Le miroir aux alouettes de la discipline

mars 28th, 2013 by Eric Toussaint

« Les marchés sont devenus trop grands et complexes et ils évoluent trop vite pour être assujettis à la supervision et aux réglementations du XXe siècle. Il n’est pas surprenant que ce Léviathan financier mondial dépasse la pleine compréhension des acteurs du marché, fussent-ils les plus avisés. Les régulateurs financiers sont chargés de surveiller un système beaucoup plus complexe que ceux qui existaient quand on rédigea les réglementations régissant encore les marchés. » |1|

Cette affirmation d’Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, a été reprise par tous les gouvernants des pays les plus industrialisés. Ils ont fait comme si les banques et les autres sociétés financières privées allaient s’auto-discipliner, tout en cherchant à satisfaire leurs intérêts particuliers, égoïstes. Alan Greenspan poursuit : « Le contrôle des transactions s’effectue désormais essentiellement grâce à la surveillance réciproque des traders. Pour protéger ses actionnaires, chaque prêteur tient à jour les positions des investissements de ses clients. Les régulateurs peuvent toujours prétendre qu’ils gardent l’œil ouvert mais leurs capacités sont très réduites. » |2|

La supposée capacité des banques et autres zinzins à s’autoréguler n’était que de la poudre aux yeux destinée à leur permettre de faire ce que bon leur semble. Alan Greenspan, l’ensemble des gouvernants des pays industrialisés, une armée d’experts et de commentateurs financiers, véritables illusionnistes prenant les citoyens pour des crétins, ont répété la fable de l’autorégulation des marchés jusqu’à la nausée. « Les marchés étant devenus trop complexes pour une intervention humaine efficace, les politiques anti-crise les plus prometteuses sont celles qui maintiennent une flexibilité maximale du marché : la liberté d’action pour les principaux acteurs du marché, tels que les hedge funds, les fonds d’actions privés et les banques d’investissements. » |3| Le cataclysme financier de 2007-2008 et ses effets dramatiques dans la durée ont opposé un démenti cinglant à ces incantations. Les acteurs des marchés financiers sont totalement incapables de s’autoréguler, ils n’en ont d’ailleurs aucunement le désir, encore moins la volonté. C’est une évidence démontrée par toutes les crises financières qui ont égrené l’histoire du capitalisme. Les gouvernants ont alors adopté un autre discours : « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini. » |4|. En réalité, six ans après le début de la crise, cinq ans après l’annonce d’un retour à davantage de réglementation, le bilan se réduit largement à des effets d’annonces. Acoquinés aux dirigeants des banques, les gouvernants et les législateurs ont pris très peu de mesures contraignantes à l’égard des sociétés financières.

Une mesure contraignante dans un océan de laxisme

Depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union Européenne, il est dorénavant interdit d’acheter unCredit Default Swap (CDS –voir encadré-) pour se protéger du risque de non remboursement d’une dette d’un État si on ne possède pas cette dette |5|. Les sanctions à prendre contre les sociétés et les personnes qui ne respecteront pas cette interdiction ne pas définies, elles sont de la compétence des États. Cela laisse une importante marge de manœuvre aux banques et autres sociétés financières qui voudraient contourner l’interdiction ou l’enfreindre. C’est à peu près la seule mesure significative prise par les autorités européennes pour mettre de l’ordre dans le secteur financier.

Qu’est-ce qu’un CDS ?Le CDS est un produit financier dérivé qui n’est soumis à aucun contrôle public. Il a été créé dans la première moitié des années 1990 en pleine période de dérèglementation. Credit Default Swap signifie littéralement “permutation de l’impayé”. Normalement, il devrait permettre au détenteur d’une créance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas où l’émetteur d’une obligation (l’emprunteur) fait défaut, que ce soit un pouvoir public ou une entreprise privée. Le conditionnel est de rigueur pour deux raisons principales. Premièrement, on peut acheter un CDS pour se protéger d’un risque de non remboursement d’une obligation qu’on n’a pas (sauf, depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union européenne en ce qui concerne les dettes des États de l’UE). Cela revient à prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison du voisin en espérant que celle-ci parte en flammes afin de pouvoir toucher la prime. Deuxièmement, les vendeurs de CDS n’ont pas réuni préalablement des moyens financiers suffisants pour indemniser les sociétés affectées par le non remboursement de dettes. En cas de faillite en chaîne d’entreprises privées ayant émis des obligations ou du non remboursement de la part d’un Etat débiteur important, il est très probable que les vendeurs de CDS seront dans l’incapacité de procéder aux indemnisations qu’ils ont promises. Le désastre de l’entreprise nord-américaine AIG en août 2008, la plus grosse société d’assurance internationale (nationalisée par le président George W. Bush afin d’éviter qu’elle ne s’effondre) et la faillite de Lehman Brothers sont directement liés au marché des CDS. AIG et Lehman s’étaient fortement développées dans ce secteur.Il faut souligner que l’interdiction d’acheter dans certaines circonstances des CDS, telle qu’elle a été décrétée à l’échelle de l’Union Européenne à partir de novembre 2012, ne concerne qu’une fraction minime du marché des CDS (le segment des CDS sur les dettes souveraines) : environ 5 à 7%.

La loi Dodd Franck aux États-Unis et les timides petits pas européens

Aux États-Unis, une nouvelle législation, timide en comparaison de la réglementation imposée par Franklin D. Roosevelt à partir de 1933 (voir encadré), a été adoptée pendant le premier mandat de Barack Obama. Il s’agit de la loi Dodd-Franck (qui inclut la règle Volcker |6|). Bien que la loi Dodd Frank ait été approuvée en 2010, son application tarde. Les banques et leurs lobbyistes, tout comme les parlementaires tant républicains que démocrates qu’ils influencent directement, ont réussi à limiter très fortement la mise en pratique d’une loi qui est pourtant timide |7|.

La séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement pendant la présidence de F. RooseveltUne des mesures fortes prises par Roosevelt et par les gouvernements d’Europe (notamment sous la pression des mobilisations populaires en Europe après la Libération) a consisté à limiter et à règlementer strictement l’usage que les banques pouvaient faire de l’argent du public. Ce principe de protection des dépôts a donné lieu à la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement dont la loi américaine dite Glass Steagall Act a été la forme la plus connue et qui a été appliquée pendant des décennies avec certaines variantes dans les pays européens.Avec cette séparation, seules les banques commerciales pouvaient recueillir les dépôts du public qui bénéficiaient d’une garantie de l’Etat. Parallèlement à cela, leur champ d’activités avait été réduit aux prêts aux particuliers et aux entreprises, et excluait l’émission de titres, d’actions et de tout autre instrument financier, réservée aux banques d’investissement qui devaient, quant à elles, capter leurs ressources sur les marchés financiers.

Au Royaume-Uni, la commission Vickers a remis en 2011 ses recommandations aux autorités qui doivent encore prendre une décision. A l’échelle de l’Union européenne, une commission animée par Erkki Liikanen, gouverneur de la Banque nationale de Finlande, a remis son rapport en octobre 2012. Les recommandations contenues dans les rapports des commissions Vikers et Liikanen |8| vont grosso modo dans le même sens que les lois Dodd Frank et la règle Volker : un début de cloisonnement des activités multiples des banques. Mais aucune ne propose de revenir à la loi Glass Steagall et aux règlementations adoptées à l’époque en Europe dans le même esprit. Aucune ne propose une séparation claire et nette entre banque de dépôt et banque d’investissement, c’est-à-dire le démantèlement de ce qu’on appelle aujourd’hui la banque universelle. Rappelons que la banque universelle (appelée également banque à tout faire ou banque généraliste) représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement et de la banque de gestion d’actifs. Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le risque majeur de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de détail et mettre ainsi en danger les avoirs des petits épargnants. C’est ce qui explique aujourd’hui l’actualité des mesures prises par Roosevelt et, dans sa foulée dans les années 1930 et 1940, par les gouvernements européens consistant à séparer radicalement les banques en deux catégories tout à fait étanches. La loi Dodd Franck, les propositions des commissions Vickers et Liikanen, le projet de loi sur la réforme bancaire déposé par le gouvernement français à l’Assemblée nationale en décembre 2012 |9| restent au milieu du gué et ne prévoient que des cloisons qui se révèleront (si un jour elles entrent en application) d’une efficacité très limitée, car la partie banques d’investissement et d’affaires n’hésitera pas à pomper dans les dépôts des clients et elle continuera à prendre des risques très élevés puisqu’aucune mesure contraignante sérieuse n’est mise en œuvre |10|. Qui plus est, banque de détail et banque de financement et d’investissement étant solidaires dans le cadre de la banque universelle, les pertes réalisées par la banque de financement et d’investissement seront supportées par la banque de détail (voir en France les pertes de Natixis supportées par les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne au sein du groupe BPCE).

Les banques se livrent à de multiples pressions pour continuer à agir comme bon leur semble

Bien que les recommandations de Vickers et de Liikanen soient très conciliantes à leur égard, les patrons des banques privées organisent comme aux États-Unis un intense lobbying afin qu’elles ne soient pas suivies d’effet. Challenges, hebdomadaire financier français, rapporte des réactions du milieu bancaire de l’Hexagone à propos de rapport Liikanen. « Beaucoup de rapports de ce genre ont fini à la poubelle » déclare un des banquiers qui a confié sa réaction à Challenges. « Liikanen ? Il sait à peine ce qu’est une banque », ironise un autre. « En Finlande, il n’y a que des filiales d’établissements étrangers ». Challenges poursuit avec un autre son de cloche, en donnant la parole à Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times : « Je crains que sous la pression des banquiers trop d’activités de marché (=trading) ne soient exclues du cantonnement (=cloisonnement). Ce rapport est un pas en avant, il ne faudrait pas que la prochaine étape soit un pas en arrière » |11|. Justement, le Financial Times a lui aussi mené sa petite enquête dans le milieu bancaire. Dans ses colonnes, Christian Clausen, le patron de la banque suédoise Nordea qui préside la Fédération bancaire européenne, déclare que le Rapport Liikanen a tout à fait tort en ce qui concerne le cloisonnement entre les activités de banque de détail et les activités de trading |12|. Les parlementaires étasuniens et européens, sans parler des hauts fonctionnaires, ont été soumis à d’intenses pressions. Les banques peuvent compter sur de solides alliés placés aux plus hautes fonctions, à commencer par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, ex-dirigeant de la banque Goldman Sachs.

Au sein des autorités de contrôle, quelques voix isolées s’élèvent contre le laxisme

Du côté des autorités de contrôle, quelques voix isolées se font entendre pour critiquer l’absence de règlementation sérieuse du secteur bancaire. Andrew Haldane, directeur du département Stabilité financière de la banque d’Angleterre, a élevé la voix lors d’une réunion des milieux financiers à Londres en octobre 2012. Il critique le fait que les 29 banques systémiques (voir encadré) profitent du danger que représenterait leur faillite pour obtenir à bon compte de l’argent de la BCE, de la Fed, de la Banque d’Angleterre… Il considère que le crédit que ces institutions publiques leur octroient constitue une subvention annuelle de plus de 700 milliards de dollars.

Les banques systémiques selon le G20Le G20 a établi en novembre 2011 une liste de 29 banques systémiques appelées en anglais SIFIs (Systemically Important Financial Institutions). A l’instar de Lehman Brothers dont la faillite a bouleversé l’économie mondiale en septembre-octobre 2008, ces banques sont considérées par le FSB (Financial Stability Board) comme trop importantes pour que les pouvoirs publics les laissent tomber (en anglais : « too big to fail »). Elles sont dites systémiques du fait de leur poids et du danger que la faillite de l’une d’entre elles représenterait pour le système financier privé au niveau international. En 2011, parmi les 29 banques systémiques, on comptait 4 banques françaises (Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas et BPCE), 2 banques allemandes (Deutsche Bank et Commerzbank), 1 italienne (Unicredit), 1 espagnole (Santander), 1 belgo-française (Dexia), 1 hollandaise (ING), 4 britanniques (HSBC, Lloyds, Barclays et Royal Bank of Scotland), 2 suisses (UBS, Crédit suisse), 1 suédoise (Nordea), 8 états-uniennes (JPMorgan, Bank of America, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Citigroup, Bank of New York Mellon, Wells Fargo, State Street), 3 japonaises (Sumitomo, Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG), 1 chinoise (Bank of China). En 2012, le G20 a retiré 3 de ces banques de la liste (Dexia, Commerzbank, Lloyds) et en a ajouté 2 (l’espagnole BBVA et la britannique Standard Chartered).

Andrew Haldane affirme que l’augmentation du ratio fonds propres par rapport au bilan des banques qui sera généralisé à partir de 2018-2019 est tout à fait insuffisant et n’est pas de nature à réellement diminuer les risques et les effets d’une faillite. Il recommande de réduire de manière drastique la taille des banques. Thomas Hoenig, de la US Federal Deposit Insurance Corporation, l’institution créée pendant la présidence de Roosevelt pour réguler le système bancaire, affirme que les cloisons mises en place pour séparer différents types d’activités des banques sont en réalité poreuses. Il plaide pour que soit adoptée une loi de type Glass-Steagall afin de séparer radicalement les banques de dépôts et les banques d’affaire. Il estime également que le niveau des fonds propres qui sera exigé à partir de 2018-2019 devrait être multiplié au moins par trois |13|.

Épilogue : Victoire des banquiers grâce aux autorités de contrôle

Début janvier 2013, le comité de Bâle |14| a renoncé à l’application d’une des exigences qu’il avait mises en avant à l’égard des banques. Elles ne devront pas constituer un amortisseur de chocs financiers sous la forme d’une réserve permanente de liquidités (liquidity coverage ratio, LCR), qui aurait dû leur permettre de faire face à une crise d’une durée de 30 jours. Il était prévu que la mesure entrerait en vigueur en 2015, elle est maintenant reportée à 2019 ! En première page, les périodiques financiers ont clairement souligné qu’il s’agissait d’une victoire des banques et d’un recul des autorités de contrôle. Le Financial Times titrait le 8 janvier 2013 : « Victoire des banques européennes après l’assouplissement des règles de Bâle. » |15The Economist titrait : « Les régulateurs adoucissent leur position en matière de liquidités » |16|. Non seulement l’application des mesures est reportée à 2019, autant dire aux calendes grecques, mais en plus les banques pourront comptabiliser, dans la réserve de liquidités (LCR), des produits structurés et toxiques comme les « mortgage backed securities ». C’est du grand n’importe quoi.

Quelques semaines plus tard, d’autres bonnes nouvelles ont fait plaisir aux banques. Michel Barnier, commissaire européen en charge des marchés financiers, a déclaré qu’il ne suivrait pas la principale recommandation du rapport Liikanen concernant le cloisonnement entre activités de banque de dépôts et activités de marché. Le Financial Times a titré : « Reculade de Bruxelles à propos du cœur de la réforme bancaire » |17|. Le journal explique que la Commission européenne a battu en retraite en ce qui concerne l’obligation qui pourrait être faite aux banques de séparer leurs activités de marché (entendez, hautement spéculative et à risque) et leurs activités de banques de dépôt.

Conclusion : Il faut rompre avec la soumission aux exigences des banques. En prenant un virage radical, il est possible de protéger les dépôts des épargnants, de financer des activités utiles aux biens communs, de garantir l’emploi et les conditions de travail du personnel du secteur. Pour cela, il faut un service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement. Le métier de la banque (au sens de constituer un instrument pour collecter l’épargne et pour octroyer du crédit) est trop sérieux pour être confié à des banquiers privés qui par définition cherchent à maximiser le profit de la poignée de grands propriétaires privés (le 1%, comme le mouvement Occupy Wall Street les a appelés). Il faut interdire les activités spéculatives et tous les instruments financiers qui les soutiennent. De même, il faut interdire les transactions avec les paradis fiscaux. Vu qu’elles utilisent de l’argent public, bénéficient de garanties de la part de l’État et doivent rendre un service de base fondamental à la société, les banques doivent être socialisées et placées sous contrôle citoyen |18|.

Eric Toussaint

Eric Toussaint

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques, 20 novembre 2012 (première partie)

Banques privéesLa BCE et la Fed au service des grandes banques privéesSérie : Banques contre Peuples : les dessous d’un match truqué ! 29 novembre 2012 (2ème partie)

Europe banque centraleLa plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, Série « Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué ! », 24 décembre 2012 (troisième partie)

Money Market Funds Descente dans le milieu vicieux des banques, 16 janvier 2013 (quatrième partie)
arton banquesLes banques, ces colosses aux pieds d’argile, 08 février 2013 (cinquième partie)

 

 

Notes

|1| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Jean-Claude Lattès, 2007, p. 620.

|2Ibidem.

|3| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 2007, p. 621.

|4| Discours de Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2008 à Toulon (cité dans Éric Toussaint et Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, 2012, p. 34).

|5| Source : RÈGLEMENT (UE) N o 236/2012 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 14 mars 2012 sur la vente à découvert et certains aspects des contrats d’échange sur risque de crédithttp://eur-lex.europa.eu/LexUriServ…
Comme l’indique le titre du règlement, sont également visées les ventes à découvert. La vente à découvert consiste à vendre sur le marché un titre que l’on ne possède pas, dans l’espoir de le racheter plus tard à un prix inférieur. La règlementation sur les ventes à découvert est assortie d’une série d’exceptions qui offrent de nombreuses possibilités d’y échapper.
Voir aussi : http://www.lemonde.fr/economie/arti…

|6| Voir Daniel Munevar, “Un pequeño recordatorio de parte de JP : La importancia de la Volcker Rule”, 25 mai 2012, http://cadtm.org/Un-pequeno-recorda…

|7| Voir Matt Taïbbi, « How Wall Street Killed Financial Reform », Rolling Stone, 10 mai 2012,http://www.rollingstone.com/politic…. Voir également Les Echos, « La réforme de Wall Street reste aux deux tiers inachevée », 12 décembre 2012, p. 28.

|8| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012. Onze experts composaient ce groupe de travail constitué par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle, les turpitudes des banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport :http://ec.europa.eu/internal_market…

|9| Voir le texte complet : http://www.assemblee-nationale.fr/1…

|10| Voir l’excellente critique de Gaël Giraud au projet de loi sur la réforme bancaire en France ainsi que sur Dodd Franck, Vickers et Liikanen : http://www.lavie.fr/www/files/media…. Gaël Giraud montre que le projet de loi du gouvernement de François Hollande est plus favorable au statu quo et donc aux banques que la loi Dodd-Franck et les recommandations des commissions Vickers et Liikanen. Voir également : ATTAC, “Les 20 propositions d’Attac pour une véritable réforme bancaire”, 14 février 2013, http://www.france.attac.org/article…

|11Challenges, « La cloison bancaire est bien fragile », 11 octobre 2012, p. 28.

|12Financial Times, « Nordea chief takes a swipe at Liikanen », 30 octobre 2012.

|13| Le résumé des propos de Andrew Haldane et de Thomas Hoenig s’appuie sur : Financial Times, “Warnings over steps to reform biggest banks », 28-29 octobre 2012, p. 3.

|14| Le Comité de Bâle rassemble les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion des meilleures pratiques bancaires et de surveillance ainsi que la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel.

|15Financial Times, « European banks gain after Basel rules eased », 8 janvier 2013.

|16The Economist, « Bank liquidity. Go with the Flow. Global regulators soften their stance on liquidity », 12 janvier 2013, p. 60.

|17Financial Times, « Brussels retreat on key bank reform », 30 janvier 2013.

|18| Voir Patrick Saurin, “Socialiser le système bancaire », 2 février 2013,http://cadtm.org/Socialiser-le-syst…

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

Le pion chypriote

mars 28th, 2013 by Thierry Meyssan

Au sein de l’Union européenne, la crise financière chypriote n’est à nulle autre pareille. Pour la première fois des principes fondateurs de l’Union ont été mis en cause. Cette brèche ouvre un processus de décomposition politique qu’il sera difficile d’arrêter. Pour Thierry Meyssan, c’est un choix de Washington de privilégier la captation des capitaux pour résoudre sa propre crise financière, plutôt que de maintenir une organisation politique structurée de sa zone d’influence.

Photo : Conférence de presse de l’Eurogroupe, le 24 mars 2013 : Christine Lagarde, directrice générale du FMI ; Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas et président de l’Eurogroupe ; Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

 

Washington a été prompt à utiliser la crise financière chypriote pour mettre en œuvre la stratégie de captation de capitaux que je décrivais il y a trois semaines dans ces colonnes [1]. Avec l’aide de la directrice du Fonds monétaire international, l’États-unienne Christine Lagarde, ils ont remis en cause l’inviolabilité de la propriété privée dans l’Union européenne et tenté de confisquer un dixième des dépôts bancaires, prétendument pour renflouer la banque nationale chypriote affectée par la crise grecque.

Il va de soi que la finalité annoncée n’est qu’un prétexte car loin de résoudre le problème, cette confiscation si elle devait être mise en œuvre ne pourrait que l’aggraver. Menacés, les capitaux restants fuiraient l’île provoquant l’effondrement de son économie.

La seule véritable solution serait d’annuler les dettes en anticipant les recettes d’exploitation du gaz chypriote. Ce serait d’autant plus logique que ce gaz bon marché relancerait l’économie de l’Union européenne. Mais Washington en a décidé autrement. Les Européens sont priés de continuer à se procurer leur énergie au prix fort au Proche-Orient, tandis que ce gaz à bas prix est réservé à alimenter l’économie israélienne.

Pour masquer le rôle décisionnaire de Washington, ce hold-up bancaire n’est pas présenté comme une exigence du FMI, mais comme celle d’une troïka incluant l’UE et la BCE. Dans cette perspective, la confiscation remplacerait une dévaluation rendue impossible par l’appartenance à la zone euro. Sauf qu’ici la dévaluation ne serait pas une politique de Nicosie, mais un diktat du patron de la BCE, Mario Draghi, l’ex-directeur européen de la banque Goldman Sachs, qui est précisément le principal créancier de Chypre.

Madame Lagarde, ex-conseillère juridique du complexe militaro-industriel US, ne cherche pas à nuire à Chypre, mais à affoler les capitaux basés en Europe et à les guider jusqu’à Wall Street pour qu’ils relancent la finance US. Pourquoi s’en prendre à cette île ? Parce que c’est un des rares paradis fiscaux restant au sein de l’Union européenne et parce que les dépôts y sont principalement russes. Pourquoi le faire maintenant ? Parce que les Chypriotes ont commis l’erreur d’élire comme nouveau président l’États-Unien Nikos Anastasiades. Ils ont ainsi marché sur les pas des Grecs qui, victimes du même mirage américain, avaient élu comme Premier ministre l’États-unien Georgios Papandreou.

Cette petite cuisine a cependant mal tourné. Le Parlement chypriote a rejeté à l’unanimité des suffrages exprimés la taxation confiscatoire des dépôts bancaires. Il y a là un apparent paradoxe. Le gouvernement libéral veut nationaliser une dixième des capitaux tandis que le Parlement communiste défend la propriété privée. C’est que cette nationalisation ne se ferait pas au profit de la collectivité nationale, mais de la finance internationale.

Les conseils amicaux ont donc fait place aux menaces. On parle d’exclure Chypre de la zone euro, si les représentants de son Peuple persistent dans leur refus. Ce n’est pourtant guère possible. Les traités ont été ainsi conçus que la zone euro est un voyage sans retour. Il n’est pas possible de la quitter de son propre chef, ni d’en être exclu, à moins de quitter l’Union européenne.

Or cette option, qui n’avait pas été envisagée par les racketteurs, est redoutée par Washington. Si l’île sortait de l’Union, elle serait rachetée pour une dizaine de milliards de dollars par Moscou. Il s’agirait du plus mauvais exemple : un État de la zone d’influence occidentale rejoignant la zone d’influence russe, dans un chemin inverse à tout ce à quoi on a assisté depuis la chute de l’URSS. Il ne manquerait pas d’être suivi par les autres États des Balkans, à commencer par la Grèce.

Pour Washington, ce scénario catastrophe doit être évité coûte que coûte. Il y a quelques mois, il avait suffit au département d’État de froncer les sourcils pour qu’Athènes renonce à vendre son secteur énergétique à Moscou. Cette fois, tous les moyens, même les plus anti-démocratiques, seront utilisés contre les Chypriotes s’ils résistent.

La Russie feint de ne pas être intéressée. Vladimir Poutine a négligé les offres avantageuses d’investissement qui lui ont été faites par le gouvernement Anastasiades. C’est qu’il n’a pas l’intention de sauver les oligarques russes qui avaient planqué leurs capitaux dans l’île, ni l’Union européenne qui les avaient aidé à organiser leur évasion fiscale. En coulisse, il a négocié un accord secret avec Angela Merkel qui devrait permettre une solution financière à la crise, mais devrait aussi déboucher sur une vaste remise en cause de règles européennes. Au passage, le Tsar a glané des informations étonnantes sur les investissements de la Russie dans l’île durant l’ère Medvedev ; des informations qu’il pourrait utiliser comme moyen de pression supplémentaire sur son inconsistant Premier ministre.

Thierry Meyssan


Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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SYRIE : Pont aérien Cia pour armer les « rebelles »

mars 27th, 2013 by Manlio Dinucci

Dans la « guerre couverte » en Syrie, on découvre désormais les cartes. Après que le centre de Damas a été touché par des projectiles de mortier et des missiles qui ont tué plusieurs civils, le commandant « rebelle » Abou Omar, revendiquant le mérite de l’action, a déclaré hier 26 mars au New York Times que « les groupes rebelles autour de Damas ont été renforcés par de nouvelles fournitures d’armes à travers la Jordanie avec l’assistance américaine ». Une enquête de ce même journal confirme ce que nous écrivons depuis longtemps sur il manifesto : l’existence d’un réseau international, organisé par la Cia, à travers lequel un flux croissant d’armes arrive aux « rebelles » en Syrie.

Depuis des centres opérationnels appropriés, des agents de la Cia pourvoient à l’achat d’armes avec des financements (de l’ordre de milliards de dollars) concédés principalement par Arabie saoudite, Qatar et autres monarchies du Golfe ; ils organisent ensuite le transport des armes en Turquie et Jordanie à travers un pont aérien, puis les font enfin parvenir, à travers la frontière, aux groupes en Syrie, déjà entraînés dans les camps installés à cet effet en territoire turc et jordanien.

Depuis que l’opération a commencé en janvier 2012, au moins 3.500 tonnes d’armes, selon une estimation par défaut, ont ainsi été transportées par pont aérien. Les premiers vols ont été effectués, par des avions militaires de transport C-130, du Qatar en Turquie. Depuis avril 2012 ont été utilisés de gigantesques avions cargos C-17, fournis par le Qatar, qui ont fait la navette entre la base aérienne de Al Udeid et celle turque de Esenboga. Détail non négligeable : la base aérienne qatari de Al Udeid abrite le quartier général avancé du Commandement central Usa, avec un personnel de plus de 10mille militaires, et fonctionne comme hub pour toutes les opérations au Moyen-Orient. Dans ses dépôts sont stockés des armes de tous types, y compris certainement aussi celles non made in Usa, plus adaptées pour les opérations « couvertes ». Depuis octobre 2012, des avions jordaniens C-130 ont atterri dans la base turque de Esenboga, pour charger des armes à transporter à Amman pour les « rebelles » syriens.

En même temps, des avions cargos jordaniens ont commencé à faire la navette avec Zagreb, en transportant à Amman des armes d’arsenaux croates achetées avec les financements saoudiens. Pour cette opération on utilise de gigantesques avions Iliouchine de la Jordanian International Air Cargo. Depuis le mois de février 2013, aux vols des avions cargos qatari et jordaniens se sont ajoutés des saoudiens, effectués par des C-130 qui atterrissent sur la base turque d’Esenboga.

Malgré les démentis de Zagreb, l’enquête a amplement documenté l’engagement de la Croatie dans ce trafic international d’armes, dirigé par la Cia. Un acte méritoire pour la Croatie qui, pour son rôle dans la désagrégation de la Yougoslavie, a été récompensée par son admission dans l’Otan en 2009. A présent, en participant à l’opération pour la désagrégation de la Syrie, elle acquiert de nouveaux mérites aux yeux de Washington. Et ceci à la veille de son admission dans l’Union européenne, dont elle deviendra le 28° membre en juillet prochain. Elle pourra ainsi joindre sa voix à celle de l’Union européenne qui, tandis qu’elle renforce l’embargo des armes à l’égard du gouvernement syrien, déclare vouloir « atteindre une solution politique qui permette d’arrêter le massacre et autorise la fourniture d’aides humanitaires rapides et efficaces, avec une attention particulière pour les enfants ».

Manlio Dinucci

Edition de mercredi 27 mars de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Obama et son Vietnam du Proche-Orient

mars 27th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Le pays du Sham – ou grande Syrie – concentre une extraordinaire diversité humaine tant au plan ethnique qu’au plan des confessions et des langues. Des églises donnent encore la messe dans la langue de Jésus et en Syriaque. C’est vous dire la précieuse diversité humaine de cette région (et de ses connexions méditerranéennes) qui dit les origines et les péripéties de la formation de la pensée et de l’imaginaire du Monde Occidental. Croyances, écriture et Ecritures, mythes et Raison, cosmogonies, géométrie et arithmétique, philosophie, concepts et modèles politiques, tout ou presque de la culture occidentale vient de cette région, musée vivant qu’aucun incendie, y compris les croisades et le Sykes-Picot, n’a pu détruire.

Un monde sensé et une humanité intelligente auraient témoigné au pays du Sham  la même attention respectueuse manifestée à la biodiversité sans laquelle rien ne peut se régénérer. La dispersion des Chrétiens d’Irak montre le désastre infligé à cette diversité par les politiques des USA, d’Israël et de leurs auxiliaires wahhabites. Un jour, il faudra bien rajouter aux crimes de l’impérialisme l’atteinte à l’« homo diversité » au même titre que l’atteinte à la biodiversité.

En réglant les petits et les grands problèmes de ses auxiliaires turcs et israéliens, en redonnant de l’éclat à un Erdogan bien terni par ses déceptions syriennes, en anesthésiant avec quelques dollars un roi jordanien effrayé par son inexorable départ au profit d’une nouvelle entité islamiste jordano-palestinienne qui soulagera Israël de ses Palestiniens de Cisjordanie, en ordonnant la démission d’un Mikati, qui a tout fait pour faciliter les activités de l’ASL et d’El Qaïda, et en donnant ipso facto le signal d’une offensive généralisée contre la Syrie et contre les positions du Hezbollah, Obama vient de mettre de l’ordre dans ses troupes. Cette offensive sera sans merci.

La concentration de troupes mercenaires et djihadistes au Liban, en Turquie, en Jordanie paraît suffisante pour donner l’estocade à l’armée syrienne. Obama a mis dans cette annonce tous les signes d’une lutte pour la vie ou pour la mort. En réaffirmant que le minimum est le départ d’El Assad, il brûle ses vaisseaux et s’interdit toute retraite. Il avertit ses troupes qu’elles jouent leur survie. La formation de ce gouvernement sous chefferie américaine porte le même sens. Que reste-t-il à négocier si ce gouvernement d’une faction politique – car il existe d’autres oppositions en dehors de la coalition et notamment celle de Manaâ – occupe le siège de toute la complexe Syrie et sous ce nouveau-ancien ?

En Côte d’Ivoire, en Libye, aujourd’hui en Syrie et au Mali, la ligne de conduite invariable des puissances coloniales reste le refus de toute issue négociée. En imposant cette ligne de conduite, les USA poussent sciemment à l’irréparable pour préparer dans les têtes le recours à un refuge communautaire et à un état confessionnel ou ethnique. Voilà le crime que commet en ce moment Obama en mettant en bon ordre de marche Netanyahu, Erdogan, Abdallah II, le Qatar, l’Arabie saoudite et des forces libanaises agglomérées autour de Hariri. Il doit aboutir à la mort de la nation syrienne et libanaise, à la mort de la vie commune, dans une identité nationale et humaine commune de cette extraordinaire diversité. Le meurtre d’El Bouti par son message de terreur et de promesse de nettoyage participe de cet ordre de guerre.

Obama a échoué les trois premiers plans offensifs. Il en est au quatrième avec la même obstination, car il mesure ce qu’un échec américain en Syrie signifierait pour sa force de dissuasion déjà mise mal par Chavez, par l’Iran et moins spectaculairement par les Brics. Il ne s’agit plus de l’hybris d’une Clinton survoltée par l’audace de la volonté adverse syrienne, mais de la froide évaluation qui a investi l’hybris dans la nécessité de la guerre de destruction de toute la région.

Pour réussir sa guerre, qui devait rester circonscrite à la Syrie, Obama est obligé de l’élargir au Liban pour frapper le Hezbollah tenu pour facteur essentiel de la résistance syrienne, de mobiliser encore plus de forces incluant Israël et la Jordanie, de faire encore plus de place au Qatar et aux djihadistes et, donc, faire peser plus de menaces à cette diversité humaine qui n’aura plus que le choix de la résistance. Quand ils organisent le 2 et le 4 août 1964 la provocation du Golfe du Tonkin, les USA ne doutaient pas de leur victoire au Vietnam. La même hybris les aveugle aujourd’hui.

 Mohamed Bouhamidi
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Un peu d’histoire

Les récents événements à Chypre ont donné lieu à un déferlement médiatique excessif et souvent bien éloigné de la réalité. La partie sud de l’île de Chypre (la partie nord étant envahie militairement par la Turquie depuis 1974) est peuplée de 770.000 habitants et ne représente que 0,3% du PIB de la zone euro. L’île, bien que relativement méconnue du grand public, du moins jusqu’à cette crise, a eu une histoire très tumultueuse la partageant largement entre l’Occident et l’Orient. Les lecteurs souhaitant en savoir plus peuvent consulter cette histoire illustrée de l’île s’arrêtant à 2004.

C’est justement à cette date que Chypre a intégré l’Union Européenne (le pays étant le plus riche des nouveaux entrants à l’époque) puis en 2008 Chypre a intégré la zone euro. A ce moment l’île connaissait déjà des afflux de capitaux russes et la législation fiscale y était déjà sensiblement la même qu’aujourd’hui. La même année la crise financière à frappé l’île comme tous les pays occidentaux et lors de la restructuration de la dette Grecque, les actifs des banques Chypriotes (qui contenaient une forte proportion de bons du trésor grecs) ont été brutalement dévalorisés par cette décision de l’Eurogroupe. Le pays en 2011 avait pourtant une dette en pourcentage du PIBinferieure à celle de la France, de  l’Italie et  de l’Allemagne. Jacques Sapir rappelle en outre que les banques chypriotes ont aujourd’hui des actifs qui sont égaux à 7,5 fois le PIB de l’île, alors que la moyenne dans l’UE est de 3,5 fois, mais que c’est largement moins par exemple que le Luxembourg dont les actifs bancaires pèsent 22 fois le PIB.

Le racket fiscal: nouvelle solution pour régler la crise?

La Troïka (une alliance de la BCE, du FMI et de l’UE) a donc choisi une mesure radicale pour récupérer la trésorerie nécessaire au renflouement des banques: le prélèvement de l’argent via une ponction obligatoire pour tous les détenteurs de comptes sur l’île. Une mesure sans précédent et vraisemblablement contraire à toutes les normes juridiques bancaires internationales, que les autorités russes ont qualifié non seulement d’injustes et dangereuses et qui montrent bien selon eux que le modèle économique néolibéral est complètement épuisé. Des officiels russes ont même parlé d’une mesure de type soviétique et la presse russe à elle titré sur la fin de l’Europe civilisée.

Les commentateurs français quand à eux ont ces derniers jours au contraire justifié ce racket fiscal imposé sur les comptes chypriotes par la Troïka en affirmant qu’après tout on y prélevait de l’argent sale et russe, ou russe et donc sale, et que par conséquent la mesure était justifiée. Mention spéciale à Marc Fiorentino pour qui il ne faut pas“s’emmerder” avec ce pays (…) Dans “lequel les gens ne payent pas leurs impôts (…) Et en frappant l’argent de la mafia russe”. Les Chypriotes apprécieront. Pour Christophe Barbier la mesure vise “l’argent pas propre de Chypre” ce que les milliers de petits salariés qui risquent d’être maintenant licenciés auront sans doute du mal à croire.

Les politiques ne sont pas en reste. Pour le Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères Bernard Cazeneuve “il est normal que les oligarques russes payent”, pour Alain Lamassoure “il est normal que la lessiveuse à laver l’argent sale qu’est Chypre soit arrêtée et que les oligarques russes payent” et pour Daniel Cohn-Bendit “qu’on taxe un oligarque russe ne va pas lui faire mal digérer ce qu’il a mangé ce soir” (sources). Quand a François d’Aubert il affirme lui “qu’il n’y a pas de raison que le contribuable européen finance l’épargne des oligarques russes”.

On aimerait bien entendre les mêmes commentateurs sur les investissements russes en Angleterre, ce pays qui accorde le droit de résidence à un grand nombre d’oligarques dont on peut grandement douter qu’ils aient fait fortune légalement, ou même et pour faire plus proche sur nombre d’investissements russes en France notamment sur la cote d’Azur à la fin des années 90.

Romaric Gaudin remet lui relativement les pendules à l’heure en rappelant que “Les Européens, prompts à pleurer sur le sort peu enviable de Mikhaïl Khodorkovski oublient que ce dernier avait construit son empire sur la banque Menatep, basée à… Chypre” ou encore que “Lorsque l’argent russe va vers Chypre, il est forcément sale. En revanche, lorsque l’argent russe construit un gazoduc sous la baltique vers l’Allemagne, investit dans le football britannique, il devient respectable”.

Les mythes sur Chypre ont la peau dure

A Chypre, en y regardant de plus près, la situation n’est pas vraiment celle décrite dans la presse francophone.

D’après l’économiste Natalia Orlova, le montant des dépôts dans les banques chypriotes s’élève à 90 milliards d’euros (particuliers et entreprises) dont seulement 30% est détenu par des personnes (morales ou physiques) pas originaires de la zone Euro. Les dépôts russes à Chypre sont selon elles estimés à environ 20 milliards et 13 milliards correspondent à des dépôts grecs, britanniques mais aussi du Moyen-Orient. L’immatriculation de sociétés a en effet contribué à la fortune de Chypre, qui offre il est vrai un cadre légal et fiscal avantageux et très souple. De nombreuses sociétés se sont ainsi très logiquement et légalement domiciliées à Chypre, au sein de l’Union Européenne. Parmi elles de nombreuses sociétés russes ayant des activités économiques intenses avec l’UE, bénéficiant à Chypre d’un régime fiscal avantageux (I.S à 10%) et d’un traité de non double imposition leur permettant donc de rapatrier leurs profits  en Russie sans être taxées deux fois.

Les arguments basés sur la “volonté de lutter” contre le blanchiment d’argent sale et russe, ou russe et forcément sale, ont tourné à la caricature grotesque puisque si les dépôts russes à Chypre se montent à environ 20 milliards d’euros, à titre de comparaison l’an passé, on a enregistré 120 milliards d’euros de mouvements de fonds russes vers Chypre, mais aussi et surtout 130 milliards d’euros de mouvements de fonds de Chypre vers la Russie (sources ici et la). Depuis 2005 les investissements de Chypre vers la Russie sont supérieurs aux investissements de Russie vers Chypre! Selon Marios Zachariadis, professeur d’économie à l’université de Chypre: “la proportion des avoirs étrangers illégaux à Chypre n’est pas supérieure à ce qu’elle est en Suisse ou au Luxembourg“, pays qui vient par ailleurs il y a peu de signer le traité de non double imposition avec la Russie tout comme Chypre. Une réalité confirmée par le secrétaire d’Etat allemand aux Finances, Stefan Kampeter qui a explicitement affirmé qu’il “n’y avait aucun signe à Chypre de dépôt illégal et que les allégations de blanchiment d’argent contre Chypre ne pouvaient être prouvées”.

Le parlement chypriote a voté contre le pan initial de la Troïka qui envisageait un prélèvement obligatoire sur tous les comptes de l’île et c’est seulement dans la nuit de dimanche à lundi dernier qu’un accord a été trouvé, à savoir le prélèvement de 100% des actifs au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la banque la plus malade de l’île, et un pourcentage non encore fixé (30 à 40%) au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la seconde grande banque du pays. En clair, le racket pur et simple de l’argent chypriote et non chypriote (russe, est européen, anglais et oriental) massivement stocké dans les deux principales banques de l’île. Est-ce normal que des actifs étrangers légaux payent pour la crise grecque? Peut-on imaginer les sociétés françaises ou américaines de Russie se faire taxer 40% de leurs actifs pour payer la dette d’un pays qui au sein de l’Union Eurasiatique serait mal en point? On peut tenter d’imaginer la réaction américaine dans une telle situation.

La guerre financière, entre énergie et orthodoxie

Chypre apparaît en réalité de plus en plus comme un maillon (un pion pour Thierry Meyssan) au cœur d’une tension géopolitique opposant de plus en plus directement et frontalement la Russie et l’Occident.

L’Eurogroupe a sans doute rempli ses objectifs réels. Tout d’abord celui de prendre une mesure test sur un pays de petite taille et qui a sans doute servi de laboratoire. Déjàl’Espagne et la Nouvelle Zélande se sont dites prêtes à faire passer une mesure similaire, pour combler le déficit de leurs systèmes bancaires. Nul doute que la liste va s’allonger. Les conséquences vont sans doute être très lourdes et pourraient insécuriser de nombreux titulaires de comptes dans la zone Euro. Bien que l’Eurogroupe répète en boucle que Chypre est un cas bien à part, nombreux sont les Européens tentés de déplacer leurs actifs financiers ailleurs, et sans doute outre-Atlantique, affaiblissant ainsi de plus en plus l’Europe et la zone euro. Les Chypriotes l’ont bien compris en brandissant dans la rue des pancartes “Nous ne serons pas vos cobayes” et alors que les rues de Nicosie sont pleines de messages adressés aux frères orthodoxes russes et que les manifestations de ces derniers jours voient fleurir les drapeaux russes.

Après la faillite de la Grèce, la Russie s’était engagée il y a près d’un an sur la voie du rachat du consortium gazier grec DEPA/DESFA par Gazprom. Ces négociations intervenaient quelques mois après la chute du régime libyen (et la perte financièreimportante liée pour Moscou) mais elles se sont visiblement arrêtées lorsqu’il y a un mois le département d’Etat américain a tout simplement mis en garde Athènes contre une coopération énergétique avec Moscou et déconseillé une cession de DEPA à Gazprom qui “permettrait à Moscou de renforcer sa domination sur le marché énergétique de la région”. Empêcher une plus grande intégration économique Russie-UE est-il vraiment dans l’intérêt de l’Europe aujourd’hui alors que le président chinois vient de faire sa première visite internationale à Moscou avec à la clef une très forte intensification de la coopération politique, militaire mais aussi et surtout énergétique entre les deux pays ?

En sanctionnant ainsi directement les actifs russes dans les banques de Chypre, c’est la Russie qui est directement visée et touchée. Bien sur les Russes ont logiquement des visées et elles sont bien plus importantes que la simple exploitation du gaz offshore dont le consortium russe Novatek a été exclu de façon assez inexpliquée. D’après l’expert en relations internationales Nouriel Roubini, la Russie vise simplement l’installation d’une base navale sur l’île (ce que les lecteurs de RIA-Novosti savent depuis septembre dernier) et que les Russes pourraient tenter de monnayer en échange d’une aide financière à Nicosie.

A ce titre, les négociations russo-chypriotes n’ont pas échoué contrairement à ce que beaucoup d’analystes ont sans doute hâtivement conclu. Mais Chypre ne se trouve sans doute pas suffisamment dans la sphère d’influence russe au vu de la dimension de tels enjeux. Il faudrait pour cela qu’elle quitte l’UE et rejoigne la Communauté économique eurasiatique, comme l’a clairement indiqué Sergueï Glaziev, le conseiller du président Poutine.

Il faut rappeler que Sergueï Glaziev avait au début de cette année dénoncé la “guerre financière totale que mènent les pays occidentaux contre la Russie aujourd’hui”. Une guerre financière qui semble confirmée par les dernières menaces de la BCE envers la Lettonie pour que celle-ci n’accueille pas d’éventuels capitaux russes qui pourraient vouloir sortir de Chypre.

Sur le plan extérieur, Chypre reste un maillon crucial pour la Russie dans le cadre de son retour au Moyen-Orient et en Méditerranée, mais aussi dans le cadre de ses relations avec l’Occident. Sur le plan intérieur, le pouvoir russe peut enfin montrer qu’il est décidé à maintenir ses objectifs de lutte contre l’offshorisation de l’économie russe, dont Vladimir Poutine avait fait un point essentiel, dans son discours de fin d’année 2012. C’est dans cette optique que le groupe public russe Rosneft vient d’indiquer qu’il allait rapatrier de plusieurs zones du monde réputées offshore les actifs hérités lors de l’acquisition de son concurrent anglais: TNK-BP, notamment de Chypre et des Caraïbes.

Au cœur du monde orthodoxe, la fin du rêve européen?

Mais pendant qu’Occident et Russie s’affrontent par territoires interposés au cœur de la Méditerranée (Grèce, Syrie, Chypre…) le peuple chypriote et les dizaines de milliers de travailleurs anglais et est-européens immigrés à Chypre vont payer la facture et sans doute traverser des années difficiles, Jean Luc Mélenchon a par exemple déjà promisl’enfer aux Chypriotes.

Alors que la Bulgarie a récemment  interrompu ses négociations d’intégration à l’euro, la Grèce continue à s’enfoncer dans l’austérité. A Chypre aujourd’hui, selon les derniers sondages, 67% des habitants souhaitent désormais que leur pays quitte la zone euro, l’UE, et se rapproche de la Russie, une position soutenue activement par l’église orthodoxe chypriote.

Au cœur de la Méditerranée et du monde orthodoxe, le rêve européen semble toucher à sa fin.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Samedi 23 mars, le gouvernement français a confirmé la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, le dirigeant d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) lors d’une opération militaire menée le mois dernier par la France au Nord Mali.

Dans un communiqué de presse du palais de l’Elysée, le président français, François Hollande, a confirmé que la mort de Zeid était survenue « lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar [montagne] des Ifoghas au Nord du Mali, à la fin du mois de février. »

Le 28 février, la chaîne algérienne Ennahar TV avait tout d’abord rapporté que Zeid avait été tué le 25 février en même temps que 40 militants islamistes lors de combats survenus près de la région montagneuse de Tigargara au Nord Mali. A l’époque, Paris n’avait ni démenti ni confirmé sa mort dans l’attente des résultats de tests ADN. Le 1er mars, le président du Tchad, Idriss Deby, avait dit que Zeid avait été tué par des troupes tchadiennes combattant aux côtés de la France.

La France a envahi le Nord Mali en janvier en affirmant que l’opération faisait partie de la « guerre contre le terrorisme » et visait à reconquérir des parties du Nord Mali contrôlées depuis 2012 par des milices islamistes et touareg. La France a envoyé quelque 4.000 soldats au Mali et supervisé le déploiement de quelque 8.000 soldats ouest-africains combattant aux côté des troupes françaises et des forces gouvernementales maliennes.

Paris a capturé des villes clé au Nord Mali, dont Gao, Kidal et Tombouctou d’abord par des frappes aériennes puis par des assauts terrestres. Le bilan des victimes civiles de la guerre de la France est toutefois encore inconnu «étant donné que Paris bloque les reportages sur la région ravagée par la guerre. Cinq soldats français ont été tués.

Le communiqué de l’Elysée affirme que la mort de Zeid est une victoire dans la guerre contre le terrorisme : « Cette disparition de l’un des principaux chefs d’AQMI marque une étape importante dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. »

En fait, l’intervention de l’armée française au Mali n’a rien à voir avec une lutte contre le terrorisme. C’est le prétexte pour une intensification de la guerre en Afrique qui est liée aux intérêts géostratégiques des puissances impérialistes et visant à miner l’influence de puissances rivales, notamment la Chine. La guerre, qui est menée pour le contrôle des régions du Mali potentiellement riches en pétrole et localisées au milieu de la région stratégique du Sahel, sert de couverture politique au déploiement des forces françaises, américaines et européennes dans le but de sécuriser les mines d’uranium du Sahel, des bases militaires et d’autres emplacements clé. (Voir : La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger».)

Tout comme al Qaïda et son dirigeant initial, Oussama ben Laden, AQMI a souvent aligné la politique réactionnaire de ses organisations sur les intérêts des puissances impérialistes.

Abou Zeid, d’origine algérienne, était un membre du parti islamiste algérien, le Front islamique du Salut (FIS). Zeid avait rejoint le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) dont les forces avaient à l’origine été mobilisées par l’impérialisme américain afin de combattre le régime de Kaboul soutenu par l’Union soviétique dans les années 1980 et 1990. Il était ensuite retourné en Algérie.

Mais Paris, qui était appuyé par Washington, s’était vivement opposé en 1990 à la victoire du FIS lors des élections algériennes, soutenant un coup d’Etat militaire. Ceci avait déclenché la guerre civile algérienne brutale, durant laquelle plus de 100.000 Algériens furent tués et durant laquelle le régime algérien avait renforcé ses relations avec la France, son ancienne puissance coloniale. De nombreux combattants islamistes algériens avaient cherché refuge au-delà de la frontière algérienne, au Nord Mali.

En 2007, le GSPC a changé de nom pour devenir Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique. Cependant, lors d’un autre virage abrupt, ces forces ont une fois de plus été mobilisées par l’impérialisme après les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Egypte durant l’hiver 2011.

Après avoir attaqué la Libye en mars 2011, Paris et Washington ont soutenu les milices islamistes liées à AQMI pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi. En Syrie, les puissances occidentales et leurs puissances régionales, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent encore le Front al-Nusra, qui est affilié à al Qaïda, encourageant une guerre civile visant à renverser le président Bachar al Assad.

La mort d’Abou Zeid ne mettra pas fin à la violence impérialiste administrée par la France à la population au Nord Mali, pas plus qu’elle ne marque une avancée dans une soi-disant lutte contre le terrorisme.

Sur fond de mécontentement populaire et de diminution du soutien pour la guerre dans les sondages publics, le gouvernement Hollande est en train de dire qu’il pourrait commencer à retirer des troupes dès le mois prochain. Le 20 mars, Hollande a annoncé que « la quasi-totalité du territoire sera revenue à la souveraineté du Mali dans quelques jours. »

En réalité les combats se poursuivent au Mali Nord. Samedi, des affrontements ont eu lieu après que les rebelles islamistes du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ont pénétré dans la ville de Gao. C’était la troisième attaque majeure depuis la prise de Gao par les troupes françaises et maliennes.

Selon Al Jazeera, « L’assaut montre que le MUJAO reste bien implanté et capable de lancer des attaques malgré les milliers de soldats français qui ont affranchi la plupart des villes du Nord Mali du contrôle des rebelles. »

Alors que la guerre continue au Mali, Paris poursuit ses ambitions impérialistes en promouvant les projets de coopération de reconstruction des entreprises françaises au Mali. Des responsables français et maliens ont organisé la semaine passée une conférence à Lyon pour discuter d’environ 300 projets locaux.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit, « Nous sommes en train de gagner la guerre. Il faut aussi gagner la paix. Et pour gagner la paix, il y a toute une série d’actions à la fois démocratiques et de développements. Et bien évidemment, les collectivités locales, l’Etat français et l’Europe, les collectivités internationales aussi, doivent aider à ce développement. Simplement, il faut maintenant que l’on assure la sécurisation [du pays]. »

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 25 mars 2013

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…Bergoglio vient de loin et, bien qu’il n’ait pas eu un rôle de premier plan dans l’église argentine complice de la dictature, il émerge de cette histoire avec un passé qui pourrait affaiblir son autorité et qu’il est utile de connaître, en dehors de toute démonisation ou sanctification. Pour commencer par les démonisations, la photo qui tourne depuis des heures sur Internet et qui fait en ce moment l’ouverture du site de l’hebdomadaire mexicain Proceso [Processus], où l’on voit un prélat donner la communion au dictateur Videla, est un faux : ce n’est pas Bergoglio. En outre, parmi les accusations que nous examinerons, contrairement à tout ce qui est affirmé de façon répétée, aucune n’a conduit à la mort de quiconque.

Il est difficile d’avoir été un prélat important dans l’Argentine des années 70 tout en restant étranger à une histoire de déchirements, drames, crimes, persécutions telle que celle de l’église argentine. Celle-ci, contrairement aux églises chilienne et brésilienne qui peuvent se prévaloir de plus de lumières que d’ombres, fut sûrement la pire, parmi toutes les églises catholiques, complice et souvent même ordonnatrice des crimes commis par les dictatures civilo-militaires qui dévastèrent l’Amérique latine dans les années 60 et 70. Il y a à peine un mois, une sentence de la magistrature mit noir sur blanc la pleine complicité de l’église catholique, y compris du primat de l’époque, le Cardinal Raul Primatesta et du nonce apostolique Pio Larghi, dans l’assassinat de l’évêque Enrique Angelelli et des prêtres Carlos de Dios Murias et Gabriel Longueville. La sentence confirmait tout ce qu’on savait à partir de mille témoignages et documents. Dans le cadre du génocide, l’église catholique argentine ne fut pas seulement complice : ses dirigeants perpétrèrent une sorte d’extermination interne en faisant éliminer prêtres et religieuses proches de l’option d’une préférence pour les pauvres décidée lors de la Conférence Eucharistique de Medellin en 1968, ou, simplement, gênants. Il y eut au moins 125 prêtres engagés dans ce mouvement qui moururent ou “disparurent”. Nombre de ceux qui perdirent la vie furent désignés aux bourreaux par les dirigeants catholiques mêmes, Tortolo, Primatesta, Aramburu, qui collaborèrent activement aux crimes aussi bien qu’à leur postérieure dissimulation.

Nous parlons ici d’une frontière ambiguë entre complicité et meurtre et c’est dans ce cadre qu’il faut mesurer actions et omissions. L’ordre auquel appartient le Pape François, l’ordre jésuite, reste en marge de la complicité avec la dictature pour les 30000 desaparecidos et la guerre intestine dans l’église même. Cependant, nombreuses sont les accusations qui frappent l’actuel pape argentin pour les six années où il a été Provincial des jésuites entre 1973 et 1979. La plus grave et circonstanciée est portée en particulier par Horacio Verbitsky, auteur de El Vuelo, le premier livre dénonçant les vols de la mort, toujours méticuleux dans ses accusations ; il est aujourd’hui président du CELS, la plus importante institution de défense des droits de l’homme du pays ; il accuse Bergoglio d’avoir refusé sa protection à plusieurs jeunes prêtres de son diocèse, trop exposés dans leur travail social avec les pauvres. Deux d’entre eux furent séquestrés pendant cinq mois. L’un d’eux, Orlando Yorio, rapporta à Verbitsky qu’il avait été livré par Bergoglio à Massera (1) lui-même, et nombreux sont les témoignages sur l’amitié entre le nouveau pape et l’Amiral membre de la Loge P2. “Bergoglio s’en est lavé les mains. Il ne pensait pas que j’en sortirais vivant.” Pour Emilio Mignone, l’une des plus pures figures de défenseur des droits de l’homme en Argentine, qui confirme et précise la dénonciation de Verbitsky, et auteur d’un texte aujourd’hui encore fondamental sur église et dictature, Bergoglio “est un de ces pasteurs qui ont livré leurs brebis.” Les accusations de Verbitsky sont aussi confirmées par Olga Wornat, dont le travail est en général étayé par un nombre énorme de témoignages.

Après la dictature, et même dans ces dernières années, Bergoglio a été appelé à témoigner dans de multiples circonstances , lors d’enquêtes et procès pour violation des droits de l’homme. Il n’a jamais parlé. L’auteur de ces lignes a personnellement vérifié dernièrement son silence face au magistrat qui enquêtait sur la séquestration d’une jeune femme enceinte. Ces indications sont-elles des précédents qui le rendent pleinement complice de la dictature ? c’est au lecteur d’en décider. Selon l’auteur, il serait aussi excessif de le pointer du doigt, qu’insuffisant de l’absoudre. Bergoglio ne fut ni un Aramburu ni un Von Wernich, mais tout aussi peu un père Mujica, un des prêtres assassinés. Il se trouvait dans une zone grise, quadragénaire en phase d’ascension, jouant un rôle important mais pas encore de premier plan, dans une église argentine où les uns ordonnaient de tuer et les autres risquaient d’être tués.

Bergoglio était depuis 1973 provincial des jésuites. Dans un ordre traditionnellement progressiste, et conduit par le Père Arrupe, le pape noir qui, au début des années 80, se heurtait à Jean-Paul II qui le réduisit à l’impuissance, c’est Bergoglio qui fut marginalisé par les siens. Pour Luis “Perico” Pérez Aguirre, prestigieux jésuite uruguayen, fondateur du SERPAJ et conseiller de l’ONU en matière des droits de l’homme, ( que l’auteur a eu l’occasion de rencontrer et d’admirer avant sa mort en 2000), dans un témoignage recueilli par Olga Wornat, “Bergoglio [qui s’était depuis longtemps voué à une relation d’absolue obéissance à Karol Wojtyla] bouleversa complètement le caractère de la Compagnie qui, de progressiste, devint conservatrice et rétrograde. J’ai rompu tout rapport avec lui, surtout du fait de son comportement pendant la dictature.”

Ce changement aura été structural : dans la rétrograde Eglise argentine, la Compagnie ne fait plus exception. Bergoglio cependant voit plus loin et c’est en dehors de son ordre qu’il trouvera moyen de rentrer en piste. Formellement encore jésuite, à partir de 1979 il évoluera en dehors de son ordre. Il doit une grande partie de sa carrière au successeur de Primatesta, Antonio Quarracino. Différent de Primatesta et avec un lointain passé progressiste déjà clos à la fin des années 60, Quarracina était rien moins qu’un saint. L’ostentation des richesses (il suffit de penser à Aramburu) est un autre trait des hiérarchies argentines dont le nouveau pape est complètement exempt : choisir comme auxiliaire Bergoglio, cet évêque simple et irréprochable, était pour Quarracino une façon de se protéger de bien des critiques.

Bergoglio ne se compromettait pas dans les fêtes auxquelles assistait le cardinal Quarracino dans la maison d’Olivos et où il se complaisait comme un quelconque Apicella à jouer de la guitare pour Carlos Menem. C’était là d’autres années sombres pour l’Argentine, celles du ménémisme. Bien des choses éloignent les deux prélats. Le primat avait des intérêts mondains, l’auxiliaire jouait son rôle d’évêque, centrant sa mission sur la formation des prêtres et l’attention au peuple des bidonvilles qui aujourd’hui encore entourent de toutes parts le grand Buenos Aires. Bergoglio sut conserver avec Quarracino des relations cordiales mais distantes. C’était peut-être la seule façon de rester fidèle à ses voeux de chasteté et pauvreté aussi bien qu’à son voeu d’obéissance.

C’est dans cette relation entre deux prélats si différents que Bergoglio se construisit un rôle de point de référence pour une nouvelle génération de prêtres argentins, notamment lorsque, premier jésuite de l’histoire, il succéda au Cardinal Quarracino en 1998. Sur ses épaules retombera la responsabilité de racheter une église catholique au passé ténébreux. Mais alors aussi se firent jour les caractéristiques qui aujourd’hui l’ont porté sur le trône pontifical : la main de fer avec laquelle il a conduit l’église argentine (et qui en fait maintenant un épouvantail pour la curie romaine), une préoccupation sociale marquée, la critique de la politique. Surtout, Bergoglio (et c’est une ligne de force marquante) montre un intérêt extraordinaire pour la vie de ses prêtres : il se préoccupe de leurs besoins matériels, il est présent, il est proche et accessible. Même Clelia Luro (qui a apporté son témoignage à l’auteur), la terrible compagne de l’évêque Jeronimo Podestà, sauve Bergoglio, et lui seul, parmi tout le clergé argentin qui avait isolé le prélat lorsqu’il avait décidé de mener la bataille pour la fin du célibat. Quoiqu’il ne partageât pas les positions de l’évêque, qui fut finalement ramené à l’état laïque, Bergoglio resta humainement proche de lui jusqu’à la fin.

Cependant, le passé revient et le profil de Bergoglio reste bas. Il essaie de se défendre lui-même ainsi que l’église argentine. Pour celle-ci en particulier, il y a peu de chose à défendre. Primatesta et Aramburu avaient élevé un mur d’inaccessibilité face aux proches des victimes qui (contrairement à ce qui s’était passé avec le Vicariat de la Solidarité à Santiago du Chili), n’avaient même pas trouvé de sûreté dans l’église. Une tache indélébile continue à éloigner bien des fidèles de l’église catholique. Lui a choisi de dénoncer de façon générale et souvent nette les péchés (selon une position qui rappelle la théorie des deux démons), mais de sauver les pécheurs, aussi bien lorsqu’il a été appelé à témoigner devant les tribunaux que lorsqu’il a écrit ou pris des décisions politiques. Lorsqu’en 2007 il fut appelé à prendre des mesures à l’encontre de Christian Von Wernich, le prêtre condamné à la prison pour avoir personnellement séquestré 42 personnes, en avoir assassiné 7 et torturé 32, il prononça des paroles fortes mais ne prit aucune sanction, contrairement à ce que demandait tout le monde de la démocratie et des droits de l’homme. Von Wernich purge aujourd’hui sa peine, mais il reste un prêtre à tous les effets, et aucune mesure disciplinaire n’a été prise à l’égard d’un tortionnaire que toutes ses victimes décrivent comme un véritable démon.

Mais qui est véritablement Jorge Bergoglio, le Pape François, qui commence son chemin d’évêque de Rome avec un aussi lourd passé ? Intégrationniste de droite, il met les pauvres au centre de son apostolat. Proche de la dictature militaire, il rend hommage aux prêtres assassinés par celle-ci. Il a eu une carrière complètement à contre-courant, conservateur dans un ordre considéré comme progressiste, premier jésuite primat argentin, premier jésuite pape, premier pape latino-américain. Ennemi des progressistes et de tous les politiciens (il les déteste et ne l’envoie pas dire, presque grillien en cela) et éloigné des organismes pour les droits de l’homme, il exige de l’Etat une éducation religieuse et est opposé aux contraceptifs, mais nul ne peut l’accuser de ne pas respecter ses voeux, en particulier celui de pauvreté.

L’auteur de ces lignes déconseille de le ranger dans la catégorie, qui lui est étrangère, des prêtres provenant de “l’église jeune” et autres simplifications journalistiques que nous rencontrerons demain. Il vient d’une église structurée et complexe et d’une réalité métropolitaine des plus dures. L’association avec la ligne de Medellin est donc tout à fait hors de propos. L’attention de Bergoglio aux pauvres est d’essence constamment caritative, jamais politique. Cependant, il faut aussi rejeter l’interprétation ténébreuse de pure et simple complicité avec la dictature, celle d’un pape choisi pour arrêter le changement en Amérique. Bien qu’il soit une personnalité bien différente de celle de Ratzinger, il présente des traits d’une forte continuité, surtout avec Karol Wojtyla. Celui-ci mena et remporta la bataille contre la théologie de la libération sans comprendre les origines de celle-ci, pour ensuite perdre la bataille contre les églises protestantes. C’est là qu’on attend le nouveau pape, à partir de son prochain voyage au Brésil.

A Buenos Aires, ses amis disent (sans qu’aucun détracteur le conteste) qu’il disparaît chaque fois qu’il le peut pour se rendre dans des orphelinats, des prisons, des hôpitaux, afin de remplir son apostolat. Pourra-t-il le faire aussi à Rome ?

Gennaro Carotenuto (sinistrainrete, le 14 mars 2013).

Note :

(1) Massera, membre de la junte argentine et principal responsable de la “guerre sale”, a été condamné à perpétuité en 1985 ; gracié par Menem en 1990, il sera réincarcéré en 1998, sous le chef de crimes contre l’humanité, non prescriptibles. C’est cette affaire qui mènera à l’annulation du principe de Obediencia debida y punto final, c’est-à-dire l’impunité pour les militaires de la dictature.

Article original en anglais  : http://www.gennarocarotenuto.it/22713-il-papa-argentino-fran…

Traduction : Rosa Llorens

Version française publiée sur le Grand Soir.

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Etats-Unis : Enseigner la guerre aux enfants.

mars 26th, 2013 by David Swanson

Le Musée National de l’Histoire des Etats-Unis et le multi-milliardaire qui vient d’y financer une nouvelle exposition, voudraient vous faire croire que nous allons devoir faire plus de guerres si nous voulons être libres. Peu importe que nos libertés semblent se réduire chaque fois que nous sommes en guerre. Peu importe que des quantités d’autres pays bénéficient de plus de liberté que nous sans avoir fait la guerre. En ce qui nous concerne, la guerre est le prix de la liberté. C’est pourquoi cette nouvelle exposition s’intitule : “Le prix de la liberté : les Etasuniens en guerre.”

L’exposition s’ouvre sur ces mots : “Les Etasuniens sont allés à la guerre pour conquérir leur indépendance, agrandir leur territoire, définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde.” Ils sont vraiment idiots ces Canadiens qui ont obtenu leur indépendance sans faire la guerre, n’est-ce pas ? Imaginez tous les gens qu’ils auraient pu tuer ! L’exposition est étonnamment assez honnête en ce qui concerne l’impérialisme, en tous cas des premières guerres. Il est bien spécifié, même si cet aveu est accompagné des justifications d’usage, que l’un des objectifs de la guerre de 1812 était de conquérir le Canada.

Par contre, en ce qui concerne la seconde partie de l’exposition : “… définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde”, le texte de présentation est proprement scandaleux. L’exposition, du moins pour ce que j’ai pu en voir sur Internet, n’explique absolument pas en quoi une guerre peut aider à “définir nos libertés”. Et, inutile d’ajouter que c’est le gouvernement, et pas les “Etasuniens” qui croit avoir des “intérêts dans le monde” qui doivent être “défendus” par la guerre.

L’exposition est un tissu de mensonges et de falsifications. La guerre civile étasunienne est présentée comme “le conflit le plus meurtrier des Etats-Unis.” Vraiment ? Parce que les Philippins ne saignent pas ? Ni les Vietnamiens ? Ni les Irakiens ? Voilà ce que nous enseignons à nos enfants ! La guerre espano-étasunienne est présentée comme une tentative de “libérer Cuba” et tutti quanti. Mais c’est par omission que l’exposition pèche le plus. Elle passe sous silence les faux prétextes utilisés pour déclarer les guerres, elle ignore ou minimise hypocritement les morts et les destructions. Elle expédie rapidement les guerres qui sont trop récentes pour que nous puissions les regarder en face.

L’exposition fournit aux enseignants un manuel qui est supposé recouvrir les 12 dernières années de guerre (qui ont causé la mort de 1,4 million personnes rien qu’en Irak) mais qui en fait ne parle que des événements du 11 septembre. Il commence ainsi :

Le 11 septembre a été une épouvantable tragédie. Les attaques dévastatrices perpétrées par des terroristes d’al Qaeda sur le territoire étasunien ont fait 3 000 morts et déclenché une guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis. Les événements de cette journée auront des conséquences sur les décisions sur la politique intérieure et étrangère pendant encore de nombreuses années. A 20H46, le 11 septembre 2001, un avion de ligne a percuté la tour du nord du World Trade Center de New York. Les pompiers et les sauveteurs se sont précipités sur les lieux. Comme on commençait à diffuser les premières images à la TV, les spectateurs horrifiés ont pu voir le second avion percuter la tour du sud à 21H03. Trente minutes plus tard, un troisième avion s’est écrasé sur le Pentagone. Un autre avion qui se dirigeait vers Washington, D.C., s’est écrasé en Pennsylvanie après que les passagers se soient opposés aux pirates de l’air. Le pays a chancelé. Mais les Etasuniens ont décidé de répliquer inspirés par les paroles d’un des passagers qui ont fait échouer la dernière attaque : ’Vous êtes prêts les gars ? On y va !’”

