Comment l’OTAN a creusé sous l’Ukraine

février 25th, 2014 by Manlio Dinucci

« Bien creusé, vieille taupe ! » : ainsi Marx décrivait-il le travail préparatoire de la révolution au milieu du 19ème siècle. La même image peut être utilisée aujourd’hui, en sens inverse, pour décrire l’opération conduite par l’OTAN en Ukraine. Elle commence quand en 1991, après le Pacte de Varsovie, se désagrège aussi l’Union Soviétique : à la place d’un seul Etat, il s’en forme quinze, dont l’Ukraine. Les Etats-Unis et leurs alliés européens s’activent immédiatement pour tirer le plus grand avantage de la nouvelle situation géopolitique. En 1999 l’OTAN démolit par la guerre la Fédération Yougoslave, état qui aurait pu faire obstacle à la nouvelle expansion à l’Est, et englobe les premiers pays de l’ex Pacte de Varsovie : Pologne, République Tchèque et Hongrie. Puis, en 2004 et 2009, elle s’étend à l’Estonie, Lettonie, Lituanie (ex partie de l’Urss) ; Bulgarie, Roumanie, Slovaquie ; Slovénie et Croatie (républiques de l’ex Yougoslavie) et Albanie. L’Ukraine –dont le territoire de 600mille Kms2 fait tampon entre OTAN et Russie, et est traversé par les couloirs énergétiques entre Russie et Ue- reste par contre autonome. Mais elle entre dans le « Conseil de coopération nord-atlantique » et, en 1994, dans la « Partnership pour la paix », en contribuant aux opérations de «peacekeeping » dans les Balkans.

En 2002 est adopté le « Plan d’action OTAN-Ukraine » et le président Kuchma annonce son intention d’adhérer à l’OTAN. En 2005, dans le sillage de la « révolution orange », le président Yushchenko est invité au sommet OTAN à Bruxelles. Immédiatement après est lancé un « dialogue intensifié sur l’aspiration de l’Ukraine à devenir membre de l’OTAN » et en 2008 le sommet de Bucarest donne le feu vert pour son entrée. En 2009 Kiev signe un accord permettant le transit terrestre en Ukraine des approvisionnements pour les forces OTAN en Afghanistan. Désormais l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN semble sûre mais, en 2010, le président nouvellement élu Ianoukovytch annonce que, tout en continuant la coopération, l’adhésion à l’Ue n’est pas dans l’agenda de son gouvernement. Entre temps cependant l’OTAN est arrivée à tisser un réseau de liens à l’intérieur des forces armées ukrainiennes. Des officiers supérieurs participent depuis des années à des cours du NATO Defense College à Rome et à Oberammergau (Allemagne), sur des thèmes concernant l’intégration des forces armées ukrainiennes à celle de l’OTAN. C’est dans ce cadre que s’insère l’institution, auprès de l’Académie militaire ukrainienne, d’une nouvelle « faculté multinationale » avec des enseignants OTAN.

Notablement développée aussi la coopération technico-scientifique dans le domaine des armements pour faciliter, à travers une plus grande interopérabilité, la participation des forces armées ukrainiennes à des « opérations conjointes pour la paix » sous conduite OTAN. En outre, étant donné que « de nombreux Ukrainiens manquent d’informations sur le rôle et les objectifs de l’Alliance et gardent à l’esprit des stéréotypes dépassés de la guerre froide », l’OTAN a institué à Kiev un Centre d’information qui organise des rencontres et séminaires, et même des visites de « représentants de la société civile » au quartier général de Bruxelles. Et comme n’existe pas que ce qui se voit, il est évident que l’OTAN a un réseau de liaisons dans les milieux militaires et civils beaucoup plus étendu que celui qui est apparent. Comme le confirme le ton de commandement avec lequel le secrétaire général de l’OTAN s’adresse le 20 février aux forces armées ukrainiennes, en les avertissant de « rester neutres », sous peine de « graves conséquences négatives pour nos relations ». L’OTAN se sent désormais sûre de pouvoir accomplir un nouveau pas dans son extension à l’Est, en englobant probablement la moitié de l’Ukraine, tandis qu’elle continue sa campagne contre « les stéréotypes dépassés de la guerre froide ».

Manlio Dinucci

Edition de mardi 25 février 2014 de il manifesto,

http://ilmanifesto.it/allargamento-a-est-si-ma-della-nato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Quand le Canada devient marchand d’armes

février 25th, 2014 by Jean-Claude Leclerc

Alors que le ministre du Commerce international, Ed Fast, s’adonnait en 2012 et 2013 à des missions en Arabie saoudite, le grand mufti y déclarait qu’il « est nécessaire de détruire toutes les églises chrétiennes de la région ». Des évêques d’Allemagne, d’Autriche et de Russie, rapporte l’agence Reuters, ont émis des protestations. Il y a peu de chrétiens russes dans les pays du Golfe, mais plus de trois millions de catholiques, venus de l’Inde et surtout des Philippines, y travaillent. L’incident ne pouvait pas avoir échappé aux diplomates d’Ottawa.

Depuis 2010, une telle condamnation (fatwa) y est réservée à un Conseil officiel du haut clergé. Le dictat du cheikh Abdul Aziz ibn Abdullah, chef du Conseil suprême des théologiens, n’a pas été publicisé par la presse du pays, sous contrôle d’État. Ce cheikh a, depuis, condamné toute violence contre d’autres musulmans (ou d’autres croyants sous protection musulmane), d’après l’agence de presse gouvernementale SPA. Vu l’influence du mufti, Riyad n’aurait donc pas pris à la légère son incitation à détruire les églises chrétiennes.

L’Arabie saoudite n’est pas un pays où les libertés sont reconnues, note Freedom House, un institut américain, dans un rapport de 2012 sur la liberté dans le monde. L’islam en est la religion officielle, et les Saoudiens sont tous tenus d’être musulmans. Le gouvernement interdit la pratique publique de tout autre culte, et restreint celle des minorités chiites et soufies. Le droit des chrétiens et des autres non-musulmans se limite au culte privé. Même les chiites ne peuvent plus ériger de mosquée.

Les pays du Golfe ne sont pas tous réfractaires aux confessions chrétiennes. L’an passé, une église a été consacrée à Ras-El-Khaimah, un des Émirats arabes unis, rapporte le journal La Croix. De même, dans l’émirat d’Abu Dhabi, qui compte déjà une cathédrale dans sa capitale, la première pierre d’une future église a été bénie, sur un terrain de 4500 mètres carrés, un don de la municipalité à l’Église catholique. Le roi du Bahreïn a aussi fait don d’un terrain pour y construire une église.

◆◆◆

Par contre, Riyad reste opposée à toute démocratisation du pays. Les réformes se limitent à des conseils purement consultatifs. Des élections, il est vrai, sont maintenant permises sur le plan municipal, mais les femmes n’y prendront part qu’en 2015. La presse est contrôlée par le gouvernement. Le Code criminel a été modifié pour interdire toute critique du pouvoir royal ou de l’autorité religieuse. Les manifestations d’opposants sont réprimées et la presse étrangère ne peut, sous peine d’exclusion, les couvrir.

Or, dans la longue liste des « interventions » des Affaires étrangères du Canada, on ne trouve aucune trace de dénonciation concernant l’Arabie saoudite. Pendant que le ministre Ed Fast y était en mission commerciale, John Baird, son collègue des Affaires étrangères, multipliait les déclarations plus ou moins indignées sur des violations survenues au Nigeria, en Égypte, en Tanzanie, en Syrie, au Pakistan, au Bangladesh, au Kenya, sans oublier les Bahaïs en Iran. Mais, sauf erreur, rien sur l’Arabie saoudite.

Depuis, prenant la relève, l’ambassadeur Andrew Bennett, chef du Bureau de la liberté de religion, s’est montré « vivement préoccupé » de la persécution des Bahaïs en Iran. Il l’est aussi des violences contre les chrétiens en Égypte, voire des « conversions forcées » en Syrie. Plus récemment, il s’intéressait à l’Ukraine. Or, semble-t-il, il faut faire partie d’une « minorité vulnérable » pour avoir droit à ses interventions. Les majorités opprimées comme en Arabie saoudite ne relèvent pas de son mandat.

Entre-temps, de retour au Canada, Ed Fast annonçait que le Canada est désormais un important vendeur d’armes. Mieux encore, à des ouvriers enthousiastes de London, en Ontario, il apprend que leur usine construira bientôt des blindés légers pour l’Arabie saoudite. Un contrat de plusieurs milliards de dollars, de quoi occuper pour 14 ans pas moins de 3000 travailleurs et 500 compagnies d’ici. « C’est une victoire olympique pour le Canada et les manufacturiers canadiens », s’écrit Jayson Myers, le président des Manufacturiers et Exportateurs canadiens.

Le Canada a déjà antérieurement livré à l’Arabie saoudite des véhicules militaires légers, comme les soldats canadiens en ont utilisé en Afghanistan. À voir leur efficacité contre des combattants résolus, ces blindés n’auront guère d’utilité là-bas, sauf pour réprimer les mécontents qui osent manifester en public, chiites, jeunes chômeurs, femmes en mal d’émancipation. Y a-t-il péril dans le royaume ? La moitié des étudiants y sont des femmes. Riyad verse des millions en pétrodollars pour donner aux populations de meilleures conditions de vie : loyers abordables, assurance chômage, salaire accru aux fonctionnaires. À quoi bon ces blindés alors ?

À donner des jobs au Canada, bien sûr, des contrats aussi aux compagnies canadiennes, et des profits à General Dynamics et à sa filiale ontarienne. Mais ces milliards achèteront avant tout des votes aux conservateurs. L’opposition se dit scandalisée qu’on vende des armes à un pays si peu respectueux des libertés. Mais le NPD ira-t-il jusqu’à suggérer à ses amis syndiqués une grève des blindés ? C’est peu probable, même si ces exportations seront financées par les contribuables d’ici.

Par contre, ces milliards ne cacheraient-ils pas quelque pot-de-vin ou détournement de fonds ? Des inondations ayant fait plus de 120 victimes en 2009, le roi Abdullah avait poursuivi 40 fonctionnaires de Djeddah, pour corruption, incompétence, défauts de construction ou d’ingénierie. Une autre catastrophe en ayant déplacé des milliers, qu’a fait le roi ? Il a décrété une commission anticorruption pour surveiller les ministères…

Jean-Claude Leclerc

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

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Dans le monde entier, le prétendu développement prive les peuples indigènes de leurs terres, de leur autonomie et de leur dignité pour finalement les faire tomber dans le dénuement le plus complet.

Regardez ce petit dessin animé satirique d’Oren Ginzburg, auquel l’acteur britannique David Mitchell prête sa voix (sous-titrée en français) pour raconter comment les peuples indigènes sont détruits au nom du ‘développement’.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui encore, en Inde, en Ethiopie, au Canada et ailleurs, avec des conséquences dévastatrices..

Le gouvernement éthiopien, qui est l’un des plus grands bénéficiaires de l’aide américaine et britannique à l’international, réinstalle de force 200 000 membres de communautés tribales autonomes, dont les Mursi, les Kwegu et les Bodi, laissant des milliers de gens sans terre, sans troupeaux et moyens de subsistance. Dans l’impossibilité de se maintenir, ils disent être désormais dans ‘l’attente de la mort’. Le Premier ministre de ce pays réputé pour ses crises alimentaires récurrentes, justifie ce programme en prétendant qu’il apportera la ‘modernité’ aux tribus.

Les bénéficiaires de ce ‘développement’ sont régulièrement arrêtés, maltraités et violés. Leurs réserves de céréales sont détruites pour les forcer à abandonner leurs terres et leurs modes de vie. Le résultat en sera une catastrophe humanitaire.

 

Laissez-nous faire – Vidéos de Survival International

Créé par Oren Ginzburg et raconté par David Mitchell

Dans le dessin animé satirique ‘Laissez-nous faire!’, des experts prétendent apporter le ‘développement durable’ à une tribu imaginaire. Au lieu de cela, ils apportent la destruction.
© Oren Ginzburg/Survival

Un nouveau film d’animation lancé aujourd’hui par Survival International, mouvement mondial de soutien aux peuples indigènes, jette un regard satirique sur la façon dont les peuples indigènes sont souvent détruits au nom du développement.

Laissez-nous faire!, petit vidéo-clip de deux minutes, montre comment le développement peut priver un peuple indigène autosuffisant de ses terres, de ses moyens de subsistance et de sa dignité pour finalement le réduire à la mendicité.

Réalisé d’après la bande dessinée éponyme d’Oren Ginzburg, il montre des experts en développement prétendant vouloir apporter le ‘développement durable’ à une tribu sylvicole imaginaire qui finit dans un misérable bidonville.

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Les Etats-Unis se sont appuyés sur l’assistance de douzaines de scientifiques allemands pour développer leurs techniques invasives d’interrogatoire ciblant l’URSS dans les premières années de la guerre froide, d’après une toute nouvelle publication sur le sujet. Le livre intitulé: “Operation Paperclip: The Secret Intelligence Program that Brought Nazi Scientists to America” de la journaliste américaine Annie Jacobsen, va sortir cette semaine.

L’Operation Paperclip ou en français, l’opération trombone, fut mise en place durant le seconde guerre mondiale par l’Office of Strategic Servicesaméricain (OSS), le service précédent la CIA. Le but de cette opération était de recruter des scientifiques qui avaient travaillé pour le IIIème Reich allemand, le but principal étant de retirer l’expertise scientifique allemande aux Soviétiques. Des centaines d’ancien scientifiques nazis furent amenés aux Etats-Unis sous le couvert de contrats militaires secrets durant la seconde moitié des années 1940. Eventuellement, les scientifiques recrutés furent utilisés pour augmenter des projets soutenus par le gouvernement américain, incluant le programme spatial et plusieurs techniques de collection de renseignements.

Le livre de Jacobsen détaille aussi l’opération Bluebird (Geais en français), programme géré par la CIA sous l’opération Trombone (Paperclip), qui employait d’anciens experts nazis des armes biologiques, des chimistes et des médecins. Ces derniers furent employés pour conduire des expérience fondée sur l’emploi de l’Acide Diethylamide Lysergique ou LSD, avant d’extorquer des confessions aux agents soviétiques cibles. Dans plusieurs cas, la substance chimique induisant des hallucinations fut donnée aux captifs russes, qui furent aussi soumis à des techniques d’hypnose et autres manipulations psychologiques.

Le livre nous indique que des techniques furent développées sous la supervision primordiale du Dr. Walter Schreiber, le médecin en chef du IIIème Reich. Schreiber aida l’OSS à établir un laboratoire expérimental à Camp King, un site de la CIA localisé près de Francfort, dans le secteur américain de la zone d’occupation alliée de l’Allemagne. Plus tard, lorsque Schreiber fut transféré aux Etats-Unis par la CIA, le Dr. Kurt Blome, son ancien assistant aux hautes affaires médicales du IIIème Reich et spécialiste de la fabrication d’armement biologique à base de peste bubonique, prit en compte le programme.

Le livre contient des extraits de memos écrits par le directeur adjoint du renseignement américain de l’époque, Allen Dulles, dans lesquels il explique le besoin “d’augmenter en intensité les méthodes d’interrogatoire habituelles” avec l’aide des scientifiques allemands. Dulles continue avec la description de “résultats prometteurs” produits par des interrogatoires impliquant l’utilisation de “faibles doses de drogues couplées avec de l’hypnose”, des techniques de chocs électriques et autres méthodes similaires. (NdT: Ces techniques furent ensuite utilisées dans les programmes MKUltra de la CIA).

Ian Allen

Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/us-employed-ex-nazis-to-develop-interrogation-methods/5369509

Traduction : Résistance 71

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Washington peut-il renverser trois gouvernements à la fois?

février 24th, 2014 by Thierry Meyssan

Depuis quand les révolutions sont-elles soutenues par l’impérialisme ? (ici : place Maidan, Kiev).

La puissance d’un État se mesure à sa capacité à se défendre et à celle d’attaquer sur un ou plusieurs fronts. Dans cette optique, Washington tente pour la première fois de montrer qu’il peut renverser trois gouvernements simultanément, en Syrie, en Ukraine et au Venezuela. S’il y parvenait personne ne serait plus en mesure de lui résister.


Washington, qui a échoué en 2011 à bombarder simultanément la Libye et la Syrie, est en train de tenter une nouvelle démonstration de sa force : organiser des changements de régime dans trois États à la fois, dans des régions du monde différentes : la Syrie (CentCom), l’Ukraine (EuCom) et le Venezuela (SouthCom).

Pour ce faire, le président Obama a mobilisé presque toute l’équipe de son Conseil de sécurité nationale.

D’abord la conseillère Susan Rice et l’ambassadrice à l’ONU, Samatha Power. Ces deux femmes sont des championnes du parler « démocratique ». Elles se sont fait une spécialité, depuis de nombreuses années, de préconiser l’ingérence dans les affaires intérieures des autres États sous prétexte de prévenir des génocides. Mais derrière ce discours généreux, elles se moquent des vies non-états-uniennes comme l’a montré Mme Power lors de la crise des armes chimiques de la ghoutta. L’ambassadrice, qui connaissait parfaitement l’innocence des autorités syriennes, était partie avec son époux assister en Europe à un festival de cinéma consacré à Charlie Chaplin, tandis que son gouvernement dénonçait un crime contre l’humanité dont il rendait responsable le président el-Assad.

Puis, les trois responsables régionaux : Philip Gordon (Proche-Orient et Afrique du Nord), Karen Donfried (Europe et Eurasie) et Ricardo Zuñiga (Amérique latine).
- Phil Gordon (ami personnel et traducteur de Nicolas Sarkozy) a organisé le sabotage de la Conférence de paix de Genève 2, tant que le dossier palestinien ne serait pas réglé à la manière US. Durant la seconde session de la conférence, alors que John Kerry parlait de paix, il réunissait à Washington les chefs des services secrets jordaniens, qataris, saoudiens et turcs pour préparer une énième attaque. Les comploteurs ont réuni une armée de 13 000 hommes, dont seul 1 000 ont reçu une brève formation militaire, pour conduire des blindés et prendre Damas. Le problème est que la colonne risque d’être détruite par l’Armée syrienne avant d’arriver sur la capitale. Mais ils ne parviennent pas à s’entendre sur la manière de la défendre sans distribuer des armes anti-aériennes qui puissent ultérieurement servir contre Israël.
-  Karen Donfried est l’ancienne officier national de renseignement pour l’Europe. Elle a longtemps dirigé le German Marshall Fund à Berlin. Aujourd’hui, elle manipule l’Union européenne pour masquer l’interventionnisme de Washington en Ukraine. Malgré la fuite d’une conversation téléphonique de l’ambassadrice Victoria Nuland, elle est parvenue à faire croire aux Européens que l’opposition à Kiev voulait les rejoindre et se battait pour la démocratie. Pourtant, plus de la moitié des émeutiers de la place Maidan sont membres de partis nazis et arborent des portraits du Collaborateur Stepan Bandera.
- Enfin Ricardo Zuñiga est le petit fils du président homonyme du Parti national du Honduras qui organisa les putschs de 1963 et de 1972 en faveur du général López Arellano. Il dirigea la station de la CIA à La Havane où il recruta des agents et les finança pour former l’opposition à Fidel Castro. Il a mobilisé l’extrême gauche trotskiste vénézuélienne pour renverser le président Nicolás Maduro, accusé d’être stalinien.

L’ensemble des opérations est médiatisé sous la houlette de Dan Rhodes. Ce spécialiste de la propagande a déjà écrit la version officielle du 11-Septembre 2001, en rédigeant le rapport de la commission d’enquête présidentielle. Il a réussi à faire disparaître toute trace du coup d’État militaire (le pouvoir a été retiré des mains de George W. Bush vers 10h du matin et ne lui a été restitué que le soir ; tous les membres de son cabinet et ceux du Congrès ont été placés dans des bunkers sécurisés pour « garantir leur sécurité ») pour que l’on ne se souvienne que des attentats.

Dans les trois cas, la narration US repose sur les mêmes principes : accuser les gouvernements d’avoir tué leurs propres citoyens, qualifier les opposants de « démocratiques », prendre des sanctions contre les « meurtriers », et en définitive opérer des coups d’État.
Chaque fois, le mouvement débute par une manifestation au cours de laquelle des opposants pacifiques sont tués, et où les deux camps s’accusent des violences. En réalité des forces spéciales US ou de l’Otan, placées sur les toits, tirent à la fois sur la foule et sur la police. Ce fut le cas à Deraa (Syrie) en 2011, à Kiev (Ukraine) et à Caracas (Venezuela) cette semaine. Manque de chance, les autopsies pratiquées au Venezuela montrent que deux victimes, un opposant et un pro-gouvernement, ont été tuées par la même arme.
Qualifier les opposants de démocratiques est un simple jeu rhétorique. En Syrie, ce sont des takfiristes soutenus par la pire dictature de la planète, l’Arabie saoudite ; en Ukraine quelques pro-européens sincères entourés de nombreux nazis ; au Venezuela de jeunes trotskistes de bonnes familles entourés de milices patronales. Partout le faux opposant US, John McCain, vient apporter son soutien aux vrais et faux opposants locaux.
Le soutien aux opposants incombe à la National Endowment for Democracy (NED). Cette agence du gouvernement états-unien se présente mensongèrement comme une ONG financée par le Congrès. Mais elle fut créée par le président Ronald Reagan, en association avec le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie. Elle est dirigée par le néoconservateur Carl Gershman et la fille du général Alexander Haig (ancien suprême commandeur de l’Otan, puis secrétaire d’État), Barbara Haig. C’est la NED (en réalité le département d’État) qui emploie le sénateur d’« opposition » John McCain.

À ce dispositif, il faut ajouter l’Albert Einstein Institute, une « ONG » financée par l’Otan. Créé par Gene Sharp, il a formé des agitateurs professionnels à partir de deux bases, en Serbie (Canvas) et au Qatar (Academy of change).
Dans tous les cas Susan Rice et Samantha Power prennent des airs outragés avant d’arrêter des sanctions —bientôt relayées par l’Union européenne—, alors qu’elles sont les commanditaires des violences.
Reste à réussir les coups d’État. Et ce n’est pas gagné.

Washington tente ainsi de montrer au monde qu’il est toujours le maître. Pour être plus sûr de lui-même, il a lancé les opérations ukrainiennes et vénézuéliennes durant les Jeux Olympiques de Sotchi. Il était certain que la Russie ne bougerait pas de peur de voir sa fête troublée par des attentats islamistes. Mais Sotchi a pris fin ce week-end. C’est désormais au tour de Moscou de jouer.

Thierry Meyssan

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Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a cédé, hier 21 février, aux exigences de l’opposition fasciste qui est soutenue par l’occident en signant un accord qui ampute ses propres pouvoirs et permet à l’opposition d’entrer au gouvernement et d’organiser des élections anticipées.

Cette démarche est survenue après la plus meurtrière journée des protestations à Kiev, la capitale de l’Ukraine. Au moins 77 manifestants et policiers anti-émeute ont été tués et des centaines d’autres blessés durant des affrontements dans les rues et des échanges de coups de feu entre manifestants d’extrême droite et forces de l’ordre. Les combats s’étaient intensifiés depuis le rejet par le parlement ukrainien en début de semaine d’un projet de loi limitant les pouvoirs du président.

Après les affrontements survenus jeudi, Ianoukovitch a cédé et accédé aux exigences clé de l’opposition. Il formera d’ici dix jours un gouvernement d’union nationale comprenant des représentants de l’opposition. La constitution votée en 2004 suite à la Révolution orange appuyée par les Etats-Unis entrera de nouveau en vigueur en septembre, privant Ianoukovitch de tout contrôle sur les chefs des forces de l’ordre. Ce pouvoir sera exercé par le premier ministre. Des élections présidentielles et parlementaires seront tenues d’ici décembre ; des élections présidentielles étaient initialement prévues pour mars 2015.

Adrian Karatnycky, le chercheur principal au groupe de réflexion Atlantic Council, a dit à la chaîne d’information PBS aux Etats-Unis qu’il s’attendait à ce qu’Ianoukovitch perde le pouvoir d’ici quelques semaines voire même quelques jours. Ianoukovitch a quitté Kiev tard hier soir pour s’envoler vers Kharkov, une ville non loin de la frontière avec la Russie, le principal soutien du régime d’Ianoukovitch.

Le parlement ukrainien a décidé de libérer Ioulia Timochenko, l’oligarque milliardaire emprisonnée, la rivale d’Ianoukovitch qui était devenue premier ministre lors de la Révolution orange. Elle fut condamnée en 2011 pour détournement de fonds dans le cadre d’accords gaziers signés avec la Russie. Le parlement a dépénalisé l’article du code pénal sous lequel Timochenko avait été poursuivie.

Ianoukovitch a signé l’accord suite à des négociations qui ont duré toute la nuit de jeudi à vendredi alors que des combats sanglants faisaient rage dans les rues de Kiev. Les ministres des Affaires étrangères d’Allemagne, de France et de Pologne, qui étaient arrivés à Kiev jeudi, ont collaboré étroitement avec les dirigeants de l’opposition – Vitali Klitscho du parti Oudar (UDAR), Arseniy Iatseniouk du parti Patrie de Timochenko, et Oleg Tiagnibok du parti fasciste Svoboda.

En dehors d’Ianoukovitch et des trois dirigeants de l’opposition, les signataires de l’accord incluaient les ministres des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, d’Allemagne, Laurent Fabius de France et Radoslaw Sikorski de Pologne. Le négociateur russe, Vladimir Loukin, qui devait initialement apposer sa signature, a refusé de le faire.

Avant la signature de l’accord, les ministres des Affaires étrangères allemand et polonais s’étaient rendus sur le Maïdan (Place de l’Indépendance) – le centre des manifestations d’opposition où des dizaines de milliers, pour la plupart des protestataires issus de la classe moyenne, s’étaient réunis – afin d’obtenir l’assentiment des protestataires. Ils se sont réunis dans un hôtel avec 30 membres du conseil du Maïdan qui représente les manifestants.

Il semblerait que même les dirigeants droitiers de l’opposition ont été mis à rude épreuve pour contrôler les nervis d’extrême-droite que les puissances impérialistes ont déchaînés en Ukraine. Lorsque Klitschko a tenté de prendre la parole pour promouvoir l’accord avec Ianoukovitch, il fut hué par les manifestants qui ont crié « Honte ! ».

Oleg Tiagnibok, dont le parti Svoboda embrasse ouvertement des idées antisémites et racistes, fut reçu à l’ambassade d’Allemagne et invité à une séance de photos aux côtés du ministre allemand des Affaires étrangères Steinmeier.

La capitulation d’Ianoukovitch a encouragé les forces fascistes qui dirigent l’opposition de se montrer encore plus agressives. Le dirigeant du « Secteur droit » néonazi, Dmitry Yarosh, s’est exprimé sur le réseau social Vkontakte en disant que son mouvement regardait la déclaration d’Ianoukovitch comme une « duperie » et qu’il poursuivrait la lutte. « La révolution nationale continue, » a-t-il écrit, en ajoutant qu’elle ne s’arrêterait que lorsque le régime sera renversé.

Washington, bien que ne faisant pas partie officiellement des négociations, s’est félicité des résultats obtenus à Kiev. La Maison Blanche a publié un communiqué déclarant que le gouvernement Obama « se réjouissait » de l’accord, le qualifiant de « conforme à ce que nous avons préconisé. »

Ces déclarations soulignent la politique foncièrement réactionnaire et irresponsable appliquée par les puissances impérialistes qui ont collaboré avec des groupes fascistes pour amener l’Ukraine et la région tout entière au bord de la guerre. En novembre dernier, Ianoukovitch avait annulé en dernière minute la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne (UE) pour décider de se rapprocher plutôt de la Russie. Depuis cette date, l’Allemagne et les Etats-Unis ont systématiquement tenté de déstabiliser et de diviser l’Ukraine.

Les médias américains et européens ne cessent de camoufler la politique fasciste des forces qu’ils ont imposées comme gouvernement à la population ukrainienne. Le New York Times a fait mention par euphémisme au Secteur droit en parlant d’un groupe « nationaliste tenant d’une ligne dure ». En fait, il s’agit d’un groupe pronazi qui critique Svoboda comme trop « modéré » — Svoboda étant aussi un parti fasciste qui célèbre les Ukrainiens qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, ont rejoint les unités SS nazies pour perpétrer des massacres de masse parmi les Juifs dans la région de la Galicie, en Ukraine occidentale.

Des tendances séparatistes sont en train de surgir partout en Ukraine. La ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, un bastion nationaliste, a proclamé son autonomie.

Dans le sud-est, le président du parlement de la péninsule de Crimée, rattachée en 1954 à la République ukrainienne alors soviétique, et qui est principalement habitée par des Russes, a menacé de faire sécession de l’Ukraine. Volodymyr Konstantinov, a dit qu’une sécession « était possible, si le pays se déchirait. » Il a ajouté, « Et tout va dans ce sens. »

Cette option soulève aussi la possibilité d’une intervention militaire russe en Ukraine. Le Financial Times de Londres a cité un haut responsable russe disant que « Si l’Ukraine éclatait, ceci provoquera une guerre. Ils perdront la Crimée, nous nous y rendrons pour la protéger, tout comme nous l’avions fait pour la Géorgie – en référence à la guerre menée en 2008 par la Russie en Géorgie après que le régime géorgien, appuyé par les Etats-Unis, ait attaqué dans la région séparatiste d’Ossétie du sud les forces russes de maintien de la paix.

Un autre responsable russe a dit au Financial Times, « Nous ne permettrons pas à l’Europe et aux Etats-Unis de nous prendre l’Ukraine. Les Etats de l’ancienne Union soviétique, nous formons une seule famille. Ils s’imaginent que la Russie est encore aussi faible qu’au début des années 1990, mais nous ne le sommes pas. »

Comme le soulignait ouvertement un commentaire paru il y a deux jours dansSpiegel Online, l’Allemagne, les Etats-Unis et l’UE poursuivent les mêmes objectifs impérialistes et géopolitiques en Ukraine. « Il n’est plus seulement question de l’accord d’association avec l’Union européenne, » a écrit Uwe Klußmann. « L’attention ne se concentre plus non plus sur l’avenir du président Viktor Ianoukovitch, un homme que ne lâchent pas les rumeurs de corruption. C’est plutôt la géopolitique qui occupe la place centrale et la question qui est devenue essentielle est celle de savoir quelle puissance en Europe ou dans la région d’Eurasie occupera à l’avenir une position dominante. »

Peter Schwarz et Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 22 février 2014

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Introduction

En 2013, face au phénomène de capture photos d’assiettes et de nourritures en tout genre sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram), la psychologue Valerie Taylor affirmait que la nourriture n’était désormais plus perçue comme une simple source d’énergie. Se nourrir est sans doute l’acte le plus basique dans la vie d’un homme, souvent banalisé et pourtant indispensable à sa survie. Au-delà de l’aspect purement nutritionnel et physiologique, manger représente un acte social d’une grande complexité. Notre manière de s’alimenter en dit beaucoup sur nos représentations, notre culture, nos valeurs, notre histoire, et donc, notre propre identité (« Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es », Jean Anthelme Brillat-Savarin). Lorsque l’on traite de ce sujet, il est nécessaire de faire appel à un ensemble de disciplines pour étudier chaque facette qui s’en montre : géographie (géographie de l’alimentation, du goût, de la faim), biologie (microbiologie, physiologie, nutrition), sociologie (de l’alimentation et des comportements alimentaires), anthropologie, psychologie, histoire et économie…Ce menu interdisciplinaire permet de faire communiquer entre eux chercheurs et experts dans ces différents domaines pour mieux appréhender la question dans sa totalité.

Au XXIème siècle, l’homme (occidental) n’a jamais eu autant de choix tant d’un point de vue quantitatif et qualitatif dans l’accès à la nourriture. Par exemple, en France, le pain n’a jamais été aussi bon et beau et diversifié (pain aux noix, au sésame, au lin…). On parle d’un polysensualisme du mangeur-consommateur d’aujourd’hui puisqu’il devient de plus en plus important de développer les sens autre que le goût : pour le pain, on aura l’odeur, la couleur et esthétisme (plaisir virtuel), le son (du croustillant) et la texture. Dans un même temps, l’homme se voit « régresser » dans sa façon de manger, cette dernière souvent qualifiée « d’infantilisante ». Cette idée est mise en évidence avec les fast-foods qui incite à n’utiliser aucun couvert et dont la nourriture ne développe dans les sensations gustatives du palais (trop de sucre, trop de  sel). Si se nourrir est un acte social, le restaurant lui, est dit alors marqueur social. La restauration suit les mouvements qui s’opèrent chez les comportements alimentaires des consommateurs, en s’adaptant ou innovant. Chacune de ses innovations dans le secteur de l’offre se veut de suivre l’évolution de la demande. Dans les pays dits développés, on peut constater la multiplication de restaurants asiatiques en ville, de boutiques et de boulangeries vendant des snacks et une variété impressionnante de sandwichs et autres finger food et l’implantation toujours plus importante de fast-food et sa concurrence avec les « kébabs » en particulier en Europe. L’objectif de cet article sera alors de savoir si l’étude de l’évolution des comportements alimentaires permet de parler de « mondialisation » concernant ce phénomène. Si c’est le cas, quelle est son ampleur et comment conserver les cultures locales ? Peut-on proposer un modèle plausible de ce que serait le mangeur occidental contemporain ? Pour cela, nous aborderons le cas de la France, réputée pour son modèle gastronomique et ses Chefs au niveau international.

Histoire d’une mondialisation de l’alimentation et transition nutritionnelle 

La gastronomie française a une réputation internationale : le « menu ou gastronomique français » (entrée-plat-fromage-dessert, accompagné de vin) a été reconnu en tant que mode d’alimentation au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO le 16 Novembre 2010. Par cette renommée très conséquente en terme économique et culturel, a été induite une valeur identitaire très forte. L’alimentation à la française résulte pourtant de nombreuses interactions, échanges et métissages au cours des siècles. En effet, la mondialisation de l’alimentation que nous connaissons actuellement n’est pas un phénomène récent mais plutôt une continuité dans l’histoire (européenne plus précisément). Les comportements alimentaires des français sont issus du dogme catholique et méditerranéen où la convivialité et le partage (être ensemble) sont au cœur des représentations  et des manières de s’attabler. Au sein de la société, l’alimentation devient un marqueur entre distinction et sociabilité. De là, la culture de l’alimentation et du goût est étroitement liée au collectif. A partir des années 80, les industries agro-alimentaires et les pouvoirs publics s’emparèrent de la responsabilité de la gestion et de l’organisation de l’alimentation auprès des français (politiques publiques en matière de santé, campagnes publicitaires « 5 fruits et légumes par jour » ou « les produits laitiers sont nos amis pour la vie»…). La montée des associations de consommateur souligne bien cette appropriation du collectif de l’acte de manger qu’on penserait « personnel » ou « privé ».

La gastronomie française telle qu’elle est représentée à l’étranger se résume à quelques grands plats typiques (bœufs bourguignons, blanquettes, civets en sauce,  entrecôtes/frites, les escargots, la soupe à l’oignon dit french onions soup…), dont les produits ont pour origine des pays très divers (par exemple, la pomme de Terre, qui compose ces plats vient des Incas d’Amérique Latine). On trouve dans la restauration collective (cantines) assez fréquemment au menu des couscous, des tajines, de la paëlla ou encore de la pizza, relatif aux flux d’immigration, en  particulier provenant des anciennes colonies (Magrheb). Bien qu’il y ait des controverses concernant ses modes de production, le foie gras connait un large succès en France, en particulier dans le Sud-ouest dont il est un produit régional emblématique et identitaire (Dordogne, Lot-et-Garonne). Il fut détourné de façon symbolique par le fast-food belge Quick en 2010, qui mis en vente le « Quick’n’foie gras ». Ce produit ne se vendit pas bien, du fait que les français, dans leur imaginaire, refusent cette fusion entre une restauration « bas de gamme » qu’est le fast-food et le produit de qualité et dégusté lors des fêtes qu’est le foie gras. Actuellement, son succès s’entend jusqu’en Asie. En effet, les chinois adoptent de plus en plus une alimentation à la française, avec une production de vin rouge, de vin pétillant (d’après la loi, l’appellation « champagne »  ne peut être employée en dehors du territoire de la Champagne en France), de foie gras et de saumon fumé, c’est-à-dire des mets que l’on consomme habituellement lors de festivités. Aussi, on a un mouvement inverse, avec une touche frenchy dans la restauration asiatique implantée en France. Par exemple, le repas proposé dans les restaurants chinois de Paris correspond à un ordre de repas français : un apéritif, une entrée, un plat, un accompagnement (souvent du riz) et un dessert, avec des portions individuels alors que le riz est l’élément central d’un repas en Chine et la façon de s’attabler n’est pas la même (on partage un grand plat de riz ensemble). Dans la même logique, la chaîne de restauration rapide de produits japonais Sushishop innove en 2013 par une collaboration avec un grand chef français, Joël Robuchon, pour élaborer une gamme de makis et sushis « gastronomiques ».

Les industries agro-alimentaires se sont chargées d’une double compétence : s’adapter à l’évolution de la demande et modifier les comportements alimentaires par un changement dans les pratiques, les savoir-faire, les produits et les goûts. En effet, nous mangeons de plus en plus gras, sucré et salé et les produits que l’on consomme comportent beaucoup de  conservateurs et d’additifs (essentiellement dans les plats préparés, qui se veulent d’être un « plaisir au palais »). Les prix ont été un rôle majeur dans cette transition nutritionnelle, puisque les produits transformés et riche en sucre et en gras (biscuits, chips…) sont peu coûteux pour le consommateur.

En 2005, selon les sources de la FAO (Food and Agriculture Organization of United Nation), l’Europe en moyenne atteignait 3600kcal en disponibilités caloriques alimentaires totales par personne, alors que le nombre de kcal par personne et par jour recommandé par les médecins nutritionnistes est de 2500kcal. De nombreux problèmes de surpoids, d’obésité, de maladies cardio-vasculaires et cancers se sont développés dans les pays développés, à cause d’une mauvaise alimentation : un apport en lipides très élevé, un apport en glucides qui tend à diminuer et un apport en protéines (de plus en plus d’origine animale au détriment des protéines d’origine végétale comme les légumineuses). On mange ainsi davantage de viandes, surtout la partie arrière de l’animal puisque cette viande est la plus facile à cuisiner (escalope, filets, côtes…), alors que la partie avant est une viande que l’on doit cuisiner avec un long temps de cuisson et de grands plats familiaux (pot au feu, ragoût…). Les produits laitiers ont connu eux aussi une croissance très rapide en termes de production et de consommation. Cette tendance est  soulignée par une « féminisation » de notre manière de manger, le lait étant rattaché à une image maternelle. A la fin du XXème siècle, on a une stabilisation en macronutriments.

Comportement paradoxal du mangeur du XXIème siècle

Le mangeur contemporain est un être de contradictions. Cela passe tout d’abord pour une préoccupation de plus en plus importante à l’égard de sa santé et de son bien-être, car il sait désormais que son alimentation y joue un rôle majeur. Le mangeur français a tendance à vouloir concilier santé avec plaisir et goût. La remise en avant des produits frais et biologiques est due au fait que le consommateur veut devenir aussi un consomm’acteur en s’intéressant davantage à ce qu’il achète, dans la logique où ce qui est bon pour lui doit être bon pour les autres. Dans les supermarchés, les rayons « bio » et « commerce équitable » se développent et prennent de l’ampleur jusqu’à devenir de sévères concurrents en terme de prix face aux magasins et épiceries spécialisés bio. Les multiples scandales, débats, ainsi que les crises de confiance sur la traçabilité dans le secteur alimentaire (le dernier en date étant l’affaire de la viande de cheval dans des lasagnes Findus, du fabriquant Spanghero en 2013) ont amené le français à repenser ce qu’il mange. Respect de l’environnement, de la santé et de l’éthique (des agriculteurs, producteurs mais aussi du bien-être animal, conditions d’élevage…) sont les trois piliers sur lesquels reposent les nouvelles valeurs du mangeur contemporain. Les aliments-médicaments dits alicaments  ou functional food en terme anglo-saxon souligne aussi bien cette tendance. Les industries agroalimentaires inventent toujours plus de nouveaux produits pour satisfaire cette nouvelle demande en termes d’équilibre nutritionnel, et d’obsession pour la santé et l’hygiène. On peut citer le groupe Danone qui en 2007 sortit une gamme de yaourt nommée « Essencis », dirigée par un slogan visant à dire que la peau devient plus belle  grâce à certaines vitamines et oligo-éléments rajoutés dans la formule du yaourt. Toujours au sein du même groupe industriel, les produits laitiers de la gamme « Danacol » sont spécialement destinés pour ceux qui surveillent leur taux de cholestérol. L’image de la minceur, étroitement en lien avec celle de la pleine santé dans nos sociétés occidentales, reste très présente dans la manière de consommer chez le mangeur du XXIème siècle. Ce « culte du corps » à travers une alimentation saine se retrouve dans de nombreux spots publicitaires de produits industriels mais aussi dans des programmes de régime tel que Weight Watcher. Ce dernier groupe, en plus de la multiplication des locaux de rencontres et d’animations dans plusieurs pays en Europe, met à disposition dans les supermarchés des plats préparés à réchauffer aux micro-ondes. A la fois rapide et simple d’usage, Weight Watcher répond à la demande du nouveau consommateur en valorisant des produits « tout prêts » bons pour la ligne, bons pour la santé (réduction de sel par exemple dans les plats) et une diversité dans les recettes. Tout autant d’arguments qui attirent le client en quête de plaisir et soucieux de sa propre santé.  Le régime Dukan, qui a connu un grand succès ces dernières années, possède une image plus péjorative désormais. En effet, le régime est basé sur une forte consommation en protéines et  essentiellement en viandes. Incitant à modifier radicalement son comportement alimentaire sur le court et moyen terme, le régime Dukan peut s’avérer avoir des effets non désirables au final (reprise de poids rapide après l’arrêt du régime, carences, cholestérol…). On a ainsi un paradoxe entre un désir de renouveler son rapport au produit en s’intéressant aux ingrédients, aux compositions des plats, aux apports nutritionnels, à l’origine des produits, et un désir d’avoir accès à une nourriture de plus en plus « instantanée », « aseptisée » mais aussi « exotique ».

Un autre paradoxe se retrouve dans les lieux de restauration et la façon dont on veut s’attabler et se restaurer. En France, il y a deux phénomènes. En milieu urbain, comme à Paris et dans les grandes villes de province, on adopte un comportement plutôt « nomade », cas similaire aux Etats-Unis. Cela se définit par une prise rapide du déjeuner, même si cela reste toujours à heures fixes. Ce déjeuner est majoritairement composé de Street food, c’est-à-dire sandwichs, hamburgers, paninis, kébabs…puisqu’ils répondent tous aux nouveaux critères exigés. Pour l’exemple classique du « jambon-beurre » que l’on trouve en boulangerie, supermarché et brasserie, on peut le manger rapidement, en marchant ou en étant assis sur un banc ou dans une salle et on a à la fois un apport en glucides avec le pain et en protéines avec la viande. A Paris, les petites camionnettes itinérantes distribuant ce genre de nourriture sont mêmes devenues très convoitées (ex : « Le camion qui fume », envahissant les blogs et réseaux sociaux avec une très bonne critique culinaire). Toutes classes sociales se mêlent à ces pratiques. A l’inverse, le mangeur contemporain français souhaite renouer du lien sur ses lieux de restauration, et provoquer des rencontres, (et non l’isolement redouté). Les brasseries et cafés en France restent très fréquentés malgré la multiplication de grandes compagnies de fast-food, parce que c’est un lieu de détente et de rencontres rempli de valeurs qui sont chères aux consommateurs (ex : on prend du plaisir à y venir déguster une boisson ou une pâtisserie le temps d’une pause). La grande firme internationale américaine Starbucks a compris cette démarche, et recrée cette ambiance chaleureuse dans la ville de Paris avec un esthétisme particulier (vitrines colorées, lumières tamisées, fauteuils, canapés, fond sonore, odeur de café). Le client « nomade » peut venir commander à emporter son déjeuner, son en-cas, ou son café, tandis que le client recherchant de la convivialité peut venir s’installer dans les fauteuils avec un ami, pour discuter et partager un moment agréable.

La mise en scène des produits de terroir

En France, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), créé en 1935, définit le terroir comme un système au sein duquel s’établissent des interactions complexes entre un ensemble de facteurs humains, une production agricole et un milieu physique. Mais le terroir signifie bien plus : il est une construction territoriale via l’identité du produit qui se rattache à des savoir-faire, des pratiques (dimension anthropologique du terroir), un projet porté par un groupe social…Ce sont les activités anthropiques qui vont donner et recréer du lien au lieu. Le produit de terroir va donc être facteur d’identité. Bien que le terme terroir soit très discuté (il est employé spécifiquement en France),  2005 fut décrétée « année du terroir » et de nombreuses festivités et événements se déroulèrent autour de ce thème qui reste flou. D’autre part, c’est bien la montée des appellations d’origine qui va remettre en avant ces produits régionaux, et cela à plusieurs échelons. L’AOC, par définition, protège une dénomination géographique appliquée à un produit alimentaire dont la qualité de production est fondée sur la tradition et le terroir. L’AOP (1992), elle, est une protection européenne d’une dénomination de produit alimentaire dont les caractéristiques sont essentiellement ou exclusivement dues au milieu géographique, comprenant les facteurs naturels et humains. La production, la transformation et l’élaboration ont lieu dans une aire géographique délimitée. L’IGP (indication géographique protégée) rejoint ces principes.

L’objectif premier des AOC en France était  alors de mettre un frein à « l’hémorragie agricole » avec une attention portée sur la qualité des produits. Mais qu’est-ce que concrètement la qualité d’un produit ? Par sa définition (norme ISO 8402) « La qualité est l’ensemble des propriétés et caractéristiques d’un produit ou service qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire des besoins explicites ou implicites ». il existerait trois types de qualité : la qualité « liée aux caractéristiques intrinsèques du produit » (gustatives, nutritives, sanitaires) ; la qualité « liée à des caractéristiques objectives du produit, issues de sa conception, de sa fabrication, de son conditionnement, de ses modalités d’utilisation » (coût, composition physico-chimique, convenance) ; et enfin la qualité « liée à la capacité des produits à porter ou donner du sens » (identitaire, relationnel, circonstanciel, événements). On voit la part de subjectivité venant du consommateur. Celui-ci agit comme un véritable « juge », qui va déterminer si un produit est de qualité, répondant à ses attentes et à ses représentations, ou non. Cette « revendication au goût » et à la qualité est montée dans un contexte où le consommateur fait face à des OCNI (« Objets comestibles non identifiés », expression de Claude Fischler). Il mange et consomme des produits dont il ne connait ni l’origine, ni le passé, ni les acteurs, les territoires, et plus globalement les identités qui se cachent derrière ce dernier.  Prenons l’exemple de l’AOC noix du Périgord : la noix que l’on souhaite déguster désormais n’est pas qu’une noix ordinaire, mais un ensemble de valeurs, de représentations, de cultures et d’histoires que l’on rajoute volontairement dans nos assiettes. Il apparait souvent la notion de «patrimonialisation» autour du vin en France. Le vin est effectivement considéré comme un bien commun et l’appellation comme une propriété collective dans le but de défendre une identité. Le toponyme devient une «marque collective» où celle-ci fait sens à travers le produit. Ce système de développement a su faire ses preuves. L’importance du tourisme autour des produits régionaux et gastronomiques en France est significative, notamment avec les routes agro-touristiques (Val de Loire, vignobles bordelais…).

Cependant, plusieurs limites se posent concernant les appellations. Avec l’exemple de la noix du Périgord, on peut voir que les contraintes imposées par le cahier des charges pour l’appellation AOC  sont telles qu’il est difficile parfois de prouver qu’une noix produite sur le même territoire est issue d’un même savoir-faire, puisque sa fabrication ne répond à toutes les exigences, jugées trop strictes. Il y a une part de perte de liberté chez les producteurs, qui doivent impérativement respecter chaque caractéristique liée à  l’appellation. D’autre part, à l’échelle mondiale dans le domaine du vin, les AOC et autres appellations sont perçues comme une entrave protectionniste au marché qui se veut de plus en plus libéralisé. Le risque à venir est donc une industrialisation du vin sur les marchés, avec une place prépondérante de l’aval. Si le «Nouveau monde» (USA, Chili…) privilégie le rôle du marché pour sa filière viticole, la France n’est pas dans cette logique. En effet, elle irait dans le sens contraire du concept des AOC, c’est-à-dire l’idée d’un ancrage et d’une identité territoriale avec des spécificités propres aux localités.

Conclusion

La modification des comportements alimentaires en France fut induite par un ensemble de mutations sociales et économiques. L’urbanisation et la libéralisation des marchés sont des exemples qui conduisirent à repenser notre façon d’appréhender ce que l’on mangeait et comment l’on mangeait. Le mangeur du XXIème est un être, certes de doutes mais de conscience de son alimentation. Conscient de ce qu’il mange, il sait désormais qu’il agit à plusieurs échelles et sur plusieurs domaines. Il est en quête d’identité dans le contexte d’une mondialisation toujours plus poussée. La dynamique du produit de terroir, comme on a pu l’aborder dans cet article, est ainsi une source de liens, structurant les nouvelles relations entre les acteurs du système agro-alimentaire. Le local a tendance à privilégier la diversité et l’hétérogénéité des savoirs des agriculteurs, producteurs et des autres acteurs, et des produits, comme on a pu le voir avec le cas des AOC. Cela concerne aussi la diversité des paysages et de leur conservation, dans une logique de patrimonialisation. Au contraire, à l’échelle globale, on assiste à une volonté de standardisation des produits (ex : le vin), ce qui est une menace envers les nombreux savoirs locaux existants et envers la qualité recherchée dans la valorisation des produits.

 Laura Perez

Laura Perez : Master Environnement, Développement, Territoires et Sociétés, parcours en Anthropologie, Environnement et Agricultures (2013-2014)

 

Références

Chemineau P., 2012, Comportements alimentaires : choix des consommateurs et politiques nutritionnelles, Editions QUAE, Paris

Fumey G., 2007, La mondialisation de l’alimentation, L’information géographique Armand Colin, volume 71 p.71 à 82

Poulain J.P. 2013, Sociologie de l’alimentation : les mangeurs et l’espace social alimentaire, Editions Presses Universitaires Françaises, Paris

Sealbert A., 2003, La transition nutritionnelle, Intervention Université d’été de Nutrition, Clermont-Ferrand

Schirmer R. et Célérier F., 2012. Hommes, femmes et territoires du vin (1960-2010). Les Appellations d’Origine Contrôlée (AOC), modèle de développement local à la française, [http://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00772320/]

Techoueyres I., 2003, Des mangeurs, des producteurs : la dynamique des terroirs, Extrait de thèse anthropologie sociale et culturelle, LAPSAC-Université Bordeaux

Vitaux J., 2009, La mondialisation à table, Editions Presses Universitaires Françaises, Paris

 

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La Syrie face à la diplomatie des hyènes !

février 24th, 2014 by Dr. Bachar al-Jaafari

Le samedi 22 février 2014, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution humanitaire 2139 [1]. Le vote du texte initialement présenté par l’Australie, le Luxembourg et la Jordanie, et soutenu par la Grande Bretagne, les États-Unis et la France ayant été reporté de quelques jours par la Russie, qui aurait menacé de son veto avant modification. Des voix s’élèvent, toujours les mêmes, pour exprimer leurs doutes quant à son efficacité en raison de l’absence de sanctions automatiques, pour prétendre que l’attitude intransigeante du « régime » syrien a conduit à la clôture de la deuxième session des négociations de Genève 2 sans avancées, et même pour continuer à affirmer – désormais, contre toute vraisemblance – que les terroristes qui sévissent en Syrie « sont les complices du régime syrien » [2] !

Pour mémoire, voici la traduction du communiqué final du délégué syrien permanent auprès des Nations Unies, le Docteur Bachar al-Jaafari, qui répond, entre autres, aux complices du terrorisme et aux faux amis de la Syrie. [NdT].


J’aurais aimé commencer par saluer Monsieur le Secrétaire général, mais le voilà qui a quitté la séance. Je passerai donc directement au communiqué.

Monsieur le Président, l’amélioration de la situation humanitaire est l’une des priorités du gouvernement de la République arabe syrienne, priorité à laquelle il a été particulièrement attentif depuis le début de la crise et qui relève de ses devoirs constitutionnels et internationaux. C’est pourquoi, il n’a cessé de travailler jour et nuit pour répondre à tous les besoins humanitaires de ses citoyens. Et c’est d’une façon équilibrée qu’il travaille pour ramener la sécurité et la stabilité à l’ensemble du pays.

Le Gouvernement syrien respecte pleinement ses obligations internationales, dont celle de coopérer avec les Nations Unies et ses organisations travaillant dans le domaine de l’assistance humanitaire, conformément à la résolution de l’Assemblée générale N° 46/188 et aux principes directeurs qu’elle a établis, notamment le premier d’entre tous concernant le respect de la souveraineté nationale des États.

En vertu de cette souveraineté et dans le cadre de la résolution présidentielle du 2 Octobre 2013 du Conseil de sécurité, le Gouvernement syrien a mis en œuvre un ensemble de procédures administratives et logistiques qui ont permis aux Nations Unies, et aux organisations humanitaires qui en dépendent, d’élargir le domaine de leur activité et d’en améliorer l’efficacité ; ce qui n’aurait pu être finalisé sans la l’entière et effective collaboration de ce gouvernement.

À titre d’exemple je me contenterai de rappeler que le Gouvernement syrien a consenti à ouvrir un troisième pont aérien pour acheminer les aides humanitaires de la ville d’Irbil en Irak à la ville d’Al-Qamichli en Syrie. Ce dernier pont aérien a comporté 11 voyages, suite à 13 voyages pour le premier pont, et 10 voyages pour le second. J’ajouterai que le Gouvernement syrien a pris l’initiative de proposer sa propre flotte aérienne pour l’acheminement de ces aides.

Mesdames et Messieurs, en plus de sa coopération avec les instances internationales, le Gouvernement syrien assume la plus grosse part des aides humanitaires distribuées dans tout le pays. Sa participation est de 75 %, contre 25% seulement pour l’ensemble des organisations onusiennes et internationales travaillant en Syrie.

Monsieur le Président, face à l’esprit d’ouverture, de coopération effective et d’engagement réel du Gouvernement syrien dans le domaine humanitaire, certains gouvernements d’États membres de ce respecté Conseil insistent à répandre leurs campagnes mensongères ininterrompues pour semer le doute et la désinformation. Ce qui démasque très clairement leurs mauvaises intentions, de principe, à l’égard de mon pays et lève aussi le voile sur la réalité de penchants maladifs et sadiques, dissimulés derrière des manifestations ayant trait au Droit des relations publiques, aux dépens des douleurs et des espoirs du peuple syrien.

En effet, certains États ne cachent plus leur énorme frustration devant la survenue de signaux positifs, que ce soit dans le domaine humanitaire ou diplomatique ; frustration qui s’est répercutée par plus de destruction et de terrorisme dont le peuple syrien a payé et continue de payer le prix. Leurs réunions et communiqués diffamatoires se sont accompagnés de l’incitation et de l’encouragement évidents et cruels de groupes terroristes qui obéissent à leurs ordres et qu’ils soutiennent.

Des groupes terroristes qu’ils soutiennent financièrement et  afin de leur permettre tout ce qu’il est possible de faire pour interdire au citoyen syrien d’assurer sa subsistance et sa survie, et le plonger dans le bourbier de l’oppression, de l’obscurantisme et de la souffrance ; exactement comme l’a dit ma chère collègue déléguée de l’Argentine.

Monsieur le Président, les tentatives de certains États membres de ce Conseil pour réduire politiquement la scène syrienne – compliquée par les ingérences arabes, régionales et internationales – à sa seule dimension humanitaire, tendent à aggraver la crise humanitaire et à exploiter la souffrance du citoyen syrien. Ces mêmes tentatives tendent aussi à imposer une lecture partiale et discrétionnaire cherchant à masquer les ingérences étrangères précédemment citées, à manipuler la crise humanitaire syrienne, et à faire pression sur l’opinion publique internationale.

À l’appui de ce que je viens de dire, il me suffit de rappeler que certains États membres de ce Conseil ont refusé, à huit reprises, d’adopter des décisions de cette Assemblée relatives à la simple publication de communiqués de presse condamnant des actes terroristes qui ont emporté la vie de milliers de citoyens syriens innocents. Il me suffit de rappeler que certains États membres de ce Conseil, si empressés de discuter de la situation humanitaire en Syrie, ont refusé la simple idée de fournir des ambulances et des fauteuils roulants à ceux qui en ont besoin.

Monsieur le Président, le Gouvernement syrien a toujours accueilli favorablement et coopéré efficacement à tous les efforts sincères destinés à l’amélioration de la situation humanitaire en Syrie. Il a accueilli favorablement la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité du 2 Octobre 2013 et a respecté ses dispositions. Mais soutenir humainement les Syriens, Mesdames et Messieurs, ne peut être réalisé, justement et efficacement, qu’à la condition de joindre les actes aux paroles pour empêcher la politisation des questions humanitaires, et stopper le terrorisme dû à différentes organisations dont celles en relation avec le réseau d’Al-Qaïda.

Ce terrorisme est la cause essentielle des souffrances du peuple syrien qui le voit détruire systématiquement ses infrastructures, voler ses ressources, cibler volontairement les convois humanitaires, attaquer le personnel venu à son secours jusqu’à tuer bon nombre d’entre eux. Et ceci, sans oublier les attaques de groupes terroristes dans nombre de régions, interdisant l’arrivée de ces secours, prenant des otages, et usant de la population comme boucliers humains pour interdire à l’Armée nationale et aux Forces de sécurité d’intervenir.

Par conséquent, le Gouvernement syrien, comme tout autre gouvernement d’États membres de cette Organisation internationale, ne fait qu’exercer son droit et son devoir constitutionnels, pour combattre le terrorisme qui frappe la Syrie sans distinction aucune. Ce faisant, il s’appuie sur le Droit international et les résolutions de votre respectée Assemblée. Imposer la Loi, Mesdames et Messieurs, relève de l’autorité même de l’État, notamment lorsqu’il s’agit de combattre des actes terroristes sur son sol, et nul ne peut lui retirer ce devoir et ce droit exclusifs.

Monsieur le Président, en plus de ces souffrances engendrées par les organisations terroristes, il y’a les effets négatifs des sanctions économiques drastiques et unilatérales imposées illégitimement par ces mêmes États membres, et qui aggravent considérablement la situation humanitaire en Syrie ; sans oublier le handicap engendré par le faible financement à destination humanitaire. En effet, malgré toutes les manifestations carnavalesques ici ou là, les plans censés répondre à la situation humanitaire n’ont pas dépassé les 7% des besoins chiffrés en 2014, alors que ceux destinés aux réfugiés dans la région n’ont pas dépassé les 13%. !

Monsieur le Président, le Gouvernement syrien a très tôt déclaré sa sérieuse et sincère détermination à régler la crise par un processus politique passant par le dialogue entre toutes les forces et les composantes politiques, sociétales, culturelles, et économiques du pays, y inclus les forces de l’opposition nationale et les combattants qui déposeraient leurs armes pour revenir vers le droit et la raison, seuls capables de protéger le pays et de pérenniser ses institutions.

En retour, l’État syrien a offert des garanties juridiques, sécuritaires, et politiques à tous ceux qui ont souhaité s’engager dans ce processus à l’échelon national. Et, effectivement, ce processus voulu par le gouvernement a donné des résultats tangibles sur le terrain et dans plusieurs régions du pays. Ainsi, récemment ont eu lieu nombre de réconciliations locales qui ont adressé au monde un message confirmant que les enfants de la Syrie sont capables de régler leur crise par eux-mêmes, à l’écart de toute manipulation extérieure contre leurs intérêts. À ce propos, ce que nous venons d’entendre de la part d’un mes collègues quant à l’incarcération de certains Syriens, qui se sont rendus dans le cadre de ces réconciliations nationales, est absolument faux. Je le réfute devant vous tous !

Toujours dans le but de régler cette crise, le Gouvernement syrien travaille 24H/24 à sécuriser toutes les installations du service public dans toutes ces régions, et à faire en sorte qu’elles soient prêtes pour répondre aux besoins des habitants et accueillir les déplacés qui souhaitent regagner leurs foyers en toute sérénité et sécurité. Car, en fin de compte, la patrie reste le dernier refuge pour ses enfants ; surtout si nous prenons en compte les souffrances endurées par les réfugiés syriens devenus une marchandise peu chère pour ceux qui font commerce de la politisation de la crise ; et aussi, si nous considérons la médiocrité des « camps pour réfugiés syriens » du point de vue accueil, santé, sécurité, et atteintes immorales à leur dignité.

Monsieur le Président, le Gouvernement syrien a respecté l’ensemble de ses engagements relatifs à la déclaration présidentielle du 2 Octobre 2013 ; que j’avais favorablement accueilli quasi-immédiatement. Nombre des dispositions de cette précédente décision figurent dans la résolution adoptée par le Conseil d’aujourd’hui. Cette dernière résolution vient confirmer, sans équivoque, la présence d’un terrorisme international sévissant en Syrie et affilié au réseau d’Al-Qaïda ; ceci, après la négation injustifiée et inexpliquée de ce fait depuis le début de la crise syrienne.

Il est sans doute temps pour le Conseil de sécurité de faire son devoir en traitant, sérieusement et fermement, les racines de la crise humanitaire syrienne représentées par les exactions de groupes terroristes contre des civils syriens, avec le soutien de gouvernements, d’individus et d’entités, désormais connus de tous ! Un soutien auquel participent, ouvertement, les forces d’occupation israélienne, en toute connaissance de la direction des opérations de maintien de la paix sur la ligne de cessez-le feu dans le Golan occupé [La FNUOD, NdT].

Les opérations de transfert d’aides humanitaires à travers les frontières ne peuvent se faire d’une manière qui transgresse la souveraineté nationale syrienne, laquelle est garantie par la Charte des Nations Unies. À cet égard, nous mettons en garde contre le non respect de ce qui est stipulé dans le texte de la résolution 46/188 quant aux dispositions particulières concernant l’assistance humanitaire.

Laisser croire qu’autoriser des pays voisins – impliqués dans l’aggravation de la crise, le soutien, l’entraînement, et le financement de Daech, d’Al-Qaïda, de Jabhat al-Nosra, et de la Jabhat « islamiste » – à mettre en place des « opérations humanitaires » par delà les frontières, peut solutionner le problème et y mettre fin pour des milliers de Syriens, est une tromperie risible destinée à endormir les enfants. Ceci, parce que ces frontières limitrophes de pays voisins, dont nous parlons, importe le terrorisme qui massacre le peuple syrien, en Syrie

Oui, Mesdames et Messieurs, comme l’a dit ma chère collègue représentante du Nigéria, la violence a atteint les frontières de l’irrationnel et de l’indicible. Ce qui est vrai ! Mais reste à savoir pourquoi ce silence injustifié sur les ingérences étrangères cruelles en Syrie ?

Malheureusement, la mentalité dominante chez certains est celle de « la diplomatie des hyènes », non celle du droit international et humain !

Une dernière remarque, Monsieur le Président. L’un de mes collègues a déclaré que la délégation de la République arabe syrienne à Genève a refusé le projet de l’ordre du jour proposé par M. Lakhdar al-Brahimi. C’est officiellement que je réfute ses dires, pour la bonne raison que je me trouvais dans la salle et que j’ai donné, moi-même, notre approbation à ce plan une minute après la proposition faite par M. Brahimi. C’est l’autre partie qui l’a refusé. Vous pourrez interroger M. Brahimi sur ce sujet lorsque vous le rencontrerez, prochainement, pour discuter des suites de cette histoire !

Dr. Bachar al-Jaafari

Délégué syrien permanent auprès des Nations Unies

22/02/2014

 

Texte transcrit et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Vidéo You Tube / TV Syria [al-Fadaiya]

http://www.youtube.com/watch?v=n4RHr6IvZVQ

 

Notes :

[1] Full text : UN Sécurity Council Resolution 2139

http://blog.unwatch.org/index.php/2014/02/22/full-text-un-security-council-resolution-2139/

Communiqué / France Diplomatie : Vote de la résolution 2139 du Conseil de sécurité sur les questions humanitaires en Syrie (22.02.14)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/les-nations-unies-et-la-syrie/article/vote-de-la-resolution-2139-du

[2] Syrie (Q&R – Extrait du point de presse – 21 février 2014)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/actualites-2014/article/syrie-q-r-extrait-du-point-de-111405

Extrait :

« Nous soutenons la coalition nationale syrienne et l’opposition modérée. C’est elle qui incarne l’avenir de la Syrie et que nous considérons comme un interlocuteur politique légitime. La France condamne en revanche les groupes extrémistes et djihadistes – qui, en réalité, sont les complices du régime syrien. » !!!

 

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L’opposition soutenue par les USA dans la République Bolivarienne du Venezuela prend son inspiration des manifestations anti-gouvernementales se déroulant de l’autre côté de l’Océan Atlantique en Ukraine. Ayant échoué à remporter la moindre élection au Venezuela en obtenant un mandat populaire de la part d’une majorité de la population au cours des dernières années, les dirigeants de l’opposition mainstream ont désormais recours aux tactiques des révolutions colorées et à une stratégie de disruption dans le même style qu’en Ukraine. L’objectif de ces dirigeants de l’opposition au Venezuela est de galvaniser les manifestants anti-gouvernementaux à créer une crise politique à Caracas. Les dirigeants de l’opposition mainstream y travaillent en incitant les manifestants à engager des actions dont le but ultime est de renverser le gouvernement vénézuélien.

Les mêmes dirigeants de l’opposition et leurs appuis étrangers se servent du prétexte des inquiétudes indéniables autour des taux de criminalité croissants, de la corruption politique, et des troubles économiques au Venezuela comme un camouflage pour ce qui ressemble essentiellement à une tentative de coup d’état.Les inquiétudes socio-économiques d’un segment de la population sont utilisées pour légitimer l’action et la violence urbaine visant à renverser le gouvernement.

Il est ironique que beaucoup de ceux qui s’opposent au gouvernement vénézuélien au nom de la démocratie, de l’égalité et de la sécurité aient naguère été les soutiens de gouvernements autocratiques et ouvertement corrompus avant l’ère Chavez. La perte de mémoire ou l’hypocrisie flagrante est active, ici. Quand les mêmes oligarques qui encadrent et financent l’opposition vénézuélienne et qui soutiennent et incitent aux manifestations anti-gouvernementales étaient au pouvoir au Venezuela, la corruption était rampante, les taux de pauvreté étaient beaucoup plus élevés, comme pour l’inflation. Le Venezuela n’était même pas une démocratie qui fonctionne.

Malgré le mandat démocratique du parti au pouvoir au Venezuela, qui inclut avoir gagné la plupart des sièges municipaux lors des élections de décembre 2013 dans le pays, l’opposition soutenue par les USA au Venezuela veut se servir de flash mobs pour éjecter le gouvernement et prendre le pouvoir dans le pays. Sur les 337 maire élus en décembre 2013, le décompte final a accordé 256 positions de maire au parti au pouvoir et à sa coalition de forces politiques pro-gouvernementales. Ceci s’élève à une victoire à hauteur de 76% de l’électorat dans les municipalités du pays sud-américain, ce qui confirme que la majorité de la population soutient le parti actuellement au pouvoir au Venezuela, ainsi que ses alliés politiques.

Malgré ses lacunes, le Parti Socialiste Uni du Venezuela et ses alliés politiques disposent de l’un des mandats les plus démocratiques au monde. En termes relatifs au vote équitable, le gouvernement à Caracas dispose de beaucoup plus de légitimité démocratique que les gouvernements de pays comme la Grande-Bretagne, le Canada, la France et les États-Unis, qui se présentent comme les champions et les modèles en démocratie. Le Parti Socialiste Uni et ses coalitions, y compris la coalition du Grand Pôle Patriotique (GPP), sont allés aux urnes à davantage d’occasions et pour davantage de raisons qu’aucun des gouvernements actuels de Grande-Bretagne, du Canada, de France ou des USA. À chaque instance où des sujets constitutionnels ou importants impliquant les structures politiques du Venezuela ont été considérées, le gouvernement et le parti au pouvoir ont laissé les électeurs vénézuéliens prendre les décisions à travers des référendums populaires.

