Pour en finir avec le mythe de Kennedy

mars 1st, 2013 by Jean-Pierre Dubois

Le 22 novembre prochain marquera le 50ème anniversaire de l’assassinat de J.F. Kennedy et il fait peu de doutes que nos formateurs d’opinion y trouveront l’occasion de nous rappeler tout le bien qu’il faut penser de ce « héros » de l’Occident.

Pourtant, il ne suffit pas d’avoir été assassiné (par qui ?) pour entrer dans l’Histoire par la grande porte. Ce pur produit du système élitaire américain s’est en effet distingué par des décisions qui font de sa présidence une calamité pour les peuples du monde…

Entré en fonction en janvier 1961, dès mars, Kennedy lance un programme d’armement parmi les plus importants en temps de paix : il double le nombre de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux ; augmente le nombre de bombardiers stratégiques et celui des autres missiles ; et quadruple les unités de lutte subversive dites « anti-guérillas ».

En avril, il ordonne de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. Des bombardiers américains maquillés aux couleurs cubaines attaquent les bases aériennes de l’île et détruisent les appareils au sol tandis que des bâtiments de guerre appuient le débarquement sur l’île d’une troupe de 1.500 exilés cubains recrutés et entraînés aux États-Unis par la CIA. Cette « invasion de la baie des Cochons », perpétrée en violation flagrante de la légalité internationale, se solde fort heureusement par un échec cuisant des Etats-Unis et de leurs mercenaires. Mais le peuple cubain déplore 176 tués et 4.000 blessés.

En août, Kennedy déclenche l’opération Ranch Hand, une guerre chimique contre la population du Vietnam qui consiste à répandre, sur les forêts et les récoltes, un défoliant connu sous le nom d’agent orange. Jusqu’en 1971, près de 80 millions de litres de ce défoliant sont déversés sur le Sud du Vietnam, principalement par avion. Plus de 2,5 millions d’hectares de forêts et de terres sont contaminés.

L’agent orange, qui contient de la dioxine, est un danger pour l’être humain. Les personnes exposées peuvent développer des cancers de divers types ou, s’il s’agit de femmes, mettre au monde des enfants présentant des malformations rares et monstrueuses : absence partielle ou totale de membres, tête disproportionnée, tronc a deux têtes, absence de cerveau, …

De tels enfants continuent de naître aujourd’hui car les mutations génétiques acquises par les personnes contaminées se transmettent à leur descendance. Selon les autorités vietnamiennes, 800.000 personnes seraient encore malades du fait de leur exposition à la dioxine et 150.000 enfants souffriraient de malformations.

Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants de l’entreprise IG Farben qui avaient produit le gaz Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz ont été jugés, reconnus coupables de crimes de guerre et condamnés. Serait-il anormal que les dirigeants civils et militaires des Etats-Unis qui portent la responsabilité de l’épandage de l’agent orange sur le Vietnam subissent le même sort ?

Pour Kennedy, qu’il suffise que sa mémoire soit définitivement associée à un des crimes les plus horribles du XXème siècle, et qu’en France, au moins symboliquement, l’on débaptise les rues et avenues – trop nombreuses – qui portent son nom. [1]

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Victimes de l’agent orange

Jean-Pierre Dubois

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2013/02/23/p…

[1] En région parisienne, on trouve des rues ou avenues dédiées à Kennedy dans les villes suivantes : Paris (16ème), Le Bourget, Le Kremin-Bicêtre, Charenton-le-Pont, Nogent-sur-Marne, Rosny-sous-Bois, Massy, Alfortville, Montigny-le-Bretonneux, Villeneuve-Saint-Georges, Viry-Châtillon, Antony, Pavillons-sous-Bois, Colombes, Saint-Maur-des-Fossés, Créteil, Saint-Maurice,… Même chose en Bretagne à Saint-Malo, Brest, Quimper, Lorient, Auray, Guingamp, Carhaix, Landerneau,… En plus d’un cours et d’un gymnase, Rennes a même donné le nom de Kennedy à une de ses station de métro.

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« Je suis né dans les plaines où le vent soufflait libre et il n’y avait rien pour arrêter la lumière du soleil. Je suis né là où il n’y avait pas de clôtures. […] J’ai prié à la lumière et les ténèbres, Dieu et le soleil, laissez-moi vivre en paix avec ma famille. »
Go Khla Yeh, guerrier apache, dit Geronimo

Le labyrinthe imaginaire de Mark Boal

Zero Dark Thirty s’ouvre avec un fond noir sur lequel s’inscrit un avertissement indiquant : « Ce film est basé sur des comptes rendus de faits réels ». Et, quelques deux heures trente plus tard, le long métrage réalisé par Kathryn Bigelow se conclut sur une séquence montrant l’héroïne que nous aurons suivie tout au long du film, une jeune femme, agent de la CIA, qui entrouvre un sac mortuaire et découvre le visage du cadavre que le commando desNavy Seals a rapporté après le raid opéré dans la nuit du 1er au 2 mai 2011 sur la villa d’Abbottabad au Pakistan. En arrière plan, un militaire est au téléphone, en communication avec un haut responsable à Washington. Après un regard approbateur de la jeune femme, le militaire transmet : « L’expert de la CIA nous annonce une confirmation visuelle à 100% » [1]. Ainsi la protagoniste du film – dénommée Maya – délivre-t-elle aux autorités américaines, comme aux spectateurs, la confirmation que le cadavre, exfiltré du Pakistan le 2 mai 2011, est celui de l’ennemi public numéro un de l’Occident, une attestation comme quoi Ben Laden est bien mort après être resté mystérieusement insaisissable durant près de dix ans… Cependant, les spectateurs non avertis ignorent que cette héroïne est un simple pantin de cinéma, un personnage fictif qui nous a conduit dans un labyrinthe plus ou moins imaginaire à la recherche du fantôme d’Oussama Ben Laden, un labyrinthe créé par un scénariste, Mark Boal, et vendu au monde comme une réalité tangible par l’artifice des « comptes rendus de faits réels ».

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La version française de Zero Dark Thirty indique en ouverture : « Ce film est basé sur des comptes rendus de faits réels. » La version en langue anglaise est plus pointue : « … des comptes rendus de première main… »

Ces deux jalons qui encadrent le film sont révélateurs de la roublardise des producteurs et des auteurs qui sont à l’origine de l’événement médiatique et politique qui a marqué la fin d’année 2012 aux USA, et qui est arrivé en France en ce début d’année, et révélateurs du décor en trompe l’œil dans lequel nous projette le film de Kathryn Bigelow. Tout d’abord, que signifie exactement cette mention selon laquelle le film est basé sur des « comptes rendus de faits réels » ? Une chose est claire, cet avertissement a pour but de convaincre le spectateur qu’il va assister à une reconstitution cinématographique relativement rigoureuse d’événements ayant réellement eu lieu. Et pourtant, à y réfléchir, on se rend bien compte que la mention ne veut tout simplement rien dire : de quels comptes rendus s’agit-il ? De comptes rendus de témoins indépendants ou alors des autorités politiques ou militaires ? De ceux des médias ou encore de services américains de renseignement comme la CIA ? Il s’avère, en fait, que cette dernière option semble être la bonne, la promotion du film nous indiquant que la CIA aurait ouvert ses archives et réservé des révélations au scénariste du film… Mais l’Histoire nous enseigne que cette agence, la CIA, qui a pour fond de commerce la duplicité, est libre de produire à l’attention d’Hollywood les comptes rendus qui lui chantent [2]. Cette mention est donc vide de sens. Par ailleurs, dès les premiers signes de polémique aux États-Unis, concernant les séquences de torture présentes dans le film, la production s’est défaussée et a prétexté la liberté artistique que prodigue la fiction cinématographique pour faire savoir que le film pouvait s’affranchir de toute vérité historique et ainsi se protéger des attaques. Les propos de Mark Boal lui-même, lors de la promotion du film, confirment le changement de communication : « Nous avons essayé de trouver l’équilibre entre réalisme et fiction. Notre film n’a pas la vocation d’être un documentaire. » Malgré cette couardise, les producteurs conserveront la mention de départ citée plus haut, suffisamment ambivalente pour faire illusion, sans qu’il soit nécessaire pour eux d’assumer l’enjeu politique du film.

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Les affiches américaines de Démineurs et Zero Dark Thirty

Notons également que Mark Boal, le scénariste de Zero Dark Thirty, avait déjà usé d’une stratégie semblable lors de sa première collaboration avec Kathryn Bigelow. Profitant des informations recueillies alors qu’il était journaliste en Irak, Boal avait pu vendre son scénario à Hollywood en vantant le réalisme caractérisant le protagoniste du filmDémineurs et la trame documentée de l’histoire qu’il racontait. Mais quand le sergent Jeffrey Sarver, que Mark Boal avait suivi pendant des semaines pour décalquer son personnage principal, a demandé à être crédité sur le film, les avocats du scénariste ont aussitôt répliqué que le scénario de Démineurs n’était en réalité qu’une simple fiction… Et si, pour eux, la partie a été facile, elle le fut moins pour le véritable démineur rescapé de la guerre en Irak. Sarver a vu sa plainte rejetée et s’est trouvé condamné à rembourser les frais d’avocats de l’auteur, soit la modique somme de 187 000 dollars ! Dans l’usine à rêves d’Hollywood, pas de place et pas de pitié pour le petit soldat qui aura mangé la poussière du sol irakien… De son côté, Mark Boal remportera pour Démineurs l’Oscar du meilleur scénario original, plébiscité précisément pour sa dimension réaliste…

Revenons à Zero Dark Thirty et à cette dernière séquence du film caractéristique d’une dimension de ce projet que la presse s’abstient de commenter, à savoir, la représentation pour un large public de la réalité communiquée par les autorités américaines concernant l’existence d’un Oussama Ben Laden qui serait resté reclus jusqu’en 2011 et sa mort le 2 mai de cette année-là. Car, malgré le barnum médiatique que nous avons connu il y a près de deux ans, cette prétendue réalité ne reste en fait – jusqu’à preuve du contraire – qu’un vaste storytelling de l’administration Obama, un récit aussi opportun qu’improbable si l’on tient compte du fait que les autorités américaines se sont toujours refusées à produire les preuves – vérifiables par le citoyen – soutenant les allégations qu’elles avançaient concernant cet événement.

D’ailleurs, dans les scènes qui précèdent l’intervention militaire au Pakistan, le film nous offre une réplique intéressante d’un palefrenier de la Maison Blanche à un responsable de la CIA qui tire sur la bride afin qu’Obama donne son feu vert pour envoyer un commando dans la villa où Ben Laden se cacherait : « Le Président a un esprit analytique. Il a besoin de preuves. » Il s’avère que, tout comme le Président des États-Unis, nous, citoyens du monde, avons également un esprit analytique. De même, tout comme le film nous raconte qu’Obama a besoin de preuves pour croire les cadors de la CIA, nous avons besoin de preuves pour croire Obama… Mais, bien entendu, il est regrettable que le commando envoyé par ce dernier ait maladroitement tué Ben Laden alors qu’il était au final seul et désarmé, tout aussi regrettable que son corps ait été, aussitôt après, jeté à la mer… Et c’est également dommage qu’Obama ne daigne pas publier les photos qu’il prétend détenir du cadavre de son prestigieux trophée… Autant de preuves auxquelles nous souhaitons nous fier bien davantage qu’à un storytelling soigneusement distillé par une administration dont la principale agence de renseignement, la CIA, détient un palmarès de coups tordus et de crimes de masse sans équivalent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous y reviendrons.

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Fantôme contre fantôme : Maya, agent fictif de la CIA, cherchant Oussama Ben Laden dans les méandres dustorytelling délivré par les autorités américaines…

Ensuite, remarquons que Zero Dark Thirty nous met en situation de suivre un fantôme, à savoir le personnage fictif de Maya, jeune fille pâle et invraisemblable, sans autre vie que la froide vengeance qu’elle poursuit dix ans durant en arpentant les couloirs de la CIA et les antichambres de la mort que sont les « sites noirs », les prisons secrètes de l’agence. Et c’est finalement cet être imaginaire et fantomatique que les auteurs utilisent dans la séquence finale du film pour valider, aux yeux du spectateur, la disparition médiatique d’un autre spectre, celui d’Oussama Ben Laden. Rappelons que ce fils d’une grande famille saoudienne liée à la famille Bush par les intérêts diplomatiques et le commerce du pétrole est avant tout une créature hybride née des manipulations stratégiques opérées par la CIA durant la guerre froide pour favoriser l’effondrement de l’URSS. Une fois passé ce cap, et plus encore après le 11 Septembre, la figure de Ben Laden, agrémentée de la nébuleuse al-Qaïda, sera recyclée en épouvantail de super production afin de faire admettre au monde entier deux guerres d’agression, illégales et illégitimes, en Afghanistan et en Irak, accomplies en toute impunité par les forces militaires des États-Unis et leurs alliés sous le prétexte opportun et ambivalent de la « guerre au terrorisme ».


Hillary Clinton : Nous Avons Financé Les…par la-matrice_org
Hillary Clinton explique comment, au départ, l’administration
Reagan a sponsorisé al-Qaïda pour précipiter la chute de l’URSS
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Le labyrinthe sophistiqué créé par Mark Boal pour construire le scénario de Zero Dark Thirty reprend des morceaux épars et improbables de l’histoire officielle concernant la traque supposée de Ben Laden et les assemble en tordant la réalité autant que nécessaire dans les courbes de son récit fictionnel. Ainsi peut-il aligner les faits dans une perspective relativement cohérente aux yeux du spectateur. Dans sa première moitié, le film est rythmé par la répétition des attentats qui ponctuent le déroulement de cette traque, la recherche des suspects, leur capture, les interrogatoires et les séances de torture. Le film s’ouvre par une évocation sonore des attaques du 11 septembre 2001. Plus loin survient la fusillade d’al-Khobar en Arabie Saoudite en 2004, ensuite les attentats de Londres en 2005, puis d’Islamabad au Pakistan en 2008 et, enfin, l’attentat suicide dans la base américaine de Camp Chapman en Afghanistan, en 2009. À chaque reprise, ces reconstitutions sont suivies d’une intégration de véritables images d’actualités extraites des journaux télévisés de l’époque, ces archives étant susceptibles de renforcer, dans l’esprit du spectateur, l’illusion que le scénario du film présente une transcription fidèle de la réalité. Et dans la dynamique du récit, cette représentation permet de justifier implicitement l’usage de la torture.

Par ailleurs, le film utilise habilement la construction dramaturgique et les techniques de montage propres au cinéma pour canaliser l’attention du spectateur dans ce bazar obscurantiste. Ainsi, le subterfuge de l’ellipse permet de dissoudre dans quelques séquences anecdotiques la période de trois ans qui s’écoule entre les attentats de juillet 2005 dans la capitale britannique et celui de l’hôtel Marriott à Islamabad en septembre 2008. Ces trois années ont été forcément infructueuses puisque Ben Laden restait alors insaisissable, mais par la magie de l’ellipse, le film s’affranchit de toute rationalité et nous entraine, avec son héroïne, à l’écart des réalités du monde. Ainsi, Zero Dark Thirty ne traite jamais des faits qui, dans cet intervalle, sont venus contrarier le récit officiel américain, comme l’entretien accordé en novembre 2007 par Benazir Bhutto à la chaine al-Jazira, dans lequel l’ex-Premier ministre du Pakistan mentionnait que Ben Laden avait été assassiné par Omar Sheikh, un agent de l’ISI pakistanaise, cette révélation tombant quelques semaines avant qu’elle-même ne disparaisse, victime d’un attentat suicide.

Logique de raisonnement à géométrie variable

Il est intéressant d’observer la logique de raisonnement qui anime au cours de leur enquête les agents de la CIA tels qu’ils sont dépeints dans Zero Dark Thirty. Et il est surprenant de constater que cette logique pour le moins élémentaire n’a pas été vraiment mise en œuvre et suivie dans la vraie réalité, la réalité non cinématographique, pour explorer les zones d’ombre du 11 Septembre avec la même efficacité que celle supposée dans le film :

• Lors d’une séance de waterboarding (technique de torture par simulation de noyade), Dan, agent de la CIA et collègue de l’héroïne, demande à Ammar, le prisonnier dont il inonde le visage : « Ben Laden, tu l’as vu quand pour la dernière fois ? »

Avant même d’envisager cet usage prosélyte de la torture sur nombre d’étrangers refusant de se soumettre sans réserve aux caprices de l’impérialisme américain, il eut été heureux que les agents de la CIA entreprennent de poser cette question précise, « Ben Laden, tu l’as vu quand pour la dernière fois ? », aux membres de leurs propres services, si l’on tient compte de l’information titrée par Le Figaro selon laquelle, le 12 juillet 2001, Ben Laden rencontrait à l’hôpital de Dubaï, où il était soigné pour sa maladie rénale, le chef d’antenne local de la CIA, précisément, Larry Mitchell.

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La CIA a-t-elle pensé à interroger ses propres agents avant de torturer des milliers de suspects étrangers ?

• Alors que le prisonnier torturé pendant la première demi-heure du film, Ammar, demande de l’aide à Maya, la jeune recrue de la CIA louée pour sa détermination, celle-ci lui répond : « Vous vous aiderez vous-même si vous nous dites la vérité. »

Les dirigeants américains, à commencer par Barack Obama, seraient bien inspirés de suivre le précepte de la jeune Maya (sans qu’ils aient pour autant à endurer le waterboarding…) et de rendre public les enregistrements effectués par les dizaines de caméras entourant le Pentagone le 11 Septembre, de rendre enfin public les débris résiduels marqués par des numéros de série correspondant à ceux des quatre avions de ligne victimes des crashs officiels du 11 Septembre et, bien entendu, d’accepter enfin l’ouverture d’une enquête criminelle réellement indépendante afin de faire la lumière sur l’ensemble des questions restées sans réponse à la suite du 11 Septembre. La Constitution des États-Unis d’Amérique s’ouvre avec ces mots : « Nous, Peuple des États-Unis… » ; les responsables actuellement aux commandes de la première puissance mondiale aideraient grandement le peuple qu’ils sont supposés représenter, et le reste de la planète, en laissant la vérité sur cet événement fondateur de notre siècle éclater au grand jour.

• Au cours d’une réunion tenue par la CIA, un des agents annonce au sujet de l’ISI, les services de renseignement pakistanais : « L’ISI est lent à réagir et on commence à penser que si les services pakistanais sont lents, ce n’est pas seulement du fait de leur incompétence. » Ce qui suppose, selon ces agents de cinéma, que l’ISI ferait en sorte d’entraver délibérément le déroulement des opérations de lutte contre le terrorisme international quitte à laisser supposer qu’ils n’y peuvent pas grand-chose, du fait de l’incompétence de leurs services.

Il est ironique de constater que si l’on replace un tel dialogue dans le contexte américain en remplaçant l’ISI par la CIA et le Pentagone, avant ou pendant le 11 Septembre, l’analyse des événements de 2001 aurait de bonnes chances de se révéler pertinente, mais une telle analyse serait assurément qualifiée par les autorités et les médias de conspirationniste…

• Enfin, lors d’un dialogue entre deux agents de la CIA, Maya et Jessica, cette dernière suggère à sa jeune collègue l’usage de l’argent pour faciliter l’obtention d’informations de la part de membres d’organisations islamistes : « Une chose dont on peut être sûres, c’est que les gens aiment l’argent. »

Est-ce que cet aphorisme peut faire office de généralité pour caractériser la nature humaine ? En tout cas, gageons qu’il est approprié pour ce qui concerne les promoteurs zélés des valeurs matérialistes et de l’ultralibéralisme effréné que sont les néoconservateurs au pouvoir aux États-Unis à partir de 2001… Ainsi, sur la base d’une pareille certitude concernant l’avidité, les vertueux et dévoués agents cinématographiques de la CIA – aussi intraitables qu’infatigables – pourraient-ils sortir de l’écran (à l’image du héros du film La rose pourpre du Caire) et venir faire un tour dans notre réalité afin d’examiner par quel enchaînement de circonstances le Vice-président Dick Cheney, ancien dirigeant d’Halliburton, a empoché des millions de dollars de bénéfices personnels grâce à l’invasion de l’Irak, comment le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a gagné une fortune en 2005 grâce à la société Gilaed en contrat avec le Pentagone et comment la famille Bush était financièrement liée à la famille Ben Laden à travers le groupe Carlyle.

La preuve par la fiction

Evidemment, qui n’a pas conscience des anomalies de la version officielle concernant le 11 Septembre et l’épouvantail Ben Laden aura de bonnes chances d’avaler le film comme un épisode surdimensionné de la série « 24 » dans lequel l’agent Jack Bauer aurait été mis sur la touche pour faire place au casting des Drôles de dames. En revanche, celui qui a conscience de ces anomalies éprouvera probablement un certain malaise à la vision deZero Dark Thirty.

La presse s’est particulièrement répandue en éloges sur l’efficacité cinématographique de la partie finale du film qui reconstitue l’assaut, par le commando américain, de la villa d’Abbottabad où il est dit que Ben Laden se cache. Pour notre part, nous ferons quelques remarques. Cette séquence s’inscrit dans l’imaginaire du western renforcé par une logique de vengeance en cohérence avec la violence guerrière anglo-saxonne. Rappelons que le nom de code donné à la mission de ce commando est Geronimo, ce qui est un choix d’un rare cynisme, au regard du sombre génocide que les colons blancs ont accompli vis à vis des Indiens d’Amérique. Est-ce donc le sort qui attend aussi les populations arabes et musulmanes qui ont eu la mauvaise idée de naître sur des terres riches en ressources naturelles ou visées par la soif de conquête des puissances occidentales ?

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Le commando américain débarque sur la villa d’Abbottabad (et Hollywood explore une planète extraterrestre…)

Si l’on se détache un instant de la mise en scène enjôleuse de Kathryn Bigelow, l’assaut de la villa par les Navy Seals a quelque chose de dérisoire, voire pitoyable. Le film nous montre un commando surarmé qui assassine quelques pauvres diables en djellaba comme autrefois on descendait des Indiens dans les westerns, ou comme aujourd’hui chacun peut « buter » des monstres dans un jeu vidéo. Et à aucun instant les auteurs du film n’indiquent aux spectateurs qu’ils sont conscients de ce fait, étant davantage soucieux de bien mettre en image ce qui a été développé dans le récit officiel… Les premiers coups de feu tirés par l’ennemi à l’intérieur de la villa, contraignant le commando à riposter… La tension et la confusion des derniers instants aboutissant à l’exécution « malencontreuse » de la cible Ben Laden… La séance de photographie du cadavre… Rien ne manque à l’appel. Zero Dark Thirty fournit au public les preuves qu’Obama a manqué de lui présenter en 2011. Il nous offre, comme substitut des faits avérés, un spectacle en immersion, la preuve par la fiction.

Pourtant, est-ce parce qu’un film met en avant un style réaliste, foisonnant de détails, de noms orientaux, de décors naturels, de costumes appropriés et de dialogues ciselés mêlant informations intelligibles et déductions logiques, que les faits que ce film énonce sont véridiques ? Comment la presse peut-elle confondre si vite la forme et le fond ? Zero Dark Thirty est bien une fiction scénarisée où sont injectés quelques événements ayant fait la une de l’actualité. Il s’agit d’une pirouette qu’affectionne particulièrement Hollywood et qui caractérise de nombreux scénarios, comme celui de Titanic, par exemple. Et dans la trame du film de Kathryn Bigelow, le bon petit agent Maya et le grand méchant Ben Laden n’ont pas beaucoup plus de consistance historique que Jack et Rose, le couple qu’avait inventé James Cameron pour donner au récit de Titanic l’ampleur dramaturgique qu’il souhaitait.

Dans la prochaine partie de cette analyse au sujet de Zero Dark Thirty, nous reviendrons sur le peu de réserve critique que les médias manifestent à l’égard du rôle essentiellement positif attribué dans le film à la CIA, au cœur de la puissance américaine, et ce malgré l’historique inouï de coups tordus et de crimes de masse commis à l’étranger par cette agence, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Lalo Vespera

http://www.reopen911.info/News/2013/02/27/zero-dark-thirty-o…

[1] Dialogue extrait du film en version française.

[2] Un courrier a été adressé au producteur et distributeur du film, Sony Pictures, par les sénateurs démocrates Dianne Feinstein, présidente du Comité du renseignement, et Carl Levin, président du Comité des forces armées, et John McCain, ancien candidat républicain à la présidence. Il indique : « Zero Dark Thirty est factuellement inexact, et nous croyons que vous avez l’obligation de déclarer publiquement que le rôle attribué à la torture dans la traque d’Oussama Ben Laden n’est pas fondé sur la réalité, mais relève de la part de fiction du film. »

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5 films pour ouvrir les yeux sur la Palestine

mars 1st, 2013 by Laurent Dauré

Je viens de voir un documentaire qui m’a profondément ému : 5 caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi (en salles depuis le 20 février). En sortant de l’Espace Saint-Michel – un cinéma parisien qui mérite d’être soutenu pour sa programmation intelligente et courageuse –, je me sens obligé d’écrire ce texte. C’est la première fois qu’une telle injonction s’impose à moi après avoir vu un film (et j’en vois beaucoup… beaucoup).

Avant de parler de 5 caméras brisées, je tiens à dire que je ne suis pas un spécialiste de ce qu’il est convenu d’appeler le « conflit israélo-palestinien ». Je m’intéresse à cette question depuis quatre ou cinq ans seulement ; j’ai lu quelques livres, un grand nombre d’articles, j’ai vu des documentaires, des reportages, mais je ne revendique aucune expertise.

J’ajoute que je ne fais partie d’aucun mouvement de solidarité, d’aucune association de soutien à la cause palestinienne, je n’ai participé à aucune manifestation, si ce n’est à celle qui a eu lieu le 18 janvier 2011 devant le Panthéon pour protester contre l’interdiction d’une conférence à l’École normale supérieure (1).

Si je considère aujourd’hui comme une évidence que le peuple palestinien est victime d’une immense injustice et que ses souffrances devraient révolter toute conscience en état de fonctionnement, c’est notamment grâce au cinéma documentaire. Mon but principal ici n’est pas de convaincre de la légitimité de la cause palestinienne, je veux simplement inciter ceux qui ne savent pas quelle position adopter (ou ne veulent en adopter aucune), ceux qui pensent que les torts sont partagés, voire ceux qui soutiennent la politique d’Israël (rêvons…), à voir cinq films documentaires. Un ou deux, ce serait déjà bien. Cela ne prendra que quelques heures.

Le plus récent, 5 caméras brisées, dont voici la bande-annonce, montre le combat non-violent des habitants du village palestinien de Bil’in en Cisjordanie contre l’installation d’un mur de séparation qui exproprie de fait ces paysans d’une grande partie de leurs terres, et cela afin d’étendre la colonie juive de Modi’in Illit. Avec une caméra achetée en 2005 pour filmer les premiers jours de son quatrième fils, Emad Burnat documente parallèlement la résistance de son village. Pendant cinq ans, il enregistre la vie de Bil’in, de ses proches, et suit l’évolution de la lutte contre la colonisation. Les manifestations pacifiques sont parfois violemment réprimées par l’armée israélienne ; il y a de nombreux blessés, et des morts. Emad Burnat sera lui-même blessé à plusieurs reprises. Malgré la destruction de cinq caméras, il continuera de filmer avec obstination. Il continue encore aujourd’hui.

Le co-réalisateur de 5 caméras brisées, Guy Davidi, est un juif israélien qui a participé dès 2005 aux manifestations de Bil’in (2). On voit d’ailleurs dans le film d’autres militants israéliens luttant aux côtés des Palestiniens.

Vous l’avez compris, je recommande au plus point ce documentaire beau et fort. Cette chronique personnelle d’un combat collectif non-violent donne du courage, elle rend humble aussi ; on ne peut qu’être admiratif devant la détermination pacifique des manifestants. Mais on ressent également de l’indignation, de la colère, face aux injustices et violences commises par l’armée israélienne et les colons.

Je mets au défi ceux qui doutent de la légitimité de la cause palestinienne de s’exposer à ce film et de sortir de la salle sans avoir été ébranlés (au moins un peu) dans leur position.

Malgré une sélection aux Oscars pour le prix du meilleur documentaire, 5 caméras brisées bénéficie d’une sortie très discrète en France. Seulement douze copies sont en circulation. Il est donc important d’aller le voir au cinéma et de faire fonctionner le bouche à oreille pour soutenir la diffusion.

Un seul film ne suffira probablement pas à convaincre les sceptiques, a fortiori ceux qui sont hostiles. Par « chance », la production de qualité est abondante sur le conflit israélo-palestinien. Pour ma part, je recommande ces quatre autres documentaires qui abordent différents aspects du sujet (3) :

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Rachel de Simone Bitton (2009) : la réalisatrice franco-israélienne fait un portrait de Rachel Corrie, une activiste pacifique américaine tuée en 2003 – elle avait 23 ans – par un bulldozer militaire israélien alors qu’elle menait une action de protestation non-violente contre la destruction de maisons palestiniennes à Rafah, ville située au sud de la bande de Gaza. (Voir la bande-annonce.)

 

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Gaza-strophe, Palestine de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk (2011) : juste après la meurtrière opération militaire « Plomb durci » (2008-2009), deux documentaristes – l’un franco-égyptien, l’autre algérien – pénètrent avec des délégués du Centre palestinien des droits de l’homme dans la bande de Gaza dévastée. Ils filment ce qu’ils voient, recueillent les témoignages des Gazaouis qu’ils rencontrent. (Voir la bande-annonce.)

 

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Feu sur le Marmara de David Segarra (2011) : un journaliste espagnol de la chaîne teleSUR raconte l’histoire de la « flottille de la liberté », ce convoi humanitaire parti en mai 2010 pour rompre le blocus de Gaza et acheminer de l’aide aux habitants. À partir de témoignages et d’images prises par des journalistes et des activistes, nous revivons notamment l’assaut des commandos israéliens – dans les eaux internationales – sur le navire Mavi Marmara (le 31 mai). Cet assaut fit neuf morts parmi les passagers et de nombreux blessés (4).

 

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My Land de Nabil Ayouch (2012) : le cinéaste franco-marocain montre à des Israéliens – principalement des jeunes – les témoignages filmés de réfugiés palestiniens qui vivaient dans la même région avant eux mais qui durent prendre la fuite lors de la guerre de 1948. Leurs terres ont été colonisées, ils vivent depuis plus de 60 ans dans des camps au Liban. Confrontés à la parole digne de ces vieux palestiniens meurtris par l’exil, les Israéliens réagissent de différentes façons. (Voir la bande-annonce.)

Regardez ces films et jugez par vous-même. Renseignez-vous sur les événements relatés, vérifiez tel ou tel point, informez-vous sur les réalisateurs, sur leurs motivations ; le mieux étant de commencer par prendre connaissance de ce qu’ils en disent eux-mêmes (articles, interviews, entretiens (5)).

Je ne demande à personne d’adopter une approche exclusivement « émotionnelle » ou « compassionnelle » (ce qui d’ailleurs ne veut pas dire grand-chose). Il faut aborder ce sujet de façon rationnelle et ouverte, ce qui n’exclut pas l’émotion, l’empathie – on oppose souvent à tort raison et émotion (6). Considérer que ces films sont biaisés ou manipulateurs est recevable à condition qu’on le démontre par des arguments probants. En revanche il ne serait pas rationnel de supposer a priori que ces documentaires sont malhonnêtes et « idéologiques ».

Pour être valable – fondé –, un jugement moral et/ou politique doit être informé, c’est-à-dire étayé par des faits et une appréciation la plus objective possible de la situation. Aussi, j’ai envie de poser une simple question à ceux qui sont indifférents au sort des Palestiniens, à ceux qui estiment qu’Israël est dans son bon droit, à ceux qui ne trouvent rien à redire au fait que le gouvernement français, suivant servilement les États-Unis et l’Union européenne, soutienne la « seule démocratie du Moyen-Orient »… Voici cette question : que savez-vous de ce qui se passe là-bas ?

Laurent Dauré

Cet article a été publié initialement sur le Grand Soir.

 

Notes :

1) Avec Stéphane Hessel en invité principal, la conférence annulée par la direction de l’ENS devait porter sur la criminalisation du mouvement militant en faveur du boycott d’Israël (campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions – BDS).

2) Guy Davidi est réalisateur de documentaires et professeur de cinéma. Il a été d’une aide précieuse dans la fabrication et la diffusion du film.

3) J’ai choisi de ne parler que de cinq films, on pourrait bien sûr en mentionner d’autres. Je pense notamment à Pour un seul de mes deux yeux du réalisateur israélien Avi Mograbi (2005).

4) Feu sur le Marmara n’a pas encore été diffusé en France (et il est peu probable qu’il le soit). On peut heureusement voir le film en intégralité ici.

5) Je conseille par exemple cet entretien avec Emad Burnat et Guy Davidi.

6) Sur ce sujet, je profite de l’occasion pour recommander la lecture de L’Erreur de Descartes : la raison des émotions (Odile Jacob, 1995) du professeur de neurosciences Antonio R. Damasio.

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Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?

mars 1st, 2013 by Ali El Hadj Tahar

L’Algérie a refusé de participer à l’intervention au Mali même dans le cadre d’une force africaine : elle donnait l’impression d’être sûre qu’il s’agissant d’un plan inscrit dans un agenda, comme l’a laissé entendre M. Medelci. Et probablement convaincue qu’une intervention avec des agents troubles dans les parages, comme le Qatar, serait un Sahelistan, soit un bourbier pour toutes les armées de la région, Algérie incluse. Un Sahelistan est fait pour durer, et il ne peut durer sans le soutien des pays qui instrumentalisent le terrorisme. Sans la Turquie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Qatar y aurait-il eu autant de destruction, de morts et d’actes terroristes en Syrie ?

Le MNLA, trublion des Français, et Ansar Dine, trublion qatari, ne sont en fait qu’un seul et même groupe d’opportunistes manipulés que l’Algérie aurait pu facilement récupérer si sa diplomatie avec les pays manipulateurs était aussi stricte que son sérieux dans sa mission de bons offices avec les deux groupes qu’elle a appelés au dialogue à Alger. Mais à cause de sa mollesse avec les Etats responsables de la situation, Alger perdra son temps avec le menu fretin en donnant l’impression d’un Etat faible. Par contre, en plus de l’impression qu’il donne de force et de vigueur, le Qatar distribue du fric… Le choix était facile à faire pour le MNLA et Ansar Dine qui n’avaient pas été créés sur la base de principes moraux ou politiques pour avoir des repentirs à suivre le plus offrant. Pour comprendre que le terrorisme n’est aucunement indépendant et qu’il dépend intrinsèquement de l’Occident – le Qatar n’étant que son outil –, il nous fallait revenir à ses premières alliances durant la première guerre d’Afghanistan qui l’a généré et en a fait un phénomène international. Car sans cette guerre, il n’y aurait pas de terrorisme international ; et si le monde était encore divisé en deux grands blocs, l’un communiste et l’autre capitaliste, il n’existerait pas non plus. On ne peut pas comprendre les causes véritables de l’attentat contre le site gazier de Tiguentourine le mercredi 16 janvier si on n’a pas été au fond des choses pour déduire qu’il est lié à la crise malienne et que l’Algérie fait partie de la crise malienne, qu’elle le veuille ou non. Mais dès le début, au lieu d’agir dans le cadre idoine du Comité d’état-major opérationnel conjoint entre les pays du champ (Algérie, Mauritanie, Niger et Mali), l’Algérie a fait dans l’attentisme, par mollesse, jusqu’à ce que le pourrissement de la situation rendît leur rôle caduc, offrant ainsi sur un plateau l’initiative aux manipulateurs de l’ombre et autres acteurs exogènes. Cela a permis d’engendrer une crise humanitaire qui a touché des centaines de milliers de Maliens et failli engendrer la destruction du complexe gazier d’In Aménas, voire la mort de centaines ou de dizaines de milliers de personnes. Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur de l’ANP en retraite, politologue et analyste en relations internationales et questions stratégiques, disait dans une interview publiée avant l’attaque d’In Aménas que l’Algérie «est en train de prendre pied dans un système de sécurité régionale où elle risque malheureusement de s’enferrer avec, subséquemment, une incapacité à exercer sa souveraineté nationale. Ce qui se déroule au Nord-Mali résulte, directement, de cette volonté d’intégrer l’Algérie, de force au besoin, dans un mécanisme dont elle ne pourra plus se libérer». Pour ce spécialiste, il est donc clair que le Mali est en passe de devenir un nouvel Afghanistan. L’offre de survol de l’espace aérien algérien est-il une preuve de l’engagement algérien dans ce «système de sécurité régionale» ? Il est clair que par l’euphémisme de «système de sécurité régionale», Mohamed Mesbah entend une afghanistanisation du Sahel. L’Algérie est-elle allée au-delà de cette offre ? L’ANP est-elle d’accord ? L’hebdomadaire Jeune Afrique, en joignant des cartes, dément que l’aviation française ait survolé le ciel algérien. L’armée s’est-elle opposée à ce survol en dernière minute ? Quand a eu l’accord de survol du territoire algérien ? Lorsque Hollande était à Alger ou lorsque Hamad a visité notre pays ? Pareil accord se prend-il par simple coup de fil ? Mohamed Mesbah croit savoir que «le président Abdelaziz Bouteflika ne semble pas avoir pu susciter l’adhésion de l’institution militaire à une démarche qui ne semble pas, encore, consensuelle».

