Après que le président iranien Hassan Rouhani eut déclaré qu’il était prêt à négocier avec les États-Unis sur le programme nucléaire de son pays, la presse américaine discute d’un accord diplomatique général impliquant toute la région qui mettrait un terme aux préparatifs de guerre de Washington et ses alliés contre la Syrie, le principal allié de l’Iran au sein des pays arabes.

Accueillant le «changement rapide de la situation, de nouvelles options diplomatiques avec la Syrie et l’Iran se développant» le New York Times a cité un «diplomate américain de haut rang» affirmant cette évolution comme étant «étourdissante».

Les responsables américains préparent une rencontre probable entre Rouhani et le président Barack Obama à l’assemblée générale des Nations unies la semaine prochaine, après que Rouhani ait promis la semaine dernière que l’Iran ne chercherait jamais à construire des armes nucléaires. Les mêmes responsables supervisent également les premières étapes du démantèlement des armes chimiques en Syrie.

Jeudi, les responsables syriens ont soumis une liste de leurs armes chimiques à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye, entamant leur opération de 1 milliard de dollars pour livrer et détruire le stock d’armes chimiques de la Syrie. Ils se préparent également à raviver les négociations entre la Syrie, les forces de l’opposition syrienne et les puissances occidentales à Genève.

Les enjeux énormes des négociations des États-Unis avec l’Iran et la Syrie montrent très clairement que les préparatifs de guerre américains contre la Syrie portaient sur beaucoup plus que l’attaque à l’arme chimique du 21 août à Ghouta. Les accusations sans fondement de Washington contre Damas étaient en fait un prétexte pour jeter les peuples américain et européens non seulement dans une guerre impérialiste contre la Syrie, mais en fin de compte aussi contre l’Iran et peut-être même la Russie, tout en cachant ces objectifs à long terme.

L’Iran a indiqué qu’il est prêt à offrir des garanties sur le fait qu’il ne construira pas d’armes nucléaires en échange d’un relâchement des sanctions américaines sur les exportations de pétrole iranien qui ont dévasté son économie. L’inflation est à 40 pour cent dans de nombreux endroits et le chômage s’est envolé avec les fermetures d’usines en Iran, ce pays se retrouvant coupé des marchés mondiaux après que Washington ait bloqué leur lien avec le système financier global SWIFT. La production d’automobiles en Iran a chuté de 30 pour cent.

Le régime bourgeois iranien montre clairement son désir de parvenir à un accord avec les États-Unis, en grande partie parce qu’il craint l’éclatement d’une opposition ouverte à ses politiques dans la classe ouvrière iranienne. En échange, Washington se prépare à exiger des concessions écrasantes visant le coeur de l’économie iranienne, son industrie pétrolière, qui transformeront la politique étrangère de l’État iranien et pousseront ses politiques économiques très à droite.

Les Iraniens ont désespérément besoin de reprendre leur souffle après les sanctions qui ont réduit leurs revenus pétroliers de plus de la moitié, fait s’effondrer leur monnaie et rendu les opérations bancaires internationales impossibles. Mais il se peut qu’ils ne comprennent pas quel sera le prix à payer. «Je suppose qu’ils vont avoir un sacré choc», a déclaré un responsable américain profondément impliqué dans l’établissement de la stratégie de négociation américaine au Times.

Les responsables des États-Unis et d’Europe ainsi que leurs compagnies pétrolières surveillent de près la nomination par Rouhani de Bijan Zanganeh au poste de ministre du Pétrole. Ce dernier est considéré comme une personnalité pro-occidentale. Zanganeh a signé des contrats importants avec les compagnies pétrolières européennes durant son précédent mandat de ministre du Pétrole de 1997 à 2005, et il a été démis de ses fonctions pour corruption par le président Mahmoud Ahmadinedjad quand ce dernier a pris ses fonctions en 2005.

Les analystes pétroliers iraniens cités dans The Economist ont déclaré que sous Zanganeh, la compagnie nationale pétrolière iranienne (NIOC) serait plus disposée à s’entendre sur le partage de la production avec les compagnies occidentales qui mettraient ainsi la main sur une part beaucoup plus importante des profits provenant du pétrole iranien. En plus de priver l’Iran d’une source importante de revenus qui allait aux dépenses sociales, le financement des Gardes révolutionnaires iraniens (IRGC) s’en trouverait également touché. Zanganeh serait engagé dans une lutte de factions acerbe avec l’IRGC au sein de l’industrie pétrolière iranienne.

L’IRGC, qui gère plusieurs compagnies d’ingénierie actives dans l’industrie pétrolière iranienne, supervise également l’aide militaire apportée par l’Iran à ses forces alliées au Moyen-Orient, comme la milice chiite du Hezbollah au Liban et les régimes pro-iraniens à tendance chiite en Syrie et en Irak.

Le chef des milices Al-Qods de l’IRGC, le major général Gassem Soleimani serait responsable de l’effort militaire iranien en Syrie en soutien au président Bashar el-Assad contre les forces d’opposition liées à al-Qaïda et soutenues par Washington. Il a publiquement affirmé que les forces Al-Qods soutiendront la Syrie «jusqu’à la fin».

Washington et ses alliés ont pour objectif de piller le pétrole iranien et, en faisant la guerre à la Syrie, ils veulent empêcher le développement d’un axe Iran-Irak-Syrie-Liban actuellement en formation. Ils considèrent cet axe comme un obstacle majeur à une domination impérialiste américaine incontestée sur le Moyen-Orient et comme une menace à l’État d’Israël.

Ces faits viennent établir qu’Obama mentait lorsqu’il a décrit ses plans de guerre comme simplement quelques petites frappes en réponse aux prétendues attaques chimiques syriennes. Les frappes contre la Syrie ne devaient être que les premiers coups d’une guerre régionale de grande ampleur, laquelle aurait pu impliquer la Russie, cette dernière maintenant actuellement des forces navales importantes au large de la Syrie.

Cette guerre n’a pas été annulée, mais seulement repoussée à une date indéterminée. Pendant qu’Obama et ses alliés font temporairement marche arrière face à l’opposition populaire massive et aux menaces de l’Iran et de la Russie, leurs négociations sont un moyen de poursuivre les mêmes objectifs militaires, mais par d’autres moyens.

Les responsables du gouvernement Obama affirment ouvertement qu’ils considèrent que de continuer à menacer une guerre est essentielle pour imposer leurs exigences. «On n’accomplit aucun progrès diplomatique au Moyen-Orient sans une pression importante. En Syrie, ce fut la menace sérieuse d’une action militaire, en Iran, ce fut un régime de sanctions qui est devenu de plus en plus important sur une période de cinq ans» a déclaré l’adjoint au conseiller à la sécurité nationale américaine, Benjamin Rhodes.

Les analystes américains les plus informés, dont Patrick Clawson duWashington Institute for Near-East Policy (WINEP), affirment que de nouvelles négociations avec l’Iran, menées sous la menace de la guerre, sont la dernière chance d’obtenir un accord négocié.

«Le moment de vérité arrive. Toutes les informations en provenance d’Iran, y compris celles concernant le guide suprême Al Khamenei, indiquent que l’Iran se prépare à passer un nouvel accord sur le nucléaire. Si l’on ne peut arriver à un accord dans les quelques mois qui viennent, il est difficile d’imaginer une autre occasion où les chances seraient aussi bonnes» a écrit Clawson dans Foreign Policy.

Le gouvernement Obama a à maintes reprises indiqué que s’il ne pouvait parvenir à un accord pacifique avec l’Iran, c’est-à-dire un accord entièrement dicté par les États-Unis, il partirait en guerre pour empêcher l’Iran de construire une bombe atomique.

Les responsables américains et français mènent en même temps des politiques en Syrie qui vont saper toute tentative sérieuse de négocier un accord sur la guerre en Syrie à Genève. Les milices de l’opposition soutenues par les États-Unis ont déclaré qu’elles boycotteraient les négociations de Genève. Néanmoins, les responsables occidentaux continuent à accentuer le soutien militaire et financier à l’opposition liée à al-Qaïda.

Après que les responsables américains ont déclaré qu’ils armeraient directement les forces de l’opposition la semaine dernière, le président français, François Hollande, a promis jeudi dernier d’armer les forces de l’opposition syrienne au cours d’une visite au Mali, pays d’Afrique occidentale occupé par la France. Il a également annoncé que la France se préparait à renforcer la collaboration des services de renseignements français avec les forces de l’opposition syrienne, offrant de les entraîner dans des bases en Jordanie.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 21 septembre 2013

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Une décision du Juge Peter Murphy qui a imposé à une femme musulmane d’enlever un voile couvrant tout le visage quand elle témoigne est devenue l’occasion d’une campagne exigeant des mesures supplémentaires pour réduire les droits démocratiques et cherchant plus généralement à renforcer l’hostilité envers les musulmans.

La décision de Murphy a été prise en prévision du procès d’une musulmane, dont le nom ne peut être dévoilé, au tribunal pénal de première instance de Blackfriar. Elle est accusée de subornation de témoin.

La décision du juge était plus nuancée qu’une précédente du même tribunal en mars qui décidait qu’une femme portant un voile intégral (niqab) ne pouvait pas faire partie d’un jury. Murphy a décidé que la femme pourra garder le voile pour toutes les parties de son procès, sauf quand elle est appelée à la barre. Il a affirmé qu’il est essentiel pour le jury de voir le visage de la femme pour qu’ils puissent juger de son comportement et de ses expressions.

L’accusée de 22 ans, connue uniquement sous la lettre D, n’aura pas à témoigner devant un tribunal ouvert au public avec son visage à découvert, et elle pourra témoigner par vidéo ou derrière un écran protecteur pour n’être vue que par le juge, les jurés et son avocat. Aucun dessin d’artiste de l’accusée ne sera autorisé avec son visage à découvert.

Dans sa décision, Murphy affirme qu’il a recherché «l’approche la moins restrictive». D’après la Loi sur les droits de l’Homme de 1998, un accusé a le droit de manifester son appartenance religieuse, a affirmé le juge, tout en ajoutant que «certaines restrictions sur le droit d’un accusé à porter un niqab durant la procédure contre lui devant un tribunal pénal sont nécessaires dans une société démocratique». Il a appelé le Parlement ou une «juridiction plus élevée» à prendre une décision sur la question.

Des représentants des deux partis au gouvernement – Conservateurs et Libéraux-démocrates – se sont emparés de cette décision et de l’appel du juge pour demander des interdictions plus larges contre le voile. Aucun d’entre eux n’a demandé une interdiction totale comme celles qui sont imposées en France ou en Belgique, mais ils sont allés aussi loin qu’ils sentaient possible de le faire dans cette direction.

Le député conservateur Philip Hollobone a accusé le juge de «se plier aux desiderata de quelqu’un qui ne veut clairement pas respecter les règles comme tout le monde».

Le ministre de l’intérieur libéral-démocrate Jeremy Browne a appelé à un débat pour savoir si l’État devait empêcher que les jeunes femmes se voient imposer le port du voile par les hommes de leur famille et s’il faudrait envisager d’interdire aux filles musulmanes de porter le voile dans les lieux publics comme les écoles. Brown a déclaré au Daily Telegraph qu’il devrait y avoir un «débat national» parce que «les gens qui ont des idées libérales auront des idées différentes sur la manière de protéger et de promouvoir la liberté de choix».

Toujours dans le Daily Telegraph, la député conservatrice Sarah Wollaston a déclaré qu’il est temps «d’arrêter de déléguer cela aux institutions individuelles comme si c’était une question mineure de norme vestimentaire et d’établir à la place une ligne de conduite nationale claire» pour éliminer le niqab qui serait «une cape d’invisibilité» et la burqa qui a été qualifiée de «symbole non de libération mas de répression et de ségrégation».

Le porte-parole de David Cameron a déclaré que le Premier ministre n’est pas partisan d’une interdiction du niqab «dans la rue», mais que les employeurs et les diverses institutions ont le droit d’établir leur propre «norme vestimentaire» sous le couvert de la disposition de la Loi sur les droits de l’Homme qui impose de respecter «la protection et la liberté des autres». Downing Street a fait savoir que Cameron soutiendrait les écoles qui voudraient imposer des normes vestimentaires interdisant le voile, en réaction à l’abandon, suite à des protestations, par le Birmingham Metropolitan College de sa propre interdiction du voile couvrant le visage, décidée il y a huit ans.

Un certain nombre de musulmans en vue, et opposés au voile, ont été cités par les politiciens et les médias. L’imam T. Harguey, directeur du Centre d’éducation musulmane d’Oxford, a qualifié le voile couvrant le visage de «pratique préislamique [qui] est non-coranique et non-musulmane», il a dit que sa diffusion était liée à «des musulmans mal informés […] conditionnés à assimiler la culture à la religion et à faire croire à la Grande-Bretagne libérale que c’est là un principe de liberté religieuse et de droits de l’Homme quand ce n’est ni l’un ni l’autre».

Dans l’Independent, Yasmin Alibhai Brown a insisté sur l’idée que les femmes complètement voilées «bloquent l’Islam progressiste» et que ce voile est porté par «des femmes, les mères en particulier, [qui] ont subi un lavage de cerveau par des prosélytes qui veulent diffuser un culte islamique conservateur en Europe et en Amérique. Ils sont bien financés par des sources basées en Arabie saoudite et dans les États du Golfe.»

De tels arguments, qu’ils soient malintentionnés ou pas, passent à côté de l’essentiel. La question en jeu ne porte pas sur la doctrine religieuse, mais sur les libertés démocratiques. Que le Coran exige ou pas de porter le voile, une partie des musulmans croient qu’ils y sont tenus.

De plus, même s’il y avait un véritable problème d’imposition forcée du port du voile, par un conjoint ou un autre membre de la famille, les interdictions de port en public ne seraient pas un moyen de libération. Cela ne ferait que confiner ces femmes encore plus dans la sphère privée.

Et le plus fondamental, le port du voile n’est pas qu’un phénomène culturel, mais politique. Comme pour toutes les manifestations de la montée du fondamentalisme islamiste, c’est en partie une réaction hostile d’une petite partie des musulmans aux crimes commis partout dans le monde par la Grande-Bretagne et les autres puissances impérialistes – en Afghanistan, en Irak et partout dans le monde.

De tels sentiments sont alimentés par les mesures qui sont imposées ici au nom de la «guerre contre le terrorisme». Et, quelle que soit l’intention affichée de ceux qui veulent une interdiction du voile, son usage est encouragé par l’islamophobie ouverte ou à peine dissimulée qui a encore une fois accompagné les dernières «discussions» sur la question déclenchées par des médias vénaux et l’élite politique.

La France a imposé son interdiction du port d’un voile couvrant le visage dans les lieux publics en avril 2011 et la Belgique en juillet de la même année. L’Allemagne a découvert sa propre horreur du voile en 2003, l’année de la guerre d’Irak, en permettant aux gouvernements des landers d’imposer une interdiction pour les enseignants et les autres fonctionnaires. Une dizaine de villes espagnoles ont imposé des interdictions depuis 2010. Parmi ceux qui affirment que le juge n’est pas allé assez loin dans cette affaire, on compte Jack Straw, le ministre des affaires étrangères sous Tony Blair en 2003, un homme directement impliqué dans cette invasion et dans tous les autres actes criminels associés à la «guerre contre le terrorisme».

Personne en dehors des charlatans intellectuels ou politiques n’attribuerait à cette volée de mesures un rôle progressiste de défense des droits des femmes et des valeurs laïques ou d’intégration progressive des minorités. De telles affirmations sont tout aussi clairement fausses que la rhétorique «humanitaire» utilisée pour justifier une intervention militaire aux Balkans, en Afghanistan, en Irak, en Libye, et en Syrie pour mettre la main sur les richesses pétrolières et d’autres objectifs géostratégiques. La campagne contre le voile est une chasse-aux-sorcières à laquelle il faut s’opposer.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 20 septembre 2013

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Les armes chimiques : Pédagogie de l’horreur et humanisme tardif

septembre 22nd, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Je ne comprends pas ces réticences à l’emploi du gaz. Je suis fortement en faveur de l’utilisation du gaz toxique contre les tribus barbares… L’effet moral sera bon. On diffusera une terreur vivace»…

Sir Winston Churchill à propos des rebelles kurdes



Le mérite de Winston Churchill c’est d’avoir été franc. Il n’a aucun état d’âme à gazer des populations, et il s’insurge contre ceux qui sont contre. Il leur explique qu’il n’y a pas de quoi puisque ce sont des tribus barbares que l’on doit démoraliser par la terreur. Au passage Winston Churchill sans état d’âme sait de qu’il parle la terreur mais malgré cela il persiste et il signe Dans cette contribution pour décrire les faits, nous allons parler des justiciers actuels imposant une doxa occidentale qui repose comme au bon vieux temps sur le fait du prince –des princes pourrait on dire- et la lettre de cachet pour les manants version actuelle de l’expédition punitive qu’affectionne particulièrement les socialistes au point d’en user et d’en abuser. Ceci , depuis une certaine France de Guy Mollet partie guerroyer avec son complice de toujours, la perfide Albion et avec l’incontournable Israël, quand il s’agit de mettre au pas les Arabes, jusqu’à la « punition » promise à la Syrie par Hollande le chevalier sans peur et sans reproche, frustré de ne pas en découdre sans la protection du parapluie américain.

L’histoire de l’utilisation des armes chimiques

Nous avons dans une contribution précédente décrit l’histoire de l’utilisation des armes chimiques en consommant par les feux grégeois qu’un certain Calllinicus avait mis au point Le feu grégeois était sur l’association d’un comburant, le salpêtre, avec les substances combustibles, comme le goudron. Bien plus tard, c’est l’Allemagne qui utilisa la première les armes chimiques en 1915-17 : chlore liquide et phosgène, puis gaz vésicatoire et asphyxiant moutarde (ou ypérite). En riposte, la Grande-Bretagne et la France produisirent elles aussi ce gaz létal. Le gaz nervin Tabun, qui provoque la mort par asphyxie, fut découvert en 1936 par des chercheurs de la société allemande I.G. Farben En 1930, l’Italie utilisa des armes chimiques en Libye et en Éthiopie en 1936

Les pays occidentaux qui poussent des cris d’orfraie, doivent se souvenir que ce sont eux les inventeurs et les vendeurs de ces armes de la mort tragique. Camus écrit à ce propos dans Agoravox :

« (…) Pour ce qui est de la tragédie du gazage du village Kurdes d’Halabja en 1988 sans doute conviendrait-il de faire remonter à la surface de l’oubli ce qu’écrivait Barry Lando, ancien de la chaine américaine CBS, dans Le Monde du 17 octobre 2005 à savoir qu’il eut fallu se souvenir « que les armes chimiques irakiennes étaient fournies principalement par des sociétés françaises, belges et allemandes, dont les ingénieurs et chimistes savaient exactement ce que Saddam préparait. Ni que les États-Unis avaient précédemment fourni à Saddam des images satellite lui permettant d’attaquer les troupes iraniennes avec des armes chimiques » (1) 

Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat

Avant de devenir l’icône de la résistance au nazisme, lit on sur une contribution parue dans le Guardian, Winston Churchill a d’abord été un fervent défenseur de l’Empire britannique et un antibolchevique convaincu. Au point de préconiser le recours aux gaz qui avaient été la terreur des tranchées.(…) Winston Churchill, alors secrétaire d’Etat à la Guerre, balaie leurs scrupules d’un revers de main. Depuis longtemps partisan de la guerre chimique, il est décidé à s’en servir contre les bolcheviques en Russie. Durant l’été 1919, quatre-vingt-quatorze ans avant l’attaque dévastatrice en Syrie, Churchill prépare et fait lancer une attaque chimique d’envergure. Ce n’est pas la première fois que les Britanniques ont recours aux gaz de combat. Au cours de la troisième bataille de Gaza [contre les Ottomans] en 1917, le général Edmund Allenby a fait tirer 10 000 obus à gaz asphyxiants sur les positions ennemies. Cependant la mise au point de l’”engin M”, un gaz extrêmement toxique, le diphénylaminechloroarsine décrit comme “l’arme chimique la plus efficace jamais conçue.(2)

En 1919 Winston Churchill alors Secrétaire d’État à la Guerre décide d’utiliser les grands moyens Nous lisons sous la plume de Camus :

« Un programme exécuté à la lettre par le lieutenant-colonel Arthur Harris qui lui s’en vantait en ces termes : « Les Arabes et les Kurdes savent maintenant ce que signifie un véritable bombardement… En 45 minutes nous sommes capables de raser un village et de tuer ou blesser un tiers de sa population ». Vingt-cinq ans plus tard Winston Churchill, fidèle à lui-même, professait des idées à peu près identiques à propos du Reich national-socialiste (…) Ajoutons par honnêteté que l’usage britannique des attaques aériennes au gaz moutarde – Ypérite – notamment au Kurdistan à Souleimaniyé sur la frontière irano-irakienne en 1925 – un an après la signature du Protocole de Genève prohibant “l’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques” – n’a pas été une pratique totalement isolée, les Espagnols dans le Rif marocain [1921-1927], les Japonais en Chine ne s’étant pas privés d’y recourir ». (1)

La France et « son savoir faire » dans les armes chimiques

La France comme toutes les nations occidentales a développé d’une façon intensive les gaz de combat notamment dès la première guerre mondiale. Son savoir faire a été exporté dans plusieurs pays. Malgré toutes les conventions signées, elle a gardé en Algérie une base d’expérimentation. Fabrice Nicolino écrit à ce sujet :

« La France gaulliste a oublié les armes chimiques de B2 Namous. La France socialo a oublié les 5 000 morts d’Halabja. Le 16 mars 1988, des Mirage made in France larguent sur la ville kurde – irakienne – d’Halabja des roquettes pleines d’un cocktail de gaz sarin tabun et moutarde. 5 000 morts. (…) L’urgence est de soutenir Saddam Hussein, raïs d’Irak, contre les mollahs de Téhéran. Et que l’on sache, pas un mot de Hollande, en ce temps l’un des experts du Parti Socialiste. Il est vrai que ce n’est pas demain la veille qu’ils devront s’expliquer sur la base secrète B2 Namous. ancienne base d’expérimentation d’armes chimiques & bactériologiques (…) De Gaulle a l’obsession qu’on sait : la grandeur, par la puissance. La première bombe atomique de chez nous explose le 13 février 1960 dans la région de Reggane, au cœur d’un Sahara alors français. Ce qu’on sait moins, c’est que le pouvoir gaulliste deale ensuite avec l’Algérie d’Ahmed Ben Bella pour conserver au Sahara des bases militaires secrètes. Les essais nucléaires français, devenus souterrains, continuèrent dans le Hoggar, près d’In Ecker, jusqu’en 1966. La France a signé en 1925 une convention internationale interdisant l’utilisation d’armes chimiques, mais que valent les chiffons de papier ? Entre 1921 et 1927, l’armée espagnole mène une guerre d’épouvante chimique contre les insurgés marocains du Rif. Et l’on sait maintenant que la France vertueuse avait formé les « techniciens » et vendu phosgène et ypérite à Madrid ».(3)

Fabrice Nicolino nous parle ensuite des accords d’Evian qui permettent à la France de garder des bases militaires qu’ils ont restitués dans leur état naturel :

« Outre Reggane et In Ecker, B2 Namous, un polygone de 60 kilomètres par 10 au sud de Béni Ounif, non loin de la frontière marocaine. Dans une note de l’état-major français, on peut lire : « Les installations de B2-Namous ont été réalisées dans le but d’effectuer des tirs réels d’obus d’artillerie ou d’armes de saturation avec toxiques chimiques persistants ; des essais de bombes d’aviation et d’épandages d’agressifs chimiques et des essais biologiques ». En 1997, le ministre de la Défense Alain Richard déclare : « L’installation de B2 Namous a été détruite en 1978 et rendue à l’état naturel ». En février 2013, le journaliste de Marianne Jean-Dominique Merchet révèle qu’un accord secret a été conclu entre la France et l’Algérie Il porte sur la dépollution de B2 Namous, « rendue à l’état naturel » trente ans plus tôt ».(3)

L’utilisation des armes chimiques par les Etats Unis 

Il est impossible dé décrire les nombreuses circonstances dans lesquelles les armes chimiques ont été utilisées. Qu’il nous suffise de rapporter la philosophie du plus grand chantre de l’utilisation de ces armes de l’horreur :

« Décidément lit-on sur Agoravox sous la plume de Camus, comme s’il fallait établir des distinguos abscons entre morts déchiquetés sous des bombes conventionnelles ou asphyxiés au gaz innervant. Et puis les Anglo-américains devraient commencer par balayer devant leurs malpropres portes au lieu de jouer aux offusqués et aux saints innocents. (…) N’est-ce pas en effet Washington qui a livré une impitoyable guerre chimique au Vietnam entre 1961 et 971 avec des épandages massifs – 80 millions de litres – d’Agent Orange, un défoliant comportant de la dioxine ? Ce sont de 2,1 à 4,8 millions de Vietnamiens qui ont été touchés par ce composé hautement mutagène dont les effets se font sentir encore aujourd’hui » (1)

Massimo Fini s’interroge à son tour ,sur l’autorité morale des Etats Unis :

« (…) Mais ce que j’aimerais comprendre, c’est d’où vient exactement cette autorité morale des États-Unis qui se permettent de tracer des « lignes rouges » sur l’utilisation d’armes chimiques. Ce sont pourtant eux qui, en 1985, en fournirent à Saddam alors au pouvoir dans sa lutte contre les Iraniens, et par la suite contre les Kurdes. (…) Lors de la guerre contre la Serbie, les USA utilisèrent des bombes à l’uranium appauvri. (…) On imagine facilement l’effet de cet « uranium appauvri » sur les civils serbes et surtout sur les enfants qui évoluent à 1 m du sol et sont habitués à toucher à tout En 2001, pour capturer Ben Laden, les Américains noyèrent les montagnes d’Afghanistan sous les bombes à l’uranium et le ministre de la Défense Donald Rumsfeld avait déclaré que « pour chasser les terroristes, nous utiliserons aussi des gaz toxiques et des armes chimiques. » On en voit les résultats aujourd’hui. Un paysan afghan, dénommé Sadizay, raconte : « Un raid de l’OTAN a détruit ma maison, tué ma femme et trois de mes fils. Mais quand j’ai vu naitre mon neveu sans bras et sans jambes, alors j’ai compris que les Américains nous avaient volé jusqu’à notre futur. » (4)

Le secret entourant les gaz chimiques israéliens

« Ce sont écrit Thierry Meyssan, les recherches israéliennes sur les armes chimiques et biologiques qui ont poussé historiquement la Syrie à rejeter la Convention interdisant les armes chimiques. C’est pourquoi la signature par Damas de ce document risque de mettre en lumière l’existence, et éventuellement la poursuite, de recherches sur des armes sélectives destinées à tuer les seules populations arabes. (…) Un document de la CIA récemment découvert révèle qu’Israël a mis aussi en place son propre arsenal d’armes chimiques. Des responsables du renseignement à Washington estiment que l’Etat hébreu a secrètement fabriqué et stocké des armes chimiques et biologiques depuis des décennies pour compléter son arsenal nucléaire présumé. dans un rapport secret de la CIA en 1983. Des satellites espions américains ont repéré en 1982 «une usine de production de gaz chimique et une unité de stockage dans le désert du Néguev». (5)

Pour Jean Shaoul , La condamnation par les États-Unis de l’usage des armes chimiques ne s’applique pas à Israël . Il écrit : « (…) Aucune obligation morale de cette sorte n’est cependant invoquée à l’égard d’Israël, pays qui détient le plus important stock d’armes chimiques biologiques et nucléaires au Moyen-Orient, et qui est le seul Etat à ne pas avoir signé le traité de non-prolifération nucléaire. Comme l’a relevé le site Web Foreign Policy le lundi 9 septembre, non seulement les États-Unis connaissent depuis des dizaines d’années l’existence des armes chimiques israéliennes, mais ils ont maintenu le silence à leur propos. Ce n’est pas simplement qu’Israël possède un important arsenal d’armes chimiques. Il s’en est servi contre les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, contre le Liban et Gaza durant les assauts militaires de 2006, et durant l’opération Plomb durci à Gaza en 2008-2009.(…) Un protocole de la convention de 1980 sur les armes conventionnelles interdit l’usage du phosphore blanc en tant qu’arme incendiaire (…) Le rapport d’enquête de l’ONU, le rapport Goldstone, a réaffirmé les conclusions de nombreuses enquêtes internationales respectées, confirmant l’usage disproportionné par Israël de la force contre les Palestiniens, et les accusations de crime de guerre contre Israël et le Hamas ainsi que de « probables crimes contre l’humanité, » comprenant l’usage du phosphore blanc par Israël. Il y est dit que les forces israéliennes se sont comportées de façon « systématiquement irresponsable » dans leur usage de phosphore blanc dans les zones construites, citant l’attaque israélienne contre le bâtiment de l’Agence de soins et de travaux de l’ONU dans la ville de Gaza, l’attaque de l’hôpital Al Quds et celle de l’hôpital Al Wafa. (6)

On parle souvent de la « Pax Americana » pour dénommer l’ordre résultant de l’hégémonie des Etats-Unis. Cette position de force n’est pas un gage d’équilibre et de paix à l’échelle mondiale. C’est ainsi que les États-Unis interviennent de façon chronique pour leurs intérêts stratégiques Pour l’histoire cela a commencé en 1846 : Guerre américano-mexicaine, les États-Unis d’Amérique annexent La Californie. Ce fut aussi, sans être exhaustif, la Guerre de Corée (1950-1953), du Viêt Nam (1968-1975). Cela a continué pour la période récente avec la guerre du Vietnam ou des centaines de tonnes d’agents chimiques orange ont été déversées créant la mort et la désolation pour des dizaines d’années, ce sera ensuite le ou la Guerre en Irak (2003) , le feuilleton irakien de la démocratie aéroportées à raison de dizaines de morts tous les jours ne s’est pas clôturé avec la pendaison inhumaine de Saddam Hussein En 2011 ce fut la mise à sac de la Libye et le lynchage abjecte de Kadhafi. au total soixante six interventions extérieures pour la plupart sanglante. »

Que sont devenus les révélations de Carla del Ponte ?

Faut il rappeler qu’en mars 2013 les Syriens avaient appelé l’ONU à venir enquêter sur l’utilisation par les terroristes d’armes chimiques « J’ai décidé que l’ONU mènerait une enquête sur l’utilisation possible d’armes chimiques en Syrie », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à la presse. Il a précisé que cette enquête, répondant à une demande officielle de Damas, sera lancée « dès que possible en pratique » et portera sur « l’incident spécifique que m’a signalé le gouvernement syrien » Celui-ci accuse l’opposition d’avoir eu recours aux armes chimiques mardi à Khan al-Assal, près d’Alep (nord)(7).

Selon la magistrate suisse Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU, les rebelles syriens auraient utilisé du gaz sarin, fortement toxique et interdit par le droit international. « Selon les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont utilisé des armes chimiques, faisant usage de gaz sarin », Cette déclaration de Carla del Ponte, s’est faite dans une interview à la radio suisse italienne dans la nuit de dimanche à lundi.« (extrait du site ZINFO 974) Ces »gentils” rebelles, ces braves révolutionnaires, ne parviennent plus à masquer leur vrai visage, celui de mercenaires criminels . (8)

Les va –t-en guerre invétérés 

Dans cette atmosphère de bruits de bottes et de menace en tout genre, avec une accusation d’utilisation de gaz sarin par l’armée syrienne, les boute feux toujours les mêmes, ne veulent pas être frustrées il leur faut leur guerre pour qu’Israël soit en paix Ahmed Bensaada écrit à ce sujet :

« Bernard-Henri Lévy (BHL), le dandy guerrier, est de retour. Le cercle des danseurs autour du feu est bien achalandé et on y trouve de tout : d’illustres néoconservateurs (néocons), des défenseurs d’Israël farouchement pro-sionistes, d’anciens membres de l’administration Bush, des islamophobes notoires, des américains possédant la double nationalité étasunienne/israélienne, des va-t-en-guerre responsables de l’invasion de l’Irak, de féroces détracteurs de l’Iran et, pour parfaire le décorum, quelques opposants syriens pro-américains. C’est cet aréopage constitué de 74 personnes pompeusement qualifiées d’« experts en politique étrangère » qui vient de signer une lettre adressée à Obama, en l’exhortant de « répondre de manière décisive en imposant des mesures ayant des conséquences significatives sur le régime d’Assad ». Au minimum, disent-ils « les États-Unis, avec leurs alliés et partenaires qui le souhaitent, devraient utiliser des armes à longue distance et la puissance aérienne pour frapper les unités militaires de la dictature syrienne qui ont été impliquées dans la récente utilisation à grande échelle d’armes chimiques. » (9)

Charles de Gaulle écrivait en son temps, que « les armes ont torturé mais aussi façonné le monde. Elles ont accompli le meilleur et le pire, enfanté l’infâme aussi bien que le plus grand, tour à tour rampé dans l’horreur ou rayonné dans la gloire. Honteuse et magnifique, leur histoire est celle des hommes ». La guerre de tous conte tous n’est jamais propre , c’est de fait l’échec de la parole désarmée est l’empathie envers la détresse des faibles. Assurément l’humanité court à sa perte.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes

1.Camus mardi 17 septembre 2013 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/guerres-chimiques-pages-d-histoire-140994

2. Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat, Courrier International, 13 septembre 2013

3. Fabrice Nicolino http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article2399019  septembre 2013

4.Massimo Fini, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/veto-sur-les-armes-chimiques-sauf-135436  4 mai 2013

5. Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org/article180223.html  15 09 2013

6. Jean Shaoul http://www.mondialisation.ca/la-condamnation-par-les-etats-unis-de-lusage-des-armes-chimiques-ne-sapplique-pas-a-israel/5350557

7. http://www.lexpress.fr/actualites/1

8b.http://fr.rian.ru/world/20130427/19…armes chimiques : l’opposition hostile à l’enquête russe

9. http://www.mondialisation.ca/syrie-le-dandy-et-les-faucons/5349958

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La Bolivie va poursuivre Obama pour crimes contre l’humanité

septembre 22nd, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

En 2002, MacDonald était contraint de fermer tous ses restaurants en Bolivie.  En avril 2013, le président bolivien Evo Morales annonçait l’expulsion de Bolivie de l’USAID, l’agence américaine pour le développement international, en l’accusant de conspiration et d’ingérence dans la politique intérieure bolivienne.

Plus jamais l’USAID, qui manipule, qui utilise nos frères dirigeants, qui utilise des camarades de la base en leur donnant des aumônes !

Sûrement, (les Etats-Unis) croiront toujours qu’ici on peut manipuler politiquement, économiquement“, a dit le président bolivien. “Mais cela, c’était dans les temps anciens.

Evo Morales dans un discours à la foule pendant un rassemblement pour la Fête du Travail sur la place d’Armes de La Paz, le 1er mai 2013.

Désormais le président Morales s’apprête à poursuive les États-Unis pour crime contre l’humanité.


Le président bolivien Evo Morales va déposer une plainte contre le gouvernement américain pour crimes contre l’humanité. Il a dénoncé les Etats-Unis pour ses tactiques d’intimidation et d’alarmistes après que le jet présidentiel vénézuélien fût interdit de pénétrer dans l’espace aérien américain.

Je tiens à annoncer que nous préparons un procès contre Barack Obama afin de le condamner pour crimes contre l’humanité”, a déclaré le président Morales lors d’une conférence de presse dans la ville bolivienne de Santa Cruz. Il a stigmatisé le président américain comme un «criminel» qui viole le droit international.

En solidarité avec le Venezuela, la Bolivie va commencer la préparation d’un procès contre le chef d’Etat américain qui se tiendra au tribunal international. En outre, Morales a convoqué une réunion d’urgence de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) pour discuter de ce qui a été condamné par le Venezuela comme étant “un acte d’intimidation par l’impérialisme nord-américain.”

Le président bolivien a suggéré que les membres de la CELAC retirent leurs ambassadeurs des États-Unis afin d’envoyer un message clair à l’administration Obama. Comme mesure supplémentaire, il fera appel aux pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques à boycotter la prochaine réunion de l’ONU. Les membres de l’Alliance comprennent Antigua-et-Barbuda, Cuba, la Dominique, l’Équateur, le Nicaragua, le Venezuela et Sainte-Lucie.

Les États-Unis ne peuvent plus être autorisé à poursuivre leur politique d’intimidation et de bloquer les vols présidentiels “, a souligné Morales.

Le gouvernement vénézuélien a annoncé jeudi que l’avion du Président Nicolas Maduro avait été refusée d’entrée dans l’espace (US) aérien portoricain.

«Nous avons reçu l’information de responsables américains de notre interdiction de voyager dans l’espace aérien”, a déclaré le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua, parlant aux journalistes lors d’une rencontre officielle avec son homologue sud-africain.

Jaua a dénoncé le mouvement comme étant “encore un autre acte d’agression de la part de l’impérialisme nord-américain contre le gouvernement de la République bolivarienne».

Le président Maduro devait arriver à Pékin ce week-end pour des entretiens bilatéraux avec le gouvernement chinois. Jaua a insisté pour que le leader vénézuélien se rendre à destination, indépendamment de toute interférence perçue.

Le gouvernement américain n’a pas encore fait de déclaration concernant la fermeture de son espace aérien à l’avion présidentiel vénézuélien. Puerto Rico étant un territoire non incorporé des États-Unis.

Détérioration des relations entre les États-Unis et la Bolivie

Les relations de Washington avec l’Amérique latine se sont détériorées depuis le début de l’année suite au blocus aérien qui a forcé l’avion du président bolivien Evo Morales à atterrir en Autriche en juillet dernier.

Plusieurs pays de l’UE avaient fermés leur espace aérien à l’avion présidentiel en raison de soupçons que l’ancien employé de la CIA Edward Snowden – voulu aux États-Unis sur des accusations d’espionnage – était à bord. La Bolivie a allégué que les États-Unis était derrière le blocus aérien.

En réponse à l’incident, les dirigeants latino-américains réunis dans la condamnation de ce qu’ils ont décrit comme étant «l’intimidation néocoloniale».

Plus tard dans l’année, les révélations sur le réseau d’espionnage mondial des États-Unis publié par Edward Snowden n’ont pas aidé à améliorer les relations. Les fuites ont révélé que la National Security Agency (NSA) a surveillé les communications privées des deux présidents du Brésil et du Mexique.

Le gouvernement brésilien a dénoncé la surveillance de la NSA comme étant “inadmissible et inacceptable”, et constituait une violation de la souveraineté brésilienne. À la suite de l’espionnage US, le président brésilien Dilma Rousseff a reporté une visite d’Etat à Washington en Octobre.

 

Article original en anglais :

http://rt.com/news/morales-obama-humanity-crimes-109/

 

Note du traducteur

À la lumière de ces faits et gestes, notre devoir de citoyens nord américain est d’appuyer la poursuite en justice de la Bolivie contre la Corporatocratie impérialiste américaine. Nous devons mettre une terme au crime organisé de l’administration Obama. Il est grand temps que ce gouvernement « voyou et criminel » soit poursuivi en justice pour crimes contre l’humanité.

Armand Pouliot

 

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Tambour de guerre en Syrie

septembre 21st, 2013 by Chérif Abdedaïm

Pendant qu’Obama «tente» (j’ai le sourire) de convaincre le «Congrès» (américain ou sioniste ?) d’une frappe militaire contre la Syrie, son nouveau guignol nommé au secrétariat d’Etat, poursuit sa tournée mobilisatrice des forces occultes (bien sûr, il faut être à plusieurs pour mordre, c’est la devise de la horde).

Récemment, à Paris (capitale du pays des «droits de l’homme»), John Kerry a déclaré que les Etats-Unis se réservent le droit de frapper la Syrie sans attendre le rapport des inspecteurs de l’Onu chargés d’enquêter sur le cas d’utilisation présumée d’armes chimiques le 21 août dernier près de Damas. Et voilà, l’éternelle rhétorique des «options» sur la table (alors que les desseins sournoisement ourdis ont bel et bien été cuisinés à Tel Aviv). Bref, faisons semblant de le «croire». Donc, selon le secrétaire d’Etat américain, «Le président Obama n’a pas pris de décision et garde toutes les options sur la table ». Cela étant, aux frontières, on s’affaire déjà à la préparation de la morsure du serpent. Les Turcs, plus royalistes que le roi, ont déjà dépêché leurs F-16 dimanche vers la frontière syrienne en mission de «reconnaissance », rapporte le journal turc Sabah. Selon le quotidien, les pilotes des avions sont autorisés à ouvrir le feu en cas de nécessité.

Dans l’attente d’une éventuelle intervention militaire en Syrie voisine, Ankara renforce les mesures de sécurité à la frontière turco-syrienne. A l’heure actuelle, 15.000 soldats de l’armée de terre turque, environ 450 chars et véhicules blindés, ainsi que plus de 150 mitrailleuses lourdes ont été transférés vers la région. Et pourtant, si Erdogan louchait un peu vers l’intérieur de sa maison, il s’occuperait mieux de son ménage au lieu de jouer au chien de chasse. Par la «Voix de la Russie», on apprend que des étudiants de l’une des universités d’Ankara se sont opposés à l’abattage d’arbres sur leur campus, où les autorités veulent construire un boulevard. Vendredi dernier, la police les a violemment réprimés à coups de bâton, de gaz lacrymogène et de canons à eau. Comme elle avait réprimé au printemps dernier, à Istanbul, les manifestations pour empêcher la destruction du parc Gezi, faisant 5 morts et 8 000 blessés. Mais la jeunesse ne se laisse pas arrêter par les méthodes brutales du Premier ministre Erdogan, surnommé «le Sultan».Une contestation qui vise plus généralement le manque de libertés et l’injustice sociale. Dans la même perspective, les médias israéliens annoncent que le régime sioniste a déployé dimanche son système Dôme de fer près de Jérusalem. Auparavant, des batteries du bouclier antimissile ont été déployées près de Tel-Aviv. Des observateurs estiment qu’elles sont destinées à faire face à une frappe éventuelle syrienne qui n’est pas exclue si les Etats-Unis attaquent la Syrie. Le Premier sinistre sioniste, Benjamin Netanyahu, avait déclaré précédemment qu’Israël ne participerait pas à la guerre contre la Syrie, mais répondrait avec force s’il est attaqué. Quelle blague ! Cela nous rappelle «l’arroseur arrosé ».

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Le 19 Septembre 2013, le Président Bachar al-Assad a accordé un entretien à deux journalistes de Fox News [USA] rendus à Damas. Voici la traduction de la deuxième partie.

Fox News : Monsieur le Président, permettez-moi de vous poser des questions d’ordre diplomatique. Quelles sont les initiatives que vous seriez prêt à mener pour rétablir la confiance et avancer vers la paix dans votre pays ?

Président Al-Assad : Toute initiative diplomatique menée sans avoir ramené la stabilité et débarrassé le pays des terroristes ne sera qu’illusion ! C’est pourquoi, toute initiative diplomatique doit commencer par stopper l’afflux des terroristes, leur soutien logistique ainsi que leur soutien en armes et en argent. Pour la suite, nous disposons d’un plan global qui permettra aux Syriens de s’asseoir autour d’une même table pour discuter ensemble de l’avenir de la Syrie, de son régime politique, de sa constitution, et de tout le reste.

Fox News: Est-ce que cet avenir inclut des négociations avec l’opposition syrienne ?

Président Al-Assad : Parfaitement… mais ceci ne signifie pas négocier avec les terroristes.

Fox News: Je comprends. Mais est-ce que cela signifie que vous êtes prêt pour, disons, un programme de réconciliation avec vos opposants ? Êtes-vous prêt à cela ?

Président Al-Assad : Certainement. Nous l’avons même annoncé tout au début de cette année. Nous avons dit que nous étions prêts à discuter avec n’importe quel parti politique en Syrie ou à l’extérieur de la Syrie.

Fox News : Parlons de l’avenir et de l’année qui vient… Seriez-vous prêt à offrir l’amnistie à tous les Syriens qui se sont opposés à votre gouvernement ?

Président Al-Assad : Ils n’ont pas enfreint la loi. Par conséquent, si ce sont des opposants au gouvernement, ils n’ont pas besoin d’amnistie pour venir en Syrie. L’amnistie n’est envisageable que pour des personnes qui ont violé ou enfreint la loi syrienne. S’opposer au gouvernement n’est pas un crime.

Fox News : Considérez-vous l’amnistie comme une voie pouvant mener vers la paix ?

Président Al-Assad : Cela dépend… S’il s’agit de personnes qui ont fait couler le sang syrien, il est possible de l’envisager dans le cadre d’une réconciliation nationale.

Fox News: Y compris des réparations aux familles de ceux qui ont été tués ?

Président Al-Assad : Ce n’est pas au président de définir tous ces détails. Je pense que c’est l’ensemble de toutes les factions ou parties qui le feront.

Fox News : Puisque vous allez vers un processus de paix, que diriez-vous, Monsieur le Président, à ces millions de Syriens devenus des réfugiés ? Que pourriez-vous faire pour les inviter à revenir chez eux ?

Président Al-Assad : Bien sûr que nous voulons qu’ils reviennent dans leurs villages, leurs villes et leurs foyers. Nous le voulons. Mais nous devons les aider à se débarrasser des terroristes, parce que la majorité de ces réfugiés ont quitté à cause d’eux et non à cause du gouvernement. En réalité, nous avons des réfugiés à l’intérieur même de la Syrie et ils sont aidés par le gouvernement.

Fox News : Permettez-moi de vous demander si vous avez parlé avec le président Obama?

Président Al-Assad : Jamais.

Fox News : Lui avez-vous parlé à un moment ou à un autre ?

Président Al-Assad : Non… jamais.

Fox News : Cela vous intéressait-il de parler avec notre président?

Président Al-Assad : Cela dépend du contenu… il ne s’agit pas de bavarder !

Fox News : Si, en ce moment précis, vous aviez l’intention de lui adresser un message, que lui diriez-vous ?

Président Al-Assad : Écoutez votre peuple. Suivez le « sens commun » [1] de votre peuple. Ça suffira.

Fox News : Le Pape François a invité la communauté internationale à abandonner la  vaine poursuite d’une solution militaire. Croyez-vous que ses conseils s’appliquent à vous et à votre gouvernement autant qu’à d’autres pays ?

Président Al-Assad : Certainement ! Nous avons invité chaque milicien en Syrie à déposer ses armes, en conséquence de quoi nous lui avons offert l’amnistie et la possibilité de reprendre le cours normal de sa vie de citoyen. Bien sûr que nous le croyons !

Fox News : Je vous remercie. Avant de passer la parole à mon collègue, j’aimerai vous poser une question qui me tracasse autant qu’elle tracasse d’autres Américains. Tous ceux qui, regardent cette interview, à travers le monde, ne savent pas que vous êtes Docteur en Médecine et que vous avez pratiqué ce métier avant de devenir Président. Comme vous le savez, les médecins font le serment d’Hippocrate par lequel il s’engage à ne jamais nuire à personne. Est-ce qu’un médecin abandonne cet engagement à partir du moment où il accède à des fonctions politiques ?

Président Al-Assad : Tout d’abord, Tous les médecins prennent la bonne décision pour protéger la vie du patient mais vous ne pouvez pas dire qu’ils ne font jamais souffrir physiquement, puisqu’il leur faut parfois extirper le membre malade qui risque de le tuer. Il peut devoir extraire un œil… amputer une jambe… vous ne diriez pas que c’est un mauvais médecin et il n’en demeurerait pas moins que, quoi qu’il fasse, cela reste un travail humanitaire. Il en est de même pour les politiciens, mais à plus grande échelle. Un médecin traite un seul patient à la fois, alors que le politicien doit traiter avec le peuple et donc des millions, voire des dizaines de millions de personnes…

Dès lors, la question est de savoir si votre décision devrait, ou non, aider la vie des Syriens dans la situation où ils se trouvent. Personne n’aime la violence. Nous sommes contre la violence. Mais que feriez-vous si les terroristes attaquaient votre pays et tuaient votre peuple ? Diriez-vous que vous êtes contre la violence ou bien vous défendriez-vous ? Vous disposez d’une armée et d’une police qui doivent faire leur travail. C’est la constitution et c’est le rôle de tout gouvernement. Dans les années 90, qu’avez-vous fait à Los Angeles lorsque vous avez été confrontés à des rebelles ? N’avez-vous pas envoyé votre armée ? Vous l’avez fait !  C’est donc la mission du gouvernement.

Le plus important lorsque vous prenez une décision, est qu’elle doit aider la majorité de la population, qu’elle nuise ou pas. Il est préférable que vous preniez la décision qui aiderait toute la population, mais parfois…dans certaines circonstances… des circonstances difficiles… vous ne le pouvez pas. Alors, vous devez prendre la décision la moins nuisible.

Fox News : Merci Monsieur le Président. Greg !

Fox News : Monsieur le Président, notre temps est limité, mais je voudrais brièvement revenir en arrière. J’étais ici en 2000 pour les funérailles de votre père, avant que vous n’accédiez à la présidence. À l’époque, vous aviez suscité un réel espoir chez certains, qui voyaient en vous un « réformateur » capable de changer les choses et d’apporter plus de démocratie dans ce pays. Mais aujourd’hui, les critiques et les analystes disent que vous avez reculé au point d’être qualifié de « dictateur » et pire encore… Que ressentez-vous quand vous entendez dire que vous avez perdu du terrain, ou perdu la trace que vous auriez dû suivre ; et qui aurait pu vous épargner ce qui est arrivé ?

Président Al-Assad : Tout d’abord, si vous parlez d’espoir, je voudrais dire que je suis l’espoir des Syriens. Peu importe que je sois l’espoir de n’importe quelle personnalité étrangère, officielle ou non. Par conséquent, tous les termes utilisés dans votre question doivent être soumis aux Syriens pour savoir s’ils sont ou non d’accord là-dessus. Au final, ce qui compte c’est le contenu, non les mots. Peu importe qu’ils parlent de dictateur ou de réformateur. Aujourd’hui, vous avez la propagande ! Ont-ils usé de ces mêmes mots envers leurs alliés des pays du Golfe ? Parlent-ils de dictature lorsqu’il s’agit des États du Golfe ?

Fox News : Nous parlons de la Syrie.

Président Al-Assad : Oui, je sais, mais j’ai le droit de parler d’autres États qui sont très loin d’être démocrates par rapport à l’État syrien. Pour en revenir à votre question, la réforme d’un pays ne relève pas de la responsabilité d’une personne en particulier ; qu’il s’agisse du président, du gouvernement, ou du peuple. Le Président et le gouvernement peuvent conduire la réforme, mais la réforme est un processus social influencé par de nombreuses questions de nature différente, dont des facteurs externes. Y’a-t-il guerre ? Y’a-t-il stabilité ? Y’a-t-il de bonnes conditions économiques ? Y’a-t-il de très mauvaises idéologies venues de l’étranger ?

Donc, pour revenir à la réforme que j’ai annoncée à mes tous débuts : je crois toujours au même concept, aux mêmes valeurs et principes. Notre démocratie devrait être le reflet de nos propres traditions. Le but est d’arriver à la prospérité et d’atteindre une démocratie basée sur l’acceptation de l’autre. Quand vous avez une idéologie hermétique et de nombreux tabous qui vous empêchent d’accepter l’autre, vous retournez en arrière. Peu importe ce qu’entreprend le Président contre cela. Ni la constitution, ni la loi, ni aucun autre processus ne peuvent aboutir à une vraie et réelle démocratie dans un tel environnement. Vous pouvez parler de démocratie dans le seul cas où elle est l’œuvre de la société. C’est donc une culture.

Je suis toujours un réformateur. Je crois toujours aux mêmes valeurs. Mais si vous vous remémoriez l’Histoire des dernières décennies, vous constateriez que notre région a vécu les situations les plus complexes… C’est l’une des raisons qui font que partout, sauf en Syrie, la démocratie y est allée à reculons et que nous nous en éloignons plutôt que de nous en rapprocher.

Fox News : Encore une fois, parlons de votre pays, et revenons aux événements récents d’il y a deux ans et demi, date de la première manifestation… Certains ont dit que c’était un signe de mécontentement de la population… Là je parle des Syriens mécontents de votre transition vers la démocratie, et qui disent que c’était la seule chose qu’ils réclamaient. Plus de démocratie et plus de réformes ! À l’époque ils ne vous demandaient pas de quitter le pouvoir. Ceux qui vous critiquent disent que vous avez réagi vite et avec brutalité, avec les chars qui ont ciblé les manifestants, les tortures, etc. Alors, une fois de plus vous avez raté votre chance. Que ressentez-vous deux ans et demi plus tard ?

Président Al-Assad : Posons-nous une simple question. Si nous avions voulu opprimer ces gens, parce que nous refusions d’accéder à leurs demandes, pourquoi aurais-je déclaré lors d’un discours officiel, et donc en tant que Président, qu’ils avaient des revendications légitimes ? Ensuite, si nous voulions procéder par la force, pourquoi avons-nous modifié la Constitution ? Pourquoi avons-nous modifié la loi ? Pourquoi sommes-nous rendus à plus de 15 nouveaux partis politiques en Syrie ? Pourquoi avons-nous changé tant de lois qu’ils n’avaient même pas réclamées ?

Pourquoi ? Parce que la situation n’avait rien à voir avec la démocratie. Si tel était le cas, comment se fait-il qu’ils aient tué des manifestants ? Ici, je ne généralise pas. Certains ont manifesté pour les raisons que vous venez de mentionner, mais d’autres ont assassiné des soldats et des policiers ; ceci dès la première semaine du conflit. Quelle relation y a-t-il entre la demande de démocratie, les meurtres, et les assassinats ? Nous devons donc distinguer entre des demandeurs de démocratie et des terroristes. Une partie de ces demandeurs de démocratie qui, hier, s’opposaient au gouvernement le soutiennent aujourd’hui contre les terroristes ; parce qu’ils ont demandé une réforme, non des terroristes ! Ainsi, vous parlez de deux situations complètement différentes ; celle correspondant au tout début du conflit et celle d’aujourd’hui.

Nous sommes toujours déterminés à suivre la voie de la démocratie. Il y a quelques minutes je vous ai donné une partie de la solution. Lorsque nous nous mettrons autour de la table… le peuple syrien décidera de ce qu’il considérera comme la meilleure constitution et le meilleur régime. Sera t-il parlementaire, présidentiel, ou quasi présidentiel ? Quelles lois veut-il ? Ainsi de suite, pour tout le reste. Ce n’est donc pas le président qui impose son régime politique, et c’est cela la démocratie !

Fox News : Vous m’apportez un élément qui mène à ma prochaine question. Certains diront que vous menez une « guerre d’usure », parce que vous avez attendu et que vous avez commencé par opprimer ceux qui voulaient une transition pacifique vers la démocratie. Au bout de deux ans et demi de combats, ils sont prêts à céder un peu. De plus, vous auriez commencé par parler de terroristes venus de l’étranger. Ainsi en jouant sur le temps et les terroristes, vous auriez créé cette situation sur le terrain, qui a permis l’afflux des terroristes. De ce point de vue, vous n’auriez pas vraiment changé l’esprit des gens, vous les auriez simplement coincés dans un « box ». Après deux ans et demi, 110 000 morts, des villes en ruines… vous espérez encore que ces gens adoptent votre conception. Est-ce vraiment ce que vous en escomptiez ?

Président Al-Assad : Ainsi, le fin fond de votre idée serait que j’ai créé l’ambiance favorable à la venue des terroristes en Syrie ?

Fox News : Vous avez refusé, assez longtemps, les revendications de manifestants pacifiques.

Président Al-Assad : Dès le début, nous avons accepté les revendications.

Fox News : Vous avez accepté les revendications ?

Président Al-Assad : Dès le tout début, avant même que les terroristes n’arrivent de l’étranger. Dès le tout début. Six jours après le début du conflit en 2011, nous avons dit que nous procéderions à des changements, et nous avons démarré le processus de révision de la constitution deux ou trois mois après. Je n’ai pas changé la constitution. Il y a eu référendum, et le peuple a voté pour une nouvelle constitution début 2012, en Février, avant même la fin d’une année du conflit. Donc, ce que vous dites est très loin de la réalité. L’histoire est complètement différente, rien de ce que vous avez évoqué ne s’est passé en Syrie. Il s’agit peut-être d’un autre pays… Ce qui s’est passé est que le tout début des manifestations, nous avons dit que s’il y avait des revendications, nous étions prêts à procéder à des modifications sur n’importe quel sujet. Que ferait un Président, ou comment pourrait-il réussir si le peuple est contre lui ? Comment peut-il réussir ? Vous voulez qu’il soit Président juste pour le plaisir d’être Président ? Ce n’est pas réaliste. C’est impossible !

Fox News : Que diriez-vous de vos tactiques dans cette guerre ? Il ya un an, nous étions à Homs, l’une de vos grandes villes. Nous avons vu votre artillerie, alignée tout autour, bombarder sans relâche le centre ville. Vous dites que vous poursuivez l’ennemi. Vous dites que vous poursuivez des terroristes. Certains diraient qu’il s’agit de bombardements aveugles qui ont causé la mort de beaucoup, beaucoup de civils, et que vous avez laissé cette ville et beaucoup d’autres villes comme Alep, en ruines. Je veux dire, que si vous pensez qu’il y a des terroristes ennemis de votre État [dans ces zones], est-ce une façon de les poursuivre ?

Président Al-Assad : C’est donc comme si vous disiez que les civils restent sur place lorsque les terroristes s’infiltrent ou attaquent certaines zones de n’importe quelle ville ? Ce n’est pas vrai. Chaque fois que les terroristes arrivent quelque part, les civils fuient, sauf s’ils les utilisent comme boucliers humains. C’est ce qui s’est souvent passé, et c’est pourquoi il y a tant de déplacés. Ainsi, dans la plupart des cas, l’armée syrienne a attaqué des zones vidées de leurs habitants, et il est difficile d’en trouver où coexistent des civils et des terroristes.

Fox News : Mais des estimations existent, Monsieur le Président. À ce jour et sur un total de 110 000 morts, 50 000 au moins seraient des civils. Voulez-vous dire qu’il y aurait 50 000 boucliers humains?

Président Al-Assad : Tout d’abord, de quelle source tenez-vous vos informations ?

Fox News : C’est une estimation faite par les analystes qui se penchent sur ces chiffres. Vous pensez qu’ils seraient inférieurs ?

Président Al-Assad : Des Analystes des USA et demeurant aux Etats-Unis ou ailleurs…. Vous pouvez parler des faits. Vous ne pouvez pas parler des estimations et allégations.

Fox News : Tout le monde est d’accord sur ce chiffre de 111 000.

Président Al-Assad : Bien sûr ! J’ai dit il y avait des dizaines de milliers de morts, mais je n’ai pas donné de chiffres précis pour la seule raison qu’il y a des milliers de portés disparus que nous ne pouvons compter parmi les morts avant de savoir qu’ils sont morts. Maintenant, c’est une guerre ! Donc, parler des chiffres vous oblige à être très précis. Vous citez des chiffres comme s’il s’agissait d’une feuille de calcul électronique, sans compter qu’ils ont des familles et que c’est une tragédie. Nous, nous vivons avec ce peuple !

Il s’agit d’une tragédie humaine. Il ne s’agit pas de chiffres. Il s’agit de chaque famille qui a perdu des êtres chers en Syrie, y compris ma famille ! Nous avons perdu des proches. Nous avons perdu des amis. Et c’est pour cela que nous sommes en train de combattre le terrorisme. Si nous les laissions faire sans les combattre, ce chiffre, s’il était proche de la réalité, serait plusieurs fois multiplié et se compterait en millions, non seulement en centaines de milliers.

Fox News : Nous ne voulons pas nous perdre dans les chiffres parce que, comme vous le dites, il s’agit d’un problème humain. Mais encore une fois, vous avez dit que 90% de l’opposition, donc des rebelles, sont d’Al-Qaïda. Vous maintenez ce pourcentage ? 90% ?

Président Al-Assad : 80 à 90%. Personne n’a le nombre exact. Vous n’avez pas le nombre exact, car ils vont et viennent par flots irréguliers.

Fox News : Vous ne pensez pas que c’est là un pourcentage trop élevé ? Je veux dire que certaines personnes l’estiment inférieur, à 50/50. On pourrait dire que c’est au minimum du fifty/fifty ?

Président Al-Assad : Quelles personnes ? Je suis sûr que ce ne sont pas des personnes syriennes. Personne, en Syrie, n’a parlé de 50/50. Ou alors, c’est depuis l’étranger… ils ont leurs propres estimations. Mais en fin de compte, c’est notre conflit. Nous vivons ici, dans notre propre pays, nous pouvons donner des chiffres. Mais fity/fifty… comment les ont-ils comptés ?

Fox News : Alors encore une fois, juste pour résumer ce que vous venez de dire, je rappellerais l’une de vos citations qui est “l’opposition a été fabriquée à partir de l’étranger.” C’est vraiment ce que ressentez ?

Président Al-Assad : Ce n’est pas un sentiment, et il ne s’agit pas de comment je ressens. Il s’agit de comment les faits se présentent à nous. S’ils n’ont pas de base populaire en Syrie -parce que nous avons une opposition [intérieure] en Syrie et qui a une base populaire- pourquoi s’opposent-ils à partir de l’étranger ? Comment vivent-ils? Qui les finance ? Comment sont-ils financés ? Nous savons tous que certains d’entre eux font partie des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, du Qatar, de l’Arabie saoudite… Une véritable opposition n’appartient qu’au peuple syrien. Tant qu’ils n’appartiennent pas à ce peuple, ils sont fabriqués par d’autres pays. C’est l’évidence même.

Fox News : Je voudrais m’assurer d’une seule chose. Êtes-vous entrain de minimiser les décès pour dire qu’ils ne sont pas 50 000, mais plutôt 40 000 ou 30 000 ?

Président Al-Assad : Vous ne pouvez pas minimiser, parce qu’aujourd’hui la douleur est dans chaque maison. La tristesse est dans chaque maison, que ce chiffre soit supérieur ou inférieur. C’est une tragédie. C’est nous qui vivons en Syrie. Mais nous devons parler des causes. Qui a tué ces gens ? Ce n’est pas le gouvernement, mais les terroristes ! Nous défendons notre pays. Si nous ne nous défendions pas, ce chiffre serait plusieurs fois multiplié… c’est ce que je voulais dire.

Fox News : J’ai juste voulu clarifier cela. Maintenant, considérant la situation d’ici d’une manière plus globale -ce qui semble correspondre à un moment critique pour le monde- d’ici même, de cette Syrie déchirée par la guerre, pourrait se développer une nouvelle feuille de route vers la paix mondiale, qui commencerait par l’abandon de vos armes chimiques pour ensuite avancer selon un plan concret menant à la paix en Syrie. Pensez-vous que nous assistons à un tel de moment ?

Président Al-Assad : Parlez-vous de la situation en Syrie ? Il n’y a pas de relation directe entre la question des produits chimiques et la question du conflit à l’intérieur de la Syrie. Elles sont complètement différentes. Donc, si nous voulons avancer vers une solution politique, nous le pouvons, mais ce n’est pas lié à l’accord chimique.

Fox News : Je comprends, mais le fait est que c’est la question des armes chimiques qui a interpellé le monde pour finalement retenir son attention. Est-ce le moment à partir duquel vous pensez pouvoir construire quelque chose ?

Président Al-Assad : Cela dépend en grande partie des pays qui soutiennent les terroristes en Syrie.

Fox News : Avant de revenir à Greg, beaucoup de pays sont désormais impliqués dans ce processus, pas seulement les États-Unis et la Russie, mais aussi l’Iran, Israël, la Turquie et même la Chine. Donc, tout dépend de la coopération de la Syrie avec le processus de Genève. Êtes-vous prêt à faire en sorte que cette opportunité ne se délite ?

Président Al-Assad : Dès le début, nous avons soutenu le processus de Genève. Nous avons coopéré avec les émissaires de l’ONU qui sont venus en Syrie [2]. En fait, celui qui a fait obstacle, ce n’était ni la Syrie, ni la Russie, ni la Chine. Ce sont les États-Unis, et pour de nombreuses raisons. La raison principale est qu’ils n’ont pas une vraie « opposition de l’extérieur ». Ils savent que c’est là l’un de leurs principaux problèmes, parce que la conférence de Genève doit essentiellement se fonder sur la volonté du peuple syrien. Par conséquent, quel que soit l’accord sur lequel nous conviendrons à Genève, il sera soumis au peuple syrien. Si vous ne disposez pas d’une base populaire, vous ne pourrez pas le convaincre d’aller dans votre sens. Pour être très clair et très franc avec vous, c’est le problème des USA avec leurs marionnettes !

Fox News : Merci Monsieur le Président. Greg !

Fox News : Pour rebondir sur ce même sujet, Monsieur le Président, certains pensent qu’il y a en effet une piste à suivre  et que pour la première fois, depuis deux ans et demi, vous vous tournez sérieusement vers la communauté internationale pour parler d’une piste de négociation -une piste étroite, nous sommes d’accord- mais qui porte seulement sur les armes chimiques ; alors qu’il pourrait y avoir une possibilité pour de plus larges négociations. Pourrez-vous être de la partie si vos puissants alliés qui sont en réalité le véritable parrain de cette nouvelle vague de discussions et de négociations, [pourrez-vous être de la partie si] la Russie estime qu’il serait peut-être plus utile que vous ne restiez pas à votre poste ? Quelle serait votre position ? Resterez-vous jusqu’à la fin, ou bien seriez-vous prêt à démissionner si cela pouvait faciliter les choses, pour le bien de votre pays ? Le feriez-vous ?

Président Al-Assad : Rester ou ne pas rester à mon poste, en tant que Président, devrait être défini et décidé par le peuple syrien et par les urnes. Personne d’autre, qu’il soit ami ou ennemi ou autre, ne peut se prononcer sur cette question. Si le peuple syrien veut que vous soyez Président, vous devez rester. S’il ne veut pas de vous, vous devez quitter sur le champ, avec ou sans Conférence. C’est une évidence indiscutable. Comme je l’ai dit maintes fois, personne d’autre ne peut en décider, et la Russie n’a jamais tenté de s’immiscer dans les affaires syriennes. Il y a un « respect mutuel » entre la Syrie et la Russie, qui n’a jamais essayé de se mêler de ces détails syriens. Seuls l’administration américaine, ses alliés en Europe, et certains de leurs marionnettes ne cessent de répéter ces propos… le Président doit quitter… ce que le peuple syrien devrait faire… quel genre de gouvernement… Il n’y a que ce bloc qui interfère dans les affaires d’un pays souverain !

Fox News: Je sais que vous avez déclaré que des élections sont prévues pour 2014, et que vous accepterez le verdict du peuple, pour ou contre vous. Vous mèneriez cela dans le climat actuel ?

Président Al-Assad : Vous devez sonder l’humeur, la volonté et le désir du peuple à ce moment là, pour voir s’il veut que vous soyez candidat ou pas. S’il considère négativement votre candidature, vous ne vous présentez pas. Il est donc encore trop tôt pour en parler, parce que quelque chose de nouveau arrive chaque jour. Je peux prendre ma décision avant les élections.

Fox News : Monsieur le Président, d’après le New York Times, le Président Obama, parlant de la Syrie, a déclaré que le plus important des objectifs est de réduire l’usage et la prolifération des armes chimiques dans le monde. Croyez-vous que cela pourrait être l’occasion de rétablir les relations entre la Syrie et les États-Unis?

Président Al-Assad : Cela dépend de la crédibilité de l’administration, quelle qu’elle soit. Cela dépend de l’administration américaine.

Fox News: Mais vous ne dites pas que notre président manque de crédibilité… Je vous demande si c’est une occasion pour vous de rétablir les relations avec les États-Unis?

Président Al-Assad : Comme je le disais, la relation dépend de la crédibilité de l’administration. Nous n’avons jamais considéré les États-Unis comme un ennemi. Nous n’avons jamais considéré le peuple américain comme un ennemi. Nous préférons toujours avoir de bonnes relations avec tous les pays du monde, à commencer par les États-Unis parce que c’est le plus grand pays du monde. C’est normal et c’est évident. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous diriger là où les États-Unis voudraient nous diriger. Nous avons nos intérêts, nous avons une Civilisation et nous avons notre volonté. Ils doivent les accepter et les respecter. Nous n’avons pas de problème avec le « respect mutuel ». Nous voulons avoir de bonnes relations, bien sûr !

Fox News : Permettez-moi de vous demander quelques précisions sur l’avenir. Allez-vous vers une sorte de Constitution qui garantirait une plus grande liberté au peuple syrien ? Voulez-vous vraiment travailler dans ce sens ?

Président Al-Assad : Notre Constitution actuelle garantit plus de liberté, mais tout dépend du contenu de la liberté. C’est ce dont les parties syriennes pourraient discuter autour de la table. Ce n’est pas la constitution du Président. Ce n’est pas ma vision ou mon propre projet. Le projet devrait être national. Les Syriens devraient définir exactement ce qu’ils veulent et je dois accepter leur volonté.

Fox News : Par exemple, que pensez-vous des élections libres ?

Président Al-Assad : Selon notre constitution actuelle, nous avons déjà des élections libres. Nous aurons des élections libres l’année prochaine, en mai 2014.

Fox News : Un autre que vous pourrait-il être Président de la Syrie ?

Président Al-Assad : Certainement, n’importe qui le voudrait le pourrait.

Fox News : Vous n’êtes donc pas la seule personne qui pourrait l’être ?

Président Al-Assad : Non, je ne serais pas la seule personne.

Fox News : Donc, vous croyez qu’une transition pacifique, sans vous au pouvoir, est possible en Syrie ? Est-ce possible ?

Président Al-Assad : Qu’entendez-vous par transition ? Transition vers quoi ?

Fox News : Une transition vers une résolution du conflit et de la guerre. Est-ce possible sans vous au pouvoir ?

Président Al-Assad : Si le peuple syrien ne veut pas que je sois en situation transitoire, permanente, normale ou naturelle, cela signifie que tout devrait se passer de manière pacifique. Tout ce que le peuple refuse est nécessairement non pacifique.

Fox News : À quoi ressemblera la Syrie dans cinq ans ?

Président Al-Assad : Le jour ou nous en aurons fini avec ce combat, nous devrons faire face à de nombreux défis. Le plus urgent est, bien sûr, que nous nous débarrassions des terroristes comme je l’ai dit. Mais le défi le plus important est leur idéologie. Il est indubitable que la présence de terroristes extrémistes, venus de partout dans le monde, a eu des effets secondaires dans le cœur et l’esprit des plus jeunes en particulier. Que pouvez-vous attendre d’un enfant qui a tenté de décapiter quelqu’un de sa main ? Que devez-vous attendre des enfants qui ont vu à la télévision et sur Internet, les décapitations, les têtes sur barbecue, les cannibales… Je suis persuadé que cela aura laissé des dommages psychologiques et de mauvais effets secondaires sur la société. Nous devrons réhabiliter cette génération et lui ouvrir l’esprit, comme la société syrienne a toujours été. Je parle évidemment de foyers locaux ; lesquels, si nous ne nous en occupions pas, se propageraient comme l’onde d’une eau dans laquelle on aurait balancé un caillou. Nous devrons aussi reconstruire notre infrastructure qui a été détruite, ainsi que notre économie. Et comme je l’ai déjà dit, nous devrons construire un nouveau système politique qui convienne au peuple syrien, un nouveau système économique… et toutes les ramifications issues de ces titres principaux.

Fox News : Monsieur le Président, en tant que journaliste, je veux juste vous dire ce que je vois lorsque je voyage à travers le pays. J’ai vu cette crise évoluer. À l’heure actuelle j’observe, comme vous le faites, votre pays où peut-être 60% à 70% de votre territoire et 40% de votre population sont hors de votre contrôle. Six millions de personnes, presque le tiers de votre population, ont été déplacées par cette guerre. Nous avons parlé du nombre de décès et de blessés. Voyez-vous un quelconque chemin pour revenir en arrière ? Voyez-vous une quelconque manière qui fasse que le peuple, dans sa totalité, soit de nouveau derrière vous ? Voyez-vous n’importe quoi que vous pourriez faire en ce moment pour rattraper ces deux ans et demi d’horreur, de guerre sanglante et écrasante dans laquelle s’est enfoncé ce pays ?

Président Al-Assad : Maintenant que la majorité du peuple a subi, et a compris ce qu’est le terrorisme… je parle d’un pays qui était l’un des plus sûrs au monde et qui était classé au 4ème rang mondial du point de vue de la sécurité intérieure… [maintenant que les gens] ont vécu l’extrémisme et le terrorisme, en direct, ils soutiennent le gouvernement. Ils sont derrière le gouvernement. Peu importe qu’ils soient derrière moi ou pas. Le plus important est que la majorité est derrière les institutions.

Quant à vos pourcentages, ils sont inexacts. Quels qu’ils soient, c’est vrai que l’armée et la police ne sont pas partout présentes sur le territoire syrien. Le problème ne consiste pas en une guerre entre deux pays et deux armées, comme vous semblez le suggérer lorsque vous dites que je contrôle certaines régions ou en libère d’autres… Il s’agit d’une infiltration par des terroristes. Quand nous en débarrassons certaines zones, ils vont vers d’autres, pour détruire, tuer et commettre leurs crimes habituels. Et le problème le plus dangereux auquel nous sommes confrontés est leur idéologie, ce qui est autrement plus important que le pourcentage de régions que nous contrôlons ou qu’ils contrôlent.

Pour finir, un grand nombre d’entre eux sont des étrangers non Syriens. Un jour ils partiront ou mourront ici, en Syrie, mais leur idéologie restera le principal souci de la Syrie et des pays voisins. Et cela devrait être le souci de tous les pays du monde, y compris des États-Unis !

Fox News : Monsieur le Président, merci beaucoup pour cet entretien.

Président Al-Assad : Je vous remercie d’être venus en Syrie.

 

Entrevue intégrale en anglais : (possibilité de mettre les sous-titres en français en cliquant sur sous-titres en anglais automatiques, puis cliquez traduire et choisir comme langue le français)

Docteur Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

19/09/2013

 

Texte transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Vidéo, 2ème partie / Site de la Présidence de la République arabe syrienne [sous-titrée en arabe – Sana]

http://www.youtube.com/watch?v=L2J6xHRMFuU

Voir la transcription de l’entrevue en anglais par Sana :

http://sana.sy/eng/21/2013/09/19/503275.htm

Voir également l’article sur l’entrevue de Foxnews par Sana :

http://www.mondialisation.ca/convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques-le-president-syrien-repond-aux-questions-de-fox-news/5350473?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques-le-president-syrien-repond-aux-questions-de-fox-news

 

Notes :

[1] Le concept de « sens commun » :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sens_commun

Dans la philosophie des Lumières il devient une sorte de bon sens, de bonne morale et de logique universelle… « une connaissance minime, inscrite dans les choses mêmes, et que toute société détient de façon quasi génétique ».

La philosophie pragmatique américaine a une appréciation plus positive du sens commun que la philosophie continentale française…

[2] Syrie : L’initiative russe ? Oui… mais pas à sens unique !

http://www.mondialisation.ca/syrie-si-linitiative-netait-venue-de-la-russie-nous-naurions-pas-travaille-en-vue-de-la-signature-de-la-convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques/5349746

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Le dernier sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dirigée par la Russie et la Chine, qui s’est tenue à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, le 13 septembre, a été dominée par les tensions mondiales de plus en plus fortes produites par les préparatifs américains pour une guerre contre la Syrie.

Le président russe Vladimir Poutine a insisté sur l’idée que « les interférences militaires depuis l’extérieur du pays sans une sanction du Conseil de sécurité de l’ONU sont inadmissibles. » La déclaration conjointe de ce sommet s’est opposée à « l’intervention occidentale en Syrie, ainsi qu’à l’atteinte portée à la stabilité interne et régionale au Moyen-Orient. » L’OCS a appelé à une conférence internationale de « réconciliation » pour permettre des négociations entre le gouvernement Syrien et les forces de l’opposition.

Comme il l’avait fait au récent sommet du G20 à St-Petersbourg, le président chinois Xi Jinping s’est aligné avec la Russie pour s’opposer à toute attaque militaire contre Damas, craignant que ce puisse être le prélude à une attaque contre l’Iran, l’un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine.

Il est significatif de voir que le nouveau président de l’Iran Hassan Rouhani s’est rendu à la réunion. Certains avaient suggéré que son gouvernement marquerait un changement par rapport au précédent président Mahmoud Ahmadinedjad et sa rhétorique anti-américaine lors des précédents sommets de l’OCS. Rouhani a bien accueilli la proposition russe de mettre les armes chimiques syriennes sous contrôle international, affirmant qu’elle « nous [a] donné l’espoir que nous serons en mesure d’éviter une nouvelle guerre dans la région. »

L’OCS a explicitement soutenu le droit de l’Iran à développer son programme nucléaire. Poutine a insisté dans un discours sur l’idée que « l’Iran, comme n’importe quel autre Etat, a le droit à un usage pacifique de l’énergie atomique, y compris les opérations d’enrichissement [de l'uranium]. » La déclaration de l’OCS a prévenu, sans nommer directement les États-Unis et leurs alliés, que « la menace de la force militaire et de sanctions unilatérales contre l’Etat indépendant d’[Iran] est inacceptable. » Une confrontation avec l’Iran entraînerait des « dégâts incommensurables » dans la région et sur toute la planète.

La déclaration de l’OCS a également critiqué la construction par Washington de systèmes de défense contre les missiles balistiques en Europe de l’Est et en Asie, qui visent à saper la capacité de frappe nucléaire de la Chine et de la Russie. « Vous ne pouvez pas garantir votre propre sécurité au détriment de celle des autres, » affirme la déclaration.

Malgré cette rhétorique critique, ni Poutine ni Xi ne veulent ouvertement s’opposer à Washington et à leurs alliés européens. Avant le sommet de l’OCS, il y a eu des spéculations sur la possibilité pour Poutine de livrer des missiles sol-air de dernière génération S-300 à l’Iran et de construire un deuxième réacteur nucléaire pour le pays. Les responsables russes ont finalement démenti ces rapports.

La Russie et la Chine sont confrontées à une pression croissante de l’impérialisme américain, y compris la menace d’utiliser la puissance militaire pour dominer les réserves d’énergie essentielles du Moyen-Orient et d’Asie centrale. L’OCS a été établie en 2001, peu avant que les États-Unis n’utilisent la « guerre contre le terrorisme » pour envahir l’Afghanistan. Même si l’objectif officiel de l’OCS est de contrer les « trois maux », le séparatisme, l’extrémisme et le terrorisme dans la région, cette organisation est surtout une tentative de s’assurer que l’Eurasie ne tombe pas complètement dans l’orbite de Washington.

Outre les quatre ex-Républiques soviétiques d’Asie centrale – Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan et Tadjikistan – ce groupe comprend également, avec statut d’observateurs, la Mongolie, l’Iran, l’Inde, le Pakistan, et l’Afghanistan. Ses « partenaires de discussion » sont la Biélorussie, le Sri Lanka et, ce qui est à noter, la Turquie qui est également membre de l’OTAN et qui a été ajoutée l’an dernier.