En parlant avec des enseignants qui ne sont pas des sociopathes, on s’aperçoit que ce genre “d’enseignement” dispensé par nos musées a un impact épouvantable sur les étudiants. Il faut lire Teaching About the Wars (enseigner les guerres, ndt) qui vient de sortir. Le livre est écrit par des enseignants qui essaient de fournir à leurs étudiants une analyse des guerres plus complète et plus honnête que ce qu’on trouve d’ordinaire dans les livres de classe dont beaucoup sont encore pires que l’exposition dont je viens de parler. Ces professeurs/auteurs affirment que lorsqu’un enseignant prétend ne pas avoir d’opinion, il enseigne aux enfants la paresse morale. Prétendre être indifférent à ce qui se passe dans le monde apprend aux enfants à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Selon eux, les enseignants doivent avoir un point de vue mais en fournir d’autres à leurs élèves pour leur enseigner l’analyse critique, le doute, et le respect des opinions des autres.

D’après eux, on ne devrait pas inciter les étudiants à rejeter en bloc toutes les déclarations officielles ni à penser que la vérité est inatteignable. Il faut au contraire former leur esprit critique pour qu’ils puissent évaluer le degré de vérité de ces déclarations et se faire leur propre opinion. Jessica Klonsky écrit :

“Parmi les cours sur les médias que j’ai donnés, un de celui qui a eu le plus d’effet comprenait un exercice de comparaison entre deux points de vue médiatiques. J’ai d’abord montré les premières 20 minutes de ’Salle de contrôle’, un documentaire en Arabique de Al Jazeera, la chaîne de TV internationale du Qatar. Et beaucoup de mes étudiants ont réalisé pour la première fois qu’il n’y avait pas que les soldats qui mouraient pendant les guerres.”

Les soldats étasuniens représentent 0,3 pour cent des morts de la guerre en Irak de 2003-2011. Ces élèves n’avaient jamais entendu parler des 99,7 autres pour cents. Apprendre ce que la guerre est réellement est certainement une des importantes leçons qui manquent dans notre système d’éducation.

Un autre sujet de cours important porte sur qui déclare la guerre et pourquoi. Bill Bigelow présente un modèle de cours qui permet à des enseignants de mettre leurs élèves face à des situations réelles mais en changeant les noms des pays. Ils peuvent discuter de ce que les pays auraient dû faire avant d’apprendre que l’un des pays est le leur et avant d’apprendre ce qu’il a fait en réalité. Puis ils peuvent commenter ses actions. Bigelow commence aussi son enseignement sur la “guerre contre le terrorisme” en demandant aux étudiants de définir le mot “terrorisme” (et non pas en s’attaquant les uns les autres, ce qui est sans doute la manière dont le Musée National d’Histoire Etasunienne recommanderait de “définir” ce mot).

Un professeur termine son cours sur le sujet en demandant “Quelle différence pensez-vous que cela ferait si tous les élèves du pays avaient la discussion que nous avons aujourd’hui ?” Il est clair qu’une question de ce genre encourage les futurs enseignants parmi ses étudiants à faire bénéficier leurs futurs élèves d’un niveau d’enseignement qui n’a plus rien à voir avec la mémorisation des dates de batailles présentée par le professeur comme un bon moyen d’impressionner les autres.

Un bon enseignement peut-il concurrencer le Musée de l’air et de l’espace sponsorisé par Lockheed Martin, les jeux vidéos, Argo, Zero Dark 30, les mensonges sophistiqués des recruteurs, le Projet de Commémoration du Vietnam, l’instrumentalisation du drapeau par les réseaux de télévision, les fascistes assurances d’allégeance quotidiennes et le manque de perspective d’une vie meilleure sur d’autres bases. Parfois oui. Et de toutes façons plus il se répand, mieux c’est.

Un des chapitres de Teaching About the Wars décrit un programme pour établir des contact entre des élèves étasuniens et des élèves d’Asie occidentale par le biais de vidéos discussions. Cela devrait faire partie de l’éducation de tout les jeunes. Je vous garantis que les “pilotes” de drones que notre gouvernement utilise pour établir à distance des liens en temps réel beaucoup plus destructeurs avec des pays étrangers n’ont jamais parlé à de petits étrangers quand ils étaient jeunes.

David Swanson

Article original en anglais :

war

“American Education”: Teach the Children War, 20 mars 2013

Traduction : Dominique Muselet

Version française publiée sur le Grand Soir.

David Swanson est l’auteur de War is a Lie. Il habite en Virginie.

Ne touchez pas à la Syrie!

mars 26th, 2013 by Bill Van Auken

Lorsqu’il a entamé mercredi 21 mars une visite de deux jours en Israël, le président américain Barack Obama a lancé des menaces belliqueuses à la fois contre la Syrie et contre l’Iran. Cette visite, qui avait ouvertement le caractère d’un conseil de guerre israélo-américain, montre clairement que dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain est en train de planifier des crimes encore plus grands au Moyen-Orient.

Le président démocrate a menacé le régime syrien de Bachar al-Assad de le « tenir responsable d’avoir recours à des armes chimiques ou de les passer à des terroristes, » ajoutant que s’il y avait des preuves que de telles armes ont été utilisées cela « changerait la règle du jeu ».

Sur l’Iran, Obama a réitéré son serment « d’empêcher ce pays d’avoir une arme nucléaire » et que « toutes les options étaient sur la table, » tout en reconnaissant le « droit » à Israël d’agir unilatéralement contre l’Iran. Il « n’y a pas beaucoup de différence » entre les Etats-Unis et Israël au sujet de l’Iran, a-t-il dit.

Les remarques d’Obama ont été faites un jour après le dixième anniversaire de l’invasion américaine de l’Irak. Ni discours ni cérémonie ne fut organisé mardi par le gouvernement Obama ou le Congrès pour marquer le début d’une guerre dans laquelle furent envoyés 1,5 million d’Américains et au cours de laquelle près de 4.500 d’entre eux sont morts et des centaines de milliers d’autres ont subi des blessures physiques ou psychologiques.

Dans un tel cas, le silence est signe de culpabilité. Les deux partis politiques, chaque ministère du gouvernement, les médias et les grands groupes américains ont été directement complices dans ce qui représente incontestablement le plus grand crime de guerre du 21ème siècle : une guerre non provoquée lancée sur la base de mensonges contre un pays quasi sans défense et qui a coûté la vie à près d’un million de personnes, laissant une société entière en ruines.

L’élite dirigeante américaine insiste maintenant pour déclencher des conflits encore plus grands et plus destructifs en dépit d’une opposition massive à la guerre. De manière orwellienne, des prétextes connus et discrédités concernant des « armes de destruction massive », le terrorisme et la promotion de la « démocratie » sont ressassés, cette fois-ci pour justifier une guerre contre la Syrie.

Au Congrès, il y a eu une avalanche d’appels en faveur de nouvelles guerres au Moyen-Orient. L’amiral James Stavridis, le chef du Commandement allié du Pentagone en Europe, a témoigné mardi devant la Commission des forces armées du Sénat au sujet d’une planification approfondie par l’OTAN d’une intervention en Syrie. « Nous examinons un large éventail d’opérations et nous sommes prêts, si on nous le demande, à nous engager comme nous l’étions en Libye, » a-t-il dit.

Selon Stavridis, la mise en place d’une « zone d’exclusion aérienne » est sérieusement étudiée. Des appels en faveur d’une telle zone d’interdiction de vol en Libye, approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies en mars 2011, avaient été à l’origine d’une campagne de bombardement des Etats-Unis et de l’OTAN et d’une guerre visant à un changement de régime.

Le président de cette commission, le sénateur Carl Levin, (Démocrate du Michigan) avait dirigé l’audition de Stavridis. La veille, il s’était exprimé devant le Conseil sur les relations étrangères et avait réclamé l’établissement d’une « zone protégée le long de la frontière turco-syrienne » et sur le recours à la force militaire « pour s’en prendre à une partie de la défense aérienne syrienne et des forces aériennes syriennes. »

Des résolutions furent soumises à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat pour réclamer une intensification de l’armement et de l’entraînement des « rebelles » luttant pour le renversement d’Assad et qui sont soutenus par l’Occident.

Entre-temps, le recours apparemment à des armes chimiques et qui a coûté mardi 19 mars la vie à plus de trente Syriens a suscité à Capitol Hill (siège du Congrès) de nouvelles demandes pour une intervention directe américaine.

Le gouvernement syrien a accusé les combattants soutenus par l’Occident d’avoir tiré le missile armé d’une tête chimique. De toute évidence, l’engin a touché un village contrôlé par le gouvernement à l’extérieur de la ville d’Alep. Des sources de l’opposition ont dit que la plupart des victimes étaient des soldats du gouvernement syrien alors que des sources en Syrie les ont décrites comme étant des civils alaouites, une population qui soutient en grande partie Assad.

Des législateurs ont évoqué les menaces antérieures d’Obama selon lesquelles le recours à l’arme chimique en Syrie constituait une « ligne rouge » qui provoquerait une intervention américaine. « Si les articles d’aujourd’hui sont fondés, la ligne rouge du président a été franchie, et nous l’exhorterions à prendre une action immédiate pour imposer les conséquences qu’il a promises, » ont dit les sénateurs républicains Lindsey Graham et John McCain dans un communiqué commun.

Dans une interview, Graham est allé plus loin et a réclamé l’envoi de troupes américaines au sol en Syrie pour sécuriser ses armes chimiques, une opération que le Pentagone a jugé nécessiter 75.000 soldats et Marines.

La logique tordue de cette campagne est que la guerre civile sectaire, qui dure depuis deux ans et que les Etats-Unis et leurs alliés en Europe, en Turquie et les monarchies du golfe Persique, ont fomentée, financée et armée, a affaibli le régime Assad à un point tel que ses armes chimiques pourraient tomber entre les mains de terroristes.

Cependant, ces terroristes, comme le Jabhat al-Nusra qui est lié à al Qaïda et d’autres milices djihadistes, forment les principales troupes de choc de la guerre appuyée par l’Occident en vue d’un changement de régime.

En ce qui concerne l’affirmation que Washington est en train de promouvoir la « démocratie » en Syrie, il ne pourrait y avoir de réfutation plus révélatrice que l’« élection » lundi du premier ministre d’un nouveau « gouvernement intérimaire » qui doit être installé sur la partie du territoire syrien saisie par les soi-disant rebelles. Le vainqueur, choisi par à peine 35 membres du Conseil national syrien formé sous la tutelle du Département d’Etat américain, est Ghassan Hitto. Un citoyen américain et cadre supérieur d’une entreprise de télécommunications basée au Texas qui avait quitté la Syrie il y a plus de 30 ans, à l’âge de dix-sept ans.

Les prétextes idéologiques pour une guerre américaine en Syrie sont encore moins cohérents que ceux utilisés il y a dix ans pour la guerre en Irak. Les véritables forces motrices sont les mêmes. Ce qui est impliqué c’est une guerre prédatrice visant à redessiner la carte du Moyen-Orient de façon à servir les intérêts de l’impérialisme américain et à garantir son hégémonie sur les ressources énergétiques de la région. Une guerre pour un changement de régime en Syrie fait partie d’une campagne plus générale pour une guerre contre l’Iran qui comporte le risque d’un engagement de la Russie et aussi de la Chine.

Alors que l’establishment dirigeant américain voudrait enterrer la mémoire de la guerre en Irak, la population laborieuse a tiré ses propres conclusions et un sondage d’opinion après l’autre montre que l’écrasante majorité est d’avis qu’elle n’aurait jamais dû être menée.

La tentative d’imposer, en recourant aux mêmes mensonges réchauffés, une nouvelle guerre à la population américaine, s’accompagne d’une attaque grandissante des emplois et des niveaux de vie ainsi que de révélations permanentes sur la criminalité de l’aristocratie financière dans l’intérêt de laquelle ces guerres sont menées. Un tel mélange volatile est le meilleur moyen pour conduire à des explosions sociales aux Etats-Unis et au développement d’un mouvement politique de masse contre les guerres impérialistes en Irak, en Syrie et au-delà.

Bill Van Auken

Article original WSWS, paru le 21 mars 2013

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Une heure pour la planète : Une escroquerie éhontée

mars 26th, 2013 by Tony Cartalucci

Rien ne représente mieux le mouvement environnementaliste kidnappé par le monde entrepreneurial que cette escroquerie éhontée qu’est « Une heure pour la planète ». Une fois par an, nous sommes bombardés dans le monde entier, par une campagne de publicité destinée à nous faire « sentir bien » sur toutes les radios, réseaux de télévisions, panneaux d’affichage, journaux, magazines et tout autre moyen possible et imaginable pour promouvoir un évènement consistant à fermer la lumière pendant une heure par an, pour « prendre position contre le changement climatique »

Image : Ce qu’Al Gore ne vous dit pas : le CO2 était 1000 fois plus élevés durant la période du Crétacé et le niveau de l’eau était si élevé que l’Amérique du Nord avait une mer intérieure. L’Antarctique était couvert de forêts tempérées et de dinosaures.

 

Video: Corbett Report

La science n’a pas réussi à prouver que le changement climatique anthropique se produit réellement, à tel point que certains de ses promoteurs, comme par exemple John Holdren de la Maison-Blanche, ont rebaptisé le « réchauffement planétaire » en « changement climatique » puis en une nouvelle version plus ambigüe, la « perturbation climatique ». Toutefois les preuves suggèrent que les « scientifiques » qui vendent cette théorie ont trompé le public à maintes reprises. Il convient de noter que John Holdren est une créature du Belfer Center de Havard, nommé en l’honneur du magnat corrompu du pétrole Robert Belfer. La plupart des politiques issues du Centre Belfer, se retrouve devant des délégués assistant aux sommets très inefficaces et frauduleux sur le changement climatique, comme ceux s’étant tenus récemment à Copenhague et Cancun.

Si l’on regarde de plus près les entreprises parrainant « Une heure pour la planète » ou même les commanditaires du World Wild Fund (WWF),(incluant des entreprises figurant sur la liste du Fortune 500 page 24, pdf, et ici) ou la myriade de banksters et de pétroliers qui dirigent les centres de politique du climat comme le Centre Belfer, il faut comprendre que non seulement les gros intérêts pétroliers et le reste des entreprises polluant la planète ont détourné le mouvement environnementaliste ainsi qu’une multitude d’activistes bien intentionnés, mais que ces intérêts corporatistes l’utilise désormais pour souiller davantage la planète et sa population avec une justification morale.

Pouvons-nous nous attendre à autre chose de la part d’une aussi grande organisation ayant autant d’affiliations entrepreneuriales?

Les solutions proposées pour résoudre ces problèmes impliquent bien sûr de plus grandes consolidations de pouvoir entre les mains de gouvernements, les solutions étant la taxe sur le carbone payée directement aux banquiers, des lois et règlementations et règlementations, et des lois, qui ne peuvent être suivies que seules des entreprises puissantes peuvent se permettre, éliminant ainsi la concurrence, ainsi qu’une liste de solutions inefficaces qui ne font que donner plus de pouvoir à ces mêmes entreprises à l’origine des dommages environnementaux, dommages réels et vérifiables.

L’horloge du carbone de la Deutsche Bank

 

Qu’en est-il des véritables dangers pour l’environnement? Qu’en est-il de l’industrie nucléaire débridée, de l’uranium appauvri répandu dans les théâtres de guerre toujours plus nombreux où s’engage l’Occident en expansion permanente, des plantes et des animaux génétiquement modifiés qui déplacent et altèrent les espèces naturelles qui habitent cette planète? Et que dire de la méga-industrie agroalimentaire inefficace, avec sa logistique volumineuse et ses quantités faramineuses de produits dérivés du pétrole, des herbicides toxiques et des pesticides largués dans notre nourriture par des entreprises comme Monsanto, du libre-échange entraînant l’utilisation de tonnes carburant diesel pour transporter des babioles en plastique des usines chinoises aux rives américaines et la liste est infinie.

En général, les véritables solutions n’impliquent pas les entreprises ou les gouvernements. En réalité, il est plutôt nécessaire de les exclure. Nous devrions tous pouvoir nous entendre sur le mariage entre les intérêts des entreprises et les règlementations gouvernementales, peu importe notre allégeance politique.

Les véritables solutions impliquent une véritable éducation dans les domaines scientifique, technologique, du design et de la fabrication. Cela donne du pouvoir aux personnes à tous les niveaux de la société, afin qu’elles évaluent précisément les problèmes et appliquent des solutions localement. Combiné aux technologies modernes de production, cela permet d’en faire davantage au niveau local, court-circuitant ainsi les chaînes logistiques intensives des pétroliers sans lesquels les commanditaires du WWF comme Walmart ne pourraient vivre.

L’agriculture bio à un niveau local conjuguée aux marchés des fermiers locaux élimine totalement la nécessité des poisons, des engrais et des cultures Frankenstein génétiquement modifiées de Monsanto, et remplace les réseaux logistiques de distribution de l’agroalimentaire consommant d’énormes quantité de pétrole.

En fait, lorsqu’on y pense, presque toutes ces véritables solutions impliquent l’action locale et communautaire. Elles ne nécessitent pas de politique, de taxe ou de règlementations, mais plutôt de la technologie, de l’éducation et des solutions techniques constructives et pragmatiques, qui rendraient non seulement notre environnement, mais aussi nos économies locales et nos communautés plus habitable et autosuffisantes. L’attrape c’est que, vous l’aurez noté, aucune de ces activités ne nécessite de commanditaires, comme ceux du WWF, c’est-à-dire Walmart, Nike, IBM, Toyota, Bank of America, Coca-Cola, HSBC, Citigroup, IKEA, Nokia etc. Et voilà pourquoi ce n’est pas mis en pratique.

Peut-on logiquement voir pourquoi les vrais problèmes et leurs solutions se font pirater par des conglomérats comme le WWF? Est-il sensé de les voir offrir des solutions « alternatives », centralisées et dépendantes des entreprises remplaçant l’activisme local?

Enquêtez vous même au sujet du WWF et des ses commanditaires commerciaux et vous verrez combien d’entre eux sont sur cette liste, « Naming Names », qui expose les entreprises et les intérêts spécifiques qui nous maintiennent en état de guerre perpétuelle et au bord de la ruine financière.

Pouvons-nous honnêtement penser que ces entreprises se préoccupent de la gestion responsable de la planète? Se soucient-elles des gens? Se soucient-elles de l’environnement? Ne sont-elles pas au centre des plus horribles scandales, atrocités et guerres de notre époque? Si vous vous préoccupez de votre environnement, alors faites vous une faveur : gardez vos lumière allumée pendant la prochaine « heure pour la planète », et lisez un peu sur la façon dont vous pouvez acquérir du pouvoir, pour vous et votre communauté et devenir indépendants de ces entreprises avides de pétrole, ravageant le monde faisant la promotion de leur version de « l’environnementalisme » par le biais d’organisations piratées comme le WWF. Elles ont créé une religion à leur image, malthusienne, misanthrope, prêtant obéissance servile à une gouvernance mondiale « promettant » d’arranger les problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés.

Soyons plus intelligent et regardons au-delà de coup de relation publique que constitue cette campagne d’« Une heure pour la planète » et cherchons des solutions locales. Pensons et agissons localement. Vous connaissez les problèmes de votre localité et vous savez fort probablement comment les arranger. Vous et vos voisins pouvez surtout comprendre que cela est dans votre meilleur intérêt et vous n’avez pas besoin de charlatans comme Al Gore pour vous tenir la main en lui payant des taxes sur le carbone.

Pour en savoir plus sur des solutions réelles qui ne promeuvent pas seulement la liberté, mais nous donnent des outils pour créer des solutions technologiques locales plus efficaces et plus propres, veuillez consulter ces liens (en anglais) :

Decentralize Big-Retail

Self-Sufficiency

Alternative Economics

The Lost Key to Real Revolution

Boycott the Globalists

Tony Cartalucci

Article original:

http://landdestroyer.blogspot.jp/2013/03/earth-hour-2013-still-despicable-hoax.html

Traduction : Mondialisation.ca

 

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L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

mars 26th, 2013 by Manlio Dinucci

Double engagement répété par Obama dans sa visite en Israël. L’alliance toujours plus forte des USA avec l’Etat israélien, confirmée par le fait que « nos militaires et nos services de renseignement coopèrent plus étroitement que jamais ». Ceci est indubitable. La création d’ « un état palestinien indépendant et souverain ». Ceci est faux. L’ « Etat palestinien » auquel on pense à Washington ressemble beaucoup à une « réserve indienne » : il y a quatre mois, aux Nations Unies, les Usa ont même voté avec Israël contre la reconnaissance de la Palestine en tant qu’ « Etat observateur non membre ». Mais se déclarer favorables à un Etat palestinien accrédite l’idée que les Etats-Unis sont engagés, comme jamais, pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Obama a en outre joué le médiateur de paix entre la Turquie et Israël : Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».

Après ses rencontres en Israël, Obama a fait escale à Amman, en réaffirmant « l’engagement des Etats-Unis pour la sécurité de la Jordanie », mise en danger par la « violence qui filtre à travers la frontière avec la Syrie ». Il reste à voir, cependant, dans quelle direction. Comme informe le Guardian, des instructeurs étasuniens, aidés par des collègues français et britanniques, entraînent en Jordanie les « rebelles » qui sont infiltrés en Syrie. Le cercle se resserre ainsi autour de la Syrie, avec une opération sous direction Usa/Otan menée à travers la Turquie et Israël (à présent réconciliés) et la Jordanie. Et, pour l’estocade finale,  le casus belli est prêt : le lancement d’un missile à tête chimique, qui a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la zone d’Alep.

A Jérusalem, Obama a exprimé sa solidarité avec « la préoccupation croissante d’Israël pour les armes chimiques de la Syrie voisine », en avertissant que, si l’enquête trouvait les preuves que ce sont les militaires syriens qui ont utilisé l’arme chimique, cela « changera les règles du jeu ». En d’autres termes, c’est une menace d’intervention « préventive » USA/Otan en Syrie, au motif de bloquer l’arsenal chimique avant qu’il ne soit utilisé. Si de telles «preuves » émergeaient, cela voudrait dire que le gouvernement syrien a décidé d’utiliser un missile à tête chimique contre ses propres soldats et civils loyaux au gouvernement (la quasi-totalité des victimes), pour fournir aux Usa et à l’Otan, sur un plateau d’argent, la justification pour attaquer et envahir la Syrie. En attendant, en même temps que des dollars et des armes, Washington a déjà fourni aux « rebelles » le futur premier ministre : Ghassan Hitto, citoyen étasunien d’origine syrienne. Un executive[1] texan dans la technologie d’information, choisi formellement par les « rebelles ».

Qu’est-ce qu’Obama devrait faire d’autre pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient ?

 

Edition de mardi 26 mars 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130326/manip2pg/14/manip2pz/337945/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] Executive, en anglais dans le texte, est le mot qui revient absolument invariablement dans les présentations anglophones du nouveau premier ministre syrien déniché au Texas par l’administration étasunienne (et « alliés ») : mot générique qui en dit long non seulement sur le flou entourant ce que Monsieur Hitto a fait jusque là mais aussi sur l’arrogance et le mépris de cette même administration (et « alliés ») qui ne ressent aucune nécessité à donner le moindre vernis de crédibilité à ses larbins. L’analyse précise du langage de l’empire, en deçà et au-delà de ses effets d’annonce, donne des clés essentielles pour une analyse non moins précise de la situation géopolitique. NdT pour la version française.

 

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Québec : Du gaz dans ton sirop

mars 25th, 2013 by Gérard Montpetit

Le mois de mars est arrivé. Les journées allongent et la neige fond au soleil. Au Québec, depuis quatre cents ans, c’est à ce moment de l’année que de gais lurons se dirigent vers la forêt pour entailler les érables. Ce geste séculaire, qui est devenu une véritable fête, la fête des sucres, est au cœur de notre identité québécoise. Les produits de l’érable font partie intégrale de notre culture et aussi de notre renommée.

Or, une menace plane sous les racines de nos érables à La Présentation, comme en bien d’autres endroits au Québec. Le puits de gaz de schiste du rang Salvail, qui n’est pourtant pas en production, laisse toujours s’échapper du méthane des profondeurs de la terre. Bien sûr, Gastem et sa partenaire, la compagnie albertaine Canbriam Energy, ont tenté de colmater les fuites au cours de l’été 2011 mais sans succès car si Gastem avait réussi, sans doute l’aurait-elle crié sur tous les toits et elle n’aurait pas hésité à brandir en conférence de presse un document émis par le Ministère de l’environnement pour démontrer leur réussite. Or il n’en est rien, et l’absence d’information depuis ce temps est fort inquiétante.

Dans un récent article de La Presse [1], Marie-Michèle Sioui nous dit qu’après plus de deux ans et demi de tergiversations pour empêcher les citoyens de savoir ce qui a été injecté sous nos pieds, les gazières ont finalement remis divers documents dans lesquels on retrouve cités un grand nombre de produits et substances. «Arsenic, mercure, plomb, uranium et nitrites font partie de ces produits, à l’instar des 64 000 litres d’acide chlorhydrique…» est-il indiqué dans l’article. La journaliste ne relève pas l’ensemble des substances mais si l’on ne considère que ceux mentionnés, qui peut prédire les réactions chimiques qui peuvent avoir lieu au fonds du puits, là ou règne une température et une pression élevées?… Tout étudiant en chimie vous dira que des produits chimiques peuvent réagir pour en produire de nouveaux et que ceux-ci ont en général des propriétés souvent très différentes des produits originaux. Qui pourrait donc connaître la toxicité de ce que l’on retrouve dans les puits des gazières?…

À La Présentation, pour autant que l’on puisse en savoir quelque chose, le méthane et tous les autres produits chimiques qui furent employés lors du forage fuient du sol dans un rayon de plus de 20 mètres (donc 125 pieds de diamètre) autour de la tête de puits. Ça fait beaucoup de «cochonneries» qui se promènent dans le sol et qui menacent la nappe phréatique. Quelles en sont les conséquences pour la santé publique et, plus particulièrement en cette saison, pour la qualité du sirop d’érable qui sera produit? De fait, si l’eau d’érable coule généreusement dans les seaux ou les tubulures, c’est parce que les racines de nos érables s’abreuvent dans l’eau du sol et du sous-sol…

On serait donc en droit de demander à Canbriam Energy, et à toutes les autres compagnies gazières, si les racines des érables peuvent absorber ces nouveaux contaminants chimiques. On a ici un premier indice… Michel Labrecque, de l’Institut de recherche en biologie végétale au Jardin Botanique, utilise des saules pour décontaminer les sols des usines désaffectées de leurs métaux lourds et autres produits chimiques. On pourrait sans doute conclure qu’il est possible que certaines substances chimiques pénètrent dans les racines et montent dans la sève des érables. Heureusement, on ne fait pas de sirop de saule!

On pourrait aussi demander à ces compagnies et à leurs sous-traitants si la sève contaminée peut agir sur le métabolisme des érables. Est-ce que la sève contaminée peut, à terme, modifier la photosynthèse des feuilles? ou encore hypothéquer les mécanismes de défense de l’arbre?…

C’est inquiétant aussi d’imaginer que ces produits chimiques peuvent se retrouver dans la «panne à bouillir» avec l’eau d’érable. Et là, ça se complique. Le processus d’ébullition concentre les sucres présents dans la sève car il faut entre 35 et 40 litres d’eau d’érable pour faire un litre de sirop. De plus, la chaleur accélère la plupart des réactions chimiques. Or, on retire le sirop du feu à environ 104°C, la tire d’érable à 114°C et le sucre dur à 118°C. Est-ce que les produ its chimiques présents dans la sève pourraient être 35 fois plus concentrés dans le sirop, comme cela est le cas pour les sucres? Pourraient-ils être dégradés? Une question se pose : quelle est la composition finale du sirop d’érable? Du sucre d’érable? En absence de réponse, il existe un sage principe: le principe de précaution…

On mentionne dans la brochure «De la palette à la fourchette» de l’an dernier que 17 % de la production mondiale des produits de l’érable provient du Vermont et des États Américains limitrophes; environ 7% de la production mondiale des produits de l’érable provient de l’Ontario et des provinces maritimes; et 76% provient du Québec. Il y a là une industrie et un patrimoine unique à protéger. Fait étonnant : la majorité des régions productrices de sirop au Québec sont assujetties à des permis et à des travaux d’exploration des gazières et il suffit de consulter la carte des permis du Ministère des Ressources naturelles du Québec pour s’en convaincre. Est-ce que l’ensemble de l’industrie acéricole québécoise et des petits producteurs est consciente des dangers que représente l’exploration gazière pour leurs produits? Cela me semble très important et mériterait une grande attention.

Pour le moment, il n’y a qu’un puits à La Présentation et il fuit. L’industrie du gaz projette quant à elle de forer 20 000 puits dans la vallée du Saint-Laurent. Combien laisseront échapper des produits toxiques dans 20 ans? dans un siècle?

Gérard Montpetit
Membre du comité Nonschiste La Présentation 14 mars 2013

[1] La Presse, 9 mars 2013. Gaz de schiste : cocktail chimique utilisé pour les forages. http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201303/08/01-4629270-gaz- de-schiste-cocktail-chimique-utilise-pour-les-forages.php

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Dans un discours prononcé à Jérusalem jeudi 22 mars, Obama a aligné inconditionnellement les intérêts américains sur ceux d’Israël et réitéré les menaces de guerre déjà faites contre la Syrie et l’Iran

Ce discours, prononcé devant plusieurs centaines d’étudiants, avait pour intention ostensible de signaler le soutien continu de Washington pour le soi-disant « processus de paix », la pantomime moribonde jouée depuis des décennies et qui a servi de couverture à l’oppression du peuple palestinien et de moyen de promouvoir les objectifs américains dans le reste du monde arabe.

L’administration américaine a choisi cet auditoire plutôt que la Knesset de peur qu’Obama ne se fasse chahuter par les éléments sionistes d’extrême-droite qui dominent dans le gouvernement du premier ministre Benjamin Netanyahu.

Avant son discours de Jérusalem, Obama a fait un bref voyage à Ramallah en Cisjordanie, où il a tenu une conférence de presse commune avec le patron de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Ramallah pour dénoncer cette visite, mais furent tenus à l’écart du quartier général d’Abbas par une phalange de la police de l’Autorité palestinienne. Faisant face à la police, les manifestants ont commencé à scander des slogans contre Abbas, criant « à bas le régime militaire ».

Tout en proférant des platitudes sur le fait que l’extension de plus en plus rapide des colonies sionistes en Cisjordanie occupée n’était pas « constructive », Obama n’a pas répété son exigence de 2009 d’un gel de l’implantation de colonies. Au contraire, il a fait pression sur l’Autorité palestinienne et sur Abbas pour qu’ils abandonnent leur propre revendication d’un gel de l’activité d’implantation.

Obama a expliqué que la politique en Israël était « complexe » et que l’installation de colonies n’était pas « une question qui allait être résolue dans l’immédiat ». Il blâma les Palestiniens pour être d’avis que « nous pouvons seulement avoir des négociations directes quand tout est réglé d’avance, alors il n’est pas nécessaire d’avoir des négociations ».

En réalité, la soi-disant « solution des deux Etats » est devenue lettre morte, les implantations de colonies sionistes ayant déjà avalé près de la moitié de la terre occupée par Israël lors de la guerre de 1967, et qui devait prétendument devenir le territoire d’un mini-Etat palestinien. Il y a maintenant 560.000 israéliens, 60.000 de plus que lorsque Obama est arrivé à la présidence.

Le New York Times a fait état d’un document résumant les « points de discussion » dressés par l’Autorité palestinienne en vue de la rencontre avec Obama et qui suggère qu’Abbas et la clique riche et corrompue qu’il représente était prête à s’abaisser encore plus devant les Etats-Unis et Israël.

Ce document propose un accord par lequel Netanyahu pourrait « s’engager envers vous secrètement de stopper l’implantation des colonies pendant la période de négociations. »

Tant la presse israélienne que l’Autorité palestinienne ont décrit le discours d’Obama devant les étudiants israéliens comme l’adoption la plus enthousiaste de l’idéologie du sionisme par n’importe quel président dans l’histoire des Etats-Unis. Un journal israélien a pressé Obama d’émigrer en Israël et d’y être candidat à la présidence.

Obama a d’abord insisté sur le droit inconditionnel d’Israël à sa sécurité – bien que l’option d’une telle sécurité n’existe pas pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ou pour les pays adjacents comme le Liban qui ont été soumis de façon répétée aux invasions et aux bombardements d’Israël. C’est Israël et non ces pays qui sert de bastion aux opérations contre-révolutionnaires et néocoloniales des Etats-Unis dans la région.

« Le rapport de sécurité entre les Etats-Unis et Israël n’a jamais été plus fort : plus de manœuvres entre nos armées et plus d’échanges entre nos responsables politiques, militaires et du renseignement que jamais auparavant ; le plus vaste programme jusque-là pour vous aider à maintenir votre avantage militaire qualitatif » se vanta Obama. Il annonça que des discussions avaient lieu pour prolonger d’une décennie le programme d’aide militaire américain qui fournit des milliards de dollars à l’armée israélienne chaque année.

Obama a répété la menace d’une action militaire contre la Syrie déjà faite la veille lors d’une apparition commune avec Netanyahu. « Nous ne tolérerons pas l’utilisation d’armes chimiques contre le people syrien ou le transfert de ces armes à des terroristes » a-t-il dit. « Le monde vous regarde et nous vous tiendrons pour responsables »

Il y a une abondance de preuves qui indiquent que les armes chimiques utilisées le mardi 19 mars, tuant au moins trente syriens dans une zone contrôlée par le gouvernement près de la ville d’Alep, était effectivement l’œuvre de « terroristes » — ceux que les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent dans la guerre menée pour un changement de régime. Le président américain ne parlait pas cependant de ces forces liées à Al-Qaïda mais bien plutôt du mouvement de masse chiite Hezbollah qui a été une force prépondérante dans le gouvernement libanais. Il exigea que tous les gouvernements étrangers se joignent à Washington pour stigmatiser celui-ci comme une « organisation terroriste ».

Obama répéta encore plus vigoureusement ses menaces contre l’Iran et son programme nucléaire, affirmant que si Washington rechercherait la soumission de Téhéran par des moyens diplomatiques « le temps n’était pas illimité ».

« J’ai dit au monde que toutes les options étaient sur la table pour remplir nos objectifs » ajouta-t-il. L’Amérique fera ce qu’elle doit faire pour empêcher que l’Iran n’ait une arme nucléaire. »

Le reste du discours était en grande partie consacré à appeler à une reprise du « processus de paix » et de la « solution des deux Etats ». Obama insista pour dire que tout accord devait comporter la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël comme d’un « Etat juif », une définition qui renforcerait la privation de droits de style apartheid des non juifs, y compris une nombreuse population palestinienne à l’intérieur d’Israël et abrogerait tout droit de retour pour les Palestiniens.

Si les médias ont fait l’éloge de cette rhétorique pacifique la qualifiant d’« audacieuse » et de « courageuse », les politiciens sionistes droitiers du gouvernement de Netanyahu eux, balayèrent du revers de la main les remarques du président.

Netanyahu remercia Obama de son discours et de son « soutien total d’Israël ». Son nouveau ministre de l’Economie et du Commerce, Naftali Bennett exprima cependant des réserves quant à la référence d’Obama à l’occupation de la Cisjordanie par Israël, et déclara : « Une nation ne peut pas être l’occupant de ses propre terres. »

Danny Ayalon, l’ancien droitier et nationaliste vice-ministre des Affaires étrangères, dit que ce discours ne faisait « pas problème » étant donné qu’il ne contenait aucune proposition spécifique pour ce qui était des soi disant pourparlers de paix.

Depuis, le Jerusalem Post a suggéré que les propos sur une reprise du « processus de paix » n’étaient que de la poudre aux yeux pour accompagner l’objectif principal du voyage d’Obama, qui était d’intensifier la menace de guerre vis-à-vis de l’Iran.

« On a spéculé pendant des années sur le fait que les Etats-Unis retenaient Israël dans la question de l’Iran » notait ce journal. « En fait, avant la visite d’Obama on spéculait sur le fait qu’un des buts principaux de son voyage était de mettre devant Netanyahu un gros feu rouge. » Et il poursuivait ainsi: « Publiquement, cependant, retenir Israël n’a pas été le message d’Obama. En fait, c’est le contraire qui est vrai – et ce sont les mots que les Iraniens entendent également. »

Lors de la conférence de presse jointe de mercredi 20 mars, Obama a reconnu le « droit » unilatéral d’Israël d’attaquer l’Iran. « Chaque pays doit prendre ses propres décisions quand il s’agit de la terrible décision de s’engager dans une action militaire quelconque et Israël est dans une situation différente de celle des Etats-Unis, » dit-il.

« Obama espère qu’on n’en arrivera pas là avec l’Iran, il espère que les Iranien vont reculer » commenta le Jerusalem Post. « Mais s’ils ne le font pas, la menace militaire crédible que Netanyahu veut voir brandir à coté de la pression économique, politique et diplomatique déjà appliquée contre l’Iran n’est rien moins qu’Israël même. L’Iran et la communauté internationale ont été prévenues. »

Dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain pose les fondements d’une guerre contre l’Iran qui a une superficie et une population trois fois plus grandes que celles de l’Irak. Les motivations sont les mêmes, le contrôle des régions les plus vitales dans le monde du point de vue géostratégique et énergétique.

Toue attaque de l’Iran par Israël entraînerait rapidement une intervention des Etats-Unis. Par son approbation publique du « droit » d’Israël à lancer une telle attaque, Obama met en marche un mécanisme qui conduit à une conflagration militaire.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, publié le 22 mars 2013

 

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 «Il y a deux fous dans tout marché: l’un qui ne demande pas assez, et l’autre qui demande trop.»

Proverbe américain

Obama s’est rendu en Israël où il a rencontré les autorités du pays. Pour lui, la cause palestinienne et sa résolution sont de la responsabilité unique d’Israël, des citations en hébreu pour s’assurer les bonnes grâces de Netanyahu:

«Au premier jour de sa visite au Proche-Orient, le président américain a multiplié mercredi les déclarations visant à rassurer une opinion israélienne méfiante. A peine le pied posé sur le sol de Tel-Aviv mercredi, le président américain a lancé en hébreu: ´´C’est bon de revenir en Israël´´. Outre l’effort linguistique, toujours appréciable, il a rappelé que ce n’était pas son premier séjour dans le pays. ´´Notre alliance est éternelle´´, a assuré Obama, ajoutant que les Etats-Unis étaient ´´fiers d’être le plus fort allié d’Israël´´. Barack Obama, qui a appelé à sept reprises Benjamin Netanyahu par son surnom ´´Bibi´´, a annoncé que les Etats-Unis et Israël allaient ´´ouvrir des discussions´´ pour prolonger l’aide militaire américaine au-delà de 2017. Les deux hommes ont ensuite inspecté le système antimissile Iron Dome, financé par les Etats-Unis.» (1)

Lors du discours d’accueil, le Premier ministre Netanyahu a clairement défini les priorités d’Israël, à savoir, l’Iran, la Syrie et la Palestine selon sa vision. Ecoutons-le: «Monsieur le Président, vous avez dit clairement que vous êtes déterminé à empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. (..) Malgré nos efforts conjoints et votre grand succès dans la mobilisation de la communauté internationale, la diplomatie et les sanctions jusqu’à présent n’ont pas arrêté le programme nucléaire iranien. Et comme vous le savez, mon avis est que pour stopper le programme nucléaire iranien, la diplomatie et les sanctions doivent être complétées par une menace claire et crédible d’action militaire. (…) Le peuple juif, seulement il y a deux générations, était un peuple impuissant et sans défense contre ceux qui ont cherché à nous détruire. Aujourd’hui, nous avons le droit et la capacité de nous défendre. Comme vous l’avez dit plus tôt, aujourd’hui, l’essence même de l’Etat d’Israël, l’essence de la renaissance de l’Etat juif, est la réalisation du rêve séculaire du peuple juif: d’être maîtres de notre destin dans notre propre État, et je pense que c’est quelque chose de merveilleux que nous chérissons. C’est l’essence même de cet Etat. (…) J’ai donc hâte de continuer à travailler avec vous pour régler ce qui est une menace existentielle pour Israël, et une grande menace pour la paix et la sécurité dans le monde.»(2)

«Monsieur le Président, nous avons discuté aujourd’hui de la situation en Syrie. Nous partageons l’objectif de voir un pays stable et pacifique en Syrie sortir du carnage auquel nous avons assisté au cours des deux dernières années. Nous partageons également la volonté d’empêcher l’arsenal meurtrier de la Syrie de tomber dans les mains de terroristes. (…) Enfin, Monsieur le Président, votre visite nous a donné l’occasion d’essayer de trouver un moyen de faire progresser la paix entre Israéliens et Palestiniens. (…) Alors, laissez-moi être clair: Israël reste pleinement attaché à la paix et à la solution à deux Etats pour deux peuples. Nous tendons la main dans la paix et l’amitié au peuple palestinien. (…) Asseyons-nous autour de la table de négociation. Mettons de côté toutes les conditions. Laissez-nous travailler ensemble pour réaliser le compromis historique qui mettra fin à notre conflit une fois pour toutes.»(2)

Le discours d’Obama à Jérusalem

Dans son discours, à Jérusalem, la symbolique est importante car il permet de faire référence au discours du Caire -mal perçu en Israël- pour les Arabes, le président américain Barack Obama a appelé jeudi la communauté internationale à déclarer le mouvement chiite libanais Hezbollah une organisation ´´terroriste´´, ´´Chaque pays qui reconnaît la valeur de la justice doit désigner le Hezbollah pour ce qu’il est: une organisation terroriste.» (3)

 «Le président américain a déployé à Jérusalem tout son talent d’orateur pour gagner le coeur des Israéliens. (…) Point culminant d’un voyage pensé et conçu comme une opération de charme vers les Israéliens, son discours de Jérusalem était avant tout destiné à rassurer et conforter son auditoire. (…) Le lien «indestructible» entre Israël et les États-Unis, mantra de sa visite, a été longuement développé par le président américain. L’ordre des priorités évoquées par Obama était aussi destiné à rassurer les Israéliens: sécurité, paix, et prospérité.»

«Énumérant toutes les menaces qui pèsent sur Israël, depuis les roquettes du Hamas jusqu’à l’arme nucléaire iranienne, en passant par les missiles du Hezbollah et les armes chimiques syriennes, Obama s’est fait l’écho de la vision sécuritaire israélienne, selon laquelle il n’existe pas de partenaire pour la paix: «Vous vivez dans une région où beaucoup de vos voisins refusent votre droit à l’existence», a dit Obama à son auditoire, «et c’est pourquoi la sécurité du peuple juif en Israël est aussi importante», a-t-il continué, avant de lancer sous les applaudissements: «Israël ne disparaîtra pas!». (…) » (3)

«  Vous avez fait des propositions crédibles aux Palestiniens à Annapolis. Vous vous êtes retirés de Gaza et du Sud-Liban, et n’avez obtenu que du terrorisme et des roquettes. Vous avez tendu la main de l’amitié et trop souvent été confrontés à l’hideuse réalité de l’antisémitisme… Vous avez tous les droits d’être sceptiques», a dit Obama. «Il peut être tentant de mettre de côté les frustrations et les sacrifices qui accompagnent la recherche de la paix», a-t-il aussi ajouté, expliquant que lui-même aurait plutôt intérêt à «mettre ce sujet de côté, et soutenir tout ce que décide Israël. C’est à vous de décider dans quel type de démocratie vous voulez vivre», a insisté le président américain, «et rappelez-vous qu’en prenant cette décision, vous définirez l’avenir de vos relations avec les Palestiniens, mais aussi le futur d’Israël. (…) Israël est le pays le plus puissant de la région. Israël a le soutien du pays le plus puissant de la région… C’est à vous d’écrire le nouveau chapitre dans l’histoire de cette grande nation!» Obama semble surtout avoir remis aux Israéliens la responsabilité du processus de paix.»(3)

Obama en «visite touristique» en Israël

Avec son franc-parler coutumier, le rédacteur en Chef du New York Times,Thomas Friedmann explique pourquoi la visite d’Obama est un non-événement au vue de la géopolitique actuelle du Moyen-Orient. Nous lisons: «(…) Sachez que le président Obama se rendra en Israël cette semaine. (…) Sans tambour ni trompette, l’incontournable question du conflit israélo-palestinien s’est vue reléguée au rang de simple hobby pour les diplomates américains. Et comme c’est le cas pour tout hobby -qu’il s’agisse de fabriquer des modèles réduits d’avion ou de tricoter des pulls -, il y a des jours où l’on s’y attelle et d’autres pas. Cela dépend de votre humeur et peu importe quand le pull sera fini. Le conflit israélo-palestinien a occupé le président au début de son premier mandat. Puis, il s’est retrouvé coincé lorsque les deux parties en présence ont rejeté ses propositions, et dès lors, il a décidé d’adopter une attitude -parfaitement rationnelle à mon avis -de négligence désinvolte. Et presque personne n’a rien remarqué.»(4)

Thomas Friedman énumère ensuite les causes de cette désaffection, pour lui, c’est aux Chinois et aux Indiens pauvres en pétrole de se démener pour convaincre Israël et éviter du fait de leur dépendance une guerre au Moyen-Orient: «Si le conflit au Moyen-Orient n’est plus qu’un hobby pour les Américains, c’est essentiellement à cause de changements structurels, notamment la fin de la Guerre froide. Il fut un temps où l’on redoutait vraiment qu’une guerre israélo-arabe ne débouche sur un conflit plus large entre grandes puissances. Ce scénario paraît improbable aujourd’hui. La découverte, en outre, d’immenses réserves pétrolières et gazières aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique a fait de l’Amérique du Nord la nouvelle Arabie Saoudite. Dès lors, pourquoi s’accrocher au vieux royaume pétrolier? Mais même si les Etats-Unis continuent d’importer du pétrole du Moyen-Orient, nous ne risquons plus d’être confrontés à une pénurie aux stations-service suite à un embargo arabe en réaction à un événement dans la région. Pour l’Inde et la Chine, la situation est différente. Pour ces puissances, le Moyen-Orient est un ancien hobby devenu nécessité car elles sont largement dépendantes du gaz et du pétrole de cette région. Si quelqu’un devait aujourd’hui se charger de faire avancer le processus de paix entre Israël et les pays arabes, ce sont les ministres des Affaires étrangères chinois et indiens.»(4)

L’auteur conclut en citant la colonisation qui bloque toute évolution: «Les Etats-Unis n’ont jamais eu aussi peu besoin de faire la paix entre Israéliens et Palestiniens, les obstacles n’ont jamais été aussi nombreux: près de 300.000 colons israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie (…) Barack Obama pourrait être le premier président américain à se rendre en Israël comme simple touriste. Est-ce une bonne nouvelle pour Israël? Non. Le statu quo actuel est peut-être tolérable pour l’Etat hébreu, mais il reste malsain. Son maintien implique en effet la poursuite de la colonisation et l’annexion tacite de la Cisjordanie par Israël ». (4)

Le lent abandon de la cause palestinienne

Barack Obama a lentement abandonné les convictions favorables aux Palestiniens qu’il affichait avant d’entrer à la Maison-Blanche et au début de son premier mandat.

 «De fait, estime Jonathan Baker, les Palestiniens n’attendent pas grand-chose de sa visite ce 21 mars. Pour ce qui est d’Israël, le président américain a bien fait savoir que son pays placerait la sécurité israélienne au centre de toutes les discussions qu’il aurait sur le conflit. (…) Il suffit de prendre en considération le temps que le président passera de chaque côté de la barrière de séparation. Une cinquantaine d’heures en Israël, Quatre heures en tout et pour tout en Palestine. En 2007, alors qu’il était encore sénateur, il a déclaré devant un groupe de démocrates de l’Iowa: ´´Personne ne souffre davantage que les Palestiniens.´´ Quand il a été élu pour son premier mandat, il a déclenché la colère d’Israël en réclamant un gel de la colonisation, une proposition qui impliquait que, pour lui, les colonies étaient le principal obstacle à la paix. (…) Puis, lentement, mais sûrement, comme une vieille peinture qui s’écaille, il a abandonné l’une après l’autre ces positions acceptables. Il n’appelle plus à un gel de la colonisation, son pays s’est opposé à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’octroi du statut d’Etat à la Palestine et a rejeté une résolution de l’Assemblée générale sur le même sujet en novembre dernier. Il ne manque jamais d’évoquer le ´´lien spécial´´ des Etats-Unis avec Israël ni leur soutien indéfectible à ce pays.» (5)

Faut-il dissoudre l’Autorité palestinienne? Yossi Beilin en est convaincu. Alain Gresh qui rapporte ses propos le présente: «Il a été l’un des artisans de la négociation de ce qui devait s’appeler les Accords d’Oslo. Yossi Beilin fut aussi le signataire, avec Yasser Abdel Rabbo, des Accords de Genève d’octobre 2003, qui proposaient une solution au conflit. La lettre qu’il vient d’envoyer à Mahmoud Abbas est d’autant plus significative. Il appelle le président palestinien à «end this farce» (Foreign Policy, 4 avril 2012) – mettre un terme à cette farce des négociations.(..) Dissoudre l’Autorité palestinienne et donner le contrôle des affaires quotidiennes à Israël serait une initiative que personne ne pourrait ignorer. (6)

Pour sa part, Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Bet, le service de renseignements israélien, donne ses conseils à Obama. Promoteur d’un plan de paix israélo-palestinien il propose qu’Israël se retire des territoires occupés. Il déclare: «(…) Nous comprenons aujourd’hui que le maintien du statu quo risque de nous entraîner dans l’abîme et nous sommes conscients des douloureuses concessions que nous devrons faire pour nous en éloigner. Il faut qu’on nous montre clairement que le chemin sera long et ardu, mais que nous nous préparons un avenir meilleur en l’empruntant. (…)le président américain devrait clairement adhérer aux principes suivants: deux Etats-nations seront établis sur la base des frontières de 1967 pour accueillir les deux peuples; des échanges de territoire équivalents seront organisés pour permettre aux blocs de colonies [en Cisjordanie] de demeurer sous souveraineté israélienne; Jérusalem sera une ville ouverte, capitale des deux Etats; les quartiers arabes seront placés sous souveraineté palestinienne et les quartiers juifs, sous souveraineté israélienne; un régime spécial sera mis en place pour l’administration et la garde des Lieux Saints; l’Etat palestinien sera démilitarisé et la communauté internationale garantira sa sécurité; les réfugiés palestiniens seront autorisés à revenir sur le territoire palestinien ou à émigrer vers des pays tiers et se verront offrir un dédommagement; toutes les parties devront signer une déclaration de fin de conflit. (7)

En appelant ´´les Palestiniens à reconnaître qu’Israël (serait) un Etat juif´´ et les Israéliens qu’´´une Palestine indépendante (devait) être viable´´ Obama va au-devant des espérances des Israëliens. Pour rappel, Obama réinsère ´´Jérusalem capitale d’Israël´´ dans le programme démocrate en septembre 2012. De plus, accepter qu’Isräel soit un Etat juif, c’est à terme reposer le problème des arabes israéliens -chrétiens et musulmans- qui n’auraient plus vocation à vivre dans un Etat aseptisé, un Etat «élu». Nous serons alors en présence d’une autre Nekba pour ces Arabes israéliens. C’est de notre point de vue un discours de prudence qui n’apporte rien au contraire, il conforte Israël dans sa vision du «Grand Israël». Pour rappel encore, la déclaration de Riyadh proposait la reconnaissance d’Israël et posait comme seule condition l’application des résolutions de l’ONU, notamment celles du 22 novembre 1967. Il est vrai que la gabegie règne de l’autre côté palestinien, d’ailleurs, le quotidien israélien Yediot Aharonot a demandé au président américain de ne pas se rendre dans les Territoires palestiniens, dirigés par un autocrate corrompu et où manuels scolaires et émissions de télévision perpétuent les clichés antisémites. Les aides versées par les Etats-Unis et par d’autres pays au gouvernement Abbas, tant qu’il se déclare en faveur de la paix, lui permettent de se maintenir en place artificiellement.

On le voit, le monde occidental laisse la bride sur le cou à Israël qui poursuit son chemin, la disparition inexorable du peuple palestinien en tant que nation. Il restera des confettis de territoires non viables Un siècle de combat se solde par la disparition d’une utopie. Peut-être qu’il faille revenir à la solution à un Etat avec des citoyens juifs chrétiens et musulmans et autres avec une égale dignité.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. http://dafina.net/gazette/article/lop%C3% A9ration-s%C3%A9duction-dobama-en-isra%C3%ABl

2. http://jssnews.com/2013/03/21/discours-integral-et-en-francais-de-benyamin-netanyahu-devant-barack-obama-20032013/

3. http://www.lefigaro.fr/international/2013 /03/21/01003-20130321ARTFIG00700-le-plaidoyer-d-obama-pour-la-paix.php

4. Thomas Friedman http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/20/obama-en-visite-touristique-en-israel

5. Jonathan Baker http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/21/avec-obama-les-espoirs-restent-limites

6. Alain Gresh – Le Monde diplomatique. Yossi Beilin: En finir avec «la farce» des négociations de paix Le Monde.fr 16/04/2012

7. Ami Ayalon http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/14/conseils-pour-obama

 

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Hélicoptères d’assaut MI-35 avec mitrailleuses et paniers de roquettes, avions de chasse Mig-23, voilà le genre d’arsenal avec lequel les rebelles libyens ont mené à bien leur « révolution démocratique ». Alors qu’il est désormais établi que Kadhafi n’a pas bombardé sa population, force est de constater que les rebelles ne se sont pas privés, de leur côté, de bafouer la « no-fly zone » imposée par l’ONU. Pire, ils ont reçu pour cela le soutien et la bénédiction de l’OTAN… Un « deux poids, deux mesures » qui en dit long sur nos soi-disant « guerres humanitaires ».

Six mille morts. Ce chiffre a fait le tour de médias. A l’époque, tous assuraient que Kadhafi avait fait bombarder la population libyenne, descendue pacifiquement dans la rue pour contester le pouvoir du dictateur en place depuis quarante ans. L’information était pour le moins peu fiable puisqu’elle ne provenait que d’un seul homme, un certain Ali Zeidan, porte-parole autoproclamé de la Ligue Libyenne des Droits de l’Homme et membre éminent de l’opposition. Aujourd’hui, Ali Zeidan occupe la fonction de Premier ministre libyen. Au sein du nouveau gouvernement, personne ne semble lui reprocher d’avoir provoqué, par ses mensonges, les bombardements de l’OTAN qui ont mené au renversement de Kadhafi.

Pourtant, Ali Zeidan n’a pas fait dans la dentelle. Loin des 6000 morts annoncés, on estime désormais que le nombre de victimes s’élevait en fait à environ 300 avant les bombardements de l’OTAN. Ces chiffres proviennent des rapports d’organisations respectables telles qu’Amnesty InternationaleHuman Rights Watch et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme. Ils constituent les seuls chiffres documentés que l’on ait et concordent avec ceux avancés par le gouvernement libyen au moment du conflit. Un nombre de morts particulièrement révélateur de l’hypocrisie des pays occidentaux puisqu’il est près de trois fois inférieur à celui des victimes de Moubarak en Egypte à la même époque. Une répression dont nos médias se gardèrent bien de révéler l’ampleur, et pour cause : du temps de Moubarak, l’Egypte était l’un des meilleurs alliés de l’Occident au Proche-Orient. La Libye de Kadhafi, en revanche, dérangeait par sa trop grande indépendance. Tout prétexte était donc le bienvenu pour justifier un changement de régime

Quant au fait que Kadhafi aurait « bombardé » la population libyenne, on sait désormais qu’il s’agit là aussi d’un médiamensonge. «  En dépit des informations transmises par certains médias, il n’a jamais été démontré que des avions ou des hélicoptères aient tiré sur les manifestants à Tripoli », assure Human Rights Watch. Par contre, les rebelles ont fait de leur côté usage d’avions de chasse et d’hélicoptères. En effet, à en croire un article duFigaro paru en septembre 2011, ils avaient à leur disposition dès le 14 mars – c’est-à-dire avant l’entrée en guerre de l’OTAN – des avions de chasse Mig-23 et au moins deux hélicoptères d’assaut MI-35. Ces derniers, surnommés « tanks volants » ou « Terminator », sont équipés de quatre mitrailleuses à l’avant et de paniers de roquettes sous les ailes. D’après Le Figaro, ils évoquent « la destruction et la mort  ». Les rebelles étaient donc lourdement armés, contrairement à ce que l’on dit généralement. Ils violaient en outre allègrement la résolution 1973 de l’ONU. Pire, ils le faisaient avec le consentement et la complicité de l’OTAN.

Aussi ne faut-il pas s’étonner si la Russie et la Chine se montrent aujourd’hui réticentes à l’idée de signer une quelconque résolution condamnant trop fermement la répression en Syrie. Ces deux pays savent bien que, en Occident, on hésitera pas une seconde à détourner le sens d’une telle résolution pour servir ses propres intérêts et, éventuellement, déclencher une nouvelle guerre. Une guerre qui, comme en Libye, risquerait fort de semer le chaos dans le pays voire d’embraser toute la région. « Deux ans après la révolution, la Libye n’a jamais fait aussi peur à ses voisins », écrivait récemment le journal Jeune Afrique. Un scénario qu’il est légitime de vouloir éviter pour le Moyen-Orient.

Simon de Beer

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Les révélations faites par le président en charge du Venezuela, Nicolás Maduro, autour d’un complot destiné à assassiner l’opposant Henrique Capriles confirment des informations provenant de Miami et indiquent comment les anciens hauts représentants des États-Unis, Otto Reich et Roger Noriega, tous deux liés à la CIA, se sont concertés avec l’extrême droite vénézuélienne pour fomenter un plan destiné – entre autres – non seulement à éliminer Capriles, mais encore à en faire un “martyre” en accusant du crime le gouvernement du Vénézuéla.

En fabriquant à l’opposition son “martyre”, les conspirateurs cherchent à lui créer un motif de mobilisation et, surtout, cherchent à créer un prétexte pour encourager un climat de violence et de déstabilisation totale. Objectif final : essayer d’empêcher la tenue des élections présidentielles du 14 Avril prochain, ou au moins mettre en cause leur validité. Élections au cours desquelles – tout le monde le reconnaît – il leur sera impossible de mettre en déroute les forces chavistes.

L’ex ambassadeur de Caracas, Reich, a contribué activement au retour aux États-Unis du terroriste Orlando Bosch, responsable de la destruction en plein vol d’un avion civil cubain.

Reich, ce fils Cubain d’un Autrichien qui a trouvé refuge à Cuba après avoir collaboré avec les Nazis – ce qui pourrait expliquer son mépris viscéral de Capriles – est depuis longtemps membre du cercle des amis intimes du terroriste Posada Carriles, lequel a une grande expérience en conspiration. Ils ont œuvré ensemble pendant des années autour de plans en tous genres pour tenter de renverser la Révolution Cubaine et d’éliminer physiquement son leader Fidel Castro.

Dans les années 80 ils firent tous deux partie de l’opération lancée par l’administration Reagan contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua qui devait finir par le scandale Iran-Contra.

Alors qu’il était assistant au Secrétariat d’État du gouvernement de George W. Bush, Reich s’est chargé personnellement des négociations avec la présidente du Panamá, Mireya Moscoso, pour obtenir la libération de Posada Carriles et des autres terroristes emprisonnés dans ce pays d’Amérique Centrale, afin d’essayer d’assassiner lors d’un sommet Ibéro-américain celui qui était alors le président de Cuba, Fidel Castro.

Après le triomphe électoral de Hugo Chávez aux élections présidentielles de 1998 au Vénézuéla et la radicalisation ultérieure du processus révolutionnaire dans ce pays, renverser le gouvernement bolivarien devint une obsession maladive pour Reich et pour les intérêts de l’extrême droite des États-Unis liée aux grands monopoles pétroliers qu’il représentait.

Ce fut précisément Reich qui, depuis son poste au Département d’État sous l’administration Bush, a eu l’idée du coup d’état contre le Président Chavez en Avril 2002.

A ce que l’on a su après, Reich a rendu responsables de l’échec de cette tentative de coup d’état les divisions et divergences qui existaient entre les militaires complotistes, et il déplorait qu’ils ne soient pas parvenus à se mettre d’accord dès le début aussitôt qu’il a été décidé d’éliminer le président du Vénézuéla comme lui-même l’avait dit.

Après cela, Reich a été d’une manière ou d’un autre impliqué dans plusieurs plans de tentatives d’attentats contre le président bolivarien, avec la complicité de la CIA, de l’extrême droite vénézuélienne et des groupes terroristes qui résidaient aux États-Unis.

Reich et ses amis ont du se rendre à l’évidence selon laquelle la tant désirée disparition physique du leader de la révolution bolivarienne n’a pas conduit comme ils l’espéraient à la déroute de ce processus. Au contraire, Chavez est devenu un ennemi beaucoup plus dangereux et difficile à affronter.

Il est devenu un symbole vénéré par des millions de Vénézuéliens, et toute tentative pour attaquer son image équivaut en ce moment à un suicide politique.

Face à cette situation, les secteurs de l’opposition vénézuélienne et ceux qui la dirigent depuis Washington sont plus déconcertés qu’ils ne l’ont jamais été. De toute évidence, ils ne savent pas comment faire face à la réalité nouvelle. Leurs différences et contradictions internes deviennent chaque jour plus inconciliables.

Paradoxalement, c’est Capriles lui-même qui, avec ses déclarations offensantes le jour où il a annoncé sa candidature et avec le rejet qu’elles provoquèrent, a contribué à accélérer ces plans.

“S’il y a quelque chose sur quoi tout le monde est d’accord, c’est que le candidat de l’opposition n’a pas une “âme de martyre”, commente depuis Washington un analyste proche de la question. “Je me risquerais seulement à conseiller à Capriles qu’il soit prudent dans ses actions provocatrices et irresponsables. Et qu’il se rappelle que pour ses amis de l’extrême droite et ses mentors du Nord, tout est bon pour atteindre les objectifs qui vont dans le sens de leurs intérêts.”

Jean Guy Allard

Article original : http://www.aporrea.org/actualidad/n225194.html

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Obama au Moyen-Orient et les tambours de guerre

mars 24th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Comme dans un conte biblique – le plus commode des registres pour fausser la conscience populaire de la nature d’Israël, de la crise du Moyen-Orient et de la crise du système dévoilée en 2008, mais en réalité bien plus ancienne – Obama a accompli le voyage d’Israël pour faire battre les tambours de la guerre. Les questions-clés de la région deviennent la reconnaissance palestinienne du caractère juif de l’Etat d’Israël, le départ de Bachar Al Assad comme condition de toute solution politique, la qualification « terroriste » du Hezbollah et le maintien de « toutes les options » à l’endroit de l’Iran… Toutes les options pour l’Iran signifient une seule alternative : la reddition totale, synonyme de dissolution immédiate ou la démolition par embargos, blocus et sanctions, en attendant la guerre qui renverrait chaque adversaire à l’âge de pierre, selon l’expression américaine.

Quelques jours auparavant, le mercredi 6 mars au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe avaient réservé la chaise syrienne à un futur gouvernement de l’opposition qu’elle appelait à créer pour l’occuper à l’occasion du sommet arabe de ces 26 et 27 mars 2013 et que le Qatar concevait dans la confusion du lit américain… La coalition en accouchait la veille de la tournée d’Obama. L’entrée de ce gouvernement dans l’enceinte de la ligue, le jour du sommet, équivaut à sa reconnaissance, dans la solennité, comme gouvernement légal de « toute la Syrie », avec lequel Cameron, Hollande et surtout Israël pourront traiter « en toute légalité » et contourner le Conseil de sécurité pour une intervention directe promue en « traité entre Etats souverains ».

Pour plus de « sens démocratique » à cette opération, l’ambassadeur Ford et le Qatar ont choisi pour chef à ce gouvernement Hitto, un Américain, frère musulman sans aucun lien avec la Syrie qu’il a quittée à l’âge de dix-sept ans.

Dans ce Moyen-Orient friand d’analyses et de décryptage – penchant hérité de la fonction religieuse d’oracle si répandue à l’époque antique –, le message d’Obama a mis fin aux spéculations sur un arrangement russo-américain qui contredirait les actes de guerre multipliés de Cameron, de Hollande, d’Erdogan et des pétro-émirs. La solution politique signifie le départ d’Al Assad et le transfert du pouvoir à l’opposition. Elle est proposée à la Russie… pas au régime syrien, qui n’aurait plus d’autre alternative que la mort ou la reddition. Tout le flou entretenu sur d’éventuelles divergences entre les USA et ses alliés consistait à leurrer les Russes, désorienter la direction politique syrienne, à donner du temps à l’armée multinationale des rebelles d’affaiblir l’armée syrienne, de l’épuiser, de la disperser sur tout le territoire et de faire de ses différents détachements des proies faciles pour les concentrations ennemies itinérantes sur les franges des lignes de front vers les frontières turque, jordanienne et libanaise. Les USA ont su brider l’impatience des pays du Golfe et de la Turquie pour amener l’armée syrienne à ce qu’ils croient être son point de rupture.

Le voyage d’Obama annonce la fin des ultimes préparatifs : le transfert des armes croates, la mise en place d’un gouvernement prêt à l’emploi, l’entraînement de forces nouvelles sous autorité américaine en Jordanie chargées de contrôler Damas, la touche ultime donnée à la préparation de 15 000 djihadistes au Liban, le « travail » de l’opinion publique par la menace des armes chimiques et enfin la déclaration du chef militaire de l’Otan qui annonce que des pays membres se préparent à intervenir. Ceux-ci pensent que l’armée syrienne est à terre, que la Russie n’osera pas risquer la guerre et qu’il est donc temps de passer à l’offensive finale avec un appui militaire d’Israël. Ainsi Cameron, Hollande, Erdogan et les pétro-monarques feront la guerre US par procuration. Obama a sonné l’hallali.

La meute confortée par son chef va se lancer sur la proie jugée agonisante. Le meurtre d’Al Bouti « légalisé » par les fatwas cathodiques d’Al Karadawi, le chef spirituel des Frères musulmans, est le signal hautement symbolique de la mise à mort programmée de l’Islam des lumières prôné par le vieux savant sunnite, pour le règne conjoint, dans nos pays arabes, de l’économie de marché et de tous les obscurantismes du sionisme au wahhabisme.

Mohamed Bouhamidi

Cet article a été publié initialement sur Reporters.DZ :

http://reporters.dz/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=40&Itemid=24

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L’Irak dix ans plus tard

mars 23rd, 2013 by Dr. Paul Craig Roberts

L’héritage de la « guerre au terrorisme » est la mort de la liberté

Il y a dix ans aujourd’hui, le régime Bush envahissait l’Irak. On sait que la justification pour l’invasion n’était qu’un paquet de mensonges orchestré par le régime néoconservateur de Bush afin de tromper les Nations Unies et le public étasunien.

