Image: Escadrons de la mort du Salvador

Le recrutement d’escadrons de la mort relève d’un programme bien établi de l’armée et des services de renseignement. L’histoire des assassinats ciblés ainsi que du financement et de l’appui clandestins à des brigades terroristes par les États-Unis est longue, macabre et remonte à la guerre du Vietnam.

Alors que les forces gouvernementales continuent à confronter l’« Armée syrienne libre » (ASL) autoproclamée, les racines historiques de la guerre clandestine occidentale en Syrie, laquelle a provoqué de nombreuses atrocités, doit être entièrement révélée.

Dès le début en mars 2011, les États-Unis et leurs alliés ont soigneusement planifié et soutenu la formation d’escadrons de la mort et l’incursion de brigades terroristes.

Le programme de recrutement et la formation de brigades terroristes à la fois en Irak et en Syrie ont été calqués sur « l’option Salvador », un « modèle terroriste » de massacres commis par des escadrons de la mort soutenus par les États-Unis en Amérique centrale. Cette option a d’abord été appliquée au Salvador, au plus fort de la résistance contre la dictature militaire, entraînant la mort d’environ 75 000 personnes.

La formation d’escadrons de la mort en Syrie s’inspire de l’histoire et de l’expérience des brigades terroristes en Irak appuyées par les États-Unis dans le cadre du programme de « contre-insurrection » du Pentagone.

La création d’escadrons de la mort en Irak

Les escadrons de la morts soutenus par les États-Unis on été recrutés en Irak en 2004-2005 dans le cadre d’une initiative lancée sous la direction de l’ambassadeur étasunien John Negroponte [image à droite], envoyé à Bagdad par le département d’État en juin 2004.

Negroponte était « l’homme de la situation ». À titre d’ambassadeur au Honduras de 1981 à 1985, Negroponte a joué un rôle clé dans l’appui et la supervision des Contras du Nicaragua, établis au Honduras, et le contrôle des escadrons de la mort de l’armée hondurienne.

« Sous le règne du général Gustavo Alvarez Martinez, le gouvernement militaire du Honduras a été un proche allié du gouvernement Reagan tout en faisant « disparaître » des dizaines d’opposants politiques à la manière classique des escadrons de la mort.

En janvier 2005, le Pentagone, a confirmé qu’il envisageait :

[F]ormer des commandos de combattants kurdes et chiites pour cibler des chefs de l’insurrection irakienne [Résistance] dans un changement stratégique emprunté à la lutte des États-Unis contre les guérilleros gauchistes en Amérique centrale il y a 20 ans ».

En vertu de la soi-disant « option Salvador », les forces étasuniennes et irakiennes seraient envoyées pour tuer ou enlever des chefs de l’insurrection, même en Syrie, où l’on croit que certains se cachent [...]

Les commandos seraient controversés et demeureraient probablement secrets.

À l’heure actuelle, l’expérience des « escadrons de la morts » en Amérique centrale est toujours douloureuse pour bien des gens et a contribué à souiller l’image des États-Unis dans la région.

À l’époque, l’administration Reagan a financé et formé des équipes de forces nationalistes afin de neutraliser les chefs rebelles salvadoriens et leurs sympathisants […]

John Negroponte, l’ambassadeur étasunien à Bagdad, était alors à l’avant plan comme ambassadeur au Honduras de 1981 à 1985.

Les escadrons de la mort étaient une caractéristique brutale de la politique latino-américaine de l’époque [...]

Au début des années 1980 l’administration du président Reagan finançait et aidait à former les Contras nicaraguayen situés au Honduras dans le but de chasser le régime sandiniste du Nicaragua. L’équipement des Contras était acheté avec de l’argent provenant de la vente illégale d’armes étasuniennes à l’Iran, un scandale qui aurait pu renverser M. Reagan.

Le but de la proposition du Pentagone en Irak, […] est de suivre ce modèle […]

Il est difficile de dire si l’objectif principal des missions serait d’assassiner les rebelles ou de les enlever pour les interroger. Toute mission en Syrie serait probablement entreprise par des Forces spéciales étasuniennes.

On ignore également qui assumerait la responsabilité d’un tel programme – le Pentagone ou la Central Intelligence Agency (CIA). De telles opérations clandestines ont traditionnellement été dirigées par la CIA, indépendamment de l’administration, donnant la possibilité aux représentants officiels étasuniens de nier être au courant de leur existence. (El Salvador-style ‘death squads’ to be deployed by US against Iraq militants – Times Online, 10 janvier 2005, c’est l’auteur qui souligne.)

Alors que le but affiché de « l’option Salvador irakienne » était de « supprimer l’insurrection », les brigades terroristes parrainées par les États-Unis étaient impliquées en pratique dans des massacres successifs de civils en vue de fomenter de la violence interconfessionnelle. La CIA et le MI6 supervisaient pour leur part des unités d’« Al-Qaïda en Irak » impliquées dans des assassinats ciblés contre la population chiite. Fait significatif, les escadrons de la mort étaient intégrés et conseillés par des Forces spéciales étasuniennes.

Robert Stephen Ford, nommé ultérieurement ambassadeur des États-Unis en Syrie, était membre de l’équipe de Negroponte à Bagdad en 2004-2005. En janvier 2004 il a été envoyé à titre de représentant étasunien dans la ville chiite de Najaf, le bastion de l’armée Mahdi avec laquelle il a pris contact.

En janvier 2005, Robert S. Ford a été nommé conseiller du ministre pour les affaires politiques à l’ambassade étasunienne, sous la direction de l’ambassadeur John Negroponte. Il ne faisait pas seulement partie du cercle restreint de Negroponte, il était aussi son partenaire dans la mise en œuvre de l’option Salvador. Une partie du travail de terrain avait été effectuée à Najaf avant le transfert de Ford à Bagdad.

John Negroponte et Robert Stephen Ford ont été chargés du recrutement des escadrons de la mort irakiens. Alors que Negroponte coordonnait l’opération à partir de son bureau à l’ambassade des États-Unis, Robert S. Ford, qui parle couramment l’arabe et le turc, avait la tâche d’établir des contacts stratégiques avec les milices chiites et kurdes à l’extérieur de la « zone verte ».

Deux autres représentants de l’ambassade, à savoir Henry Ensher (adjoint de Ford) ainsi qu’un représentant plus jeune de la section politique, Jeffrey Beals, ont joué un rôle important dans l’équipe Negroponte « en discutant avec un éventail d’Irakiens, incluant des extrémistes ». (Voir The New Yorker, 26 mars 2007) L’ancien ambassadeur étasunien en Albanie (2002-2004), James Franklin Jeffrey, est un autre individu clé de l’équipe Negroponte. En 2010, il a été nommé ambassadeur des États-Unis en Irak (2010-2012).

Negroponte a également amené dans l’équipe un de ses anciens collaborateurs du temps de son apogée au Honduras, le colonel James Steele (à la retraite) :

Dans le cadre de « l’option Salvador » Negroponte était assisté par son collègue des années 1980 en Amérique centrale, le colonel à la retraite James Steele. Steele, dont le titre à Bagdad était conseiller pour les Forces de sécurité irakiennes, supervisait la sélection et la formation de membres de l’organisation Badr et de l’armée Mehdi, les deux plus grandes milices shiite en Irak, afin de cibler les dirigeants et d’appuyer des réseaux de résistance principalement sunnites. On ignore si cela a été planifié ou non, mais ces escadrons de la mort ont rapidement échappé à tout contrôle, et sont devenus la première cause de décès en Irak.

Que cela soit intentionnel ou non, la multitude de corps torturés et mutilés qui aboutissent dans les rues de Bagdad chaque jour est générée par les escadrons de la mort propulsés par John Negroponte. Et c’est cette violence interconfessionnelle soutenue par les États-Unis qui a mené à ce désastre infernal qu’est l’Irak aujourd’hui. (Dahr Jamail, Managing Escalation: Negroponte and Bush’s New Iraq Team,. Antiwar.com, 7 janvier 2007.)

Selon le député Dennis Kucinich, « le colonel Steele était responsable de la mise en œuvre d’un plan au Salvador dans le cadre duquel des milliers de Salvadoriens sont « disparus » ou ont été assassinés, dont l’archevêque Oscar Romero et quatre religieuses étasuniennes ».

Dès sa nomination à Bagdad, le colonel Steele a été assigné à une unité de contre-insurrection connue sous le nom de « Commando spécial de police » dirigée par le ministère irakien de l’Intérieur. (Voir ACN, La Havane, 14 juin 2006.)

Des reportages confirment que « l’armée étasunienne a transféré de nombreux prisonniers à la Brigade des loups (Wolf Brigade), le second bataillon redouté des commandos spéciaux du ministère de l’Intérieur », lequel était justement supervisé par le colonel Steele :

« Des soldats et des conseillers étasuniens se tenaient à l’écart et ne faisaient rien » pendant que des membres de la Brigade des loups battaient et torturaient les prisonniers. Les commandos du ministère de l’Intérieur ont pris le contrôle de la bibliothèque publique à Samarra et l’ont transformée en centre de détention, a-t-il affirmé. Une entrevue menée par Maass [du New York Times] en 2005 à la prison improvisée en compagnie du conseiller militaire étasunien de la Brigade des loups, le colonel James Steele avait été interrompue par les cris terrifiants d’un prisonnier à l’extérieur. Steele aurait été employé auparavant comme conseiller pour réprimer l’insurrection au Salvador. (Ibid. C’est l’auteur qui souligne.)

Une autre figure notoire ayant joué un rôle dans le programme de contre-insurrection en Irak est l’ancien commissaire de la police de New York Bernie Kerik [photo : Bernie Kerik à l’Académie de police de Bagdad avec des gardes du corps]. En 2007, il a fait face à 16 chefs d’accusation criminelles devant la Cour fédérale.

Kerik walks amidst a phalanx of bodyguards during visit to the Police Academy in Baghdad, July 2003.Kerik a été nommé par l’administration Bush au début de l’occupation en 2003 pour aider à organiser et former les Forces policières irakiennes. Durant son court passage en 2003, Bernie Kerik, qui a pris le poste de ministre de l’Intérieur par intérim, a œuvré à l’organisation d’unités terroristes au sein des Forces policières irakiennes :

Envoyé en Irak pour remettre les forces de sécurité irakiennes à l’ordre, Kerik se décrivait comme “ministre irakien de l’intérieur par intérim”. Les conseillers de la police britannique l’appelaient “le Terminator de Bagdad”. (Salon, 9 décembre 2004, C’est l’auteur qui souligne.)

Sous la direction de Negroponte à l’ambassade des États-Unis à Bagdad, une vague clandestine de meurtres de civils et d’assassinats ciblés a été déclenchée. Des ingénieurs, des médecins, des scientifiques et des intellectuels étaient également ciblés.

L’auteur et analyste géopolitique Max Fuller a documenté en détail les atrocités commises dans le cadre du programme de contre-insurrection financé par les États-Unis.

L’apparition des escadrons de la mort a d’abord été soulignée en mai cette année [2005], […] des dizaines de corps ont été trouvés, jetés nonchalamment […] dans des zones inhabitées autour de Bagdad. Toutes les victimes portaient des menottes, avaient les yeux bandés et avaient été tuées d’une balle dans la tête. Des signes indiquaient par ailleurs que de nombreuses victimes avaient été brutalement torturées […]

Les preuves étaient suffisamment concluantes pour que l’Association des chercheurs musulmans (AMS), une importante organisation sunnite, publie une déclaration dans laquelle elle accuse les forces de sécurité attachées au ministère de l’Intérieur et à la Brigade Badr, l’ancien bras armé du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), d’être à l’origine des meurtres. L’Association a par ailleurs accusé le ministère de l’Intérieur de faire du terrorisme d’État. (Financial Times)

Les commandos de police et la Brigade des loups étaient supervisés par le programme de contre-insurrection étasunien du ministère irakien de l’Intérieur :

Les commandos de police ont été formés sous la tutelle expérimentée et la supervision d’anciens combattants étasuniens de la contre-insurrection et ont mené, dès le départ, des opérations conjointes avec les unités d’élite et extrêmement secrètes des forces spéciales étasuniennes. (Reuters,National Review Online)

[…] James Steele, un ancien agent des forces spéciales des États-Unis a joué un rôle clé dans la formation des Commandos spéciaux de la police. James Steele a fait ses premières armes au Vietnam avant d’aller diriger la mission des États-Unis au Salvador à l’apogée de la guerre civile.

Steven Casteel est un autre collaborateur étasunien, celui-là même qui, à titre de conseiller principal du ministère de l’Intérieur, a balayé du revers de la mains des accusations graves et bien fondées de violation consternantes des droits humains en les qualifiant de « rumeurs et insinuations ». À l’instar de Steele, il a acquis une expérience considérable en Amérique latine, en participant en ce qui le concerne à la chasse au baron de la cocaïne, Pablo Escobar, lors de la guerre contre la drogue en Colombie dans les années 1990 […]

La feuille de route de Casteel est significative car ce genre de rôle de soutien à la collecte de renseignement et la production de listes de décès sont caractéristiques de l’implication des États-Unis dans des programmes de contre-insurrection et constituent le fil conducteur sous-jacent à des folies meurtrières qui peuvent sembler aléatoires et désordonnées.

De tels génocides planifiés correspondent entièrement à ce qui se passe en Irak aujourd’hui [2005]. Ils correspondent également au peu d’information dont nous disposons à propos des Commandos spéciaux de la police, faits sur mesure pour fournir au ministère de l’Intérieur des forces spéciales ayant une capacité de frappe (Département de la défense des États-Unis). En conservant ce rôle, le quartier général du Commando de la police est devenu la plaque tournante nationale d’un centre de commandement, de contrôle, de communication, d’informatique et d’opérations de renseignement, gracieuseté des États-Unis. (Max Fuller, op. cit.)

Le travail préparatoire effectué sous Negroponte en 2005 a été mis en pratique sous son successeur, l’ambassadeur Zalmay Khalilzad. Robert Stephen Ford a assuré la continuité du projet avant d’être nommé ambassadeur en Algérie en 2006, ainsi qu’à son retour à Bagdad comme chef de mission adjoint en 2008.

Opération « Contras syriens »: Leçons de l’expérience irakienne

L’horrible version irakienne de l’« option Salvador » sous la direction de l’ambassadeur John Negroponte a servi de « modèle » à la mise sur pied des Contras de l’« Armée syrienne libre ». Robert Stephen Ford a été sans aucun doute impliqué dans l’implantation du projet des Contras syriens, à la suite de sa réaffectation à Bagdad comme chef de mission adjoint en 2008.

Le but en Syrie était de créer des divisions entre les factions sunnites, alaouites, chiites, kurdes, druzes et chrétiennes. Alors que le contexte syrien est complètement différent de celui de l’Irak, il existe des similitudes frappantes dans la manière dont les tueries et les atrocités sont commises.

Un reportage publié par Der Spiegel sur les atrocités commises dans la ville syrienne de Homs confirme l’existence d’un processus sectaire organisé de massacres et d’exécutions extrajudiciaires comparables à ceux menés par les escadrons de la mort soutenus par les États-Unis en Irak.

À Homs, les citoyens étaient régulièrement catégorisés comme « prisonniers » (chiites, alaouites) et « traitres ». Les « traitres » sont des civils sunnites situés dans les zones urbaines occupées par les rebelles et qui expriment leur désaccord ou leur opposition au règne de la terreur de l’ASL.

Depuis l’été dernier [2011], nous avons exécuté un peu moins de 150 hommes, ce qui représente environ 20 % de nos prisonnier », a déclaré Abu Rami […] Mais les traitres dans leurs propres rangs ont occupé les bourreaux de Homs plus que les prisonniers de guerre. « Si nous surprenons un sunnite en train d’espionner ou si un citoyen trahit la révolution, nous faisons ça rapidement », a dit le combattant. Selon Abu Rami, la brigade d’enterrement d’Hussein a mis à mort entre 200 et 250 traitres depuis le début du soulèvement. (Der Spiegel, 30 mars 2012)

Le projet nécessite un programme initial de recrutement et de formation de mercenaires. Des escadrons de la mort incluant des unités salafistes libanaises et jordaniennes sont entrés en Syrie par sa frontière méridionale avec la Jordanie à la mi-mars 2011. Une bonne partie du travail préparatoire était déjà effectué à l’arrivée de Robert Stephen Ford à Damas en janvier 2011.

L’ambassadeur Ford à Hama au début juillet 2011

La nomination de Ford comme ambassadeur en Syrie a été annoncée au début 2010. Les relations diplomatiques avaient été interrompues en 2005 à la suite de l’assassinat de Rafick Hariri et pour lequel Washington avait accusé la Syrie. Ford est arrivé à Damas à peine deux mois avant le début de l’insurrection.

L’Armée syrienne libre (ASL)
Washington et ses alliés ont répliqué en Syrie les caractéristiques essentielles de l’« option Salvador irakienne », menant à la création de l’Armée syrienne libre et ses diverses factions terroristes, dont les brigades Al-Nosra affiliées à Al-Qaïda.

Bien que la création de l’ASL ait été annoncée en juin 2011, le recrutement et la formation des mercenaires étrangers a débuté bien avant.

À bien des égards, l’ASL est un écran de fumée. Les médias occidentaux la présente comme une véritable entité militaire résultant des défections massives des forces gouvernementales. Le nombre de déserteurs n’était toutefois ni significatif ni suffisant pour établir une structure militaire cohérente avec des fonctions de commandement et de contrôles.

L’ASL ne constitue pas une entité militaire professionnelle. Il s’agit plutôt d’un réseau informel de brigades terroristes distinctes, composées de nombreuses cellules paramilitaires opérant dans différentes parties du pays.

Chacune de ces organisations opère indépendamment des autres. L’ASL n’exerce pas véritablement de fonctions de commandement et de contrôle, dont la liaison entre ces diverses entités paramilitaires. Ces dernières sont contrôlées par les forces spéciales et les agents du renseignement parrainés par les États-Unis et l’OTAN et intégrés aux rangs des formations terroristes sélectionnées.

Ces forces spéciales sur le terrain (bien entraînées et dont bon nombre sont des employés d’entreprises privées de sécurité) sont régulièrement en contact avec les unités de commandement de l’armée et du renseignement des États-Unis, de l’OTAN et leurs alliés (dont la Turquie). Il n’y a pas de doute que ces forces spéciales intégrées sont elles aussi impliquées dans les attaques soigneusement planifiées et dirigées contre des édifices gouvernementaux, des complexes militaires, etc.

Les escadrons de la mort sont des mercenaires entraînés et recrutés par les États-Unis, l’OTAN, leurs alliés du Conseil de coopération du Golfe et la Turquie. Ils sont supervisés par des forces spéciales alliées (dont les SAS britanniques et les parachutistes français) et des firmes de sécurité privées à contrat avec l’OTAN et le Pentagone. À cet égard, des reportages confirment l’arrestation par le gouvernement syrien de 200 à 300 employés d’entreprises privées de sécurité ayant intégré les rangs rebelles.

Le Front Jabhat Al-Nosra

Le Front Jabhat Al-Nosra, responsable de plusieurs attaques à la bombe très médiatisées et qui serait affilié à Al-Qaïda, est décrit comme le groupe de combattant le plus efficace de « l’opposition ». Les opérations d’Al-Nosra, considéré comme un ennemi des États-Unis (figurant sur la liste des organisations terroristes du département d’État), portent néanmoins les empreintes de la formation paramilitaire, des tactiques de terreur et des systèmes d’armes étasuniens. Les atrocités commises contre des civils par Al-Nosra (financé clandestinement par les États-Unis et l’OTAN) sont semblables à celles perpétrées par les escadrons de la mort soutenus par les États-Unis en Irak.

Pour citer le chef d’Al-Nosra à Alep, Abu Adnan : “Jabhat Al-Nosra compte dans ses rangs des vétérans syriens de la guerre en Irak, des hommes qui mettent de l’avant leur expérience en Syrie, particulièrement dans la fabrication d’engins explosifs improvisés (EEI).

Comme en Irak, la violence entre factions et le nettoyage ethnique ont été fortement encouragés. En Syrie, les escadrons de la mort soutenus par les États-Unis et l’OTAN ont ciblé les communautés alaouites, shiite et chrétiennes. Les communautés alaouites et chrétiennes sont les principales cibles du programme d’assassinat et cela est confirmé par l’agence de nouvelles du Vatican.

Les chrétiens d’Alep sont victimes de la mort et de la destruction causées par les combats qui affectent la ville depuis des mois. Les quartiers chrétiens ont récemment été frappés par les forces rebelles qui luttent contre l’armée régulière, causant l’exode des civils.

Certains groupes de la brutale opposition, où se trouvent également des djihadistes « tirent sur des maisons et des édifices appartenant à des chrétiens pour forcer les occupants à fuir et en prendre possession [nettoyage ethnique] » (Agence Fides, 19 octobre 2012.)

« Les militants salafistes, a déclaré l’évêque, continuent à commettre des crimes contre les civils et à contraindre des gens à se battre. Les extrémistes sunnites fanatiques mènent fièrement une guerre sainte, particulièrement contre les alaouites. Lorsque des terroristes cherchent à vérifier l’identité religieuse d’un suspect, ils lui demandent de citer la généalogie en remontant jusqu’à Moïse et de réciter une prière que les alaouites ont abandonné. Les alaouites n’ont aucune chance de s’en sortir vivants. » (Agence Fides, 4 juin 2012.)

Des reportages confirment le flot d’escadrons de la mort salafistes et affiliés à Al-Qaïda entrant en Syrie sous les auspices des Frères musulmans dès le début de l’insurrection en mars 2011.

De plus, rappelant l’enrôlement des moudjahidines pour mener le djihad (guerre sainte) de la CIA à l’apogée de la guerre soviéto-afghane, l’OTAN et le haut commandement turc ont initié, selon des sources du renseignement israélien :

 [U]ne campagne de recrutement de volontaires musulmans dans les pays du Moyen-Orient et du monde musulman pour se battre aux côtés des rebelles syriens. L’armée turque hébergerait et formerait ces volontaires et assurerait leur passage en Syrie. (DEBKAfile, NATO to give rebels anti-tank weapons, 14 août 2011.)

Les entreprises privées de sécurité et le recrutement de mercenaires
A Secret Army of Mercenaries for the Middle East and North AfricaSelon les reportages, les entreprises privées de sécurité œuvrant dans les pays du Golfe sont impliquées dans le recrutement et la formation de mercenaires.

Bien qu’ils ne soient pas spécifiquement destinés au recrutement de mercenaires destinés à la Syrie, certains reportages indiquent la création de camps d’entraînement au Qatar et aux Émirats arabes unis. (EAU).

Dans la ville militaire de Zayed (EAU), « une armée secrète est en train de se former », dirigée par Xe Services, anciennement connu sous le nom de Blackwater.  L’entente des EAU visant la création de camps militaires pour la formation des mercenaires a été signée en juillet 2010, neuf mois avant les offensives guerrières en Libye et en Syrie.

Selon des informations récentes, des firmes de sécurité à contrat avec l’OTAN et le Pentagone sont impliquées dans la formation des escadrons de la mort de l’« opposition » sur l’utilisation d’armes chimiques :

Les États-Unis et certains alliés européens utilisent des entrepreneurs à contrat avec la Défense pour apprendre aux rebelles syriens à sécuriser les stocks d’armes chimiques en Syrie, ont déclaré un représentant des États-Unis et plusieurs diplomates de haut rang dimanche à CNN. (CNN Report, 9 décembre 2012.)

Les noms des entreprises en question n’ont pas été révélés.

Derrière les portes closes du département d’État des États-Unis

Robert Stephen Ford faisait partie d’une petite équipe du département d’État supervisant le recrutement et la formation des brigades terroristes avec Derek Chollet et Frederic C. Hof, un ancien partenaire d’affaires de Richard Armitage, ayant agit à titre de « coordonateur spécial de Washington pour la Syrie ». Derek Chollet a récemment été nommé au poste de secrétaire adjoint à la Défense et coordonateur pour les Affaires de sécurité internationale (ASI).

Cette équipe agissait sous la direction de (l’ancien) secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient Jeffrey Feltman.

L’équipe de Feltman était étroitement liée au processus de recrutement et de formation des mercenaires en provenance de la Turquie du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de la Libye (gracieuseté du régime post-Kadhafi qui a envoyé en Syrie six cent troupes du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) en les faisant passer par la Turquie dans les mois ayant précédé l’effondrement du gouvernement de Kadhafi.)

Le secrétaire d’États adjoint Jeffrey Feltman était en contact avec les ministres saoudien et qatari des Affaires étrangères, le prince Saud al-Faisal et le cheik Hamad bin Jassim. Il était aussi en charge du bureau de Doha pour la « coordination spéciale de la sécurité » lié à la Syrie et qui incluait des représentants de la Libye et des agences de renseignement occidentales et du CCG. Le prince Bandar bin Sultan, membre éminent et controversé du renseignement saoudien faisait également partie du groupe. (Voir Press Tv, 12 mai 2012.)

En juin 2012, Jeffrey Feltman (image) a été nommé Secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’ONU, un poste stratégique consistant, en pratique, à établir le programme de l’ONU (pour le compte de Washington) relatif à la « résolution de conflit » dans divers « points chauds » à travers le monde (incluant la Somalie, le Liban, la Libye, la Syrie, le Yémen et le Mali). Ironiquement, les pays où l’ONU doit « résoudre des conflits » sont ceux ciblés par des opérations clandestines des États-Unis.

En liaison avec le département d’État étasunien, l’OTAN et ses commissionnaires du CCG à Doha et Ryad, Feltman est l’homme de Washington derrière le « plan de paix » de l’envoyé spécial de l’ONU Lakhdar Brahmi.

Entre-temps, en feignant d’accorder de l’importance à l’initiative  de paix de l’ONU, les États-Unis et l’OTAN ont accéléré le processus de recrutement et la formation de mercenaires en réaction aux lourdes pertes essuyées par les forces rebelles de l’« opposition ».

La « phase finale » en Syrie proposée par les États-Unis n’est pas le changement de régime, mais la destruction de l’État-nation que constitue la Syrie.

Le déploiement des escadrons de la mort l’« opposition » ayant pour mandat de tuer des civils relève de cette entreprise criminelle.

« Le terrorisme à visage humain » est défendu par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qui représente le porte-parole des « interventions humanitaires » de l’OTAN en vertu de la doctrine de la « responsabilité de protéger » (R2P).

Les atrocités commises par les escadrons de la mort des États-Unis et de l’OTAN sont imputées nonchalamment au gouvernement de Bachar Al-Assad. Selon la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Navi Pillay :

« Ces importantes pertes de vies auraient pu être évitées si le gouvernement syrien avait choisi un autre chemin que celui de la répression sans pitié de ce qui étaient au départ des manifestations pacifiques et légitimes de civils non armés. » (Cité dans Stephen Lendman, UN Human Rights Report on Syria: Camouflage of US-NATO Sponsored Massacres, Global Research, 3 janvier 2012.)

« L’indicible objectif » de Washington consiste à diviser l’État-nation syrien en plusieurs entités politiques « indépendantes » selon des frontières ethniques et religieuses.

 

Article original : Terrorism with a “Human Face”: The History of America’s Death Squads

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

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Le Niger et la Françafrique

Le Niger est encore considéré par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) comme le pays le plus pauvre du monde.1 Cette pauvreté est avant tout le fruit d’une impossibilité pour le peuple nigérien d’exprimer sa souveraineté à travers son propre appareil étatique. Pour la France, la question du Niger est très ancienne et date de l’époque coloniale. Dés 1956, des études géologiques révèlent la présence d’importantes mines d’Uranium dans le Sahara, en particulier dans la région du Sahel : au Niger. Le Sahel est la zone de transition entre le désert du Sahara et la savane. Selon les époques et les auteurs, on considère cette zone de manière indépendante ou comme la marche du Sahara. Fait souvent oublié, en 1957 la France souhaitait parfaire son empire colonial par la création d’un seul Etat du Sahara : L’OCRS (Organisation Commune des Régions Sahariennes). Il s’agissait d’un projet de mise en valeur économique de la région (ou plutôt d’une nationalisation de facto de ses ressources), présenté au Parlement français par Houphouët Boigny. L’OCRS devait centraliser à Paris la gestion économique de 8 territoires distincts de l’Union française (qui se trouvaient donc dépossédés de cette prérogative, mais qui pouvaient espérer en retour des investissements plus nombreux et rationnels). La création de l’OCRS correspondait avec celle d’un ministère du Sahara et d’un Commandement militaire du Sahara : le ministre de la région y cumule ses fonctions avec celles de secrétaire général de l’OCRS. Il s’agit bien, à terme, de créer un Sahara français, Etat autonome au sein de l’Union française. L’OCRS qui comportait le sud de l’Algérie, est dissous à l’indépendance de l’Algérie en 1962.2  Mais, Le 7 Avril 1961, la France noua avec ses anciennes colonies des “accords de défense” qui lui offrit un accès exclusif aux ressources de l’Afrique, dont l’uranium nigérien. Hamani Diori, alors dirigeant du Niger et de son parti unique, reste au pouvoir pendant près de 14 ans.

Nous sommes en pleine guerre froide et les États-Unis ont besoin d’un allié afin de sous-traiter leurs intérêts en Afrique. La France du Général De Gaulle, prise au milieu des affrontements géopolitiques Est-Ouest, décide de lancer un fin stratagème qui va lui garantir une indépendance énergétique et économique. A cet effet, des réseaux franco-africains sont mis en place, et une incroyable politique officieuse va permettre à la France d’exploiter illégalement les ressources de ses anciennes colonies africaines. Parallèlement, les révolutions communistes en Afrique sont sempiternellement annihilées par les différents dirigeants africains soutenus par la diplomatie française, et cela visiblement au profit des intérêts croisés franco-américains. Ces intérêts, difficilement visibles sur l’échiquier diplomatique, se révèleront plus tard, par le biais des enquêtes diligentées par l’association Survie et son regretté président fondateur François-Xavier Verschave.3

Ce dernier mettra en évidence de sérieux liens entre les réseaux franco-africains du SAC (Service d’Action Civique), milice personnelle du Général De Gaulle dont Charles Pasqua, Daniel Léandri et Jacques Foccart sont les fondateurs, et les réseaux anticommunistes américains. Dés lors ces réseaux apparaissent non pas comme le résultat d’un souverainisme anti-américain mais plutôt comme un compromis de “diplomatie” occulte permettant à la France de préserver sa zone d’influence face à l’URSS et à la Chine. Cependant, Washington cogère progressivement avec Londres la zone africaine anglophone, sa motivation n’est plus simplement la Guerre froide. Une lente mais franche transmission du « complexe de Fachoda » en faveur des Etats-Unis s’opère. Côté français, des accords officieux sont manifestement noués autour de l’exploitation des anciennes colonies françaises. Ces accords illégaux mettent en lumière des ententes pour le moins étonnantes. C’est par exemple le cas du pétrole Angolais, qu’Elf partage avec Chevron.4 On peut également citer le choix du  « Mr Afrique » de François Mitterand : François Durand de Grossouvre, qui avait été auparavant le responsable du Stay-Behind français, cellule mise en place conjointement par la CIA et l’Otan.5 Malgré ces liens inextricables, une rivalité s’est installée peu à peu entre la France et les Etats-Unis, ces derniers ayant des ambitions impériales illimitées.

Les rivalités franco-américaines et le premier choc pétrolier

Tout d’abord, cette rivalité s’exprime par les divergences concernant la construction européenne : De Gaulle souhaite une Europe indépendante des États-Unis et propose donc un accord allant dans ce sens à l’Allemagne. Mais les États-Unis court-circuitent ce processus et Willy Brandt, alors Ministre des Affaires Etrangères de l’Allemagne, renonce progressivement à la proposition du Général De Gaulle. Certes, les deux hommes peuvent s’entendre sur certains points mais Willy Brandt plaide inlassablement en faveur de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun et pour le maintien de solides relations transatlantiques.6 Cette opposition entre le projet d’une Europe américano-centrée et celle d’un fédéralisme Européen voulu par la France est alors à la source de nombreuses décisions de la politique extérieure française. En effet, pour maintenir son indépendance et donc pouvoir prétendre à un rôle d’opposition, la France doit alors assurer ses arrières. En particulier en ce qui concerne la mainmise sur l’uranium qui sera un des leviers essentiels de son autonomie énergétique. Les Etats-Unis traversent quant à eux une profonde crise économique. Mais cette crise n’est que la conséquence de la stratégie de Washington, qui entend utiliser l’abandon de la conversion Or-Dollar afin de faire peser sur l’économie mondiale les conséquences économiques de la Guerre du Vietnam, ce que De Gaulle refuse. La conversion Or-Dollar sera donc abandonnée plus tard, en 1971 sous Pompidou. A l’époque, une nouvelle politique énergétique se dessine en toile de fond, et les cours de l’Uranium s’envolent. Pendant ce temps, le Niger dont la principale ressource est l’uranium, traverse une douloureuse crise humanitaire. Hamani Diori, conscient de la supercherie française, décide de revaloriser le prix de vente de l’Uranium nigérien. Cette décision signera sa propre fin, mais sa chute le 15 Avril 1974 contient quelques indications :

La sixième assemblée extraordinaire des Nations Unies s’est tenue du 9 Avril au 2 mai 1974 à New York.  Or Diori a été renversé juste deux jours avant son départ prévu pour aller y représenter les intérêts du Niger. Cette session a abordé deux points essentiellement liés aux deux différents qu’opposent les États-Unis et la France : la question de l’abandon progressif des accords de Bretton Woods au profit d’un « nouvel ordre économique international » et la question des ressources énergétiques, du néocolonialisme et de la souveraineté des pays en voie de développement. A cette occasion, une commission spéciale est crée et son président n’est autre que le premier ministre Iranien Fereydoun Hoveyda dont le soutien aux Etats-Unis n’est plus à démontrer. 7

Hamanai Diori avait-il prévu de jeter le pavé dans la mare en posant publiquement le problème de l’Uranium nigérien ?  Devait-il avoir, en marge de l’assemblée, des rencontres qui permettraient de créer de nouveaux débouchés plus prometteurs ?

De nombreuses sources l’évoquent. Le souci d’Hamani Diori de se libérer ainsi de la tutelle française concernant la principale ressource de son pays, est souvent avancé comme la cause unique de son renversement par le coup d’état militaire.

Le Plan Mesmer face au Plan américain

A la veille du choc pétrolier de 1973, 80% de l’énergie française est importée, le pétrole en constitue les 2/3. Face à cette dépendance, seul le développement d’un parc nucléaire permettrait à la France de s’émanciper. Pour y parvenir, il faut disposer d’uranium mais également d’une technologie d’enrichissement efficace et rentable. Les États-Unis disposent d’une technologie d’enrichissement au delà de 3% et misent sur les centrales REP (Réacteur à Eau sous Pression) et dominent alors le développement du nucléaire civil.

Du côté français, en 1945, le Général De Gaulle créé le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique). Celui-ci donne des résultats dés 1948 avec la pile ZOE, première pile atomique française. En 1954, la première centrale américaine voit le jour, et en 1956 la première centrale Française est mise en service à Marcoux. Cette dernière fonctionne grâce à une technologie française à base d’uranium non enrichi : de type graphite-gaz (UNGG), voulu par l’état français et fermement défendu par De Gaulle.  En 1958, Schneider passe un accord avec les Etats-Unis afin d’importer la technologie américaine en France, ce que refusera le Général De Gaulle. La même année, ces intentions de coopérations franco-américaines aboutissent tout de même à la fondation de la FRAMATOME (société Franco-Américaine de Constructions Atomique), née d’une fusion de plusieurs sociétés des groupes Schneider, Merlin-Gérin et Westinghouse. Un appel d’offre franco-belge pour une centrale à eau pressurisée (REP) se dessine. En 1959, EDF souhaite expérimenter la technologie américaine, mais le Général De Gaulle y est toujours opposé. Cette expérience se fera donc en Belgique. En 1969, De Gaulle n’est plus au pouvoir et Pompidou son successeur décide d’autoriser les REP sous la condition que la France obtienne au plus vite une indépendance technologique, EDF est autorisé à construire des REP. En 1973, la France lance le plan Mesmer et signe la construction de 16 tranches  nucléaires. De leur côté, les Etats-Unis ambitionnent eux aussi de développer un parc nucléaire civil à la hauteur de leur Nation. A l’époque, leurs prévisions estiment qu’il sera de 210 tranches nucléaires en 2000. Mais la catastrophe de Three Miles Island en 1979 et la récession économique forcent les États-Unis à abandonner cette idée. 8

Mine d’uranium au Niger

Areva et la relance du plan nucléaire civil étasunien

Les accords de Kyoto en 1997, vont rejeter peu à peu la question du nucléaire sur la scène internationale. Les Etats-Unis vont solliciter Areva dés 2003, par l’intermédiaire du président Bush et de Spencer Abraham son secrétaire à l’énergie.9 Au cours des années suivantes, la prétendue prise de conscience écologique mondiale concernant les émissions de CO2 aboutit, entres autres, à l’idée que le nucléaire serait l’énergie la plus propre.

Cette théorie sera ensuite encouragé par un rapport de la commission Trilatérale rédigé en 2007 par Anne Lauvergeron (présidente du directoire d’Areva) ; Jonh M.Deutch 10(directeur de la CIA sous l’administration Clinton, qui fut accusé d’avoir conserver des informations relatives à la sécurité intérieure avant d’être finalement amnistié par Bill Clinton le dernier jour de son mandat) ; Widhyawan Prawiraatmadja (PDG de la compagnie pétrolière indonésienne PT Pertamina). Il s’agit d’un rapport comportant la vision classique de la commission trilatérale et qui envisage donc la problématique énergétique à travers les 3 pôles économiques que sont l’Europe, l’Asie, et les Etats-Unis, ces derniers constituant le point d’orgue de la stratégie : aboutir à un règlement mondialiste de la question énergétique et écologique en faveur des intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés. 11Areva étant le leader mondial du nucléaire civil, il ne peut y avoir de meilleur interlocuteur et potentiel partenaire pour relancer le plan nucléaire étasunien avorté en 1979, tout en renforçant les régulations stratégiques mondiales voulues par les Etats-Unis. Il est néanmoins difficile de dire si les changements au sein d’Areva furent uniquement le fruit de pressions américaines ou bien s’ils sont en partie le résultat d’alliances stratégiques. Rappelons tout d’abord qu’Areva est née de la fusion de la FRAMATOME et de la COGEMA en 2000, sous l’autorité d’Anne Lauvergeon. Il s’agit donc d’une profonde rupture avec les perspectives Gaulliennes de développement du nucléaire français, celles-ci intégrant désormais la collaboration avec les Etats-Unis.

- Le premier signe évident de ces changements fut donc la nomination d’Anne Lauvergeon à la tête de la Cogema. Elle avait été recrutée par Edouard Stern chez Lazard suite à son travail de conseillère économique de Mitterrand. Cela lui permis de vendre son carnet d’adresse public au privé. Après avoir passé quelques mois dans la firme Banque Lazard Frères & Co. à New-York, elle en devient associée-gérante en 1995. C’est d’ailleurs pendant ce passage chez Lazard en 1996, qu’Anne Lauvergeon est recrutée en tant que Young Leader par la F-A-F (French-American Foundation). Puis Edouard Stern renvoie Anne Lauvergeon de Lazard, lorsqu’elle entre au Conseil d’Administration de Pechiney, cette dernière ayant vendu son influence chez Lazard lors de la privatisation de Pechiney pour obtenir ce poste. Elle est ensuite nommée par le gouvernement de gauche plurielle à la tête de la Cogema (une décision qui revient principalement à Dominique Strauss-Kahn).
- Nathalie Koszisuco-Morizet est, quant à elle, rattachée aux questions écologiques et énergétiques du gouvernement français dés 1997. Lors du second mandat de Jacques Chirac, elle est alors nommée rapporteur de la charte de l’environnement qui fut entérinée au Congrès le 28 Février 2005. Y contribua notamment Bertrand Collomb, alors président du WBSCD (World Council for Sustainable Development). La même année elle entre elle aussi à la F-A-F en tant que Young Leader. Toujours En 2005, un second élément vient accélérer les incursions américaines dans la gestion de la vie politico-économique française. En effet, Christine Lagarde, alors ministre du commerce extérieur du gouvernement De Villepin, ouvre la voie à diverses possibilités en faveur de l’industrie américaine. 12 Au même moment elle est membre de la commission pour l’élargissement euro-atlantique au CSIS.
-En 2006, Anne Lauvergeon nomme Spencer Abraham à la tête de la filiale américaine d’Areva. 13Ce dernier était auparavant le secrétaire à l’énergie de l’administration Bush. Elle est ensuite convoquée à la réunion annuelle du groupe de Bilderberg à Ottawa puis y sera réinvitée à Sitges en 2010, année où elle entre à la Commission Trilatérale Europe. Toujours en 2006, Fréderic Lemoine président du conseil de surveillance d’Areva (qu’il quittera en 2009) est, lui aussi, recruté en tant que Young Leader de la F-A-F. Enfin viendra le tour de François Xavier Rouxel en 2009, vice président exécutif d’Areva.

Le CEA, qui avait été crée dans le but d’assurer l’indépendance énergétique de la France et d’affermir le rôle de l’état dans la gestion du capital nucléaire français reste un organe attaché au gouvernement. L’état français détient sa plus grande participation d’Areva par l’intermédiaire du CEA (73,3%), dont le haut-commissaire est nommé par le conseil des ministres. En 2009, Nicolas Sarkozy nomme Catherine Cesarsky en tant que haut-commissaire du CEA pour prendre en main l’avenir nucléaire français. Le parcours exemplaire de Catherine Cesarsky l’a conduit à obtenir un doctorat en Astronomie à l’université de Harvard en 1971. En 1977, elle entre à l’Institut Weizmann, une université de recherche mondialement renommée et située à Revohot, en Israël. Elle entre au CEA en 1985, où elle dirigea le service d’astrophysique, puis poursuit son parcours en en devenant directrice des sciences de la matière en 1994, avant d’être finalement nommée à sa tête. Elle est en outre membre de la National Academy of Science qui dépend directement du département d’Etat des Etats-Unis.

Le 14 Novembre 2010, Nathalie Kosciusko-Morizet est tout naturellement nommée Ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement au sein du gouvernement François Fillon II. Elle se rend à la conférence de Cancun en Décembre 2010, mais fait avant tout un bref détour par l’Inde en compagnie de Nicolas Sarkozy, et cela afin d’y vendre deux centrales nucléaires à l’état Indien pour le compte d’Areva. Une fois à Cancun, elle est accompagnée de Brice Lalonde.14 La présidente mexicaine la charge du groupe de travail sur le transfert de technologies, le climat et les énergies renouvelables. Sur son blog personnel, elle résume son rôle au sein de ce groupe de travail par les mots : « Ce que nous avons tracé là, c’est un sentier de développement durable que pourront emprunter des pays qui, s’ils suivaient aujourd’hui le même chemin que les américains, provoqueraient sans doute la destruction pure et simple de notre monde. Il faut que les pays se développent, et il faut du transfert de technologie pour que ce développement soit « propre », aujourd’hui. C’est ce que nous avons réussi à faire inscrire dans le texte soumis au consensus international ».15 Il s’agit donc bien de soutenir la stratégie américaine visant à redéfinir la politique énergétique mondiale au détriment des pays en voie de développement, tout en leur imposant des technologies aux mains des puissances alliées des Etats-Unis.

Le 23 Décembre 2010, l’assemblée générale des actionnaires d’Areva approuve l’ouverture du capital de la firme à hauteur de 900 millions d’euros, et cela au profit du fond souverain du Koweit (KIA)  et de l’état français (600 millions de la part de KIA ; 300 millions de la part de l’état français). Le KIA détient désormais 4,8% du capital d’Areva, devenant ainsi son troisième actionnaire (après le CEA et l’état français). 16

L’année 2011 signera la fin du règne d’Anne Lauvergeon sur Areva, son mandat prenant fin en Juin. Dés Décembre 2010, Alexandre de Juniac dépose sa candidature à la tête d’Areva. Il est alors directeur du cabinet de la ministre de l’économie Christine Lagarde, et est lui aussi un Young leader de la F-A-F (promotion 2002). Cette candidature sera refusée par l’état au motif qu’elle serait incompatible avec sa mission auprès de Christine Lagarde. Depuis, de nombreux noms circulent pour remplacer Anne Lauvergeon : Denis Ranque (membre de la Comission Trilatérale Europe) ; Marwan Lahoud, Young Leader de la F-A-F (promotion 1999), membre du conseil de surveillance de l’Institut Aspen France et frère d’Emile Lahoud, le fameux « corbeau » de l’affaire Clearstream II ; Nicolas Sarkozy soutient quant à lui la candidature d’Henri Proglio.

Ces rapprochements entre les intérêts américains et ceux d’Areva, par l’intermédiaire entres autres de Christine Lagarde, révèlent la vision carriériste d’une bonne partie de l’élite politico-économique française, sans laquelle ces choses n’auraient pu être mises sur pied. Néanmoins, cela n’aurait pas pu se réaliser sans le travail d’instituts américains qui s’efforcèrent de coopter celles et ceux qui joueront ensuite en leur faveur. Par conséquent, la stratégie de création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement américano centrée, est désormais appuyée par Areva et par la France, tout comme l’affirme NKM : « J’ai le sentiment que le monde est mûr pour créer enfin une Organisation Mondiale de l’Environnement. Nous en avons besoin. J’ai le sentiment aussi que notre pays est à même de porter activement ce projet ».17

Conclusions

Au vu des faits présentés, il serait facile de prêter des intentions aux États-Unis. Il est toutefois certain que De Gaulle mesurait le risque d’une hégémonie américaine et tentait de maintenir l’indépendance relative de la France pendant la Guerre Froide. Cette politique reposait en partie sur les accords franco-africains et les réseaux officieux qui gravitaient autour, mais aussi sur une politique nationale dont la Cogema et le CEA étaient alors des symboles forts. En ce qui concerne le savoir-faire français acquis dans le domaine du nucléaire civil, les États-Unis ont su attirer Areva dans leurs filets. Mais qu’en est-il de l’Uranium Nigérien dont Areva profite depuis de nombreuses années ? Le processus européen ayant forcé l’entrée de la France dans l’orbite américaine, la gestion des ex colonies francophones ne peut en dernier lieu qu’être remis entre les mains des Etats-Unis. C’est ce que nous verrons dans la seconde partie.

 Julien Teil



1 Priorités de développement des Nations Unies au Niger : http://www.pnud.ne/snu.htm

2 Mali-France , Regards sur une histoire partagée ; GEMDEV, Université du Mali ; 2005

3 Noir Silence ; François-Xavier Verschave – 2000

4 Deuxième compagnie pétrolière des États-Unis que contrôla Condoleezza Rice de 1991 à 2000

5 Suicide d’Etat à l’Elysée – Eric Raynaud – 2009

6 Willy Brandt, Mémoires, Albin Michel, Paris, 1996. Horst Möller/ Maurice Vaïsse (s.d.), Willy Brandt und Frankreich, Oldenbourg, Munich, 2005

7 Ce dernier obtiendra ensuite la nationalité américaine et mourra en 2006 aux États-Unis d’où il proclamera avec vivacité son opposition au régime de Mahmoud Ahmadinejad.

8 Retour sur les conséquences du premier choc pétrolier des deux côtés de l’Atlantique ; Bertrand Barré ; La Revue des Ingénieurs - Mars/Avril 2008

9 Communiqué de Presse d’Areva : Bush veut réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis, le nucléaire est en faveur ; 21 Novembre 2003 ; http://areva.com/FR/actualites-5251/bush-veut-reduire-la-dependance-energetique-des-etatsunis-le-nucleaire-est-en-faveur.html

10 Directeur de la CIA sous l’administration Clinton, il fut accusé d’avoir conserver des informations relatives à la sécurité intérieure avant d’être finalement amnistié par Bill Clinton le dernier jour de son mandat

11 Energy Security and Climat Change ; Trilateral Commission ; 2007

12 Avec Christine Lagarde, l’industrie Us entre au gouvernement français ; Réseau Voltaire ; 22 Juin 2005

13 L’ancien Secrétaire à l’Energie de l’administration Bush, Spencer Abraham, est nommé directeur de la filiale américaine d’Areva ; Réseau Voltaire ; 9 Mars 2006

14 Brice Lalonde crée en 1971 la branche française des Amis de la Terre. Lié à la richissime famille Forbes, il est aussi le partenaire parisien de Coudert Frères, cabinet juridique allié à la famille Rockefeller.

15 Blog de Nathalie Kosciusko-Morizet ; Cancun au Rendez-vous ; 14 Décembre 2010 : http://nkm-blog.org/cancun-au-rendez-vous/

16 Assemblée Nationale ; Commission des Affaires Economiques ;Mardi 14 Décembre 2010, Compte Rendu N°27 ; Audition de Mme Anne Lauvergeon, Présidente du Directoire d’Areva.

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Un déluge d’articles a été mis en circulation très rapidement afin de défendre l’intervention militaire de la France au Mali, « The Crisis in Mali: Will French Intervention Stop the Islamist Advance? » décide par exemple que les vieux trucs sont toujours les meilleurs trucs et élit le narratif éculé de la “guerre contre la terreur” comme fil directeur.

Le “Time” clame que l’intervention cherche à arrêter les “terroristes islamistes” de renverser l’Afrique et l’Europe. L’article stipule spécifiquement que:

“… Il y a une peur, probablement fondée en France, pour que l’islamisme radical du Mali menace la France, car la plupart de ces islamistes parlent français et ont des membres de leur famille en France. (Des sources émanant du renseignement à Paris ont dit au “Time” qu’ils ont identifié des aspirants djihadistes quittant la France à destination du nord du Mali pour s’y entrainer et y combattre), Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), un des trois groupes formant l’alliance islamiste malienne et qui lui procure la plupart de ses chefs a aussi désigné la France, le représentant des puissances occidentales dans la région, comme cible principale d’attaques à venir.”

Ce que par contre le “Time” décide de ne pas dire à ses lecteurs est qu’AQMI est très étroitement lié au Groupe Libyen Combattant Islamiste au nom duquel la France est intervenue dans l’invasion par procuration de la Libye en 2011, donnant des armes, de l’entrainement, des forces spéciales et un soutien aérien important pour les aider à renverser le gouvernement libyen.

En remontant à août 2011, Bruce Riedel, du think-tank de la Brookings Institution, financé par le cartel des entreprises monopolistes, écrivit « Algeria will be next to fall, » où il dépeignait que le succès prévu en Libye renchérirait les éléments radicaux en Algérie, particulièrement ceux de l’AQMI. Entre la violence extrémiste et l’anticipation de frappes aériennes françaises, Riedel espérait voir la chute du gouvernement algérien. De manière ironique Riedel notait: “L’Algérie a exprimé ses préoccupations en ce qui concerne les troubles en Libye et que ceux-ci pourraient bien mener au développement d’un nouveau havre de sécurité et un sanctuaire pour Al Qaeda et d’autres extrémistes djihadistes.”

Nous pouvons donc remercier l’OTAN, car c’est exactement ce que la Libye est devenue, un sanctuaire pour Al-Qaïda sponsorisé par l’Occident (- A Western sponsored sanctuary for Al-Qaeda.). La tête de pont de l’AQMI dans le nord du Mali et maintenant l’implication directe de la France qui va voir le conflit déborder inévitablement sur le sol algérien. Il doit ici être noté que Riedel est un des auteurs du texte de commande du think-tank « Which Path to Persia?« , qui conspire ouvertement pour armer une autre organisation listée terroriste par le département d’état américain: le Mujahedin-e Khalq (MEK), qui sème les troubles en Iran et aide à renverser le gouvernement là-bas. Ceci illustre bien le canevas pour l’utilisation d’organisations clairement terroristes, même celles listées par le ministère des affaires étrangères américain, afin d’aider à réaliser l’agenda de la politique étrangère américaine.

L’analyste en géopolitique Pepe Escobar a noté une relation même plus directe entre le groupe islamiste combattant libyen et AQMI dans un article publié dans Asia Times titré: « How al-Qaeda got to rule in Tripoli: »

“Crucialement, et toujours en 2007, le No2 d’Al Qaïda d’alors,  Zawahiri , avait annoncé officiellement la fusion entre le groupe libyen islamiste et Al Qaïda dans la mouvance AQMI. Ainsi pour toute application pratique depuis lors, le Groupe Islamiste Combattant Libyen et AQMI ont été un et un seul et Belhaj était/est son émir.”

“Belhaj, référence à Hakim Abdul Belhaj, leader du groupe islamiste de Libye, mena le renversement de Mouamar el-Kadhafi avec le soutien sans conteste de l’OTAN, des armes, du financement et une reconnaissance diplomatique par les mêmes, ce qui eut pour effet de plonger la nation dans une guerre civile incessante entre factions tribales. Cette intervention a également vu l’épicentre de la rébellion, la ville de Benghazi, se séparer de Tripoli pour devenir un émirat semi-autonome.” La dernière campagne de Belhaj l’a vu bouger en Syrie où il réside de manière admise à la frontière turco-syrienne, demandant plus d’armement, d’argent et de combattants pour la soi-disant “Armée Syrienne Libre” (ASL) et ce toujours sous les bons auspices et le soutien inconditionnel de l’OTAN.

 

L’intervention de l’OTAN en Libye a ranimé l’organisation listée comme terroriste et affiliée d’Al-Qaïda le Groupe Islamiste Combattant Libyen. Il s’est battu auparavant en Irak, en Afghanistan et a maintenant des combattants, de l’argent et des armes provenant de l’OTAN et qui s’étend au Mali à l’ouest et en Syrie à l’Est. Le “califat mondial” avec lequel les néo-conservateurs ont fait peur aux petits enfants occidentaux depuis plus de 10 ans est maintenant en train de prendre forme au travers des machinations émanant de l’alliance US-Arabie Saoudite et d’Israël ainsi que du Qatar et non pas de “l’Islam”. En fait, les véritables musulmans ont payé un lourd tribut en luttant dans cette “guerre contre le terrorisme financé par l’Occident”.

Le Groupe Islamiste Combattant Libyen, qui est en train d’envahir maintenant la Syrie du nord avec des armes, de l’argent et un support diplomatique français le tout pour le compte de la tentative de changement de régime de l’OTAN dans ce pays, a officiellement fusionné avec Al-Qaïda en 2007 dans le centre de combat contre le terrorisme de l’académie militaire de West Point (Combating Terrorism Center (CTC).

D’après le CTC, AQMI et le GICL ne partagent pas seulement des buts idéologiques, mais des buts stratégiques et tactiques. Les armes reçues par le groupe libyen ont certainement été transférées aux mains d’AQMI par les frontières sahariennes si poreuses et sont maintenant au nord du Mali.

En fait, ABC news a rapporté dans un article: En fait, ABC news a rapporté dans un article: « Al Qaeda Terror Group: We ‘Benefit From’ Libyan Weapons, » that :

Qu’un membre important d’un groupe terroriste affilié infiltré par Al-Qaïda a indiqué que l’organisation pourrait avoir acquis quelques unes des milliers d’armes puissantes portées manquantes à l’issue du chaos général en Libye, ce qui confirme les craintes de longue date de certains officiels occidentaux.

“Nous avons été un des principaux bénéficiaires des révolutions dans le monde arabe”, a dit Mercredi Mokhtar Belmohktar, un des chefs d’AQMI, à l’agence de presse mauritanienne ANI. “En ce qui concerne les armes libyennes, ceci est une chose naturelle en de telles circonstances”.

Ce n’est pas du tout une coïncidence que le conflit tirant à sa fin en Libye, un autre conflit émergea dans le nord du Mali. Ceci fait partie d’un réagencement géopolitique prémédité qui a commencé avec le renversement de la Libye et depuis lors, l’utilisant comme tremplin pour cibler l’invasion d’autres nations, incluant le Mali, l’Algérie et la Syrie, au moyen de terroristes lourdement armés, entrainés et financés par l’OTAN.

L’implication de la France va peut-être faire sortir AQMI et ses affiliés du nord du Mali, mais il est presque certain qu’ils se retireront en Algérie et ce de manière planifiée. L’Algérie a été capable de stopper la subversion durant les phases de départ du “Printemps arabe, créé par les Etats-Unis” (US-engineered « Arab Spring« ) en 2011, mais elle n’a sûrement pas échappé à l’attention de l’Occident qui est en train de complètement transformer la région s’étalant de l’Afrique aux pas de porte de Pékin et de Moscou, utilisant un réseau géopolitique schizophrénique, mettant en œuvre des terroristes pour à la fois provoquer un casus belli et avoir ainsi un prétexte à l’invasion et également avoir à sa disposition une source mercenaire quasi inépuisable pour pouvoir le faire.

Tony Cartalucci

Landestroyer.blogspot

Article original en anglais :

The Geopolitical Reordering of Africa: US Covert Support to Al Qaeda in Northern Mali, France “Comes to the Rescue”, NATO funding, arming, while simultaneously fighting Al Qaeda from Mali to Syria, le 15 janvier 2013.

Traduit de l’anglais par Résistance 71 

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Le 12 janvier dernier les rues de Bilbao ont une nouvelle fois été la scène de la clameur populaire exigeant le respect des droits des plus de 600 prisonniers et prisonnières politiques basques.

Dans un pays de trois millions d’habitants, plus de 115 000 personnes ont de nouveau manifesté pour défendre les droits des personnes incarcérées pour raisons politiques et exiger aux gouvernements des Etats espagnol et français la fin de la politique pénitentiaire cruelle envers les prisonniers et prisonnières politiques basques.

Malgré la pluie intense, des personnes de tous âges se sont retrouvées pour manifester en faveur des prisonniers. Il y a aussi eu des actes de solidarité avec les prisonnières et les prisonniers politiques d’autres peuples qui luttent pour leur liberté comme le Kurdistan, Colombie, le Sahara et la Palestine

Aujourd’hui, les révolutionnaires basques, militants et militantes de la gauche indépendantiste qui sont dans les prisons espagnoles et françaises sont au nombre de 606. Seuls sept prisonniers politiques purgent leur peine dans des prisons situées géografiquement au Pays Basque.

De plus, il y a 13 prisonniers qui ont des maladies incurables et qui devraient être en liberté selon la propre législation espagnole. 143 prisonniers continuent aujourd’hui en prison alors qu’ils devraient être libres, leur peine ayant été arbitrairement et injustement rallongée.

La politique de dispersion des prisonniers et prisonnières basques a entrainé le décès de 21 prisonniers et de 16 membres de famille de prisonniers dans des accidents de voiture quand ils allaient leur rendre visite.

Tous ces faits et bien d’autres mettent en évidence la cruauté et l’illégitimité de la politique pénitentiaire que les gouvernements espagnol et français appliquent contre les militants et les militantes de la gauche indépendantiste incarcéré-e-s.

La société basque exige en majorité que cesse cette politique injuste, que le gouvernement espagnol et français sortent de leur immobilisme. En ces nouveaux temps qui s’ouvrent au Pays Basque, quand la violence d’Etat a disparu, il est nécessaire que disparaisse aussi la violence exercée contre le peuple basque et contre ses prisonniers et prisonnières révolutionnaires. La société basque exige aux gouvernements des Etats espagnols et français qu’ils se décident à négocier une sortie juste et négociée au conflit politique qui les confronte depuis des décennies au pays Basque. Cette solution passe par la libération des personnes incarcérées pour des raisons politiques ainsi que le retour des centaines de réfugiés politiques basques qui se trouvent dans des pays d’Europe, d’Amérique ou d’Afrique.

La manifestation du 12 janvier dernier à Bilbao, comme celle qui a eu lieu l’année dernière et les années précédentes, comme les centaines de concentrations et manifestations qui se réalisent en défense des droits des prisonniers et des prisonnières tout au long de l’année au Pays Basque, a démontré une fois de plus qu’il y a un Peuple, le peuple basque, qui se bouge malgré l’immobilisme des gouvernements espagnol et français et qui porte dans son coeur tous les prisonniers et toutes les prisonnières politiques.

Depuis LAB nous voulons remercier publiquement le soutien de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) et des dizaines de syndicats et centrales syndicales du monde entier à la manifestation massive du 12 janvier. Entre toutes et tous, nous obtiendrons le retour des prisonniers et prisonnières à la maison!

PRESOAK KALERA, AMNISTIA OSOA!! = LES PRISONNIERS À LA MAISON, AMNISTIE TOTALE!!

Photos:

Quotidien digital NAIZ :

http://www.naiz.info/eu/actualidad/noticia/20130112/la-multitud-congregada-en-las-

inmediaciones-de-la-casilla-y-autonomia-augura-una-movilizacion-historica

Quotidien GARA :

http://gara.naiz.info/

Photos et vidéos de la manifestation :

http://www.urtarrilak12.com/

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L’Armée américaine a annoncé qu’elle allait déployer une brigade de l’armée américaine pour mener des opérations continues sur le continent africain. Selon le rapport de l’Associated Press concernant la décision, ce geste fait « partie d’un effort intensifié du Pentagone pour entraîner les pays à combattre les extrémistes et pour que les États-Unis disposent d’une force prête à être envoyée en Afrique si des crises nécessitant l’armée américaine émergent ».

La Deuxième Brigade, Première division d’infanterie, connue sous le nom de « Dagger Brigade » (La brigade poignard), qui comprend environ 3500 soldats, a été désignée pour servir Washington comme version de l’Afrika Corps. Selon le Pentagone, 104 missions séparées, qui devraient débuter en mars prochain, ont déjà été prévues. Le déploiement d’unités allant de petites équipes d’entraînement à des bataillons de 800 membres est planifié dans 35 pays à travers l’Afrique.

La réaffectation de cette brigade est seulement une part d’un effort pour renforcer le commandement africain du Pentagon, ou AFRICOM, qui a été créé en 2007, mais dont le quartier général demeure à Stuttgart, en Allemagne. Jusqu’ici, aucun gouvernement africain n’est prêt à lui fournir une base d’opérations sur le continent.

Depuis, AFRICOM a fait couler le sang en Libye, où l’organisation coordonnait la guerre États-Unis-OTAN pour le changement de régime qui a évincé le gouvernement du colonel Mouammar Kadhafi en octobre de l’an dernier. Il a déployé plus de 100 soldats en Afrique centrale, supposément pour traquer les guérillas de l’Armée de résistance du Seigneur, et a entraîné les armées de plusieurs pays, que Washington espère utiliser comme forces par procuration, ou comme chair à canon, dans la poursuite des intérêts américains.

En décembre, le chef d’état-major, le général Raymond Odierno, a dit au quotidien de droite le Washington Times que le renforcement d’AFRICOM faisait partie d’une nouvelle stratégie militaire mondiale connue sous le nom de « Regionally Aligned Forces », que le Pentagone tente de mettre en place alors qu’il continue de puiser dans les forces d’occupation d’Afghanistan, après avoir été contraint de se retirer d’Irak.

« Il faut adopter une force évolutive et adaptative qui puisse modeler l’environnement dans lequel on évolue en développant des partenaires prêts au combat, en organisant de l’entraînement multilatéral à ou bilatéral et en effectuant des déploiements de troupes, si nécessaire », a dit Odierno.

En d’autres termes, toutes opérations militaires américaines, du secours lors d’un désastre à la soi-disant aide humanitaire, en passant par l’entraînement de troupes africaines, servent de moyens pour « modeler l’environnement », c’est-à-dire préparer le terrain pour une intervention armée directe de la part des États-Unis.

En 2007, J. Peter Pham, un conseiller au département d’État qui a été un membre permanent du comité consultatif d’AFRICOM depuis sa création, a témoigné au sujet de la mission centrale de ce nouveau commandement du Pentagone. Il a décrit cette mission en des termes plutôt directs. Il a dit que cela implique de « protéger l’accès aux hydrocarbures et à d’autres ressources stratégiques que l’Afrique a en abondance, une tâche qui consiste à s’assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de faire en sorte qu’aucun tiers parti intéressé, comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie, n’obtienne des monopoles ou un traitement préférentiel. » Cette dernière considération est devenue de plus en plus déterminante. Dans un sens très concret, la construction d’AFRICOM est le corollaire du « pivot » stratégique vers le Pacifique par l’administration Obama. Washington cherche à employer l’encerclement militaire comme un moyen pour contrecarrer la domination économique croissante de la Chine sur cette région cruciale ainsi que la menace de plus en plus grande qu’elle représente pour la position mondiale du capitalisme américain. De la même manière, en Afrique, Washington cherche à utiliser la force militaire américaine pour contrer l’influence croissante de la Chine sur le continent.

La Chine a surpassé les États-Unis ainsi que l’Union européenne en tant que partenaire commercial numéro un de l’Afrique. Le commerce bilatéral, qui était d’à peine 11 milliards $ en 2000, a atteint 160 milliards $ en 2011 et il devrait atteindre 200 milliards $ cette année.

Dans des conditions où il est prévu que les États-Unis dépendent bientôt de l’Afrique de l’Ouest pour 25 pour cent de ses importations de pétrole, sans mentionner tous les minéraux stratégiques et d’autres matières premières, la concurrence avec la Chine ainsi qu’avec les rivaux économiques en Europe entraîne en fait une nouvelle ruée vers l’Afrique, tout aussi violente et exploitante que sa première conquête coloniale.

Cependant, les préparatifs pour les actions prédatrices de militarisme en Afrique se font sous le prétexte de la lutte contre le « terrorisme » et la menace de « l’extrémisme » sur le continent.

Le commandant d’AFRICOM, le général Carter Ham, a fait une série de discours autant aux États-Unis qu’en Afrique sur cette question. Il a affirmé que des groupes très disparates, qui vont d’Al-Qaïda dans le Maghreb islamique au Mali et en Libye jusqu’au groupe al-Shabab en Somalie et au groupe Boko Haram au Nigéria, menacent de s’allier et de coordonner leurs activités, ce qui pose une menace sérieuse au « territoire » américain. Ni lui ni personne d’autre n’a présenté de preuve montrant une quelconque collaboration entre des mouvements qui ne montre aucune ambition qui dépasserait leur zone nationale.

Plus tôt ce mois-ci, le Wall Street Journal a avancé le même argumentaire dans un article paru à la une intitulé « Terror Fight shifts to Africa » (La guerre contre le terrorisme se tourne vers l’Afrique). Selon le Journal, l’administration Obama « envisage de demander au Congrès d’approuver des pouvoirs accrus » pour mener des opérations militaires contre de présumés terroristes en Afrique. Une telle autorisation du recours à la force militaire a servi de base pour le déclenchement des guerres en Irak et en Afghanistan.

Cette nouvelle autorisation « aurait pour but de permettre les opérations militaires des États-Unis au Mali, au Nigéria, en Libye et possiblement dans d’autres pays où les militants ont des liens ténus, ou pas de liens du tout, avec les quartiers généraux d’Al-Qaïda au Pakistan », ont confié des représentants de l’administration au Journal.

En réalité, en exploitant le prétexte d’Al-Qaïda – et d’organisations qui entretiennent des « liens ténus » ou inexistants avec elle – dans ses interventions militaires, Washington a armé et directement appuyé des groupes véritablement liés à Al-Qaïda, d’abord en Libye et maintenant en Syrie, comme forces par procuration dans ses guerres visant un changement de régime.

À la suite du vote du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une intervention, le Mali semble être la première cible des États-Unis. AFRICOM prépare ouvertement une intervention composée de troupes provenant de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Washington a beau se présenter comme le sauveur du Mali, la situation de ce pays appauvri et enclavé d’Afrique de l’Ouest est essentiellement le résultat de l’impérialisme américain. Ce fut l’intervention des États-Unis en Libye qui fut la cause de la traversée de forces lourdement armées au Mali et ce fut l’Armée américaine qui forma le capitaine Amadou Haya Sanogo, le dirigeant du coup d’État qui renversa le gouvernement du pays en mars dernier. Le Pentagone l’avait entraîné sur des bases militaires des États-Unis en Géorgie, en Virginie et au Texas.

Le développement d’AFRICOM et les préparatifs de nouvelles guerres sur le continent montrent clairement que les interventions en Libye et en Syrie ne sont que le prélude à une offensive mondiale qui ne vise rien de moins que la redivision et la recolonisation d’une bonne partie du monde. L’éruption du militarisme des États-Unis, un sous-produit de la crise historique du capitalisme américain et mondial, va de pair avec les attaques sans cesse plus violentes contre les conditions sociales et les droits démocratiques de la classe ouvrière au pays.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 27 décembre 2012

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Crise climatique : retour sur Doha

janvier 16th, 2013 by Daniel Tanuro

Cet article n’a pas pour but d’analyser politiquement le sommet climatique qui s’est tenu à Doha, au Qatar, début décembre. Cette analyse a été faite dès les premiers jours de la Conférence et elle s’est révélée juste [1]. Il s’agit seulement de faire le point sur les « résultats » de la rencontre, afin que chacun-e comprenne bien où on en est dans la marche à la catastrophe.

Un mini-Kyoto II

Le premier enjeu de Doha portait sur la poursuite du Protocole de Kyoto. Pour rappel : cette question est au centre du bras de fer entre les pays capitalistes « développés » et les autres. En effet, les premiers arguent des émissions croissantes des seconds pour exiger un accord global, imposant des efforts à tous ; quant aux seconds, ils arguent de la responsabilité historique des premiers pour exiger que ceux-ci montrent sérieusement l’exemple dans la lutte contre le réchauffement.

Doha a effectivement décidé une deuxième période d’engagement dans le cadre du Protocole. Mais celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même. Le Japon, le Canada, la Nouvelle Zélande et la Fédération de Russie ne sont plus parties prenantes. Ces pays rejoignent ainsi les Etats-Unis, second émetteur mondial (après la Chine) et premier émetteur historique. Du coup, les nations qui restent dans le jeu ne représentent plus que 15% des émissions mondiales, environ.

Les engagements souscrits sont loin au-dessous des nécessités. Selon le GIEC, pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser 2,4°C de hausse, les pays développés devraient réduire leurs émissions de 25 à 40% d’ici 2020 (et de 80 à 95% d’ici 2050), par rapport à 1990. Or, les engagements pris par les rescapés de Kyoto équivalent au mieux à 18% de réduction. L’Union Européenne se présente comme le bon élève de la classe, avec un objectif de 20% à cette échéance. Or, du fait de la récession, elle était déjà -17,6% en 2011. Si on tient compte en plus des crédits d’émission provenant des mécanismes flexibles (CDM et MOC), l’UE est même au-delà de son objectif… depuis deux ans (-20,7%). Il est vrai que les pays concernés ont accepté d’envisager un effort supplémentaire, mais ce n’est qu’une vague promesse.

« L’air chaud russe »

Une question clé dans le cadre de cette prolongation de Kyoto était celle de « l’air chaud russe ». Par cette expression, on désigne le fait que les pays de l’ex-URSS se sont vu attribuer des quotas d’émission qu’ils n’ont pas utilisés. La raison en est que 1990 a été choisie comme année de référence et que, après la chute du Mur, l’économie de ces pays s’est effondrée. Ils ont donc d’énormes surplus de droits d’émission échangeables sur le marché du carbone. Comme tout n’a pas été vendu – loin de là- entre 2008 et 2012, la question se posait : les 13 milliards de droits restants (un droit = une tonne de CO2) seraient-ils transférables sur la deuxième période d’engagement ?

La conférence de Doha a répondu positivement… Avec quelques restrictions : les droits (unités d’émission) ne pourront être achetés que par des pays qui auront dépassé leur quota, et seulement à concurrence de 2% de leur objectif de réduction au cours de la première période. De plus, plusieurs gouvernements ont fait savoir qu’ils ne seraient pas acquéreurs… Logique : les objectifs de Kyoto II sont tellement minables qu’aucun pays n’aura besoin d’acheter de « l’air chaud russe ». Ce qui est important, ici, c’est que les droits de propriété de la Russie, de l’Ukraine, du Bélarus et du Kazakhstan ont été sauvegardés. Ces pays gardent donc la possibilité de vendre ces droits sur le marché et ils feront tout pour les conserver au-delà de 2020.

Crédits MDP

La deuxième période du Protocole ne concernant qu’une petite partie des pays développés, la question suivante s’est posée : les pays non soumis à engagement auraient-ils le droit d’acquérir et de vendre les crédits d’émission générés par le « Mécanisme de Développement Propre » (MDP) ? Pour rappel, le MDP est ce système, prévu par Kyoto, qui permet de compenser des émissions dans les pays industrialisés en achetant des crédits de carbone générés par des investissements « propres » dans le Sud. Les USA, le Canada, le Japon, etc. veulent garder la possibilité d’acquérir ces crédits (le Japon est le plus grand acheteur après l’Union Européenne), parce que le marché du carbone est relativement juteux. Leurs représentants ont argué que l’insuffisance de la demande de crédits a déjà fait plonger le prix de ceux-ci au-dessous d’un Euro, ce qui ne favorise pas la transition énergétique. La Conférence a rejeté la demande… Mais la messe n’est pas dite car la jurisprudence au niveau de l’instance de gestion du MDP donne plutôt raison aux requérants.

Adaptation et dette climatique

Un deuxième enjeu important de Doha était le financement de l’adaptation au réchauffement dans les pays du Sud. A Copenhague, les pays développés s’étaient engagés à verser des sommes croissantes afin d’atteindre un objectif annuel de 100 milliards par an à partir de 2020. Cette décision a été confirmée l’année suivante à Cancun. Les médias y ont donné un écho considérable : responsables à plus de 70% du réchauffement, les pays capitaliste développés semblaient ainsi honorer leur « dette climatique ». Cependant, hors caméra, les choses se passent nettement moins bien. A Doha, hormis quelques pays européens, la plupart des Etats ont refusé de préciser le montant de leur engagement au cours des prochaines années. Les pays les moins développés ont dû se contenter d’une promesse vague de versements au moins aussi importants qu’au cours des années précédentes (environ 10 milliards de dollars par an)…

Accord global ?

Un troisième enjeu, enfin, était de baliser la négociation d’un futur accord global qui, adopté en 2015, devrait entrer en application à partir de 2020. La Conférence de Bali (2009) avait décidé d’agir conformément aux projections du GIEC ; celle de Cancun avait adopté l’objectif d’une hausse de température limitée à 2°C, voire même 1,5°C ; et celle de Durban avait enchaîné en mettant sur pied un nouveau groupe de travail ad hoc en vue d’une action plus importante contre le réchauffement (ADP). Pour rappel : selon le GIEC, ne pas trop dépasser 2°C de hausse implique de réduire les émissions de 50 à 85% mondialement d’ici 2050, de les réduire de 80 à 95% dans les pays développés, et de commencer cette réduction au plus tard en 2015.

Plusieurs pays en développement, notamment les petits Etats insulaires (AOSIS) demandent depuis des années que ces chiffres soient ratifiés par les sommets des Nations Unies et transformés en objectifs. En vain, et Doha n’a pas dérogé à cette tradition : la Conférence a seulement décidé de « travailler d’urgence !) en vue de la nécessaire réduction profonde (?) des émissions et d’atteindre un pic dans les émissions globales aussi vite que possible ». La question en jeu ici est clairement de savoir si la politique climatique doit ou non être déterminée à partir de l’expertise scientifique sur le climat. L’AOSIS a fait des propositions précises dans ce sens lors de la COP 17, mais celles-ci ont été repoussées, au nom des « contraintes « économiques »…

Responsabilités différenciées

La négociation d’un accord global, applicable à tous les pays, soulève un autre point délicat : dans quelle mesure respectera-t-on le principe des « responsabilités communes mais différenciées » ? Ce principe très important est inscrit dans la Convention cadre des Nations unies sur les Changements climatiques (UNFCCC). Les Etats-Unis et leurs alliés (Canada et Australie notamment) manœuvrent depuis des années afin qu’il ne soit plus pris en compte. A Durban, ils s’étaient déjà opposés avec succès à ce que les textes adoptés y fassent référence explicitement. Le même scénario s’est répété à Doha. Les Etats-Unis sont même parvenus à retirer la référence aux conclusions de Rio+20, pour la simple raison que les principes d’équité et de responsabilité différenciée y sont mentionnés…

Cette question constitue vraiment la pierre de touche des négociations. Face aux Etats-Unis et à leurs partisans, le principe des responsabilités communes mais différenciées est défendu par une alliance hétéroclite regroupant la Chine, l’Inde, la Bolivie, Cuba, le Venezuela et plusieurs pays arabes producteurs de pétrole. Entre ces deux camps, on voit mal comment un compromis est possible… Sauf si ? Sauf si l’expertise scientifique ne sert plus de cadre à la négociation et que chaque pays communique simplement aux autres les mesures qu’il compte prendre pour contribuer au sauvetage du climat. Cette démarche « bottom-up » est celle que les Etats-Unis, la Chine, les autres grands pays émergents et l’UE ont imposée à Copenhague, après l’avoir négociée en parallèle de la Conférence. Sur cette base, oui, un accord est envisageable… mais un accord qui ne permettra pas de rester au-dessous de 2°C de hausse.

Pessimisme de rigueur

Suite à Copenhague, plus de 80 gouvernements ont communiqué des « plans climat ». Leur analyse permet de projeter une hausse de température oscillant autour de 3,5 à 4°C d’ici la fin du siècle. Ces projections sont à prendre avec des pincettes, car les principaux émetteurs de gaz à effet de serre s’ingénient à brouiller les pistes. Primo, les mesures qu’ils communiquent manquent souvent de clarté et couvrent une gamme très large de domaines. Secundo, les efforts de réduction des différents pays sont difficiles à mesurer et à comparer. Le plan d’action de Bali prévoyait d’harmoniser la comptabilisation et le rapportage des émissions. On en est loin, notamment parce que les USA –encore eux !- refusent d’harmoniser les règles différentes inclues dans la Convention cadre des Nations Unies et dans le Protocole de Kyoto. De son côté, la Chine sous-estime probablement ses émissions à hauteur de 1,3 Gt de CO2 [2].

Dans un article écrit peu de temps avant Doha, Walden Bello et Richard Heydarian voulaient croire que les deux principaux émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre seraient contraints de parvenir dans les années qui viennent à un accord climatique bilatéral, impliquant des réductions d’émission obligatoires pour les deux parties, accord qui servirait ensuite de pivot à un engagement de toutes les nations [3]. Cette analyse nous paraît beaucoup trop optimiste. Elle fait peu de cas des énormes intérêts matériels en jeu. Et mise sur le fait que les décideurs prendront rationnellement les mesures indispensables pour éviter une énorme catastrophe humaine. Rien dans l’histoire du capitalisme ne permet de justifier cet espoir.

Daniel Tanuro

Cet article a été publié initialement sur le site Europe Solidaire sans frontières, le 13 janvier 2013.


Notes
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HAITI : La descente aux enfers se poursuit

janvier 16th, 2013 by Joël Léon

« Pour que le gouvernement soit respecté, il faut qu’il soit respectable, autant dans son essence, dans sa naissance, dans ses origines que dans ses manifestations extérieures et visibles ». (La république d’Haïti et ses visiteurs, Louis Joseph Janvier)

Il est universellement admis qu’il n’y a pas eu d’élections en Haïti en 2011. Ce fut une sélection. Les néo-colons, Bill et Hilary Clinton, parachutèrent le plus inepte de leurs poulains au pouvoir, Michel Joseph Martelly.  Depuis lors, c’est le règne du tout à l’envers en Haïti. Tout est contradictoire. L’exercice du pouvoir, dans sa dimension politique et administrative, est plus proche de la théorie du « bing bang » que la gestion rationnelle. C’est la revanche des bourgeois contre les masses, eux, qui ont investi la scène politique depuis 1986 mais ont été contraints à l’échec après chaque tentative de libération économique et sociale. C’est la dictature directe des nantis en Haïti. La classe moyenne est exposée à la disparition dans le pays. Une nation fortement endommagée par un tremblement de terre, ayant fait 330.000 morts, avec  un taux de chômage de 40.6%  frappant les 5 millions de la population en âge de travailler, les éléments de la classe moyenne sont  broyés, condamnés à se replier dans l’unique secteur à leur portée,  l’éducation. Le gouvernement les a silencieusement expulsés de l’administration étatique au profit des technocrates issus de la bourgeoisie.  Une expérience unique et cynique contraignant les progressistes à la réflexion profonde face à la grande question de Lénine, « Que faire ? ».

Le mensonge et l’invraisemblance dominent le paysage du pouvoir. Les médias haïtiens, à part quelques-uns, sont propriétés des  nantis qui prennent la société haïtienne en otage sous les feux de la propagande. Quand des journalistes d’opinion émettent des critiques, car souvent ils n’ont pas le choix face aux dérives  visibles du pouvoir, elles ne sont jamais matures. C’est à dire capable d’englober tous les contours d’un problème. Ils sont plus enclins à donner des conseils au gouvernement sans qu’ils soient sollicités.

Le président, quant à lui, est au-dessus de la mêlée. On  trouve  toujours  des subterfuges pour l’exempter de la stagnation des actions de l’équipe gouvernementale. On met de l’avant sa bonne volonté de changer les choses. Cependant, on oublie une chose, la bonne volonté seule ne suffit pas. Si tel était le cas, Haïti, je dirais le monde, serait un paradis aujourd’hui.  Il faut absolument l’organisation politique, le plan gouvernemental, la vision globale et le groupe d’hommes prêt pour la grande traversée.     Et un autre facteur fondamental, c’est la capacité du chef à maitriser la complexité de la fonction de président dans un pays du tiers-monde. En particulier, Haïti, où histoire et grandeur sont intimement liées. Dans un sens plus précis, le président doit avoir le sens de l’histoire pour pouvoir comprendre les relations du monde avec Haïti. C’est-à-dire leur perception et convoitise par rapport à un « peuple de défi », maman de la liberté ; la haine et l’hypocrisie qui influencent leur décision d’état ; la peur et l’inquiétude de voir  une Haïti unie et forte s’ériger en leader du monde affranchi du néo-colonialisme. Donc, le président d’Haïti doit avoir un passé d’engagement patriotique et national le préparant à affronter l’adversité internationale. Car, selon l’idéal dessalinien, « Haïti doit être toujours du côté  des peuples affaiblis et persécutés ».

Les récentes interventions américaines et Canadiennes à propos du danger que court un ressortissant étranger qui visite Haïti sont très révélatrices. Eux, qui prétendent aider Haïti. La contradiction entre les mots et les actes de la communauté internationale donne un haut le cœur. L’année dernière, « Clinton Bush Haïti Fund » décida d’investir 2 millions de dollars dans la construction d’un hôtel  5 étoiles, l’Oasis. L’argent qui devrait être utilisé pour la reconstruction d’Haïti. Entre-temps, 350.000 haïtiens vivent toujours sous les tentes dans la zone métropolitaine. La logique sur laquelle se basait Clinton pour justifier cet investissement fut d’augmenter la capacité d’accueil du secteur hôtelier haïtien dans le but d’accueillir des milliers de touristes qui séjourneraient éventuellement  dans le pays. La note du département d’état demandant aux ressortissants étrangers de ne pas séjourner dans le pays est en totale contradiction avec le développement du secteur touristique dans le pays. A quoi bon investir dans l’infrastructure touristique pendant qu’on décourage les touristes potentiels à visiter le pays sous des prétextes fallacieux de violence endémique qui frappe le pays.