Depuis 1999, période à laquelle l’ère Chavez a commencé au Venezuela, et jusqu’en 2014 il y a eu six référendums traitant de la constitution nationale du pays, des structures syndicales, et même une motion d’opposition pour destituer le Président Hugo Chavez par le biais d’un rappel aux urnes à la suite d’un scrutin électoral. Quatre élections présidentielles, quatre élections parlementaires pour l’Assemblée Nationale, et quatre élections régionales pour les gouverneurs des états et les législatures de région se sont aussi déroulées. L’élection de Nicolas Maduro comme président en avril 2013, juste quelques mois après que Hugo Chavez ait gagné les élections présidentielles en octobre 2012, a réaffirmé le soutien et la confiance de plus de la moitié de la population pour le gouvernement. De plus, non seulement y a-t-il eu quatre élections à l’échelle municipale, mais les adjoint municipaux ont commencé à être démocratiquement sélectionnés dans des urnes plutôt que d’être désignés; ce furent les leaders de l’opposition soutenue par les USA qui préféraient désigner les dirigeants municipaux hors des processus électoraux plutôt que de laisser les gens décider eux-mêmes par la votation.

L’opposition mainstream au Venezuela est anti-démocratique

Ce qu’a essayé de faire l’opposition soutenue par Washington est de conquérir le Venezuela hors des processus électoraux. Elle s’en fout de la démocratie ou de ce que veut la majorité des citoyens vénézuéliens. Où les dirigeants de l’opposition mainstream ont échoué à obtenir le soutien populaire ou gagner dans les urnes électorales, ils ont utilisé la tromperie et toute option qui leur était ouverte pour conquérir le pays sud-américain. Ceci inclut l’usage de la force, l’incitation à la violence, les tentatives de putsch, les campagnes intenses de propagande, la collusion continuelle avec le gouvernement US, et la fluctuation volontaire des prix.

Les leaders des manifestations anti-gouvernementales de 2014 sont les mêmes leaders de l’opposition mainstream qui ont soutenu et collaboré au putsch de 2002, exécuté par un cercle restreint d’officiers militaires et coordonné avec l’Ambassade US au Venezuela et l’Ambassadeur US Charles Shapiro. Bien que les USA nient toute implication, l’Ambassadeur Shapiro s’en est vite allé voir les meneurs du putsch et même joyeusement se faire prendre en photo avec après que leurs soldats aient kidnappé le Président Chavez. Par l’accès aux documents du gouvernement fédéral US à travers la FOIA ( Freedom of Information Act, loi sur la liberté de l’information, ndt ), il a été prouvé de manière indiscutable que la CIA avait même reçu les plans de la conspiration du putsch cinq jours avant que l’opposition vénézuélienne ne lance sa conquête illégale et éphémère du Venezuela.

Les leaders de l’opposition mainstream ont continué à mentir éhontément depuis ce jour. Paradoxalement, ils ont aussi été des bénéficiaires majeurs de plusieurs des mécanismes démocratiques de recours politique et juridique qu’Hugo Chavez a créés pour le Venezuela comme moyen d’augmenter la participation démocratique et les canaux de responsabilisation des gens et de toute forme d’opposition démocratique au gouvernement. Les leaders de l’opposition mainstream ont utilisé l’une de ces voies de recours contre le gouvernement en 2004 en pétitionnant pour la destitution du Président Chavez, qui a abouti en un référendum national. Toutefois, la direction de l’opposition mainstream a refusé de reconnaître les résultats électoraux du référendum de 2004 lui-même qu’elle avait initié pour destituer Chavez par le biais d’un rappel aux urnes des électeurs, simplement parce que les résultats ne reflétaient pas leurs désirs.

Pendant ce même référendum de 2004, les dirigeants de l’opposition mainstream ont même essayé de manipuler les électeurs vénézuéliens et de créer une crise politique avec l’aide d’un enregistrement trafiqué visant à discréditer le gouvernement en imputant une fraude à Chavez. Leur argument était fallacieux parce que l’enregistrement était une parodie qui avait circulé depuis plusieurs mois précédant l’élection. La direction de l’opposition avait tout bonnement choisi de s’en servir comme excuse pour imputer une fraude et délégitimer le référendum dans son ensemble et le gouvernement vénézuélien.

Des membres de la même opposition ont plus tard boycotté les élections parlementaires en 2005 après qu’ils aient suscité une crise électorale avant le scrutin. À l’origine, le Conseil Électoral du Venezuela voulait utiliser des scanneurs d’empreintes digitales pour sécuriser l’enregistrement des électeurs, mais l’opposition vénézuélienne a refusé d’y prendre part si cela se faisait. L’une des raisons pour le choix de l’usage des scanneurs d’empreintes digitales était de réduire la fraude ou la tentative de fraude pendant les élections.Après que le Conseil Électoral National ait renoncé à sa décision d’installer les scanneurs, les principaux partis d’opposition ont quand-même boycotté les élections parlementaires de 2005 et ont malgré tout tenté de délégitimer le gouvernement vénézuélien.

Ces mêmes leaders de l’opposition ont essayé d’utiliser des points techniques, dans des efforts pour manipuler la loi, pour également prendre le contrôle du et diviser le gouvernement et ses alliés. Quand le Président Chavez est tombé malade et est éventuellement passé, les forces mainstream d’opposition ont tenté de se servir de prétextes constitutionnels sous l’Article 233 de la Constitution vénézuélienne pour assumer la présidence par intérim, dans l’espoir de créer une rupture entre lui et le Vice-Président Maduro qui aurait divisé et à terme affaibli les Chavistes et le Parti Socialiste Uni.

Après que Nicolas Maduro ait gagné les élections présidentielles d’avril 2013, le rival dans l’opposition de la Coalition pour l’Unité Démocratique (MUD), le Gouverneur Henrique Capriles Radonski, refusa même de reconnaître les résultats électoraux et déclara une fraude, sans autre cérémonie. Avec le soutien initial du gouvernement US, le Gouverneur Capriles refusa d’accepter les résultats même après qu’un audit sur plus de la moitié des votes ait été réalisé sur son insistance. Capriles demanda alors que tous les votes soient recomptés, ce qui fut consenti par le Conseil Électoral National. Capriles, cependant, fit des requêtes supplémentaires y compris un appel à l’audit complet du registre des électeurs et, essentiellement, un traçage à la source de tous les votes prononcés (pas seulement un décompte des votes). Et même lorsque le Conseil Électoral National, avec beaucoup de difficultés, essaya de satisfaire ses requêtes en augmentation et vérifia effectivement que Maduro avait gagné l’élection de manière honnête, le Gouverneur Capriles refusa d’admettre la défaite et affirma que l’élection était un canular. Même le gouvernement US fut contraint de lui retirer son soutien.

Après sa défaite le Gouverneur Capriles incita plutôt ses supporters à provoquer la violence dans les rues.Des organisations basées aux USA comme Human Rights Watch (HRW) ont totalement ignoré le rôle qu’ont joué Capriles et l’opposition dans le déclenchement de la violence, saisissant plutôt l’opportunité pour critiquer le gouvernement vénézuélien. HRW avait en fait ceci à dire au sujet de la violence urbaine que les leaders du MUD ont déclenchée: “Sous la direction du Président Chavez et maintenant du Président Maduro, l’accumulation de pouvoir de la branche exécutive et l’érosion des garanties sur les droits de l’homme ont permis au gouvernement d’intimider, de censurer, et de poursuivre ses détracteurs.” Pas une seule fois, les actions violentes engagées par l’opposition mainstream ou la corruption de ses dirigeants dans les états ou les municipalités qu’ils administrent n’a été mentionnée par HRW.

Le Gouverneur Capriles et les dirigeants de l’opposition mainstream du Venezuela ont délibérément essayé d’instituer la violence et la perte de vies humaines comme tactique pour délégitimer le gouvernement vénézuélien et justifier la stratégie de l’opposition mainstream de travailler hors de tout cadre démocratique. Il ne peut pas être assez souligné que leurs objectifs sont d’accroître le chaos politique et de perturber la stabilité politique du Venezuela dans le but de créer un vide de pouvoir justifiant l’action hors du cadre démocratique des élections.

Les objectifs des oligarques vénézuéliens contrôlant l’opposition mainstream ne sont pas d’établir une société juste ou d’extraire la corruption et le crime du Venezuela. Leurs objectifs sont de réaffirmer et enraciner leurs positions privilégiées dans la société vénézuélienne et de défaire les réformes que Hugo Chavez a actées pour aider les pauvres au Venezuela. Ils veulent que la loi s’occupe de leurs besoins et ne serve qu’à asseoir leur domination. Au travers des entreprises privées majeures dont ils sont propriétaires ils ont induit les prix à la hausse. De surcroît, dans de nombreux cas le crime organisé est relié aux oligarques d’Amérique Latine eux-mêmes.

Interrogés sur l’héritage de Chavez, beaucoup des supporters des partis de l’opposition mainstream reconnaîtront que Chavez a aidé les pauvres, mais insisteront que Chavez “n’a rien fait pour le pays” . Dans ce qui a une chance d’être catalogué dans les recherches sur la psychologie des classes, des privilèges et de la perception de l’attribution du droit par Paul Piff de l’Université de Californie à Berkeley , cette attitude expose la psychologie de l’auto-attribution du “droit” qui est la motivation de l’opposition mainstream vénézuélienne: beaucoup de ces individus (qui sont clairement des “individus” dans le sens d’être individualiste) se voient comme “le pays” et excluent les Vénézuéliens pauvres de ce partage du pays. Par conséquent, réduire la disparité entre pauvres et riches ou améliorer la qualité de vie des citoyens moins favorisés du Venezuela ne veut rien dire pour ces supporters de l’opposition mainstream et ne figure même pas, psychologiquement parlant, comme une quelconque chose favorable à l’amélioration de la société vénézuélienne.

Les étudiants sont des personnes, et ne doivent pas être instrumentalisés

Les images d’étudiants activistes ont été une caractéristique clé des manifestations anti-gouvernementales à Caracas. Cela vaut la peine de citer la déclaration du Conseil des Affaires Hémisphériques (COHA) du 14 février 2014 sur les manifestations d’opposition au Venezuela. Le COHA a déclaré qu’il considérait “avec une grande inquiétude la violence perpétrée à l’encontre du gouvernement démocratiquement élu et des civils au Venezuela qui a résulté, à la date du 12 février 2014, en trois morts confirmées, 61 personnes blessées et 69 détenues.” Le COHA a également noté dans la même déclaration que l’effusion de sang à Caracas est survenue “dans le sillage de cortèges globalement pacifiques tenus pour le 200è anniversaire de la bataille de La Victoria, une bataille dans laquelle les étudiants ont joué un rôle crucial lors d’une victoire contre les forces royalistes au cours de la guerre d’indépen dance du Venezuela.”

Les étudiants ne devraient pas être instrumentalisés en tant que défenseurs exclusifs ou partisans des libertés civiles ou de la démocratie. De telles perceptions dépeignant ainsi les étudiants sans aucun réel examen de la situation relèvent du fantasme, sont erronées, et déconnectées de la réalité sur le terrain. Les groupes d’étudiants peuvent aussi représenter divers intérêts de classe ou particuliers qui contredisent clairement l’égalité et la justice dans leur société et dans le monde entier. L’instrumentalisation des étudiants et des mouvements d’étudiants comme défenseurs de la justice ne fait que donner un chèque en blanc et du crédit moral à ces groupes, tandis que les étudiants et les mouvements d’étudiants devraient être soutenus sur les bases de leurs motivations et des causes entendues qu’ils défendent.

Dans le pays latino-américain riverain du Venezuela El Salvador, les étudiants des écoles de médecine d’universités privées accomplissant leur internat ont refusé de permettre que les étudiants en école de médecine salvadoriens faisant leur internat à Cuba passent les mêmes examens qu’eux. Ils ont faussement argué que les standards médicaux cubains étaient moins élevés et mis sur un pied d’égalité les standards de l’enseignement avec les coûts des universités et des écoles de médecine. Ce qu’ils demandaient c’est que les médecins instruits à Cuba fassent une année supplémentaire d’internat.

Bien que le gouvernement salvadorien ait répondu que les résultats des examens attesteraient de qui était qualifié et qui était disqualifié, les étudiants des écoles de médecine non-cubaines ont eu recours à des manifestations et à des tactiques politiques en barricadant les sites d’examens et en essayant de perturber le système de santé salvadorien plutôt que de laisser les scores aux examens parler d’eux-mêmes. Ces médecins d’écoles de médecine salvadoriens, la plupart issus d’universités privées, voulaient en fait éliminer leurs concurrents salvadoriens mieux entraînés en imposant des restrictions supplémentaires à leurs homologues instruits à Cuba en les obligeant à faire une année d’internat additionnelle.

La protestation médicale en El Salvador était clairement une affaire de compétition économique et d’intérêts personnels et pas une histoire de justice, d’impartialité, de professionnalisme ou de standards. Si c’est une question de standards, les médecins instruits à Cuba leur étaient supérieurs. Les étudiants des écoles en médecine ont finalement forcé le gouvernement salvadorien à ajouter des restrictions aux médecins des écoles de médecine cubaines plutôt que de résoudre l’affaire de façon équitable au travers de l’examen universel que tous les diplômés d’écoles de médecine doivent passer, ce qui implique qu’ils se sont servis de pressions pour outrepasser le moyen le plus logique et équitable pour résoudre le problème. En outre, il n’est pas anodin de relever qu’à chaque fois que le gouvernement salvadorien a demandé à des médecins de se porter volontaires pour aider dans des initiatives sanitaires communautaires, c’est toujours les médecins éduqués à Cuba et les internes qui sont sur le front et qui offrent leurs services, pas leurs homologues.

De retour au Venezuela, il est important d’identifier la nature de l’implication estudiantine dans les manifestations anti-gouvernementales et de relever que les étudiants sont en réalité divisés en un camp pro-gouvernemental et un autre anti-gouvernemental. Il est également essentiel de souligner que les dirigeants de l’opposition des manifestations anti-gouvernementales se cachent derrière les images des étudiants activistes afin de gagner un soutien plus large à leur objectif de délégitimation du gouvernement vénézuélien.Selon les termes du COHA : “Tandis que quelques groupes d’étudiants ont défilé pour célébrer la Journée de l’Étudiant, des manifestants anti-gouvernementaux ont saisi l’occasion pour protester contre la pénurie occasionnelle de certains produits de base, du crime persistent, et afin de réclamer la libération d’étudiants qui avaient été arrêtés lors de manifestations précédentes.”

Il est aussi important de souligner que la faction d’étudiants derrière laquelle se cachent les leaders de l’opposition mainstream provient en général de familles privilégiées qui peuvent se permettre d’envoyer leurs enfants dans des universités privées et des instituts post-secondaires de l’éducation supérieure. La perception des étudiants de ces universités et grandes écoles privées peut être radicalement différente de celle de leurs homologues des universités publiques sur des thèmes tels que l’économie néolibérale, les privilèges, et la gouvernance. Bien qu’un travail de sondage et de recherches soit nécessaire sur la question, les étudiants dans les institutions supérieures privées vénézuéliennes et dans d’autres parties socialement polarisées d’Amérique Latine sont plus prompts à soutenir les putschs, à entretenir des perceptions différentes sur l’emploi des militaires pour amener le groupe qu’ils soutiennent au pouvoir en renversant les gouvernements légitimes, ainsi que la distribution inégale des richesses. Ce genre d’opinion a été psychologiquement conditionné par la pensée communautariste qui a été martelée par la propagande, les pairs, les familles, et les médias qui veillent sur leur classe sociale et leur style de vie.

La construction d’un faux récit sur les manifestations anti-gouvernementales et la dissimulation des émeutes

Un récit distordu sur les manifestations anti-gouvernementales est en construction. Beaucoup de manifestants anti-gouvernementaux porteurs de griefs légitimes au sujet du crime et de l’inflation se font eux-mêmes induire en erreur par les meneurs des manifestations. Ainsi que mentionné plus haut, il ne s’agit pas de nier qu’il y ait un problème de criminalité ou d’inflation au Venezuela, mais encore une fois, il ne peut pas être assez souligné que les motivations de l’opposition mainstream ne sont pas des doléances socio-économiques. Ces doléances servent uniquement de prétexte par les leaders de l’opposition pour manipuler les manifestants.

De plus, il faut savoir qu’au départ, l’opposition vénézuélienne est propriétaire de presque tous les médias mainstream au Venezuela. L’opposition a littéralement la main sur le robinet de la plupart des informations alors que le gouvernement n’est propriétaire que de la télévision publique, reçoit un soutien de la part de stations de radio locales, et est autorisé par la loi de faire que tous les réseaux présents au Venezuela diffusent des messages publics importants. Dans ce contexte, la direction de l’opposition a utilisé son contrôle des médias pour dépeindre une fausse image des événements sur le terrain et pour déformer lourdement l’image des manifestations vénézuéliennes anti-gouvernementales dans l’esprit de sa base électorale et pour dissimuler les émeutes et les actes de vandalisme qui ont aussi eu lieu, parallèlement aux manifestations. Le Ministre de la Communication et de l’Information Delcy Rodriguez a commenté à ce sujet, affirmant que le gouvernement allait poursuivre ceux qui fournissent sciemment une couverture aux violences urbaines à travers des distorsions médiatiques.

L’opposition vénézuélienne a mené une guerre de propagande perpétuelle. La distorsion des manifestations anti-gouvernementales n’en est que le chapitre le plus récent. L’opposition mainstream est dorénavant impliquée dans une campagne de propagande similaire à celle lancée devant le Palais Miraflores en 2002 qui a mené à la tentative de coup d’état contre le Président Chavez. Les leaders de l’opposition ont poussé à la violence et ensuite quand du sang a été répandu du fait de leur provocation délibérée, ils se sont servis du carnage pour justifier la destitution forcée et a-démocratique d’Hugo Chavez, démocratiquement élu.

La direction de l’opposition s’est engagée dans une campagne malhonnête. Des images retouchées et de fausses nouvelles sont utilisées par les supporters de l’opposition mainstream pour dépeindre le gouvernement vénézuélien comme un régime autoritaire qui utilise la violence brutale contre des manifestants civils désarmés. Des photos peu flatteuses de policiers et de soldats argentins, brésiliens, bulgares, chiliens, égyptiens, grecs et singapouriens ont été mises à circuler et à faire tourner par le biais de médias sociaux et de communication de masse par les forces de l’opposition vénézuélienne comme des événements se déroulant au Venezuela en février 2014. Ceci inclut même des photos de supporters du gouvernement blessés par des supporters de l’opposition et une photo retouchée venant d’une vidéo pornographique homosexuelle où la police force un citoyen à leur faire une fellation, qui a été mise à circuler par l’actrice anti-Chavez Amanda Gutierrez en tant que viol en réunion brutal d’un manifestant anti-gouvernemental sans armes à Caracas par la police anti-émeutes du gouvernement.

 

 

Qui est Leopoldo Lopez Mendoza?

Le meneur des manifestation anti-gouvernementales actuelles au Venezuela vaut aussi le détour. Leopoldo Lopez Mendoza est un ancien employé de Pétroles du Venezuela (Petróleos de Venezuela), SA (PDVSA) et l’ancien maire de Chacao. Il vient de l’une des familles les plus riches du Venezuela. La famille de Lopez fait partie de l’oligarchie anti-Chavez qui régnait naguère sur le Venezuela comme si c’était une espèce de résidence personnelle.

Son contexte familial ou sa richesse matérielle à eux seuls ne devraient pas être portés à sa charge, mais c’est le cas de ses actions individuelles. Lopez en lui-même ne possède aucune qualification en tant que défenseur de la démocratie. Le passé personnel de Lopez dit le contraire; il a ouvertement soutenu la suspension de la démocratie au Venezuela et a été impliqué dans le soutien au gouvernement putschiste éphémère du coup de 2002 à Caracas. Non seulement a-t-il signé le Décret Carmona pour dissoudre toutes les institutions démocratiques du pays et remercier tous les officiels judiciaires et élus des branches exécutives et législatives du gouvernement, il fut aussi l’une des figures-clé de l’incitation aux manifestations anti-gouvernementales et de la violence devant le Palais Miraflores qui a servi de prétexte pour déclarer Chavez illégitime.

Plusieurs années plus tard, en 2007, Lopez et Alejandro Pena Esclusa ont été enregistrés en train d’ourdir ouvertement une crise politique au Venezuela en y créant de l’instabilité. Comme Esclusa était celui qui parlait le plus, Lopez a pris ses distances d’avec lui en tant que co-conspirateur. Lopez ne dit jamais rien dans les enregistrements sur la stratégie de déstabilisation, mais le relevé de ses activités entre 2002 et 2014 démontre qu’il s’en est servi.

Lopez a du reste une réputation pour la malhonnêteté et la corruption, qu’il affirme être une fabrication de Chavez. Les faits, toutefois, parlent d’eux-mêmes. Alors que Lopez était un employé de l’état travaillant pour la compagnie pétrolière nationale du Venezuela, PDVSA, il fit en sorte que sa mère, qui travaillait aussi pour PDVSA, détourne au moins $160.000 de fonds de la PDVSA à son bénéfice en 1998. Lopez a affirmé qu’il n’avait rien fait de mal et s’était simplement servi de l’argent pour créer Primero Justicia, un groupe d’opposition. La loi vénézuélienne, cependant, interdit clairement que des donations soient faites par l’état ou par aucun de ses corps constitués à ses employés ou à des officiels publics. La loi vénézuélienne interdit aussi que des employés d’institutions étatiques accordent des donations directement à des membres de leurs familles ou à toute organisation impliquant des membres de leurs familles, à cause des conflits d’intérêt évidents et des risques soulevés par de tels actes.

Le nouveau gouvernement vénézuélien ne s’est pas aperçu de la façon dont Lopez et sa mère avaient détourné des fonds publics pendant l’ère pré-Chavez d’irresponsabilité jusqu’à ce que Lopez fasse l’objet d’une enquête pour corruption et trouvé coupable d’avoir fait un usage illicite de fonds publics pendant sa mandature de maire de Chacao. Ensuite, Lopez fut autorisé à continuer son mandat de maire jusqu’à son terme en 2008 sous une intense supervision, après quoi il est inéligible à toute fonction publique jusqu’en 2014, en conséquence des charges de corruption.

Qui a perpétré la violence à Caracas?

2014 est arrivée et désormais Leopoldo Lopez est de retour à ses vieux tours de provocation. Ici encore il doit être mentionné qu’afin de justifier le putsch de 2002 la direction de l’opposition mainstream vénézuélienne s’est assurée qu’il y aurait du sang répandu et des pertes en vies humaines. Lopez et ses hordes se sont assurés qu’il y aurait du sang répandu et des pertes en vies humaines en plaçant des hommes armés parmi les manifestants qui devaient commencer à tirer sur les forces de sécurité. Après que dix-neuf personnes aient été tuées, les médias mainstream contrôlés par l’opposition ont élaboré un faux récit pour vendre le coup d’état militaire au peuple vénézuélien et à la communauté internationale comme noble réaction face à un gouvernement qui avait perdu sa légitimité en tuant son propre peuple.

Dans ce contexte il importe de poser la question de qui a perpétré la violence à Caracas? La violence fut provoquée par des hommes armés parmi l’opposition soutenue par les USA pour justifier le putsch de 2002 par l’effusion de sang. La même méthodologie de provocation à la violence a été utilisée une fois de plus en 2014. Des preuves vidéo montrent au moins un homme armé incitant à la violence pendant les manifestations. Des images vidéo depuis Caracas démontrent également que la brutalité a libre cours quand des segments des forces anti-gouvernementales provoquent visiblement la violence et le chaos. Ils ont attaqué des badauds innocents et des agents des services publics, ceci comprend des véhicules appartenant au réseau des transports publics ainsi que leurs passagers. C’est la même engeance qui aattaqué des hôpitaux publics et des cliniques en 2013 comme moyen de perturbation de la vie quotidienne après que Maduro ait pris le pouvoir. Au demeurant, les supporters de Lopez ont attaqué des officiels du gouvernement et des bureaux avec des battes de baseball et des cocktails Molotov et fait tout ce qui était possible pour provoquer la bagarre avec le but clair, ainsi que le décrit Lopez lui-même, de faire s’effondrer le gouvernement vénézuélien.

 

Les mêmes oligarques qui contrôlent la plupart des médias mainstream au Venezuela ont mené une guerre économique pour paralyser leur propre gouvernement et leur propre pays dans le but de rallier suffisamment de citoyens ordinaires à leur renversement de l’état. Même s’ils essayent de dépeindre Lopez comme un électron libre agissant par lui-même , les oligarques voient le Président Maduro comme un dirigeant faible et cherchent à utiliser la crise à la fois pour obtenir des concessions, soit secrètes soit publiques, et pour amplifier les tensions intérieures du Parti Socialiste Uni dans le but de le faire se rompre.

Une stratégie du bon et du mauvais flic a été utilisée au Venezuela? Tandis qu’une faction de l’opposition applique la force, l’autre ouvre un front de négociations avec le gouvernement. Tandis qu’une pression a été appliquée depuis la rue par Lopez, Capriles a entamé un dialogue avec Maduro. À cet égard les manifestations anti-gouvernementales au Venezuela, spécifiquement les émeutes violentes, ont été utilisées par l’opposition comme un outil pour tenter d’obtenir les gains politiques que l’opposition mainstream n’a jamais pu avoir par des moyens démocratiques au cours des dernières années. En plus que de diaboliser un gouvernement démocratiquement élu, cette même stratégie a aussi été appliquée au travers des manifestations anti-gouvernementales en Ukraine.

Le défi géostratégique aux USA de la République Bolivarienne du Venezuela

Les USA ont aussi un rôle de premier plan à jouer en soutenant tout ceci. Il ne faut pas se tromper là-dessus. Le gouvernement US a les mains actives dans les manifestations anti-gouvernementales et les émeutes au Venezuela, tout comme ils ont joué un rôle dans les manifestations anti-gouvernementales et la violence à la fois en Ukraine et en Syrie. L’Ambassade US a constamment été en rapports avec l’opposition mainstream pour le renversement du gouvernement à Caracas. Tout comme dans le cas de l’Ukraine, le gouvernement US a appuyé la direction de l’opposition et fait des déclarations biaisées en leur faveur. Au fil des ans, le gouvernement US a également menti à plusieurs reprises en parlant du Venezuela comme d’une dictature et à l’opposition mainstream qui s’y trouve comme de démocrates exclus de la vie publique.

Le Venezuela et les organisations qu’il a créées dans l’Hémisphère Occidental sont vus comme des menaces politiques, économiques et stratégiques régionales majeures par Washington. L’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) et la Communauté des États Latino-Américains et Caribéens (CELAC) sont vues comme des menaces à la domination des États-Unis et des concurrents à l’Organisation des États Américains (OAS) et à n’importe quel projet économique régional US, tel que la Zone de Libre Échange des Amériques (FTAA/ALCA), pour l’Amérique Latine et es Caraïbes. Un changement de régime à Caracas serait le pré-requis à un démantèlement du Bloc Bolivarien consistant du Venezuela, du Nicaragua, de Cuba, de la Bolivie, de l’Équateur, du Front National de Libération Farabundo Marti en El Salvador, et d’autres acteurs en Amérique Latine.

En dépit de la désinformation médiatique et de toute la pression sur l’économie vénézuélienne, un grand nombre de Vénézuéliens continuent toujours de soutenir le gouvernement et de voter pour le Parti Socialiste Uni et ses alliés politiques. La majorité de la population vénézuélienne soutient son gouvernement, grâce aux améliorations significative que l’ère Chavez a apportées à leurs vies en haussant le niveau de qualité de vie pour un nombre conséquent de Vénézuéliens. Il ne faut pas se faire d’illusions, la République Bolivarienne du Venezuela est un pays profondément polarisé et a encore beaucoup de problèmes, mais c’est devenu un lieu significativement meilleur à vivre pendant l’ère Chavez. Les autocrates vénézuéliens du passé paradent désormais comme des démocrates avec l’objectif de tout simplement récupérer tous leurs anciens privilèges.

Mahdi Darius Nazemroaya

Article original en anglais :

Rise of the Anti-Government Flash Mobs: First Ukraine, Now Venezuela, Publié le le 20 février 2014.

Mahdi Darius Nazemroaya est sociologue, auteur primé, et analyste géopolitique. Il est Partenaire de Recherche au Centre de Recherche sur la Mondialisation, une organisation de recherches et médiatique canadienne basée à Montréal, et membre du Comité Scientifique de Geopolitica, un journal italien de sciences géopolitiques basé à Rome. Ses écrits ont été publiés dans plus de vingt-cinq langues autour du monde, dont l’espagnol, le russe, le turc, l’allemand, l’arabe, le chinois, le portugais et l’italien. Parmi ses ouvrages publiés figure The Globalization of Nato (“La Mondialisation de l’OTAN“), l’un des livres les plus complets et circonstanciés sur l’alliance militaire.

 

Dans le cadre de la formation permanente de la génération actuelle de journalistes européens dont l’Histoire retiendra qu’ils n’ont pas hésité à appuyer, à quelques milliers de kilomètres de distance, une énième tentative de renverser un gouvernement de gauche démocratiquement élu en Amérique Latine, l’heure est venue d’un modeste bilan en dix questions…

1 – Pourquoi affirmer que le Venezuela est en proie à une “guerre civile” alors que les violences sont circonscrites à la frontière avec le paramilitarisme colombien et à 18 municipalités – gouvernées par l’opposition – sur 335 ?

2 – Si la majorité de la population a voté pour un programme de gauche lors d’élections validées comme “transparentes par les observateurs de  l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains, de l’UNASUR, de l’Association des Juristes Latino-américains et qualifiés de “meilleur mode de scrutin du monde” par l’ex-Président Jimmy Carter, pourquoi faire passer l’idée que le gouvernement bolivarien représente une minorité et que les violences sont le fait d’une majorité ?

3 – Pourquoi, alors que la presse écrite et les ondes de radio et télévision, du local à l’international, sont sous l’hégémonie de grands groupes privésopposés aux politiques du gouvernement bolivarien et qui ont co-organisé un coup d’État meurtrier en avril 2002, faut-il faire croire depuis quatorze ans que le gouvernement bolivarien “contrôle les médias” ?

- Pourquoi occulter les images et les voix de la majorité des citoyen(ne)s  qui ont manifesté pacifiquement – coordinations étudiantes,  syndicales, travailleurs vénézuéliens, mouvements sociaux latino-américains comme les Travailleurs Sans Terre du Brésil, et que la quasi-totalité des gouvernements du continent expriment leur soutien au gouvernement bolivarien du Venezuela  (Même la chancelière María Angela Holguin, ministre du gouvernement de droite colombien, a rappelé ce 21 février que Nicolas Maduro a été “élu par une majorité populaire et a maintenu un caractère démocratique“) ?

- Si la pénurie d’aliments est telle qu’on le dit, comment expliquer que les secteurs populaires ne participent pas aux incendies et aux destructions ? Comment comprendre les chiffres de la FAO et de l’OMS qui confirment que le Venezuela a pratiquement éradiqué le problème de la faim et qu’il est un des pays souffrant du taux le plus élevé d’enfants et de jeunes obèses ?

6 – Pourquoi l’épicentre des manifestations contre la “pénurie” est-il la Plaza Altamira, coeur des résidences huppées d’habitants de peau blanche, et non, comme ce serait logique, les quartiers populaires et de population métisse, le Venezuela possédant la plus grande proportion d’afro-descendants de l’Amérique du Sud si on excepte le Brésil ?

7 – Pourquoi le “porte-parole” des manifestations est-il Leopoldo López,héritier d’une des familles les plus riches du pays et dont le groupuscule aujourd’hui rebaptisé “Voluntad popular” est impliqué dans les tentatives de coup d’État de 2002 et de 2013 ?

- Pourquoi alors que les étudiants et syndicats des pays néo-libéraux défilent contre les privatisations, contre le chômage, pour plus de droits sociaux et d’égalité, n’a-t-on entendu parler ici d’aucune revendication à ce sujet de la part d’une fédération étudiante ?

9 – Pourquoi si nous sommes en présence d’un “mouvement social” issu d’une lutte populaire, celui-ci se sent-il obligé de retwitter des photos de tortures ou de répression prises en réalité au Chili, en Espagne ou en Syrie ?

10 - Pourquoi, alors que les étudiants de l’éducation supérieure dépassent les 2 millions 600 mille, et que l’UNESCO reconnaît le Venezuela comme le 5ème pays mundial en nombre d’universitaires (ce chiffre ayant cru de plus de 800% depuis la révolution), les manifestations ne regroupent-elles que quelques centaines de personnes ?

T.D., avec Matías Bosch Carcuro, Rome-Caracas 21 février 2014.

 

Notes :

1. Voir “Confiance des citoyens latino-américains dans la démocratie : record au Vénézuéla, agonie au Mexique (Latinobarometro / John L. Ackerman)http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/13/confiance-des-citoyens-latino-americains-dans-la-democratie-record-au-venezuela-agonie-au-mexique-latinobarometro-john-l-ackerman/

2. Voir “Noam Chomsky, Greg Grandin, Michael Moore, Oliver Stone et une douzaine d’experts états-uniens demandent au New York Times d’enquêter sur sa désinformation quotidienne à propos du Venezuela”,  http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/15/noam-chomsky-greg-grandin-oliver-stone-et-une-douzaine-dexperts-etats-uniens-demandent-au-new-york-times-denqueter-sur-sa-desinformation-quotidienne-a-propos-du-venezuela/

3. Lire “Le Venezuela hors de LCP (“La Caverne de Platon”) : pays le plus heureux d’Amérique Latine selon des experts de l’ONU, 2ème selon l’Université de Columbia et 5ème pays le plus heureux du monde selon Gallup” http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/06/02/le-venezuela-hors-de-la-caverne-de-platon-2eme-pays-le-plus-heureux-damerique-latine-selon-luniversite-de-columbia-et-5eme-pays-le-plus-heureux-du-monde-selon-gallup/

4. Lire “Belgique-Venezuela : les aventures d’un “conseil de déontologie journalistique“,http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/belgique-les-aventures-dun-conseil-de-deontologie-journalistique/

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Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont intensifié jeudi la pression sur le gouvernement ukrainien alors que de nouveaux affrontements entre manifestants et policiers ont fait des dizaines de morts. Des estimations portent le nombre de morts entre 25 et 100 et la majorité des articles de presse parlent d’environ 70 tués, faisant de jeudi la journée la plus meurtrière depuis le début des affrontements qui ont lieu entre des manifestants armés et la police anti-émeute.

Hier, lors d’une réunion d’urgence à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères se sont mis d’accord pour imposer des sanctions à l’Ukraine, parmi lesquelles la privation de visas, le gel des avoirs et une restriction des licences d’exportation pour le matériel antiémeute. Cette décision de l’UE vient après que les Etats-Unis ont exercé une pression énorme sur les puissances européennes pour qu’ils prennent des mesures punitives contre le régime ukrainien. Washington a déjà imposé une interdiction de voyage à l’égard de 20 politiciens ukrainiens influents.

Jeudi 20 février, les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, de la France et de la Pologne s’étaient rendus à Kiev pour s’entretenir avec le gouvernement et l’opposition dans le but de contraindre le président Ianoukovitch à démissionner.

Dans une déclaration rendue publique avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov avait dénoncé toute nouvelle sanction contre l’Ukraine. « Les sanctions américaines encouragent les émeutiers, » a dit Lavrov en ajoutant que de nouvelles sanctions de la part de l’UE correspondaient à du « chantage. » Il a conclu en disant : « « Nous nous inquiétons de ce que les capitales occidentales sont en train d’influencer la situation dans le pays. »

Le gouvernement Obama, le gouvernement allemand et les autorités de l’UE portent la principale responsabilité de la récente escalade de la violence à Kiev et dans d’autres villes partout en Ukraine.

Après les affrontements survenus mardi entre la police et les manifestants et qui ont fait 26 morts et des centaines de blessés, le président Ianoukovitch a publié mercredi soir un communiqué acceptant une trêve et l’ouverture de négociations visant à mettre un terme au bain de sang et à stabiliser la situation dans le pays.

La volonté d’Ianoukovitch d’appeler à une trêve a été confirmée par le dirigeant du parti droitier Patrie, Arseniy Iatseniouk, qui a dit que le but de l’amnistie était d’assurer que « la prise d’assaut de la place Maidan (Place de l’Indépendance) planifiée par les autorités n’aurait pas lieu. »

L’organisation fasciste Secteur droit qui, avec le parti d’extrême droite et antisémite Svoboda, joue un rôle de premier plan dans les batailles de rue, a publié mercredi soir un communiqué déclarant ne pas avoir signé la trêve gouvernementale et qu’il n’y avait « rien à négocier ».

Selon les comptes rendus des médias, l’éclatement de violentes confrontations jeudi avait débuté tôt le matin lorsque des manifestants armés de haches, de couteaux, de gourdins et de boucliers en tôle ondulée ont lancé une attaque contre les forces de police anti-émeute rassemblées autour de la Place de l’Indépendance.

En l’espace d’une heure, la zone située autour de l’hôtel Ukraine, qui se trouvait sous le contrôle de la police anti-émeute, est tombée aux mains des manifestants. Après une série d’attaques contre des bâtiments gouvernementaux et des postes de police, dont l’incendie des principaux locaux syndicaux en ville, des éléments droitiers ont confisqué une quantité d’armes et de munitions. Des images vidéo des combats menés jeudi montrent des protestataires armés de fusils tirant dans les rangs des policiers.

Pour repousser les émeutiers, le régime généralement détesté d’Ianoukovitch a réagi en mobilisant des unités supplémentaires de ses forces spéciales, les Berkout. Ianoukovitch, qui avait provoqué la colère des Etats-Unis, de l’Allemagne et de l’Union européenne en revenant sur une proposition d’accord passée avec l’UE en novembre dernier pour avoir décidé d’entretenir plutôt des liens étroits avec Moscou, représente des factions d’oligarques ukrainiens différentes de celles orientées vers l’Occident et qui sont soutenues par l’opposition.

Des forces nationalistes de droite sont également passées à l’offensive dans un certain nombre de villes de l’ouest du pays. Mercredi, 19 février, les bâtiments administratifs centraux avaient été pris d’assaut et occupés par les manifestants à Khmelnytskyi, Ivano-Frankivsk, Uzhhorod et Ternopil. A Lviv, la plus grande ville de l’ouest, les protestataires se sont emparés des locaux du procureur et ont saccagé les commissariats de police. Ils ont ensuite proclamé l’autonomie politique de la ville face à l’administration centrale de Kiev. Les partisans du mouvement autonome ont érigé des barricades près de la frontière polonaise, empêchant le trafic de se rendre dans la région.

Alors que les tensions s’embrasaient près de la frontière de l’Ukraine avec la Pologne, le premier ministre polonais, Donald Tusk, a déclaré à la télévision polonaise qu’il avait ordonné aux hôpitaux de s’apprêter à recevoir des réfugiés ukrainiens.

Tusk a dit que la Hongrie et la Slovaquie étaient en train de prendre des dispositions identiques en ajoutant, « Ce qui se passe actuellement ce n’est pas une guerre mais la situation pourrait à n’importe quel moment échapper à tout contrôle… Nous sommes prêts pour le cas de figure le plus pessimiste. »

Les provocations des groupes et des voyous d’extrême droite ont été accueillies avec un silence assourdissant de la part des politiciens et des médias occidentaux qui ont uniformément attribué la responsabilité de la crise en Ukraine au régime d’Ianoukovitch et à la Russie.

La Maison Blanche et la bureaucratie de l’UE à Bruxelles sont tout à fait disposées à permettre que ces forces déstabilisent l’Etat grâce à la violence dans les rues tandis qu’elles mènent une campagne pour obliger le gouvernement d’Ianoukovitch à quitter le pouvoir. Les Etats-Unis et les puissances de l’UE s’efforcent d’imposer un régime marionnette en Ukraine qui s’engage à appliquer la politique d’austérité exigée par le Fonds monétaire International et adopte une attitude bien plus conflictuelle à l’égard de la Russie.

Durant son voyage au Mexique, le président américain Obama avait publiquement critiqué le rôle joué par le gouvernement russe en Ukraine. « M. Poutine a un avis différent sur un grand nombre de ces questions [les libertés fondamentales de la population] et je ne pense pas qu’il y ait en rien un secret à ce sujet, » a dit Obama.

« Aux Etats-Unis, notre approche est de ne pas les considérer comme un échiquier de la guerre froide dans laquelle nous sommes en concurrence avec la Russie, » a-t-il poursuivi. « Notre objectif est de garantir qu’en Ukraine les gens soient eux-mêmes en mesure de prendre des décisions quant à leur avenir. »

En fait, la politique agressive menée par le gouvernement Obama en Europe centrale est la continuation de celle du gouvernement Bush, qui avait cherché à miner l’influence exercée par la Russie sur les anciennes républiques soviétiques et les anciens alliés du bloc de l’est en Europe, ainsi que les anciennes républiques soviétiques en Asie. Le véritable contenu se cachant derrière la fanfaronnade d’Obama au sujet des aspirations démocratiques a été on ne peut plus clairement illustré par les récents commentaires faits par Victoria Nuland, la sous-secrétaire d’Etat américaine aux Affaires européennes et asiatiques.

Lors d’une conversation téléphonique rendue publique avec l’ambassadeur américain en Ukraine, Nuland, l’épouse du néo-conservateur partisan de la guerre froide Robert Kagan, avait présenté son cas de figure préféré en faveur d’un futur gouvernement ukrainien, en rejetant l’opinion des dirigeants européens par la phrase « Fuck the EU » [que l’UE aille se faire foutre].

Nuland avait précédemment souligné l’importance géostratégique de l’Ukraine pour les Etats-Unis et dit lors d’une conférence internationale d’affaires que les Etats-Unis avaient investi 5 milliards de dollars dans les ONG et autres organisations opposées au régime d’Ianoukovitch.

En Libye et en Syrie, le gouvernement Obama et ses alliés européens ont été prêts à recourir aux forces politiques les plus réactionnaires pour entraîner un changement de régime. A présent, ils soutiennent en Ukraine les groupes d’extrême-droite pour obtenir l’éviction du gouvernement élu d’Ianoukovitch. En faisant cela, ils plongent le pays dans la guerre civile et provoquent son éclatement.

Stefan Steinberg

Article original, WSWS, paru le 21 février 2014

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UKRAINE : La Clinton-Pinchuk Connection

février 22nd, 2014 by Manlio Dinucci

A la table de Kiev où a été négocié l’accord formel entre gouvernement, opposition, Ue et Russie ne siégeait officiellement aucun représentant de la puissante oligarchie interne qui, plus liée à Washington et à l’OTAN qu’à Bruxelles et à l’Ue, pousse l’Ukraine vers l’Occident. Emblématique est le cas de Victor Pinchuk, magnat de l’acier, 54 ans, classé par la revue Forbes parmi les hommes les plus riches du monde.

La fortune de Pinchuk commence quand en 2002 il épouse Elena, fille de Leonid Kuchma, second président de l’Ukraine (1994-2005). En 2004 l’illustre  beau-père privatise le plus grand complexe sidérurgique ukrainien, celui de Kryvorizhstal, en le vendant à la société Interpipe, dont son gendre est co-propriétaire, pour 800 millions de dollars, un sixième environ de sa valeur réelle. Interpipe monopolise ainsi la fabrication des canalisations en acier. En 2007 Pinchuk constitue l’EastOne Group, société de consultance pour investissements internationaux, qui fournit aux multinationales tous les outils pour pénétrer dans les économies de l’Est. Il devient en même temps propriétaire de quatre chaînes de télévision et d’un tabloïd populaire (Faits et commentaires) avec une diffusion de plus d’un million d’exemplaires. Sans négliger cependant les œuvres de bienfaisance : il crée la Victor Pinchuk Foundation, considérée comme la plus grande « fondation philanthropique » ukrainienne.

Victor Pinchuk et sa femme Elena

C’est à travers cette fondation que Pinchuk se lie avec les Clinton, en soutenant la Clinton Global Initiative établie par Bill et Hillary en 2005, dont la mission est de « réunir les leaders mondiaux pour créer des solutions innovatrices aux défis mondiaux les plus urgents ». Derrière ce slogan rutilant se trouve l’objectif réel : créer un réseau international de puissants appuis à Hillary Clinton, l’ex first lady qui, après avoir été sénatrice de New York en 2001-2009 et secrétaire d’Etat de 2009 à 2013, tente à nouveau l’ascension à la présidence. La fructueuse collaboration commence en 2007 quand Bill Clinton remercie « Victor et Olena Pinchuk pour leur vigoureuse activité sociale et l’appui fourni à notre programme international ». Appui que Pinchuk concrétise par une première contribution de 5 millions de dollars, auxquels en succèdent d’autres, à la Clinton Global Initiative. Ceci ouvre à Pinchuk les portes de Washington : il embauche pour 40 000 dollars mensuels le lobbyiste Schoen, qui lui organise une série de contacts avec d’influents personnages, y compris une douzaine de rencontres en une an, entre 2011 et 2012, avec de hauts fonctionnaires du Département d’Etat. Ceci favorise aussi les affaires, en permettant à Pinchuk d’augmenter ses exportations aux Etats-Unis, même si maintenant les métallurgistes de Pennsylvanie et d’Ohio l’accusent de vendre les tubes d’acier aux USA au-dessous du prix.

Pinchuk et Hillary Clinton

Source de la photo : http://yes-ukraine.org/en/photo-and-video/photo/vechirnya-promova-gillari-klinton-liderstvo-okrema-dumka

Pour renforcer ultérieurement ses liens avec les Etats-Unis et l’Occident, Pinchuk lance la Yalta European Strategy (Yes), « la plus grande institution sociale de diplomatie publique en Europe orientale », dont le but officiel est d’ « aider l’Ukraine à se développer en un pays moderne, démocratique et économiquement puissant ». Grâce à la grosse disponibilité financière de Pinchuk (qui rien que pour fêter son 50ème anniversaire a dépensé plus de 5 millions de dollars dans une station de ski française), la Yes est en mesure de tisser un vaste réseau de contacts internationaux, qui devient visible lors du meeting annuel organisé à Yalta. Y participent «  plus de 200 politiciens, diplomates, hommes d’Etat, journalistes, analystes et dirigeants du monde des affaires provenant de plus de 20 pays ». Parmi ceux-ci émergent les noms de Hillary et Bill Clinton, Condoleezza Rice, Tony Blair, George Soros, José Manuel Barroso et Mario Monti (qui a participé au meeting de septembre dernier), aux côtés desquels on trouve des personnages moins connus, mais non pour autant moins influents, dont des dirigeants du Fonds monétaire international (comme Dominique Strauss-Khan, voir NdT).

Comme a expliqué Condoleezza Rice au meeting Yes 2012, « les transformations démocratiques requièrent du temps et de la patience, requièrent un appui de l’extérieur comme de l’intérieur ». Excellente synthèse de la stratégie que l’Occident adopte sous  le manteau de l’ « appui de l’extérieur » pour favoriser les « transformations démocratiques ». Une stratégie désormais consolidée, de la Yougoslavie à la Libye, de la Syrie à l’Ukraine : ficher des coins dans les failles qu’a tout Etat, pour en dégonder les bases en soutenant ou fomentant des rébellions anti-gouvernementales (type celles de Kiev, trop ponctuelles et organisées pour être considérées comme simplement spontanées), tandis qu’on déchaîne une trépidante campagne médiatique contre le gouvernement qu’on veut abattre. Pour ce qui concerne l’Ukraine, l’objectif est de faire crouler l’Etat ou de le casser en deux : une partie qui entrerait dans l’OTAN et dans l’Ue, une autre qui resterait majoritairement reliée à la Russie. Dans ce cadre s’insère la Yalta European Strategy de l’oligarque ami des Clinton.

Manlio Dinucci

Edition de samedi 22 février 2014 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/la-clinton-pinchuk-connection-una-oligarchia-ucraino-americana/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Et quelques aspects de la Pinchuk-French Connection (NdT)

« Mercredi 27 mars [2013], la Ministre de la Culture et de la Communication, Mme Aurélie Filippetti, a remis les insignes de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres à Victor Pinchuk. Elle a salué en lui « le visage européen du mécénat » et le « mariage heureux entre l’industrie et la culture, à l’image de l’installation monumentale d’Olafur Eliasson qui, comme le fer y subit de constants changements d’état, métamorphose votre nouvelle aciérie » (http://www.ambafrance-ua.org/Victor-Pinchuk-chevalier-de-l ).

« Mon professeur en art contemporain est français, Nicolas Bourriaud (critique d’art, il a dirigé le Palais de Tokyo avec Jérôme Sans de 2002 à 2006 et il est l’actuel directeur des Beaux-Arts de Paris depuis octobre 2011). Je l’appelle même mon gourou! Je l’ai rencontré en 2002 par l’intermédiaire de mon ami Marcel Gross, directeur associé d’Euro RSCG ».

(http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2013/04/09/03015-20130409ARTFIG00261-victor-pinchuk-j-aime-la-folie-provocatrice-des-artistes.php )

“Comment exister socialement dans son pays tout en ne faisant pas de politique ?” C’est Euro RSCG, en la personne du Français Stéphane Fouks, qui va lui fournir une réponse en trois points : 1. Créer un musée d’art contemporain qui valorise l’art ukrainien. 2. Mettre en place un think tank pour le rayonnement de l’Ukraine et son entrée dans l’Europe. 3. Créer une fondation anti-sida dont s’occupera sa femme.

L’oligarque s’investit dans la philanthropie.

[...] « À une certaine période de la vie, il est temps de rendre un peu de ce qu’on a reçu, en étant guidé par une vision”, dit-il. Pour autant, l’Ukrainien ne perd pas le nord : sa frénésie d’artistes n’est qu’une étape dans sa stratégie de conquête. Chaque automne, à Yalta, son think tank baptisé YES (pour Yalta European Strategy) travaille à faire rayonner l’Ukraine avec des invités comme Tony Blair ou Dominique Strauss-Kahn. À Davos, en marge du sommet, il imprime aussi sa marque : le 27 janvier, il organise une table ronde avec la jeune Cheikha Mayassa, princesse du Qatar très investie dans l’art, et Paulo Coelho ».

(http://www.lepoint.fr/culture/pinchuk-l-amateur-d-art-qui-venait-du-froid-24-01-2011-130601_3.php ).

 

 

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Cet article a été publié le 8 août 2013.

L’espérance de la droite internationale et des grands médias de voir la révolution bolivarienne disparaître avec la mort (suspecte) du président Hugo Chavez – est frustrée depuis que le nouveau président Nicolas Maduro a relancé avec force les transformations en s’appuyant notamment sur le “gouvernement de rue” au Venezuela (1) et sur l’intégration politique de l’Amérique Latine ou la coopération Sud-Sud.

D’où la reprise des préparatifs d’attentat dont les services de l’intelligence vénézuélienne viennent de déjouer une première tentative. Planifiée pour le 24 juillet dernier, l’opération prévoyait l’assassinat de Maduro par un franc-tireur lorsqu’il s’exposerait publiquement lors des commémorations de la naissance de Simón Bolívar, suivie de l’attaque simultanée d’objectifs politiques et militaires par 400 hommes entrés au Venezuela à travers la frontière colombienne.

Selon le Ministre de l’Intérieur Miguel Rodríguez Torres qui a révélé ces détails le 31 juillet à la chaîne d’information TeleSur, les réunions pour mettre ce plan au point se sont déroulées à Bogotá, Medellín (Colombie), Miami et Panama.

Le terroriste international Luis Posada Carriles.

Dans le staff de cette opération on retrouve des terroristes assumés, des putschistes et des personnalités liées au narcotrafic et au paramilitarisme, tous vieux acteurs de la subversion en Amérique Latine : tels, à Miami, Roberto Frómeta, leader du groupe terroriste F4 qui a reconnu être l’auteur d’actions terroristes contre Cuba et son mentor le terroriste international d’origine cubaine Luis Posada Carriles. Ex-agent de la CIA, celui-ci est l’auteur (entre autres) de l’attentat à la bombe du 6 octobre 1976 qui coûta la vie aux 73 passagers du vol 455 de Cubana de Aviación et responsable de la torture et de la disparition de militants de gauche vénézuéliens au sein des polices politiques de régimes des années 60 et 70. Malgré plusieurs demandes d’extradition, il continue à bénéficier de la protection du gouvernement des États-Unis.

C’est également à Miami que les 2.5 millions de dollars destinés à couvrir l’achat des armes et la logistique pour l’attentat contre Maduro, ont été réunis par le réseau de la droite vénézuélienne et l’entrepreneur Eduardo Macaya Álvarez (d’origine cubaine) alias Eddy, membre du Comando de Organizaciones Revolucionarias Unidas (CORU) et Omega 7, suspecté d’avoir organisé l’assassinat du diplomate cubain à l’ONU Félix García en 1980.

Avant le projet d’assassiner le président bolivarien, la première phase de cette opération visait à installer le chaos au Venezuela pour justifier une intervention extérieure. Elle fut lancée par le candidat de la droite Henrique Capriles Radonski dès l’annonce de sa défaite aux présidentielles le 14 avril 2013. Suivant sa consigne de descendre dans la rue pour libérer la rage, des commandos mêlant paramilitaires infiltrés et militants de son parti Primero Justicia ont assassiné les militants bolivariens José Luis Ponce, Rosiris Reyes, Ender Agreda, Henry Manuel Rangel, Keler Enrique Guevara, Luis García Polanco, Rey David Sánchez, Jonathan Antonio Hernández Acosta et Johny Pacheco, ont attaqué ou incendié des permanences du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), 25 centres de diagnostic intégral (centres de santé populaire gratuits), des médias communautaires, des centres d’approvisionnement populaire (réseau Mercal), des sièges régionaux du Conseil National Électoral, ainsi que des domiciles de fonctionnaires publics.

Trois semaines avant le scrutin, trois députés de droite, MM. Ricardo Sánchez (suppléant de Mme María Corina Machado), Andres Avelino (suppléant de M. Edgar Zambrano) et Carlos Vargas (suppléant de M. Rodolfo Rodríguez) avaient retiré leur appui à M. Capriles en dénonçant l’existence de ce plan de déstabilisation (2).

La mère de Luis García (24 ans) assassiné le 15 avril à Maracaibo.

Le leader de la droite vénézuélienne Henrique Capriles Radonski (à gauche) réuni à Santiago le 19 juillet 2013 avec Jovino Novoa, sous-secrétaire de gouvernement de Pinochet. Capriles Radonski est impliqué dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002.

Cette violence imprégnée de racisme social avait bénéficié de la complaisance des médias privés, qui dominent la majorité des ondes au Venezuela, et des grands médias internationaux, qui ont invisibilisé les victimes. Lors de la campagne présidentielle, le journal français “Le Monde” avait qualifié Henrique Capriles d’”avocat élégant, social-démocrate” (sic).

Cette première phase, qui échoua face à la résistance pacifique de la population, avait suscité le commentaire de l’ex-président Lula en avril 2013 : “Quand on occupe des fonctions présidentielles il y a des choses qu’on ne peut pas dire, par diplomatie, mais aujourd’hui je peux les dire : de temps en temps les États-Unis s’ingèrent dans les élections organisées dans un autre pays. Ils devraient s’occuper de leurs affaires et nous laisser choisir notre destin.” (3)

En juin 2013 un enregistrement téléphonique a révélé les contacts suivis avec les États-Unis d’une autre dirigeante de la droite vénézuélienne, María Corina Machado (elle aussi impliquée dans le coup d’État sanglant d’avril 2002 contre Chavez). Celle-ci y insiste sur la nécessité d’organiser un nouveau coup d’État précédé de “confrontations non-dialogantes” (sic).

Roberto Micheletti

Depuis le début, toute cette opération a compté sur l’appui de plusieurs officiers de la CIA et de deux ex-présidents liés au trafic de drogue international et au paramilitarisme : l’ex-président colombien Álvaro Uribe Vélez et l’ex-président de facto du Honduras, l’entrepreneur Roberto Micheletti, qui s’était emparé du pouvoir au Honduras à la suite du coup d’État contre le président Manuel Zelaya.

Alvaro Uribe

Ce sont les mêmes secteurs d’extrême-droite qui ont organisé des activités de déstabilisation contre les gouvernements de Bolivie et d’Équateur et qui au Venezuela, toujours avec la complicité des médias privés, ont participé au coup d’État contre Hugo Chavez en avril 2002, au lock-out pétrolier de 2002-2003, au massacre de la Plaza Altamira en décembre 2012, aux attentats à l’explosif contre les ambassades d’Espagne et de Colombie en 2003, à l’assassinat en 2004 du juge Danilo Anderson qui enquêtait sur les auteurs du massacre du coup d’État, à l’infiltration en 2004 d’une centaine de paramilitaires colombiens, arrêtés dans la finca Daktari (périphérie de Caracas) alors qu’ils préparaient l’assassinat de Hugo Chávez.

Une centaine de paramilitaires colombiens arrêtés en mai 2004 dans la la finca Daktari, propiété du cubain Roberto Alonso, non loin de Caracas. But avoué de l’opération : “décapiter Chavez”.

Des échanges téléphoniques montrent que l’option d’assassiner Nicolas Maduro, reportée à cause des fuites et des mesures prises par les services d’intelligence vénézuélienne, reste activée. Un des scénarios privilégiés par les terroristes serait “le gouvernement de rue”, pour profiter du niveau elevé d’exposition du président au cours de ses contacts directs avec la population.

Thierry Deronne, Caracas, le 1 août 2013, avec AVN et Telesur.

Notes :

 

 

(1) Lire “Deux tours du monde en 100 jours : révolution dans la révolution bolivarienne”,http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/29/deux-tours-du-monde-en-100-jours-revolution-dans-la-revolution-bolivarienne/

(2) Lire “Venezuela : victoire du “chavisme sans Chavez” de Maurice Lemoine, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-04-17-Venezuela

(3) Lire “Défaite de la tentative de coup d’État. L’ex-président Lula critique l’ingérence des États-Unis dans les élections vénézuéliennes“, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/17/defaite-de-la-tentative-de-coup-detat-lex-president-lula-critique-lingerence-des-etats-unis-dans-les-elections-venezueliennes/

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Beyrouth/21.02.04/ -La question de la fragmentation de sociétés ne saurait se comprendre en dehors du «fait impérial». Sur ce point, il importe de distinguer, me semble-t-il, trois espèces d’empire: les prémodernes; les modernes/coloniaux; l’empire de la mondialisation (contemporain).

1- Les prémodernes : Des « empires territoriaux » (géographiques/horizontaux).

Cette espèce d’empire – l’égyptien (Pharaons), le perse (Darius…), l’empire d’Alexandre, le romain, les islamiques (omeyyade, abbasside, ottoman) – est, et seulement, en souci de conquêtes territoriales. Il ne se soucie pas de convertir à son mode de vie, de penser, de parler les sociétés conquises. Tous ces empires, chacun selon ses spécificités, ont exigé trois choses des sociétés soumises: payer le tribut; assurer l’ordre public; ne pas contracter de relations avec l’étranger. Ces conditions satisfaites, le pouvoir central laissait aux pouvoirs «locaux/sociétaux» une paix royale. C’était des empires «pluralistes» et en ce sens «publiquement» tolérants, ce qui permit d’ailleurs aux «minorités» de survivre à la conquête et leur soumission.

2- Les empires modernes/coloniaux (fin XVIe/début XXe)

Ils partagent avec les prémodernes leur «goût de conquête territoriale», mais pendant que ceux-ci ne se souciaient pas de transformer les rapports sociaux, familiaux, économiques des sociétés soumises, les modernes/coloniaux, en souci de LEUR progrès et POUR LEUR bien, ont cherché à leur inculquer  – à tout prix et par tous les moyens – leur mode de vie, de penser, de parler, de manger.

Il fallait donc que ces empires détruisent, au nom du progrès, ce qui est, en lui, substituant ce qu’ils veulent que nous soyons : déconstruction par une reconstruction qui se confond, en l’occurrence, avec un remodelage violent.

Mais les choses du capitalisme ayant changé et, surtout, la résistance des sociétés soumises s’étant avérée insoumise, on est passé à une troisième espèce d’empire, qui correspond précisément à une nouvelle figure du capitalisme: néo-ultralibérale.

Cette nouvelle espèce d’empire renonce définitivement à la volonté  – voire à la velléité – de conquête territoriale. Les «guerres» contemporaines – La Guerre du Kosovo, celle du Golfe (1990-1991: contre l’invasion du Koweït), celle d’Afghanistan, celle d’Irak, de Somalie – ne s’inscrivent pas dans la logique d’une conquête territoriale et d’«acquisition» telle que la définissait Hobbes. Nous sommes passés de l’ère des «guerres de conquête» à l’ère des «guerres sans conquête» et ce passage indiquerait combien est singulière la stratégie de cet empire qui intervient au dehors de son territoire national, mais ne travaille pas à établir une conquête.

3 – L’Empire de la mondialisation

Cette nouveauté n’est pas sans corrélat politique. Certes, le but est toujours la domination mondiale et le contrôle de territoires (zones, circuits, relais…) jugés décisifs. Mais il ne s’agissait plus désormais, comme à l’époque de l’empire colonial, d’intégrer les sociétés soumises à un régime de citoyenneté même passive, ou d’appartenance étatique, mais de soumettre l’insoumission des sociétés, de forcer leur consentement, de briser leur résistance (mumana’a) par leur fragmentation, leur dislocation ou leur déconstruction.

Si l’empire colonial déconstruisait pour reconstruire selon son ordre, l’empire de la mondialisation déconstruit pour briser ce qu’il n’a pas réussi à «convertir» ou dont il n’a pas réussi à venir à bout… mais pour laisser en friche ceux (les segments de société) qui n’auront pas réussi à s’intégrer à l’ordre mondial (espaces et circuits financiers-économiques, symboliques, linguistiques, technologiques…).

Qu’y gagne l’empire? La fragmentation persistante des sociétés conduit à la faillite de l’Etat postcolonial au titre d’illégitime. Certes, c’est un Etat né en faillite depuis son édification, mais alors que les Puissances coloniales cherchaient à sauvegarder les apparences de l’Etat, avec le nouvel empire cette faillite de l’Etat est voulue, provoquée et programmée. Pourquoi ? Parce que des sociétés laissées à elles-mêmes, sans Etat compris comme principe régulateur du «vivre ensemble», ne peuvent qu’engendrer instabilité et insécurité induite autant par leurs luttes internes que par cette domination impériale non étatique/non territoriale. Ne disposant ni des moyens ni des intentions d’une véritable paix civile, cette nouvelle forme de domination impériale contribue à l’instabilité des régions qui passent sous son emprise (Cf. Afghanistan, Irak).

Les anciens empires imposaient aux peuples conquis par voie de guerre, un ordre civil auquel il fallait, sous peine de mort, consentir. L’«empire» nouveau menace et réprime ; il n’hésite pas à défaire les ordres politiques ou sociétaux existants. L’efficacité d’une telle entreprise impériale est l’intégration – soi-disant «régulatrice» – à l’ordre nouveau. Le nouvel empire, loin d’être l’une des modalités de l’édification étatique – comme ce fut le cas à l’époque des empires coloniaux –, semble désormais s’y opposer. D’où l’importance du travail de  Naomi KLEIN sur le «capitalisme du désastre».

Roger Naba’a, philosophe et universitaire libanais

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«Quand les puissants se font la guerre, ce sont les faibles qui meurent»

 Jean-Paul Sartre

Le 14 février a paru dans le journal Le Parisien une carte montrant les rayons de contamination due aux essais atomiques français dans le Sahara algérien. On s’aperçoit- ce que les scientifiques savent déjà- que les nuages radioactifs, n’ont pas besoin de visa pour passer d’un pays à un autre On sait qu’il y eut au total 17 essais en Algérie avec les Gerboises multicolores, les apprentis sorciers de l’atome n’ont pris aucune précaution pour s’assurer qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux.

Il est vrai que l’on était en pleine guerre (révolution algérienne)  et les morts dus aux essais n’ont pas été immédiates. Quand l’hécatombe a commencé avec les différentes maladies et les malformations, 1968 date de départ, la France avait quitté le Sahara. Le premier essai nucléaire français, Gerboise bleue, est effectué le 13 février 1960, sous la présidence de Charles de Gaulle. Bien que le programme ait été démarré dès 1956 avec Guy Mollet et Pierre Mendès France. Pour l’Histoire, la France a livré tous ses secrets nucléaires à Israël à cette époque voulant se venger de Nasser – qui à tort le croyait-elle – aidait la Révolution algérienne

Pour l’anecdote, on dit qu’à la suite immédiate du putsch des généraux du 23 avril 1961, le gouvernement français ordonnera la détonation du 25 avril 1961 (Gerboise verte) afin que l’engin nucléaire ne puisse tomber dans les mains des putschistes qui l’avaient localisée dans un entrepôt d’Alger, la bombe étant rapidement acheminée sur Reggane en 2 CV. (1)

Le 13 février 1960, Gerboise bleue, la première bombe atomique française, explose dans le Sahara. Ce document détaille les retombées nucléaires radioactives dans les jours suivants.  Le Parisien.

Le site choisi, In Ecker se trouve au sud de Reggane et à environ 150 km au nord de Tamanrasset. Les tirs sont réalisés en galeries, chacune étant creusée horizontalement dans un massif granitique du Hoggar, le Tan Afella.  De novembre 1961 à février 1966, treize tirs en galerie sont effectués dont quatre n’ont pas été totalement contenus ou confinés (Béryl, Améthyste, Rubis, Jade). pour la base d’essais chimiques de B2-Namous2), l’État français doit se mettre à la recherche d’un autre site.

Carte : Deux centres d’essais nucléaires dans le Sahara algérien. Source : www.moruroaetatou.com

Essai souterrain à In Ekker au nord-ouest de Tamanrasset, Algérie. Crédit : source militaire anonyme

Reg – Es Nuc par meg_16

Essai Béryl le 1er mai 1962 devenu atmosphérique vidéo de l’accident Crédit : source militaire anonyme

Les limites autorisées pour la contamination du Sahara

On s’aperçoit au fil des décennies que ces limites ont été chaque fois raccourcies «Pendant la durée des essais, la France lit-on sur Wikipédia, s’est conformée en permanence aux recommandations des organisations internationales compétentes, en particulier celles émises par la Commission internationale de protection radiologique (Cipr), Les personnes pouvant être soumises aux effets de la radioactivité générée par les essais étaient classées en deux catégories. La première, le personnel directement lié aux essais, le personnel des armées, le personnel du CEA et des entreprises, les travailleurs employés sur les sites; la deuxième, les populations voisines du champ de tir. Pour les populations, la dose maximale admissible annuelle était fixée par la CCS à 15 mSv en 1960, puis 5 mSv à partir de 1961. La limite autorisée en France dans les années 2000 pour l’exposition de la population aux rayonnements artificiels est de 1 mSv/an/personne.» (1).

Qu’adviendra –il si dans dix ans on s’apercoive que le 1millisivert/an- qui est la dernière norme retenue en France- s’avère dangereuse  en terme de contamination immédiate mais dont les effets à long terme sont tragiques ? C’est un peu ce qui arrive maintenant au Sud où le nombre de malformations congénitales, de fausses couches et de maladies en tous genre dépasse de loin  lamoyenne nationale . Ces personnes sont les descendants de ceux à qui on a ditr qu’il n’y avait pas de danger et partant, leur « exposition » n’ouvrait pas droit à indemnisation..

Quatre essais souterrains sur treize n’ont pas été totalement contenus ou confinés: Béryl, Améthyste, Rubis et Jade. Les essais Béryl et Améthyste ont conduit à une irradiation dépassant le seuil réglementaire actuel pour le public. Le mythe de la «bombe propre» est battu en brèche. La carte publiée montre l’étendue des retombées radioactives du premier essai nucléaire aérien effectué dans le Sahara. L’explosion, quatre fois plus importante que celle d’Hiroshima, avait permis à la France de devenir une puissance nucléaire. Suivront Gerboise blanche, puis rouge, puis verte. Puis 13 autres essais, souterrains cette fois-ci. En tout, la France procèdera à 17 essais nucléaires dans le Sahara jusqu’en 1966. Aujourd’hui, le grand public commence à découvrir l’étendue exacte des retombées nucléaires dans la région, à partir d’une simple carte, classée «secret défense». De vastes zones de contamination, allant bien au-delà du Sahara, observées jusqu’à deux semaines après le premier tir aérien de février 1960. Il aura fallu attendre cinquante ans pour que l’Etat français reconnaisse qu’il y a bien eu des contaminations radioactives sur les personnels et bien au-delà des champs de tirs. Même chose sur les populations civiles, à l’époque où la France testait son arsenal nucléaire en Algérie. (2)

 «Selon le document, publié par le Parisien «la carte du zonage des retombées montre que certains radioéléments éjectés par les explosions aériennes [...] ont pu être inhalés par les populations malgré leur dilution dans l’atmosphère», affirme Bruno Barrillot, un spécialiste des essais nucléaires cité par Le Parisien. Or, selon cet expert, «personne n’ignore aujourd’hui que ces éléments radioactifs sont à l’origine de cancers ou de maladies cardio-vasculaires». Il n’est pas inutile de rappeler que la Loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008 rend particulièrement difficile l’accès aux archives publiques concernant les contaminations par les essais nucléaires du Sahara ou du Pacifique… Dans les documents secret-défense, les militaires assurent qu’elles étaient «généralement très faibles» et sans conséquences. (..) Autre découverte, les militaires reconnaissent qu’à certains endroits les normes de radioactivité ont été largement dépassées: à Arak, près de Tamanrasset, où l’eau a été fortement contaminée, mais aussi dans la capitale tchadienne de N’Djamena. (…)»(2)

Le ridicule des indemnisations

C’est un fait, des Algériens ont été contaminés par cette mort lente bien au-delà de ce qui est permis. Il a fallu attendre 45 ans pour que l’Etat français, à dose homéopathique, reconnaisse du bout des lèvres qu’il y eut des dommages collatéraux. Mais la loi Morin, toute en ambigüité, dénie le droit aux Algériens qui ne faisaient pas partie du programme d’être indemnisés.