Un Zia Ul-Haq pour compléter la trahison

Ce point de vue semble rejoindre celui des observateurs qui disent que le Mali serait une sorte d’Afghanistan, et l’Algérie son Pakistan comme base arrière. La lutte contre les Russes en Afghanistan a induit la transformation de ce pays en terre du terrorisme et de désolation, et le Pakistan, idem. Mais sans la complicité des autorités pakistanaises, rien ne se serait passé. Autrefois, l’ISI (Inter-Services Intelligence) pakistanais, et les Renseignements généraux d’Arabie Saoudite travaillaient pour la CIA pour soutenir les mercenaires afghans et afghans-arabes afin de déstabiliser le régime socialiste de Kaboul, alors aidé par les Russes et qui permettait aux femmes de travailler, d’étudier… Zia Ul-Haq, un président traître inconscient, a mené son pays, le Pakistan, et un pays voisin à une catastrophe dont le monde entier paie aujourd’hui le prix, ce terrorisme dit «islamiste» qui a été inventé pour détruire les Etats musulmans et discréditer l’Islam. Pour afghaniser le Sahel, il faut un Zia Ul-Haq. Si les Américains ne trouvent pas ce Zia Ul-Haq au Mali ou au Niger, ils le trouveront ailleurs, peut-être… L’argent saoudien et qatari fera le reste, comme d’habitude. Mohamed Mesbah écrit : «Il existe une corrélation directe entre la position algérienne vis-à-vis de la crise au Nord-Mali et l’état de déliquescence du système de gouvernance en Algérie.» Pendant que la diplomatie et la défense algériennes essayaient d’isoler les groupes Ansar Dine et du MNLA des autres groupes terroristes, El Mouradia recevait émirs et ministres qataris. Quelle efficacité lorsque la diplomatie et la défense travaillent dans un sens et la présidence donne un autre son de cloche, du moins un autre ton ? Sous le fallacieux prétexte d’offrir de mirobolants protocoles d’accords, les Qataris allaient et venaient à El Mouradia pour cacher leur jeu à nos frontières. D’ailleurs, l’Algérie avait-elle besoin d’argent qatari ou bien de projets à caractère vraiment national qui rendent leur dignité au peuple ? Les Etats-Unis en arrière-plan veillaient au grain, en avançant un pion tantôt l’autre dans une nouvelle guerre de la ruse. La guerre cognitive est une guerre de stratégie et de mensonges. Aujourd’hui, les guerres d’Occident nécessitent moins d’armées et de généraux que d’idiots, de traîtres et de lâches dans l’autre camp. Ils les trouvent à la pelle, a dit Obama, en parlant de «partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste», signifiant une immense chaîne de traîtres parmi les musulmans. L’autorisation du survol du ciel national, qui est non seulement une atteinte à la souveraineté nationale mais en contradiction avec le refus d’ingérence du pays à l’étranger, est un dérapage qui n’a pas tardé à se transformer en drame le lendemain même [évidemment il se préparait depuis deux mois] et qui a failli faire exploser une base n’était l’intervention de l’armée qui, encore une fois, vient de sauver la baraque Algérie. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Il est impossible qu’une armée tienne seule lorsque la politique fait le contraire sur le terrain. L’Algérie est un hard power régional ; défiée à ses frontières, elle se devait de le prouver sur le terrain en défendant son espace vital. L’Algérie n’a pas les moyens de devenir un soft power ni sur le court terme ni sur le moyen-terme : sa seule force aujourd’hui réside dans ses hydrocarbures – cette Sonatrach qui se contente d’être un pis nourricier – et dans son armée, l’ANP. Or, ce sont ces deux forces que l’ennemi veut frapper. A Alger, le système continue à monopoliser El Mouradia et les autres institutions et à marginaliser les forces vives, en fragilisant davantage le pays. La chance du pays est que notre jeunesse ne s’engage plus dans le terrorisme, comme l’a montré l’attentat d’In Amenas où seulement trois de nos ressortissants étaient impliqués ; attentat qui prouve le caractère mercenaire des groupes terroristes et leur filiation avec les forces de l’ombre au premier rang desquels le Qatar, le recruteur en chef de la nouvelle secte des assassins. Le sursaut algérien viendra de l’armée ou ne viendra jamais. La crise malienne et l’attentat d’In Amenas vont indiquer le positionnement de l’armée, et dire si elle est capable de donner à l’Algérie une assise plus rassurante non seulement par rapport à ce qui se profile au Sahel mais par rapport à l’avenir du pays, un avenir gravement hypothéqué comme l’a révélé l’affaire malienne doublée d’un attentat au cœur même du champ de gaz national. En plus de la grave déclaration d’Ould Kablia… «Parallèlement aux critères de puissance traditionnels (autonomie stratégique, économie, puissance militaire), ceux fondés sur la capacité à rassembler (crédibilité et légitimité internationales) et le soft power (culture, technologie) devraient compter de plus en plus», écrit le rapport 2012 de la défense français pour la perspective 2060. L’attaque d’In Amenas vient mettre à nu les contradictions politiques, diplomatiques et militaires du pouvoir algérien, tout comme la fragilité de nos «richesses». Révèlera-t-elle la faiblesse ou la force de la défense algérienne, à tout le moins sa position vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde et dans la région ? Bientôt, le ministère des Finances devra payer la facture de la crise malienne qu’on n’a pas su anticiper sur le plan politique en marginalisant le côté défense et profondeur stratégique du pays, et en ne donnant 50 millions d’euros aux Maliens que lorsque le mal était fait. Seule une position forte sur ce qui se passe dans le monde pourrait sauver le pays, pas la mollesse. Si l’Algérie peut faire face aux dépenses exigées par la crise malienne pour défendre son territoire, les autres pays ne le pourront pas (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso, Tchad…). Or, les frontières sont perméables. Lorsque le bâtiment est en feu, on ne se contente pas de protéger son appartement. Fermer les frontières avec le Mali jusqu’à quand ? Le feu rentre par les interstices… Les centres de recrutement de Tunisie et de Libye sont encore actifs, et ils n’envoient pas des mercenaires uniquement vers la Syrie.

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident, 25 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (15e partie) Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières, 27 février 2013

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Kerry- Lavrov : Sykes Picot du XXIe siècle

mars 1st, 2013 by Chems Eddine Chitour

«La vie humaine est une valeur qui n’a pas de prix, tout ce qu’on appelle réformes, droits de l’homme et démocratie ne valent pas le sang d’un seul homme innocent»

Patriarche Raï

Il semble que le drame du peuple syrien connaîtra son épilogue à en croire les rumeurs supputations et autres analyses. De quoi s’agit-il? Ni plus ni moins d’un nouveau partage du monde entre les grands. Pour l’histoire récente nous nous souvenons de Yalta, du «rideau de fer» entre un Occident dit «libre» et un Empire du «mal» pour reprendre l’expression de Ronald Reagan. Une trentaine d’années plus tôt, il y eut un partage du monde entre les deux «puissances» de l’époque, la perfide Albion (l’Angleterre) et le Coq gaulois (la France) qui guerroyaient tantôt de concert, notamment pour démolir la Chine, tantôt l’un contre l’autre par pays faibles interposés. Les Etats-Unis n’avaient pas encore atteint le sommet de la puissance et la Russie et la Chine étaient engluées dans leur contradiction interne.

Les accords Sykes –Picot

Nous sommes en 1916, le conflit a deux ans, l’Empire ottoman «l’homme malade de l’Europe» est du côté allemand. C’est l’occasion pour les deux acolytes anglais et français de donner le coup de grâce à l’empire vermoulu et qui n’a jamais connu de repos depuis plus d’un siècle, constamment attaqué par ces deux puissances qui, au nom de la protection des minorités (Guerres du Levant), dépeçaient méthodiquement l’empire. Les accords Sykes-Picot sont justement des accords secrets signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval des Russes et des Italiens), prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne) en zones d’influence entre ces puissances, dans le but de contrer des revendications ottomanes. (…) Aux États-Unis, le président Woodrow Wilson, -scandalisé par l’accord- tentant de mettre en avant l’argument de l’autodétermination des peuples, en vain. Les Français et les Britanniques se mettent d’accord sur les frontières à la conférence de San-Remo, en avril 1920.

Obama et Poutine et le partage du Proche-Orient

Dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, Thierry Meyssan expose le nouveau plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. L’auteur y révèle les principales données de la négociation en cours sans préjuger d’un accord définitif, ni de sa mise en oeuvre. L’intérêt de l’article est qu’il permet de comprendre les positions ambigües de Washington qui pousse ses alliés dans une impasse de manière à pouvoir leur imposer prochainement une nouvelle donne dont ils seront exclus. «Le président Obama écrit Thierry Meyssan, s’apprête à changer complètement de stratégie internationale, malgré l’opposition que son projet a suscité dans sa propre administration. Le constat est simple. Les États-Unis sont en passe de devenir indépendants au plan énergétique grâce à l’exploitation rapide des gaz de schiste et du pétrole des sables bitumineux. Par conséquent, la doctrine Carter (1980) selon laquelle la sécurisation de l’accès au pétrole du Golfe est un impératif de sécurité nationale, est morte. De même d’ailleurs que l’Accord du Quincy (1945) selon lequel Washington s’engage à protéger la dynastie des Séoud si ceux-ci leur garantissent l’accès au pétrole de la péninsule arabique. (…) D’autre part, tout doit être fait pour empêcher une alliance militaire sino-russe ». (1)

 « Il convient donc, poursuit Thierry Meyssan, d’offrir des débouchés à la Russie qui la détournent de l’Extrême-Orient. Enfin, Washington étouffe de sa relation trop étroite avec Israël. Celle-ci est extrêmement onéreuse, injustifiable au plan international, et dresse contre les États-Unis l’ensemble des populations musulmanes. (…) C’est trois éléments ont conduit Barack Obama et ses conseillers à proposer un pacte à Vladimir Poutine: Washington, qui reconnaît implicitement avoir échoué en Syrie, est prêt à laisser la Russie s’installer au Proche-Orient sans contrepartie, et à partager avec elle le contrôle de cette région». C’est dans cet état d’esprit qu’a été rédigé par Kofi Annan le Communiqué de Genève du 30 juin 2012. (…) Ses différentes oppositions internes étant pulvérisées ou paralysées, Barack Obama a annoncé un renouvellement en profondeur de son équipe. D’abord, John Kerry au département d’État. L’homme est partisan déclaré d’une collaboration avec Moscou sur les sujets d’intérêt commun. Il est aussi un ami personnel de Bachar el Assad. Puis, Chuck Hagel au département de la Défense. C’est un des piliers de l’Otan, mais un réaliste. Avec son ami Kerry, Hagel avait organisé en 2008 une tentative de négociation pour la restitution par Israël du plateau du Golan à la Syrie.» (1)

«Ce que l’administration Obama envisage, c’est un remodelage du Proche-Orient pour le XXIe siècle, sous l’égide des USA et de la Russie. (…) L’originalité du plan, c’est que la force des Nations unies serait principalement composée par des soldats de l’Organisation du Traité de sécurité collective (Otsc). Le président Bachar el Assad resterait au pouvoir. Il négocierait rapidement une Charte nationale avec des leaders de l’opposition non-armée sélectionnés avec l’approbation de Moscou et Washington, et ferait valider cette charte par référendum sous contrôle des observateurs. Ce coup de théâtre a été préparé de longue date par les généraux Hassan Tourekmani (assassiné le 18 juillet 2012) et Nikolay Bordyuzha. Une position commune des ministres des Affaires étrangères de l’Otsc a été conclue le 28 septembre et un Protocole a été signé entre le département onusien de maintien de la paix et l’Otsc. (…) Une fois la Syrie stabilisée, une conférence internationale devrait se tenir à Moscou pour une paix globale entre Israël et ses voisins.» (1)

«Côté US, on souhaiterait prolonger le remodelage jusqu’à sacrifier l’Arabie Saoudite devenue inutile. Le pays serait divisé en trois, tandis que certaines provinces seraient rattachées, soit à la fédération jordano-palestinienne, soit à l’Irak chiite, conformément à un vieux plan du Pentagone (´´Taking Saudi out of Arabia´´, 10 juillet 2002). Cette option permettrait à Washington de laisser un vaste champ d’influence à Moscou sans avoir à sacrifier une partie de sa propre influence. (…) Cet accord politico-militaire se double d’un accord économico-énergétique, le véritable enjeu de la guerre contre la Syrie étant, pour la plupart des protagonistes, la conquête de ses réserves de gaz. De vastes gisements ont en effet été découverts au Sud de la Méditerranée et en Syrie (…) Le cadeau de la nouvelle administration Obama à Vladimir Poutine se double de plusieurs calculs. Non seulement détourner la Russie de l’Extrême-Orient, mais aussi l’utiliser pour neutraliser Israël.(…) Installées en Syrie, les troupes russes dissuaderaient les Israéliens d’attaquer les Arabes et les Arabes d’attaquer Israël. Par conséquent, les États-Unis ne seraient plus obligés de dépenser des sommes phénoménales pour la sécurité de la colonie juive ».

«La nouvelle donne  conclut l’auteur, obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran. Cependant, Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. (…) Ce projet a des perdants. D’abord, la France et le Royaume-Uni dont l’influence s’efface. Puis Israël, privé de son influence aux États-Unis et ramené à sa juste proportion de petit État. Enfin L’Irak, démantelé. Et peut-être l’Arabie Saoudite qui se débat depuis quelques semaines pour se réconcilier avec les uns et les autres afin d’échapper au sort qui lui est promis. Il a aussi ses gagnants. D’abord, Bachar el Assad, hier traité de criminel contre l’humanité par les Occidentaux, et demain glorifié comme vainqueur des islamistes. Et surtout Vladimir Poutine qui, par sa ténacité tout au long du conflit, parvient à faire sortir la Russie de son «containment», à lui rouvrir la Méditerranée et le Proche-Orient et à faire reconnaître sa prééminence sur le marché du gaz.» (1)

Dans le même ordre il faut se souvenir comme l’écrit Laïd Seraghni, que: «Pour Catherine II, Damas détient «la clé de la maison Russie» et pour Poutine «elle est la clé de la nouvelle ère.» Les événements qui se déroulent actuellement en Syrie ne sont en aucun cas liés à la question de démocratisation de la société ni pour plus de liberté pour les Syriens. Il s’agit d’un ordre mondial que cherchent les Etats-Unis à imposer avec ses vassaux occidentaux prédateurs à un autre monde qui, à leur tête la Russie, réclame plus de participation dans la gestion des affaires internationales, desquelles elle a été exclue depuis des décennies. Depuis le début des contestations en Syrie, la Russie, appuyée notamment par la Chine et l’Iran, a décidé de faire échouer toutes les tentatives d’un changement de régime car elle était persuadée que si le plan des Occidentaux réussissait, elle serait confinée dans un rôle de second plan et sera menacée dans son intégrité territoriale. (…) Les actions d’encerclement de la Russie seront relancées. Cette stratégie, en matière de géopolitique, est fondée sur la ligne Brezinski qui prévoyait la domination de l’Union soviétique en deux étapes (…) Poutine dans le prolongement de la ligne de Catherine II, considère Damas comme étant le point de départ du nouvel ordre mondial. Si cette capitale tombait, la Russie perdrait définitivement son rêve de retrouver son statut de grande puissance dans le monde du temps de la Guerre froide ».(2)

Nous sommes loin de l’époque guerrière de Bush. Avec Obama c’est le «soft power» en action.  A l’époque Bush, c’était l’affrontement à outrance. Marco d’Eramo nous rappelle un Rapport de 2006: «Pour la Maison-Blanche, la planète de l’an 2006 se domine avec les mêmes oeillères et la même agressivité préventive qu’il y a quatre ans. C’est ce qu’on apprend de la lecture des 48 pages denses qui composent le nouveau document sur la National Security Strategy (..) Dans le paragraphe sur l’Irak, les stratèges admettent qu’il n’y avait pas d’armes de destruction de masse. Mais, disent-ils, presque textuellement: rien à foutre, (…). La nouveauté la plus préoccupante du document se trouve cependant ailleurs, c’est-à-dire dans la nouvelle dureté manifestée à l’égard de la Russie et de la Chine à qui le rapport dispense des conseils assez menaçants, voire de véritables menaces». (3)

Et la Chine? Et Israël?

Thierry Messan nous dit que quand les Américains auront les coudées franches en Syrie, ils «s’occuperont «de la Chine». Le temps est venu d’un retrait massif qui permettra de transférer les GI’s vers l’Extrême-Orient afin de contenir l’influence chinoise».

Une analyse sur le site Oulala permet d’expliquer pourquoi la Chine modernise son armée étant donné qu’au stade impérialiste de développement économique mondial, tous les marchés, toutes les zones de ressources naturelles et toutes les aires d’exploitation de la main-d’oeuvre sont déjà accaparés par l’une ou l’autre des puissances impérialistes. La Chine n’a pour alternative que de mener des guerres commerciales, financières et monétaires de conquête afin de repartager les zones d’influence et d’exploitation hégémoniques. Mais cette retenue et cette diplomatie ne doivent pas faire mirage, la Chine impérialiste commence à s’armer et quand les États-Unis deviendront trop menaçants – eux qui viennent de déplacer leurs flottes de guerre vers le Pacifique, l’Empire du Milieu sera prêt à riposter».(4)

 «Les États-Unis considère Thierry Meyssan  Meyssan considèrent qu’il n’est pas possible de négocier une paix séparée entre Israël et la Syrie, car les Syriens exigent d’abord une solution pour la Palestine au nom de l’arabisme. (…) Par conséquent, toute négociation doit être globale sur le modèle de la conférence de Madrid (1991). Dans cette hypothèse, Israël se retirerait autant que faire se peut sur ses frontières de 1967. Les Territoires palestiniens et la Jordanie fusionneraient pour former l’État palestinien définitif. Son gouvernement serait confié aux Frères musulmans, ce qui rendrait la solution acceptable aux yeux des gouvernements arabes actuels. Puis, le plateau du Golan serait restitué aux Syriens en échange de l’abandon du lac de Tibériade, selon le schéma envisagé jadis aux négociations de Shepherdstown (1999). La Syrie deviendrait garante du respect des traités par la partie jordano-palestinienne.» (1)

Reste Israël qui ne va pas se laisser faire. Nous le voyons déjà comment elle tente de torpiller la candidature de Hegel au secrétariat à la Défense, coupable selon le Sénat de ne pas avoir de feeling pour Israël. Il a fallu toute sa pugnacité pour qu’en définitive le Sénat approuve sa candidature, sans qu’il n’ait rien renié- apparemment- de ses principes

La Syrie est prête au dialogue avec les groupes armés  La conséquence du deal américano-russe se fait jour. En effet, l’espoir peut-il être permis à la faveur des déclarations faites hier à Moscou par le ministre syrien des Affaires étrangères, Wali El-Mouallem, qui, lors d’une rencontre avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a déclaré que le régime du président syrien Bachar el Assad est prêt à dialoguer avec toutes les parties, y compris les groupes armés.: «Nous sommes prêts au dialogue avec tous ceux qui veulent le dialogue, y compris les groupes armés», a déclaré M.Mouallem au début de ses entretiens avec M.Lavrov. Le ministre russe a, lui, déclaré qu’un règlement politique inter-syrien était la seule solution «acceptable» et que la poursuite de l’effusion de sang pourrait entraîner «l’effondrement» de l’État.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a rencontré mardi dernier à Berlin son homologue russe Sergueï Lavrov. Ces tractations diplomatiques en Europe se déroulent au moment où le régime du président Bachar el Assad se dit prêt, pour la première fois, à dialoguer avec les rebelles armés. MM.Kerry et Lavrov se connaissent du temps où le nouveau secrétaire d’Etat présidait la commission des Affaires étrangères du Sénat. (…) Un responsable du département d’Etat a ainsi expliqué aux journalistes accompagnant M.Kerry que «la Russie peut jouer un rôle crucial pour convaincre le régime syrien (…) de la nécessité d’une transition politique.»(5)

On comprend aisément la politique américaine  concernant le géant russe grande capacité militaire , faible développement, le contraire de la Chine : grande capacité économique faible capacité militaire.. La puissance de frappe et les richesses énergétiques de la Russie sont une réalité: les premières réserves de gaz naturel et de pétrole, mais aussi tous les minerais Contrairement à la Chine très développée, mais pauvre en ressources. Du point de vue nucléaire, la Chine est un nain. Poutine est désormais l’homme le plus influent de la planète (il n’a pas cédé sur la Syrie).

Nous assistons certainement à une réorganisation du monde. Les Français et les Anglais sont cantonnés dans le rôle de supplétifs. Nous sommes loin de la politique arabe de De Gaulle ou même du tandem Chirac-De Villepin qui ont dit non à l’Empire à propos de l’invasion de l’Irak. Les Allemands, qui ont toujours deux fers au feu, vont basculer du côté russe (continuation de la politique de Schröder). Les Français continueront à guerroyer en vain, ils auront leur Afghanistan au Mali et comme le dit un proverbe arabe, «ils mangeront leurs dents».

Chems Eddine Chitour

 

1 Thierry Meyssan http://www.alterinfo.net/  Obama-et-Poutine-vont-ils-se-partager-le-Proche-Orient_a87127.html23 Février 2013

2. http://www.alterinfo.net/Pour-Laïd Seragni Catherine-II-damas-detient-la-cle-de-la-maison-Russie-et-pour-Poutine-elle-est-la-cle-d-une-nouvelle-ere_a87034.html  21 Février 2013

3. http://www.mondialisation.ca/la-russie-et-de-la-chine-sur-la-liste-des-usa/2181

4. C.E.Chitour http://www.mondialisation.ca/etats-unis-chine-russie-le-partage-du-monde/29482

5. Syrie: Kerry rencontre Lavrov à Berlin pour une issue au conflit AFP 26.02.2013

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Le 7 février 2011, le Dr Olga Naidenko, toxicologue employée par le Groupe de travail sur l’environnement (EWG), a pris part aux séances publiques de l’Agence de protection de l’environnement US (EPA). L’EPA devant réviser la littérature scientifique de l’exposition aux dioxines et de ses effets sur la santé de l’homme conformément aux dispositions du processus de réévaluation : une commission de consultation scientifique visant à en réviser les « normes » s’était donc réunie.

L’année précédente, EWG venait justement de mener une analyse du risque de maladie provoqué par la quantité d’exposition à la dioxine reçue par le fœtus et le nourrisson. Cette analyse permettait de conclure que les niveaux actuels d’exposition aux « dioxines de fond » sont à l’origine d’une prévalence inacceptable de morbidité chez les nouveau-nés et nourrissons américains. L’analyse EWG avait été présentée lors d’une réunion tenue en octobre 2010 par le Groupe d’étude sur les dioxines dans le but de finaliser rapidement une réévaluation des dioxines et des mesures réglementaires motivant le nettoyage des sites contaminés (cf. chronique 2).

En réalité, l’EPA n’avait pas pu finaliser sa « réévaluation dioxine » depuis le début du processus datant d’avril 1991 à cause des pressions exercées par les pollueurs, notamment les sociétés et les militaires, ceci durant deux décennies.

Au centre de la finalisation du document « réévaluation dioxine » est la question de la quantification du risque de cancer dû à l’exposition. EPA s’efforçait de produire une évaluation quantitative du risque de cancer dû à l’exposition aux dioxines, et qui serait utilisée pour définir les normes environnementales. L’évolution du cancer a longtemps été utilisée pour établir de telles normes. Or, maintenant, se sont les « niveaux de fond » qui doivent être estimés comme déclencheurs, par exemple ceux contenus dans la consommation d’aliments gras.

Les sociétés chimiques et l’industrie alimentaire font valoir que l’exposition aux dioxines est à des niveaux de contamination négligeables face au risque de cancer. Ce n’est pas ce que la littérature scientifique présente sur le thème « exposition aux dioxines : risque de cancer ». Les niveaux actuels d’exposition imposent un risque supérieur à 1 pour 1000.

« Action Cancer » de l’État de New York prend position contre l’EPA, disant qu’elle est devenue l’acteur de grands enjeux nationaux, et qu’elle n’est pas sincère dans son engagement à finaliser la « réévaluation dioxine ». Un manquement qui viserait à protéger des sociétés chimiques et alimentaires influentes auprès du gouvernement fédéral allié aux entreprises, ceci au détriment de la santé publique.

Le seul espoir pour que l’EPA finalise la « réévaluation dioxine » et prenne les mesures de décontamination est la pression publique. Toute personne qui se soucie de la santé des humains et des animaux se nourrissant de matières grasses animales affectés par l’exposition aux dioxines doit s’exprimer sur cette question et continuer jusqu’à ce que le gouvernement s’associe aux organisations environnementales.

« Honneur à Olga Naidenko et EWG comme exemple pour tous les Américains, si ce groupe utilise le savoir scientifique pour protéger l’environnement et la santé publique, vous le pouvez aussi », conclu The a-infos Radio Projet dans son émission Loving the Earth Pollution Free Revolution.

17 février, Radio-Canada annonce que de l’Agent Orange a été épandu dans la forêt boréale : « Un puissant défoliant cancérigène utilisé pendant la guerre du Viêt Nam pour clairsemer la végétation à des fins militaires a également été épandu dans la forêt boréale, en Ontario. »

Des documents obtenus par le Toronto Star révèlent que des travailleurs forestiers, souvent des étudiants, ont été exposés au produit chimique dans les années 60. Le gouvernement de l’Ontario aurait commencé ses expérimentations avec l’acide 2,4,5- trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) en 1957 à Hearst. Moins de 10 ans plus tard, le Department of Lands and Forests, qui deviendra le ministère des Richesses naturelles, autorise l’utilisation d’un produit plus puissant encore : l’Agent Orange, qui est un mélange d’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T) et d’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2, 4 –D).

Un  agent  « économique ». L’Agent Orange est un puissant défoliant qui a été utilisé pour éradiquer certaines espèces d’arbres, dont l’érable, le bouleau, le peuplier et des arbustes. Les entreprises forestières souhaitaient se débarrasser de ces espèces pour favoriser la croissance des épinettes (épicéa), jugées économiquement plus rentables.

Les travailleurs forestiers exposés seraient notamment des jeunes qui passaient des semaines à tenir des ballons d’hélium afin de démarquer les zones d’épandages aux avions passant à basse altitude durant les épandages. L’Ontario a annoncé qu’il lançait une enquête et dit avoir prévenu la responsable en chef du service d’hygiène de la province. Le député provincial néo-démocrate de Timmins-Baie, James Gilles Bisson, réclame que le gouvernement fasse preuve de transparence et dévoile où l’Agent Orange a été utilisé, et prévienne les Ontariens qui ont pu être exposés.

La seule autre utilisation de l’Agent Orange répertoriée à ce jour au Canada est l’épandage à la Base des Forces canadiennes de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, principalement durant les années 60. Un programme d’indemnisation, mis sur pied par Ottawa, a été étendu aux veuves d’ex-militaires en décembre.

Le 21, Vietnamplus, annonce que, le 18 du même mois, dans le cadre de l’Initiative spéciale sur l’Agent Orange, les participants à un colloque tenu à l’Université de Wake Forest (Caroline du Nord, États-Unis) estiment qu’une aide de 30 millions de dollars annuelle devrait aider le Viêt Nam à régler les conséquences laissées par ce toxique. Cette somme serait utilisée dans l’assainissement des régions contaminées par l’Agent Orange, la restauration des milieux naturels et l’élargissement de la fourniture de services aux enfants souffrant de malformations congénitales liées à ce produit chimique mortel. Les participants ont annoncé que cette initiative avait pour objectif d’accorder 300 millions de dollars pendant dix ans. Jusqu’ici, 10% de cet argent a été collectée, avec notamment un engagement de 15 millions de dollars du gouvernement américain (cf. chronique 1).

Charles Bailey, directeur chargé de l’Initiative spéciale sur l’Agent Orange (relevant de la Ford Foundation), a informé qu’il reste au Viêt Nam 28 “points chauds”. « Le règlement des conséquences de l’épandage de ce toxique fait partie des travaux inachevés de la guerre », a-t-il dit. « L’Agent Orange affecte la santé d’environ 3 millions de Vietnamiens, dont 150.000 enfants », ont précisé les participants, tout en citant les résultats d’études effectuées dès la fin de la guerre, en 1975, qui montrent qu’un grand nombre de nouveau-nés ont été et sont toujours touchés par des malformations congénitales. “L’aide au Vietnam dans le règlement des conséquences laissées par l’Agent Orange est donc un problème humanitaire (!) et les États-Unis doivent faire quelque chose pour le résoudre“, ont estimé les participants. Auparavant, un séminaire sur l’Agent Orange avait été organisé le 16 février à l’Université de Caroline du Nord. Le quotidien Winston-Salem Journal a publié le 19 février un article condamnant l’épandage par les GI’s d’herbicides au Viêt Nam dans les années 1960. Ce toxique a détruit des millions d’hectares de forêts et de cultures, et nuit gravement à la santé humaine. Environ 4,5 millions de Vietnamiens et des centaines de milliers de soldats américains souffrent de pathologies liées à ce toxique.

23 Février, sous la plume de Dominique Bari, l’Humanité titre : « Hanoi, Washington et l’Agent Orange ». Cette année, le Président Barack Obama doit se rendre au Viêt Nam mais la Maison-Blanche rechigne toujours à solder sa dette de guerre, dont les conséquences se font encore sentir.

Depuis la levée de l’embargo américain, en 1994, et la reprise des relations diplomatiques, en 1995, deux présidents étasuniens se sont rendus à Hanoi (Clinton en 2000 et Bush en 2006). Le président vietnamien, Nguyên Minh Triet, a été reçu à Washington en 2007, suivi du premier ministre Nguyen Tan Dung en 2008. Si les États-Unis sont devenus le premier client du Viêt Nam, ces derniers persistent à réfuter toute responsabilité dans l’utilisation par leur armée de l’Agent Orange pendant la guerre. Durant dix ans, de 1961 à 1971, environ 100 000 tonnes de produits chimiques ont été déversées sur les forêts du Sud et terres agricoles, chiffre retenu par l’Académie nationale des sciences des États-Unis. Afin de surmonter les difficultés militaires des Américains, le président John Kennedy avait donné son feu vert pour déclencher ces épandages. Il s’agissait d’empêcher l’adversaire de s’y camoufler, et de détruire les récoltes pour affamer les populations et les combattants.

Quarante ans après, l’Agent Orange continue de provoquer des décès, des pathologies d’une extrême gravité, des malformations à la naissance (handicaps physiques et mentaux, membres ou organes absents ou surnuméraires, lésions nerveuses irréversibles, etc.). L’herbicide a touché, directement ou indirectement, de plus de deux à près de cinq millions de personnes.

Créée en 2004, l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange a déposé plainte devant la cour de justice du district Est de New York contre les 37 entreprises ayant fabriqué les défoliants pour l’armée américaine. Parmi elles, les célèbres Monsanto et Dow Chemical. Fin février 2009, la Cour suprême des États-Unis a rejeté la requête des victimes, vietnamiennes et américaines. C’est pourtant une véritable catastrophe humanitaire qui perdure au Viêt Nam. Sur les lieux où la dioxine a été pulvérisée et, a fortiori, aux endroits où elle a été stockée et transvasée dans les avions et hélicoptères épandeurs, elle est encore présente en grande quantité dans le sol (jusqu’à 2,5 m de profondeur), les sédiments et les nappes phréatiques. L’année dernière, Washington a enfin accepté de participer aux opérations de décontamination de l’ancienne base militaire de Danang, l’un des trois principaux sites contenant les toxiques utilisées. Elles devraient débuter en juillet 2011 et être terminées en octobre 2013*, selon les termes de l’accord signé en décembre. La décision de principe avait été prise en 2006 mais Washington se fait toujours tirer l’oreille. L’ancien agresseur du Viêt Nam ne paiera d’ailleurs que 17 millions de dollars pour cette opération qui devrait, au total, en coûter 36.

*Il y a peu de chance pour que ce calendrier soit tenu, car les travaux seraient arrêtés pour cause de difficultés techniques dans la phase qui consiste à chauffer les terres à haute température afin de dénaturer la dioxine TCDD.

Lundi 28 février, de nouvelles révélations sur l’utilisation de l’Agent Orange en Ontario se font jour. L’Ontario demande à Ottawa de coordonner une réponse nationale sur l’utilisation de l’Agent Orange au pays. Le gouvernement ontarien reconnaît maintenant que des fermiers et certaines villes ont employé le défoliant toxique. Les agriculteurs utilisaient l’Agent Orange pour contrôler la végétation le long des clôtures, à proximité des terres cultivables et des élevages de bétails. Le ministère de l’Agriculture s’en servait quant à lui dans ses stations de recherche. De leur côté, les municipalités en ont épandu dans les parcs. Ces révélations s’ajoutent à celles selon lesquelles l’Agent Orange a été utilisé par Ontario Hydro (devenue Hydro One) pour dégager les corridors de lignes électriques ; par le ministère des Transports de l’Ontario pour contrôler la végétation en bordure des routes ; de même que par le Department of Lands and Forests (devenu le ministère des Richesses naturelles) et des entreprises forestières dans la forêt boréale.

La ministre des Richesses naturelles, Linda Jeffreys, indique que la responsable en chef de l’hygiène de l’Ontario va se pencher sur les questions de santé publique. À cette occasion, Radio Canada me demande une interview,* donnée par téléphone depuis la Cité des Sciences, à Paris.

Pendant ce temps, les travailleurs qui ont été exposés à l’agent chimique commencent à s’organiser et parlent même d’intenter un recours collectif. Un de ces travailleurs, Roger Robitaille, souhaite que l’Ontario indemnise « tous les gens à qui on a menti » en ne les informant pas des substances utilisées. M. Robitaille a aspergé des milliers de litres d’Agent Orange le long des routes de l’Ontario dans les années 70. Ses vêtements imbibés se retrouvaient dans la lessive familiale. Il souligne que sa femme a fait trois fausses couches. Lui-même éprouve aujourd’hui plusieurs problèmes de santé qui pourraient éventuellement être liés à sa manipulation de l’Agent Orange.

Le gouvernement a mis en place deux lignes gratuites pour recueillir les plaintes et les demandes de compensations du public. À cette date plus de 300 appels ont été reçus.

* L’année précédent cette révélation, mon ouvrage Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam disait ceci à propos de la gestion forestière, notamment au Canada: « Dans cette profusion chimique, les herbicides  sont largement utilisés en sylviculture, en premier lieu lors de la régénération des forêts d’exploitation afin de supprimer les pousses concurrentes, puis la végétation d’accompagnement. Les forêts de conservations sont aussi concernées, tout comme l’aménagement des chemins et aires d’agréments, ou l’éclaircissement des variétés. Le 2,4,5-T (responsable de dioxine TCDD dans l’Agent Orange) fut donc largement utilisé en « gestion durable » entre la fin de la seconde guerre mondiale et 1984. Les compagnies chimiques, anticipant l’interdiction du 2,4,5-T, mirent au point des produits de substitution, tels que l’hexazinone, le triclopyr et le glyphosate. Les États du Maine, de l’Oregon et du Vermont adoptèrent les premiers, en 1979, le glyphosate pour le traitement aérien des forêts, le Canada suivant 5 ans plus tard. Le Québec continua d’utiliser uniquement le 2,4,5-T, soulevant un débat public qui aboutit à l’abandon total de l’utilisation des 2,4-D et 2,4,5-T en gestion forestière, préférant des moyens mécanisés, qui par ailleurs créaient des emplois. Cependant, l’année suivante, le glyphosate devint l’herbicide de référence pour tuer la végétation d’accompagnement des forêts de résineux au Québec, 31 000 ha étant traités de cette manière chaque année. Les problèmes sanitaires chez l’homme, et environnementaux dans les écosystèmes mirent un terme à l’utilisation de ce produit au Québec : suite à une évaluation drastique, le gouvernement prohiba tout emploi d’herbicide en milieu forestier à compter de 2001. Malheureusement, seuls le Québec, la Suisse et la Suède les ont abandonnés, tous les autres pays du monde continuent à les utiliser… Ce qui a pour effet de transformer des habitats verdoyants en lieux empoisonnés et empoisonneurs des cycles naturels. » Plus loin : « À ces usages intensifs doivent être ajoutés ceux des grandes entreprises, comme par exemple les chemins de fer, les collectivités territoriales ou les commune, grandes consommatrices d’herbicides  pour « entretenir et préserver » la voierie. »

André Bouny

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2,31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

Agent Orange, chronique 5 : ou le négationnisme de l’Histoire institutionnelle, 02 février 2013

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

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Après la fatwa du dignitaire religieux Saoudien, Sheikh Mohammed al-Arifi, qui a émis une fatwa intitulée “ouverture de la porte du djihad par le mariage en Syrie” qui tend à rendre légal d’un point de vue religieux, les rapports sexuels avec des filles syriennes, pour les mercenaires islamistes présents sur le sol syrien, non mariés ou loin de leurs épouses, qui pourront grâce à cette fatwa contracter mariage, pour une durée ne dépassant pas quelques heures, avec celles qui ne sont pas mariées ou celles qui ont été répudiées ou divorcées.