Le secrétaire d’État de l’époque, le général Colin Powell, a regretté avoir été utilisé par le régime Bush pour tromper les Nations Unies avec de faux renseignements, ce que les régimes de Bush et Blair savaient. Mais les ignobles médias, ces pressetitués, ne se sont toujours pas excusés auprès du peuple étasunien pour avoir servi le régime corrompu de Bush et son ministère de la Propagande et du Mensonge.

Il est difficile de bien discerner le plus abject : le régime corrompu de Bush, les pressetitués qui l’ont rendu possible ou le régime corrompu d’Obama qui refuse de poursuivre le régime Bush en justice pour ses crimes de guerre sans équivoques, ses crimes contre la Constitution et le droit législatif étasuniens, ainsi que ses crimes contre l’humanité.

Dans son livre “Cultures of War”, l’éminent historien John W. Dower observe que les actes de guerre concrets perpétrés par les Japonais au XXe siècle ainsi que la présidence impérialiste de Bush au XXIe siècle « nécessitent une analyse comparative des crimes de guerre, de la torture et des autres transgressions. Le passé sombre du Japon impérial a laissé une marque indélébile sur l’honneur et la renommée du pays et il reste à voir combien de temps la réputation des États-Unis sera ternie. À cet égard, les planificateurs de guerre de l’administration Bush ont beaucoup de chance d’avoir été capables d’échapper à toute forme d’enquête formelle sérieuse, nullement comparable à celle effectuée par les puissances alliées vis-à-vis du Japon et de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. »

Dower cite Arthur Schlesinger Junior; « Le président Bush a adopté une politique “d’autodéfense par anticipation” terriblement très similaire à la politique employée par le Japon impérial à Pearl Harbor à une date qui vivra dans l’infamie, comme l’a affirmé un ancien président étasunien. Franklin D. Roosevelt avait raison, mais aujourd’hui, ce sont les Étatsuniens qui vivent dans l’infamie. »

Les Étasuniens paient des sommes considérables pour continuer à vivre honteusement dans l’infamie. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes ont calculé que la guerre d’Irak a couté aux contribuables étasuniens 3000 milliards de dollars. En fait cette estimation est encore optimiste. La dernière étude conclut que la guerre pourrait en réalité coûter aux contribuables étasuniens le double de ce qui est avancé.

http://www.reuters.com/article/2013/03/14/iraq-war-anniversary-idUSL1N0C5FBN20130314

Afin de payer les profits qui se sont acheminés dans les poches du complexe militaro-sécuritaire étasunien pour ensuite devenir des contributions politiques, les Étasuniens risquent de perdre leur sécurité sociale, leur assurance-santé et toute la cohésion sociale assurée par le système de sécurité sociale.

Le coût humain de l’infamie étasunienne en Irak est extraordinaire : 4,5 millions d’Irakiens déplacés, au moins un million de civils tués, laissant des veuves et des orphelins, une classe professionnelle qualifiée qui a déserté le pays, une infrastructure en ruine, une cohésion sociale détruite par le conflit entre sunnites et chiites provoqué par Washington et sa destruction du gouvernement de Saddam Hussein.

Dire que les États-Unis ont amené la liberté et la démocratie en Irak est une plaisanterie de très mauvais goût. Les criminels de guerre de Washington n’ont apporté que la mort et la destruction du pays.

La majorité des Étasuniens semble parfaitement à l’aise avec la destruction gratuite de l’Irak et tout ce que cela comporte : des enfants sans parents, des femmes sans maris, des malformations de naissance dues à l’uranium appauvri, de l’eau non potable, un pays sans espoir miné par des violences interconfessionnelles.

Les gouvernements fantoches de Washington au Royaume-Uni, en Europe, au Moyen-Orient et au Japon, semblent tous également satisfaits de la victoire. Victoire contre quoi? Quelle menace la victoire a-t-elle mis en échec ? Il n’y avait pas de menace. Les armes de destruction massive n’étaient qu’une escroquerie propagandiste. L’image de champignons nucléaires au dessus des villes étasuniennes n’étaient que pure fantasmagorie propagandiste. Les populations doivent être vraiment ignorantes pour tomber dans une propagande aussi transparente. N’y a-t-il plus personne d’intelligent dans le monde occidental?

Dans une conférence récente, les responsables néoconservateurs de toutes ces morts, de la vie ruinée de millions de gens et des milliers de milliards de dollars que leurs guerres ajoutées à la dette nationale étaient sans remords et plein de justifications. Alors que Washington regarde à l’étranger pour tuer le mal, le mal se concentre à Washington même.

http://nationalinterest.org/blog/paul-pillar/still-peddling-iraq-war-myths-ten-years-later-8227

Les criminels de guerre étasuniens demeurent intouchés. On les paie d’énormes sommes d’argent pour faire des discours sur la façon dont les Étasuniens apportent la liberté et la démocratie au monde entier en envahissant, bombardant et en assassinant les gens. Le tribunal des crimes de guerre n’a pas émis de mandats d’arrêt. Le département d’État étasunien, qui continue à chasser les criminels de guerre nazis, n’a pas fait enlever les criminels de guerre étasuniens pour les conduire devant le Tribunal de la Haye.

Parmi les Étasuniens qui ont souffert ont trouve 4801 soldats qui ont perdu la vie, les milliers de troupes qui ont perdu des membres et souffert d’autres blessures permanentes, les dizaines de milliers qui souffrent de stress post-traumatiques et regrettent d’avoir massacré des innocents, les familles et les amis de ces troupes étasuniennes, les mariages brisés et les enfants laissés avec un seul parent en raison du stress de la guerre.

D’autres étasuniens ont aussi souffert aux États-Unis. Ceux dont la conscience morale a appelé à protester contre la guerre et qui ont été battus et abusés par la police, soumis à des enquêtes abusives et harcelés par le FBI, mis sur des listes d’interdiction de vol. Certains seront peut-être poursuivis en justice. Les États-Unis ont atteint un point où tout citoyen ayant une conscience morale constitue un ennemi de l’État. La persécution de Bradley Manning le démontre.

On pourrait dire que la comparaison des historiens entre le régime Bush et les criminels de guerre japonais ne va pas assez loin. D’ici le 7 octobre prochain, Washington aura, pendant 12 ans, tué des gens, essentiellement des femmes, des enfants et des ainés des villages en Afghanistan. Personne ne sait pourquoi les États-Unis a autant détruit le peuple afghan. D’abord les Soviétiques, puis les Étasuniens. Quelle est la différence ? Quand Obama est arrivé à la présidence, il a admis que personne ne savait ce qu’était la mission de l’armée étasunienne en Afghanistan. Nous ne le savons toujours pas. La meilleure supposition serait pour les profits générés par l’industrie étasunienne de l’armement, le pouvoir de l’industrie de la Sécurité intérieure et un État policier pour la population étasunienne insouciante.

Washington a laissé la Libye en ruine avec un conflit interne majeur. Il n’y a pas de gouvernement, mais ce n’est pas le nirvana libertaire.

Les attaques illégales incessantes de drones contre des civils au Pakistan radicalisent des éléments pakistanais et provoquent une guerre civile contre le gouvernement pakistanais, détenu par Washington et lui ayant vendu son pays et lui permettant d’assassiner ses citoyens en échange d’argent pour ses élites politiques.

Washington a déstabilisé la Syrie et détruit la paix que la famille Assad avait imposée aux sectes islamistes. La Syrie semble être condamnée à être réduite en ruines et à la violence permanente comme en Libye et en Irak.

Washington s’affaire à tuer des gens au Yémen.

Comme l’a montré la vidéo publiée sur Wikileaks par Bradley Manning, certaines troupes étasuniennes ne se soucient pas du tout de ceux qu’ils tuent, des journalistes, des civils, marchant paisiblement dans une rue, un père et ses enfants qui s’arrêtent pour aider les blessés. En autant que quelqu’un soit tué, peu importe qui.

Tuer c’est gagner.

Les États-Unis ont envahi la Somalie, ont leur marionnettes françaises impliquées au Mali et a peut-être, le Soudan dans la mire de ses drones et de ses missiles.

L’Iran et le Liban sont les prochaines victimes désignées de l’agression de Washington.

Washington protège l’agression israélienne contre la Cisjordanie, Gaza et le Liban contre la censure et les embargos de l’ONU. Washington a arrêté et emprisonné des gens qui ont envoyé de l’aide aux enfants palestiniens. Washington, qui se voit comme le détenteur de la vérité universelle, affirme que Gaza est gérée par le Hamas, qu’elle qualifie d’organisation terroriste. Ainsi, toute aide à Gaza constitue une aide au terrorisme. Aider des enfants palestiniens malades et affamés est un soutien au terrorisme. C’est la logique d’un État inhumain et coupable de crimes de guerre.

Quel est le but de cette agression contre les musulmans?

L’URSS s’est effondrée et Washington avait besoin d’un nouvel ennemi pour maintenir les profits et le pouvoir de son complexe militaro-industriel. Les néoconservateurs, qui dominaient totalement le régime Bush et dominent peut-être maintenant le régime Obama ont déclaré que les musulmans et le Moyen-Orient représentent l’ennemi. Les États-Unis ont lancé des guerres d’agression contre cet « ennemi » factice, agressions qui constituent des crimes de guerre en vertu des standards de Nuremberg imposés par les États-Unis aux Allemands vaincus dans la Seconde Guerre mondiale.

Bien que les Britanniques et les Français aient déclenché la Seconde Guerre mondiale en déclarant la guerre à l’Allemagne, ce sont les Allemands, vaincus par l’Armée rouge, qui ont été jugés par Washington pour crimes de guerre pour l’avoir déclenché. De nombreux historiens sérieux ont conclu que les crimes de guerre des États-Unis, incluant les bombardements incendiaires de populations civiles à Dresde et à Tokyo et les attaques nucléaires gratuites contre des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki, sont de la même veine que les crimes de guerre d’Hitler et des Japonais.

La différence est que les vainqueurs dressent toujours le portrait le plus noir des vaincus et se confèrent une grande moralité. Les historiens honnêtes savent très bien qu’il n’y a pas beaucoup de différences entre les crimes étasuniens, japonais et allemands commis lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais les États-Unis étaient du côté des vainqueurs.

Par ses assassinats de musulmans dans sept ou huit pays, Washington a provoqué une réaction musulmane : une haine implacable des États-Unis. Washington appelle cette réaction « terrorisme » et la guerre contre le terrorisme sert de source à des bénéfices sans fin pour le complexe militaraire et pour un État policier visant à « protéger » les Étasuniens du terrorisme, mais pas du terrorisme de leur propre gouvernement.

La vaste majorité de la population étasunienne est trop mal informée pour comprendre de quoi il retourne et les quelques personnes qui comprennent et essaient d’avertir les autres seront réduits au silence. Le XXIe siècle sera un des pires siècles de l’histoire de l’humanité. Partout dans le monde occidental, la liberté se meurt.

L’héritage de la « guerre contre la terreur » est la mort de la iberté.

Paul Craig Roberts

Texte original: Iraq After 10 Years, 19mars, 2013

Traduction: Mondialisation.ca

 

 

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Après 10 ans de guerre et d’occupation de l’Irak, la mort de plus d’un million de personnes incluant des milliers de soldats étasuniens, le tout fondé sur des affirmations mensongères voulant que la nation possédait des « armes de destruction massive » (ADM), il est scandaleux de voir que l’Occident donne hypocritement des armes, ainsi qu’un appui financier et politique aux terroristes en Syrie, lesquels possèdent et utilisent de telles armes de destruction massive contre le peuple syrien.

Une attaque avec des armes chimiques visant des soldats syriens et perpétrée par des terroristes soutenus par l’OTAN au nord d’Alep aurait fait 25 morts.

Alep est située près de la frontière turco-syrienne. Si les armes chimiques pillées en Libye avaient été envoyées en Syrie, elles seraient passées par la Turquie avec des armes envoyées depuis la Libye par les États-Unis et des milliers de terroristes libyens opérant ouvertement en Syrie, et seraient probabalement utilisées pour cibler des villes comme Alep.

Pire encore, toute arme chimique importée dans le pays impliquerait l’OTAN directement ou sa simple négligence, puisque les armes seraient passées par un pays membre de l’OTAN, la Turquie, devant les  agents de la CIA opérant ouvertement le long de la frontière, auprès des terroristes soutenus par l’Occident en Syrie.

Les ADM libyennes sont entre des mains terroristes

L’arsenal libyen est tombé dans les mains d’extrémistes sectaires avec l’aide de l’OTAN en 2011 au point culminant des efforts pour renverser le régime en place dans le pays nord-africain. Depuis lors, les militants libyens, menés par leurs commandants du Groupe islamiste combattant en Libyen (GICL), affilié à Al-Qaïda, ont armé des extrémistes sectaires à travers le monde arabe, jusqu’ au Mali à l’ouest et jusqu’en Syrie à l’est.

En plus des armes de petit calibre, des armes plus lourdes se sont aussi frayé un chemin à travers ce réseau étendu. Le Washington Post rapportait dans un article « Libyan missiles on the loose » (Des missiles libyens dispersés):

« Deux anciens officiers du contre-terrorisme de la CIA m’ont dit la semaine dernière que des techniciens ont récemment réusiné 800 de ces systèmes de défense aériens portables (connus sous le sigle MANPADS), certains pour un groupe djihadiste africain appelé Boko Haram, souvent vu comme un allié d’Al-Qaïda, afin d’attaque des avions commerciaux se dirigeant vers le Niger, le Tchad et peut-être le Nigéria. »

Alors que ces armes se dirigent sans aucun doute également vers le Niger, le Tchad et peut-être le Nigéria, elles sont véritablement en route pour la Syrie. Il est avéré que les terroristes libyens du GICL envahissent la Syrie depuis la Libye. En novembre 2011, un article du journal britannique Telegraph rapportait dans « Leading Libyan Islamist met Free Syrian Army opposition group » (Des chefs islamistes libyens ont rencontré le groupe d’opposition nommé Armée syrienne libre) :

« Abdelhakim Belhadj, chef du conseil militaire de Tripoli et ancien chef du GICL, a rencontré les leaders de l’Armée syrienne libre (ASL) à Istanbul et à la frontière avec la Turquie, a dit un officiel militaire travaillant avec Belhadj, Mustafa Abdul Jalil (le président libyen intérimaire) l’a envoyé là-bas. »

Un autre article du Telegraph « Libya’s new rulers offer weapons to Syrian rebels, »  (Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens) admettait :

« Les rebelles syriens avaient tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes, visant à sécuriser des armes et de l’argent pour leur insurrection contre le président Bachar Al-Assad et son régime.

A cette réunion, qui s’est tenue à Istanbul et qui comprenait des officiels turcs, les Syriens ont demandé « l’aide » des représentants libyens, lesquels ont offert des armes et des volontaires potentiels.

« Il y a un plan pour envoyer des armes et même des combattants libyens en Syrie », a déclaré une source libyenne, ayant requis l’anonymat. » Une intervention militaire se prépare, vous verrez dans quelques semaines. »

Plus tard ce mois là, quelques 600 terroristes libyens sont entrés en Syrie pour commencer les opérations de combat et affluent dans le pays depuis ce temps.

Image: Le Libyen Mahdi al-Harati du GICL, sur la liste des terroristes du département d’État étasunien, les Nations Unies et le Home Office britannique, s’adressant à des confrères terroristes en sol syrien. Al-Harati commande maintenant une brigade libyenne opérant en Syrie et tentant de détruire le gouvernement syrien et de subjuguer la population syrienne. C’est ce que l’on appelle traditionnellement une « invasion étrangère ».

….

Les « missiles perdus » en Libye mentionnés par le Washington Post ont été retrouvés maintenant sur le champ de bataille syrien. Bien que des publications comme le Guardian dans leur article « Arms and the Manpads: Syrian rebels get anti-aircraft missiles, » (Des armes et des MANPADS : Les rebelles syriens reçoivent des missiles antiaériens) rapportent que les missiles ont été déployés à travers la Syrie, ils tentent de minimiser toute connexion entre le pillage de l’arsenal libyen et les terroristes d’Al-Qaïda qui les ont importés en Syrie. En revanche, le Times a publié les aveux mêmes des terroristes disant qu’ils reçoivent des armes lourdes de Libye, incluant des missiles sol-air.

On rapporte dans l’article du Times: « Libya’s Fighters Export Their Revolution to Syria, » (Les combattants libyens exportent leur révolution en Syrie) :

« Certains Syriens sont plus honnêtes quant à l’aide que les Libyens leur donnent. Ils ont des armes plus lourdes que nous, note Firas Tamim, qui a voyagé dans les zones contrôlées par les rebelles afin de voir les combattants étrangers. Ils ont amené ces armes en Syrie et elles sont utilisées au front. Parmi les armes vues par Tamim, il y avait des missiles sol-air de fabrication russe connus sous le nom de SAM-7.

Les combattants libyens balayent souvent du revers de la main les questions concernant le transfert d’armes, mais en décembre ils ont affirmé les importer. « Nous procédons actuellement à une collecte d’armes en Libye », a déclaré un combattant libyen au quotidien français Le Figaro.» Lorsque ce sera fait, nous trouverons un moyen de les amener ici. »

Clairement, l’intervention de l’OTAN en Libye a laissé un vaste arsenal entre les mains d’extrémistes sectaires dirigés par le GICL, un groupe figurant sur les listes d’organisations terroristes du département d’État étasunien, des Nations Unies et du Home Office britannique. Le GICL exporte maintenant des armes et fournit des militants pour l’autre front de  l’OTAN, la Syrie. Il est avéré qu’à la fois des armes et des terroristes libyens traversent la frontière turco-syrienne, avec l’aide de l’OTAN, et il est maintenant évident que des armes lourdes, incluant des armes antiaériennes ont également traversé la frontière.

En novembre 2011, le Guardian rapportait dans son article « Libyan chemical weapons stockpiles intact, say inspectors, » (Les armes chimiques libyennes sont intactes selon les inspecteurs) : « Les stocks de gaz moutarde et de produits chimiques libyens sont intacts et n’ont pas été volés pas dérobés durant l’insurrection qui a renversé Kadhafi, ont affirmé des inspecteurs de l’armement. »

L’article rapportait par ailleurs :

« L’abandon ou la disparition de certaines armes de l’époque de Kadhafi ont suscité des inquiétudes quant à l’érosion de la sécurité régionale si une telle puissance de feu tombait entre les mains de militants islamistes ou des rebelles actifs en Afrique du Nord. Certains craignent que les armes soient utilisés par des loyalistes de Kadhafi pour propager l’instabilité en Libye.

Le mois dernier Human Rights Watch a incité au conseil de transition national libyen à agir relativement aux nombreuses armes lourdes, incluant des missiles sol-air, affirmant qu’elles étaient demeurées sans surveillance durant plus de deux mois après le renversement de Kadhafi.

Mercredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a déclaré que l’ONU enverrait des experts en Libye pour s’assurer que le matériel nucléaire et les armes chimiques n’étaient pas tombés en de mauvaises mains. »

Et bien que les inspecteurs affirment que les armes chimiques sont entre les « mains du gouvernement » et non « aux mains des extrémistes », il est évident de l’aveu même du gouvernement libyen, qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans l’envoi d’armes et de combattants en Syrie.

Reste à voir d’où proviennent ces armes chimiques. S’il s’avère qu’elles proviennent de l’arsenal libyen, l’OTAN et spécifiquement les États-Unis et la Turquie, seraient impliqués dans l’acheminement d’armes de destruction massive aux terroristes d’Al-Qaïda, exactement le scénario pour lequel l’Occident a été paralysé de terreur depuis plus de 10 ans, a abandonné ses libertés et versé le sang de milliers de ses soldats pour le prévenir.

L’utilisation d’armes chimiques par des terroristes appuyés par l’Occident utilisant des armes chimiques, quelle que soit leur origine, ont sapé la légitimité déjà vacillante de l’Occident, mis ses institutions en danger et ébranlé encore plus la confiance de ses partenaires qui l’ont appuyé sur les plans politique, financier, industriel et stratégique. De tels associés seraient bien avisés de commencer à chercher des portes de sortie en cultivant des alternatives hors de l’ordre international géré par Wall Street et la City de Londres.

Tony Cartalucci

Land Destroyer

Article original: SYRIA: US-NATO Backed Al Qaeda Terrorists Armed with WMDs. Chemical Weapons against the Syrian People, le 19 mars  2013

 

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Le Canada a participé à la guerre en Irak

mars 22nd, 2013 by Suzanne Loiselle

Le 17 mars 2003, le premier ministre Jean Chrétien annonçait que le Canada ne participerait pas à la « coalition des volontaires » que les États-Unis tentaient de réunir avant d’envahir l’Irak. Dix ans plus tard, une attention médiatique importante est consacrée à rappeler cette décision. D’aucuns la présentent comme « un moment important », une « décision phare » affirmant l’indépendance canadienne vis-à-vis son géant voisin ; d’autres en soulignent le bien-fondé, empêchant le Canada de participer à une véritable hécatombe.

Bien loin de constituer « un tournant » dans la diplomatie canadienne, la décision de Jean Chrétien – que nous avions accueillie favorablement, mais avec de nombreux bémols – s’avère plutôt comme une anicroche dans l’évolution d’une politique étrangère de plus en plus inféodée à celle de l’empire étasunien.

Le contexte historique

Au cours des 20 dernières années, avec la dissolution de l’URSS, l’accélération de la mondialisation néolibérale et l’émergence de nouvelles puissances économiques, la politique étrangère canadienne s’est de plus en plus alignée sur celle des États-Unis : participation aux expéditions guerrières en Irak (1991), en Somalie, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye, au Mali ; discours à l’unisson de la « guerre contre le terrorisme », appui inconditionnel à Israël, etc. Cette tendance n’a fait que s’accélérer avec les gouvernements Harper successifs.

Dans le cas de l’Irak, l’alignement sur la politique étasunienne était presque entier. Depuis 1990, le Canada participait aux sanctions génocidaires imposées contre ce pays, à la suite de son invasion du Koweït, et maintenues après son retrait, sous prétexte qu’il n’avait pas fait la preuve de l’éradication de toutes ses armes de destruction massive… Ces sanctions, d’une dureté sans précédent, ont entraîné la mort de plus d’un million de personnes. De nombreuses agences internationales (UNICEF, FAO, PNUD, HCR, CICR, etc.) ont régulièrement documenté leurs effets dévastateurs, mais le Conseil de sécurité des Nations unies les a reconduites de 6 mois en 6 mois, pendant plus de 12 ans, y compris lorsque le Canada en assumait la présidence.

Dans ce contexte, la décision de Jean Chrétien en 2003 avait donc de quoi surprendre. Mais ceux qui la louent parce qu’elle a empêché le Canada de participer à l’hécatombe criminelle de la guerre oublient de parler de la première hécatombe, celle des sanctions, à laquelle le Canada a pleinement participé. D’autre part, on ne saurait parler de « décision phare » ou de « tournant majeur » quand on constate que cette décision n’est en rien caractéristique des 10 années de pouvoir de Jean Chrétien, qu’elle a été prise juste avant sa retraite, au terme d’un débat international orageux auquel il n’a pas du tout participé et, finalement, qu’elle n’a en rien déterminé l’évolution subséquente de la politique étrangère canadienne, bien au contraire. En effet, deux ans plus tard, le gouvernement Martin annonçait que les troupes canadiennes assumeraient désormais un rôle de combat à Kandahar et le chef d’état-major canadien, Rick Hillier, déclarait « Nous sommes les Forces canadiennes et notre travail est d’être capable de tuer des gens » !

Au-delà du «non»… la réalité

L’annonce de la non-participation canadienne à cette guerre était, au mieux, une demi-vérité, car le Canada y a participé… de multiples façons, à tel point que l’ambassadeur étasunien, Paul Cellucci, observait publiquement que le Canada y contribuait davantage que la plupart des 46 pays de la « coalition des volontaires ».

Pendant toute la période des sanctions contre l’Irak, des frégates canadiennes avaient participé au blocus maritime contre ce pays, en prenant parfois le commandement. Quand l’invasion de l’Irak a débuté, les frégates canadiennes sont demeurées dans le Golfe, assumant un rôle de protection des navires étasuniens d’où s’élançaient les avions de combat et les missiles de croisière…

D’autre part, dans le cadre de leur formation, de nombreux soldats et officiers canadiens font des stages dans diverses unités de l’armée étasunienne. Or, cette « formation » s’est poursuivie, même lorsque leurs unités ont été déployées en Irak. Des militaires canadiens ont ainsi été impliqués, sur le terrain, dans divers aspects de l’invasion de l’Irak et dans la planification même de la guerre au Central Command étasunien. En 2004, l’actuel chef d’état-major des Forces canadiennes, le brigadier général Walt Natynczyk, s’est même retrouvé second dans la chaîne de commandement de toutes les troupes d’occupation des États-Unis en Irak !

Dans une lettre au Globe Mail, le 5 février 2003, l’ex-ministre fédéral et ex-premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin, écrit : « Les États-Unis ont besoin de libérer d’importants équipements logistiques et militaires présentement en Afghanistan pour la prochaine campagne en Irak. Le Canada peut – et devrait – offrir de combler le vide. » Une semaine plus tard, Ottawa annonce que le Canada prendra le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) avec l’envoi de 2000 militaires.

Une mobilisation populaire planétaire

Dix ans plus tard, nous ne pouvons croire que la décision de Jean Chrétien ait été sans lien avec la formidable mobilisation populaire contre la guerre, que le New York Times présentait alors comme l’émergence d’une nouvelle superpuissance mondiale et que les médias oublient de rappeler aujourd’hui. Or, c’est au Québec – assise importante du Parti libéral du Canada d’alors – que cette opposition s’exprimait le plus fortement en Amérique du Nord, avec des manifestations à répétition qui amenaient simultanément dans les rues plus de 200 000 personnes à Montréal, 25 000 à Québec, 5000 à Alma, etc.

Ces protestations de très grande envergure, au Canada et au Québec, étaient l’expression manifeste, quoique rare, d’une aspiration populaire à une politique étrangère indépendante, réellement fondée sur le respect du droit international plutôt que sur la force. Dans une certaine indifférence maintenant, le Canada évolue, de plus en plus, dans la direction contraire.

Suzanne Loiselle

Raymond Legault

Suzanne Loiselle Raymond Legault – Porte-parole du Collectif Échec à la guerre, une coalition d’organismes créée à l’automne 2002 pour s’opposer à la guerre annoncée contre l’Irak. À la suite d’un séjour en Irak en janvier 2000, ils ont été actifs au sein du Réseau québécois pour la levée des sanctions contre l’Irak.

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Le 21 mars 2003, à 21h37, soit quelques heures après la fin de l’ultimatum de 48h du président George W. Bush – demandant au président irakien Saddam Hussein, ainsi qu’à ses fils Oudaï et Qusay, de quitter l’Irak – les États-Unis lançaient sur Bagdad les premiers missiles. C’était le début de la deuxième guerre occidentale contre l’Irak. Nous assistions impuissants et sidérés au déluge continu de missiles le plus massif de l’histoire. Tout cela était criminel et est resté à ce jour impuni. [Mise à jour d’un article publié en mars 2003]

Premiers bombardements sur Bagdad

Les pro-israéliens Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, et leurs amis dans le monde, ont appelé à la guerre qui devait démembrer l’Irak et le mettre à genoux. Leur objectif caché : assurer la domination d’Israël dans la région. Il s’agissait pour tous ces pro-israéliens cyniques et impitoyables de se défaire d’un voisin qui résistait aux diktats d’Israël et de ses alliés. Peu en importait le prix. Cette guerre a tué un million et demi d’Irakiens et détruit leur pays. L’Irak ne serait plus jamais l’Irak. Tous ces avocats de la guerre ne se sont plus jamais souciés du sort des Irakiens et du sang qui a coulé. L’Irak n’était pas assez. Ils se sont fixés par la suite sur d’autres chefs d’État à abattre qui n’avaient jamais reconnu l’État juif d’Israël. Kadhafi en Libye, Assad en Syrie…et l’Iran dans la ligne de mire. [Silvia Cattori, 19 mars 2013]


C’est atroce. Ils la veulent leur guerre, Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut. Ils l’auront leur guerre. Ils le veulent leur sang. Ils l’auront leur sang, et les cadavres déchiquetés, et les blessés, et les millions de déplacés et de morts. Tout cela est effroyable.

Et nous, citoyens du monde, nous qui ne voudrions rien de tout cela, et qui en tremblons, nous qui voudrions empêcher les armées de continuer de verser du sang ; nous qui n’avons pas les moyens d’arrêter la folie guerrière de Bush et de Blair ; nous qui n’avons pu faire taire les impostures de ces gens inhumains qui trouvent normal d’aller attaquer un pays qui ne les attaque pas, il ne nous reste plus qu’à continuer de nous opposer à toutes ces guerres de cruelle domination.

L’Union européenne s’est associée à toutes les guerres illégales récentes depuis 1991. Ceux qui ont cru en elle ont de quoi déchanter, et tout à craindre pour demain. De quels nobles idéaux ses élus pourront-ils encore parler ? Les États européens ont déjà connu bien des égarements. Les pays européens n’auraient jamais dû s’inféoder à l’OTAN, sans se soucier des conséquences désastreuses pour les populations ni de leurs effets destructeurs à long terme. De quelle légitimité pourront-ils encore se prévaloir, alors que tant de gouvernements se sont associés, plusieurs fois déjà en treize ans, aux projets de dirigeants qui pratiquent le terrorisme d’État et qui piétinent les petits pays en violation du droit international ? Les États-Unis et son allié Israël peuvent-ils continuer de frapper d’autres États faibles, en toute illégalité, et demeurer impunis ?

Aujourd’hui, le monde a compris que, si des pays réputés « démocratiques » jettent les peuples dans des guerres illégitimes, ce n’est pas pour servir des principes moraux et des valeurs universellement reconnues. Leur seul langage est celui de la force. Les va-t-en guerre pro-israéliens Richard Perle, Paul Wolfowitz, etc., dominent les institutions politiques, diplomatiques, et économiques. Ils ont le soutien de gens qui comme Pascal Bruckner, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, défendent eux pied à pied les intérêts d’Israël avant tout autre intérêt. Leurs guerres, au mépris de la légalité internationale jettent des peuples innocents dans l’horreur.

Cette guerre contre l’Irak n’aurait peut être jamais commencé sans les pressions du lobby pro-israélien. Ce lobby a pesé de tout son poids dans les décisions du Pentagone et de la Maison Blanche. L’ouverture par les États-Unis de ce nouveau front au Moyen Orient est une aubaine pour Israël ; il se sent déjà les mains libres, pour continuer sa sale guerre à l’encontre des Palestiniens. Tous les jours, les militaires israéliens poursuivent des exactions et le vol de nouvelles terres pour y installer des colons fanatisés qui arrivent de France et d’ailleurs.

La question irakienne vient de dessiller bien des yeux.

Ce n’est pas la fonction des intellectuels que de mentir. Les récentes prises de position pour ou contre la guerre en Irak ont été une sorte de révélateur. Chacun a compris pourquoi les ardents supporters des interventions militaires contre les ennemis d’Israël, nous disent que cette guerre, si lourde de conséquences, est une bonne guerre.

Ils ont toujours manipulé des syllogismes mortifères. C’est pourquoi la doctrine de l’« axe du mal » chère à Bush leur va comme un gant. La tragédie irakienne est un formidable révélateur. Les souffrances des Irakiens serviront-elles au moins à provoquer une prise de conscience ?

Après 21 jours de bombardements, les forces armées US prennent le contrôle de la plus grande partie de Bagdad en ruines. L’Irak développé et prospère que nous avons connu a disparu.

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Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence. En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.

Silvia Cattori : Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien – que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, – et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les évènements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façon alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des évènements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori : Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces évènements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de recherches pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM). Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori : Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori : La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya : En premier lieu, il faut voir que les évènements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les évènements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les évènements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième guerre mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces évènements soient nécessairement le prélude à une Troisième guerre mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces évènements font déjà partie de la Troisième guerre mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori : Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Le démantèlement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori : Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori : En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori : Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. 
Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

Silvia Cattori

 

Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie. 
Sur son ouvrage « The Globalization of NATO », voir également (en anglais) : 
 http://www.silviacattori.net/article4005.html 
 http://www.silviacattori.net/article3834.html 
 http://www.silviacattori.net/article3780.html  Article traduit de l’anglais par JPH

 


[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir : 
 « Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » : 
http://www.silviacattori.net/article3350.html 
 « Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » : 
http://www.silviacattori.net/article3416.html

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire général adjoint et directeur du programme humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, l’écrivain israélien Israël Shamir, a été accusé d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal pour avoir affirmé en 2003 cette vérité : qu’Israël et le lobby juif avaient joué un rôle prépondérant dans la guerre qui devait démembrer l’Irak un pays qu’Israël voulait mettre à genoux.

 

 

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Dans sa dernière entrevue avec le Sunday Time [1], publiée le 3 Mars 2013, le Président syrien Bachar al-Assad avait précisé : « Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie ».

Nul doute que les vidéos en question ont été visionnées et leur authenticité vérifiée par les services compétents de France, de Navarre et d’ailleurs [2]. Nul doute que la menace contre le peuple syrien a été impitoyablement mise à exécution le 19 Mars [3], à Khan al-Assal dans cette région d’Alep que le Président français rêve d’intégrer à ses prétendues « zones libérées » par d’« admirables révolutionnaires » qui font le sale travail qu’il appelle de ses vœux et fait « normalement » mine d’ignorer. Nul doute sur les raisons pour lesquelles le ministre français des Affaires étrangères « veut rapidement armer » la soi-disant opposition syrienne [4] et, qu’à ses yeux, non seulement « Assad ne mériterait pas d’être sur la terre » [5] mais aussi les citoyens syriens récalcitrants, civilisés, et loyaux envers leur mère patrie. Nul doute que ni le Président syrien, ni les autorités syriennes ne sont jamais réfugiés dans le « déni de la réalité », une réalité horrible et terrifiante pour les citoyens syriens, une réalité infamante et écoeurante pour les citoyens occidentaux dupés par des dirigeants définitivement menteurs, prédateurs et pilleurs.

Nul doute parce qu’il est désormais clair, même pour certains de nos médias longtemps malvoyants et malentendants [6), que c’est l’État et le peuple syriens qui doivent systématiquement être sacrifiés sur l’autel des ambitions hégémoniques de certaines « grandes » puissances et de leurs alliés médiocres. Mais pour autant est-ce que le recours criminel aux armes chimiques, après tant d’autres crimes non moins barbares, modifie l’équation sur laquelle repose le peuple et l’État syriens ? Le Général Hoteit répond à la question [NdT].

Certains ont été surpris devant l’utilisation d’armes chimiques par les bandes de terroristes sévissant en Syrie et sont même allés jusqu’à désapprouver les réactions des chancelleries occidentales, lesquelles ne se contentent plus de déformer les faits avant de les exploiter pour aller encore plus loin dans leur agression, mais s’arrogent le droit de nommer un Américain d’origine syrienne [un certain Ghassan Hitto, inconnu des syriens [7], NdT] à la tête d’un gouvernement de l’Opposition syrienne baptisé « le gouvernement d’intérim » ! Nous sommes donc face à une « escalade programmée de l’agression anti-syrienne » et pour situer le niveau réel de ces derniers événements, il nous faut revenir aux aspects fondamentaux du sujet.

L’un de ces aspects concerne naturellement l’identité de ceux qui ont usé de l’arme chimique ; identité évidente pour tout observateur qui accepte de constater les évidences. La première découle du fait que le missile sol-sol chimiquement chargé, qui a été lancé sur Khan el-Assal près d’Alep, a visé une région entièrement contrôlée par l’Armée nationale syrienne dont la population a unanimement rejeté les prétendus rebelles armés aussi bien syriens qu’étrangers, et a témoigné de son attachement indéfectible à l’État syrien et à son gouvernement actuel légitimement élu. La deuxième est en rapport avec le « timing » de l’attentat survenu à un moment critique qui a révélé l’incapacité des bandes armées à modifier l’équilibre des forces en leur faveur, de telle sorte qu’elles puissent effectivement réussir à contrôler ne serait-ce qu’une région du pays et à en interdire l’accès aux forces gouvernementales pour s’offrir une quelconque légitimité, et ce en dépit de tout leur armement et des moyens logistiques mis à leur disposition ! Ceci sans oublier une troisième évidence : celle de la crise notoire vécue par les soi-disant oppositions syriennes, séparées entre extérieure et intérieure, qui ne se rencontrent que par leur « hostilité au régime », pour tout de suite se disperser devant « la soif du pouvoir ».

Tout cela nous permet d’affirmer que les terroristes ont eu recours à l’arme chimique par décision d’un commandement suprême [USA], avec la coopération et la complicité d’un triangle régional [Qatar, Arabie saoudite, Turquie] et d’un binôme européen [France, Grande Bretagne], qui ne sont donc que des exécutants, pour atteindre les objectifs suivants :

1. Dépasser la crise structurelle et le handicap sur le terrain dont souffre la prétendue opposition syrienne et introduire une nouvelle arme dans la bataille, pour atteindre l’équilibre rêvé par « le front des agresseurs » comme nous l’a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui « ne peut accepter le déséquilibre actuel » entre un État souverain et des mercenaires inféodés à l’étranger, et qui considère que « lever l’embargo sur les armes [à destination de l’opposition syrienne] est le seul moyen qui reste pour faire bouger politiquement la solution » ! [4]. Mais les règles de la guerre nous ont toujours enseigné qu’un adversaire, incapable d’atteindre ses objectifs, demande des renforts et/ou introduit une nouvelle arme sur le champ de bataille. Et c’est justement le cas des mercenaires armés incapables de contrôler la situation d’ensemble en dépit de renforts humains incessants qui ont atteint les 135000 hommes armés, rendus à 65000, sous les coups de l’Armée nationale syrienne et aussi du fait de l’évolution de leur environnement qui n’est plus dupe de leurs motivations. Coincés politiquement et militairement, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire exploser la situation et ainsi récupérer l’équilibre tant rêvé.

2. Satisfaire la volonté des dirigeants de l’OTAN, et particulièrement de la Turquie, par l’envoi d’un message fort à la Syrie lui signifiant que leurs menaces à répétition de fournir des « armes létales » à la dite opposition syrienne sont sérieuses et que les autorités syriennes feraient bien d’en tenir compte et de réviser leurs calculs, comme l’ont déclaré plus d’un responsable occidental… Les calculs qu’à leur avis la Syrie est censée réexaminer portent sur la détermination du gouvernement syrien et du Président Al-Assad de ne s’en remettre qu’aux seules décisions du peuple et de refuser les diktats étrangers d’où qu’ils viennent, notamment ceux qui consistent à en désigner les dirigeants en contournant le verdict des urnes. D’ailleurs, la désignation d’un citoyen américain, d’origine syrienne, comme premier ministre d’un gouvernement fantoche n’est qu’un avant goût de ce que les Occidentaux voudraient imposer à la Syrie ; ce que le peuple syrien refuse, ainsi que ses autorités nationales et patriotes. Là encore, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire pression, intimider, voire terroriser les autorités syriennes afin qu’elles abandonnent leurs principes de gouvernance, de souveraineté et d’indépendance.

3. Permettre aux dirigeants US de tester concrètement la direction syrienne du point de vue cohésion et sang froid, en particulier, tout en la poussant à répondre à ce crime commis par les bandes armées à sa solde par un crime de même nature. En d’autres termes, pousser la direction syrienne à répondre par une attaque chimique contraire, au cas où ils échoueraient à l’accuser de l’avoir elle-même perpétré. Ainsi les US auraient le prétexte suffisant pour intervenir militairement sous la couverture de diverses organismes internationaux ou régionaux et réussiraient enfin à « faire tomber le régime » qui a résisté et qui est toujours capable de résister, malgré le nombre considérable des agresseurs et la violence extrême de l’agression ; ce qui a fait que la Russie les a clairement prévenu que « sa chute était impossible » !

La décision d’utiliser le gaz sarin est une décision de la direction US prise il y a deux mois dans le but de s’en servir comme prétexte à intervention. Les rapports de la chaine CNN sur ce gaz prétendument utilisable par Damas, aux abois, se sont multipliés depuis le début de l’année [8] et révèlent que ce dernier argument s’est évaporé comme les précédents, car la cohérence syrienne sur les plans politique, médiatique et politique a fait échouer certains des objectifs essentiels de ses ennemis. Certes, les résultats de cet acte criminel sont lourds de conséquences, notamment par le nombre de victimes syriennes [26 tués, dont 16 militaires, et 86 blessés, au 20 Mars 3013, NdT]. Il n’empêche que ses répercussions vont dans le sens opposé à la volonté des États-Unis. En effet :

1. La condamnation internationale de cette attaque chimique, par de prétendus opposants pour la liberté, a quelque peu embarrassé les dirigeants occidentaux et a particulièrement révélé l’hypocrisie des dirigeants US qui, après avoir affirmé qu’ils ne savaient pas qui des rebelles ou des autorités syriennes avait usé de ces armes, se sont lancés dans une fuite en avant en déclarant « qu’ils n’accepteront pas que le régime utilise des armes chimiques » ; ce qui revient à admettre implicitement qu’ils acceptent, encouragent, voire ordonnent aux bandes armées d’en faire usage ! Bien que nous soyons convaincus que les dirigeants US ne s’imposent aucune restriction d’ordre légal, moral, ou humaniste, nous pensons néanmoins que cette situation dans laquelle ils se sont empêtrés pourrait les empêcher d’invoquer l’usage des armes chimiques pour pousser la communauté internationale à intervenir militairement en Syrie.

2. Quant à la dite opposition syrienne, nous pouvons dire que  ce crime dépasse le simple embarras et constitue un énorme scandale qui ne manquera pas de les diviser encore plus qu’ils ne le sont, surtout que les victimes sont principalement des femmes et des enfants, dont une petite fille qu’ils n’ont pas pu ne pas entendre dire : “C’est cela leur liberté ? Puisse Dieu ne jamais les exaucer ! ».

3. Reste les « ourbanes » qui se réunissent encore sous l’égide d’une prétendue Ligue arabe et sur lesquels nous ne nous attarderons pas, sinon pour dire que leur silence équivaut à un aveu de reconnaissance de complicité dans ce crime répréhensible et condamnable par toute personne saine d’esprit douée d’un minimum de noblesse, autant de termes exclus de leur dictionnaire.

Finalement, bien que le recours aux armes chimiques par le front des agresseurs « sous direction US » signifie une importante escalade dans la violence contre la Syrie, il a été incapable de créer une brèche dans sa défense militaire et n’a en rien assuré l’équilibre des forces que les US cherchent désespérément avant de s’asseoir à la table des négociations. Au contraire, les USA ont perdu des cartes que ne compensera certainement pas la nomination d’un citoyen américain d’origine syrienne à « la tête d’un gouvernement intérimaire ». Ni lui, ni l’attentat criminel par armes chimiques n’auront réussi à atteindre leurs objectifs, tout comme ils ne modifieront pas les paramètres essentiels de l’équation sur laquelle repose l’Etat  syrien et sa légitimité.

Amin Hoteit

21/03/2013

 

Article original : Al-tayyar

هل تغيّرت المعادلة السورية بعد الكيماوي؟!

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/syria-after-chemical-pb-8119.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Entrevue intégrale du président syrien avec le Sunday Times

http://www.mondialisation.ca/entrevue-integrale-du-president-syrien-avec-le-sunday-time/5325236

[2] Des terroristes testent l’effet de gaz toxiques, de fabrication turque, en territoire syrien.

http://www.youtube.com/watch?v=k_IIARKNXQI&feature=youtu.be

[3] SYRIA: US-NATO Backed Al Qaeda Terrorists Armed with WMDs.

Chemical Weapons against the Syrian People

http://www.globalresearch.ca/syria-us-nato-backed-al-qaeda-terrorists-using-wmds-chemical-weapons-against-the-syrian-people/5327507

[4] Syrie : Fabius veut armer “rapidement” l’opposition

http://www.dailymotion.com/video/xy6zt5_syrie-fabius-veut-armer-rapidement-l-opposition_news

[5] Syrie : pour Fabius, “Assad ne mériterait pas d’être sur la terre”

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/syrie-pour-fabius-assad-ne-meriterait-pas-d-etre-sur-la-terre-7460516.html

[6] En Syrie, armes à double tranchant

http://blog.mondediplo.net/2013-03-19-En-Syrie-armes-a-double-tranchant

[7] Syrie : le premier ministre de l’opposition refuse tout dialogue avec Assad

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/19/ghassan-hitto-elu-premier-ministre-interimaire-par-l-opposition-syrienne_1850209_3218.html

[8] Syria’s chemical weapon potential: What is it, and what are the health risks?

http://edition.cnn.com/2012/12/07/world/meast/syria-chemical-weapons-qa/

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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Honduras : Un escadron de la mort sème la terreur

mars 22nd, 2013 by André Maltais

Le Congrès hondurien, l’un des protagonistes du coup d’état de 2009 contre le président Manuel Zelaya, ne cesse, depuis ce temps, de voter des lois au service du capital étranger, dans un pays devenu l’épicentre du trafic de drogue en Amérique centrale et l’un des endroits les plus violents sur la planète.

Ce constat de l’Organisation fraternelle des noirs du Honduras (OFRANEH), paru dans un communiqué du 28 janvier dernier, n’est vécu nulle part ailleurs avec autant d’intensité que dans la région du Bajo Aguan, sur la côte caribéenne du Honduras.

Là-bas, depuis trois ans, ont jusqu’à maintenant été assassinés près d’une centaine de membres et sympathisants d’organisations paysannes, comme le Mouvement unifié des paysans de l’Aguan (MUCA) et le Mouvement paysan pour la récupération de l’Aguan (MOCRA), qui cherchent à protéger les petits fermiers contre l’appropriation des terres par l’oligarchie de l’agrobusiness.

Pour le gouvernement de Porfirio Lobo, ces meurtres sont le triste résultat d’une confrontation entre les forces de sécurité des grands producteurs d’huile de palme et les organisations paysannes et on ne peut rien faire de plus que de recourir aux forces de l’ordre pour mettre fin au conflit.

Mais un rapport de l’organisme Rights Action, publié le 20 février, souligne que seulement six des assassinats ont eu lieu sur des terres occupées par les paysans ou pendant les opérations d’éviction de ces derniers. Tous les autres sont des meurtres ciblés alors que les victimes sont tuées à la maison ou sur la route.

Ces meurtres systématiques exécutés par des tueurs masqués ont commencé, note Annie Bird, co-directrice de Rights Action, quand, en janvier 2010, une unité des forces spéciales du 15e bataillon de l’armée hondurienne est arrivée dans l’Aguan, fraîchement entraînée par le Commandement des opérations spéciales du Commandement Sud de l’armée des Etats-Unis (SOCSOUTH).

Baptisée Opération Tumbador, cette première militarisation répondait à l’occupation de 10,000 hectares de terres appartenant au plus grand propriétaire terrien du pays, Miguel Facussé, par des milliers de paysans du MUCA.

Médias et gouvernement, raconte German Reyes, du Front national de résistance populaire (FNRP) hondurien, avaient alors accusé les militants paysans d’avoir créé une cellule de guérilla, financée par le trafic de drogue, pour déstabiliser le pays.

Après Tumbador, aucune annonce n’a suivi à propos de la supposée guérilla, continue Reyes. Aucune saisie d’armes ni capture de guérillero. Pendant que militaires et policiers se concentraient à déloger les paysans des terres occupées et que commençaient les meurtres ciblés de paysans par ce qui semble être un escadron de la mort, le SOCSOUTH états-unien finançait l’agrandissement et la modernisation de la base militaire de Rio Claro, là où avait été entraîné le 15ebataillon.

Mais les auteurs du rapport font plus que de souligner la coïncidence entre l’Opération Tumbador et le début des assassinats. Les conditions entourant plusieurs des meurtres de paysans, révèlent-ils, découlent des techniques enseignées aux militaires et policiers honduriens par le SOCSOUTH, parmi celles-ci, la « conduite automobile offensive », le « tir de précision à distance » et « l’insertion » dans les domiciles ou lieux de travail.

Or, s’inquiète madame Bird, plusieurs dizaines de meurtres sont survenus suite à des poursuites automobiles à haute vitesse tandis que plusieurs autres paysans sont morts ou ont survécu à des tirs de « snipers » ou ont été attaqués à la maison ou au travail par des commandos de tueurs.

Les résidents locaux et la presse nationale signalent la présence de Rangersétats-uniens dans la région, depuis au moins 2008, ce que confirment, écritRights Action, des documents publics du gouvernement des Etats-Unis.

Pour les organisations paysannes, il ne fait aucun doute que la police et les militaires participent à cette tuerie tellement elles ont été témoin d’actes de violence et d’intimidation de leur part dans les communautés agraires. Il est, par ailleurs, de notoriété publique que des éléments de la police commettent de nombreux délits, au Honduras, spécialement des meurtres commandités, du trafic de drogue et des enlèvements avec extorsion.

Bien que Tumbador ait aggravé la situation dans l’Aguan, le gouvernement y dépêchait, en 2011, une nouvelle unité conjointe de l’armée et de la police, l’unité Xatruch qui, en 2004, a participé à l’occupation iraquienne par les Etats-Unis et à ses opérations spéciales de contre-insurrection.

Pour OFRANEH, le conflit meurtrier de l’Aguan, avec sa population armée de machettes coincée entre les AK-47 des trafiquants de drogue et des milices terriennes, pourrait se reproduire partout au pays tellement le gouvernement est anxieux d’en livrer les ressources aux investisseurs étrangers.

En octobre 2011, Lobo est allé à Washington se faire photographier et annoncer au monde que son pays est ouvert à des affaires qui, toutes, augmentent la pression sur la terre hondurienne: agro-combustibles, tourisme, sylviculture et mines à ciel ouvert.

Le 23 janvier dernier, le Congrès putschiste adoptait un projet de villes-modèle, parrainé par l’économiste états-unien, Paul Romer, et baptisé Loi des régimes spéciaux de développement (RED), qui consiste à transformer des portions du territoire hondurien en villes-états autonomes, répliques de paradis fiscaux comme Singapour ou les îles Caïmans.

Trois mois auparavant, la Cour suprême de justice avait pourtant déclaré le projet de loi RED inconstitutionnel mais, le 12 décembre, le Congrès hondurien destituait illégalement les quatre magistrats qui avaient voté contre l’initiative néocoloniale.

Comme le Chili de Pinochet, le Honduras d’après 2009 est devenu un laboratoire politique, social et économique, dont les enseignements visent à être appliqués à d’autres pays latino-américains plus importants. Dans un avenir pas si lointain, prédit OFRANEH, les Cours supérieures des pays restés sous la férule impériale seront prisonnières des législateurs soumis aux intérêts du Nord.

Selon le Groupe de travail de l’ONU sur l’emploi des mercenaires, le Honduras de Porfirio Lobo compte 706 entreprises privées de sécurité qui emploient entre 60,000 et 70,000 personnes, soit plus du double des éléments que comptent ensemble la police nationale et l’armée.

Il y a cinq gardes de sécurité privés pour un policier, au Honduras et cela ne comprend même pas les entreprises de sécurité illégales. Il est clair, dit Patricia Arrias, membre du groupe de travail onusien, que, dans un contexte de législation insuffisante et très faible encadrant ces entreprises, cela facilite les violations des droits humains.

Le congrès hondurien, conclut l’OFRANEH, est en train d’écrire un Manuel de destruction de l’état et de la démocratie pour les nuls, en quatre chapitres : coup d’état pour éliminer les forces qui s’opposent au pillage des ressources; tolérance des cartels de la drogue qui contrôlent des pans entiers du territoire national; sape de ce qui reste de l’administration de la justice et, en guise de happy end, don de la terre et du sous-sol du pays aux néo-colonialistes.

Mais reste à voir ce qu’en dira la population. 2013, au Honduras, est une année d’élections présidentielles. Or, tous les sondages montrent jusqu’à maintenant qu’une élection libre donnera gagnante Xiomara Castro, épouse de l’ex-président, Manuel Zelaya, et son parti Liberté et refondation (LIBRE).

André Maltais

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Leçon de politique sur la Palestine à l’assemblée en Australie

mars 22nd, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Israël-Palestine… David Shoebridge remet les pendules à l’heure

 

Formidable discours du député australien qui donne une vraie leçon de politique sur la Palestine à l’assemblée en Australie, en réponse à une motion présentée par un groupe de députés de retour d’une “mission” en Israël et dans certains endroits “choisis” de Cisjordanie. Mission qui était sous la houlette du Jewish Board of Deputies.

 

 

19 mars 2013 - http://www.youtube.com/watch?v=psWg…/MrPedrolobito·

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Au dixième anniversaire de l’invasion américaine en Irak, plusieurs attentats à la voiture piégée ont atteint hier des cibles chiites partout en Irak, tuant 65 personnes et en blessant au moins 200 autres. C’est un rappel sanglant des effets de l’occupation néocoloniale américaine de l’Irak, comprenant l’embrasement par Washington du conflit ethno-confessionnel et de l’escalade de la guerre en Syrie.

Les attentats d’hier ont eu lieu après une série d’attaques anti-chiites perpétrées par des partenaires d’al Qaïda en Irak, un groupe lié au Front al Nusra – actuellement la force motrice de l’opposition syrienne, soutenue par les Etats-Unis, et qui lutte pour le renversement du président Bachar al Assad.

Dans le contexte de ces atrocités continuelles, l’on ne peut qu’être écoeuré par les rétrospectives superficielles et trompeuses des médias américains sur la guerre en Irak. Ils présentent la guerre comme faisant définitivement partie du passé après les élections d’un gouvernement irakien et le retrait officiel d’Irak, en décembre 2011, des troupes américaines. Les mensonges et la criminalité avec lesquels l’impérialisme américain a poursuivi la guerre – qui a dévasté l’Irak et entraîné la mort d’environ 1,2 million d’Irakiens et de près de 4.500 soldats américains, tout en coûtant 2 milliers de milliards de dollars sont soit ignorés soit balayés d’un revers de la main comme étant des « ratés du renseignement. »

La population américaine a été poussée dans une guerre impopulaire, malgré des protestations de masse, une guerre fondée sur des mensonges et pour lesquels personne n’a eu de comptes à rendre. Les preuves avancées pour montrer que l’Irak possédait des armes de destruction massive (ADM) ont été fabriquées par des responsables américains, dont par le discours prononcé en 2003 par le secrétaire d’Etat, Colin Powell devant l’ONU. Le président américain George Bush et le vice-président, Dick Cheney, ont trompeusement affirmé que les Etats-Unis devaient attaquer l’Irak pour empêcher qu’il s’allie à al Qaïda – qui opère actuellement en Syrie comme force intermédiaire des Etats-Unis.

Compte tenu de l’ampleur des crimes et de la dévastation causée par la guerre en Irak, la réaction des médias américains ont un caractère orwellien. Dix ans après une massive campagne médiatique pour faire pression sur la population pour qu’elle soutienne la guerre d’agression, il n’existe aucun examen sérieux des événements qui ont contribué à cette catastrophe. L’histoire se réduit à des bulletins d’information de deux minutes et à de brefs articles.

Le New York Times a publié une liste de brefs commentaires d’universitaires et d’agents de l’Etat intitulé « Cela en valait-il la peine ? » Le professeur de l’université de Harvard et ancienne conseillère adjointe à la sécurité nationale, Meghan O’Sullivan, a avancé l’argument immonde suivant, « Croyez-le ou non, nous sommes plus en sécurité maintenant » après la guerre. En reprenant les mensonges sur les ADM, elle a affirmé que sans l’invasion de l’Irak, « Il est du moins concevable que Saddam [Hussein, l’ancien président de l’Irak] aurait aujourd’hui l’arme nucléaire. »

Le Washington Post a écrit que l’Irak « titube entre progrès et chaos, » en reconnaissant qu’une guerre sectaire est en cours mais en citant le commentaire du gouverneur de Najaf, Adnan Al-Zurfi disant, « La plupart des gens ont actuellement un bon boulot et de nombreuses opportunités. » Mis à part le fait que c’est un mensonge, et même si c’était vrai, cela ne justifierait pas une invasion américaine et l’occupation de l’Irak.

Les experts des médias, qui ont tout particulièrement promu la guerre – dont Thomas Friedman et Richard Cohen du New York Times et David Ignatius duWashington Post – n’ont pas abordé la question de l’anniversaire. Friedman n’a pas ressenti le besoin de fournir une quelconque explication pour sa tristement célèbre déclaration au sujet de l’Irak qu’« une guerre pour le pétrole ne lui posait aucun problème.»

Les chroniqueurs du Post ont été, quant à eux, trop occupés à réclamer une guerre avec la Syrie pour faire un bilan de leurs articles sur l’Irak. Saluant l’envoi de missiles antiaériens aux combattants de l’opposition syrienne, Ignatius a préconisé une occupation de la Syrie, menée par les Etats-Unis. Il écrit, « Soyons sincère : Assad une fois parti et la Syrie enfin en train de reconstruire son Etat, elle aura besoin d’une massive aide économique et militaire étrangère – incluant probablement des troupes de maintien de la paix de la Ligue arabe ou même d’un pays de l’OTAN comme la Turquie. »

En 2003, Cohen était ravi du fait que les mensonges de Colin Powell sur les ADM à l’ONU signifiaient « un homme raisonnable exposant des motifs raisonnables » – un jugement que, comme l’avait fait remarquer le WSWS, Cohen avait prononcé tandis qu’il écrivait frénétiquement sur son ordinateur « avant même que Powell ait fini de parler » afin de finir son article dans les délais imposés par son journal. Cette fois encore il a hâte de dissiper les préoccupations concernant un « retour de flamme » ou des conséquences imprévues résultant d’un armement d’al Qaïda en Syrie.

Les Etats-Unis devraient simplement aller attaquer Assad, écrit Cohen. « Le retour de flamme est maintenant une réalité. Il n’y a pas de moyen sûr de l’éviter, seulement de le contenir. Cela ne peut se faire qu’en armant rapidement les modérés et en faisant pression pour une fin aussi rapide que possible de la guerre. »

Les remarques belliqueuses de Cohen reflètent l’émergence d’un groupe d’enthousiastes pro-guerre au sein de la presse anciennement politiquement libérale et favorable au Parti démocrate.

La promotion d’une guerre agressive par les médias et qui forme maintenant la base incontestée de la politique américaine au Moyen-Orient, s’expose à la même condamnation que celle émise contre les cadres de haut niveau de la machine de propagande nazie. La résolution 110 des Nations unies, votée après les procès de Nuremberg, a censuré « toute forme de propagande, dans tous les pays, qui tente de provoquer ou d’encourager toute menace contre la paix, toute violation de la paix ou tout acte d’agression. »

Malgré les coûts humains et financiers incalculables de la guerre, certains ont bien profité de l’Opération Liberté en Irak.

La guerre a mis en faillite les Etats-Unis et dévasté l’Irak dont les champs pétrolifères sont actuellement pillés par des firmes occidentales, parmi lesquelles on compte Exxon Mobil, PB, Chevron, Shell et l’entreprise de Cheney, Halliburton. L’Irak est même confronté à une pénurie d’énergie et de nombreux civils irakiens manquent toujours d’électricité et d’eau courante, étant donné que 80 pour cent du pétrole irakien est exporté par des firmes étrangères. Elles travaillent en étroite collaboration avec l’énorme ambassade américaine, qui est dissimulée à Bagdad dans la zone verte encore fortifiée, pour surveiller le premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Les projets de guerre américains en Iran et en Syrie découlent inévitablement du crime initial commis en Irak. Craignant que sa mise en place en Irak d’un régime chiite n’ait infléchi l’équilibre du pouvoir régional trop en faveur de l’Iran, les Etats-Unis ont laissé les monarchies du golfe persique armer les forces droitières sunnites, dirigées par Al-Nusra, contre la Syrie, un allié clé de l’Iran. Comme le bombardement d’hier l’a montré, l’Irak se retrouve une fois de plus au milieu de ces projets de guerre.

Dix ans après le début de la guerre en Irak, les guerres de l’impérialisme américain se poursuivent au Moyen-Orient, de nouvelles guerres sont planifiées et les criminels politiques qui en sont responsables, ainsi que leurs propagandistes des médias, restent impunis.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 20 mars 2013

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L’invasion de l’Irak, il y a dix ans, a provoqué la plus grave crise humanitaire dans le monde. Comme on l’avait annoncé, le pays a été systématiquement détruit. La brutale réalité dépasse tout ce qu’il est possible d’imaginer. Ce qui suit ne s’adresse pas aux lecteurs sensibles.

“Le chemin vers Jérusalem passe par Bagdad.”

Henry Kissinger

Morts, disparus, réfugiés

Selon l’UNESCO, entre 1991 et 2003, un million d’Irakiens, dont la moitié étaient des enfants, ont perdu la vie suite aux sanctions économiques imposées au pays.[1] Cela n’était que le prélude. Entre l’invasion étasunienne en mars 2003 et mars 2013, 1,5 million d’Irakiens de plus ont été tués.[2]

Le nombre de personnes disparues est actuellement estimé entre 250.000 et plus d’un million. Pour les seules familles expatriées, presque 100.000 enfants sont portés disparus.[3]

L’invasion et l’occupation qui a suivi ont été à l’origine d’une des plus grandes migrations de peuples provoquée par un conflit dans l’histoire du Moyen-Orient.[4] Un rapport des NU datant de 2008 rapportait 2,8 millions de personnes déplacées à l’intérieur de l’Irak.[5] La Croix Rouge irakienne rapportait, en juillet 2007, qu’au moins 2,5 millions d’Irakiens avait fui à l’étranger.[6] Au total, il s’agissait donc de 5,3 millions de réfugiés[7] sur une population de 31 millions, soit une personne sur six.[8] Parmi ces réfugiés en Irak, 80% sont des femmes et des enfants de moins de 12 ans.[9]

Entre l’invasion étasunienne en mars 2003 et mars 2013,jusqu’à 1,5 million d’Irakiens ont été tués. Un irakien sur six est en fuite.

Terrorisme, torture, détention, traumatismes…

Pendant des années, l’Irak fut le pays le plus violent et le moins sûr du monde.[10] En 2011, il fut rattrapé par la Somalie… Etant donné les multiples attentats à la bombe et la violence religieuse des diverses milices, c’est un endroit plus dangereux que l’Afghanistan.[11] Plus d’une victime sur trois du terrorisme mondial est un Irakien.[12]

Ces dix dernières années, plusieurs dizaines de milliers d’Irakiens ont été emprisonnés sans aucune forme d’inculpation ou de procès, dans des prisons officielles ou secrètes (aussi bien irakiennes qu’étasuniennes).[13]

“Tu as vu ce qui s’est passé en Afghanistan : les gens se promenaient dans les rues ! Et ils étaient joyeux.

Ils avaient des ballons. Ils faisaient de la musique.
Et ils accueillaient les Etats-Unis.
Car tout le monde sait que les Etats-Unis ne veulent pas occuper l’Irak. »

Donald Rumsfeld, à l’époque ministre de la Défense, 4 décembre 2002[14]

Entre 2005 et 2008, 50 à 180 corps humains ont chaque jour été jetés dans les rues de Bagdad, portant pour la plupart d’affreuses traces de torture.[15] On sait que la force d’occupation a formé, entraîné, armé et déployé des escadrons de la mort [16] responsables de ces assassinats. Il y a un lien direct entre les centres de torture et le Pentagone.[17]

Être journaliste dans ce pays entre deux fleuves n’est pas une sinécure. Depuis l’invasion, au moins 382 journalistes (dont 352 Irakiens) ont été tués.[18] Ce nombre dépasse celui de toute autre zone de guerre de l’Histoire. Pour comparaison : durant la période 1996-2006, 862 journalistes ont été tués dans le reste du monde.[19]

Il n’est pas étonnant que les Irakiens souffrent de traumatismes extrêmes, au niveau plus élevé que dans d’autres zones de guerre. Une étude indique que parmi les réfugiés irakiens 80% avaient été témoins d’une fusillade, 72% avaient été victimes d’une voiture piégée, et 75% connaissaient une personne morte assassinée.[20]

On sait que les Etats-Unis ont formé, entraîné, armé et déployé des escadrons de la mort responsables de ces assassinats.

Le pays le moins vivable du monde

Pour la énième fois, Bagdad a été proclamée « ville moins vivable de la planète »,[21] suite à la destruction systématique par l’armée étasunienne d’usines, d’écoles, d’hôpitaux, de musées, de centrales d’énergie et d’installations de purification des eaux.[22]

Pourtant, selon les dispositions de la Convention de Genève, lorsqu’une force d’occupation opère par le biais d’un gouvernement qu’elle a installé, elle est responsable de la protection et du bien-être de la population civile.[23] Ces règles et obligations ont été systématiquement ignorées.

“Mais lancez donc une guerre totale contre ces tyrans !

Je pense que nous allons faire ça à merveille.
Et plus tard, nos enfants nous en feront l’éloge. »

Michael Ledeen, American Enterprise Institute, 29 octobre 2001[24]

Selon la Croix Rouge, la crise humanitaire en Irak après l’invasion étasunienne est une des pires du monde.[25] Aujourd’hui, 11 millions, soit presque la moitié des citadins irakiens, habitent dans des bidonvilles.[26] En 2000, ils n’étaient même pas 3 millions. Selon Oxfam, 8 millions d’Irakiens ont un besoin d’aide urgente, et 4 millions manquent de nourriture.[27] 70% de la population n’ont pas accès à une infrastructure d’électricité fiable.[28]

Les bas niveaux d’eau des lacs et rivières ont provoqué une catastrophe car la canalisation défectueuse a empoisonné l’eau potable, rendue ainsi inapte à la consommation humaine et animale.[29] Par conséquent, 70% des Irakiens n’ont pas accès à l’eau potable.[30]

La contamination par l’uranium appauvri et d’autres pollutions liées aux opérations militaires ont engendré une augmentation de déformations génétiques et de cancers qui ont rendu le pays quasi invivable.[31]

Pour la énième fois, Bagdad a été proclamée « ville moins sûre de la planète ». La contamination par l’uranium appauvri et d’autres pollutions liées aux opérations militaires ont engendré une augmentation de déformations génétiques et de cancers qui ont rendu le pays quasi invivable.

Femmes et enfants

En Irak, 44.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année,[32] ce qui est deux fois trop élevé. Ça veut dire que chaque jour 60 enfants meurent inutilement.[33] Un demi-million d’enfants sont mal nourris et 800.000 jeunes irakiens, entre cinq et quatorze ans, sont mis au travail.[34]

L’Irak est devenu le pays des orphelins. On estime à 5 millions le nombre d’orphelins,[35] dont plus d’un demi-million vivent dans la rue.[36]

En Irak, 44.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, ou 60 par jour, soit plus que la normale.

Un demi-million d’enfants sont mal nourris et 800.000 jeunes irakiens ,entre cinq et quatorze ans, sont mis au travail.