Cela nous place dans une situation où l’on doit  rappeler aux irréductibles de la société haïtienne qui croient encore dans les promesses de reconstruction de la communauté internationale, qu’elle doit être une initiative nationale d’abord. Il y a une référence qui m’est toujours venue en tête, c’est le génocide Rwandais de 1994, commis sous la barbe des nations unies qui déclarèrent en la circonstance que les forces de l’ONU furent sur le terrain pour « protéger la paix mais pas pour maintenir la paix ». Le résultat fut catastrophique, 1 million de morts. Sans oublier la participation française et belge dans l’attisement de l’animosité entre les deux ethnies majeures du pays, Tutsis et  Hutus,  vers la guerre totale.

L’Occident ne peut que jouer  un rôle impérialiste dans le monde.  Partout c’est l’élargissement de son influence néocoloniale sur les autres états. La république d’Haïti n’est pas épargnée, en dépit de sa situation socio-économique précaire d’avant et d’après 12 janvier 2010. Le projet impérial poursuit son parcours en Haïti et ailleurs. Michel Martelly, actuel président, est le valet du moment. Mais cela finira mal, comme ce fut le cas avec son prédécesseur René Préval. Ce dernier se croyait tout à l’abri avec le soutien sans failles de l’occident, cependant, lorsqu’il voulut parachuter son poulain Jude Célestin  à la présidence, les choses changèrent brusquement. Célestin fut écarté manu militari du deuxième tour au profit de Martelly, le président Préval n’eut eu d’autres choix que de constater le fait accompli. Maintenant, après avoir participé à un documentaire sur Haïti, dans lequel Préval a dénoncé fermement le rôle de l’international dans l’échec d’Haïti, il est menacé d’être mis en prison à travers un tas d’accusations savamment mises ensemble par l’international. Donc, il est astreint à se taire. Je prédis le même sort pour Martelly.

En ce moment  de commémoration des 3 ans du tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010, j’ai cette même sensation d’Albert Camus «  ce désarroi et ce trouble intérieur » qui m’empêche de vivre. Ce nihilisme dont il parlait  me hante l’esprit tous les jours, cette tendance à tout banaliser,  à tout abandonner, à s’enfuir pour toujours. Parce qu’il semble que « nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours le royaume de la mort ». Apres 3 ans, près de 6 milliards de dollars ont déjà été dépensés en Haïti, pourtant rien de concret n’a été fait. On ne sait où est passé tout cet argent. On n’en a aucune trace. Pourtant, dans quelques années  les éditorialistes de « New York Times », « Miami Herald », «  Le monde et RFI » vont écrire en manchettes que le peuple haïtien avait gaspillé plus de 10 milliards de dollars. Une autre façon de nous indexer encore une fois comme « état paria », l’américain dirait une « lost cause ».

L’année 2011-2012 a été particulièrement éprouvante pour Haïti. Le pays  a exporté  pour seulement  33 milliards de gourdes, mais a importé pour  172 milliards de gourdes. Donc, un déficit de 140 milliards de gourdes accusé par Haïti. Dans  les médias et à l’étranger, le chef de l’état n’a jamais raté une occasion pour vanter ses réalisations, surtout au niveau de l’éducation, prétendant qu’il a envoyé plus d’un million d’enfants à l’école. Pourtant, le président n’a procédé à l’inauguration d’aucune nouvelle école depuis l’inauguration de son quinquennat. La situation générale du pays n’a jamais été si fragile et chancelante.  Un « instinct de mort » traverse tous les secteurs de la vie nationale, y compris les plus nantis. La nation n’a jamais été aussi diminuée, l’indignation est partout. Dans des milieux diplomatiques, beaucoup de voix commencent à s’élever pour mettre en question les actions gouvernementales. Parmi  les plus proches du pouvoir, on sent un sentiment d’énervement, d’ailleurs des partisans de première heure tournent déjà le dos. C’est le cas du musicien Richard Moss, le cousin de Martelly.

Les néo-colons continuent à jouer le rôle de meneurs (cheerleaders) du pouvoir; pourtant la désillusion des masses populaires est à fleur de peau.  La descente aux enfers continue. L’intimidation des opposants au régime s’accélère. Les prisons de la capitale regorgent de prisonniers politiques, qu’on fait passer pour des casseurs.  La corruption s’institue en mode de gouvernement. Le premier ministre Laurent Lamothe, dans sa tour d’ivoire, marchande l’aide gouvernementale aux parlementaires en échange de soutien de sa « politique ».

Sinistre tableau sociopolitique.

Joël Léon

 

 

Référence :

CIA World Factbook

Julie Lévesque, Les dons aux victimes du séisme investi dans un hôtel cinq étoiles.  Mondialisation.ca,10 juillet 2012

Deborah Sontag, « Rebuilding in Haiti Lags After Billions in Post-Quake Aid », New York Times, December 23, 2012.

Haiti Press Network, Le pays accuse un déficit de 140 milliards de gourdes, 4 décembre 2012.

Albert Camus,  Discours de Suède, 10 décembre 1957

Martin Heidegger, L’oubli de l’être

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Descente dans le milieu vicieux des banques

janvier 16th, 2013 by Eric Toussaint

« Comme l’a écrit The Economist fin 2006 : “Ayant connu une croissance annuelle de 3,2% par tête depuis 2000, l’économie mondiale est en passe de traverser sa meilleure décennie de tous les temps. Si elle continue à ce rythme, elle fera mieux que dans les années 1960 et 1970, réputées idylliques. Le capitalisme de marché, le moteur qui fait tourner le gros de l’économie mondiale, semble bien remplir sa fonction.” » |1| Alan Greenspan

 

L’objectif n°1 des gouvernants : éviter un nouveau krach financier et bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008

Comme nous l’avons vu dans les parties précédentes, les grandes banques centrales (BCE, Banque d’Angleterre, Fed aux États-Unis, Banque nationale de Suisse) prêtent massivement aux banques à très bas taux d’intérêt afin d’éviter des faillites. Sans cette ligne de crédit illimitée, une grande partie des banques seraient en cessation de paiement. Sans l’intervention massive des banques centrales et des gouvernements, les grandes banques privées se seraient effondrées. Le cumul des prêts des banques centrales aux banques privées depuis 2007 dépasse de loin la somme de 20 000 milliards de dollars. Si on se limite à l’Union européenne, les aides accordées par les pouvoirs publics aux banques ne s’arrêtent pas à des crédits illimités à très bas taux d’intérêt, il faut y ajouter, pour la période d’octobre 2008 à décembre 2011, des garanties accordées pour assumer les dettes bancaires en cas de nécessité, pour un montant de 1 174 milliards d’euros (soit 9,3% du PIB de l’UE |2|) et des injections de capitaux publics dans le capital des banques au sein de l’UE pour 442 milliards d’euros (3,5 % du PIB de l’UE). Il faut également y ajouter :

- la baisse des recettes fiscales, vu que les banques déclarent des pertes qui leur permettent d’éviter pendant plusieurs années de payer des impôts même lorsqu’elles font des bénéfices par la suite |3| ;

- la décision de n’exercer aucune véritable répression dans les nombreux délits financiers commis par les banques et malgré les dommages que leurs actes ont causés à la société |4| ;

- le refus de prendre des mesures contraignantes qui imposent aux institutions financières une véritable discipline afin d’éviter la reproduction de crises bancaires |5|.

De plus, en ce qui concerne l’Eurozone, les États et la Commission européenne maintiennent les dispositions légales qui donnent au secteur privé le monopole du crédit destiné au secteur public. Or, les banques privées se financent principalement depuis 2008 auprès des pouvoirs publics (la BCE et les banques centrales des États membres de l’Eurozone qui constituent l’Eurosystème) à un taux extrêmement avantageux (entre 0,75 % et 1 %). Elles prêtent ensuite cet argent aux pays européens de la Périphérie (Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Irlande et des pays de l’Est membres de l’Eurozone) en exigeant des taux exorbitants (entre 4,5 et 10%, voire plus parfois). C’est doublement condamnable du point de vue juridique : les banques sont coupables d’un abus de position et d’un enrichissement sans cause (car abusif via des taux usuraires). Dans la suite de cette série, dans la partie 7, seront analysés d’autres délits et crimes dont se rendent responsables les banques, ce qui entraîne la nullité des créances que les banques réclament. Les personnes et les sociétés qui en sont responsables doivent être condamnées selon les cas à de fortes amendes, à des travaux d’intérêt général, à une privation de liberté ou à une interdiction d’exercice de la profession.

Il serait naïf de penser que les banques mettent à profit les largesses des pouvoirs publics pour revenir à une gestion prudente des fonds qui sont mis à leur disposition tant par les États que par le public qui y dépose son argent. C’est un des points abordés dans cette partie.

Les crises font partie du métabolisme du capitalisme

Une crise dans le système capitaliste sert d’une certaine manière à remettre les pendules à l’heure : les bulles spéculatives éclatent et le prix des actifs |6| se rapproche de leur valeur réelle ; les entreprises les moins rentables font faillite, il y a destruction de capital |7|. Les crises font en quelque sorte partie du métabolisme du capitalisme.

Mais l’intervention des pouvoirs publics qui suivent les demandes des patrons des entreprises a évité jusqu’ici « l’assainissement », la purge du système capitaliste. Les victimes du côté de la majorité sociale se comptent par dizaines de millions tandis que du côté des responsables de la crise, il n’y a pas de véritable remise en ordre, les faillites de grandes entreprises sont très limitées, les banques n’ont pas assaini leurs comptes et de nouvelles bulles spéculatives se sont formées ou sont en cours de formation.

La faible quantité de faillites bancaires est attribuable à l’aide apportée par la BCE et les gouvernements de l’UE. Les États membres ont considéré que les banques étaient trop grosses pour tomber en faillite. Dans l’UE, seules 7 petites ou moyennes banques ont été liquidées : 4 danoises, une finlando-luxembourgeoise, une irlandaise et une britannique |8|.

Si un tournant radical favorable à la justice sociale n’est pas pris, la crise va se prolonger pendant de nombreuses années pour plusieurs raisons : le maintien d’une politique gouvernementale qui favorise les intérêts des grandes entreprises privées et qui s’attaque aux droits économiques et sociaux des populations |9| ; une demande publique et privée insuffisante ; des bulles spéculatives persistantes ; le maintien en vie d’entreprises non rentables, voire insolvables.

Voilà pourquoi il est important de mieux comprendre le rôle des banques en ouvrant leurs livres de comptes et en auditant les budgets des pouvoirs publics qui leur viennent en aide, en mettant en lumière leurs activités, en identifiant les raisons qui les font agir. De ce travail d’analyse, il ressort que la partie de la dette publique qui est le résultat direct ou indirect de la crise bancaire et du sauvetage des banques privées est frappée d’illégitimité |10|. Cette dette n’a pas servi l’intérêt général, elle permet aux banques d’avoir le beurre et l’argent du beurre tout en continuant leur politique néfaste. Cette dette publique constitue le prétexte invoqué par les gouvernants pour porter atteinte aux droits économiques, sociaux et politiques des populations.

Une autre conclusion s’impose : les banques doivent être considérées comme des services publics du fait, précisément, de leur importance et de l’effet dévastateur que leur mauvaise gestion peut avoir sur l’économie. Le métier de la banque (au sens de constituer un instrument pour permettre l’épargne et pour octroyer du crédit) est trop sérieux pour être confié à des banquiers privés qui par définition cherchent à maximiser le profit de la poignée de grands propriétaires privés (le 1%, comme le mouvement Occupy Wall Street les a appelés). Vu qu’elle utilise de l’argent public, bénéficie de garanties de la part de l’État et doit rendre un service de base fondamental à la société, la banque doit devenir un service public.

Cela conduit à deux propositions radicales : d’une part, obtenir l’annulation/répudiation de la dette publique illégitime et lancer une politique d’emprunt public favorisant la justice sociale, l’amélioration des conditions de vie, le rétablissement des grands équilibres écologiques ; d’autre part, socialiser le secteur bancaire sous contrôle citoyen, car il doit être soumis aux règles d’un service public |11| et les revenus que son activité génère doivent être utilisés pour le bien commun. D’autres mesures, comme l’arrêt des politiques d’austérité, sont évidemment tout à fait nécessaires |12|

Le milieu secret des banques : à la poursuite du « ROE » maximum

Quand on se lance dans l’analyse des banques privées, de leur comportement en tant qu’entreprises capitalistes, des motivations de leurs dirigeants et des principaux actionnaires, il est important de prendre en compte la course au rendement sur fonds propres pour comprendre comment les grands actionnaires et les dirigeants conçoivent la fonction d’une banque.

La notion de ROE (« Return on Equity », ou rendement sur fonds propres) constitue une clé de compréhension. Depuis les années 1990 jusqu’à la crise qui a commencé en 2007-2008, on a connu une course à un ROE maximum : 15% était courant mais certaines banques obtenaient de 25 à 30%. En 2007, le ROE s’élevait à 15% en zone euro, à 17% au Royaume-Uni et à 19% aux USA |13|. Prenons pour exemple deux des grandes banques des États-Unis : Goldman Sachs et Morgan Stanley (respectivement 5e et 6e banques de ce pays). Goldman Sachs et Morgan Stanley ont atteint un ROE de 30% en 1999-2000 jusqu’à l’éclatement de la bulle internet et la faillite d’Enron en 2001. De 2001 à 2004, les actionnaires de ces deux banques ont dû se « contenter » d’un ROE de 12 à 16%. Grâce à la politique de soutien sans faille aux banques et au « big business » développée par la Fed et par l’administration Bush (avec Henry Paulson, l’ancien patron de Goldman Sachs, au poste de secrétaire au Trésor), le ROE de Goldman Sachs a de nouveau atteint des sommets (30%) en 2006-2007 tandis que celui de Morgan Stanley remontait à près de 25% en 2006 avant de chuter en 2007. Goldman Sachs, tout en recommandant à ses clients d’acheter des produits structurés subprime (les fameux CDO – Collateral Debt Obligations), a parié sur leur baisse dès 2007, c’est pourquoi son ROE s’est établi à 30% en pleine crise bancaire alors que ses concurrents Bear Stearn, Merrill Lynch et Lehman Brothers commençaient une descente aux enfers. D’ailleurs cette politique de Goldman Sachs a été l’objet d’une investigation par la SEC (Securities and Exchange Commission, l’organe de contrôle des banques aux États-Unis) et a donné lieu au paiement d’une amende. Ensuite en 2008, le ROE de Goldman Sachs est tombé à 10% et celui de Morgan Stanley à 0%. En 2009, celui de Goldman est remonté à 20%, celui de Morgan Stanley à 10% en 2010. En 2011, le ROE des deux banques est retombé à 5% |14|.

Schématiquement, les fonds propres d’une banque sont constitués du capital apporté par les actionnaires |15|. Il y a 25 ans, ils représentaient environ 8 % du bilan de la banque. Prenons une banque qui avait des actifs qui atteignaient 100 milliards d’euros (qui se répartissent en crédits aux ménages et aux entreprises, en titres de la dette souveraine, en obligations d’entreprises, en commissions sur des fusions d’entreprises ou des lancements en Bourse…), son capital équivalait à 8 milliards d’euros.

Pour atteindre un rendement sur fonds propres (ROE) de 15%, il faut un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros (soit 15% de 8 milliards). Obtenir un tel bénéfice net à partir d’actifs qui s’élèvent à 100 milliards d’euros paraît aisé : cela représente 1,2% de la somme.

Le gonflement exponentiel du bilan des banques afin d’augmenter le ROE

A partir du milieu des années 1990, se développent très rapidement de nouveaux produits financiers : des dérivés de différents types, des produits structurés… Les grandes banques veulent leurs parts de marché de ce secteur en plein développement. Elles sont convaincues que si elles ne s’y lancent pas, elles seront dépassées et peut-être absorbées par des concurrents. Le rendement de ces produits est relativement faible, ils rapportent en général moins de 1%. Du coup, une banque dont les actionnaires veulent que le ROE passe de 20 à 30% est poussée à augmenter de manière exponentielle son bilan. Dans l’exemple mentionné précédemment, le bilan de la banque est alors multiplié par 3 en une dizaine d’années pour atteindre 300 milliards tandis que le capital n’est pas augmenté. Il représente toujours 8 milliards soit 2,66% du bilan. Le financement de cette croissance du bilan est passé par le recours à l’endettement.

L’effet de levier

La banque en question a fait jouer l’effet de levier qui consiste à recourir à l’endettement pour augmenter la rentabilité des capitaux propres |16|. L’effet de levier est de 36 (les dettes représentent 36 fois le capital). Comme la concurrence entre grandes banques sur le marché des dérivés a augmenté au fil des années, le rendement de ces produits a baissé : dans certains cas, il ne dépasse pas 0,1%. Pour continuer à dégager un ROE de 30% alors qu’à partir de 2001 les taux d’intérêt et le rendement des dérivés sont en baisse, les banques sont incitées à augmenter le volume de leurs actifs, en particulier dans le domaine des dérivés, et à chercher à créer des produits structurés à plus haut rendement, notamment dans le domaine des subprime. Mais légalement, elles ne peuvent pas avoir un capital inférieur à 2,5% de leur bilan (voir partie 6, l’accord de Bâle 2). Donc, pour obtenir des revenus et maintenir un ROE élevé, elles développent le hors bilan. Elles créent des sociétés non bancaires (et donc non règlementées et non contrôlées) spécialisées dans les dérivés. En 2007, le marché des produits structurés subprimes’effondre, les banques et leurs sociétés spécialisées font des pertes, parfois supérieures à leur capital. Revenons à notre banque qui utilise un effet de levier de 36 (dettes) pour un 1 (fonds propres). Si elle enregistre une perte qui entraîne une baisse de 3% de la valeur des actifs, ses fonds propres sont engloutis. Soit elle se déclare en faillite, soit elle est rachetée par une autre banque ou par l’État, soit elle fait appel à l’État pour la recapitaliser, soit elle dissimule ses pertes par un jeu d’écriture comptable en attendant des jours meilleurs où les bénéfices reviendront.

Ces différents cas de figure se sont réellement présentés. Aux États-Unis, à côté de Lehman Brothers (la 4e banque d’investissement |17|) et de Washington Mutual, 400 banques petites et moyennes ont fait faillite à partir de 2007. En Belgique, Fortis, la principale banque du pays, a été rachetée par BNP Paribas en 2008. Aux États-Unis encore, Merrill Lynch a été rachetée par Bank of America et Bear Stearn a été rachetée par JPMorgan.

Le cas de Northern Rock

Au Royaume-Uni, Northern Rock était à l’origine une banque coopérative qui a changé de statut en 1997 et adopté une stratégie agressive dans le domaine immobilier. Entre 1997 et sa chute en 2007, elle a connu une croissance de 23% par an pour devenir la 5e banque hypothécaire britannique, dont 90% des prêts étaient concentrés dans le secteur immobilier. Pour financer son développement, elle a marginalisé les dépôts de clients comme moyen de financement et s’est mise à dépendre d’emprunts à court terme. Elle a joué à fond sur l’effet de levier qui a dépassé le ratio de 90 pour 1. Le 13 septembre 2007, Northern Rock a fait appel à la Banque d’Angleterre, ce qui a provoqué la panique des déposants qui se sont précipités pour retirer leurs avoirs. Mais ce n’est pas cette panique des déposants qui a provoqué sa chute, c’est en fait la décision des grands créanciers privés de fermer le robinet du financement au jour le jour qui a sonné le glas pour Northern Rock plusieurs mois avant septembre 2007. La banque a été nationalisée en février 2008 |18|.

Deutsche Bank accusée de tromperie par d’anciens employés

Un cas beaucoup moins connu est celui de Deutsche Bank (DB), la principale banque au niveau mondial en termes de volume du bilan (voir plus loin). Il illustre le cas de figure qui consiste à cacher une perte afin d’éviter une intervention des pouvoirs publics et une fuite des investisseurs provoquant une chute brutale des actions. Les faits se sont passés en 2009 |19|. Selon trois anciens employés qui ont dénoncé les faits en 2010-2011 auprès de la SEC, Deutsche Bank aurait caché une perte de 12 milliards de dollars sur le marché des dérivés aux États-Unis. Si Deutsche Bank avait acté cette perte dans son bilan 2009, son capital aurait été réduit de 25%, ce qui l’aurait obligé à demander un plan de sauvetage (bail out) aux autorités allemandes (qui exigeaient à l’époque des banques allemandes que leur capital représente 8% des actifs). Au lieu de reconnaître une perte, elle a mené une grande campagne de communication pour faire remonter la valeur de l’action en Bourse. Elle a annoncé un bénéfice avant impôt de 1,8 milliard d’euros pour le premier trimestre 2009. L’action DB a grimpé de 16 euros en janvier 2009 à 39 euros fin avril 2009. Les trois employés ont dénoncé les faits sans se consulter. Eric Ben-Artzi était risk manager à la DB, il a été licencié 3 jours après avoir dénoncé la tromperie à la SEC. Il a engagé un procès contre DB pour licenciement abusif. Le deuxième plaignant, Mattew Simpson, a quitté DB de son plein gré avec une indemnité de 900.000 dollars. Le troisième accusateur souhaite conserver l’anonymat. La SEC est très gênée par cette affaire car Robert Khuzami, un de ses principaux responsables actuels, était le conseiller général aux États-Unis de Deutsche Bank entre 2004 et 2009, soit au moment des faits. Quant à Dick Walker, celui qui est aujourd’hui le conseiller général aux États-Unis de Deutsche Bank, il occupait au moment des faits le poste qu’occupe aujourd’hui à la SEC Robert Khuzami. Comme quoi il ne faut pas se focaliser sur l’influence bien réelle de Goldman Sachs. La Deutsche Bank et d’autres grandes banques jouent un rôle décisif dans les décisions des gouvernements et des autorités de contrôle, tant aux États-Unis qu’en Europe.

Évolution du bilan et des activités des banques depuis les années 1990

Dans le cas théorique décrit plus haut, il est affirmé que le volume des bilans de banques, tant du côté du passif (les dettes) que des actifs (les biens et les produits bancaires générant un revenu), a fortement augmenté entre les années 1990 et l’éclatement de la crise en 2007-2008. Selon le FMI |20|, les actifs bancaires mondiaux ont connu une augmentation d’environ 140% entre 2002 et 2007, passant de 40.000 à 97.000 milliards de dollars. Entre 2007 et 2011, ils ont encore augmenté, ils ont atteint 105.000 milliards de dollars |21|. Alors que le discours officiel des banquiers et des gouvernements affirme que les banques ont procédé à un nettoyage de leurs actifs et à une nette cure d’amaigrissement, ce n’est pas ce qui s’est passé dans la réalité. Le volume des actifs n’a commencé a diminué que très récemment, et ce de manière tout à fait marginale. Selon le FMI, entre le 3e trimestre 2011 et le 2e trimestre 2012, les banques européennes ont réduit leurs actifs (sans compter les dérivés) de 2% seulement |22|.

Le Rapport Liikanen, du nom du président du groupe d’experts chargé par Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, de faire des propositions en matière de réforme du secteur bancaire de l’Union européenne donne une série d’informations très intéressantes sur les banques de l’UE |23|.

Selon ce rapport, en France, les actifs de la Société Générale (8e banque européenne, 3e banque française) sont passés de 410 milliards d’euros en 1999 (au lancement de l’euro) à près de 1.200 milliards en 2008 : une augmentation de près de 300% en 10 ans. En 2010, les actifs atteignaient toujours près de 1.200 milliards. |24| En Allemagne, les actifs de Commerzbank (15e banque européenne, 2e banque allemande) sont passés de 380 à 850 milliards d’euros entre 1999 et 2009.

Si on considère l’ensemble du secteur bancaire européen, les actifs sont passés de 25.000 milliards d’euros en 2001 à 43.000 milliards en 2008, soit 3,5 fois le PIB de l’UE |25| ! Les dettes des banques ont suivi la même évolution.

La croissance du bilan a consisté du côté du passif à augmenter le recours aux dettes pour se financer et du côté de l’actif en une forte augmentation des crédits immobiliers dans certains cas et pour la majorité des grandes banques en une explosion de l’activité de « trading » qui recouvre notamment l’achat de dérivés et de produits structurés. L’émission des Asset Backed Securities |26| a été massivement monopolisée par les banques des États-Unis |27| mais les banques européennes se sont également jetées dessus. Elles achetaient ces ABS en s’endettant à court terme alors que ces produits structurés avaient une maturité beaucoup plus longue. L’effet de levier jouait à fond. Pour se protéger des risques, les banques achetaient des dérivés de crédit |28| et d’autres types de dérivés censés les protéger contre les risques de change, les risques liés aux taux d’intérêt, etc. La faillite de Lehman Brothers et le sauvetage in extremis d’AIG (la plus grande société d’assurance sur le plan mondial) en septembre 2008 ont montré que les émetteurs de dérivés n’avaient pas les moyens d’assumer les risques qu’ils couvraient. Le volume total des produits dérivés |29| a littéralement explosé, passant de 100.000 milliards $ en 1998 à 750.000 milliards en 2007 |30|.

Les banques européennes n’ont pas fondé leur croissance sur les dépôts des clients (qui ont crû de manière modeste), mais sur l’endettement via le marché interbancaire, auprès de la BCE ou auprès des Money Market Funds (MMF) |31|.

Qu’est-ce que les Money Market Funds ?Les MMF sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très légèrement contrôlées et très peu soumises à des règles. Dans la presse spécialisée, ils sont considérés comme faisant partie à moitié du shadow banking |32|. L’administration Obama envisage de mettre au point une règlementation car, en cas de faillite d’un MMF, il y a un risque certain de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver. Cela provoque beaucoup d’inquiétude vu que les fonds qu’ils gèrent sont considérables et que leur marge de profit a fortement chuté depuis 2008. En 2012, les MMF des États-Unis géraient 2700 milliards de dollars de fonds, en nette baisse par rapport au 3800 milliards de 2008. Les MMF prêtent à très court terme, souvent au jour le jour. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JPMorgan, qui gère 115 milliards de dollars. Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gère un MMF de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôle un MMF de 25 milliards de dollars. Sur le marché des MMF qui prêtent des euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards). Certains MMF opèrent également avec des livres sterling. Michel Barnier a annoncé qu’il voulait réglementer le secteur, mais on risque fort de rester dans le domaine des déclarations d’intention |33|.

Le bilan des banques n’a pas connu de cure d’amaigrissement depuis 2007-2008

Les auteurs du Rapport Liikanen écrivent en substance que vu la sévérité de la crise, on aurait pu s’attendre à une rapide restructuration du secteur bancaire avec un dégonflement des bilans des banques et la fermeture des firmes les plus faibles. Cela ne s’est pas produit, le volume des actifs n’a pas diminué depuis l’éclatement de la crise en 2008 |34|. En effet, alors que le volume de leurs actifs atteignait 43.000 milliards euros en 2008, il a atteint 45.000 milliards euros en 2011. Sachant que le PIB européen a légèrement diminué, les actifs (et les dettes) des banques européennes représentaient 370% du PIB européen en 2011 !

Entre 2007 et 2011, les actifs de Deutsche Bank ont augmenté de 12,4%, ceux de HSBC de 22,2% , ceux de BNP Paribas de 16%, ceux du Crédit Agricole de 22%, ceux de Barclays de 12%, ceux de Santander de 37,1%, ceux de la principale banque suédoise Nordéa de 84,1%, ceux de Commerzbank de 7,3%, ceux d’Intesa de 11,6%, ceux de BBVA de 19,1%. Sur les 18 principales banques européennes, seules trois ont connu une baisse des actifs : Royal Bank of Scotland (-28%), la principale banque hollandaise ING (-3,3%) et la principale banque italienne Unicredit (-9,3%) |35|.

Pourquoi les banques n’ont-elles pas réduit leur bilan ?

Les banques n’ont pas réduit leur bilan parce qu’aucune autorité ne les y a contraint et qu’elles sont abreuvées de liquidités par la BCE, la FED, etc. Les banques continuent à jouer largement avec l’effet de levier. De plus, dans la zone euro, la BCE pousse les banques à acheter de plus en plus de titres de la dette publique.

Les banques européennes essaient très modérément de se défaire d’une partie des actifs toxiques qui encombrent leur bilan. Quand elles vendent des produits toxiques en-dessous de leur valeur d’achat (telle qu’elle est comptabilisée dans leur bilan), elles doivent réduire la valeur de leurs actifs. Et bien sûr, si elles effacent des actifs douteux, elles réduisent également la valeur de leurs actifs. Mais ce qu’elles liquident représente bien peu au regard de leur bilan car la quantité de déchets à éliminer est gigantesque. En pratique, les banques hésitent à vendre certains produits douteux car le prix qu’elles peuvent en retirer est très bas, elles sont tentées d’attendre de voir le prix augmenter pour vendre. Mais cette augmentation risque de ne jamais avoir lieu. Finalement, il faudra bien à l’échéance du contrat prendre acte d’une perte qui peut être tout à fait considérable.

En attendant, aux États-Unis, la Fed a acheté une quantité très importante d’actifs toxiques : environ 40 milliards de dollars chaque mois en 2012. Dans l’Eurozone, la BCE accepte depuis fin 2011 que les banques déposent chez elle comme collatéraux (c’est-à-dire en garantie) des actifs très risqués, toxiques, en contrepartie des prêts qu’elle leur octroie. La BCE a ainsi décidé début décembre 2011 d’assouplir les critères d’éligibilité de certains actifs acceptés comme collatéraux – les ABS et les créances bancaires (credit claims) |36|
. La BCE prend ainsi dans son bilan une partie des déchets dont les banques privées essaient avec peine de se défaire. |37|

Quelques données sur les banques de l’UE |38|

Les dix plus grandes banques européennes ont chacune plus de 1.000 milliards d’euros d’actifs :

- 1 est allemande (Deutsche Bank, 2164 milliards d’euros d’actifs qui représentent 84% du PIB allemand, 101.000 employés),

- 4 sont britanniques (HSBC, 1968 milliards d’euros d’actifs, soit 120% du PIB britannique, 288.000 employés ; Barclays, 1871 milliards, soit 114% du PIB, 141.000 employés ; Royal Bank of Scotland (RBS), 1804 milliards, soit 110% du PIB, 147.000 employés ; Lloyds Banking Group, 1.162 milliards, soit 70,7% du PIB, 99.000 employés),

- 4 sont françaises (BNP Paribas, 1965 milliards d’euros d’actifs, soit 99,8% du PIB français, 198.000 employés ; Crédit Agricole, 1880 milliards, soit 95,4% du PIB, 162.000 employés ; Société Générale, 1181 milliards, soit 60% du PIB, 160.000 employés ; BPCE, 1.138 milliards, soit 58% du PIB, 117.000 employés),

- 1 est espagnole (Santander, 1275 milliards d’euros d’actifs, 118% du PIB espagnol, 193.000 employés).

Il y a dix ans, aucune grande banque n’avait un volume d’actifs supérieur au PIB de son pays d’origine. Dans la plupart des pays de l’UE, la concentration bancaire s’est accrue. Entre 1997 et 2010, en Belgique, les cinq plus grandes banques sont passées de 52 à 75% du marché, en France de 40 à 45%, en Grèce de 55 à 70%, en Irlande de 40 à 57%, en Allemagne de 17 à 33% |39|.

Sur les 30 plus grandes banques au niveau mondial, 15 sont européennes en 2011.

Six banques européennes sont plus grandes que JP Morgan, la banque la plus importante aux États-Unis |40|. De plus, trois banques européennes sont particulièrement offensives à Wall Street en particulier et aux États-Unis en général : il s’agit de Deutsche Bank, de Crédit Suisse et de Barclays. Elles détiennent 23% du marché de la dette aux États-Unis. Sur le marché des fusions/absorptions, Crédit suisse, DB et Barclays se situent en 4e, 5e et 6e position juste après Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley |41|.

Les 20 plus grandes européennes se réservent 50% du gâteau

Dans l’UE, on dénombre 8000 banques qu’on peut ranger en trois catégories : 1° environ 4000 petites banques coopératives avec moins d’un milliard d’euros d’actifs ; 2° les banques avec des actifs entre 1 et 100 milliards d’euros ; 3° les banques avec des actifs entre 100 et 2.200 milliards d’ euros.

Les 20 plus grandes, soit 0,25% du nombre total, se réservent 50% du gâteau : elles ont plus de 23.000 milliards d’actifs.

En général, les petites banques sont plus solides et elles prêtent proportionnellement nettement plus aux ménages et aux entreprises de l’économie réelle que les grandes. Elles présentent également des risques moindres du fait de leur taille réduite. Une série d’études montre que les petites banques coopératives et les banques d’épargne sont plus efficaces, plus sûres et plus utiles que les grandes banques |42|. Elles peuvent venir en aide à leurs clients et financer des investissements locaux utiles. Dans certains cas, c’est d’autant plus vrai lorsque les pouvoirs publics y jouent un rôle |43|. Selon le rapport Liikanen, les pays européens où les banques coopératives et les banques d’épargne sont les plus efficaces sont l’Autriche, l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas.

Les grandes banques sont « universelles »

La banque universelle (appelée également banque à tout faire ou banque généraliste) représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement et de la banque de gestion d’actifs. Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Un risque important de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de détail et mettre ainsi en danger les avoirs des petits épargnants. C’est le cas des plus grandes banques européennes.

L’appétit des grandes banques pour les dérivés

Selon l’ISDA (International Swaps and Derivatives Association), l’organisme privé qui réunit les banques vendant des dérivés, 94% des 500 principales banques au niveau mondial utilisent des dérivés (en ordre d’importance, des dérivés sur les risques de change, sur les taux d’intérêts, sur les matières premières et des CDS) ; 80% des dérivés sont fabriqués et commercialisés par les banques, c’est un marché captif des banques. Les hedge funds (dont certains sont l’émanation des banques) pèsent très peu à côté des banques sur le marché des dérivés car leur poids ne dépasse pas 2000 milliards de dollars, ce qui est tout à fait marginal à côté des 100.000 milliards de dollars aux mains des banques (auxquels s’ajoutent les 67.000 milliards du shadow banking). L’écrasante majorité des dérivés échappe jusqu’ici à tout contrôle car ils s’échangent sur le marché de gré à gré (OTC).

Le trading roi

La moitié des actifs de Deutsche Bank et Royal Bank of Scotland sont utilisés pour faire dutrading. Cela représente 40% dans le cas de BNP Paribas et de Barclays.

Qu’est que le trading ?L’activité de trading consiste pour une banque à prendre des positions (à l’achat ou à la vente) sur les différents marchés financiers : actions, taux d’intérêt, devises, marchés dérivés, futures ou options sur ces instruments, marchés à terme des matières premières et des produits agricoles (y compris aliments), marché immobilier. Le trading est clairement une activité spéculative car il s’agit de profiter de mouvements de prix à court terme que leurs actions contribuent grandement à provoquer. Les achats ou les ventes ne sont pas effectués pour avoir l’usage du bien ou du produit acheté mais simplement pour faire un bénéfice. Ces activités ont largement provoqué la crise alimentaire de 2008-2009 quand les banques et autres zinzins se sont retirés brutalement et massivement du secteur immobilier en plein marasme des produits structurés liés au subprime et ont déplacé leurs opérations de tradingvers les marché à terme de commodities |44|, notamment les céréales |45|. De même, cetrading a provoqué à la même époque et pour les mêmes raisons une flambée des prix du pétrole en juillet 2008 suivie d’une chute brutale quelques mois plus tard. Une partie dutrading est déclarée dans le bilan de la banque, une autre partie – souvent la plus importante – est réalisée hors bilan sur les marchés de gré à gré.

Barclays, BNP Paribas, Deutsche Bank, Nordea, Royal Bank of Scotland et Société Générale sont les banques qui, proportionnellement, font le plus de trading (il représente plus de 30% de leurs actifs).

Pour quatre de ces banques (Barclays, BNP Paribas, Deutsche Bank et Royal Bank of Scotland), les dérivés qu’elles détiennent représentent en valeur notionnelle (à savoir le risque couvert) plus de 20 fois leurs actifs |46| et plus de 300 fois leurs fonds propres stricto sensu. Rappelons que le marché des dérivés n’est pas règlementé et n’est donc pas contrôlé ! Pour Royal Bank of Scotland, les dérivés représentent 30 fois les actifs, c’est 28 fois pour Deutsche Bank et Barclays, 25 fois pour BNP Paribas, 7 fois pour BPCE.

Les grandes banques, au cours des années 1990 et 2000, ont donc pris de plus en plus de risques notamment en développant le trading. Cela a fait fortement baisser la part des revenus fixes (les revenus des crédits aux clients, des titres de la dette publique ou de la dette des entreprises privées) dans leurs revenus. Dans le cas de Barclays et de la Deutsche Bank, entre 1993 et 1996, les crédits représentaient la moitié des actifs de la banque. En 2007-2008, ils ne représentaient plus qu’un dixième des actifs ! Les dépôts des clients (ménages, entreprises, pouvoirs publics, institutions financières) représentent moins de 30% du passif dans le cas de BNP Paribas, Deutsche Bank, Barclays, Société Générale.

Les banques prêtent moins aux ménages et aux entreprises non financières que ceux-ci ne leur prêtent

En général, les banques octroient moins de prêts aux ménages et aux entreprises non financières que ce que ceux-ci leur prêtent (via les dépôts qu’ils font). C’est ce que montrent les données concernant le poids des dépôts des ménages et des entreprises non financières (à l’exclusion des dépôts des entreprises financières) dans le financement (c’est-à-dire les dettes des banques) en 2011 : 41% pour la Belgique, 23% pour la France, 28% pour le Royaume-Uni, 36% pour l’Allemagne |47|.

En regard, dans les actifs, la part des crédits aux entreprises non financières (ENF) et aux ménages est nettement minoritaire : pour la Belgique, 10% aux ENF et 9% aux ménages ; pour le Royaume-Uni, 5% aux ENF et 15% aux ménages ; pour la France, 10% aux ENF et 12% aux ménages ; pour l’Allemagne, 10% aux ENF et 17% aux ménages ; pour l’Espagne, 23% aux ENF et 22% aux ménages |48|.

Les prêts des banques aux ménages et aux entreprises non financières constituent une part minoritaire de leurs actifs

En moyenne, la part des prêts des banques européennes (prises ensemble) aux ménages et aux entreprises non financières représentaient 28% de leurs actifs, le reste est constitué de créances diverses, ABS… et dettes souveraines |49|. Tout cela sans tenir compte de la part de l’ombre, c’est-à-dire le hors bilan, le fameux shadow banking system.

Les 10 plus grandes banques européennes sont aussi les plus aidées par les pouvoirs publics

Les 10 plus grandes banques européennes ont reçu à elles seules plus de la moitié de l’aide publique sous forme de recapitalisation et de garanties qui, entre 2008 et 2011, s’est élevée à 1 620 milliards d’euros (13 % du PIB de l’UE).

Les grandes banques travaillent dans l’ombre

Les grandes banques européennes, comme d’ailleurs celles des autres continents, rendent leurs activités le plus opaque possible en créant une multitude de sociétés. Dans un nombre significatif de cas, il s’agit de plus de mille entités légales différentes pour une seule banque. Outre le fait de rendre très difficile le travail des contrôleurs, ces multiples sociétés sont la plupart du temps basées dans des paradis fiscaux afin de payer le moins d’impôts possible |50|, de blanchir de l’argent sale et de permettre à leurs clients fortunés d’échapper à l’impôt.

Retour sur le retour sur fonds propres (ROE)

Selon le Rapport Liikanen |51|, en 2011, les fonds propres ne représentent que de 2 à 8% des actifs des grandes banques. Dans le cas de la Deutsche Bank, ils représentent à peine plus de 2%. Dans le cas d’ING et de Nordea (Suède), ils représentent un peu moins de 4%. Pour BNP Paribas, Crédit Agricole, BPCE, Société Générale ou Barclays, ils représentent environ 4%. Dans le cas des espagnoles Santander et BBVA, des italiennes Intesa Sanpaolo et Unicredit, ou encore de la belge KBC, environ 6% |52|.

Faisons un petit exercice pratique pour avoir une idée approximative du rendement sur fonds propres en 2012 pour les banques d’une série de pays clés. Tout en faisant l’exercice, il faut avoir en tête ce qui est expliqué plus haut dans la partie « Le monde secret des banques ».

Le FMI a publié pour différents pays le bénéfice des banques en pourcentage du total des actifs au début de l’année 2012. Ce bénéfice est très faible et dans certains cas (Grèce, Irlande), il est négatif :

Grèce -0,4%
Irlande -0,8%
Italie 0,4%
Portugal 0,3%
Espagne 0,2%
Autriche 0,4%
France 0,2%
Allemagne 0,2%
Pays-Bas 0,4%
R-U 0,0%
Danemark 0,1%
Suisse 0,2%
Suède 0,6%
États-Unis 0,8%

 

Si on se limite à l’analyse de ce tableau, on en ressort avec l’impression que les actionnaires des banques européennes ne sont pas bien lotis. Mais allons plus loin en essayant de nous faire une idée du ROE. Considérons la Deutsche Bank qui, selon le rapport Liikanen, avait des actifs s’élevant à 2164 milliards d’euros et partons du principe que son bénéfice correspond à la moyenne publiée par le FMI pour l’Allemagne, soit 0,2%. Cela donne un bénéfice de 4,33 milliards d’euros. Toujours selon le Rapport Liikanen, les fonds propres de la Deutsche Bank en 2011 équivalaient à 2% de ses actifs |53|, soit 43,3 milliards. Le ROE s’établit dans ce cas à 10%, ce qui montre le vrai visage des banques en ces temps de crise.

Appliquons le même raisonnement à BNP Paribas. Sachant que les actifs atteignaient 1965 milliards d’euros en 2011, un bénéfice de 0,2% (soit 3,93 milliards d’euros) donnerait un ROE de 5%. En effet, les fonds propres de BNP Paribas représentaient en 2011, selon le Rapport Liikanen, environ 4% de ses actifs (environ 78,6 milliards d’euros).

Afin de compléter ces informations, nous serions reconnaissants à tous les lecteurs qui auraient accès aux données d’une ou plusieurs banques européennes concernant leur ROE de nous en faire part en écrivant à info@cadtm.org.

Un dernier point à souligner : l’estimation des actifs est sujet à manipulation de la part des banques, tout comme l’estimation des fonds propres et d’autres éléments du bilan, puisqu’elles doivent présenter des ratios plus contraignants dans le cadre des accords de Bâle III (voir partie 6 de cette série).

Conclusion

Pour parvenir à une solution alternative à la gestion capitaliste de la crise, il est indispensable de comprendre le rôle des banques et de mettre en lumière leur part d’ombre. Cela permettra de renforcer l’action citoyenne, et notamment les initiatives d’audit citoyen qui sont en cours en Europe (Espagne, Grèce, Portugal, France, Belgique, Italie…) et ailleurs |54|.

Les banques ont perdu beaucoup de leur légitimité, mais elles peuvent compter sur les gouvernants et les grands médias pour les soutenir coûte que coûte. Les banques privées et les gouvernements qui ont favorisé la dérèglementation financière radicale initiée dans les années 1980-1990 sont responsables de la débâcle. Les décisions actuelles prolongent et aggravent la situation. Il s’agit d’une nouvelle crise majeure du système capitaliste, à côté de tant d’autres comme la crise alimentaire ou la crise environnementale |55|.

La seule crise bancaire a représenté un coût colossal pour la société et ce n’est pas fini. Luc Laeven et Fabian Valencia, deux économistes du FMI, estiment que la perte de croissance du PIB due aux crises bancaires pour la période 1970-2011 s’élève à 33% (23% pour la zone euro, 31% pour les États-Unis). Selon eux, il est probable que le coût final sera plus important encore.

Selon les mêmes auteurs, sur la période 1970-2011, l’augmentation de la dette publique dans les économies avancées due aux crises bancaires s’élève à 21% (20% dans la zone euro et 24% aux États-Unis) |56|. Bien que ce ne soit pas du tout la conclusion des deux auteurs, on doit considérer cette dette comme clairement illégitime et refuser de la payer. Outre la nécessité de refuser le remboursement de la dette publique causée par la crise et le sauvetage des banques comme il s’effectue actuellement, il faut opter pour une réponse radicale à la politique des banques. Vu qu’elles utilisent de l’argent public, bénéficient de garanties de la part de l’État et doivent rendre un service de base fondamental à la société, le secteur bancaire doit être socialisé pour devenir un service public de l’épargne et du crédit.

La partie 5 de la série analysera les points faibles des banques dans la période actuelle et la partie 6 expliquera en quoi les initiatives des gouvernements en termes de règlementation des activités bancaires sont tout à fait inadéquates.

Epilogue : Une histoire purement imaginaire

Pas nécessairement facile de se mettre dans la peau des dirigeants d’une grande banque, que ce soit un grand actionnaire ou un haut dirigeant nommé, pour comprendre leur vision du business. La grande majorité des personnes qui détiennent un compte en banque |57| ont peine à imaginer comment fonctionne ceux qui dirigent cette même banque, leur façon de penser et les avantages qu’ils en tirent. Comprendre concrètement ce qu’est le rendement sur fonds propres (ROE) est particulièrement difficile car nombreux sont ceux qui ne peuvent même pas imaginer tout ce que cache la réponse à une telle question

Essayons de rendre les choses plus accessibles, en réalisant une comparaison entre une famille comme il en existe tant et les patrons de grandes banques comme il en existe quelques-uns seulement.

Imaginons M. et Mme Fernandez en Espagne en 2007, proches de la cinquantaine, qui ont accumulé en 30 ans d’activités une épargne de 100.000 euros (ce qu’ils considèrent comme leur capital). Ils décident alors d’acheter une maison de 500.000 euros qui comporte trois appartements. Ils apportent leurs 100.000 euros de fonds propres, soit 20% du prix d’achat. Ils vont occuper eux-mêmes un appartement et les deux autres seront loués. Ils empruntent 400.000 euros à rembourser en 20 ans à un taux d’intérêt de 5% mensuel, ce qui représente 18.780 euros par an (la moyenne sur les 4 premières années du prêt) auxquels s’ajoutent 12.898 euros de remboursement annuel du capital (la moyenne sur les 4 premières années du prêt), soit 31.678 euros à rembourser chaque année. Ils font le calcul suivant : « Si on loue chaque appartement pour 1000 euros par mois, cela nous rapportera 10.000 euros par appartement, soit 20.000 euros en tout par an, hors frais d’entretien et charges diverses. Il nous restera à financer 11.678 euros, ce qui correspond à 117 % du loyer que nous avions à payer précédemment. Cela veut dire qu’il faudra réserver une plus grande part de nos revenus au remboursement du prêt, mais au bout du compte, quand nous aurons 70 ans, nous serons propriétaires de cette maison qui procure des revenus et nous pourrons un jour la léguer à nos 3 enfants ».

Par ailleurs, imaginons que, la même année, la banque Crésus prend aussi la décision d’acheter le même type d’immeuble que le couple Fernandez. Elle en achète des centaines comme ceux-là pour augmenter son patrimoine immobilier dans un contexte où les prix des maisons augmentent de manière accélérée. Un bien immobilier d’une valeur de 500.000 euros peut en valoir 600.000 deux ans plus tard. C’est donc une bonne opération. Comment va-t-elle financer son achat ? Elle construit le schéma suivant : elle apporte 4% de fonds propres, soit 20.000 euros. Pour les 480.000 euros restant, elle utilise 180.000 euros des dépôts effectués par les clients de la banque qui font verser leur salaire et autres revenus sur leur compte courant sans que la banque ne leur verse de rémunération (alors qu’elle reçoit cet argent en prêt et qu’elle l’utilise à sa guise). Enfin elle finance le solde (300.000 euros) en empruntant sur le marché interbancaire à un taux de 3,26 % (la moyenne des taux interbancaires européens « Euribor » des années 2007 à 2010). A côté de sa dépense sur fonds propres pour un montant de 20.000 euros (que la banque Crésus n’effectue qu’une fois évidemment), le coût annuel de son achat s’élève à 9 780 euros d’intérêts versés aux autres banques. Si, comme le couple Fernandez, elle loue chacun des trois appartements pour 1000 euros par mois, tous frais d’entretien déduits, cela donnera environ 30.000 euros par an dont il faudra retirer 9 780 euros de frais d’emprunts. Le revenu net s’élèvera à 20 220 euros, soit 101 % de rendement sur les fonds propres qu’elle a apportés au départ. Si on calcule le rendement sur l’investissement total, cela donne 20 220 euros sur 500.000 euros, à savoir 4,04 %.

La différence de situations entre le couple Fernandez et la banque Crésus saute aux yeux. Car ce que fait la banque pour financer l’achat d’un bien est très éloigné de ce qui est à la portée de tout un chacun. Dans le monde très fermé des grandes banques (rappelons que sur les 8000 banques de l’Union européenne, les 20 plus grandes disposent de la moitié des 46.000 milliards d’actifs !), ce qu’elles empruntent, en quelque sorte elles ne le remboursent pas, elles ne paient que des intérêts. En effet, à chaque échéance où le capital doit être remboursé, elles recourent à un nouvel emprunt pour rembourser le précédent. C’est inimaginable pour des emprunteurs provenant de la majorité de la population. Il faut ajouter que, comme nous l’avons vu, elles ne rémunèrent pas les dépôts sur les comptes courants alors qu’elles utilisent l’argent qui y est déposé. Cette situation se prolonge tant que les grandes banques ont un accès continu et à peu de frais (de préférence inférieur au taux d’inflation) au crédit. Evidemment, si les déposants retirent leur argent ou/et si les différents prêteurs perdent confiance et serrent le robinet du crédit, la banque se retrouve alors en cessation de paiement car son petit jeu prend fin. Dans ce cas, il y a de fortes chances que les pouvoirs publics interviendront pour sauver la banque s’ils considèrent qu’elle est trop grande pour faire faillite (too big to fail).

Nous avons imaginé une situation se déroulant en 2007. Déplaçons-nous dans le temps et franchissons 5 années. Nous sommes en 2012, la bulle immobilière a éclaté en Espagne (en Irlande et aux États-Unis également) et a eu des effets dévastateurs. Des centaines de milliers de travailleurs de la construction se sont retrouvés sans emploi, l’activité économique a flanché, tous les autres secteurs de l’économie ont été affectés, le nombre de sans emplois a augmenté en flèche |58|. Le couple Fernandez s’est retrouvé au chômage et dans l’incapacité de poursuivre le remboursement de l’emprunt hypothécaire de 400.000 euros. La banque Philémon a repris le bien |59|, le couple Fernandez s’est retrouvé sans logement et a demandé à ses enfants de les héberger. La banque a vendu le bien et en a retiré 300.000 euros car les prix de l’immobilier se sont effondrés. Le couple Fernandez avait remboursé, en 4 ans, 75 120 euros d’intérêts et 51 591 euros de remboursement du capital emprunté. |60| Il restait 348 409 euros de capital à rembourser. En vertu des lois espagnoles, la banque Philémon exige du couple Fernandez, sans emploi et sans maison, 48 409 euros (soit le capital restant à rembourser après le versement des 300.000 euros du produit de la vente).

Maintenant, regardons ce qui se passe du coté de la banque Crésus qui avait acheté un bien similaire à celui du couple Fernandez. En 2012, elle peut poursuivre ses opérations d’achat avec une modification de son profil de financement car les autres banques ne veulent plus lui prêter de l’argent (les banques se méfient les unes des autres à cause des créances douteuses que nombre d’entre elles détiennent). Mais heureusement, les pouvoirs publics sont là pour venir en aide à la banque Crésus et aux autres banques. La BCE prête de l’argent aux banques à un taux nettement inférieur à l’inflation. Un vrai bonheur pour les banquiers.

Que fait la banque Crésus ? Elle rachète le bien immobilier des Fernandez pour la somme de 300.000 euros. Pour cela, elle investit 18.000 euros de fonds propres (soit 6% du prix de l’immeuble), utilise 132.000 euros prélevés sur les dépôts non rémunérés des clients, 100.000 euros empruntés à la BCE pour 3 ans à un taux de 1% et 50.000 euros empruntés à la BCE à court terme à 0,75%. Le coût annuel en intérêts pour la banque est de 1.375 euros. Elle loue les trois appartements au même loyer que précédemment, soit une rentrée de 30.000 euros moins 1.375 euros d’intérêts à payer, soit 28.625 euros. Le rendement sur fonds propres (ROE) est de 159%, le bénéfice sur le total de l’investissement est de 9.5%

Tout cela n’est que purement imaginaire. Mais est-ce si éloigné que cela de la réalité ?

Eric Toussaint
L’auteur remercie Patrick Saurin et Virginie de Romanet pour la relecture de certains passages ainsi que Damien Millet, Danielle Sabai et Brigitte Ponet qui ont relu l’entièreté de cette quatrième partie.

La première partie de la série, intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012, la seconde partie intitulée « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » a été publiée le 29 novembre 2012, la troisième partie intitulée « La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne » a été publiée le 23 décembre 2012.

 

 

Notes

|1| Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale des États-Unis de 1987 à 2006, grand partisan de l’absence de contrôle au nom de l’autorégulation des forces du marché. The Economist, un des principaux hebdomadaires financiers, il est édité à Londres depuis 1843. Lors de sa naissance, il a résolument pris parti pour le libre-échange. L’aveuglement de The Economist partagée par Alan Greenspan mérite d’être mise en exergue au début de la présente étude. Sur The Economist voirhttp://www.monde-diplomatique.fr/20…

Citation tirée d’Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Jean-Claude Lattès, paris, 2007, p. 28.

|2| Commission européenne, « Aides d’État : le tableau de bord confirme la tendance à la diminution et à un meilleur ciblage des aides non liées à la crise », Bruxelles, 21 décembre 2012.

|3| Exemple théorique : si en 2008 et en 2009, les banques ont déclaré des pertes pour un montant de 250 millions d’euros, elles n’ont pas payé d’impôts pour ces exercices-là. Si elles déclarent 100 millions de bénéfices en 2010 et 100 millions en 2011, elles ne paieront pas d’impôts ces années-là car elles reporteront leurs pertes des années 2008 et 2009 qui sont supérieures à leurs bénéfices de 2010 et 2011.

|4| Les autorités européennes et les gouvernements de la zone euro n’ont jusqu’ici engagé aucune poursuite pénale ou civile contre des banques. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, dans la plupart des cas, les autorités de contrôle passent des accords financiers avec les banques fautives, ce qui leur permet d’éviter un procès.

|5| On verra dans la partie 6 que les mesures prévues dans le cadre de Bâle 3 et celles que les autorités européennes (Commission, EBA et ESMA) ont ajoutées sont totalement insuffisantes.

|6| En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (capitaux propres apportés par les associés, provisions pour risques et charges, dettes). Voir http://www.banque-info.com/lexique-…

Dans le cas concret envisagé ici, les actifs sont principalement des biens et des titres qui sont l’objet d’une spéculation financière (dont les banques sont les principales responsables) : des matières premières et des produits agricoles, des titres de la dette des entreprises privées (corporate bonds) et des États (dettes souveraines), des monnaies, des biens immobiliers…

|7| Ce qui provoque la baisse de la composition organique du capital, pour reprendre la terminologie marxiste.

|8| Les banques liquidées sont Fiona Bank (DK), Roskilde Bank (DK), EIK (DK), Amagerbanken (DK), Kaupthing Bank (FI, LU), Anglo Irish (Irlande), Bradford & Bingley (RU).

|9| Un aspect important de cette politique a été développé dans la partie 3 de cette série, « La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne » publiée le 23 décembre 2012.

|10| Bien sûr, il y a d’autres dettes illégitimes qu’il faut également identifier et refuser de payer.

|11| Le secteur bancaire devrait être entièrement public à l’exception d’un secteur coopératif de petite taille avec lequel il pourrait cohabiter et collaborer.

|12| Damien Millet, Eric Toussaint, « Europe : Quel programme d’urgence face à la crise ? », 10 juin 2012.

|13| Patrick Artus, Marie-Paule Virard, La liquidité incontrôlable, Pearson, 2010, p.45.

|14| Les données sur le ROE de Goldman Sachs et de Morgan Stanley sont tirées de Tom Braithwaithe, « Leaner and meaner », Financial Times, 1er octobre 2012, p.9.

|15| Ce sont les capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source :http://www.lesclesdelabanque.fr/Web…. Les fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices mis en réserve.

|16| Voici la définition de l’effet de levier par la Banque de France : « L’effet de levier mesure l’effet d’un recours plus ou moins important à l’endettement sur la rentabilité financière, pour une rentabilité économique donnée. En acceptant un recours à l’endettement, les actionnaires d’une entreprise ou d’une institution financière s’attendent à un retour encore plus important en bénéfice en raison du risque supplémentaire pris. » Voir http://www.banque-france.fr/fileadm…, p. 112.

|17| Lehman Brothers était constituée de 2.985 sociétés interconnectées et était présente dans 50 pays.

|18| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, October 2012, Brussels, p. 59.

|19| Le Financial Times a mené une enquête sur ce scandale et a publié plusieurs articles bien documentés : « Deutsche Bank accused by ex-staff. Claims up to $12 billion paper losses hidden. Misvaluing alleged to help avoid bailout », 6 décembre 2012 (en première page et sur une page complète, p. 6.). Voir aussi les éditions du des 7 et 8-9 décembre 2012.

|20| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 82.

|21| Plus de la moitié des actifs bancaires mondiaux sont entre les mains des banques de l’UE. Bien sûr, si on y ajoute les banques suisses, la part des banques européennes augmente encore.

|22| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 29.

|23| Voir Erkki Liikanen (chairperson), “High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector”, octobre 2012, Bruxelles. Erkki Liikanen est le gouverneur de la banque centrale de Finlande. Onze experts composaient ce groupe de travail dont le Français Louis Gallois. Un des intérêts du rapport Liikanen est qu’il confirme par une voix officielle, le diagnostic sur les turpitudes des banques, les risques ahurissants qu’elles ont pris pour faire un maximum de profit. Comme nous le verrons plus loin, ce rapport n’a pas plu aux banquiers. Voir :http://ec.europa.eu/internal_market…
Dans la suite de ce texte, ce document sera appelé le Rapport Liikanen.

|24| Rapport Liikanen, p. 41.

|25| Ces chiffres proviennent du Rapport Liikanen. Voir également : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, « Les chiffres de la dette 2012 », tableau 30, p. 23, qui donnent des données concordantes à partir d’une autre source.

|26Les asset backed securities (ABS) sont des valeurs mobilières (titres de créances) adossées fréquemment à des opérations de titrisation ayant pour sous-jacent des actifs qui sont le plus souvent des crédits. Les opérations admises peuvent être aussi bien des prêts hypothécaires, des prêts automobiles mais aussi des paiements par carte de crédit. Les asset backed securities sont émis sur le marché des capitaux et sont négociables entre les investisseurs.

|27| Rapport Liikanen, graphique 2.3.4

|28| Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le credit default swap (CDS). Source : Banque de France

|29| Produit dérivé : Produit financier dont la valeur dérive de celle d’un indice sous-jacent. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…). Ces produits peuvent être classiques (plain vanilla) ou plus complexes (exotiques). Source : Banque de France.

|30| Rapport Liikanen, graphique 2.3.5. A noter qu’en 2012, le volume du marché des dérivés OTC a de nouveau atteint 750.000 milliards de dollars (voir la partie 2 de cette série).

|31| Rapport Liikanen, graphique 2.3.6.

|32| Shadow banking, ou banque de l’ombre : activités hors bilan réalisées par les banques. Selon le Conseil de stabilité financière (CSF), l’organe érigé par le forum du G20 en charge de la stabilité financière mondiale, le volume des activités du shadow banking a dépassé 67 000 milliards de dollars (ce qui équivaut environ à la somme des PIB de tous les pays de la planète). Voir Richard Hiault, « Le monde bancaire ‘parallèle’ pèse 67.000 milliards de dollars », Les Échos, 18 novembre 2012, http://www.lesechos.fr/entreprises-….

|33| Source : Financial Times, « EU shadow banking plan rapped », 26 mars 2012 ; « MMF lose worth in low interest rate world », 10 septembre 2012.

|34| La situation peut varier d’un État à l’autre : dans certains pays on constate une diminution des actifs des banques qui est contrebalancée par une augmentation dans d’autres.

|35| Rapport Liikanen, tableau 3.4.1., p. 39.

|36| Voici ce que dit la Banque de France à propos des décisions prises en décembre 2011 par la BCE : « l’éventail des actifs acceptés en garantie est de nouveau élargi, avec une augmentation parallèle des décotes pratiquées. D’abord, la notation minimale pour les titres adossés à des actifs (asset-backed securities — ABS) est abaissée. Outre les ABS déjà éligibles aux opérations de l’Eurosystème, les ABS dont les actifs sous-jacents comprennent des prêts hypothécaires et des prêts aux petites et moyennes entreprises, seront éligibles sous réserve de deux notations affichant simple A au minimum lors de leur émission ainsi que pendant leur durée de vie. Ensuite, les banques centrales nationales seront autorisées, à titre temporaire, à accepter en garantie des créances privées supplémentaires (à savoir des prêts bancaires) respectant des critères d’éligibilité spécifiques. », voir http://www.banque-france.fr/fileadm…, p. 68.

|37| Selon le Financial Times, la liste des collatéraux que la BCE acceptait en 2012 comprend 40.000 produits financiers différents ! Voir FT, « Collateral damage », 25 octobre 2012

|38| La plupart des infos de cet encadré proviennent du Rapport Liikanen.

|39| Rapport Liikanen, graphique 2.3.14 pour les banques européennes. Aux États-Unis, les grandes banques ont profité de la crise pour augmenter leur force. En 2012, les 5 principales banques détenaient 43,7% des dépôts contre 37,1% en 2007. Les actifs des 4 principales banques (JP Morgan, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo) ont augmenté de 56% depuis 2007 et atteignent 7.700 milliards de dollars. Source : The Wall Street Journal, 12 décembre 2012.

|40| Attention, les autorités des États-Unis ne calculent pas de la même manière les actifs que les autorités européennes. Les autorités étatsuniennes ont tendance à sous évaluer les actifs. Il n’en demeure pas moins que les banques européennes sont encore plus surdimensionnées que leurs consœurs des EU.

|41| Voir FT, « New York is a tall order for Europeans » , 4 October 2012, p. 20.

|42| Rapport Liikanen, p. 58.

|43| Il y a bien sûr de multiples exceptions car très souvent, les gestionnaires publics ont rompu avec la logique d’origine des banques publiques. C’est le cas de la plupart des « Cajas » en Espagne qui ont participé à la spéculation immobilière ou de différentes Landesbanken en Allemagne.

|44| Les commodities regroupent le marché des matières premières (produits agricoles, minerais, métaux et métaux précieux, pétrole, gaz,…). Les commodities comme les autres actifs font l’objet de négociations permettant la détermination de leurs prix ainsi que leurs échanges sur des marchés au comptant mais aussi sur des marchés dérivés.

|45| Voir Damien Millet, Eric Toussaint, « Retour sur les causes de la crise alimentaire », 24 août 2008. Les travaux de deux rapporteurs successifs des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler et Olivier De Schutter, confirment le rôle primordial de l’activité spéculative des sociétés financières dans la crise alimentaire.

|46| Rapport Liikanen, p.45, graphique 3.4.8.

|47| Rapport Liikanen, graphique 2.3.8.

|48| Rapport Liikanen, graphique 2.3.9.

|49| Rapport Liikanen, graphique 2.3.7.

|50| Rapport Liikanen, p. 52.

|51| Rapport Liikanen, p.47, graphique 3.4.13.

|52| Nota Bene : ce paragraphe présente les fonds propres en rapport avec les actifs. Si on compare les fonds propres au passif, on arrive en gros au même résultat, voir pour Barclays et Deutsche Bank le Rapport Liikanen, graph 3.4.18 et 3.4.19.

|53| La Deutsche Bank (DB) comme 26 autres grandes banques européennes devaient atteindre un ratio plus élevé de fonds propres « purs », 4,5%, en juin 2012 mais nous n’entrons pas dans ce scénario car la manière de calculer le ratio est Tier One (voir plus loin) qui est tout à fait discutable. De toute manière, le calcul que nous venons de réaliser est là pour donner une idée schématique. Pour connaître le ROE de DB, il faudrait avoir le montant exact du bénéfice et le montant exact des fonds propres.

|54| Au Brésil une initiative d’audit citoyen mène un travail dynamique depuis une douzaine d’années, des initiatives d’audit citoyen sont en cours de démarrage en Tunisie, en Egypte et au Mali.

|55| Voir Damien Millet et Eric Toussaint, La crise, quelles crises ?, Aden-CADTM, Bruxelles, 2009.

|56| Luc Laeven et Fabian Valencia, “Systemic banking crisis database : an update”, IMF Working Paper 12/16, Washington, 2012.

|57| Ne pas perdre de vue que plus d’un milliard personnes ne disposent pas d’un compte en banque et que dans les pays riches, des centaines de milliers de familles se voient refuser l’ouverture d’un compte ou son maintien.

|58| En Espagne, le nombre de familles dont tous les membres sont sans emploi a atteint en 2012 un total de 1,7 million, soit 10% de toutes les familles d’Espagne. Par ailleurs, le taux de chômage officiel s’établit à 25% en général et à 50% pour les jeunes.

|59| Entre 2008 et 2012, en Espagne, 350.000 familles ont été expulsées de leur logement par les créanciers.

|60| Pour établir ce calcul (qui est plausible), on a pris en compte les conditions habituelles liées à un crédit hypothécaire.

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

L’opération baptisée Stabilo due a consisté à déployer ses troupes le long des frontières avec l’Italie et la France afin de les entraîner à prévenir ou contenir l’entrée massive de migrants en provenance de ces pays. Berne s’inquiète ouvertement d’une désorganisation des armées voisines liée à la crise de l’euro et les mesures d’austérité imposées par Bruxelles qui force les Etats à réduire les budgets destinés à la sécurité (police, gendarmerie, armée).


La Suisse se préparerait militairement à des soulèvements violents en Europe
En septembre dernier, l’armée suisse s’est entraînée sur des scénarios de violences civiles liées à l’instabilité économique de l’Europe. L’opération baptisée Stabilo due a consisté à déployer ses troupes le long des frontières avec l’Italie et la France afin de les entraîner à prévenir ou contenir l’entrée massive de migrants en provenance de ces pays. Berne s’inquiète ouvertement d’une désorganisation des armées voisines liée à la crise de l’euro et les mesures d’austérité imposées par Bruxelles qui force les Etats à réduire les budgets destinés à la sécurité (police, gendarmerie, armée).

La combinaison d’un possible chaos social et de l’incapacité de le maîtriser conduit les Suisses à se préparer car il leur semble évident que leur pays serait parmi les premières destinations des migrants si cette perspective devenait réalité. Le ministre de la Défense suisse souligne : « Je n’écarte pas la possibilité que nous aurons besoin de l’armée dans les années à venir ».  Il a d’ailleurs pressé la Confédération de procéder à des achats d’avions de combats Saab Gripen pour étoffer les escadrilles de défense aérienne. John R. Schindler, professeur d’affaires en sécurité nationale à l’US Naval War College a également déclaré sur le site web du Comité XX : « Si un terroriste similaire au norvégien Anders Brievik cible des musulmans, les choses pourraient devenir incroyablement dangereuses très rapidement, ce qui pourrait déclencher des soulèvements généralisés de musulmans à travers toute l’Europe ».

Ce que le ministre Mauer tente de faire comprendre aux Suisses, c’est que la crise politique et fiscale européenne pourrait prendre une ampleur plutôt déplaisante si elle débouche sur une instabilité sociale. « Les exercices menés par les militaires suisses – poursuit John R. Schindler  – sont basés sur l’éventualité d’une instabilité européenne devenue hors de contrôle ».

Cette éventualité, décriée comme parfaitement fantasque ou paranoïaque par les tenants de l’establishment européen, n’a en soi rien d’étonnant quand on considère les innombrables émeutes et soulèvements populaires qu’ont connu depuis un an ou deux la France, l’Angleterre, l’Italie, la Grèce, le Portugal et plus récemment l’Espagne. Dans ce dernier pays, le taux de chômage des jeunes excède désormais 50 % et les aides sociales ont été fortement réduites. Le taux de chômage espagnol s’élève à 25,1 %.

La Suisse, en comparaison, a un taux de chômage de 2,8 %. C’est là l’avantage certain d’un petit pays libre et souverain de pouvoir anticiper des problèmes pour ne pas y être confronté lorsqu’il sera trop tard. Dans l’Union européenne, par contre, la classe politique et les médias nient les risquent que font courir aux populations la politique irresponsable qui a été menée depuis des années. Le contact avec la réalité est perdu ; la secousse sera d’autant plus violente.

(C. B. C.)
Correspondance européenne

Le 11 janvier 2013
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Des avions français et des soldats au sol ont attaqué vendredi et durant le week-end des forces islamistes rebelles au Nord-Mali tandis que des centaines d’autres soldats français arrivaient dans la capitale Bamako.

Sans même consulter le parlement qui examinera la question aujourd’hui, le président français, François Hollande, a déclaré une guerre illimitée au Mali, prétendument pour aider le gouvernement malien à combattre des forces liées à al Qaïda parmi les rebelles. Il a dit que la guerre durerait le « temps nécessaire ».

La milice islamiste Ansar Dine aurait menacé d’envahir un important aérodrome du gouvernement malien près de Sévaré et qui est considéré être crucial pour toute intervention militaire au Nord-Mali. Cette milice contrôle une grande partie du Nord-Mali depuis qu’en avril dernier, après que des forces touaregs fuyant la guerre de l’OTAN en Libye, ont chassé du Nord du pays les forces gouvernementales maliennes faibles et divisées. Cela fait des mois que la France et les alliés de l’OTAN planifient la guerre au Mali.

Mardi, les rebelles ont capturé le village de Konna après d’intenses combats avec les forces gouvernementales. L’aviation française a riposté, en attaquant Konna vendredi et en tuant près d’une centaine de personnes. Un pilote d’hélicoptère français aurait été tué par des tirs d’armes légères et 11 soldats maliens combattant aux côtés des Français ont été tués. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian a dit que les Islamistes ont été boutés hors de Konna mais qu’ils se trouvent encore dans la région après d’intenses combats.

Le porte-parole d’Ansar Dine, Sanda Ould Bouamana, a dit à Al Jazeera, « L’armée terroriste française a bombardé Konna. Les hôpitaux regorgent maintenant de blessés – les femmes, les enfants et les personnes âgées sont les principales victimes. Il est impossible de savoir combien ont été tués mais le nombre est énorme. Parmi les tués, il n’y a que cinq de nos combattants. Le reste sont d’innocents civils tués par des bombardements aveugles de l’armée de l’air française. »

Démentant le fait que son organisation a des liens avec al Qaïda, Bouamana a ajouté que le Mali deviendra l’Afghanistan de la région et la perte de la France. »

Les frappes aériennes se sont poursuivies pendant le week-end. Dimanche, l’Algérie a autorisé la France à survoler son espace aérien pour atteindre des cibles au Mali, renonçant à son opposition traditionnelle à une intervention militaire dans la région. Ceci a permis à la France de lancer des raids aériens contre le Mali à l’aide d’avions de chasse basés en France. Les avions français opèrent également depuis des bases situées au Mali et dans le Tchad voisin.

Dimanche, des avions de chasse ont bombardé des dépôts logistiques et des bases situés dans les grandes villes de Gao et de Kidal, dans le Nord du pays. Un responsable malien à Gao, hostiles aux rebelles, a dit au New York Times, « L’hôpital de Gao est archicomble. Les deux morgues de la ville sont remplies de cadavres. »

Tout en étant officiellement menée en coopération avec le gouvernement malien qui est sujet à des coups d’Etat, l’invasion française au Mali est un acte de gangstérisme impérialiste. Justifié à la population malienne et française sur la base de mensonges cyniques, la guerre attisera une guerre civile qui a déjà transformé 300.000 Maliens en réfugiés et embrasera tout le Sahel.

Tandis que les bombes françaises s’abattaient sur le Mali, Hollande a mis en garde que le pays fait face à une « agression d’éléments terroristes » parmi les rebelles au Nord du pays. Il ajouté « Les terroristes doivent savoir que la France sera toujours là lorsqu’il s’agit, non pas de ses intérêts fondamentaux, mais des droits d’une population, celle du Mali, qui veut vivre libre et dans la démocratie. »

La prétention que la France s’empresse de défendre la démocratie à l’encontre d’al Qaïda au mépris total de ses propres « intérêts fondamentaux », est un mensonge absurde. D’abord, le gouvernement français n’a aucune position de principe à l’égard d’al Qaïda. Les forces djihadistes libyennes ont aidé Paris et ses alliés de l’OTAN à renverser Mouammar Kadhafi durant la guerre libyenne en 2011 et Paris continue de s’appuyer sur le Front Al-Nusra qui est lié à al Qaïda dans la guerre par procuration que mène l’OTAN contre le président syrien Bachar al Assad.

L’impérialisme français est en train de mener une guerre au Mali qui est tout à fait conforme à ses intérêts fondamentaux. Le Mali qui a été une colonie française de 1892 à 1960 et se trouve au centre géographique de l’Afrique occidentale, est une région riche en ressources, qui était jadis au cœur de l’empire colonial français.

Depuis 1968, le groupe nucléaire français Areva a déjà extrait au Niger voisin 100.000 tonnes d’uranium et projette d’y ouvrir en 2014 la deuxième plus grande mine d’uranium du monde. Le gouvernement Hollande se sert de la guerre pour établir des liens étroits avec le régime algérien qui dispose d’immenses réserves de gaz naturel. Les forces françaises sont également déployées au Sénégal, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Tous ces pays sont d’anciennes colonies françaises.

La France collabore avec les Etats-Unis. La Grande-Bretagne et d’autres alliés de l’OTAN pour planifier une intervention plus vaste au Mali, et pour laquelle divers régimes fantoches d’Afrique occidentale fourniront les troupes au sol. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a confirmé que le Sénégal et le Nigeria ont déjà envoyé de l’« aide » au Mali. Le ministre burkinabé des Affaires étrangères a annoncé que dans un jour ou deux, après une réunion du parlement, son pays allait envoyer 500 soldats.

Samedi, un représentant de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a annoncé que l’organisation dépêcherait aujourd’hui même des troupes au Mali. La présidence rotative de la Cédéao est actuellement assurée par le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, qui est arrivé au pouvoir en avril 2011 grâce à une opération militaire française soutenue par l’ONU après des élections contestées.

Les partis droitiers en France se sont rangés derrière la guerre au Mali. Jean-François Copé, le porte-parole du parti gaulliste, Union pour un mouvement populaire (UMP), a promis d’apporter son « soutien » à Hollande

La dirigeante néo-fasciste française, Marine Le Pen, a salué la guerre de Hollande en la jugeant « légitime, » et en ajoutant : « Notre pays a été appelé à l’aide par le gouvernement légitime du Mali en application d’une coopération de défense entre nos deux pays, dans une zone francophone. »

La guerre au Mali est la première guerre majeure lancée par le gouvernement du Parti socialiste de Hollande qui est arrivé au pouvoir l’année dernière. Elle révèle au grand jour de la manière la plus dévastatrice le rôle joué par les forces de « gauche » petites-bourgeoises tels le Parti communiste français (PCF), le Front de Gauche et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), qui avaient appelé à voter inconditionnellement pour Hollande.

L’intervention au Mali répond pour Hollande à un important objectif sur le plan intérieur, celui de détourner l’attention des attaques brutales perpétrées contre la classe ouvrière française. Ce n’est pas par hasard que quelques heures après l’attaque lancée contre le Mali, le gouvernement Hollande a annoncé une réforme du marché du travail, la plus profonde à ce jour. Cette réforme comprend l’imposition de conditions de travail plus « flexibles ». Ces mesures, négociées avec les syndicats, ont immédiatement été acclamées par l’association patronale du Medef comme permettant au pays de retrouver sa compétitivité.

Dans la guerre au Mali, la France collabore étroitement avec les alliés de l’OTAN. Le commandant des Forces américaines en Afrique, le général Carter Ham, a dit que le Pentagone réfléchissait à un vaste éventail d’options pour « soutenir les efforts de la France, » y compris un partage du renseignement et un soutien d’ordre logistique mais n’envisageait pas de déployer des troupes américaines. Washington examinerait en ce moment une requête de la France pour que les Etats-Unis permettent à la France d’utiliser des drones américains.

Le bureau du premier ministre britannique, David Cameron, a dit à l’AFP qu’il enverrait deux avions de transport pour aider à l’acheminement de soldats et de matériel mais qu’il n’y aurait pas de troupes terrestres britanniques.

Ernst Wolff

Alexandre Lantier

 

Article original, WSWS, paru le 14 janvier 2013

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La Mondialisation : un gigantesque fiasco !

janvier 15th, 2013 by Richard Le Hir

« Nul n’est plus asservi que celui qui s’imagine à tort être libre »Goethe

On me demande souvent comment il se fait qu’un ancien dirigeant d’une grande association d’industriels du secteur manufacturier comme moi, qui a milité activement en faveur de la conclusion de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au début des années 1990, soit désormais si critique à l’endroit de la mondialisation, au point même de souhaiter ardemment le démantèlement de certaines structures de gouvernance internationale et la reprise en main par les États de leur économie.

Soulignons tout d’abord que le contexte n’est plus du tout le même. Un certain nombre d’événements majeurs sont survenus depuis cette époque qui ont complètement modifié la donne. Si certains d’entre eux sont des conséquences de la mondialisation qui pouvaient parfaitement être anticipées, ce n’est pas le cas de tous. Mais il n’y a aucun doute que ces derniers se sont trouvés à amplifier au delà de ce qui pouvait être prévu les effets des premiers.

Pour ma part, j’ai commencé à me poser sérieusement des questions sur ce qui était en train de se passer lorsqu’est survenue la crise du peso mexicain en 1994-1995 . Mais comme j’étais alors en pleine préparation du référendum en tant que ministre délégué à la Restructuration dans le gouvernement Parizeau, je n’eus pas l’occasion de pousser très loin ma réflexion. J’avais toutefois été très surpris de la vitesse avec laquelle une crise locale s’était propagée à l’ensemble du système international pour devenir pour lui un sujet de préoccupation majeur.

Quelques années plus tard, en 1998, dans la foulée de l’effondrement de l’empire soviétique, la crise économique qui sévissait alors en Russie allait déboucher sur une grave crise financière marquée par une dévaluation brutale du rouble et un défaut sur la dette russe. Mais l’élément le plus surprenant allait être la faillite du fonds de couverture « Long Term Capital Management », victime de la course aux liquidités qu’avait déclenchée le défaut sur la dette russe.

Les conséquences avaient été si graves que la FED américaine avait été obligée d’intervenir en catastrophe pour obliger les grandes banques de Wall Street à recapitaliser le fonds pour éviter un éclatement du système financier international, faisant apparaître pour la première fois la possibilité qu’un tel éclatement puisse se produire.

J’en étais alors à m’interroger sur la portée de cet événement lorsque je tombai en 1999 sur un livre nouvellement paru du grand financier international George Soros, intitulé « The Crisis of Global Capitalism » (paru en français sous le titre « La crise du capitalisme mondial », dans lequel il anticipait même la fin du capitalisme dans une éventuelle implosion, comme ce fut le cas pour le communisme.

Pour justifier sa conclusion, Soros pointe du doigt l’interaction de plus en plus grande des marchés financiers internationaux et la vitesse avec laquelle les mouvements sur les uns se répercutent sur les autres. Cette observation l’amène à faire une analogie entre le marché mondial et le Titanic qui aurait très bien pu ne pas couler par le fond aussi rapidement s’il avait été muni d’un nombre suffisant de compartiments d’étanchéité pour empêcher l’eau qui envahissait ses cales de déstabiliser son assiette.

Les marchés financiers sont devenus le Titanic des temps modernes. Opérant dans un environnement de plus en plus intégré grâce à l’harmonisation des règlementations dans le sens d’une libéralisation toujours de plus en plus grande, au développement des technologies de communication qui permettent de transférer presque instantanément des milliards d’un bout du monde à l’autre, et à la multiplication des entreprises transnationales, ils forment désormais un grand marché mondial unique dépourvu de tout équivalant à ces compartiments d’étanchéité qui empêchent un navire de sombrer.

En 2008, au moment de la faillite de Lehman Brothers, George Soros y allait d’une autre prophétie en suggérant qu’il y aurait « beaucoup d’autres mauvaises nouvelles » de ce genre

Mais aussi juste que puisse paraître une analyse, la formation d’une opinion éclairée exige de rechercher des corroborations, préférablement à partir d’une autre perspective.

C’est ainsi qu’en bouquinant chez un libraire quelque part en 2006, je suis tombé sur un ouvrage de John Ralston Saul (surtout connu au Canada pour le fait d’être l’époux de l’ancienne gouverneure-générale Adrienne Clarkson), intitulé « The collapse of globalism and the reinvention of the world », paru en français sous le titre « Mort de la globalisation ».

Saul est un intellectuel humaniste de très haut calibre. Son approche fondée sur l’analyse historique et la philosophie des idées est totalement différente de celle de Soros, et il aboutit à la même conclusion. Voici la description de son ouvrage telle qu’on la retrouve sur son site :

« Il y a trente ans, la globalisation surgissait, balayant tout sur son passage. Ses apôtres, les néolibéraux, proclamaient que ce mouvement était inéluctable et que, pour leur plus grand bonheur, toutes les sociétés seraient désormais organisées autour d’un seul élément : l’économie. Ils nous demandaient de les croire ; nous les avons crus.

En vérité, la globalisation n’était pas une fatalité, mais une idéologie, une théorie expérimentale visant à remodeler simultanément les paysages économique, politique et social. Or, tout montre aujourd’hui que cette idéologie-là est en train de mourir… Dans la lignée des Bâtards de Voltaire, qui provoqua un électrochoc lors de sa sortie, John Saul décrit un monde en transition, où des pays, voire des continents, à la dérive, ont quitté le « navire global » tandis que s’affrontent les économistes, mais où pointent également les idées et les expériences, bonnes ou risquées, qui préparent la société de demain. »

La traduction française du titre rend mal l’original qui parle plutôt d’un effondrement (collapse), donc de quelque chose qui survient progressivement. En anglais, l’emphase est davantage sur le processus que le résultat. Cette distinction est nécessaire car elle nous permet de comprendre que le processus est en cours et qu’il n’est pas encore arrivé à son terme.

Quant à savoir qui étaient les promoteurs et les propagateurs de cette idéologie néo-libérale, certains d’entre eux sont bien connus, comme le banquier David Rockfeller, l’un des fondateurs de la Commission Trilatérale et membre du groupe Bilderberg, qui, dans ses « Mémoires » publiées en 2002 va même jusqu’à faire cet aveu extraordinaire :

« Certains croient même que nous faisons partie d’une conspiration secrète mobilisée contre les intérêts supérieurs des États-Unis. Ils vont même jusqu’à nous traiter, ma famille et moi, d’internationalistes qui complotent ensemble en vue de favoriser l’avènement d’un nouvel ordre économique et politique mondial intégré, un gouvernement unique, si vous voulez. À cette accusation, je plaide coupable, et j’en suis fier. »

L’influence de David Rockfeller et de ses amis, parmi lesquels on retrouve le Canadien Paul Desmarais, est énorme, comme l’a si bien documenté le journaliste d’enquête Daniel Estulin dans un ouvrage intitulé « La véritable histoire du Groupe Bilderberg ». Je vous invite à en lire le compte-rendu sur le site Globalresearch.org/Mondialisation.ca., sous le titre « The True Story of the “Bilderberg Group” and What They May Be Planning Now. Vous allez être sidérés de voir à quel point ils sont parvenus à imposer leur agenda, mais aussi à quel point cet agenda s’est révélé destructeur.