Ne se suffisant pas des jeunes filles syriennes, cette fatwa circule sur Internet et des messages postés sur les réseaux sociaux appellent les musulmanes dans le monde entier à converger vers la Syrie pour “le djihad par le mariage”, à condition d’être une bonne pratiquante, de porter le niqab ou le hijab, d’avoir au moins 14 ans ou d’être répudiée. Répondant à cet appel au djihad, des dizaines de ces volontaires au mariage de jouissance ou temporaire seraient déjà présentes sur le sol syrien, selon les mêmes messages postés sur facebook et twitter.

Parmi ces volontaires se trouve une adolescente tunisienne de 16 ans qui a du emprunter les mêmes circuits d’enrôlement et de transport des milliers de mercenaires tunisiens pour aller combattre le peuple syrien.

Les parents affolés et en pleurs de la jeune fille ont lancé un appel de détresse, accusant Jabhat Al Nosra (Front al-Nosra) de l’avoir enlevée et emmenée en Syrie.

Dans une vidéo diffusée sur Facebook, l’oncle de Rahmat a signalé qu’elle a disparu depuis samedi dernier. Il accuse les djihadistes de lui avoir fait un lavage de cerveau et de l’avoir emmenée avec eux en Syrie, pour être à la disposition des miliciens, dans le cadre du « Jihad par le mariage».

Voir la vidéo sur l’article original :

http://www.algerie1.com/actualite/une-adolescente-tunisienne-candidate-au-djihad-par-le-mariage-en-syrie/

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La «Conférence de Munich sur la sécurité» et les récits diffusés par les médias donnent, au début de février de chaque année, une idée des messages que l’OTAN et ses alliés veulent présenter au public. La conférence de cette année a désiré émettre trois messages:

1.    Les Etats-Unis veulent rester la première puissance au monde. Ils ont tiré comme «conclusions» des diverses défaites de ces dix dernières années, de vouloir imposer, sur le dos de leur propre peuple – en cherchant, sans scrupules, à extraire par fracturation hydraulique (Fracking) des réserves de pétrole et de gaz dans des conditions extrêmement difficiles – leur prédominance énergétique. Toutefois, si d’autres guerres devaient se révéler «nécessaires» dans les régions riches en matières premières d’Afrique et du Moyen-Orient, ce serait aux Européens, c’est-à-dire aux pays membres de l’UE, à les mener. Mais les Etats-Unis en garderaient la direction politique.

2.    Les Etats de l’UE, notamment l’Allemagne, doivent donc améliorer leurs «capacités» de mener des guerres partout dans le monde. Il est nécessaire de briser, particulièrement en Allemagne, la réticence d’une large majorité de la population à se lancer dans des aventures bellicistes à l’étranger, en utilisant des slogans orwelliens, tels que «l’armée allemande fait partie du mouvement de la paix» (= «La guerre, c’est la paix») – comme s’exprime le ministre de la Défense –, en les reliant à une affirmation dénuée de sens telle que: avec son engagement d’aujourd’hui pour la guerre, l’Allemagne dit merci pour sa prétendue sécurité d’hier. En contrepartie, l’Allemagne obtiendrait le droit de se comporter en grande puissance avec des ambitions globales. Dès à présent, le pays recherche partout dans le monde des «partenariats stratégiques».

3.    L’UE et les Etats-Unis visent un accord de libre-échange avec comme devise: «Ensemble nous serons économiquement fort contre le monde». Dans ce but, il faudra que des deux côtés de l’Atlantique, et selon l’idéologie néolibérale, la «capacité concurrentielle» se développe sur le dos des travailleurs pour permettre au grand capital de continuer à accroître ses bénéfices. Il n’apparaît pas encore bien clairement si l’on veut dominer militairement ou économiquement, ou des deux façons, les pays émergents, notamment ceux du BRICS.

En liaison avec l’accord de libre- échange, le directeur de l’Association allemande du commerce extérieur (BGA) a parlé d’une «OTAN économique» et, dans sa mise en garde, à signaler vouloir, par cet accord, opposer au niveau économique l’UE et les Etats-Unis aux autres marchés.

Ces trois messages de Munich n’offrent de réelles visions ni aux Etats-Unis, ni à l’UE, ni au monde. Malheureusement, les actuels responsables de l’UE, des Etats-Unis et de l’OTAN, n’ont guère davantage à offrir que des variantes des anciens modes de pensée et d’action.

L’alternative

Un changement aurait été possible si l’on s’était donné la peine, à Munich, d’écouter les hôtes des autres régions du monde. Cela aurait donné d’autres messages, comme par exemple:
1.    La politique d’hégémonie occidentale, dirigée par les Etats-Unis, a échoué. Les coûts de cette politique ont été énormes, le nombre de victimes également. Seul un tout petit nombre de personnes en a profité. Nous voulons mettre un terme à cette politique et respecter, à l’avenir, les principes suivants: ne plus avoir d’affrontements politiques et de concurrence économique ruineuse à l’aide de combines, mais une coopération honnête et sur pied d’égalité pour le bien de tout le monde. Ne plus rechercher la victoire et le triomphe dans les conflits, mais régler ces derniers à la table de négociations en cherchant l’accord de tous.

2.    Nous voulons dès à présent prendre au sérieux la Charte des Nations Unies: l’offre de paix de la Charte; la volonté de justice dans le monde; le respect de l’intégrité nationale et de la souveraineté; reconnaître que les accords internationaux sont nécessaires pour régler les questions d’importance mondiale, mais qu’ils doivent être conclus selon le principe de l’égalité de droit et de la liberté de décision de tous les participants.

3.    Nous respectons les conquêtes culturelles, sociales, économiques et politiques, les traditions et les possibilités de développement de chaque peuple et de chaque Etat de ce monde. En tant qu’Européens, nous apportons, dans les discussions sur le plan mondial, nos conquêtes de la doctrine sociale et de paix, ainsi que du siècle des Lumières, tout comme nous tentons nous-mêmes de nous souvenir de ces conquêtes, sérieusement et avec soin.
De tels messages seraient un bienfait pour tous les hommes de ce monde. Ces messages rappelleraient ceux émis après la Seconde Guerre mondiale et ceux de la Charte de Paris après la fin de la guerre froide. De tels appels sont urgents, maintenant, au milieu de la deuxième décennie du XXIe siècle. L’«Occident» doit apprendre à modifier sa pensée honnêtement.

Karl Müller

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Port de Gwadar, Pakistan : La Chine revient

février 28th, 2013 by Comaguer

Soucieux à la fois de désengorger le port de Karachi et de son voisin immédiat Port Kasim, de favoriser le développement de la province occidentale du Baloutchistan, le gouvernement pakistanais a décidé en 2001 et peu avant les attentats du 11 Septembre de construire un nouveau port à GWADAR petite localité qui n’abritait jusque là qu’un port de pêche.

Situé à un peu moins de 80 km de la frontière iranienne et à 400 km du détroit d’Ormuz ce nouveau port occupe une position stratégique.

Mais le projet a tardé à se concrétiser. En 2001 le Pakistan confie les travaux de construction à la Chine qui va assurer 85 % du financement de la première étape du projet. La photo illustre l’état actuel de la construction.

Cette arrivée spectaculaire de la Chine dans cette région est évidemment mal perçue aux Etats- Unis, comme en Inde et en Occident en général. Elle permet en effet à la Chine d’ouvrir une route commerciale directe entre la mer d’Arabie et les provinces occidentales de la République Populaire via la route du Karakorum aménagée à grands frais à la frontière sino pakistanaise.

Les réactions ne vont pas manquer. Elles sont d’abord le fait de groupes insurgés baloutches qui sont en opposition armée avec le gouvernement central du Pakistan. Le Baloutchistan est la plus vaste province du pays mais la moins peuplée et la plus pauvre. Les baloutches sont également présents au sud de l’Afghanistan et à l’Est de la République Islamique d’Iran où ils revendiquent des territoires. L’agitation baloutche peut donc être mise à profit par les Etats-Unis dans sa stratégie anti-iranienne comme dans des opérations de déstabilisation du Pakistan et de division de l’Afghanistan. Pas étonnant donc que plusieurs attentats anti chinois marquent la période de construction du nouveau port.

La situation est à ce point délicate que le président pakistanais Musharraf va confier la gestion du port construit par la Chine au Port de Singapour donc à l’état de Singapour un des alliés les plus fidèles des Etats-unis en Asie du Sud-Est. La compétence professionnelle du Port de Singapour est incontestable mais la signification politique du choix en sa faveur est claire : Pervez Musharraf veut apaiser les Etats-Unis quitte à vexer l’ami chinois. Nous sommes en 2007.

De 2007 à 2012 le port de Gwadar va rester inactif. Par contre la guerre d’Afghanistan se poursuit et les bombardements collatéraux par les drones des Etats-Unis sur les régions du nord ouest du pakistan vont se multiplier suscitant de plus en plus de mécontentement des populations locales victimes et de l’armée pakistanaise elle-même. La liquidation de Ben Laden au nez et à la barbe de cette même armée pakistanaise va accroitre son mécontentement.

Au point que le gouvernement pakistanais va exprimer par diverses mesures son mécontentement contre les Etats-Unis. La Chine attendait son heure. Elle est venue !

Le gouvernement pakistanais vient en effet de confier la gestion et le développement du port de GWADAR à l’entreprise portuaire publique chinoise.

Dans le même temps l’Iran annonce la construction d’un port de guerre au voisinage de la frontière pakistanaise sortant ainsi une partie de ses forces navales du Golfe persique dans lequel elles risquaient de se trouver enfermées et célèbre la signature de l’accord pour la construction du gazoduc Iran-Pakistan dont les travaux viennent d’être confiés à une entreprise iranienne.

Ces informations montrent une profonde transformation des rapports internationaux dans cette région et font apparaitre un renversement stratégique d’importance : les puissances entourant le bunker Otanien afghan, en consolidant leurs liens, sont en passe de parachever son encerclement.

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“En Grèce, la classe dirigeante et les gouvernants détruisent la démocratie”, déclare au quotidien grec “Ef. Syn.” Eric Toussaint, professeur en sciences politiques et militant. Selon lui, seul un gouvernement déterminé et s’appuyant sur le peuple pourra obtenir une solution au problème de la dette. A ses yeux, SYRIZA ne doit pas se déplacer vers des positions modérées[1].

-La Grèce semble rester au cœur de la crise de la dette. Vous avez déclaré que le peuple grec, tout en étant au cœur de la crise, constitue aussi l’épicentre de la solution à cette crise. Qu’entendez-vous par là ?

Il est clair que toute l’Europe vit une crise profonde. La classe capitaliste et la Commission européenne, qui opère en son nom, ont déclenché une attaque terrible contre les peuples. La Grèce se trouve au cœur de cette crise mais aussi au centre de la résistance à cette attaque. Des pays comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, mais également la Roumanie et la Bulgarie, sont aussi victimes de cette attaque.

Toutefois, la Grèce se trouve au centre parce qu’elle représente le début de la nouvelle phase de la crise, de par la mise en œuvre du protocole d’accord de mai 2010, mais aussi à cause de la résistance du peuple grec. Je suis au courant de la dernière grève générale du 20 février 2013 qui a été très importante. Des millions de personnes à travers l’Europe et d’autres continents ont leurs yeux tournés vers les formes de résistance en Grèce. Nous faisons le maximum pour susciter une coopération paneuropéenne entre les mouvements de lutte / une coopération entre les mouvements de lutte au niveau européen, afin de construire une résistance élargie capable de renverser la vapeur. Il est très difficile pour les citoyens d’un pays de faire seuls face à cette attaque.

- Pour le moment nous ne voyons pas une telle forme de coopération.

C’est la raison pour laquelle nous devons être inquiets. Il existe toutefois de nombreuses tentatives pour que cela réussisse. Par exemple, la Confédération européenne des syndicats essaye, mais ce n’est pas du tout suffisant. Nous allons avoir des manifestations paneuropéennes les 13 et 14 mars 2013. J’espère qu’elles auront du succès, mais cela ne suffit pas.

- En Grèce, nous nous trouvons dans une situation politique très précaire, avec de nombreux scénarios possibles. Nous vivons sous un gouvernement de plus en plus autoritaire, il multiplie les coups d’état parlementaires et utilise systématiquement la répression des mouvements sociaux. Au même moment, il est possible que SYRIZA devienne le premier parti aux prochaines élections. Comment voyez-vous les choses ?

Vous êtes confrontés à un défi majeur. Je suis d’accord avec vous qu’en Grèce les classes dirigeantes et les gouvernements détruisent la démocratie à plusieurs niveaux. Ils ne respectent pas le vote du peuple, ils ont imposé des protocoles d’accord et traités sans consultation démocratique, ils dégradent le pouvoir législatif, et cherchent à détruire la capacité de la classe ouvrière à négocier collectivement. Ainsi, vous êtes face à un défi majeur et la capacité de SYRIZA à donner une réponse vraiment radicale à cette attaque est en effet cruciale. Si SYRIZA adopte des politiques et des propositions plus modérées, les conséquences qui en découleront peuvent être énormes.

- Dernièrement, beaucoup affirment que SYRIZA fait un effort pour adopter des positions plus modérées.

J’espère que SYRIZA radicalisera ses positions. Si SYRIZA réussit à devenir le prochain gouvernement, il est très important, par exemple, de suspendre unilatéralement le remboursement de la dette.

- Vous trouvez qu’il est réaliste de le faire ?

Je pense qu’il est absolument impératif de changer le rapport de forces. Si le gouvernement ne prend pas une position de combat et se contente de dire ‘nous voulons renégocier’, il sera très difficile d’imposer aux créanciers une solution dans l’intérêt des masses populaires. Si vous commencez une négociation sans changer le rapport de forces, vous ne pouvez pas vraiment obtenir une solution réellement positive. C’est pourquoi il faut tout d’abord effectuer un défaut de paiement, les créanciers étant alors obligés de demander des négociations. Pour suspendre le paiement, il faut le soutien du peuple comme cela fut prouvé dans le cas de l’Équateur et de l’Argentine. Seul un gouvernement déterminé peut le faire.

- Nous vivons un processus d’élimination des biens communs avec la privatisation de la santé, de l’éducation et de la plupart des sociétés et services du secteur public. Quelles en sont les conséquences ?

Il y a une dégradation considérable des conditions de vie de la majorité de la population. Il est clair qu’avec ces attaques, la classe capitaliste veut détruire ce qui a été construit après la seconde guerre mondiale avec la victoire sur le nazisme et le fascisme en Europe. Il s’agit d’une perspective historique pour la classe capitaliste qui pense que cette crise est une excellente occasion de réaliser son rêve de venir à bout de toutes les conquêtes populaires.

- Quel est votre message aux Grecs ?

Premièrement, il faut que le mouvement social paneuropéen se renforce. Cela exige une action en coopération avec le peuple grec. La question ne se limite pas à la solidarité avec le peuple grec. Le défi c’est d’arriver à lutter ensemble, vu que d’autres peuples d’Europe souffrent. Les circonstances peuvent être différentes mais ils sont victimes de la même attaque. Et nous ne pouvons faire face à cette attaque qu’en unissant toutes les forces du continent afin de parvenir à un changement radical. Mon message est donc que nous devons nous unir et que tous nos efforts doivent converger dans ce sens.

 

L’interview originale a été publiée le 23 février 2013 par le quotidien grec « efsyn »http://www.efsyn.gr/?p=25897

Éric Toussaint, professeur en sciences politiques à l’Université de Liège, est président du CADTM, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. En 2007, il fut nommé par le président de l’Équateur Rafael Correa, membre de la Commission d’audit de la dette publique interne et externe du pays. Il est connu en Grèce, qu’il a visitée plusieurs fois dans le cadre de son action pour la libération des pays du Sud des jeux des spéculateurs internationaux et des organismes de crédit.

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Le gouvernement Obama, travaillant main dans la main avec les médias américains, a ouvert un nouveau front dans sa campagne agressive contre la Chine. Une série d’articles, notamment dans le New York Times, est apparue au cours de la semaine passée pour soi-disant révéler l’implication de l’armée chinoise dans le piratage d’entreprises américaines et donner des indications sur la menace de guerre informatique qui existerait sur des infrastructures américaines vitales comme le réseau électrique.

L’article du Times de jeudi s’appuyait sur les affirmations non-prouvées et très biaisées en faveur des États-Unis d’un rapport préparé par la compagnie de sécurité informatique Mandiant qui prétend qu’une unité de l’armée chinoise installée à Shangaï serait responsable d’attaques informatiques sophistiquées aux États-Unis. Le reste des médias aux Etats-Unis et ailleurs a suivi, avec des articles fourmillants de commentaires d’analystes, de groupes de réflexion et de responsables publics qu’ils soient à la retraite ou toujours en fonction, au sujet de la « cyber-menace chinoise », en ignorant totalement les dénégations appuyées des ministères de la Défense et des Affaires étrangères chinois.

Cela a créé les conditions voulues pour la publication mercredi de la « Stratégie de l’administration sur l’atténuation des vols de secrets commerciaux américains » d’Obama, laquelle, sans nommer formellement la Chine, cite de nombreux exemples d’espionnage informatique pouvant lui être attribués. En des termes très généraux, ce document présente la réaction américaine, y compris la « pression diplomatique soutenue et coordonnée » contre les pays en infraction ainsi que la menace implicite de représailles économiques au moyen d’« outils de politique commerciale. »

Le procureur général américain Eric Holder a mis en garde contre « une menace significative et en croissance régulière contre l’économie américaine et les intérêts de la sécurité nationale. » Le vice-ministre de l’Intérieur Robert Hormats a déclaré que les États-Unis « s’inquiètent de plus en plus du vol de secrets commerciaux par tous les moyens au plus haut niveau de la part de responsables chinois haut placés. »

La diabolisation de la Chine comme menace informatique mondiale suit un mode opératoire bien établi : elle vise à créer un climat de peur et d’hystérie dans le public en préparation d’un nouvel acte d’agression – cette fois dans le domaine de la guerre informatique. Depuis sa prise de pouvoir en 2009, Obama a lancé une large offensive économique et stratégique visant à affaiblir et isoler la Chine et à renforcer la domination mondiale des États-Unis, en particulier en Asie.

Ces accusations de piratage informatique chinois viennent compléter la poussée économique du gouvernement Obama en Asie menée par l’intermédiaire de son Partenariat trans-pacifique (PTP), un nouvel accord commercial multilatéral visant à développer le commerce américain au détriment de la Chine. La protection des « droits de propriété intellectuelle » est un élément central du PTP, du fait que les profits des grands groupes américains viennent pour beaucoup de leur monopole sur des marchés obtenus par les marques commerciales et la technologie. Les allégations d’espionnage informatique vont devenir le prétexte à de nouvelles mesures de guerre commerciale contre la Chine.

Cependant, l’aspect le plus sinistre de la propagande anti-chinoise est la préparation d’une guerre contre la Chine. Sous la bannière de son « pivot vers l’Asie », le gouvernement Obama a mis en marche une offensive diplomatique et stratégique de grande ampleur visant à renforcer les alliances militaires existantes avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines et la Thaïlande, à forger des partenariats stratégiques et des liens plus étroits, en particulier avec l’inde et le Vietnam, ainsi qu’à saper les bonnes relations existantes entre la Chine et des pays comme la Birmanie ou le Sri Lanka.

Ce « pivot vers l’Asie » d’Obama a déjà entraîné une escalade dangereuse des conflits maritimes en Mer de Chine du Sud, et en Mer de Chine orientale. Encouragés par les États-Unis, le Japon, les Philippines et le Vietnam ont ravivé leurs différends frontaliers avec la Chine. La concentration sur ces eaux stratégiques n’est pas accidentelle, c’est par elles que passent les lignes de navigation dont dépend la Chine pour importer des matières premières et de l’énergie du Moyen-Orient et d’Afrique. Les États-Unis sont en train d’établir de nouveaux accords pour des bases militaires en Australie, en Asie du Sud-Est, et ailleurs dans la région pour s’assurer qu’ils ont la capacité d’étrangler les lignes de ravitaillement vitales de la Chine en cas de confrontation ou de guerre.

Le Pentagone considère la guerre informatique comme un élément essentiel de l’énorme machine de guerre américaine et a consacré des ressources considérables à son développement, en particulier sous le gouvernement d’Obama. En mai 2010, le Pentagone a installé son nouveau centre de commandement informatique dirigé par le Général Keith Alexander, directeur de la NSA (National Security Agency – les services renseignements militaires), qui s’appuie sur les ressources informatiques déjà massives dont disposent la NSA et l’armée américaine.

Les accusations américaines d’espionnage informatique chinois sont complètement hypocrites. La NSA, entre autres agences, est engagée dans l’espionnage et le piratage informatiques des systèmes informatiques et des réseaux étrangers à une vaste échelle. Sans aucun doute, la Chine est déjà en haut de la liste de ses cibles. Le ministère des affaires étrangères chinois a affirmé cette semaine qu’au moins 14 millions d’ordinateurs en Chine ont été piratés par 73 000 utilisateurs basés à l’étranger cette année, dont de nombreuses attaques informatiques contre le ministère de la Défense chinois.

Les États-Unis ont déjà procédé à des actes agressifs illégaux de sabotage informatique contre les installations nucléaires iraniennes et leurs infrastructures. Avec Israël, ils ont infecté les contrôleurs électroniques des centrifugeuses à gaz utilisées dans l’usine d’enrichissement iranienne de Natanz avec le vers Stuxnet, en poussant des centaines d’entre elles à tourner trop vite et à s’autodétruire. Cette activité illégale a été utilisée aux côtés de formes plus traditionnelles d’attaques, tels l’assassinat de physiciens nucléaires iraniens et d’autres actes de sabotage de la part d’Israël.

Il est inconcevable que les capacités informatiques du Pentagone ne soient déployées qu’à des fins purement défensives face à la « menace chinoise ». En fait, quand il a pris ses fonctions de chef de la guerre informatique en 2010, le général Alexander a présenté son point de vue au sous-comité aux Forces armées de la Chambre des représentants. Après avoir déclaré que la Chine est considérée comme responsable d’« un grand nombre d’attaques contre les infrastructures occidentales, » il a ajouté que si les États-Unis étaient soumis à une attaque organisée, « Je voudrais aller abattre la source de ces attaques. »

En août dernier, l’armée de l’air des États-Unis a publié ce que le New York Times a décrit comme « Un appel d’offre très clair à des articles la conseillant sur les “capacités d’attaque dans la guerre du cyberespace”, comprenant des armes pour “détruire, refuser l’usage, tromper, corrompre ou usurper un réseau d’ordinateurs ennemis et d’autres cibles de haute technologie. Le même article faisait référence à la branche recherche du Pentagone, la DARPA (Defence Advanced Research Projects Agency), qui abrite un ensemble de contractants privés qui veulent participer au « Plan X », c’est-à-dire au développement de « technologies révolutionnaires pour comprendre, planifier et gérer la guerre informatique. »

La propagande de cette semaine sur la « cyber-menace chinoise » donne le prétexte pour développer les préparatifs déjà bien avancés des États-Unis et visant à mener des attaques informatiques contre des cibles militaires et civiles en Chine. Dans le contexte de tensions de plus en plus grandes entre les États-Unis et la Chine, provoquées par le « pivot en Asie » d’Obama, des actions américaines sans merci dans le domaine de la guerre informatique ne peuvent qu’accentuer le risque d’une confrontation militaire ouverte entre les deux puissances.

Peter Sysmonds

Article original, WSWS, paru le 23 février 2013

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Hier, 22 février, les responsables américains ont bloqué une résolution parrainée par la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, qui condamnait les nombreux bombardements terroristes survenus jeudi dans la capitale syrienne, Damas.

Le bilan des bombardements qui ont eu lieu dans le cadre de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis pour évincer le président syrien Bachar al-Assad, a fait état hier de 83 morts et de plus de 200 blessés. Environ 22 personnes sont mortes dans trois attentats à la voiture piégée dans le Nord de Damas. Le principal attentat à la voiture piégée perpétré dans le centre de Damas à proximité du quartier général du parti Baas et d’une école a tué 63 personnes dont de nombreux enfants.

Bien que personne n’ait revendiqué la responsabilité pour le bombardement, l’on croit largement qu’il s’agit de l’œuvre du Front al Nusra, un groupe lié à al-Qaïda et actif au sein de l’opposition contre Assad qui est soutenue par les Etats-Unis et qui avait déclaré dernièrement vouloir lancer une offensive pour « libérer Damas. »

Lorsque les représentants russes ont soumis une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour condamner les bombardements terroristes de Damas, la délégation américaine a refusé de l’adopter. Quelles que soient les divergences tactiques existant à Washington sur la question de savoir jusqu’où armer al-Qaïda et l’opposition syrienne plus large dominée par les Islamistes, le gouvernement américain appuie le terrorisme et la tuerie de masse comme instruments de sa politique au Moyen-Orient.

En expliquant sa position, la porte-parole de la mission américaine à l’ONU, Erin Peltin, a dit : « Nous étions d’accord avec le projet russe pour une déclaration du Conseil de sécurité et nous cherchions uniquement à ajouter une formulation identique sur les attaques brutales commises par le régime contre le peuple syrien. Malheureusement, la Russie a refusé de s’engager sur un texte crédible. »

C’est une esquive cynique visant à minimiser la responsabilité des Etats-Unis et de leurs alliés dans les attaques terroristes en Syrie.

Les commentaires de Peltin montrent clairement que, confrontée à une résolution qui dénonce les bombardements, la délégation américaine a reconnu que ce n’était pas le régime d’Assad qui était critiqué. Elle a par conséquent ajouté à la résolution un texte attaquant le gouvernement syrien – bien que ce dernier soit en fait la cible du bombardement terroriste – en tentant de détourner la responsabilité des forces terroristes au sein de l’opposition qui est soutenue par les Etats-Unis. La Russie a alors refusé de faire passer la résolution telle que les responsables américains l’avaient amendée.

La Coalition nationale syrienne, groupe de tutelle de l’opposition appuyée par l’Occident, a sombré dans l’absurdité en rejetant la responsabilité des bombardements sur Assad. Hier, elle a publié une déclaration sur sa page Facebook : « Le régime terroriste d’Assad porte la plus grande part des responsabilités pour tous les crimes qui se sont passés dans le pays parce qu’il a ouvert la porte à ceux qui ont des objectifs différents pour arriver en Syrie et nuire à sa stabilité en se cachant ainsi derrière ce fait et l’utiliser comme un prétexte pour justifier ses crimes. »

Il est bien connu que les forces d’opposition effectuent des bombardements terroristes et attisent une guerre civile sectaire avec le soutien des Etats-Unis et de leurs alliés en Europe et au Moyen-Orient. En décembre, lorsque le département d’Etat américain a finalement désigné le Front al Nusra comme un groupe terroriste, il reconnaissait qu’al Nusra avait perpétré, au cours de l’année précédente, près de 600 bombardements terroristes en Syrie.

L’opposition anti-Assad a reçu des centaines de millions de dollars des monarchies saoudiennes et du Qatar qui sont soutenues par l’Occident. La veille du bombardement, la monarchie du Qatar al Thani avait octroyé 100 millions de dollars supplémentaires à l’opposition. De tels fonds servent à payer les armes et les salaires des combattants de l’opposition, dont beaucoup sont des mercenaires des monarchies pétrolières ultra conservatrices du Golfe.

Le soutien accordé devant l’ONU par le gouvernement américain aux actes terroristes d’assassinats de masse souligne le caractère frauduleux de la « guerre contre le terrorisme ». Les gouvernements, tant démocrate que républicain, ont cité la menace d’al Qaïda pour justifier les attaques fondamentales perpétrées contre les droits démocratiques de la population américaine : la quasi élimination des restrictions sur la surveillance électronique, le recours à la torture et finalement le droit du président américain d’ordonner le meurtre extra-judiciaire par des attaques de drones.

Cette politique n’est cependant pas dictée par une opposition de principe au terrorisme, mais bien plutôt par la poursuite cynique des intérêts de l’impérialisme américain. En Syrie, ceci signifie une collaboration instable entre Washington et al Qaïda. Le régime d’Assad est un allié clé de l’Iran, un pays disposant de massives réserves pétrolières et qui est actuellement le principal obstacle à l’hégémonie néocoloniale des Etats-Unis au Moyen-Orient. Pour faire tomber le régime syrien et accroître la pression sur l’Iran, Washington est plus que disposé à soutenir politiquement les opérations terroristes.

La tuerie de masse appuyée par les Etats-Unis à Damas constitue un réquisitoire impitoyable contre les forces qui ont affirmé que c’est la guérilla, soutenue par l’impérialisme, et non la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière syrienne qui devrait régler les comptes avec la dictature d’Assad. Dans les pays impérialistes, ces forces comprennent à la fois les médias de masse et les partis petits bourgeois de « gauche » – comme l’International Socialist Organization (ISO) aux Etats-Unis, le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne, le parti La Gauche (Die Linke, l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) en Allemagne et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France.

Ils portent leur part de responsabilité politique pour les crimes commis contre la population syrienne par ces forces qu’ils promeuvent depuis des années.

La politique de Washington en Syrie exacerbe le conflit non seulement avec la Syrie et l’Iran mais aussi avec la Chine et la Russie, principal allié de la Syrie. Le président américain de l’époque, George W. Bush, avait fait remarquer en 2007 que de tels conflits menaçaient de provoquer une Troisième Guerre mondiale. (Voir : « Iran: Why does Bush invoke the threat of World War III? »)

Après des consultations avec les responsables chinois, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a critiqué le vote américain sur le bombardement terroriste de la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU. Il a dit « Nous estimons qu’il s’agit là de deux poids et deux mesures et nous y voyons une très dangereuse tendance de nos collègues américains de déroger au principe fondamental d’une condamnation inconditionnelle de tout acte terroriste – un principe qui garantit l’unité de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme. »

L’agressivité de la politique américaine au Moyen-Orient, ainsi que la politique menée dans le Pacifique par le nouveau gouvernement droitier japonais du premier ministre Shinzo Abe et soutenue par les Etats-Unis, semble pousser la Chine et la Russie vers une alliance défensive contre Washington. Jeudi, il a été annoncé que pour sa première visite à l’étranger le nouveau président chinois Xi Jinping se rendrait à Moscou, dans le courant du mois de mars.

Là, il projetterait de discuter de la stimulation des importations énergétiques chinoises en provenance de la Russie, dans le but de limiter, du moins provisoirement, la dépendance chinoise du pétrole du Moyen-Orient et de pays comme la Syrie et l’Iran qui sont menacés par une attaque des Etats-Unis.

Alex Lantier

Article original,WSWS, paru le 23 février 2013

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Pierre Khalaf (chercheur au Centre d’études stratégiques arabes et internationales de Beyrouth) écrit : «Dans le front complexe et varié mis en place par les Etats-Unis, Al-Qaïda et ses ramifications semblent s’être transformées en outil de division et de terrorisme soutenu par l’Occident. Son but est de détruire le tissu social des peuples arabes en répandant la violence et la terreur, couplées d’une culture de discorde confessionnelle, en transformant une contradiction virtuelle et illusoire en contradiction principale.»

Aujourd’hui, «l’islamisme» bénéficie de la mansuétude occidentale et la «question touareg», du capital sympathie lié à l’exotisme des hommes bleus. Voire, le terrorisme est devenu ouvertement un outil de politique étrangère pour de nombreux pays, comme l’a clairement montré la crise libyenne et comme le montrent surtout les crises syrienne et malienne : la Turquie, les Emirats, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Angleterres, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne disent officiellement fournir des armes aux groupes armés d’une «armée syrienne libre» que tout le monde sait composée essentiellement de mercenaires étrangers dont certains affiliés à Al-Qaïda et An-Nousra. La préméditation existe dans la crise malienne, sa transformation en Sahelistan l’est moins bien que de nombreuses déclarations d’officiels incitent à le penser, tout comme la création future d’une base de lancement de drones au Niger. Espérons que ce qui s’y passe n’est qu’un scénario américano-franco-qatari pour contraindre Bamako à leur donner des concessions dans les nouveaux gisements de pétrole et que les bases pour leurs soldats ne servent pas à la propagation du terrorisme, mais qui dit action dit réaction. Espérons que ce scénario ne soit pas apocalyptique et qu’il ne s’agit que d’une course aux puits de pétrole maliens par terroristes interposés et que les contrats permettraient de les assagir. Et que les doubles menaces (division ethnique et islamiste par MNLA et djihadistes interposés) exercées sur les pays de la région ne soient que passagers. En tout cas, c’est ce que laisserait penser l’absence de réaction des terroristes d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine face à l’avancée des troupes françaises engagées au Mali, ce qui soulève toujours des interrogations. La «menace contre la civilisation occidentale», le risque de terrorisme en Occident à cause de la proximité malienne sont un mensonge honteux brandi pour fustiger des mercenaires créés de toutes pièces avec l’ami qatari, et qui sont en fait une «légion étrangère» au service des intérêts stratégiques et économiques de l’Occident. Il est indéniable maintenant que l’intervention armée était inscrite dans un agenda, pour utiliser le terme de M. Medelci. Il est à espérer que les velléités occidentales de sécurisation de leur profondeur stratégique ainsi que de protection et d’extension de leurs intérêts dans la région ne visent pas à créer une régression féconde ou un «chaos constructeur», comme en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Nigeria. Le «chaos constructeur» est un concept de politique étrangère américaine qui préconise la création du désordre dans une région riche et instable pour y imposer un ordre nouveau. «Pour les théoriciens du chaos constructeur, c’est après la violence et le chaos que les Américains peuvent créer des États à souveraineté négative afin d’exploiter leur sol et sous-sol sans grande résistance,» écrit Mahatma Julien Tazi K. Tiena-be de l’université de Kinshasa dans son diplôme d’études supérieures en relations internationales 2009 intitulé «La politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de la République démocratique du Congo : de 1990 à 2006». Il ajoute : «L’objectif américain dans le Moyen-Orient était donc simple : le contrôle des zones appelées “l’arc de crise”. Cette région est riche en hydrocarbures. Elle porte sur l’arc rejoignant le golfe de Guinée à la mer Caspienne, en passant par le golfe Persique. Pour y arriver, l’impératif américain est d’imposer une redéfinition des frontières, des Etats et des régimes politiques. Il s’agit bien d’un remodelage du Grand Moyen-Orient (…) L’idée est simple : substituer aux Etats hérités de l’effondrement de l’Empire ottoman des entités plus petites à caractère mono-ethniques, et neutraliser ces mini-Etats en les dressant en permanence les uns contre les autres. En d’autres termes, il s’agit de revenir sur les accords conclus secrètement, en 1916, par les empires français et britannique, dit Accords Sykes-Picot et de consacrer la domination désormais totale des Anglo-Saxons sur la région». Sur la question malienne, Pékin et Moscou ont observé un grand silence qui donne l’impression que cette partie de l’Afrique n’existe plus pour eux. Cela fait-il partie du deal entre Russes et Américains sur la Syrie ? Chacun son territoire ? Russes et Américains traversent encore une grave crise sur la question syrienne qui vise directement les intérêts russes. Les Russes ont déjà tout perdu en Afrique… Les «printemps arabes» sont venus jeter dans les bras de l’Amériques les régimes que l’ex-bloc soviétique a pourtant sauvés de maintes recolonisation ces trente dernières années et qui semblent ignorer qu’ils se sont jetés dans la gueule du loup. Le Mali était sur la bonne voie démocratique car le président ATT a donné l’exemple de bonne gouvernance, malgré les pressions du FMI qui ont mis son pays à plat, davantage appauvri et fragilisé économiquement, socialement avant qu’une invasion terroriste suivie d’un putsch téléguidé ne viennent créer une situation de non-droit autorisant l’intervention. Les Occidentaux sont venus souiller l’image de ce pays qui n’a jamais connu les extrémismes et qui était en train de donner l’exemple de l’alternance au pouvoir. Le coup d’Etat contre le président malien ATT est lié à l’intervention française et entre dans le même plan des putschs des «printemps arabes» contre des présidents élus (Kadhafi, Ben Ali, Moubarak, Al-Assad) et qui engendrent les mêmes chaos, et le même développement de la violence terroriste, les mêmes divisions tribales et ethniques ou religieuses ainsi que d’autres conditions du développement de la misère et de la violence. Le but, au Mali, en Syrie ou ailleurs n’est pas obligatoirement de créer un «califat» dit «islamiste» mais un Etat faible et fragile, instable et violent, que l’on jettera par la suite sous prétexte de terrorisme. Washington ne prend-elle pas ses distances avec la Libye ? Beaucoup de médias occidentaux malintentionnés ou mal informés mettent en exergue la «marginalisation» des Touareg maliens qui, pourtant, vivent dans les mêmes conditions que les autres communautés au Mali, en Algérie, au Niger, en Libye ou au Burkina Faso, avec des différences liées à la santé économique de chacun de ces pays. Ils pourraient le faire pour l’Algérie où leur situation économique et sociale est catastrophique. Si l’Etat ne fait rien pour eux dans un plan d’extrême urgence, les manipulateurs pourront trouver quelques cibles faciles pour en faire des mercenaires. D’ailleurs, toutes les populations du Sud algérien ont dénoncé la politique de l’emploi qui ne privilégie pas les autochtones, ouvrant ainsi le champ à tous les scénarios possibles. Ce qui est incroyable, c’est que des médias algériens continuent à parler de l’Azawad comme si cela existait, non conscients des dangers sur la communauté touareg tout entière que le MNLA veut débaucher non seulement à l’échelle locale mais à l’échelle régionale (lire 3e et 4e parties). La décision de fermer les frontières est-elle une solution face au péril terroriste et aux menaces qu’une intervention risque d’induire ? Quid des atteintes aux droits humains chez nos voisins ? Une attitude de conciliation et/ou de neutralité face au conflit malien serait inefficace sans une nouvelle stratégie de politique étrangère dans tout le Sahel, pour contrecarrer celle des pays occidentaux et des pays du Golfe qui tirent les ficelles. L’urgence n’est pas strictement militaire ou sécuritaire mais également politique, économique et culturelle, en commençant à renforcer la profondeur stratégique du pays (aide, solidarité, coopération et échange économique, partenariat…). Se bunkériser sans agir sur le mal et ses causes, là où elles se trouvent, équivaut à une attitude de l’autruche. Un minuscule Qatar active pour déstabiliser notre pays et les pays voisins à des milliers de kilomètres de ses frontières ; et l’Algérie se replie dans sa coquille, sans se défendre ! L’attitude défensive adoptée par Alger n’a pas éloigné les risques et a donné l’impression de faiblesse d’un Etat qui ne va pas au-devant des menaces qui le visent. En laissant se rapprocher ces menaces, on paie aujourd’hui le prix fort de devoir fermer les frontières, en espérant que n’advienne pire que l’attentat d’In Amenas. M. Medelci a dit que la crise malienne obéissait à un agenda : il signifiait donc qu’il s’agissait d’un acte de guerre. A un acte de guerre, l’Algérie a répondu par les salamalecs et la stratégie de l’autruche. Il faut oser traiter le terrorisme comme un acte de guerre dirigé par des pays, et non pas de groupes ! L’Algérie a traité le terrorisme des années 1990 comme un acte de guerre venant de l’étranger et pas seulement comme un fléau local, et c’est ce qui lui a permis de s’en débarrasser, contrairement à l’Irak et la Syrie qui traitent aujourd’hui le terrorisme in situ, au lieu de le frapper à la racine.

