le 26 octobre 2014

Départ : Square Dorchester, à 13 h

(intersection Peel et René-Lévesque)

Dans le cadre d’un appel à des actions de protestation pancanadiennes

La page Facebook de l’événement : https://www.facebook.com/profile.php?id=100006902477153

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…De la prison Abu al Gharib à l’avènement de Daech

octobre 25th, 2014 by Mohamed El Bachir

Non, je ne me suis pas associé à l’appel de mes compatriotes français musulmans qui ont cru bien faire en criant «pas en mon nom» parce qu’ils n’ont pas, dans un même élan, dénoncer les docteurs Frankeinstein que sont le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et les Etats-Unis (5), responsables solidairement du chaos moyen-oriental. Et aussi parce que tout musulman, en tant que musulman, n’est pas coupable des errements de tel ou tel de ses coreligionnaires et n’a donc pas  à attester de son innocence comme s’il devait  se désolidariser de « musulmans » qui auraient commis un pêché véniel. Cependant, rien de ce qui est humain ne m’est étranger, toute injustice faite à un être humain ne saurait me laisser indifférent. Les tueurs de Daech sont d’affreux épouvantails, appartenant à une  étrange Sainte alliance et leurs sinistres mise en scène ne sauraient nous faire oublier que le drame du Moyen-Orient repose fondamentalement sur  l’injustice faite aux peuples de la région, à leur tête le peuple palestinien.

Il faut donc dénoncer les véritables responsables.

En effet, à entendre « le clergé intellectuel des Etats occidentaux » (1), relayés quotidiennement par les médias, à entendre les dirigeants occidentaux, Daech serait une génération spontanée de ce qu’il est convenu d’appeler « jihadistes ». Il semblerait que  tout ce beau monde civilisé, toujours animé des plus belles intentions humaines, n’a pas vu venir les hordes «barbares».

D’autre part, quand je vois, dans le cadre de la coalition internationale contre Daech, les dirigeants d’Arabie Saoudite et du Qatar se démener à la suite des  tenants «des droits de l’homme et de la civilisation», j’ai l’impression de sortir d’un long coma pendant lequel de grands bouleversements politiques et philosophiques seraient survenus et auraient radicalement  transformé les régimes politiques de ces deux Etats du Golfe Arabo-Persique.

Rien de tout cela! Il n’y a pas de  génération spontanée, et grâce à Dieu, je ne sors pas d’un quelconque coma. Le monstre que la coalition internationale prétend vouloir terrasser est assurément la créature d’un docteur Frankeinstein. Mais revenons un peu en arrière, car seul  un détour par le passé peut permettre de  démasquer  ce docteur ou plutôt ces docteurs «Folamour» puisqu’ils sont en fait plusieurs. Deux laboratoires grandeur nature furent les lieux des expériences djihadistes : l’Afghanistan et l’Algérie. Quant aux docteurs Frankeinstein, Deux sont sont idéologues et financiers.  Ils sont Saoudien et Qatari, à la tête de pétro-monarchies d’un autre âge. L’autre, un puissant armurier ; il est états-unien. Aidé par le clergé intellectuel occidental, il excelle à masquer ce qui l’anime, à savoir un impérialisme économique à l’échelle mondiale sous le son des trompettes d’une mission civilisationnelle quasi-divine.

Une mission du type de celles dont le souvenir est encore gravé dans la mémoire de l’héroïque peuple vietnamien, à savoir le  bruit des bombardiers B-52 et l’odeur de l’horrible napalm! Mais le peuple vietnamien serait-il le seul peuple a avoir subi  “L’arrogance aveugle de l’Occident »(2) et les atrocités de cette prétendue mission divine des « droits de l’homme  et de la démocratie. » ?

Comme le rappelle, Jean Ziegler, “les peuples, se souviennent des humiliations, des horreurs subies dans le passé.»(2). Pour s’en rendre compte, il suffit de penser au  peuple irakien qui a subi horreur et humiliation dans un  passé tout récent : j’y reviendrai puisque son calvaire se poursuit actuellement.

Un survol rapide de l’évolution politique du monde musulman et particulièrement du monde arabe depuis un demi-siècle  permet de se rendre compte que  ce n’est qu’au début des années 60 que  le fondamentalisme musulman ou ce qu’on appelle tel a pris un réel essor dans le cadre des luttes politiques liées à la construction des Etats post-coloniaux, le rôle des  « islamistes » étant  d’affaiblir les courants  nationalistes arabes progressistes et laïcs, soupçonnés à tort ou à raison d’être les « suppôts  du communisme ». Leur audience est restée néanmoins assez faible dans les pays musulmans jusque dans les années 80, après la guerre d’Afghanistan et le Révolution iranienne. Leurs principaux soutiens financiers et militaires étaient et demeurent les pétro-monarchies et les puissances occidentales. Nombre de leurs leaders ont souvent trouvé refuge en Occident. Dans ces mêmes années 80, Londres fut vraiment la capitale du fondamentalisme musulman, notamment égyptien et algérien en dépit des  protestations répétées des dirigeants de ces pays. La capitale britannique  fut la plaque tournante des Moudjahidines d’Afghanistan et du Pakistan. Il est de notoriété publique que Ben Laden n’est nullement la création d’un Saddam ou d’un Kadhafi mais belle et bien de la CIA. Ces alliances politiques entre pétro-monarchies et puissances occidentales avaient pour objet stratégique la liquidation des éléments modernisateurs, les élites nationalistes et laïques, des sociétés à majorité musulmane. Ces élites-là furent combattues et finalement écrasées par les Occidentaux et leurs alliés locaux. Ce qui explique la montée de l’autre front de défense de ces nations, à savoir le fondamentalisme religieux devenu en quelque sorte réaction de défense identitaire. Le coup d’Etat militaire, mené sous la direction de la CIA, et qui a renversé en 1951 le gouvernement du docteur Mossadegh pour cause de nationalisation du pétrole iranien et de quête de la souveraineté nationale est à cet égard un cas d’école. La CIA mit sur le trône le chah Mohammad Reza Pahlavi, un serviteur zélé de Washington jusqu’à son renversement par la révolution islamique de 1979.

Edwy Plenel , dans une colère contenue,  en des termes sans ambiguïté, le résume avec clairvoyance ainsi  « il suffit de se retourner en arrière sur près de quatre décennies en revisitant le bilan catastrophique de l’action, au Proche et Moyen-Orient, mais aussi autour de la méditerranée, des puissances se réclamant de l’Occident  depuis que l’islam politique a surgi en 1979 avec la révolution iranienne, pour prendre la mesure des conséquences désastreuses de cet aveuglement. Tandis que la question palestinienne restait en insupportable souffrance. » (3)

L’aveuglement dont parle Edwy Plenel réside dans  le froid cynisme d’une puissance  prête à fabriquer des barbares pour garantir sa domination.

La « nouvelle » Libye en est un exemple. Elle sombre de jour en jour dans le chaos et visiblement est en train de devenir un non-Etat, les broussailles tribalistes reprenant de leurs droits et se faisant menaçantes pour longtemps, pourtant « les intellectuels faussaires » (4), continuent à affirmer que l’intervention fut un succès! La preuve? Disent-ils,  Il n’ y a plus de dictateur ..! Le même argument a été et continue  à être asséné s’agissant de l’Irak. Argument inconsistant illustrant une pauvre et cynique pensée  oh ! combien dangereuse.

Je ferai l’économie d’une histoire même succincte de la période de la guerre du Golfe, de l’embargo et du mensonge sur l’existence d’armes de destruction massives qui a entraîné une guerre illégale et me  bornerai  à rappeler  les propos scandaleux de Mme Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat US aux Affaires étrangères sous la présidence de Bill Clinton qui déclara que, pour éliminer Saddam Hussein, la mort de plus de 500.000 enfants occasionnée par le programme « pétrole contre nourriture» relevait d’un « choix très difficile»,  et précisa : «mais nous pensons que c’est le prix à payer ». On ne ferait pas mieux pour programmer dans le silence un  assassinat collectif?

Le prix qu’évaluait Mme Albright a des conséquences qui ne touchent ni le clergé intellectuel occidental ni les dirigeants occidentaux, mais encore une fois  les peuples de la région.

Il faut avoir la mémoire courte ou tenir l’ensemble des peuples de la planète dans un singulier mépris pour oublier la profonde signification de la paire de chaussures lancées, en guise d’interview, à la face de G. Bush, par le journaliste irakien, Mountazer al-Zaïdi, devenu le héros de tout un peuple.

Il faut être barbare, et décidément ne rien retenir des leçons de l’Histoire, et de l’Histoire contemporaine en particulier, pour croire qu’on peut humilier impunément un peuple  comme le décrit un témoin irakien anonyme « J’ai vu l’imam de la plus grande mosquée de Fallujah. Il avait 75 ans. Ils ne se sont pas contentés de le traîner nu, ils lui ont aussi fait porter de la lingerie féminine. Et une autre, encore : ils ordonnèrent à un prisonnier d’uriner avec un sac sur la tête. Quand ils le lui enlevèrent, il vit que c’était son père qui était dessous, et ils photographiaient la scène ». « Une des femmes soldats se déshabilla devant l’imam d’une autre mosquée – dit Ali- et lui demanda d’avoir un rapport sexuel avec elle. Comme il refusait, bien sûr, la femme prit un pénis artificiel et le viola ».

Comme hier El kaïda, instrument de la lutte contre l’Union soviétique en Afghanistan, Daech est une création des principaux acteurs de ladite coalition internationale contre Daech, instrument d’une nouvelle configuration géo-politique moyen-orientale fondée sur l’affaiblissement sinon la destruction de tout Etat ou force politique qui ait une velléité de sauvegarder sa souveraineté politique et économique. Cette coalition internationale qui se présente en définitive comme une étrange Sainte alliance a pour but stratégique  d’affaiblir l’influence iranienne en Irak. D’autre part, à partir de la ville syrienne Ain Elarab (Kobané pour les Kurdes), de créer les conditions militaires pour, objectif premier poursuivi mais caché, abattre le régime syrien, puis affaiblir le Hezbollah et d’une manière plus générale la résistance libanaise et palestinienne.  (5).

Contenir l’Iran dans ses frontières et ainsi réaliser, l’ objectif stratégique: perpétuer l’ordre impérialo-sioniste sur un « nouvel Moyen-Orient» bâti sur  les décombres du Moyen-Orient de Sykes-Picot. Cela prendra du temps mais les Etats-Unis comme  l’Etat d’Israël, «ne sont pas dans le système international, ils sont au-dessus. Surplombant les nations, ils sont prêts à être les porteurs de la Loi.» (6)

Quelle est la place de la France dans ce désordre régional?

La France qui nous avait habitués, sinon à une attitude impartiale du moins à une attitude  mesurée, plus soucieuse de légalité et de paix, fait désormais piètre figure. Souvenons-nous de la position mémorable qui avait été celle du Président Chirac et de son Ministre des Affaires étrangères Dominique De Villepin, à savoir le non à la guerre. Mesurons aujourd’hui tout le chemin parcouru par l’ensemble des  dirigeants qui se sont succédé depuis lors à la tête de la France, abstraction faite de leur étiquette politique, pour constater qu’ils ont rabaissé la « patrie des droits de l’homme »  à un simple sous-traitant états-unien … De toutes les analyses de la classe politique française sur la situation actuelle au Moyen-Orient, seule celle de D. De Villepin mérite une attention. Elle est lucide et pertinente mais son application ne peut être l’œuvre d’un Etat  « fondu  dans l’Otanie, avec son commandant en chef à la Maison Blanche. Il décide, et on fait (ou alors on ne fait rien). »  (7)

Pendant ce temps, l’Etat d’Israël…

 

 

(1)Jean Bricmont : Noam Chomsky, activiste. Suivi de Les intellectuels et l’État, Aux forges de Vulcain, 2014

(2)Jean Ziegler : La haine de l’Occident. Editeur Albin Michel :2008.

(3)Edwy Plenel:Pour les musulmans.Essai . Editeur La découverte: 2014.

(4)Pascal Boniface : Les intellectuels faussaires. Jean-Claude Gawsewitch Editeur: 2011.