L’agenda de la mondialisation est donc téléguidé depuis le milieu des années 1950 par un groupe de gens très riches qui ont entrepris de conquérir le monde pour satisfaire leur appétit d’enrichissement personnel et leur soif de pouvoir. Ce sont des gloutons, des goinfres, prêts à tout sacrifier, et à sacrifier tout le monde, pour satisfaire leur besoin de richesse et de puissance.

Le choix de cette image de gloutonnerie pour les décrire m’a ramené en mémoire ce film italien culte des années 1970 réalisé par Marco Ferreri, « La Grande Bouffe » , et je comprends aujourd’hui que cette satire féroce sur la décadence des moeurs d’une certaine élite dépravée avait une portée beaucoup plus grande que celle que j’avais pu saisir à l’époque .

En version plus « light », vous pouvez aussi regarder le montage du film réalisé à l’occasion des 80 ans de Jacqueline Desmarais surimposé sur la trame de ce morceau d’anthologie de Pierre Falardeau qu’est « Le temps des bouffons ». Mais pour être moins caricaturale que dans « La grande bouffe », la goinfrerie dont il est fait étalage n’en demeure pas moins aussi repoussante. Au lieu de rire franchement, on rit jaune.

Lorsque j’étais adolescent, je collectionnais les timbres, et il y avait un timbre US que j’appréciais beaucoup. Il tranchait sur les autres par son esthétique et la modernité de son graphisme. Émis en 1959 à l’occasion du 17e congrès de l’International Chamber of Commerce, il célébrait la contribution que le commerce mondial était en mesure de faire à la paix dans le monde avec le slogan suivant « World peace through world trade ». En faisant ma recherche pour cet article, je suis tombé sur cette notice dans un catalogue destiné aux philatélistes :

« The International Chamber of Commerce is the largest business organization in the world, with members from over 130 countries. The 17th Congress met in Washington, D.C. – where this stamp was first issued at the outset of the meetings. The theme of the Congress was “responsibility” – for businesses and governments to use sound, ethical practices, and for nations with each other, to break down barriers to trade. »

Soixante ans plus tard, ce qui se passe dans le monde nous permet de comprendre que les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. Partout les signes abondent d’irresponsabilité, de manquements à l’éthique, et de pratiques déloyales quand elles ne sont pas carrément criminelles. En fait, la mondialisation a servi de prétexte à toutes les gabegies, et ce sont les populations et la planète qui en ont fait les frais, avec dans ce dernier cas, des retours de manivelle inattendus. Ainsi, les désordres environnementaux anticipés surviennent toujours beaucoup plus vite que prévu, avec une intensité toujours plus forte que prévue.

Mais les intérêts en jeu sont tellement énormes qu’ils prennent toujours le dessus sur les réflexes naturels de survie qui devraient pourtant guider notre action en tout temps. Le meilleur exemple est celui de l’industrie du tabac. La nocivité et la toxicité du tabac sont connues, les coûts indirects en vies humaines et en soins de santé sont connus, la responsabilité criminelle des fabricants et de leurs dirigeants est connue, et pourtant on continue de vendre des produits du tabac partout dans le monde.

De nombreux sous-produits du pétrole sont toxiques, et ils sont encore en vente libre. Lorsqu’on finit par en bannir un, c’est toujours après qu’un accident grave soit survenu. Les impératifs du commerce et de l’économie ont toujours priorité sur les vies humaines, au point que l’on taxe de trublions ceux à qui il reste quelques réflexes élémentaires de survie ou un minimum de sens moral et qui ont l’impudence de sonner l’alarme.

Nous sommes confrontés quotidiennement à des situations où des choix ont été faits par des gens d’affaires, nos administrations publiques, ou nos dirigeants politiques, qui nous exposent à des risques de toute nature sans que nous en ayons été dûment informés, au nom du bon fonctionnement de l’économie. Prenez la centrale nucléaire de Gentilly, par exemple. Et avec le temps et le développement du commerce international, nombre de ces décisions se prennent de plus en plus loin de nous, et rendent de plus en plus aléatoire la recherche d’imputabilité et de responsabilité, sans parler du dédommagement en cas d’accident.

Aujourd’hui, tout ce beau système est au bord de l’éclatement, et il est maintenu artificiellement en vie par les décisions irresponsables de non-élus qui n’ont de comptes à rendre à personne. Si les banques centrales n’avaient pas finassé, renié tous leurs principes, violé toutes leurs règles, reporté des échéances pourtant jusqu’alors sacrées, nous serions déjà en train de le reconstruire sur des bases plus saines. Alors il faut se poser la question, pour le compte de qui agissent-elles ?

Comme ce n’est manifestement pas pour le bien commun, certains ont suggéré que ce pouvait être pour les banquiers, surnommés pour l’occasion les « banksters », comme on disait les « gangters » du temps d’Al Capone.

Mais l’explication est bien courte. Il y a, en arrière des banquiers, toute une industrie des services financiers, des compagnies d’assurance, des sociétés de fiducie, des maisons de courtage de valeurs, des gestionnaires de fonds communs de placement ou de fonds de pension, des gestionnaires de patrimoine, des maisons de change, et tous ces gens-là ont les trois mains (il leur en est poussé une de plus en aqpplication du principe de l’adaptation de l’espèce !) plongées dans l’assiette au beurre.

Vous comprenez bien qu’ils vont tout faire pour maintenir le système en place le plus longtemps possible. Leur vie en dépend. Leur mode de vie en dépend. Leur survie en dépend. C’est le cas, par exemple, de Power Corporation qui regroupe en son sein de nombreuses entreprises de services financiers. Les mesures d’assouplissement quantitatif adoptées par les banques centrales visent essentiellement à maintenir les Power Corporation de ce monde à flot. À défaut, ont-elles menacé pour obtenir leur « dose », c’est tout le système financier international qui s’effondrerait.

Si ce système avait fait la preuve de son utilité et de sa capacité à contribuer à l’amélioration de notre niveau de vie, on pourrait être tenté de se porter à sa rescousse, mais un système qui se donne les objectifs suivants mérite-t-il d’être sauvé ou doit-il au contraire être dénoncé, combattu et terrassé ?

-* – Une seule entité gouvernante mondiale régentant un marché unique policé par une armée unique et règlementé par une seule banque centrale utilisant une monnaie unique

  • – Une seule identité internationale respectant la même série de valeurs universelles
  • – Un contrôle centralisé des populations par le contrôle de l’opinion publique
  • – Un « Nouvel ordre mondial » dans lequel il n’y a plus de classes moyennes, seulement des maîtres et des serviteurs, et bien sûr aucune démocratie
  • – Une société où il n’y a plus de croissance, seulement davantage de richesse et de pouvoir pour les puissants
  • – Une société qui fabrique des crises de toutes pièces et qui vit perpétuellement en état de guerre
  • – Un contrôle total sur l’enseignement pour programmer les populations et former certaines personnes pour assumer des tâches bien définies
  • – Un contrôle centrale de toutes les politiques étrangères et intérieures pour qu’elles suivent toutes le même modèle
  • – L’utilisation de l’ONU comme gouvernement mondial de fait et le prélèvement d’un impôt mondial sur tous les citoyens du monde
  • – L’application au monde entier des dispositions de l’ALENA et des règles édictées par l’Organisation mondiale du Commerce (OMC)
  • – La transformation de l’OTAN en armée mondiale
  • – L’imposition au monde entier du même système de droit
  • – L’imposition au monde entier du même régime de sécurité sociale qui récompenserait les serviteurs obéissants et éliminerait les récalcitrants

(Traduction des objectifs cités dans “The True Story of the Bilderberg Group” and What They May Be Planning Now )

Les sceptiques parmi vous qui seraient tentés de ne pas reconnaître la véracité de ces objectifs auraient intérêt à consulter d’autres sources pour vérifier s’ils ont été corroborés.

En faisant mes propres vérifications avant la mise en ligne de ce texte, je suis tombé sur un article paru hier matin et repris sur plusieurs sites qui revient sensiblement sur les mêmes points avec des modifications mineures, quelques précisions et des développements contextuels intéressants :

Ce projet a mené le monde au bord du précipice devant lequel nous nous trouvons actuellement, et ce que nous savons sur les conditions économiques qui vont prévaloir dans les années qui viennent nous laisse très peu d’espoir d’éviter d’y tomber. Ainsi, l’année vient à peine de commencer, mais l’on sait déjà qu’elle sera difficile. L’Europe est en récession, celle-ci va s’intensifier, le chômage va augmenter, l’insatisfaction populaire aussi, et 2014 ne s’annonce guère mieux. Aux États-Unis, la situation est mauvaise, comme je le soulignais juste avant Noël ici même sur Vigile.

Les causes du ralentissement économique sont connues, et l’on sait maintenant qu’une des conséquences de la financiarisation de l’économie est la réduction de la croissance. En l’espace de 25 ans le profil du PIB des pays industrialisés s’est profondément transformé. Alors que le secteur manufacturier y contribuait pour près de 38 % et le secteur financier pour près de 12 % dans le milieu des années 1980, ces proportions se sont complètement inversées aujourd’hui.

Les pays développés se sont donc désindustrialisés au profit des pays en voie de développement, et c’est ce qui explique la montée en puissance de pays comme la Chine la Russie, le Brésil et l’Inde, pour ne prendre que les plus importants, qui produisent désormais les produits que nous consommons.

Le secteur des services financiers ne créé aucune richesse, il ne fait qu’en favoriser la circulation en prélevant son tribut au passage. Tant qu’il peut encore compter sur le « vieux gagné », il parvient à faire illusion, mais vient un moment où la localisation de la richesse finira par reprendre ses droits, et éventuellement le coeur de l’industrie financière sera lui aussi délocalisé vers les pays qui produisent effectivement la nouvelle richesse, indépendamment de l’expertise que prétendent détenir à ce chapitre les pays qui ont misé sur la financiarisation de l’économie, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, et à un moindre degré, la France.

L’endettement profond des pays développés qui s’est singulièrement aggravé avec le sauvetage du système financier international en 2008 les prive de toute marge de manoeuvre en les obligeant à pratiquer une politique d’austérité qui, si elle fait l’affaire des banquiers et consorts, étouffe les populations et multiplie les risques de conflagration sociale.

Écrivant son livre au début des années 2000, John Saul ne pouvait pas savoir que le monde serait touché par une crise aussi sévère que celle de 2008, et c’est ce qui donne d’autant plus de force à son analyse parce qu’elle n’a fait qu’y gagner en pertinence. C’est aussi ce qui rend si intéressante la voie de sortie qu’il entrevoit, soit un retour en force des États-nations qui se réapproprient leur avenir en s’appuyant sur ce qu’il appelle un nationalisme « positif ».

Lorsqu’on voit aujourd’hui la dérive de certains pays comme les États-Unis ou la France, ou des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande ou l’Italie être pris à la gorge par leurs créanciers à cause de la dictature de la monnaie unique qui les prive de toute possibilité de dévaluer comme pourrait le faire un État disposant d’une monnaie nationale pour empêcher que sa population ne soit poussée au chômage et à la misère et ses entreprises à la faillite, on comprend la nécessité impérative de se dégager de l’emprise des idéologues de la mondialisation à tout prix, et de redonner aux États leurs pleins pouvoirs.

La seule question qui se pose désormais est de savoir si nous y parviendrons pacifiquement ou aux termes d’affrontements pénibles et destructeurs, mais il n’y a plus aucun doute sur la direction à prendre.

Richard Le Hir

Cet article a été publié initialement sur le site Vigile.net, le 9 janvier 2013, sous le titre « Démondialiser, et vite ! Ça urge ! »

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Une crise économique mondiale aux multiples dimensions

janvier 15th, 2013 by Jérôme Duval

Celles et ceux qui espèrent un changement de politique de la part de nos gouvernements sociaux-libéraux ou néolibéraux à la solde des grandes institutions financières, des marchés et des grandes entreprises vont être déçus : même au bord de l’abîme, nos décideurs resteront inflexibles, la boussole rivée sur l’austérité tant l’attirance pour un taux de profit maximal est forte et la croyance aveugle en la sacro-sainte croissance immuable.

Nous savons pourtant par expérience – et à l’encontre de la théorie du ruissellement qui veut que la croissance se répercute mécaniquement du haut vers le bas des couches sociales – qu’un retour à la croissance du PIB |1| ne bénéficie pas à la grande majorité de la population. Il suffit pour cela de regarder l’extrême pauvreté persistante en Afrique et dans les pays émergeants. Mais qu’importe, les grandes institutions font et refont sans cesse de nouveaux pronostics de croissance, tels d’inlassables bulletins météo de l’âge capitaliste, sans égard pour l’inégalité sur laquelle elle se fonde.

M. Draghi, personnalité de l’année ou culte de l’arrogance ?

Le 14 Décembre 2012, le président de la Banque centrale européenne M. Draghi, interrogé par le Financial Times sur la souffrance sociale infligée pas les cures d’austérité qu’il impose avec le FMI et l’UE en Europe, estime qu’ “abandonner maintenant (les politiques d’austérité), comme certains le suggèrent, reviendrait à gâcher les immenses sacrifices faits par les citoyens européens”. Malgré l’échec retentissant de ces politiques, le président de la BCE, sacré “personnalité de l’année |2|” par le même quotidien de référence financière pour avoir « grandement contribué à l’apaisement des marchés financiers en zone euro » , ne tient pas à décevoir et veut donc poursuivre la voie néolibérale tracée par Friedman (destruction totale de l’Etat social, privatisation…) quel qu’en soit le coût humain. La perte de souveraineté des Etats à la solde des créanciers ne l’inquiète pas puisqu’il dit œuvrer pour son rétablissement : “Les pays avec un endettement et des déficits élevés devraient comprendre qu’ils ont perdu leur souveraineté sur leurs politiques économiques depuis longtemps dans un monde globalisé. Travailler ensemble dans une union orientée vers la stabilité signifie en fait regagner de la souveraineté |3|”. Ainsi, nous regagnerions de la souveraineté dans une Union européenne qui a récemment reçu le prix Nobel de la paix sous les applaudissements de l’OTAN ? De quoi nous inquiétons-nous puisque l’on veille si bien sur nous ? Rappelons si besoin est, que le nouveau traité MES (mécanisme européen de stabilité) prévoit une totale immunité pour les actions prises dans ce cadre avec le droit qui lui est conféré de superviser les budgets de chaque Etat membre et d’infliger des amendes à ceux qui ne respectent pas les directives…de la BCE ; que de nouveaux gouvernements en Italie et en Grèce sont arrivés au pouvoir sans élection sous l’œil bienveillant de la BCE et de l’UE ; que dès mars 2012, les missionnaires de la Troïka (BCE-UE-FMI) se sont installé de manière permanente dans les ministères à Athènes pour fouiller dans les comptes publics. « Souveraineté » dites-vous M. Draghi ? En tout cas pas celle des peuples.

Salaires en baisse, chômage en hausse

Contrairement à ce qu’avance M. Draghi, tout indique pourtant qu’un virage radical est plus que nécessaire et urgent. Un récent rapport de l’OIT (Organisation internationale du Travail, Rapport mondial sur les salaires 2012/13) confirme l’aggravation de l’inégale répartition des richesses produites, la part revenant au Capital continuant d’augmenter au détriment de celle revenant au Travail : « La tendance mondiale a entraîné un changement dans la distribution du revenu national, la part des travailleurs baissant tandis que les parts du capital dans le revenu augmentent dans une majorité de pays. ». Au niveau mondial, « Les salaires moyens mensuels ajustés pour tenir compte de l’inflation – ce qu’on appelle les salaires moyens réels – ont augmenté globalement de 1,2 pour cent en 2011 ». Si on ne tient pas compte de la Chine, « les salaires moyens réels n’ont augmenté que de 0,2 pour cent au niveau mondial en 2011 ». En Europe et au Moyen Orient les salaires ont baissé depuis 2008 alors qu’ils ont continué d’augmenter pendant la crise en Amérique latine et en Asie. Les pays européens, sous recommandation du FMI, réduisent les salaires réels alors que cela diminue la demande des ménages et contracte l’économie. En 2011, ils sont en baisse de 0,6% en zone euro, les travailleurs britanniques ont vu leurs rémunérations fondre de 3,5%, en Espagne elles ont chuté de 2% et de 1,6% en Irlande et en Italie. En Grèce, où le chômage frappe désormais plus du quart de la population active, les travailleurs ont vu leur salaire réduit de 6,2% en 2011 |4|. Le cas de la Grèce est important puisqu’il ouvre la voie au reste de l’Europe en commençant par sa périphérie. Le 3 décembre 2012, une étude menée par deux syndicats grecs, ADEDY et GSEE, a révélé que le pouvoir d’achat des Grecs avait été divisé par deux pendant les deux dernières années, un Grec sur deux vit en deçà du seuil de pauvreté |5|. Revenant sur le rapport de l’OIT cité plus haut, d‘une manière globale, « Entre 1999 et 2011, l’augmentation de la productivité du travail moyenne dans les économies développées a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens. » Comme l’explique Eric Toussaint, cet écart permet l’augmentation du taux de profit de la classe capitaliste |6|.

Dans un rapport précédent paru le 15 décembre 2010, l’OIT précisait déjà : « En Europe centrale et orientale, la croissance des salaires réels a baissé, passant de 6,6 pour cent en 2007 à 4,6 pour cent en 2008 et à −0,1 pour cent en 2009 |7|. » La chute est vertigineuse !

Toujours selon l’OIT, le monde compte 30 millions de chômeurs en plus depuis le début de la crise en 2008 et parmi ceux qui ont un emploi, 900 millions de personnes perçoivent moins de 2 dollars par jour. Et c’est en Europe là aussi que l’on trouve les plus fortes augmentations du taux de chômage : selon Eurostat, au sein de l’Union européenne entre 2008 et 2012, ce taux est passé de 7,1% en 2008 à 10,6% au dernier trimestre 2012. En Espagne, le taux de chômage a bondi de 13,2% en octobre 2008 à 20,5% en octobre 2010 puis à 26,2% en octobre 2012. A Chypre et au Portugal il s’est élevé de plus de 3 points en un an, de juin 2011 à juin 2012 il est passé de 8% à 11,7% et de 12,7% à 15,9% respectivement. En Grèce il a doublé en 2 ans passant de 13,9% en octobre 2010 à 26% en septembre 2012 (il était de 7,8% en octobre 2008), 56% des 15-24 ans n’avaient pas de travail en septembre 2012, contre 22% en septembre 2008 |8|.

Le luxe ne connait pas la crise

Pendant ce temps, le secteur du luxe, dont les marques européennes représentent 70% du marché global, se porte à merveille avec une croissance de plus de 10% enregistrée en 2010-2011. LVMH , le numéro un français et géant mondial du luxe, a enregistré 3,06 milliards d’euros de bénéfices en 2011, un record historique. Pour profiter de la croissance du secteur, le groupe LVMH |9| a même lancé sa marque Cheval Blanc pour conquérir l’hôtellerie de luxe. Son grand patron Bernard Arnault, première fortune de France, empochait la même année 10,8 millions d’euros |10|, soit 821 années de Smic |11| (l’année d’avant, en 2010, il avait déjà perçu 9,7 millions). M. Arnault, a vu sa fortune progresser en 2012 pour atteindre 29,7 milliards de dollars. Signalons au passage que le joaillier Bulgari, filiale de LVMH depuis 2011, est soupçonné de fraude fiscale par le gouvernement italien, pour avoir dissimulé près de 70 millions d’euros de revenus imposables en utilisant des sociétés basées en Irlande et au Luxembourg.

Même au-delà du secteur du luxe, les grands patrons s’en sortent bien malgré la crise : alors qu’en 2011, l’indice boursier de la place de Paris a perdu 17% de sa valeur, la rémunération moyenne des patrons du CAC 40 s’est élevée à 4,2 millions d’euros la même année, en hausse de 4% par rapport à 2010, année où les rémunérations avaient déjà flambé de 33% |12|.

En Espagne, Amancio Ortega, patron de l’entreprise de textile Inditex propriétaire de Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti ou Bershka, est devenu le 3ème homme le plus riche du monde, aidé par la propulsion en bourse des titres Inditex qui ont fait un bond de +66,7% en 2012. Selon le classement élaboré par Bloomberg |13| en 2012 , sa fortune a augmenté de 62,9% par rapport à 2011, soit 22,2 milliards de dollars (16,8 milliards d’euros) de plus pour atteindre 57,5 milliards de dollars (43,5 milliards d’euros). Selon ce même classement, la richesse globale des 100 plus grosses fortunes du monde a progressé de 241 milliards de dollars en 2012 pour atteindre 1.900 milliards de dollars, bien plus que le montant de la dette externe publique de tous les pays en développement (1647 milliards de dollars en 2010). Ce montant du patrimoine des 100 personnes les plus riches de la planète représente plus de 5 fois la dette publique grecque, plus de 2 fois la dette publique espagnole et plus de 14 fois le montant de l’aide publique au développement (APD) que les Etats s’étaient engagé en 1970 – sans y parvenir depuis – à porter à 0,7% de leur revenu national brut (RNB).

Enfin, en dépit des beaux discours de M. Obama appelant à limiter les bonus de Wall Street, ceux-ci se maintiennent à un haut niveau : malgré une importante baisse en 2008 (voir tableau ci-dessous), ils ont de nouveau fortement augmenté en 2009. Depuis le début de la crise sur la période 2007-2011, les banquiers et courtiers de Wall Street ont enregistré 115,6 milliards de dollars de bonus.

La crise ne semble décidément pas avoir les mêmes conséquences pour tout le monde…

Evolution des bonus de Wall Street 1985 – 2011 (en milliards de dollars) :

Le graphique en PDF

Notes

|1| Le Produit Intérieur Brut (PIB), notion capitaliste par essence, est censé mesurer la création de richesse. Pourtant il ne mesure pas le travail des femmes au foyer ni le travail informel et ne tient pas compte de la dégradation écologique engendrée par cette croissance économique. Ainsi, le PIB considère l’effet d’un tsunami ou d’un accident de la route comme une contribution positive à la croissance du fait des transactions qu’il induit.

|2| Financial Times, 13/12/2012, FT Person of the Year : Mario Draghi, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/8fca… Cette nomination vient récompenser l’action de la BCE qui avait fourni pour une durée de 3 ans plus de 1000 milliards d’euros au faible taux d’intérêt de 1% à quelques 800 banques en manque de liquidité via le LTRO (Long Term Refinancing Operation) entre décembre 2011 et février 2012.

|3| Austérité : Draghi appelle les Etats à ne pas relâcher leurs efforts, AFP 14/12/2012. http://lexpansion.lexpress.fr/econo…

|4| Nous parlons des salaires réels au-delà de la fonction publique et non du revenu disponible brut des ménages qui aurait baissé de 17% en Grèce entre 2009 et 2011.

|5| Greek salaries far below EU average, 5 décembre 2012, http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_…

|6| Eric Toussaint, La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, 23 décembre 2012, http://cadtm.org/La-plus-grande-off…

|7| Rapport mondial sur les salaires 2010/11, p.2, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu…

|8| Toutes les données sur le taux de chômage sont tirée de Eurostat.

|9| Le géant mondial du luxe LVMH est propriétaire de Louis Vuitton, Céline, Givenchy, Bulgari ou encore Guerlain.

|10| Salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, stock-options, actions gratuites, dividendes et avantages annexes en milliers d’euros.

|11| L’Observatoire des inégalités, http://www.inegalites.fr/spip.php?p…

|12| Rapport du Cabinet Proxinvest, http://www.proxinvest.com/index.php…, et http://lexpansion.lexpress.fr/entre…

|13| Bloomberg Billionaires Index, http://topics.bloomberg.com/bloombe…

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Paris – Depuis la venue au pouvoir du premier ministre israélien ultra droitier, Benyamin Netanyahu, il y a cinq ans, Israël a lancé trois attaques virus visant le champ informatique iranien en vue de neutraliser, sinon retarder le programme nucléaire de la République islamique.

Doublée d’une campagne d’assassinats de savants iraniens, la triple campagne virale, Stuxnet, Duqu et Flame, a visé tout autant le système nucléaire iranien que le système bancaire libanais, supposé servir de plateforme de blanchiment au trésor de guerre du régime syrien et du Hezbollah libanais.

En pleine bataille de Syrie, à trois mois des élections présidentielles américaines, en septembre 2012, Israël a même envisagé de lancer contre l’Iran une impulsion électromagnétique (IEM), afin de paralyser l’ensemble des réseaux de transport et de communications, en vue de briser le développement de son programme nucléaire

L’impulsion électromagnétique (IEM)

 L’impulsion devait prendre la forme d’une explosion nucléaire en haute altitude destinée à perturber le parc informatique du pays. L’explosion ne devait produire ni souffle, ni radiation au sol, mais provoquer une paralysie des communications et un tarissement du ravitaillement alimentaire, selon des indications fournies le 29 Août 2012 par Bill Gertz sur sa chronique vidéo sur le site conservateur américain «The Washington Beacon».

Onde de choc puissante créée par l’interaction entre l’explosion et le champ magnétique terrestre, le potentiel destructeur des IEM est ravageur. Il est d’ailleurs possible de le produire à partir d’un générateur de micro-ondes.

Le virus Stuxnet et Le drone RQ-170

Auparavant, Israël avait lancé, en 2009, une offensive électronique contre le système informatique iranien via le virus Stuxnet, parallèlement à une campagne d’assassinat de savants iraniens. Près de trente mille ordinateurs auraient été infectés par ce virus malicieux qui recherchait dans les ordinateurs le système de supervision de la firme allemande Siemens Win-CC, en charge du contrôle des oléoducs, des plateformes pétrolières et des centrales électriques.

En contrepoint l’Iran a réussi a détourné, en décembre 2011, un drone ultrasophistiqué américain qui surveillait les sites nucléaires iraniens, via le Béloutchistan, atténuant quelque peu les contre-performances iraniennes.

Drone furtif et secret, le RQ-170 se présente comme un butin inestimable en ce qu’il a démontré la capacité iranienne à prendre le contrôle du plus sophistiqué des drones d’observation américain, apportant la démonstration de la capacité d’électroniciens hors pairs de ses savants. En disposant désormais d’un prototype pour reproduire l’arme secrète, l’Iran parait avoir réussi à se prémunir des attaques de ce genre d’engins, se propulsant au 2eme rang mondial dans ce secteur d’armement.

Dispositifs et Cibles des protagonistes

Le dispositif israélien (2):

Israël est crédité d’un arsenal nucléaire, l’un des plus importants hors du monde occidental, de l’ordre de 150 à 200 ogives nucléaires et d’une puissante aviation de guerre: 710 avions de combat avions, notamment des chasseurs bombardiers F-15 et F-16, 181 hélicoptères de combat, ainsi que de nombreux drones (avions sans pilote) d’attaque et de reconnaissance. Sous l’administration démocrate de Barack Obama, les Etats-Unis auraient fourni à Israël une dizaine d’avions ravitailleurs pour lui permettre des raids à long rayon d’action

Au-delà de la force de frappe nucléaire, le dispositif israélien repose sur le système balistique de la famille américaine des GBU, plus communément désignés de «Bunkers Busters», littéralement des «imploseurs de fortifications». Le GBU 27, d’une longueur 4,2 mètres, pour un poids 900 kg, a une force de pénétration de 2,4 mètres de béton. Le GBU 28 d’une longueur 5,5 mètres, pour un poids 2,268 kg, a une force de pénétration de six mètres de béton. L’onde de choc dégagée détruirait toute construction, jusqu’à cent mètres sous terre.

A la balistique de fabrication américaine, se superpose le dispositif balistique de fabrication israélienne: Popeye-3, missile air-sol d’une portée de 350 km, les missiles de la famille Jéricho 1 Jéricho 2 et probablement Jéricho 3 qui peut en théorie atteindre Téhéran. La marine israélienne a testé avec succès, le 26 juillet 2009, un système amélioré de son missile antimissile «Barak». Tiré à partir d’une vedette Saar-5, le nouveau missile «Barak» a été développé conjointement par des experts de l’armée et de la marine israéliennes, l’Institut Rafael pour le développement des armements et le Centre pour la recherche spatiale d’Israël. Ce système de défense est développé en complément du «Dôme d’acier», voué à l’interception de roquettes d’une portée allant de 4 à 70 km.

Une technologie de pointe produite par l’industrie militaire israélienne lui assure une grande opérabilité tout terrain notamment avec le premier robot soldat produit par la firme «Elbit Systems». Transportable dans le sac à dos d’un soldat, ce robot soldat, le «VIPeR», est opérationnel tout terrain. Armé d’un fusil mitrailleur UZI, télécommandé, il est capable de lancer des grenades et de tirer à la mitraillette. Israël détient le record mondial en matière de dépenses d’armement par habitant, de l’ordre de 1.429 dollars par an par habitant (chiffres 2006). Sa période de circonscription est parmi les plus longues du monde: trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes avec une période de réserve d’un mois par an.

Dans la perspective d’une épreuve de force, les Etats-Unis ont parachevé un nouveau système radar au Qatar en complément de ceux déjà installés en Israël et en Turquie pour former un vaste arc régional de défense antimissile.

La défense balistique iranienne

Le commandement autonome de l’armée de l’air repose sur un double réseau de missiles: Un système de défense et d’interception et un système de riposte représenté par la gamme des missiles balistiques de type Scud

-Le système de défense et d’interception

Matérialisé principalement par sept batteries anti-aériennes de basse et moyenne altitude, de quatre lanceurs Tor-M1/SA-15 Gumblet fournis par les conglomérats russes Koupol et Almaz Anteny, et, selon des informations persistantes de la presse, par un dispositif articulé autour du missile russe S-300, l’équivalent du Patriot Pac-3, le missile américain déployé dans le désert du Néguev pour la protection des sites israéliens. Missile de haute altitude, long de 7 mètres, d’une portée de 150 km, portant une charge de 143 kg, le S-300 peut suivre 24 cibles et tirer quatre missiles en même temps. L’Iran disposerait de deux batteries de ces missiles qui peuvent être titrées d’une plateforme mobile (camion).

-Un système de riposte représenté par la gamme des missiles balistiques de type Scud, de la famille Shahab, développée avec le concours de la Corée du Nord et couvrant une distance de 300 à 1.500 kms. Shahab 1 a une portée de 300 km, Shahab 2 de 500 km. Le missile de troisième génération, Sahab 3, est une variante du missile nord-coréen No Dong I. D’une longueur de 16 mètres, pesant 16.000 kg, propulsé par un carburant liquide, Sahab 3 dispose d’une portée de 1500 km, qui le met en mesure d’atteindre Tel Aviv, Karachi, Riyad ou Ankara.

En outre l’Iran assure détenir une «bombe intelligente» baptisée «Ghassed» (messager) de 900 kg. Version améliorée du KAB-500 kr, Ghassed est une bombe planeuse d’origine russe à guidage TV, armée d’une ogive de perforation d’armure ou de bunker. La bombe peut être lancée à partir d’un chasseur-bombardier de conception iranienne «Saegheh» (éclair), produit à partir d’une synthèse de la technologie, russe, chinoise et nord-coréenne. Ce dispositif est complété par une aviation militaire comptant près de cinquante chasseurs-bombardiers peu performants face aux nouveaux appareils de supériorité aérienne du parc occidental, mais que l’Iran s’est appliquée à moderniser par un investissement de l’ordre de huit cent millions de dollars, en particulier la flotte de fabrication soviétique, les Sukhoï et les Mig.

Au plan naval, l’Iran peut aligner une flotte de sous-marins de fabrication iranienne ou russe, une flotte d’aéroglisseurs, l’une des plus importantes du monde, de ROV (véhicules actionnés à distance), de navires de surface de différentes tailles, d’unités aéroportées comprenant plusieurs escadrons d’hélicoptères, des dragueurs de mines et un important arsenal de missiles antinavires. La flotte sous-marine iranienne comprend également des «sous-marins de poche» de fabrication iranienne.
Le brouillage médiatique le plus complet règne quant à la possession par l’Iran du missile russe S-300 d’une portée de 150 km. La presse israélienne a fait état, à deux reprises, de visites secrètes à Moscou des dirigeants israéliens –le président Shimon Pères et le premier ministre Benyamin Netanyahu- en vue d’inciter les dirigeants russes à renoncer à renforcer la défense balistique iranienne. Missile de haute altitude, long de 7 mètres, d’une portée de 150 km, portant une charge de 143 kg, le S-300 peut suivre 24 cibles et tirer quatre missiles en même temps. L’Iran disposerait de deux batteries de ces missiles qui peuvent être titrées d’une plateforme mobile (camion).

Des informations de la presse occidentale ont fait état de la livraison par la Russie de ce missile de haute altitude à l’Iran, sans que toutefois cette information n’ait été confirmée ou infirmée tant du côté russe que du côté iranien. De missiles identiques ont été livrés à la Syrie pour dissuader toute attaque occidentale contre ce pays allié de l’Iran.

Selon ces informations, l’Iran disposerait de deux batteries de ces missiles d’une portée de 150 km, portant une charge de 143 kg et long de 7 mètres. Le S-300 peut suivre 24 cibles et tirer quatre missiles en même temps à partir d’une plateforme mobile (camion). Au-delà du S-300, la défense balistique iranienne repose sur un double réseau de missiles, un système de défense et d’interception et un système de riposte.

-Le drone Ayoub: Une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique

Au-delà des supputations, l’Iran et son allié libanais ont apporté la preuve de leur capacité à percer la défense anti aérienne israélienne.

Le lancement le 2 octobre 2012 d’un avion sans pilote du Hezbollah en direction d’Israël a constitué la première incursion aérienne réussie de l’aviation arabe depuis la guerre d’octobre 1973, il y a 40 ans. Son survol du site nucléaire de Dimona, dans le Néguev, a démontré l’étanchéité du «dôme d’acier» israélien, édifié avec de couteux moyens avec l’aide américaine en vue d’immuniser le ciel israélien de toute attaque hostile.

Cet exploit militaire du Hezbollah, et par voie de conséquence de l’Iran, est apparu comme une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique tant à l’égard d’Israël et des Etats-Unis, qu’à l’encontre du groupement des pays sunnites gravitant dans l’orbite atlantiste.

Le drone produit par l’Iran, sans doute un clonage du RQ-170, a été monté par le Hezbollah sur le sol libanais. Son nom de code «Ayoub» fait référence à l’un des combattants du Hezbollah, Hussein Ayoub, premier artisan de cette formation tué lors d’une attaque. Par extension au personnage biblique de Job et à sa légendaire patience, comme pour signifier que cette qualité anime aussi les contestataires à l’ordre hégémonique israélo-américain dans la sphère arabo musulmane.

Les cibles potentielles des raids israéliens

Dix sites nucléaires iraniens ont vocation à faire l’objet de cibles potentielles du raid israélien:

Cinq sites majeurs, principalement situés dans le sud du pays: Arak, sud de Téhéran, chargé de la production de l’eau lourde, Natanz, sud-est de Téhéran, chargé de l’enrichissement de l’uranium, Ispahan, dans le sud du pays, qui abrite un centre de recherche, Gachine, à proximité de Banda Abbas, le port iranien sur le golfe, qui recèle une mine d’uranium, enfin Bouchehr, important centre de production électrique. Et cinq sites mineurs: trois sites situés au nord de Téhéran (Karaj, Lavizan-Shiam et Parchine), un neuvième Sakhand à la hauteur d’Ispahan, dans le sud du pays, enfin Fordo, dans la région de la ville sainte de Qom.

Au vu dispositif israélien et de sa supériorité manifeste, l’Iran ne parait pas devoir se contenter d’opérations de harcèlement, mais pourrait privilégier le «tir de saturation tous azimuts» afin de neutraliser le bouclier balistique installé tant en Israël que dans les pétromonarchies du Golf. Puis moduler sa riposte en fonction de la frappe adverse en comptant sur son propre hinterland stratégique d’une densité démographique sans pareille pour des opérations «derrière les lignes ennemies».

Avec le concours de ses alliés régionaux, notamment le Hezbollah Libanais, limitrophe de l’Etat Hébreu, la plus importante formation paramilitaire du tiers-monde, ainsi que l’importante communauté chiite du Monde arabe implantée à Bahreïn, en Arabie saoudite, dans la région pétrolifère de l’est du Royaume, dans la zone pétrolière du Nord du Koweït ainsi qu’en Irak et au Liban, dans la zone limitrophe d’Israël.

Tirant les enseignements des trois dernières guerres du Golfe (1979-1989), 1990-1991 et 2003), l’Iran a considérablement renforcé sa flotte militaire au cours de la dernière décennie, présentant ses nouvelles réalisations au cours de grandes manœuvres navales. Lors de ces exercices, en avril et en août 2006, l’Iran a présenté les derniers-nés de sa flotte, notamment le dernier torpilleur de patrouille, petit bâtiment efficace dans l’attaque de grands navires de guerre.
Tout porte à croire que l’Iran pratiquera la guérilla navale à coup d’opérations commandos, comme tend à le démontrer le dernier coup de main contre une unité britannique au printemps 2007 où Téhéran avait réussi à capturer quinze marins anglais. L’Iran ne parait pas devoir, non plus, se contenter d’opérations de harcèlement,

Doté d’une technologie de pointe sans doute parmi les plus avancées du monde notamment en ce qui concerne les équipements électroniques, pouvant atteindre une vitesse de pointe de 45 nœuds, le Joshan de même que son frère jumeau, le Peykan, disposent d’une redoutable puissance de feu. Patrouilleur lance-missiles, armé en supplément d’un canon sous-marin de 76 mm, à usage variable, le plus moderne du monde, appelé Fajr, il peut atteindre des cibles sous-marines et aériennes distantes de 19 km.

L’Iran a également développé sa coopération avec l’Erythrée et disposerait depuis décembre 2008 de facilités navales au port d‘Assab, sur la côte orientale de l’Afrique. L’Iran y aurait déployé des bâtiments de guerre, y compris des sous-marins.
Elle se place en mesure de neutraliser la navigation dans le Golfe et le détroit d’Ormuz, en cas d’attaque israélienne. Djibouti, en guerre larvée contre l’Erythrée, abrite une base militaire permanente française, ainsi qu’une base des forces spéciales américaines et de l’Etat-major américain pour l’Afrique (Africom), le camp Lemonnier, visant à «sécuriser» le détroit de Bâb el Manded, à la jonction du Golfe et de la mer Rouge.

Contrairement à la Corée du Nord, l’autre puissance rebelle nucléaire, adossée physiquement à la Chine sur 1.416 km de frontières, l’Iran est entourée de cinq puissances nucléaires (Russie, Ukraine, Inde, Pakistan et Israël). Son accession au seuil nucléaire répond donc à des considérations légitimes en ce qu’il lui permet de se prémunir contre un environnement hostile de surcroît nucléarisé. Et de lui épargner un sort comparable à son voisin irakien.

Mais en instaurant un «équilibre de la terreur» au Moyen orient, au Liban comme à Gaza, la bombe iranienne risquerait de modifier radicalement le rapport des forces au niveau régional et provoquer un bouleversement stratégique majeur de la zone.
Dans cette perspective, la neutralisation de l’Iran ne répondrait pas exclusivement à des considérations de formalisme juridique, le respect de la légalité internationale, tant bafouée par ailleurs par les États occidentaux eux-mêmes, voire même au souci de la non-prolifération atomique.

Elle relèverait d’impératifs militaires sous-jacents: Le maintien d’une supériorité stratégique d’Israël sur l‘ensemble des pays du Moyen-Orient réunis, et, au-delà, la persistance de la mainmise occidentale sur les réserves énergétiques de l’Asie occidentale et le contrôle des nouveaux oléoducs stratégiques en construction depuis l’Asie centrale, une des motivations latentes de l’intervention américaine en Afghanistan, en Irak et en Syrie.

La dernière transaction militaire américaine à destination du Moyen-Orient tendrait à accréditer la thèse du primat israélien qui trouve sa justification la plus récente dans le comportement de la précédente administration républicaine à l’égard de ses amis et alliés au Moyen-Orient.

Le président George Bush a en effet promis à Israël, en août 2007, des fournitures d’armes de l’ordre de trente milliards de dollars sur dix ans, à titre gracieux, en contrepartie de la vente d’équipements militaires d’une valeur équivalente à quatre pays arabes représentant une population de cent millions d’habitants.

Pays frontalier de l’Irak et de l’Afghanistan, les deux plus importants abcès de fixation de l’armée américaine de l’époque contemporaine, bordant tout aussi bien le golfe arabo-persique que l’Océan indien, l’Iran représente la plus forte concentration industrielle de la zone intermédiaire qui va du sud de l’Europe aux confins de l’Inde.

La réussite de sa stratégie valoriserait sa politique d’autosuffisance technologie et militaire, de la même manière qu’un succès politique ou militaire du Hezbollah chiite libanais ou du Hamas sunnite palestinien réhabiliterait l’esprit de résistance face à la finlandisation des esprits en cours dans le monde arabe, à l’effet de réhabiliterait la guérilla criminalisée sous l’ère Bush au prétexte de la «guerre contre le terrorisme».

Le succès iranien ferait en outre perdre à Israël son statut de relais stratégique majeur de l’Occident dans la zone et frapperait de caducité l’option arabe de vassalisation à l’ordre israélo américain, déterminant du coup la nouvelle hiérarchie des puissances dans l’ordre régional. Tel est le véritable enjeu, sans doute le plus important par sa force d’attraction symbolique, de la confrontation irano israélienne.

René Naba

 

Iran Israel

Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4), 06 janvier 2013.

Iran-Israel

Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4, Au-delà du nucléaire, une expédition punitive sur fond de compétition, énergétique, 28 janvier 2013.

Article guerre 4 Naba

Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4Le Hezbollah et la crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie., 31 janvier 2013.

 

Références

1-Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire, un enjeu du XXI me siècle» par René Naba -Golias – Automne 2012
2-«Les scénarios possibles» d’une confrontation entre Israël et l’Iran, Cf. Le journal Le Monde 20 juillet 2009-

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Clôtures israéliennes et palabres égyptiennes

janvier 15th, 2013 by Ahmed Bensaada

Si la tendance se maintient, Israël deviendra, dans un avenir très proche, le seul territoire du monde totalement protégé par des barrières créées de main d’homme.

La première clôture édifiée par l’état hébreu est celle qui est communément appelée « mur de l’apartheid », mais baptisée « clôture de sécurité israélienne » pour faire « politically correct ». Longue de plus de 700 kilomètres, elle serpente à travers les terres afin de séparer physiquement les Palestiniens des Israéliens.  On estime que seuls 20 % de cette clôture suivent le tracé de la Ligne verte, frontière entre la Palestine et l’état hébreu d’avant 1967. La construction de cet ouvrage ségrégationniste, estimée à plus de  2,5 millions d’euros le kilomètre, a permis à Israël de gruger inexorablement les terres palestiniennes au vu et au su de la communauté internationale. Ainsi, sous le prétexte sécuritaire, le « mur de l’apartheid » a favorisé l’annexion de nouveaux territoires en plus de compliquer considérablement la vie des Palestiniens.

Le 2 janvier dernier, Israël a achevé la construction du principal tronçon de la clôture qui longe, dans le Sinaï, sa frontière avec l’Égypte. Haute de cinq mètres et longue de 230 kilomètres, cette barrière est constituée d’une haie de barbelés, d’un chemin de sable et d’infrastructures de collecte d’informations très sophistiquées. Après l’achèvement de la section finale de 14 kilomètres prévue dans trois mois, la clôture s’étirera du port d’Eilat (sur la mer rouge) à la bande de Gaza.

Profitant de cet évènement pour faire campagne sur le thème sécuritaire, Netanyahou, le chef du gouvernement israélien, est allé sur place afin d’inaugurer l’ouvrage qui a nécessité 45 000 tonnes d’acier et près de 430 millions de dollars américains.

« Je pense que le succès nous encourage à entreprendre nos travaux sur les autres frontières. A l’avenir, nous fermerons toutes les frontières d’Israël » a-t-il déclaré [1].

Voilà donc, dans toute sa splendeur, le rêve de « Bibi » : entourer Israël et ses colonies de barbelés!

Et il œuvre d’arrache-pied pour sa concrétisation.

En effet, le 6 janvier 2013, il annonça la construction d’une barrière fortifiée sur le plateau du Golan d’une longueur de 70 kilomètres*, le long de la frontière israélo-syrienne. De même type que celle érigée dans le Sinaï, cette clôture est censée protéger l’état hébreu d’éventuelles incursions de groupes terroristes présents dans la région et impliqués dans le conflit syrien. Elle permet aussi (et surtout) d’assurer la quiétude des colons vivant dans les quelques dizaines de colonies implantées dans cette région syrienne et d’en parachever la judaïsation.

Afin d’exaucer le vœu de Netanyahou et, ainsi, enfermer l’état hébreu dans une « cage », il ne reste donc plus à Israël qu’à s’attaquer aux frontières syrienne et jordanienne.

C’est ce que le premier ministre israélien avait annoncé, dès le 1er janvier 2012. Le long de la frontière Ouest avec la Jordanie, un tronçon de 240 kilomètres (évalué à 360 millions de dollars américains) sera construit.

Dans un article fouillé sur la question, le « Monitoring Israeli Colonizing activities in the Palestinian West Bank and Gaza », projet financé par l’Union Européenne, a noté que : « La décision israélienne d’installer une clôture de sécurité le long de la frontière jordanienne contient une dimension plus grave encore que la dégradation des conditions de vie des Palestiniens. Le Jourdain est considéré comme frontière naturelle reconnue internationalement. La diplomatie des Murs israélienne vise en réalité à élargir le territoire israélien de la Mer Méditerranée à l’Ouest jusqu’aux rives du Jourdain à l’Est, négligeant ainsi le peuple palestinien et son droit à un État, dont la frontière jordanienne sera la principale porte d’entrée et de sortie vers le monde. Ainsi, la barrière de sécurité à la frontière jordanienne est le début du pire scénario envisageable : le déplacement forcé de tous les palestiniens vers la Jordanie, scénario considéré par certains groupes israéliens et leaders politiques comme plausibles, voyant en l’existence du peuple palestinien une menace continue à l’existence de l’État juif » [2].

Dans le  nord, à la frontière israélo-libanaise, la construction d’un mur de deux kilomètres de long et de plusieurs mètres de haut a débuté le 30 avril 2012. Son utilité : séparer le la colonie israélienne de Metula du village libanais de Kafr-Kila [3].

De cette course hystérique à l’enfermement, l’analyste israélien Alex Fishman a tiré une cinglante conclusion : « Nous sommes devenus une nation qui s’emprisonne derrière des clôtures et qui se tapit, terrifiée, derrière des boucliers défensifs ». C’est devenu, ajoute-t-il, une « maladie mentale nationale » [4].

Alors qu’Israël construit des barrières de sécurité pour se « prémunir » de dangers provenant de son voisinage, le « printemps » arabe continue son œuvre dans les pays limitrophes.

Au sud, où la clôture est quasiment achevée, un gouvernement islamiste est aux rênes de l’Égypte avec, comme président, Mohamed Morsi. Membre de la confrérie des Frères musulmans et premier président civil de la république, Morsi a déjà défrayé la chronique par l’utilisation d’expressions un peu trop « affectueuses » lors d’une correspondance avec son homologue israélien, Shimon Peres [5]. Il faut reconnaître que le vocabulaire de Morsi a beaucoup changé envers les Israéliens depuis qu’un souffle printanier l’a conduit à la magistrature suprême. Ainsi, quelques mois à peine avant le début des révoltes qui ont mis fin au régime Moubarak, il appelait « à rompre toute relation avec cette entité criminelle (i.e. Israël) » et disait, entre autres, que « les juifs sont des suceurs de sang, des descendants des porcs et des singes » [6].

Et ce n’est pas tout. Une autre personnalité de la confrérie a déclenché une tempête médiatique en proposant aux juifs égyptiens qui ont fait leur « alya » de revenir s’installer en Égypte et de récupérer leurs biens [7]. Il s’agit de Essam El–Erian, vice-président du parti « Justice et Liberté » (vitrine politique des Frères musulmans) et conseiller du président Morsi.

Cette étrange sortie médiatique en a surpris plus d’un, surtout qu’elle est intervenue à peine cinq semaines après la fin de l’opération meurtrière « Pilier de défense » contre Gaza qui a fait, au moins, 163 morts et 1235 blessés palestiniens.

En plus de cela, El-Erian a accusé l’ancien président Nasser d’avoir expulsé les juifs d’Égypte. Cette animosité « frériste » contre Nasser n’est pas nouvelle et refait surface chaque fois que l’occasion se présente [8].

Mais cette accusation a été battue en brèche par Kamal El-Kadi qui a fait une analyse du star-system au temps du président Nasser. Il montra, après un survol historique de cette tumultueuse période, que de nombreuses célébrités juives égyptiennes (telle l’illustre Leïla Mourad) étaient adulées et respectées par le public et que Nasser avait attribué à certaines d’entre elles des médailles de mérite lors d’événements nationaux. Et de conclure : « Tous ces signes et ces preuves confirment que Nasser et son régime n’ont jamais été contre la communauté juive [égyptienne] et n’ont forcé personne à quitter l’Égypte pour des raisons religieuse ou ethnique » [9].

La présidence de la république ne tarda pas à se dissocier des propos de Essam El-Erian en déclarant « qu’il ne s’exprimait qu’en son nom bien qu’il fasse partie des conseillers du président Mohamed Morsi » (sic) [10].

Mais, en Égypte, il n’y a pas que les islamistes qui font les yeux doux par delà le Sinaï et les clôtures électrifiées hautes de cinq mètres. Maikel Nabil, un cyberactiviste égyptien pro-démocratie d’origine copte, s’est rendu en Israël en décembre 2012. Financé par U.N. Watch, un organisme affilié au Congrès juif américain, son voyage fut très médiatisé par la presse israélienne qui le qualifia de « héros » de la révolution égyptienne.

Maikel Nabil s’est rendu célèbre par son incarcération par les autorités militaires et ce, en avril 2011, c’est-à-dire après la chute de Moubarak. Condamné à trois ans de prison pour avoir insulté les militaires sur son blog, il fut libéré après dix mois d’emprisonnement. Cette réduction de peine est due à une mobilisation internationale de la blogosphère et à une mesure de grâce accordée à l’occasion du 1er anniversaire de la révolte en Égypte

En Israël, le programme de sa visite comportait la tenue de plusieurs conférences. Lors d’une d’entre elles, à l’université Hébraïque de Jérusalem, il fut chahuté par des étudiants palestiniens [11].

Il faut dire que ce dissident a attiré l’attention dès le début par ses positions politiques très singulières. Bien que d’origine copte, il se dit athée, laïque et pro-israélien. Quelques jours avant la chute de Moubarak, il avait posté une vidéo dans laquelle il demandait à Israël de se solidariser avec la « révolution » égyptienne, mentionnant que « Moubarak n’a jamais été un ami d’Israël » et que « la démocratie et les droits de l’homme sont des valeurs israéliennes » [12].

Pour justifier son voyage en Israël, Maikel Nabil écrivit dans le Times Of Israel: « Après des années à appeler à la paix, j’ai réalisé que la pratique de la paix est plus importante que d’en parler. Ma visite est un message de la communauté de paix égyptienne pour dire que nous avons assez de la violence et de la confrontation et nous voulons que cela finisse. Nous voulons vivre ensemble en tant qu’êtres humains, sans violence, racisme ou murs » [13].

Il ne pouvait si bien dire. Pendant que lui et Essam El-Erian continuent de palabrer sur le retour des juifs égyptiens et les vertus de la démocratie israélienne, l’état hébreu continue l’édification minutieuse de murs sophistiqués qui l’isolent du monde arabe et qui lui permettent d’annexer de plus en plus de terres.

Ces terres qui recouvrent des corps palestiniens encore tous chauds. Ces terres imbibées du sang palestinien qui n’a pas encore eu le temps nécessaire pour sécher.

 

Ahmed Bensaada

Montréal, le 13 janvier 2013

http://www.ahmedbensaada.com/

 

Cet article a été publié le 15 janvier 2013 par le quotidien algérien  Reporters

 

* Carte de la clôture électrique de 70 Km

source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/07/01003-20130107ARTFIG00502-israel-fortifie-sa-frontiere-avec-la-syrie.php

 

Références 

1-      Herb Keinon, « La barrière sud : objectifs accomplis », Jérusalem Post, 9 janvier 2013, http://www.jpost.com/EditionFrancaise/PolitiqueEtSocial/Article.aspx?id=298920

2-      POICA.org, « La Diplomatie des Murs », 3 février 2012, http://www.poica.org/editor/case_studies/view.php?recordID=4271

3-      Laure Stephan, « A la frontière avec le Liban, Israël érige un mur », Le Monde, 2 mai 2012, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/05/02/a-la-frontiere-avec-le-liban-israel-erige-un-mur_1694063_3218.html

4-      Harriet Sherwood, « Israel extends new border fence but critics say it is a sign of weakness », The Guardian, 27 mars 2012, http://www.guardian.co.uk/world/2012/mar/27/israel-extends-border-fence-critics

5-      Ahmed Bensaada, « La tragédie de Gaza à l’aune du “printemps” arabe », Reporters, 10-11 décembre 2012, http://fr.calameo.com/read/00036684605af600c00ea

6-      Roger Astier, « Vidéo: Morsi: “Les juifs sont des suceurs de sang, les descendants des porcs et des singes!” », JSSNews, 5 janvier 2013, http://jssnews.com/2013/01/05/video-morsi-les-juifs-sont-des-suceurs-de-sang-les-descendants-des-porcs-et-des-singes/

7-      Said Ali, « Avec vidéo…El-Erian demande au juifs égyptiens de retourner d’Israël », Al Marsy Al Youm, 28 décembre 2012, http://www.almasryalyoum.com/node/1344166

8-      Ahmed Bensaada, « Égypte : les Frères et la Grande Muette », Reporters, 29 décembre 2012, http://fr.calameo.com/read/000366846b1900de014aa

9-      Kamal el-Kadi, « Les stars juives sur la terre d’Égypte », Al-Quds Al-Arabi, 11 janvier 2013, http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=online\data\2013-01-11-14-24-10.htm

10-  Al-Arabiya, « La présidence égyptienne : nous ne sommes pas responsables des déclarations d’El-Erian sur les juifs », 1er janvier 2013, http://www.alarabiya.net/articles/2013/01/01/258082.html

11-  Robert Mackey, « Protesters Disrupt Egyptian Blogger’s Speech in Israel », The New York Times, 24 décembre 2012, http://thelede.blogs.nytimes.com/2012/12/24/protesters-disrupt-egyptian-bloggers-speech-in-israel/

12-  Maikel Nabil, « Message to Israel Calling for solidarity with the Egyptian Revolution », Youtube, 4 février 2011, http://www.youtube.com/watch?v=UdZjRHjlsck

13-   Maikel Nabil, « Making peace by going to Israel », The Times of Israel, 10 décembre 2012, http://blogs.timesofisrael.com/let-there-be-peace/

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Le célèbre blogueur américain et prodige informatique Aaron Schwartz, qui dénonça la “liste noire d’assassinats” du président Obama ainsi que les cyber-attaques contre l’Iran, a été retrouvé mort à New York.

La police a trouvé le corps de l’intéressé âgé de 26 ans dans son appartement de la ville de New York, Brookklyn vendredi, a dit la porte-parole du médecin légiste de la ville.

Le médecin a conclu à une mort des suites d’un suicide par pendaison, aucun autres détails n’est disponible sur cette mort mystérieuse.

L’an dernier, Schwartz avait ouvertement critiqué les Etats-Unis et le régime israélien pour avoir lancé des attaques cybernétiques contre l’Iran.

Le blogueur était aussi un critique véhément de la liste d’assassinats du président Obama et d’autres politiques de celui-ci.

Obama a été rapporté approuver les noms mis sur une liste de personnes destinées à être assassinées, utilisée pour le ciblage des assassinats par drones des Etats-Unis.

Environ chaque semaine, plus de 100 membre de l’équipe du conseil national à la sécurité, se rassemblent au moyen d’une vidéo-conférence hyper sécurisée établie par le Pentagone; durant cette réunion les membres du groupes révisent les biographies des suspects au Yémen, Somalie et au Pakistan et “nomment” ceux qui devront être ciblés dans des attaques.

Obama reçoit ensuite les identités de ceux mis sur la “listes d’assassinats” et signe de sa main chaque élimination au Yémen, en Somalie ainsi que des attaques risquées au Pakistan.

Schwartz avait aussi reçu le crédit d’avoir été un des co-auteurs du logiciel internet de dissémination de l’information RSS 1.0 (Rich Site Summary), sur lequel il travailla dès l’âge de 14 ans.

RSS est fait pour délivrer le contenu de sites internet qui changent constamment, comme les pages d’information, pour aider les utilisateurs.

Schwartz fut un critique du monopole de l’information obtenu par des cartels privés et croyait que l’information devait être partagée et accessible à tous pour le bénéfice de la société entière.

“L’Information est le pouvoir. Mais comme tout pouvoir, il y a toujours ceux qui veulent le garder pour eux-mêmes”, avait-il écrit dans un manifeste en ligne en 2008.

Sur cette croyance, le prodige informatique avait créé le groupe à but non lucratif DemandProgress. Ce groupe avait lancé avec succès une campagne en 2011 pour bloquer une loi que le parlement américain voulait faire voter et appelée Stop Online Piracy Act (NdT: SOPA, dont l’équivalent en France à la même époque.. tiens, tiens… fut les lois LOPSI I et II).

Si cette loi avait été approuvée, elle aurait accordé aux cours de justice le droit de restreindre l’accès à certains sites internet considérés impliqués dans la partage illégal de la propriété intellectuelle.

DemandProgress argumentait qu’il avait mit un terme à ce projet de loi qui aurait très largement autorisé le gouvernement américain à censurer et à restreindre l’accès à une communication légitime sur internet.

 

Texte original en anglais : http://www.presstv.ir/detail/2013/01/13/283254/us-kill-list-critic-found-dead-in-ny/

Traduit de l’anglais par Résistance 71

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La chambre d’application des peines de Paris a accédé, le 10 janvier 2013, à la huitième demande de libération de Georges Ibrahim Abdallah.

Le militant révolutionnaire libanais, successivement membre du PSNS et du FPLP, a été condamné à la prison à perpétuité par une « Cour d’assises spéciale » pour complicité dans l’assassinat de l’attaché militaire états-unien en France, Charles R. Ray (18 janvier 1982) (double national US-israélien), et du chef de poste du Mossad à Paris, Yacov Barsimentov (3 avril 1982). La justice française a reconnu qu’il n’était pas directement impliqué dans ces opérations, mais l’a considéré comme co-responsable en sa qualité revendiquée de commandant de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL).

La FARL menait une guerre pour la libération de la patrie libanaise occupée à l’époque par des troupes françaises, états-uniennes et israéliennes ; et pour la création d’un État palestinien.

Au regard des lois françaises, Georges Ibrahim Abdallah aurait dû bénéficier d’une libération conditionnelle anticipée dès 2002. Celle-ci lui a été accordée, en novembre 2003 par la juridiction compétente, puis rejetée à la suite d’un pourvoi introduit par le ministère français de la Justice à la requête exprès du département d’État des États-Unis. Depuis cette date, les ministres français successifs se sont soumis aux exigences réitérées de Washington et ont fait obstacle à sa libération.

Le Garde des Sceaux, Christiane Taubira, se démarquant de ses prédécesseurs, a signé le document de libération. Ancienne militante pour l’indépendance de la Guyane jusqu’à ce que ce territoire change de statut, elle a toujours dénoncé l’illégitimité des « Cours d’assises spéciales ».

Cependant, la décision ayant été conditionnée à un arrêté d’expulsion à prendre au plus tard le 14 janvier, le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls envisage de ne pas signer ce document pour maintenir Georges Ibrahim Abdallah en détention. Militant sioniste, M. Valls s’est publiquement déclaré « lié de manière éternelle à Israël ».

Au Liban, où l’on s’apprêtait à accueillir celui qui est considéré comme un héros national, son Comité de soutien appelle à manifester devant l’ambassade de France de Beyrouth jusqu’à son retour. D’ores et déjà, la résidence de l’ambassadeur est entourée par la foule.

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« La France historique salue l’Algérie indépendante » Valéry Giscard d’Estain.

« Une page est tournée, l’Algérie est d’abord fille de son histoire, qu’elle ait surmonté l’épreuve coloniale et même défié l’éclipse, atteste, s’il en était besoin de cette volonté inextinguible de vivre sans laquelle les peuples sont menacés parfois de disparition » Houari Boumediene.

Deux mois après le putsch militaire au Mali de mars 2012, les rebelles touaregs s’emparent du nord de ce pays, une région plus vaste que la France, et déclarent l’indépendance de l’Azawade*. Le Mali est coupé en deux. La junte militaire, qui n’est pas inféodée à la France, tente de négocier. Mais avec qui ?

Les rebelles appartiennent à des groupes aux liens complexes et nébuleux. Ils combattent côte à côte mais pour des objectifs différents. Ces groupes sont au nombre de quatre (1), et leur financement dépend en partie des rançons versées par les européens pour la libération des personnes prises en otage. La Suisse finance également ces mouvements : « le département fédéral des affaires étrangères suisse a participé à l’organisation et au financement d’une réunion politique des rebelles touaregs indépendants du MNLA les 25, 26 et 27 juillet 2012 à Ouagadougou ». (2)

La France se mobilise pour une intervention militaire

Sous le prétexte fallacieux du rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali, n’étant en réalité que l’ordre colonial établi pour préserver ses intérêts, la France pousse à une intervention militaire. L’Algérie, qui partage une frontière de près de 1.500 km avec le Mali, s’y oppose et par la voix de son Premier ministre se dit « favorable au dialogue » (3) afin de régler la crise.

De toute évidence, une intervention étrangère militaire au Mali affectera et déstabilisera tous les pays de la région du Sahel. Et notamment l’Algérie dont les frontières sont si grandes que l’Etat ne peut contrer les infiltrations des groupes terroristes d’Al Qaida et l’afflux des populations à la recherche d’un refuge sur son territoire.

Cette intervention contraindrait l’Algérie à envisager l’option militaire pour protéger ses frontières et les populations algériennes dans la région de Kidal (Mali). L’armée algérienne aura en face les rebelles d’Ansar Eddine, Al Qaida au Maghreb islamique et du Mouvement pour l’unicité et le djihad. L’Algérie privilégie le dialogue pour résoudre cette crise avec le groupe Ansar Eddine espérant éviter l’intervention militaire. L’Occident semble douter des visées algériennes, et soupçonne les dirigeants de vouloir faire passer sous contrôle algérien la région de Kidal, une région convoitée pour ses gisements d’uranium et d’or.

Pourquoi cet Occident, qui ailleurs cherche à démembrer les États, n’encourage-t-il pas les Touaregs à constituer un « État dépendant » au nord du Mali dans une région riche ?

L’intégrité territoriale du Mali ou le démembrement de l’Algérie ?

La France est impliquée de manière directe dans la question malienne, notamment depuis les années 1990.

Cette crise n’est qu’une étape pour atteindre in fine l’Algérie, dont le sud est cerné par l’armée française qui opère en Libye, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, au Tchad et au Mali.

Sarkozy, faisant abstraction des accords de paix signés à Tamanrasset le 6 janvier 1991 sous l’égide de l’Algérie entre le gouvernement malien et le MNLA, a affirmé, une semaine après la déclaration de l’indépendance de l’Azawade, vouloir « travailler avec les Touaregs pour voir comment ils peuvent avoir un minimum d’autonomie » (4). Il ignore l’autonomie accordée aux populations des trois régions du nord du Mali « qui géreront leurs affaires régionales et locales par le bais de leurs représentants dans des assemblées élues, selon un statut particulier consacré par la loi » (5). La France torpille ainsi cet accord qui ne fait qu’éloigner totalement le projet de création de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes(6) « cette chose étrange qui s’appelait OCRS, une machinerie juridique à travers laquelle la France avait espéré maintenir une souveraineté sur le Sahara ». (7)

L’entremise française dans l’armement des terroristes du Sahel a été soulevée par le Le temps d’Algérie, du 11 septembre 2011. « Les services de renseignements français qui organisent le trafic des missiles libyens ; un lot de 20.000 Sam 7 russes ou stringer américains sont passés aux mains d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) » (9).

La France cherche par les armes à réaliser un rêve colonial

Les prédateurs occidentaux, notamment la France, trouvent dans la crise malienne une occasion pour mettre l’Algérie dans sa ligne de mire.

Dans cette région l’Algérie est incontestablement le pays le plus puissant et le plus important en termes économique, militaire et/ou géographique. L’Algérie, depuis la colonisation, avait toujours revendiqué son indépendance et sa souveraineté. La révolution algérienne de 1957 a fait avorter le projet de création d’un Etat indépendant touareg contrôlé par la puissance coloniale. L’Algérie refuse de recevoir sur son territoire des bases françaises dont la mission principale consiste en une surveillance et des pressions sur l’Etat algérien.

Depuis les années 60, la France a toujours voulu installer une base militaire à Mopti, chose que les autorités maliennes ont refusé depuis le président Modibo Keïta, dont De Gaule disait « qu’il est le seul chef devant lequel il n’était pas obligé de baisser la tête pour lui parler » (10). L’affaiblissement de ce pays est envisagé par Paris en permettant à la MNLA de conquérir le nord du Mali, en venant de la Libye. La France, dont les mirages survolaient la Libye, qui dispose de bases militaires au Tchad et contrôle le Niger, aurait pu facilement intercepter les colonnes des rebelles puissamment armés grâce aux arsenaux libyens se dirigeant de la Libye vers le Mali, si elle tenait vraiment à l’intégrité de ce pays.

Selon le docteur Assadek Aboubacrine, universitaire malien, la France aurait passé un deal avec le MNLA : « La France s’engage à soutenir financièrement, diplomatiquement et stratégiquement les séparatistes jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils atteignent leurs objectifs. En contrepartie, les séparatistes s’engagent à éradiquer l’AQMI du Nord du Mali et aussi à confier aux sociétés françaises l’exploitation du pétrole du Nord » (11).

Pour que les projets des États-Unis et des Européens se réalisent dans cette région, il faut impérativement déstabiliser l’Algérie, en permettant aux Touaregs de s’équiper en armement, à partir des stocks libyens, et en les laissant transiter librement par le Niger, sous contrôle de la France, pour rejoindre le Nord du Mali, proche de la ville algérienne de Tamanrasset. Quatre objectifs sont fixés dont l’aboutissement serait d’amputer le pays de sa partie saharienne :

1- Affaiblir le mali et l’amener à recevoir sur son sol des militaires français à Mopti ;

2- Confier l’exploitation des gisements d’or, du pétrole et autres minerais à la France;

3- Briser les relations algèro-maliennes ;

4- Contrôler la région saharo-sahélienne géostratégique et riche en minerais stratégiques.

Pourquoi la France cherche-t-elle à affaiblir l’Algérie ?

Quiconque suit les relations entre l’Algérie et la France comprendra que ce n’est pas le Mali qui suscite l’attention de la puissance française, mais bien l’Algérie.

La classe politique française n’a jamais pardonné l’indépendance de l’Algérie ayant ouvert la voie à la décolonisation en Afrique. Depuis juillet 1962, La France entretient des relations avec l’Algérie qui s’inscrivent dans le prolongement de la pensée coloniale. L’Algérie historique doit être punie pour les raisons suivantes :

1- Lors des négociations, l’Algérie n’a pas voulu d’une indépendance avec une souveraineté réduite et une intégrité territoriale amputée du Sahara.

2- Elle n’a pas accordé à la France ce que certains pays africains avaient concédé au titre du pacte colonial de 1961. Ces derniers facilitaient « au profit des forces armées françaises, le stockage des matières premières et produits stratégiques **, lorsque les intérêts de la Défense l’exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d’autres pays » (12)

3- L’Algérie n’a pas voulu faire partie de la zone monétaire CEFA (13). Les pays africains qui appartiennent à cette zone, dirigée par la France, placent 65 % de leurs recettes d’exportation sur un compte du trésor français. Ainsi, la Banque de France dispose d’importantes réserves en devises pour faire face à ses dépenses courantes au moment où des millions d’Africains ne perçoivent pas leurs salaires par manque de liquidités.

De Gaulle avait raison quand il déclarait que « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ».

Laid Seraghni

Le 9 janvier 2013.

 

_________________

* Azawade : trois régions du Mali Gao, Tombouctou et Kidal population arabo-berbère.

** Les matières premières et les produits stratégiques sont classés en deux catégories :

· La première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux.

· La deuxième catégorie : l’uranium, le thorium, le béryllium, leurs minerais et composés.

(1) Les groupes armés au sahel.

· Le Mouvement national de libération de l’Azawade (MNLA) d’obédience laïque est le plus important, il se bat pour l’indépendance de l’Azawade depuis 1990

· Les groupes islamistes composés essentiellement des touaregs revenants de Libye. Leur retour est encouragé par l’OTAN qui a fermé les yeux sur le transit par le Niger, sous contrôle de la France, d’une partie de l’arsenal libyen.

· Le groupe islamiste salafistes Ansar eddine (l’armée de la religion). Il se bat pour l’application de la charia, loi islamique, sur tout le territoire malien. Il aurait reçu un renfort des combattants de l’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) dont la base est le Nord du Mali.

· Le groupe pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), dissident de l’AQMI.

(2) Courrier international du 8 décembre 2012.

(3) LeFigaro.fr du 6 avril 2012.

(4) Le Monde du 13 avril 2012.

(5) Alter Info du 8 décembre 2012

(6) Cette organisation consistait à rassembler les régions sahariennes d’Algérie, du mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. L’Algérie a empêché la réalisation de ce projet et le contrôle de la bande saharo-sahélienne riche en minerais stratégiques pour l’Occident.

(7) Terrain n° 28 mars 1997. Miroir du colonialisme « Charles de Foucault face aux touaregs. Rencontre et malentendu »

(8) Le Grand Soir du 1er mai 2012.

(9) Le temps d’Algérie du 11 septembre 2011

(10) Site Modibo Keita

(11) Mediapart du 18 avril 2012.

(12) AFRICA HUMAIN VOICE-Fédération africaine.

(13) Franc des colonies françaises d’Afrique crée le 26 décembre 1945 par la France, devenu depuis 1958 franc de la communauté française d’Afrique.

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Le Mali en miettes. À qui le tour?

janvier 14th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Il faut que tout change pour que tout redevienne comme avant»

Tancrède dans le film: “Le Guépard de Luchino Visconti”

Ça y est! Comme nous l’avons prédit dans un article précédent, l’Afghanisation du Mali est en marche! Pourquoi l’engouement des redresseurs de tort de l’Empire et de ses vassaux pour un pays qui, en théorie, est un désert au sens qu’il ne contient rien de comestible à moins que nous n’ayons pas toute l’information sur les réelles potentialités de ce pays voisin. (1)

Petit rappel: le Mali est devenu indépendant le 22 septembre 1960. Avec 14 517 176 habitants en 2009, la population malienne est constituée de différentes ethnies. Avec une économie encore essentiellement rurale, le Mali, pays enclavé, fait partie des 49 pays les moins avancés (PMA). La République du Mali tient son nom de l’ancien Empire du Mali fondé par Soundiata Keïta au XIIIe siècle et qui a connu son apogée au XIXe siècle. Le Mali, avec ses 1 241 238 kilomètres carrés, est le plus vaste État d’Afrique de l’Ouest après le Niger.

Le Mali est un pays en développement, avec 65% de son territoire en région désertique ou semi-désertique. L’activité économique est surtout limitée autour de la région fluviale irriguée par le fleuve Niger. Des entreprises multinationales ont développé les opérations de prospection de l’or en 1996-1998, et le gouvernement prévoit que le Mali deviendra un exportateur majeur d’or dans la région subsaharienne. En plus du coton (12e producteur mondial en 2004) et de ses dérivés (graine de coton), le Mali est un important producteur de mangues (200.000 tonnes). (2)

Le produit intérieur brut par habitant était estimé à 380 dollars en 2005 (selon World Development Indicators (WDI) database). Un important pourcentage de la population vit sous le seuil de pauvreté soit 36,1% (2005) avec un taux de chômage qui est très élevé soit de 30%. L’Indice de développement humain (IDH) est de 0,371 en 2007, 173e sur 177. L’Indicateur de pauvreté humaine place le Mali à la 107e sur 177. Avec 6,54 enfants par femme, le Mali possède l’un des taux de fécondité les plus élevés au monde. Le taux d’alphabétisation se situe entre 23 et 46% selon les sources. (2)

Ce n’est, donc, pas le Pérou bien que l’on parle de découvertes d’hydrocarbures et d’un gisement d’hydrogène unique au monde.  Pourtant l’Empire veut le sauver malgré lui de ses démons islamistes, alors que le vrai problème est, comme nous le voyons, un problème de développement, la manipulation des foules au nom du Divin est plus facile quand les ventres sont vides, quand il n’y a plus de perspectives terrestres il reste l’Au-delà.

Source de la carte : 

Mali: Sonatrach débutera ses forages pétroliers en 2012, La carte montre le potentiel pétrolier dans le Nord du Mali.

L’accélération des événements

Autre petit rappel du feuilleton tragique malien: le 30 mars 2012, la rébellion touarègue et les groupes islamistes armés alliés à Aqmi prennent le contrôle des capitales des trois régions du nord du Mali: Kidal, Gao puis Tombouctou. Le 1er avril, un coup d’Etat militaire à Bamako a renversé, le 22 mars, le régime du président Amadou Toumani Touré, la junte a invoqué l’échec du régime contre la rébellion. Le 13 avril, Dioncounda Traoré est investi président par intérim, en vertu d’un accord entre la junte et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) prévoyant le retour du pouvoir aux civils. Il menace d’une «guerre totale et implacable» les rebelles touareg et les groupes islamistes dans le Nord. Le 27 juin, Aqmi et ses alliés du Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et d’Ansar Eddine écrasent les rebelles du Mnla, puis les chassent de Tombouctou et ses environs. Le Mnla, allié au début de son offensive aux groupes islamistes, puis marginalisé, ne contrôle plus aucune place forte dans la région. Le 28 juin, dès le lendemain, les islamistes armés, devenus les maîtres absolus du Nord, entament la destruction de mausolées de saints musulmans de Tombouctou. Le 12 octobre, l’ONU adopte une résolution préparant le déploiement d’une force militaire et donnant quarante-cinq jours aux pays ouest-africains, qui en constitueront le noyau, pour préciser leurs plans. Le 11 novembre, des dirigeants de la Cédéao et d’autres pays africains décident d’envoyer 3300 militaires pour un an afin d’aider l’armée malienne à chasser les groupes islamistes du Nord. Le 11 décembre, démission forcée de Cheick Modibo Diarra du poste de Premier ministre. Son successeur, Diango Cissoko, est nommé le lendemain. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert au déploiement d’une force internationale au Mali, sans fixer de calendrier précis. Le 10 janvier 2013, les islamistes s’emparent de la localité de Konna à 70 km de Mopti. Le 11 janvier, en fin d’après-midi, Francois Hollande confirme l’engagement des forces armées françaises au Mali, «le temps nécessaire».(3)

Curieusement, ces dernières semaines notamment avec les accords de Ansar Eddine et du Mnla à Alger, qui devaient ensuite être reçus par les responsables de la Cédéao pour une solution négociée, avaient fait miroiter une possible paix sans intervention militaire. Tout s’est précipité. Une résolution fut arrachée aux Nations unies le 20 décembre 2012, elle autorise une intervention en cas d’échec de la diplomatie. Cette diplomatie qui n’a pas eu à faire ses preuves puisque trois semaines après, la France intervenait pour stopper les mouvements se revendiquant d’un Islam fondamentaliste, sans accord du Conseil de sécurité.

La France, craignant, dit-on, que le nord du Mali ne devienne, au coeur de sa sphère d’influence en Afrique, un sanctuaire de groupes terroristes, a décidé d’intervenir militairement, déployant vendredi 11 janvier des Mirages et des hélicoptères de combat pour stopper une colonne de combattants avançant vers le Sud. Il s’agit, selon le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, de «stopper la menace terroriste». Cette menace, a-t-il déclaré lors d’une courte intervention télévisée samedi matin, porte non seulement sur les pays africains, mais aussi «sur la France et l’Europe». L’intervention au Mali a été engagée après le forcing français pour l’adoption, le 20 décembre 2012, de la résolution 2085 par le Conseil de sécurité de l’ONU. Pour autant, aucune résolution de l’ONU n’autorise (ni n’interdit du reste) l’intervention française. Lorsque Assad invoque la présence terroriste représentée par Al Qaîda (pourtant apparemment bien avérée, notamment dans le cas de la prise de la base militaire de Taftanaz), les intérêts de la France, ne l’oublions pas, résident aussi dans les ressources en uranium dont dépendent ses centrales, principalement situées au Niger. Il y a des intérêts stratégiques à protéger. Invité du journal de 20h de France 2 samedi soir, Jean-Yves le Drian n’a pas exclu que les troupes françaises remontent jusqu’à Tombouctou, une ville située dans le nord du Mali et contrôlée par les rebelles islamistes. «Il n’y a pas de blocage dans les plans d’action de nos forces, donc pourquoi pas, un jour. Toutes les hypothèses sont possibles.» Nous sommes donc partis pour un possible enlisement. 

Les réactions

En France, l’unanimisme de la classe politique française est totale. Il y a tout de même des bémols. Marine Le Pen, quant à elle, semble bien plus prudente. Elle légitime l’intervention française tout en émettant ce paradoxe: «Cette intervention légitime révèle, cependant, un cruel paradoxe quand on sait que les gouvernements français ont contribué à faire le lit des islamistes en Libye et en Syrie en apportant aide, assistance et armes aux fondamentalistes de ces pays, utilisées aujourd’hui pour attaquer un allié historique de la France.»

Autre réaction à l’opposé de l’unanimisme « Umps» celle de Dominique de Villepin qui dans une tribune  au Journal du Dimanche reprise par le journal le Monde. Dans ce texte intitulé “Non, la guerre ce n’est pas la France”M. de Villepin s’interroge

“Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits ?” “L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la “guerre contre le terrorisme” m’inquiètent”, écrit l’ancien ministre des affaires étrangères, qui avait porté en février 2003 à l’ONU le “non” de la France à la guerre en Irak. Pour lui, “au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie”“Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI(Al-Qaïda au Maghreb islamique) sont autant de guerres différentes”, ajoute-t-il. “Nous nous battrons seuls faute de partenaire malien solide”, développe-t-il.“Eviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous ?” Enfin, “nous nous battrons dans le vide, faute d’appui régional solide. La Communauté des Etats de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences”, dit encore celui qui se targue de n’avoir “jamais cessé” depuis 2003 et l’Irak de “(s’) engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force”. (4)

Pour sa part, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a jugé hier que la reprise des affrontements au Mali rendait «nécessaire une accélération de l’engagement international» pour restaurer l’intégrité territoriale de ce pays.  David Cameron offre ses avions cargos, et Les Etats Unis proposent de surveiller par satellite les mouvements des damnés de la terre. Même le secrétaire général de la Francophonie s’est fendu d’un communiqué sur une «mobilisation urgente» en faveur d’une intervention internationale au Mali.

Naturellement, les médias main stream  ne tarissent pas de scoops sur une totale unanimité de la communauté internationale – comprenons les pays occidentaux – applaudissant la mort d’une centaine d’hommes parce que «ce sont des terroristes».

Jean-François Chalot y voit une ingérence malsaine au nom du grand capital:

«Ils sont tous là, droits dans leurs bottes, pour soutenir l’intervention militaire française au Mali. Ils sont bien alignés, au complet: le PS, les deux fractions de l’UMP unies en la circonstance et le FN… Il n’y a pas ici de contraintes budgétaires qui tiennent… L’intérêt supérieur des capitalistes prime avant tout. C’est le retour de la sainte France-Afrique, dénoncée, hier, par une gauche dans l’opposition et acceptée aujourd’hui par une gauche libérale au pouvoir. Il ne manque plus que l’Église pour aller bénir les bombardiers…. C’est comme en 14, vive les marchands de canons! Le matraquage médiatique a été bien mené: on présente les islamistes aguerris, sanguinaires qui attaquent le Mali en oubliant qu’au moment de la chute de Khadafi des hommes lourdement chargés et bien équipés militairement ont traversé le grand désert pour venir au Mali. Lorsque le Mnla, Mouvement national pour la libération de l’Azawed, a proclamé l’indépendance du nord du pays, il a obtenu le soutien bienveillant et actif financièrement et politiquement de la France…. La lutte contre l’islamisme radical n’est qu’un leurre… Ici, l’impérialisme le combat alors que là-bas, juste à côté, en Libye, le même impérialisme l’a aidé à accéder au pouvoir…. C’est la géopolitique et les intérêts économiques qui priment, c’est ainsi que les États-Unis essayent, de leur côté, de réduire l’influence française et d’assurer une présence politique et économique en Afrique… Voici les vrais enjeux. Le peuple du Mali est sacrifié.» (5)

Les actions décalées de l’Algérie

La solution politique à laquelle croit l’Algérie et qu’elle a martelée contre vents et marées, a fait long feu. Pourtant, on pensait que l’accord d’Alger de la semaine dernière entre les différentes factions, Mnla, et Ansar Eddine pour une résolution politique a fait miroiter, un moment, un début de solution. Il n’en fut rien, l’accord fut rapidement dénoncé. Avec un échec sur toute la ligne des tentatives diplomatiques algériennes d’éviter la guerre.

Un conflit est à nos portes, et la Télévision algérienne n’en parle pas. La rencontre tripartite Algérie-Tunisie-Libye sur la sécurisation des frontières a conforté la solution politique préconisée par l’Algérie. Même une tentative de mise en oeuvre des méthodes de résolution des conflits «à l’ancienne» a échoué.

Les factions maliennes ont boudé la rencontre d’Adrar. Les représentants des différentes factions maliennes n’ont pas fait le déplacement pour la rencontre prévue à Adrar. Côté algérien, même les personnalités politiques désignées pour ces négociations se sont abstenues de venir – hormis quelques membres de la société civile algérienne, des notables de Tamanrasset, d’Illizi et de Ouargla – à la réunion préparatoire du conclave qui s’est déroulée, au niveau de la zaouïa de cheikh Moulay Touhami.

Laurent Fabius s’est félicité hier de la collaboration de l’Algérie, qui, en ouvrant son espace aérien, a permis à la France de venir en aide au Mali. L’Algérie «a autorisé le survol de son territoire et je l’en remercie», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, à l’émission «Grand Jury LCI-Le Figaro-RTL». « La France se devait d’intervenir de toute urgence, sinon il n’y aurait plus de Mali, mais un État terroriste…(…)  La décision d’Alger d’ouvrir son espace aérien aux appareils français basés sur le territoire national et qui frappent les islamistes dans le nord du Mali est significative compte tenu de la méfiance traditionnelle des autorités algériennes face à toute intervention militaire de Paris dans la région. Une fois que la force africaine aura pris le relais dans le nord du Mali, «il faudra que les Algériens ferment leurs frontières» pour couper les combattants islamistes de leurs bases, a ajouté le ministre. (6)

On le voit nous sommes, à notre corps défendant  des « collaborateurs ». Nous sommes impliqués – qu’on le veuille ou non- et tout sera fait par les médias pour présenter cet acte d’autorisation comme un acte majeur dans la lutte que mène la France, d’autant que Laurent Fabius nous conseille de « fermer nos frontières » ce que nous n’arrêtons pas de faire mais qui a une nouvelle connotation celle d’étouffer les combattants d’Aqmi, d’Anser Eddine..