Cependant, l’influence américaine se fait clairement sentir sur ce groupe. Avant le sommet, il y a eu des articles dans la presse pakistanaise selon lesquels ce pays pourrait être admis comme membre à part entière de l’OCS. La Russie a invité le nouveau Premier ministre Nawaz Sharif à y participer. Cependant, Sharif n’a envoyé que son conseiller à la sécurité nationale, Sartaj Aziz, et aucune adhésion pakistanaise n’a été accordée.

Alors que l’OCS cherche à développer son rôle en Afghanistan, pays voisin du Pakistan, après le retrait prévu des forces de l’OTAN, Aziz a déclaré que la politique du Pakistan est « Aucune interférence et aucun favori. » Il a insisté sur l’idée que le régime de Kaboul soutenu par les Américains pourrait réussir une « réconciliation à l’initiative des Afghans » si tous les pays de la région résistaient à la tentation de « combler le vide au pouvoir. »

La Chine et la Russie sont aussi profondément préoccupées par le « pivot vers l’Asie » des États-Unis qui menace militairement la Chine et, dans une moindre mesure, l’Extrême-Orient russe, en renforçant les capacités militaires de Washington et ses alliances avec des pays comme le Japon et la Corée du Sud. En juin, la Chine et la Russie avaient organisé un exercice naval commun très important en Mer du Japon et en août, ils ont mené des entraînements terrestres et aériens communs en Russie qui incluaient des chars, de l’artillerie lourde et des avions de combat.

Face aux menaces américaines sur ses intérêts au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique, la Chine augmente ses efforts pour acquérir des sources d’énergie en Asie centrale. Pour le président Xi, le sommet de l’OCS a été la dernière étape d’une tournée de 10 jours passant par le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan, où il a signé ou inauguré des accords à plusieurs milliards de dollars pour des projets sur le pétrole et le gaz.

Lors de sa première escale, au Turkménistan, Xi a inauguré une installation de traitement du gaz sur un important champ nouvellement exploité à la frontière avec l’Afghanistan. Pékin a prêté 8 milliards de dollars au Turkménistan pour ce projet, qui va tripler la fourniture de gaz à la Chine à la fin de la décennie. Le pays est déjà le principal fournisseur de gaz à la Chine, grâce au gazoduc de 1800 kilomètres qui traverse l’Ouzbékistan et le Kazakhstan vers la Chine.

Au Kazakhstan, où Xi a signé un accord de 5 milliards de dollars pour l’achat d’une participation minoritaire dans un champ pétrolifère en mer, il a appelé au développement d’une nouvelle « ceinture économique le long de la route de la soie. » Le commerce entre la Chine et les cinq Républiques d’Asie centrale a été multiplié par près de 100 depuis 1992, et le Kazakhstan est maintenant la troisième principale destination des investissements de la Chine à l’étranger.

Xi a prononcé un discours déclarant que Pékin n’interférerait jamais dans les affaires intérieures des pays d’Asie centrale, ne chercherait jamais à avoir un rôle dominant dans la région et n’essayerait jamais d’« entretenir une sphère d’influence. » Ce message cherchait clairement à calmer les inquiétudes en Russie sur l’implication grandissante de la Chine dans les ex-Républiques soviétiques.

Durant le sommet du G20, la China National Petroleum Corporation a signé un accord sur des « conditions de base » avec le russe Gazprom pour préparer un marché, qui devrait être conclu l’an prochain, pour que Gazprom fournisse par gazoduc au moins 38 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Chine à partir de 2018.

Avec des enjeux aussi élevés, Wang Haiyun de l’Université de Shanghai a déclaré dans le Global Times que « maintenir la sécurité du régime est devenue la principale préoccupation des membres de l’OCS d’Asie centrale, et même de la Russie. » Il a accusé les États-Unis et d’autres puissances occidentales de pousser à des « troubles démocratiques » et des « révolutions de couleurs » et a prévenu que si un membre de l’OCS « devenait un Etat pro-occidental, cela aurait un effet sur l’existence même de l’OCS. » Toujours selon lui, si nécessaire, la Chine aura à faire preuve d’« esprit de décision et de responsabilité » avec la Russie et d’autres membres pour contenir ces troubles, c’est-à-dire pour écraser militairement toute « révolution de couleur » dans la région.

Les discussions lors de la réunion de l’OCS sont une indication claire que la Russie et la Chine considèrent les plans de guerre des États-Unis contre la Syrie et l’Iran comme faisant partie d’un plan bien plus large visant à saper leur sécurité. Cela souligne le danger que cette course agressive des États-Unis à l’intervention contre la Syrie risque de provoquer une conflagration bien plus vaste.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 19 septembre 2013

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Des responsables du renseignement à Washington estiment que l’Etat hébreu a secrètement fabriqué et stocké des armes chimiques et biologiques depuis des décennies pour compléter son arsenal nucléaire présumé.

Peu d’informations ou de preuves tangibles circulent toutefois sur un éventuel programme chimique israélien. Les informations les plus fiables sur un tel programme apparaissent dans un rapport secret de la CIA en 1983. Des satellites espions américains ont repéré en 1982 «une usine de production de gaz chimique et une unité de stockage dans le désert du Néguev», selon le document de la CIA. «D’autres unités de production d’armes chimiques auraient aussi été mises en place dans le cadre d’une industrie chimique bien développée». Il n’est pas sûr si Israël dispose encore à ce jour d’armes chimiques. En 1992, le gouvernement israélien a signé mais n’a jamais ratifié la Convention sur les armes chimiques, qui interdit de telles armes.

Le rapport de la CIA, déclassé en 2009, traite d’informations sur l’utilisation par l’Union soviétique d’armes chimiques et biologiques en Afghanistan et dans le sud-est asiatique. Des sections entières sur le Moyen-Orient ont été censurées par des responsables gouvernementaux.

 

 

Article original en anglais : Does Israel Have Chemical Weapons Too? One secret CIA file may have the answer, 9 septembre 2013

Traduction : Médiarama :

http://gallery.mailchimp.com/fdeacba4fa4c5ec4d8ce5787c/files/Mediarama_419.pdf

http://www.foreignpolicy.com/articles/2013/09/09/does_israel_have_chemical_weapons_too

Rapport de la CIA :

http://www.foreignpolicy.com/articles/2013/09/09/does_israel_have_chemical_weapons_too?page=0,3

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À la suite de la publication du rapport de la Mission des Nations Unies sur les attaques à l’arme chimique du 21 août dans la Ghouta orientale, le Secrétaire général Ban Ki-moon, a insinué que le gouvernement syrien était coupable, sans l’accuser ouvertement :

« C’est l’utilisation prouvée d’armes chimiques contre des civils la plus significative depuis celle de Saddam Hussein à Halabja en 1988. La communauté internationale s’est engagée à empêcher qu’une telle horreur ne se reproduise et pourtant, elle s’est reproduite …  »

(Ban Ki-moon ne mentionne toutefois pas que l’attaque d’Halabja 1988 a été soutenue par la CIA, ce que confirme la publication de documents récemment déclassifiés.)

La note introductive du rapport de la Mission de l’ONU affirme :

 « Le Secrétaire général condamne fermement l’utilisation d’armes chimiques et estime que cet acte est un crime de guerre et une violation grave du Protocole de 1925 concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de méthodes de guerre employant des moyens bactériologiques, et autres règles pertinentes du droit international coutumier.

La communauté internationale a une responsabilité morale de demander des comptes aux responsables et de veiller à ce que les armes chimiques ne puissent jamais réapparaître comme instrument de guerre. » (Rapport d’enquête du Secrétaire général de l’ONU sur les armes chimiques. New York, 16 Septembre, 2013)

Dans le rapport de la Mission des Nations Unies, on ne mentionne nulle part qui sont les auteurs des attaques chimiques. La Mission avait pour consigne de ne pas faire de déclarations à ce sujet.

La Mission de l’ONU était cependant tout à fait consciente que des crimes contre l’humanité avaient été commis et que les rebelles d’Al-Qaïda soutenus par les États-Unis étaient en possession d’armes chimiques.

Selon CNN, les rebelles ont été formés pour l’utilisation d’armes chimiques par des conseillers militaires occidentaux. Une mission précédente de l’ONU a confirmé que les rebelles étaient en possession du gaz sarin.

Visiblement, la mission a reçu l’ordre de « la fermer ». Selon le Secrétaire général Ban Ki-moon, « [c]‘est aux autres de poursuivre cette affaire afin de déterminer qui est responsable. Nous aurons tous nos propres opinions sur cela. »

Alors que le Secrétaire général Ban Ki-moon n’a pas confirmé qui était responsable des attaques chimiques, les médias occidentaux se sont activés, accusant le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Selon l’ambassadrice étasunienne à l’ONU Samantha Powers, « les détails techniques indiquent clairement que seul le régime aurait pu perpétrer cette attaque aux armes chimiques ».

Le ministre des Affaires étrangères de la Russie a répondu :

« Nous voulons une évaluation professionnelle objective des événements du 21 août. Nous avons de sérieuses raisons de croire qu’il s’agissait d’une provocation […] Toutefois, la vérité doit être établie et ce sera un test pour les futurs travaux du Conseil de sécurité. »

L’autre rapport : « Les attaques chimiques dans la Ghouta orientale utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie »

A la veille de la publication du rapport de la Mission de l’ONU, l’Équipe de soutien international pour Mussalaha en Syrie (ISTEAMS) publiait son rapport préliminaire intitulé Les attaques chimiques dans l’est de la Ghouta utilisées pour justifier une intervention militaire en Syrie.

Sous la direction de Mère Agnès Mariam, l’équipe d’ISTEAMS, établie à Genève, a travaillé sous les auspices de l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’homme. ISTEAMS a également collaboré avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, auquel bon nombre de ses conclusions ont été soumises.

Ironie amère du sort, ce rapport détaillé, documentant la mort d’enfants innocents dans la Ghouta orientale, n’a été reconnu ni par les médias occidentaux, ni par les gouvernements des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. (Rapport préliminaire d’ISTEAMS)

Le rapport d’ISTEAMS révèle comment les vies d’enfants innocents ont été utilisées dans le cadre d’un événement visiblement mis en scène :

« Nous avons décidé d’examiner minutieusement ces vidéos dès que certaines familles dont les enfants ont été enlevés nous ont contactés pour nous informer qu’ils y avaient reconnu les enfants parmi ceux présentés comme victimes des attaques chimiques de la Ghouta orientale [...]

Notre première préoccupation était le sort des enfants que nous voyons dans les images. Ces anges sont toujours seul entre les mains d’hommes qui semblent être des éléments de groupes armés. Les enfants décédés sont sans leur famille et ne sont pas identifiés, et ce jusqu’à ce qu’ils soient enveloppés dans des linceuls blancs pour l’enterrement. De plus, notre étude souligne sans aucun doute que les petits corps ont été manipulé et disposé de manière théâtrale afin de figurer dans la vidéo.

Si les images étudiées ont été éditées et publiées dans le but de présenter des éléments de preuve pour accuser l’État syrien d’avoir perpétré les attaques chimiques dans la Ghouta orientale, nos découvertes incriminent les éditeurs et les acteurs pour avoir falsifié les faits en tuant et en manipulant des enfants non identifiés . [...]

Nous voulons ainsi faire connaître cette utilisation criminelle d’enfants dans la propagande politique sur les attaques aux armes chimiques dans la Ghouta orientale.

Nous présentons ce travail à d’éminents chefs spirituels, chefs d’État, députés, acteurs humanitaires et à toute personne ayant à cœur la vérité et la justice et souhaitant que ceux qui sont responsables de mauvaises actions rendent des comptes comme il se doit. »

Pour lire le rapport complet en PDF cliquez ici   (PDF lourd, long téléchargement, en anglais)

Bien que le rapport d’ISTEAMS ne précise pas qui était derrière les massacres d’enfants innocents, il confirme que les vidéos publiées le 21 août, y compris ceux présentés le 5 Septembre à la Commission des relations étrangères du Sénat étasunien, ont été délibérément manipulées, et que les cadavres d’enfants ont été déplacés d’un endroit à un autre dans le cadre d’un événement mis en scène.

Des photographies d’enfants morts en Égypte lors du massacre de Rabia al-Adawiyya au Caire ont également été utilisées et présentées dans la vidéo comme des photos d’enfants syriens.

Les corps de ces mêmes enfants apparaissent dans différentes images associées à différents endroits : que les mêmes enfants se trouvent dans des villes différentes suggère que les photos faisaient partie d’une mise en scène : « les mêmes enfants ont été placés dans une autre pièce dans une autre ville. »

L’étude d‘ISTEAMS démontre ceci : la tragédie de la Ghouta orientale a été mise en scène, soigneusement planifiée, et « les forces rebelles de l’opposition » appuyées par les États-Unis étaient impliquées.

Ces vidéos ont été utilisées comme preuves par le Comité du Sénat étasunien sur les relations étrangères dans l’élaboration de sa résolution en faveur de frappes punitives à l’encontre de la Syrie. (Comité sénatorial des Relations étrangères, résolution 2021 sur la Syrie , le 5 septembre 2013). Le sénateur John McCain est un membre clé de ce comité et il est connu pour avoir eu des contacts avec les dirigeants des rebelles affiliés à Al-Qaïda.

La résolution 2021 du Comité sénatorial (se référant aux vidéos) parle de « preuves claires et convaincantes ». Pour reprendre John Kerry dans sa déclaration devant le Comité sénatorial : « Les images [dans les vidéos] de ce jour-là sont répugnantes. Et à mon avis, le monde ne peut pas ignorer l’inhumanité et l’horreur de cet acte. »

Cependant, ces images faisaient partie d’une opération diabolique consistant à déclencher des atrocités, y compris le meurtre d’enfants innocents, puis à utiliser les images de ces atrocités à des fins de propagande.

Qui était derrière ce projet criminel?

Michel Chossudovsky

 

Lisez et faites circuler le rapport d’ISTEAMS . Faites suivre cet article. Révélez la vérité. Brisez le consensus politique en faveur de la guerre.

 

Article original: 

bankimoon1Syria: Fabricating Chemical Lies. Who is Behind the East Ghouta Attacks? 17 septembre 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Pour aller plus loin, voir la vidéo et l’article en anglais :

Vidéo : Staging the Chemical Weapons Attack in Syria

 

Agnès-Mariam de la CroixThe Chemical Attacks in East Ghouta Used to Justify a Military Intervention in Syria By Mother Agnes Mariam, 16 septembre 2013

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Cette prise de parole des évêques de Cuba est d’autant plus significative que le Continent latino-américain est en pleine mutation politique et économique. Il en va de même avec les regroupements régionaux, tels UNASUR, MERCOSUR, ALBA et le regroupement continental de CELAC, dont Cuba assume présentement la présidence protemporelle.

Toute cette conjoncture n’est pas sans modifier les rapports de force du continent latino-américain et des Caraïbes avec les États-Unis. Dans ce contexte, Cuba est loin d’être isolé de la communauté internationale, comme semble le suggérer le document des évêques.

J’ai lu  un résumé qu’en a fait le site espagnol, Religion Digital. Je dois dire que sa lecture a laissé en moi un grand vide. Par leurs silences, les évêques nous en disent plus sur leurs véritables pensées et leurs alliances politiques que par ce qu’ils proclament.

DES SILENCES INJUSTIFIABLES

1— L’embargo

Les évêques ont relevés les conditions d’existence  des cubains qui vivent avec un faible salaire. Ils ne disent toutefois rien sur le système gratuit d’éducation du primaire à l’universitaire, des soins de santé universels accessibles à tous ainsi que de bien d’autres services que rend l’État sans que le citoyen n’ait à débourser quoi que ce soit.  Mais plus important que tout est leur silence sur l’Embargo économique et politique dont les effets sont dévastateurs pour Cuba.

Comment peuvent-ils parler de la situation économique du pays sans parler de cet embargo économique et politique  qui dure depuis plus de 53 ans.

Depuis des années, la Communauté internationale, à travers sa représentation à l’Assemblée générale des Nations Unies vote à très grande majorité contre cet embargo qui défie le droit international et va à l’encontre des droits humains.

Une occasion unique pour ces évêques de condamner , haute et forte et d’une seule voix,  cette injustice des gouvernements successifs des États-Unis qui défient, les uns après les autres, toute loi internationale et qui pénalisent tout un peuple. Ce sont des milliards de dollars que le gouvernement aurait pu utiliser pour le mieux-être de toute la population.

Sans parler explicitement de cet embargo, les évêques rappellent tout de même les paroles de Jean-Paul II qui signala lors de sa visite à Cuba que « l’isolement provoqué se répercute de manière indiscriminée dans la population, augmentant les difficultés des plus faibles sur des nécessités de base comme l’alimentation, la salubrité ou l’éducation. »

Voilà tout ce que les Évêques ont à dire sur cet isolement dont ils semblent ignorer ceux qui en sont les auteurs. Les seuls effets négatifs qu’ils relèvent sont en lien direct avec l’alimentation, la salubrité ou l’éducation. Tous les autres effets négatifs dont ceux du développement technologique, des échanges commerciaux, etc. ne sont pas mentionnés. En ce 8 septembre 2013, ils n’ont rien de plus à dire sur le sujet, même pas pour dénoncer le président Obama qui vient tout juste de prolonger d’une autre année cet embargo. Ils invitent plutôt le gouvernement Cubain à faire plus d’efforts pour se rapprocher du gouvernement des États-Unis.

 2— L’emprisonnement des cinq antiterroristes

Dans leur intervention, les évêques relèvent le problème des prisonniers politiques qui est toujours présent à Cuba. Par contre ils n’ont aucun mot pour les cinq Cubains antiterroristes condamnés injustement à de longues peines  de prison aux États-Unis.

Tout le monde sait que le mois de septembre est le mois où les organisations de solidarité à travers le monde se mobilisent en solidarité avec le peuple cubain pour dénoncer ces condamnations injustes et demander  leur libération immédiate.

Le crime que ces cinq cubains ont commis est d’avoir dénoncé aux autorités compétentes des États-Unis par l’intermédiaire du prix Nobel de littérature, Garcia Marquez, les actions terroristes qui se préparaient Miami contre le peuple cubain. Loin de poursuivre les terroristes, les États-Unis ont arrêté ceux qui les avaient dénoncés. Un simulacre de jugement les envoya en prison pour des peines, à vie pour certains et limitées pour d’autres. Un de ces prisonniers vient d’être libéré après 14 ans de pénitencier. Les quatre autres poursuivent, depuis tout ce temps, leur détention dans des conditions humaines très difficiles.

Depuis plusieurs années, de nombreuses organisations à travers le monde et aux États-Unis dénoncent cette injustice et réclament leur libération. À Cuba, le 10 septembre est justement le jour où s’unissent toutes les voix pour dénoncer ce crime et demander la libération de ces quatre prisonniers toujours sous le joug d’une fausse justice étasunienne.

Or tous ces évêques cubains, réunis pour exprimer leur solidarité avec le peuple et leur espoir pour un monde meilleur, n’ont eu aucune parole à l’endroit de ces prisonniers politiques détenus injustement par l’oncle Sam.

3— La démocratie

Ils ont, évidemment, parlé de démocratie, non pas pour en préciser les diverses formes d’expression et les limites qu’elle peut comporter selon l’usage qu’en font les états. Si l’Amérique du Nord parle beaucoup de démocratie représentative, ses critiques en dénoncent à la fois les limites et la corruption qui parvient, dans bien des cas, à la subordonner à des intérêts oligarchiques.

En Amérique latine, se vit également de nouvelles formes de démocratie. Les expériences de Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela deviennent des exemples de démocratie participative, impliquant directement le peuple à participer à son propre destin.

Les évêques cubains savent que le gouvernement de Cuba est très sensible à ces nouvelles expériences de démocratie et qu’il s’achemine à son rythme dans cette direction. L’occasion était tout indiquée pour apporter un éclairage élargi sur la démocratie tout en exprimant une parole d’encouragement et de solidarité à l’endroit de tous ceux et celles qui placent les intérêts du bien commun du peuple au-dessus de tous les autres. Ils auraient pu reprendre l’expression utilisée par Jean XXIII dans son encyclique PAIX SUR TERRE : « L’ÉTAT AUTANT QUE NÉCESSAIRE ET LE PRIVÉ AUTANT QUE POSSIBLE ».  Il faut croire que les références à Jean-Paul II et à Benoît XVI leur conviennent mieux. Elles leur sont plus familières et plus conformes à leur propre formatage.

4— L’intégration de Cuba à la communauté latino-américaine

À les entendre, Cuba serait isolé, seul dans son coin. D’où leur invitation qu’il s’ouvre à la communauté internationale, particulièrement aux EÉats-Unis.

Ç’eut été intéressant d’entendre parler les Évêques cubains du rôle important que joue Cuba dans l’ensemble de l’Amérique latine ainsi de sa solidarité légendaire  à l’endroit des  populations les plus défavorisées du Continent. J’aurais aimé les entendre mettre en relief la contribution du peuple cubain dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’intégration des pays de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Également, un moment tout désigné pour féliciter le gouvernement cubain du rôle important qu’il exerce en tant que président pro temporel de la Communauté d’États latino-américains et des Caraïbes (CELAC), regroupant 33 états de l’Amérique latine et des Caraïbes. Une occasion en or pour parler de cette solidarité nouvelle entre tous ces pays regroupés dans cette communauté internationale qu’est la CELAC.

CONCLUSION

Il n’y a pas de doute, qu’en parlant de toutes ces réalités, passées sous silence, le message des évêques eut revêtu la crédibilité nécessaire pour parler de tous les autres problèmes dont la société cubaine se doit de résoudre.

En l’absence de ces propos, leur intervention se présente  comme une intervention commanditée de Washington et de l’aile conservatrice et servile de l’épiscopat latino-américain.

Lorsqu’il s’agit de pays que Washington considère comme ses ennemis, les évêques ne se font aucun scrupule pour s’impliquer directement dans la gouvernance de ces États et leur dicter les voies à suivre. C’est évidemment le cas de Cuba, mais également du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur, entre autres. Le problème n’est toutefois pas qu’ils s’impliquent dans les affaires de l’État, mais qu’ils le fassent sous influence de Washington, de l’aile conservatrice des épiscopats latino-américains et des mandarins du Vatican qui lui sont assujettis. Ce n’est plus une Église au service des Évangiles et des pauvres, mais une Église au service des puissances de ce monde.

Cette sortie des évêques cubains est d’autant plus inquiétante qu’elle survient à peine deux semaines après la nomination de  Pietro Parolin, comme Secrétaire d’État.

Si le pape François n’y voit pas de plus près, les épiscopats latino-américains vont discréditer par leurs déclarations et leurs prises de position tout ce qu’il fait présentement de bon pour sortir l’Église de ses dépendances et de ses complicités avec les puissances de ce monde. Pendant qu’il reçoit en audience les représentants des pays émergents, les épiscopats de ces mêmes régions se mobilisent pour les neutraliser en appui à Washington.

Dans l’état actuel des choses, ce ne sera pas le nouveau Secrétaire d’État, Pietro Parolin, qui va rectifier le tire, à moins qu’il y ait une conversion du genre de celle de Saul sur le chemin de Damas.

Heureusement que l’Esprit évangélique déborde de beaucoup tout cet encadrement  idéologique et institutionnel d’une Église restée accrochée à ses privilèges et idéologies. Le temps de passer de la doctrine au vécu évangélique, comme le fait présentement le pape François, ne semble pas les rejoindre. Ils en sont même très éloignés.

 

Oscar Fortin

15 septembre 2013

 

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Plan russe pour la Syrie : la fin du monde unipolaire ?

septembre 19th, 2013 by Alexandre Latsa

La lettre de Vladimir Poutine adressée à l’opinion américaine (la version française est disponible ) restera dans l’histoire comme un coup de maître tant sur le plan diplomatique que géostratégique ou encore humanitaire.

Le président russe vient en effet de faire échouer l’agenda géopolitique de l’Occident américano-centré visant à détruire la Syrie d’Assad.

Alors que l’assaut intérieur a visiblement échoué à renverser le pouvoir (ne permettant que la destruction du pays depuis près de trois ans), la coalition des puissances hostiles au régime syrien (que l’on peut qualifier d’axe Washington/Londres/Paris/Ankara/Doha/Riyad) se préparait à un assaut extérieur via des bombardements. Officiellement, il s’agissait de « punir » Bachar al-Assad mais officieusement, de procéder à des frappes afin d’affaiblir les capacités militaires du pays et d’accélérer la défaite du régime syrien.

Dans de nombreux pays occidentaux en effet, les lobbies anti-Assad ont visiblement pris en otage les élites politiques, comme c’est par exemple le cas en France d’après l’analyste Elie martin. Si la proposition russe a donc contribué à sauver la paix et la stabilité dans la région, elle l’a fait au prix de mettre devant ses contradictions un Occident qui s’est finalement piégé tout seul en mettant volontairement en péril le droit international et donc sa légitimité.

Pourquoi?

Parce qu’une victoire militaire de l’Etat syrien, puis sans doute politique aux prochaines élections de Bachar al-Assad, signifierait une victoire au final de « l’Iran » sur Washington et Riyad et une perte de crédibilité de l’Occident américano-centré en tant que puissance dominante. Quant à une défaite militaire de l’Etat syrien face aux rebelles, elle verrait inévitablement le pays s’enfoncer dans une anarchie sur le modèle irakien et la prise de pouvoir de fondamentalistes, ce qui représenterait un danger tant pour la région que le monde.

Pire, peut-être que des frappes militaires occidentales pourraient mettre en péril la légitimité et l’existence de l’Onu, ce contre quoi la Russie s’oppose plus que tout. N’est-ce pas un étonnant renversement de l’histoire que ce soit la fille de l’Union Soviétique qui soit contrainte de défendre pacifiquement le droit international face à des occidentaux alliés aux pires dictatures islamistes ?

En quelques semaines, il est intéressant de voir comment l’image de la Russie à évolué. De dictature froide cautionnant les massacres du Tyran syrien et refusant d’aider le bienfaiteur Snowden, la Russie apparaît désormais de nouveau comme le pays aidant les faibles et les pays agressés, son président mediatiquement détesté devenant même un potentiel candidat pour recevoir le prix Nobel de la paix, comme Gorbatchev en son temps (paradoxalement au moment ou le monde unipolaire se mettait en place) ou encore plus récemment le président américain Obama.

La guerre en Syrie aura été un révélateur supplémentaire que l’Occident politique n’existe pas ou plus, tant les hésitations et l’absence d’unité politique sont apparues évidentes. En face, les deux autres axes participant au conflit ont fait eux preuve d’une détermination et d’une unité politique sans faille, que ce soit l’axe chiite ou l’axe des émergents, opposés à la guerre et rassemblés autour du binôme russo-chinois, les seconds soutenant assez clairement les premiers.

Lorsqu’à la chute de l’Union Soviétique, Francis Fukuyama préconisait la fin des idées et la victoire définitive de l’Occident, il s’était trompé et le rêve unilatéral totalitaire n’aura historiquement duré qu’une grosse décennie. Même si la suprématie de l’Occident, bien que déclinante, reste provisoirement quasi-totale sur le plan économique et militaire, la guerre en Syrie devrait sans doute signifier que l’Occident vient de perdre la guerre morale et de subir une défaite politique définitive.

Cela pourrait sans doute signifier que l’humanité vient de rentrer dans une nouvelle période de son histoire: le début de la fin du monde unipolaire. /N

 

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Les responsables russes et français se sont affrontés lors de réunions hier à Moscou tandis que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, poursuivait la campagne menée par les Etats-Unis pour fabriquer un prétexte en vue d’une guerre contre la Syrie.

Précédant le débat sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour superviser la destruction des armes chimique de la Syrie, Fabius s’est rendu hier à Moscou pour rencontrer hier son homologue russe, Sergeï Lavrov.

Le gouvernement français, l’un des partisans les plus fanatiques d’une guerre d’agression contre la Syrie, son ancienne colonie, a exhorté le Kremlin d’accepter une résolution des Nations unies permettant à Washington et à ses alliés de créer un quelconque prétexte pour partir en guerre contre la Syrie, un allié clé de la Russie. Paris a toutefois essuyé un refus net.

Après la réunion, Fabius a reconnu qu’il y avait des « différences d’approche sur les méthodes » entre Moscou et Paris tout en s’en tenant à la demande de son gouvernement en faveur d’une résolution « forte et contraignante » ayant des « conséquences » pour le régime syrien s’il ne se conforme pas à chaque exigence. Il a aussi réitéré les affirmations selon lesquelles le récent rapport de l’ONU avait montré que le régime syrien avait perpétré l’attaque chimique du 21 août à Ghouta – et ce bien que l’enquête de l’ONU ait été délibérément conçue de manière à ne pas parvenir à une conclusion concernant les responsables de l’attaque.

« Quand on regarde précisément les données, les quantités de gaz toxique utilisées, la complexité des mélanges, la nature et la trajectoire des vecteurs, cela ne laisse aucun doute sur l’origine de l’attaque [le régime syrien du président Bachar al-Assad], » a dit Fabius. Il n’a cependant présenté aucune preuve ni détail précis pour étayer cette affirmation.

En fait, plusieurs rapports et observateurs indépendants ont clairement montré que c’était l’opposition appuyée par les Etats-Unis en Syrie qui avait utilisé le gaz neurotoxique à Ghouta et dont la responsabilité a été imputée à Assad afin de permettre à Washington d’affirmer qu’Assad avait franchi une « ligne rouge » justifiant une attaque. Les services de renseignement saoudiens avaient fourni, peu de temps avant l’attaque, des armes chimiques aux combattants de l’opposition qui se trouvaient près de Ghouta.

Les journalistes Domenico Quirico et Pierre Piccinin, qui étaient détenus en Syrie par des forces d’opposition liées à al Qaïda, ont rapporté que des combattants islamistes parlant entre eux avaient dit que l’opposition avait perpétré l’attaque dans le but de provoquer une intervention américaine à leurs côtés.

Lavrov a dit qu’aucune décision sur une intervention militaire ne pourrait être prise tant que les preuves relevées sur l’attaque à Ghouta n’étaient pas minutieusement examinée. « Nous voulons une évaluation objective et professionnelle des événements du 21 août. Nous avons des raisons sérieuses de croire qu’il s’agissait là d’une provocation… Mais il faudra établir la vérité et ce sera un test pour le futur travail du Conseil de sécurité, » a dit Lavrov.

Il a ajouté que la Russie avait « de sérieuses raisons » de croire que l’attaque était une provocation des forces d’opposition en Syrie qui sont soutenues par les Etats-Unis.

Les responsables russes ont aussi demandé pourquoi aucun combattant de l’opposition syrienne n’était mort à Ghouta, s’ils avaient en effet été ciblés par une attaque chimique commise par le régime.

Relevant les « nombreuses provocations » émanant des forces d’opposition à l’intérieur de la Syrie, Lavrov a dit : « Au cours de ces deux dernières années, elles ont toutes visé à provoquer une intervention étrangère. »

Les responsables russes ne précisent pas les implications de telles déclarations. Cependant, cela indique clairement que Washington et Paris sont impliqués dans un crime aux proportions comparables à celui commis par Hitler : la collaboration avec des groupes terroristes de l’opposition en vue de fabriquer un prétexte pour une guerre d’agression.

Tout en adoptant un ton professionnel en public, les officiels russes ont clairement fait comprendre à huis clos qu’ils considéraient que Paris agissait en tant que partenaire subalterne dans une guerre lancée sous de faux prétextes par les Etats-Unis. Lorsque l’ambassadeur français aux Nations unies, Gérard Araud a dit qu’il rendrait publiques les preuves des services de renseignement français montrant qu’Assad avait perpétré des attaques chimiques au printemps dernier, un diplomate russe aurait ri en disant : « Gérard, ne mettez pas les Américains dans l’embarras. »

Sidérés par la profonde opposition populaire en Amérique et en Europe à une telle guerre en Syrie et face au risque de déclencher une guerre plus vaste avec l’Iran et la Russie, le gouvernement Obama et ses alliés ont différé leurs projets d’attaque immédiate. Des récriminations massives se font actuellement jour au fur et à mesure que des divergences apparaissent dans les capitales de l’OTAN quant à la manière de renforcer la pression sur le régime d’Assad et de démarrer au plus vite une guerre avec la Syrie.

En France, des figures du parti d’opposition l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sont en train d’exhorter le président François Hollande du Parti socialiste (PS) à accélérer la course à la guerre tout en critiquant aussi Obama. Ces figures incluent principalement Nicolas Sarkozy, le président sortant qui a été vaincu lors des élections de l’année dernière et qui marque son retour à la vie politique en pleine crise au sein de la direction de l’UMP quant à la manière de gérer la multiplication des liens de l’UMP avec le Front national néofasciste.

En août de l’année dernière et quelques mois après sa défaite, Sarkozy avait publié un communiqué public inhabituel appelant à une intervention internationale en Syrie. Il avait eu aussi un long entretien téléphonique avec le dirigeant du Conseil national syrien, Abdelbasset Sieda, de l’opposition, afin de faire pression sur Hollande pour une action militaire contre la Syrie.

« Je constate malheureusement que j’avais raison, on a perdu du temps, » a dit Sarkozy en faisant référence à son communiqué d’août 2012. Il a fustigé Hollande pour n’avoir pas rallié une coalition pro-guerre plus vaste : « Il n’y a pas de mandat de l’ONU ni de l’OTAN, les Anglais sont aux abonnés absents, les Européens aussi. Il fallait parler davantage aux Russes, tenter de les convaincre. On peut toujours discuter avec Poutine. On y est arrivé par le passé, sur [les guerres en] Géorgie ou [en] Libye. »

Sarkozy a aussi critiqué les « hésitations constantes » du président américain en disant : « Il n’y a pas de leadership dans cette affaire. »

L’ancienne candidate présidentielle PS, Ségolène Royal, une critique et ancienne partenaire de Hollande a mis en garde que la course à la guerre contre la Syrie pourrait déclencher une guerre mondiale et a réclamé une solution diplomatique. Néanmoins, elle a souligné vouloir une diplomatie qui fonctionne comme une « dissuasion », c’est à dire précisément le type de menaces militaires qui ont poussé le monde au bord d’une guerre majeure.

« Oui, on peut déclencher une guerre mondiale, il y a un risque [en cas] d’intervention, mais il y a aussi un risque dans la non-intervention. C’est pour cela que la solution diplomatique est la meilleure. La dissuasion doit donc être suffisamment forte pour que les tyrannies renoncent aux armes chimiques et nucléaires, » a-t-elle dit.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 18 septembre 2013

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Le gouvernement Obama prépare une action militaire contre la Syrie au prétexte – absolument pas prouvé – que le régime du président Bashar el-Assad aurait ordonné l’usage d’armes chimiques dans une attaque contre une banlieue de Damas le 21 août. Il a décrit l’usage des armes chimiques comme « une obscénité morale, » au point que les États-Unis auraient une « obligation morale » de punir le pays qui s’en sert.

Aucune obligation morale de cette sorte n’est cependant invoquée à l’égard d’Israël, pays qui détient le plus important stock d’armes chimiques biologiques et nucléaires au Moyen-Orient, et qui est le seul Etat à ne pas avoir signé le traité de non-prolifération nucléaire. Comme l’a relevé le site Web Foreign Policy le lundi 9 septembre, non seulement les États-Unis connaissent depuis des dizaines d’années l’existence des armes chimiques israéliennes, mais ils ont maintenu le silence à leur propos.

Ce n’est pas simplement qu’Israël possède un important arsenal d’armes chimiques. Il s’en est servi contre les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, contre le Liban et Gaza durant les assauts militaires de 2006, et durant l’opération Plomb durci à Gaza en 2008-2009. Les preuves contre Israël étaient si claires que Tel-Aviv, après avoir initialement nié les accusations du gouvernement libanais, a dû admettre qu’il avait utilisé des munitions au phosphore, qui causent des brûlures chimiques, dans sa guerre contre le Liban en 2006.

Un protocole de la convention de 1980 sur les armes conventionnelles interdit l’usage du phosphore blanc en tant qu’arme incendiaire contre des populations civiles ou dans les attaques aériennes contre des forces ennemies situées dans des zones où il y a des civils.

Rien de tout cela n’a jamais incité une seule parole de condamnation de la part de Washington ou des alliés européens d’Israël, encore moins un appel à ce qu’Israël se débarrasse de ses armes chimiques, fasse l’objet de sanctions, ou d’une menace d’attaque militaire pour défendre les victimes de la puissance militaire d’Israël. En fait, les États-Unis ont financé les forces armées israéliennes à hauteur de 3 milliards de dollars par an durant des années, et un vote a augmenté ce soutien l’année dernière.

En d’autres termes, il est parfaitement légitime pour un allié des États-Unis de développer, construire et utiliser des armes chimiques et pour Washington de continuer à financer la criminalité d’Israël. Il n’en va pas de même pour ses ennemis.

La Convention de 1993 sur les armes chimiques interdit la production, l’usage et le transfert de ces armes de mort, mais ne crée aucun mécanisme pour faire respecter ces obligations. C’est maintenant une tâche que les États-Unis, depuis la Guerre de Corée de 1950-1953 l’un des principaux inventeurs, fournisseurs et utilisateurs d’armes chimiques, se sont arrogée en tant que gendarme du monde.

Alors que 189 Etats ont signé et ratifié la convention, Israël l’a signée mais non ratifiée. Israël se trouve parmi sept pays seulement qui n’ont pas signé ou signé et pas ratifié ce traité. Les autres étant la Birmanie, l’Angola, la Corée du Nord, l’Égypte, le Sud Soudan, et la Syrie.

Israël n’a également jamais signé la Convention de 1972 sur les armes biologiques. Son attitude envers ces deux traités est celle de l’ambiguïté.

En 1993, le Bureau du Congrès américain sur l’évaluation technologique de la prolifération des Armes de Destruction Massive avait mis Israël sur sa liste des pays ayant des capacités de guerre chimique offensive non déclarées. Cinq ans plus tard, Bill Richardson, qui fut adjoint du ministre de la Défense, a déclaré, « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’Israël travaille sur des objets offensifs tant chimiques que biologiques depuis longtemps. Il ne fait aucun doute qu’ils en ont depuis des années. »

Israël a un centre de recherche médicale chimique et biologique, l’Institut israélien de recherche biologique (IIBR) dont le travail est classé top secret, sur le site sécurisé de Ness Ziona à 20 kilomètres au Sud de Tel-Aviv, ainsi qu’un autre centre à Dimona dans le Néguev. Employant des centaines de scientifiques et de techniciens, l’IIBR est généralement considéré comme ayant développé des armes chimiques et biologiques, mais la censure officielle empêche toute discussion sur ses activités.

Après la chute sur un quartier résidentiel d’Amsterdam en 1992 d’un avion de la compagnie El Al qui emportait des ingrédients de gaz neurotoxique depuis Israël jusqu’aux États-Unis, le quotidien hollandais NRC Handelsblad avait établi qu’il existait « des liens forts » entre l’IIBR et des centres de recherche du même genre aux États-Unis, « une coopération étroite entre l’IIBR et le programme de guerre biologique américano-britannique, » ainsi qu’« une coopération étendue pour les recherches sur la guerre biologique avec l’Allemagne et la Hollande. »

Depuis 2001, après l’éclatement de la deuxième Intifada, il y a eu plusieurs incidents rapportés de soldats israéliens utilisant un « gaz inconnu » contre les Palestiniens, en particulier durant une campagne de six semaines par les forces militaires israéliennes à Gaza.

Il se trouve que le célèbre cinéaste américain James Longley tournait à Gaza, à Khan Yunis et Rafah, durant la première incursion importante d’Israël au printemps 2001. Il a immédiatement filmé les victimes. Gaza Strip, son film primé, montre d’une manière très frappante la réalité de la guerre chimique – les cartouches de gaz, les docteurs, les témoins, et la souffrance atroce des victimes, dont beaucoup avaient été hospitalisées pour des jours ou des semaines.

Ces attaques ont continué sur plusieurs années. En juin 2004, Gush Shalom, un groupe pacifiste israélien, a fait connaître un incident dans le village d’al-Zawiya en Cisjordanie où 130 patients furent traités pour avoir inhalé du gaz après que l’armée israélienne ait dispersé des manifestations non-violentes contre le mur de sécurité israélien. Ce groupe a indiqué qu’il ne s’agissait pas de gaz lacrymogène classique et a demandé, « Alors, est-ce une méthode pour disperser une manifestation, ou une guerre chimique ? »

La nouvelle de ces nouveaux gaz se répandant, des journalistes internationaux ont enquêté, il y a eu une émission spéciale de la BBC en 2003 sur l’usage par Israël de « nouvelles armes non identifiées ». Celle-ci indiquait qu’Israël refusait « de dire ce qu’était ce nouveau gaz. »

Durant l’assaut d’Israël contre Gaza à l’été 2006, les docteurs ont fait savoir que des dizaines de victimes avaient des corps complètement brûlés et des blessures ressemblant à celles qui sont causées par les shrapnels que les machines à rayons X n’arrivaient pas à détecter.

De longues recherches, des analyses des métaux trouvés dans les corps des victimes et des examens des étranges blessures, ont mené à la conclusion que la cause la plus probable était des missiles du même genre que lesDense Inert Metal Explosive (DIME) américains. D’autres victimes ont été trouvées avec des traces de tungstène, une substance fortement cancérigène.

Israël a également utilisé des munitions au phosphore, dont les effets sont extrêmement nocifs, dans le bombardement aérien de plusieurs semaines contre une population civile largement désarmée et sans défenses durant l’opération Plomb durci en 2008-09 – cette attaque meurtrière contre Gaza a fait entre 1166 et 1417 morts chez les Palestiniens, avec seulement 13 morts chez les Israéliens, dont 4 par des erreurs de tir de leur propre camp.

Le rapport d’enquête de l’ONU, le rapport Goldstone, a réaffirmé les conclusions de nombreuses enquêtes internationales respectées, confirmant l’usage disproportionné par Israël de la force contre les Palestiniens, et les accusations de crime de guerre contre Israël et le Hamas ainsi que de « probables crimes contre l’humanité, » comprenant l’usage du phosphore blanc par Israël. Il y est dit que les forces israéliennes se sont comportées de façon « systématiquement irresponsable » dans leur usage de phosphore blanc dans les zones construites, citant l’attaque israélienne contre le bâtiment de l’Agence de soins et de travaux de l’ONU dans la ville de Gaza, l’attaque de l’hôpital Al Quds et celle de l’hôpital Al Wafa.

Malgré tout cela, Israël n’a pas été traduit devant un tribunal international, Goldstone et ses collaborateurs ont été soumis par Israël à une campagne internationale d’intimidation et de diffamation contre leur enquête, ce qui a poussé Goldstone à faire une rétractation arrangeante de ses propres conclusions. Mais ses trois collaborateurs ont refusé les appels à revenir sur leur rapport ou à en parler d’une manière qui le dénaturerait, ils ont dit que cela « ignorerait le droit des victimes palestiniennes et israéliennes à la vérité et à la justice. »

C’est le développement par Israël des armes chimiques, biologiques et nucléaires, couplé avec sa force militaire largement supérieure, qui a poussé Damas à créer son propre programme d’armes chimiques après la prise en 1967 du plateau du Golan, puis son occupation, son annexion, et l’établissement de colonies israéliennes habitées par 20 000 israéliens.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 14 septembre 2013

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Russie : Il y a vingt ans, l’Octobre sanglant

septembre 19th, 2013 by Jean-Marie Chauvier

Moscou 21 septembre-5 octobre 1993

Il y a des anniversaires d’exploits historiques que leurs acteurs eux-mêmes préfèrent taire, et que leurs sympathisants n’évoquent qu’avec discrétion et « nuance », les bilans à terme s’avérant moins éloquents que prévu.

Ainsi, il y a vingt ans, ce début de guerre civile à Moscou ! C’était, pour la Russie, « le grand tournant décisif », politiquement plus décisif même, pour la Russie, que la dissolution de l’URSS fin 1991, vu que ce tournant de septembre-octobre 1993 mettait un terme au « pouvoir soviétique », sous toutes formes qu’il ait pris depuis 1917, la dernière étant démocratisée et parlementaire depuis 1989, le nouveau président Boris Eltsine substituant à cette nouvelle démocratie post-soviétique un régime présidentiel autoritaire, en vigueur depuis vingt ans. Il naquit dans un bain de sang, au nom de la « véritable Démocratie » telle qu’on la conçut alors, tant au Kremlin qu’en Occident. Sans prévoir pour autant l’usage qu’en ferait le successeur, Vladimir Poutine.

Ce tournant eut lieu sur fond de « thérapie de choc » néolibérale qui plongeait des dizaines de millions de gens dans la misère et le désarroi – mais, certes, quel festin du côté des « oligarques » montants, de la jeunesse dorée de Moscou, de tous leurs admirateurs en Occident, n’était-ce pas « le Marché en plein épanouissement » ?! Il n’y a pas à dire : il s’est épanoui. Les pénuries de l’ère soviétique ont bien fait place à l’abondance de l’offre. Et si l’épargne populaire de plusieurs décennies s’envola en quelques jours grâce à la libération des prix, des fortunes fabuleuses ont pu s’édifier grâce à la même « libération » et à l’exportation également « libérée » des matières premières vers les zones à devises fortes. Les compressions des dépenses publiques ont permis de rembourser, partiellement, les prêts que le Fonds Monétaire International concédait à la Russie à la condition qu’elle « libère » les prix, comprime les subventions aux industries, aux écoles, à la santé, engage un grand programme de privatisation des biens collectivisés depuis 1917-1927.

L’auteur de la thérapie de choc, Egor Gaïdar, a remarquablement bien défendu sa cause dans un ouvrage paru peu avant sa mort. Libéralisation des prix, privatisations, stabilisation monétaire : sur ces trois fronts, la stratégie mise en œuvre a atteint ses objectifs, du moins le « point de non retour » qui a rendu irréversible le processus de « sortie du communisme ».  L’Occident peut lui en être infiniment reconnaissant.  La société russe n’en éprouve pas la même gratitude. Qu’a-t-elle donc à reprocher à ce tournant décisif sans lequel, qui sait, les « rouges et bruns » auraient pris leur revanche, restauré l’URSS ?!

Le très nouveau Parlement russe (né en 1989) mensongèrement présenté chez nous comme « communiste et conservateur », avait élu Boris ELtsine à sa présidence puis l’avait promu à celle de la Russie,  non sans ardemment soutenir ses réformes « de Marché » contre le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev jugé « indécis », de même qu’il a  voté la dissolution de l’URSS. On ne saurait donc présenter le conflit ultime de 1993 comme un affrontement entre un parlement de « nostalgiques de l’URSS » et  les antisoviétiques du pouvoir exécutif.

Ce parlement originellement « eltsinien » était entré en conflit avec le président au vu des conséquences sociales catastrophiques des « réformes », et des méthodes autoritaires de l’exécutif « démocrate ». Il y avait  au sein de ce nouveau « front du refus », des démocrates déçus, des communistes qui s’étaient « ravisés », des nationalistes effarés par l’effondrement du pays – une majorité désormais acquise, non à un « retour en arrière », mais à une politique économique de régulation du marché et de protection des masses paupérisées, voire de réaction antilibérale et antioccidentale, vu le rôle joué dans la catastrophe par le FMI et les conseillers américains des « Chicago boys » de Moscou. La contestation était menée par deux fidèles lieutenants de Boris Eltsine, du moins jusqu’en 1992, le vice-président Alexandre Routskoï, et le président du Soviet Suprême de Russie, le Tchétchène Rouslan Khasboulatov. (Un Tchétchène à la tête du Parlement russe, voilà qui peut paraître, avec le recul, assez paradoxal !)

Dans le climat néolibéral de l’époque, il suffisait de dire que « le marché devait être réglementé » pour se faire traiter de « communiste conservateur » dans une presse russe aux mains de nouveaux groupes financiers en train de faire main basse sur les biens publics – 1993 était l’année du début des « grandes privatisations ». Beaucoup de Russes faisaient encore confiance au président Eltsine et il ne manquait pas de travailleurs pour croire que les privatisations allaient donner la propriété aux « collectifs de travail » et non aux directeurs et aux groupes financiers. Le parlement (Soviet Suprême) pouvait s’appuyer, lui, sur des sondages d’opinion qui montraient l’opposition d’une majorité de la population aux grandes privatisations et au démantèlement des services publics. Il y avait sans doute une grande confusion : hostiles au néolibéralisme (une « inconnue » totale en URSS !) qui n’avait pas encore montré l’entièreté de son visage, beaucoup de Russes croyaient encore aux promesses « de Justice sociale » dont ne cessait de les abreuver Eltsine. Mais dès le 1er mai, de violents affrontements entre manifestants et forces anti-émeutes installèrent un climat de pré-guerre civile dans les rues de Moscou. Les conseillers occidentaux du Kremlin, et certains de nos « kremlinologues » encourageaient le président russe à trancher dans le vif, à en finir avec ce parlementarisme soudainement perçu comme entrave à la « démocratie de Marché ».

Le Parlement fut dissous le 21 septembre par le président Boris Elstine. En réplique à la dissolution, le parlement destitua Eltsine et accorda la présidence au vice-président Routskoi. En réplique à la réplique, Eltsine organisa le blocus militaire du parlement. Ses partisans affluèrent au secours des assiégés, certains étaient armés.

En réponse, des troupes d’élite mitraillèrent les manifestants et le bâtiment abritant le parlement, la « Maison Blanche » sur les quais de la Moscova (où siège désormais le gouvernement) fut bombardée le 5 octobre par les tanks de la Division Taman.

L’épreuve se conclut donc par un massacre – plus de 150 morts selon une estimation officieuse prudente et invérifiable- suivi, à Moscou, du premier « nettoyage ethnique » anticaucasien de l’histoire de la Nouvelle Russie.  Et l’année suivante, de la première guerre en Tchétchénie.  Une Constitution présidentielle fut adoptée en décembre, toujours en vigueur. Voilà ce que nos médias unanimes, il y a vingt ans, nos gouvernements, nos grands partis démocratiques, suivant en cela les Etats-Unis (Bill Clinton) et le FMI, ont présenté comme un affrontement entre « démocrates » eltsiniens et  « conservateurs-communistes-rouges-bruns-fascistes etc… » se soldant par une grande « Victoire de la Démocratie ». Les écoles de journalisme devraient passer en revue les infos et commentaires des journaux et télés de l’époque, comme exercice sur le thème « objectivité et impartialité des médias ».

Les libéraux russes les plus radicaux, qui en appelaient depuis des années à un « Pinochet russe pour faire gagner les réformes », assument sans gêne aucune ce coup de force de même qu’ils présentent Pinochet comme « ayant sauvé le Chili du communisme ». Les libéraux assagis, qu’ils soient au pouvoir avec Poutine ou contre lui dans l’opposition, de même que nos milieux académiques liés aux opposants libéraux professent aujourd’hui des visions plus nuancées : le bain de sang d’octobre 1993 ne fut pas glorieux, et il n’a pas vraiment, totalement assuré « la victoire de la Démocratie ».

Mon sentiment, ma conviction dès cette époque et à fortiori vingt ans plus tard est qu’au contraire, les cent fleurs de la démocratisation écloses lors de la Glasnost des années 80 furent anéanties en quelques jours par un coup de force foncièrement antidémocratique.

Qu’on me permette ici une parenthèse personnelle. Journaliste à la RTBF[1], j’étais de longue date publié, dans divers pays, comme « spécialiste de l’URSS » mais ignoré en tant que tel par mon principal employeur jusqu’au printemps 1987, date de mon premier reportage à Moscou pour le Journal Télévisé[2]. C’est que je proposais l’image d’une « société en mouvement », bouillonnante de débats internes alors qu’il  était convenu de la décrire comme un totalitarisme pris dans les glaces éternelles. « Mon heure » vint lorsque les médias quasi-unanimes prirent le tournant suite à la reconnaissance, par la CIA, en 1986, qu’il y avait  vraiment « des changements en URSS ». Je fis alors un bref passage « dans l’air du temps », puisque favorable aux réformes de Gorbatchev comme tout le monde, quoique pour des raisons propres à ceux (dont j’étais) qui en espéraient l’avènement d’une « véritable démocratie » fondée sur plus de justice sociale. L’écart se fit dès que le cours réformateur effectua, en 1989, son tournant néolibéral et à fortiori lorsque le leader « séparatiste » (Eltsine) de la Nouvelle Russie adopta la politique dite de « thérapie de choc » inspirée par le FMI et les « Chicago boys » et autres « experts de Harvard » dont la « science » avait déjà servi au Chili  sous Pinochet, en Grande-Bretagne sous Margaret Tatcher et avec Ronald Reagan aux Etats-Unis.

Le bain de sang de 1993 fut l’aboutissement de cette « Démocratie de choc »…et dès ce moment, ce que je pouvais en dire sur antenne devint inaudible, car trop décalé par rapport à la « norme », soit à la propagande pro-eltsinienne que subissait quotidiennement nos opinions publiques, y compris dans les milieux de gauche qu’effrayait plus que tout un éventuel « retour des communistes » au pouvoir à Moscou. Que pouvait-on expliquer dans les « deux minutes » imparties au JT, à contre-courant du flot d’éloges des « réformes russes » qui déferlait dans l’ensemble des médias depuis deux ans ! Conscient d’être en porte-à-faux avec le discours dominant j’ai renoncé à encore intervenir sur les questions russes au  Journal télévisé  et, en général, j’ai vu se fermer bien des portes qui m’avaient été ouvertes à la fin des années 1980. Ce fut une expérience – une de plus – du mensonge persistant de « l’objectivité » et de « l’indépendance » des grands médias de masse. Je n’avais déjà plus la naïveté d’en être surpris. Fin de parenthèse personnelle.

A l’époque,  notre association « Maison Commune »[3] à Bruxelles publia une brochure sur les événements et les commentaires de presse que l’on pourrait exhiber sans fausse honte vingt ans plus tard ! La comparaison serait éloquente !

La fin de la première république parlementaire de l’histoire russe

Le Parlement de la Fédération de Russie étranglé par le pouvoir exécutif était l’un des produits de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev. Elu dans des conditions semi-démocratiques sans précédent, il s’appelait encore « Soviet Suprême » et comptait une majorité de députés issus du Parti Communiste d’Union Soviétique – un « argument » dont on se servit contre eux, alors que d’évidence, la plupart des responsables russes, y compris les plus radicalement libéraux, étaient issus de la même et unique « cuisse de Jupiter » et qu’en l’occurrence bon nombre d’entre eux avaient choisi la lutte contre le « communisme » établi et en faveur d’idées aux antipodes du socialisme. Le dit Parlement, et les nombreux soviets locaux renouvelés en 1989-90, s’étaient détachés de Gorbatchev, lequel hésitait encore entre réformes libérales et « choix socialiste », au profit d’un Boris Eltsine batailleur, qui leur promettait des réformes radicales « de Marché » mais également « de Justice » et « de Progrès ». On promettait même aux ouvriers qu’ils allaient devenir « propriétaires collectifs » des usines privatisées. Eltsine avait le soutien de nouveaux syndicats « libres » impatients de se débarrasser des « bureaucrates » soviétiques et d’instaurer « l’autogestion » rendue possible, à leurs yeux, par la désétatisation de l’économie. Libéraux, « gauchistes » et libéral-libertaires se rejoignaient dans la célébration des « libertés », l’anticommunisme, les séductions du consumérisme, de l’individualisme, de la « société civile » affranchie de la tutelle de l’état.

Dans un contexte de dislocation de l’URSS, l’heure était du reste à la défense des intérêts de la Russie et non plus au raccommodage de l’URSS. Bien des  nationaux-démocrates ralliés à Eltsine étaient alors soucieux de se débarrasser du « poids des républiques », objectif également prioritaire pour ceux qui, aux commandes des secteurs d’exportation des hydrocarbures, entendaient monopoliser à leur profit ces activités juteuses entre toutes.

Ce consensus s’est progressivement effrité à mesure que la dislocation de l’URSS, précipitée fin 1991, et la « thérapie de choc » amorcée en janvier 1992 montrèrent leurs effets désastreux sur le niveau de vie, la santé, les relations inter-ethniques, alors que les guerres civiles ravageaient déjà la Géorgie et le Tadjikistan et que le conflit armé menaçait entre Arménie et Azerbaïdjan.

Malgré tout, le Président obtint le vote de confiance d’une majorité de votants (mais non d’électeurs inscrits ) lors d’un référendum en avril 1993. La grande masse de la population était plus abasourdie et plongée dans des stratégies de survie qu’intéressée au débat politique, et le régime soviétique ne l’avait certes pas éduquée à la protestation collective. Nombre d’ex-Soviétiques croyaient encore qu’il ne s’agirait que d’une « mauvaise passe » de quelques années. Les sondages montraient cependant qu’en même temps qu’une cote favorable à Eltsine se maintenait, une majorité s’opposait aux privatisations de la grande industrie et au démantèlement des protections sociales, aux coupes sombres dans la santé publique. D’aucuns attendaient du président qu’il « corrige le tir ». N’avait-il pas souligné le besoin d’une approche plus « sociale » des réformes ? Mais la paupérisation et la désespérance gagnaient du terrain. Ils ne trouvaient pas d’expression politique (méfiance envers les communistes) ni syndicale (absence ou « libéralisation » des syndicats), seul le Parlement faisait entendre une voix rebelle, mais ce parlement était aussi sans réelle base sociale, trop compromis dans les jeux politiciens qui, depuis 1991, éveillaient suspicion ou indifférence au sein d’une population complètement aotomisée.

Aux démocrates libéraux et pro-occidentaux au pouvoir s’opposait désormais un front du refus parlementaire éclectique, composé de démocrates eltsiniens déçus, de sociaux-démocrates en quête de « troisième voie », de communistes et de nationalistes pris de colère en voyant le pays s’effondrer. Des groupes de combat armés, communistes et néofascistes (dont la milice de l’Unité Nationale Russe arborant la swastika) vinrent au secours des députés soumis au blocus militaire dans le parlement (la Maison Blanche) où ils s’étaient retranchés, privés d’eau, d’électricité et de téléphone. Refusant toute négociation, Eltsine décida d’en finir au moyen des armes, faisant appel aux blindés de la Division d’élite Taman et postant ses snipers  sur les toîts des immeubles d’où ils canardèrent les manifestants.

Le choix de l’Occident et de l’oligarchie naissante

Le président avait obtenu l’aval de ses pourvoyeurs de fonds du FMI et de ses « mentors » étatsuniens.  Son choix était logique et rationnel.  L’appui enthousiaste de l’Occident et de ses « chiens de garde » médiatiques n’était pas moins motivé de leur point de vue. Il faut se souvenir qu’à cette époque, la diplomatie russe que dirigeait Andrei Kozyrev s’était alignée sur les Etats-Unis, pour qui la Russie était la locomotive espérée de leur pénétration dans le continent eurasiatique.

La thérapie de choc – libéralisation des prix, compression drastique des dépenses publiques, privatisations prévues pour 80% de l’économie – n’aurait pu se poursuivre sans briser cette résistance. L’oligarchie financière et médiatique n’aurait pu s’emparer des secteurs-clé, notamment pétrolier, sans un changement radical du rapport des forces. Il n’y avait d’autre issue, pour les « démocrates », que la canonnade. Une négociation, que tentait l’Eglise Orthodoxe, aurait nécessairement remis en cause les plans radicaux d’Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs, et de l’élite oligarchique alors personnalisée par feu Boris Berezovski et Vladimir Goussinski. Et qui sait, les « collectifs de travailleurs » et les mouvements sociaux qui avaient le vent en poupe à la fin des années 80 auraient peu redonner de la voix, intervenir dans le débat sur le grand repartage de la propriété ? Impensable pour les élites du pouvoir, qu’il s’agisse de la nouvelle oligarchie financière ou de la nomenklatura bureaucratique recyclée dans les affaires ou dans l’appareil présidentiel.

Le régime présidentiel instauré en décembre 1993 – entériné par un référendum aux résultats très controversés – consacra l’avènement d’un régime autoritaire qui allait engager, l’année suivante, la première guerre en Tchétchénie.  On évita cependant une dictature « à la Pinochet » comme le proposaient certains idéologues démocrates des plus radicaux. A la répression d’Octobre répondit une victoire inquiétante, aux élections législatives de décembre, des forces nationalistes pseudo-oppositionelles [4] et communistes. Une opposition restait donc tolérée, mais le nouveau parlement (la Douma) n’avait plus qu’un rôle réduit.

Les nombreuses initiatives sociales autonomes qui avaient jailli à la fin des années 1980 et donné lieu à des mouvements ouvriers, intellectuels, écologistes réellement indépendants du pouvoir ont été littéralement anéanties. L’objectif même des « réformes » n’était-il pas de faire naître « une classe de propriétaires » garante de la « nouvelle Démocratie » mais dans la servitude du grand nombre et l’éradication des idées socialistes toujours vivaces ?

L’expérience ultralibérale aboutira au krach financier de 1998, qui fut aussi, en Russie, la défaite des idées libérales et des formations politiques eltsiniennes.

A ce moment-là, la même presse qui chez nous avait encensé Eltsine se mit à décrire la Russie sous des traits apocalyptiques. Or, la crise de 1998 fut aussi l’occasion, pour le nouveau gouvernement (éphémère) d’Evgueny Primakov, une sorte de social-démocrate, de réorienter la politique dans un sens plus régulateur. Il tenta en vain d’écarter des centres du pouvoir les oligarques dominants, ce qui lui valut d’en être lui-même évincé. Lui succéda un Vladimir Poutine, premier ministre puis président, très lié aux dits oligarques qu’il écartera plus tard, « sauveur du régime » mais initiateur d’une restauration de l’état et de la souveraineté nationale qui lui voudra les hostilités des plus radicalement libéraux et de l’Occident.

C’est alors que prit son essor une « société civile » oppositionnelle d’un autre genre, composée pour l’essentiel d’ONG (en Russie, on fit « organisations non commerciales » NKO) financées par des fondations étatsuniennes très militantes…et nullement intéressées par une démocratisation sociale telle qu’il s’en ébaucha avant 1993. Mais c’est déjà une « autre histoire ».

Cette histoire « d’après le choc » est aussi celle des bilans. La réussite de Gaïdar évoquée plus haut est indéniable. La Russie, et les autres pays de l’espace ex-soviétique, se sont bien engagés, de façon irréversible, dans la voie du capitalisme. Après une décennie d’ effondrement, l’économie et la puissance russes ont retrouvé le chemin du redressement, fût-il limité à la croissance d’une puissance exportatrice d’énergie et à son redéploiement militaire. Ce qu’il en a coûté socialement, culturellement est une façon de voir que les réformateurs « économicistes » ont souvent balayé d’un revers de la main. D’autres penseurs libéraux, peu suspects de nostalgies socialistes, n’en estiment pas moins que la « stratégie du choc » destructrice du potentiel hérité de l’URSS a été fatale pour la « modernisation de la Russie » telle qu’eux, libéraux éclairés, l’envisagent.  Loin de ce que leur mentor Georges Soros, après le krach de 1998 qui lui coûta deux milliards de dollars, a qualifié lui-même de « capitalisme de prédation ».

Jean-Marie Chauvier

Septembre 2013

 



[1] Radio-Télévision belge d’expressionb française.

[2] Précédemment, en 1983, j’avais obtenu, de haute lutte contre l’autorité du Journal Parlé où j’étais affecté, l’autorisation d’accomplir un reportage télévisé en URSS pour l’émission « A suivre » d’Enquêtes et Reportages, où je fus affecté par la suite. A l’époque,  les autorités soviétiques (avant Gorbatchev) n’étaient pas moins réticentes à me voir enquêter sur ce que j’avais nommé, comme titre de l’émission de 1983, « Le Jour d’Avant » – … me sirtuanbt donc « avant « les changements que je me permettais de supputer alors qu’ils paraissaient à la plupart invraisemblables. Nul ne savait (et moi non plus) à quel point ils étaient imminents et formidables, nul n’imaginait que les dirigeants soviétiques eux-mêmes allaient conduire l’URSS à sa perte en l’espace de quelques années ! De 1993 à 1991 : huit années !

[3] Association bruxelloise, animatrice de débats sur les changements à l’Est et dans le Nouvel Ordre Mondial. (1991-1993)

[4] Parmi celles-ci, le Parti Libéral-Démocratique de Vladimir Jirinovski servait en fait à drainer des voix nationalistes au profit d’une politique de complaisance envers le Kremlin.

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Le président Bachar al-Assad a affirmé l’engagement de la Syrie à tous les impératifs de l’adhésion à la Convention sur l’Interdiction des Armes chimiques et à l’exécution de son contenu, en réponse à l’initiative russe, et loin des menaces américaines “auxquelles la Syrie ne s’était pas soumise un jour”.

Abordant l’accord de la Syrie sur la destruction de ses armes chimiques, le président al-Assad a indiqué, dans une interview avec la chaîne américaine Fox News, que la Syrie, qui est depuis 10 ans, membre non-permanent du Conseil de sécurité, avait proposé aux Nations Unies et au Conseil de sécurité de se débarrasser des armes de destruction massive et de faire du Moyen-Orient, une zone vide d’ADM mais les États-Unis se sont opposés à cette proposition.

“Nous voulons voire notre région vide de toutes sortes d’armes de destruction massive parce qu’elle est très volatile, et toujours sur le point de l’anarchie et des guerres”, a-t-il ajouté.

A une question si le président Obama pourrait avoir confiance en Syrie pour aller en avant dans ladite convention, le président al-Assad a répondu : “Je ne pense pas que le président Obama devrait avoir confiance en moi, d’abord c’est le peuple syrien qui doit avoir confiance en moi et non pas le président Obama.

Deuxièmement, quand vous parlez de contrats et de relations internationales, il faut avoir des mécanismes fondées sur des critères objectifs, donc si vous voulez faire confiance ou pas confiance, regarder ce pays, voir s’ils obéissent à ces mécanismes et à ces règles ou pas”. Le président al-Assad a indiqué que la Direction syrienne cherche seulement la confiance du peuple syrien.

Le président al-Assad a jugé toute offensive politique sur le règlement de la crise syrienne sans la réalisation de la stabilité commme “illusions”. “Toute offensive politique doit commencer par l’arrêt de l’afflux des terroristes et du soutien logistique à ces derniers”, a-t-il indiqué.

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Le président syrien a reconnu qu’il disposait d’armes chimiques, et a fait part de sa volonté de les détruire. “Une opération qui prendra un an, et qui coûtera un milliard de dollars. Si l’Administration américaine est prête à payer cette somme d’argent et d’assumer la responsabilité du transport de ces produits toxiques aux Etats-Unis qu’ils le fassent, mais en coopération avec l’Organisation onusienne concernée”, a-t-il indiqué.

Le président al-Assad a précisé que la Syrie n’impose aucune condition sur l’envoi des armes chimiques à n’importe où si elles seront détruites, vu qu’elles sont nocives pour l’environnement.

Le président al-Assad a remercié la Russie qui bloque depuis le début du conflit toute résolution contraignante au Conseil de sécurité et pour son soutien à la SYrie face à l’attaque féroce dont elle fait l’objet.

A la question si la Syrie est d’accord avec le dernier rapport des Nations Unies concernant l’usage des armes chimiques aux alentours de Damas le 21 août dernier, le président al-Assad a nié toute responsabilité de cette attaque, rappelant que les enquêteurs n’ont pas encore terminé leur mission.

“Ils vont revenir et nous devons en discuter avec eux, nous devons voir les détails, mais nous ne pouvons pas être en désaccord sans avoir les preuves. Donc, personne n’a dit que le gaz toxique n’a pas été utilisé, car en mars nous avons invité la délégation en Syrie parce que le gaz Sarin a été utilisé. Nous avons la preuve qu’il a été utilisé en mars à Alep. Le gaz sarin est nommé “Gaz de cuisine” parce que chaque personne pourrait le fabriquer chez lui. “Chaque rebelle pourrait fabriquer ce gaz surtout si il était soutenu par des gouvernements possédant des substances chimiques pourraient les délivrer aux rebelles”, a-t-il ajouté.

Le président al-Assad a, en outre, précisé que des dizaines de milliers de djihadistes, soutenus par des personnes qui ont la même idéologie, sont entrés en Syrie de différents pays, on n’a pas d’informations si des Etats les soutiendraient directement, mais pour être précis ils recevaient  des dons octroyés par des individus.

Le président al-Assad a ajouté que des dizaines de milliers de Syriens sont morts dans le conflit du fait des attaques terroristes, des assassinats et des attentats-suicide,a insi que des soldats gouvernementaux qui ont trouvé la mort dans ce conflit. “La plupart des innocents sont tués par les terroristes et non pas par le gouvernement. Aucun gouvernement dans le monde ne procède à tuer son peuple. Comment pourrions-nous résister pour deux ans et demi si nous tuons notre peuple, au moment où l’Occident est contre nous et tous les pays de la région et notre peuple sont contre nous. Est-t-il réaliste ?”.

A une question sur son attachement à sa position face aux exigences pacifiques des citoyens de réaliser la démocratie, le président al-Assad a indiqué que “dès le début et avant l’arrivée des terroristes et des étrangers en Syrie, en 2011, six jours après le conflit, nous avons dit que nous allons faire des changements et nous avons commencé le processus de la modification de la constitution, deux ou trois mois après le conflit. Ce n’est pas moi qui ai changé la constitution, ce sont les Syriens qui avaient voté pour la nouvelle constitution via un référendum au début de 2012, en février, soit avant la fin de l’année qui suit le conflit. Donc, ce que vous dites est bien loin de la réalité, c’est un récit complètement différent, aucune de ces choses ne s’est passée en Syrie. Il s’agit peut-être d’un autre pays. Ce qui s’est passé en Syrie est que nous avions dit qu’il y a des exigences et que nous sommes prêts à changer quoi que ce soit.

A propos de la coopération de la Syrie pour la tenue de la conférence de Genève, le président al-Assad a indiqué que la Syrie avait soutenu le processus de Genève dés le début et les émissaires de l’ONU qui venaient en Syrie mais les Etats-Unis avaient dressé des obstacles pour de différentes raisons, la première était que les Etats-Unis savent qu’il n’y pas d’opposition réelle à l’extérieur. ” L’essence de la conférence de Genève doit s’appuyer sur la volonté du peuple Syrien et tout ce qui sera obtenu de Genève sera présenté au peuple syrien. Si vous n’aurez pas des bases populaires vous n’aurez pas la capacité de convaincre le peuple syrien d’agir avec vous”, a-t-il indiqué.

Questionné sur la possibilité de présenter sa candidature pour les prochaines élections 2014, le président al-Assad a indiqué qu’il est prématuré de parler de cette question, précisant q’une telle décision sera prise avant les élections.

Le président al-Assad a indiqué que la Syrie ne voit pas les Etats-Unis et le peuple américain comme ennemis.” Nous aimons toujours avoir de bonnes relations avec tous les pays du monde et en particulier avec les Etats-Unis parce qu’ils sont un grand Etat mais ces relations dépend de leur crédibilité. C’est normal et évident. Mais cela ne veut pas dire aller dans la direction que déterminent les Etats-Unis. Nous avons notre intérêt et notre civilisation et nous avons notre volonté. Ils doivent accepter et respecter cela. Nous n’avons pas de problème au cas du respect mutuel. Bien sûr, nous voulons avoir de bonnes relations”, a-t-il précisé.

A propos de l’élaboration d’une nouvelle constitution en Syrie qui garantira la liberté du peuple, le président al-Assad a répondu que la Syrie a une constitution qui garantit davantage de libertés, mais cela dépend de la nature de cette liberté. Les Syriens doivent fixer ce qu’ils voudraient et moi je dois accepter.

Répondant à la question de savoir s’il y a quelque chose dans ces deux ans d’horreur et de guerre sanglante à rattraper à ce moment, le président al-Assad a répondu que la majorité du peuple syrien avait expérimenté la signification du terrorisme , surtout que la Syrie était autrefois l’un des pays les plus sécurisés au monde et qu’elle était le numéro quatre sur l’échelle internationale de la sécurité. “Ces gens soutiennent le gouvernement, ainsi, ils sont derrières le gouvernement. Pas ou peu importe s’ils sont derrières moi ou pas. La chose la plus importante est que la majorité est derrière les institutions.

S’interrogeant sur l’existence de 60 à 70% du territoire syrien en dehors du contrôle du gouvernement, le président al-Assad a indiqué que quoi qu’il en soit, l’armée et la police n’existent pas partout en Syrie, et le problème reste que la guerre n’est pas entre deux pays ou deux armées. Il s’agit de l’infiltration de terroristes qui se déplacent d’une région à une autre pour la destruction et le meurtre. “Le problème maintenant est l’infiltration de ces terroristes en Syrie et le problème le plus dangereux est que nous confrontons leur idéologie, ce qui est plus important que ce pourcentage.

“Un grand nombre d’entre eux sont des étrangers non Syriens et ils partiront un jour ou ils trouveront la mort en Syrie, mais leur idéologie demeurera le principal souci de la Syrie et des pays voisins, et cela devrait être le souci de tous les pays du monde, y compris les Etats-Unis”, a-t-il souligné.

Questionné sur la possibilité de tenir des négociations avec l’opposition syrienne, le président al-Assad a affirmé que le gouvernement syrien est disposé à mener des discussions avec n’import quel Parti politique à l’intérieur et à l’extérieur mais “non pas avec les terroristes”.

“L’opposition ne signifie ni porter l’arme ni tuer les innocents ni détruire les écoles et les infrastructures”, a-t-il insisté.

Il a affirmé que la plupart des Syriens déplacés ont quitté leurs villages, leurs villes et leurs maisons à cause des terroristes et non pas du gouvernement, les appelant à retourner à leurs foyers.

Questionné sur la possibilité de la tenue des élections présidentielles, le président al-Assad a souligné que conformément à la constitution, des élections libres seront organisées en mai 2014, affirmant que le plus grand défi à présent est de débarrasser des terroristes.

R.B. / L.A.

Voir le reportage en français :

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/video-syrie-pour-assad-le-desarmement-chimique-coutera-un-milliard-8268615.html

Entrevue intégrale en anglais : (possibilité de mettre les sous-titres en français en cliquant sur sous-titres en anglais automatiques, puis cliquez traduire et choisir comme langue le français)

Voir également le reportage de RT :

 

 

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Les États-Unis et leurs deux alliés principaux, la Grande-Bretagne, et la France, ont insisté lundi sur l’idée qu’il faut une menace d’attaque militaire contre la Syrie au cas où le gouvernement du président Bashar el-Assad ne respecterait pas strictement les exigences de l’accord sur les armes chimiques, passé samedi entre le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry et son homologue russe Sergei Lavrov.

La rhétorique belliqueuse de la réunion de Paris entre Kerry, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, et l’Anglais William Hague a souligné les divergences aiguës qu’ils ont avec la Russie. Cette dernière a prévenu que les menaces de l’Occident pourraient nuire à toute chance de mettre fin aux deux années et demie de guerre civile en Syrie.

« Si Assad ne respecte pas les termes de ce cadre à temps, ne vous y trompez pas, nous sommes tous d’avis, et cela inclut la Russie, qu’il y aura des conséquences, » a déclaré Kerry. Il a affirmé que la Russie avait exprimé son soutien pour une résolution du Conseil de sécurité qui s’appuierait sur le chapitre VII de la Charte des Nations unies, laquelle peut autoriser l’usage de la force militaire, si la Syrie n’obtempère pas.

Le message envoyé par la réunion de Paris reprend les menaces faites au cours du week-end à la fois par le président américain Barack Obama et le président français François Hollande, dont le gouvernement a été le seul au monde à promettre de se joindre aux États-Unis dans leur agression prévue contre la Syrie.

« Si la diplomatie échoue, les États-Unis restent prêts à agir, » a averti Obama dans un entretien télévisé dimanche.

Dans un discours prononcé le même jour, le président français Hollande a déclaré, « l’option militaire doit demeurer, sinon il n’y aura pas de contrainte. »

Une flotte de guerre américaine reste déployée en Méditerranée, prête à frapper la Syrie. Le Pentagone a annoncé qu’elle resterait en place indéfiniment.

Après une rapide course à la guerre le mois dernier, sous le prétexte des accusations sans preuve désignant le gouvernement d’Assad comme responsable d’une attaque à l’arme chimique le 21 août près de Damas, les plans de Washington pour une attaque unilatérale contre la Syrie ont été suspendus sous l’effet de l’opposition à la guerre largement répandue parmi les masses américaines et des autres pays. Sous le coup du vote historique du parlement britannique le 29 août qui rejetait une résolution de soutien à une action militaire, Obama s’est tourné vers le Congrès américain pour obtenir une résolution d’Autorisation de l’usage de la force militaire (AUFM).

Mais là aussi, l’opposition du peuple américain à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, lancée sur des mensonges, a déjoué les plans du président américain. Les membres du Congrès face à des électeurs qui dans leur grande majorité demandaient qu’il n’y ait pas de guerre contre la Syrie, ont trouvé trop dangereux de soutenir l’AUFM, et Obama se trouvait confronté à la possibilité humiliante et inédite de se voir refuser l’approbation d’une guerre par le Congrès.

C’est dans ces conditions que le gouvernement en est arrivé par accident à négocier avec la Russie sur une proposition de désarmement de l’arsenal chimique du régime Syrien. Si l’accord obtenu à Genève samedi a apparemment suspendu une attaque imminente contre la Syrie, les menaces qui viennent de Washington et de ses alliés suggèrent que ce processus de désarmement, la prétendue voie diplomatique, pourrait rapidement mener à une guerre de grande ampleur.

Les experts en armement ont prévenu que la feuille de route imposée par l’accord américano-russe qui fixe des délais extrêmement courts, demandant la destruction de toutes les armes chimiques de la Syrie pour le milieu de l’année prochaine, est pratiquement impossible à respecter quelle que soit la situation, et encore moins dans le contexte d’une guerre civile comme celle qui se déroule en Syrie.

Les trois puissances occidentales se sont également emparées du rapport des inspecteurs des Nations unies sur l’incident du 21 août, publié lundi par le secrétaire général Ban ki-Moon, comme d’une raison supplémentaire pour la guerre.

Ce rapport, a affirmé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, « ne laisse aucun doute sur l’origine de l’attaque du 21 août, » et l’ambassadeur américain aux Nations unies, Samantha Powers a dit que les détails du rapport « montrent clairement que seul le régime aurait pu [la] mener. »

En fait, ce rapport ne fait rien de tout cela. Il ne porte aucune accusation, et conclut que « des armes chimiques ont été utilisées dans le conflit en cours entre les parties dans la République arabe syrienne, » en s’appuyant sur des preuves médicales, des entretiens avec les survivants et la récupération d’une roquette contenant des traces de sarin.

Un autre organisme, la Commission d’enquête sur la Syrie de l’ONU, se prépare à enquêter sur 14 accusations d’attaques chimiques pour déterminer qui était responsable. Le régime syrien affirme que ses propres soldats ainsi que des civils ont été tués par des munitions chimiques utilisées par les milices soutenues par la CIA qui luttent pour faire tomber le régime d’Assad.

L’un des membres dirigeants de la Commission de l’ONU, Carla Del Ponte, ex-procureur en chef dans deux tribunaux de l’ONU pour crimes de guerre, a révélé en mai dernier que les preuves vont dans le sens de l’usage des armes chimiques, dont le sarin, par les soi-disant rebelles.

Et la semaine dernière, des procureurs turcs ont présenté une mise en examen contre un membre syrien du Front Al Nusra (affilié à Al Qaïda) et ses complices turcs, qu’ils accusent d’avoir tenté de se procurer des produits chimiques en Turquie pour la production de gaz sarin.