(5)El Bachir Mohamed:   Liban: guerre civile ou déflagration régionale – Mondialisation.CA

(6)Richard Barnet : The Roots of war, cité  par Edward Said dans Culture et impérialisme. Fayard    Monde Diplomatique: 2000

(7)Régis Debray : Erreur de calcul. Monde diplomatique (Octobre 2014).

 

 

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Mise à jour : Au moment de publier ce texte en français, de nouvelles informations ont émergé et nous les portons à votre attention, avant de les étudier de plus près dans un prochain article. Celles-ci portent à croire que les autorités étaient possiblement au courant des deux attaques survenues cette semaine : les autorités policières et les services de renseignement on fait des simulations d’attaques ce mois-ci. Le scénario impliquait une attaque au Québec, suivie d’une attaque dans une autre ville canadienne. Ces exercices suivis d’une attaque réelle et semblable au scénario des exercices ne sont pas sans rappeler les attaques du 11-Septembre 2001 à New York et celles de Londres en 2005, durant lesquels des exercices avaient lieu au même moment. Dans les deux cas, les scénarios étaient identiques aux attaques, soit des avions piratés percutant des édifices et une attaque terroriste dans le métro de Londres. Par ailleurs, le chef du Nouveau parti démocratique, Thomas Mulcair, s’est dit préoccupé par le fait que bien avant que les autorités policières ne rapportent l’incident de Saint-Jean-sur-Richelieu, un député d’arrière-banc ait demandé au premier ministre Harper de faire le point sur « une possible attaque terroriste contre deux membres des Forces armées canadiennes, près de Saint-Jean-sur-Richelieu ».

Julie Lévesque, le 25 octobre 2014, Mondialisation.ca


Avec la mort d’un soldat canadien à Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec, le 20 octobre, et la fusillade sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 22 octobre, les autorités canadiennes et les médias ont déjà pris une décision, sans preuve à l’appui : ils accusent l’« extrémisme islamique » d’être en cause dans les deux incidents, même si l’on ne sait pratiquement rien sur les deux hommes qui ont agi seul. Aucune organisation terroriste n’a revendiqué la responsabilité des attaques.

Selon les médias, les deux jeunes hommes s’étaient convertis à l’islam. L’un d’eux, Martin Couture-Rouleau, qui a frappé un soldat avec sa voiture à Saint-Jean, s’était dit-on « radicalisé sur Internet ». Le Edmonton Sun a déclaré que « la famille et les policiers cherchent à savoir pourquoi il a suivi les ordres de tuer de l’État islamique (EI) ». Existe-t-il des preuves qu’il « suivait les ordres de tuer de l’EI »?

Les médias rapportent que les deux individus étaient connus des autorités, lesquelles avaient confisqué leurs passeports de peur qu’ils adhérent à des organisations terroristes à l’étranger. Si les autorités sont allées jusqu’à confisquer leurs passeports, de peur qu’ils commettent des attentats terroristes à l’étranger, n’avaient-ils pas peur qu’ils en commettent ici?

A ce stade-ci, nous ne pouvons que spéculer sur les motifs de ces deux hommes. Et les médias devraient se demander si le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a quoi que ce soit à voir avec ces attaques, puisqu’il est reconnu pour avoir utilisé des informateurs pour infiltrer les organisations musulmanes et proférer des menaces de violence contre des citoyens canadiens. En outre, l’appui clandestin à l’EI des États-Unis et de leurs alliés du golfe Persique depuis le début de l’insurrection syrienne en mars 2011 est un fait connu et documenté.

Toutefois, depuis le premier meurtre le 20 octobre, plutôt que de se méfier des autorités, qui depuis des mois nous mettent en garde contre la « menace terroriste d’origine intérieure », les médias comptent presque exclusivement sur des « experts » de la sécurité, des spécialistes du terrorisme et des responsables des corps policiers afin de fournir des commentaires « faisant autorité ». Ils sont tous d’accord sur la théorie de l’« extrémisme islamiste » et la radicalisation sur Internet.

Il est pour le moins inquiétant que les « experts » en sécurité et en terrorisme ne sachent pas que la cause fondamentale du terrorisme, comme l’ont démontré des études, n’est pas le fondamentalisme islamique ou une idéologie quelconque, mais l’occupation étrangère, sans compter que les terroristes liés à Al-Qaïda sont soutenus secrètement par les services de renseignement de l’Occident.

En se basant sur la recherche du Projet sur la sécurité et le terrorisme de l’Université de Chicago, et financé en partie par la Threat Reduction Agency (Agence de réduction de la menace) du département de la Défense des États-Unis, le professeur Robert A. Pape et James K. Feldman ont écrit un livre en 2010 intitulé « Cutting the Fuse: The Explosion of Global Suicide Terrorism and How to Stop It » (Court-circuit : Comment mettre un terme à l’explosion des attentats-suicides).

Abdus Sattar Ghazali a résumé les conclusions de l’ouvrage en 2010 :

En 2000, avant les occupations de l’Irak et de l’Afghanistan, il y a eu 20 attentats-suicides dans le monde, et un seul (contre l’USS Cole) a été dirigé contre les Étasuniens. Au cours des 12 derniers mois, par comparaison, 300 attaques suicides ont eu lieu, et plus de 270 étaient anti-étasuniennes. Nous devons tout simplement faire face à la réalité : peu importe ses bonnes intentions, la guerre actuelle contre le terrorisme ne sert pas nos intérêts.

Les auteurs ont examiné plus de 2200 attentats-suicides à travers le monde de 1980 à nos jours. Depuis que les États-Unis occupent l’Afghanistan et l’Irak, ayant une population combinée d’environ 60 millions de personnes, le nombre d’attentats suicides dans le monde a augmenté de façon spectaculaire, passant de 300 entre 1980 et 2003 à 1800 de 2004 à 2009. En outre, plus de 90 pour cent des attentats suicides dans le monde sont maintenant anti-étasuniens. L’immense majorité des terroristes kamikazes sont originaires de la région locale menacée par des troupes étrangères, ce qui explique pourquoi 90 pour cent des kamikazes en Afghanistan sont afghans.

Dans Cutting the Fuse, les auteurs font remarquer : « Avant le 11-Septembre, le débat d’experts sur les causes des attentats-suicides était divisé en grande partie entre deux explications – le fanatisme religieux et la maladie mentale. Après le 11-Septembre, de nouvelles recherches sur les kamikazes ont démontré que pratiquement aucun d’entre eux ne pouvait être diagnostiqué comme souffrant de troubles mentaux. Alors que bon nombre d’entre eux étaient religieux le plus frappant était qu’ils étaient presque tous issus de communautés résistant à une occupation militaire étrangère . “( Abdus Sattar Ghazali, The root cause of suicide terrorism is occupation: New study , OpEd News, 29 septembre 2010)

En 2007, Alexandre Popovic a documenté de manière exhaustive la façon dont les informateurs du SCRS « ont infiltré la communauté musulmane canadienne et contribué à présenter l’islam d’une manière négative ainsi qu’à alimenter les stéréotypes dépeignant les musulmans comme étant essentiellement des extrémistes dangereux ». (Alexandre Popovic, Les manipulations médiatiques du SCRS , 1er septembre, 2007)

L’un des informateurs, Youssef Mouammar, s’était hissé  à la tête de plusieurs organismes, comme la Fondation internationale musulmane du Canada, Pétro Action, l’Institut international de recherche islamique, la Communauté de la nation musulmane du Grand Montréal, la Grande mosquée, Info-islam et la revue Le Monde islamique ».(André Noël,« Un drôle d’espion », La Presse, le 14 Décembre 2001, p. A7, cité dans Alexandre Popovic, Les manipulations médiatiques Du SCRS 1er septembre 2007)

Autrement dit, par le biais de ses informateurs médiatisés, le SCRS fut carrément en position de façonner la perception qu’a l’opinion publique de la communauté musulmane canadienne.

Les deux informateurs en question sont Joseph Gilles Breault, alias «Dr Youssef Mouammar» alias «Abou Djihad», de Montréal, et Mubin Shaikh, de Toronto. Il est à noter que nous n’avons pas affaire ici à de simples hypothèses ou à une enième théorie de la conspiration. D’une part, les deux individus ont chacun reconnu publiquement avoir travaillé sous les ordres du SCRS. D’autre part, leurs multiples interventions médiatiques sont largment documentées au niveau des archives des médias écrits, lesquels sont allés jusqu’à dépeindre les deux informateurs comme des porte-paroles de la communauté musulmane canadienne, voire des « leaders » de celle-ci.

De 1989 à 1994, Youssef Mouammar semble avoir été de toutes les grandes et moins grandes controverses associées de près ou de loin à l’islamisme radical, comme la tentative de coup d’état à Trinidad et Tobago ou la diffusion de propagande haineuse antijuive [...]

Après avoir soutenu ouvertement le terrorisme anti-israélien et lancé des appels au meurtre des opposants du Front islamique du Salut, un parti islamiste algérien aujourd’hui dissout, Mouammar envoie des communiqués de menaces d’attentats aux armes biochimiques contre le métro de Montréal.(Ibid.)

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le SCRS mettent les Canadiens en garde contre « la réelle menace terroriste » depuis des mois, mais disent maintenant qu’ils ont été « pris par surprise » par les deux récents attentats commis par des individus qu’ils surveillent d’assez près pour leur confisquer leurs passeports.

À Montréal, des policiers accompagnés d’imams ont rencontré des personnes travaillant dans des quartiers à forte concentration ethnique et musulmane et leur ont demandé de « demeurer vigilants » et de rapporter « toute activité suspecte » parce qu’ils « s’attendent à ce qu’il se passe quelque chose ».

Cette méthode consistant à s’appuyer sur des civils pour « espionner » leurs concitoyens n’est pas sans rappeler le ministère de la Sécurité d’État de l’Allemagne de l’Est, la Stasi. « L’une de ses tâches principales était d’espionner la population, notamment à travers un vaste réseau de citoyens devenus informateurs, et de lutter ouvertement ou clandestinement contre toute opposition, y compris en détruisant secrètement les dissidents sur le plan psychologique ».

Les Canadiens doivent garder à l’esprit que les attaques sont utilisées comme prétexte pour des mesures de sécurité propres à l’État policier et à l’intégration de la sécurité des frontières canado-étasunienne. Le tireur d’Ottawa a d’ailleurs été identifié par des sources étasuniennes avant même que les autorités policières canadiennes ne l’aient identifié officiellement. Cela soulève de sérieuses questions sur l’ampleur de l’intégration des services de renseignement des deux pays. The Week rapportait :

Les policiers canadiens n’ont toujours pas identifié officiellement le suspect, mais des sources étasuniennes ont dit à Reuters qu’il s’agit de Michael Zehaf-Bibeau, un Canadien de 32 ans s’étant récemment converti à l’islam. Il serait né et aurait grandi au Québec, et aurait plus tard passé du temps en Libye et dans diverses régions du Canada en tant que travailleur. Son père serait Bulgasem Zehaf, un homme d’affaires québécois qui semble avoir combattu en 2011 en Libye, et sa mère Susan Bibeau, vice-présidente, d’une section de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada. (Michael Zehaf-Bibeau: the gunman behind the Ottawa shootings, The Week, 23 octobre 2014)

Sachant que la plupart des complots terroristes aux États-Unis sont orchestrées par le FBI, comme l’a démontré l’importante recherche de Mother Jones, cette intégration entre les deux pays est loin d’être rassurante.

Il faut aussi rappeler que l’OTAN a une histoire de terrorisme sous fausse bannière. L’Opération Gladio, l’armée secrète de l’OTAN, était une opération clandestine visant à éviter la montée du communisme en Europe et a été utilisée pour commettre des attentats terroristes contre la population et les attribuer aux communistes. Le but ultime était que les citoyens se tournent vers l’État pour demander davantage de sécurité et qu’ils rejettent le communisme. (Voir aussi Tony Cartalucci : Canadian Terror Wave: a Modern-Day Gladio)

Ces deux derniers jours, en plus des demandes de mesures de sécurité accrues, nous assistons clairement à la glorification de l’armée canadienne, laquelle participe à des bombardements illégaux au Moyen-Orient depuis de nombreuses années au nom de la démocratie et d’autres faux prétextes. Loin d’être une solution au terrorisme, les Forces canadiennes font partie du problème. Le bombardement de la Libye, pour ne citer que l’exemple le plus récent, a contribué à alimenter le terrorisme dans la région.