Il vient que l’échec de la médiation algérienne qui voulait barrer la route à l’intervention française était prévisible. On ne lutte pas contre l’Empire avec des tire-boulettes. Il est à craindre que l’Algérie ait de moins en moins de poids politique dans le Sahel. Il serait grand temps qu’elle reconsidère la préservation de ses intérêts à la lumière des nouveaux enjeux, de la nouvelle géopolitique des relations internationales. Il est grand temps aussi que l’on explique aux Algériens les vrais défis pour les mobiliser le moment venu pour défendre en connaissance de cause le pays.

Dans un discours célèbre, le grand Aimé Césaire parlant de l’indépendance des pays colonisés, écrivait: «La lutte pour l’indépendance c’est l’épopée, l’indépendance acquise c’est la tragédie ». Cette sentence sans concession s’applique merveilleusement aux pays africains suite à des décolonisations ratées. La France-Afrique – que l’on soit de droite ou de gauche – est un invariant. Elle n’est en fait qu’un post-colonialisme ou mieux encore un néo-colonialisme, où l’ancienne puissance coloniale tente de maintenir d’une façon ou d’une autre son pouvoir en adoubant, ou en éliminant, ceux qui contredisent ses intérêts. Cinquante après, le continent africain francophone est plus atomisé que jamais.

En fait, dans cette affaire, nous avons la pénible impression que les différents acteurs africains jouent une partition écrite ailleurs avec un champ, un rôle à jouer. D’abord, il faut que les médias diabolisent ad nauseam des barbus barbares qui coupent les mains, c’est ensuite la parodie de la Cédéao dont on sait que le mécanisme de fonctionnement est ailleurs. Cette Cédéao ayant reçu comme instruction de pousser à la roue de l’aventure militaire. C’est aussi l’énigme de l’Union africaine devenue aussi boutefeu avec un commissaire à la Sécurité totalement dépassé et une présidente qui en appelle à l’Otan pour la délivrer d’un monstre que ce dernier a créé et alimenté en armes après le lynchage de Kadhafi et l’ouverture de son arsenal à tout vent.

Le partage du monde en sphère d’influence fait que les Etats-Unis laissent la bride sur le cou à la France car traditionnellement l’Afrique lui «appartient». Cependant, il ne faut pas se leurrer puisque le Mali s’avère comestible, il n’est pas interdit de voir apparaître l’Otan d’autant que l’Union africaine appelle l’Otan à son secours pour déloger des Africains entre eux. Le forcing est fait à travers la Cédéao, club de tyrans sous la botte française pour pousser à la roue, elle va participer à la curée. Il est hors de doute que les islamistes vont être laminés, des troupes étrangères resteront à demeure pour stabiliser le pays qui va plonger dans le chaos et ne se relèvera pas de sitôt. Il faut que tout change dans le sens il faut retracer les nouvelles frontières avec de “nouveaux peuples”, pour que tout redevienne comme avant comme au “bon vieux temps des colonies”.

La néo-colonisation est en marche elle a besoin d’un nouveau découpage des  territoires peuples faibles comme cela a été fait il y a un siècle pour l’empire ottoman  . Ce charcutage est rendu nécessaire par les besoins grandissants en ressources minières et énergie. Peut importe les espérances des peuples, ils ne comptent pas. Le Mali est en miettes, à qui le tour? Dans cette nouvelle aventure coloniale, et curieusement, le colonialisme anglais, aussi répréhensible soit-il, a su créer une structure post-décolonisation: le Commonwealth qui est accepté plus sereinement. Il est à craindre que la France continue de croire que seule la force lui permettra de protéger son pré carré. Pourtant, la France peut contribuer à faire émerger une vraie alternance si elle veut un jour continuer à apporter son génie dans le cadre d’un partenariat win-win et surtout avec une égale dignité. On fermera alors la parenthèse honteuse d’une colonisation européenne abjecte avec l’élimination de Lumumba au profit d’un Mobutu, d’un Tschombé et autres scories de l’histoire.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/151628-premier-domino-apres-l-effritement-de-la-libye.html

2. Le Mali: Encyclopédie Wikipédia

3. Mali: De l’occupation du Nord…Le Monde.fr | 11.01.2013; Source de la carte : http://bamada.net/derriere-lenjeu-malien-la-france-coloniale-cherche-a-punir-lalgerie-historique/

4. D. de Villepin http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/01/13/dominique-de-villepin-s-interroge-sur-l-intervention-au-mali_1816303_3212.html

5. http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/troupes-francaises-hors-du-mali-128837.

6. http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/13/01003-20130113ARTFIG00202-mali-fabius-remercie-l-algerie-de-sa-collaboration.php?m_i=MpLMgv0CSfi05d8_6aavwB1XKiVHFKleTYKL1OSHAriVrwCgn

 

 

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La décision d’ériger ladite plateforme dans cette position est une décision « stupide, régie par des intérêts nationaux étroits et des intérêts économiques larges, qui ont conduit à la prise de décisions aux confins de la folie nationale !  »

 

Les ambitions pétrolières israéliennes au champ gazier Aphrodite-2 se sont avérées un coup d’épée dans l’eau.

Le partenariat baptisé « l’opportunité israélienne », une alliance regroupant des compagnies pétrolifères ayant eu l’autorisation d’explorer le gaz et le pétrole en Méditerranée, vient de révéler les résultats du forage : Il existe du gaz dans le champ Aphrodite-2 mais pas en grande quantité !

Selon la presse israélienne, citant des sources dans le secteur du gaz, les quantités découvertes en cette matière sont minimes par rapport aux estimations avancées. Le champ Aphrodit-2 proche de Chypre, est une suite géographique du champ Aphrodit-1, connu pour sa richesse en gaz !

Au cas où ces informations s’avèrent correctes, les Israéliens seront une nouvelle déçus après l’échec de découverte du gaz et du pétrole dans deux autres champs « Mira  » et « Sara  ». Pourtant, les estimations faites auparavant assuraient que ces deux champs sont très riches en gaz.

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- Une autre déception vient s’ajouter à la liste. Les analystes politiques et stratégiques sionistes ont exprimé leur étonnement face à la construction de la plus grande plateforme pétrolière à proximité de la Bande de Gaza ! Selon Amir Rababorat, commentateur stratégique au quotidien Maariv, « l’inauguration de la plateforme gazière dans le champ Tamar, situé à 24 km à l’ouest du port d’Ashkelon et tout près de la Bande de Gaza, est une chose surprenante ».

Haute de 290 mètres et pesant 34000 tonnes, cette plateforme est exposée aux roquettes de la résistance palestinienne. « Jumelles à la main, et regardant la mer, les hommes du Hamas et du Jihad islamique pensent que les juifs se sont affolés : ils ont construit un temple géant, une plateforme de gaz, à portée de leurs roquettes. Dans le prochain round de la guerre, ils attaqueront cette plateforme. Le Hamas a reçu un cadeau de la part d’Israël. Contre tout bombardement par l’armée israélienne de sites électriques dans la Bande de Gaza, les roquettes du Hamas frapperont la plateforme en question », a-t-il estimé.

Pour lui, la décision d’ériger ladite plateforme dans cette position est une décision « stupide, régie par des intérêts nationaux étroits et des intérêts économiques larges, qui ont conduit à la prise de décisions aux confins de la folie nationale !  »

5 janvier 2013 - Al-Manar

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Prendre connaissance du document récemment érigé en loi par le Président Barack Obama, devrait instiller la peur au cœur des Américains. Apparemment, des barbares venus de terres lointaines sont en plein travail. Ils se regrouperaient à la frontière qui sépare les États-Unis du Mexique, forçant les barrières et prêts à faire des dégâts dans un paysage américain normalement serein.

Et pas de problème si des terroristes fous, nés et grandis aux États-Unis, armés jusqu’aux dents, tuent des enfants et terrorisent des villes entières. C’est la menace iranienne que nous sommes censés craindre d’après la nouvelle loi. Une fois tout cela ajouté aux autres menaces imaginaires supposées venir du Hezbollah et du Hamas – tous avec des plannings sinistres – c’est alors le moment pour que les Américains rentrent chez eux, verrouillent leurs portes à double tour et s’agglutinent dans des abris souterrains en attendant des instructions supplémentaires, puisque « les Iraniens arrivent. »

C’est autant comique que faux. Mais la loi « Contrecarrer l’Iran dans l’hémisphère occidental », effective depuis le 28 décembre, n’a pas pour objectif d’être drôle. Elle est constellé de demi-vérités, mais aussi de véritables mensonges.

Oui, l’influence iranienne en Amérique latine se renforce. Mais selon les normes des États-Unis, développer des liens diplomatiques, étendre des routes commerciales … tout cela est considéré comme une menace qui doit être « contrecarrée » ou comme le dit si bien Forbes Magazine, « affrontée ».

JPEG - 28 ko20 octobre 2010 – Visite officielle au Venezuela, du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ici (à d.) avec son homologue Hugo Chavez, le président vénézuélien – Photo : Reuters

Le langage utilisé en politique peut être très dangereux car il peut travestir la réalité, transformant des scénarios imaginaires en « faits ». Malgré leur économie dans une mauvaise passe, les États-Unis connaissent une forte croissance de l’industrie des groupes de réflexion - des hommes et des femmes dont l’unique objectif est d’imaginer et pousser en avant des agendas politiques, souvent pour le compte d’une certaine entité étrangère, Israël dans ce cas. Ian Barman, vice-président du Conseil Américain de Politique Étrangère, en est la preuve dans un article récent deForbes Magazine.

Au cours de l’année écoulée, les « preneurs de décision à Washington se sont réveillés face à une nouvelle menace (iranienne) pour la sécurité des États-Unis », écrit-il, citant un prétendu complot iranien pour commettre un assassinat à Washington. Selon Barman, cela équivalait à une sonnerie de réveil pour se retrouver face à une réalité « profondément inquiétante ». Dans un moment de lucidité supposée, il écrit : « étudier à quel niveau cette menace est significative représente le sujet d’une nouvelle étude diffusée fin novembre par le Comité de Sécurité de la Patrie de la Chambre des Représentants des États-Unis. Ce rapport, dont le titre est « Une Ligne dans le sable », documente les sinistres synergies établies ces dernières années entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et les régimes et acteurs régionaux radicaux – du Venezuela au cartel mexicain de la drogue – de l’autre. »

Mais selon l’agence France-presse qui rendait compte de la nouvelle loi le 29 décembre, « Washington a à plusieurs reprises fait savoir qu’il suivait attentivement les activités de Téhéran en Amérique latine, bien que le Département d’État et des responsables d’agences de renseignements aient indiqué qu’il n’y avait aucune indication apparente d’activités illicites de la part de l’Iran. »

En effet, sur la question de l’influence iranienne en Amérique latine il y a deux approches contradictoires. Une qui reconnaît simplement le développement des relations diplomatiques des Iraniens en Amérique latine depuis 2005, et une autre qui parlent de conspirations massives impliquant l’Iran, le Venezuela, l’Équateur, la Bolivie, les cartels de la drogue – et ce n’est pas une blague – des groupes clandestins qui piratent de la musique… La conspiration alléguée est non seulement inventée, mais elle est fabriquée de toutes pièces pour aggraver les sanctions contre l’Iran, pour le compte d’Israël et à cause de son programme nucléaire. La trouille à propos d’une « infiltration » de l’Iran au « voisinage » des États-Unis en Amérique latine, ne date pas d’une année (comme le prétend Barman) mais coïncide plutôt avec le déferlement de la propagande israélo-occidentale qui présente l’Iran comme un pays gouverné par des démons religieux dont le passe-temps principal serait de mettre au point des bombes et de menacer la civilisation occidentale. Quand les « experts » des groupe de réflexion pro-israéliens ont commencé à imaginer un scénario du genre « et si l’Iran et le Hezbollah joignaient leurs forces à celles du cartel de la drogue los Zeta de Mexico » il y a quelques années, l’idée parut trop absurde pour imposer une réponse rationnelle. Maintenant, cela est écrit noir sur blanc et comme un fait établi dans la loi . (Section 2, alinéa 12).

La nouvelle loi, faite d’un étrange amalgame d’accusations inspirées par des buts politiques, manque non seulement d’arguments et de références appropriées, mais elle s’appuie aussi sur des allégations énormes, sans rien de plausible : « le Hezbollah et d’autres relais iraniens avec une présence en Amérique latine, ont accumulé des revenus grâce à des activités illicites, y compris la drogue et le trafic d’armes, la contrefaçon, le blanchiment d’argent, la fabrication de documents de voyage, le piratage de logiciels et de musique et la fourniture d’asiles et de soutiens à d’autres terroristes traversant la région. » (Section 2, alinéa 8)

Naturellement, puisque tout ce battage est alimenté par l’inquiétude israélienne, le Hamas devait être également impliqué et accusé avec le même raisonnement délirant : « La brigade américaine des stupéfiants a conclu en 2008 que presque la moitié des organisations terroristes dans le monde sont liées aux commerces et trafics de drogues, y compris le Hezbollah et le Hamas. » (Section 2, Alinéa 10)

L’auteur et journaliste américaine Belen Fernandez a examiné ce sujet pendant des années. Dans tout ce qu’elle a écrit sur le sujet, elle semble identifier le véritable fil qui unit ces élucubrations sur une supposée prise de contrôle de l’hémisphère occidental par l’Iran. Dans un article dont le titre est : « Déformer les relations entre l’Iran et l’Amérique latine », paru il y a presque deux ans, elle écrit : la « pénétration » iranienne en Amérique Latine est ces dernières années devenue une question familière des fonctionnaires du ministère israélien des affaires étrangères et despenseurs néo-conservateurs américains, dont beaucoup s’offensent de ce qu’ils perçoivent comme un manque de sensibilisation du gouvernement des États-Unis face à la menace sécuritaire que représente, par exemple, l’inauguration d’un vol hebdomadaire de Caracas à Téhéran avec un arrêt à Damas. »

La question pour Israël et ses copains aux États-Unis est entièrement politique. L’Iran augmente en effet sa présence politique et diplomatique, mais entièrement par des moyens juridiques et officiels, quelque chose que les États-Unis n’ont jamais fait depuis que la Doctrine Monroe leur a attribué l’hégémonie sur les affaires de l’Amérique latine dès décembre 1823. Mais beaucoup de choses ont changé depuis, particulièrement ces deux dernières décennies alors que les États-Unis se lançaient dans une politique étrangère désastreuse au Moyen-Orient, pour le plus grand plaisir d’Israël. Les souffrances infligées aux Arabes et aux Musulmans étaient la rupture nécessaire pour que quelques pays Latino-américains contestent la politique américaine dans leurs pays respectifs. Cette période fut l’ère où des pays comme le Brésil et d’autres gouvernements populaires prirent leur destinée en mains. La politique US en Amérique latine n’échoue pas à cause de « sinistres » complots iraniens, mais en raison de quelque chose d’entièrement différent.

Avilir l’Amérique latine en la traitant comme une région dépendante attendant les sauveurs américains et multiplier les actions contre sur l’Iran dans cet hémisphère peut éventuellement permettre atteindre des objectifs israéliens immédiats, mais cela ne fera que renforcer les illusions politiques qui règnent Washington. Hélas, il y a peu d’indications selon quoi les politiciens de Washington seraient à la veille de s’extraire du charme dominateur israélien. Prenons juste le cas de l’auteur de la loi anti-Iran : le Représentant Jeff Duncan, du 3ème Secteur de la Caroline Du Sud. Il est frais émoulu, mais il a de grosses ambitions. Il a rejoint le Congrès en 2011 et en a rapidement appris les règles. Il sait que pour réussir à Capitol Hill, il faut gagner la faveur du lobby pro-israélien. Il a présenté la loi le 3 janvier, peu de jours avant que le Président iranien ne parte pour une tournée diplomatique importante en Amérique latine afin de renforcer les relations internationales de son pays. Pour l’Amérique Latine, ce seul fait était inacceptable, car celle-ci a été longtemps traitée par les principaux médias américains comme « l’arrière-cour » des États-Unis. Et ce voyage a été considéré par les médias et officiels israéliens comme un affront, alors que Tel Aviv s’échine inlassablement à isoler l’Iran. La présentation de la nouvelle loi était clairement une initiative coordonnée, et le vocabulaire utilisé provient de façon évidente du manuel de la hasbara [propagande] israélienne.

Duncan peutt avoir été un novice, mais il rattrape rapidement le temps perdu. Le 20 mai, il avait fièrement mis en ligne une déclaration sur sa page personnel du site de la Chambre Des Représentants, dans laquelle il critiquait sans prendre de gants les remarques de son propre président à propos d’Israël, tout en approuvant pleinement les positions politiques du dirigeant d’un autre pays, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il dénonçait l’alignement supposé d’Obama avec « le gouvernement dirigé par le Hamas », … « minant ainsi la position israélienne dans le processus de négociation. »

« La déclaration du Président Obama disant que Israël devrait revenir à ses frontières impossibles à défendre de 1967, brise une promesse faite à un de nos alliés les plus forts, menace la sécurité d’Israël, et compromet l’avenir de la démocratie dans la région, » écrit-il. Bien sûr, Duncan était totalement en conformité avec les politiques de droite de Netanyahu. « Le Premier ministre (israélien) comprend la dure réalité de la situation sécuritaire périlleuse d’Israël et les menaces quotidiennes du terrorisme. Je suis d’accord avec le Premier ministre israélien que la position du Président Obama est simplement irréaliste. » Et il concluait avec cette déclaration : « En tant que chrétien, je demande aux Américains de continuer de soutenir le peuple d’Israël avec des prières, pour la sécurité et pour l’espoir d’une paix durable. »

Cette attitude étrange envers la politique et la sécurité nationale américaines est la vraie menace, et non pas les ambassades iraniennes et les projets de purification d’eau dans quelques pays latino-américains. Mais vu le fanatisme religieux ambiant, le lobby Israélien astucieux et les nombreux think tanks en service commandé, il y a peu d’espace pour une politique pragmatique ou une approche raisonnable sur tout ce qui concerne Israël. Ainsi, Obama a transformé le document en question en loi et des fonds ont été attribués pour évaluer les « menaces » iraniennes croissantes dans « l’arrière-cour des États-Unis » de sorte que des mesures appropriées soient prises pour parer à d’effrayantes éventualités.

Mais ce que Duncan ne sait pas, c’est que l’Amérique latine n’est plus un otage, ni ne cède aux caprices de Washington, ni ne se couche devant le 3ème Secteur de la Caroline du sud. Et que « l’hémisphère occidental » ne se limite plus à l’espace où s’appliquent les politiques étrangères des États-Unis, cet espace se rétréçissant année après année pour satisfaire les intérêts israéliens et non pas ceux de l’Amérique.

Ramzy Baroud

Article original en anglais :

‘The Iranians Are Coming’: The Imagined, ‘Sinister’ Iranian Threat in Latin America, Palestine Chronicle, le 3 janvier 2013.

Traduction : Info-Palestine.eu

 

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

 

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Au peuple mexicain, 
Aux peuples et gouvernements du monde,

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Le 21 décembre 2012, avant que l’aube se lève, des dizaines de milliers d’indigènes zapatistes se sont mobilisés pour occuper, de manière pacifique et en silence, cinq chefs-lieux de l’État mexicain sud-oriental du Chiapas.

Dans les villes d’Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo, Palenque et San Cristóbal de Las Casas, nous avons regardé autour de nous et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.

Notre message n’est pas un message de résignation.

Ce n’est pas non plus un message de guerre, de mort ou de destruction.

Notre message est un message de lutte et de résistance.

Suite au coup d’État médiatique qui voulait masquer l’ignorance mal dissimulée et plus mal feinte encore du pouvoir exécutif mexicain, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir à tous que si eux n’avaient jamais disparu, nous non plus !

Il y a maintenant six ans de cela, une partie de la classe politique et intellectuelle s’est mise à chercher ailleurs un responsable à sa propre défaite. À l’époque, nous, nous étions dans des villes et dans des communautés, occupés à nous battre pour que justice soit rendue à un Atenco qui n’était pas en vogue à ce moment-là.

À l’époque, on nous a d’abord calomniés, pour essayer de nous faire taire ensuite.

Incapables dans leur malhonnêteté de voir que c’est en eux seuls que résidait et réside le ferment de leur propre échec, ils ont cherché à nous rayer de la carte par leur mensonge et leur silence complice.

Six ans plus tard, deux choses sont parfaitement claires :

Eux n’ont pas besoin de nous pour échouer.

Et nous, nous n’avons pas besoin d’eux pour survivre.

Nous qui n’avions jamais disparu, bien que l’ensemble des médias se soient acharnés à le faire croire, nous avons resurgi, indigènes zapatistes, ce que nous sommes et que nous serons à jamais.

Au cours de ces longues années, nous avons gagné en force et nous avons significativement amélioré nos conditions de vie. Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes proches des gouvernements successifs, qui, elles, bénéficient de leurs aumônes et les gaspillent en alcool et en articles inutiles.

Nos logements s’améliorent, sans porter préjudice à la nature en lui imposant des chemins qui lui sont étrangers.

Dans nos villages, la terre qui servait auparavant à engraisser le bétail des grands propriétaires et autre latifundistes sert aujourd’hui à faire pousser notre maïs, nos haricots et les légumes qui illuminent nos repas.

Notre travail nous donne la double satisfaction de nous fournir le nécessaire pour pouvoir vivre dignement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.

Nos enfants, garçons et filles, vont dans une école où on leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et celle du monde, de même que les sciences et techniques nécessaires pour s’enrichir intellectuellement sans cesser d’être indigènes.

Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme une marchandise.

Les indigènes partisans du PRI recourent à nos hôpitaux, à nos cliniques et à nos laboratoires parce que, dans ceux du gouvernement, ils n’y a ni médicaments, ni matériel médical, ni docteurs ou personnel qualifié.

Notre culture s’épanouit, non pas isolée mais enrichie au contraire par le contact avec la culture d’autres peuples du Mexique et du monde.

Nous gouvernons et nous nous gouvernons nous-mêmes, en recherchant toujours en premier lieu l’accord au lieu de l’affrontement.

Tout cela a été obtenu non seulement sans le gouvernement, sans la classe politique ni les médias qui vont avec, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.

Nous avons fait la preuve, une fois de plus, que nous sommes qui nous sommes.

Avec notre silence, nous avons manifesté notre présence.

Aujourd’hui, avec notre parole, nous déclarons :

Premièrement, que nous réaffirmerons et consoliderons notre participation au Congrès national indigène, lieu de rencontre avec les peuples originels de notre pays ;

Deuxièmement, que nous renouerons contact avec nos compañeros et compañeras adhérents et adhérentes à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, au Mexique et dans le monde ;

Troisièmement, que nous tenterons de reconstruire les ponts tendus avec les autres mouvements sociaux qui sont apparus et apparaîtront, non pas pour en prendre la tête ou pour les supplanter mais pour apprendre d’eux et de leur histoire, de leurs chemins et de leurs buts ;

Pour y parvenir, nous avons obtenu le concours de personnes et de groupes en différents points du Mexique constitués en équipes de soutien des Commissions Sexta et internationale de l’EZLN pour servir de courroies de communication entre les bases de soutien zapatistes et les personnes, groupes et collectifs adhérents à la Sixième Déclaration, au Mexique et dans le monde, qui conservent leur détermination et leur engagement dans la construction d’une alternative de gauche non institutionnelle ;

Quatrièmement, que nous conserverons notre distance critique envers la classe politique mexicaine, qui, dans sa totalité, n’a rien fait d’autre que s’enrichir aux dépens des besoins et espoirs des gens humbles et simples ;

Cinquièmement, en ce qui concerne le mauvais gouvernement fédéral, les gouvernements des États mexicains, les autorités municipales, les instances exécutives, législatives et judiciaires, ainsi que les médias qui les accompagnent, nous déclarons ce qui suit :

Les mauvais gouvernements de l’ensemble du spectre politique, sans aucune exception, ont tout fait pour nous éliminer, pour nous acheter, pour que nous nous rendions. Le PRI, le PAN, le PRD, le Parti vert écologiste mexicain, le PT, Convergence citoyenne et le futur parti de Régénération nationale, tous nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.

Les grands moyens de communication ont tenté de nous faire disparaître, d’abord par la calomnie servile et opportuniste, par leur silence sournois et complice ensuite. Ceux qu’ils ont servis et qui les arrosaient gracieusement en retour ne sont plus là. Et ceux qui prennent leur relève aujourd’hui ne dureront pas plus longtemps que leurs prédécesseurs.

Comme l’a montré de façon évidente le 21 décembre 2012, tous ont échoué.

Il incombe désormais au gouvernement fédéral, aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de décider, soit de renouer avec leur politique de contre-insurrection (qui n’a eu pour seul résultat qu’une simulation rachitique, maladroitement alimentée par la gestion des médias), soit d’admettre enfin et de remplir leurs engagements en reconnaissant par décret constitutionnel les droits et la culture indigènes, comme cela est établi par les Accords de San Andrés, signés par le gouvernement fédéral en 1996, à la tête duquel se trouvait alors le même parti que celui qui dirige aujourd’hui le pouvoir exécutif.

Il incombe désormais au gouvernement chiapanèque de décider, soit de poursuivre la stratégie malhonnête et désastreuse de son prédécesseur — prédécesseur qui, en plus d’être corrompu et menteur, a détourné l’argent du peuple du Chiapas afin de s’enrichir, lui et ses complices, et s’est attelé à acheter de manière éhontée la voix et la plume de journalistes dans les médias, tandis qu’il plongeait les Chiapanèques dans la misère et simultanément usait des policiers et de paramilitaires pour tenter de freiner les progrès en matière d’organisation des peuples zapatistes —, soit, au contraire, dans la vérité et la justice, d’accepter et de respecter notre existence et de se faire à l’idée qu’un nouveau mode de vie social s’épanouit en territoire zapatiste, au Chiapas, Mexique. Épanouissement qui attire d’ailleurs l’attention de gens honnêtes sur la planète tout entière.

Il incombe désormais aux autorités municipales de décider si elles veulent continuer à avaler les couleuvres grâce auxquelles les organisations antizapatistes ou prétendument « zapatistes » les escroquent en obtenant des fonds pour pouvoir agresser nos communautés en toute impunité ou, au contraire, de mieux employer cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.

Il revient désormais au peuple mexicain qui s’organise dans le combat électoral et résiste de décider s’il veut continuer de voir en nous des ennemis ou le rival sur qui décharger sa frustration devant les innombrables fraudes et agressions que, au bout du compte, nous subissons tous, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il continue à s’allier à nos persécuteurs ou, au contraire, s’il reconnaît enfin en nous une autre manière de faire de la politique.

Sixièmement, dans les jours qui suivent, par l’intermédiaire de ses Commissions Sexta et internationale, l’EZLN fera connaître une série d’initiatives à caractère civil et pacifique pour lui permettre de continuer à faire son chemin avec les autres peuples originaires du Mexique et de l’ensemble du continent, ainsi qu’avec les personnes qui, au Mexique et dans le monde entier, résistent et luttent, en bas et à gauche.

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Par le passé, nous avons eu la chance de bénéficier d’une attention honnête et noble de divers moyens de communication. À l’époque, nous les en avons remerciés, mais cet état de choses a été complètement effacé par leur attitude ultérieure.

Ceux qui avaient parié que nous existions uniquement par et dans les médias, et que le blocus de mensonges et de silence auquel on nous a soumis réussirait à nous faire disparaître, se sont trompés.

Quand il n’y avait ni caméra, ni microphone, ni stylo à bille, ni oreilles, ni regard, nous continuions d’exister.

Quand on nous calomniait, nous continuions d’exister.

Quand on nous entourait de silence, nous continuions d’exister.

Et nous voilà, toujours là, à continuer d’exister.

Le chemin que nous avons entrepris, comme cela a été amplement démontré, ne dépend pas d’un quelconque impact médiatique, mais bien de notre compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui guide nos pas, de l’inébranlable détermination que donne la dignité d’en bas et à gauche.

Dès maintenant, notre parole commencera à être sélective quant à ses destinataires et ne pourra être comprise, à de rares exceptions près, que par ceux qui auront fait et font un bout de chemin avec nous sans être esclaves des modes médiatiques et ponctuelles.

Chez nous, non sans erreurs et avec beaucoup de difficultés, une autre manière de faire de la politique est d’ores et déjà devenue réalité.

Peu nombreuses, très peu nombreuses, seront les personnes qui auront le privilège de connaître cette réalité et d’apprendre directement d’elle.

Il y a maintenant dix-neuf ans, nous vous avons surpris en nous emparant par le feu et par le sang de vos villes. Aujourd’hui, nous l’avons refait, sans armes, sans mort, sans rien détruire.

Nous nous différencions de la sorte de ceux qui, pendant leur mandat de gouvernement, ont semé et sèment encore la mort parmi leurs administrés.

Nous sommes les mêmes qu’il y a cinq cents ans, qu’il y a quarante-quatre ans, qu’il y a trente ans, qu’il y a vingt ans, qu’il y a tout juste quelques jours.

Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans ce recoin perdu de la patrie, ceux qui ne fléchissent pas, qui ne se vendent pas, qui ne se rendent pas.

Frères et sœurs, 
Compañeros et compañeras,

Nous sommes les zapatistes, nous vous embrassons chaleureusement.

Démocratie ! 
Liberté ! 
Justice !

Des montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Marcos. 
Mexique, décembre 2012 – janvier 2013.

Ejército Zapatista de Liberación Nacional, Mexique

Communiqué en espagnol : Enlace Zapatista

Traduit par SWM, http://www.lavoiedujaguar.net/

 

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Depuis la base du mouvement Idle No More: Fondateurs et organisateurs du Canada, en solidarité avec Causes Communes, une nouvelle initiative qui rapproche la justice sociale, l’environnement, le travail et les autres groupes activistes…

Unis, nous planifions Idle No More, Jour d’Action Mondiale le 28 Janvier 2013 

Ce jour d’action sera une manifestation pacifique contre les attaques répétées contre la démocratie, la souveraineté autochtone, les droits humains et les protections de l’environnement, lorsque les députés canadiens retourneront au parlement le 28 Janvier. En tant que mouvement populaire, clairement aucune organisation politique parle pour le mouvement Idle No More. Ce mouvement est constitué du peuple… Pour le peuple !

La vision d’Idle No More tourne autour de la voie de la connaissance autochtone, qui prend racine dans la souveraineté des nations autochtones afin de protéger l’eau, l’air, la terre et toute création pour les générations futures.

Les lois gouvernementales conservatives commençant avec la loi C-45, menacent les traités et la vision indigène de souveraineté.

Le but du mouvement est l’éducation et la revitalisation des peuples natifs par la prise de conscience et de responsabilité. IDLE NO MORE a encouragé avec succès le partage de la connaissance concernant la souveraineté autochtone et les protections de l’environnement.

Ce message a été entendu à travers le monde et le monde observe maintenant le Canada et comment celui-ci va répondre au message envoyé par un grand nombre de supporteurs du mouvement Idle No More (INM).

INM appelle le gouvernement du Canada à la révocation de toute législations qui violent les traités, la souveraineté autochtone et subséquemment, les protections de l’environnement concernant la terre et l’eau.

INM est reconnaissant à bon nombre de leaders qui ont soutenus cette vision et ce mouvement populaire. “Les traités sont les dernières lignes de défense pour protéger l’eau et les terres de la destruction”, a dit Oren Lyons, Gardien de la foi, clan de la tortue et membre du grand conseil des chefs de la nation Onondaga (Iroquois).

IDLE NO MORE est le peuple… Pour le peuple!… 

Article original en anglais :

http://idlenomore.ca/index.php/component/k2/item/86-inm_#j28&Itemid=101

 Traduit de l’anglais par Résistance 71

Voir le film sur les indiens de Kattawapiskak de l’ONF :

Le peuple de la rivière Kattawapiskak par ONFB , Office national du film du Canada

http://www.onf.ca/film/peuple_de_la_riviere_kattawapiskak/

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« Il a travaillé pour faire tenir nos efforts dans un cadre juridique fort, » a déclaré le président Barack Obama lundi au cours d’une apparition télévisée dans la Chambre Est de la Maison blanche. « Il comprend que nous sommes une nation de droit. En des temps de débats et de décision, il pose les questions difficiles et il insiste sur le respect de normes élevées et rigoureuses. »

Le président décrivait la personne qu’il a choisie pour le poste de directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), John Brennan, qui est actuellement son conseiller à la sécurité intérieure et à l’anti-terrorisme. Il a également loué l’« intégrité » de Brennan et son « engagement pour les valeurs qui nous définissent en tant qu’Américains. »

On aurait du mal à deviner d’après cette rhétorique de haut-vol qu’Obama décrivait là le rôle de Brennan en tant qu’assassin en chef du pays. Il a démontré son « intégrité » et son engagement envers des valeurs, le droit, et des normes en présidant les réunions dites « terror Tuesday [mardi du terrorisme] » à la Maison blanche, établissant les « listes de gens à abattre » soumises au président pour approbation, et supervisant les meurtres à distance par drones Predator.

Le terme « cadre juridique fort » fait référence à sa mise au point de ce que l’on appelle la « disposition matrix [tableau des suppressions] », un système qui permet de « codifier et normaliser » les exécutions extrajudiciaires qui sont menées par des attaques de drones pratiquement tous les jours. Ce cadre, développé par une cabale de militaires et de chefs du renseignement, a autant à voir avec une « nation de droit » que les décrets publiés par Hitler sous le troisième Reich.

C’est la deuxième tentative d’Obama de nommer Brennan, agent ayant 25 ans de services à la CIA. Après avoir pris ses fonctions en 2009, le président démocrate nouvellement élu avait dû renoncer à nommer Brennan à la tête de la CIA devant la tempête de protestations des libéraux et des gens de “gauche” à l’intérieur et autour du Parti démocrate.

Ayant servi durant le premier mandat de Bush comme chef d’équipe pour George Tenet, à l’époque directeur de la CIA et du Centre national de l’anti-terrorisme, Brennan a été profondément impliqué à la fois dans l’exécution et la défense des crimes menés durant cette période, allant de la torture aux externalisations d’interrogatoires et à l’espionnage illégal des citoyens.

La contradiction entre la nomination de Brennan, qui incarnait la continuité avec la « Guerre contre le terrorisme » de Bush, et le message de campagne d’Obama en 2008 sur « l’espoir et le changement » ainsi que sa promesse d’une rupture avec les politiques odieuses de son prédécesseur, était à l’époque tout simplement trop forte.

Maintenant, quatre ans plus tard, la nomination de Brennan n’a soulevé que peu de controverses parmi ce qui passe pour les médias libéraux et “de gauche” et l’on s’attend à ce qu’il passe sans difficulté à travers la procédure de confirmation par le Sénat.

Une réaction emblématique se trouve dans le New York Times, qui a fait son éditorial mardi sur les nominations par Obama de Brennan à la tête de la CIA et de l’ex-sénateur républicain Chuck Hagel au ministère de la Défense. La première moitié de l’éditorial du Times est consacrée aux inquiétudes concernant les « conceptions sur les droits des homosexuels, » de Hagel, d’après une remarque qu’il avait fait en 1998 sur la nomination au poste d’ambassadeur des États-Unis de James Hormel, héritier d’une fortune dans l’industrie de la viande. L’implication de Brennan dans la torture, les assassinats par drones et autres crimes sont relégués à l’avant-dernier paragraphe.

Il serait difficile de trouver une meilleure illustration des priorités politiques de ce qui passe pour le libéralisme en Amérique aujourd’hui : une fixation sur les politiques identitaires qui touchent particulièrement les couches les plus aisées de la population et une indifférence envers les droits démocratiques à l’intérieur du pays, tout comme envers les crimes de l’impérialisme américain à l’étranger.

Tout aussi révélatrice est la chronique d’Andrew Sullivan, ex-rédacteur en chef du New Republic, qui en 2009 dénonçait la décision de nommer Brennan directeur de la CIA. Lundi, il a écrit dans le Daily Beast, « Je ne suis pas aussi enclin à m’opposer à lui cette fois-ci, en partie parce que la torture est finie, et en partie parce qu’il est de plus en plus un des braves types dans le programme de drones. »

« Les gens changent, » a ajouté Sullivan. En effet, ils changent.

Les invitations aux dîners de la Maison blanche contribuent sans aucun doute à accélérer ces changements. Toute une strate de libéraux bien intégrés à la haute société s’est transformée en une base sociale qui soutient sans honte l’impérialisme et ses crimes, un processus qui a des racines sociales profondes et qui s’est accéléré sous le gouvernement d’Obama.

Le résurrection de la nomination de Brennan a été facilité par la protection accordée par le gouvernement Obama à tous les responsables de tortures et autres crimes de guerre ayant servi sous le gouvernement Bush. Derrière le slogan pervers de « regardons devant nous, pas derrière, » Obama et le ministère de la Justice ont fait échouer tous les procès visant soit les tortionnaires de la CIA eux-mêmes, soit ceux qui, dans la hiérarchie qui remontait jusqu’à George W. Bush, supervisaient leurs activités. Ils sont intervenus de même, affaire après affaire, pour bloquer les actions en justice qui demandaient une indemnisation ou même de simples informations sur ces crimes.

Les crimes de la Maison blanche sous Obama ont éclipsé ceux qui ont été menés sous Bush, et Brennan a été au cœur de cela. La guerre des drones dont il a eu la charge a terrorisé des populations entières, notamment au Pakistan, mais aussi de plus en plus au Yémen, en Somalie et sans doute ailleurs. Si Brennan s’est aventuré à affirmer en juin 2011 qu’au cours de l’année précédente pas un seul civil n’a été tué au cours d’une attaque de drone, le gouvernement Pakistanais affirme avec insistance que ces victimes se comptent par milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

De plus, Brennan a été le principal partisan, au sein du gouvernement, de l’attribution à soi-même par Obama du pouvoir d’ordonner exécution extrajudiciaire de citoyens américains, sans avoir à les accuser formellement d’aucun crime, encore moins à prouver des accusations devant un tribunal. Cette politique a été mise en place en septembre 2011 avec l’assassinat par drone du prêtre natif du Nouveau Mexique Anwar al-Awlaki et d’un autre citoyen américain au Yémen, suivi deux semaines plus tard par le meurtre de la même manière du fils d’Awlaki, âgé de 16 ans.

À la suite de la réélection d’Obama en 2012, divers libéraux et membres de la pseudo-gauche spéculaient sur la possibilité d’une politique plus « progressiste » pour son second mandat. « Ayant évacué la question d’une réélection, nous espérons qu’Obama sera plus audacieux pour son second mandat, » écrivait le magazine Nation le mois dernier. « Il devrait diversifier le cercle restreint de ses conseillers économiques et des membres de son cabinet pour inclure plus de voix progressistes. »

La nomination de Brennan révèle au grand jour le rôle politique criminel joué par ceux qui promeuvent ce genre d’illusions. Même avant son investiture, il ne pouvait pas être plus clair qu’Obama, pour son second mandat, allait suivre un ordre du jour politique dicté par l’oligarchie financière américaine au pouvoir ainsi que son appareil militaire et les services de renseignement. Son axe principal sera une austérité brutale et des attaques contre le niveau de vie de la classe ouvrière à l’intérieur du pays et une aggravation de l’interventionnisme militariste et des crimes de guerre à l’étranger.

La poursuite de cette politique requiert de prendre de plus en plus les pouvoirs d’un Etat policier, tandis que la classe dirigeante se prépare à une confrontation avec les soulèvements sociaux. La défense des droits démocratiques fondamentaux, des emplois et des conditions sociales exige la mobilisation indépendante de la classe ouvrière et la préparation d’une nouvelle direction révolutionnaire pour les luttes historiques à venir.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 9 janvier 2013

https://www.wsws.org/en/articles/2013/01/09/pers-j09.html

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VENEZUELA : «La diabolisation de Chavez»

janvier 11th, 2013 by Eduardo Galeano

Hugo Chavez est un démon. Pourquoi ? Parce qu’il a alphabétisé deux millions de Vénézuéliens qui ne savaient ni lire ni écrire, bien qu’ils vécussent dans un pays qui a la richesse naturelle la plus importante du monde, qui est le pétrole.

J’ai vécu dans ce pays quelques années et j’ai très bien connu ce qu’il était. Ils la nomment la « Venezuela Saoudienne » pour le pétrole.

Il y avait deux millions d’enfants qui ne pouvaient pas aller à l’école parce qu’ils n’avaient pas de papiers d’identité. Et puis un gouvernement est arrivé, ce gouvernement diabolique, démoniaque, qui fait des choses élémentaires, comme dire « Les enfants doivent être acceptés à l’école avec ou sans papiers ». Et là, le monde s’est écroulé : c’est une preuve de ce que Chavez est un méchantméchantissime.

Puisqu’il a cette richesse, grâce au fait, qu’à cause de guerre d’Irak, le prix le pétrole est monté très haut, il veut profiter de cela à des fins solidaires.

Il veut aider les pays sud-américains, principalement Cuba. Cuba envoie des médecins, lui paie en pétrole. Mais ces médecins ont aussi été sources de scandales. On dit que les médecins vénézuéliens étaient furieux par la présence de ces intrus travaillant dans les quartiers pauvres.

A l’époque à laquelle je vivais là-bas comme correspondant de Prensa Latina, je n’ai jamais vu un médecin. Maintenant, oui, il y a des médecins. La présence des médecins cubains est une autre évidence de ce que Chavez est sur la Terre de passage, parce qu’il appartient à l’enfer.

Alors, quand on lit les nouvelles, il faut tout traduire. Le démonisme trouve cette origine, pour justifier la machine diabolique de la mort.

Eduardo Galeano 2012.

 

 

 

 

 

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi, Paris le 11 janvier 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

 

Article en espagnol publié initialement par unionyfuerza.net, le 4 octobre 2012 :

http://www.unionyfuerza.net/2012/10/la-demonizacion-de-chavez-por-eduardo.html

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Sous l’impulsion des jeunes et des femmes, les autochtones se sont mis en marche dans le cadre du mouvement Idle No More. Ils contestent les dispositions environnementales et les modifications apportées à la Loi des Indiens par les lois C-38 et C-45 du gouvernement Harper.

Plus largement, ils posent la question nationale autochtone à l’échelle du pays. Ce faisant, leur lutte représente un intérêt stratégique pour le mouvement indépendantiste québécois.

Une relation de type colonial

Les commentateurs politiques utilisent le mot « tiers-monde » pour décrire la situation abjecte dans laquelle sont confinés les autochtones au Canada, mais ils en nient l’essence même.

Car, si on peut, au-delà des conditions de vie misérables, parler de « tiers-monde » dans le cas des autochtones et de leurs relations avec le reste du Canada, c’est parce que celles-ci sont de type colonial.

La relation de dépendance vis-à-vis l’administration canadienne, en vertu de la Loi des Indiens, est parfaitement illustrée par la façon dont on utilise le rapport de la firme Deloitte sur l’administration de la réserve d’Attawapiskat.

Le gouvernement le plus cachotier, le plus secret, le plus opaque, de l’histoire du Canada exige de la transparence de la part de l’administration de la chef Theresa Spence et les éditorialistes emboîtent le pas. Le Globe and Mail accuse même Mme Spence, dans son éditorial du 10 janvier, de se comporter en « despote du tiers-monde »!

Personne ne semble vouloir reconnaître que le problème est que la chef Theresa Spence est redevable au gouvernement canadien alors qu’elle ne devrait l’être qu’à son peuple.

Bien sûr, l’argent vient du gouvernement canadien. C’est là le cœur du problème. Les autochtones devraient être en mesure de prélever eux-mêmes leurs impôts et redevances, et adopter les lois qui les régissent. Comme ils signent déjà leurs traités, ils exerceraient alors leur autodétermination pleine et entière.


L’enjeu : les ressources naturelles du Nord

La relation coloniale du Canada avec les autochtones ne se limite pas aux aspects administratifs et politiques. Elle est aussi économique et territorial. Le mode d’exploitation du Nord du Canada par les compagnies pétrolières et minières ne se distinguent en rien de leurs pratiques dans le tiers-monde.

Aujourd’hui, les autochtones revendiquent des droits sur le Nord du Canada, sur cette vaste partie du territoire canadien où ils sont majoritaires.

L’enjeu est de taille. Le Nord est l’objet de toutes les convoitises et de nombreux projets miniers y voient le jour. Citons simplement à ce sujet, Vincent Marissal de La Presse qui, dans sa chronique du 9 janvier, « Les Haïtiens du Nord », écrit : « Prenez, par exemple, le projet pharaonique de la chinoise MMG, au Nunavut: 5 mines à ciel ouvert, 350 km de routes, des dizaines de ponts, des logements pour un millier de travailleurs, de gigantesques dépôts de mazout et… l’assèchement d’un lac. »


La cible : les droits de propriété du sol

C’est pour favoriser ce développement aux profits de multinationales étrangères et canadiennes que le gouvernement Harper a apporté des changements substantiels aux lois environnementales et à la gestion des terres autochtones.

Sur cette dernière question, la loi C-45 fait en sorte qu’il sera plus facile pour les conseils de bande de « louer » des terres appartenant à des réserves, en court-circuitant les processus de consultation traditionnels des autochtones.

Dans un texte paru dans le Globe and Mail du 29 décembre, Tom Flanagan, le mentor de Stephen Harper sur les questions autochtones, défend la loi C-45 qui va accélérer la prise de décision des conseils de bande sur la location des terres, en s’appuyant sur la volonté de nombreux chefs et avocats autochtones, désireux de conclure des ententes avec les minières pour l’exploitation des minéraux ou des pétrolières pour le passage d’oléoducs sur le territoire des réserves.

Le mouvement Idle No More met en lumière cette opposition au sein des communautés autochtones entre les jeunes et les femmes, plus soucieux des enjeux environnementaux, et certains chefs prêts à s’entendre, en retour de bénéfices financiers, avec les pétrolières et les minières.

Tom Flanagan est évidemment conscient de cette lutte de pouvoir larvée au sein des communautés autochtones et entre les communautés autochtones. La conclusion de son article permet de comprendre la stratégie qu’empruntera le gouvernement Harper face au mouvement autochtone.

Selon Flanagan, c’est l’insatisfaction exprimée par plusieurs « Premières nations » face à la « rigidité » de la Loi sur les Indiens qui a motivé le gouvernement Harper à amender la loi afin de « leur permettre de prendre plus facilement des initiatives pour améliorer le bien-être de leur population ».

« Rien dans ces amendements, ajoute Flanagan, ne requiert l’action des autres Premières nations ».


Première nation ou Premières nations ?

« En passant, conclut Flanagan, cela est en accord avec la longue tradition d’indépendance politique des premières nations. C’est pour cela qu’elles se dénomment ‘‘ Premières nations’’ plutôt que ‘‘ Première nation’’; il y a plusieurs nations, chacune ayant sa propre histoire et sa propre vision de l’avenir. Les consultations requises pour la modernisation et l’éventuelle remplacement de la Loi sur les Indiens ne devrait pas se transformer en camisole de force pour les Premières nations qui sont déjà prêtes à déterminer leur propre avenir économique ».

Autrement dit, permettons à celles qui veulent s’entendre avec les minières et les pétrolières de le faire!

Quand Tom Flanagan valorise le particularisme autochtone en louant la « longue tradition d’indépendance politique des Premières nations », il faut y voir une manœuvre au service de son objectif politique. Il a consacré plusieurs ouvrages, dont First Nations? Second Thoughts, à la question autochtone. Son approche consiste à considérer les Amérindiens comme les « premiers immigrants », ce qui légitimerait le gouvernement canadien à refuser des droits territoriaux aux tribus indiennes.

Flanagan est l’un des membres de l’école de Calgary, financée par les pétrolières, qui a servi de think tank au Reform Party et à Stephen Harper.

Le concept de « Premières nations » au pluriel permet donc, selon Flanagan, au gouvernement, aux pétrolières et aux minières de s’entendre avec certaines nations et de jouer les Premières nations les unes contre les autres. C’est le vieux principe britannique du « Diviser pour régner ».

Le mouvement Idle No More est conscient de l’enjeu. Sur son site Internet, il utilise le singulier lorsqu’il parle de la Nation autochtone. Une Nation autochtone à la grandeur du Canada qui veut négocier de nation à nation avec le Canada.

Cette approche interpelle les indépendantistes québécois. La reconnaissance d’une grande nation autochtone pancanadienne est bien différente de la reconnaissance de 11 Premières nations par le gouvernement du Québec. Elle implique d’importantes considérations stratégiques sur lesquelles nous reviendrons.

Pour l’instant, apprécions à sa juste valeur ce mouvement de la base dont l’action et la revendication nationale s’attaque aux fondements mêmes du Canada.


Le « peuple invisible » est en marche

De leur côté, les fédéralistes ont fait leur lit. Ils cherchent, comme le Globe and Mail, à discréditer le mouvement. D’autres éditorialistes et commentateurs, qui ont pourtant des solutions toutes prêtes pour les conflits en Afghanistan, en Libye et en Syrie, trouvent la question autochtone « trop complexe » pour prendre position. Mais cela ne saura tarder.

La Presse a mis la table en publiant, jeudi le 10 janvier, un texte de Réjean Morissette, « La fable autochtone. Aucune des 11 nations reconnues n’était présente de manière significative, continue et organisée au Québec il y a 400 ans ». Des immigrants, les autochtones?

Réjean Morissette est l’auteur de l’ouvrage Les autochtones ne sont pas des pandas. Morissette est le pendant québécois de Tom Flanigan.

Le « peuple invisible », dont parlait Richard Desjardins est en marche. Aux indépendantistes d’en prendre bonne note en mettant fin à leur indifférence annexionniste à l’égard des Autochtones.

Les indépendantistes doivent réfléchir aux formes d’alliance que le mouvement souverainiste québécois devrait proposer aux Autochtones, car nous avons, Québécois et Autochtones, une cause commune : le démantèlement du Canada.

Pierre Dubuc

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Depardieu est devenu russe: Pas si fous ces Gaulois!

janvier 11th, 2013 by Alexandre Latsa

Le 3 janvier 2013 est apparu un texte assez surprenant sur le site du Kremlin, annonçant que le président Poutine attribuait la nationalité russe à l’acteur français Gérard Depardieu.

Ce décret présidentiel vient après une polémique entre l’acteur et les autorités françaises suite à l’adoption d’un projet de loi pour taxer à hauteur de 75% les très hauts revenus dans l’Hexagone.

L’acteur avait alors fermement critiqué ce projet de loi, avant de choisir d’émigrer en Belgique, puis de rendre son passeport pour avoir vu son acte qualifié de “minable” par le premier ministre français Jean Marc Ayrault. L’affaire a rebondi lorsque les autorités russes ont invité l’acteur à s’installer dans le pays, en lui promettant que le régime d’imposition de 13% ne serait pas modifié. Dernier rebondissement de cette affaire donc : l’attribution souveraine par le président de la nationalité russe à l’acteur. Celui-ci a ensuite écrit  une incroyable lettre d’amour au peuple russe et à son président, affirmant également: “qu’en Russie il faisait bon vivre”. Le 5 janvier au soir, l’acteur russe a doncreçu son nouveau passeport à Sochi et dès le lendemain il s’est vu proposer un poste de ministre de la culture d’une région du centre de la Russie européenne, qu’il a humblement refusé.

Le mainstream médiatique français s’est évidement déchaîné de façon compulsive dans les jours qui ont suivi cette déclaration positive sur le président russe. Pour Rue89 Obélix serait désormais l’ami des Tyrans, pendant que chez Médiapart on se félicite du départ d’Obélix et “qu’un citoyen français qui affirmait que la Russie était une grande démocratie n’allait pas nous manquer”. Pour le Nouvel Obs, être naturalisé par le peu recommandable maître du Kremlin prouverait que le premier ministre français a raison et que “Depardieu serait donc bien un minable” (sic) ou encore que la véritable patrie d’Obélix “serait surtout son compte en banque” et enfin que cette faveur d’un quasi-dictateur (SIC) “rendait l’acteur indéfendable”. Certains donneurs de leçon et autres moralistes autoproclamés ont même estimé nécessaire de rappeler à l’acteur que non la Russie n’était pas une démocratie, on aimerait cependant les entendre avec autant de ferveur sur la situation en Arabie Saoudite, en Corée du nord ou au Zimbabwe… Enfin pour le Figaro l’acteur aurait de “sulfureuses relations” en Eurasie, puisqu’il a fait l’éloge du président de la république de Tchétchénie Ramzan Kadyrov et est aussi proche de la famille présidentielle ouzbèke. Le Figaro rappelle cependant que l’acteur fait aussi de la“publicité pour des banques d’oligarques kazakhs ou encore la compagnie aérienne arménienne Armavia, et promet également la cuisine azerbaïdjanaise”.

On aurait souhaité que le Mainstream médiatique français rappelle qu’Obélix n’est cependant pas encore grand prince d’Eurasie mais plutôt que ses liens avec l’ex-espace soviétiques sont anciens et réels. Celui-ci a par exemple acheté l’année dernière des vignobles en Crimée, fait des dons à des hôpitaux de Saint-Pétersbourg en 2011, a tourné dans la série Raspoutine et est surtout très populaire en Russie, notamment par sa présence régulière lors de galas et évènements mondains en Russie. Il a même été membre du jury du festival du film de Moscou.

On s’étonne du reste de l’émoi que suscite chez certains journalistes le départ de Gérard Depardieu de France, lui qui ne fait que suivre la route de la très grande majorité des fortunes et célébrités françaises: Yannick Noah, Johnny Halliday, Florent Pagny, Alain Delon, Paul Loup Sulitzer, Marion Bartoli, Richard Gasquet, Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga, Sébastien Loeb, Amélie Mauresmo ou encore les familles Meunier (Carrefour), Castel (Nicolas, Vichy Célestins), Weirtheimer (Chanel), Mulliez (Auchan et Décathlon), Bernard Arnault ou encore de Christian Clavier exilé à Londres. La liste n’est pas exhaustive.

En outre, beaucoup de Français ne savent pas que nombre de stars françaises séjournent régulièrement en Russie, que ce soit Alain Delon, Patricia Kaas, Pierre Richard, Mireille Matthieu ou Lara Fabian, preuve s’il en est que le pays leur sied un minimum et que la culture française à un public fidèle en Russie. Quand aux proches de Masha Méril, ils ont eux tout simplement accepté les passeports russes offerts par les autorités russes. Mais on pourrait aussi se demander pourquoi aucun journaliste n’a jugé utile de répondre aux propos de David Cameron qui il y a 6 mois incitait ouvertement et publiquement les Français et les entreprises françaises à venir s’exiler fiscalement en Angleterre en affirmant simplement que: “nous déroulerons le tapis rouge pour souhaiter la bienvenue aux entreprises françaises qui paieront maintenant des taxes en Grande-Bretagne et financeront nos services publics et nos écoles”. Mais évidemment, la Belgique et l’Angleterre ne sont pas la Russie et dire du bien de Poutine et de la Russie est un sacrilège moral qui déclenche systématiquement la fureur des médias, ce sans aucune logique ni aucun discernement.

En Russie, quelques rares voix dissidentes se sont aussi élevées contre cette décision du Tsar Poutine, preuve s’il en est que chacun peut s’y exprimer. C’est le cas par exemple du très rebelle Edouard Limonov qui s’est félicité de cette naturalisation par son pire ennemi en espérant qu’Obélix l’accompagne tous les 31 du mois aux manifestations contre le Kremlin, un vœu dont on peut imaginer qu’il restera pieux. Mais Edouard Limonov, qui a été naturalisé français lors de la cohabitation de 1987, sait sans doute mieux que quiconque de quoi il parle, lui qui vient également justement de rendre son passeport français pour pouvoir se présenter aux dernières élections en Russie. Quand au journaliste Matvei Ganapolski sur la radio d’opposition Echo Moskvy il affirme “qu’on n’oubliera et on ne lui pardonnera jamais cette phrase: c’est une grande démocratie”.

Pour d’ailleurs bien se rendre compte du ridicule des attaques contre Obélix, il est maintenant reproché à l’acteur de vouloir acheter une maison dans le sud de Moscou sous prétexte que le district hébergerait un hôpital psychiatrique ou encore d’avoir accepté une maison en Mordovie sous prétexte que le territoire hébergerait une colonie pénitentiaire. La région russe est même qualifiée de “Pétaouchnok” russe, l’auteur de cette brillante analyse ayant visiblement oublié de mentionner que cette simple région est  à elle seule presque de la taille de la Belgique. Gérard Depardieu est même désormais accusé d’être un agent du KGB, on se demande ou cela va encore pouvoir aller. Mais pour certains analystes, c’est aussi son rejet de la ville et son attrait pour la Russie profonde (la Mordovie et les bouleaux) qui lui vaut la haine de beaucoup de commentateurs qui s’intéressent d’habitude plus à la Russie manifestante, urbaine et occidentalisée qu’à la Russie des campagnes et des traditions.

Cette affaire donne cependant à réfléchir et pas seulement sur l’agression médiatique médiocre qui vise le plus célèbre Gaulois tout autant qu’une décision souveraine et légale du président démocratiquement élu du plus grand pays du monde. Les questions à se poser concernent à mon avis plutôt le village gaulois duquel Obélix lui-même a fini par partir. La triste vérité est que la France est devenue un pays fiscalement étouffant, et aussi un pays à l’économie ralentie avec plus de 9 millions de personnes ne travaillant pas à temps plein, soit 30% de la population active, et que Depardieu ne fait que rejoindre les quelques millions de Français déjà présents à l’étranger. Celui-ci n’est sans doute pas du reste parti pour des raisons uniquement fiscales, mais aussi pour fuir un climat politique et moral simplement détestable, et ne parlons pas du climat médiatique.

Mais quoi d’étonnant finalement à cela puisque nos élites poussent depuis des décennies à la création d’une Europe sans frontières, dans laquelle chacun est libre de s’installer et vivre ou il veut? On ne peut du reste que s’étonner des discours à consonances patriotiques accompagnant les critiques du départ de Depardieu, alors même que la notion de patrie est vilipendée en France au moins autant que celle de frontière. Certains hommes politiques français ont du reste dans cette affaire pu montrer leur vrai visage. Daniel Cohn-Bendit a carrément traité notre Obélix national de “crétin fini” pendant que Jean Christophe Cambadélis lui rappelait avec humour (?) que “Depardieu voulait déjà devenir belge. Donc je me suis dit que Poutine n’était pas la Grande Catherine et que Depardieu n’était pas Diderot ou Voltaire”. Plus récemment d’ailleurs c’est Brigitte Bardot qui pour d’autres raisons vient de menacer de demander elle aussi la nationalité russe et de quitter la France à jamais. Le ministre de l’économie Benoît Hamon a déclaré en plaisantant qu’elle ”pourra demander Gérard Depardieu en mariage, ce sera formidable! “ ce qui lui a valu en retour d’être traité “d’imbécile écolo” par la célèbre actrice. De nombreux autres élus se sont eux lâchés sur Twitter comme on dit, je laisse les lecteurs seuls juges.

On se demande ce que la planète doit penser d’un tel niveau d’échanges entre les politiques et les artistes français. Une chose est certaine: les Français n’aiment pas qu’on insulte leurs artistes et le gouvernement français va sans doute payer très cher cette affaire. Notre gouvernement aurait du reste sans doute préféré que ce projet de loi sur la fiscalité ne devienne pas un sujet de conversation planétaire, faisant par ricochet de la France le pays le plus impopulaire chez les riches de ce monde. La question que tout le monde se pose est désormais de savoir si l’on va assister à un exil de riches (et de moins riches) Gaulois vers la Russie de Poutine.

L’hexagone n’a du reste pas vraiment de quoi se réjouir, ayant perdu Depardieu et risquant de perdre Brigitte Bardot, la patrie de Voltaire n’a en retour l’année dernière hérité que des FEMEN, pendant que certains leaders écologistes français souhaitent tout simplement que les Pussy Riot soient naturalisées françaises et même élevées au rang de citoyennes d’honneur de la ville de Paris. Pour les lecteurs qui ne savent pas de qui on parle, je leur conseille de lire ceci. Un son de cloche par ailleurs absolument identique à celui de nos syndicalistes nationaux, notamment le leader de FO Jean Claude Maillard qui a déclaré “Je trouve cela triste de dire, comme il l’a dit, que la Russie est une grande démocratie. Je préfère Pussy Riot à Gérard Depardieu dans le cas présent”. Préférer les Pussy Riot à l’un des plus grands acteurs français est une pirouette mentale dont de toute évidence seuls certains membres de la gauche plurielle française ont le secret, sans doute tout comme Panoramix seul a la formule de la potion magique.

Depardieu et Bardot contre les Femen et Pussy Riot? On peut se demander si la république y gagne au change ou si, par Toutatis, le ciel n’est pas simplement tombé sur la tête de certains journalistes, politiques et syndicalistes. Comme le relève très bien Jacques Sapir (ici et la): ”la réalité russe s’avère, une fois de plus, bien différente des apparences. L’affaire Depardieu, en réactivant les fantasmes de toute nature ainsi que le fond antirusse d’une partie de la presse française, ne contribue pas à un examen objectif de cette réalité”.

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La raison à l’épreuve des grandes crises historiques

janvier 11th, 2013 by Domenico Losurdo

Comment expliquer la grande crise historique qui débute avec la Révolution française et qui, un quart de siècle plus tard, se conclut (provisoirement) avec le retour des Bourbons ? Friedrich Schlegel et la culture de la Restauration n’ont de cesse de dénoncer la « maladie politique » et le « fléau contagieux des peuples » qui font rage à partir de 1789 ; mais c’est Metternich même qui met en garde contre la « peste » ou le « cancer » qui dévaste les esprits [1]. Pour être plus exacts – renchérit cet autre idéologue de la Restauration qu’est Baader – nous sommes en présence d’une « folie de possession satanique » ; au renversement de l’Ancien régime a succédé non pas la démocratie mais bien la « démonocratie » [2], c’est-à-dire le pouvoir de Satan.

Plus tard, après la vague de la révolution de 1848 et surtout de la révolte ouvrière, Tocqueville va développer l’approche psychopathologisante : ce qui va expliquer « la maladie de la Révolution française » est la propagation d’un « virus d’une espèce nouvelle et inconnue » [3]. Dans les Souvenirs, faisant référence au moment où commence à monter l’agitation qui débouchera sur les journées de juin, le libéral français fait dire à « un médecin de mérite qui dirigeait alors un des principaux hôpitaux de fous de Paris » : « Quel malheur et qu’il est étrange de penser que ce sont des fous, des fous véritables qui ont amené ceci ! Je les ai tous pratiqués ou traités. Blanqui est un fou, Barbès est un fou, Sobrier est un fou, Huber surtout est un fou, tous fous, monsieur, qui devraient être à ma Salpêtrière et non ici ». Tocqueville ajoute ensuite : « J’ai toujours pensé que dans les révolutions et surtout dans les révolutions démocratiques, les fous, non pas ceux auxquels on donne ce nom par courtoisie, mais les véritables, ont joué un rôle politique très considérable » [4].

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Alexis de Tocqueville, 1805-1859. Les défenseurs du libéralisme, dont Raymond Aron et Richard Pipes, ainsi que l’historien François Furet, célèbrent son analyse de la Révolution française, qu’il qualifie simplement de « maladie ».

La référence à des forces en quelque sorte infernales ne fera pas défaut non plus : dans les journées de juin, Tocqueville entend résonner « une musique diabolique » dans les quartiers qui s’apprêtent à résister et qui appellent les habitants à la lutte en sonnant la « générale ». Les habitants écoutent et se préparent avec un « air sinistre », en perdant leurs traits humains. Voilà s’agiter de façon insensée une « vieille femme » qui ressemble à une sorcière : « L’expression hideuse et terrible de son visage me fit horreur, tant la fureur des passions démagogiques et la rage des guerres civiles y étaient bien peintes ».

Au lendemain de la Commune de Paris, l’approche psychopathologique célèbre son triomphe avec Taine :

« S’il y a pour les corps des maladies épidémiques et contagieuses, il y en a aussi pour les esprits, et telle est alors la maladie révolutionnaire. Elle se rencontre en même temps sur tous les points du territoire, et chaque point infecté contribue à l’infection des autres [...] De toutes parts la même fièvre, le même délire et les mêmes convulsions indiquent la présence du même virus, et ce virus est le dogme jacobin. » [5]

C’est non seulement la Commune mais tout le cycle révolutionnaire français qui est mis sur le compte du « virus » et de l’« altération de l’équilibre normal des facultés » [6]. Jetons un regard à tel ou tel acteur de la révolution : « Le médecin reconnaîtrait à l’instant un de ces fous lucides que l’on n’enferme pas, mais qui n’en sont que plus dangereux » (VII, 205). En effet, Marat se comporte comme « ses confrères de Bicêtre » (VII, 208). Comme on peut voir, nous sommes passés de la Salpetrière de Tocqueville à Bicêtre, mais l’explication des crises révolutionnaires continue à être recherchée dans les asiles. Aux yeux de Taine aussi la folie révolutionnaire a quelque chose de diabolique. Si Voltaire est un « démon incarné », Saint-Just est le protagoniste d’une sorte de rite satanique : « Écraser et dompter devient une volupté intense, savourée par l’orgueil intime, une fumée d’holocauste que le despote brûle sur son propre autel ; dans ce sacrifice quotidien, il est à la fois l’idole et le prêtre, et s’offre des victimes pour avoir conscience de sa divinité » [7].

Le cycle qui débute en Russie en 1905 est comparable au cycle révolutionnaire français. La culture dominante va alors réactualiser le « diagnostic » déjà opéré. Le « virus d’une espèce nouvelle et inconnue » migre de France en Russie : c’est ainsi, dans un renvoi explicite à Tocqueville, qu’argumentent François Furet et le soviétologue états-unien Richard Pipes [8].

La lecture en termes psychopathologiques des grandes crises historiques est de nos jours tellement répandue qu’on peut la remarquer jusque dans les catégories centrales du discours politique. En 1964, Adorno voit dans le « totalitarisme psychologique » le fondement du totalitarisme proprement dit : il y a des individus qui « n’ont à leur disposition qu’un moi faible et ont par conséquent besoin, comme substitut, de l’identification à un grand collectif et de sa couverture ». Non seulement s’évanouissent alors la situation objective, la géopolitique et l’histoire, mais les idéologies mêmes ne jouent aucun rôle : « Les caractères soumis à l’autorité sont évalués de façon totalement erronée alors qu’ils sont construits à partir d’une idéologie politico-économique déterminée » [9].

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Hanna Arendt (1906-1975).

La dérive psychologiste finit par émerger aussi chez Arendt. Récurrente est, en effet, dans les Origines du totalitarisme la dénonciation du « mépris totalitaire pour la réalité et les faits en eux-mêmes », pour la « folie » dont la « société totalitaire » fait preuve. Celle-ci n’est pas la poursuite avec des méthodes brutales et sans aucun scrupule moral d’objectifs en tous cas logiquement compréhensibles. Non, dans le totalitarisme nous avons affaire à des « paranoïaques » [10] : « L’agressivité du totalitarisme ne naît pas de l’appétit de puissance et son expansionnisme ardent ne vise pas l’expansion pour elle-même, non plus que le profit ; leurs raisons sont uniquement idéologiques : il s’agit de rendre le monde plus cohérent, de prouver le bien-fondé de son sur-sens » (p. 810). En d’autres termes, le totalitarisme est la folie qui veut la folie.

Nous voici ramenés en quelque sorte à la culture de la Restauration, comme il ressort d’un détail ultérieur. Concernant les « régimes totalitaires » (non seulement le régime hitlérien mais aussi le stalinien), Arendt fait intervenir la catégorie de « mal absolu », que ne peuvent « plus expliquer les viles motivations de l’intérêt personnel, de la culpabilité, de la convoitise, du ressentiment, de l’appétit de puissance et de la couardise » (p. 811) et qui ne peut donc pas être expliqué rationnellement. Le Satan dont parle la culture de la Restauration est ici devenu le mysterium iniquitatis.

Mais pourquoi l’approche psychologisante doit-elle être considérée comme erronée et mystificatrice ? Voyons ce qui se passe aux États-Unis, à la veille de la guerre de Sécession, c’est-à-dire de ce tragique conflit qui finit par déboucher sur une révolution abolitionniste. Chez les champions du Sud esclavagiste, on compare les abolitionnistes aux Jacobins, eux-mêmes affectés par la folie. Mais une nouveauté intervient ici. À présent on fait aussi un diagnostic psychopathologique pour les esclaves. Le nombre des esclaves fugitifs augmente et les idéologues de l’esclavage s’étonnent : comment est-il possible que des gens « normaux » se soustraient à une société aussi bien ordonnée ? Nous voici clairement en présence d’un esprit troublé. Mais de quoi s’agit-il ? En 1851, Samuel Cartwright, éminent chirurgien et psychologue de Louisiane, partant du fait qu’en grec classique drapetes est l’esclave fugitif, conclut triomphalement que le trouble psychique qui pousse les esclaves noirs à la fuite est précisément ladrapétomanie [11]. D’autres idéologues constatent que les esclaves n’obéissent plus aux ordres des maîtres avec la même célérité qu’auparavant. Le diagnostic psychopathologisant intervient de nouveau : la maladie en question est maintenant la « dysesthésie », c’est-à-dire l’incapacité des esclaves à comprendre et réagir avec célérité aux ordres du maître [12].

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Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900)

Au XIXe siècle nous voyons se développer une autre révolution, la révolution féministe. Et de nouveau nous tombons sur la dénonciation de la folie et de la dégénérescence qui serait au fondement de cette nouveauté inouïe. C’est un grand philosophe, Friedrich Nietzsche, qui parle des protagonistes de cette révolution comme de femmes ratées qui méconnaissent leur nature de femmes et sont même incapables d’engendrer : « “Emancipation de la femme” – voilà ce qu’est la haine instinctive de la femme ratée c’est-à-dire incapable d’enfantement, contre la femme d’une bonne tenue ». La polémique contre le mouvement féministe est si âpre qu’elle pousse le philosophe à des déclarations d’un philistinisme désarmant. Les « émancipées » seraient des « femmes manquées » ou bien « celles qui n’ont pas l’étoffe pour avoir des enfants » [13]. On peut en tirer une conclusion : historiquement, il ne s’est trouvé de défi à l’oppression qui n’ait été taxé de folie, de déformation de la santé et de la normalité.

Du reste, le diagnostic psychopathologisant se caractérise par son côté arbitraire. On peut le constater jusque chez les grands auteurs. En 1950, en publiant ses études sur la « personnalité autoritaire », Adorno souligne la « corrélation entre antisémitisme et anticommunisme » et ajoute ensuite : « Durant les dernières années tout le mécanisme de propagande en Amérique a été consacré à développer l’anticommunisme dans le sens d’une “terreur” irrationnelle » [14]. A ce moment-là, ceux qui ont été affectés de troubles psychiques sont les anticommunistes ; en 1964, par contre, Adorno insèrera justement les communistes, avec les fascistes, parmi les personnalités intrinsèquement autoritaires et enclines au totalitarisme !

Le diagnostic psychopathologique prend régulièrement pour cible
les champions de la révolution,
jamais ceux de la guerre

Il vaut aussi la peine de noter que le diagnostic psychopathologique prend régulièrement pour cible les champions de la révolution, jamais ceux de la guerre. Les fous sont Robespierre et les Jacobins, mais pas les Girondins fauteurs de la guerre, dont les conséquences dévastatrices pour la liberté civile et politique sont dénoncées de façon anticipée et avec une grande lucidité justement par Robespierre. Les fous sont les bolcheviques qui invoquent la Révolution pour mettre fin à la boucherie de la Première Guerre mondiale, pas ceux qui, en prolongeant la participation de la Russie à cette boucherie, n’hésitent pas à sacrifier des millions de personnes et à provoquer dans le pays une crise politique, économique et sociale aux proportions épouvantables. Plus encore, la Première Guerre mondiale est saluée non seulement en Russie mais dans tout l’Occident comme un moment de régénérescence spirituelle exaltante, et les plus grands intellectuels de l’époque s’engagent dans cette œuvre de célébration et de transfiguration !

Enfin. Nous avons vu Tocqueville identifier dans l’œuvre d’un « virus d’une espèce nouvelle et inconnue » la cause de l’interminable cycle révolutionnaire français. Mais pourquoi l’auteur de cette explication ne pourrait-il pas être soumis lui aussi à un diagnostic psychopathologique ? Pour démontrer la folie de la « race des révolutionnaires qui semble nouvelle dans le monde » et qui est à l’œuvre en France, il observe que celle-ci « non seulement pratique la violence, le mépris des droits individuels et l’oppression des minorités, mais, ce qui est nouveau, professe qu’il doit en être ainsi » (II, 2, p. 337). Et voyons à présent comment le libéral français célèbre la première guerre de l’opium :

« C’est un grand événement, surtout si l’on songe qu’il n’est que la suite, le dernier terme d’une multitude d’événements de même nature qui tous poussent graduellement la race européenne hors de chez elle et soumettent successivement à son empire ou à son influence toutes les autres races […] ; c’est l’asservissement de quatre parties du monde par la cinquième. Ne médisons pas de notre siècle et de nous-mêmes ; les hommes sont petits mais les événements sont grands ».

Ou bien voyons quel comportement suggère Tocqueville à l’armée française engagée dans la conquête de l’Algérie :

« Détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader » (le leader de la résistance). » [15]

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En 1839, le parlement britannique décide l’envoi d’un corps expéditionnaire dans la province chinoise de Canton pour défendre… le commerce de l’opium, vendu comme drogue par les Etats-uniens et les Britanniques mais interdit en Chine depuis 1729. C’est le début de la première guerre de l’opium (de 1838 à 1842), célébrée par Tocqueville comme « un grand événement ».

Dans ces deux déclarations résonne cette célébration de la violence et de la loi du plus fort reprochée à la « race des révolutionnaires » à l’œuvre en France. En d’autres termes, c’est de façon non seulement arbitraire mais aussi dogmatique que procèdent les fauteurs de l’approche psychopathologique : ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes les critères qu’ils font valoir pour les autres.

On pourrait objecter avec Furet que le caractère pathologique de la violence jacobine (et bolchevique) réside dans le fait qu’elle dévore ses propres fils. Si ce n’est que la dialectique de Saturne est bien présente dans la Réforme protestante et dans la première révolution anglaise et se manifeste aussi, avec des modalités particulières, dans la révolution américaine. À l’occasion de la Guerre de Sécession, les deux camps se réclament de la lutte pour l’indépendance conduite conjointement contre la Couronne anglaise. Les abolitionnistes se réfèrent au principe proclamé par la Déclaration d’indépendance d’après lequel « tous les hommes ont été créés égaux » et à l’incipit solennel de la Constitution de Philadelphie dans lequel le « peuple des États-Unis » déclare vouloir ultérieurement « perfectionner l’Union ». La propagande de la Confédération revendique l’héritage de la lutte des patriotes contre un pouvoir central oppressif, souligne la centralité du thème des droits de chaque État singulier dans le processus de fondation et dans la tradition juridique du pays, et fait remarquer que Washington, Jefferson et Monroe étaient tous des propriétaires d’esclaves. Les deux camps opposés déclarent avancer dans la trace des Pères Fondateurs, mais cela n’évite pas le choc et le rend même plus âpre. Pas de doute : dans ce cas aussi, Saturne dévore ses enfants.

Par ailleurs, il faut noter que les colons américains protagonistes de la guerre d’indépendance contre le gouvernement de Londres sont définis par leurs contemporains anglais, que ce soit dans un jugement positif ou négatif, comme « les dissidents du désaccord ». Et si Burke dénonce la « maladie » française dès la toute première phase de la révolution [16], Mallet du Pan met en cause pour cette révolution l’« inoculation américaine » [17]. Comme on le voit, le renvoi à la dialectique de Saturne et à la psychopathologie pour expliquer les révolutions n’a pas attendu le jacobinisme pour venir au jour !

Mais posons-nous maintenant une question : quel est le point de départ de la folie idéologique qui aurait fait rage d’abord dans le cycle révolutionnaire français puis dans le cycle révolutionnaire russe ? Furet comme Pipes partent de la France des Lumières et des sociétés de pensée. Et c’est de la même façon qu’argumente Taine, que nous avons vu critiquer Voltaire en tant que démon incarné et qui voit la France révolutionnaire « enivrée par la mauvaise eau-de-vie du Contrat social » de Rousseau [18]. Peut-on à présent considérer comme terminée la recherche à rebours des origines du maudit virus révolutionnaire ? Pas du tout ! Bien avant la révolution qui liquide en France l’Ancien régime, survient en Allemagne la Guerre des paysans qui, conduits par Müntzer, s’insurgent contre les feudataires et veulent abolir la servitude de la glèbe. Les protagonistes de cette révolution sont stigmatisés par Luther comme des « prophètes fous » (tolle Propheten) qui excitent la « populace folle » (tolle Pöbel), comme des « visionnaires » (Schwärmerer, Geister, Schwarmgeister), des fous qui ont totalement perdu le sens de la réalité [19]. Mais cette campagne contre l’ex-disciple devenu fou n’empêche pas Luther d’être à son tour classé par Nietzsche parmi les « esprits malades », à savoir parmi les « épileptiques des idées » (avec Savonarole, Luther, Rousseau, Robespierre et Saint-Simon) (L’Antéchrist, 54).

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Hippolyte Adolphe Taine (1828-1893). Pour lui, la France révolutionnaire est « enivrée par la mauvaise eau-de-vie du Contrat social » de Rousseau.

Oui, selon Nietzsche, pour trouver les premières origines de la maladie révolutionnaire il convient de procéder bien plus à rebours que ne le font les critiques habituels de la révolution : la folie qui voudrait l’avènement d’un monde parfait et égalitaire et qui condamne la richesse et le pouvoir en tant que tels, a commencé déjà à se manifester avec le christianisme et même, auparavant encore, avec les prophètes juifs. Convaincu de la longue durée du cycle révolutionnaire qui fait rage en Occident, Nietzsche invite à procéder finalement au règlement de comptes avec « ces milliers d’années d’un monde-cabanon » [monde asilaire] et avec les « maladies mentales » qui font rage à partir du « christianisme » (L’Antéchrist, 38). On pourrait lire cette conclusion comme l’involontaire reductio ad absurdum de l’interprétation psychopathologisante du conflit politique et, en particulier, des grandes crises historiques. Mais n’oublions pas que Nietzsche déclare être « passé par l’école de Tocqueville et de Taine » (B, III, 5, p.28), et qu’il a avec ce dernier des rapports épistolaires empreints d’une estime réciproque [20].

Par ailleurs, de nos jours encore, dans le sillage du philosophe allemand, un illustre historien des religions (Mircea Eliade) et un éminent philosophe (Karl Löwith) expliquent la folie sanguinaire du XXe siècle en partant de loin, de très loin : tout aurait commencé en des temps assez reculés avec le refus du mythe de l’éternel retour et avec l’avènement de la vision unilinéaire du temps et de la foi dans le progrès qui l’accompagne : tout aurait commencé avec, une fois de plus, l’affirmation de la culture juive et chrétienne. La tendance à liquider les grandes crises historiques (et en dernière analyse l’histoire universelle) en tant qu’expressions de folie caractérise la culture actuelle de façon peut-être plus forte encore que la culture de la Restauration.

Mais comment expliquer le fait que les explosions de folie se manifestent plus fréquemment et à une plus vaste échelle dans certains pays que dans d’autres ? On connaît chez Tocqueville la tendance à célébrer un sens moral et pratique supérieur et un plus fort attachement à la liberté qui caractériseraient les citoyens états-uniens, en opposition aux Français. C’est-à-dire que la lecture psychopathologique du conflit tend à déboucher dans une lecture d’empreinte ethnologique (et de tendance raciale). C’est une tendance qui se manifeste aussi avec force dans l’historiographie et dans la culture contemporaine. Selon Norman Cohn (2000, p. 21), l’Angleterre « se fait remarquer par une absence quasi-totale de tendances chiliastiques » et de « chiliasme révolutionnaire », qui par contre font rage entre France et Allemagne [21]. Plus radical dans la dérive ethnologique (et en dernière analyse, raciale) est Robert Conquest (2001, p.15), qui voit dans la France et dans la Russie (et dans l’Allemagne) les lieux des « aberrations mentales », desquelles s’avèrent par contre immunes les révolutions anglaise (on ne parle que de la Glorious Revolution de 1688) et américaine. De plus, la civilisation authentique trouve son expression la plus achevée dans la « communauté de langue anglaise » et le primat de cette communauté a son fondement ethnique précis, constitué par les « Angloceltes » [22]. Alors une question se pose ici : pourquoi donc le culte des « Angloceltes » devrait-il être plus acceptable que le culte des « aryens » cher en particulier aux nazis ?

Donc. Pour se rendre compte de l’absurdité du renvoi à la psychopathologie, il suffit de réfléchir au fait que le caractère catastrophique de la crise révolutionnaire en Russie a été prévu avec des décennies d’anticipation par des auteurs très différents entre eux. En 1811, de Saint-Pétersbourg encore ébranlée par la révolte paysanne de Pougatchev, Maistre voit se profiler une révolution (cette fois appuyée par des « Pougatchevs d’Université », c’est-à-dire par des intellectuels d’origine populaire) d’une ampleur et d’une radicalité à faire pâlir la Révolution française. En 1859 Marx prévient : si la noblesse continue à s’opposer à une réelle émancipation des paysans, il en émergera un cataclysme social « sans précédents dans l’histoire ». En 1905, même le premier ministre russe Serge Witte s’exprime en termes similaires !

On peut faire des considérations analogues pour la crise qui a débouché en Allemagne sur l’avènement au pouvoir de Hitler. Peu de temps après la signature du Traité de Versailles, le maréchal Ferdinand Foch observe : « ce n’est pas la paix, ce n’est qu’un armistice pour vingt ans ». L’impérialisme allemand n’allait pas tarder à tenter sa revanche ; et il va d’autant plus facilement obtenir un consensus de masse que les vainqueurs de la Première Guerre mondiale se montrent vindicatifs et myopes. À cette même période le grand économiste John Maynard Keynes, qui a fait partie de la délégation anglaise à Versailles, met en garde contre les conséquences d’une « paix carthaginoise » :

« La vengeance, j’ose le prévoir, ne tardera pas. Rien ne pourra alors retarder longtemps cette guerre civile finale entre les forces de la réaction et les convulsions révolutionnaires désespérées ; face à quoi les horreurs de la dernière guerre allemande disparaîtront dans le néant et détruiront, quel que soit le vainqueur, la civilisation et le progrès de notre génération ». [23]

Donc : « Que le ciel nous protège tous ! » Une épreuve de force allait se profilant pour l’hégémonie encore plus brutale et barbare que celle qui avait fait rage au cours du premier conflit mondial.

Le nazisme se caractérise aussi par sa prétention à reprendre la tradition coloniale pour la réaliser aussi, dans ses formes les plus barbares, en Europe orientale. Eh bien, à partir déjà du XIXe siècle la culture européenne la plus avancée s’est posée une question angoissante : que serait-il arrivé si les méthodes de gouvernement et de guerre à l’œuvre dans les colonies avaient fini par s’imposer aussi dans les métropoles ? Le génocide même des Juifs n’advient pas du tout de façon improvisée. Qu’il nous suffise de dire que dans la Russie ravagée par la guerre civile, les Juifs, stigmatisés en marionnettistes du bolchevisme, deviennent les victimes de massacres déchaînés par les troupes blanches appuyées par l’Entente : c’est le « prélude » – observent d’éminents historiens – de ce qui sera ensuite la « solution finale » [24].