La menace d’agression américaine contre la Syrie n’a jamais été motivée par des inquiétudes sur les armes chimiques, ce n’était qu’un prétexte. Le véritable objectif de Washington est un changement de régime en Syrie pour développer l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et préparer une guerre encore plus large contre l’Iran, qu’ils considèrent comme leur principal rival dans la région.

Dans ce dessein, les États-Unis et leurs alliés à la réunion de Paris ont juré d’accentuer leur soutien aux « rebelles, » terme qui désigne un assortiment d’un millier de milices différentes et d’escadrons de la mort dominé par Al Qaïda et d’autres éléments islamistes. Avec l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont déversé des milliards de dollars en armes et en financement en Syrie, alimentant une guerre civile sanglante qui a fait plus de 100 000 victimes. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, les troupes syriennes et les milices pro-Assad représentent plus de 40 pour cent de ces pertes.

Le même jour où le rapport des inspecteurs sur les armes chimiques était publié, la Commission des Nations unies sur les sanctions contre la Libye publiait également un rapport à l’attention du Conseil de sécurité qui établit « un nombre croissant de cas de trafic d’armes et de munitions depuis la Libye vers la République arabe syrienne par mer et par air, » suite à la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN pour un changement de régime qui s’est terminée par le meurtre du Colonel Mouammar Kadhafi.

Ce réseau d’armes, financé par le Qatar et coordonné par la CIA, qui a établi une grande station secrète dans la ville Libyenne de Benghazi, laquelle fut attaquée par des militants islamistes l’an dernier, a été une source de grandes quantités d’armes sophistiquées pour les milices anti-Assad.

La semaine dernière, il a été rapporté que la CIA, qui avait organisé la fourniture d’armes achetées par l’Arabie saoudite et le Qatar, arme maintenant les « rebelles » directement.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Lavrov, a écarté les affirmations de Kerry selon lesquelles la Russie avait la même position que l’Occident sur l’usage de la force contre la Syrie. « Oui, nos collègues américains aimeraient beaucoup qu’il y ait une résolution fondée sur le chapitre VII, » a-t-il dit. « Mais la déclaration finale, le document final que nous avons approuvé et qui contient les principes directeurs sur la manière de procéder et nos obligations mutuelles, n’en fait pas mention. »

« S’il y a quelqu’un pour qui il est plus important de faire des menaces en permanence […] eh bien c’est une autre voie pour compromettre complètement les chances d’organiser une deuxième conférence de Genève, “ a ajouté Lavrov, en faisant référence à la conférence proposée pour négocier un accord politique sur la guerre civile en Syrie.

La réalité c’est que Washington n’a aucun intérêt à organiser une telle conférence dans une situation où les « rebelles » subissent de plus en plus de défaites et sont, d’après de multiples sources, en voie de désintégration. Ils préfèrent au contraire changer la réalité sur le terrain, par un afflux renforcé d’armes et, en dépit du retard actuel, une action militaire directe.

En plus de prolonger le bain de sang syrien, cette politique prédatrice créé le risque de déclencher une guerre dans toute la région qui pourrait y entraîner les pays voisins, tout comme l’Iran et la Russie.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 17 septembre 2013

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La guerre en Syrie: une guerre pour l’énergie?

septembre 18th, 2013 by Alexandre Latsa

Alors que la guerre en Syrie continue, le Mainstream médiatique, qui s’acharne sur l’Etat syrien, oublie de façon récurrente de rappeler l’un des aspects les plus essentiels de ce conflit: l’aspect énergétique et notamment gazier. Ce facteur explique que le soutien actif de la Russie a pour but non pas de protéger la personne de Bashar el-Assad, mais avant tout d’éviter l’effondrement du régime syrien, car cet effondrement voulu de l’extérieur serait un élément géopolitique d’un dispositif bien plus large et assez directement dirigé contre elle.

Lorsque la Russie commence à relever la tète à compter des années 2000, elle devient en effet le principal obstacle au plan de prise de contrôle énergétique des voies énergétiques liant l’Europe et l’Eurasie via les Balkans que les stratèges américains ont programmé et entamé via notamment la guerre en Serbie en 1999.

L’Amérique et l’Union Européenne vont alors chercher par tous les moyens à diversifier l’approvisionnement des pays européens pour réduire leur potentielle dépendance envers Moscou. C’est le début du projet de gazoduc Nabucco, aujourd’hui quasiment abandonné, qui consistait à permettre l’alimentation de l’Europe en gaz produit en Azerbaïdjan et au Turkménistan, via un itinéraire qui aurait traversé la Turquie et évité la Russie tout en contournant la Grèce. Autour de ce projet, il y avait un  plan géopolitique américain très ambitieux: Transformer l’allié Turc en pivot central d’ungrand moyen orient à remodeler et aussi en un centre régional de transit énergétique entre les Balkans et le moyen orient.

On comprend dès lors mieux les velléités américaines pour que la Turquie intègre l’Union Européenne et aussi garder ce pays dans leur giron, ce qui leur permettrait de contrôler indirectement mais fermement l’approvisionnement énergétique de l’Europe et surtout d’empêcher une alliance continentale énergétique euro-russe jugée contraire aux intérêts américains en Eurasie.

Ce projet Nabucco a cependant échoué puisque le Turkménistan s’est tourné vers la Chine et que l’Azerbaïdjan s’est lui rapproché du projet russe South Stream. Développé en 2007, South Stream, a pour objectif de permettre à la Russie de garder le contrôle sur l’approvisionnement de l’Europe via notamment la caspienne et le Kazakhstan (membre de l’Union Douanière), tout en y incorporant la Serbie dont l’importance énergétique pour l’Union européenne sera, dans l’avenir, aussi grande que celle de l’Ukraine aujourd’hui. Une Ukraine définitivement contournée pour que ne se reproduise plus les incidents de 2006 et les coupures d’approvisionnement en Europe.

Après la faillite de la Grèce suite à la crise financière, la Russie s’était engagée sur la voie du rachat du consortium gazier grec par Gazprom. Ces négociations se sont arrêtées lorsque le département d’Etat américain a tout simplement mis en garde Athènes contre une coopération énergétique avec Moscou et déconseillé une cession à Gazprom qui “permettrait à Moscou de renforcer sa domination sur le marché énergétique de la région”. South Stream prévoit malgré tout un embranchement vers la Grèce, achevant de transformer le projet en une sorte de pont énergétique orthodoxe en direction de l’Europe.

La position d’Ankara est à ce jour assez ambiguë. Fortement liée à la Russie sur le domaine énergétique via par Blue Stream, Ankara a également accepté qu’un raccord soit opéré entre Blue Stream et South Stream. En outre le pays, seconde puissance de l’Otan, s’est également déclaré candidat à rejoindre l’Organisation de Shanghai (l’alliance militaire sous direction Sino-russe), avec laquelle le pays a signé en début d’année 2013 un partenariat de dialogue préalable à l’adhésion. Est-ce le signe d’un profond et crucial retournement d’alliance?

La Syrie, aux prises avec une guerre civile et interconfessionnelle qui oppose chiites et sunnites, est elle directement concernée par deux projets de gazoducs liés aux projets Nabucco et South Stream mentionnés plus haut.

En 2009, un projet appelé “Friendship Pipeline” a été lancé par l’Iran, l’Irak et la Syrie, trois pays à gouvernance musulmane chiite. Le tube amènerait du gaz iranien à la méditerranée, en vue d’alimenter l’Europe, mais en évitant le territoire turc. Ce projet, destiné à permettre à l’Iran d’écouler son stock en Europe, comprend également une extension vers le Liban et selon Roland Lombardi devrait être à terme raccordé au projet russe South Stream. Il faut rappeler que l’Iran était initialement pressenti comme fournisseur essentiel de Nabucco mais sera rapidement exclu du projet pour des raisons politiques et aussi sans doute après que le renversement du régime soit apparu comme de plus en plus improbable, tant par la force que par des procédés moins violents comme l’embryon de révolution de couleur qui a frappé le pays en 2009

En 2009 aussi, un autre projet a été lancé, un projet de pays sunnites et qui aurait reçu l’aval du Pentagone. Du gaz qatari serait livré en Europe, par un gazoduc qui partirait du Qatar, traverserait l’Arabie Saoudite puis la Syrie et enfin la Turquie. Au passage ce projet ressusciterait le projet Nabucco, soutenu par les turcs et les américains, mais abandonné pour l’instant faute de fournisseurs de gaz fiables. Bien entendu, ce projet du Qatar est irréalisable si le régime de Bashar el-Assad n’est pas anéanti et remplacé par un gouvernement docile. On comprend mieux ce qui peut pousser un certain nombre de pays à s’engager activement dans le soutien de l’opposition syrienne.

On voit que le point focal de cette concurrence entre les producteurs de gaz est l’Union Européenne, cet énorme marché solvable dont la consommation de gaz ne devrait qu’augmenter malgré la crise.

Plus que jamais, les choses se passeront en Méditerranée car de nouveaux acteurs vont bientôt apparaitre sur le marché. Israël et Chypre ont découvert de très grandes réserves de gaz off shore dans leurs zones économiques exclusives, ces deux pays deviendront à moyen terme des pays exportateurs importants. Dans ce bassin de la méditerranée orientale, il est probable que les découvertes de gaz off shore ne font que commencer. Le Liban et la Syrie pourraient aussi disposer de réserves exploitables de gaz.

Pour l’exportation de ces nouvelles ressources deux solutions qui mélangent commerce et géopolitique s’affrontent déjà. Les USA sont partisans d’un réseau de gazoducs qui alimenteraient l’Europe en traversant la Turquie et les pressions sur Israël ont déjà commencé. Les russes, pour leur part, préfèreraient que ce gaz soit liquéfié et exporté par méthaniers vers l’Asie industrielle.

Le grand jeu énergétique semble s’accélérer, opposant plusieurs projets énergético-civilisationnels qui traduisent clairement les ambitions politiques et stratégiques de blocs politiques entre lesquels la guerre énergétique est visiblement en train de s’intensifier.

L’opinion exprimée dans cet article ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction, l’auteur étant extérieur à RIA Novosti.

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Des vidéos de l’attaque chimique de Damas ?

septembre 18th, 2013 by Bahar Kimyongür

Toute info venant de Syrie est à prendre avec des pincettes. Mais celle qui suit est trop importante pour être ignorée. Elle nous vient d’Eliot Higgins, un américain féru d’informatique qui anime un blog sous le surnom de Brown Moses. Higgins est un chômeur autodidacte qui est peu à peu devenu un expert en armes du conflit syrien au point d’être considéré comme une référence par de nombreux médias internationaux.Ce mardi 17 septembre, Higgins a découvert sur le site Liveleak trois vidéos relatives à l’attaque chimique du 21 août survenue dans la banlieue de Damas.

La légende de ces vidéos indique que les images ont été découvertes dans le smartphone de terroristes qui ont été tués le 15 septembre dernier par des militants kurdes à la frontière (turque ? irakienne ?).

On y voit des combattants présumés de la Brigade de l’Islam (Liwa Al Islam) occupés à tirer des missiles visiblement doté de charges chimiques.

Dans l’une des vidéo, les combattants équipés de masques à gaz se revendiquent de la Katibat Rih al Sarsar, la Brigade du vent destructeur, la même que celle qui, dans une vidéo diffusée en novembre 2012, menaçait d’exterminer tous les alaouites de Syrie à l’aide d’armes chimiques.

Dans la première vidéo, le présumé terroriste parle des “chiens d’Assad” et des roquettes “Ababil”. Il ajoute : “Mercredi 21/08/2013. Opération du Vent destructeur. Liwa al Islam (Brigade de l’Islam). Ciblage des forces du pouvoir assadien à Qaboun. Allah u Akbar”.

 

Dans la deuxième vidéo, le présumé terroriste dit :

“(…) Chabbih d’Assad dans le quartier de Qaboun. Mercredi 21. Avec les roquettes Ababil. Allah u Akbar”

Dans la troisième vidéo, le présumé terroriste dit :

“Les chiens d’Assad dans la zone de Jobar. Au moyen de deux missiles Ababil. Mercredi 21/08/2013. Allah u Akbar.”

Eliott Higgins doute cependant de l’authenticité de ces vidéos en s’appuyant sur trois arguments :

1. La faible luminosité des trois scènes ne correspondrait pas aux conditions atmosphériques et urbaines de la nuit du 20 au 21 août et des quartiers cités. Il affirme que Damas était sous la pleine lune cette nuit-là et que les zones où les combattants prétendent se trouver devraient être couverts par l’éclairage urbain.

2. Les terroristes montrent ostensiblement le drapeau de Liwa al Islam ce qui d’après lui, n’est pas dans les habitudes de ce groupe armé.

3. On aperçoit les membres présumés de Liwa al Islam tirer leurs obus à l’aide de canons soviétiques de type D-30 Howitzer alors que selon lui, l’attaque chimique a été réalisée avec des lance-roquettes multiple de type BM-14.

Les ommissions de M. Higgins

A la lecture de ces arguments, on s’aperçoit que M. Higgins commet une série d’omissions.

Notons d’abord que M. Higgins n’a jamais mis les pieds en Syrie et ne parle pas l’arabe, ce qu’il reconnait lui-même.

Secundo, le quartier de Qaboun comporte des zones agricoles, donc peu éclairées, principalement dans sa partie Nord, du côté d’Al Jidar. Par ailleurs, Qaboun étant un quartier ravagé par la guerre, nous doutons que l’éclairage urbain puisse y être partout opérationnel. Dans la 3e vidéo, les présumés combattants de Liwa al Islam prétendent se trouver à Jobar. Etant donné que Jobar est également une zone de conflit, il y a là aussi peu de chance de trouver un éclairage optimal. Près de sa gare routière, nombreux sont les terrains vagues sans éclairages. On comprendra enfin que pendant la nuit, les groupes armés évitent de s’exposer à la lumière.

Tertio, la rébellion syrienne est composée de plus d’un millier de groupes armés. Pour gagner les faveurs des bâilleurs de fond du Golfe et surtout de Bandar, le chef du renseignement saoudien, ces organisations ont tendance à soigner leur com’, à se démarquer de leurs concurrentes, donc à afficher leur logo tous azimuts.

Quarto, les enquêteurs internationaux évoquent l’utilisation de roquettes de calibre 333 mm dans l’attaque chimique du 21 août à partir de croquis qu’Higgins a fournis lui-même ! (*) D’après ce document publié par Human Rights Watch, les roquettes de ce calibre ne peuvent avoir été lancées qu’à l’aide de lance-roquettes multiple Falaq-2 de fabrication iranienne. Les enquêteurs auraient également retrouvé des roquettes soviétiques de calibre 140 mm. pouvant être propulsés avec des lance-roquettes multiple BM-14.

Toutefois, dans le rapport complet cité par le secrétaire général de l’ONU M. Ban Ki Moon, il est question de l’utilisation de roquettes de calibre 122 mm dans l’attaque à l’arme chimique. Ces roquettes sont précisément propulsées au moyen de canons D-30 Howitzer, exactement comme celles que nous apercevons dans les vidéos controversées.

Visiblement, l’expert autodidacte américain a une connaissance très incomplète de l’enquête onusienne.

Les mensonges de l’ambassadrice américaine à l’ONU

De son côté, Mme Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, confirme elle aussi l’utilisation de roquettes de 122 mm dans l’attaque chimique de la Ghouta. (**)

Elle ajoute cependant que seul le régime syrien dispose de ce type d’armement.

Pourtant, elle n’est pas sans savoir que les rebelles ont saisi plusieurs canons D-30 Howitzer lors de la conquête de bases militaires loyalistes, ce que reconnaît d’ailleurs M. Higgins dans plusieurs de ces articles.

Voici par exemple les images d’un D-30 Howitzer (calibre 122 mm.) saisi par les rebelles dans la base du 46e régiment près d’Alep :

Voici les images de la Brigade Mo’awiya Ben Abou Soufyane tirant des roquettes 122 mm sur des positions loyalistes à Hama :

Ici, les rebelles utilisent tirent plusieurs roquettes de 122 mm à l’aide de deux D-30 Howitzer à Lattaquieh le 10 août 2013 :

 Voici les images de la brigade Al Farouk tirant des roquettes de D-30 Howitzer sur l’école de police de Khan al Assel près d’Alep :

Comme on peut le constater en visionnant ces vidéos, Mme Samantha Power ment délibérément sur les capacités militaires dont disposent les groupes djihadistes syriens soutenus par Riyad, c’est-à-dire par Washington.

Or, la Brigade Liwa al Islam est non seulement bien financée, équipée et encadrée, notamment par l’Arabie saoudite mais en plus, elle revendique 16.000 combattants actifs dans la banlieue de Damas (***).

Il va de soi que la mobilisation de milliers de combattants par un seul groupe armé offre à celui-ci une grande capacité offensive et de coordination.

Rappelons-nous que les enquêteurs de l’ONU parlent de dizaines de roquettes tirées le 21 août 2013 sur plusieurs quartiers de la banlieue de Damas : Zamalka, Irbine, Moudaamiya al Cham, Darayya, Kafr Batna etc.

Les roquettes “Ababil” lancées à partir de canons D-30 comme on l’aperçoit dans les vidéos controversées pourraient très bien avoir été tirées par les combattants du Liwa al Islam déployés sur le Front de Jobar ou de Qaboune.

Pour l’heure, nous ne pouvons confirmer l’authenticité des vidéos imputant le massacre chimique du 21 août aux djihadistes de Liwa al Islam.

Elles méritent en tout cas d’être minutieusement étudiées.

Tel est notre devoir envers le peuple syrien et les anges martyres de la Ghouta.

 Bahar Kimyongür

 

Notes 

(*) cf. pp. 10-11 du rapport de Human Rights Watch intitulé “Attacks on Ghouta” : http://www.hrw.org/sites/default/fi

(**) Reuters, 16 septembre 2013

(***) Benjamin Barthe, Le Monde, 17 septembre 2013

 

 

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Depuis le début des troubles en Syrie, la plupart des grosses ONG - Amnesty International, Human Right Watch, Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde- se sont rangées du côté de la rébellion, de la propagande hostile au gouvernement de Bachar Al-Assad, ne faisant que très peu de cas des atrocités que les véritables bourreaux commettaient sur une grande échelle. Notable exception, l’Institut international pour la paix, la justice et les droits de l’homme (IIPJDH) – une petite ONG basée à Genève, aidée par quelques volontaires – a travaillé d’arrache pied, pour établir un premier rapport sur les crimes des “rebelles” en 2013, que nous diffusons ici avec notre vive reconnaissance. (Silvia Cattori)

 

Terrorisme en Syrie

Rapport 2013

Institut international pour la paix, la justice et les droits de l’homme (IIPJDH)

La guerre de Syrie est sans nul doute « la grande tragédie de ce siècle » comme la nomme le Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres.

Et cette tragédie n’est pas prête de finir. Après trente mois de guerre, de sauvageries et de destructions, la perspective d’une solution politique semble de plus en plus illusoire.

L’attaque chimique survenue le 21 août dernier dans la Ghouta marque un tournant dans le processus de résolution du conflit déjà mis à mal par les atermoiements de l’axe Paris-Washington et l’intransigeance des belligérants, en particulier des rebelles qui posent des conditions radicales et intenables avant l’entame d’éventuels pourparlers.

Selon le bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) paru le 1er septembre 2013, au moins 110.371 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début du soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad.

Ce rapport indique qu’avec les 45.671 tués dans leurs rangs, les forces loyalistes sont les premières victimes de la guerre en terme de nombre. Pour donner une idée de l’ampleur de l’hécatombe parmi les forces loyalistes, on peut comparer le nombre de soldats gouvernementaux tués en Syrie au nombre d’habitants de la ville de Lugano.

Toujours selon l’ONG britannique, 40.146 civils auraient été tués. Il s’agit essentiellement de civils coincés entre deux feux ou délibérément pris pour cible. Ce chiffre ne distingue pas les Syriens que l’on pourrait globalement qualifier de« pro-gouvernementaux » ou de « pro-rébellion ».
 
 Le nombre de civils, femmes et enfants inclus, que l’on peut situer dans le camp des pro-Assad, des anti-rebelles ou des neutres est sans doute extrêmement élevé surtout si l’on tient compte des tueries de masse commises ces dernières semaines par les groupes terroristes dans les zones kurdes du Nord du pays (Tell Aran, Tell Hassel, Tel Abyad, Sereqaniye), dans les quartiers et les villages chiites (Nubbol-Zahra, Hatlah), alaouites (Lattaquieh et Homs) et chrétiens (Marmarita, al Duvair, Jaramana, Maaloula) et parmi les sunnites patriotes un peu partout dans le pays notamment à Khan Al Assal.

Origine de la violence en Syrie

Comme toutes les nations, l’histoire de la Syrie se bâtit sur la violence. Occupée par l’Empire ottoman puis par la France, la Syrie est née d’une guerre de libération.

L’armée a donc joué un rôle central lors de la naissance de la Syrie moderne. Elle est même demeurée un acteur politique à part entière dans cette zone de turbulences convoitée par toutes les puissances mondiales que l’on appelle Proche-Orient.

Les accords de Sykes-Picot, le découpage de la Syrie par la France coloniale sur base ethnique et confessionnelle, la création d’Israël, l’expédition du canal de Suez en 1956, les guerres isréalo-arabes de 1967 et 1973, les guerres du Liban, de l’Irak, les opérations de Tsahal à Gaza ont radicalisé le régime de Damas et accentué le sentiment d’encerclement parmi ses élites politico-militaires.

Ce sentiment d’encerclement a conduit le régime à renforcer sa répression domestique et à pratiquer le terrorisme d’Etat envers les nombreux dissidents.

A l’aube du printemps 2011, un mouvement syrien citoyen a vu le jour, fruit d’une longue lutte souterraine dans un contexte d’étranglement de la contestation. Les manifestants ont légitimement défendu des revendications de liberté et de démocratie.

Alors que le président syrien s’apprêtait à concéder quelques droits aux manifestants révoltés, une aubaine pour lui qui a souvent été freiné par les caciques du régime peu ouverts aux réformes, des groupes radicaux sont apparus, récupérant le mouvement citoyen syrien.

Le discours confessionnaliste de ces intrus ressemblait étrangement à celui que certains prédicateurs répandaient depuis quelques années déjà à l’attention du monde sunnite à partir de chaînes satellitaires émettant depuis les Etats du Golfe.

Ce discours haineux atteint son paroxysme lorsque alliance stratégique anti-israélienne fut scellée en février 2010 entre Damas, Téhéran et le mouvement de résistance libanais Hezbollah.

Bien qu’étranger aux revendications populaires de démocratie, ce discours a très vite commencé à polluer le mouvement démocratique syrien.

A l’aube de la révolte syrienne, alors que le dialogue entre le pouvoir et la population révoltée semblait possible, des attentats ont visé les forces de sécurité, provoquant une réaction en chaîne de violence et de contre-violence.

Il convient de souligner que la résistance à l’oppression est un droit reconnu internationalement. La Déclaration universelle des droits de l’homme évoque dans l’alinéa 3 du préambule l’hypothèse d’une « révolte contre la tyrannie et l’oppression » en tant que « suprême recours ».

Cependant, dans le cas syrien, la résistance à l’oppression a très vite pris un caractère barbare et aveugle. Elle est très vite devenue illégitime tant du point de vue de ses méthodes que de son projet politique.

Les militants armés ont recouru à une rhétorique sectaire à leur fronde et recouru à une rhétorique guerrière. Leurs méthodes d’action ont été d’une brutalité inouïe. Le moindre désaccord avec leur discours était traité au fusil.

Lorsque leur projet politique s’est révélé au grand jour, de nombreux Syriens conclurent qu’il était proprement incompatible avec leur mode de vie et avec le tissu social, ethnique et culturel syrien. Nombreux opposants se sont détournés de la sédition et ont préféré appuyer le processus de réforme lancé par le président Bachar el Assad.

Tandis que l’escalade militaire se poursuivait, les médias et les pouvoirs occidentaux ont tout simplement ignoré, minimisé ou mis en doute les massacres commis par les groupes rebelles. Chaque jour pourtant, la rébellion, toutes tendances confondues, s’est livrée à des actes d’une sauvagerie inouïe et fièrement revendiqués :

– embuscades contre des civils
– attentats kamikazes dans des lieux publics
– tirs d’artillerie sur des zones peuplées
– assassinats ciblés
– pogroms, apartheid et nettoyage ethnique (fatwas antikurdes, pogroms antichrétiens, génocide anti-chiite et anti-alaouite)
– exécutions prononcées par des tribunaux de la charia
– tortures, mutilations, décapitations
– viols, humiliations et esclavage sexuel
– exécutions de masse
– enlèvement et séquestrations de civils
– Assassinats de journalistes
– Recrutement d’enfants soldats
– Destruction de lieux de culte
– Vols et pillages
– Discrimination religieuse et confessionnelle
– Violences entre factions rebelles

Nous en publions quelques exemples dans les lignes suivantes.

Attaques contre des civils

Damas

Le 22 janvier 2013, au moins 30 personnes ont été tuées dans un attentat-suicide dans une banlieue de la ville syrienne de Hama. Selon l’opposition syrienne, un kamikaze a fait sauter une voiture piégée devant un bâtiment des milices pro-régime. De nombreux civils font partie des victimes.

Un attentat-suicide à la bombe est survenu, jeudi 21 mars, dans une mosquée du nord de Damas, provoquant la mort de 43 personnes. Parmi les victimes, figure le cheikh Muhammad Saïd Ramadan al-Bouti, le célèbre savant sunnite, qui délivrait alors un cours de religion à des fidèles. Il était âgé de 84 ans.

Le 26 mars, plusieurs obus sont tombés dans le quartier de Baramké, dans le centre-ville de Damas, faisant 4 morts, dont une écolière, et cinq blessées.

Lundi 8 avril, un attentat-suicide à la voiture piégée a secoué le centre-ville de Damas, faisant 12 morts et 45 blessés selon une source médicale.

Le 15 mai 2013, le correspondant de la chaîne britannique Tim Marshall a été le témoin d’un crime commis contre des civils palestiniens chassés du quartier de Yarmouk à Damas par des groupes armés :
http://www.youtube.com/watch ?feature=player_embedded&v=pmCkoxjCUV4

L’équipe de Sky News a accompagné un millier de réfugiés cherchant à regagner leur foyer malgré les menaces de mort des rebelles qui occupent Yarmouk. A peine ont-ils franchi le no man’s land entourant leur quartier que les manifestants palestiniens ont été la cible des balles de la rébellion.

L’officier qui avait insisté pour escorter les journalistes de Sky News a lui aussi été atteint par les tirs. L’armée a aussitôt répliqué pour protéger les civils. Interrogés par Sky News, les habitants de Yarmouk proclament sous une pluie de balles leur hostilité envers les groupes armés et supplient les journalistes de dire la vérité sur la guerre en Syrie (“Some screamed at us : Please tell the world the truth ! We don’t want the fighters here, we want the army to kill them !” dans Tim Marshall, Civilians Come Under Fire From Rebels, Sky News, 15 mai 2013).

Au bout d’une heure d’affrontement, le journaliste Tim Marshall a comptabilisé au moins trois soldats et cinq civils blessés.

Le 11 juin, 14 personnes ont été tuées et 31 autres ont été blessées mardi dans un double attentat suicide sur la place Marjeh dans le centre de Damas.

Jeudi 27 juin, au moins quatre personnes ont été tuées dans un attentat suicide qui a frappé un quartier chrétien de la vieille ville de Damas. L’attentat s’est produit dans le quartier de Bab Touma, tandis que l’agence officielle Sana a indiqué qu’il a frappé le quartier contigu de Bab Charqi. L’attentat s’est produit près de l’église Mariamite et de l’association de charité Al-Ihsane. “Il semblerait que ce soit l’association caritative chiite qui ait été visée”, a expliqué Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Le 6 août, 18 personnes au moins ont été tuées dans l’explosion d’une voiture piégée à Jaramana, quartier chrétien et druze du Sud-est de la capitale. On dénombre également 56 blessés.

Le 11 août, trois civils sont morts suite à la chute d’obus de mortier sur le quartier de Dekhaniya à Damas. Trois obus de mortier tirés par des terroristes auraient chuté sur le quartier, tuant trois civils et en blessant trois autres.

Alep

Embuscades contre des civils humanitaires sur la route d’Alep

Le 23 juillet 2013, des rebelles du groupe Ahrar Al Cham ouvrent le feu sur un convoi humanitaire composé de 30 véhicules sur la route d’Alep. L’information est relayée par Stephen Kalin de l’agence Reuters. Une femme au moins décède durant l’attaque. On dénombre en outre 19 blessés. Les membres du convoi faisaient partie de la communauté arménienne de Syrie.

Attentat kamikaze dans une cafétéria

Le 22 août à Alep, un terroriste a actionné sa ceinture d’explosifs dans le restaurant de Capo Grillo dans la cité sportive d’al-Bassel dans le quartier de Mogambo à Alep, faisant huit morts et plus de 20 blessés. Un responsable sécuritaire a indiqué à la correspondante de Sana à Alep que le terroriste, né en 1995 à Jabal Bdour dans la banlieue d’Alep, est dénommé Khaled Ali al-Chebli. Il aurait actionné sa ceinture au moment où l’élève Maria Rabi’ organisait une fête pour avoir réussi son baccalauréat. Maria, Hassan Mhanna, correspondant de la chaîne d’al-Ikhbariya Assouria et six autres personnes sont décédées. Il y a un nombre indéterminé de citoyens blessés.

Hassaké

Attentat kamikaze à Al Shadada

Le 11 février 2013, deux kamikazes du Front Al Nosra déclenchent leur charge explosive dans la petite localité d’Al Shadada située dans le gouvernorat de Hassaké. Bilan : 14 civils tués.

Tirs sur des ambulances à Hassaké

Le 17 août 2013, deux ambulanciers sont assassiné à Ras al Ayn par le Front Al Nosra.

Homs

Le 1er août, le groupe Liwa Al Haq tire une salve de roquettes sur plusieurs quartiers résidentiels de Homs. Bilan : au moins 40 morts et 120 blessés. Le 19 août 2013, plusieurs roquettes ont été tirées par les groupes rebelles sur Oum Al Amd, un village pro-régime de la région de Homs. On dénombre sept morts dont deux femmes et plusieurs dizaines de blessés.

Cinq miliciens des Forces de défense nationale (loyalistes) et 9 civils dont deux femmes ont été tués à un check-point à Wadi al Nassara. D’après l’OSDH, l’attaque a été revendiquée par le bataillon Jund Al Cham. Source : OSDH

Damas

Mercredi 31 juillet, un bus transportant des employés du Centre de recherche scientifique de Barzeh a été ciblé par les rebelles. Bilan : 6 civils tués et 14 blessés.

Mercredi 14 août, on dénombre 14 morts dans une attaque au mortier à Mleha, au sud-est de la capitale Damas. Loyalistes et rebelles s’accusent mutuellement.

Idlib

Plusieurs tirs de mortier s’abattent dans la zone de Kafraiya, un district du Nord d’Idlib principalement habité par des chiites. Nombre de tués et de dégâts indéterminés

Hama

Le 1er juillet, trois citoyens ont été tués et plusieurs autres ont été blessés dans une attaque kamikaze à Sabboura en banlieue de Hama.

Les terroristes auraient fait exploser dans une voiture piégée d’une tonne et demi d’explosifs près du centre culturel de la localité. L’explosion a fait aussi 18 blessés, dont enfants et femmes, et causé des dégâts matériels importants dans les biens publics et privés.

Le 11 août, 4 civils sont morts dans un attentat-suicide à la voiture piégée sur la route Naqoura-Bahsa dans la banlieue de Hama. On dénombre plusieurs blessés graves.

Assassinats ciblés

Mardi 30 juillet, Majed Tinawi, maire de Zabadani et Ghassan Al Haj Hammoud, membre de la commission de réconciliation ont été assassinés par un groupe rebelle à Damas alors qu’ils quittaient une réunion portant sur la réconciliation.

Le 25 août 2013, des militants armés ont assassiné Anas Abdel Razzaq al-Naëm, gouverneur de Hama, dans un attentat à la voiture piégée dans le quartier de Jarajima à Hama

Assassinat de journalistes

Le 4 janvier 2013, Suhail Mahmoud Al Ali, correspondant de la télévision pro-gouvernementale Addounia a été abattu par des rebelles.

Le 27 mai 2013, c’est Yara Abbas, correspondante de la chaine Al Ikhbariya qui tombait sous les balles rebelles à Homs.

Mercredi 21 août 2013, un journaliste iranien dénommé Hadi Baghbani, a été tué dans une embuscade de la rébellion alors qu’il réalisait un documentaire sur l’armée syrienne. « Il était parti avec deux autres personnes pour faire un documentaire sur les crimes des salafistes, et a été tué dans une embuscade dans la région de Damas », a affirmé l’agence iranienne Fars, citant un de ses collègues.

Le 15 septembre, le journaliste Fakhr Eddine Hassan du journal Al-Massira a été victime d’un attentat terroriste sur l’autoroute Idlib-Mastoumeh. Il se trouvait dans un bus.

Pogromes et nettoyage ethnique

Homs

Contre les alaouites

Le 29 janvier 2013, après un siège qui a duré 15 jours, les miliciens de la Brigade Al-Farouk et de Khaled Ibn Al-Walid ont pris d’assaut les quartiers de la localité d’Amiriyyé, situé à25 km à l’est de Homs, tuant et blessant au moins 100 personnes. Selon un rescapé qui s’est confié au journal jordanien en ligne Akhbar el-balad, une vingtaine de voitures équipées de mitrailleuses ont investi le village et ouvert le feu sporadiquement, contraignant les survivants, des femmes et des enfants surtoutà prendre la fuite vers le village voisin de Ghasibiyyé.
Selon un autre habitant du village, les forces gouvernementales qui ont été appelées au secours, ont tardé à veniret se trouvent toujours sur le chemin. Sur un site de l’insurrection sur Facebook, il est écrit que « le village nassyrien (alaouite) a été nettoyé », ce que confirme le site Syria Truth selon lequel « les habitants de ce village sont taxés de chabbihas –voyous –du régime et ont été tués pour des raisons confessionnelles ».

Contre les chrétiens

D’après l’agence d’information AINA, le 29 mai 2013, des hommes armés d’inspiration takfiri ont pris d’assaut le village chrétien d’al Duvair situé dans le rif de Homs non loin de la frontière avec le Liban et y ont massacré l’ensemble de la population, femmes et enfants compris.

Idlib

Le 14 février 2013, le village de Wadi Khaled situé dans le gouvernorat d’Idlib a été incendié par des milices takfiris, obligeant les habitants à s’enfuir.

Hassaké

Les Chrétiens chassés de Hassaké

D’après le vicaire général des syriaques catholiques à Alep cité par le Docteur Nabil Antaki, des centaines de familles chrétiennes des villes de Qamichli et Hassakeh, menacées par le Front Al-Nosra, ont refusé de se rendre dans le camp de réfugiés ouvert il y a peu par le gouvernement turc à l’intention des chrétiens syriens ; [ils n’ont pas oublié les massacres de 1915] ; ils ont préféré se rendre à Mardine pour occuper les couvents syriaques qui se trouvent à quelques kilomètres

De Qamichli, abandonnant ainsi leurs maisons et leur biens. Ces derniers nous ont affirmé que les maisons des chrétiens tombent les unes après les autres entre les mains des éléments de Front Al-Nosra qui vendent les meubles à des bandes armées.

Les champs de blés appartenant à des chrétiens sont confisqués par les kurdes. Ces derniers se mettent à remplacer les plaques d’immatriculation sur les voitures par de nouvelles sur lesquelles ils ont supprimé la mention de la Syrie et qui portent désormais celle du “Kurdistan Syrien” avec de nouveaux numéros.

A Alep, le désespoir est grand et l’indignation règne toujours parmi les chrétiens à la suite de l’enlèvement des deux évêques. L’armée s’y bat toujours pour libérer les quartiers contrôlés par les rebelles.

Fatwas et massacres anti kurdes dans le gouvernorat d’Alep

Le 31 juillet dernier, le front Al-Nosra et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), liés à Al-Qaïda, ont tué le 31 juillet au moins 50 civils kurdes dans les villages de Tall Hassel et Tall Aren, dans la province d’Alep.

Le 1er août, 20 femmes et enfants kurdes qui voulaient fuir les djihadistes dans une camionnette ont été massacrés sauvagement à Tall Aren, avec des canons antiaériens. Près de 350 civils ont été enlevés dans les mêmes villages.

Pendant ce temps, les mosquées de Tall Hassel et Tall Aren, sous contrôle des djihadistes, annonçaient sans cesse que les biens et les femmes kurdes sont « halal », appelant ainsi au viol et au massacre, selon des sources locales. Plusieurs femmes auraient été violées tandis que des milliers de civils auraient du fuir vers le désert pour sauver leur vie.

Contre les chiites

Le 8 février 2013, neuf personnes, dont des femmes, des enfants et un imam ont été tués dans une attaque à la roquette contre une mosquée chiite d’Alep.

Contre les Ezidis de Ras ul Ayn (Sereqaniye)

D’après une dépêche de l’agence kurde Firatnews datée du 21 août 2013, une attaque de groupes rebelles a visé le village d’Assadiya dans la région de Sereqaniye au Nord de la Syrie. Ce village est peuplé de la minorité kurde ezidie.

Les habitants de ce village disent avoir été menacés d’extermination s’ils ne se convertissaient par à l’Islam.

Le 17 août, des groupes liés à Al Qaïda ont assassiné les frères Eli Biro et Murad Biro, forçant les habitants à se réfugier dans le village de Çava. D’après Mme Sema Nuri, son époux dénommé M. Sado Biro a été enlevé vers 1h de la nuit par des hommes se déplaçant en voiture et en moto. Son mari aurait été torturé et assassiné. Les assassins auraient ensuite envoyé à Mme Nurile corps de son mari.

L’un des témoins, Eywan Biro, dit que l’attaque des rebelles est motivée par le fait qu’ils ne soient pas musulmans. Après l’attaque du village d’Al Assadiya, les rebelles auraient ensuite attaqué le village de Çava où s’étaient retranché les rebelles. La population ezidie a finalement dû fuir vers le village de Tel Sexir.

Exécutions sommaires

C’est une pratique courante dans les zones contrôlées par les rebelles. La justice est appliquée par des tribunaux chariatiques ou par des justiciers autonomes improvisés. Depuis le début du conflit, les groupes terroristes exécutent systématiquement leurs prisonniers, violant ainsi les lois élémentaires de la guerre. Le simple fait d’appartenir à une communauté non sunnite ou pas assez sunnite peut valoir une condamnation à mort. L’Etat islamique d’Irak et du Levant, un groupe terroriste affilié à Al Qaïda, a fait de l’exécution publique l’une de ses principales activités.

Raqqa

Deux hommes ont été exécuté sur la place al Na’im de Raqqa par les combattants de l’EIIL au motif qu’ils étaient alaouites. D’après l’OSDH, une femme aurait invectivé les bourreaux qui lui ont répondu : « les apostats noussayri ont violé nos femmes ». Sur quoi elle aurait répondu : « Vous êtes les apostats et nous sommes tous Syriens. »

Le 14 mai, l’EIIL a exécuté 3 hommes sous prétexte qu’ils étaient des soldats loyalistes. Il est apparu que les deux hommes étaient des alaouites du village d’al Achrafiya du Nord de Homs. L’un est un médecin dénommé Moustafa Al Jani et l’autre est un enseignant dénommé Iyad Nofal. Cette information a été signalée par l’OSDH et provient d’activistes de Homs.

Idlib

Le 23 juin, les brigades de l’EIIL ont décapité le père franciscain Franco Mourad à Al Ghassaniya près de Jisr Al Choughour dans le gouvernorat d’Idlib. Deux autres moines ont été exécutés avec lui.

Alep

Une vidéo diffusée le 18 août montre l’exécution de deux enfants chiites par les l’Etat islamique d’Irak et du Levant dans le Nord d’Alep : _ http://www.syriantube.net/6210.html

D’après des activistes anti-régime, fin aôut 2013, l’EIIL a tué 2 personnes près du village de Douweirina non loin de l’aéroport d’Alep au motif qu’ils seraient des agents du régime.

En province d’Alep, début septembre, le Conseil de la charia d’Alep a exécuté un homme dans le quartier de Mashhad. Il était accusé d’être un « chabbiah » du régime. Des activistes de l’OSDH ont été témoins de l’exécution. Ils ont tenté de l’enregistrer mais ils en ont été empêchés par des hommes armés. _ Voir vidéo : http://www.youtube.com/watch ?v=5KafcL0HkPA&feature=youtu.be

Des membres de ce tribunal religieux ont été aperçus en compagnie d’un autre détenu dans le quartier de Sukkari. Sur base de la même accusation, il aurait été exécuté.

Le corps d’un jeune chirurgien syrien, Mohammad Abyad, employé par l’ONG Médecins sans frontières (MSF), a été retrouvé sans vie le 3 septembre 2013, après son enlèvement dans le village de Séjou, dans la province d’Alep. Selon des ONG affiliées à la rébellion, le chirurgien de MSF, Mohammad Abyad, aurait été tué par les milices de l’ « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) lié à Al-Qaïda.

Hassaké

Le 7 juillet 2013, les frères Firas et Saleh Sadik originaires de Salahaddine à Alep ont été tués dimanche 7 juillet 2013 à Tall Tamr, une agglomération située à mi-chemin entre Ras Al ’Ain et Hassaké, non loin de la frontière turque. Ils se trouvaient là pour acheter des vivres et les ramener à Alep. Leurs corps ont été retrouvés au bord de la route par un vieillard de Tall Tamr, une localité contrôlée par le Front Al Nosra. Les témoins disent que c’est d’abord Saleh qui a été tué d’une balle dans la tête. Son frère Firas a voulu s’interposer mais il a été mitraillé sur tout le corps.

Le 6 août 2013, une vidéo fait surface. On y voit trois Kurdes aspergés de carburant par des hommes masqués et brûlés vifs. L’exécution par immolation aurait eu lieu du côté de Tell Abyad.

Hama

Mohamad al-Hamada, poète local de la cité dissidente de Kafr Zita, connue pour sa forte hostilité au régime Assad, a été tué le jeudi 5 septembre par des membres de l’EIIS après que l’écrivain ait simplement demandé des nouvelles de son fils, vraisemblablement enlevé puis exécuté par l’EIIS. Tué d’une balle dans la tête, les hommes de l’EIIS se sont ensuite acharnés par deux autres balles dans le corps.

Damas

Le 2 août dernier, cinq membres d’une famille favorable au régime de Bachar-al Assad ont été assassinés par des hommes armés dans le nord de Damas a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). “Un homme, sa femme et ses trois filles ont été tués par des inconnus dans leur maison de Roukneddine”, un quartier huppé du nord de Damas, a précisé l’organisation, qui s’appuie sur un large réseau de militants à travers le pays. Leur fils, âgé de huit ans, a survécu au carnage en se cachant dans la sallede bain. Une des filles était lycéenne et les deux autres étudiantes à l’université. La famille, qui était alaouite, venait de la province de Lattaquié.

Tortures

La rébellion syrienne disait être née en réaction à la brutalité du régime. Cependant, au lieu d’éradiquer la torture, elle se l’est appropriée comme moyen de combat.

Début mars 2013, Abdoulhamid Mamoun est torturé en pleine rue par des miliciens de l’ASL. Toujours vêtu de jaune, le vieillard est connu de toute la ville. Se faire prendre en photo avec lui était une véritable attraction pour les touristes qui visitaient la grande ville du Nord. Il a été torturé en pleine rue, poils de la moustache arrachés, coups sur le visage. Ils l’ont forcé à insulter le président syrien, sa famille, à dire son amour pour l’ASL et son aversion envers les alaouites.

Dans une vidéo diffusée le 18 août 2013, on aperçoit deux soldats loyalistes torturés pendant leur interrogatoire :
https://www.youtube.com/watch ?feature=player_embedded&v=4gYiSCGvJ7A

Le premier bourreau demande compulsivement à l’un des prisonniers :
De quelle confession es-tu ?
Le soldat capturé a à peine le temps de répondre “alaouite” qu’il reçoit un coup au visage, puis deux gifles.
Quelle confession ? insiste le bourreau.
“Alaouite” répète le prisonnier.
La victime est à nouveau roué de coups. Il se redresse.
Le deuxième bourreau s’y met :
Nous n’avons pas bien entendu. Répète !
La victime guère soumise dit encore : “Alaouite”.
Nouveaux coups au visage.
Je jure par dieu que nous allons tous vous brûler avec la maison des Assad, peste le deuxième bourreau…

Exécutions de masse

Massacre anti-chiite de Hatlah à Deir Ez Zor

Mercredi 12 juin, les mercenaires du Front al Nosra ont attaqué le village isolé de Hatlah près de Dair Az Zor dans l’Est de la Syrie au seul motif qu’il est peuplé de musulmans chiites. Ils y ont massacré une soixantaine de villageois, jeunes, adultes et vieillards. “Montrez-moi les corps de ces chiens chiites” demande le cameraman aux tueurs qu’il filme avec leurs trophées :
http://www.liveleak.com/view ?i=87e_1371027252

Massacre des alaouites de Lattaquié

Le 4 août dernier, onze villages alaouites de la région de Lattaquié ont été envahis par des groupes armés liés au Front al Nosra lors d’une opération baptisée « bataille de la libération de la côte ».

En quelques heures, une soixantaine de villageois ont été torturés, fusillés ou égorgés dont plusieurs nourrissons.

Un nombre indéterminé de femmes et d’enfants ont également été raflés par les groupes terroristes (http://www.youtube.com/watch ?v=I8_5sEPGeHk) D’après un bilan non officiel, 341 alaouites auraient été tués ou enlevés au cours de cette opération.

Mercredi 21 août, l’armée découvre une fosse commune dans le Nord de Lattaquieh. Les victimes seraient originaires des villages de Blata et Hambouchiya. Le médecin légiste qui avait autopsié les dépouilles de la fosse commune a indiqué qu’elles appartiennent à des enfants, hommes et femmes putréfiés, soulignant que ces citoyens massacrés ont été égorgés, poignardés ou exécutés par balles par les groupes rebelles.
http://www.youtube.com/watch ?v=XjHYfwRD23w

Par ailleurs, des sites proches de la rébellion confirment que plus de 50 alaouites ont été massacrés entre le 8 et le 18 août dans le Sud de Salma. Il est question de viols, de tortures et d’exécutions sommaires. Groupe incriminé : Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL).

Homs

Assassinat de Chrétiens sur la route Homs-Beyrouth

Le quotidien libanais al-Diyar a rapporté le 19 août 2013 qu’un groupe de takfiristes a arrêté onze membres de familles chrétiennes qui étaient en partance de Homs pour le Liban à bord de véhicules. Lorsqu’ils se furent assuré qu’il s’agissait de familles chrétiennes, les takfiristes les firent descendre de voiture et les égorgèrent.

Les chrétiens de Homs se seraient réfugiés à l’Archevêché de la ville et se sont enfermés dans les bâtiments qui se trouvent encerclés d’hommes armés de machettes et de poignards essayant de défoncer les portes pour pénétrer dans l’archevêché.

Plus de 500 personnes se sont retrouvées à l’intérieur des lieux, toutes exposés au génocide et à l’abattage, sauf si une opération de sauvetage exceptionnelle et presque miraculeuse est entreprise.

La Croix-Rouge a tenté en vain d’obtenir des assurances des fondamentalistes pour que les réfugiés soient véhiculés dans des voitures de l’Organisation, jusqu’à la frontière libanaise, ce que les takfiristes ont refusé, demandant plutôt à ce que les chrétiens prennent les armes pour combattre avec eux le régime du Président Bashar el-Assad et s’engagent auprès d’eux dans les combats contre l’armée arabe syrienne.

Massacre de Maksar al Hessan à Homs

Le 9 septembre 2013, le Front al Nosra a massacré 22 personnes dont 16 alaouites à Maksar al Hessan dans la province deHoms (Le Figaro-Reuters, 12 septembre 2013). Les 6 autres victimes sont des bédouins sunnites.
D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les victimes de Maksar al Hessan étaient toutes civiles et totalement étrangères au conflit

Massacre de Khan Al Assal

Selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme (OSDH), 51 soldats syriens ont été exécutés par les rebelles après la chute de Khan al-Assal, tandis qu’une centaine sont morts pendant la bataille. L’OSDH a posté une vidéo en ligne qui selon le New York Times “a montré ce qui semblait être un terrain d’exécution, avec des dizaines de corps sans vie gisant contre un mur grêlé d’impacts de balles”. Citant des témoins anonymes, l’OSDH a tenu membres du Front Al-Nusra et Ansar al-Khalifa Brigade responsable, affirmant que les combattants avaient exécuté la plupart des soldats du gouvernement qui s’étaient rendus.

Le Front Al-Nusra a confirmé sa participation à la bataille et a déclaré que 150 des forces pro-gouvernementales ont été tués en elle, mais n’a pas responsabilité de réclamation pour les exécutions.

L’Agence syrienne d’État de Nouvelles arabe (SANA) a annoncé le 27 Juillet que le nombre de morts était de 123 personnes, en majorité des civils. Il y aurait de nombreux disparus. La plupart des victimes du massacre étaient des sunnites loyalistes.

Idlib

Massacre dans le village Madmouma village

Le 26 août 2013, au moins 16 civils dont des femmes et des enfants, ont été tués dans une attaque visant le village d’al-Madmouma par des hommes non identifiés. Ce village se situe à l’Est de la ville de Ma’arat al Nu’man. Les habitants et témoins de la vidéo affirment que le mouvement islamique Ahrar al Sham était responsable de l’attaque. L’OSDH a reçu un démenti de la part de ce mouvement qui au passage menace de donner une leçon à ceux qui les accusent d’avoir commis ce crime et qui ont apposé leur logo sur la vidéo du crime à l’insu de ladite organisation.

L’un des rebelles accuse l’Armée syrienne libre d’avoir commis ce crime. Les victimes seraient d’après les témoins une famille pauvre de réfugiés qui vendait de la ferraille pour survivre.
- http://www.youtube.com/watch ?v=mY4UbDFsdPw&feature=youtu.be
- http://www.youtube.com/watch ?v=0oyisyQuXSg&feature=youtu.be

Massacre des Chrétiens de Maaloula

Le 4 septembre vers 3h30 ou 4h du matin, une voiture a foncé sur un barrage de l’armée. Le kamikaze a d’abord tiré sur les soldats avant d’actionner ses explosifs. L’attaque a coûté la vie à une vingtaine de miliciens des comités populaires qui défendaient le village. Les deux uniques survivants de l’attaque ont été décapités. Puis les terroristes ont investi les premières maisons du village. Ils sont d’abord entrés chez Abou Aala al Haddad, un chrétien revenu de Zahlé au Liban pour passer quelques jours de vacances dans son village natal. Ses agresseurs lui ont sommé de se convertir à l’Islam. Ils ont cassé les croix et les icônes. Puis, ils ont tout saccagé dans la maison. Avant de l’abattre, ils lui ont dit : “Nous menons la guerre sainte contre les Croisés”.

Les terroristes sont ensuite entrés dans la maison voisine habitée par Jamilé Oum Mahfouz une veuve et par sa fille. Elle a un fils qui est porté disparu depuis plusieurs mois. La maman avertit sa fille : “Fais-toi passer pour une musulmane pour qu’ils ne t’enlèvent pas”. Quand ils sont entrés, les terroristes ont hurlé :”Jina Aleykoun ya Kouffar” (“Nous voilà les impies”, sous entendu, “vous êtes cernés”). Ils traitèrent la mère et sa fille d’adorateurs de la croix. Ils prirent la croix qui trônaient dans la maison et l’ont brisée. La mère et sa fille ont ensuite été emmenées vers l’inconnu. Les terroristes se sont ensuite arrêtés devant la statue de Saint-Georges qui trône devant le monastère qui porte son nom. Pour le moment, nous disposons de la liste de 4 civils exécutés et de 7 disparus :

- Ilyas Damoune : enlevé
- Jihade Saalab : décapité au couteau
- Mihail Antonio Saalab : décapité
- Sarkis Habib Al Soukhn : exécuté par balles
- Antoine Lauzarios Saalab : décapité et le corps mutilé
- Moussa Chmays : enlevé
- Chadi Saalab : enlevé
- Georges Dawoud Hilani et son épouse (enlevés)
- Jamilé Mahfouz et sa fille (enlevées)

Enlèvement et séquestration de civils

Enlèvement de religieux chrétiens à Alep

Le 22 avril 2013, deux prélats de la ville d’Alep, le métropolite Paul YAZIGI, métropolite d’Alep pour les grecs orthodoxes d’Antioche et frère de Sa Béatitude le Patriarche Jean X, primat de l’Église orthodoxe d’Antioche, et Mgr Youhanna IBRAHIM, évêque d’Alep pour les syriaques orthodoxes, ont été enlevés lundi soir près d’Alep, par un groupe armé non identifié, alors qu’ils s’apprêtaient à négocier la libération d’un nombre de prêtres de la région d’Alep enlevés depuis un certain temps.

Lundi 29 juillet 2013, le père jésuite Paolo Dall’Oglio est enlevé à Raqqa, ville aux mains de l’EIIL. On ignore s’il est mort ou vivant.

Enlèvement d’arméniens à Alep

Vendredi 26 juillet 2013 -Après l’assassinat d’une famille arménienne, jeudi 25 juillet, durant leur exode vers Lattaquieh, nous apprenons qu’aujourd’hui vendredi, quatre hommes arméniens ont été enlevés avec le chauffeur d’un bus, à la sortie nord de la ville d’Alep à proximité de la frontière turque ; Les malheureux cherchaient à rejoindre Yérévan la capitale de l’Arménie. En revanche, leurs épouses ont été conduites par les rebelles du Front al-Nosra vers la ville turque deKillis. Les quatre hommes enlevés sont Karikine Hatzakorzian, Karou Baboughalian, Narik Fardjabidian et Sakou Assadourian. On s’interroge sur les raisons de telles actions par les rebelles du Front al-Nosra contre les arméniens qui ne seraient pas plus de50000 à vivre en Syrie.

Enlèvement de centaines de Kurdes à Alep

Un bataillon de l’EIIL a capturé 30 Kurdes dans la ville de Qabasseen située dans la région d’Alep le 9 septembre dernier. L’EIIL a réalisé une vidéo où ces Kurdes déclarent faire défection du parti « mécréant » PKK et de se tourner vers l’Islam.

Fin juillet, les miliciens du Front Al Nosra et de l’Etat islamique en Irak et au Levant ont kidnappé près de 200 Kurdes à Tal Aran et à Tal Hassel.

Le 1er septembre 2013, un groupe lié à l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL) a relâché à A’zaz 20 Kurdes syriens enlevés quelques jours plutôt tôt à Afrin. Au moment de leur enlèvement, les voyageurs se trouvaient dans un bus qui se rendait à Qamishli. Les otages se sont plaints d’avoir été maltraités et torturés. Leurs ravisseurs auraient torturé puis exécuté le chauffeur. Les activistes de la zone affirment que plus de 50 civils kurdes syriens sont toujours détenus par leurs ravisseurs.

Viol et esclavage sexuel

Fin mars 2013, le cheik salafiste Yassir Al Ajlawni,un Jordanien qui a vécu à Damas (Syrie) dix-sept ans, a publié une vidéo sur YouTube dans laquelle il déclare qu’il se préparait à rendre publique une « fatwa légitime » qui légalisera l’esclavage sexuel avec toutes les femmes non-sunnites. Il cible en particulier les alaouites et les druzes. Ses femmes sont décrétées moulk al yamin, la marchandise de la main droite.

D’après l’agence de presse vaticane Fides, une fille s’appelant « Mariam » a été kidnappée après que sa famille ait fui Al Qoussair, une ville stratégique occupée par des militants extrémistes de Jabhat al-Nusra et l’Armée syrienne libre. Le commandant du bataillon a en premier épousé la jeune chrétienne, avant de la violer et de la répudier. Le lendemain et les 14 jours qui ont suivi, Mariam a été forcée d’épouser chaque jour un autre militant qui l’a violée et répudiée immédiatement après. Ces sévices ont totalement détruit psychologiquement la jeune chrétienne qui s’est finalement donné la mort.

Selon l’agence Akher Khabar citant l’avocat tunisien Badis Koubadji, l’Association de secours aux Tunisiens à l’étranger, a affirmé qu’il existe 800 familles tunisiennes (dont une majorité de femmes) vivant à Edleb. Parmi elles, on dénombre, aujourd’hui, 1000 filles qui pratiquent le djihad nikah.« Dès qu’elles arrivent dans les camps des combattants islamistes, elles sont accueillies en grande pompe et une ‘‘zeffa’’ (cérémonie) est organisée à leur honneur. Ces jeunes femmes se mettent tout de suite au service ‘‘thouars’’ (révolutionnaires) et prêtes à consommer. 6 hommes se relayent souvent sur une seule femme tous les jours », raconte le président de l’Association de secours aux Tunisiens à l’étranger.

Lors de la rencontre périodique avec la presse, à la présidence du gouvernement à la Kasbah, le mufti de la république Othman Battikh a précisé que ceux qui se rendent aujourd’hui en Syrie sont payés et instrumentalisés au nom du djihad.

« La guerre en Syrie ne nous concerne ni de près ni de loin… Et le djihad de Tunisiens en Syrie nous cause beaucoup d’embarras, nous et nos frères syriens. Hier, les jeunes émigraient clandestinement en Italie, aujourd’hui, ils ont changé de destination et, moyennant finances, ils se dirigent vers la Syrie. Je tiens aussi à préciser que ceux qui font des fatwas, pratique étrangère à nos traditions, arrivent aujourd’hui, malheureusement, à influencer les familles et à faire envoyer leurs enfants au djihad », a-t-il prévenu.

Recrutement d’enfants soldats

Ce phénomène est très répandu dans les camps rebelles. De nombreux adolescents musulmans vivant en Europe ont été recrutés via Facebook, dans les mosquées ou dans les rues durant des « streetda’wa ». Parmi les recrues, on compte de nombreux mineurs d’âge. Plusieurs ONG ont dénoncé l’enrôlement de ces jeunes.

Destruction de lieux de culte

Plusieurs lieux saints ont été délibérément détruits par les groupes armés syriens anti-régime inspirés par une idéologie prônant le rejet et la guerre contre les autres croyances, leurs symboles et leurs fidèles. Les populations les plus exposées à cette terreur confessionnelle sont les minorités syriennes telles que les chiites, les alaouites et les chrétiens.

Pillage et destruction du sanctuaire de Saint Maron

Samedi 12 janvier 2013 -12h45 –
D’après le Curé de l’Eglise de Brad qui se trouve à 10 km de la Basilique Saint Siméon (Qala’at Sima’an), le sanctuaire qui abrite le tombeau de Saint-Maron, patron de l’Eglise Maronite, a été pillée et la Statue du Saint a été totalement détruite. Les huit chambres destinées à recevoir les pèlerins maronites ont été complètement saccagées. Les miliciens takfiris de l’Armée syrienne libre (ALS) ont martelé toutes les croix taillées sur les linteaux. Le sarcophage de Saint Maron a aussi été pillé et détruit.

Durant le mois d’août dernier, les groupes takfiris sont parvenus à pénétrer dans le Nord de Lattaquié, une zone majoritairement peuplée d’alaouites. Une dizaine de villages alaouites ont été détruits et pillés au passage des prétendus conquérants musulmans.

Durant cette razzia, le mausolée (ziyara) du cheikh Nabhan, considéré comme un saint par la communauté alaouite, a été profané et détruit par ces groupes takfiris :
http://www.youtube.com/watch ?v=CdAgrmDkluo

Profanation de l’église Saint-Elias à Qoussair

Deux prêtres cités par l’agence Fides, Fr. Issam and Fr. Elias, ont recueilli plusieurs témoignages d’atrocités commises par les groupes rebelles à Al Qoussair. Ils signalent que l’église Saint-Elias a été saccagée par les militants de Jabhat al Nosra.

Bombardement d’une église arménienne à Damas

Le 26 août, tirs de roquettes sur l’église arménienne de Bab Charqi à Damas. La coupole de l’église endommagée. On dénombre 15 blessés dont le gardien de l’église et au moins un mort. Source : BFMTV, samedi 7 septembre 2013 L’Etat islamique de l’Irak et du Levant a bombardé la mosquée chiite Al Chadaadi dans le rif de Hassaké.

Discriminations sectaires

Envers des réfugiés turkmènes alévis

Les autorités turques pratiquent systématiquement une discrimination entre les réfugiés fuyant le conflit syrien.

C’est ce que révèle la presse turque après la découverte de dizaines de familles turkmènes alévies forcées de vivre dans des parcs publics ou dans la rue. Ces familles disent ne pas avoir pu bénéficier de l’aide humanitaire fournies par le gouvernement d’Ankara. Par ailleurs, elles se cachent pour ne pas subir les représailles de la part de leurs compagnons d’infortune sunnites. Leur existence a été découverte par des citoyens turcs qui ont été alertés par le comportement suspect de certains de ces réfugiés. Un jeune par exemple se baladait avec une veste à manches longues en pleine canicule. On comprit par la suite que ce jeune cachait son tatouage, un Zulfiqar, sabre de l’imam Ali adoré par la communauté alévie. Ignorées de tous, plusieurs familles turkmènes alévies ont finalement été hébergées dans le Centre culturel alévi « Pir Sultan Abdal » de Sultangazi à Istanbul.

Envers les non musulmans

Le conseil juridique unifié de l’opposition syrienne, dont le siège se situe au quartier Al-Ansari à Alep a annoncé dans un avis portant le numéro 23 sur « l’interdiction de s’abstenir de jeûner le mois
 de ramadan sans aucune raison valable, et rappelle que la loi pénale arabe 
unifiée adoptée doit être appliquée par le conseil, et cette loi est puisée de
 la charia islamique. Sur ce, quiconque s’abstient de jeûner et l’affiche 
publiquement sera condamné à un an de prison ». Toutefois, le même conseil
 a exclu de cette « fatwa » les combattants qui constituent « un 
cas exceptionnel », les appelants à ne pas afficher publiquement leur
 rupture du jeûne.

Terreur entre groupes terroristes

L’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) poursuit l’enlèvement de citoyens, notamment de média ctivistes parmi lesquels Abdullah Al Khalil, avocat et figure de l’opposition. L’EIIL a bombardé le QG de la Brigade des « descendants du prophète », près du quartier de Mahattat al-Qitaar (gare ferroviaire), dans la ville de Raqqa. Les combattants takfiri ont utilisé une voiture piégée pour endommager les locaux. Une confrontation armée a opposé les deux groupes.

CONCLUSION

Le présent document est un simple aperçu des atrocités commises au quotidien par les groupes rebelles en Syrie. Il ne reprend que des actes récents datant de cette année et s’arrête au 15 septembre 2013.

Nous allons bientôt produire un document exhaustif reprenant tous les crimes terroristes commis en Syrie depuis le début de la révolte contre le gouvernement du président Bachar Al-Assad.

A l’aune de ces informations, nous pensons que la communauté internationale doit encourager l’entame des pourparlers entre le gouvernement syrien et l’opposition et mettre sur pied un dispositif de réconciliation entre Syriens. C’est à notre avis, l’unique issue de la guerre qui depuis 30 mois détruit la Syrie, son peuple et sa civilisation.

Institut international pour la paix, la justice et les droits de l’homme (IIPJDH)
16 septembre 2013
http://iipjhr.com/index.php ?option=com_wrapper&view=wrapper&Itemid=71&lang=fr

Documents joints

Génocide anti-alaouite dans 12 villages de Lattaquieh – 4 août 2013(PDF – 247.2 ko)
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Syrie : Pas de chapitre VII !

septembre 18th, 2013 by Nasser Kandil

 « Le P3 ! »

 Brèves remarques sur la Conférence conjointe de Mrs Laurent Fabius, John Kerry et William Hague, le 16 Septembre 2013 à Paris  [1]:

  • Les USA s’escriment à convaincre ceux qu’ils ont compromis dans leur planification de la guerre, au point de leur faire perdre la face, qu’ils ne les ont pas d’ores et déjà vendus sur la table des négociations avec la Russie : en premier lieu les Français, puis les Saoudiens et les Turcs.
  • Il est clair que la réaction de la prétendue « opposition syrienne » est le dernier des soucis de M. Kerry. C’est non sans une certaine confusion qu’il répond à la question les concernant par ce qui se résumerait à dire : « Ils se plaignaient des armes chimiques. Nous les avons rassurés. Que demander de plus ? Ils n’ont plus qu’à venir à la table des négociations. La seule solution passe par le dialogue.
  • Mais M. Kerry est obligé de mentir et de laisser ses alliés aller dans le mur.
  • Il leur dit que le texte de l’accord conclu à Genève mentionne la soumission du processus de « désarmement » au chapitre VII  de la charte des Nations Unies, alors qu’il s’agit d’une résolution ordinaire du Conseil de sécurité qui stipule l’adhésion de la Syrie à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques [OIAC] et qui invite à abandonner les options militaires [2] et à se rendre à la Conférence de Genève II pour discuter d’une solution politique ; l’éventuel recours au chapitre VII consistant en une promesse « orale » avancée par la Russie en cas de manquement de l’une quelconque des parties syriennes au bout d’une année de coopération avec l’OIAC.
  • M. Kerry ment et il mentira de plus en plus, jusqu’à ce que ses alliés découvrent qu’il n’y a pas de chapitre VII et que ce n’est plus la peine d’en faire un drame.
  • L’Arabie saoudite peut continuer à se lamenter. La Turquie peut continuer à gémir.  Une occasion a été ratée et la Syrie en est sortie plus forte encore

 Nasser Kandil

17/ 09/2013

 

Article original : New Orient News

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=112716#sthash.tTMfdmdA.dpuf

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Conférence de presse conjointe de Laurent Fabius, John Kerry et William Hague (16 septembre 2013)

http://www.dailymotion.com/video/x14st4q_conference-de-presse-conjointe-de-laurent-fabius-john-kerry-et-william-hague-16-septembre-2013_news

[2] Syrie : L’initiative russe ? Oui… mais pas à sens unique !

http://www.mondialisation.ca/syrie-si-linitiative-netait-venue-de-la-russie-nous-naurions-pas-travaille-en-vue-de-la-signature-de-la-convention-sur-linterdiction-des-armes-chimiques/5349746

 

Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de Top News-nasser-kandil.

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Tout le monde le dit – et je ne ferai pas exception : toutes les victimes innocentes d’accidents ou d’attentats sont des victimes de trop ; toutes ont droit au respect ; il n’est pas question de discuter la peine que la disparition crée à leurs proches ; et il n’est pas question non plus de tenir une comptabilité morbide pour savoir si certaines victimes le sont plus que d’autres. Jetons donc un coup d’oeil sur l’actualité récente pour voir comment ces nobles principes se vivent et s’appliquent dans les médias ces derniers jours.

Une des règles de base qu’on enseigne dans les écoles de journalisme est que “L’intérêt d’un fait divers en un point du monde est directement proportionnel au nombre de morts et inversement proportionnel à la distance qui nous sépare de ce point.” Et on y ajoute deux autres critères qui peuvent peser lourd dans la balance : la notoriété des personnes impliquées et le côté spectaculaire de l’incident.

En termes plus simples, cela signifie qu’un mort à Charleroi mérite plus d’intérêt que dix morts en Argentine – sauf s’il y a parmi eux un Président, ou un Pape, ou un international de football… ou deux Belges (mais ce dernier critère ne vaut que pour la Belgique !). Et qu’on ne parlera d’un mort au Cameroun que s’il a reçu une météorite de cinquante kilos sur la tête.
De Boston à Dacca
Sur cette base bien scientifique, examinons un peu la manière dont les médias ont rendu compte de deux informations récentes : l’attentat terroriste à Boston aux USA et l’effondrement d’un bâtiment abritant une usine textile à Dacca au Bangladesh.
La distance, d’abord. Boston est à six heures de décalage horaire de chez nous, Dacca est à quatre heures. Mais, au départ de Bruxelles-National, on arrive plus vite en avion à Boston qu’à Dacca. Egalité grosso modo donc sur ce point.
La célébrité des personnes impliquées. Des spectateurs d’un marathon et deux immigrés tchétchènes, d’un côté, des ouvriers du textile et leur patron, tous bangladais, de l’autre. Bref, de parfaits inconnus. Egalité parfaite sur ce point.
Le côté spectaculaire. Explosion de cocottes-minutes bourrées de billes d’acier et de clous contre effondrement d’un immeuble de huit étages de l’autre, c’est une question de goût. Quelques images filmées en direct à Boston avec des victimes étendues sur le sol (important pour les JT du premier jour – avantage Boston) contre images des ruines fumantes et des secours qui s’affairent pendant des jours (idéal pour tenir dans la durée – avantage Dacca). Egalité au final, donc.
Reste le nombre de morts. Là, par contre, il n’y a pas photo. 4 morts (dont un des terroristes) et 270 blessés à Boston. 400 morts (mais pas le patron de l’usine), 900 disparus et plus d’un millier de blessés à Dacca. Et un nombre de morts qui augmente d’heure en heure. Et des disparus qui se rapprochent à grands pas du moment où ils vont quitter la colonne des disparus pour entrer discrètement dans celle des morts. Donc, à la grosse louche, entre 100 et 400 fois plus de morts à Dacca qu’à Boston.
Résultat : à la grosse louche aussi, entre 100 et 400 fois plus d’infos, de dramatisation, de directs et d’émotion télévisée à Boston qu’à Dacca.
La science journalistique n’expliquerait-elle pas tout ?
Quel intérêt y aurait-il à ce que vous sachiez que…
Quelle raison peut-on bien trouver pour expliquer une réponse aussi complètement contraire aux règles journalistiques de base ?
La première serait notre proximité affective avec les Américains. Il est vrai que si vous passez ne serait-ce qu’une semaine complète devant votre TV, toutes chaînes grand public confondues, la prolifération de films et surtout de séries “made in USA” fait que vous vous sentirez plus en terre de connaissance dans les rues de San Francisco ou les bayous de Floride que dans les rues de Hanovre (ou même de Malines) pour ne pas parler de celles de Dacca. Difficile quand même de trouver cette explication suffisante pour expliquer le déséquilibre médiatique.
La deuxième serait l’idée que “On en parle beaucoup parce cela pourrait vous arriver un jour“. Personne ne peut se dire en effet à l’abri d’une action terroriste. Il n’empêche que le nombre de personnes assistant à des marathons est en Belgique nettement inférieur au nombre de personnes travaillant en usine. Il n’empêche surtout qu’en 2012 le nombre d’attentats terroristes en Belgique a été de zéro, provoquant logiquement zéro mort. Cette même année, par contre, il y a eu dans notre pays 150.000 accidents sur les lieux de travail qui ont fait 80 morts.
Par contre, la vraie raison pourrait bien être tout simplement “On en parle beaucoup parce qu’on veut que vous ayez peur que certaines choses vous arrivent un jour“. Et là, bingo, tout devient un peu plus clair.
Il devient tout à fait logique d’évoquer dans les moindres détails les souffrances des blessés, la douleur des familles, l’efficacité des secours, le courage des sauveteurs bénévoles, la détermination des autorités et l’efficacité des forces de l’ordre dans la traque des terroristes à Boston. Et tout à fait logique aussi de mettre en évidence et en valeur le bon droit et la retenue d’une nation (chrétienne) frappée dans sa chair par la folie et la férocité de deux jeunes Tchétchènes fanatisés par un Islam rétrograde (ce qui est très exactement le discours tenu par tous les médias grand public).
Notez bien que vous ne devez avoir peur que de certaines choses. Quel intérêt y aurait-il à ce que vous sachiez que le propriétaire du bâtiment de Dacca a ajouté sans autorisation trois étages aux cinq qu’il était autorisé à construire ? Que le patron n’a tenu aucun compte des rapports des ouvriers dénonçant l’apparition de fissures de plus en plus grandes dans les murs ? Qu’il n’a même tenu aucun compte du rapport de police lui enjoignant de fermer l’usine à cause du risque d´écroulement ? Que la plupart des portes des issues de secours étaient fermées parce qu’il ne fallait pas que les ouvriers puissent sortir sans contrôle de l’usine pendant leurs heures de travail ?
Quel intérêt y aurait-il à ce que vous vous mettiez après cela à regarder l’état des murs de votre entreprise ? Ou à demander si toutes les procédures de sécurité sur les lieux de travail sont bien respectées ? Ou à vous inquiéter du fait que des camions qui sont des bombes chimiques circulent sur nos autoroutes et que des trains chargés de déchets nucléaires hautement radioactifs traversent régulièrement notre pays ? Et quel intérêt y aurait-il à ce que vous vous posiez ces questions devant votre TV à l’heure où il est essentiel que vous ayez l’esprit disponible pour les pubs de Coca-Cola et de Benetton ?
Dès lors, il est tout à fait logique que l’attentat de Boston soit traité pendant 20 minutes en entame du journal télévisé (après une émission spéciale en primetime) et que ce sujet soit présenté comme LE fait politique essentiel de la semaine, analysé sous toutes les coutures avec le concours d’une kyrielle d’experts en terrorisme. Et il est tout aussi logique que l’écroulement de l’usine de Dacca soit relégué dans les faits divers en fin de journal, au rayon des “catastrophes naturelles en Asie”, entre un tremblement de terre en Chine et un glissement de terrain aux Philippines.
Ah oui, encore deux détails. On a retrouvé des T-shirts marqués Benetton dans les ruines de l’usine. Et la grande majorité des travailleurs de l’usine étaient en fait de jeunes ouvrières, évidemment musulmanes (comme la quasi-totalité de la population du pays). Quel intérêt y aurait-il donc que vous sachiez que les T-shirts que vous portez sont produits par des jeunes filles musulmanes – et portant très certainement le voile – qui ne rêvent absolument pas de se faire sauter avec une bombe en plein milieu de votre supermarché mais qui espèrent simplement pouvoir nourrir un peu mieux leur famille.
J’ai commencé cet article en écrivant que tout le monde vous dira, la main sur le cœur, que toutes les victimes innocentes ont droit au respect et qu’il serait indécent de les “analyser” et de les “peser” en fonction de critères dont elle n’ont que faire.
Et bien cette règle ne s’applique pas à nos médias. Sur le marché de la compassion intéressée, il vaut beaucoup mieux être un amateur de sport aux Etats-Unis, blanc et chrétien si possible, que d’être une jeune ouvrière, musulmane de surcroît, au Bangladesh.
Jean Peltier
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L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) refuse catégoriquement de publier le rapport sur l’utilisation par l’armée US de l’uranium appauvri et autres armes de même type qui ont tué de nombreux Irakiens et dont les conséquences sont la naissance d’enfants malformés. C’est en violation de son mandat de porter les preuves de cette utilisation à la connaissance de tous.

Cette  question a été abordée en 2004 dans un rapport d’un expert de l’OMS sur «  la santé à long terme de la population irakienne résultant des armes à l’uranium appauvri (UA) ».  Ce premier rapport avait été considéré « comme secret » et comme tel enterré par l’OMS.

L’étude conduite par trois scientifiques de la radiation lançait un avertissement aux enfants et adultes qui pouvaient être atteints de cancer après avoir inhalé des poussières d’UA, toxique et radioactif. Mais l’Organisation a bloqué sa publication selon son principal auteur, le Dr. Keith Baverstock, conseiller principal en radiation de l’OMS ce que dément cette organisation.  (The Sunday Herald, 24 février 2004, Sir Rob Edwards).

Quelque neuf ans plus tard, un rapport conjoint de l’OMS et du  Ministère de la Santé irakien sur les cancers et les malformations  infantiles en Irak devait voir le jour en novembre 2012 mais « a été retardé à plusieurs reprises et maintenant n’a aucune date de publication ». Car jusqu’à ce jour, il reste un document «  classé ».

Selon Hans von Sponeck, ancien secrétaire-général adjoint des Nations unies : « le gouvernement américain cherche à empêcher les Nations unies d’inspecter les régions du sud de l’Irak  où l’uranium appauvri a été utilisé  et a causé de graves problèmes de santé et pour l’environnement ». (cité dans Mozhgan Savabiesfahani ‘Rise of Cancers and Birth Defects in Iraq : WHO refuses to releases Data, Global Research, july 31, 2013).

Cette tragédie rappelle celle de l’utilisation au Vietnam d’armes chimiques américaines pour laquelle les Etats-Unis n’ont pas voulu reconnaitre leur utilisation, ni n’ont payé de compensation ou fourni une assistance médicale à des milliers d’enfants nés, jusqu’à présent avec des déformations, en raison de la dispersion de l’agent Orange à travers le pays. Des millions de litres de ce produit chimique ont été vendus au Pentagone par les Monsantos, Dupont et autres sociétés pour des profits faramineux.

Etant donné la faculté des Etats-Unis à refouler les atrocités dont ils sont les auteurs en temps de guerre, je crains que les mères de Najaf et autres villes irakiennes ne reçoivent , en cas de naissance, aucune aide ou confort des coupables

Ce qu’il nous faut, ce sont des Nations unies qui ne seraient plus corrompues par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Denis Hallyday

Article original en anglais :

whoWHO Refuses to Publish Report on Cancers and Birth Defects in Iraq Caused by Depleted Uranium Ammunition , 13 septembre 2013

Traduction : Xavière Jardez, France-Irak-Actualité

 

Denis Hallyday, ancien Secrétaire général adjoint a été le Coordinateur Humanitaire des Nations Unies en Irak du 1er septembre 1997 jusqu’en 1998. Il est Irlandais, titulaire d’un Master en Economie, Géographie et Administration Publique de Trinity College à Dublin.

Note du traducteur

A l’heure où des bruits de bottes se font entendre en France et aux Etats-Unis, il est intéressant de remettre en mémoire les méfaits de ces deux Etats en matière d’utilisation d’armes chimiques ou de répression à tout crin.

Qui le premier a eu recours à la plus dangereuse arme chimique ou radioactive contre des populations civiles au Japon, à Nagasaki et Hiroshima, faisant sur le moment 100.000 morts  avec des conséquences sur trois autres générations ?

Qui a aspergé le Vietnam avec l’agent Orange toujours contre des populations civiles, comme le rappelle, ci- après, Denis Halliday sans avoir jamais déclaré la guerre à ce pays ?

Qui a utilisé des armes à l’uranium appauvri en Irak, décimant des enfants et des mères ?

Qui a, en Algérie, déversé du napalm sur une population civile des départements français, dans une guerre sans nom?

Et ce sont ces gens-là qui donnent des leçons de morale et veulent « punir » sous couvert du nouveau concept « humanitaire » de « protection des populations civiles » alors que les lois de la guerre restreignent les effets de celle-ci  aux combattants ?

Xavière Jardez, France-Irak-Actualité

Pressions sur l’OMS 
(Uranium appauvri et cancers en Irak)

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Le secret des gaz israéliens

septembre 17th, 2013 by Thierry Meyssan

Photo : Le docteur Wounter Basson, lors de son second procès, en 2011. Il dirigea le programme secret de recherches en armes chimiques et bactériologiques conduit conjointement par Israël et l’Afrique du Sud de l’apartheid, de 1985 à 1994.