Enfin, demandons-nous pourquoi il est si facile pour les extrémistes d’utiliser Facebook et d’autres médias sociaux pour proférer des menaces de mort et apparemment radicaliser les jeunes esprits fragiles, alors que jusqu’à tout récemment, les « modérateurs de [Facebook] devaient interdire les images d’allaitement maternel si les mamelons sont exposés ».

Mais surtout, les médias canadiens doivent questionner la politique étrangère du Canada et l’implication militaire d’Ottawa dans les guerres des États-Unis au lieu de se concentrer sur des « individus radicalisés ».

Julie Lévesque

Lire également :

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La guerre au terrorisme au Canada? Plus de questions que de réponses, mais les médias sautent aux conclusions, publié le 23 octobre 2014.

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Sur une chaîne de télévision, Le fondateur de AE9/11Truth, Richard Gage:

Invité du Washington Journal sur C-SPAN le 1er août 2014, montre que le bâtiment 7 du WTC a été soumis à une démolition contrôlée le 11 septembre 2001.

Version originale en anglais

Sous-titres en français

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Le monde des fonds privés a sa part de responsabilité dans la mise en quarantaine de milliers de personnes jusqu’à la mort.”

La Sierra Leone a agité le drapeau blanc en face du virus de la maladie d’Ebola (EVD). Sa maigre infrastructure a cédé sous l’assaut d’une maladie qui aurait pu être réduite. L’annonce que les patients infectés devront être traités à la maison car il n’y a plus la capacité de les traiter dans les hôpitaux est une capitulation qui n’aurait pas dû se produire. Non seulement l’Europe et les Etats-Unis ferment les yeux face aux Africains malades et mourants, mais ils l’ont fait avec l’aide d’une instance improbable.

L’Organisation mondiale de la santé est l’instance de “direction et de coordination de la santé au sein du système des Nations Unies.” Son nom même implique qu’elle prend ses décisions à partir des demandes des gouvernements représentants les populations et répond aux besoins des gens partout dans le monde, mais la vérité est tout autre. Le plus grand contributeur au budget de l’OMS n’est pas un gouvernement. Il s’agit de la Fondation Bill et Melinda Gates qui fournit plus de fonds que les États-Unis ou le Royaume-Uni. Les actions et les priorités de l’OMS ne sont plus le résultat d’un consensus concernant la population mondiale, mais d’un consensus pris d’en haut à partir de la prise de décision de riches philanthropes.

La Fondation Bill et Melinda Gates peut sembler avoir une posture de sauveur puisqu’elle contribue au budget de l’OMS à la hauteur de 300 millions de dollars, mais ces fonds sont assortis de conditions. La directrice générale de l’OMS, la Dresse Margaret Chan, l’a reconnu lorsqu’elle a déclaré, “Mon budgétaire [est] très affecté, de sorte qu’il est mené par ce que j’appelle les intérêts des donateurs.” Au lieu d’être sur la ligne de front en cas d’épidémie de maladie transmissible, l’OMS passe son temps à gérer les lignes directrices déterminées par Gates et son équipe.

L’accès aux services de santé devrait être un droit de l’homme, pas un don d’un organisme de bienfaisance.”

L’horreur Ebola continue comme elle le fait depuis les dix derniers mois en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. La cruauté de l’absence de réaction du monde pour l’Afrique et les Africains de la diaspora était évident par l’inaction des nations et des organisations qui sont censées intervenir en cas de situations d’urgence. Alors que les gouvernements africains et les organisations de secours ont sonné l’alarme, l’OMS n’a guère fait grand chose car ses donateurs s’y opposent. Le monde des fonds privés a joué un rôle dans le confinement de milliers de personnes à mort.

Les détracteurs de la Fondation Gates sont apparus bien avant l’actuelle épidémie d’Ebola. En 2008, le chef de la lutte contre le paludisme à l’OMS, le Dr Arata Kochi, se plaignait des conflits d’intérêts créés par la fondation. Dans une note interne divulguée au New York Times, il s’est plaint que les meilleurs chercheurs sur le paludisme dans le monde ont été “enfermés dans un« cartel » avec leur propre financement de recherche lié à celles des autres dans le groupe.” En d’autres termes, les normes d’indépendance de la recherche (contrôlée par des pairs indépendants) ont été mises de côté afin de plaire au bailleur de fonds.

La philanthropie privée est intrinsèquement antidémocratique. Il s’agit d’un processus conduit par les riches indiquant aux récipendiaires de leurs dons ce qu’ils doivent faire. Il s’agit d’un système problématique pour les organismes de bienfaisance de toutes sortes et qui est désastreux lorsque la santé de la population mondiale est concernée. L’accès au soin devrait être un droit de l’homme, pas un don d’un organisme de bienfaisance, et les gouvernements de la planète devraient déterminer la manière dont ces fonds sont utilisés pour protéger ce droit. Un critique l’a mis en exergue de manière très évidente : “… La Fondation Gates, Bill & Melinda Gates, ne croit pas dans le secteur public, elle ne croit pas en un système de propriété publique, démocratique et publiquement responsable.”

Il n’est pas étonnant que la flambée de fièvre Ebola ait pris au dépourvu l’OMS car ils ont passé des mois à faire des déclarations fumeuses mais n’ont jamais coordonné de réponse efficace à l’épidémie. C’est la fondation Gates qui est le patron de l’OMS et non pas les gouvernements, et si ces gouvernements n’étaient pas demandeurs de mesures concrètes, les personnes désespérées qui ont été touchées par le virus Ebola n’en auraient pas eu du tout.
La privatisation des ressources publiques est un fléau mondial. L’éducation, les pensions, l’eau et le transport ont été enlevés des services publiques et donnés à des gens riches et à des sociétés. La crise de l’Ébola est symptomatique de tant d’autres crises qui ne sont pas combattues parce que personne ne veut mordre les mains de ceux qui les nourrissent.

“C’est la Fondation Gates qui est le patron de l’OMS et non pas les gouvernements.”

La Fondation Bill et Melinda Gates a promis 50 millions de dollars pour lutter contre l’épidémie actuelle d’Ebola mais cela aussi est problématique, en tant que directeur général, Chan écrit : “Quand il y a un événement, nous avons de l’argent. Puis, après cela, l’argent cesse d’arriver, alors on doit mettre fin aux contrats de tout le personnel recruté pour résoudre la crise“. L’OMS ne devrait pas survivre au gré des crises, du SRAS, du MERS (coronavirus du syndrome respiratoire au Moyen-Orient), ou bien de la grippe H1N1 sur la base des caprices de philanthropes. Les principes directeurs de la santé publique doivent être effectués par des professionnels compétents de la médecine qui ne devraient pas être tributaires de milliardaires pour leurs emplois.

Les Gates ne sont pas les seuls à utiliser leurs finances pour capter ce qui devrait être du domaine des responsabilités publiques. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a annoncé qu’il verserait 25 millions de dollars pour lutter contre le virus Ebola. Son don ira à la fondation des Centres de contrôle des maladies (Centers for Disease Control, CDC). La plupart des Etats-uniens ne sont probablement pas au courant qu’une telle fondation existe. Pourtant, elle est dirigée par un conseil qui pour la plupart de ses représentants ne manqueront pas d’interférer avec le bien public. L’OMS et son incapacité à coordonner la lutte contre le virus Ebola nous dit que la santé publique est juste publique. Si la réponse du CDC au virus Ebola aux États-Unis échoue cela pourrait être parce qu’il a tout simplement cédé aux sirènes des intérêts privés pour le contrôle des ressources et des responsabilités publiques.

Margaret.Kimberley

Black Agenda Report

Article original en anglais :

bill-gates-who-director-margaret-chang

Privatized Ebola: The Bill and Melinda Gates Foundation is the World Health Organization’s Boss, Not Governments, 15 octobre 2014

Traduction : SLT, le-blog-sam-la-touch.over-blog.com

 

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Turcs, Kurdes, Étasuniens et l’énigme de Kobané

octobre 24th, 2014 by Pepe Escobar

Photo : Femmes en armes à Kobané

Portez une attention particulière aux femmes de Kobané, où les Kurdes syriens combattent avec la force du désespoir l’EIIS/EIIL/Da’ech. Elles luttent également contre les plans perfides des USA, de la Turquie et du gouvernement du Kurdistan irakien. Qui l’emportera ?

Commençons par parler du Rojava, qui correspond aux trois provinces en majorité kurdes du nord de la Syrie. Le plein sens de l’existence du Rojava est rapporté dans un éditorial [1] écrit (en turc) par le militant incarcéré Kenan Kirkaya. Il soutient que le Rojava propose un modèle révolutionnaire qui remet en cause l’hégémonie du système capitaliste d’État-nation, ce qui dépasse de loin sa signification régionale pour les Kurdes, pour les Syriens ou pour le Kurdistan.

 

Aïn al-Arab ou Kobané est une ville dans le nord de la Syrie, actuellement le Kurdistan syrien, située à la frontière turque

Aïn al-Arab ou Kobané est une ville dans le nord de la Syrie, actuellement le Kurdistan syrien, située à la frontière turque

 

 

Kobané, une région agricole, est à l’épicentre de cette expérimentation non violente de la démocratie, rendue possible en vertu d’une entente entre Damas et le Rojava (vous n’appelez pas à un changement de régime, nous vous laissons tranquilles). Dans l’article indiqué en note [2] (en persan), par exemple, il est précisé que même si la survie d’un seul aspect du véritable socialisme y était assurée, des millions de mécontents convergeraient vers Kobané.

Au Rojava, les décisions sont prises par des assemblées populaires multiculturelles et multiconfessionnelles. Les trois principaux dirigeants de chaque municipalité se composent d’un Kurde, d’un Arabe et d’un Assyrien ou d’un Arménien chrétien, l’un d’eux devant être une femme. Les minorités non kurdes ont leurs propres institutions et peuvent s’exprimer dans leurs propres langues.

Parmi une myriade de conseils formés de femmes et de jeunes se distingue une armée féministe, qui fait de plus en plus parler d’elle : la milice YJA Star (Union des femmes libres), l’étoile (Star) faisant référence à l’ancienne déesse mésopotamienne Ichtar).

La charge symbolique est on ne peut plus manifeste. L’armée d’Ichtar (Mésopotamie) combat l’armée de l’EIIS (dont l’acronyme anglais ISIS [3] correspond au nom d’une déesse égyptienne), qui s’est métamorphosé en califat intolérant. En ce début du XXIe siècle, les barricades derrière lesquelles se postent les femmes de Kobané sont à la ligne de front de la lutte contre le fascisme.

Inévitablement, quelques lignes parallèles pourraient être tracées entre les Brigades internationales qui luttaient contre le fascisme en Espagne en 1936 et ce qui se passe au Rojava, comme le souligne l’article indiqué en note [4], un des rares sur le sujet à être publié dans les médias grand public occidentaux.

Si ces éléments ne suffisaient pas à rendre fous les wahhabites profondément intolérants (et leurs puissants partenaires du Golfe bourrés de pétrodollars), il y a aussi la réalité politique mondiale.

Le combat au Rojava est essentiellement mené par le PYD [5], qui est la branche syrienne du PKK turc [6], le mouvement de guérilla marxiste en guerre contre Ankara depuis les années 1970. Washington, Bruxelles et l’OTAN, sous la pression continuelle de la Turquie, ont toujours officiellement classé le PYD et le PKK comme terroristes. 

Une lecture attentive de Confédéralisme démocratique [7], le livre du chef du PKK Abdullah Ocalan qu’il faut absolument lire, démolit l’équation qui en fait un terroriste stalinien (Ocalan est confiné dans l’île-prison d’Imrali depuis 1999).