Concluons. La lecture psychopathologisante des grandes crises historiques permet d’une part de liquider comme une expression de folie le gigantesque processus d’émancipation qui va de la Révolution française (des Lumières même) à la Révolution d’Octobre ; d’autre part, elle porte le Troisième Reich au compte d’une personnalité malade individuelle (Hitler), en absolvant indirectement le système politico-social et la tradition idéologique qui l’ont produit. La critique de la lecture psychopathologisante (voire démonologique) des grandes crises historiques est aujourd’hui un devoir essentiel de la critique de l’idéologie et de la lutte pour la raison.

Domenico Losurdo

Extrait de Psychopathologie et démonologie. La lecture des grandes crises historiques de la Restauration à nos jours, essai publié dans la revue Belfagor. Rassegna di varia umanità, dirigée par Carlo Ferdinando Russo, Editions Leo S. Olschki, Florence, mars 2012, p. 151-172.

Comme on le sait, Belfagor a fermé. Avec cet hommage je remercie mon ami Carlo Ferdinando Russo et toute la rédaction pour l’hospitalité qui m’a souvent été offerte.

Domenico Losurdo

 

Article original en italien : http://domenicolosurdo.blogspot.fr/, le 14 décembre 2012

Traduction  par Marie-Ange Patrizio

Version française publiée initialement sur le site du Réseau Voltaire

 

Notes

[1cf. Heinrich von Treitschke, Deutsche Geschichte im neunzehnten Jahrhundert, Leipzig, 1879-1894, vol. III, p. 153.

[2] Benedikt F. X. von Baader, Sämtliche Werke, présenté par F. Hoffmann et alt. (Leipzig 1851-1860), réédition anastatique,Scientia, Aalen, vol. 6, pp. et 26.

[3] Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, présentées par J. P. Mayer, Gallimard, Paris, 1951 et suivantes, vol. XIII, 2, pp. 337-38.

[4] Pour les Souvenirs nous renvoyons le lecteur à l’anthologie de Tocqueville de F. Mélonio et J. C. Lamberti, Laffont, Paris, 1986, pp. 798 et 812.

[5] Hippolyte Taine, Les origines de la France contemporaine (1876-94), Hachette, Paris, 1899, vol. 6, p. 64.

[6Ibidem., vol. 5, pp. 21 et suivantes.

[7Ibidem.,vol. 7, pp. 205, 208 et 347-8 et vol. 1, p. 295.

[8] Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire. Problèmes et mythes, traduit de l’italien par Jean-Michel Goux, Albin Michel, Paris, 2006, chap. 1,1.

[9] Theodor W. Adorno, Eingriffe. Neun kritische Modelle, Suhrkamp, Frankfurt a. M., 1964, pp. 132-3.

[10] Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism (1951) Harcourt, Brace & World, New York, 3° ed., 1966, pp. 457-9.

[11Cf. Emily Eakin, Is Racism Abnormal ? A Psychiatrist Sees It as a Mental Disorder, in International Herald Tribune du 17 janvier 2000, p. 3.

[12] Wyn C. Wade, The Fiery Cross. The Ku Klux Klan in America, Oxford University Press, New York-Oxford, 1997, p. 11.

[13Ecce Homo, « Pourquoi j’écris de si bons livres ».

[14Cf. Theodor W. Adorno, Studies in the Authoritarian Personality, in Id., Gesammelte Schriften, Suhrkamp, Frankfurt a. M., vol. 9, 1, p. 430.

[15] Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, cit., vol. 2, 2, p. 337 ; vol. 6, 1, p. 58 et vol. 3, 1, p. 229.

[16] Domenico Losurdo, Controstoria del liberalismo, Laterza, Roma-Bari, 2005, chap. VIII, § 7.

[17] Alphonse Aulard, Histoire politique de la Révolution française(1926), Scientia, Aalen (reproduction anastatique), 1977, p. 19, note 1.

[18Cf. Hippolyte Taine, Les origines de la France contemporaine, cit., vol. 4, p. 262.

[19] Martin Luther, Ermahnung zum Frieden auf die zwölf Artikel der Bauernschaft in Schwaben (1525), in Die Werke, présenté par Kurta Aland, Klotz-Vandenhoeck & Ruprecht, Stuttgart-Göttingen, 1967, vol. 7, pp. 165, 168, 174 et 180 ; Martin Luther, Daß diese Worte : Das ist mein Leib etc. noch feststehen. Wider die Schwarmgeister(1527), in Werke, présenté par Diaconus Dr. Buchwald et alt., Schwetschke, Braunschweig, 1890, vol. 4, pp. 342 et suivantes.

[20] Domenico Losurdo, Nietzsche, il ribelle aristocratico. Biografia intellettuale e bilancio critico, Bollati Boringhieri, Torino, 2002, cap. 28, § 2 .

[21Cf. N. Cohn, The Pursuit of the Millennium (1957), tr. it., de Amerigo Guadagnin, I fanatici dell’Apocalisse, Comunità, Torino, 2000, p. 21.

[22] R. Conquest, Reflections on a Ravaged Century (1999), tr. it., de Luca Vanni, Il secolo delle idee assassine, Mondadori, Milano, 2001, pp. 15, 275 et suivantes et 307.

[23] John M. Keynes, The economic consequences of the peace(1920), Penguin Books, London, 1988, pp. 56 et 267-68.

[24Cf. Domenico Losurdo, Staline. Histoire et critique d’une légende noire, traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio, Aden, Bruxelles, 2011, chap. 3, 1 et 5, 6.

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L’Irak, l’Afghanistan, la Palestine et la Libye sont en ruines, écrasés par les lourdes bottes de l’impérialisme occidental. Mais on nous dit, nous avons peur de la Chine.

Toutes les nations de l’Indochine ont été bombardées jusqu’à les renvoyer à l’âge de pierre, parce que les demi-dieux occidentaux n’étaient pas disposés à tolérer, et pensaient qu’ils ne devaient pas tolérer, ce que quelques-non-gens en Asie désiraient réellement ardemment. Viêt-Nam, Cambodge, Laos – des millions de tonnes de bombes lancées depuis les fameux B-52 , bombardements en piqué, et depuis des chasseur-bombardiers. Les bombes pleuvaient dans les champs assassinant des enfants, des femmes, et des buffles d’eau, des millions sont morts. Il n’y a pas eu d’excuses, la faute n’a pas été acceptée et il n’y a pas eu de compensation de la part des nations coupables.

L’Indonésie, leader du monde Non-aligné, avec un immense Parti Communiste constitutionnel, a été détruite par le coup d’ Etat de 1965, par l’alliance de gouvernements occidentaux, de militaires fascistes indonésiens et les élites du pays, ainsi que par des fanatiques religieux de la plus grande organisation musulmane, UN. Entre 2 et 3 millions de personnes sont mortes, y compris celles appartenant à la minorité chinoise. Professeurs, artistes, penseurs, tous assassinés ou étouffés. Dans ce cas, l’impérialisme a créé une nation soumise, presque dépourvue de base intellectuelle ; incapable même d’analyser sa propre chute.

Mais maintenant, on nous ordonne d’être conscients de l’ascension de la Chine.

L’ Amérique Latine : violée à plusieurs reprises, du Mexique à la République Dominicaine, de Cuba jusqu’à la Grenade, Panama, Haïti, Brésil, Argentine, Colombie et le Chili. Pendant des années, des décennies et des siècles. Presque tous les pays de l’Amérique Centrale et de l’Amérique du Sud, ainsi que des Caraïbes, ont été dévastés à un moment de leur histoire, par l’installation raciste et révoltante de la « Doctrine Monroe ».

Les récents putschs contre les gouvernements progressistes du Honduras et du Paraguay ont été mis en application sous le « doux leadership » du leader suprême libéral de l’Occident et « défenseur de la démocratie globale », le président Barack Obama.

Mais ils nous disent qu’il faut contenir la Chine ! Pas nous – pas l’Occident – mais la Chine.

Au Moyen-Orient, des royaumes et des émirats entiers jouent des coudes entre eux pour qui sera le collaborateur le plus servile des intérêts occidentaux, qui acceptera le plus de bases militaires des Etats-Unis d’Amérique (USA) sur son territoire, qui tuera, arrêtera ou torturera le plus de gens, opposants à la dictature globale de l’Occident.

Mais c’est la Chine, naturellement, qui met en danger de manière inacceptable le droit ancestral européen et usaméricain de régner sur le monde. Ou, pour être plus précis, le « danger » est partagé par la Chine, la Russie et l’Amérique Latine, trois lieux qui ont réussi à se libérer des chaînes occidentales et à avancer sur leurs propres chemins politiques, sociaux, culturels et de développement. Quels qu’ils soient, mais les leurs !

Mais la Chine c’est « pire », parce que ces popofs et latinos encore, ils ressemblent, au moins dans leur majorité, à des blancs. Mais imaginer que le pays le plus important du monde est fermement situé en Asie serait inimaginable, inacceptable et vraiment un sacrilège.

En Afrique, qui certes n’a pas beaucoup d’importance, dans l’état où elle est, aux yeux des multinationales et des gouvernements occidentaux, habitée par l’espèce la plus humble des « non-gens » (pour utiliser le lexique d’Orwell), d’immenses zones géographiques et culturelles ont été pillées, divisées, affaiblies, pratiquement annihilées. Des frontières ridicules ont été érigées, de grands leaders populaires comme Patrice Lumumba au Congo, ont été assassinés. Des assassins maniaques comme Paul Kagame y Museveni ont été entraînés dans et par l’Occident, armés et mis au pouvoir, ensuite ont été envoyés sur diverses missions ; pour piller et maintenir l’ordre pour le compte des intérêts occidentaux.

Le Congo a perdu environ 10 millions de personnes pendant le règne génocide du roi belge Léopold II (actuellement héros national de la Belgique, célébré par d’innombrables statues dans tout Bruxelles). Actuellement, il en perd un nombre similaire, tandis que les militaires protégés de Washington et de Londres au Rwanda et en Ouganda envahissent librement, renversent des gouvernements et pillent cette vaste nation voisine maltraitée.

La Somalie n’existe pratiquement plus, divisée par la force, et envahie régulièrement par des alliés de l’Occident, le Kenya et l’Éthiopie. Les Européens versent des déchets toxiques près de sa côte et ensuite se montrent indignés par la piraterie, une justification supplémentaire pour la militarisation continue de toute la région. L’« orgueilleuse Cuba africaine » – l’Érythrée – est torturée par des sanctions ; tandis que le pays/base militaire de Djibouti a été glorifié et gâté, transformé en symbole frustré et grotesque du militarisme français et US, de l’impérialisme occidental, dans la région où est né le genre humain.

En Afrique de l’Ouest, en Algérie, en Angola et en Namibie, au Congo et en Somalie, et dans des douzaines d’autres pays en Afrique, des dizaines de millions de personnes ont été massacrées par les impérialistes occidentaux aux XXe et XXIe Siècles. Et le compte horrible ne fut pas meilleur dans les temps précédents, avec un holocauste direct contre les populations natives, avec des génocides comme celui réalisé par les Allemands dans ce qui est maintenant la Namibie, avec l’esclavage, la torture, les viols et le mépris total pour les vies humaines non blanches.

Mais cela a-t-il permis que les nations occidentales soient plus humbles, réfléchies et apologétiques ? Existe-t-il au moins, un certain pathos de faute profonde qui cause un espoir de réconciliation globale ? Non, loin de cela ! Il n’y a pas de remords à Londres, à Paris, à Berlin, à Bruxelles et Washington, sur le territoire français, au Middle West ou au Sud des USA. Ou s’il existe, il est rassemblé dans de petites zones, surtout urbaines, coupées du courant dominant.

Mais ils accusent la Chine maintenant de « faire des affaires » avec des dictateurs africains ! Et l’appareil de propagande occidental, les médias d’information locaux, propriété et « formés » par l’Occident, fabriquent, gonflent et implantent la responsabilité de la Chine dans les cerveaux des gens dans le monde entier.

Par exemple, un accident minier en Zambie. Chaque fois qu’une compagnie chinoise est impliquée, la situation est exagérée jusqu’à prendre des proportions terribles. Le résultat est que des douzaines de personnes mortes à cause d’une négligence sont mises au même niveau que des douzaines de millions morts à cause de l’impérialisme sauvage occidental, la traite des esclaves, le colonialisme et le néo-colonialisme.

Les mêmes tactiques de propagande sont utilisées partout dans le monde. Par exemple, l’Institut Goethe de Jakarta, en Indonésie a, il n’y a pas longtemps, organisé une exposition de photos de travailleurs polonais à Gdansk dans des heurts avec la police, au temps de Solidarnosc. Où quelques personnes sont mortes. Mais l’Institut Goethe n’organise pas d’expositions commémorant les millions de communistes, d’athées, d’intellectuels et de chinois qui sont morts en 1965 et après en Indonésie ! C’est presque comme dire : « Voyez, ces 3 millions d’indonésiens ont eu à être sacrifiés, pour empêcher le scénario dans lequel 30 personnes sont mortes plus tard en Pologne ». Une logique intéressante. Mais, appuyée par des montagnes d’argent : cela fonctionne !

En Océanie – en Polynésie, Mélanésie et Micronésie – les britanniques, les usaméricains, les français, les espagnols, les allemands et d’autres maîtres coloniaux [hollandais, portugais, etc], ont écrasé et ensuite remodelé l’univers complexe qui jusque là appartenait aux personnes de haute lignée qui habitaient des dizaines de milliers d’îles, d’îlots et atolls du Pacifique Sud.

Les habitants locaux effectivement ont été mis en esclavage ; leurs royaumes, leurs entités géopolitiques ont été premièrement divisées en colonies et ensuite en Nations-États. Leurs leaders ont été assassinés, ignorés, menacés et finalement corrompus et achetés.

Les nations occidentales ont livré batailles pour les îles, ont réalisé des expériences nucléaires aux dépens des locaux, et ensuite ont inventé une soi-disant « doctrine de dissuasion stratégique », pour s’assurer qu’aucun bateau « ennemi », qu’aucune idée inadéquate ou idéologie anti-impérialiste n’entrerait dans cet univers terrible, qui s’étend sur une interminable aire d’eau.

Enfin ils ont construit des bases militaires immenses ; étasuniennes, britanniques et françaises ; ils ont déchargé toutes sortes de déchets toxiques et des atolls protégés comme Kwajalein, ont été transformés en terrains d’essais de missiles.

Déchets, radiation, mal-bouffe ; tout a conduit à d’innombrables urgences médicales qui ont pris une telle dimension que seuls le changement climatique et l’inévitable conséquence de l’augmentation du niveau de la mer ont pu être considérés de manière réaliste comme une menace majeure pour la survie des habitants et des États d’Océanie.

J’ai vécu dans le Pacifique Sud pendant plus de 4 ans, j’ai voyagé et j’ai travaillé dans tous les pays de la région, excepté à Nioué et Nauru. J’ai écrit au sujet de la lutte des insulaires qui habitent le Pacifique Sud dans mon essai « Océanie  » .

Plusieurs pays – le Kiribati, les Îles Marshall, les États Fédérés de la Micronésie, ainsi que différents îles et atolls qui appartiennent maintenant à d’autres États – deviennent rapidement inhabitables. L’eau de mer passe à travers leurs zones de basse altitude et la végétation meurt.

L’ Occident, responsable de la plupart de la contamination, de l’émission de dioxyde de carbone et du réchauffement climatique, n’a presque rien fait pour sauver ces pays de la disparition.

L’aide extérieure que donnent les Etats-Unis, l’U.E., l’Australie et la Nouvelle-Zélande, est souvent aussi nuisible que les gaz toxiques eux mêmes. On l’utilise d’habitude pour corrompre les fonctionnaires des administrations locales ; pour les promener en avion dans le monde, en enracinant la soi-disant « mentalité per-diem ». Soumis et corrompus, les gouvernants locaux ne demandent pas de vraie compensation ni de réelles solutions pour leurs pays qui souffrent. L’ « aide extérieure » est aussi utilisée pour payer des experts étrangers afin qu’ils visitent, « analysent » et écrivent d’innombrables et presque toujours inutiles rapports. Tout cela, seulement pour créer le sentiment que quelque chose est fait ; et pour s’assurer de ce qui ne sera jamais fait !

Les gens de l’Océanie ne veulent pas qu’on les déplace ; la majorité veut lutter pour la survie de leurs îles. J’ai parlé avec eux : à Kiribati, au Tuvalu, FSM, RMI et dans d’autres endroits. Mais l’Occident et les administrations locales insistent sur des projets stupides d’évacuation, pour de nombreuses mauvaises raisons.

A un certain moment, la Chine a commencé à aider, avec l’esprit d’internationalisme ; comme un pays socialiste doit le faire. Elle s’est mise à l’œuvre et a commencé à construire des écoles, des hôpitaux, des édifices gouvernementaux, des routes et des stades ; ainsi que des murs de protection et d’autres infrastructures lourdes pour défendre les zones peuplées en danger.

L’ Occident a attaqué tout de suite tous ces efforts, en injectant du nihilisme et rendant vil tout ce qui était pur et décent. La première étape de la propagande occidentale, la même qui a été utilisée en Afrique et dans d’autres endroits, fut une bordée de messages négatifs comme quoi la Chine « ne fait jamais quelque chose par altruisme » ; elle poursuit simplement ses propres intérêts ténébreux et ses intentions égoïstes.

Les constructions « philosophiques » et de propagande sont prévisibles et simples :

« Si nous sommes des ordures, si notre culture nous envoie piller et réduire le monde en esclavage, il faut convaincre l’humanité de ce que les autres ont la même essence que nous. De cette façon, ce que nous faisons ne sera pas considéré extraordinaire. Nous sommes tous humains, de toute façon ! »

Ce sont des ordures, bien sûr, et même des personnes comme Gustav Jung ont considéré la culture occidentale comme exceptionnellement agressive, une sorte de pathologie. Mais, comme des propagandistes occidentaux comme Joseph Goebbels et Rupert Murdoch l’ont souvent prouvé, si la propagande se répète mille fois et que nous corrompons et payons assez de sujets dans le monde entier pour qu’ils répètent ce que nous leur disons, les ordures deviennent des diamants reluisants de véracité, et éventuellement une indubitable sagesse commune.

Mais retournons à la Chine et à l’Océanie  :

Quand la guerre éclair pour discréditer la Chine n’a pas donné de résultat, ou tout du moins a échoué dans les pays qui bénéficiaient de l’aide chinoise, l’Occident a inventé une stratégie singulière : il est allé à Taipei et a commencé à« encourager » Taiwan pour qu’ «  il s’implique ». Les taïwanais étaient disposés et disponibles et ont commencé à offrir des pots-de-vin aux dirigeants de l’Océanie, en échange de la reconnaissance de Taiwan comme pays indépendant. Dès que Taiwan fut « reconnu », quelque chose que même les USA ou l’UE se refusent à faire, dans la plupart des cas la Chine fait des représailles en rompant les relations diplomatiques.

Et tel était, indubitablement, le plan des rusées et anciennes puissances coloniales.

Tandis que les pays qui n’ont pas abandonné la Chine, comme Samoa, ont obtenu leurs digues marines protectrices, stades et édifices du Parlement construits en solidarité et avec l’optimisme socialiste, des pays comme le Kiribati, un endroit que l’on pourrait facilement décrire comme l’un des vrais cas perdus de l’Océanie, ont été inondés du nihilisme infligé par Taiwan. L’argent est arrivé, mais pas jusqu’aux gens ; mais dans les poches profondes du gouvernement.

Tandis que de petits pays entiers de l’Océanie sont près de l’extinction, leurs dirigeants, en majorité éduqués et formés en Australie et aux USA, sont occupés en vendant leurs votes aux Nations Unies : en votant l’appui à l’occupation de la Palestine par Israël, l’appui aux invasions des USA dans le monde ou contre les résolutions écologiques qui pourraient avoir un effet positif direct sur la situation de leur propre pays.

« Un jour une équipe de la télévision israélienne m’a coincé », m’a raconté un prêtre dans la capitale des États Fédérés de la Micronésie (FSM). « Le public israélien voulait savoir : qui sont ces créatures qui votent constamment en appui à Israël, aux côtés des USA et contre tout le monde ? »

Eh bien : ce sont les mêmes qui reçoivent les cuirassés taïwanais et leurs équipages qui jouent les hymnes nationaux sur les plages, et défilent partout comme des maniaques, en levant des drapeaux !

***

Et, à propos, ceux qui pensent que la Chine ne peut pas agir avec altruisme, devraient lire Fidel Castro et ses mots reconnaissants et puissants, en décrivant comment Cuba a été sauvé par la nation chinoise, après l’attaque de démence de Gorbatchev et l’orgie alcoolique exaltée de Eltsine, encouragée par l’Occident, avec la destruction de l’URSS et quelques terribles années de pillage du monde sans opposition par l’Empire Occidental, en conséquence.

***

Quand les médias chinois m’interviewent, ils me posent souvent la même question : « Que peut faire la Chine pour apaiser l’Occident ? »

Et ma réponse est toujours la même : « Rien ! »

La propagande occidentale ne cherche pas objectivement à analyser la Chine ; elle ne cherche pas la bonne volonté de la Chine. Elle existe pour déformer et pour abîmer tout pays qui insiste sur son propre modèle de développement, pour servir son propre peuple au lieu de succomber docilement aux intérêts de l’Occident et à ceux des compagnies multinationales.

L’ Occident essaie de détruire la Chine socialiste comme il a essayé de détruire le Viêt-Nam durant ce qu’on appelle en Asie « La guerre étasunienne ». De même qu’il a fait un effort terrible pour ruiner Moscou, immédiatement après la Révolution de 1917, jusqu’à la fin. Comme il a essayé de détruire tous les pays qui ont persisté dans leurs propres principes : Cuba, Égypte, Indonésie, Chili, Nicaragua, Érythrée et Iran avant le Shah, pour en nommer seulement quelques uns.

Certains, comme la Corée du Nord, ont été d’abord rasés et ensuite amenés aux extrêmes, les obligeant à se radicaliser pour après les ridiculiser et pour les exhiber sur les écrans de télévision comme un exemple monstrueux de paysgagá.

C’est évident ce que l’Occident veut faire avec la Chine, et ce n’est pas si différent de ses desseins lors de la « Guerre de l’Opium ». La scène parfaite serait une nation qui n’en est pas une, séparée et soumise, admiratrice d’Occident. Le meilleur gouvernant serait une espèce de Eltsine chinois disposé à trahir, à dépecer le pays, à l’ouvrir aux oligarques et aux intérêts étrangers, à annuler toutes les aspirations sociales et à attaquer avec des bombes le Parlement plein de représentants du peuple qui croient encore au socialisme.

Alors nous pourrions « faire des affaires avec la Chine », et lui donner un plein appui idéologique et de propagande.

***

Mon conseil habituel aux médias chinois est : « Utilisez les chiffres ! Les chiffres sont avec vous ! »

Mais il semble que l’équipe de propagande de la Chine n’est pas à la hauteur desapparatchiks occidentaux.

La Chine est trop timide, trop molle, comme l’est en réalité tout le monde, en comparaison de ces gangsters politiques et économiques occidentaux.

Avec une série de coups fatals, l’Occident peut bombarder un pays, empoisonner ses habitants avec de l’uranium appauvri, imposer des sanctions qui tuent des centaines de milliers de femmes et d’enfants sans défense, ensuite recommencer à bombarder le lieu, l’envahir, le piller et s’assurer que ses propres entreprises gagnent des milliers de millions de dollars dans un processus de reconstruction qui ne montre en réalité aucun résultat concret.

Une attitude semblable ne peut être comparée à aucune ; ni à la Chine ni à l’Union Soviétique, qui s’est toujours assurée de que ses États satellites avaiient des niveaux de vie supérieurs à ceux de Moscou.

***

Si la Chine ne le fait pas, je le ferai brièvement. Utilisons des chiffres et montrons au monde, notamment à ces citoyens occidentaux « préoccupés » de comment va réellement la Chine. Comparons. Et faisons-le sur une base par tête, l’unique chemin juste.

Combien de gens ont été assassinés par l’Occident au-delà de ses frontières depuis la Deuxième Guerre mondiale dans le Monde Arabe, en Asie Pacifique, en Afrique, en Amérique Latine, en Océanie ?, en réalité presque partout. J’ai calculé, et mon calcul a minima est entre 50 et 60 millions. Plus de 200 millions dans des actions indirectes.

La Chine, quelques milliers de personnes dans son invasion punitive et erronée du Viêt-Nam, après que le Viêt-Nam ait libéré le Cambodge des Khmers Rouges. Mais c’est le pire que la Chine ait fait ! Et elle s’est rapidement retirée. Et n’a jamais bombardé le Viêt-Nam jusqu’à le renvoyer à l’âge de pierre !

Par conséquent, supposons que l’invasion chinoise a coûté 10 000 vies, l’Occident a tué au moins 5 000 fois plus gens que la Chine. Simples mathématiques : non ?

Combien de gouvernements ont été renversés par l’Occident, y compris ceux qui ont été choisis dans des processus démocratiques soigneux et enthousiastes ? Je n’ai pas la patience de les mentionner tous : Nicaragua, Chili, Brésil, République Dominicaine, Indonésie, Iran, Zaïre, Paraguay et des douzaines d’autres. On a simplement détruit tout gouvernement qui n’était pas approuvé par les entreprises et hommes politiques occidentaux.

La Chine : zéro. L’Occident a réellement donné de grandes leçons de démocratie au monde !

Mais continuons nos comparaisons.

  • Qui utilise son veto contre les résolutions des Nations Unies sur la Palestine et d’autres sujets internationaux cruciaux ?
  • Qui se place en dehors de la portée des tribunaux internationaux de justice, en menaçant même d’envahir la Hollande dans le cas où on fait comparaitre ses citoyens devant la cour internationale de La Haye ?
  • Qui est le plus grande contamineur, par tête ? La Chine n’est même pas comparable avec les nations scandinaves, et elle devient la deuxième menace écologique, après les USA, seulement si on raisonne en valeurs absolues, une manière très étrange d’utiliser les statistiques. Pour utiliser la même logique, on finirait par dire que : « il y a plus de personnes qui fument en France qu’à Monaco ».

Même l’ex vice-président des USA, Al Gore, dont on ne peut pas dire qu’il soit un amoureux de la Chine, a écrit que la Chine a des lois de protection environnementale plus dures que les Etat-Unis d’Amérique.

Mais revenons à la défense, cette « menace » que la Chine, à ce qu’on suppose, porte au reste de monde.

Selon l’Institut international de recherches pour la paix de Stockholm (l’Annuaire SIPRI 2012), avec une population de 315 millions, les USA investissent (officiellement) près de 711 milliards de dollars dans des dépenses militaires. Beaucoup d’analystes insistent sur le fait que le chiffre est en réalité 1 billion [million de millions] de dollars ; d’autres disent que le montant est même supérieur à cela, mais il est incalculable à cause d’une interaction opaque et complexe entre le gouvernement US et le secteur privé. Mais basons-nous sur les chiffres officiels et acceptons, comme argument, le calcul le plus bas de 711 milliards de dollars.

Les proches alliés des USA sont aussi tous des grands dépensiers ; tous acquièrent ardemment leurs bombes nucléaires, missiles et avions de chasse : le Royaume-Uni avec 63 millions de personnes dépense 62,7milliards de dollars pour la « défense ». La France avec 65 millions de personnes, dépense 62,5milliards. Le Japon avec 126 millions, débourse 59,3 milliards de dollars, bien qu’officiellement il n’ait même pas d’armée. Deux des alliés les plus proches de l’Occident au Moyen-Orient, sont encore plus radicaux :

L’ Arabie Saoudite avec une population de 28 millions dépense 48,2 milliards de dollars, et Israël avec une population de seulement 8 millions, dépense 15 milliards de dollars, un montant proportionnellement similaire.

La Chine, le pays le plus habité du monde, avec 1 ,347 milliard de personnes, dépense 143 milliards de dollars, à peu près autant que le Royaume-Uni et la France réunis : mais avec une population à plus défendre 10 fois supérieure !

Par tête, les Etat-Unis d’Amérique dépensent en défense plus de 21 fois plus que la Chine. Le Royaume-Uni plus de 9 fois et l’Arabie Saoudite plus de 16 fois.

Et il faut se demander : De qui se « défendent » la France et le Royaume-Uni ? Peut-être être de l’Andorre, de Monaco ou de l’Irlande ? Ou peut-être encore de ce morceau lointain de l’Europe, l’Islande ?

A l’inverse, la Chine, qui a été attaquée à plusieurs occasions ; fut occupée, colonisée et pillée par des puissances occidentales, en particulier par le Royaume-Uni et la France (dont la barbarie du pillage de Pékin fut légendaire), et fait face à des centaines de bombardiers stratégiques et de missiles nucléaires, pointés depuis les bases d’Okinawa et de Guam, par les flottes US de la région et depuis les bases des ex colonies voisines d’Asie centrale de l’ancienne Union soviétique.

Les USA, en défi à la constitution des Philippines, mènent des exercices militaires sur la base Clark et dans d’autres installations militaires sur le territoire de leur ancienne colonie. Il a une forte présence militaire en Corée du Sud, à seulement quelques pas de la Chine, et fait des propositions ouvertes et dissimulées au Viêt-Nam, essayant, étrangement, de louer certains de leurs anciennes bases, qui ont été utilisées pour la dernière fois pendant la guerre contre eux. Et ce n’est pas un secret que la Mongolie est maintenant l’une des alliées les plus inconditionnelles des occidentaux, avec des milliers de kilomètres d’une longue frontière avec la Chine.

Qu’est-ce qui justifie des dépenses militaires si différentes entre l’Occident et la Chine ?

La réponse est : Rien ! Comme dans le cas de la « Doctrine Monroe » l’Occident n’a pas besoin de justifications ridicules. Sa présomption de supériorité raciale et culturelle, non exprimée mais assumée, semble suffire pour faire taire tous les sceptiques et critiques intérieurs.

Les élites, « intellectuels » et médias de la plupart du monde ont été entraînés et payés s’agenouiller et baisser la tête devant cette farce évidente mais indubitable.

Que suis-je entrain de faire ? Formuler ces questions est non seulement considéré comme inacceptable en Europe et aux Etats-Unis : c’est insolent !

Et la Chine, souvent victime d’agressions occidentales, se trouve maintenant sur la défensive, accusée de « démontrer son pouvoir », malgré son budget de défense disproportionnellement bas et presque sans histoires d’invasions et d’impérialisme.

***

La Chine représente une menace, tandis qu’elle se positionne épaule contre épaule avec la majorité des nations progressistes latinoaméricaines et avec la Russie, bloquant des résolutions de l’ONU faites pour ouvrir la porte à l’invasion occidentale de la Syrie.

Aux yeux du régime occidental, la tentative d’empêcher une invasion équivaut à un crime suprême, presque similaire au terrorisme. Les pays qui représentent un obstacle sont vilipendés, en utilisant la propagande la plus virulente.

Il faut rappeler que la même rhétorique fut utilisée par l’Allemagne nazie, pendant la guerre. Membres de toute la résistance, guérilleros et forces d’opposition étaient traités de terroristes. Et qui peut oublier les graves insultes réservées aux nations qui allaient être attaquées ? Ou à l’Union soviétique qui a affronté les nazis et fini par les battre !

Selon mes investigations dans la région, les forces occidentales entraînent non seulement l’ « opposition syrienne », mais aussi les djihadistes et mercenaires saoudiens et qataries, dans des lieux dénommés « camps de réfugiés » en Turquie, près de Hatay, et dans la base de la force aérienne US dans l’Adana.

Mais qui pardonnera à la Chine, la Russie et à l’Amérique Latine qui essaient d’empêcher un autre scénario horripilant dans le style libyen ?

Et après, nous avons, ces Îles Spratly, cette prouesse de la propagande occidentale.

Les îles Spratly pourraient être en réalité l’unique preuve que la Chine est entrain de « montrer son pouvoir », ou qu’elle est disposée à défendre ses intérêts.

Le gouvernement des Philippines, une ex colonie US, est à l’avant-garde des fermes critiques dirigées contre la Chine.

Je me suis entretenu avec des universitaires philippins, d’importants experts à Manille, et j’ai réussi à interviewer plusieurs d’entre eux.

Les opinions étaient en général similaires, résumées par Roland G. Simbulan, chercheur et professeur d’Études de Développement et d’Administration Publique à l’Université des Philippines, qui a expliqué :

« En parlant franchement, ces Îles Spratly ne sont pas importantes pour nous. Ce qui arrive est que nos élites politiques sont évidemment encouragées par les USA pour provoquer la Chine, et il existe aussi une grande influence des militaires étasuniens sur nos forces armées. Je dirais que les militaires philippins sont très vulnérables à ce type d’ « encouragement ». Par conséquent les USA nourrissent constamment ces attitudes antagoniques. Mais continuer avec ce type d’attitude pourrait être désastreux pour notre pays. Avant tout, nous sommes tout près de la Chine, géographiquement et en général ».

Au Viêt-Nam, les Etats-Unis exploitent clairement des rivalités anciennes, créant une inimité entre deux États socialistes.

***

Et ensuite le sujet des droits de l’homme.

A nouveau comparons.

Il y a plus de gens dans les prisons aux USA qu’en Chine. Pas seulement plus, mais incomparablement plus.

Selon le Centre International d’Études Pénitentiaires, les Etats-Unis d’Amérique ont plus de personnes en prisons, que toute autre partie du monde : 730 pour 100 000 habitants ! Sur 221 pays et territoires dont des données ont été obtenues, la Chine se trouve à la 123ème place, avec 121 prisonniers pour 100 000 habitants. Six fois moins que les USA, et même moins que le Luxembourg (qui occupe la 120ème place avec 124 prisonniers pour 100 000 habitants) ou l’Australie (qui occupe la 113ème avec 129 prisonniers pour 100 000 habitants).

C’est un fait connu qu’aux USA nombre de prisons sont privatisées et qu’on gère les prisonniers en réalité comme main d’œuvre gratuite ou bon marché. Si ce n’est pas une violation des droits de l’homme, maintenir des millions de personnes en prisons pour des délits de peu d’importance, seulement pour remplir les coffres d’entreprises privées : qu’est-ce qui l’est ?

La torture est acceptée et utilisée par les interrogateurs US par tout dans le monde.

La Chine exécute encore plus de personnes qu’aux USA, même sur la base par habitant, ce qui est déplorable, mais la quantité d’exécutions diminue en Chine, car le nombre de crimes punis de mort se réduit.

Mais tandis que la peine capitale en Chine est fréquemment mentionnée en référence avec les violations des droits de l’homme, rarement l’on signale que les USA réalisent des exécutions extrajudiciaires dans différentes parties du monde, dont l’Afghanistan et le Pakistan, etc. où ils utilisent des drones, pour attaquer arbitrairement des présumés terroristes, y compris des femmes et des enfants.

Et le dernier argument de propagande, le Tibet ? Si nous comparons la situation à celle des territoires régis par des alliés occidentaux, comme l’Indonésie et l’Inde, nous arrivons à des conclusions très inconfortables.

Le régime de l’Inde au Cachemire peut être décrit seulement comme une vraie boucherie ; le régime indonésien chez les Papou, avec plus de 120 000 morts (un calcul a minima) ne se ne se différencie en rien d’un génocide.

Mais l’Inde et l’Indonésie ne sont jamais été décrites comme des nations qui devraient changer leur histoire de violations brutales des droits de l’homme. On ne décrit pas non plus les nations occidentales en fonction de leurs innombrables crimes contre l’humanité sur tous les continents.

Les droits de l’homme sont il valables seulement pour ceux qui vivent à l’intérieur d’un pays ? Ne sont-ils pas « humains », les 50, 60 ou 200 millions que l’Occident a assassinés, surtout dans des pays pauvres ?

Il est ridicule d’affirmer que le racisme ne joue pas un rôle dans la façon de montrer la Chine.

J’ai les amis, qui sont par ailleurs des hommes et femmes sensés et progressistes, qui, quand la Chine est mentionnée, n’écoutent plus et commencent à crier : « Non, je ne veux pas aller dans ce pays. C’est terrible ! »

Des communistes, des socialistes, ou des capitalistes, la réussite des nations asiatiques ne se prend jamais à la légère en Occident.

Qui pourra oublier les sarcasmes et la « méfiance » dirigés vers le Japon quand il a dépassé, économiquement et socialement la majorité des nations européennes. Et jusqu’à présent, quand quelqu’un mentionne que Singapour a beaucoup d’indicateurs sociaux qui sont meilleurs que ceux de l’Australie, il est immédiatement reçu par des arguments détournés, dirigés vers la ville-État tropicale.

Singapour et le Japon sont de fidèles alliés occidentaux et des économies de marché hautement développées intégrées dans le système capitaliste mondial.

La Chine est différente. Elle développe son propre modèle ; elle ouvre et crée son propre chemin à travers un territoire inconnu. Elle n’est pas disposée à se soumettre aux des ordres des autres. Elle est trop grande, sa culture est trop ancienne.

Dans le passé, comme le Japon, la Chine s’était fermée, vivant en son propre domaine, jamais agressive envers les autres, et sans ambitions expansionnistes.

Les occidentaux sont arrivés et l’ont obligée à s’ouvrir. Ce qui est survenu ensuite furent des bains de sang et des tromperies, de la confusion et une longue période d’humiliation nationale et de marasme.

Ensuite est venue la lutte pour l’indépendance et la révolution. Non sans difficultés, ni sans problèmes, mais la Chine a recommencé à grandir, elle a commencé à se mettre debout, éduquant son peuple, fournissant logement et santé aux pauvres.

Elle a suivi son propre chemin ; un mode complexe d’équilibre entre sa propre culture et les conditions mondiales, entre le socialisme et la réalité capitaliste qui domine le monde.

Elle a subi quelques revers mais a connu bien d’autres réussites. Et en réalité, elle n’a pas réellement « grandi » ; elle a seulement commencé à récupérer sa juste place dans le monde, un endroit qui lui a été refusé durant tant de temps, après des années de pillage et d’invasions affaiblissantes.

C’est en général une nation bénigne habitée par gens de bon cœur. Presque tous ceux qui connaissent la Chine sont d’accord.

Mais c’est aussi une nation extrêmement déterminée et orgueilleuse. Elle est savante et cherche l’harmonie, est toujours disposée au compromis.

Essayer de la coincer, de la provoquer, de l’attaquer, serait inique, presque suicidaire. Cette fois la Chine ne cédera pas, pas quand cela relève de sujets essentiels. Elle est encore fraîche, la mémoire de ce qui est arrivé quand elle l’a fait.

L’ Occident, figé par la crainte qu’ il pourrait perdre les privilèges du dictateur, fait l’impensable : mettre une barre en fer dans la bouche du dragon. Ici en Asie, les dragons sont respecté et aimées, ce sont des créatures mythiques de grande sagesse et pouvoir.

Mais les dragons peuvent aussi être cruels quand se brise la bonne volonté et les envahisseurs menacent de dévaster la nation.

La Chine grandit et essaie de comprendre le monde, d’interagir avec lui. Son peuple s’enthousiasme pour ce qu’il voit ; il veut gagner des amis.

L’ Occident joue l’antagonisme : recommence à provoquer une course aux armements, utilise la propagande la plus virulente, corrompt des nations entières en Asie et en Océanie pour qu’elles adoptent une position anti-Chine.

Il est compréhensible que l’Occident n’ait pas sacrifié ces millions de personnes, partout dans le monde, seulement pour abandonner son contrôle dictatorial et exclusif du pouvoir. Il n’a pas détruit de douzaines de pays qui cherchaient la liberté, n’a pas bombardé de dizaines de millions des personnes, pour céder maintenant.

A l’avenir on ne peut pas exclure un affrontement, et qui sera le coupable est évident.

La Chine n’abandonnera pas son chemin. Il n’y aura pas de Eltsine chinois. Après s’être montrée ferme, la Chine fournit un exemple au monde.

Au moment où j’écris ces mots, l’Amérique Latine résiste et gagne. La Russie résiste tandis qu’elle cherche sa propre direction. Les autres peuvent si joindre. L’ Afrique rêve de résistance, mais n’ose pas encore ; elle est encore trop blessée. Les pays arabes osent, mais n’ont pas encore décidé dans quelle direction orienter leurs rêves.

Mais le mécontentement augmente avec les bottes qui écrasent la liberté. Et la Chine n’est pas celle qui les chausse.

L’irrationalité et le racisme de l’Occident peuvent être contre-productifs.

Andre Vltchek

Titre original  : «  What’s the Big Deal ? The Irrational, Racist Fear of China  »

CounterPunch, 4 – 6 janvier 2013

Traduit pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi, Paris, le 9 janvier 2013

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Avec le report de l’investiture de Chavez, Nicolas Maduro, vice-président et ministre des affaires étrangères -désigné par Chavez, comme son dauphin- et Diosdado Cabello, président de l’Assemblée Nationale, sont en première ligne : les pays de la région apportent leur soutien au gouvernement vénézuélien.

« Il n’y a pas de vacance du pouvoir exécutif au Venezuela  ». C’est en ces termes très clairs que s’est exprimée le Procureur Général du pays, Luisa Marvelia Ortega Díaz : le président Hugo Chávez, le vice-président Nicolás Maduro, et le gouvernement « se trouvent en possession de leur charge », ses propos validant la décision de l’Assemblée Nationale, prise le 8 janvier, d’entériner le report – pour raison de santé- de la prestation de serment du président Chavez, laissant la possibilité de réaliser cet acte devant le Tribunal Suprême de justice ultérieurement. Et se référant en cela aux articles 230 et 231 de la constitution.

 Maduro, , vice-président et ministre des affaires étrangères

Le président Hugo Chávez « est un président réélu et non un candidat élu », ce qui constitue une grande différence pour comprendre et interpréter la constitution, poursuit le haut magistrat. Le 7 octobre dernier, le peuple vénézuélien a exercé sa souveraineté et s’est exprimé en élisant Hugo Chavez. Ce qui est indiscutable.

Depuis plusieurs jours les spéculations, savamment attisées, vont bon train sur l’avenir démocratique du Venezuela et l’interprétation de la constitution. L’opposition, représentée par Henrique Capriles qui a demandé au Tribunal Suprême de Justice de se prononcer « sur une crise institutionnelle en vue » estimant que la date du 10 janvier marque la fin d’un mandat et le début de l’autre, n’a en réalité pas intérêt à précipiter les événements.

Une élection anticipée ne la donnerait pas forcement gagnante, d’autant qu’aux élections régionales du 16 décembre dernier, le chavisme est sorti vainqueur. Si l’heure n’est pas au bilan, on ne peut oublier les réussites sociales d’Hugo Chavez dans son pays, qui lui ont valu encore lors des dernières élections le soutien du peuple dont les plus pauvres, grâce à un meilleur accès à l’éducation, à la santé, et au logement.

Hugo Chavez a également transformé la politique et la géopolitique de l’Amérique Latine, n’en déplaise à ses détracteurs. Il a été ces dernières années un artisan actif de la construction régionale aux cotés de ses voisins (Bolivie, Equateur…) en participant à asseoir différentes institutions régionales comme l’Alba, l’Unasur, le Celac, et son entrée récente au sein du Mercosur fut un pas décisif.

Aussi rien d’étonnant à ce que jeudi 10 janvier, plusieurs dirigeants ou représentants des pays de la région se rendent à Caracas, à l’instar de Evo Morales, président de la Bolivie, Jose Mujica, président de l’Urugay, ou Hector Timerman, ministre des affaires étrangères de l’Argentine.

Un appui explicite au gouvernement Vénézuélien et au peuple Vénézuélien –appelé à une grande manifestation de soutien- et un message direct aux éventuelles tentatives de déstabilisation du pays, alors que Nicolas Maduro, vice-président et ministre des affaires étrangères -désigné par Chavez, comme son dauphin- et Diosdado Cabello, président de l’Assemblée Nationale, sont en première ligne.

Et doivent éviter les écueils qui émergeraient d’un conflit au sein des différents groupes partisans de Chavez, les deux protagonistes n’ayant ni le même profil, ni les mêmes appuis.

Car si Chavez a réussi à récupérer au profit de l’état et donc du peuple les bénéfices du pétrole, le pays se trouve encore dans une économie de rentes, dépendant de ses exportations quant à sa souveraineté alimentaire : la transformation du tissu économique, et la révolution bolivarienne ont encore du chemin à faire. Et des embuches multiples à surmonter.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo. Paris, le 9 Janvier 2013.

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Les changements apportés à l’ACDI font partie d’une série de mesures prises par le gouvernement canadien ainsi que par les entreprises afin de faire taire l’opposition largement répandue face à l’exploitation brutale et la destruction de l’environnement dont sont synonymes les projets miniers.

Les populations touchées par ces projets accusent les grandes sociétés minières canadiennes d’assécher leurs rivières et de contaminer leurs eaux, de causer des problèmes de santé (maladie de peau, cancer, problèmes respiratoires), d’offrir de mauvaises conditions de travail et de payer peu de redevances minières aux gouvernements locaux malgré leurs profits faramineux. Cette opposition, qui prend souvent la forme de conflits violents, menace les opportunités de profits des grandes sociétés canadiennes qui sont parfois forcées d’annuler ou de reporter des projets.

En Afrique du Sud, deux mineurs en grève sont morts lors d’affrontements violents survenus près d’une usine de traitement appartenant à Forbes & Manhattan Coal, une compagnie basée à Toronto. La grève à laquelle participaient ces mineurs faisait partie du large soulèvement des mineurs en Afrique du Sud de l’automne 2012 suite au massacre de plusieurs dizaines d’entre eux à la mine de Marikana. Les mineurs réclamaient de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Devant plusieurs chefs d’entreprises réunis à l’Economic Club of Canada, le ministre canadien de la Coopération internationale, Julian Fantino, a décrit l’ACDI comme un «outil» pour «aider les entreprises commerciales à l’étranger». Faisant l’éloge de l’économie capitaliste, il a déclaré que le travail de cette agence canadienne «consiste principalement à aider les pays en développement à créer les conditions propices pour mettre des capitaux à la disposition des entreprises».

Officiellement, la raison d’être de l’ACDI est le financement de l’aide humanitaire et des projets de développement à long terme visant à réduire la pauvreté. Cependant, l’aide au «développement international», dans laquelle l’ACDI joue un rôle prééminent, a toujours été une arme parmi d’autres dans l’arsenal de la politique étrangère canadienne. Non seulement l’ACDI peut aider les compagnies canadiennes à s’implanter à l’étranger et à faire du profit, mais, de manière plus large, elle sert à étendre l’influence géopolitique de la bourgeoisie canadienne à travers le monde.

«L’ACDI peut contribuer à renforcer la capacité de négocier avec d’autres pays, de mettre en œuvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d’autres partenaires, et aider les entreprises à profiter de ces accords. Et nous le ferons de plus en plus à l’avenir», a déclaré le ministre Fantino devant l’Economic Club.

Quand Fantino parle de créer des «conditions propices» ou d’«établir les cadres législatifs et réglementaires nécessaires» pour que les entreprises canadiennes puissent investir, cela signifie concrètement que l’ACDI doit mettre l’accent sur la promotion des privatisations et les dérèglementations et aussi dissuader les gouvernements concernés à nationaliser des parties de leurs économies. Du point de vue des entreprises canadiennes, de telles politiques sont vitales pour faire fructifier leurs bilans financiers, même si cela a des conséquences dévastatrices sur les conditions sociales de ceux qui habitent là où ces entreprises s’implantent et sur l’environnement.

Et Fantino a annoncé que l’Agence exigera dorénavant des ONG qu’elle finance d’entrer dans des partenariats avec les entreprises canadiennes à l’étranger.

«Et, bien que l’Agence ait de longs antécédents de travail avec des organisations du secteur privé, qui agissent à titre d’agents d’exécution, elle doit en fait collaborer davantage avec elles», a affirmé Fantino. Il a rajouté que les partenariats qui existent déjà entre des ONG financées par l’ACDI et des compagnies minières canadiennes devraient être des «modèles» pour de futurs projets de développement.

Le Canada occupe une place importante au niveau international dans l’industrie minière. Il est un des principaux producteurs de plusieurs minerais, comme la potasse, les minerais de fer, le nickel, le cuivre, l’uranium, l’or, les diamants et le charbon. De plus, le Canada est le siège de nombreuses entreprises d’exploration ainsi que de grandes sociétés minières telle Barrick Gold, le plus important producteur d’or dans le monde. Le Canada est aussi un joueur clé pour le financement de l’industrie minière mondiale qui y trouve le capital de risque nécessaire à ses projets d’exploration minérale.

L’industrie minière canadienne occupe une place de plus en plus importante dans les investissements directs canadiens à l’étranger. De 2001 à 2011, la part des investissements directs canadiens à l’étranger visant le secteur minier est passée de 11,8 pour cent à 18,8 pour cent. De 2006 à 2011, la valeur totale de ces investissements a presque doublé, passant de 23,8 milliards à 45,3 milliards de dollars.

Ces investissements ont rapporté d’énormes profits à la bourgeoisie canadienne. GoldCorp, une importante société aurifère canadienne, a enregistré un bénéfice de 498 millions de dollars pour le troisième trimestre de 2012. Barrick Gold a enregistré un bénéfice de 618 millions de dollars pour le même trimestre, malgré une baisse de 55 pour cent de son bénéfice. L’ancien PDG de Barrick, Aaron Regent, a gagné 9,2 millions de dollars en 2011. Selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives, sur les 100 PDG les mieux payés au Canada, 19 œuvrent dans le secteur minier.

Le tournant de plus en plus marqué de l’ACDI vers des collaborations ouvertes avec les grandes multinationales canadiennes a suscité de vives réactions chez plusieurs intervenants qui travaillent dans le domaine de la coopération internationale.

Stephen Brown, un enseignant en développement international à l’Université d’Ottawa a dit que les projets de développement qui impliquent les sociétés minières reviennent à une subvention déguisée pour ces sociétés. «C’est de l’argent qui est utilisé pour obtenir et maintenir l’accord des communautés afin que les compagnies minières puissent continuer de faire leurs opérations», a dit Brown. «Cela doit faire partie des calculs financiers [des entreprises] et non du budget de l’ACDI.»

Les dernières annonces du ministre ainsi que des coupes de 319 millions de dollars sur les trois prochaines années auxquelles fait face l’ACDI laisseront encore moins de marge de manœuvre aux ONG financées par l’ACDI pour se consacrer à autre chose que des partenariats avec la grande entreprise canadienne.

Répondant aux vives réactions à son discours sur les changements apportés à l’ACDI, Fantino a déclaré : «Ça n’a rien à voir avec le pillage et l’extorsion». Vraiment ?

Selon le Groupe de recherche de l’Université McGill sur l’activité minière du Canada en Amérique latine (en anglais, MICLA), il y a environ 200 mines canadiennes en activité à tout moment en Amérique latine. Depuis la fin des années 1990, ce groupe a recensé 85 sites miniers où un conflit est survenu entre la population locale et l’entreprise minière.

Un exemple typique est celui de la mine San Martin au Honduras. La compagnie canadienne GoldCorp a exploité cette mine d’or pendant près de 10 ans avant de la fermer en 2008. Lorsque la mine a ouvert, la compagnie a pu faire accepter le projet aux cultivateurs locaux en promettant emplois et nouvelles maisons pour ceux qui habitaient là où l’extraction de l’or devait se faire.

Rodolfo Arteaga, un ancien travailleur de la mine qui avait vendu son cheptel pour y travailler, a affirmé : «Pendant des années, j’ai bu de l’eau contaminée par les métaux lourds. Des tests ont révélé que j’avais des niveaux élevés de plomb et d’arsenic dans le sang.» Le docteur Juan Alemendarez, ancien doyen de la faculté des sciences médicales de l’Université nationale autonome du Honduras, tient une clinique dans la Vallée de Siria, là où se trouve la mine San Martin, maintenant abandonnée. Il rapporte que la proportion de patients qui vont consulter pour des maladies de peau est passée de 10 pour cent à 70 pour cent en quelques années. Il ajoute : «Les gens nous consultent aussi pour des pertes de cheveux, des démangeaisons, des irritations aux yeux. Et ça, c’est parce qu’ils ont bu et se sont lavés avec cette eau contaminée par la mine.»

Le Groupe de recherche de McGill rapporte qu’en 2009, les carcasses de 24 bovins ont été retrouvées près des pâturages entourant la mine, empoisonnés par l’eau contaminée. De plus, au moins 15 des 18 cours d’eau fournissant l’eau potable aux différents villages ont été asséchés.

Les développements au Honduras reflètent ce qui se passe dans de nombreux autres pays d’Amérique Latine, d’Afrique et du monde entier, incluant au Canada. Tandis que la «prospérité économique» prétendument apportée par la mine est souvent mise de l’avant par la compagnie et les gouvernements des pays concernés pour faire accepter le projet minier à la population, l’impact sur l’agriculture et le bétail du manque d’eau et de l’empoisonnement de l’environnement forcent les habitants de la région minière à quitter leur région ou sinon à y laisser leur santé.

Les activités minières comme celles de GoldCorp ou d’autres compagnies minières au Honduras ont suscité une forte opposition parmi la population face à de futurs ou actuels projets miniers.

Aussi, le gouvernement Harper estime qu’en jumelant les ONG financées par l’ACDI avec les entreprises canadiennes, ces dernières pourront améliorer leur image et leur capacité à faire face à l’opposition qu’elles suscitent.

Pierre Gratton, le président de l’Association minière du Canada, a accueilli l’annonce du ministre. Il admet que les compagnies minières ont fait des «erreurs» dans le cadre de leurs projets de «responsabilité sociale des entreprises» et que les changements apportés par le ministre à l’ACDI permettront aux ONG de mieux aider les entreprises à remplir leurs «responsabilités sociales».

Un passage d’un article du 17 décembre du quotidien montréalais The Gazette montre bien ce que signifie vraiment cette «responsabilité sociale des entreprises» et comment les ONG peuvent aider à lui donner de la crédibilité.

«Telle est la contribution de Barrick à la construction de logement à Vallenar et Copiapó, en partenariat avec une ONG qui s’appelle Un Techo Para Chile (Un toit pour le Chili). C’est en grande partie en raison des activités minières, et de sa soif pour l’eau pendant les dernières décennies, que le bassin de Copiapó s’est asséché. (Produire une once d’or requiert en moyenne 6000 litres d’eau.)

Les fermiers qui ne sont plus capables de cultiver des raisins ou des mangues dans leurs villages affluent vers les villes à la recherche d’emploi dans le secteur minier, mettant de la pression sur les ressources immobilières et créant des bidonvilles. Mais maintenant que l’ONG a fait un partenariat avec Barrick, ça pourrait les rendre moins critiques de la compagnie et des activités minières en général.»

Pour Daviken Studnicki-Gizbert, un professeur d’histoire à l’Université McGill et aussi coordonnateur du MICLA, ce que les minières appellent «responsabilité sociale» est plutôt de la gestion de relations publiques. «Ça donne une aura de “nous nous soucions de vous” et de respectabilité à l’industrie sur des questions sociales et environnementales. Mais, la compagnie ne s’assoit jamais pour dire : “Voulez-vous une mine ici ? Ce n’est pas de la consultation. C’est de la performance.”

En plus des changements annoncés aux opérations de l’ACDI, le gouvernement Harper a pris d’autres mesures pour venir à la rescousse des sociétés minières canadiennes. En 2009, il a créé un bureau des plaintes pour les personnes à l’étranger qui sont affectées par les opérations des compagnies minières canadiennes et qui se nomme “Bureau du conseiller en responsabilité sociale des entreprises de l’industrie extractive”.


Doté d’un budget annuel de 650.000 dollars, cet organisme est destiné à aider les entreprises à l’étranger à implanter leur programme de “responsabilité sociale” et à régler des conflits qui surviennent. Jusqu’à maintenant, deux des trois dossiers ouverts suite à des plaintes étaient liés à des conflits impliquant des compagnies minières canadiennes en Amérique latine. Les deux dossiers ont dû être fermés, car les compagnies visées n’ont pas voulu coopérer.


L’automne dernier, le gouvernement Harper a annoncé l’allocation de 25 millions de dollars à même le budget de l’ACDI, pour la création de l’Institut canadien international pour les industries extractives et le développement. Le but de cet institut sera prétendument de renforcer “la capacité technique des gouvernements des pays en développement de mieux gérer et gouverner les industries extractives et d’en profiter”.

Le Canada peut bien être une puissance impérialiste de second rang, mais à l’instar de ses rivaux et alliés plus puissants, elle défend impitoyablement ses intérêts et s’organise pour que les gouvernements étrangers coopèrent avec elle.

Les changements apportés à l’ACDI sont liés à d’autres importants changements dans la politique étrangère canadienne, incluant une vaste expansion du militarisme canadien lors des deux dernières décennies. Ces changements reflètent une compétition mondiale de plus en plus féroce et l’exemple de l’industrie minière montre que lws éltites canadiennes n’hésitent pas à employer tous les moyens à sa disposition pour défendre ses intérêts prédateurs.

Louis Girard

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Obama et la torture

janvier 11th, 2013 by Bill Van Auken

Alors que le gouvernement d’Obama se prépare à entamer son second mandat, avec ses apologistes libéraux et “de gauche” spéculant sur les perspectives d’une action progressiste, les événements ont une fois de plus montré clairement que le président démocrate poursuit les crimes de son prédécesseur et va plus loin encore.

Durant ses quatre premières années au gouvernement, Obama et son ministre de la Justice, Eric Holder, ont œuvré agressivement à mettre un terme à toutes les enquêtes sur les tortures commises par la CIA et sur les autres crimes commis au nom de la « guerre contre le terrorisme. » Ils sont intervenus affaire après affaire pour faire échec aux plaintes visant à faire répondre de leurs actes ceux qui avaient illégalement enlevé et torturé des milliers d’individus. Ils ont demandé l’abandon, au nom du secret d’Etat, des actions légales qui cherchaient à révéler des informations sur ces crimes.

Le résultat de cette politique sordide est que les tortionnaires et ceux qui leur ont donné des ordres, depuis les interrogateurs de la CIA jusqu’à la Maison blanche, jouissent d’une immunité complète. Voilà le climat politique délétère dans lequel un film fasciste comme Zero Dark Thirty [sur la traque de Ben Laden, réalisé par Kathrine Bigelow, ndt] qui justifie implicitement la torture et rend l’ensemble du peuple américain responsable de ce crime, peut recevoir de multiples récompenses et les louanges des critiques.

Cependant, comme le montre clairement un reportage du Washington Postcette semaine, les actions de la Maison blanche sous Obama n’ont pas eu simplement pour but de cacher et exonérer les crimes du passé, mais également de rendre possible leur continuation à un niveau qualitativement plus important.

Le Post rapporte le sort de trois hommes – dont deux citoyens suédois et un résident britannique de longue date, tous d’origine somalienne – ils ont été arrêtés durant leur voyage dans le pays africain de Djibouti et placés en détention, où ils ont été soumis à des interrogatoires répétés de la part des responsables du renseignement américain pendant plusieurs mois.

Le crime supposé de ces détenus secrets était de soutenir al-Shabab, une milice islamiste qui a contrôlé des grandes étendues du Sud de la Somalie. Si cette organisation n’a été impliquée dans aucune attaque contre les États-Unis, elle a été désignée comme organisation terroriste étrangère par Washington, qui a mis à prix la tête de ses dirigeants.

Derrière cette décision, il y a la tentative du gouvernement américain d’exploiter le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » pour resserrer le contrôle américain sur la Somalie, un territoire stratégique dont la côte forme le détroit de Bab al-Mandab et permet de passer de l’Océan indien vers la Méditerranée et par lequel transite la majeure partie du pétrole mondial.

Intitulé, « les externalisations (‘renditions’) continuent sous Obama, malgré des inquiétudes sur le respect des procédures », l’article du Post affirme : « Ces hommes sont le dernier exemple en date de la manière dont le gouvernement d’Obama a fait siennes les externalisations ( pratique qui consiste à détenir et interroger des suspects dans d’autres pays sans respecter les procédures américaines) et ce malgré une large condamnation de cette tactique dans les années qui ont suivi les attaques du 11 septembre 2001. »

Arrêtés en août dernier, les trois hommes n’ont été présentés devant une cour fédérale que le 21 décembre. Ce qui leur est arrivé au cours des quatre mois précédents n’a pas été révélé par les procureurs fédéraux.

Ce reportage cite une affaire de 2011 contre un autre prétendu partisan d’al-Shabab, un Érythréen, qui a été envoyé dans une prison nigérienne pour interrogatoire par des Américains. Dans son cas, le témoignage d’un des interrogateurs américains, décrit comment cet individu a été d’abord soumis à des méthodes illégales d’interrogatoire par une « équipe sale » d’agents américains avant d’être rendu à une « équipe propre » qui lui a lu ses droits (celui de garder le silence, etc), puis a cherché à obtenir une confession présentable devant un tribunal américain.

Ce qui est décrit ici, c’est ce que l’ex-vice président Dick Cheney avait une fois appelé « passer du côté obscur », un euphémisme qui recouvre les externalisations, la torture et les assassinats extrajudiciaires.

Ce reportage sur les trois hommes accusés d’être des partisans d’al-Shabab intervient quelques semaines seulement après que la Cour européenne des droits de l’homme a rendu une décision ferme qualifiant d’« assimilable à de la torture » l’enlèvement, l’externalisation et la « disparition forcée » prolongée de Khaled El-Masri, qui avait été pris par la CIA en Macédoine il y a près de neuf ans.

Durant les années où il a été retenu sans aucun contact avec l’extérieur, El-Masri a été soumis à de multiples actes de torture, dont la sodomie, la privation sensorielle, des coups, une alimentation forcée, et le refus de soins médicaux. C’est tout l’intérêt des externalisations et de la détention au secret : de créer les conditions nécessaires pour “briser” un détenu. C’était le cas sous Bush, et ça l’est toujours sous Obama.

Qu’est-ce qui a changé ? D’après l’article du Post, une « impasse » avec le Congrès au sujet du sort du camp militaire de prisonniers de Guantanamo Bay à Cuba, et des barrières s’opposant à la proposition du gouvernement de tenter de juger les prétendus terroristes devant des tribunaux américains « ont entraîné une politique de fait sous laquelle le gouvernement trouve plus simple d’abattre les suspects de terrorisme » au moyen d’attaques de drones, pendant que les externalisations « sont devenues encore plus importantes qu’avant. »

Le même jour que le reportage du Post, un juge fédéral new-yorkais a rejeté une action en justice qui demandait que le gouvernement rende public un mémoire qui détaillait les arguments juridiques du gouvernement d’Obama pour justifier le droit qu’il s’est arrogé d’assassiner des citoyens américains, dont le prêtre né au Nouveau-Mexique Anwar al-Awlaki, tué par une frappe de drone en 2011 au Yémen.

La décision de la juge Colleen McMahon revient à une déclaration d’impuissance de la part du pouvoir judiciaire face à l’assaut des dix dernières années contre les droits démocratiques et la criminalité crasse du pouvoir exécutif.

« Je ne peux trouver aucun moyen de contourner la masse de lois et de jurisprudences qui permet effectivement au pouvoir exécutif de notre gouvernement de déclarer comme parfaitement légales certaines actions qui semblent à première vue incompatibles avec notre Constitution et nos lois, tout en maintenant secrètes les raisons de leurs conclusions, » a-t-elle écrit.

Une fois de plus, l’absence d’une base un tant soit peu significative en faveur des principes constitutionnels et des droits démocratiques au sein de l’élite américaine est mise en évidence. Le président américain, Barack Obama, s’est arrogé le droit de soumettre les citoyens américains à une détention militaire sans limitation de durée et d’ordonner leur assassinat sans accusations ni procès, sur la seule foi de sa propre appréciation qu’ils sont des ennemis de l’Etat. Et ni le pouvoir judiciaire, ni aucune autre personnalité des deux grands partis, ni parmi les grands médias, n’est prêt à défier cette politique dictatoriale.

En dernière analyse, cette trajectoire politique plonge ses racines dans la crise historique du capitalisme américain et son expression maligne dans le fossé qui sépare une oligarchie financière de la classe ouvrière, qui est la grande majorité de la population. La croissance sans précédent de l’inégalité sociale rend les droits démocratiques et les principes constitutionnels de base inapplicables.

Conscient que sa politique consistant à faire peser tout le poids de la crise sur le dos des travailleurs va provoquer des troubles révolutionnaires, l’élite dirigeante prépare le cadre légal d’un Etat policier. La classe ouvrière doit faire ses propres préparatifs. La défense de tous les droits démocratiques et sociaux aujourd’hui dépend de la mobilisation par la classe ouvrière de sa force politique indépendante dans une lutte pour mettre fin au capitalisme.

Article original, WSWS, paru le 4 janvier 2013

https://www.wsws.org/en/articles/2013/01/04/pers-j04.html

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Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah, L’honneur des Arabes, le remord des militants, le parfait contre-exemple des opposants arabes modernes.

Paris – Au terme de sa 8me demande, Georges Ibrahim Abdallah entrevoit enfin la liberté. Le doyen des prisonniers politiques en France sortira de prison sans avoir renié ses engagements, a-t-on appris de source judiciaire jeudi.

Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah L’honneur des Arabes, le remord des militants, le parfait contre-exemple des opposants arabes modernes.

Le doyen des prisonniers politiques de France, 61 ans, pourra sortir de prison en libération conditionnelle… à condition d’être expulsé du territoire français, ajoute-t-on de même source.

La chambre d’application des peines de Paris, qui examinait l’affaire en appel, a accédé à sa huitième demande de libération. Agé de 61 ans, l’ancien chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), est incarcéré depuis 28 ans en France pour complicité d’assassinat de deux diplomates en 1982.

Le ministère de l’Intérieur doit impérativement prendre un arrêté d’expulsion du territoire d’ici au 14 janvier.

Pour aller plus loin

http://www.renenaba.com/retour-sur-le-parcours-atypique-de-georges-ibrahim-abdallah/
http://www.renenaba.com/la-justice-francaise-ordonne-la-liberation-de-georges-ibrahim-abdallah/

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Kurdistan : Nouri al-Maliki sur le sentier de la guerre

janvier 8th, 2013 by Gilles Munier

Le torchon brûle depuis longtemps entre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan qui revendique Kirkouk, une série de territoires où les Kurdes seraient majoritaires, ainsi que la liberté d’exploiter les ressources pétrolières du Kurdistan.

La tension s’est accrue quand Barzani a accueilli le vice-Président sunnite Tariq al-Hachemi, accusé de diriger des « brigades de la mort », et refusé, en avril 2012, de le livrer à la justice irakienne*. Elle est montée d’un cran quand Hussein al-Sharistani, vice-Premier ministre irakien pour l’Energie, a menacé de bloquer les 17% du budget fédéral alloué au Kurdistan si le Gouvernement Régional Kurde (GRK) continuait de signer des contrats de prospection avec les compagnies pétrolières étrangères. En juillet 2012, le ministre s’est même engagé à « punir » celles qui interviendraient sans l’approbation du gouvernement central. La crise s’est soldée un mois plus tard par un accord de façade permettant à Maliki de ne pas perdre la face. Mehmet Sepil, directeur exécutif de la compagnie turque Gemel Energy, a résumé la situation en une phrase : « Bagdad a perdu la bataille du pétrole et du gaz naturel dans le nord de l’Irak… La question est de savoir quand il l’admettra ». En attendant, le GRK exporte toujours  « illégalement » du brut dans les pays voisins, et les majors – ExxonMobil, Chevron, rejointes par Total et Gazprom – poursuivent leurs explorations comme si de rien n’était. La construction d’un pipeline kurde vers la Turquie est même à l’étude

Les Forces Dijla

La réponse de Nouri al-Maliki ne s’est pas faîte attendre. Durant l’été, il a constitué un corps militaire à sa dévotion : les Forces Dijla (Tigre), regroupant les groupes d’intervention des ministères de l’Intérieur et de la Défense (qu’il dirige en fait indirectement !) avec les unités de police des provinces de Kirkouk, de Diyala et de Salaheddine. A la tête de la nouvelle structure, il a nommé le lieutenant-général Abdulamir Zaidi, un turkmène aussitôt accusé – sans preuve – par Mahmoud Sangawi, haut responsable militaire de l’Union Populaire Kurde (UPK), d’avoir participé à la campagne de répression Anfal, sous Saddam Hussein.

Massoud Barzani a dénoncé la décision prise par Maliki comme portant atteinte à la constitution et notamment à son article 140 qui prévoit un referendum pour décider de l’avenir de la ville et des champs pétrolifères qui l’entourent. L’organisation de ce scrutin s’est révélée impossible en raison des transferts de populations organisés depuis 2003 par le GRK pour supplanter les Turkmènes et les Arabes dans les territoires disputés. Jalal Talabani, Président de la République, a alors déposé un projet de loi abrogeant les décrets du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR) fixant les frontières administratives des provinces après 1968, et proposant de rétablir celles qui existaient avant. Pour l’opposition, son adoption mettrait le feu aux poudres.

Sans attendre le vote de la loi au Parlement, Massoud Barzani a créé la Force Hamrindu nom d’une chaîne montagneuse située en bordure du Kurdistan – regroupant le ministère des Peshmergas, les services secrets des deux principaux partis au pouvoir -  PDK (Parti Démocratique du Kurdistan) et UPK –, et la police de Kirkouk. Le 16 novembre dernier, un accrochage entre les Forces Dijla et la milice de l’UPK a fait un mort et 13 blessés à Tuz Khurmatou, ville à majorité turkmène. Le 11 décembre, Barzani en tenue militaire a inspecté les troupes stationnées à Kirkouk, et s’est déclaré « prêt à se battre pour préserver l’identité kurde » de la ville. Le 18, les Peshmergas ont fait feu sur un hélicoptère des Forces Dijla filmant leurs positions. Aujourd’hui, le risque de déclenchement d’une nouvelle guerre arabo-kurde est tel que, selon l’agence iranienne Press TV, les Etats-Unis auraient envoyé discrètement  du Koweït 3 000 GI’s réoccuper les bases de Balad (province de Salaheddin), et d’Al-Assad (province d’Al-Anbar). Jalal Talabani – 79 ans et dans un état de santé critique – joue un rôle modérateur, qu’adviendrait-il s’il vient à disparaître ou se trouve dans l’incapacité d’exercer ses fonctions ?

Fatwa anti-guerre

A la demande, notamment, de Ali Hussein, député kurde faili  – c’est-à-dire chiite –, des membres de la Hawza de Nadjaf – la plus haute autorité religieuse chiite duodécimain en Irak – ont déclaré que le déclenchement d’une guerre arabo-kurde est haram, interdite par l’islam. Ceux qui ne tiendraient pas compte de cet avis et qui tomberaient au combat, ne seraient pas considérés comme des martyrs. L’ayatollah Hussein Ismail al-Sadr, neveu de Grand ayatollah Muhammad Baqir al-Sadr, exécuté en avril 1980 sous Saddam Hussein, a rappelé que son oncle avait édicté une fatwa allant dans ce sens.

Le Grand ayatollah Ali Sistani, principal marja de la Hawza de Nadjaf, a recommandé « la patience » au gouvernement, et d’éviter à tout prix un « bain de sang ». Seulement voilà, Nouri al-Maliki a un autre agenda. Sa seule chance d’être réélu en 2014 passe, selon ses conseillers, par une guerre qui ferait de lui le défenseur de l’unité du pays.

* La poudrière de Kirkouk menace d’exploser (Afrique Asie – juillet 2012)

http://0z.fr/iHcRj

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La CIA et la pêche aux intellectuels

janvier 8th, 2013 by Mark Levine

Enfouie dans un article récemment publié par le Washington Post, sur l’expansion des opérations d’espionnage de la DIA (Agence de Renseignement de la Défense) se trouve une phrase qui devrait donner des frissons à tout chercheur, journaliste, étudiant ou intellectuel oeuvrant sur le monde musulman, qu’il soit ou non citoyen américain : « C’est une  tâche colossale que de faire passer des agents de la DIA pour des intellectuels, des professionnels et de créer de toutes pièces de fausses identités, ce qui veut dire que, s’ils sont pris, ils ne bénéficieront d’aucune immunité diplomatique »

Mais, il est peu probable que la DIA ait besoin de fabriquer des « intellectuels » vu la propension de ces derniers à signer volontairement pour un tel boulot car la coopération et la collaboration entre les services de renseignement US et ces intellectuels sont une longue histoire.

Il y a presque un siècle, l’anthropologiste Franz Boas fut ostracisé pour avoir révélé que des intellectuels servaient en qualité d’espions en Amérique Latine, une pratique qui a débuté au Mexique puis s’est  renforcée au cours de la 2ème guerre mondiale. Boas caractérisait cette déviation qui faisait de la science une couverture pour l’espionnage politique, « comme la prostitution de la science de manière impardonnable et lui (l’individu) déniait le droit d’être classé comme scientifique »…

Les universitaires firent partie de l’effort de guerre dans les années 40-45 dans des capacités diverses, y compris au sein de l’OSS (le Bureau des Services Stratégiques), précurseur de la CIA. Depuis sa création en 1947, cette dernière a recruté, dans les meilleures facultés et universités, des diplômés pour faire de la recherche et de l’analyse. Si cette relation s’est un peu affaiblie entre 1970-1980, elle a rebondi avant les attaques du 11 septembre 2001 et s’est développée dans la foulée.

Quelle que soit la position idéologique d’un individu vis-à-vis de la CIA, il est naturel que les agences de renseignement recrutent des employés de la  même manière que le feraient les grandes entreprises. Mais, c’est une chose que de faire de la recherche, pour les institutions militaires, diplomatiques ou le renseignement, et une autre de le cacher…

Les relations de la CIA avec l’Université se sont approfondies au cours des soixante dernières années et sont allées au-delà du simple parrainage de la recherche pour lui faciliter l’analyse des données. L’Agence n’a pas seulement soutenu l’expertise des intellectuels des pays et cultures qu’elle a engagés, mais a financé des recherches et des publications sans publiquement révéler l’origine de ce financement et utilisé ces individus pour l’aider à produire de la désinformation et à s’engager dans des activités directement reliées à l’espionnage.

De plus, en Asie du sud-est (particulièrement dans le Vietnam en guerre), en Amérique latine et en Afrique, les recherches en études de développement et techniques de contre- insurrection  du « tiers monde » sont devenues l’aliment de base de la collaboration CIA – intellectuels.

Nonobstant les problèmes éthiques que posent de telles collaborations, des universitaires de renom ont, au cours des années, non seulement apporté leur soutien à la CIA, mais ont occupé des postes importants au coeur même l’agence. Comme Robert Gates, ancien directeur de l’agence de renseignement US et Secrétaire à la Défense, qui avait dirigé le Minerva Research Initiative, où il tentait de « comprendre plus étroitement les populations mondiales et leur diversité pour atteindre des décisions politiques stratégiques et opérationnelles plus efficaces ».

Même la célèbre Université de Berkeley, foyer de la contre-culture, a directement encouragé des recherches sous label universitaire mais en fait, produites par et pour la CIA. Dans le contexte de la guerre froide, des personnalités prétendument de gauche ont largement soutenu la compétition stratégique, politique, économique, scientifique et culturelle avec l’Union Soviétique.

Les véritables universitaires sont en danger

On peut se demander, étant donné le degré élevé de violence qui caractérise les services du renseignement et les militaires, si le fait que des intellectuels les rejoignent vaut que  l’on s’insurge? Oui, il le faut.

Il est déjà difficile de se rendre dans un pays où les Etats-Unis sont engagés, soit dans des activités violentes par la guerre, l’occupation ou l’usage de drones (Irak, Afghanistan, Yémen), soit soutiennent les politiques répressives de gouvernements locaux (Maroc, Bahreïn, Israël, Egypte… etc) ou pratiquent l’espionnage (Iran, Soudan), ou encore essaient de gagner la confiance des militants religieux, sociaux, ou politiques, dans la ligne de mire de services secrets locaux ou étrangers. L’établissement de relations normales dans ce genre de pays est carrément hasardeux, sinon impossible, si on l’apprend que les agences de renseignement US utilisent des intellectuels (ou des journalistes) comme couvertures pour leurs agents.

Il en va de même des accords conclus par les universités, sans le consentement et dans l’ignorance des facultés et étudiants, pour offrir une couverture à des agents clandestins, mettant ainsi en danger ces universitaires sans qu’ils le sachent. Si cette pratique perdurait, elle entacherait définitivement les recherches universitaires dans le monde musulman ou dans sa diaspora en Europe et en Amérique du nord.

Ces dernières années, en plus du Programme Minerve, ceux de Human Terrain Systems (HTS) ont essayé de placer des universitaires dans ce qui est appelé des « opérations kinétiques » afin de développer des objectifs militaires et stratégiques en Afghanistan et en Irak. Que ces derniers espionnent les peuples qu’ils étudient de telle sorte que leurs études aboutissent directement à la « chaîne de la mort », le plus arbitrairement du monde, est tout simplement déplorable. (…)

Fonds inconnus, travail clandestin

Le Guardian rapportait, à la suite de l’article du Washington Post, que l’espionnage pourrait être utilisé pour accroître l’efficacité du programme de drones US qui, par « des frappes signées », cible et tue des gens supposés dangereux par ceux qui appuient sur le bouton.

Le succès des programmes Minerve et HTS, auprès des journalistes et étudiants, volontairement ou par nécessité,  se lit comme la conséquence des coupes budgétaires pour financer la recherche. Mais il existe un monde parallèle à l’université qui ne manque pas d’argent privé en provenance du gouvernement, des entreprises et du privé : les think tank ou réservoirs de pensée, très proches, idéologiquement et professionnellement des agences de renseignement et de leurs vues politiques…

En 1982 et 1985, la Middle East Studies Association a voté deux résolutions interdisant aux universitaires d’accepter des fonds inconnus ou de travailler en clandestin tout en étant enregistré à l’Association en tant que membres. D’autres institutions professionnelles comme l’American Sociological Association et l’American Academy of Religion, se sont dotées de codes d’éthique forts, mais ne visent pas précisément la question de la coopération dans la chaîne de la mort, entre universitaires, militaires et renseignement.

Ce qui est clair, c’est que la communauté scientifique doit ériger un mur entre elle-même et les institutions militaires et du renseignement avant qu’un plan ne soit mis en place pour recourir au monde universitaire comme écran pour l’espionnage et activités clandestines. Si cela n’est pas fait très vite, le sort (arrestation, emprisonnement, mort) des ces universitaires, ou de ceux avec qui ils travaillent, sera de notre seule responsabilité.

Titre original : Scholars and spies: A disastrous combination, par Mark LeVine (Al Jazeera – 5/12/12)

Traduction et synthèse : Xavière Jardez – Titre et intertitres : AFI-Flash

http://www.france-irak-actualite.com/

http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2012/12/201212475854134641.html

Mark LeVine est professeur à la  Middle Eastern history à l’Université d’Irvine et professeur honoraire au Centre for Middle Eastern Studies à l’Université de Lund en Suède. Il est l’auteur du livre à venir sur les révolutions dans le monde arabe The Five Year Old Who Toppled a Pharaoh.

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Le timing choisi par le président Bachar al-Assad pour proposer un plan de sortie de crise n’est pas anodin. Il a coïncidé, d’abord, avec les défaites successives des groupes armés, ce qui a détruit les illusions des Etats-Unis et de leurs auxiliaires européens et arabes, faussant tous leurs calculs ; et, ensuite, avec les informations sur une prochaine réunion russo-américaine, à la mi-janvier, pour discuter des résultats de la dernière visite en Syrie de l’émissaire international, Lakhdar Brahimi. Ce dernier avait d’ailleurs entendu de la bouche du président Assad les grandes lignes des principes qu’il a développés dimanche à la Maison de la Culture et des Arts, dans un discours prononcé en direct en présence de centaines de partisans enthousiastes. A la tête de ces principes inaliénables figurent les points suivants : la souveraineté et l’indépendance politique de la Syrie ne sont pas négociables, par conséquent, Damas n’acceptera aucune condition imposée de l’extérieur ; toute solution devra refléter la volonté des Syriens ; pas de dialogue avec les terroristes.

Dans sa première allocution depuis le 3 juin 2012, M. Assad s’est montré inflexible, assurant que le conflit n’opposait pas le pouvoir et l’opposition mais “la patrie et ses ennemis” qui souhaitent sa partition et son affaiblissent. Affirmant ne pas avoir trouvé jusqu’à présent de “partenaire” pour cela et refusant de négocier avec “des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger”, il a proposé un plan en trois étapes. Mais avant tout dialogue, les pays finançant les “terroristes” devront “s’engager à arrêter” et “les hommes armés” devront mettre fin à leurs “opérations terroristes”, a-t-il précisé, dénonçant “un état de guerre dans tous les sens du terme”.

Ce n’est qu’une fois ces engagements pris, que l’armée cessera immédiatement ses opérations, “tout en conservant le droit de répliquer”, a-t-il ajouté.

Dans ces conditions seulement s’ouvrira “une conférence de dialogue national”, a-t-il poursuivi. Cette conférence devra rédiger une “Charte nationale” qui sera soumise à référendum, tandis qu’un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes. Toute transition doit “se faire selon les termes de la Constitution”, a-t-il insisté, en faisant référence à des élections.

Le plan Assad prévoit donc trois étapes, qui devraient être prochainement présentés officiellement par le gouvernement afin d’être inscrits dans une “Charte nationale” qui sera rédigée par toutes les parties, avant d’être soumise à référendum :

Etape 1 : Les pays armant les terroristes s’engagent à arrêter de les financer. Arrêt des opérations “terroristes” pour permettre le retour des réfugiés ; l’armée syrienne met aussitôt fin à ses opérations, tout en conservant le droit de répliquer en cas de menace contre la sécurité nationale ; mise en place d’un mécanisme permettant de surveiller l’engagement des parties, notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières.

Etape 2 : Tenue, sous l’égide du gouvernement, d’une conférence de dialogue national auquel participeront toutes les forces, rédaction d’une Charte nationale défendant la souveraineté de la Syrie, son unité et son intégrité territoriale, et rejetant l’ingérence, le terrorisme et la violence ; cette charte doit ensuite être soumise à un référendum ; organisation d’élections législatives suivies de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société, conformément à la Constitution, en charge de faire appliquer la Charte nationale.

Etape 3 : Formation d’un gouvernement conformément à la Constitution, tenue d’une conférence nationale de réconciliation et amnistie générale pour toutes les personnes détenues en raison des événements, reconstruction des infrastructures.

Comme s’y attendait le président Assad, la soi-disant opposition représentée par la Coalition nationale syrienne a aussitôt rejeté ce plan, accusant le chef d’Etat de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir. Le porte-parole de la Coalition, Walid al-Bounni, a affirmé à l’AFP à Beyrouth que l’opposition souhaitait “une solution politique, mais l’objectif pour les Syriens est de sortir (M. Assad)”.

Le président Assad avait déclaré que de toute façon, ce plan ne s’adressait pas à “ceux qui vont le rejeter d’emblée mais aux vrais patriotes qui ont à cœur l’intérêt de la Syrie”.

“Cela ne sert à rien de discuter avec ceux qui prennent leurs ordres de l’étranger, il vaut mieux parler directement avec le maitre et non pas avec l’esclave”, a-t-il dimanche.