Ce sont les recherches israéliennes sur les armes chimiques et biologiques qui ont poussé historiquement la Syrie à rejeter la Convention interdisant les armes chimiques. C’est pourquoi la signature par Damas de ce document risque de mettre en lumière l’existence, et éventuellement la poursuite, de recherches sur des armes sélectives destinées à tuer les seules populations arabes.

Les médias occidentaux paraissent stupéfaits du revirement des États-Unis face à la Syrie. Alors qu’ils annonçaient tous, il y a deux semaines, une campagne de bombardements et la chute inéluctable du « régime », ils restent sans voix devant la reculade de Barack Obama. C’était pourtant probable, comme je l’écrivais dans ces colonnes, l’engagement de Washington en Syrie n’a plus de mobile stratégique important. Sa politique actuelle est d’abord guidée par le souci de conserver son statut d’hyper-puissance unique.

En prenant au mot, ce qui n’était à l’origine qu’une boutade de John Kerry, et en proposant l’adhésion de la Syrie à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, Moscou a satisfait la rhétorique de Washington sans que celui-ci ait à faire une guerre de plus, en période de crise économique. Les États-Unis conservent en théorie leur statut, même si chacun voit bien que c’est désormais la Russie qui mène le jeu.

Les armes chimiques ont deux usages : soit militaires, soit pour exterminer une population. Elles ont été utilisées lors des guerres de tranchées, de la Première Guerre mondiale à l’agression irakienne contre l’Iran, mais elles ne servent à rien dans les guerres modernes, dont le front est toujours mouvant. C’est donc avec soulagement que 189 États ont signé la Convention les interdisant, en 1993 : ils pouvaient ainsi se débarrasser de stocks dangereux et inutiles, dont la garde leur était onéreuse.
Un second usage est l’extermination de populations civiles avant la colonisation de leur territoire. Ainsi en 1935-36, l’Italie fasciste conquiert une large partie de l’Érythrée en éliminant sa population au gaz moutarde. Dans cette perspective coloniale, de 1985 à 1994, Israël finança secrètement les recherches du docteur Wouter Basson au laboratoire de Roodeplaat (Afrique du Sud). Son allié, le régime d’apartheid, cherchait à y mettre au point des substances, chimiques et surtout biologiques, qui n’auraient tué que les individus selon leurs « caractéristiques raciales » (sic), qu’il s’agisse des Palestiniens en particulier et des Arabes en général, ou des personnes à la peau noire. La Commission Vérité et Réconciliation n’a pas été en mesure de déterminer les résultats obtenus par ce programme, ni ce qu’ils sont devenus. Tout au plus a t-elle montré l’implication dans ce vaste projet secret des États-Unis et de la Suisse. Il a été établi que plusieurs milliers de personnes sont mortes comme cobayes du docteur Basson.

Si l’on comprend les raisons pour lesquelles ni la Syrie, ni l’Égypte n’ont signé, en 1993, la Convention, l’opportunité offerte à Damas par Moscou de la rejoindre aujourd’hui est une aubaine : non seulement, elle met fin à la crise avec les États-Unis et la France, mais elle permet aussi de se débarrasser de stocks inutiles devenus de plus en plus difficiles à défendre. À toutes fins utiles, le président el-Assad a spécifié que la Syrie agissait à la demande de la Russie et non pas sous la contrainte des États-Unis ; une manière élégante de souligner la responsabilité de Moscou de protéger à l’avenir le pays d’une éventuelle attaque chimique israélienne.

En effet, la colonie juive de Palestine n’a toujours pas ratifié la Convention. Cette situation pourrait rapidement devenir un poids politique pour Tel-Aviv. C’est pourquoi John Kerry s’y rend aujourd’hui, dimanche, pour en discuter avec Benjamin Netanyahu. Si le Premier ministre du dernier État colonial est habile, il devrait sauter sur l’occasion pour annoncer que son pays reconsidérera la question. À moins, bien sûr, que Wouter Basson n’ait trouvé de gaz ethniquement sélectifs et que les faucons israéliens envisagent toujours d’en faire usage.

 Thierry Meyssan

Thierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Journalistes ou politiciens, qui sont les pires criminels ?

septembre 17th, 2013 by Serge Charbonneau

Qui sont les pires criminels ?
Ces fous qui bombardent ou ceux qui véhiculent le mensonge cautionnant ces odieux bombardements ?

Criminels, ils le sont tous, mais qui sont les pires ?
Qui sont les pires criminels?

Dans quelle position se retrouveraient nos dirigeants criminels qui veulent la guerre si on démontrait leur hypocrisie et surtout leurs mensonges ?

Ils seraient dans une position insoutenable.  La population serait massivement dans les rues pour dénoncer leur massacre envisagé.

Si le quatrième pouvoir servait la Paix plutôt que ces fous de la guerre, ces politiciens véreux et criminels seraient désarmés malgré leur armement.  On peut alors dire que les pires criminels sont ceux qui calment l’opinion publique et endorment les cerveaux.

Les pires criminels sont ceux qui nous cachent délibérément la réalité.

La réalité !

La réalité c’est qu’il n’y a absolument aucune preuve que le gouvernement de Bachar al-Assad ait utilisé des armes chimiques.

Il est évident que l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien aurait entraîné cette attaque imminente contre son Pays.

La réalité c’est que Bachar al-Assad et l’armée arabe syrienne défendent de leur mieux leurs concitoyens contre le terrorisme depuis près de trois ans.  Le gouvernement Assad défend sa population et son Pays exactement comme la défendraient tous nos gouvernements contre un tel terrorisme.

Nous pouvons tous, sans même avoir suivi le cours de stratégie 101, être conscients qu’une utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien entrainerait un soulèvement international.  Nous savons tous que l’emploi d’armes chimiques était la signature de l’arrêt de mort du gouvernement syrien.  Bachar al-Assad et les stratèges syriens qui sont doués d’une intelligence au moins égal à la nôtre le savent tout autant que nous.  On peut aussi dire avec certitude que ces gens ne sont pas ni des fous ni des suicidaires.   Ils n’ont donc, de façon évidente, pas utilisé d’armes chimiques contre leur propre population.  Une population d’ailleurs qu’ils défendent courageusement contre des fanatiques terroristes.  Le terrorisme islamique est flagrant en Syrie et la lutte du gouvernement syrien pour le contrer est aussi une évidence qui crève les yeux.

Le mensonge est toujours utilisé pour justifier (sic) la guerre.

La réalité c’est qu’on se prépare à bombarder la Syrie en utilisant un autre odieux mensonge.  Cette fois-ci on soutient «sans l’ombre d’un doute» (comme pour le mensonge irakien ou le mensonge koweïtien) que le gouvernement Assad a utilisé des armes chimiques.  C’est, jusqu’à preuve irréfutable du contraire, un odieux mensonge.

Nos journalistes criminels ne questionnent personne pour les pousser à démontrer clairement leurs fameuses preuves.  Ils formulent leurs nouvelles comme si la démonstration de cesdites preuves avait été faite.

Hier, la guerre a été retardée !  La réalité a été plus forte que la propagande.

Hier on pensait nous jouer le grand coup médiatique de l’éprouvette.  La grande scène n’a pas été jouée.  Hier matin on annonçait qu’on allait présenter « la preuve » (sic) que Bachar el-Assad était le responsable de ladite attaque chimique.  On disait avoir la preuve sur un enregistrement audio !  Une sorte de scénario à la Colin Powell à la veille du massacre irakien. Il nous avait montré théâtralement des preuves fictives.  On se souvient de l’éprouvette spectaculaire, mais on a oubliéle fameux message audio (à 40 sec. du début) comme quoi, on ne renouvelle pas beaucoup les méthodes.

En 2003, tout ce cirque onusien et très médiatique n’était qu’un odieux tissu de mensonges.  Nous le savons tous maintenant et, bien sûr, les hypocrites le savaient tous en 2003 au moment même des présentations médiatisées.

La présentation du même type prévu hier n’a pas eu lieu.  On ne l’a sans doute que reportée.  Dans quelques jours, on va probablement nous servir ce genre de scène de la preuve.  On peaufine sans doute le scénario.  L’exhibition de la preuve (sic) se fait normalement dans une ambiance spectaculaire.  Ensuite le bataillon médiatique prend la relève et nous sert le mensonge sur un plateau de convictions.

Les “journalistes criminels” se garderont bien de demander des précisions.  Ils se garderont aussi de scruter trop à fond ces dites « preuves » (sic).  Cette bande audio arabe présentée comme preuve sera probablement de mauvaise qualité.  En plus, nous n’aurons qu’un court extrait et on nous dira que le reste est un secret d’État.

Aucun journaliste du mainstream n’insistera pour obtenir l’enregistrement complet et aucune expertise journalistique sérieuse de l’enregistrement ne sera faite.  En plus, aucun journaliste ne soulignera que c’est un jeu d’enfant de falsifier des bandes audio.

Rien n’est plus facile que de créer de toutes pièces un enregistrement audio par montage, mixage et par clonage du timbre de la voix  (exemple de logiciels amateurs).

Pourquoi donc nos journalistes criminels mettront-ils ainsi l’épaule à la roue pour nous faire avaler cette simili-preuve ridicule ?  Mystère.

En réalité il n’y a aucune preuve.

Absolument aucune preuve n’existe concernant ces allégations calomniatrices contre ce gouvernement syrien qui lutte depuis près de trois ans contre de dangereux fous du «allah wakbar». Des fous dont nous avons tous vu les agissements.

Ces accusations mensongères d’utilisation de gaz ne servent qu’à justifier (sic) cette immonde invasion que l’on désire faire depuis que la destruction de la Libye a été complétée.   Une invasion meurtrière et sanglante qui coutera des milliers de vies.
L’OTAN se prépare à refaire couler comme en Libye, des rivières de sang.
Du sang que nos criminels des médias nous cacheront.

Ces fous qui, pour tuer, déploient leurs bombes ainsi que ces criminels journalistes qui nous présentent la tuerie comme un jeu anodin, devraient être jugés pour crime contre l’humanité parce que la guerre est un crime contre l’humanité.

Serge Charbonneau

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15,16 et 17 septembre 1982 ! Il y a 31 ans maintenant, trois jours de terreur israélienne dans des camps de réfugiés palestiniens, trois jours sans que personne ne bouge dans notre monde.

Depuis le début de leur occupation et de leur déportation par l’armée israélienne, les Palestiniens souffrent des différents massacres et crimes commis contre eux par cette armée, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Palestine.

Depuis 1948, plusieurs crimes et massacres ont fait des milliers de victimes coté palestinien, en majorité des enfants, des femmes et des personnes âgées, qui ont donné de leur sang à Deir Yassin, à Kfer Kassem, à Safed, en passant par Jénine et Gaza, sans oublier le Liban et la Jordanie.

Ces jours-ci, les Palestiniens commémorent le 31ème anniversaire des massacres de Sabra et Chatila, commis par l’armée israélienne contre les réfugiés qui se trouvaient isolés dans ces deux camps de la capitale libanaise.

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Nous pensons à tous ces Palestiniens qui ont été tués et assassinés par les forces de l’occupation israélienne, directement ou indirectement, nous pensons aux milliers de Palestiniens tués en 1982 dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila par les milices libanaises et les soldats israéliens.

15,16 et 17 septembre 1982 ! Il y a 31 ans maintenant, trois jours de terreur israélienne dans des camps de réfugiés palestiniens, trois jours sans que personne ne bouge dans notre monde. Après ces trois jours, le monde s’est réveillé devant le massacre le plus meurtrier de notre histoire contemporaine : des soldats israéliens et des miliciens libanais ont pénétré dans les deux camps de réfugiés palestiniens de la capitale libanaise Beyrouth pour commettre un crime de guerre, un crime contre l’humanité.

Les victimes étaient des Palestiniens, leur seule faute était d’être des palestiniens ! Ils sont nés palestiniens, ils ont quitté leurs villages et leurs villes en 1948 pour venir vivre quelques années au Liban en attendant le retour sur leur terre d’origine, à Jaffa ,Akka, Haifa et Nazereth. Mais les quelques années sont devenues plus d’un demi siècle. Leur faute était d’avoir offert à la Palestine et au Liban des résistants, des militants, des activistes, et des révolutionnaires, qui ont ,en trois mois, donné des leçons de résistance à l’armée israélienne, quand cette armée a envahi le Liban en juin 1982.

Oui, 88 jours de résistance historique de quelques centaines de militaires palestiniens-avec des armes légères- contre une armée bien équipée ( avions de guerre, chars, tanks, hélicoptères militaires, bateaux militaires, soldats, officiers) et, malgré le déséquilibre des deux forces en présence et la différence de moyens, les Palestiniens, chefs, militaires et citoyens -ont résisté trois mois ,sous les bombardements quotidiens et sous les missiles israéliens.

Bien évidemment, ces crimes israéliens sont restés sans jugement et aucune instance de la communauté internationale officielle n’a osé critiquer ou dénoncer ces massacres commis contre les civils ; bien au contraire ; l’armée israélienne a continué ses crimes contre les Palestiniens, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, dans les territoires de 1948 et à l’extérieur de la Palestine.

Aujourd’hui, le gouvernement israélien essaye d’effacer son passé criminel en montrant au monde entier qu’il est prêt à faire des concessions aux Palestiniens par des négociations de paix qui n’avancent jamais Différents gouvernements israéliens se sont succédé et cette politique coloniale et criminelle perdure.

Nous n’oublierons jamais l’histoire noire de cette occupation ni son passé criminel ; tout cela va rester gravé dans la mémoire de nos enfants et de nos jeunes ; personne n’oubliera les massacres, les crimes et les agressions israéliennes permanentes contre les Palestiniens à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine.

Aujourd’hui, nous rendons un vibrant hommage à nos martyrs morts au Liban, dans les camps de réfugiés et partout dans le monde, pour que la Palestine soit libre, et avant tout, nous adressons une seule question à ce monde dit libre :

Quand les crimes israéliens seront-ils jugés ?

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16 septembre 2013 - Palestine Solidarité
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Catalogne : Une indépendance pour ceux d’en bas

septembre 17th, 2013 by Esther Vivas

Plusieurs centaines de milliers de personnes sont sorties dans les rues ce 11 septembre dans toute la Catalogne. On estime qu’une chaîne humaine d’un million et demi de personnes a traversé le pays du nord au sud, sur un tracé de 400 Km, à travers les routes, les places, les ponts, les rues, pour crier haut et fort « Indépendance ! ».

L’Assemblée Nationale Catalane (ANC), qui a organisé l’événement, préparait depuis des mois une action qui a débordé le cadre politique institutionnel. Les gens, comme on a pu le voir dans leurs déclarations, sur les photographies et les réseaux sociaux, ont eu le sentiment d’écrire une page de notre histoire collective.

Certains évoqueront le poids du gouvernement catalan dans l’organisation de l’événement, ou de tel ou tel parti. Les liens entre les partis CiU (Convergence et Union, droite nationaliste, NdT) et ERC (Esquerra Republicana de Catalunya, parti indépendantiste de gauche modéré, NdT) avec l’ANC sont réels et souvent plus étroits qu’ils ne devraient. Mais cela n’enlève rien au fait que la grande majorité de ceux qui ont participé hier à « La Via Catalana cap a la Independència » (la Voie Catalane vers l’indépendance, NdT) l’ont fait parce qu’ils veulent décider de l’avenir de la Catalogne, parce que la voix du peuple catalan a été réduite au silence par la sentence du Tribunal Constitutionnel et parce que beaucoup sont conscients du fait que sans mobilisation sociale, rien ne sera obtenu.

Mais il n’y a pas que le cri « Indépendance » qu’on a pu entendre tout au long de la chaîne humaine. Des milliers de personnes ont encerclé des édifices emblématiques comme l’Hôpital « Josep Trueta » à Gérone, l’école « Progrés » et le lycée « Llauna » à Badalone ou encore le siège de la banque « La Caixa » à Barcelone afin d’exiger non seulement une « Catalunya lliure » (une catalogne libre, NdT) mais aussi une Catalogne libérée des corrompus, de l’austérité, de la répression et des dettes illégitimes. Indépendance, oui ! Mais indépendance de toutes les politiques qui nous oppriment et qui nous appauvrissent. Car l’indépendance n’est pas une formule magique qui va tout résoudre, comme beaucoup tentent de le faire croire. Elle peut être une coquille vide si elle n’implique pas une rupture avec les impositions du capital financier et avec le remboursement de la dette.

Il ne s’agit pas d’échanger M. Mariano Rajoy par M. Artur Mas (président de la « Generalitat » – gouvernement – catalan, NdT), ni la banque BBVA par La Caixa, ni l’affaire Gürtel par l’affaire des ITV, ni M. Amancio Ortega par M. Antoni Brufau (tous deux grands patrons, NdT), ni la police nationale par les « Mossos de esquadra » (nom de la police catalane, NdT). Ne nous trompons pas. Nous n’aurons pas moins de coupes, ni moins d’expulsions de logement, ni moins de corruption, ni moins de précarité, ni moins de répression en langue catalane.

L’indépendance doit être une opportunité pour décider sur tout et pour mettre définitivement à la porte ceux qui nous ont « volés au dessus de nos possibilités ». Une opportunité pour arracher un véritable Processus Constituant à partir d’en bas, pour discuter sur quel modèle de pays et de société voulons-nous. Un processus qui puisse être utilisé, en outre, comme levier à l’extérieur de la Catalogne afin de faire sombrer le régime issu de la Transition et ouvrir ainsi la voie à d’autres processus constituants dans le reste de l’Etat espagnol.

Le président Mas ne cesse se contredire quant au référendum ou aux élections plébiscitaires. Porter l’indépendance et le droit de décider jusqu’à leurs ultimes conséquences implique de désobéir aux lois et aux constitutions injustes. Ces mêmes lois qui combattent ceux qui occupent des logements vides, des banques, des écoles, des hôpitaux, des supermarchés et, aussi, ceux qui refusent de payer les péages. La légalité institutionnelle s’affronte à la légitimité de la rue et aux droits inaliénables des peuples. Légalité que les défenseurs de la « Loi et de l’Ordre » en Catalogne ne sont pas prêts à transgresser.

Selon moi, il y a trois éléments clés pour avancer vers une indépendance écrite par et pour ceux d’en bas. Primo ; l’indépendance, le droit de décider et un référendum pour 2014 ne seront seulement possibles qu’avec une mobilisation sociale destinée à maintenir la pression sur les gouvernements catalan et espagnol. La manifestation d’hier fut, précisément, un pas dans cette direction. Des centaines de milliers de personnes se sont faites entendre en débordant, partiellement, la dynamique institutionnelle et de ses partis.

Secundo ; un pays inclusif, pour tous, ne sera possible que si nous prenons en compte ceux qui sont réduits au silence, les opprimés, les invisibles, les « riens du tout ». Il ne s’agit pas de construire la Catalogne des « gagnants » mais bien celle des perdants, celle de ceux qui souffrent des coupes et de la destruction des droits. La Catalogne des immigrés, des jeunes, des chômeurs, des sans toit, des femmes. La Catalogne de ceux qui parlent catalan mais aussi castillan, arabe, ourdou, etc. Le grand défi est de rassembler toute cette pluralité et toutes ces différences dans la Catalogne de demain, cette République catalane des 99%, aussi souveraine qu’amie des peuples voisins.

Et, tercio ; que personne ne se fasse d’illusions, nous ne serons jamais libres tant que nous serons dans les mains de ceux qui vendent notre pays au plus offrant, que ce soient à des magnats des jeux, aux banques ou aux marchés étrangers. L’indépendance et la liberté ne seront possibles que débarrassées des jougs politiques et économiques. Et cela ne dépend que de nous.

*Article publié dans « Público », 12/09/2013.
**Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera.

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Espagne 2018. Ce n’est pas le titre d’un film de science fiction apocalyptique. C’est le sombre avenir que nous réserve le Fonds monétaire international (FMI) dans son récent rapport annuel relatif à l’Espagne. Après plusieurs coupes budgétaires brutales qui ont appauvris massivement la population, une réforme du travail et une autre des retraites sous sa houlette, cette institution recommande encore plus d’austérité. Le résultat, selon ses propres prévisions, sera plus de dette, de chômage et une augmentation de la pauvreté.

Le rapport du FMI rendu public début août 2013 s’attaque à nouveau à l’Etat providence, déjà fort malmené par les précédentes mesures. Il recommande ainsi fermement la réforme du système des retraites, « la révision des dépenses de services clefs comme l’éducation et la santé », l’augmentation de la TVA et des impôts spéciaux ainsi que la réduction des personnels de l’Etat, des collectivités territoriales et des organes de Sécurité sociale. De plus, dans un pays dont le taux de chômage officiel se monte à 26,3 % de la population active dans un contexte de pauvreté croissante, il propose de baisser les salaires des travailleurs-ses de 10 % en deux ans. La mesure permettrait, selon le Fonds, de réduire le chômage entre six et sept points de pourcentage d’ici à 2016, de diminuer le déficit et d’augmenter le PIB. Même si les prévisions du FMI étaient atteintes– ce qui n’arrive pratiquement jamais, vu qu’il révise périodiquement ses propres prévisions antérieures jusqu’à se tromper à nouveau –on atteindrait un taux chômage de 20 %, ce qui est loin d’être une perspective enthousiasmante.

Ce que nous venons de mentionner serait le scénario le plus optimiste que le FMI peut nous offrir, à condition d’accélérer ses recettes de misère. En effet, le FMI reconnait le désastre qui nous attend après l’application servile de ses recettes sous un gouvernement conservateur d’un Partido popular corrompu disposé quoi qu’il arrive à mener les ajustements jusqu’à ses ultimes conséquences. Les estimations jusqu’en 2018 du FMI pour l’Espagne montrent un panorama de « faiblesse prolongée » avec un taux de chômage estimé à 27 % en 2014 et qui serait encore au dessus des 25 % en 2018 ; une dette publique qui s’envole à 106 % du PIB sans que la dette privée ne baisse en dessous des 236 % du PIB au cours des cinq prochaines années. Dans le même temps, il admet qu’un scénario à la baisse pourrait avoir lieu avec une « spirale macro-financière négative » qui nous amènerait à des niveaux élevés de dette publique et privée, un PIB en recul jusqu’en 2017 et un chômage estimé dans un « futur prévisible » à plus de 27%. En plus de grandes contradictions, le FMI fausse par ailleurs les données, en omettant de comptabiliser l’impact des sauvetages bancaires – que le rapport chiffre à 246,4 milliards d’euros – dans l’estimation prévisionnelle du déficit budgétaire.

Olli Rehn avise : « le mois qui vient nous évaluerons en détail la réforme du travail de 2012 ».

La proposition de baisser les salaires de 10 % a reçu l’aval de la Commission européenne (CE) par la voix de son vice-président en charge des matières économiques, Olli Rehn, qui touche 22 963 euros par mois. Pour une fois, le gouvernement, les partis politiques et syndicats – dont certains avaient pourtant approuvé la réforme du travail exigée par le FMI – ont affirmé leur opposition à cette proposition. Olli Rehn a alors volé au secours du FMI et écrit sans honte le 6 août, que « ceux qui rejettent instantanément [la proposition de baisser les salaires] porteront sur leurs épaules l’énorme responsabilité du coût social et humain » |1|. Cependant, beaucoup pensent que la faute de l’énorme « coût social et humain » repose en premier lieu sur son institution, la Commission européenne, le FMI et le gouvernement qui leur est soumis.

Les commandements du FMI, piliers du capitalisme sans frontières

Chaque année, en application de l’article IV de ses statuts, une mission du Fonds visite les autorités des pays membres et distribue ses recommandations, ce qui permet de suivre de près les politiques économiques appliquées par les gouvernements respectifs et d’exercer son influence. Ses recommandations, qui constituent des conditions à ses prêts ou assistance, visent à affaiblir le fragile Etat providence, détruire la souveraineté du pays pour le soumettre aux riches créanciers et laisser la liberté de mouvement maximale aux entreprises privées.

Quelle est la légitimité d’une organisation qui demande de couper dans les salaires quand sa directrice, Christine Lagarde, s’octroie 11 % d’augmentation à son arrivée à la tête du FMI ? Son salaire annuel se monte à 323 000 euros annuels (441 980 dollars), plus un supplément pour frais de représentation de 58 000 euros (83 760 dollars annuels), exonérés d’impôts en vertu de son statut de fonctionnaire internationale.

Il est grand temps de mettre fin à l’impunité dont jouissent les hauts fonctionnaires du FMI. Cette institution néfaste doit être abolie et ses responsables jugés. Elle doit être remplacée par un organisme international réellement démocratique, qui respecte le droit international et qui travaille pour une stabilité financière au service des peuples.

Notes

|1| Spanish Sketches A.D. 2013 : Can Spain achieve what Ireland and Latvia did ? 6 août 2013
http://blogs.ec.europa.eu/rehn/span…

Des Européens parmi les coupeurs de têtes en Syrie (Vidéo)

septembre 17th, 2013 by Silvia Cattori

Depuis le début du conflit en Syrie les autorités gouvernementales syriennes ainsi que de nombreux témoignages (que nous avons publiés) ont démontré que la rébellion était avant tout le fait de mercenaires intégristes, de gangs, qui égorgeaient et décapitaient les Syriens loyaux au gouvernement de Damas.

Des gangs terroristes, jusqu’ici honteusement présentés par les journalistes qui ont couvert cette guerre comme : « opposants pro démocratie », « combattants de la liberté », « résistants », « révolutionnaires », « rebelles ».

Parmi ces « gentils révolutionnaires », composés de plus de 80 nationalités, il y a, comme on peut le constater dans cette vidéo, des jeunes terroristes (où des officiers étrangers ?) parlant le néerlandais et le français.

Cette vidéo montrant les coupeurs de têtes est datée d’avril 2013

Les médias traditionnels ont fini par montrer certaines de ces atrocités (la vidéo présentée ici a été diffusée par la chêne belge RTL en juin 2013) sans préciser toutefois qu’elles ne sont que la continuation des horreurs que les terroristes ont fait subir à la population syrienne dès le début des troubles en Syrie ; horreurs qu’ils ont délibérément ignorées.

Ces terribles images montrent le vrai visage de ces soit-disant « révolutionnaires » qui depuis 2011 ont massacré des dizaines de milliers de Syriens, détruit leurs villes et villages et que l’ensemble des médias traditionnels et les autorités politiques occidentales [mais aussi Amnesty International, Médecins Sans Frontières, HRW] ont soutenus aveuglément, pour les besoins de leur propagande anti Assad.

Ces images parlent d’une guerre criminelle activement parrainée et instrumentalisée, depuis mars 2011, par la France et les monarchies du Golfe [http://www.silviacattori.net/article3350.html” name=”nh1″ href=”http://www.silviacattori.net/article4872.html#nb1″>1] (en échange de quoi la France a obtenu et signé récemment de colossaux contrats ?), et de ce qu’elle représente au quotidien pour le peuple syrien qui la subit.

Silvia Cattori

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Il ne fait aucun doute que, suite à l’accord sur l’élimination de l’arsenal d’armes chimiques du gouvernement syrien conclu à Genève entre le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, il y a un sentiment de soulagement parmi tous ceux qui sont opposés à une nouvelle guerre d’agression au Moyen-Orient.

L’amère vérité est cependant que la guerre n’a été que reportée. Ceux qui pensent que le gouvernement Obama est en faveur de la paix ne comprennent pas les intérêts objectifs sociaux, économiques et géopolitiques qui motivent le militarisme américain. En dépit de l’accord avec la Russie, le gouvernement n’a opéré rien d’autre qu’une retraite tactique. Il reste engagé en faveur d’un changement de régime en Syrie, que l’impérialisme américain considère comme étant une part essentielle de ses préparatifs pour une confrontation militaire avec l’Iran.

Concrètement, le président Obama a déclaré dans une interview lors de l’émission « This Week with George Stephanopoulos » diffusée sur ABC dimanche que l’Iran « ne devrait pas tirer une leçon de ce que nous n’avons pas frappé [la Syrie] pour penser que nous ne frapperons pas l’Iran. »

En l’espace d’à peine une semaine, le gouvernement Obama, après avoir été sur le point de lancer un bombardement brutal contre la Syrie est passé à la négociation d’un accord avec la Russie. Derrière ce revirement rapide de la politique américaine se trouve une profonde opposition populaire à la guerre qui s’est d’abord exprimée dans le vote du 29 août au parlement britannique contre une résolution de soutien à une action militaire.

Incapable d’obtenir un cautionnement légal au moyen d’une résolution des Nations unies, à la laquelle la Russie et la Chine s’opposent, et privé du soutien même de son allié le plus proche, le gouvernement Obama s’est tourné vers le Congrès américain dans un effort pour faire adopter une résolution autorisant le recours à la force militaire. Il considérait l’approbation d’une telle mesure comme un moyen de revendiquer une fausse légitimité et une apparence de soutien populaire pour ce qui serait un acte d’agression international illégal et unilatéral.

Là aussi, le gouvernement a échoué. Les membres du Congrès ayant été bombardés de messages de leurs électeurs qui étaient à plus de neuf contre un contre la guerre, il est apparu clairement qu’Obama perdrait le vote de la Chambre des représentants qui est dominée par les républicains et probablement aussi du sénat qui est dominé par les démocrates. Ceci aurait été la première fois dans l’histoire des Etats-Unis qu’un président sollicitant l’autorisation d’une action militaire aurait reçu un tel camouflet. Et cela aurait irrémédiablement miné la présidence d’Obama.

C’est dans ces conditions que la Maison Blanche a fini par accepter la proposition de la Russie concernant un accord sur le désarmement chimique de la Syrie. Les allégations non fondées selon lesquelles le régime d’Assad porte la responsabilité de l’attaque chimique du 21 août dans les banlieues de Damas lui avaient servi de prétexte à la guerre. L’action militaire américaine, affirmait la Maison Blanche, servirait à « dissuader et à dégrader » les capacités d’armes chimiques de la Syrie.

Moscou lui a damé le pion en rebondissant sur une remarque apparemment spontanée de Kerry disant que le gouvernement syrien du président Bachar al-Assad ne pourrait éviter une attaque militaire américaine qu’en détruisant totalement son arsenal d’armes chimiques. Moscou a obtenu l’accord d’Assad de faire précisément cela et le gouvernement Obama s’est retrouvé dans la situation intenable de promouvoir une guerre extrêmement impopulaire, dont les objectifs avoués pouvaient être atteints sans qu’un seul missile Tomahawk soit tiré.

Après avoir adopté la soi-disant « voie diplomatique », Obama et ses collaborateurs se sont efforcés d’expliquer que la guerre restait fermement à l’ordre du jour. Obama lui-même a souligné que l’accord conclu à Genève n’avait été possible que grâce à une « menace crédible de la force américaine, » en déclarant « Si la diplomatie échoue, les Etats-Unis sont prêts à agir. »

Quant à Kerry, il a clairement fait comprendre que les Etats-Unis jugeraient eux-mêmes si le régime d’Assad se conformait ou non à l’accord sur les armes chimiques et décideraient d’une action militaire en conséquence. En l’absence d’une sanction de l’ONU, les frappes militaires seraient « décidées par le président des Etats-Unis et les alliés qui partagent les mêmes idées, s’ils étaient d’avis que c’était la voie à suivre. »

Il est également évident que la Maison Blanche ne fera probablement pas deux fois la même erreur de s’adresser au Congrès en vue d’une approbation. Steny Hoyer du Maryland, le second dans l’ordre hiérarchique des démocrates à la Chambre des représentants a dit ce week-end à Bloomberg Television que ni lui, ni la dirigeante de la minorité démocrate de la Chambre des représentants ne « croient que dans ce cas le président a besoin de s’adresser au congrès et [donc qu'il] pourrait agir tout seul. »

Hoyer a toutefois ajouté que l’accord avec la Russie pourrait être utilisé pour aider à vendre une guerre au Congrès. « Les gens diraient, ‘bon, il a fait un effort supplémentaire, il a cherché à consulter les gens, il a pris la voie diplomatique comme les gens le lui avaient demandé – mais cela n’a pas marché,’ » a dit Hoyer. « Et donc dans ces circonstances l’unique option, qui se présente à nous pour exclure un nouveau recours aux armes chimiques et pour tenter de dissuader la Syrie et de dégrader sa capacité de les utiliser, est d’agir. »

Tels sont, à n’en pas douter, les calculs politiques qui sont faits aussi par le gouvernement Obama. L’histoire ne présage rien de bon pour la Syrie. Deux autres dirigeants du Moyen-Orient avaient accepté de détruire leurs arsenaux d’armes chimiques, Saddam Hussein d’Irak et Mouammar Kadhafi de Libye. Leur pays ont dû subir les guerres des Etats-Unis en vue d’un changement de régime et ni l’un ni l’autre n’est en vie aujourd’hui.

L’accord américano-russe impose une série d’exigences à la Syrie qui sont, selon les experts en armes chimiques, littéralement impossibles à satisfaire. Alors que le traité sur les armes chimiques accorde aux nations 60 jours, après la signature de l’accord, pour rendre compte de toutes les munitions en leur possession, l’accord conclu à Genève donne à Damas une semaine. Et, alors que les Etats-Unis ont passé ces 18 dernières années à se débarrasser de leurs propres arsenaux d’armes chimiques, et planifient dix ans de plus pour y parvenir, la Syrie est supposée accomplir la même tâche en neuf mois.

Si l’échec à surmonter ces obstacles ne réussit pas à servir de prétexte à la guerre, il restera toujours la possibilité d’une nouvelle provocation à l’arme chimique, mise en scène par les « rebelles » menés par al Qaïda, pour accuser le régime d’Assad.

Les armes chimiques n’ont jamais été le motif d’une intervention militaire américaine directe, mais seulement le prétexte. L’histoire, promue par des médias à la botte du patronat et engagés dans la propagande de guerre, selon laquelle Washington n’était qu’un témoin horrifié de la guerre civile en Syrie et uniquement préoccupé par le bien-être des civils sans défense, est un mensonge pur et simple. L’impérialisme américain est le principal instigateur de cette guerre, ayant octroyé l’équivalent d’environ un quart de milliard de dollars d’aide dans l’insurrection et coordonné des sommes encore plus considérables de fonds et d’armes en provenance des monarchies sunnites réactionnaires d’Arabie saoudite et du Qatar, leurs principaux alliés dans le monde arabe.

A présent, la CIA a commencé à former et à armer directement les « rebelles », un assortiment d’islamistes, de criminels et de mercenaires qui ont ravagé le pays. C’est la série de défaites militaires subies par les forces interposées de Washington, à commencer par la perte en juin dernier de la ville d’al-Qusayr qui ont fourni le réflexe immédiat pour l’invocation par les Etats-Unis de la « ligne rouge » des armes chimiques et la course à la guerre. Après avoir récolté l’inimitié de vastes sections de la population syrienne en raison de leur effusion de sang et de leur idéologie islamiste rétrograde, les forces soutenues par la CIA étaient sur le point de subir une défaite.

Plus fondamentalement, la guerre orchestrée en vue d’un changement de régime en Syrie fait partie d’une stratégie de Washington d’asseoir son hégémonie sur le Moyen-Orient riche en pétrole et, de manière plus générale, sur le crucial continent de l’Eurasie. Le gouvernement Obama est en train de poursuivre les mêmes objectifs prédateurs que ses prédécesseurs en Afghanistan et en Irak en cherchant à utiliser la supériorité militaire de l’impérialisme américain comme moyen de contrer son déclin économique. L’intervention en Syrie vise non seulement le régime de Damas, mais aussi à briser dans la région le pouvoir et l’influence de l’Iran, tout comme celui de la Russie et de la Chine.

Une force de frappe navale américaine et une flotte russe sans cesse grandissante continuent de se livrer à un face à face en Méditerranée orientale.

L’accord américano-russe sur les armes chimiques syriennes n’annonce nullement une nouvelle ère de paix. Il ne s’agit que d’un nouvel épisode dans l’escalade de provocations militaires et de menaces de guerre semblables à celles qui avaient précédé la Première et la Seconde Guerres mondiales.

Le risque d’une extension régionale de la guerre et d’une nouvelle conflagration mondiale ne peut être écarté que par la classe ouvrière internationale mobilisant sa force indépendante dans une lutte unie contre le capitalisme.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 16 septembre 2013

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Base militaire tricolore à Djibouti

septembre 17th, 2013 by Manlio Dinucci

Un drapeau tricolore flottait déjà à Djibouti : celui de la France, qui depuis 1977, a « prépositionné » une unité de la Légion étrangère et d’autres forces choisies (2mille hommes), dans son ex-colonie. Minuscule pays, grand comme la Toscane et avec seulement 900mille habitants, mais de grande importance stratégique : il est situé sur le Détroit Bab El Mandeb, large de 30Kms seulement, qui relie l’Océan Indien à la Mer Rouge, elle-même reliée à la Méditerranée par le canal de Suez. Contrôler militairement ce passage, traversé par les principales routes pétrolières et commerciales entre l’Asie et l’Europe, équivaut à contrôler le canal de Suez.

 

Au drapeau français s’est ajouté en 2003 celui étoilé de la Task Force conjointe pour la Corne d’Afrique, formée de plus de 3mille militaires. Mais à présent flotte un deuxième drapeau tricolore : celui de l’Italie. A la suite d’accord stipulé en juillet 2012 par le ministère de la défense (dirigé par l’amiral Di Paola), l’Italie a été autorisée à installer à Djibouti une base militaire. Son coût n’est pas clair : la loi n° 221/2012, qui institue d’ « ultérieures mesures pour la croissance du pays », autorise pour la base un débours d’argent public (soustrait aux dépenses sociales) de 3,7 millions d’euros en 2012 et 2,6 millions annuels jusqu’en 2020, en les débitant du budget du ministère de l’économie et des finances, auxquels s’ajoute la « cession à titre gratuit » d’armements pour les forces djiboutiennes. Cette prévision de dépense, qui ne comprend pas les coûts opérationnels, n’est que la pointe de l’iceberg : rien qu’en location de la zone de chaque base, les USA et la France paient 30 millions d’euros annuels.

L’Italie déploie des forces militaires à Djibouti (comme l’ont fait l’Allemagne, l’Espagne et le Japon) officiellement pour « contrer la piraterie ». En réalité les forces italiennes sont envoyées à Djibouti dans le cadre de la « guerre couverte », menée en Afrique et au Proche-Orient par le Commandement conjoint pour les opérations spéciales USA. L’aire des opérations de la Task force étasunienne, basée à Camp Lemonnier le long de l’aéroport international, s’étend de la Somalie au Soudan et à la République centrafricaine, du Kenya à l’Ouganda et au Congo. Elle recouvre aussi le Yémen et d’autres pays moyen-orientaux. A Camp Lemonnier, qui va maintenant être agrandi pour accueillir 1100 autres membres des forces spéciales, les opérations sont planifiées par un staff d’environ 300 spécialistes.

Chaque jour décollent de la base des avions-espions, des drones-killers et des chasseurs F-15E Strike Eagle, dirigés en particulier vers la Somalie voisine et au Yémen, à quelques dizaines de kilomètres seulement du détroit. Les commandos qui effectuent les incursions partent de nuit, avec des hélicoptères et des avions spéciaux. Ils opèrent incognito, au point que leurs noms sont inconnus même des militaires USA déployés à la base. Sous ce même commandement opèrent aussi les contractors, c’est-à-dire les tueurs sous contrat, type snipers et  experts en techniques d’assassinat. Les légionnaires français ont les mêmes missions. A cette belle compagnie se joignent les militaires italiens (dont les commandos de forces spéciales), dotés eux aussi de drones, téléguidés depuis la base d’Amendola dans les Pouilles. Ils sont envoyés par la république qui dans sa Constitution répudie la guerre [1]. Avec un consensus bipartisan du parlement, qui a favorisé la mutation génétique des forces armées, dont la nouvelle mission est de garantir les « intérêts extérieurs » dans ce que l’état-major de la défense définit comme « la Méditerranée élargie ».

Dans la nouvelle géographie coloniale cette Méditerranée s’étend jusqu’à la Corne d’Afrique, où débarquèrent en 1869 les premiers colonialistes italiens.

 

Edition de mardi 17 septembre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130917/manip2pg/14/manip2pz/345917/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

 



[1] Article 11 : L’Italie répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales ; consent, en condition de parité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires pour des règles qui assurent la paix et la justice entre les Nations ; promeut et soutient les organisations internationales tendant vers ce but.

 

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Sortie du film “Agent Orange: Une bombe à retardement”

septembre 16th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

UNE BOMBE A RETARDEMENT un film de Thuy Tiên Ho et Laurent Lindebrings

PROJECTION EN AVANT PREMIERE

Jeudi 26 SEPTEMBRE 2013 à 20h30

au Cinéma Action Christine, 4 rue Christine – 75006 Paris

UN FILM, POURQUOI ?

Au Vietnam, l’armée américaine a utilisé herbicides et défoliants chimiques comme armes de guerre. Une trentaine de sociétés, dont Monsanto, ont fourni ces produits. De 1961 à 1971, plus de 80 millions de litres (dont  presque 62% d’Agent Orange) ont été déversés sur 20% de la partie méridionale du Vietnam.

L’Agent Orange contient de la dioxine, substance violemment toxique et dotée d’une très grande stabilité. C’est pourquoi aujourd’hui encore, elle continue à faire des dégâts tant sur la flore et la faune que sur les populations du Vietnam. La destruction des forêts et des mangroves a entraîné la rupture de l’équilibre écologique antérieur. Chez l’homme, la dioxine pénètre dans l’organisme par l’ingestion de la nourriture (poissons, crevettes,…). L’absorption en quantité infime peut provoquer de nombreuses maladies et même être mortelle. Chez la femme enceinte, la dioxine peut passer à travers le placenta et atteindre le fœtus. La mère qui nourrit son enfant au sein peut lui transmettre la dioxine à travers son lait.

Les populations des régions où les défoliants ont été épandus pendant la guerre ont été les premières contaminées. Aujourd’hui encore, selon la croix rouge vietnamienne, entre 2 et 3 millions de personnes sont touchées.  Parmi elles au moins 800 000 Vietnamiens sont lourdement handicapés ou connaissent de graves problèmes de santé dus à la dioxine. En outre, des soldats américains, mais aussi australiens, néo-zélandais et sud-coréens, qui participaient à la guerre à leurs côtés, ont également été contaminés.

En 1984, les fabricants de défoliants ont accepté de verser aux soldats-vétérans américains, en échange de l’arrêt de toute poursuite judiciaire, 197 millions de dollars à titre d’indemnisation. Deux poids, deux mesures : les victimes vietnamiennes ne reçurent rien.

En 2004, la VAVA (Association Vietnamienne des Victimes de l’Agent Orange) a déposé devant le tribunal fédéral de Brooklyn, une plainte contre les fabricants d’herbicides pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

En 2005, leur plainte a été rejetée. La VAVA a fait appel, mais le 22 février 2008, la cour d’appel fédérale de New-York l’a déboutée une nouvelle fois.

En octobre 2008 la VAVA a fait appel auprès de la Cour Suprême de Justice des États-Unis. Le 2 mars 2009, celle-ci a fait savoir qu’elle n’examinera pas cet appel.

En définitive, tous les recours juridiques sont actuellement épuisés pour les plaignants vietnamiens. Déboutés par la justice américaine, ils ne pourront pas non plus porter leur affaire devant la Cour Internationale de Justice de La Haye, ni devant aucun Tribunal Pénal International.

 Aujourd’hui, les questions liées à l’Agent Orange sont très peu connues du grand public qui généralement pense que le Vietnam ne souffre plus des conséquences d’une guerre qui s’est terminée en 1975. Ce constat a conduit les associations ORCHIDÉES et ORANGE DIHOXYN (voir liens) à passer  un accord de partenariat pour réaliser un film intitulé Vietnam : Agent orange, une bombe à retardement”.

 

Le but de ce film est double.

  • information : le film permettra de montrer que plus de 40 ans après la fin de la guerre du Vietnam, celle-ci continue (et continuera pendant longtemps encore), à faire de nombreuses victimes ;
  • humanitaire : la diffusion du film au plus large public doit permettre, en sensibilisant l’opinion internationale, de récolter des dons destinés à financer la construction d’un grand centre d’accueil pour les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. En effet, beaucoup d’enfants handicapés sont abandonnés à leur naissance par leurs parents, d’autres sont capables d’apprendre un métier ou d’entamer des études. Ce centre offrira des solutions d’accueil et d’accompagnement pour les différentes situations.

QUEL FILM ?

L’ambition des auteurs du film est de proposer un film documentaire, conçu pour être diffusé sur les chaînes de télévision, en salle et en DVD afin de toucher le plus large public international.

Composé d’interviews des victimes vietnamiennes mais également américaines, canadiennes illustrées d’archives de l’époque il se structure en 3 parties :

La 1ère rappelle rapidement l’histoire du Vietnam de la guerre d’Indochine à la guerre américaine, soit 40 ans de guerre quasi ininterrompue. Elle permet de comprendre l’implication des différents pays (France, Etats-Unis, Canada, Australie …) dans ces guerres et ainsi de mieux sensibiliser les citoyens de ces pays à la situation que vivent actuellement les victimes de la dioxine.

La 2ème partie montre les conséquences visibles et invisibles de la dioxine sur les populations, la faune et la flore. Une séquence importante est consacrée aux victimes vietnamiennes, à leur combat pour vivre, étudier, travailler dans la dignité.

La 3ème partie est consacrée à la lutte des victimes de la dioxine pour faire reconnaître leurs droits devant les différentes juridictions américaines. A ce jour, tous les recours juridiques sont épuisés, mais le combat doit continuer par la mobilisation citoyenne de par le monde.

Conclusion du film : Selon de nombreux observateurs, historiens et journalistes, les Américains ont perdu la guerre du Vietnam en partie parce que  les  images des combats et bombardements, largement diffusées par les médias, ont eu un immense impact sur l’opinion publique internationale.

Les images et témoignages du film Vietnam : Agent orange, une bombe à retardement” doivent avoir un rôle similaire, améliorant ainsi la prise de conscience des conséquences à long terme de l’Agent Orange.

Cette prise de conscience est l’une des conditions principales pour que justice soit rendue aux victimes vietnamiennes et qu’elles puissent être indemnisées a minima comme l’ont été les soldats américains, australiens, néo-zélandais et sud-coréens contaminés.

UN FILM COMMENT ?

Ce film a nécessité 3 années de préparation, tournage, post-production.

  Les victimes vietnamiennes racontent leur quotidien pour travailler et étudier dans la dignité. Les séquences ont été tournées grâce au soutien et à la mobilisation des associations d’aide au victimes (VAVA ,Croix Rouge vietnamienne) mais également grâce à l’aide de bénévoles.

   Des soldats américains, canadiens… victimes de l’Agent Orange expliquent  leur engagement militaire, puis leurs maladies liées à l’Agent Orange. Leur témoignage porte  en creux, un éclairage sensible et inattendu  sur la psychologie des victimes vietnamiennes de la dioxine confrontés à de multiples problèmes juridiques et de santé.

   Des interviews de scientifiques (médecins, chimistes, agronomes…) qui permettent de mieux comprendre l’action de la dioxine sur les hommes et l’environnement.

   Des interviews de juristes nous éclairent sur deux questions juridiques fondamentales :

- l’utilisation des armes chimiques constitue t-elle un crime de guerre ? un crime contre l’humanité ?

- pourquoi aucun tribunal international ne s’est réuni, jusqu’à ce jour, sur la question de savoir si de l’utilisation par les Américains des défoliants au Vietnam pendant la guerre est, du point de vue juridique, condamnable ou non ?

Source : http://dioxine-bombearetardement-film.com/ 

 

Voici la bande annonce du film : http://www.youtube.com/watch?v=7G1bCZUTEZU&feature=youtu.be&hd=1

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Le prince Bandar est-il derrière les attaques chimiques en Syrie ?

septembre 16th, 2013 by Mahdi Darius Nazemroaya

Aucune des allégations des États-Unis au sujet de ce qui s’est passé en Syrie n’a de sens. Nous sommes appelés à croire à une histoire illogique, alors qu’il est beaucoup plus probable que ce soit Israël et l’Arabie saoudite qui ont permis à l’administration Obama de menacer la Syrie de guerre.

Le rapport de renseignement sur la Syrie préparé par l’administration Obama n’est qu’une reprise de ce qui s’est passé en Irak. « Beaucoup de choses ne sont pas dites clairement » dans le document de quatre pages, selon Richard Guthrie, l’ancien directeur du projet sur les guerres chimiques et biologiques mené par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Une des soi-disant pièces à conviction serait la présumée interception des communications du gouvernement syrien, mais aucune transcription n’a été présentée comme preuve.

Il en va de même pour les discours de l’administration Obama qui font tout sauf confirmer de façon irréfutable ce qui s’est vraiment passé. Rien n’est confirmé de façon catégorique dans le rapport de renseignement. Ce document officiel a toutes les allures d’une thèse superficielle produite par un étudiant collégial ou universitaire, rédigé par quelqu’un qui jongle avec les mots plutôt que par de véritables experts en la matière.

Le rapport tourne en rond, se fiant à des réseaux sociaux qu’on ne nomme pas et à des racontars en tant que preuves et données. Sans transparence, il affirme qu’ « il y a des comptes rendus de la part de personnel médical international et syrien, des vidéos, des témoignages, des milliers de rapports provenant des médias sociaux d’au moins douze endroits différents dans la région de Damas, des comptes rendus de journalistes et des rapports provenant d’organisations non-gouvernementales ».

On a fort à parier que ces sources sans nom sont en réalité des insurgés financés internationalement, les médias israéliens, les médias saoudiens, l’Observatoire syrien pour les droits de la personne (qui a dans ses rangs ceux qui militent avec les rebelles et qui considèrent que l’Arabie saoudite est un modèle de la démocratie) ainsi que l’organisation non gouvernementale Médecins sans frontières. Il s’agit des mêmes sources qui appuient depuis le début l’insurrection et qui favorisent un changement de régime et une intervention militaire en Syrie.

Qui plus est, une des principales sources de renseignement et d’interception des communications devant servir de preuve probante est nulle autre qu’Israël, pays notoire pour son recours à la manipulation et la falsification de preuves.

Le rapport de renseignement des États-Unis prétend aussi avoir eu connaissance des plans d’une attaque d’armes chimiques plusieurs jours avant que celle-ci ne se produise. Un spécialiste en matière d’armes chimiques, Jean Pascal Zanders, chargé de recherche principal à l’Institut des études de sécurité de l’Union européenne, pose la question : pourquoi le gouvernement étasunien n’a-t-il donc pas alerté le monde entier du danger imminent d’une attaque chimique ?

Une conspiration Israélo-saoudienne ?

Les forces antigouvernementales combattant en Syrie et supportées par les États-Unis ont un lien définitif avec les armes chimiques. Et pourtant, Obama et cie ne disent rien.

En dépit des accusations portées par les forces antigouvernementales à l’effet que l’armée syrienne aurait lancé une attaque d’armes chimiques contre Homs à Noël, en décembre 2012 CNN rapportait que l’armée étasunienne entraînait des combattants antigouvernementaux dans la sécurisation et la manipulation d’armes chimiques. Portant le nom de Destructive Wind Chemical Battalion, les insurgés ont même menacé d’avoir recours aux gaz neurotoxiques et ont lancé une vidéo où ils tuent des lapins et disent que c’est le sort qui pourrait être réservé à la Syrie.

Selon le quotidien français Le Figaro, deux brigades de combattants antigouvernementaux formées par la CIA, les Israéliens, les Saoudiens et les Jordaniens, auraient traversé en Syrie par les frontières du Royaume hachémite de Jordanie pour donner l’assaut, les 17 et 19 août 2013. Les États-Unis ont sans doute investi grandement dans l’entraînement des deux brigades antigouvernementales. Si c’est le cas, certains pourraient spéculer que leur défaite aurait été le signal d’une attaque chimique à Damas, un plan B, en quelque sorte.

La question se pose : comment ces combattants ont-ils eu accès à des armes chimiques ? Plusieurs indices pointent vers l’Arabie saoudite. Selon le journal britannique Independent, c’est le prince Bandar de l’Arabie saoudite qui aurait le premier « alerté les alliés occidentaux du recours présumé du régime syrien au sarin en février 2013 ». La Turquie aurait arrêté des militants syriens sur son territoire avec du sarin que ces terroristes devaient utiliser en Syrie même. Le 22 juillet, les insurgés devaient aussi prendre d’assaut Al-Assal et tuer tout témoin pour dissimuler leurs actes.

Un rapport signé Yahya Ababneh et auquel a contribué Dale Gavlak contient le témoignage de personnes qui disent que « certains rebelles ont reçu des armes chimiques via le chef des renseignements saoudien, le prince Bandar bin Sultan, et sont responsables d’avoir mené des attaques aux gaz ».

Le rapport du Mint Press News contribue grandement à cette histoire, contredisant de plein fouet les prétentions du gouvernement étasunien. Une insurgée y est citée et des liens sont faits qui impliquent clairement l’Arabie saoudite. Elle dit que ceux qui les ont fournis en armes « ne leur ont pas expliqué à quoi ces armes servaient ni comment s’en servir » et qu’eux ne savaient pas « qu’il s’agissait d’armes chimiques ». « Lorsque le prince Bandar offre de telles armes au peuple, il doit d’abord les offrir à ceux qui savent comment les manipuler et s’en servir », aurait-elle dit.

Le rapport met en relief un autre lien saoudien : « Abdel-Moneim a dit que son fils ainsi que douze autres rebelles avaient été tués dans un tunnel devant stocker des armes fournies par un militant saoudien, dont le nom serait Abu Ayesha, qui dirigeait un bataillon de combattants. Le père a décrit les armes comme étant d’une « structure tubulaire » tandis que d’autres ressemblaient à « d’énormes bombonnes de gaz ».

Ainsi, il semblerait que les Saoudiens aient facilité l’attaque chimique tandis que les Israéliens auraient camouflé leur intention de déclencher une guerre généralisée, ou du moins de faciliter une campagne de bombardement contre Damas. Israël et l’Arabie saoudite ont assisté l’administration Obama à menacer la Syrie de guerre.

Obama cherche à changer le rapport de force en Syrie

Le discours moralisateur provenant de Washington relève du cirque et est ignoble. L’hypocrisie du gouvernement étasunien est sans bornes. Celui-ci condamne l’armée syrienne parce qu’il aurait recours aux bombes à fragmentation tandis que les États-Unis vendent massivement de telles bombes à l’Arabie saoudite.

Si les inspecteurs de l’ONU sont entrés en Syrie, c’est d’abord à l’invitation du gouvernement de Damas. Le gouvernement syrien avait informé l’ONU depuis des semaines que les milices antigouvernementales tentaient d’avoir recours aux armes chimiques après qu’elles eurent pris contrôle d’une usine de chlore à l’est d’Aleppo. En guise de prévention, l’armée syrienne a depuis concentré toutes ses armes chimiques dans des complexes bien protégés afin que les forces antigouvernementales ne puissent y avoir accès. Pourtant, les insurgés ont lancé une attaque aux armes chimiques contre les forces du gouvernement syrien à Khan Al-Assal le 19 mars 2013. Déformant totalement la vérité, les insurgés et leurs supporteurs étrangers, y compris le gouvernement des États-Unis, tentent de tenir le gouvernement syrien responsable des attaques chimiques, allégations qui ont été réfutées en mai par l’enquêteur de l’ONU, Carla Del Ponte, après un travail d’enquête intensif.

Au sujet de l’attaque présumée du mois d’août, l’administration Obama ment et se contredit depuis des jours. Ses porte-parole disent que les traces d’armes chimiques ne peuvent être éliminées mais que tout de même le gouvernement syrien aurait réussi à détruire des preuves qui ne peuvent être éradiquées. Aussi prétendent-ils vouloir une enquête alors qu’ils affirment déjà avoir toutes les réponses.

Les allégations à l’effet que le gouvernement syrien aurait eu recours aux armes chimiques dans la banlieue de Ghouta défient toute logique. Pourquoi le gouvernement syrien aurait-il eu, sans raison, recours à des armes chimiques dans une région qui est sous son contrôle et pourquoi se tirerait-il ainsi dans le pied en offrant aux États-Unis et à leurs alliés un prétexte pour intervenir ? Et que dire du choix de la date pour agir ainsi ? L’administration Obama voudrait nous faire croire que le gouvernement syrien aurait choisi la journée-même où les inspecteurs des Nations unies sont arrivés à Damas. Même la British Broadcasting Corporation a avoué que cette situation était pour le moins étrange. Le rédacteur en chef pour le Moyen-Orient Jeremy Brown a lui-même soulevé qu’il était tout de même curieux que le gouvernement syrien ait eu recours à de telles armes au moment de la visite des inspecteurs de l’ONU, et à un moment où l’armée mène l’offensive dans la région de Damas.

Les États-Unis accusent le gouvernement syrien d’avoir recours aux armes chimiques, mais les porte-parole étasuniens ont une longue tradition d’avoir recours aux mensonges pour déclencher des guerres contre d’autres pays. C’est le modus operandi constant des États-Unis, depuis le Vietnam jusqu’à la Yougoslavie, de l’Irak jusqu’à la Libye.

Ce n’est pas la Syrie qui agit à l’encontre de la communauté internationale, mais bien les fauteurs de guerre de Washington, y compris l’administration Obama.

Washington menace d’attaquer la Syrie pour tenter de prolonger les combats en Syrie. Le gouvernement étasunien veut aussi avoir un rôle plus important à jouer dans toutes futures négociations en restaurant le rapport de force entre le gouvernement syrien et les alliés des États-Unis, les insurgés antigouvernementaux, pour faire en sorte que l’armée syrienne soit ébranlée et pour ainsi stopper son offensive victorieuse contre l’insurrection. Que les États-Unis veuillent ou non affaiblir Damas en faveur des insurgés, il est certain qu’ils veulent tout au moins rétablir un équilibre tout en portant un important coup au gouvernement syrien avant la tenue d’une négociation finale.

La « R2P » – la responsabilité de protéger – doit maintenant faire place à une nouvelle « R2P » – la « responsabilité de prévenir la guerre ».

Mahdi Darius Nazemroaya
Russia Today, 5 septembre 2013.

Traduction : LML (10.09.2013) :
http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2013/Q43135.HTM#5
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Syrie : le dandy et les faucons

septembre 15th, 2013 by Ahmed Bensaada

Bernard-Henri Lévy (BHL), le dandy guerrier, est de retour. Et cela se comprend: au pays de Sitting Bull, les tambours de guerre se font de plus en plus assourdissants, la hache de guerre vient d’être déterrée et c’est la « Danse des Esprits » (les mauvais, on s’entend) qui bat la mesure. Le cercle des danseurs autour du feu est bien achalandé et on y trouve de tout : d’illustres néoconservateurs (néocons), des défenseurs d’Israël farouchement pro-sionistes, d’anciens membres de l’administration Bush, des islamophobes notoires, des américains possédant la double nationalité étasunienne/israélienne, des va-t-en-guerre responsables de l’invasion de l’Irak, de féroces détracteurs de l’Iran et, pour parfaire le décorum, quelques opposants syriens pro-américains.

Bernard-Henri Lévy (BHL)

C’est cet aréopage constitué de 74 personnes pompeusement qualifiées d’« experts en politique étrangère » qui vient de signer une lettre adressée à Obama, en l’exhortant de « répondre de manière décisive en imposant des mesures ayant des conséquences significatives sur le régime d’Assad ». Au minimum, disent-ils « les États-Unis, avec leurs alliés et partenaires qui le souhaitent, devraient utiliser des armes à longue distance et la puissance aérienne pour frapper les unités militaires de la dictature syrienne qui ont été impliquées dans la récente utilisation à grande échelle d’armes chimiques » [1].

Et, au beau milieu de cette camarilla de bellicistes assoiffés de guerre et de faucons avides de proies faciles, trône le dandy guerrier. Toutes ailes déployées, il cherche de nouvelles batailles, de nouvelles destructions, de nouvelles effusions de sang pourvu qu’elles n’éclaboussent pas ses chemises blanches immaculées de chez Charvet.

 

À propos de la Libye: BHL est l’invité de Frédéric Taddei (France 3, 29 mai 2012)

Intéressant: Écoutez l’échange entre Taddei et BHL et, ensuite, lisez le texte suivant sur les dandys, écrit par Thomas Carlyle en 1831 :

“Et maintenant, pour tout ce martyre perpétuel, et pour la Poésie, et même la Prophétie, qu’est-ce que le Dandydemande en retour ? Uniquement, nous pouvons le dire, que vous reconnaissiez son existence ; que vous admettiez qu’il est un objet vivant ; ou même à défaut, un objet visuel, ou une chose qui reflète les rayons lumineux. Il ne sollicite pas votre argent ou votre or (au-delà de ce que la Loi avare lui a déjà assuré) ; rien que le dard de vos yeux. Comprenez sa signification mystique, ou manquez-la tout à fait et faites-en une mauvaise interprétation ; mais regardez-le, et il est content.”

Thomas Carlyle (Sartor Resartus, 1831)

 

 

Il faut admettre que depuis son dernier « exploit » libyen, alors qu’il claironnait faire « la guerre sans l’aimer », l’oisiveté guerrière a pesé sur notre Clausewitz des temps modernes. Et le voilà reparti pour une partie de plaisir en Syrie. « La guerre en l’aimant », cette fois-ci?

Et puisqu’il n’a plus les coudées franches comme du temps où il était grand vizir du président bling-bling, il s’acoquine avec les néocons d’outre-Atlantique, véritables faucons avec lesquels il partage l’orientation idéologique et, pour certains d’entre eux, l’appartenance religieuse.

Car, au-delà de l’allégeance politique, l’appartenance religieuse n’est pas anodine chez BHL. C’est lui-même qui avait déclaré en novembre 2011 que « c’est en tant que juif » qu’il avait « participé à l’aventure politique en Libye ». Et d’ajouter « J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël » [2].

À propos du discours de BHL prononcé devant le CRIF sur son action en Libye “en tant que Juif”

Et quelle belle réussite cette aventure libyenne! Le gandin belliqueux doit être fier d’être responsable (au moins en partie) de la mort de dizaines de milliers de personnes et de l’anéantissement d’un pays. Ignore-t-il ce que la Lybie est devenue depuis sa « participation » au conflit? Avec un titre on ne peut plus éloquent « Nous pensions tous que la Libye avait évolué. Oui, mais dans l’anarchie et la ruine », voici ce que nous rapporte Patrick Cockburn dans un récent article : « Alors que l’attention du monde est centrée sur le coup d’État en Égypte et l’attaque au gaz toxique en Syrie, au cours des deux derniers mois, la Libye a, de manière inaperçue, plongé dans sa pire crise politique et économique depuis la défaite de Kadhafi il y a deux ans. Les pouvoirs publics sont désintégrés dans toutes les régions du pays, mettant en doute les revendications des politiciens américains, britanniques et français selon qui l’action militaire de l’OTAN en Libye en 2011 a été un exemple remarquable d’une intervention militaire étrangère réussie qui devrait se répéter en Syrie » [3].

Pas de quoi faire pavoiser un mirliflore, n’est-ce pas? Mais non, dans le cas de BHL, il remet ça. L’art de transformer les fiascos en succès est l’apanage des tartuffes de la philosophie. Faudrait-il, pour le confirmer, faire témoigner le « célèbre » Jean-Baptiste Botul?

À ce sujet, Pierre Assouline mentionne que BHL est si soucieux  de sa propre légende et de sa propre biographie « que même une fausse note serait aussitôt recyclée par les relais les plus complaisants de son réseau » [4].

Les néocons américains ont eu les mêmes insuccès que le dandy guerrier. Ce sont eux qui ont convaincu George W. Bush d’envahir l’Irak alors que l’histoire a montré que ce pays ne possédait ni armes de destruction massive ni aucun lien avec les évènements du 11 septembre. Ils sont tellement discrédités par la tragédie irakienne qu’il est difficile de concevoir qu’ils puissent avoir un avis pertinent sur un quelconque conflit.

Mais même après cette déconvenue historique, connue et reconnue par le commun des mortels, ils reprennent du service dans le conflit syrien, avec un discours analogue à celui de l’Irak. Les centaines de milliers d’Irakiens qui ont perdu la vie dans ce conflit – et qui ne leur avaient absolument rien demandé – sont-ils insignifiants à leurs yeux?

Cette arrogante fatuité dans le comportement du néocon n’est pas si étrange que cela si on comprend les caractéristiques du néo-conservatisme telles que décrites par Jonathan Clarke, du « Carnegie Council for Ethics in International Affairs » : i)  la tendance à percevoir le monde en termes binaires : bon ou mauvais; ii) une faible tolérance pour la diplomatie ; iii) l’empressement à employer la force militaire; iv) l’insistance sur la nécessité pour les États-Unis d’agir de manière unilatérale ; v) un dédain pour les organisations multilatérales  et vi) une focalisation sur le Moyen-Orient [5].

À noter que le sixième point est une manière « politically correct » de dire que les néocons sont des défenseurs invétérés de l’état d’Israël.

Mais qui sont donc les signataires de cette lettre au président américain que le dandy guerrier a paraphé?

La longue liste comporte de « grosses pointures » du néo-conservatisme telles que William Kristol, Robert Kagan, Elliott Abrams ou Danielle Pletka. Dans un article publié par le journal israélien Haaretz en 2003, on apprend que « la guerre en Irak a été conçue par 25 intellectuels néoconservateurs, la plupart d’entre eux juifs, qui poussent le président Bush à changer le cours de l’histoire » parmi lesquels on peut citer Elliott Abrams et William Kristol [6]. Ce dernier, fils du fondateur du néo-conservatisme, est le cofondateur (avec Robert Kagan) du think tank néoconservateur « Project for the New American Century » (PNAC) qui a eu une influence considérable sur l’administration Bush fils. Pas moins de 19 signataires de la lettre ont appartenu à cet organisme.

L’un des membres du PNAC, Martin Peretz, a été salué pour « sa fidélité inébranlable à Israël » [7]. L’histoire ne dit pas si cette distinction avait une quelconque relation avec ses déclarations telles que « la société arabe est sclérosé et arriérée » ou que les Druzes sont « congénitalement indignes de confiance ». Ceci n’est qu’un échantillon de ce que « Peretz écrit sur les Palestiniens, les Syriens, les Libanais, les Irakiens et tous les autres non-Juifs qu’il considère être ignobles, primitifs et incapables de “civilisation” »  [8]. Dans la même veine, Reuel Marc Gerecht, un autre membre du PNAC, a déclaré que les Iraniens « ont le terrorisme dans l’ADN » [9]. Un troisième, Joshua Muravchik, a écrit en 2006 un article au titre expéditif: « Bombardez l’Iran » [10].

Harvard (25 septembre 2010): manifestation estudiantine contre Martin Peretz pour condamner ses propos racistes

Sept signataires de cette lettre ont été membres du « Committee for the Liberation of Iraq » (CLI), un organisme dont l’objectif était de « promouvoir la paix régionale, la liberté politique et la sécurité internationale par le remplacement du régime de Saddam Hussein avec un gouvernement démocratique qui respecte les droits du peuple irakien et cesse de menacer la communauté des nations ». Le CLI comptait dans ses rangs le sénateur Joseph Lieberman, lauréat 2009 du prix « Défenseur d’Israël » décerné par « Christians United for Israel » (CUFI), une importante organisation chrétienne américaine pro-israélienne [11]. C’est ce même Lieberman qui visite régulièrement les pays arabes « printanisés » en compagnie d’un autre illustre membre du CLI, le sénateur républicain John McCain.

Bien qu’il ne soit  pas signataire de la lettre, McCain, le tenace adversaire de l’actuel président lors des présidentielles 2008, est actuellement considéré comme un « allié crucial d’Obama » dans le dossier syrien [12]. Aux États-Unis, ce rapprochement entre des personnalités américaines politiquement opposées n’est pas surprenant lorsqu’il s’agit de politique étrangère. Dans le dossier iranien, par exemple, le président Obama s’était entouré des mêmes faucons qui conseillaient son prédécesseur G. W. Bush. D’ailleurs, trois membres de « United Against Nuclear Iran » (UANI) font partie du groupe des 74 signataires. Il s’agit de Mark D. Wallace (président d’UANI), Henry D. Sokolski et Fouad Ajami. Wallace a été directeur-adjoint de la campagne 2004 du président Bush  et conseiller principal du sénateur McCain pendant les présidentielles 2008. UANI est un lobby anti-iranien très agressif [13]: sur la scène étasunienne son rôle est d’influencer la politique américaine à mener contre l’Iran et, à l’étranger, il dénonce et publicise toute incartade aux sanctions imposées contre ce pays.

Comme indiqué dans le chapeau de la lettre au président, les noms d’anciens fonctionnaires du gouvernement américain côtoient celui du dandy guerrier. On peut en compter pas moins de quatorze dont L. Paul Bremer, ancien administrateur des États-Unis en Irak après l’invasion de ce pays, Robert G. Joseph, sous-secrétaire d’État pour le contrôle des armements et la sécurité internationale, Paula Dobriansky, sous-secrétaire d’État à la démocratie et aux affaires internationales et Eliot A. Cohen, conseiller de Condoleezza Riceau Département d’État. Tout ce beau monde a « œuvré » dans l’administration G. W. Bush.

La liste serait incomplète sans la présence de personnes provenant du pays à bombarder. En effet, les noms de trois dissidents syriens pro-américains y figurent. Il s’agit d’Ammar Abdulhamid, de son épouse Khawla Yusuf  ainsi que de Radwan Ziadeh.

Le premier est le fils de deux artistes syriens: la célèbre actrice Mouna Wassef et le cinéaste Mohamed Chahine. Vivant actuellement aux États-Unis, il est un farouche opposant au gouvernement syrien actuel. Dans une entrevue à une radio américaine, il a reconnu avoir été très proche de l’islamisme radical et qu’il avait failli rejoindre les talibans en Afghanistan. D’imam dans une mosquée à Los Angeles, il a confessé être devenu athée puis agnostique [14].

Ammar Abdulhamid (à gauche) assis à côté président George W. Bush  (15 mai 2012, Centre présidentiel George W. Bush, Washington)

 

Pour écouter Ammar Abdulhamid parler de sa vie, cliquer sur le lien ci-dessous:Leaving Syria: Ammar Abdulhamid
(NPR, le 1er août 2006, à 11h)

 

De gauche à droite: la Yéménite Tawakkol Karman (Prix Nobel de la Paix) et Khawla Yusuf (épouse de Ammar Abdulhamid)

(Pour en savoir plus sur Tawakkol Karman, lire mon article consacré à cette activiste)

 

Radwan Ziadeh est un activiste syrien très prolifique dont le CV montre ses nombreuses accointances avec l’administration américaine [15]. Il est apparu sur la scène médiatique en qualité de membre influent du Conseil national syrien (CNS). En 2005, il a fondé le « Damascus Center for Human Rights Studies » (DCHRS), un centre qui, selon Jeffrey Blankfort, est en étroite relation avec la « National Endowment for Democracy » (NED) et qui lui servait « de couverture pour ses activités » en Syrie [16]. La NED est un organisme américain d’« exportation de la démocratie » largement impliqué dans la formation des cyberactivistes arabes qui ont eu un rôle de premier plan dans les différents pays touchés par le « printemps » arabe [17]. Le site du DCHRS indique que son directeur est actuellement Burhan Ghalioun, le premier président du CNS.

En 2008, Ziadeh a co-fondé, à Washington, le « Syrian Center for Political and Strategic Studies » dans lequel Ammar Abdulhamid est membre du conseil consultatif. Parmi ses innombrables activités, Ziadeh a été membre émérite de l’« US Institute of Peace », un think tank financé par le gouvernement américain [18] et aussi du « Fikra Forum» qui est « une communauté en ligne qui vise à générer des idées pour soutenir les démocrates arabes dans leur lutte contre l’autoritarisme et les extrémistes » [19]. Le « Fikra  Forum» est un projet initié par le « Washington Institute for Near East Policy » (WINEP), un think tank très influent sur les questions relatives au Moyen-Orient [20].  À noter, d’autre part, qu’Ammar Abdulhamid est lui aussi membre du « Fikra Forum » et que cet organisme est dirigé par David Pollock, lui-même membre du WINEP et signataire de la lettre à Obama.

Jusque là, il n’y a pas de quoi fouetter une mouche, sauf que le WINEP est une création de l’« American Israel Public Affairs Committee » (AIPAC), le lobby juif pro-israélien le plus puissant des États-Unis [21].

L’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton rencontre des activistes syriens (2 août 2011)

De gauche à droite: Mohammad Al Abdallah, Hillary Clinton, Radwan Ziadeh et Marah Bukai

 

Comme on peut s’en douter, l’AIPAC essaie de peser de tout son poids pour promouvoir l’utilité et la nécessité d’une action militaire contre la Syrie. Selon certains de ses responsables, « Si la Syrie échappe à un châtiment américain pour son utilisation d’armes chimiques, l’Iran pourrait être enhardie à l’avenir à attaquer Israël » [22].

Ce qui fait dire à M.J. Rosenberg : « À l’AIPAC, il ne s’agit pas de la Syrie ou des victimes syriennes de l’attaque chimique. Non, à l’AIPAC, il s’agit de l’Iran. S’il [l'AIPAC] ne peut pas faire un effort plutôt mineur contre la Syrie, comment sera-t-il capable de vendre à l’Amérique (et y compris au Congrès) une grande guerre avec l’Iran? » [23].

Et il n’y a pas que l’AIPAC ou la liste des 74 qui plaident en faveur d’une intervention musclée en Syrie. Un groupe d’« éminents rabbins [américains] couvrant l’ensemble du spectre religieux et politique » se sont mis de la partie [24]. Le plus curieux dans leur missive destinée aux membres du Congrès réside dans une phrase qui affirme que « par cet acte, le Congrès a la capacité de sauver des milliers de vies ».

C’est à se demander comment il est possible de sauver des vies en exhortant la plus grande puissance militaire du monde à bombarder un pays. Cette tirade hautement « philanthropique » ressemble étrangement à l’antienne du dandy guerrier  « la guerre sans l’aimer ». Mais, les rabbins disposent peut-être d’une méthode secrète qu’ils vont enseigner aux stratèges militaires. Qui sait?

Tout cela nous mène à poser cette question, de concert avec Jeffrey Blankfort : « Est-ce que quelqu’un pense sérieusement que ces agents israéliens se soucient vraiment du peuple syrien ou de toute autre personne dans la région qui n’est pas juive? ».

Il faut se rendre à l’évidence que l’AIPAC, ce groupe de rabbins, BHL et ses 73 acolytes sont tous alignés sur la position officielle d’Israël qui appuie Obama dans sa mission punitive contre la Syrie. L’ambassadeur israélien à Washington aurait même ajouté : « Même en ce qui concerne l’opposition djihadiste, nous préférons les méchants qui ne sont pas soutenus par l’Iran à ceux qui le sont » [25].

 

Avec cette lettre, est-ce que le dandy guerrier, ses amis néocons et les activistes de service croient sérieusement avoir la moindre crédibilité après le chaos qu’ils ont semé en Libye et en Irak? Pensent-ils réellement qu’ils sont plus vertueux qu’environ les deux tiers de la population occidentale qui sont actuellement opposés à toute intervention militaire en Syrie [26] malgré tout le battage médiatique pro-guerre?

De son côté, BHL ne pourrait-il pas plutôt utiliser son énergie, sa fortune, ses relations, ses (nombreux) contacts avec les médias ou sa signature pour la promotion d’une solution pacifique entre les belligérants et, ainsi, épargner la vie d’innocentes victimes qu’on a coutume de comptabiliser dans la colonne des « dommages collatéraux »?

Ce ramassis de « faiseurs de guerre sans l’aimer », de néocons belliqueux, de rabbins « éclairés », de va-t-en-guerre pro-israéliens et de politicards guerroyeurs empêchera toujours le calumet de la paix d’être fumé au pays de Sitting Bull.

Et le dandy guerrier dans tout cela? Tel un « rossignol des charniers » [27], il continuera à gringoter sur toutes les fosses communes qu’il aura systématiquement et « amoureusement » contribué à creuser.

 Ahmed Bensaada

Références

  1. James Kirchick, Christopher J. Griffin, Dan Senor, Robert Zarate, Robert Kagan, et William Kristol,  « Foreign Policy Experts Urge President Obama to Respond to Assad’s Chemical Attack », The Foreign Policy Initiative, 27 août 2013,http://www.foreignpolicyi.org/content/foreign-policy-experts-urge-president-obama-respond-assads-chemical-attack
  2. AFP, « Libye: BHL s’est engagé “en tant que juif” », Le Figaro, 20 novembre 2011, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/20/97001-20111120FILWWW00182-libye-bhl-s-est-engage-en-tant-que-juif.php
  3. Patrick Cockburn, « Special report: We all thought Libya had moved on – it has, but into lawlessness and ruin », The Independent, 3 septembre 2013, http://www.independent.co.uk/news/world/africa/special-report-we-all-thought-libya-had-moved-on–it-has-but-into-lawlessness-and-ruin-8797041.html
  4. Pierre Assouline, « Lévy d’Arabie », La République des livres, Blogs Le Monde, 13 novembre 2011,http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/11/13/levy-darabie/
  5. Jonathan Clarke, « Viewpoint: The end of the neo-cons? », BBC News, 9 février 2009,http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/7825039.stm
  6. Ari Shavi, « White man’s burden », Haaretz, 3 avril 2013, http://www.haaretz.com/news/features/white-man-s-burden-1.14110
  7. Caroline Glick, « Martin Peretz — An Appreciation »,  Frontpage Mag, 28 décembre 2012, http://frontpagemag.com/2012/caroline-glick/martin-peretz-an-appreciation/
  8. Alex Pareene, « No. 5: Marty Peretz », Salon, 24 novembre 2010, http://www.salon.com/2010/11/24/hack_list_5/
  9. PBS, « Is Iran Next? », 25 octobre 2007, http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/showdown/themes/irannext.html#gerecht
  10. Joshua Muravchik, « Bomb Iran », Los Angeles Times, 19 novembre 2006, http://www.latimes.com/news/la-op-muravchik19nov19,0,4699035.story
  11. Eric Fingerhut, « Christian Zionist parley: Don’t pressure Israel », JTA, 23 juillet 2009, http://www.jta.org/2009/07/23/news-opinion/politics/christian-zionist-parley-dont-pressure-israel
  12. AFP, « Syrie: le républicain John McCain, un allié crucial d’Obama », Libération, 6 septembre 2013,http://www.liberation.fr/monde/2013/09/06/syrie-le-republicain-john-mccain-un-allie-crucial-d-obama_929837
  13. Ahmed Bensaada, « Ahmadinejad à Times Square », Le Quotidien d’Oran, 15 août 2010,http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=92:ahmadinejad-a-times-square&catid=48:orientoccident&Itemid=120
  14. Nora Boustany, « A Modernizer Challenges Syria’s Old Order », The Washington Post, 30 juillet 2004,http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A26011-2004Jul29.html
  15. Johannes Gutenberg-Universität Mainz, « Dr. Radwan Ziadeh », http://www.uni-mainz.de/Organisationen/israel-ag/Konferenz2010/Lebenslaeufe/Ziadeh.pdf
  16. Jeffrey Blankfort, Enregistrement audio (à partir de 3 min),  « Takes on the World », Radio4all, 12 février 2012,http://www.radio4all.net/files/jblankfort@earthlink.net/1752-1-totw020812newsopinions.mp3
  17. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011) ; Éditions Synergie, Alger (2012), Chap. 2.
  18. Charlie Skelton, « The Syrian opposition: who’s doing the talking? », The Guardian, 12 juillet 2012,http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/jul/12/syrian-opposition-doing-the-talking
  19. Fikra Forum, « About us », http://fikraforum.org/?page_id=2
  20. The Washington Institute for Near East Policy (WINEP), « Project Fikra : Defeating extremism through the power of ideas »,http://www.washingtoninstitute.org/about/research-programs/project-fikra/
  21. M.J. Rosenberg, « Does PBS Know That “The Washington Institute” Was Founded By AIPAC? », 12 avril 2010, The Huffington Post,http://www.huffingtonpost.com/mj-rosenberg/does-pbs-know-that-washin_b_533808.html
  22. Richard Hétu, « La Syrie, l’AIPAC et le New York Times », La Presse, le 3 septembre 2013,http://blogues.lapresse.ca/hetu/2013/09/03/la-syrie-laipac-et-le-ny-times/
  23. M.J. Rosenberg, « On Syria, AIPAC, The 800 Pound Gorilla, Risks Looking Like A Chimp! », MJRosenberg.com, 7 septembre 2013,http://mjayrosenberg.com/2013/09/07/on-syria-aipac-the-800-pound-gorilla-risks-looking-like-a-chimp/
  24. JTA, « US rabbis urge Congress to back Obama on Syria », The Times of Israel, 5 septembre 2013,http://www.timesofisrael.com/us-rabbis-urge-congress-to-back-obama-on-syria/
  25. Le Monde, « L’indécision en Syrie : le prix politique du fiasco irakien », 7 septembre 2013,http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/09/07/l-indecision-en-syrie-le-prix-politique-du-fiasco-irakien_3472856_3232.html
  26. Rebecca Shimoni Stoil, « Israeli policy statement supports Obama on Syria », The Times of Israel, 4 septembre 2013,http://www.timesofisrael.com/israeli-policy-statement-supports-obama-on-syria/
  27. Pour avoir défendu Israël lors de son agression contre le Liban, Michel del Castillo avait qualifié BHL de « rossignol des charniers». Pour lire l’article : http://www.micheldelcastillo.com/index.php?view=article&catid=34%3Ablog&id=63%3A29-juillet-2006-bhl-le-rossignol-des-charniers&format=pdf&option=com_content&Itemid=50&5b1ffddf1406c810dcfb23f29970eddd=47f4563d216695cedecbb4fb579e2094

 


Cet article a été publié par le quotidien algérien Reporters, le 15 septembre 2013 (pp. 12-13)

Lire l’article en format “Journal” sur Calaméo

 

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Le pire aspect du débat sur la Charte proposée par Québec est l’arrogance, la suffisance paternaliste et la prétendue supériorité morale du Canada anglais et des médias anglais du Québec. Les Canadiens anglais ne se rendent pas compte qu’ils vivent dans une maison de verre et que c’est dangereux de lancer des roches. Un peu d’autocritique, d’examen de soi peut révéler que le Canada anglais est une partie importante du problème.