L’Algérie au cœur du problème malien

L’Algérie a une frontière instable de 1 400 km avec le Mali et de 1 000 km avec une Libye encore très instable avec comme trublions Aqmi, Ansar Eddine, Mujao et MNLA. Elle a de centaines de kilomètres fragiles avec le Sahara occidental et la Mauritanie. Ce qui est beaucoup à sécuriser même s’il n’y avait pas ce diable qatari qui attise le feu islamiste et séparatiste. L’Algérie a les mêmes ingrédients islamistes et ethniques que le Mali. Si certains manipulateurs ont exploité ces poches pour recruter des mercenaires pour attaquer le Mali, ils pourraient le faire pour viser l’Algérie, plus directement, selon un même scenario que celui concocté contre notre voisin. L’influence algérienne, dans les années 1960-1970, s’étendait dans toute l’Afrique, dans le monde arabe et musulman et sa voix était entendue dans le monde entier grâce à l’organisation des Non-Alignés. Après la mort de Boumediène, l’Algérie semble abandonner le champ africain et sa profondeur stratégique pour se tourner vers une hypothétique nation arabe aux Etats désolidarisés les uns des autres. Cette nation arabe est plus fragile que jamais aujourd’hui et les Maghrébins se retrouvent seuls face à leurs problèmes et à des complots déstabilisateurs venant parfois de cette même nation arabe. Désormais entourée de pays fortement instables, l’Algérie fait face à des risques majeurs avec un Mali brusquement devenu une poudrière sinon une bombe à retardement pour lui-même et ses voisins, dont notre pays qui, il faut la rappeler, a lutté tout seul contre le terrorisme islamiste soutenu par les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ainsi que par les pays du Golfe. Si les conditions objectives (crise économique et plus d’une décennie de terrorisme) ont fait perdre à l’Algérie son rôle de leader arabe et musulman, il n’y avait pas de raison de perdre le rôle de leader africain et, plus grave, de laisser le Qatar parader dans les parages. Mais la nature ayant horreur du vide, les nains nous prennent notre place dans notre voisinage immédiat et voilà des terroristes non seulement implantés au Sahel mais sur le point de faire exploser une plateforme gazière à In Amenas. Tout en négociant avec Ansar Eddine et le MNLA, l’Algérie n’a pas su leur tendre à eux et à leurs maîtres une main d’acier dans un gant de velours. Elle a tendu l’autre joue, donnant l’impression de faiblesse : l’Algérie est donc le mauvais camp, à ne pas suivre ni écouter. Rien à offrir que des leçons de nationalisme à des mercenaires sans foi ni loi, ni patrie. C’est cette faiblesse politique que les maîtres de l’agenda ont exploitée. Il ne suffit pas d’avoir une armée puissante si la politique détruit cet atout et les autres… Au Mali, ce n’est pas l’armée qui a failli, c’est l’argent qui a fait défaut à Bamako, à cause du FMI qui l’a sucé, pour préparer le terrain aux mercenaires. Le but caché de cette intervention comme dans toutes les autres interventions depuis 2011 est de faire barrage à la tentative d’émancipation économique, énergétique, technologique, politique et militaire des Arabes et des Africains. Avant l’attentat contre In Amenas, l’auteur français indépendant, David S. J. Borrelli, écrivait de manière lucide et surtout prémonitoire : «La scission, la partition et la déstabilisation du Mali ainsi que l’islamisation du conflit, ont été planifiées et organisées par des puissances étrangères (notamment française et les Qataris), tout comme l’éviction d’ATT et la division du peuple malien, tout cela dans le but de pouvoir faire entrer les forces de l’OTAN (sous mandat de l’ONU) sur le sol malien afin de cibler directement le Sud libyen et les forces loyalistes du guide de la Jamahiriya (Maâmmar Kadhafi) via le Niger voisin et de faire indirectement pression sur l’Algérie (qui sera sûrement ciblée à son tour très prochainement, probablement tout d’abord par ces mêmes islamistes qui balkanisent le Nord-Mali).»(1) Mais bien avant cela, en mars 2004, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (Eucom), disait que des membres d’Al-Qaïda tentaient de s’établir «dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres(2)».

A. E. T.

 

1. http://www.mathaba.net/news/?x=632417
2. Le Monde diplomatique, février 2005.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’OccidentPar Ali El Hadj Tahar, 25 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? Fermer les frontières quand le feu est dans la maison ! (16e partie et fin) Par Ali El Hadj Tahar, 01 mars 2013 - See more at: http://www.mondialisation.ca/author/ali-el-hadj-tahar#sthash.GYMqTByC.dpuf

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Le discours disjonctif occidental

Sauf erreur ou omission, les Palestiniens et les Sahraouis paraissent devoir être les deux derniers peuples au Monde à demeurer sous domination de type coloniale. Sans nul doute du fait du discours disjonctif occidental sur un principe fondamental du Droit International Public, le Droit à l’autodétermination des peuples, paradoxalement, constamment bafoué par ses promoteurs.

Ce principe, pourtant intangible, connaît une application modulée, soumis à des infléchissements circonstanciels, au point de constituer une variable d’ajustement conjoncturelle en fonction des intérêts des grandes puissances occidentales, qui furent longtemps le groupe hégémonique de la géostratégie mondiale. Valable un temps en un lieu, inopérant ailleurs, en d’autres temps.

Le conflit du Sahara occidental en fait l’amère expérience de même que le conflit palestinien. Le droit à l’autodétermination, le principe de base du conflit, souffre de la flexibilité de sa mise en œuvre. S’il trouve sa pleine vigueur et sa pleine justification lorsqu’il s’agit de promouvoir sur la scène internationale des entités conformes aux intérêts des pays occidentaux, il est, paradoxalement, combattu ou nié lorsqu’il s’agit d’éradiquer toute velléité nationaliste ou indépendantiste d’états situés hors de la sphère d’influence occidentale.

Une étude diachronique, combinant les données spatiotemporelles sur la question, révélerait un comportement échappant à la rationalité immédiate, en contradiction avec la plus élémentaire justice.

Le constat est ahurissant: Georges Bush avait assuré du temps de sa présidence (2000-2008) qu’il était las d’attendre dix ans que le Kosovo obtienne son indépendance. Comme par enchantement, aussitôt après ce cri d’amour, un coup de baguette magique, qui relève non de la prestidigitation mais de l’imposture, conférait au Kosovo son indépendance, en ce qu’il participait d’un projet plus vaste visant à parachever le démembrement de l’ancienne Fédération de Yougoslavie, un obstacle majeur à l’expansion économique occidentale dans l’Europe centrale.

Il en a été de même du Sud Soudan, un nouvel état pétrolier et ami d’Israël sur le cours du Nil. Une donne non négligeable, alors qu’une guerre de l’eau se profile dans la zone du fait des bouleversements climatiques.

Le droit à l’autodétermination a ainsi posé deux micro-états – le Kosovo et le Sud Soudan- comme jalons du maintien de l’hégémonie occidentale, face à la montée en puissance de la Chine et le contournement chinois de l’Europe par l’Afrique.

Dans ce panorama: deux cas -Le Tibet et les Kurdes- font exception en ce que dans le premier cas, celui du Tibet, les Etats-Unis se heurtent à une cible située dans la sphère géostratégique de la Chine et dans le deuxième cas, les Kurdes, à un allié de l’Amérique, la Turquie, la sentinelle avancée de l’Otan sur le flanc sud.

Dans le cas du Tibet, les Etats-Unis encouragent les autonomistes tibétains dans leurs revendications, mais veillent à ménager la puissance chinoise dans son pré carré. Le soutien des Occidentaux au Dalaï Lama constitue tout au plus un instrument de pression pour servir de monnaie d’échange à des concessions diplomatiques ou économiques chinoises.

Dans le cas des Kurdes, les supplétifs exemplaires des Etats-Unis lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, qui s’estimaient en mesure d’obtenir un état en récompense de leur collaboration n’y ont pas eu droit en raison de l’hostilité de la Turquie à un projet qui pourrait la déstabiliser du fait de la présence d’un fort sentiment irrédentiste kurde sur son territoire.

La solution médiane auxquels ont souscrit les Kurdes – une zone de large autonomie dans le nord kurdophone de l’Irak- si elle les satisfait partiellement, enchante pleinement les Américains en ce que l’enclave kurde englobe les riches champs pétrolifères de Kirkouk, de surcroît liée économiquement et militairement à Israël.

La solution est provisoire. Beaucoup à Ankara et à Washington nourrissent l’ambition de constituer une entité indépendante Kurde, sur les débris de la Syrie, dans le nord du pays, dans la zone de Jisr al Choughour, par adjonction du Kurdistan irakien, assurant ainsi à l’Etat Kurde un débouché sur la mer. Les troubles en Syrie, justifiées sans nul doute par les d’abus du pouvoir baathiste, sont alimentées de l’extérieur dans un but annexe. Le règlement par défaut de la question kurde par démembrement de la Syrie, comme cela avait déjà été le cas avec Alexandrette et le Liban

Le Kosovo a attendu 10 ans pour son indépendance, mais la Palestine attend depuis 65 ans, sans émouvoir les Occidentaux de son sort.

Pourquoi une telle duplicité? Au-delà du tribut compensatoire des Occidentaux au génocide juif et des considérations bibliques, Israël, -le choix de son implantation ne relève pas du hasard-, est située à l’intersection de la rive asiatique et la rive africaine du Monde arabe, au point de jonction de la route continentale des Indes et de la route maritime, le bassin syro palestinien et son prolongement égyptien, au point de convergences des voies d’eau du Moyen orient (Jourdain, Oronte, Hasbani, Zahrani) et des gisements pétroliers de la péninsule arabique.

L’existence d’Israël, de par son positionnement géographique, signe stratégiquement la rupture de la continuité territoriale de l’espace arabe. Pour le malheur du peuple palestinien qui paie le prix de cette entreprise de délocalisation de l’antisémitisme récurrent de la société occidentale, et pour le plus grand malheur des Arabes entravés de la possibilité de constituer une masse critique à l’effet de peser sur les relations internationales.

Mais ce qui est bon pour le Kosovo et le Sud Soudan ne saurait être vrai ni pour la Palestine, ni pour le Sahara occidental. L’ostracisme n’est nullement le fait du hasard: Les Palestiniens font face à Israël, les Sahraouis, au Maroc, le principal allié souterrain d’Israël.

Il n’est pas indifférent de noter dans ce contexte que le Kosovo et Israël sont les deux seuls pays au monde créés par une décision unilatérale. L’indépendance s’accorde donc en fonction des intérêts stratégiques. Le conflit du Sahara n’aurait peut-être sans doute pas duré autant s’il ne servait à attiser et à affaiblir deux pays au bénéfice de la stratégie hégémonique occidentale aussi bien américaine que française dans la zone, et surtout, s’il ne constituait un excellent stimulant pour les industries d’armement.

Un conflit budgétivore, stimulant pour les industries d’armement

Le Maroc est parmi les pays africains qui consacrent le plus d’effort budgétaire à leur armement. Près de 2, 8 milliards d’euros sont consacrés annuellement à l’armée marocaine, représentant 15% du budget marocain, soit le double de celui de la Santé. Les besoins militaires du Maroc absorbent 5% de son PIB, ce qui lui vaut de figurer au top 20 des pays les plus dépensiers pour leurs armées. Aussi, si l’on tient compte de la croissance du PIB, le Maroc dépense plus de 7 millions d’euros par jour pour sa défense. Parmi les grosses commandes figurent deux escadrilles de F-16 en plus de la modernisation de 27 Mirage F-1 français pour 400 millions d’euros, une frégate française Fremm pour 470 millions d’euros, trois hélicoptères américains CH-47D pour 93,4 millions d’euros, quatre avions de transport tactique C-27J Spartan à l’Italie pour 130 millions d’euros et 1.200 blindés espagnols pour 200 millions d’euros.

L’Algérie, lui, est le second importateur d’armes du continent, derrière l’Afrique du sud selon le rapport 2010 du SIPRI, l’Institut international de recherche pour la paix (SIPRI), basé à Stockholm. L’Algérie consacre en moyenne 3% de son PIB par an aux dépenses militaires, ce qui représente environ 4,5 milliards d’euros pour 2011.

La conclusion par l’Algérie d’un contrat d’acquisition d’une soixantaine d’avions de combat avec la Russie en 2006 avait immédiatement suscité une réaction de Rabat, qui s’est empressé de moderniser sa flottille de Mirage F-1 vétustes et de conclure le mirifique contrat des F-16 avec Lockheed Martin, la bénédiction de Washington et l’aide technologique israélienne.

Le budget militaire algérien s’accroît d’environ 10% par an. Des sommes colossales sont ainsi allouées par ces deux pays dont le secteur militaire occupe la première place en termes de budgétisation.

L’épreuve de force entre l’Algérie et le Maroc: un conflit de deux mémoires

Le Maroc dispose de deux atouts incomparables dans son épreuve de force avec l’Algérie.
Il est, avec la Jordanie, le meilleur allié souterrain d’Israël dans le monde arabe. Pour aller plus loin sur les relations Maroc-Israël Cf. à ce propos http://www.renenaba.com/le-collier-de-la-reine

Sa diplomatie corruptive de la Mamounia bride toute velléité intellectuelle critique de la classe politique française. Le Maroc est en effet la destination préférée du personnel politique français où pas moins d’une quarantaine de personnalités de premier plan en font office comme pied à terre pour des vacances parasitaires aux frais de la princesse.

L’ancien président Jacques Chirac, à Taroudant, dans le sud du pays, à l’ancien directeur du Fonds Monétaire international (FMI) Dominique Strauss Kahn et l’écrivain médiatique Bernard Henry Lévy y ont leurs habitudes. Nicolas Sarkozy, le Président de la République, y a passé des vacances de Noël en 2009 et en 2010, à la résidence royale de Jinane Lekbir (le grand jardin), à trois kilomètres de Marrakech. Son ancienne adversaire socialiste de 2007, Ségolène Royal, y a séjourné également en 2010, avec son compagnon André Hadjez, au sein d’un « palace de Ouarzazate », dans le sud du pays. Elevé en partie à Agadir, Dominique Strauss Kahn possède un ryad, une maison de luxe située à Marrakech, où il passe quelques jours de vacances pour les fêtes.

Jean Louis Borloo a, lui aussi, choisi le royaume chérifien comme destination de vacances en 2010, ainsi que le couple Balkany, Isabelle et Patrick Balkany, maire de Levallois et proche de Nicolas Sarkozy. La liste est longue. Elle englobe Hervé Morin (et 18 membres de sa famille à l’hôtel Es-Saâdi de Marrakech) et Brice Hortefeux et naturellement Philippe Douste Blazy, ancien ministre des Affaires étrangères qui fit l’objet d’un scandale.

L’afflux de ces touristes d’un genre particulier amuse la presse marocaine. Les invitations spéciales sont l’atout maître de l’arsenal diplomatique du royaume chérifien pour séduire les politiques français. La pratique est érigée en politique d’Etat. On l’appelle la «diplomatie Mamounia», du nom du célèbre palace de Marrakech, propriété de l’Etat marocain, qui accueille depuis toujours les plus grandes célébrités de la planète. Depuis qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avaient lancé la mode des riyads, ces riches demeures nichées au cœur des médinas marocaines, c’est une véritable déferlante gauloise qu’a connue le Maroc. Plus de 5.000 ressortissants français, la plupart retraités, y ont élu domicile, à la suite de la diffusion en 1999 sur M6 d’une émission de la série Capital vantant les charmes de Marrakech, Tanger, Essaouira, Fès ou Agadir. Mais si le Maroc est devenu une destination privilégiée des Français, elle l’est surtout pour les «amis du royaume». Certains y ont des liens généalogiques comme Elisabeth Guigou, Dominique De Villepin, Rachida Dati ou Eric Besson.

Mais la «tribu Maroc» s’étend bien au-delà de ces attaches. Elle est pour ainsi dire tentaculaire. De Bernard-Henri Lévy à Thierry de Beaucé, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du showbiz ont à Marrakech ou ailleurs une résidence secondaire.

Le «plus beau pays du monde», comme le veut la publicité de l’Office marocain du tourisme, devient ainsi un lieu de rendez-vous culte pour la classe politique française, où la délocalisation d’un Conseil des ministres serait presque envisageable durant les fêtes de fin d’année, ironisait un élu.

Dans bien des cas, le charme exotique du pays constitue aussi la botte secrète de l’influence marocaine dans les hautes sphères de l’Hexagone. Ces vacances, certes privées, sont bien trop souvent l’occasion de contacts plus ou moins informels avec les premiers cercles du roi. Des invitations «spéciales», des «prix d’amis» appliqués dans des lieux d’agrément gérés par des hommes proches du pouvoir, sont pratique courante. Ces gâteries sont d’ailleurs systématiquement appliquées aux VIP de la République.

La Mamounia est la carte maîtresse de cette politique de séduction du Makhzen, le pouvoir féodal marocain. Tous y sont reçus avec les attentions particulières que sait déployer le Maroc pour ses hôtes de marque. Les turpitudes de MAM en Tunisie avec l’homme d’affaires Aziz Miled pourraient cependant sonner le glas d’une tradition qui autrefois ne se refusait pas.

Voltigeur de pointe de la stratégie occidentale en Afrique, bras armé de l’Arabie Saoudite pour la protection des régimes honnis, tel celui du satrape zaïrois Mobutu, dans le cadre du Safari Club, ce royaume des bagnes et de la terreur qui sera octroyé toutes les licences, qui aura bafoué la souveraineté française en ordonnant l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, le chef charismatique de l’opposition marocaine, en plein centre de Paris avec la complicité des services français, l’homme qui aura ridiculisé le plus illustre dirigeant français Charles De Gaulle sera pourtant vanté comme le paradis sur terre sous l’œil vigilant du «groupe d’Oujda», animé par Maurice Lévy, le patron de Publicis, le grand groupe de communication français. Le Maroc fonde son passe-droit du rôle de base de repli à l’Etat Français assigné au royaume par les stratèges occidentaux à l’apogée de la guerre froide dans le cas d’un nouvel effondrement français face à une poussée soviétique.

Mais ce Royaume souverain est un pays frappé de servitude. Le commandeur des croyants ne commande pas son détroit, le détroit de Gibraltar, qui assure la jonction stratégique de l’Océan Atlantique à la Mer Méditerranée, comme en témoigne l’incident de l’ilot persil.

Se greffe ainsi sur le conflit du Sahara une donne particulière, un conflit de deux mémoires. Les deux pays n’ayant pas accédé d’une façon identique à l’indépendance et n’ont pas été soumis à la même histoire coloniale.

L’histoire algérienne a été faite dans la douleur. Bien avant l’enfumage des caves de Bora Bora, en Afghanistan, en 2001, Bugeaud et ses soldats avaient enfumé toute l’Algérie. L’histoire algérienne est beaucoup plus douloureuse que ne l’a été l’histoire marocaine, ne serait-ce que par sa durée, et par l’imposition du code de l’Indigénat en Algérie, un des facteurs majeurs de l’acculturation algérienne, suscitant par réaction un nationalisme chatouilleux particulièrement en ce qui concerne la France.

132 ans de colonialisme en Algérie, contre trente-six de protectorat français au Maroc, soit le quadruple, avec à la clé, Sétif, le symbole de la victoire de la deuxième Guerre Mondiale, noyé dans le sang, une guerre d’Indépendance de huit ans et son cortège d’ un million de morts, avec en prime, un lobby pieds noirs algériens c’est-à-dire un lobby d’anciens colons français en Algérie, sans pareil au Maroc, ni dans aucune des anciennes colonies françaises, expliquent et justifient l’extrême réactivité algérienne à toute atteinte à sa souveraineté ou aux principes moteurs de la dynamique de la guerre de Libération nationale.

L’histoire marocaine ne l’a pas été autant. Il y eu certes la guerre du Rif, mais le protectorat français sur le Maroc a été dans la durée infiniment moindre que le colonialisme français en Algérie et dans sa manifestation atténué par la complaisance d’une fraction du trône, notamment le Glaoui de Marrakech.

Au conflit de la construction de la mémoire entre les deux pays se superpose leurs orientations divergentes tant sur le plan international que sur le plan interne. Un des drames du monde arabe réside dans le fait que les deux monarques les plus cultivés de leur génération, -Hassan II du Maroc, diplômé de la faculté de droit de Bordeaux et Hussein de Jordanie, de l’académie militaire britannique de Sandhurst- au lieu de mettre en pratique le modernisme pour la promotion de leurs peuples et de leurs pays, ont instrumentalisé ce modernisme au service d’un absolutisme rétrograde.

La balkanisation du Monde arabe et la nécessité d’un seuil critique

Plaie béante qui entrave son élan, le Monde arabe souffre de balkanisation, dont la dernière en date, en 2011, a été l’amputation du sud Soudan du Soudan au mépris du principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation.

Auparavant, l’amputation de la Palestine par l’implantation d’une entité occidentale Israël à l’articulation de la rive africaine et de la rive asiatique du monde arabe, la dissociation du Liban de la Syrie, l’amputation du district d’Alexandrette de la Syrie et son rattachement à la Turquie, enfin le Koweït de l’Irak et la Transjordanie (la Jordanie actuelle) de la Cisjordanie.

Source de faiblesse face aux grands ensembles de son voisinage immédiat, telle l’Union européenne, la fragmentation du monde arabe devrait le conduire à œuvrer non pour la division et la désunion, mais pour l’union.

La constitution d’un ensemble homogène résoudrait le problème du Sahara occidental par l’entente et la coopération, à l’effet de jeter une passerelle entre les deux grands pays du Maghreb central, l’Algérie et le Maroc, plutôt que de maintenir un abcès de fixation entravant tout projet transarabe.

La construction du Grand Maghreb ne saurait demeurer une vue de l’esprit. Elle se doit de se concrétiser, au besoin au forceps, pour durcir le ventre mou de la Méditerranée, première étape vers la mise sur pied d’un groupement atteignant un seuil critique par le regroupement de l’Iran, la Turquie, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine, l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Libye et le Soudan. Un ensemble de 500 millions d’habitants, équivalent à la structure des 27 pays de l’Union européenne, agrégeant sunnites et chiites, chrétiens et musulmans, arabes, turcs, iraniens, berbères, kurdes dans une mosaïque humaine créative, non une guerre intestine destructive.

Anormal à cet égard qu’un convoi humanitaire venant d’Europe pour aller à Gaza soit tributaire d’une brochette d’autorisation entre l’Algérie, le Maroc, la Libye et l’Egypte.

Une ère s’achève, une autre s’ouvre. Au-delà du point d’abcès malien, en raison de la talibanisation du Sahel du fait de la prolifération du septentrion malien, la confédération se doit être l’objectif majeur pour faire pièce aux tendances centrifuges de la zone, attisées par les particularismes régionaux, les irrédentismes et le chauvinisme religieux.

La donne Libyenne

On ne saurait occulter le gâchis stratégique provoqué par l’effondrement d’un pays à la jonction du Machreq et du Maghreb et son placement sous la coupe de l’OTAN, le plus implacable adversaire des aspirations nationales du Monde arabe.

Acte stratégique majeur comparable par son ampleur à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, le changement de régime politique en Libye, sous les coups de butoirs des occidentaux, paraît destiné au premier chef à neutraliser les effets positifs du «printemps arabe» en ce qu’il accrédite l’alliance atlantique comme le gendarme absolu des revendications démocratiques des peuples arabes.

Quarante-deux ans après leur expulsion de la base américaine de Wheelus AirField-Okba Ben Nafeh (Tripoli) et de la base anglaise d’Al Adem-Abdel Nasser (Benghazi), les Anglo saxons ont repris pied en Libye pour en faire leur plateforme opérationnelle majeure de la contre révolution arabe, la zone de sous-traitance par excellence de la lutte contre l’immigration clandestine à destination de l’Europe occidentale, le siège occulte de l’Africa Command pour la mise sous observation du Maghreb et la lutte contre l’AQMI au Sahel.

Dans cette nouvelle configuration, la Libye et le Maroc paraissent devoir faire office des deux mâchoires d’une tenaille destinée à enserrer l’Algérie.

La diversification des sources d’armement de l’Algérie avec l’Allemagne (14 milliards de dollars sur dix ans), le Royaume uni et l’Italie, en sus de la Chine et la Russie, ne saurait suffire. L’immobilisme porte condamnation de l’Algérie. Cinquante ans après l’indépendance, la génération des Moudjahidine arrive au terme de sa prestation.

Sous peine de marginalisation, sous peine de sclérose du pays, sous peine de nécrose de la revendication sahraouie, l’Algérie se doit de se mettre au diapason des nouvelles équipes dirigeantes de son environnement, en réactivant sa relation jadis stratégique avec l’Egypte du temps du tandem Nasser Boumediene, en vue de stabiliser la Libye et la prémunir des effets centrifuges des rivalités internes, en favorisant une convergence avec la relève contestataire marocaine pour une nouvelle approche du règlement du conflit du Sahara.

Sur le flanc sud de l’Europe tenu par les rets de la Mondialisation se dresse désormais un monde rebelle, dans son ancienne chasse gardée, une zone qu’elle vouait à faire office de glacis stratégique contre la percée chinoise en Afrique, la zone d’externalisation de la politique de la lutte contre l’immigration sauvage arabo africaine.

Au lendemain du printemps arabe de 2011, le plus grand défi du monde arabe est de porter la dynamique de réformes au sein des monarchies arabes, curieusement épargnée par la contestation, particulièrement les pétromonarchies du golfe, le foyer de l’intégrisme et de la régression sociale, qui se trouvent par ailleurs être les principaux alliés du Maroc dans le conflit du Sahara occidental en même temps que les alliés objectifs d’Israël dans la confrontation palestinienne.

Le règlement du conflit palestinien et du conflit sahraoui paraissent devoir passer par le rééquilibrage des rapports interarabes, par le placement en état défensif des pétromonarchies, prélude à une modification radicale de leurs alliances internationales, particulièrement leur allégeance inconditionnelle aux Etats-Unis, le protecteur d’Israël.

Dans la décennie 1970-1980, alors que le Liban servait de guerre de dérivation au processus de paix égypto-israélien, la pression s’est portée sur la Syrie et l’Algérie en vue de briser la détermination des deux principaux foyers du «Front de refus arabe» aux menées israélo-américaines dans la zone. La crise cardiaque du président syrien Hafez Al Assad, en 1976, en plein siège du camp palestinien de Tall el Zaatar, dans la banlieue est de Beyrouth, a laissé espérer une brèche pour une redistribution des cartes à l’échelle régionale. Son rétablissement suivi de la maladie fatale du président algérien Houari Boumediene, en 1979-1980, a privilégié la déstabilisation vers l’Algérie, par le financement d’un prosélytisme islamique par les fonds saoudiens.

Le ralliement de la dynastie wahhabite à la coalition occidentale anti Saddam Hussein a quelque peu distendu les liens entre les islamistes algériens et leurs parrains saoudiens, sans pour autant mettre un terme à la dynamique de la guerre intestine qui ravagera l’Algérie pendant dix ans, entraînant sa marginalisation au niveau de la diplomatie régionale arabe.

Le même schéma paraît se reproduire avec la constitution d’un glacis pétro monarchique contre révolutionnaire par l’adjonction du Maroc et de la Jordanie, les deux grands alliés d’Israël au Conseil de Coopération du Golfe.

Sauf à se résoudre au fait accompli, le bloc républicain arabe devrait veiller à créer les conditions d’un Fukushima politique sur les pétromonarchies, particulièrement l’Arabie saoudite, le cœur nucléaire de l’intégrisme mondial et le foyer absolu de la régression sociale, afin de redonner une plus grande cohérence sociale et économique entre les deux versants du monde arabe, la zone méditerranéenne de pénurie et la zone d’abondance du golfe pétrolier, à l’effet d’établir un rapport de force qui lui soit favorable en vue de favoriser un règlement du conflit du Sahara occidental et les autres points du contentieux interarabe.

Et pour les Sahraouis de désenclaver leur problème pour le sensibiliser à l’échelle du monde arabe. Tant il est vrai qu’ «il ne saurait y avoir de victoire politique possible sans une victoire culturelle préalable» (Antoine Gramsci).

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Prisons irakiennes : les détenues sont toujours en danger

février 26th, 2013 by Gilles Munier

On sait que la détention de plus de 5 000 femmes par le régime de Nouri al-Maliki est à l’origine des manifestations qui se propagent en Irak depuis la fin décembre 2012. La majorité d’entre-elles, sunnites, sont toujours en danger, utilisées comme otages pour obliger un de leurs proches, fiché comme opposant, de se rendre aux forces de sécurité ou d’avouer des crimes qu’il n’a – la plupart du temps – pas commis.

En Irak, pour faire parler les récalcitrants, les interrogatoires comprennent des scènes d’humiliations sexuelles, voire des viols, parfois en présence des enfants des parents détenus.

Cette méthode a été mise au point par les troupes d’occupation britanniques et leurs supplétifs irakiens aujourd’hui au pouvoir. Le député irakien Mohammed al-Dainy avait répertorié 1 053 cas de viols commis par les occupants et leurs supplétifs irakiens entre 2003 et 2007 (1) … Depuis, la situation a empiré.

Acculé par les manifestants, Maliki avait promis de libérer toutes les femmes « arrêtées et détenues sans mandat judiciaire » ou suite à « un crime commis par un homme de leur famille». Environ 200 femmes l’auraient été, sans que l’on sache si c’est exact ou s’il s’agit d’une mystification ; d’autres auraient été transférées dans une des prisons de leur province d’origine.

Human Right Watch s’étant fait l’écho d’un rapport du Parlement irakien affirmant de 1 030 prisonnières ont été victimes d’abus – y compris sexuels -, Nouri al-Maliki a répliqué en menaçant d’«arrêter les parlementaires qui discutent des violences subies par les femmes en détention ». Le Premier ministre irakien ferait mieux d’arrêter et de juger les tortionnaires qui les ont abusées s’il veut calmer un peu la colère des manifestants des régions à majorité sunnite.

(1)http://lib.ohchr.org/HRBodies/UPR/Documents/Session7/IQ/JS7_UPR_IRQ_S07_2010_JointSubmission7.pdf

 

Source: For Iraqi women, America’s promise of democracy is anything but liberation, par Haifa Zangana (guardian.co.uk – 25/2/13)

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/feb/25/iraqi-women-american-promise-democracy

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L’opération Serval peut aussi s’expliquer par la nécessité militaire de donner du service à des éléments qui ont fait l’Afghanistan. Un service que les Etats-Unis rendent en faisant avancer le pion français au Mali, d’autant que les marines et autres GI’s ont encore quelques affaires à régler en Afghanistan. De plus, cela passe mal pour les Etatsuniens de s’ingérer dans un pays d’Afrique après la Libye, la Syrie et le Yémen où ils n’ont pas laissé une bonne impression au sein de l’opinion musulmane.

Entreront-ils au Mali en 2014, lorsque leur retrait d’Afghanistan sera total, et surtout lorsque les conditions militaires et/ou politiques auront été réunies ? Le pourrissement de la situation au Mali servira probablement de prétexte d’une entrée des Etats-Unis, et l’histoire montre que les Américains apprécient les conflits ouverts par les Français, le Vietnam étant le meilleur exemple. La France s’est donné le mandat de s’immiscer au Mali à coups de mensonges et subterfuges. Hollande a dit qu’il laissait la doctrine néocolonialiste Françafrique derrière lui, mais elle colle à la politique extérieure française, surtout dans le lourd héritage d’un parti socialiste marqué de forts relents mitterrandiens. Sarkozy l’a prouvé en Côte d’Ivoire, en se donnant ainsi un véritable pouvoir politique dans ce pays après avoir dégommé Gbagbo et placé Ouattara, comme Chirac l’a fait en 1999, en fomentant un coup d’Etat militaire contre le président Henri Konan Bédié, ouvrant ainsi pour ce pays plus d’une décennie de guerre, de massacres et de violences ethnico-religieuses. Laurent Gbagbo avait fermé la base française d’Abidjan, alors la France imposera Ouattara qui prétendait avoir gagné les élections face à son prédécesseur : il permettra le maintien de la base française. Au Tchad, la France maintient un millier d’hommes appelés dans le cadre du dispositif Epervier mis en place pour sauver un certain criminel, Hissène Habré, le président tchadien putschiste installé par la France et qui a appelé Paris à l’aide lorsque le président déchu, Goukouni Oudeï, a essayé de reprendre le pouvoir avec l’aide de Kadhafi, en 1986. Responsable de la mort de presque 40 000 personnes et de nombreux assassinats politiques, Habré sera d’ailleurs arrêté, mais, à ce jour, la France ne permet pas son jugement par la cour internationale de justice. La fin de la mission de l’opération Epervier au Tchad est proche et elle risque d’être fermée d’autant, qu’en 2010, le président Idriss Deby avait reproché à la France de ne rien payer pour sa présence militaire. Une opération coup-de- poing au Mali va donner à réfléchir à ces présidents qui osent chasser les troupes françaises et suivre les conseils de l’artiste Alpha Blondy qui chantait : «Armée française allez-vous en ! Allez-vous en de chez nous… Nous ne voulons plus d’indépendance sous haute surveillance.» En 1960, l’armée française comptait 30 000 hommes en Afrique ; en 1980, 15 000 ; aujourd’hui, ils sont à peine plus de 5 000, répartis sur trois bases : au Gabon (980), au Cap-Vert (1 200) et le plus gros contingent est à Djibouti (2 900). Rien qu’en 2011, près de 2 500 soldats ont quitté Djibouti (république de Djibouti), Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d’Ivoire) où la force Licorne n’est plus que de 450 hommes. Avec un budget de 800 millions d’euros par an en 2008, pour la présence française en Afrique (sur un budget militaire français de 31,4 milliards d’euros en 2013), la France ne peut pas avoir les mêmes objectifs géostratégiques que les Etats-Unis qui octroient à la Défense près de 50% du budget étatique alors qu’en France, il n’est que le deuxième après l’éducation. En début d’année, la fermeture de la base française au Sénégal avait confirmé le désir de plusieurs chefs d’Etat africains de voir ces symboles de la Françafrique disparaître. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a récemment déclaré que le Sénégal ne sera «pas le dernier pays à maintenir une base (militaire) française en Afrique. Il ne peut pas y avoir d’agressions extérieures, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas qui peut agresser le Sénégal».