L’initiative du président Assad intervient alors que les Etats-Unis semblent s’être résignés devant l’échec de toutes les pressions, sanctions et offensives militaires pour obtenir le départ du chef de l’Etat syrien. Le 29 décembre, la Russie a indiqué que M. Assad entendait rester au pouvoir jusqu’au bout de son mandat et qu’il était impossible de l’en dissuader.

Lors de sa visite fin décembre à Damas, Lakhdar Brahimi a évoqué un plan “basé sur la déclaration de Genève”, prévoyant un cessez-le-feu, la formation d’un gouvernement aux pleins pouvoirs et des élections. La déclaration de Genève datant de juin 2012 prévoyait un gouvernement de transition mais n’évoquait pas le départ de M. Assad.

M. Brahimi a jugé ce plan susceptible d’être accepté par la communauté internationale. Damas a réagi en se disant favorable à toute initiative passant par le dialogue.

Après plusieurs rencontres entre Moscou et Washington, et plusieurs tournées de M. Brahimi, le ballet diplomatique s’intensifie dans la région.

Riyad et Le Caire ont appelé à “une issue pacifique” dont les termes doivent être définis par les Syriens eux-mêmes. Le chef de la diplomatie iranienne se rend pour sa part le 9 janvier au Caire pour voir les Égyptiens et M. Brahimi.

Toutes ces activités diplomatiques interviennent alors que sur le terrain, l’armée syrienne a enregistré des succès importants dans les régions de Daraya, Moadhamiyya et la Ghouta orientale, où des centaines de rebelles, dont des combattants étrangers, ont été tués. La soi-disant “offensive pour la libération de Damas”, lancée fin novembre, a encore une fois tourné au désastre pour les rebelles, qui ont perdu des milliers d’hommes sans parvenir à réaliser le moindre succès sur le terrain. Dans la région d’Alep, les ligne de fronts se sont stabilisés. Lentement, l’armée est en train de reprendre le contrôle des quartiers de la grande métropole encore occupés par les qaïdistes du Front al-Nosra. Idem à Homs, où les derniers rebelles sont totalement encerclés dans un petit réduit.

Tendances de l’Orient

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
khalafpierre@gmail.com
Tendances de l’Orient No 116 lundi 7 janvier 2013.
Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.

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Fascinante hypocrisie. A peine Gérard Depardieu avait-il fait savoir qu’il franchissait la frontière et installait sa fortune en Belgique que des torrents d’indignation ont déferlé, en particulier du côté de l’actuelle majorité et de ses idéologues attitrés. Ceux-là même qui ne cessent de professer que les Etats sont trop petits, et les frontières de dangereux stigmates du passé, ont rappelé l’acteur à ses devoirs… « patriotiques ». On croit rêver.

Chacun pense ce qu’il veut de l’artiste, et de l’homme. La seule question qui vaille présentement est : a-t-il enfreint la loi ? La réponse étant connue de tous, force est de constater que les leçons de morale, pardon, d’éthique, ne sont rien d’autre qu’un voile opportun pour dissimuler l’impuissance délibérément organisée de la politique. Car pourquoi les Indignés de la République, au pouvoir, n’ont-ils pas annoncé séance tenante le rétablissement du contrôle des capitaux, afin que de tels agissements ne puissent se reproduire ? Il est vrai que si – par hypothèse d’école – une telle idée leur avait effleuré l’esprit, Bruxelles les eût séance tenante rappelé aux règles de base.

Car le contribuable Depardieu n’a pas profité d’une faille obscure repérée par quelque fiscaliste retors. Il a, très banalement, mis en pratique la liberté de circulation des personnes et des capitaux. Cette liberté qui est au fondement même de l’intégration européenne, et en constituait le socle ontologique dès le traité fondateur. L’acteur ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Dans son texte publié par le JDD (16/12/12), il se justifie ainsi : « je suis un vrai Européen, un citoyen du monde ». Bien vu Gérard, c’est exactement cela.

Quelques partisans d’une « autre Europe » ne manqueront pas d’ânonner leur couplet sur la nécessaire « harmonisation fiscale ». Mais en attendant que les actuels dirigeants européens, toutes couleurs politiques confondues, s’écartent de leur bréviaire – dumping et cadeaux fiscaux – le petit village belge de Néchin sera devenu une mégalopole.

Un autre vrai Européen – il est établi à Londres – et citoyen du monde a pour nom Lakshmi Mittal. C’est précisément de cette même liberté sacrée de placer et de retirer ses billes – en l’occurrence, le droit de fermer ou de délocaliser d’un coup de plume des sites industriels entiers – que celui-ci s’est prévalu pour estimer caducs ses engagements passés. Pourquoi se gênerait-il ? Cette liberté de circulation des capitaux n’est-elle pas la clé de voûte, et pour tout dire l’essence même de cette mondialisation que, de gauche à droite de l’hémicycle, on considère comme naturelle et irréversible – même si on prétend vouloir la « réguler » ? Précisons en outre que M. Mittal n’a pas hérité de la sidérurgie du Vieux continent par l’opération du Saint-Esprit. En 2001, les dirigeants européens n’étaient pas peu fiers d’avoir liquidé les sidérurgies nationales (en France Usinor, jadis publique…) en vue de donner naissance à ce « géant européen », Arcelor, qui devait « enfin tenir tête » à ses rivaux mondiaux. Cinq ans plus tard, le magnat de l’acier jouait de la liberté des marchés pour mettre la main sur cette industrie stratégique qui lui avait été rassemblée sur un plateau.

Pendant que la Lorraine apprenait le véritable massacre industriel en instance, le Gotha européen se pressait à Oslo le 10 décembre pour savourer le bonheur de voir l’UE gratifiée du Nobel de la paix. Ces messieurs-dames en habit, à l’air ému, ont offert le pathétique spectacle des autocongratulations mutuelles sur le thème de la fantastique idée européenne. Dans quelques mois, c’est la présidente lituanienne, ex-commissaire européen, qui se verra décerner le prix Charlemagne. En attendant, son ancien collègue à Bruxelles, Mario Monti, vient d’empocher le Grand Prix de l’Economie, lui qui dirige une Italie plongeant chaque jour un peu plus dans la récession.

Ces gens font décidément montre d’un remarquable sens de l’humour – involontaire. Jusqu’au jour où les peuples n’auront vraiment plus envie de rire.

Pierre Lévy

Editorial paru dans l’édition du 26/12/12 du mensuel Bastille-République-Nations
Information et abonnements : www.brn-presse.fr

Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation paru récemment : L’Insurrection

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Les 19-20 décembre, le président français François Hollande a fait une visite de 36 heures en Algérie, pour étendre les liens militaires et commerciaux entre la France et son ancienne colonie.

Les relations franco-algériennes sont une question explosive dans les deux pays. La France a dominé l’Algérie de 1830 à 1962, menant une guerre brutale de 1954 à 1962 qui a coûté la vie à un demi-million de personnes dans une tentative ratée de maintenir son autorité sur le pays. Les deux pays sont néanmoins toujours étroitement liés : 560 000 algériens vivent en France, avec des millions de français d’origine algérienne, et plus d’un million d’ex-colons français d’Algérie qui ont regagné la France après 1962.

Hollande a déclaré tout de go à son arrivée qu’il n’y aurait aucune « repentance ni excuses » pour la domination coloniale française en Algérie.

Dans un discours prononcé hier devant le Parlement algérien, Hollande a platement reconnu que le massacre de Sétif en 1945 d’une révolte algérienne par des troupes françaises avait bien eu lieu. Il n’a cependant fait qu’une brève allusion à la torture et n’a pas mentionné son utilisation durant la guerre d’Algérie de 1954 à 1962. Il a appelé à une « coopération » entre la France et l’Algérie pour la recherche historique sur la guerre d’Algérie et a fait de vagues propositions pour un « meilleur accueil » des Algériens demandant un visa pour se rendre en France.

La position de Hollande était un retournement de veste cynique par rapport à la position qu’il avait présentée avant de se lancer dans la course à la présidence, lorsqu’il affirmait que la France devait des « excuses » à l’Algérie. Le retournement de Hollande reflète pour partie le fait que le Parti socialiste (PS) est profondément impliqué dans les crimes de l’impérialisme en Algérie. Hollande est entré dans la vie politique comme assistant du président PS François Mitterrand qui, à l’époque ministre du gouvernement social-démocrate du Premier ministre Guy Mollet, avait contribué à l’application des peines de mort prononcées contre des combattants de l’indépendance algérienne par les forces françaises.

Si Hollande ne peut pas présenter d’excuses pour les 132 ans d’oppression du peuple algérien, c’est en premier lieu parce que ses ouvertures actuelles vers Alger font aussi partie d’une politique impérialiste criminelle. Après avoir joué un rôle de premier plan pour lancer la guerre sanglante de l’OTAN contre la Libye voisine en 2011, et la guerre actuelle par procuration des États-Unis contre la Syrie, également une ancienne colonie française, Paris cherche à mener une restructuration néo-coloniale de ses relations avec l’Algérie. Dans ce cadre, les plans d’une invasion du Mali, encore une autre ex-colonie française – jouent un rôle central.

Pour sa part, Alger a signalé qu’il envisage des relations plus étroites avec la France. Les conseillers du président Abdelaziz Bouteflika ont déclaré au Monde que Bouteflika « a vraiment la volonté » de produire une « image de concorde » avec Paris.

Un ex-dirigeant de la compagnie nationale algérienne d’énergie Sonatrach, Mourad Preure, a dit la même chose dans un entretien accordé à l’Humanité, le quotidien du Parti communiste français (PCF) stalinien. Demandant des liens plus étroits entre Sonatrach et ses homologues françaises, il a déclaré : « L’Algérie veut réussir son entrée dans la nouvelle économie. Elle peut le faire dans le cadre d’un partenariat de type nouveau avec la France, qui est à la recherche d’une demande solvable pour relancer son économie, donner un élan vital à ses entreprises asphyxiées par la politique de rigueur. »

Exportatrice majeure d’énergie, et notamment de gaz naturel, l’Algérie a amassé 200 milliards de dollars en monnaies étrangères. Alors que ces fonds ne sont pas utilisés pour aider la classe ouvrière algérienne appauvrie, ils constituent un marché attractif à piller pour les grandes entreprises. Durant sa visite, Hollande a voyagé avec une cour de près de 200 personnes, dont neuf ministres et 40 dirigeants de grands groupes. Le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a annoncé de multiples accords portant notamment sur la défense, l’industrie, l’agriculture, la culture, l’éducation et les programmes de formation professionnelle.

Renault, dont les ventes sont en baisse dans le contexte du ralentissement économique en Europe et des coupes budgétaires dictées par l’Union européenne (UE), a établi une usine automobile à Oran pour produire 75 000 véhicules par an pour le marché algérien. La compagnie d’énergie française Total est également en lice pour un projet à 5 milliards de dollars portant sur de l’éthane.

Avant tout, Hollande a cherché à développer des relations militaires et stratégiques avec Alger et à recevoir son soutien pour une intervention militaire au Mali, le voisin de l’Algérie au Sud. Paris insiste pour changement radical de la politique algérienne, qui, au moins publiquement, a été jusqu’à présent opposée aux interventions extérieures au Sahel, et pour une participation algérienne à une invasion du Mali pour le compte des impérialistes.

Le Mali a été désigné comme cible pour une intervention en mars, après que des milices nationalistes touarègues fuyant les forces des Libyens contrôlés par l’OTAN et liés à Al-Quaïda ont pris le contrôlé de grandes parties du Nord du Mali contre le gouvernement central de Bamako. Les États-Unis, la France, et les autres puissances européennes ont envoyées des forces spéciales et des moyens aériens dans la région, et ils envisagent de superviser une invasion pour laquelle les états d’Afrique de l’Ouest, dont l’Algérie, pourraient fournir des troupes.

Le régime algérien a de sérieuses réserves sur sa participation à une telle opération, liées aux vicissitudes de la Guerre civile algérienne de 1991 à 2002.Cette guerre avait éclaté après que l’armée eut annulée les élections de 1991 à la suite du premier tour, dans lequel le Front islamique du salut (FIS) avait devancé le Front de libération nationale (FLN).Les forces islamistes, dont des groupes liés à Al-Quaïda comme le Groupe islamique armé (GIA) et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), menèrent une décennie de guerre contre l’armée.

Alger craindrait que l’invasion du Nord Mali ne pousse les forces liées à Al-Quaïda au Mali à passer la frontière désertique poreuse avec l’Algérie, ou n’encourage les forces d’Al-Quaïda en Algérie elle-même à lancer des attaques à la bombe en représailles.

Néanmoins, il y a des signes de plus en plus nets d’une collaboration entre Alger et les puissances impérialistes au Mali. Les forces de la CIA sont déjà stationnées à Alger, et d’après certains reportages, les troupes algériennes sont déjà secrètement à l’œuvre au Nord du Mali. (Lire : La France accentue la pression pour une intervention militaire au Mali).

Le 13 décembre, Bouteflika a discuté du terrorisme dans la région, commentant que cela serait « bien venu pour le Mali de recevoir de l’aide de la communauté internationale pour l’éradiquer. »

Visitant l’Algérie mercredi, Hollande a dit, « L’Algérie a lutté contre le terrorisme et elle est en train de nous livrer son expérience. Le président Bouteflika et moi-même sommes en convergence de vues” pour le traitement de la crise du Mali. »

Hier, le conseil de sécurité de l’ONU a unanimement adopté une résolution autorisant « pour une période initiale d’un an » le déploiement de forces internationales au Mali pour lutter contre les forces islamistes sur place.

À lire également :

La torture pendant la guerre d’Algérie (1954-1962) Le rôle de l’armée française hier et aujourd’hui

[9 avril 2001]

Article original, WSWS, paru le 21 décembre 2012

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 «La guerre, c’est la guerre des hommes; la paix, c’est la guerre des idées.»

Victor Hugo

Un article du journal Le Monde a attiré mon attention, il raconte un cas de conscience d’un militaire américain qui, du fin fond d’une salle climatisée de l’Amérique profonde a décidé de voler la vie d’un enfant à 10.000 km de là en le ciblant «grâce» à un drone prédateur. Naturellement, il n’y eut pas de réaction ou si peu des médias d’habitude si prompts à diaboliser quand il s’agit de jeter l’anathème sur les damnés de la Terre, surtout s’ils sont musulmans. Comme rapporte Théophraste R. dans un billet du site alternatif «Le Grandsoir»: Quelqu’un disait (…):

«Les médias ne vous disent pas seulement ce que vous devez penser, mais SUR QUOI vous devez penser. Pensez chaque jour aux petites victimes du tueur fou de Newtown et pas à celles de l’aviateur normal qui bombarde par erreur un village afghan. Jean-Paul Sartre a écrit dans «Qu’est-ce que la littérature?»: «Le silence est un moment du langage; se taire ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler, donc parler encore. Si donc un écrivain a choisi de se taire sur un aspect quelconque du monde, ou, selon une locution qui dit bien ce qu’elle veut dire de le passer sous silence, on est en droit de lui poser une [...] question: pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et – puisque tu parles pour changer – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela?».(1)

J’ai donc voulu savoir comment faisait-on la guerre actuellement par esprit de déconstruction en décortiquant l’information, et en regardant derrière les plis pour voir la «vraie vérité» comme le dit si bien Jacques Prévert. La façon de faire la guerre a changé totalement depuis que les puissances occidentales ne se font plus la guerre entre elles. La doctrine est celle de «zéro mort» chez le puissant et le maximum de morts chez l’adversaire. Pour cela pratiquement un quart de siècle, après la chute de l’empire soviétique, l’hyper-puissance américaine n’ayant plus «l’empire du mal» comme adversaire s’est trouvé un nouveau Satan de rechange, l’Islam. Cela s’est fait concomitamment, avec le tarissement des puits de pétrole et les avancées technologiques. Il y avait donc un triple gain, démolir l’Islam, en démolissant le pays musulman, s’emparer des puits de pétrole et expérimenter au réel les nouvelles armes létales pour voir «leur performance».

Donner la mort par procuration

Dans cet ordre d’idée , Georges Stanechy écrit:

«Il était une fois…un pays, qui avait à sa tête un dictateur: l’Irak. Ni pire ni meilleur que les pires autocrates féodaux et corrompus des pétromonarchies du coin, reçus en permanence avec tapis rouge et accolades dans nos «vertueuses démocraties». Mais, il avait eu le tort d’entrer en conflit avec ses protecteurs qui l’avaient installé au pouvoir. Alors, comme dans les films de gangsters, ils ont décidé de le remplacer par des marionnettes interchangeables et plus dociles. Pétrole oblige… «Apporter la Liberté et la Démocratie», affirmaient-ils, la main sur le coeur. Ils avaient une obsession, toutefois: «Renvoyer le pays à l’âge de pierre», disaient-ils. On ne comprenait pas bien: pourquoi chasser un dictateur imposait-il de réduire l’Irak en cendres?… Ils ont tout rasé. Méthodiquement. Tout ce qui est interdit par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels, ces «Traités internationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites à la barbarie de la guerre.» Tout: centrales électriques, stations d’épuration d’eau, ponts, ports et aéroports civils, hôpitaux, universités, écoles, usines d’automobiles ou de tracteurs, ateliers mécaniques ou conditionnements de lait et yaourt, fermes d’élevage. Tous les ministères, sauf celui du Pétrole! «Retour à l’âge de pierre»: mission accomplie. Jusqu’aux musées et sites archéologiques, pillés à l’exemple du sac du palais d’été des empereurs en Chine, en 1860, par les troupes françaises et les britanniques… Détruire, massacrer, piller… Le plus curieux: ils se sont acharnés sur les femmes et les enfants (…) ».(2)

Les sociétés militaires privées

Autres innovations que nous avons déjà rapportées: les sociétés militaires privées. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l’information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo. Les Etats-Unis sont aujourd’hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l’opinion publique (doctrine de zéro mort). Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les Sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d’une milice. Afghanistan et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003 (…) Blackwater est une multinationale rentable.. ». (3)

« 1 milliard de dollars de contrats avec l’Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d’affaires de Blackwater a augmenté de 80,000% entre 2001 et 2006. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant, pas morales. Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…(3)

Les guerres de l’avenir

Les médias ne tarissent pas d’éloges en décrivant, par le menu, les prouesses des nouvelles armes qui donnent la mort. Cela se fait d’ailleurs dans des kermesses telles que le salon du Bourget, où les marchands de mort viennent fourguer à des roitelets arabes ventripotents les dernières armes toujours en décalage avec l’état de l’art. Il n’est pas question de donner ce qu’il y a de récent. Souvenons-nous du contrat saoudien de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec les Etats-Unis. Que va faire l’Arabie Saoudite avec ses armes si ce n’est les retourner contre son peuple ou contre les Bahreinis?

Avec un rare cynisme les médias occidentaux faisant la promotion des armes écrivent:

«Pour protéger sa vie, le matériel coûteux et éviter l’enlisement, notamment lors de combats en milieu urbain, le fantassin du futur sera bardé d’électronique et relié en réseau avec l’ensemble des blindés et aéronefs. Il ne s’agit plus de science-fiction, mais d’une réalité. Des fantassins en débarquent à couvert. Ils sont équipés d’un gilet bourré d’accessoires électroniques. Grâce à cet équipement, ils sont tous connectés à un réseau informatisé. Chaque combattant dispose d’un écran lui permettant de connaître sa position et celle de ses camarades via GPS. Ils peuvent s’organiser et communiquer entre eux avec un ostéophone, un système qui capte la voix via la résonance des os (…). C’est la poignée avant du fusil mitrailleur (Famas) qui permet de commander la radio. Ainsi, pas besoin d’arrêter un tir pour actionner un interrupteur. Ces mêmes commandes permettent de régler un tir sans se mettre à découvert (…) Ce même dispositif est doté d’options infrarouges, ou de vision de nuit. Le futur, c’est maintenant. Le combattant porte un équipement électronique qui le connecte en réseau avec la troupe, les aéronefs et les véhicules blindés.(…) Le LOCC, Logiciel opérationnel de conduite du combat, est l’outil de suivi des opérations du chef. C’est une sorte de gros iPad façon militaire, qui peut afficher en temps réel l’intégralité des combattants, véhicules et unités sur le terrain. Les positions des ennemis y sont affichées ainsi que les champs de vision et les directions de déplacement des uns et des autres. Dans un blindé, il est présenté sous la forme d’un double écran tactile. Sur le terrain, les chefs de sections sont, quant à eux, équipés d’une tablette tactique de plus petite taille (..)(4)

On le voit ce qui est important, c’est qu’il y ait zéro mort du côté de l’attaquant, que le matériel soit protégé, au besoin en tuant et aussi que le conflit ne s’enlise pas, car c’est de l’argent perdu…

La mort en joystick

Une autre technologique infernale concernant la mort est le drone avec des noms qui font froid dans le dos: drone predator, drones furtifs, drones reapers (faucheuses). Outils favoris des militaires depuis les années 1990, les drones sont de plus en plus utilisés. Ils sont expérimentés sur les faibles qui pensent échapper en vain à l’attaque sans pitié. Nous l’avons vu avec les éliminations des dirigeants palestiniens. Les drones ont, d’ores et déjà, changé la nature de la guerre.

Dans cet ordre, l’histoire que nous allons rapporter est celle d’une bavure parmi des dizaines: «Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait. Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète. A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un «cockpit». A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter. Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10.000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, «marque» le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. «Les secondes s’écoulent au ralenti», se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes».(5)

«Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent. Brandon voit une lueur sur l’écran- l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué. «On vient de tuer le gamin?» demande-t-il à son collègue assis à côté.

«Je crois que c’était un gamin», lui répond le pilote. «C’était un gamin?» continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran. C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque: «Non, c’était un chien.» (…) Brandon se souvient de son premier tir de missile: deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l’agonie du troisième. L’homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l’asphalte. La scène dure deux minutes. Un beau jour, Brandon Bryant n’a plus eu qu’une seule envie, partir, faire autre chose. L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu».(5)

La nouvelle guerre par les «ponctuelles»

La guerre moderne est devenue  en théorie d’après les stratèges vendeurs de mort, un tel raffinement que les médias main stream qui nous  font la promotion de ces nouvelles formes de suppression de  vie, utilisent un langage neutre souvenons nous des « ponctuelles » terminologie utilisée  par les commandos deltas qui  éliminaient pour le compte de l’OAS, tout ce qui dérangeaient aussi bien les bougnoules, que les pieds noirs « tièdes ».  En vendant ces informations ces médias   se pâment devant les frappes dites chirurgicales tout en sachant que la chirurgie contrairement  à  son sens morbide dans ces guerres du XXie siècle,  est en principe utilisée pour sauver les vies humaines.

Dans cet ordre, Joe Becker du New York Times démonte la mécanique de mise à mort par les drones.

« Au fil de son premier mandat écrit-il  c’est devenu la spécialité du président américain: Sélectionner les terroristes à abattre et donner son aval à chaque frappe de drones à l’étranger. Une méthode expéditive qui suscite la polémique. (…) En août 2009, le patron de la CIA, Leon Panetta, a fait savoir à John Brennan que l’agence avait Mehsud dans sa ligne de mire. Toutefois, a prévenu Leon Panetta, la liquidation du chef des taliban au Pakistan ne satisfaisait pas aux exigences d’Obama, pour lequel il faut avoir la «quasi-certitude» qu’aucun innocent ne sera tué. De fait, il était certain qu’une opération causerait la mort d’innocents, puisque Mehsud se trouvait en compagnie de son épouse chez sa belle-famille. (…) Mais pas cette fois. Obama a donné son feu vert à la CIA et Mehsud a été tué ainsi que son épouse et, selon certaines informations, d’autres membres de sa famille. (…) Ce n’était pas vraiment le type de frappe chirurgicale que souhaitait Barack Obama. (…) A juste titre ou non, les drones sont devenus le symbole provocateur de la puissance américaine, foulant aux pieds les souverainetés nationales et causant la mort d’innocents. (…) Le bilan d’Obama a fait reculer l’idée selon laquelle les démocrates sont peu performants en matière de sécurité nationale. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Obama s’est révélé plus prompt à dégainer que Bush. Au Pakistan, depuis 2009, Il y eut 261 attaques avec 1819 taliban morts et 87 civils morts pour Obama contre 38 attaques avec 481 morts dont 94 civils avec Bush. Au Yémen, il y eut 48 attaques par les drones contre deux avec Bush. (6)

Conclusion : Qu’est ce qu’une guerre juste ?

Dans une contribution précédente j’avais décortiqué le vocable de guerre juste selon l’Eglise et la charité chrétienne dont se prévalent les semeurs de mort. J’écrivais : « Si l’on croit la théologie catholique “une guerre juste” doit obéir à trois conditions, (…) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (…) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (…) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement : il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies » (3) (7)

Pour Louis Delmas, la guerre n’est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l’artillerie ou l’aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d’abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d’une famille qu’ils observent pendant des jours avant de recevoir l’ordre de l’éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d’un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d’une existence ordinaire. Puis d’un coup, l’exécution est décidée. L’ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. L’explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu’ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. (…) Qu’est-ce qu’une guerre à zéro mort? Le robot (…) celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l’agresseur, c’est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d’un moyen de réaliser leur rêve. C’est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes.(8)

Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain ? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…  On rentre chez soi avec la satisfaction du devoir bien fait ,d’avoir été un bon patriote, pendant qu’à des milliers de kms de là , c’est la terreur, le sang, les larmes la désolation, des vies  volées et  une haine  des survivants  qui sédimente inexorablement.  Que veut dire alors «une guerre juste»? La question reste posée.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Notes/références
1. http://www.legrandsoir.info/+jean-paul-sartre-explique-une-astuce-de-propagande+.html
2. George Stanechy http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-fa
3. http://www.legrandsoir.info/Les-societes-militaires-privees-La-mort-par-procuration.html
4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/reportage-les-cyberguerriers-de-larmee-francaise_43699/
5. Nicola Abé: Drones:Un ancien pilote américain raconte Der Spiegel 3 janvier 2013
6. Jo Becker The New York Times 7 juin 2012 Jo Becker Comment Obama a appris à tuer avec ses drones The New York Times 7 juin 2012
7. Qu’est-ce qu’une guerre juste ? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48

8. http://www.mondialisation.ca/la-dangereuse-ere-de-la-telecommande/5314471

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L’art de la guerre : Le positionnement de l’Italie

janvier 8th, 2013 by Manlio Dinucci

Enfin une bonne nouvelle : l’Italie a renforcé son positionnement dans tous les cadrans fondamentaux de l’échiquier global, du Moyen-Orient à l’Asie. Annonce de Monti dans son agenda-programme, qui précise que cela est rendu possible par la présence des forces armées italiennes dans les opérations de paix dans le monde et par un instrument diplomatique d’excellence. L’Italie peut donc aller « la tête haute dans le monde ».

Monti cependant ne dort pas sur ses lauriers et se propose, en présidant un nouveau gouvernement, de faire plus et mieux : avant tout consolider fortement le lien transatlantique avec les Etats-Unis. En même temps, forte de sa position géographique au centre de la Méditerranée, l’Italie doit regarder avec plus de courage et avec une vision stratégique les grands changements du printemps arabe et soutenir les parcours de vraie démocratisation. Le programme de gouvernement est donc tracé.

Dans celui-ci, explique Monti, joue un rôle important l’action sur le front international, car le destin de tout pays ne se décide plus dans ses frontières mais est étroitement intriqué à celui du système de relations globales dans lequel il est inséré. Ce que devra être le « destin » de l’Italie est clair : se lier encore plus étroitement au char de guerre des Etats-Unis, en mettant notre territoire encore plus à disposition des commandements et des forces armées étasuniennes, et en participant, sous commandement Usa, à de nouvelles guerres d’agression au motif officiel (répété dans le programme) de « combat contre le terrorisme international ».

Concernant le soutien que l’Italie devra fournir, plus encore qu’aujourd’hui, aux « parcours de vraie démocratisation » en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, il suffit de regarder le rôle qu’elle a joué dans la guerre contre la Libye et celui qu’elle est en train de jouer, dans le cadre de l’Otan, pour faire s’écrouler la Syrie avec des forces commandées, armées et infiltrées de l’extérieur. Et la stratégie Usa/Otan prépare d’autres guerres, au fur et à mesure que son centre focal se déplace vers l’est pour contrecarrer la Chine et la Russie. En assumant des tâches croissantes dans le cadre de cette stratégie, l’Italie pourra réaliser aussi l’autre objectif énoncé dans le programme, celui de renforcer sa position à l’intérieur de l’Union européenne. Une « union » dans laquelle les plus grandes puissances rivalisent pour avoir plus de poids militaire. A commencer par l’Allemagne dont le déploiement de forces militaires à l’étranger –a déclaré Angela Merkel au début de 2013- « couvrira rapidement tout le globe », dont l’industrie est au troisième rang mondial (après celles des USA et de la Russie) dans l’exportation d’armements, dont les missiles Patriot sont positionnés (avec 400 militaires allemands) en Turquie pour imposer de fait la no fly zone à la Syrie. Tout cela requiert une dépense militaire élevée, payée par les citoyens européens à travers les coupes dans les dépenses sociales.

Ce n’est pourtant pas cela que le Pd (Partito democratico, centre gauche, conduit actuellement par Pier-Luigi Bersani, NdT) a critiqué à la Chambre le 11 décembre dernier, mais le fait que « l’efficience de l’instrument militaire de notre pays a été mise en danger par les coupes irresponsables opérées par le précédent exécutif » (par le gouvernement Berlusconi). Le Pd a ainsi approuvé le choix du gouvernement Monti de « requalifier » la dépense militaire, « dans le but de restituer efficience et fonctionnalité aux forces militaires ».

L’Italie est vraiment bien positionnée.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 8 janvier 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130108/manip2pg/14/manip2pz/334163/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Alors que la date butoir de 2014 pour la fin des opérations de l’OTAN en Afghanistan se rapproche, le gouvernement Obama est en train de préparer la continuation d’une présence militaire américaine pour une durée indéterminée à l’avenir. Les projets que le New York Times a relatés soulignent le caractère prédateur et néocolonial de l’occupation dirigée par les Etats-Unis.

Selon le Times, le général John Allen, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, a soumis au Pentagone trois options pour la période d’après le soi-disant retrait des « troupes de combat » fin 2014. L’une des options veut maintenir le niveau des troupes américaines à 6.000, l’autre réclame 10.000 soldats, et la troisième est fondée sur une force de 20.000 hommes.

Comme l’ont expliqué des responsables anonymes de la défense, le point central des trois propositions est la continuation de la présence de « commandos de forces spéciales qui traqueraient les insurgés. » Des forces américaines supplémentaires seraient utilisées pour renforcer les forces de sécurité afghanes grâce à un soutien aérien, logistique ainsi qu’une formation.

Tout ceci continue à être justifié sous le faux prétexte de la guerre « contre le terrorisme ». En réalité, durant plus de 12 ans, l’Afghanistan a servi de base d’opérations pour établir l’influence et l’armée américaine partout dans la région dans une guerre sanglante et implacable.

Le président Obama a déjà transformé le conflit en « guerre AfPak », en intensifiant les frappes de drones effectuées au Pakistan voisin. L’Afghanistan est indubitablement un élément clé des projets mis en avant par le Pentagone pour une guerre contre l’Iran tout comme un avant-poste commode pour les machinations et les intrigues des Etats-Unis dans les républiques d’Asie centrale.

Maintenir l’Afghanistan comme une semi-colonie américaine signifie soutenir le régime vénal du président afghan Hamid Karzaï. Le véritable objectif du maintien d’une importante force de soldats des forces spéciales américains, qui sont connues pour leurs raids nocturnes et leurs meurtres de masse, est d’intimider et de terroriser la population qui est foncièrement hostile à l’occupation étrangère. Le nombre croissant des incidents nommés « verts-contre-bleus » – des soldats et des policiers afghans qui retournent leurs fusils contre les troupes étrangères – signale une colère et une hostilité bien plus grandes à l’égard de la présence continue des Etats-Unis.

Les propositions d’Allen servent de préalable aux réunions devant avoir lieu cette semaine à Washington entre Obama et Karzaï au sujet des modalités de la présence militaire américaine après 2014. Tels qu’ils sont présentés dans les médias, les pourparlers impliquent les dirigeants de deux Etats souverains, ce qui est une déformation grossière et absurde de la réalité.

Karzaï et son gouvernement sont entièrement dépendants de Washington. L’économie du pays est tributaire de l’aide internationale. Les forces de sécurité afghanes sont achetées et payées par les Etats-Unis et leurs alliés et elles comptent sur une aide militaire de l’étranger. Selon le dernier examen du Pentagone, seule une des 23 brigades afghanes est en mesure d’opérer indépendamment.

Le gouvernement Obama insiste pour dire que les troupes et le personnel américains vont conserver après 2014 une immunité judiciaire en vertu de la loi afghane. Les Etats-Unis ont déclaré ne pas avoir l’intention de garder des bases militaires permanentes en Afghanistan. Mais des installations conjointes où le personnel américain disposera d’une totale liberté d’action répondront tout autant aux besoins du Pentagone.

Les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à payer pour une armée afghane qui sert leurs intérêts, et non pas pour renforcer la position du régime fantoche.

L’Afghanistan a été un terrain d’expérimentation pour le néocolonialisme du 21ème siècle. L’occupation a servi de modèle aux opérations menées par les Etats-Unis en Irak, en Libye et actuellement en Syrie tandis que Washington cherche à étendre son hégémonie économique et stratégique sur les régions riches en énergie au Moyen-Orient en Asie centrale.

L’armée américaine et les agences d’espionnage sont passées maître dans l’art d’intimider, de terroriser et d’assassiner les gens qui leur sont hostiles, de soudoyer les mercenaires et les agents locaux, de manipuler les rivalités tribales et ethniques et de mettre en place et de maintenir des gouvernements dociles à souhait. La technologie est peut-être plus moderne, mais les techniques ressemblent elles étrangement à celles du colonialisme européen du 19ème siècle.

Les interventions de Washington en Libye et en Syrie ont révélé au grand jour le caractère bidon de la « guerre contre le terrorisme » qui avait initialement fourni le prétexte à l’invasion américaine de l’Afghanistan. Pour pouvoir renverser les gouvernements libyen et syrien, le Pentagone et la CIA comptent fortement sur le soutien des milices sunnites islamistes, y compris celles ayant des liens avec al Qaïda. Dans bien des cas, le financement et l’armement sont fournis par les alliés du Golfe persique des Etats-Unis : les régimes despotiques d’Arabie saoudite et des Etats du Golfe.

L’Afghanistan contredit les affirmations selon lesquelles les Etats-Unis apportent la « démocratie » au Moyen-Orient. Les élections sont truquées. Le parlement afghan est un panier de crabes de factions rivales pro-Etats-Unis incluant des seigneurs de guerre et des chefs militaires tristement célèbres. Si un référendum libre devait jamais se tenir au sujet d’une occupation militaire, il en résulterait une écrasante majorité contre. Tout ceci sert de modèle à ce qui est en train d’être établi à Tripoli et à ce que les Etats-Unis s’efforcent d’établir à Damas.

L’opposition contre l’occupation afghane ne se limite pas qu’à l’Afghanistan. Des sondages d’opinion réalisés aux Etats-Unis et chez leurs alliés ont à maintes reprises révélé qu’une majorité de gens sont opposés à la guerre. Et pourtant, cette opposition ne trouve aucune expression dans l’establishment politique ou médiatique.

Les soi-disant libéraux et ceux jadis de gauche qui avaient soutenu les protestations de masse contre la guerre en Irak ont rapidement mis fin au mouvement de protestation une fois Obama arrivé au pouvoir. Ces mêmes organisations sont devenues les meneurs de claque pour les nouvelles guerres lancées par le gouvernement Obama au nom de la « démocratie » en Libye et en Syrie.

La force motrice derrière cette éruption du néocolonialisme et du militarisme est l’aggravation de la crise mondiale du capitalisme. Alors même qu’il mène une offensive contre la classe ouvrière sur le plan national, le gouvernement Obama est engagé dans une tentative désespérée de consolidation de l’hégémonie américaine contre les rivaux européens et asiatiques de Washington, notamment la Chine, partout dans le monde. La conséquence en est une aggravation des tensions entre les principales puissances et le danger grandissant d’un conflit mondial catastrophique.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 5 janvier 2013

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Le 20 décembre 2012, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé une intervention au Mali, en Afrique sub-saharienne, au prétexte de libérer le Nord du Mali de l’occupation par des islamistes liés à Al Quaïda. La résolution a été adoptée à l’unanimité.

Ce vote intervient seulement dix jours après la démission forcée du Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra et son remplacement par Django Cissoko. Diarra était un partisan affirmé d’une intervention militaire étrangère, alors que Cissoko, qui a été installé par la junte militaire dirigée par le Capitaine Amadou Sanogo, s’est jusqu’ici abstenu de tout commentaire sur une intervention étrangère.

La décision des Nations unies, qui ne comprend pas de calendrier précis pour une action militaire, constitue un avertissement clair – en premier lieu à l’adresse de la junte militaire, mais surtout à l’attention des travailleurs et des masses opprimées du Mali – sur le fait que les puissances impérialistes entendent contrôler le sort du Mali.

Le ministre des Affaires étrangères du Mali Tieman Hubert Coulibaly a qualifié cette résolution de « pas historique », ajoutant que son gouvernement « s’engage entièrement » à remplir ses obligations dans le cadre de cette résolution.

Pour se donner un semblant de démocratie, la résolution demande une « réconciliation politique », des élections « aussitôt que ce sera techniquement possible, » et la restauration de l’ordre constitutionnel. Elle demande également au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon de « confirmer par avance la satisfaction de l’opération militaire prévue. » En réalité, elle ouvre la voie à une nouvelle guerre sur le sol africain, risquant de mettre le feu aux poudres dans toute la région du Sahel.

Le Mali, l’un des pays les plus pauvres du monde, a été secoué par un coup d’Etat militaire en mars. Celui-ci avait été provoqué en grande partie par l’occupation du Nord-Mali par des forces Touarègues lourdement armées revenant de la guerre entre l’OTAN et la Libye, où elles avaient lutté aux côtés de Kadhafi contre l’OTAN. Tout juste quelques mois plus tard, les milices touarègues ont été refoulées par des combattants islamistes liés à Al Quaïda qui ont imposé la loi islamique. Elles ont été rejointes par plusieurs milliers d’islamistes venant d’Afrique du Nord et d’Asie, apparemment financées par l’Arabie saoudite et le Qatar.

La résolution des Nations unies soutient une décision de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de déployer 3 300 soldats au Mali pour lutter contre les islamistes. La mission devrait être dirigée par le Nigeria et a attiré les critique de la part de l’Algérie, qui est historiquement opposée aux déploiements militaires étrangers dans le Sahel.

Les puissances impérialistes essayent de cacher leurs objectifs derrière leurs intermédiaires régionaux. La résolution autorise officiellement une mission de soutien internationale sous direction africaine, l’AFISMA, pour une période initiale d’un an sans faire mention de sa taille. Elle « accueille favorablement » la contribution des troupes de la CEDEAO et demande aux états-membres, y compris ceux du Sahel, de fournir des troupes à cette mission.

Elle mentionne également la fourniture d’« une aide logistique volontaire et financée par les Nations unies à l’AFISMA, qui comprend des équipements et des services pour une période initiale d’un an. »

La résolution demande au secrétaire général d’apporter un soutien dans des domaines essentiels pour aider le gouvernement malien à « étendre son autorité durant ou après une opération militaire, y compris dans le respect de l’état de droit, le déminage, et la promotion du dialogue national et de la coopération régionale. »

Bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait été adopté unanimement, il semble que la planification détaillée d’une intervention est toujours en cours. C’est surtout en raison des frictions considérables entre les États-Unis et la France, ancienne puissance coloniale au Mali, sur le choix des tactiques pour une invasion.

L’impérialisme français est lourdement dépendant du Sahel pour fournir de l’uranium à son industrie nucléaire. Il demande une action militaire immédiate – avec les pays de la CEDEAO pour fournir des troupes au sol servant de chair à canon dans cette guerre, tandis que Washington et ses alliés européens fournissent un soutien logistique, aérien, et des renseignements.

Des sections de la classe dirigeante américaine opposées à ces plans, objectent que les troupes de la CEDEAO ne seront pas capables de vaincre les islamistes, et que d’autres puissances régionales, comme l’Algérie, devraient être impliquées. L’ambassadeur américain aux nations unies, Susan, Rice, a récemment rejeté le plan français s’appuyant sur la CEDEAO comme étant « de la merde »

Une intervention impérialiste au Mali comme décrite par l’ONU et discutée par les Nations unies et les puissances européennes serait une guerre réactionnaire de plus lancée sur des mensonges. L’affirmation selon laquelle les puissances de l’OTAN doivent intervenir au Mali pour empêcher l’expansion de l’influence d’Al Quaïda est absurde.

Les guerres de l’OTAN sont en fait l’une des premières bases sur lesquelles l’influence d’Al Quaïda se développe. Les combats au Mali se sont développés en grande partie à partir de la guerre en Libye, dans laquelle l’OTAN s’est appuyée en en grande partie sur des islamistes d’extrême-droite, y compris des forces du Groupe islamique combattant en Libye lié à Al-Qaïda. Actuellement, l’opposition en Syrie soutenue par les États-Unis comprends le Front Al-Nusra, que le gouvernement américain reconnaît lui-même comme un groupe terroriste lié à Al-Qaïda.

Tout en utilisant Al-Qaïda comme un auxiliaire de leur politique impérialiste ailleurs, les puissances de l’OTAN citent la menace d’Al-Qaïda au Mali comme levier pour y organiser une intervention et approfondir le contrôle impérialiste sur toute l’Afrique de l’Ouest. Les négociations se poursuivent avec les Etats de la CEDEAO ainsi qu’avec l’Algérie sur la manière de procéder à cette intervention.

L’on s’attend largement à ce qu’une invasion au Nord-Mali étende les combats rapidement à tout le Sahel, le Nord du Mali ayant de longues frontières avec l’Algérie, le Niger et la Mauritanie. Des comparaisons sont maintenant faites ouvertement entre la guerre au Mali et la guerre de l’OTAN en Afghanistan, qui a depuis débordé au Pakistan et à d’autres pays voisins.

Ainsi, le professeur Ahmed Adhimi de l’Université d’Alger écrit, « Nous sommes confrontés à l’Afghanisation de la région du Sahel. L’intervention militaire signifie que tous les aventuriers, les terroristes, et tous ceux qui veulent lutter contre les croisés viendront au Nord du Mali. Puis l’Algérie deviendra le Pakistan de l’Afrique, et il sera facile d’entraîner les pays de la région dans la guerre, [cela] entraînerait l’Algérie dans une guerre avec laquelle elle n’a rien à voir, son but est d’assécher la richesse du pays. »

Ernst Wolf

Alex Lantier

Article original en anglais, WSWS, paru le 22 décembre 2012

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Syrie : Qui est dans le déni de la réalité ?

janvier 7th, 2013 by DR Bachar al-Assad

Texte intégral du discours du Président Bachar al-Assad

Dimanche 06/01/2013

Maison de l’Opéra de Damas

Voici le jugement d’un ami amoureux de la France en réponse à cette version française fidèle aux paroles du Président Bachar al-Assad : « Les lecteurs francophones ont droit au texte original du discours, même traduit, plutôt qu’à la pluie de vociférations lues et entendues de la part de politiciens et de journalistes à la botte ! Du temps de De Gaulle, la voix de la France comptait dans le concert des nations… ».

Et pourtant le Général n’a pas toujours été tendre avec la Syrie, ce qui n’a pas empêché les Syriens de le respecter et de reconnaître sa grandeur, sa résistance et son patriotisme ; les intérêts et la souveraineté de la France passant avant tout le reste… Aujourd’hui, lorsqu’on considère l’ensemble des déclarations de la diplomatie française on peut se demander ce qu’est devenue la souveraineté de la France et, qui est dans le « déni de la réalité » ? [1]. Le Quai d’Orsay qui ne tromperait personne [2] ? Ou le peuple syrien que nul ne peut plus tromper ; malgré les mensonges des « opportunistes » qui se prétendent être des amis de la Syrie et de la France, mais qui ne se gêneront pas pour trahir la France et les Français après avoir trahi leur patrie ? La réalité est sans doute relative, mais est-ce le cas de la vérité ? [NdT]

_______________________________________________

 

Mes soeurs et mes frères,

Aujourd’hui, je vous regarde et je vois les visages des fils et filles de ma patrie empreints de tristesse et de douleur. Je vois les yeux des enfants de la Syrie ne plus briller du rire radieux de l’innocence. Je vois les mains des plus âgés ne plus savoir que se lever vers le ciel pour prier, et implorer pour le salut de leurs enfants, petits enfants et arrières petits enfants.

Nous sommes réunis ici, mais la souffrance a envahi la terre syrienne sans laisser place à la joie dans tous ses coins et recoins. La tranquillité et la sécurité ont disparu de ses rues et ruelles… Nous sommes réunis ici, mais des mères ont perdu leurs fils… les meilleurs des fils ; des familles ont perdu leur soutien ; des enfants sont devenus orphelins ; des frères ont été séparés, les uns tombés en martyrs, d’autres déplacés, et d’autres portés disparus.

Cette souffrance plane sur le pays tel un nuage noir. En tenir compte est noble, mais cela ne suffit pas à compenser la perte d’êtres chers, à ramener la stabilité et la sécurité, à assurer le pain, l’eau, les carburants et les médicaments à tous et à toutes. Mais, de cette matrice de la douleur doit naître l’espoir, et du fin fond de cette souffrance doivent naître les meilleures des solutions ; tout comme le nuage qui cache la lumière du soleil porte en lui la pureté de l’eau de pluie qui fera germer l’espoir et la générosité, une fois qu’il aura plu.

Ces sentiments et émotions réunissant douleur, chagrin, défi, et détermination sont une formidable énergie ! La Syrie ne dépassera son épreuve qu’en convertissant cette énergie en un « mouvement national » général qui sauvera le pays des griffes d’une agression inouïe et sans précédent dans l’Histoire de la région.

Ce « mouvement national » est le seul baume qui puisse apaiser les blessures profondes qui ont touché notre tissu social et ont failli le déchiqueter. Il est seul capable de maintenir la géographie de la Syrie, de la rendre plus forte politiquement et socialement, et de la régénérer culturellement et moralement. Cette responsabilité incombe à chacun des citoyens. Chacun peut offrir sa part selon ses moyens, même s’il les considère faibles ou limités. La patrie est pour tous et nous la défendons tous, chacun comme il peut et selon son propre potentiel. Car, l’idée est défense, la situation est défense, la reconstruction est défense, et la sauvegarde des biens du peuple est défense ! Défense… pour la bonne raison que, devant cette agression de toutes les composantes de la patrie, chaque citoyen réfléchi sait pertinemment que l’attentisme, le négativisme ou l’espoir que quelqu’un d’autre puisse résoudre les problèmes reviendraient à mener le pays vers l’abîme… Ne pas participer à la recherche des solutions, reviendrait à faire reculer le pays non à le sortir de ce qu’il endure.

Beaucoup sont tombés dans le piège tendu pour faire croire que le conflit est à situer entre le pouvoir et l’opposition, autrement dit une lutte pour un fauteuil, un poste, ou un pouvoir ! C’est pourquoi, ils se sont tenus à distance et ont opté pour le silence et la neutralité. Par conséquent, aujourd’hui, il est du devoir de chacun d’entre nous de rediriger les regards vers la véritable boussole de la patrie… Car le conflit, Mesdames et Messieurs, est entre la patrie et ses ennemis, entre le peuple et des criminels assassins, entre le citoyen et ceux qui volent son pain, son eau, ses sources de chaleur… et le privent de la sécurité dont il était si fier, pour répandre la peur et la panique dans les esprits.

Ils ont tué les civils et les innocents, pour éteindre la lumière et le rayonnement de notre pays… Ils ont assassiné le talent et l’intelligence, pour semer l’ignorance dans nos esprits… Ils ont saccagé les infrastructures construites avec les deniers de notre peuple, pour répandre la souffrance dans nos vies… Ils ont privé les enfants de leurs écoles, pour détruire notre avenir et répandre leur idiotie… Ils ont coupé l’électricité, les voies de communication et l’approvisionnement en carburant, pour laisser les personnes âgées et les enfants endurer le froid de l’hiver, et ont ainsi prouvé leur incontestable barbarie… Ils ont volé les silos de grains, de blé, de farine, pour que le citoyen meurt de faim et ne puisse plus que rêver de son pain… Est-ce là un conflit pour un poste ou un pouvoir ? Ou bien est-ce une guerre entre la patrie et ses ennemis ? Est-ce une lutte pour le pouvoir ? Ou bien est-ce pure vengeance contre le peuple qui n’a pas accordé à ces terroristes assassins le mot clé pour disloquer la Syrie et partager sa société ? Ils sont les ennemis du peuple, et les ennemis du peuple sont les ennemis de Dieu, et les ennemis de Dieu sont voués au feu de l’Enfer le jour de la Résurrection !

Dans une première étape, ils ont imposé leur prétendue révolution ! Mais le peuple s’est révolté et a refusé de les couver, malgré les flots d’argent déversé, le déchainement des médias, et l’intimidation par des armes encore cachées. Constatant leur échec, ils sont passés à la deuxième étape, et tombant les masques de la révolution dite « pacifique » ils ont brandi leur arsenal qu’il était devenu inutile de dissimuler… Ensuite, ils ont tenté l’occupation de certaines villes qui devaient leur servir pour se déchainer comme des loups furieux sur d’autres villes… Ils ont frappé sauvagement… Mais plus ils frappaient, plus le peuple conscient des enjeux résistait, démontrant son mépris et leur fausseté… C’est là qu’ils ont décidé de leur vengeance, contre tous et sans distinction, en usant du « Terrorisme » partout où ils ont pu s’infiltrer !

Ils parlent de « Révolution », alors qu’ils n’ont rien à voir avec les révolutions, ni de près, ni de loin ! Une révolution a besoin de penseurs. La révolution se construit sur une pensée. Où est donc le penseur ? Qui a rencontré un seul de leurs penseurs ? Les révolutions ont besoin de dirigeants. Qui sait quel est celui qui les dirige ? Les révolutions supposent un savoir et des idées, non de l’ignorance…  Les révolutions supposent d’aller de l’avant, non de revenir à des siècles passés… Les révolutions supposent d’éclairer la société toute entière, non de lui couper l’électricité… Habituellement, la révolution est faite par le peuple, non par des individus importés de l’étranger pour imposer leur révolution au peuple… Elle est faite pour le peuple, non contre ses intérêts. Alors, de grâce, est-ce une révolution et avons-nous à faire avec des révolutionnaires ? Ou bien ne sont-ils qu’une bande de criminels ?

Ceci pour la façade, alors qu’en arrière plan œuvraient les « Takfiristes » par déflagrations, assassinats de masse, et soutien logistique des bandes armées au premier plan. Il n’empêche qu’à chaque fois que l’armée et le peuple, main dans la main, les ont repoussés, ils ont frôlé la dépression. Du coup, ils se sont sentis obligés de se battre aux premiers rangs et de tenir la barre d’un vaisseau voguant à tout va, par le feu, le sang, et la torture… C’est bien parce que la pensée takfiriste est étrangère à notre pays qu’ils ont dû importer de l’étranger et les individus et leurs idées… Et c’est là que l’équation s’est inversée. D’une part, des takfiristes, des terroristes, al-Qaïda, qui se targuent d’être des « djihadistes » venus de partout dans le monde, pour mener des opérations terroristes sur notre sol. D’autre part, des bandes armées qui, suite à leur échec, ont été transférées à l’arrière plan en tant qu’assistantes dans les opérations d’enlèvements, de pillages, et de sabotages… Des esclaves ou des agents à la solde des ennemis, dans le meilleur des cas. Des espions travaillant contre leurs compatriotes pour le compte de tueurs takfiristes ne parlant que la langue du carnage, et du démembrement des corps de leurs victimes !

Mes frères… c’est ceux-là que nous combattons. Beaucoup ne sont pas Syriens. Ils sont venus, mus par des concepts pervers et une terminologie frelatée. Ils parlent d’un Djihad qui est loin de correspondre à celui de l’Islam… Ce qui est certain est que la plupart de ceux à qui nous avons à faire, aujourd’hui, font partie de ces terroristes prônant l’idéologie d’al-Qaïda… Je pense que la plupart d’entre vous savent de quelle manière l’Occident a soutenu, en Afghanistan, ce type de terroristes financés par de l’argent arabe, depuis trois décennies… Avec le démembrement de l’Union soviétique et son retrait d’Afghanistan, cette organisation de terroristes s’est mise à essaimer et à frapper partout dans le monde arabe… Elle a frappé en pays musulmans puis s’est dirigée vers l’Occident… Ils ont essayé de s’en débarrasser au cours de leur guerre en Afghanistan… Ils ont essayé d’autres manières pour s’en débarrasser après leur invasion de l’Irak… Ce qui n’a pas empêché ce terrorisme organisé de devenir de plus en plus obstiné et migratoire… Mais voilà que « les événements » sont arrivés dans le monde arabe, notamment en Syrie,  comme une opportunité pour ces forces – je veux dire les forces occidentales – afin qu’elles puissent transférer le plus grand nombre de ces  « désormais indésirables » vers la Syrie et en faire une nouvelle terre du Djihad. C’est ainsi, qu’ils ont pensé pouvoir défaire deux rivaux gênants d’un même coup : le terrorisme et le « nœud problématique » de la Syrie !

Il y a un peu plus d’un mois, une organisation – dont je ne me souviens plus du nom – qui s’occupe des questions de terrorisme, a publié un rapport sur la baisse des actes terroristes dans le Monde, notamment en Asie centrale et orientale… C’est vrai, puisque la plupart des terroristes qui sévissaient dans ces régions et même dans certains pays occidentaux sont venus en Syrie ! L’intrusion de ces terroristes est dangereuse pour la sécurité de n’importe quelle société ; ce qui est évident sans pour autant admettre qu’il soit impossible de les défaire quand on en a la volonté et le courage…  Mais le plus dangereux est leur intrusion dans les intellects et les milieux sociaux… Une fois que leur mode de pensée a pénétré au sein d’une communauté, elle se transforme en un monstre difforme. Nous devons traiter cette question avec sérieux, indépendamment de la crise politique que traverse la Syrie. En d’autres termes, nous devons dépasser nos divergences car si nous ne traitons pas cette question, nous ne laisserons que du « sang en héritage » pour des générations et des générations… La Syrie que nous connaissons n’existera plus. Son nom et sa géographie ne disparaitront pas nécessairement, c’est plutôt la société syrienne telle que nous l’avons connue qui disparaitra. Ceci dit, il n’est pas exclu que ce mode de pensée fondé sur la « Fitna » détruise la géographie et le sens politique de toute société qu’il a pénétré. C’est là une grande responsabilité qui exige que nous nous unissions pour y faire face.

D’autres dimensions existent dans cette crise qui n’est pas seulement interne, ce qui s’y passe étant désormais clair pour tous ceux qui veulent bien voir… En effet, au niveau régional, il y a ceux qui cherchent sa partition et ceux qui cherchent à l’affaiblir… Certains financent et arment les criminels tandis que d’autres les entrainent et les soutiennent… Des États ennemis qui se sont construits en occupant et en agressant, et dont le comportement ne nous surprend pas outre mesure… Des pays voisins qui ont injustement maltraité la Syrie et son peuple, pour réussir à les dominer… Des États qui se cherchent une place dans l’Histoire sans espérer s’y retrouver… Alors, ils ont choisi de la réécrire avec le sang des innocents du peuple arabe, le peuple syrien en particulier… Mais la Syrie et son peuple sont plus forts et plus solides… Nous leur promettons de ne pas oublier !

Quant au niveau international, ce n’est un secret pour personne que la Syrie a été et restera libre et souveraine, qu’elle refuse la soumission et n’accepte pas la tutelle… C’est ce qui a toujours dérangé certains pays occidentaux… Ils ont donc voulu exploiter les événements internes, pour sortir la Syrie de l’équation politique régionale, en finir avec le « nœud problématique » qu’elle représente, y frapper toute velléité de résistance, et ainsi nous transformer en suivistes comme beaucoup de pays qui nous entourent… Mais la communauté internationale ne se limite pas aux pays occidentaux. De nombreux pays, en particulier la Russie, la Chine, les autres pays du BRICS, et beaucoup d’autres refusent l’ingérence dans les affaires des États et la déstabilisation de notre région, tout en respectant leurs propres intérêts et principes, dont l’autodétermination et la liberté des peuples… Des États qui respectent la souveraineté de la Syrie, son indépendance, et sa liberté de décision… Des États que, réciproquement, nous ne pouvons qu’estimer, respecter, et remercier… Je remercie particulièrement la Russie, la Chine et l’Iran et chacun des pays qui a soutenu  l’autodétermination du peuple syrien.

À la lumière de ce qui précède, nous ne pouvons parler de solution sans tenir compte de ces facteurs : le facteur intérieur, le facteur régional, et le Groupe de travail international. Ceci, en sachant que toute action qui ne modifierait pas ces facteurs ne pourra aboutir.

Commençons par l’intérieur… Pour certains, le conflit a donc consisté à dire qu’il y avait désaccord entre opposants et partisans… Je ne pense pas qu’il en soit ainsi et ce, depuis le tout début des événements. Dans le monde civilisé, un tel désaccord  tourne autour de la question de savoir comment consolider la construction de la patrie, non comment la détruire… comment progresser et se développer, non comment revenir en arrière. La relation entre opposition et gouvernement se déroule en interne. Mais quand des éléments internes en arrivent à faire partie intégrante d’éléments étrangers, le conflit se situe entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’indépendance du pays et sa vassalisation, entre la souveraineté et la colonisation politique… Dès lors, le contexte oblige à la « défense de la patrie » et à « l’union de tous » contre l’agression étrangère munie d’une boîte à outils interne. C’est pourquoi lorsque nous parlons d’opposition externe, nous ne nous basons pas sur le lieu de résidence de tel ou tel, mais sur ce vers quoi il a dirigé son cœur et son esprit, avec qui il a accepté de s’associer, sur qui il a parié, et de qui a-t-il accepté le financement. C’est ce que nous entendons par opposition étrangère, qu’elle réside à l’intérieur ou à l’extérieur, puisqu’il est clair que d’autres vivent à l’étranger mais défendent leur patrie.

Oui, mesdames et messieurs, il ne s’agit ni d’un conflit entre opposition et partisans, ni même d’un simple combat entre une armée et des gangs d’assassins. Aujourd’hui, nous sommes en état de guerre dans tous les sens de ce terme. Nous nous défendons contre une agression féroce, un nouveau genre de guerre plus dangereuse et plus meurtrière que les guerres conventionnelles, car elle n’utilise pas ses propres outils pour nous battre, mais nous utilise pour arriver à ses fins…Elle cible la Syrie à travers une poignée de Syriens et de très nombreux étrangers, et c’est malheureusement grâce à la coopération consentie par certains des nôtres qu’elle espère nous pousser à déraciner nos arbres et à démolir nos fondations. Une telle guerre exige de nous de défendre la patrie tout en poursuivant la voie des réformes, même si elles ne peuvent probablement pas changer grand-chose à la réalité de cette guerre. Il n’en demeure pas moins qu’elles pourraient nous fortifier et renforcer notre unité et notre immunité. Certains pensent que cette solution par les réformes serait l’unique solution de nos problèmes. Non… c’est un facteur important, mais pas la seule solution.

En effet, la réforme sans la sécurité est comme la sécurité sans la réforme. L’une ne peut réussir sans le concours de l’autre. C’est ce que nous avons déjà déclaré et que nous continuons à dire… Ceux qui ne cessent de répéter que la Syrie a choisi « la solution sécuritaire » n’entendent ni ne voient !  Nous avons maintes et maintes fois répété : solution politique d’une main, éradication du terrorisme de l’autre main. À ceux qui tentent d’inverser la situation par ce prétexte, nous demandons : lorsqu’une personne résiste à une agression, diriez-vous qu’elle s’est défendue ou bien qu’elle a choisi une solution sécuritaire ? Pourquoi parler de « solution sécuritaire » lorsqu’un État défend le peuple et que le peuple défend la patrie ? N’importe qui, dans ce cas, serait considéré comme ayant opté pour sa légitime défense, non pour une situation sécuritaire ! Nous, nous n’avons pas opté pour la guerre. La guerre a été imposée à la Syrie. Par conséquent, lorsque l’État défend le peuple et que nous nous défendons tous, aucune personne raisonnable ne devrait continuer à dire que nous avons fait un choix sécuritaire. La défense de la patrie est un devoir et le seul choix possible. Le fait que nous ayons accepté une « solution politique » n’implique nullement que nous devrions cesser de nous défendre, tout comme il suppose un partenaire qui accepte cette solution et qui est disposé au dialogue.

Nous n’avons jamais refusé la « solution politique ». Nous l’avons adoptée depuis le premier jour sur la base fondamentale du dialogue. Nous avons tendu la main à toute personne porteuse d’un projet politique qui pousserait la Syrie à aller de l’avant. Mais avec qui dialoguer ? Avec les dépositaires de la pensée extrémiste qu’ils n’expriment que par le langage du sang, du meurtre et de la terreur ? Avec des gangs télécommandés de l’étranger ? Avec ceux qui suivent l’étranger et exécutent ses ordres ? L’étranger ordonne de refuser le dialogue national parce que ses dirigeants savent qu’il ferait échouer tous leurs plans échafaudés pour détruire la Syrie, d’autant plus que certains dirigeants de pays de la région ont bien compris que si la Syrie sortait de «sa crise », leur avenir politique serait sérieusement compromis, maintenant qu’ils se sont noyés, ont noyé leurs peuples dans les mensonges, ont gaspillé leurs richesses pour soutenir le terrorisme ; maintenant qu’ils ne peuvent plus justifier leur politique d’agression et qu’ils se sont compromis dans le crime, le meurtre, et l’effusion du sang des innocents. Et enfin, devons nous dialoguer avec des pantins façonnés par l’Occident pour tenir le rôle qu’il leur a distribué et réciter les textes qu’il leur a dictés ? Si nous devons dialoguer, autant dialoguer avec l’original plutôt qu’avec sa copie, non avec celui qu’il a créé de toutes pièces pour l’exhiber sur les scènes du monde entier. Autant dialoguer avec le maître, plutôt qu’avec l’esclave !

C’est l’Occident, descendant du colonialisme et premier détenteur du sceau des divisions politiques et des rivalités sectaires odieuses, qui a fermé la porte du dialogue, pas nous ! Ceci, parce qu’il a pris l’habitude de donner des ordres et que nous nous sommes habitués à la souveraineté, à l’indépendance, et au libre arbitre. Nous ne changerons pas ! Dès lors, comment pourrait-il dialoguer avec nous ? Et pourquoi le ferait-il ? Par conséquent, celui qui se contente de parler d’une « solution politique » en négligeant ces réalités, soit les ignore, soit est complice et sacrifie sa patrie et ses concitoyens pour nourrir les criminels qui se tiennent derrière eux. Il vend son peuple et le sang de ceux qui sont tombés pour la patrie. C’est ce que nous ne permettrons pas !

Certains parlent d’une solution politique sans parler de l’éradication du terrorisme,  et inversement. Ceux-là manquent de précisions, car la solution ne peut être que globale et concerner plusieurs « axes » : le politique, la lutte contre le terrorisme, et le social. Ce troisième axe s’est révélé être d’une grande importance, ne serait-ce qu’en tirant les conclusions des « modèles » observés à Homs et à Deraa, où nous avons vu la situation s’améliorer de façon spectaculaire du fait de cette « solution sociale ». Ainsi, des personnes d’une moralité certaine, armés de leurs seuls sentiments d’appartenance nationale et de patriotisme, ont pris l’initiative de servir d’intermédiaire entre l’État, certains insurgés dupés, et même des terroristes. Ils sont arrivés à des résultats tangibles que nous avons tous pu vérifier sur le terrain.  Ces citoyens n’étaient affiliés à aucun parti, n’avaient pas de programme politique, mis à part leur sentiment national. Ce genre d’initiative est de la plus haute importance, surtout que n’importe quelle crise dans n’importe quel pays peut s’aggraver… Il faut toujours revenir aux racines sociales. Je salue toutes ces personnes qui ont merveilleusement travaillé pour le salut de la patrie, chacune donnant le meilleur de ce qu’elle peut donner. J’en connais certaines que j’ai rencontrées, et d’autres dont j’ai entendu parler. Il y a des soldats inconnus… Nous les saluons tous, et nous leur disons que nous comptons beaucoup sur leurs initiatives.

Ce qui précède pourrait laisser à penser que nous ne voyons personne avec qui dialoguer. Ce n’est pas vrai ! Malgré tout, nous sommes toujours prêts au dialogue et nous continuerons toujours à tendre la main pour inviter au dialogue… Nous dialoguerons avec ceux qui s’opposent à notre politique, tant qu’ils ne portent pas atteinte aux principes nationaux fondamentaux… Nous dialoguerons avec les partis et les individus, tant qu’ils ne se vendent pas aux forces étrangères… Nous dialoguerons avec ceux qui déposeront les armes, pour que l’authentique sang syrien recoule dans leurs  veines… Nous resterons les partenaires vrais et sincères de chaque citoyen patriote honnête, noblement et jalousement attaché à la Syrie, à ses intérêts, à sa sécurité et à son indépendance.

Partant de là et de nos « constantes de principe » ; à savoir, la souveraineté de l’État, l’indépendance de sa décision, les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies, le Droit international ; lesquels confirment tous la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale des États, ainsi que la non-ingérence dans leurs affaires internes. Et, étant donné  que nous sommes convaincus de la nécessité du dialogue entre les enfants de la Syrie, sous direction syrienne, pour rétablir la sécurité et la stabilité ; la « solution politique en Syrie » se fera comme suit :

Première étape 

1. Les États concernés, régionaux et internationaux, s’engagent à cesser de financer, armer, et héberger les combattants armés ; parallèlement à l’arrêt des opérations terroristes de ces derniers. Ceci, facilitera le retour des Syriens déplacés vers les lieux de leur résidence d’origine, dans le calme et la sécurité. Ce n’est qu’ensuite que nos forces armées mettront fin à leurs opérations militaires, tout en se réservant le droit de riposter au cas où la sécurité de la patrie, des citoyens, des entreprises publiques et privées, serait menacée de n’importe quelle attaque.

2. Trouver une procédure pour s’assurer que toutes les parties respectent le précédent engagement avec, en particulier, le contrôle des frontières.

 3. Le gouvernement en exercice se charge d’initier directement les prises de contact avec toutes les catégories de la société syrienne, les partis, et les organisations pour permettre les échanges et préparer à une « Conférence de dialogue national », à laquelle participeront toutes les forces extérieures et intérieures, désireuses de trouver  une solution en Syrie.

Deuxième étape 

1. Le gouvernement en exercice invite à tenir une conférence de dialogue national et global, pour décider d’une « Charte nationale » qui affirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, le rejet de toute ingérence dans ses Affaires, ainsi que le renoncement au terrorisme et à la violence sous toutes ses formes. C’est cette charte qui tracera l’avenir politique de la Syrie et qui dessinera le système constitutionnel et judiciaire, les caractéristiques politiques et économiques, et les projets de lois issus du consensus, concernant les partis, les élections, l’administration locale etc.

2. La charte devra être soumise à référendum national.

3. Elle sera suivie de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société syrienne, chargé de la mise en œuvre des dispositions de la « Charte nationale ».

4. Organisation d’un référendum sur la Constitution. Après son adoption, le gouvernement élargi adoptera les lois consensuelles issues de la « Conférence du dialogue national » conformément à la nouvelle constitution, dont celles portant sur loi électorale qui permettra de tenir de nouvelles élections législatives. Ceci dit, tout ce qui concerne la Constitution et les lois pourrait être précédé du conditionnel « si », autrement dit en cas d’accord lors de la « Conférence du dialogue national », une conférence permettra de débattre des nouvelles lois ou de la nouvelle constitution ; le gouvernement travaillant à sa visibilité.

Troisième étape

1. Formation d’un nouveau gouvernement conformément à la Constitution adoptée selon les modalités précédentes.

2. Tenue d’une « Conférence de Réconciliation Nationale », et déclaration d’une amnistie générale pour ceux qui ont été emprisonnés en raison des événements, avec maintien de leurs Droits civils.

3. Travaux préparatoires pour la réhabilitation des infrastructures, la reconstruction, et l’indemnisation des citoyens pour les dommages subis du fait des événements.

Concernant l’amnistie générale, elle se fera en effet avec la conservation des droits civils, car l’État a le droit d’accorder la grâce dans le domaine du Droit public, alors qu’il ne dispose pas de cette possibilité dans le domaine du Droit des personnes… Je pense que lorsque nous serons arrivés à ce stade, il faudra que le pardon soit l’affaire de tous, non seulement par amnistie de l’État. Ce n’est qu’alors que nous parviendrons pratiquement à la « Réconciliation nationale », tout un chacun ayant pardonné à tous !

Telles sont les principales caractéristiques de la solution politique telle que nous la concevons. Il s’agit de têtes de chapitres qu’il faudra étayer et approfondir. Le gouvernement aura à gérer cette « vision » et à en rédiger les détails, sous forme d’une « initiative » qu’il présentera dans quelques jours. Par la suite, les choses devraient suivre leur cours selon les étapes précédemment mentionnées.

Maintenant, remettons chaque sujet dans son contexte, car nous vivons à l’ère de la falsification et des interprétations erronées. Nous n’avons pas falsifié. Mais étant donné que telle est la tendance générale du moment, tâchons d’éviter les quiproquos :

1. Concernant notre vision de la solution, certains pourraient s’inquiéter en la considérant comme un recul du point de vue sécuritaire. Je vous rassure tous. La lutte contre le terrorisme ne s’arrêtera pas tant qu’il restera un seul terroriste en Syrie. Ce que nous avons commencé, nous continuerons à le faire, et cette initiative n’impliquera aucune complaisance dans notre lutte contre le terrorisme. Au contraire, plus nous progresserons dans notre lutte, plus les chances de succès de notre vision augmenteront.

2. La vision, ou l’initiative – quel que soit le nom qu’on lui donnera – s’adresse à tous ceux qui veulent le dialogue et une solution politique, dans un proche avenir, en Syrie. Elle ne s’adresse pas à ceux qui les refusent. Sachant que, dès aujourd’hui, nous allons entendre beaucoup de commentaires exprimant son rejet de la part de ceux que vous commencez à bien connaître. D’avance, et pour qu’ils ne perdent pas leur temps, nous leur disons : pourquoi refusez-vous quelque chose qui, fondamentalement, ne vous est pas adressé ?

3. Toute initiative qui pourrait venir d’une autre partie, personnalité, ou État devra se fonder sur la « vision syrienne » ; ce qui signifie qu’il n’y a aucune initiative qui puisse remplacer ce que nous préconisons comme solution en Syrie. Plus clairement encore : n’importe quelle autre initiative pourra éventuellement aider les Syriens en ce qu’ils ont eux-mêmes décidé, mais en aucune façon elle ne pourra la remplacer. Maintenant que le gouvernement syrien a exposé ses idées, toute initiative étrangère devra se fonder sur ces mêmes idées à partir du moment où elle pourrait aider à les concrétiser. Il est donc inutile que nous perdions notre temps et celui des autres par des initiatives éloignées de ce contexte.

En même temps, si nous nous demandions comment les initiatives étrangères pourraient-elles nous aider ? Nous dirions que ce serait sur deux axes : l’axe de l’action politique, et l’axe de la lutte contre le terrorisme. Pour le premier, nous n’avons pas besoin d’aide. Nous Syriens, sommes capables d’intégrer une opération politique. En pratique, celui qui voudrait sérieusement, efficacement, et honnêtement aider la Syrie, devrait se concentrer sur les moyens susceptibles d’arrêter le trafic de combattants armés et d’argent à travers ses frontières. Ceci est un message à tous ceux qui travaillent de l’extérieur, pour qu’ils sachent sur quoi réfléchir. Nous ne souhaitons pas qu’on vienne en Syrie pour nous dire comment mener notre opération politique… Un pays millénaire sait gérer ses affaires.

4. Si nous acceptons des initiatives étrangères, cela ne signifie absolument pas que nous acceptons une interprétation incompatible avec notre vision. Nous n’acceptons aucune interprétation qui ne sert les intérêts syriens. Ce qui m’amène à parler de « l’Initiative de Genève », approuvée mais comportant un article obscur, celui relatif au « gouvernement de transition ». Cet article n’est évidemment pas clair pour la simple raison que lorsque nous parlons de transition, il faudrait savoir répondre à la question : transiter d’où vers où ? Transiter de quoi vers quoi ? Serait-ce par exemple : Transiter d’un pays indépendant vers un pays occupé ? Ou alors, transiter d’un pays doté d’un État vers un pays sans État où règne le chaos ?  Finalement, devrions-nous nous passer de notre pouvoir de décider, pour le confier aux bons soins des étrangers ?

Bien sûr, nos adversaires voudraient voir ces trois dernières transitions réunies. Pour nous, les conditions actuelles font qu’un tel flou nous ferait transiter de la stabilité vers l’instabilité. Toute autre interprétation ne nous concerne pas. Ceci dit, dans les conditions normales, une transition suppose d’aller du moins bien vers le mieux et se fait dans le cadre de la Constitution… C’est ce que nous faisons et en ce qui nous concerne, nos idées sont notre « période transitionnelle » à nous !

5. À chaque fois que nous avons accepté une initiative, nous avons considéré qu’elle respectait la souveraineté et la décision du peuple car, effectivement, toutes celles avec lesquelles nous avons eu à faire contenaient ces deux principes en préambule. Ainsi, les points sur lesquelles s’accorde l’intérieur ou l’extérieur doivent être de la décision du peuple syrien. Même la « Charte nationale » issue de la «  Conférence du dialogue national » ne passera pas sans référendum. Il devrait y avoir consultation référendaire pour tous les problèmes, surtout en ces circonstances difficiles. Nous l’avons dit à tous ceux que nous avons rencontrés. Toute idée ou sujet qui nous vient de l’intérieur ou de l’extérieur doit être soumise à référendum, et non seulement approuvée par le président, le gouvernement, le dialogue, ou autres. Cela nous garantirait de n’agir qu’avec l’approbation du peuple et dans l’intérêt de la patrie. Si nous tenons compte de ce principe clair et simple à la fois, alors tous ceux qui vont et viennent en Syrie sauront que la Syrie accepte le conseil et refuse le diktat, accepte l’aide et refuse la tyrannie.

Par conséquent, tout ce que vous avez entendu ou entendrez comme idées, opinions, initiatives et déclarations par des médias ou des responsables, ne nous intéresse pas tant qu’ils continueront à user de leur « terminologie printanière », d’ailleurs comparable à des bulles de savon qui finissent par éclater… Toutes les explications sur n’importe quel sujet qui ne tiennent pas compte de la souveraineté de la Syrie, restent du domaine des chimères. Ils peuvent toujours rêver et déambuler dans leur monde imaginaire, mais ils ne peuvent nous amener à vivre dans leur monde. Nous ne prendrons aucune initiative, nous ne déciderons d’aucune action, qui ne seraient fondées sur la réalité syrienne et la volonté du peuple.

Mes sœurs et mes frères, la patrie est indépassable, la Syrie est indépassable, c’est par l’initiative que nous la fortifions, c’est pour chaque grain de sa terre que nous la défendons. Le Syrien respire la tolérance et l’indulgence, mais la dignité nationale coule dans ses veines, si bien que la grande majorité des Syriens se sont dressés contre le terrorisme. Il y a ceux qui ont travaillé à fournir de précieux renseignements aux autorités compétentes, leur permettant de contrecarrer des opérations terroristes prévues contre les citoyens… Il y a ceux qui ont refusé de les accueillir et qui leur ont tenu tête, au risque de leur vie… Il y a ceux qui se sont battus au coude à coude avec nos forces armées pour défendre les villes, les quartiers et les infrastructures. Les exemples sont pléthores… Celui qui me vient à l’esprit s’est passé à l’extrême nord syrien dans le gouvernorat d’Hassaké et à Ras el-Ein plus précisément. Les jeunes de ce petit village l’ont défendu pendant plusieurs jours contre les attaques répétées de terroristes venus par la frontière turque toute proche, avant de finir par les vaincre. Je les salue. D’autres se sont impliqués dans des initiatives de réconciliation au niveau local et national, coupant ainsi la route aux terroristes et empêchant l’escalade des violences par le dialogue et l’esprit de solidarité.

Ces citoyens ont témoigné d’une conscience profonde, à savoir que la sécurité souhaitée ne passe ni pas par la neutralité et l’attentisme, ni par la fuite en avant, ni par la soumission servile devant l’étranger. Lorsque notre patrie va mal, nous tous allons mal. La patrie n’appartient pas seulement à ceux qui l’habitent, mais à ceux qui la défendent. La patrie n’appartient pas à ceux qui ont grandi sous son ombre et profité de ses bienfaits pour disparaitre quand elle appelle. La patrie appartient à tous ceux qui ont répondu à son appel… même à ceux qui ont failli dans de nombreuses circonstances, mais qui se sont ressaisis quand elle a été durement frappée et, quelle que soit leur appartenance, se sont levés avec tous les autres disant : le moment de l’offrande est arrivé. Ils ont alors donné sans compter.

Certains sont tombés sur le champ d’honneur.  C’est leur sang qui a démasqué le « faux printemps » et sauvé le peuple des « supercheries » destinées, dès le début des événements, à le frapper du pire. C’est leur sang qui a vaincu ce que l’Occident a faussement qualifié de printemps, mais qui a brûlé de son feu haineux et aveugle tout ce qu’il a pu atteindre par son sectarisme odieux et sa volonté d’une partition détestable. Ce ne fut que le printemps de ceux qui l’ont planifié et ont tenté de l’exécuter. Mais le voilà qui échoue, et que c’est justement le sang de ses martyrs qui a protégé et qui continuera de protéger la patrie et la région. C’est ce sang versé qui préservera l’intégrité de notre territoire, consacrera notre union dans la diversité, purifiera nos sociétés de la traitrise et de la trahison, et empêchera la décadence morale et humaine de notre civilisation pour les siècles et les générations futures. Telle est la plus importante et la plus puissante des victoires de la patrie, laquelle n’oubliera pas ceux qui se sont sacrifiés pour sa victoire. C’est parce que la patrie est un droit qu’elle restituera à chacun ce qui lui revient de droit.

Je rends hommage aux hommes les plus méritants des amis du droit, les hommes de l’Armée arabe syrienne. J’adresse mes salutations à nos courageux officiers et soldats qui par la sueur et le sang donnent sans compter pour la Syrie, priorité de toutes leurs priorités. J’adresse mes salutations à nos forces armées qui combattent la plus féroce des guerres, déterminées à éradiquer jusqu’au dernier des terroristes pour  rétablir la paix et la sécurité à toute la patrie et à tous ces citoyens. Mais, nos forces armées qui se sont illustrées par leur ténacité, leur cohésion et leur patriotisme ne sont que le reflet de la ténacité et de l’unité de notre peuple ; elles ont veillé pour conserver sa sécurité et sa dignité ; il les a soutenu tout autant. Alors, gloire à chaque soldat tombé pour défendre le sol de la patrie, et gloire à chaque soldat qui reprendra les armes d’un soldat tombé pour accomplir ce qu’il n’a pu terminer.

Et, sincères salutations à chaque citoyen qui, à sa manière et selon ses moyens, a fait son devoir en soutenant nos forces armées. Ceux-là sont la fierté et la dignité de la Syrie. L’Histoire retiendra leurs noms en lettres de lumière et de feu, car ce sont eux  qui l’écrivent avec  leur sang et leur courage. Ils sont et resteront les équivalents de notre Armée et les Défenseurs de notre patrie, au côté des « Houmatal’dyari ».

Mes sœurs et mes frères… je sais comme vous savez que ce que le pays traverse est difficile et douloureux. Je partage les sentiments d’une majorité du peuple syrien confronté à la perte d’êtres chers, car la haine a touché tout le monde et les cercueils des martyrs innocents ont endeuillé de nombreux foyers, dont le mien, parce que je fais partie de ce peuple et que j’en ferai toujours partie ; les postes étant éphémères, mais la patrie éternelle ! Quant aux larmes des mères affligées par la perte de leurs enfants innocents, elles se verseront pour la paix de leurs âmes immortelles, mais se déverseront en une véritable damnation sur les criminels assassins qui ont volé le sourire de nos enfants, avant de tenter de voler leur avenir dans un pays fort, paisible et stable.

La Syrie restera telle vous l’avez connue et, si Dieu le veut, elle reviendra plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Il ne faut donc pas renoncer à nos principes. Ceux qui ont parié sur l’affaiblissement de la Syrie pour qu’elle oublie son Golan et ses territoires occupés sont dans l’illusion. Car le Golan est à nous, et la cause palestinienne est et restera la nôtre ; cette Palestine pour laquelle nous avons donné le meilleur de nous- mêmes… du sang et des martyrs !

Nous continuerons à soutenir la Résistance contre la coalition de ses ennemis. Car, la résistance est « la voie », non les individus. La résistance est état d’esprit et pratique, non concessions et opportunisme. Et le peuple et l’Etat qui, pendant des décennies, ont assumé la lourde charge de leur soutien à la juste cause du peuple palestinien, en dépit de toute sorte de défis, de pressions, de menaces, et du prix élevé payé par chaque citoyen syrien, ne peuvent modifier leur position à l’égard de leurs frères palestiniens, et pour quelles que raisons que ce soient !

Ainsi, la tentative poussant à compromettre les Palestiniens dans les événements syriens n’a qu’un seul but, celui de ne plus orienter la boussole vers le véritable ennemi. Toutes ces tentatives sont vouées à l’échec avant même de commencer. Le Palestinien en Syrie fait son devoir envers sa seconde patrie comme tout Syrien. Et nous, État et peuple syriens, assumons la responsabilité de faire notre devoir à l’égard des Palestiniens, comme nous le ferions pour tout Syrien. Je rends hommage à tous les nobles palestiniens qui ont respecté notre pacte, ont pris acte de nos prises de position avec toute la compréhension nécessaire, ont fraternisé avec leurs frères syriens par le sang et le destin sans jamais considérer la Syrie comme un hôtel de loisirs qu’on quitterait au gré des circonstances !

Mes sœurs et mes frères, malgré tout ce qui a été planifié contre la Syrie et tout ce que nous avons subi de la part des proches avant les moins proches, ils ne réussiront pas à modifier ce qui nous habite de fort, de solide et d’inébranlable lorsqu’il s’agit du patriotisme qui coule dans nos veines… lorsqu’il s’agit de la Syrie, plus précieuse que tout le reste. La résistance, dont vous avez fait preuve depuis près de deux années face à tout ce qui nous est arrivé, dit au Monde que la Syrie est réfractaire à l’effondrement, que son peuple est récalcitrant à la soumission et à l’humiliation, et que la résistance et la relève du défi sont ancrées dans le corps syrien. Nous en héritons génération après génération. Nous avons toujours été ainsi et le resterons. Main dans la main, et en dépit de nos blessures, nous emmènerons et marcherons avec la Syrie vers un meilleur et plus bel avenir… Nous emmènerons et marcherons avec la Syrie… Nous irons de l’avant sans nous laisser intimider par leurs armements, ni nous laisser terroriser par leur haine, parce que nous sommes du côté du juste et que Dieu est toujours et à jamais avec la Justice !