Pour Bruno Barrillot, un spécialiste des essais nucléaires:

«La loi Morin est extrêmement restrictive, notamment pour les zones géographiques sahariennes, ce qui permet de nombreuses exclusions de dossiers de demande d’indemnisation. (…) Il serait souhaitable que les victimes, d’abord, puissent recevoir des compensations pour les préjudices qui leur ont été infligés sans qu’ils aient eu leur mot à dire. Maintenant, étant donné l’ampleur des conséquences des expériences nucléaires, il serait probablement opportun que, par exemple, la France et l’Algérie incluent, dans le contentieux de la période et de la guerre de décolonisation, un volet concernant les essais nucléaires au Sahara. Selon le président de l’association Taourirt, Elouaar Mahmoud, la teneur de cette loi «scélérate et controversée» explique clairement «l’irresponsabilité et la mauvaise foi des autorités françaises» quant à l’indemnisation des personnes souffrant de maladie radio-induite. La loi Morin, promulguée le 5 janvier 2010, porte sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Sauf qu’elle est, de l’avis des victimes, entourée de beaucoup d’ambiguïtés du fait qu’elle stipule que les demandeurs doivent être inscrits sur une liste fixée par décret en Conseil d’Etat conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale afin qu’ils obtiennent réparation intégrale de leur préjudice.»(3)

 

Les tirs ratés de Beryl

Le 1er mai 1962, lors du deuxième essai souterrain, un nuage radioactif s’est échappé de la galerie de tir à In Ecker, au Sahara. L’accident de Beryl ne fut pas le seul. D’autres accidents eurent lieu: l’accident Améthyste (30 mars 1963). Lors de cette expérience, il y a eu sortie d’une faible quantité de scories de roches fondues. Un panache contenant des aérosols et des produits gazeux s’est dirigé vers l’Est- Sud-Est, et a touché l’oasis d’Idelès, située à 100 km où vivaient 280 habitants. Les accidents Rubis et Jade, lors de l’expérience Rubis, le 20 octobre 1963, une sortie de gaz rares radioactifs et d’iodes s’est produite dans l’heure suivant la réalisation de l’essai, avec formation d’un panache. La contamination a été détectée jusqu’à Tamanrasset. Dans le cas de l’expérimentation Jade, le 30 mai 1965, il est observé une sortie de gaz rares et d’iodes par la galerie.(3)

Pour le chercheur Abdelkhadim Al-Aboudi, docteur en physique nucléaire, il y a un lien entre les fausses couches, malformations, cancers et autres maladies rares observées dans la région et les essais nucléaires effectués par l’armée française entre 1960 et 1966.

«L’opération de démantèlement de ces sites n’a pas été correctement effectuée, ce qui constitue des risques permanents liés à toute vie dans ces zones.» Que dire en définitive de ce déni de responsabilité? «Dans les relations algéro-françaises, est-il écrit dans El Watan, et le devoir de mémoire que l’on invoque dans les occasions officielles, lors des visites d’Etat, cette question n’a jamais figuré à l’ordre du jour des discussions. Les «Gerboises» multicolores, que la France coloniale a fait exploser sur le sol du Sahara algérien avec toutes les conséquences tragiques que l’on sait, n’ont fait ni la grandeur ni la puissance technologique de la France, pas plus qu’elles n’ont servi les idéaux de fraternité et de liberté dont elle se réclame. S’il n’y a rien à attendre de ce côté-là, il est du devoir de l’Etat algérien de rappeler, en toutes circonstances à la communauté internationale et à l’opinion française, ce qui s’est réellement passé dans cette partie de l’Algérie pour que le martyre de Reggane soit reconnu comme crime contre l’humanité, à l’instar du génocide de Hiroshima et de Nagasaki.(4)

Les conséquences néfastes pour la faune, la flore, l’homme et l’environnement

Faut-il le rappeler, la demi-vie de l’uranium 235 est de 24 000 ans. D’ailleurs, sur le terrain, la radiation est toujours aussi forte, plusieurs dizaines de fois plus forte que la radioactivité naturelle. Les effets des expériences atomiques de Hamoudia sont encore palpables de nos jours. Avant les explosions, les terres du Touat et du Tidikelt étaient très fertiles, si l’on se fie aux récits des anciens; on y cultivait des céréales, des dattes, des lentilles, des primeurs de qualité et en quantité. On y trouvait des cheptels et des animaux de toutes espèces comme la gazelle, le fennec, le mouflon, des oiseaux et des rapaces de tous genres, etc. Tout cela a disparu», La nappe phréatique a été contaminée, le blé ne pousse plus à sa taille normale, le palmier a été atteint de ce que j’appelle le bayoud nucléaire.»

Total qui n’a pas d’autorisation de forage en France fait le forcing pour démolir le Sahara qui a déjà connu deux perturbations majeures et toujours d’actualité: les Gerboises multicolores des essais atomiques et les essais des gaz chimiques sur une période de 15 ans (jusqu’en 1975) à Bou Namoussa à la frontière algéro-marocaine. Voilà que l’on veut encore démolir le Sahara par l’exploitation des gaz de schiste sans savoir ou en feignant d’ignorer que le Sahara est un écosystème avec une faune, une flore et des citoyens. De plus, mettre 15 000 m3 d’eau par puits (qui peut être fracturé plusieurs fois) pour un pays en stress hydrique comme l’Algérie relève de la folie pure. Si on y ajoute les 500 produits chimiques cancérigènes ainsi que les dégagements de radon dus entre autres à une mauvaise étanchéité du tubing, le décor est apocalyptique, surtout si on n’oublie pas les éventuels tremblements de terre comme prime à la folie des hommes… De ce côté nous sommes mal barrés; l’addiction au pétrole, au gaz et à la rente hypothèque l’avenir du pays.

Les malheurs du Sahara

Le Sahara n’est pas un astre mort, c’est un organisme vivant dont une partie se remet très difficilement de la blessure faite à son écosystème par les explosions des Gerboises atomiques multicolores. Il y a une vie, il y a une faune, il y a une flore et il y a des Algériens qui y vivent, Curieusement, c’est la France qui nous a légué une zone saharienne encore radioactive qui va nous aider à polluer à tour de bras et à faire ici ce qu’il lui est interdit de faire chez elle au nom du sacro-saint principe de précaution. Pourquoi ne pas faire une pause en mettant en place, sans tarder, une transition énergétique durable préserver nos ressources fossiles, créer un savoir-faire créateur d’emplois et permettre aux dizaines de milliers de diplômés du système éducatif de participer au développement du pays. Personne ne peut être contre une ressource qui peut devenir une bénédiction le moment venu. (4)

Aujourd’hui, alors que les langues se délient, les experts reconnaissent que les normes de sécurité n’ont pas été respectées. C’est à Arak (Tamanrasset) que l’eau a été fortement contaminée…et l’air bien sûr, par de l’iode 131, du césium 137 ont été inhalés par les populations locales et les équipes militaires. Le «Hourra pour la France! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière» du général de Gaulle, le 13 février 1960 à 7h04 a eu une résonance pour les populations de Reggane, qui ont eu à subir dans leur chair la volonté de la France de rentrer dans le club atomique. Dans le même ordre, la France a attendu 45 ans après pour révéler l’implantation des mines antipersonnel posées le long de nos frontières, aucune cartographie des sites des dépôts des déchets radioactifs n’a été fournie à l’Algérie à ce jour.

Il serait moral que la France, qui a semé la mort et qui n’avait aucune certitude quant à la fiabilité de ses expériences – n’avait-elle pas en effet préparé 6000 cercueils à toutes fins utiles reconnaisse enfin, que la colonisation ce n’était pas «positif» pour les milliers de personnes irradiées et pour les autres milliers potentiellement malades à venir. De plus les essais des armes chimiques du périmètre de Bou Namous, à la frontière avec le Maroc, sont autant de pièges mortels, legs de la mort en différé, sont autant de blessures en Algérie.

Tout l’or du monde ne suffirait pas à réduire la douleur accumulée. La France a mis une cinquantaine d´années pour reconnaître qu´il y avait une guerre en Algérie et non des «évènements». Il est honteux, le croyons-nous, de donner un prix à la douleur. L’Algérie n’instrumentalisera pas sa douleur pour en faire une pompe à finance. ad vitam aeternam. Cependant, la France devrait indemniser en toute responsabilité les vies brisées pour ceux qui mènent une vie de souffrance, redonner la vie au Sahara au lieu de nous envoyer Total, en décontaminant le site pour diminuer les risques de contamination mais aussi reverdir ce qui a été saccagé. C’est cela le début d’une véritable coopération dans la dignité.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Article envoyé par l’auteur.

1. Les essais nucléaires français: Encyclopédie Wikipédia

2.  http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5759

3. Nadjia Bouzeghrane, Bruno Barrillot: «La totale transparence s’impose sur les risques sanitaires et environnementaux» El Watan, le 15 février 2014

4. http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/74705-%C3%80-quand-la-responsabilit%C3%A9-devant-l%E2%80%99histoire%3F.html

 

 

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L’eau ne sera plus un bien accessible à tous gratuitement.

À la fin d’une assemblée spéciale de l’ONU avec le conseil d’interaction (IAC), tenue du 23 au 27 septembre 2012, l’IAC confirme dans son rapport que la planète est confrontée à une crise de l’eau grandissante.

Confirmant en un certain sens ce que la communauté internationale affirmait pour la première fois en 1992, sous la pression de la banque mondiale et le monde des affaires, à savoir : « Que pour la première fois dans l’histoire de la planète, l’eau soit considérée principalement comme un bien économique, et non plus comme un bien social et collectif. »

En fonction du marché, celui qui a le plus soif paiera le plus cher et fixera le prix au détriment des plus pauvres. Cette opportunité d’un marché nouveau semble prometteuse pour le monde des affaires et se développe insidieusement dans notre monde de consommation irresponsable.

Quels sont les enjeux pour la qualité de notre eau et son accessibilité ?

Extrait publié le 7 décembre 2013 dans le journal La Presse [1] :

Tout en se réjouissant que les élus québécois recommandent l’inversion de son oléoduc 9B pour acheminer du pétrole de l’Ouest aux raffineries de Montréal et Lévis, Enbridge ne garantit pas qu’elle respectera les conditions de Québec. De plus, pour l’instant, Enbridge reste muette sur les 18 conditions posées.

Il ne faut pas s’étonner d’une telle attitude puisque les compagnies n’ont qu’à attendre la fin du « tiraillage » entre le fédéral et le provincial et prendre le fruit quand il sera mûr.

Partout sur la planète on accepte de prendre des risques de contaminer l’eau potable et, plus récemment, avec les procédés de fracturation développés par les compagnies gazières et pétrolières (souvent les mêmes), lesquelles causent des dégâts irréversibles et permanents.

Bien que la technologie semble capable d’un rendement d’extraction de 40%, c’est environ 10% du gaz libéré par la fracturation de la roche mère qui serait présentement exploitable et rentable. Il resterait donc dans le sous-sol au moins 90% de cette réserve de gaz à la fermeture des puits. Les conséquences de cette fracturation ne sont pas sans risques; on peut craindre qu’en migrant pendant des dizaines, voire des centaines d’années vers la surface, « la soupe chimique » injectée et le méthane libéré risquent « d’infiltrer » les nappes phréatiques, les puits, les lacs et les rivières.

Le Québec est une province riche en eau douce. Quelle sera la qualité de notre eau lorsque les sites d’enfouissement de résidus d’exploitations minières réapparaîtront, favorisés par le réchauffement climatique et le recul des zones gelées ? Nous risquerons de découvrir quelques horreurs de contamination.

La protection de l’accès à l’eau potable du citoyen est-elle menacée par nos propres instances gouvernementales ? Quels sont les gestes, posés aujourd’hui, qui favorisent cette perte de contrôle de notre eau potable ? Que penser du ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, qui a déposé, le 29 mai dernier, un nouveau projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection?

Selon  Richard E. Langelier, docteur en droit (LL.D.) et doctorant en sociologie, [2]:

Il se substitue au Règlement dit de Saint-Bonaventure et à ses diverses variantes, règlement adopté par 70 municipalités québécoises afin de protéger les sources d’eau potable, alors que ce projet de règlement n’offre que des protections bien inférieures à celles prévues dans les règlements municipaux (art. 124, Loi sur la qualité de l’environnement).

Selon le juriste et son groupe d’étude, la distance verticale de 400 mètres entre la base de l’aquifère et les activités de fracturation proposée par ce projet de règlement ministériel, est inférieure aux standards industriels en vigueur et jugés nécessaires par les sociétés pétrolières elles-mêmes.

Ce projet de règlement autorise l’injection sous terre de produits chimiques dont la toxicité et l’interaction avec les chimiques naturellement présents dans la roche sont inconnus. L’injection de 49999 litres de ces produits n’a aucune norme à respecter, puisque n’étant pas considérée comme de la fracturation !!! [2]

Le tout, sur une distance horizontale de 300 mètres des sources d’eau des résidents, sans tenir compte de la variété des milieux, des sources et des bassins versants qui drainent l’eau de pluie vers les rivières ou les nappes phréatiques et alimentent en eau potable les municipalités. Ces dernières perdent ainsi leur pouvoir de dire non à une compagnie qui viendrait s’implanter sur son territoire et aurait plein pouvoir pour forer, puiser et polluer.

Plus de cent (100) comités de citoyens se sont impliqués et mobilisés pour faire entendre leur voix, leurs inquiétudes et dénoncer ce qui leur semble dangereux pour l’avenir de leurs communautés, de leurs enfants et petits-enfants. Soixante-dix (70) municipalités ont adopté le règlement sur la protection de leurs sources d’eau potable. Toutes semblent être ignorées par le ministre Blanchet et son gouvernement.

Favoriser ainsi la pollution, limiter les pouvoirs des municipalités donc des citoyens à protéger la qualité de leur eau semble s’inscrire dans cet objectif d’intérêt privé au détriment du bien public.

Le privé est-il en train d’accaparer un nouveau marché aussi lucratif que l’a été le pétrole?

 Alain Guillon

Membre du comité citoyen sur les gaz de schiste de Victoriaville

Victoriaville, le 10 février 2014

[1] http://www.lapresse.ca/actualites/environnement/201312/07/01-4718709-enbridge-ne-garantit-pas-quelle-respectera-les-conditions-de-quebec.php

[2] Argumentaire à l’intention des organisations municipales et des groupes de citoyens et citoyennes. Richard E. Langelier Docteur en droit (LL.D.) Doctorant en sociologie

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Salim Lamrani, Docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines que nous avons interrogé sur les événements du Venezuela, exprime à El Watan étudiant une opinion alignée. Il considère pour sa part que les Etats-Unis jouent un rôle majeur dans la déstabilisation du Venezuela. Et que les étudiants contestataires ne sont pas représentatifs de l’ensemble du monde universitaire.

-Selon vous, quel serait le poids réel en termes de représentativité et de mobilisation des étudiants protestataires ?

Les actuelles manifestations au Venezuela sont une inquiétante réminiscence des événements d’avril 2002 qui avaient débouché sur un coup d’Etat contre le gouvernement démocratiquement élu du président Hugo Chávez. Rappelons qu’en 2002, des protestations similaires organisées par la droite vénézuélienne avaient fait plusieurs victimes aussi bien parmi les partisans du gouvernement que parmi ses détracteurs. La suite est connue de tous : une partie de l’armée en connivence avec les médias privés du pays et l’opposition radicale ont rompu l’ordre constitutionnel et imposé une dictature qui n’a heureusement duré que 48 heures grâce à la mobilisation massive du peuple.

Il ne faut pas se voiler la face, derrière ces étudiants – qui sont loin d’être représentatifs de l’ensemble des étudiants du pays – se cache l’opposition putschiste et antidémocratique – soutenue politiquement et financièrement par les Etats-Unis – qui a toujours refusé d’accepter la volonté populaire depuis 1998. Le but est de déstabiliser le pays afin de justifier par la suite un coup de force. Etant donné que la droite vénézuélienne est incapable depuis 1998 de prendre le pouvoir par la voie démocratique, elle opte pour la violence.

-Quelle est la part de légitimité à l’aspiration démocratique dans la contestation des étudiants qui manifestent dans les rues de Caracas contre la «vie chère et l’insécurité» ? Est-on devant une nouvelle confrontation qui oppose l’opposition libérale aux chavistes, accusés «d’absolutisme» par jeunes interposés?

Dans l’histoire de l’Amérique latine, aucun gouvernement n’a disposé d’une aussi grande légitimité démocratique que celle d’Hugo Chávez, qui avait remporté 16 scrutins sur 17 en 15 ans. Pourtant, il était massivement décrié par les médias occidentaux qui en ont présenté une image caricaturale, loin de la réalité du processus bolivarien. Il me semble que la manière dont les médias occidentaux présentent la Révolution bolivarienne constitue l’un des plus grands échecs du journalisme. L’actuel président, Nicolás Maduro, a été élu lors d’un scrutin démocratique reconnu par les plus éminentes institutions internationales, de l’Union européenne en passant par l’Organisation des Etats américains et le Centre Carter.

Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2013, il y a eu deux processus électoraux et il en est sorti vainqueur en toute transparence. L’insécurité et la vie chère sont un prétexte pour justifier des actes violents. Il est curieux de noter que les taux de criminalité les plus élevés se situent dans les Etats gouvernés par l’opposition. Quant à la vie chère, elle est due en grande partie aux spéculateurs qui accaparent des produits de première nécessité afin de créer artificiellement des pénuries. Les autorités ont pris des mesures actives pour lutter contre ces dérives qui constituent de graves délits. Parler d’«absolutisme» au Venezuela, dans un pays où 80% des médias sont privés et où l’opposition contrôle de larges secteurs de l’économie n’est pas sérieux.

-Le Venezuela est-il en train de vivre un printemps latino ou est-ce un énième épisode de ce qu’on appelle la «Guerre froide 2.0» ? Quel serait le rôle réel des Etats-Unis dans les événements qui secouent le Venezuela?

La démocratie vénézuélienne est en grand danger du fait des activités violentes et subversives de l’opposition. Le pouvoir se gagne dans les urnes et non pas par le crime. Les Etats-Unis jouent un rôle majeur dans la déstabilisation du Venezuela. Il s’agit-là du cinquième producteur mondial de pétrole et l’arrivée au pouvoir de Chávez a permis au pays de retrouver sa souveraineté politique, économique et énergétique. Désormais, les richesses nationales sont destinées à la majorité et non plus uniquement aux multinationales étasuniennes et à l’oligarchie pétrolière du pays.

-La division politique qui marque le Venezuela depuis l’arrivée de Chavez a-t-elle fini par scinder la jeunesse vénézuélienne en deux camps qui s’affrontent avec deux notions antagoniques de la «révolution»?

Aucun gouvernement vénézuélien n’a autant fait pour la jeunesse du pays que celui d’Hugo Chávez et Nicolás Maduro, que ce soit en termes d’éducation, de santé, d’accès à la culture et aux loisirs. Les manifestations de certains étudiants – l’immense majorité procédant des classes aisées du pays – ne sont pas représentatives de l’ensemble du monde universitaire. La Révolution bolivarienne, les 80% de la population qui n’avait pas voix au chapitre auparavant.

-Comment conjecturez-vous la suite des événements ? Y a t-il un risque d’enlisement vers une situation d’instabilité sécuritaire dans la région?

Toute l’Amérique latine a condamné les violences au Venezuela et rejette les tentatives putschistes de l’opposition. Les institutions sont fortes au Venezuela et les dirigeants ont 15 ans d’expérience dans la lutte contre la subversion. De toute manière, l’Amérique latine n’acceptera jamais un autre 11 avril 2002 (coup d’Etat contre Chávez).

Syrie : Nouveau plan d’attaque contre Damas ?

février 20th, 2014 by Rafic Nasrallah

Sous le titre « Les maîtres espions se réunissent pour discuter de la Syrie » et la plume de David Ignatius [1], le Washington Post nous apprenait le 19 février que des chefs des Services de renseignement, arabes et occidentaux, s’étaient réunis à Washington, en un conclave de deux jours, la semaine dernière ; autrement dit, parallèlement à la tenue de la deuxième session de la Conférence de Genève 2 pour la paix en Syrie… Il n’y avait là que du beau monde venant de Turquie, du Qatar, de la Jordanie et d’autres puissances régionales « qui ont soutenu » les terroristes massacrant la Syrie et les Syriens, mais qu’il qualifie – comme il se doit – de « rebelles » ! Ceci, nous dit-il, sous les bons auspices du prince Mohammed Bin Nayef, ministre saoudien de l’intérieur, censé remplacer le prince Bandar Bin Sultan et coordonner « la politique de lutte contre le terrorisme du royaume » ; fonction qui le met en étroite liaison avec la CIA et d’autres Services de renseignement occidentaux.

En bref, il s’agissait d’une tentative pour renforcer la faiblesse de la soi-disant « opposition modérée » qui a perdu du terrain face aux forces loyalistes et aux « combattants djihadistes proches d’Al-Qaïda ». D’où la nécessité d’un débat sérieux sur l’opportunité de leur fournir des armes plus modernes, tels des missiles antiaériens tirés à l’épaule ; les Saoudiens disposant d’un stock qu’ils seraient prêts à expédier, à la seule condition d’être soutenus par l’Administration Obama… qui serait réticent !

Toujours selon M. Ignatius, il est trop tôt pour dire si les décisions de ce conclave sont purement « cosmétiques » ou présagent de modifications réelles sur le champ de bataille. En tout cas, la CIA s’est efforcée d’organiser la formation de ces combattants dits « modérés ». Ainsi, des camps d’entraînement, principalement en Jordanie, sont à même de traiter 250 combattants environ par mois, plus de 1.000 combattants ayant déjà bénéficié de ce programme… Des pays arabes ont exhorté les États-Unis à doubler cette capacité de formation, mais les autorités US veulent s’assurer que « les forces rebelles » sont capables d’absorber des combattants supplémentaires…

Telles sont les informations données par M. Ignatius sous la rubrique « opinion ». Mais s’agit-il d’une simple opinion ou d’une certitude ?

En effet, il se trouve que différentes sources fiables n’ont cessé d’envisager le recours à une « solution militaire » par les pays de l’OTAN et leurs alliés, en désespoir de cause,  quoi qu’en dise M. John Kerry [2].

Ici, nous rapportons une information qu’a tenu à divulguer, en direct, M. Rafic Nasrallah, éminent jounaliste et Directeur du Media Training Center de Beyrouth, qui n’a cessé de répéter, depuis le début des prétendus printemps arabes, que la Syrie est le « dernier rempart face au chaos » [3]. Ceci, lors d’une émission TV consacrée à l’odieux double attentat qui a ensanglanté, le jour même, la région de Bir Hassan [4], à Beyrouth. [NdT].


[...]

M. Rafic Nasrallah : Je voudrais commencer par une information d’une extrême importance concernant la situation en Syrie. Si vous le permettez, je voudrais lire mes notes. J’espère que les frères syriens qui m’écoutent ne penseront pas que je théorise, et il est probable que mes informations soient déjà en leur possession. Quoi qu’il en soit, elles sont très précises et tournent autour de ce qui devrait se passer au Nord de la Jordanie en direction de Damas ; sujet que j’ai abordé quasi-quotidiennement depuis trois mois !

M. Taoufic Choumane : À qui vous adressez-vous particulièrement ?

M. Rafic Nasrallah : À ceux que le sujet intéresse.

M. Taoufic Choumane : Allez-y, s’il vous plaît

M. Rafic Nasrallah : R.M = Rihab Massoud. Il est actuellement adjoint du chef des Renseignements saoudiens après avoir été attaché à l’Ambassade [d’Arabie saoudite] à Washington. C’est lui qui a supervisé l’entraînement de 7000 mercenaires qui ont rejoint 5000 autres au Nord de la Jordanie, après avoir été munis de véhicules blindés, affichant d’ores et déjà les slogans des différentes brigades de l’ « opposition », pour entrer dans Damas !

M. Taoufic Choumane : À partir de la province de Daraa ?

M. Rafic Nasrallah : Oui… Cet homme s’est rendu hier à Ryad et a informé les autorités compétentes de la date définitive [de l’attaque]… De l’heure H ! Ceci, alors qu’il avait été décidé que l’attaque aurait lieu pendant la deuxième session de Genève 2, pour mettre la délégation [de la République arabe] syrienne devant le fait accompli… Attaque qui n’a pas eu lieu pour des raisons logistiques.

Je ne préciserai pas l’heure exacte, quoique mes renseignements soient très précis. Mais, je dirai que cette attaque est imminente [expression exacte utilisée : elle est désormais dans le creux dans la main].

M. Taoufic Choumane : En effet, hier, ou le jour d’avant, nous avons entendu dire que l’ « opposition » était fin prête pour mener l’assaut contre Damas.

M. Rafic Nasrallah : Attention ! L’attaque se fera par le Sud-Ouest de la région frontalière : Daraa, Al-Quneitra, puis la frontière… Plus précisément du côté de Sahm al-Joulane, Al-Nafiä, vers la province de Quneitra ; avec, à partir de là, un détour vers l’Est pour rejoindre le point de l’ « avancée terrestre » qui se fera à partir du Sud-Est du côté de Samâd et d’Al-Maniiya. Je ne sais pas si ces appellations sont correctes, parce que je ne connais pas la région.

M. Taoufic Choumane : Ceux que cela intéresse le sauront !

M. Rafic Nasrallah : Oui… Ceci jusqu’au « courant d’eau » à l’Est de Damas ; puis, tentative d’irruption dans la capitale !

À ce stade, qui sera là pour les accueillir sur le terrain ? Quelles cellules [dormantes] ? Qui exploitera les réconciliations qui ont eu lieu ? De quelle façon ? Je n’ai pas à m’exprimer sur ces sujets. Mais telle est la situation.

Ils [les mercenaires] disposent de véhicules blindés, de nouvelles armes, de missiles anti-hélicoptère, de l’artillerie, de la logistique, et surtout du « brouillage israélien ». En effet, l’ouverture de points de passage entre le Golan occupé et le territoire syrien devrait laisser entrer les blessés soignés [en Israël], et le reste… Nous avons bien assisté au « test » d’hier ! [5 ?].

C’est donc par cette information que j’ai voulu aborder cette émission, juste pour l’Histoire et la Géographie !

M. Taoufic Choumane : L’information est certainement arrivée à destination… à ceux que cela intéresse ! Vous avez dit Rihab Massoud ?

M. Rafic Nasrallah : Oui… Rihab Massoud. Je ne tiens pas ces informations d’un quelconque service de renseignements, mais de sources particulières issues des pays du Golfe. Telle est la dernière attaque prévue en direction de Damas. Après cela, la crise syrienne prendra une autre direction [selon que l’attaque réussisse ou échoue]. Si l’attaque échoue, ce sera les élections présidentielles…

Maintenant, il est évident que les Russes sont au courant de cette opération, et là, votre attention devrait se porter sur le « pourquoi du timing » des événements en Ukraine pour les distraire, et aussi sur celui des réconciliations survenues hier [6]. Le timing est là !

Des « réconciliations piégées » que les médias nous ont données à voir d’une façon plutôt naïve : un barbu à côté d’un officier de l’armée nationale syrienne ! Certes, les réconciliations sont souhaitables pour arrêter tout ce sang qui coule ; puisque, tôt ou tard, des émissaires se mettront autour d’une table [de négociation], et trépigneront avant d’apposer leurs signatures au bas de documents, alors que les martyrs seront des morts… comme dans toutes les guerres !

M. Taoufic Choumane : S’agissant des réconciliations de Babillah… en effet, une barbe jusqu’à la poitrine !

M. Rafic Nasrallah : Oui… Le type est là, debout, comme si de rien n’était, comme si tout était normal !

M. Taoufic Choumane : Et sur une photo de l’Agence France Presse…

M. Rafic Nasrallah : Je disais que la réconciliation doit avoir lieu, mais sans ainsi heurter les parents des victimes dont le sang n’a pas encore séché, ou dont le corps n’a pas encore été identifié… Je sais que certains [Syriens] seront fâchés de m’entendre parler ainsi. Mais je le dis parce que je tiens à eux !

Rafic Nasrallah

19/02/2014

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Source : Al-Etejah TV

http://www.youtube.com/watch?v=ZUj-TeRXuxI

 

Notes :

[1] Spymasters gather to discuss Syria

http://www.washingtonpost.com/opinions/david-ignatius-regional-spymasters-make-tactical-changes-to-bolster-syrian-moderates/2014/02/18/5d69596c-98f0-11e3-b931-0204122c514b_story.html

[2] John Kerry sur la Syrie: “Il n’y a pas de solution militaire, nous sommes tous d’accord là-dessus”

http://www.huffpostmaghreb.com/2014/02/18/john-kerry-syrie_n_4808195.html?utm_hp_ref=maghreb

[3] Syrie : Dernier rempart face au chaos ?

http://www.mondialisation.ca/syrie-dernier-rempart-face-au-chaos/28555

[4] Beyrouth : Double attentat suicide contre le Centre culturel iranien`

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4301

[5] PM Netanyahu Visits IDF Base Treating Wounded from Syria

http://www.youtube.com/watch?v=5doeBEyjVDg&feature=youtu.be

[6] Photos de la réconciliation à Babillah en banlieue de Damas

https://www.facebook.com/media/set/?set=a.509640075819165.1073741896.446419208807919&type=1

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Photo : Foccart & Houphouet-Boigny, les pères fondateurs de la françafrique

Le saviez-vous? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !

Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française.

Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé: les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnée.

Le but de cet acte scandaleux était bien évidemment, d’envoyer un message clair à tous les autres colonies sur les conséquences du rejet de la France.

Le fait est que peu à peu, la peur s’empara des Élites Africaines, et après ces événements aucun autre pays ne trouva jamais le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était “Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage”.

Pour les pays nouvellement indépendant il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’ Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français :

Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française.

Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40 % du budget du pays en 1963.

Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA ( franc des colonies françaises d’Afrique ), et créa la monnaie du pays.

Le 13 Janvier 1963, trois jours après , qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission.

Le rêve de Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises.

Le 30 Juin 1962, Modiba Keita, le premier président de la République du Mali , décida également de se retirer du système monétaire FCFA ( imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants ).

En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays.

Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’ un coup d’état menée par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré.

De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus :

  • Au 1er Janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.

  • Le 3 Janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta,  aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance

  • Le 26 Octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.

En fait , au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61 % des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.

Nombre de Coups en Afrique par pays

Ex colonies françaises

Autres pays africains

Pays

Nombre de coup d’état

Pays

Nombre de coup d’état

Togo

1

Egypte

1

Tunisia

1

Libye

1

Cote d’Ivoire

1

Equatorial Guinea

1

Madagascar

1

Guinea Bissau

2

Rwanda

1

Liberia

2

Algeria

2

Nigeria

3

Congo – RDC

2

Ethiopia

3

Mali

2

Ouganda

4

Guinea Conakry

2

Soudan

5

sous-TOTAL 1

13

Congo

3

Tchad

3

Burundi

4

Central Africa

4

Niger

4

Mauritania

4

Burkina Faso

5

Comores

5

sous-TOTAL 2

32

TOTAL (1 + 2)

45

TOTAL

22

 

Comme ces chiffres le démontrent, la France est tout à fait désespérée, mais active à conserver une forte emprise sur ses colonies peu importe comment, peu importe le prix.

En Mars 2008, l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré:

«Sans l’Afrique, la France va glisser vers le bas dans le rang de troisième puissance [ du monde ] “

Le prédécesseur de Jacques Chirac François Mitterrand déjà prophétisé en 1957 que : «Sans l’Afrique, la France n’aura pas d’ histoire au 21e siècle”

En ce moment même où j’écris cet article , 14 pays africains sont obligés par la France , à travers le pacte colonial , de mettre 85% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant , en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France . Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état . Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Nous accusons souvent les dirigeants africains de corruption et de servir les intérêts des nations occidentales, mais il y a une explication claire de ce comportement . Ils se comportent ainsi parce qu’ils ont peur d’être tués ou d’être la victime d’un coup d’état. Ils veulent s’allier à une nation puissante pour se sauvegarder en cas d’agression ou de difficultés. Mais, contrairement à une protection amicale, la protection de l’Ouest est souvent offert en échange du renoncement à servir leur propre peuple ou les intérêts des nations.

Les dirigeants africains travailleraient dans l’intérêt de leur peuple s’ils n’étaient pas constamment harcelés et intimidés par les pays coloniaux.

En 1958 , effrayé des conséquences de son choix d’indépendance face à la France , Léopold Sédar Senghor a déclaré: « Le choix du peuple sénégalais, c’est l’indépendance, ils veulent qu’elle ait lieu seulement dans l’amitié avec la France , pas en litige. “

Dès lors la France a accepté qu’une « indépendance sur le papier” pour ses colonies , mais a signé en parallèle des ” accords de coopération “, précisant la nature de leurs relations avec la France, en particulier les attaches envers la monnaie ( le Franc ), le système éducatif français, les ententes militaires et les préférences commerciales.

Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

1 . La dette coloniale pour les avantages de la France colonisation

Les pays nouvellement «indépendants» doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation.

Je dois encore trouver les détails sur les montants, l’évaluation des avantages coloniaux et les conditions de paiement imposées aux pays africains, mais nous y travaillons ( nous aider avec des informations ).

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale.

La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée- Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo -Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon.

La politique monétaire régissant un tel regroupement diversifié de pays est simple car il est, géré par le Trésor français , sans en référer aux autorités fiscales centrales comme l’UEMOA ou de la CEMAC. Selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65 % de ses réserves de change dans un « compte d’opérations » tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20 % pour couvrir les passifs financiers.

Les banques centrales CFA imposent aussi un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre à l’équivalent de 20 % des recettes publiques de ce pays sur l’année précédente. Même si la BEAC et la BCEAO ont une facilité de découvert auprès du Trésor français, les traites sur les facilités de découvert sont sous réserve du consentement du Trésor français. Le dernier mot est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En bref , plus de 80% des réserves de change de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français . Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement.

Les gains de l’investissement de ces fonds du Trésor français sont censés être ajouté à la réserve de change, mais il n’y a pas de comptabilité transmise aux banques ou aux pays, ni les détails de ces modifications. « Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains. ” écrit le Dr Gary K. Busch

Il est estimé que la France gère près de 500 milliards d’argent africain dans sa trésorerie, et ne fait rien pour mettre un peu de lumière sur ce côté sombre de l’ancien empire.

La finalité reste : Les pays africains n’ont pas accès à cet argent.

La France leur permet d’accéder à seulement 15 % de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argents détenu au Trésor français.

Pour rendre les choses plus tragiques , la France impose un plafond sur le montant de l’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve . Le plafond est fixé à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter plus de 20% de leur propre argent, la France a un droit de veto.

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.

 

 

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics , les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marché étrangers sont considérés. Le fait que les pays africains pourraient obtenir une meilleure offres financière ailleurs n’est pas prit en compte.

En conséquence, dans la plupart des ex- colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

En fin de compte, comme je l’ai écrit dans un précédent article, les Africains vivent maintenant sur un continent possédé par les Européens !

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises.

La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourris des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés au pacte colonial. La France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement géré par les Français.

 

Les bases militaires françaises en Afrique


Lorsque le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a tenté de mettre fin à l’exploitation française du pays, la France a organisé un coup d’état. Durant le long processus pour chasser Gbagbo du pouvoir, les tanks français, les hélicoptères de combat et les forces spéciales sont intervenues directement dans le conflit, ont tiré sur des civils et tué beaucoup d’entre eux.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, la France estime que la communauté d’affaires française a perdu alors plusieurs millions de dollars lors de la ruée pour quitter Abidjan en 2006 (où l’armée française a massacré 65 civils non armés et blessé 1200 autres.)

Après la réussite du coup d’état par la France, et le transfère de pouvoir à Alassane Ouattara, la France a demandé au gouvernement Ouattara de verser une indemnité à la communauté d’affaires française pour les pertes pendant la guerre civile.

Du fait, le gouvernement Ouattara leur a payé le double de ce qu’ils ont dit qu’ils avaient perdu en quittant.

7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Oui , monsieur. Vous Devez parler français, la langue de Molière ! La langue française et une organisation de la diffusion de la culture a été créé. Appelé «Francophonie» qui regroupe avec plusieurs branches et organisations affiliées toutes contrôlées par le ministre français des Affaires étrangères.

Comme démontré dans cet article, si le français est la seule langue que vous parlez, vous auriez accès à moins de 4% de la connaissance de l’humanité et des idées. C’est très limitant.

8 . Obligation d’utiliser la l’argent de la France coloniale le FCFA

C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Lors de l’introduction de la monnaie euro en Europe, d’autres pays européens ont découvert le système d’exploitation français . Beaucoup, en particulier les pays nordiques, ont été consternés et ont suggéré à la France se débarrasser du système, mais sans succès.

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Sans le rapport, pas d’argent. Quoi qu’il en soit le secrétaire des banques centrales des ex- colonies, et le secrétaire de la réunion bi-annuelle des ministres des Finances des ex- colonies est effectué par la France banque centrale / du Trésor.

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays , sauf autorisation par la France

Les Pays africains en général sont ceux avec le moins d’alliance militaires inter-etat. La plupart des pays ne disposent que d’alliances militaires avec leurs ex- colonisateurs ! ( drôle, mais vous ne pouvez pas faire mieux! ).

Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France les gardent bien de le faire.

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Leur contribution est souvent ignorée ou minimisée, mais quand vous pensez que cela a pris seulement 6 semaines pour l’Allemagne pour vaincre la France en 1940, la France sait que les Africains pourraient être utiles pour conserver la « Grandeur de la France ” à l’avenir.

Il y a quelque chose de quasiment psychopathe dans la relation de la France avec l’Afrique.

Tout d’abord, la France est gravement accro au pillage et à l’exploitation de l’Afrique depuis l’époque de l’esclavage. Ensuite, il y a ce manque complet de la créativité et de l’imagination de l’élite française à penser au-delà du passé et de la tradition.

Enfin, la France dispose de 2 institutions qui sont complètement gelés dans le passé , habitées par des paranoïaques et psychopathes ” les hauts fonctionnaires ” qui répandent la crainte l’apocalypse si la France devait être amenée à changer, et dont la référence idéologique vient toujours du romantisme du 19ème siècle. Ils sont : le ministre de la Finances et du Budget de la France et le ministre des affaires étrangères de la France.

Ces deux institutions ne sont pas seulement une menace pour l’Afrique, mais pour les Français eux-mêmes.

C’est à nous que revient de libérer l’Afrique, sans demander la permission, parce que je ne peux toujours pas comprendre par exemple comment 450 soldats français en Côte d’Ivoire pourraient contrôler une population de 20 millions de personnes?

La première réaction des personnes lorsqu’ils apprennent l’existence de l’impôt colonial français est souvent une question: « Jusqu’à quand “

A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 ( près d’un siècle et demi ) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens.

Les pays africains paient la taxe coloniale depuis les 50 dernières années, donc je pense un siècle de paiement pourrait être de trop.

Mawuna  Remarque Koutonin

Article original : http://www.siliconafrica.com/france-colonial-tax/

Traduit par l’équipe communication du Collectif Map

 https://www.facebook.com/dossou.gaglozoun

 

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Ethologie de la Guerre Mondiale (1914-2014)

février 20th, 2014 by André Avramesco

Ce que le génie a pu faire soupçonner depuis longtemps devient, par la mise à portée scientifique, un savoir à la disposition de tous : certaines pages de Roger Martin du Gard (“RMG”, ancêtre spirituel et grand ami de Camus) disaient déjà, à propos du déclenchement en 1914 de la Guerre Mondiale, ce que l’éthologie politique éclaire plus simplement et terriblement aujourd’hui.

1. Comme introduction donc, l’expression littéraire : elle est tirée de L’été 1914, publié en 1936 (ici d’après les Œuvres de RMG en collection “la Pléiade”, tome 2, pp. 46-7) — c’est un révolutionnaire socialiste qui parle, fin juin 1914 :

« Le prolétariat [...] n’a ni assez de cohésion, ni assez de conscience de classe, ni assez… et cætera, — pour passer à l’offensive, et conquérir le pouvoir ! Quant au capital, vos réformistes s’imaginent, parce qu’il cède du terrain, qu’il se laissera grignoter, de réformes en réformes, jusqu’au bout. Absurde ! Sa volonté contre-révolutionnaire, ses forces de résistance, sont intactes. [...] avant de se laisser déposséder, le capital jouera toutes ses cartes ! Toutes ! Et l’une de celles sur lesquelles, à tort ou à raison, il compte le plus, c’est la guerre ! La guerre, qui doit lui rendre, d’un coup, tout le terrain que les conquêtes sociales lui ont fait perdre ! La guerre, qui doit lui permettre de désunir, et d’anéantir, le prolétariat !… Primo, le désunir : parce que le prolétariat n’est pas encore unanimement inaccessible aux sentiments patriotiques ; une guerre opposerait d’importantes fractions prolétaires nationalistes aux fractions fidèles à l’Internationale… Secundo, l’anéantir : parce que, des deux côtés du front, la majeure partie des travailleurs serait décimée sur les champs de bataille ; et que le reste serait, ou bien démoralisé, dans le pays vaincu ; ou bien facile à paralyser, à endormir, dans le pays vainqueur… »

Le reste du roman se charge de faire méditer à quel point, vivant au jour le jour, nous avons tendance à négliger le proprement politique — comment le quotidien empêche de comprendre, comment cela prend assez de temps et de conscience de manger, se loger, voyager, aimer, vivre, pour qu’on ne voie rien ou presque de ce qui n’est pas tout proche de soi : surtout quand on n’est pas doué des moyens, ni pris par l’ébriété, du pouvoir —. Mais il aura suffi de la page qu’on vient de lire pour que le lecteur tienne la ligne explicative de la guerre mondiale et une bonne part de ce qu’on est (même en 2014) capable de dire sur l’essentiel de son déclenchement : c’est là-dessus que sera ici centrée l’analyse.

2. D’abord l’arrière-plan historique, la soi-disant “montée vers la guerre” des manuels officiels, est dégagé bien au-dessus des “crises” et “affaires”, avec une clarté extrême sous les sacrifices au vocabulaire militant. On saisit sans peine le schéma en

– brutes au pouvoir voulant la guerre pour se maintenir, ici “le capital”

– et opposants parmi les plus conscients, ici “le prolétariat”.

De là très vite on va au vrai et non aux références-révérences : ce vrai, c’est que “prolétariat” est une abstraction sans consistance suffisante pour qu’on en fasse une force politique et ce n’est pas la brève tentative de parenthèse léninienne qui depuis a changé cette évidence : l’échec de la révolution aura lieu d’abord presque partout et ensuite partout. Toutefois les docteurs de la loi ont, à défaut de science, le jugement moralisant facile : Lénine se contentera de parler de “trahison” des chefs socialistes (aussi pour justifier les insupportables “21 points” qui prétendaient asservir les progressistes du monde entier au Komintern), tandis que d’autres discutailleront à perte de vue de “conscience de classe” pour “nuancer”, en fait noyer ou blanchir…

Mais la réalité humaine est faite des gens avant leurs organisations plus ou moins contraignantes, et la réalité fondamentale des êtres est éthologique : chez les socialistes en 1914, c’est celle d’humains parmi lesquels — dirigeants presque autant qu’ouvriers — les réflexes de primates, les réactions animales, sont loin d’être dominés, domptés par les éléments d’éducation, instruction, compréhension rationnelles et humanistes. Certes cette primauté de “l’instinctif” (l’intériorisation psychique profonde de l’histoire, de chacun et de tous, onto- et surtout phylo-génèse au sens propre au comportement) est encore plus forte chez les barbares déclarés, les avides de pouvoir : mais chez eux cela se traduit par l’accord politique pour la guerre, derrière leurs batailles par pions interposés ! Or en l’absence de la prise en compte éthologique, cette situation se pérennise et se renforce aujourd’hui : ainsi les tyrans par le fric constituent en 2014 la seule classe qui existe encore, très internationalement — au contraire des fumées de “classe ouvrière” dont nous bassinent des demeurés marxistes : que l’on songe par exemple, en “analyse concrète de la situation concrète”, à ce que sont aujourd’hui vis-à-vis de l’OTAN, du groupe de Bilderberg et des relations boursières informatisées, le rôle et le poids des organisations et manifestations communes d’ouvriers philippins et français, ou sud-africains et britanniques !

Alors, et comme on peut le voir tout au long de cet été 1914, l’élan (admirable mais mal guidé) des manifestations et luttes pacifistes n’a aucune chance et guère de force contre la pulsion intériorisée en grande profondeur et en inconscient, la terreur de base de s’écarter de la horde. Les ouvriers réels choisiront d’eux-mêmes d’éviter à tout prix l’accusation terrible de rejet de la horde, les ouvriers choisiront d’eux-mêmes de risquer tout plutôt que d’être vus comme traîtres (à ceux qu’ils côtoient chaque jour et par lesquels ils éprouvent les lignes fortes de leur comportement : dont la patrie) ! Tel est le schéma éthologique, telle est la description de Martin du Gard, tel est le principe d’explication pour la vérité historique.

3. Là-dessus, le cauchemar du premier août 1914 en France est décrit dans le roman tel qu’il fut, avec une hallucinante simplicité. Comme un simple rappel à l’ordre, le pouvoir va proclamer la mobilisation : la publication des affichettes demandera du papier et un peu d’encre, et elle suffira.

On va dire : avec en arrière les matraques et les fusilleurs. On aura tort : ces armes véritables de la répression ne seront pas nécessaires à ce moment-là. Le pouvoir en France se permettra même de déclarer qu’il ne tiendra pas compte des listes de suspects “gauchistes” établies par la police politique (informations tirées de l’espionnage des citoyens : Carnet B  — en fait, cette proclamation est un mensonge mais on verra plus loin), car les dirigeants comptent à juste titre sur ce que tout le monde sent bien et que les chefs savent mieux : la force du réflexe d’appartenance au clan intégré, en l’occurrence la nation. Voilà la quintessence.

On peut broder (RMG le fait, durant des centaines de pages, et il sait faire) sur

– les fluctuations de propagandes et de manœuvres des gouvernants et des opposants

– les responsabilités tour à tour évidentes et parfaitement convergentes de tous les fauteurs de guerre avec leurs astuces diplomatiques, “l’Autriche”, “la Russie”, “l’Allemagne”, “la France” ou “l’Angleterre” — en fait non pas ces pays eux-mêmes, mais leurs dirigeants véritables, plus encore que leurs gouvernements : par exemple Viviani n’est que le portier de Poincaré —

– l’assassinat de Jaurès, etc.

Mais tout ce reste est littérature, tandis qu’en fond, de toujours, longtemps avant la guerre de 1914 (ou celle du Péloponnèse), longtemps ensuite (jusqu’à nos jours), les bellicistes ont su se faire des troupes de choc en utilisant les réflexes d’agrégation animale permettant de décharger l’agressivité, contre toute protestation de raison, de justice, de paix, de liberté, de vérité, de démocratie.

Qu’on revoie seulement la figure lumineuse du vieil anarchiste (Mourlan, pp. 509 seqq.), qu’on l’écoute déclarer :

« dans ce pauvre troupeau qu’on voudrait sauver malgré lui, il y a une majorité stupéfiante de casse-cou, de batailleurs [...] qui seront les premiers à bondir sur leurs flingots dès qu’on leur aura fait croire qu’un Allemand a passé le poteau frontière [...] Chaque type, prends-le à part : c’est généralement un bon bougre [...] Mais il y a encore en lui tout un résidu d’instincts carnassiers, destructeurs [...] qu’il cache, mais qui le démangent [...] L’homme est l’homme, rien à faire ! » :

atroce de netteté et de justesse. C’est simplement aussi vrai en 1914 que depuis longtemps, ou en 2014 avec “la crise”. La lucidité jusqu’ici politiquement la plus payante, cette lucidité (pourtant partielle) qui consiste à saisir l’animalité des foules, n’est pas par nature du côté des pacifistes, et ce n’est certes pas la dialectique létale qui peut leur permettre d’agir juste : dans la réalité russe, ce n’était certes pas Lénine qui pouvait faire aboutir la Révolution ailleurs qu’entre les pattes d’un Staline et de son art cruel à mener des troupes, des troupeaux, derrière de volontiers-petits-chefs soldats comme bureaucrates. Partout,

– en Russie même (chez les Russes, dans les deux camps de la guerre civile, et chez les manipulateurs des armées étrangères à la Pétain-de Gaulle ou Intelligence Service voire “organisations humanitaires” des éternels Etats-Unis : peu savent le rôle de ces “Occidentaux” dans les horreurs des armées blanches, de la réaction)

– bientôt en Allemagne (malgré Rosa Luxemburg, la plus lucide, et le plus douteux Liebknecht)

– puis en France comme en Angleterre ou en Autriche puis en Italie puis jusqu’au Japon et au contraire des illusions d’humanistes, la guerre fera bien sûr revenir le pouvoir, cent fois plus fort, à tous ceux qui étaient “seulement” traîtres à l’humanité, traîtres aux peuples et à presque tous les êtres mais qui savaient tirer profit des divisions par langues, nations, etc. et reprojeter l’accusation primaire, primate, de trahison, contre les défenseurs de la morale humaine universelle (“internationale”).

4. Les vrais vainqueurs et les vrais vaincus de 14-18 sont à voir là :

– les vainqueurs, ceux qui savaient comment on manie les forces historiques, les habitués de politique (non par intelligence, mais par expérience du pouvoir)

– et les vaincus — dont les hâbleurs d’analyse concrète de situation concrète, en fait pressés d’accuser ceux qui cherchaient à comprendre plus avant : ainsi même parmi les humanistes, ce sont les moins lucides et les plus féroces qui l’emportaient, parce qu’en bons “chefs” ils n’hésitaient pas à faire jouer les haines de trahison contre les opposants, “individualiste petit-bourgeois social-traître” — !

5. Comme toujours, le tableau de vérité ainsi brossé fera d’abord contre lui une large unanimité, pour toutes les déraisons affectives possibles : par exemple des arguties sur le thème que tant d’horreur ne peut être que cause de “démobilisation” (“des masses”, évidemment). Mais comme toujours aussi, après la constatation commencent au contraire les possibles de dépassement et de lutte. Car le schéma de compréhension éthologique, qui explique l’échec de 1914-2014, donne en même temps les moyens des succès accessibles aujourd’hui : c’est à cela que l’on doit s’attacher. Il faut simplement préciser.

On peut examiner d’abord les raffinements du pouvoir, en mensonges et en décisions, par exemple en France l’affaire effleurée ci-dessus du Carnet B : dans sa pratique, le pouvoir n’a pas manqué de décimer les peuples avec raffinement

– non seulement en envoyant au massacre et au découragement tous les soldats et déjà plus spécialement, par les conseils de guerre, ceux qui restaient attachés à un minimum de respect de la vie — souvent simples révoltés, sur place, des boucheries inimaginables d’inutilité et de sadisme (Nivelle) —

– mais en envoyant préférentiellement en première ligne (et les comptes rendus d’opérations montrent clairement ce que cela veut dire) tous ceux suspectés de lutte anti-capitaliste avant la guerre : ceux repérés par le Carnet B, justement !

C’est ainsi que les maîtres de forges en France, collabos de leurs collègues et cousins de l’autre côté du Rhin, ont pu décapiter pour longtemps l’opposition ouvrière, avant de recommencer en 1940. Nous subissons encore les traces de ces crimes, et l’interdiction gouvernementale demeure de les dénoncer, de par l’institution judiciaire : en France après la Libération, c’est Maurice Kriegel qui fut condamné pour avoir tenté de rappeler dans son journal (Action) ce qu’étaient les Wendel et leurs héritiers, en 1914 comme en 1940 ; et en 2014, Ernest Seillière, “patron des patrons” français aux pires moments de la “mondialisation”-dérégulation-extension du chômage etc., nullement assagi depuis, est fils d’une Wendel !

6. On peut éclairer plus haut et plus loin. Ainsi aujourd’hui, la guerre n’a absolument pas, en France et généralement en Europe, la même prégnance qu’en juillet-août 1914 : or la manipulation des peuples réussit encore presque aussi complètement. Cela prête à rire d’entendre dire “c’est les media” : car enfin quoi, pourquoi ça marche, les média ? question rare… et en attendant, l’emprise du pouvoir continue à ridiculiser les tentatives démocratiques — qui se multiplient pourtant : toute une presse alternative lutte contre des ordures plus ou moins proches des centres de la finance internationale, depuis ses vrais patrons jusqu’aux journaleux-putains-mentales, en passant par les fantoches et marioles des présidences de République ou de Conseil et des parlements-croupions. Mais malheureusement : même en sites alternatifs, on ne parle pas des réflexes animaux des foules ! Autrement dit, pour le moment mais encore de façon pérennisée, les dirigeants savent bien mieux la manipulation du comportement humain (l’éthologie humaine et notamment politique) que leurs adversaires progressistes en fait depuis 1914 ces dirigeants ont même beaucoup avancé dans leurs techniques, tandis qu’en face les progressistes ont régulièrement régressé —.

De ce constat d’évidence vient l’évidence des issues, dans la lutte pour la démocratie : il faut d’abord dénoncer les brutes criminelles au pouvoir comme guidées et guidant par réflexes animaux, inhumains. C’est de cela qu’il est grand temps que les progressistes s’aperçoivent. C’est cela qui doit être au centre des travaux pour le progrès et la mémoire, l’expérience, l’histoire, l’action. C’est ainsi qu’on devient capable de saisir les procédés qui permettent de surpeupler notre Terre de misère, qui enfoncent dans guerres, massacres et esclavages en 2014, alors que les techniques industrielles, agricoles, médicales, de communication sont encore cent fois plus développées qu’après 1945 — où cinq années suffirent pour effacer les terribles ruines de l’Europe —. Tant qu’on proteste de foi théologique ou dialectique au lieu d’apprendre et enseigner la connaissance à laquelle en fait l’humanité presque entière aspire, la conscience de son identité universelle d’espèce, on ne fait que se ranger dans le jeu des cupides de pouvoir : il faut sortir de cette déviance, et pour cela  montrer l’énorme pesanteur de l’animalité dans l’histoire !

C’est le rôle de l’éthologie. Ainsi la confrontation des derniers chapitres de “On Aggression”, de Konrad Lorenz, à l’analyse de Martin du Gard, éclaire inimaginablement les déclarations de guerre : pour leur déclenchement, surtout en s’aidant de la multiplication des effets éthologiques par mouvements grégaires, il faut surtout désigner un ennemi — les gourous fascisants le savent, et s’en servent. C’est évidemment pareil aujourd’hui : entre mille exemples, un bon et triste article publié ces jours ici et là sur les sites alternatifs demande, à propos de l’islamophobie, “pourquoi tant de haine ?” mais bien sûr, parce que les diviseurs d’humanité en vivent !

Si les cannibales sociaux demeurent — s’ils peuvent encore accaparer les richesses et étendre la misère dans un monde potentiellement de plus en plus accueillant et dont on peut très bien gérer la population —, c’est qu’ils font se décharger l’agressivité chez les pauvres de façon que les pauvres s’entretuent ; et pour cela partout, toujours, hypocritement sous prétexte de religion d’amour ou ouvertement sous prétexte de nation ou de race, ils instillent la haine, la haine, la haine : qu’on la retourne donc enfin contre eux !

Il y a, bien sûr, des finesses et des perfectionnements. Mais Lorenz a raison de souligner qu’au départ il y a la désignation de l’ennemi. Il faut en reparler, compléter et diffuser de telles analyses, unir dans le savoir, en faire force. C’est désormais à portée de main. On s’en occupe déjà. Qui veut y aider ?

 André Avramesco

 

On trouvera des compléments dans : http://www.mondialisation.ca/comment-les-progressistes-ont-ete-distances-sur-larrierisme-dans-des-domaines-vitaux-du-savoir/5365038

et on peut  contacter l’auteur à partir du blog : http://effetsetfaits.blogspot.fr/

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Stratégie de la tension au Venezuela

février 20th, 2014 by Maurice Lemoine

Tout commence, en apparence, dans l’Etat de Táchira. Le 6 février, au terme d’une manifestation théoriquement convoquée pour protester « contre l’insécurité », un groupe de quelque 80 étudiants cagoulés incendie la guérite de la résidence du gouverneur, brise le portail et s’en prend violemment au bâtiment, avec un solde de onze blessés, dont neuf policiers. Dans les jours qui suivent, réclamant la libération des personnes arrêtées lors de ces désordres, d’autres manifestations se déroulent dans l’Etat de Mérida, débouchant à leur tour sur des actes de violence et de nouvelles détentions. Le 12 février, les événements s’emballent et prennent une tournure dramatique : à Caracas, une nouvelle démonstration se termine, devant l’immeuble du Ministère public (le siège du pouvoir judiciaire), par de violentes échauffourées qui font trois morts par armes à feu et plus de 60 blessés.

Les chocs entre « étudiants » et forces de l’ordre reprennent de plus belle le 15 février, près du Parque del Este, dans la capitale, où la journée de « protestation civique » se termine par de multiples dégradations et la mise à sac, par des groupes de choc, de stations de métro [1]. Le lendemain, c’est sur la place Altamira – bastion emblématique de l’opposition depuis la tentative de coup d’Etat d’avril 2002 contre Hugo Chávez – et devant les locaux de la chaîne nationale Venezolana de Televisión que les contestataires établissent leurs quartiers, avec, en corollaire, pour leur répondre, un classique déluge d’armes non létales – gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc.

Ce qui, quelques jours auparavant, avait débuté comme une banale fronde étudiante a, entre temps, changé de nature. Avec pour chefs de file Leopoldo López, coordinateur national du parti Volonté populaire et ex-maire de Chacao (un quartier chic de Caracas), la députée María Corina Machado, très appréciée dans les secteurs les plus radicaux, ainsi que le maire « social-démocrate » du grand Caracas, Antonio Ledezma, les dirigeants de l’opposition appellent au soulèvement contre le régime « autoritaire », « corrompu » et « incompétent » du président Nicolas Maduro. Ce que d’aucuns nomment déjà avec gourmandise « le printemps vénézuélien » vient-il de commencer ?

Le pays traverse une période délicate, nul n’en disconvient. Insécurité, pénuries (dont la très médiatisée absence de papier toilette dans les rayons des supermarchés), marché noir et surtout inflation galopante (56 % en 2013) y ont, ces derniers temps, semé, selon le camp où le citoyen se situe, l’inquiétude ou l’exaspération.

Un contrôle des changes ayant été instauré en 2003 par Chávez pour empêcher la fuite des capitaux, les Vénézuéliens qui ont besoin de dollars pour importer ou voyager à l’extérieur doivent passer par un organisme d’Etat et les acheter à un prix imposé, nommé « préférentiel ». La quantité de dollars disponibles à ce taux étant restreinte, alors que la demande demeure importante, un marché noir a surgi, sur lequel la monnaie américaine se négocie à des prix faramineux – jusqu’à douze fois le taux officiel de 6,3 bolivars par dollar. « Ce qui a réellement poussé l’inflation, il y a près d’un an, explique l’économiste Marc Weisbrot, co-directeur du Center for Economic and Policy Research, à Washington,fut la réduction de l’octroi de dollars pour le marché extérieur. Ceux-ci ont été réduits de moitié en octobre 2012 et pratiquement éliminés en février 2013. De sorte que beaucoup d’importateurs ont dû acheter davantage de dollars au marché noir. C’est de là qu’est venu le pic d’inflation [2]. »

Dans l’analyse du phénomène, beaucoup en sont restés là, pointant du doigt la responsabilité ou l’incompétence des cercles dirigeants au sein desquels, de fait, se déroule un débat – ouverture, poursuite de la même politique, radicalisation ? – sur les mesures à prendre pour mettre un terme à ces distorsions [3]. Mais bien peu ont mis l’accent sur la partie immergée de l’iceberg : comme au Chili, au cours des mois qui ont précédé le renversement et la mort de Salvador Allende, c’est bel et bien une entreprise de déstabilisation économique qui fait tanguer le Venezuela.

En novembre 2013, l’affluence populaire pour acheter « à des prix justes » les produits électroménagers de la chaîne Daka, après que, occupée par le gouvernement, elle ait vu ses biens confisqués à Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia, a mis un coup de projecteur sur les méthodes utilisées pour spéculer, saboter l’économie, ou les deux à la fois : après avoir obtenu plus de 400 millions de dollars publics, de 2004 à 2012, pour importer ces biens à bas prix, Daka pratiquait une surfacturation pouvant aller jusqu’à 1 000 % en les revendant. Au même moment, une inspection du magasin d’électronique et d’audio-visuel Pablo Electronica détectait une augmentation injustifiée des tarifs (de 400 à 2000 %). On pourrait remplir des pages entières d’exemples, tant ils sont légion. Dès lors, dans son offensive contre « la guerre économique », le pouvoir a mis en place un plan ambitieux de régulation des prix des biens et des services, et en a incontestablement récolté les fruits : le 8 décembre, alors qu’on les disait (ou croyait, ou souhaitait) moribondes, les forces chavistes remportaient les élections municipales, prenant ou conservant 76,42 % des mairies du pays (256municipios) et devançant la Plateforme d’unité démocratique (MUD : 22,69 %, 76 municipios) de plus d’un million de voix. Depuis, la « Loi organique des prix justes », entrée en vigueur le 11 janvier 2014, limite les marges bénéficiaires sur les biens et les services à 30 %.

De quoi augmenter les pénuries s’insurgent les opposants et les économistes libéraux ! Mais quelles pénuries ? Pas un jour ne se passe sans que, comme le 5 février, dans l’Etat de Táchira, les autorités ne découvrent 939,2 tonnes – 939,2 tonnes ! – de riz, sucre, beurre, lait, café, huile, etc., dissimulés dans des entrepôts et soustraits aux rayonnages des magasins. Pas un jour ne s’écoule sans que, comme le 8 février, dans le Département d’Apure, on ne saisisse 32 tonnes d’aliments – et 4 992 rouleaux de papier hygiénique ! – destinées à partir en contrebande vers la Colombie. Ce même 8 février, le superintendant Luis Mota Domínguez informait que venaient d’être trouvés, dans trois dépôts de la Distribuidoras y Ensambles de Venezuela, située à Valencia (Etat de Carabobo), plus de 49 000 appareils électroménagers – machines à laver, cuisinières, réfrigérateurs, etc. – importés depuis plus de trois ans grâce aux millions de dollars « préférentiels » octroyés par le gouvernement. Alors des pénuries, effectivement, et pour cause, il y en a.

L’opinion ainsi travaillée par ces séquences de film catastrophe, l’opposition peut passer (ou re-passer) à l’action. Regroupée au sein de la MUD, elle n’a pas accepté la victoire de M. Maduro à l’élection présidentielle d’avril 2013, avec 50,66 % des voix. Cette marge étroite incita le candidat battu pour la deuxième fois en six mois [4], M. Henrique Capriles Radonski, à refuser de reconnaître le verdict des urnes et à lancer ses partisans dans une campagne de « désobéissance civile » qui provoqua onze morts et des dizaines de blessés. Washington ne donnant plus le « la » dans la région, depuis la naissance de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et de la Communauté des Etats latino-américains et caraïbes (Celac), la campagne internationale entreprise sur le thème de la « fraude électorale » ne donna pas les résultats escomptés et cette poussée de violence s’interrompit momentanément.

Toutefois, pariant sur la panique suscitée, y compris au sein des milieux populaires, par la déstabilisation de l’économie, par l’annonce ou l’invention des pénuries, la droite dure pensait pouvoir donner le coup de grâce à la révolution bolivarienne à l’occasion des élections municipales du 8 décembre dernier. Elle les transforma en plébiscite et en vote-sanction contre la gestion de M. Maduro. Pari perdu. Au fil des mois, en gouvernant d’une main ferme, celui-ci a su se vêtir de la légitimité dont il ne jouissait pas forcément au début de son mandat. Après cette quatrième défaite en quelques mois [5], la perspective de reprendre le pouvoir se ferme à nouveau pour la droite : dans un pays accoutumé à voir se succéder les scrutins, il n’y aura plus d’élections avant les législatives de fin 2015 et un éventuel référendum révocatoire en 2016 !

Attendre, une fois de plus ? De la démocratie, certains secteurs de l’opposition vénézuélienne ont une conception toute particulière. Tout comme M. Leopoldo López, Mme María Corina Machado considère que, pour provoquer « le naufrage du régime », il n’est plus possible de respecter le calendrier électoral. C’est donc avec le slogan « la salida » (« la sortie ») que l’un et l’autre appellent à l’insurrection. En avril 2002, déjà, M. López a activement participé au coup d’Etat (raté) contre Hugo Chávez et figure sur la liste des signataires du décret qui, à l’instigation du bref dictateur, le patron des patrons Pedro Carmona, a alors dissous le Congrès et tous les pouvoirs constitués. Accusé d’irrégularités administratives lorsqu’il était maire de Chacao, il a été jugé en 2008 et s’est vu interdire toute postulation à une charge publique jusqu’en 2014. Comme lui (qui se voit en « président de transition »), Mme Machado (qui se rêve en « première présidente » du Venezuela), multiplie les contacts, en Colombie, avec l’ex-président Alvaro Uribe ou ses proches, ainsi qu’aux Etats-Unis où la visite qu’elle fit le 31 mai 2005, dans le Bureau ovale, au président George Bush, n’est pas passée inaperçue.

Leopoldo Lopez et Alvaro Uribe, 15 décembre 2011. (DR)
Leopoldo Lopez et Alvaro Uribe, 15 décembre 2011. (DR)

On notera au passage que l’offensive des secteurs extrémistes que l’un et l’autre représentent a, outre l’objectif de chasser M. Maduro du pouvoir, celui de mettre sur la touche M. Capriles, deux fois vaincu à la présidentielle et accusé de mollesse dans ses campagnes et la contestation des résultats. Dans le cadre de la lutte féroce qui se livre au sein de la MUD pour le contrôle de l’opposition, ce dernier fait le grand écart, se montrant (relativement) critique quant à la tactique de mobilisation de Volonté populaire, afin de conserver l’électorat de droite plus modéré, sans se couper totalement – « Nous sommes différents, mais nous sommes solidaires » – des radicaux. Avec même, parfois, quelques éclairs de lucidité : « Si le peuple humble ne participe pas [aux manifestations]a-t-il déclaré lors d’une interview donnée à CNN [6], ce serait mentir à ceux qui ont un espoir, à ceux qui sortent pour marcher, ce serait leur mentir que de leur dire qu’ils vont trouver la solution [la fameuse « salida »] du jour au lendemain. »

S’il est parfaitement vrai que comparaison n’est pas raison, et que la paranoïa n’est pas bonne conseillère, on ne peut manquer de noter les similitudes entre l’actuelle escalade et l’enchaînement des événements qui ont mené au coup d’Etat d’avril 2002. En ce sens, les trois morts du 12 février attirent l’attention. D’après les premiers éléments de l’enquête, tous trois, comme nombre des victimes d’il y a douze ans, ont été abattus d’une balle dans la tête ; politiquement aux antipodes, deux d’entre eux, l’opposant Bassil Da Acosta et le militant chaviste Juan Montoya, ont été tués, à proximité l’un de l’autre, par la même arme, dans le quartier de La Candelaría. On se souvient que le 11 avril 2002, des francs-tireurs tirant à la fois sur les manifestants de l’opposition et sur les « bolivariens » avaient chauffé les esprits à blanc, créé la confusion, et permis au groupe d’officiers félons ayant organisé cette opération de type militaire de renverser Chavez, accusé d’avoir donné l’ordre de tirer sur ses opposants [7].