L’ingérence au nom du droit de défendre…

Cette fermeture des bases françaises en Afrique n’explique-t-elle pas l’acharnement de François Hollande à intervenir au Mali pour l’aider à se débarrasser des méchants «islamistes» ? Le drame n’a-t-il pas été scénarisé depuis le début, avec des armes qui se perdent en Libye, des partis fantoches qui se créent comme des champignons sous la pluie ? Beaucoup de peuples arabes n’ont pas pris conscience de la supercherie de cet hiver appelé «Printemps arabe» qui a amené des wahhabites au pouvoir et dans leur suite, et des crises à la chaîne, dont celle du Mali pourrait ouvrir la boîte de Pandore d’un terrorisme pour des décennies. L’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste, mais cet alibi a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces, les cas afghan et irakien étant des classiques des nouvelles ruses de l’impérialisme camouflé en ingérence humanitaire. En effet, le vœu du sioniste français Bernard Kouchner finira par se concrétiser, et l’ONU par adopter une résolution en 2009 autorisant la responsabilité de protéger, la R2P (Responsibility To Protect) qui permet à la «communauté internationale» de s’ingérer pour pallier les «défaillances» d’Etats incapables de prendre en charge leur propre population. C’est pour sauver des populations civiles de prétendus massacres que l’ONU a adopté la résolution 1973 qui a permis à l’OTAN d’intervenir en Libye. Au nom de cette ingérence humanitaire, la France est pressée d’intervenir pour s’incruster dans un Mali convoité dont le président déchu, Amadou Toumani Touré, lui aurait refusé l’installation d’une base militaire. En forçant la main aux nouvelles autorités, putsch-invasion-libération aidant, Paris finirait par avoir sa base. Les Etats-Unis, eux aussi, cherchent un pays où installer la base de l’Africom, et ils l’a trouveront probablement dans le pays qui s’avérera le plus faible ou le plus choyé par de futurs libérateurs : le Niger où, selon le New York Times, ils viennent de décider de la création d’une base pour le lancement de drones, ce qui augure de beaux jours pour Al-Qaïda, Ansar Dine, Mujao et autres mercenaires pseudo-djihadistes dans la région. Le fait que les Américains participent à l’intervention française n’annule pas tout ce qui vient d’être dit plus haut sur la différence de point de vue entre la Maison- Blanche et l’Elysée, car il n’y a pas de différend entre puissances amies mais néanmoins rivales. Tout n’a été que mensonges et camouflage pour préparer les conditions d’une intervention au mépris des milliers de réfugiés, des morts et des mains coupées ? L’impérialisme français ou américain n’a jamais fait cas de la vie humaine, et ce qui se passe en Syrie, en Irak et au Pakistan montre l’insensibilité implacable des atlantistes. Le raid israélien contre la Syrie pendant que les pays de l’OTAN y envoient leurs mercenaires atteste que notre analyse est juste. Maintenant, on comprend aussi pourquoi ni la France ni les autres pays, qui ont accouru avec leurs avions au Mali, ont préféré cette option à mettre la main à la poche pour offrir la modique somme de 375 millions de dollars nécessaire aux forces de la Misma. On comprend aussi pourquoi l’ONU n’a pas demandé une aide internationale pour les réunir ni pour l’envoi des troupes africaines : l’intervention française était déjà dans les plans entre Obama, Hollande et Cameron. Les Russes, préoccupés à sauver la Syrie, ne se sont pas ingérés dans la question : ils ont été éjectés de l’Afrique, y compris par cette ancien ami algérien qui a participé aux exercices de l’OTAN en même temps qu’Israël en 2010… Plusieurs auteurs partagent la thèse du complot impérialiste au Mali, la France, l’ancien maître colonial est naturellement choisi «parmi les puissances occidentales pour diriger une aventure néo-impérialiste dans cette région stratégiquement importante», écrit Finian Cunningham, un journaliste irlandais.(1) Les sommes dépensées par l’armée française dans le cadre de l’opération Serval (pour rendre servile ?) ont dépassé 30 millions d’euros en une semaine sur un budget de 630 millions d’euros destiné aux Opex (opérations extérieures) par le ministère de la Défense français, ce qui signifie d’ailleurs que ce budget ne pourrait pas tenir plus de deux mois. Cela signifie-t-il, par conséquent, que la France va se désengager du conflit malien au-delà de mars-avril, ou bien, va-t-elle s’engager pour une durée imprévisible malgré sa récession économique ? On ignore si les pays du Golfe vont payer la facture comme en Libye et en Syrie, car il n’a rien filtré de la visite de Hollande aux EAU. Le 13 janvier, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que la France n’a «pas vocation à rester éternellement dans ce pays», ce qui contredit ses propres déclarations quinze jours plus tard et celles d’autres officiels français.

Les associations «caritatives» qataries

Quelle va être la durée du conflit ? Militairement, il aurait été très facile pour l’armée malienne à elle seule de se débarrasser de ces bandes criminelles, à condition que le fonds de commerce de l’Azawad ne soit pas utilisé. Les Maliens ont subi un traumatisme qui les place dans le camp de l’opposition totale aux islamistes qu’ils aideront à éradiquer et à combattre. Sages, les Touareg ont compris que leur credo a été sali par le MNLA. Ils ont conscience qu’un démembrement du Mali sera dramatique pour eux et pour la région, comme ils le voient dans un Soudan divisé mais instable. La deuxième condition est le départ rapide des forces occidentales, et la non-implantation de bases américaines ou françaises. Or, malheureusement, comme nous l’avons écrit plus haut, une base américaine va bientôt être créée au Niger. Les Français auront-ils la leur au Mali ? Dès lors que le ver sera dans le fruit à cause de ces bases, il sera impossible de prévoir une fin heureuse pour le conflit dans la région. Et tant que les associations «caritatives» qataries qui financent le terrorisme et le soutiennent, y compris sur le plan médical et chirurgical, l’issue n’est pas optimiste, de surcroît si la Maison-Blanche fait toujours semblant d’oublier les accusations graves portées par l’amiral Giampaolo Di Paola, président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des pays de l’OTAN, qui disait que «plus de 10 000 missiles sol-air» ont été perdus par l’OTAN en Libye et celles portées par Mahmoud Jibril, le chef du parti au pouvoir dans ce pays, disant que le Qatar refuse de récupérer les armes «oubliées» chez les groupes islamistes libyens, entendez par-là, celles du GICL (lire 2e partie). Le pays, qui accepte de servir de tremplin pour les forces atlantiques, permet la propagation du terrorisme. En Irak, dix années durant, Al-Qaïda – dont le but supposé était de nuire aux forces coalisées – a tué des centaines de milliers d’Irakiens à travers des attentats à la bombe dont la plupart n’étaient même pas placés à proximité des unités coalisées. Ce sont les forces révolutionnaires chiites et sunnites et quelques supporters de Saddam qui ont ciblé les 5 000 Américains et les quelques dizaines de Français ou d’Allemands, tués en Irak, et non pas les djihadistes financés, formés et soutenus par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe pour créer le chaos dans ce pays et lui faire le plus de mal possible. Depuis le fameux «Printemps arabe», plusieurs pays servent de bases arrière aux groupes terroristes ou leurs assurent une formation : la Jordanie, la Turquie et le Liban abritent des milliers de terroristes qui sont en train de détruire la Syrie. 100 000 terroristes sont entrés en Syrie, dont 90% par le territoire turc. La Tunisie, la Libye et l’Egypte ont des agences et des agences de voyages servant au recrutement de terroristes destinés à la Syrie. Selon les déclarations d’un jeune Tunisien revenu de Syrie, après son recrutement dans une agence de voyages ayant pignon sur rue à Tunis, il aurait suivi une formation d’une semaine avant d’être transféré en Libye, puis vers la Turquie. Les terroristes d’aujourd’hui sont des mercenaires sans conviction, intéressés par l’argent qatari ou saoudien, les principaux payeurs des nouvelles guerres impérialistes par l’entremise du terrorisme. Le terrorisme «islamiste» est transnational, mais il ne frappe que les pays musulmans et africains. Il est international mais les victimes sont musulmanes. Voilà pourquoi il y a dans les paroles de Hollande et de Cameron une indécence et un cynisme qui font honte. Le terrorisme est une création occidentale et il n’a jamais menacé ni touché les intérêts occidentaux : de nombreux ouvrages, les nombreuses preuves, les innombrables zones d’ombre attestent que tous les attentats où il y a eu des victimes occidentales ont un lien (de complicité avérée ou de négligence volontaire) avec la CIA ou les autres services de renseignements occidentaux. Les affaires libyennes, syriennes et maliennes attestent que l’Occident ne cache même pas son alliance avec le terrorisme.

A. E. T.

 

1. http://www.silviacattori.net/article4154.html

 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’OccidentPar Ali El Hadj Tahar, 25 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (15e partie) Profondeurs stratégiques algériennes et sécurité des frontières, 27 février 2013 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? Fermer les frontières quand le feu est dans la maison ! (16e partie et fin) , 01 mars 2013

 

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Depuis plusieurs années le gouvernement conservateur de Stephen Harper est vivement critiqué pour sa gestion idéologique de l’aide internationale. Connu pour ses liens avec la droite religieuse et son appui inflexible à Israël, le gouvernement Harper a sabré le financement de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) à des organisations non gouvernementales (ONG) comme KAIROS promouvant, entre autres, les droits humains des Palestiniens.

Récemment il a décidé de revoir le financement destiné à des projets en Haïti invoquant l’absence de progrès.

Rappelons que le « progrès » en Haïti a été gravement entravé en 2004 lorsque les États-Unis, avec l’appui du Canada et de la France, ont orchestré un coup d’État contre le très populaire président Jean Bertrand Aristide, élu démocratiquement.

Aristide devait mettre en place des mesures pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Haïtiens, une série de mesure que craignaient l’élite haïtienne et leurs partenaires étrangers, qui profitent des conditions de quasi-esclavage de la plupart des Haïtiens.

Un gouvernement conservateur aurait probablement agi de le même manière que les libéraux de l’époque.

Les conservateurs sont tout récemment à nouveau passés au crible pour avoir subventionné un groupe religieux anti-gay en Ouganda.

Les médias, traditionnels comme alternatifs, suggèrent que le gouvernement Harper a transformé l’institution neutre et bien établie qu’était l’aide internationale, autrefois à l’abri de l’influence des intérêts politiques et financiers des partis au pouvoir :

« Le problème est que Stephen Harper a renversé 60 ans de consensus sur le rôle central de la société civile au Canada et auquel ont adhéré tous les gouvernements précédents. Tous les gouvernements précédents ont financé des groupes de la société civile et des ONG même lorsqu’ils défendaient des politiques allant à l’encontre de celles du gouvernement. Les gouvernements l’ont peut-être fait à contrecœur et n’ont peut-être pas été aussi généreux que certains d’entre nous le souhaitaient. Toutefois, le fait que nos gouvernements aient financé des groupes critiques à leur égard ou ayant des priorités compétitives constitue l’un des triomphes discrets de la démocratie canadienne.

Ce n’est plus le cas. Avec Stephen Harper, vous devez suivre la ligne de parti ou l’on vous écarte. » (Gerry Caplan, Kairos case is a reminder of the real Harper agenda, rabble.ca, 20 février 2011.)

Il est incorrect de dire que « [t]ous les gouvernements précédents ont financé des groupes de la société civile et des ONG même lorsqu’ils défendaient des politiques allant à l’encontre de celles du gouvernement ». Le livre Paved with Good Intentions – Canada’s Development NGOs from idealism to imperialism (Pavé de bonnes intentions – Les ONG canadiennes de développement, de l’idéalisme à l’impérialisme) le prouve et « dévoile la face cachée du rôle des ONG ».

Comme dans la plupart des pays développés, les ONG canadiennes de développement ont en réalité servi les intérêts du pays ici et ailleurs et ce n’est pas seulement depuis que le gouvernement actuel a pris le pouvoir que les ONG doivent suivre une ligne de parti.

Mondialisation.ca a rencontré l’un des auteurs du livre, Nik Barry Shaw, qui explique les origines des ONG de développement au Canada et comment elles sont utilisées comme instruments de politique étrangère. Voici la première partie de l’entrevue.


Entretien avec Nik Barry-Shaw par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Comment avez-vous découvert l’influence du financement gouvernemental sur les ONG?

Au départ il s’agissait d’une conjecture. Nous étions impliqués dans les mouvements de solidarité avec Haïti au début des années 2000 et nous avons entendu beaucoup de critiques envers les ONG. Nous savions que leur position en Haïti était alignée à 100 % avec les intérêts de la politique étrangère du Canada. De toute évidence, cette influence a lieu derrière des portes closes et il est difficile de prouver son existence.

En raison de l’influence des mouvements antiguerre et de la théorie de libération, vers la fin des années 1960-1970 une poignée d’ONG ont tenté de prendre une position plus radicale et ont fait ce que les activistes devraient faire de nos jours : critiquer les intérêts des entreprises privées canadiennes dans l’hémisphère sud, en Afrique du Sud, au Guatemala, les intérêts miniers au Chili, l’alignement de la politique étrangère canadienne sur celle de l’empire étasunien, etc. La critique a pris de plus en plus d’importance dans leur travail et de nombreux projets ont été influencés par ce qu’ils appelaient l’idéologie de la solidarité, laquelle consistait à dire aux Canadiens : « Nous devons nous battre aux côtés des opprimés dans ces pays. »

Le financement des ONG était de nature gouvernementale dès le départ et le gouvernement canadien exerçait peu de contrôle (ne s’attendant probablement pas à ce que ça déraille comme dans le cas de CUSO, une ONG fondée par Keith Speicer et d’autres personnes liées aux universités et au Parti libéral du Canada). CUSO a fait appel à Lester B. Pearson et demandé du financement et de nombreuses autres ONG ont emboîté le pas. CUSO était la première ONG financée par un gouvernement. Les largesses dont elle a bénéficié de la part du gouvernement ont poussé les autres à demander du financement et cela a donné le coup d’envoi d’un système de subventions de contrepartie.

Dès le départ, cette création gouvernementale servait explicitement à convaincre les « Canadiens ordinaires » que le Canada devait prendre sa place sur la scène mondiale, que notre rôle dans la Guerre froide était de développer le tiers-monde et que les ONG créeraient ce contact humain entre les Canadiens et le programme d’aide, lequel n’existerait pas sans cela, puisqu’il ne serait pas pertinent pour les « Canadiens ordinaires ».

Il est toutefois étonnant de voir qu’une poignée d’ONG, dont CUSO, la plus importante à l’époque, ont fini par faire exactement le contraire! Ils ont fait le procès de l’aide internationale et de la politique étrangère canadienne et sont allés au cœur du problème, à savoir que les entreprises privées dominent l’économie mondiale, que la politique étrangère des gouvernements occidentaux a joué un rôle dans cette domination et l’a favorisée en appauvrissant l’hémisphère sud. Bien entendu, cela était inacceptable pour le gouvernement.

Cela a donc donné lieu à des tensions accrues entre les ONG et le gouvernement canadien, qui s’est mis à exercer plus de contrôle sur le financement, allant jusqu’à le retirer complètement dans le cas de CUSO en 1979. On a dit aux responsables de CUSO qu’ils ne recevraient pas d’argent tant qu’ils ne réorganiseraient pas entièrement leur structure. Sous l’influence d’éléments plus radicaux, CUSO avait jusque-là favorisé une gestion davantage démocratique en donnant plus de pouvoir aux personnes sur le terrain, en décentralisant et en permettant à des gens en dehors du siège social de développer les programmes.

Le gouvernement a dit : « Nous nous débarrassons du conseil d’administration élu démocratiquement, nous le remplaçons par un groupe de personne de l’extérieur et nous allons centraliser à nouveau le processus décisionnel au siège social. » Ils voulaient que les personnes responsables leur rendent des comptes à eux et non pas aux personnes en Tanzanie par exemple, avec qui l’ONG travaillait.

Donc nous avons découvert qu’il existait des exemples très clairs et du domaine public indiquant où le gouvernement était intervenu et avait vraiment imposé son programme à des organisations bénéficiaires de financement gouvernemental.

Ces dernières années les coupes du gouvernement Harper relativement aux ONG qui défendent, par exemple, les droits humains des Palestiniens ont donné l’impression que l’orientation politique du financement des ONG est une nouvelle tendance initiée par le gouvernement Harper. En réalité, le financement gouvernemental a pratiquement toujours été aligné à la politique étrangère.

Oui, le premier exemple cité dans le livre date de 1970-1975, au moment où le CCCI (Conseil canadien pour la coopération internationale) s’est vu retirer son financement après avoir organisé l’envoi d’une délégation à une conférence des Nations Unies à Rome sur la crise alimentaire – c’est fou comme les temps changent! La délégation a vivement critiqué la position du gouvernement et cela a eu des échos jusqu’au Canada, menant à une refonte assez importante du programme d’aide alimentaire. Ce dernier a été amélioré à certains égards, cependant la conséquence principale a été le retrait du financement par le gouvernement libéral, dirigé par Pierre Elliot Trudeau à l’époque.

Il y a définitivement un parallèle entre ce qui se passe au niveau international avec les ONG de développement et au niveau national avec les organisations communautaires. Trudeau voulait créer une société participative, donc beaucoup de fonds sont allés à ces organisations, mais cela se faisait toujours sous certaines conditions. En termes marxistes, cela consiste à bâtir l’hégémonie, cette idée voulant que la classe dirigeante s’approprie les initiatives et les idées des mouvements d’opposition, les transforme en en faisant des instruments inoffensifs qui défendent l’ordre existant. Cela donne l’impression que les dirigeants sont prêts à faire des réformes alors qu’en réalité ils absorbent les éléments d’opposition, les neutralisent et les utilisent pour défendre le statu quo.

C’est ce que l’on appelle la fabrication du consentement?

Oui et cela dure depuis longtemps.

Comment vous est venue l’idée d’écrire à propos des rouages du financement des ONG?

L’idée est venue de mon implication dans le mouvement de solidarité avec Haïti et des conflits que nous avons eus avec les ONG en 2004-2005. Nous nous attendions à ce que ces organisations en faveur de la démocratie et des droits humains s’opposent clairement à ce qui se produisait en Haïti [au coup d’État des États-Unis de la France et du Canada], car, de toute évidence, ils ne pouvaient pas ne pas s’y opposer! [Pour en savoir plus sur Haïti et sur le coup d’État contre Jean-Bertrand Aristide, le premier président élu démocratiquement, consultez notre dossier sur Haïti]

Croyez-vous que ces ONG ont volontairement défendu l’intervention militaire ou qu’elles se sont fait avoir par la propagande contre Aristide?

Tout cela est complexe. À l’époque nous n’étions qu’un groupe de jeunes anglophones ayant certains liens avec la communauté haïtienne opposée au coup et nous manquions d’expérience et de crédibilité. Nous avons donc contacté d’autres personnes et tenté de nous faire des alliés dans la lutte, mais on nous disait : « Je connais quelqu’un de Développement et paix ou d’Alternatives et ils travaillent sur cette question depuis des années, ce sont de bonnes personnes et elles disent que vous avez complètement tort, donc — fin de la discussion. »

C’était difficile parce qu’ils ne voulaient pas regarder les faits et prenaient leurs décisions en fonction de leurs contacts. Et si on leur disait : « Vous avez pris tout cet argent du gouvernement et vous avez cette opinion sur Haïti en raison de l’implication du Canada dans le coup, vous êtes vendus, vous êtes des pions », alors ils nous répondaient : « Non, nous ne somment pas des pions, nous reflétons la position de nos partenaires en Haïti. » Et c’est vrai, ils la respectaient.

Alternatives travaillait avec un groupe nommé Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), un regroupement d’ONG de gauche, anti-néolibérales, dirigé par Camille Chalmers, un économiste à l’université d’État d’Haïti, et il est vrai qu’Alternatives reflétait leur position. Mais les questions qui se posent ensuite sont : Qui formaient ces groupes et pourquoi recevaient-ils du financement? Pourquoi Alternatives travaillait avec eux et non pas avec des groupes pro Lavalas [parti du président Aristide]? Pourquoi n’y avait-il aucune ONG au Canada travaillant avec le gouvernement, appuyant le gouvernement ou n’étant pas, à tout le moins, farouchement opposée à Jean-Bertrand Aristide et son mouvement Lavalas? Et nous parlons ici d’un mouvement appuyé par 50 à 60 % de la population, dont une très vaste majorité de démunis.

Ces ONG sont-elles donc malhonnêtes? Je crois que leur attitude est due en grande partie au fait que l’on adhère à ce que l’on fait, surtout dans les ONG de gauche. Elles diront qu’elles travaillent avec la base, avec la société civile, avec les gens qui se battent véritablement pour changer les choses. Il faut y croire pour pouvoir effectuer le travail, mais ce n’est pas la réalité. Qui est Camille Chalmers? Qu’est-ce que PAPDA? Et SAKS et toutes les ONG partenaires? Ce sont des Haïtiens de la classe moyenne! Des gens avec une éducation universitaire, très loin de la base, ayant une vie confortable, des bureaux climatisés, séparés du reste de la société en fonction de leur classe sociale et c’est ce que leur opinion reflète.

Lors du second coup, une majorité écrasante de la petite classe moyenne s’est alliée à la bourgeoisie et à des membres de l’ancienne dictature contre le reste de la société, contre le gouvernement et ses partisans des bidonvilles et de la campagne.

Toutefois les ONG ne voient pas cela parce qu’elles renoncent à analyser en fonction des classes sociales et ne peuvent pas reconnaître qu’en réalité, les groupes avec lesquels elles travaillent ne représentent pas vraiment la base et ne sont pas si liés aux gens ordinaires. Cela anéantit tout le mensonge des ONG, qui sont censées travailler directement avec les démunis, avec les organismes communautaires et les mouvements sociaux ou peu importe l’expression à la mode. Elles considèrent travailler directement avec la population, contrairement aux grandes agences d’aide officielles qui elles travaillent avec les gouvernements : « Les agences sont de grandes institutions qui fonctionnent en aval alors que nous, les ONG, fonctionnons en amont. » Et c’est ce qui fait le charme des ONG, alors que c’est fondamentalement faux puisque les ONG finissent par créer plein de petites structures descendantes et des relations hiérarchiques au sein même de la société haïtienne, ainsi qu’entre les organisations haïtiennes et les ONG étrangères.

Au début du livre vous mentionnez un bon exemple du manque d’intérêt des ONG internationales pour les organisations communautaires haïtiennes. Vous expliquez que ce sont ces dernières qui ont initié la chute de la dictature de Duvalier et qu’au lieu de s’associer à celles-ci, les ONG internationales les ont remplacées ou se sont alliées à des ONG dirigées par l’élite haïtienne.

Il s’agit en quelque sorte d’un processus inconscient et inévitable. Après le premier coup en 1994, de nombreuses ONG internationales se sont rendues en Haïti pour tenter de travailler avec les organisations populaires. Cependant la structure des ONG, l’ampleur de la bureaucratie, la quantité de paperasse à remplir et la satisfaction des attentes des donateurs qui financent les ONG canadiennes, tout ça fait qu’il est impossible de travailler avec des gens issus de la classe ouvrière démunie. Cela nécessite de travailler avec des gens ayant une éducation universitaire, qui proviennent de l’élite relativement privilégiée et qui savent comment s’y prendre pour obtenir du financement.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne représentent pas le reste de la population, mais, en conséquence, cela pousse les ONG à travailler davantage avec des gens qui ne sont pas nécessairement en lien avec la base et s’il n’y a pas d’importantes redditions de comptes entre la classe moyenne en haut qui reçoit le financement et les gens à la base que l’on prétend appuyer, alors il arrive parfois que l’organisation devient un véhicule pour la personne dirigeante. Par ailleurs le financement a tendance à repousser la reddition de compte vers le bas et je crois que c’est ce qui s’est produit avec certaines organisations en Haïti. Elles ont reçu des sommes importantes après 1994 et elles étaient très militantes et très pro Lavalas durant un certain temps, mais plus elles recevaient de financement, plus le pouvoir se centralisait dans les mains des personnes en mesure d’obtenir ce financement et elles sont devenues dépendantes des donateurs auxquels elles devaient continuer à plaire.

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L’art de la guerre : L’Europe vole sur le nEUROn

février 26th, 2013 by Manlio Dinucci

Alors que l’euro continue à perdre de l’altitude et risque de s’écraser, le nEUROn décolle. Ce n’est pas un euro de nouveau cours. C’est un vélivole de combat non piloté d’un nouveau type. Les drones actuels, comme le Predator étasunien, sont pilotés à distance par des opérateurs installés à une console, dans une base aux Usa à plus de 10mille Kms de distance : à travers des vidéocaméras et des senseurs à infrarouges, ils repèrent l’objectif (une maison, un groupe de gens, une voiture en mouvement), et le frappent avec des missiles « Feu de l’enfer ». Ces drones et d’autres sont de plus en plus employés dans les « guerres couvertes » en Afghanistan, Pakistan, Irak, Yémen, Somalie, Libye et ailleurs.

Pour soutenir l’opération militaire française au Mali, on installe maintenant au Niger une base de drones Usa, qui s’ajoute à celles qui sont déjà opérationnelles en Ethiopie et dans quelques autres pays africains. La U.S. Air Force est en train d’entraîner plus de « pilotes éloignés » que de pilotes de chasseurs bombardiers. Mais les problèmes ne manquent pas : les pilotes aux consoles ne risquent pas leur vie, mais ils sont sujets à de gros stress qui, selon une étude du Pentagone, provoquent dans de nombreux cas angoisse et dépression.

La guerre évidemment déprime, même quand on tue en appuyant sur un bouton à 10mille Kms de distance. Mais ces problèmes seront bientôt résolus : on est en train d’expérimenter des vélivoles complètement robotisés, comme le X-37B de la U.S. Air Force, qui peuvent même se passer des pilotes aux consoles. Parmi ces vélivoles non pilotés de combat se distingue le nEUROn, issu d’un programme européen conduit par la société française Dassault, auquel participe la société [italienne] Alenia Aermacchi en tant que premier partenaire industriel, avec aussi un pourcentage de 22% des coûts (quantifiés dans la phase initiale à 400 millions d’euros). Un groupe de sociétés italiennes dont Selex Galileo (Finmeccanica) participe aussi au programme, avec Alenia Aermacchi comme chef de file national.

Le prototype du nEUROn (au développement duquel participent aussi la Suède, l’Espagne, la Grèce et la Suisse) a déjà effectué son premier vol. Il sera maintenant, pendant deux ans, soumis à un intense programme de tests, à Decimomannu (Sardaigne) aussi, pour vérifier sa capacité stealth (invisibilité aux radars) et celle de lancement de missiles et de bombes à guidage laser depuis la soute intérieure, avec un système « intelligent » projeté par Alenia qui « effectuera automatiquement la reconnaissance de la cible ». Une fois donnés les éléments de la mission, c’est l’intelligence artificielle du nEUROn qui guidera le vélivole sur la cible et, après que celle-ci aura été atteinte, le ramènera à la base. En silence radio total, pour éviter l’interception, et avec la possibilité de contrôler toute une escadre d’attaque de nEUROn de façon automatique par les chasseurs de dernière génération (type Rafale).

De cette manière, au 21ème siècle, la guerre impérialiste devient automatisée et invisible. De sorte que les parlementaires, qui soutiennent cette politique par un vote bipartisan, peuvent encore se présenter avec le visage de la démocratie.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 26 février 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130226/manip2pg/14/manip2pz/336548/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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La terre se dérobe sous les pieds de la Commission présidentielle d’enquête sur les attentats du 11-Septembre. La principale source de son rapport —Abou Zoubeida, dont les aveux furent extorqués sous la torture— est désormais officiellement considérée comme sans valeur. Et l’agent de la CIA qui a arrêté et interrogé Zoubeida a admis avoir tout inventé.

Photo : Lee Hamilton

Lee Hamilton fut durant 34 ans le représentant de l’Indiana au Congrès. En 1975, il rédigea le rapport aboutissant à la Doctrine Carter de sécurisation des champs pétroliers du Golfe et à la création du CentCom. Spécialiste du renseignement, il siégea dans divers Comités de la CIA. Il s’efforça d’étouffer les scandales de l’Irangate et du 11-Septembre en présidant les commissions d’enquête ad hoc. Il joua également un rôle crucial dans le revirement de politique US au Proche-Orient en co-présidant le Groupe d’étude sur l’Irak, en 2006.

 

Les auditions de confirmation de John Brennan, choisi par Obama pour diriger la CIA, sont au cœur de l’actualité. Mais parallèlement, un autre sujet lié à cette nomination a été largement ignoré par les médias aux États-Unis. Il s’agit de l’histoire d’Abou Zoubeida, dont les prétendus témoignages — extirpés sous la torture alors que Brennan dirigeait le Centre des menaces terroristes de la CIA —, ont construit les bases du récit officiel du 11-Septembre. Récemment, j’ai pu m’entretenir avec Lee Hamilton, l’ancien vice-président de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Je l’ai interrogé sur la nouvelle position du gouvernement à propos d’Abou Zoubeida, et sur les graves problèmes induits par ce revirement relatifs au Rapport de la Commission sur le 11-Septembre.

En effet, comme le soulignait mon précédent article sur cette affaire, Zoubeida est au centre d’une remise en cause du récit officiel des attaques du 11-Septembre. [1] Durant le mandat de Brennan, d’importantes preuves contre al-Qaïda auraient été rassemblées grâce aux nombreuses tortures infligées à Zoubeida par la CIA — dont au moins 83 simulations de noyade, des périodes où il était accroché nu au plafond, des projections violentes de cet homme contre un mur de béton, et d’atroces méthodes expérimentales du même genre —. Mais [depuis septembre 2009], le gouvernement des États-Unis affirme que Zoubeida n’a jamais été un membre ou un associé d’al-Qaïda. Il n’aurait donc pas pu être au courant des informations que la Commission sur le 11-Septembre lui attribue.

Dès le début de notre conversation, Lee Hamilton me déclara qu’il avait du mal à se souvenir de Zoubeida. Cette perte de mémoire est étrange puisqu’en 2008, dans le New York Times, il avait coécrit un article avec [le président de la Commission] Thomas Kean, afin de décrire comment la CIA entravait l’enquête sur le 11-Septembre. Or, cet article contenait de nombreuses références à Zoubeida. [2] Il affirmait que, « [d]epuis juin 2003, [la Commission avait] demandé tous les rapports de renseignement récoltés sur ces vastes sujets lors des interrogatoires de 118 individus nommément désignés. Ces derniers incluaient à la fois Abou Zoubeida et Abd al-Rahim al-Nashiri, deux importants agents d’al-Qaïda. » Kean et Hamilton écrivirent qu’« en octobre 2003, [ils envoyèrent] une nouvelle vague de questions au directeur juridique de la CIA. Une série d’entre elles incluait des dizaines de questions spécifiques à propos de ces rapports, dont ceux concernant Abou Zoubeida. »

Photo : John O. Brennan

John O. Brennan fut directeur de cabinet du directeur de la CIA George Tenet. Il fut le concepteur de la « Worldwide Attack Matrix » (Matrice de l’attaque mondiale) adoptée le 15 septembre 2001 par le président Bush, un vaste programme de propagande et d’assassinat politique dans le monde entier. Devenu conseiller de Sécurité de la Patrie du président Obama, il développa « Disposition Matrix » (le Système de la Matrice), un programme informatique pour déterminer les cibles à tuer et suivre les opérations d’assassinat. Il vient d’être confirmé directeur de la CIA malgré sa responsabilité personnelle dans le programme de torture de l’Agence.

Les demandes de la Commission sur le 11-Septembre auraient dû engendrer la publication d’archives remplies de révélations. En effet, alors que John Brennan dirigeait le Centre des menaces terroristes à la CIA, l’Agence filma les séances de torture infligées à Zoubeida ainsi qu’à d’autres personnes. De façon intentionnelle, elle manœuvra ensuite pour dissimuler ces informations à la Commission sur le 11-Septembre. Il est presque certain que John Brennan et George Tenet, alors directeur de la CIA, étaient tous deux impliqués dans les décisions relatives à cette obstruction. Pendant des années, ces deux hommes avaient travaillé en étroite collaboration. En tant que chef de station de la CIA en Arabie saoudite, Brennan était fréquemment en communication directe avec Tenet, évitant la chaîne de commandement habituelle. À cette époque, dans ce qui semblait être une faveur concédée aux Saoudiens, les analystes de la CIA furent dissuadés [par leur hiérarchie] de s’intéresser aux relations entre l’Arabie saoudite et les extrémistes arabes. [3] Visiblement, Brennan et Tenet avaient tendance à protéger certains individus suspectés de terrorisme, tout en dissimulant le traitement d’autres suspects par l’Agence.

Il a été révélé qu’en 2005, alors que Brennan dirigeait le Centre national de contreterrorisme, la CIA détruisit les enregistrements vidéo des tortures, Zoubeida figurant dans la majorité d’entre eux. [4] En expliquant l’obstruction de la CIA, Hamilton écrivit : « L’Agence n’a jamais révélé qu’un quelconque interrogatoire ait été enregistré, ou qu’elle ait eu en sa possession toute autre information pertinente, quelle qu’en soit la forme. Insatisfaits de cette réponse, nous en avons conclu que nous devions interroger nous-mêmes les détenus, dont Abou Zoubeida et quelques autres prisonniers. » [5]

Ainsi, en 2008, Lee Hamilton se rappelait très clairement qu’à deux reprises au moins, il avait demandé à la CIA des informations spécifiques au sujet de Zoubeida, et ce d’une façon potentiellement litigieuse. N’ayant pas reçu ces renseignements, Hamilton demanda à la CIA l’autorisation de l’interroger directement. L’Agence ne se contenta pas de rejeter cette requête, elle refusa également à la Commission l’accès aux interrogateurs ayant obtenu sous la contrainte le prétendu témoignage de Zoubeida. Cependant, malgré des refus aussi mémorables, Hamilton semble avoir tout oublié sur cet homme, excepté son sentiment qu’il n’aurait pas joué un grand rôle dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre. En effet, il me déclara que ses « souvenirs sont un peu flous sur ce sujet, mais les renseignements que l’on avait obtenu grâce à lui n’étaient pas déterminants dans notre rapport. » [6]

Parmi les possibles raisons de l’amnésie soudaine et peu convaincante de Lee Hamilton, nous pourrions citer le fait que le gouvernement US a récemment abandonné ses accusations contre ce « détenu », qui a été emprisonné par les États-Unis pendant onze ans sans avoir été inculpé. Ces rétractations à propos d’Abou Zoubeida créent des distorsions dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre, qui impliquent une évidente nécessité de le réviser.