L’Irak est aussi le pays des veuves. En 2007, le Ministère irakien des Affaires des Femmes rapportait qu’il y avait environ 3 millions de veuves, suite à la guerre avec l’Iran, la guerre du Golfe de 1991, et l’occupation de l’Irak depuis 2003.[37] Plus de la moitié des veuves ont perdu leur mari après l’invasion de 2003, avec des conséquences dramatiques pour elles. 8% d’entre-elles seulement perçoivent une pension, 55% sont déplacés, et un nombre équivalent sont victimes de violences.[38]

Pour les femmes, l’invasion a signifié un grand bond en arrière. Depuis 2003, nombre de leurs droits ont reculé, notamment le droit à la protection maternelle, à l’emploi et aux soins de santé.[39] À présent, la polygamie est proposée comme une solution au très grand nombre de veuves,[40] et le mu’ta, sorte de mariage de complaisance – une forme de prostitution légalisée – est de retour.[41]

Education

L’enseignement a été une cible systématique dans la destruction de l’Irak. Entre mars 2003 et octobre 2008, plus de 30.000 attaques violentes ont été commises contre des institutions d’enseignement. Plus de 700 écoles primaires ont été bombardées, 200 ont été incendiées et plus de 3.000 ont été pillées. Plusieurs établissements d’enseignement ont été utilisés pour héberger des militaires.[42]

En 2008, seule la moitié des enfants entre six et douze ans fréquentait encore l’école.[43] En 2005, ils étaient encore 80%. Plus de 90% des enfants accusent un retard au niveau de l’apprentissage.[44]

L’enseignement supérieur a été particulièrement visé et encore plus durement frappé. 84% des institutions de l’enseignement supérieur ont été incendiées, pillées ou gravement endommagées.[45] Plus de 470 professeurs irakiens ont été des cibles, soit presque un enseignant tué par semaine depuis le début du conflit.[46]

L’enseignement a été une cible systématique dans la destruction de l’Irak. Plus de 470 professeurs irakiens ont été tués, soit presque un par semaine.

Une fuite de cerveaux sans précédent

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le pays se vide. Depuis l’invasion, 20.000 scientifiques et de professionnels irakiens et 6.700 professeurs de l’université ont fui le pays.[47]

Les médecins, notamment, ont pris la fuite. Rien de surprenant quand on sait que, depuis 2003, plus de 2.000 médecins ou infirmiers ont été assassinés.[48] Plus de la moitié des médecins enregistrés se sont également désengagés dans leur propre pays.[49]

La désarticulation est totale. 75 % des médecins, pharmaciens, infirmiers, et 80% du corps d’enseignants de Bagdad ont été tués, ont émigré, ou ont abandonné leur poste.[50] Avant 2006, environ 40% de la classe moyenne avait pris la fuite suite à la violence ou la terreur.[51]

75 % des médecins, pharmaciens, infirmiers et 80% du corps d’enseignants de Bagdad ont été tués, ont émigré, ou ont abandonné leur poste.

Iconoclasme et purifications religieuses et ethniques

Non seulement les cerveaux ont été décimés mais également l’héritage culturel. Après l’invasion, l’occupant étasunien a laissé 12.000 sites archéologiques sans aucune surveillance et les pillages en ont été la conséquence.[52] Rien qu’au Musée national de Bagdad, 15.000 artéfacts mésopotamiens d’une valeur inestimable ont été volés.[53]

Les minorités irakiennes (les Chaldéens, Assyriens, Mandéens, Bahia, Yezidi…) sont au bord de l’extermination car elles sont confrontées à une violence inouïe.[54] Depuis l’invasion, l’Irak attire des combattants djihadistes visant souvent des minorités ethniques et religieuses.[55] Certaines de ces minorités ont vécu pacifiquement en Irak pendant deux mille ans. A l’heure actuelle, ce même scénario se répète en Syrie.

Les minorités irakiennes (les Chaldéens, Assyriens, Mandéens, Bahia, Yezidi…) sont au bord de l’extermination.

Néo-colonie et terre conquise pour les Etats-Unis

L’Irak ne fut pas seulement occupé en termes militaires mais également en termes économiques. Le pays est devenu un paradis pour les investisseurs étrangers, au détriment des Irakiens qui n’ont rien eu à dire dans la reconstruction de leur pays.[56] Les nouveaux contrats ont presque tous été attribués à des entreprises étrangères. L’exemple le plus édifiant à ce titre est celui de Halliburton.[57] En 2003, cette entreprise de construction de Houston est parvenue à acquérir un contrat d’une valeur de plusieurs milliards.[58] Détail révélateur : l’ancien CEO (jusqu’en 2000) n’était autre que Dick Cheney, vice-président et homme fort du cabinet de guerre de Bush. Jusqu’à maintenant, l’homme a conservé des intérêts dans cette société.[59]

“Il y a beaucoup d’argent pour financier tout ceci (…) les revenus du pétrole de ce pays pourraient s’élever entre 50 et 100 milliards de dollars US dans le courant des deux ou trois années à venir (…)

Nous avons à faire à un pays qui peut financier sa propre reconstruction, et assez vite.”

Paul Wolfowitz, conseiller d’élite de Bush et architecte de l’invasion, 27 mars 2003[60]

 

De nouvelles lois ont également prévu des impôts faibles permettant que des entreprises irakiennes passent à 100% aux mains d’investisseurs étrangers, y compris le droit de transférer tous les bénéfices à l’étranger.[61] Les transactions financières avec l’étranger sont passées entre les mains d’une banque des Etats-Unis, notamment JP Morgan, le premier financier de la première guerre mondiale et de Mussolini.[62]

Même après le retrait (de la plupart) des troupes étasuniennes, en décembre 2011, les conseillers étasuniens restent liés à tous les ministères et services de sécurité.[63] L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est le symbole de la main de fer sur le pays. Cette ambassade est la plus grande et la plus chère du monde, aussi grande que le Vatican, et dotée d’un cadre de personnel de 15.000 personnes.[64]

L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est le symbole de la main de fer sur le pays. Elle est la plus grande et la plus chère du monde.Les transactions financières avec l’étranger sont passées aux mains d’une banque des Etats-Unis, notamment JP Morgan, le premier financier de la première guerre mondiale et de Mussolini.

Facture improbable et situations maffieuses

Selon Stiglitz, lauréat du prix Nobel, l’invasion de l’ Irak a coûté quelque 3000 milliards de dollars,[65] l’équivalent de 100 ans d’aide au développement des Etats-Unis.[66] Un sixième de ce montant aurait suffi pour atteindre les objectifs du millénaire pour le monde entier.[67]

Pour l’occupation et la soi-disant reconstruction du pays, des montants considérables ont été prévus. Cependant, ils n’ont toujours pas été équitablement distribués. Selon Transparency International, il s’agit en l’espèce du plus grand scandale de corruption jamais vu dans l’histoire.[68] Des milliards de dollars se sont envolés en fumée. Jusqu’à présent, on vole du pétrole à volonté, puisqu’il n’y a toujours pas de système de mesure moderne disponible.[69]

Certes, on a bien tenté de combattre cette corruption massive. Ainsi, un service contre la corruption a vu le jour. Cependant, les fonctionnaires trop zélés sont assassinés. Depuis 2006, 30 inspecteurs contre la fraude ont été « liquidés ».[70]

Selon Stiglitz, lauréat du prix Nobel, l’invasion de l’ Irak a coûté

Quelques 3 000 milliards de dollars,

l’équivalent de 100 ans d’aide au développement des Etats-Unis.

Parole contre parole

Avant la première guerre du Golfe, en 1991, James Baker, à l’époque ministre étasunien des affaires étrangères, avait dit à son homologue Tariq Aziz : « Nous allons détruire ton pays et le catapulter à l’âge de pierre ».[71] Près de dix ans plus tard, Paul Wolfowitz, vice-ministre de la Défense et architecte de l’invasion, disait que les Etats-Unis « allaient en terminer avec les états qui soutiennent le terrorisme ».[72] Ils ont tenu parole.

“Nous allons détruire ton pays et le catapulter à l’âge de pierre”.
James Baker, à l’époque ministre étasunien des affaires étrangères

La population irakienne ne se croise pas les bras. Depuis l’invasion et l’occupation qui a suivi, les protestations sont constantes. Elles se sont accélérées lors du Printemps arabe en janvier-février 2011. Depuis le 25 décembre 2012, des protestations massives ont lieu chaque jour à Ramadi.[73]

Ces protestations auxquelles participent des centaines de milliers de personnes se sont étendues vers d’autres villes, partout dans le pays. Le 12 janvier dernier, plus de 2 millions de manifestants réclamaient la démission du premier ministre irakien Al Maliki. Ils réclament notamment la fin des atrocités, l’abolition des lois antiterroristes, la fourniture de services de base essentiels, l’arrêt de la marginalisation et de la division organisée parmi les groupes religieux et ethniques, la sanction du comportement criminel de l’armée, de la police et des forces de sécurité.

En Chine ou au Myanmar, il suffit d’un dissident pour se retrouver à la une des journaux. Par contre, nos médias gardent le silence sur ces protestations massives. Oui, la vérité est toujours la première victime de toute guerre.[74]

Dirk Adriaensens

Marc Vandepitte

 

Article original : De wereld morgen

http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/03/18/wist-je-dat-onwaarschijnlijke-cijfers-over-de-georganiseerde-vernietiging-van-ir

Traduit du néerlandais par Erwin Carpentier

Investig’action http://www.michelcollon.info/Les-chiffres-invraisemblables-sur.html

Notes :

[1]https://www.coc.org/files/iraq_fact_sheet.pdf.

[2]Le nombre des morts est très controversé et, bien sûr, politiquement très sensible. Le chiffre d’un million et demi est basé sur les calculs suivants :

En 2006 déjà, le prestigieux magazine Lancet dénombrait environ 650.000 morts. En 2008, l’Opion Research Business, magazine autant renommé, recensait aussi un peu plus d’un million de victimes. En extrapolant, sur la base des comptes d’Iraq Body Count (IBC), on arrive au chiffre d’un million et demi. Les calculs conservateurs se limitent à 100.000 morts.
http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2806%2969491-9/abstract

http://www.reuters.com/article/2008/01/30/us-iraq-deaths-survey-idUSL3048857920080130

http://www.justforeignpolicy.org/deathcount/explanation

http://www.iraqbodycount.org/

http://en.wikipedia.org/wiki/Casualties_of_the_Iraq_War#The_Associated_Press_and_Health_Ministry._More_information

[3]http://www.unhcr.org/refworld/docid/4d35334e1e.html.

[4]http://www.irinnews.org/Report/77594/IRAQ-New-report-highlights-growing-number-of-IDPs, p. 10.

[5]http://www.brusselstribunal.org/Refugees.htm.

[6]http://www.fmreview.org/FMRpdfs/Iraq/full.pdf.

[7]http://www.sfgate.com/opinion/article/Mission-accomplished-Not-for-the-Iraqi-people-3184148.php#ixzz0yUDbF2Va

[8]Aujourd’hui, on estime à presque trois millions le nombre total de réfugiés, à l’intérieur du pays ou à l’étranger.
www.unhcr.org/pages/49e486426.html

[9]http://www.internal-displacement.org/idmc/website/countries.nsf/(httpEnvelopes)/B6C0B024031DFA0F802570B8005A74D6 ?OpenDocument.

[10]http://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2011/10/2011GPIMethodologyResultsFindings.pdf, p. 4.

[11]http://www.musingsoniraq.blogspot.be/2013/02/iraq-still-far-deadlier-place-than.html?goback=.gde_1491617_member_216675612.

[12]http://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2012/11/Global-Terrorism-Index-Fact-Sheet.pdf.

[13]http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/report/thousands-iraqi-detainees-risk-torture-after-us-handover-2010-09-13.

[14]http://www.defense.gov/Transcripts/Transcript.aspx?TranscriptID=2868.

[15]http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf/db900sid/MWAI-7R74BB?OpenDocument&amp ;query=disappeared%20iraq&cc=irq ; http://www.stv.tv/weather/88812-horror-of-war-at-iraqi-morgue-even-as-attacks-fall.

[16]http://www.globalresearch.ca/terrorism-with-a-human-face-the-history-of-americas-death-squads/5317564.

[17]http://readersupportednews.org/news-section2/306-10/16361-revealed-pentagons-link-to-iraqi-torture-centers ; http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/06/el-salvador-iraq-police-squads-washington.

[18]http://www.brusselstribunal.org/JournalistKilled.htm.

[19]http://www.newssafety.org/images/stories/pdf/programme/globalinquiry/killingtheMessenger.pdf, p. 62.

[20]http://gorillasguides.com/2008/01/22/syria-un-research-indicates-high-levels-of-trauma-among-iraqi-refugees/.

[21]http://www.mercer.com/press-releases/quality-of-living-report-2012.

[22]http://www.michaelmoore.com/words/mike-friends-blog/truth-about-end-combat-operations.

[23]http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/12A02E96E6AABB55852573D9005ABD42-Full_Report.pdf, p. 3.

[24]http://killinghope.org/bblum6/mafia.htm.

[25]http://www.icrc.org/eng/assets/files/other/icrc-iraq-report-0308-eng.pdf, p. 3.

[26]http://www.unhabitat.org/pmss/listItemDetails.aspx?publicationID=2917, p. 33.

[27]http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/Rising%20to%20the%20humanitarian%20challenge%20in%20Iraq.pdf.

[28]http://www.sfgate.com/cgi-bin/artic….

[29]http://waterwebster.org/IraqWater.htm.

[30]http://www.mcclatchydc.com/2007/11/18/21753/us-struggles-to-restore-drinking.html.

[31]http://www.iauiraq.org/documents/1375/images…unitionsHumanHealthinIraq.pdf.

[32]http://www.unicef.org/sowc2012/pdfs/SOWC%202012-Main%20Report_EN_13Mar2012.pdf.

[33]En 1990, l’Irak avait le même taux de mortalité infantile que son voisin, la Turquie. Aujourd’hui, ce chiffre est le double.
http://hdr.undp.org/en/media/hdr_1992_en_indicators1.pdf, p. 142.

http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2011_EN_Complete.pdf, p. 159.

[34]http://childvictimsofwar.org.uk/get-informed/iraq/.

[35]http://en.wikipedia.org/wiki/Humanitarian_crises_of_the_Iraq_War.

[36]Les estimations du nombre d’enfants orphelins varient énormément. Un rapport des NU de 2008 fait état de 870.000. Des calculs locaux donnent actuellement un nombre de 4,5 à 5 millions d’orphelins. Ces derniers chiffres sont plausibles, étant donné que plus d’un million d’Irakiens ont trouvé la mort et que le nombre d’enfants par femme s’élève à 4,7.
http://mawtani.al-shorfa.com/en_GB/articles/iii/features/iraqtoday/2012/03/27/feature-01

http://en.wikipedia.org/wiki/Humanitarian_crises_of_the_Iraq_War

http://www.alternet.org/story/70886/occupation%27s_toll%3A_5_million_iraqi_children_orphaned

http://www.unicef.org/sowc2012/pdfs/SOWC%202012-Main%20Report_EN_13Mar2012.pdf, p. 109.

[37] http://worldblog.nbcnews.com/_news/2007/03/29/4377071-iraq-a-nation-of-widows?lite.

[38] http://www.ncciraq.org/index.php?option=com_content&amp ;view=article&id=128&Itemid=81&lang=en ; http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=%2Fc%2Fa%2F2010%2F06%2F27%2FIN5D1E116Q.DTL#ixzz0yUDbF2Va.

[39] http://www.globalresearch.ca/how-the-us-erase-women-s-rights-in-iraq/1054.

[40] http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12266986.

[41] http://usatoday30.usatoday.com/news/world/iraq/2005-05-04-pleasure-marriage_x.htm.

[42] http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001868/186809e.pdf, p. 202.

[43] http://childrenandarmedconflict.un.org/press-releases/25Apr08/.

[44] http://www.irinnews.org/printreport.aspx?reportid=26114.

[45] http://www.investpromo.gov.iq/index.php?id=80.

[46] http://www.brusselstribunal.org/academicsList.htm.

[47] http://dissidentvoice.org/2009/08/the-us-war-against-iraq/.

[48] http://www.iraqupdates.com/free-news/health/2000-iraqi-doctors-killed-since-2003/2008-03-18.

[49] http://www.brookings.edu/ /media/Centers/saban/iraq%20index/index20100630.PDF, p. 35.

[50] http://dev-bd.bdnews24.com/details.php?id=88682&amp ;cid=1.

[51] http://www.sfgate.com/news/article/CONFLICT-IN-IRAQ-Iraq-refugee-crisis-exploding-2656851.php.

[52] http://www.nytimes.com/2007/12/11/news/11iht-iraq.4.8696930.html?_r=0.

[53] http://www.nytimes.com/2011/03/15/world/middleeast/15george.html?_r=0.

[54] http://www.minorityrights.org/download.php?id=25.

[55] http://www.guardian.co.uk/world/2005/jun/23/terrorism.iraq.

[56] http://dissidentvoice.org/2010/04/iraq-today-afflicted-by-violence-devastation-corruption-and-desperation/.

[57] http://www.halliburtonwatch.org/about_hal/chronology.html.

[58] http://articles.latimes.com/2004/jan/17/world/fg-halli17.

[59] http://nl.wikipedia.org/wiki/Halliburton.

[60] http://zfacts.com/iraq-war-quotes.

[61] http://dissidentvoice.org/2010/04/iraq-today-afflicted-by-violence-devastation-corruption-and-desperation/.

[62] http://www.nytimes.com/2003/08/30/business/j-p-morgan-selected-to-run-new-trade-bank-in-iraq.html ; http://en.wikipedia.org/wiki/J._P._Morgan,_Jr.

[63] http://www.bigeye.com/fc060404.htm.

[64] http://en.wikipedia.org/wiki/Embassy_of_the_United_States,_Baghdad.

[65] http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/09/03/AR2010090302200.html.

[66] http://www.oecd-ilibrary.org/development/development-aid-net-official-development-assistance-oda-2012_aid-oda-table-2012-1-en.

[67] http://www.worldbank.org/html/extdr/mdgassessment.pdf.

[68] http://www.ft.com/intl/cms/s/0/e5dac110-9557-11d9-bc72-00000e2511c8.html#axzz2Mt6ICfUI.

[69] http://www.iraqoilreport.com/oil/iraq-criticized-for-oil-metering-delays-5658/.

[70] http://musingsoniraq.blogspot.be/2012/11/the-undermining-of-integrity-commission.html.

[71] http://www.twnside.org.sg/title/iraq2.htm.

[72] http://www.nndb.com/people/290/000023221/.

[73] http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/01/13/irak-massale-protesten-tegen-het-tweede-gezicht-van-de-bezetting.

[74] http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/02/08/protesten-in-irak-breiden-uit-de-pers-zwijgt-als-vermoord.

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Le retour de la lutte de classe

mars 21st, 2013 by Paolo Ercolani

D. Losurdo est un des chercheurs italiens en philosophie les plus traduits au monde. Tous ses livres ont déjà eu des éditions en anglais, étasunien, allemand, français, espagnol mais aussi portugais, chinois, japonais et grec. Nous oublions sans doute quelque langue. Le Financial Times et la Frankfurter Allgmeine Zeitung, entre autres, lui ont consacré de nombreuses pages. Traitement qui jure avec celui qui lui est réservé dans son pays (et en France, NdT), où ses travaux font l’objet, souvent et volontiers, d’un silence étudié. Sans que, toutefois, ceci n’ait d’incidence sur les ventes, si l’on s’en juge aux éditions réitérées de ses ouvrages.

Son dernier ouvrage est publié ces jours-ci aux Editions Laterza, sous le titre : La lotta di classe. Una storia politica e filosofica (La lutte de classe. Une histoire politique et philosophique) (388 pages) [1]; Critica liberale est allé l’interviewer à ce sujet dans sa maison-bibliothèque des collines d’Urbino.

 

Professeur Losurdo, expliquez-nous cette idée d’un livre sur la lutte de classe, concept qui a souvent été donné pour mort.

Pendant que la crise économique se propage, les essais se multiplient pour évoquer le « retour de la lutte de classe ». Avait-elle disparu ? En réalité, les intellectuels et les hommes politiques qui proclamaient le déclin de la théorie marxienne de la lutte de classe commettaient une double erreur. Dans les années 50, Ralf Dahrendorf affirmait qu’on assistait à un « nivellement des différences sociales » et que ces modestes « différences » mêmes n’étaient que le résultat de la réussite scolaire ; mais il suffisait de lire la presse étasunienne même la plus alignée pour se rendre compte que dans le pays-guide de l’Occident, aussi, subsistaient des poches effroyables d’une misère qui se transmettait de façon héréditaire de génération en génération. Et la seconde erreur, de caractère proprement historique, était encore plus grave. C’était les années où se développait la révolution anti-coloniale au Vietnam, à Cuba, dans le Tiers Monde ; aux Usa les noirs luttaient pour mettre fin à la white supremacy, le système de ségrégation, de discrimination et d’oppression raciale qui pesait encore lourdement sur eux. Les théoriciens du dépassement de la lutte de classe étaient aveugles devant les âpres luttes qui se déroulaient sous leurs yeux.

Donc, si nous avons bien compris, vous élargissez sémantiquement l’expression « lutte de classe », en y incluant une gamme de problèmes et de questions beaucoup plus ample ?

Oui, Marx et Engels attirent l’attention non seulement sur l’exploitation qui se déroule dans le cadre d’un pays singulier, mais aussi sur l’ « exploitation d’une nation par une autre ». Dans ce second cas aussi nous avons affaire à une lutte de classe. En Irlande, où les paysans étaient systématiquement expropriés par les colons anglais, la « question sociale » prenait la forme d’une « question nationale », et la lutte de libération nationale du peuple irlandais non seulement était une lutte de classe, mais une lutte de classe d’une importance particulière : c’est dans les colonies, de fait –observe Marx- que « la barbarie intrinsèque de la civilisation bourgeoise » se révèle dans sa nudité et dans toute sa répugnance.

Pouvez-vous nous expliquer davantage la genèse historico-philosophique de votre lecture si inhabituelle des catégories traditionnelles ?

La culture du 19ème siècle était destinée à répondre à trois défis théoriques.  Premièrement, comment expliquer la marche irrésistible de l’Occident, qui avec son expansionnisme colonial assujettissait toute la planète, en renversant même des pays de civilisation très ancienne comme la Chine ? Pendant qu’il poursuivait son triomphe sur le plan international, l’Occident se voyait menacé à l’intérieur par la révolte de masses populaires qui faisaient irruption pour la première fois, et de façon désastreuse, sur la scène de l’histoire. Eh bien, quelles étaient les causes de ce phénomène inouï et angoissant ? Troisièmement, l’Occident présentait un cadre assez différent d’un pays à un autre. Si en Angleterre et aux Etats-Unis on assistait à un développement graduel et pacifique à l’enseigne d’une liberté bien ordonnée, le cas était radicalement différent en France : là, à la révolution faisait suite la contre-révolution, balayée à son tour par une nouvelle révolution ; à partir de 1789, les régimes politiques les plus différents (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, terreur jacobine, dictature militaire napoléonienne, Empire, république démocratique, bonapartisme) se succédaient, sans que ne se réalisât jamais la liberté ordonnée. Quelle était donc la malédiction qui pesait sur la France ? A ces trois défis théoriques la culture dominante du 19ème répondait en renvoyant plus ou moins nettement à la « nature ». Pour le dire avec Disraeli, la race est « la clé de l’histoire » et « tout est race et il n’y a pas d’autre vérité » et ce qui définit une race « est une seule chose, le sang » ; et c’était là aussi l’opinion de Gobineau. On expliquait ainsi et le triomphe de l’Occident, ou de la race blanche et aryenne supérieure, et la révolte de ces « barbares » et « sauvages » qu’étaient les ouvriers, et les convulsions incessantes d’un pays comme la France dévasté par le mélange racial. D’autres fois, la nature à laquelle on renvoyait avait une signification plus légère. Pour Tocqueville, il n’y avait aucun doute : le triomphe de la « race européenne » sur « toutes les autres races » était le fait de la Providence ; le déroulement plus ordonné de l’Angleterre et des Etats-Unis était la preuve d’un sens moral et pratique plus robuste chez les anglo-saxons que chez les Français,  lesquels étaient dévastés par la folie révolutionnaire c’est-à-dire par un « virus d’une espèce nouvelle et inconnue ». On le voit, le paradigme racial au sens strict (cher à Gobineau et Disraeli) tendait à être remplacé par le paradigme ethnico-racial et par celui de la psychopathologie. Le renvoi à une « nature » plus ou moins imaginaire et l’abandon du terrain de l’histoire restaient entiers. C’est dans le sillage de la lutte contre cette vision que Marx et Engels élaboraient leur théorie de la lutte de classe.  La marche triomphale de l’Occident ne s’expliquait ni par la hiérarchie raciale ni par les desseins de la Providence ; elle exprimait l’expansionnisme de la bourgeoisie industrielle et sa tendance à construire le « marché mondial » en bouleversant et en exploitant les peuples et les pays les plus faibles et les plus arriérés. Les protagonistes des révoltes populaires en Occident n’étaient ni des barbares ni des fous ; c’étaient plutôt des prolétaires qui, à la suite du développement industriel,  devenaient de plus en plus nombreux et acquéraient une conscience de classe plus mûre. Dans un pays comme les Etats-Unis le conflit social bourgeoisie/prolétariat était moins aigu, mais grâce seulement au fait que l’expropriation et la déportation des indigènes permettait de transformer en propriétaires terriens une partie consistante de prolétaires, alors que l’esclavagisation des noirs rendait possible un contrôle drastique des « classes dangereuses ». Mais tout cela n’avait rien à voir avec un sens moral et pratique supérieur des américains, comme l’a confirmé la très sanglante guerre civile où, en 1861-65, s’affrontaient la bourgeoisie industrielle du Nord et l’aristocratie terrienne et esclavagiste du Sud et, dans la phase finale du conflit, les esclaves (qui s’étaient engagés dans l’armée de l’Union) contre leurs patrons ou ex-patrons.

Pour comprendre le déroulement historique il faut revenir à l’histoire et à la lutte de classe, voir aux « luttes de classe » qui prennent des formes multiples et variées, s’intriquent les unes aux autres de façon particulière et donnent une configuration toujours différente aux différentes situations historiques.

Votre discours semble donc partir avant tout d’une nouvelle lecture du legs de Marx et d’Engels ?

Ma lecture de Marx et Engels peut étonner mais relisons le Manifeste du parti communiste : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classe », et elles prennent des « formes différentes ». Le recours au pluriel laisse entendre que la lutte entre prolétariat et bourgeoisie ou entre travail salarié et classes propriétaires n’est qu’une des luttes de classe. Il y a aussi la lutte de classe d’une nation qui se débarrasse de l’exploitation et de l’oppression coloniale. Sans oublier, enfin, un point sur lequel Engels insiste particulièrement : « la première oppression de classe coïncide avec celle du sexe féminin par le sexe masculin » ;  dans le cadre de la famille traditionnelle « la femme représente le prolétariat ». Nous sommes donc en présence de trois grandes luttes de classe : les exploités et les opprimés sont appelés à modifier radicalement la division du travail et les rapports d’exploitation et d’oppression qui subsistent au niveau international, dans un pays singulier et dans le cadre de la famille.

C’est un discours qui va loin, mais qui avant tout peut nous aider à avoir une nouvelle lecture du passé.

Ça n’est que de cette façon que nous pourrons comprendre le siècle qui vient de se terminer. Aujourd’hui, un historien de grand succès, Niall Ferguson, écrit que dans la grande crise historique de la première moitié du 20ème siècle, la « lutte de classe », et même les « présumées hostilités entre le prolétariat et la bourgeoisie » ont joué un rôle très modeste ; « les divisions ethniques » auraient été bien plus importantes.  Sauf que, dans ce type d’argumentation, on reste bloqués à la vision du nazisme qui lisait la guerre à l’Est comme une « grande guerre raciale ». Mais quels étaient les objectifs réels de cette guerre ? Les Discours secrets de Heinrich Himmler sont explicites : « Si nous ne remplissons pas nos camps de travail d’esclaves –dans cette pièce je peux dire les choses de façon nette et précise- d’ouvriers-esclaves qui construisent nos villes, nos villages, nos fermes, sans se soucier des pertes », le programme de colonisation et de germanisation des territoires conquis en Europe orientale ne pourra pas être réalisé. La lutte de tout un peuple ou de peuples entiers pour éviter le sort d’esclaves à quoi voudrait le livrer une présumée race de seigneurs et de patrons est clairement une lutte de classe !

Un événement analogue se déroule en Asie, où l’Empire du Soleil Levant imite le Troisième Reich et reprend en la radicalisant la tradition coloniale. La lutte de classe de peuples entiers qui luttent pour échapper à l’esclavagisation trouve son interprète en Mao Zedong qui, en novembre 1938 souligne l’ « identité de la lutte nationale avec la lutte de classe » qui a surgi dans les pays investis par l’impérialisme japonais. Tout comme dans l’Irlande dont parle Marx la « question sociale » se présente concrètement comme « question nationale », ainsi dans la Chine de l’époque la forme concrète que prend la « lutte de classe » est la « lutte nationale ».

Votre interprétation est une interprétation assez hétérodoxe, qui pourrait vous attirer, comme c’est d’ailleurs souvent arrivé déjà, les critiques acerbes y compris de la gauche, en plus de celle du monde libéral.

 Malheureusement même dans la « gauche » radicale on trouve très diffuse cette vision selon laquelle la lutte de classe renverrait exclusivement au conflit entre prolétariat et bourgeoisie, entre travail salarié et classes propriétaires. On sent ici, de façon négative, l’influence d’une éminente philosophe, Simone Weil, pour qui la lutte de classe serait « la lutte de ceux qui obéissent contre ceux qui commandent ». Ce n’est pas le point de vue de Marx et d’Engels. D’abord, à leurs yeux, est aussi lutte de classe celle que mènent ceux qui exploitent et oppriment. Même si on voulait se centrer sur la lutte de classes émancipatrice, elle peut tout à fait être menée par le haut, par « ceux qui commandent ». Prenons la Guerre de sécession aux Usa. Sur le champ de bataille s’affrontaient non pas les puissants et les humbles, les riches et les pauvres, mais deux armées régulières. Et pourtant, dès le départ, Marx désignait dans le Sud le champion déclaré de la cause du travail esclavagiste et dans le Nord le champion plus ou moins conscient de la cause du travail « libre ». De façon totalement inattendue, la lutte de classe pour l’émancipation du travail prenait corps dans une armée régulière, disciplinée et puissamment armée. En 1867, quand il publie le premier livre du Capital, Marx indique dans la Guerre de sécession « le seul avènement grandiose de l’histoire de nos jours », avec une formulation qui rappelle la définition de la révolte ouvrière de juin 1848 comme « l’avènement le plus colossal dans l’histoire des guerres civiles européennes ». La lutte de classe, cette même lutte de classe émancipatrice, peut prendre les formes les plus diverses.

Après la révolution d’octobre, Lénine souligne de façon répétée : « la lutte de classe continue ; elle n’a  fait que changer de formes ». L’engagement à développer les forces productives, en améliorant les conditions de vie des masses populaires, en élargissant la base sociale de consensus du pouvoir soviétique et en renforçant sa capacité d’attraction sur le prolétariat occidental et sur les peuples coloniaux, tout cela constituait la nouvelle forme que prenait la lutte de classe en Russie soviétique.

 Comment expliquer cet impressionnante méprise dans la théorie de la lutte de classe, justement, dans un camp, celui de la gauche, qui, justement, a construit une grande partie de sa propre action historique sur la théorie du conflit social?

La gauche même radicale a du mal à comprendre la théorie de la lutte de classe chez Marx et Engels parce qu’elle est influencée par le populisme. Le populisme se présente ici sous deux formes reliées entre elles. La première, nous avons déjà commencé à l’aborder : c’est la transfiguration des pauvres, des humbles, vus comme les seuls dépositaires des authentiques valeurs morales et spirituelles et les seuls protagonistes possibles d’une lutte de classe réellement émancipatrice. C’est une vision dont se moque déjà le Manifeste du parti communiste, qui critique l’ « ascétisme général » et le « grossier égalitarisme » et il ajoute : « rien n’est plus facile que de couvrir d’un vernis de socialisme l’ascétisme chrétien ». Selon Marx et Engels cette vision caractérise les « premiers essais du prolétariat ». En réalité, cette première forme de populisme s’est manifestée avec force en Russie soviétique quand de nombreux ouvriers, même inscrits au parti bolchevique, ont condamné la NEP comme une trahison des idéaux socialistes. Une réplique de ces processus et conflits s’est manifestée en Chine quand, en polémique contre la transfiguration du paupérisme et de la vision du socialisme en tant que distribution « égalitaire » de la misère, Deng Xiaoping a appelé à réaliser la « prospérité commune » à atteindre étape par étape (et même à travers de multiples conditions). C’est dans ce cadre que doit être situé le slogan « Devenir riches est glorieux ! », qui a provoqué un gros scandale notamment dans la gauche occidentale.

La deuxième forme de populisme trouve sa plus éloquente expression, et la plus ingénue, à nouveau chez Simone Weil quand, dans les années 30, elle imagine un affrontement homogène sur le plan planétaire, et apportant une solution une fois pour toutes : l’affrontement aurait lieu entre « l’ensemble des patrons contre l’ensemble des ouvriers » ; il s’agirait d’une « guerre menée par l’ensemble des appareils d’état et des états-majors contre l’ensemble des hommes valides et en âge de prendre les armes », d’une guerre qui voit s’affronter l’ensemble des généraux contre l’ensemble des soldats !  Dans cette perspective on évacue le problème de l’analyse des formes de lutte de classe à chaque fois différentes dans les différentes situations nationales et dans les différents systèmes sociaux. Partout est à l’œuvre une seule contradiction à l’état pur : celle qui oppose riches et pauvres, puissants et humbles.

On voit clairement l’influence que cette forme de populisme continue à jouer de nos jours encore, notamment sur la gauche occidentale :  quand dans le très réputé livre de Hardt et Negri, Empire, nous lisons la thèse selon laquelle dans le monde actuel à une bourgeoisie substantiellement unifiée au niveau planétaire s’opposerait une « multitude » elle-même unifiée par la disparition des barrières d’Etat et nationales,  quand nous lisons cela nous ne pouvons pas ne pas penser à la vision chère à Simone Weil.

Votre reconstruction du problème fournit-elle une clé de lecture aussi pour la période actuelle ?

Bien sûr ! Les trois formes fondamentales de lutte de clase analysées par Marx et Engels opèrent toujours. Dans les pays capitalistes avancés la crise économique, la polarisation sociale, le chômage croissant et la précarisation, le démantèlement de l’état social, tout cela exacerbe le conflit entre le travail salarié et une élite privilégiée de plus en plus restreinte. C’est une situation qui compromet certaines des conquêtes sociales des femmes, dont la lutte d’émancipation s’avère  particulièrement difficile dans des pays qui n’ont pas encore atteint le stade de la modernité. Quant au Tiers Monde, la lutte de classe continue encore à se manifester largement comme lutte nationale. Ceci est immédiatement évident pour le peuple palestinien, dont les droits nationaux sont piétinés par l’occupation militaire et par les colonies. Mais la dimension nationale de la lutte de classe n’a pas disparu non plus dans les pays qui se sont libérés du joug colonial. Ils sont destinés à lutter contre non pas un mais deux types d’inégalité : d’un côté ils doivent réduire les disparités sociales chez eux ; de l’autre ils doivent combler ou atténuer l’écart qui les sépare des pays les plus avancés. Les pays qui, surtout en Afrique, ont négligé cette deuxième tâche et qui n’ont pas compris la nécessité de passer à un certain moment de la phase militaire à celle économique de la révolution anti-coloniale, ces pays n’ont aucune indépendance économique réelle et sont exposés à l’agression ou à la déstabilisation opérée ou favorisée de l’extérieur.

Nous avons donc trois formes de lutte de classe émancipatrice, parmi lesquelles il n’y a pas d’harmonie pré-établie : comment les articuler dans les différentes situations nationales et au niveau international afin qu’elles puissent converger en un seul processus d’émancipation, voilà le défi auquel doit se confronter une gauche authentique.

 

Texte italien disponible sur le blog de l’auteur http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

et sur http://www.criticaliberale.it/news/105155

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

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«Je pense que l’on ne peut mettre en doute les faits qui nous ont conduits à ce vote fatal. Saddam Hussein est un tyran qui a torturé et tué son peuple… Les rapports des services d’intelligence prouvent que Saddam Hussein a reconstruit son stock d’armes chimiques et biologiques, ainsi que sa capacité de lancement de missiles et son programme nucléaire. Il a aussi offert aide, protection et refuge aux terroristes et à ceux d’al-Qaîda.»

(Sénatrice Hillary Clinton, 10/10/02).

Voilà un exemple de positions politiques qui ont légitimé l’invasion de l’Irak de 2003. La deuxième guerre d’Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak (dite «opération Iraqi Freedom») par la coalition menée par les États-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein et s’est terminée le18 décembre 2011 avec le retrait des dernières troupes américaines. L’invasion a conduit à la défaite rapide de l’armée irakienne, à la capture et l’exécution de Saddam Hussein et à la mise en place d’un nouveau gouvernement. Le conflit ne s’est donc achevé de manière effective que le 18 décembre 2011 avec le retrait du dernier soldat américain du pays mais la violence continue. Cette guerre aura duré 3207 jours, soit huit ans et neuf mois.(1)

Il ne faut pas penser que tout le monde était d’accord pour l’invasion programmée bien avant l’attaque des tours jumelles. «Ce 2 octobre 2002, écrit Denis Kucinich membre du Parti démocrate, l’un des rares opposants à l’aventure irakienne de Bush le jour où la loi sur l’Irak fut introduite, j’avais envoyé et distribué personnellement un mémo à mes collègues du Congrès réfutant, point par point, les allégations fournies par l’administration Bush pour aller en guerre. Le lendemain, j’ai organisé une conférence de presse avec 25 membres du Congrès, réfutant à nouveau les mensonges sur les causes de cette guerre. Il était prouvé, à cette époque déjà, que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive, qu’il n’avait aucun lien avec le 11 septembre et qu’il n’était pas non plus une menace pour les Etats-Unis. Quiconque s’y intéressait pouvait obtenir les mêmes informations que celles que j’avais.» (2)

«Il y a dix ans, poursuit Denis Kucinich, le Congrès a voté pour entrer en guerre contre un pays qui ne nous avait pas attaqués. Cette décision a fragilisé notre sécurité nationale et financière. Des milliers d’Américains et peut-être un million d’Irakiens ont été sacrifiés pour ces mensonges. La guerre en Afghanistan se poursuit et de nouvelles guerres se sont répandues au Pakistan, au Yémen et en Somalie selon le concept indéfini de «guerre contre le terrorisme.» Cet état d’esprit nous entraîne sur le bord d’une guerre avec l’Iran. Dix ans plus tard, alors que des milliards de milliards de dollars se sont envolés, le peuple américain dans son ensemble ignore toujours ce qui s’est passé. Il est temps d’ouvrir une ère de vérité et de réconciliation.» (2)

Le bilan à 2013 d’un pays en miettes

En janvier 2012, Iraq Body Count, qui fonde son analyse sur des données publiées dans les médias estime que 105 052 à 114.731 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d’attentats, et au moins 250.000 civils irakiens auraient été blessés auxquels il faut ajouter 4488 morts et 32.230 blessés dans les rangs américains (4 806 morts pour l’ensemble des troupes de la coalition et plus de 36.000 blessés), les morts des sociétés militaires privées et parmi les combattants irakiens (armée irakienne et insurgés). Toutefois, la limite de cette méthode de comptabilisation réside dans le fait que les journalistes ne peuvent raisonnablement pas observer, ni recouper entre eux, la totalité des morts durant une guerre aussi longue et se déroulant sur un grand territoire. Plusieurs études donnent des fourchettes beaucoup plus élevées. Parmi elles, la revue scientifique The Lancet a, dans une seconde étude publiée le 11 octobre 2006, estimé que le nombre de morts liés à la guerre était situé entre 426.369 et 793.663, tandis que l’institut britannique indépendant ORB a estimé dans une publication du 28 janvier 2008 sur la base d’une étude épidémiologique, que le nombre de morts était compris entre 733.158 et 1.446.063. La guerre a provoqué l’exode d’au moins deux millions d’Irakiens, réfugiés à l’étranger depuis 2003 (principalement en Syrie et en Jordanie, mais également en Europe et aux États-Unis). L’organisation National Priorities Project estime à plus de 810 milliards de dollars le coût de la guerre (1)

Les informations sont contradictoires et dépendent de la source. Ainsi selon une dépêche de l’AFP de janvier 2012, environ 162.000 personnes, essentiellement des civils, ont péri de mort violente en Irak depuis l’invasion américaine de mars 2003, et le pays reste pris dans un ´´conflit de basse intensité´´ qui va continuer à faire de nombreuses victimes, estime une ONG. Ce bilan, publié deux semaines après la fin du retrait de l’armée américaine d’Irak par Iraq Body Count (IBC), une ONG basée en Grande-Bretagne, fait également état de plus de 4000 morts civils pour la seule année 2011. De mars 2003, date de l’invasion américaine en Irak au départ fin 2011 des derniers GI’s, 162.000 personnes ont été tuées dans le pays selon un bilan établi par IBC en croisant ses propres statistiques (consacrées aux civils) avec celles des autorités irakiennes, les pertes américaines ainsi que des données révélées par le site WikiLeaks (Iraq War Logs). IBC indique que WikiLeaks a ainsi révélé l’existence de milliers de décès de civils dont elle n’avait pas eu connaissance au moment des faits. Sur les 162.000 tués recensés, `’79% étaient des civils´´.

Ce que nous retiendrons de la démocratie aéroportée

Quelques faits d’armes: l’horreur de Abou Ghraib passée pour perte et profit et l’alignement servile des médias aux ordres comme montré dans l’affaire Jessica Lynch. Cette soldate noire soit-disant «délivrée» par les GIs selon un scénario à «la chute du Faucon noir», était blessée par des tirs amis et recueillie par un chirurgien irakien qui a sauvé la vie de cette soldate en remuant ciel et terre pour lui trouver du sang «O» mettant à contribution un parent à lui qui avait le même groupe. Ainsi, la libération de la militaire Jessica Lynch d’un hôpital irakien, a été présentée comme une opération de sauvetage à haut risque. Dans une entrevue au magazine Time, Jessica elle-même reconnaît que toute l’opération menée contre l’hôpital avait été une mise en scène.

Quelques faits ont aussi retenu notre attention. La pendaison en direct de Saddam Hussein qui a donné au monde une leçon de courage jusqu’à ces derniers instants. Un deuxième fait est celui du journaliste irakien qui a jeté sa chaussure à la face de Bush. Ce fut un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour la dignité humaine.

L’Irak actuel

Cette guerre est à ce jour l’unique mise en oeuvre du concept de guerre préventive développé par l’administration Bush pour parer à la menace des armes de destruction massive dont cette dernière affirmait à tort détenir la preuve dans un rapport présenté au Conseil de sécurité de l’ONU le 12 septembre 2002. Formation de facto d’un État indépendant au Kurdistan car depuis, bien longtemps, les Kurdes d’Irak, tout comme ceux de Turquie, de Syrie et d’Iran, veulent créer un État kurde unifié et indépendant, et ont engagé des luttes armées pour y parvenir, luttes qui ont été en particulier durement réprimées par la Turquie et par le régime de Saddam Hussein.

Les raffineries de pétrole sont sous le contrôle des forces spéciales et des armées américaines et britanniques. Les dommages aux infrastructures civiles sont énormes et mettront du temps à être résorbés: les services de santé ont été pillés, les équipements détruits. C’est le cas aussi des routes, des centrales électriques. Les hôpitaux sont surchargés et les médecins manquent cruellement. C’est véritablement l’âge de pierre promis par George Bush père.

De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé au moment de l’entrée des troupes américaines dans Baghdad. Tout ce qui représente Saddam ou son régime a été saccagé par les populations chiites et kurdes. C’est la fin de la paix religieuse permise par le régime laïc du parti Baas de Saddam Hussein. La résurgence des anciens conflits religieux entre chiites et sunnites pour la prise du pouvoir et l’installation d’un régime religieux, après la chute de Saddam.

Par ailleurs, il y a une augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otages), à la suite de la désorganisation totale des différents services publics. Les assassinats de nombreux chefs religieux chiites sont nombreux, il en est de même des assassinats de chrétiens autrefois protégés par le régime laïc de Saddam Hussein. Enfin, l’exode vers l’étranger de centaines de milliers d’Irakiens vide de sa substance culturelle scientifique et technique ce pays.

Pour rappel, l’Irak avait un système éducatif et de recherche performant. Le niveau de développement était de loin le plus important du Monde arabe. Les infrastructures étaient développées et un célèbre dicton permet de situer le niveau intellectuel héritier de «Dar El Hikma» «La Maison de la Sagesse». « Les livres étaient rédigés en Egypte, imprimés à Beyrouth et lus en Irak», le taux d’analphabétisme en Irak était le plus bas du Monde arabe, ce pays constituait un danger pour le «monde libre et civilisé».

La première guerre du Golfe fut alimentée on le sait, par l’Occident en armements à Saddam, notamment français et américains, et financièrement ce sont les roitelets du Golfe qui furent mis à contribution. Huit ans plus tard, fin des combats pour rien. L’empire soviétique s’effondrait, grâce aux coups de boutoir des moudjahidine commandés par le meilleur allié de l’Occident, Oussama Ben Laden. Lors de la deuxième guerre du Golfe de 1991, qui, rappelons-le, s’est faite sur un malentendu, Saddam Hussein avait reçu l’ambassadrice Glapsie et l’avait informée des problèmes qu’il avait avec le Koweït -19e province de l’Irak avant la Première Guerre mondiale. Celle-ci lui aurait dit que les Etats-Unis ne se sentent pas concernés par ce problème. Ce fut une erreur tragique de Saddam Hussein – en envahissant le Koweït le 2 août 1990, il a donné le feu vert à la première invasion de l’Irak. Douze ans après son père, George Bush envahit l’Irak en mars 2003, sans résolution des Nations unies.

Résultat des courses: après la guerre il y eut 12 ans d’embargo et dans le programme «Pétrole contre nourriture», beaucoup d’hommes politiques en ont profité. Cet embargo s’est soldé par la mort de 500.000 enfants irakiens des suites de la maladie et de la malnutrition: «Ce n’est pas cher si c’est le prix à payer pour faire partir Saddam», disait Madeleine Albright secrétaire d’Etat de Bill Clinton. Les dommages aux infrastructures civiles sont immenses: les services de santé son pillés. Il y a eu une détérioration des canalisations d’eau et la dégradation des bassins hydrographiques du Tigre et de l’Euphrate. Il y a de plus, augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage), suite à la désorganisation totale des différents services publics. De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée national d’Irak a été pillé.

Y aura-t-il d’autres Irak?

On peut s’interroger si après le désastre irakien, les Américains seront tentés par une autre aventure que celle de formater le monde. Pour le Christian Science Monitor qui rapporte le nouveau format des guerres américaines, on parle de nouvelles guerres: «On les appelle les interventions militaires «transhorizon» ou à distance: l’usage de drones ou de missiles lancés à partir de bâtiments de combat en vue d’éliminer des cibles humaines dans un pays étranger sans avoir à envoyer de soldats sur le terrain. (3)

Avec élégance, Badia Bendjelloun résume le drame du Proche-Orient. «On peut, écrit -elle, verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen-Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales avec une fréquence anormalement élevée lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium appauvri, Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement avec toute une génération montante d’enfants orphelins, sont actuellement hors champ médiatique.
La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette Constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. (…) Pas un jour ne se déroule sans qu’un attentat – d’origine sectaire ou non, rappelant étrangement les années noires qu’a vécues l’Algérie juste après 1991 dans une coïncidence chronologique curieuse – ne fasse plusieurs dizaines de morts ».(4)

 « (..) Dès les premiers mois de l’occupation de l’Irak, la menace sur la Syrie s’est exprimée d’abord sous la forme de la résolution 1559 négociée entre la France par la voix de son ambassadeur Jean-David Lévite et les US(a) avec son homologue pour le Moyen-Orient Elliot Abrams. (…) À l’automne 2003, de nouvelles sanctions américaines sont prises à l’encontre de la Syrie au titre du «Syrian Accountability Act». (4)

«Les Us(a), conclut l’auteure, utilisent leurs laquais, le Qatar et les Séoudiens pour l’argent frais, la France et le Royaume-Uni pour la logistique des conflits qu’ils se contentent d’arbitrer de loin. La destruction de la Syrie va être lente, mais elle est sûre. La fragmentation des Nations ne concerne pas seulement la nation arabe ou les pays musulmans ou africains quoique ces derniers paient en ce moment un lourd tribu à cette dilacération soutenue. Soudan, Sahara occidental, Somalie et Irak. L’effacement de la question palestinienne est en cours, le personnage affublé du titre de Président (à vie?) de l’Autorité palestinienne est là pour percevoir son salaire de l’UE qui finance la judéisation inexorable de la Cisjordanie. Ghaza redeviendra sans doute une petite province de l’Égypte.»(4)

L’Irak, une des plus brillantes civilisations que l’humanité ait connues, sombre dans un chaos qui, à moins d’un miracle, semble être parti pour longtemps. Tout ceci pour une mainmise sur des matières premières et imposer Israël comme «rempart contre la barbarie». selon la prophétie formulée par Théodore Herzl. Ainsi va le monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. La guerre en Irak : Encyclopédie Wikipédia

2. http://----escape_autolink_uri:b3992c5255e0cc8232b55d43ca8cc02f----
3. C.E. Chitour http://www.legrandsoir.info/retrait-des-americains-d-irak-le-chaos-en-cadeau-d-adieu.html

4. Badia Benjelloun
http://www.dedefensa.org/article Cela_fait_dix_ans_19_03_2013.html

 

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Dix ans ce n’est pas l’âge de raison.

Le 20 mars 2003, une coalition organisée autour des US(a) a envahi l’Irak sous la forme inédite d’une agression militaire préventive pour épargner à l’humanité l’emploi d’armes de destruction massive inexistantes par un régime dictatorial aux abois après un embargo de 13 ans et pour apporter par les armes en bénéfice secondaire la démocratie au peuple irakien.

Dix ans après, le pays est très loin d’avoir retrouvé le niveau des infrastructures dont il jouissait avant le premier cataclysme qu’il a essuyé de la part de l’occident en 1991.

L’hypothèse basse de 1,5 millions de morts irakiennes pour cette guerre peut être retenue si il y est intégré la surmortalité due aux déficits d’accès aux soins et aux ressources alimentaires habituelles. Le nombre de décès estimé par l’enquête du Lancet en 2006 a été établi à 601 000, l’enquête de Gidéon Polya en 2009 l’évalue à plus de 2,3 millions.

On peut verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales avec une fréquence anormalement élevée lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium appauvri, les quelques cinq millions de réfugiés déplacés internes ou dispersés dans les pays voisins, la chute efficace du taux de scolarisation.

Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement avec toute une génération montante d’enfants orphelins, sont actuellement hors champ médiatique. L’apparent retrait des forces étasuniennes en 2011 ne peut faire occulter la présence militaire des US(a) sous la forme des firmes privées dont plus personne ne peut plus ignorer qu’elles sont une émanation de la CIA, la parole d’Erik Prince PDG de Blackwaters en fait foi.

La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. Les choses ont été suffisamment agencées pour que des sécessions se produisent tôt ou tard, la Turquie en retire déjà de substantiels bénéfices. Il ne s’agit là que d’un effet collatéral, Israël est conforté dans son ambition d’être le seul État fort de la région.

Pas un jour ne se déroule sans qu’un attentat – d’origine sectaire ou non, rappelant étrangement les années noires qu’a vécues l’Algérie juste après 1991 dans une coïncidence chronologique curieuse – ne fasse plusieurs dizaines de morts.

Le fait est désormais coutumier, personne n’en fait état.

Deux années révolues de troubles viennent de s’écouler en Syrie.

70 000 morts. Trop mais pas de commune mesure avec les premières années en Irak, confortant qu’une guerre civile même faussement civile reste moins meurtrière que celle qui ne prend pas de masque ni de gants.

Si des manifestations populaires ont eu lieu, un peu tardivement d’ailleurs, dans le sillage de l’Intifada tunisienne, les ingérences étrangères manifestes interdisent dans ce cas d’envisager la guerre qui s’en est suivie comme émanant d’un peuple en insurrection contre un régime qui l’opprime.

En Syrie, il ne s’agit pas d’une Révolution

La couche populaire qui en serait l’instigatrice n’est pas identifiée.

En dehors de l’exigence du départ du chef de l’État, aucun programme politique ou économique n’est avancé pour lui donner une substance révolutionnaire.

Des armes très sophistiquées ont fait leur apparition très tôt dans les rangs des rebelles, une amplification médiatique internationale que n’a pas méritée l’insurrection au Yémen ni celle de Bahrein pouvait éveiller le soupçon chez le moins chevronné des observateurs.

Depuis plusieurs mois, des journaux européens comme le Guardian ou Der Spiegel confirment que les insurgés peuvent ne pas être syriens, mais libyens, turcs, tunisiens, français ou britanniques. De plus, ils sont entraînés par des éléments de l’armée française, britannique ou étasunienne en Turquie, Jordanie voire au Liban.

Dès les premiers mois de l’occupation de l’Irak, la menace sur la Syrie s’est exprimée d’abord sous la forme de la résolution 1559 négociée entre la France par la voix de son ambassadeur Jean-David Lévite et les US(a) avec son homologue pour le Moyen-Orient Elliot Abrams. Chirac a obtempéré pour l’affaiblissement de la Syrie, sa sortie du Liban comme prix de sa ‘réconciliation’ après le discours incongru de De Villepin à l’ONU qui jouait pour la dernière fois une partition Total et l’honneur de la France.

À l’automne 2003, de nouvelles sanctions américaines sont prises à l’encontre de la Syrie au titre du Syrian Accountability Act.

Clairement, une convergence franco-américaine s’exerce depuis contre le régime de Bashar Assad, dictateur à abattre car dictateur non aligné sur les intentions des néoconservateurs de paix séparée avec Israël et normalisation des rapports avec l’entité sioniste.

Nul ne sait le coût réel de la guerre menée par les US(a) contre l’Irak : entre 2000 milliards de dollars et 8000 milliards. Le Pentagone n’a pas les moyens d’organiser une comptabilité précise, par incapacité structurelle et en raison de la multiplicité des fonds secrets alimentés par la vente des stupéfiants.

Ben Bernanke fait imprimer 40 milliards de dollars par mois pour soutenir la fiction d’une bonne santé économique fondée sur la dette privée et publique. Son niveau actuel et l’hypertrophie monstrueuse du Complexe Militaro-Industriel qui absorbe une part énorme même si inconnue des ressources nationales juste pour sa perpétuation interdisent dans le contexte de dysfonction financière majeure le recours à une guerre frontale en Syrie.

Les Us(a) utilisent leurs laquais, le Qatar et les Séoudiens pour l’argent frais, la France et le Royaume Uni pour la logistique des conflits qu’ils se contentent d’arbitrer de loin.

La destruction de la Syrie va être lente, mais elle est sûre puisque de faux révolutionnaires locaux doublés de minables résidents à l’étranger appointés par des officines même plus secrètes accomplissent avec zèle et l’idiotie du parvenu leur rôle de supplétifs.

Ces hommes et ces femmes portent une très lourde responsabilité.

Celle d’être la caution de la disparition programmée de la nation syrienne.

Elle a déjà été amputée de la Palestine, du Golan , du Liban de provinces au profit de l’Irak et de la Turquie à la faveur des guerres mondiales européennes et des découpages que les puissances ont configurés, règle et ciseaux en main.

Obama se charge des opérations de somalisation depuis des drones.

Il en fait la promesse puisque Al Qaïda, cette espèce vivace malgré son étêtage exerce ses talents en Syrie. Les opérations d’assassinats (dits ciblés) pourront être étendues depuis l’Afpak jusqu’à Damas.

Un drone, ce n’est pas coûteux.

Ça terrorise une population, l’épuise, la met à genoux.

La formule est opérante, efficace et rentable. Créer à moindres frais un ennemi, et le combattre par un procédé qui maintient une industrie en nécessité absolue de produire et de vendre. De toutes ces filouteries et trahisons émergeront des petites entités, l’une alaouite, l’autre kurde, une autre encore sunnite, opposées pour le partage du gaz en Méditerranée.

Le Jerusalem Post s’en gargarise. Une autre actualité viendra au premier plan dans moins de dix ans.

Puis on s’habituera à voir ces insectes voler et cracher leur mitraille un peu partout, même au-dessus de nos têtes, ici, dans les pays dits civilisés.

Une vieille règle aura été oubliée par les faux dévots et les faux révolutionnaires. Pas de lutte possible pour une quelconque émancipation si manque l’assise nationale.

La fragmentation des Nations ne concerne pas seulement la nation arabe ou les pays musulmans ou africains quoique ces derniers paient en ce moment un lourd tribu à cette dilacération soutenue. Soudan, Sahara occidental, Somalie et Irak. Un bon travail de préparation a déjà eu lieu en Côte d’Ivoire et au Mali. L’effacement de la question palestinienne est en cours, le personnage affublé du titre de Président (à vie ?) de l’Autorité Palestinienne est là pour percevoir son salaire de l’UE qui finance la judéisation inexorable de la Cisjordanie. Gaza redeviendra sans doute une petite province de l’Égypte.

Ce processus est aussi à l’œuvre au sein de l’Union européenne qui promeut les régions, plutôt que le pays dans sa globalité. L’Alsace-Lorraine risque de se voir détachée, la région du nord de l’Italie, la Belgique résiste encore mais jusqu’à quand ?

Badia Benjelloun

Note

Après avoir écrit : Ce script provient de la masse drue des faits.

Il ignore volontairement deux éléments qui contrarient cette cinétique, c’est la formidable énergie potentielle contenue dans les peuples qui résistent et l’émergence d’un pôle nationaliste russe qui parvient à organiser autour de lui une volonté de s’opposer au projet de chaos de l’Empire ( les Brics).

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Ce sera en novembre prochain que les élections présidentielles se réaliseront au Chili. Nous savons tous et toutes que Washington ne veut pas perdre, pour une seconde fois, le plein contrôle de cette partie du continent sud-américain. On se souviendra de l’élection du vrai socialiste, Salvador Allende, en 1969, qui leur avait fait perdre, pour la première fois, le contrôle politique du pays. Ça n’aura duré qu’un peu plus de trois ans, le temps de préparer Pinochet et la machine infernale de la déstabilisation, pour reprendre en main la démocratie par un coup d’État militaire et une répression humanitaire dont des dizaines de milliers de Chiliens et Chiliennes se souviendront toute leur vie. Par contre, les victimes des tortures et des balles de fusils bien entretenus par l’armée ne sont plus là pour se souvenir.
De 1973 à 1990, ce fut le règne de la « démocratie autoritaire » pour reprendre l’expression inventée de toutes pièces par Pinochet lui-même. Pour faire suite au référendum de 1988, Pinochet se résigna à laisser la place, confiant en la constitution élaborée à son image et ressemblance et promulguée le 11 septembre 1980, pour assurer la continuité de sa démocratie. Cette constitution est toujours, sauf quelques amendements mineurs réalisés au cours des ans, celle qui définit la vie politique, économique et sociale du pays. Ni le socialiste Lagos (2000-2004), ni la socialiste Michelle Bachelet ne sont intervenus pour reformater cette constitution à l’image du peuple.
Depuis le départ de Pinochet, les cartes de Washington ont été jouées de façon à garder son emprise sur les gouvernements qui lui ont succédé. Ce furent d’abord deux présidents du parti démocrate chrétien (Tomic et Frei) allié traditionnel de Washington. Par la suite, ce fut l’arrivée de deux socialistes (Ricardo Lagos et Michelle Bachelet) qui prirent la relève dans le cadre d’une coalition. Depuis 2009, c’est le représentant de la droite chilienne, proche des politiques de Pinochet, Sébastian Pinera, qui assume cette fonction de président.
Le Chili est au nombre des dix pays au monde où les écarts de revenus entre les riches et les pauvres sont les plus élevés. Dans un rapport des Nations Unies, on peut y lire que « cette inégalité est difficilement rattrapable. De nos jours, les 20 % des plus riches du pays gagnent 14,3 fois ce que reçoivent les 20 % des plus pauvres. »
L’endettement de la population est également un des plus élevés. Les cartes de crédit se multiplient et avec leur usage, les Chiliens en viennent à la limite de l’endettement personnel. Il faut lire absolument ce petit article qui en dit long sur cette question souvent passée sous silence.
Il ne fait pas de doute que le néolibéralisme y règne en maître. La consommation bat son plein, le peuple se bat pour répondre à ses obligations de crédit de sorte que le temps lui manque pour réfléchir et s’engager politiquement.
C’est dans ce contexte que le parti socialiste s’est affirmé en 2000 avec Ricardo Lagos et en 2004 avec Michelle Bachelet dans le cadre d’une coalition comme ce fut le cas pour Allende avec l’Unité populaire. À l’époque d’Allende, le parti socialiste visait des changements profonds dans la gestion des biens de l’État et de ceux du bien commun de l’ensemble de la société chilienne. C’est d’ailleurs pour avoir suivi cette voie qu’il y a eu un coup d’État militaire, qu’il y a laissé sa vie ainsi que l’ont fait des milliers de Chiliens et Chiliennes.
Avec l’arrivée du socialiste Ricardo Lagos et celle de Michelle Bachelet, nous entrons dans une nouvelle ère, celle de la démocratie, vêtue du socialisme, mais guidée par des fidèles au néolibéralisme. Dans les deux cas, ils ont plutôt servi le régime néolibéral avec ici et là quelques initiatives cosmétiques. Il ne fait aucun doute que Salvador Allende doit se retourner dans sa tombe, lorsqu’il regarde ces socialistes, genre sépulcres blanchis. Rien en eux, pour en faire des alliés surs du socialisme du XXIè siècle, tel que proposé par Chavez. Washington ne pouvait trouver mieux avec ces deux personnages pour assurer sous une couverture socialiste, les paradigmes du néolibéralisme.
Ricardo Lagos a eu une carrière politique davantage dans la diplomatie internationale. Lui-même se définit moins comme un socialiste que comme un indépendant de gauche. Il est incorporé au groupe Forum2000regroupant des hommes politiques et intellectuels, surtout de droite, pour soutenir et défendre la démocratie néolibérale, à savoir celle qui est au service des oligarchies et de l’empire.
Ricardo Lagos est un membre actif Forum2000 et participa auForum2000 à Prague, en octobre 2007. Pour en savoir plus sur ce FORUM2000, je vous invite à aller directement au sitequi en définit les objectifs et qui en indique les principaux partenaires.
Un Forum regroupant ce qu’il y a de plus représentatif des démocraties néolibérales, n’ayant rien à voir avec le socialisme qui en modifie les paradigmes. Ceux et celles qui participent à ces rencontres, sous l’égide de FORUM2000, sont des convaincus du système capitaliste, sous sa forme néolibérale. Pour eux, tous les moyens sont bons pour barrer la route à ceux et celles qui voudraient en modifier les paradigmes.
Je me permets de rappeler ici une anecdote de ce qui s’est passé à la rencontre du FORUM2000, à Prague, à l’automne 2007. À l’époque, Michaëlle Jean, ex-journaliste de Radio-Canada, devenue par la grâce d’un premier ministre généreux, Gouverneure générale du Canada, fut invitée à présider la séance d’ouverture de ce Forum. En marge de ce forum, une rencontre privée, regroupant des membres haut placés de l’Administration étasunienne et de certains autres pays, s’est réalisé pour discuter d’un plan visant à faire échouer le référendum qui était en pleine opération au Venezuela et pour discuter de la manière de se défaire de Chavez.
Pour ceux que le sujet intéresse, je vous réfère à l’article que j’avais écrit à ce moment-là ainsi qu’à une lettre envoyée au premier ministre du Canada.
On se souviendra que Michelle Bachelet, alors qu’elle était présidente pro temporelle d’UNASUR, avait reçu le vice-président des États-Unis, Joe Biden, sans en informer ses collègues d’UNASUR et sans y inviter ceux et celles qui auraient souhaité y participer. Chavez, Morales, Correa furent ignorés.
Lorsque le roi d’Espagne, lors du XVIIe Sommet ibéroaméricain, réalisé au Chili, en novembre 2007, eut l’indécence de dire à Chavez de se la fermer, alors que ce dernier avait la parole, la socialiste Michelle Bachelet qui présidait cette rencontre se garda bien de rappeler au dignitaire qu’ici, les présidents peuvent s’exprimer comme ils l’entendent et qu’ils doivent être respectés. Elle n’en fit rien.
Si le peuple chilien ne prend pas note du détournement de sens donné au mot socialiste, il se retrouvera avec Michelle Bachelet comme présidente un peu comme le peuple français se retrouve, aujourd’hui, avec le socialiste François Hollande, véritable marionnette caricaturale de la volonté de Washington.
En Amérique latine, l’empire veut garder les territoires reconquis par des coups d’État militaires et poursuivre son action pour reconquérir ceux qui lui ont échappé.
Une louve déguisée en brebis est plus dangereuse qu’une louve à corps découvert.
Pour moi, l’élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili ne serait pas une bonne nouvelle. Nous savons que Pinera, l’actuel président, est un fervent défenseur et promoteur du néolibéralisme et personne n’en est surpris. Il s’est présenté sous ses véritables couleurs et le peuple l’a élu et ses collègues latino-américains le respectent.
Je prédis qu’avec Michelle Bachelet ça va être le trouble-fête dans les organismes d’intégration régionale. Les ressources en provenance de Washington ne lui manqueront pas, d’abord pour gagner la prochaine élection puis pour semer la bisbille dans la bergerie de la grande patrie. Son séjour aux Nations Unies lui aura donné le temps de bien apprendre sa leçon.
C’est un sentiment profond dont je n’arrive pas à me défaire.
Oscar Fortin
Québec, le 19 mars 2013
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Le candidat de la droite vénézuélienne se présentera aux élections du 14 avril 2013 face au Président de la République par intérim Nicolás Maduro. Mais qui est-il vraiment ?

1. Né en 1972, Henrique Capriles Radonski est issu de deux des plus puissantes familles vénézuéliennes, qui se trouvent à la tête de plusieurs conglomérats industriel, immobilier et médiatique (Capriles) et possèdent le Circuit national d’exhibitions (Cinex), seconde chaîne de cinéma du pays (Radonsky).

2. Sa famille possède le quotidien Últimas Noticias, le plus diffusé au niveau national, des radios et une chaîne de télévision.

3. Dans les années 1980, il a milité au sein du parti d’extrême droite Tradición, Familia y Propiedad.

Agência Efe

Capriles accuse la famille de Chavez d’avoir manipulé la date de la mort du président vénézuélien

4. Capriles a été élu député en 1999 pour l’Etat de Zulia en tant que membre du parti de droite COPEI. Contre toute attente et malgré son manque d’expérience en politique, il a immédiatement été désigné président de la Chambre des députés, devenant ainsi le plus jeune député à diriger la Chambre basse du Parlement.

5. En réalité, Capriles a réussi à s’imposer face aux autres aspirants au poste, ayant une trajectoire politique plus importante grâce au pouvoir économique et financier de sa famille qui a financé les campagnes de nombreux députés.

6. En 2000, il fonde le parti politique Primero Justicia avec le conservateur Leopoldo López, et s’allie immédiatement à l’International Republican Institute, branche internationale du Parti républicain des Etats-Unis. Le président de l’époque n’est autre que George W. Bush, lequel apporte un large soutien à la nouvelle formation politique qui s’oppose au gouvernement d’Hugo Chávez, notamment par le biais de la National Endowment for Democracy (NED).