Comme à l’époque on accusait les Cercles bolivariens – organisation populaire, d’essence pacifique, soutenant la révolution – d’être à l’origine de ces assassinats et d’agir comme les chemises noires de Mussolini, les « colectivos » (collectifs), organisations de base issues des quartiers populaires, sont aujourd’hui mis en cause, présentés comme des « bandes de délinquants protégées et armées par le chavisme » – quand ce n’est pas comme des « Tontons macoutes », ainsi que l’a fait El País, le 18 février [8].

Imité par beaucoup, ce quotidien espagnol avait, à l’époque, pendant l’incarcération de Chávez, du 11 avril au soir au 13 en fin d’après-midi, célébré le coup d’Etat : « L’armée, poussée par la rue, a mis un point final au rêve d’une rhétorique révolution bolivarienne menée par un ex-golpiste qui, après avoir gagné les élections, s’est transformé, depuis le pouvoir, en un autocrate dangereux pour son pays et le reste du monde (…) La goutte qui a fait déborder le vase et a soulevé les militaires a été la répression déclenchée par la police et les francs-tireurs fidèles à Chávez, qui ont causé quinze morts et une centaine de blessés au troisième jour d’une grève générale qui a uni paradoxalement syndicats et patrons [9].  »

Douze ans plus tard, unie dans sa même détestation de la gauche latino-américaine, en général, et de la vénézuélienne en particulier, l’internationale médiatique a été rejointe par la nébuleuse des « réseaux sociaux » qui, de tweet en retweet, à coups de photos de répression sanglante et de torture prises sous d’autres cieux, mais attribuées au gouvernement bolivarien, s’activent à le délégitimer [10].

Enfin, mais faut-il le préciser, ce n’est plus le président George W. Bush qui y va de son coup de pouce aux séditieux, mais l’administration de M. Barack Obama. En réponse au secrétaire d’Etat John Kerry, qui a condamné la « violence insensée » exercée contre les manifestants, le ministre des Affaires étrangères Elías Jaua a notifié le 17 février à trois diplomates américains en poste à Caracas – au… service des visas – qu’ils avaient 48 heures pour quitter le pays au motif de leur participation « àl’organisation et la promotion de groupes qui ont tenté de générer de la violence au Venezuela  »« Ce sont des fonctionnaires qui vont dans les universités, a précisé le président Maduro. Nous les avons surveillés pendant des réunions dans des universités privées, ces deux derniers mois [11]. »

Alors que, deux jours auparavant, dans le centre de la capitale, des dizaines de milliers de Vénézuéliens, parmi lesquels des colonnes de jeunes et d’étudiants des Universités publiques, défilaient pour l’appuyer, le chef de l’Etat a assuré qu’il ferait poursuivre de la même manière « les opposants et les chavistes qui recourraient à la violence [12 ». Sous le coup d’un mandat d’arrêt pour celles du 15 février et pour ses appels à la sédition, et passé à la clandestinité, M. López est réapparu le 18 février, à la tête de manifestants « vêtus de blanc », pour aller déposer une pétition au ministère de l’Intérieur et de la Justice. Au terme de cette manifestation non autorisée, qui s’est néanmoins déroulée sans incidents dans l’est de Caracas, il s’est spectaculairement rendu à des fonctionnaires de la Garde nationale, avant d’être emmené dans un véhicule de police, non sans avoir dénoncé « une justice injuste et corrompue ».

Au même moment, les travailleurs de la compagnie pétrolière nationale PDVSA manifestaient eux aussi dans le calme, jusqu’au palais présidentiel de Miraflores, où M. Maduro appela à la paix. Toutefois, la production de « martyrs » permettant de dénoncer « la répression » et de se poser en victime devant l’opinion internationale, nul ne peut exclure que de futures provocations n’endeuilleront pas le pays. C’est ainsi que, au cours de la manifestation précitée, M. Maduro a lancé une très grave accusation –« Nous avons reçu l’information que la droite, la plus extrême droite de Miami et du Venezuela (…) a mobilisé des groupes pour le [Leopoldo López] chercher et le tuer afin de créer une crise politique et déclencher une guerre civile au Venezuela. » – avant de préciser que le gouvernement garantit l’intégrité physique de l’opposant. Trouvant l’histoire « trop belle pour être vraie », d’aucuns, sans aucun doute, hurleront à la loufoquerie ou à la manipulation. Toutefois, devant une caméra de CNN, l’épouse de M. López n’a pas démenti l’information : « Le gouvernement s’est montré préoccupé par cette situation et a pris contact avec la famille pour assurer la sécurité de Leopoldo [alors dans la clandestinité], et c’est ce qui a été fait » Qu’on se souvienne du 11 avril 2002 : pour arriver à leurs fins, les factieux n’ont pas hésité à faire tirer sur leurs propres partisans, utilisés comme chair à canon.

En attendant, dans l’après-midi du 18 février, des groupes criminels ont tiré sur une coopérative textile « chaviste », à Los Cortijos (Etat de Miranda), faisant un mort et plusieurs blessés. A Valencia, c’est une marche de l’opposition se dirigeant vers la Plaza de Toros qui s’est terminée avec huit blessés par balles. A Barquisimeto, le central téléphonique a été incendié…

Ce qu’on appelle la stratégie de la tension.

Maurice Lemoine


Caracas, manifestation d’appui à la révolution bolivarienne, 15 février. (DR)

NOTES

[1] Voir la vidéo disponible sur http://www.aporrea.org/oposicion/n245262.html

[2]  The Guardian, Londres, 7 novembre 2013.

[3] Le 22 janvier, le gouvernement a annoncé l’activation d’un nouveau système de change, avec deux prix différents pour la devise : un taux préférentiel de 6,30 bolivars pour 1 dollar pour les éléments prioritaires et un taux maximum fixe pour les offres du Système Complémentaire d’Administration des Devises (SICAD) consacrées à d’autres aspects non prioritaires : voyages à l’étranger, cartes de crédit, lignes aériennes, envois familiaux, investissement étranger et réassurances.

[4] Le 7 octobre 2012, il avait déjà été battu par Hugo Chavez (55,07 % contre 44,31 % des voix). Malade d’un cancer, le président élu décédera le 5 mars 2013.

[5] Aux défaites subies aux deux présidentielle et à la municipale, il convient d’ajouter celle des régionales de décembre 2012, alors que le président Chávez luttait contre le cancer : le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) y remportait vingt Etats sur vingt-trois, la MUD n’en dirigeant plus que trois – Lara, Amazonas et Miranda, avec comme gouverneur Henrique Capriles dans ce dernier cas.

[6] « Capriles acusa a López de reeditar fracaso de la oposición por falta de apoyo popular », Correo del Orinoco, 18 février 2014.

[7] Lire « Chávez sauvé par le peuple », Le Monde diplomatique, mai 2002.

[8] Tout comme en 2002, des militaires et policiers hostiles au pouvoir en place avaient participé au golpe, on ne peut exclure, au vu des éléments et vidéos rassemblés par le quotidien Últimas Noticias, que des policiers du Service bolivarien des renseignements (Sebin), échappant à leur hiérarchie, soient impliqués dans les événements tragiques du 12 février. Une enquête est en cours, demandée par le président Maduro.

[9] Editorial « Golpe a un caudillo », El País, 13 avril 2012.

[10] Voir à cet égard les exemples qui accompagnent l’article de Romain Migus, « Coup de projecteur sur les zones d’ombre médiatiques », Venezuela Infos (http://venezuelainfos.wordpress.com/), 18 février 2014.

[11] Le Monde.fr avec AFP et Reuters, 17 février 2014.

[12] BBC Mundo, Londres, 16 février.

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Le 19 février 1964, les soldats français écrasèrent un coup d’Etat dans l’ex-colonie du Gabon, un jour après que le gouvernement de son allié proche, Léon M’ba, était renversé sans faire un seul mort. Au moins 18 Gabonais furent tués et 40 autres blessés par l’attaque française. M’ba venait de dissoudre le Parlement et avait interdit aux politiciens de l’opposition de se présenter aux prochaines élections législatives.

Ce coup d’Etat eut lieu à Libreville, capitale du Gabon, le 18 février, mené par un groupe d’officiers qui annoncèrent avoir formé un « conseil révolutionnaire. » Ils proclamèrent président le principal rival de M’ba, Jean-Hilaire Aubame. Aubame était favorable à une « africanisation » plus rapide, éliminant les conseillers français des positions d’autorité, et manifestait un intérêt de pure forme au « socialisme. » Immédiatement, les troupes françaises furent envoyées au Gabon depuis le Sénégal et le Congo voisins, également d’anciennes colonies françaises. Ces renforts rejoignirent une garnison française de 150 soldats au Gabon, pays qui faisait auparavant partie de l’Afrique équatoriale française. Ce fut plus que suffisant pour venir à bout de la maigre armée gabonaise d’environs 400 soldats.

Officiers des armées française et gabonaise

Le gouvernement de Charles De Gaulle affirma avoir agi en conformité avec un pacte signé avec le Gabon, M’ba était obstinément pro-français, et s’était en fait opposé à l’indépendance du Gabon. Le véritable objectif était de protéger les intérêts économiques de la France, dont d’importants gisements pétroliers en mer, des gisements de manganèse considérés à l’époque comme parmi les plus importants au monde, et du bois. L’impérialisme français cherchait également à faire un exemple du Gabon à l’attention de ses autres ex-colonies, et à regagner une certaine « crédibilité » après ses défaites humiliantes en Algérie et au Vietnam.

Depuis décembre 1962, des coups d’Etat ou tentatives de coup d’Etat s’étaient produits dans de nombreuses colonies françaises : le Sénégal, le Togo, la Côte d’ivoire, la République du Congo, et le Dahomey [actuel Bénin]. Des coups d’Etat et des troubles avaient également eu lieu dans les anciennes colonies britanniques du Kenya, la Tanganyika et le Zanzibar [Tanzanie actuelle], l’Ouganda, et le Ghana (ou le président Kwame Nkrumah survécut à cinq tentatives d’assassinat depuis 1962), pendant que l’Éthiopie et la Somalie étaient impliquées dans des escarmouches frontalières et qu’au Congo belge [Zaïre puis renommé République démocratique du Congo], le régime pro-occidental établi après le meurtre de Patrice Lumumba commis avec l’aval de la CIA en 1961, était engagé dans une guerre contre-insurrectionnelle. Tel était l’état de l’« indépendance » en Afrique sub-saharienne en 1964.

« Bien sûr que les coups d’Etat sont illégaux, » commenta un membre de l’opposition gabonaise. « Mais peut-ont parler de liberté pour un pays, quand une puissance étrangère est le seul arbitre pour décider si un coup d’Etat est populaire ou ne l’est pas ? »

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Les heurts violents entre la police et les manifestants hier 19 février à Kiev marquent une escalade de la campagne de l’opposition pro-occidentale pour faire tomber le président ukrainien Viktor Yanukovitch. L’opposition, soutenue par les gouvernements des États-Unis et de l’Allemagne, cherche à installer un régime d’extrême-droite déterminé à intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne et à appliquer ses exigences de mesures d’austérité.

Des combats de rue sanglants ont éclaté quand les manifestants de l’opposition se sont dirigés vers le Parlement, demandant qu’il vote une loi prévue pour réduire les pouvoirs de Yanukovitch. Quand le vote leur a été défavorable, les partisans de l’opposition ont attaqué le siège du Parti des régions au pouvoir. Des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants et se sont propagés dans toute la ville.

Ces troubles sont les plus sanglants depuis que les manifestations pro-UE ont commencé il y a trois mois. Les derniers reportages indiquent qu’au moins 19 personnes ont été tuées, parmi la police et les manifestants. Des centaines, peut-être des milliers, de personnes ont été blessées, dont 200 au moins sérieusement.

Les manifestants de l’opposition, dont beaucoup sont affiliés au parti néo-fasciste Svoboda et à d’autres groupes d’extrême-droite, semblaient lourdement armés. L’une des organisations fascisantes impliquées, Secteur droit, appelait tous ceux qui ont des armes à les amener sur la Place de l’Indépendance et à engager le combat avec les autorités.

Les scènes filmées par les médias montrent des manifestants anti-gouvernement, dont certains portaient des casques arborant des symboles fascistes, tirant avec des fusils et de petites armes sur la police, et lançant des cocktails Molotov. Durant l’assaut du siège du Parti des régions, ils ont tué au moins un employé de bureau. Plusieurs gendarmes auraient été faits « prisonniers » avant que les forces du gouvernements ne reprennent le contrôle du bâtiment.

Les dirigeants de l’opposition ont appelé les partisans à continuer le combat. Vitali Klitschko, chef du parti UDAR (Coup de poing), qui a des liens étroits avec l’Etat allemand, a dit de manière démagogique aux manifestants : « Nous ne partirons pas d’ici. C’est un îlot de liberté, nous le défendrons. » Des heurts violents ont continué tout au long de la nuit et tôt le mercredi matin, paralysant la ville.

Les scènes sanglantes à Kiev sont le résultat direct de la campagne menée par les États-Unis et l’Allemagne pour faire tomber Yanukovitch après qu’il a rejeté des propositions pour établir des liens plus étroits avec l’UE et signé un accord avec la Russie acceptant une aide financière. Dans leurs efforts pour retirer l’Ukraine de l’orbite de Moscou et isoler la Russie, Washington et Berlin travaillent ouvertement avec les partis d’extrême-droite.

Victoria Nuland, haute responsable du ministère des Affaires étrangères, a rendu visite à plusieurs reprises aux dirigeants de l’opposition en Ukraine, dont le chef du parti Svoboda, Oleh Tyahnbok. La fuite d’appels téléphoniques entre Nuland et l’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pratt, a révélé l’étendue de la gestion minutieuse par Washington des dirigeants de l’opposition afin d’installer un nouveau régime fantoche. (lire : L’opération américaine de changement de régime révélée par la divulgation d’un appel téléphonique).

Les manifestations et la violence à Kiev font suite à une réunion à Berlin lundi dans laquelle les dirigeants de l’opposition Klitschko et Arseniy Yatsenyuk ont demandé à des hauts responsables allemands, dont la Chancelière Angela Merkel, de leur accorder un soutien plus grand, et notamment de pousser à des sanctions contre le gouvernement ukrainien.

Lundi également, la Russie a accepté d’acheter 2 milliards de dollars d’obligations ukrainiennes, donnant au régime de Yanukovitch une bouffée d’air frais probablement mal accueillie par les cercles de l’opposition, ainsi que par Berlin et Washington.

Dans la foulée des heurts à Kiev, les États-Unis, l’Allemagne, et l’UE ont immédiatement accusé Yanukovitch et fait monter d’un cran la pression pour son départ. Le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré : « Quiconque est responsable de décisions risquant d’entraîner de nouveaux bains de sang dans le centre de Kiev et ailleurs en Ukraine devrait s’attendre à ce que l’Europe reconsidère les réserves qu’elle a pu avoir antérieurement quant à l’imposition de sanctions individuelles. »

D’après une déclaration de la Maison Blanche, le vice-président Joe Biden a contacté le régime ukrainien pour exprimer les « graves inquiétudes » de Washington concernant la violence et « dire clairement que les États-Unis condamnent la violence de n’importe quel camp, mais que le gouvernement porte une responsabilité particulière pour calmer la situation. »

La réponse des États-Unis et de l’Allemagne signalent une intensification de la volonté impérialiste d’installer un régime fantoche à Kiev et de transformer l’Ukraine en un bastion pour de nouvelles provocations et intrigues visant à démembrer la Russie elle-même et à la réduire à une semi-colonie dépendante. La promotion de nationalistes ukrainiens de droite fait partie d’une stratégie plus large d’exploitation des nombreuses divisions ethniques, nationales et religieuses au sein de l’ex-Union soviétique pour s’assurer leur domination sur la région.

La subordination de l’Ukraine est l’une des ambitions géostratégiques de longue date de l’impérialisme allemand, qui remonte à la Première Guerre mondiale. La politique actuelle agressive de l’Allemagne à l’égard de l’Ukraine coïncide avec un renouveau du militarisme allemand. Lors de la récente Conférence sur la sécurité à Munich, de haut responsables allemands ont affirmé que le temps est venu pour Berlin d’abandonner les limites et restrictions d’après-guerre qui lui avaient été imposées concernant l’usage de la force militaire.

Depuis plus de vingt ans, soit depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l”impérialisme américain poursuit sans relâche une stratégie consistant à affaiblir et isoler la Russie. Depuis les guerres en Yougoslavie de 1990, Washington encourage et soutient les prétendues révolutions colorées dans les anciennes républiques soviétiques. Il a envahi l’Afghanistan pour établir une base d’opération en Asie centrale et cherché, par des sanctions et des menaces militaires, à mener un changement de régime en Iran et en Syrie, meilleurs alliés de la Russie au Moyen-Orient.

La capacité de l’impérialisme à intervenir agressivement est la conséquence directe de la dissolution de l’URSS, de la restauration du capitalisme et de l’ouverture des anciennes républiques soviétiques au pillage des corporations transnationales mondiales. En s’opposant à l’intervention impérialiste actuelle en Ukraine, il ne faut accorder aucun soutien politique à Yanukovitch ou au président russe Vladimir Poutine, qui représentent des oligarques avides et corrompus, qui se sont enrichis aux dépens de la classe ouvrière.

L’unique force sociale capable de s’opposer aux intrigues impérialistes, aux menaces militaires et à la course à la guerre, est la classe ouvrière. Il faut commencer par rejeter toutes les formes de nationalisme et mener une lutte politique pour unifier les travailleurs d’Ukraine avec leurs frères et sœurs de classe à travers toute l’Europe, la Russie et internationalement. Cela exige une lutte commune pour abolir le système capitaliste en faillite et établir une économie mondiale planifiée qui réponde aux besoins sociaux urgents de tous.

Olivier Campbell et Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 19 février 2014

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Ce n’est un secret pour personne que Washington, centre du pouvoir de l’empire, s’intéresse particulièrement à l’État du Vatican, centre du pouvoir religieux et politique des catholiques dans le monde.

Sous les deux derniers papes, l’alliance entre ces deux pouvoirs a été particulièrement intense et indéfectible. On n’a qu’à penser à la remise par le président G.W. Bush de la médaille de liberté au pape Jean-Paul II ou encore à cet anniversaire de Benoît XVI, célébrée dans les jardins de la  Maison-Blanche. Pour ceux et celles qui voudraient en voir toutes les ramifications et subtilités, je vous invite à lire cet autre article que vous trouverez ici.

L’arrivée du pape François  n’est pas sans susciter quelques inquiétudes à Washington. Son amour des pauvres devient de plus en plus dérangeant, d’autant plus qu’il commence à en identifier les causes structurelles, dont le capitalisme sauvage, l’individualisme, la cupidité et les ambitions de pouvoir. Les inégalités sociales sont de plus en plus criantes et la paix par les armes ne peut qu’engendrer plus de guerres.

Washington ne saurait demeurer les bras croisés comme si rien ne se passait. Il lui faut, comme il le fait dans la majorité des gouvernements du monde, placer de ses hommes sur qui il pourra compter à des postes stratégiques du pouvoir. Au Vatican, ce sont les postes près du pape. Le plus important de ceux-ci, après celui du pape, est celui de Secrétaire d’État du Vatican. Un poste central, comme l’est celui d’un premier ministre. Voici ce qu’en dit la Constitution Pastor Bonus :

« Relèvent de sa compétence les relations diplomatiques du Saint-Siège avec les États, y compris l’établissement de Concordats ou d’accords similaires, la représentation du Saint-Siège auprès des conférences et des organismes internationaux; dans des circonstances particulières, sur mandat du Souverain Pontife et après consultation des Dicastères compétents de la Curie, la préparation des nominations dans les Églises particulières, ainsi que la constitution de ces dernières ou leur modification; les nominations des évêques dans les pays qui ont conclu avec le Saint-Siège des traités ou des accords de droit international, en collaboration avec la Congrégation pour les Évêques. »

Au moment d’écrire ces lignes, en juin dernier, ce poste de Secrétaire d’État du Vatican n’était pas encore comblé et le sort du cardinal hondurien, Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, pressenti par plusieurs pour ce poste, n’était pas encore scellé. Depuis lors, le nonce apostolique au Venezuela, Pietro Parolin, a été nommé secrétaire d’État du Vatican et le cardinal Maradiaga a été nommé coordonnateur du Comité spécial pour conseiller le pape sur la réforme de la Curie romaine. Des nominations qui ont certainement leurs secrets.

QU’EST-IL DONC CE CARDINAL DU HONDURAS ?

Il s’agit évidemment d’un personnage important dans l’Église et, à ne pas mésestimer, dans la géopolitique de l’Amérique latine. À plusieurs, reprises le pape lui a signifié qu’il avait toute sa confiance.

Déjà en 2005, lors du Conclave pour élire le successeur du pape Jean-Paul II, il était sur la liste des candidats sérieux pour la papauté. À l’époque, il s’était acquis une certaine réputation d’un cardinal proche des pauvres et sympathique au courant de pensée de la théologie de libération. Cette réputation s’est vite évaporée lorsqu’il s’associa, en 2009, aux putschistes qui s’emparèrent, par la force, des pouvoirs de l’État, chassant par les armes le président légitimement élu, Manuel Zelaya. Ce 28 juin 2009 aura été déterminant pour découvrir derrière ce cardinal des pauvres, l’allié indéfectible de Washington et des oligarchies nationales. Avec la présence sur le territoire hondurien de deux bases militaires étasuniennes, tous ces hauts personnages se sentent en sécurité et en fraternité.

Ces évènements mirent à jour le personnage politique du cardinal. Nous savons que la décision du coup d’État a été prioritairement motivée par le fait  que le président Zelaya s’était joint au groupe de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Traité de commerce des Peuples (ALBA – TCP).

« « D’abord évoquée par Hugo Chávez, président du Venezuela, lors d’un sommet, en décembre 2001, des chefs d’État de la Communauté caribéenne, l’ALBA a été officiellement lancée en avril 2005, par la signature d’un « traité commercial des peuples » entre Cuba et leVenezuela. La Bolivie, le Nicaragua, la Dominique et le Honduras se sont depuis associés à l’initiative, qui visait d’abord à promouvoir une alternative à la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) promue par Washington. »

La question de la quatrième urne pour une consultation de la population n’aura été qu’un prétexte sans aucun fondement.

Les habitués de l’histoire récente de l’Amérique latine savent très bien qu’aucun coup d’État ne serait possible sans l’accord et l’appui de l’Église institutionnelle. Le Honduras n’échappe pas à cette règle.

Le cardinal a été impliqué dans des rencontres préparatoires à ce coup d’État. Il  ne pouvait ignorer que le motif invoqué pour le renversement du président légitime, à savoir une consultation non contraignante sur la pertinence de faire voter la formation d’une constituante lors du prochain scrutin présidentiel, ne comportait aucune intention de la part de ce dernier de demander un second mandat. Dans les circonstances, c’était même impossible. Le président Zelaya n‘était aucunement candidat à cette élection. Ceci ne modifia en rien son appui à ce coup d’État militaire, jugé tout à fait légal par lui et la conférence des Évêques.

De plus, il ne pouvait ignorer que la signature au bas de la soi-disant lettre de démission du Président était une falsification de la signature de ce dernier et une manœuvre déloyale pour faire avaler cette couleuvre (coup d’État) à l’opinion mondiale. Loin d’en dénoncer le caractère criminel, il fit comme si rien n’en était.

Il savait que les États-Unis, à travers sa base militaire au Honduras et son ambassadeur, étaient directement impliqués dans ce coup d’État. Il n’en dira rien.

Pendant toute la période de répression qui a suivi, il s’est fait bien silencieux sur les crimes commis. Des journalistes ont été assassinés et des dirigeants syndicaux éliminés. On ne l’a pas vu s’élever contre des militaires et ces élites qui menaient l’État comme bon leur semblait. Pour un sympathisant de la théologie de libération, comme certains aimaient à le dire, c’était une volte-face à la démocratie et aux laissés pour compte.

Sa partisannerie et ses choix idéologiques se révélèrent pleinement dans l’homélie qu’il prononça, le 3 février 2010, à l’occasion de la messe d’Action de grâce en l’honneur du nouveau président, Porfirio Lobo. Voici un extrait de ces mots élogieux qu’il a eu à l’endroit du principal putschiste, Roberto Micheletti :

« Aujourd’hui est un jour spécial pour rendre grâce à Dieu, par la Vierge Marie, pour notre Honduras, pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance que Don Roberto Micheletti a su défendre avec les forces armées et aux côtés des milliers de Honduriens qui veulent faire partie des solutions, non des problèmes ».

Le 10 février 2010, il en rajoutait en présence des nouveaux élus :

« Réjouissez-vous, chers frères et chères sœurs, vous qui êtes appelés à diriger ce pays. Dieu vous a choisis, car Dieu bénit le Honduras ».

« Nous voulons que règnent parmi nous la communion, la fraternité, la réconciliation et la paix ».

« Nous nous réjouissons dans le Seigneur quand un Hondurien respecte un autre qui pense différemment, quand nous ne nous traitons pas comme des ennemis, mais comme des frères, quand nous nous regardons dans les yeux et nous reconnaissons le fils de Dieu, du même père, du Honduras et de Notre-Dame de Suyapa ».

« Nous sommes pleins d’espérance, car nous savons que l’humanisme chrétien guidera cette nouvelle étape du Honduras, et souhaitons pouvoir tous collaborer à ce projet pour le bien de la nation ».

Voilà bien un discours qui mériterait à lui seul une analyse approfondie. Toutefois, on peut se poser dès maintenant une question de fond. Pourquoi n’avoir pas tenu ce discours aux oligarchies et aux putschistes avant qu’ils commettent leurs crimes, en juin 2009? Loin de là, il suggère même que les élus de Dieu, que sont les nouveaux dirigeants oligarchiques, sont les authentiques porteurs de l’humanisme chrétien et que les autres, ceux qui les ont précédés, n’étaient ni les élus de Dieu, ni les porteurs de l’humanisme chrétien. De quoi faire réfléchir sur l’idéologie qui le guide.

Je vous réfère à un article, écrit sur le sujet en juillet 2009. Il y a aussi ce débat qu’a suscité cette invitation de l’Institut catholique de Paris au cardinal Maradiaga pour en faire un Docteur honoris causa. Sur cette question, je vous réfère également à cet article de Golias. Cette cérémonie, suite aux nombreuses protestations, fut annulée.

Nous sommes évidemment loin de la présentation que nous en fait Wikipédia. Tout ne s’arrête pas là. Il est devenu l’homme charnier de Washington pour ses relations avec l’Église et l’Amérique latine.

UNE STRATÉGIE POUR REPRENDRE LE POUVOIR

De nombreux évènements et de nombreuses analyses permettent de décoder une stratégie d’intervention qui transforme en sauveur celui qui ne l’est pas et en diable les autres. Nous pourrions l’appeler la stratégie des deux extrêmes en vue de créer l’espace nécessaire pour qu’un nouveau sauveur y passe.

Nous savons par expérience de vie qu’entre deux extrêmes, il y a toujours ceux et celles qui font figure de gros bon sens et qui se présentent comme une alternative raisonnable à ces deux extrêmes. Pour cela, il faut évidemment qu’existent ces deux extrêmes ou à défaut de leur existence, il faut les créer.

L’exemple parfait pour bien faire comprendre cette approche me vient du discours développé par certaines autorités ecclésiales. Dernièrement, le pape François dans son exhortation apostolique a dénoncé avec force un de ces extrêmes représentés par ces forces occultes des finances et de l’économie qui ravale la personne humaine à un déchet pour les vidanges. Le nom de cet extrême est le capitalisme et l’impérialiste.

Alors que reste-t-il comme alternatives? Inévitablement pour plusieurs, les regards se porteront sur les pays émergents de l’Amérique latine qui s’inspirent d’un socialisme qu’ils disent du XXIe siècle. Or, ce socialisme, nous le savons, est la bête noire des épiscopats latino-américains et par coïncidence des États-Unis, lesquelles tiennent lieu et place de l’empire. Se pose alors la question de savoir comment, sans nier les propos du pape François, se défaire de cette alternative plutôt gênante pour l’épiscopat latino-américain et pour l’empire avec qui il coopère.

Ici, entre en action notre cardinal Maradiaga. Voici un extrait de l’entrevue accordée à des journalistes, lors de son passage à Berlin en janvier dernier. Dans cette entrevue, il en remet sur les déclarations du pape en parlant de l’échec de la globalisation et de la corruption endémique qui atteint tous les dirigeants latino-américains. Du même souffle, il en fait tout autant avec le socialisme du XXIe siècle qu’il associe au Venezuela et qu’il qualifie non pas seulement d’un échec, mais d’un « grand » échec. Que reste-t-il alors si ce n’est l’arrivée d’un printemps latino-américain qui fera apparaître de nouvelles figures pour une nouvelle gouvernance. Un espace nécessaire pour que Washington et ses alliés reprennent, sous des dehors de renouveau, le contrôle des gouvernements sous la forme, sans doute, d’un humanisme chrétien, version Maradiaga.

Religion digital rend compte sous le titre : Maradiaga : « La globalisation a été un échec : elle est une mascarade pour un monopole dissimulé » d’une entrevue accordée par le cardinal à des journalistes. Je traduis pour vous le compte rendu écrit en espagnol.

« Lors d’une rencontre avec les journalistes à Berlin, Rodriguez Maradiaga, salésien et président de Caritas international, considéra que la politique en Amérique latine est devenue une « industrie » où le principal est le profit personnel de la  classe dirigeante et non la recherche du bien commun.

Cette situation a généré une corruption incroyable, accompagnée d’une grande « impunité » cause des profondes inégalités qui divisent le sous-continent, laquelle constitue un des problèmes majeurs d’Amérique latine.

Cela conduit à la tentation d’un autre type de gouvernance, donnant l’exemple du Venezuela, dont le système est également un grand échec et qui, selon lui, comporte la même corruption, mais sous un autre visage.

Pour quand l’arrivée d’un printemps latino-américain, se demanda le cardinal hondurien, faisant le rapprochement avec ce qui s’est passé avec les révolutions qui ont pris leur envol en 2011 dans le monde arabe. »

Voilà, la table est mise pour que l’empire, amant de cette démocratie sur laquelle il a plein contrôle, s’implique et rende possible les conditions à une révolution dont le premier objectif sera de mettre fin à ce socialisme du XXIe siècle et à reprendre le contrôle des états qui s’en sont fait un guide.

Il faut dire que le cardinal n’a pas perdu de temps à analyser ce qui se passe en Bolivie, en Équateur et même au Venezuela. Il n’a pas pris plus de temps pour s’arrêter à la dynamique des organismes régionaux comme le MERCOSUR, UNASUR, CELAC, ALBA, etc. En somme, il ne voit pas qu’existe déjà un printemps latino-américain en pleine expansion, un printemps qui se réalise non pas par la casse et les homicides, mais par la démocratie. De ce printemps, il préfère l’ignorer, le passer sous silence, le fondre dans le générique de « toute l’Amérique latine » corrompue.

Il saute aux yeux que l’intervention du cardinal se situe dans le cadre d’un plan global, sans doute mis en place par Washington et certaines autorités ecclésiales, dont le cardinal lui-même.

Ainsi, le gros méchant loup de la globalisation deviendra, cette fois, vêtu de l’habit du bon pasteur,  le sauveur d’un monde rongé par la corruption et l’utopie trompeuse. Sans rien perdre de ses prérogatives antérieures, il saura donner à toutes ses interventions l’allure de la modération et du gros bon sens. Les socialistes méchants auront été rayés de la carte et les capitalistes sans conscience auront retrouvé leur place sur des dehors plus charmants et plus humains. Également, sans doute, plus généreux avec Caritas international.

L’émérite pape Benoît XVI, dans son livre Jésus de Nazareth, tome 1, parle également d’un manque d’alternative à ce capitalisme, se gardant bien, toutefois, de parler de cette alternative que peut représenter le socialisme du XXIe siècle en vigueur en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, au Nicaragua. Il nous recommande plutôt ce passage du prophète Ezéquiel, 9,4 qui nous invite à une résistance passive.

« à ces personnes qui ne se laissent pas entraîner à se faire complices de l’injustice devenue naturelle, mais qui au contraire en souffrent. Même s’il n’est pas en leur pouvoir de changer dans son ensemble cette situation, ils opposent au règne du mal la résistance passive de la souffrance, la tristesse qui assigne une limite au pouvoir du mal » (p.108).

Le cardinal Maradiaga, homme d’action, ne l’entend pas de cette manière. Il déclare, de son autorité épiscopale et sans d’autres explications que sa conviction personnelle, que le régime en développement au Venezuela est un grand échec et que le temps est venu pour ouvrir la voie à un printemps latino-américain. Par contre, pas question pour lui de réclamer ce printemps pour son pays, le Honduras, un des pays les plus pauvres et où la violence est la plus grande. C’est plus facile pour lui de parler de l’Amérique latine dans son ensemble et du Venezuela en particulier.

Il ne fait pas de doute que les derniers évènements de violence au Venezuela, ceux qui prirent leur envol le 12 février dernier, se présentent comme une réponse à son appel pour un printemps latino-américain.

Washington, avec un tel homme d’Église, peut dormir en paix dans sa lutte pour reconquérir les pays qui se sont affranchis de son pouvoir de domination. Pas surprenant que les épiscopats latino-américains s’associent à ce mouvement de reconquête de l’empire.

Le cardinal deviendra le prophète qui aura annoncé ce jour de la libération des peuples de l’Amérique latine. La violence et le pillage, ainsi que les morts feront évidemment  partie, pour ces nouveaux libérateurs, des dommages collatéraux ou, si l’on peut le faire croire, d’une répression excessive de la part du gouvernement.

Les médias, bien rodés à la pensée unique, sauront formater les esprits pour dire que l’Amérique latine vit des temps nouveaux. Sans doute comme ce fut le cas en Irak, en Libye, en Égypte, et maintenant en Syrie.

Avec le cardinal Maradiaga et le secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin, solidaire de l’épiscopat vénézuélien, Washington et le Vatican marchent main dans la main. Que le Peuple vénézuélien et tous les autres qui avancent sur la même voie se le tiennent pour dit !!!

Oscar Fortin

Québec, le 17 février 2014

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Crimes de la dictature argentine : le pillage économique se précise

février 20th, 2014 by Estelle Leroy-Debiasi

Dans les procès qui portent au grand jour les crimes perpétrés par la dictature civile-militaire en Argentine, le volet économique apparait de plus en plus présent. Un entrelacs de sociétés dans le pays et à l’extérieur ont servi à blanchir les biens et l’argent volés aux victimes de dictature, notamment par membres des « groupes de taches » de l’ESMA.

Un article très intéressant et précis d’Alejandra Dandan dans Pagina 12 [Lire en esp : El lavado de dinero que hizo la dictadura civico-militar argentina con su botín ], révèle les rouages du vol et de l’appropriation organisés de biens appartenant aux victimes de la répression pendant la dictature par les membres de « groupes de taches » GT 3.3 opérant à l’ESMA.

Dans le cadre du procès ESMA, instruit par le juge Sergio Torres, l’Unidad de Información Financiera (UIF) a permis de pousser l’enquête et il est apparu que quelques douzaines de sociétés ont été créées par des membres de la Marine. L’UIF a rendu un rapport à la justice et a demandé que des charges de blanchiment d’argent soient aussi retenues.

On y retrouve les noms des ex- répresseurs comme Jorge Radice, Ricardo Cavallo, des membres de leurs familles et des proches. Les entreprises en question ont été localisées en Argentine mais aussi hors des frontières, dans certains paradis fiscaux. Cet entrelacs de sociétés montre qu’elles étaient destinées à blanchir de l’argent : n’étant généralement pas rentables et recevant de l’argent de sociétés situées hors des frontières, sous forme de prêts, d’apport en capital ou de versements sans contrepartie de vente de produits ou de services. « Des sommes venant de l’extérieur ayant pour origine la liquidation de biens appropriés illégalement », indique le rapport cité par Pagina 12 [Lire en esp : El lavado de dinero que hizo la dictadura civico-militar argentina con su botín ].

Et de citer l’exemple d’une propriété située calle Besares 2019/2015, dans le quartier de Saavedra, à Buenos Aires, qui a abrité la société Multivisión, créée sous la dictature par des represseurs de l’ESMA. Propriété passée au fil des décennies entre les mains des familles et de proches de ceux-ci à travers différentes sociétés qui ont un noyau commun d’actionnaires, explique Pagina 12.

Listes d’entreprises, noms de dirigeants qui se croisent, mouvements d’argent, de devises , transferts de biens ayant appartenu à des disparus , tout cela géré par quelques ex-répresseurs et certains de leurs proches. Comment cela a t- il été « construit » ? Comment cela a-t-il fonctionné et fonctionne t-il encore aujourd’hui ? A quoi cela sert-il ? Autant de questions que soulève l’article avec force précision.

A travers le blanchiment d’argent, l’origine des fonds (les biens ayant appartenu à des disparus) a été brouillée au fil des ans. Si la loi contre blanchiment n’est en vigueur que depuis 2004, les entreprises liées aux membres des « groupes de tache » GT 3.3, sont des sociétés toujours actives, et donc le délit peut être continu.

Les dossiers liés au volet économique, au pillage, de la dictature sont importants, ils montrent bien l’imbrication économique et civile de la dictature à des fins de destruction de l’organisation de la société.

On l’a vu dans Papel Prensa (voir Papel Prensa SA : La justice tarde mais parfois arrive en Argentine) en faisant mettre la main à bon compte sur l’unique fabriquant de papier journal du pays par des groupes amis, la dictature tuait définitivement toutes possibilités de presse libre.

La captation d’entreprises, après la séquestration, la détention la torture voire la disparition de ses dirigeants et ou actionnaires a fait partie des manœuvres systématiques de la dictature et de ses alliés civils qui appartenaient au monde des affaires. Il en a été ainsi du banquier Eduardo Saiegh qui a été dessaisi de sa banque Banco Latinoamericano (BLA). Ce dernier enlevé et torturé dans le cadre du terrorisme d’Etat, détenu par la division « bancos » de la police fédérale, sur indication de la Banque Centrale (BCRA) après dénonciation anonyme en octobre 1980, afin de lui faire avouer des malversations financières inexistantes.

Pressions et menaces pendant son enlèvement sur les autres cadres de la banque pour passer la main. La Banque a fini par être liquidée sous contrainte. La responsabilité de la BCRA et de son ex vice-president Alejandro Reynal (en poste de 1979-1981) est au cœur de l’affaire instruite par la justice, où l’Etat argentin est aujourd’hui partie civile aux cotés du banquier spolié (Voir en esp Pagina 12).

Cette affaire est représentative d’une méthode d’appropriation des biens et de recherche du profit dans le cadre de la répression illégale et du terrorisme d’Etat, le tout orchestré avec l’aval du Ministre de l’Economie de l’époque JoséAlfredo Martínez de Hoz.

Une partie du tissu économique de l’Argentine a ainsi pendant la dictature changé de mains et de finalité au profit de quelques groupes du monde des affaires ou de répresseurs qui se sont ensuite remis en selle dans le monde des affaires.

Dans le cas de la Banco Latinoamericano (BLA) le principal motif de cette main basse sur cette banque aurait été les actions détenues dans la compagnie aérienne Austral comme garantie auprès de la banque un crédit de un million de dollars. Cette compagnie a a été étatisée en 48 heures par décret au bénéfice de quatre actionnaires dont William Reynal, le frère du président de la BCRA de l’époque, alors qu’elle avait de grosses dettes. Mettre la main sur la banque permettait de récupérer les actions en question et de contrôler tout le capital de la compagnie aérienne mais aussi de se servir de la banque pour faire circuler des fonds délictueux. Une fois la BLA fois liquidée, il se trouve que Alejandro Reynal a lui-même pris la tête d’une autre banque comme actionnaire majoritaire de MBA (Merchant Bankers Asociados), qui a été un acteur clé de la privatisation de plusieurs banques locales au profit d’actionnaires étrangers.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

Estelle Leroy-Debiasi est journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune.

EL Correo. Paris, 19 février 2014

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Coup d’État doux au Venezuela, et ce qui suit

février 20th, 2014 by Luciano Wexell Severo

Encore une fois l’élite vénézuélienne, appuyée, entraînée et financée par Washington, se jette contre un gouvernement démocratiquement élu. Les meneurs de la trame au Venezuela sont Henrique Capriles, Leopoldo López, Maria Corina et Antonio Ledezma. Trois playboys et un représentant d’ « Action Démocratique ». Leur calcul facile vise le fait que Nicolás Maduro n’aurait pas la même capacité de résistance que Chavez face à un coup d’Etat. Il faut faire attention à la possibilité que les yankees assassinent un de ces « leaders », accroissant ainsi la tension interne et la pression internationale.

La crise profonde des dernières années du XXe siècle a ouvert une brèche pour de nouvelles tentatives de projets autonomes pour la solution des problèmes nationaux en Amérique Latine. Dans un scénario de rejet des programmes du FMI et de la Banque Mondiale, en décembre 1998 les Vénézuéliens ont appuyé la candidature d’Hugo Chávez.

L’élection présidentielle n’a rien représenté de plus que le résultat d’un processus historique, qui depuis le forage des premiers gisements pétroliers avait bénéficié aux compagnies pétrolières et à une très réduite élite locale, au détriment de l’immense majorité de la population. Un mouvement continental a resurgi, encore une fois au Venezuela, en défense de l’indépendance économique, de la souveraineté, de l’autodétermination et de l’intégration latinoaméricaine-caribéenne.

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs

Les principales mesures du nouveau gouvernement, tant dans le domaine économique et que social, ont été prises afin de corriger les distorsions historiques structurelles et de refonder le pays. En continuant sur cette voie il y aura, comme il y a effectivement eu dès 1999, des affrontements frontaux et irrémédiables avec les secteurs et les intérêts les plus privilégiés. Tout changement pour le meilleur, passe obligatoirement, par la rupture avec l’état injuste de choses. Pour cette raison, depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement bolivarien a fait face à des situations politiques et économiques très défavorables, générées par l’alliance entre des intérêts internationaux – surtout US – et l’oligarchie créole.

Face aux scénarios actuels, nous nous rappelons les événements d’il y a 12 ans. A cette époque, les interventions du gouvernement ont provoqué une rude bataille qui a duré presque deux ans. Entre décembre 2001 et février 2003, le Venezuela a vécu sa crise politique et économique la plus complexe. A la tête de la campagne d’opposition se trouvaient l’Ambassade des États-Unis d’Amérique à Caracas, le management de PDVSA, la Fedecámaras, la Centrale de Travailleurs de la Venezuela (CTV), l’Église Catholique Apostolique Romaine et d’autres secteurs oligarchiques et conservateurs compromis avec les intérêts étrangers.

Les préparations pour le coup d’État ont été appuyées par les grands médias privés de communication. Le 11 avril, des francs – tireurs d’un commando de l’opposition ont tiré depuis divers points du centre de la ville sur les manifestants qui marchaient autant en soutien au gouvernement que de l’opposition. Les chaines privés de télévision, en jouant leur rôle dans un show mis au point plusieurs semaines auparavant, ont déformé les faits et ont accusé le gouvernement des assassinats. Préalablement au dénouement des lamentables événements, les militaires putschistes avaient déjà enregistré une vidéo dans laquelle ils condamnaient les morts et déclaraient leur désobéissance.

Le retour au passé

Dans une obscure cérémonie au Palais de Miraflores, l’autoproclamé président Pierre Carmona a pris cinq minutes pour dissoudre l’Assemblée Nationale élue par le peuple ; annuler les Lois sur les Hydrocarbures, celles sur les Terres et encore 47 autres normes juridiques ; révoquer la Constitution de 1999, la seule approuvée par un référendum populaire ; suspendre les exportations de pétrole vers Cuba ; ordonner la persécution des ministres, des députés et des autorités des différents pouvoirs ; le complément de « Bolivarienne » du nom officiel du Venezuela ; dessiner la sortie du pays de l’OPEP [dont Chaves était le président. NDLT], entre d’autres mesures. Comme on le sait, le peuple s’est rebellé et les Forces armées fidèles au processus de changements ont garanti le retour de Chavez le jour suivant.

À la fin de 2002, il y a eu une nouvelle offensive putchiste. Avec l’appui affirmé des grands médias, quelques organismes ont appelé à la paralysie nationale et se sont déclarés en « désobéissance civile ». Le mouvement qui a avancé vers une « grève générale » a été essentiellement poussé par la classe patronale. Son objectif était que Chavez démissionnerait. Cela n’a pas beaucoup tardé pour que la direction de PDVSA, idéologiquement soumise aux intérêts étrangers, assume son rôle. Pendant le moment le plus tendu du conflit – qui a duré jusqu’à en janvier 2003 – ont été détruits des équipements, de la machines, des ordinateurs et des installations physiques d’usines et de raffineries ; des navires pétroliers ont été retenus et les exportations suspendues ; des oléoducs ont explosé laissant le pétrole s’échapper. Le Venezuela a connu pour la première fois un rationnement des combustibles. Les citoyens ont fait la queue sur des kilomètres pour acheter de l’eau, des aliments, du gaz ou de l’essence.

Le PIB a chuté de 8,9 % en 2002. Le secteur industriel est resté pratiquement paralysé : il était tombé de 13,1 % en 2002 et est descendu à 6,8 % en 2003. L’activité manufacturière avait reculé depuis les années 90 mais durant les années 2002-2003 a touché le fond du puits. La conspiration orchestrée depuis Washington a fait chuter la production pétrolière de trois millions de barils par jour à moins de 200 mille, freinant l’appareil productif et entrainant la fermeture de centaines d’entreprises. Au bord d’un collapsus économique, en janvier 2003 le pays a été obligé d’importer du pétrole. Les produits de base ont disparu et les prix ont flambé à des niveaux inimaginables. La situation d’extrême insuffisance a clairement démontré la dépendance vénézuélienne sur différents biens, stimulant le gouvernement à pousser des projets relatifs à la « souveraineté alimentaire ». L’inflation qui avait présenté une tendance décroissante a explosé encore une fois. Le scénario pour un nouveau coup d’État prenait forme.

Les chiffres de la banque Centrale du Venezuela soulignent que pendant le premier et le second trimestre 2003, le PIB est tombé de 15,8 % et 26,7 %, respectivement. Dans la même période, le PIB pétrolier a chuté de 25,9 % et 39,5 %. Au total, ce fut sept trimestres consécutifs de chute de l’économie, presque deux ans de graves tensions. Ont brusquement chuté le PIB par tête, les réserves internationales et le taux d’investissement en pourcentage du PIB. Le chômage a explosé à 20,7 %, l’inflation à 32,4 % et les taux d’intérêt aussi. La chute de l’économie 2003 a été de 7,7 %. En termes réels, on a touché un niveau inférieur à celui de 1991. Cette guerre économique a fait partie de la stratégie pour renverser Chavez.

Que celui qui a des yeux regarde

L’une des déformations héritées de la période néolibérale est le mépris pour le processus historique. La vision à court terme, la raison du système financier : virtuel, intemporel, décollé de la réalité, fictif. Cela pourrait être l’une des explications pour que des « analystes » orthodoxes considèrent le gouvernement comme responsable de la fermeture des entreprises, de la croissance du chômage, de la chute de la rente, de l’augmentation de l’inflation c’est-à-dire, de tous les résultats négatifs de l’économie entre 1999 et 2003. À cette période ils ont même essayé de le nommer comme le « quinquennat perdu ».

Face à cela, il est opportun de rappeler qu’Hugo Chavez a gagné les élections présidentielles de décembre 1998 parce que le Venezuela faisait face à sa crise économique, politique, sociale, institutionnelle et morale la plus catastrophique, après quarante ans du « Pacte de Punto Fijo ». Le pays littéralement agonisait comme un reflet l’entière soumission de la vie nationale aux multinationales. L’assaut étranger était protégé de l’intérieur par la crème de la société vénézuélienne submergée dans un pervers festin oligarchique-pétrolier.

Une analyse sérieuse – qu’elle soit universitaire ou informative– peut constater que, malgré les problèmes éventuels et toutes les difficultés qui surgissent sur le chemin, le gouvernement actuel n’est pas le créateur des problèmes complexes structuraux. Au contraire, l’actuel gouvernement essaie de corriger exactement ces distorsions générées pendant les dernières décennies. Pour en finir, il semble évident que c’est l’interprétation de la majorité des Vénézuéliens qui votent dans le temps pour la continuité de la Révolution Bolivarienne.

Les pirates reviennent à la charge

Les putschistes jouent à la déstabilisation politique, avec des actes de vandalisme. Mais ce que dénoncent leurs journaux, payés par les grandes entreprises, est une supposée violence répressive de l’État. Les putschistes parient sur l’accaparement des biens de première nécessité, cachent et brûlent des produits pour fomenter l’insatisfaction et l’explosion des prix. Mais ce que leurs journaux dénoncent est l’inflation la plus élevée d’Amérique Latine. Ils adoptent la « formule pour le chaos », en essayant de déstabiliser l’économie et la société par des attentats, accaparements et spéculation.

En ce moment, une fois de plus, l’élite vénézuélienne, appuyée, entraînée et financée par Washington et l’Ambassade US à Caracas, se jette contre un gouvernement démocratiquement élu. Les meneurs de l’affaire au Venezuela sont Henrique Capriles Radonski, Leopoldo López Mendoza, Maria Corina Machado et Antonio Ledezma. Ce sont trois playboys originaires des familles privilégiées et un représentant du détérioré parti Action Démocratique (AD). Pourquoi nourrissent-ils tant de haine ? Parce qu’ils ont été eux et leurs familles les bénéficiaires historiquement du Puntofijismo, que ce soit à travers des emplois dans l’ancienne PDVSA ou via des entreprises sous-traitantes. Aujourd’hui, leur calcul facile vise à ce que Nicolás Maduro n’ait pas la même capacité de résistance que Chávez devant un coup d’Etat doux, d’une durée moyenne. Il faut faire attention à la possibilité que les yankees n’assassinent pas un de ces « leaders », approfondissant ainsi le scénario de tension interne et celui de la pression internationale.

Et plus de Chávez viendront

Cependant, il vaut mieux se rappeler que la situation n’est pas la même que celle de 2002. Bien que physiquement Chavez ne soit pas, les forces bolivariennes semblent s’être beaucoup plus consolidées. Malgré les difficultés et les erreurs, le camp nationaliste et révolutionnaire contrôle la rente pétrolière obtenue par PDVSA. De plus, il contrôle les Forces armées et l’accès aux devises internationales. Il a aussi beaucoup plus de présence dans le domaine productif et dans les médias.

Cependant, le plus important de tout cela, c’est que le peuple vénézuélien a gagné en conscience politique et qu’il ne semble pas disposé à permettre un retour au passé. A un passé d’exclusion sociale, d’inégalité économique et de soumission à l’étranger. En faisant ces réflexions, on se rappelle deux phrases. La première est de Chavez, en 2004. Qui affirme depuis le Balcon du Peuple, en célébrant la victoire au référendum du 15 août que « Venezuela a changé pour toujours ». L’autre phrase est de Maduro. En mars 2013, il a affirmé : « Viendront plus de Chavez ». Tout appui au peuple vénézuélien et à son président Nicolás. De la prison pour l’oligarchie putchiste et pour les déstabilisateurs

Luciano Wexell Severo pour El Correo

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

Luciano Wexell Severo . Économiste brésilien formé à l’Université Pontifícia Católica de São Paulo (PUC/SP), Severo est titulaire d’un Master et doctorant d’Économie Politique Internationale (PEPI) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), chercheur de l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) au Brésil et professeur invité de l’Université Fédérale de l’Intégration Latinoaméricaine (UNILA). Entre 2004 et 2005, fut consultant de la Banque du Commerce Extérieur du Venezuela (Bancoex), puis, de 2005 a 2007, conseiller duMinistère des Industries Basiques de Minerai du Venezuela (Mibam). Entre 2008 et 2012, il a exercé les fonctions de Directeur Exécutif de La Chambre de Commerce et d’Industrie Brésil-Venezuela à Rio de Janeiro.

El Correo. Paris, le 18 février 2014.

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Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité ! [Charles de Gaulle].


L’Administration étasunienne s’est imaginée que ses manigances ourdies dans l’arrière cour de Genève 2 mèneraient inévitablement à piéger l’État syrien, et son Axe de la Résistance, pour atteindre les objectifs qu’elle s’était fixée lorsqu’elle a lancé son agression contre la Syrie voilà bientôt trois années.

En effet, soit la Syrie acceptait ses exigences et abdiquait devant l’agression, soit elle refusait de se soumettre ; auquel cas, la délégation syrienne aurait été obligée de suspendre les négociations et de quitter Genève. Suspension unilatérale qui aurait permis aux USA de lui faire supporter la responsabilité de l’« échec programmé des négociations » [1], de couper court au dialogue prouvé inutile pour une solution pacifique, et surtout de revenir au Conseil de sécurité pour imposer une résolution en vertu du Chapitre VII de la Charte de l’ONU. Résolution que les USA s’évertuent à obtenir depuis deux années, malgré l’obstacle de trois doubles veto russo-chinois.

Telle était la scène imaginée par l’Administration US qui n’a jamais voulu prendre en compte la détermination et les capacités de la diplomatie syrienne à transformer ce défi en opportunité au bénéfice du dialogue national et de la solution politique, qu’elle a défendus jusqu’au bout, sans jamais tomber dans les pièges tendus. Pièges, d’emblée soigneusement maquillés en maladresses, notamment en ce qui concerne les participants invités ou non à la Conférence de Genève 2… Pièges auxquels la délégation syrienne a simplement répondu : « Nous ne nous retirerons de ces négociations que si M. Brahimi lui-même décide de se retirer… » ou encore « Nous sommes prêts à négocier tant que la porte restera ouverte… »

La délégation de la République arabe syrienne est donc restée fidèle à ses constantes nationales, dans la logique de la souveraineté de l’Etat et des droits inaliénables du peuple syrien. Quelles qu’aient été les équations régionale et internationale du moment, elle a refusé d’accorder à la table des négociations ce que les USA et leurs alliés n’ont pas réussi à obtenir par la guerre… Elle a déjoué le plan US justifiant leur prétendu appui à Genève 2.

Maintenant que les lumières se sont éteintes et que, comme l’a dit M. Lakhdar Brahimi, chacune des délégations est rentrée dans ses foyers, signifiant clairement que la délégation de la République arabe syrienne est rentrée chez elle à Damas en Syrie, alors que la délégation de la Coalition de l’opposition est remontée vers ses maîtres des capitales étrangères, occidentales ou régionales… Et maintenant que le même M. Lakhdar Brahimi a présenté ses excuses au peuple syrien pour ne pas avoir réussi à réaliser quoi que ce soit pour les réconforter [2]… La grande question devient : Quel sera le comportement des États-Unis suite à leur échec ? N’ont-ils pas déclaré, sur tous les tons de l’arrogance, qu’ils allaient durcir leurs pressions sur la Syrie pour l’obliger à céder ? Autrement dit, n’ont-ils pas laissé entendre qu’ils allaient poursuivre leur agression ?

Avant de répondre à la question, nous voudrions dire que si les USA ont bel et bien échoué à la Conférence de Genève 2, la délégation syrienne n’a pas échoué. Par sa ténacité, elle a démasqué ses ennemis, les a obligés à suspendre leurs prétendues négociations, en plus de les avoir menés dans une impasse en attendant qu’ils se trouvent une issue…

Mais revenons à notre question : Comment les USA comptent-ils durcir leurs pressions suite à leur échec à la Conférence de Genève 2 ? Étant donné le contexte régional et international, nous voyons trois possibilités :

1. Extension des opérations militaires, précédées par l’entrainement à l’étranger de groupes armés supplémentaires, avant expédition en Syrie.

Ceci, dans l’espoir de pénétrer l’une quelconque des lignes de défense syriennes avec l’objectif avoué de « rétablir l’équilibre des forces sur le terrain »… À ce stade, il semble que les USA aient choisi de concentrer leurs efforts sur le front sud pour lancer leur agression à partir du territoire jordanien ; les camps d’entraînement pour terroristes mis en place par leurs soins, avec la participation d’états européens, d’états du Golfe, et d’Israël, étant d’ores et déjà opérationnels.

Une foule d’informations parlent de 2500 hommes équipés d’armes modernes anti-aériennes et anti-char. Dans les deux prochaines semaines, ce nombre  pourrait monter jusqu’à 4000 hommes. Ils devront progresser vers le Nord dans le but d’atteindre la banlieue de Damas à la rencontre de 5000 autres combattants armés, présents à l’intérieur du territoire syrien, et fin prêts pour une opération militaire coordonnée sous commandement occidental ; opération supposée exercer une pression suffisante sur le gouvernement de Damas qui devrait abdiquer !

Tel est le plan que les États-Unis cherchent à mettre en œuvre, d’une manière ou d’une autre, dans un contexte de guerre psychologique adoptée depuis le début de l’agression. Mais quelles sont les chances de succès de ce plan ?

En toute objectivité, nous croyons que ce plan est voué à l’échec pour des raisons politique, stratégique et populaire, dont la capacité certaine des forces de défense syriennes à absorber cette invasion et à la démolir, l’immunité de l’État syrien contre toute forme de pression de ce type, la volonté du peuple syrien ayant atteint un haut niveau de conscience et qui refuse la présence de combattants étrangers sur son sol…

2. Retour à L’Assemblée des Nations Unies, pour le vote sur un projet de résolution avec référence au Chapitre VII autorisant l’utilisation de la force selon le scénario libyen.

Cette tentative n’est pas une simple hypothèse, mais correspond à une réelle détermination, vu les prises de positions adoptées par les marionnettes arabes, et les pantins européens, qui dansent au rythme des orchestrations US. En effet, à peine avions-nous enregistré l’échec US à la Conférence de Genève 2, que l’Assemblée onusienne s’est muée en arène de télescopage des projets tendant vers ce but, malgré son sempiternel camouflage sous le titre d’une intervention humanitaire.

À notre avis, une énième tentative qui sera, une fois de plus, contrée par un double veto sino-russe au Conseil de sécurité… D’autant plus que, comme chacun le sait, les décisions de l’ONU ne sont pas contraignantes et relèvent  davantage, dans ce cas précis, d’un « wishful thinking » qui ne changera rien à la réalité de ce qui se passe sur le terrain !

3. Recours à toutes sortes de  pressions mélangeant le militaire, le politique, l’économique, et le psychologique.

Ces pressions composites sont censées être initiées par l’accent mis sur la responsabilité du gouvernement syrien dans l’échec des négociations de Genève 2, une prétendue responsabilité qui inviterait le peuple syrien et les nations du monde à le condamner moralement, économiquement et politiquement. Il est clair que l’Administration US a commencé à travailler activement cette option dès les premières heures qui ont suivi la suspension des négociations de Genève 2.

Mais, là aussi, nous pensons que cette option, tentée à maintes reprises au cours des trois dernières années, a encore moins de chance de réussir que par le passé.

Finalement, bien que toutes ces modalités d’agression contre la Syrie soient bien réelles, et bien que nous soyons convaincus qu’elles n’aboutiront pas à concrétiser les désirs US, nous pensons que le mois prochain sera une étape délicate à plus d’un niveau. Tous les moyens seront bons pour un maximum d’escalade de la pression militaire, politique, économique, et psychologique. La Syrie devra donc être au maximum de sa vigilance face à cette guerre qui entame son ultime et dernière étape, en sachant que ses succès cumulés, à plus d’un titre, lui offrent la possibilité de gagner sa « guerre défensive » !

Dr. Amin Hoteit

17/02/2014

 Article original : Al-Thawra / Syrie :

http://thawra.alwehda.gov.sy/_print_veiw.asp?FileName=3735652120140217022646

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 Notes :

 [1] Genève 2 : Fabius accuse les autorités syriennes de l’échec… [Hague aussi !]

http://french.ruvr.ru/news/2014_02_15/Geneve-2-MAE-francais-a-accuse-les-autorites-syriennes-de-l-echec-1059/

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/syrie-echec-des-negociations-a-geneve-fabius-condamne-l-attitude-8365949.html

[2] Syrie : échec total des négociations de «Genève II», Brahimi «désolé»… [etc. etc.]

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140216-syrie-echec-total-negociations-geneve-ii-brahimi-desole-onu-refugies-/

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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JPMorgan Chase est l’artisan inavoué de la fraude, de la corruption, ainsi que de la plus grande combine à la Ponzi de l’Histoire. Son but est de s’approprier la richesse en manipulant le marché:

« Le mois dernier, JPMorgan Chase a reconnu avoir facilité la plus grande combine à la Ponzi de l’histoire en fermant les yeux sur les agissements de Bernie Madoff, lequel a effrontément transformé son compte bancaire commercial chez JPMorgan Chase en une opération de blanchiment d’argent sans précédent qui aurait sonné l’alarme dans n’importe quelle autre banque.

Le département de la Justice des États-Unis a permis à JPMorgan de payer 1,7 milliard de dollars et de signer un accord de poursuite différée. Cela signifie qu’encore une fois, personne chez JPMorgan n’ira en prison. La grande question à laquelle personne ne peut ou ne va répondre est de savoir comment le personnel juridique, chargé de la conformité et de la lutte contre le blanchiment d’argent chez JPMorgan a pu ignorer pendant des années des centaines de transferts et des milliards de dollars faisant l’aller-retour entre les comptes de Madoff et de Norman Levy. Même une seule manœuvre du genre devrait déclencher une enquête. (Levy est maintenant décédé et le fiduciaire des victimes de Madoff a conclu une entente avec la succession.) » (Pam Martens, Russ Martens, JPMorgan Vice President’s Death Shines Light on Bank’s Close Ties to the CIA, WallStreetParade.com 12 février, 2014)

Afin de mettre en œuvre ses diverses opérations financières, JPMorgan Chase ne fait pas que contrôler des politiciens haut placés. La banque utilise aussi des politiciens retraités pour exercer des fonctions consultatives.

Après avoir quitté ses fonctions de premier ministre, Tony Blair a été nommé à un poste de conseiller principal chez JPMorgan Chase. Ses honoraires en tant que consultant à temps partiel ont été initialement fixés à un modeste 500 000 livres sterling par an (750 000 dollars). Ils ont ensuite grimpé à 2 millions de livres.

Tony Blair devait utiliser son réseau de copinage et de relations politiques en Grande-Bretagne et au Moyen-Orient pour servir les intérêts de JPMorgan Chase. Il a travaillé étroitement avec le PDG Jamie Dimon, lequel a récemment fait l’objet de controverse.

« Nous menons nos activités partout dans le monde, a déclaré Jamie Dimon, et Tony Blair va apporter à nos dirigeants et à nos clients une perspective mondiale unique, inestimable et d’une importance cruciale en cette période difficile. Notre entreprise bénéficiera grandement de ses connaissances et de son expérience (Communiqué de presse de JPMorgan, janvier 2008.)

Il est à noter qu’en 2003, après l’invasion de l’Irak et alors que Tony Blair était premier ministre, JP Morgan Chase a été désignée pour diriger la Banque commerciale d’Irak.

Bref, Tony Blair est un criminel de guerre qui entretient des liens avec un réseau bancaire frauduleux.

Décès mystérieux de quatre hauts dirigeants bancaires de Wall Street

Récemment, le 28 janvier, un vice-président de JP Morgan Chase au Royaume-Uni, Gabriel Magee, « a été retrouvé mort sur le toit du 9e étage de l’édifice de 33 étages où se situe le siège de la banque en Europe, dans la section Canary Wharf de Londres. »

Le 10 février, Ryan Henry Crane, 37 ans, un autre haut dirigeant chez JPMorgan Chase, est mort dans des circonstances mystérieuses. Crane était responsable des opérations programmées mondiales de JPMorgan.

La mort de Crane survient après « une vague de suicides » sur une période de 6 semaines, impliquant trois banquiers de renom, dont Gabriel Magee de JPMorgan, l’ancien économiste de la Réserve fédérale Mike Dueker et William Broeksmit, un ancien haut dirigeant de la Deutsche Bank, trouvé « pendu dans sa maison, une mort ayant également l’apparence d’un suicide ».  Selon les reportages, Broeksmit était lié au processus de manipulation des marchés des changes.

Michel Chossudovsky

 

Article original: Suicides of Bank Executives, Fraud, Financial Manipulation: JPMorgan Chase Advisor Tony Blair is Not Involved, publié le 14 février 2014.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Rendez-vous de Tony Blair : Texte du 28 janvier 2008, Press JP Morgan Chase Press Release (en anglais)

Appointment of Tony Blair: Text of January 2008 Press JP Morgan Chase Press Release

NEW YORK, January 10 [2008]/PRNewswire-FirstCall/ — JPMorgan Chase announced
today that it has appointed former British Prime Minister Tony Blair in a
senior advisory capacity to the firm, effective immediately. Mr. Blair will
also join the company’s International Council.

Mr. Blair will advise JPMorgan Chase’s CEO and senior management team
on a part-time basis – drawing on his immense international experience to
provide the firm with strategic advice and insight on global political
issues and emerging trends.

In addition, Mr. Blair will participate in select events and
conferences for the company including senior-level client events and will
provide briefings on political trends to the firm’s Board of Directors.

“We’re honored that Tony Blair has chosen to join JPMorgan Chase as a
senior advisor to our executive team and Board,” said Jamie Dimon, Chairman
and CEO. “We operate our business all over the world, and Tony Blair will
bring our leaders and clients a unique and invaluable global perspective
that is especially critical in turbulent times like these. Our firm will
benefit greatly from his knowledge and experience.”

Mr. Blair added, “It is a great opportunity to be able to contribute to
the work of JPMorgan Chase. They are a leading company at the cutting edge
of the global economy, with a footprint in virtually every part of the
world. I look forward to advising them on how they approach the huge
political and economic changes that globalisation brings. I am excited at
the prospect of joining Jamie Dimon, for whom I have a lot of respect, and
the whole team, adding my own experience to their work and helping them to
grow.”

JPMorgan Chase & Co. (NYSE: JPM) is a leading global financial services
firm with assets of $1.5 trillion and operations in more than 50 countries.
The firm is a leader in investment banking, financial services for
consumers, small business and commercial banking, financial transaction
processing, asset management, and private equity. A component of the Dow
Jones Industrial Average, JPMorgan Chase serves millions of consumers in
the United States and many of the world’s most prominent corporate,
institutional and government clients under its JPMorgan and Chase brands.
JPMorgan Chase is committed to investing in education, economic
opportunity, development and environmental programs that enable people and
communities to thrive. Information about the firm is available at

http://www.jpmorganchase.com.

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

Le 13 février dernier, Mme Marois a annoncé que le gouvernement pourrait investir jusqu’à 115 M$ pour participer à l’exploration du sous-sol d’Anticosti. Et la publicité laisse miroiter jusqu’à 45 G$ pour les Québécois[1].

C’est tellement gros que j’ai l’impression de voir un joueur compulsif qui s’assoit devant une table du Casino : il est tellement persuadé de gagner le gros lot qu’il hypothèque sa maison!

Voilà pourquoi on fait miroiter une participation de 60 % aux bénéfices et la possession des permis au niveau de 50 %. Et « jusqu’à 45 G$ sur 30 ans dans les poches des Québécois »! On se calme! On revient sur terre et on respire par le nez! Puis, on tente de reprendre contact avec la réalité.

D’abord, il ne faut pas oublier que la multinationale Shell a retiré ses billes du « pari » Anticosti en 1997, faute de résultats intéressants[2]. Pourtant, la fracturation hydraulique commençait à être connue aux États-Unis à ce moment-là. Si un joueur majeur, qui connaît le jeu (et toutes les techniques expérimentales) se retire de la « table de poker », comment est-ce que des joueurs juniors comme Pétrolia, Corridors Resources et Junex peuvent tirer leur épingle du jeu?

Je suis de ceux qui croient que nous devons nous libérer au plus vite des carburants fossiles pour entreprendre le virage vers les énergies de l’avenir. Le GIEC nous a avertis : il faut limiter la hausse de température à 2 degrés Celsius au 21e siècle. Dans un contexte de changements climatiques, il est urgent de réduire notre production de CO2, car les extrêmes climatiques sont catastrophiques pour l’économie. Regardez ce qui se passe présentement en Californie : le gouverneur Brown vient de demander aux citoyens de réduire la consommation d’eau de 20 %. Et parce que les réservoirs sont vides, 25 millions de Californiens feront face à des restrictions sévères, et 1 million d’« acres » de terre irriguées n’auront pas d’eau cet été[3]. Préparons-nous à voir grimper le prix des légumes qui viennent de cette région!

Ceci m’amène au deuxième point de ce pari risqué de Mme Marois. La seule façon d’aller chercher ce pétrole, c’est la fracturation hydraulique. Mais les schistes sous Anticosti sont près de la surface. Tellement que dans les trois quarts de l’île, l’industrie ne pourra pas respecter la norme qu’elle utilise normalement dans d’autres juridictions, c’est‑à‑dire 1000 m sous les nappes phréatiques. Certes, les chevreuils ne votent pas; mais ils pourraient être obligés de boire de l’eau ayant un goût de mazout[4]. N’oublions pas qu’un litre de pétrole peut polluer un million de litres d’eau. Si le golfe Saint-Laurent reçoit un apport indésiré de pétrole, c’est l’industrie touristique et halieutique des cinq provinces limitrophes qui risquent d’y goûter!