Je vous remercie.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

06/01/2013

الخطاب الكامل للسيد الرئيس بشار الأسد 6 1 2013

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=LiBNS4dyy80

 

Transcription et traduction : Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Le discours a également été publié en français sur le site de Sana : “ Le président al-Assad lance une solution politique de la crise en Syrie.  Le président syrien affirme que la Syrie redeviendra plus forte et ne concédera jamais ni principes ni droits ”

http://www.sana-syria.com/fra/

Notes :

” N’est Sourd Que Celui Qui Ne Veut Pas Entendre !”

http://www.liberation.fr/monde/2013/01/07/la-france-denonce-le-deni-de-realite-de-bachar-al-assad_872119

http://www.liberation.fr/monde/2013/01/06/bachar-al-assad-prend-la-parole-mais-reste-sourd_872046

 

 

Voir également le reportage suivant :


Bachar al-Assad dénonce les “ennemis” de la Syrie par BFMTV

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La ministre vénézuélienne des Services pénitentiaires, Iris Varela, a annoncé sur son compte Twitter l’expulsion d’un ressortissant français connu sous le nom de Frédéric Laurent Bouquet, le 29 décembre 2012.

M. Bouquet (photo) avait été arrêté à Caracas, le 18 juin 2009, avec trois ressortissants dominicains, en possession d’un arsenal. La police scientifique avait saisi dans l’appartement qu’il avait acquis 500 grammes d’explosifs C4, 14 fusils d’assaut dont 5 avec visée télescopique, 5 avec visée laser, et 1 avec silencieux, des câbles spéciaux, 11 détonateurs électroniques, 19 721 cartouches de différents calibres, 3 mitraillettes, 4 pistolets de différents calibres, 11 équipements radio, 3 talkies walkies et une base radio, 5 fusils de chasse calibre 12, 2 gilets pare-balles, 7 uniformes militaires, 8 grenades, 1 masque à gaz, 1 couteau de combat et 9 bouteilles de poudre à canon.

Durant son procès, M. Bouquet a admis avoir été formé en Israël et être un agent des services secrets militaires français (DGSE). Il a reconnu préparer un attentat pour assassiner le président constitutionnel Hugo Chavez.

M. Bouquet avait été condamné à 4 ans de prison ferme pour « détention illégale d’armes ». Il a purgé sa peine. Il a été extrait de sa cellule par ordonnance N° 096-12 du premier juge Yulismar Jaime, puis a été expulsé pour « atteinte à la sécurité nationale », en vertu de l’article 39 alinéa 4 de la Loi sur les migrations et les étrangers.

Les autorités vénézuéliennes s’étaient jusqu’à présent abstenues de communiquer sur ce sujet. Les faits ont été confirmés par le porte-parole du quai d’Orsay, Philippe Lalliot. L’ambassade de France à Caracas a décliné tout commentaire.

De notre enquête nous pouvons conclure : (1) le président Nicolas Sarkozy a commandité l’assassinat de son homologue Hugo Chavez (2) l’opération fut un fiasco (3) la France a accordé des compensations substantielles pour étouffer cette affaire durant le mandat de M. Sarkozy.

Voltaire, le 1er janvier 2013.

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Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4)

janvier 6th, 2013 by René Naba

Paris – Le délai de latence observé par les Etats-Unis à l’égard de l’Iran, en raison de la campagne présidentielle américaine et de la vacance du pouvoir en Arabie saoudite pour cause de maladie du Roi et de son ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Faysal, prend fin avec la reconduction du mandat de Barack Obama et son discours sur l’Etat de l’Union le 21 janvier 2013, déblayant ainsi la voie à une possible épreuve de force entre le duo israélo américain et la République islamique iranienne.
Papier co-publié avec Golias Magazine numéros de Janvier 20132 et Février 2013.

La première confrontation entre l’Etat hébreu et un état musulman non arabe.

Une guerre entre Israël et l’Iran constituerait la première confrontation entre l’Etat hébreu et un pays non arabe, depuis l’auto proclamation de son indépendance, en 1948, il y a 64 ans.

Premier conflit armé entre Israël et un état musulman non arabe, la guerre Israël-Iran tendrait à étendre les hostilités vers la zone inflammable des pétromonarchies du golfe arabo persique, bien au-delà de la zone traditionnelle du champ de bataille constitué par les pays bordant le bassin historique de la Palestine du mandat britannique (Egypte, Jordanie, Liban, Syrie et Palestine).

Si elle devait avoir lieu, elle traduirait un retournement stratégique de tendance, mettant aux prises, à fronts renversés, les deux anciens alliés de la guerre froide, l’Iran et Israël, et placerait en délicate posture l’Islam atlantiste, les régimes néo-islamistes du «printemps arabes», l’Egypte, La Tunisie et la Libye, de même que la Turquie et leurs alliés pétro monarchiques pro américains, comme en a témoigné la dernière opération israélienne contre Gaza, en novembre 2012.
Dans la période post indépendance des pays arabes, dans la foulée de la fin de la IIme Guerre mondiale (1939-1945), l’Iran impériale et Israël avaient noué, de concert avec la Turquie, deuxième pays musulman non arabe du Moyen Orient, une alliance de revers en vue de prendre en tenaille le Monde arabe et brider ses pulsions nationalistes, particulièrement sur la question palestinienne.

La rupture de l’alliance stratégique israélo-iranienne est intervenue à la chute de la dynastie Pahlévi, en Février 1979, et la signature un mois plus tard du Traité de paix de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979, entraînant la neutralisation militaire de l’Egypte et son exfiltration du champ de bataille, parallèlement à la promotion concomitante de l’Iran Khomeyniste au rang de porte étendard de la cause palestinienne.

Un deuxième infléchissement des termes du conflit israélo-arabe est survenu lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), qui a constitué la première alliance militaire objective entre Israël, l’Egypte et les pétromonarchies arabes, en superposition à la première guerre Nord-sud par la réalisation de l’Union sacrée des consommateurs de pétrole contre l’un de leurs principaux fournisseurs du sud, en l’occurrence l’Irak de Saddam Hussein. Un exploit financé de surcroît, faut-il le souligner, avec les deniers arabes.

L’accession de l’Iran au rang de «puissance du seuil nucléaire», en dépit d’un embargo de trente ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par Irak interposé, a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud, qui ont vu dans cet exploit technologique incontestable la preuve parfaite d’une politique d’indépendance, en ce qu’elle a débouché sur la possibilité pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire en même temps que de maintenir son rôle de fer de lance de la révolution islamique.
Dans une zone de soumission à l’ordre israélo américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003.

Le primat d’Israël

Le primat d’Israël conditionne le récit médiatique occidental et obère la crédibilité de sa démarche, en ce qu’elle révèle une distorsion de comportement des pays occidentaux face aux puissances nucléaires. Les Etats-Unis et l´Union européenne contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde (1).

Unique puissance nucléaire du Moyen-Orient, Israël a ainsi constamment bénéficié de la coopération active des États occidentaux, membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne), pour se doter de l‘arme atomique, bien que non adhérent au Traité de Non-Prolifération. Il en est de même de l’Inde et du Pakistan, deux puissances nucléaires asiatiques antagonistes, qui bénéficient néanmoins d’une forte coopération nucléaire de la part des États-Unis et de la France en dépit de leur non ratification du traité de non-prolifération nucléaire.

L’argumentaire occidental gagnerait donc en crédit si la même rigueur juridique était observée à l’égard de tous les autres protagonistes du dossier nucléaire, au point que la Chine et la Russie, les principaux alliés de l’Iran, se sont dotées d’une structure de contestation du leadership occidental à travers l’organisation de coopération dite «le groupe de Shanghai», pour en faire une OPEP nucléaire regroupant les anciens chefs de file du camp marxiste (Chine et Russie), ainsi que les Républiques musulmanes d’Asie centrale, avec l’Iran en tant qu’observateur.

L’Iran apparaît ainsi du fait de la pression israélienne, relayée par ses alliés européens notamment la France, comme une épreuve militaire et diplomatique d‘importance. Mais la focalisation du débat sur le nucléaire iranien pourrait contrarier l’approche binaire de la diplomatie américaine, visant la promotion d’un règlement négocié du conflit israélo-palestinien parallèlement à une neutralisation de l’Iran, à défaut d’une normalisation des relations irano américaines, en vue de se dégager du bourbier afghan.

La croisade israélienne contre l’Iran est double: écarter une éventuelle menace iranienne et se soustraire à ses engagements internationaux concernant le règlement de la question palestinienne. Comparable par son intensité à la campagne de mobilisation contre l’Irak, cette offensive militaro médiatique israélienne, en reléguant au second plan le règlement du conflit israélo-palestinien, viserait, d’une manière sous-jacente, à acclimater l’opinion internationale au fait accompli de l’annexion de la Palestine, à l’effet de restaurer le prestige israélien terni par ses échecs répétés tant contre le Liban, en 2006, que contre l’enclave palestinienne de Gaza en 2008-2009 et en 2012.

L’Iran, par effet d’aubaine, a acquis une stature de puissance régionale du fait de la politique erratique des États-Unis tant en Afghanistan qu’en Irak, où ses rivaux idéologiques, les radicaux taliban sunnites et le laïc baasiste irakien Saddam Hussein ont été éliminés par leur ancien protecteur américain. Il entend se faire reconnaître la place qu’il estime sienne dans le concert régional, qui était en fait sienne, dans la décennie 1970, lorsque les Américains avaient confié au Chah d’Iran un rôle de «super gendarme» dans le Golfe, en proie alors à la rébellion communiste du Dhofar (Sultanat d’Oman) et à la contestation nationaliste du «Front de Libération Nationale de la Péninsule Arabique» tant en Arabie saoudite qu’au Yémen que dans les Émirats pétroliers.

Dans cet esprit, l’Iran a réaffirmé son droit inaliénable au nucléaire et proposé une négociation globale avec le groupe de contact portant sur tous les aspects du contentieux qui l’oppose avec les pays occidentaux depuis trente-cinq ans, tant l’embargo qui frappe la République islamique, que les avoirs iraniens bloqués aux Etats-Unis, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, que le rôle régional de l’Iran, la coopération sécuritaire en Irak et en Afghanistan.

René Naba

drone

Israël-Iran: Une guerre électronique par sabotage informatiqueLa Guerre asymétrique (2/4), 15 janvier 2013

Iran-Israel

Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4, Au-delà du nucléaire, une expédition punitive sur fond de compétition, énergétique, le 28 janvier 2013.

Article guerre 4 Naba

Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4Le Hezbollah et la crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie., 31 janvier 2013

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Les nouveaux tyrans du peuple tunisien : la persistance du chaos

janvier 6th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Ô tyran oppresseur… Ami de la nuit, ennemi de la vie… Tu t’es moqué d’un peuple impuissant Alors que ta main est maculée de son sang.»

Abou el Kassem Echebbi

Le poème d’Abou el Kassem Echebbi écrit en plein protectorat français de Tunisie est tout à fait d’actualité, il décrit le calvaire du peuple tunisien qui peine à trouver sa voie. Pour rappel, le poète est connu pour avoir traité des thèmes comme la liberté et la résistance, notamment dans son fameux « Ela Toghat Al Alaam » qui s’adresse «aux tyrans du monde». Le peuple tunisien vit une épreuve dont il faut espérer qu’il en sorte.

Deux ans après, la situation est faite de haut et de bas, entre la lutte pour le pouvoir des «laïcs» et le double langage d’Ennahda, le citoyen souffre et il souffre d’autant plus que la situation économique est loin d’être bonne. L’insécurité devient structurelle. On croit revivre la situation de l’Algérie il y a vingt ans. Une opération des forces de sécurité contre les extrémistes s’est soldée par le décès d’une dame (l’épouse d’un djihadiste), d’un soldat des forces de sécurité et l’arrestation de quatre recherchés; l’un d’eux a été grièvement blessé. Des armes et des munitions ont été saisies.

Mustapha Stambouli décrit une situation de chaos où l’Etat est absent et où Ennahda joue un double jeu: «Une série noire (attaque de Nidaa Tounès à Djerba, assassinat de Lotfi Nakdh, agression envers des syndicalistes, etc.) plonge le pays dans l’inquiétude, le désarroi et la crainte pour la République. Les bandits agissent en toute impunité. La police nationale est-elle vraiment dépassée par les événements ou contrainte à ne pas réagir? Ne pas réagir maintenant, c’est accepter toutes les dérives fascistes et dictatoriales, car le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève… Pourquoi la police est-elle si amorphe aujourd’hui? » (1)

« Pourtant poursuit-il, ces bandits sont bien connus de ses services et de nombreux citoyens dans les quartiers. (…) Les attaques se multiplient dangereusement à travers le pays et prennent des formes diverses: agressions verbales en direction des femmes, rituels de prière en pleine rue, agressions physiques à l’encontre des adversaires politiques, mariage orfi, occupation tapageuse des espaces publics, humiliation du drapeau national et des personnalités politiques. Le silence mortel du pouvoir et surtout des dirigeants d’Ennahda face à ces dépassements insupportables et inacceptables, leur double discours, encouragent les abus et les crimes de ces hors-la-loi» (1)

La  délicate situation économique: de l’eau au moulin de la fitna

L’un des éléments catalyseurs de la dégradation politique est la situation économique qui est du pain bénit pour créer du désordre et imposer un nouvel ordre. Dans une publication de l’agence chinoise nous lisons: «Malgré des indicateurs officiels revus à la hausse sur la majorité des secteurs d’activité durant les 10 premiers mois, l’exercice économique 2012 en Tunisie reste encore au-dessous des réalisations de 2010 (…) Selon M. Abdennabi, la Tunisie a entamé l’année 2012 «dans une situation difficile, puisque le bilan faisait état d’une perte d’environ 100.000 emplois face à l’existence de 80.000 nouveaux diplômés et un total de 800.000 chômeurs, sans oublier un taux de croissance négatif de 0,2%». (…) Des chiffres officiels publiés dans la presse dévoilent un bilan de plus de 1 500 grèves qui ont été observées légalement sous l’égide de l’Ugtt durant les 10 premiers mois de 2012. Un nombre qui reste élevé malgré qu’il ait dépassé les 2300 en 2011.(2)

Malgré une image «négative», le tourisme tunisien a su enregistrer des performances par rapport à 2011, mais reste encore au-delà des chiffres de 2010. Les dernières statistiques émanant du ministère du Tourisme indiquent que les recettes touristiques réalisées, du 1er janvier au 20 août 2012, se sont améliorées de 35,3% par rapport à la même période de 2011, rapporte une dépêche TAP. Depuis le début de l’année, jusqu’au 20 août 2012, la Tunisie a accueilli près de 3,681 millions de touristes de différentes nationalités contre 2,771 millions en 2011 et 4,539 millions en 2010. Le mouvement des touristes issus du Maghreb arabe et de l’Amérique du Nord, est à la hausse, atteignant respectivement, cette année, 1,621 million de touristes (contre 1, 24 million en 2011) et 19.779 touristes (contre 13.507 en 2011). (3)

En dépit d’une situation sécuritaire qualifiée de fragile depuis la révolution dite du Jasmin, pas moins de 100.000 Algériens continuent de prendre la destination de la Tunisie pour y passer les fêtes de fin d’année. Antoine Lerougetel dénonce pour sa part, à la fois la répression policière et le rôle ambigu de la centrale syndicale l’Ugtt qui est d’accord pour la mise en place d’un néolibéralisme sauvage. Nous lisons: «Après quatre jours de répression policière des manifestations contre l’abandon des programmes contre la pauvreté et le chômage à Siliana, le président tunisien Moncef Marzouki, dans sa déclaration télévisée, a exigé la constitution d’un nouveau gouvernement restreint de «compétences» et se transforment en une nouvelle lutte révolutionnaire contre son gouvernement.(…) L’intérieur du pays souffre d’un sous-développement chronique et connaît un mécontentement croissant face à l’incapacité du gouvernement à rehausser le niveau de vie ».

Pour Antoine Lerougetel, l’UGTT roule pour le nouveau système : « Le taux de chômage écrit-il, dépasse les 18% (…) L’Ugtt est un outil de longue date du régime capitaliste en Tunisie. Le gouvernement Ennahda, tout comme le gouvernement des Frères musulmans du président Mohamed Morsi en Egypte, collabore étroitement avec les puissances américaine et européenne pour étouffer et écraser les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière.(…) Les responsables de l’Ugtt travaillent maintenant de concert avec Ennahda pour contrôler la classe ouvrière. Une réunion, qui s’est tenue le 19 novembre à Bruxelles entre des responsables tunisiens et de l’UE, a établi un partenariat économique ayant pour «obligation de respecter les principes de l’économie de marché, et le libre-échange» ainsi que «la mondialisation de l’économie». (…) Sur cette base, la Banque mondiale a approuvé le 27 novembre un prêt de 500 millions de dollars à la Tunisie pour le financement de réformes économiques».(4)

La réalité des révolutions saisonnières arabes

Dans une contribution précédente, j’avais indiqué comment une espérance de peuples qui luttent pour la liberté et une dignité sociale, est dans chaque pays arabe laboratoire instrumentalisé pour servir les intérêts d’un agenda d’un nouvel ordre où les peuples deviennent des variables d’ajustement. La dénomination de «Printemps arabe» de l’Atlantique au Golfe, est, en soi, une allégeance et une soumission intellectuelle à la doxa occidentale qui, la première, a décidé d’appeler ainsi ces mouvements. Une nouvelle page de l’histoire est en train de s’écrire dit-on dans le Monde arabe. La thèse occidentale de Gilles Kepel, et de tant d’autres est que le «Printemps arabe a surpris tout le monde». Tous sauf ceux qui étaient au courant, pourrions-nous dire! Des événements qu’ils ont commandités mais dont ils se félicitent que ces révoltes ne soient pas connotées par l’Islam. Pour eux, le soubassement de ces révoltes parfumées n’a pas les fondements classiques imputables à un hypothétique choc des civilisations. Tout ceci est bien beau, mais il est quand même étonnant pour l’auteur de fixer le début des révoltes du Printemps arabe à une immolation qui aurait pu passer inaperçue n’étaient les médias occidentaux qui en ont décidé autrement.» (5)

«Si nous n’inscrivons pas toutes ces indignations de la jeunesse arabe dans un «agenda occidental» nous n’avons rien compris au mouvement du monde. Le ras-le-bol arabe n’a pas commencé en décembre 2010 mais en octobre 1988 en Algérie. Le tribut fut très lourd. La jeunesse algérienne a été la première, triste privilège, à mourir pour s’être battue pour la démocratie, la liberté. Sauf que ça n’intéressait personne. L’Algérie a payé le prix de la démocratie avec une décennie rouge et dit-on 200.000 morts, 10.000 disparus et 30 milliards de dollars de dégâts, sans compter les traumatismes que nous allons encore traîner pendant longtemps. Il a fallu attendre l’après-11 septembre 2001 pour que la voix de l’Algérie soit audible concernant le terrorisme.» (5)

Comme par hasard, les monarchies arabes, dociles aux Etats-Unis et à Israël, ont survécu à la «tempête du Printemps arabe». Cependant, à Bahreïn, au Yémen, silence on tue, mais là l’Empire ne bouge pas donc, les vassaux européens regardent ailleurs. Nous aurions voulu que l’on démonte la mécanique de ces révoltes pour y voir une manipulation de grande ampleur et la «spontanéité» des révoltes est un paramètre qui a été mis en équation pour susciter le chaos pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Tout le monde se souvient des bloggeurs qui ont catalysé les révoltes en Egypte, en Syrie… On le voit, ce qui a perdu les anciens potentats arabes, c’est le lâchage de l’Occident mis en musique par Internet et un projet mûrement réfléchi qui a travaillé sur un terreau favorable, une masse arabe toujours prête à l’émeute, constamment en posture pré-insurrectionnelle au vu de la hogra, le déni de justice, les passe-droits, la corruption institutionnalisée. Le chaos en Irak, en Afghanistan ne gêne pas la curée sur les matières premières et le pétrole. Les Afghans, les Irakiens, et de plus en plus les Libyens, peuvent se démolir à qui mieux mieux, cela ne gênera pas l’écoulement du pétrole.» (5)

«On attribue à Machiavel la sentence suivante: «Le meilleur moyen de contrer une révolution c’est de la faire soi-même.» Ceci s’applique croyons-nous comme un gant, à ce qui se déroule sous nos yeux. En un mot, tout est programmé pour se dérouler ainsi. Il suffit de lire, mais le veut-on? L’ouvrage de Gene Sharp qui décrit par le menu comment faire une révolution non violente et la réussir… Nous y trouverons tous les symptômes constatés dans les révoltes légitimes tunisiennes et égyptiennes, libyennes et qui, rapidement, ont été «prises en charge». Dans cet ouvrage, Gene Sharp décrit les 198 méthodes d’actions non violentes susceptibles d’être utilisées dans les conflits en vue de renverser les régimes en place. Parmi elles, notons la fraternisation avec les forces de l’ordre, les défilés, les funérailles massives en signe de protestation, les messages électroniques de masse, les supports audiovisuels, les actes de prière et les cérémonies religieuses, l’implication dans le nettoyage des places publiques et des endroits qui ont été la scène de manifestations, l’utilisation de slogans forts (comme le «Dégage» ou «Irhal»), des logos (comme le poing fermé), des posters avec les photographies des personnes décédées lors des manifestations et une certaine maîtrise de l’organisation logistique: «Cette brillante application des théories de Gene Sharp fut suivie par d’autres succès retentissants: Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizistan (2005).» (5)

Le double jeu d’Ennahda

Il y a deux ans, juste après l’avènement de la révolution du Jasmin nous écrivions: «Le peuple tunisien nous donne en ce moment même la plus belle leçon de l’Histoire du Maghreb postcolonial. Ce peuple longtemps étouffé et terrorisé cependant ne veut plus se laisser faire. La jeunesse des quartiers populaires, qui voit tous les horizons se boucher devant elle. Il n’accepte plus ces règles du jeu iniques où les gagnants sont toujours les mêmes. On se souvient que Bourguiba était fasciné par Ataturc au point, dit-on que même le drapeau tunisien présente des similitudes avec le drapeau turc. Il semble que les Turcs ne veulent pas de cette proximité. «Recep Tayyip Erdogan n’a jamais apprécié la comparaison des idées du Parti de Rached Ghannouchi aux siennes. (…) Lors de la visite du Premier ministre turc Erdogan en Tunisie, il n’hésita pas à éviter de serrer la main à Rached Ghanouchi qui l’attendait à l’aéroport de Tunis. (…)» (6) (7)

Cependant, on s’aperçoit que le parti Ennahda n’est pas si orthodoxe dans ses méthodes. Il semble qu’il a fait appel à des financements étrangers. «Dans tout cet imbroglio, on apprend qu’Israël est le premier mécène du Parti Ennahda. On peut s’interroger sur la raison d’un tel pacte. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a fait un don de 12 millions d’euros à Rached Ghannouchi par l’intermédiaire de la Banque Rothschild. (…) Les États-Unis d’Amérique sont le deuxième généreux donateur au Parti Ennahda avec 5 millions d’euros versés aux extrémistes. (…) Mais à quoi jouent les Américains? Financer leur probable futur ennemi? La stratégie américaine est de constituer un Grand-Orient intégriste partant d’Alger pour aller jusqu’au Pakistan permettant ainsi aux États-Unis de piller plus facilement les ressources en phosphore tunisiennes comme les ressources pétrolifères de Libye ou du Bahreïn.» (6) (7)

On dit que le pouvoir est maintenant conscient du danger salafiste djihadiste et a rompu avec les thèses de Rached Ghanouchi qui, longtemps, ont minimisé ce danger. «Les salafistes sont nos enfants, ils annoncent une nouvelle culture», a souvent répété le leader d’Ennahda. Enfin, ce qui ne gâte rien des affaires de corruption au sommet de l’Etat: la Tunisie, lit-on sur le site Médiapart, qui entre dans la cour des grands a aussi ses scandales en gates! La personne présumée coupable du fameux Shertongate n’est autre que le ministre des Affaires étrangères, par ailleurs gendre du gourou islamiste, Rached Ghanouchi. Passons sur l’affaire à la DSK révélée et reprise en boucle par tous les médias, qui ne nous intéresse pas trop ici, et posons-nous plutôt des questions sur un «don» de un million de dollars de la Chine qui aurait atterri sur son compte personnel.» (8)

Assurément le peuple tunisien est tiraillé entre deux projets de sociétés aux antipodes l’un de l’autre. De plus et pour son malheur les hommes politiques qui le dirigent puissent plus à se maintenir au pouvoir qu’à réellement donner  une perspective de sortie à ce peuple harassé et qui ne demande qu’à vivre dans la dignité . Il faut espérer que le peuple tunisien  s’en sorte. Pour cela, en tant qu’Algériens, nous avons un devoir de solidarité au-delà du tourisme. La stabilité de la Tunisie contribuera certainement à l’avènement de la paix dans notre région. La coopération multidimensionnelle devrait, de mon point de vue, dépasser les simples relations commerciales et s’inscrire dans la conviction d’un destin commun toute chose que nous aurions souhaitée à l’époque de la part de nos frères maghrébins.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz
1. http://www.legrandsoir.info/tunisie-pour-un-front-anti-fasciste-faf-pour-defendre-la-republique.html

2. http://french.news.cn/afrique/2012-12/10/c_132031402.htm

3. http://www.tunisie.fr/2012/09/03/bilan-2012-de-la-saison-touristique-en-tunisie/

4. Antoine Lerougetel 05 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca/tunisie-opposition-de-masse-a-la-repression-des-manifestations-contre-la-pauvrete/5314318

5. http://french.irib.ir/analyses/item/222966-proche-orient-la-r%C3%A9alit%C3%A9-du printemps-arabe,-par-chems-eddine-chitour?tmpl=component&print=1
6. http://www.mondialisation.ca/pitre-l-occident-plaidoyer-pour-la-non-ing-rence-en-tunisie/27345?print=1

7. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/qu-est-ce-que-le-ennahdha-102907

8. http://blogs.mediapart.fr/blog/mediterraneenne/010113/sheraton-gate-en-tunisie

 

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Pour qui sonne le glas en Syrie ?

janvier 4th, 2013 by Pepe Escobar

De la même manière que je relis de temps en temps mes passages préférés d’Hemingway, ces derniers temps j’ai re-visionné quelques images du souk d’Alep – le plus extraordinaire de tous les souks du Moyen-Orient – que j’ai tournées il y a des années. C’est comme si on m’avait tiré dans le dos ; j’adorais autant son architecture que ses gens et ses commerçants. Il y a des semaines, la majeure partie de ce souk – le poumon d’Alep pendant des siècles – a été incendiée et détruite par les « rebelles » de la soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL).

Dans cette tragédie syrienne, il n’y a pas de jeune héro comme dans Hemingway, pas de Robert Jordan dans les Brigades Internationales qui combattaient aux côtés des guérilléros républicains contre les fascistes durant la Guerre Civile espagnole. Dans la guerre civile syrienne, les brigades internationales sont essentiellement constituées de mercenaires salafistes-djihadistes, adeptes de la décapitation et des attentats-suicides à la voiture piégée. Et les (quelques) jeunes Américains sur place sont essentiellement des agents high-tech dans une partie jouée par le club rapace OTANCCG (l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et ses marionnettes arabes du Conseil de Coopération du Golf).

La tragédie continue. L’Etat syrien et son appareil politique et de sécurité militaire maintiendront leurs minis blitzkriegs – sans le moindre état d’âme pour les « dommages collatéraux ». Dans le camp opposé, les chefs « rebelles » parieront sur un nouveau Conseil Militaire Suprême encouragé par les Saoudiens et les Qataris.

Les Salafistes et les Salafistes-Djihadistes du Front al-Nousra – des fanatiques du VIIe siècle, fervents de la décapitation et des attentats suicides, qui effectuent l’essentiel des combats – n’étaient pas invités. Après tout, le Front al-Nousra a été qualifié d’ « organisation terroriste » par Washington.

A présent, examinez la réaction d’une grosse légume des Frères Musulmans, le contrôleur des finances adjoint Mohammed Farouk Tayfour, originaire de Hama ; il a dit que cette décision était « trop précipitée ». Et examinez la réaction du nouveau dirigeant de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib, lors d’une réunion des « Amis de la Syrie » au Maroc : cette décision doit être « réexaminée ». Pratiquement tous les groupes « rebelles » ont déclaré publiquement leur amour inconditionnel pour le noyau dur al-Nousra.

Donc, avec les fanatiques d’al-Nousra qui cachent probablement leurs barbes islamiquement correctes sous une capuche prosaïque, il faut s’attendre à beaucoup d’autres avancées « rebelles » sur Damas – malgré deux raclées majeures (essuyées en juillet dernier et ce mois-ci) grâce aux contre-offensives du gouvernement syrien. Après tout, l’entraînement prodigué par les Forces Spéciales américaines, britanniques et jordaniennes doit générer quelques résultats, sans mentionner les cargaisons d’armes encore plus létales fournies par ces parangons de la démocratie du Golfe Persique. Soit dit en passant, le Front al-Nousra contrôle des quartiers entiers d’Alep dévastée.

La haine sectaire règne en maître

Ensuite, il y a la toute nouvelle Coalition Nationale orwellienne des Forces Syriennes d’Opposition et Révolutionnaires – une coproduction Washington/Doha. Rencontrez le nouveau patron, identique à l’ancien patron (foireux), qui était le Conseil National Syrien (CNS). C’est juste de la rhétorique ; la seule chose qui compte pour la « Coalition Nationale » est d’obtenir plus d’armes létales. Et ils adorent al-Nousra, même si Washington ne l’aime pas.

Le Qatar a déchargé des tonnes d’armes « comme des bonbons » (selon la formule d’un négociant d’armes américain) dans la Libye « libérée ». Ce n’est qu’après le retour de manivelle de Benghazi que le Pentagone et le Département d’Etat se sont réveillés en comprenant que l’armement des rebelles syriens pourrait bien ouvrir la voie à d’autres déculottées. Traduction : le Qatar continuera à décharger des tonnes d’armes en Syrie. Les Etats-Unis continueront à « diriger par derrière ».

Attendez-vous à plus de massacres sectaires horribles comme celui qui s’est déroulé à Aqrab.[1] Cela prouve une fois encore que les « rebelles » de l’OTANCCG gagnent vraiment la guerre sur YouTube. Attendez-vous donc à des vagues plus massives et incessantes d’interprétations orientées et de propagandes – avec les grands médias occidentaux vantant et soutenant les « combattants de la liberté » syriens, sans commune mesure avec leur soutien au Djihad des années 1980 en Afghanistan.

Attendez-vous à plus de distorsions majeures du contexte, comme lorsque le vice-ministre russe des Affaires étrangères a dit, « Les combats seront encore plus intenses et [la Syrie] perdra des dizaines de milliers et, peut-être, des centaines de milliers de civils. [.] Si un tel prix pour déposer le président vous semble acceptable, qu’y pouvons-nous ? Bien sûr, nous considérons cela comme étant absolument inacceptable. »

Par conséquent, la Russie essaye de tout faire pour empêcher que cela se produise. Et si les « rebelles » de l’OTANCCG mettent à exécution leurs menaces d’attaquer les ambassades russe et ukrainienne à Damas, ils feraient bien de tailler leurs barbes et de courir se cacher de la Spetnatz – les Forces Spéciales Russes (qui ne rigolent pas !).

Attendez-vous à plus de haine sectaire, comme avec le Cheikh sunnite et vedette d’al-Jazeera, Youssouf al-Qaradawi, qui a nonchalamment émis une fatwa légitimant le massacre de millions de Syriens, qu’ils soient des militaires ou des civils, tant qu’ils sont alaouites ou chiites.

La haine sectaire règnera en maître, avec le Qatar à sa tête, suivi par les Saoudiens aux portefeuilles bien garnis et les islamistes jusqu’au-boutistes assortis. Ordre du jour : guerre contre les Chiites, les Alaouites, les laïques, et même contre les modérés, non seulement en Syrie mais dans tout le Moyen-Orient.

Face-à-face Patriot contre Iskander

La nouvelle stratégie de l’Armée syrienne se résume à un retrait majeur des villages et des bases isolées, en concentrant ses troupes dans les grandes villes.

Attendez-vous à ce que la stratégie d’ensemble du club OTANCCG reste plus ou moins la même : enliser l’Armée syrienne dans autant de zones que possible, la démoraliser et continuer à préparer le terrain pour une possible intervention de l’OTAN (le battage autour des armes chimiques et les chicaneries incessantes à propos d’une « catastrophe humanitaire » font partie du grand ensemble des opérations psychologiques).

L’Armée syrienne a peut-être les armes lourdes, mais lorsqu’elle est confrontée à un tsunami de mercenaires et de Salafistes-djihadistes bien entraînés et bien armés par le club OTANCCG, toute cette chose pourrait prendre des années, à la façon de la guerre civile libanaise. Cela nous conduit à la « meilleure » option suivante – qui est en fait une adaptation : la mort de l’Etat syrien par un millier, disons un million, d’entailles.

Ce qui est certain est que la « coalition des volontaires » contre la Syrie n’aura aucun problème à se démêler une fois la fin de partie atteinte. Washington parie sur un régime post-Assad dirigé par les F[rères] M[usulmans]. Il ne faut pas s’étonner que la Playstation du Roi en Jordanie ait les pétoches : il sait que les Frères prendront aussi la Jordanie et le chasseront pour l’envoyer faire du shopping permanent à Harrods.

Ces parangons de la démocratie – les pétromonarchies médiévales du Golfe Persique – ont aussi la pétoche : elles craignent l’appel populaire des F[rères] M[usulmans] comme la peste. Le Kurdistan syrien – à présent définitivement en route vers l’autonomie totale et, au bout du compte, la liberté – fait déjà paniquer Ankara. Sans parler de la future perspective d’un tsunami de Salafistes-djihadistes au chômage joyeusement installés à la frontière syro-turque et prêts à se lâcher.

Et il y a les relations complexes entre la Turquie et l’Iran. Téhéran a déjà mis en garde Ankara en termes sans équivoque sur le bouclier anti-missiles de l’OTAN qui doit être déployé à tout moment.

Cela va être la pièce maîtresse du jargon administratif de la fin de 2012. Le porte-parole du Pentagone George Little a été catégorique sur le fait que « les Etats-Unis ont soutenu la Turquie dans ses efforts pour se défendre. [contre la Syrie] ».

Ainsi, 400 soldats américains ont été déployés en Turquie pour faire marcher les batteries de missiles Patriot, afin de « défendre » la Turquie contre les « menaces potentielles émanant de Syrie ».

Comprendre : cela n’a rien à voir avec la Turquie, tout cela se rapporte à l’armée russe en Syrie. Moscou a non seulement donné à Damas des missiles sol-sol hypersoniques Iskander très efficaces (quasiment immunisés contre les systèmes anti-missiles) mais le système de défense sol-air à cibles multiples Pechora 2M, un cauchemar pour le Pentagone si jamais une zone d’interdiction aérienne est imposée en Syrie.

Bienvenue dans le face-à-face Patriot contre Iskander. Et juste dans la ligne de tir nous trouvons le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan – un égocentrique démesuré nourrissant un complexe d’infériorité profond vis-à-vis des Européens – qui se retrouve isolé dans le plan d’ensemble de l’OTAN.

Le talon d’Achille de la Turquie (en dehors des Kurdes) est le rôle qu’elle s’est auto attribuée d’être un carrefour énergétique entre l’Est et l’Ouest. Le problème est que la Turquie dépend des approvisionnements énergétiques à la fois de l’Iran et de la Russie ; avec sa politique syrienne confuse, elle se met imprudemment et simultanément à dos les deux pays.

Tous ce que j’entends est sinistre et catastrophique

Comment résoudre cette tragédie ? Personne ne semble écouter le vice-président syrien Farouk Al-Sharaa. Dans son interview accordée au journal libanais al-Akhbar, il insiste sur « la menace que pose la campagne actuelle pour détruire la Syrie, son histoire, sa civilisation, son peuple [.] Avec chaque jour qui passe, la solution s’éloigne un peu plus, tant sur le plan militaire que politique. Nous devons être en position de défendre l’existence de la Syrie ».

Il n’a pas de « réponse claire à ce qui pourrait être une solution ». Mais il a une feuille de route : Tout règlement, qu’il commence par des pourparlers ou des accords entre les capitales arabes, régionales ou étrangères, ne peut exister sans une solide fondation syrienne. La solution doit être syrienne, mais à travers un règlement historique qui inclurait les principaux pays de la région et les membres du Conseil de Sécurité de l’Onu. Ce règlement doit inclure la cessation de toutes formes de violence et la création d’un gouvernement d’unité nationale disposant de pouvoirs étendus. Cela devrait s’accompagner de la résolution de dossiers sensibles liés à la vie [quotidienne des Syriens] et à leurs exigences légitimes.

Ce n’est pas ce que veut la composition OTANCCG – alors même que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont tous engagés dans leurs propres agendas politiques divergents. Ce que la guerre OTANCCG a déjà accompli est un objectif très similaire, soit dit en passant, à l’Irak en 2003 : elle a complètement mis en lambeaux le fragile tissu social syrien.

C’est le capitalisme du désastre en action, phase 1 : le terrain est déjà préparé pour une « reconstruction » juteuse de la Syrie, une fois qu’un gouvernement turbo-capitaliste pro-occidental malléable sera installé.

Pourtant, en parallèle, le retour de manivelle œuvre de façon mystérieuse : des millions de Syriens qui ont initialement soutenu l’idée d’un mouvement pro-démocratique – des classes d’affaires à Damas aux commerçants d’Alep – sont venus maintenant grossir les rangs de la base de soutien du gouvernement pour contrer l’épouvantable nettoyage ethnico-religieux encouragé par les « rebelles » du type al-Nousra.

Pourtant, avec l’OTANCCG d’un côté et l’Iran et la Russie de l’autre, les Syriens ordinaires pris dans ce tir croisé n’ont nulle part où aller. Rien n’arrêtera l’OTANCCG pour façonner – dans le sang – une entité douteuse allant d’un émirat proaméricain à une « démocratie » proaméricaine dirigée par les Frères Musulmans. Il n’est pas difficile de voir pour qui sonne le glas en Syrie ; il ne sonne pas pour toi, comme dans John Donne, mais pour la catastrophe, la morosité, la mort et la destruction.

Pepe Escobar

Article original : “For whom the Syrian bell tolls”, publié le 29 décembre 2012

Traduction: JFG-QuestionsCritiques

 

Note :
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[1] Ici, vous trouverez la version la mieux informée sur ce qu’il s’est passé à Aqrab (en anglais).

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Dieu et la guerre font bon ménage aux États-Unis

janvier 4th, 2013 by Oscar Fortin

Je viens de lire deux articles que j’ai aussitôt reliés l’un à l’autre, question de mieux comprendre ce qui amène un peuple à se déclarer chrétien à 77 % tout en assumant 45 % de la totalité des dépenses militaires dans le monde. Également, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement de cette situation bien particulière des États-Unis avec la dernière intervention de Benoît XVI, pape pour les catholiques et une référence pour le monde, à l’occasion de la Journée mondiale pour la paix.

Dans le premier article, il est fait mention que 77 % des Étasuniens se déclarent chrétiens dont 50 %, presbytériens, et 23 %, catholiques. Il s’agit donc d’un peuple à très forte croyance chrétienne et dont la référence fondamentale est le témoignage de Jésus de Nazareth et les Évangiles qui en véhiculent le message. Il n’est donc pas surprenant que ses dirigeants évoquent en tout temps la « bénédiction de Dieu », le « God bless America ».

Pratiquement, Dieu fait partie de la grande famille étasunienne. D’ailleurs, des pasteurs, des prêtres et des évêques animent des milliers de communautés qui se regroupent régulièrement dans les églises pour lire les évangiles et partager l’eucharistie avec celui qui a donné sa vie pour sauver le monde. Dans leur cœur et leur âme, ne se répètent-ils pas « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ?

Dans le second article, il est fait mention que ce même peuple assume pour lui-même 45 % de toutes les dépenses militaires dans le monde, faisant de lui la plus grande puissance militaire.

Gilles Devers, auteur de cet article, lève le voile, à partir d’un cas spécifique, sur l’hypocrisie et la criminalité des dirigeants de ce peuple et de ceux qui les soutiennent.

« Avec l’affaire Khaled El-Masri, la Cour européenne des Droits de l’Homme met en évidence les crimes de torture et de détention arbitraire commis par les États-Unis sur le sol européen, ici avec la complicité de la Macédoine. »

« Ce petit pays de 320 millions d’habitants, une bricole sur les 7 milliards que connaît la planète, assume 45 % des dépenses militaires dans le monde pour imposer sa puissance économique, au service de ses seuls intérêts. C’est la plus grande dictature du monde. »

Nous nous retrouvons donc avec un peuple qui, tout en se proclamant profondément chrétien et inspiré par celui qui pour sauver le monde sacrifia sa vie, se dote des armes les plus puissantes pour dominer et régenter le monde selon ses intérêts.

Alors, comment ces communautés chrétiennes, avec leurs pasteurs et leurs évêques, peuvent-elles s’accommoder en soutenant le financement de 45 % des armements qui existent dans le monde et se taire devant l’usage qui en est fait ? Comment se fait-il que ces 77 % de chrétiens ne se fassent pas entendre ? Bien au contraire, ils donnent plutôt l’impression d’en être l’inspiration.

Le panorama qui se présente à nous, en ce début d’année 2013, est pourtant ce qu’il y a de plus insécurisant et de troublant. Une analyse moindrement approfondie fait ressortir que les principaux acteurs des drames qui couvrent la planète sont peu nombreux : il y a les États-Unis et Israël, soutenus par leurs alliées traditionnelles, l’OTAN, qui se retrouvent à l’origine d’à peu près tous les conflits majeurs sur la planète.

Que ce soit en Asie, en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, force est de constater que les bases militaires, les services d’intelligence et les forces de l’Empire sont en pleine opération. Ce serait faire l’autruche que de croire qu’ils sont là pour répandre la bonne nouvelle de l’amour et du pardon, telle qu’enseignée par le Nazaréen.

Les faits démontrent plutôt qu’ils sont là pour diviser, écraser, démolir, tuer, torturer afin de mieux prendre le contrôle des richesses ainsi que des peuples qui en sont les propriétaires. Ils sont des prédateurs de premier ordre pour qui les mots justice, vérité, paix, compassion n’ont de sens que dans le cadre de leurs propres ambitions et intérêts et non de celui du bien commun d’une humanité conviée, tout autant qu’eux, au partage de ces mêmes valeurs et richesses.

Alors, dans ce contexte, que dit Benoît XVI, conscient de toutes ces choses, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix ? Que dit-il à ces chrétiens guerriers, prédateurs des richesses des autres, et que dit-il à ces chrétiens qui luttent vraiment pour l’avènement d’un monde de justice, de vérité, de paix et de compassion ?

Je me permets de relever certains extraits de cette intervention.

« il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses[1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous. »

Comment peut-il constater pareil engagement des chrétiens alors que l’Europe chrétienne et l’Amérique chrétienne sont les premiers fauteurs de troubles dans le monde ? Au Moyen-Orient et en Afrique, c’est l’évidence même alors qu’en Amérique latine ce sont ces oligarchies chrétiennes soutenues par leurs cardinaux, leurs évêques et leurs pasteurs qui s’en prennent aux peuples, également chrétiens, qui cherchent, pour leur part, à s’affranchir de la domination politique et économique de ces derniers. Dans ce dernier cas, que fait l’Église hiérarchique pour soutenir et encourager ces peuples de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, du Paraguay et de l’Uruguay et j’en passe qui luttent pour s’affranchir de ce capitalisme sauvage et rendre possible une nouvelle solidarité au service prioritaire du bien commun ? Dans la majorité des cas, les évêques et cardinaux se font discrètement solidaires des oligarchies et de l’empire. Ce fut le cas au Honduras, au Venezuela, en Équateur et en Bolivie.

Plus loin il poursuit en précisant les causes rendant la paix si difficile :

« la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation nous inquiète. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu’elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix.»

Pour comprendre Benoît XVI, il faut prêter attention tout autant à ce qu’il ne dit pas qu’à ce qu’il dit. Dans le cas présent, il sait très bien que le système capitaliste conduit à l’inhumanité. Dans son premier livre sur Jésus de Nazareth, il avait eu cette définition du capitalisme qu’il opposait à l’époque au «communisme sanguinaire» de l’URSS.

« Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde (p.120).

Dans un autre passage de ce même livre, il a cette interprétation surprenante de Karl Marx :

N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécue sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation »de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits (p.224).

Benoît XVI se garde bien de reprendre ces mêmes termes pour parler, du haut de la tribune de la Place St-Pierre, de « ce capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise ». L’allusion aurait été trop directe à cet empire avec lequel il a déjà célébré un si agréable anniversaire de naissance. Il préfère plutôt parler d’un « capitalisme financier sans régulation qui l’inquiète ». Là encore, pour en atténuer davantage les travers, il y oppose immédiatement « ces différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion. »

On comprendra que dans l’esprit de son auteur, ces références ciblent surtout les musulmans, les islamistes et les arabes. Il ne saurait être question d’impliquer les États-Unis et les forces de l’OTAN dans des opérations terroristes ou encore de croire que le fondamentalisme puisse se retrouver quelque part chez les chrétiens.

Il poursuit son intervention, cette fois sur les artisans de la paix.

« Ils (les artisans de paix » comprendront qu’ils ne sont pas seuls parce qu’Il (le Nazaréen) est du côté de ceux qui s’engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l’amour.

Quelle belle occasion de parler de la désinformation qui s’impose à grande échelle et qui empêche la vérité d’atteindre toutes les personnes de bonne volonté. Une désinformation soutenue et encouragée par les belligérants qui contrôlent les grands réseaux de communication. Comment peut-on prétendre être des artisans de paix lorsque le mensonge est partie prenante de ces guerres de conquête ?

Pas un mot sur ce quatrième pouvoir qui rend possible les guerres et la tromperie qui va avec.

Une occasion de relever également le caractère antiévangélique de la course aux armements et le caractère scandaleux des budgets consentis aux armements et à la guerre par certains pays à majorité chrétienne.

Çela aurait été également un moment tout indiqué pour parler de ces injustices commises à l’endroit de peuples entiers, en s’emparant de leurs richesses et en les poursuivant chaque fois qu’ils essaient de reconquérir leur indépendance et leur souveraineté sur leur propre territoire. C’est le cas en Amérique latine où on continue à défaire des gouvernements légitimement élus, comme au Honduras et au Paraguay.

D’ailleurs, Benoît XVI se garde bien de parler de l’Amérique latine dans ses grandes interventions. Son silence lui permet de garder ses bonnes relations avec l’Empire.

Je termine avec un dernier commentaire, question de ne pas être trop long :

« De plusieurs côtés, il est reconnu qu’aujourd’hui un nouveau modèle de développement comme aussi un nouveau regard sur l’économie s’avèrent nécessaires.

Depuis plus de treize ans, plusieurs pays de l’Amérique latine oeuvrent à l’émergence d’un nouveau modèle de société. Celui qui en aura marqué les principales caractéristiques est le Venezuela sous la gouverne d’Hugo Chavez.

Dans son cas, il tourne le dos au « capitalisme qui ravale l’homme au rang de marchandises » et se tourne plutôt vers un socialisme qui rejoint pour l’essentiel les lignes directrices de l’encyclique Paix sur terre de Jean XXIII. Un de ces principes reconnaît « l’État autant que nécessaire et le privé autant que possible. »

Selon cette approche l’État est le maître d’œuvre et le premier responsable de la gestion des richesses d’un peuple et de la réalisation du bien commun de la société. Tous les autres intervenants doivent s’ajuster à cette gérance de l’État, tout orientée au service du bien commun.

Alors, pourquoi ne pas avoir parlé de ces expériences nouvelles qui révolutionnent actuellement la vie de millions de Latino-Américains et qui ouvrent les portes vers un avenir plus prometteur pour la justice, la vérité et la paix ?

Pas un mot sur cette alternative qui apporte de nouvelles perspectives de développement et projette un nouveau regard sur l’économie.

Conclusion

Les mots et les discours trouvent leur âme dans le vécu des personnes et des peuples. S’ils n’en jaillissent pas, elles demeureront lettre morte.

L’engagement et la capacité de nommer les choses et les personnes par leur nom donnent à son auteur la mesure de sa liberté et de sa crédibilité.

Oscar Fortin

Québec, le 3 janvier 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Les Etats-Unis et la France sont en train d’envoyer des troupes supplémentaires en République centrafricaine (RCA) alors que les milices anti-gouvernementales progressent vers la capitale Bangui. L’intervention fait partie d’un renforcement plus général des opérations militaires impérialistes sur l’ensemble de l’Afrique alors que Washington et ses alliés européens s’efforcent de maintenir leur domination stratégique sur le continent et le contrôle de ses ressources naturelles.

Les Etats-Unis et la France menaient déjà des opérations militaires en RCA avant qu’une offensive des rebelles ne menace de renverser le gouvernement du président François Bozizé.

La RCA fait partie de ces quelques pays d’Afrique centrale dans lesquels au moins une centaine de forces spéciales américaines sont actives, prétendument pour combattre les soldats de l’Armée de résistance du Seigneur. Le président Barack Obama a indiqué samedi 29 décembre au Congrès qu’il avait réclamé une « force de sécurité en veille » comptant 50 soldats pour la RCA en rappelant que c’était la « dégradation de la situation sécuritaire » qui avait entraîné le retrait du personnel de l’ambassade américaine ainsi que d’autres citoyens américains de Bangui.

La France est intervenue pareillement au motif de protéger ses 1.200 citoyens vivant dans le pays. Après avoir stationné des soldats en RCA de façon quasi permanente depuis l’octroi en 1960 de l’indépendance à son ancienne colonie, Paris a fait passer le nombre de troupes déjà présentes sur le terrain de 250 à près de 600.

D’autres troupes étrangères déployées par la Communauté économique des Etats d’Afrique (CEEAC), notamment du Tchad voisin, se trouvent également dans le pays. Le gouvernement tchadien a promis d’envoyer 2.000 troupes supplémentaires pour soutenir le gouvernement centrafricain.

Ce mois-ci, le gouvernement du président Bozizé a perdu le contrôle d’une grande partie de la RCA. La Séléka (« alliance » en sango, la langue usuelle de la RCA), une vague coalition entre les milices antigouvernementales et qui s’est emparée de villes partout dans le Nord et l’Est du pays, se trouverait désormais à 75 kilomètres de la capitale. La Séléka accuse le gouvernement d’être revenu sur des accords de paix de 2007-2008 rendant obligatoire le paiement des rebelles de la guérilla et leur intégration dans l’armée nationale.

Certains résidents de Bangui, la population étant de 600.000, sont en train de fuir le pays par crainte d’une offensive rebelle alors que le prix des produits alimentaires de base a augmenté de plus de 25 pour cent. Le gouvernement a imposé un couvre-feu nocturne qui serait instauré par des jeunes armés de coupe-coupe à des barricades de fortune érigées le long des principaux axes de la ville.

La RCA est l’un des pays les plus désespérément appauvris du monde. L’espérance de vie y est à peine de 50 ans, seuls trois autres pays ont un taux de mortalité infantile et de mortalité maternelle pire et la majorité des 4,5 millions d’habitants de la RCA survivent grâce à une agriculture de subsistance. L’énorme contraste entre l’extrême pauvreté du pays et sa considérable richesse naturelle – dont le diamant, l’or, l’uranium, le bois et le pétrole – reflète à la fois l’héritage dévastateur du régime colonial et l’oppression impérialiste continue.

Washington a profité de la crise pour consolider davantage ses opérations militaires en Afrique. Le déploiement en RCA qui a eu lieu quelques jours à peine après l’annonce de l’armée américaine qu’une brigade armée spéciale forte de quelques 3.500 soldats allait mener des activités continues partout sur le continent. La brigade nouvellement créée fait partie intégrante de la décision d’Obama d’étendre les Forces américaines en Afrique du Pentagone (Africom) d’abord créées en 2007.

Une nouvelle ruée sur l’Afrique est en cours. La poursuite agressive par l’impérialisme américain de ses objectifs pétroliers et visant les ressources naturelles de ce pays fait partie de la décision du gouvernement Obama de contrecarrer l’influence stratégique grandissante de la Chine dans le Pacifique et internationalement. Beijing a noué ces dernières années d’étroits liens diplomatiques et économiques avec plusieurs Etats africains. Washington exerce de plus en plus souvent des représailles en faisant usage de la force militaire.

Le déploiement militaire américain relativement restreint en RCA pourrait rapidement se transformer en une intervention plus importante. Des prétextes sont facilement disponibles – une aggravation de la crise humanitaire dans le pays et le rôle que jouerait des éléments fondamentalistes islamiques au sein des forces de la Séléka. L’occupation du Nord Mali, en Afrique de l’Ouest, par des milices liées à al-Qaïda avait fourni la raison pour les préparatifs d’une intervention militaire étrangère autorisée plus tôt ce mois-ci par le Conseil de sécurité de l’ONU. Les Etats-Unis et la France ont joué un rôle d’avant-garde dans l’agitation en faveur d’une intervention au Mali, suite à la déstabilisation survenue dans ce pays du fait des opérations de changement de régime dans la Libye voisine.

Le président Bozizé de la République centrafricaine a exhorté les Etats-Unis et la France à intervenir contre les forces rebelles. Dans un discours prononcé jeudi dernier, 27 décembre, Bozizé a accusé des « étrangers » qu’il n’a pas nommés de soutenir les rebelles, en suggérant que les troubles avaient été déclenchés suite à son octroi plus tôt cette année de permis d’exploration de pétrole à des sociétés chinoises et sud-africaines.

« Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré à Paris [l’entreprise pétrolière] Total et leur ai dit de prendre le pétrole, rien, j’ai donné aux Chinois et c’est devenu un problème. » a-t-il dit.

La société française Areva est actuellement en train de mettre au point l’un des plus importants investissements de la RCA, un projet de mine d’uranium dans le Sud du pays.

Des protestations en faveur d’une intervention, organisées par le gouvernement ou tacitement soutenues par lui, ont eu lieu la semaine passée devant les ambassades américaine et française à Bangui. Les manifestants auraient accusé Paris de soutenir les rebelles.

Le président français François Hollande a affirmé être neutre, déclarant : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique. Ce temps-là est terminé »

Derrière l’attitude fausse de la « non intervention », le gouvernement français travaille incontestablement main dans la main avec le gouvernement américain pour déterminer l’issue de la crise en République centrafricaine.

La France a été intimement impliquée dans chaque changement de gouvernement de son ancienne colonie depuis 1960. Bozizé avait reçu une formation militaire française avant de devenir à 32 ans le plus jeune général de Centrafrique sous l’empereur auto-proclamé, Jean-Bedel Bokassa. Paris avait armé et financé Bokassa pendant qu’il était au pouvoir entre 1966 et 1979, avant de le remplacer par un coup d’Etat initié par l’invasion d’une centaine de forces spéciales française.

Après avoir passé des années en exil en France, Bozizé avait tenté plusieurs coups d’Etat militaires avant de prendre finalement le pouvoir en 2003. Le gouvernement français avait alors fourni un soutien crucial, dont des forces militaires spéciales françaises dirigeant les opérations et lançant les frappes aériennes contre les rebelles des guérillas en 2006. Si Paris refuse à présent de venir en aide à Bozizé cela laisse supposer que l’impérialisme français veut soit voir au pouvoir des forces anti gouvernementales soit voir survenir un autre changement au gouvernement de Bangui.

Après avoir rencontré hier le président de l’Union africaine, Thomas Yayi Boni, Bozizé a déclaré être prêt à former un nouveau gouvernement d’« union nationale » avec la Séléka. Les négociations entre le gouvernement et les rebelles doivent avoir lieu au début du mois prochain au Gabon, un pays d’Afrique de l’Ouest.

 

Article original, WSWS, paru le 31 décembre 2012

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Une dangereuse rumeur s’est propagée à travers le monde et elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. La légende veut que le président iranien ait menacé de détruire Israël ou, pour citer les propos déformés, dit « Israël doit être rayé de la carte ». Contrairement à la croyance populaire, il n’a jamais fait cette déclaration […] (Arash Norouzi, Wiped off The Map: The Rumor of the Century, janvier 2007.)

Les États-Unis ont attaqué directement ou indirectement environ 44 pays à travers le monde depuis août 1945, certains d’entre eux à plusieurs reprises. Le but affiché de ces interventions militaires était d’effectuer un « changement de régime ». Pour justifier et dissimuler ce qui correspondait à des actions unilatérales et illégales, on a invariablement évoqué les « droits humains » et la « démocratie ». (Professeur Eric Waddell, The United States’ Global Military Crusade (1945- ), Global Research, février 2007)

« Voici un memo du Pentagone qui décrit comment nous allons anéantir sept pays en cinq ans en commençant par l’Irak, ensuite la Syrie, le Liban, la Somalie, le Soudan et pour terminer, l’Iran ». J’ai dit « Est-il classifié? » Il a dit « Oui monsieur. » J’ai répondu : « Alors ne me le montrez pas. » (General Wesley Clark, Democracy Now, 2 mars 2007.)

Washington « œuvre à la destruction » d’une très longue liste de pays.

Qui « raye des pays de la carte? » L’Iran ou les États-Unis?

Durant une période appelée euphémiquement l’« après-guerre » – de 1945 à aujourd’hui – les États-Unis ont directement ou indirectement attaqué plus de 40 pays.

Alors que les principes de la politique étrangère des États-Unis prétendent « propager la démocratie », l’interventionnisme étasunien, par des moyens militaires et des opérations clandestines, a donné lieu à la déstabilisation totale et la partition de pays souverains.

Détruire des pays fait partie d’un projet impérial des États-Unis, un processus de domination mondiale. De plus, selon des sources officielles, les États-Unis ont en tout 737 bases militaires à l’étranger (données de 2005).

Le concept d’« État en déroute »

Dans son rapport « Global Trends » (Tendances mondiales, décembre 2012), le National Intelligence Council (NIC), situé à Washington, « prédit » que 15 pays en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient deviendront des « États en déroute » d’ici 2030 en raison de leurs « conflits potentiels et leurs ennuis environnementaux ».

La liste des pays dans le rapport de 2012 du NIC comprend l’Afghanistan, le Pakistan, le Bangladesh, le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Mali, le Kenya, le Burundi, l’Éthiopie, le Rwanda, la Somalie, la République démocratique du Congo, le Malawi, Haïti et le Yémen. (voir p  39)

Dans le rapport de 2005, publié au début du second terme de Bush, le NIC avait prévu que le Pakistan deviendrait un « État en déroute » d’ici 2015 « car il sera affecté par la guerre civile, la talibanisation totale et la lutte pour le contrôle de ses armes nucléaires ».

Le Pakistan a été comparé à la Yougoslavie, découpée en sept États par procuration après une décennie de « guerres civiles » parrainées par les États-Unis et l’OTAN.

Le NIC prévoyait pour le Pakistan « un destin à la yougoslave […], un pays déchiré par la guerre civile, des bains de sang et des rivalités interprovinciales ». (Energy Compass, 2 mars 2005.)

Bien qu’il affirme que les États en déroute « servent de refuge aux extrémistes politiques et religieux » (p. 143), le rapport ne reconnaît pas que depuis les années 1970, les États-Unis et leurs alliés ont secrètement soutenu des organisations religieuses extrémistes afin de déstabiliser des États-nations laïques et souverains. Et le Pakistan et l’Afghanistan étaient des États laïcs dans les années 1970.

Un « statut d’État en déroute » à la yougoslave ou à la somalienne n’est pas le résultat de divisions sociales internes, mais un objectif stratégique mis en œuvre par des opérations clandestines et des actions militaires.

Fund for Peace, dont le siège est à Washington et le mandat consiste à promouvoir « une sécurité durable par la recherche », publie (annuellement) un « Index des États en déroute » basé sur une évaluation des risques (voir la carte ci-dessous). Trente-trois pays (compris dans les catégories Alerte [rouge] et Avertissement [orange]) sont identifiés comme étant des « États en déroute ».

Selon Fund for Peace, les États en déroute sont également des « cibles pour les terroristes liés à Al-Qaïda ».

Le classement annuel des pays par Fund for Peace et Foreign Policy indiquant les symptômes des États en déroute/fragiles est publié au moment où le monde s’inquiète de plus en plus du sanctuaire étatique au nord du Mali où s’établissent des extrémistes liés à Al-Qaïda pour l’expansion du djihad.

Inutile de dire que l’histoire d’Al-Qaïda comme élément du renseignement étasunien, son rôle dans la division des factions et l’instabilité au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique subsaharienne n’est pas mentionnée. Les activités des unités djihadistes d’Al-Qaïda dans la plupart de ces pays relèvent d’un programme clandestin diabolique du renseignement.

Les États « faibles » et « en déroute » : une menace pour les États-Unis

Selon une logique tordue du Congrès étasunien, les « États en déroute plus faibles » constituent une menace pour la sécurité des États-Unis : « [P]lusieurs menaces [émanent] d’États décrits soit comme étant faibles, fragiles, vulnérables, défaillants, précaires, en déroute, en crise ou déstructurés ».

Lorsque la Guerre froide a pris fin au début des années 1990, les analystes ont pris conscience de l’émergence d’un environnement de sécurité internationale dans lequel les États faibles et défaillants devenaient des véhicules pour le crime organisé international, des voies pour la prolifération nucléaire et des points chauds pour les conflits civils et les urgences humanitaires. Les menaces potentielles à la sécurité nationale des États-Unis que posent les États faibles et défaillants est devenue davantage évidente avec les attentats du 11-Septembre 2001 contre les États-Unis commis par Al-Qaïda, organisés par Oussama ben Laden à partir du refuge offert par l’Afghanistan. Les événements du 11-Septembre 2001 ont poussé le président George W. Bush à déclarer dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis de 2002 que les « États faibles comme l’Afghanistan peuvent poser un danger aussi grand pour nos intérêts nationaux que les États forts ». (Weak and Failing States: Evolving Security, Threats and U.S. Policy, Rapport du CRS pour le Congrès des États-Unis, Washington, 2008.)

Dans ce rapport du CRS du Congrès, on ne mentionne toutefois pas que « les points chauds du crime organisé et les conflits civils » sont le résultat d’opérations clandestines du renseignement  étasunien.

Fait amplement documenté, l’économie afghane de la drogue, générant plus de 90 pour cent des réserves mondiales d’héroïne, est liée à une opération de blanchiment d’argent de plusieurs milliards de dollars impliquant de grandes institutions financières. Le commerce de la drogue en provenance de l’Afghanistan est protégé par le CIA et des forces d’occupation des États-Unis et de l’OTAN.

La Syrie qualifiée d’« État en déroute »

Les atrocités commises contre la population syrienne par l’Armée syrienne libre (ASL), appuyée par les États-Unis et l’OTAN, créent les conditions favorisant une guerre confessionnelle.

L’extrémisme confessionnel favorise le démantèlement de l’État-nation qu’est la Syrie ainsi que la fin du gouvernement central à Damas.

Le but de la politique étrangère de Washington est de transformer la Syrie en ce que le NIC appelle un « État en déroute ».

Le changement de régime implique le maintien d’un gouvernement central. Alors que la crise syrienne se développe, l’objectif ultime n’est plus le « changement de régime », mais la destruction et la partition de la Syrie en tant qu’État-nation.

La stratégie des États, de l’OTAN et d’Israël consiste à diviser le pays en trois États faibles. De récents reportages indiquent que si Bachar Al-Assad  « refuse de démissionner, la Syrie « deviendra un État en déroute comme la Somalie ».

L’un des possibles « scénarios de démantèlement » rapporté par la presse israélienne est la formation d’États, séparés et « indépendants », sunnite, alaouite-chiite, kurde et druze.

Selon le major-général Yair Golan des Forces de défense d’Israël (FDI), « la Syrie est dans une guerre civile qui fera d’elle un État en déroute où se propagera le terrorisme » et les FDI analysent actuellement « comment la Syrie se démantèlerait ». (Reuters, 31 mai 2012.)

En novembre l’ambassadeur de la paix des Nations Unies Lakhdar Brahimi a laissé entendre que la Syrie deviendrait « une nouvelle Somalie […] mettant en garde contre un scénario où les seigneurs de guerre et les milices remplissent un vide laissé par l’effondrement de l’État ». (Reuters, 22 novembre 2012.)

« Ce que je crains est pire […], que l’État s’effondre et que la Syrie se transforme en Somalie. »

 « Je crois que si l’on ne s’occupe pas de cette question correctement, la partition ne sera pas le problème mais plutôt la « Somalisation » : l’effondrement de l’État et l’émergence de seigneurs de guerre, de milices et de groupes de combattants. » (Ibid.)

Ce que l’envoyé de l’ONU a omis de mentionner est que le démantèlement de la Somalie était délibéré. Il faisait partie d’un projet militaire et du renseignement des États-Unis, désormais appliqué à plusieurs pays ciblés du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie qualifiés d’« États en déroute ».

Voici la question principale : qui déroute les États en déroute? Qui les « anéantit »?

Le démantèlement planifié de la Syrie en tant qu’État souverain relève d’un plan régional intégré d’ordre militaire et des services de renseignement comprenant le Liban, l’Iran et le Pakistan. Selon les « prédictions » du NIC, le démantèlement du Pakistan devrait se produire au cours des trois prochaines années.

Michel Chossudovsky

Article original: “Wiping Countries Off the Map”: Who’s Failing the “Failed States”, publié le 29 décembre 2012.

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.


 

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Branle-bas de combat en Irak

décembre 31st, 2012 by Gilles Munier

En une dizaine de jours, la grogne anti-Maliki s’est transformée en colère, puis en rage. Les manifestations circonscrites à Ramadi et à l’autoroute Bagdad-Amman, ont fait tâche d’huile avec des rassemblements de dizaines de milliers d’Irakiens à Falloujah, Samarra, Mossoul. Des chefs de tribus de la région de Bassora ont apporté leur soutien aux contestataires.

A Ramadi, le vice-Premier ministre sunnite Salah al Moutlaq – qui traitait jadis Maliki de dictateur, mais qui s’est réconcilié avec ce dernier en mai 2012 – a été attaqué par les manifestants, alors qu’il voulait calmer la foule en réclamant la libération des femmes prisonnières politiques. Ses gardes du corps ont dû tirer en l’air pour permettre à son convoi de faire demi-tour vers Bagdad, sous les cris de « traître » et de « Dégage ». Le drapeau irakien avec trois étoiles et Allahu Akbar (Dieu est le plus grand) ajouté par Saddam Hussein en 1991 était omniprésent.

Pour le général Abou Abdallah al-Ansari – un des héros de la bataille de Falloujah contre les Marines – il faut s’attendre au pire (1). Le régime d’Al-Maliki, avec l’aide de l’Iran, serait tenté de répondre par la violence aux manifestations jusqu’ici pacifiques. Il demande aux révolutionnaires irakiens de se préparer à construire des barricades, de stocker des armes et des munitions, et de s’organiser pour soigner les blessés.

En cas d’une fuite en avant sanglante du régime – comme en Syrie -, il assure que les révolutionnaires irakiens seront en mesure d’humilier, par leur résistance, les forces déployées par Maliki, composées majoritairement de mercenaires et de soldats engagés pour échapper à la misère. En cas d’intervention iranienne directe, le général Abou Abdallah al-Ansari a déclaré que les Irakiens forceraient les Iraniens « à avaler le calice de poison une seconde fois » (2).

(1) http://www.dhiqar.net/Art.php?id=30404

(2) Le général Abou Abdallahal-Ansari fait référence au discours de l’ayatollah Khomeini, le 18 juillet 1988, au cours duquel il mit un terme à la guerre Iran-Irak en avalant – selon son expression – un « calice de poison », c’est-à-dire en acceptant la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU qui réclamait un cessez-le-feu.

Sur le même sujet, lire aussi :
Irak : Regain de grogne anti-Maliki
http://0z.fr/wNnmK

© G. Munier/X. Jardez

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L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.

C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.

Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :

« L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »

L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.

Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.

La Syrie est envahie par des terroristes étrangers

Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.

En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition  » le Telegraph rapportait :

Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).

« Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :

The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection  contre le régime du président Bachar Al-Assad.

À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.

« Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants  libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »

Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.

On a admis que :

Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.

CNN a ajouté:

Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants  libyens étaient en route.

Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites.

En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.

Reuters a cité Al-Khatib :

« Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »

L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.

En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

http://www.csmonitor.com/var/ezflow_site/storage/images/media/content/2012/0224-friends-of-syria-conference/11843662-1-eng-US/0224-friends-of-syria-conference_full_600.jpg

Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien  porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.

….

La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.

Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.

Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.

Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)

Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.

La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.

En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.

Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.

Tony Cartalucci

Le 28 décembre 2012

Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer

 

Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca


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Vietnam : dioxine, une bombe à retardement

décembre 31st, 2012 by Mondialisation.ca à la Une

Décembre 2012, le documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement » donne la parole à une trentaine de victimes et témoins, scientifiques et historiens, vietnamiens, français et américains (avec notamment la participation de l’auteur de cette chronique, André Bouny, et de Noam Chomsky, entre autres). Ce film revient sur le désastre écologique et humain perpétuel causé par l’Agent Orange lors de la Guerre du Viêt Nam.

Réalisation : Thuy Tien HO & Laurent LINDEBRINGS, durée 57mn, Paris, décembre 2012. DVD disponible, contact : collectiforchidees@gmail.com

 

Un film de Thuy Tiên Ho, Laurent Lindebrings

2012 – France – 57 minutes – HDV

Vietnam : que se cache-t-il vraiment derrière l’exubérance de sa population et la majesté de ses paysages ? Le film “Vietnam : dioxine, une bombe à retardement” ouvre le dossier douloureux d’un drame peu médiatisé qui touche aujourd’hui des millions de Vietnamiens, sur plusieurs générations et dont les effets impactent l’avenir du pays et celui de ses enfants à naître.

Après 40 années de guerre ininterrompue contre la France puis les Etats-Unis, le Vietnam sort enfin de la guerre, le 30 avril 1975. Fin des bombes à billes, à fragmentation, qui déchirent les corps. Fin des bombes au phosphore, au napalm qui transforment les humains en torches vivantes. La paix et la reconstruction du pays sont à portée d’espérance. Pourtant, en partant, l’armée américaine laisse un poison aujourd’hui invisible : la dioxine. Cette arme chimique puissante, plus connue sous le nom d’Agent Orange produite par la multinationale Monsanto, a pris possession de la terre, des eaux, de la végétation vietnamienne. En s’infiltrant dans les sols, les rivières, elle touche la chaîne alimentaire. Des millions de Vietnamiens, victimes de la dioxine sont atteints de lourdes malformations et de cancers. Quarante ans après les derniers épandages, la dioxine continue de faire des ravages. Comment qualifier cette catastrophe humaine et écologique que vivent le Vietnam et sa population ? Au-delà du cas vietnamien, quelle est la responsabilité des Etats dans le choix des armes et de leur utilisation en cas de conflit armé ? Quelles sont les réparations possibles envers les victimes et les pays dévastés ? Le film “Vietnam : dioxine, une bombe à retardement” aborde ces questions à travers des témoignages et l’analyse donnée par des scientifiques et historiens rencontrés au Vietnam, en France et aux Etats-unis.

Générique

Auteur-Réalisateur : Thuy Tiên Ho, Laurent Lindebrings
Auteur : Hai Quang HO
Image : Laurent Lindebrings
Musique originale : Lionel Poumey

Production / Diffusion : Collectif Orchidées

Organisme(s) détenteur(s) ou dépositaire(s) :
Collectif Orchidées

 

Un travail ENORME. C’est l’immense travail de toute une équipe – Agrandissez les deux jaquettes de ce DVD ci-dessus, et …lisez.
A l’instar de Orange DiHoxyn (O.D), Dioxine Country Mascaret (D.C.M) va désormais pouvoir procéder à la mise en application de son 2ème moyen d’action en organisant des conférences, projections de films de façon à informer et faire connaître les immenses souffrances actuelles causées par l’Agent Orange.
Dioxine Country Mascaret (D.C.M) s’associe pleinement à la promotion du développement durable qui nous concerne tous. PLUS JAMAIS CA ! Plus jamais l’utilisation d’Armes de destruction massives chimiques (A.D.M) sous couvert d’”herbicides” et autres “défoliants”… Informer sur le crime subi par le Viêt Nam il y a un demi-siècle, sur ses effets et conséquences actuelles et à venir.
Le classement des moyens d’action de D.C.M n’est pas figé.Il varie selon la disponibilité ainsi que des des sollicitations D.C.M.

Christian FILHOS/GIGNAC
Président et musicien/chanteur D.C.M)

http://www.dioxinecm.com/

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En août 2010, la base militaire étasunienne de Fort Detrick,* Maryland, située proche de la ville de Frederick, « découvre » que l’Agent Orange a été utilisé à l’extérieur de ses bâtiments. Les responsables de l’armée « commencent à peine à s’attaquer à la question… », lance un scientifique.

Un rapport de 2006 du Departement of  Defense (DoD) révèle que cette base a joué un rôle de premier plan dans le développement des « herbicides » pour les opérations militaires, et dont Fort Detrick ignorait l’ampleur il y à encore quelques jours…

Aussitôt, on s’exclame, incrédule et interrogatif : « Comment est-ce possible !? ». Ceci paraît si incroyable… qu’il convient justement de le comprendre pour le croire.

Le rapport en question, rédigé par Alvin L. Young (voir Agent Orange, chronique 1), du Wyoming, ancien professeur de toxicologie environnementale à l’université de l’Oklahoma, mais surtout colonel retraité de l’US Air Force, « révèle » que Fort Detrick avait été actif dans la formulation et les essais des « herbicides », dont l’Agent Orange durant les années 1950.

Le rapport indique que cette base assumait un rôle de chef de file dans la recherche de l’Agent Orange et du déploiement des tests de pulvérisations aériennes (lire le livre Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, Éditions Demi Lune – paru après le rapport, mais 3 mois avant que la base de Fort Detrick en prenne connaissance), ce rapport arrivant aux mains des scientifiques de la base seulement fin août 2010 pour que ces derniers réalisent le contraste entre la version officielle disant les tests d’herbicides étaient limités aux serres de Fort Detrick situées à l’intérieur de bâtiments confinés et la réalité.

Robert Craig, actuel directeur de l’environnement de Fort Detrick, ayant fait des recherches d’archives sur l’utilisation d’ « herbicides » sur sa base, déclare dans une interview, que lui et d’autres scientifiques ont découvert récemment le rapport 2006, de même que d’autres documents. À croire que dans certains cas la société civile est mieux informée (à la condition d’aller chercher l’information) sur les recherches militaires que les militaires eux-mêmes. Mais tout de même, les scientifiques… Comment peut-on se pencher sur une molécule, parfois durant des années, dans un laboratoire de recherches militaires d’armes biologiques, sans chercher à comprendre à quelle chaîne ce maillon sera rattaché ? C’est le procédé du cloisonnement. Chaque chercheur (ou groupe) s’exécute dans un domaine précis sans qu’il puisse savoir à quoi son travail sera rattaché en amont comme en aval. Puis les générations passent. L’Histoire a occulté ce crime et continue à le faire alors qu’il se perpétue, au point que son lieu de naissance méconnaît qui il est. Le diable ignore habiter l’enfer.

 

Photo by Doug Koontz, 2008

Robert Craig,  actuel directeur de l’environnement de Fort Detrick

« Ce n’est pas quelque chose dont on discute beaucoup » déclare Craig, « certaines de ces informations ne sont toujours pas déclassifiées un demi-siècle après. Soit ils ont oublié de les déclassifier, ou ont une raison pour les garder classifiées », dit-il. « Nous commençons tout juste à attaquer le problème… et nous devrons passer par le processus de déclassification », ajoute-t-il, laissant entendre que le secret peut durer encore de nombreuses années.

Randy White, dont la fille, Kristen Renée, est morte d’un cancer du cerveau fin avril 2008 à l’âge de 30 ans, est convaincu qu’elle a été victime d’une contamination provoqué par la base de Fort Detrick à cause des produits toxiques qui y sont utilisés. Et il ne croit pas une seconde que les responsables ignorent l’utilisation massive de l’Agent Orange sur la base par le passé, et déclare que le manque de transparence sur la question est encore une indication de la culture de dissimulation de Fort Detrick : « Plutôt que de couvrir et recouvrir la vérité, pourquoi ne pas être clair à propos de ce qu’ils ont fait, indemniser ceux qui en sont victimes, et nettoyer les restes ? », dit-il.

Mais White crée une fondation au nom de sa fille, engage experts et avocats pour constituer un dossier contre la base de Fort Detrick, ce qui déclenche un groupe d’étude sur le cancer par les services du ministère de la Santé du comté de Frederick. Suite à un pic de plus d’un millier de cancéreux, morts ou luttant contre la maladie, l’association « Lutter pour Frederick », et des membres de la fondation Kristen Renée, infiltre Fort Derick avec la complicité d’une dizaine de personnes travaillant à l’intérieur de la base. Après un an d’enquête, ils dévoilent la présence de déchets biologiques toxiques et dangereux couvant au soleil. Les eaux souterraines sont saturées d’arsenic (Agent Bleu ?) et de toxines mortelles menaçant la santé des personnes vivant à proximité. « Ils ont déversé des déchets radioactifs dans les égouts », dit White, ajoutant que le public est induit en erreur par les fonctionnaires. « J’ai eu un cancer quand j’avais 13 ans, la maladie de Hodgkin, et je viens de combattre le cancer du sein », déclare Jen Pette-Hahn, voisine du fort. Elle dit que dans la périphérie de Fort Detrick les cas de cancers sont terriblement élevés, et se félicite du travail de White.

Le 16 août, le sénateur Benjamin L. Cardin envoie une lettre au ministère de la Défense, demandant de se pencher sur la contamination de Fort Detrick, et d’élaborer un plan avant la fin de l’année pour remédier à la situation. À son tour, le ministère de l’Environnement du Maryland publie une déclaration : « Les organismes concernés sont en communication permanente avec la Fondation Kristen Renée, qui affirme que certaines personnes qui vivaient à proximité de Fort Detrick ont développés des cancers et que des tests indépendants montrent des preuves de dioxines / Agent Orange qui pourraient être liés à ces pathologies …. »  La fondation Kristen Renée rappelle à Fort Detrick que l’Agent Orange, pulvérisé depuis des décennies sur la zone B entourée de fermes et des résidences, est aujourd’hui le lieu d’une communauté très touchée. Par la suite, la fondation obtient des preuves supplémentaires de déchets enterrés dans la zone principale A, où le système de traitement et de décontamination des « déchets » présente des dysfonctionnements ultra-dangereux. Et l’étude sur la santé montre ce qui semble bien être un « groupe cancer » dans la communauté environnant Fort Detrick : cancers du cerveau, de la thyroïde, lymphomes et leucémies, ainsi que 4 familles de cancers rares dans le monde. La recherche indique que, par facilité, les responsables de Fort Detrick n’ont pratiquement rien fait pour répondre aux préoccupations du public face aux taux élevés de cancers et autres maladies. L’enquête pointe la contamination historique avec les herbicides et les pesticides, plus particulièrement l’Agent Orange. Pour finir, les responsables de Fort Detrick indiqueront que leur propre enquête montre que le gouvernement étasunien à réalisé des pulvérisations aériennes expérimentales d’Agent Orange à Fort Detrick, et que toutes les implications de cette révélation n’ont pas été déterminées. Les épandages ont été réalisés par des survols, et depuis l’arrière de camions.

Le porte-parole de la base, Robert Sperling, nie l’existence de « groupe cancers » et dit que les doutes de White sur le fait que les scientifiques de Fort Detrick « savaient » sont sans fondement. Sperling indique que les responsables de la base n’ont pas encore trouvé de documents prouvant les conclusions du rapport de 2006 de Young sur l’utilisation de l’Agent Orange. Quand on sait que Young est un fervent défenseur de l’armée étasunienne (il en fait partie), pondérant et minimisant faits et effets de guerre, que son rapport soit remis en cause à mots couverts par cette même armée, laisse entrevoir une situation d’autant plus opaque, voire occulte. « La chose la plus importante est la recherche d’archives, dit  Sperling, car nous n’avons pas les documents à l’appui sur lesquels le rapport est basé. » À partir du Bureau de recherches de l’armée, le rapport donne dans les détails les lieux et dates de l’utilisation de l’Agent Orange dans le monde, à l’exception du Viêt Nam (lire Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam). Une deuxième partie a été remise au DoD par Young, elle traite de la « plausibilité » de contracter des maladies liées à l’exposition de l’Agent Orange. « Plausibilité » : c’est tout Young. Et encore il a évolué, comme nous allons le voir ci-dessous.

Ce qui manquait au rapport 2006 était de démontrer l’exposition des anciens combattants à l’Agent Orange lors des tests réalisés à divers endroits dans le monde au cours des années 1960. Young écrit, dans un e-mail : Agent Orange est le surnom d’un herbicide utilisé au Viêt Nam entre 1961 et 1971 pour tuer les plantes ou inhiber la croissance normale. Son ingrédient le plus toxique et durable, la dioxine, a ensuite été liée à des maladies telles que le lymphome non hodgkinien, le diabète, sarcomes des tissus mous, et de divers cancers et troubles nerveux.

Selon le rapport, en 1952, le Département des sciences biologiques de l’armée (Chemical Corps des laboratoires de Fort Detrick) « a lancé un programme majeur pour développer à la fois le matériel de pulvérisation aérienne et les formulations herbicides pour le déploiement potentiel dans le conflit coréen. » Ce rapport, de 85 p., identifie Fort Detrick comme le centre de recherche principal dans la mise au point d’herbicides comme outil militaire (ce qui évite de dire Arme de Destruction Massive). La batterie d’herbicides utilisés dans les recherches antérieures ont été envoyés à Fort Detrick en 1952, et les scientifiques de la base ont continué à travailler sur les systèmes de déploiement et d’herbicides durant les années 1950. Les premiers travaux ont porté sur les techniques de pulvérisations aériennes  et « tactiques » à usage militaire, « par opposition à un usage commercial », indique le rapport.

Après la fin de la guerre de Corée, en 1957, Young écrit dans son rapport, les scientifiques de Fort Detrick ont participé à des tests herbicides pour le riz et les herbes et l’évaluation des tests d’application aérienne à Fort Ritchie (Maryland), Dugway (Utah), et à Fort Drum (New York). Au début des années 1960, on trouve la base de Fort Detrick à nouveau à la pointe de la « recherche herbicide », cette fois en tant que moyens chimiques pour « contrôler » la végétation au Sud-Viêt Nam. “Une fois de plus les laboratoires de l’armée de Fort Detrick, dans le Maryland, sont chargés de déterminer la faisabilité technique de la défoliation de la jungle au Sud-Viêt Nam», indique le rapport. Plus tard, Fort Detrick parraine trois conférences majeures en 1963, 1964 et 1965, dans le cadre de la mission qui se poursuit au Viêt Nam pour tester et évaluer les produits chimiques potentiels pour une utilisation dans des opérations de combat. Plant Sciences Laboratories de Fort Detrick était responsable de la pulvérisation, des tests et évaluations, des tactiques, des formulations, des herbicides candidats aux épandages sur de nombreux sites aux États-Unis, ceci afin d’établir les spécifications militaires dans lesquelles les herbicides tactiques pourraient être utilisés. La sélection des herbicides, indique le rapport, n’est pas soumise à une surveillance réglementaire par le ministère étasunien de l’Agriculture (faut préciser ici que le Département de l’Agriculture US suivait de près les tests, ou y assistait, et y participait souvent).