Le Canada a constamment et unanimement refusé d’accommoder les demandes raisonnables de respect et de reconnaissance du Québec depuis plus de 50 ans. Jamais n’a-t-il regardé en arrière, jamais n’a-t-il remis en doute sa supériorité morale autoproclamée.

Par exemple, le Canada n’a pas hésité à promouvoir, pour ensuite porter aux nues, leur dirigeant « Canadien français » soigneusement choisi, Pierre Trudeau, l’envoyant au front pour faire la salle besogne, qui comprenait notamment la proclamation des Mesures de guerre en temps de paix afin d’arrêter et d’incarcérer des centaines de chansonniers, de syndicalistes, d’artistes et de militants politiques pacifiques – un coup d’intimidation inouïe – et l’occupation du Québec par l’armée canadienne. Par la duperie et la duplicité et en utilisant le même homme de paille « canadien français », le Canada a adopté la loi fondamentale du pays, la Constitution de 1982, contre la volonté de l’Assemblée nationale du Québec, qui a régulièrement réitéré son opposition à ce « coup d’État constitutionnel » depuis plus de 30 ans. De plus, la classe politique canadienne a combattu sans interruption toute tentative de réparer les torts du coup de 1982 (ex., l’accord du Lac Meech).

Lorsque la force et la duperie n’étaient pas les armes de choix, les dirigeants du Canada se sont tournés sans broncher vers la corruption en tentant d’acheter le Québec. Feue la grande Jane Jacobs disait, « ils sont passés maîtres en la matière ».

L’unicité de pensée des dirigeants du Canada à l’égard du Québec a permis au gouvernement du Canada et à de grandes sociétés canadiennes, lors du référendum de 1995, de violer cavalièrement les lois québécoises sur les consultations populaires – des lois canadiennes, jusqu’à nouvel ordre, adoptées démocratiquement. Ils ont dépensé illégalement des millions de $ pour mobiliser en faveur du NON et pour intimider les électeurs québécois. Quand il est question du Québec, les pires formes de jingoïsme, de patriotisme et de nationalisme aveugle l’emportent toujours au Canada. C’était le cas aussi lors de l’adoption de la Loi dite sur la clarté : appui unanime des députés du Canada anglais. Heureusement que le Bloc était là pour s’y opposer.

Jamais la classe politique n’a hésité à verser dans les politiques répugnantes et primaires de diviser pour régner : il a mobilisé, sans le moindre souci des impacts, les communautés minoritaires et immigrantes et les nations amérindiennes pour discréditer et stigmatiser même les plus nobles des efforts du Québec de bâtir une nation prospère et distinctive qui se tient, nation qui pourrait très bien coopérer étroitement avec le Canada, tout comme la Norvège le fait avec la Suède depuis le référendum norvégien de 1905 qui en a fait deux pays.

Les Canadiens se permettent en même temps de monter sur leurs grands chevaux et de crier, « Nous sommes multiculturels, nous accueillons les autres, nous ne sommes pas comme les racistes du Québec. » Or combien de Canadiens savent que la politique du multiculturalisme canadien a été conçue non pas comme un geste de générosité envers les minorités et les immigrants, mais pour contenir le Québec? Adoptée le 8 octobre 1971, dans moins d’un an après les Mesures de guerre de 1970, la Loi sur le multiculturalisme canadien a été la réponse de Pierre-Elliott Trudeau à une très importante commission royale établie pour désamorcer la crise dans les relations Canada-Québec. Alors que cette commission a recommandé un Canada bilingue et biculturel, le Canada de Trudeau a répondu avec le bilinguisme et le multiculturalisme, ce qui avait pour effet désiré de reléguer le Québec et la culture québécoise au statut des Ukrainiens du Manitoba ou de la communauté italienne de Toronto. Et on se surprend que le Québec s’y oppose?

Le Canada n’a jamais regardé en arrière, jamais pris du recul. Contrairement au Québec où, pour le meilleur ou le pire, tout est ouvert au débat, le Canada se satisfait de contrôler tout débat, de sourire, de s’absoudre de ses péchés passés et actuels, de les oublier, se confortant en disant : regardez le Québec, ils sont tous racistes et ils ne le savent pas. (Peu de Canadiens veulent le savoir, mais le Québec était la première juridiction dans l’Empire britannique à voter en faveur de l’émancipation des Juifs (1832); deux villes dans le nord du Québec, Mont-Laurier et Amos dont la communauté noire se compte sur les doigts de la main, ont élu et réélu un maire noir, né à Haïti; le ministre de la culture du Québec est né au Cameroun; la liste est longue.)

Maintenant ce débat sur la Charte. Considérant comment au cours de 50 dernières années, le Canada a enfermé le Québec et enterré ses aspirations les plus profondes en se servant de méthodes et de moyens qui viennent de la même état d’esprit qui, ailleurs, a érigé des murs et des clôtures barbelés et déployé des armes, doit-on se surprendre de voir que le débat est maintenant réduit à celui de l’identité, au lieu de porter sur le statut politique du Québec et sa relation avec le Canada?

La plupart des Canadiens et des Québécois seraient d’accord sur bien des éléments proposés dans la Charte. Personne ne s’oppose à la séparation de l’Église et de l’État (sauf quelques zélotes dans l’entourage de Stephen Harper)? Le seul point qui fait l’objet d’un débat vif est celui sur le port de signes religieux par les employés du secteur public, et plus particulièrement dans le réseau scolaire, le réseau de santé et les CPE. Les Québécois sont divisés, les souverainistes aussi, y compris les membres du parti au pouvoir. Le Canada peut-il laisse le débat se poursuivre en paix?

Et si les Canadiens anglais sont sérieusement préoccupés par le sort des gens qui pourraient être touchés par l’éventuelle Charte, voici une proposition très modeste. Pourquoi ne pas regarder d’abord le sort des minorités dans votre propre cour – et tant qu’à y être, le sort des Premières nations? Il y a sûrement lieu pour de l’amélioration.

Plus important encore, pourquoi pas un peu d’autocritique? Pourquoi ne pas examiner comment les Canadiens et leurs représentatifs à Ottawa et dans les législatures provinciales ont répondu aux demandes légitimes du Québec au cours des 50 dernières années? Les Canadiens anglais, leurs médias et leurs politiciens ont-ils participé à la campagne incessante visant à dénigrer et à salir le Québec en recourant à des arguments toujours sans fondement. Ont-ils participé à la campagne illégale pendant le référendum de 1995, soit dans le mal nommé « Quebec Love-In »?

Y a-t-il quelqu’un qui a défendu le droit du Québec de disposer de lui-même?

Robin Philpot

 Il s’agit d’une version française d’un article qui a paru d’abord en anglais. 

Robin Philpot est éditeur de Baraka Books (www.barakabooks.com).

Voir la Chartre des valeurs québécoises.

 

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La situation sociale en Chine : Perspectives et défis

septembre 14th, 2013 by Marc Vandepitte

1. L’industrialisation n’a rien d’une partie de plaisir

« Le présent en Chine change constamment
et accélère sans cesse.
Un Européen devrait vivre quatre cents ans
pour pouvoir vivre un changement aussi radical. »
Yu Hua, romancier
[1]

Entre la réalité et ce qu’on perçoit, il existe souvent un large fossé. C’est certainement le cas pour la Chine. Le moins qu’on puisse dire de ce pays, c’est qu’il a un sérieux problème d’image en Occident. Quand les médias traditionnels parlent de la situation sociale en Chine, ils sont habituellement tout, sauf élogieux. Les sujets favoris sont les catastrophes, depuis les accidents de chemin de fer jusqu’aux immeubles qui s’effondrent, ou encore toutes sortes de scandales comme les intoxications alimentaires et les accidents miniers, les conditions de travail effarantes, les énormes problèmes environnementaux, l’agitation sociale, les avortements obligatoires, un bébé qui se retrouve dans la conduite d’évacuation d’un WC, etc., etc.

L’information dans le monde capitaliste cherche la sensation et se concentre souvent sur tout ce qui est négatif. D’autres pays aussi, surtout dans le Sud, sont généralement présentés sous un mauvais jour. Mais, dans le cas de la Chine, au contraire de l’Inde, par exemple, le dénigrement domine et il est systématique, quand il n’est pas organisé de toutes pièces.

L’industrialisation en Europe occidentale a été un processus brutal et très radical. Elle a créé des problèmes sociaux et écologiques sans précédent. En Chine, elle concerne cinq fois plus d’êtres humains et il s’agit d’un processus qui se déroule quatre fois plus rapidement.[2] Par conséquent, cette ruée vers la modernisation ne peut faire autrement qu’entraîner des problèmes et défis gigantesques. Il serait peu avisé de le nier, voire de le minimiser. Par exemple, la désorganisation psychique et existentielle réclame un lourd tribut, suite à cette turbulence historique. Selon la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet, un Chinois sur huit souffrirait d’une maladie mentale.[3] En Chine le taux de suicide est parmi les plus élevés au monde.[4]

Mais, à la lumière de notre propre industrialisation ou de l’actuelle modernisation à laquelle on assiste dans le reste du Tiers monde, et des problèmes qui l’accompagnent, il est nécessaire de situer les choses dans une perspective correcte. C’est ce que nous allons faire dans la première partie du présent article. Dans la deuxième partie, nous nous arrêterons sur trois défis importants.

2. La situation globale (en proportions réelles)

« Bien des pays en voie de développement
iraient jusqu’au meurtre
pour pouvoir être confrontés aux problèmes de la Chine. »
The Financial Times[5]

2.1 De grandes différences

La Chine est un État-nation, mais, en fait, c’est un pays avec les proportions et la diversité d’un grand continent. Elle compte autant d’habitants que l’Europe occidentale, l’Europe de l’Est, les pays arabes, la Russie et l’Asie centrale ensemble. En outre, sur le plan du niveau de vie, elle présente les mêmes différences que les régions précitées. Dans les provinces côtières, les habitants disposent d’un revenu moyen comparable à celui de la Roumanie. Certaines régions se situent même aux environs de la Belgique ou de la France. Dans le centre du pays, les gens ont un niveau de vie comparable à celui de l’Albanie et, dans l’ouest, qui compte pourtant une population de 200 millions d’habitants, ce niveau descend jusqu’à celui de l’Égypte[6]. En Chine, sur une distance de cent kilomètres, il est parfois possible aussi de remonter de cent ans dans le temps. Et nous ne parlons pas des cinquante et quelques ethnies et des dizaines de langues du pays.

La Chine est donc tout sauf un pays homogène. C’est en fait un ensemble de territoires très différents les uns des autres. De même que l’Eurasien n’existe pas, « le » Chinois type n’existe pas vraiment non plus. Il serait donc totalement hors de propos de vouloir généraliser.

2.2 Tiers monde

En Chine, il existe des régions qui soutiennent très bien la comparaison avec les pays riches. Mais, si nous considérons le pays dans son ensemble, c’est encore jusqu’à nouvel ordre un pays du Tiers monde. Pour ranger un pays dans cette catégorie, on recourt à trois critères : l’Indice de développement humain (IDH), le PNB par habitant et le salaire moyen. Les trois critères ne laissent subsister aucun doute : La Chine est toujours un pays « en voie de développement ».

Si on examine l’IDH, le pays figure au 104e rang mondial (sur 186 pays). C’est nettement plus haut que l’Afrique, mais encore en dessous de l’Amérique latine. Pour le PNB par habitant, il se situe au 91e rang. Le PNB par habitant en France est huit fois plus élevé que celui de la Chine[7] et le salaire moyen est presque neuf fois plus élevé.[8]

 

Cela n’a donc guère de sens de comparer la Chine aux pays du Nord. Pourtant, c’est ce qui arrive constamment. La Chine est considérée avec un regard européen et ses prestations sont mesurées à l’aune de celles de pays riches. C’est comme si on comparait les prestations sportives d’un amateur débutant à celles d’un athlète professionnel de haut niveau. Si on veut comparer la Chine, qu’on le fasse avec des pays comparables, c’est-à-dire avec des pays du Sud. C’est ce que nous allons faire dans le paragraphe suivant.

2.3 La comparaison avec des pays comparables

Afin d’évaluer la situation sociale de la Chine, nous recourons à un certain nombre de critères qui sont indicatifs d’un développement social minimal : le logement, les infrastructures et, plus particulièrement l’électricité, la violence, la sécurité alimentaire, l’alphabétisme, la mortalité infantile, la pauvreté, l’emploi et la situation des enfants et des femmes.

Le logement

L’une des plaies les plus frappantes des pays du Sud, ce sont leurs gigantesques bidonvilles. Dans des villes comme Manille, Mumbai, Lagos, Buenos Aires et bien d’autres, des millions et des millions de gens vivent entassés les uns sur les autres dans des conditions indignes. Pas la moindre trace de cela, en Chine. C’est le résultat du système hukou, dont on a beaucoup parlé.[9] Entre 2005 et 2015, on estime qu’un tiers de tous les Chinois occuperont un nouveau logement. C’est presque autant que toute la population de l’Europe[10].

L’électricité

Sans électricité, pas de réfrigérateur, d’éclairage, de ventilateur, de télévision, de machine à laver, ni d’autres appareils ménagers. Environ 27 % des gens des pays en voie de développement doivent pourtant se passer de ces équipements élémentaires. En Chine, ils ne sont plus que 0,6 %.[11]

La violence

La plupart des pays du Sud sont infestés par un taux élevé de violence. Sur ce plan, la Chine présente des statistiques excellentes. Les pays riches comptent deux fois plus d’homicides par habitant que la Chine. En Asie, on en est à quatre ou six fois plus et, en Amérique latine, vingt fois plus, même.[12] L’image est similaire pour le nombre de journalistes assassinés. Avec ces chiffres il vaut mieux rester modeste en Europe.[13]


 

 

La sécurité alimentaire

En Chine, 5,5 % de la population est encore confrontée à la sous-alimentation. Ce nombre diminue progressivement. En Inde, par contre, il est de 24 %. Le nombre de gens souffrant de la faim y a même augmenté, ces dix dernières années, et de près d’un cinquième.[14]

 

La mortalité infantile, l’analphabétisme et la pauvreté

La mortalité infantile est peut-être encore le meilleur indicateur du développement social d’un pays, parce qu’on y retrouve un ensemble de facteurs : les soins de santé, l’alimentation et l’eau potable, le taux de scolarité de la mère, le logement, l’hygiène. Sur ce plan, la Chine s’en tire nettement mieux. Au Pakistan, il meurt cinq fois plus d’enfants et, en Inde, 3,5 fois plus.[15] En Inde, l’analphabétisme est six fois plus élevé et, au Pakistan, sept fois. Le pourcentage de pauvreté extrême est environ deux fois plus élevé au Pakistan et trois fois en Inde.[16]

 

L’emploi

En Chine, les conditions de travail sont loin d’être idéales et, plus particulièrement, pour les 150 millions de migrants internes. Mais, une fois encore, il est bon de mesurer cette question à l’aune de la situation dans la région et dans d’autres pays du Tiers monde.

Une grande plaie, sinon la pire, pour les travailleurs, c’est le travail informel. Il n’offre pas la moindre sécurité juridique, ni sécurité sociale, mais, à coup sûr, un revenu particulièrement bas et incertain. Sur ce plan, la Chine est nettement mieux lotie que les pays de la région.[17] Il convient en outre d’ajouter que le travail informel en Chine est dans bien des cas du travail semi-formel, avec une certaine forme de sécurité juridique et de sécurité sociale.[18]

Cette année, l’objectif est de conclure des conventions collectives de travail (CCT) dans 80 % des entreprises où un syndicat est présent.[19] Dans la plupart des grandes entreprises, ainsi que celles à capitaux étrangers, il y a une représentation syndicale. À l’échelle mondiale, 15 % seulement des travailleurs bénéficient d’une CCT.[20]

Jusqu’il y a peu, la Chine passait pour un pays à très bas salaires. Cette époque est révolue. En 2009, le salaire minimal en Chine était environ le double de celui de l’Inde.[21] Le salaire moyen chinois était quatre fois plus élevé qu’au Vietnam, trois fois plus élevé qu’aux Philippines, deux fois plus élevé qu’en Indonésie et une fois et demie plus élevé qu’en Thaïlande.[22]

 

Les enfants

En Chine, on ne rencontre pas ces nuées d’enfants mendiants qui constituent une composante du paysage des rues dans de nombreuses villes du Tiers monde. Le travail des enfants a pratiquement été éliminé. Sur ce terrain, l’Organisation internationale du travail (OIT) met en exergue la Chine et le Brésil en tant que pays modèles.[23] Cela contraste étonnamment avec l’Inde, par exemple, où 17 millions d’enfants n’échappent pas au travail et 1,2 million à la prostitution.[24]

Les femmes

Un travail décent dans l’existence n’est pas tout, mais, pour les femmes, c’est souvent une condition de base pour l’émancipation et l’autonomie financière. En Chine, 70 % des femmes ont un emploi ou en cherchent un ; en Inde, elles ne sont qu’un quart. 81 % des femmes diplômées en Chine ont du travail, alors qu’elles ne sont que 34 % en Inde.[25] Dans le reste de l’Asie, la situation ne diffère guère de celle de l’Inde.[26]

2.4 Évolution

Telle est la situation en ce moment. Mais, dans le cas de la Chine, cette situation évolue à la vitesse de l’éclair. Tout d’abord, sur le plan de l’économie. Une croissance annuelle de 10 % signifie un doublement tous les 7 ans et donc une multiplication par 4 après 14 ans, par 8 après 21 ans et par 16 après 28 ans. Entre 1980 et 2015, le PNB par habitant au Brésil aura crû d’environ 50 %, en Inde de 300 % et en Chine de… 1850 %.[27]

Au début de la révolution chinoise, le pays était l’un des plus pauvres et des plus arriérés de la planète. Le PNB par habitant était à la moitié de celui de l’Afrique noire et au sixième de celui de l’Amérique latine. Avec de tels chiffres sous les yeux, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi « devenir riche » constitue une telle obsession pour les Chinois. Ils viennent réellement de très loin. Soixante ans plus tard, cette situation a considérablement changé. La Chine se situe aujourd’hui au niveau de l’Amérique latine et elle a laissé l’Afrique loin derrière elle.


 

Dans de nombreux pays, la croissance économique ne se traduit pas par une diminution (proportionnelle) de la pauvreté. En Chine, c’est pourtant le cas. Les différences avec deux autres pays du BRIC sautent aux yeux.[28]

 

Au niveau mondial, ces vingt dernières années, on a assisté à une forte diminution de l’extrême pauvreté ($ 1,25). La chose a été toutefois due en grande partie aux efforts de la Chine sur ce plan.[29] Une telle élimination massive de la pauvreté, comme c’est le cas pour la Chine, était quoi qu’il en soit sans précédent dans l’histoire du monde.

 

Cette forte régression de la pauvreté découle surtout de l’augmentation des salaires. Pour l’instant, le salaire, en Chine, double tous les six ans.[30] Aucun autre pays ne propose des prestations similaires. La Chine est occupée à perdre son statut de pays à bas salaire à une cadence rapide. Une belle illustration de la chose, c’est l’évolution des salaires chinois comparée à celle du Mexique.[31] Ce qui impressionne surtout, c’est la vitesse à laquelle cela se produit, combinée au nombre particulièrement élevé de travailleurs concernés.

 

Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de revenus moyens en Chine ait très fortement augmenté. En vingt ans, au moins 800 millions de Chinois sont passés dans la catégorie des « revenus moyens » ($ 2-13). Cela équivaut à peu près à toute la population de l’Afrique noire et c’est quatre fois plus qu’en Inde.[32]

 

Le Chinois moyen n’a certes pas encore atteint notre niveau de vie. Mais, vu ce rythme de croissance, ce n’est qu’une question de temps et il ne faudra même plus attendre très longtemps. Si nous extrapolons la croissance du PNB par habitant durant la période 1970-2004, les Chinois nous auront rattrapés d’ici 25 ans.[33 ] À ce moment, la Chine ne sera plus en effet un pays du Tiers monde. En raison de la crise actuelle, cette situation sera même atteinte plus tôt. Inversement, un « ralentissement de croissance » de l’économie chinoise à 7 % par an pourrait allonger ce laps de temps d’une dizaine d’années.

 

L’augmentation accélérée du PNB par habitant en Chine est également allée de pair avec une augmentation rapide de son Indice de développement humain (IDH). Cet indice mesure les progrès sociaux d’un pays. Ces trente dernières années, l’augmentation de l’IDH de la Chine a été la plus élevée du monde entier et a été trois fois supérieure à la moyenne mondiale.[34]

 

La Chine va atteindre plus tôt que prévu les Objectifs du Millénaire pour le développement. Voici ce que dit à ce propos un rapport de l’ONU : « Globalement, la Chine a enregistré une importante progression vers la réalisation des Objectifs du Millénaire. La plupart de ces objectifs ont été atteints ou dépassés avec sept années d’avance. Il s’agit de la pauvreté, de la faim, de l’analphabétisme et de la mortalité infantile. La Chine est également en voie de réduire la mortalité des parturientes et de tenir sous contrôle le VIH, le sida et la tuberculose, dans l’espoir très réel d’atteindre les OMD (Objectifs du Millénaire pour le développement) en 2015. »[35]

3. D’importants défis

« L’une des pires menaces pour notre bien-être au 21e siècle
réside dans l’échec de la Chine et non dans son succès. »
Ian Bremmer[36]

3.1 Agitation sociale croissante

On ne peut le nier, en Chine, l’agitation sociale s’accroît rapidement ou du moins, ses signes. En 2002, il y a eu environ 40.000 manifestations ou conflits sociaux. En 2010, il y en a déjà eu 180.000.[37] Dans le seul delta de la rivière des Perles (province de Guandong), on compte 10.000 conflits par an.[38] Les raisons de ces conflits sont très diverses : mauvaises conditions de travail, pollution de l’environnement, corruption, migrants internes qui ne sont pas payés ou qui le sont en retard, paysans qui perdent leurs terres ou qui sont bien trop peu indemnisés, etc.

Comme nous l’avons vu plus haut, le groupe de revenus moyens a connu une augmentation exponentielle. Ce groupe nourrit de plus grandes espérances, pose plus de revendications que naguère et se profile également de façon plus affirmative. Le nombre croissant de manifestations est en outre favorisé par les nouveaux médias sociaux. Les tentatives pour censurer ces dernières ne sont que partiellement probantes.

Il est toutefois surprenant que ces manifestations soient généralement spontanées et qu’elles concernent toujours des problèmes locaux, à l’exception des bouffées de colère nationaliste contre le Japon.[39] En d’autres termes, elles ne s’adressent pas aux autorités de Beijing et ne portent pas atteinte à la légitimité du Parti communiste et de la direction nationale. Des sondages d’opinion dans plusieurs nations montrent que la satisfaction de la population, ainsi que la confiance dans le gouvernement dépassent de très loin (et continuent à le faire) la moyenne mondiale.[40]


 

 

Le nombre croissant de protestations de rue n’est pas tant une menace pour l’ordre, mais on peut même le percevoir plutôt comme un signe de normalisation. The Economist fait remarquer laconiquement ce qui suit : « Elles [les protestations] sont presque toujours suscitées par des doléances locales et non par de l’antipathie à l’égard du pouvoir du parti. Avec cette agitation, la Chine semble, sous certains aspects, ressembler nettement plus à un pays développé normal qu’à un système contrôlé de façon stricte qu’il était jusqu’au début des années 1990. Les protestations à petite échelle sont de plus en plus fréquentes, dans les villes chinoises. Il y a quelques années encore, elles auraient été perçues avec répugnance par des cadres obsédés par l’ordre »[41].

Pourtant, les autorités réagissent encore régulièrement de façon exagérée à l’agitation sociale et aux manifestations de protestations. Par exemple, à l’occasion du Printemps arabe, en 2011. Chaque manifestation, aussi modeste a-t-elle été, fut alors étouffée dans l’œuf via un important déploiement de force[42]. Cette nervosité cadre très bien avec la répulsion largement répandue et culturellement profonde à l’égard des changements rapides et le fait qu’on associe généralement ces derniers à l’apparition du chaos et de graves désordres. Les changements sociaux radicaux au cours des cinquante années qui ont précédé l’arrivée des communistes au pouvoir et durant la période de Mao (le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle), ont été traumatisants et n’ont pas été perçus comme un progrès. De même, les événements de Tien Anmen, en 1989, ont laissé des traces profondes.[43]

Les conflits sur les lieux de travail sont d’un autre ordre et constituent à terme une menace plus grande. Dans le passé, les syndicats n’étaient guère plus qu’une courroie de transmission du management et du parti. Tant que les autorités ont été l’employeur, cette situation n’était peut-être pas parfaite, mais néanmoins gérable. Maintenant qu’un nombre croissant d’entreprises est aux mains du privé et que la logique du profit a également conquis les entreprises publiques, cette situation n’est plus tenable. Des conflits sociaux et grèves passés ont éclaté en dehors du syndicat officiel, et même contre ce dernier. C’est une situation dangereuse. Le parti et le syndicat officiel l’ont tous deux très bien compris. À l’avenir, le syndicat doit acquérir plus d’autonomie et pouvoir défendre les intérêts des travailleurs sans ingérence d’en haut. On tente actuellement des expériences avec des élections directes de dirigeants syndicaux désignés par les travailleurs. Cela s’est passé pour la première fois en mai 2012, dans une filiale de Panasonic et ç’a également été le cas dans l’entreprise Foxcom en février 2013. Il s’agissait là d’un groupe de 1,2 million de travailleurs.[44] L’avenir nous apprendra si ces expérimentations vont assez loin afin d’assurer à l’avenir la paix sociale au sein même des entreprises.

3.2 Le fossé entre riches et pauvres

Un autre aspect surprenant de la ruée chinoise vers la modernisation réside dans l’élargissement du fossé entre riches et pauvres. Les habitants des provinces côtières gagnent plus du double de ce que gagnent les gens de l’intérieur du pays et la consommation d’un paysan représente moins d’un quart de ce que consomme un citadin.[45] Le graphique ci-dessous montre l’évolution de ces vingt dernières années.[46]

 

Entre 1990 et 2010, le fossé n’a cessé de s’élargir. Mais – et il s’agit d’un grand « mais » – au contraire de ce qu’on voit dans la plupart des pays, l’enrichissement de l’un ne se fait pas au détriment de l’autre. En Chine, toute la population profite de l’accroissement de la prospérité, même si cela n’est pas de façon égale. Ces trente dernières années, le revenu réel des pays a plus que quintuplé.[47] C’est tout bonnement spectaculaire et les 2,5 milliards de paysans des pays en voie de développement ne peuvent qu’en rêver.

Afin de chiffrer ce fossé, on se sert généralement du coefficient Gini. Mais la question est avant tout de savoir si ce coefficient convient vraiment. En général, les pays plus grands ont un coefficient Gini plus élevé en raison de leur plus grande diversité sur le plan des richesses naturelles et sur celui de l’accessibilité au marché mondial. Les pays ethniquement plus hétérogènes ont également un coefficient plus élevé que les pays homogènes. Ensuite, généralement, les pays à bas et moyen revenu ont un coefficient plus élevé aussi que les pays au revenu élevé.[48] De plus, la façon dont le coefficient est calculé diffère aussi d’un pays à l’autre. Officiellement, le coefficient de la Chine est de 0,48 et celui de l’Inde de 0,33. Mais celui de la Chine mesure l’inégalité sur le plan du revenu, alors que celui de l’Inde concerne la consommation. Si le coefficient de l’Inde était calculé de la même façon que celui de la Chine, on arriverait à 0,54, un peu plus haut que la Chine et dans les parages du Brésil.[49] La Belgique a un coefficient de 0,26 et la France de 0,29. Mais quand on tient compte de tous les revenus, c’est-à-dire en ajoutant ceux des fortunes et du capital, ces coefficients augmentent et passent respectivement à 0,41 et 0,43[50]. En d’autres termes, le coefficient Gini est peu fiable pour qu’on le compare entre pays, mais il est toutefois utile pour examiner l’évolution d’un même pays[51].

Le fossé croissant résulte surtout d’une donnée : la productivité dans l’industrie et dans le secteur des services a augmenté bien plus rapidement que dans l’agriculture. Ce n’est pas une loi économique de fer, mais un choix politique des autorités chinoises. Encore qu’elles n’aient guère eu le choix, en fait. Ces trente dernières années, un taux de croissance de 10 % a été nécessaire pour créer annuellement au moins 10 millions d’emplois. Si la productivité dans l’agriculture avait grimpé au même rythme que dans l’industrie, il y aurait eu chaque année, par-dessus le marché, quelques millions de paysans en trop aussi. Pour pouvoir aider cette armée de réserve à trouver un emploi, il aurait fallu un taux de croissance de 15 %, peut-être, ce qui était et reste quasiment exclu. Donc, si on avait augmenté la productivité de l’agriculture aussi rapidement que celle de l’industrie, nous aurions peut-être bien connu le plus grand exode rural de l’histoire du monde, avec toutes les conséquences néfastes qui en auraient découlé. Nous parlons ici, potentiellement, de quelques centaines de millions de personnes. C’est d’ailleurs pour éviter un tel exode rural que l’on accorde (provisoirement) aux migrants internes moins de droits, tels que la sécurité sociale et l’enseignement.

Plus généralement, nous avons sans doute affaire ici avec ce qu’on appelle l’hypothèse de Kuznets, qui dit que l’inégalité des revenus dans un pays augmente durant l’industrialisation et diminue à nouveau par la suite[52]. En tout cas, cette hypothèse semble s’avérer exacte en grande partie pour la région de l’Asie de l’Est. Dans le graphique ci-dessous, on voit de gauche à droite l’augmentation du PNB par habitant et du bas vers le haut l’augmentation de l’inégalité selon l’indice de Theil[53] (Le petit cercle est la position de l’année 1990 et le petit triangle celle de l’année 2002.) Dans la phase initiale, on voit pour tous les pays de la région une hausse simultanée des deux paramètres. Une fois qu’un certain PNB par habitant a été atteint, l’inégalité semble stagner ou descendre en direction de la Corée du Sud, qui a une importante avance sur le reste de la région. Remarquez également que tous les pays ont tous une augmentation plus ou moins égale de l’inégalité, si on la compare à leur croissance économique (même angle d’inclinaison) et que, sur ce plan, la Chine, en d’autres mots, n’a rien d’une exception.

Ces données semblent étayer l’hypothèse de Kuznets. Si elle s’avère exacte, nous pouvons alors nous attendre que, dans un proche avenir, le fossé en Chine puisse éventuellement se rétrécir. Nombre de signes le montrent en effet. Ces deux dernières années, et pour la première fois depuis des décennies, le revenu rural a augmenté plus rapidement que celui des villes[54] et, depuis 2008, le coefficient Gini s’est mis à diminuer légèrement.[55]

Ce qui est remarquable aussi, c’est que l’inégalité croissante en Chine n’est pas une raison d’importants mécontentements. Bien des Chinois (72 %) estiment que le fossé dans leur pays est trop large ; 89 % estiment même qu’il constitue un « important problème ». Aux États-Unis, 65 % des gens estiment que le fossé est trop large et, en Europe de l’Est, il s’agit de 85 à 95 % des gens. Mais, en Chine, il y a sans doute une tolérance plus grande à l’égard de cette inégalité ou, du moins, on voit ses causes d’une autre façon que chez nous. Si on fait un sondage sur les causes de l’inégalité sociale, on entend dire dans les pays occidentaux que c’est une conséquence de l’injustice, de la corruption ou de la malhonnêteté. En Chine, par contre, on impute plutôt cette inégalité au fait qu’on ne travaille pas assez dur, à l’absence de talent ou à l’éducation que l’on a reçue[56]. Selon Whyte, de l’Université de Harvard, « c’est une erreur de penser que les différences croissantes de revenus constituent la principale, voire même la cause centrale du mécontentement de la population chinoise ». Il faudrait plutôt aller voir du côté de l’abus de pouvoir et du fonctionnement déficient de l’appareil judiciaire[57].

Le fait que le pouvoir d’achat de la population fasse des bonds en avant doit sans doute être une importante raison pour laquelle on tolère le fossé des revenus. Nous avons vu ci-dessus que le fossé n’apparaît pas au détriment des plus pauvres, car personne n’est laissé sur la touche. Entre 2001 et 2012, le revenu réel en Chine a augmenté de 350 %.[58] C’est incomparablement plus que dans les autres pays de la région (voire graphique).[59] C’est quelque chose qui n’engendre pas tout de suite un sentiment de douleur.

 

Le fossé est surtout un problème sur le plan idéologique. Le socialisme signifie très certainement l’éradication de la misère et de la pauvreté et la réalisation d’un bien-être matériel suffisant. Mais les valeurs fondamentales du socialisme sont la justice sociale, l’égalité et la solidarité. Celles-ci ne peuvent être conformes avec la richesse exceptionnelle d’une élite, d’une part, et le fait qu’il y a encore 160 millions de Chinois qui doivent toujours se débrouiller avec moins de 1,25 $ par jour, d’autre part[60]. De la sorte, on évide le concept de socialisme de son contenu substantiel et on fait le jeu de la dépolitisation, tant des membres du parti que du Chinois moyen.[61]

3.3 La corruption

La corruption est largement répandue, en Chine. Ces seules cinq dernières années, 660.000 membres du parti ont été sanctionnés parce qu’ils ne respectaient pas les règles[62]. La corruption guette toujours sur le côté lorsque, d’une part, de très grosses sommes d’argent se mettent à circuler et que, d’autre part, il y a peu de règles et que les institutions ne sont pas adaptées pour contrôler l’un et l’autre[63]. Cela a été le cas en Chine avec les réformes, à partir de 1978. En outre, le guanxi y fait le jeu de la corruption[64].

La corruption est méprisable, sur le plan moral, mais, sur le plan économique, elle peut également être fonctionnelle. Sans doute la corruption « à caractéristiques chinoises » a-t-elle contribué aux chiffres élevés de la croissance, ces trente dernières années.[65]

Contrairement à ce que l’on pense souvent, la corruption en Chine n’a pas continué à augmenter, ces dernières années, et elle n’est pas non plus si exceptionnellement élevée[66]. Selon l’Indice de perception de la corruption, la Chine se situe en 80e place, soit 11 places au-dessus de son ranking sur le plan du PNB par habitant, et 24 places au-dessus de son ranking sur le plan de l’Indice de développement humain[67]. On ne peut en tout cas pas comparer la corruption en Chine avec la « kleptocratie stéréotypique » d’un grand nombre de pays du Tiers monde où la corruption est tolérée et systématiquement organisée et, en même temps, néfaste au développement économique[68]. En Chine, les sanctions contre la corruption sont également bien plus lourdes qu’en Occident. Des cadres supérieurs peuvent même être condamnés à la peine de mort. La crise financière en Occident a été en partie provoquée par l’attitude irresponsable et même criminelle de banquiers et de traders et ce, avec la complicité et le soutien d’hommes politiques de premier plan. Aucune de ces personnes, jusqu’ici, n’a été condamnée et jetée en prison[69]. Une telle chose est impensable, en Chine.

Tout cela ne veut pas nécessairement dire que ce n’est pas un problème grave. La corruption des fonctionnaires et des membres du parti renforce le sentiment d’injustice et d’abus de pouvoir. Elle sape la légitimité du parti et du gouvernement, surtout s’il s’agit de personnages haut placés. Sur le graphique, on voit que les Chinois perçoivent la corruption comme l’un des principaux problèmes de leur pays[70]. Un quart des Chinois seulement croient que la direction dit la vérité[71]. Les membres du parti sont trop motivés par des intérêts opportunistes et trop peu animés de motivations idéologiques. Il manque un « esprit » dans le parti et, tant que ce sera le cas, on ne parviendra pas à maîtriser la corruption.[72]

 

Mais le problème va bien plus loin. Afin d’assurer le développement accéléré des forces productives, la Chine a ouvert toute grande son économie et y a introduit d’importantes relations de marché, même si cela s’est fait sous un contrôle politique strict. Ce contrôle est de nature multiple et va bien plus loin qu’on ne l’admet généralement[73]. Tant que les intérêts économiques resteront inféodés aux priorités politiques et sociales, la Chine pourra poursuivre sa quête en direction du socialisme[74]. Mais si la corruption devient de nature à éroder toute forme de contrôle, le parti communiste peut dès lors oublier sa voie socialiste et, tôt ou tard, il sera envahi par la classe capitaliste. Il foncera alors à coup sûr vers une « perestroïka à caractéristiques chinoises ». En ce sens, cette lutte contre la corruption est une question de vie ou de mort.

La direction politique s’en rend très bien compte. Dans le rapport de Hu Jintao pour le 18e Congrès, on peut lire : « La lutte contre la corruption et la promotion de l’intégrité politique est une question politique importante et une grande préoccupation, pour les gens ». Si on ne parvient pas à endiguer la corruption, cela peut « devenir fatal pour le parti ». Tous ceux qui ont enfreint la discipline du parti et les lois de l’État « doivent être traînés sans pardon devant la justice », quelle que soit leur position hiérarchique[75]. En juin 2013, le président Xi a recommandé à ses camarades de parti d’adhérer de nouveau à la fameuse « ligne de masse »[76] et de rompre avec le formalisme, la bureaucratie, l’hédonisme et le sens de l’extravagance. Selon des observateurs, cette campagne est bien plus radicale que les campagnes anticorruption de ses prédécesseurs Hu Jintao et Jiang Zemin[77]. Ici aussi, l’avenir nous dira s’ils seront allés assez loin.

4. Quelques conclusions

L’agitation sociale croissante, le fossé entre riches et pauvres et la corruption sont des problèmes sérieux, mais pas sans espoir. À court terme, ils ne constituent pas une menace vitale pour le système chinois. Mais, à plus long terme, ils pourraient toutefois saper la viabilité du projet socialiste. Ils renforcent le vide idéologique et la dépolitisation. Ensuite, ils sapent également la légitimité et l’hégémonie du parti. Les deux sont d’ailleurs érodés par un manque de participation, les abus de pouvoir et un fonctionnement défectueux de la justice[78]. Il y a donc beaucoup de pain sur la planche. Mais il ne peut non plus en être autrement, vu le bouleversement gigantesque que traverse la société chinoise.

La Chine dispose de trois importants atouts pour aborder ces défis. Un premier atout consiste dans le fait que les problèmes sont explicitement reconnus et cités. Les faiblesses et les questions à problème ne sont pas passées sous silence ni enjolivées. Ce n’est pas évident, mais c’est toutefois très important, parce que c’est une condition pour s’en prendre effectivement aux points douloureux. À l’occasion du 18e Congrès, par exemple, les principaux problèmes du pays ont été passés en revue l’un après l’autre[79]. C’est tout autre chose que cet étalage de bonnes nouvelles auxquels nous sommes généralement habitués en Occident.

Un deuxième atout, c’est la capacité d’agir. Francis Fukuyama, qu’on peut difficilement soupçonner de sympathie à l’égard de la gauche ou de la Chine, dit à ce propos : « La principale force du système politique chinois, c’est sa capacité à prendre rapidement des décisions importantes et complexes, et aussi de les appliquer relativement bien, du moins dans le domaine de l’économie politique. La Chine s’adapte rapidement en prenant des décisions difficiles et en les appliquant efficacement »[80]. La capacité d’action de la Chine oppose un étonnant contraste aux interminables discussions et impasses auxquelles on assiste aux États-Unis quand il s’agit d’approuver le budget ou au sein de l’Union européenne quand celle-ci aborde la crise de l’euro, ou encore à la léthargie et au manque de cohésion du gouvernement indien ces dernières années.[81]

Un troisième atout, c’est le parti communiste même. Tout appareil politique est le résultat d’un processus historique et s’il s’est développé organiquement à partir des circonstances concrètes. L’actuelle structure de la Chine tire ses racines dans la lutte contre l’occupation japonaise du pays, contre le Guomindang réactionnaire et contre l’effroyable misère dans lequel le pays était plongé. C’est dans cette lutte que le parti communiste a occupé le premier plan en tant qu’organe dirigeant du pays et qu’il s’est donné pour tâche de sortir le pays du sous-développement, de garantir sa souveraineté et de lutter pour une société humaine, socialiste. À propos de ce système politique, on peut avoir des divergences de vues, mais il a en tout cas prouvé son efficacité. Mahbubani, l’écrivain connu, a écrit à ce propos : « Loin d’être un système dictatorial arbitraire, le Parti communiste chinois est sans doute parvenu à créer un système lié à des règles, fort et durable, pas du tout fragile ni vulnérable. Ce qui impressionne plus encore, ce système lié à des règles a sans doute mis en évidence les meilleurs des dirigeants que la Chine n’aurait jamais pu produire »[82].

Marc Vandepitte

 

Marc Vandepitte, économiste (Belgique), un des auteurs de La Chine et le monde, ouvrage collectif, Le temps des cerises, septembre 2013

 

Notes


[1] The Financial Times, 9-10 avril 2005, p. W3.

[2] Nous prenons 1870 pour année de départ, en Europe occidentale, et 1980, pour la Chine. Nous mesurons la rapidité du processus d’industrialisation d’après la croissance du PNB par habitant. Les chiffres ont été calculés sur base de : Maddison A., Phases du développement du capitalisme, Utrecht, 1982, pp. 20-21 et UNDP, Human Development Report 2005, p. 233 en 267.

[4] Il s’agit de 22 pour 100.000 habitants. Ce n’est cependant pas exceptionel à la lumière de ses riches voisins. Au Japon, on trouve le même chiffre et en Corée du Sud le chiffre est beaucoup plus haut : 32 pour 100.000. http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_suicide_rate.

[5] The Financial Times, 16 mars 2008, p. 9.

[8] Les salaires sont exprimés selon les taux de change. Selon le pouvoir d’achat réel le salire en France est 4,4 fois plus élevé. OIT, http://1-million-dollar-blog.com/average-monthly-salary-for-72-countries-in-the-world/.

[9] Le système hukou (système d’enregistrement) consiste en ce que, dès sa naissance, chaque Chinois est catalogué comme citadin ou campagnard. Un habitant avec un hukou citadin peut bénéficier de services sociaux urbains, un habitant de la campagne dispose d’un lopin de terre avec lequel il peut acquérir un revenu. Le Financial Times dit à ce propos : « La Chine a su éviter les slums, qui constituent une plaie dans bien des villes des pays du tiers monde, en appliquant un système strict d’autorisations de séjour, connues sous l’appellation de hukou. Ce qui fait que, pour les personnes originaires des régions rurales, il est malaisé de s’installer en permanence dans les villes. » The Financial Times, 4 août 2010, p. 7.

[10] The Economist, 12 mars 2005, p. 60.

[11] UNDP, Human Development Report 2013, New York 2013, p. 187 en 189; http://www.voanews.com/content/decapua-un-energy-28apr10-92323229/154303.html.

[12] UNDP, Human Development Report 2013, pp. 174-177.

[13] http://www.newssafety.org. Seuls les chiffres de l’année 2007 manquent.

[14] Basé sur l’indice de la faim. Celui-ci tient compte de la sous-alimentation, de l’insuffisance pondérale chez les enfants et cde la mortalité infantile.

http://www.ifpri.org/sites/default/files/publications/ghi11.pdf, p. 49.

[15] UNDP, Human Development Report 2013, pp. 167-8.

[16] L’analphabétisme : UNDP, Human Development Report 2013, pp. 145-146 ; nombre de personnes dans la pauvreté extrême : UNDP, Human Development Report 2013, pp. 160-161 et http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY.

[17] Il s’agit ici du travail informel dans les secteurs non agricoles.

http://laborsta.ilo.org/applv8/data/INFORMAL_ECONOMY/2012-06-Statistical%20update%20-%20v2.pdf.

[21] ILO (OIT), Global Wage Report 2008/09, Genève, 2008, p. 87.

[22] The Economist, 4 septembre 2010, p. 54.

[27] The Financial Times, Special Report: The New Brazil, 29 juin 2010, p. 11.

[28] UNDP, Human Development Report 2013, p. 26.

[31] The Economist, 24 novembre 2012, Special Report : Mexico, p. 5.

[32] The Economist, 14 février 2009, Special report: Middle classes, pp. 4 et 9 ;

http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.2DAY.

[33] Graphique original en provenance de The Financial Times, 12 octobre 2005, p. 13 ; j’ai moi-même pratiqué l’extrapolation graphique. Elle concorde avec une extrapolation arithmétique.

[34] UNDP, Human Development Report 2013, pp. 149-151. Il est question ici de l’IDH comprenant le PIB par habitant. Le rapport ne fait pas état de l’évolution de l’IDH hors revenu.

[35] United Nations System in China & Ministry of Foreign Affairs of the People’s Republic of China, China’s Progress Towards the Millennium Development Goals. 2008 Report, Beijing 2008, p. 15.

[36] Cité dans The Financial Times, 9 avril 2012, p. 6.

[37] The Financial Times, 18 août 2011, p. 2.

[39] The Economist, 17 décembre 2005, pp. 57-58.

[41] The Economist, 1er octobre 2005, pp. 52-53

[42] The Economist, 28 mai 2011, pp. 53-54.

[43] Porter R., « From Mao to Market. China Reconfigured », Londres, 2011, pp. 182-183 ; Zheng Yongnian, « The Chinese Communist Party as Organizational Emperor », Londres, 2010, p. 138.

[44] The Financial Times, 4 février 2013, p. 3.

[45] The Economist, 16 juin 2012, p. 57 ; The Financial Times, 18 décembre 2009, p. 11.

[46] The Financial Times, 20 décembre 2006, p. 11 ; The Economist, 9 juillet 2011 ; Naughton B., « The Chinese Economy. Transitions and Growth », Londres, 2007, p. 133 ;

http://hdr.undp.org/en/reports/global/hdr2009/papers/HDRP_2009_09.pdf, p. 27 ;

http://en.wikipedia.org/wiki/Rural_urban_income_inequality_in_China.

[48] Naughton B., op.cit., pp. 217-218.

[49] The Economist, Special Report on World economy, 13 octobre 2012, p. 8.

[51] Cf. Amin S., « China 2013 », http://www.marx.be/fr/content/chine-2012.

[54] The Financial Times, 12 septembre 2012, p. 2.

[57] The Economist, 16 juin 2012, p. 57.

[58] The Financial Times, 7 février 2013, p. 9.

[59] The Financial Times, 16 février 2011, p. 3.

[61] Amin S., art. cit.

[63] Lampton D., « The Three Faces of Chinese Power », Berkeley, 2008, p. 236.

[64] Guanxi signifie littéralement « relation » ou « connexion ». C’est un concept central dans la société chinoise. C’est un lien personnel entre deux personnes et dans lequel il existe une sorte d’obligation mutuelle à se rendre l’un l’autre un service ou une faveur si le besoin s’en fait sentir. Les deux personnes ne doivent pas nécessairement avoir le même statut social. Dans un sens plus large, c’est un réseau de contacts sur lequel, au besoin, un individu peut retomber si nécessaire ou par lequel il peut exercer de l’influence au nom de quelqu’un d’autre. Dans le monde des affaires, le « guanxi » est un concept très important.

[65] Porter R., op. cit., p. 189.

[66] Wedemann A., Double Paradox: Rapid Growth and Rising Corruption in China, New York, 2012.

[66] The Economist, 4 mai 2013, p. 63.

[68] Wedemann A., op. cit.

[69] The Economist, 4 mai 2013, p. 63.

[71] C’est encore presque le double du monde (13 %), mais c’est quand même relativement peu. Cela ne se traduit pas par une totale méfiance vis-à-vis du gouvernement, car on en est à 71 %. (Voir plus haut.) http://www.reply-mc.com/2013/02/11/edelmans-trust-barometer-crisis-of-leadership-calls-for-social-architecture/.

[72] Xie Chuntao, (réd.), « Why and how the CPC works in China », Beijing, 2011, p. 204 ; Shambaugh D., « China’s Communist Party », Berkeley, 2009, p. 167.

[73] Voir par exemple Hsueh R., « China’s Regulatory State. A New Strategy for Globalization », Ithaca, 2011.

[74] Cf. Arrighi G., Adam Smith in Beijing. Lineages of the Twenty-Firs Century, Londres, 2007, p. 332.

[76] La ligne de masse est un concept dont Mao s’est servi durant la Révolution culturelle. Cela revient, entre autres, à adhérer aux idées des petites gens et au monde dans lequel ils vivent ; c’est aussi la faculté de pouvoir écouter leur voix, de comprendre leurs besoins urgents et aussi d’apprendre à leur contact.

[77] The Financial Times, 21 juin 2013, p. 2.

[78] Cf. Shambaugh D., « China’s Communist Party », Berkeley, 2009, p. 167 ; Wang Hui, « Depoliticized politics, multiple components of hegemony, and the eclipse of the Sixties », http://www.forumdesalternatives.org/docs/bruselas/Wang_Hui_Sixties.pdf ; Zheng Yongnian, op. cit., pp. 173ss.

[80] The Financial Times, 18 janvier 2011, p. 9.

[81] Pour l’Inde, voir par exempel Guha R., « India. De geschiedenis van de grootste democratie ter wereld », Amsterdam, 2007, pp. 762ss ; Elliott J., « India’s lethargy »,

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/a51ba57a-b89a-11de-809b-00144feab49a.html#axzz2WxX9WT8K.

[82] Mahbubani K., « Is China’s slowdown just western wishful thinking ? », http://blogs.ft.com/the-a-list/2012/10/11/is-chinas-slowdown-just-western-wishful-thinking/#axzz2GumuOxsH.

 

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Cette fois, c’est la Syrie. La dernière fois c’était l’Irak. Obama a choisi d’accepter l’ensemble du Pentagone issu de l’ère Bush : guerres et crimes de guerre inclus.

Sur mon mur est affiché la première page du Daily Express datée du 5 Septembre 1945 avec les mots : « Ceci est un avertissement au monde entier. » Ainsi commence le témoignage rédigé par Wilfred Burchett depuis Hiroshima. C’était le scoop du siècle. Pour son voyage solitaire et périlleux en défi des autorités d’occupation américaines, Burchett fut cloué au pilori, y compris par ses collègues embarqués. Il avait averti qu’un acte prémédité d’assassinat en masse à une échelle historique venait de marquer le début d’une nouvelle ère de terreur.

A présent, presque chaque jour, les faits lui donnent raison. Le caractère intrinsèquement criminel de la bombe atomique est corroborée par les Archives nationales américaines et les décennies qui ont suivi de militarisme camouflé en démocratie. Le psychodrame Syrien en est une illustration. Et encore une fois, nous sommes pris en otage par la perspective d’un terrorisme dont la nature et l’histoire sont niées y compris par les critiques les plus progressistes. La grande vérité innommable est celle-ci : le plus grand danger pour l’humanité se trouve de l’autre côté de l’Atlantique.

La farce de John Kerry et les pirouettes de Barack Obama sont temporaires. L’accord de paix de la Russie sur les armes chimiques sera, à terme, traité avec le mépris que tous les militaristes réservent à la diplomatie. Avec al-Qaida comptant désormais parmi leurs alliés, et les auteurs du coup d’état armés par les États-Unis fermement aux commandes au Caire, les Etats-Unis ont l’intention d’écraser les derniers états indépendants du Moyen-Orient : d’abord la Syrie, ensuite l’Iran. « Cette opération [en Syrie ] », a déclaré en juin l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas, « remonte à loin. Elle a été préparée , pré-conçue et planifiée. »

Lorsque le public est « psychologiquement marqué », comme le journaliste Jonathan Rugman de la chaîneChannel 4 a décrit l’écrasante hostilité du peuple britannique à une attaque contre la Syrie, la suppression de la vérité devient une urgence. Que ce soit Bachar al-Assad ou les « rebelles » qui ont utilisé des gaz dans la banlieue de Damas, il n’en demeure par moins que ce sont bien les États-Unis, et non la Syrie, qui sont les utilisateurs les plus prolifiques au monde de ces armes terribles.

En 1970, le Sénat a rapporté : « Les États-Unis ont déversé sur le Viêt Nam une quantité de produits chimiques toxiques (dioxine) s’élevant à six livres par tête d’habitant. » Ce fut l’opération Hadès, rebaptisée plus tard par un nom plus convivial, Opération Ranch Hand (Ouvrier Agricole) – source de ce que les médecins vietnamiens appellent un « cycle de catastrophes fœtales ». J’ai vu des générations entières d’enfants avec des difformités familières et monstrueuses. John Kerry, dont les propres mains ont été trempées de sang dans cette guerre, s’en souviendra. Je les ai vus en Irak aussi, où les Etats-Unis ont utilisé de l’uranium appauvri et du phosphore blanc, comme l’ont fait les Israéliens à Gaza. Pour eux, aucune “ligne rouge” n’a été tracée par Obama. Pour eux, aucune épreuve de force psychodramatique.

Le débat répétitif et stérile pour savoir si “nous” devons “prendre des mesures” contre les dictateurs sélectionnés (c’est-à-dire applaudir à un nouveau massacre aérien par les États-Unis et leurs acolytes) fait partie de notre lavage de cerveau. Richard Falk, professeur émérite de droit international et rapporteur spécial de l’ONU sur la Palestine, décrit cela comme « un écran moralisateur, à sens unique, légal et moral composé d’images positives, de valeurs occidentales et d’innocence soi-disant menacées, pour justifier une campagne de violence politique illimitée » . Cette idée « est si largement acceptée qu’elle est pratiquement inattaquable ».

C’est ça le plus gros mensonge : le produit de ces « progressistes réalistes » des milieux politiques, de l’éducation et des médias anglo-américains qui se considèrent comme les gestionnaires mondiaux des crises plutôt que comme la cause de ces crises. En ôtant à l’humanité l’étude des nations et en la figeant avec un jargon qui sert les intérêts des puissances occidentales, ils désignent les états « voyous », « maléfiques », « en faillite » en vue d’une « intervention humanitaire ».

Une attaque contre la Syrie ou l’Iran ou tout autre « démon » américain s’appuierait sur une variante à la mode, la « Responsabilité de Protéger », ou R2P – dont le lutrin-trotter fanatique est l’ancien ministre des Affaires étrangères australien Gareth Evans, co- président d’un “centre global” basé à New York. Evans et ses lobbyistes généreusement financés jouent un rôle de propagande vital pour exhorter la « communauté internationale » à attaquer des pays où « le Conseil de sécurité rejette une proposition ou ne parvient pas à la traiter dans un délai raisonnable ».

Evans existe en chair et en os. On peut le voir dans mon documentaire de 1994, « Death of a Nation », qui a révélé l’ampleur du génocide au Timor oriental. L’homme souriant de Canberra lève son verre de champagne pour porter un toast à son homologue indonésien alors qu’ils survolent le Timor oriental dans un avion australien, après avoir signé un traité pour piller le pétrole et le gaz du pays sinistré où le tyran Suharto avait assassiné ou tué par la faim un tiers de la population.

Sous la présidence « molle » d’Obama, le militarisme a augmenté peut-être comme jamais auparavant. Sans la présence d’un seul blindé sur la pelouse de la Maison Blanche, un coup d’Etat militaire a eu lieu à Washington. En 2008, alors que ses fidèles partisans séchaient encore leurs larmes de joie, Obama a accepté la totalité du Pentagone laissé par son prédécesseur, George Bush : guerres et crimes de guerre inclus. Tandis que la Constitution est progressivement remplacée par un état policier, ceux qui ont détruit l’Irak avec choc et l’effroi, qui ont transformé l’Afghanistan en un amas de ruines et la Libye à un cauchemar hobbesien, sont toujours omniprésents dans l’administration américaine. Derrière les façades enrubannées, le nombre d’anciens soldats américains qui se suicident est supérieur à celui des soldats morts sur les champs de bataille. L’année dernière, 6500 anciens combattants se sont suicidés. Sortez encore quelques drapeaux.

L’historien Norman Pollack appelle cela le « fascisme progressiste » (liberal-fascism) : « Les marcheurs au pas de l’oie ont été remplacés par une militarisation totale de la culture, apparemment plus anodine. Et à la place du leader grandiloquent, nous avons un réformateur raté joyeusement à l’oeuvre, planifiant les assassinats et arborant en permanence un sourire. » Chaque mardi, l’« humanitaire » Obama supervise personnellement un réseau terroriste mondial de drones qui « écrasent comme des insectes » des êtres humains et leurs proches ainsi que les sauveteurs. (*) Dans les zones de confort de l’Occident, le premier dirigeant noir surgi de la terre de l’esclavage est toujours bien dans sa peau, comme si son existence même constituait une avancée sociale, sans considération pour la trainée de sang qu’il laisse derrière lui. Cet hommage à un symbole a pratiquement détruit le mouvement anti-guerre américain – l’unique succès d’Obama.

En Grande-Bretagne, la politique de distraction par de faux images et de fausses identités politiques n’a pas tout à fait réussi. Une agitation est née, mais les gens de conscience devraient se dépêcher. Les juges à Nuremberg ont été clairs : « Les citoyens ont le devoir d’enfreindre les lois nationales pour prévenir les crimes contre la paix et l’humanité. » Les gens ordinaires de la Syrie, et d’innombrables autres, et même notre amour-propre, ne méritent désormais rien de moins.

John Pilger

http://johnpilger.com 

Article original :

obama syriaFrom Hiroshima to Syria, The Enemy Whose Name We Dare Not Speak, 10 septembre 2013

Traduction par VD pour Le Grand Soir 

(*) Explications ici :

David Petraeus aurait commis des crimes beaucoup plus graves en Afghanistan

Alors que l’ancien directeur de la CIA, David Petraeus n’en a pas fini avec son affaire extra-conjugale, certains voudraient qu’il réponde à des crimes beaucoup plus graves.

Il est prouvé que le général Petraeus, quand il commandait les forces américaines en Afghanistan, a supervisé le bombardement intentionnel de funérailles et de sauveteurs civils avec des drones, ce qui constitue un crime de guerre selon la Cour pénale internationale.

Pendant des années, le Bureau of Investigative Journalism ( TBIJ ) a fait état de l’utilisation de la technique de double frappe – une stratégie utilisée par les terroristes qui implique la frappe d’une cible à plusieurs reprises consécutives et rapprochées afin de maximiser les dégâts – et il n’y a des cas documentés que Petraeus a employé cette tactique en tant que directeur de la CIA .

En Septembre, les écoles de droit de NYU et Standford ont publié un rapport détaillant la manière dont les double-frappes affectent la population pakistanaise, soulignant que plusieurs professeurs de droit international ont dit que « les frappes intentionnelles sur les sauveteurs peuvent constituer des crimes de guerre. »

La CIA a utilisé la tactique au Pakistan et en Afghanistan en mai et juin de cette année, et le meurtre d’un travailleur de la Croix-Rouge, au Yémen, (…) est l’exemple même d’une exécution extrajudiciaire.

Mais est-ce que Petraeus ira en procès pour avoir employé cette tactique ? Tout comme pour les accusations de torture supervisée par l’administration Bush, il est probable que non.

Néanmoins, le général quatre étoiles à la retraite pourrait se retrouver devant une cour martiale s’il a effectivement entamé une liaison extra-conjugale avec Paula Broadwell alors qu’il était encore en service actif dans l’armée, car l’adultère est formellement interdit en vertu du Code Militaire.

(…)

http://www.businessinsider.com/david-petraeus-may-have-committed-much-…

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« La historia es nuestra y la hacen los pueblos ».
«L’histoire est à nous et ce sont les peuples qui la font ».

Salvador Allende président de la République du Chili (1970-1973)

A soixante -six jours de l’élection présidentielle chilienne et vingt-trois ans après le retour à la démocratie, la commémoration du coup d’Etat du 11 septembre 1973 a pris une importance particulière. Pour le journal La Tercera : “Le souvenir du coup d’Etat a pris cette année une importance particulière dans l’agenda politique, médiatique et social, comme jamais cela n’était arrivé lors des décennies antérieures”,.”Jusqu’en 1988, le régime de Pinochet célébrait le 11 septembre comme une fête nationale; désormais, il s’agit d’une journée où “seuls le deuil et la réflexion sont appropriés” affirme le quotidien conservateur.

Il y a quarante ans en effet mourait les armes à la main Salvador Allende président démocratiquement élu du Chili. Le 4 septembre 1970, Salvador Allende arrive devient président du Chili avec une campagne autour du thème des nationalisations et de l’indépendance du pays vis-à-vis du capital étranger. Le coup d’État du 11 septembre 1973 mené par Augusto Pinochet met fin à son mandat par la force en renversant son gouvernement pour instaurer une dictature militaire. Le général Augusto Ugarte Pinochet, aurait déclaré: «Allende a gagné. C’est un communiste. Le pays s’est fourré dans un sale pétrin.»

Qui est Salvador Allende ?

Salvador Allende Gossens né le 26 juin 1908 est un médecin et homme d’État socialiste chilien, président de la République du Chili du 3 novembre 1970 au 11 septembre 1973. « Allende nous le décrit Gustave Thomas, exerce dans les bidonvilles de Santiago. Cofondateur du Parti socialiste chilien en 1933, «el Pocho» devient vite la coqueluche des habitants des bas quartiers qui apprécient ses idées, sa chaleur humaine et son goût de la vie. Il a 25 ans. Pinochet, de son côté, poursuit de strictes études au collège du Sacré-Coeur, tenu par une congrégation française. Pinochet entre à l’Académie militaire l’année même où Allende fonde le PS.

Dans un article remarquable du journal Libération ,nous suivons l’ascencion d’Allende, et sa chute. : « Elu député en 1938, Allende est, quatre ans plus tard, ministre de la Santé d’un gouvernement Front populaire avant d’accéder au Sénat en 1945. A trois reprises (1952, 1958 et 1964), il se présente en vain à la présidence. Allende entre en fonction, le 4 novembre 1970, En deux mois, les opposants au nouveau régime ont procédé à des retraits massifs de capitaux, la production industrielle a chuté, l’approvisionnement marque le pas et le marché noir des devises s’est emballé. « Nous en finirons avec les monopoles qui livrent à quelques familles le contrôle de l’économie ["] Nous allons mettre en oeuvre une authentique réforme agraire. Nous en terminerons avec le processus de dénationalisation de nos industries qui nous soumet à l’exploitation étrangère. Nous allons restituer à notre peuple les grandes mines de cuivre, de charbon et de salpêtre”» »(1)

Le coup d’Etat Pinochet au pouvoir pendant 17 ans

Une coalition pour l’abattre est fomentée notamment par la création du chaos , les grèves et une atmosphère de guerre : « L’orientation socialo-communiste et la politique économique de l’UP hérissent les Etats-Unis, qui n’acceptent pas la «spoliation» de leurs intérêts. Par CIA interposée, ils déstabilisent Allende. (…) Une vague d’attentats ensanglante le Chili. «Le pays est au bord de la guerre civile», prévient Allende, le 13 août (…) En fait, le général complote depuis plusieurs semaines sous le nom de code de” Pinocchio! L’heure du golpe de estado a sonné. A l’aube du 11 septembre 1973, alors qu’Allende se prépare à annoncer un référendum sur les institutions politiques, l’infanterie de marine se soulève à Valparaiso. Une junte, dirigée par Pinochet pour l’armée de terre, de l’amiral José Merino et des généraux César Mendoza (carabiniers) et Gustavo Leigh (armée de l’air), somme Allende de se rendre. Allende refuse et confirme sa décision «de résister par tous les moyens, même au prix de sa vie». Son discours est interrompu lorsque les rebelles s’emparent des émetteurs. Allende, coiffé d’un casque de combat, ceint de l’écharpe présidentielle et armé d’une Kalachnikov offerte par Castro, tire sur les chars. Les putschistes font donner l’aviation. Peu après, l’ambassadeur des Etats-Unis sable le champagne avec son staff ».(1)

L’après coup d’état et la “bazarisation de l’économie” du Chili

« Les opposants au golpe descendus dans les rues sont impitoyablement frappés, voire exécutés sur place. Pinochet, d’abord chef de la junte, s’est tour à tour fait nommer chef suprême de la nation, chef de l’Etat et enfin président de la République en décembre 1974. la loi du 19 avril 1978 a amnistié tous les crimes et délits commis par des militaires, des policiers et des agents de sécurité du régime. En septembre 1980, un deuxième référendum approuve la nouvelle Constitution et désigne Pinochet comme président pour un mandat de neuf ans. (…) Le gouvernement militaire abandonne les rênes de l’économie aux monétaristes adeptes de l’école de Chicago, fondée par Milton Friedman. Les «Chicago Boys» (qui placent la stabilité monétaire au centre de tout) trouvent dans la dictature un prodigieux laboratoire pour mettre en oeuvre leur libéralisme sauvage: pas de grève, pas de syndicats, pas de contestation sociale” et une police omniprésente. Dans un premier temps, les droits de douane sont supprimés en pratique et le Chili est inondé de produits étrangers. Suivent privatisations, licenciements collectifs, coupes claires dans les budgets de l’éducation et de la santé, chute vertigineuse des salaires” Neuf ans après le coup d’Etat, le peso a perdu 50% de sa valeur, 30% de la population active est au chômage, les exportations ont chuté de 18%, l’industrie est au point mort, la dette extérieure s’élève à 18 milliards ».(1)

« Le 14 décembre 1989. La junte est à terre. Que le dictateur s’en aille!» Vers 21h30, le 14 décembre 1989, la joie éclate enfin au Chili. Patricio Aylwin, candidat unique de l’opposition regroupée au sein de la Concertation des partis pour la démocratie remporte la présidentielle avec 55,2% des suffrages contre le candidat de la junte, L’homme, qui, en 1973, avait mis de longs mois à prendre ses distances avec les militaires, confirme la couleur. Le gouvernement de «transition vers la démocratie» qui entre en fonction en mars 1990 suivra les rails des militaires. Un peu plus de social, plus de libertés, beaucoup moins de répression” mais un profond respect pour «l’oeuvre accomplie» par Pinochet. En 1994, son successeur, le démocrate-chrétien Eduardo Frei, ne changera pas la ligne ». (1)

Les fondements de l’ingérence impériale. 

Il est dans l’essence même des choses que l’impérialisme prend par la force ce qu’il convoite et peu importe s’il apporte le malheur aux quatre coins de la planète, dirigeant une meute sans état d’âme et ayant bien appris la leçon des deux puissances prédatrices du XIXe siècle, la “perfide Albion” et son âme damnée le “Coq gaulois”, il prit définitivement la tête des expéditions punitives après la première guerre mondiales avec des vassaux aux ordres , c’est la curée des faibles et malheur aux peuples faibles. Pour en revenir au trophée chilien, le coup d’état n’a réussi que parce que les Etats Unis l’ont financé. Ce sera d’ailleurs les mêmes scénarios qui ont eu lieu dans tous les coups d’état mis en place notamment celui de Mossadegh en Iran, il a fallu l’après l’an 2000 pour que Madeleine Albright au détour d’une conversation reconnaisse que les Etats Unis avaient renversé Mossadegh et placé Zahedi

Hernando Calvo Ospina nous explique le scénario du coup d’état chilien : « En 1961 écrit il ,. dès qu’il prit possession du pouvoir, le président Kennedy nomma un comité chargé des élections qui se dérouleraient au Chili trois ans plus tard Ce comité fut reproduit à l’ambassade étasunienne de Santiago. Empêcher que le candidat socialiste Salvador Allende ne gagne les élections en était l’objectif. Afin de lui barrer la route, des millions de dollars furent distribués aux partis politiques du centre et de droite afin qu’ils fassent leur propagande. Au moment d’élire le candidat à la présidence, Washington se décida à appuyer Eduardo Frei du parti démocrate chrétien, et imposa aux autres partis qu’il avait financés, de s’aligner sur cet homme politique. Au total, l’opération coûta quelque vingt millions de dollars, une somme si importante pour l’époque (2)

« Dans ses Mémoires, poursuit Hernando Calvo Ospina ,William “Bill” Colby, chef de la CIA de 1973 à 1976, raconte que lors de l’élection présidentielle de 1970 au Chili « la CIA se vit enjoindre de diriger tous ses efforts contre le marxiste Allende, contre la candidature duquel elle fut chargée d’organiser une vaste campagne de propagande.” ». Selon cet ancien patron de la CIA, l’opération s’appelait « Deuxième Voie ». Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » (2)

« Le 4 septembre 1970 ajoute Hernando Calvo Ospina , Salvador Allende remporta les élections. Colby rapporte que « Nixon entra dans une grande fureur. Il était convaincu que la victoire d’Allende faisait passer le Chili dans le camp de la révolution castriste et anti-américaine, et que le reste de l’Amérique Latine ne tarderait pas à suivre. » (…) Washington plaça donc son plus grand espoir dans les Forces armées, mais tout dépendait de leur Commandant en chef, le général René Schneider. Là, la CIA rencontra un problème, car ce militaire avait clairement indiqué que son institution respecterait la Constitution. Le 3 novembre 1970, Allende prit ses fonctions de président. Une stratégie de déstabilisation du nouveau gouvernement fut alors à l’étude »(2)

« Depuis 1972, conclut Hernando Calvo Ospina cette équipe de la CIA menait l’opération de désinformation et de sabotage économique la plus perfectionnée que l’on ait connue jusqu’alors au monde. (…) L’action contre Allende nécessitait une campagne internationale de diffamation et d’intrigues. Une bonne partie de celle-ci fut confiée à un novice en politique étrangère, presque un inconnu en politique, mais il s’agissait d’une vieille connaissance du président Nixon et des hommes de l’équipe de choc qui menaient l’opération : George H.W. Bush. Il réalisa cette tâche en tant qu’ambassadeur à l’ONU, Le 11 septembre 1973, eut lieu le sanglant coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement du président Allende, et qui déchaîna une terrible répression. Quelques semaines plus tard, Henry Kissinger reçut le Prix Nobel de la Paix… « (2)

Fomenté, par le gouvernement des Etats-Unis, opéré par les généraux, le putsch de l’armée chilienne sera le préambule à l’ «  opération condor  » dont on estime aujourd’hui qu’elle couta la vie à 50 000 victimes sur le continent sud-américain. Sous couvert de la CIA, des dictateurs impitoyables érigeront la torture et les exécutions arbitraires en mode de gouvernement, s’appuyant sur les tristement célèbres escadrons de la mort formés de main de maître par des SS exilés en Amérique du Sud, des tortionnaires patentés de la CIA et autres bourreaux d’extrême-droite pour qui le communisme, en cette période de guerre froide, est l’ennemi juré. En quelques semaines, 1800 personnes sont exécutées, 5000 croupissent dans le stade de Santiago et 1500 dans un bateau ancré au large de Valparaiso » (3)

On ajoute même que me stade national de Santiago, le plus grand du pays, est utilisé du 11 septembre au 7 novembre 1973 comme camp de concentration, de torture et de mort.

«  Eradiquer le cancer marxiste  » selon les termes de la junte. Ils vont s’y atteler pendant 17 années aux ordres de Pinochet. (…) 38 000 personnes seront arrêtées, emprisonnées, torturées, y compris des mineures de 12 ans, garçons et filles, et 3200 personnes vont disparaitre, tandis que des centaines de milliers de chiliens s’exilent à l’étranger. Augusto Pinochet est mort dans son lit le 10 décembre 2006, à 91 ans, dont 17 années de dictature sanglante, poursuivi mais jamais jugé pour crimes, tortures, enlèvements, disparitions forcées, détournements de fond » (3)

La mutation de l’impérialisme et le néo-libéralisme toujours à la barre

Est-ce que les choses ont changé depuis ? Hélas non ! la finalité est toujours la même, l’ingérence énergétique et économique a remplacé l’idéologie Le 40e anniversaire du coup d’Etat au Chili, voulu par les USA, survient à un moment étrange écrit Pierre Haski : l’Occident se demande aujourd’hui comment ne pas intervenir en Syrie « Allende, c’est une idée qu’on assassine », Ce coup d’Etat appartenait à la catégorie de l’ingérence la plus crue, de l’impérialisme à l’état brut pour reprendre un vocabulaire tombé en désuétude. La CIA fut à la manœuvre, et beaucoup d’argent fut déversé pour déstabiliser le gouvernement d’union populaire d’Allende, jusqu’au passage à l’acte du 11 septembre 1973. Ce coup d’Etat de 1973 est l’un des sept renversements de gouvernements étrangers dont les Etats-Unis sont officiellement coupables pendant la deuxième moitié du XXe siècle (et beaucoup plus officieusement). (…) Le magazine américain Foreign Policy a fait le compte des changements de régime décidés à Washington : Iran 1953, Guatemala 1954, Congo 1960, République dominicaine 1961, Sud-Vietnam 1963, Brésil 1964, et donc Chili 1973. (Pour être honnête, l’URSS en a au moins autant à son actif, et la France quelques-uns aussi en Afrique) Deux décennies et quelques guerres plus tard, le monde des années 2010 ne ressemble ni à celui de l’époque du coup d’Etat au Chili, dominée par l’esprit de la guerre froide, ni à celui des années 90, où l’on croyait possible un nouvel ordre multipolaire, plus juste. C’est celui d’une époque cynique et désabusée, où après deux ans de tuerie monstrueuse en Syrie, faisant plus de 100 000 morts, il n’existe aucune structure internationale pour y mettre fin. Pire, il n’y a aucune volonté d’y mettre fin ». (4)

Que reste t-il du mythe Allende ?

Sa voix dit on résonne, encore et toujours. Beaucoup d’entre nous se rappellent avoir vu Allende en compagnie de Boumediene descendre la rue Didouche Mourad en voiture et saluant la foule. Sa stature est à rapprocher de celle du Che qui lui aussi était coutumier d’Alger à l’époque où elle était la Mecque des Révolutionnaires, on pouvait y rencontrer Mandala, Samora Matchell, les Blacks Panthers les révolutionnaires palestiniens de la première heure comme Georges Habbache, Agostino Neto, et naturellement Che Guevara – pour l’histoire , c’est à partir de son Discours d’Alger que Le Che prendra ses distances avec Castro- Che Guevara ira porter la Révolution dans les maquis boliviens . Il y trouvera la mort et ses frères de combat trouvèrent refuge pour certains dans le Chili d’Allende.

Sofia Injoque Palla professeure de littérature écrit justement à propos du message d’outre tombe de Salvador Allende : « L’ombre du « compañero presidente » plane sur les mouvements de protestation et son effigie, à côté de celle de Che Guevara, résume à elle seule les revendications des manifestants. Quarante ans après sa disparition, la pensée d’Allende semble plus que jamais en phase avec l’actualité chilienne. Pourquoi Allende reste-t-il un symbole de lutte y compris pour les jeunes générations ? Quelle est la validité de son héritage aujourd’hui ? En effet, loin d’être seulement un “devoir de mémoire”, le souvenir d’Allende et de sa révolution pacifique vers le socialisme nourrit actuellement les mobilisations qui remettent en question le modèle néolibéral chilien. La défaillance du gouvernement dans l’éducation, la sécurité sociale ou la santé a engendré un rejet, chez les jeunes en particulier, d’une gestion économique, sociale et environnementale responsable d’énormes inégalités et discriminations.(5)

« Désormais, poursuit elle, Che Guevara n’est plus le seul portrait brandi lors des protestations des étudiants, celui d’Allende est aussi en bonne place comme symbole de détermination, d’intransigeance et d’espoir. (..)Quarante ans après sa tragique disparition, que retenir de l’héritage d’Allende ? Tout d’abord, que la révolution est possible lorsque le peuple s’unit et s’organise.(…) Salvador Allende et Ernesto Guevara partageaient l’idée que le processus révolutionnaire consistait à transformer l’individu, sa conscience, ses valeurs, ses habitudes et ses relations sociales car le véritable facteur de changement d’une société repose sur ceux qui la composent. Aussi, la base fondamentale du “nouvel homme” est l’éducation grâce à laquelle la société sera basée sur la solidarité humaine plutôt que sur le consumérisme et le profit ». (5)

Voilà qui est bien dit seule la formation et l’éducation peuvent contribuer à l’émergence de l’homme nouveau dont le sacerdoce ne serait pas l’avoir mais l’être. Le lien plutôt que le bien . On ne peut qu’être fasciné par ses paroles de courage du président Allende qui lors de sa dernière allocution interrompue prélude à l’assaut de la Moneida, déclarait : « « Vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure ». Amen

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Cet article a été publié initialement sur le blog:

http://commentjevoislemonde.blogs.nouvelobs.com/

1. http://www.liberation.fr/monde/1998/11/14/chili-les-annees-pinochet-pinochet-seize-ans-de-dictature_250885

2. http://www.legrandsoir.info/le-renversement-d-allende-raconte-par-washington.html

3. http://www.liberation.fr/monde/1998/11/14/chili-les-annees-pinochet-pinochet-seize-ans-de-dictature_2508854

4. http://www.rue89.com/2013/09/11/40-ans-apres-mort-dallende-lingerence-a-change-visage-245588

5. Sofia Injoque Palla Investig’Action http://www.michelcollon.info/Allende-sa-voix-resonne-encore-et.html

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Le président américain Barack Obama s’est exprimé à la télévision nationale la nuit dernière, présentant au peuple américain la dernière manœuvre diplomatique de son gouvernement dans sa course à la guerre contre la Syrie. Ce discours erratique de 15 minutes n’a notamment pas demandé au Congrès d’autoriser la guerre. Il a préféré développer les négociations qui sont en train de se mettre en place à l’ONU suite à la proposition russo-syrienne de détruire les armes chimiques de la Syrie pour en faire le cadre politique du lancement d’une guerre, au mépris du droit international et de l’opposition populaire massive aux États-Unis.