Ce à quoi le PKK et le PYD aspirent, c’est le municipalisme libertaire. En fait, c’est exactement ce que le Rojava tente d’implanter : des communautés autonomes qui pratiquent la démocratie directe en s’appuyant sur des conseils, des assemblées populaires et des coopératives gérées par des travailleurs, que défendent des milices populaires. Le Rojava se trouve ainsi à l’avant-garde d’un mouvement mondial favorisant l’économie et la démocratie fondées sur la coopération, dont l’objectif ultime serait de s’éloigner du concept de l’État-nation.

Outre cette expérimentation politique en cours dans le nord de la Syrie, sur le plan militaire, ce sont les combattants du PKK et du PYD qui ont secouru ces dizaines de milliers de Yazidis qui étaient encerclés par l’EIIS/EIIL/Da’ech sur les hauteurs du mont Sinjar, et non pas les bombes américaines comme on l’a prétendu. À l’heure actuelle, comme l’indique la coprésidente du PYD, Asya Abdullah [8], ce qu’il faut, c’est un corridor pour briser l’encerclement de Kobané par les brutes du calife Ibrahim.

Le jeu de puissance du sultan Erdogan

De son côté, Ankara semble être résolu à poursuivre sa politique d’avoir beaucoup de problèmes avec nos voisins. 

Pour le ministre turc de la Défense Ismet Yilmaz, la principale cause de la présence de l’EIIS, c’est le régime syrien. N’étant pas en reste, le Premier ministre Ahmet Davutoglu, à qui l’on doit la doctrine zéro problèmes avec nos voisins, aujourd’hui morte et enterrée, a souligné à maintes reprises qu’Ankara n’interviendra sur le terrain à Kobané pour défendre les Kurdes que si Washington présente un plan post-Assad.

Puis il y a ce personnage plus grand que nature, le président turc Tayyip Erdogan, alias le sultan Erdogan.

Les conditions du sultan Erdogan sont bien connues. Les Kurdes syriens devront lutter contre Damas, sous le commandement de cette fiction nulle qu’est l’Armée syrienne libre reconstituée (dont l’entraînement se fera en Arabie saoudite, rien de moins). Ils devront abandonner toute forme d’autonomie. Ils devront soutenir béatement la demande de la Turquie à Washington, qui est de créer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie ainsi qu’une zone frontalière sécurisée en territoire syrien. Le PYD et Washington ont tous les deux rejeté ces demandes et il n’y a pas de quoi s’étonner.

Le sultan Erdogan rêve de reprendre le processus de paix avec le PKK, mais en position de force. Sa seule concession jusqu’ici a été d’autoriser les peshmergas kurdes irakiens à entrer dans le nord de la Syrie pour faire contrepoids aux milices du PYD et du PKK, et ainsi éviter le renforcement de l’axe kurde anti turc.

Le sultan Erdogan sait aussi que l’EIIS/EIIL/Da’ech a déjà recruté pas loin de 1 000 titulaires de passeport turc. Un autre de ses cauchemars est que le mélange toxique en Syrak finisse tôt ou tard par déborder les frontières jusqu’en Turquie.

Les barbares sont aux portes

Les brutes du calife Ibrahim ont déjà télégraphié leur intention de massacrer ou de réduire en esclavage la population civile au complet de Kobané. Pourtant, cette ville n’a aucune valeur stratégique pour l’EIIS/EIIL/Da’ech (c’est d’ailleurs ce qu’a dit le secrétaire d’État américain John Kerry la semaine dernière, avant de se rétracter comme on pouvait s’y attendre). Le commandant du PYD dont il est question dans l’article indiqué en note [9] est très convaincant, mais il n’en demeure pas moins conscient de la menace que représente l’EIIS/EIIS/Da’ech.

Kobané n’a pas une importance capitale comme Deir ez-Zor (avec son aéroport qui permet de ravitailler l’Armée arabe syrienne) ou Hassaké (où se trouvent des champs pétrolifères contrôlés par les Kurdes avec l’aide de l’Armée arabe syrienne). Kobané n’a ni aéroport, ni champs pétrolifères.

Il faut dire toutefois que la chute de Kobané serait un excellent coup de relations publiques pour les brutes du calife, car elle renforcerait l’impression qu’elles forment une armée victorieuse, notamment auprès des nouvelles recrues potentielles titulaires de passeport de l’Union européenne. Elle leur permettrait aussi d’établir une base solide tout près de la frontière turque.

Pour l’essentiel, le jeu du sultan Erdogan consiste à combattre à la fois Damas (à long terme) et les Kurdes (à moyen terme), en laissant le champ libre (à court terme) à l’EIIS/EIIL/Da’ech. Sauf que si l’on regarde un peu plus loin, il faut donner raison à Fehim Tastekin : l’entraînement des rebelles syriens modérés [10] fictifs en Arabie saoudite finira inévitablement par la pakistanisation de la Turquie.

Comme si les choses n’étaient pas suffisamment embrouillées, voilà maintenant que Washington fait volte-face et renie son dogme à propos des terroristes, en parlant maintenant avec le PYD. De quoi causer un nouveau mal de bloc au sultan Erdogan.

La nature des tractations entre Washington et le PYD n’est pas encore déterminée. Mais certains faits sur le terrain ne trompent pas : plus de bombes et plus de largage de matériel par les USA. Il convient toutefois de ne pas prendre à la légère un élément important. Dès que Washington a plus ou moins reconnu le PYD, son chef, Salih Muslim, a rendu visite à Massoud Barzani, le chef rusé du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). C’est à ce moment que le PYD a promis un partage du pouvoir au Rojava avec les peshmergas de Barzani.

Les Kurdes syriens forcés d’abandonner Kobané et de s’exiler en Turquie, qui soutiennent le PYD, ne peuvent retourner en Syrie. Les Kurdes irakiens eux, peuvent aller et venir sans problème. Cet accord louche a été négocié par le chef du service du renseignement du GRK, Lahur Talabani. Point crucial, le GRK s’entend très bien avec Ankara.

Cela permet de mieux saisir encore le jeu d’Erdogan. Il souhaite que les peshmergas, qui sont les ennemis jurés du PKK, tiennent le haut du pavé dans la lutte contre l’EIIS/EIIL/Da’ech, pour mieux saper l’alliance PYD/PKK. Là encore, la Turquie oppose Kurdes contre Kurdes.

Pour sa part, Washington manipule Kobané pour légitimer sa croisade contre l’EIIS/EIIL/Da’ech (n’oublions surtout pas que tout a commencé par un déluge de baratin à propos du Khorasan, ce groupe fantomatique bidon qui s’apprêtait à refaire le coup du 11 septembre).

Ce que tout cela signifie à long terme, c’est une menace sérieuse à l’expérimentation de la démocratie directe en cours au Rojava, que Washington interprète comme un retour du communisme.

Kobané est devenu un énorme pion d’un jeu manipulé par Washington, Ankara et Irbil. Aucun de ces joueurs ne souhaite que l’expérimentation de la démocratie directe à Kobané et au Rojava s’épanouisse, s’étende et attire l’attention dans le grand Sud. Les femmes de Kobané sont non seulement en danger mortel d’être réduites à l’esclavage, mais aussi d’être amèrement trahies.

C’est encore plus inquiétant lorsqu’on voit le jeu de l’EIIS/EIIL/Da’ech à Kobané pour ce qu’il est essentiellement : une tactique de diversion, un piège pour l’administration Obama. Ce que les brutes du calife veulent vraiment, c’est la province d’Anbar en Irak, qu’ils contrôlent en grande partie, et la ceinture de Bagdad, d’une importance cruciale. Les barbares sont aux portes non seulement de Kobané, mais aussi de Bagdad.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Turks, Kurds, Americans : the Kobani riddle, Russia Today, 22-10-2014

Traduit par Daniel pour Vineyardsaker.fr

Notes

[1] Rojava, sadece bir yön tayini değildir, Özgür Gündem, 29-08-2014

[2] جذابیت کوبانی برای جوانان در چیست؟, Hafteh.de, 04-10-2014

[3] ISIS est l’acronyme anglais de Islamic State in Iraq and Syria, appelé en français l’État islamique en Irak et en Syrie (EIIS).

[4] Why is the world ignoring the revolutionary Kurds in Syria ?, The Guardian, 08-10-2014

[5] Partiya Yekîtiya Demokrat ou Parti de l’union démocratique

[6] Partiya Karkerên Kurdistan ou Parti des travailleurs du Kurdistan

[7] Confédéralisme démocratique, par Abdullah Ocalan, première édition, 2011[8] Asya Abdullah : Kobane corridor is essential, Kurdish Question, 2014

[9] Interview With YPG Commender : ISIS Has Lost in Kobané, The Rojava Report, 17-10-2014

[10] Turkey to train Syrian rebels, but at what cost ?, Al Monitor, 16-10-2014

 

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), de Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007) et de Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

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Obama combat l’épidémie d’Ebola avec un Tsar et des soldats

octobre 24th, 2014 by Dr. Paul Craig Roberts

Photo : Cet homme sans combinaison accompagnant l’infirmière contaminée par l’Ebola fait-il parti du CDC ? Les responsables des compagnies d’ambulance et de l’hôpital ont déclaré qu’il ne faisait pas partie de leur personnel sous-entendant qu’il faisait partie du CDC

Le public continue d’être rassuré que le virus Ebola ne soit pas un problème pour les Etats-Unis, CNN a rapporté que Barack Obama avait nommé un tsar de l’Ebola. Le tsar n’est pas un membre du personnel médical, mais un avocat qui a servi comme chef de cabinet du vice-président Biden.

Peu importe que les théories du complot se répandent plus vite que le virus Ebola. Et comme tout le monde le sait, les complots pourraient être vrais.

Le professeur de droit Francis Boyle, de l’Université de l’Illinois, un expert des perfidies du gouvernement étatsunien, nous rappelle que la Sierra Leone et le Libéria, les pays les plus touchés par l’épidémie d’Ebola, sont deux pays ouest-africains qui accueillent des laboratoires US de guerre biologique. Le Professeur Boyle se demande comment la maladie, qui est principalement associée à la République Démocratique du Congo dans la région équatoriale africaine a pu atteindre l’Afrique de l’Ouest à des milliers de kilomètres de là.

La réponse de Washington est elle-même surprenante. Le régime Obama a envoyé 4.000 soldats étasuniens en Afrique de l’Ouest pour lutter contre le virus Ebola. Les soldats n’ont pas la formation ou l’équipement nécessaire pour lutter contre le virus Ebola. Pourquoi exposer 4.000 Etasuniens à une épidémie ? Cette décision apparemment inutile a éveillé des soupçons selon lesquels Washington aurait envisagé d’exposer les troupes au virus Ebola afin de tester des vaccins ou des traitements sur ces troupes.

D’autres commentateurs ont remarqué que l’Afrique de l’Ouest est une région où les investissements chinois sont majeurs. Ils se demandent si Washington utilise le prétexte de l’épidémie d’Ebola pour occuper ces pays ou même de laisser la maladie se diffuser afin de chasser les Chinois. La nouvelle force de l’Africom US a été formée pour contrer la pénétration économique de la Chine en Afrique.

L’incompétence des autorités de santé publique des États-Unis pour répondre à l’épidémie Ebola donne des ailes à ces théories. Les complots réels existent et abondent. Ceux qui disent “c’est juste une théorie du complot” doivent rechercher le sens de complot. Comme un commentateur l’a observé, la réponse de la CDC au virus Ebola est trop stupide.

Le protocole du CDC est basée sur des hypothèses concernant le virus Ebola qui ne semblent pas être adéquates concernant la souche actuelle. Une infirmière, qui a traité le patient à Dallas qui est mort de l’Ebola, a reçu le feu vert pour prendre un vol commercial, alors qu’elle avait signalé au CDC qu’elle avait des symptômes. Elle a exposé 132 passagers durant le vol, et ces passagers ont depuis été en contact avec des milliers d’autres personnes. Le Daily Mail a publié des photos d’un Etatsunien avec un bloc note et sans protection adéquate accompagnant l’infirmière dans un avion privé sur le chemin de la mise en quarantaine à l’hôpital (voir les photos).

Les autorités de santé publique des États-Unis n’ont imposé aucune quarantaine concernant les voyages aux États-Unis en provenance de pays infectés. Les compagnies aériennes US continuent à voler çà et là en provenance des pays infectés, malgré le risque d’introduction de nouvelles infections aux États-Unis.