7. Selon le New York Time « la NED a été créée il y a 15 ans pour réaliser publiquement ce que la Central Intelligence Agency (CIA) a fait subrepticement durant des décennies. Elle dépense 30 millions de dollars par an pour appuyer des partis politiques, des syndicats, des mouvements dissidents et des médias d’information dans des dizaines de pays ».

8. Selon Allen Weinstein, père de la législation qui a donné naissance à la NED, « Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui a été fait par la CIA il y a 25 ans de manière clandestine ».

9. Carl Gershman, premier président de la NED, a expliqué la raison d’être de la Fondation en juin 1986 : « Il serait terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d’être vus comme subventionnés par la CIA. Nous avons vu cela dans les années 1960, et c’est pour cela qu’on y a mis un terme. C’est parce que nous n’avons pas pu continuer à le faire que la fondation [la NED] a été créée ».

10. Durant son mandat de maire de la municipalité de Baruta, Capriles a signé plusieurs accords avec le FBI étasunien afin de former sa police municipale, et a reçu des fonds de l’ambassade des Etats-Unis pour cette mission.

11. Henrique Capriles a activement participé au coup d’Etat contre Hugo Chávez, organisé par les Etats-Unis, en avril 2002. Maire de Baruta, il a fait arrêter de nombreux partisans de l’ordre constitutionnel dont Ramón Rodríguez Chacín, alors ministre de l’Intérieur et de la Justice, lequel a été violemment agressé par les partisans du putsch devant les caméras de télévision.

12. A ce sujet, les propos de Rodríguez Chacín sont sans équivoque : « Je leur  ai fait part [à Henrique Capriles et Leopoldo López venus l’arrêter] du risque, du danger qu’il y avait pour mon intégrité physique [de sortir au milieu de la foule]. J’ai suggéré de passer par une autre sortie et la réponse que j’ai reçue de Capriles, précisément, a été négative, car, m’a-t-il dit, les caméras se trouvaient devant l’immeuble. Ils voulaient me faire sortir devant les caméras, pour m’exhiber, pour se vanter [d’avoir procédé à mon arrestation] ».

13. Quelques jours avant le coup d’Etat, Capriles est apparu devant les caméras de télévision en compagnie des dirigeants de son parti politique Primero Justicia pour réclamer la démission d’Hugo Chávez, des députés de l’Assemblée nationale, du Procureur de la République, du Défenseur du peuple et du Tribunal Suprême de Justice. Suite au coup d’Etat du 11 avril 2002, la première décision prise par la junte putschiste a été précisément de dissoudre tous ces organes de la République.

14. En avril 2002, Primero Justicia, a été le seul parti politique à accepter la dissolution forcée de l’Assemblée nationale ordonnée par la Junte putschiste de Pedro Carmona Estanga.

15. Durant le coup d’Etat d’avril 2002, Capriles a également participé au siège de l’ambassade cubaine de Caracas, organisée par l’opposition vénézuélienne et l’extrême droite cubano-américaine. Henry López Sisco, complice du terroriste cubain Luis Posada Carriles, qui est responsable de plus d’une centaine d’assassinats, dont l’attentat contre l’avion civil de Cubana de Aviación qui a coûté la vie à 73 personnes le 6 octobre 1976, était présent.

16. Après avoir coupé l’eau et l’électricité, Capriles, pensant que le vice-président de l’époque Diosdado Cabello, était réfugié au sein de l’entité diplomatique, est entré et a exigé de l’ambassadeur de fouiller les lieux, violant ainsi l’Article 22 de la Convention de Vienne, stipulant que les représentations diplomatiques sont inviolables.

17. Germán Sánchez Otero, à l’époque ambassadeur cubain au Venezuela, lui avait rétorqué : « Si vous connaissez le droit international, vous devez savoir le Venezuela tout comme Cuba ont le droit d’évaluer la possibilité d’octroyer l’asile politique à tout citoyen dans n’importe quelle représentation diplomatique. Un démocrate, un humaniste, ne peut pas permettre que des enfants soient privés d’eau, de nourriture et d’électricité ».

18. A sa sortie de l’ambassade, Capriles, loin de calmer la foule excitée, a déclaré à la presse qu’il n’avait pas été autorisé à fouiller la représentation diplomatique et qu’il était dans l’impossibilité de confirmer ou d’infirmer la présence de Cabello, attisant les tensions.

19. Pour sa participation au coup d’Etat, Capriles a été mis en examen et mis en détention préventive après s’être soustrait à la justice.

20. Le procureur de la République Danilo Anderson en charge du dossier Capriles a été assassiné en novembre 2004 lors d’un attentat à la voiture piégée.

21. En 2006, Capriles a été acquitté par les tribunaux.

22. En 2008, une nouvelle procédure pénale a été lancée et suit toujours son cours.

23. Suite à son élection en 2008 en tant que gouverneur de l’Etat du Miranda, Capriles a expulsé des installations de la région les fonctionnaires chargés des programmes sociaux mis en place par le gouvernement de Chávez.

24. Dans son programme électoral, Capriles promet de lutter contre la délinquance. Néanmoins, depuis son arrivée au pouvoir à Miranda, l’insécurité a explosé, faisant de l’Etat l’un des trois les plus dangereux du Venezuela. Entre 2011 et 2012, le taux d’homicides a augmenté de plus de 15%.

Agência Efe

Capriles durant un de ses premiers voyages à la recherche de votes pour les élections d’avril de 2013

 

25. Malgré ce bilan, Capriles, réélu en 2012, refuse toujours l’implantation de la Police nationale bolivarienne sur le territoire dont il a la gestion.

26. Entre 2008 et 2012, Capriles a congédié plus de mille fonctionnaires dans l’Etat du Miranda – qui travaillaient dans le secteur culturel et étaient soupçonnés d’être proches de l’ancien gouverneur chaviste Diosdado Cabello. Capriles a ainsi procédé à la fermeture de dizaines de bibliothèques.

27. En 2012, Capriles s’est secrètement réuni en Colombie avec le général Martin Demsey, chef d’Etat Major des Etats-Unis. Rien n’a filtré de ces discussions.

28. Capriles ne cesse de se réclamer de l’ancien président brésilien Lula da Silva. Néanmoins, ce dernier a apporté à maintes reprises son soutien à Hugo Chávez, notamment lors des dernières élections d’octobre 2012. « Ton triomphe sera le nôtre », avait-il déclaré dans un message d’appui au Président Chávez.

29. Candidat à l’élection présidentielle de 2012, au nom de la Mesa Unidad Democrática qui a regroupé les partis d’opposition, Capriles a perdu le scrutin par plus de 10 points d’écart.

30. En cas de victoire aux élections présidentielles du 14 avril 2013, Capriles a promis l’amnistie à Pedro Carmona Estanga, ancien président du patronat vénézuélien qui avait pris la tête de la junte militaire lors du coup d’Etat d’avril 2002, actuellement en fuite en Colombie.

31. Le programme présidentiel de Capriles est d’essence néolibérale et préconise une accélération des privatisations dans une économie déjà contrôlée à plus de 70 % par le secteur privé, une autonomie et une décentralisation.

32. En cas de victoire de Capriles, l’entreprise pétrolière nationale Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA), ne sera plus contrôlée par le pouvoir politique.

33. Le programme de Capriles prévoit la suspension de l’aide financière qu’octroie PDVSA au Fonds de développement national, lequel finance les infrastructures et les programmes sociaux.

34. Capriles imposera également une augmentation du prix de l’essence consommée sur le marché national.

35. Les réformes agraires réalisées sous le gouvernement de Chávez seront annulées et les terres restituées aux latifundistes.

36. La loi sur la pêche, dont ont bénéficié des dizaines de milliers de travailleurs de la mer, sera également abrogée.

37. Capriles autorisera la culture au Venezuela d’organismes génétiquement modifiés.

38. Capriles se propose « d’incorporer dans le système éducatif primaire et secondaire des thèmes démonstratifs sur la connexion entre la propriété, le progrès économique, la liberté politique et le développement social »

39. Capriles prévoit d’accorder une indépendance totale à la Banque centrale du Venezuela, afin d’éviter tout contrôle démocratique sur les politiques financières et monétaires, et lui « interdira de financer les dépenses publiques ».

40. Capriles a annoncé qu’il mettrait fin à la relation spéciale avec Cuba, ce qui affectera les programmes sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation, du sport et de la culture.

41. Capriles mettra un terme à l’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), organisme d’intégration régionale.

42. Capriles supprimera le programme Petrocaribe qui permet actuellement à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné et d’assurer leur approvisionnement énergétique.

43. Capriles prévoit de signer des traités de libre échange (TLC), notamment avec les Etats-Unis et l’Union européenne.

44. Capriles prévoit de redonner la concession hertzienne à la chaîne RCVT, qui émet désormais par câble et satellite, malgré sa participation ouverte au coup d’Etat d’avril 2002.

45. Capriles interdira tous les programmes politiques sur la chaîne nationale Venezolana de Televisión, laissant ainsi le monopole du débat citoyen aux chaînes privées.

46. Capriles prévoit de « superviser et contrôler la prolifération des radios […] et de réguler la croissance des radios communautaires ».

47. Le programme de la MUD prévoit de réduire de façon substantielle le nombre de fonctionnaires.

48. Le FONDEN, fonds spécial destiné à financer les programmes sociaux, sera éliminé.

49. Capriles mettra un terme à la régulation des prix qui permet à toute la population d’acquérir les produits de première nécessité.

50. Capriles accuse le gouvernement vénézuélien et la famille d’Hugo Chávez d’avoir occulté la mort de ce dernier. Selon lui, son décès serait survenu avant le 5 mars 2013.

Salim Lamrani

Article publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27872/50+verdades+sobre+henrique+capriles+candidato+opositor+a+presidencia+da+venezuela.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 

 

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Le 5 mars 2013, Hugo Chavez, président du Venezuela et leader mondial de l’anti-impérialisme, est décédé. Les impérialistes de Washington et leurs prostituées des médias et des boîtes de réflexion ont exprimé un tonitruant soupir de soulagement, tout comme le fît la population des États-Unis soumis à un lavage de cerveau permanent. « Un ennemi de s États-Unis » est parti.

Chavez n’était pas un ennemi des États-Unis. Il était un ennemi de l’hégémonie de Washington sur d’autres pays, un ennemi de l’alliance de Washington avec la clique d’une élite dirigeante qui vole les peuples, qu’elle oppresse et refusent d’aider. Il était un ennemi de l’injustice de Washington, de la politique étrangère de Washington fondée sur des mensonges et l’agression militaire, des bombes et des invasions.

Washington n’est pas les États-Unis d’Amérique. Washington est la ville natale de Satan.

Chavez était un ami de la vérité et de la justice, et cela l’a rendu impopulaire dans le monde occidental où chaque politicien regarde la vérité et la justice comme de graves menaces.

Chavez était un leader de ce monde. A l’encontre des politiciens américains, Chavez était respecté à travers le monde non-occidental. Il a été le récipiendaire de doctorats honoraires en Chine, en Russie, au Brésil et dans d’autres pays, mais pas de Havard, Yale, Cambridge ou Oxford.

Chavez a été un miracle. Il a été un miracle parce qu’il ne s’est pas vendu aux États-Unis et aux élites vénézuéliennes. S’il l’avait fait, il serait devenu très riche avec les revenus du pétrole, comme la famille royale saoudienne et il aurait été honoré par les États-Unis de la même manière que Washington honore ses marionnettes : avec une belle visite à la Maison Blanche. Il aurait pu devenir un dictateur à vie s’il avait servi Washington.

Chaque marionnette de Washington, de l’Asie a l’Europe en passant par le Moyen-Orient, attend anxieusement l’appel démontrant que Washington apprécie sa servitude au pouvoir impérialiste mondial qui occupe toujours le Japon et l’Allemagne 68 ans après la fin de la seconde guerre mondiale , et la Corée du Sud 60 ans après la fin de la guerre de Corée et a placé des troupes et des bases militaires dans de nombreux autres pays « souverains ».

Il aurait été politiquement facile pour Chavez de se vendre. Tout ce qu’il avait à faire était de continuer une rhétorique populiste, de promouvoir ses alliés dans l’armée, de balancer au sous-prolétariat plus de bénéfices que jamais auparavant et de diviser le reste des revenus du pétrole avec les élites corrompues vénézuéliennes.

Mais Chavez était une véritable personne, comme Rafael Correa, le président de l’Équateur élu pour trois termes ayant résisté aux États-Unis et accordé l’asile politique à un Julian Assange persécuté, et comme Evo Morales, premier président indigène de Bolivie depuis la conquête espagnole. La grande majorité des Vénézuéliens avaient compris que Chavez était une véritable personne. Ils l’ont élu quatre fois comme président et auraient continué à l’élire aussi longtemps qu’il aurait vécu. Ce que Washington déteste le plus au monde est une vraie personne qui ne peut pas être achetée.

Plus les politiciens occidentaux et les putains des médias diabolisaient Chavez et plus le peuple vénézuélien l’adorait. Celui-ci avait parfaitement compris que quiconque est damné par Washington est un cadeau de Dieu pour le monde.

Il en coûte de se dresser contre Washington. Tous ceux qui ont le courage de le faire sont diabolisés et risquent d’être assassinés et renversés par un coup d’État organisé par la CIA, comme l’a été Chavez en 2002, lorsque les élites vénézuéliennes ont lancé leur coup et enlevé Chavez sous les instructions de la CIA. Le coup a été mis en échec par le peuple vénézuélien qui a pris la rue et par des éléments de l’armée, et ce avant que Chavez ne puisse être liquidé par les élites vénézuéliennes cupides contrôlées par la CIA, lesquelles eurent la vie sauve, parce que Chavez, contrairement à elles, était humanitaire. Le peuple vénézuélien s’est soulevé massivement et instantanément pour défendre Chavez publiquement et exposer le mensonge véhiculé par la Maison Blanche de Bush et selon lequel Chavez était un dictateur.

Révélant son niveau de corruption sordide, le New York Times a pris parti pour le coup anti-démocratique d’une poignée d’élitistes contre un Chavez démocratiquement élu et déclaré que la mise à l’écart de Chavez par un petit groupe de riches et d’agents de la CIA signifiait que « La démocratie vénézuélienne n’était plus mise en danger par un dictateur en devenir. »

Les mensonges et la diabolisation continuent avec la mort de Chavez. On ne lui pardonnera jamais de s’être rangé du côté de la justice. On ne pardonnera pas non plus à Correa et Morales, eux aussi sans nul doute sur des listes de personnes à assassiner.

Des commentateurs de CounterPunch, de Fairness & Accuracy in Reporting ont réuni des exemples de condoléances venimeuses que les “pressetituées” ont écrit pour Chavez,  célébrant essentiellement le fait que la mort avait réduit au silence la voix la plus courageuse sur terre :http://www.counterpunch.org/2013/03/08/obituaries-for-hugo-chavez/http://fair.org/take-action/media-advisories/in-death-as-in-life-chavez-target-of-media-scorn/

Le commentaire de la journaliste d’affaires de l’agence Associated Press Pamela Sampson était probablement le plus absurde. Elle jugeait que Chavez avait gaspillé la richesse issue du pétrole vénézuélien dans « des programmes sociaux, incluant des marchés gérés par l’État, des avantages financiers pour les familles pauvres, des cliniques et hôpitaux gratuits, ainsi que des programmes éducatifs », une mauvaise utilisation de l’argent qui aurait pu être utilisé pour bâtir des gratte-ciel comme « le plus grand building du monde de Dubaï et des branches des musées du Louvre et de Guggenheim à Abu Dhabi » :http://www.fair.org/blog/2013/03/06/ap-chavez-wasted-his-money-on-healthcare-when-he-could-have-built-gigantic-skyscrapers/

Parmi les dizaines de millions de victimes de Washington dans le monde, les peuples d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, du Soudan, du Pakistan, du Yémen, de Somalie, de Syrie, de Palestine, du Liban, du Mali,  avec ceux de l’Iran, la Russie, la Chine et l’Amérique du Sud en attente de sanctions, de déstabilisation, de conquête ou de reconquête, le discours à l’assemblée générale de l’ONU de Chavez le 30 Septembre 2006, durant le régime Bush, demeurera le plus grand discours du début deuXXIème siècle.

Chavez a affronté le lion, ou plutôt Satan, sur son terrain :

“Hier, le diable lui-même se tenait ici, à ce pupitre, parlant comme si le monde lui appartenait, vous pouvez toujours sentir le soufre…

Nous devrions appeler un psychiatre pour analyser la déclaration faite ici-même hier, par le président des États-Unis. En tant que porte-parole de l’impérialisme, il est venu partager ses recettes éculées pour essayer de préserver la forme actuelle de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde. Un film d’Alfred Hitchcock pourrait l’utiliser comme scénario. Je proposerais même un titre : « La recette du diable ».

L’assemblée générale de l’ONU n’avait jamais entendu de tels propos, même pas du temps de la puissante URSS. Des sourires sont apparus en signe d’approbation, mais personne n’a osé applaudir. Trop d’argent étasunien était en jeu pour leur pays. (Un lecteur a fait remarquer que bien que le discours de Chavez n’ait pas été pas interrompu par des applaudissements, ceux-ci ont été nombreux  à la fin.)

Les délégations étasuniennes et britanniques ont fuit l’endroit place, comme des vampires confrontés par de l’ail et des crucifix ou des loups-garous devant des balles en argent. Chavez a parlé de la fausse démocratie des élites, imposée  aux autres par la force, les « armes et les bombes ». Chavez a demandé  « Quel type de démocratie imposez-vous avec des Marines et des bombes? Peu importe où Bush regarde, il voit des extrémistes et toi, mon frère, il regarde ta couleur et il dit Oh, voilà un extrémiste”. Evo Morales le valeureux président de la Bolivie ressemble à un extrémiste pour lui. Les impérialistes voient des extrémistes partout. En réalité, ce n’est pas parce que nous sommes des extrémistes, mais parce que le monde se réveille. Il se réveille partout et les peuples se lèvent. »

En deux courtes phrases de vingt mots, Chavez a défini a jamais le Washington du début du XXIème siècle : « L’empire a peur de la vérité, peur des voix de l’indépendance. Il nous appelle extrémistes, alors que ce sont eux les extrémistes. »

A travers l’Amérique du Sud et dans le monde non-occidental, la mort de Chavez est imputée à Washington. Les Sud-Américains connaissent les audiences du Congrès des années 1970 lorsque la Commission Church a révélé les divers plans de la CIA visant à empoisonner Fidel Castro.

Le document officiel présenté au président Kennedy par le chef d’état-major des armées et connu sous le nom d’opération Northwoods, est maintenant connu du monde entier et est consultable en ligne. L’opération Northwoods consistait à attaquer des citoyens étasuniens  sous fausse bannière afin de blâmer Cuba et de faire accepter au public étasunien et au reste du monde un changement de régime imposé par les États-Unis à Cuba. Le président J.F. Kennedy a rejeté le projet le considérant immoral et contraire aux pratiques d’un gouvernement responsable.

http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Northwoods

En Amérique du Sud on croit déjà fermement que Washington a utilisé ses horribles technologies mortelles pour infecter Chavez d’un cancer afin d’écarter l’obstacle qu’il représentait pour l’hégémonie de Washington en Amérique du Sud.

Cette croyance ne mourra jamais : Chavez, le plus grand Sud-Américains depuis Simon Bolivar, a été assassiné par Washington. Vrai ou faux, la croyance est gravée dans la pierre. Alors que Washington et le mondialisme détruisent toujours plus de pays, la vie des élites est de plus en plus en danger.

Le président Franklin Delano Roosevelt avait compris que la sécurité des riches nécessitait une sécurité économique pour les classes inférieures. Roosevelt a donc établi une forme faible de démocratie sociale aux États-Unis, forme dont les politiciens européens avaient déjà compris la nécessité afin d’assurer une cohésion sociale et une stabilité politique et économique.

Les régimes Clinton, Bush et Obama se sont mis en tête d’ébranler la stabilité que Roosevelt avait fourni, tout comme Thatcher, Major, Blair et l’actuel premier ministre britannique ont miné le consensus social entre les classes au Royaume-Uni. Les politiciens au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande ont aussi fait l’erreur de donner le pouvoir à des élites privées aux dépens de la stabilité économique et sociale.

Gerald Celente prévoit que les élites ne survivront pas à la haine et à la colère qu’ils s’attirent. Je suspecte qu’il a raison. On détruit la classe moyenne étasunienne, la classe ouvrière s’est transformée en prolétariat et l’on détruit aussi le système de sécurité sociale afin de réduire les déficits budgétaires causés par le manque de revenus fiscaux, la délocalisation, les dépenses de guerres, les bases militaires à l’étranger et les sauvetages financiers. Le peuple étasunien doit souffrir afin que les élites puissent poursuivre leurs programmes.

Les élites américaines savent parfaitement bien ce qui va se produire. C’est pourquoi elles ont créé un ministère de l’Intérieur de style nazi appelé Department of Homeland Security (Département de la sécurité intérieure) ayant suffisamment de munitions pour tuer chaque Étasunien cinq fois et des chars d’assaut pour neutraliser le second amendement de la constitution américaine.

http://www.informationclearinghouse.info/article34259.htmhttp://www.forbes.com/sites/ralphbenko/2013/03/11/1-6-billion-rounds-of-ammo-for-homeland-security-its-time-for-a-national-conversation/

Les pistolets et les fusils sont inutiles contre des chars d’assaut, comme ont pu le constater les Davidiens à Waco au Texas. La protection d’une petite poignée d’élite contre les  citoyens étasuniens qu’elle opprime, constitue également l’une des raisons pour lesquelles la police est militarisée, est mise sous le contrôle de Washington et armée de drones qui peuvent assassiner les véritables leaders du peuple étasunien, qui ne seront pas dans les chambres législative, exécutive ou judiciaire, mais plutôt dans la rue.

http://www.globalresearch.ca/the-militarization-of-law-enforcement-in-america-use-of-military-technology-and-tactics-by-local-level-police/5326303

Des camps d’internement aux États-Unis semblent bien réels et non pas une « théorie du complot » :

http://www.youtube.com/watch?v=FfkZ1yri26shttp://info.publicintelligence.net/USArmy-InternmentResettlement.pdf

La menace que le gouvernement étasunien pose à ses propres citoyens a été reconnue le 7 mars 2013 par deux sénateurs des États-Unis, Ted Cruz (républicain, Texas) et Rand Paul (républicain, Kentucky), qui ont présenté un projet de loi pour empêcher le gouvernement étasunien d’assassiner ses propres citoyens : « Le gouvernement fédéral ne peut pas utiliser un drone pour tuer un citoyen des États-Unis, situé sur le territoire des États-Unis, à moins que la personne ne pose un danger de mort ou de blessures graves à autrui de manière claire et imminente. Rien dans cette section ne pourra être retenu pour suggérer que la constitution autoriserait autrement le meurtre d’un citoyen des États-Unis en sol étasunien et sans autre forme de procès et d’action légale. »

http://www.cruz.senate.gov/record.cfm?id=339952

Les « gens indispensables » avec leurs présidents Bush et Obama ont commencé le XXIème siècle avec la mort et la violence. Cela demeure leur seul héritage. La mort et la violence que Washington a déchaînées se retournera contre Washington et les « élites » politiques corrompues de partout. Comme le dit si bien Gerald Celente, la première grande guerre du XXIème siècle a commencé.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

Hugo Chavez: Friend of the American People, Enemy of US Hegemony and Washington’s Injustice, 13 mars 2013

Traduit de l’anglais par Mondialisation.ca

 

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En Irak la guerre est « subrogée »

mars 20th, 2013 by Manlio Dinucci

Cet article a été publié en décembre 2011. Nous publions à nouveau cet analyse de Manlio Dinucci à l’occasion du dixième anniversaire de la guerre en Irak.

Nos troupes sont sorties d’Irak « la tête haute », a annoncé le commandant en chef Barack Obama. Les USA ont de quoi être fiers. Ils quittent un pays envahi en 2003 au motif qu’il possédait des armes de destruction de masse, motif qui s’est révélé infondé. Mis à feu et à sang par plus d’un million et demi de soldats, que le Pentagone a déployés par rotations, avec aussi des centaines de milliers de contractor militaires (mercenaires), en employant n’importe quel moyen pour écraser la résistance : des bombes au phosphore contre la population de Fallujah aux tortures d’Abu Ghraib. Provoquant environ un million de victimes civiles, qui s’ajoutent à celles de la première guerre contre l’Irak et de l’embargo. Contraignant plus de 2 millions d’Irakiens à quitter leur maison et autant à se réfugier en Syrie et en Jordanie. Laissant un pays sinistré, avec un chômage à plus de 50%, la moitié des médecins qu’il avait avant l’invasion, un tiers des enfants affectés de malnutrition, à qui s’ajoutent ceux qui ont des malformations génétiques dues aux armes du Pentagone. Une guerre que les USA ont payée de 4.500 morts et plus de 30mille blessés chez les militaires, dont 30% sont rentrés chez eux avec de graves problèmes psychiques.

 

Guerre qui a coûté 1.000 milliards de dollars, à quoi s’ajoutent environ 4mille milliards de dépenses indirectes, comme celles de l’assistance aux anciens combattants. Elle en a cependant valu la peine : dorénavant « l’avenir de l’Irak sera dans les mains de son peuple », assure le président Obama. Est-ce ainsi qu’il a gagné le Prix Nobel de la Paix ? On peut en douter en lisant le manuel de la US Army sur « La guerre subrogée pour le 21ème siècle » : une guerre menée en substituant aux forces armées traditionnelles, qui interviennent ouvertement, des forces spéciales et agents secrets qui agissent dans l’ombre, avec le soutien de forces alliées, de fait sous commandement étasunien. Divers faits le confirment. Le personnel de l’ambassade étasunienne à Bagdad, la plus grande du monde, passera de 8mille à 16mille personnes. Son « bureau de coopération et sécurité », qui entraîne et arme les forces irakiennes sera renforcé. Depuis 2005, le gouvernement irakien a acheté des armements étasuniens pour une valeur de 5 milliards de dollars et, selon le programme, il en achètera d’autres pour 26 milliards. Parmi lesquels, 36 chasseurs F-6 avec leurs armements (qui pourraient augmenter jusqu’à 96), dont les pilotes seront entraînés aux Etats-Unis et dont les bases seront de fait sous le contrôle du Pentagone. Des unités de la Cia et des forces spéciales étasuniennes continuent à entraîner (et de fait à diriger) les « forces de sécurité » qui, sur ordre du premier ministre Nouri al-Maliki, ont déjà arrêté des centaines d’ex-baasistes accusés, sur la base de preuves fournies par le Cnt libyen, d’avoir préparé un coup d’état avec l’appui de Kadhafi. En même temps Washington s’attache le gouvernement régional kurde de Masoud Barzani avec lequel ExxonMobil a conclu un gros contrat d’exploitation pétrolière, en doublant le gouvernement de Bagdad.

Au Kurdistan irakien opèrent depuis 2003 des forces spéciales étasuniennes, sous les ordres du général Charles Cleveland. Celui-là même qui -révèle le journal égyptien al-Arabi- entraîne et dirige aujourd’hui en Turquie les commandos de l’ « armée syrienne libre» pour la « guerre subrogée » contre la Syrie.

Edition de mardi 20 décembre 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20111220/manip2pg/14/manip2pz/315245/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il écrit pour le quotidien italien il manifesto.

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Algérie : corruption et mal gouvernance

mars 20th, 2013 by Naima Benouaret

Omar Aktouf est professeur titulaire à HEC Montréal, membre fondateur du Groupe Humanisme et Gestion. Auteur de plusieurs livres, notamment sur le management, et auteur de plusieurs articles dans des revues prestigieuses qui lui ont valu maintes fois des distinctions et reconnaissances pour la qualité de ses travaux. Dans cet entretien, il dissèque sans complaisance la mal-gouvernance du pays et les affaires de corruption qui en résultent.

-Sonatrach est au cœur d’un nouveau grand scandale de corruption où sont mêlés le pétrolier italien ENI et le conglomérat canadien SNC Lavalin. Quelle est la lecture qu’en fait le professeur Aktouf, qui fut l’un des tout premiers cadres ayant servi notre compagnie pétrolière et gazière ?

Deux ou trois points me semblent être la lecture essentielle de ces «événements» : au moins historico-politique, macroéconomique et microéconomique. En premier lieu, est-il nécessaire de dire que ce genre de choses devait arriver et était inscrit, pour ainsi dire, dans les structures et les fondements de ce qu’est, hélas, le «système» algérien depuis presque toujours depuis notre indépendance. Quand on sait comment s’est donné naissance, dès après l’indépendance, ledit «Etat» algérien, avec toutes les magouilles entre gens de l’ouest, de l’extérieur, de l’intérieur, le «groupe d’Oujda», la Zone autonome d’Alger… il était clair que nous étions partis pour des compromissions sans fin… compromissions dans lesquelles l’Armée et ses matamores allaient se révéler une des clés de voûte… et ce, jusque ce que l’on anticipe pour les prochaines élections en 2014.

Or, qui dit compromissions dit «clans», et qui dit clans dit constants jeux de «monnaies d’échange» et autres «renvois d’ascenseur». Les pouvoirs installés et désinstallés en Algérie depuis juillet 1962 n’ont jamais été que coups de force — pour ne pas dire coups d’Etat —, plus ou moins déguisés, par urnes interposées ou non. Dans ces conditions, il ne peut que fleurir un terreau parfaitement idéal pour entretenir opacité totale autour de tout ce qui touche à la chose politique et économique : donc, nominations aux postes-clés de serviles commensaux et portes ouvertes à tous les détournements, abus de biens sociaux, accaparements… bref, à tous les visages de la corruption que l’on peut imaginer. En cela, l’Algérie n’est guère, du reste, différente de quasiment tout le reste des pays arabes et ex-colonisés d’Afrique.

-Ces pratiques ne sont, certes, pas une exclusivité algérienne. Mais ne pensez-vous pas que notre pays se distingue par l’étendue des marges de tolérance envers les excès ? L’Etat, dans ses structures, n’est-il pas devenu lui-même un des principaux organisateurs de débordements, ne serait-ce que dans le domaine si lucratif des hydrocarbures ?  

Une grande donnée particulière, malheureuse, demeure bien sûr la damnée énorme manne en hydrocarbures qui a permis et permet encore — avec les perspectives des produits de schiste en plus — toutes les gabegies. Je veux dire ici que les actuels mis en cause, tels les Bedjaoui, Chakib Khelil, Ben Aïssa, Mohamed Méziane, et autres Khalifa et consorts… ne sont certainement ni les premiers ni les derniers à avoir plongé les mains profondément dans les biens du peuple algérien. Je dirais même, et l’avenir me donnera sans doute raison, que nous n’assistons — si les enquêtes persistent (surtout de l’extérieur comme en Italie, au Canada…) — qu’au dévoilement d’une infime partie de la pointe d’un infini iceberg. Déjà, du temps où j’étais moi-même cadre à la Sonatrach — début des années 1970 —, il se murmurait discrètement qu’il existait des «détours occultes» fort lucratifs en intérêts pour nos rentrées pétrolières, dans d’obscures banques étrangères ; qu’il arrive qu’on perde la trace de tankers entiers…

-Et votre vision au plan macroéconomique nous renverrait-elle, encore une fois, au «mauvais» modèle américain adopté par l’Algérie dans la gestion de son économie, ses hydrocarbures en particulier. Un modèle où le pouvoir de l’argent influe sur le politique et dont vous n’avez, d’ailleurs, eu de cesse de mettre en en garde contre les effets pervers, notamment dans votre livre Halte au gâchis, en finir avec l’économie-management à l’américaine ?

Effectivement. Mon point de vue à l’échelle macroéconomique concernerait le fait que l’Algérie a, à l’instar de maints nouveaux pays décolonisés — bientôt néo-colonisés, adopté comme modèle économique — après tâtonnements pseudo socialistes —, le modèle made in US : le néolibéralisme doublé du capitalisme financier. Or, ce modèle est basé, en soi, sur quelques pivots essentiels (qui en font l’essence) : la domination des milieux d’argent sur le politique (républicains et démocrates aux USA ne sont que partis du pouvoir de l’argent : les premiers du sud-ouest, les seconds du nord-est), l’appât — légal mais immoral — du gain à tout prix ; l’idolâtrie de la réussite (par tous moyens possibles) matérielle privée-égoïste ; le mythe d’un dieu-marché qui, magiquement, organise les gains et mérites des uns et des autres ; le mythe de milieux d’affaires foncièrement bienfaiteurs et bons pour tous ; le mythe que ce même milieu d’affaires possède de façon immanente la capacité de penser, planifier, organiser, personnifier le bien-être général, etc.

Mais, surtout, une gigantesque mystification qui consiste à faire passer pour éminemment démocratique la pratique dite des «lobbies», qui n’est qu’un énorme système de corruption officielle «légale». Qui ne peut comprendre que, sous un tel «modèle», toutes les portes sont plus que grandes ouvertes à l’éclosion aussi spontanée que «naturelle» de corrupteurs et corrompus de tous acabits ? Bien plus amplement que du temps de la «chape» du boumédiénisme (sans oublier le fameux fonds de solidarité du temps de Ben Bella) ; dès après «l’ouverture» chadliste, il est devenu plus que jamais aisé et tentant de trafiquer tous azimuts, sans même quelque garde-fou que ce soit de type cadre pseudo «légal» comme aux USA, ni «registres de lobbies».

Il n’est qu’à voir les ravages que ces néolibéralisme-capitalisme financier font actuellement en Europe sur la base de brigandages à cravates et «d’abus» (mot poli pour masquer «salaires» hors entendements de patrons-bandits, vols, détournements, traficotages de taux de changes aux plus hauts niveaux bancaires…), et même aux USA, où la fameuse «falaise fiscale» vient d’amputer les services publics de près de 90 milliards de dollars… sur fond d’euphorie boursière et de jubilations des nantis, plus que jamais à l’abri de l’impôt le moindrement juste, grâce à leur surnombre appuyé par les forces de l’argent au Congrès.

Voilà ce qu’est ce système que notre pays (sa classe dirigeante) a adopté : bar ouvert pour tous les magouilleurs au saloon de l’Etat — comité de gestion de la classe — commis qui le maintiennent au pouvoir et inversement. Comment échapper aux plus extravagants accaparements et à la corruption dans de telles conditions ? N’oublions pas que ce modèle US a généré les gigantesques scandales de type Enron, Arthur-Andersen, Xerox, Parmalat, Vivendi débuts 2000, puis les titanesques magouilles des Subprimes – sur fond de complicité des plus grandes banques et de Wall Street en 2008 ; n’oublions les scandales ELF, Total, frégates… qui ont secoué la France, ni les tripotages par Goldman Sachs de la dette grecque… etc., etc. jusqu’au triste feuilleton de collusions milieux du business-mafia-instances politiques (que révèle l’actuelle Commission Charbonneau) au Québec : ce modèle économique et managérial à la US  porte en lui, de façon structurelle, les bases et conditions de la corruption. De toutes parts, et de toujours, il se nourrit de corrupteurs et de corrompus.

-Quels sont, d’après vous, les garde-fous à mettre en place pour une lutte plus énergique contre la corruption, éviter de tels débordements et en finir avec les récurrents «dévergondages» du sommet ? La corruption serait-elle une fatalité qui poursuivra toujours notre pays ?

Avant de vous répondre, je dois d’abord éclaircir le troisième point dont je vous ai parlé au début de l’entretien. Ce dernier point, qui est plus de niveau microéconomique, concerne le fonctionnement même de l’entreprise, des mécanismes selon lesquels les décisions se prennent, les salaires et avantages s’octroient… En entreprise de type US, le PDG est un quasi dieu et les membres du CA ses apôtres et prophètes. Mais là où le bât blesse, c’est qu’ils se cooptent entre eux (c’est exactement contre cela que le peuple suisse vient de voter —dimanche 3 mars 2013 — à plus de 67% : désormais, les salaires des dirigeants sont votés par les actionnaires, les parachutes dorés abolis, etc.).

Se «coopter», cela veut dire que Pierre vote le salaire et les primes et les parachutes… de Paul, et vice versa à l’infini, sous prétexte de «décisions délibératives-démocratiques des CA», lesquels CA ne sont que vastes jeux de chaises musicales entre patrons et nantis. Par ailleurs, le syndicat étant considéré comme une dangereuse maladie sociale, son éradication est l’œuvre la plus noble que politicien peut accomplir : donc, aucune défense des intérêts ouvriers égale «économie prospère».

Le management à la US et le néolibéralisme contre lesquels je lutte depuis des décennies sont le fertile terreau de l’opacité de gestion, de la toute-puissance sans limites des hautes sphères dirigeantes qui, alors, ont la bride sur le cou pour se livrer à toutes les magouilles comptables et financières imaginables. Si, en Algérie — et c’est là ma réponse à la question de «comment éviter» de tels abus et débordements —, on avait adopté plus tôt, comme je le crie depuis des années, le modèle du nord de l’Europe (Allemagne et Scandinavie, malgré toutes les inévitables imperfections qu’on voudra), on aurait du coup évité — ou grandement minimisé — toutes ces tares.

En effet, au niveau macro, il n’existe ni marché libre autorégulé ni bourses de spéculations débridées… et au niveau micro, les lois de la cogestion imposées depuis l’ère Bismarck et continuellement adaptées-mises à jour depuis, obligent à de sérieux garde-fous contre les dérives gestionnaires du capitalisme financier : le syndicat y est admis comme contrepoids naturel pour une saine démocratie industrielle, il est admis comme co-gestionnaire de fait (y compris au niveau des décisions stratégiques) ; le management se fait de façon collégiale par comités paritaires à tous les niveaux ; et il y existe, tout spécialement, un comité dit «de surveillance», paritaire lui aussi, qui, comme son nom l’indique, «surveille» entre autres les factures et comptes, depuis l’atelier jusqu’au directoire suprême : bien difficile de dissimuler quoi que ce soit, de détourner ou de tricher sur les chiffres !

Qui plus est, bien souvent, y compris pour les très grands groupes, ce sont leurs banquiers-financeurs qui se chargent des tâches de contrôle, d’établissement des comptes, de tenues des livres… pour … laisser l’entreprise et sa «direction» faire ce pour quoi elle existe : fabriquer de bonnes voitures ou de bons bateaux… pas passer son temps à triturer des états financiers ! Quand nous en serons là en Algérie, et aussi à la séparation radicale entre argent et pouvoir politique, alors la corruption reculera, sinon, je le crains, les temps à venir ne seront que pires de ce point de vue.

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La nervosité générée par le projet de marche des chômeurs n’a pas touché que le gouvernement algérien. Elle a même agité la presse algérienne, acharnée, en février 2011, à réclamer une intervention étrangère pour ouvrir les chemins d’El Mouradia aux marcheurs du samedi (1) et en finir avec «le retour du socialisme et de l’étatisme» qu’aurait annoncé la loi de finances complémentaire de l’été 2009.

Il faut ajouter le réveil de tous les activistes habituels «des droits de l’homme et de la démocratie», majoritairement inscrits aux subventions de l’UE et du Mepi, avec en prime l’apparition d’une association pour l’autonomie des Aurès, présidée par un Franco-algérien. Louisa Hanoune a cependant jeté le trouble en dénonçant l’exploitation des problèmes réels par ceux-là mêmes qui les ont créés par l’application de leurs idées : «Toujours moins d’Etat dans l’économie.» Mme Hanoune a été entendue, car la réalité lui donne raison : le montage des agressions de la Libye et de la Syrie, la «normalisation» d’une subversion à ciel ouvert, l’ingérence éhontée, et notre propre expérience des acteurs, visibles et invisibles, de la tentative, toujours en cours, de démolition, depuis 1989, de notre Etat national en exploitant les mêmes matériaux explosifs accumulés par les soins des «réformateurs».

Le poids de l’opinion publique a obligé les activistes de «l’ingérence démocratique», au-delà des organisateurs de la marche, à protester de la pureté de leurs intentions : ils ne souhaitent que le règlement des problèmes et ne visent pas à préparer un «printemps» à la sauce syro-libyenne. Mais le seul poids de l’opinion publique n’explique pas tout. Les résultats du «printemps» arabe ont montré que la transition démocratique prônée par les Euro-US ne consiste qu’à imposer à nos peuples la seule tyrannie théocratique comme alternative aux dictatures d’un nationalisme arabe que Camp David et l’Infitah ont fait dégénérer. Les perspectives leur apparaissent désormais bien inquiétantes pour leurs aspirations à un mode de vie occidental.

Une grande part de notre opinion publique s’est également convaincu que le but final de ces offensives est la partition de nos pays et le changement des frontières, pas un changement de régime. Si certaines forces étaient prêtes à une trahison pour faire main-basse sur le pouvoir, elles ne sont certainement pas prêtes à renoncer au pétrole.

La réponse politique des organisateurs a été d’une grande intelligence. Ils ont renoncé à la marche et maintenu le rassemblement, mais ont surtout parlé de délai avec ce message subliminal : «Nous verrons si votre gouvernement est capable de gérer.» Ils ont mis en place le test qui leur permettra de plaider l’autonomie par l’incapacité de l’Etat d’être réellement national.

Le Sud-algérien

Ils savent très bien que le gouvernement ne pourra rien faire en dehors de quelques colmatages. Pour les précédentes alertes, déjà, le gouvernement, désarmé par les réformes, n’a rien pu faire de sérieux pour régler les problèmes et éloigner au moins le spectre de la sécession, alors qu’à Béchar, à Djanet, à Tamanrasset des slogans autonomistes reviennent à chaque grande tension ou émeute, depuis l’année 2006. Tous ses engagements internationaux et son alignement inconditionnel sur les thèses de l’Infitah l’ont résolu au désengagement de l’Etat de la sphère économique, en dépit des délégations ministérielles et présidentielles de ces mêmes pays, venues arracher des contrats pour leurs entreprises, prouvant leur engagement total dans la sphère économique, en venant exiger leurs parts du marché algérien et souvent leur dîme de nos 200 milliards de réserves de change.

Le Sud de l’Algérie – le Nord aussi – a besoin de développement, pas de chantiers factices pour faire passer la tempête. Pour le réussir, il faut d’abord trancher la question de sa nature. Continuera-il à dériver pour n’être plus qu’au service des nouvelles fortunes, absolument indifférentes à notre destin de nation, ou réussirons-nous à imposer l’idée que notre Etat doit redevenir celui du peuple tout entier, condition impérative de sa survie ? Les évolutions de l’opinion publique laissent penser à une possible reformulation du pacte de Novembre 1954. Il faut s’y mettre dès maintenant, car la machine de la désintégration fait son impitoyable chemin souterrain.

Mohamed Bouhamidi

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Condor, auriez-vous dit Condor, cher pape François

mars 19th, 2013 by Sylvie Braibant

Passé la stupéfaction délicieuse qui succéda à l’habemus papam de ce pape argentin – le silence interloqué des commentateurs français était presque hilarant -, il fallut bien s’arrêter à ce saisissant hasard historique : le pape François, ex cardinal Jorge Mario Bergoglio de Buenos Aires, fut élu le 12 mars 2013, quelques heures après la condamnation à la perpétuité du dernier militaire à avoir présidé l’Argentine (1982-1983), Reynaldo Bignone, pour crimes contre l’humanité commis dans un centre clandestin de détention d’opposants politiques. Sept femmes enceintes et leurs maris avaient disparu après avoir été détenus au Camp de Mai, près de Buenos Aires. Le Camp de Mai fut l’un des principaux centres d’emprisonnement et de torture pendant la dictature militaire qui sévit sous la houlette du général Videla, de 1976-1983.

Tapagn

 

Reynaldo Bignone est à peine plus âgé que le pape François. Le vieux général comparaît dans ce nouveau procès (il a déjà été condamné plusieurs fois pour des actes similaires) en compagnie d’une vingtaine de “camarades” aussi sinistres que lui, parmi lesquels l’ex-président Jorge Videla, commanditaire des horreurs ou encore le général Luciano Menendez, 85 ans, surnommé “la hyène” parce qu’il riait pendant les séances de torture… Tous comparaissent pour leur participation au plan Condor, une multinationale fasciste et meurtrière dont on a bien tort de penser qu’elle ne sévissait qu’en Amérique latine, avec la bénédiction américaine.

Le Condor est l’un des plus beaux rapaces des Andes. Les Argentins le respectent, tout en le pourchassant dans les pampas où il fait des carnages parmi les troupeaux. L’opération Condor a pris racine au Chili, après l’assassinat du président Allende, avant de se répandre chez les dictatures voisines, en Argentine, au Brésil, en Uruguay, en Bolivie, au Pérou ou au Paraguay. Il ne s’agissait pas seulement d’échanger des renseignements pour poursuivre les communistes ou autres résistants aux dictatures. Il s’agissait de comparer les méthodes de torture afin de les rendre plus efficaces. Les militaires d’Amérique latine firent appel à des conseillers, les meilleurs alors sur le marché : dix ans après la fin de la guerre d’Algérie, les anciens mercenaires de l’OAS ou des commandos Delta, membres des services secrets français ou de la garde rapprochée de Valéry Giscard d’Estaing, champions de la “guerre contre révolutionnaire” avaient acquis une réputation hors pair en ce domaine. Ils enseignèrent aux apprentis tortureurs, avec la bénédiction de l’Etat français, les rudiments de la Gégéne (électrocutions), les crevettes Bigard (militants jetés d’hélicoptères) et autres corvées de bois (exécutions sommaires collectives).

Les disciples argentins (1976 – 1983) se distinguèrent par leur excellence : 15 000 fusillés, 10 000 prisonniers politiques, plus de 500 bébés confisqués à leurs parents “mal pensants” pour être donnés à des familles proches du pouvoir en mal d’enfants, plus de 30 000 disparus.

Tapan

En 1976, Jorge Mario Bergoglio n’était encore pas archevêque, et encore moins pape, mais déjà un ecclésiastique puissant : il présidait alors aux destinées de la compagnie de Jésus, les jésuites d’Argentine. Il fit tout pour les maintenir loin des prêtres qui prônaient la théologie de la Libération pour s’élever contre les dictateurs et leurs soutiens de la CIA.

Horacio Verbitsky, dont la voix d’éditorialiste porte très loin en Argentine, fait part dans Pagina 12, (quotidien argentin de gauche qui titrait le 15 mars 2013 “Pagadios” – “Dieu te le rendra” en quelque sorte …), de la colère qui l’anime au lendemain de l’avènement du pape François. Il publie tous les messages outrés qu’il a reçus en une nuit, en particulier ceux de parents de prêtres disparus pendant la dictature, qui avaient sollicité Jorge Mario Bergoglio pour obtenir alaires son aide. En vain…

Les procès des Condor se poursuivent, et les lourdes peines tombent les unes après les autres. L’Argentine est le seul pays hanté par ce passé à avoir refusé de passer l’éponge par une loi d’amnistie. Au lendemain de l’élection du pape François, le jeudi 14 mars 2013, les co accusés de Bignone et Videla sont entrés dans le tribunal, arborant des cocardes du Vatican et portant des insignes du Saint Siège au revers de leur veste.

 

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L’hommage des militaires de la dictature au pape François, lors de leur procès

 

Et en petit cadeau bien senti, je vous offre le dessin de Kroll pour le Soir. Le quotidien francophone de Belgique, qui lui aussi, sous la plume de son éditorialiste Jurek Kuczkiewicz s’interroge : “On n’ose croire que les cardinaux ont élu ce pape sans avoir la certitude qu’il est blanc de tout soupçon de collaboration avec une dictature militaire. Mais on ne peut oublier que la hiérarchie de l’Eglise a montré, ces dernières années encore avec les scandales pédophiles, combien elle sait occulter ses propres turpitudes.”

Sylvie Braibant

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Méditer l’Irak, dix ans plus tard

mars 19th, 2013 by Tariq Ramadan

Il y a plus de 10 ans, tout a commencé par le mensonge et le cynisme. Le président George W. Bush avait envoyé son Secrétaire d’Etat Colin Powell mentir aux Nations Unies et au monde : Saddam Hussein, l’ancien allié, possédait des armes de destruction massive et entretenait des relations avec le réseau d’al-Qaïda désormais installé en Irak. Il fallait intervenir. Contre l’avis des enquêteurs des Nations Unies sur les armes de destruction massive, dont Hans Blix, contre l’avis des institutions internationales, les États-Unis ont lancé une guerre avec leur allié britannique qui a provoqué la mort de centaines de milliers de morts. On avait promis la liberté aux Irakiens, ils ont vécu l’horreur, la désolation et la mort. Saddam Hussein était bien un dictateur sanguinaire et un monstre mais – allié comme ennemi – il aura surtout servi à réaliser les cyniques desseins d’une administration américaine sans état d’âme.

Dix ans plus tard, le nombre de morts s’alourdit tous les jours au gré d’une effrayante normalisation de l’horreur. En termes politiques, l’opération s’apparente à un échec, à un désastre. Les divisions se sont approfondies entre les différentes traditions et sectes religieuses. Sunnites et chiites se méfient les uns des autres et s’entretuent quotidiennement ; le système politique, basé sur les appartenances religieuses et les équilibres ethniques, est artificiel et très fragile. Une élite politique et une caste d’entrepreneurs et de financiers se protègent, au sens propre comme au sens figuré, des péripéties politiques dans une aire sécurisée de Bagdad : ils protègent leur vie et continuent d’en retirer des bénéfices énormes grâce aux transactions commerciales relatives, notamment, aux ressources pétrolières irakiennes. Le bilan politique et humain est un désastre et pourtant les bénéfices géostratégiques et économiques sont immenses. L’allié israélien fut l’un des soutiens les plus déterminés à l’élimination de Saddam Hussein, à l’affaiblissement de “son pouvoir de nuisance régional” ainsi qu’au maintien du pays sous contrôle. L’opération en ce sens est une réussite. C’est encore davantage le cas en termes de bénéfices économiques : les ressources pétrolières sont sécurisées et les contrats ont assurés un accès direct à la production irakienne de pétrole et aux chantiers de reconstruction. Les armées américaines et britanniques ont quitté l’Irak de la guerre et de la violence meurtrière ; leurs entreprises et leurs entrepreneurs sont restés pour tirer profit de l’Irak du pétrole et des affaires. Un contrôle économique renforcé derrière la fragilisation politique et des semblants de progrès démocratiques.

En 2003, le Président Bush avait promis de libérer l’Irak avant de démocratiser le Moyen-Orient. Le monde l’a entendu, le monde a souri : il s’agissait de George W. Bush dont l’intelligence paraissait inversement proportionnelle à sa capacité de mentir. Il semble néanmoins qu’il décrivait bien une vision, une stratégie de l’administration américaine, qui a bien commencé avec l’Irak et dont le scénario se réalise et se confirme dans plusieurs pays de la région. Dans les faits, il s’agit de sécuriser, de se réapproprier et de s’assurer des gains géostratégiques et économiques en soutenant directement ou indirectement les processus de démocratisation politique au Moyen-Orient.

En analysant la situation en Lybie, on ne peut qu’être frappé par certaines similitudes. L’intervention française, américaine, britannique et qatari, avec les forces l’OTAN, a éliminé le tyran Kadhafi (qui avait pourtant été réinvité, comme un partenaire désormais respectable, au sein de la communauté internationale deux ans auparavant). La résolution des Nations Unies sur la fermeture de l’espace aérien a été instrumentalisée et l’intervention armée a permis de faire d’une pierre deux coups : contrôler le pays et empêcher une mainmise chinoise et russe sur les ressources pétrolières. La situation politique est loin d’être stable, la violence est quotidienne, les clans et les tribus s’entretuent, la démocratie réelle semble une vue de l’esprit. Il reste néanmoins que les ressources pétrolières libyennes sont bien sous contrôle, que les multinationales travaillent librement et que les contrats se sont multipliés : du commerce des ressources minières à la reconstruction du pays…. Le pays est politiquement et humainement dévasté alors qu’économiquement il reste une source de profit inestimable. Son oublier l’accès possible aux ressources minières potentielles en Mauritanie voisine, au Nord du Mali et au Niger.

Chaque pays a son histoire et sa dynamique et il faut rester prudent quant aux comparaisons trop hâtives. On ne saurait pourtant rester aveugle aux forces de la nouvelle mise sous tutelle du Moyen Orient. La lutte que se livre les États-Unis et les nouveaux acteurs – comme les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), sans oublier la Turquie, voire même l’Afrique du Sud – n’a que faire des régimes et de leur démocratisation. Le réveil arabe n’a pas été, dans les faits, un réveil de la conscience des grandes puissances quant à la liberté et à la dignité des peuples et des nations du Sud. Le combat est économique et géostratégique. La Tunisie et l’Egypte ont vécu deux années de transition difficile : les peuples se sont soulevés et ont fait tomber les dictateurs. Deux ans plus tard, les deux pays voient le processus démocratique ébranlé : les divisions, les tensions et la violence menacent de mettre à mal les acquis. Des forces intérieures et étrangères jouent à déstabiliser les deux pays (sans négliger le jeu trouble de l’armée en Égypte). La situation est alarmante. Sur le plan économique, les dirigeants islamistes n’ont pas d’autre choix, pour devenir politiquement reconnus et respectables (autant que pour mener à bien les réformes urgentes), que d’accepter les politiques économiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale. Les deux économies sont sinistrées et aucune force politique ne peut, seule et en l’état, proposer une alternative politique ou un repositionnement stratégique. Au cœur des troubles et des tensions politiques perpétuelles, les islamistes au pouvoir en Tunisie, en Égypte comme au Maroc se voient obligés de devenir les partenaires dociles de grandes puissances qui hier soutenaient les dictateurs qui les réprimaient. Étrange retournement de l’Histoire. Le Moyen Orient ne doit pas se lire et se comprendre à la lumière des appartenances idéologiques, au demeurant très malléables, mais bien plutôt au pragmatisme des acteurs qui peut être parfois être l’autre nom de la compromission.

Le Moyen Orient est fragilisé et instable. Tout est possible et il est devenu encore davantage l’objet d’appétits insatiables. C’est à la lumière de ces luttes d’influence et de ce cynisme qu’il faut, à notre sens, comprendre la passivité des grandes puissances face aux horreurs quotidiennes en Syrie. L’instabilité régionale, la division entretenue et nourrie entre le sunnites et les chiites, l’isolement de l’Iran, les tensions au Liban et l’engagement partisan des pays pétroliers, comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, est apparemment un désastre et un objet de dépit. Apparemment. L’Histoire nous a appris que le cynisme politique n’a point de limite. Le “conflit de basse intensité” syrien peut bien être humainement une horreur, il apparaît géostratégiquement comme “profitable”. Le Moyen-Orient politique se perd au gré de ses divisions et perd encore davantage son potentiel d’autonomie économique démantelé par ses prédateurs. Pour un temps, les grandes puissances, autant qu’Israël, n’ont point à craindre la volonté et l’espérance des peuples : la conscience de ces derniers s’est certes réveillée mais leur marche vers la libération a été muselée. L’Histoire n’est point finie, pourtant on ferait bien de méditer les péripéties irakiennes si l’on veut espérer voir un jour un Moyen Orient libre et libéré.

Dix ans est une séquence très courte de l’histoire des Hommes même celle-ci s’accélère et est pleine d’enseignements. La libération future des peuples se mesurera aussi à leur capacité à penser et dépasser les aliénations et les emprisonnements du passé. Il n’existe point de liberté sans mémoire, il ne peut y avoir de libération sans penser son Histoire. Le Moyen Orient ne fera pas exception.

Tariq Ramadan

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L’appartenance à l’Union européenne est censée accorder aux citoyens d’un pays la liberté de mouvement et l’absence de discrimination pour des motifs de nationalité.

Les populations de Bulgarie et de Roumanie sont la cible des grandes puissances européennes qui cherchent à leur retirer ces droits.

L’UE a accepté de différer une décision sur l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumaine à l’espace Schengen. Ces deux pays sont membres de l’UE et d’après la Commission européenne, ils ont rempli leurs obligations conformément au traité. Après deux ans d’ajournement, leurs citoyens devaient enfin pouvoir accéder aux emplois au sein de l’UE sans restrictions à partir de 2014. Mais une réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice, la semaine dernière, a différé l’accord, après que l’Allemand Hans-Peter Friedrich a dit que son pays opposerait son veto à leur entrée dans l’espace Schengen.

Friedrich a demandé avec mépris, « Est-ce que la liberté d’aller et venir en Europe signifie que nous devons nous attendre à ce qu’un jour les gens de n’importe où en Europe, qui croient qu’ils peuvent vivre sur le dos du système social allemand mieux que dans leur propre pays, viendront en Allemagne ? »

« Ceux qui ne viennent que pour recevoir des aides sociales, et ainsi abuser de leur liberté d’aller et venir, doivent en être empêchés de manière efficace, » a-t-il dit avec insistance.

L’Allemagne est loin d’être la seule. La Grande-Bretagne, la France, les Pays-bas et l’Autriche ont fait des déclarations similaires. Leur position dément les affirmations sur la mission « d’harmonisation » progressive de l’UE qui avait été faites avec ardeur à l’époque de l’effondrement de l’URSS et de ses Etats satellites.

Durant les années 1990, l’élite européeenne s’était précipitée auprès des pays d’Europe de l’Est pour les inclure dans l’UE, en affichant des promesses de prospérité économique et de stabilité politique dans une union équitable entre les nations.

Au cours de la période suivante, l’économie de ces pays a été pillée du fait que l’UE exigeait des privatisations de grande ampleur et la destruction des systèmes d’aides sociales bien développés. Ils justifiaient cela en disant que « des ajustements structurels » étaient nécessaires afin d’être pleinement intégré dans le club européen.

Au lieu de cela, même après qu’un grand nombre de pays européens ont été acceptés dans l’UE (La Bulgarie et la Roumanie l’ont rejointe en 2007) il n’y a eu aucun répit. Le résultat est une augmentation du chômage, des sorties du marché de l’emploi et de l’insécurité économique. La Bulgarie et la Roumanie sont les deux pays les plus pauvres de l’UE, avec la moitié de leur population risquant de tomber dans la pauvreté.

L’UE admet que les élites dirigeantes de Bulgarie et de Roumanie ont fait tout ce que l’on exigeait d’elles. Mais elle prétend avec sadisme que le « succès » même de son exigence d’une politique de la terre brûlée signifie que leur population ne doit pas se voir accorder leurs droits de citoyens de l’UE parce que l’appauvrissement qui leur a été infligé fait qu’ils ne sont pas les bienvenus !

Ivan Krastev, président du Centre des stratégies libérales, un think tank bulgare, a déclaré au Financial Times, « L’idée était que la transition a été pénible, elle a fait souffrir. Mais que maintenant [avec l'adhésion à l'UE] nous étions censés accéder à une vie complètement différente. Nous allions vivre sinon comme des Allemands, au moins comme des Grecs. Ce n’est jamais arrivé. »

Sa déclaration résume le changement fondamental qui a eu lieu dans les relations de classes en Europe. Durant plus de dix ans, les pays d’Europe de l’Est ont fait des efforts pour vivre « comme des Grecs ». Mais au lieu de rejoindre une Europe de la prospérité, ils ont rejoint une Europe de l’austérité.

La Grèce a été le laboratoire dans lequel les bourgeoisies européennes se sont servies de la crise capitaliste mondiale pour déployer sur tout le continent la thérapie de choc qu’elle avait mis au point en Europe de l’Est. En Grèce suite à cinq ans d’austérité sauvage, le chômage est à plus de 25 pour cent, et à près de 50 pour cent parmi les jeunes ; Les banques alimentaires y sont un mode de vie pour des dizaines de milliers de gens, les investissements dans la santé et l’éducation sont au point mort.

Au lieu d’un « nivellement par le haut » de la Bulgarie et de la Roumanie, les conditions dans tout le continent sont nivelées par le bas, se fondant sur un niveau de référence qui n’est même plus en Europe mais en Chine.

L’attitude des principales puissances européennes envers la Bulgarie et la Roumanie n’est pas simplement une question d’arrogance des grandes puissances. La vengeance de classe y contribue aussi. Ces deux pays ont vu des mouvements de masse contre l’austérité dictée par l’UE qui ont fait tomber les gouvernements associés à cette politique – en avril dernier en Roumanie et pas plus tard que le mois dernier en Bulgarie.

Comme punition, la population ouvrière de ces pays est maintenant traitée de profiteurs des aides sociales, et tenue en quasi-captivité, pendant que le capital financier est libre de piller l’Europe sans aucune forme de contrainte.

Pendant ce temps, une propagande brutale contre le « tourisme social » est utilisée pour détourner l’attention des sources réelles de la hausse du chômage et des salaires en baisse qui tiennent aux mesures gouvernementales dictées par les vrais parasites de la société – l’oligarchie financière.

Pendant qu’ils réduisent les salaires et les conditions de vie, le gouvernement de Nouvelle démocratie en Grèce, en coalition avec le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique, autorise les rafles massives d’immigrés et d’autres mesures racistes, faisant siennes la politique fasciste du parti Aube dorée.

La même tendance est à l’œuvre dans toute l’Europe occidentale, avec les partis sociaux-démocrates de plus en plus en pointe.

En Allemagne, le maire social-démocrate de Duisburg, Soren Link, a lancé une odieuse tirade raciste contre les immigrés d’Europe de l’Est, se plaignant que leur présence fait perdre des ressources aux citoyens “de souche”.

En France, le gouvernement du Parti socialiste de François Hollande poursuit la politique du président gaulliste Nicolas Sarkozy, menant des raids contre les campements immigrés et des déportations de masse, et fait concurrence au Front national.

En Grande-Bretagne, le Parti travailliste fait la promotion de « contrôles maximaux » sur l’immigration d’Europe de l’Est, derrière la demande, encore une fois empruntée aux fascistes du British National Party, d’« emplois britanniques pour les travailleurs britanniques. »

La cible de ce type de mesures, ce sont les droits sociaux de l’ensemble de la classe ouvrière. Les demandes d’interdire aux immigrés de percevoir des aides sociales, y compris pour la santé et le logement, servent à justifier l’affirmation selon laquelle les aides sociales sont trop chères maintenant et devraient être supprimées.

La responsabilité politique de cette offensive réactionnaire réside dans les groupes de la pseudo-gauche, comme SYRIZA en Grèce, qui, tout en affirmant s’opposer à l’austérité et au racisme, défendent le système d’exploitation qui est à l’origine des deux et le principal mécanisme par lequel l’assaut de l’élite dirigeante est organisé et imposé, à savoir l’UE.

Les travailleurs et les jeunes doivent s’opposer activement à cette campagne du chauvinisme anti-immigrés. Contre les efforts du patronat visant à diviser pour mieux régner, ils doivent placer la défense des travailleurs immigrés au cœur d’une révolte à l’échelle européenne contre les mesures d’austérité de l’UE et des gouvernements qui la constituent.

Julie Hyland

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Il aura fallu attendre samedi matin pour que le sommet européen convienne d’un prêt très réduit de 10 milliards d’euros (13 milliards de dollars) pour renflouer les banques de Chypre, cinquième pays de la zone euro après la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne à demander de l’aide.

En l’espace de quelques heures, la décision de prélever une taxe sur les dépôts bancaires à Chypre en vue de payer le plan le sauvetage a résulté en une ruée bancaire pour des retraits de fonds aux distributeurs automatiques des banques.

L’objectif de l’UE est de lever 6 milliards d’euros en instaurant une taxe unique de 10 pour cent sur les épargnes dépassant 100.000 euros et de 6,75 pour cent sur les petits dépôts. Les principaux détenteurs d’obligation des banques et les investisseurs dans la dette souveraine chypriote ne seront pas affectés.

Le magazine américain Forbes a critiqué avec virulence le « groupe de responsables de l’UE mené par l’Allemagne » pour avoir pris « la décision probablement la plus inexplicable et irresponsable dans le domaine de la surveillance bancaire dans les pays avancés depuis les années 1930. » Un autre chroniqueur de Forbes a intitulé son commentaire, « Bienvenue à la nouvelle Grande dépression. » Le magazine Business Insider a pointé du doigt les « rapports multiples indiquant que l’Allemagne a dit à Chypre : Confisquez l’argent des dépôts bancaires ou quittez la zone euro. C’est une dynamique politique terrible et, en plus de l’Italie, cela aggrave une mauvaise situation générale. »

Ce sommet était le premier à s’être tenu après les élections en Italie qui ont enregistré un vote « non » contre la politique d’austérité imposée par le gouvernement de technocrates de Mario Monti et de l’Union européenne (UE).

Avec l’Italie qui n’a toujours pas de gouvernement viable, Monti a, en qualité de dirigeant intérimaire, demandé aux dirigeants de l’UE de dévier un peu du cap de l’austérité s’ils ne voulaient pas connaître le même sort que lui. Dans une lettre adressée au sommet, il a déclaré que les résultats de l’élection témoignaient que le « soutien de l’opinion publique pour les réformes, et pire, pour l’Union européenne, avait drastiquement baissé » et que cela participait d’une « tendance qui est également visible dans bien d’autres pays de par l’UE. »

Le premier ministre luxembourgeois et ancien président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a averti dès le début du sommet, « Je suis très inquiet au sujet des futurs développements économiques. Je n’exclurai pas que nous courons le risque de voir une révolution sociale, une rébellion sociale. »

Le président français, François Hollande, dont l’application de strictes mesures budgétaires a entraîné une chute sans précédent dans les sondages, a appelé à la clémence pour la France après que le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a prévenu que les actions de l’UE risquaient de provoquer une « perte de confiance sociale et politique » dans toute l’Europe.

L’Allemagne a pris la tête de l’opposition à tout changement avec le président de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann, prévenant que « les pays en déficit doivent agir. Ils doivent corriger leurs faiblesses structurelles. Ils doivent devenir plus compétitifs et ils doivent accroître leurs exportations. »

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a été tout aussi catégorique pour dire qu’il ne doit pas y avoir de changement de cap. Jeudi, dans deux discours distincts prononcés devant 27 dirigeants de l’UE et 17 membres de la zone euro sur la nécessité de diminuer davantage encore leur coût du travail et d’augmenter la productivité. La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que les propos « très intéressants »de Draghi ont clairement montré que ce sont « les niveaux de productivité et les salaires d’un certain nombre de pays qui étaient responsables aujourd’hui du haut niveau de chômage. »

Le Fonds monétaire International (FMI) est intervenu pour dire avec insistance que ce qui est requis, ce n’est pas moins d’austérité pour la classe ouvrière mais plus d’argent pour les banquiers. Le deuxième jour du sommet, il a publié un rapport de 69 pages avertissant que des centaines de milliards d’euros de prêts toxiques restaient inscrits dans les bilans des banques européennes et que d’autres mesures étaient indispensables pour consolider le secteur financier du continent.

Le rapport du FMI, mandaté par l’UE, a constaté que la priorité devait être donnée à « la mise à l’abri conjointement des banques et des Etats souverains. »

Finalement, la France a obtenu ce qui a été signalé être une concession pour elle-même et l’Italie. La déclaration finale du sommet reconnaît « les possibilités offertes par le cadre fiscal existant de l’UE pour équilibrer les besoins en investissement productifs publics à l’aide d’objectifs de discipline fiscale » au sein du Pacte de Stabilité et de Croissance. La déclaration a toutefois ajouté que toute manœuvre de ce genre doit être approuvée par la Commission européenne et les Etats membres.

L’Allemagne a eu gain de cause non seulement parce qu’elle est l’ économie la plus forte d’Europe mais parce que ses exigences reprennent le plus fidèlement celles des principales institutions financières et des spéculateurs mondiaux.