Sans fournir la moindre preuve concluante, Obama a répété ses affirmations selon lesquelles le gouvernement syrien de Bashar el-Assad était responsable de l’attaque chimique qui a eu lieu le 21 août. Obama a essayé d’étayer cette affirmation avec diverses affirmations non prouvées, combinées à des images choquantes des victimes de l’attentat.

Sur cette base, le gouvernement cherche une raison de lancer une guerre aux conséquences désastreuses pour le peuple syrien, le Moyen-Orient et le monde entier. Tout en répétant le mensonge selon lequel les plans de guerre américains seraient « limités, » Obama a dans le même temps déclaré que leur objectif inclurait la «dégradation des capacités d’Assad» – c’est-à-dire, la destruction de grandes parties de l’armée syrienne et autres institutions. « L’armée des États-Unis ne fait pas les choses à moitié. » a-t-il ajouté.

Avec sa résolution d’autorisation de la guerre contre la Syrie risquant probablement la défaite au Congrès, Obama s’est mis à soutenir les négociations sur la proposition de la Syrie et de la Russie de confier les armes chimiques syriennes à des superviseurs internationaux puis de les détruire. Obama a dit qu’il avait demandé au Congrès de « retarder un vote pour autoriser l’usage de la force, pendant que nous poursuivons sur la voie diplomatique. »

Il a expliqué, « j’ai parlé aux dirigeants de deux de nos plus proches alliés, la France et le Royaume-Uni, et nous travaillerons ensemble en consultant la Russie et la Chine pour présenter une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies qui exigera d’Assad qu’il abandonne ses armes chimiques et qu’il finisse par les détruire sous contrôle international […] Pendant ce temps, j’ai ordonné à notre armée de conserver sa position actuelle afin de maintenir la pression sur Assad et d’être en position de réagir si la diplomatie échoue. »

Les alliés de Washington sont déjà en train de faire le nécessaire pour s’assurer que les négociations à l’ONU échouent dans le cas où elles ne fourniraient pas un prétexte pseudo-légal pour la guerre américaine. Le gouvernement français a annoncé que la résolution des Nations unies qu’elle est en train de rédiger autoriserait spécifiquement une action militaire contre la Syrie comme mécanisme pour en garantir «l’application». Paris a écarté les protestations du président russe Vladimir Poutine, qui insistait sur l’idée qu’une résolution des Nations unies ne devrait pas autoriser une action militaire contre la Syrie. En réaction, la Russie a annulé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU qu’elle avait convoquée pour jeudi.

Obama a clairement fait entendre que l’armée américaine se tenait prête à lancer des frappes aériennes dès qu’elle en recevrait l’ordre. Les navires de guerre en Méditerranée maintiendront « leur position actuelle afin de maintenir la pression sur Assad et d’être en position de réagir si la diplomatie échoue » a-t-il dit.

À aucun moment, Obama n’a expliqué les contradictions évidentes de sa position : si cette guerre est vraiment une tentative de Washington d’empêcher la Syrie d’utiliser des armes chimiques, pourquoi continue-t-il à vouloir une guerre après que le gouvernement syrien a juré de les abandonner ?

Obama a relevé l’inquiétude de la population sur le lancement d’une guerre dans laquelle les États-Unis interviendraient pour soutenir les milices de l’opposition dominées par des forces liées à Al Qaïda. Pourtant, il a écarté ces inquiétudes avec l’affirmation absurde qu’une décision américaine de ne pas intervenir militairement et directement renforcerait encore plus Al Qaïda. Il a dit, « Il est vrai que certains des opposants à Assad sont des extrémistes. Mais Al Qaïda ne fera que se renforcer dans une Syrie plus chaotique si les gens là-bas voient que le monde ne fait rien pour empêcher des civils innocents d’être tués par les gaz. »

C’est complètement faux. Les forces liées à Al Qaïda qui dirigent l’opposition soutenue par les États-Unis sont en train de perdre, et elles vont inévitablement tirer profit d’une attaque américaine visant à mettre hors service et détruire l’armée syrienne. Cela témoigne du fait que les prétentions de Washington de mener une « guerre mondiale contre le terrorisme » contre Al Qaïda sont politiquement frauduleuses.

Si les arguments d’Obama, examinés rationnellement, sont absurdes et incohérents, c’est parce qu’ils sont fondés sur un mensonge. Le prétexte pour la guerre, à savoir les affirmations sans preuves d’Obama sur l’usage d’armes chimiques par la Syrie, n’est pas le motif principal de la politique américaine. Washington intervient en fait pour soutenir les forces de l’opposition, organisées et financées par les États-Unis et leurs alliés européens et au Moyen-Orient, pour inverser le cours de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis et provoquer une confrontation régionale plus vaste avec les principaux alliés d’Assad : l’Iran et la Russie.

Au début, le gouvernement Obama espérait utiliser l’attaque du 21 août, probablement menée par les forces de l’opposition soutenues par les États-Unis et l’Arabie saoudite, pour lancer rapidement une guerre avant qu’aucune question ne soit posée, et bien sûr sans avoir à y répondre. L’attaque à l’arme chimique, ont déclaré le gouvernement Obama et ses alliés, a franchi une « ligne rouge », et une réponse militaire est nécessaire.

Une campagne de bombardement des États-Unis était nécessaire parce que les forces de l’opposition qu’ils soutiennent étaient sur le point de s’effondrer.

Le gouvernement américain et ses alliés européens n’étaient cependant pas préparés à l’opposition populaire très majoritaire qui s’est développée face à leurs projets de guerre ; en effet les masses se rappellent les mensonges sur les armes de destruction massive qui avaient été utilisés pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Cela a sapé à plusieurs reprises les diverses stratégies des puissances impérialistes qui voulaient déclencher une guerre rapidement. Le 29 août, la Chambre des communes britannique a voté contre l’autorisation de la force armée contre la Syrie, privant Obama de soutien international.

Obama a réagi en annonçant qu’il organiserait un vote pour la guerre au Congrès américain, afin de fournir une couverture politique à une guerre d’agression. Cependant, il est rapidement apparu que le Congrès américain pourrait également voter contre l’autorisation de la guerre. Finalement, dans son discours d’hier, Obama s’est gardé de dire s’il y aurait un vote au Congrès ou pas, tout en prétendant de manière incohérente que Washington devait préparer des frappes militaires, quel que soit le résultat des pourparlers à l’ONU.

Ainsi, d’un côté Obama a déclaré que la guerre contre Assad est nécessaire, parce que les armes chimiques syriennes sont « un danger pour notre sécurité. » Et d’un autre côté, en essayant de minimiser l’ampleur de la guerre qu’il prépare afin de désamorcer l’opposition populaire, il a fait remarquer : « le régime d’Assad n’a pas la capacité de menacer sérieusement notre armée […] Ni Assad ni ses alliés n’ont intérêt à une escalade qui mènerait à sa ruine. » Pourtant cela montre précisément que la Syrie ne présente aucun danger pour la sécurité américaine, et que le prétexte d’Obama pour une guerre est une fraude et que la guerre prévue est illégale.

Derrière sa panoplie de mensonges, le gouvernement Obama, soutenu et encouragé par l’ensemble de l’élite politique et des médias, veut une solution militaire. La discussion actuelle sur une résolution des Nations unies, a peut-être temporairement retardé le risque d’une guerre mais elle ne l’a en aucun cas éliminé.

Alex Lantier

Joe Kishore

 

Article original, WSWS, paru le 11 septembre 2013

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INTRODUCTION

Aujourd’hui, 11 septembre 2013, nous publions ce qui sera probablement le chapitre final du débat sur le 11/9. Il s’agit des « 50 questions aux défenseurs de la version officielle » posées dans le documentaire qui vient tout juste de sortir : « 11-Septembre : Le nouveau Pearl Harbor ». [NdT – Seule la 1ère partie est disponible en français pour l’instant, les 2 autres suivront bientôt]

 

 

Pourquoi est-ce que j’utilise l’expression « chapitre final » ? Parce que la méthode des questions est la seule qui permette de décider de manière définitive et incontestable si la version officielle tient debout ou non.

« Vous dites que la version officielle tient debout ? Très bien, alors expliquez-nous ceci, ceci et cela. » C’est le moyen le plus simple et direct pour éviter les innombrables artifices dialectiques auxquels les « débunkers » ont désormais recours, depuis des années, pour ne pas avoir à affronter la réalité des faits.
Comme vous le verrez, il n’y aura aucun débunker qui essaiera de se confronter honnêtement à ces 50 questions. Ils s’accrocheront à tout et n’importe quoi, chercheront à invalider les questions en amont, à en réfuter d’une manière ou d’une autre le sens ou le bien-fondé, car c’est pour eux la seule manière de ne pas s’enfoncer davantage.

Si la question commence par « étant donné que pour avoir un effondrement symétrique, il est nécessaire de saper l’ensemble de la structure porteuse… », eux diront « ce n’est pas vrai que l’effondrement a été symétrique. Voyez ici, l’édifice s’incline légèrement sur le côté… », comme si cela faisait la moindre différence.

Ils s’attacheront aux mots, pinailleront sur les virgules, feront semblant de ne pas comprendre le sens profond de la question, de façon à ne pas avoir à affronter le problème.

Une personne honnête intellectuellement, face à une telle question, dirait ceci : « Oui, d’accord, la chute n’est peut-être pas exactement symétrique au sens strict, mais le problème de la défaillance simultanée reste entier. Le feu seul ne peut pas avoir fait cela. »

Au lieu de ça, le débunker invétéré dira : « ce n’est pas vrai que c’est symétrique, comme le fait croire Mazzucco, et donc je n’ai pas à répondre. » Comme si le problème cessait tout à coup d’exister.

Et vous verrez qu’après avoir réussi à lancer ce petit jeu sur 2 ou 3 questions, il tenteront de généraliser la stratégie à tout le reste, pour éviter de répondre à toutes ces questions d’un seul coup.

Que le spectacle commence !

Massimo Mazzucco

QUESTIONS


LA DÉFENSE AÉRIENNE

1.     Le fait de savoir que des attentats étaient imminents et qu’ils impliquaient le détournement de plusieurs avions de ligne, sans toutefois connaitre ni le lieu ni la date, constituait une bonne raison pour renforcer les défenses aériennes et pour mettre en état d’alerte plus de chasseurs que d’habitude sur tout le territoire. Pourquoi alors organiser autant d’exercices le même jour, tout en ne laissant que 4 avions de chasse en alerte pour défendre justement la partie du pays la plus susceptible d’être attaquée ?

2.       Une fois que le général Eberhart s’est rendu compte que le pays était attaqué par des avions de ligne détournés, à 9 h 03, pourquoi n’a-t-il pas immédiatement suspendu les exercices militaires et rappelé tous les chasseurs à leur base ?

3.       Pourquoi le général Myers n’a-t-il pas ordonné à Eberhart de le faire, après avoir fait le point au téléphone avec lui sur les attaques en cours ?

4.       Et pourquoi la Commission sur le 11-Septembre n’a-t-elle pas posé aux deux généraux ces questions pourtant fondamentales ?

L’AFFAIRE MINETA

5.       Le Secret Service savait que l’avion approchait pendant les 30 dernières minutes, ils le suivaient au radar, et avaient les moyens de l’abattre, et ils auraient dû le faire pour protéger la capitale. Mais ils ne l’ont pas fait. Pourquoi ?

6.       Concernant l’échange entre Dick Cheney et le jeune homme, pouvez-vous proposer une autre explication que celle d’un ordre de ne pas abattre l’avion, alors qu’il approchait de la zone protégée de Washington ?

LES PIRATES DE L’AIR

7.       Marwan al-Sheikki n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avion de ligne. Comment a-t-il pu effectuer une montée de 3000 pieds/minute puis une descente vertigineuse de 10 000 pieds par minute, tout en conservant le contrôle de l’avion ? Et pourquoi aurait-il pris tous ces risques inutiles, y compris celui de percuter d’autres avions en vol, plutôt que d’engager le pilote automatique et de le laisser l’emmener vers sa cible ?

8.       Ziad Jarrad n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avions de ligne, et n’avait que très peu d’expérience sur petit avion de tourisme. Comment a-t-il pu effectuer une descente « si rapide que l’ordinateur ne parvenait pas à le suivre », tout en gardant le contrôle de l’appareil, et pourquoi aurait-il pris de tels risques, y compris celui de percuter d’autres avions, plutôt que de voler en toute sécurité avec le pilote automatique vers la cible choisie au préalable ?

9.       Comment un pilote amateur [Hani Hanjour] que tous estimaient incapable de faire décoller un simple Cessna 150, qui avait du mal à comprendre les principes de base de l’aviation », et qui ne s’était jamais assis aux commandes d’un Boeing 757 a-t-il pu tout d’un coup se révéler capable de piloter un avion d’une telle dimension, en le faisant voler à de telles vitesses ?

10.     Et même si l’on part de l’hypothèse qu’il a réussi à atteindre Washington avec le pilote automatique, pourquoi donc l’aurait-il débranché et aurait-il choisi de piloter manuellement pendant 8 longues minutes, en effectuant une manœuvre parfaitement inutile qui a) augmentait considérablement le risque de s’écraser au sol, b) augmentait le risque d’être intercepté, c) lui faisait à nouveau perdre de vue sa cible, d) le contraignait à une approche bien plus difficile au raz du sol, e) réduisait sa cible à une infime ligne de ciment, et f) limitait les éventuels dégâts à la seule façade alors qu’il pouvait les maximiser et les rendre bien plus spectaculaires en faisant plonger l’avion sur les toits du Pentagone ?

11.    Même si quelqu’un avait prévu un attentat contre le Pentagone, il aurait très certainement imaginé un avion tombant du ciel sur les toits du bâtiment. Comment pouvait-on suggérer de se tenir éloigné de l’anneau externe, à moins de savoir à l’avance ce qui allait se passer ?

12.   Pourquoi ne nous a-t-on jamais montré une seule image des supposés pirates de l’air dans les différentes parties de l’aéroport le matin du 11-Septembre ?

13.   Et puisque l’aéroport Dulles de Washington disposait de caméras de surveillance aux postes de contrôle, pourquoi n’a-t-on pas rendu publiques les images correctement horodatées des 5 terroristes embarquant sur le Vol 77 le matin du 11-Septembre ?

LES VITESSES IMPROBABLES

14.   Pouvez-vous nous prouver qu’un Boeing 767 équipé de ses moteurs habituels est capable de voler pendant 2 minutes à plus de 900 km/h à basse altitude sans subir de dommages structurels ?

15.   Pouvez-vous expliquer comment des pilotes amateurs qui n’ont jamais volé sur un jet de leur vie peuvent réussir à garder le contrôle d’un avion volant plus de 300 km/h au-dessus de sa Vitesse Maximale Opérationnelle (VMO) ?

16.   Et pourquoi des terroristes, déjà bien heureux d’être arrivés en vue de leur cible, voudraient-ils compromettre toute l’opération en soumettant l’avion à un stress tel qu’il pourrait le faire s’écraser au sol avant d’avoir terminé leur mission ?

APPELS TÉLÉPHONIQUES DEPUIS LES PORTABLES

17.   Étant donné les limites du système de téléphonie cellulaire en 2001, pouvez-vous démontrer que les appels des passagers effectués avec leurs téléphones portables et mentionnés dans les rapports du FBI pouvaient être effectués à haute altitude aux vitesses indiquées et pour les durées précisées pour chacun d’entre eux ?

18.   Étant donné que les téléphones de bord sont alimentés par le système électrique de l’avion, comment une ligne peut-elle rester connectée 45 minutes après la désintégration complète de l’appareil au sol ?

Publié sur Luogocummune.net le 11 septembre 2013

Traduction GV pour ReOpenNews

Suite

Partie 2/3 :

Mazzucco11-Septembre, le nouveau Pearl Harbor: 50 questions aux défenseurs de la version officielle Par Massimo Mazzucco, 13 septembre 2013

Partie 3/3 :

11-septembre-le-nouveau-pearl-harbor-1_311-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (3/3) Par Massimo Mazzucco, 21 octobre 2013

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«Les Turcs déçus soulignaient l’avantage d’organiser une manifestation sportive dans un pays à cheval sur deux continents, l’Europe et l’Asie. ´´Je ne peux pas croire que le comité ait manqué l’occasion de commencer le marathon sur un continent et de le finir sur l’autre´´, ´´Ou bien les athlètes du triathlon traversant à la nage entre deux continents. Ce serait épique. Une occasion parfaite de faire l’Histoire. La Turquie aurait dû l’obtenir.»

 Voeux pieux de citoyens  Turcs

Réuni pour sa 125e session à Buenos Aires, le Comité international olympique (CIO) a confié le 8 septembre 2013 l’organisation des Jeux de la XXXIIe Olympiade en 2020 à Tokyo, laquelle l’a emporté sur les deux autres villes en lice, Istanbul et Madrid, après deux tours de scrutin. L’Espagne a été éliminée dès le premier tour ´´La presse mondiale est unanime: c’est l’économie qui a porté préjudice à l’Espagne´´, titre le quotidien espagnol El Mundo. Les doutes sur la vulnérabilité de l’économie espagnole ont été décisifs face à la candidature de Tokyo pour les Jeux de 2020. Cependant, comparée à la Turquie, l’Espagne s’en est mieux sortie. Bien qu’elle en soit à sa troisième tentative de candidature 1972, 2012, 2016, elle a organisé les Jeux de l’Olympiade à Barcelone 1992 et surtout elle a organisé une manifestation planétaire prestigieuse; la Coupe du Monde en 1982 ainsi que la coupe d’Europe

Malgré Fukushima ou à cause de Fukushima?

Pour Tokyo, il faut rappeler qu’en 1940 et 1964 Tokyo a été retenue pour organiser les jeux. De plus, elle a organisé les Jeux olympiques dhiver: Sapporo 1972, Nagano 1998. Pour convaincre le CIO qu’au Japon «les Jeux seraient entre de bonnes mains», Tokyo s’était targuée d’avoir déjà mis 4,5 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) dans un fonds spécial en banque pour couvrir le financement des Jeux (soit la moitié de la facture estimée), d’offrir des rues parmi les plus sûres du monde, des finances solides et des infrastructures du plus haut niveau pour des jeux compacts, 85% des sites se situant à moins de 8 kilomètres du village des athlètes. La capitale japonaise va donc accueillir les Jeux olympiques pour la deuxième fois de l’Histoire. La nouvelle a agréablement surpris, mais le projet n’est pas à l’abri des craintes liées à Fukushima.

Les Tokyoïtes ont crié ´´Banzai!´´ ce dimanche 8 septembre pour célébrer l’élection de leur ville pour organiser les Jeux olympiques 2020. L’annonce de cette désignation a été accueillie avec surprise car la population n’y croyait qu’à moitié. (…) ´´Même la Cour impériale a soutenu le projet´´ d’après le journal Sankei, en évoquant la visite de la princesse Hisako Norihito de Takamado à Bueno Aires. Mais cela n’étouffe nullement linquiétude concernant l’accident de Fukushima: ´´le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré que la situation à la centrale était parfaitement sous contrôle et que Tokyo n’était absolument pas inquiété par l’accident. On ne peut nier toutefois que la capitale japonaise a aussi touché la corde sensible des membres du CIO, notamment quand elle a réussi à expliquer son choix de se relancer dans la course olympique afin de redonner de l’espoir aux Japonais, ébranlés par le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du pays en mars 2011.» (1)

Fukushima pollue le Pacifique! Fukushima sera (peut-être) démantelé d’ici… 40 ans (= 2051?)! Qu’en sera-t-il d’ici 2020 = dans 7 ans à peine? Si le gouvernement japonais s’empressait tant ces derniers temps à reprendre la main sur la gestion de la catastrophe de Fukushima, c’est notamment qu’il avait en ligne de mire les JO de 2020… Chaque jour, une nouvelle fuite, une annonce d’une hausse du taux de radioactivité inattendue… Pourtant c’est l’mapthie envers le peuple japonais qui l’a emporté sur les craintes suscités par lles conséquences radioactives du démantèlement qui diton ne s’estomperaient que dans quarante ans à la fin du démantèlement. Un dessin du Canard enchainé résume plus que mille discours la réalité du futur. Il représente deux japonais squelettiques , avec des masques à gaz, en train de se battre sur fond ‘apocalypse nucléaire et le reporter  qui porte lui aussi ainsi que les deux juges, un masque à gaz qui déclare : « Merveillous, grâce à Fukushima le sumo est devenu une discipline olympique ». On comprend sans peine que le gouvernement nippon proteste …

Les précédents camouflets de la Turquie

Pour rappel cela fait cinq fois que la Turquie sollicite l’Occident pour organiser les jeux 2000, 2004, 2008, 2012. Quelle naïveté que ces Turcs qui n’ont rien compris! La proximité avec la Grèce et le marathonien Philippides ne leur est d’aucun secours. C’est un nouveau camouflet pour Ankara. Le rejet de la candidature turque pour l’organisation des Jeux olympiques de 2020 passe mal.

La France a été désignée en mai 2010 pour organiser l’Euro-2016. Une victoire qui fait jaser sur les rives du Bosphore, où l’on dénonce un choix politique plus que sportif. Soutenue par son président Abdullah Gül, la Turquie perd pour la troisième fois consécutive l’organisation de la compétition. La France a déjà accueilli le Championnat d’Europe en 1984 et la Coupe du monde en 1998. Elle avait également accueilli en 1960 l’ancêtre de l’Euro. Il n’empêche! Tout sauf la Turquie!

En mai 2010, lors de la  non désignation de la Turquie, Yakir Mizrahi, journaliste sportif à Istanbul, écrivait: ´´Ne sommes-nous pas assez Européens pour organiser l’Euro?´´: «Nous sommes très déçus par la décision de l’Uefa. Nous pensons qu’elle est injuste, d’autant plus que la France obtient pour la deuxième fois le droit d’organiser l’Euro. Alors pourquoi priver la Turquie pour la troisième fois consécutive d’une telle opportunité? Nous avons l’impression que l’on nous envoie un message politique, comme si l’on voulait nous dire que nous ne sommes pas assez Européens pour organiser l’Euro. On nous reproche notre manque d’infrastructures et de moyens de transports. Mais l’Ukraine, qui organise l’Euro-2012, n’est pas mieux lotie. Et, pour couronner le tout, le patron de l’UEFA, Michel Platini, a été irrespectueux à l’encontre de notre président. Lorsque le président français Sarkozy est arrivé à Genève pour s’adresser aux délégués de l’Uefa, Platini s’est levé et l’a présenté à tous les membres du comité exécutif. Mais lorsque notre président Abdullah Gül est arrivé, il n’a pas daigné se lever. Les médias locaux ont dépeint ce geste comme une offense à la Turquie. Je pense que les Turcs ne vont pas oublier de sitôt cet épisode, ni cette décision injuste.´´»(2)

Les mea culpa turcs

Après le rejet de la candidature d’Istanbul à l’organisation des Jeux olympiques de 2020, la presse turque est amère et s’interroge: la décision du CIO est-elle politique, ou est-ce l’image négative de la Turquie qui a fait pencher la balance? Nous lisons: «Que pouvait-on espérer, alors que l’on assiste à nouveau à des manifestations de violence policière sur le campus de l’Université Ödtü à Ankara? Mehves Evin, dans Milliyet, pointe également les effets néfastes pour l’image de la Turquie des événements du parc Gezi, Turan Alkan dans Zaman, quotidien qui exprime un soutien critique à l’égard du gouvernement AKP, tout en refusant de conclure que ´´décidément, le monde extérieur n’aime pas les Turcs´´, estime que la décision de ne pas choisir Istanbul est politique: ´´Que deux tiers des membres du CIO aient voté en faveur de Tokyo a incontestablement une dimension politique et culturelle. ´´Les forces politiques que l’on retrouve implicitement au sein du CIO ne voient pas nécessairement d’un bon oeil que la Turquie franchisse un palier. Cette affaire est assez semblable à ce qui se passe avec l’Union européenne, à la porte de laquelle on nous fait attendre depuis des décennies. Les maîtres de ce monde considèrent ainsi que la Turquie doit certes faire partie du ´´système´´ mais en restant éloignée du ´´centre de commandement´´». (3)

Les tripatouillages des organisations du football et de l’olympisme

Là où il y a de l’argent, il y a de la corruption, voire des tripatouillages en tout genre. Les voix sont achetées en y mettant le prix. On se souvient tous de Avery Brundage qui régna pendant longtemps sur le CIO dans une grande opacité. Ce fut encore pire avec Juan Antonio Samaranch. Nous avons en mémoire la honte de l’attribution de la Coupe du monde 2022 à un émir ventripotent qui compte investir 200 milliards et construire des stades climatisés.

Ainsi après avoir plaidé, en juillet dernier, pour que le Mondial-2022 prévu au Qatar puisse se disputer en hiver, plutôt qu’en été, à cause des grandes chaleurs qui caractérisent ce pays désertique du Moyen-Orient, en qualifiant cette situation d’«irrationnelle», le président de la Fifa, Joseph Blatter, vient de déclarer que sa fédération «s’est peut-être trompée d’avoir donné son accord pour l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar». Il a ajouté qu’il «faut par ailleurs tenir compte des paramètres politiques et géopolitiques». Continuant dans son mea culpa, Blatter s’en prend à l’eurocentrisme: «La Coupe du monde est un événement mondial. Qui sommes-nous, nous les Européens, pour imposer nos points de vue? Je pense qu’il est grand temps que l’Europe commence à comprendre qu’elle ne régit plus le monde et que certaines anciennes puissances coloniales ne sont plus en mesure d’imposer leur volonté aux autres peuples de la planète.» (4)

Le chemin de croix de la Turquie vers une Europe qui dérive loin d’elle

Les raisons du refus sont légères. Le choix d’Istanbul par le CIO se présentait comme plus audacieux. Trop risqué pour cette institution? La guerre en Syrie et la menace d’un embrasement possible du Proche-Orient ont-elles pesé sur la candidature stambouliote? Cette question n’aura probablement jamais de réponse. ´´Istanbul est à plus de 1000 km de Damas, a martelé Hasan Arat, président d’Istanbul 2020 durant sa campagne. Et les JO auront lieu dans sept ans! Nous espérons que la guerre sera terminée d’ici là…´´ Où est alors la raison?

Il nous faut remonter dans le temps. La Turquie d’Atatürk s’est toujours voulu européenne. Après avoir aboli le califat, adopté un modèle de Constitution copiée sur la Suisse et la France, elle a sans état d’âme choisi l’Occident. La Turquie, pays partagé entre Europe et l’Asie mineure, participe très tôt à la construction européenne. Elle est membre fondateur de l’Organisation européenne de coopération économique (1948), adhère dès 1949 au Conseil de l’Europe et à l’Otan en 1951. Durant la Guerre froide, la Turquie s’allia aux États-Unis et à l’Europe de l’Ouest. Le 11 novembre 1957, le Premier ministre turc souhaite que la Turquie adhère aux initiatives telles que la Communauté économique européenne,

Le 31 juillet 1959, dix-huit mois seulement après l’entrée en vigueur des traités de Rome, la Turquie a présenté sa demande d’association à la CEE. En 1961, lors de l’adoption de la nouvelle Constitution turque, un alinéa est rajouté à l’article 65, concernant la ratification des traités internationaux, afin de faciliter l’adhésion turque à la CEE8. La Grèce avait présenté sa demande le 8 juin 1959 pour un accord d’association avec la Communauté économique européenne entrant en vigueur le 1er novembre 1962. Celui avec la Turquie entra en vigueur le 1er décembre 1964. La Turquie a déposé sa demande d’adhésion à l’Union européenne le 14 avril 1987 (alors Communauté européenne). La Turquie est un membre associé de l’Union européenne(UE) et des communautés qui l’ont précédée depuis 1963. La Turquie a signé un accord d’Union douanière avec l’Union en 1995 et a officiellement été reconnue candidate le 12 décembre 1999 lors du sommet européen d’Helsinki. Les négociations commencèrent le 3 octobre 2005. La demande d’adhésion est devenue un sujet de controverse majeur parmi les élargissements en cours de l’Union européenne. Selon plusieurs sondages réalisés ces dernières années, la grande majorité des Européens et plus particulièrement des Français restent contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. (5)

En décembre 1997, le Conseil européen de Luxembourg décide de «lancer un processus d’adhésion englobant les dix États candidats d’Europe centrale et orientale et Chypre». Le Conseil européen «décide de convoquer au printemps 1998 des conférences bilatérales pour commencer les négociations avec Chypre, la Hongrie, la Pologne, l’Estonie, la République tchèque et la Slovénie [...]. Parallèlement, la préparation des négociations avec la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie et la Bulgarie est accélérée». Tous ces pays ont été intégrés, on peut ajouter la Croatie dont l’adhésion a été très rapide.

L’Autriche et la France du président Sarkozy- celui qui a lancé la fameuse phrase-si la Turquie était en Europe cela se saurait- ont toutes deux déclaré qu’elles organiseraient un référendum sur l’adhésion de la Turquie et uniquement contre ce pays… C’est le cas en France avec le changement apporté en 2005 à la Constitution. Le problème de la partition de Chypre est aussi un prétexte à l’évolution des négociations. La partie occidentale de Chypre est européenne. De l’autre côté de la route, les Chypriotes turcs n’ont aucun avantage…

Pourtant pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, l’empire Ottoman était appelé: ” l’homme malade de l’Europe”, et il n’a eu de cesse de se battre attaqué par les puissances de l’époque ; la perfide Albion et son acolyte le Coq gaulois qui étaient de toutes expéditions pour  dit on “protéger les minorités chrétiennes du Levant”. Ce qui amena la “Question d’Orient” et le séisme du  dépeçage de l’empire “grâce” à Sykes et son acolyte Picot il y a de cela près d’un siècle . Les répliques de ce tremblement de terre nous les revivons en Syrie, mais cette fois les peuples ne sont plus dupes, ils se battront aidés en cela aussi par une prise de conscience internationale qui transcende les pays . Le clivage n’est pas entre les peuples il est entre les oligarques du monde quelques soient leur  latitude – adeptes du “moneys-théisme-  et les autres tout les autres qui veulent vivre dans la dignité

Le problème de la partition de Chypre est aussi un prétexte à l’évolution des négociations. La partie occidentale de Chypre est européenne. De l’autre côté de la route, les Chypriotes turcs n’ont aucun avantage… En 2006, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, considérait que le processus pourrait durer au moins jusqu’en 2021. On reste rêveur quand on sait que les pays de l’Est, anciennement les ennemis, ont été intégrés au pas de charge en moins de cinq ans. Nous sommes à plus de cinquante ans et il n’y a pas de signes avant-coureurs de l’acceptation des Turcs qui n’ont pas compris que l’Europe chrétienne est contre.

Il suffit de lire les écrits de Giscard d’Estaing, des deux papes Jean-Paul II et plus encore le «panzer cardinal» Benoit XVI particulièrement remonté contre les Turcs qu’il connait pour les côtoyer en Allemagne. Pour Angela Merkel «inviter la Turquie à devenir un pays candidat était une erreur». Le 31 octobre 2012 le Premier ministre Recep Tayyip Erdoðan annonce que, si d’ici 2023 la Turquie ne se voit pas accorder le statut de membre, celle-ci retirera sa demande… (5)

On le voit, il y a un fait, l’Europe, et plus largement l’Occident, fait à l’égard de la Turquie l’endiguement, qui ne peut être expliqué que par la religion.  Pour eux le spectre de l’Islam, même à la mode aseptisée de l’AKP, est incompatible avec les «valeurs» de la chrétienté. Il est à parier que des pays au coeur de l’Europe comme la Bosnie, l’Albanie passeront par le même feuilleton sans lendemain. Que veut en définitive l’Occident ,  s’acoquiner avec les extrêmes d’un Islam Politique réactionnaire et repousser un Islam apaisé comme on le voit en Syrie ou dans les monarchies du Golfe ?

On comprend le Premier ministre turc Erdogan exprimant sa déception à la presse argentine après le niet du CIO: «Ce n’est pas juste. D’une certaine manière, le comité de l’IOC est en train de rompre avec le monde musulman qui représente 1.5 milliard de personnes.» Pourtant, C’est à Ephèse en Turquie, que dit-on, la Vierge Marie aurait terminé ses jours…

Professeur Chems Eddine Chitour

 Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.     http://www.courrierinternational.com/ revue-de-presse/2013/09/09/tokyo-entre-surprise-et-euphorie?utm_campaign=&utm_ medium=email&utm_source=Courrier+international+au+quotidien

2.  http://observers.france24.com/fr/content/ 20100528-france-gagne-organisation-euro-2016-turcs-voient-rouge

3.  http://www.courrierinternational.com/ revue-de-presse/2013/09/09/un-revers-pour-la-turquie

4.    http://algeriepatriotique.com/article/blatter-le-choix-du-qatar-pour-le-mondial-2022-ete-une-erreur*

5.  Adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Encyclopédie Wikipédia

 

 

 

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Russia 24 : Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir accordé cet entretien à Russia 24. Pourquoi la Syrie a-t-elle accepté, si vite, l’ « Initiative russe » et donc de soumettre ses armes chimiques au contrôle international ?

La Syrie a soumis, il y a plus d’une dizaine d’années, une proposition à l’Organisation des Nations Unies ayant pour but de débarrasser le Moyen-Orient des armes de destruction massive. Ceci parce que c’est une région instable… une « région de guerres » depuis des décennies, voire des siècles… la vider de toutes les armes non conventionnelles contribuerait à la stabiliser. À l’époque, les États-Unis avaient fait obstacle à cette proposition. C’est donc pour nous « un principe » de ne pas croire que les armes de destruction massive au Moyen-Orient soient une chose positive. Nous pensons tout à fait le contraire dans la mesure où nous cherchons depuis toujours la stabilité et la paix. Ceci est le premier aspect.

Un deuxième aspect concerne la situation actuelle. Il est indéniable que la Syrie, en tant qu’État, pense avant tout à s’épargner à elle-même et aux pays de la région « une nouvelle folie » que certains partisans des guerres, aux États-Unis, voudraient voir enflammer notre région ; alors que nous payons encore aujourd’hui le prix d’autres guerres menées par les Etats-Unis, tant en Afghanistan si loin de la Syrie qu’en Irak si proche. Nous sommes convaincus que toute guerre menée contre la Syrie sera une guerre dévastatrice qui entrainera la région dans une série de turbulences et de problèmes pour des décennies et, peut-être, pour des générations à venir.

Le troisième aspect concerne l’initiative russe elle-même. C’est certainement le plus important et c’est évidemment ce qui nous a conduit à aller dans cette direction. Si cette initiative n’était pas venue de la Russie, la Syrie aurait difficilement pu avancer dans ce sens. Notre relation avec la Russie est « une relation de confiance » qui s’est particulièrement renforcée durant cette crise qui dure depuis bientôt deux ans et demi, au cours desquels elle a prouvé sa capacité à comprendre ce qui se passe dans la région, sa crédibilité, et aussi qu’elle est une grande puissance sur laquelle on peut compter…

Telles sont les raisons qui ont poussé la Syrie à travailler en vue de la signature de la « Convention sur l’interdiction des armes chimiques ».

Russia 24 : Cependant, le président Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry ont déclaré que la Syrie n’avait accepté cette initiative et donc la soumission de ses armes chimiques à un contrôle international qu’en raison de la menace de frappes aériennes. Est-ce vrai ?

Si nous revenions quelques semaines en arrière, avant cette dernière menace de frappes aériennes… Les menaces des USA ne tournaient pas autour de ce « désarmement », mais plutôt autour d’une frappe dirigée contre la Syrie dans un contexte d’allégations, répandues par l’administration US, à propos de l’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta de Damas. Non ce n’est pas vrai de dire que les USA nous menaçaient pour que nous abandonnions nos armes chimiques. Ce qui est vrai est qu’ils ne se sont saisis de ce sujet qu’après le dernier G20 qui s’est réuni à Moscou, pas avant.

Je répète donc ce que je viens de dire. Ce qui nous a amené à avancer dans ce sens c’est l’initiative russe, elle-même, et les discussions que nous avons eues avec les responsables russes sur ce sujet. Je tiens à souligner une fois encore que si cette initiative n’était pas venue de la Russie, il aurait été absolument impossible de discuter de ce sujet avec n’importe quel autre pays.

Tout ceci est une sorte de propagande voulue par les USA, parce que Kerry, son administration, et peut-être même Obama veulent toujours apparaître tel le vainqueur qui menace et qui obtient… Mais peu nous importe, car la question fondamentale dans cette affaire porte sur les convictions de la  Syrie et le rôle de la Russie.

Russia 24 : Nous avons appris, hier soir, que la Russie avait informé les USA sur les étapes nécessaires à l’application du projet de mise sous contrôle international des armes chimiques. Voudriez-vous nous parler des procédures envisagées et dont vous avez certainement discutées ?

Certainement. Dans les prochains jours, la Syrie adressera les courriers et documents techniques, nécessaires à la signature de l’accord, aux Nations Unies et à l’ « Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ». L’accord comprend plusieurs aspects dont l’interdiction de fabrication, de stockage et évidemment d’utilisation… Je crois qu’une fois la Convention signée elle ne prendra effet qu’environ un mois plus tard. La Syrie devra alors fournir l’inventaire de ses stocks à l’Organisation… Il s’agit d’un ensemble de procédures routinières que nous allons suivre.

Mais, il doit être clair pour tous que ceci ne se fera pas à sens unique. Il n’est pas question de se dire : « la Syrie a signé… la Syrie s’est exécutée… l’affaire est terminée ! ». La question est nécessairement à double sens et dépend en premier lieu des USA, qui devront abandonner leurs politiques agressives envers la Syrie et répondre aux conditions de l’initiative russe. Lorsque nous constaterons que les Etats-Unis se sont vraiment orientés dans la direction de la stabilité de cette région, lorsqu’ils auront cessé de menacer et d’œuvrer pour la guerre et même d’envoyer des armes aux terroristes ; nous pourrons envisager d’aller jusqu’au bout des procédures et vers la phase finale de l’accord.

Ce n’est donc pas une action à sens unique ! En même temps, le rôle principal reviendra à l’État russe, parce qu’il n’y aucune confiance ni aucun contact entre nous et les USA. La Russie est actuellement le seul pays capable de tenir ce rôle.

Russia 24 : Si l’initiative russe est finalement adoptée, quelle sera la représentation internationale que la République arabe syrienne acceptera comme observatrice, étant donné que la situation n’est pas classique ?

Nous pensons qu’il est logique que ce rôle revienne à l’ « Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ». Elle seule en a les compétences et les experts en la matière, et c’est elle qui supervise l’application de cette Convention dans tous les pays du monde.

Russia 24 : Mais nous savons tous qu’Israël a signé la « Convention sur l’interdiction des armes chimiques », mais ne l’a jamais ratifiée. La Syrie exigera-t-elle qu’Israël aille jusqu’au bout du processus ?

Lorsque nous avons lancé notre projet d’élimination des ADM comme je l’ai dit tout à l’heure, l’une des raisons de son obstruction par les États-Unis était de permettre à Israël de posséder de telles armes. Puisque nous souhaitons tous la stabilité au Moyen-Orient, tous les pays doivent se conformer aux conventions qui les interdisent à commencer par Israël qui possède des armes nucléaires, chimiques, bactériologiques et tous les types d’ADM. Nous devons continuer à travailler dans ce sens pour qu’aucun État n’en possède ; ce qui pourra peut être épargner de futures guerres dévastatrices et très coûteuses non seulement à notre région mais aussi au monde entier.

Russia 24 : La Syrie va soumettre ses armes chimiques au contrôle de la communauté internationale, mais nous savons que des experts russes ont confirmé l’utilisation d’une substance chimique toxique près d’Alep par des éléments des groupes terroristes extrémistes. Qu’en pensez-vous ? Et que proposez-vous pour protéger les peuples de Syrie et des pays voisins de ces groupes qui pourraient recommencer ce genre d’attaque ?

L’incident que vous mentionnez s’est produit en Mars dernier, lorsque les terroristes ont tiré des missiles chargés de produits chimiques toxiques sur les civils de Khan al-Assal à Alep faisant des dizaines de victimes. Suite à cela, nous avions invité les Nations Unies à déléguer une commission d’experts pour enquêter et se documenter sur les responsables.

C’est parce qu’il était clair que cette attaque était l’œuvre des terroristes que les Etats-Unis ont empêché la venue de ces experts. Nous avons alors travaillé avec des experts russes, auxquels nous avons confié tous les éléments de preuve en notre possession. Ils ont démontré que l’attaque était bien l’œuvre des terroristes sévissant dans le Nord de la Syrie.

Maintenant nous devons faire en sorte que ces experts en armes chimiques, qui ont quitté il y a près d’une semaine, reviennent en Syrie pour poursuivre l’application de l’accord que nous avions mutuellement signé lors de leur précédent séjour et qui stipule de mener des enquêtes dans un certain nombre de nos régions, en particulier à Khan al-Assal. Il nous faut sérieusement enquêter sur la nature des substances toxiques utilisées, sur ceux qui les ont utilisées et, plus important encore, sur les États qui les ont livrées aux terroristes pour ensuite arriver à leur demander des comptes !

Russia 24 : Monsieur le Président, pouvez-vous nous rassurer ? Est-il possible de confisquer ces produits toxiques aux mains des terroristes ? Est-ce réalisable ?

Cela implique de savoir qui sont les pays en relation avec les terroristes. Tous les États affirment qu’ils n’ont rien à voir avec eux. En fait, nous savons que l’Occident a déclaré qu’il leur avait fourni ce qu’il a qualifié de « soutien logistique »… de matériel militaire « non létal »… ou de matériel dit « humanitaire » !

La réalité est que l’Occident et certain pays de la région, tels la Turquie, l’Arabie saoudite, et précédemment le Qatar, ont une relation directe avec les terroristes et leur fournissent toutes sortes d’armes. Nous sommes convaincus que l’un des ces pays leur a livré ces armes chimiques.

Ces pays sont évidemment supposés pouvoir stopper leurs livraisons, mais certains terroristes n’obéissent à personne et à partir du moment où ils sont armés et peuvent s’adonner aux destructions ils ne se sentent redevables à qui que ce soit, même à ceux qui les ont soutenus en armes et en argent !

Russia 24 : Monsieur le Président, certains médias US ont dit que des officiers de l’Armée arabe syrienne vous ont demandé, à maintes reprises, de leur permettre d’utiliser des armes chimiques contre « l’opposition armée » ; ce que vous auriez refusé, mais qu’ils ont quand même utilisé des substances toxiques individuellement et de leur propre chef. Est-ce vrai ?

Cela fait partie de la propagande des USA, notoirement connus pour ne pas hésiter à utiliser toutes sortes de mensonges qui justifieraient leurs guerres. Ce dernier mensonge nous rappelle celui de Colin Powell et de l’administration de George W. Bush, lorsqu’il y a un peu plus de dix ans ils ont prétendu apporter la preuve que Saddam Hussein fabriquait des ADM pour légitimer leur invasion de l’Irak et qu’il s’est avéré, par la suite, qu’ils avaient menti sur toute la ligne et notamment sur les ADM !

Premièrement, il n’a jamais été question d’utiliser les armes chimiques en Syrie par qui que ce soit ! Deuxièmement, ce type d’armes ne peut être utilisé par l’infanterie ou toute autre troupe, mais nécessite des unités spécialisées et formées à sa manipulation. Ce mensonge est illogique et non crédible.

Russia 24 : Monsieur le Président, dernièrement des preuves présentées comme sûres indiscutables ont été présentées devant les membres du Congrès américain. Des vidéos confirmeraient la version US selon laquelle l’Armée nationale syrienne aurait bel et bien utilisé des armes chimiques dans la Ghouta est. Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Ils n’ont fourni aucune preuve ni au Congrès, ni aux médias, ni à leur population, ni à l’un quelconque des autres États du monde, dont la Russie avec laquelle ils sont pourtant en dialogue permanent. Tout ce qu’ils racontent fait partie de la propagande US.

La logique de la situation veut que vous n’utilisiez pas des ADM à quelques centaines de mètres de vos troupes ou de vos zones résidentielles, car cela signifie la mort pour des dizaines de milliers de vos soldats et citoyens. Vous n’avez pas à utiliser des ADM alors même que vous progressez considérablement sur le terrain en usant de vos armes conventionnelles.

Toutes ces allégations sont loin d’être convaincantes d’où la situation délicate de l’administration US actuelle, encore plus difficile que celle de la précédente, car moins douée pour le mensonge que l’administration sous George W. Bush. L’administration précédente mentait mais savait comment convaincre une partie du monde de ses mensonges, alors que l’administration actuelle n’a même pas réussi à en convaincre ses alliés ! Toutes ces allégations ne sont désormais d’aucune importance car, je le répète, illogiques et non crédibles.

Russia 24 : Monsieur le Président, une dernière question que je ne peux éviter de poser puisqu’elle touche à la sécurité et à la protection de tous. Certains spécialistes russes et certains médias ont dit que des terroristes pourraient lancer des attaques chimiques contre Israël à partir de zones contrôlées par le gouvernement syrien. Pouvez-vous, en tant que Commandant en chef de l’Armée et des Forces armées, nous confirmer ces informations ?

Puisque nous sommes certains que des substances chimiques toxiques ont été livrées aux terroristes, avant d’être utilisées contre nos soldats et notre population civile en Syrie ; cela signifie que le matériel est disponible.

D’autre part, nous savons tous que ces groupes terroristes, ou ceux qui les dirigent, voulaient la frappe US sur la Syrie et, qu’avant cela, ils ont travaillé à faire intervenir Israël dans la crise syrienne. Il n’est donc absolument pas improbable que ce discours soit propagé pour atteindre ces mêmes objectifs.

En effet, une guerre régionale rendrait la situation encore plus chaotique. Plus de chaos ouvrirait naturellement la voie aux terroristes pour encore plus de vandalisme et de destructions. Cette menace est donc un véritable défi car les terroristes sont maintenant en possession de substances chimiques toxiques… Il y a encore des pays qui continuent à leur en fournir !

 

Russia 24 : Merci M. le président pour nous avoir accordé cet entretien.

Une fois encore, je vous remercie d’être venu en Syrie et je remercie Russia 24.

 

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

12/09/2013

 

Source : Vidéo de la Présidence de la République arabe syrienne / You Tube

http://www.youtube.com/watch?v=8RmTKvsgvp4

Texte transcrit et traduit par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Autre source : Top News nasser-kandil,[Sana étant inaccessible]

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?sms_id=55217

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Le martèlement politico-médiatique sur les armes chimiques de la Syrie, qui selon les « preuves » secrètes de la Cia auraient été utilisées par les forces gouvernementales, génère l’impression diffuse que la Syrie soit désormais la seule à posséder de telles armes et qu’elle menace avec elles le reste du monde. Puissance des armes de destruction de masse, capables de focaliser l’attention de l’opinion publique sur un point singulier, en faisant disparaître tout le reste.

Ce fut l’Allemagne qui utilisa la première les armes chimiques en 1915-17 : chlore liquide et phosgène, puis gaz vésicatoire et asphyxiant Mustard (ou ypérite). En riposte, la Grande-Bretagne et la France produisirent elles aussi ce gaz létal. Le gaz nervin Tabun, qui provoque la mort par asphyxie, fut découvert en 1936 par des chercheurs de la société allemande I.G. Farben (celle-là même qui produisit le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz). En 1936 l’Italie utilisa en Ethiopie des armes chimiques, déjà employées en Libye en 1930. En Allemagne, on produisit des agents chimiques encore plus létaux, le Sarin et le Soman. Ceux-ci ne furent pas utilisés par Hitler, probablement par qu’au début de la guerre il craignait une rétorsion des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, qui avaient de gros arsenaux chimiques, et dans la phase finale, parce qu’il ne lui restait plus assez d’avions pour l’attaque.  Pendant la guerre froide la course aux armes chimiques accéléra avec la découverte du gaz nervin le plus toxique, le VX, dont la production commença en 1961 aux USA. Furent ainsi produites les premières armes chimiques binaires : projectiles, bombes et têtes de missiles qui contiennent deux composants chimiques séparés, et donc relativement inoffensifs, lesquels en se mélangeant pendant la trajectoire se combinent en une substance toxique. Usa et URSS accumulèrent les arsenaux chimiques les plus grands et plus létaux. Mais le « club chimique » s’élargit rapidement à d’autres pays.

La guerre froide finie, est entrée en vigueur en 1997 la Convention sur les armes chimiques, qui en interdit l’usage et institue la destruction des arsenaux existants. Mais seize années plus tard, autant les Etats-Unis que la Russie n’ont encore détruit complètement leurs arsenaux, car ils n’ont pas observé les cadences instituées. Selon les données officielles, les USA conservent environ 5 500 tonnes d’armes chimiques. La Russie en a beaucoup plus, environ 21 500, héritées des arsenaux soviétiques. Une évaluation simplement quantitative est cependant trompeuse : Etats-Unis, Russie et d’autres pays technologiquement avancés gardent la capacité de construire des armes chimiques binaires sophistiquées et unissent toujours les manœuvres de guerre nucléaire avec celles de guerre chimique. Mais même si l’on ne s’en tenait qu’à la dimension quantitative, les Etats-Unis, qui conduisent la campagne contre les armes chimiques en Syrie, en possèdent environ 6 fois plus : selon une estimation de l’intelligence française, probablement gonflée (l’estimation, pas l’intelligence française, Ndt) la Syrie aurait environ 1 000 tonnes d’agents précurseurs chimiques (substances pouvant produire des armes chimiques).

Pourquoi la Syrie n’a-t-elle pas signé la Convention sur les armes chimiques ? La réponse, en termes essentiels, est : parce que les armes nucléaires israéliennes sont pointées sur elle. Et pas que ça. Israël a aussi construit depuis les années 1960 un arsenal sophistiqué d’armes chimiques. Mais, tout comme son arsenal nucléaire, il reste secret car Israël a signé mais pas ratifié la Convention sur les armes chimiques.  Selon un rapport de Foreign Policy, fondé sur un document de la Cia, des recherches poussées sur les armes chimiques furent menées au Centre israélien de recherche biologique et ces armes furent produites et stockées dans le désert du Néguev, à Dimona, où on produit aussi des armes nucléaires. Même le Jérusalem Post le rapporte. Et même si Israël n’avait pas conservé cet arsenal, écrit la revue spécialisée Jane’s, il possède la capacité de « développer en quelques mois un programme d’armes chimiques offensives ». On comprend ainsi pourquoi l’Egypte aussi n’ait pas signé la Convention sur les armes chimiques.

Etats-Unis et Israël n’ont jamais violé officiellement l’interdiction de l’utilisation d’armes chimiques, puisque l’agent chimique Orange à la dioxine, massivement utilisé par les USA au Vietnam, et les bombes chimiques au phosphore blanc utilisées par les USA en Irak, Yougoslavie, Afghanistan et Libye, et par Israël à Gaza, ne sont pas considérées comme des armes chimiques.

Une consolation pour les familles qui ont vu leurs enfants naître malformés par l’agent Orange ou mourir brûlés par le phosphore blanc.

Manlio Dinucci

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edition de jeudi 12 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130912/manip2pg/02/manip2pz/345687/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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SYRIE : Ingérence délibérée sous prétexte douteux !

septembre 12th, 2013 by Général Dominique Delaware

Ancien chef du bureau “Situation-Renseignement-Guerre électronique” de l’Etat Major Interarméees de Planification Opérationnelle en région parisienne, ayant servi près de deux années au Proche Orient, dont  14 mois en qualité de chef du bureau renseignement de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, ayant fait une bonne douzaine de séjours au Moyen Orient (Qatar, Emirats, Koweit), ayant enfin servi trois années aux Etats Unis en qualité d’officier de liaison auprès de l’Enseignement militaire supérieur  américain, je crois connaître mieux que le citoyen moyen, voire que certains experts autoproclamés, les problèmes du Proche et du Moyen Orient. Je me suis toujours tenu informé sur ce qui s’y passait et, par conséquent sur le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui : une éventuelle intervention militaire en Syrie.

Ce courrier a pour but de donner les raisons précises de mes doutes quant à l’opportunité d’une intervention en répondant à quelques questions simples. Il s’agit aussi de donner matière à réfléchir à ceux qui veulent vraiment étudier le problème sans se contenter des logorrhées verbales bien pensantes et des affirmations péremptoires des hommes politiques de tous bords.

1 – Les preuves indubitables présentées par le premier ministre aux députés sont-elles convaincantes et crédibles  ?

Quelles que soient ces preuves, ma réponse est non.

Les preuves peuvent évidemment être indubitables puisque personne n’a d’éléments concrets pour les mettre en doute. Mais elles peuvent être fausses. Je n’ai pas la mémoire courte et me souviens du général américain Colin Powell présentant aux Nations Unies, avec un aplomb incroyable,  ses “fausses preuves indubitables” établie par la CIA sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak pour justifier l’intervention militaire qui a suivi. Je sais qu’en France, phare de l’humanité, on ne ment jamais, mais tout de même…

Personnellement, j’ai la conviction intime que nous sommes en présence d’une nouvelle manipulation avec le massacre au gaz chimique de Damas et je vais tenter d’en convaincre le lecteur.

2 – A qui profite ce “massacre” au gaz ?

Certainement pas à  Bachar El Assad qui n’aurait jamais pris le risque  de franchir cette ligne rouge posée depuis longtemps par les américains et les franco-anglais. Il savait qu’une intervention occidentale suivrait toute utilisation de gaz et signifierait sa chute à courte échéance. Il savait que les Nations Unies étaient mandatées pour étudier l’utilisation des gaz en Syrie. Il possède un arsenal suffisant pour frapper ses adversaires sans faire appel au gaz. Aurait-il pris un tel risque, à un tel moment pour tuer seulement quelques centaines d’adversaires en banlieue de Damas, capitale du pays, à une relative proximité des délégations diplomatiques étrangère ? Cette affirmation absurde ne tient pas la route.

Ce “massacre” dont nul ne connaît l’ampleur réelle profite donc aux deux autres parties en cause dans cette affaire.

D’abord aux opposants de Bachar El Assad qui, si intervention il y a, ont toutes les chances de gagner rapidement leur combat et de prendre le pouvoir en Syrie.

Ensuite aux américains et aux franco anglais qui souhaitent depuis longtemps affaiblir le Hezbollah libanais mais surtout l’Iran (cible principale en raison du nucléaire) en supprimant leur allié de toujours : la Syrie de Bachar El Assad.

2 – Y a-t-il eu d’autres précédents dans ce genre de manipulation ?

La réponse est oui.

Il y a eu TIMISOARA (décembre 1989) où les médias du monde entier ont repris pendant près de six semaines la fausse information d’un “massacre” de 4 600 personnes pour aider à faire tomber Ceaucescu. En fait les opposants avaient déterré quelques cadavres des cimetières de la ville, les avaient entourés de fils de fer barbelés et avaient tourné des images horribles visant à faire pleurer les téléspectateurs occidentaux. Ils ont ensuite, sur la foi de ces images manipulées, avancé le chiffre énorme de 4 632 victimes qui n’existaient pas mais que personne n’a osé mettre en doute. Leur coup était joué et gagné puisqu’il a entraîné la chute De Ceaucescu.

Après coup les médias et les politiques occidentaux ont eu le bon goût de s’excuser pour leur erreur et ont avoué qu’ils avaient été manipulés… mais l’objectif était atteint.

Il y a eu deux autres manipulations de ce type en Bosnie et au Kosovo lorsque j’étais en fonction.  Elles ont été réalisées avec succès et l’opinion et les médias n’en ont jamais connu les tenants et les aboutissants.

3) Comment une telle manipulation avec utilisation de gaz aurait elle pû être réalisée par l’opposition ?

C’est assez simple à réaliser…

L’opposition prend quelques familles entières (hommes, femmes, enfants, vieillards) soupçonnées d’être pro- Bachar et capturées lors des combats. Elle utilise du gaz prélevés sur les stocks de l’Armée Syrienne par du personnel déserteur. Elle gaze et  filme les derniers instants horribles, puis,  en appelle à l’ONU et aux américains. Le tour est joué. Pour faire bonne mesure, vous rajoutez quelques témoins de votre camp pour raconter l’horreur, vous avancez le chiffre de 1 700 morts, chiffre invérifiable (comme celui de TIMISOARA) et vous envoyez les images les plus horribles.

La manipulation est servie…

Le renseignement français prétend que les rebelles n’ont pas les savoir-faire pour mettre en oeuvre les gaz. C’est oublier un peu vite que les rebelles sont soutenus et conseillés par des services spéciaux étrangers qui, eux, ont toutes les connaissances nécessaires.

4) Pourquoi les Allemands, les Canadiens et même les député britanniques doutent-ils du bien-fondé de l’intervention militaire.

Ces trois pays se doutent bien qu’il y a très probablement une manipulation. Ils ont eux aussi des services de renseignement et un minimum de bon sens. Ils ne veulent pas engager la vie de leurs soldats sur des preuves qui pourraient bien s’avérer “bidon”, analysent les conséquences d’une telle intervention. Ils préfèrent s’occuper du rétablissement de leur économie en crise et de la sécurité à l’intérieur de leur frontière avant d’aller jouer, à crédit comme le fait la France, les justiciers dans le reste du monde.

Par ailleurs, il ne peut échapper à personne que les gaz sont volatils et que l’utilisation de Gaz dans une zone urbanisée comme Damas très majoritairement et densément peuplée par les partisans de Bachar El Assad pourrait se retourner contre ses auteurs au moindre coup de vent…

Cette utilisation de gaz dans la ville de Damas n’est tout simplement pas crédible. Il est vrai que “plus c’est énorme, plus ça passe”, mais là, la ficelle est un peu grosse…

5) Quelles conséquences régionales et internationales en cas d’intervention militaire ?

Pour la Syrie même, une seule certitude. La chute de Bachar El Assad, chef d’état laïque, entraînera la débâcle et l’exil pour les populations chrétiennes et Alaouites dont la majorité aura soutenu Bachar El Assad pendant de très nombreuses années, voire pour de nombreux sunnites… donc, de nouveaux massacres et de nouvelles masses de réfugiés… Est-ce le but recherché ?

Pour les Israéliens, une Egypte et une Syrie affaiblies, divisées et dont les économies auront été ramenées 50 ans en arrière,  ne représentent plus une menace sérieuse pour très longtemps. Une intervention américaine et franco-anglaise n’est pas une mauvaise affaire pour eux, au point de se demander si nous ne “travaillons” pas  un peu  à leur profit…

L’Iran étant la prochaine cible, connue de tous, il est probable que le prix du pétrole explosera assez vite à la suite de l’intervention entraînant de nouvelles difficultés pour nos économies déjà fragiles.

L’intervention aura un coût pour un pays déjà surendetté comme le notre. Ce coût sera évidemment supporté directement ou indirectement par le contribuable. A moins que le gouvernement ne réalise l’opération à budget de défense constant ce qui conduira à échelonner les dépenses d’équipement et à retarder, une fois de plus, la modernisation de nos forces.

6) Une telle participation française à une intervention relève-t-elle de l’ingérence humanitaire et/où du respect des conventions de Genève ?

Si tel était le cas, pourquoi la France n’a-t-elle pas proposé d’intervenir militairement lors du massacre de Gaza en Janvier 2009  (1300 morts, bien réels ceux là, dont 900 civils et 300 enfants) ? L’armée israélienne avait alors utilisé des bombes au phosphore interdites par les conventions de Genève…

Y aurait-il deux poids deux mesures ? Des massacres autorisés ou tolérés, et des massacres interdits ?

7) Autres éléments troublants  en vrac.

Le 6 Mai dernier, Madame Carla del Ponte, ancienne procureur au tribunal pénal international, membre de la commission indépendante mandatée par l’ONU pour enquêter sur l’utilisation de gaz  en Syrie déclare que les rebelles (et non les forces du régime) ont utilisé du gaz sarin.

Toute vérité n’étant pas bonne à dire dans un monde onusien largement financé par les USA, la commission indépendante (peut être moins qu’on ne le croit) déclarera dès le lendemain que les preuves sont insuffisantes pour accuser formellement la rébellion d’utilisation de gaz…

Par ailleurs la mission d’observateurs de la Ligue arabe envoyée au début du conflit a publié un rapport très équilibré sur les violences en Syrie dès Janvier 2012. J’ai noté dans ce rapport :

28 – La mission a noté l’émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies montrent que ces rapports ne sont pas crédibles.

29 – La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu’il y a des exagérations médiatiques sur la nature et l’ampleur des accidents et des personnes tuées ou blessées à la suite des événements et des manifestations qui ont eu lieu dans certaines villes.

Cet excellent rapport établi par une commission majoritairement sunnite (donc plutôt anti-Bachar) n’était sans doute pas suffisamment anti-Bachar pour être évoqué par les médias occidentaux. Il mérite pourtant une lecture attentive. A ceux qui souhaitent s’informer au delà du prêt-à-penser politique Français, il suffit de taper sur Google : “rapport du chef de la mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie” et on obtient ce rapport dans sa version française.

En conclusion, vous aurez compris que je ne crois pas un instant que les “preuves indubitables” françaises, quelles qu’elles soient, puissent justifier, à ce jour, une intervention militaire de quelque niveau que ce soit. Je sais évidemment qu’une grande partie des forces rebelles est composée de mercenaires financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite (sunnites) dans leur croisade contre les Alaouites et les chiites. Cette force rebelle soutenue par les américains et les franco-anglais n’est donc pas vraiment d’une Force Syrienne Libre.

Les Nations Unies rendront leur rapport dans quelques semaines tout au plus. Sera-t-il impartial ? Je l’espère. Mais je sais que les financements US sont vitaux pour l’ONU et qu’il lui est parfois difficile d’être vraiment indépendante.

Je voudrais terminer en disant que je ne suis pas un partisan de Bachar El Assad, loin s’en faut. Mais il est très probablement moins pire que celui qui pourrait prendre sa suite. La justification et les conséquences de nos actes doivent donc être examinées beaucoup plus sérieusement qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Je constate enfin que la “communauté internationale”, terme utilisée indûment par nos hommes politiques et repris par nos journalistes à longueur de journée, ne semble compter aujourd’hui que trois pays : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui représentent à eux trois moins de 8% de la population mondiale.

Les positions de la Chine, de l’Inde, de la Russie, du Brésil, du Japon, de l’Allemagne sont presque totalement occultées des débats internationaux, y compris sur la Syrie, alors qu’ils constituent près de 60% de la population mondiale. Font-ils partie ou non de la communauté internationale ? Il y a, là aussi, matière à réflexion…

 

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Industrie du mensonge et guerre impérialiste

septembre 12th, 2013 by Domenico Losurdo

Dans l’histoire de l’industrie du mensonge comme partie intégrante de l’appareil militaro-industriel de l’impérialisme l’année 1989 est un tournant. Nicolae Ceaucescu est encore au pouvoir en Roumanie. Comment le renverser ? Les médias occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du « génocide » opéré à Timisoara par la police précisément de Ceaucescu.

1. Les cadavres mutilés

Qu’était-il arrivé en réalité ? Se prévalant de l’analyse de Debord sur la « société du spectacle », un illustre philosophe italien (Giorgio Agamben) a magistralement synthétisé l’affaire dont il s’agit :

« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des ca­davres enterrés depuis peu ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés à la hâte et torturés pour simuler devant les caméras de télévision le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme la vérité vraie sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et, bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toute façon authentifiée comme vraie par le système mondial des médias, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux. Ainsi vérité et fausseté devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement au moyen du spectacle.

Timisoara, à cet égard, est l’Auschwitz de la société du spectacle : et de même qu’il a été dit que, après Auschwitz, il est impossible d’écrire et de penser comme avant, ainsi, après Timisoara, il ne sera plus possible de regarder un écran de télévision de la même manière » (Agamben 1996, p. 67, et cité in Losurdo 2013, p. 313).

L’année 1989 est celle où le passage de la société du spectacle au spectacle comme technique de guerre se manifestait à l’échelle planétaire. Quelques semaines avant le coup d’Etat c’est-à-dire de la « révolution de Cinecittà » en Roumanie (Fejtö 1994, p. 263), le 17 novembre 1989 la « révolution de velours » triomphait à Prague avec un mot d‘ordre d’inspiration gandhienne : « Amour et Vérité ». En réalité, un rôle décisif était joué par la diffusion de la fausse information selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. C’est ce que ré­vèle vingt ans plus tard, avec satisfaction, « un journaliste et leader de la dissidence, Jan Urban », protagoniste de la manipulation : son « mensonge » avait eu le mérite de susciter l’indignation de masse et l’écroulement du régime déjà périclitant (Bilefsky 2009, cité in Losurdo 2013, p. 313). Quelque chose de similaire se produit en Chine : le 8 avril 1989 Hu Yaobang, secrétaire du PCC jusqu’au mois de janvier 1987, a un infarctus au cours d’une réunion du Bureau politique et meurt une semaine plus tard. Son décès est corrélé, par la foule de la Place Tienanmen, au dur conflit politique qui avait aussi émergé au cours de cette réunion (Domenach, Richer 1995, p. 550) ; cet homme devient en quelque sorte la victime du système qu’il s’agit de renverser. Dans les trois cas, l’invention et la dénonciation du crime sont appelées à susciter la vague d’indignation dont le mouvement de révolte a besoin. S’il rencontre un plein succès en Tchécoslovaquie et en Roumanie (où le régime socialiste avait émergé de l’avancée de l’Armée Rouge), cette stratégie échoue dans la République populaire chinoise issue d’une grande révolution nationale et sociale. Et cet échec devient alors le point de départ d’une nouvelle guerre médiatique plus massive, déclenchée par une superpuissance qui ne tolère pas de rivaux ou de potentiels rivaux, et qui est toujours pleinement en cours. Mais il n’en demeure pas moins que ce qui définit le tournant historique est en premier lieu Timisoara, « l’Auschwitz de la société du spectacle ».

2. « Publiciser les nouveaux-nés » et le cormoran

Deux ans après, en 1991, survenait la première guerre du Golfe. Un journaliste étasunien courageux a mis en lumière de quelle façon s’est déroulée « la victoire du Pentagone sur les médias » c’est-à-dire la « colossale défaite des médias opérée par le gouvernement des Etats-Unis » (Macarthur 1992, p. 208 et 22).

En 1991 la situation n’était pas facile pour le Pentagone (et pour la Maison Blanche). Il s’agissait de convaincre de la nécessité de la guerre une population sur laquelle pesait encore le souvenir du Vietnam. Alors ? Divers expédients vont réduire drastiquement la possibilité pour les journalistes de parler directement avec les soldats ou de chroniquer directement du front. Dans la mesure du possible tout doit être filtré : la puanteur de la mort et surtout le sang, les souffrances et les larmes de la population civile ne doivent pas faire irruption dans les maisons des citoyens des USA (et des habitants du monde entier) comme à l’époque de la guerre du Vietnam. Mais le problème central, et plus difficile à résoudre, est ailleurs : comment diaboliser l’Irak de Saddam Hussein, qui quelques années auparavant encore s’était rendu méritant, aux yeux des USA, en agressant l’Iran issu de la révolution islamique et anti-étasunienne de 1979, et enclin à faire des prosélytes au Moyen-Orient. La diabolisation se serait avérée d’autant plus efficace qu’on aurait en même temps rendu la victime plus angélique. Opération rien moins qu’aisée, et pas seulement du fait que la répression contre toute forme d’opposition sévissait durement et impitoyablement au Koweït. Il y avait quelque chose de pire. Les travaux les plus humbles étaient pour les immigrés, soumis à un « esclavage de fait », et un esclavage de fait qui prenait souvent des formes de sadisme : les cas de « Serbes défenestrés, brûlés ou aveuglés ou bien tabassés à mort » ne suscitaient pas d’émotion particulière (Macarthur 1992, p. 44-45).

Et pourtant…Généreusement ou fabuleusement récompensée, une agence publicitaire trouvait remède à tout. Elle dénonçait le fait que les soldats irakiens coupaient les « oreilles » aux Koweitiens qui résistaient. Mais le coup de théâtre de cette campagne était ailleurs : les envahisseurs avaient fait irruption dans un hôpital « en sortant 312 nouveaux-nés de leurs couveuses et en les laissant mourir de froid sur la pavement de l’hôpital de Koweït City » (Macarthur 1992, p. 54). Brandie à l’envi par le président Bush junior, réaffirmée au Congrès, avalisée par la presse la plus autorisée et jusque par Amnesty international, cette information si horrible mais si circonstanciée aussi, au point d’indiquer avec une précision absolue le nombre de morts, ne pouvait pas ne pas provoquer une bouleversante vague d’indignation : Saddam Hussein était le nouvel Hitler, la guerre contre lui était non seulement nécessaire mais urgente même et ceux qui s’y opposaient ou étaient récalcitrants devaient être considérés comme des complices, plus ou moins conscients, du nouvel Hitler ! L’information était évidemment une invention savamment produite et diffusée, et pour cela justement l’agence publicitaire avait-elle bien mérité son argent.

La reconstruction de cet épisode se trouve dans un chapitre du livre cité ici, avec un titre approprié : « Publiciser les nouveaux-nés » (Selling Babies). A la vérité, ceux qui furent « publicisés » ne furent pas seulement les nouveaux-nés. Au tout début des opérations guerrières on avait diffusé dans le monde entier l’image d’un cormoran qui se noyait dans le pétrole dégorgeant des puits que l’Irak avait fait sauter. Vérité ou manipulation ? Etait-ce Saddam qui avait provoqué la catastrophe écologique ? Et y a-t-il vraiment des cormorans dans cette région du globe et en cette saison de l’année ? La vague d’indignation, authentique et savamment manipulée, engloutissait les dernières résistances rationnelles.

3. La production du faux, le terrorisme de l’indignation et le déchaînement de la guerre

Faisons un nouveau bond en avant de quelques années, jusqu’à la dissolution ou, plutôt, démembrement de la Yougoslavie. Contre la Serbie qui, historiquement avait été le protagoniste du processus d’unification de ce pays multiethnique, se déchaînent une après l’autre, pendant les mois qui précèdent les bombardements véritables, des vagues de bombardements médiatiques. En août 1998, deux journalistes, l’un étasunien et l’autre allemand, « rapportent l’existence de fosses communes avec 500 cadavres d’Albanais parmi lesquels 430 enfants, aux alentours d’Orahovac, où d’âpres combats ont eu lieu. La nouvelle est reprise par d’autres journaux occidentaux qui lui donnent un grand écho. Mais tout est faux, comme le démontre une mission d’observation de l’Ue » (Morozzo della Rocca 1999, p. 17).

Mais cela ne provoque pas pour autant une crise dans la fabrique du faux. Aux débuts de l’année 1999 les médias occidentaux commençaient à harceler l’opinion publique internationale avec les photos de cadavres entassés au fond d’un ravin et parfois décapités et mutilés ; les légendes et les articles qui accompagnaient ces images proclamaient qu’il s’agissait de civils albanais désarmés massacrés par les Serbes. Mais :

« Le massacre de Racak est terrifiant, avec des mutilations et des têtes coupées. C’est une scène idéale pour susciter l’in­dignation de l’opinion publique internationale. Quelque chose semble étrange dans les modalités de la tuerie. Les Serbes ha­bituellement tuent sans procéder à des mutilations […] Comme l’enseigne la guerre de Bosnie, les dénonciations d’exactions sur les corps, signes de torture, décapitations, sont une arme de pro­pagande bien répandue […] Peut-être ne sont-ce pas les Serbes mais les guérilleros albanais qui ont mutilé les corps » (Morozzo della Rocca, 1999, p. 249, et cité in Losurdo 2013, p. 314).

Ou, peut-être, les cadavres des victimes d’un des innombrables affrontements avaient-ils été soumis à un traitement ultérieur, de façon à faire croire à une exécution à froid et à un déchaînement de furie bestiale, dont était immédiatement accusé le pays que l’OTAN s’apprêtait à bombarder (Saillot 2010, p. 11-18).

La mise en scène de Racak n’était que le sommet d’une campagne de désinformation obstinée et sans pitié. Quelques années plus tôt, le bombardement du marché de Sarajevo avait permis à l’OTAN de s’ériger en instance morale suprême, qui ne pouvait pas se permettre de laisser les « atrocités » serbes impunies. De nos jours, on peut lire jusque dans le Corriere della Sera que « ce fut une bombe à la paternité assez douteuse qui provoqua le massacre de Sarajevo, faisant éclater l’intervention de l’OTAN » (Venturini 2013). Avec ce précédent, Racak nous apparaît désormais comme une sorte de réédition de Timisoara, une réédition qui s’est prolongée plusieurs années. Et pourtant, même dans ce cas, le succès ne faisait pas défaut. L’illustre philosophe qui en 1990 avait dénoncé « l’Auschwitz de la société du spectacle » qui avait eu lieu à Timisoara, rejoignait cinq ans après les rangs du chœur dominant, tonnant de façon manichéenne contre « le subit glissement des classes dirigeantes ex-communistes dans le racisme le plus extrême (comme en Serbie, avec le programme de ’purification ethnique’) » (Agamben 1995, p. 134-35). Après avoir analysé avec acuité la tragique indiscernabilité de « vérité et fausseté » dans le cadre de la société du spectacle, Agamben finissait par la confirmer involontairement, en accueillant de façon expéditive la version (c’est-à-dire la propagande de guerre) diffusée par le « système mondial des médias », qu’il avait précédemment désigné comme source principale de la manipulation ; après avoir dénoncé la réduction du « vrai » à « un moment du mouvement nécessaire du faux », opérée par la société du spectacle, il se limitait à conférer une apparence de profondeur philosophique à ce « vrai » réduit justement à « un moment du mouvement nécessaire du faux ».

Par ailleurs, un élément de la guerre contre la Yougoslavie, plus qu’à Timisoara nous ramène à la première guerre du Golfe. C’est le rôle des public relations : « Milosevic est un homme qui s’esquive, il n’aime pas la publicité, il n’aime pas se montrer ou tenir des discours en public. Il semble qu’aux premières annonces de désagrégation de la Yougoslavie, Ruder&Finn, la compagnie de relations publiques qui travaillait pour le Koweït en 1991, alla le trouver pour lui présenter ses services. Elle fut congédiée. Ruder&Finn fut par contre immédiatement embauchée par la Croatie, par les musulmans de Bosnie et par les Albanais du Kosovo pour 17 millions de dollars par an, afin de protéger et encourager l’image des trois groupes. Et elle fit un excellent travail !

James Harf, directeur de Ruder&Finn Global Public Affairs, affirmait […] dans une interview : ’Nous avons pu faire coïncider, dans l’opinion publique, Serbes et nazis […] Nous sommes des professionnels. Nous avons un travail à faire et nous le faisons. Nous sommes payés pour faire la morale’ » (Toschi Marazzani Visconti 1999, p. 31).

Venons en maintenant à la seconde guerre du Golfe : dans les premiers jours de février 2003 le secrétaire d’Etat étasunien, Colin Powell, montrait au parterre du Conseil de sécurité de l’ONU les images des laboratoires mobiles de production d’armes chimiques et biologiques, que l’Irak aurait eues en sa possession. Quelques temps après, le premier ministre anglais, Tony Blair, augmentait la dose : non seulement Saddam Hussein avait ces armes, mais il avait déjà élaboré des plans pour les utiliser et était en mesure de les activer « en 45 minutes ». Et à nouveau le spectacle, plus encore que prélude à la guerre, constituait le premier acte de guerre, en mettant en garde contre un ennemi dont le genre humain devait absolument se débarrasser.

Mais l’arsenal des armes du mensonge mises en acte ou prêtes à l’usage allait bien au-delà. Afin de « discréditer le leader irakien aux yeux de son propre peuple » la Cia se proposait de « diffuser à Bagdad un document filmé dans lequel on révélait que Saddam était gay. La vidéo aurait dû montrer le dictateur irakien en train d’avoir un rapport sexuel avec un jeune garçon. Il devait avoir l’air d’être filmé par une caméra cachée, comme s’il s’agissait d’un enregistrement clandestin ». On étudiait aussi « l’hypothèse d’interrompre les retransmissions de la télévision irakienne avec une édition –fictive- extraordinaire du journal télévisé contenant l’annonce que Saddam avait démissionné et que tout le pouvoir avait été pris par son fils redouté et haï, Uday » (Franceschini 2010).

Si le Mal devait être montré et stigmatisé dans toute son horreur, le Bien devait apparaître dans tout son éclat. En décembre 1992, les marines étasuniens débarquaient sur la plage de Mogadiscio. Plus exactement ils y débarquaient deux fois et la répétition de l’opération n’était pas due à d’imprévues difficultés militaires ou logistiques. Il fallait démontrer au monde entier que, avant même d’être un corps d’élite militaire, les marines étaient une organisation bénéfique et charitable qui ramenait l’espoir et le sourire au peuple somalien dévasté par la misère et par la faim. La répétition du débarquement-spectacle devait l’amender de ses détails erronés ou défectueux. Un journaliste et témoin expliquait :

« Tout ce qui est en train d’arriver en Somalie et qui va se produire dans les semaines prochaines est un show militaro-diplomatique […] Une nouvelle époque dans l’histoire de le politique et de la guerre a vraiment commencé, dans la nuit bizarre de Mogadiscio […] L’ ’Opération Espoir’ a été la première opération militaire non seulement filmée en direct par les caméras de télévision, mais pensée, construite et organisée comme un show télévisé » (Zucconi 1992).

Mogadiscio était le pendant de Timisoara. A quelques années de distance de la représentation du Mal (le communisme qui s’écroulait enfin) faisait suite la représentation du Bien (l’Empire étasunien qui émergeait du triomphe obtenu dans la guerre froide). Les éléments constitutifs de la guerre-spectacle et de son succès sont désormais clairs.

Domenico Losurdo

Publié sur le blog de l’auteur mercredi 4 septembre 2013

http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Certains thèmes abordés dans ce texte ont été traités dans le dernier chapitre de Le langage de l’empire. Lexique de l’idéologie étasunienne. A paraître le 13 septembre 2013 aux Editions Delga.

Références bibliographiques

 

Giorgio Agamben 1995
Homo sacer. Il potere sovrano e la nuda vita, Einaudi, Turin.

Giorgio Agamben 1996
Mezzi senza fine. Note sulla politica, Bollati Boringhieri, Turin.

Dan Bilefsky 2009
A rumor that set off the Velvet Revolution, in International Herald Tribune du 18 novembre, pp. 1 e 4.