Par exemple, en réponse à la requête en habeas corpus déposée par les avocats de Zoubeida, le gouvernement déclara ne pas soutenir que ce dernier « ait joué un rôle direct ou qu’il ait eu une pré-connaissance des attaques terroristes du 11 septembre 2001. » [7] Dans cette même réponse, le gouvernement affirma ne plus accuser Zoubeida d’avoir été « un membre d’al-Qaïda, [ou d’être] formellement identifié comme faisant partie de cette organisation. » Pourtant, la note 35 du Chapitre 5 du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre prétend exactement le contraire. Selon cette note, « Abou Zoubeida, qui travaillait étroitement avec la direction d’al-Qaïda, a déclaré qu’initialement, KCM [ou Khaled Cheikh Mohammed] présenta à ben Laden une version à moindre échelle du plan du 11-Septembre, et que ce dernier exhorta KCM d’étendre l’opération en faisant ce commentaire : ‘Pourquoi utiliser une hache quand vous pouvez utiliser un bulldozer ?’ » [8] Pour quelqu’un qui n’a jamais été associé à al-Qaïda, Abou Zoubeida avait une connaissance plutôt vaste et intime de cette organisation…

Lors de notre conversation, j’ai rappelé à Lee Hamilton qu’Abou Zoubeida était mentionné à plus de 50 reprises dans le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre. Je lui ai également rappelé que ses prétendus témoignages obtenus sous la torture jetèrent les bases de la version officielle du 11-Septembre. C’est également le cas des témoignages extirpés par les tortionnaires de KCM et de Ramzi ben al-Chaïba, tous deux [initialement] identifiés par Zoubeida comme étant impliqués dans ces attaques. Construisant l’arrière-plan de la légende officielle d’al-Qaïda, le rapport d’Hamilton qualifia Zoubeida d’« associé d’al-Qaïda », d’« allié de longue date de ben Laden », de « lieutenant de ben Laden » et de « lieutenant d’al-Qaïda ». [9] Malgré ces importantes références, Hamilton m’assura qu’il ne pouvait tout simplement plus se rappeler de Zoubeida, me disant que ses « souvenirs de cet homme [étaient] vraiment flous ».

Afin de lui rafraîchir davantage la mémoire, j’ai rappelé à Hamilton que son rapport citait neuf différentes dates d’interrogatoires d’Abou Zoubeida. En réponse, Hamilton déclara qu’il devait encore « faire un gros effort d’imagination pour se souvenir » de cet homme. Il semble que si Hamilton avait lu mon article sur Zoubeida, envoyé plus d’une semaine avant notre accord mutuel pour une rencontre et onze jours avant notre conversation, il aurait facilement retrouvé la mémoire. Au contraire, son incapacité à faire un effort d’imagination sur ce sujet rappelait l’excuse du « manque d’imagination » utilisée par la Commission lorsqu’elle proposa une explication globale du 11-Septembre.

Aujourd’hui, le gouvernement des États-Unis ne soutient plus que Zoubeida fût d’une manière ou d’une autre associé à al-Qaïda, et il affirme que cet homme n’avait aucune connaissance du 11-Septembre. C’est pourquoi j’ai demandé à Hamilton s’il pouvait expliquer comment Zoubeida aurait pu en savoir autant sur al-Qaïda, tel que l’affirme son rapport. Par un simple « non », Hamilton me suggéra que ces contradictions ne le dérangeaient pas.

Photo : John Kiriakou

John Kiriakou fut agent opératif de la CIA. Dans ce cadre, il travailla au sein du Gladio en Grèce. Ultérieurement, il fut conseiller de John Kerry à la Commission sénatoriale des Affaires étrangères. Il a reconnu avoir enlevé Abou Zoubeida au Pakistan et l’avoir mensongèrement présenté comme responsable d’Al-Qaida. Dans des déclarations contradictoires, il a admis l’avoir lui-même torturé, puis s’est rétracté. Entré en conflit apparent avec l’Agence, il a été condamné à 20 mois de prison pour révélation de secrets de la Défense ce qui a fait de lui une icône de la gauche états-unienne.

Notre discussion nous a ensuite menés à la récente condamnation de John Kiriakou, le directeur des opérations de contreterrorisme de la CIA au Pakistan après le 11-Septembre. Ce dernier aurait été à l’origine de la capture et des premiers interrogatoires de Zoubeida. Il est intéressant de noter que l’histoire de Kiriakou a vraiment évolué à l’image du récit officiel sur Abou Zoubeida. Selon des sources bien informées, « dorénavant, [lorsqu’il est question de Zoubeida,] Kiriakou admet avec une certaine désinvolture qu’il a en fait tout inventé. » [10]

Depuis, ce dernier a été acclamé en tant que lanceur d’alerte. Et il a récemment déclaré que John Brennan était un terrible choix pour diriger la CIA, puisqu’il avait adopté la torture [comme source de renseignement]. Kiriakou déclara avoir connu Brennan depuis les années 1990, et avoir travaillé pour lui à deux reprises. Comme l’a remarqué Kiriakou, lorsqu’il était à la CIA, Brennan « aurait dû être étroitement impliqué dans — pas nécessairement dans la mise en œuvre des méthodes de torture, mais dans les politiques, les politiques de la torture —. » [11] Ainsi, selon toute vraisemblance, Brennan serait un choix particulièrement mauvais [pour diriger la CIA]. Mais aujourd’hui, il est clair que les individus s’étant impliqués dans la torture n’auront pas à répondre de leurs actes, tout comme ceux ayant utilisé les témoignages extirpés de cette manière pour créer de faux rapports.

Dans cette même période, j’ai également pu m’entretenir avec Brent Mickum, l’avocat d’Abou Zoubeida. Contrairement à Lee Hamilton, Maître Mickum fut très direct et convaincant. Les informations qu’il a en sa possession suggèrent que Zoubeida fût victime de fausses accusations dès le début. Mickum pense qu’il pourrait exister des raisons alternatives expliquant pourquoi son client a été choisi pour être la première victime expérimentale de la torture — bien qu’il ne soutienne pas le meurtre d’innocents ou les attentats-suicides, et qu’il ait refusé à maintes reprises de rejoindre al-Qaïda —. Il s’attend à ce que son client soit inculpé cette année, mais il ne peut déterminer quelles seront les accusations. Plus aucune preuve ne soutient les allégations voulant que, d’une manière ou d’une autre, Zoubeida ait comploté avec al-Qaïda. Par ailleurs, les autorités ne peuvent lui attribuer le statut de « combattant ennemi » en vertu du Military Commissions Act de 2006, sachant qu’il a été capturé et torturé plusieurs années avant que cette loi ne soit promulguée.

Avec ces faits à l’esprit, j’ai demandé à Lee Hamilton si l’on devrait permettre à Abou Zoubeida de raconter sa propre version de l’histoire, puisqu’il est aujourd’hui avéré que la détention arbitraire et les tortures qui lui ont été imposées se basent sur des mensonges. Hamilton me répondit qu’il ne prendrait pas position sur ce sujet, de quelque manière que ce soit. Ce refus constitue une autre raison de suspecter que cet homme ne dira jamais la vérité sur l’utilisation, par la Commission sur le 11-Septembre, de témoignages indignes de confiance car obtenus sous la torture.

Bien qu’à de nombreuses occasions, Lee Hamilton ait publiquement déclaré qu’il considérait la torture comme immorale, et que les États-Unis devaient s’y opposer avec fermeté, ses actes et son travail indiquent le contraire. En effet, la contradiction flagrante face à laquelle il se trouve aujourd’hui est qu’en réalité, le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre constitue l’argument suprême pour justifier le recours à la torture. Car après tout, sans les prétendus témoignages obtenus par les tortionnaires d’Abou Zoubeida et des individus qu’il aurait alors identifié (en particulier KCM et Ramzi ben al-Chaïba), le rapport d’Hamilton aurait peu de fondements probatoires. Par conséquent, alors que le gouvernement US peine à inculper Zoubeida après avoir démenti ses liens avec al-Qaïda, ce rapport pourrait être remis en cause quelles que soient les accusations qui seraient finalement prononcées.

Kevin Ryan

Traduction : Maxime Chaix

Kevin Ryan : Ancien directeur du laboratoire d’expertise chimique de Underwriters Laboratories. Il fut renvoyé après avoir mis en cause le rôle de sa compagnie dans l’établissement du rapport du NIST sur les attentats du 11-Septembre. Il est co-rédacteur en chef du Journal of 9/11 Studies. Il est membre fondateur de Scholars for 9/11 Truth & Justice et du 9/11 Working Group of Bloomington.

 

[1] Kevin R. Ryan, « Abou Zoubeida, la ‘balance d’Al-Qaida’ », 17 janvier 2013, Réseau Voltaire. Article original : « Abu Zubaydah Poses a Real Threat to Al Qaeda », Dig Within, 15 octobre 2012.

[2] Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, « Stonewalled by the C.I.A. », The New York Times, 2 janvier 2008.

[3] James Risen, State of War : The Secret History of the CIA and the Bush Administration, Free Press, 2006. Version française État de guerre : Histoire secrète de la CIA et de l’administration Bush, Albin Michel éd., 2006.

[4] Mark Mazetti, « U.S. Says C.I.A. Destroyed 92 Tapes of Interrogations », The New York Times, 2 mars 2009.

[5] Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, Stonewalled by the C.I.A, op cit.

[6] Notes de mon entretien avec Lee Hamilton, 7 février 2013.

[7] Zayn al Abidin Muhammad Husayn v. Robert Gates, Respondents Memorandum of Points and Authorities in Opposition to Petitioner’s Motion for Discover and Petitioner’s Motion for Sanctions. Civil Action No. 08-cv-1360 (RWR), septembre 2009.

[8] Voir la note 35 du Chapitre 5 du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre, la source de ce renseignement étant « Intelligence report, interrogation of Abu Zubaydah, May 16, 2003 ».

[9] Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, 2 février 2005 pour l’édition française, 22 juillet 2004 pour l’édition originale (téléchargeable ici).

[10] Jeff Stein, « CIA Man Retracts Claim on Waterboarding », Foreign Policy, 6 janvier 2010.

[11] Democracy Now, « Whistleblower John Kiriakou : For Embracing Torture, John Brennan a ‘Terrible Choice to Lead the CIA’ » 30 janvier 2013.

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Le Pape Benoît XVI : comme un Bilan

février 25th, 2013 by Tariq Ramadan

Le Pape Benoît XVI n’aura pas marqué l’Histoire d’une façon aussi particulière que son prédécesseur, le Pape Jean-Paul II. Ce dernier restera connu pour sa volonté d’ouverture, de service de l’humanité et de dialogue avec les spiritualités et les religions du monde. Quand le Cardinal Ratzinger est élu Pape, il y a huit ans, on sait déjà qu’il va réaffirmer la centralité du dogme, des principes et des règles de l’Eglise catholique. On le connaît théologiquement rigoureux, strict sur le dogme et la pratique, et sans concession vis-à-vis des autres traditions chrétiennes et des religions. L’Eglise est la vérité et doit le réaffirmer avec plus de clarté et de courage. C’est avec le souci de cette réaffirmation qu’il semble avoir conçu sa fonction papale.

Il faut reconnaître au Pape, qui aujourd’hui renonce, une impressionnante connaissance théologique, une intelligence méditative réelle et sincère. Il est fondamentalement catholique, profondément convaincu, avec un souci permanent de cohérence. Les premières années de son pontificat révéleront d’ailleurs les défauts de ses qualités au gré des relations avec le monde de la communication et des médias. Benoît XVI pense de l’intérieur, s’exprime en théologien féru de textes et de traditions, et quelques-uns de ses propos publics seront marqués du double sceau de la cohérence catholique et de la maladresse médiatique. Il passera lui-même du temps, ainsi que ses conseillers et représentants, à redire, réexpliquer, contextualiser un propos, une formule, un discours. Il ne fut pas un Pape des médias, mais bien un Pape de l’Ecriture, fidèle aux normes à rappeler, bien davantage qu’interpellé par les défis contemporains à relever.

Sa scrupuleuse cohérence l’a mené à affirmer des positions qui ont choqué à l’intérieur même de la famille chrétienne. Pour lui, au fond, la Vérité, et le seul vrai Salut, ne pouvaient être envisagés hors de l’Eglise catholique. Le dialogue avec les protestants, les orthodoxes, ou autres Églises chrétiennes était certes nécessaire et positif mais il ne devait pas faire oublier cette vérité. De fait, le dialogue avec les traditions monothéistes juive et musulmane, et au-delà avec l’hindouisme et le bouddhisme, était abordé avec la même cohérence : ces spiritualités et ces religions peuvent bien receler une part de vérité, elles ne sont en aucun cas des voies pour le salut des âmes. Le dialogue peut donc avoir pour objectif de discuter de principes éthiques communs, des pratiques respectives, ou des réalités sociales mais il ne peut être question de relativiser le fondement de vérité que seule l’Eglise catholique possède et incarne. Une position somme toute cohérente en amont, et logiquement – et dogmatiquement – exclusiviste en aval. Le Pape a ainsi incarné la cohérence fermée, et troublante, de l’esprit dogmatique : le dialogue interreligieux en devenait naturellement biaisé, dénaturé, presque inutile sinon sous l’angle de la compétition missionnaire ou de la comparaison des bonnes ou mauvaises pratiques.

C’est à la lumière de ces dernières préoccupations qu’il faut comprendre son propos à l’université de Ratisbonne en 2006. Sa relecture de l’histoire de l’Europe est nourrie par ses craintes quant à l’époque contemporaine. Deux menaces hantent le Vieux continent selon lui : la sécularisation qui marginalise la religion – en tant que foi, règles et espérance – et l’installation des musulmans dont le nombre, la pratique et la visibilité grandissants apparaissent comme un défi majeur pour l’Eglise catholique. C’est avec force – et quelques maladresses et inexactitudes historiques – que le Pape Benoît XVI va affirmer que les racines de l’Europe sont grecques et chrétiennes. Cette volonté de relire le passé, de réduire les racines de l’Europe à la tradition rationaliste hellène et à la foi chrétienne, ont pour but de réaffirmer l’identité de l’Europe : celle-ci ne peut-être définie sans le mariage centenaire de la raison grecque et de la foi chrétienne et les autres traditions, et particulièrement l’islam, sont des éléments exogènes à cette identité. L’Europe peut bien désormais compter des millions de citoyens musulmans, ceux-ci restent étrangers à l’identité profonde de l’Europe qu’il faut aujourd’hui rappeler, défendre, protéger. La vérité historique est pourtant bien autre et l’islam, comme le judaïsme, ont participé à la formation de l’âme européenne par leurs penseurs, leurs philosophes, leurs architectes, leurs écrivains, leurs artistes et leurs commerçants. L’islam est historiquement et actuellement une religion européenne et le propos du Pape est à décrypter à travers le prisme de la crainte de la présence musulmane et animée par un souci de réaffirmation missionnaire au coeur de l’Europe même.

C’est à travers ce même prisme que Benoît XVI s’engageait dans le dialogue interreligieux. Lors de nos différentes rencontres, dont la dernière à Rome en 2009, il ne fut jamais vraiment possible d’engager un dialogue sur les fondements théologiques et les principes : les débats, très vite, s’orientaient vers les pratiques respectives, le traitement des minorités chrétiennes en Orient. On pouvait certes parfois mettre en avant les valeurs communes, mais l’axe du dialogue était souvent la comparaison, la réciprocité, voire la compétition sur le terrain. Il faut certes engager ce débat sur le traitement des minorités chrétiennes en Orient car des discriminations existent et les musulmans doivent y répondre avec clarté, mais cela ne doit pas être le prétexte à éviter le débat théologique de fond ou plus largement la contextualisation historique et politique. Car enfin si les droits des musulmans sont parfois mieux respectés dans l’Occident sécularisé ce n’est certainement pas grâce au seul christianisme et s’ils sont parfois discriminés dans les sociétés majoritairement musulmanes ce n’est évidemment pas exclusivement à cause de certaines interprétations de l’islam. On ne peut faire fi des contextes historiques et politiques qui vont bien au-delà du strict dialogue interreligieux. Confiner le dialogue – avec les autres religions en général et avec l’islam en particulier, à ces postures missionnaires (face à la menace de l’islam en Occident) et systématiquement critiques (en pointant du doigt les contradictions dans les sociétés majoritairement musulmanes) ne peut qu’en dénaturer la substance et n’avoir que peu d’impact sur une meilleure connaissance mutuelle et un vivre ensemble fructueux, proactif, respectueux et harmonieux.

Il faut regarder la réalité en face, l’Eglise a désormais un réel problème avec la jeunesse. Les dernières années du Pape Jean-Paul II et la renonciation, à 85 ans, de Benoît XVI se révèlent être comme des symboles de l’époque : l’Eglise apparaît frileuse, sur la défensive, loin du monde, arcqueboutée sur des principes que des millions entendent et que très peu appliquent. Les églises d’Europe et d’Occident se vident et les fidèles sont de plus en plus âgés. Il faut espérer que le prochain Pape aura cet atout de la jeunesse d’esprit mariant le sérieux et la compétence théologiques avec la compréhension des défis majeurs de l’époque au sein de l’Eglise comme au cœur des sociétés contemporaines. Offrir un message catholique plus serein, plus ouvert aux autres traditions, qui, s’il s’affirme naturellement comme “la vérité” des fidèles, ne néglige jamais le dialogue, le respect mutuel et l’affirmation déterminée d’un Occident désormais pluriel et inclusif au nom même du message catholique. La reconnaissance de la diversité interne (les autres traditions chrétiennes) et externe (les autres spiritualités et religions) doit s’ajouter à l’ouverture de vrais débats internes sur les règles et les pratiques. Les questions du célibat des prêtres, de l’exclusion des femmes de la hiérarchie cléricale, de la reconnaissance du divorce, de l’usage possible des moyens contraceptifs, ou encore des réponses éthiques de l’Eglise catholique aux défis scientifiques et technologiques contemporains, sont autant d’interrogations qui devraient être la priorité du nouveau Pape : non pas contre les principes catholiques mais avec la double exigence de la fidélité aux principes, de la relecture critique des textes et de la responsabilisation face à l’état de la planète.

Toutes les traditions religieuses et spirituelles ont besoin de ce travail critique et autocritique : il nécessite l’apport d’un Pape, de prêtres et de responsables religieux (rabbins et ulama) compétents, sereins et courageux qui refusent la posture défensive et savent que leur rôle premier est de questionner les intelligences et les cœurs sur le sens de la vie et de la mort, la dignité des êtres dans leur diversité et l’affirmation de valeurs et de finalités supérieures (et universelles car partagées) auxquelles aucune société ne peut déroger. L’Eglise attend ce message et ce pastorat, comme d’ailleurs toutes les spiritualités et les religions à travers le monde.

Tariq Ramadan

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Certains parlent du «caractère transnational du terrorisme». Le terrorisme n’a pas de caractère globalement transnational. Il a un caractère transnational limité aux pays musulmans. Il n’y a pas eu d’attentat en Occident ou contre des intérêts occidentaux depuis plus d’une décennie. Le terrorisme dit «islamiste» ne touche jamais les intérêts américains ou occidentaux, et tous les attentats qui ont eu lieu en terre d’Occident sont, selon les analystes les plus crédibles, des «inside jobs», des opérations internes, ou intimement liées à des filières d’agents «islamistes» liés aux services secrets occidentaux.

Nul ne croit que le troglodyte Ben Laden soit capable d’exécuter l’opération-attentat extrêmement sophistiquée du 9 septembre 2001. En tout cas, sans les attentats du 9 septembre 2001 et ceux «perpétrés» contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi (Kenya) et à Dar es-Salam (Tanzanie), contre le navire USS Cole (octobre 2000, Amen, Yémen), contre le bâtiment des soldats US à Djedda, contre le RER de Madrid (2004) ou celui de Londres (2005), le terrorisme ne serait jamais devenu une affaire aussi juteuse pour l’économie de guerre américaine et occidentale. Les entreprises américaines ont touché près de 5 000 milliards de dollars en 8 ans grâce aux guerres en Irak et en Afghanistan. Les ventes d’armes occidentales n’auraient pas doublé par rapport à celles des Russes et des Chinois, les bases américaines dans le monde n’auraient pas été multipliées par deux ou presque… Même Coca, Pepsi et Marlboro gagnent avec les GI’s et les marines en campagne en Afghanistan, Irak, Yémen ou ailleurs… La Russie est désormais entourée de bases américaines comme elle ne l’a jamais été lors de la guerre froide. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les EAU et le Qatar dépensent des milliards en armement : du bonheur pour le complexe militaro-industriel des six grands fabricants d’armes. Le Qatar achète des gadgets de mort qu’il n’emploie pas : il les offre aux terroristes, avec la garantie qu’ils ne viseront jamais un appareil ou un citoyen israélien, américain ou français, et si cela advient, comme pour trois Etats-Uniens dont un ambassadeur en Libye, cela s’appelle pertes collatérales avec en récompense aux familles une médaille de mérite… au nom de Lockheed, Boeing ou Carlyle où la famille Ben Laden est toujours actionnaire… Au Mali, on ne trouvera jamais un Qatari parmi les terroristes, mais le «généreux» donateur y a envoyé des associations caritatives ; 90% des ONG humanitaires qataries ou saoudiennes cachent un service de renseignement, qui fait semblant de donner du lait mais qui recrute des mercenaires. Le Croissant-Rouge qatari, les structures telles que Qatar Charity ou la Mou’assassat Eid ont fait des pays du Sahel (et donc du Nord-Mali) l’un de leurs terrains d’intervention privilégiés. Avant l’intervention française, ces ONG humanitaires qataries n’étaient présentes que dans les villes où Ansar Dine était présent, soit le Nord-Mali, alors que la misère est partout aussi au Sud : elles soignent et nourrissent les terroristes, et donnent des miettes aux pauvres. Le Qatar détient 4% de la dette malienne (3,5 milliards de dollars) : ces ONG maliennes ne peuvent-elles pas l’effacer ? Ces ONG permettent de ceinturer le Sahel d’agents de renseignements comme l’était le Pakistan dans les années 1980. C’est grâce à ces «associations caritatives» que les terroristes saoudiens et du Golfe étaient présents en Afghanistan, durant la première guerre, de 1979 à 1986 : le livre House of Bush, House of Saud de Craig Unger montre le fonctionnement de ce réseau «humaniste» créé par Abdoullah Youcef Azzam et Ben Laden et qui a permis d’acheminer des fonds et des armes aux Afghans et aux Afghans arabes, puis aux terroristes islamistes en Bosnie, en Tchétchénie… Dans le cadre de cette «mission», Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri, alors amis, sont même allés acheter des Stinger aux Etats-Unis, ce que Reagan autorisera à donner aux «moudjahidine» afghans (opération Cyclone). Ces structures «caritatives» sont toujours existantes et se renforcent au fur et à mesure que se développe «l’autoroute du terrorisme». Sur l’intervention atlantique en Libye en 2011, il y a une vidéo disponible sur YouTube qui montre des missiles qui tombent d’une caisse frappée du Croissant-Rouge qatari pendant sa manipulation par les «rebelles» anti-Kadhafi. S’agissant de la Syrie, des terroristes libyens avouent (dans un documentaire du journaliste libanais Khoudr Aouarka) avoir acheminé sous la couverture humanitaire plusieurs bateaux d’armements aux terroristes qui ont massacré des dizaines de milliers de militaires et de civils syriens. Dans un entretien téléphonique de 9 minutes, le député libanais Okab Sakr (courant proche de Rafik Hariri et des phalangistes) parle avec un chef terroriste en Syrie lui demandant un approvisionnement en armes. Tout le monde s’est mis dans le commerce de la mort, officiels, banquiers, directeurs d’agences de renseignement, députés, organismes humanitaires… qui, eux, sont les véritables patrons d’Al- Qaïda, pas cet Ayman Al-Zawahiri qui ne sert que de leurre, tout comme Ben Laden dont l’holographie a été effacé pour donner un nouveau souffle à la nébuleuse.

Le rôle trouble du Qatar : pourquoi en avoir peur ?

Dans la crise du Sahel, ce n’est pas uniquement le Mali qui est visé mais tous les pays de la région : l’attentat d’In Amenas est lourd de menaces nouvelles… L’assassinat de deux gardiens d’oléoduc à Bouira vient montrer que les cibles sont ce pétrole et ce gaz qui nous donnent à manger. Les infrastructures pétrolières irakiennes font l’objet de sabotages permanents par Al-Qaïda et d’autres mercenaires agissant pour le compte des commanditaires de l’ombre. Le gazoduc iranien a explosé en territoire turc… Il n’y a pas que la production de pétrole et de gaz qui compte, parfois sa non-production est plus avantageuse pour l’Amérique (l’Irak ne pouvait produire qu’un quota donné des années durant ; aujourd’hui, le pétrole iranien est boycotté). Les puissances impérialistes ne cherchent pas que le pétrole. D’ailleurs il y a trop de pétrole et de gaz aujourd’hui. Le gaz russe et le gaz iranien gênent le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui veulent réduire la production des autres pays pour imposer leur marchandise, d’autant qu’ils ont investi des sommes énormes dans des raffineries. Le pétrole découvert en zone syrienne, libanaise et chypriote fait à la fois rager et rêver : la crise syrienne est aussi liée à cette volonté de lui prendre sa richesse ou de retarder sa production, tout comme elle vise à saboter le gazoduc russe pour permettre le passage d’un gazoduc qatari vers l’Europe à condition qu’un nouveau gouvernement prenne Damas, selon le journal libanais Al-Akhbar. In Amenas produit du gaz et le Qatar peine à trouver des clients pour sa ressource… Le Qatar est aussi actionnaire dans Total qui veut avoir des concessions dans le pétrole récemment découvert au Mali, aux frontières de la wilaya d’Adrar. Total a retardé la production de gaz iranien (dans ses concessions iraniennes) pour permettre l’extraction du gaz qatari, et l’affaire est entre les mains de la justice… Les coups fourrés du Qatar à l’encontre de l’Iran, et récemment de l’Égypte méritent d’être médités : Hamad a raflé à son ami Morsi le marché de gaz israélien ! Le gazoduc égyptien vers Israël est souvent saboté depuis les «Printemps arabes», alors le Qatar signe un contrat avec Israël (2012) pour lui assurer un approvisionnement sans sabotages… Un Sahelistan causera des morts, des déplacements et un ralentissement économique insupportables qui ne feront qu’aggraver la crise, outre le développement de la drogue, et aucune fermeture des frontières ne permettra de l’éviter comme l’a montré l’attentat d’In Amenas. Le but du terrorisme n’est pas de tuer des gens mais de détruire des économies, des nations, des Etats et en faire des Etats faillis, des pays qui ne concurrencent pas les grandes puissances qui peuvent alors en piller les richesses sans contrôle. Le terrorisme produit du terrorisme en créant les conditions de son développement, et c’est ce mécanisme qui semble aussi être enclenché en Irak qui, malgré son immense production pétrolière, patine en place à cause du terrorisme et des divisions internes. Si la crise malienne transformait la région en Sahelistan, un scénario apocalyptique se profile à l’horizon. Au Mali comme en Afghanistan, en Syrie et en Irak, ce sont essentiellement des groupes terroristes qui sont responsables du drame. Si les groupes appartiennent à la même nébuleuse (Al-Qaïda), ce sont aussi les mêmes cercles qui désignent leur agenda, dans un centre de commande qui n’a rien à voir avec la grotte troglodytique d’Ayman Al-Zawahiri mais plutôt avec un bureau hypersophistiqué avec des décideurs et des stratèges entourés de think-tanks liés à des multinationales qui brassent des centaines de milliards de dollars. La multinationale terroriste est un outil du libéralisme prédateur de ce siècle où le budget de défense de l’Amérique est de deux fois supérieur à celui de ce pays durant ses deux années de sa participation à la guerre mondiale ! Oui, pour combattre le gueux Ben Laden, le Department of Defence (DoD) se donne un budget deux fois supérieur à celui qu’il avait dans sa guerre contre Hitler, Mussolini et Hiro-Hito ! Vous avez compris que ce budget (750 milliards de dollars en 2010 et 676,7 en 2012) ne peut s’expliquer que par une corruption d’une dimension inouïe qui rend l’Etat américain otage du complexe militaro-industriel et des autres entreprises contractuelles du Pentagone. La pire dictature se trouve camouflée sous le système politique qui apparaît comme le plus démocratique du monde.
Manipulateurs de l’ombre, commanditaires actifs Des intérêts variés, parfois contradictoires, sont cachés derrière ces conflits impérialistes qui se concrétisent par l’entremise de supplétifs, tandis que les maîtres d’ouvrage se contentent de nourrir les facteurs crisogènes, notamment par les médias, surtout lorsque des chaînes autochtones et «crédibles» comme Al Jazeera ou Al Arabia sont de la partie. D’ailleurs, il est écrit dans le rapport Horizons stratégiques 2012 du ministère français de la Défense : «Dans un contexte multipolaire, l’affrontement entre puissances pourra également se mener par procuration, au travers de pays tiers appartenant à leurs sphères d’influences respectives.» Ce rapport reconnaît que «la criminalité transnationale pourrait aussi, a contrario, être suscitée ou soutenue par certains États ou organisations trans-étatiques, dans le cadre d’une stratégie indirecte ». Or, la France est un de ces pays manipulateurs de groupes terroristes depuis plusieurs décennies, à l’instar des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne notamment. Les maîtres d’ouvrage sont en action au Mali, parmi eux la France et le Qatar, en attendant que d’autres se révèlent ou que se révèle pour qui courent ces deux premiers ou l’un des deux. Le terrorisme dit «islamiste» ne vise pas les Occidentaux ni l’Occident mais les musulmans et les pays musulmans. Il continue à jouer pleinement ce rôle tel que l’a voulu Zbigniew Brzezinski, l’inventeur de cette arme qu’on appelle terrorisme «islamiste» et qui consiste à utiliser des musulmans contre des musulmans, une arme expérimentée d’abord en Afghanistan (sous Jimmy Carter et Ronald Reagan). Dans le pays de Djamal Eddine El Afghani, des dizaines de milliers de mercenaires de pratiquement tous les pays musulmans ont combattu aux côtés des Américains. Puis en Algérie, ils voulurent instaurer une «république islamique», pareil en Tchétchénie et même en Bosnie où ils ont été transportés dans des avions de l’OTAN et bénéficié de l’aide occidentale pour déstabiliser la Russie comme ils l’ont fait auparavant pour embourber l’URSS dans une guerre coûteuse. «Les islamistes dits radicaux ne sont radicaux qu’en paroles contre l’impérialisme», écrit Bill Van Auken, un candidat à l’élection présidentielle américaine en 2004 et membre du Parti égalité socialiste, qui sait que l’islamisme est un outil utilisé par les républicains et les démocrates pour renflouer les caisses des marchands d’armes et celles d’autres firmes. Il ajoute : «Partout dans le monde, le terrorisme est apparu suite aux interventions américaines ou même avec leur aide ! L’Irak n’a connu le terrorisme qu’après les guerres des Etats-Unis. Le terrorisme de Ben Laden est directement une création de l’impérialisme américain. Le terrorisme s’est grandement développé après l’intervention américaine en Somalie, etc., etc.» Mais ni lui ni Ron Paul, qui demandait à réduire drastiquement le budget inutile, criminel et corrupteur de la défense, ne pourront un jour être élus à cause d’un système électoral qui exige un immense budget de campagne (2,6 milliards de dollars pour Obama et Romney, selon le Washington Post) pour arriver en bout de course, et ce budget ce sont les super donateurs, soit les entreprises bénéficiaires des contrats de la Maison-Blanche, qui l’offrent aux… candidats.

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 12) Un néocolonialisme putride et ses nouveaux corsaires, 24 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (14e partie) La Françafrique par mercenaires et traîtres interposés, 26 février 2013

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Palestine, Arafat Jaradat : Un crime d’Etat

février 25th, 2013 by Maître Gilles Devers

La mort du jeune Palestinien Arafat Jaradat est un crime d’Etat. La première main est celle des bourreaux, qui ont tué sous la torture ; la seconde, qui est la principale responsable, est celle des dirigeants politiques qui organisent cette gestion du sereine du crime.

1/ Regardons les faits

La vie

Arafat Jaradat  était un Palestinien âgé de 30 ans, père de deux enfants : Yara,  4 ans, et Mohammed, 2 ans. Il vivait à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, territoire de Palestine occupée. Il était en bonne santé. C’était un militant du Fatah.

L’arrestation

Il a été arrêté par les services israéliens le 18 février, à la suite d’incidents du 18 novembre 2012, où des heurts avaient eu lieu près de la colonie de Kiryat Arba, à proximité d’Hébron. Un Israélien avait été blessé par des jets de pierre.

L’épouse d’Arafat, Dalal, a déclaré à l’agence Ma’an que l’officier du renseignement israélien avait ramené son mari un moment à son domicile, juste après son arrestation, et qu’il lui avait dit de dire adieu à ses enfants : « Pour cette raison, j’étais très inquiète. Mon mari a été arrêté plusieurs fois auparavant, mais cette fois, l’agent israélien du renseignement a parlé d’une façon étrange ».

Le transfert en Israël

Il a été emmené à la prison d’al-Jalama, dans le Nord de la Cisjordanie, avant d’être transféré à la prison Megido en Israël. Il était sous le contrôle du Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien.

La mort

Il est décédé dans cette prison samedi 23.

La preuve de la torture

Le corps d’Arafat Jaradat a été autopsié dimanche au Centre national médico-légal d’Israël. Selon le Shin Bet, le jeune homme a été « victime d’un malaise » samedi après le déjeuner. Le ministère israélien de la Santé a estimé que les premières constatations n’étaient « pas suffisantes » pour déterminer la cause de la mort.

Une autopsie a été pratiquée au retour du corps en Palestine. Issa Qaraqaë, le ministre palestinien des prisonniers, a divulgué des détails de l’expertise, mentionnant des blessures et des contusions sur le dos et à la poitrine, des traces de torture sur le haut de l’épaule gauche ainsi que deux côtes cassées. « Les résultats de l’autopsie prouvent qu’Israël l’a assassiné », a déclaré le ministre.

2/ Que dit le droit ?

L’occupation et la résistance

La Cisjordanie est un territoire palestinien sous occupation militaire israélienne depuis 1967. La Palestine est un pays souverain, et l’occupation militaire légitime la résistance. C’était valable pour la France de Jean Moulin, c’est valable pour la Palestine et c’est valable pour toutes les occupations militaires.

La violation de la IV° Convention de Genève

Le droit est bien connu, car c’est celui défini par la 4° Convention de Genève de 1949. Sur tous les points en cause dans cette affaire, le texte reprend des règles existantes depuis le Règlement de la Haye de 1907, précisées par le Protocole additionnel de 1979, reposant sur maintes décisions de justice, et reprises dans le Statut de la CPI. Ces règles sont tellement sûres qu’elles sont considérées comme faisant partie de la coutume internationale, laquelle est opposable aux Etats n’ayant pas ratifié les traités.

Israël n’avait pas le droit de transférer Arafat Jaradat sur son territoire

La puissance militaire occupante ne peut arrêter, juger et emprisonner les ressortissants de la puissance occupée qu’à condition de rester sur le territoire occupé. C’est l’article 49 de la 4° Convention de Genève : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif ». Tout transfert de prisonnier est illicite  et constitue un crime de guerre (CPI, art. 8, 2, b, viii)Or, c’était le cas pour Arafat Jaradat, mais c’est le cas pour les 5000 prisonniers, ce qui rend toutes ces détentions irrévocablement illégales et désigne les dirigeants politiques comme principaux responsables.

Israël n’avait pas le droit de confier les interrogatoires  au Shin Bet

C’est le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien, qui interrogeait Arafat Jaradat, et qui a annoncé son décès. Cela signifie que l’arrestation, la détention et l’accusation se joue sans le contrôle d’un juge. Or, même en temps d’occupation, la privation des règles du procès équitable est un crime de guerre. (CPI, art. 8, 1, a, vi). C’est une règle de jus cogens,indérogeable (CEDH Golder ; CIADH, Goiburú ; TPIY, Tadic).

Le Shin Bet n’a aucun droit de recourir à la torture

La torture comme cause de la mort est établie par l’autopsie pratiquée en Palestine, et elle est la seule cause possible. Il faut un cynisme infini pour évoquer un malaise après le déjeuner… La torture des prisonniers est interdite, comme tous les traitements inhumains, et aucun fait ne peut justifier le recours à la torture. C’est en toutes circonstances un crime (Art. 3 commun aux quatre conventions de Genève; CPI, art. 8, 1, a, ii ; TPIY, Furundzija, 1998 ; CEDH, Selmouni, 1999). La France peut juger les faits grâce à un régime de compétence universelle (CEDH, Ould Dah, 2009). En Israël, c’est une méthode d’enquête reconnue, ce qui engage la responsabilité des responsables politiques, dont le ministre de la défense, compétent pour les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens.

Les dirigeants israéliens n’avaient aucun droit de procéder à une autopsie

Les services israéliens n’ayant aucun droit pour transférer Arafat Jaradat chez eux, tout ce qu’ils ont pu faire, dont l’autopsie, est illicite. De même, ils ne pouvaient procéder d’autorité à l’autopsie sans demander l’avis de la famille, et sans processus judiciaire respectant les principes du droit. C’est une violation du cadavre (CPI, art. 8, 2, b, xxi).  