Craig, directeur de l’environnement à Fort Detrick, dit rechercher l’histoire de l’Agent Orange sur sa base, et ajoute que lui et son équipe tentent de « mettre la main sur des preuves montrant que la recherche a été menée non seulement à l’intérieur des serres, comme ils le pensaient auparavant, mais aussi à l’extérieur ».

 

*Fort Detrick comprend des parcelles non contiguës, désignées zones A, B, C.  Ces zones sont situées à l’intérieur des limites de la ville de Frederick et représentent une superficie d’environ 500 ha. C’était la base militaire des recherches d’armes biologiques de l’US Army. Hormis les laboratoires, elle comprend une usine de traitement d’eau, la forêt Glen, une ferme d’animaux à des fins de recherches, un champ de tir, des zones d’élimination des « déchets », stockage d’explosifs, et des champs utilisés pour des expérimentations.

Le 22 octobre 2010, US News & World Report annonce que l’Agent Orange va coûter 42 milliards de dollars par an aux États-Unis, et ceci pendant plus de dix ans. Non seulement il est la cause de malformations congénitales graves pour les générations d’enfants vietnamiens, mais il a aussi frappé au total plus d’un million d’ancien combattants étasuniens. Des dizaines de soldats conscrits ou enrôlés sont « rentrés à la maison » avec des maladies incurables, neuropathie périphérique aigüe, sarcome des tissus mous et autres lymphomes, pour ne nommer que celles-ci.

Le Washington Post rapporte que 270 mille anciens combattants du Viêt Nam reçoivent des chèques d’invalidité et que, dans 2 mois, il faudra ajouter ceux atteints de diabète, de maladies cardiaques, de Parkinson, et les différents types de leucémies. Cela signifie 42 milliards de dollars par an à prélever sur les gens qui travaillent, ceci durant 10 années au minimum. « Le ministère des Anciens combattants (VA) fait son rapport sur les pathologies les plus communes à l’Agent Orange, et finit par inclure le diabète. Ce dernier induit la dysfonction érectile », s’insurgent certains qui disent que « ceci devrait être attribué à l’âge et pas à l’Agent Orange ». Alan K. Simpson, co-président de la commission nationale de la réforme fiscale d’Obama, déclare : « Le comble, c’est que les anciens combattants qui, en quelque sorte, ont sauvés ce pays, soient maintenant tenus responsables du déficit provoqué par le gâchis financier que l’on sait ». Le sénateur Daniel K. Akaka (Hawaï), président du comité des anciens combattants, précise que ces propos « présument » que les nouveaux frais seront à la charge des contribuables, mais que le Congrès peut très bien voter une loi spécifique en septembre.

Associated Press se demande combien le ministère des Anciens combattants va finir par dépenser pour les vétérans du Viêt Nam, apparemment beaucoup trop. Pour le seul diabète de type 2 les dépenses augmenteraient de 850 millions de dollars, selon un communiqué de VA. Avec les nouvelles maladies reconnues liées à l’Agent Orange, le coût annuel aujourd’hui de 34 milliards par an passera à 42 pour les dix prochaines années, un bond stupéfiant. Ensuite, il y a la «preuve crédible » de Victoria Anne Cassano, directrice de la santé aux anciens combattants exposés aux radiations. Elle rappelle qu’il y a une loi fédérale de 1991 sur les agents chimiques et les afflictions en corrélation avec l’Agent Orange, et que les « preuves crédibles » sur l’exposition aux radiations dominent largement les arguments opposés : « Respirez profondément », prévient-elle : « c’est une pause… »

Comme on s’y attendait depuis des années, les effets et conséquences de l’uranium appauvri utilisé durant les dernières guerres pointent leur nez avant de venir élargir l’assiette. L’intelligence c’est avant, pendant c’est trop tard, et après ça continue.

En décembre 2010, le Viêt Nam annonce que 2011 sera l’année des victimes de l’Agent Orange. Plusieurs activités seront organisées à Hanoi au profit des victimes, durant cette triste célébration du 50e anniversaire du début des épandages chimiques au Viêt Nam par l’armée étasunienne (en réalité, le 10 août 1961, le premier essai réalisé au moyen d’un hélicoptère au centre du pays, dans la province de Kon Tum, épandit de l’Agent Vert, plus chargé en dioxine que l’Agent Orange qui arrivera sur le théâtre des opérations en 1965. Mais l’Agent Orange, le plus utilisé de tous les agents arc-en-ciel, est devenu le nom générique de cette guerre chimique). Lors d’une réunion de presse organisée jeudi à Hanoi, le président de l’Association des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam (VAVA), Nguyen Van Rinh, a annoncé que ces activités comprendraient, au mois de juillet, un requiem pour les victimes de ce défoliant, puis les 8 et 9 août, la 2e conférence internationale des victimes, et enfin le 10, le rassemblement commémoratif des 50 ans du désastre humain et écologique de l’Agent Orange au Viêt Nam.

De nombreuses activités culturelles et artistiques se dérouleront à cette occasion, dont un concours de composition de chansons sur l’Agent Orange, de photographies, et une semaine sur la littérature traitant de l’Agent Orange. En collaboration avec l’Union de la jeunesse communiste Ho Chi Minh (UJCHCM), la VAVA organisera également une campagne de jeunes bénévoles appelée “Été Orange 2011″, dont l’objet est d’assister les victimes du poison. M. Rinh, à la tête d’une délégation de responsables de VAVA, est allé aux États-Unis sur invitation de l’Association des vétérans pour la paix, Veterans for Peace (VFP), afin de travailler avec celle-ci, ainsi qu’avec les organisateurs de la Campagne de responsabilité et d’assistance aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, Vietnam Agent Orange Relief & Responsability Campaign (VAORRC). Lors de cette visite effectuée dans trois villes, San Francisco, New York, et Washington, cette délégation a reçu le soutien des vétérans américains, mais aussi d’avocats et de scientifiques pour continuer à demander justice pour ces victimes. Pour la première fois des membres du Congrès et des représentants du Département d’État américain ont reçu les représentants de VAVA. Ils ont indiqué que « le règlement du problème de l’Agent Orange est important en vue de promouvoir les relations entre les deux pays, et que l’Administration américaine devrait s’y intéresser davantage à l’avenir. » Après cette déclaration de bonnes intentions, VAVA et VAORRC ont déclaré publiquement qu’ils travaillaient activement avec le Congrès et l’Administration américaine pour obtenir une assistance aux victimes vietnamiennes comme américaines, ainsi que pour décontaminer les “points chauds” de dioxine au Viêt Nam. Les deux parties continueront de coopérer pour mobiliser davantage de capitaux au profit du Fonds des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam. En 2010, parallèlement aux tâches menées dans le but de trouver un plus grand soutien de la communauté internationale afin que justice soit rendue à ces victimes, notamment de la part des milieux politiques et du peuple étasunien, VAVA est parvenue à collecter 52 milliards de dongs (moins de 2 millions d’euros) auprès d’organisations et de particuliers au Viêt Nam comme à l’étranger. « Pendant 10 années, de 1961 à 1971, l’Armée américaine a épandu plus de 80 millions de litres d’agents chimiques (possiblement 350 millions, selon moi), principalement l’Agent Orange comprenant un total de près de 400 kg de dioxine – une des pires molécules que l’humanité connaisse à ce jour.  Le Viêt Nam compte actuellement environ 4,8 millions de personnes ayant été exposées à la dioxine, dont 3 millions en sont victimes à des degrés divers », déclarera cette association.

Le 13 décembre le site agentorangezone.blogspot.com confirme que le gouvernement étasunien a débloqué une participation de 17 millions de dollars sur un total de 35 pour nettoyer une partie de l’ancienne base aérienne américaine de Da Nang, un des 28 « points chauds » de dioxine au Viêt Nam.

Le 15, un séminaire organisé conjointement par le ministère des Ressources naturelles et de l’environnement, le Fonds pour l’environnement mondial, et le Programme des Nations Unies pour le développement, a eu lieu à Hanoi, afin de lancer un projet de traitement des dioxines dans les « points chauds » à travers le pays. Un projet étalé sur 5 ans, à partir de 2010, qui visera à diminuer les effets dévastateurs de la dioxine TCDD autour de Da Nang, Bien Hoa, et Phu Cat (trois anciennes bases américaine durant la guerre). Les participants ont longuement discutés de nouvelles technologies pour traiter ces zones, son environnement, et l’homme. Richard J. Cooke, conseiller international auprès du Bureau du comité directeur national 33 (organisation vietnamienne), fait remarquer que le projet doit accorder la priorité aux technologies qui peuvent être directement mises en œuvre au Viêt Nam.

André Bouny

Le 31 décembre 2012

 

Chronique 1 :

Chronique 2 :

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ? Publié le 31 octobre 2012.

Chronique 3 :

 

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

P.-S. Décembre 2012, le documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement » donne la parole à une trentaine de victimes et témoins, scientifiques et historiens, vietnamiens, français et américains (avec notamment la participation de l’auteur de cette chronique, André Bouny, et de Noam Chomsky, entre autres). Ce film revient sur le désastre écologique et humain perpétuel causé par l’Agent Orange lors de la Guerre du Viêt Nam.

Réalisation : Thuy Tien HO & Laurent LINDEBRINGS, durée 57mn, Paris, décembre 2012. DVD disponible, contact : collectiforchidees@gmail.com

http://www.mondialisation.ca/vietnam-dioxine-une-bombe-a-retardement/5317499

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La fin du monde n’aura pas eu lieu.

Nous en sommes tous grandement (sic) surpris !

Combien de fins du monde avons-nous vécues dans notre courte vie ?

182, il parait !

http://www.slate.fr/monde/66269/fins-monde-rechappe

Mais bon !

2012 s’éteint.

Le 12 du 12, 2012, à 12 heures, 12 minutes, 12 secondes ne reviendra plus jamais.

Jamais !

Le temps humain est ainsi fait !

2012…

L’an passé dans la boule de cristal, on voyait la guerre !

La guerre n’a pas eu lieu, dites-vous !

Allez donc dire cela aux Syriens et aux Syriennes.

L’an passé on disait :

« Jamais nous n’avons eu une information mensongère aussi soutenue et aussi organisée. »

http://www.legrandsoir.info/2012-vers-ou-allons-nous.html

L’année 2012 aura été le reflet de cette observation.

Depuis le renversement militaire de Laurent Gbagbo (par la France et l’ONU) en Côte-d’Ivoire, suivi de la destruction de la Libye socialiste et de l’assassinat crapuleux de Mouammar Kadhafi, de ses fils et de 30 à 100 mille de ses partisans, jamais nous n’avons vécu des années de propagande aussi soutenue.

La propagande est intense et omniprésente sur tous nos grands médias “officiels” de désinformation. Ces ex-journalistes se sont métamorphosés en propagandistes experts. Ils nous livrent sans le moindre sourcillement et avec un sans gêne hors du commun une réalité mensongère visant à nous faire accepter des massacres, des guerres et des tueries.

On nous fait la promotion des terroristes qui saccagent la Syrie (Désinformation et propagande http://www.vigile.net/Syrie-Radio-Canada-sur-le-terrain ) comme on nous a fait la promotion de ces fous d’allah qui ont assassiné Mouammar Kadhafi et fait reculer la Libye à l’âge d’une inquisition religieuse (La propagande et son service après-vente ! http://www.vigile.net/La-propagande-et-son-service-apres ).

2012, une année de guerre médiatique.

On dit que :

« La guerre médiatique consiste à utiliser les sources d’informations pour influencer les opinions publiques ou faire valoir son point de vue en temps de guerre. »

2012 aura été l’année par excellence pour vérifier cette définition.

Quiconque gratte un tant soit peu la réalité, constate que la guerre médiatique est bien réelle et que cette définition est tout à fait juste.

On nous dit des choses comme:

« Assad bombarde des gens en file pour acheter du pain ! »

« Assad bombarde des hôpitaux »

« Assad torture des enfants »

« Assad bombarde son peuple qui manifeste pacifiquement » (Comme on disait de Kadhafi.)

Le chiffre des victimes croît à la vitesse du dégoût et de la haine que l’on veut insuffler. À voir tous ces gros titres, on en vient tous à vouloir au plus vite des bombardiers «humanitaires» pour aller tuer au plus vite ce “dictateur” sanguinaire qui torture des enfants et tue les gens en file pour acheter du pain.

Nos ex-journalistes devenus propagandistes à plein temps nous transportent dans un monde manichéen où les “bons” angéliques veulent aller tuer «le grand méchant».

Ces bons qui n’ont, selon nos propagandistes professionnels, aucun autre objectif que d’éliminer un méchant terrrrrible.

Nos propagandistes professionnels se gardent bien d’aller nous montrer le résultat libyen où l’on a tué ledit grand méchant qui était, selon eux, lui aussi terrrrrrible.

On ne nous montre pas le bonheur (sic) des Libyens et surtout des Libyennes de s’être fait ainsi “libérer” de celui que l’Occident appelait un “dictateur” et qu’eux appelaient leur “guide”.

La guerre médiatique…

Les grands médias sont des armes de manipulation massive d’une efficacité redoutable.

Mais aussi redoutables soient-elles, elles frappent un mur lorsque les vraies armes se dressent.

Ce qui a sauvé le monde d’une grande guerre en 2012, ce sont les vétos russes et chinois. Ces deux puissances, la Chine et la Russie , par leur fermeté, ont sauvegardé la Paix mondiale. Chacune à sa façon. La Chine discrète et la Russie musclée.

La guerre médiatique devient ridicule et inopérante lorsqu’elle est confrontée à la réalité militaire. On a beau tenter de maintenir les cerveaux dans le monde du bien contre le mal, sur le terrain, la guerre n’avance pas. Les armes se regardent et évaluent leur chance de succès.

2012 aura été le retour à l’équilibre de la terreur. La domination occidentale menée par l’invincible (?) armée US semble avoir été jugulée.

Les faucons fous prêts à bombarder la Syrie puis l’Iran et tout autre Pays se dressant sur leur chemin n’ont pu mettre leur folie à exécution.

Si une grande guerre n’a pas eu lieu, c’est la faute aux Russes.

Nous pouvons les remercier chaleureusement.

Mais, malheureusement, la guerre à l’intérieur de la Syrie a suivi son cours.

Une guerre “par procuration”.

On a recruté, financé et armé des fanatiques pour tenter de renverser le gouvernement Assad. Ce gouvernement qui déplait aux prédateurs occidentaux ainsi qu’aux colonisateurs israéliens.

Une guerre “soft” and “smart”, par sous-traitance !

Pour la Syrie ce ne fut pas du tout une guerre “soft”, ce fut une terrible année de guerre.

Certains Pays avouent candidement armer et financer ces terroristes qui tuent, saccagent, égorgent et coupent littéralement des têtes.

Une belle saloperie pour la population syrienne.

Pauvre peuple syrien !

Combien d’attentats en Syrie en 2012 ?

On ne les compte plus.

Pour nos médias propagandistes, ces attentats sont sans importance ou pire, seraient faits par le gouvernement Assad, lui-même !

La propagande est extraordinairement effrontée !

Combien de personnes littéralement égorgées ?

Combien de têtes littéralement coupées ?

Nos ex-journalistes, tels des complices de ces odieux crimes, n’en parlent pas.

On ne dit mot de ces gens que l’on voit tenant à bout de bras une tête fraîchement coupée. Une tête dont on voit les traits du visage. Des visages que nos journalistes, s’ils faisaient leur métier, pourraient identifier.

Combien de tirs de mitraillettes à travers des trous faits dans les murs des maisons saccagés? Des maisons où on a chassé et souvent tué les occupants.

Pour nos ex-journalistes complices de ces crimes contre l’humanité et contre le patrimoine mondial de la Syrie , ces terroristes sont de bonnes personnes luttant pour la “liberté” !

Nos ex-journalistes ont du sang sur les mains. Les preuves de leur complicité avec ces tueurs sont accablantes.

Ces terroristes de tout acabit que l’on regroupe sous le vocable d’armée syrienne “libre” (ASL) saccagent impunément la Syrie et ces lieux historiques les plus réputés en plus de déloger et même d’assassiner les habitants des quartiers en réquisitionnant et dévastant leurs demeures.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=YWNMXUO0FiI

Une année terrible pour la Syrie et terrible pour les valeurs humaines.

La Syrie occupe toute la place en 2012.

Elle fut à la Une presque 365 jours d’affilée.

Elle éclipse tous les autres événements. Rien n’arrive à sa hauteur.

Pas même

- Le climat qui se réchauffe à la vitesse grand V.

- Le cirque de l’élection présidentielle US.

- La réélection démocratique d’Hugo Chávez.

Rien n’arrive à la cheville de la Syrie en 2012.

 

Hugo Chávez

Malgré tout, il y a Hugo Chávez qui continue à marquer le temps.

Le plus grand politicien de notre époque.

Un politicien «humain» avec des valeurs «humaines».

Un politicien ennemi des exploiteurs hypocrites qui mènent et exploitent le monde.

Il y a eu son élection claire et indéniable et malheureusement son cancer persistant.

Il y a ces milliers de gens à travers le monde qui prient pour lui ( http://www.vigile.net/Chavez-celui-pour-qui-le-monde ).

Des prières pour qu’il puisse gagner son combat pour la vie et continuer sa mission salutaire pour les plus démunis et pour le respect des souverainetés de chaque Pays.

Prions pour qu’Hugo Chávez gagne son combat et ne nous quitte pas en 2013.

Les prédateurs espèrent tous sa mort.

Le cancer risque d’être de leur côté !

Mais, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Espérons !

* * *

2012 annonçait clairement la guerre.

Cette guerre qui a eu lieu toute l’année en Syrie et toute l’année à la Une de nos médias propagandistes.

2013

Les augures de 2013 sont plus mystérieux.

Les plus optimistes parlent d’une «ère nouvelle» !

http://www.legrandsoir.info/bienvenue-a-une-ere-nouvelle.html

«Les descendants mayas présentent cette fin de calendrier, non pas comme la fin du monde, mais comme la fin d’une ère, caractérisée par la discrimination, le sectarisme, l’individualisme et le despotisme. Pour eux, l’ère nouvelle s’ouvre sur un paradigme nouveau, caractérisé par la paix et la solidarité entre les peuples. Une ère où il y aura un plus grand respect de la mère terre et une meilleure reconnaissance de ceux et celles qui l’habitent et en vivent.»

Mais 2013 augure-t-elle vraiment un changement pour le mieux ?

Nous espérons ce changement depuis déjà quelques années.

Nous constatons depuis des mois l’essoufflement du système d’exploitation capitaliste, mais force est de constater que malgré son essoufflement, ce système continue de marquer la marche du monde.

- Climat

Malgré le constat du réchauffement climatique alarmant et de l’épuisement de nos ressources dus à notre surconsommation visant à faire “croître” l’économie, aucune mesure n’est envisagée pour corriger la surproduction et le gaspillage capitaliste.

- Guerres

Les faucons sont toujours sur le qui-vive prêts à aller tuer massivement avec leurs drones et leurs armes dernier cri !

Les budgets pour l’industrie de la mort sont toujours les budgets les plus imposants.

2012 aura été l’année qui nous a servi un nombre INCROYABLE de vidéos d’une inhumanité inimaginable !

Des images insoutenables ! Des images INCROYABLES !

Nous n’aurions jamais pu imaginer voir des scènes d’une telle bestialité.

Des gens «décapités» sous nos yeux !

Et nos journalistes – complices – passant sous silence ces terribles atrocités.

2012, difficile d’imaginer pire.

On ne peut qu’espérer que 2013 sera mieux.

Il semble impossible que ce soit pire.

Il faut espérer que nous soyons vraiment à l’orée d’une ère nouvelle.

Une ère nouvelle caractérisée par la Paix et la solidarité entre les peuples.

2013, vivement que la Paix soit avec nous.

Bonne année !

 

Serge Charbonneau

Québec

P.S.: Le passé, pour tenter de décoder le présent et espérer entrevoir l’avenir:

 

Notes/références

- 2011

Jamais nous n’avons eu une information mensongère aussi soutenue et aussi organisée.

« 2012, vers où allons-nous ? »

http://www.legrandsoir.info/2012-vers-ou-allons-nous.html

-2010

« 2010 finit, 2011 commence… »

http://www.legrandsoir.info/2010-finit-2011-commence.html

- 2009

« L’année qui bascule…

L’heure des boules de cristal (Les prédictions… mais surtout un regard sur le passé) »

http://www.legrandsoir.info/L-heure-des-boules-de-cristal-Les-predictions-mais-surtout-un-regard-sur-le-passe.html

- Déjà en 1970,

C’était « le début d’un temps nouveau ! »

https://www.youtube.com/watch?v=7RI6thml6yk

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Syrie : Brahimi sur la piste du modèle yougoslave?

décembre 29th, 2012 by Nasser Kandil

La chaîne qatarie Al-Jazeera, son intello favori Azmi Bishara, et leur cortège d’intervenants affabulateurs voudraient continuer à nous subjuguer par la magnificence et le caractère exceptionnel du soi-disant « Printemps arabe ». Il n’empêche que nombreux sont ceux qui y voient un scénario déjà vécu dans les années quatre-vingt-dix du siècle dernier [1][2].

En effet, quiconque accepterait de revenir sur l’expérience du « Printemps européen » qui a démarré par la révolution ouvrière du bassin de Gdansk en Pologne, sous la direction de Lech Walesa, pour la comparer à celle du prétendu « Printemps arabe » qui a débuté par l’immolation de Bouazizi en Tunisie, ne pourrait ignorer certaines similitudes. Notamment, entre le rôle joué par les États de l’Europe occidentale, leurs églises catholiques et l’ensemble de leurs médias dans la bénédiction de ces révolutions qui ont secoué les pays d’Europe orientale, d’une part ; et le rôle joué par les Pays arabes du Golfe, l’Islam politique principalement représenté par les Frères Musulmans, et les organisations d’al-Qaïda avec leurs composantes salafistes wahhabites dans les révolutions arabes, d’autre part. Ceci, non sans concéder que dans ce deuxième cas c’est Al-Jazeera qui a tenu, avec brio, le rôle joué par la BBC dans les révolutions en Europe !

Or, c’est en Yougoslavie que le « Printemps européen » a  rencontré son premier obstacle. Cette Yougoslavie de la Chrétienté Orthodoxe où s’était arrêté le Catholicisme et où l’Islam politique, soutenu par l’Arabie saoudite et la Turquie avec un début de collaboration de l’astre ascendant qatari, a été mis à contribution pour inverser l’équation et, tirant profit de l’effondrement de l’URSS, créer un jeu différent alliant guerre civile, intervention militaire étrangère, et machinerie onusienne.

Plus de vingt ans après cette « Crise yougoslave » et suite à plus d’une centaine de décisions du Conseil de sécurité, de centaines de milliers de victimes, et de destructions dévastatrices nécessitant des centaines de milliards de dollars pour compensation, la Yougoslavie qui sous la direction du Maréchal Tito fut un partenaire de l’Egypte et avec  Gamal Abdel Nasser  l’un des catalyseurs du « Mouvement des Pays non alignés », s’est transformée en petits pays rivaux occupés par des troupes étrangères et a perdu  son rôle, son économie et sa souveraineté.

Et voilà qu’aujourd’hui l’émissaire onusien Lakhdar Brahimi revient sur la scène syrienne, porteur des mêmes propositions que Peter Fitzgerald avait avancé à la Yougoslavie. En somme, l’État syrien devrait accepter de se laisser démanteler, à plus ou moins courte échéance, au nom d’un gouvernement de transition [3] sur la base d’une prétendue réconciliation avec un regroupement d’individus refusant ouvertement toute proposition sous prétexte qu’elle serait insuffisante !

Parmi ces propositions, deux  sont particulièrement évocatrices :

1. la réduction des pouvoirs de l’Etat central représenté par le Chef de l’Etat syrien sous prétexte d’une phase de transition ; ce qui dans le cas de la Yougoslavie s’est soldé par les « Accords de Dayton » [4] venus confirmer la logique de son démembrement en quatre états : Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, et Monténégro.

2. Le démantèlement des institutions militaires et des services de sécurité syriens sous prétexte de leur restructuration ; pour s’empresser ensuite de soumettre leurs commandants à un tribunal spécial calqué sur le « Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie » ou TPIY.

Ceci, sans oublier que diverses prescriptions ou « recettes » se sont succédées en ex-Yougoslavie. Il y a eu celle de la Pologne, puis celle de la Roumanie où l’exécution de Ceausescu rappelle étrangement celle ce Kadhafi en Libye, puis celles des Républiques Tchèque et Bulgare. Ayant échouées les unes après les autres, il ne restait plus que la recette finale d’une guerre féroce et dévastatrice ! Et aujourd’hui, de l’aveu même des instigateurs de cette guerre, nous savons que l’Occident a utilisé les éléments tchétchènes et afghans de l’organisation d’al-Qaida : 100 000 bénévoles financés par les Pays du Golfe, armés et entrainés par la Turquie, et soutenus par des états laïcs de l’Europe occidentale !

Poursuivant la comparaison, force est de constater que les recettes tunisienne, égyptienne, libyenne et yéménite ont échoué en Syrie, d’où la nécessité d’une « nouvelle recette » inspirée du modèle yougoslave. Et nous revoilà avec 100 000 volontaires terroristes couvés en Turquie, financés par l’Arabie saoudite et le Qatar, glorifiés médiatiquement par Al-Jazeera et ses consœurs. Mais la tâche la plus complexe, pour la mise en œuvre d’une stratégie onusienne débouchant sur une intervention militaire et politique étrangères en Syrie, revient à M. Lakhdar Brahimi, Président du « Panel Brahimi », lequel s’est chargé, en 2000, de rédiger un rapport du même nom, le « Rapport Brahimi » [5], censé améliorer la pratique de l’ONU dans le domaine du maintien de la Paix !

Mais M.Brahimi et ceux qui se cachent derrière lui auront à se confronter à quatre obstacles, avant de prétendre installer en Syrie un  « gouvernement de transition ayant tous les pouvoirs » ! Quatre obstacles qui ne leur permettront pas de réussir leur dernière manœuvre pour torpiller le rôle du Président syrien et, du même coup, réussir à démolir l’État syrien et ses institutions politiques et militaires. En effet :

1. La Russie d’aujourd’hui n’est plus la Russie d’hier. Après les expériences vécues en Yougoslavie, en Irak et en Libye, elle ne couvrira pas des résolutions, tirées du chapitre VII, pour « camoufler la manœuvre » et autoriser une intervention militaire qui mettrait la Syrie sous tutelle onusienne au nom d’un prétendu maintien de la paix.

2. Une intervention militaire des USA et de l’OTAN dépasse les capacités des mêmes va-t-en-guerre après leur défaite en Afghanistan et en Irak, et aussi à cause de la situation géostratégique de la Syrie où une telle initiative s’accompagnerait de conséquences dévastatrices sur Israël et la Turquie ; ce qu’ils voudraient absolument éviter.

3. La Syrie n’est pas la Yougoslavie. Malgré toutes leurs tentatives pour briser l’unité nationale et territoriale, installer des émirats et des roitelets sectaires, et étendre le conflit vers l’Irak, le Liban et, éventuellement, la Jordanie, les Syriens sont restés majoritairement solidaires de leurs autorités légitimes ; majorité garante de la survie de l’État et de ses institutions sous la direction du Président Bachar al-Assad.

4. Le « Printemps européen » a connu son apogée quand l’État Yougoslave est tombé, alors que le « Printemps arabe » est en passe de tomber sans que l’État syrien ne cède en rien de sa souveraineté. Si bien que les Egyptiens et les Tunisiens désireux d’échapper à la dictature humiliante des Frères musulmans se dirigent désormais dans la direction indiquée par la « boussole syrienne ». Il en est de même pour tous les Arabes qui soutiennent la Résistance du peuple palestinien, maintenant qu’ils ont constaté la complicité éhontée des Frères Musulmans et de leurs alliés avec l’occupant sioniste. Une complicité qui a dépassé de loin celle de Sadate et de Moubarak avant eux.

Par conséquent, en Syrie, M. Brahimi découvrira que « le travail de guerre », pour lequel il a été missionné, est loin d’être une tâche facile contrairement à ce qu’on aurait pu lui assurer.

La seule solution en Syrie n’a besoin ni d’un gouvernement provisoire, ni de ceux qui se laissent gouverner. Elle passe par un cessez-le-feu qui devra être garanti par M. Brahimi et Cie, et par Jamaat al-Nousra et équivalents, ainsi que par des observateurs, intègres et neutres, issus du Haut commissariat des Nations Unies pour s’assurer de la transparence d’élections mises sur pied dans les trois mois. Dès lors, celui qui obtiendra 50% des voix plus une formera le gouvernement, celui qui détiendra les 2/3 des voix rédigera la constitution, et celui qui en sortira avec le 1/3 des voix aura le droit de veto ; l’ensemble du processus aboutissant, dans un délai maximum d’une année, à une nouvelle constitution soumise à référendum et à des élections législatives. Le temps sera venu de passer aux élections présidentielles et la vérité sortira des urnes. Celui qui se lancerait à la recherche d’une autre solution aura à poursuivre sa guerre !

Nasser Kandil

28/12/2012

 

Texte original : Top News

الإبراهيمي ونموذج يوغوسلافيا

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=1699

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Serbie, 1999 : calomnies, trahisons, et ingérence humanitaire…

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/serbie-1999-calomnies-trahisons-et-123236

[2] Serbie, 1999 : de la dislocation de la Yougoslavie au projet de « Grand Moyen-Orient »…

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/serbie-1999-de-la-dislocation-de-123729

[3] Syrie : M. Brahimi plaide pour un “gouvernement de transition”

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/12/28/syrie-m-brahimi-plaide-pour-un-gouvernement-de-transition_1811128_3208.html

[4] L’accord de Dayton

http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/kosovo/dayton

[5] Rapport Brahimi

http://www.operationspaix.net/137-resources/details-lexique/rapport-brahimi.html

 

Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de TopNews-nasser-kandil

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Égypte : les Frères et la Grande Muette

décembre 29th, 2012 by Ahmed Bensaada

Lorsqu’en août dernier Mohamed Morsi, le premier président égyptien civil élu, s’en est pris à l’armée de son pays, les médias « mainstream » ont salué son exploit « épique » et l’éclosion des titres dithyrambiques ne s’est pas fait attendre: « Le président égyptien frappe l’armée à la tête », « Le président Mohamed Morsi défie l’armée », « Le président Morsi frappe un grand coup contre l’armée », etc.

Un « spécialiste » a poussé le raisonnement jusqu’à faire usage d’expressions sorties d’un conte africain, comparant Morsi à la mangouste qui attaque le cobra dont « la seule chance de survie est de mordre le redoutable mammifère avant que ce dernier ne le saisisse à la gorge ». Et de conclure : « C’est ce qu’a fait le président islamiste Mohamed Morsi face à l’armée » [1] : la fabuleuse victoire du président-mangouste sur la redoutable armée-cobra, confirmation de l’omnipotence de la confrérie des Frères musulmans (dont est issu Morsi) et gage de l’inexorable marche vers la démocratie, terrassant tout sur son passage.

Morsi et le CSFA

Il est vrai que le président Morsi a (apparemment) réussi à « pousser » à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui (77 ans), inamovible ministre de la Défense depuis vingt ans, ainsi que le chef d’État-major de l’armée, le général Sami Anan (64 ans), numéro deux du Conseil suprême des forces armées (CSFA), ce qui n’est pas une mince affaire.

Pour donner de la consistance à l’acte, cette décision présidentielle a même été accompagnée de rumeurs d’assignation à résidence surveillée des deux nouveaux « retraités », mais elles ont rapidement été démenties.

Cependant, ces mêmes médias ont été moins loquaces sur le fait que le nouveau Raïs a non seulement décidé de les nommer tous deux « conseillers auprès du chef de l’État », mais qu’il les a décoré, deux jours après leur soi-disant limogeage.

Notons, au passage, que la cérémonie de décoration fut retransmise à la télévision nationale, détail révélateur de l’importance de l’évènement. On y a vu un  président se confondre en remerciements, déclarant à l’endroit de Tantaoui: «  Compte tenu de votre loyauté et de votre amour pour la nation, il s’agit là d’un geste de gratitude de la part du peuple égyptien, et non de son président, envers un homme qui a été loyal à son peuple et à son pays. Que Dieu vous apporte le succès ! » [2].

Le maréchal reçut le « Collier du Nil »,  la plus haute distinction du pays, alors que le général fut décoré de l’« Insigne de la République ».

Le maréchal Hussein Tantaoui a été remplacé par Abdel Fattah el-Sissi, chef des renseignements militaires. Ce général s’est fait connaître, dans la période post-Moubarak, pour avoir justifié les « fameux » tests de virginité que les militaires faisaient subir aux manifestantes égyptiennes [3].

Bien que certains observateurs aient interprété la cérémonie de décoration comme le désir de Morsi de ménager l’armée, il apparaît plutôt que la décision de « mise en retraite » ait été prise en commun accord avec les deux militaires et le CSFA [4]. D’autant plus qu’il semblerait, selon des sources bien informées, que le général Anan « jouit de très bons rapports avec les Frères musulmans » [5], comme nous allons nous en rendre compte un peu plus tard.

Morsi et les commémorations historiques

Mais le président Morsi ne s’est pas uniquement contenté de cette cérémonie. En effet, moins de deux mois après cet évènement, il a profité de la date anniversaire de la « guerre d’octobre 1973 »  pour décorer, à titre posthume, l’ancien président Anouar Sadate. Une distinction identique à celle décernée au maréchal Tantaoui fut remise au fils de l’ancien président. Ironie du sort, c’est à cette même commémoration que, 31 ans auparavant, presque jour pour jour, Sadate avait été assassiné par des militaires appartenant au Jihad islamique égyptien, mouvement fondé par d’anciens membres de la confrérie des Frères musulmans.

Tentant une explication de ce geste hautement politique, le journal libanais « Essafir » explique que la démarche du président islamiste « jette la lumière sur la relation intéressante née au cours des années 70 du siècle dernier, entre Sadate et les directions islamistes, notamment celles les plus fondamentalistes, dont il a libéré nombre de ses membres des geôles nassériennes, et les a utilisés d’une manière ou d’une autre dans l’affaiblissement de ses opposants politiques nassériens, nationalistes, gauchistes et autres, avant que les formations islamistes ne se retournent contre lui, jusqu’à son assassinat sur la tribune de commémoration de la guerre d’octobre » [6].

Certains, adeptes de la théorie de la « mangouste », ont avancé l’explication selon laquelle la « mise sur la touche » des deux officiers supérieurs, permettait au président Morsi de mettre fin à la « génération de 1973 » pour laisser la place à des militaires plus jeunes [7]. Avec la décoration posthume de Sadate, la boucle serait donc bouclée.

Il va sans dire que cette frénésie soudaine de décorations militaires remises par un  président qui est, ne l’oublions pas, civil, est très curieuse surtout si on tient compte de la courte période qui s’est écoulée depuis son accession à la magistrature suprême et de la relation tourmentée entre la confrérie et l’armée égyptienne dans les dernières décennies.

Mais le plus intéressant dans cette affaire vient du fait que certaines personnalités qui ont marqué de manière indélébile l’histoire moderne de l’Égypte ont été volontairement occultées par le président Morsi.

À ce sujet, certains observateurs ont remarqué que l’incontestable leader historique,  feu le président Jamal Abdel Nasser, n’a pas été décoré (à titre posthume) lors des célébrations du 60e anniversaire de la « révolution du 23 juillet 1952 ». Pire encore, le président issu des Frères musulmans s’est contenté à cette date d’un discours télévisé dans lequel il a adressé des critiques implicites et explicites à l’ère nassérienne [8].

Commentant cette ère, Névine Ahmed écrit: « Personne ne peut nier que cette période reste très douloureuse dans l’esprit de plusieurs, notamment des Frères musulmans, avec les détentions et tortures dans les prisons. Il existe donc une hostilité historique entre les Frères et l’époque de Nasser » [9].

À cette vérité de La Palice, on peut juste se demander, de concert avec les (de plus en plus nombreux) détracteurs du nouveau Raïs, si Morsi est le président de tous les Égyptiens ou seulement des Frères musulmans, comme semble l’indiquer sa mémoire historique sélective.

Certes, Nasser est considéré par la confrérie comme le « pourfendeur » de l’islamisme, mais il n’y a pas que cet aspect de la politique nassérienne qui justifie cette « amnésie » sélective. En effet, il est de notoriété publique qu’aussi bien l’armée égyptienne que le gouvernement islamiste au pouvoir sont des alliés de l’administration américaine. La première est tenue par une généreuse rente annuelle alors que le second profite d’un indéniable soutien politique « post-printanier ». Bien au contraire, Nasser et les États-Unis se considéraient mutuellement comme des ennemis. Pour illustrer cela, quoi de plus éloquent que la fameuse déclaration nassérienne : «  Si vous voyez que les États-Unis sont satisfaits de moi, sachez alors que je suis sur la mauvaise voie ».

Si on en croit Bernard Lugan, l’armée égyptienne se diviserait en trois groupes distincts : « un état-major composé de vieillards soldés par Washington, une fraction islamiste difficile à cerner numériquement et une majorité composée d’officiers et de sous-officiers nationalistes ayant pour modèle le colonel Nasser » [10]. Dans ce cas de figure, et tenant compte du fait que pour une frange non négligeable de la population et de l’intelligentsia égyptiennes, Nasser est non seulement un fils chéri de l’Égypte, mais aussi un héros du panarabisme, il va sans dire que Morsi risque de s’aliéner une partie de l’armée et de l’opinion publique, ce qui ne risque pas d’améliorer son image de « président des Frères ».

Morsi et le Cheikh aveugle

Lors de son discours symbolique sur la place Tahrir, quelques jours seulement après son élection aux plus hautes fonctions de l’état, Morsi fit une déclaration très peu commentée par la presse internationale, mais qui n’est pas passée inaperçue aux États-Unis. Il claironna haut et fort « Je vais faire tout mon possible pour faire libérer […] les détenus, y compris le Cheikh Omar Abdel-Rahman » condamné en 1995 à la prison à vie par la justice américaine pour des complots visant à attaquer des cibles new-yorkaises et à assassiner l’ancien président égyptien Hosni Moubarak  [11].

Mais qui est donc ce Cheikh dont Morsi s’est senti obligé de parler dans un de ses premiers discours présidentiels comme s’il s’agissait d’une affaire cruciale pour le pays?

En fait, Cheikh Omar Abdel-Rahman, surnommé le « Cheikh aveugle » à cause d’une cécité contractée pendant son enfance, est le chef spirituel de la Jamaa el-Islamiya, organisation islamiste égyptienne qui prit la suite du Jihad islamique égyptien et qui fut responsable de plusieurs attentats terroristes en Égypte et aux États-Unis. Reconnu coupable dans le premier attentat contre le World Trade Center en 1993, le Cheikh Abdel-Rahman purge actuellement une peine de prison à perpétuité aux États-Unis [12].

La demande de « libération » du Cheikh formulée par le président nouvellement élu s’est attiré les foudres de nombreux politiciens américains, comme il est possible de s’en rendre compte à la lecture de ces quelques réactions.

Le sénateur Charles Schumer a mentionné que « les déclarations offensantes du président Morsi sont une insulte à la mémoire des victimes de l’attentat du World Trade Center », et que le Cheikh Abdel-Rahman est « un terroriste qui projetait de tuer des Américains innocents, rassurez-vous, il va rester là où il appartient, en prison pour le reste de sa vie ».

Le sénateur Kirsten Gillibrand a, quant à lui, qualifié la déclaration de Morsi de « non seulement scandaleuse, mais représentant une source de profonde préoccupation au sujet du respect de Mohammed Morsi pour la primauté du droit et de la démocratie » [13].

Il est à noter qu’en 2006, Ayman el-Zawahiri, à l’époque n°2 d’Al-Qaïda, et lui-même ancien membre influent du Jihad islamique égyptien, avait annoncé la fusion de la Jamaa el-Islamiya avec Al-Qaïda [14]. Une des raisons qui ont été avancées pour cette allégeance était justement l’incarcération du Cheikh Abdel-Rahman.

Élément intéressant dans cette histoire : le Cheikh avait été incarcéré à la suite du meurtre du président Sadate, accusé d’avoir émis une fatwa autorisant son assassinat [15] et fomenté l’attentat. Faute de preuves, le Cheikh a été, par la suite, relaxé mais expulsé du pays.

Ainsi, il est aisé de constater l’ambivalence politique du président Morsi : il est capable de décorer à titre posthume un président assassiné et demander la libération de la personne sur laquelle pèsent de lourds soupçons d’avoir orchestré son homicide.

Cette affaire illustre bien le double jeu de Morsi : il se veut « président pour tous » en honorant ses prédécesseurs, mais n’oublie pas ses « compagnons d’armes » islamistes, preuve de sa fidélité à la confrérie et à son « Mourchid » (guide suprême des Frères musulmans).

Un mariage bien particulier

Le 31 août 2012, soit un peu plus de deux semaines après la « mise en retraite » du maréchal Tantaoui et du général Sami Anan, l’hôtel cinq étoiles « El Masah » du Caire accueillit un mariage très huppé. La fébrilité qui s’est emparé de cet établissement, propriété des forces armées égyptiennes, était à la hauteur de la notoriété des nouveaux mariés, mais surtout de celle des convives. Ce jour-là, Mohamed Mamdouh Chahine convolait en justes noces avec  Ithar Kamal el-Katatni.

L’heureux époux est le fils du général Mamdouh Chahine, membre influent du CSFA et assistant du Ministre de la défense chargé des questions juridiques et constitutionnelles. La charmante épouse de 25 ans est la fille de l’ingénieur Kamal el-Katatni qui a un lien de parenté avec Saad el-Katatni, ancien président de l’Assemblée du peuple égyptien dissoute, membre du Bureau d’orientation des Frères musulmans et actuellement Président du Parti de la liberté et de la justice (vitrine politique des Frères musulmans).

Mais au-delà de son côté mondain, ce mariage entre le fils d’un haut gradé militaire et d’un membre de la famille d’un haut dignitaire islamiste issu des Frères musulmans a défrayé la chronique.

Tout d’abord, la présence du général Sami Anan assis à côté de Saad el-Katatni ne pouvait passer inaperçue. Cette première apparition publique du général « limogé » a mis fin aux rumeurs de sa mise en résidence surveillée. Pis encore, Sami Anan est arrivé avec la même voiture de service qu’il avait lors de l’exercice de ses fonctions et protégé par des gardes du corps. D’autre part, le journal  « Al-Youm el-Sabii » rapporte qu’à la fin de la cérémonie de mariage « le général Sami Anan est entré dans une salle VIP accompagné du docteur Saad el-Katatni et la porte de la salle fut fermée derrière eux » [16]. Le même journal a publié de nombreuses photographies de l’évènement où figurent des personnalités qu’il est difficile d’imaginer ensemble : le mufti de la République, des personnalités salafistes, soufies ou issues des Frères musulmans, des anciens ministres, des hommes d’affaire, etc.

Cette assemblée hétéroclite montre à quel point l’armée et les islamistes peuvent cohabiter en « parfaite harmonie » et indique que Sami Anan cultive de bons rapports avec les Frères musulmans, comme mentionné précédemment. Sa mise à la retraite ainsi que celle de son supérieur par Morsi, le président islamiste, ne peut être interprétée comme un « limogeage », mais plutôt comme un accord conclu entre les deux institutions les plus fortes sur la scène égyptienne : l’armée et la confrérie.

L’armée à la rescousse de Morsi

Contrairement à ce qu’ils prétendent actuellement, les islamistes ne sont pas des « révolutionnaires » de la première heure. Ils ont été très sceptiques aux débuts des émeutes contre Moubarak et n’ont rejoint le mouvement de protestation que très tardivement. En plus, quelques mois à peine après la chute du président déchu, ils affichèrent leur volonté de se séparer du mouvement pro-démocratie né de la place Tahrir. Commentant cette période, le professeur Stéphane Lacroix écrit : « S’ils avaient été alliés pendant la révolution, jeunes révolutionnaires et Frères choisissent très vite des chemins différents. Les Frères prennent leurs distances avec la rue, préférant s’investir dans le jeu politique institutionnel. Ils font mine d’afficher leur confiance dans le processus “de transition” guidé par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avec lequel, reprenant leurs habitudes des années Moubarak, ils n’hésitent pas à négocier en coulisses » [17]. Depuis, les Frères sont régulièrement accusés de collusion avec les militaires.

Déjà, en juillet 2011 (plus d’un an avant la mise à la retraite des deux hauts gradés du CSFA), Mohammed Badie, Mourchid des Frères musulmans, montrait le chemin aux membres de sa confrérie. Après les incidents de la place Abbassiya qui avaient fait près de 300 blessés dans les rangs des manifestants pro-démocratie qui désiraient marcher sur le ministère de la Défense, il déclara : « Nous défendrons toujours l’armée et l’armée nous défendra » [18].

Avec la promulgation du décret du 22 novembre 2012, Morsi s’octroyait des pouvoirs qualifiés de « pharaoniques » par ses opposants. Il s’ensuivit des batailles rangées entre les islamistes et l’opposition libérale et de gauche qui ont fait sept morts et des centaines de blessés. Les chars militaires ont réapparu dans les rues du Caire et Morsi demanda, par décret, à l’armée d’assurer la sécurité du pays. Il leur accorda le droit d’arrêter des civils, pouvoir très décrié par les « révolutionnaires » durant la période de transition post-Moubarak. Revoilà donc l’armée à l’avant-scène politique du pays, protégeant les islamistes à leur demande comme l’avait prédit plus d’un an auparavant le Mourchid, et évitant que le pays ne sombre dans le chaos.

Le Front du salut national (FSN), principale coalition de l’opposition rassemblant des mouvements de gauche, des laïques et des libéraux, s’est mobilisé contre la dérive autocratique du président Morsi. La coalition s’est aussi fortement opposée à la volonté affichée par le gouvernement de forcer l’écriture accélérée de la constitution par des islamistes et d’organiser un référendum constitutionnel dans des délais très courts.

Au vu de cette dangereuse bipolarisation de la société égyptienne, l’armée égyptienne a sommé le gouvernement islamiste et l’opposition de dialoguer. Le porte-parole des forces armées a énoncé que, faute de pourparlers, l’Égypte emprunterait « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre », ce que l’institution militaire « ne saurait permettre » [19].

Ainsi, contrairement à ce qui a été véhiculé par les médias « mainstream » à l’occasion de l’apparente « éviction » de Tantaoui et Anan, cette décision unilatérale des forces militaires du pays montre à quel point l’armée n’est pas assujettie au pouvoir en place et qu’elle demeure toujours au timon du pays. Même si la rencontre entre les deux parties n’a finalement pas eu lieu, il est à noter que l’armée n’a abandonné l’idée de la réunion qu’après s’être assurée que le FSN ait appelé ses troupes à la participation au référendum constitutionnel, ce qui a notablement diminué la tension politique dans le pays.

En définitive, tout indique que l’institution militaire a choisi l’option de travailler avec le groupe politique le plus fort et le plus structuré du paysage politique égyptien, c’est-à-dire les Frères musulmans. Cette option a très probablement été « encouragée et conseillée » par l’administration américaine [20] qui possède d’étroites relations avec les deux parties et ce, depuis des décennies.

Dès lors, la décision de mettre en retraite le maréchal Tantaoui et le général Anan semble avoir été prise conjointement, et de manière consensuelle, par l’armée et le gouvernement islamiste de Morsi.

Selon l’opposition, la collusion entre ces deux institutions est visible dans l’article 197 de la nouvelle constitution du pays dans lequel le budget de l’armée n’est pas vraiment soumis à contrôle, ce qui permet de continuer à protéger les privilèges dont jouissait l’armée sous Moubarak [21].

Le 22 décembre dernier, journée de la deuxième phase du référendum sur la constitution, Anne Patterson, l’ambassadrice des États-Unis au Caire, a visité un certain nombre de bureaux de vote de la capitale égyptienne. À la vue de la diplomate, des électeurs ont commencé à scander « Islamiya, Islamiya » (Islamique, Islamique) [22], voyant dans la visite de Mme Patterson une ingérence américaine dans les affaires intérieures de leur pays. Cette animosité populaire a contraint l’ambassadrice à rebrousser chemin et à éviter quelques bureaux « inhospitaliers ».

Une anecdote qui montre à quel point la méfiance du « petit peuple » à l’égard de l’omniprésence américaine en Égypte (avant et après le départ de Moubarak) contraste singulièrement avec la qualité des relations de l’armée égyptienne et des Frères musulmans avec l’administration américaine.

Dans la mythologie de l’Égypte ancienne, le Dieu « Rê » se transforme en un énorme  « ichneumon » (mangouste) pour combattre « Apophis » (serpent géant personnifiant le mal). Dans l’Égypte actuelle, la mangouste et le cobra ont plus tendance à danser de concert, au son d’une flûte maniée par un charmeur doué d’une grande dextérité.

Mais les spectateurs ne semblent guère apprécier la musique.

Ahmed Bensaada

Montréal, le 25 décembre 2012

http://www.ahmedbensaada.com/

Cet article a été publié le 29 décembre 2012 par le quotidien algérien Reporters

 

Références 

1-      Christophe Ayad, « Le président égyptien frappe l’armée à la tête », Le Monde, 13 août 2012, http://www.lemonde.fr/international/article/2012/08/13/le-president-egyptien-frappe-l-armee-a-la-tete_1745535_3210.html

2-      AFP, « En Égypte, Mohamed Morsi décore les généraux qu’il a limogés », Le Monde, 14 août 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/14/en-egypte-mohamed-morsi-decore-les-generaux-qu-il-a-limoges_1746160_3212.html

3-      AFP, « Un général égyptien justifie les “tests de virginité” sur des manifestantes », Le Point.fr, 26 juin 2011, http://www.lepoint.fr/monde/un-general-egyptien-justifie-les-tests-de-virginite-sur-des-manifestantes-26-06-2011-1346233_24.php

4-      Karim Kebir, « Morsi écarte l’armée du pouvoir », Liberté, 13 Août 2012, http://www.liberte-algerie.com/actualite/morsi-ecarte-l-armee-du-pouvoir-il-met-a-la-retraite-le-marechal-tantaoui-et-annule-la-declaration-du-17-juin-183640

5-      Maghreb Intelligence, « Le général Anan, au chevet de l’Égypte », 3 août 2012, http://www.maghreb-intelligence.com/portrait/2523-le-general-anan-au-chevet-de-legypte.html

6-      Essafir, « Morsi décore Sadate! », 4 octobre 2012, http://www.assafir.com/Article.aspx?EditionId=2273&ChannelId=54554&ArticleId=606&Author=

7-      Alain Gresh, « Égypte, de la dictature militaire à la dictature religieuse? », Le Monde diplomatique, Novembre 2012, http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/GRESH/48350

8-      Essafir, Op.Cit.

9-      Névine Ahmed, « Entre Nasser et Morsi, des jeunes si semblables…si différents! », Le Progrès Égyptien, 24 juillet 2012, http://213.158.162.45/~progres/index.php?action=news&id=14706

10-  Bernard Lugan, « Irak, Libye, Syrie, Égypte et demain Iran. La stratégie du chaos », Metamag, 14 décembre 2012, http://metamag.fr/metamag-1084–Irak–Libye–syrie–Egypte-et-demain-Iran-La-strategie-du-chaos.html

11-  AFP, « Morsi promet d’agir pour faire libérer Omar Abdel-Rahman aux États-Unis », Romandie.com, http://www.romandie.com/news/archives/_Morsi_promet_d_agir_pour_faire_liberer_Omar_Abdel_Rahman_aux_Etats_Unis47290620121920.asp?

12-  David D. Kirkpatrick, « Egypt’s New Leader Takes Oath, Promising to Work for Release of Jailed Terrorist », The New York Times, 29 juin 2012, http://www.nytimes.com/2012/06/30/world/middleeast/morsi-promises-to-work-for-release-of-omar-abdel-rahman.html?pagewanted=all&_r=2&

13-  Jonathan Dienst, « Area Pols Condemn Egypt’s Next President for Supporting ’93 WTC Terrorist », NBC New York, 29 juin 2012, http://www.nbcnewyork.com/news/local/mohammed-morsi-egypt-president-terrorist-free-sheik-omar-abdel-rahman-160899635.html

14-  Andrew Cochran, «  New Al Qaeda Tape Announces “Merger” With Egyptian Islamic Group, a.k.a. Gamaa Islamiya », Counter Terrorism Blog, 5 août 2006, http://counterterrorismblog.org/2006/08/new_al_qaeda_tape_announces_me.php

15-   Christophe Ayad, « Géopolitique de l’Égypte », Editions Complexe, Bruxelles, 2002, 143 pages. Le passage cité dans l’article peut être consulté à l’adresse URL suivante : http://books.google.ca/books?id=PsSis3j9u40C&pg=PA101&lpg=101#v=onepage&q&f=false

16-   Mohamed Ahmed Tantaoui, « En photos : Le général Anan assiste au mariage du fils du général Mamdouh Chahine et rencontre l’ancien chef de l’assemblée du peuple Saad el-Katatni », El-Youm el-Sabii, 31 août 2012, http://www1.youm7.com/News.asp?NewsID=771649

17-  Stéphane Lacroix, « L’Égypte, l’armée et les Frères », Le Monde, 25 juin 2012, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/25/l-egypte-l-armee-et-les-freres_1724180_3232.html

18-  Alexandre Buccianti, « Égypte : les Frères musulmans confirment leur rapprochement avec l’armée contre les révolutionnaires », RFI, 25 juillet 2011, http://www.rfi.fr/afrique/20110724-freres-musulmans-confirment-leur-rapprochement-armee-contre-revolutionnaires

19-  AFP, « L’armée égyptienne somme pouvoir et opposition de dialoguer », Libération, 8 décembre 2012, http://www.liberation.fr/depeches/2012/12/08/egypte-les-islamistes-refusent-de-reporter-le-referendum_866142

20-  Jacques Chastaing, « Égypte : la révolution et les islamistes », Culture & Révolution, 28 septembre 2012, http://culture.revolution.free.fr/en_question/2012-10-06-Egypte_la_revolution_et_les_islamistes.html

21-  R.B., « Égypte : pourquoi le projet de Constitution inquiète » Le Parisien.fr. 23 décembre 2012, http://www.leparisien.fr/international/egypte-pourquoi-le-projet-de-constitution-inquiete-23-12-2012-2430051.php

22-  Bahjat Abou Deif, « Les électeurs scandent contre l’ambassadrice américaine “islamique … islamique” », El-Youm el-Sabii, 22 décembre 2012, http://www2.youm7.com/News.asp?NewsID=884626

 

 

 

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La Dolce Vita de Yoani Sánchez à Cuba

décembre 29th, 2012 by Salim Lamrani

Contrairement à ce qu’elle affirme, la dissidente cubaine Yoani Sánchez mène un train de vie inaccessible pour l’immense majorité des Cubains.

A la lecture du blog de la dissidente cubaine Yoani Sánchez, on ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour cette jeune femme qui affiche ouvertement son opposition au gouvernement de La Havane. Elle y décrit des scènes quotidiennes faites de privations et de pénuries de toute sorte. « L’une des scènes récurrentes est de chercher des aliments et d’autres produits de base à cause du manque d’approvisionnement chronique de nos marchés », écrit-elle sur son blog Generación Y.[1]

En fait, l’image que Yoani Sánchez présente d’elle-même – celle d’une femme à l’aspect fragile luttant à la fois contre la toute puissance étatique et les difficultés d’ordre matériel – est loin de correspondre à la réalité. En effet, la figure de proue de la dissidence cubaine dispose d’un niveau de vie que presque aucun autre Cubain de l’île ne peut se permettre.

Plus de 6 000 dollars de revenus mensuels

La Société interaméricaine de presse (SIP), qui regroupe les grands conglomérats médiatiques privés du continent, a décidé de la nommer vice-présidente régionale pour Cuba de la Commission de liberté de presse et d’information[2]. Sánchez, d’habitude si prolixe sur son blog a gardé un silence hermétique au sujet de sa nouvelle fonction. Il y a une raison à cela : sa rémunération. L’opposante cubaine touche désormais un salaire de 6 000 dollars par mois net d’impôt. Il s’agit d’un revenu très confortable, habituellement réservé aux cadres supérieurs dans les nations les plus riches. L’importance du salaire est d’autant plus manifeste que Yoani Sánchez réside dans un pays du Tiers-monde où l’Etat providence est présent et où les prix de première nécessité sont fortement subventionnés.

A Cuba, il existe une double circulation monétaire : le CUC et le CUP. Le CUC représente environ 0,80 dollar et 25 CUP. Ainsi, avec son salaire de la SIP, Yoani Sánchez dispose d’un revenu équivalant à 4800 CUC ou à 120 000 CUP.

Le pouvoir d’achat de Yoani Sánchez

Evaluons à présent le pouvoir d’achat de la dissidente cubaine. Ainsi, avec un tel salaire, Yoani Sánchez peut se payer, au choix,

-300 000 tickets de bus,

-6 000 trajets en taxi à travers toute La Havane[3],

-60 000 places de cinéma,

-24 000 places de théâtres,

-6 000 livres neufs,

-24 000 mois de loyer d’un appartement de type F3 à La Havane[4],

-120 000 verres de guarapo (jus de canne),

-12 000 hamburgers,

-12 000 pizzas,

-9 600 bières,

-17 142 paquets de cigarettes,

-12 000 kilos de riz,

-8 000 paquets de spaghettis,

-10 000 kilos de sucre,

- 24 000 glaces cinq boules,

- 40 000 litres de yaourt,

-5 000 kilos de haricots,

-120 000 litres de lait (si elle a un enfant de moins de 7 ans),

-120 000 cafés,

-80 000 œufs,

-60 000 kilos de poulet,

-60 000 kilos de porc,

-24 000 kilos de bananes,

-12 000 kilos d’oranges,

-12 000 kilos d’oignons,

-20 000 kilos de tomates,

-24 000  tubes de dentifrice,

-24 000 plaquettes de savon,

-1 333 333 kilowatt/heure d’électricité[5]

-357 142 mètres cubes d’eau potable[6],

-1 090 910 mètres cubes de gaz[7],

-4 800 litres d’essence,

-un nombre illimité de visite chez le médecin, le dentiste, l’ophtalmologiste ou tout autre spécialiste de la santé, puisque ces services sont gratuits,

-un nombre illimité d’inscriptions à un cours de sport, de théâtre, de musique ou autre, (également gratuits).

Ces chiffres illustrent le véritable niveau de vie de Yoani Sánchez et jettent une ombre sur la crédibilité de l’opposante cubaine. Au salaire de 6 000 dollars octroyé par la SIP, il convient d’ajouter le revenu que lui verse chaque mois le quotidien espagnol El País, dont elle est la correspondante à Cuba, ainsi que les sommes récoltées depuis 2007. En effet, en l’espace de quelques années, Sánchez a reçu de multiples distinctions, toutes financièrement rémunérées. Au total, la bloggeuse a été rétribuée au total à hauteur de 250 000 euros, soit 312 500 CUC ou 7 812 500 CUP, c’est-à-dire une somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale.

La dissidente, qui a d’abord émigré en Suisse avant de choisir de retourner à Cuba, a été assez sagace pour comprendre qu’en adoptant un discours appelant à un changement de régime, elle satisferait de puissants intérêts contraires au gouvernement et au système cubains. Ces derniers, à leur tour, sauraient se montrer généreux à son égard et lui permettraient de jouir de la dolce vita à Cuba.

Salim Lamrani

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/26285/la+dolce+vita+de+yoani+sanchez+em+cuba.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Yoani Sánchez, « Mayorista vs minorista », Generación Y, 5 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[2] El Nuevo Herald, « Nombran a Yoani en Comisión de la SIP », 9 novembre 2012.

[3] De La Habana Vieja jusqu’à Playa.

[4] 85% des Cubains sont propriétaires de leur logement. Ce tarif est uniquement réservé aux citoyens cubains de l’île.

[5] 0,09 CUP/ kilowatt/heure jusqu’à 100 kilowatt/heure.

[6] 0,35 CUP/m3.

[7] 0,11 CUP/m3.

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Témoignage : Mère Marie Agnès partage ses espoirs pour la Syrie

décembre 29th, 2012 by Mère Agnès-Mariam de la Croix

Le Cercle des Volontaires, avec la Brigade du Tigre, a interviewé Mère Marie Agnès lors de son passage à Paris le 13 décembre 2012. Boudée par les médias français au service de l’idéologie de l’ingérence, Mère Marie Agnès nous conte son expérience, et partage ses espoirs pour la Syrie, pays dans lequel elle vit depuis 18 ans. Son témoignage est précieux, car totalement apartisant, ne défendant aucune des parties en conflit (ni Bachar Al-Assad, ni l’ASL), et non déformé comme le sont la plupart des témoignages retenus par nos « Médias Mainstream ».

 

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 «Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel, n’oublie pas de nous reloger»:

Les familles de mal-logés en France

 

On nous avait annoncé la fin du monde pour le 21 décembre. Une angoisse sourde tenaillait les humains. Il n’en fut rien. Cette délivrance a été fêtée par chacun dans le slogan, tout est permis puisque nous avons l’éternité devant nous. La proximité avec les fêtes de Noël nous donne l’opportunité de faire le point sur la façon dont un événement majeur pour l’espérance de plus d’un milliard de chrétiens – la naissance du Christ- a, au fil des centaines d’années, été détourné de son essence originelle pour devenir en définitive un événement festif païen qui a une saveur particulière avec son hold-up par la mondialisation néolibérale qui en a fait une source de profit.

La  date de la naissance du Christ fait débat

Un sujet qui fait toujours débat est la date de la naissance du Christ. Elle est importante parce que c’est à partir de cette date que l’on a commencé à compter… l’ère chrétienne. Sur le site Hérodote, nous lisons: «Dans les temps anciens, on comptait généralement les années à partir de l’année d’intronisation du souverain régnant. Les Romains préféraient toutefois les compter à partir de la fondation de Rome. Pour fixer la date de Pâques, principale fête chrétienne, qui célèbre la résurrection de Jésus-Christ trois jours après sa mort sur la croix, les premiers chrétiens s’en remettent à la tradition juive, fondée sur un calendrier lunaire. Mais cette solution finit par déplaire à l’Eglise, désireuse de prendre son autonomie par rapport au judaïsme. (…) C’est ainsi qu’en 532 de notre ère, au temps de l’empereur Justinien, un moine, Denis le Petit, situe l’année de la naissance du Christ, 753 ans après la fondation de Rome, l’année de référence des anciens Romains… On pense aujourd’hui qu’il s’est trompé de 5 ans, le roi Hérode, contemporain de la naissance du Christ, étant mort en l’an 750 de la création de Rome; le Christ serait donc né entre l’An 3 et l’An 6 avant l’ère chrétienne. Deux siècles plus tard, au temps de Charlemagne, un moine anglo-saxon, Bède le Vénérable, envisage de généraliser cette pratique. À sa suite, on prend l’habitude de dater l’année en cours à partir de l’année de naissance présumée du Christ. C’est une façon de christianiser le temps. Le Christ devait donc avoir 37 ans à sa mort. (1)

La fête de Noël le 25 décembre, historique  et réalité

On sait que la période entourant Noël revêt un aspect largement profane et commercial et dans certains pays, le jour de Noël est férié. Dans cet esprit, Noël devient une fête à connotation folklorique et caractérisée par un regroupement des cellules familiales autour d’un repas et d’un échange de cadeaux. Dans le christianisme, on fête la naissance de Jésus de Nazareth, le 25 décembre dans les calendriers grégorien et julien. Nous allons voir que cette naissance a fait l’objet de plusieurs dates. À l’origine, il existait à cette date des festivités païennes marquant le solstice d’hiver, symbole de la renaissance du soleil.

Avant de la placer à la date d’une célébration solaire liée au solstice d’hiver lit-on dans l’Encyclopédie Wikipédia, de nombreuses dates furent proposées: 6 janvier (correspondant à l’Épiphanie, date choisie par les Basilidiens vers la fin du iie siècle et reprise par les communautés chrétiennes d’Orient), 28 mars, 18 novembre (date proposée par Clément d’Alexandrie)… Le 25 décembre marquait depuis Aurélien (v.270) l’anniversaire du Sol Invictus. Pour des raisons symboliques, et dans un souci de christianiser les anciennes fêtes païennes, cette date fut progressivement étendue à tout l’Occident latin. «Aucun texte chrétien ne précise quel jour dans l’année est né Jésus-Christ. Noël ne fait pas partie des fêtes suivies par les premiers chrétiens, Au ive siècle, la date du 25 décembre a été choisie comme date pour la fête de Noël, principalement dans le but de la substituer aux fêtes païennes qui étaient d’usage à l’époque, comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu (Sol Invictus), le solstice d’hiver et les Saturnales romaines qui avaient, toutes, lieu à la période du 25 décembre. » 2)

« Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations. Ces traditions antiques ont de nombreux points de similitude avec la fête chrétienne. Selon une tradition mithraïque née en Asie mineure, Mithra serait né «jaillissant du rocher» (petrogène) ou d’une grotte – élément éminemment lié au culte de cette divinité – tandis que des bergers assistent à cette naissance miraculeuse dans un récit qui influencera ceux de la naissance de Jésus pour l’adapter aux thèmes païens. Il est possible qu’une tradition plus ancienne, d’origine mithraïque et mazdéenne, présentant la mère de Mithra – Anahita (ou Anahid) – comme vierge ait également influencé les premiers auteurs chrétiens » (2).

L’invention du Père Noël

Mieux encore, d’autres auteurs indiquent que le Christ ne serait pas né un 25 décembre, mais en automne. Nous lisons: «Existe-t-il des preuves bibliques que la naissance de Jésus-Christ a eu lieu en automne et non pas un 25 décembre? Il en existe plusieurs. La date exacte n’est pas connue bien que les preuves indiquent qu’elle aurait eu lieu en automne. Alors qu’il n’existe aucune preuve de la naissance du Christ un 25 décembre, il en existe de nombreuses indiquant une naissance tôt à l’automne.» (3)

L’un des marqueurs des fêtes de Noël est justement le Père Noël. Qu’en est-il exactement? Bien que la tradition du Père Noël ait des origines en Europe du Nord, il est popularisé aux Etats-Unis au xixe siècle. La première mention du «Père Noël» en français est trouvée en 1855 sous la plume de George Sand (on parle avant plutôt du bonhomme de Noël ou du petit Jésus). Qu’il soit appelé Father Christmas ou Santa Claus en anglais, Weihnachtsmann en allemand, ou Père Noël, sa fonction principale est de distribuer des cadeaux aux enfants dans les maisons pendant la nuit de Noël du 24 au 25 novembre. (4)

Martyne Perrot écrit à ce sujet: «Si certains ne savent pas très bien ce que l’on fête à Noël, nul n’ignore le Père Noël, figure emblématique de la société de consommation. Le Père Noël a une longue histoire, associée à la fête de Noël. «Noël» a deux étymologies possibles: l’une adoptée par les chrétiens en liaison avec la naissance de Jésus; l’autre en relation avec la célébration du solstice d’hiver, les Saturnales romaines et le culte du dieu Mithra. La généalogie du Père Noël commence au IVe siècle avec l’évêque saint Nicolas. Devenu au XVIIe siècle le fournisseur de cadeaux des enfants aux fêtes de fin d’année, il se dédouble avec l’apparition du Père Fouettard, son négatif aux noms multiples.» (5)

«Le Père Noël n’a pas eu la vie facile! La Réforme et la Contre-Réforme catholique abolissent saint Nicolas au profit de «l’enfant Jésus», puis c’est le «Bonhomme Noël» laïque qui apparaît. Martyne Perrot décrit l’immigration en France du Père Noël-Saint Nicolas, par l’Alsace et la Lorraine à la fin du XIXe siècle d’abord, puis par les États-Unis, où les émigrants hollandais l’ont emmené au XVIIe siècle, et d’où il revient après la Seconde Guerre mondiale, redessiné par le matérialisme américain et Coca-Cola… En 1931, Coca-Cola l’utilisa comme argument publicitaire. Les couleurs rouge et blanc de la marque fixèrent l’uniforme du Père Noël contemporain. Le Père Noël s’impose enfin, même si, en 1951, il est pendu et brûlé à Dijon par des autorités ecclésiastiques! Prétextant une «paganisation inquiétante de la fête de la Nativité, détournant l’esprit public du sens proprement chrétien de cette commémoration, au profit d’un mythe sans valeur religieuse».(5)

Un autre exemple est donné par la lutte perdue par l’Eglise pour combattre une fête païenne: Halloween importée du temple du libéralisme, concurrençant la fête de Noël. L’Eglise crée, pour la circonstance, un slogan: «Holy Win!», «le sacré vaincra!» Il n’a pas vaincu…

«En tout cas, s’il existe, lit-on dans la contribution suivante, des mathématiciens ont montré combien il aurait la vie dure, ce vieil homme barbu. Si on compte qu’il y a 378 millions d’enfants dans le monde qui attendent avec impatience le 25 décembre avec en moyenne 3,5 enfants par foyer dans le monde, on arrive à 91,8 millions de maisons. C’est là le nombre de descentes à réaliser pour le Père Noël, en supposant qu’il y ait bien au moins un enfant sage dans chaque maison… Or, pour bien faire cela, Santa Claus dispose de 31 heures en supposant qu’il voyage d’est en ouest et que son traîneau suit les fuseaux horaires. Il doit donc faire 822,6 descentes de cheminée par seconde, ce qui lui laisse approximativement plus de 0,001 seconde pour distribuer les cadeaux dans chaque maison. Mais le Père Noël n’est pas le seul à être éprouvé. »(6)

« Les rennes ont eux aussi fort à faire! Si on estime que les maisons sont éloignées les unes des autres de 1,2 km en moyenne, le voyage total est de plus de 120 millions de km. En 31 heures, cela suppose une vitesse supérieure à 3,8 millions de km/h, soit 1 050 km par seconde environ. Les rennes devraient donc galoper en l’air à Mach 3000! (…) En estimant que les cadeaux de chaque enfant pèsent 900 grammes, la charge totale emmenée serait de 321.300 tonnes. Un renne normal ne pouvant tracter plus de 136 kg, il faudrait donc un attelage de quelque 2.360.000 rennes normaux. Mais on le sait bien, les rennes du Père Noël sont des rennes magiques… A supposer qu’ils puissent transporter dix fois plus que les autres, ils ne seraient plus que 236.000 dans l’attelage. Reste la résistance dans l’air qui ne peut être éludée. En effet, 321.300 tonnes voyageant à 3,8 millions de km/h nous donne une résistance de 14,3 milliards de trilliards de joules d’énergie pour les rennes placés en tête de cortège. Bref, là encore, à moins de poils magiques ignifugés, les pauvres animaux seraient réduits en poussière et l’ensemble de l’attelage serait consumé en 0,00426e de seconde. Conclusion: si le Père Noël existe, il est vraiment, vraiment magique. (6)

Une solution consiste à admettre qu’avec son expérience et son air futé, le Père Noël a su développer pendant l’année des dépôts dans chaque grande ville, et utiliser Internet, en s’alliant avec les parents. Il n’y a pas un Père Noël, mais un million, il a peut-être recours à une technologie extraterrestre pour se cloner. Les rennes ne sont pas vraiment des rennes, mais des robots. Avec une propulsion antigravitationnelle. Il peut être partout en même temps.

Le néolibéralisme et l’instrumentalisation du sacré

Noël, Halloween, tout est bon pour le néo-libéralisme pour extraire de la valeur quand bien même il s’agit de l’espérance de milliards d’individus Cette décadence planétaire des valeurs et de la dignité humaines est due aux dégâts du néolibéralisme dans sa réussite d’imposition d’une nouvelle civilisation virtuelle qui, on l’aura compris, se construit sur les décombres de la civilisation humaine telle que nous la connaissons depuis les premiers villages édifiés, il y a 10.000 ans en Irak. Le néolibéralisme ne laisse pas intact l’individu. On comprend que les individus rendus fragiles par un quotidien sans perspective deviennent des proies consentantes du marché. Ils s’accrochent à tous les ersatz de plaisir en oubliant leur dimension symbolique. Le néolibéralisme ne se contente pas d’imposer sa vision du monde à la fois par la science et la force, il s’attaque aussi aux identités.(7)

Cette désymbolisation du monde mise en évidence par Dany-Robert Dufour, est en train de pénétrer en profondeur le tissu social. A juste titre, la mondialisation et le néolibéralisme peuvent être tenus pour responsables de cette débâcle planétaire. Nous vivons, poursuit Dany-Robert Dufour, une époque où le plaisir est devenu une priorité, où les carrières autrefois toutes tracées se brisent sur l’écueil de la précarité, la vie à deux ressemble de plus en plus à un CDD. Par ailleurs, on peut citer comme autre perturbation inédite, le développement de l’individualisme, la diminution du rôle de l’Etat, la prééminence progressive de la marchandise sur tout autre considération, le règne de l’argent, la transformation de la culture en modes successives, la massification des modes de vie allant de pair avec l’individualisation et l’exhibition des paraître, l’importante place prise par des technologies très puissantes et souvent incontrôlées, comme l’Internet et ses dérivés sont, en définitive, autant d’éléments qui contribuent à l’errance de l’individu-sujet.» (8) (9)

Faut-il croire à tout prix  au Père Noël au XXIe siècle?

A l’autre bout du curseur, la dimension humaniste de ressourcement chrétien fait écrire à Chantal Dupille ces mots frappés de bon sens: «Noël! Fête de Mâmon, de la bombance, de la (sur)consommation, du gavage des gens et des oies, de la débauche, de la tentation! Comme on est loin du sens originel… je cite une lectrice, Rita Pitton: «Noël message éternel d’espérance, ²d’Amour, de fraternité»! Jésus est né dans une étable, au milieu des animaux, il a vécu comme un SDF, sans toit, sans biens, sans vêtements de rechange…. et il a dit: «Heureux vous les pauvres»! Le Messie tant attendu n’a pas été reconnu par beaucoup: il était venu, lui le Prince de la Paix, sur un âne, pas sur le Veau d’Or. Mon Noël, c’est le foie maigre, ou plutôt la foi, c’est la sobriété en relation avec tous les pauvres de ce monde, c’est la solidarité avec les oubliés. Qu’y-a-t-il de plus beau, ce jour-là, que de penser à ceux qui n’ont rien, et qui dans la rue, ignorés de tous, vivent plus cruellement encore cette journée d’abandon total?(10)

Le mythe du Père Noël à la peau dure. Le marché s’est emparé de sa dimension matérielle. Plus largement, croire au Père Noël tient de la naïveté de celui qui ne veut pas grandir. La douce naïveté fait dire aux enfants: «Moi, je sais que le Père Noël, c’est Papa!» «Faut il pour autant ne pas croire au Père Noël? Pourquoi le Père Noël fait-il couler tant d’encre?.(…) C’est également une période liée au mythe de la générosité. Durant cette période, c’est comme si le temps n’existait plus. Comme s’il s’établissait une «trêve» par rapport aux soucis humains. (…) Il faut donner la possibilité à l’enfant de rêver, de laisser parler son imagination. L’enfant aura largement l’opportunité de s’apercevoir que le monde n’est pas parfait. Donc laissez-lui le temps de rêver et de laisser libre cours à sa naïveté. Le Père Noël n’est pas un mensonge: c’est une légende, un mythe. De plus, l’enfant a besoin de cette période pour grandir. Jusqu’à 6 ans, il est dans une phase dite de la pensée magique. La limite entre le réel et l’imaginaire est floue. (…) Laisser la magie de Noël opérer. L’enfant a besoin de croire en des choses extraordinaires pour grandir. C’est une période assez courte qui prendra fin lorsqu’il sera âgé de 7 ans.» (11)

C’est peut être l’un des derniers repères symbolique, même si à évidence le Père est devenu un produit marchand, nous croyons aussi qu’en ces temps de désenchantement, laissons les enfants continuer à rêver quelque soit la latitude. L’amère réalité les rattrappera toujours assez tôt.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. 1532 à 726 Invention de l’ère chrétienne. http://www.herodote.net/532_a_726-synthese-27.php

2. Naissance du Christ : Encyclopédie Wikipédia

3. http://rcg.org/fr/questions/p002-fr.html

4. http://www.joyeux-noel.com/perenoel.html

5. Martyne Perrot http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/184/article8.html

6. http://www.maxisciences.com/no%ebl/quand-les-mathematiques-se-penchent-sur-l-039-existence-du-pere-noel_art28054.html

7. http://www.mondialisation.ca/addiction-la-civilisation-du-virtuel-bienfait-outyrannie/22032

8. Dany Robert Dufour: L’Art de réduire les têtes. Editions Denoël, Paris. 2003.

9. Dany-Robert Dufour: Les désarrois de l’individu-sujet. Le Monde diplomatique. 02 2001

10.http://sos-crise.over-blog.com/article-mon-noel-ton-noel-notre-noel-113772996.html 

11. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/743786-faut-il-croire-au-pere-noel-ou-prevenir-son-enfant-de-cette-supercherie-commerciale.html

 

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Israël tente d’interdire toutes les célébrations religieuses non juives

Nazareth – L’importante minorité palestinienne d’Israël est souvent considérée comme une menace pour la majorité juive. Le taux de reproduction des citoyens palestiniens constitue pour elle une « bombe démographique à retardement » et le coeur du programme politique des Palestiniens israéliens – la revendication qu’Israël devienne « un état pour tous ses citoyens » – est la preuve, aux yeux de la plupart des Israéliens juifs que leurs compatriotes représentent vraiment une « cinquième colonne ».

Mais qui imaginerait que les Juifs israéliens auraient peur d’un simple sapin de Noël ?

La nouvelle a fait surface il y a deux ans quand on a appris que Shimon Gapso, le maire du haut Nazareth, avait interdit les sapins de Noël dans les bâtiments publics de la ville septentrionale israélienne.

« Le Haut Nazareth est une ville juive et tous ses symboles doivent être juifs, » a déclaré Gapso. « Tant que je serai maire, il n’y aura pas de symboles non-juifs dans la ville ».

La décision reflétait en partie sa déception de constater que justement le Haut Nazareth, construit dans les années 1950 pour être le fer de lance du programme de « judéïsation de la Galilée » avait échoué dans sa mission.

Loin « d’engloutir » la ville historique palestinienne voisine de Nazareth, comme le souhaitaient les officiels, le Haut Nazareth est devenu avec le temps le lieu de résidence des Nazaréens aisés qui ne parvenaient plus à se loger dans leur propre ville, pour la bonne raison que presque tout l’espace constructible disponible avait été confisqué pour créer le Haut Nazareth.

Les Nazaréens, dont beaucoup sont des chrétiens palestiniens, ont donc acheté des maisons dans le Haut Nazareth à des Juifs – souvent des immigrants de l’ex Union Soviétique – qui voulaient quitter la Galilée majoritairement palestinienne et se rapprocher de Tel Aviv, au centre du pays.

L’exode des Juifs et l’afflux de Palestiniens a conduit le gouvernement à qualifier secrètement le Haut Nazareth de « cité mixte » au grand désespoir de Gapso. Le maire qui est un grand ami d’Avigdor Lieberman, le politicien d’extrême droite, exprime régulièrement des opinions anti-arabes virulentes; il est allé récemment jusqu’à dire que les Nazaréens étaient « des habitants qui haïssaient Israël, que leur place était à Gaza » et que leur ville « était un nid de terroristes au coeur de la Galilée ».

Bien que ni Gapso, ni le gouvernement n’aient publié de chiffres qui permettraient d’avoir une idée précise du rapport démographique dans la ville, on estime qu’un cinquième au moins des habitants du Haut Nazareth sont palestiniens. Il y a aussi désormais des élus palestiniens au Conseil Municipal de la ville.

Mais Gapso n’est pas le seul à s’opposer violemment au multiculturalisme. Isaiah Herzl, le grand rabbin de la ville, refuse de voir un seul sapin de Noël dans le Haut Nazareth au motif que « cela choquerait les Juifs ».

Cette façon de voir reflète la position officielle du rabbinat du pays. Les rabbins essaient de toutes leurs forces d’empêcher les célébrations de Noël dans les bâtiments publics et même dans les centaines d’hôtels du pays.

Il y a eu dernièrement un article dans Haaretz sur un Juif israélien qui cultive et vend des arbres de Noël ; il expliquait que: « le Rabbinat interdit aux hôtels -sous peine de leur retirer leur licence de kashrut – de décorer leurs halls avec du houx et d’installer, à Dieu ne plaise, le plus petit arbre de Noël lumineux dans un coin de l’entrée ».

En d’autres termes, le Rabbinat terrorise discrètement les propriétaires d’hôtels et les force à ignorer Noël en les menaçant de leur enlever les moyens d’exercer leur métier. Retirer à un hôtel son certificat de kashrut (kosher) le priverait de la plus grande partie de sa clientèle juive israélienne et étrangère.

Il est rare que des maires et des rabbins se retrouvent dans la position inconfortable d’avoir à s’exprimer publiquement sur le danger que représentent les décorations de Noël. En Israël la ségrégation entre les Juifs et les Palestiniens est presque absolue. Même les rares villes considérées comme mixtes sont en réalité des villes juives avec quelques ghettos insalubres en périphérie pour les Palestiniens.

A part le Haut Nazareth, la seule autre ville « mixte » où on trouve des Chrétiens palestiniens en nombre significatif est Haïfa, la troisième ville d’Israël. On parle souvent de Haïfa comme d’une ville multiculturelle et tolérante, un titre qu’on ne risque pas de lui ravir par manque de compétiteurs.

Mais cette narrative cache une réalité plus sordide. On a eu connaissance dernièrement d’une lettre du Rabbinat à tous les hôtels et même aux halls de réceptions de la ville leur rappelant de ne pas héberger de groupes venant célébrer la Nouvelle Année le 31 décembre (la Nouvelle Année juive est à un autre moment de l’année), sous peine de perdre leur licences de kashrut.

« Il est absolument interdit d’organiser quelque soirée que ce soit à la fin de l’année qui ait quelque chose à voir avec des célébrations non-juives, » lit-on dans cette lettre.

Après que la lettre ait été publiée sur Facebook, le maire de Haïfa, Yona Yahav, pour limiter les dégâts, a désavoué le Conseil Rabbinique de la ville et spécifié qu’il n’était pas question d’interdire les soirées de réveillon. Mais il est difficile de savoir si Yahav a le pouvoir de faire respecter sa décision par des autorités rabbiniques habituées à faire ce qu’elles veulent.

Ce qui est certain en tous cas, c’est que les manifestations d’intolérance religieuse quasi haineuses contre les non-Juifs sont monnaie courante, mais la plupart du temps elles s’exercent dans les coulisses parce qu’Israël tient à son image d’état « Juif et démocratique » et ne veut pas scandaliser les millions de touristes et pèlerins chrétiens qui viennent en Israël tous les ans.

Jonathan Cook

Le 24 décembre 2012

 

Article original :

churchnat

The Terror Lurking in a Christmas Tree: Israel Attempts to Ban “Non-Jewish” Celebrations

Traduction : Info-Palestine.eu- Traduction : Dominique Muselet

 

1 – Jonathan Cook a gagné le prix spécial Martha Gellhorn du Journalisme. Ses derniers livres sont: “Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East” (Pluto Press) et “Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair” (Zed Books). On peut consulter son nouveau site Web: www.jonathan-cook.net.

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