Une fois de plus, comme ce fut le cas lors de nombreux sommets qui se sont tenus depuis le début de la crise financière il y a cinq ans, les dirigeants européens, sous la pression de l’élite financière, ont abandonné ou mis de côté les appels à la « croissance. » La subordination de l’UE aux banques a été résumée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy qui a nié que l’encouragement à l’emploi et à la croissance étaient une tâche revenant aux gouvernements. « La croissance et la création d’emplois ne sont pas des choses que les gouvernements peuvent acheter ou faire venir, » a-t-il dit en conclusion.

« Nous sommes tous pleinement conscients de ce débat, de la frustration grandissante et même du désespoir des gens, » a-t-il dit aux médias. « Nous savons aussi qu’il n’y a pas de réponses simples. Le seul moyen de sortir de la crise est de continuer à traiter ses causes profondes. »

Le sommet a dûment promis d’introduire des dispositifs pour étayer le système bancaire du continent. Un paragraphe assez long inséré dans le communiqué final du sommet fixe un calendrier de mesures pour garantir la recapitalisation des banques et pour créer un filet de sécurité pour les créanciers.

En revanche, la seule mesure concrète prise par le sommet sur l’emploi, pour débloquer quelque 6 milliards d’euros faisant partie de l’Initiative pour l’emploi des jeunes de l’UE, est une goutte d’eau dans l’océan et qui s’élève à environ 100 euros pour chaque jeune chômeur de l’UE.

Même avant le début du sommet, d’importantes voix s’étaient élevées dans les médias internationaux pour mettre en garde contre le risque d’une catastrophe imminente s’il n’y avait pas de changement de cap. Peter Speigel du Financial Times s’est demandé « Que se passe-t-il si un électorat décide de voter contre des dirigeants dont il n’accepte pas la politique économique – pour s’apercevoir que les nouveaux dirigeants sont contraints d’appliquer exactement la même politique ? » Il a qualifié ceci de « recette pour une explosion sociale. »

Avec des millions de gens qui ont déjà protesté ou voté contre les mesures d’austérité en Grèce, au Portugal, en Espagne et maintenant en Italie, le sommet de l’UE rapproche un peu plus encore la possibilité d’une explosion sociale qui embraserait le continent.

Le sommet a aussi vu se creuser les divisions au sujet de questions essentielles de politique étrangère. Sur la Syrie, Hollande a suivi le premier ministre britannique, David Cameron, en sollicitant l’abandon de l’interdiction de l’UE sur un armement direct de l’opposition. Hollande et Cameron ont reçu le soutien sans équivoque de Washington. La porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland, a déclaré, « Nous soutiendrions certainement les types d’appui à l’opposition syrienne, évoqués publiquement par le Royaume Uni et la France… Nous les encourageons à poursuivre cette conversation. »

Une majorité de pays de l’UE, une fois de plus dirigés par l’Allemagne, ont rejeté les appels de Hollande. « Le simple fait qu’il y en ait deux qui ont changé d’avis ne suffit pas à faire que 25 autres suivent complètement le même chemin, » a déclaré Merkel.

L’Allemagne a souligné le danger de donner des armes aux fondamentalistes islamiques et de déclencher une guerre régionale plus large. Le chef du service fédéral de renseignement (Bundesnachrichtendienst, BND) allemand, Gerhard Schindler, a parlé de nouveau samedi d’un clivage au sein de l’opposition syrienne et de la présence de dizaines de milliers de militants, dont le Front al-Nusra.

Tout en soutenant la déstabilisation du régime du président syrien de Bachar al-Assad, l’Allemagne est déterminée à impliquer la Russie dans des négociations concernant un éventuel gouvernement de transition composé de gens de l’opposition préalablement approuvés et de membres du régime baasiste.

L’alliance entre Berlin et Moscou a été prouvée dans des pourparlers distincts centrés sur la relation stratégique de l’Europe avec la Russie, à la suite de quoi Merkel a souligné la signification des approvisionnements énergétiques russes vers l’Europe en déclarant, « Nous considérons la Russie comme un partenaire stratégique. »

Stefan Steinberg et Chris Marsden

 

Article original, WSWS, paru le 18 mars 2013

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Méditerranée, pont de guerre

mars 19th, 2013 by Manlio Dinucci

« Les nombreux, trop nombreux morts sans nom que notre Méditerranée garde » : à Montecitorio, c’est Laura Boldrini[1] qui s’en est souvenue en faisant référence au drame des réfugiés. La Méditerranée, a-t-elle déclaré, « devra de plus en plus devenir un pont vers d’autres lieux, d’autres cultures, d’autres religions ». Jusqu’à présent, cependant, la Méditerranée a de plus en plus été un pont de guerre.  Partant des bases italiennes, l’Otan a démoli l’Etat libyen, en provoquant la désagrégation du pays et l’exode de millions d’Africains qui y avaient trouvé un travail.  Elle fait la même chose en Syrie, qu’elle essaie de démolir avec des forces infiltrées et des méthodes terroristes, en provoquant de nouvelles victimes et vagues de réfugiés.  Donc « un parlement largement rénové » ne suffit pas. Il faut une nouvelle politique extérieure. Celle de l’Italie, indépendamment de la couleur des gouvernements, suit par contre toujours le même cap. Le gouvernement Monti, à ses derniers jours,  est en fait en train d’accomplir d’importants actes de politique étrangère qui passeront dans les mains du prochain gouvernement.

Dans une série de rencontres à Washington les 11 et 12 mars, la Farnesina[2] a garanti l’adhésion de l’Italie à l’ « accord de libre-échange USA-Ue », c’est-à-dire à l’ « Otan économique ». Dans un séminaire international, le 14 mars à Rome, a été établie la contribution de l’Italie à « une Défense européenne forte », que le Conseil européen décidera en décembre pour « favoriser la satisfaction des exigences de l’Alliance atlantique ». Rien que pour l’achat d’armements, prévoit une recherche publiée à New York, l’Italie dépensera en 2012-2017 plus de 31 milliards de dollars. Ces mêmes jours, le ministre des Affaires étrangères Terzi s’est rendu en Israël pour une série de rencontres et participer à la conférence internationale de Herzliya sur la « sécurité du Moyen-Orient ». Sur la Syrie, l’Italie s’engage à « accroître les mesures et les équipements qui permettent aux forces sur le terrain  de protéger la population des attaques inouïes de l’aviation syrienne » (ce n’est pas un hasard si les Usa s’apprêtent à officialiser, après la France et la Grande-Bretagne, la fourniture d’armes aux « rebelles »). L’Italie renforce aussi son engagement contre « les risques, pour la sécurité globale, d’un Iran nucléaire » : à Herzliya on  a parlé du moment où il faudra passer « de la diplomatie à l’épée ».

Ces initiatives, et quelques autres, de la Farnesina reçoivent le consensus ou le silence-assentiment de la totalité de la classe politique. La Ville de Milan participe à l’unanimité à la marche internationale de « solidarité avec le peuple syrien » car, dit le maire Pisapia, « il est temps de sortir du silence ». C’est-à-dire de soutenir ouvertement la déstabilisation de la Syrie, que les puissances occidentales opèrent à des fins stratégiques et économiques. Et quand le gouvernement Monti, violant les engagements et compromettant les relations entre les deux pays, ne renvoie pas en Inde les maro’ qui ont tué les pêcheurs[3], la présidente de la « commission paix » de la Ville de Florence, Susanna Agostini (Pd), exulte parce que l’Italie a pris une « position de protagoniste ».

Manlio Dinucci

Edition de mardi 19 mars 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130319/manip2pg/14/manip2pz/337582/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.


[1] Laura Boldrini, élue présidente de la Chambre des députés à l’initiative du Pd (Partito democratico, de PL Bersani, centre-gauche), a été porte-parole de l’UNHCR.

[2] Siège à Rome du ministère des Affaires Etrangères

[3] Fantassins des forces de débarquement, « marine » en anglais. Allusion à la “bavure” d’un bataillon italien qui, en juin 2012, a assassiné dans l’Océan Indien deux pêcheurs “pris pour des pirates”.Voir à ce sujet l’article de M. Dinucci « Les pirates de l’Océan indien » http://www.mondialisation.ca/l-art-de-la-guerre-les-pirates-de-l-oc-an-indien/31263 ou http://www.voltairenet.org/article174503.html .

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Israël : Membre de facto de l’OTAN

mars 18th, 2013 by Prof Michel Chossudovsky

Le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a reçu le Président israélien Simon Peres au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 7 mars 2013. A l’ordre du jour : le renforcement de la coopération militaire entre Israël et l’Alliance atlantique, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Israël est déjà impliqué dans des opérations secrètes et des attaques non conventionnelles avec les Etats Unis et l’OTAN. Mais cet accord a une signification particulière, car il approfondit la relation entre l’OTAN et Israël au-delà de ce que l’on appelle le “Dialogue Méditerranéen”.

L’accord commun fait référence à un partenariat entre l’OTAN et Israël « dans la lutte contre le terrorisme et la recherche de la paix… au Proche-Orient et dans le Monde ». Ce qui laisse entendre une participation d’Israël sur la scène de la lutte active, aux côtés de l’OTAN – ce qui en fait un membre de facto de l’Alliance atlantique.

En d’autres termes, Israël serait directement impliqué dans une opération militaire, dès lors que l’OTAN et les Etats-Unis décideraient d’en lancer une, que ce soit contre la Syrie, le Liban ou l’Iran. Israël a offert son aide à l’OTAN dans ses opérations de lutte contre le terrorisme dirigées contre le Hezbollah et l’Iran.

Une déclaration précise que « durant leurs discussions, les deux parties sont tombées d’accord sur le fait qu’Israël et l’OTAN sont partenaires dans la lutte contre le terrorisme… ».

Le Président Peres a insisté sur la nécessité de maintenir et d’accroître la coopération entre Israël et l’OTAN, ainsi que sur la capacité d’Israël à apporter sa collaboration et à fournir non seulement une aide technologique, mais aussi un savoir gagné de sa très grande expérience en matière de lutte anti-terroriste.

« Israël sera heureux de partager les connaissances qu’il a acquises et ses moyens technologiques avec l’OTAN. Israël a de l’expérience dans la lutte contre des situations complexes et nous devons renforcer notre coopération pour pouvoir combattre ensemble le terrorisme mondial, et aider l’OTAN face aux menaces complexes auxquelles elle est confrontée, y compris en Afghanistan, » a déclaré Peres à Rasmussen.

L’histoire de la coopération militaire entre Israël et l’OTAN

Il est intéressant de rappeler qu’en novembre 2004, à Bruxelles, l’OTAN et Israël ont signé un important accord bilatéral qui a lancé la mise en place d’exercices militaires conjoints. Un second accord l’a rapidement suivi, signé à Jérusalem en mars 2005, par le Secrétaire général de l’OTAN et le Premier Ministre Ariel Sharon. Les militaires Israéliens voyaient dans ce nouvel accord bilatéral de coopération militaire un moyen de « renforcer la capacité de dissuasion d’Israël face des ennemis potentiels qui le menacent, et notamment l’Iran et la Syrie. »

L’hypothèse prise en compte, sous-jacente à cette coopération militaire entre l’OTAN et Israël, est « qu’Israël est sous attaque. »

La coordination militaire et celle des services secrets existe bel et bien ; elle est active, et inclut des consultations relatives aux territoires occupés.

« Avant le lancement de l’Opération Plomb Durci sur Gaza, l’OTAN échangeait déjà des renseignements avec Israël, partageait son expertise en matière de sécurité, et organisait des exercices militaires communs. (…) Scheffer, le précédent Chef de l’OTAN, s’est même rendu en Israël au beau milieu de l’offensive en cours sur Gaza. Et à l’époque, l’opinion des officiels de l’OTAN était que la coopération avec Israël était essentielle à leur organisation. » (Al Ahram, 10 février 2010)

L’accord bilatéral signé en mars 2013 entre Israël et l’OTAN est l’aboutissement de plus de dix ans de coopération.

Cet accord « oblige-t-il » l’OTAN « à venir au secours d’Israël », selon le principe de « sécurité collective » ?

(Cliquer sur l’image pour l’aggrandir)

L’accord renforce le processus en cours de planification militaire entre les Etats-Unis, l’OTAN et les militaires israéliens, ainsi que la logistique liée à toute opération future au Proche-Orient, y compris un bombardement aérien de sites nucléaires iraniens.

La délégation présidentielle israélienne était constituée de plusieurs sommités, militaires et conseillers du gouvernement, parmi lesquelles le Brigadier général Hasson Hasson, Secrétaire militaire du Président Peres (premier à gauche sur la photo), et Nadav Tamir, conseiller politique du Président israélien (à la droite du Président Peres).

Les discussions se sont déroulées à huis-clos, et le texte de l’accord qui en a découlé n’a pas été rendu public.

Suite à cette réunion, une déclaration commune a été publiée par l’OTAN. Le Secrétaire général Rasmussen a déclaré dans le communiqué de presse :

« Israël est un partenaire important de l’Alliance dans le Dialogue Méditerranéen. La sécurité de l’OTAN est liée à la sécurité et à la stabilité du bassin méditerranéen et du Proche-Orient. Et notre Alliance accorde une grande valeur à notre dialogue politique et à notre coopération pratique. Israël est l’un de nos plus anciens pays partenaires. Et nous sommes confrontés aux mêmes challenges stratégiques en Méditerranée orientale.

Alors que nous faisons face aux menaces sécuritaires du 21ème siècle, nous avons toutes les raisons d’approfondir notre partenariat de longue date avec nos pays interlocuteurs du Dialogue Méditerranéen, dont Israël. Nous savons tous que la situation régionale est complexe, mais le Dialogue Méditerranéen reste un forum multilatéral unique, où Israël et six pays arabes peuvent discuter autour d’une même table, avec l’Europe et des pays d’Amérique du Nord, de challenges sécuritaires communs. Je vois de nouvelles opportunités de renforcer notre dialogue politique déjà très avancé et notre coopération sur le terrain, à notre bénéfice mutuel. »

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : Israel: A De Facto Member of NATO, publié le 9 mars 2013

 

Traduction : CR pour ISM

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

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Le Pape de la “guerre sale”

mars 18th, 2013 by Bill Van Auken

Depuis plus d’une semaine, les médias ont soumis le public à un raz-de-marée de banalités euphoriques sur le choix d’un nouveau pape par l’Église catholique romaine.

Cette célébration sans répit du dogme et des rituels d’une institution qui est depuis des siècles associée à l’oppression et au conservatisme a indéniablement un caractère profondément antidémocratique. Elle reflète le virage à droite de l’ensemble de la classe politique et sa répudiation des principes consacrés par la Constitution américaine, y compris la séparation de l’Église et de l’Etat.

Quel écart avec les idéaux politiques qui animaient ceux qui ont rédigé ce document. C’était l’opinion bien fondée de Thomas Jefferson que « Dans chaque pays et à chaque époque, le prêtre a toujours été hostile à la liberté. Il est toujours allié au despote, pardonnant ses abus en échange de la protection que ce dernier lui accorde. »

Les conceptions de Jefferson, et le caractère réactionnaire de la couverture flagorneuse de cet événement par les médias, trouvent leur confirmation la plus frappante dans l’identité du nouveau pape qui est officiellement célébré comme un parangon d’« humilité » et de « renouveau. »

Celui qui a été placé sur le trône papal est non seulement un opposant dur et pur de plus au marxisme, au Siècle des lumières et à toutes les formes du progrès humain, mais aussi un homme profondément et directement impliqué dans l’un des plus grands crimes de la période d’après-guerre – la « sale guerre » de l’Argentine.

Dans le faste des cérémonies de vendredi, le porte-parole du Vatican a été obligé d’aborder le passé du nouveau pape François – et ex-archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio. Il a écarté les accusations le visant en les qualifiant d’œuvre des « éléments anticléricaux de gauche. »

Que des “éléments de gauche” dénoncent la complicité des dirigeants de l’Église dans la « sale guerre » menée par la junte militaire qui a dirigé l’Argentine de 1976 à 1983 n’est pas vraiment surprenant. Ils ont représenté une grande partie des près de 30 000 ouvriers, étudiants, intellectuels, et autres qui ont été « disparus » et assassinés, et des dizaines de milliers d’autres qui ont été emprisonnés et torturés.

Mais certaines des critiques les plus fortes contre Bergoglio viennent du sein même de l’Église catholique, y compris de prêtres et de laïcs qui travaillent pour l’église, et qui affirment qu’il les a livrés aux tortionnaires dans le cadre d’un effort concerté pour « nettoyer » l’Église des « gauchistes. » L’un d’eux, un prêtre jésuite, Orlando Yorio, avait été enlevé avec un autre prêtre après avoir ignoré une mise en garde de Bergoglio, alors chef de l’ordre jésuite en Argentine, lui demandant qu’ils cessent leur travail dans les bidonvilles de Buenos Aires.

Au cours du premier procès des chefs de la junte militaire en 1985, Yorio avait déclaré, « Je suis sûr qu’il a donné lui-même la liste avec nos noms à la marine. » Les deux ont été emmenés à la tristement célèbre École de mécanique de la marine (ESMA) transformée en centre de torture et retenus plus de cinq mois avant d’être drogués et abandonnés dans un village à l’extérieur de la ville.

Bergoglio était idéologiquement prédisposé à soutenir les assassinats politiques de masse perpétrés par la junte. Au début des années 1970, il était lié au mouvement de droite péroniste de la Guardia de Hierro (garde de fer), dont les cadres, aux côtés d’éléments de la bureaucratie syndicale péroniste, servaient dans les escadrons de la mort appelés Triple A (Alliance Argentine Anticommuniste). Ceux-ci menaient une campagne d’extermination contre les opposants de gauche à l’armée avant même la prise du pouvoir par la junte. L’amiral Emilio Massera, chef de la marine et principal idéologue de la junte, utilisait également ces éléments, principalement pour saisir les biens personnels des personnes « disparues. »

Yorio, mort en 2000, avait accusé Bergoglio d’« avoir communiqué avec l’amiral Massera et de lui avoir dit que j’étais le chef des guérillas. »

La junte considérait la moindre expression d’opposition à l’ordre social existant ou de compassion envers les opprimés comme du « terrorisme ». L’autre prêtre enlevé, Francisco Jalics, a raconté dans un livre que Bergoglio leur avait promis qu’il dirait aux militaires qu’ils n’étaient pas des terroristes. Il écrit, « D’après les déclarations ultérieures d’un responsable et 30 documents que j’ai pu consulter plus tard, nous avons pu prouver, sans aucune place pour le doute, que cet homme n’a pas tenu sa promesse, mais que, bien au contraire, il a présenté une dénonciation mensongère à l’armée. »

Bergoglio avait refusé de se présenter au premier procès de la junte ainsi qu’aux procédures suivantes auxquelles il fut convoqué. En 2010, quand il a finalement accepté d’être interrogé, les avocats des victimes l’ont trouvé « évasif » et « menteur. »

Bergoglio a affirmé n’avoir appris qu’après la fin de la dictature les pratiques de la junte consistant à enlever les bébés des mères qu’ils avaient fait disparaître. Ils enlevaient les mères, les retenaient jusqu’à ce qu’elles accouchent puis les exécutaient ; leurs enfants étaient alors donnés à des familles de militaires ou de policiers. Ce mensonge a été révélé par les gens qui s’étaient tournés vers lui pour qu’il les aide à retrouver des membres disparus de leur famille.

Cette collaboration avec la junte n’était pas une simple erreur personnelle de Bergoglio, mais bien plutôt la politique de la hiérarchie de l’Église, qui soutenait les objectifs de l’armée et ses méthodes. Bergoglio a tenté de dissimuler cette complicité systématique dans un livre qu’il a lui-même signé. Le journaliste argentin Horacio Verbitsky a pu montrer que le livre tronquait des citations compromettantes d’un rapport qui reproduisait un échange entre la direction de l’Église et la junte en novembre 1976, huit mois après le coup.

Parmi les passages supprimés il y avait la promesse faite par l’Église de « ne tenter en aucune manière d’adopter une position critique envers l’action du gouvernement, » puisque son « échec mènerait, très probablement, au marxisme. » Ces passages déclaraient la « compréhension, l’adhésion et l’acceptation » par l’Église catholique du soi-disant « processus » qui déclencha le règne de la terreur contre la classe ouvrière argentine.

Ce soutien n’avait rien de platonique. Les centres de détention et de torture de la junte se voyaient assigner des prêtres, dont le travail consistait non pas à s’occuper des victimes soumis à la torture et à la mort, mais à aider les tortionnaires et les assassins à vaincre leurs scrupules. En se servant de paraboles bibliques comme « séparer le bon grain de l’ivraie, » ils assuraient à ceux qui pratiquaient les fameux « vols de la mort » au cours desquels les prisonniers politiques étaient drogués, déshabillés, emportés dans des avions puis largués en pleine mer, qu’ils accomplissaient « l’œuvre de dieu. » D’autres ont participé aux séances de torture et essayé d’utiliser le rite de la confession pour obtenir des informations qui seraient utiles aux tortionnaires.

Cette collaboration était soutenue par toute la chaîne hiérarchique depuis le Vatican jusqu’en bas. En 1981, à la veille de la guerre entre l’Argentine et la Grande-Bretagne au sujet des îles Malouines (Falkland pour les Anglais), le Pape Jean-Paul II s’était rendu à Buenos Aires, apparaissant aux côtés de la junte et embrassant son chef d’alors, le Général Leopoldo Galtieri, sans dire un mot sur les dizaines de milliers de personnes enlevées, torturées et assassinées.

Comme le notait Jefferson, l’Église est « toujours alliée avec les despotes ». Ce fut aussi le cas dans le soutien que l’Eglise accorda aux fascistes de Franco en Espagne, sa collaboration avec les nazis lorsqu’ils menaient leur holocauste en Europe, et son soutien à la guerre américaine au Vietnam.

Plus spécifiquement, le fait de désigner pape une personnalité comme Bergoglio, et la célébration qui suit dans les médias et les cercles dirigeants, doivent servir de mise en garde très claire. Non seulement les crimes horribles commis en Argentine il y a 30 ans sont assumés, mais ceux qui sont au pouvoir envisagent d’utiliser des méthodes similaires une fois de plus pour défendre le capitalisme contre la lutte des classes qui s’intensifie et contre le risque d’une révolution sociale.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 16 mars 2013

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La guerre au Mali va entrer cette semaine dans son troisième mois. Quelques 4.000 soldats français et environ le double de soldats africains combattant en collaboration avec eux au sein d’une force internationale ont conquis les principales villes au Nord Mali. Et pourtant, il n’existe guère de reportages sur les combats et presque pas de photos.

Depuis le début de la guerre l’armée française, en collaboration avec l’armée malienne, a systématiquement a privé les reporters et les journalistes de toute possibilité de produire des informations objectives.

Dès le début, on a interdit à tous les journalistes internationaux de quitter la capitale Bamako où ils furent harcelés par les soldats de la junte malienne qui confisquèrent leur matériel.

Une semaine après le début de la guerre, un certain nombre de « journalistes embarqués » furent autorisés à se rendre au Nord Mali. On instruisit ces correspondants de se tenir aux côtés des unités qui leur avaient été désignées et la participation fut restreinte exclusivement aux employés des médias français nationaux.

Le 31 janvier, des officiers du renseignement malien ont confisqué le matériel de deux journalistes travaillant pour la chaîne française France24. Ces derniers avaient filmé une manifestation de soldats de la brigade des Bérets rouges qui avaient essayé de réintégrer l’armée malienne.

Le 8 février, plusieurs journalistes étrangers ont été détenus pendant des heures à Bamako par des ‘Bérets verts’. Ces unités avaient organisé un coup d’Etat au Mali en mars dernier. Le photographe de Reuters, Benoît Tessier et deux autres journalistes qui furent témoins de l’incident et qui le photographièrent, furent battus et embarqués. Leur matériel et leurs téléphones portables furent confisqués.

Après la conquête de Gao, une cinquantaine de journalistes internationaux furent autorisés à entrer dans la ville en respectant des conditions strictes puis, peu de temps après, ils furent escortés hors de la ville, soi-disant en raison d’un attentat suicide sans qu’ils aient pu faire leur travail. Trois équipes de télévision qui étaient arrivées en avion à Kidal furent détenues jusqu’à leur départ à l’aéroport par l’armée française.

La chaîne de télévision française France 2 avait diffusé le 7 février sous le titre « Exactions au Mali, » un reportage de 22 minutes dans lequel 45 secondes du film étaient consacrées à des victimes de l’armée malienne. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait réprimandé les responsables du programme en leur reprochant de porter « atteinte à la dignité de la personne humaine » en présentant des images de corps de personnes décédées.

Le 28 février, le CSA avait multiplié ses avertissements en déclarant que « des plans répétés et particulièrement insistants sur les corps de personnes décédées » étaient « difficilement soutenables » notamment pour de jeunes téléspectateurs. Depuis lors, il n’y a plus eu de reportages critiques sur la guerre au Mali à la télévision française.

La semaine passée, le rédacteur en chef du journal malien Le Républicain, Boukary Ndaou, a été arrêté sans mandat par les services de sécurité d’Etat maliens. Quelques heures plus tôt, il avait publié une lettre ouverte d’un soldat critiquant le président Dioncounda Traoré pour des paiements effectués au capitaine Amadou Sanogo, le dirigeant du coup d’Etat de mars 2012. Le lieu de séjour de Ndaou est inconnu et aucune accusation n’a été portée jusque-là contre lui.

Le blocage médiatique de la guerre au Mali est fondé sur l’ordre implicite du commandement de l’armée française : dès le tout premier jour, les journalistes furent gardés éloignés d’au moins 150 kilomètres des lignes de front sur tous les théâtres de guerre. Ils eurent seulement le droit de se déplacer en convoi sans pouvoir prendre de photos. Ils ne purent pénétrer dans les villes conquises qu’à la fin des hostilités et seulement quand toutes les victimes eurent été enlevées.

Des personnalités influentes des médias officiels ont plaidé en faveur d’une telle censure.

Antoine Guélaud, le directeur de la rédaction de TF1, a publiquement justifié la politique de l’armée en soulignant la difficulté de trouver « le juste équilibre entre le devoir d’informer et la sécurité des journalistes et de leurs équipes. » La guerre au Mali, a-t-il poursuivi « n’est pas une guerre conventionnelle entre deux pays, » mais vise des terroristes.

Son collègue Phil Chetwynd, rédacteur en chef à l’AFP a, en s’excusant, aussi fait référence à un « conflit compliqué et dangereux. » Un autre journaliste a déclaré qu’il valait mieux avoir un reportage d’un « journaliste embarqué » que pas de reportage du tout.

La subordination des médias français à la discipline de l’armée jouit d’une certaine tradition, notamment la censure de la guerre d’Algérie de 1954 à 1962 qui a souvent été décrite comme une « guerre sans images, » vu que les médias censuraient les exactions généralisées, les massacres et le recours à la torture par les forces françaises.

Tout comme dans le cas du général de Gaulle dans les années 1960, la plus grande crainte de l’actuel gouvernement français, dirigé par le socialiste François Hollande, est qu’un sentiment anti-guerre puisse s’associer à une colère grandissante contre la politique anti-ouvrière menée par l’Etat et vienne attiser des soulèvements sociaux. C’est pour cette raison que l’armée française est déterminée à poursuivre sa politique de la « guerre sans images. »

Ernst Wolff

Article original, WSWS, paru le 13 mars 2013

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Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a annoncé hier, 15 mars, que le Pentagone augmenterait d’ici 2017 de près 50 pour cent le nombre d’intercepteurs de missiles antibalistiques de tir terrestre déployés dans la région Asie-Pacifique. 14 intercepteurs supplémentaires seront basés à Fort Greely en Alaska, en plus des 26 qui sont déjà sur place. Trois autres sont déjà stationnés en Californie.

Hagel a saisi l’occasion du test nucléaire effectué le mois dernier par la Corée du Nord et du lancement de son satellite en décembre pour étendre les systèmes américains de missiles antibalistiques. « La Corée du Nord, notamment, a progressé dernièrement dans ses capacités et s’est engagée dans une série de provocations irresponsables et imprudentes, » a-t-il déclaré.

Ces commentaires sont totalement cyniques. Le gouvernement Obama profite de la capacité restreinte de la Corée du Nord pour ce qui est du nucléaire et des missiles pour justifier le renforcement des systèmes de missiles antibalistiques sophistiqués dans toute la région Asie-Pacifique et qui visent essentiellement à contrecarrer l’arsenal nucléaire de la Chine.

En réaction à de nouvelles sanctions imposées au début du mois par le Conseil de sécurité des Nations unies, le régime nord-coréen a déclaré avoir le droit de se défendre, y compris au moyen d’une « attaque nucléaire préventive contre les quartiers généraux de l’agresseur. » Mais le gouvernement Obama a tout simplement ignoré la menace. Ni Hagel ni un responsable du Pentagone n’a suggéré que Pyongyang avait en réalité la capacité de perpétrer une telle attaque contre Washington.

De plus, les projets du Pentagone d’augmenter le nombre des intercepteurs datent d’avant le lancement de missiles et l’essai nucléaire de la Corée du Nord. Un fonctionnaire américain de haut rang à la Défense a dit auWashington Post que l’expansion « était en préparation depuis environ six mois. » En d’autres termes, la Corée du Nord n’a fait que fournir un prétexte facile pour cette annonce.

Hagel a aussi annoncé que les Etats-Unis déploieraient un système additionnel d’alerte précoce au Japon – un radar X-band sophistiqué capable de détecter des missiles balistiques. Les Etats-Unis disposent d’ores et déjà d’un tel radar dans le Nord du Japon et envisagent d’en mettre en place un second dans le Sud du pays.

En août dernier, le Pentagone avait divulgué au Wall Street Journal des détails sur ses projets de missiles antibalistiques (Voir : « US to expand anti-missile systems in Asia »). Selon cet article, les Etats-Unis cherchent également à implanter un troisième radar X-band en Asie du Sud Est, vraisemblablement aux Philippines. Chaque système d’alerte précoce supplémentaire accroît considérablement la capacité de l’armée américaine à détecter la trajectoire des missiles balistiques et donc à les détruire au moyen d’intercepteurs.

Les Etats-Unis sont en train de développer et de construire ces systèmes antibalistiques en étroite collaboration avec leurs principaux alliés en Asie, particulièrement le Japon. En plus des intercepteurs de longue portée basés à terre en Amérique du Nord, les Etats-Unis et le Japon possèdent des systèmes anti-missiles embarqués à bord de navires dont ils cherchent à améliorer la capacité.

La marine américaine a dernièrement augmenté le nombre de leurs croiseurs lance-missiles du type Arleigh Burke au large de la péninsule coréenne, dans le cadre de manoeuvres conjointes avec la Corée du Sud. L’armée américaine a aussi déployé des batteries de missiles Patriot en Corée du Sud.

Il est absurde de suggérer que les Etats-Unis sont en train de dépenser des dizaines de milliards de dollars pour des défenses anti- missile destinées à contrer la menace de la Corée du Nord, tout comme il est absurde de suggérer que les systèmes de défense anti-missile qu’ils sont en train de mettre en place en Europe sont destinés à contrer la menace de l’Iran. Ces systèmes visent en premier lieu la Chine et la Russie qui eux possèdent la capacité de frapper les Etats-Unis au moyen de missiles dotés d’une charge nucléaire.

En août dernier, parlant au Wall Street Journal, un haut responsable américain anonyme avait admis que tout système de missile antibalistique visant la Corée du Nord visait également la Chine, du fait de la situation géographique. « La physique reste la physique », a-t-il dit. « Soit vous bloquez la Corée du Nord et la Chine soit vous ne bloquez ni l’un ni l’autre. »

Prétendre que ces systèmes sont purement d’ordre défensif est un mensonge. Toute attaque nucléaire de grande envergure par la Russie ou la Chine submergerait le nombre restreint d’intercepteurs américains. En réalité, le développement des capacités de missiles antibalistiques est une composante de la détermination agressive de sécuriser la soi-disant « supériorité nucléaire », c’est-à-dire la capacité de première frappe nucléaire qui détruirait l’ennemi, en empêchant une frappe de riposte.

Les systèmes américains de missile antibalistique en Asie et en Europe sont avant tout conçus pour neutraliser une salve limitée de missiles tirée par un ennemi déjà sérieusement touché par une première frappe nucléaire des Etats-Unis.

C’est pourquoi, tant la Russie que la Chine s’opposent farouchement au développement des systèmes anti-missiles. A Beijing, l’annonce faite hier par Hagel ne fera qu’intensifier, au sein des cercles dirigeants, le débat concernant la Corée du Nord. Des sections de la bureaucratie chinoise disent ouvertement que leur allié, Pyongyang, est devenu un obstacle dont il faudrait s’affranchir.

Les critiques chinois précisent les programmes d’armement de la Corée du Nord ainsi que son attitude ont non seulement fourni aux Etats-Unis et à leurs alliés un prétexte pour installer des systèmes de missiles antibalistiques en Asie, mais pourraient aussi servir de prétexte au Japon et à la Corée du Sud pour que ces derniers mettent au point leurs propres armes nucléaires et leurs propres vecteurs.

Beijing est toutefois confronté à un dilemme. Si le régime de la Corée du Nord, qui est économiquement fortement tributaire de la Chine, devait s’effondrer, la conséquence en serait un flot de réfugiés vers la Chine du Nord et éventuellement l’émergence d’un régime pro-américain à la frontière Nord de la Chine. A ce stade, aucune décision ne semble avoir été prise, mais la pression accrue exercée par Washington rend la question d’autant plus urgente et explosive.

Le renforcement par les Etats-Unis des capacités de missiles antibalistiques fait partie du « pivot vers l’Asie » plus général du gouvernement Obama qui comprend un effort diplomatique plus complet entrepris dans l’ensemble de la région et visant à miner l’influence de la Chine et à consolider un système d’alliances militaires pour l’encercler. Ceci est lié au « rééquilibrage » des forces militaires américaines vers l’Asie, ainsi que dans la région, afin d’assurer aux Etats-Unis une série d’options agressives – à commencer par un blocus naval de la Chine pour aller jusqu’à une guerre nucléaire de grande envergure.

Beijing est obligé de réagir. En janvier, l’agence de presse officielle chinoise Xinhua avait annoncé que l’armée avait conduit avec succès un test du système d’interception de missile balistique basé à terre. Le spécialiste de l’armée de l’air, Fu Qianshao, avait toutefois dit aux médias, que les systèmes chinois n’étaient encore qu’à leurs débuts et étaient en retard sur les Etats-Unis.

Dans ce domaine de la technologie militaire, comme dans d’autres, le gouvernement Obama est en train de provoquer une dangereuse course à l’armement qui ne fait qu’accroître le danger de guerre.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 16 mars 2013

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«Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste» Dom Helder Camara

«Habemus Papam», «Nous avons un pape», le 13 mars, la communauté du milliard de chrétiens a un nouveau pasteur en la personne du cardinal Jorge Bergoglio.

Ce fut un moment de stupeur dans la foule qui attendait religieusement sur la place Saint-Pierre et aussi des millions de téléspectateurs qui ont vu en direct ce pape et écouté ses premiers mots. Il faut dire que c’est la première fois depuis 741 que l’église élit un pape qui ne soit pas européen. Il faut en effet remonter à saint Grégoire III, né en Syrie en 690 et pape entre 731 et 741, pour trouver un pape non-Européen.  On le voit la Syrie exsangue  et qu’on veut à tout prix « irakiser » selon Bush ou « lybianiser » selon le tandem diabolique Cameron- Sarkozy, voire le suivant  Cameron- Hollande   a participé à l’aventure humaine en donnant  un de ses fils pour guider les Chrétiens. Avant Grégoire III, un certain nombre de papes avaient été issus de l’Afrique et du Moyen-Orient, comme le premier de tous, Pierre, né à Bethsaïde en Galilée et devenu pape en l’an 33.

Ce fut un cri de liesse de la foule et rapidement les médias ont adoubé ce nouveau pape. Elu à la fois comme un homme d’Etat, mais aussi comme un homme d’Eglise, nous avons vu en direct, pendant près d’un mois ce que peuvent être les dérives d’une religion censée suivre le sacerdoce du Christ qui laissa cette fameuse parabole: «Il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu.»

L’Eglise, est devenue aujourd’hui,  un condensé d’une dérive monarchique alliant le temporel au spirituel creusant de plus en plus le fossé qui l’éloigne des croyants. Mutatis mutandis, c’est la même dérive que nous constatons dans les deux autres religions monothéistes: le judaïsme et l’islam politiques.

Pour illustrer le clinquant et le m’as-tu-vu, l’écrivaine Joumana Haddad écrit:

«Cher pape, Je suis sûre que vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que je vous parle de façon aussi simple puisque Jésus, votre modèle, dont vous êtes censé répandre les opinions et les paroles, était un homme d’une grande humilité. Je ne suis pas dupe de vos lunettes de soleil Gucci, de vos robes dorées, de vos tiares étincelantes et de votre style de vie luxueux: après tout, vous avez fait voeu de pauvreté (…) Savez-vous que le Vatican dépense 14 millions de dollars [10,83 millions d'euros] par an pour entretenir le palais dans lequel vous vivez alors que 16.000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde? Savez-vous que la banque du Vatican est le principal actionnaire de Pietro Beretta, le plus grand fabricant d’armes du monde (…) Croyez-le ou non, le Vatican a récemment chargé Sylvana Casoli, la parfumeuse des célébrités – elle a créé des fragrances pour Madonna et Sting, entre autres -, de créer une eau de Cologne pour vous! Avez-vous déjà vu le slogan: «Vendons le Vatican, nourrissons le monde»? Je peux vous dire qu’il a pas mal de succès.» (1)

Qui est ce pape du bout du monde?

L’archevêque de Buenos Aires est connu comme une personnalité simple, quelque peu austère, mais surtout proche du peuple. En 2009, il déclare que la pauvreté est «une violation des droits de l’homme», rapporte La Croix. Le quotidien La Croix raconte qu’il a délaissé la somptueuse résidence des archevêques à Buenos Aires pour un petit appartement situé près de la cathédrale. Il se lève à 4h30 du matin, termine sa journée à 21 heures, n’a pas de voiture et se déplace en transports en commun. Selon ses proches, l’homme est resté «très humble» et «garde un profil bas». Le quotidien britannique The Guardian le présente comme un modéré, de tendance réformiste. Parmi ces prises de position, il a critiqué, en septembre 2012, les prêtres refusant de baptiser les enfants nés hors mariage, les qualifiant d’«hypocrites». «Sur le plan social, il est probablement très ouvert, mais conservateur sur les questions de moeurs», explique le vaticaniste Bruno Bartoloni. (…)» (2)

«C’est un homme irréprochable» lit-on dans le journal l’Orient le Jour. Un mode de vie qui s’inscrit parfaitement dans la lignée de François d’Assise (1182-1226), La référence à St François d’Assise, «c’est un grand symbole d’humilité. C’est l’Eglise modeste, c’est l’Eglise nue. C’est intéressant à un moment où on reproche à l’Eglise un certain faste, une certaine arrogance», juge, de son côté, Philippe Clanché, chargé des questions religieuses à Témoignage chrétien, hebdomadaire catholique français marqué à gauche. (3)

La face controversée de Jorge Bergoglio

Il est simple, il aime les pauvres… Cependant, rapidement, des bémols se font entendre, notamment pour son rôle controversé pendant les années de plomb sous la dictature du général Videla dans les années 1970-1980; Jorge Bergoglio, supérieur provincial des jésuites de Buenos Aires pendant la dictature militaire (1976-1983), a été accusé en 2005 d’avoir dénoncé deux de ses confrères qui ont été enlevés et torturés. L’Eglise d’Argentine sous la dictature, est en effet accusée de passivité, voire de complicité.

Lors du procès de l’Esma [le plus grand centre de torture de la dictature], Jorge Bergoglio [alors président de la conférence épiscopale de Buenos Aires] a déclaré par écrit, concernant l’enlèvement d’Orlando Yorio et de Francisco Jalics, que ses archives ne renfermaient aucun document sur les enlèvements et disparitions. Si Eugenio Pacelli (Pie XII) a reçu des fonds des services de renseignement américains pour soutenir la Démocratie chrétienne et faire obstacle à la victoire des communistes pendant les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, et si Karol Wojtya (Jean-Paul II) a été le premier à lutter pour la chute du mur de Berlin, le pape argentin pourra en faire autant à l’échelle latino-américaine ».(4)

Pourtant les signes extérieurs  de son sacerdoce , le rapprochent aussi davantage de Don Helder Camara qui mangeait dans des gargotes populaires plutôt que de Ratzinger qui prend l’hélicoptère pour franchir les 26 km séparant le Vatican de sa résidence à Castel Gondolfo.

Les vrais suivants de François d’Assise

L’empathie avec les pauvres et les faibles devrait être la vertu cardinale de l’Eglise. «Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille» disait le Christ qui témoignait d’une grande sollicitude pour les pauvres et les affligés. François d’Assise (Giovanni di Pietro Bernardone) (entre 1181 et 1182 – 3 octobre 1226), est un catholique italien, fondateur de l’Ordre des Frères mineurs (o.f.m): ordre franciscain caractérisé par la prière, la joie, la pauvreté, l’évangélisation et le respect de la création. Après une jeunesse tumultueuse, il fit, dit-on, la dolce vita avant de s’assagir rappelant étrangement le parcours de saint Augustin. Il décide alors d’«épouser Dame Pauvreté», se consacrant à la prédication et gagnant son pain par le travail manuel ou l’aumône. Il est canonisé dès 1228 par le pape Grégoire IX

Une autre facette de François d’Assise est sa dimension écologiste avant l’heure. La proposition de prendre François d’Assise comme modèle a été faite par Lynn White, professeur (Stanford, Princeton, UCLA). Lynn White, s’en prend à la tradition judéo-chrétienne, pensant que cette tradition a incité à l’exploitation du monde naturel, et cela pour les raisons suivantes: La Bible affirme la domination de l’homme sur la nature (Gn 1, 28: emplissez la terre, soumettez-la, dominez sur les poissons, les oiseaux,… tous les animaux). Elle fait une différence entre l’homme (formé à l’image de Dieu) et le reste de la création qui n’a ni âme, ni raison et se trouve donc dans un statut inférieur. (…) Il faut abandonner, écrit Lynn White, les attitudes supérieures, méprisantes qui nous font user de cette terre pour nos plus petits caprices. Il en vient alors à suggérer d’adopter François d’Assise comme modèle pour promouvoir une démocratie’ de la création dans laquelle toutes les créatures seraient respectées et l’autorité de l’homme sur la création serait délimitée.(5)

A la suite de François d’Assise, il est plus facile d’accepter justement le sacerdoce de Dom Helder Camara, un religieux des pauvres né le 7 février 1909 à Fortaleza au Brésil et mort le 27 août 1999 à Recife. C’est un évêque catholique brésilien, archevêque d’Olinda et Recife de 1964 à 1985. Défenseur des droits de l’homme au Brésil et une des figures de la théologie de la libération en Amérique latine, il s’engage aux côtés des plus pauvres. À peine nommé évêque de Recife, Helder Câmara décide de quitter les lambris de son palais épiscopal pour s’installer dans une modeste maison au coeur des bidonvilles de sa ville (…) Son engagement lui valut bien des critiques de la bourgeoisie brésilienne».(6)

Tant Wojtyla que Ratzinger, qui partageaient le luxe de la curie romaine, ont par ailleurs, condamné la théologie de la libération, née en Amérique du Sud, dont Don Helder Camara était la figure de proue. Cette théologie prônait l’engagement non violent du clergé en faveur des pauvres et de la justice sociale, ce qui déplaisait aux gouvernements capitalistes dont le riche Vatican préférait s’accommoder. Jean XXIII fut aussi un pape des pauvres. Un autre religieux, qui méritait le titre de «Vicaire du Christ» aurait été l’abbé Pierre et sans doute d’autres inconnus, sans oublier l’exemple des religieuses comme mère Thérésa

«Pour Agoravox, le bon Pape Jean XXIII s’était montré le digne héritier de la parole du Christ par ses nombreuses visites aux pauvres et aux malades et par ses encouragements aux prêtres ouvriers que ses successeurs ont lâchement abandonnés pour s’intéresser aux riches congrégations formant des soldats du Christ dans un rigorisme confinant à l’étroitesse d’esprit et dont le promoteur, porté aux nues par Jean-Paul II, a dû être écarté par Benoît XVI quand il fut au centre d’un des pires scandales de l’Église.»(7)

François d’Assise et la rencontre avec le sultan El Kamil

L’institution d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’Islam sunnite, espère entretenir de meilleures relations avec le Vatican sous le nouveau pape, que sous Benoît XVI. «Nous espérons de meilleures relations avec le Vatican après l’élection du nouveau pape, pour le bien de l’humanité toute entière», a déclaré, à l’AFP, Mahmoud Azab, conseiller du grand imam d’Al-Azhar, Ahmad al-Tayyeb, pour le dialogue interreligieux.

Dans Témoignage chrétien, hebdomadaire français, Philippe Clanché, journaliste chargé des questions religieuses, revenait sur le choix du nom de François, par le nouveau pape, rappelant que François d’assise est, notamment, le symbole du dialogue avec l’Islam. Il a été le premier personnage occidental à aller rencontrer le sultan. A l’époque où l’Occident chrétien était en guerre avec l’Islam.

L’histoire de cette rencontre entre François d’Assise et le sultan El Kamil est rapportée par Saint Bonaventure qui a écrit sur la vie de François et approuvé en 1266 par l’Ordre des Frères mineurs (ofm).

«Nous sommes en 1219. S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrazins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.. (…) S’étant adjoint pour compagnon frère illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des sarrazins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. (…) ils les amenèrent, en présence du sultan.»(8)

«Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au-delà des mers non pas par un homme, mais par le Dieu très-haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. (…) Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes. «Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens. Ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, l’intelligence et la tolérance de Malik al-Kamil permettraient à l’Islam de l’offrir. Sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres.» (8)

Les dossiers difficiles qui attendent le pape François

«La réforme de la Curie romaine, lit-on sur le site «la dépêche.fr» sera, sans nul doute, la priorité du nouveau pape. Derrière les murs du Vatican opérait ainsi un réseau de corruption, de népotisme et de favoritisme. (…) Au-delà de la corruption de la Curie, le nouveau pape devra définitivement régler les affaires de pédophilie qui ont entaché l’Église ces dernières années. Les affaires de pédophilie posent en tout cas la question du célibat des prêtres et de leur mariage. La sécularisation de la société, notamment en Occident, conduit à une baisse du nombre de catholiques pratiquants et à une baisse du nombre de prêtres. Parmi les autres questions de société qui touchent à la vie interne de l’Église, François aura à aborder l’accès des femmes au sacerdoce. Enfin, François va devoir adopter la bonne attitude sur les avancées techniques et scientifiques, qui menacent par essence les dogmes de l’Église.»(9)

«Dans un monde réduit à l’expression du village global, l’Église catholique ne peut pas ne pas dialoguer avec les autres religions au premier rang desquelles l’islam. Ce dialogue interreligieux a été entamé par Jean-Paul II. Benoît XVI, le théologien, a poursuivi plus maladroitement le dialogue interreligieux. Dernier grand défi pour le pape François, celui de la place des catholiques dans la chrétienté. L’adaptation des liturgies catholiques aux réalités locales pose de plus en plus problème. Des milliers de catholiques se tournent vers le pentecôtisme,(…) ces mouvements pèsent presque un quart de la chrétienté.(9)

Si le nouveau pape veut contribuer réellement à la paix du monde, d’autres chantiers l’attendent, il ne sera pas question de prosélytisme comme annoncé car cela promet des tensions interrligieuses. Le dialogue avec les autres spiritualités interrompu sous l’ère Benoit XVI est attendue. Enin, il aura à se pencher sur le calvaire du peuple palestinien sans terre, et celui de la Syrie démantelée. Il lui faudra  et aussi beaucoup d’énergie pour combattre le money-théisme seule vraie religion qui lamine les peuples. Nous avons un préjugé favorable envers le pape François, on rapporte qu’au deuxième jour de son élection, il est passé avec son chauffeur à son hôtel pour régler sa note d’hôtel –en tant que cardinal- et prendre ses bagages. C’est assurément un bon signe avec le clinquant choquant de l’Eglise sous les deux derniers pontificats

 Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 Notes

1. Joumana Haddad dans http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/160472-les-chretiens-d-orient-veulent-rester-arabes.html

2. http://french.feeder.ww7.be/spip.php?site=597&debut_syndic=950

3. http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/805239/Pourquoi_Francois.html

4. Horacio Verbitsky Jorge Bergoglio n’est pas le pape des pauvres Página 12.14.03.2013

5. http://cdurable.info/Francois-d-Assise-Patron-des-ecologistes,1741.html

6.Dom Heder Camara: Encyclopédie Wikipédia

7. http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/enfin-un-pape-chretien-132342

8. http://www.franciscain.org/pages/rencontre_avec_le_sultan.html

9. http://www.ladepeche.fr/article/2013/03/14/1582181-francois-ier-les-5-dossiers-difficiles-qui-lattendent.html#xtor=EPR-1

 

 

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Qui s’en souvient ? Il y a neuf ans, en janvier 2004, éclatait le « scandale du programme Pétrole contre nourriture ». Le quotidien irakien Al Mada publiait une liste de 270 personnalités au niveau mondial - parmi lesquels 21 Français – ayant reçu ce qu’il appelait des « coupons de pétrole de Saddam Hussein » pour aider l’Irak à obtenir la levée de l’embargo imposé par les Nations unies. A l’époque, la liste de ces personnalités fit la Une des médias et provoqua un scandale.

A Paris, le juge Philippe Courroye prit en main le dossier au retour d’un voyage aux Etats-Unis. Dans sa ligne de mire : Jacques Chirac -Président de la République - Charles Pasqua -ancien ministre de l’Intérieur gaulliste –, deux ambassadeurs de France et la société pétrolière Total. Les autres n’étant pour lui que du menu fretin. L’administration Bush voulait punir la France de son refus de cautionner la seconde Guerre du Golfe, faire oublier pour un temps ses échecs en Irak, et surtout la « disparition » –jamais élucidée - des milliards de dollars en liquide ponctionnés sur le compte séquestre du programme « Pétrole contre nourriture » et transportés en Irak par avions cargos pour être  alloués  - théoriquement - à la reconstruction de l’Irak. Pour mémoire, les cents perçus par les personnalités allocataires de barils de pétrole étaient déduits par les entreprises de leur marge bénéficiaire.

Une vingtaine de Français fut arrêtée et mise en examen pour «trafic d’influence »et« corruption d’agent public étranger ». En clair, pour viol d’une résolution de l’ONU. J’étais dans le lot. Cela s’est traduit pour moi par la perquisition de mon domicile, 72 heures d’interrogatoire en garde à vue en octobre 2005, une libération sous contrôle judiciaire contre le versement d’une caution d’abord fixée à 80 000 euros, le retrait de mon passeport et l’interdiction de quitter le territoire métropolitain. Un compte bancaire servant au financement des activités des Amitiés franco-irakiennes fut bloqué. Il l’est toujours. Il est vrai que soutenir politiquement la résistance irakienne n’est pas très bien vu !

En Grande-Bretagne, la campagne déclenchée dès avril 2003 contre le parlementaire George Galloway finit par s’essouffler. Les documents soi-disant trouvés par un journaliste du Daily Mail dans les ruines du ministère des Affaires étrangères irakien l’impliquant dans l’affaire« Pétrole contre nourriture » étaient des faux. Le quotidien fut condamné pour diffamation.

George Galloway s’était dépensé sans compter dans un pays hostile pour organiser des manifestations anti-embargo et surtout lancer l’Appel pour Maryam, du nom d’une jeune irakienne atteinte de leucémie, qui avait permis à sensibiliser l’opinion publique sur la tragédie du peuple irakien dans les pays traversés par un bus parti de Big Ben, à Londres, pour Bagdad.

La situation en Irak toujours d’actualité, mais pas dans les médias

Je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort. Quand on mène un combat politique, il faut s’attendre à des déboires. Comme je l’ai déclaré aux policiers et aux juges : « Si c’était à refaire, je le referai ». Mais, je suis déçu. J’espérai que le procès « Pétrole contre nourriture », qui s’est enfin ouvert le 21 janvier dernier au Tribunal correctionnel de Paris, serait aussi celui de l’embargo. Cela n’a pas été possible. Dans un cas comme celui-ci, je me suis aperçu que le grand ennemi était moins l’impérialisme américain –expression considérée comme démodée, mais au contenu bien réel - que le temps qui passe, l’oubli ou pire : l’indifférence. La situation en Irak n’était plus d’actualité, remplacée par d’autres guerres au Proche-Orient (Syrie, Yémen), en Afrique (Mali) ou par l’évolution des « Printemps arabes » (Egypte, Libye, Tunisie, Bahreïn). En Irak même, depuis la soi-disant levée de l’embargo résultant de l’invasion de mars 2003, d’autres malheurs – plus terribles encore - se sont abattus sur les Irakiens, au point que les treize années de blocus leur semblent souvent préférables à ce qu’ils endurent depuis dix ans… En France et en Europe, nombreux étaient ceux qui croyaient l’affaire « Pétrole contre nourriture » jugée depuis longtemps ou enterrée.

Vous avez dit « conspirationnisme » ?

Résultat : alors qu’en France, il y a neuf ans, les médias criaient au « scandale du programme Pétrole contre nourriture », parlaient d’« affaire d’Etat », le procès qui vient de se tenir, pendant un mois, n’a pratiquement pas été annoncé et n’a été suivi que par quelques journalistes de rubriques juridiques. Tout ce qui pouvait y être dit sur la tragédie du peuple irakien depuis août 1990 était certes poliment écouté, mais hors sujet. Evoquer l’arrière plan de l’affaire, son montage, l’était aussi, mais donnait en plus, à ceux qui abordaient la question, l’impression déplaisante de tenir un discours conspirationniste. Et pourtant…

-         La liste des 270 personnalités accusées d’avoir violé l’embargo, dite « Al Mada », a été constituée à la va-vite par la CIA et ses alliés locaux – notamment Ahmed Chalabi - avec des documents en langue arabe trouvés dans les archives de la SOMO (State Organization for Marketing of Oil), organisme étatique chargé de la commercialisation du pétrole brut et dépendant du ministère irakien du Pétrole.

-         La mention « pour Jacques Chirac » et« pour Charles Pasqua » a été ajoutée à la main pour médiatiser la liste, alors qu’aucun fonctionnaire de la SOMO n’avait accès à ce genre d’information, si elle existait.

-         Al-Mada est un quotidien fondé – clé en main – par un certain Fakhri Karim, ancien trésorier du Parti communiste irakien (PCI, pro-soviétique), avec l’aide de Georges Soros, un milliardaire controversé d’origine hongroise lié à la CIA, spécialiste des opérations de déstabilisation.

-         Fakhri Karim qui se présente comme Kurde irakien est en fait originaire du Cachemire. Accusé de malversations financières, il a été exclu du PCI et s’est d’abord rapproché de l’Arabie Saoudite et du régime d’Hafez al-Assad. En 1990, pendant la crise du Golfe, il créé La Voix internationale du Koweïtqui participa à l’opération de désinformation des incubateurs débranchés par les Irakiens, opération montée par la société de communication Hill & Knowlton pour vendre la Première guerre du Golfe à l’opinion publique.

-         La traduction en anglais de la liste Al-Mada a été diffusée à partir de Londres parl’Institut Memri (Institut de recherche des medias du Moyen-Orient), une agence de désinformation fondée en 1998 par le colonel Yigal Carmon, ancien agent des services de renseignement militaire israélien.

Un compte à régler avec la France

La France est prise à partie par Charles Duelfer, chef de l’Iraqi Survey Group, composé de 1 400 personnes choisies par le Pentagone et la CIA pour rechercher les fameuses armes de destruction massive de Saddam Hussein. Dans son rapport final, publié en octobre 2004, qui reconnaît qu’il n’y pas – ou plus – d’armes de ce type, Duelfer met en cause la politique arabe de la France, notamment ses relations avec l’Irak, et reprend la liste des noms cités par Al-Mada, dont ceux de Jacques Chirac et de Charles Pasqua. Curieusement, et sans doute pour faire bonne mesure, Duelfer y accusait aussi Pierre Joxe - ancien ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, mais catalogué aux Etats-Unis comme pro-irakien et antisioniste - d’avoir accepté, en 1998, un chèque de un million de dollars remis par l’ambassadeur d’Irak à Paris.

Charles Duelfer laissait entendre que Patrick Maugein, président de la compagnie pétrolièreSoco, un corrézien supposé proche de Jacques Chirac, aurait obtenu des allocations pétrolières en se recommandant du Président de la République française. Il faut se rappeler qu’à l’époque, il était question qu’il se présente à nouveau à l’élection présidentielle. Ce n’est évidemment pas ce que souhaitaient George W. Bush ni les néo-conservateurs qui misaient sur l’élection d’un pro-américain.

J’ai toujours pensé que le nom de Charles Pasqua n’avait rien à voir avec les allocations pétrolières et qu’il n’y était qu’en raison des interventions de son conseiller diplomatique –Bernard Guillet – en Irak. Seulement, les néo-conservateurs américains reprochaient à l’ancien ministre de l’Intérieur d’avoir accordé en 1993 un visa à Tarek Aziz, pour venir se faire soigner à Paris. A cette époque, la France n’était plus représentée diplomatiquement à Bagdad. La visite du vice-Premier ministre irakien avait été suivie d’une rencontre plus formelle au siège de l’ONU avec Alain Juppé – alors ministre français des Affaires étrangères – et avait débouché sur l’échange de chargés d’affaires. Pour George W. Bush et son équipe, c’était impardonnable.

Au procès « Pétrole contre nourriture », Charles Pasqua a révélé que les Américains lui en voulaient aussi pour avoir fait expulser des agents de la CIA qui écoutaient les conversations cryptées intergouvernementales. Jusqu’ici, ce genre de problème se réglait à l’amiable entre « alliés », mais l’information avait fuitée dans les médias et obligé la centrale américaine à mettre à la retraite quelques uns de ses membres.

En octobre 2005, un an après la publication du rapport Duelfer, Paul Volker, président de la commission soi-disant indépendante de l’ONU, remis un nouveau rapport tout aussi virulent lorsqu’il s’agit de la France. Il dénombre en outre plus de 2 000 entreprises – surtout russes et françaises – ayant contourné l’embargo et accuse la BNP (Banque Nationale de Paris) -qui gère le compte séquestre - de l’avoir caché aux Nations unies.

La montagne accouchera-t-elle d’une souris ?

Il n’y a pratiquement qu’en France que l’affaire« Pétrole contre nourriture » a pris de l’ampleur et soit parvenue à son terme, c’est-à-dire à un procès. Mais, elle ne s’est pas transformée en « Affaire d’Etat ». La mort du trader Patrick Maugein, en décembre 2006 –d’un cancer – a mis fin à l’enquête de laBrigade de répression de la délinquance économique (B.R.D.E) lancée contre lui par le juge Courroye. Cela permis à Jacques Chirac d’échapper à des articles désagréables dans les médias, à une convocation humiliante devant la justice à l’issue de son mandat et, probablement, de se retrouver parmi les prévenus jugés à Paris en janvier dernier.

Les accusations portées par le juge Courroye de« corruption d’agent public étranger » et«trafic d’influence », sont passibles d’amendes importantes et de plusieurs années de prison ferme ou avec sursis. Lors du procès qui s’est tenu à Paris, les avocats de la défense ont prouvé qu’elles n’avaient pas grand-chose à voir avec la réalité. Les « surcharges », c’est-à-dire les 10% demandés par les autorités irakiennes aux pétroliers, étaient, certes, versées sur des comptes de particuliers en Jordanie et au Liban, mais il est maintenant prouvé qu’il s’agissait de prêtes-noms de la SOMO, organisme d’Etat.

Comme de bien entendu, la carrière du juge Courroye a progressé sous la mandature du pro-américain Nicolas Sarkozy, et s’est effondrée après sa défaite à la dernière élection présidentielle. Les avocats de Charles Pasqua ont révélé – des dépêches diplomatiques de WikiLeaks à la main – qu’il entretenait pour le moins spéciales avec l’ambassade des Etats-Unis à Paris dans le cadre de l’instruction qui l’a conduit à Bagdad interroger Tarek Aziz et le vice-Président de la République irakienne Taha Yassin Ramadan, dans leur cellule de condamné à mort.

Le verdict du procès « Pétrole contre nourriture » tombera le 8 juillet prochain. Mais, on n’en aura pas encore fini avec cette affaire : le parquet a annoncé l’ouverture prochaine d’ « Oil for food 2 », quatorze entreprises et trois intermédiaires, devraient être bientôt jugés pour « corruption d’agent public étranger ». Au Palais de justice de Paris, Kafka est plus que jamais à la mode !…Ce qui est arrivé aux personnalités de la « liste Al-Mada » n’est qu’un petit « dommage collatérale » au regard de la tragédie du peuple irakien depuis 1990. Les centaines de milliers de morts victimes de l’embargo, de l’agression et de l’occupation de l’Irak demandent justice. Les responsables des massacres et des destructions sont connus. Qui les jugera ?

Gilles Munier

* Intervention à la Conférence de la Société Civile intitulée « Imputabilité et Justice pour l’Irak » (Palais des Nations unies – Genève – 14/15 mars 2013)

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IRAK : L’hécatombe des «faiseurs de guerre»

mars 18th, 2013 by René Naba

Ce papier, paru le 28 juin 2007, devrait être réactualisé avec la démission de deux nouveaux collaborateurs de George Bush:
M. Karl Rove, ancien secrétaire général adjoint de la Maison Blanche, dont le départ effectif a été fixé au 31 Août et celui du ministre controversé de la justice Alberto Gonzales, qui quittera son poste le 17 septembre. L’homme était au centre d’une incessante polémique pour avoir limogé, sans motif valable, huit procureurs fédéraux.

Au total, «l’hécatombe des faiseurs» porte sur 26 personnalités, selon le décompte arrêté au 11 septembre 2007

Vingt quatre des principaux protagonistes occidentaux de l’intervention anglo-américaine sont déjà passés à la trappe de l’histoire.

Cinq pro-consul américains en Irak en quatre ans (Général Jay Garner, Paul Bremer, John Negroponte, Zalmay Khalil Zadeh, Ray Crocker) et trois commandants en chef, (Tommy Franks, Ricardo Sanchez et John Abizaid ), record mondial absolu de rotation, sans compter les dommages collatéraux.

Tony Blair, nouvel émissaire du Quartet au Moyen-Orient, nouveau Lord Balfour du XXI me siècle ?

Le dégagement quasi-simultané de la scène internationale de deux artisans majeurs de l’invasion de l’Irak, le premier ministre britannique Tony Blair et le président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, fin juin 2007, signe symptomatiquement l’échec de l’aventure américaine en Mésopotamie

Au terme de dix ans de pouvoir (1997-2007, l’ancien jeune premier de la politique britannique quitte la scène publique affligé du quolibet accablant de « caniche anglais du président américain » et d’un jugement peu flatteur sur son action , « le plus mauvais bilan travailliste depuis Neville Chamberlain, en 1938, (responsable des accords défaitistes de Munich face à l’Allemagne hitlérienne), et Anthony Eden, (maître d’oeuvre du fiasco de Suez, l’agression anglo-franco-israélienne contre l’Egypte nassérienne), en 1956 » (1), selon l’expression du journaliste anglais Richard Gott.

Fatale à son destin, la désinvolture avec laquelle George Bush a traité Tony Blair au sommet des pays industrialisés de Saint Petersbourg en pleine guerre d’Israël contre le Liban, en juillet 2006, -le « Yo Blair » asséné par Bush, la bouche pleine, mâchonnant un croissant, au premier ministre britannique venu lui demander l’autorisation d’effectuer une mission diplomatique au Moyen-Orient, une image amplifiée par les télévisions transcontinentales-, a achevé de discréditer le meilleur allié européen de l’Amérique et fait apparaître rétrospectivement l’ingratitude comme un châtiment mérité à l’égard des courtisans au zèle excessif. Sa nomination comme nouvel émissaire du Quartet pour le Moyen-orient apparaît comme un lot de consolation de la part du fidèle allié américain, mais l’activisme belliciste qu’il a déployé tout au long de son mandat (Guerre du Kosovo, Guerre d’Afghanistan, Guerre d’Irak) et sa nouvelle implication dans le conflit israélo-arabe, lui a valu de la part de l’opinion arabe le sobriquet du « nouveau Lord Balfour du XX1me siècle », par référence au rôle joué par son prédécesseur anglais dans le surgissement du problème palestinien.

En cinquante mois de guerre en Irak, de mars 2003 à juillet 2007, vingt trois (23) personnalités de premier plan ayant joué un rôle majeur dans la préparation et la conduite de l’intervention anglo-américaine, sont déjà passées à la trappe de l’histoire.

A chaque mois, sa victime expiatoire, avec une régularité de métronome. Le premier dans l’ordre des disparus est le général Jay Garner, premier gouverneur militaire américain de l’Irak, a été relevé de son poste en mai 2003 pour avoir manqué de diplomatie, suivi trois mois plus tard, en juillet 2003, par le Général Tommy Franks, le commandant en chef du CENTCOM, le commandement central de la zone intermédiaire entre l’Europe et l’Asie, qui englobe les théâtres d’opération d’Afghanistan et d’Irak. L’homme, couvert de gloires pour avoir mené à bien ses deux guerres, a demandé sa mise à la retraite anticipée, dépité d’avoir échoué dans la stabilisation de l’Irak de l’après guerre.

Deux autres généraux ont payé le prix du scandale des tortures à la prison d’Abou Ghraieb, à Bagdad : le général Janis Kirkpatrick, une femme, responsable en chef des prisons, qui a supervisé les tortures et passible de ce fait de sanctions disciplinaires, ainsi que le général Ricardo Sanchez, commandant opérationnel pour l’Irak, qui a demandé sa mutation vers l’Allemagne, de crainte de servir de fusible pour les bavures américaines. Sanchez a quitté son poste en Août 2004, un mois après le départ anticipé de Paul Bremer III, le deuxième pro-consul américaine en Irak, qui a cédé sa place le 28 juin 2004 à John Negroponte. Le 3eme commandant en chef, le libano-américain John Abizaid, a cédé la Place à l’Amiral William Fatton, début 2007, victime du rapport Baker-Hamilton, critique sur les revers militaires américains en Irak.

Le spectacle affligeant de l’évacuation de Paul Bremer a d’ailleurs gommé dans la mémoire la destitution de la statue de Saddam Hussein et renvoie aux pires images de la débandade du Vietnam. Le départ précipité du pro-consul américain, s’engouffrant à bord d’un hélicoptère moteurs allumés, rotors en action, à propulser dans l’opinion l’image d’un homme pressé de se décharger de ses responsabilités. Pour un homme réputé pour sa fermeté dans la lutte anti-terroriste, c’est l’image contraire qui a prévalu. Celle d’un homme qui bat en retraite, l’image d’un sauve qui peut, d’une Amérique encore assommée par la virulence de l’opposition populaire irakienne à sa présence.

Une image qui renvoie aux pires images de la Guerre du Vietnam, surtout à la plus célèbre d’entre elles, celle de l’hélicoptère s’élançant du toit de l’ambassade américaine avec le personnel de la mission diplomatique à bord, le jour de la chute de Saigon, le 30 avril 1975. L’Amérique a raté sa sortie symbolique d’Irak, tout comme elle avait auparavant perdu sa guerre psychologique dans la bataille de l’opinion, tout comme elle patauge militairement dans sa guerre contre le terrorisme.