Enfin , le fantasme délirant de « jusqu’à 45 G$… dans les poches des Québécois! ». Il semblerait que le but de l’exploration est de savoir si Shell a eu tort de se retirer d’Anticosti. Certaines estimations préliminaires parlent d’un potentiel se situant entre 40G et 46G de barils dans ces schistes de Macasty. Donc le Québec investit 115 millions pour valider si ces estimations sont solides. S’il s’avérait qu’il n’y a rien de récupérable, ça risque de devenir une bulle boursière spéculative; est-ce que nos taxes doivent servir à enrichir une pognée d’actionnaires?

Même si on gagnait le « jackpot » et qu’il y aurait réellement 45 G de barils, la fracturation hydraulique du pétrole ne permet de recouvrer qu’entre 1 % et 5 % du potentiel pétrolier emprisonné dans la roche sédimentaire. Cinq pour cent, c’est hyper optimiste; dans les schistes de Bakken au Dakota du Nord, c’est 1,2 %. Donc, dans l’hypothèse la plus jovialiste, l’économie québécoise peut, au mieux, espérer 1,2 % X 45 G = 540 M de barils. Même à 100 $/baril (et parfois, c’est moins!), c’est au mieux  5,4 milliards de dollars en revenus brut sur 30 ans; de ce montant, il faut soustraire les frais d’exploration, de forage, de transport, de réparations en cas de problèmes environnementaux, sans oublier les profits pour les partenaires, qui partagent 40 % des bénéfices. Le jeu compulsif, c’est bien beau! Mais il faudrait peut-être se départir de ses lunettes roses et s’acheter une calculatrice!

Dans une autre sorte de loterie, électorale celle-là, il ne faudrait pas trop se gargariser de ces 45 G$. Déclencher des élections pour« avoir les deux mains sur le volant » a des goûts de réchauffé. Même si ce pari est plus solide que celui du pétrole d’Anticosti, elle pourrait se faire demander comment cette annonce est compatible avec son programme électoral du mois d’août 2012. Sinon, au nom de la réalité, plusieurs personnes qui connaissent le dossier pourrait « péter la baloune de ce Las Vegas » virtuel!

Gérard Montpetit

La Présentation

16 février, 2014

 

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Via leurs activités de trading, les banques sont les principaux spéculateurs sur les marchés de gré à gré et à terme de matières premières et de produits agricoles car elles disposent de moyens financiers nettement plus élevés que les autres protagonistes en jeu. Une petite visite sur le site du Commodity business awards |1| permet de découvrir une liste de banques et de courtiers qui jouent un rôle de premier plan sur le marché des commodities |2| (que ce soit le marché où les matières premières s’achètent et se vendent physiquement), ou sur celui des dérivés qui ont pour sous-jacent des commodities. Parmi ces banques, on retrouve le plus souvent BNP Paribas, Morgan Stanley, Crédit Suisse, Deutsche Bank et Société Générale. Certaines banques vont d’ailleurs plus loin et se dotent d’instruments pour influer directement sur des stocks de matières premières. C’est le cas du Credit Suisse qui est associé à Glencore- Xstrata, la plus grande société mondiale de courtage en matières premières |3|. Parmi les banques européennes, BNP Paribas est avec Deutsche Bank une banque des plus influentes sur le marché des commodities, elle joue un rôle clé dans le secteur des dérivés sur les matières premières |4|.

Plusieurs banques des États-Unis sont allées plus loin que les européennes dans la stratégie de contrôle d’une part du marché des commodities, il s’agit de JP Morgan, Morgan Stanley et Goldman Sachs. Par exemple, JP Morgan a importé aux États-Unis 31 millions de barils de pétrole au cours des quatre premiers mois de l’année 2013 ! Les banques des États-Unis sont propriétaires de raffineries de pétrole, de centrales électriques, de réseaux de distribution d’énergie, d’entreprises de stockage de métaux, de stocks de produits agricoles, d’entreprises d’exploitation de gaz de schiste… Comment en est-on arrivé là ? La Fed a autorisé en 2003 labanque universelle Citigroup à acheter la société de courtage Phibro en expliquant qu’il était normal de compléter l’activité de la banque sur le marché des dérivés de commodities par la détention physique de stocks de matières premières (pétrole, grains, gaz, minerais…). Quant à Morgan Stanley et Goldman Sachs qui jusqu’en 2008 |5| avaient le statut de banque d’affaires, elles ont pu dès 1999, grâce à la loi de réforme bancaire qui a complété l’abrogation du Glass Steagall Act, faire l’acquisition de centrales électriques, de tankers pétroliers et d’autres infrastructures. C’est ainsi que Morgan Stanley possède des barges, des tankers, des pipelines, des terminaux pétroliers et gaziers ! De son côté, JP Morgan a acheté la division commoditiesde RBS en 2010 pour 1,7 milliard de dollars, ce qui lui a permis d’acquérir 74 entrepôts de stockage de métaux au R-U comme aux États-Unis, tandis que Goldman Sachs en détient 112. Ces deux banques détiennent donc ensemble plus d’entrepôts de stockage de métaux que Glencore (qui en possède 179). Détenir des entrepôts de stockage est fondamental notamment si une société ou un cartel de plusieurs sociétés (par exemple des banques) veut spéculer sur les prix en stockant au maximum pour faire monter les prix ou en déstockant pour les faire baisser. C’est ce qui s’est passé concrètement par exemple sur le marché de l’aluminium depuis 2008. Selon une enquête menée par le New York Times, depuis que Goldman Sachs a racheté en 2010 les entrepôts d’aluminium à Detroit, le temps d’attente pour être livré en barres d’aluminium est passé de 6 semaines à 16 mois. Les prix ont nettement augmenté (alors que l’offre et les stocks d’aluminium sur le marché mondial se sont accrus), ce qui a provoqué de fortes réactions d’entreprises comme Coca-Cola et le brasseur Miller, gros consommateurs d’aluminium pour la fabrication des canettes… Rien qu’en revenus de stockage d’aluminium à Detroit, Goldman a engrangé 220 millions de dollars |6|.

Après avoir fait de plantureux bénéfices en manipulant les cours, les banques les plus présentes sur le marché physique des commodities ont adopté une stratégie de sortie. Trois raisons principales les ont poussées dans cette direction. Primo, les autorités de contrôle se sont rendu compte des manipulations auxquelles se sont livrées plusieurs banques. JP Morgan, Barclays, Deutsche Bank ont dû payer des amendes dans plusieurs affaires concernant notamment la manipulation du marché de l’électricité de Californie. JP Morgan a ainsi accepté de payer une amende de 410 millions de dollars dans cette affaire qui n’est pas terminée |7|. Les autorités américaines, sous la pression de sociétés concurrentes des banques et face à l’impopularité des banquiers en général auprès du grand public, envisagent sérieusement de limiter les activités des banques sur le marché physique des commoditiesSecundo, les bénéfices que tirent les banques de leurs activités sur ce marché ont commencé à baisser depuis 2011-2012, les prix des matières premières ont d’ailleurs tendance à se contracter.Tertio, le capital dur (Core Tier 1) requis pour les investissements dans les entreprises de courtage pèse plus lourd que d’autres investissements (dettes souveraines par exemple). Du coup, comme les banques doivent augmenter leur ratio fonds propres/actifs pondérés, elles font le calcul qu’il vaut mieux se délester en tout ou en partie des investissements dans le marché physique des commodities |8|. Affaire à suivre. Il n’en demeure pas moins que les banques resteront très actives sur les marchés des dérivés de commodities et sur tous les segments des marchés financiers qui sont concernés par les matières premières. Leur capacité de nuisance est et restera tout à fait considérable si des mesures radicales ne sont pas prises.

Ces banques sont des acteurs de tout premier ordre dans le développement de la bulle spéculative qui s’est formée sur le marché des commodities |9|. Quand elle éclatera, l’effet boomerang sur la santé des banques provoquera de nouveaux dégâts. Il faut également prendre en compte le réel désastre, bien plus grave, pour les populations des pays du Sud exportateurs de matières premières. L’ensemble des peuples de la planète seront affectés d’une manière ou d’une autre.

Retour sur le rôle fondamental de la spéculation dans l’envolée des prix des aliments et du pétrole en 2007-2008

La spéculation sur les principaux marchés des États-Unis où se négocient les prix mondiaux des biens primaires (produits agricoles et matières premières) a joué un rôle décisif dans l’accroissement brutal des prix des aliments en 2007-2008 |10|. Cette hausse des prix a entraîné une augmentation dramatique, de plus de 140 millions en un an, du nombre de personnes souffrant de malnutrition. Plus d’un milliard d’êtres humains (une personne sur sept) ont faim. Les affameurs ne sont pas des francs-tireurs, ce sont les investisseurs institutionnels (les zinzins : les banques |11|, les fonds de pension, les fonds d’investissement, les sociétés d’assurances), les grandes sociétés de trading comme Cargill. Les hedge funds ont aussi joué un rôle, même si leur poids est bien inférieur à celui des investisseurs institutionnels |12|.

Michael W. Masters, qui dirigeait depuis douze ans un hedge fund à Wall Street, a explicité le rôle néfaste de ces institutionnels dans un témoignage qu’il a présenté devant une commission du Congrès à Washington le 20 mai 2008 |13|. A l’occasion de cette commission chargée d’enquêter sur le rôle possible de la spéculation dans la hausse des prix des produits de base, il a déclaré : « Vous avez posé la question : Est-ce que les investisseurs institutionnels contribuent à l’inflation des prix des aliments et de l’énergie ? Ma réponse sans équivoque est : OUI » |14|. Dans ce témoignage, qui fait autorité, il explique que l’augmentation des prix des aliments et de l’énergie n’est pas due à une insuffisance de l’offre mais à une augmentation brutale de la demande venant de nouveaux acteurs sur les marchés à terme des biens primaires (« commodities ») où l’on achète les « futures ». Sur ce marché (également appelé contrat à terme), les intervenants achètent la production à venir : la prochaine récolte de blé, le pétrole qui sera produit dans 6 mois ou dans 5 ans, etc. Dans le passé, les principaux intervenants sur ces marchés étaient des entreprises qui avaient un intérêt spécifique – lié à leur activité – pour un de ces biens primaires. Il pouvait s’agir par exemple d’une compagnie aérienne qui achète le pétrole dont elle a besoin ou d’une firme alimentaire qui se procure des céréales. Michael W. Masters montre qu’aux États-Unis, les capitaux alloués par les investisseurs institutionnels au segment « index trading » des biens primaires des marchés à terme sont passés de 13 milliards de dollars fin 2003 à 260 milliards en mars 2008 |15|. Les prix des 25 biens primaires cotés sur ces marchés ont grimpé de 183 % pendant la même période. Il explique qu’il s’agit d’un marché étroit et qu’il suffit que des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension ou des banques allouent 2 % de leurs actifs pour en bouleverser le fonctionnement. En 2004, la valeur totale des contrats futurs concernant 25 biens primaires s’élevait seulement à 180 milliards de dollars. A comparer avec le marché mondial des actions qui représentait 44 000 milliards, environ 240 fois plus. Michael W. Masters indique que cette année-là, les investisseurs institutionnels ont investi 25 milliards de dollars dans le marché des futurs, ce qui représentait 14 % du marché. Il montre qu’au cours du premier trimestre 2008, les investisseurs institutionnels ont augmenté de manière très importante leur investissement dans ce marché : 55 milliards en 52 jours ouvrables. De quoi faire exploser les prix !

Le prix des biens primaires sur le marché à terme se répercute immédiatement sur les prix courants de ces biens. Ainsi, quand les investisseurs institutionnels ont acheté des quantités énormes de maïs et de blé en 2007-2008, la flambée des prix de ces produits a été immédiate.

A noter qu’en 2008 l’organe de contrôle des marchés à terme, la Commodity Futures tradingCommission (CFTC), a estimé que les investisseurs institutionnels ne pouvaient pas être considérés comme des spéculateurs. La CFTC définit les zinzins comme des participants commerciaux sur les marchés (« commercial market participants »). Cela lui permet d’affirmer que la spéculation ne joue pas un rôle significatif dans l’envolée des prix. Une sévère critique de la CFTC est faite par Michael W. Masters, mais surtout par Michael Greenberger, professeur de droit à l’université de Maryland, qui a témoigné devant la commission du Sénat le 3 juin 2008. Michael Greenberger, qui a été directeur d’un département de la CFTC de 1997 à 1999, critique le laxisme de ses dirigeants qui font l’autruche face à la manipulation des prix de l’énergie par les investisseurs institutionnels. Il cite une série de déclarations de ces dirigeants dignes de figurer dans une anthologie de l’hypocrisie et de la bêtise humaine. Selon Michael Greenberger 80 à 90 % des transactions sur les Bourses des Etats-Unis dans le secteur de l’énergie sont spéculatives |16|. Son expertise est donc sans appel.

Le 22 septembre 2008, en pleine tourmente financière aux États-Unis, alors que le président Bush annonçait un plan de sauvetage des banques qui consistait à leur remettre 700 milliards de dollars (sans compter les liquidités qui ont été mises à leur disposition massivement), le prix du soja faisait un bond spéculatif de 61,5 % !

Jacques Berthelot montre lui aussi le rôle crucial joué par la spéculation des banques dans la montée des prix agricoles mondiaux |17|. Il donne l’exemple de la banque belge KBC, qui a mené une campagne publicitaire pour vendre un nouveau produit commercial : un investissement des épargnants dans six matières premières agricoles. Le fonds de placement « KBC-Life MI Security Food Prices 3 » racole des clients avec un slogan cynique : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ». Cette publicité présente comme une « opportunité » la « pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables » ayant pour conséquence « une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires » |18|.

Du côté de la justice américaine, les spéculateurs sont dans leur bon droit. Paul Jorion, dans une opinion publiée dans Le Monde, met en cause la décision d’un tribunal de Washington qui a invalidé le 29 septembre 2012 des mesures prises par la CFTC « qui visaient à plafonner le volume des positions qu’un intervenant peut prendre sur le marché à terme des matières premières, afin qu’il ne puisse pas, à lui seul, le déséquilibrer » |19|.

Jean Ziegler, ex-rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, exprime les choses sans détour : « La crise financière de 2007-2008 provoquée par le banditisme bancaire a eu notamment deux conséquences. La première : Les fonds spéculatifs (hedge funds) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant certains segments des marchés financiers pour s’orienter vers les marchés des matières premières, notamment celui des matières premières agricoles. Si l’on regarde les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, leurs prix ont explosé. En 18 mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1010 dollars et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. Une deuxième conséquence est la ruée des hedge funds et autres spéculateurs sur les terres arables de l’hémisphère sud. Selon la Banque mondiale, en 2011, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des fonds d’investissements et des multinationales uniquement en Afrique. Avec pour résultat, l’expulsion des petits paysans. » |20|

En février 2013, dans un rapport intitulé « Ces banques françaises qui spéculent sur la faim », l’ONG Oxfam France indique que les quatre principales banques françaises – BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et Natixis (BPCE) – géraient, pour leurs clients, en novembre 2012, au moins dix-huit fonds qui spéculent sur les matières premières.

« Il y a deux façons de spéculer, explique Clara Jamart, responsable de la sécurité alimentaire chez Oxfam France. En prenant des positions sur les marchés de produits dérivés de matières agricoles. Ou par ces fonds indiciels, qui suivent les prix des matières premières agricoles et les poussent à la hausse. » |21| La majorité de ces fonds ont été créés une fois qu’avait commencé en 2008 la crise alimentaire, dans le but manifeste de faire des profits en spéculant sur les aliments et d’autres commodities.

À Bruxelles, le Réseau financement alternatif a également dénoncé en 2013 l’implication de six banques actives en Belgique dans la spéculation sur la faim dans le monde. Environ 950 millions d’euros provenant de clients de banques belges servent à spéculer sur les matières premières alimentaires |22| Il faut mettre fin à cet ordre des choses, voici 22 propositions afin de mettre en place une alternative à la crise alimentaire |23|.

  • Interdire la spéculation sur l’alimentation ; spéculer sur la vie des gens est un crime, c’est pourquoi les gouvernements et les institutions internationales doivent interdire les investissements spéculatifs sur les produits agricoles.
  • Interdire les dérivés sur les commodities.
  • Interdire aux banques et autres sociétés financières privées d’intervenir sur le marché descommodities.
  • Socialiser sous contrôle citoyen la banque en lui donnant notamment comme mission de financer les projets agricoles favorisant la souveraineté alimentaire et donnant la priorité aux petites exploitations familiales, aux coopératives et au secteur agricole public
  • Établir ou rétablir des organisations internationales de régulation des marchés et des productions des principaux produits d’exportation (cartels de pays producteurs par exemple dans les secteurs du café, du cacao, des bananes, du thé…) pour assurer des prix stables au niveau international.
  • Mettre fin aux plans d’ajustement structurel (PAS) qui obligent les États à renoncer à leur souveraineté alimentaire.
  • Proscrire l’accaparement des terres.
  • Mettre en place des réformes agraires globales (sur la terre bien sûr, mais aussi l’eau et les semences) pour assurer que les paysans et les paysannes qui produisent l’alimentation pour les populations aient accès aux ressources agricoles, plutôt que les grandes entreprises qui produisent pour l’exportation.
  • Inscrire le droit à la souveraineté alimentaire dans le droit international pour que le droit de chaque pays à développer ses propres politiques agricoles et à protéger son agriculture, sans nuire aux autres pays, soit reconnu (notamment dans la Charte des droits économiques, sociaux et culturels)
  • Mettre fin aux mécanismes asservissants de la dette publique extérieure ou intérieure dominée par les banques privées, de même mettre fin à l’asservissement des familles paysannes par les prêteurs privés
  • Mettre en place un moratoire sur les agro-combustibles industriels, proscrire les organismes génétiquement modifiés
  • Réformer la Politique agricole commune de l’UE et le Farm Bill des États-Unis qui ont des effets dévastateurs sur l’équilibre des marchés agricoles
  • Ne pas signer et le cas échéant dénoncer les accords de libre-échange multilatéraux et bilatéraux (ALE et APE) qui contredisent la souveraineté alimentaire
  • Établir ou rétablir des protections douanières face aux importations agricoles
  • Reconstituer des réserves alimentaires publiques dans chaque pays
  • Rétablir des mécanismes de garantie des prix agricoles
  • Développer des politiques de maîtrise de la production pour stabiliser les prix agricoles
  • Contrôler les marges des intermédiaires

La sécurité alimentaire de tous passe par des prix agricoles stables qui couvrent les coûts de production et assurent une rémunération décente pour les producteurs. Le modèle des prix agricoles bas, promus par les gouvernements pour augmenter la consommation de masse de produits manufacturés et des services (tourisme, divertissement, télécommunications, etc.), n’est pas durable, ni sur le plan social ni sur le plan environnemental. Ce modèle bénéficie essentiellement aux grandes entreprises de l’agro business, aux banques privées et, en détournant les attentes démocratiques des populations vers la consommation de masse, aux élites politiques et économiques des pays qui confisquent ainsi le pouvoir.

Face aux crises alimentaires et environnementales actuelles, des changements radicaux sont indispensables et urgents. Les propositions ci-dessus offrent des pistes pour des politiques agricoles et commerciales basées sur la souveraineté alimentaire et qui permettraient une stabilisation des prix agricoles à des niveaux capables d’assurer une production alimentaire durable dans la grande majorité des pays du monde.

Sur le plan local, il convient d’ajouter :

  • Soutenir la production agricole locale, notamment en soutenant l’activité agricole et en facilitant des mécanismes de crédit pour les petits producteurs, hommes et femmes
  • Soutenir et développer les circuits de commercialisation directs/courts entre producteurs et consommateurs pour assurer des prix rémunérateurs pour les paysans et abordables pour les consommateurs
  • Encourager la consommation de produits locaux
  • Soutenir des modes de production plus autonomes par rapport aux intrants chimiques et ainsi moins sujets aux variations des coûts de production (élevage à l’herbe plutôt qu’au maïs/soja par exemple).

Notes

|1http://www.Commoditybusinessawards.com/winners/winners-2013.html

|2| Les commodities regroupent le marché des matières premières (produits agricoles, minerais, métaux et métaux précieux, pétrole, gaz…). Les commodities, comme les autres actifs, font l’objet de négociations permettant la détermination de leurs prix ainsi que leurs échanges sur des marchés au comptant, mais aussi sur des marchés dérivés.

|3| Glencore-Xsrata est une compagnie de négoce et courtage de matières premières fondée par le trader Marc Rich. Elle est basée en Suisse, à Baar, dans le canton de Zoug, paradis fiscal bien connu par les fraudeurs de haut vol. Marc Rich (décédé en 2013) a été poursuivi à plusieurs reprises pour corruption et évasion fiscale. Il a été amnistié par le président Bill Clinton le dernier jour de son mandat présidentiel, ce qui a provoqué un scandale considérable. Glencore-Xsrata possède en tout ou en partie 150 mines et sites métallurgiques. Selon les données disponibles, avant la fusion avec Xsrata qui a eu lieu en 2013, Glencore contrôlait environ 60 % du zinc mondial, 50 % du cuivre, 30 % de l’aluminium, 25 % du charbon, 10 % des céréales et 3 % du pétrole. Cette société très controversée a reçu en 2008 le prix du Public Eye Awards de la multinationale la plus irresponsable. Glencore-Xsrata est présente dans 50 pays et emploie 190 000 personnes (voir http://www.glencorexstrata.com/about-us/at-a-glance/ et http://www.glencorexstrata.com/assets/Uploads/20130711-GlencoreXstrata-Factsheet.pdf). Le patron et principal propriétaire de Glencore-Xsrata (il détient 16 % des actions), Ivan Galsenberg, aurait perçu une rémunération d’environ 60 millions de dollars en 2013 (voir :http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-remunerations-des-patrons-de-glencore-xstrata-et-credit-suisse-epinglees_399326.html). Crédit Suisse et Glencore-Xsrata collaborent étroitement sur le marché chinois. Les autres grandes sociétés spécialisées dans le courtage (trading) de commodities (en dehors des banques qui y sont très actives) sont Vitol (Pays-Bas), Cargill (Etats-Unis), Trafigura (Pays-Bas), Noble Group (Hong-Kong/Singapour), Wilmar (Singapour), Louis Dreyfus commodities (France), Mitsui (Japon), Mitsubishi (Japon), ADM (États-Unis). Le revenu cumulé de Glencore et de ces 9 sociétés s’est élevé à la somme colossale de 1200 milliards de dollars en 2012. Voir Financial Times, « Tougher times for the trading titans », 15 avril 2013.

|4| Voir son site spécialisé : http://cib.bnpparibas.com/Products-services/Managing-your-risks-and-assets/Commodity-Derivatives/page.aspx/100

|5| Morgan Stanley et Goldman Sachs ont obtenu leur licence de banque universelle en pleine crise afin de bénéficier d’un plus fort soutien de l’État et éviter le sort de la banque d’affaire Lehman Brothers.

|6| L’Écho, “Des banques américaines accusées de manipuler les matières premières” , 24 juillet 2013,http://www.lecho.be/actualite/entreprises_finance/Des_banques_americaines_accusees_de_manipuler_les_matieres_premieres.9379357-3027.art

|7Financial Times, « JPMorgan nears commodities sale », 6 février 2014. Barclays de son côté a payé une amende de 470 millions de dollars dans la même affaire.

|8| JP Morgan a annoncé début 2014 son intention de vendre ses activités physiques de commodities, Deutsche Bank a fait de même. Morgan Stanley a passé un accord avec le pétrolier russe Rosneft pour lui céder une partie de son business.

|9| Bien sûr, parmi les puissants protagonistes du marché des matières premières et des produits alimentaires, il faut ajouter les grandes entreprises spécialisées dans l’extraction, la production et la commercialisation des commodities : dans les minerais, Rio Tinto, BHP Billiton, Companhia Vale do Rio Doce ; dans le pétrole, ExxonMobil, BP, Shell, Chevron, Total ; dans les aliments, en plus de Cargill déjà mentionné au niveau de courtage, Nestlé, Monsanto et bien d’autres dont font partie plusieurs sociétés chinoises.

|10| J’ai analysé les causes de la crise alimentaires de 2007-2008 dans Éric Toussaint, “Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire” publié le 9 octobre 2008, http://cadtm.org/Une-fois-encore-sur-les-causes-de Voir également : Damien Millet et Éric Toussaint, “Pourquoi une faim galopante au XXIe siècle et comment l’éradiquer ?” publié le 24 avril 2009, http://cadtm.org/Pourquoi-une-faim-galopante-au

|11| Notamment BNP Paribas, JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley et, jusqu’à leur disparition ou leur rachat, Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch.

|12| Au niveau mondial, au début de l’année 2008, les investisseurs institutionnels disposaient de 130 000 milliards de dollars, les fonds souverains de 3000 milliards de dollars et les hedge funds de 1000 milliards de dollars.

|13| Testimony of Michael W. Masters, Managing Member/Portfolio Manager Masters Capital Management, LLC, before the Committee on Homeland Security and Governmental Affairs United States Senate http://hsgac.senate.gov/public/_files/052008Masters.pdf

|14| “You have asked the question ‘Are Institutional Investors contributing to food and energy price inflation ?’ And my answer is ‘YES’”.

|15| “Assets allocated to Commodity index trading strategies have risen from $13 billion at the end of 2003 to $260 billion as of March 2008”.

|16| Voir Testimony of Michael Greenberger, Law School Professor, University of Maryland, before the US Senate Committee regarding “Energy Market Manipulation and Federal Enforcement Regimes”, 3 juin 2008, p. 22.

|17| Jacques Berthelot, « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux », 15 juillet 2008, p. 51 à 56. En ligne : www.cadtm.org/spip.php ?article3762

|18http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=419336

|19| Paul Jorion, « Le suicide de la finance », Le Monde, 9 octobre 2012.

|20| Jean Ziegler, « La faim est faite de main d’homme et peut être éliminée par les hommes », interview donnée à Éric Toussaint, publiée le 11 février 2012 http://cadtm.org/La-faim-est-faite-de-main-d-homme Jean Ziegler est l’auteur de Destruction massive, géopolitique de la faim, Éditions du Seuil, Paris, 2012.

|21| Voir Le Monde, Quatre banques françaises accusées de “spéculer sur la faim”, 11 février 2013http://www.lemonde.fr/economie/arti… Sur la campagne internationale d’Oxfam, voir Financial Times, « Food price peculation taken off the menu », 4 mars 2013. Voir également sur le site d’Oxfam : EU deal on curbing food speculation comes none too soon, 15 janvier 2014,http://www.oxfam.org/en/eu/pressroom/reactions/eu-deal-curbing-food-speculation-comes-none-too-soon

|22| Voir http://blogs.lecho.be/argentcontent/2013/06/des-centaines-de-millions-deuros-belges-pour-sp %C3 %A9culer-sur-la-faim.html

|23| En ce qui concerne les propositions, l’auteur est redevable des discussions auxquelles il a participé en tant que conférencier au cours du séminaire organisé aux Canaries du 21 au 24 juillet 2008 par la commission Souveraineté alimentaire de l’organisation La Via Campesina. Évidemment le contenu de la présente étude et les propositions qu’elle contient sont de l’entière responsabilité de l’auteur, il n’engage en rien les personnes et les organisations citées.

Éric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique. Il est auteur du livre Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège, http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi….

Prochain livre à paraître en avril 2014 : Bancocratie chez ADEN, Bruxelles,http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr…

Cette étude prolonge la série « Banques contre Peuples : les dessous d’un match truqué ! » parue en 2012-2013 sur www.cadtm.org ainsi que sous une autre version, la série Et si on arrêtait de banquer ?

Le gouvernement allemand est en train de promouvoir vigoureusement une politique étrangère impérialiste. En début d’année, il avait annoncé la fin de l’ancienne politique de la retenue militaire. Peu de temps après, il annonçait des projets pour le développement d’une nouvelle stratégie pour l’Afrique.

Mercredi dernier, cette décision a été suivie par l’annonce que la flotte allemande serait dépêchée en Méditerranée pour y remplir un « mandat robuste ». Des communiqués officiels ont révélé que la frégate allemande Augsbourg devrait aider à la destruction d’armes chimiques syriennes à bord du navire américain Cape Ray. Le recours aux forces armées n’est pas exclu lors de l’opération.

Cette décision est conforme à l’annonce faite par le président américain Barack Obama selon laquelle il se réserve le droit d’intervenir militairement en Syrie. Mardi, lors d’une conférence de presse conjointe avec le président français, François Hollande, à Washington Obama avait souligné qu’une option militaire en Syrie restait à l’ordre du jour.

Parallèlement, Berlin durcit son offensive en politique étrangère en Ukraine. La semaine passée, lors de sa première visite officielle à Moscou, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (Parti social-démocrate, SPD) avait mis en garde le gouvernement russe contre une escalade de la lutte pour le pouvoir en Ukraine. « Il ne devrait être de l’intérêt de personne d’allumer la mèche de cette poudrière, » avait dit Steinmeier.

En fait, c’est Berlin même qui est en train d’attiser les flammes du conflit en Ukraine. Le gouvernement allemand soutient l’opposition et collabore étroitement avec Vitali Klitschko et son parti UDAR (une abréviation signifiant « coup »). Celui-ci est résolument soutenu par la Fondation Konrad Adenauer qui est affiliée à l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Le ministère des Affaires étrangères entretient également des liens avec Oleg Tyagnibok, le président du parti antisémite d’extrême-droite, Svoboda.

L’offensive en matière de politique étrangère en faveur d’opérations plus robustes de la Bundeswehr (armée allemande) à l’étranger figure en bonne place à l’ordre du jour de la première réunion en début de semaine prochaine du comité de coalition CDU-SPD. La ministre de la Défense, Ursula von der Leyen (CDU), le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD) et le ministre de l’Aide au Développement, Gerd Müller, (Union chrétienne-sociale, CSU) se réuniront ensuite pour en discuter les détails et coordonner la procédure à suivre.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Martin Schäfer, a souligné que le futur point de mire de la nouvelle politique étrangère serait l’Afrique. Il a ajouté qu’une nouvelle stratégie pour l’Afrique était attendue de longue date et était débattue et développée au sein du ministère depuis longtemps. « L’Afrique est bien plus qu’un continent de crises. De nombreuses possibilités y existent aussi, » a dit Schäfer en ajoutant : « Plusieurs pays africains affichent des taux de croissance qui sont considérablement plus élevés que ceux de l’Union européenne. »

Schäfer a poursuivi en disant que l’Allemagne souhaitait étendre sensiblement la coopération économique avec un nombre de pays africains. Il a révélé que l’économie allemande espérait tirer profit à la fois des débouchés offerts par le marché et des ressources naturelles qui sont disponibles en Afrique. Le ministère des Affaires étrangères préfère toutefois laisser ses propres intérêts à l’arrière-plan et affirme être surtout motivé par des soucis humanitaires et sécuritaires. Schäfer a précisé que l’objectif du « soutien économique » était de stabiliser les pays africains et d’éviter de nouveaux conflits.

Immédiatement après la Conférence sur la sécurité qui s’était tenue il y a deux semaines à Munich, la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen s’était rendue au Sénégal et au Mali pour annoncer l’augmentation de 180 à 250 soldats du contingent de la mission d’entraînement de la Bundeswehr déployé au Mali.

Durant sa visite effectuée dans une caserne sur les bords du Niger où un bataillon d’avant-garde d’une centaine de soldats est déjà stationné, elle a rejeté les critiques faites à l’égard d’une extension des missions de laBundeswehr à l’étranger. « Il y a eu des époques où 11.000 soldats hommes et femmes étaient en poste à l’étranger. Actuellement il y en a 5.000 parce que les opérations en Afghanistan touchent à leur fin, » a-t-elle dit. Elle a déclaré que la Bundeswehr avait la capacité d’entreprendre des opérations supplémentaires.

Lundi dernier, Berlin avait aussi confirmé que l’on discutait la reprise d’une participation de la Bundeswehr à la mission de formation de l’Union européenne (European Union Training Mission, EUTM) en Somalie, Etat d’Afrique orientale en crise. L’Allemagne avait jusqu’à la fin de l’année dernière été impliquée dans la formation d’unités militaires somaliennes en Ouganda, et y déployait une vingtaine de soldats. Lorsque la mission a été transférée en Somalie en début d’année, la Bundeswehr avait initialement mis fin à son engagement car la situation sécuritaire y était considérée trop instable. Cette évaluation a apparemment été revue.

Fin janvier, la chaîne d’information télévisée n-tv avait fait un reportage sur ce qui se cachait derrière les arguments humanitaires qui servent actuellement à propager la nouvelle stratégie pour l’Afrique.

Son reportage avait examiné sous le titre « Uranium, or, diamants et minéraux : l’Allemagne découvre l’Afrique, » les intérêts commerciaux du pays. Le compte rendu avait débuté par une citation de Wolfgang Ischinger qui dirige la conférence de Munich sur la sécurité. Ischinger a dit que l’Allemagne avait un retard considérable à rattraper et que l’« Afrique ne devrait pas être laissée à la Chine. »

L’émission télévisée avait prévenu que par rapport à la Chine, l’Allemagne était à la traîne. Depuis le début des années 1990, la Chine se livrait à une « véritable frénésie d’achats », acquérait des ressources stratégiques et gagnait de plus en plus d’influence dans de nombreux pays africains. Le secret de la politique chinoise à l’égard de l’Afrique était perçu comme résidant dans le fait qu’en échange de l’approvisionnement de matières premières, Beijing construisait « des écoles, des hôpitaux et des stades pour le commun du peuple. »

Le rapport de la chaîne n-tv mettait en garde qu’une nouvelle stratégie allemande concernant l’Afrique ne devait pas être perçue comme une aventure néocoloniale. Il a cependant suggéré que « si l’Allemagne s’engageait avec la France, en Centrafrique par exemple, l’on pourrait parler d’une politique européenne des matières premières au lieu d’une politique allemande. »

Le reportage a ensuite proposé que la République centrafricaine (RCA) pourrait constituer un terrain d’essai pour ce genre de coopération. Bien que ce pays africain enclavé situé au nord du Congo fasse près de deux fois la taille de l’Allemagne, il ne dispose pratiquement d’aucune infrastructure. Quelque 60 pour cent de la population sont analphabètes et très pauvres. L’ancienne colonie française possède toutefois d’énormes avantages économiques : elle est riche en or, en diamants, en uranium, en bois, en café et en une quantité d’autres produits.

Il fut de plus spéculé sur le fait que d’autres ressources minérales existaient probablement dans le pays comme le cuivre, le graphite, le minerai de fer, le kaolin, le calcaire, le manganèse, le quartz, le sel et l’étain. « Et l’on ne peut en aucun cas dire que la République centrafricaine a jusque-là été pleinement exploitée, » s’est enthousiasmé l’émission de n-tv.

La « nouvelle stratégie pour l’Afrique » n’a rien à voir avec la préservation de l’aide humanitaire, comme l’affirment Steinmeier et von der Leyen. Elle rappelle bien plutôt la « ruée sur l’Afrique » qui avait eu lieu à l’apogée de l’impérialisme à la veille de la Première Guerre mondiale – lorsque l’Allemagne a colonisé ce qui est de nos jours la Namibie, la Tanzanie, le Cameroun et le Togo. L’actuel déploiement de troupes de combat au Mali sert les intérêts impérialistes de l’économie allemande. Des intérêts géostratégiques, comme ceux poursuivis par le Corps expéditionnaire d’Afrique (Deutsche Afrika Korps, DAK) durant la Seconde Guerre mondiale, font également partie de cette stratégie.

La totalité des partis parlementaires allemands est en train d’appuyer cette politique belligérante. En ce qui concerne les questions de guerre, le SPD a pris les devants au gouvernement et bénéficie du soutien des Verts et du parti Die Linke.

L’automne dernier, le parlementaire de Die Linke, Stefan Liebich, avait rédigé et approuvé conjointement un document de stratégie, autorisé par l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (Stiftung Wissenschaft und Politik, SWP) et intitulé « Nouveau pouvoir, nouvelle responsabilité ». A la mi-janvier, il avait produit, en collaboration avec la politicienne du parti des Verts, Agnieszka Brugger, un document stratégique soutenant les missions militaires de la Bundeswehr à l’étranger tant qu’elles étaient couvertes par un mandat des Nations unies et qu’elles servaient à « renforcer les droits de l’Homme ».

En tant que représentant de Die Linke dans la commission des Affaires étrangères au Bundestag (parlement allemand), il avait expliqué la semaine passée qu’il y avait de nombreux arguments très convaincants en faveur du déploiement de l’armée allemande en Méditerranée. Il a ajouté : « Bien entendu, nous sommes heureux de constater que les armes chimiques syriennes sont en train d’être détruites. »

Christine Buchholz la porte-parole du groupe parlementaire de Die Linke pour les questions de Défense a également déclaré : « Nous saluons le fait que le gaz toxique est détruit. »

Die Linke est impliquée au plus haut niveau dans le changement de la politique étrangère allemande et dans la relance de l’impérialisme et du militarisme allemands. Elle joue un rôle clé en soutenant la propagande de guerre par une phraséologie humanitaire.

Ulrich Rippert

Article original, WSWS, paru le 17 février 2014

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La visite à Beijing du ministre américain des Affaires étrangères John Kerry vendredi dernier, est la dernière étape en date du « pivot vers l’Asie » provocateur du gouvernement Obama, dont le but est de saper l’influence chinoise et de renforcer les forces militaires et les alliances américaines en préparation de la guerre. Ayant délibérément attisé de dangereux points chauds en Asie au cours des quatre dernières années, les États-Unis tentent de profiter de leur avantage, quelles qu’en soient les conséquences.

À Beijing, Kerry a cherché à imposer son autorité sur la direction chinoise sur une série de questions sensibles. Sur la situation explosive dans la péninsule coréenne, il a insisté pour que la Chine utilise « tous les outils à sa disposition », y compris des sanctions économiques qui auraient un effet paralysant, pour forcer son allié nord-coréen à se plier aux exigences américaines de dénucléarisation. En relation avec la situation tendue en Mer de Chine orientale et en Mer de Chine méridionale, il a appelé Beijing à adopter « un régime plus calme, plus appuyé sur le droit, moins conflictuel », faisant implicitement porter à la Chine la responsabilité des tensions que les États-Unis on délibérément ravivées.

Pour faire bonne mesure, Kerry a également insisté auprès des dirigeants chinois pour qu’ils soutiennent leur opération de changement de régime en Syrie et qu’ils suivent la ligne américaine concernant l’Iran aux Nations unies, et a exprimé des inquiétudes sur les « droits de l’Homme » en Chine, « en particulier en ce qui concerne les régions tibétaine et ouïghour ». Cette dernière référence était calculée pour jouer sur les craintes légitimes des Chinois quant à l’exploitation par les États-Unis des mouvements séparatistes dans ces régions de Chine afin de fracturer le pays.

Kerry a paré ses exigences provocatrices des atours du langage de la « paix », de la « démocratie » et de la « sécurité ». L’intervention américaine dans les conflits maritimes de longue date entre la Chine et ses voisins a lieu sous la bannière de la « liberté de navigation. » Le refrain américain habituel est que Beijing doit se conformer à l’ordre mondial actuel « qui s’appuie sur des règles », c’est-à-dire, un ordre dominé par l’impérialisme américain, où les « règles » sont fixées par Washington. Tout cela est répercuté sans un mot de critique par des médias complètement soumis.

Les États-Unis au contraire opèrent dans le monde entier en toute impunité et avec un mépris absolu des règles sur lesquelles ils donnent des leçons aux autres. Le président Obama, reprenant la politique du président Bush, a accordé aux États-Unis le droit de mener des guerres « préventives », c’est-à-dire, des guerres d’agression pour faire avancer les intérêts et les ambitions mondiales de Washington. L’invasion américaine de l’Afghanistan en 2001 fut suivie des guerres d’Irak et de Libye ainsi que de multiples provocations, sanctions et menaces militaires contre une série de pays, dont l’Iran et la Corée du Nord. Déclencher une guerre d’agression est une infraction fondamentale au droit international et ce fut l’accusation principale soulevée lors du procès de Nuremberg contre les dirigeants nazis après la Seconde Guerre mondiale.

Les criminels installés à la Maison blanche traitent les « droits de l’Homme », ainsi que les normes internationales et le droit international, avec un mépris absolu. Dans le cadre bidon de leur « guerre contre le terrorisme », les États-Unis poursuivent un programme de meurtres et d’assassinats sans restriction par des frappes de drones, y compris contre des citoyens américains. Les déportations de prisonniers vers des Etats tiers, la torture et la détention pour une durée indéterminée sans procès sont toujours de mise. Sur le sol des États-Unis, les droits constitutionnels fondamentaux sont battus en brèche. Le lanceur d’alerte Edward Snowden a révélé les vastes opérations d’espionnage de la National Security Agency contre toute la population américaine et les peuples du monde entier, ainsi qu’une guerre électronique et des programmes de piratage informatique des États-Unis qui visent aussi bien leurs ennemis que leurs alliés officiels.

Quelle serait la réaction américaine à des actions similaires de la part de la Chine ou d’un autre pays ? Que se passerait-il si des navires étrangers patrouillaient régulièrement au large des côtes américaines sous le prétexte de la « liberté de navigation », ou si un rival établissait une base militaire, sans parler d’une série de bases et d’alliances, quelque part en Amérique latine, ou s’il critiquait les abus des États-Unis contre les « droits de l’Homme », ou soutenait les revendications de Cuba sur la Baie de Guantanamo ? Poser la question, c’est y répondre. Chacun de ces actes déclencherait une réaction belliqueuse, y compris la menace de guerre.

Les actions du gouvernement Obama au cours de ces quatre dernières années ont transformé toute la région indo-pacifique en une poudrière très instable.

  • · En encourageant le Japon et les Philippines, en particulier, à insister sur leurs revendications, les États-Unis ont transformé de vieux conflits maritimes assez peu intenses en Mer de Chine orientale et en Mer de Chine méridionale en des points chauds internationaux de premier plan. Les États-Unis ont indiqué leur intention, juste avant le voyage de Kerry, de raviver encore plus les tensions en Mer de Chine méridionale en abandonnant leur posture de « neutralité » sur ces questions territoriales et en prenant ouvertement position contre la Chine.
  • · Sur la péninsule coréenne, le gouvernement Obama a refusé de prendre part à toute négociation internationale sur les programmes nucléaires de la Corée du Nord à moins que Pyongyang ne se plie à toutes les exigences américaines. Plus d’une fois, les États-Unis ont imprudemment joué avec le feu et failli provoquer une catastrophe en réagissant au moindre incident par une démonstration de force massive. En mars/avril dernier, en réaction à la rhétorique belliqueuse mais creuse de la Corée du Nord, le Pentagone a envoyé des bombardiers B-52 et B-2 pouvant contenir des armes nucléaires, ainsi que des navires de guerre, en Corée du Sud, et annoncé une rénovation majeure de ses systèmes anti-missiles en Asie du Nord-Est.
  • · le gouvernement Obama a développé le dispositif militaire des États-Unis dans toute la région, avec des plans pour transférer 60 pour cent de tous les moyens aériens et maritimes dans la région indo-pacifique en 2020. Les États-Unis ont renforcé leurs alliances, en particulier avec le Japon et l’Australie. Ils sont en train de restructurer ou d’établir des arrangements pour des bases au Japon, en Corée du Sud, en Australie, à Singapour et aux Philippines, et renforcent leurs liens stratégiques avec pratiquement tous les pays de la région. Les laboratoires d’idées américains proches de l’élite militaire discutent publiquement des plans, des préparatifs et des stratégies pour une guerre contre la Chine.

Loin d’être une force pour la « paix » et la « sécurité », l’impérialisme américain est aujourd’hui le facteur le plus déstabilisant de la politique mondiale. Cinq ans après l’effondrement financier mondial de 2008-09, les États-Unis cherchent à surmonter leur crise économique toujours en cours en imposant de nouveaux fardeaux à la classe ouvrière dans le pays et à leurs rivaux à l’étranger. Le gouvernement Obama exploite la supériorité militaire américaine pour s’assurer d’une hégémonie continue des États-Unis en Asie, qui est devenue le principal fournisseur de main d’oeuvre bon marché du monde, avec la Chine en son centre. Cet ordre mondial « qui s’appuie sur des règles » cherche à réduire la Chine au rang de semi-colonie soumise.

En s’opposant aux préparatifs de guerre des Etats-Unis contre la Chine, on ne peut accorder aucun soutien à la direction chinoise, qui est profondément hostile à la classe ouvrière et qui cherche avant tout à parvenir à un accord avec Washington. Au cours des trente dernières années, le Parti communiste chinois a grandement affaibli toute capacité de résistance aux agressions américaines en démantelant les relations de propriété nationalisées et en intégrant la Chine dans le capitalisme mondial comme une vaste plate-forme à bon marché. Le PCC est surtout organiquement hostile à toute mobilisation indépendante de la classe ouvrière chinoise et internationale, l’unique force sociale qui soit capable de mettre fin au danger d’une guerre catastrophique par l’abolition de sa cause principale: le système capitaliste en faillite et son organisation en Etats-nations, totalement dépassée.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 17 février 2014

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En droit international, tout navire peut librement circuler sur toutes les mers à l’exclusion des zones périphériques : eaux territoriales (ET) et zones économiques exclusives (ZEE) des états côtiers sur lesquelles ceux-ci exercent leur souveraineté totale (ET)  ou partielle (ZEE).

Ce principe est utilisé « ad nauseam » par les Etats-Unis qui patrouillent lourdement sur tous les océans du globe au plus prés des eaux souveraines des autres et certainement à l’intérieur de celles-ci mais  avec des sous marins.

Depuis deux ans déjà l’Iran annonçait qu’il allait envoyer des navires de guerre patrouiller au large des côtes étasuniennes.

Le projet vient de prendre corps.

En Janvier le vice-amiral Habibollah Sayyari a annoncé le départ de deux navires de guerre de la 29° flotte: la frégate SABALAN et le navire de ravitaillement KHARG vers l’océan atlantique  où ils doivent aujourd’hui se trouver.

En permettant  le ravitaillement en carburant  de la flottille, le Kharg en garantit l’autonomie, l’Iran n’ayant pas à solliciter d’escales dans un port étranger pour  faire le plein.

Cette modeste flottille  composée de deux navires de plus de 20 ans d’âge ne peut évidemment prétendre impressionner militairement la gigantesque flotte guerrière étasunienne mais la démonstration d’indépendance politique dans le respect du droit international est, elle, d’une grande force.

Elégante façon de rappeler qu’en permanence depuis la base de Bahreïn la V° flotte US  et ses alliés des l’OTAN viennent parader, tous missiles dehors, au large des côtes iraniennes sur fond d’annonces de bombardements de l’Iran qui n’ont cessées que depuis l’accord transitoire sur le nucléaire iranien.

On sourit en imaginant l’intense mobilisation et  l’extrême nervosité des services d’écoute et de surveillance aériens, terrestres et sous marins de l’OTAN  face à l’arrivée de ces deux navires à proximité du  « sanctuaire » !

Nouvel accès de fièvre face à des navires de guerre « non OTAN et non occidentaux ». Cette fois la fièvre saisit un allié très fidèle des Etats-Unis : l’Australie.

Imaginez : deux navires de guerre chinois viennent de faire un périple dans les eaux internationales qui les a conduits à proximité des côtes  nord de l’Australie.

Passés par le détroit de la  Sonde entre Sumatra et java, ils ont longé Java par le sud avant de remonter vers le nord en passant par le détroit de Lombok à l’Est de Bali. Pas d’émotion en Indonésie qui entretient des très bonnes relations avec la république populaire depuis la récente visite de Xi Jinping à Djakarta

Voir la carte ci-dessous

Pour mémoire, les Etats-Unis ont 6 flottes de guerre complètes en service avec porte-avions (en principe deux par flotte mais ils sont en retard sur cet objectif), bombardiers stratégiques, missiles nucléaires, sous marins, tout le nécessaire du tueur mondial.

Numérotées de 2 à 7 elles sont basées

 

Deuxième flotte (Atlantique) : Norfolk (Virginie)

Troisième flotte (Pacifique est) : Pearl Harbour

Quatrième flotte (Caraïbes, Amérique centrale et Amérique du sud) Mayport (Floride)

Cinquième flotte (Moyen Orient) : Manama (Bahreïn)

Sixième flotte (Méditerranée) : Naples (Italie)

Septième flotte (Pacifique Ouest –Océan Indien) : Yokosuka (Japon)

Cette dernière est chargée de traquer la marine chinoise dans son périmètre d’action et doit être de plus en plus sur les dents.

 

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A lire les média internationaux en ce mois de février 2014, on pourrait croire que le Venezuela est –de nouveau- à feu et à sang. Le coupable désigné par les grandes entreprises de communication est toujours le même depuis maintenant 15 ans: le gouvernement bolivarien massacrerait –de nouveau- son peuple comme s’il s’agissait du passe temps favori des élites politiques révolutionnaires depuis l’accession d’Hugo Chavez à la présidence de la République. Oubliés les onze chavistes assassinés au lendemain de la victoire électorale de Nicolas Maduro en avril 2013, passée sous silence la large victoire du camps bolivarien aux municipales de décembre 2013, gommé le soutien populaire dont bénéficie la Révolution, les Vénézuéliens seraient désormais face à un « régime » qu’ils réprouvent et qui n’hésite pas à faire feu contre ses compatriotes.  Un retour sur les derniers évènements qui ont secoué le Venezuela est donc nécessaire pour prendre la mesure de ce qui se déroule en ce moment au pays de Bolivar et de Chavez. Retour d’autant plus nécessaire pour capter, après la Libye, la Syrie ou les derniers évènements ukrainiens à quel point l’Empire fait preuve d’un cynisme sanguinaire pour éliminer les gouvernements qui ne s’alignent pas sur ses intérêts.

Guerre interne dans l’opposition

L’opposition vénézuélienne n’est pas un bloc monolithique. Même si tous les partis partagent un programme commun (1) , les stratégies de prises de pouvoir et surtout les ambitions personnelles ne manquent jamais de raviver les tensions au sein de la contrerévolution, Or le leadership qu’Henrique Capriles s’était construit depuis sa victoire aux primaires de la plateforme unitaire de l’opposition (Mesa de Unidad Démocratica -MUD) en février 2012 s’est quelque peu érodé au fil des quatre défaites électorales (2). Lors des élections municipales de décembre 2013, le parti de Leopoldo Lopez,nVoluntad Popular a même remporté plus de mairies que  Primero Justicia, le parti de Capriles.

Le questionnement interne suite aux défaites dans les urnes a ravivé les vieux démons d’une opposition prête à considérer légitime tous les chemins possibles pour conquérir le pouvoir.

Profitant d’un mécontentement compréhensible d´une partie de la population face à une guerre économique qui affecte quotidiennement les vénézuéliens (3), le secteur le plus extrême de l’opposition a décidé de passer à l’attaque.

Dès les premiers jours de l´année 2014, Leopoldo Lopez, Maria Corina Machado ou Antonio Ledezma appelaient au “soulèvement” comme moyen “démocratique” pour chasser le gouvernement (4). Les vrais démocrates apprécieront l’oxymore. Rappelons que l’unique moyen démocratique pour changer de gouvernement est la convocation d’un référendum révocatoire à mi-mandat, c’est à dire à partir d’avril 2016.

Leopoldo Lopez ne s’arrêtera pas là. Au cours d’un meeting, le 2 février 2014, il lance à ses partisans : ” les problèmes dont souffre le peuple ont un coupable. Ce coupable est le pouvoir national (…) nous ne pouvons plus dire que le problème c’est seulement Nicolas Maduro. Le problème ce sont tous les pouvoirs publics nationaux”(5). Coup d’Etat, vous avez dit coup d’Etat ?

Au cours du même meeting, Maria Corina Machado affirmera que ” la seule réponse possible, c’est la rébellion (…). Certains disent qu’il faut attendre les élections dans je-ne-sais-trop combien d’années (…) Le Venezuela ne peut plus attendre ” (6). Le message de confrontation est lancé au gouvernement mais aussi à la MUD et à Capriles. La tentative de mainmise sur l’opposition par les secteurs les plus anti-démocratiques de l´antichavisme est confirmé par Leopoldo Lopez lorsqu’il convoque une manifestation pour le 12 février 2014 : ” Notre lutte passe par la rue (…) je suis sûr que ce 12 février, nous verrons Henrique Capriles dans la rue. Je lance un appel [à tous les dirigeants de l´opposition] mais surtout à Henrique, qui a une très grande responsabilité, pour qu’il nous rejoigne dans cette clameur de changement ” (7) . Les urnes ou le putsch. Les leaders de l’opposition ont les cartes en mains…

Ce qui fut annoncé arriva

Le 12 février la manifestation convoquée se dirigeât vers le siège du pouvoir judiciaire (Ministerio Publico) situé dans le centre populaire de la capitale. La plupart des dirigeants de l´opposition, dont Capriles Radonski, était aux abonnés absents. Le faible cortège était surtout composé d’étudiants des classes moyennes supérieures provenant des universités privées. Sur place, Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado haranguaient la foule dans des termes similaires à ceux proférés quelques jours plus tôt, avant d’abandonner la manifestation sans prendre le soin de lancer le mot d’ordre de la dispersion de la manifestation. Alors que la majorité des étudiants quittait les lieux sans heurt, des groupes de choc prenaient le relais. Les pancartes pacifistes laissaient place aux jets de pierre et autres cocktails Molotov. Et tout bascula.

Au milieu des affrontements, des coups de feu furent tirés. Juan “Juancho” Montoya, un militant chaviste présent sur les lieux et Basil Da Costa un étudiant d´opposition mourraient tous deux assassinés d’une balle dans la tête.  La police nationale réussit à repousser les fauteurs de trouble qui se replièrent à Chacao, arrondissement huppé de Caracas, dont le maire, Ramon Muchacho est membre du parti Primero Justicia. Quelques heures plus tard et alors que les affrontements s’étaient déplacés dans cette zone de la ville, Roberto Redman, un militant de l’opposition, qui avait porté le cadavre du jeune Basil, était à son tour assassiné. La machine médiatique internationale s’emballa. Le gouvernement fut accusé de sanglantes répressions alors que les forces de maintien de l’ordre n’utilisent aucune arme létale pour faire face aux groupuscules armés de l’opposition (8) .

Les entreprises de communication privées dénoncèrent la censure gouvernementale après qu’une chaine câblée colombienne, NTN24, fut retirée de la programmation par les opérateurs de câble privés pour avoir enfreint la loi vénézuélienne de ne pas retransmettre en direct les images des violences de rue. Il ne s’agissait donc pas d’une censure opérée par le pouvoir, les média audiovisuels internationaux et nationaux ayant largement couvert la partie pacifique de la manifestation. En revanche, aucun média international ne s’est attardé à dénoncer les attaques à l´arme à feu contre le siège de la télévision publique VTV. Une employée de la chaine ayant même reçu une balle dans les côtes. Liberté d’expression à deux vitesses ?

Au soir du 12 février, on dénombrait en plus des trois morts, de nombreux blessés y compris chez les forces de l’ordre et les travailleurs du métro de Caracas, pris d’assaut par les groupes de choc de l’opposition, 6 voitures de police incendiées, des sièges d’institutions publiques détruits, sans compter les nombreux dommages collatéraux dont ont souffert les habitants de Caracas.

Des critiques se firent entendre au sein même de l’opposition. Une journaliste du journal antichaviste El Universal,  dénonça l’irresponsabilité et le manque de  leadership de Leopoldo Lopez qui abandonna les étudiants lorsque les affrontements eurent commencé (9) . Le maire de Chacao publia un tweet cinglant : ” nous reconnaissons le manque de leadership de l’opposition. Seul l’anarchie règne. C’est ce que nous voulons ?” (10). Dans un premier temps, Capriles Radonski se fit écho de ” la mainmise de groupes violents sur une manifestation pacifique ” (11) .

L’enquête démontrera, comme l’a indiqué le Ministre de l’intérieur et de la justice, Miguel Rodriguez Torres, que les deux personnes assassinées près du Ministerio Publico le furent avec la même arme à feu, renforçant ainsi la thèse de l’infiltration  de mercenaires paramilitaires d’opposition dans l’objectif de créer le chaos, et d’enflammer les tensions entre Vénézuéliens. Un scénario similaire à celui vécu lors du coup d’Etat du 11 avril 2002 (12) . Les plus vulnérables à cette stratégie sont malheureusement les jeunes étudiants qui croient pouvoir renverser un gouvernement appuyé par la majorité du peuple et par l’armée.

Comme dans n´importe quel pays démocratique, la justice recherche désormais le principal responsable de ces violences, Leopoldo Lopez, pour le mettre en examen. Nous n’osons imaginer ce qu’il se serait passé si de tels évènements avaient eu lieu dans n’importe quel pays occidental. Qu’aurait fait le pouvoir français si la manifestation Jour de Colère (qui comme la manifestation de Leopoldo Lopez n’avait de mot d’ordre commun que la chute d´un gouvernement élu) s’était soldé par trois assassinats et de nombreux blessés chez les forces de l’ordre. Il y a fort à parier que ses organisateurs seraient aujourd’hui sous les verrous sans que cela n’émeuve personne ni qu’aucun parti politique, pas même le Front National, n’en vienne à les défendre.

Mais s’il s’agit du Venezuela, les média y décèlent une persécution politique. Capriles Radonski, quand à lui s´est solidarisé avec Leopoldo Lopez, tout en insistant sur les différentes stratégies qui l’opposent à son ancien comparse (13) .  L´ancien candidat à la présidentielle a même appelé à une manifestation contre la violence et le paramilitarisme (sic), espérant ainsi récupérer à son compte les manifestants de ces derniers jours. Comble de l’ironie pour celui qui devrait assumer la responsabilité intellectuelle de l’assassinat de 11 militants chavistes au lendemain de sa défaite électorale aux élections présidentielles d’avril 2013 (14).

La main de l’Empire américain n’est pas une chimère

Alors que Nicolas Maduro a reçu des messages de solidarité et de condamnation des violences de l’opposition de la part de nombreux gouvernements et partis politiques de par le monde et de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), le gouvernement des Etats-Unis prenait un ton menaçant. Lors d’une allocution télévisuelle, le président Maduro dénonçait que le sous-secrétaire d’Etat adjoint pour l’Amérique latine, Alex Lee, avait émis une série d’exigences (libération des responsables des violences, arrêt des poursuites contre Leopoldo Lopez, dialogue immédiat avec l’opposition) sous peine de  ” générer des conséquences négatives au niveau international ” (15).

Cette menace à peine voilée est en fait le résultat de la participation active des Etats-Unis dans les récents évènements qui secouent le Venezuela. Soulignons une fois, pour les éternels sceptiques, que la déstabilisation du gouvernement bolivarien n’aura de cesse que lorsque les Etats-Unis reprendront le contrôle du maniement de l’industrie pétrolière comme dans le passé.

En réponse, le président Maduro a décidé d’expulser du pays trois citoyens étasuniens pour leur récente participation active dans la formation et le financement d´étudiants aux techniques de coup d’Etat soft (16).

Dans la nébuleuse d’informations sur la situation actuelle au Venezuela, de grossières manipulations médiatiques tentent de légitimer le discours de l’opposition qui dénonce la torture et la répression sanglante du gouvernement. Cette cyber-attaque est surtout un moyen de décrédibiliser le Venezuela  au niveau international et de chauffer les esprits des partisans de l’opposition afin de générer une situation d’ingouvernabilité à l’instar des évènements actuels en Ukraine.

Rappelons que le Venezuela est le cinquième pays au monde qui se sert le plus de Twitter (17) . Ce réseau social, abondamment utilisé dans les autoproclamées ” Révolutions ” arabes, est devenu une arme de premier choix dans la déstabilisation du gouvernement bolivarien. Ainsi, des photos de répressions et de tortures, reflétant des réalités étrangères, sont envoyées massivement aux jeunes vénézuéliens leur faisant croire que les scènes se déroulent dans leur pays (18) . De retweet en retweet en passant par de nombreux hastags, un nombre non négligeable de jeunes opposants à la Révolution est ainsi manipulé.

 

Sur la photo suivante nous pouvons voir comment une manifestation à Sao Paulo devient une manifestation à Caracas

 

 

Sur la photo ci dessous une image aérienne d’un pèlerinage religieux se transforme en une manifestation massive de l’opposition qui n’a pourtant jamais eu lieu
Les étudiants chiliens doivent sauter au plafond en voyant leurs camarades utilisés par l´extrême droite vénézuélienne

 

Un cas de torture dans le royaume d’Espagne devient un argument pour la droite vénézuélienne

 

Qui se doutait que les policiers égyptiens réprimaient des citoyens vénézuéliens ?

Rien n´arrête le cynisme de l’opposition. Les morts du conflit syrien sont transférés au Venezuela dans la ville de Maracay.

 

Même le pauvre Loukanikos, icône animale de la révolte grecque, n´est pas épargné. Que fait la SPA ?

Le camp bolivien doit donc une fois de plus faire face aux tentatives de déstabilisation de la contrerévolution au moment précis où le gouvernement prend des mesures radicales pour lutter contre la guerre économique et contre l’insécurité.

Même si le Peuple, l’armée et la police défendent les institutions démocratiques, la vigilance est de mise. Face à la désinformation des entreprises privées de communication, la solidarité internationale est plus que jamais de vigueur afin de déjouer la propagande médiatique contre la Révolution Bolivarienne. A un an de la disparition physique du Comandante Chávez, son Peuple est bien décidé à perpétuer son héritage révolutionnaire.

Romain Migus

Romain Migus : Sociologue, journaliste, installé au Venezuela depuis 2005. Auteur de nombreux articles sur la Révolución bolivarienne et la guerre médiatique ainsi que trois ouvrages en español, disponible sur son site en pdf: La Telaraña imperial (avec Eva Golinger, Monte Avila, 2008), El programa de la MUD (Barrio Alerta, 2012), El imperio contraataca (Fondo editorial Wilian Lara, 2013).

Notes:

(1) Voir Romain Migus, El programa de la MUD, Caracas, ed. Barrio Alerta, 2012, disponible surhttp://albaciudad.org/wp/wp-content/uploads/2012/09/libro_el_programa_de_la_mud.pdf 

(2) Élections présidentielles du 7 octobre 2012 et du 13 avril 2013, élections régionales du 16 décembre 2012, élections municipales du 8 décembre 2013 (91% des états régionaux et 75% des mairies gagnés par le chavisme).

(3) La guerre économique et les réponses gouvernementales ne sont pas le sujet de cet article. Mais il est indéniable que la spéculation contre le bolívar, les ruptures de stock organisées,  et la contrebande de produits de première nécessité vers la Colombie ont des conséquences immédiates sur la vie quotidienne. Pour un approfondissement de ce sujet, voir jacques Sapir, « La situation économique au Venezuela », Russeurope, 17/02/2014,http://russeurope.hypotheses.org/2001

(4) Voir “¡LaSalida es la calle! ¡#LaSalida es la calle!”, Youtube, 25/01/2014, http://www.youtube.com/watch?v=MZBiTc6Z4Os (traduction de l´auteur).

(5) Voir “Protestas en Venezuela, 2 de Feberero de 2014 #LaSalida“, Youtube, 03/02/2014,http://www.youtube.com/watch?v=hyh3AEf5JDA (traduction de l´auteur).

(6) Ibid.

(7) Voir “Leopoldo López El 12F vamos a la calle con la consigna justicia y cárcel para los corruptos“, Youtube, 09/02/2014, http://www.youtube.com/watch?v=f9X67Jvw5Lk (traduction de l´auteur).

(8) Pour être plus précis nous soulignons que les forces de police utilisent des bombes lacrymogènes et des cartouches de gros sel, et un usage très limité de la force si l´on compare avec la répression des manifestations dans les pays européens.

(9) Testimonio de una periodista de El Universal: “Leopoldo no tuvo bolas. Le agarró la mano a su esposa, se fue y dejó a los carajitos alborotados”, Aporrea, 13/02/2014. http://www.aporrea.org/oposicion/n245131.html 

(10) “Vandalismo en Chacao: Ramón Muchacho se pregunta ¿quién asume la responsabilidad?”, Noticias24, 12/02/2014

http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/222431/vandalismo-en-chacao-ramon-muchacho-se-pregunta-quien-asume-la-responsabilidad/ 

(11) “Capriles condena violencia en marcha estudiantil, Prensa Primero Justicia, 12/02/2014,http://www.primerojusticia.org.ve/cms/index.php?option=com_flexicontent&view=item&cid=158:en-la-prensa&id=13853:capriles-condena-violencia-en-marcha-estudiantil&Itemid=500 

(12) Voir “Fallecidos el 12F fueron con la misma arma de fuego”, YVKE Mondial, 14/02/2014,http://www.radiomundial.com.ve/article/fallecidos-el-12-f-fueron-asesinados-con-la-misma-arma . Sur les assassinats similaires pendant le coup d´Etat d´avril 2002, voir l´excellent documentaire de Angel Palacios, “Puente llaguno: clave de una massacre”, http://www.youtube.com/watch?v=fkrAI72ct-I 

(13) “Capriles llama a movilizaciones contra la violencia y el paramilitarismo”, El Universal, 16/02/2014, http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/140216/capriles-llama-a-movilizacion-contra-la-violencia-y-el-paramilitarismo 

(14) Voir Romain Migus, “Nuit de cristal au Venezuela”, Venezuela en Vivo, 17/04/2013, http://www.romainmigus.com/2013/06/nuit-de-cristal-au-venezuela.html 

(15) “Venezuela rechaza declaraciones de secretario estadounidense John Kerry”, Telesur, 16/02/2014, http://www.telesurtv.net/articulos/2014/02/16/venezuela-rechaza-declaraciones-de-secretario-estadounidense-john-kerry-2982.html 

(16) “Funcionarios norteamericanos tienen 48 horas para salir de Venezuela”, Noticias24, 16/02/2014,  http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/222622/elias-jaua-funcionarios-norteamericanos-tienen-48-horas-para-salir-de-venezuela/ 

(17) “Venezuela: quinto país del mundo que más usa el twitter”. Ciudad CCS, 29/05/11, http://www.ciudadccs.info/?p=176192 

(18) Telesur a réalisé une compilation de ces montages médiatiques. Voir: https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10151869482281179.1073741986.186321186178&type=1


Voici d’autres photos manipulées par les médias (voir l’article en anglais : Constructing thé Deception of the Anti-Government “Protests” in Venezuela: A Photo Gallery) :

(vraie photo à gauche)


 

 

Photo prise à Singapour:

 

 

 

 

Remarquez les chapeaux de fourrure (étrange pour le Venezuela !), il faisait 24 degrés ce jour là à Caracas.

Washington toujours à la manœuvre en Syrie et à Genève

février 17th, 2014 by Thierry Meyssan

Tout en négociant d’une main à Genève, Washington prépare de l’autre une nouvelle opération militaire contre la Syrie. Quelle que soit la suite des événements, il parviendra ainsi à avancer ses pions d’une manière ou d’une autre. La guerre ne lui coûte rien, ce sont les Syriens qui meurent. Pour gagner du temps, il a soumis aux diplomates une Déclaration présentée par l’« opposition ». Derrière une rhétorique consensuelle, elle cache au moins trois pièges que Thierry Meyssan détaille pour nous.


La seconde session de la Conférence de Genève 2 vient de s’ouvrir sur une tonalité bien différente de la première. L’ambassadeur US, Robert S. Ford, n’est plus aux commandes de la délégation de l’« opposition » et on ignore qui est désormais en charge de la Syrie pour Washington. Quoi qu’il en soit, cette délégation est arrivée avec une « Déclaration de principes de base » [1] visant à retourner à Damas le piège que Walid Mouallem lui avait tendu lors de la première session : l’obliger à répondre sur son propre terrain. Damas voulait parler de lutte contre le terrorisme, l’« opposition » lui répond avec une description détaillée de la composition et de la mission de l’Organe de gouvernement de transition.

C’est d’autant mieux joué que, durant la première session, M. Mouallem s’adressait à l’opinion publique intérieure syrienne, et parfois au monde arabe, mais jamais aux Occidentaux. S’il avait voulu toucher ce public, il aurait dû commencer par s’appuyer sur le droit international avant d’aborder la manière de le faire appliquer : lutter contre le terrorisme. Mais, cherchant d’abord à étayer la légitimité de Damas, il s’est attaché à montrer les crimes perpétrés par les jihadistes soutenus par l’« opposition » et les visées coloniales de John Kerry.