Jean-Luc Domenach, Philippe Richer 1995
La Chine, Seuil, Paris.

François Fejtö 1994 (en collaboration avec Ewa Kulesza-Mietkowski)
La fin des démocraties populaires (1992), tr. it., de Marisa Aboaf, La fine delle democrazie popolari. L’Europa orientale dopo la rivoluzione del 1989, Mondadori, Milan.

Enrico Franceschini 2010
La Cia girò un video gay per far cadere Saddam, in La Repubblica, 28 mai, p. 23.

Domenico Losurdo 2013

Le langage de l’Empire. Lexique de l’idéologie étasunienne, Delga, Paris.

John R. Macarthur 1992
Second Front. Censorship and Propaganda in the Gulf War, Hill and Wang, New York.

Roberto Morozzo Della Rocca 1999
La via verso la guerra, in Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 11-26.

Fréderic Saillot 2010
Racak. De l’utilité des massacres, tome II, L’Harmattan, Paris.

Jean Toschi Marazzani Visconti 1999
Milosevic visto da vicino, Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 27- 34.

Franco Venturini 2013
Le vittime e il potere atroce delle immagini, in Corriere della Sera du 22 août, pp. 1 et 11.

Vittorio Zucconi 1992
Quello sbarco da farsa sotto i riflettori TV, in la Repubblica du 10 décembre.

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Syrie : L’initiative russe dans sa véritable dimension !

septembre 11th, 2013 by Ghaleb Kandil

L’initiative avancée par la Russie, pour contrer les États-Unis décidés à attaquer la Syrie, établit de nouvelles équations et de nouveaux équilibres traduisant les nouvelles réalités imposées par l’Axe de la résistance sur le terrain ; équations qui ont révélé  le coût d’une telle agression pour les États-Unis, leurs alliés, leurs agents dans la région et surtout pour l’entité sioniste, maintenant que la Syrie, l’Iran et la Résistance libanaise ont fait comprendre que cette entité recevra sa part de « la contre-attaque défensive » en réponse à l’agression étatsunienne.

Premièrement, par cette initiative la Russie a réussi à reprendre les rênes de l’offensive au niveau international et à imposer à Obama et à l’Empire US de nouvelles donnes qui devraient les ramener à « obéir » au Conseil de sécurité de l’ONU.

En effet, il est clair que l’équation révélée hier par M. Poutine, qui se résumerait à dire « l’arrêt de votre agression contre des accords avec la Syrie sur les armes chimiques », est le prélude à une entente globale qui  dissuaderait  toute ingérence en Syrie sous n’importe quelle forme que ce soit – aussi bien politique que financière ou militaire – et à la reprise du processus de Genève 2 perturbé par les USA depuis des mois.

De nombreux détails mériteraient plus d’attention et de suivi, notamment celui qui témoigne que la Russie a réussi à montrer que la crise est la résultante du conflit entre la Syrie et ses alliés d’une part, et les USA et leurs agents d’autre part ; en même temps qu’elle est apparue comme un référent essentiel pour les ajustements dictés par une nouvelle réalité internationale. Le tout, suivi d’une gifle retentissante assénée par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, au triangle colonialiste US-France-GB lorsqu’il a refusé de placer tout projet concernant les armes chimiques dans le cadre du chapitre VII de la charte des Nations Unies.

Deuxièmement, l’ensemble des données disponibles révèlent que le « projet de solution russe »  vise à dissuader toute agression contre la Syrie et certainement pas à l’encourager ou à s’y associer. Ceci est très clair et le deviendra de plus en plus, car les USA ne devront pas se contenter de déclarer publiquement leur abandon des hostilités, retirer leurs navires de guerre et leurs destroyers ; ils devront aussi cesser tout financement, armement et soutien prodigués aux bandes terroristes. C’est en tout cas le premier point sur lequel repose l’entente préalable, sur cette initiative, entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie et des USA.

Soutenir les efforts de l’Etat syrien dans son combat contre le terrorisme sera, dans les prochaines semaines, le cadre des activités de la Russie sur le plan international ; cette initiative ayant créé les conditions de nouvelles avancées sur le terrain en faveur de la Syrie. En l’occurrence, c’est ce dont témoignent les cris, les jérémiades et l’hystérie des pays impliqués dans l’agression, qui ont vu échouer leurs tentatives de destruction de l’État syrien et dont le dernier espoir était de faire pencher la balance en faveur des gangs terroristes d’Al-Qaïda dirigés par Bandar bin Sultan.

Troisièmement, l’abandon par la Syrie de son arsenal d’armes chimiques est compensé par une modification qualitative de ses capacités de défense et de dissuasion du fait de l’implication directe de la Russie dans des projets de renforcement de ses systèmes de défense et de sécurité. Ceci, que ce soit en missiles, en avions de combat, en armes sophistiquées, et même en connexion à l’immense réseau de stations radar russes comme l’a démontré le test des deux missiles [*] lancés par Israël.

Par conséquent, la Syrie – qui a annoncé sa volonté d’adhérer au Traité de non-prolifération des armes chimiques et d’abandonner son arsenal chimique sous contrôle international – dispose déjà de moyens, et disposera de tous les moyens qui seront mis à sa disposition par son allié russe. Par ailleurs, l’indéfectible partenariat qu’elle a construit avec l’Iran et la Résistance libanaise constitue une organisation hautement performante en cas d’agression sioniste, si bien qu’une des constantes des équations régionales et internationales est désormais que toute ingérence isolée ou groupée, d’Israël, des USA ou de l’OTAN en Syrie, rencontrera une douloureuse  réaction à laquelle participeront l’Iran et la Résistance libanaise, alors que la Russie sera présente en appui de la défense syrienne par tous les outils et moyens disponibles. D’ailleurs, c’est ce que la Russie a déjà fait en dépêchant sa flotte face au danger US et en fournissant des armes modernes à l’Armée arabe syrienne, en plus de ses formateurs et experts travaillant avec leurs homologues syriens à développer différentes techniques en fonction du plan de défense syrien.

Quatrièmement, la fin de règne de l’hégémonie et de l’unilatéralisme US, le renforcement de l’organisation défensive régionale contre Israël et les USA, et même la contre-attaque défensive contre l’agression des États-Unis qui ont pris toutes leurs dispositions pour ce faire, sont autant de réalisations initiées et accomplies par la résistance de l’État syrien, de son Commandant en chef, de son Armée et de son peuple ; réalisations à mettre aussi sur le compte de la fermeté de ses alliés d’Iran et du Hezbollah et de l’extraordinaire courage de son allié russe. Le monde doit s’attendre à découvrir le contenu de ce que nous ont préparé, tout en finesse politique et diplomatique, le trio  formé par Sergueï Lavrov, Walid Mouallem et Hussein Abdel Lahyan dont la présence concomitante à Moscou ne relève probablement pas de la coïncidence.

Le partenariat entre la Russie et « l’Organisation de la Résistance en Orient » s’est donc renforcé. C’est un nouveau bloc qui vient de naître et c’est le bras qui se met en travers de l’agression hargneuse des Israéliens et des USA.

Tout un chacun en Syrie ou ailleurs a le droit de  clamer que la Syrie en acceptant de se défaire de son arsenal chimique, au profit d’un système de défense plus performant, a capitulé. Mais cela reviendrait à refuser de reconnaître qu’une telle concession est d’un coût nettement moindre que celui que les Syriens auraient payé sans cette victoire politique, qui n’a été rendue possible que grâce à leur résistance à l’agression US.

Ce à quoi nous avons assisté, ces derniers jours, fera date dans l’Histoire moderne en ce sens que des forces de libération luttant pour leur souveraineté et leur indépendance ont réalisé cet exploit sans recourir à une guerre pour laquelle  ont été mobilisés de considérables moyens une fois qu’Obama a annoncé sa décision d’attaquer la Syrie, un exploit dont le mérite revient à la Résistance syrienne !

Ghaleb Kandil

11/09/2013

 

 

Article original : New Orient News

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=112152

 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

[*] La Russie détecte 2 missiles en Méditerranée

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/09/03/97001-20130903FILWWW00299-la-russie-detecte-2-missiles-en-mediterranee.php

 

Monsieur Ghaleb kandil est le Directeur du Centre New Orient News (Liban)

 

 

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Le renversement d’Allende, raconté par Washington

septembre 11th, 2013 by Hernando Calvo Ospina

Le 11 septembre 1973, Salvador Allende, président démocratiquement élu du Chili, mourait pendant un coup d’Etat militaire ourdi et financé depuis les Etats-unis.
La répression fit 3 800 morts ou disparus (évaluation minimale) et plus de 37 000 torturés. Des centaines de milliers de Chiliens furent contraints à l’exil. Une aube noire se leva sur le Chili de Pinochet.

Le 11 septembre 2001, l’attentat contre le World Trade Center à New-York fit 2992 morts (en comptant les 19 pirates de l’air) selon les chiffres officiels du rapport de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Il s’ensuivit une aube noire pour l’Afghanistan et l’Irak où périrent des centaines de milliers de citoyens, hommes, femmes enfants.

Socialiste, Salvador Allende était un des fondateurs du PS chilien. C’est la raison pour laquelle le parti solférinien pleure à chaudes larmes tous les 11 septembre, à chaque anniversaire de l’écroulement des tours jumelles.

Le Grand Soir.

En 1961, dès qu’il prit possession du pouvoir, le président Kennedy nomma un comité chargé des élections qui se dérouleraient au Chili trois ans plus tard. Selon l’enquête d’une Commission du Sénat[1], il était composé de hauts responsables du Département d’Etat, de la Maison Blanche et de la CIA. Ce comité fut reproduit à l’ambassade étasunienne de Santiago. Empêcher que le candidat socialiste Salvador Allende ne gagne les élections en était l’objectif. [2]

Allende était un marxiste, convaincu qu’on pouvait arriver au gouvernement par la voie pacifique et à partir de là, renverser les structures de l’Etat au bénéfice des majorités pauvres. Il disait que pour arriver à un tel but, on devait nationaliser les grandes industries, celles qui étaient aux mains des Etats-Unis, en priorité, car c’étaient elles qui exploitaient les ressources stratégiques. Ces idées, et d’autres idéaux sociaux, le rendirent indésirable aux yeux de Washington : il pouvait devenir un exemple pour les peuples d’autres nations latino-américaines.

Afin de lui barrer la route, des millions de dollars furent distribués aux partis politiques du centre et de droite afin qu’ils fassent leur propagande. Au moment d’élire le candidat à la présidence, Washington se décida à appuyer Eduardo Frei du parti démocrate chrétien, et imposa aux autres partis qu’il avait financés, de s’aligner sur cet homme politique. Au total, l’opération coûta quelque vingt millions de dollars, une somme si importante pour l’époque qu’on peut seulement la comparer avec ce qui avait été dépensé dans les élections étasuniennes. En effet, Washington n’investit pas seulement sur le candidat Frei, mais aussi sur toute une campagne stratégique de propagande anticommuniste à long terme.

La Commission du Sénat dit : « De nombreux supports furent exploités : presse, radio, films, tracts, dépliants, envois postaux, banderoles, peintures murales. » La Commission reconnaît que par l’intermédiaire de ses partis et de diverses organisations sociales, la CIA réalisa « une campagne alarmiste », dans laquelle la principale cible furent les femmes, à qui l’on affirmait que les soviétiques et les cubains viendraient enlever leurs enfants. Des affiches distribuées massivement montraient des enfants portant la marque de la faucille et du marteau estampillée sur le front. La tradition religieuse aussi fut exploitée au maximum afin d’inspirer la crainte du « communisme athée et impie ».

L’opération psychologique fonctionna au-delà de toutes les espérances : Frei obtint 56% du vote populaire, Allende 39%. Selon la Commission du Sénat, la CIA affirmait que « la campagne d’effroi anticommuniste avait été la plus efficace de toutes les activités entreprises. »

Ce fut une opération psychologique, avec les caractéristiques d’une guerre, dont la base était les plans appliqués au Guatemala et ayant amené au renversement du président Jacobo Arbenz, en juin 1954[3]. Une opération qui, au Chili, ne fut pas démantelée avec le triomphe de Frei car, malgré tout, le nombre de voix remportées par Allende fut élevé. Et le vaincu avait toutes les intentions de se représenter aux futures élections.

Dans ses Mémoires, William “Bill” Colby[4], chef de la CIA de 1973 à 1976, raconte que lors de l’élection présidentielle de 1970 au Chili « la CIA se vit enjoindre de diriger tous ses efforts contre le marxiste Allende, contre la candidature duquel elle fut chargée d’organiser une vaste campagne de propagande.” ». Selon cet ancien patron de la CIA, l’opération s’appelait « Deuxième Voie ».

Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » [5] Ce qui signifie que la décision souveraine d’un peuple ne serait pas valable si elle n’était pas en concordance avec les intérêts étasuniens. Lors de cette même réunion, on décida de rajouter 300 000 dollars à l’opération de propagande qui était déjà menée.

Selon la Commission Church, Richard Helms, promu patron de la CIA en 1966, envoya deux officiers qu’il connaissait depuis les premiers préparatifs d’invasion de Cuba. Ceux-ci, spécialistes de la guerre psychologique et de la désinformation avaient fait partie des plus hauts responsables des opérations au Guatemala : David Atlee Phillips, et David Sánchez Morales, de retour d’Indochine. La désinformation continuait de faire partie des activités principales contre le candidat Allende. La Commission du Sénat dit qu’un des mots d’ordre de la campagne était : « La victoire d’Allende signifie la violence et la répression stalinienne. »

Mais le 4 septembre 1970, Salvador Allende remporta les élections. Colby rapporte que « Nixon entra dans une grande fureur. Il était convaincu que la victoire d’Allende faisait passer le Chili dans le camp de la révolution castriste et anti-américaine, et que le reste de l’Amérique Latine ne tarderait pas à suivre. » L’ancien patron de la CIA se rappelle que le président convoqua Helms, « et il lui ordonna très clairement d’empêcher Allende de prendre ses fonctions. » Nixon chargea Kissinger de lui communiquer un suivi précis du complot.

Il restait une possibilité d’éviter qu’Allende prenne le pouvoir. Le Congrès chilien devait se réunir le 24 octobre pour choisir entre Allende et Jorge Alessandri, du Parti conservateur, arrivé en deuxième position, car Allende n’avait pas obtenu la majorité absolue. C’est qu’une partie de la gauche s’était divisée, non seulement à cause de la campagne médiatique, mais aussi du fait de l’argent que la CIA avait réussi à injecter dans quelques groupes.

Exécutant l’ordre, Helms envoya « un groupe de travail » qui se livra « à une activité frénétique » pendant six semaines, relata Colby. Atlee Phillips et Sánchez Morales étaient toujours hauts responsables du nouveau complot. Les dollars affluèrent massivement, mais dans une nouvelle direction maintenant. On essaya d’acheter le vote de certains congressistes pour qu’ils se prononcent contre sa victoire. Mais cela ne donna aucun résultat : Allende fut nommé président du Chili.

Les efforts prirent donc une nouvelle orientation, sans toutefois laisser de côté la campagne de propagande contre Allende. Colby dit que les agents prirent contact avec des responsables politiques et militaires pour sélectionner ceux qui pourraient être prêts à contrer Allende, « et déterminer avec eux l’aide financière, les armes et le matériel qui pourraient s’avérer nécessaires pour [lui] barrer (…) la route de la présidence ».

Washington plaça donc son plus grand espoir dans les Forces armées, mais tout dépendait de leur Commandant en chef, le général René Schneider. Là, la CIA rencontra un problème, car ce militaire avait clairement indiqué que son institution respecterait la Constitution. Et Colby reconnaît avec un naturel effrayant : « C’était l’homme à abattre. En désespoir de cause, on organisa donc contre lui une tentative d’enlèvement qui tourna mal : il fut blessé en tentant de résister à ses agresseurs. » Selon la Commission Church, ce jour même, le 22 octobre, très tôt dans la matinée, la CIA avait remis à des conspirateurs chiliens, des mitraillettes et des munitions « stérilisées », dénommées ainsi car, en cas d’enquête, leur origine serait impossible à déterminer. Trois jours après, René Schneider succomba à ses blessures. Immédiatement, Nixon envoya un message cynique à son homologue chilien : « Je voudrais vous faire part de ma douleur devant cet acte répugnant. »

Le 3 novembre 1970, Allende prit ses fonctions de président. Une stratégie de déstabilisation du nouveau gouvernement fut alors à l’étude, et la Direction de l’Hémisphère Occidental de la CIA était chargée de la mettre en oeuvre. En 1972, Ted Shackley, officier très expérimenté en opérations clandestines en devint le directeur. Il nomma son homme-lige Tom Clines chargé des opérations de la CIA au Chili, pour travailler spécifiquement sur le « cas Allende ». Celui-ci avait sous sa responsabilité ses vieux collègues Sánchez Morales et Atlee Phillips.

En mars de l’année suivante, Bill Colby nommé sous-directeur des Opérations Spéciales de l’Agence redevint leur supérieur. Colby et Shakley, qui avaient été à la tête de la guerre sale en Indochine, se trouvaient de nouveau réunis pour en mener une autre.

Depuis 1972, cette équipe de la CIA menait l’opération de désinformation et de sabotage économique la plus perfectionnée que l’on ait connue jusqu’alors au monde. Colby reconnaîtra dans la presse de son pays que ce fut une « expérience de laboratoire sur l’efficacité de l’investissement financier lourd pour discréditer et renverser un gouvernement. » [6]

Et ce ne fut pas tout. Selon la Commission du Sénat étasunien, la CIA à Santiago, se consacra à recueillir toute l’information nécessaire en vue d’un éventuel coup d’Etat : « Listes de personnes à arrêter, infrastructures et personnel civils à protéger en priorité, installations gouvernementales à occuper, plans d’urgence prévus par le gouvernement en cas de soulèvement militaire. » [7] Information sensible, comme la dernière mentionnée, obtenue, selon l’ancien fonctionnaire du département d’Etat, William Blum, [8] grâce à « l’achat » de hauts fonctionnaires et de dirigeants politiques de l’Unité Populaire, la coalition de partis qui appuyaient Allende. A Washington, les employés de l’ambassade se plaignirent de la disparition de documents, non seulement au siège diplomatique, mais aussi à leurs propres domiciles. Leurs communications furent mises sous écoute. Un travail réalisé par la même équipe qui allait monter le cambriolage du Watergate. [9]

L’action contre Allende nécessitait une campagne internationale de diffamation et d’intrigues. Une bonne partie de celle-ci fut confiée à un novice en politique étrangère, presque un inconnu en politique, mais il s’agissait d’une vieille connaissance du président Nixon et des hommes de l’équipe de choc qui menaient l’opération : George H.W. Bush. Il réalisa cette tâche en tant qu’ambassadeur à l’ONU, fonction qu’il occupa à partir de février 1971. Lorsqu’il fut nommé à ce poste, personne ne voulut se rappeler que quelques mois plus tôt, en tant que représentant à la Chambre du Texas, il avait réussi à faire rétablir dans cet état la peine de mort pour les « homosexuels récidivistes ».

Le 11 septembre 1973, eut lieu le sanglant coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement du président Allende, et qui déchaîna une terrible répression. Même s’il avait quitté ses fonctions quelques jours avant, Ted Shackley fut l’homme clé du renversement. Son biographe affirme : “Salvador Allende mourut pendant le coup d’état. Quand la fumée se dissipa, le Général Augusto Pinochet, dirigeant de la Junte Militaire était installé au pouvoir comme dictateur, en partie grâce au travail ardu de Shackley […] ”.[10]

Quelques semaines plus tard, Henry Kissinger reçut le Prix Nobel de la Paix… Un an après ce fatidique 11 septembre, alors que la dictature continuait à plonger la nation dans un bain de sang, le président Gerald Ford déclara que les Etasuniens avaient agi « dans le meilleur intérêt des Chiliens, et certainement dans celui des Etats-Unis. » [11]

Quant à l’ancien président Nixon, voilà ce qu’il écrivait en 1980 : « Les détracteurs se braquent uniquement sur la répression politique au Chili, en ignorant les libertés qui sont le fruit d’une économie libre […] Plutôt que de réclamer la perfection immédiate au Chili, nous devrions encourager les progrès qu’il fait. » [12]

Hernando Calvo Ospina

(A quelques changements près, ce texte est un chapitre du livre L’Équipe de choc de la CIA, Le Temps des cerises, novembre 2009).

Notes  :

[1] Commission spéciale présidée par le sénateur Frank Church : “Alleged Assassination Plots Involving foreign Leaders.” Washington, Novembre 1975.

[2] Cover Action in Chile, 1963-1973. The Select Committe to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities, US Senate. Washington, 18 décembre 1975.

[3] Le président étasunien Dwight David Eisenhower autorisa la CIA à renverser Arbenz en appliquant un plan intégral, inédit sur le continent, qui contenait des actions de guerre psychologique, mercenaire et paramilitaire, dont le nom de code fut PBSUCCESS. Nick Cullather, Secret History : the CIA Classified Accounts of its Operations in Guatemala, 1952-1954, Stanford University, 1999.

[4] Colby, William. 30 ans de C.I.A. Presses de la Renaissance. Paris, 1978.

[5] Newsweek , Washington, 23 septembre 1974.

[6] New York Times,8 septembre 1974.

[7] Cover Action in Chile, 1963-1973. Op. Cit.

[8] William Blum, Les guerres scélérates, Parangon, Paris, 2004.

[9] Le Watergate était l’immeuble où se trouvaient les bureaux du Parti démocrate. En toute illégalité, le président Nixon ordonne en 1972 qu’elles soient placées sous écoute. Face aux preuves et au scandale qui éclate, le président doit démissionner en août 1974. Victor Marchetti et John Marks, La CIA et le culte du renseignement. Ed. Robert Laffont, Paris, 1975.

[10] David Corn, Blond Ghost, Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster. New York, 1994.

[11] New York Times. 17 septembre 1974.

[12] Nixon, Richard. La vraie guerre, Albin Michel, Paris, 1980.

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Un document découvert récemment de l’Agence centrale de Renseignements américaine, révélé lundi par le magazine Foreing Policy, montre que l’agence US détient une preuve formelle remontant au moins aux années quatre-vingt qu’Israël possède un stock d’armes chimiques et biologiques.

 

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Le centre de fabrication d’armes chimiques et d’armes nucléaires israéliennes, à Dimona
Photo : sodahead.com

La révélation tombe au moment même de l’emploi prétendu d’armes chimiques par le gouvernement syrien le 21 août, bien que rien ne soit avéré quant à leur utilisateur, que l’on ne sache pas vraiment si c’est le régime ou si ce sont les rebelles qui ont perpétré l’attaque, où même si c’était un accident.

Alors que le Président américain Barack Obama menaçait, pour cette attaque, d’aller faire la guerre avec la Syrie, le gouvernement syrien niait toute responsabilité, et il a accepté une proposition du gouvernement russe d’ouvrir ses magasins d’armes chimiques à une inspection internationale et de les détruire.

Le document révélé lundi par le magazine Foreign Policy montre que, en plus de la constitution d’un arsenal nucléaire estimé à trois cents armes nucléaires durant les années soixante et soixante-dix, l’armée israélienne a développé des réserves importantes d’armes chimiques et biologiques.

Le document, de 1983, stipule que les satellites espions des États-Unis ont identifié «  un centre de fabrication et un centre de stockage probablement de produits neurotoxiques CW (chemical weapon)… dans la zone sensible de stockage de Dimona, dans le désert du Néguev. D’autres fabrications d’armes chimiques existeraient aussi au sein d’une industrie chimique israélienne bien développée. »

« Même si nous ne pouvons confirmer si les Israéliens possèdent des agents chimiques mortels » ajoute le document, « plusieurs indicateurs nous amènent à penser qu’ils ont à leur disposition au moins des agents neurotoxiques persistants et non persistants, du gaz moutarde, et plusieurs agents anti-émeutes, ainsi que les systèmes de lancement appropriés. »

La seule page d’un rapport plus important de la CIA a été découverte à la bibliothèque Ronald Reagan en Californie, dans sa forme non censurée ; le rapport a été publié il y a plusieurs années aux Archives nationales, mais après avoir été sévèrement censuré.

Selon l’article de Foreign Policy, «  L’historien israélien Avner Cohen, dans son livre de 1988, Israël et la Bombe, écrit que le Premier ministre israélien David Ben Gourion a ordonné en secret qu’un stock d’armes chimiques soit constitué environ au moment de la guerre de 1956 entre Israël et l’Égypte. La CIA, d’un autre côté, a cru qu’Israël n’avait pas commencé de travailler sur les armes chimiques jusqu’à la fin des années soixante ou au début des années soixante-dix. »

L’article inclue l’appréciation suivante du rapport de la CIA de 1983 : « Israël, se trouvant entouré sur ses frontières d’États arabe avec des capacités naissantes en armes chimiques, est devenu des plus en plus conscient de sa vulnérabilité aux attaques chimiques. Ses sensibilités ont été galvanisées par la saisie d’une grande quantité d’équipements liés aux armes chimiques soviétiques durant les deux guerres israélo-arabes de 1967 et du Yom Kippour en 1973. Par conséquent, Israël a entrepris un programme de préparations à une guerre chimique dans les zones offensives et les zones protégées.  »

Le gouvernement israélien a sévèrement critiqué le gouvernement syrien pour son usage allégué d’armes chimiques il y a trois semaines, et il a encouragé la promesse du Président Obama de répondre militairement.

Israël a signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, mais la Knesset (parlement) israélienne n’a jamais ratifié le traité. Israël n’a jamais non plus ouvert son centre nucléaire ni ses réserves d’armes chimiques aux inspections internationales.

11 septembre 2013 - IMEMC et News -

traduction : Info-Palestine

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L’abstention britannique en Syrie

septembre 11th, 2013 by Fida Dakroub

Généralités

Exciter les groupes ethniques et religieux les uns contre les autres, les Arabes contre les Persans, les Kurdes contre les Arabes, les musulmans contre les chrétiens, les sunnites contre les chiites, utiliser l’un pour opprimer l’autre, et veiller ainsi au maintien de leurs intérêts stratégiques à l’Orient et au pillage des ressources naturelles et pétrolières de la région ; tels furent l’art et l’œuvre des puissances occidentales et de leurs consuls et diplomates au Proche-Orient depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Nous étudierons dans un premier temps les parallèles entre l’abstention britannique de s’intervenir militairement en Syrie et l’abstention française de participer à l’invasion de l’Irak en 2003. Dans un second article, nous aborderons les implications des découvertes de gaz et de pétrole en Méditerranée, entre Chypre, la Syrie, la Turquie, la Grèce le Liban et Israël. Dans un troisième article, nous analyserons les rapports de force établis dans la région au lendemain de la défaite d’Israël à la deuxième guerre du Liban en 2006.

L’abstention de la Grande-Bretagne de l’intervention militaire en Syrie

Aujourd’hui, il nous semble que la Grande-Bretagne se soit distinguée,  à cet égard. Pour ne considérer que les deux dernières semaines, le Parlement britannique rejeta une motion présentée par le premier ministre David Cameron qui défendait le principe d’une intervention militaire en Syrie, sous prétexte d’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne : « Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d’intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence », réagit David Cameron après ce vote, ajoutant qu’il était « attaché au respect de la volonté de la Chambre des communes » [1].

En effet, le premier ministre britannique, qui se montre plein de courage en toute circonstance, n’admit pas de s’opposer à la volonté du peuple ni à celle de la nation – telles qu’exprimées par la volonté de la Chambre des communes -, non par impuissance, mais par amour et par générosité, parce qu’il veut nous persuader « qu’il vaut mieux être juste qu’injuste» [2], et que « le bien est celui que l’on aime pour ce qu’il est », comme le dit Glaucon [3].

Cependant, les raisons qui se cachent derrière le vote de la Chambre des communes à rejeter l’intervention militaire en Syrie ainsi que derrière la décision du premier ministre britannique, David Cameron, « à respecter la volonté » de la première ne s’expliquent pas dans le contexte de la première constatation de Glaucon, c’est-à-dire que « le bien est celui que l’on aime pour ce qu’il est », mais bien plutôt dans le contexte de sa troisième constatation qui dit que « le bien est celui que l’on n’aime que pour ses conséquences » ; autrement dit dans le contexte des rapports de force, des accords de dépeçage colonial et des intérêts stratégiques des pays impliqués dans la guerre contre la Syrie ; l’abstention de David Cameron de ne pas s’intervenir militairement en Syrie s’explique non comme un respect de la démocratie, mais comme un bilan des gains et des pertes d’une aventure dont les conséquences seraient plus dures que les intérêts, et le taux de pertes plus élevé que celui de gains.

Quatre points d’interrogation

Pour comprendre l’abstention de David Cameron de s’intervenir militairement en Syrie, nous l’abordons parallèlement à l’abstention de Jacques Chirac de participer à l’intervention militaire en Irak en 2003. Nous posons ici des questions-clés qui nous aideront à préciser le contexte des deux abstentions :

1) quelle était la raison pour laquelle la France s’abstint-elle en 2003 de l’intervention militaire en Irak, mais elle se précipite à lever une croisade contre la Syrie en 2013 ?

2) quels étaient les motifs de monsieur Jacques Chirac – que la paix soit sur lui – à ne pas chevaucher avec les Américains en Irak ? Est-ce par amour et par courtoisie ? Pour rappel, monsieur Jacques Chirac répétait à tous ses interlocuteurs – fournées de journalistes ou hôtes étrangers – : « rien ne justifie aujourd’hui une guerre contre l’Irak » ; il faisait aussi un parallèle entre les 100 milliards de dollars que coûterait la guerre et les 100 millions de dollars introuvables pour lutter contre le sida en Afrique ; [4]

3) dans quel contexte monsieur Tony Blair – que le bon Dieu le protège des talismans des marabouts -, se précipita à la « libération » du peuple irakien en 2003, et à l’établissement « de la paix, de la prospérité et de la démocratie » en Irak – je suggère ici de consulter un bon dictionnaire des antonymes -, mais en 2013, son successeur, David Cameron, semble plus « attaché au respect de la volonté de la Chambre des communes » ?

4) quel était l’intérêt de la France pour qu’elle s’engagea d’abord à la FINUL après la première invasion israélienne du Liban en 1978, puis à la Force multinationale de sécurité à Beyrouth après la deuxième invasion israélienne du Liban en 1982, enfin à l’augmentation de ses troupes au sein de la FINUL après la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Liban, mais la Grande-Bretagne resta à l’écart de toutes ces missions de « paix » ?

Certainement, la réponse à toutes ces questions ne s’explique pas par la bonhomie de monsieur Chirac ni par la courtoisie de monsieur Cameron, mais primo par les conséquences de l’accord Sykes-Picot [5] en 1916 qui dépeça les provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman en zones françaises et zones britanniques ; secundo par les récentes découvertes de gaz en Méditerranée orientale ; tertio, par le rapport de force établi dans la région au lendemain de la défaite d’Israël à la deuxième guerre du Liban en juillet 2006.

Le dépeçage des provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman

Ce que nous cherchons à établir ici, c’est précisément la connaissance d’un événement historique significatif dans l’histoire du Proche-Orient, et son effet sur les événements actuels en Syrie. Ainsi qu’en témoigne la carte géopolitique du Proche-Orient, les frontières des États actuels furent dessinées en pleine Grande guerre (1914 – 1918), selon un partage colonial, issu de plusieurs accords et traités imposés par la France et la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances colonialistes de l’époque ; tels que l’accord Sykes-Picot (1916), la Déclaration Balfour (1917), la Conférence de la Paix (1919), le traité de Sèvres (1920) et le traité de Lausanne (1923). Les deux grandes puissances impérialistes de l’époque redessinèrent les frontières intérieures et extérieures des provinces arabophones orientales de l’Empire ottoman, selon leurs propres intérêts coloniaux, et non selon les intérêts des peuples conquis (évidemment). Lesdites provinces furent divisées en zones françaises et en zones britanniques :

1. Zone française, d’administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;

2. Zone arabe A, d’influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;

3. Zone britannique, d’administration directe formée du Kuwait actuel et de la Mésopotamie;

4. Zone arabe B, d’influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;

5. Zone d’administration internationale comprenant Saint-Jean-D’acre, Haïfa et Jérusalem.

Le Royaume-Uni obtient le contrôle des ports de Haïfa et d’Acre [6].

Aujourd’hui, un siècle de l’accord Sykes-Picot, le Proche-Orient vit toujours les effets et les conséquences du dépeçage colonial, en dépit du discours philanthrope des chefs d’État occidentaux, et au grand dam du discours « libérateur » des dictateurs du monde arabe. Cent ans de l’accord Sykes-Picot, la France se montre de nouveau aussi colonialiste que jamais, et son discours aussi humaniste que jamais.

C… comme Cameron, comme Chirac

En tenant compte du fait historique de Sykes-Picot, nous essayons de comprendre l’abstention de monsieur Chirac d’envahir l’Irak en 2003 et celle de monsieur Cameron d’attaquer la Syrie en 2013. Il nous paraît plus raisonnable de dire que monsieur Chirac prit sa position envers l’Irak, non par amour du bien pour ce qu’il est – « comme les loups aiment les agneaux » (Platon, Phèdre) -, mais par prudence de ne pas s’intervenir dans des zones de pillage colonial où on trouve plus de chiens que d’os ; cela veut dire que l’Irak ne fait pas partie de la zone du pillage colonial accordée à la France en respect à l’accord Sykes-Picot, mais de la zone de pillage colonial accordée à la Grande-Bretagne. En plus, du point de vue linguistique, l’Irak n’appartient pas à la zone de contrôle et d’influence francophone au Proche-Orient qui comprenait le Liban et la Syrie [7] – ; ce qui revient à dire que les Français n’avaient pas beaucoup d’intérêts ni de privilèges de pillage colonial dans ce pays pour chevaucher à le « libérer » de son tyran Nabuchodonosor Saddam Hussein. Par contre, les Britanniques se considéraient comme «héritiers légitimes» du vol et du pillage de l’Irak ; cette « légitimité » leur était accordée par l’accord Sykes-Picot.

Pour ce qui est de l’abstention de la Grande-Bretagne d’intervenir militairement en Syrie et de la précipitation de la France à chevaucher en une nouvelle croisade, nous l’abordons aussi parallèlement à l’abstention française et à la précipitation britannique à la veille de l’invasion de l’Irak en 2003. La France considère le Liban et la Syrie comme sa propre zone d’influence voire de pillage colonial ; par conséquent, la Grande-Bretagne ne trouve pas ses intérêts menacés directement dans cette région qui constitue historiquement une zone d’influence française, donc une intervention militaire ne serait pas aussi urgente, précisément dans ce contexte-ci. Il serait utile, dans ce sens, de revoir l’accord Sykes-Picot (1916) et le traité de Sèvres (1920) pour construire une idée plus claire du dépeçage et du vol colonial du Proche-Orient.

Or, l’influence française dans la région subit trois pertes au cours de la deuxième moitié du XXe siècle : une première perte en 1963 avec l’arrivée du Parti Baas au pouvoir en Syrie, ce qui résulta en la sortie de ce pays de la zone d’influence française ; une deuxième perte avec les attentats du 23 octobre 1983 qui frappaient les contingents français et américains à Beyrouth ; une troisième perte avec l’invasion des régions chrétiennes du Liban par l’armée syrienne le 13 octobre 1990, et la mise de ce pays sous la cape du président syrien Hafez al-Assad en pleine guerre du Kuwait . En d’autres termes, la France coloniale, ne pouvant pas digérer l’infamie causée par la perte de ses zones d’influence au Proche-Orient, cherche non à punir le président Bachar al-Assad, mais bien plutôt à punir la Syrie et le peuple syrien, en essayant de les mettre de nouveau sous sa robe coloniale tricolore. C’est dans ce contexte-ci que l’abstention de Cameron d’intervenir militairement en Syrie s’explique, parallèlement à l’abstention de Chirac de s’intervenir militairement en Irak en 2003 ; c’est un C… comme Cameron, comme Chirac.

(À suivre…)

Fida Dakroub, Ph.D

Page officielle de l’auteur : www.fidadakroub.com
Notes
 
[1] En direct : le Parlementbritannique ne veut pas d’une intervention en Syrie. (2013, août 29). Récupéré sur Libération.
 
[2] Au début du dialogue établit entre Thrasymaque et Socrate, le premier dit : « Te contentes-tu, Socrate, dit-il, de paraître nous avoir persuadés, ou veux-tu nous persuader vraiment que, de toute façon, il vaut mieux être juste qu’injuste ». Platon. (1963). La République. (R. Baccou, Trad.) Paris: Librairie Garnier Frères, Livre II, p. 41.
 
[3] Glaucon d’Athènes (~409 – ~389 av. È.C.) est un philosophe et musicien, élève de Socrate et jeune frère de Platon. Il est l’un des principaux interlocuteurs de Socrate dans La République de Platon, notamment au Livre II. Il distingue trois sortes de bien : celui que l’on aime pour ce qu’il est, celui que l’on aime pour ce qu’il est et pour ses conséquences et enfin celui que l’on n’aime que pour ses conséquences.
 
[4] Pégard, C. (2003, 02 14). Chirac-Bush : la crise . Le Point.
 
[5] Faisant suite à un travail préparatoire épistolaire de plusieurs mois entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Sir Edward Grey, secrétaire d’État au Foreign Office, l’accord Sykes-Picot fut conclu entre la France et le Royaume-Uni, entre Sir Mark Sykes et François Georges-Picot, le 16 mai 1916.  Cet accord prévoyait à terme un dépeçage du Levant et de la Mésopotamie ; plus précisément, l’espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l’Empire ottoman. Source : Dakroub, Fida. (2012, mai 22). Les facteurs géopolitiques de la guerre impérialiste contre la Syrie : l’’ancien ordre du Moyen-Orient. Récupéré sur Mondialisation.ca.
 
[6] Laurens, Henry. (2003, avril). Comment l’Empire ottoman fut dépecé. Le Monde diplomatique , pp. 16 – 17.
 
[7] Le Liban est un pays membre de l’Organisation internationale de la Francophonie. La présence francophone y était omniprésente avant la guerre civile (1975 – 1990). Le français est la deuxième langue officielle au Liban après l’arabe. En Syrie, le français avait une présence assez forte jusqu’avant l’arrivée du Parti Baas au pouvoir en 1963 et le début d’une politique d’arabisation de l’éducation et de l’enseignement.
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Après le sommet du G20 à St-Petersbourg, qui a été dominé par des divergences aiguës entre la Russie et les États-Unis sur la guerre en Syrie, le président François Hollande a annoncé vendredi qu’il s’adresserait aux Français cette semaine au sujet de la participation française à la guerre.

Il a déclaré : « Lorsque le congrès [américain] aura voté – je pense jeudi ou vendredi – et lorsque nous aurons le rapport des inspecteurs, sans doute à la fin de la semaine, à ce moment-là, il y aura une décision à prendre y compris après une éventuelle saisine des Nations unies […] j’aurai à ce moment tous les éléments me permettant de m’adresser aux Français pour leur dire la décision que j’aurai choisie pour la France. »

La volte-face soudaine de Hollande sur la question d’une enquête de l’ONU sur l’attentat du 21 août à Ghouta témoigne du mépris du gouvernement français pour l’enquête de l’ONU à Ghouta et pour la vérité sur ce qui s’y est passé. Son changement d’attitude n’est qu’une manœuvre politique pour renforcer le soutien de la population en faveur de la course impopulaire à la guerre contre la Syrie du gouvernement du Parti socialiste français (PS).

Au début, Hollande avait demandé en toute urgence une attaque contre la Syrie, tout en insistant sur l’idée qu’il n’était pas nécessaire d’attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU sur l’attaque de Ghouta. Washington, Londres, et Paris envisageaient de se servir de l’attaque de Ghouta comme d’un prétexte pour déclencher rapidement une guerre contre le régime syrien au mépris de l’opinion publique. Ils n’avaient par conséquent aucun intérêt à enquêter sur cette attaque.

Mais la course à la guerre des puissances de l’OTAN a rencontré un premier obstacle lorsque le parlement britannique a voté contre une intervention militaire, ce qui prouve qu’ils n’avaient aucun fait établi pour étayer leurs accusations selon lesquelles le président syrien Bashar el-Assad avait mené cette attaque.

Quand le gouvernement Obama a décidé de retarder son assaut contre la Syrie jusqu’après un vote sur la guerre au Congrès américain, Hollande a été contraint de suspendre lui aussi son action militaire. Cela a démenti encore plus le mensonge qui prétendait que l’assaut franco-américain contre la Syrie consisterait en quelques frappes « limitées ». La France n’a pas attaqué la Syrie toute seule précisément parce qu’elle n’a pas les capacités militaires pour mener le type de campagne de bombardement massif et d’intervention que Washington et Paris préparent au Moyen-Orient.

Sous la pression des partenaires de la France au sein de l’Union européenne (UE), qui ont signé une résolution samedi à Vilnius qui indiquait leur soutien pour une éventuelle frappe militaire, mais qui ont également demandé à l’ONU de lui fournir une couverture politique en publiant d’abord son rapport sur Ghouta, Hollande a alors changé sa position sur l’ONU.

Hollande a laissé entendre que le rapport de l’ONU va confirmer l’usage des armes chimiques par le régime d’Assad : « il y a bien eu usage des armes chimiques le 21 août, tous les indices étaient concordants, l’ONU doit en apporter confirmation. »

Le gouvernement de Hollande se prépare à se servir des conclusions de l’ONU sur le fait que des armes chimiques ont été utilisées pour affirmer que c’est le régime d’Assad qui s’en est servi et que la guerre est nécessaire. En fait, l’opposition soutenue par les occidentaux et liée à Al Qaïda détient des armes chimiques, et il est probable que l’attaque de Ghouta ait été menée par ces forces, qui étaient en train de perdre la bataille, afin de fournir un prétexte à une intervention militaire des grandes puissances. (Lire : Un reportage associe l’attaque au gaz à Ghouta à l’opposition syrienne qui est soutenue par les Etats-Unis).

Si les sondages officiels montrent que les deux tiers de la population française s’opposent à la guerre contre la Syrie, le gouvernement Hollande minimise les implications à grande échelle d’une telle guerre. Hollande préfère présenter cette guerre comme étant conçue pour « punir le régime et en aucune façon porter le conflit au-delà de la Syrie. »

L’affirmation que l’action militaire ne vise qu’à faire respecter une interdiction des armes chimiques est un mensonge. La France s’aligne sur les préparatifs de Washington en vue d’une guerre massive visant à détruire le régime d’Assad en Syrie et à le remplacer un régime de pantins soutenus par l’occident. Une telle guerre entraînerait les alliés de la Syrie en Iran et au Liban, et peut-être même la Russie, à s’opposer à l’assaut franco-américain au Moyen-Orient.

Quel que soit le résultat final du vote au Congrès américain et du rapport de l’ONU, les gouvernements de Obama et Hollande envisagent d’aller de l’avant avec leur projet de guerre majeure, en s’appuyant sur les mêmes méthodes que Washington avait utilisées pour lancer la guerre d’Irak, il y a dix ans : des mensonges sur les armes de destruction massives.

La décision de Hollande d’entraîner la France dans une guerre majeure au mépris de l’opinion publique et en violation du droit international montre l’absence de toute base sociale en faveur des droits démocratiques parmi la classe dirigeante française. Leur propagande pour la guerre est complétée par la propagande des organisations exprimant le point de vue des classes moyennes aisées, comme le Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

De telles forces, qui sont régulièrement interrogées par les grands médias, cherchent à désorienter l’opposition à la guerre de la population en se présentant comme des opposants à la politique du gouvernement, tout en reprenant les mensonges des médias en faveur de la guerre et en appelant à une intervention plus forte.

Le NPA en particulier a soutenu dès le début la campagne pour un changement de régime en Syrie, présentant les forces de l’opposition islamiste soutenue par la CIA comme des révolutionnaires, et critiquant les puissances impérialistes pour ne pas leur avoir fourni assez d’armes.

Dans un entretien accordé le 4 septembre au magazine, Les Inrockuptibles, l’ex-porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, a abordé la guerre en Syrie. Il n’a remis en cause aucun des mensonges de Hollande sur l’attaque à l’arme chimique, mais il a critiqué l’intervention occidentale comme un moyen « inefficace » de faire tomber le régime syrien. Il a fait remarquer que, si les puissances occidentales attaquent, Assad « pourra même souder une partie de la population sur le thème “il s’agit d’une intervention étrangère”. »

Besancenot appelle donc à un armement plus important des milices de l’opposition par les puissances impérialistes. Les agences de renseignement occidentales ont injecté des centaines de millions de dollars et des milliers de tonnes de matériel militaire dans les forces de l’opposition islamiste, qui sont largement dominées par des groupes affiliés à Al Qaïda. Besancenot a présenté cette opération comme un « processus révolutionnaire en cours » qu’une intervention occidentale risquerait de perturber.

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 10 septembre 2013

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Lundi, les représentants de l’administration Obama faisaient des pieds et des mains pour sauver le prétexte employé par Washington pour justifier une guerre contre la Syrie. En effet, Moscou et Damas auraient accueilli une remarque faite, il semblerait, spontanément par le secrétaire d’État américain, John Kerry, selon laquelle une attaque des États-Unis pourrait être évitée si le régime du président Bashar Al-Assad rendait ses armes chimiques.

Lorsqu’un journaliste de CBS a demandé lundi à Kerry, lors d’une conférence de presse qu’il tenait conjointement avec le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s’il y avait quoi que ce soit qui pourrait empêcher le déclenchement de la guerre des États-Unis contre la Syrie, Kerry a répondu: «Bien sûr. Il pourrait rendre la totalité des armes chimiques à la communauté internationale cette semaine. Qu’il rende toutes ces armes, sans attendre, et qu’il rende tous les comptes nécessaires sans exception. Mais il ne le fera pas, et ça n’arrivera pas, évidemment.»

Même si Kerry a rapidement laissé tomber cette proposition, elle a été rapidement reprise par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, qui a déclaré après avoir rencontré son homologue syrien Walid al-Moallem que «Si la mise en place d’un contrôle international sur les armes chimiques de ce pays permettait d’éviter des frappes, nous allons immédiatement commencer le travail avec Damas.» Il a déclaré que Moscou demanderait à son allié syrien de placer toutes ses armes chimiques sous contrôle international, d’accepter qu’elles soient détruites et de signer le traité international qui interdit l’usage de ces armes.

La proposition a ensuite été adoptée par Moallem et le gouvernement syrien. «La Syrie accueille la proposition de la Russie par souci des vies du peuple syrien, de la sécurité de notre pays et parce qu’elle croit en la sagesse du gouvernement russe qui tente d’empêcher une attaque américaine contre notre peuple», a affirmé le ministre syrien des Affaires étrangères. Cette position a été rapidement reprise sur le site web de l’agence de presse du régime à Damas, SANA.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a aussi annoncé plus tard dans la même journée qu’il préparait le processus à travers lequel les armes chimiques allaient être rendues et détruites et qu’il demanderait au Conseil de sécurité de l’approuver.

Ce développement, qui soulève la possibilité d’éviter une guerre à laquelle s’opposent, selon les sondages, au moins les deux tiers de la population américaine et de très fortes majorités à travers le monde, était clairement vu comme une catastrophe par l’administration Obama et l’élite dirigeante américaine.

Un haut représentant des États-Unis a dit à CNN que les commentaires de Kerry étaient une «bourde monumentale» et «ne correspondaient pas du tout à ce qui avait été discuté», tout juste avant que soit déclenchée une vaste campagne médiatique du président Barack Obama visant à faire pression sur le Congrès pour faire adopter une résolution autorisant une campagne de bombardement de la Syrie.

Une porte-parole du département d’État a soutenu que les paroles de Kerry n’étaient que de la «rhétorique». Elle a critiqué l’attitude de la Russie et de la Syrie, affirmant qu’ils ne faisaient que «gagner du temps» et qu’il fallait traiter leur position avec «le plus grand scepticisme». Elle a ajouté qu’il devenait «encore plus important que le Congrès donne l’autorisation au président d’agir militairement contre les cibles du régime syrien».

Des journalistes ont alors réagi en demandant si une guerre contre la Syrie était «un fait accompli», peu importe l’attitude du régime Assad, et si les États-Unis ne voulaient que «punir les Syriens, peu importe ce qu’ils feraient». Un reporter a demandé si Kerry avait simplement «bluffé, auquel cas les Russes et les Syriens auraient pu vouloir tester ce bluff».

La première réaction officielle à ce que les journalistes ont décrit comme la «non-proposition rhétorique» de Kerry ne fait que révéler que les allégations d’usage d’armes chimiques par le régime syrien n’étaient qu’une provocation et un prétexte pour une guerre que l’impérialisme américain souhaite pour ses propres intérêts prédateurs.

L’administration Obama n’a offert que des affirmations et des accusations pour lier les attaques du 21 août au régime à Damas. La Russie a présenté ses propres observations démontrant qu’une attaque aux armes chimiques avait été perpétrée précédemment par les fameux «rebelles», les milices alliées d’Al-Qaïda et soutenues par l’Occident qui attaquent la Syrie, et l’a reliée aux événements du mois dernier.

Ces opposants du régime, qui ont subi une série de défaites militaires dans les derniers mois, avaient tout à gagner de cette attaque qui avait tous les signes d’un geste de provocation conçu pour servir de prétexte à une intervention militaire des États-Unis.

Dans une entrevue avec Charlie Rose sur le réseau PBS lundi soir, Assad a soutenu que l’administration Obama n’avait pas présenté «la moindre preuve» justifiant le déclenchement d’une guerre et que les propres soldats du gouvernement syrien avaient subi des attaques à l’arme chimique.

Il a comparé les affirmations de l’administration Obama au «gros mensonge que Colin Powell avait dit sur tous les réseaux satellites à propos des armes de destruction massive en Irak avant de déclencher la guerre». Assad a dit que Powell avait au moins présenté de «fausses preuves», tandis que Kerry et Obama n’avaient rien présenté du tout.

En fin de soirée lundi, pendant qu’Obama accordait des entrevues aux principales chaînes de nouvelles américaines, l’administration changeait de discours. Étant donné la très forte opposition populaire à la guerre, la difficulté qui s’annonce pour la Maison-Blanche de faire passer au Congrès la résolution autorisant une intervention militaire et l’isolement international de l’administration Obama, il a été clairement décidé qu’il serait impossible de s’opposer catégoriquement à la position qui a été prise par la Russie et la Syrie en adoptant la «non-proposition» de Kerry. Ce développement devait plutôt être présenté comme quelque chose de positif que la menace d’attaque militaire avait rendu possible.

À CNN, Obama a déclaré qu’il «préférerait» que la résolution de la question des armes chimiques passe par un accord international, mais que, «D’un autre côté, si nous ne maintenons et ne développons pas une menace sérieuse d’intervention militaire, je ne crois pas que nous puissions en arriver au type d’accord qui est nécessaire.»

De la même façon, il a dit sur les ondes du réseau Fox News qu’il était maintenant encore plus important que le Congrès autorise une attaque américaine contre la Syrie. «Je crois qu’il est important que nous maintenions la pression pour être certains qu’ils comprennent que nous sommes sérieux», a affirmé Obama.

Les événements de lundi nous rappellent vivement les machinations de l’administration Bush à la fin de 2002, début 2003, après que Saddam Hussein, contrairement aux prévisions des États-Unis, eût permis aux inspecteurs de l’ONU de retourner en Irak et accepté de se soumettre à un programme d’inspection encore plus lourd afin d’empêcher une invasion américaine.

Finalement, l’administration Bush avait tout ignoré (même les déclarations des inspecteurs que le régime irakien était très coopératif et que rien n’avait démontré la présence d’armes de destruction massive [ADM]) et avait tout de même envahi, dans un but qui n’avait rien à voir avec les ADM ou le terrorisme.

Obama, qui a été élu en grande partie en raison de l’immense hostilité de la population américaine pour cette guerre basée sur des mensonges, est déjà sérieusement engagé dans la même voie. Comme son prédécesseur, il est déterminé à provoquer une guerre sur la base de faux prétextes pour remplir un objectif central de l’impérialisme américain: l’hégémonie sur les régions stratégiques riches en pétrole du golfe Persique et d’Asie centrale. Encore plus que celle contre l’Irak, une guerre contre la Syrie, qui est aussi bien dirigée contre ses alliés, l’Iran et la Russie, menace de provoquer un conflit militaire régional et même mondial.

L’offre de la Russie et de la Syrie d’un désarmement et la réaction des États-Unis n’ont pas diminué le risque d’une guerre. Au cours des prochaines semaines, les États-Unis vont tenter de faire échouer ce genre d’accord pacifique et, si nécessaire, nous pourrions être témoins d’un autre acte de provocation de «rebelles» d’Al-Qaïda pour précipiter une intervention militaire.

On ne peut mettre un terme à cette guerre qui s’annonce encore plus désastreuse au Moyen-Orient que par le retour d’un véritable mouvement antiguerre basé sur la mobilisation des travailleurs, des étudiants et des jeunes, indépendamment des deux principaux partis et du Congrès, dans une lutte contre l’administration Obama et le système capitaliste, la source du militarisme, de l’inégalité sociale et de l’assaut incessant sur les droits démocratiques.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 10 septembre 2013

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La guerre secrète en Grèce

septembre 11th, 2013 by Dr. Daniele Ganser

Photo : Le roi Constantiin II et la junte militaire lors du coup d’État de 1967.

Pour maintenir l’ordre libéral, les États-Unis n’hésitèrent pas à faire renverser le gouvernement légitime et majoritaire en Grèce par une clique militaire très minoritaire, en 1967. Leur objectif n’était pas d’empêcher la Grèce de tomber dans l’orbite soviétique, mais de conserver le contrôle des Balkans. Un coup d’État qui en dit long sur la conception de la démocratie à Washington.

Sous les ordres du dictateur fasciste Benito Mussolini, les troupes italiennes tentèrent d’envahir la Grèce en 1940, mais elles furent repoussées par une résistance populaire massive. L’année suivante, Hitler, qui ne voyait pas d’un bon œil la défaite du Duce, décida d’envoyer ses soldats qui conquirent le pays et le placèrent sous le contrôle des puissances de l’Axe. Les Grecs n’avaient cependant pas déposé les armes et, pendant toute la durée de la guerre, l’armée allemande, qui devait lutter contre une résistance acharnée, eut beaucoup de mal à garder le contrôle du pays. Comme en Italie et en France, les mouvements de résistance à l’occupation fasciste étaient dominés par la présence des communistes. ELAS, l’Armée Populaire de Libération, avait été fondée à l’initiative du parti communiste grec (KKE) quelques mois après l’invasion allemande. Elle rassemblait des partisans issus de toutes les sensibilités de gauche et des femmes ainsi que des ecclésiastiques, dont même quelques archevêques, combattaient dans ses rangs. L’EAM, l’aile politique d’ELAS était elle aussi dominée par les communistes. Sur les sept millions d’habitants que comptait alors la Grèce, deux millions étaient membres du parti EAM, tandis que 50 000 étaient des combattants actifs d’ELAS.

ELAS était la bête noire des nazis et tentait avant tout de leur reprendre le contrôle du pays. Pour ses opérations, l’Armée de Libération recevait l’appui du SOE britannique dont les officiers apportaient leurs conseils aux résistants grecs sur le terrain et leur fournissaient armes et munitions. De nombreuses amitiés furent tissées entre les combattants d’ELAS et les agents de liaison du SOE. Mais les frères d’armes durent subitement se séparer quand le Premier ministre Winston Churchill décida en mars 1943 de cesser de soutenir ELAS, craignant qu’après la défaite de l’Axe, la Grèce passe sous le contrôle des communistes. Churchill envoya secrètement son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden auprès de Staline en octobre 1943 afin de procéder au partage des Balkans. L’accord, scellé à Yalta, laissait aux États-uniens et aux Britanniques le champ libre en Grèce et prévoyait le passage de la Roumanie et de la Bulgarie sous contrôle soviétique.

Dans le but de réduire l’influence des communistes et des socialistes grecs, Londres prévoyait de réinstaller au pouvoir l’ancien roi de Grèce qui dirigerait le pays avec l’aide d’un gouvernement conservateur. La directive duForeign Office, le ministère des Affaires étrangères britannique, du 20 mars 1943, mentionnant ce revirement précise que « le SOE devrait systématiquement se tourner vers les groupes disposés à soutenir le roi et le gouvernement et faire bien comprendre aux mouvements antimonarchiques que le roi bénéficie du soutien du gouvernement de Sa Majesté ». [1] Seulement le souverain n’était pas véritablement populaire dans le pays, à cause notamment de son choix de collaborer avec le dictateur fasciste Metaxas. Inspiré par Hitler et Mussolini, Metaxas avait instauré, vers la fin des années 1930, le salut fasciste, bras droit tendu vers l’avant, ainsi qu’une police secrète particulièrement brutale. Cependant, Londres poursuivait sa politique de soutien aux conservateurs et, en octobre 1943, le Foreign Office alla jusqu’à envisager « une véritable politique visant à attaquer et à affaiblir l’EAM par tous les moyens disponibles », une stratégie qui fut finalement abandonnée car jugée « susceptible de compromettre les chances de prendre l’avantage militairement et de s’avérer contre-productive en renforçant la légitimité politique de l’EAM ». [2]

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George Grivas (Γεώργιος Γρίβας)

Le revirement des Britanniques fut un véritable choc pour les membres d’ELAS qui commencèrent à être la cible de chasses à l’homme menées par d’anciens collaborateurs pro-nazis et des unités spéciales d’extrême droite appuyées par les Britanniques comme les groupes X du soldat chypriote George Grivas. Churchill, qui observait la scène à distance, remarqua toutefois que les groupes X, incapables de susciter l’adhésion populaire, ne comptèrent guère plus de 600 membres, et qu’ELAS constituait donc toujours la principale force de guérilla du pays. C’est dans ce contexte que le Premier ministre britannique décida fin 1944 de prendre des mesures supplémentaires pour empêcher les communistes grecs d’accéder au pouvoir. Il donna l’ordre de créer en Grèce une nouvelle armée secrète d’extrême droite. Comme l’écrivit le journaliste Peter Murtagh : une « nouvelle unité fut créée au sein de l’armée grecque, qui fut appelée tour à tour Brigade Montagnarde Grecque, Force d’Intervention Hellénique ou LOK, son acronyme en grec (Lochos Oreinon Katadromon) ». Conçue comme une arme contre les communistes et les socialistes, l’unité était interdite à « tous ceux dont la sensibilité politique oscillait entre le conservatisme modéré et la gauche véritable. Sous la supervision des officiers britanniques appliquant les ordres exprès de Churchill, l’unité fut constituée de royalistes et d’antirépublicains. » [3]

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Alexandre Papagos (Αλέξανδρος Παπάγος)

Le maréchal Alexandre Papagos fut choisi pour être le premier directeur de la LOK et, avec le soutien des Britanniques, il entreprit de recruter des militants d’extrême droite et de combattre ELAS. [4] Alors que l’Armée de Libération Populaire devait lutter à la fois contre l’occupant nazi et contre la Force d’Intervention Hellénique, Churchill craignit le scandale qui risquerait d’éclater s’il devait être révélé à la population britannique que Londres soutenait secrètement les fascistes en lutte contre les communistes grecs. En août 1944, il ordonna donc à la BBC de ne faire « aucune mention d’aucune sorte » d’ELAS en traitant de la libération de la Grèce. [5] Mais quelques semaines plus tard, la résistance grecque parvint finalement à vaincre l’occupant allemand et Hitler fut contraint de retirer ses troupes du pays. Winston Churchill exigea immédiatement que la résistance dépose les armes, ce qu’ELAS était disposée à accepter à condition que son dernier ennemi, la LOK, en fît autant.

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Le massacre de la place Syntagma

La Grande-Bretagne refusant que l’armée secrète rende les armes, l’EAM organisa à Athènes une vaste manifestation démocratique pour dénoncer l’ingérence britannique dans les affaires politiques de la Grèce d’après-guerre. Celle-ci eut lieu le 3 décembre 1944, soit six semaines à peine après le départ des forces d’occupation allemandes. Les organisateurs de la manifestation avaient bien précisé leur intention de s’opposer aux Britanniques par des moyens pacifiques, la marche de protestation devant être le prélude à une grève générale. Peu après 11 h 00 ce matin-là, un groupe de 200 à 600 manifestants investit la place Syntagma, qui donne sous les fenêtres du Parlement. Ce petit groupe, constitué pour partie de femmes et d’enfants rassemblés dans une ambiance festive, devait être rejoint par une foule de 60 000 personnes qui avaient été retardées par des barrages policiers. Tandis que les quelques centaines de personnes s’avançaient sur la place, une rangée d’hommes en armes, constituée de policiers et de miliciens, parmi lesquels figuraient vraisemblablement des membres de la LOK, se dressa sur leur passage. Des soldats britanniques et des policiers équipés de mitraillettes avaient pris position sur les toits alentour. La tension était palpable.

L’ordre fut donné de « tirer sur ces enfoirés » et la manifestation pacifique tourna soudain au bain de sang. Une pluie de balles s’abattit sur les manifestants qui se dispersèrent dans toutes les directions. D’après des témoins, la fusillade dura près d’une heure. 25 manifestants trouvèrent la mort, dont un enfant de 6 ans, et 148 autres furent blessés. Quelques minutes plus tard, le cortège principal arriva sur les lieux. Faisant preuve d’un calme et d’une retenue étonnants, les 60 000 manifestants se rassemblèrent dans la solennité et le recueillement autour des dépouilles de leurs camarades abattus. Sur les bannières souillées du sang des morts, les slogans demandaient la fin de l’ingérence britannique dans les affaires grecques. De nombreux manifestants brandissaient des drapeaux états-uniens et grecs, d’autres le drapeau rouge du socialisme. Très peu arboraient l’Union Jack. À Londres, Churchill dut affronter la colère des Communes qui demandaient des explications sur les atrocités commises à Athènes. Tout en reconnaissant le caractère « choquant » des faits, le Premier ministre britannique qualifia néanmoins de stupide la décision de faire défiler autant d’enfants dans une ville remplie d’hommes en armes. Le rôle de l’armée secrète d’extrême droite dans le massacre de la place Syntagma ne fit l’objet d’aucune enquête. [6]

Suite à cette démonstration de force, les Britanniques restaurèrent la monarchie en Grèce et obtinrent d’ELAS que celle-ci rende les armes en échange de la promesse d’élections nationales démocratiques, lesquelles eurent lieu en mars 1946. Le parti communiste grec et le centre gauche ayant pris la décision maladroite de boycotter les urnes pour protester contre l’occupation du pays par les Britanniques, la droite remporta une victoire sans appel. On assista dès lors à une succession de gouvernements fantoches de droite à la botte de Londres. Convaincu que la Grèce ne manquerait pas de tomber sous l’autorité brutale de Staline si la gauche grecque accédait au pouvoir, le gouvernement continua à ordonner l’arrestation des membres d’EAM dont beaucoup furent torturés dans les camps de prisonniers de sinistre mémoire, bâtis sur les îles grecques.

En 1945, la plupart des États célébrèrent la fin de la Seconde Guerre mondiale et, afin d’éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise à l’avenir, ils fondèrent l’Organisation des Nations Unies. Mais la Grèce était toujours en proie aux combats et la guerre froide débuta. À force de frustration, une fraction de la gauche grecque résolut de reprendre les armes et le maquis et, à l’automne 1946, elle engagea une guerre civile contre les Britanniques et la droite locale. Exsangue au sortir de la guerre, le Royaume-Uni n’était plus en mesure d’assurer le contrôle du pays, au début de l’année 1947, il demanda donc de l’aide aux États-Unis. Le spécialiste de la CIA William Blum raconte que « les responsables à Washington savaient parfaitement que leur nouveau “gouvernement-client” était si vénal et si négligent en matière de droits de l’Homme que même les anticommunistes états-uniens les plus fervents en étaient outrés ». [7] Cependant, comme la Yougoslavie communiste fournissait la gauche grecque en armes et vu que le pays semblait sur le point de basculer dans le communisme, le président Truman parvint en exposant sa fameuse doctrine à convaincre le Congrès de la nécessité d’une intervention officielle en Grèce. La Grèce fut ainsi le premier pays à être envahi par les USA dans le cadre de leur politique de lutte contre le communisme à l’échelle mondiale. Au cours des décennies qui suivirent, Washington se servit de l’exemple grec pour justifier ses invasions ouvertes ou clandestines en Corée, au Guatemala, en Iran, à Cuba, au Cambodge, au Nicaragua, au Panama et dans plusieurs autres pays.

Par une étrange manœuvre idéologique, Truman qualifia le gouvernement conservateur corrompu d’Athènes de « démocratique » et assimila ses opposants de gauche à des « terroristes », tandis que les forces US débarquaient en Grèce avec de l’équipement lourd. Associées à la force d’intervention hellénique et aux autres unités paramilitaires locales, celles-ci disposaient d’effectifs six fois plus nombreux que les quelque 20 000 hommes et femmes réfugiés dans les montagnes grecques. Quand Staline comprit en 1948 que la guerre civile en Grèce pourrait déboucher sur un affrontement entre les deux superpuissances, la Yougoslavie fut exclue du bloc soviétique et l’approvisionnement en armes des partisans grecs commença à décroître. Leur situation s’aggrava encore à mesure que la LOK, à présent sous contrôle états-unien, était de mieux en mieux équipée et gagnait en puissance. Les USA lancèrent alors secrètement l’« Opération Torch » [“to torch” signifie incendier] au cours de laquelle des milliers de litres de napalm furent déversés sur les montagnes grecques. Fin 1948, la résistance grecque, après avoir battu sur son propre terrain les nazis puis les troupes britanniques, s’inclina finalement. « La guerre civile s’acheva sur une victoire totale de la droite grecque et de son protecteur US. » [8]

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Konstantin Dovas (Κωνσταντίνος Δόβας)

L’armée secrète anticommuniste LOK ne fut pas démantelée à la fin de la guerre civile, elle demeura opérationnelle afin de contrôler l’opposition grecque. Quand la Grèce fut admise au sein de l’OTAN en 1952, elle « était devenue un parfait allié, client de confiance pour les USA. Elle était farouchement anticommuniste et très bien intégrée au système de l’OTAN. » [9] Clandestinement, la CIA et l’armée grecque dirigeaient, entraînaient et équipaient conjointement la LOK placée sous le commandement du maréchal Alexandre Papagos. L’armée secrète anticommuniste était pour la CIA un outil de premier choix pour influer sur la vie politique dans le pays. La coopération clandestine entre les services secrets états-uniens, l’armée et le gouvernement grec fut confirmée par une série de documents confidentiels dont la population grecque n’apprit l’existence que lors des révélations de 1990. Parmi ceux-ci figurait un document sur l’armée secrète grecque daté du 25 mars 1955 et signée par le général Truscott pour la CIA, par Konstantin Dovas, chef d’état-major de l’armée grecque, ainsi que par le Premier ministre du pays Alexandre Papagos. [10] Les signataires confirmèrent une nouvelle fois leurs engagements sur l’armée secrète le 3 mai 1960. [11]

D’après le journaliste Peter Murtagh, la CIA avait fait de la LOK un programme prioritaire en Grèce. « Au milieu des années 1950, la CIA aidait au financement et à l’approvisionnement de la Force d’intervention, elle l’a même minutieusement restructurée sur le modèle des unités d’élites états-uniennes et britanniques, les Delta Forces et le Special Air Service ou SAS. Sous le commandement de la CIA, les membres de la Force d’intervention se virent distribuer des bérets verts bien avant que ne soit créée l’unité du même nom. » Comme dans tous les autres pays d’Europe de l’Ouest, les relations entre les combattants locaux et les forces spéciales britanniques et états-uniennes étaient très cordiales. Après avoir subi un entraînement spécial à l’étranger, les officiers grecs étaient particulièrement fiers d’avoir été choisis pour rejoindre l’unité spéciale. Murtagh précise à juste titre que, par l’intermédiaire de la CIA, l’armée secrète grecque était elle aussi en liaison avec l’OTAN et son comité directeur stay-behind, l’ACC de Bruxelles. « La Force d’intervention devint la branche grecque du réseau paneuropéen de guérilla mis en place par l’OTAN et la CIA dans les années 1950 et contrôlé depuis le quartier général de l’OTAN, à Bruxelles, par l’ACC, le Comité de Coordination Allié. » Parallèlement à sa mission de contrôle intérieur, la LOK fut aussi entraînée pour sa fonction stay-behind plus classique. « Le réseau était spécialement conçu pour agir comme une force “stay-behind” après l’invasion de l’Europe par les Soviétiques. Il coordonnerait les actions de guérilla menées dans les différents pays occupés et assurerait la liaison avec les gouvernements en exil. Il devait impliquer les agents des polices secrètes et des services de renseignement des pays conquis, ainsi que des civils volontaires. La branche grecque de ce programme était aussi appelée “Opération Sheepskin” [peau de mouton]. » [12] La LOK ayant été créée dès 1944 par les Britanniques, cela en fait la plus ancienne des toutes les armées secrètes stay-behindactives en Europe pendant la Guerre froide.

L’existence de l’armée secrète avait déjà été révélée en 1987 par l’ancien agent de la CIA Philip Agee dans son livre Dirty Work : The CIA in Western Europe, ouvrage qui valut à son auteur de vives critiques de la part de l’Agence de renseignement et du Pentagone. Agee, qui avait travaillé pour la CIA en Amérique latine durant les années 1950, quitta l’Agence en 1969 pour des raisons d’éthique et commença dès lors à dénoncer les opérations terroristes et les violations des droits de l’Homme perpétrées par la CIA dans de nombreux pays en révélant le contenu de ces opérations et le nom des agents impliqués. Des années avant que le scandale Gladio n’éclate en Italie, Agee révéla que « des groupes paramilitaires dirigés par des agents de la CIA avaient agi en Europe pendant les années 1960 ». Il souligna que « de toutes les activités de la CIA, aucune n’était aussi directement liée au développement d’un potentiel de subversion interne ». [13]

Selon Agee, le rôle joué par la CIA en Grèce fut véritablement décisif. « L’agent gréco-américain travaillant pour la CIA recruta plusieurs groupes de citoyens pour constituer ce que la CIA appelait “un noyau voué à lever une véritable armée de citoyens pour contrer la menace d’un coup d’État de la gauche”. Chacun des groupes ainsi formés était entraîné et équipé afin d’opérer comme une unité de guérilleros autonomes, capables de mobiliser des hommes et de mener des actions de guérilla et ne nécessitant qu’une très légère, voire aucune supervision extérieure. » Le contrôle de l’armée secrète demeurait entre les mains de la CIA et de quelques officiers grecs à qui les services secrets états-uniens accordaient leur confiance. « Les membres de chacun de ces groupes étaient initiés aux procédures militaires par la CIA. D’après les informations disponibles, la plupart de ces unités paramilitaires s’entraînaient dans deux camps : l’un situé aux abords de Volos et le second près du Mont Olympe. Après une formation de base, les unités partaient ensuite s’entraîner dans des zones reculées du Pinde et dans les montagnes près de Florina. » À l’instar de toutes les armées secrètes dirigées par la CIA en Europe de l’Ouest, ces unités disposaient d’un armement léger entreposé dans des caches d’armes. « Ces groupes de partisans étaient équipés d’armes automatiques ainsi que de mortier léger. Les armes étaient stockées dans divers endroits. La majeure partie du matériel militaire était dissimulée sous terre et dans des grottes. Chaque membre de ces groupes paramilitaires connaissait l’emplacement de ces arsenaux clandestins, afin de pouvoir s’y rendre sans avoir besoin des instructions de ses supérieurs ». [14]

En raison du grand nombre de personnes impliquées, plusieurs cercles devaient être mis dans la confidence ce qui rendait par conséquent plus difficile de protéger le secret entourant l’armée stay-behind et ses liens avec la CIA. « Il est devenu de plus en plus difficile de tenir le projet secret. Un agent de la CIA a qualifié la situation de “cauchemar” », raconta Agee avant d’ajouter : « Pour autant qu’on le sache, le groupe paramilitaire n’a jamais été démantelé. Aux yeux des hauts responsables de la CIA, les groupes placés sous le commandement de la branche paramilitaire sont comme une “assurance” à long terme sur les intérêts US en Grèce, ils peuvent être utilisés pour appuyer ou pour diriger le possible renversement d’un gouvernement “antipathique”. “Antipathique” du point de vue de la stratégie de manipulation états-unienne, bien entendu. » [15] La CIA investit des millions de dollars dans l’armée secrète grecque et bâtit un véritable complexe de refuges et de centres d’entraînement aux abords du Mont Olympe dans le nord-est du pays où les membres de la LOK étaient formés par des instructeurs de la CIA à diverses pratiques telles que le ski, le saut en parachute et la plongée sous-marine. [16] Environ 800 caches d’armes furent aménagées sur l’ensemble du territoire et l’on estime les effectifs de l’armée secrète à près de 1 500 hommes qui, en cas de besoin, pouvaient en recruter 2 000 autres, portant ainsi le nombre total de ces soldats d’élite à près de 3 500. [17]

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Thomas Karamessines

L’agent gréco-américain de la CIA mentionné par Agee et qui joua un rôle central dans la création et la direction de l’armée secrète grecque était Thomas Karamessines. Comme bon nombre de ses collègues de l’Agence, Karamessines avait travaillé pour les services secrets états-uniens OSS (Office of Strategic Services) pendant la Seconde Guerre mondiale. En raison de son anticommunisme radical et de ses racines grecques, il fut affecté à l’ambassade US à Athènes en janvier 1946, officiellement comme attaché militaire. Pendant la guerre civile, il établit des contacts avec des responsables de la sécurité britanniques et grecs et des membres de la Force d’intervention hellénique. Quand la CIA fut créée pour remplacer l’OSS en 1947, Karamessines installa le quartier général de l’Agence au cinquième étage du Tamion Building qui donne sur la Place Syntagma. En quelques années, l’antenne de la CIA compta plus d’une centaine d’agents, des Gréco-Américains comme Karamessines pour la plupart. Athènes devint alors la base arrière des activités de la CIA dans la péninsule balkanique et au Moyen-Orient, y compris jusqu’en Iran.

Prenant une part active aux opérations spéciales et à la création des armées anticommunistes de la CIA, Karamessines fut transféré à Rome en 1958 où, en tant que chef de station, il dirigea le Gladio italien et la lutte engagée contre les communistes locaux. En 1962, il fut contraint de quitter l’Italie suite à des rumeurs sur son implication dans la mort de l’industriel et patron d’ENI Enrico Mattei, survenue dans des circonstances troubles. De retour aux États-Unis, le soldat de l’ombre Karamessines prit la tête du département des opérations spéciales de la CIA en étant nommé directeur adjoint aux Plans. Il semble qu’il ait aussi mené le combat sur le sol états-unien : en effet, suite à l’assassinat du président Kennedy en 1963, il fut accusé d’avoir fait disparaître certains indices et d’avoir détruit des documents compromettants.

Karamessines veilla à ce que la CIA non seulement finance mais également contrôle le service de renseignement militaire KYP, en dépit du fait que celui-ci ait régulièrement recours à la torture. « Grâce à nos objectifs communs, et bien sûr à l’argent que nous fournissions, collaborer avec eux était assez facile », se souvint un ancien agent de la CIA qui avait été stationné en Grèce. « Les hommes du KYP s’y entendaient assez bien pour faire parler les communistes et tous ceux qui flirtaient avec les Soviétiques. » [18] Les agents grecs écoutaient les communications radio des Bulgares et des Roumains et envoyaient les bandes aux États-Unis où elles étaient décodées par les experts de la NSA. En espionnant l’opposition grecque, le KYP et la CIA amassèrent pas moins de 15 tonnes de données et constituèrent 16,5 millions de dossiers sur les citoyens grecs considérés comme une menace pour l’État. Quand le stockage des archives commença à poser un sérieux problème, la CIA fournit au KYP un système informatique. Ironie de l’Histoire, la première démocratie moderne, les USA, offrit à la première démocratie de l’Antiquité, la Grèce, les premiers ordinateurs destinés au contrôle de la population. Le chef du KYP se montra particulièrement enthousiaste devant cette nouvelle machine, il invita même la presse à venir la contempler. Posant fièrement à côté du très imposant appareil, il déclara : « Les Grecs peuvent dormir sur leurs deux oreilles car cette merveille de technologie américaine, elle, reste toujours en éveil », sur quoi, afin de démontrer l’efficacité du système, il appuya sur un bouton « ennemi du pays », ce qui eut pour effet de faire apparaître le dossier personnel d’un journaliste présent sur les lieux et d’embarrasser quelque peu les agents du KYP. [19]

La CIA et l’oligarchie locale contrôlant la gauche et les communistes grecs par l’intermédiaire de la LOK et du KYP, la seule menace pour l’équilibre du pouvoir provenait des élections démocratiques. Laughlin Campbell, chef de station de la CIA de 1959 à 1962, craignait une victoire de la gauche aux élections nationales d’octobre 1961, de nombreux électeurs furent donc incités, par la menace ou par l’argent, à voter conformément aux directives du KYP. Dans certains villages, les candidats soutenus par l’armée et la CIA obtinrent même plus de voix qu’il n’y avait d’habitants en âge de voter. Tout fonctionna comme prévu et l’union du centre dont l’inclination à gauche était redoutée n’obtint qu’un peu plus du tiers des suffrages, ce qui lui garantit 100 sièges au Parlement. Son leader, George Papandreou cria à la fraude électorale et obtint qu’une commission indépendante mène l’enquête. Quand celle-ci confirma ses allégations, Papandreou promit au gouvernement une lutte sans merci.

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George Papandreou (Γεώργιος Παπανδρέου). Ne pas confondre avec son petit-fils pro-US.

Bénéficiant d’un réel soutien populaire, Papandreou trouva le courage de défier la CIA et le KYP et, en 1963, il contraignit le Premier ministre pro-US Konstantin Karamanlis à la démission. Les tensions s’accentuèrent aux élections de 1963, où l’Union du Centre obtint 42 % des suffrages et 138 des 300 sièges du Parlement. À la tête du premier parti de l’union, Papandreou fut nommé Premier ministre en février 1964. Pour la première fois depuis l’occupation allemande, la droite grecque se voyait en situation de perdre une grande partie de son poids politique. Papandreou tenait les rênes du pays pour quatre ans, une évolution qui « ébranla l’establishment conservateur. Pour beaucoup, y compris pour certains conseillers de premier plan, cela laissait présager une prise de pouvoir imminente par les communistes, et cela, ils étaient bien décidés à l’enrayer. » [20] Il fallait renverser le Premier ministre George Papandreou.