*   *   *

Arafat Jaradat sera inhumé ce lundi matin dans son village natal de Sa’ir, à côté d’Hébron.

Maître Gilles Devers

 

 PhotoD’autres photos des funérailles du martyr ici.

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Face aux menaces racistes directes du parti nazi Aube Dorée envers un des membres fondateurs du CADTM Grèce, Moisis Litsis*, le réseau international du CADTM tient à rappeler la gravité de la montée du fascisme, conséquence directe des dégradations sociales imposées par les créanciers au nom de la priorité affirmée au remboursement de la dette sur les droits humains fondamentaux.

Le magazine néo-fasciste « Stohos » a édité « une note biographique » de Moisis mentionnant toutes ses activités politiques et syndicales pendant les deux dernières décennies. Sous le titre« L’ESIEA (l’union des journalistes) a un juif comme trésorier », on poursuit la diffamation clairement raciste avec la déclaration suivante : « Il parle parfaitement hébreu, il adore l’Israël bien qu’il se déclare (mais qui peut le croire ?) antisioniste ! … Aux assemblées générales de l’ESIEA, au lieu de parler des problèmes des journalistes grecs, Moisis Litsis aime parler de l’holocauste juif et de la nécessité de condamner l’aube dorée »

L’aggravation permanente de la crise sociale et économique permet à l’extrême droite de diaboliser les étrangers (immigrants, demandeurs d’asile). Elle recourt à l’antisémitisme afin de chercher des boucs émissaires et dresser un écran de fumée devant les véritables causes des problèmes auxquels le peuple grec est confronté. La cure d’austérité brutale de la troïka envers le peuple grec pousse de nombreux Grecs désorientés vers de nouvelles voies quitte à emprunter les sentiers obscurs du fascisme.

Pourtant, l’objectif déclaré d’Aube Dorée, organisation raciste, ultra-violente et pogromiste est la destruction de toute organisation syndicale, politique et culturelle des travailleurs, l’écrasement de toute résistance citoyenne, la négation du droit à la différence et l’extermination –même physique- des « différents » et des plus faibles.

Ce retour raciste, rétrograde, autoritaire et discriminatoire est une des conséquences les plus inquiétantes du processus de destruction de l’Etat social imposé par les créanciers au nom du remboursement d’une dette en grande partie illégitime.

Le réseau CADTM international exprime toute sa solidarité envers le peuple grec en lutte pour sa souveraineté, contre les plans d’austérité, pour l’affirmation de ses droits et le non paiement d’une dette odieuse et assassine. Nous ne pouvons tolérer plus longtemps les assassinats, l’intimidation et la provocation d’un parti nazi qui siège déjà au Parlement grec.

Nous nous joignons à toutes les voix qui, de par le monde, s’élèvent contre le fascisme rampant en Europe. La lutte contre l’austérité au nom du remboursement d’une dette assassine est indissociable du combat contre le fascisme en Europe.

Toute notre solidarité envers Moisis Litsis, envers le CADTM grec et toutes les forces de gauche en lutte contre les politiques d’austérité et le système qui les génère.

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La facilité avec laquelle la force d’intervention militaire française a chassé les groupes armés jihadistes des localités qu’ils contrôlaient au Nord-Mali, a suscité l’euphorie à Paris au point que l’Elysée en était arrivé à prétendre que l’opération « Serval » ayant atteint l’objectif pour lequel elle a été montée, ce qui reste à terminer au Nord-Mali peut l’être par l’armée malienne et les contingents militaires que les Etats de la CEDEAO ont déjà dépêchés au Mali ou en voie de le faire. Optimiste, François Hollande avait même fixé le délai au désengagement des soldats français sur le terrain au profit des forces africaines déployées au Nord-Mali. Au plus tard début mars avait-il affirmé dans l’euphorie de la « débandade » des groupes jihadistes qu’il pensait avoir été rendus incapables d’opérer leur retour dans les zones d’où ils ont été chassés.

Ce qui se passe au Nord-Mali depuis une semaine démontre que le scénario envisagé par l’Elysée est loin d’être réalisable et que c’est celui redouté de « l’ensablement » de la France au Nord-Mali qui est en train de s’imposer. Les jihadistes que l’on pensait réduits à se terrer dans le plateau des Iforas et dans l’impossibilité d’opérer leur retour dans les zones d’où ils ont été chassés ont lancé des raids dans celles-ci qui ont démontré qu’ils ont toujours leur capacité de nuisance et que sans l’intervention des militaires français l’armée malienne qui a réoccupé les localités du nord du pays est incapable de défendre celles-ci contre eux. Dans ces conditions, le désengagement rapide de la force d’intervention française envisagé par Hollande et les stratèges militaires de l’hexagone tournerait à l’échec de l’opération Serval.

Non seulement la France est désormais contrainte de renoncer à son scénario optimiste, mais obligée d’admettre qu’elle s’est fourvoyée dans une opération militaire dont le bout n’est pas près d’être atteint. Il est passé le temps des« cocoricos » triomphalistes lancés en France et de l’unanimisme favorable dont ont bénéficié Hollande et son gouvernement quand ils ont ordonné l’opération Serval. L’on reconnaît désormais en France que le pays s’est piégé en lançant seul celle-ci. Pire, l’on s’interroge si la France a « bien fait » d’engager une guerre en train de prendre une tournure à laquelle l’armée française est manifestement incapable de faire face si elle ne reçoit pas les renforts d’Etats alliés.

C’est que les jihadistes qui sévissent au Sahel font preuve qu’ils obéissent à une stratégie de combat qui contraint la force d’intervention française à disperser sa puissance de feu, mais aussi à monter des opérations de diversion qui obligent Paris à ne plus penser à quitter la région. L’enlèvement de 7 ressortissants français au Cameroun en est l’une d’elles même si les autorités françaises se refusent à faire un lien entre lui et l’opération Serval menée au Nord-Mali. Ils n’ont pas tort les experts et observateurs militaro-médiatiques qui estiment que la guerre dans laquelle la France s’est engagée au Nord-Mali commence en fait maintenant et que les groupes armés jihadistes qui l’a mènent contre elle ont surmonté le « désarroi » qui a été le leur devant la puissance de feu qu’ils ont subie en voulant opposer une défense statique à l’offensive de la force d’intervention française. L’opération Serval qui s’annonçait un triomphe pour le président français en mal avec les sondages de popularité risque par la tournure qu’elle prend de l’enfoncer encore plus bas dans ceux-ci.

Kharroubi Habib

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Science et culture en Iran : Un défi pour l’Occident

février 25th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Vous [les Américains] voulez négocier alors que vous pointez une arme sur l’Iran. La nation iranienne ne sera pas intimidée par ce genre d’acte.» 

 Ayatollah Ali Khameneï

L’Iran est encore une fois dans le collimateur des pays occidentaux (Etats-Unis et les 5+1). S’exprimant dans le cadre d’un entretien à paraître lundi 4 février dans Le Figaro, le vice- président américain, Joe Biden, a prévenu l’Iran que «la fenêtre diplomatique se referm(ait)» dans les négociations sur «son programme nucléaire controversé». «La balle est dans le camp des Iraniens. En ce qui nous concerne, nous avons fait et continuons à faire de réels efforts en vue d’atteindre une résolution diplomatique des préoccupations de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien. Mais la fenêtre diplomatique se referme» «Le président Obama a été clair: il empêchera l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Et nous ferons ce qu’il faut pour s’assurer que cela n’arrive pas.»

Il faut savoir que concernant le programme nucléaire, depuis 1977, il y a eu près de deux mille inspections de l´Agence internationale de l´énergie atomique (Aiea) et aucun rapport n’a pu établir que l’Iran cherchait à mettre au point la bombe. Pourtant, tous les médias en parlent comme si c’était acquis. Le 11 avril 2006, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad annonce que l´Iran a enrichi avec succès de l´uranium. «J´annonce officiellement que l´Iran a rejoint le groupe de ces pays qui ont la technologie nucléaire.» L´uranium a été enrichi à 3,5% en utilisant plusieurs milliers de centrifugeuses. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei a rejeté, jeudi 7 février, l’offre des Etats-Unis d’entamer des discussions bilatérales sur son programme nucléaire controversé alors que Washington impose des sanctions économiques à l’Iran, selon son site internet officiel. Les Etats-Unis ont confirmé mercredi avoir mis en oeuvre de nouvelles sanctions contre l’Iran, quelques jours après une “offre sérieuse” du vice-président américain Joe Biden à Téhéran concernant des négociations directes sur le nucléaire dans le cadre du groupe 5 + 1 (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne). Après plusieurs mois d’interruption, le 5 + 1 et l’Iran se sont mis d’accord pour reprendre les discussions le 26 février au Kazakhstan. (1)

Les deux poids, deux mesures

L’Iran n’acceptera pas d’abandonner ses «droits» et «n’ira pas au-delà de ses obligations» internationales lors de ses prochaines discussions avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé, a réaffirmé hier le négociateur iranien Saïd Jalili. Ce rappel de la position très ferme de l’Iran intervient alors que M.Jalili doit retrouver le 26 février à Almaty (Kazakhstan) les représentants des grandes puissances pour tenter de relancer les négociations sur le dossier nucléaire iranien. Les discussions entre l’Iran et le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) sont au point mort depuis une précédente rencontre en juin 2012 à Moscou, (…) Le programme nucléaire iranien a été condamné par six résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU dont quatre assorties de sanctions, renforcées depuis 2010 par un embargo économique et pétrolier des Occidentaux. «L’Iran a rempli toutes ses obligations dans le cadre du TNP (Ndlr: dont il est signataire) et doit bénéficier de tous ses droits (…) Le peuple iranien n’accepte pas d’être traité différemment du reste du monde», a insisté M.Jalili cité par l’agence Isna. (2)

Dans le cadre d’une stratégie énergétique bien pensée, au-delà des énergies fossiles, de l’énergie hydraulique bien développée et sans oublier le solaire et l’éolien, l’Iran disposant de gisements d’uranium se lance dans la construction de centrales nucléaires. La construction de nouvelles centrales nucléaires fait partie d’un plan visant à générer une puissance totale de 20.000 mégawatts d’électricité. Les autorités ont l’intention de le mettre en oeuvre au cours des 15 prochaines années. Pour cela, elle a besoin de concentrer l’uranium. Les centrifugeuses permettent d’accélérer le processus d’enrichissement de l’uranium de 3 à 5 fois. Les experts iraniens croient qu’à ces fins, le pays, dont la consommation d’énergie croît rapidement, aura besoin de 20 centrales nucléaires. En raison de la croissance démographique et l’augmentation du processus de l’industrialisation, la consommation d’énergie en Iran augmente en moyenne de 8% par an. En 2011, l’Iran avait lancé la première centrale nucléaire commerciale au Moyen-Orient dans la ville de Bouchehr, construite avec la participation des experts russes.(3)

Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), paru jeudi 21 février, confirme que l’Iran a commencé à installer des centrifugeuses plus modernes sur son site de Natanz au début de février. “Le 6 février 2013, l’agence a observé que l’Iran a commencé l’installation de centrifugeuses IR-2m”à Natanz, selon ce rapport. C’est la première fois que des centrifugeuses plus avancées que les IR-1 ont été installées” . Israël qui n’a pas signé le TNP et qui dispose d’un arsenal de bombes atomiques dicte la marche à suivre aux Occidentaux concernant la démolition de l’Iran Elle souligne que l’Iran “était plus proche que jamais” de la bombe atomique. Les services du Premier ministre, Benyamin Nétanyahu, ont qualifié de “grave” le rapport de l’Aiea, soulignant que l’Iran était ´´aujourd’hui plus proche que jamais d’obtenir du matériel enrichi pour une bombe atomique´´. Le rapport ´´prouve que l’Iran continue à avancer rapidement vers la ligne rouge que le Premier ministre avait dessinée lors de son discours aux Nations unies´´

Du point de vue contribution au patrimoine de l´humanité, on doit aux Perses la diffusion de l´alphabet et l´écriture, la Route de la soie, les contes des Mille et Une Nuits, l´irrigation par canaux, le jeu d´échecs, les premières climatisations, les premières dissections humaines avec Ibn Sina (Avicenne), la découverte de l´alcool méthylique, la découverte du zéro du côté de Ninive, une très grande partie de l´algèbre et la géométrie, les logarithmes avec Al Khawarizmi, mais aussi le système des armées modernes (inventé par Darius I et copié cinq cents ans plus tard par les Romains). «Le taux d’alphabétisation était de moins de 50 pour cent (avant la Révolution islamique) tandis que grâce à la révolution, il est maintenant de plus de 86 pour cent,» a-t-il ajouté. Il a souligné qu’en 1979, le nombre d’étudiants s’élevait à 176.000 tandis qu’il atteignait les 2.165.000 en 2004, les 3 572.000 en 2008. En 1979, seulement 398 articles avaient été publiés dans les journaux professionnels, alors qu’ils sont passés à plus de 20 000 en 2008 (3855 de 2004)», a affirmé le président iranien. (4)

Avec un Produit national brut de 570 milliards de dollars en 2005, il constitue la deuxième économie de la région. Son Produit intérieur brut par habitant s´élève à 8 400 dollars. L´Iran est le 4e producteur de pétrole au monde. Il dispose aussi de la deuxième plus grande réserve en gaz naturel, après la Russie, et en est le 6e producteur. De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, de loin plus performante que les autres pays musulmans. L´avion de combat, entièrement conçu et fabriqué par les ingénieurs iraniens, a effectué, ce dimanche, avec succès, son premier vol-test, en présence du ministre de la Défense et des hauts responsables militaires, à Ispahan. Cet avion de combat baptisé «Azarakhsh» (la foudre) est le deuxième. Le premier du nom est baptisé «Saegheh» (l´éclair). (5)

Dans le même temps, la mise en orbite d’un satellite civil iranien pourrait entraîner les puissances spatiales dans la militarisation de l’espace en raison des tensions dans les relations politiques irano-américaines, selon l’expert. Le lancement réussi d’une fusée-porteuse a aussi suscité la préoccupation de nos partenaires américains a noté le responsable.

L’Iran a annoncé samedi 23 février 2012 avoir abattu un drone de surveillance étranger lors d’un exercice militaire, rapporte l’agence officielle de presse Irna. Irna ne précise pas à quel pays appartenait ce drone. Par le passé, l’Iran a affirmé à plusieurs reprises avoir intercepté des drones américains. L’événement qui s’est produit le dimanche 4 décembre 2011 présente, pourtant, des implications immédiates et une portée géopolitique d’une colossale importance. Les ingénieurs iraniens ont apprivoisé, domestiqué, The Beast.  (La bête)

Georges Stanechy pour sa part, nous parle du dernier rapport du FMI dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fait un constat de bonne gouvernance en Iran. On mesure sans peine ce lourd aveu d’un pays qui n’a jamais cessé d’être diabolisé. «Obligés d’admettre que le pays connaît une croissance soutenue. Pas seulement grâce aux cours internationaux du pétrole et du gaz, mais aussi sous l’action conjointe d’une forte croissance du secteur agricole. Auquel s’ajoute l’effet moteur d’une rapide extension du crédit en faveur d’un important secteur industriel, bien diversifié, tout particulièrement des petites et moyennes. Afin d’améliorer leur productivité, leur compétitivité et faciliter la création de nouvelles initiatives».(6)

«Au-delà de ces performances, poursuit Georges Stanechy, ce qui est à retenir de la lecture du rapport du FMI c’est le «constat» de la remarquable réussite, à l’étonnement des experts eux-mêmes, portant sur la profonde rénovation en cours du système économique de l’Iran. En décembre 2010, les subventions des prix de l’énergie et des produits agricoles ont été supprimées. (….) Les produits pétroliers, électricité, et blé, en particulier, ont subi une forte augmentation. Pendant une période transitoire, le montant économisé est redistribué aux ménages sous forme d’une allocation en espèces librement utilisable aux entreprises pour activer leur restructuration et leur modernisation en termes d’économies d’énergie et aux administrations publiques pour financer leur modernisation.»(6)

Les relations irano-américaines

Dans un article objectif sur les malentendus américano-iraniens: Franklin Lamb écrit «L’observateur étasunien que je suis, a participé à d’innombrables conférences internationales et a voyagé dans plus de 70 pays. Mais il n’a jamais rencontré une société aussi complexe, évolutive, énergique, industrieuse et riche en idéalistes chaleureux qui ont le sens de l’humour et qui aident ceux qui sont dans le besoin que la société de la République Islamique d’Iran.

Se trouver en Iran, en ces temps difficiles, est une expérience bouleversante car on prend conscience que les Iraniens et les Etasuniens ont tant de besoins et d’intérêts communs – oui, même en ce qui concerne les croyances religieuses – que les deux peuples devraient immédiatement restaurer leurs relations et revenir à l’époque où 60.000 étudiants iraniens faisaient leurs études aux Etats-Unis et où des milliers d’Etasuniens vivaient et travaillaient en Iran – dans la plus parfaite harmonie et pour le plus grand profit de tous. (…) Il n’y a probablement aucun pays qui soit si incompris des Etats-Unis que l’Iran. Et c’est dû presque entièrement à la politique de diabolisation qui mène à tout déformer, y compris les parties des discours du président Ahmadinejad qui portent sur Israël et les Etats-Unis. (…)» (7)

Mme Rubin, qui est une ancienne bénévole de l’Aipac, a fustigé la nomination au secrétariat de la Défense de Chuck Hagel, l’ancien sénateur, de concert avec 52 organisations sionistes des Etats-Unis, le mois passé, parce qu’il s’est prononcé en faveur d’une relation de respect et de bienveillance mutuels avec l’Iran. Les propos de Hagel sur les sanctions imposées à l’Iran et à la Syrie sous l’égide étasunienne et sur la nécessité de reconstruire la confiance et de normaliser les relations par le dialogue, sont impardonnables à leurs yeux. Voilà ce que Hagel a dit à propos des relations entre l’Iran et les Etats-Unis:

 « Nous ne devrions pas mettre des conditions aux pourparlers ni rejeter toutes les alternatives pour n’en retenir qu’une seule que nous ‘dicterons’ à l’Iran´´. (…) Avec les Etasuniens, les Iraniens parlent le plus souvent de la nécessité d’améliorer les relations entre les deux pays ou alors ils leur demandent comment se passe leur séjour en Iran et s’ils ont besoin d’aide ou d’information sur le pays. Les Iraniens sont naturellement aussi ouverts que les Etasuniens et à la différence de beaucoup d’autres pays, il n’y a aucun sujet tabou.» (7)

«Il y a toutes les raisons du monde pour que Washington tende la main à l’Iran, pas seulement en paroles mais en actes. Le peuple iranien et de nombreux Etasuniens le désirent ardemment et ce serait bénéfique pour les deux sociétés. Les contacts, les visites et les discussions ouvertes contribueraient à détendre les relations entre l’Iran et les Etats-Unis. Et on peut espérer que les deux peuples finiront par faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils oublient le passé et se tournent vers l’avenir en recréant des liens d’amitié.» (7)

Ceci va dans le sens de la prise en compte de l’incontournabilité de l’Iran comme l’expose Thierry Meyssan dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, le nouveau Le Plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. «La nouvelle donne obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran.
Cependant, Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. On ignore la réaction iranienne à cet aspect du dispositif, mais Mahmoud Ahmadinejad s’est d’ores et déjà empressé de faire savoir à Barack Obama qu’il ferait tout ce qui est en son possible pour l’aider à prendre ses distances avec Tel-Aviv.» (8)

Comment l’Iran s’est imposée sur la scène internationale? L’explication est à chercher dans l’endurance de ce pays, qui a compris qu’il n’y a pas à se lamenter. Il faut se battre avec les armes de la science, sa propre richesse technologique fruit d’une éducation et d’une recherche de qualité moins la démagogie. Inspirer le respect est une question de sueur, de veille, de travail acharné. L´Occident ne veut pas d´un Iran développé et toutes les manoeuvres visent à freiner le développement de ce pays, pays émergent par excellence et qui dispose de tous les atouts: une civilisation plusieurs fois millénaire, des réserves énergétiques les deuxièmes plus importantes en pétrole et gaz. En Iran tout n’est pas rose, loin s’en faut, les mêmes maux de corruption, de népotisme, gangrènent la société.

Le fait est là, c’est un pays qui avance et qui mise sur son intelligence. Puissent les pays musulmans le suivre dans cette marche forcée vers le savoir au lieu de s’installer dans la fatalité pour le plus grand malheur de leurs peuples.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Le Guide suprême iranien rejette l’offre de dialogue Le Monde.fr 07.02.2013

2. http://www.lexpressiondz.com/internationale/169569-l-iran-reitere-ses-droits-sur-le-nucleaire.html

3. http://french.ruvr.ru/2013_02_23/LIran-a-choisi-16-sites-pour-la-construction-des-centrales-nucleaires/

4. Farsnews – Le 1er vol de l´avion de combat, «la foudre», «made in Iran».05 août 2007

5. Daniel Laurent. Et si l’Iran nous donnait des leçons en matière d’enseignement supérieur? Education/ Recherche, jeudi 28 août 2008.

6. Georges Stanechy IMF Country Report No. 11/241 – Islamic Republic of Iran: 2011 Article IV Staff Report; August 2011 http://www.legrandsoir.info/iran-rapport-fmi-aout-2011.html

7. Franklin LAMB http://www.legrandsoir.info/les-iraniens-et-l-amitie.html

8. http://www.alterinfo.net/Obama-et-Poutine-vont-ils-se-partager-le-Proche-Orient_a87127.htm

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Crise en Grèce : Mystères et martyres

février 24th, 2013 by Panagiotis Grigoriou

“Sauf que certains musiciens de rue” – Athènes 21/02

Dieu merci comme on dit, ce matin à Athènes c’était le déluge. Enfin, les cieux se sont ouverts et nos avenues ont été transformées aussitôt en rivières au point de dérouter, à la fois les automobilistes et nos journalistes créatifs… Pour une fois, le temps « entier », celui de la météo, a effacé le temps événementiel troïkan, au moins pour quelques heures. Nous apprécions alors toujours davantage, ces moments ainsi « blanchis » par le vide… pluviométrique ou sinon le cas échéant, offerts en… bonus par nos journalistes en grève, comme l’autre jour, au moment de la visite de François Hollande à Athènes.

Athènes… le déluge – 22/02

 

Les voilà sans doute les limites de l’expérience… dans cette guerre psychologique (et  accompagnatrice… si bienveillante de la guerre économique que nous subissons), oui, nous ne sommes plus très réceptifs aux messages imposés, ni à leur cadence dans la répétition d’ailleurs. D’abord, nos capacités s’amenuisent, “trop c’est trop”, comme on l’entend dire parfois, ensuite, la réalité des chiffres et des êtres rend tout discours officiel, toute propagande du journalisme mainstream pratiquement caduc. Selon un récent classement du « Trading Economics  », (cité par l’hebdomadaire satyrique et politiqueTo Pontiki, 21/02), la Grèce occupe la treizième place au niveau mondial, pour ce qui est du taux de chômage (officiellement à 27%), devançant… disons désormais, l’Espagne, la Serbie, l’Irak ou la République du Congo. Triste record dans un monde pas moins triste… Sauf que certains musiciens de rue, nous remplissent encore de cette joie amère, sortie de rien… qui est la leur, et la nôtre.

Il n’y a pratiquement plus un seul foyer sans chômeur… ni espoir. Les « investisseurs » l’ont également compris : Récemment, le cheikh du Qatar aurait même fait signifier ceci  à « nos »  gouvernants – par un messager intermédiaire : « Vous recherchez plutôt des masochistes en Grèce et non pas des investisseurs » (To Pontiki, 21/02). Et il a claqué la porte. Tout comme les banques françaises (Crédit Agricole et Société Générale) et même Carrefour, après tant d’années de présence chez nous. La Grèce est certes bradée, mais visiblement sous certaines conditions… plutôt chaotiques par ce temps. Temps maussade alors, temps de pluie. Après l’échec du gouvernement à tirer profit (toujours dans la communication) de la visite du Président François Hollande, c’est presque la panique, car il va falloir inventer autre chose, une autre « parade », un nouvel euphémisme à trois sous, en plus du régime climatique…de la peur au ventre pour tous. Sauf que le temps du trucage est bien derrière nous et derrière eux (?).

 

Athènes sur le marché central – 21/02

 

Certains députés de notre junte tripartite parlementaire, auraient alerté récemment Antonis Samaras sur… la météo du pays : « Les gens n’en peuvent plus. Ils ne croient plus du tout au changement potentiellement positif, puisque déjà, ils n’ont pas vu la couleur de la dernière tranche de l’emprunt («aide” de décembre 2012) accordée au pays [en réalité aux spéculateurs], car tout le monde pensait qu’une partie au moins de cette aide, aurait pu servir à revitaliser un peu le marché intérieur. Il y a un chômeur par foyer, tandis qu’au même moment, les revenus mensuels de nombreuses familles ne suffisent plus à couvrir les besoins essentiels » (To Pontiki, 21/01). Antonis Samaras devrait paniquer suggère-t-il l’éditorialiste de notre hebdomadaire satyrique, nous, nous n’y croyons pas un seul instant.

Daphnie, 34 ans, enseignante au chômage, rencontrée à la marge de la grande manifestation du mercredi (20/02) ne dit pas autre chose à sa manière : « Il n’y a plus rien à attendre de ces gens qui gouvernent. Dans le quartier, [Christina et son compagnon habitent dans un quartier populaire à l’ouest de l’agglomération athénienne],les gens sont tellement absorbés par leur martyre qu’ils n’ont plus les mêmes réactions qu’avant. Je leur dis bonjour et j’ai l’impression qu’au lieu de (se) saluer, ils ont envie de mordre leur prochain, comme ça. C’est de la jungle… qui mijote dans la casserole de la Grèce. Sauf qu’il n’y a pas de mystère non plus pour ce qui est de notre gauche. Tout le monde sait que dans trois mois les dernières conventions collectives tomberont, les salaires seront encore amputés de 30%, et dans certaines branches du privée on pratiquera… amplement le salaire tant «attendu» : 300 euros par mois. Bientôt, le droit de grève sera aboli de fait, c’est annoncé… il restera l’esclavage et peut-être la révolte. Les syndicats, les partis de la gauche, Syriza, KKE le savent bien, sauf qu’ils se contentent de la contestation gentille, pourquoi ? Peut-être parce qu’ils ne peuvent pas aller au-delà, ou qu’ils ne le veulent pas. C’est une forme d’Armageddon qui arrive, jusque là ce n’était qu’un prélude ».

 

Athènes – 21/02

 

Ces derniers jours, des suicides « en série », ont brièvement frôlé l’actualité sans trop… la perturber, on sait que les tenants des médias, interdisent pratiquement les nouvelles du genre. Sauf que les messages de la mort finissent par nous parvenir, même en retard  : Dans la région de Corinthe (mardi 19/02), un homme de 55 s’est suicidé par une arme à feu, c’était au moment où l’huissier lui signifiait la saisie de sa maison pour cause de dettes. Sur l’île de Lesbos, une mère de deux enfants, originaire d’Albanie, s’est donnée la mort par pendaison chez elle. Toujours mardi, une femme de 32 ans, a mis fin à ses jours se servant d’un fusil, à ma connaissance c’est alors une nouveauté significative.  Une barrière du genre dans la violence vient d’être franchie…

Un homme de 70 ans s’est jeté mardi soir sur les rames du RER athénien, il est depuis hospitalisé, grièvement blessé. Lundi dernier enfin, un homme, âgé de 53 ans a fait volontairement plongé sa voiture dans le port du Pirée, il a tout de même changé d’avis, les policiers du port, ont pu alors le secourir à temps. La vie et la mort, deviennent enfin en Grèce des… réalités transparentes. Nous le savons, en tout cas, telle est la doxadominante chez les habitants du pays, « que les gouvernants préparent sciemment notre mise à mort, ils ne se cachent plus, entre eux et nous c’est la haine, nous le savons, nous le sentons… ».

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D’après To Pontiki (21.02), Failos Kranidiotis, proche conseiller d’Antonis Samaras, a voulu réagir à cette phrase composée (et twittée) par un usager des réseaux instantanés : « La violence c’est lorsque mon vieux père se présente chez le médecin pour apprendre que les dix rendez-vous gratuits ont déjà eu lieu… ils sont passés. S’il meurt, je te l’amène alors ? ». Et l’ami du premier Ministre… de rétorquer : « Avec plaisir, mais où alors le mettre ? J’ai gardé un vieux carton d’un téléviseur (en noir et blanc). Si tu arrives à faire plier son corps avant qu’il ne refroidisse, je pense qu’on pourra le faire tenir dedans ».

La « gouvernance » de la méta-démocratie a au moins ce mérite… de la transparence et de la vérité. Sur un mur d’Athènes hier : « Alles wird gut », tout va bien, effectivement. Le temps est à l’orage chez nous.

 

 

Sur un mur d’Athènes hier : « Alles wird gut » – 21/02

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Pour ne pas changer, Israël se lance dans une nouvelle provocation et pas des moindres, puisque l’État hébreux a décidé d’exploiter le pétrole qui se trouve sur le Golan. Il s’agit là d’une énième démonstration de barbarie et d’arrogance de la part d’Israël. Non content d’affamer et d’usurper un peuple, voilà que décision est prise d’exploiter des ressources qui ne sont pas siennes. Rien de nouveau nous direz-vous puisque c’est précisément ce à quoi Israël nous a habitué depuis des décennies. Le caractère choquant d’une telle décision provient de deux facteurs. D’une part, le territoire dont nous parlons n’est pas un territoire Palestinien mais Syrien. Le deuxième élément, c’est le mutisme des médias sur une telle décision arbitraire. 

Les faits

A la veille de la visite officielle de Barack Obama en Israël, le ministre israélien de l’Énergie et de l’Eau, Uzi Landau, a en effet concédé une licence à la firme Genie Energy. Cette entreprise est partiellement détenue par Lord Jacob Rothschild et Rupert Murdoch qui s’est notamment rendu encore plus célèbre lors du fameux scandale des écoutes téléphoniques dans les médias anglais. L’ancien vice-président des États-Unis, Dick Cheney siège par ailleurs au sein du Conseil stratégique de cette société. Ce projet d’exploitation est dirigé par le général Effi Eitam. En 1990, une court martiale avait bloqué sa promotion après qu’il eut donné l’ordre à ses soldats de casser les os d’un Palestinien de 21 ans. Que du beau monde donc dans cette affaire et bien sûr cela ne saurait nous étonner : l’histoire se déroule mais nous connaissons toujours les principaux protagonistes.

Quelques notions

Le plateau du Golan a été annexé en 1967 après la Guerre de Six Jours. Il s’agit d’un territoire Syrien qu’Israël a confisqué arbitrairement et il faut dire avec force que l’Etat Hébreux a toujours mené cette stratégie d’expansion et l’Histoire témoigne de cette évidence puisqu’en réalité il n’y avait aucune raison  légitime à cette guerre comme l’affirme le chef de l’aviation Israélienne qui allait devenir alors  Président : « Nous avons leurré Nasser dans le piège du Sinaï ».  Elle s’inscrit plutôt dans la politique d’agression fondamentale d’Israël.  L’enjeu de cette stratégie à l’époque est non seulement politique, mais aussi économique. Il s’agissait de contrôler les ressources en eau et d’affaiblir l’ancien président d’Egypte Nasser qui incarnait un potentiel début d’unité au sein des pays arabes. Aujourd’hui, le débat est le même quant à l’exploitation des ressources du Golan « l’histoire se répète » comme disait Ibn Khaldoun. Précisons que l’existence de ces colonies est en elle même une violation du droit international dénoncée par la Court internationale de Justice. On imagine donc que l’exploitation économique des ressources s’y situant soit illégale. Preuve en est qu’Israël ne se souciepas du droit et que celle-ci ne comprend que la force comme mode d’expression et de légitimation.

Répercussions

Ce choix s’inscrit dans un contexte explosif à deux égards. D’abord, parce qu’on imagine difficilement que cette décision va faciliter le processus de paix avec les Palestiniens. Tout se passe comme si Israël souhaitait au contraire volontairement retarder la paix. Le second élément, c’est la situation en Syrie. Quand les guerres deviennent trop compliquées, nous dit Michel Collon « prenez une carte du monde représentant les ressources pétrolières et prenez en une autre représentant les guerres dans le monde. Vous verrez que celles-ci correspondent souvent ».

Ainsi, Israël s’est attelé dans un premier temps à bombarder des cibles en Syrie le mois dernier et poursuit en décidant arbitrairement d’exploiter le pétrole du territoire Syrien occupé. Il s’agit bien ici d’une volonté d’affaiblir et de décrédibiliser un pays souverain. Tout ceci se passe alors que les yeux du monde sont braqués sur le Mali et sur les exactions d’AQMI. On ne saurait mieux faire comme diversion stratégique. On comprend alors pourquoi aucun média ne traite de cette actualité au Proche-Orient. On peut bien exploiter illégalement du pétrole à la Syrie sans crainte. Encore faut-il pour cela s’appeler « Israël ».

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Obama et Poutine vont-ils se partager le Proche-Orient ?

février 24th, 2013 by Thierry Meyssan

Dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, Thierry Meyssan expose le nouveau plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. L’auteur y révèle les principales données de la négociation en cours sans préjuger d’un accord définitif, ni de sa mise en œuvre. L’intérêt de l’article est qu’il permet de comprendre les positions ambigües de Washington qui pousse ses alliés dans une impasse de manière à pouvoir leur imposer prochainement une nouvelle donne dont ils seront exclus.

Le président Obama s’apprête à changer complètement de stratégie internationale, malgré l’opposition que son projet a suscité dans sa propre administration.

Le constat est simple. Les États-Unis sont en passe de devenir indépendants au plan énergétique grâce à l’exploitation rapide des gaz de schistes et du pétrole des sables bitumineux. Par conséquent la doctrine Carter (1980) selon laquelle la sécurisation de l’accès au pétrole du Golfe est un impératif de sécurité nationale est morte. De même d’ailleurs que l’Accord du Quincy (1945) selon lequel Washington s’engage à protéger la dynastie des Séoud si ceux-ci leur garantissent l’accès au pétrole de la péninsule arabique. Le temps est venu d’un retrait massif qui permettra de transférer les GI’s vers l’Extrême-Orient afin de contenir l’influence chinoise.

D’autre part, tout doit être fait pour empêcher une alliance militaire sino-russe. Il convient donc d’offrir des débouchés à la Russie qui la détournent de l’Extrême-Orient.

Enfin, Washington étouffe de sa relation trop étroite avec Israël. Celle-ci est extrêmement onéreuse, injustifiable au plan international, et dresse contre les États-Unis l’ensemble des populations musulmanes. En outre, il convient de sanctionner clairement Tel-Aviv qui s’est ingéré de manière ahurissante dans la campagne électorale présidentielle US, qui plus est en misant contre le candidat qui a gagné.

C’est trois éléments ont conduit Barack Obama et ses conseillers à proposer un pacte à Vladimir Poutine : Washington, qui reconnaît implicitement avoir échoué en Syrie, est prêt à laisser la Russie s’installer au Proche-Orient sans contrepartie, et à partager avec elle le contrôle de cette région.

C’est dans cet état d’esprit qu’a été rédigé par Kofi Annan le Communiqué de Genève du 30 juin 2012. À l’époque, il s’agissait juste de trouver une issue à la question syrienne. Mais cet accord a été immédiatement saboté par des éléments internes de l’administration Obama. Ils ont laissé fuiter à la presse européenne divers éléments sur la guerre secrète en Syrie, y compris l’existence d’un Presidential Executive Order enjoignant la CIA de déployer ses hommes et des mercenaires sur le terrain. Pris en tenaille, Kofi Annan avait démissionné de ses fonctions de médiateur. De son côté, la Maison-Blanche avait fait profil bas pour ne pas exposer ses divisions en pleine campagne pour la réélection de Barack Obama.

Dans l’ombre trois groupes s’opposaient au communiqué de Genève :
• Les agents impliqués dans la guerre secrète ;
• Les unités militaires chargées de contrer la Russie
• Les relais d’Israël.

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En 1916, le Royaume-Uni et la France se partageaient le Proche-Orient (accords Sykes-Picot). Presque un siècle plus tard, les Etats-Unis et la Russie discutent d’un nouveau plan de partage qui leur permettrait d’évincer à leur profit l’influence franco-britannique.