La photo du proconsul américain conversant, dans une sorte de comédie imposée, avec des affidés bedonnants et sans âme, avachis sur un fauteuil, tel premier ministre Iyad Allaoui, l’agent patenté de la CIA, promu par le fait du prince, premier ministre fantoche d’un pays fantôme, va gommer dans la mémoire collective celle de la destitution de la statue de Saddam Hussein sur la Place Fardaous, à Bagdad, le 8 avril 2003, jour de l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne. Autant la mise en scène de la destitution de la statue présidentielle était une mystification, autant le transit du pouvoir du 28 juin a été une réalité. Cruelle. A la mesure des déboires des Etats-Unis en Irak. Son successeur John Negroponte, l’homme de la déstabilisation du Nicaragua sandiniste et du blocus du port de Managua, tiendra lui aussi un an avant de réfugier dans le confort duoillé des Nartions-Unies en tant qu’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’organisation internationale.

2004 a également vu la démission de David Key, le chef du corps des inspecteurs américains, qui a voulu renoncé à ses responsabilités en signe de protestation contre les défaillances de son service dans la recherche des armes de destruction massive. Le corps des inspecteurs américains comptait 1.400 membres. Key a estimé que son service et l’ensemble de l’administration républicaine avaient failli dans sa mission. Il en a tiré les conséquences, les autres dirigeants américains ont été conduits à assumer leurs responsabilités ou servir de fusible pour masquer les défaillances de l’administration Bush ou ses mensonges.

Il en été ainsi de Georges Tenet, ancien chef de la CIA (service de renseignements américains) qui se targuait de fournir des preuves en béton, sur les armes de destruction massive (ADM) a été relevé de son poste en juin 2004, ainsi que son adjoint pour les opérations spéciales clandestines, James Javitt.

Parmi les autres protagonistes de l’invasion américaine, l’ONU paiera, la première, son lourd tribut de sang avec l’attentat aussi spectaculaire que meurtrier contre le brésilien Sergio Vieira de Mello, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations-Unies, le 20 Août 2003, qui a ravagé le siège de l’organisation internationale dans la capitale irakienne faisant 22 morts, dont 16 fonctionnaires internationaux.
Au niveau de la coalition, deux des fleurons de la coalition, José Maria Aznar (Espagne) et Silvio Berlusconi (Italie) ont été désavoués par le corps électoral. L’Espagnol a été éliminé de la vie politique pour cause de mensonge pour avoir mis en cause l’ETA, l’organisation séparatiste basque dans les attentats de Madrid, qui avaient fait, le 14 mars 2004, 1.400 victimes, et non les islamistes, afin de détourner l’attention sur sa responsabilité dans l’implication de son pays dans la guerre d’Irak.

Partenaire privilégié de l’aventure américaine en Irak, le Royaume Uni en a lui aussi payé le prix fort : Outre l’attentat de Londres et le suicide du scientifique David Kerry, Alistair Campbell, ancien conseiller du premier ministre britannique Tony Blair, le « spin doctor » par excellence, le plus en vogue des manipulateurs de l’opinion, a été sacrifié par son mentor, en 2004, avant que le premier ministre lui-même ne cède la place à son rival travailliste Gordon Brown, en juillet 2007.

En Irak, le sort de Ahmad Chalabi illustre le statut singulier des supplétifs des forces d’occupation et mérite à ce titre réflexion. Opposant notoire au régime baasiste, partisan farouche de la guerre, protégé de l’ultra-faucon, Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la défense, premier responsable de l’autorité transitoire, Chalabi, le propagateur des thèses américaines sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, sera sacrifié sur l’autel de la raison d’état en vue de donner satisfaction à la Jordanie, un des piliers de l’Amérique dans la zone, qui lui vouait une hostilité absolue.

L’homme-lige des Américains a été dépouillé de ses attributs de pouvoir d’une manière humiliante, avec, en prime, l’imputation de tous les revers de ses alliés anglo-américains : l’éradication du parti Baas, ossature de l’administration, le démantèlement de l’armée, la seule force réglementaire du pays en mesure de le stabiliser, ainsi que l’absence d’armes de destruction massive. Comme si un simple autochtone pouvait dicter sa conduite à la première puissance militaire du monde.

Le sort des supplétifs n’est jamais enviable. Tous ceux qui seraient tentés de jouer la carte de la collaboration feraient bien d’y penser, notamment les Kurdes, en songeant à la douloureuse et ingrate expérience des Harkis, les collaborateurs de la France durant la guerre d’Algérie, ou encore aux miliciens de l’armée du Sud-liban, lamentablement abandonnés à leur sort par leurs protecteurs israéliens au moment du dégagement militaire israélien du Liban.

A la veille de l’intervention américaine en Irak, George Bush Jr, renouant avec les vieilles habitudes des cow-boys américains, avait édité un jeu de cartes de 52 cartes consignant les 52 dirigeants irakiens les plus recherchés par ses services. Ivre de sa victoire et fier de leur capture, Bush n’avait pas prêté attention au fait que ce jeu de cartes se jouait désormais à contresens et qu’il portait désormais sur les protagonistes américains de la guerre.

Beaucoup d’ailleurs au sein de la haute administration républicaine sont passés à la trappe : Colin Powell, premier secrétaire d’Etat afro américain, s’est désolidarisé de l’équipe néo-conservatrice, inconsolable d’avoir été piégé par l’éprouvette de farine qu’il avait brandie en guise de preuves quant à l’existence de produits nucléaires en Irak, une prestation qui demeurera, de son propre aveu, une « tâche » dans son parcours auparavant exemplaire.

Ronald Rumsfled, un des deux architectes de cette guerre avec le vice-président Dick Cheney, a été évincé de son poste de secrétaire à la Défense après la déroute électorale républicaine de novembre 2006, de même que l’ultra-faucon John Bolton de son poste d’ambassadeur aux Nations-Unies, ainsi que Scott Libby, du cabinet du vice président, coupable de coupable d’avoir cherché à discréditer et de déstabiliser un diplomate américain John Watson, qui avait conclu à l’absence de transaction atomique entre le Niger et l’Irak, en révélant l’identité professionnelle de son épouse (un ancien de la CIA), crime fédéral par excellence. L’Affaire « Valérie Palme » du nom de l’épouse de l’ambassadeur à l’activité dévoilée, a valu à Scott Libby une condamnation à trente mois de prison, en juin dernier 2007.

Larry Franklin, un des collaborateurs des ultra-faucons, le tandem Paul Wolfowitz et Douglas Faith, respectivement N° deux et trois du ministère de la défense, soupçonné d’ espionnage pour le compte du lobby juif américain et d’Israël dans la préparation de la guerre, a été sanctionné, de même que Benjamin Ginsberg, avocat républicain et membre du comité pour la réélection de George Bush, en 2004, sanctionné aussi pour avoir conseillé les auteurs d’un spot publicitaire anti-John Kerry, le rival démocrate de Bush, mettant en doute sa bravoure durant la guerre du Vietnam (1960-1975).

Fin juin 2007, coup sur coup, outre Tony Blair, le premier ministre britannique, Paul Wolfowitz, gouverneur de la Banque Mondiale, a été contraint de dégager son poste contraint à la démission pour népotisme. La photo de l’un des grands acteurs internationaux les mieux rémunérés de la planète visitant une mosquée de Turquie, les chaussettes trouées, a accentué le discrédit occidental dans le tiers monde. Victime du syndorme irakien, le chef d’état major inter-armes américain, le Général Peter Pace, un homme proche de Donald Rumsfeld et qui a participé activement aux guerres d’Afghanistan et d’Irak, cessera ses fonctions en septembre, « par crainte d’une nouvelle controverse sur l’Irak », à la reprise des travaux du congrès américain pour la dernière année du mandat du président.

Auparavant, l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri a été assassiné à Beyrouth, le 14 février 2004, victime d’un dommage subséquent résultant du retournement proaméricain de son ami le Président français Jacques Chirac, le principal opposant occidental à l’invasion de l’Irak, alors que l’un des principaux alliés régionaux de l’Amérique, le premier ministre israélien Ariel Sharon, le maître d’œuvre de la colonisation rampante de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, l’homme des assassinats extrajudiciaires contre les dirigeants islamistes Cheikh Ahmad Yassine et Abdel Aziz Rantissi et de la mise en séquestration du président démocratiquement élu de la Palestine Yasser Arafat, sombrait dans le coma, en janvier 2004, illustration symbolique de l’échec d’une politique de force.

Dans le camp adverse, la famille de Saddam Hussein a été littéralement décapitée, lui-même et son frère Barzane, pendus dans des des conditions hideuses, alors que ses deux fils Ouddai et Qossaï et son petit fils, Moustapha, étaient auparavant tués lors d’un raid dans le nord de l’Irak, en 2003. Dans cette rubrique figure aussi l’élimination, en juin 2006, d’Abou Moushab Al-Zarkaoui, chef opérationnel d’Al-Qaîda en Irak, une organisation inexistante dans ce pays du temps du régime baasiste. Maigre bilan.

Certes la zone est durablement destabilisée par les conflits inter-ethniques entre Kurdes et Arabes, Chiites et Sunnites, et leur exacerbation apar leur prolongement régional, l’implantation américaine à l’épicentre du monde arabe, Bagdad, l’ancienne capitale des Abbassides a accentué la dépendance arabe à l’égard de l’Amérique, mais les déboires quasi-quotidiens de l’hyperpuissance planétaire ont considérablement sa crédibilité et sa capacité dissuasive au point que se pose la question de la pérennité de son leadership mondial à moyen terme.

Sur fonds de scandales récurrents du pillage du musée de Bagdad, des tortures de la prison d’Abou Ghraib, des mensonges sur les armes de destruction massive, de l’espionnage du siège de l’Onu à New York, Tony Blair a supprimé du lexique politique le terme de « guerre contre le terrorisme », tandis que les néo-conservateurs renonçaient, dans l’ordre symbolique, à imposer le nouveau drapeau irakien aux couleurs israélo-kurdes (bleu et jaune) et jeter aux oubliettes la démocratisation de la zone au sein d’un « grand Moyen Orient » (GMO), rétablissant sous la pression populaire, suprême infamie, le drapeau saddamien, reprenant même langue avec les anciens baasistes pour faire pièce aux chiites les vainqueurs par défaut de cette guerre.

En guise d’épilogue provisoire à ce cataclysme figurent deux vedettes de la communauté médiatique, témoin sinon complice du moins passive de c ce déchaînement de mensonges et de violences : Judith Miller, célèbre journaliste du New York Times, qui passe pour avoir joué un rôle actif dans la désinformation sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, ainsi que Jean Marie Colombani, victime tout à la fois de sa trop grande proximité avec le conseillers des princes de la finance, Alain Minc, et des dérives de la financiarisation extrême de la vie publique, dont l’ancien patron désavoué le 22 mai 2007 du journal « Le Monde », en fut le chantre dans l’une des plus célèbres fanfaronnades de la première décennie du XXIme siècle « Nous sommes tous américains ».

Fin 2007, l’Irak aura coûté aux Etats-Unis 500 milliards de dollars (378 milliards d’euros) et le montant total pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards (600 milliards d’euros). Ni la Corée ni le Vietnam n’avaient coûté autant, alors que la guerre du Vietnam (1960-1975) avait duré quinze ans et que le corps expéditionnaire américain s’élevait à cinq cent mille soldats (2). Si la guerre d’Irak devait se prolonger, ce qui est probable, elle aura coûté davantage que la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), la plus chère à ce jour (2.000 milliards de dollars en dollars constants/1.500 milliards d’euros).

Le corps expéditionnaire américain en Irak s’élèvait, en juin 2007, à 150.000 soldats, secondés par 100.000 mercenaires, une flotte de onze bâtiments dont deux porte-avions et neuf bâtiments d’escorte, 16.000 marins, 140 avions de combats, ainsi que des contingents anglais, australiens etc.) et une ambassade transformée en bunker dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel irakien la « Zone Verte ». Au 10 juin, 3.500 soldats américains avaient été tués dans des attentats en Irak, soit en moyenne 2,5 soldats par jour depuis cinquante mois.
L’enrôlement massif de mercenaires, l’appât du gain, l’ivresse de l’aventure militaire hors norme, les sanctions économiques infligées à la Syrie pour la contraindre à freiner les infiltrations des Djihadistes, les pressions sur l’Iran, suffiront-ils pour assurer la victoire d’un pays à la dérive de ses principes moraux ? D’une armée perçue comme occupante même par l’un des meilleurs alliés des Etats-Unis dans le monde arabe, le Roi Abdallah d’Arabie saoudite ?

La décapitation massive au sein du leadership occidental intervient à la veille d’un mois plus que tout chargé de symbole pour l’Irak, le mois de juillet, mois de toutes les commémorations, un des temps forts du rituel baasiste irakien pendant 36 ans, qui commémore, à la fois coup sur l’anniversaire de l’abolition de la monarchie (14 juillet-1958), l’arrivée au pouvoir à la faveur d’un contre-coup d’état du parti Baas (17 juillet 1968), ainsi que, depuis 2004, l’anniversaire du transfert du pouvoir américain à l’Irak post-saddam.

Au vu de cette hécatombe et de ce tragique bilan stratégique, ce qui devrait hanter l’Amérique désormais en Irak, ce n’est pas tant le spectre du Vietnam mais plutôt un sort identique à l’empire d’Alexandre le Grand, dont la Mésopotamie en fut le fossoyeur.

René Naba

Notes

1-« Départ sans gloire pour M. Anthony Blair », par Richard Gott, cf « Le Monde diplomatique » juin 2007
2-The Price of Liberty : Paying for America’s Wars » (« Le Prix de la liberté : le coût des guerres de l’Amérique ») par Robert Hormats, haut responsable de la banque d’affaires Goldman Sachs.

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Paris – Le Tribunal Spécial sur le Liban chargé de juger les responsables de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, devait ouvrir ses travaux le 25 Mars à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye, sur fond d’une sanglante épreuve de force ente le bloc atlantiste et ses contestataires régionaux, particulièrement en Syrie et le nord du Liban dans la région de Tripoli où le bras de fer tourne à la guerre confessionnelle.

Intervenant à trois mois de la date présumée des élections législatives libanaises et des élections présidentielles iraniennes, la réunion de cette instance internationale apparait comme un procès politique sous habillage juridique, visant, dans l’esprit de ses promoteurs, sinon à renflouer politiquement l’héritier problématique du clan, Saad Hariri, à tout le moins à faire office d’épée de Damoclès suspendue sur ses adversaires, la Syrie, sur la défensive du fait d’une guerre intestine, et ses alliés le Hezbollah libanais et l’Iran.

Lors des précédentes élections en 2008, près de cinq cents millions de dollars avaient été injectés par l’administration américaine, selon le propre aveu de Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur américain à Beyrouth, pour le triomphe de Saad Hariri, le plus célèbre planqué du Liban, exilé depuis deux ans en Arabie saoudite à la suite son éviction du pouvoir en 2011.
http://www.renenaba.com/saad-hariri-un-heritier-problematique-un-dirigeant-off-shore/

Usant de procédés dilatoires, à deux semaines de l’ouverture du procès, le parquet a annoncé son ajournement afin de donner du temps à la défense de mieux se préparer .

Selon les révélations du journal libanais al Akhbar, dont le chroniqueur judicaire Omar Nachachibi s’est révélé au fil de l’enquête comme particulièrement averti des manœuvres de coulisses, le parquet a sélectionné les dépositions de près de 585 témoins, la plupart des cas en rapport avec la banque de données puisée dans le dossier controversé du réseau de la téléphonie mobile libanaise, dont les enquêtes judiciaires libanaises ont révélé qu’il était largement gangréné par les services israéliens.

Le Tribunal Spécial sur le Liban a fait des offres de service à Omar Nachachibi, qui les a déclinés, dans une démarche qui constitue une reconnaissance des compétences indéniables du journaliste, mais dont l’effet secondaire aurait été de le réduire au silence en vertu du principe de «l’obligation de réserve».

Les témoignages contenus dans le dossier d’accusation ont été recensés par les services de sécurité proches du Clan Hariri, le département du renseignement des Forces de Sécurité Intérieure, dirigé alors par le colonel Wissam Al-Hassan, la dague sécuritaire du Royaume saoudien au Moyen orient, tué dans un attentat à la voiture piégée le 19 octobre 2012
http://www.renenaba.com/wissam-al-hassan-la-dague-du-dispositif-securitaire-saoudien-au-proche-orient/

La liste des témoins publiées le 15 janvier 2013 dans le journal Al Akhbar, à titre d’échantillon, révèle des personnes opérant au sein des firmes de télécommunications Alpha et MTC ainsi qu’un membre de la famille Hariri, Abdel Rahman Nazih Hariri, mais non apparenté, semble-t-il, au clan qui aurait assuré connaitre personnellement un des quatre conjurés présumés. Curieux hasard qui retentit comme une belle aubaine pour l’accusation(1).

Une justice sous influence: Le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban en question

Du jamais vu dans les annales diplomatiques internationales: des démissions en cascade impliquant jusques y le président de l’institution, deux procureurs et un greffier, un fonctionnement émaillé de nombreuses irrégularités, un des enquêteurs soudoyé, des arrestations arbitraires sur la base de dépositions de faux témoins, des enquêteurs agents de la CIA.

Le fonctionnement du Tribunal spécial sur le Liban chargé de juger les responsables de l’assassinat du chef du clan américano saoudien au Liban a tourné à la farce au point d’apparaître comme une institution sous influence instrumentalisée à des fins politiques, sinistrant durablement la notion de Justice internationale en ce que dans un cas similaire, l’assassinat de l’ancien premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto, deux ans plus tard, n’a pas donné lieu à un tel déploiement juridico politique, pas même une enquête de l’ONU.
Le TSL a rendu public son acte d’accusation le 30 juin 2011, le jour même où le nouveau gouvernement libanais présidé par Najib Mikati se réunissait pour approuver sa déclaration de politique générale, en prélude au vote de confiance au parlement Libanais.

La singularité de ce tribunal d’exception, qui le frappe de suspicion, est qu’il est particulièrement soutenu par un pays, les Etats-Unis, qui n’a pas souscrit au traité de Rome portant création de la Cour Pénale Internationale, et, qu’il est, de surcroît, financé à parité par un pays, le Liban, pour une enquête menée à charge, exclusivement à charge contre une formation majeure de la coalition gouvernementale, au mépris des règles élémentaires du débat contradictoire; un principe fondamental d’une bonne administration de la justice, au risque d’imploser le pays bailleur de fonds.

Le Liban concourt à raison de 49 pour cent d’un budget annuel de 65 millions de dollars, soit 32,5 millions de dollars environ. Un système pervers qui conduit à un autofinancement suicidaire en ce que l’acte incrimine la responsabilité de plusieurs membres du mouvement chiite Hezbollah, une liste conforme dans une large mesure aux révélations du journal Der Spiegel, en 2009, ainsi qu’aux fuites de la chaine de télévision israélienne Canal 10, en juillet 2010.

Les quatre personnes visées sont respectivement: Moustafa Badr Eddine, 50 ans, beau-frère d’Imad Moughnieh, l’ancien chef militaire du Hezbollah. Agé de 50 ans, il est soupçonné d’avoir fabriqué la bombe utilisée dans l’attaque de 1983 contre une caserne de l’armée américaine qui avait fait 241 morts.

L’homme est accusé en outre d’être le cerveau de l’attentat à la camionnette piégée qui a provoqué la mort de Rafic Hariri et de 22 autres personnes à Beyrouth le 14 février 2005. Les trois autres prévenus sont Salim Ayyache, Hussein Ounaissi et Assaad Sabra, 34 ans, tous des membres du Hezbollah, soupçonnés d’être responsables de l’attentat à la camionnette piégée qui a provoqué la mort de Rafic Hariri et de 22 autres personnes à Beyrouth le 14 février 2005.

Visés dans l’acte d’accusation déposé le 17 janvier 2011 et partiellement confirmé en juin de la même année par le procureur Bellemare, les quatre hommes font l’objet de mandats d’arrêt émis par le TSL et d’une «notice rouge» émise par Interpol. Le Hezbollah a réfuté toute implication et a affirmé qu’il ne livrera jamais les suspects.

Le Tribunal envisage de juger par contumace les quatre prévenus. Le gouvernement libanais a annoncé en août 2011 qu’il n’avait pas été en mesure de les retrouver. A la suite de l’avis du gouvernement libanais, le président alors en exercice du tribunal avait invité, dans une lettre ouverte, les quatre prévenus à comparaître devant le tribunal, indiquant que «leur participation active demeure la meilleure garantie d’un procès juste et équitable».

L’acte d’accusation ne mentionne pas de preuves irréfutables et irréfragables, se bornant à retenir des «preuves circonstancielles» fondées sur le relevé des données des réseaux libanais des télécommunications, longtemps entièrement infiltrés par Israël, particulièrement du temps où l’un des protagonistes de cette affaire, le pro haririen Marwane Hamadé, était ministre des télécommunications.

Ces relevés avaient été communiqués à la justice internationale par le «département du renseignement» relevant du Colonel Wissam Hassan, gravitant dans l’orbite direct de Saad Hariri, hors de tout contrôle hiérarchique de l’autorité de l’état, l’homme clé du soutien politico-militaire saoudo libanais à l’opposition djihadiste en Syrie. Ainsi donc, pendant six ans, à raison d’un budget annuel de cinquante millions de dollars, le TSL et sa commission d’enquête, se sont bornés à avaliser sans recoupement, des données communiquées par une partie prenante au contentieux.

La première mise en cause du Hezbollah est intervenue, via le journal Le Figaro, le 15 août 2006, au lendemain du cessez le feu israélo-libanais et visait à criminaliser le mouvement chiite pour compenser les revers militaires israéliens au terme d’une guerre de destruction israélienne du Liban de 33 jours. Une telle coïncidence pose le problème de la fonction de la Justice pénale de son éventuelle instrumentalisation à des fins politiques, la satisfaction des desseins stratégiques des grandes puissances occidentales.

De nombreuses irrégularités

Le fonctionnement du tribunal spécial sur le Liban a été émaillé de nombreuses irrégularités, mais les deux coups qui ont porté un coup irrémédiable à sa crédibilité sont l’arrestation arbitraire de quatre officiers de l’armée libanaise et des services des renseignements consécutive à la déposition d’une dizaine de faux témoins commandités par le clan Hariri, ainsi que la corruption de certains enquêteurs internationaux.

Jamil Sayyed, ancien directeur de la sûreté générale, et trois autres officiers d’autorité, le général Moustpaha Hamdane, chef de la garde présidentielle, le général Raymond Azar, chef du renseignement militaire, et le général Ahmad el Hajj, chef des services de renseignements sont été arrêtés arbitrairement, le30 août 2005, et relâché 4 ans après sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre eux. Leur arrestation répondait au souci des pays occidentaux d’éliminer du théâtre de l’enquête des responsables à la personnalité affirmée pour leur substituer des partisans du clan Hariri acquis à la collaboration en vue d’orienter les investigations dans le sens souhaité par les occidentaux en vue de son instrumentalisation contre la Syrie et le Hezbollah.

Rafic Hariri était un ancien premier lorsqu’il a été assassiné, de même que Benazir Bhutto, au Pakistan. Le libanais sunnite a eu droit à un tribunal international et pas la pakistanaise chiite. Sur le plan proprement libanais, le prédécesseur libanais de Rafic Hariri, Rachid Karamé (Tripoli), a été assassiné, lui, dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre, sans bénéficier de l’attention de la justice internationale.
Le statut de Rome a été ratifié le 17 juillet 1998 habilitant la Cour Pénale Internationale à se saisir des «crimes contre l’humanité, crimes de génocide et des crimes de guerre». Il n’a pas qualité pour les crimes individuels. Il n’a été ratifié ni par les Etats-Unis, ni par Israël, les deux pays les plus impliqués, paradoxalement, dans le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban.

L’internationalisation d’un crime interne, s’agissant de l’assassinat d’une personnalité n’exerçant aucune responsabilité internationale, et d’un crime commis sur le territoire d’un état souverain dont la victime en est le ressortissant, de même que l’instrumentalisation de cette justice à des fins politiques, placent le Liban sous un mandat de facto des puissances occidentales, à la merci d’un chantage permanent, occultant le débat sur le passif de l’ère Hariri, qui hypothèque, lui, l’avenir du Liban, à savoir:

  • Une dette publique de cinquante milliards de dollars
  • Une évaporation de recettes du ministère des finances de l’ordre de quinze milliards de dollars, sous le gouvernement du tandem Hariri-Siniora.
  • Trente millions de m2 de superficie du territoire libanais vendus à des inconnus, vraisemblablement à des investisseurs originaires des pétromonarchies du Golfe, en infraction avec la législation du pays.
  • Près de deux cent mille naturalisés sunnites entrainant un bouleversement de l’équilibre démographique du pays dont le système politique repose sur une répartition confessionnelle du pouvoir.

Un enquêteur soudoyé

Dans une allocution télévisée dimanche 3 juillet 2011, Cheikh Hassan Nasrallah a fait diffuser une séquence vidéo montrant un des enquêteurs internationaux, l’Allemand Gerhard Lehman, vice-président de la commission d’enquête monnayant ses informations, en train d’empocher une somme d’argent. Daniel Bellemare, de son côté, a personnellement œuvré à la levée de la Note rouge placée sur Mohammad Zouheir Siddiq auprès d’Interpol, annulant ainsi les poursuites engagées contre lui en sa qualité de «faux témoin» du procès. Ancien garde de corps d’un opposant notoire au régime de Damas, le général Rifa’at Al Assad, propre oncle paternel du président Bachar al Assad, Siddiq résiderait au Caire sus la protection des services égyptiens.

Les notes Wikileaks ont révélé des rencontres périodiques entre les enquêteurs internationaux et l’ambassade américaine à Beyrouth visant à obtenir des instructions sur le cheminement de l’enquête.

Un panel d’enquêteurs en rapport avec la CIA

-Robert Baer, conseiller du procureur, spécialiste des affaires islamiques, ancien officier de la CIA, avait été envoyé au Liban pour traquer Imad Moughnieh, le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Dans une interview à la chaine de télévision d’Abou Dhabi, Bauer a avoué avoir consacré quinze ans de sa mission auprès de la CIA travaillé pour le kidnapper. En 1985, il avait participé à la tentative d’assassinat de Sayed Hussein Fadlallah, un attentat qui a tué et blessé plus de 300 personnes.
-Nick Caldas, australien d’origine égyptienne, ancien responsable des investigations au sein de la commission d’enquête internationale. Lié à la CIA, il avait été auparavant dépêché en Irak pour créer un service de renseignements irakien sous l’autorité de l’administration américaine du pays.
-Michael Taylor, britannique, responsable des investigations au TSL, un ancien chef des Services de renseignements britanniques, il est spécialisé dans la lutte contre le «terrorisme islamique».
-Darrel Mendez, américain, responsable des poursuites au bureau du procureur, «ancien des Marines et lié à la CIA et au FBI».
-Doreid Bcherraoui, libano-français, conseiller juridique du procureur, a été le premier à lancer, via les médias, des accusations contre la Syrie et les services libanais. hostile au Hezbollah, il passe pour être responsable de plusieurs décisions du Bureau du procureur dans l’affaire des faux témoins.

Un timing suspect

La publication de l’article de Der Spiegel a eu lieu avant les élections de 2009, la remise de la première version de l’acte d’accusation a coïncidé avec les consultations parlementaires après la chute du gouvernement Hariri, la seconde version a été remise à la veille du rassemblement du 13 mars 2011 célébrant la 5me commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri en vue d’y mobiliser ses troupes. Enfin la remise de l’acte d’accusation au procureur général près la cour de cassation libanaise, Saïd Mirza, a eu lieu à la veille du vote de confiance au Parlement du nouveau gouvernement de Najib Mikati.

Visait-elle à faire pression sur le successeur de Saad Hariri au leadership sunnite pour le contraindre à voter la quote-part du Liban aux frais de fonctionnement du tribunal ? A lui donner argument pour justifier sa décision de financer le tribunal ?
E –Une cascade de démissions

Point d’orgue de cette mascarade a été la démission, le 10 octobre 2011, de M. Antonio Cassese de ses fonctions de président du Tribunal, décédé peu après des suites d’une longue maladie. Grand ami d’Israël, détenteur du prix Elie Wiesel, Antonio Cassese avait, auparavant, participé au comité de soutien du mouvement des Moujahidine Khalq, le mouvement d’opposition armé iranien, inscrit sur la liste des «organisations terroristes» de l’administration américaine. Atteint de cancer, M. Cassese aura siège jusqu’au bout à la tête de la juridiction ad hoc. Il a été remplacé par Sir David Baragwanath, ancien président de la New Zealand Law Commission et ancien magistrat de la High Court et de la Court of Appeal.

Sa démission porte à onze le nombre des démissionnaires du Tribunal Spécial sur le Liban, inaugurée par celle du greffier Robin Vincent (juin 2009), suivie de sept autres Suzan Khan (août 2009), Howard Morrison (août 2009), David Tolbert, porte-parole, (septembre 2009), Nick Kaldas, enquêteur affilié à la CIA, (janvier 2010), Radhia Achour (mai 2010), et François Côté (juin 2010), Henriette Aswad, (septembre 2010), sans oublier celle des deux enquêteurs Detlev Mehlis et Serge Bramertz.

Le Hezbollah a présenté des documents sur les liens entre le TSL et Israël, réfutant preuve à l’appui, les soupçons pesant sur lui, en présentant à l’opinion publique un document attestant du «transfert d’ordinateurs du TSL vers Israël». La liste du contenu de la cargaison numéro 29148, porte sur 77 postes d’ordinateurs desktop et leurs équipements, 20 ordinateurs portables, 57 écrans d’ordinateurs, 25 appareils sans fil, accompagné d’une demande d’exemption d’impôts directs présentée par «Miho Hiros, l’un des directeurs de l’équipe d’observateurs de la trêve appartenant aux Nations Unies, UNTSO, à Jérusalem. Tous les autres documents de même que le personnel de la commission d’enquête avaient emprunté l’aéroport de Beyrouth pour leur déplacement (2).

René Naba

Suivra…

Références

1 – A propos de la liste des témoins mise au point par le parquet du TSL. Pour aller plus loin pour à l’intention du lecteur arabophone: http://www.al-akhbar.com/node/175551 et http://www.al-akhbar.com/node/175855

2- Le document contient une demande d’exemption d’impôts directs présentée par la mission diplomatique de l’ONU à Jérusalem à la direction des douanes israéliennes.
La demande a été formulée, selon une transcription phonétique, par «Miho Hiros», l’un des directeurs de l’équipe d’observateurs de la trêve appartenant aux Nations Unies, UNTSO. Les autorités israéliennes avaient ratifié cette demande d’exemption concernant la cargaison numéro 29148, dont le contenu a été mentionné également dans la demande. Le deuxième document concerne le manifeste des produits de la cargaison portant le numéro 29148 au profit de la commission d’enquête indépendante UNIIIC. Le chef du mouvement chiite libanais a montré un bordereau des douanes israéliennes attestant que 97 ordinateurs saisis par la commission d’enquête internationale avaient transité par Israël -pour décryptage ?- avant de prendre le chemin de La Haye.

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Le mardi 5 mars dernier, j’accompagnais le président de la Unión de Periodistas de Cuba – UPEC (Association cubaine des journalistes), Tubal Páez, lors d’une cérémonie visant à honorer un journaliste cubain exceptionnel. L’événement se déroulait dans le petit village de Juan Gualberto Gómez, dans la province de Matanzas. Par son nom, la ville rend hommage au fils d’esclaves mulâtres né ici, en 1854, sur une plantation de canne à sucre. Après la Première Guerre d’indépendance (1868-1878), Juan Gualberto Gómez a créé La Fraternidad, un journal qui se consacrait à l’harmonie raciale, à la liberté et au progrès social à l’intention des gens de couleur. En mars 1880, on l’arrêtait pour avoir appuyé des combattants de l’indépendance cubaine puis il était déporté en Espagne. Il a néanmoins continué à fournir des articles et des lettres à La Fraternidad et à El Abolicionista (« L’abolitionniste », pour l’abolition de l’esclavage). Il est retourné à Cuba en 1890. Pendant la Troisième Guerre d’indépendance (1895-1898), il a obtenu le titre de général et est devenu un proche collaborateur de José Martí. Après la guerre, lorsque la victoire de Cuba contre l’Espagne a été récupérée par les États-Unis, qui ont imposé leur domination, il a continué à travailler comme journaliste. Juan Gualberto Gómez l’a fait de manières diverses, en opposition au contrôle néocolonialiste étasunien. Il a combiné journalisme et activisme politique. Il est reconnu pour son opposition directe à l’Amendement Platt commandité par les États-Unis, modification qui, selon lui, réduisait l’indépendance et la souveraineté de la République cubaine à l’état de mythe. Par conséquent, il était fortement opposé à l’annexion de Cuba aux États-Unis. Il est décédé il y a 80 ans, en 1933. C’est alors que le village de plantations de cannes à sucre a pris son nom.

Pendant la cérémonie solennelle dirigée par les villageois à Juan Gualberto Gómez, laquelle se déroulait devant la sculpture de son buste, j’ai entendu un téléphone cellulaire sonner à 17 h. Tubal s’est retourné vers moi et m’a chuchoté : « Murió Chávez » (Chávez est décédé). Quel choc! Bien que la une du quotidien du parti communiste Granma, ce jour-là, affirmait clairement que la situation médicale du chef vénézuélien était extrêmement précaire en raison de la détérioration de son état de santé, je n’arrivais pas à y croire. Est-ce que c’était vrai? Comment se fait-il que ce Chávez dynamique, relativement jeune et souriant ne soit plus physiquement vivant? Après avoir repris mes esprits, j’ai dit à Tubal qu’il y a des moments dans la vie qu’on n’oublie jamais. Ces deux mots murmurés, « Murió Chávez », prononcés à la fois avec tristesse et fermeté ce 5 mars, quelques minutes après que le chef de la Révolution bolivarienne ne s’éteigne, font partie de ces moments.

Depuis les années 1960, plusieurs moments sont gravés à jamais dans la mémoire des individus et des peuples à la suite de nouvelles déterminantes. Les manchettes qui ont eu de l’importance pour une personne ou pour un peuple dépendent, somme toute, de leur perspective de l’histoire. Lors de chaque anniversaire de l’assassinat de J.F. Kennedy et, bien entendu, lors de l’attentat terroriste en sol étasunien du 11 septembre 2011, nous nous en remettons aux médias grand public pour nous rappeler où nous nous trouvions précisément lorsque ces événements se sont produits et quelle a été notre réaction à ce moment. Dans le cas du 11 septembre 2011, ce geste abominable est indescriptible. Toutefois, chaque année, ma réaction spontanée à la date du 11 septembre est également de me rappeler le coup d’État au Chili orchestré par les États-Unis le 11 septembre 1973, lequel s’est traduit par l’assassinat du chef chilien élu, Salvador Allende, et une dictature fasciste. Je me souviens précisément de l’endroit où je me trouvais ce jour-là et de mon dégoût lorsque j’ai appris la nouvelle. Auparavant, le 9 octobre 1967, je me souviens de l’endroit exact où je me tenais, sur le campus de l’Université McGill, à Montréal, lorsqu’un collègue étudiant m’a appris qu’Ernesto Che Guevara avait été assassiné en Bolivie. Il y a des moments précis, évocateurs, dont je me souviens, tout comme plusieurs personnes, partout dans le monde.

Désormais, il y a un autre moment mémorable pour moi : le 5 mars 2013, à Juan Gualberto Gómez, Matanzas, Cuba. L’île et son peuple et ses chefs ont ouvert la voie, en 1959, à une nouvelle Amérique latine en développement, encouragés par Hugo Chávez. Au cours des jours qui ont suivi son décès, nous étions en mesure de vivre, à Cuba et par l’entremise des émissions télévisées cubaines provenant du Venezuela, que, de son vivant et par son décès, le Comandante Chávez était l’architecte d’une Amérique latine et de Caraïbes nouvelles qui ne sont plus « l’arrière-cour » des États-Unis, tel qu’ils l’envisagent. Cette réalisation s’illustrait très clairement par la présence de chefs d’État et de représentants hauts gradés provenant de toute la région au sud du Rio Grande à la cérémonie funéraire officielle de Hugo Chávez. De plus, des représentants de tous les continents étaient présents pour reconnaître et rendre hommage à cette réalisation extraordinaire, entre autres. Cette intégration régionale est toujours en mouvement; un rêve en devenir. Elle contribue à la création d’un monde nouveau où aucune super puissance ne domine et où chaque pays et ses habitants sont libres de développer la démocratie de même que le système socio-économique de leur choix – et de le faire eux-mêmes.

Arnold August

12 mars 2013

Utilisation exclusive au site Web de l’UPEC. Toute reproduction, en totalité ou en partie, de cet article doit mentionner l’UPEC comme étant sa source.

 

 

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Le conclave du Vatican a élu le pape François, le cardinal Jorge Mario Bergoglio.

Qui est Jorge Mario Bergoglio? 

En 1973, il a été nommé « Provincial » de l’Argentine pour la Société de Jésus (Ordre des Jésuites).

À ce titre, Bergoglio était le plus haut représentant des Jésuites en Argentine durant la dictature militaire menée par le général Jorge Videla (1976-1983).

Il est devenu plus tard évêque puis archevêque de Buenos Aires. Le pape Jean Paul II l’a élevé au rang de cardinal en 2001.

Lorsque la junte militaire a renoncé au pouvoir en 1983, le nouveau président élu, Raul Alfonsin, a organisé une commission de la vérité au sujet des crimes de la « sale guerre » (la guerra sucia) argentine.

La junte militaire argentine a été soutenue clandestinement par Washington.

Le secrétaire d’État étasunien de l’époque, Henry Kissinger, a joué un rôle en coulisses dans le coup d’État militaire de 1976.

L’adjoint en chef de Kissinger en Amérique latine, William Rogers, lui avait dit deux jours après le coup d’État: « Nous devons nous attendre à une bonne dose de répression, probablement pas mal de sang va couler rapidement en Argentine »(National Security Archive, 23 mars 2006.)

“Opération Condor”

Ironiquement un procès majeur s’est ouvert à Buenos Aires le 5 mars 2013, une semaine avant que le cardinal Bergoglio ne devienne pape. Le procès en court a pour but « d’examiner la totalité des crimes commis dans le cadre de l’opération Condor, une campagne de grande envergure coordonnée par des dictatures latino-américaines soutenues par les États-Unis dans les années 1970 et 1980, et visant à traquer, torturer et assassiner des dizaines de milliers d’opposants de ces régimes ».

Pour plus de détails, consulter: Operation Condor: Trial On Latin American Rendition And Assassination Program, Carlos Osorio et Peter Kornbluh, 10 mars 2013

Photo : Henry Kissinger et le général Jorge Videla (1970)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La junte militaire menée par le général Jorge Videla, a été responsable d’un nombre incalculable d’assassinats, incluant des prêtres et des religieuses qui s’opposaient au régime militaire qui a suivi le coup d’État du 24 mars 1976, appuyé par la CIA, et renversé le gouvernement d’Isabel Peron :

“Videla était l’un des généraux condamnés pour crimes contre l’humanité, dont des “disparitions”, de la torture, des meurtres et des enlèvements. En 1985, Videla a été condamné à une peine d’emprisonnement à perpétuité à la prison militaire de Magdalena.”

Wall Street et le programme économique néolibéral

Une des nominations clef de la junte militaire, (ordonnée par Wall Street) a été le ministre de l’économie, Jose Alfredo Martinez de Hoz, un membre du monde des affaires argentin et un ami proche de David Rockefeller. (Voir la photo plus bas,

(photo: de gauche à droite: Jose Alfredo Martinez de Hoz, David Rockefeller et le général Jorge Videla.)

L’ensemble des politiques macro-économiques néolibérales adopté sous Martinez de Hoz était la copie conforme de celui imposé en octobre 1973 au Chili par la dictature de Pinochet et conseillé par les “Chicago Boys”, après le coup d’État du 11 Septembre 1973 et l’assassinat du président Salvador Allende.

Les salaires ont immédiatement été gelés par décret. Le véritable pouvoir d’achat a chuté de plus de 30 % en moins de trois mois en Argentine, suivant le coup d’état du 24 mars 1976 (estimation de l’auteur à Cordoba, Argentine en Juillet 1976). La population argentine a été appauvrie.

Sous la direction du ministre de l’Économie Jose Alfredo Martinez de Hoz, la politique monétaire de la banque centrale a été en grande partie déterminée par Wall Street et le FMI. Le marché des devises a  été manipulé. Le peso argentin a été délibérément surévalué, menant à une dette extérieure insurmontable. L’économie nationale en entier a été précipitée à la faillite.

Wall Street et la hiérarchie de l’église catholique

Wall Street appuyait fermement la junte militaire qui menait la « sale guerre » pour son compte. La hiérarchie de l’église catholique a quant à elle joué un rôle central en soutenant la légitimité de la junte militaire.

La Compagnie de Jésus qui représentait la faction conservatrice, aussi la plus influente de l’église catholique et étroitement associée aux élites économiques argentines, appuyait fermement la junte militaire contre les soi-disant « gauchistes » du mouvement péroniste.

« La sale guerre »: Allégations contre le cardinal Jorge Marion Bergoglio

La condamnation de la dictature militaire (y compris sa violation des droits humains) était tabou au sein de l’Église catholique. Alors que les hauts échelons de l’Église soutenaient la junte militaire, sa base était fortement opposée à l’imposition d’un régime militaire.

En 2005, l’avocat des droits de l’Homme Myriam Bregman intenté des poursuites contre le cardinal Jorge Marion Bergoglio, l’accusant de conspiration avec la junte militaire dans l’enlèvement de deux prêtres jésuites en 1976.

Plusieurs années plus tard, les survivants de la « guerre sale » ont accusé publiquement le cardinal Jorge Bergoglio de complicité dans le rapt des prêtres Francisco Jalics et Orlando Yorio Several, et de six membres de leur paroisse. (El Mundo, 8 novembre 2010)

Bergoglio, qui était à cette époque « Provincial » pour la Compagnie de Jésus, avait ordonné à deux prêtres jésuites étiquetés « gauchistes » de « quitter leur travail pastoral » (ils ont été congédiés) à la suite de divisions au sein de la Compagnie de Jésus relativement au rôle de l’Église catholique et de ses relations avec la junte militaire.

Alors que les deux prêtres Francisco Jalics et Orlando Yorio, enlevés par les escadrons de la mort en mai 1976 ont été relâchés cinq mois plus tard après avoir été torturés, six autres personnes liées à leur paroisse enlevées dans le cadre de la même opération sont « disparus » (desaparecidos), dont quatre professeures de la paroisse et deux de leurs maris.

Lorsqu’il a été relâché le prêtre Orlando Yorio a « accusé Bergoglio de les avoir livrés aux escadrons de la mort [incluant six autres personnes] Jalics a refusé de discuter de la plainte après s’être retiré dans un monastère allemand ». (Associated Press, 13 mars 2013, c’est l’auteur qui souligne.)

Parmi ceux « disparus » aux mains des escadrons de mort figuraient Mónica Candelaria Mignone, fille du fondateur du CELS (Centro de Estudios Legales y Sociales) Emilio Mignone, et María Marta Vázquez Ocampo, fille de la présidente de Madres de Plaza de Mayo, Martha Ocampo de Vázquez. (El Periodista Online, mars 2013.)

María Marta Vásquez, son mari César Lugones (photo à droite) et Mónica Candelaria Mignone prétendument « livrés aux escadrons de la mort » par le Provincial jésuite Jorge Mario Bergoglio sont parmi les milliers de desaparecidos de la « guerre sale » en Argentine soutenue clandestinement par Washington sous l’opération Condor (Voir memorialmagro.com.ar).

Durant le procès initié en 2005,

« Bergoglio [le pape Francçois] a invoqué à deux reprises son droit en vertu de la loii argentine de refuser d’apparaître devant la cour et lorsqu’il a finalement témoigné en 2010, ses réponses étaient évasives: “Bergoglio était directement impliqué dans au moins deux dossiers. L’un examinait la torture de deux de ses prêtres jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, enlevés en 1976 des bidonvilles où ils professaient la théologie de la libération. Yorio a accusé Bergoglio de les avoir livrés aux escadrons de la mort… en refusant de dire au régime qu’il cautionnait leur travail. Jalics a refusé de discuter de l’affaire après s’être retiré dans un monastère en Allemagne.” » (Los Angeles Times, 1er avril 2005.)

« La communion pour les dictateurs »

Les accusations à l’endroit de Bergoglio relativement aux enlèvements des deux prêtres jésuites et de six paroissiens ne sont que la pointe de l’iceberg. Si Bergoglio était une figure importante de l’Église catholique, il n’était certainement pas le seul à appuyer la junte militaire.

D’après l’avocate Myriam Bregman: « Les propres déclarations de Bergoglio prouvent que les représentants officiels de l’Église savaient depuis le début que la junte torturait et tuait ses citoyens et approuvaient toute de même  publiquement les dictateurs. La dictature n’aurait pas pu opérer de cette façon sans ce soutien clé. » (Los Angeles Times, 1er avril 2005.)

Photo : Prêtre (non-identifié) donnant la communion à Videla. Date inconnue. Source : AFP ?

Toute la hiérarchie catholique était derrière la dictature militaire appuyée par les États-Unis. Il convient de rappeler que le 23 mars 1976, à la veille du coup militaire :

« Videla et d’autres comploteurs ont reçu la bénédiction de l’archevêque de Paraná, Adolfo Tortolo, qui a aussi été vicaire des forces armées. Le jour même de la prise de pouvoir, les dirigeants militaires ont eu une longue réunion avec les dirigeants de la conférence épiscopale. En sortant de cette réunion l’archevêque Tortolo a déclaré que même si “l’Église a sa propre mission spécifique […] dans certaines circonstances elle ne peut pas s’abstenir de s’impliquer dans des questions même si elles concernent spécifiquement l’ordre de l’État”. Il a incité les Argentins à  “coopérer de manière positive” avec le nouveau gouvernement. » (The Humanist.org, janvier 2011, c’est l’auteur qui souligne.)

En entrevue avec El Sur, le général Jorge Videla, lequel purge actuellement une sentence à vie pour crimes contre l’humanité, a confirmé

« avoir informé la hiérarchie catholique des politiques de “disparition” des opposants politiques du régime et que les chefs catholiques donnaient des conseils sur la “gestion” de la politique.

Jorge Videla a dit qu’il avait eu de « nombreuses conversations » avec la primauté en Argentine, le cardinal Raúl Francisco, à propos de la guerre sale de son régime contre les activistes de gauche. Il a dit que des discussions avaient également eu lieu avec d’autres évêques de haut rang de la conférence épiscopale ainsi qu’avec le nonce national de l’époque Pio Laghi.

Ils nous ont conseillés sur la façon de gérer la situation”, a dit Videla » (Tom Henningan, Former Argentinian dictator says he told Catholic Church of disappeared,  Irish Times, 24 juillet 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Il est important de signaler que selon une déclaration de l’archevêque Adolfo Tortolo datant de 1976, l’armée consultait toujours un membre des autorités catholiques lorsqu’un membre de la base du clergé était « arrêté ». Cette déclaration a été faite spécifiquement à propos de l’enlèvement des deux prêtres jésuites dont les activités pastorales étaient sous la direction du Provincial de la Compagnie de Jésus, Jorge Mario Bergoglio. (El Periodista Online, mars 2013).

En soutenant la junte militaire, les autorités catholiques étaient complices de torture et  de massacres : on estime que 22 000 personne ont été tuées ou portées disparues entre 1976 et 1978 Des milliers d’autres victimes ont été tuées entre 1978 et 1983, lorsque l’armée a été chassée du pouvoir.” (National Security Archive, mars 23, 2006)

Le rôle du Vatican

Sous les règnes des papes Paul IV et Jean-Paul II, le Vatican apporté un appui clé à la junte militaire argentine.

Pio Laghi, le nonce apostolique du Vatican en Argentine, a admis « avoir fermé l’œil » sur la torture et les massacres.

Laghi avait des liens personnels avec des membres de la junte militaire au pouvoir, dont le général General Jorge Videla et l’amiral Emilio Eduardo Massera.

(Voir l’image à gauche. Le nonce du Vatican Pio Laghi et le général Jorge Videla)

L’amiral Emilio Massera en liaison étroite avec ses responsables étasuniens était le cerveau de la « Guerra Sucia ». Sous les auspices du régime militaire il a établi :

« un centre d’interrogation et de torture à La Escuela de Mecánica de la Armada (école de mécanique de la Marine ou ESMA [près de Buenos Aires.] Il s’agissait d’un établissement sophistiqué à usage multiple et crucial dans le plan militaire d’assassinat d’environ 30 000 ennemis de l’État” […].Des milliers de détenus d’ESMA, dont deux religieuses françaises, ont été impitoyablement et régulièrement torturés avant d’être tués et jetés du haut d’un avion dans la rivière Plata.

Massera, le membre le plus puissant du triumvirat a fait de son mieux pour maintenir ses liens avec Washington. Il a participé au développement du plan Condor, un projet de collaboration visant à coordonner le terrorisme pratiqué par les régimes militaires sud-américains. (Hugh O’Shaughnessy, Admiral Emilio Massera: Naval officer who took part in the 1976 coup in Argentina and was later jailed for his part in the junta’s crimes, The Independent, 10 novembre 2010, c’est l’auteur qui souligne.)

Des reportages confirment que le représentant du Vatican Pio Laghi et Emilio Massera étaient amis.

Photo à droite : L’amiral Emilio Massera, architecte de la “Guerre Sale” reçoit le Pape Paul VI au Vatican)

L’église catholique: En Argentine et au Chili

Il convient ici de noter que lors du coup d’État militaire au Chili le 11 septembre 1973, le cardinal de Santiago, Raul Silva Henriquez, a condamné ouvertement la junte militaire dirigée par le général Augusto Pinochet. Contrairement à l’Argentine, cette prise de position ferme des autorités catholiques au Chili a grandement contribué à restreindre la vague d’assassinats politiques et de violations des droits de l’Homme contre les sympathisants de Salvador Allende et les opposants du régime militaire.

L’homme derrière le comité oecuménique Pro-Paz était le cardinal Raúl Silva Henríquez. Peu après le coup, Silva […] est devenu un « upstander », un terme que l’activiste  Samantha Power a inventé pour distinguer des badauds ceux qui tiennent tête à l’injustice, souvent à leurs risques et périls.

[…] Peu après le coup, Silva et d’autres chefs de l’Église ont publié une déclaration condamnant les bains de sang et exprimant leur chagrin. Cela a été un point tournant pour de nombreux membres du clergé chilien […] Le cardinal a visité le Stade national et, choqué par l’ampleur de la répression gouvernementale, a ordonné à ses assistants de commencer à collecter des informations auprès des milliers de fidèles qui allaient chercher refuge à l’Église.

Les actions de Silva ont mené a un conflit ouvert avec Pinochet qui n’a pas hésité à menacer l’Église et le Comité  Pro-Paz. (Taking a Stand Against Pinochet: The Catholic Church and the Disappeared pdf)

Si Jorge Mario Bergoglio avait pris une position semblable à celle du cardinal Raul Silva Henriquez au Chili, des milliers de vies auraient été sauvées.

«Tu ne tuera point. tu aimeras ton prochain comme toi-même.» Le pape François par son appui à la guerre sale est en violation de la morale chrétienne qui prêche la dignité et la valeur de la vie humaine.

L’Opération Condor et l’église catholique

L’élection du cardinal Bergoglio par le conclave du Vatican pour servir l’Église en tant que pape François aura des répercussions immédiates sur le procès de l’opération Condor en cours à Buenos Aires.

L’Église était impliquée par son appui à la junte militaire. Cela émergera durant les audiences. Il ne fait aucun doute que l’on tentera d’occulter le rôle des autorités de l’Église catholique ainsi que le rôle du nouveau pape François, chef l’ordre des jésuites en Argentine pendant la dictature militaire.

Jorge Mario Bergoglio: « Le pape de Washington au Vatican »? 

L’élection du pape François a de vastes implications géopolitiques pour toute la région de l’Amérique latine.

Dans les années 1970, Jorge Mario Bergoglio soutenait une dictature militaire appuyée par les États-Unis.

Les autorités catholiques en Argentine soutenaient le gouvernement militaire. Le programme de torture, d’assassinats et de disparition de milliers d’opposants politiques était coordonné par Washington  dans le cadre de l’« opération Condor » de la CIA.

Les intérêts de Wall Street étaient maintenus par José Alfredo Martinez de Hoz au ministère de l’Économie.

L’Église catholique en Amérique latine a une grande influence politique. Elle a aussi un pouvoir sur l’opinion publique. Les architectes de la politique étrangère étasunienne le savent.

En Amérique latine, où de nombreux gouvernements défient maintenant l’hégémonie américaine, on pourrait s’attendre, au vu des antécédents de Bergoglio, à ce que le nouveau pontife François, en tant que chef de l’Église catholique, joue de facto un rôle politique clandestin pour Washington.

Avec Jorge Marion Bergoglio comme pape au Vatican, un homme qui a servi fidèlement les intérêts américains à l’apogée du général Jorge Videla, les autorités de l’Église catholique en Amérique latine peuvent à nouveau être manipulées efficacement afin de miner les gouvernements « progressistes » (de gauche), non seulement en Argentine (le gouvernement de Cristina Kirchner), mais dans la région entière, au Venezuela, en Equateur et en Bolivie.

L’installation d’un pape « pro-étasunien » s’est produite une semaine après la mort du président Hugo Chavez.

« Changement de régime » au Vatican

Le département d’État fait régulièrement pression sur les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le but d’influencer les votes des résolutions.

Des opérations clandestines et des campagnes de propagande sont appliquées régulièrement par les États-Unis afin d’influencer des élections nationales dans différents pays à travers le monde.

La CIA a des liens secrets de longue date avec la Vatican

Le gouvernement étasunien a t-il essayé d’influencer l’élection du nouveau pontife ? Fermement engagé à servir les intérêts de la politique étrangère des États-Unis en Amérique latine, Jorge Mario Bergaglio était le candidat favori de Washington.

Est-ce que Washington a secrètement exercé des pressions, directes ou indirectes, au sein de l’Église catholique, sur les 115 cardinaux membres du conclave du Vatican ?

Note de l’auteur:

Dès le début du régime militaire de 1976, j’étais un professeur invité à l’Institut de politique sociale de l’Université nacionale de Cordoba en Argentine. Mon sujet de recherche principal était à ce moment là, l’étude des impacts des réformes macroéconomiques dévastatrices adoptées par la junte militaire.

J’enseignais à l’Université de Cordoba pendant la vague initiale d’assassinats, qui ciblait également les membres progressistes du clergé catholique.

La ville industrielle de Cordoba était le centre du mouvement de résistance. J’ai été témoin de l’appui actif et régulier des autorités catholique à la junte militaire, créant ainsi une atmosphère d’intimidation et de peur à travers le pays. Le sentiment général à cette époque était que les Argentins avaient été trahis par les échelons supérieurs de l’église catholique.

Trois ans plus tôt, au moment du coup d’État militaire au Chili le 11 septembre 1973, ayant mené au renversement du gouvernement d’Unité populaire de Salvador Allende, j’étais professeur in vité à l’Institut Économique de l’Université catholique du Chili à Santiago.

Immédiatement après le coup au Chili, j’ai vu comment le cardinal de Santiago, Raul Silva Henriquez, agissant au nom de l’Église catholique, a confronté la dictature militaire.

Michel Chossudovsky

Article original: “Washington’s Pope”? Who is Pope Francis I? Cardinal Jorge Mario Bergoglio and Argentina’s “Dirty War”, publié le 14 mars 2013

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

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Le nouveau Pape Francesco, Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, est le premier pape venant d’Amérique Latine. Mais surtout il fut un membre éminent d’une Eglise argentine qui fut contestée, pour sa passivité voire pire, c’est à dire ses relations étroites entretenues avec la dictature civil-militaire sur lesquelles la justice argentine enquête encore.

La dictature avait le soutien de la hiérarchie de l’Eglise, y compris dans la mise en place de sa politique de répression. Ces faits sont jugés actuellement en Argentine comme crimes contre l’humanité ayant fait plus de 30 000 disparus dans le pays, dont certains étaient également des religieux qui s’opposaient à la dictature et à leur hiérarchie.

Ainsi le nom de Jorge Bergoglio a été cité dans la disparition de deux prêtres, comme la écrit dans Pagina 12, Horacio Verbitsky en avril 2010, par cinq témoins. Il a été entendu par la justice sur ces faits et a nié ne pas avoir apporté sa « protection » aux prêtres disparus. Comme chaque fois que les zones d’ombres de son passé étaient évoquées, l’archevêque avait réagi avec fureur, estimant qu’il s’agissait là d’une manœuvre de l’actuel gouvernement, alors que les éclaircissements étaient demandés par la justice et les parties civiles, à savoir les organismes des droits de l’homme.

En tant qu’archevêque de Buenos Aires, il s’est âprement opposé ces dernières années, à toute évolution de la société (mariage gay, avortement, contraception…), s’impliquant fortement dans la vie politique de l’Argentine, appelant ouvertement à soutenir l’opposition au gouvernement Kirchner, et à manifester contre plusieurs projets de loi.Endossant en cela un rôle très politique qui dépassait son sacerdoce.

Son élection comme Pape n’est pas neutre, ni exempte de pression par rapport à tous les combats que mènent actuellement plusieurs pays d’Amérique Latine, dans leur effort d’intégration régionale, contre les politiques néolibérales, et en faveur de politiques progressistes. Ce n’est pas une bonne nouvelle non plus pour les défenseurs des églises progressistes d’Amérique Latine, héritières de la « Théologie de la Libération », qui ont été persécutées par la dictature.

Estèle Leroy-Debiasi

El Correo. Paris, le 13 Mars 2013

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 Estelle Leroy-Debiasi. Journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune.

Photo : Jorge Mario Bergoglio en compagnie du dictateur Videla, connu alors comme le “cardinal qui ne souriait jamais “.

Pour aller plus loin, voir l’article de Michel Chossudovsky en anglais :

“Washington’s Pope”? Who is Pope Francis I? Cardinal Jorge Mario Bergoglio and Argentina’s “Dirty War”, publié le 14 mars 2013.

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Un jour, j’ai écrit ceci à propos du Président du Chili, Salvador Allende :

« Washington ne connaît aucune hérésie dans le tiers-monde plus grande que celle d’une véritable indépendance. Dans le cas de Salvador Allende, l’indépendance est arrivée vêtue d’habits particulièrement provocants – un Marxiste élu constitutionnellement et qui continuait de respecter la constitution. Quelque chose d’intolérable. Qui sapait les fondations même sur lesquelles l’anticommunisme avait été bâti : la doctrine, soigneusement cultivée pendant des décennies, que les « communistes » ne pouvaient prendre le pouvoir que par la force et la ruse, qu’ils ne pouvaient se maintenir au pouvoir que par la terreur et le lavage des cerveaux. Il n’y avait rien de pire qu’un Marxiste – à part un Marxiste élu. »

Il n’y avait personne dans tout l’univers que les détenteurs et dirigeants des « Etats-Unis, SA » ne rêvaient de voir mort plus que Hugo Chavez. Il était pire qu’Allende. Pire que Fidel Castro. Pire que n’importe quel dirigeant au monde ne faisant pas partie du camp Américain parce qu’il parlait en termes très crus de l’impérialisme US et de sa cruauté. Sans cesse. Constamment. En disant des choses que les chefs d’état ne sont pas censés dire. Aux Nations-Unies, en s’en prenant de manière étonnement personnelle à George Bush. A travers toute l’Amérique latine, tout en organisant la région en blocs d’opposition à l’Empire US.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai rien d’un conspirationniste. Mais quand quelqu’un comme Chavez meurt encore jeune à l’age de 58 ans, je me pose des questions sur les circonstances. Un cancer acharné, des infections respiratoires incurables, une crise cardiaque, les uns après les autres… Il est bien connu qu’au cours de la Guerre Froide, la CIA a soigneusement développé des substances qui pouvaient tuer sans laisser de traces. J’aimerais que le gouvernement vénézuélien mène une autopsie complète.

En décembre 2011, Chavez, déjà soigné pour le cancer, se mit à penser à voix haute : « Serait-ce possible qu’ils aient inventé une technologie pour répandre le cancer et que nous n’en sachions rien avant 50 ans ? » Le président vénézuélien s’exprimait au lendemain de l’annonce de la présidente de gauche de l’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, qu’elle avait été diagnostiquée d’un cancer de la thyroïde. Ceci après d’autres cancers diagnostiqués chez d’autres dirigeants d’Amérique latine : la présidente du Brésil, Dilma Rousseff ; Fernando Lugo, du Paraguay ; ainsi que l’ancien dirigeant du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva.

« Evo, prends soin de toi. Correa, fais attention. On ne sait jamais, » avait dit Chavez, en s’adressant au président de la Bolivie, Evo Morales, et au président de l’Equateur, Rafael Correa, tous deux des progressistes.

Chaveza dit qu’il avait été averti par Fidel Castro, lui-même la cible de centaines de complots d’assassinat, souvent bizarres, de la CIA. « Fidel m’a toujours dit, ’Chavez, fais attention. Ces gens ont développé la technologie. Ils sont sans scrupules. Fais attention à ce que tu manges, à tes aliments… une petite aiguille et ils t’injectent Dieu sait quoi. » (1)

Lorsque le vice-président Nicolas Maduro suggéra la possible implication US dans la mort de Chavez, le Département d’Etat a qualifié l’accusation d’absurde. (2)

Plusieurs organisations progressistes des Etats-Unis ont fait jouer la clause du Freedom of Information Act (Droit d’accès à l’information – NdT) auprès de la CIA pour demander « toute information ou plan relatifs à l’empoisonnement ou assassinat du Président du Venezuela, Hugo Chavez, qui vient de décéder. »

Personnellement, je crois que Hugo Chavez a été assassiné par les Etats-Unis. Si sa maladie et sa mort n’ont PAS été provoquées, alors la CIA – qui a déjà tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers, dont plusieurs avec succès (3) – alors elle ne faisait pas son travail.

Lorsque Fidel Castro est tombé malade il y a plusieurs années, les grands médias US n’ont eu cesse de spéculer sur la survie du système socialiste cubain après sa disparition. Les mêmes spéculations entourent aujourd’hui le Venezuela. Le cerveau yankee n’arrive pas à imaginer que de nombreuses personnes puissent se détourner du capitalisme lorsqu’on leur montre une alternative acceptable. Cela ne pouvait être que le résultat d’une manipulation du peuple par un dictateur ; le tout dépendant d’un seul homme dont la mort marquerait la fin de tout le processus.

C’est la fin du monde, encore une fois.

L’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC – équivalent de notre cher et tendre CRIF – NdT) a récemment tenu une convention à Washington où ont été entendues les habituelles annonces de la fin du monde au sujet des prétendues armes nucléaires en Iran et les appels à bombarder ce pays avant qu’il n’atomise Israël et/ou les Etats-Unis. Alors, une fois encore, je me dois de rappeler à tout le monde que ces gens-là – les officiels Israéliens et US – ne sont pas vraiment préoccupés par une attaque iranienne. Voici quelques unes de leurs déclarations :

En 2007, dans une conversation à huis-clos, la Ministre des Affaires étrangères israélienne a dit que selon elle : « les armes nucléaires iraniennes ne constituent aucune menace à l’existence d’Israël. » Elle a « critiqué aussi le recours exagéré par le Premier Ministre (Israélien) Ehud Olmert de la menace nucléaire iranienne, affirmant qu’il tentait de rallier l’opinion publique en jouant sur les frayeurs les plus primaires. » (4)

En 2009 : « un haut-officiel à Washington, » indiquait le Washington Post (le 5 mars), a affirmé que « il est très peu probable que l’Iran utilise ses missiles pour une attaque (contre Israël) à cause de la certitude d’un riposte. »

En 2010 le Sunday Times de Londres (10 janvier) écrivait que le Brigadier-général Uzi Eilam, héros de la guerre, pilier de l’appareil de défense israélienne, et ancien directeur-général de la Commission à l’Energie Atomique israélienne, « pense qu’il faudrait encore sept ans à l’Iran pour fabriquer des armes nucléaires. »

Janvier 2012 : le secrétaire à la défense US, Leon Panetta, déclarait aux téléspectateurs : « Tentent-ils (les Iraniens) de développer l’arme nucléaire ? Non, mais nous savons qu’ils tentent de développer une capacité nucléaire. » (5)

Plus tard dans le mois, on pouvait lire dans le New York Times (15 janvier) que « trois éminents spécialistes israéliens en matière de sécurité – le chef du Mossad, Tamir Pardo, un ancien chef du Mossad, Efraim Halevy, un ancien chef d’état-major de l’armée, Dans Halutz – ont tous récemment déclaré qu’un Iran nucléarisé ne constituerait aucune menace à l’existence d’Israël. »

Quelques jours plus tard, le ministre de la Défense Ehud Barak, dans une interview à la radio de l’armée israélienne (18 janvier) a eu cet échange :

Question : Est-ce qu’Israël pense que l’Iran n’a pas encore décidé de détourner ses capacités nucléaires vers la fabrication d’armes nucléaires ?

Barak : les gens demandent si l’Iran est déterminé à sortir du contrôle et du régime d’inspection dés maintenant… pour tenter de fabriquer des armes nucléaires ou un site fonctionnel le plus rapidement possible. Ce n’est apparemment pas le cas.

Le 20 avril 2012, dans une interview accordée à CNN, Barak a répété ce sentiment : « Il est vrai que (le dirigeant iranien) Khamenei n’a probablement pas donné les ordres pour la fabrications d’une arme (nucléaire). » (6)

A plusieurs reprises, Barak a déclaré : « l’Iran ne constitue pas une menace à l’existence d’Israël ». (7)

Et enfin, voici le directeur du Renseignement National US, James Clapper, dans un rapport de janvier 2012 au Congrès : « Cependant, nous ne savons pas si l’Iran prendra un jour la décision de fabriquer des armes nucléaires. » … Il y a « certaines choses qu’ils (les Iraniens) n’ont pas encore faites » et qui seraient nécessaires à la fabrication d’une arme. (8)

Alors pourquoi les dirigeants Israéliens et Américains passent-ils le reste de leur temps à brandir la fin du monde ? En partie pour permettre à l’APAIC de continuer à encaisser de généreux dons. Pour permettre à Israël de recevoir des aides massives des Etats-Unis. Pour permettre aux dirigeants israéliens de gagner des élections. Pour protéger le statut de privilégié d’Israël comme seule et unique puissance nucléaire au Moyen orient.