Les pays africains sont en train de faire un bien meilleur travail que la superpuissance hégémonique. Ils ont fermé les frontières, empêché les voyages par voir aérienne, et traqué les personnes infectées et les personnes exposées.

Au lieu de prendre des précautions raisonnables, le régime Obama nomme un tsar de l’Ebola et envoie 4.000 soldats US dans les zones où la maladie fait rage.

Il n’est pas étonnant que les Etatsuniens n’aient plus confiance dans leur gouvernement.

Comme les Républicains veulent tout privatiser et tout externaliser, pourquoi ne pas fermer Washington et externaliser notre gouvernance vers un pays plus compétent ?

Paul Craig Roberts

paulcraigroberts.org

A noter qu’il y a aussi ce point de vue : http://jonrappoport.wordpress.com/2014/10/17/ebola-hoax-hidden-purpose-of-the-operation/

UPDATEhttp://www.globalresearch.ca/a-liberian-scientist-claims-the-u-s-is-responsible-for-the-ebola-outbreak-in-west-africa/5408459

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Obama Fights Ebola With A Czar and Soldiers

Traduction : SLT

 

Un homme sans protection a été vu sur le Tarmac alors qu'il accompagnait l'infirmière infectée par l'Ebola (en combinaison jaune) pour un vol vers Atlanta

Un homme sans protection a été vu sur le Tarmac alors qu’il accompagnait l’infirmière infectée par l’Ebola (en combinaison jaune) pour un vol vers Atlanta

L'homme au bloc note embarque sur le même vol que l'infirmière contaminée

L’homme au bloc note embarque sur le même vol que l’infirmière contaminée

Le même homme en route vers Atlanta dans la même ambulance que la victime contaminée par Ebola.

Le même homme en route vers Atlanta dans la même ambulance que la victime contaminée par Ebola.

Obama combat l'épidémie d'Ebola avec un Tsar et des soldats (Paul Craig Roberts)
Le Dr Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal. Il était chroniqueur pour Business Week, Scripps Howard Nouvelles Service et Creators Syndicate. Il a eu de nombreux postes universitaires. Ses chroniques sur internet ont eu un succès dans le monde entier. Les derniers livres de Roberts sont The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West and How America Was Lost.
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Le soldat qui a été abattu est Nathan Cirillo, un réserviste des Forces armées canadiennes qui était âgé de 24 ans.

Peu de temps après, les forces de sécurité ont abattu un homme armé d’un fusil durant, ce qui aurait été selon les médias, une violente fusillade dans le Hall d’honneur. Ce hall, qui est à la fois le corridor principal et un lieu de cérémonie, mène aux salles où prenaient place les rencontres parlementaires hebdomadaires du caucus des conservateurs et de celui des néodémocrates (NPD). Lorsque la fusillade a éclaté, le premier ministre conservateur Stephen Harper et le chef du NPD Thomas Mulcair participaient chacun à la réunion de leur parti.

Des sources de la police et des services du renseignement ont affirmé que le tireur qui a été abattu est Michael Zehaf-Bibeau. Il était apparemment sous la surveillance des agences canadiennes de sécurité nationale et son passeport lui avait été confisqué pour l’empêcher de se rendre au Moyen-Orient et entrer en contact avec des milices islamiques.

Dans la foulée de l’attaque sur la colline parlementaire, la police a déclenché une vaste opération de sécurité, affirmant qu’elle croyait qu’il y avait plusieurs tireurs. Les médias ont rapporté des informations non confirmées quant à la présence de plusieurs tireurs et sur des coups de feu qui auraient été tirés ailleurs qu’au Monument commémoratif et dans le Hall d’honneur.

À partir des bâtiments du parlement, les policiers ont rapidement déployé un périmètre de sécurité à l’intérieur duquel tous les bureaux, commerces et écoles ont été placés en confinement, barrant l’accès aux véhicules et aux piétons et déployant des forces spéciales d’intervention lourdement armées.

Cette zone a rapidement été étendue pour englober la majeure partie du centre-ville d’Ottawa, confinant sur place des milliers de travailleurs du gouvernement, de clients, de touristes et d’étudiants de l’Université d’Ottawa. Les écoles à travers la ville ont été placées en confinement, totalement ou en partie. Dans certains cas, des étudiants devaient demeurer dans leur classe et ne pouvaient en sortir, et personne ne pouvait y entrer.

Ces mesures de confinement sont demeurées en vigueur tout l’après-midi jusqu’en début de soirée, prenant fin à 20 h 30. Selon un reportage, la police stoppait et interrogeait tous les occupants des véhicules qui quittaient Ottawa en direction de Montréal.

Les mesures d’urgence ont été appliquées bien au-delà d’Ottawa. À Toronto, d’autres policiers ont été déployés à l’Assemblée législative d’Ontario, à l’hôtel de ville, aux établissements gouvernementaux et militaires, ainsi que dans le métro. À Montréal, la mairie a été fermée aux visiteurs et à l’Assemblée nationale du Québec, dans la Ville de Québec, la sécurité a été doublée pendant qu’un hélicoptère survolait le bâtiment.

Toutes les bases des Forces armées canadiennes ont été mises sur un pied d’alerte et NORAD, le commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (États-Unis-Canada), a changé sa «position d’alerte», mettant un nombre élevé de chasseurs sur le pied d’alerte.

Les États-Unis ont aussi augmenté la sécurité le long de la frontière entre le Canada et les États-Unis.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a commencé son point de presse quotidien en condamnant l’attaque. Il en a profité pour souligner l’importance du Canada comme partenaire militaire stratégique de Washington, y compris dans la nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Mercredi, huit chasseurs CF-18 des Forces armées canadiennes ont quitté le Canada pour le Koweït, où ils participeront à la campagne de bombardement américaine sur l’Irak et la Syrie. Des forces spéciales canadiennes se trouvent déjà en Irak.

Peu importe le motif derrière la fusillade d’hier, il s’agit d’une action tout à fait réactionnaire. Elle ne peut que faciliter la tâche au gouvernement conservateur de Harper et à l’élite dirigeante canadienne pour imposer leur programme de guerre à l’étranger et de brutales attaques sur les droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière à l’intérieur du pays.

La fusillade à Ottawa sera sans l’ombre d’un doute exploitée par l’administration Obama. Lorsque Earnest a parlé, rien ne prouvait que l’auteur de l’attentat avait un penchant pour l’islamisme radical, et encore moins qu’il avait des liens avec l’État islamique (EI). Cependant, le porte-parole a tout de suite affirmé que si la campagne américaine contre l’EI échouait, l’organisation djihadiste serait en lieu sûr en Irak et en Syrie pour attaquer les États-Unis.

Les événements de mercredi ont une ressemblance évidente avec ceux qui se sont déroulés à Saint-Jean-sur-Richelieu plus tôt cette semaine. Lundi, un soldat canadien a été tué et un autre blessé lorsqu’ils ont été délibérément happés par une voiture conduite par Martin Couture-Rouleau, un individu sous haute surveillance dont le passeport avait été confisqué pour l’empêcher d’aller au Moyen-Orient.

Même les grands médias ont noté que la réaction du gouvernement aux événements de lundi était extraordinaire, alors que le premier ministre Harper et ses proches collaborateurs sont rapidement intervenus pour les présenter comme une «attaque terroriste» islamiste, puis l’utilisant pour justifier l’appel du gouvernement à renforcer la draconienne Loi antiterroriste de 2001.

En rupture nette avec les normes canadiennes, ce sont Harper et le Bureau du premier ministre, et non pas la police et les agences de sécurité, qui ont informé la presse concernant l’attaque de lundi dernier et les liens de Couture-Rouleau avec «l’islam radical». En réponse à une question d’un député conservateur arrangée à l’avance lundi tôt dans l’après-midi , Harper a commencé par informer le parlement qu’une «attaque terroriste» avait probablement eu lieu. C’était bien avant que la police, et surtout les médias, ne suggèrent un motif pour le délit de fuite à St-Jean-sur-Richelieu.

Depuis septembre 2001, les gouvernements à travers le monde ont profité d’attaques terroristes – beaucoup d’entre elles facilitées par de sérieuses lacunes de sécurité inexpliquées – afin d’imposer d’importants changements politiques réactionnaires planifiés depuis longtemps. Dans des moments de candeur, des responsables tels que l’ex-premier ministre britannique Tony Blair et l’ancienne conseillère en matière de Sécurité nationale et secrétaire d’État des États-Unis, Condoleezza Rice, ont parlé de «l’opportunité» que représentaient les attaques du 11-Septembre: l’opportunité de mener des guerres d’agression contre l’Afghanistan et l’Irak, dont le but est de renforcer l’hégémonie stratégique mondiale de l’impérialisme américain, et d’imposer des mesures antidémocratiques à l’intérieur du pays.

La réaction de Harper aux événements de lundi à Saint-Jean-sur-Richelieu et la mobilisation de la police et de l’armée en réponse à l’attaque de mercredi – qui semble avoir été l’oeuvre d’un seul individu – démontrent qu’une campagne similaire pour un tournant de la politique encore plus vers la droite est en marche.

Lors d’un bref et austère discours télévisé mercredi soir, Harper a affirmé que les deux incidents fatals de cette semaine constituaient une attaque contre «notre nation et nos valeurs». Il a promis, à la Churchill, que «Nous ne serons pas intimidés. Le Canada ne sera jamais intimidé.»

Harper a ensuite soutenu que «toutes les mesures nécessaires» seraient prises pour préserver la sécurité du Canada. C’était une référence claire à une loi qui devait être présentée au parlement mercredi, qui étendrait les pouvoirs des services secrets canadiens et interdirait aux avocats et même aux juges de questionner des informateurs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Harper a également promis de travailler avec les alliés du Canada «contre tous les groupes terroristes», afin «qu’ils ne soient nulle part en lieu sûr». Il s’agissait d’une claire déclaration de l’intention du gouvernement d’étendre le rôle du Canada dans la guerre menée par les États-Unis en Irak et en Syrie. Présentement, le gouvernement a autorisé une mission de combat de six mois, mais la semaine dernière, le chef de l’armée canadienne a indiqué qu’une intervention beaucoup plus longue de la part du Canada serait nécessaire.

Menant un programme qui va à l’encontre des intérêts de la vaste majorité de la population, l’élite dirigeante du Canada, tout comme ses homologues aux États-Unis et dans d’autres démocraties impérialistes, se tourne de plus en plus vers des formes de pouvoir autoritaires, des appels chauvins et militaristes et des politiques d’alarmisme et de provocation.

Keith Jones

Article paru d’abord en anglais, WSWS, le 23 octobre 2014

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Projets hydrocarbures : La mondialisation des envahisseurs

octobre 24th, 2014 by Gérard Montpetit

L’arrivée de super-pétroliers à Sorel-Tracy fait planer un autre danger potentiel sur la qualité des eaux du Saint-Laurent. Les porte-paroles de l’industrie font bien attention de ne pas attirer l’attention de la population sur les problèmes environnementaux liés aux eaux de ballast.

En effet, un navire, lorsqu’il est chargé, s’enfonce dans l’eau, ce qui le rend stable. Mais lorsqu’il est vide, il flotte à la surface comme un bouchon, et il devient instable; son hélice et son gouvernail peuvent même sortir partiellement de l’eau. Pour éviter ce problème, on ajoute du ballast; autrefois, c’était du gravier; aujourd’hui, on utilise des milliers de tonnes d’eau.

Donc, lorsqu’un super-pétrolier, comme le Genmar Daphne, prend son chargement de bitume albertain à Sorel-Tracy, il « dompe » ses eaux de ballast. Ces eaux ont été pompées dans un port (avec tout ce qui s’y retrouve!) à l’autre bout du monde lorsqu’il a déchargé sa cargaison précédente. En théorie, et selon la réglementation, le pétrolier devrait vidanger ses eaux de ballast en haute mer, mais le fait-il?[1] Y a-t-il des inspections d’eau de ballast à Sorel-Tracy? Si ces inspections sont aussi efficaces que celles qui régissaient la voie ferrée de la MMA, les produits chimiques, les micro-organismes et les larves d’organismes marins de ce port lointain risquent de se retrouver dans le lac Saint-Pierre.