Occupant le terrain vide, les États-Unis ont dicté à l’« opposition » une Déclaration qui s’appuie sur les résolutions du Conseil de sécurité et le Communiqué final de Genève 1, c’est-à-dire sur des textes acceptés par tous les États sponsorisant la conférence de paix.

Cette Déclaration décrit d’abord ce que devrait être cet Organe. Bien sûr, il sera neutre, inclusif —c’est-à-dire comprenant toutes les composantes de la société syrienne—, pacifique —c’est-à-dire qu’il mettrait fin à la guerre—, et garant de l’intégrité territoriale du pays. Sa fonction sera de créer un environnement permettant au peuple syrien d’élaborer lui-même sa constitution et de désigner ses institutions.

Le premier problème de cette Déclaration est qu’elle contrevient à la pratique des groupes armés. Alors que la Coalition nationale s’exprime dans un langage parfaitement démocratique, les groupes qui se battent sur le terrain n’ont cessé de martyriser les minorités et de tenter d’imposer une organisation salafiste de la société. Certes, la plupart de ces groupes ne reconnaissent pas l’autorité de la Coalition, mais celle-ci n’a d’autre légitimité que leurs actions.

Au demeurant, chacun vit cette hypocrisie depuis le début de la crise ; les meilleurs orateurs pour la démocratie en Syrie étant les souverains absolus des dictatures du Golfe.

Le second problème de la Déclaration, c’est la manière de déterminer l’Organe de gouvernement. Washington souhaite l’imposer, comme il l’a fait dans bien d’autres pays. Il conçoit donc Genève 2 comme la conférence de Bonn sur l’Afghanistan : les grandes puissances négocieraient entre elles et désigneraient un Karzaï syrien. Damas, au contraire, ne cesse de citer le communiqué final de Genève 1 selon lequel « C’est au peuple syrien qu’il appartient de déterminer l’avenir du pays ». Par conséquent, non seulement la nouvelle constitution doit être validée par référendum, mais le résultat de Genève 2 ne pourra être mis en œuvre que s’il est ratifié que par le président el-Assad. Or, celui-ci s’est engagé à le soumettre à référendum.

Au demeurant, cette remarque renvoie à la légitimité de la délégation de l’« opposition ». Comme l’a fait remarquer Sergey Lavrov dans sa déclaration d’ouverture de la conférence, son actuelle composition contrevient au communiqué de Genève 1. Celui-ci stipule que « Le processus devra être entièrement ouvert afin que tous les segments de la société syrienne puissent exprimer leur avis pendant l’élaboration du règlement politique pour la transition. » Or, la délégation de l’« opposition » se résume à la seule Coalition nationale, alors-même que celle-ci a été désavouée par une grande partie de ses membres.

Le troisième problème de la Déclaration, c’est qu’elle contient la possibilité pour Washington d’organiser une succession à la serbe, en organisant une « révolution colorée ». La guerre du Kosovo s’est terminée par un cessez-le-feu suivi d’élections en Serbie. Par une habile campagne psychologique, la CIA fit élire un pro-américain. Puis, elle fit arrêter Slobodan Milošević et le fit juger à La Haye pour crimes contre l’humanité. Comme, au bout de deux ans, le Tribunal ne trouvait aucune preuve de l’accusation, Milošević fut assassiné dans sa cellule. En définitive, les Serbes se sont battus pour rien puisque aujourd’hui, ils ont perdu le Kosovo et sont gouvernés par ceux qui les ont bombardés.

La Déclaration comprend donc une étonnante contradiction : elle affirme que les Nations Unies doivent se déployer dès le début de la transition dans tout le pays, mais elle les tient à l’écart du processus. Au contraire, elle affirme que sa supervision reviendra aux « organisations indépendantes de la société civile internationale ». En Europe centrale et orientale, ces organisations s’appelaient Fredoom House, Open Society Foundation et National Endowment for Democracy (NED). La première est historiquement liée à la fois aux États-Unis et à Israël ; la seconde est dirigée par le spéculateur George Soros et sert les à la fois les intérêts des États-Unis et ceux d’Israël ; tandis que la troisième n’est pas une association, mais un organe commun des gouvernements états-unien, britannique et australien créé à l’initiative du président Ronald Reagan pour prolonger le travail de la CIA après les scandales des années 70. Ces organisations déversent, partout où elles le peuvent, des milliards de dollars pour corrompre les élites et acheter des États.

En juillet 2011, Washington avait envoyé en Libye une délégation officielle canadienne pour proposer identiquement une solution à la serbe : un cessez-le-feu suivi d’une période de transition durant laquelle les « organisations indépendantes de la société civile internationale » pourraient se déployer dans le pays. Face au refus de Mouamar el-Kadhafi, l’Otan avait décidé de passer en force.

En outre, la Déclaration stipule que l’Organe de gouvernement de transition établira des mécanismes pour rendre responsables « les personnes ayant commis des violations des Droits de l’homme et des lois de la Justice internationale ». Cette phrase vise directement à arrêter et à transférer à La Haye le président el-Assad, durant la période de transition, pour crimes contre l’humanité. Une procédure qui devrait se conclure, comme pour Milošević, par sa mort en cellule. Sans aucun doute, les candidats de Washington emporteraient les élections une fois le président el-Assad éliminé du jeu et les pseudos associations états-uniennes déployées sur le terrain.

Il reste donc beaucoup à discuter à Genève. Pendant ce temps, le président Obama a reçu le roi de Jordanie en Californie. Les deux hommes sont convenus de la manière dont l’armée en cours de constitution en Jordanie attaquera une nouvelle fois la Syrie. La guerre est planifiée par Washington jusqu’au 30 septembre 2014. Durant sept mois, l’« opposition » tentera de renverser le sort des armes et, au minimum, de prendre le Sud du pays pour y installer le siège d’un gouvernement provisoire. Il vaut toujours mieux avoir deux fers au feu.

Thierry Meyssan
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«C’est celui qui n’a jamais exercé qui trouve que le pouvoir n’est pas agréable.»

 Proverbe africain

Cette phrase résume à elle seule le drame des Africains qui héritent après des décolonisations bâclées de dirigeants assoiffés de pouvoir. Encore une fois et pour ne pas changer l’Afrique se signale par un énième conflit. Souvenons-nous en décembre c’était le Mali aux prises avec les islamistes d’Al Qaïda en décembre 2013. C’est un autre pays, la Centrafrique, aux prises dit-on, depuis quelque temps, à un conflit religieux. La chose est grave puisque c’est une épuration ethnique sous les yeux des puissants qui laissent faire de l’Union Africaine qui regarde ailleurs, et des musulmans trop lâches pour protester contre ces massacres au nom du divin.

La Centrafrique et ses richesses

Quelques informations prises sur l’Encyclopédie Wikipédia nous apprennent que la République centrafricaine, a une population estimée à 4.500.000 habitants, pour une superficie d’environ 623.000 km². La République centrafricaine dispose par ailleurs de nombreuses ressources naturelles, notamment l’uranium, l’or et les diamants. Le pétrole et l’énergie hydroélectrique sont d’autres ressources potentiellement importantes mais inexploitées à ce jour. Les Français colonisèrent la région à la fin du XIXe siècle et l’administrèrent sous le nom d’Oubangui-Chari. Le projet colonial français, avait pour objectif de traverser le continent africain d’ouest en est. Ce projet est stoppé net en 1898 à Fachoda, par les Anglais (on parle du fameux complexe français de Fachoda).

L’indépendance fut acquise en 1962 ». (1)

« Le premier chef de l’État, Barthélemy Boganda, est considéré comme le père de la nation centrafricaine. En 1965, lors du «coup d’État, Jean-Bedel Bokassa renverse son cousin David Dacko et prend le pouvoir. En septembre 1979, une première ingérence de la France fut «l’opération Barracuda», elle renverse Bokassa après lui avoir permis d’être sacré empereur et remet au pouvoir David Dacko. En effet, Bokassa se rapprochait de plus en plus de Kadhafi dont la politique au Tchad est en contradiction complète avec les intérêts français. David Dacko lui succède encore brièvement. Il sera chassé du pouvoir le 1er septembre 1981 par le général André Kolingba, qui établit un régime militaire. Jusqu’en 1993, Ange-Félix Patassé désigné par la France est élu président de la République. En 2001, une tentative de coup d’État provoque de violents affrontements dans la capitale, Bangui. Le 15 mars 2003, le général François Bozizé réussit, avec l’aide de militaires français (deux avions de chasse de l’armée française survolaient Bangui pour filmer les positions des loyalistes pour le compte de Bozizé) et de miliciens tchadiens (dont une bonne partie va rester avec lui après son installation au pouvoir.» (1)

L’accession à la présidence de Bozizé est violemment contestée, une première guerre civile ravage le pays entre 2004 et 2007, jusqu’à la signature d’un accord de paix en France. Cependant, les rebelles reprennent les armes fin 2012, lançant une série d’attaques démarrant la deuxième guerre civile de Centrafrique. Le 24 mars 2013, les rebelles de la coalition Seleka s’emparent de Bangui et Bozizé s’enfuit. Parallèlement se forment des milices chrétiennes d’auto-défense, les anti-balaka se forment. Le 5 décembre 2013, la France arrache une résolution de l’ONU qui lui permet d’envoyer des troupes armées (opération Sangaris). Deux mois et demi plus tard, le conflit tourne maintenant au génocide des musulmans.

L’acharnement sur la Centrafrique pour cause de richesse

Pourquoi cet acharnement pour le pouvoir et pourquoi la sollicitude permanente de la France, ancienne puissance coloniale? Est-ce une guerre ethnique? Est-ce un conflit religieux? D’après le World Factbook de la CIA (USA), près de 50% de la population est chrétienne dont 25% de catholiques et 25% de protestants. 15% des habitants sont de religion islamique. Le reste de la population, soit environ 35%, reste fidèle aux religions africaines traditionnelles (animisme, génies, ancêtres, divinités).

La réponse est donc surtout économique. Les Centrafricains avant les interférences vivaient en bonne intelligence. La culture du coup d’Etat permanent est entretenue de l’extérieur, notamment de la France avec sa politique gravée dans le marbre de la Françafrique- France à fric- pourrions nous être tenté de dire, qui peut prendre des formes différentes. La deuxième raison concerne les richesses de ce pays. Bien qu’il soit très arriéré l’activité minière (or et diamants) constitue une importante source de richesse de la République centrafricaine en matière de recettes d’exportation. Il faut signaler la présence de multinationales dont Areva: le Groupe industriel français spécialisé dans l’exploitation de l’uranium de la région de Mbomou à Bakouma. Archéologie récente du conflit.

Les manoeuvres pour piller les faibles

Patrick O’Connor écrit: «Les Etats-Unis et la France sont en train d’envoyer des troupes supplémentaires en République centrafricaine (RCA) alors que les milices anti-gouvernementales progressent vers la capitale Bangui. L’intervention fait partie d’un renforcement plus général des opérations militaires impérialistes sur l’ensemble de l’Afrique alors que Washington et ses alliés européens s’efforcent de maintenir leur domination stratégique sur le continent et le contrôle de ses ressources naturelles.» (2)

Patrick O’ Connor décrit l’influence soft de Chine que les Occidentaux combattent: «Le 17 juin 2009, l’ambassadeur américain Frederick Cook avait envoyé un câble disant, «relations France-RCA sérieusement sous tension,» (…) Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard était intitulée «L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente. Il ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France. (…) les Chinois en toute probabilité se positionnent comme étant le principal bienfaiteur de la RCA en échange de l’accès aux vastes dépôts d’uranium, d’or, de fer, de diamants et probablement de pétrole. (2)

Pour rappel, le 11 janvier 2013, les accords de Libreville ont temporairement empêché un coup d’Etat et initié un accord de partage du pouvoir. L’accord n’a toutefois eu qu’une courte durée; les forces rebelles de la Seleka, avec le soutien tacite des puissances impérialistes, ont lancé une offensive contre les forces de Bozizé. Bozizé a été renversé le 24 mars, et le chef rebelle Michel Djotodia s’est déclaré président. Lui-même sera destitué en janvier 2014

Pourquoi la France intervient en Centrafrique

Anne Guion et Elena Fusco, tentent de comprendre pourquoi la France ne veut pas lâcher ses anciennes proies: «La Centrafrique est un peu plus grande que la France. Entre or, uranium, pétroles et autres ressources, la Centrafrique est un pays potentiellement très riche et dont les gisements représentent un enjeu dans le conflit en cours, surtout les diamants. Dès la colonisation, les autorités locales françaises ont exploité ce territoire comme une entreprise commerciale. «Elles l’ont divisé et ont octroyé des concessions exclusives à des compagnies françaises avec lesquelles elles travaillaient main dans la main pour faire du profit, explique l’International Crisis Group dans un rapport intitulé De dangereuses petites pierres: les diamants en République centrafricaine, publié en 2010. Cette confusion entre autorité étatique et intérêts privés a ancré l’idée que détenir le pouvoir donnait le droit de profiter des ressources naturelles et du labeur de la population.» (…) Les Centrafricains sont à 80% chrétiens. A l’arrivée de la Séléka, les communautés religieuses ne s’affrontaient pas. Lors de leur redéploiement dans le pays, les membres de la Séléka ont attaqué les églises et les intérêts religieux. Dans son message de Noël, l’archevêque de Bangui, a exhorté les Centrafricains au calme: «Beaucoup de personnes de mauvaise foi et volonté voudraient voir éclater un conflit intercommunautaire et interreligieux en Centrafrique. Ne laissons pas ces personnes transposer sur le terrain du religieux ce conflit.» Les conséquences seraient dramatiques.»(3)

Chaos et nettoyage ethnique

Apparemment, la force africaine pourtant plus nombreuse est muette. La France continue à envoyer des renforts qui sont mal vus aussi bien par les chrétiens que par les musulmans. La France va envoyer 400 soldats de plus en Centrafrique, portant ses effectifs à 2000, alors que le gouvernement centrafricain a décidé de mettre au pas les miliciens anti-balaka. La mesure va à l’encontre des engagements initiaux du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Face au chaos qui a pris de l’ampleur depuis le désarmement de la séléka, les centrafricains sont désemparés. Vincent Hugeux écrit: «Mon problème, lâche Laurentine, hôtesse d’accueil, c’est les Sangaris. Quand un homme se fait découper, ils regardent et ne font rien. D’ailleurs, la Misca ne fait pas mieux.» Allusion aux contingents africains de la Mission internationale de soutien à la RCA. Jugement outrancier certes, mais symptomatique du désarroi de Banguissois exténués et de la défiance qu’inspirent çà et là les forces étrangères. «(…) Moi, je suis chrétienne. Nous et les musulmans, on a toujours fait famille ensemble. Maintenant, il faut que tout le monde pardonne. Pas le pardon de la bouche, mais celui du coeur.»»(4)

«L’apaisement donc, mais à quel prix? «Avant la crise, on recensait à M’Baïki et dans les villages alentour 4118 musulmans, Il en reste une quarantaine. Le 6 février, les Tchadiens ont évacué environ 2500 d’entre eux par camions militaires, pour les soustraire aux appétits de vengeance des milices chrétiennes.» (…) Bien sûr, la présidente transitoire répète que jamais elle ne cédera «un pouce du territoire de notre Centrafrique unie et laïque», promet de traquer les anti-balaka et juge réversible l’exode des musulmans; à l’instar de l’adjoint Dido, convaincu que ses frères, nés ici pour la plupart, reviendront un jour d’un Tchad qui leur est totalement étranger… Il n’empêche: qu’on la nomme épuration, nettoyage ethnico-confessionnel ou, plus pudiquement, homogénéisation communautaire, la fuite des disciples du Prophète (Qsssl) aura déchiré durablement le tissu social centrafricain. La paix par le vide, la paix du chacun-dans-son-coin est-elle vraiment la paix? Imputer le phénomène aux médias, ces «miroirs déformants» volontiers fustigés par Le Drian et son entourage est aussi injuste que stérile. Oui au volontarisme. Non au déni de réalité.» (4)

Les Centrafricains musulmans fuient le pays où ils ont toujours vécu

Près d’un million de personnes, musulmans ou chrétiens, sont déplacées ou réfugiées, selon l’ONU, sur 4,5 millions d’habitants. (…) L’exode des musulmans est aujourd’hui massif. Accusés d’être complices des exactions commises par les miliciens sanguinaires de la Séléka, après la chute de François Bozizé en mars 2013, des centaines d’entre eux quittent la capitale chaque jour. Le 7 février, ils étaient 10 000 à prendre la route pour le Tchad dans des convois à la merci des pillards. D’autres rejoignent le Cameroun. Peter Bouckaert, le directeur de la division Urgence de l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, relatait via son compte Twitter une de ces scènes à Bangui. Le phénomène s’étend à la province, à l’image de Bossangoa qui s’est vidée de sa population musulmane. (…) Autre conséquence de ce grand exode, la sécurité alimentaire du pays est compromise. Dès la fin de l’année 2013, l’Unicef alertait sur les risques de malnutrition pour les enfants. L’exode a un impact réel sur l’économie du pays, à l’heure où 90% de la population n’a accès qu’à un repas par jour»(5)

Delphine Chedorge de Médecins Sans frontières lance un appel au secours: «Alors que la Centrafrique s’enfonce un peu plus dans le chaos, elle raconte la détresse de la population, la «violence intercommunautaire générale», la fuite des populations…- Il y a un véritable exode massif des populations musulmanes. Mais il faut faire attention à ne pas tomber dans un schéma simpliste. (…) Oui, la population musulmane est la plus ciblée et a organisé son exode massif: on voit des camions venir chercher les gens dans toutes les villes du pays. J’ai vu le dernier convoi se mettre en route à Bozoum. L’ONG Amnesty international a interpellé mercredi 12 février dans un communiqué l’opinion internationale sur le «nettoyage ethnique» de civils musulmans qui se déroule selon elle dans l’ouest de la Centrafrique, et que les forces internationales ne «parviennent pas à empêcher». L’ONG critique notamment «la réponse trop timorée de la communauté internationale», en notant que «les troupes internationales de maintien de la paix se montrent réticentes à faire face aux milices anti-balaka». (6)

Que fait l’Afrique?

Après avoir bombé le torse en décidant de créer une force d’action rapide, elle réduit la voilure, en remerciant à tour de bras ceux qui s’engagent. Ainsi le 28 décembre l’Union africaine remercie le Tchad L’Union africaine (UA) salue les actions en Centrafrique de l’armée tchadienne, dont la proximité avec certains ex-rebelles auteurs d’exactions a été dénoncée à plusieurs reprises, a déclaré samedi soir à Bangui le commissaire à la Paix et la Sécurité de l’UA, Ismaël Chergui. (7)

Devant toutes ces avanies, que pense-t-on que l’Afrique fait? Coordonne-t-elle en vue d’une sécurité alimentaire? En vue d’une médecine de qualité? Etudie-t-elle un développement endogène? Demande-t-elle qu’on la laisse en paix en alimentant en armes des belligérants ou en soutenant des tyrans qui refusent l’alternance? Rien de tout cela, sa «force d’action rapide» avec les armes des Occidentaux est devenue une vue de l’esprit.

Le néolibéralisme a réussi à problématiser la coexistence pacifique des peuples en créant de toutes pièces des conflits ethnique et religieux. Pendant ce temps le pillage continue, businesse as usual…

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/le-drame-de-la-centrafrique-une-autre-predation-humanitaire-occidentale/5362783

2. Patrick O’Connor 04 janvier 2013:  http://www.mondialisation.ca/les-etats-unis-et-la-france-deploient-des-troupes-en-republique-centrafricaine/5317704

3. http://www.lavie.fr/actualite/monde/pourquoi-la-france-intervient-en-centrafrique-06-12-2013-47441_5.php

4.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/
afrique/le-drian-face-au-chaos-centrafricain_1323637.html#U58HOkyDAbcARJDV.99

5. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/centrafrique-l-exode-des-musulmans-fragilise-un-peu-plus-le-pays_1322676.html

6. http://tempsreel.nouvelobs.com/centrafrique/20140212.OBS5939/centrafrique-amnesty-international-denonce-un-nettoyage-ethnique.html

7. http://centrafrique-presse.over-blog.com/2013/12/centrafrique-l-ua-salue-les-actions-de-l-arm%C3%A9e-tchadienne.html

 

 

Deux agents de l’équipe d’exécution du Mossad, en tenue de sport ont suivi leur cible, Mahmoud Al-Mabhouh photo), dans l’ascenseur de l’hôtel et les corridors pour connaître son numéro de chambre et l’y attendre plus tard pour l’exécuter.

Passeport Canada aurait fourni une nouvelle identité et un passeport à un espion du Mossad dans le plus grand secret en 2010.

C’est Arian Azarbar, ce mystérieux homme d’affaires canado-iranien, qui a fait aujourd’hui ces allégations étonnantes.

Le passeport aurait été octroyé après que l’agent de renseignement israélien eût participé à l’assassinat spectaculaire d’un chef militaire du groupe terroriste Hamas à Dubaï, selon l’homme d’affaires montréalais.

Pas moins de 26 agents, dont au moins une femme, avaient participé à cet assassinat visiblement longuement planifié, selon les vidéos des caméras de surveillance de l’hôtel où l’attentat a eu lieu. Ils détenaient vraisemblablement tous de faux passeports, de pays différents.

«Le Canada s’est distancé de cette affaire, mais c’est un mensonge», a affirmé M. Azarbar durant une entrevue accordée récemment à notre Bureau d’enquête.

«La fille qui était responsable du dossier chez Passeport Canada, avec qui j’ai eu une relation, elle me l’a dit», jure-t-il.

M. Azarbar dit avoir appris des détails sur cette opération «top secret» durant sa relation amoureuse avec Trina Kennedy, une enquêteure de sécurité nationale travaillant pour l’agence Passeport Canada à Ottawa.

Nous avons rapporté hier que Mme Kennedy a été relevée de ses fonctions à la suite des allégations de M. Azarbar.

Elle a perdu tous ses accès aux systèmes informatiques du gouvernement fédéral. Ses accès à des bureaux fédéraux sont aussi «strictement contrôlés».

SOIRÉE ARROSÉE

M. Azarbar prétend que lors d’une soirée bien arrosée, Mme Kennedy lui aurait confié des détails sur cette opération dont elle aurait eu elle-même la responsabilité.

Mme Kennedy lui aurait demandé plus tard de tout oublier.

Le Bureau d’enquête a dévoilé qu’une source de la GRC avait informé le SPVM, le printemps dernier, que M. Azarbar était lui-même soupçonné d’être un agent de renseignement iranien, ce qu’il nie.

UN MINISTRE QUI NE DIT RIEN

Alexis Pavelich, porte-parole du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration Chris Alexander (responsable des passeports), n’a voulu répondre hier à aucune de nos questions sur les allégations de M. Azarbar.

La police de Dubaï n’avait pas de commentaire non plus, pour le moment.

ÉTOUFFÉ ET INJECTÉ

En janvier 2010, Mahmoud Al-Mabhouh, un chef du groupe terroriste palestinien Hamas, a été étouffé par une équipe d’assassins professionnels alors qu’il séjournait dans un hôtel de Dubaï sans ses gardes du corps.

Al-Mabhouh s’est fait injecter un médicament qui l’a paralysé avant de se faire étouffer.

La police de Dubaï a dit qu’une équipe de 26 agents du Mossad avait effectué une opération bien planifiée avant de rapidement quitter le pays.

On cherchait à venger, par cet assassinat, la mort de deux soldats israéliens. Le chef du Hamas était tenu responsable de ces deux morts.

- Avec la collaboration de Félix Séguin


Pour aller plus loin :

La vérité sur le Mossad par Ian Black, 24 février 2010

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Un peu plus tôt cette semaine, l’Institut Pembina, un organisme indépendant œuvrant dans la  recherche et les analyses sur la dépendance des hydrocarbures au Canada rendait publique une étude à propos des impacts engendrés par la venue au Québec de l’oléoduc Énergie Est de Trans-Canada Pipeline.(1)

On y apprend que ce projet évalué à près de 12 milliards de dollars, pour sa réalisation uniquement, aura un impact considérable sur les gaz à effet de serre (GES) qu’il provoquera sachant que cet oléoduc, le plus gros jamais construit au Canada, aura une capacité de 1,1 million de barils par jour.

Selon l’étude de l’Institut Pembina, il faudrait s’attendre à une augmentation de plus de 34% de la production des sables bitumineux de l’Alberta si ce projet voyait le jour. Ceci, correspondrait à une augmentation de 32 millions de tonnes métriques de CO2 supplémentaire (2). Il est important de souligner que l’étude se concentre sur les impacts en amont de l’oléoduc et aussi du bitume dilué qu’il transportera à l’intérieur de l’oléoduc. Ainsi, l’extraction et la transformation des sables bitumineux figurent dans la recherche de l’institut. Cependant, les impacts reliés à son utilisation ultérieure, soit la transformation de ce bitume lors de son traitement par les raffineries et lors de son utilisation par la suite dans les automobiles, ne font pas partie des composantes de celle-ci.

En effet, sachant qu’il n’est pas possible en ce moment de savoir exactement les visées économiques de l’entreprise Énergie-Est, une partie importante de ce bitume dilué pourrait se voir dédié à l’exportation via le futur port de mer à Gros Cacouna près de Rivière-du-Loup et également au port de mer des installations d’Irving, au Nouveau-Brunswick. Ainsi, beaucoup d’analyses portant sur les enjeux liés à sa consommation sont à ce jour méconnues de ce gigantesque projet de transport de pétrole lourd, pour lequel le gouvernement du Québec semble déjà avoir fait son nid.

Conjointement à ce projet, il faut additionner celui de la compagnie, Enbridge, dont l’Office national de l’énergie devra rendre une réponse au rapport final au plus tard le 19 mars, 2014. Ce projet d’inversion de la canalisation 9b, qui, lui aussi, acheminera du pétrole issu des sables bitumineux, et dont l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a quantifié les GES libéré dans l’atmosphère à près de 8 millions de tonnes métriques de CO2 annuellement (3).

Ainsi, Enbridge et Trans-Canada Pipeline combinés auront une capacité de près de 40 millions de tonnes de CO2 soit l’équivalent de 8 650 000 automobiles supplémentaires en circulation sur les routes du Canada y compris le Québec. C’est près du double de l’ensemble du parc automobile que compte le Québec actuellement.

Par ailleurs, il est inquiétant de voir s’immiscer dans le débat sur les hydrocarbures d’ex-personnalités publiques soutenues par de possibles éminences grises rôdant dans les coulisses de l’Assemblée nationale, possédant des intentions nettement affichées l’égard du développement tous azimuts de possibles gisements pharaoniques de pétrole non- conventionnel dans l’estuaire du fleuve St-Laurent, et de pétrole de Shale à l’Île d’ Anticosti et la péninsule gaspésienne.

Ces projets dont un bon nombre de partis politiques à Québec s’affiche favorable à l’idée, seront d’autres sources de GES qui s’additionneront, à terme, aux projets d’oléoducs déjà mentionnés plus tôt.

Reste à savoir quel modèle de développement durable le Québec veut prioriser afin de s’inscrire dans un objectif de réduction des GES planétaire. On se souviendra que pas plus tard que l’année dernière, l’Agence internationale de l’énergie avait prévenu le Canada sur le danger que représenterait l’augmentation de la production des sables bitumineux sur le climat mondial.   Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), des Nations Unies, une augmentation supérieure à 2°C des températures pré-industrielles pourrait provoquer un emballement du climat irréversible à maitriser pour les futures générations. Or, selon toute vraisemblance, nous dépasserons ce seuil avant 2050.

Jean Léger, membre de la Coalition vigilance oléoducs(CoVO)

12 février 2014

 (1)-Climate Implications of the Proposed Energy East Pipeline, Lien : http://www.pembina.org/pub/2519.

(2)-Selon le National Inventory Report(2013), Part3, Environnement Canada estimait qu’en 2011, l’année la plus récente selon les statistiques disponibles, le Canada émettait un total de 702 millions de tonnes métriques de GES.

(3)-Institut de recherches et d’informations socio-économiques, www.iris.recherche.qc.ca,

Voir : Projet d’oléoduc des Sables bitumineux «ligne 9b» : Le Québec à l’heure des choix,

9 septembre, 2013. http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2013/09note-p%C%Atrole-WEB-03.pdf.

 

Le gouvernement du Québec a annoncé hier qu’il se faisait partenaire de Pétrolia, Corridor Ressources et Junex pour explorer le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti. Selon le raisonnement mis de l’avant, comme nous aurions besoin de pétrole pour encore longtemps, nous ferions aussi bien d’en exploiter directement chez nous, car en adoptant les meilleures pratiques, nous limiterions les impacts environnementaux liés à l’extraction pétrolière d’outre-mer.

Or, cette ligne argumentative repose sur des fondements factuels erronés. En réalité, exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti serait bien plus dommageable que de poursuivre l’importation selon les paramètres actuels, pour le temps qu’il reste avant la nécessaire transition écologique de l’économie québécoise. En fait, exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti aurait plutôt pour effet d’exacerber de façon significative le problème des émissions de gaz à effet de serre (GES) et ferait du Québec un participant actif dans la crise climatique imminente.

Consommer du pétrole « encore longtemps » serait catastrophique

D’abord, l’affirmation selon laquelle « nous aurons besoin de pétrole pour encore longtemps » révèle soit une insouciance, soit une incompréhension de la rapidité de la transition à opérer pour éviter des changements climatiques catastrophiques. Compte tenu du budget carbone du Québec, c’est-à-dire la quantité de GES que nous pouvons émettre dans l’atmosphère afin d’éviter de contribuer au dépassement de la limite sécuritaire de 2°C, nos émissions par habitant.e doivent passer de 8,5 tonnes de CO2 à 1,4 t en 2050. Il s’agit d’une réduction de 84 % de nos émissions de GES, en moins de 40 ans. Tout un défi.

Or, même la modeste cible fixée par Québec à l’horizon 2020 est en voie d’être ratée lamentablement. L’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti, qui se déroulerait vraisemblablement entre 2020 et 2040, ne peut que nous enliser davantage, à un moment où nous devrons déjà être complètement ailleurs.

Le cul-de-sac du pétrole non conventionnel

Ensuite, il est faux de dire que le pétrole qui pourrait se trouver sous l’île d’Anticosti serait « plus propre » que le pétrole présentement importé d’outre-mer. Faut-il rappeler que si pétrole il y a, celui-ci serait de nature non conventionnelle, c’est-à-dire de schiste (ou de shale). L’extraire nécessiterait l’emploi de la technique de la fracturation hydraulique, une technique par laquelle un mélange d’eau et de détergents est injecté à haute pression à environ 2 500 m dans le sous-sol afin de fissurer la roche-mère et ainsi en faire suinter le pétrole.

Selon un rapport de la firme URS réalisé pour le Bureau de gestion du territoire du Montana, l’intensité carbone du pétrole de schiste est de 84 kg d’équivalent dioxyde de carbone (éqCO2). En d’autres mots, pour chaque baril de pétrole de schiste extrait, des émissions de gaz à effet de serre de 84 kg éqCO2 sont à prévoir. Cela inclut les émissions provenant des camions de transport, des systèmes de chauffage des sites de forage et des moteurs des têtes de puits. Advenant qu’Anticosti recèle un milliard de barils récupérables, on ajouterait pas moins de 84 Mt d’éqCO2 dans l’atmosphère.

En contrepartie, le pétrole que nous importons principalement d’Algérie est un pétrole de type conventionnel, qui ne nécessite pas le recours à la fracturation hydraulique. Par conséquent, son intensité carbone est beaucoup plus faible, soit autour de 33 kg éqCO2, d’après une étude de la firme IHS CERA. En tenant compte des émissions issues du transport par bateau-citerne jusqu’au Québec, on ajoute environ 5 kg éqCO2, pour un total de 38 kg éqCO2 par baril produit. On est loin du 84 kg.

Il n’y a donc aucun motif environnemental pour lequel nous devrions privilégier le pétrole de l’île d’Anticosti face au pétrole d’Algérie, ou encore celui des autres principales sources d’importations comme le Royaume-Uni. Au contraire, comme le reconnaissent les analystes, se lancer dans les hydrocarbures non conventionnels signifie « game over » pour le climat.

Une question d’équité fondamentale

Résoudre le problème des changements climatiques nécessite d’envisager les décisions politiques selon une conscience humaniste globale, enracinée dans des principes d’équité internationale et intergénérationnelle. À l’heure actuelle, chaque Québécois et chaque Québécoise émet en moyenne 8,5 tonnes de CO2 par année, ce qui représente près de deux fois la moyenne mondiale. En contrepartie, les émissions par habitant en Algérie sont d’à peine 3,3 t par année.

Face à un espace atmosphérique limité, si l’on considère que les pays en développement ont le droit d’atteindre un niveau de vie digne au 21e siècle sans contrainte excessive sur leur économie, les régions développées comme le Québec n’ont-elles pas le devoir de « faire de la place » aux pays en développement?

Finalement, en détériorant encore davantage le bilan carbone du Québec, l’exploitation pétrolière à l’île d’Anticosti pose un grave problème d’équité intergénérationnelle. En effet, les hypothétiques bénéfices tirés de l’exploitation se feraient au prix d’une nouvelle planète à l’équilibre chimique rompu, instable et imprévisible, voire carrément incompatible avec une communauté globale organisée. Alors que l’environnement terrestre a offert depuis des millénaires aux sociétés humaines un milieu relativement propice à la vie, l’avenir pourrait être porteur de conditions d’existence autrement plus hostiles pour la jeune génération et toutes celles qui suivront dans l’Histoire.

Mais il est encore temps d’agir. Par des gestes audacieux en faveur d’une transition ordonnée, fortement génératrice d’emplois soit dit en passant, il est possible de redresser la situation. Le mouvement à opérer est toutefois colossal, de l’ampleur d’un effort de guerre. Nous devrons revoir nos modes de production et de consommation, mais aussi, plus fondamentalement, notre relation au travail, et repenser la réussite personnelle au-delà du matérialisme. Serons-nous à la hauteur?

Source de la photo :
Le typhon Haiyan de 2013, aux Philippines.

La compagnie TransCanada a lancé publiquement en 2013 le projet Énergie Est qui consiste à transporter 1,1 millions de pétrole brut par jour via un oléoduc de 4500 km de Hardisty en Alberta jusqu’à Saint-John au Nouveau-Brunswick.


Par Stop Oléoduc Montmagny-L’Islet

Saint-Jean-Port-Joli – 13 février 2014 – Soucieuse de protéger les terres agricoles fertiles de son territoire, la MRC de L’Islet s’oppose au projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada. Le conseil de la municipalité régionale de comté a adopté à l’unanimité une résolution à cet effet, le lundi 10 février dernier, sous les applaudissements des citoyens présents.

Le conseil en est arrivé rapidement à cette décision après quelques échanges sur un possible changement de tracé de l’oléoduc. Quelques parcours alternatifs ont tout d’abord été proposés avec, pour objectif, d’épargner les vergers des pomiculteurs situés au nord de l’autoroute 20.

Cependant, une évidence s’est imposée parmi les élus dans une discussion particulièrement animée. Le constat suivant a été exprimé spontanément de part et d’autre de la salle: « Proposer un parcours alternatif, c’est ouvrir la porte à TransCanada. Ça équivaut à cautionner le projet, et nous sommes contre. ».

Il faut rappeler que les terres propices à la production fruitière sont peu nombreuses dans notre région. Les légumes et les fruits de la région de Montmagny-L’Islet poussent dans une bande restreinte au pied des Appalaches. Ce terreau fertile est convoité par TransCanada pour transporter le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta.

Lors de la même rencontre, le conseil de la MRC de L’Islet a décidé de s’abstenir d’appuyer le projet d’inversion de la ligne 9b d’Enbridge, un appui sollicité par la ville de Lévis via la CRÉ pour avoir des appuis en vue d’approvisionner la raffinerie Valero. En conséquence de ce projet, la circulation des navires-citernes sur le fleuve entre Montréal et Québec serait de 140 par année et de 12 en provenance outre-Atlantique — contre 90 actuellement —, auquels s’ajouteront les trains-bloc en provenance de l’Ouest (principalement du Dakota du Nord), un convoi par jour d’un maximum de 100 wagons (déjà mis en service depuis septembre 2013). Les élus souhaitent obtenir plus d’information avant de s’exprimer à ce sujet. Les citoyens dans l’assistance ont par ailleurs demandé la possibilité de s’exprimer avant que la décision ne soit prise.

Au conseil de la MRC de Montmagny, qui se tenait mardi et où des citoyens se sont empressés de faire part de leurs préoccupations à leurs élus, la demande d’appui au projet d’Enbrige a été abordée à titre informatif et n’a donné lieu à aucune résolution.

 

www.facebook.com/STOPoleoducMontmagnyLIslet Courriel : [email protected] www.stopoleoduc.org

Source : STOP oléoduc Montmagny-L’Islet Contact : Anne-Marie Berthiaume [email protected] | 418 247-7214

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Le gouvernement conservateur du Canada et ses services de renseignement défendent obstinément le pouvoir que s’est attribué l’État d’espionner les communications électroniques des citoyens canadiens.

Pendant des mois, ils ont cherché à cacher le fait que le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) enregistre et analyse les métadonnées d’appels téléphoniques, de messages textes et d’usage internet de Canadiens au moins depuis 2005, en l’enfouissant sous une montagne de désinformation, de demi-vérités, et de mensonges.

Mais le mois dernier, ils ont changé d’approche après que la CBC (Société Radio-Canada), se basant sur un document dévoilé par le dénonciateur de la NSA Edward Snowden, ait exposé le programme pilote CSTC-NSA d’interception de métadonnées. En 2012, le CSTC a intercepté toutes les communications Wi-Fi dans un aéroport canadien et a ensuite espionné l’utilisation d’ordinateurs et de téléphones cellulaires des personnes dont ils avaient intercepté les données pendant deux semaines.

En réponse à la réaction publique provoquée par le rapport de la CBC, le gouvernement conservateur et l’appareil de sécurité nationale canadien ont effrontément prétendu que l’État avait le droit inconditionnel de faire la collecte et l’analyse des métadonnées des Canadiens. De telles activités d’espionnage représentent un viol flagrant des droits à la vie privée protégés par la constitution, mais le gouvernement, citant des directives top-secrètes émises par le ministre de la Défense, affirme qu’elles sont «légales».

Le gouvernement et les représentants du CSTC en ont profité pour sauvagement dénoncer Edward Snowden et la CBC, affirmant que leurs révélations «illégales» et «non-autorisées» d’informations secrètes mettaient la sécurité de Canadiens en péril.

Lors d’une réunion du comité du Sénat sur la sécurité et le renseignement le 3 février, le conseiller en matière de sécurité nationale du premier ministre, Stephen Rigby, a dit qu’il «est bien connu» que le CSTC espionne les métadonnées de Canadiens. «Ça ne … compromet pas les communications privées, a-t-il affirmé. Ce sont des données sur des données et donc bien à l’intérieur des limites des opérations du CSTC.»

Le commentaire de Rigby sur les «données de données» articule le prétexte pseudo-juridique du gouvernement et de l’appareil de sécurité nationale canadien qui été inventé pour contourner les barrières constitutionnelles sur l’espionnage des communications électroniques des Canadiens. Ils prétendent que les métadonnées générées par toute communication électronique sont séparées de leur contenu et peuvent ainsi être scrutées par l’État à volonté, c’est-à-dire sans suspicion de méfait criminel et sans autorisation légale.

Comme de nombreuses personnes l’ont fait remarquer, à travers la collection et l’analyse de métadonnées (ce qui inclut des signaux émis régulièrement par des unités électroniques mobiles), l’État peut rapidement établir le profil détaillé d’un individu ou d’une organisation. Cela inclut l’identification de comportements quotidiens récurrents, amis et associés, lieux de travail et opinions politiques.

Le programme que le CSTC utilise pour l’espionnage Wi-Fi d’aéroport pourrait par exemple être utilisé pour identifier et tracer les déplacements subséquents de quiconque aurait participé à une manifestation ou un rassemblement anti-gouvernement.

S’adressant au même comité du Sénat que Rigby, le directeur du CSTC, John Forster, a invoqué des arguments purement sémantiques prétendant que le CSTC, avec son programme d’espionnage d’aéroport aurait agit légalement. Il a prétendu que CSTC n’avait pas «ciblé» ou «suivi» des Canadiens; il avait uniquement suivi la trace de leurs appareils électroniques!

Soutenant que le CSTC aurait besoin du pouvoir sans restrictions de faire la collecte de métadonnées des communications des Canadiens, Forster a aussi malhonnêtement prétendu que les métadonnées des Canadiens était un outil important afin de permettre à l’agence de «s’assurer que nos services de renseignement se consacrent à des cibles étrangères».

Forster a affirmé que le CSTC n’utilisait pas les métadonnées afin de bâtir des «profils» des Canadiens. Aux côtés de Forster, le chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Coulombe, a dit au comité du Sénat que son organisation, l’autre principal service de renseignement du pays, ne pratique pas l’«espionnage de masse».

Ces garanties n’ont aucune valeur. Comme le prouvent leurs déclarations selon lesquelles les métadonnées n’ont pas de protection constitutionnelle, et l’affirmation de Forster selon laquelle le CSTC n’aurait pas «ciblé» ou «suivi» des Canadiens dont l’utilisation Wi-Fi a été espionnée pendant deux semaines, les chefs des services de renseignement du Canada déforment constamment le sens des mots, leur attribuant une signification qui sert leur cause.

Le CSTC, faut-il le rappeler, a une longue histoire bien documentée de mensonges au public et aux tribunaux.

En ce qui concerne le CSTC, qui fonctionne sous l’autorité de directives ministérielles qui ne sont que connues par une poignée de ministres et une cabale d’agents des services de renseignement, il est l’un des partenaires les plus proches du NSA et de ses opérations illégales d’espionnage mondial. En fait, le mot «partenaire» ne fait pas justice à l’intégration du CSTC au NSA. Les deux agences d’espionnage ne s’échangent pas seulement constamment des informations, ils partagent des programmes et du personnel et la NSA confie des opérations au CSTC.

Commentant l’audition au Sénat, Thomas Walkom du Toronto Star écrit, «le ton adopté lors du questionnement était terriblement respectueux, même quand les chefs de l’espionnage admettaient se sentir libre d’espionner les communications de tous les Canadiens et que, dans un certain nombre de cas, c’est exactement ce qu’ils faisaient».

Lors d’un débat à la Chambre des communes, le gouvernement conservateur a mené une défense du CSTC et de son espionnage de métadonnées. Le gouvernement a rejeté tout questionnement du droit de l’État à accéder aux métadonnées des canadiens: cela est «légal» parce que les directives ministérielles qui datent de 2005 ont statué qu’il en était ainsi, et parce que le commissaire du CSTC (le responsable désigné par le gouvernement pour apparemment s’assurer que le CSTC ne transgressent pas les droits des Canadiens) est d’accord.

Les conservateurs n’ont pas hésité à suggérer que des directives ministérielles, que personne n’a vu, qui ne sont pas approuvées par le parlement ou testées en cour, peuvent simplement avoir priorité sur les droits démocratiques fondamentaux des citoyens.

Ils n’ont cessé d’accuser l’opposition d’être «molle» sur la question du terrorisme et de la sécurité publique à cause d’affirmations qui suggèrent que le CSTC est coupable d’«activités illégales», et ont dénoncé leurs opposants politiques de la grande entreprise comme étant des alarmistes qui minent la confiance publique envers les institutions clés de l’État.

Le discours du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, était typique à cet égard. En réponse au député libéral qui avait manifesté son inquiétude par rapport au fait qu’il aurait pu être ciblé par les activités d’espionnage en passant par l’aéroport d’Ottawa, le ministre a déclaré, «s’il ne veut pas être surveillé, il n’a qu’à laisser son téléphone à la maison». Alexander, tout comme de nombreux participants conservateurs au débat du 4 février, se sont moqués de l’affirmation des libéraux que la collecte de données du CSTC est illégale, car c’est un gouvernement libéral qui l’a d’abord autorisé en 2005. Il a conclu sa tirade en attaquant l’opposition pour sa critique du CSTC basé sur des documents rendus accessibles par Edward Snowden, «invité» du président russe Poutine, et «fugitif de la justice américaine».

Le gouvernement a insisté sur l’idée que le nuage impénétrable de secret qui entoure le CSTC, le protégeant de toute supervision parlementaire, pour ne pas dire du public, ne doit pas être dissipé. Les conservateurs ont accusé les partis d’opposition de vouloir obstruer le CSTC et le SCRS avec des mesures bureaucratiques qui rendraient leurs activités le sujet de «partisanerie politique».

L’opposition officielle, le NPD appuyé par les syndicats et les libéraux, a fait tout ce qu’elle a pu pour affirmer publiquement son appui au travail «important» des services de renseignement du Canada. Elle a aussi soutenu que sa proposition pour un comité spécial de la Chambre des communes, composé de députés approuvés par le SCRS et tenus au silence pour recevoir des rapports de renseignements top-secrets, visait à rétablir la confiance en l’appareil de sécurité nationale. L’exemple des comités de renseignement du Congrès américain a été invoqué en tant que modèle à suivre. Ces comités ont approuvé les opérations d’espionnage de la NSA, incluant son espionnage systématique et illégal des communications des Américains.

En juin 2013, les activités de collecte et l’analyse systématique des métadonnées des communications électroniques des Canadiens a été révélée au public. Mais jusqu’à tout récemment, les partis d’opposition, ce qui inclut le Bloc québécois et les Verts, ont refusé d’en faire un débat. Le mécontentement public face au programme d’espionnage d’aéroport NSA-CSTC les a forcés à découvrir malgré eux que la collecte de métadonnées est illégale et une menace pour les droits fondamentaux des Canadiens. Mais ils continuent à appuyer le gouvernement et l’État en cachant le vaste développement des pouvoirs et de l’appareil des services de renseignement qui prend place depuis 2001 au nom de «la guerre contre le terrorisme» ainsi que le fait que sa cible réelle est la classe ouvrière. C’est pourquoi, lors du récent début sur le CSTC, pratiquement personne n’a mentionné le partenariat avec le NSA et les opérations illégales que ces organisations ont menées ensemble dans le monde.

Keith Jones

Article original, WSWS, paru le 6 février 2014

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Changement de gouvernement en Italie

février 17th, 2014 by Marianne Arens

Jeudi soir, Enrico Letta a annoncé sa démission en tant que premier ministre italien. Son propre Parti démocrate (PD) avait réussi à faire adopter une motion de censure contre son propre premier ministre.

Matteo Renzi qui a élu secrétaire du parti en décembre et qui se qualifie lui-même de « Rottamattore » (qui met à la casse, ici, l’ancienne politique et la classe politique qui la soutient), a organisé une sorte de révolution de palais pour renverser Letta. Renzi a convoqué la direction du parti pour présenter, dans un discours de 20 minutes, un programme d’urgence qu’il a baptisé « Impegno Italia » (engagement pour l’Italie) devant être appliqué par un nouveau gouvernement qui resterait en place jusqu’en 2018 sans qu’il y ait d’élections.

Letta n’est pas venu à la réunion et plusieurs de ses partisans ont quitté la salle, après quoi le texte a été adopté à une majorité de 136 voix pour et 16 contre. C’est ainsi que le parti a voté une motion de censure contre son propre premier ministre. Letta a annoncé sa démission et dit qu’il la remettrait vendredi au président Giorgio Napolitano.

Dans son discours à l’adresse de la direction du parti, Renzi a déclaré qu’un nouveau gouvernement « pour un changement radical et profond » ne pouvait pas attendre la tenue de nouvelles élections. Il a déclaré que l’Italie ne pouvait se permettre de rester six mois de plus « engluée dans le marais » en attendant qu’une nouvelle loi électorale soit adoptée. Le pays devait devenir un « endroit de simplicité et de courage. » Pour cela, le PD devait être prêt à prendre un risque.

Renzi souhaite prendre lui-même la tête du gouvernement. Selon des articles parus dans le quotidien L’Unità, il possède déjà la liste complète de la nouvelle équipe gouvernementale. Il a l’intention de poursuivre la coalition actuelle avec les partis de droite Scelta Civica (Choix citoyen) et Nuovo Centro Drestra (Nouveau Centre droit). Le dirigeant de ce dernier, l’ancien vice-premier ministre, Angelino Alfano, n’a pas encore signalé son soutien.

Matteo Renzi a annoncé des changements constitutionnels immédiats, dont une nouvelle loi électorale et l’abolition du Sénat (la chambre haute du parlement). Il avait déjà affirmé que l’abolition du système bicaméral et des administrations provinciales pourrait dégager des économies s’élevant à 1,5 milliards d’euros dans les dépenses publiques de l’Etat.

Avant son coup, Renzi avait été assuré de pouvoir compter sur le soutien du patronat italien. Mercredi, il devait se réunir pour une longue discussion avec Giorgio Squinzi, le président de Confindustria, fédération patronale italienne, et qui avait ouvertement loué les projets de réforme du marché du travail de Renzi.

Là où les gouvernements précédents avaient mis l’accent sur des mesures d’austérité pour réduire l’importante dette publique, en enfonçant l’économie de plus en plus profondément dans la récession, Renzi souhaite s’attaquer au problème en commençant par le droit au travail et les prestations sociales qui ont jusqu’ici offert peu de protection aux travailleurs italiens. Dans ce domaine, ses modèles sont Tony Blair, premier ministre travailliste de Grande-Bretagne (1997-2007) et Gerhard Schröder, chancelier social-démocrate allemand (1998-2005), qui a éliminé les droits du travail qui existaient depuis des décennies, créant ainsi un vaste secteur à bas salaires.

La proposition de Renzi pour un nouveau code du travail, son soi-disant « Jobs Act » (projet pour l’emploi) fournira à tous les égards une aide aux patrons et rendra le marché du travail plus « flexible » grâce à un contrat unique d’insertion. Selon ce projet, les employés et les ouvriers ne bénéficieront de l’intégralité de leur paye, des droits du travail et de la protection contre le licenciement qu’au bout d’une période d’essai de trois ans. Ces mesures auront pour conséquence que les agences d’intérim et de sous-traitance se propageront encore plus rapidement à travers l’Italie et que les salaires et les rémunérations des travailleurs italiens baisseront drastiquement.

Le Cassa Integrazione, régime de chômage partiel financé par le gouvernement et qui fournit des allocations dérisoires aux travailleurs licenciés, doit être supprimé et remplacé par une allocation de chômage uniforme. Les travailleurs engagés dans des entreprises comme Fiat pourront alors être congédiés plus facilement et être obligés d’accepter des emplois à bas salaires du fait d’une indemnisation chômage très faible. Malgré l’énorme déficit public, Renzi veut réduire de 10 pour cent supplémentaires l’impôt sur les sociétés.

Si le coup de Renzi réussit, il sera le quatrième premier ministre en quatre ans. Enrico Letta n’est resté au pouvoir que dix mois. Le journal d’affaires suisse, leNZZ, le dépeint actuellement comme étant le « steward de l’immobilisme », un « bouche-trou » et le « dernier recours. »

Le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, qui ne fait pas partie du gouvernement, a demandé un débat public au parlement au sujet du changement de gouvernement. Mais Berlusconi, avait déjà eu, en janvier dernier au siège du PD, une conversation avec Renzi qui avait duré plusieurs heures. Auparavant, il avait proposé une coalition « extra grande » où siègerait Beppe Grillo du Mouvement 5 étoiles, outre lui-même et Renzi.

L’attitude adoptée par d’influents syndicalistes a encouragé Renzi à entreprendre son coup interne. Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL (Confédération générale italienne du travail), avait qualifié son approche de « correcte » parce que les jeunes travailleurs trouveraient donc plus facilement du travail. Même de soi-disant gauchistes comme Maurizio Landini du syndicat des métallurgistes FIOM (Fédération internationale des organisations métallurgistes) et Nichi Vendola du SEL (Sinistra Ecologia Libertà, Gauche, écologie et liberté), ont couvert Renzi d’éloges.

Ce tout dernier changement de gouvernement montre une fois de plus que le PD, qui est issu du Parti communiste italien, est aujourd’hui un organe exécutif direct de la bourgeoisie italienne et européenne ainsi que du monde bancaire. L’aile chrétienne-démocrate plus petite, qui inclut à la fois Matteo Renzi et Enrico Letta, a pris le contrôle et est soutenu par d’anciens fonctionnaires du Parti communiste, tels Massimo D’Alema, Pierluigi Bersani et Guglielmo Epifani.

Le contexte de ce développement est la crise économique italienne. Au cours de cette dernière décennie, la dette publique a augmenté de plus de 500 milliards d’euros et dépassait l’an dernier 2 mille milliards d’euros. Suite à plusieurs programmes d’austérité drastiques mis en vigueur par les gouvernements de Berlusconi, Monti et Letta, le produit intérieur brut diminue de façon continue. On a pu voir il y a quelques jours un symbole de ce déclin économique avec le départ d’Italie de la maison mère de Fiat.

Marianne Arens

Article original, WSWS, paru le 15 février 2014

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A chaque instant, nous avons l’opportunité d’observer, à travers une petite lucarne, comment la “Diplomatie” se fait à huis clos. La semaine dernière, la conversation entre des diplomates étatsuniens complotant pour renverser le gouvernement ukrainien a été un de ces moments tragiques.

Hier, un évènement similaire s’est produit, lors d’une interview avec l’ambassadeur d’Iran au Liban, Ghazanfar Roknabadi, paru dans le très sérieux journal libanais Daily Star. Dans une interview passant en revue l’actualité, l’ambassadeur a discuté du récent bombardement de l’ambassade d’Iran à Beyrouth et de la menace régionale représentée par le nombre croissant de groupes djihadistes en Syrie.

Puis il a lâché une bombe. Roknabadi a déclaré au Daily Star que le gouvernement iranien avait été mis sous pression pour convaincre le président syrien Bachar al- Assad de ne pas se présenter aux futures élections. En tant que seul allié régional de la Syrie, l’Iran a une grande part d’influence auprès du gouvernement d’Assad.

Ambassadeur Roknabadi :
Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques Jeffrey Feltman, lors d’une visite en Iran l’été dernier, a demandé aux fonctionnaires de convaincre Assad de ne pas se présenter aux élections. Les responsables iraniens lui ont demandé : “Quel est le problème s’il se présente» ce à quoi Feltman a répondu : “Si il se présente, il va gagner les élections“.

Feltman n’est pas n’importe quel bureaucrate de l’ONU. Dans la valse entre l’ONU et le gouvernement des États-Unis, il a précédemment servi comme sous-secrétaire d’État pour les Affaires du Proche-Orient d’août 2009 à juin 2012 mais aussi en tant qu’ambassadeur étatsunien au Liban de juillet 2004 à janvier 2008. Auparavant, il a servi dans l’administration US après la «libération» de l’Irak.

Plus récemment, M. Feltman a été un acteur important dans “l’Ukraine-gate” concernant l’appel susmentionné entre le sous-secrétaire d’Etat US Victoria Nuland et l’ambassadeur étatsunien en Ukraine Geoffrey Pyatt. Dans le drame ukrainien, ses anciens collègues du Département d’Etat ont convenu que Feltman pouvait mettre en place un responsable de l’ONU pour parvenir à faire passer l’accord qu’ils ont mijoté (au sujet d’un changement de régime en Ukraine, NDT).

Si les propos de l’ambassadeur Roknabadi étaient confirmés, cela montrerait bien le cynisme du gouvernement des Etats-Unis pour favoriser un changement de régime en Syrie. Cela n’est pas une surprise pour ceux habitués à la diplomatie secrète des Etats-Unis. C’est même conforme à l’ambivalence des États-Unis envers une réelle démocratie électorale dans ces lieux qu’elle prétend démocratiser. De Gaza à l’Egypte, de l’Afghanistan à la Libye et à l’Irak, il semble que ce que les États-Unis craignent le plus dans leur effort de démocratiser ces pays, soit bel et bien la démocratie.

Ce n’est donc guère étonnant que le Secrétaire Kerry s’accroche désespérément à la lecture erronéequ’ont fait les États-Unis du communiqué de “Genève I”, en affirmant à tort que cet accord devait déboucher sur un changement de régime voulu par les signataires. Assad doit être éiminé du champ politique, parce que les États-Unis sont terrifiés de sa popularité en Syrie.

Article original en anglais:

US/UN Fears Assad Win in Free Syrian Election ? Ron Paul Institute, publié le 12 février 2014

Traduction SLT

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Photo : Le QG de la NSA à Fort Meade, dans le Maryland (USA) – Photo Saul Loeb/AFP/Getty Images

Plutôt que de ramper et de supplier le gouvernement US de respecter notre vie privée, ces innovateurs ont pris le problème à bras le corps, et leur travail pourrait bien complètement changer la donne.

Les gens avaient l’habitude de penser que le gouvernement des États-Unis était retenu par la Constitution, qui interdit des recherches et des saisies déraisonnables et qui requiert le respect des procédures lors des enquêtes criminelles, mais de telles illusions se sont évaporées ces dernières années. Il s’avère que la NSA se considère au-dessus des lois à tous les égards et se sent en droit d’espionner n’importe qui, n’importe où sur la planète sans mandat, et sans réelle supervision.

Évidemment, ces révélations ont choqué le citoyen moyen qui a été conditionné à prendre les paroles du gouvernement pour argent comptant, et les répercussions ont été considérables. La récente campagne “The Day We Fight Back” en protestation des pratiques de surveillance de la NSA démontre que le cœur du public est à la bonne place. Que ces genres de pétitions et de manifestations aient un réel impact sur la manière dont opère le gouvernement US est une toute autre question; toutefois quelques personnes très intelligentes ont décidé de ne pas attendre les bras croisés, pour voir ce qui peut se passer. Ils se concentrent plutôt à rendre impossible le travail de la NSA. Dans le même temps, ils pourraient bien fondamentalement changer la façon dont fonctionne Internet.

1 – Médias sociaux décentralisés – vole.cc

Quiconque aura un tant soit peu prêté attention ces dernières années sait que beaucoup des plus grands sites de médias sociaux, tels que Facebook et Google ont coopéré avec le programme de surveillance de la NSA nommé PRISM, livrant les informations personnelles qu’ils ont conservées au fil des ans. Beaucoup d’entre nous en sommes venus à mépriser ces entreprises mais continuons à utiliser leurs services, du fait qu’aucun concurrent sérieux se soit encore présenté. Oui, il existe quelques sites qui sont orientés vers la niche anti-gouvernementale, mais rien qui n’a le potentiel d’ouverture et la portée de diffusion qui est possible sur Facebook et Google+.

Le problème sous-jacent est que la technologie des serveurs nécessaire à la gestion d’un site même de la taille d’une fraction de ce qu’est Facebook est extrêmement onéreuse, et construire une base de code qui puisse gérer des millions d’utilisateurs nécessite une équipe de programmeurs hautement qualifiés, à plein temps. Ceci implique que celui qui veut lancer un vrai concurrent à ces sites a besoin d’avoir été très bien financé et d’avoir un modèle économique qui tienne face à la réalité. Mais… Et si quelqu’un trouvait un système qui enlève le besoin de recourir à des serveurs massivement centralisés?

C’est précisément ce que vole.cc œuvre à réussir. Vole.cc est un système de média social décentralisé en cours de développement basé sur Bittorrent et Ember.js qui enlève complètement le serveur de l’équation et permet aux utilisateurs de construire des réseaux de médias sociaux sans exposer leurs informations personnelles aux “autorités” ou aux entreprises de revente de données personnelles.

2 – Getsync, le partage de fichiers décentralisé et crypté: une alternative à Dropbox

À la suite des révélations que les données dans l’iCloud d’Apple étaient disponibles pour la NSA dans le cadre de PRISM, il est devenu clair que tout service de partage de fichiers centralisé est vulnérable, et toutes les informations que vous uploadez vers des services comme Dropbox peuvent se retrouver à être examinés par des agents du gouvernement. Les gars à Bittorrent n’ont pas aimé cette idée, et ils ont donc décidé de construire une alternative viable, une alternative qui ne dépend pas du tout d’un serveur centralisé et qui crypte vos données pour rendre leur ouverture aussi difficile que possible, voire impossible sans votre permission. Le service affirme avoir déjà rassemblé plus de 2 millions d’utilisateurs. Fait notable, le projet de média social vole.cc utilise Getsync pour gérer les données des médias sociaux sur votre ordinateur.

3 – Des communications décentralisées et cryptées – le “chat” Bittorrent

Vous n’aimez pas le fait que la NSA ait fouillé dans vos conversations Skype, vos emails et autres services de messagerie instantanée? Eh bien si vous étiez un peu doués au niveau technique, vous auriez peut-être choisi de monter votre propre serveur Mumble ou chaîne IRC, mais cette option ne sera sans doute jamais à portée du citoyen moyen et la dépendance en un serveur centralisé apporte des vulnérabilités de sécurité. Cependant, des travaux sont actuellement en cours sur un protocole qui retirera entièrement le besoin en un serveur centralisé et exclura complètement la NSA de la boucle.

4 – Des sites web décentralisés

Cette année isohunt.com a été fermé, et The PirateBay a dû changer de domaine plusieurs fois de suite pour éviter les saisies de noms de domaines et les blocages d’adresses IP dans plusieurs pays. Ceux d’entre vous qui ont fait attention savent qu’il y a beaucoup plus en jeu ici que la survie des sites de partage de fichiers.

Des gouvernements autour du monde en sont venus à voir Internet comme une menace à leur domination du fait qu’il permet aux citoyens de communiquer hors des canaux officiels et d’organiser la résistance. Des tentatives répétées de passer des lois comme SOPA, PIPA, et le TPP (et aussi TAFTA, ndt) illustrent très clairement que les officiels au gouvernement ont tout Internet dans leur ligne de mire.

The PirateBay, toutefois, a trouvé une solution pour leur site qui pourrait finir par changer toute la manière dont nous naviguons l’Internet. The PirateBay développe un logiciel qui distribue son site web parmi ses utilisateurs, rendant tout effort visant à fermer leur site inutile. Alors que ce logiciel ne vise qu’à protéger The PirateBay, le concept pourrait (et devrait) être appliqué au reste du web. Le faire rendrait non seulement la fermeture de sites par le gouvernement impossible, mais cela rendrait la possibilité de vous espionner à travers les sites web que vous visitez beaucoup plus compliquée.

5 – Des téléphones anti-NSA – le Blackphone

La NSA a enregistré et écouté les conversations téléphoniques des gens tout autour du monde sans mandat. Même le téléphone de la puissante Angela Merkel a été mis sur écoute. Cela n’aide pas que les deux plus puissants fabricants de téléphone, Apple et Google, couchent ensemble avec la NSA. Une entreprise suisse a décidé de faire quelque chose à ce sujet, et ils ont mis au point un téléphone conçu pour bloquer la NSA et protéger votre vie privée. Ils l’ont appelé le Blackphone.

6 – Des emails entièrement cryptés

Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais à chaque fois que vous envoyez un email vous envoyez tout un tas d’informations au destinataire (et à toute tierce partie interceptant vos communications). Parmi ces informations figure votre adresse IP, qui dans beaucoup de pays peut être utilisée pour localiser votre position sur une carte avec une précision étonnante. Ceci est dû au fait que même si vous cryptez votre message en lui-même ses intitulés, eux, ne sont pas cryptés.

Il y a un projet actuellement en cours de développement pour changer cela, il s’appelle Darkmail. Le projet Darkmail vise à introduire un “protocole de cryptage d’un bout à l’autre unique et une architecture qui est la ‘prochaine génération’ d’emails privés et sécurisés.” S’ils y parviennent, la NSA pourra surveiller vos emails autant qu’ils le veulent, tout ce qu’ils réussiront à voir c’est la taille du message.

Mettez ensemble toutes ces technologies et ce que nous voyons émerger est un nouveau paradigme de communications où les réseaux décentralisés remplaceront les énormes serveurs, et où les géants des médias sociaux comme Facebook et Google peuvent très bien se voir prendre le même chemin que les dinosaures/MySpace. Si vous ne pouvez pas les battre à leur propre jeu, rendez leur jeu inopérant.

Voici une technologie bonus qui pourrait rendre YouTube obsolète:

Références:

Média social décentralisé Vole: http://vole.cc/

Getsync: l’alternative décentralisée et cryptée à Dropbox: http://getsync.com/

Konstantin Lissounov, un ingénieur bulgare développe une alternative à Dropbox, décentralisée et cryptée: http://www.wired.com/business/2014/02/bittorrent-sync

Chat décentralisé et crypté avec Bittorrent: http://labs.bittorrent.com/experiments/bittorrent-chat.html

The PirateBay travaille à une version p2p de son site web:http://www.ibtimes.co.uk/pirate-bay-developing-p2p-network-tool-trump-isp-blockades-1431160

Le téléphone anti-NSA: http://mashable.com/2014/01/15/blackphone/

Le projet d’emails cryptés, Darkmail: http://darkmail.info/

Source: http://scgnews.com/6-anti-nsa-technological-innovations-that-may-just-change-the-world

http://globalepresse.com/2014/02/15/six-innovations-technologiques-anti-nsa-qui-pourraient-bien-changer-le-monde/

Version française : http://reseauinternational.net/

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Le nouveau film de David O. Russell American Hustle est inspiré librement de l’opération policière «Abscam» menée par le FBI à la fin des années 1970 et au début des années 1980, qui mena à la condamnation d’un sénateur et de six membres de la Chambre des représentants ainsi que du maire de la ville de Camden au New Jersey.

Le nom de code de l’opération était une contraction d’«Arab scam» (arnaque arabe), en raison de la présence d’un agent qui prétendait être un «cheik arabe» offrant des pots de vin à différents politiciens en échange de faveurs politiques. Après plusieurs plaintes d’organismes arabo-américains, les représentants du FBI prétendirent qu’Abscam était le diminutif d’«Abdul scam,» d’après le nom de l’entreprise fictive que le FBI avait créée pour l’opération.

Le film est le septième dirigé par Russell depuis son début en 1994 avecSpanking the Monkey, une histoire à propos de l’inceste et de la solitude. La comédie excentrique Flirting with Disaster (1996) fut suivie du succès commercial Three Kings (1999), traitant de la guerre du golfe Persique. Russell aborde d’une manière amusante les boniments dans laquelle baigne la société aux États-Unis dans le film I Heart Huckabees (2004), de l’aliénation économique et sociale d’une communauté ouvrière de la Nouvelle-Angleterre dans The Fighter (2010). Son dernier film Silver Linings Playbook (2012) était une comédie dramatique originale, quoique plutôt tiède, centrée sur la dysfonction émotionnelle.

En général, l’œuvre de Russell est caractérisée par une véritable capacité à sonder le comportement humain, une sensibilité libérale et la tolérance des différences. Il se moque avec amusement de différentes institutions, incluant l’armée (Three Kings) et l’élite patronale américaine (I Heart Huckabees). The Fighter est le film le plus engagé socialement et donc son film le plus touchant et le plus concret.

Se déroulant dans le contexte général de l’affaire Abscan, American Hustlecommence le 28 avril 1978 par une note indiquant que «certains éléments de ce film pourraient bien être vrais».

Christian Bale joue le rôle de l’escroc Irving Rosenfeld, basé sur la vie de Melvin Weinberg qui, sous la direction du FBI, a amadoué sept membres du Congrès pour qu’ils acceptent des pots-de-vin. Irving séjourne au très sélect Plaza Hotel de New York, se préparant pour l’arnaque. Il se colle soigneusement une perruque pour cacher son crâne dégarni. C’est une vision d’une sordide classe moyenne inférieure qui croit que «les gens veulent être arnaqués».

American Hustle

On apprend qu’après avoir été piégés par le FBI pour diverses infractions, Rosenfeld et son amoureuse, la flamboyante Sydney Prosser (Amy Adams), sont choisis par l’agent en civil du FBI, Richie DiMaso (Bradley Cooper, permanenté à l’extrême). Ce dernier planifie utiliser Irving pour piéger le maire du New Jersey, Carmine Polito (Jeremy Renner, qui arbore une immense coiffure pompadour, est censé représenter Angelo Errichetti, ancien maire de Camden), connu en tant qu’«ami des travailleurs».

Un flashback révèle qu’Irving opérait légalement une chaîne de buanderie, mais était également recéleur d’œuvres d’art et s’enrichissait en offrant de faux prêts à des gens désespérés. («N’avez-vous jamais eu à trouver un moyen de survivre sachant que vos options étaient mauvaises?») À une fête, il rencontre Sydney, une femme malchanceuse d’Albuquerque au Nouveau-Mexique, dont la spécialité est de se faire passer pour une aristocrate anglaise. Leur attraction mutuelle est alimentée par leurs méthodes de survie similaires… et par leur amour de Duke Ellington. «Mon rêve, explique tristement Sydney en voix hors champ, était de devenir n’importe qui d’autre que moi-même.» Irving était ce qui lui fallait.