Ecoutons Danielle Pletka, vice présidente des études sur la politique étrangère et les politiques de défense du groupe de réflexion néo-con le plus important des Etats-Unis, American Enterprise Institute :

« Le plus gros problème des Etats-Unis n’est pas que l’Iran fabrique l’arme nucléaire et effectue des essais, mais que l’Iran possède l’arme nucléaire et ne l’utilise pas. Parce qu’à l’instant même où ils ne feront rien de mal avec, tous les critiques vont s’agiter et dire « vous voyez, nous vous avions bien dit que l’Iran était une puissance responsable. Nous vous avions bien dit que l’Iran n’allait pas fabriquer des armes nucléaires pour s’en servir dans la foulée. » et finiront par dire que ce n’est pas un problème que l’Iran possède l’arme nucléaire. (9)

Oussama Ben Laden, Bradley Manning & William Blum

Bradley Manning a été accusé d’avoir « aidé l’ennemi ». Ce qui pourrait aboutir à une condamnation à la prison à vie. Pour ce que l’on peut en déduire, le gouvernement croit que les documents et vidéos que Manning a transmis à Wikileaks, que ce dernier a largement diffusé auprès des médias internationaux, ont aidé l’ennemi parce qu’ils ont révélé un côté très obscur de la politique étrangère des Etats-Unis.

Les avocats de Manning ont demandé à l’accusation et à plusieurs reprises des exemples de comment « l’ennemi » (quelque soit la définition de ce terme étant donné que le monde est rempli de gens en colère contre les agissements du gouvernement des Etats-Unis) aurait été « aidé » par les révélations de Wikileaks. Comment précisément l’ennemi a-t-il fait usage du matériel diffusé pour porter atteinte aux Etats-Unis ? Le gouvernement n’a fournit aucun exemple, probablement parce que ce qui dérange réellement les officiels de Washington est le gêne qu’ils ont ressenti devant le monde entier à la suite de la publication des ces documents et vidéos ; qui sont très certainement très embarrassants même pour d’authentiques criminels de guerre ; remplis de violations du droit international, d’atrocités, de mensonges à répétition à tout le monde, de révélations d’hypocrisies flagrantes, et bien plus.

Ainsi, nos magnifiques officiels envisagent de mettre Bradley Manning derrière les barreaux pour le reste de sa vie simplement parce qu’ils sont gênés. On ne voit pas trop quelle est la faute commise.

Mais à présent les procureurs ont annoncé qu’un Navy Seal (commando de la marine – NdT) impliqué dans l’assassinat de Ben Laden va témoigner devant la cour martiale que Ben Laden possédait des documents de Wikileaks transmis par Manning. Eh bien, il doit y avoir des millions d’autres personnes à travers le monde qui ont les mêmes documents sur leurs ordinateurs. La question demeure : quel usage l’ennemi en a-t-il fait ?

Le gouvernement irakien, lui, a utilisé ces documents, et s’est appuyé dessus pour refuser l’immunité aux troupes US pour les crimes commis en Irak, comme par exemple la vidéo révélée par Wikileaks sur des meurtres de sang-froid ; ce qui a provoqué en retour l’annonce par les Etats-Unis de la fin de leur engagement militaire en Irak. Cependant, Manning fut inculé en mai 2010, bien avant la décision de l’Irak de mettre fin à l’immunité.

En janvier 2006, Ben Laden, dans un message audio, a déclaré : « Si Bush décide de persister dans ses mensonges et son oppression, alors il serait utile pour vous de lire le livre « l’Etat Voyou » (de William Blum) qui déclare dans son introduction… » Il a ensuite cité le paragraphe d’introduction que j’avais écrit (qui n’est paru en fait que dans la préface de l’édition britannique, qui fut traduite ensuite en arabe), et qui est le suivant :

« Si j’étais président, j’arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les États-Unis. Définitivement.

D’abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d’autres victimes de l’impérialisme américain.

Ensuite, j’annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e État des États-Unis mais dorénavant – chose curieuse à dire – un pays étranger.

Et puis, je réduirais le budget militaire d’au moins 90 %, utilisant le surplus à payer des réparations aux victimes. Ce serait plus que suffisant. Le budget militaire d’une année, soit 330 milliards de dollars, équivaut à plus de 18 000 dollars de l’heure depuis la naissance de Jésus-Christ.

Voilà ce que je ferais les trois premiers jours.

Le quatrième jour, je serais assassiné. »

William Blum

Ainsi, Ben Laden faisait très clairement usage de mes écrits, et le monde entier l’a entendu. J’étais donc clairement en train « d’aider l’ennemi ». Mais je n’ai pas été inculpé.

Les Etats-Unis aimeraient prouver un usage direct et bénéfique à « l’ennemi » des documents diffusés par Wikileaks ; mais jusqu’à présent il semblerait que la seule chose qui puisse être prouvée est que l’ennemi possédait de tels documents. Dans mon cas, l’utilisation à des fins de propagande est flagrante. Le fait que j’ai moi-même écrit le texte, par opposition à quelqu’un qui l’aurait « volé », n’a aucune importance quant à l’aide apportée à l’ennemi. Je savais, ou j’aurais du le savoir, que mes critiques envers la politique des Etats-Unis pourraient être utilisées par des adversaires de cette politique. En fait, c’est même pour ça que je les ai écrites. Pour fournir des armes aux opposants à la guerre et aux autres militants.

Le Département de Justice et du Socialisme.

Depuis de nombreuses années, chaque fois que l’on me demande d’expliquer ce que j’entends par « socialisme », généralement je réponds simplement : « placer les gens avant les profits ». Il y a d’innombrables détails qu’il conviendrait d’examiner pour transformer une société capitaliste en une société socialiste. En tout état de cause, dans ce futur glorieux, l’état du monde aura évolué d’une manière qu’on ne pouvait pas totalement prévoir. La structure pourrait donc prendre une forme ou une autre, mais son essence devra être la même pour pouvoir être qualifiée de socialiste.

Imaginez donc ma surprise et mon amusement à lire un article de presse sur le procès en cours à la Nouvelle-Orléans qui tente de déterminer, entre autres, le degré de culpabilité de différentes compagnies, particulièrement BP, impliquées dans l’accident historique de 2010 qui a coûté la vie à 11 travailleurs et déversé environ 650 millions de litres de pétrole brut dans le Golfe du Mexique. Le procureur du Département de la Justice a déclaré dans son intervention préliminaire : « Il sera prouvé que BP a placé les profits avec les gens, les profits avant la sécurité et les profits avant l’environnement. » (10)

Eh ben dites-donc… Le Département de Justice a clairement compris l’essence du comportement des multinationales. Le procureur a choisi ces mots-là parce qu’il savait que les sentiments exprimés toucheraient une corde sensible chez les membres du jury. Les membres du jury comprendraient que la BP avait ouvertement ignoré et violé certains idéaux comme le peuple, la sécurité et l’environnement. Inculper la multinationale leur paraîtrait juste et équitable.

Et pourtant, lorsque quelqu’un comme moi exprime ces mêmes sentiments – et il m’est arrivé de prononcer exactement les mêmes mots – je cours le risque d’être taxé d’« extrémisme », ou de « radicalisme », ou toute chose qui agira comme un repoussoir. Il n’y a pas si longtemps, cela aurait été « communisme ».

L’ironie va encore plus loin : si une compagnie ignore ouvertement de placer ses profits avant toute autre chose, les actionnaires peuvent poursuivre ses dirigeants en justice.

Dernière minute ! La véritable raison de la démission du Pape !

Il perd la boule.

En janvier, le Secrétaire à la Défense US Leon Panetta a rencontré le Pape Benoît XVI pour recevoir sa bénédiction. Après, Panetta a dit que le souverain pontife lui a dit « Merci pour tout ce que vous faites pour la paix dans le monde. » (11)

L’art précieux de l’assassinat légal

Les accros à l’ « Hopium » d’Obama peuvent s’attendre à être appelés à soutenir l’usage croissant par le président de drones pour mener des assassinats, parce que les drones sont bons pour l’environnement. Mon informateur à la Maison Blanche me dit qu’Obama va annoncer que tous les drones américains seront bientôt composés à 85% de matériaux recyclables et voleront à l’énergie solaire. Et chaque missile tiré aura une inscription peinte sur son flanc : « C’était un méchant. Croyez-nous sur parole ! ».

William Blum

The Empire Report

Article original en anglais :

The Precious Art of Assassinating “Legally”: Hugo Chávez on the Hit List of “United States Inc.”, publié le 11 mars 2013

Traduction par V. D. pour le Grand Soir 

 

(1) The Guardian (London), December 29, 2011

(2) Huffington Post, March 7, 2013

(3) http://killinghope.org/bblum6/assass.htm

(4) Haaretz.com (Israel), October 25, 2007 ; print edition October 26

(5) “Face the Nation”, CBS, January 8, 2012

(6) Washington Post, August 1, 2012

(7) Iran Media Fact Check, “Does Israel Consider Iran an ‘Existential Threat’ ?

(8) The Guardian (London), January 31, 2012

(9) Political Correction, “American Enterprise Institute Admits The Problem With Iran Is Not That It Would Use Nukes

(10) Associated Press, February 26, 2013

(11) Washington Post, January 17, 2013

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Comme l’on peut constater ces derniers temps dans diverses publications des revues spécialisées, l’administration Obama veut tenir, malgré la situation économique peu satisfaisante dans le pays, à la position d’hégémonie des Etats-Unis à l’avenir. Un des résultats en est la confrontation croissante avec la Chine dans le Pacifique occidental. Contrairement à la stratégie militaire de la précédente administration Bush, qui était intellectuellement plutôt simple et qui est aujourd’hui désigné comme presque archaïque, Obama mise sur la haute technologie pour poursuivre l’hégémonie géostratégique des Etats-Unis dans le monde. Il s’agit de la cyberguerre à l’aide des virus informatiques et des vers informatiques contre des installations sensibles d’un adversaire tel que les réseaux informatiques et d’électricité. Souvenons-nous du virus Stuxnet avec lequel le programme d’armement nucléaire de l’Iran a été sapé en 2010. Les informaticiens comparent Stuxnet en analogue à la guerre aérienne étant une arme de précision dans la cyberguerre.

Parmi les moyens de la haute technologie de l’administration Obama comptent également les drones de combat UCAV (Unmanned Combat Aerial Vehicles). Limité uniquement par quelques règles politiques, les dirigeants indésirables ou des membres clés d’Al-Qaïda sont liquidés par des bombes guidées du type Hellfire d’UCAV qui sont dirigées par des officiers stationnés dans le Nevada. Qu’il y ait des dommages collatéraux, c’est-à-dire des meurtres de civils innocents, les mandataires d’une mission UCAV à Washington DC et leurs opérateurs dans le Nevada l’acceptent.

Le troisième instrument important de l’arsenal stratégique d’Obama et de son administration sont les unités d’élite hautement qualifiées de Special Operations Forces (SOF), comme Seal Team Six et Delta. Avec ces forces spéciales, les adversaires de haut rang sont liquidés directement. Un exemple en était la liquidation d’Oussama Ben Laden dans son repaire pakistanais Abbottabad en 2011. La recherche des informations nécessaires, requises par le Waterboarding (simulation de noyade) auprès des partisans d’Al-Qaïda capturés, revient à la CIA qui a pris de plus en plus en main le rôle du responsable dans la guerre contre Al-Qaïda et qui a ainsi évincé partiellement les forces armées de cette fonction. L’élimination ciblée des dirigeants adversaires montre également une certaine analogie avec les actions des cadres de la guérilla en Europe au milieu des années 80 du XXe siècle. En particulier, les terroristes de la RAF voulaient affaiblir l’Etat et la société de la République fédérale d’Allemagne en tuant les hauts dirigeants de l’Etat et de l’économie pour enfin détruire l’ensemble de la société. L’administration Obama veut parvenir, analogue aux terroristes européens du siècle dernier, à l’effondrement de son adversaire par l’élimination de la direction d’Al-Qaïda.

Pourtant, les axiomes qui déterminent cette stratégie sont intéressants. Pendant que l’administration Obama utilise les moyens high-tech déjà décrits secrètement, elle laisse à ses alliés l’emploi des moyens conventionnels, tels que le bombardement des adversaires de l’air ou/ et le soutien des soi-disant rebelles contre les dictateurs désagréables. On peut citer les exemples comme l’intervention en Libye et au Mali par les alliés européens ou le commandement de la soi-disant Free Syrian Army par la Turquie et l’Arabie saoudite. Une tendance semblable se montre également dans le conflit entre le Japon et la Chine concernant les îles inhabitées dans le Pacifique occidental. Les Etats-Unis se limitent dans tous ces conflits et affrontements sur la logistique. Cette stratégie et vision des choses ont de nombreux points communs avec la stratégie Nixon et Kissinger après la fin de la guerre de Vietnam. A cette époque, Nixon et Kissinger voulaient, comme Obama aujourd’hui, seulement concevoir les objectifs et soutenir la guerre de leurs Alliés par la logistique des Etats-Unis. Même aujourd’hui, les Alliés doivent faire le sale boulot militaire pour les Etats-Unis. Cette façon de penser peut être caractérisée par un «bon mot» français utilisé pendant les deux guerres mondiales, avec lequel les Français ont reproché aux Britanniques qu’ils auraient, dans les guerres, sauvé la vie de leurs soldats britanniques au détriment des Français avec la devise suivante: «Se battre jusqu’aux derniers soldats français!» Les Alliés devraient purger et non plus les Américains, car du point de vue des politiciens à Washington DC, ils ont déjà fait assez de sacrifices dans les guerres des 20 dernières années. Mais, on tait le fait que presque toutes les guerres ont été provoquées et menées par les Etats-Unis.

 Albert A. Stahel, Institut d’Etudes stratégiques, Wädenswil

Traduction : Horizons et débats, no. 9, 4 mars 2013

 

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Crise grecque : « Le fantôme du monde »

mars 15th, 2013 by Panagiotis Grigoriou

« La Molussie est un pays imaginé par [le philosophe atypique Günther] Anders dans Die molussische Katakombe [« La Catacombe molussienne »], livre « antifasciste » « achevé avant la prise du pouvoir par Hitler » mais qu’il n’a paru qu’en 1938 (…) Ce livre écrit, de l’aveu même de l’auteur, dans l’esprit des fables de Brecht, « se composait de nombreuses histoires – il y en a bien une centaine – qui s’imbriquaient les unes dans les autres, comme celles des Mille et Une Nuits. Le sujet du livre, c’était le mécanisme du fascisme. Les histoires étaient racontées par des prisonniers, retenus par la Gestapo « molussienne » dans une cave servant de prison. Les fables, histoires, maximes étaient transmises par les prisonniers de l’ancienne génération à ceux de la plus jeune, puis par ceux-ci, à leur tour, à ceux de la génération d’après…. », [note Christophe David, traducteur de Günther Anders (2001) : « L’obsolescence de l’homme – Sur l’âme de l’époque de la deuxième révolution industrielle », Éditions Ivrea, p. 18].

Place de la Constitution 15/03
La Molussie de Greek-Crisis, c’est bien évidemment la Grèce, elle-même issue d’un phénomène époqual total, voire totalitaire : l’avènement de la méta-démocratie de type occidental. Ce blog prend pour objet la « situation sur le terrain », autrement-dit, des fragments caractéristiques de nos dernières mutations en date, fragments d’ailleurs dont le caractère demeure assez opaque et autant inquiétant, d’autant plus, (qu’en paraphrasant Anders), je dirais que l’a-synchronicité chaque jour croissante entre le fantôme de la vie de chacun d’entre nous et « l’encadrement » politique (en réalité technocratique), relève bel et bien du « décalage prométhéen ». C’est ainsi que dans un monde humain devenu le fantôme de lui-même, le territoire de la Grèce (et qui ne détient pas l’exclusivité hélas), incarnerait en quelque sorte le… fantôme du fantôme.
Ce qui m’a conduit à opter pour un titre définitif de  mon livre en préparation, (en partie issu de ce blog) : « La Grèce fantôme – Voyage au bout de la crise 2010-2013 » (à paraître courant 2013 en France). La préparation de ce livre, ainsi qu’une pause devenue plus que nécessaire, m’ont obligé ces dernières jours à marquer une pause dans la poursuite des écritures du blog, au même titre qu’un éloignement bref d’Athènes, mais pas forcement de son « mundus sensibilis ». Retrouver la capitale… de l’obsolescence humaine et de celle de l’UE par la même occasion, permet de prendre une fois de plus (et de trop), toute la mesure de la densité historique que l’on ne trouve (pas encore) forcement ailleurs. En quelques jours d’absence seulement, j’ai l’impression d’avoir « raté » un épisode entier de la Guerre des étoiles (comme celles figurant sur l’étendard achronique de l’UE, et de son euro). Je remarque qu’à Athènes alors, les limites du conte troïkan sont visiblement depassées, tout le laisse croire en tout cas, et surtout, les manifestations des derniers jours, les actes spontanés (ou pas) de défiance, d’hostilité, de violence des Grecs vis-à-vis de « leur » pouvoir.
Place de la Constitution 15/03 (“on” cherche dans les poubelles)
Même face aux « gouvernants », la Troïka en “visite d’affaires” en Grèce n’a pas trouvé la même docilité qu’avant (dans les apparences en tout cas), au point d’énerver Samaras, lequel aurait (selon la presse grecque) réclamé la médiation politique de Bruxelles, c’est-à-dire de Berlin. Nous arriverons au bout de l’histoire, pas de celle de Fukuyama mais de la nôtre paraît-il, et certainement de celle de l’UE d’une façon ou d’une autre. La dite U.E. est désormais un empire dont ses rapports aux algorithmes financiers et aux lobbys de toute envergure bien qu’opaques, ne sont plus à prouver. La tendance prédatrice des « créanciers » du monde et le ressentiment grandissant des peuples soumis, seraient en train de « provoquer cette transition rapide et inévitable [déjà observée en d’autres temps historiques] : le système de gouvernement basé sur la domination indirecte mute vers l’établissement d’un contrôle direct des territoires de plus en plus nombreux et transformés en provinces (…) », (David Engels, « Le Déclin – La crise de l’Union Européenne et la chute de la République romaine – Analogies historiques», 2012)
“Parlement” grec – Des écoliers en visite (15/03)
Le cauchemar politique, économique et social de nôtre présente période ne faisant plus de doute, car au sein même de ce nouvel (?) empire, la provincialisation de type néocolonial imposée déjà au pays du sud de la zone euro n’est qu’un début, Beppe Grillo, n’a pas dit autre à sa manière lorsqu’il a déclaré dans un quotidien allemand que l’Italie est déjà sortie de la zone euro. « L’Italie peut déjà être considérée comme étant sortie de la zone euro », a affirmé Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 Etoiles (M5S), dans un entretien publié mercredi en Allemagne. “L’Italie est de facto déjà sortie de la zone euro”, a déclaré M. Grillo au quotidien économique allemand Handelsblatt. “Le pays est K.-O. debout”, poursuit-il. Dans le même entretien, il prédit que “l’Italie ne va pas connaître de croissance dans les cinq à dix ans à venir” Le nouvelle figure politique italienne, qui a cristallisé le vote contestataire aux législatives, se défend d’être anti-européen. “J’ai simplement dit que je voulais un plan B pour l’Europe, dit-il. Nous devons nous demander : qu’est-il advenu de l’Europe ? Pourquoi n’avons-nous pas de politique d’information commune ? Pas de politique fiscale commune ? Pas de politique commune d’immigration ? Pourquoi seule l’Allemagne s’est enrichie ?” Il indique également vouloir incorporer davantage les citoyens européens dans le processus de décision sur l’Europe : “Je ferais un référendum en ligne sur l’euro, sur la directive Bolkenstein, sur le traité de Lisbonne – tous ces sujets où notre Constitution a été laissée de côté.” Beppe Grillo se dit convaincu que l’Europe du Nord soutiendrait l’Italie le temps qu’il faudrait “pour récupérer les investissements de leurs banques dans les obligations italiennes”. “Après, ils vont nous laisser tomber”, prédit-il », rapporte le quotidien Le Monde . .
Place de la Constitution 15/03 (“Prêts accordés…)
Il n’y a que les élites et les journalistes mainstream qui font semblant d’ignorer cette réalité (ou plutôt de la « préparer » médiatiquement). Tel me semble-t-il est le sens de cet article de El Pais, révélateur à sa manière de l’Ère « molussienne » de la… nouvelle Europe : « Les derniers chiffres de l’Eurobaromètre illustrent ce que les résultats électoraux disent les uns après les autres : frappés par la crise, les Européens n’ont plus confiance en l’UE. Après avoir sauvé l’euro, il faut sauver la légitimité de l’UE et si possible, avant les élections de 2014 (…) Les conséquences très limitées du chaos post-électoral en Italie en disent long sur cette nouvelle solidité de l’euro, pour le moment en tout cas. Rappelons-nous, en octobre 2011, le choc suscité par la décision de Georges Papandréou de convoquer un référendum sur les politiques de rigueur dictées par la troïka : l’annonce avait porté les indices d’incertitude avec lesquels jouent les analystes financiers à des niveaux plus élevés que ceux qu’ils atteignaient au lendemain des attentats du 11 septembre. L’Italie a beau être plongée dans un indubitable chaos, l’euro résiste. Il n’en reste pas moins que le résultat italien, couplé à la solidité de l’euro, vient aussi illustrer la faiblesse politique de l’Europe, et mettre en lumière une crise de légitimité qui se creuse dangereusement, élection après élection. (…)  
Animal “adespote” – Athènes 15/01
Les chiffres de l’Eurobaromètre, ce sondage d’opinion réalisé tous les semestres par la Commission, ne laissent aucun doute sur l’ampleur de la chute de confiance des citoyens européens envers l’Union (…) La dégringolade est spectaculaire et oblige à une réflexion en profondeur, en particulier dans le cas d’un pays à la tradition europhile aussi ancrée que l’Espagne. En Grèce, en Irlande, au Portugal, à Chypre, l’UE est considérée avec une défiance aussi écrasante qu’en Espagne. Cependant, il est significatif que cette flambée de méfiance ne se limite pas aux seuls pays fortement endettés, mais concerne aussi les pays en meilleure situation financière, voire les pays créanciers : en Allemagne, en Autriche, en France, aux Pays-Bas ou en Finlande, la population n’a pas confiance en l’Union non plus. Force est de constater que la défiance ne concerne pas seulement l’UE mais s’exerce aussi à l’encontre de certains pays et de certains citoyens. Dans cette situation, tout le monde y perd. Nous voilà donc face à un grave problème de légitimité. Dans la sphère européenne, où l’identité collective, les valeurs communes et les processus démocratiques restent balbutiants, la légitimité était surtout venue des performances économiques : plus la croissance était forte, plus la population soutenait l’intégration européenne, et vice-versa. Ce qui signifie que la réserve de légitimité du système, puisqu’elle est presque exclusivement fonction de la croissance économique, se révèle très limitée, et tend à s’épuiser à vitesse V dans un contexte de crise. (…) En juin 2014, l’Europe appellera ses électeurs aux urnes. Si d’ici là, la confiance des citoyens dans l’UE n’est pas restaurée, la surprise risque d’être assez désagréable. Sauver l’euro était un impératif, mais l’euro n’est pas une fin, simplement un moyen. La fin, ce sont les citoyens : un euro sans eux n’a pas tellement de sens. », (José Ignacio Torreblanca : «L’Europe a perdu ses citoyens », El Pais – 11/03, traduction : Julie Marcot  ).
Place de la Constitution 15/03 – (la dame aux stylos)
Parallèlement, et depuis un moment à Varsovie, on estime que « (…) La génération Erasmus, [serait le] dernier espoir de l’Europe (…) Ne comptez pas sur les dirigeants de l’UE pour sortir de la crise. L’avenir sera construit par la jeunesse que ceux-ci ont oubliée, écrit le philosophe polonais Jarosław Makowski, alors que Bruxelles cherche des financements pour permettre au programme d’échange d’étudiants de survivre aux coupes budgétaires. (…) Jusqu’à présent, les sociologues ont mis l’accent sur la soit-disant “génération perdue”. Les politiciens étaient réticents à l’idée d’utiliser cette formule, jusqu’à ce que Mario Monti, le Premier ministre italien, brise le silence. Ainsi, il a simplement déclaré à ses jeunes compatriotes: “Vous êtes la génération perdue”. Et plus précisément: “La triste vérité est que le message d’espoir — en termes de transformation et d’amélioration du système dans son ensemble — ne pourra être adressé à des jeunes gens que dans quelques années”. Les mêmes phrases pourraient tout autant être prononcées par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron. Monti a ouvert la voie. Ainsi, d’ici peu, nos dirigeants vont allègrement proclamer la “bonne nouvelle”, appelant les jeunes à oublier la vie dont ont pu jouir leurs parents. Disons les choses clairement: la responsabilité de la crise que traverse l’Europe incombe aux élites politiques et intellectuelles actuelles, à cette génération de dirigeants qui a grandi dans un “palais de cristal” (…) », (Jarosław Makowski: « Débat : La génération Erasmus, dernier espoir de l’Europe », Gazeta Wyborcza Varsovie – 24/10/2012, traduction : Jean-Baptiste Bor  ).
Près de la Place de la Constitution 15/03 – café en faillite
Ce vendredi matin (15/03) à Athènes, le temps était assez instable, la mer Egée déchainée, et le printemps déjà si avancé… en attendant bien entendu celui des peuples. Retrouver notre capitale des Catacombes molussiennes c’est retrouver également cette tristesse joyeuse du fantôme du monde dans un “état de nature” sans doute plus avancé qu’ailleurs. Et la fin de certaines désillusions sans doute : « Tu n’étais pas à Athènes pour quelques jours seulement et voilà, regarde bien dans quel état tu nous trouves. Le temps événementiel va trop vite ici, nous ne pouvons plus suivre, nous en sommes épuisés, vidés et incapables de formuler la moindre réflexion, potentiellement réalisatrice du nouveau monde bien à nous », assurent mes amis. Certes, mais au moins, nos représentations elles aussi, «elles avancent» trop vite. « (…) Le conte pour enfant qui consistait à dire que «c’est par sa faute que la troïka ne nous comprend pas» finit-il en ce moment. Tel est d’ailleurs le constat que font au quotidien les députés et les ministres du gouvernement tripartite, lorsque le hasard les oblige à se mêler au bas peuple, à l’occasion d’un discours, dans un avion ou encore dans une taverne … 
Athènes centre 15/03
Le temps où le gouvernement «livrait bataille» pour sauver les salaires et les pensions », pour «ne pas laisser sortir le pays de l’euro », ou afin de « mettre l’économie sur une trajectoire de croissance » est définitivement révolu. Tout le monde (et de bonne foi), voit maintenant les résultats de la politique du gouvernement tripartite, et ne se sent aucunement concerné par ces présumées « nobles » intentions [du gouvernement]. Les gens savent désormais que ni les salaires ni pensions n’ont été sauvés. Le chômage, la flexibilité au travail, la réduction forcée des revenus déjà maigres et la persistance de la « vie chère », ont fait disparaître de la circulation l’essentiel de la masse monétaire. Il est maintenant évident – et les gens le constatent dans leur vie quotidienne – que sans liquidités, il n’y a aucune perspective de croissance. Et sans croissance, il n’y aura pas non plus de… Grèce dans la zone euro. Disons qu’en termes plus simples, la société grecque comprend désormais que le couteau qui tourne dans sa plaie, touche déjà l’os, et ceci, non pas pour enfin éradiquer la corruption ou réparer les torts causés, mais tout simplement pour couper la chair sociale. Malgré la puissance de la propagande, la réalité demeure imbattable. Et la réalité vécue par les travailleurs, les chômeurs, les retraités dans le pays est si douloureux (…) », (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki, 13/03).
“La rue d’Athènes” 15/03
La rue d’Athènes, et probablement celle de Rome, de Madrid et de Lisbonne réalise à présent certains tenants et aboutissants du « Plan D », élaboré par la Commission de Bruxelles. « La Commission est comme un chaudron bouillant en ce moment. Les élections en Italie ont fait apparaître ce que les technocrates de Bruxelles avaient soigneusement caché et obscurci, les leaders des pays de la zone euro faisaient les sourds, tandis que la planète entière était bien au parfum : la zone euro est essentiellement divisée en deux parties, le sud pauvre et les pays riches du nord, sauf que le Nord aussi est menacé par la crise renaissante et par des troubles sociaux (…) [Le régime de] la nouvelle « Xénocratie » (sic) [se met en place]. Alors que le gouvernement tripartite grec est accroché derrière le char allemand, incapable de faire face au destin du pays, se réfugiant à tour de communication mensongère, comme sur les prétendus investissements, la croissance ou la reprise, objectifs en somme inatteignables. Les Allemands, véritables souverains de la zone euro, restent réticents à remettre la main dans leurs poches, et préfèrent appliquer des méthodes coloniales classiques : se précipiter pour ainsi s’assurer la mainmise sur toutes les richesses grecques, afin d’obtenir par le même coup, toutes les garanties possibles pour ce qui est des emprunts en cours. La Grèce, après une chute de 25% de son PIB, et de si sombres perspectives d’avenir, voit ses richesses nationales (actuelles et futures), ainsi compromises. Pourtant, ses ressources futures – étaient la seule garantie d’une croissance réelle – sont en train de passer entre les mains des créanciers. Les temps décomplexé du retour à la subordination « xénocrate » (sic) la plus évidente, revient, après l’entracte historique des dernières décennies, d’ailleurs sous le rideau des apparences européennes. Voilà un pays du tiers monde qui devenir une colonie, tout en restant officiellement dans le premier [monde]. Cette contradiction n’est pas durable … », (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki, 13/03  )
Athènes 15/03
Le fantôme du monde et (du premier monde) c’est aussi cela Athènes. Ce matin pourtant, vent et douceur de vie, place de la Constitution on respirait encore… ou presque. Des écoliers visitaient encore le « Parlement » comme si de rien n’était, pourtant, une flèche bien explicite dessinée sur le kiosque fermé d’en face semble indiquer… prosaïquement le chemin vers l’Assemblée : « porcs ». Les mendiants anciens et nouveau sont à leur place, comme cette vieille femme qui « vend » des stylos, y compris les bombons sur le trottoir, oui, tout était à sa place ce matin, comme nous tous d’ailleurs.
“Le chemin vers l’Assemblée” : « porcs » – 15/03
J’ai remarqué cette atmosphère pesante et triste, l’insécurité en plus, déjà dans les regards. Athènes est aussi un fantôme dans ce sens, en plus de son propre fantôme. Et tout change. J’ai ainsi remarqué une nouveauté sur un mur : « Prêts destinés aux entrepreneurs, aux fonctionnaires, aux particuliers et aux entreprises sans tenir compte de la liste officielle des surendettés et insolvables. Prêts depuis l’étranger : Bulgarie – Roumanie – Conditions requises… » Au moins la Grèce fantôme retrouvera désormais toutes ses (co)existences balkaniques.
“Un restaurant proche de la Place de la Constitution “- 15/03
Un restaurant proche de la Place de la Constitution était bien vide à l’heure du déjeuner : « Depuis un an demi c’est comme cela, comme ce midi. Nous mourons. Nous sommes procédés par une telle colère, sauf que nous ne savons pas comment et contre qui la cracher concrètement. Ou peut-être que si… Cela ne durera plus trop longtemps monsieur… ».
J’ai acheté des haricots blancs à emporter pour quatre euros, pain et citron compris. « La monnaie nationale n’est pas faite pour les soumis », pouvait-on lire sur le trottoir d’en face. Drôle de temps, époque fantôme, temps peut-être finissant et brouillé.
Panagiotis Grigoriou
Panagiotis Grigoriou est historien et ethnologue.
(*) Première photo : Mendiant, place de la Constitution 15/03
« La monnaie nationale n’est pas faite pour les soumis » – Athènes 15/03
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La création d’une union économico-politique réunissant dans un seul bloc les Etats-Unis et l’Union Européenne est plus que jamais d’actualité. Ce projet, d’une importance capitale pour les populations des deux côtés de l’Atlantique, n’a pourtant reçu aucun écho de la part des principaux médias des pays concernés. De la bouche même de Karel de Gucht cependant, commissaire européen chargé du commerce et un des principal responsable de la mise en place de futures négociations concrètes à ce sujet, « cet accord deviendra la norme, non seulement pour nos prochaines bilatérales concernant le commerce et l’investissement, mais aussi pour le développement de règles globales (…) qui participeront à définir l’environnement économique futur du monde[1] ». Juan Manuel Barroso, de son côté, soulignait que, malgré les nombreuses difficultés que suppose la mise en place de cet accord, ce dernier constituera « le plus important accord bilatéral jamais signé [entre les USA et l’Union Européenne] »

Début février de cette année, une avalanche de déclarations et de communiqués de presse, mentionnés uniquement par les observateurs attentifs, s’abattit sur les sites web des principaux organes du pouvoir européen. A y bien regarder, cette effervescence a été déclenchée par la parution, le 11 février, du rapport final établit par le High Level Working Group on Jobs and Growth[2] (HLWG). Cet organe, commission d’étude transatlantique établie en novembre 2011 par les principaux responsables états-uniens et européens, avait pour but :

« d’identifier les politiques et les mesures à mettre en place afin d’augmenter les échanges commerciaux et l’investissement, et de soutenir mutuellement les effets bénéfiques de la création d’emploi, de la croissance économique et de la compétitivité, en travaillant étroitement avec le secteur public et les intervenants des groupes du secteur privé, et en faisant appel de manière appropriée aux relations et aux mécanismes déjà existants[3] ».

L’objectif affiché était donc ni plus ni moins que l’analyse des différentes modalités d’actions politiques et juridiques disponibles en vue de l’expansion du commerce transatlantique et de la création d’un grand marché unifié entre les deux rives de l’Atlantique nord.

Ce rapport faisait suite à plusieurs déclarations émanant des plus hautes sphères du pouvoir européen, et allant dans le sens de la création d’un marché atlantique commun. Le 7 février, le site Neurope.eu révéla que le développement des relations commerciales avec les Etats-Unis serait une des priorités de la nouvelle présidence irlandaise du conseil de l’Europe. Cette dernière annonça en effet lors de la séance du Conseil européen du 7 février qu’elle « ferait avancer les recommandations retenues par le High Level Working Group on Jobs and Growth, incluant la mise en place d’une nouvelle génération d’agrément de libre-échange et d’investissement entre les USA et l’UE [4] » capables de maximiser le potentiel de la coopération transatlantique. Le lendemain de cette déclaration, dans un autre article publié sur Neurope.eu rapportant des propos émis par l’agence de presse Reuters, on pouvait lire que « le premier jet des propositions[concernant la mise en place un accord de libre échange entre les USA et l’UE] avancées par Karel de Gucht, commissaire européen chargé du commerce, et Ron Kirk, le représentant au commerce américain, est presque terminé, et que les négociations pourront commencer dans les mois qui viennent. [5] » Ces propositions renvoyaient en fait aux conclusions finales que le HLWH allait rendre publique trois jours plus tard.

Le 12 février, en réponse à ces déclarations, Barack Obama, dans son discours sur l’état de l’union donné devant les membres du Congrès, donna son feu vert au début des négociations portant sur la mise en place de cette future union économique. Faisant écho aux conclusions positives émises par le HLGW, et venant confirmer les attentes des commissaires européens formulées lors de la dernière réunion du conseil, les propos du président américains tombèrent à pic. Ils laissent cependant augurer de la tenue d’âpres discussions sur des sujets ayant déjà fait couler beaucoup d’ancre par le passé, comme les réglementations portant sur le commerce des produits agricoles et le traitement des informations numériques, sur lesquels il sera pourtant impératif de trouver un terrain d’entente.

Vital Moreira, membre de la Commission du commerce international (International Trade Commitee) et responsable européen des relations avec les USA, a d’ailleurs souligné dans un article du 22 février paru sur neurope.eu que « le plus gros problème dans les négociations concernerait les normes sanitaires des plantes et de la viande ». Nous apprenons aussi dans ce même article que les autres sujets d’inquiétude relevés par les membres du parlement européen, par ailleurs largement favorables à cet accord de libre-échange, sont notamment les droits de propriété intellectuelle ainsi que les divergences juridiques et idéologiques existant de part et d’autres de l’Atlantique concernant les organismes génétiquement modifiés (OGM) – couramment consommés aux Etats-Unis mais pas en Europe –, et l’utilisation du bœuf au hormones ou du poulet chloré. Un marché commun supposerait en effet que les produits venant des USA, y compris les OGM, soient largement distribués, de manière non régulée, sur l’ensemble du territoire européen.

Selon les estimations[6], et malgré les évidentes difficultés qu’elle suppose, la signature définitive de cet accord de libre-échange serait cependant susceptible de booster le PIB européen et Etats-unien de 0.5 %, ce qui équivaudrait à plusieurs millions d’euros chaque année. Afin de mener à bien ces débats, la Commission compte présenter en mars au Conseil européen une ébauche des directives concernant les futures négociations qu’il s’agira d’entreprendre. L’échéance prévue pour la mise en place effective de ce marché unique se situe, elle, selon toute vraisemblance, à l’horizon 2015[7].

Un peu d’histoire…

Afin de bien comprendre tous les enjeux recouvrant les déclarations exposées plus haut, il est important de souligner que ce projet, tel qu’il apparaît dans sa forme actuelle (qui est celle des conclusions exposées dans le rapport final du HLWG), ne date pas d’hier, et est l’aboutissement récent d’une longue maturation d’idées et de palabres s’étant tenus pour la plupart en secret, dans les coulisses du pouvoir, à Washington et à Bruxelles. Il remonte en fait au début des années 1990. Sa première évocation fut consécutive à la chute du rideau de fer, et est contenue dans la Déclaration Transatlantique, signée l’année suivante. Les actuelles propositions de suppressions des tarifs douaniers y étaient déjà évoquées, tout comme la volonté de resserrer les liens politiques à l’aide de consultations fréquentes entre les instances du pouvoir des deux puissances atlantiques. La priorité était alors à l’approfondissement de la coopération et de la solidarité transatlantique[8]. Il était aussi question d’encourager la mondialisation du commerce.

En 1995, un Nouvel Agenda Transatlantique fut adopté par Bruxelles et Washington. Pour la première fois y était mentionnée explicitement la création d’un nouveau marché transatlantique. Y était souligné également la nécessité d’un rapprochement de l’UE et des USA sur un nombre varié de sujets allant de la promotion de la paix dans le monde à l’établissement de relations économiques plus étroites entre les deux partenaires, devant s’incarner à travers différents contacts formels ou informels, notamment parlementaires et économiques, avec la création du Transatlantic Business Dialogue (TABD), le plus grand lobby de multinationales au niveau transatlantique[9]. Ce Nouvel Agenda stipulait aussi le besoin de créer des ponts (sociaux, culturels et scientifiques) à travers l’atlantique.

En mai 1998, lors du sommet EU-US de Londres, un Partenariat Economique Transatlantique fut signé. Lors de l’adoption de cette charte, une étape importante en vue de l’établissement d’une intégration économique transatlantique fut franchie. Ce partenariat mériterait qu’on s’y attarde plus longuement, mais il suffit de dire ici que s’y trouvait déjà en substance tous les points exposés dans le rapport final de février du HLWG : mise en place d’un marché commun des produits agricoles ; suppression des tarifs douaniers ; égalisation juridique en ce qui concerne la propriété intellectuelle, l’investissement et le commerce électronique ; libéralisation des échanges et de l’investissement ; etc. Plus concrètement, il s’agissait surtout d’harmoniser les réglementations pour les biens et services, de manière à accélérer le processus d’intégration économique des deux continents.

Le 30 avril 2007, enfin, fut crée le Conseil Economique Transatlantique (CET), dirigé conjointement par un commissaire européen, actuellement Karel de Gucht (également commissaire européen du commerce), et un américain, Michael Froman. La création de ce Conseil fut l’œuvre de George W. Bush, alors Président des Etats-Unis, Angela Merkel, alors présidente du Conseil Européen, et J. M. Barroso, président de la Commission Européenne. Les buts du CET, se réunissant habituellement une fois par année, sont les mêmes que ceux définis préalablement depuis 1990 : définir un cadre concret d’application du partenariat transatlantique, en harmonisant les politiques de régulation afin d’être plus compétitif face aux économies émergentes, notamment la Chine. Le rôle du CET est aussi de produire des recommandations et de restreindre les potentielles envies de protectionnisme des différents acteurs politiques.

Une ambition géocivilisationnelle

Derrière les beaux discours sur la croissance, l’emploi et la compétitivité, l’ambition à terme d’une telle alliance économique est de fondre dans un bloc politique et culturel unifié les continents européens et nord-américains, en traçant des frontières allant de San Francisco à la Russie (cette dernière n’entrant pas dans les limites assignées au monde « occidental »). Comme le souligne très bien le sociologue Jean-Claude Paye, « un processus d’absorption de l’Union européenne dans l’espace économique états-unien[10]  » est en cours, devant à terme déboucher sur une uniformisation politique et culturelle des deux blocs. Ce processus, s’il devait arriver à son terme, aurait plusieurs implications concrètes qu’il est important d’avoir en tête pour comprendre l’ampleur des conséquences d’un tel rapprochement.

Tout d’abord, dans la continuation du mouvement d’américanisation de l’Europe s’étant mis en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il est plus que probable que l’unification transatlantique se fera sur le modèle économico-culturel nord-américain[11], empêchant tout développement identitaire indépendant de l’Europe. L’influence américaine en Europe est déjà visible de facto dans nombres de think tank[12]s et autres institutions transatlantiques, présentes depuis de longues date sur le continent, et dont l’OTAN est certainement une des plus représentatives.

Les influences institutionnelles supra-continentales induites par un marché unique auront aussi leur pendant dans la perte croissante de souveraineté des démocraties européennes, et en dernier ressort agiront directement sur les politiques sociales et environnementales, qui, rappelons-le, divergent fortement de part et d’autres de l’Atlantique sur tout une série de critères, que les débats autour de l’agriculture et des OGM cristallisent.

Il s’agit donc de penser cette construction transatlantique sous deux angles bien spécifiques, celui de l’économique et celui du politique. La mise en place de nombreuses lois harmonisant les réglementations concernant les biens et les services échangés, devant déboucher sur la création d’un grand marché transatlantique unifié, n’est que l’une des faces du processus d’intégration. La seconde est la création d’une Fédération transatlantique ayant pour base une défense commune (existant déjà de facto avec l’OTAN), et des réglementations monétaires unifiées. De fait, dans une résolution du parlement européen datant du 25 avril 2007, est mentionné à l’alinéa 35 que :

« Les échanges interparlementaires existants devraient être graduellement transformés en une “assemblée transatlantique” (…) »

Cette assemblée transatlantique, regroupant des membres du Congrès américain et du Parlement européen serait alors, si elle se mettait en place, la première expression concrète de la mise sur pied d’une réelle Fédération transatlantique.

On apprend par ailleurs que la perspective de créer une monnaie transatlantique commune, qui pourrait notamment s’appeler l’euro-dollar, fut un des sujets discuté lors de la séance du CET du 13 mai 2008[13]. Une telle union monétaire serait en fait la suite logique de la création d’un marché commun unifié et de la mise en place d’institutions politiques transatlantiques.

En définitive, il semble que la construction transatlantique se fasse à peu de chose près sur le même modèle que celle de l’Union Européenne depuis les années 1950. Tout commence par une union économique (création d’une communauté du charbon et de l’acier pour l’Europe en 1952), conduisant à une intégration économique et politique progressive (Traité de Rome en 1957) débouchant à terme sur une union monétaire (le passage à l’euro en 1999).

A n’en pas douter, le rapprochement transatlantique se fera de cette manière, et les faits avancés tout au long de cette article viennent appuyer la réalité de ce processus. Quelles que soient ses conséquences culturelles et sociales, il tient à cœur les responsables de Washington et de Bruxelles. Comme affirme à ce sujet un symposium de la Fondation Bertelsmann datant de juillet 2003 :

« En raison des défis globaux, il n’y a pas d’autre alternative qu’une alliance transatlantique. Le diagnostic est posé et la thérapie doit commencer. Qui veut positivement changer le monde, doit utiliser le potentiel transatlantique. Le partenariat transatlantique reste la force décisive qui façonne la politique mondiale[14]. »

Il est difficile de prévoir actuellement quel sera le résultat des débats récents sur le sujet, mais il n’est pas utopique de penser, au vu des moyens mis en œuvre, qu’ils finiront par aboutir à un accord concret. Cela pose de graves questions aux populations européennes, notamment en termes d’implications sociales, environnementales et culturelles. Mais, au vu de l’opacité entourant les discussions politiques, cela interroge aussi sur l’avenir de nos démocraties occidentales. Autant de sujets sur lesquels il est impératif de faire toute la lumière. Ce sera l’enjeu principal de ces prochaines années pour tous ceux qui s’y intéressent, journalistes et spécialistes confondus. Il en va de l’avenir de l’Europe et du monde.

Martin Bernard

[1] http://www.neurope.eu/article/eu-us-trade-negotiations-launched-soon (23.02.2013)

[2]Groupe de haut niveau pour la croissance et l’emploi

[3]Interim Reports to Leaders from the Co-Chairs EU-U.S. High Level Working Group on Jobs and Growth, Introduction, 19 Juin 2012.

[4] http://www.neurope.eu/article/eu-us-trade-relationship-priority-irish-presidency (07.02.2013)

[5]http://www.neurope.eu/article/eu-us-may-start-fta-negotiations (08.02.2013)

[6] http://www.neurope.eu/blog/transatlantic-trade-offs (26.02.2013)

[7] Ibid.

[8] Un site complet et sérieux explore en détails chacune des étapes du projet de marché unique transatlantique. Y sont analysés en détail les différents documents officiels disponibles sur le site de l’UE. Une mine d’information pour toute personne souhaitant approfondir le sujet. En voici le lien : http://www.theorie-du-tout.fr/search/label/Chroniques%20Transatlantiques (02.03.2013)

[9] Pour quelques compléments : http://fr.wikipedia.org/wiki/Transatlantic_Business_Dialogue (02.03.2013)

[10] PAYE Jean-Claude, « Le futur grand marché transatlantique », 2009, réseau Voltaire (www.voltairenet.org)

[11] C’est-à-dire pour faire court le néolibéralisme et la société de consommation.

[12] Comme le German Marschall Fund, The Chatham House ou la Fondation Bertelsmann

[13] Voir l’article de Pierre Hillard intitulé « La fondation Bertelsmann au service d’un marché transatlantique et d’une gouvernance mondiale  », disponible sur le réseau Voltaire à l’adresse suivante : http://www.voltairenet.org/article160130.html

[14] Cité in HILLARD Pierre, « La fondation Bertelsmann au service d’un marché transatlantique et d’une gouvernance mondiale », pp. 2-3 (lien de l’article à la note précédente)

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Ce n’est pas exagéré de dire que l’ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Maura Connelly, a donné le coup d’envoi du nouveau plan américain visant à répandre le désordre sécuritaire et à créer une ambiance de confrontation qui conduira au vide dans le pays à l’occasion des élections législatives. Une échéance que Washington souhaite voir organiser à la date prévue au nom du respect des délais constitutionnels, alors qu’en réalité il l’utilise pour servir ses desseins.

Les mouvements coordonnés des groupes extrémistes takfiristes, leurs discours provocateurs exacerbant les tensions politiques et leurs campagnes médiatiques contre le Hezbollah font partis de ce plan américain destiné à encourager l’escalade sur le terrain, avec la complicité active du Courant du futur et d’entreprises médiatiques au sein desquelles travaillent des délégués des services de renseignements américains du bureau de communication US, basé à Dubaï. Ces deux dernières années, tous les efforts des Etats-Unis pour provoquer une discorde sectaire avaient échoué.

On pourrait se poser la question sur la relation entre les cheikh Ahmad al-Assir et Daï al-Islam al-Chabal d’un côté, les Etats-Unis de l’autre. La réponse est claire: cette relation est entretenue via les financiers du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït et le clan Hariri au Liban) de ces deux dignitaires extrémistes, qui sont directement liés aux Américains dont ils exécutent les instructions à la lettre.

Le plan américain consiste à asséner un coup à un des piliers de la stabilité du Liban, représenté par le formule du pouvoir mise en place au Liban depuis la formation du gouvernement de Najib Mikati. L’action de Washington vise à relier les dossiers explosifs de la région, notamment la Syrie, l’Irak, le Liban et la Jordanie. Son but est d’améliorer les conditions des négociations afin de renforcer l’influence de ses collaborateurs dans la région. Surtout que cette influence avait sérieusement reculé après le retrait américain d’Irak et les défaites israéliennes au Liban et en Palestine.

Dans ce contexte, Maura Connelly a transmis au président de la République Michel Sleiman, au Premier ministre Najib Mikati et au ministre de l’Intérieur Marwan Charbel, des messages leur demandant de commencer les préparatifs pour la tenue des élections législatives en juin prochain sur la base de la loi de 1960. Car le remplacement de cette loi conduirait à un recul supplémentaire de l’influence de Washington et de ses auxiliaires libanais et régionaux, y compris les centristes, dont les liens avec l’Occident ne sont plus un secret pour personne. La demande transmise par Mme Connelly a créé un climat électrifié à l’intérieur du gouvernement libanais après que MM. Sleiman, Mikati et Charbel aient cédé aux “souhaits” américains, qui reflètent un changement de la tactique des Etats-Unis qui ont décidé de tourner la page de la stabilité et d’opter pour l’escalade dans la région allant de l’Irak au Liban, en passant par la Syrie et la Jordanie.

Le mouvement entamé par le Conseil de coopération du Golfe pour faire pression sur le Liban et menacer d’expulser des milliers de Libanais travaillant dans ces Etats est une des illustrations de ce plan américain. De même que la féroce campagne de dénigrement lancée contre le ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour et les informations sur le limogeage du chef de la diplomatie et des deux ministres du Hezbollah. Les fuites sur l’intention du président Sleiman de demander aux ministres qui lui sont proches de démissionner s’inscrivent dans ce même cadre. Toutes ces mesures, si elles sont mises en œuvre, porteraient un coup à la stabilité gouvernementale et politique aux plus hauts sommets de l’Etat.

Ces données apportent la preuve de l’existence d’un plan américain de déstabilisation dans le but d’élargir le champ de bataille syrien en y incluant le Liban, afin de mettre sur la table des négociations la question des armes de la Résistance. L’ultime objectif étant, bien entendu, de garantir la sécurité d’Israël en affaiblissent la Résistance.

Ghaleb Kandil

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En Algérie, les réseaux de déstabilisation sont en place depuis la fin 2010. Ils se sont déjà fait la main en Janvier puis en Août-septembvre 2011. La crise libyenne, l’assaut contre la Syrie et les opérations de l’OTAN au Sahel ont simplement reporté leur opération en vue d’un coup d’état pro-occidental.

OTPOR / CANVAS, ENCORE ET TOUJOURS …

Ces réseaux de déstabilisation, il ne faut pas les confondre avec les réseaux djihadistes chargés, eux, ensuite, de transformer l’insurrection en guerre civile.

Derrière ces réseaux on retrouve les activistes arabes formés à Belgrade et aux USA par le réseau OTPOR et CANVAS (1) son école de subversion, financés par la CIA. OTPOR, directement financé et soutenu par la CIA et les réseaux SOROS, est directement derrière le déclenchement des soi-disant “révolutions arabes”, par le biais de coups d’état rampants qui sont la marque des mercenaires des USA et de l’OTAN. Il s’agit purement et simplement comme nous n’avons cessé de le dire dès le premier jour de coups d’état, soigneusement orchestrés et préparés par les services spéciaux de l’OTAN. Avec l’aide des mercenaires de l’Occident, les professionnels de la déstabilisation made in NATO, « OTPOR et cie » …

Srdja Popovic, qui dirige maintenant le Center for Applied Nonviolent Action and Strategies, basé à Belgrade (Serbie), ou CANVAS, le confirmait en mars 2011 dans une interview avec l’Associated Press. Les vétérans du mouvement OTPOR – les tombeurs de Milosevic à Belgrade en octobre 2000 – ont continué à créer une organisation qui forme en Serbie et aux USA des mercenaires pro-occidentaux spécialisés dans l’art de la subversion, sous prétexte de « révolution pacifique » (sic). Ils ont formé l’un des groupes principaux de jeunes au centre de la révolution en Egypte, et précisent avoir « influencé la rébellion libyenne ». « Il est probable que certains groupes de jeunesse libyens ont eu l’idée sur la façon de renverser le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi des militants égyptiens que nous avons formés », a déclaré l’ancien chef d’Otpor Popovic. OTPOR a aussi organisé des groupes en Tunisie, au Yemen, à Bahrein,k au Maroc. Et en Algérie. (2)

J’ai longuement analysé les deux coups de forces occidental en Algérie tentés en janvier et septembre 2011. Je renvoie le lecteur intéressé à ces analyses (3)

VERS UN NOUVEL ASSAUT CONTRE L’ALGERIE :
« DES BLOGUEURS ENTRAINES PAR LA CIA EN TUNISIE »

Revoilà, semble-t-il, ces mercenaires de l’agitation politique qui s’intéressent à nouveau à l’Algérie.
Leader du Parti des travailleurs algérien (gauche laïque), Louisa Hanoune a révélé lors d’un rassemblement populaire ce Dimanche à Annaba, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, « qu’une société américaine privée recrute plus de 200 jeunes algériens résidant en Tunisie pour les utiliser dans le prochain épisode du printemps arabe prévu bientôt en Algérie ». Le nombre de blogueurs algériens impliqués dans ce programme est de 200, travaillant à « déterminer les restrictions sur les libertés en Algérie et à définir les besoins sociaux de la population ». Certains ont pour mission de « documenter les événements de la décennie noire en Algérie et les abus de pouvoir pendant les années 90 ».

Elle a ensuite «  confirmé la présence d’autres organisations non-gouvernementale appartenant au service de renseignements américains qui œuvrent pour la déstabilisation de l’Algérie, profitant des conditions socio-économiques difficiles des régions du sud de l’Algérie où l’on assiste à l’effervescence de slogans étranges appelant à la sécession du sud de l’Algérie ».

Selon le quotidien algérien alFajr, « il semble que le Mouvement de la Renaissance travaille en coordination avec la société américaine Freedom House pour recruter 200 jeunes blogueurs algériens et les faire activer sur des sites de réseaux sociaux ou organiser des forums dénonçant une soi-disant crise en Algérie voire un rétrécissement des libertés dans le pays ».
Le tout encadré dans un programme baptisé « nouvelle génération de militants pour la démocratie en Algérie ».

SCENARIO DE TYPE LIBYEN EN ALGERIE

Un programme qui vise à déstabiliser l’Algérie, supervisé dans les coulisses par le ministre algérien des droits de l’homme et cadre au Mouvement de la Renaissance, Samir Dilo. Car le cheval de Troie pro-occidental est déjà en place au sein même du régime algérien, qui s’est ouvert à des formations islamiques dites « modérées ».

Un scénario qui rappelle la Libye de Kadhafi où l’aile libérale pro-occidentale, apparue au grand jour en 2003, a déstabilisé la Jamahiriya et préparé le coup d’état du CNT. Ces libéraux, là aussi allié à des islamistes comme Mustapha Abdeljalil, ayant pris la tête du CNT (4).
La Libye aussi, depuis 2003, avait une aile libérale, opposée à celle des socialistes patriotes. Celle rassemblée derrière Saïf Al Islam, qui a amené libéraux et islamistes (comme le président du pseudo CNT Abdel Jalil) au pouvoir. Il faut lire les pages révélatrices de Bernard-Henry Levy sur Saïf dans son dernier livre d’auto-propagande personnelle « LA GUERRE SANS L’AIMER », où il pose la question qui choque : « comment celui qui était des nôtres (l’expression est de lui) a-t-il pu rejoindre son père ? »…

Le régime libyen a été déstabilisé et attaqué de l’intérieur, dès 2003. Avant que les bombes, les armées et les mercenaires de l’OTAN et des USA ne viennent finir le travail. J’ai vécu de l’intérieur cette prise de la Libye, aux côtés de nos camarades socialistes du MCR. J’ai vu comment les illusions de Tripoli sur la coexistence pacifique et l’économie globalisée, mais aussi sur le dialogue avec les « islamistes modérés », ont permis aux libéraux libyens de se constituer en Cheval de Troie et de préparer l’assaut extérieur. Tous ces libéraux, à l’exception du fils de Kadhafi qui a choisi la fidélité à son père et à sa patrie, se sont retrouvés dans la junte de Benghazi, puis aujourd’hui dans les institutions fantoches de la Libye recolonisée.

ENCORE ET TOUJOURS LES FRERES MUSULMANS

Le quotidien al Fajr dévoile « la tenue d’une session de formation à la désobéissance civile, parrainée par le Mouvement de la Renaissance, en collaboration avec Freedom House.
Or, la branche de cette organisation en Algérie est dirigée par Abdul Razzaq , le vice-président du Mouvement de la société pour la paix, un mouvement qui est la représentation algérienne des Frères musulmans.

Washington n’a bien entendu jamais renoncé à imposer son soi-disant « printemps arabe » en Algérie. Et comme partout ailleurs, le fer de lance de sa politique impérialiste ce sont ses vieux protégés – depuis 1947 … avant les « Frères » étaient aidés par les Nazis du IIIe Reich – les Frères Musulmans !
J’ai aussi longuement analysé le rôle des islamistes algériens, salafistes et Frères musulmans, dans l’assaut contre l’Algérie organisé par les USA et l’OTAN. Je renvoie le lecteur à ces analyses (5)

L’UTILISATION DU SECESSIONISME KABYLE POUR DESTABILISER ALGER

Pour un scénario de type libyen, il faut aussi un « Benghazi algérien ».
C’est précisément le rôle assigné à la réactivation du scécessionisme kabyle, sujet tabou en Algérie, où l’on préfère parler des « problèmes du Sud ».

La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune met aussi « en garde contre un éventuel soulèvement au sud algérien si les autorités officielles n’agissent pas aussitôt que possible pour contenir la situation et satisfaire les revendications des jeunes de cette région ». Intervenant toujours lors du meeting populaire tenu à Annaba, la secrétaire-générale du PT « a révélé l’existence de certains rapports émanant d’organisations occidentales, qui traitent des questions liées au respect des droits de l’homme, évoquant la faible croissance enregistrée dans la région de la Kabylie et au sud du pays, en s’étonnant du fait qu’il y ait un véritable lien avec les velléités séparatistes de Ferhat M’henni ».

Echorouk online écrit que Louisa Hanoune a également laissé entendre que « des ONG relevant des services secrets américains visent à déstabiliser le pays, profitant des situations difficiles qu’ont connues les régions du Sud du pays, dont des voix s’élevaient récemment pour la séparation du Sud du reste du pays. Bien qu’elle ait salué la position héroïque et l’esprit de nationalisme constatés chez la population du sud qui s’attache fortement à l’intégrité territoriale du pays, elle révèle, en revanche, d’importantes anomalies qu’il faut colmater tout en appelant à résoudre les problèmes sociaux de la population du Sud ».

Elle a conclu, fort justement, sur « le danger qui guette le pays, si Bouteflika ne tranche pas en urgence ces questions en vue d’éviter au pays les affres de la guerre au Mali et une éventuelle intervention étrangère dans le pays que préparent certains États et organisations ».

2013 sera vraiment l’année de tous les dangers pour Alger. Une Algérie bien isolée avec des gouvernements islamistes en Tunisie, Libye et Egypte, avec l’ennemi traditionnel marocain où les islamistes sont aussi aux affaires, avec enfin un Sahel où NATO et AFRICOM sont maintenant très présents grâce à l’intervention au Mali.

Luc Michel

http://www.facebook.com/notes/solidarite-algerie-solidarity-algeria/-luc-michel-vers-un-nouveau-coup-de-force-occidental-en-algerie-/402846949812433

 

(1) Sur OTPOR / CANVAS, cfr :
Luc MICHEL, PCN-INFO / PSEUDO REVOLUTIONS DE COULEUR ET SOI-DISANT PRINTEMPS ARABE : LES COUPS D’ETAT DES USA A L’EST ET EN ORIENT DECRYPTES,
Sur http://www.elac-committees.org/2012/09/28/pcn-info-pseudo-revolutions-de-couleur-et-soi-disant-printemps-arabe-les-coups-d%e2%80%99etat-des-usa-a-l%e2%80%99est-et-en-orient-decryptes/

(2) Documents photos sur le Réseau OTPOR-CANVAS :
http://www.facebook.com/pages/SOLIDARITE-ALGERIE-SOLIDARITY-ALGERIA/132174676879663#!/media/set/?set=a.108354945911450.16812.100002108352182

(3) Sur le coup d ‘état rampant de septembre 2011, cfr :
Luc MICHEL / ASSAUT ORGANISE CE 17 SEPTEMBRE 2011 CONTRE L’ALGERIE : COMME EN LIBYE ET EN SYRIE LE MEME COMPLOT AMERICANO-SIONISTE !
Sur : http://www.elac-committees.org/2011/09/17/luc-michel-assaut-organise-ce-17-septembre-2011-contre-l%e2%80%99algerie-comme-en-libye-et-en-syrie-le-meme-complot-americano-sioniste/

Lire mes analyses – « Le Monde arabe est en feu » (sur PCN-TV) – exposant la nature véritable du soi-disant « printemps arabe » dès début février 2011. Cfr :
PCN-TV, “Le Monde arabe est en feu” : Entretien en Français de Luc MICHEL pour PCN-TV, sur les soit-disant « révolutions arabes » (Tripoli, 7 février 2011).
VIDEO sur Vimeo : http://vimeo.com/26435385
VERBATIM sur le Website THE JAMAHIRIYAN RESISTANCE NETWORK :http://www.elac-committees.org/2011/08/03/6-fevrier-2011-luc-michel-annonce-depuis-tripoli-l%E2%80%99agression-occidentale-contre-la-libye-et-la-syrie/

Le livre « ARABESQUE AMERICAINE », publié par Ahmed Bensaada chez (Michel Brûlé, Montréal, Québec), expose lui aussi « Le rôle des Etats-Unis dans les révoltes de la rue arabe ». Ce livre reprend – sans aller jusqu’à les mentionner, mais n’ergotons pas ! – mes analyses sur les « coups d’état US du « printemps arabe » (sic). A lire, à faire lire pour « déniaiser » les idiots qui croient encore à « la révolte des peuples », dans les medias de l’OTAN comme dans une certaine extrême-gauche. Ou pour mettre à nu les mediamensonges et les effroyables imposteurs de la presse islamo-gauchiste sur « le caractère révolutionnaire » de ces pseudo révoltes et « leur récupération par les USA ».
Cfr. PCN-SPO/ FOCUS/ ARABESQUE AMERICAINE. Le rôle des Etats-Unis dans les révoltes de la rue arabe :
http://www.elac-committees.org/2011/09/09/pcn-spo-focus-arabesque-americaine-le-role-des-etats-unis-dans-les-revoltes-de-la-rue-arabe/

(4) Cfr. Luc MICHEL, ELAC & ALAC Committees / 2003-2012 : LA DESTRUCTION DE LA JAMAHIRIYA LIBYENNE,
sur http://www.elac-committees.org/2013/01/13/elac-alac-committees-2003-2012-la-destruction-de-la-jamahiriya-libyenne-2/

(5) Cfr. Luc MICHEL, OU VA L’ALGERIE ? / I : ALGER DANS L’ŒIL DU CYCLONE DU GRAND MOYEN-ORIENT …
sur http://www.elac-committees.org/2012/09/28/luc-michel-ou-va-l%e2%80%99algerie-i-alger-dans-l%e2%80%99oeil-du-cyclone-du-grand-moyen-orient-%e2%80%a6/

 

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Photos : OTPOR arabe, OTPOR algérien (novembre 2010)

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Sept jeunes hommes, condamnés à mort, ont été fusillés en public hier sur la grande place d’Abha, en Arabie Saoudite, dans le sud du pays. Ils avaient été condamnés pour un vol à main armée commis en 2005, et deux étaient mineurs au moment de faits.

L’excellente loi de l’excellent ami saoudien prévoit la décapitation publique, comme en France jusqu’au décret-loi du 24 juin 1939, une semaine après l’exécution en public d’Eugène Weidmann, un jeune allemand. Cette exécution avait été un tel scandale que le franc-maçon Daladier avait du urgemment modifier l’article 26 du code pénal.

Oui, mais voilà, pour décapiter, il faut un décapiteur, et en Arabie Saoudite, c’est un job plein temps. En 2011, 82 personnes, en 2012, 76 et depuis le 1° janvier 2013, on en est déjà à 26. Une tous les deux jours… Impossible de tenir le rythme.

Avec toute cette demande, les bras du décapiteur ne suffisent pas,… et sept d’un coup, c’est vraiment les cadences infernales ! Aussi, le ministère de l’Intérieur, qui gère l’exécution des jugements (Voir Lacan : le juge ment), a informé les gouverneurs des provinces qu’ils avaient la possibilité de fusiller, cette pratique n’étant « pas contraire à la charia ». Ouf, nous voici rassurés.

Bien entendu, devant de telles pratiques barbares, notre BHL et ses affidés décérébrés ont lancé de virulentes campagnes… Ah, ben non, c’est bizarre… BHL ne doit pas savoir que l’Arabie Saoudite existe, car le fait que ce pays soit le grand allié des puissances occidentales n’a rien à voir, c’est évident. Chez ces défenseurs de droits de l’homme, on ne rigole pas avec les principes.

D’ailleurs la France a limité ses relations au strict minimum avec cet Etat, qui refuse d’extrader Ben Ali vers la démocratique Tunisie.

L’ambassade de France en Arabie Saoudite salue « l’existence d’un tissu économique caractérisé par de nombreux groupes familiaux saoudiens, ouverts aux partenariats avec des PME, l’excellente image des produits français, la diversification de l’économie saoudienne et la croissance continue de ses importations favorisée par la croissance forte du revenu des ménages constituent autant d’atouts dont les PME françaises doivent tirer profit pour arrimer leur croissance à celle du Royaume, en privilégiant une approche par filière et par l’innovation ». Un propos un peu décalé, mais qui s’explique : la presse n’arrive pas jusqu’à l’ambassade.

Le Centre Pompidou a signé un accord avec le pétrolier saoudien Aramco pour monter une chouette exposition sous tente, en octobre/novembre, à Dhahran. Mais la presse n’arrive pas jusqu’au Centre Pompidou.

Le 18 janvier, le PDG d’EDF Henri Proglio, le président du directoire d’AREVA Luc Oursel et le démondialisateur démonétisé Montebourpif étaient en Arabie saoudite pour vendre la filière nucléaire française. Mais les journaux n’étaient pas distribués dans l’avion.

L’indignation sélective a de beaux jours devant elle… Ca transforme les « droits de l’homme » en petit commerce, où tout se discute en fonction de la tête du client. Ecœurant.

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Alep / Les habitants du quartier d’al-Midane à Alep ont organisé aujourd’hui une marche imposante en soutien à l’armée arabe syrienne et en appréciation de ses sacrifices consentis pour rétablir la sécurité et la stabilité et éradiquer le terrorisme.

Parcourant la plupart de rues du quartier et hissant des drapeaux nationaux et des pancartes appelant l’opposition nationale à prendre part au règlement politique pour mettre fin à la crise et préserver la patrie, son unité et son indépendance, les participants à cette marche ont affirmé leur appui à l’armée arabe syrienne dans sa mission nationale de rétablir la sécurité dans toutes les régions.

Les participants ont condamné les actes criminels commis par les groupes terroristes armés, scandant des slogans condamnant le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan en Turquie, partenaire dans tous les crimes d’effusion de sang syrien, le vol d’usines à Alep et la destruction de ses monuments antiques.

Les participants à la marche ont appelé à accélérer l’élimination des terroristes, leurs repaires et leurs rassemblements, réaffirmant qu’ils sont prêts à sacrifier leur vie pour liquider le terrorisme et rétablir la sécurité dans la partie.

D. Hmaiché /A. Chatta

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