C’est probablement de cette manière qu’une espèce envahissante comme la moule zébrée a été introduite « accidentellement » dans les Grands Lacs. Il y a plusieurs de ces espèces exotiques indésirables dans notre environnement; entres autres, la berce du Caucase, la châtaigne d’eau, la salicaire pourpre, le phragmite, la coccinelle asiatique, la renouée japonaise, l’agrile du frêne et le nerprun cathartique.[2]

Les espèces envahissantes ont été introduites dans notre environnement, soit par erreur, soit par le domaine de l’horticulture ornementale, l’aquaculture ou par des personnes qui voulaient faire une expérience limitée sur leur propriété; mais des individus de ces espèces exotiques se sont échappés dans la nature. Ces espèces envahissantes ont plusieurs points en commun. Elles ont peu ou pas d’ennemis naturels; elles se multiplient de façon exponentielle; elles accaparent les ressources alimentaires ainsi que l’espace des espèces indigènes. Leur prolifération nous oblige à nous en débarrasser, ou du moins à limiter leur expansion. Malgré ces efforts, cela amène des pertes économiques importantes; par exemple, Hydro-Ontario et les municipalités situées en bordure des Grands Lacs doivent dépenser des millions pour enlever les moules zébrées qui encombrent leurs prises d’eau.

Dans notre vallée du Saint-Laurent, il serait intéressant de faire un parallèle entre les espèces exotiques envahissantes et le pétrole issu des sables bitumineux. Les deux nous arrivent sans invitation et perturbent notre environnement. Tout comme la moule zébrée, les bloc-trains de pétrole prolifèrent, depuis quelques années, sur les voies ferrées de Varenne, de Saint-Hyacinthe ou même à Lac-Mégantic où les vieux wagons DOT-111 ont explosé. Maintenant, les super-pétroliers circulent sur le fleuve jusqu’à Sorel-Tracy et y délestent leurs eaux de ballast avec leur contenu. Encore une fois, ces intrus nous apportent toutes sortes de problèmes qui nous coûtent temps et argent pour les contrôler…. sans aucun effet économique bénéfique.

Le CQEEE (Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes) nous demande de « …collaborer à freiner l’introduction d’espèces exotiques vivantes dans le fleuve et son bassin versant afin de protéger la biodiversité du fleuve… »[3]. Cette précaution élémentaire devrait s’appliquer aux eaux de ballast des pétroliers! Nous avons besoin de garanties qu’il n’y aura pas de navires délinquants. Mais pourrons-nous éviter de nous faire envahir par une des pires des espèces exotiques envahissantes, c’est-à-dire le pétrole des sables bitumineux albertains?

Gérard Montpetit

La Présentation

Le 23 octobre 2014

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La psychose du terrorisme s’empare des Canadiens

octobre 23rd, 2014 by Oscar Fortin

Photo : Martin Couture-Rouleau
Depuis le 11 septembre 2001, les terroristes sont devenus des ennemis dangereux qu’il faut abattre, de véritables cancers qu’il faut extirper de nos sociétés. Toutefois, il faut bien le reconnaître, tant qu’ils ne nous atteignent pas, ils nous laissent plutôt indifférents, mais dès qu’ils nous frappent, nous en devenons obsédés. De cela, nos gouvernements et ceux qui dirigent le monde en sont bien conscients. Pour que les populations les suivent dans les guerres qu’ils mènent, il faut qu’elles éprouvent ce que peut représenter pour eux la menace du terrorisme.
Le peuple américain et le monde dans son ensemble se souviennent de ces quatre avions de passagers pris en otages, dont deux sont allés s’écraser sur les tours jumelles, tuant ainsi plus de 3000 personnes, un troisième sur les murs du Pentagone et le dernier, écrasé dans un champ de Pennsylvanie. Une quadruple tragédie qui a marqué un tournant dans l’histoire des guerres. L’humanité, désormais soumise aux menaces d’ennemis invisibles qui peuvent surgir à n’importe quel moment et de n’importe où, ne peut plus être la même. La peur et l’insécurité deviennent parties d’elle-même. N’a-t-on pas déjà tout dit sur l’atrocité et la violence fanatique de ces terroristes?
Je me souviens de l’intervention , ce 11 septembre 2001, de Georges W Bush, alors président des États-Unis
« Bonsoir. Aujourd’hui, nos concitoyens, notre mode de vie, notre liberté même ont été attaqués dans une série d’actes terroristes meurtriers et délibérés. Les victimes étaient dans des avions ou dans leur bureau : secrétaires, hommes et femmes d’affaires, militaires et officiers, pères et mères, amis et voisins. 

Des milliers des vies ont soudainement pris fin par les actes ignobles et maléfiques de la terreur. 

Les images des avions s’écrasant dans des bâtiments, des incendies, d’énormes structures s’effondrant nous ont remplis d’incrédulité, d’une tristesse terrible et d’une colère silencieuse, mais inébranlable. 

Ces massacres ont été planifiés pour précipiter notre nation dans le chaos et la retraite. Mais ils ont échoué. Notre pays est fort. Un grand nombre de personnes s’est mobilisé pour défendre notre grande nation. 

Les attaques terroristes peuvent secouer les bases de nos plus grands bâtiments, mais elles ne peuvent pas toucher les fondements de l’Amérique. Ces actes brisent l’acier, mais ils ne peuvent pas entamer celui de la détermination américaine. »
Ainsi, l’Amérique, ce bastion des libertés et de la démocratie, a trouvé son détonateur lui permettant de pour pourchasser dans tous les coins du monde ces terroristes pour les arrêter et les juger des crimes commis. Des bombardiers gonflés de bombes et des milliers de soldats sont partis pour combattre ces terroristes d’abord en Afghanistan et au Pakistan, puis en Irak, en Libye et maintenant de nouveau Irak et en Syrie. Rien n’allait ébranler cette détermination de l’Amérique à chasser et détruire dans tous les coins du monde ces forces du mal, véritable cancer pour l’Humanité.
Dans ces interventions pour sauver l’Humanité, des centaines de milliers de personnes, hommes, femmes et enfants ont été tués. Plus nombreux encore furent ceux et celles qui ont été blessés, amputés d’un membre ou abandonnés dans leur sang. Ces images, malheureusement, n’ont pas percé les écrans de nos télévisions et les pages de nos journaux. Ce fut grâce aux réseaux d’information alternative que nous avons pu découvrir les horreurs que toute guerre entraîne avec elle. Si nous n’hésitons pas, avec raison, à dénoncer la cruauté avec laquelle les terroristes assassinent de sang-froid des personnes innocentes, nous sommes plutôt discrets pour parler des victimes innocentes qui tombent sous les balles de nos soldats ou qui meurent sous les bombes de nos avions. La participation du Canada contre le gouvernement libyen a fait plus de 100 000 morts avec les bombardements, faussement appelés humanitaires.
A-t-on pensé, ne serait-ce qu’une seule fois, à ce que ces gens ressentent lorsqu’ils voient arriver des armées étrangères avec tout leur arsenal militaire pour y faire régner dans leur pays des lois qui ne sont pas les leurs? Ces gens qui dénoncent ces guerres atroces et meurtrières, dans leur pays ne sont-elles pas comme vous et moi qui dénonçons ces terroristes qui viennent semer la terreur dans notre propre pays?
Se peut-il que les populations que nous sommes soient manipulées de manière à ce que nous consentions toutes les dépenses voulues pour aller combattre des terroristes comme c’était le cas au siècle dernier avec les communistes? J’en fais évidemment une question pour laquelle des réponses doivent être apportées. Déjà, les analyses sur ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 démontrent que les terroristes ne peuvent pas être les seuls responsables de cette tragédie. D’autres forces occultes, intéressées à ce que ces actes terroristes se produisent, y sont également pour quelque chose. Nous n’en sommes plus avec des théories du complot, mais avec des faits, mettant en évidence les mensonges que contient le Rapport officiel sur le 11 septembre 2001.   Sur la photo, on voit l’ex-candidat républicain à la présidence des Etats-Unis en compagnie de terroristes quelque part en Syrie. On peut bien se demander ce qu’ils faisaient avec ces terroristes que son propre gouvernement veut éliminer. Pour en savoir plus lisez ceci.
Plus passent les années, plus on réalise que certains évènements, attribués à des terroristes,  n’auront été que des mises en scène de nos gouvernements pour conditionner l’opinion publique à la nécessité de faire la guerre sous la bannière de la lutte contre le terrorisme. C’est effectivement le cas pour le 11 septembre 2001. C’est dire que lorsque le président Bush a pris la parole ce jour-là, il savait lui que derrière ces actions terroristes il y avait des intervenants gouvernementaux qui en avaient fait la planification. Une forme de manipulation contre laquelle nous devons tous nous prévenir.
En ce 22 octobre 2014, c’est au tour de M. Harper de partager avec le peuple canadien sa douleur et de dénoncer l’horreur avec laquelle ces terroristes tuent froidement leurs victimes.
 « Le Canada n’est pas à l’abri de ce type d’attaque que nous avons vu ailleurs dans le monde », a-t-il souligné, ajoutant : « nous ne serons pas intimidés, le Canada ne sera pas intimidé ».
M. Harper a par ailleurs indiqué qu’il aura plus d’information sur le « terroriste et ses possibles complices » dans les prochains jours.
Le premier ministre a terminé son allocution en affirmant que le Canada redoublera ses efforts pour lutter, avec ses alliés, contre le terrorisme. »
Qui sait si dans les jours, les semaines, les mois ou les années qui viennent, nous n’allons pas découvrir que ces actions terroristes, à l’exemple de celles du 11 septembre 2001, avaient été planifiées par des intervenants de certaines agences gouvernementales.
À partir du moment où certains pays ont utilisé ce stratagème pour mobiliser leur opinion publique à la guerre, ce dernier devient également possible pour le Canada. Les propos rassurants d’un premier ministre ne sont plus suffisants pour convaincre la population. De fait, les Canadiens ne commencent-ils pas à se poser des questions sur les milliards de dollars investis dans des guerres alors qu’aucun pays ne le menace? Ils se demandent de plus en plus pourquoi le gouvernement canadien insiste-t-il autant pour envoyer de ses avions de chasse Cf-18 en Irak. Cette question ne fait pas l’unanimité chez les parlementaires. Le Parti libéral et les Néo démocrates  sont contre.
À ceci, il faut ajouter que depuis quelques jours, certains médiasmettent en lumière les dépenses exorbitantes de l’armée canadienne et les coûts astronomiques que représente pour les Canadiens notre participation aux guerres des États-Unis un peu partout dans le monde. Tout ceci se passe dans un contexte économique où le gouvernement coupe dans les programmes sociaux et les services à la population. Il n’est pas surprenant que les Canadiens se demandent pourquoi payer pour des guerres que d’autres déclarent sur la base de leurs intérêts nationaux qui ne sont pas les nôtres. De quoi faire réfléchir les responsables politiques, toujours soucieux du vote de leurs concitoyens pour être réélus.
Je suis évidemment contre toute violence, contre celle des terroristes islamiques et contre celle des terroristes d’État. Pour le moment, il nous est bien difficile de croire nos dirigeants politiques après qu’ils nous aient menti autant de fois dans le passé.  M. Harper n’échappe pas à cette réalité et lui, plus que nous tous, sait les fois où il a menti et manipulé l’opinion des Canadiens pour mieux servir certains intérêts de gouvernements étrangers. La démocratie dont il se fait l’ardent défenseur est celle qui lui permet de gouverner en roi et maître le pays avec moins de 25 % de l’électorat canadien et avec moins de 40 % de ceux et celles qui sont allés voter aux dernières élections. Comme on peut le constater, il s’agit d’une démocratie qui le sert très bien. Il n’est pas évident qu’elle corresponde à celle que le peuple veut.
Encore une fois, il faut lamenter et dénoncer ces tristes évènements non pas pour ce qu’on en dit, mais pour ce qu’ils sont réellement. Une enquête indépendante devra être menée à tous les niveaux des principaux intervenants. Les journalistes d’enquête doivent également se mettre à l’œuvre pour que vérité soit faite.
Pour le moment, que ce soit voulu ou pas, ces deux évènements tragiques, celui de St-Jean sur le Richelieu et celui d’Ottawa, arrivent à point levé pour servir les intérêts militaires du gouvernement canadien dans sa participation aux guerres au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie.
Je souhaite que des journalistes sachent poser les bonnes questions pour en savoir toujours un peu plus sur les dessous de ces évènements qui se produisent en ce moment précis où le Parlement canadien décide d’envoyer ses avions Cf-18 et ses soldats à poursuivre la guerre avec son voisin du Sud.
Que les Canadiens et Canadiennes s’abstiennent d’être de ces terroristes d’État qui font, sous de belles apparences de civilité, ce que nous dénonçons, avec raison et passion, chez les terroristes islamiques.
L’Abbé Pierre, ce prêtre ouvrier des années 1950, maintenant décédé depuis quelques années, avait eu des propos passablement durs sur notre terrorisme d’État et sur nous-mêmes.
Voilà ce que cette journée du 22 octobre 2014 m’inspire.
Oscar Fortin
Le 22 octobre 2014
Quelques références sur les budgets et dépenses militaires du Canada
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Pourquoi les États-Unis veulent-ils la guerre ?

octobre 23rd, 2014 by Jean-Paul Baquiast

Caricature ; la guerre c’est l’enfer

Après leur retrait obligé d’Afghanistan et d’Irak, les États-Unis se sont désormais engagés dans deux quasi-guerres qu’ils ont largement contribué à déclencher.