Les aventures du duo de magouilleurs se compliquent par le mariage d’Irving avec l’instable et calculatrice Rosalyn (la merveilleuse Jennifer Lawrence), dont le fils a été adopté par Rosenfeld. Irving la décrit comme étant la «Picasso du karaté passif agressif».

L’entente entre Irving et Sydney avec DiMaso implique l’utilisation d’un ami d’Irving qui doit se présenter comme un riche cheik arabe qui veut investir. Polito est la cible alors qu’il fait campagne pour ranimer le jeu de hasard dans la ville en pleine dépression économique d’Atlantic City. Polito ne tombe pas dans le panneau de la première arnaque, mais Irving devient son ami, gagnant sa confiance pour mieux l’escroquer. Dans le processus, l’escroc devient authentiquement affectueux et respectueux à l’égard du maire, lui trouvant des motifs sincères pour aider son électorat souffrant.

Pris au piège, Polito présente un faux cheik personnifié par un agent du FBI mexicano-américain (Michael Peña) à des criminels de gros calibre. Plusieurs membres du Congrès sont secrètement filmés acceptant des pots-de-vin. DiMaso, en désaccord avec son supérieur qui lui refuse tout, Stoddard Thorsen (Louis C.K.), voit l’opération comme une opportunité pour grimper les échelons hiérarchiques de l’agence. Robert DeNiro joue un bref caméo dans le rôle de Victor Tellegio, un pilier de la mafia, adjoint de Meyer Lansky. Éventuellement, les cœurs purs s’en tirent et les égocentriques qui n’ont que leurs intérêts à cœur sont punis.

Une bonne partie du temps et de l’énergie consacrés à American Hustle est dépensée au triangle amoureux Irving/Sydney/Rosalyn. Bale, dans le rôle de l’homme de confiance chauve et souffrant d’embonpoint est convaincant, comme l’est sa complice et muse Adams. Lawrence est captivante, volant des scènes avec une émotivité instable et une excentricité pleine d’humour. Cooper est moins à l’aise dans l’exécution de ses explosions erratiques maniaques. Renner, comme maire de New York, agit tout en douceur. Russell est capable de créer des personnages farfelus qui sont humains, sympathiques et tout particulièrement américains.

Cependant, le réalisateur tend à rester en surface des évènements, se concentrant simplement à recréer le look de l’époque. Recréer les costumes et accessoires, les coiffures et les tubes de l’époque semble avoir plus d’importance que de fouiller l’importance du contexte social et historique de l’opération du FBI.

Reconnaissant que le cœur de son film ne porte pas sur l’affaire Abscam, Russell prétend qu’il voulait principalement explorer comment les gens naviguaient à travers les temps difficiles: «L’économie de l’époque allait vraiment mal. Les circonstances étaient différentes; les taux d’intérêt étaient tellement élevés qu’il était impossible d’avoir un prêt à moins de 15 ou 20 pour cent. Ça créait un environnement plutôt favorable pour escroquer quelqu’un, en offrant de l’argent d’un investisseur spécial venant de l’étranger. Qu’est-ce que l’on devient lorsqu’on est en mode survie durant ces temps? C’était aussi une époque plus innocente, une époque ou les choses allaient moins vite.»

En répondant à la question, «Qu’est-ce que l’on devient lorsqu’on est en mode survie?» Russell semble ne pas voir que ce que l’on devient dépend de ce que l’on est avant.

Selon Russell, «tout le monde dans le film magouille. Il y a de la magouille dans différents sens: soit en essayant d’y arriver en provoquant quelque chose par la duperie, ou comment nous devons tous d’une manière ou d’une autre utiliser de petits mensonges pour passer à travers la vie de tous les jours. … je crois que quelqu’un qui cherche à prendre soin d’une communauté magouille chaque jour.»

Honnêtement, ce genre de réflexions est beaucoup trop amorphe pour en faire la base d’un film sérieux. Si chacun a sa ou ses raisons, pourquoi faire un film après tout? Pourquoi ne pas annoncer que tout se déroule comme il se doit et s’en tenir à cela? Les éléments critiques (du FBI, de la mafia!) et de protestation manquent. Si Russell est simplement en affaire pour présenter des personnalités farfelues et amusantes, qui font tout ce qu’elles peuvent… l’intérêt vient à manquer après un certain temps.

«Tout le monde magouille.» Mais ce «tout le monde» du réalisateur correspond à des escrocs, des politiciens corrompus, des criminels, et des agents du FBI. Sans vouloir faire la morale, mais à quoi Russell s’attend-il?

D’un autre côté, les choses sont bien différentes pour la masse travailleuse de la population. Elle était obligée de se battre.

Par exemple, à l’époque d’Abscam, il y eut la grève très dure de 160.000 mineurs de la Virginie-Occidentale jusqu’au sud de l’Illinois, qui dura du 6 décembre 1977 au 19 mars 1978 – une grève lancée par les membres de la base en opposition à la direction nationale du syndicat de la United Mine Workers of America (UMWA). Les mineurs déterminés ignorèrent la mise en application par l’administration Carter des mesures d’urgence nationales de la loi Taft-Hartley.

La grève effraya la classe dirigeante et accéléra la controffensive contre la classe ouvrière qui débuta sérieusement en 1979 avec la nomination par Carter de Paul Volcker à la tête de la Réserve fédérale et le sauvetage de Chrysler, qui entraîna des concessions majeures de la part des travailleurs de l’automobile.

Le scandale d’Abscam donne un aperçu de la corruption sans retenue au Congrès et au sein des deux partis capitalistes, aussi bien que des opérations antidémocratiques du FBI. Les perquisitions illégales et les entrées par effraction ordonnées par les hauts dirigeants du FBI ont été pratique routinière durant des décennies. Sans doute que la purge d’un certain nombre de démocrates de Pennsylvanie et du New Jersey, aussi corrompus fussent-ils, faisait partie d’un tournant général vers la droite de l’establishment politique.

Russell vise à présenter un panorama social, mais sans une véritable appréciation des dynamiques impliquées ou une préoccupation sérieuse et profonde du sort des opprimés. Son libéralisme relativement timide l’amène à avancer à tâtons à travers cette présentation des temps durs, incapable d’envisager une explosion sociale et conséquemment le contraint à faire de la «magouille» une vertu.

En général, malheureusement, le film de Russell à ce point-ci ne va pas plus loin que de souhaiter bonne chance à la population et à la société américaine. Vers la fin d’American Hustle, il est fait mention du fait qu’aucun des gros bonnets n’a été arrêté, mais la référence est passagère. Finalement, tout le monde s’en tire à bon compte, excepté un opportuniste du FBI qui ne «magouillait» pas pour les bonnes raisons.

Joanne Laurier

Article original, WSWS, paru le 6 janvier 2014

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Militant infatigable de la solidarité internationale, né et éduqué en Belgique où il est licencié en histoire de l’Université libre de Bruxelles, Bahar Kimyongür n’a jamais oublié ses racines arabo-turques ni la conviction que ces racines le rapprochent, par un mécanisme de vases communicants, à tous les peuples en lutte. Opposant déterminé au projet de démantèlement de la Syrie concocté par une alliance trouble de l’impérialisme occidental, du sionisme et de l’obscurantisme islamique, notre invité ne cesse de dénoncer le rôle sinistre que joue dans ce projet le gouvernement turc sous la direction de Recep Erdogan. Attitude insupportable pour ce dernier qui, à son tour, s’acharne sur Bahar en cherchant, avec la complicité des gouvernements européens, à obtenir son extradition de manière à lui faire payer, à sa manière, son délit d’insoumission. C’est ainsi que Bahar se trouve actuellement privé de liberté en Italie d’où il nous fait part de son regard sur sa situation et, au-delà, sur les luttes dans lesquelles il est engagé.

 

 

Le Drapeau Rouge.- Après une série de procédures en justice en Belgique, on a l’impression que le régime d’Ankara s’est lancé dans une chasse sans frontières contre ta personne. Comment l’expliques-tu ?

Bahar Kimyongür.- Suite aux pressions de l’Etat turc, en Belgique, j’ai subi quatre procès et trois cassations entre 2005 et 2009 et un emprisonnement injustifié de près de six mois de novembre 2006 à avril 2007. Jusqu’au jour où la Cour d’appel de Bruxelles m’a totalement acquitté.

En avril 2006, alors que je venais d’être condamné à quatre ans de prison par le Tribunal correctionnel de Bruges (avec le droit de circuler librement en attente du procès en appel), les services secrets belges ont organisé une barbouzerie pour me faire arrêter aux Pays-Bas et me livrer à la Turquie en vertu d’un mandat d’arrêt international lancé par le régime d’Ankara. Après 68 jours de prison, un tribunal à La Haye a finalement jugé la demande turque irrecevable et m’a aussitôt relâché. C’était le 4 juillet 2006.

En juin 2013, des policiers civils espagnols m’ont arrêté, moi et ma famille, à Cordoue, alors que nous visitions la célèbre mosquée-cathédrale de la ville andalouse. J’ai été libéré après quatre jours d’enfermement moyennant une caution de 10.000 euros.

A présent, je me trouve littéralement pris en otage par la Turquie en territoire italien depuis le 21 novembre dernier. Ce matin-là, j’ai été interpellé à l’aéroport Orio al Serio alors que je me rendais à Monza pour donner une conférence sur la Syrie. En début d’après-midi, des membres de la police antiterroriste (DIGOS) m’ont conduit à la prison de Bergame où j’ai passé 13 jours. La Cour d’appel de Brescia m’a finalement relégué en exil en attendant de pouvoir examiner la demande d’extradition turque.

Durant la décennie précédente, la justice turque m’attaquait en raison des opinions que je défendais en matière de politique intérieure turque. Aujourd’hui, ce sont mes critiques envers la politique turque concernant la guerre de Syrie, qui suscitent l’ire des autorités d’Ankara.

Le DR.- En plus de la répression politique, crois-tu qu’il y a quelque chose de personnel dans cette attitude des autorités turques ?

BK.- Obsédé par son image à l’étranger, le régime d’Ankara réprime plus sévèrement une critique lorsque celle-ci est exprimée à l’étranger. Par exemple, l’article 301 en vertu duquel de nombreux intellectuels turcs ont été accusés d’insulter « l’identité turque » prévoit une augmentation d’un tiers de la peine si l’infraction a été commise à l’étranger. Bien que je sois Belge de naissance et de nationalité, je « bénéficie » à mes dépens de la citoyenneté turque. Qui plus est, je suis actif à Bruxelles, un endroit stratégique pour la Turquie désireuse d’adhérer à l’UE.

C’est un fait, les plus hautes instances du gouvernement AKP sont agacées par mes prises de position. L’ex-ambassadeur de Turquie en Belgique Fuat Tanlay est intervenu personnellement dans l’affaire dite du DHKP-C en multipliant les provocations. Il avait souhaité que la Belgique soit frappée de terrorisme suite à mon acquittement prononcé par la justice belge. Tanlay est actuellement conseiller en Affaires étrangères du Premier ministre Erdogan. Il veut ma peau et il a tous les moyens techniques et humains ainsi que les appuis politiques nécessaires pour y parvenir.

Le DR.- Sur le plan politique national, peux-tu nous parler de ton engagement militant en Turquie et de la situation politique dans ce pays ? Que penses-tu du tournant laïc et républicain d’Ataturk ? Penses-tu qu’Erdogan est attaché à liquider ce qui reste de l’héritage kemaliste ?

BK.- Ces trois dernières années, je ne me suis que très peu impliqué dans les luttes sociales en Turquie. J’ai bien sûr appuyé la lutte populaire qui s’est cristallisée autour du parc Gezi à Istanbul en manifestant ou encore en accueillant en Belgique des protagonistes du mouvement. C’est le rôle destructeur du régime d’Erdogan dans le conflit syrien qui m’a le plus préoccupé.

Concernant Atatürk, la junte militaire pro-OTAN du général Evren qui prit le pouvoir le 12 septembre 1980 a imposé à la population le portrait du fondateur de la République en ne retenant que son discours ultranationaliste guerrier. Les putschistes se sont bien gardés de véhiculer ses idées relativement innovantes, voire progressistes pour son époque comme la laïcité, la citoyenneté, l’anti-impérialisme, la souveraineté économique et l’Etat social. Leur but, c’était en quelque sorte d’imposer Atatürk sans kémalisme, un Atatürk de béton un peu à leur image.

Aujourd’hui, le gouvernement AKP poursuit un programme réactionnaire de dékémalisation centré sur deux pôles : l’islamisation des mœurs et l’ultralibéralisme. Au cœur du système Erdogan, on trouve le « capital vert », une armée d’hommes d’affaires sortis des écoles coraniques et d’anciens prédicateurs convertis en prédateurs économiques. L’attaque frontale du régime d’Erdogan contre les principes fondateurs de la République et contre les acquis sociaux remontant à l’ère kémaliste a provoqué un sursaut patriotique y compris dans les rangs des partis de la gauche radicale.

Le DR.- Dans l’acharnement d’Erdogan contre ta personne, ne crois-tu pas qu’il vise à t’empêcher de continuer ta campagne de dénonciation de la complicité criminelle du gouvernement turc dans la tragédie syrienne ?

BK.- Il se peut que mon arrestation en Espagne soit liée à la stratégie de communication d’Ankara. En juin 2013, Erdogan avait taxé le mouvement populaire du parc Gezi à Istanbul de complot ourdi par des terroristes agissant depuis l’étranger. Mon arrestation à Cordoue, au plus fort de la fronde anti-Erdogan, a visiblement servi à alimenter la propagande du Premier ministre turc.

En revanche, comme vous le dites, mon arrestation en Italie ressemble davantage à des représailles liées à mon activisme concernant la Syrie. Depuis le début du conflit syrien, je n’ai cessé de dénoncer la complicité du régime d’Erdogan avec les coupeurs de tête de la rébellion syrienne.

Au commencement de cette collaboration, il y a eu l’accueil par le régime AKP de mercenaires libyens blessés dans leur combat contre la Jamahiriya de Kadhafi. Dès le début, j’ai découvert que ces blessés de guerre libyens ont constitué par après le fer de lance du corps expéditionnaire de l’OTAN en Syrie.

Très vite, le gouvernement AKP a établi un pont aérien et maritime entre la Libye anti-Kadhafi et la Syrie anti-Assad. La Turquie s’est ensuite dotée d’une armée de mercenaires syriens composée d’officiers déserteurs issus de l’armée baassiste. Dans un troisième temps, Ankara a ouvert ses frontières à tous les candidats au djihad en Syrie : aventuriers apolitiques, adolescents manipulés, délinquants en mal de reconnaissance, salafistes exaltés…

J’ai été témoin de chacune de ses étapes.

Huit jours avant mon arrestation en Italie, j’ai organisé avec le Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS) une manifestation devant l’ambassade de Turquie à Bruxelles pour dénoncer la collaboration entre le régime d’Ankara et Al Qaïda à la fois contre la Syrie loyaliste et la Syrie rebelle. L’action a été fort médiatisée. Le régime n’a pas dû apprécier…

Le DR.- On avait l’impression que les grandes manifestations de juin de l’année passée contre Erdogan étaient surtout réduites à des revendications écologiques et/ou contre la corruption du régime, et pas tellement contre sa conduite guerrière et son soutien aux forces obscurantistes agissant en Syrie. Comment l’expliques-tu ?

B.K.- La résistance pour le sauvetage du parc Gezi à Istanbul est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt. Dans le parc Gezi, sur la place Taksim et dans plus de 70 villes du pays, personne n’a manifesté de manière exclusive pour le sauvetage de quelques arbres. Même les écolos les plus acharnés ont exprimé à travers ce mouvement leur ras-le-bol de la terreur policière, de la censure, de l’arrogance belliqueuse du Premier ministre, de l’hypocrisie puritaine des élites islamistes corrompues, des licenciements, des privatisations, de l’impunité dont bénéficient les tortionnaires etc.

Il s’agissait en fait d’un mouvement hétéroclite réunissant de manière assez inédite l’extrême gauche marxiste et l’extrême droite nationaliste, les kémalistes et les autonomistes kurdes, les cercles libéraux et les mouvements libertaires, les musulmans (sunnites) anticapitalistes et les associations alévies, les pacifistes et les féministes, les profs et les étudiants, les ouvriers et les employés, les artistes et les artisans, les supporters de football et les syndicalistes autour d’un objectif commun : la démission d’Erdogan.

L’opinion internationale n’a pas eu l’occasion de connaître le mouvement de Gezi Park dans sa diversité car les médias se sont peu aventurés dans les quartiers périphériques des métropoles où certains mouvements marxistes clandestins mobilisaient des dizaines de milliers d’habitants autour de slogans révolutionnaires.

Si la politique terroriste du gouvernement AKP envers la Syrie a provoqué l’ire de la population turque, à Antioche, la fronde anti-gouvernementale a pris une tournure ouvertement pro-syrienne. Les raisons sont multiples : Antioche, ville méridionale et frontalière de la Syrie, est en première ligne dans la guerre contre la Syrie. Sa population entretient des relations (familiales, commerciales, communautaires) très fortes avec la Syrie. Par ailleurs, Antioche et ses environs accueillent des centaines de milliers de réfugiés syriens parmi lesquels se sont infiltrées des forces djihadistes qui attisent les tensions interconfessionnelles. En mai 2013, la ville de Reyhanli, une ville proche d’Antioche, a été le théâtre de l’attentat le plus sanglant de l’histoire de la Turquie ; attentat attribué par la population aux rebelles syriens mais imputé par les autorités turques aux alaouites de la région, puis à l’extrême gauche turque puis aux services secrets syriens voire aux trois à la fois. Autre motif de frustration : des bataillons entiers de djihadistes débarquent chaque jour à Antioche pour mener la guerre en Syrie avec le consentement du régime d’Erdogan au point que cette ville, paisible jusque là, est devenue une véritable base arrière d’Al Qaïda. Depuis le début des manifestations pour le sauvetage du parc Gezi, Antioche manifeste avant tout pour dénoncer la politique terroriste d’Erdogan. La population de la ville en a payé un lourd tribut : trois de ses jeunes ont été tués par la police ou les sbires de l’AKP.

Le DR.- Et ailleurs, en Europe, comment vois-tu le positionnement des forces politiques, en particulier de la gauche, vis-à-vis la crise syrienne ?

B.K.- Entendons-nous d’abord sur le mot “gauche”. Les partis socialistes européens sont depuis bien longtemps des partis élitistes, libéraux, atlantistes et sionistes. Leurs représentants agissent pour le compte de lobbies. De plus, ils siègent dans les principaux organes de domination du monde : FMI, Banque mondiale, Groupe de Bilderberg, OMC, OTAN… Donc, encourager la chute de régimes désobéissants comme celui de Damas fait partie de leur job.

L’autre gauche, celle qui se dit encore alternative, marxiste et anticapitaliste n’est pas fort différente. C’est la petite cadette complexée qui se contente de rouspéter contre sa rivale. Son unique rêve, s’il en est, est de prendre la place de sa grande soeur. Pour cette gauche-là, l’anti-impérialisme, c’est-à-dire le rejet du système de domination impérialiste, est une hérésie. Elle hurle avec les loups contre tout gouvernement, tout mouvement politique et même tout individu qui désire s’émanciper et exister en dehors du système.

Allez savoir pourquoi, au nom des « droits de l’homme » et des intérêts de la classe ouvrière internationale, cette gauche-là, c’est le cas par exemple du NPA français ou des Verts à tonalité kaki, défend des mercenaires parrainés par le Quai d’Orsay, l’Arabie saoudite et la CIA. En France par exemple, les seuls sites qui publient des analyses sérieuses sur l’impérialisme, l’expérience d’Etats et de mouvements non alignés, sont conspués par la « gauche » anticapitaliste. Ainsi, à ma connaissance, aucun site de gauche n’héberge les discours de Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais. Cet homme est pourtant un rebelle social, un patriote, un internationaliste, le principal commandant de la Résistance contre Israël, un défenseur de la liberté de croyance. Certes, il se réfère à l’imam Hussein plutôt qu’à Che Guevara et porte un turban noir à la place du béret étoilé. Mais il n’en est pas moins l’un des derniers leaders tiers-mondistes de notre planète. En France, il faut visiter des sites classés à droite pour trouver un discours de Nasrallah. Je regrette de le dire : le patriotisme de la droite française me semble aujourd’hui plus respectueux du droit international que le droitdelhommisme de la gauche. En Belgique par contre, à quelques rares exceptions près, la gauche marxiste – dont votre journal – est plus libre, donc plus imperméable à la propagande de guerre que la gauche française.

Le DR.- Quid de ta situation personnelle ? Connaissant le peu de scrupules du régime turc dans le traitement de ses opposants, ne crains-tu pas pour ta sécurité personnelle ?

J’attends depuis près de deux mois la décision de la justice italienne concernant la demande d’extradition turque. Si Ankara perd cette quatrième bataille judiciaire contre moi, on peut s’attendre à tout de sa part. A défaut de pouvoir me faire taire par voie légale, le régime d’Ankara pourrait recourir à son armée de l’ombre. Il y a un an, trois militantes kurdes ont été assassinées à Paris. Aujourd’hui, les enquêteurs privilégient la piste de l’assassinat politique. Ils soupçonnent le tueur, un certain Ömer Güney, d’être un agent des services secrets turcs. En toute évidence, le réseau occulte d’extrême droite, Derin Devlet (« Etat profond »), que Erdogan se targue d’avoir combattu par le biais de l’opération Ergenekon, n’a jamais été démantelé. Il a juste été remplacé par un « Etat profond » taillé sur mesure. Face à cette machine, je n’ai aucune protection vu que les polices européennes en sont complices. Même mon pays, la Belgique, a tenté de me livrer à mes tortionnaires. Mes seuls boucliers sont l’amour, la résistance et la solidarité.

 

Le Drapeau Rouge, numéro 43, janvier-février 2014.

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Golfe: La révolte oubliée du Bahreïn

février 16th, 2014 by René Naba

Dawwar al Lou’lou’a (Rond-point de la Perle), équivalent bahreïni de la Place Tahrir au Caire, a été le haut lieu de la contestation à Manama contre le pouvoir de la dynastie Al Khalifa. Le célèbre monument qui symbolise la traditionnelle culture de la perle du Bahreïn a été rasé par l’armée en mars 2011.

I – Une conjonction maléfique

Paris – Pas de chance, triplement malchanceux ce pays, Bahreïn, archipel d’entre deux mers, coincé entre les chefs de file des deux branches rivales de l’Islam, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, voué à constituer une des premières cibles iraniennes en cas d’attaque israélienne ou américaine.

Pas de chance, non plus, que la révolte des Bahreïnis soit survenue un mois jour pour jour après le dégagement de Ben Ali, et, pire, à la date commémorative du 3eme anniversaire de l’assassinat du premier ministre milliardaire saoudo libanais, Rafic Hariri, le 15 février 2005, l’homme lige des Saoudiens au Liban, propulsé au rang de «martyr absolu» du camp occidental au Moyen orient.

Conjonction maléfique dans l’ordre symbolique atlantiste qui sera fatale au renouveau bahreïni, dont la révolte libératoire, le 14 février 2011, est passée par pertes et profits de la lutte d’influence transrégionale, virulente depuis la chute des deux pivots majeurs du flanc sud de la diplomatie atlantiste, Le tunisien Zine El Abidine Ben Ali, le 15 janvier 2011, et l’égyptien Hosni  Moubarak, le 25 janvier.

Aux premières flammes de la révolte, le branle-bas de combat a été sonné. La chaine transfrontière «Al Jazira», prescripteur majeur de l’information de l’hémisphère sud, s’est aussitôt muée en lanceur d’alerte des menées atlantistes contre le Monde arabe, sabordant en un mois son crédit considérable accumulé en quinze ans, alors que, parallèlement, l’Arabie saoudite établissait, elle, un cordon sanitaire autour de la totalité des monarchies arabes, par adjonction du Maroc et de la Jordanie, les deux relais souterrains de la diplomatie israélienne dans le Monde arabe, à la confédération des six pétromonarchies.

Pour prévenir l’effet de contagion, notamment au sein de la composante chiite de sa population, -le quart des Saoudiens, qui plus est implantée dans les zones pétrolifères-, le Roi Abdallah gratifiera ses sujets de 400 milliards de dollars en soutien à leur niveau de vie.

Dans la foulée, le Royaume dépêchera un bataillon de mille soldats pour restaurer l’ordre à Bahreïn, sous le regard des grandes démocraties occidentales complaisantes à l’égard d’un pays qui détient le record mondial des décapitations par an. Elle contribuera puissamment à l’éviction de l’égyptien Mohamad Morsi, premier président islamiste démocratiquement élu dans le plus grand pays arabe, mettant en échec l’expérience néo islamiste dans le Monde arabe en ce que le principe même de l’élection mettait en péril la transmission héréditaire du pouvoir en application de la succession dynastique, fondement du pouvoir wahhabite.

Mieux, elle entravera toute solution politique au conflit bahreïni et fera obstacle à la formation d’un gouvernement au Liban qui ne répondrait pas à ses conditions dans un double objectif :

-Entraver la conclusion d’un accord international pour la mise en exploitation des gisements pétroliers des côtes libanaises qui ferait du Liban un état pétrolier non dépendant des subsides pétro monarchiques.

-Mener une guerre de dérivation au Liban et de l’Irak (la bataille d’Al Anbar, janvier 2014, dans le périmètre de Falloujah Ramādī) pour soulager la pression sur les djihadistes de Syrie et compenser leurs revers sur le champ de bataille.

Le chômage dans le Monde arabe atteint le taux record de 25 pour cent de la population. De quoi alimenter le flot du mercenariat djihadiste avec les importants stocks de pétrodollars. Depuis les revers djihadistes en Syrie, la banlieue sud de Beyrouth, fief de Hezbollah, a fait l’objet de deux attentats meurtriers pour les civils libanais, en juillet 2013, particulièrement l’attentat à la voiture piégée de Bir Hassan, ainsi que dans la ville chiite de Baalbek, enclenchant un nouveau cycle de violence au Liban dans les villes sunnites à Tripoli (Nord Liban) et à Beyrouth, où un ancien ministre du gouvernement Saad Hariri, Mohamad Chatah, a été tué le 27 décembre 2013.

Deux autres attentats particulièrement douloureux, en termes d’images pour l’Iran et le Hezbollah, ont été revendiqués par la brigade «Abdallah Al Azzam». L’attentat contre l’ambassade iranienne à Beyrouth qui a fait 29 morts le 19 novembre 2013, et l’assassinat du chef de la force balistique de la formation politico-militaire chiite, Hassan Lakiss. Fondé en 2003 par un saoudien, Salah Al Qarawi, ce groupement tire son nom «Abdallah Azzam», d’un activiste islamiste palestinien né à Djénine (Cisjordanie), en 1941, diplômé d’Al Azhar, qui passe pour avoir été un des inspirateurs d’Oussama Ben Laden, fondateur d’Al Qaida, lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1989). A la suite de l’interception de son fondateur au Waziristân, le mouvement a aménagé sa base opérationnelle dans le camp des réfugiés palestiniens d’Ein el Héloué (banlieue de Saida) au sud Liban. Le chef du mouvement, un saoudien Majed Al Majed, recherché par les Américains, les saoudiens et les Iraniens, a été arrêté par l’armée libanaise, fin 2013. Selon des informations de la presse libanaise, Majed, décédé le 4 Janvier 2014, souffrait d’insuffisances rénales. Il avait été intercepté, le 24 décembre 2013, alors qu’il était convoyé vers un hôpital de Beyrouth pour une dialyse. Son repérage a eu lieu sur indications des services américains, dans une démarche qui apparait comme un «geste de bonne volonté» des Américains à l’égard de l’Iran.

Son porte-parole, Cheikh Serrajeddine Zoureikat avait auparavant revendiqué l’attentat anti iranien au nom de la «brigade Abdallah Azzam, bataillon de Hussein Ben Ali», par référence au rituel chiite qui considère Hussein Ben Ali, petit-fils du prophète, dont elle impute la responsabilité de son assassinat aux sunnites.
http://www.al-akhbar.com/node/197681

Cf «L’Arabie saoudite, un Royaume des ténèbres» Par René Naba éditions Golias 2013
http://www.renenaba.com/l-islam-otage-du-wahhabisme

Ainsi que «Le Grand jeu de Ryad pour étouffer les printemps arabes»
http://www.lemonde.fr/libye/article/2014/01/13/le-grand-jeu-de-riyad-pour-etouffer-les-printemps-arabes_4346993_1496980.html

Pour le lecteur arabophone, voir à ce propos: Blocage  d’une solution sous pression saoudienne  http://www.al-akhbar.com/node/193066  http://www.arabi-press.com/?page=article&id=80502

Et ceci: Chiites-Arabie saoudite Prémisses d’un soulèvement chiite en Arabie saouditehttp://alquds.co.uk/index.asp?fname=data\2011\10\10-04\04qpt999.htm&arc=data\2011\10\10-04\04qpt999.ht

La révolte populaire arabe ainsi refoulée des rives inflammables du Golfe pétro monarchique vers les rives contestataires de la Méditerranée, Nicolas Sarkozy et Bernard Henri Lévy, deux soutiens infaillibles de l‘apartheid israélien en Palestine, prendront le relai pour décréter la démocratie dans des pays pétroliers alliés de la Russie et de la Chine -la Libye et la Syrie- en vue d’aménager une plateforme opérationnelle israélienne sur le pourtour du Nil par l’établissement d’une jonction entre le sud soudan, indépendant un mois plus tôt, et  la Libye post Kadhafi. Sous l’égide de l’Otan et le concours actif des islamophilistes français.

II -L’argumentaire pétro monarchique

Pour les autocrates du Golfe, l’Islam remplit une fonction d’obéissance collective au «Prince», qu’il soit juste ou injuste en ce qu’il assure une mission de cohésion sociale. L’argument majeur de propagande a reposé, en effet, sur la sacralité du mandat du souverain, «élu» par Dieu et gratifié de ses bienfaits, le pétrole, s’appuyant en outre sur une culture politique religieuse de soumission critique au Gouverneur, par logique de stabilité de Dar Al islam (La maison de l’islam), face à Dar Al Kofr (le territoire des impies) ou Dar Al Harb (Le territoire de la guerre). Le Grand Mufti d’Arabie saoudite, Cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, prenant argument de la «légitimité religieuse» de son Roi, a été le premier, en février 2011, à condamner les soulèvements dans les pays arabes, dénonçant le «chaos» programmé par les ennemis de l’Islam en vue de diviser la Oumma.

L’Islam fait office de repoussoir au modèle démocratique et de pourvoyeur de rente sécuritaire, d’autant plus aisément que les incessantes ingérences occidentales dans la sphère arabo musulmane, depuis la promesse Balfour (1917) portant création d’un «foyer juif en Palestine» ont discrédité l’idée même de démocratie au point d’être perçue dans les cercles néo islamistes comme un piège tendu par l’occident afin de miner les sociétés musulmanes de l’intérieur.

 III- La solidarité monarchique: Un réflexe de survie

Face à l’effet dominos du printemps arabe, les dictatures monarchiques arabes ont développé un discours de propagande basé sur le concept de la spécificité locale. L’Arabie saoudite, gardienne des lieux Saints, n’est pas l’Egypte. Le Roi du Maroc, commandeur des croyants, n’est pas la Tunisie de «l’époux de la coiffeuse».

Le Roi de Jordanie, chef de la dynastie hachémite, descendant de la famille du prophète, n’est pas un vulgum alaouite du clan Assad de Syrie, quand bien même deux monarques hachémites ont été assassinés Abdallah de Jordanie, en 1948, et Faysal d’Irak, en 1958; que Hassan II du Maroc a fait l’objet de deux coups d’état, dans la décennie 1970, notamment à Skhirat de la part de son propre ministre de l’intérieur le général Mohamad Oufkir, et que même le Grand  Faysal d’Arabie, sans doute le plus pieux de la dynastie, a été assassiné par son propre neveu. Cette spécificité monarchique s’est couplée avec une variante dictature kamikaze, au Bahreïn et au Yémen, se posant en dépassement du dilemme: Moi ou le chaos.

Comme pour démontrer la supériorité monarchique sur les contingences républicaines, les huit monarchies arabes se sont déployées sous forme d’un camp retranché. Disposant d’une majorité de blocage au sein de la Ligue arabe, par l’agrégation des  deux anciens confettis de l’empire colonial français, -Djibouti et les Comores-, le Conseil de coopération du Golfe, syndicat monarchique par excellence sous haute surveillance militaire américaine, est passé outre à l’unique instance de décision panarabe, pour se muer en association mutualiste d’entraide de son voisinage immédiat: Bahreïn, et d’une manière connexe, le Yémen.

Glacis stratégiques de l’Arabie saoudite, ces deux pays ont bénéficié d’un régime de faveur avec le soutien occidental, avec, l’un comme l’autre, l’intervention directe de l’armée saoudienne, première opération militaire saoudienne hors du territoire national depuis la fondation du Royaume en 1929. Sous de prétextes fallacieux: pour dégager du «péril chiite» le Bahreïn qui abrite le Quartier Général de Vème flotte américaine pour le Golfe et l’Océan Indien. Pour mater le fief constitué au Yémen par «Al Qaida pour la Péninsule Arabique», l’ancien pupille tant des Américains que des Saoudiens.

Le Roi de Bahreïn et le président yéménite misant sur leur positionnement stratégique ont joué aux «dictateurs kamikaze», se posant en dépassement du dilemme: «Moi ou le chaos», exacerbant l’opposition, et, plutôt, que de négocier une sortie honorable ont plongé le pays dans le chaos de la guerre civile. Hosni Moubarak (Egypte) et Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie), ultimes barrages contre l’Islamisme, ont usé de cet argument avec le soutien intéressé des Occidentaux. Les autocrates du Bahreïn et du Yémen ont repris le procédé à leur compte, avec plus de succès. Trois ans après le début des troubles à Bahreïn, le combat de la majorité chiite contre la dynastie sunnite est zappé des écrans de l’actualité, tandis que l’ancien président yéménite a été dégagé du pouvoir avec le bénéficie de l’impunité et d’immunités.

Le différentiel de traitement trouve son explication dans la disparité entre la zone d’abondance du Golfe pétrolier et la zone de pénurie des riverains de la Méditerranée, révélatrice d’une grande vulnérabilité de la configuration géopolitique arabe. Alors que les pays méditerranéens connaissent des problèmes de surpopulation, notamment l’Egypte, et de pénurie financière et alimentaire, les pétromonarchies, par leur appel massif à la main d’œuvre étrangère principalement asiatique, présentent cette singularité démographique de compter une population immigrée sur majoritaire dans la totalité des six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes Unis, Koweït, Qatar, Sultanat d’Oman), dont la vocation première est de constituer une gigantesque base flottante américaine, la plus importante concentration militaire américaine hors Otan, en même qu’une station-service off-shore discount.

IV – Le contentieux entre l’Iran et les pétromonarchies

L’émir Hamad Ben Issa Al Khalifa a justifié le recours aux forces saoudiennes dans une déclaration à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, précisant qu’il a demandé l’aide des forces armées du Conseil de Coopération du Golfe (regroupant l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Oman et le Qatar) pour protéger  »les installations stratégiques au cas où l’Iran se montrait plus agressive ».

Les pétromonarchies ont accusé l’Erythrée de servir de plateforme iranienne pour des actions de soutien aux Houtistes du Yémen en guerre contre le pouvoir centrale et le parquet de Bahreïn a même accusé l’Iran le 2 janvier 2013 de former des saboteurs pour se livrer à des attentats contre le Royaume.

http://www.arabi-press.com/article.php?id=845159*

Pour sa part, Mohamad Hassanein Haykal a soutenu qu’un arrangement était intervenu entre l’Iran et les pétromonarchies visant à confier le pouvoir à Bahreïn à la minorité sunnite représentée par la dynastie Al Khalifa en contrepartie de la reconnaissance de la souveraineté iranienne sur les trois ilots du golfe persique, Abou Moussa, la grande et la petite Tomb.

L’accord avait été cautionné par le Roi Faysal d’Arabie saoudite à la veille de l’accession à l’indépendance des principautés en 1970, dans la foulée du retrait britannique de l’Est de Suez, précise l’ancien confident du président égyptien Gamal Abdel Nasser, dans une interview à la chaine égyptienne CBC, le 12 janvier 2014.

A l’appui de sa thèse, Haykal relève que les Emirats Arabes Unis n’ont jamais cherché à récupérer ces trois ilots, trois jalons du dispositif du contrôle de la navigation vers le détroit d’Ormuz, du temps où le Chah d’Iran assumait pour le compte de la stratégie atlantiste le rôle de «gendarme du golfe».

Le ministre bahreïni des affaires étrangères, Khalifa ben Hamad Al Khalifa, s’est borné à une réplique timide sur son compte tweeter assurant que Haykal «fait parler les morts», par allusion au roi Faysal, le Chah d’Iran et le président Nasser et que son témoignage ne saurait donc être crédible.

A propos du contentieux Iran Bahreïn  pour le lecteur arabophone

http://www.arabi-press.com/article.php?id=845613

Le péril chiite apparait rétrospectivement comme le meilleur anti dote aux revendications populaires, le meilleur dérivatif aux luttes démocratiques. Comme  trente ans auparavant, la lutte contre l’athéisme soviétique, le meilleur alibi au détournement du combat pour la libération de la Palestine. Bahreïn se compose de 70% de musulmans chiites, alors que le pouvoir est accaparé par une vieille dynastie sunnite tyrannique corrompue et soumise à l’imperium israélo américain. La dynastie Al Khalifa gouverne, en effet, le Bahreïn depuis 1797, signant leur premier traité avec les Britanniques (soucieux de « sécuriser » la route de leurs colonies des Indes), en 1820.

Jamais indépendant sinon que d’une manière formelle, Bahreïn est passé sans coup férir du protectorat britannique à la tutelle américaine avec l’installation du QG de la Vème flotte américaine à Manama.

Sur la problématique chiite, CF :

Pour une lecture non biaisée de l’histoire, notons pour mémoire que le Bahreïn, qui abrite le QG de la Vème flotte américaine (Océan indien-Golfe arabo persique) a été désigné président du « groupe des amis du peuple syrien », et le Qatar,  QG du Centcom américain, président du «groupe des amis  du peuple libyen». Le placement d’autocrates fantoches à la tête du combat pour la démocratisation des pays arabes a été perçu comme un indice manifeste du profond mépris des puissances occidentales aux aspirations démocratiques du Monde arabe, une insulte suprême des occidentaux à l’égard des Arabes.

Tous les régimes arabes sont autoritaires, népotiques, bureaucratiques, incompétents et corrompus. Tous sans exception. Trois ans après le soulèvement du « printemps arabe », la question se pose de la focalisation de la révolution, exclusivement, sur les régimes à structures républicaines de la rive arabe de la Méditerranée. Particulièrement La Syrie.

La révolution est-elle soluble dans le pétrole? Le pétrole monarchique constitue-t-il un puissant dissolvant? Ou un puissant soporifique à toute velléité réformatrice? De quelles vertus cachées est-il porteur?

En septembre 2013, la justice de Bahreïn a condamné à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison 50 militants chiites, accusés de diriger la contestation contre la monarchie sunnite dans le royaume, en collusion avec un pays étranger qui serait l’Iran. La sentence visant des activistes du «Mouvement du 14 février» n’a suscité la moindre réprobation des pays occidentaux, ni interrompu la livraison du matériel de répression de la France à la police de Bahreïn.

A coups de pétrodollars, le printemps de Bahreïn a ainsi muté progressivement en enfer syro-libanais, n’épargnant aucune ville, aucune cible. Pour la plus grande tranquillité des pétromonarchies et la plus grande satisfaction d’Israël et des puissances occidentales, fort heureux de l’affaiblissement du Monde arabe et de son maintien en état de sujétion. Du fait de guerres d’outre temps. Sans trop de dégagement théorique, s’il n’y eut «Pas de printemps pour la Syrie» (1), c’est tout bonnement parce qu’il n’y eut «Pas de Printemps pour Bahreïn» et ceci pourrait expliquer cela. Ouvrage collectif sous la direction de l’islamophiliste François Burgat, le livre a été frappé de caducité à sa parution en ce qu’il n’avait pas anticipé la guerre inter-djihadiste de Syrie qui a considérablement fragilisé la posture diplomatique française. Une claire démonstration de l’incapacité des intellectuels français en déconfiture de déterminer les saisons arabes.

Le mouvement Shabab (jeunesse) du 14 Février 2011 et le parti d’opposition Al Wifaq l’entente) constituent les deux principales formations de l’opposition. Huit dirigeants politiques ont été arrêtés lors de leur participation à une manifestation  antigouvernementale à Budaiya à l’ouest de la capitale Manama, en février 2011. Les principales revendications portent sur la réécriture de la constitution et l’égalité réclamée par les Chiites. La loi martiale et l’état d’urgence ont été décrétés le 15 mars 2011. Un membre de la famille royale a même été accusé nommément de torture. La princesse Cheikha Noora Bint Ibrahim Al-Khalifa, cousine supposée de la reine Sabika Bint Ibrahim al-Khalifa, épouse du roi Hamad et mère du prince héritier Salman, a été accusée d’avoir œuvré sous couverture de la brigade des stupéfiants du pays.

Référence

1-«Pas de printemps pour la Syrie» -Editions La Découverte – Novembre 2013, ouvrage collectif sous la direction de François Burgat et de Bruno Paoli. Et la déconstruction de la démarche des islamophilistes français: http://www.renenaba.com/les-islamophilistes-tontons-flingueurs-de-la-bureaucratie-francaise/

Pour aller plus loin

Vidéo http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=gkVTK7VquZ0

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Selon un général étasunien de l’Africom, des forces spéciales des Marines US spécialisées dans la gestion des crises pourraient être implantées en Afrique dans les années à venir. En tant qu’autorités militaires directrices, elles coordonneront le travail avec les pays d’accueil qui ont manifesté un intérêt pour installer des troupes US dans leur pays.

Le lieutenant-général Steven Hummer, commandant-adjoint des opérations militaires du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (United States Africa Command ou Africom) a indiqué que ces unités seraient formées sur le modèle de la Force de réaction rapide des Marines, basée à Morón en Espagne depuis 2013.

Hummer a déclaré au Marines Corps Times : « La distance entre Morón et certains pays africains dépend du support aérien opérationnel. Quand nous regardons l’environnement futur partout dans le monde, et les défis budgétaires qui entravent le nombre de navires que nous aimerions avoir, il y a un équilibre que nous devons atteindre entre les Forces de réaction rapide des Marines à bord des navires et celles stationnées à terre, lors des situations d’alerte. »

Ces unités seraient probablement composées d’une part de la force d’intervention de crise basée à Moron et d’autre part de l’unité de forces spéciales sol-air de Marines située à la base aéronavale de Sigonella, en Italie. Ces Marines s’entraînent avec les militaires autochtones qui sont aux prises avec le terrorisme ou d’autres menaces sécuritaires.

« L’intervention en temps de crise sera leur mission principale, mais ces unités pourraient aussi assurer des missions de formation dans le cadre de la coopération avec les militaires du continent africain. Ils pourraient participer à des exercices, tout en continuant à développer leurs compétences et leur capacité à répondre aux situations de crise» ajoute Hummer.

Ces deux unités d’interventions rapides sont des corps expéditionnaires terrestres capables de fonctionner sans appui maritime, les restrictions budgétaires du Pentagone ayant entraîné une baisse du nombre de navires amphibies. Bien sûr, ces deux unités ont intégré au sein de leur commandement, une coordination logistique sol-air.

Les autorités étatsuniennes cherchent à implanter des unités similaires au Proche-Orient pour faire face aux problèmes dans cette région et en Floride, pour faire face aux situations de crise dans les Caraïbes ou en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

La force d’intervention de crise basée en Espagne est composée d’environ 550 Marines, d’au moins quatre hélicoptères MV- 22B Osprey et de deux avions ravitailleurs KC- 130J. Le commandement peut faire appel à elle pour faire face aux catastrophes humanitaires ou aux situations d’urgence en matière de sécurité dans les ambassades, ou pour d’autres missions. L’utilité de ces forces spéciales a été prouvée au début du mois de janvier, lorsque les Marines ont aidé à l’exfiltration du personnel de l’ambassade étatsunienne à Juba, au Sud-Soudan, pour faire face aux troubles violents qui ont ravagé ce pays. Un contingent de Marine est d’ailleurs resté sur place pour renforcer la sécurité.

L’implantation de telles Forces spéciales sur le continent africain reste un projet, a déclaré le commandant Fred Harrell, un porte-parole étatsunien de l’AFRICOM. Toute mesure visant à implanter des forces militaires dans un pays nécessite l’approbation du pays hôte, des services de l’Etat et de la Défense US et d’autres agences gouvernementales, a-t-il ajouté. Pour l’instant, Hummer et d’autres dirigeants sont simplement en train de conceptualiser de nouvelles options pour la gestion des crises à venir dans les prochaines années, a-t-il déclaré.

Quand l’Africom a été bâtie il y a 5 ans, certains dirigeants africains ont exprimé leur préoccupation au sujet de la militarisation potentielle du continent. Mais Harrell et Hummer ont tous deux souligné que 99,9 pour cent de ce que font les Etats-Unis en Afrique se fait en partenariat étroit avec les pays d’accueil .

Selon Hummer, cette approche nécessite de faire en sorte que tous les protagonistes impliqués dans ce partenariat se retrouvent gagnants.

Ce qui fait sens est ce qui est un concept « gagnant, gagnant, gagnant » : une victoire pour les pays d’Afrique, une victoire pour les Etats-Unis et une victoire pour l’AFRICOM en bonne posture et en force sur le continent de telle sorte que nous puissions faire ce que les ambassades veulent que nous fassions, ce que les pays d’accueil veulent que nous faisons et ce que la nation attend“, a déclaré Hummer.

Article original en anglais :

Exclusive: General says more Marines could be based throughout Afric, le 8 février 2014.

Traduction :  SLT

Exclusif : selon un Général US, encore plus de Marines pourraient être déployés en Afrique
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Une « révolution colorée » s’abat sur la Bosnie

février 16th, 2014 by Stefan Karganović

Les troubles sociaux qui agitent la Bosnie Herzégovine ne peuvent pas être distingués de ce qui se passe en Ukraine voisine. À Sarajevo comme à Kiev, les États-Unis sont à la manœuvre. Mais ici, le but principal est d’en finir avec une région autonome, la Republika Srpska.

« La révolution colorée » [1] qu’on attendait en Bosnie depuis plus d’un an, est enfin arrivée. Cependant, le fait fondamental qui doit être mis en avant c’est que, contrairement à ce que les analystes attendaient, le « changement de régime » n’est pas prévu uniquement pour sa composante serbe, la Republika Srpska. Il y a un putsch en ce moment qui concerne tout le pays, la Fédération de la Bosnie Herzégovine, et qui arrivera finalement en Republika Srpska.

Il s’agit d’un fait très important car il suggère que les services secrets occidentaux, et bien sûr leurs États également, souhaitent nettoyer le terrain politique dans tout le pays. Le plan est de profiter de l’insatisfaction sociale croissante —qui est plus que justifiée— pour provoquer le chaos total. Ce chaos, ainsi que l’illusion d’une « vie meilleure », que les médias occidentaux et les centres de propagande encourageront dans la conscience des masses populaires, seront ensuite utilisés pour installer une nouvelle équipe de marionnettes, non seulement au niveau des régions, mais également du pouvoir central.

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Milorad Dodik, président social-démocrate de la Republika Srpska depuis 2010.

Le but principal, c’est toujours de se débarrasser du président Milorad Dodik et d’en finir avec la politique indépendante qu’il mène dans la Republika Srpska afin d’installer à Banjaluka une équipe de collaborateurs qui permettra l’incorporation de l’entité autonome serbe à l’État bosniaque centralisé. Les autres objectifs sont : l’introduction de toute la Bosnie Herzégovine dans l’Otan et son adaptation totale aux structures occidentales euro-atlantistes.

Conformément à la Constitution actuelle, tout ceci est impossible sans l’accord du gouvernement de la Republika Srpska. C’est la raison pour laquelle le premier pas est la mise en place d’un gouvernement aussi coopératif. Très vite, le protectorat actuel —qui jouit d’une autonomie locale très limitée— se transformera en une colonie sous contrôle total de l’Occident.

Les manifestants en Bosnie, comme ceux à Kiev, sont motivés par l’illusion qu’il suffit de « virer les méchants » afin d’atteindre une « vie meilleure » qui reste un concept flou et pas du tout clairement défini. Mais cela n’arrivera jamais si la tâche est confiée aux pantins que l’Occident souhaiterait mettre au pouvoir. Comme on l’a vu en Ukraine, c’est uniquement la Russie qui a les capacités matérielles pour contribuer à l’amélioration de leur qualité de vie. L’Union européenne a clairement fait comprendre qu’elle n’a pas de moyens matériels qui pourraient aider la reconstruction de l’Ukraine, même si elle possède assez d’argent pour payer les prestations des hooligans de la rue. Ce qui est valable pour l’Ukraine, l’est aussi pour la Bosnie et la Republika Srpska.

Les émeutes qui sont en train de s’enflammer et qui ont commencé il y a quelques jours dans la Fédération de Bosnie Herzégovine à Tuzla, puis Sarajevo et d’autres villes au centre de la Fédération, ont depuis le début été marquées par l’utilisation d’une violence extrême de la part des manifestants. Compte tenu du fait que les opérations de « changement de régime » sont généralement orchestrées dans le cadre des scénarios de « résistance non violente » imaginés par Gene Sharp, il peut sembler un peu bizarre qu’en Bosnie la phase non violente ait été tout simplement supprimée. Dans la première phase, le schéma habituel selon lequel après la provocation suit une explosion des événements, prévoit au contraire d’obliger le gouvernement à attaquer les manifestants pacifiques afin qu’ils puissent être présentés comme des victimes innocentes. Il semble cependant qu’ici, les chefs d’orchestre occidentaux sont impatients de terminer le travail au plus vite dans les deux pays ciblés, l’Ukraine et la Bosnie Herzégovine. C’est peut être la raison pour laquelle ils ont décidé d’accélérer le processus d’installation de pantins au pouvoir pendant qu’il est encore possible de maintenir l’illusion d’une « vie meilleure » sponsorisée par l’Occident et avant que les mauvaises nouvelles sur la crise dans laquelle se trouvent les pays occidentaux n’arrivent aux oreilles des masses populaires en colère dans l’Est.

La façon dont la révolte est gérée, est brièvement représentée sur cette image, qui apparait sur l’un des sites internet soutenant le réseau d’opposition :

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Cette image suggestive montre au moins trois choses. La première, le niveau de l’agressivité de la rue pratiquée par les manifestants, ce qui inclut également de brûler les pneus des voitures. La deuxième, c’est le symbole connu d’Otpor, le poing serré, qui caractérise toutes les opérations semblables depuis la première révolution colorée réussie sous le contrôle occidental à Belgrade, en octobre 2000, ce qui indéniablement met le doigt sur la force motrice des événements qui sont en cours. Enfin, le texte en anglais un peu déplacé, sur une plaquette soit disant bosniaque. Il s’agit clairement d’un lapsus qui devra être corrigé avec le temps car il prouve très clairement qui se trouve derrière toute cette charade.

À part ce qui a été décrit précédemment, les autres indicateurs classiques des opérations inspirées par les idées de Gene Sharp, sont également présents. L’infrastructure pour le changement du régime, que les spécialistes occidentaux en Bosnie construisent patiemment depuis deux ans, a enfin reçu le signal d’activation. Nous sommes témoins aujourd’hui des activités de réseaux très organisés et mutuellement liés, qui couvrent toute la Fédération, y inclue la Republika Srpska, et qui travaillent pour atteindre des objectifs identiques en utilisant tous les moyens de la technologie moderne qui sont à leur disposition. La démagogie est convenablement floue, elle traite les sujets qui ne sont pas clairement définis, tels que « Le respect des droits », « Un lendemain meilleur », ce qui incontestablement recueille un large soutien en Bosnie, de la même manière que l’idée d’arrêter les rayonnements radioactifs aurait énormément de succès à Fukushima. Mais, oh surprise, aucun des révoltés ne propose des mesures politiques concrètes afin de réaliser ces nobles idéaux. Néanmoins, l’idée de convier les policiers à se joindre aux manifestants, vient tout droit du manuel de Sharp. Les organisateurs anonymes des émeutes à Tuzla, se présentent sous l’acronyme « Udar » (coup), ce qui de manière évidente évoque le nom de l’organisation politique de Vitali Klitschko en Ukraine [2]

Les gouvernements des deux entités de la Bosnie Herzégovine sont de toute évidence non préparés pour faire face au destin qui leur est réservé. Dans la Fédération, les hommes politiques musulmans ont bêtement analysé le soutien tactique de l’Occident comme une garantie à long terme, faisant ainsi la même erreur que le président égyptien Hosni Moubarak avant eux, qui considérait sa position comme sûre, pendant qu’aux États Unis, des activistes du Mouvement de la jeunesse du 6 avril étaient entrainés pour le renverser. Dans la Republika Srpska, non seulement la coalition au pouvoir a manqué d’estimer à temps la situation et ainsi de prendre des mesures efficaces, mais l’opposition a apparemment également mal évalué les événements. Les leaders de l’opposition vont peut-être se réveiller un jour, et là ils comprendront que eux aussi ont été trompés par les mentors occidentaux dont le seul but était de les utiliser pour atteindre le président Dodik, et qu’une nouvelle équipe des protégés, discrètement entrainés par l’Occident, sera installée au pouvoir à leur place.

Stefan Karganović

 

Article original : http://www.srpskikulturniklub.com/obojena-bosna

Traduction : Svetlana Maksovic, voltairenet.org

 

[1] Les « révolutions colorées » visent à changer des régimes, pas à transformer des sociétés, en application des théories formulées par Gene Sharp pour l’Otan. Cf. « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.

[2] Vitali Klitschko est un boxeur ukrainien qui entra en politique, en 2006, sous l’étiquette de Pora !, la parti créé par les hommes de Gene Sharp comme homologue du serbe Otpor !. Puis, en 2012, Klitschko prit la tête d’une coalition, l’Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme, dont l’acronyme ukrainien est Udar(« le coup »). Il s’agit d’un jeu de mot sur la capacité du boxeur et sur la prise du pouvoir. Ndlr.

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Le Président Maduro a remarqué que ceux qui ont attaqué le siège du Ministère public de la République cherchaient à prendre par assaut le palais présidentiel de Miraflores. Le ministre des affaires étrangères a confirmé un mandat d’arrestation contre le dirigeant de l’opposition Leopoldo López.

Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a déclaré que des actes violents se poursuivent, après une journée tendue au cours de laquelle le gouvernement et l’opposition ont échangé des accusations quant aux responsabilités éventuelles des troubles qui ont fait mercredi trois morts et au moins 66 blessés et ont donné lieu à 70 arrestations. « Nous sommes entrain de recevoir les rapports sur la situation du pays, des groupes violents qui continuent encore a être actifs », a déclaré Maduro lors d’une réunion de cabinet transmise par la chaîne nationale de radio et de télévision. « Il y a des groupes obstinés, encore aujourd’hui, à cette heure, par exemple ici, dans la municipalité Chacao », a-t-il ajouté, et il a demandé au maire de ce district de Caracas, Ramón Muchacho, de mettre en action ses forces de sécurité et de compter avec le gouvernement national. De son coté , l’alliance multi-partisane antichaviste la Mesa de la Unidad Democrática (MUD) a demandé la libération des gens arrêtés pendant les événements de mercredi et le désarmement de supposés groupes armés illégaux, au moment il a exigé qu’ils révoquent les signalements contre des dirigeants d’opposition. Le ministre des affaires étrangères, Elías Jaua a confirmé l’existence d’un mandat d’arrêt contre le chef de l’opposition, Leopoldo López.

Maduro souligné que les éléments violents qui ont attaqué le siège du Ministère public de la République cherchaient à prendre d’assaut le palais présidentiel Miraflores et a souligné : « C’est le même scénario que le 11 avril », pour ce jour de 2002 où un coup d’État a fait tomber le gouvernement pour moins de 48 heures du président de l’époque Hugo Chávez.

D’autre part, le président a annoncé pour aujourd’hui une marche « pour la paix et contre le fascisme ». « Est convoquée une grande marche de toutes les forces sociales et politiques de la révolution bolivarienne, et je me joins à la convocation, samedi tout le peuple de Caracas, nous allons faire une marche contre le fascisme, contre la violence, contre le putschisme », a-t-il annoncé.

De nombreuses figures de la majorité présidentielle ont rendu responsables des incidents deux des principaux dirigeants de la MUD – qui ressemble 29 partis d’opposition – : López, le leader du parti Voluntad Popular (VP), et la députée indépendante Marie Corina Machado.

López et Machado ont adopté au cours des dernières semaines une attitude plus radicale au sein de la MUD, avec des appels réitérés pour que les citoyens descendent dans la rue afin de provoquer le départ anticipé du gouvernement. Le premier vice-président de l’Assemblée Nationale, le chaviste Darío Vivas, a fait savoir que laCommission de Politique Intérieure enquêtera sur Machado et deux autres parlementaires de la majorité ont annoncé qu’ils demanderont la levée de son immunité parlementaire.

« La liberté pour les détenus est le premier pas pour la paix au Venezuela », a déclaré le secrétaire exécutif de la MUD, Ramón Guillermo Aveledo, lors d’une conférence de presse où il a souligné que l’alliance d’opposition exige aussi le désarmement des soi-disant collectifs, des groupes chavistes accusés de porter des armes. De plus, la MUD a demandé la fin des accusations sans preuve contre les dirigeants politiques et sociaux et elle a notamment repoussé les signalements « sans fondement » contre López et les menaces contre la députée Machado de la part des fonctionnaires de l’administration centrale.

Le ministre de l’Intérieur et la Justice, le général Miguel Rodríguez Torres, a affirmé que les actions de violence n’avaient pas été spontanées, mais conspiratrices, et qu’elles cherchaient à générer une guerre civile. En fait, sont impliqués dans ces actions conspiratrices le maire de Los Haltillos municipalité de Caracas, David Smolansky ; les dirigeants estudiantins Gaby Arellano et Vilca Fernández ; l’ex-président colombien Alvaro Uribe et l’ex-fonctionnaire étasunien Otto Reich. Le diplomate à la retraite, Fernando Gerbasi et le vice-amiral à la retraite Iván Carratú sont l’objet d’un mandat d’arrêt, accusés d’avoir su auparavant que des troubles allaient se produire ce mercredi.

Jaua a affirmé que l’appareil de propagande s’est uni pour attaquer le Venezuela et il a assuré que les médias internationaux essayent de déformer les faits de violence pour accuser le gouvernement. « De nouveau le peuple vénézuélien affronte un assaut fasciste », a dit Jaua. « Pas même tout l’appareil de propagande du monde, uni comme une seule force, pour attaquer le Venezuela, mené par les principales chaînes des médias internationaux, ne pourra mettre en échec la volonté de paix du pays », a-t-il ajouté.

De la même manière, il a déclaré que le canal colombien NTN24 a quitté ce mercredi la télévision par câble [pour transmettre en hertzien] sur décision de l’État, parce qu’il essayait de transmettre la peur du coup d’Etat dans le pays. « Malgré les tentatives supposées des médias internationaux, pour changer la réalité du pays, le peuple a la capacité de pouvoir lire entre des lignes, et à l’inverse de ce que les groupes de médias soulignent sur les peuples qui sont dans une lutte victorieuse par la révolution et par le socialisme », a-t-il souligna ensuite

Bien que la situation se soit calmée de façon notable depuis mercredi, hier des centaines d’étudiants se sont rassemblés sur une place de Caracas en demandant pour qu’on libère les personnes arrêtées après les incidents du 12 février et que justice soit faite pour les auteurs de la mort de trois jeunes. « La lutte continue tandis que les étudiants existent, tandis que les camarades qui sont arrêtés en divers endroits du pays , existent », a indiqué le dirigeant estudiantin Carlos Vargas.

Article original en espagnol:  Maduro denunció la acción de “grupos violentos” Página 12. Buenos Aires, le 15 février 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, 15 de febrero de 2014.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported. Basée sur une œuvre de www.elcorreo.eu.org.

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Une guerre de 4ème génération contre le Venezuela

février 16th, 2014 by Gloria Gaitán

Gene Sharp (voir ci-dessous la Note de El Correo) est le principal théoricien de l’actuelle stratégie nord-américaine élaborée pour déstabiliser les gouvernements que les Etats-Unis ne contrôlent pas politiquement et économiquement. Il s’agit de ces pays qui possèdent d’immenses richesses naturelles comme le pétrole, par exemple, et où les gouvernements ne permettent pas qu’elles soient piller par les transnationales nord-américaines et européennes ni l’enrichissement frauduleux que celles-ci prétendent obtenir ainsi.

Les principes conspiratifs de cette tactique déstabilisatrice, apparemment « non violente », consistent à provoquer le chaos à l’intérieur du pays dans le but de parvenir à déstabiliser le gouvernement en place, puis à sa chute. Ensuite, dans un deuxième temps, on fait appel à des étudiants et plus généralement à la jeunesse pour qu’ils lancent des actions de protestations, qui génèrent de la violence afin que les medias et les agences de presse puissent diffuser des scènes de terreur, d’incendies et de pillages avec des morts et des blessés que l’on dira provoquer par les forces de l’ordre du gouvernement que l’on prétend renverser.

C’est précisément ce qui s’est produit cette semaine au Venezuela où les marches de la Journée de la Jeunesse ont été utilisées pour créer le chaos dans les rues des grandes villes.

Si ces révoltes juvéniles permettent de mettre le feu à d’autres secteur de la population, comme cela s’est produit en Géorgie, au Kirghizstan, en Ukraine, au Liban, en Iran et plus récemment en Tunisie, Egypte, Lybie et Syrie, alors l’étape suivante sera de créer un « gouvernement parallèle » en exil, suivi d’une intervention armée internationale prenant l’apparence d’une « action humanitaire » qui cherchera à renverser le gouvernement, ouvrant la voie à un autre gouvernement de marionnettes.

Le documentaire « Comment commencer une révolution », du réalisateur écossais Ruaridh Arrow, nous montre le travail conspiratif de Sharp et de l’Institut Albert Einstein pour déstabiliser les gouvernements auxquels les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont pas donné leur aval.

Ce projet conspiratif inclut, comme force fondamentale du complot, les medias et les agences d’information. C’est pour cela qu’il est indispensable de filtrer l’information que l’on reçoit et, en plus, de chercher sur Internet des medias alternatifs qui dénoncent ces plans macabres.

Et il ne faut pas que nous, les Colombiens, restons inertes croyant que cela arrive uniquement au Venezuela et ne peut pas nous arriver. Les services secrets alternatifs ont pu vérifier que plusieurs personnes connues pour être proches de Alvaro Uribe Velez ont élu stratégiquement domicile dans différents pays latino-américains, ayant simultanément été entraînés dans les écoles qui préparent les agents nécessaires pour ces nouvelles voies d’imposition impérialiste.

Souvenons-nous de Berthold Brecht et n’oublions pas qu’ils viennent à présent pour nos frères vénézuéliens, mais qu’ils peuvent venir plus tard pour nous, si le processus de paix ne s’accommode pas avec leur objectif principal d’avoir les « mains libres » pour piller les mines qui se trouvent dans le territoire dominé par la guérilla et que, suite à la démobilisation de nos guérillas, les Nord-Américains et les Européens espèrent pouvoir exploiter dans le cadre des bien connus contrats léonins qui ne bénéficient en rien à notre pays et à sa population.

Gloria Gaitán Jaramillo pour ElCorreo

*Gloria Amparo de las Mercedes Gaitán Jaramillo, plus connue sous le nom de Gloria Gaitán est une femme politique colombienne, fille de Jorge Eliécer Gaitán, leader très populaire en Colombie et en Amérique Latine. Depuis sa jeunesse, elle asume la charge d’étudier et de maintenir l’héritage de son père. Elle est également éditorialiste et auteur de plusieurs livres. Elle a dirigé le « Centre Jorge Eliécer Gaitán » et l’ « Institut Colombien de la Participation « Jorge Eliécer Gaitán » – Colparticipar ».
NOTE DE EL CORREO :Gene Sharp et l’Institut Albert Einstein (quelle perversité de lui avoir donné ce nom) sont un important think-tank de contre-révolution. L’exemple ci-dessus mérite d’être cité. Nous l’avons vu et nous continuerons de le voir en Ukraine. Il est intéressant de relever comment les assaillants à Caracas se sont mobilisés, ont usé des cocktails Molotov et même des boucliers de protection, comme à Kiev.

Les medias jouent effectivement un rôle important dans la propagation de ces pratiques violentes, et il est répugnant de voir comment les bureaux d’agences de presse, entre autres ceux de l’AFP, ont affirmé le premier jour que les deux morts étaient des opposants.

La campagne a commencé, mais pour le moment une partie de la droite vénézuélienne ne semble pas très intéressée par le script proposé, car elle craint la réponse (ce qui fait défaut en Ukraine) et les conséquences directes ou indirectes que pourrait déclencher une radicalisation du processus, avec tout ce que cela implique. Il appartient au gouvernement vénézuélien de répondre à l’agression avec la fermeté républicaine qu’il se doit et aussi d’apporter des solutions aux imperfections du système.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Marie-Rose Ardiaca

El Correo. Paris, le 13 février 2014.

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En quête d’identité, en quête d’Indonésie : Pulang

février 14th, 2014 by Leila S. Chudori

Deuxième volet sur l’Indonésie. Leila S.Chudori, à travers son roman Pulang, raconte l’histoire des oubliés de l’histoire indonésienne incarnés par des exilés politiques, victimes du coup d’état de 1965. Le début du règne de l’Ordre Nouveau et des massacres organisés des membres et sympathisants du PKI (qui faut-il le rappeler, était le troisième parti communiste du monde après celui de l’Union Soviétique et de la Chine). Après des décennies de chape plomb, des gens se mobilisent et travaillent pour faire resurgir la vérité afin de réhabiliter la mémoire de leurs proches et de personnages tel que Pram l’écrivain maudit, mort dans l’indifférence. Un travail de fourmis qui va demander du temps car le lavage de cerveau a  été efficace comme on peut le constater dans l’édifiant documentaire “Act of Killing” . Espérons que l’Indonésie suive la voie du Chili. NDT.


Pour l’Indonésie, 1965 est une année plongée dans les ténèbres. Pour utiliser les termes de Goenawan Mohamad, c’est un ‘titimangsa; ‘un trou noir’ qui coïncide avec l’arrivée au pouvoir de l’Ordre Nouveau de Suharto, le début d’une période signifiant la fin du chaos politique permanent. Selon la version officielle historique de l’Ordre Nouveau, 1965 est l’éradication réussie d’une idéologie indésirable.

Faisant partie de la génération née dans les années soixante, j’en avais entendu parler à la base comme des événements du 30 septembre 1965, ce que le gouvernement de l’Ordre Nouveau nommait le G30S/PKI. Notre génération connaissait juste l’histoire officielle qui avait été promulguée dans les livres d’histoire, les programmes scolaires, à travers les statues, dans les musées, à travers le cinéma et dans les livres ‘blancs’ gouvernementaux (déclarations officielles) distribués aux médias pour diffusion.

Personne n’osa contester ou s’interroger sur cette version unilatérale de l’histoire -c’est comme si chacun avait peur pour sa sécurité personnelle. Tout ce qui était considéré comme étant gauchiste, sympathisant de gauche, sympathisant communiste ou ‘rouge’ pouvaient juste être évoqués à voix basse. On sentait que si quelqu’un parlait de ces choses à voix haute, le pays pouvait soudainement être englouti par la terre.

Une lueur d’espoir dans le trou noir

L’interdiction officielle des travaux de quelques personnalités littéraires réputées – cette fois, le gouvernement l’avait qualifié ‘diffusion du Marxisme’ – ont fait que les gens de ma génération voulaient en savoir davantage. J’avais 19 ans et j’étais à la maison pour les vacances d’été après avoir passé un an au Canada pour étudier quand j’entendis parler de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer*. Je partis effectuer un achat clandestin à Pasar Senen*. C’était comme une scène de thriller. Nous avions dû passer commande avec quelqu’un, se rencontrer à un moment précis pour faire l’échange de cash contre le livre emballé dans du papier journal que j’ai ensuite emmené au Canada et lu sur le campus.

L’idée d’écrire ‘Pulang’ n’est pas venue de là. Elle a germé petit à petit, comme des bribes de réponses à mes interrogations au sujet de ce trou noir. Les grands noms, les événements importants et les années mémorables demeurent toujours un pan de l’histoire indonésienne. Cependant, parmi ces personnages importants, entre les événements qui doivent être enseignés aux élèves dans les cours d’histoire ou par des historiens et parmi les dates considérées comme étant historiques, il y avait des milliers si ce n’était pas des millions de noms qui n’apparaissaient nulle part.