Jack Maury, qui avait remplacé Campbell à la tête de l’antenne athénienne de la CIA, reçut l’ordre de se débarrasser de Papandreou. Le chef de station aimait faire étalage de son pouvoir : il portait des costumes voyants, d’énormes chevalières et conduisait une grosse voiture américaine, « plus grande que celle de l’ambassadeur »,comme il se plaisait à le souligner. Il complota en secret avec le roi Constantin et des officiers royalistes et conservateurs de l’armée grecque et, en 1965, il parvint à démissionner George Papandreou par prérogative royale. [21] La période qui suivit ce coup silencieux fut caractérisée par des gouvernements éphémères et les efforts clandestins entrepris par le KYP, sur les conseils de l’agent Constantin Plevris, pour conditionner le climat politique. Il y eut à cette époque plusieurs attentats dans le pays. En 1965, le pont de Gorgopotamos fut détruit par une explosion au moment précis où l’ensemble de la classe politique commémorait la résistance au nazisme. Le choix du lieu était hautement symbolique puisque les Grecs étaient particulièrement fiers d’avoir empêché les Allemands de le détruire pendant l’occupation. L’attentat fit cinq morts et une centaine de blessés, dont beaucoup grièvement. « Après tout, nous étions officiellement formés au terrorisme », commenta par la suite un agent impliqué dans des opérations stay-behind, soulignant ainsi le puissant soutien dont ces hommes avaient bénéficié. [22]

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Alexandre Mastas (Αλέξανδρος Μάτσας)

Ce soutien provenait de l’administration de Lyndon Johnson, à Washington, qui avait déjà eu l’occasion à Chypre de signifier au gouvernement grec qui était aux commandes. À l’été 1964, le président Johnson convoqua l’ambassadeur grec Alexandre Matsas à la Maison-Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson : « Écoutez-moi bien, M. l’ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent à chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon ! » Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison-Blanche. « Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps. » [23]

Quand Matsas, outré, tenta de protester : « Je ne peux tolérer de telles manières », Johnson continua : « N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez ? », sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandreou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le président Johnson : « Vous cherchez les ennuis, M. l’ambassadeur ? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne ? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censés répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention. » [24] Clic. Fin de la communication.

Andreas Papandreou, le fils du Premier ministre, observait avec un certain dégoût le jeu de manipulations et la guerre secrète qui se livraient dans son pays. Après avoir fréquenté un mouvement trotskiste alors qu’il était étudiant, Andreas avait quitté la Grèce pour les États-unis dans les années 1930, afin d’échapper à la répression du régime dictatorial de Metaxas. Naturalisé états-unien, il avait embrassé une brillante carrière d’économiste et d’universitaire, dirigeant le département d’économie de l’université de Californie, à Berkley. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il avait servi dans la Marine US et, après 1945, il fut approché par la CIA afin de rejoindre le bureau politique de la zone méditerranéenne. Quand, vers la fin des années 1950, il comprit le rôle que jouaient les États-Unis en Grèce, il coupa les ponts avec la CIA et regagna son pays natal où il devint l’un des plus virulents détracteurs de la politique états-unienne. Dans un style démagogique rappelant celui de Castro, le jeune Papandreou s’en prenait dans ses discours enflammés à l’ingérence des USA dans les affaires grecques, à l’OTAN, à la corruption du roi, aux partis conservateurs et aux élites grecques en général.

Le Pentagone et la CIA enragèrent de voir qu’un deuxième Papandreou osait défier la présence US en Grèce. Pour le journaliste Peter Murtagh, « on peut à peine imaginer la haine qu’éprouvaient la droite conservatrice et la CIA pour le fils du Premier ministre ». [25] En 1964, Andreas Papandreou, qui assumait des fonctions ministérielles, découvrit que le KYP espionnait régulièrement les conversations des membres du gouvernement et transmettait les informations ainsi obtenues à la CIA. De colère, il révoqua deux hauts responsables du service et les remplaça par deux agents jugés plus fiables à qui il ordonna de mettre un terme à toute forme de coopération avec la CIA. Cependant, comme le raconta Papandreou lui-même, le nouveau directeur du KYP « reparut en s’excusant, expliquant qu’il ne pouvait le faire. Tout le matériel était états-unien, contrôlé par la CIA ou par des Grecs eux-mêmes sous les ordres de la CIA. Il n’était plus possible de faire la distinction entre les deux services. Ils étaient bâtis selon la même structure et chaque responsable avait son homologue. Concrètement, ils formaient une seule et même agence. » [26]

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Andreas Papandreou (Ανδρέας Παπανδρέου)

Alors qu’Andreas Papandreou continuait à défier le KYP, Norbert Anshutz, l’adjoint du chef de mission de l’ambassade US, le rencontra et lui conseilla d’annuler les ordres qu’il avait transmis au KYP. Papandreou refusa et ordonna au représentant états-unien de quitter son bureau, à la suite de quoi, Anshutz, très en colère, l’avertit qu’« il y aurait des conséquences ». [27]] Le coup d’État militaire survint la nuit du 20 au 21 avril 1967, un mois avant la tenue des prochaines élections pour lesquelles toutes les enquêtes, y compris celles de la CIA, prévoyaient un triomphe de l’union du centre, l’alliance de gauche de George et Andreas Papandreou. La LOK déclencha le putsch, basé sur le plan Prométhée, un programme conçu par l’OTAN qui devait être mis en œuvre en cas d’insurrection communiste. En cas d’opposition, le plan était très clair : « Écraser sans la moindre hésitation toute résistance de l’ennemi ». [28] Vers minuit, la LOK prit le contrôle du ministère de la Défense grec qui, signe de l’admiration vouée aux États-uniens, avait été baptisé « le Pentagone ». Les hommes de la LOK ne rencontrèrent qu’une très faible résistance et, sous le commandement du colonel Costas Aslanides, un parachutiste aguerri, le bâtiment fut sécurisé. Une fois le Pentagone investi par les putschistes, la deuxième phase fut déclenchée : à la faveur de l’obscurité, des blindés entrèrent dans la capitale et, emmenés par le général Sylianos Pattakos, ils encerclèrent le Parlement, le palais royal, les bâtiments de la radio et les centres de communication. À la tête de sa colonne de blindés, Pattakos emprunta le même itinéraire que celui pris par les Allemands quand ils avaient conquis Athènes en avril 1941. De temps à autre les blindés s’arrêtaient et cherchaient du regard le signe d’une éventuelle résistance. Mais il n’y en eut pas. Athènes était endormie.

Cette nuit-là, George Papandreou, alors âgé de 78 ans, était lui aussi endormi dans sa modeste maison aux murs blanchis de Kastri, à quelques kilomètres de la capitale. Comme dans tous les coups d’État, le plan était effroyablement simple. Des hommes en armes frappèrent à sa porte, Papandreou fut arrêté et emmené dans l’un des deux véhicules militaires qui avaient cerné la maison. Au même moment, 8 hommes firent irruption au domicile d’Andreas Papandreou, 7 portaient des baïonnettes au canon, le huitième une mitraillette. Dans la confusion qui s’en suivit, Andreas parvint à s’échapper par le toit, mais, l’un des soldats le força finalement à se rendre en pointant une arme sur la tête de son fils de 14 ans. Conformément aux plans très précis établis à l’avance, au cours des 5 heures qui suivirent, plus de 10 000 citoyens furent arrêtés par des escadrons militaires et conduits vers des « centres d’accueil ».

Lors d’un entretien qu’il accorda un an plus tard, le colonel Yannis Ladas, le directeur de la police militaire grecque, alors âgé de 47 ans, souligna avec fierté la précision et la rapidité avec laquelle le plan de l’OTAN avait été appliqué. « En seulement 20 minutes, tous les politiciens, tous les individus, tous les anarchistes figurant sur les listes ont pu être raflés (…) c’était un plan très simple, un plan diabolique. » [29] À son réveil, la population grecque s’aperçut tout d’abord que le téléphone avait été coupé, avant de réaliser que les militaires avaient pris le pouvoir. À six heures, le colonel George Papadhopoulos annonça dans les médias qu’il avait pris le pouvoir afin de défendre la démocratie, la liberté et le bonheur. Onze articles de la Constitution furent suspendus. Les citoyens pouvaient à présent être arrêtés sur-le-champ et sans mandat et traînés devant un tribunal militaire. Les manifestations et les grèves furent interdites et les comptes bancaires gelés. Le nouvel homme fort d’Athènes, George Papadhopoulos, servait comme officier de liaison du KYP auprès de la CIA depuis 1952 et il était connu au sein de son service comme l’homme de confiance du chef de station Maury. À Washington cependant, tout le monde n’approuvait pas les méthodes brutales de la CIA. Quelques jours après le putsch, le sénateur Lee Metcalf critiqua vivement l’administration Johnson et dénonça devant le Congrès la junte grecque qu’il qualifia de « régime militaire de collaborateurs et de sympathisants du nazisme (…) bénéficiant du soutien américain ». [30] Une semaine après le coup d’État, l’ambassadeur US à Athènes, Philip Talbot, se plaignit auprès de Maury, assimilant l’opération menée par les États-Unis à « un viol de la démocratie ». Maury répondit simplement : « Comment voulez-vous violer une pute ? » [31]

À cause de l’implication de la Force d’intervention hellénique, le coup d’État militaire en Grèce fut qualifié de « coup Gladio ». Or on ne trouve qu’un seul autre pays où les armées secrètes anticommunistes se sont livrées à des putschs : la Turquie. En Italie, le réseau Gladio avait réalisé un « coup silencieux » en juin 1964, lors de l’opération « Piano Solo » au cours de laquelle le général De Lorenzo, l’homme de confiance de la CIA, était entré dans Rome avec chars, transports de troupes blindés, jeeps et lance-grenades tandis que les forces de l’OTAN effectuaient de grandes manœuvres militaires dans la région. L’opération avait abouti à la démission des ministres socialistes. L’historien états-unien Bernard Cook a souligné à juste titre que « Piano Solo ressemble au plan Prométhée mis en œuvre par le Colonel George Papadhopoulos en 1967 pour instaurer un gouvernement militaire en Grèce. Avec pour but de déstabiliser l’Italie et d’enrayer la progression de la gauche, le plan n’était rien de plus qu’une “copie conforme de Gladio” ». [32] Collin, un expert en questions militaires, convient que « le projet de De Lorenzo était similaire par ses aspects techniques à celui par lequel le colonel Papadhopoulos a pris le pouvoir en Grèce quelques années plus tard ». [33]

La junte militaire grecque consolida son pouvoir en généralisant les emprisonnements et l’usage de la torture, des pratiques que l’on n’avait plus observées en Europe de l’Ouest depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des personnes arrêtées dans les heures qui suivirent le coup d’État furent ensuite transférées vers des prisons civiles ou militaires. Des communistes, des socialistes, des artistes, des universitaires, des journalistes, des étudiants, des femmes engagées en politique, des ecclésiastiques et leurs familles et amis furent torturés. On leur arrachait les ongles. On leur frappait les pieds à coups de bâton jusqu’à ce que la peau se déchire et que les os se brisent. On introduisait des objets tranchants dans le vagin des femmes. On enfonçait des linges souillés, souvent avec de l’urine ou des excréments, dans la gorge des victimes pour les asphyxier, on insérait des tubes dans leur anus et on y injectait de l’eau à très haute pression, on leur faisait subir des électrochocs. [34]] « Nous sommes tous des démocrates ici », tenait à préciser l’inspecteur Basil Lambro, le chef de la police secrète d’Athènes. « Tous ceux qui sont amenés ici parlent. Vous n’allez pas gâcher nos statistiques. » Le tortionnaire exposait clairement la situation à ses victimes : « Nous sommes le gouvernement. Vous n’êtes rien. Le gouvernement n’est pas seul. Il est soutenu par les États-uniens.  » S’il était d’humeur, Lambro pouvait également livrer son analyse géopolitique : « Le monde se divise en deux camps : les Russes et les États-uniens. Nous sommes les États-uniens. Estimez-vous heureux qu’on ne vous ait qu’un peu torturés. En Russie, ils vous auraient tués. » [35]

La droite italienne et ses combattants secrets étaient admiratifs de l’efficacité avec laquelle les Grecs étaient parvenus, avec l’aide de la CIA, à vaincre la gauche. En avril 1968, les colonels grecs invitèrent une cinquantaine de fascistes italiens, dont le célèbre Stefano Delle Chiaie, à se rendre en Grèce pour observer par eux-mêmes. À leur retour en Italie, les Gladiateurs franchirent un cap dans la violence et commencèrent à poser des bombes dans des endroits publics. Ces attentats, qui tuèrent et mutilèrent des centaines de personnes, furent imputés aux communistes italiens. Les militaires de la junte grecque furent à leur tour impressionnés de voir avec quelle efficacité leurs camarades italiens avaient amené leur pays au bord du coup d’État et le 15 mai 1969, Papadhopoulos leur envoya ce télégramme de félicitations : « Son excellence le Premier ministre constate que les efforts mis en œuvre depuis quelque temps en Italie par le gouvernement grec commencent à porter leurs fruits ». [36]

La dictature militaire finit par imploser à cause d’une absence quasi-totale de soutien populaire après que les colonels se soient engagés dans une aventure impérialiste en finançant en 1974 un coup d’État à Chypre visant à remplacer le gouvernement légitime de gauche de l’archevêque Makarios par un régime fantoche qui aurait permis l’annexion de l’île. Au lieu de cela, en réponse au putsch, les troupes turques envahirent Chypre. Cela donna lieu à de violents affrontements qui firent plusieurs milliers de morts et provoquèrent finalement la partition de l’île entre le Nord turc et le Sud grec. Les colonels furent arrêtés et traduits en justice. Papadhopoulos fut condamné à mort en 1975 pour haute trahison, sa peine fut par la suite commuée en emprisonnement à vie. L’abolition de la monarchie fut votée par référendum et une nouvelle Constitution fut adoptée.

Après avoir été libéré de prison, Andreas Papandreou passa quelques années en exil au Canada et en Suède. Il regagna son pays à la chute du régime des colonels et reprit sa carrière politique. Il fonda le Mouvement Socialiste panhellénique (PASOK) qui remporta les élections de 1981. Nommé Premier ministre, il forma le premier gouvernement socialiste de la Grèce d’après-guerre. La même année, le pays devint un membre à part entière de la Communauté Européenne, mais Papandreou ne se départit pas de son style radical et menaça à plusieurs reprises de se retirer de l’OTAN. Il ne mit jamais sa menace à exécution, mais, six mois avant sa mort, lors des révélations sur le Gladio italien, Andreas Papandreou fut le premier ex-chef de gouvernement à confirmer qu’une armée secrète du même type avait aussi existé dans son pays. C’est cette révélation qui donna au scandale son ampleur internationale et provoqua l’embarras des responsables politiques du continent. Le 30 octobre 1990, Andreas Papandreou déclara dans un entretien accordé au journal grec Ta Nea que c’est en 1984, alors qu’il était Premier ministre, qu’il avait découvert en Grèce une armée secrète commandée par l’OTAN très semblable au Gladio italien et qu’il avait ordonné son démantèlement. L’ancien ministre de la Défense Nikos Kouris confirma que l’armée secrète grecque avait été active pendant la Guerre froide. « Notre projet de structure clandestine a été lancé en 1955 », prétendit-il « par un accord conclu entre le chef de services secrets grecs et la CIA. Quand j’ai appris l’existence de ce pacte inacceptable (…) j’en ai informé Andreas Papandreou (…) et l’ordre a été donné de dissoudre Red Sheepskin. » [37]]

Fin 1990, des voix s’élevèrent dans les rangs de l’opposition socialiste pour exiger l’ouverture d’une enquête parlementaire, mais la demande fut rejetée par le gouvernement conservateur d’alors et par le nouveau parti démocrate. Le ministre de la Défense Ioannis Varvitsiotis dut reconnaître devant le Parlement que l’information fournie par Papandreou était exacte et que la CIA et des commandos locaux avaient bien bâti un réseau secret, dans le cadre d’une opération baptisée Sheepskin, qui avait apparemment été « démantelé en 1988 ». [38] Le ministre de l’Ordre public grec, Yannis Vassiliadis, indiqua cependant que la police n’enquêterait pas sur des « fantasmes » de liens entre l’opération Sheepskin et les actes de terrorisme perpétrés sur le territoire national. Comme bon nombre de ses homologues européens, le ministre insista sur la fonction stay-behind de l’armée secrète grecque, en démentant catégoriquement toute tentative de contrôle de la politique intérieure : « Sheepskin était l’un des plans conçus par l’OTAN dans les années 1950 et né de l’idée que lorsqu’un pays est victime d’une occupation ennemie, il est préférable qu’il dispose d’un réseau de résistance organisé. Il prévoyait que soient répartis sur le territoire des caches d’armes et des agents qui formeraient le noyau combattant de la guérilla. En d’autres termes, c’était un acte défendable au nom de l’intérêt national. » [39] Comme malgré tout l’opposition continuait à réclamer une enquête officielle, le ministre de la Défense Varvitsiotis souligna qu’il n’y avait aucun besoin d’ouvrir une enquête parlementaire sur l’armée secrète puisque lui-même allait régler cette affaire délicate au sein de son ministère. Il confia cette investigation potentiellement explosive à un général qui avait servi à l’OTAN et comme attaché militaire à Washington. Avant même que soit bouclé le rapport sur lestay-behind grec, Varvitsiotis put donc garantir à ses collègues que « le gouvernement [n’avait] absolument rien à craindre ». [40]

Daniele Ganser

 

 

Cet article constitue le seizième chapitre desArmées secrètes de l’OTAN
© Version française : éditions Demi-lune (2007).

[1] Mackenzie, W. J. M., History of the Special Operations Executive : Britain and the resistance in Europe (British Cabinet Office, Londres, 1948), p.703. L’original du Bureau des Archives Publiques de Londres n’a toujours pas été publié, il le sera prochainement chez Frank Cass.

[2] Mackenzie, Special Operations Executive, p.722–723.

[3] Le journaliste du Guardian Peter Murtagh a écrit un récit passionné de la trahison de la résistance grecque et de la confiscation de la démocratie en Grèce par les Anglo-Saxons durant la Guerre froide. Basé sur des documents récemment déclassifiés et sur des entretiens avec plusieurs diplomates états-uniens et britanniques et des employés de la CIA, son livre porte le titre éloquent : The Rape of Greece. The King, the Colonels, and the Resistance (Simon & Schuster, Londres, 1994), p.29. [Le Viol de la Grèce. Le Roi, les Colonels et la Résistance]

[4] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » Dans le magazine d’informations allemand Der Spiegel, N°48, du 26 novembre 1990. Et Leo Müller, Gladio. Das Erbe des Kalten Krieges. Der NATO Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.55.

[5] Murtagh, Rape, p.30.

[6Ibid., p.24. Voir aussi The Concise History of Greece (Cambridge University Press, 1992) du professeur Richard Clogg, qui écrit que : « Des policiers indisciplinés ont ouvert le feu sur une manifestation sur la Place de la Constitution, au cœur de la ville, faisant une quinzaine de morts », p.137.

[7] William Blum, Killing Hope : US Military and CIA interventions since World War II (Common Courage Press, Maine, 1995), p.36.

[8] Murtagh, Rape, p.39.

[9] Blum, Killing Hope, p.38.

[10] Müller, Gladio, p.55. Et Jens Mecklenburg (ed.), Gladio : Die geheime Terrororganisation der Nato (Elefanten Press, Berlin, 1997), p.19.

[11] Jacques Baud, Encyclopédie du renseignement et des services secrets (Lavauzelle, Paris, 1997), p.546.

[12] Murtagh, Rape, p.41.

[13] Philip Agee et Louis Wolf, Dirty Work : The CIA in Western Europe (Lyle Stuart Inc., Secaucus, 1978), p.154.

[14] Agee, Dirty Work, p.155 and 156.

[15Ibid.

[16] Murtagh, Rape, p.42.

[17] Magazine politique autrichien Zoom, N°4/5, 1996, « Es muss nicht immer Gladio sein. Attentate, Waffenlager, Erinnerungslücken », p.73.

[18] Murtagh, Rape, p.43.

[19Ibid., p.44.

[20Ibid., p.71.

[21] Blum, Killing Hope, p.216.

[22] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, N°48, du 26 novembre 1990.

[23] Murtagh, Rape, p.90.

[24Ibid.

[25Ibid., p.102.

[26] Cité dans Blum, Killing Hope, p.217.

[27Ibid., p.218.

[28] Murtagh, Rape, p.114.

[29Ibid., p.118

[30] Christopher Simpson, Blowback : America’s Recruitment of Nazis and its Effects on the Cold War (Weidenfeld and Nicolson, Londres, 1988), p.81.

[31] Agee, Dirty Work, p.154.

[32] Bernard Cook, The Mobilisation of the Internal Cold War in Italy dans History of European Ideas. Vol. 19, 1994, p.116. Cook écrit “une copie conforme de Gladio” entre guillements car il cite Paul Grinsborg, A History of Contemporary Italy : Society and Politics, 1943–1988 (Penguin, New York, 1990), p.277.

[33] Richard Collin, The De Lorenzo Gambit : The Italian Coup Manque of 1964 (Sage, Beverly Hills, 1976), p.40.

[34] Voir Amnesty International, Torture in Greece : The First Torturer’s Trial in 1975. Londres, 1977. Passim. Et Blum, Killing Hope, p.218–220, Murtagh, Rape, p.1–9.

[35] Murtagh, Rape, p.6.

[36] Jean-Francois Brozzu-Gentile, L’affaire Gladio (Editions Albin Michel, Paris, 1994), p.41, 42 and 90. Le quotidien britannique The Observer a apparemment publié dans l’une de ses éditions le message câblé le 15 mai 1969 par les colonels grecs à leurs amis italiens. Brozzu-Gentile ne précise toutefois pas de quelle édition il s’agit. Le voyage effectué par les fascistes italiens chez les colonels grecs dans le cadre de l’opération Gladio est également rapporté dans le rapport parlementaire italien sur Gladio et les attentats : Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabiliy delle stragi : Il terrorismo, le stragi ed il contesto storico politico. Redatta dal presidente della Commissione, Senatore Giovanni Pellegrino. Rome, 1995, p.206.

[37] Gentile, Gladio, p.137.

[38] John Palmer, « Undercover NATO Group ‘may have had terror links’ » dans le quotidien britannique The Guardian du 10 novembre 1990.

[39] Agence de presse internationale Associated Press, le 14 novembre 1990.

[40] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » Dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, N°48, 26 novembre 1990.

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Thierry Meyssan analyse les contradictions et les incohérences des services secrets états-uniens, britanniques et français à propos du prétendu massacre chimique de la ghouta.

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DÉBAT SUR LA SYRIE : Controverse (vidéo)

septembre 11th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Cette émission de Controverse avec Khaled Drareni a été enregistrée le 4 septembre 2013.

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Syrie – Une intervention dérisoire, mais dangereuse

septembre 10th, 2013 by Jean-Claude Leclerc

L’histoire retiendra-t-elle comme la pire erreur de l’époque la décision d’intervenir en Syrie ? Des experts le croient, mais, le cas échéant, on n’en aurait confirmation qu’après coup : il serait alors trop tard pour éviter l’abîme. Néanmoins, après l’Afghanistan et l’Irak, pays moins pacifiés que jamais, la plupart des gouvernements et la majorité des gens, y compris aux États-Unis, s’opposent à une frappe même « limitée ». Que Damas ait gazé des civils ou pas, n’y aurait-il donc pas de solution autre que militaire ?

Pour l’heure, Barack Obama s’emploie fébrilement à obtenir l’appui du Congrès. À cette fin, le président minimise l’ampleur de la « punition » qu’il faudrait infliger à Damas tout en brandissant le risque qu’aurait sur la crédibilité des États-Unis et de la communauté internationale le refus de sévir en pareille circonstance. Mais nul n’est dupe. Il s’agirait d’un acte de guerre. Et si Washington s’y engage, ce n’est pas pour le salut des Syriens, délaissés depuis deux ans, mais pour le prestige de l’Amérique.

Certes, qu’il faille agir alors que le conflit compte déjà plusieurs milliers de morts et des millions de réfugiés, cela ne devrait faire aucun doute, d’autant que cette guerre risque de se propager autour, notamment au Liban. Justement, après avoir déjà trop tardé à prendre la mesure de ce conflit sous prétexte qu’il s’agit d’une guerre civile, Washington ne ferait que retarder plus longtemps une nécessaire intervention en s’engageant dans une action limitée et symbolique.

Par contre, une simple « punition » priverait forcément l’armée syrienne d’une partie de ses moyens, ce qui ne ferait que pousser le président Bachar al-Assad à défendre plus farouchement son régime. Washington se refuse à voir le dilemme, mais les spécialistes le confirment : on ne peut bombarder les dépôts d’armes toxiques sans en laisser répandre les gaz mortels, et on ne saurait, non plus, les neutraliser sans d’abord en prendre le contrôle. Or, Washington n’entend envoyer aucune force terrestre en Syrie.

Entre-temps, une face cachée de la rébellion sort de l’ombre. Non seulement les groupes armés qui veulent renverser le régime sont divisés entre eux, mais plusieurs sont fort peu disposés à implanter une solution démocratique. Certains n’ont eu aucune hésitation à procéder à des exécutions sommaires, voire à fusiller des prisonniers jugés coupables d’infidélité religieuse. L’idée que de tels islamistes prennent le pouvoir à Damas accroît les appuis du président Assad au sein de la population.

Le succès d’une telle rébellion serait une tragédie pour plus d’une minorité. Mais, déjà, la guerre qui se prolonge, les déplacements de population, les désorganisations économiques sont des facteurs de perturbation dans les pays voisins. La Turquie et les Jordanie donnent asile à des réfugiés qui y seront bientôt un fardeau permanent. Le Liban, autrefois déstabilisé par les populations chassées de Palestine, est maintenant entraîné dans les affrontements venus de Syrie.

Après les lendemains douloureux du Printemps arabe, que fallait-il de plus pour faire du Proche-Orient une région globalement sinistrée, incapable de répondre aux aspirations de ses populations (y compris un meilleur avenir pour ses diplômés et une sécurité assurée aux minorités) – et surtout incapable de leur donner l’espoir d’une prochaine renaissance politique. Voilà que la Syrie risque d’imploser aujourd’hui sans qu’aucune priorité lui soit accordée par les pays en position d’intervenir.

La Syrie se meurt de ses problèmes intérieurs, mais aussi des crises qui pourrissent ailleurs dans la région. Sans une approche globale de ces abcès, les mêmes maux vont continuer d’engendrer les mêmes impasses. Des privilégiés qui refusent de partager le pouvoir ou qui s’enrichissent aux dépens du reste de la population. Des intérêts étrangers alimentant la corruption. De vieux antagonismes religieux entre sunnites et chiites. Une économie pétrolière laissant des millions de gens dans la pauvreté.

Or, dans ces anciennes colonies, même la Grande-Bretagne ou la France en sont réduites à suivre la politique des États-Unis. Paris aura eu raison de s’opposer à l’invasion de l’Irak, et Londres aura eu tort d’y participer. Mais c’était au temps de George W. Bush. Or Barack Obama, entré à la Maison-Blanche en tenant un discours opposé à la guerre, en est rendu à son tour à se servir de missiles Tomahawk et de drones comme principaux instruments de sa politique de sécurité.

On n’ose imaginer à quel abîme le Moyen-Orient serait entraîné si l’Iran devait bientôt se faire dicter par une coalition occidentale sa politique de défense au nom d’un autre interdit d’armes de destruction massive. S’il est une région qui doit être dénucléarisée et engagée dans une réduction de ses dépenses militaires, c’est bien celle-là. Pourquoi la Syrie devrait-elle renoncer à ses stocks chimiques, mais pas Israël à ses réserves d’armes atomiques ?

Ce ne sont pas seulement des pacifistes opposés à tout recours aux armes, ni même des populations désillusionnées par l’invasion de l’Afghanistan ou de l’Irak, qui disent non aux frappes américaines en Syrie. Dans les Parlements en Europe, mais aussi en Amérique, des représentants politiques refusent d’associer leur gouvernement à une intervention à la fois trop dangereuse et manifestement dérisoire au vu de la crise humanitaire qui prévaut dans ce pays.

Les Russes, qui n’ont pas la réputation d’hésiter à l’emploi de la force, proposent une conférence internationale. Ils ont raison.

Jean-Claude Leclerc

Chroniqueur au Devoir

Le 9 septembre 2013

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Au sommet du G20 à St-Petersbourg, le président Barack Obama s’est présenté comme la conscience morale du monde et le garant du droit international. Il l’a fait en tentant (et cela a largement échoué) de rallier un soutien international et de justifier le lancement d’une guerre d’agression illégale et non provoquée contre la Syrie.

A la fin du sommet, lors d’une conférence de presse vendredi, Obama a explicitement défendu l’idée que les Etats-Unis ont le droit d’attaquer un autre pays même si ni eux ni leurs alliés ne sont confrontés à une attaque imminente et que l’action militaire n’a pas été autorisée par les Nations unies. Cela représente un rejet direct de la Charte des Nations unies, qui définit ce type d’action unilatérale lancée sans y avoir été provoqué comme un acte criminel d‘agression militaire. Cela revient à affirmer que, au mépris de tout le cadre du droit international établi après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis peuvent attaquer n’importe quel pays s’ils considèrent que c’est la bonne chose à faire.

Expliquant sa décision de demander l’autorisation au Congrès américain d’utiliser la force militaire contre la Syrie, Obama a dit, « je ne pourrais honnêtement pas affirmer que la menace constituée par l’usage d’armes chimiques par Assad contre des civils innocents et des femmes et des enfants représentait une menace imminente et directe contre les Etats-Unis… Je ne pourrais pas dire que cela allait avoir directement, immédiatement, un effet sur nos alliés. »

A un autre moment, il a dit, « je pense… qu’étant donné la paralysie du Conseil de sécurité sur cette question, si nous sommes sérieux sur l’application d’une interdiction de l’usage des armes chimiques, alors une réponse internationale est nécessaire et cela ne viendra pas d’une action du Conseil de sécurité. »

Le Conseil de sécurité, quant à lui, a validé un grand nombre de sales guerres, dont dernièrement l’attaque des Etats-Unis et de l’OTAN contre la Libye en mars-octobre 2011, mais ses membres restent pour le moment divisés sur la question de la Syrie.

La comédie moralisante qui accompagne l’affirmation éhontée par Washington de son militarisme est, comme toujours dans ce genre de cas, fondée sur des mensonges énormes. Aucune preuve n’a été présentée pour soutenir les accusations d’usage d’armes chimiques visant le régime syrien. Celui-ci n’aurait rien à gagner à mener ce type d’attaque, dans une situation où il avait le dessus sur le terrain sur les forces qui se battent pour le compte des Etats-Unis. Les inspecteurs de l’ONU venaient d’arriver à Damas, sur l’invitation de la Syrie, pour enquêter sur les accusations antérieures d’usage d’armes chimiques.

Les terroristes liés à Al Qaïda, qui constituent la colonne vertébrale des forces « rebelles » au service des Etats-Unis en Syrie, ont, d’un autre côté, bien plus à gagner, puisqu’ils étaient sur le point de se faire battre et avaient besoin d’une provocation pour fournir un prétexte à une intervention directe des Etats-Unis de leur côté. Leurs massacres, décapitations, attentats à la bombe, et autres atrocités tant contre les soldats que les civils syriens sont bien documentés, y compris par des affichages sur Internet. Ils se sont vantés d’avoir des armes chimiques et d’être prêts à s’en servir.

L’autre grand mensonge qu’ils mettent en avant pour le lancement de cette guerre contre la Syrie est l’idée que ce sera, comme l’a répété Obama vendredi, « limité et proportionné. » à cet égard, il faut citer un article affiché le 3 septembre sur le site Web de Foreign Policy par le professeur Bruce Ackerman, une autorité en matière de droit constitutionnel américain qui enseigne à l’Université de Yale.

Discutant le projet d’autorisation d’usage de la force militaire soumis au Congrès à la fin de la semaine dernière par le gouvernement Obama, il écrit : « Mais en fait, sa proposition officielle [celle d’Obama] est un énorme leurre. Elle autorise le président à utiliser “les forces armées des Etats-Unis,” y compris à intervenir au sol, et à employer la force militaire “en Syrie, vers ce pays, ou depuis ce pays.” De plus, le président peut agir pour empêcher “l’usage ou la prolifération” d’ “armes de destruction massives chimiques ou autres” et intervenir pour “protéger les Etats-Unis ainsi que leurs alliés et leurs partenaires contre une menace posée par de telles armes. ” Ce n’est rien de moins qu’une acceptation sans limites d’une intervention militaire au Moyen-Orient et au-delà. »

La résolution qui autorise l’usage de la force militaire adoptée mercredi par la Commission des affaires étrangères du Sénat et soutenue par le gouvernement fait encore plus voler en éclats la prétention que ce qui se prépare serait une opération de faible envergure. Elle dit clairement que l’objectif de cette attaque est de renforcer l’opposition dominée par les islamistes et de réaliser un changement de régime. Elle ouvre la voie à une guerre contre l’Iran, la Russie et tout autre pays considéré comme une aide pour le président Bashar el-Assad.

Ce qui se prépare est une guerre régionale pour redessiner la carte du Moyen-Orient et garantir l’hégémonie américaine sur la région et ses vastes réserves de pétrole. C’est une perspective qui mène inévitablement – et peut-être plus tôt que l’on pourrait s’y attendre – à une confrontation directe avec la Russie et la Chine et à une nouvelle guerre mondiale.

Le scepticisme de la population et son opposition à une attaque américaine contre la Syrie sont largement partagés et profondément ancrés, aux États-Unis comme dans les autres pays. L’expérience de deux guerres précédentes en l’espace d’une décennie, en Irak et en Libye, lancées sur des mensonges a eu son effet sur la conscience populaire. De plus, Washington ne peut pas dissimuler son propre passif d’infractions aux « normes internationales » qu’Obama affirme défendre – depuis l’holocauste nucléaire d’Hiroshima et Nagasaki jusqu’à l’usage généralisé du napalm et de l’Agent orange au Vietnam, et le soutien que les Etats-Unis ont apporté à l’usage par Saddam Hussein des armes chimiques contre l’Iran dans les années 1980, ainsi que l’usage de l’uranium appauvri et du phosphore blanc en Irak.

Le gouvernement Bush avait dénoncé la Convention de Genève en ce qui concerne les prisonniers capturés durant la prétendue « guerre contre le terrorisme, » ouvrant la voie à la torture, à une détention pour une durée indéfinie, à l’envoi de prisonniers dans d’autres pays pour qu’ils y subissent des interrogatoire brutaux (« rendition »), et aux assassinats par drones – tout cela a continué et a été étendu sous Obama.

L’opposition massive de la population à la guerre ne fait que rendre les mensonges des politiciens et des médias encore plus gros et insistants.

La course des Etats-Unis vers la guerre présente un spectacle de gangstérisme international et de mensonges que l’on n’avait plus vu depuis la montée des dictatures militaires et des régimes fascistes des années 1930 – de Mussolini, Hitler et Tojo. Le mode opératoire du gouvernement des Etats-Unis dans les affaires internationales aujourd’hui est pour l’essentiel le même que celui employé lorsque ces dictateurs ont fait main basse sur l’Abyssinie, la Pologne ou la Mandchourie.

Les paroles que le procureur de Nuremberg et juge à la cour suprême Robert H. Jackson a prononcées pour décrire les crimes de guerre nazis s’appliquent entièrement aux gangsters politiques qui composent le gouvernement des Etats-Unis aujourd’hui. Ces individus, a dit Jackson, « sont surpris qu’il existe quelque chose qu’on appelle la loi. [Ils] ne s’appuyaient sur absolument aucune loi. Leur programme ignorait et défiait toute loi… le droit international, le droit naturel, le droit allemand, toute loi sans exception n’était pour ces hommes qu’un outil de propagande à invoquer quand cela leur était utile et à ignorer quand cela aurait condamné ce qu’ils voulaient faire. »

Le mépris du droit international dont fait preuve le gouvernement américain va de pair avec l’effondrement de la démocratie en politique intérieure. Ce n’est pas par hasard que la guerre contre la Syrie se prépare tandis que les révélations continuent à émerger sur l’espionnage pratiqué par le gouvernement contre la population américaine, en violation évidente de la Constitution, à une échelle gigantesque et sans précédent. Ces développements parallèles montrent le lien inséparable qui existe entre le militarisme impérialiste à l’étranger et les préparatifs d’une dictature à l’intérieur du pays.

Pendant que les médias américains réclament le sang sur toutes les chaînes et à toute heure du jour et de la nuit, la population américaine est à une écrasante majorité opposée à une attaque militaire contre la Syrie. Il y a une compréhension de plus en plus nette que le pays qui a le plus besoin d’un « changement de régime » n’est pas la Syrie, mais les Etats-Unis.

Mais pour que cette opposition populaire puisse s’exprimer aux Etats-Unis, elle doit rompre avec toute la structure pourrie de la politique officielle du pays, dont toutes les factions sont impliquées dans la course à la guerre, dans l’austérité, et dans la destruction des droits démocratiques.

Barry Grey

Tom Carter

 

Article original, WSWS, paru le 7 septembre 2013

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SYRIE : Œil de Lynx au Mont Kassioun

septembre 10th, 2013 by Marie-Ange Patrizio

Au journal de 8h de France Culture[1], ce matin 9 septembre, reportage de Valérie Crova au Mont Kassioun. Présentation d’abord de la situation en Syrie, par Amélie Perrier : « Une autre manière de communiquer [du régime, elle vient de parler de l’interview du président Assad à CBS] c’est d’embarquer en ce moment des journalistes étrangers sur le terrain ». Intéressant.

En principe, embarqués est la traduction du terme embedded : qui couche avec. Dans la situation décrite par nos journalistes, on s’attendait plutôt à entendre « c’est de prendre en otages les journalistes étrangers ». Lapsus ou erreur d’appréciation ? Ou tout simplement nos journalistes finissent-ils par s’emmêler les pinceaux dans ce que José Saramago appelle «brosser le background » ?

Marc Voinchet apporte discrètement sa pierre à l’édifice de désinformation en annonçant que Valérie Crova « a rencontré des habitants qui acceptent de servir de bouclier humain » : « acceptent » implique que non seulement ils n’y ont pas pensé tout seuls, mais qu’on a même dû leur demander d’y aller.

Vient ensuite le reportage de l’envoyée spéciale, embarquée mais qui ne restera pas coucher au Mont Kassioun où sont « arrivés en bus une cinquantaine de partisans de Bachar »[2]. « Cela ressemble fortement à une opération de propagande » ; interview d’une « femme voilée » disant qu’ils attendent de pied ferme les frappes françaises et étasuniennes et « passe le bonjour » à Hollande. Fin du reportage de Crova : « Avant de quitter Kassioun nous croisons un autre bus avec à l’intérieur des femmes aveugles et handicapées ; tout le monde est apparemment mis à contribution ».

Valérie Crova a, elle, une excellente vue : elle arrive à distinguer des femmes aveugles « à l’intérieur d’un bus […] croisé [en quittant les lieux] ».

Admettons (l’extraordinaire acuité visuelle de notre reporter) ; mais serait-ce donc que pour elle des « aveugles » et des « handicapées » (et voilées, peut-être) ne peuvent qu’être des femmes manipulées, ou des sottes dont le régime abuse ?

Valérie Crova, toujours à la condition que l’on se fie à sa vue perçante, n’imagine pas qu’il pourrait s’agir, par exemple, de « femmes aveugles » et/ou « handicapées » rescapées d’attentats ou des massacres et mutilations opérées par les « révolutionnaires » ; et qui viennent apporter la contribution que l’invalidité leur consent à la défense de leur pays. Dommage qu’elle n’ait pas fait demi-tour, notre envoyée lucide, pour aller interviewer et filmer les « handicapées ».

Ne chargeons pas trop nos envoyés sur le terrain ; Perrier, Voinchet et Cie, ici, ne risquent que leur poste s’ils se démarquent trop de la propagande. Mais Valérie Crova sait bien, elle, qu’elle risque beaucoup plus « dans la région » ; pas de la part des forces du régime puisqu’à leur barbe (pour ceux qui en ont, de ce côté-là) elle déclare qu’on l’a forcée à aller sur le terrain etc. et le régime ne l’a pas censurée. Elle sait, même si elle ne nous le dit pas, ce qui arrive à celles, et à ceux que la « rébellion » enlève.

Comme le jésuite Paolo Dall’Oglio qui, ici, au printemps, sur toutes nos radios, plateaux télés et presse écrite, prêchait dans «la rage et la lumière » le djihad, la guerre sainte, armée.

Présenté à France Culture (Les matins, 2 mai 2013) par M. Voinchet comme fondateur et animateur « du monastère de Mars (sic) Moussa »[3], Dall’Oglio nous explique qu’« on a ici une idée négative du djihad ». Puis déclare : « Je suis l’assistant ecclésiastique de la révolution syrienne armée »[4]. Pauvre homme.

C’est curieux comme notre presse (y compris la Croix) ne parle plus du tout de leur ami « porté disparu en Syrie, à Rakka (zone libérée) depuis le 29 juillet 2013 »  […] Le père Paolo Dall’Oglio a été tué par des rebelles islamistes liés à al Qaeda. Des militants présents dans la ville de Rakka, où le jésuite avait été enlevé le 30 juillet, ont affirmé qu’il avait été “tué dans les geôles de l’Etat islamique en Irak et au Levant“. »[5]

Ceux qui parleront, peut-être, « quand La Stampa le leur dira » (cf. Piccinin), des conditions de survie dans les « geôles des rebelles» ce sont Piccinin et Quirico, libérés (par qui ?) des « zones libérées », hier 8 septembre. Ne pas manquer compte-rendu et vidéo du débarquement[6]. Ainsi que Domenico Quirico dans « La révolution m’a trahi »[7], mais qui déclare maintenant, en gros, que Piccinin dit n’importe quoi sur le gaz utilisé par les « rebelles ». Trahi, Piccinin, aussi. 

  On pourra lire le témoignage d’une autre femme voilée, sur le terrain depuis 20 ans, que Valérie Crova n’a interviewée ni à Beyrouth ni au monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qara, ni à Damas.  Russia Today l’a fait :

« Syrie : Sans couverture internationale, les terroristes n’auraient jamais osé franchir les lignes rouges !

Par Mère Agnès-Mariam de la Croix.

Extraits :

RT : Dernièrement, vous vous êtes rendue à Lattaquié où vous avez recueilli des témoignages sur les massacres commis par des groupes armés de « Jabhat al-Nosra » contre les citoyens de cette région. Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Mère Agnès : Je crierai mon indignation en me demandant encore comment est-il possible que la communauté internationale ait pu fermer les yeux sur le « génocide » qui a eu lieu la nuit du 4 au 5 Août… « La Nuit du Destin » ! Plus de 500 enfants et personnes âgées ont trouvé la mort, sauvagement massacrés à l’arme blanche. Les témoignages sont terrifiants, mais mis à part quelques lignes dans l’Independant je crois, personne n’en a parlé ! Nous avons dépêché une de nos équipes vers ces villages de la région de Lattaquié. Elle a rencontré les familles des victimes… Tout ce que je peux vous dire est que ces massacres sont d’une extrême gravité et que nous ne comprenons toujours pas « les deux poids deux mesures » dans le traitement des massacres, selon qu’ils aient été sanglants ou non !

RT : Il semble que les groupes armés aient aussi fait des prisonniers parmi les habitants et qu’ils les retiennent dans les environs de Lattaquié. Savez-vous ce qu’ils sont devenus ?

Ce que nous savons, nous le tenons des familles des victimes. Ainsi, dans le village d’Al-Sarba, les maisons ont été incendiées et tous ceux qui étaient présents ont été passés à l’arme blanche. À Al-Kharata, un lotissement de 67 âmes, 10 seulement ont échappé à la mort. Au total, 12 villages peuplés d’Alaouites ont vécu les décapitations, les démembrements… nous avons même les clichés d’une jeune femme découpée vivante. Les massacres dans cette région de Lattaquié se sont soldés par plus de 400 martyrs et 150 à 200 prisonniers dont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Nous travaillons toujours à leur libération. [ …]

RT : Dernière question Mère Agnès. Croyez-vous que la Syrie réussira à s’en sortir et redeviendra la patrie de tous, quelles que soient leurs confessions ?

J’en suis certaine ! Je suis certaine que le peuple syrien résiste et résistera. Il dépassera les blessures et la discorde et adoptera le pardon. Il chassera de son territoire chacun des mercenaires terroristes. Il ramènera la paix. Mais pour cela, il a besoin de l’aide de la vraie communauté internationale ! »[8] 

Le background a changé ce soir après la superbe réponse que les ministres syrien et russe des Affaires étrangères ont faite aux rodomontades de Kerry[9]: « À 15h30 (Temps universel), Walid Mouallem a donné une conférence de presse dans laquelle il a indiqué que, dans un souci d’apaisement, son pays acceptait de confier pour destruction tout son arsenal chimique aux Nations Unies et d’adhérer à la Convention internationale prohibant ces armes. » Kerry a déclaré alors qu’il n’était pas sûr de pouvoir leur faire confiance.

Parce que nous, à propos d’intoxication, on doit faire confiance à quelqu’un dont la fortune et par conséquent la carrière politique reposent sur le tomato ketchup ?

Sans blague.

Marie-Ange Patrizio

 



[9] « Interrogé ce matin lors de son escale à Londres sur ce qui permettrait à la Syrie d’éviter la guerre, le secrétaire d’État John Kerry a répondu “Bien sûr, il pourrait remettre chaque élément de son arsenal chimique à la communauté internationale dans la semaine à venir – le remettre, tout cela sans retard et autoriser une vérification totale, mais il n’en a pas l’intention et c’est impossible à faire“ » http://www.voltairenet.org/article180167.html

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Sous la Syrie, le Hezbollah.

septembre 10th, 2013 by René Naba

Sous la Syrie, le Hezbollah ; ou la lutte souterraine entre Bandar, le capo di capo de contre-révolution arabe, et Hassan Nasrallah, le «seigneur de la résistance».
René Naba | 08.09.13 | Paris

«Il ne saurait y avoir de victoire politique possible sans une victoire culturelle préalable» (Antoine Gramsci).

Légende: «De Gaza, un salut au seigneur de la résistance libanaise, Sayyed Hassan Nasrallah» (Journal libanais Al Akhbar 04.O9.13/

Paris-Sous la Syrie, le Hezbollah. Tel est l’objectif sous-jacent de la stratégie saoudo américaine dans la nouvelle épreuve de force contre le pouvoir baasiste suscitée par la controverse sur l’usage des armes chimiques en Syrie. Cauchemar de l’Occident, bête noire des Saoudiens et des Israéliens, le Hezbollah fait l’objet d’une manœuvre d’étranglement visant à neutraliser la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux Etats-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.

Le seul à constituer une menace directe pour Israël en ce qu’il est seul acteur arabe disposant d’une base opérationnelle limitrophe d’Israël, à l’exception de la Syrie, hors service du fait d’une guerre intestine, et du Hamas, en phase d’égarement révolutionnaire dans la foulée de son ralliement aux pétromonarchies du Golfe et l’installation de son quartier général à Doha (Qatar), à 30 km de la base américaine du Centcom.
Des trois partenaires de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américaine (Iran, Syrie, Hezbollah), l’axe subliminale du mal dans la stratégie atlantiste, le 3me acteur présente le meilleur rendement en terme de rapport qualité prix, la meilleure rentabilité opérationnelle en terme d’efficacité en ce que l’Iran (80 millions d’habitants, puissance du seuil nucléaire et autonome géographiquement) constitue un aléa stratégique pour une attaque occidentale et la Syrie, un aléa politique, pour les multiples répercussions que l’effondrement du pouvoir d’état pourrait entrainer pour son environnement.

L’anéantissement politique ou militaire du Hezbollah figure dans toutes les démarches de la diplomatie occidentale depuis le début du soulèvement populaire en Syrie. Cela est si vrai que la première proclamation officielle du premier chef de l’opposition syrienne off-shore, l’universitaire franco syrienne Bourhane Ghalioune, a porté sur la première mesure symbolique qu’il prendrait au début de son mandat présidentiel, à savoir la rupture des relations stratégiques avec le Hezbollah et de la relation spéciale de la Syrie avec l’Iran.

La déclaration de Bourhane Ghalioune a plongé dans une profonde consternation ses parrains français en ce qu’elle a révélé prématurément les objectifs sous-jacents de la campagne de Syrie. Cet engagement a été consigné dans le protocole de Doha, la plateforme politique de l’opposition, signée en Novembre 2012, sous la pression du Qatar qui prévoit en outre de recourir à la négociation politique pour récupérer le plateau du Golan occupé par Israël depuis 1967. Autrement dit, un enterrement discret du contentieux syro israélien en ce qu’il implique la renonciation à la guerre et la reconnaissance d’Israël, sans préjuger du résultat final des négociations syro-israéliennes. Un schéma identique au processus israélo-palestinien avec ses aléas identiquement dilatoires.

1 La branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne.

L’inscription de la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne, en juin 2013, de même que la fixation de la date d’ouverture du procès des meurtriers présumés de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, au 13 janvier 2014, relève de cette manœuvre d’étranglement. Elles tendent, par leur programmation, à dresser un nœud coulant visant sinon à sa strangulation à tout le moins à placer de la formation politico-militaire, sur la défensive en prévision de son implosion.
La criminalisation du Hezbollah, à tout le moins sa branche militaire a été faite sur la base de cette responsabilité présumée ou virtuelle dans un attentat en Bulgarie. L’attentat à la bombe a fait six morts, dont cinq Israéliens, en plus du kamikaze, l’été 2012, à Bourgas au bord de la mer Noire. « L’attentat de Bourgas a été commis sur le sol européen contre un membre de l’Union européenne. Nous espérons que les Européens en tireront les conclusions qui s’imposent quant à la véritable nature du Hezbollah », précise le communiqué européen.
La peur du terrorisme islamiste sur le Vieux Continent est inversement proportionnelle à sa réalité. Tel est, à tout le moins, l’un des enseignements de la première enquête sur le sujet de l’agence Europol. Selon le rapport Europol 2010 sur le risque terroriste dans l’Union Européenne, sur 611 interpellations de terroristes effectuées, 219 (soit 35 %) sont dues à la France. Contrairement à une idée répandue, la majorité de ces 219 arrestations ne concernent pas des islamistes (94 arrestations dont 14 cas ont fini devant les tribunaux français) mais des séparatistes, en premier l’ETA, l’organisation, séparatiste basque.

De surcroit, comparaison n’est pas raison, mais force est de relever que la pénalisation du Hezbollah ne s’est accompagnée d‘aucune poursuite pour incitation à la haine raciale à l’encontre Yat Beor, théoricienne d’Eurabia, marraine idéologique de Andrei Brevjik, le tueur d’Oslo, le plus sanglant attentat de la décennie 2010 en Europe, ni du moindre rappel à l‘ordre, même amical, à l’Arabie saoudite, dont quinze ressortissants ont participé au raid du 11 septembre 2011, contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, qui fait près de trois mille morts.

2 – La levée de boucliers des journalistes contre le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

Le Tribunal spécial pour le Liban, en charge d’identifier et de juger les assassins présumés de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, a fixé la date d’ouverture du procès au 13 janvier 2014, précisant que cette date pouvait « être modifiée en fonction des nécessités de la procédure ».
L’ouverture des travaux du Tribunal avait été fixée au 10 janvier 2013, date de l’implosion du gouvernement de Saad Hariri, héritier politique du milliardaire libano-saoudien. Son report d’un an, au 13 janvier 2014, viserait à coïncider avec la campagne pour l’élection d’un nouveau Président de la République libanaise ou à la reconduction du mandat du titulaire, le Général Michel Sleimane, alors que le Liban est sans gouvernement depuis près d’un an. La programmation des travaux du tribunal international répondrait à une fonction dissuasive, telle une épée de Damoclès suspendue sur la tête de la coalition hostile au camp saoudo-occidentale, de manière à peser sur les tractations politiques en faveur du clan Hariri, dont le chef Saad, homme lige des Saoudiens est en pleine déconfiture financière, absent du pays depuis deux ans.
Le fonctionnement du tribunal spécial sur le Liban a été émaillé de nombreuses irrégularités, mais les quatre affaires qui ont porté un coup irrémédiable à sa crédibilité sont l’arrestation arbitraire de quatre officiers de l’armée libanaise, la déposition d’une dizaine de faux témoins commandités par le clan Hariri, ainsi que la corruption de certains enquêteurs internationaux et la présence d’un fort contingent d’agents des services américains et britanniques parmi les enquêteurs (1).

La démission d’une dizaine de membres de cette juridiction internationale a achevé de la discréditer, accréditant l’idée d’un procès politique sous habillage juridique. Devant tant de dérives, une cinquantaine de journalistes accrédités auprès de la Juridiction ont publié un manifeste dénonçant la désinvolture de l’institution à leur égard, les manipulations dont ils font l’objet, de même que le cours de l’enquête, laissant apparaitre le Tribunal comme un pantin aux mains des Américains. Cf. A ce propos l’article du journal libanais «Al-Akhbar» intitulé «Le tribunal en voie d’effondrement» http://www.al-akhbar.com/node/180980

Rafic Hariri était un ancien premier lorsqu’il a été assassiné, de même que Benazir Bhutto, au Pakistan. Le libanais sunnite a eu droit à un tribunal international et pas la pakistanaise chiite, ni les assassins des dirigeants progressistes tunisiens sous le magistère du parti néo-islamiste An Nahda, Chokri Belaid et Mohamad Brahmi. Sur le plan proprement libanais, le prédécesseur libanais de Rafic Hariri, Rachid Karamé (Tripoli), a été assassiné, lui, dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre, sans bénéficier de l’attention de la justice internationale. De surcroît, le statut de Rome a été ratifié le 17 juillet 1998 habilitant la Cour Pénale Internationale à se saisir des «crimes contre l’humanité, crimes de génocide et des crimes de guerre». Il n’a pas qualité pour les crimes individuels. Il n’a été ratifié ni par les Etats-Unis, ni par Israël, les deux pays les plus impliqués, paradoxalement, dans le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

L’internationalisation d’un crime interne, s’agissant de l’assassinat d’une personnalité n’exerçant aucune responsabilité internationale, et d’un crime commis sur le territoire d’un état souverain dont la victime en est le ressortissant, de même que l’instrumentalisation de cette justice à des fins politiques, placent le Liban sous un mandat de facto des puissances occidentales, à la merci d’un chantage permanent. La cause de la justice internationale est-elle servie par une falsification permanente des preuves? Par une violation permanente des lois du pays hôte en ce que le Tribunal a été institué au mépris des procédures constitutionnelles du Liban sans approbation du président de la république, seule autorité habilitée à ratifier les conventions internationales, sans approbation du conseil des ministres, ni ratification par le parlement?

3 – Les manipulations de l’opinion

De l’incident du Golfe de Tonkin en 1972 pour justifier l’extension américaine de la guerre du Vietnam à Hanoi, en 1972, à la couveuse d’une maternité koweitienne saccagée par les troupes de Saddam Hussein pour promouvoir une coalition internationale anti Irak, en 1990, à l’éprouvette de Colin Powell pour justifier l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, les Occidentaux, habiles manouvriers de la guerre psychologique, sont coutumiers des manipulations de l’opinion au point de disposer d’un rôle prescripteur d’une opinion occidentale militarisée par les campagnes d’intoxication répétitives des grands vecteurs d’information. En témoignent, dans le cas d’espèce, deux ténébreuses affaires.

A- La mystérieuse interview du «Time»

Se superposant à l’affaire des faux témoins du procès Hariri, le summum de la sophistication dans la guerre psychologique menée par les pays occidentaux pour déstabiliser le Hezbollah, a été la mystérieuse interview publiée par la revue américaine «Time» d’un des quatre inculpés, proclamant son innocence, assurant qu’il se trouvait au Liban et que s’il avait été reconnu coupable, le Hezbollah l’aurait déjà remis à la Justice internationale. Le journal An Nahar, volant au secours de la stratégie américaine, lui emboité le pas, en indiquant que la personne qui avait été interviewée n’est autre Hussein Ouneissi, alors que Nicolas Blanford, le correspondant du Time à Beyrouth, démentait avoir effectué l’interview. Le journaliste américain, grand spécialiste du Hezbollah, a assuré qu’il s’est borné à commenter les propos du soi-disant inculpé sur la base d’un texte fourni par la direction du Times sans en connaitre sa provenance.

B- Imad Moughnieh et la responsabilité des attentats du 11 septembre 2001

Une mise en scène pour camoufler les informations procurées de sources israéliennes? Fait surprenant, Imad Moughnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah, tué par une explosion à la voiture piégée à Damas, en 2008, ainsi que l’Iran, ont été mis en cause dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine. Le spécialiste des affaires du renseignement du journal israélien Yedioth Aharonoth, Ronine Bergman a soutenu cette thèse samedi 26 août 2011 dans une déposition faite devant un tribunal du district de Manhattan. Se référant à des responsables du renseignement américain, le journaliste israélien a affirmé qu’Imad Moughnieh aurait personnellement assuré la livraison des explosifs aux auteurs du raid.

Information surréaliste pour quiconque connait l’animosité que portent les salafistes wahhabites à l’ égard de la formation, alors qu’il est de notoriété publique que quinze saoudiens ont participé au raid destructeur. Curieux cheminement que cette information qui reviendrait à imputer la responsabilité des attaques du 11 septembre aux Chiites et à blanchir rétrospectivement les Sunnites, particulièrement les sunnites alliés de l’Amérique, les adversaires implacables tant de l’Iran que des chiites, qu’ils considèrent comme des parias de l’Islam, alors que les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan précisément pour châtier les Taliban de cette opération, de même que l’Irak laïc pour sa connivence supposée avec Al Qaïda, enfin le Pakistan pour l’élimination du chef d’Al Qaida, Oussama Ben Laden. Doublement curieux le cheminement que cette information qui consiste à confier à un ancien responsable des services de renseignements israéliens de charger l’Iran et le Hezbollah en se référant à des anciens responsables de la CIA. Que n’a-t-on cité directement les responsables américains, sans s’abriter derrière les Israéliens?

Pourquoi une telle révélation si tardive ? Pourquoi avoir attendu dix ans pour révéler une information explosive détenue par les Américains eux-mêmes ? S’agit-il de déblayer la voie à une nouvelle campagne de diabolisation de «l’axe du mal» en vue de détourner l’attention sur la question palestinienne, en pleine offensive diplomatique pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine à l’ONU. Les instances judiciaires de Manhattan paraissaient répondre aux mêmes motivations que le Tribunal spécial sur le Liban, mettant en cause le Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri sur la base des relevés des données téléphoniques, sans tenir compte du fait que le réseau libanais des télécommunications était infesté des taupes israéliennes y compris au sein de la hiérarchie militaire libanaise et des services de sécurité.

C- Le Hezbollah, rival de Pablo escobar, le baron de la drogue latino-américaine et le projet éditorial d’Yves Mamou.

Récidivant le lendemain, le Yedioth Aharonoth, toujours en phase d’inspiration aigue, faisait état de l’installation d’une base de Hezbollah à Cuba, pour servir de tête de pont au déploiement du mouvement chiite pour l’observation et le repérage des activités américaines et israéliennes dans la zone des Caraïbes. D’autres informations de presse présentaient le Hezbollah comme le rival de Pablo Escobar, le baron de la drogue latino-américaine, le principal narco trafiquant sur l’axe Amérique latine-Afrique.

Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? La mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri a fuité dans la presse internationale (Der Spiegel, le Figaro), bien avant l’incrimination des supposés meurtriers. La télévision israélienne, luxe de précision, en révélera l’identité des prévenus potentiels le jour même d’une rencontre au sommet entre le président syrien Bachar Al Assad et le Roi Abdallah d’Arabie, le 30 juillet 2011, à Beyrouth en vue d’aplanir leurs différends sur le Liban.

Prescience ou Omniscience? Fuite téléguidée ou journalisme en service commandé? Ou plus simplement l’effet de la sérendipité? Comme en écho aux accusations israéliennes, le journaliste français Yves Mamou a programmé la sortie d’un livre «une longue cuillère pour le diable», sur le rôle du Hezbollah dans le narcotrafic vers l’Afrique, en janvier 2014, date présumée de l’ouverture du procès Hariri. Sans doute alimenté par des informations des services israéliens ou frappé de strabisme divergent, le journaliste ce faisant, a occulté le rôle souterrain d’Israël dans la criminalisation du Hezbollah et le contournement des pays arabes via l’Afrique.

Le démantèlement d’un important réseau israélien en Tunisie, en 2012, relève de cette stratégie, dont l’objectif à terme est d’aménager la principale base opérationnelle du Mossad au Maghreb, dans ce pays en pleine transition politique, à la charnière de l’Afrique et de l’Europe, jadis chasse gardée occidentale. Le voyage en Israël des dirigeants du fantomatique gouvernement kabyle en exil, Ferhat Mehenni (président) et Lyazid Abid (ministre des affaires étrangères), dans la foulée du voyage d’intellectuels du Maghreb, Boualem Sansal (Algérie), Hassan Chalghoumi (Tunisie) et Nadia El Fanni (Tunisie), ne relèvait pas du hasard. Sous couvert de «dialogue des religions», il participait d’une opération de débauchage de personnalités médiatiques en vue d’en faire des relais potentiels dans la guerre psychologique que mène clandestinement Israël dans la déstabilisation de cette zone, en pleine turbulence politique…. En superposition au harcèlement israélien des communautés libanaises d’Afrique, particulièrement au Nigeria et au Sierra Leone, en vue d’assécher, d’une part, le flux financier provenant des émigrés chiites vers leurs coreligionnaires du sud Liban et de fragiliser, d’autre part, le glacis constitué par l’immigration chiite libanaise en Afrique face à la colonisation rampante des terres entreprises par Israël en Afrique, de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine.

Pour le lecteur arabophone, CF. La Tunisie, plateforme du Mossad au Maghreb du journal libanais « Al Akhbar». http://www.al-akhbar.com/node/166000
Sur le jeu d’Israël en Afrique et la colonisation des terres africaines: http://www.renenaba.com/le-jeu-de-la-france-defense-du-pre-carre-en-tandem-avec-israel/
Et le jeu du Mossad au Nigeria http://www.al-akhbar.com/node/190431

4-Bandar versus Nasrallah: La lutte finale entre le «prince du Djihad» et «le Seigneur de la résistance».

Le Hezbollah est avec le Hamas les deux organisations arabes inscrites sur la liste noire de l’Union européenne, alors que Jobhat an Nosra en est dispensée sans doute en raison du fait que la formation salafiste opérant en Syrie sur la base d’un financement saoudien ne se préoccupe guère de la Libération de la Palestine. Mais par rapport au Hamas, le Hezbollah dispose d’un avantage comparatif incontestable en termes de crédibilité dissuasive en ce que le Hezbollah est la seule instance arabe à proclamer son attachement effectif au combat pour la libération de la Palestine, matérialisé par ses combats contre Israël et son attachement à la célébration de la journée mondiale d’ «Al Qods», commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite, et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.

Alors qu’Israël parachève la phagocytose de la Palestine, démarche ultime avant l’estocade finale, la reconnaissance d’Israël comme «Etat Juif», verrouillant ainsi toute revendication future des Palestiniens à un hypothétique «Droit au retour» sur la terre de leurs ancêtres, le Hamas s’est curieusement engagé dans le combat anti Assad, plutôt que de se lancer à la reconquête de sa terre natale, la Palestine, en un tragique dévoiement de sa stratégie.

A- Bandar, le capo di capo de la contre-révolution arabe

Fruit d’une copulation ancillaire du Prince Sultan Ben Abdel Aziz, l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine s’est imposé comme l’homme fort du Royaume du fait de la maladie d’une large fraction de l’équipe dirigeante frappée de pathologie handicapante, que cela soit le Roi Abdallah d’une lourde cardiopathie que le prince héritier Salam, atteint d’Alzheimer, voire même le ministre des Affaires étrangères Saoud Al- Faysal.

Intronisé par le général David Petraeus, en personne, avant que l’ancien chef du renseignement américain ne soit emporté par un jeu de galipettes inconsidérées, une affaire d’embedded à l’américaine, Bandar passe pour être le nouvel homme providentiel de la stratégie saoudo américaine, et, pour beaucoup d’observateurs occidentaux cités par le journal néo conservateur «The Wall Street Journal», l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine, le Bandar Bush par excellence, l’homme des rétro commissions des transactions militaires saoudiennes, du retentissant scandale Tornado pourra réussir là où la CIA a échoué, avec ses cargaisons ininterrompus d’armes, d’argent et sa capacité de mise sous tutelle des combattants islamistes(…) Un combattant expérimenté apte à créer les conditions de la chute d’Assad», soutient le Wall Street Journal a propos de Bandar, selon «Al Qods Al Arabi» en date du 29 Août 2013.

Face à l’enlisement du conflit syrien, aux dérives djihadistes en Libye et en Tunisie, à la montée en puissance des Frères Musulmans en Egypte, l’Arabie saoudite a repris le commandement des opérations imposant un pro saoudien à la tête de l’opposition off- shore syrienne, Ahmad Jarba, un chef de tribu appartenant à la même confédération tribale que le Roi Abdallah, le clan Al-Shammar, épaulant l’armée égyptienne à évincer le néo-islamiste Morsi de la tête de l’état égyptien, imposant un prince à demeure en Jordanie, pour le financement et le ravitaillement de l’opposition syrienne off-shore.

Depuis le début des soulèvements arabes, l’Arabie saoudite a réussi à constituer une majorité de blocage des monarchies arabes au sein de la Ligue arabe, avec l’apport de deux confettis de l’Empire français, l’enclave militaire franco américaine de Djibouti et les Comores, mis en échec la contestation anti monarchique à Bahreïn et évincé néo islamiste égyptien Mohamad Morsi, une menace à l’ordre monarchique héréditaire islamique. Elle s’emploie à exclure le Hezbollah du futur gouvernement libanais, en voie de constitution depuis six mois.

B – Nasrallah versus Bandar: 4-0

Mais le sauveur suprême de l’Occident et de l’Islam wahhabite présente un piètre bilan dans sa confrontation avec le Hezbollah. Par quatre fois, Bandar mordra la poussière face Hassan Nasrallah. En 2006, où la riposte balistique victorieuse du Hezbollah libanais face à l’aviation israélienne, de même que la destruction du navire amiral de la flotte israélienne, ont semé la consternation dans le camp saoudo américain, fragilisant l’héritier politique du clan Hariri.

En 2007, avec la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, (Nord du Liban), dont le chef de file des djihadistes Chaker Absi, à la solde de l’Arabie saoudite, voulait en faire une zone de non droit, en vue de parasiter le Hezbollah sur son arrière garde. En 2008 avec l’affaire du réseau des transmissions stratégiques du Hezbollah qui s’est soldée par une capitulation en rase campagne de ses adversaires, particulièrement le chef druze Walid Joumblatt, à l’époque le fer de lance du clan Hariri. Enfin en 2013, en Syrie, en complément de la perte considérable représentée par l’assassinat de sa dague sécuritaire, le capitaine Wissam Hassan, chef de la section des renseignements des forces de sécurité intérieure libanaise, dynamité trois mois après la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne.

Dernier intervenant sur le champ de bataille syrien, après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste, et le clan Hariri, le Hezbollah a opéré un retournement spectaculaire de la situation à Qoussayr, renversant le cours de la bataille de Syrie. «Par ses brillantes performances non seulement à Qoussayr, à Lattaquieh et Homs, mais aussi dans sa contribution à la défense de la base aérienne de Ming, assiégée dans le Nord de Syrie, Hassan Nasrallah a bien mérité le titre de «Seigneur de la résistance», admettra Mohamad Hassanein Heykal, l’ancien confident de Nasser.

CF. I-Nasrallah, Le seigneur de la résistance par Mohamad Hassanein Heykal http://www.al-akhbar.com/node/190273
Invincible à ce jour, artisan de deux dégagements militaires israéliens du Liban sans négociation ni traité de paix, ferme soutien du Hamas face aux offensive israéliennes, le Hezbollah demeure, n’en déplaise aux esprits chagrins, le phénomène majeur politico-militaire de l’histoire arabe contemporain.

En comparaison, le Hamas, unique mouvement de libération nationale de confession sunnite, a déserté la Syrie après 16 ans d’hospitalité, par alignement sectaire, pour installer son QG à Doha à 35 km de la base du Centcom, la plus importante base du tiers monde des Etats-Unis, le protecteur d’Israël, la caution de tous les assassinats extrajudiciaires des pères fondateurs du mouvement palestinien. Beaucoup lui savent gré de ce repositionnement. Mais en juger de la fureur de la branche militaire du mouvement, beaucoup le déplore fortement, comme en témoignent les pourparlers intensifs menés à Téhéran, fin juillet, entre le Hamas et ses deux anciens alliés chiites, l’Iran et le Hezbollah pour restaurer une collaboration stratégique. Songeons au sort respectif du Vietnam et de la Palestine. L’un réunifié par la force de la volonté, l’autre pulvérisée par la force de la désunion et de la servilité.

5 – Le remake du duo franco-américain de 1982

Depuis la chute du Chah d’Iran en 1979, six armadas occidentales ont été dépêchées face aux pays de la zone (face à Beyrouth, en 1982, dans le Golfe lors de la guerre des pétroliers entre l’Irak et l’Iran, Face à l’Irak, en 1990, de nouveau face à l’Irak, en 2003, face à l’Iran en 2007, puis de nouveau face aux cotés libanaises et syriennes en 2013). Cobelligérant de l’Irak contre l’Iran, la France et les Etats Unis en avaient lourdement pâti en termes de représailles terrestres avec le double attentat du Drakkar (PC français) et du Quartier Général des Marines, faisant près de 400 morts, ainsi que l’assassinat de l’ambassadeur de France au Liban, Louis Delamare, et deux autres attentats contre l’ambassade américaine à Beyrouth, décapitant l’Etat-Major de la CIA au Moyen-Orient.
Chef de file de la nouvelle coalition en gestation, les Etats Unis et sa roue dentée française, en un remake du duo franco-américain de 1982, paraissent avoir tirés les enseignements de la précédente expérience, en préconisant contre la Syrie non pas un châtiment céleste, mais une punition aérien, s’imaginant pouvoir, par ce subterfuge, s’épargner des représailles terrestres. Un châtiment qui engloberait rétrospectivement le passif de 1982. Delamare, Drakkar and Co. Une vengeance en somme.

En 1982, lors du siège de Beyrouth, Saoud Al Faysal, l’inamovible chef de la diplomatie saoudienne, se réjouissait que les Israéliens, en faisant le siège de Beyrouth, débarrassent de ses «voyous» la capitale rebelle libanaise, et Alexander Haig, secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, se félicitait que le port de Beyrouth demeure «sous contrôle de à l’Occident». Si le camp contestataire à l’hégémonie israélo américaine, la Chine et la Russie ont perdu deux de leurs ravitailleurs pétroliers à la faveur du «printemps arabe», La Libye et le Soudan, l’Occident, lui, a perdu le monopole de la navigation dans la Méditerranée avec l’installation d‘une base russe à Tartous et la présence de la balistique du Hezbollah, l’ombre portée de l’Iran, sur les rives libanaises de la Méditerranée, plaçant les bâtiments de la flotte atlantiste à portée de leurs missiles.

Trente ans après, le beau-frère de Saoud al Faysal, le ténébreux Bandar, se lance à la chasse des renégats de l’Islam, dans une bataille décisive contre celui qu’il désigne comme son principal ennemi, non pas Israël, mais la Syrie et son allié indéfectible, le Hezbollah, un mouvement libanais, chiite certes, mais tout autant un mouvement musulman et arabe.

Alors que le pape François prie et jeûne pour la paix en Syrie, le prédicateur atlantiste, le millionnaire egypto-qatariote, Youssef Al Qaradawi, le prédicateur atlantiste implore les Américains de bombarder la Syrie, signe indiscutable d’un dérèglement moral.

Le vœu secret des Occidentaux est qu’une des «bombes intelligentes» de l’armada atlantiste ne projette dans l’au-delà un homme qui leur a tenu la dragée haute depuis deux ans, mis un terme à l’unilatéralisme américain en vigueur sur la scène internationale depuis deux décennies avec le double véto russo-chinois au Conseil de sécurité, infligeant un magistral camouflet à l’ensemble de la diplomatie occidentale, et révélé, enfin, par défaut, les turpitudes de l’opposition qui se propose de prendre sa relève.. Du cannibalisme, à la prédation des pubères syriennes, au djihadisme erratique, au démantèlement du site chrétien de Maaloula, une cité antique de la banlieue de damas, parlant araméen, la langue du Christ.

De par sa subite programmation, le ciblage de la Syrie apparait d’ailleurs rétrospectivement comme un dérivatif à la déconfiture de la diplomatie occidentale en Egypte, en ce qu’il offre la possibilité d’éviter un affrontement avec l’Arabie saoudite, principal souteneur du putsch militaire égyptien, en promouvant une convergence saoudo occidentale sur leur ennemi commun, la Syrie, déjà abondamment diabolisée par les médias occidentaux.
Dans ce combat au flou contour, aux gesticulations tonitruantes, aux résultats aléatoires, un double constat s’impose:
-Sous peine d’implosion, sous peine d’anéantissement de l’axe de la contestation à la Pax israélo-américaine, le Hezbollah ne saurait souffrir la moindre défaite. Sous peine de marginalisation du cercle dirigeant saoudien, sous peine de discrédit définitif de sa personne et de son Royaume, Bandar, lui, ne saurait souffrir un nouveau revers.

L’histoire retiendra de cette séquence un Hezbollah, promu au rang de phénomène politico-militaire majeur de l’histoire arabe contemporaine, avec, en contrechamps, une Arabie saoudite, le principal ravitailleur énergétique de l’économie occidentale, le principal exportateur du djihadisme erratique et ses excroissances métastasiques (Al Qaida, Jobhat An Nosra), la plus formidable machine autodestructrice des Arabes, sans la moindre concession sur la Palestine.

Références

1-TSL Hariri: Dans une allocution télévisée dimanche 3 juillet 2011, Cheikh Hassan Nasrallah a fait diffuser une séquence vidéo montrant un des enquêteurs internationaux, l’Allemand Gerhard Lehman, vice-président de la commission d’enquête monnayant ses informations, en train d’empocher une somme d’argent. Daniel Bellemare, de son côté, a personnellement œuvré à la levée de la Note rouge placée sur Mohammad Zouheir Siddiq auprès d’Interpol, annulant ainsi les poursuites engagées contre lui en sa qualité de «faux témoin» du procès. Ancien garde de corps d’un opposant notoire au régime de Damas, le général Rifa’at Al Assad, propre oncle paternel du président Bachar al Assad, Siddiq résiderait au Caire sus la protection des services égyptiens. Les notes Wikileaks ont révélé des rencontres périodiques entre les enquêteurs internationaux et l’ambassade américaine à Beyrouth visant à obtenir des instructions sur le cheminement de l’enquête.
Un panel d’enquêteurs en rapport avec la CIA
-Robert Baer, conseiller du procureur, spécialiste des affaires islamiques, ancien officier de la CIA, avait été envoyé au Liban pour traquer Imad Moughnieh, le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Dans une interview à la chaine de télévision d’Abou Dhabi, Bauer a avoué avoir consacré quinze ans de sa mission auprès de la CIA travaillé pour le kidnapper. En 1985, il avait participé à la tentative d’assassinat de Sayed Hussein Fadlallah, un attentat qui a tué et blessé plus de 300 personnes.
-Nick Caldas, australien d’origine égyptienne, ancien responsable des investigations au sein de la commission d’enquête internationale. Lié à la CIA, il avait été auparavant dépêché en Irak pour créer un service de renseignements irakien sous l’autorité de l’administration américaine du pays.
-Michael Taylor, britannique, responsable des investigations au TSL, un ancien chef des Services de renseignements britanniques, il est spécialisé dans la lutte contre le «terrorisme islamique».
-Darrel Mendez, américain, responsable des poursuites au bureau du procureur, «ancien des Marines et lié à la CIA et au FBI».
-Doreid Bcherraoui, libano-français, conseiller juridique du procureur, a été le premier à lancer, via les médias, des accusations contre la Syrie et les services libanais. Hostile au Hezbollah, il passe pour être responsable de plusieurs décisions du Bureau du procureur dans l’affaire des faux témoins.
Le chantage a ainsi occulté le débat sur le passif de l’ère Hariri, qui hypothèque, lui, l’avenir du Liban, à savoir:
Une dette publique de cinquante milliards de dollars
Une évaporation de recettes du ministère des finances de l’ordre de quinze milliards de dollars, sous le gouvernement du tandem Hariri-Siniora.
Trente millions de m2 de superficie du territoire libanais vendus à des inconnus, vraisemblablement à des investisseurs originaires des pétromonarchies du Golfe, en infraction avec la législation du pays.
Près de deux cent mille naturalisés sunnites entrainant un bouleversement de l’équilibre démographique du pays dont le système politique repose sur une répartition confessionnelle du pouvoir.

Pour aller plus loin

A propos du Hezbollah et de son chef, Sayyed Hassan Nasrallah
Nasrallah, Le seigneur de la résistance par Mohamad Hassanein Heykal : http://www.al-akhbar.com/node/190273
Hassan Nasrallah l’indomptable : http://www.renenaba.com/hassan-nasrallah-lindomptable/
Wissam Hassan, la dague du dispositif sécuritaire d saoudien au proche orient : http://www.renenaba.com/wissam-al-hassan-la-dague-du-dispositif-securitaire-saoudien-au-proche-orient/

A propos du remake de 1982 et des attentats anti occidentaux du Liban, le drakkar français et le PC des marines américains.

http://www.renenaba.com/panorama-il-y-a-dix-ans-eclatait-la-guerre-du-liban/

http://www.renenaba.com/au-large-du-liban-la-plus-importante-armada-de-lapres-guerre/

http://www.renenaba.com/la-plus-importante-concentration-navale-de-lhistoire-contemporaine-au-large-du-golfe-arabo-persique/

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Le 6 septembre 2013

Sous-titres en français : hussarddelamort

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Pierre Charasse, ancien diplomate français, ayant occupé des postes d’ambassadeur au Pakistan, Uruguay et au Pérou, a adressé à la date du 02 septembre, depuis le Mexique où il réside, une lettre ironique à François Hollande sur la crise syrienne, publiée sur le site de Médiapart. En voici le texte intégral :

 

Mexico, le 2 septembre 2013

Monsieur le Président de la République,

Dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos Ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une intervention militaire chirurgicale en Syrie.

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations Unies et incombe en premier lieu aux Etats concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de Sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le Président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le Président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de Sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu’ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants Jihadistes du Front Al Nusra-Al Qaeda, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que vous avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidés ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

Nous voilà rassurés. Al Qaeda devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le Terrorisme International, même si de temps en temps, il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie Saoudite (le Prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al Nusra-Al Qaeda auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

Une fois ce point éclairci, vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les Etats-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations Unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire par des moyens aériens les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre, et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétropédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront la bonté de laisser aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

Après cette victoire pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

Au Mexique, on estime à 70.000 les morts provoqués par la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26.000 disparus durant de sexennat du Président Calderón (2006-2012). Après la première année du mandat du Président Peña Nieto, on dénombre déjà 13.000 morts. En toute logique avec de tels chiffres la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union Européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses. Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur, serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction des moyens du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les Présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le Président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est à dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

«O tempora ! O mores !», comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos Ambassadeurs ont déjà du vous signaler que dans de nombreux pays la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du Président Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint Pétersbourg de changer de cap pour mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque Centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.
Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son Président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations Unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat, vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la Paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.

Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur

http://www.gnet.tn/revue-de-presse-internationale/syrie-lette-dun-ex-ambassadeur-de-france-a-francois-hollande/id-menu-957.html

 

Lundi 9 Septembre 2013

 

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