La première se livre au Moyen-Orient contre des islamistes sunnites qu’ils avaient précédemment financés et armés avec le soutien des princes saoudiens, pour contenir l’Iran chiite, et qui depuis se sont retournés contre eux. L’Amérique certes n’y intervient pas encore par des troupes au sol, trop impopulaires, mais par des frappes aériennes, toutes aussi coûteuses qu’inefficaces. Si les Russes ne s’étaient pas interposés, Obama se préparait à lancer une guerre d’une tout autre ampleur contre Bashar al Assad, allié de la Russie (suvi par un Hollande qui n’avait lui vraiment rien à gagner dans cette affaire). Rien ne permet aujourd’hui de penser qu’il ait renoncé à ce projet, qui serait fou, compte tenu du fait que l’armée de Damas est d’une autre force que les bandes du pseudo État islamique, même renforcées des puissants chars américains Abrams précédemment vendus aux Irakiens, et capturés par ces bandes.

La seconde guerre est en Ukraine, aux frontières de la Russie. L’Amérique ne s’y est pas encore engagée militairement, sauf par l’intermédiaire de mercenaires qu’elle a recrutés et armés, mais elle s’y prépare, et avec de tous autres moyens. Cela non pas contre les indépendantistes de la Novorussia, mais contre la Russie elle-même. C’est ainsi qu’elle a relancé, en Roumanie et en Pologne, la mise en place d’un coûteux barrage anti-missiles terrestre et naval, dont la dénomination d’origine est Ballistic Missile Downlink Enhancement (BMDE) [1]. Le projet de guerre avec la Russie serait autrement plus fou que celui de guerre contre la Syrie ou l’Iran, car il pourrait déboucher sur des affrontements avec du matériel nucléaire tactique. Mais l’Amérique est amplement pourvue de ces derniers.

Les observateurs naïfs se demandent pourquoi l’Amérique, que l’on dit en recul sur un certain nombre de points, manie de nouveau le feu, comme du temps de G.W. Bush et pendant la Guerre froide. La réponse n’est pas difficile à trouver. Elle s’explique par le jeu de plus en plus dangereux que mène le lobby ou complexe politico-militaro-industriel, lequel a toujours plus ou moins dirigé le pays, en s’opposant sans hésiter, y compris par des moyens criminels, aux forces (réellement) plus démocratiques.

Pour ce lobby, il est désormais indispensable de relancer des dépenses tous azimuts en matériels militaires, que la crise boursière et les successives économies budgétaires forcées avaient paru un moment menacer (politiques de restrictions budgétaires dites de sequestration). Tout est bon à prendre aux yeux de ce lobby. C’est ainsi que le coût important des moyens aériens et des munitions mis en œuvre dans les interventions aériennes au Moyen-Orient est pain béni pour lui. Le BMDE, quant à lui, se traduira par des commandes bien plus importantes, en terme de missiles et de plateformes Aegis, que le ministère de la Défense américain sera bien obligé de financer, vu le manque d’enthousiasme de ses alliés au sein de l’Otan.

La paix ne rapporte rien au complexe militaro-industriel américain

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas à ce jour d’éléments suffisants pour évaluer le coût du réarmement qui permettra à l’US Army de s’engager plus à fond sur les différents théâtres moyen-orientaux et européens, mais nous pouvons sans risques prédire que les experts du lobby militaro-industriel ont fait le calcul pour leur compte. Et ça leur rapporte gros, c’est certain. A l’inverse de la paix, qui ne leur rapporte rien.

Le complexe militaro-industriel américain exerce donc des pressions de plus en plus fortes pour obtenir une escalade militaire totale contre la Russie et une intervention généralisée des Américains au Moyen-Orient. Des milliards de dollars de vente d’armes sont en jeu. On a relevé que les valeurs boursières des géants américains de l’armement (par exemple Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Raytheon) montent rapidement, au sein d’un marché par ailleurs plutôt asthénique. Chaque sortie d’avion de combat en Irak et en Syrie, chaque missile lancé, chaque navire de guerre présent en Méditerranée ou en mer Noire, se traduit par d’importants bénéfices pour ces entreprises. Les ventes futures de matériels militaires aux États arabes, qui ne peuvent s’en passer, sauf à disparaître, représenteront une opportunité d’affaires, que le complexe ne veut pas perdre.

Par ailleurs, plus Poutine s’engagera en retour dans des politiques de modernisation d’un matériel militaire datant souvent encore de la Guerre froide, plus le complexe se réjouira. Si, par ailleurs, la Russie et la Chine se mettaient d’accord pour procéder à des investissements militaires en commun, le complexe militaro-industriel américain en tirerait autant d’arguments pour obtenir une augmentation du budget militaire américain, qui représente pour lui une manne [2].

Le poids politique des faucons

Au plan politique américain, les faucons travaillant pour le compte du complexe ne sont pas seuls à se faire entendre. Un certain nombre de Représentants, au sein du Congrès, tant chez les Républicains que chez les Démocrates, voudraient au contraire que le pays s’engage dans des dépenses d’infrastructures civiles ou autres, dont il aurait bien besoin. Mais bénéficieront-ils du soutien de la Nation? Et qu’en sera-t-il d’Obama lui-même, qui, pour le moment, semble flotter entre des influences contraires (comme à son habitude).

Il n’est pas exclu que, dans les semaines ou mois prochains, une provocation de grande ampleur, montée par le complexe et ses alliés au sein de l’administration fédérale, notamment par la CIA, provocation analogue à ce que fut l’attentat du 11 septembre contre le World Trade Center, ne fasse disparaître toute opposition libérale. Alors le pire sera à craindre.

Jean-Paul Baquiast

Notes

[1] Au revoir le BMDE. Rebonjour le BMDE (europesolidaire.eu, français, 15-10-2014)

[2] Coopération russo chinoise en matière de boucliers anti-missiles  (europesolidaire.eu, français, 15-10-2014)

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Le big bazar transsibérien

octobre 23rd, 2014 by Pepe Escobar

Image : En 1992, un Américain, un Russe, Lulu le Bangladeshi et le Pré-Œil itinérant, à leur arrivée à Moscou, devant un wagon du Transsibérien, encore marqué CCCP, alias URSS (crédit photo : collection personnelle de Pepe Escobar).

Un spectre hante les élites de l’Empire du Chaos : le nouveau partenariat entre la Russie et la Chine, qui se manifeste de mille et une façons : contrats d’énergie, ententes d’investissement, alliance politique plus étroite à l’intérieur du G-20, BRICS et Organisation de coopération de Shanghai, effort concerté pour abandonner progressivement le pétrodollar. J’ai déjà qualifié ce cheminement d’essentiel à la naissance du siècle eurasiatique [1].

Dans la perspective de Washington et de Wall Street, elle est bien loin la période unipolaire marquant la fin de l’histoire, où tout était tellement plus facile. La Chine goûtait à peine à l’eau du fleuve de l’accumulation de capital et la Russie était à genoux, hors d’état de nuire.

Permettez-moi de remonter dans le temps, jusqu’au début des années 1990. Des mois durant, j’ai parcouru l’Asie dans tous les sens, de l’Asie du Sud-Est à l’Inde, puis au Népal, dans l’Himalaya et sur la côte orientale de la Chine. J’ai fini par aboutir à Pékin, où je devais prendre le Transsibérien pour Moscou, en cet hiver rigoureux du début de 1992. J’étais à peine conscient de l’écroulement de l’Union soviétique, qui ne faisait pas vraiment les manchettes dans l’Himalaya. J’ai eu également la chance de me trouver dans le sud de la Chine quelques jours après la célèbre tournée de Deng Xiaoping [2], dont la principale conséquence a été de propulser le dragon vers des sommets vertigineux en matière de développement. Un rappel de ces moments exaltants a le mérite d’illuminer notre présent.

Tout le monde à bord du train de nuit

Il est 20 h 32 à la gare de Pékin et le train no 19 de la ligne Trans-Mandchourie à destination de Moscou s’apprête à partir. Il fait 9 degrés Celsius sous zéro. Un groupe de Roumains dingues tentent de faire entrer au moins 20 énormes paquets vaguement verts remplis de trucs Made in China dans un des wagons. Le contrôleur russe lance un « nyet » bien senti. Des nanas roumaines sont plongées dans une hystérie transylvaine. Puis une liasse de George Washingtons change de mains au dernier coup de sifflet, un dénouement heureux sous le regard impassible des soldats de l’Armée de libération du peuple et des balayeuses portant l’omniprésent brassard rouge avec les mots Servir le peuple.

Une cacophonie de Russes, de Polonais, de Roumains, de Tchèques et de Mongols a complètement bloqué les couloirs du train de dizaines de sacs et paquets : 300 kilos de souliers, 500 kilos de blousons, 200 kilos de tee-shirts. Des milliers de pots de crème de beauté vont faire fureur de Bucarest à Cracovie. Les creux formés dans les paquets font office de lits. Ce sera l’histoire de ces six jours pris pour parcourir plus de 9 000 kilomètres enneigés dans l’ancienne URSS, aujourd’hui la Russie, d’est en ouest.

Dans l’habitacle du contrôleur, d’autres sacs, dont le contenu sera vendu dans les rues de Moscou. Avec tous ces George Washingtons qui circulent, le succès de ce bazar est garanti. C’est qu’il y a beaucoup d’arrêts en cours de route, avec un marché libre non réglementé sur chaque plateforme. L’Europe de l’Est au complet regorge de trucs et se meurt d’envie de se faire rapidement du fric.

Dans la partie chinoise du trajet, il ne se passe rien, contrairement aux années 1930, lorsque le Japon occupait la Mandchourie, où il avait installé sa marionnette Puyi sur le trône et s’apprêtait à envahir l’Asie. Il va y avoir de l’action digne du Terminator à partir de Zabaïkalsk, à la frontière russo-chinoise, une fois passé l’immense Arc de triomphe en ciment, avec ses devises léninistes et sa faucille et son marteau encore intacts. Les douanes, de part et d’autre de la frontière, sont totalement désertes.

Le train change de configuration pour s’adapter aux nouveaux rails. Tous les yeux sont rivés sur la nouvelle voiture-restaurant. Allez, ouste le wagon chinois, qui n’offrait que du porc misérable avec de la sauce soja. Arrive le wagon russe, regorgeant de goulasch, soupe, salami, poisson congelé, caviar noir, champagne de Crimée, café, œufs et même fromage, le tout vendu au noir et payé en dollars US.

Une fois la frontière passée, le Big Bazar commence. Tout le monde se déchaîne, car nous passons directement de l’heure de Pékin à l’heure de Moscou. Le soleil se lève à une heure du matin. Un dollar US vaut 110 roubles au marché noir et la monnaie locale est en chute libre pendant que nous traversons le sublime désert enneigé de la toundra sibérienne qui s’étend à l’infini, où chaque lever de soleil spectaculaire sous une mince couche de brume arctique est une révélation qui se fête avec un peu plus de champagne de Crimée.