Restaurant Indonésia*

La première fois que j’étais tombé sur le restaurant Indonésia, rue de Vaugirard au centre de Paris, c’était lorsque j’effectuai un voyage en Europe avec des amis américains et européens pour fêter la fin de mes études au Canada. J’avais obtenu une bourse d’étude, mon budget était serré. Je n’avais aucune certitude de voyager de nouveau à l’étranger et cette étape pouvait être ma seule et unique opportunité de voir l’Europe avant de rentrer chez moi et d’entrer dans le ‘vrai monde’ prête à endosser des responsabilités. Je n’aurais jamais imaginé que ce restaurant indonésien à Paris constituerait ma première rencontre avec le trou noir, une rencontre avec l’histoire de mon pays.

Même si je n’avais fait que l’effleurer, c’était la première fois que j’avais un contact direct avec des exilés politiques indonésiens en Europe, bien que je connaissais un peu le sort des prisonniers politiques ayant continué à vivre sous la pression du gouvernement de l’Ordre Nouveau. A travers mon défunt père, qui travaillait comme reporter à l’agence de presse Antara, j’avais eu la chance de rencontrer plusieurs de ces prisonniers revenus de l’île de Buru*. Quand j’ai rejoint Tempo Magazine en 1989, ce trou noir était même plus profond. Je connaissais Pak Amarzan Loebis, un artiste qui avait été détenu à Buru pendant onze ans et qui, ensuite, avait dû utiliser un pseudonyme. J’ai aussi connu des enfants de prisonniers politiques qui travaillaient dans de grands médias en Indonésie, Tempo y compris, et qui avaient dû changer leur nom ou éviter volontairement d’utiliser leur nom de famille.

C’est alors que j’ai pris conscience de ce concept incroyablement absurde appelé ‘Bersih Diri’, ‘Se Nettoyer’ et ‘Bersih Lingkungan’, ‘Environnement propre’ qui était délivré par le Ministère de l’Intérieur. Cette politique interdisait aux gens qui n’étaient pas ‘propres’ (prisonniers politiques, membres du PKI, le parti communiste indonésien ou d’autres organisations similaires) ou dont ‘l’environnement n’était pas propre’ (les familles des prisonniers politiques) de devenir membres de l’armée (TNI) ou de la police, enseignants, prêtres ou d’intégrer une profession pouvant influencer le public. A cause de cette réglementation, la discrimination n’était pas seulement dirigée contre des anciens prisonniers politiques liés à la tragédie de 1965 mais aussi en direction de leurs petits enfants. Afin d’assurer que ce système perdure, les anciens prisonniers politiques avaient le code ET (ex prisonniers politiques) sur leur carte d’identité. Une personne postulant pour un emploi, pouvait être soumise à une enquête spéciale pour vérifier si son ‘environnement était propre’.

Mes années comme reporter au Tempo durant la période de l’Ordre Nouveau étaient étranges et absurdes. C’était à la fois stressant et intéressant pour une personne comme moi qui était encore jeune. Je dis étrange parce que nous étions entraînés à devenir des journalistes intègres, mais dans le même temps nous savions – à l’époque- que nous ne pouvions écrire librement et sérieusement sur, disons le, les affaires de la famille Soharto; ni débattre, critiquer ou s’opposer aux politiques gouvernementales de copinage. C’était particulièrement vrai pour les sujets sensibles liés aux événements du 30 septembre 1965. Une fois, Tempo osa contourner le danger en pointant le comportement de la famille du président. Ensuite, nous avions du ‘faire profil bas’ pendant quelques semaines avant d’oser entreprendre quelque chose de semblable.

Je commençais à réaliser qu’au fil du temps, il y avait des Indonésiens devenus invisibles. C’étaient des citoyens indonésiens mais leurs droits étaient bafoués par le gouvernement et ensuite par le public, qui, à cause du lavage de cerveau pratiqué depuis des décennies, assimilait toute chose liée au communisme à la négation de Dieu. Quant à moi, qui avais grandi et étais devenue adulte sous le règne de l’Ordre Nouveau, j’étais consciente de l’absurdité politique et historique. Je constatais que l’Indonésie avait le même président et beaucoup de vice-présidents différents durant cette période. J’étais témoin de l’impotence du système juridique, législatif et judiciaire. Tout émanait d’une seule personne. Je me souviens aussi comment mon père, en tant que reporter, ainsi que mes aînés, y compris le rédacteur en chef, Goenawan Mohamad, étaient inquiétés en de nombreuses occasions par les avertissements et insinuations faites par le Ministère de l’Information -avertissements émis sur la base que des médias continuaient d’employer des proches de prisonniers politiques.

Tempo fut finalement interdit par le gouvernement en juin 1994 à la suite d’une couverture sur l’achat de navires de guerre d’occasion venant d’Allemagne de l’Est. Cette histoire mettait en cause le Ministre de la Recherche et de la Technologie, BJ Habibie mais le président Suharto l’avait pris pour lui. Nous sommes encore amers, moi et quelques amis, de cet incident. Nous sentions qu’on tarissait la source même de notre motivation. C’était donc sans surprise si nous étions parmi les dizaines de millions d’Indonésiens reprenant espoir quand les étudiants occupèrent le bâtiment de la Chambre des Députés (DPR) mi-mai 1998, demandant au président Suharto de se retirer. Mais pour moi, le trou noir appelé ‘histoire de l’Indonésie’ laissa apparaître une lueur d’espoir quand il démissionna le 21 mai 1998.

Ecrire Pulang

Le roman Pulang démarre début 1965 -avec plusieurs flashbacks dans les années 50- et finit en 1998. J’avais décidé de raconter l’histoire de deux générations, la génération du père (représentée par Dimas Suryo) à travers les événements de septembre 1965 et la génération de sa fille, Lintang Utara, qui retourne en Indonésie à la recherche de son identité.

J’étais intéressée d’écrire l’histoire d’exilés politiques ne pouvant pas rentrer chez eux. Je voulais m’enfoncer dans leur psyché, fouiller dans les esprits de ceux qui vivaient loin de leur pays natal mais ressentaient encore une part d’Indonésie en eux, peu importe quel type de passeport ils avaient et peu importe comment le gouvernement les traitait.

Je fis la connaissance d’Oemar Said, Sobron Aidit et de leurs amis à Paris ainsi que d’un groupe d’Indonésiens exilés politiques qui avaient décidé d’utiliser Restaurant Indonesia comme une part de leur résistance. Je me suis inspiré d’eux, en particulier Oemar Said, sur lequel je m’appuyai pour créer mes personnages, un groupe d’exilés politiques comprenant Dimas Suryo, Nugroho Dewantoro, Tjai Sin Soe et Mohammad Risjaf. Dans Pulang, l’histoire raconte que c’est pendant qu’ils étaient sur la route en tant que reporters, à Santiago au Chili que l’événement sanglant du 30 septembre 1965 se produisit en Indonésie. Leur passeport fut révoqué. Après quoi, ils durent aller de pays en pays jusqu’à ce qu’ils s’installent finalement à Paris et ouvrent leur restaurant.

Bien sûr, les véritables vies des fondateurs de Restaurant Indonesia sont de loin plus complexes et difficiles. Leur périple d’un pays à un autre fut une expérience poignante. Il est important de rappeler que Pulang est une fiction, non un livre d’histoire, ni une étude ou une biographie. Même si, durant six ans, j’ai fait des recherches et écrit -entre mon travail de journaliste à Tempo et de mère – je me suis rendue deux fois à Paris, correspondu par emails et j’ai aussi rencontré Pak Sobron* à Jakarta. Les exilés et les prisonniers acceptèrent et soutenaient ma volonté d’écrire ce roman.

Ce que j’ai pris de leur histoire sont les sentiments et la psyché d’un exil politique. A travers le personnage de Dimas Suryo, j’espérais retranscrire comment l’Indonésie restait ancrée dans les cœurs et les âmes de ces exilés durant leur exode à Paris et comment ils manifestaient un profond attachement pour leur pays natal avec tellement de sincérité, de la même manière que le personnage de Ekalaya du Mahabharata qui aimait et respectait sans détour, son professeur, Arjuna. A tel point qu’il sacrifia sa propre passion pour le tir à l’arc et son ambition pour que son professeur puisse rester le plus grand archer.

En dépit de l’amour de Dimas pour l’Indonésie, sa citoyenneté était niée par le gouvernement indonésien. Son passeport était révoqué et après qu’il eut obtenu l’asile auprès de la France, le visa exigé pour entrer en Indonésie lui était systématiquement refusé. Le dilemme existentiel enduré par Dimas fut l’un des thèmes qui a capté mon attention. Je me souvins lorsque le président Abdurrahman Wahid* visita l’Europe et demanda si quelque chose pouvait être fait pour ceux qui étaient en exil. Ceux ci répondirent qu’ils voulaient juste le passeport vert indonésien (ordinaire).

Pour moi qui lisait ceci en première page du quotidien Kompas, c’était une question intéressante et émouvante. Malgré qu’ils aient déjà reçu l’asile et obtenu des passeports européens, ils ressentaient encore en eux ce désir d’appartenance à leur pays natal. C’est pourquoi dans le roman, j’ai insisté sur la volonté du personnage de Dimas à se définir comme un Indonésien qui voulait retourner en Indonésie pour y vivre et mourir mais qui n’arrivait pas à rejoindre son foyer natal. Chaque année, Dimas fait une demande de visa pour entrer en Indonésie mais il échoue dans toutes ses tentatives. J’ai choisi d’en faire un drame familial. A côté des prisonniers politiques et des exilés, La plupart de ceux qui souffraient étaient leur famille. J’ai décidé de faire de Pulang, l’histoire de Dimas et de sa famille, avec tous les petits détails de la vie quotidienne auxquels sont confrontés les familles d’exilés politiques y compris celles des amis de Dimas et de leur famille vivant à Jakarta. Je n’étais pas intéressé par la description des événements importants, tels les conflits politiques dans l’élite des cercles militaires.

Je n’ai pas prêté volontairement beaucoup d’attention aux autorités. La raison pour cela est assez simple, bien que ça puisse devenir facilement un sujet de discorde. Je sentais qu’en 32 ans, le pouvoir a donné sa version de l’histoire depuis si longtemps qu’elle s’est érigée en dogme. Le gouvernement de l’Ordre Nouveau avait communiqué si efficacement pour imposer sa vision de l’histoire. Maintenant, c’était à mon tour d’essayer, d’écouter et de comprendre ceux qui vivaient comme des ombres. Ils existaient mais pas en tant qu’entités. C’étaient des formes physiques mais ils n’étaient pas traités en tant qu’êtres humains. Pour moi, en tant que conteur, je voulais réécrire leur histoire, mais comme une œuvre de fiction.

C’est pourquoi j’ai voulu sonder les âmes et les esprits de personnes comme Dimas Suryo à Santiago, à la Havane, à Beijing, ainsi qu’à Paris. Je m’intéresse aux amitiés et trahisons qui existent dans chaque relation: romance et séparations; bonheur et tristesse, tout ce qui constitue le quotidien de chaque famille, bien que cette vie particulière est loin de la vie d’une famille indonésienne normale.

A partir de 2005, chaque année, Tempo magazine a sorti une édition spéciale marquant le 30 septembre. Dans la première édition, sur les conseils de Goenawan Mohamad, nous avons inclus de long passages sur les ex prisonniers politiques et leur famille. L’équipe de journalistes, moi y compris, ont découvert les difficultés endurées par ces familles sous le règne de Suharto. De nouveau, ce que j’ai décrit dans le roman n’est rien en comparaison de ce qu’ils ont subi dans la réalité. Dès le début, j’avais décidé que Pulang ne devait pas être une sorte de pamphlet idéologique. Je n’avais pas la prétention de me joindre au débat politique. Pour moi, ce n’est pas le travail d’un romancier. Un romancier est un conteur, non un historien ou ni un politicien qui démonte la propagande. L’histoire se concentre sur les personnages. Je suis juste le medium.

Je sentais que je me devais d’apprendre sur ce trou noir qui a été dissimulé par l’Ordre Nouveau pendant 32 ans, sur toute la souffrance de ceux dont ‘les voix ne peuvent pas être entendues’ et ‘dont les corps ne peuvent pas être vus’, qui ne sont pas dans les dossiers de l’histoire. Comme l’avait bien dit en janvier dernier à Salihara, Bagus Takwin, un professeur de la faculté de psychologie à l’Université Indonesia, ce roman concerne ‘ceux qui sont les oubliés de la nation Indonésie’.

Lintang et la nouvelle génération

Ces voix ‘que l’on entend jamais’ devinrent l’objet des derniers travaux d’apprentissage du personnage de Lintang Utara quand elle décida d’aller en Indonésie. Lintang Utara, Segara Alam et Bimo Nugroho représentent la seconde génération dans ce roman; une génération qui -comme Goenawan Mohamad l’a dit dans un texte sur Catatan Pinggir- ‘veut changer l’Indonésie’ avec force et conscience. Les jeunes ‘qui se sont emparés de l’histoire veulent une république différente, une république avec des libertés que leur père et leur mère n’ont jamais pu goûter.’

Rien n’est aussi agréable pour un écrivain lorsque l’intensité des personnages qu’il a façonnée, est comprise par les lecteurs. Pour moi, Lintang représente beaucoup de jeunes de sa génération, moi y compris, qui cherchent à savoir ce qu’est l’Indonésie.

Je me réfère toujours au poème de Jalaluddin Rumi, extrait des ‘histoires fantastiques de la Perse’: «connaissez vous un nom sans en connaître la nature? Ou pouvez cueillir une rose d’un ‘rosier’? («have you ever known a name without a nature? Or can you pick a rose from a ‘rose’?). Ce verset me force à voir et à comprendre plus profondément tout ce qui m’entoure. Lintang connaît l’Indonésie, une part d’Indonésie à travers les récits de son père qui est devenu un personnage de son histoire. Ironiquement, il fait partie d’une histoire indonésienne qui n’a pas été écrite.

Pour cela, Lintang a besoin d’aller sur place en quête de ce chaînon manquant constituant une partie de son sang. Depuis son enfance, Lintang est habituée à cette vie mouvementée. Elle a appris pourquoi son père était à Paris: pas pour des études, ni en visite et ni pour travailler. Elle constatait que le restaurant où son père et ses amis gagnaient leur vie, faisait l’objet de menaces. Cependant, ce sont les seules éclaboussures et fragments qu’elle connaît. Sans commune mesure avec ce que vivent les familles de prisonniers en Indonésie. Par cette prise de conscience, Lintang fait face à son professeur et lui dit: «je pense que je ne vais pas me présenter en victime».

En Indonésie, Lintang rencontre les enfants des amis de son père, Segara Alam, le fils de Hananto et Bimo Nugroho, le fils de Nugroho Dewantoro. En les côtoyant, Lintang se rend compte qu’elle partage les mêmes idées de ces activistes qui militent dans des mouvements voulant changer l’Indonésie.

Lintang réalise aussi qu’elle doit affronter une situation où elle doit se définir vis à vis de la constitution de l’Ordre Nouveau, quelque chose qu’elle a rarement expérimenté à Paris. Elle voit le musée Lubang Buaya, un symbole et les fondations du pouvoir de l’Ordre Nouveau. Elle rencontre le beau-père de Bimo, un général qui est marié à l’ex femme de Nugroho Dewantoro.

Dans une scène de dîner que j’ai longuement préparé, Lintang doit choisir si elle se dévoile et révèle l’histoire de sa famille devant la famille Priasmoro qui insulte ‘ce restaurant de coco’. Le moment du dîner, pour une raison ou une autre, attire toujours mon attention parce que c’est le lieu -dans les familles occidentales et indonésiennes- de règlements de comptes. Le dîner familial, dans chaque culture, sert de prétexte pour afficher puissance ou faiblesse, couardise ou hypocrisie. J’aime ces moments là parce que la vérité finit souvent par éclater quand quelqu’un se sentant sous pression, a une réaction épidermique.

Le dîner chez les Priamsoro tourne à la catastrophe. Pourtant il révèle une vérité et devient source de fierté. Il donne à Lintang une définition de l’Indonésie et des Indonésiens. A Jakarta aussi, Lintang voit l’Indonésie telle qu’elle est. Elle voit les protestations journalières et la terreur que ses nouveaux amis affrontent, avant finalement d’assister aux émeutes de mai qui se terminent avec la démission du président Suharto. Cette période fut considérée plus tard comme la chute (en partie) du pouvoir de l’Ordre Nouveau.

Je ne vais pas me justifier sur ma volonté de rester optimiste après 1998, alors que le pays est toujours synonyme de gâchis. Cependant, l’épilogue du roman illustre mon optimisme. Lorsque Lintang entend le bruit des étudiants occupant le bâtiment du DPR, elle fait cette remarque, ‘le bruit de ces étudiants semble si beau, beaucoup plus puissant qu’une composition de Ravel’.

C’est toujours ce que je ressens; un espoir pour l’avenir de mon pays. Ce n’est pas du nationalisme, ni de l’amour aveugle mais le désir d’apporter ma pierre à l’édifice. L’utilisation du mot ‘pulang’ (foyer) dans ce roman ne représente non seulement Dimas Suryo ou Lintang Utara, ainsi que tous ceux qui ne font pas partie des archives de l’histoire, il représente aussi chacun d’entre nous qui veut faire un pas, même le plus petit des pas, pour l’Indonésie.

Leila S. Chudori

Article original en anglais : Inside Indonesia

http://www.insideindonesia.org/weekly-articles/seeking-identity-seeking-indonesia

Traduit par Eric Colonna

 

Leila S. Chudori ([email protected]) est une romancière et journaliste au Tempo magasine.

 

Notes du traducteur

*Pulang: nom indonésien qui signifie chez soi, le foyer

* Pramoedya Ananta Toer: plus connu comme Pram, le plus grand écrivain indonésien. Emprisonné sous le pouvoir de l’Ordre Nouveau pour ses sympathies au PKI. Ses livres furent interdits, parfois brûlés et il n’a jamais été réhabilité. Il est mort en 2006 dans l’indifférence.

*Pasar Senen: un quartier au centre de Jakarta (Jakarta pusat) où se trouve une importante gare ferroviaire pour les trains ‘bisnis’ et ‘ekonomy’.

*Restaurant Indonesia: http://indonesiaparis.fr/

*l’île de Buru: se trouve dans l’archipel des Moluques (Célèbes). Beaucoup de prisonniers furent envoyés là-bas dont Pram qui en parle dans ses mémoires.

*Pak Sobron : l’auteure parle de Sobron aidit. Pak dans la langue indonésienne est le diminutif de ‘Bapak’ qui est employé comme forme de politesse quand on s’adresse à un homme plus âgé. ‘Ibu’ est employé pour les femmes.

*Abdurrahman Wahid: ou Gus Dur le 4ème président indonésien qui demeure, à ce jour, le président le plus populaire malgré son court mandat (1999-2000). Il fut débarqué par les élites et l’armée car jugé «trop progressiste».

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Sous une pression intense du gouvernement Obama et des gouvernements nationaux en Europe, une commission du Parlement européen a supprimé une mesure qui demandait l’asile et la protection pour le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden s’il pouvait quitter son abri temporaire en Russie pour une destination au sein de l’Union européenne.

Non seulement la commission a rejeté un amendement mercredi qui aurait appelé les membres de l’UE à offrir leur protection à Snowden contre la persécution qu’il subit de la part des autorités américaines, elle a aussi supprimé toute mention de son nom d’un rapport de 60 pages qui s’appuie entièrement sur les documents secrets qu’il a rendu public. Ces documents ont exposé une opération d’espionnage massive contre des centaines de millions de gens en Europe, aux États-Unis et partout ailleurs. Ce rapport devrait être soumis au Parlement réuni au complet le mois prochain.

Un amendement proposant de demander aux autorités américaines d’abandonner les tentatives de poursuivre Snowden en vertu de la Loi sur l’espionnage de 1917 a également été rejeté.

Ce vote a eu lieu mercredi après-midi à la commission du Parlement européen sur les libertés fondamentales, qui a approuvé un rapport préliminaire sur la surveillance de masse préparé par Claude Moraes, le chef en second du groupe des députés travaillistes britanniques au Parlement européen. Ce rapport est passé avec 33 votes pour, 7 contre et 17 abstentions.

L’amendement proposé en défense de Snowden demandait aux Etats membres de l’UE « d’abandonner les accusations pénales, s’il y en a, contre Edward Snowden et de lui offrir une protection contre les poursuites, les extraditions ou les détournements par des tiers, en reconnaissance de son statut de lanceur d’alerte et de défenseur international des droits de l’Homme. »

Une autre résolution, également refusée, appelait Washington à « accorder l’amnistie à Edward Snowden pour engager un processus qui reconçoive la trajectoire des agences de renseignements. »

Les Verts européens, qui avaient rédigé la proposition d’amendement demandant la protection de Snowden, ont condamnés la validation de ce rapport expurgé, pointant que sans les actions de Snowden, il n’y aurait aucune des révélations sur la surveillance de masse illégale, qui sont la base du document.

« Les députés européens de centre-droit et socialistes ont voté pour abandonner Edward Snowden en rejetant un amendement qui demandait qu’on lui accorde une protection dans l’UE, » a dit le porte-parole des verts Jan Philipp Albrecht après le vote. « Les courageuses révélations d’Edward Snowden ont fourni la base de cette enquête, et ne pas reconnaître cette contribution vitale en appelant à sa protection est une preuve de lâcheté, née d’un désir de ne pas offenser les États-Unis. »

La réaction du groupe de la Gauche unie européenne au Parlement européen, qui comprend des organisations comme Die Linke (parti La gauche) en Allemagne, le Front de gauche français, et SYRIZA en Grèce, ainsi que divers partis staliniens, a été bien plus discrète.

« Nous accueillons favorablement l’adoption de ce rapport parce que pour la première fois le Parlement admet effectivement que cet espionnage et cette surveillance ont réellement eu lieu, au lieu de simplement les supposer, » a indiqué la présidente du groupe, Gabi Zimmer de Die Linke.

« Cependant, il est à regretter, » a-t-elle poursuivi, « il n’y a eu aucune discussion sur les abus des lois anti-terroristes qui sont fondées sur de fausses estimations, rien sur la proposition d’un asile à Snowden, aucune demande de mettre fin au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), et aucune véritable révision de l’architecture générale de la sécurité aujourd’hui, avec le flou sur la distinction entre sécurité interne et externe, entre la police et les services de renseignements. »

La mention de Snowden comme une simple réflexion après-coup dans la foulée de diverses autres regrets sur une résolution qu’ils applaudissent dans l’ensemble reflète le cynisme politique de ces gens, qui n’ont mené aucune véritable campagne pour défendre le lanceur d’alerte de la NSA. Ces groupes, qui représentent des couches privilégiées au sein des classes moyennes européennes, s’adaptent aux partis sociaux-démocrates droitiers comme le SPD en Allemagne, le Parti socialiste en France, et le Parti travailliste britannique, qui ont fourni les votes nécessaires pour que les partis conservateurs de l’Union européenne bloquent toute référence à Snowden.

Après avoir battu l’amendement sur Snowden, la commission a adopté une alternative inoffensive proposée par le groupe des « socialistes et démocrates » où figurent le SPD et le Parti travailliste, qui demande simplement à l’UE d’« examiner de manière exhaustive la possibilité d’accorder une protection internationale aux lanceurs d’alerte contre les persécutions. »

Le rapport demande la suspension de l’accord SWIFT entre l’UE et Washington, qui permet le transfert aux américains des informations de transferts bancaires internationaux pour des buts prétendument antiterroristes. Les documents fournis par Snowden ont rendu clair le fait que la NSA mène un espionnage de grande ampleur sur les transactions bancaires et les services de cartes de crédit en Europe. Ce document défend également la suspension du pacte de « havre sûr » qui permet aux compagnies américaines de s’auto-certifier sur leur respect des règles européennes de protection de la vie privée.

Moraes, l’auteur du rapport, a clairement dit que l’objectif des factions les plus fortes au Parlement européen était de faire quelques gestes sans engagement en faveur des droits démocratiques afin de surmonter les révélations dévastatrices de l’espionnage illégal qui est mené en Europe et internationalement.

« Ce avec quoi nous nous retrouvons c’est une condamnation du rassemblement systématique, généralisé, des données personnelles, » a dit Moraes. « Nous voulons tracer une limite entre les données qui sont utiles pour la sécurité et les données qui ne sont d’aucune utilité pour cet objectif. »

Le vote sur ce rapport intervient dans le contexte des accords passés pour permettre à Snowden de témoigner devant la commission des droits démocratiques du Parlement européen au début du mois prochain. Snowden, qui vit en asile en Russie, a accepté de répondre à des questions avec un enregistrement vidéo, mais a refusé pour des raisons de sécurité d’être présent sur place ou d’utiliser un conférence vidéo interactive. Un certain nombre d’agents de l’armée et des services de renseignements américains ont été cités le mois dernier préconisant d’assassiner Snowden.

Le gouvernement américain s’est fortement opposé à l’apparition de l’ex-agent de la NSA devant la commission, une position exprimée très clairement par une délégation du Congrès américain qui s’était rendue en visite au Parlement européen en décembre dernier et avait brandi la menace de représailles si Snowden était autorisé à parler. Le membre du Congrès Mike Rogers, le président républicain de la Commission sur les services de renseignements de la Chambre des députés, avait déclaré à Bruxelles qu’il n’était « pas digne » du Parlement européen de parler à un « félon », et avait dit, menaçant, qu’un développement de ce genre risquerait de signifier la fin des négociations sur l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Europe.

Si la pression américaine était considérable, le rejet de l’amendement qui demandait de protéger Snowden n’est pas seulement une question de forces extérieures, mais le résultat de décisions prises au sein des principaux gouvernements et partis politiques européens. Comme leurs homologues à Washington, ces gouvernements et ces partis défendent les intérêts d’une étroite oligarchie financière et patronale. Ils n’ont aucune raison de défendre les droits démocratiques et sont complices des opérations d’espionnage totalitaires de la NSA.

Ce point a été exprimé en toute candeur l’année dernière par le sénateur américain Chris Murphy (démocrate du Connecticut), qui préside la sous-commission du Sénat aux affaires étrangères en charge des affaires européennes. Ses remarques prononcées à Bruxelles visaient à empêcher à l’avance toute aide à Snowden et tout rapport du Parlement européen critiquant les opérations d’espionnage américaines. Murphy a insisté sur l’idée que toute divergence avec un Etat européen devait être aplanie de manière bilatérale, sans passer par l’UE. Après tout, a-t-il insisté, l’interception générale des communications par téléphone, courriel et internet était menée « en grande partie en coordination avec les services de renseignements de vos propres pays. »

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 13 février 2014

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Hier a marqué la fin d’une visite d’Etat de trois jours du président français François Hollande à Washington, DC. Cette visite était censée représenter l’enterrement définitif des conflits diplomatiques qui avaient éclaté il y a plus d’une décennie entre les Etats-Unis et la France lorsque le président droitier, Jacques Chirac, s’était opposé en 2003 à l’invasion de l’Irak par le gouvernement Bush.

Dans une tribune commune publiée lundi, en début de visite, par leWashington Post et Le Monde, Obama et Hollande ont clairement mis en évidence une nouvelle alliance franco-américaine.

Ils écrivent: « Il y a dix ans à peine, peu nombreux étaient ceux qui pensaient que nos deux pays allaient travailler ensemble aussi étroitement dans tant de domaines. Mais notre alliance s’est transformée au cours des dernières années. Depuis le retour de la France dans la structure de commandement de l’OTAN, il y a quatre ans, nous avons développé notre coopération à tous les niveaux dans le cadre de notre engagement à renforcer constamment le partenariat entre l’OTAN et l’Union européenne. Nous sommes deux nations souveraines et indépendantes qui prenons nos décisions en nous fondant sur nos intérêts nationaux respectifs. Mais c’est précisément parce que nos intérêts et nos valeurs sont si proches que nous avons été en mesure de faire franchir un nouveau cap à notre alliance. »

Par cette déclaration, le Parti socialiste (PS) de Hollande adhère en tant que partenaire minoritaire au programme américain de domination mondiale, lancé sous Bush et qui s ‘est poursuivi sous Obama après qu’il eut succédé à Bush en janvier 2009. Au mépris à la fois de l’opinion publique et des traditions de sa propre diplomatie impérialiste d’après la Deuxième Guerre monde, Paris est en train de renoncer à toute prétention de vouloir poursuivre une politique étrangère indépendante de Washington.

La Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis de 2002 qui visait à justifier l’agression américaine contre l’Irak, prônait une politique « fondée sur une approche très américaine de l’action internationale, synthèse de nos valeurs et des intérêts de notre pays. »

Actuellement, Obama et Hollande citent des « intérêts et des valeurs » partagés pour s’engager non pas dans la conquête d’un pays mais dans un nouveau partage néocolonial de la planète entière par l’impérialisme. Washington est en train d’aider Paris dans ses guerres au Mali et en République centrafricaine tandis que Paris promet de renforcer le soutien au « pivot vers l’Asie » d’Obama et qui vise la Chine. Tous deux appuient la campagne menée par l’Allemagne pour isoler et découper la Russie, à commencer par les actuelles protestations de rue de l’extrême-droite réclamant un changement de régime en Ukraine.

En septembre dernier, la France était apparue comme l’unique puissance européenne à mener une guerre contrôlée par les Etats-Unis contre la Syrie et qui aurait pu dégénérer en une guerre avec les partisans de la Syrie, l’Iran et la Russie. Hollande avait fait pression pour la guerre après que le parlement britannique avait voté contre et en dépit d’une massive opposition populaire en France. Ceci avait valu à Hollande d’être comparé à l’ancien premier ministre britannique, Tony Blair, qui avait été ridiculisé et traité de « caniche » de Bush pour son soutien servile à la guerre en Irak.

Lors de leur conférence de presse conjointe, mardi à Washington, Obama a félicité Hollande en disant : « Du Mali et de la République centrafricaine en passant par la Syrie et l’Iran, vous avez fait preuve de courage et de détermination et je veux vous remercier pour votre leadership et votre partenariat avec les Etats-Unis. » Il a aussi annoncé une aide accrue à l’opposition islamiste liée à al Qaïda en Syrie.

Obama a aussi fait l’éloge de Hollande, qui vient tout juste d’annoncer un allègement fiscal de 30 milliards d’euros pour les patrons, impliquant des coupes dans les dépenses sociales, pour le lancement de nouveaux pourparlers en vue d’un nouvel accord de libre-échange. Il a dit qu’ils avaient convenu de poursuivre un partenariat transatlantique TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), en ajoutant vouloir remercier le président Hollande pour son engagement sur ces négociations.

Hollande s’est solidarisé avec le programme de guerre et d’austérité défini par Obama, dont il a salué l’élection comme la preuve que l’Amérique progressait une fois de plus. Il a ajouté que l’Amérique était capable de rendre quelque chose possible, de faire progresser les choses.

La déclaration par Hollande que ce programme conjoint d’austérité et de guerre représente un « progrès » est un mensonge absurde. Paris a réagi à la crise de sa propre position dans le monde – sa perte de compétitivité au profit de l’Allemagne, la diminution de son influence économique dans ses anciennes colonies et l’effondrement de son économie minée par de dures coupes sociale – par un retour en arrière, en empruntant la voie d’une politique mondiale du pillage. La crise de l’ordre impérialiste mondial a irrévocablement ébranlé l’équilibre de classe qui existait en France durant la période qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale.

Le commentaire conjoint de Hollande et d’Obama souligne l’importance considérable de la décision prise en 2009 par le prédécesseur de Hollande, le président droitier, Nicolas Sarkozy, de réintégrer la France dans l’OTAN après 43 ans d’absence du commandement militaire de l’OTAN. Cette décision d’intégration de la politique étrangère française et américaine, entretenue par Hollande et silencieusement soutenue par ses alliés, le Parti communiste français (PCF) et le Nouveau parti anticapitaliste de pseudo-gauche (NPA), a des conséquences politiques d’une portée considérable.

L’écart traditionnel qui existe entre la politique étrangère américaine et française, tel que l’avait formulée le général de Gaulle, est né de la crise révolutionnaire de la France d’après-guerre. De Gaulle et le PCF, avaient tous deux cherché à réprimer le sentiment anticapitaliste au sein de la classe ouvrière et qui avait éclaté après l’effondrement en France du régime de collaboration avec les nazis. De Gaulle, qui dirigeait la majorité des forces droitières dans la Résistance et le reste de l’armée coloniale française, comptait sur le soutien du PCF pour fonder un nouveau régime capitaliste et garder la mainmise sur les colonies françaises.

Cette stratégie et de Gaulle personnellement furent toutefois confrontés à une opposition émanant de puissantes forces à Washington. L’impérialisme américain s’opposait au PCF et avait ses propres vues sur les colonies de la France. De Gaulle craignait que si Washington le mettait à l’écart en gardant un responsable de Vichy à la tête de l’Etat, la colère populaire pourrait s’avérer impossible à contrôler.

La contrepartie extérieure à son exercice d’équilibre entre des éléments droitiers et le PCF fut la poursuite, au sein de l’OTAN, d’une politique étrangère indépendante, dont des ouvertures restreintes vers Moscou et des efforts pour empêcher que les conflits entre Washington et Moscou ne s’exacerbent trop. En 1945, de Gaulle préconisa « une politique française d’équilibre entre deux très grandes puissances, politique que je crois absolument nécessaire pour l’intérêt du pays et même pour celui de la paix. »

De Gaulle était un impérialiste impitoyable dont les idées préfiguraient la résurgence mondiale de l’impérialisme de nos jours. En réfléchissant à la défaite de son gouvernement lors de la guerre d’Algérie et à la décision de permettre un référendum en 1962 qui mènerait à l’indépendance de l’Algérie, il écrit dans ses Mémoires : « Tout nous commande de reparaître au Caire, à Damas, à Amman, à Bagdad, à Khartoum, comme nous sommes restés à Beyrouth. »

Les concessions qu’il fit à la classe ouvrière et les conflits entre les intérêts français et américains l’obligèrent toutefois à poursuivre une politique indépendante de Washington, notamment dans le contexte de tensions franco-américaines grandissantes dans les années 1960. De hauts responsables français ainsi que des publications ont accusé la CIA d’avoir encouragé le putsch avorté de 1961 contre de Gaulle, qui visait l’indépendance algérienne et qui était conduit par l’ancien responsable de l’OTAN, le général Maurice Challe, dans le but de maintenir l’Algérie française et d’empêcher qu’elle ne tombe sous influence soviétique.

Ceci, ainsi que l’opposition américaine au programme nucléaire français, amena de Gaulle à retirer en 1966 la France des commandements intégrés de l’OTAN et à restreindre les opérations de renseignement en France.

Cette politique s’est pourtant effondrée une fois pour toute après l’éclatement de l’Union soviétique et au milieu de la crise grandissante du capitalisme européen. Les concessions sociales faites à la classe ouvrière qui avaient formé la base de la collaboration du PCF avec de Gaulle ainsi que les limitations militaires imposées à l’impérialisme européen du fait de l’existence de l’URSS ont disparu. Un nouveau conflit révolutionnaire est en train d’émerger entre la classe ouvrière et une classe dirigeante déterminée à préserver sa richesse au moyen d’une régression sociale sur le plan intérieur et de guerres prédatrices à l’extérieur.

Le virage à droite brutal des partis bourgeois de « gauche » en faveur d’une politique de guerre d’agression irresponsable est un signe sans équivoque de la crise révolutionnaire qui est en train d’émerger et du fossé qui est en train de se creuser entre la classe ouvrière et tous les représentants de la classe capitaliste.

Le PCF et le NPA ont utilisé leur soutien à l’opposition syrienne, soutien qui a été cyniquement justifié par des motifs « de droits humanitaires », pour se ranger derrière la politique irresponsable du Parti socialiste au péril d’une guerre avec la Syrie, l’Iran et même avec la Russie et la Chine. Ils ont préféré ignorer la divulgation des opérations d’espionnage de masse perpétrées tant par les services de renseignement américains que français, et que l’ancien agent de la NSA, le lanceur d’alerte Edward Snowden, a révélées. Ils sont complices de tous les crimes qui sont en train d’être planifiés à Washington, Paris et par tous les autres alliés impérialistes des Etats-Unis.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 13 février 2014

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Venezuela: 3 morts et 66 blesses par la violence de la droite à Caracas

février 14th, 2014 by Agencia Venezolana de Noticia

Caracas 13 février 2014, Agencia Venezolana de Noticias.

La procureure générale de la République, Luis Ortega Diaz, a informé ce jeudi que la violence qui s’est déchaînée mercredi en cinq endroits du pays à l’initiative de groupes violents de droite a fait 3 morts et 66 blessés.

« Produit de ces actions violentes, fascistes, terroristes, non seulement contre la procureur , les travailleurs du Ministère Public et de l’Etat vénézuélien, 3 personnes sont mortes », a-t-elle déclaré dans le programme en Harmonie avec le Ministère Public, transmis par Radio National du Venezuela.

Ce mercredi, dans une mobilisation organisée par des secteurs de la droite, des groupes de choc ont encouragé la violence au siège du Cabinet du Procureur et de l’Etat vénézuélien, dans le centre de Caracas. Là moururent 2 personnes : Juan Montoya, membre d’un collectif, et Bassil Da Costa, étudiant. Dans la nuit est morte une autre personne dans la municipalité de Chacao, état de Miranda.

La procureure a précisé que dans la capitale il y a eu 9 blessés, 41 dans l’état d’Aragua, 11 à Merida, 4 à Lara et 1 à Tachira. 17 des blessés sont des fonctionnaires de police ou des militaires, et 49 sont des civils. Il y a eu aussi 54 véhicules endommagés parmi lesquels 6 véhicules de l’Etat et les autres appartenant à des particuliers.

69 personnes ont été appréhendées qui seront présentées aujourd’hui devant les tribunaux de contrôle où on déterminera s’ils vont continuer à être privés de liberté.

Sans impunité.

La procureure a garanti que le Ministère Public effectuera toutes les investigations et les actions nécessaires pour déterminer les responsabilités matérielles et intellectuelles de ces faits.

« Cela ne va pas rester impuni. Nous allons enquêter (…) Nous allons faire justice » a-t-elle souligné.

« Ayez confiance dans les Institutions et en ceux qui sont au front, » a-t-elle demandé instamment au peuple.

Elle a noté qu’ils effectuent actuellement les démarches requises, y compris les perquisitions, les inspections et les arrestations.

« Nous allons faire tous les efforts pour atteindre la paix et prendre des sanctions contre les responsables  », a ajouté Ortega Diaz.

Elle a affirmé que depuis mercredi, les contrôles se développent dans tout le pays « avec curage et sans crainte »pour diriger les enquêtes malgré les attaques du siège de l’institution et a soutenu qu’elle-même serait à la tête des investigations.

De même, elle a rappelé que dans la vague de violence qui s’est déchaînée après le triomphe du président de la République, Nicolas Maduro, en avril 2013, le Ministère Public a agi avec fermeté.

En ce moment, des groupes de choc attaquent des sièges d’entités politiques et du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) ainsi que des zones populaires, avec un solde de 11 morts.

Ortega a indiqué, cependant, qu’il y a encore des ordres de capture en suspens, c’est pourquoi elle a rappelé aux corps de police qu’ils étaient dans l’obligation de les effectuer.

Attaque armée.

Ortega s’est référée au fait que l’Unité Criminalistique contre les Violations des Droits Fondamentaux du Parquet a collecté des douilles de balles dans différents endroits du siège, ce qui et en évidence le fait que les groupes violents ont utilisé des armes à feu contre une institution où travaillaient 800 personnes.

« Ils voulaient exécuter des actes terroristes et fascistes » a signalé Ortega, selon le portail internet de Radio Nacional de Venezuela.

« Nous sommes en présence, encore une fois, d’une situation identique à celle survenue en 2002 » quand des secteurs de la droite ont renversé l’ordre constitutionnel par la violence.

Il en résulte que les événements de ce mercredi ont été prémédités car les groupes avaient des musettes avec des instruments pour causer des désastres.

Elle a ajouté que le Parquet a du matériel photographique et des vidéos sous différents angles qui prouvent ce qsui s’est passé.

Ortega a indiqué que des secteurs de la droite veulent estomper l’appel de paix du Président et elle a estimé que de nombreux faits de violence qui surviennent dans le pays sont également dirigés. « Faites attention si des sbires n’ont pas trahi », a-t-elle ajouté.

Mercredi dans la soirée, le Président a indiqué que dans le pays, il y a un coup d’Etat en train.

« Il y a un groupe fasciste qui utilise les libertés publiques et la démocratie pour faire de la politique publique et se préparer à faire tomber le Gouvernement. »

AVN 13/2/14

Traduction Françoise Lopez pour Cuba Si France Provence

 

Le Venezuela de nouveau dans la mire des putschistes

février 14th, 2014 by Oscar Fortin

Depuis la prise du pouvoir de l’État par le peuple vénézuélien en 1998, les ennemis de la démocratie n’en finissent plus de chercher par tous les moyens la reprise en main d’un pouvoir qui les avait si bien servis. Ces ennemis portent un nom et, à ce jour, leurs projets diaboliques de créer par des actions terroristes les conditions d’un coup d’État ont échoué.

En avril 2002, lors du Coup d’État qui ne dura que quelques heures, nous avons vu les figures de ceux qui étaient derrière ces manifestations de violence. Au nombre de ces figures, il y avait le patronat, représenté par ses plus hautes instances, l’Église catholique, représentée par son cardinal ainsi que de nombreuses autres personnes représentant les secteurs de communication, du commerce et de l’industrie. La main invisible de Washington était sur toutes les lèvres et le président d’alors, Georges W. Bush, fut le premier à sortir pour reconnaître ce nouveau gouvernement, produit des millions de dollars investis pour écarter Chavez et reprendre le contrôle du pays.

Aujourd’hui, un scénario semblable s’amorce. Il ne s’agit pas, comme veulent le faire croire les médias au service des intérêts de l’empire et des oligarchies, de manifestations spontanées. Il s’agit bel et bien d’un plan structuré et organisé en fonction du renversement du gouvernement et de la prise du pouvoir par la force. Les dollars ne manquent pas pour corrompre pas plus que les complices pour faire le sale boulot.

Déjà depuis plusieurs mois, les Vénézuéliens sont soumis à une guerre commerciale qui vise à les priver de biens essentiels à leur subsistance et à la maintenance de leur vie quotidienne. Ce premier point de ce plan consiste à détenir dans des entrepôts et des conteneurs les produits de première nécessité en alimentation et en entretien. Ainsi les épiceries et les centres d’achat sont en manque de nombreux produits. À ceci s’ajoute la spéculation sur les prix de ce qui reste disponible. Le but est d’indisposer la population et d’alimenter les médias sur le fiasco de ce socialisme qui crée la rareté et prive le peuple vénézuélien de ces principaux produits essentiels.

Ce n’est pas sans rappeler ce qui motiva la mise en place du blocus économique contre Cuba.

« En 1960, Lester D. Mallory, alors sous-secrétaire d’État assistant aux Affaires inter-américaines des États-Unis, écrivit dans un mémorandum que la seule façon de renverser Castro était de provoquer « la faim et le désespoir » parmi les Cubains, afin de les pousser à « renverser le gouvernement », soutenu par « la majorité des Cubains ». Il déclare que, dans cet objectif, le gouvernement américain doit utiliser « tous les moyens possibles pour miner la vie économique de Cuba »19.

Nous savons que le président Maduro a répondu avec détermination à ce premier point du plan de déstabilisation. Il a mis à jour les entrepôts et conteneurs, gonflés de tous ces biens, et il les a mis en circulation dans les grands espaces commerciaux. Pour contrer la spéculation sur les prix, il a fixé un prix maximum sur les divers produits, plafonnant les profits des commençants à 30% de la valeur de base des produits.

Mercredi, le 12 février, nous avons assisté au second point du plan. Des étudiants, bien rémunérés, ont été mobilisés pour sortir dans la rue, protester, provoquer des incidents de violence, saccager des immeubles publics, créer un climat de crise permettant aux médias sous contrôle de l’empire et des oligarchies de diffuser à travers le monde des images montrant les étudiants en révolte contre le gouvernement et fortement réprimés par les forces policières.

Là encore, le gouvernement et ses forces policières s’en sont tenu à des réactions modérées, ne laissant aux médias que les actions de violence et de saccage des étudiants et de paramilitaires infiltrés. Ils ont du faire appel à certaines photos truquées pour assurer leur couverture internationale. Ce montage de photos anciennes a été mis à jour par le gouvernement. Il en a d’ailleurs fait largement la démonstration.

Ce plan dont on parle implique de hauts dirigeants de l’opposition vénézuélienne, l’infiltration, à travers les étudiants, de paramilitaires, également de représentants des grands médias privés du Venezuela et, comme prévus, de Washington avec ses millions de dollars et ses agences de sabotage, telle la CIA. Quant à l’Église catholique, si prompte habituellement pour condamner la violence et le non-respect de la constitution, se fait plutôt discrète. Faut-il y voir la confirmation de ce dicton : qui ne dit mot consent ?

Il est important de relever ici, les propos d’un personnage important de l’Église et de l’Amérique latine. Il s’agit du cardinal hondurien, Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s’agit du cardinal du Honduras qui n’hésita pas à collaborer, en juin 2009, avec les putschistes pour chasser par la force des armes le président légitimement élu, Manuel Zelaya. Il est également un des hommes de confiance du pape François. Il agit comme coordonnateur du groupe visant à conseiller le pape sur la réforme de la curie romaine.

Ce cardinal, bien branché avec Washington et le Vatican, allié fidèle des oligarchies honduriennes a tenu un discours à un journaliste à Berlin qui n’est pas sans laisser penser qu’il puisse y avoir anguilles sous roches.

Après avoir  constaté que la globalisation est un grand échec et que la corruption y règne en maitre, il poursuit son élan en dénonçant du même souffle le système vénézuélien qui est également un grand échec où la corruption perdure sous de nouveaux visages.

La situation exige l’émergence d’un nouveau système de gouvernance et de démocratie, les systèmes existants ayant tous fracassés.

« Pour quand, s’exclame-t-il, l’arrivée d’un nouveau printemps latino-américain ? »

Cet appel pour un printemps latino-américain, mis en relation directe avec le printemps arabe du Moyen Orient, sonne faux et demeure suspect. Il feint d’ignorer tout ce qui se passe présentement en Amérique latine. Il ne voit pas ce qui se fait en Équateur, en Bolivie, au Nicaragua,, en Argentine, au Brésil et même à Cuba. Il disqualifie sans plus de considération le Venezuela de Chavez et le socialisme du XXIe siècle dont il se garde bien de parler explicitement. Il ne voit pas ce qui se passe avec UNASUR, MERCOSUR, ALBA, CELAC. Il fait comme si rien de tout cela n’existait. Nous pourrions penser qu’il est en service commandé pour préparer les esprits à voir dans les actions à venir de sabotages et de manipulation le souffle d’un printemps nouveau pour l’Amérique latine.

Par son silence sur ce printemps latino-américain déjà en marche depuis plusieurs années, il ouvre la porte à ces sauveurs humanitaires qui ont su faire du si bon travail de sabotage et de massacres en Irak, en Libye et présentement en Syrie.

Vraiment, de quoi nous faire réfléchir.

Ce cardinal ne m’inspire vraiment aucune confiance. Avec ses propos, il valorise ces  manifestations de sabotage, organisées et planifiées depuis Washington.

L’avenir nous dira assez rapidement si les politiques du Vatican vont s’ajuster à l’Exhortation apostolique du pape François ou si elles vont demeurer ce qu’elles sont.

Entre temps, le peuple du Venezuela ainsi que la solidarité latino-américaine luttent contre cette nouvelle tentative de coup d’État. Mieux vaut pour le peuple de compter sur lui-même plutôt que sur ces faux sauveurs d’humanité, nourris de cupidité et d’ambitions de pouvoir.  De nouveau, ce peuple de Chavez saura vaincre ces vautours.

Oscar Fortin

Québec, le 14 février 2014

 http://humanisme.blogspot.com

 

À lire

http://www.legrandsoir.info/venezuela-amorce-d-un-putsch.html

Je donne ici quelques extraits de l’entrevue de presse du cardinal avec une traduction improvisée.

Esto lleva (fracaso de la globalización) a la tentación de otro tipo de liderazgo”, argumentó Rodríguez Madariaga y puso como ejemplo a Venezuela, un sistema que también “es un gran fracaso” ya que, a su juicio, es tan sólo “la misma corrupción con otra cara”.

Cela (l’échec de la globalisation) nous conduit à la tentation d’un autre type de direction, argumenta Rodriguez Maradiaga et il donna comme exemple le Venezuela, un système qu’est aussi un grand échec, lequel, à son jugement, comporte la même corruption avec un autre visage. »

“¿Cuándo vendrá la Primavera Latinoamericana?”, se preguntó el cardenal hondureño haciendo un paralelismo con lo sucedido en las revoluciones que arrancaron en 2011 el mundo árabe.

Pour quand le printemps Latino-américain ? se demanda le cardinal en faisant référence avec les révolutions qui transformèrent, en 2011, le monde arabe.

A su juicio, la solución pasa por un “cambio del modelo de desarrollo”, ya que la “globalización ha sido un fracaso” que no ha servido para mejorar la vida de los millones de personas que viven en la pobreza.

Selon lui la solution passe par un changement de modèle de développement, étant donné que la globalisation a été un échec qui n’a pas servi à améliore la vie de millions de personnes qui vivent dans la pauvreté.

http://www.periodistadigital.com/religion/america/2014/01/17/maradiaga-la-globalizacion-ha-sido-un-fracaso-es-una-mascara-para-un-monopolio-escondido-religion-iglesia-latinoamerica.shtml

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Une vidéo prise par Rami Alarya, du Alqods Independent Media Center, montre plusieurs soldats attaquant un enfant palestinien vendredi 4 février, après l’avoir blessé d’une balle caoutchouc-acier à la jambe, et se photographiant en train de le maltraiter. Les soldats ont agressé l’enfant pendant des accrochages qui ont eu lieu à Al-Ezariyya, à l’est de Jérusalem occupée. Ils se sont cachés dans un immeuble près du mur d’annexion, dans le quartier Qabsa, ont tendu une embuscade aux enfants avant de leur tirer dessus.

Yassin al-Karakyn, 13 ans, s’est écroulé sur le sol, blessé à la jambe par une balle caoutchouc-acier. Les soldats l’ont agressé et brutalisé une fois qu’il était à terre, puis l’ont kidnappé.

Un des soldats a essayé de faire partir le caméraman Alarya et son collègue Amin Alawya en les poussant, et leur hurlait, “Ça suffit, ça suffit… partiez… qu’est-ce que vous voulez…”

Les soldats se sont photographiés avec l’enfant blessé ; un soldat a ramassé un cocktail Molotov tandis que le gamin lui criait en hébreu, “Ce n’est pas à moi. pas à moi,” et le soldat lui a répondu, “C’est le tien, c’est ok, c’est le tien.”

Un des soldats lui a fait une prise d’étranglement et s’est moqué de lui en mimant des gestes de lutte pendant que d’autres prenaient les photos, alors que l’enfant pouvait à peine respirer.

Puis les soldats l’ont emmené dans leur jeep, l’un d’entre eux continuant de filmer la scène.

Source : IMEMC

Traduction : MR pour ISM

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L’Associated Press (AP) a publié lundi un reportage extraordinaire qui s’appuie sur des fuites volontaires d’informations de la part de haut responsables du gouvernement américain annonçant que l’équipe d’Obama « se débat sur la question de tuer [un citoyen américain dont le nom est gardé secret] par une frappe de drone et comment le faire légalement en respectant sa nouvelle politique plus stricte sur la désignation des cibles. » L’individu visé est présenté comme un terroriste résidant « dans un pays qui refuse les actions militaires américaines sur son sol et qui s’est révélé incapable de le poursuivre. » Les médias ont ensuite publié divers reportages indiquant que cet individu serait au Pakistan.

La révélation de lundi selon laquelle la Maison Blanche se prépare une fois de plus à commettre le meurtre illégal d’un citoyen américain donne un sens tout à fait nouveau et sinistre au slogan de campagne du président Obama, « Yes we can / oui on peut le faire. »

En effet, si le gouvernement peut ordonner l’assassinat par l’Etat d’un citoyen américain au nom de la sécurité nationale, qu’est-ce qui lui reste interdit ? Les camps de concentration (une solution récemment défendue par le juge à la Cour suprême Antonin Scalia), la torture, les enlèvements, la loi martiale, la suspension de la constitution, toutes ces méthodes de dictature policière deviennent également justifiables et possibles.

L’objectif apparent de la fuite calculée du gouvernement Obama est d’émousser l’opposition populaire à un meurtre d’Etat illégal en créant une fausse aura de « respect des procédures, » de « transparence » et de délibérations méticuleuses autour d’une opération criminelle qui est surtout secrète, conspiratrice, et qui méprise les principes constitutionnels fondamentaux.

Le reportage de l’AP met l’accent sur les soi-disant « grands obstacles » à franchir au cours de ces procédures secrètes avant qu’un mandat de tuer soit signé. La population mondiale a reçu l’assurance qu’il s’agit d’une décision « difficile », ce qui implique qu’à huis clos il y aurait bien des mains qui se tordent et de fronts qui se plissent avant la prise de décision. L’insistance sur ce point est dans la droite ligne d’un discours [article en anglais] du ministre de la Justice du gouvernement Obama, Eric Holder, et d’un ”livre blanc” [article en anglais] de 2013 qui cherchait à donner une justification légale au programme d’assassinats.

La fuite vers l’AP et l’écho que les médias se sont empressés de donner aux prétentions des hauts responsables qui « se débattraient » avec les problèmes légaux posés par les meurtres d’Etat ont un autre objectif, encore plus pernicieux. Cela vise à créer l’illusion d’une sorte de débat national sur ce programme d’assassinats, où le public se trouver enrôlé de force, contre sa volonté et sans aucun pouvoir de décision. L’effet souhaité est d’impliquer moralement le peuple américain dans son ensemble dans les crimes de l’Etat américain.

Le meurtre d’un citoyen américain par le gouvernement, sans mise en accusation ni procès, est, en premier lieu, une violation flagrante de la Déclaration des droits fondamentaux (Bill of Rights), des lois votées au parlement américain, et de nombreux traités internationaux.

La clause de Respect des procédures (Due Process) du Cinquième amendement, qui fait partie du Bill of Rights (1791) interdit expressément les meurtres extra-judiciaires, elle dispose que « nul ne pourra, dans une affaire criminelle, être obligé de témoigner contre lui-même, ni être privé de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière. » Il ne peut y avoir aucun doute sur la volonté des auteurs. Thomas Jefferson avait écrit à James Madison en 1789 : « L’assassinat, le poison, le parjure […] tout cela était légitime au Moyen Age, période qui se situe entre les civilisations anciennes et modernes, mais a volé en éclat et est tenu en juste horreur au dix-huitième siècle. »

Dans une tentative de contourner le langage explicite du Cinquième amendement, le gouvernement Obama a tenté de redéfinir le « respect des procédures » pour qu’il renvoie à la « procédure » suivie par l’armée et les responsables des services de renseignements, avec le président, où ils se rencontrent en secret, choisissent leurs victimes et ordonnent les meurtres. Cette procédure secrète a été exposée dans le reportage de l’AP hier sur cette assassinat envisagé. Ce reportage insistait sur l’idée que les responsables du Pentagone auraient été « initialement divisés » avant de parvenir à un consensus en faveur du meurtre.

Cette redéfinition grotesque du « Due Process » est contraire à près d’un millénaire de jurisprudence qui remonte à la Magna Carta de 1215. D’après celle-ci, ce terme désigne les protections fondamentales comme la présomption d’innocence, la publicité des procès, le droit à un avocat, le droit à un jury, le droit d’être confronté à ses accusateurs, etc.

Dans la novlangue juridique du gouvernement Obama, les droits individuels d’une personne doivent être « mis en balance » avec les intérêts de l’Etat. D’après cette formule, les droits démocratiques individuels existent, mais peuvent être ignorés à tout moment si cela arrange l’Etat. Cette formule n’a aucun fondement dans le Bill of Rights, qui est rédigé en des termes absolus, sans exceptions. Cette formule de « mise en balance » n’est rien de plus qu’une recette pour la dictature, et elle pourrait s’insérer sans problème dans la jurisprudence de n’importe quel Etat policier dans l’histoire.

Si le meurtre annoncé lundi est mené à terme, il constituera le cinquième assassinat d’un citoyen américain depuis le lancement du programme d’« assassinats ciblés », qui a également coûté la vie à des milliers de victimes innocentes d’autres nationalités. Selon le droit international, tous ces meurtres sont des crimes de guerre. Du point de vue du droit interne, tous les militaires, agents du renseignement et responsables civils, jusqu’à Obama inclus, qui ont participé ou ne se sont pas opposés au meurtre d’un citoyen américain sans accusation ni procès, sont coupables de meurtre. Tous les individus de ce type méritent d’être démis de leurs fonctions, arrêtés, mis en examen et poursuivis en justice.

Pendant que les libéraux et les chantres d’Obama parmi la pseudo-gauche insistent religieusement sur les sentiments humains qui habiteraient le « for intérieur » invisible du président, le véritable Obama apparaît de plus en plus comme un agent impitoyable et dénué de scrupules de l’appareil militaire et des services de renseignement. Dans un récent livre de Mark Halperin et John Heilemann, intitulé, Double Down : Game Change 2012, Obama est cité pour s’être vanté devant ses assistants d’être « vraiment bon à tuer des gens. »

Les activités du gouvernement Obama font passer les méfaits de tous les précédents gouvernements américains, pris ensemble, pour des peccadilles par comparaison. L’acte d’accusation d’Obama seul compterait déjà des milliers de pages : crimes de guerre, corruption, torture, parjure, vol, négligence, coups et blessures, enlèvement, conspiration, meurtre, et la construction d’un appareil d’espionnage illégal massif sans précédent dans l’histoire.

L’absence de toute opposition substantielle au sein de l’élite politique face à l’annonce qu’un citoyen américain sera assassiné sans procès démontre que la démocratie américaine est en phase terminale.

La clé pour comprendre cet effondrement stupéfiant de la démocratie américaine est l’inégalité sociale. La démocratie est en contradiction avec un monde où le 1 pour cent le plus riche contrôle la moitié de la richesse du monde, c’est-à-dire avec le capitalisme. La clique ultra-riche qui dirige les États-Unis engloutit tout l’argent qu’elle peut mais a conscience de son impopularité grandissante. Donc, en même temps qu’elle cherche partout à balayer les acquis sociaux et démocratiques de la population, elle œuvre plutôt à accoutumer la population à l’autoritarisme.

Tom Carter

Article original, WSWS, paru le 12 février 2014

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L’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi a pris place vendredi en pleine campagne de propagande des médias américains. Reprenant le mot d’ordre de l’administration Obama et de ses alliés d’Europe, la presse américaine tente de saboter l’événement et d’en faire une humiliation pour le régime du président Vladimir Poutine.

Durant deux semaines, plus de 2800 athlètes vont s’affronter dans 98 épreuves dans la ville aux abords de la mer Noire. Moscou voyait les Jeux olympiques de Sotchi comme l’occasion de symboliser la renaissance économique et géopolitique de la Russie. Tandis que les tensions s’exacerbent entre la Maison-Blanche et le Kremlin sur la domination de l’Eurasie, Washington et Bruxelles tentent de transformer les Jeux en un fiasco diplomatique et publicitaire pour Moscou.

Aucun des principaux dirigeants ou représentants des pays occidentaux n’assiste aux Jeux olympiques et l’administration Obama a volontairement envoyé une délégation de subalternes pour représenter les États-Unis. Cette délégation est constituée entre autres d’un conseiller à la Maison-Blanche, de l’ancien chef de la sécurité intérieure Janet Napolitano et de l’ambassadeur américain en Russie Michael McFaul, qui est un virulent défenseur de l’opposition anti-Poutine et qui vient tout juste d’annoncer qu’il démissionnait. Le départ de McFaul est largement vu comme l’expression de la fin de la politique officielle américaine visant à «rétablir» les relations avec la Russie après les divisions de la période de la présidence de George W. Bush.

La Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont adopté l’attitude des États-Unis. Des politiciens en vue de ces pays ont prié les représentants de leur gouvernement de boycotter les Jeux. Le vice-premier ministre britannique Nick Clegg a annoncé peu après l’ouverture des Jeux olympiques qu’il avait interdit aux ministres libéraux-démocrates d’y assister, supposément en raison des lois anti-gay russes. En décembre, le président allemand Joachim Gauck a déclaré qu’il boycottait l’événement. Le premier ministre italien Enrico Letti, le seul dirigeant du G8, mis à part celui du Japon, à se présenter à Sotchi, a été vivement critiqué pour cette décision.

Les lois anti-gay qui ont été récemment promulguées en Russie et qui interdisent la «propagande homosexuelle» sont l’une des principales armes qui sont utilisées contre le gouvernement Poutine. Tandis que les États-Unis entretiennent les liens les plus étroits avec des régimes comme l’Arabie saoudite, où l’homosexualité est punissable par la flagellation et la mort, Washington et ses alliés attisent la frénésie dans la communauté de défense des droits de l’homme autour de ces questions, contre la Russie.

Les athlètes olympiques de l’Allemagne ont paradé vendredi dernier, lors de la cérémonie d’ouverture, dans des uniformes aux couleurs de l’arc-en-ciel, un symbole des droits des gays. La même journée, Google changeait sa page d’accueil pour y présenter un logo multicolore semblable. Dans un article pourNew Republic, Julia Ioffe a rapporté que la seule discothèque gay de Sotchi était prise d’assaut par des journalistes étrangers voulant interviewer le personnel et les clients.

Nombre d’auteurs et d’artistes de renom ont aussi participé à cette frénésie en publiant la semaine dernière une lettre ouverte dans le quotidien britannique Guardian qui dénonçait le gouvernement russe pour sa répression de la liberté de parole et d’expression. Salman Rushdie, Günter Grass, EL Doctorow, Margaret Atwood et Tony Kuchner, pour ne nommer que ceux-là, ont exigé du Kremlin qu’il «reconnaisse que la Russie a l’obligation, sous la convention internationale sur les droits civiques et politiques, de respecter la liberté d’opinion, d’expression et de religion». La lettre, dont la publication avait clairement été prévue pour coïncider avec le début des Jeux, fait partie d’une campagne émergente «pour les droits de l’homme» contre la Russie.

Bien que la Russie soit loin d’être un modèle en termes de droits démocratiques, les signataires de cette lettre viennent de pays qui mènent un vaste assaut contre les libertés civiques. Le président des États-Unis Barack Obama déclare ouvertement qu’il a le droit d’autoriser l’assassinat de citoyens américains sans procédure équitable, ce qu’il a déjà fait d’ailleurs. De plus, son gouvernement dirige la plus importante opération d’espionnage de l’histoire mondiale.

S’ajoutent à la campagne coordonnée d’affronts politiques et de «défense des droits de l’homme» dirigée contre les Jeux olympiques de Sotchi les innombrables reportages sur les moindres failles de sécurité et d’infrastructures. La propagande des médias américains, suivant le mot d’ordre donné par Washington, carbure à plein régime.

Au départ, cette campagne était concentrée sur le risque d’une attaque terroriste (qui passait sous silence le fait que la plus grande menace qui pèse sur les Jeux provient des forces islamiques alliées aux rebelles, appuyés par les États-Unis, en Syrie). Mais elle s’est maintenant transformée en une série de reportages sur les coûts astronomiques et les dégâts environnementaux engendrés par les Jeux, d’histoires sensationnalistes sur l’eau brune des robinets d’hôtel, des toilettes et des poignées brisées, des chiens errant dans la ville et d’immenses tas de débris de construction.

«Tweets de journalistes en direct de Sotchi qui nous racontent leurs expériences d’hôtel hilarantes et répugnantes», rapportait le Washington Post le 4 février. «Sotchi: la pire destination olympique de l’histoire?» était le titre d’un récent article dans le magazine américaine Time.

Dans un article paru le 7 février, «Le côté sombre derrière l’éclat de Sotchi», leNew York Times tente de miner toute impression positive qu’un spectateur aurait pu avoir de la cérémonie d’ouverture élaborée de vendredi. «La cérémonie était si envoûtante et a si bien fonctionné qu’il était facile d’oublier ce que masquaient l’éclat et le grand spectacle», a écrit Juliet Macur, ajoutant: «Cette semaine, Sotchi était comme l’hôte d’une fête à laquelle les invités se sont présentés beaucoup trop tôt: tout juste sortie de la douche, les bigoudis dans les cheveux, sans maquillage et de la vaisselle sale dans l’évier.»

Les médias ont aussi mis l’accent sur la présence de chiens errants dans Sotchi. Comme s’ils n’attendaient que ce signal, les défenseurs des droits des animaux ont joint leur voix à la campagne de condamnation de la Russie. Humane Society International a même préparé un document expliquant comment adopter un chien errant à Sotchi.

Comme pour démontrer l’hypocrisie des médias, Sally Jenkins du Washington Post a attaqué les Jeux olympiques de Sotchi pour avoir dilapidé les fonds publics, pour la pauvreté dans la région et les torts causés à l’environnement. Jenkins, qui semble avoir oublié qu’elle vit dans un pays où les 20 pour cent les plus riches de la population possède 90 pour cent de la richesse totale des ménages, se plaint de la qualité des tapis dans les hôtels et critique «Poutine et le petit groupe de 110 complices milliardaires qui ont détourné la richesse de la Russie». Elle critique la grandeur des Jeux olympiques qui a pour but de «faire trembler le citoyen ordinaire impuissant devant la force du “nouvel” État russe».

Ces commentaires et ceux de la presse américaine dans son ensemble rappellent le vieil adage: «on voit la paille dans l’oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien».

Le Washington Post soutient la création d’un État policier américain et des opérations de surveillance de masse de la NSA, qu’il tente de présenter comme les composantes nécessaires d’une lutte contre le terrorisme. Lorsqu’il est question des intérêts de l’impérialisme américain, ce quotidien ne ressent aucun malaise pour les gens ordinaires qui tremblent d’impuissance.

Et pour ce qui est des vastes inégalités de richesse en Russie et dans le cadre des Jeux de Sotchi, les jeux olympiques récents tenus aux États-Unis et en Grande-Bretagne n’étaient pas différents.

Aux jeux olympiques d’été de 1996 aux États-Unis, la ville hôte Atlanta était classée au neuvième rang au pays en termes de pauvreté, et deuxième pour les crimes violents par habitant. Les quartiers aux abords des installations olympiques ont été profondément appauvris, le revenu médian des ménages atteignant alors seulement 8621 dollars.

Les Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002, durant lesquels un scandale d’allégations de pots-de-vins a fait rage, avaient aussi été sévèrement critiqués par les environnementalistes pour les dégâts causés aux territoires naturels de la région. Alexis Kelner, cofondateur du groupe environnemental de l’Utah «Sauvons nos canyons», avait dit au Los Angeles Times à l’époque: «La seule chose qui est verte dans ces Jeux est la couleur de l’argent qui y circule.»

Tous les Jeux olympiques de l’époque moderne ont été plongés dans des scandales de pots-de-vin et de corruption. Les 30 milliards de dollars de dépenses apparemment inexpliquées du gouvernement russe dans les Jeux, bien que considérables, sont bien peu si on les compare aux 85 milliards $ que le gouvernement des États-Unis injecte chaque mois dans le système financier dans le cadre de son programme d’«assouplissement quantitatif». Ce sauvetage perpétuel de l’industrie financière nourrit un immense boom des marchés financiers et augmente le transfert de richesse vers les super riches.

La couverture médiatique des Jeux olympiques de Sotchi reflète la subordination totale des médias aux intérêts de la classe dirigeante américaine. Pour les intérêts impérialistes américains, la Russie est le deuxième rival en importance, derrière la Chine. Washington tente agressivement de miner l’influence de Moscou en Europe de l’Est en appuyant un mouvement de protestation d’extrême-droite anti-russe en Ukraine qui menace de scinder le pays et de le plonger dans la guerre civile. La Maison-Blanche et le Kremlin sont actuellement en profond désaccord sur les politiques au Moyen-Orient, sur la question de la Syrie et de l’Iran.

L’attitude de Washington et de ses alliés européens aux Jeux olympiques de Sotchi est motivée par ces tensions et d’autres divisions géopolitiques avec la Russie. Avec l’aide de médias serviles, la Maison-Blanche tente de réduire la stature d’un de ses plus grands rivaux, de créer les conditions pour un changement de régime en Russie et de préparer la population américaine à un prochain conflit militaire.

Andrea Peters

Article original, WSWS,  paru le 10 février 2014

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