Nous apercevons à l’occasion des rennes et même des huskies. La taïga, que convoitent le Japon, la Corée et les USA, est recouverte de neige. Au-delà veillent les fantômes des 20 millions de morts dans les goulags de Staline, les chasseurs du tigre de l’Amour (il n’en reste même pas 200) et le sinistre complexe industriel de Norilsk crachant chaque année dans l’atmosphère deux millions de tonnes d’acide sulfurique et d’autres métaux lourds, ce qui explique la brume arctique.

Les arrêts de train varient de 15 à 20 minutes, le paroxysme étant atteint à Novossibirsk et à Perm, où se trouvait naguère un goulag notoire. À chaque arrêt, des hordes de Russes se prenant pour Gengis Khan prennent d’assaut le train, armés de petits sacs en plastique. Les articles qui se vendent le mieux dans le Transsibérien sont les anoraks et les vestons de cuir. Jao, qui vit à Pékin, en écoule 50 en trois jours à 50 $ l’unité. Elle les avait achetés 20 $ chacun dans les hutongs de Pékin. Les Russes achètent tout ce qu’ils voient et vendent leurs roubles (dont le taux de change a maintenant plongé à 160 roubles par dollar) ainsi que de la vodka, de la bière, du salami, du champagne et du Pepsi à 1 $ la bouteille.

L’Europe de l’Est au complet a investi le train no 19. Les Roumains de l’ère post Ceausescu sont les plus exubérants. On y compte dans leurs rangs d’anciens boxeurs, des putes et même un gangster miteux en survêtement qui se targue de ses deux heures passées avec une poupée russe pour la modique somme de 10 $ (le tarif normal est de 20 $). Il y a un contingent albanais, de jeunes étudiants polonais, des nomades mongols torse nu qui calculent leur profit frénétiquement, des babouchkas qui s’ennuient et même un dandy chinois loquace.

Les wagons russes, autrefois élégants, sont dans un état lamentable : l’air est vicié, ça sent la fumée de cigarette à plein nez, tous sont trempés de sueur, les cabines de toilette sont bourrées de sacs et Kapitan, l’unique serveur, essaie de se faire rapidement du fric en vendant des bidules soviétiques. L’endroit parfait pour dévorer une brique de presque 1 000 pages sur l’histoire de la CIA, Harlot et son fantôme, de Norman Mailer.

C’est la faute à la glasnost

Le train no 19 est non seulement un bazar, mais aussi une agora multinationale. De jeunes Russes expliquent comment la perversité quasiment géniale du système soviétique les a amenés à gonfler à leur limite tous les problèmes des sociétés industrielles modernes, sans bénéficier du moindre avantage. Des Européens de l’Est affirment que ce n’est pas la guerre froide qui a tué le vrai socialisme, mais l’invasion de l’économie capitaliste, de pair avec l’inefficacité et la stupidité (droits d’auteur à un étudiant polonais de premier cycle) de l’économie socialiste.

Les Russes disent que la glasnost a tué l’autorité et que la perestroïka a tué l’économie, sans la moindre solution de rechange. Résultat : des diplômés en physique qui vendent du caviar en conserve dans un train en marche pour survivre. Tous font l’éloge de Gorbatchev, mais le condamnent à croupir dans une note en bas de page de l’histoire. Dans le train, j’ai été témoin de discussions qui seront reprises des années plus tard dans d’innombrables thèses universitaires aux États-Unis.

Toute la faune du Transsibérien fait montre d’une solidarité sans égale aux Nations-Unies. On échange des devises, on s’échange nos adresses, on prête de l’argent et les indispensables calculettes, on aide à charger et à décharger le butin, on accepte des paquets dans son compartiment, on libère notre siège pendant 30 minutes pour en faire profiter ceux qui dorment dans le couloir et on fait des blagues sur les minuscules yuans de la Banque de Chine. Nous sommes tous des ardents défenseurs d’une forme de démocratie directe inédite propre à la fin de la guerre froide.

Au milieu de ce casino se cache le personnage le plus invraisemblable : Lulu, un tout petit Bangladeshi, constamment rivé à sa Samsonite, mêlé dans Allah sait quoi de mystérieux, dont le passeport est rempli de visas louches, Arabie saoudite y compris. Les Chinois et les Russes le traitent comme un chien pékinois allergique. La bouffe du train est évidemment insupportable pour ce musulman strict, qui nous réveille tous à 5 heures du matin avec ses prières. Rachid Muhammad sera littéralement au pain sec et à l’eau pendant six jours.

Skolka ? [3] C’est la devise du bazar transsibérien, un aperçu de ce qui nous attend à Moscou. L’ère Brejnev était à son sommet lorsque Pink Floyd a lancé son légendaire album Dark Side of the Moon. La face cachée de la lune, elle doit ressembler à ces banlieues de Moscou fantomatiques, héritage lunatique de Staline, égayées seulement par un kiosque solitaire vendant des fleurs, des fruits ou du brandy doux de la Géorgie.

Nous avons l’air de zombies en arrivant, avec quelques heures de retard seulement, à Yaroslavlsky Vakzal, une des neuf gares de Moscou, où une meute de Volga taxis rivalisent pour transporter la précieuse cargaison chinoise. Ceux qui poursuivent vers l’Europe de l’Est sans réservation sont cuits : il n’y a pas de place disponible pour Varsovie et Berlin avant 40 jours.

À Shenzhen, Guangzhou, Shanghai et Pékin, j’ai été témoin du succès spectaculaire du socialisme de marchépost-Tiananmen, l’économie tenant lieu de locomotive et la politique étant reléguée à l’arrière du train. Tout un contraste avec Moscou, où la politique servait de locomotive.

Je loge chez Dmitri, un étudiant en odontologie, qui habite à trois stations de métro du Kremlin, ce qui me coûte 6 $ par jour, une petite fortune. Lui et sa petite amie ont subdivisé de manière précaire l’appartement comptant deux chambres à coucher et une salle de bain, qu’ils partagent avec une famille entière, chien inclus, en plus des visiteurs occidentaux de passage, qui dorment dans la chambre à coucher principale. Ce genre d’arrangement est considéré comme un mode de vie de la classe moyenne supérieure.

En arrivant à l’une des magnifiques stations de métro de la ville, c’est de nouveau le bazar transsibérien. On y trouve des samizdats politiques ou pornos, des vêtements d’occasion, des bouteilles de tout ce qui se boit. Ce n’est qu’en arrivant à la place Rouge que je vois la lumière. Dans l’Himalaya et en Chine, mon fuseau horaire était encore à l’ère Gorbatchev. Ce qui flotte maintenant au-dessus du Kremlin, c’est le drapeau russe, tout comme au centre de la place Dzerjinsky, juste devant le KGB. En parfait idiot, je cherche la statue de Felix Dzerjinsky, l’ancien chef de la police secrète soviétique, pour me faire dire par un étudiant qu’on l’a déboulonnée quelques semaines plus tôt. Gorbatchev est devenu une marque de vodka et je ne peux entrer dans l’immeuble du KGB.

La ville au complet est devenue un bazar turc géant. Depuis que Boris Eltsine a libéré les trottoirs, tout un chacun veut se lancer dans la privatizatsiya. Dire que jusqu’en 1990, personne ne savait ce qu’était un carnet de chèques ou une carte de crédit et un dollar équivalait à un rouble. Les marchés de rue sur Prospekt Marka et Gorki sont absolument hallucinants, chacun faisant silencieusement étalage de ses marchandises : une poupée cassée, une chaussure solitaire, des bouteilles de champagne poussiéreuses, du parfum, du café en poudre, des boîtes de sardines, une bouteille de bière vide.

Les rues débordent de tous ces trucs ramenés par la faune du Transsibérien, mais les supermarchés sont vides. On n’y trouve presque pas de lait ou de viande, mais beaucoup de poisson en conserve et des queues interminables, pour ne rien acheter. Certains consommateurs potentiels se sont résignés à jouer aux échecs.

La plus grosse attraction en ville est le nouveau McDonald’s de la place Pouchkine, où des caissières arborant un sourire à la Eva Herzigova vendent des repas complets à 50 cents. Devant le McDo, un Gorby en carton pose pour les touristes et une foule de gens vendent du caviar en conserve à 5 $ et du champagne à 3 $. Au grand magasin Goum, il n’y a pas grand-chose, sauf dans les salles de démonstration de Sony et Honda et derrière la nouvelle vitrine de chez Dior.

Le passé récent tient bon. Impossible d’appeler en Europe. Impossible d’envoyer une télécopie du bureau de poste. Impossible de faire une réservation de train. Impossible de réserver un vol, du moins à la succursale d’Aeroflot dans la Loubianka. Il faut se rendre au sombre hôtel Intourist.

Au rez-de-chaussée lugubre de l’hôtel Mockva, des personnages sourds et muets, tout droit sortis d’une pièce de Ionesco, hantent les couloirs, pendant que d’autres font de bonnes affaires en vendant de la bière au noir devant le bar de l’hôtel. Un verre de champagne se vend 50 cents. Au hall du légendaire et prestigieux hôtel Metropol, datant de 1899, et qu’affectionnait Trotski, un dry martini coûte 7,70 $, ce qui est énorme. Le Metropol est le nouveau Wall Street. Des Danois, des Italiens, des Américains discutent affaires de ce côté-ci du meilleur des mondes, en éclusant des Heineken à 5 $ la bouteille.

Le Jour des forces armées, qui tombe un dimanche, il y a une manifestation communiste réprimée avec tact, qui comprend un grand nombre de vieilles dames portant des fleurs et des drapeaux. De leur côté, les punks moscovites arborant des drapeaux anarchistes manifestent contre les forces armées. Une Volga datant de la préhistoire me conduit à Cheremetievo et j’ai cette impression de m’enfuir d’un décor de film de série B sur la guerre froide, datant des années 1950. La Volga s’étouffe, s’arrête, se refroidit, repart, s’étouffe, s’arrête de nouveau, se refroidit : la métaphore parfaite de la nouvelle Russie. J’ai d’ailleurs presque raté le vol Aeroflot SU 576 en partance pour Paris.

Rien ne sera plus pareil (lire unipolaire)

C’était comme ça à l’époque. Ce McDonald’s, symbole du monde unipolaire, de la fin de l’histoire, a récemment dû fermer ses portes. L’Empire du Chaos a de plus en plus de difficulté à gouverner le monde tout seul, pendant que McDonald’s sert ses hamburgers. Pas loin de la place Pouchkine, le café à la mode du même nom propose le meilleur de la haute cuisine russe.

Malgré tout, la Russie et la Chine sont encore perçues comme des parias par l’élite impériale unipolaire, qui semble être restée figée au début des années 1990. La Russie et la Chine ont beau être devenues presque méconnaissables, les priorités de l’Empire du Chaos demeurent de tailler en pièces la Russie, en commençant par l’Ukraine, et de privilégier son pivot vers l’Asie, en créant un axe militaro-économique antichinois dans le Pacifique occidental.

Le Transsibérien sera bientôt relié aux nouvelles routes de la soie [4] établies par la Chine. Un beau jour, au début des années 2020, il fera partie d’un réseau de trains à grande vitesse reliant toute l’Eurasie en un rien de temps. Rien ne sera plus jamais pareil (lire unipolaire)… sauf pour le champagne de Crimée, redevenu russe.

Pepe Escobar

 

Article original en anglais :

Do the Trans-Siberian shuffle, Asia Times Online, 17-10-2014

Traduit par Daniel pour Vineyardsaker.fr

Notes

[1] Russie-Chine : La naissance d’un siècle eurasiatique, Mondialisation.ca, 06-06-2014

[2] Deng Xiaoping’s South China tour (Jan. 1992), China.org.cn, 19-04-2011

[3] Combien, en Russe (сколька)

[4] Alliance Beijing-Moscou-Berlin : la Chine et la Russie peuvent-elles extirper Washington de l’Eurasie ?, Le Saker francophone, 09-10-2014.

 

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), de Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007) et de Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

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