Au lendemain de son élection, Barack Obama a débuté la grande purge. La première victime fut le général David Petraeus, concepteur de la guerre secrète en Syrie. Tombé dans un piège sexuel tendu par une agente du Renseignement militaire, le directeur de la CIA fut contraint à la démission. Puis, une douzaine de hauts gradés furent mis sous enquête pour corruption. Parmi eux, le suprême commandeur de l’OTAN (amiral James G. Stravidis) et son successeur désigné (le général John R. Allen), ainsi que le commandant de la Missile Défense Agency —c’est-à-dire du « Bouclier anti-missiles »— ¬(général Patrick J. O’Reilly). Enfin, Susan Rice et Hillary Clinton faisaient l’objet de vives attaques pour avoir caché au Congrès des éléments sur la mort de l’ambassadeur Chris Stevens, assassiné à Benghazi par un groupe islamiste probablement commandité par le Mossad.

Ses différentes oppositions internes étant pulvérisées ou paralysées, Barack Obama a annoncé un renouvellement en profondeur de son équipe. D’abord, John Kerry au département d’État. L’homme est partisan déclaré d’une collaboration avec Moscou sur les sujets d’intérêt commun. Il est aussi un ami personnel de Bachar el-Assad. Puis, Chuck Hagel au département de la Défense. C’est un des piliers de l’OTAN, mais un réaliste. Il a toujours dénoncé la mégalomanie des néo-conservateurs et leur rêve d’impérialisme global. C’est un nostalgique de la Guerre froide, ce temps béni où Washington et Moscou se partageaient le monde à moindres frais. Avec son ami Kerry, Hagel avait organisé en 2008 une tentative de négociation pour la restitution par Israël du plateau du Golan à la Syrie. Enfin John Brennan à la CIA. Ce tueur de sang-froid est convaincu que la première faiblesse des États-Unis, c’est d’avoir créé et développé le jihadisme international. Son obsession est d’éliminer le salafisme et l’Arabie saoudite, ce qui en définitive soulagerait la Russie au Nord-Caucasse.

Simultanément, la Maison-Blanche a poursuivi ses tractations avec le Kremlin. Ce qui devait être une simple solution pour la Syrie est devenu un projet bien plus vaste de réorganisation et de partage du Proche-Orient.

On se souvient qu’en 1916, à l’issue de 8 mois de négociations, le Royaume-Uni et la France se partagèrent en secret le Proche-Orient (Accords Sykes-Picot). Le contenu de ces accords avait été révélé au monde par les Bolcheviks dès leur arrivée au pouvoir. Il s’est poursuivi durant près d’un siècle. Ce que l’administration Obama envisage, c’est un remodelage du Proche-Orient pour le XXIe siècle, sous l’égide des USA et de la Russie.

Aux États-Unis, bien qu’Obama se succède à lui-même, il ne peut dans la période actuelle qu’expédier les affaires courantes. Il ne reprendra ses attributions complètes que lors de sa prestation de serment, le 21 janvier. Dans les jours qui suivront, le Sénat auditionnera Hillary Clinton sur le mystère de l’assassinat de l’ambassadeur en Libye (23 janvier), puis il auditionnera John Kerry pour confirmer sa nomination (24 janvier). Immédiatement après, les 5 membres permanents du Conseil de sécurité se réuniront à New York pour examiner les propositions Lavrov-Burns sur la Syrie.

Celles-ci prévoient la condamnation de toute ingérence extérieure, le déploiement d’observateurs et d’une force de paix des Nations Unies, un appel aux différents protagonistes pour qu’ils forment un gouvernement d’union nationale et planifient des élections. La France devrait s’y opposer sans pour autant menacer d’utiliser son veto contre son suzerain US.

L’originalité du plan, c’est que la force des Nations Unies serait principalement composée par des soldats de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Le président Bachar el-Assad resterait au pouvoir. Il négocierait rapidement une Charte nationale avec des leaders de l’opposition non-armée sélectionnés avec l’approbation de Moscou et Washington, et ferait valider cette charte par référendum sous contrôle des observateurs.

Ce coup de théâtre a été préparé de longue date par les généraux Hassan Tourekmani (assassiné le 18 juillet 2012) et Nikolay Bordyuzha. Une position commune des ministres des Affaires étrangères de l’OTSC a été conclue le 28 septembre et un Protocole a été signé entre le département onusien de maintien de la paix et l’OTSC. Celle-ci dispose maintenant des mêmes prérogatives que l’OTAN. Des manœuvres communes ONU/OTSC de simulation ont été organisées au Kazakhstan sous le titre « Fraternité inviolable » (8 au 17 octobre). Enfin, un plan de déploiement de « chapkas bleues » a été discuté au sein du Comité militaire de l’ONU (8 décembre).

Une fois la Syrie stabilisée, une conférence internationale devrait se tenir à Moscou pour une paix globale entre Israël et ses voisins. Les États-Unis considèrent qu’il n’est pas possible de négocier une paix séparée entre Israël et la Syrie, car les Syriens exigent d’abord une solution pour la Palestine au nom de l’arabisme. Mais il n’est pas possible non plus de négocier une paix avec les Palestiniens, car ceux-ci sont extrêmement divisés, à moins que la Syrie ne soit chargée de les contraindre à respecter un accord majoritaire. Par conséquent, toute négociation doit être globale sur le modèle de la conférence de Madrid (1991). Dans cette hypothèse, Israël se retirerait autant que faire se peut sur ses frontières de 1967. Les Territoires palestiniens et la Jordanie fusionneraient pour former l’État palestinien définitif. Son gouvernement serait confié aux Frères musulmans ce qui rendrait la solution acceptable aux yeux des gouvernements arabes actuels. Puis, le plateau du Golan serait restitué aux Syriens en échange de l’abandon du lac de Tibériade, selon le schéma envisagé jadis aux négociations de Shepherdstown (1999). La Syrie deviendrait garante du respect des traités par la partie jordano-palestinienne.

Comme dans un jeu de domino, on en viendrait alors à la question kurde. L’Irak serait démantelé pour donner naissance à un Kurdistan indépendant et la Turquie serait appelée à devenir un État fédéral accordant une autonomie à sa région kurde.

Côté US, on souhaiterait prolonger le remodelage jusqu’à sacrifier l’Arabie saoudite devenue inutile. Le pays serait divisé en trois, tandis que certaines provinces seraient rattachées soit à la fédération jordano-palestinienne, soit à l’Irak chiite, conformément à un vieux plan du Pentagone (“Taking Saudi out of Arabia“, 10 juillet 2002). Cette option permettrait à Washington de laisser un vaste champ d’influence à Moscou sans avoir à sacrifier une partie de sa propre influence. Le même comportement avait été observé au FMI lorsque Washington a accepté d’augmenter le droit de vote des BRICS. Les États-Unis n’ont rien cédé de leur pouvoir et ont contraint les Européens à renoncer à une partie de leurs votes pour faire de la place aux BRICS.

Cet accord politico-militaire se double d’un accord économico-énergétique, le véritable enjeu de la guerre contre la Syrie étant pour la plupart des protagonistes la conquête de ses réserves de gaz. De vastes gisements ont en effet été découverts au Sud de la Méditerranée et en Syrie. En positionnant ses troupes dans le pays, Moscou s’assurerait un plus large contrôle sur le marché du gaz dans les années à venir.

Le cadeau de la nouvelle administration Obama à Vladimir Poutine se double de plusieurs calculs. Non seulement détourner la Russie de l’Extrême-Orient, mais aussi l’utiliser pour neutraliser Israël. Si un million d’Israéliens ont la double nationalité états-unienne, un autre million est russophone. Installées en Syrie, les troupes russes dissuaderaient les Israéliens d’attaquer les Arabes et les Arabes d’attaquer Israël. Par conséquent, les États-Unis ne seraient plus obligés de dépenser des sommes phénoménales pour la sécurité de la colonie juive.

La nouvelle donne obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l’Iran. Cependant Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d’Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. On ignore la réaction iranienne à cet aspect du dispositif, mais Mahmoud Ahmadinejad s’est d’ores et déjà empressé de faire savoir à Barack Obama qu’il ferait tout ce qui est en son possible pour l’aider à prendre ses distances avec Tel-Aviv.

Ce projet a des perdants. D’abord la France et le Royaume-Uni dont l’influence s’efface. Puis Israël, privé de son influence aux États-Unis et ramené à sa juste proportion de petit État. Enfin L’Irak, démantelé. Et peut-être l’Arabie saoudite qui se débat depuis quelques semaines pour se réconcilier avec les uns et les autres afin d’échapper au sort qui lui est promis. Il a aussi ses gagnants. D’abord Bachar el-Assad, hier traité de criminel contre l’humanité par les Occidentaux, et demain glorifié comme vainqueur des islamistes. Et surtout Vladimir Poutine qui, par sa ténacité tout au long du conflit, parvient à faire sortir la Russie de son « containment », à lui rouvrir la Méditerranée et le Proche-Orient et à faire reconnaître sa prééminence sur le marché du gaz.

Thierry Meyssan

Source
Odnako (Fédération de Russie)
Hebdomadaire d’information générale. Rédacteur en chef : Mikhail Léontieff.

Article publié le 26 janvier 2013 dans l’hebdomadaire russe Odnako (magazine proche de Vladimir Poutine)

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Au moment où une part croissante de la gauche européenne se convertit au « droit d’ingérence » qu’elle critiquait il y a quelques années et où, complices de l’impunité, les médias occidentaux minimisent les milliers de victimes civiles de bombardements « humanitaires » ou « laïcs » (Afghanistan, Libye, Mali, etc…), les latino-américains ne sont pas dupes des habits neufs du colonialisme. Ils savent qu’au-delà du contrôle des matières premières, c’est l’unité politique du Sud qui est visée. La volonté des gouvernements progressistes latino-américains de développer des relations Sud-Sud (suivant la ligne tracée du Congrès de Panama organisé par Bolivar en 1828 au sommet de Bandoeng en 1956…) n’a rien à voir, contrairement à ce que martèlent les médias occidentaux, avec un quelconque « appui aux dictateurs ».

Lorsque le président brésilien Lula da Silva signa avec la Turquie un Pacte appuyant le droit de l’Iran à développer l’énergie nucléaire civile et qu’il critiqua « l’ ingérence des occidentaux dans les élections et dans la vie politique de l’Iran », quand les présidents Evo Morales, Cristina Fernandez ou Rafael Correa notamment, signent d’importants traités et contrats avec les iraniens, ils ne font qu’appliquer ce qu’il y a plus de trente ans un certain Régis Debray conseillait au prince à propos des pays du « socialisme réel ». Plutôt que d’entrer dans le Disneyland de la Guerre Froide en les ostracisant, développer une stratégie plus subtile et plus ambitieuse, garder des relations politiques et diplomatiques avec eux, pour les influencer dans le bon sens et garder son mot à dire.

En Amérique Latine, la concrétisation par des gouvernements de gauche de la démocratie participative, des droits de la femme, de l’éco-socialisme, etc… ne peuvent qu’influencer dans le bon sens la construction d’un monde multipolaire des trois-quarts de l’humanité. On ne peut qu’être frappé en comparaison par le néant idéologique qui caractérise le discours de gouvernants européens devenus simples « commis de commerce » vis-à-vis des nations du Sud (voir le récent sommet UE-CELAC à Santiago du Chili).

Lorsque les occidentaux (y compris de gauche) raillèrent et rejetèrent la proposition de nombreux gouvernements latino-américains, soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), d’entamer des pourparlers diplomatiques en Libye afin d’éviter une guerre meurtrière, la présidente argentine sut exprimer le sentiment d’un continent : « Quand je vois les gens dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je suis fière d’être latino-américaine ».

africa

Lettre du Président Hugo Chavez aux participants du IIIème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Guinée Équatoriale, février 2013)

Caracas, 22 février 2013.

Frères et sœurs,

Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et de toute mon espérance dans le déroulement de ce III° Sommet si attendu des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos Peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République Bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caribéenne.

Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique Latine et les Caraïbes partagent avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits , nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XX° siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA (1).

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même ». Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néo-coloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce II° merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la Déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat Permanent de la Table Présidentielle Stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le Sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ils ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néo-coloniale a été, depuis le début du XIX°, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extra-régionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce III° Sommet de l’ ASA dans cette république sœur de Guinée Equatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Energie, Education, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des Peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce III° Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens ».

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie,un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »

Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ’ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

Hugo Chavez Frias

 

Note :

(1) ASA : América del Sur/Africa.

Traduction Gaston Lopez

 

cumbre-asa1

Le troisième sommet Afrique-Amérique du Sud, qui a réuni une soixantaine de chefs d’État à Malabo (Guinée Équatoriale) du 20 au 23 février 2013 a permis la signature de 27 accords de coopération sud-sud dans tous les secteurs d’activité. La réunion se poursuivra à Caracas le 26 avril 2013.

 

 

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Les Etats-Unis ont pris la base militaire française de la France à Djibouti. Ce serait la seule base américaine en Afrique ; or, ils auraient une base en Égypte et d’autres en Afrique et même d’Afrique du Nord : sur Google, il suffit de mettre le nom d’un pays pour que des informations troublantes apparaissent… Néanmoins, si la mission Africom vise à assurer une présence américaine en Afrique sous le fallacieux prétexte d’aide à la lutte contre le terrorisme, aucun pays africain n’a accepté d’héberger chez lui son commandement général, lequel s’est, en définitive, installé en Allemagne et en Italie (lire 11e partie).

Depuis quelques mois, prétextant de l’assassinat de leur ambassadeur en Libye, les Etats-Uniens se sont implantés de force au Yémen, ce qui laisse croire que l’histoire des révoltes musulmanes un certain 11 septembre 2012 après la sortie d’un film anti-islam a été allumée exprès, comme on allume des foules dans le livre de Serge Moscovici, L’Age des Foules. La vidéo en question était sur YouTube depuis des mois, et nul n’y a prêté attention, puis subitement, les rues musulmanes s’enflamment un certain 11 septembre, cette date devenue fatidique… Manipulation à l’état pur : Gustave le Bon doit aller se rhabiller. Comme Sarkosy a eu son Merah pour sa campagne électorale, Romney (ou même Obama) a eu son film anti-islamique qui donne le même effet que les crimes attribués à Merah, car ces fanatiques qui brûlent et qui meurent pour rien donnent raison aux racistes de tout poil. Donc, les Etats-Unis menacent de s’installer dans les fiefs historiques de l’armée française, dans ce Sahel où elle a pratiqué tous les coups bas, coups d’Etat et même corruption comme ces diamants de Bokassa. La présence américaine dans son fief peut avoir agacé Paris, mais entre membres d’une OTAN dominée par les Etats-Unis, c’est le respect au plus gradé qui prime sur les susceptibilités et les humeurs. D’ailleurs, ni Sarkozy ni Hollande n’ont le punch d’un de Gaulle qui a envoyé balader les bidules de l’ONU et de l’OTAN, refusant d’être à la solde des mastiqueurs de chewing-gum. Lointains sont les temps de la fierté, car même Berlusconi et Erdogan qui avaient décroché de superbes marchés en Libye (de 25 milliards de dollars pour la Turquie) ont rogné un peu quand les Etats-Unis avaient décidé d’abattre Kadhafi avant de rentrer dans les rangs des subalternes et d’envoyer leurs soldats. Ils se sont joints à la meute de prédateurs, faute de quoi, le boss de l’OTAN ne leur aurait pas laissé une miette en Libye. Pareil en Syrie, où les meilleurs amis de Bachar El-Assad (Erdogan, Hamad) sont devenus ses pires ennemis lorsque l’Amérique a décidé de le sacrifier sur l’autel du «Printemps arabe». Il est clair que le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinski est en train de se mettre en place, au grand dam de ceux qui ne lisent pas et ne prévoient pas. Il est clair qu’un impérialisme prédateur est en train de redéfinir ou d’étendre ses zones d’influence à nos frontières et à la faveur du système unipolaire qui lui donne l’avantage. Dans la nouvelle prédation contre le Mali, le Qatar peut jouer le bras séculier des Etats-Unis, soit pour écarter la France des derniers quartiers du Sahel, soit pour renforcer le statut de France parce qu’il est actionnaire dans Areva et Total… Le Qatar est l’un des outils de l’Oncle Sam, mais il a aussi ses intérêts propres. Intérêts : le maitre-mot des relations internationales. Les naïfs parlent de divergences franco-étatsuniennes. Si elles existent, celles- ci doivent nécessairement converger vers un seul point : la défense de leurs intérêts spécifiques et leurs intérêts communs. La realpolitik impose de la prudence aux Etats-Unis pour gagner les populations qui commencent à mesurer les conséquences des «printemps arabes», surtout à l’aune des massacres à Ghaza. N’empêche que la France est une grande puissance, et qu’elle tente de jouer son jeu, de sauver ses cartes en Afrique face aux Etats-Unis qui avancent dans son fief à pas de géant, et face aux Russes et aux Chinois, mais tout en restant proche des Etats-Unis afin de ne rien perdre de ses parts dans le cadre atlantique. La course à l’Afrique a commencé par la destruction du plus gros verrou, Kadhafi, l’homme qui contrôlait plusieurs pays africains qu’il avait gagnés à sa cause en leur fournissant une aide financière et économique et en intégrant leurs ressortissants dans son économie (des milliers d’emplois). Kadhafi avait quatre millions de travailleurs chez lui, avec des projets pharaoniques qui mettaient les pays du Golfe en danger, et c’est ce qui explique d’ailleurs la forte croissance économique libyenne durant ses dernières années de règne. L’OTAN a cru pouvoir vite régler la question syrienne et dégommer Bachar El-Assad mais elle est tombée sur un os qui a l’appui de son armée, c’est-à-dire de son peuple, car armée signifie peuple, qu’on le veuille ou non. Tandis qu’au Mali tout a baigné dans de l’huile et, comme probablement entendu avec les Russes, l’Afrique sera désormais américano-européenne, preuve en est que la Russie et la Chine n’ont dit mot sur ce qui se passe au Sahel. Les pays qui se sont mis dans la gueule du loup en abandonnant le groupe des Non-alignés se feront bouffer crus devant le regard impassible de la Russie qui ne se soucie que de ce qui la regarde désormais.

Course entre les grandes puissances et le Qatar

Dans le cadre de sa guerre moderne, la France s’est investie à fond dans la lutte cognitive, via ses services de renseignement, notamment le SDECE et la DCRI, en envoyant de nombreux nouveaux Merah renseigner et manipuler des Maliens : avec ces nouveaux harkis, on ne sait plus désormais qui est ami et qui est ennemi car il se dit musulman, lui aussi, et jure par l’Islam, mais nul ne lui a dit comment il a pu obtenir plusieurs passeports pour pouvoir aller en Israël, en Iran, au Pakistan, en Algérie et ailleurs. Pour les manipulateurs de l’ombre, la faillite des élites compte aussi, tout comme leur corruptibilité et leur disponibilité à la manipulation ou à la trahison. Pour un coup d’essai au Mali, la France a fait un coup de maître, même si le Qatar et les Etats-Unis lui ont facilité le rôle. Si pour les Etats-Unis, brandir le drapeau n’est pas trop à la mode, pour un François Hollande en butte à des difficultés économiques sur son territoire, voir le tricolore brandi à Gao, Nouakchott ou Bamako requinque le moral et rehausse la fierté du coq conquérant devenu humanitariste. Il est indéniable que pouvoir cacher une guerre impérialiste sous l’apparence d’une guerre humanitaire est une immense réussite pour un président qui semblait en panne depuis son accès à l’Elysée. Puisant dans son fonds colonial, la France a créé son MNLA pour faire pression sur Bamako ; tandis que les Etats-Unis et le Qatar ont créé des groupes dits «islamistes» pour avoir leur part du gâteau. Preuve en est que les pays occidentaux n’ont qu’un seul et même but est qu’ils apportent tous leur appui logistique à la France. Les apparences n’étaient que du leurre pour la crédibilité du scénario. Quant au Qatar, il joue parfaitement son rôle : chauffer le bendir pour les «islamistes» de tous bords, armés et non amés, au Mali et ailleurs, en faisant croire qu’il n’est pas d’accord avec l’intervention française décidée par Washington. Un même partage de rôles a été défini pour les groupes mercenaires sur le terrain qui ont envahi le Nord-Mali ensemble et de concert, comme sur ordre d’un chef d’état-major suprême, comme sur ordre d’un chef d’orchestre caché dans l’ombre. Pour certains observateurs, la France, les Etats-Unis et le Qatar semblent se faire la guerre par groupes terroristes interposés. Il n’en est rien en vérité, car au-delà des intérêts particuliers de tout un chacun (France, Qatar, Etats-Unis, GB…), il y a les intérêts communs. Après les coups bas du début, tout est rentré dans ordre pour l’assaut final et le partage du butin. Et comme dans une meute, c’est le plus fort qui aura la plus grosse part, un point c’est tout. L’OTAN est une meute de prédateurs. Pour le moment, les Américains n’ont pas intérêt à trop se mettre en avant sur la scène musulmane, ils demandent aux Français de diligenter une opération qui permette l’intervention occidentale après avoir mis en avant une hypothétique force africaine composite qui risquait d’être un véritable frein au développement du terrorisme. Or, le but occidental est de le promouvoir, pas de le combattre. Par la même occasion, l’opération Serval permet à François Hollande d’espérer blanchir le socialisme de son passé colonialiste aux yeux de quelques crédules parmi les musulmans ou les non-musulmans au Mali et à travers le monde. Tout comme les Etats-Unis, il faut aussi toujours une guerre à la France, de préférence en Afrique. Elle intervient dans 16 régions différentes actuellement, avec un budget de moins d’un milliard d’euros. Elle n’a pas les moyens de l’Amérique, mais si des pays du Golfe veulent mettre la main à la poche, ce n’est pas de refus. La France s’engage donc au Mali après son retrait d’Afghanistan, et ce n’est que partie remise dans une autre région du globe. Comme tous les locataires de l’Elysée, de De Gaulle à Pompidou, Valery Giscard D’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy, Hollande veut faire sa guerre, une autre guerre sans fin, une guerre sans fin qui va créer une nouvelle «autoroute de l’internationale insurgée», pour utiliser un terme d’Alain Gresh.

Une base de drones américaine au Niger

Aujourd’hui, l’armée française est à Bamako, sous couvert de protection des ressortissants français. Cela signifie qu’elle a obtenu une base ou un QG. Reste à signer l’accord de coopération militaire… Peut-être même que les Français de l’opération Serval y resteront tant qu’un président ne vient pas leur demander de partir. Au Tchad, ils sont également intervenus pour protéger Hissène Habré, le dictateur criminel et putschiste, en 1986 et ils y sont encore. C’est le même scénario qui se répète : au préalable, la France a installé une situation de crise au Mali, puis un putschiste est venu renforcer son argumentaire, ensuite un intérimaire sans autorité réelle a été forcé à demander de l’aide pour que le pays retombe sous le giron d’une France qui sait perpétuer son rôle de gendarme de l’Afrique. Par sa mollesse si ce n’est par sa léthargie, du moins par son manque de perspicacité, l’Algérie a permis de perpétuer ce plan qui a rendu incontournable le recours à la France par les autorités de Bamako. Selon le New York Times(28 janvier 2013), les Etats-Unis vont créer une base de lancement de drones dans le nord-ouest de l’Afrique, au Niger pour être précis, afin de «combattre» les groupes terroristes. Selon le même journal, le commandement américain en Afrique discute également d’autres options pour localiser cette base dans d’autres pays de la région, comme le Burkina Faso. Ces drones participent de la création du terrorisme et ont causé des milliers de victimes au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen et en Somalie. Machiavélique scénario : on dit au Qatar de perdre des milliers d’armes en Libye, puis on lui dit de financer Ansar Dine et Mujao et Aqmi ensuite on crée une base de drones… La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et l’Allemagne ont accepté d’aider la France dans son opération Serval, ce qu’elles ne peuvent faire si elles n’avaient pas un intérêt. Le néocolonialisme vient en libérateur contre l’Islam castrateur-oppresseur-intégriste-fondamentaliste-terroriste… Les crimes commis en Syrie et ceux commis en Libye sont exemptés. Quelle belle victoire pour l’OTAN ! Quelle piètre image de l’Islam qu’une poignée de vendus du Qatar et de voyous maliens donnent de l’Islam. Pendant que les décideurs véritables étaient dans l’ombre, les supplétifs faisaient le sale boulot, prenaient des otages, tuaient, pillaient et mourraient, chair à canon rameutée au nom de l’Islam ou au nom d’un hypothétique Azawad, deux arguments au service du néocolonialisme en marche. Les peuples d’Afrique ont toujours vécu en communautés pacifiques jusqu’au jour où le colonialisme a utilisé le divide ut regnes à des fins cyniques. Il n’y a presque plus de véritables groupes djihadistes, mais des mercenaires recrutés à la porte d’un bar, d’un stade ou d’un cyber café et à qui on fait miroiter une belle poignée de dollars qataris : les 11 Tunisiens et les 7 Egyptiens qui ont commis l’attentat d’In Amenas montrent que le mercenariat a remplacé le «djihadisme», comme nous le verrons plus loin. Mercenaires aussi sont les éléments qui composent le MNLA qui est composé de mercenaires déguisés en Touareg pour pallier le manque d’autochtones dans ses rangs. Il est probable que les Français ne représentent qu’eux-mêmes au Mali, mais le Qatar ne peut représenter que lui-même dans la question malienne où il a joué le rôle moteur : si c’est MNLA (France) qui a servi à la pénétration, c’est tout de même Doha qui a pu gérer les groupes «islamistes» en leur permettant d’arriver jusqu’aux portes de Bamako, cette ligne rouge tracée pour une intervention sans mandat de l’ONU et que Ban Ki-Moon au lieu de condamner a félicitée ! Les musulmans mis KO par les chrétiens ! Des Hollande et des François sont baptisés dans certains foyers chrétiens maliens qui ont eu peur de devoir imposer à leurs filles de porter la burqa des «djihadistes»… Bravo Hamad pour la promotion de l’Islam ! Grâce à toi, des drapeaux français sont déployés dans les rues maliennes…

A. E. T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10) Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11) Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme , 23 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 13) Terrorisme «djihadiste», bras armé de l’Occident, 25 février 2013

 

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Sous le prétexte d’une «responsabilité de protéger», les Français ont intervenu au Mali sans mandat de l’ONU. Les puissances occidentales les soutiennent pour une mise sous tutelle programmée de l’Afrique. Mais dans la tutelle de l’Afrique, il y a la mise sous tutelle de la France par les USA, car ceux qui mènent le jeu au Sahel ce sont les Américains, avec la complicité de nombreux pays d’Afrique et d’Afrique du Nord, qui semblent depuis quelques années appeler le néocolonialisme de leurs vœux.
Dans le nouvel ordre mondial qui voit le jour, la financiarisation est inséparable de la militarisation, le monde de la finance étant intimement lié au complexe militaro-industriel qui a pris la Maison-Blanche en otage. La Maison-Blanche, quant à elle, prend en otage d’autres pays, des plus grands aux plus petits. Moscou et Pékin et les pays du BRICS semblent être les seuls Etats à refuser cette hégémonie, que les Américains refusent de voir fragilisée, quitte à ramener les récalcitrants avec le «gros bâton» cher au président Theodore Roosevelt. Beaucoup d’éléments ont argumenté dans le sens d’une préméditation de l’opération Serval dans le cadre d’un complot contre le Mali et les pays frontaliers, pas uniquement l’Algérie. Mais on a compris que tout le micmac flagrant montre qu’il s’agit d’une crise créée de toutes pièces et que le manipulateur en chef, le Département de la défense américain (DoD) la préparait depuis les années 1990, lorsqu’il a créé des situations créatrices de crises (crisogènes) par sa seule présence. Revenons à l’histoire de la présence américaine en Afrique et à l’apparition mystérieuse du terrorisme, à chaque fois qu’une base américaine se crée dans une région. «L’idée politique centrale de l’impérialisme, écrit la philosophe politique Hannah Arendt, est l’expansion comme un but permanent et suprême de la politique», tandis que Chalmers Johnson écrit dans The Sorrows of Empire. Militarism, Secrecy, and the End of the Republic : «L’impérialisme ne peut pas exister sans un puissant appareil militaire pour soumettre et policer les gens qui s’opposent sur son chemin et un système économique pour financer un établissement militaire couteux et improductif.»(1) En 2002, dans une perspective qui s’inscrit dans le projet impérialiste du Grand Moyen-Orient, George Bush a créé le plan Pan Sahel afin de «lutter» contre le terroriste dans le Sahel ; or, il n’y avait pas de terroristes au Sahara ni dans sa région sud, est et ouest, même après dix années de troubles en Algérie. Le terrorisme s’est développé au nord du Maghreb, et s’y est maintenu car il n’avait pas d’assisses dans le sud, d’autant que l’Islam traditionnel et soufi y est très puissant et constituait un paravent contre les takfiristes, wahhabites et autres excommunicateurs. Ce bel Islam de nos ancêtres dérangeait beaucoup, car il donne une idée forte et puissamment ancrée d’une tradition spirituelle et culturelle qui empêchait la prolifération des parasites. Mais le Sahel est une région visée par les Etatsuniens dès que le bloc communiste a sombré. Déjà, en 1996, ils ont demandé aux Saoudiens d’envoyer l’agent Ben Laden au Soudan, non sans avoir concocté un coup d’Etat dans ce pays afin de permettre à un Etat «islamiste» d’y prendre racine. Ben Laden enverra des armes et des Arabes-Afghans vers l’Algérie et, au préalable, il écrira pour ses amis du parti dissous les paroles de : «Alayha nahia, alayha noudjahed.»

Programme d’aide, programme d’asservissement

Pourquoi les Américains voulaient-ils «combattre» le terrorisme sur un territoire où le phénomène n’existait pas si ce n’est pour le créer ? Comme par hasard, dès l’année suivante, entre 2003 et 2004, le groupe d’El Para kidnappe plusieurs groupes de touristes au Sahara ! Le groupe terroriste nigérian Boko Haram est créé en 2002. Entre 2007 et 2008, la Mauritanie subit des attaques et des enlèvements de l’Aqmi. Le terrorisme était inconnu en Irak avant 2003 ; aujourd’hui, ce pays est son fief. En 2008 apparaissent les djihadistes d’Al-Shabbab, en Somalie. Moubarak et Benali ont éradiqué le terrorisme que le «printemps arabe» vient ressusciter en Égypte et en Tunisie… Idem pour la Libye et surtout la Syrie actuellement… où les Américains s’installent. Le cancer terroriste se développe, comme s’ils l’inoculaient directement par injection. En 2005, le programme US Pan Sahel se transforme en Trans Sahel Conter Terrorism Partnership dont l’objectif était de former les forces militaires des sept pays sahariens «volontaires» dans leur lutte contre leurs différents ennemis, y compris «terroristes», en fait des alliés sous de faux drapeaux. Tactique du pyromane pompier… Les Etats-Unis ont aussi un programme appelé Counter Terrorism Train and Equip destiné à apporter de l’aide militaire à des pays maghrébins et d’Afrique subsaharienne (Algérie, Burkina Faso, Tchad, Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigeria, Sénégal, Tunisie) en leur offrant quelques armes et véhicules, du matériel de communication, des pièces de rechange et des tenues militaires. Il permet d’avoir un pied à terre dans ces pays en attendant mieux, une base militaire, un puits de pétrole ou une exploitation minière, par exemple. Ainsi donc, les Etats-Unis visent l’implantation dans des pays qui sont traditionnellement dans le giron français… Peu d’égards pour la France amie et alliée au sein de l’OTAN… Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas venus concurrencer la France à Djibouti en 1981 ? Et comme par hasard, le piratage s’est développé dans la corne de l’Afrique dès que la base américaine de Camp Lemonnier a été créée en 2003. Les actes de piratage contre des navires marchands se développent en même temps que le terrorisme, au fur et à mesure que la répression grandit. L’injustice nourrit la révolte, c’est ce que font semblant de ne pas comprendre les pays qui ont de longues expériences coloniales. Une fois le terrorisme installé en Afrique, George Bush décide de créer, en 2007, un commandement unifié pour l’Afrique (United States Africa Command) dont l’acronyme est Usafricom ou Africom et destiné, en premier lieu, à coordonner toutes les activités militaires et sécuritaires étatsuniennes sur ce continent. Son deuxième but est la «géopolitique du pétrole», soit la sécurisation des approvisionnements américains par le golfe de Guinée afin d’amoindrir la dépendance aux réserves du Moyen-Orient. Le troisième but est la compétition économique afin de contrer par un pré-positionnement militaire US la montée en puissance de la Chine. Parmi ces objectifs, on ne sait lequel est prioritaire, car comptent beaucoup pour les Etats-Unis les nécessités de défense pure, soit la dépense du budget militaire dans des conflits nécessaires pour le fonctionnement du complexe militaro- industriel. Ce n’est qu’à cela essentiellement qu’ont servi les guerres d’Afghanistan et d’Irak depuis 2003. Car il faut savoir que la Maison-Blanche a dépensé près de 5 000 milliards de dollars en dix ans en Irak et en Afghanistan, sommes qui sont allées dans les coffres du complexe militaro-industriel et ceux d’autres entreprises étatsuniennes. La recette est simple : on crée la pauvreté dans un pays, et lorsqu’il devient ingouvernable, on y envoie des terroristes qu’il s’agira d’éliminer sous prétexte qu’ils menacent le «monde libre». Ainsi, la chaîne de production d’armes tourne à fond pour doter à la fois les terroristes et les pays qui combattent le terrorisme. En 2008, Jeremy Keenan, un anthropologue très au fait des choses du terrorisme et du renseignement, écrivait dans la revue d’intelligence Menas: «Rares sont les endroits au monde qui ont été autant sujets à désinformation que le nord du Mali et sa frontière avec l’Algérie. Il est vrai que c’est le point focal de l’administration Bush en ce qui concerne sa fabrication d’un second front saharien dans sa soidisant guerre contre le terrorisme.» En 2009, le Mali a bénéficié du programme Trans Sahel Conter Terrorism Partnership, mais au préalable, les Etats-Unis ont imposé à ce pays criblé de dettes une restructuration qui l’a davantage affaibli puis entraîné dans le gouffre actuel. En un tour de passe-passe américano-franco-qatari, voilà le Mali coupé en deux, avec un nord occupé par une nébuleuse d’islamistes et de pseudo-rebelles également à la solde. Puis voilà les Français qui accourent pour sauver un peuple de barbares islamistes… qu’ils ont pris soin de doter des armes les plus sophistiquées…

La guerre, seule logique de la Maison-Blanche

Pour renforcer sa présence en Afrique, au détriment d’une France qui n’a plus d’argent pour y être présente, Washington va, selon le Département d’Etat américain, déployer une centaine de conseillers en Afrique de l’Ouest et les répartir au sein des contingents africains de six nations : Niger, Nigeria, Burkina Faso, Sénégal, Togo et Ghana, qui fournissent des troupes à la Misma. Ces «mentors» dépendent du programme African Contingency Operations Training and Assistance (ACOTA). Même s’ils ne seront pas déployés sur le territoire malien, économiquement, il s’agit d’une ingérence dans une chasse gardée, même s’il s’agit d’un allié atlantique. Pour comprendre cette stratégie, il faut savoir que le budget américain est de 755 milliards de dollars (2010) alors que celui de la Chine est de seulement 143 milliards de dollars, que celui de la Russie est de 71, 9 mds et celui de la France de 62,5 seulement. Le budget défense des Etats-Unis est non seulement colossal, mais il est plus important que tous les autres secteurs réunis : il bouffe plus que la moitié du budget du pays alors que celui de la France est le deuxième après celui de l’éducation. En 2011, le budget du DoD représente 41% du total mondial de défense par rapport à la Russie qui n’en détient que 4,1% et la Chine 8,2 % tandis que l’Arabie Saoudite en détient 3%. La véritable course aux armements n’a jamais été aussi folle qu’aujourd’hui, car l’Amérique dope les achats en imposant une surenchère, ensuite grâce au terrorisme qui cible les pays non amis et ennemis. Ainsi, les pays arabes, qui soutiennent le terrorisme (Arabie Saoudite, le Qatar et les autres pays du Golfe) sont devenus des investisseurs dans l’industrie militaire occidentale par le biais d’opérations de leurs fonds souverains, et ce, indirectement ou directement dans certaines entreprises liées au complexe militaro-industriel (Carlyle et la société militaire privée Vinnel) : des enjeux importants les lient désormais au terrorisme qui nourrit le complexe militaro-industriel… Le problème malien s’inscrit donc dans une stratégie géopolitique globale qui dépasse les acteurs apparents (groupes terroristes) et même ceux qui se sont mis en avant depuis le début ou dernièrement (Qatar et France) : elle s’inscrit dans un plan du Grand Moyen-Orient tout comme les «printemps arabes» qui visaient à éliminer tous les raïs (Benali, Moubarak et surtout Kadhafi) susceptibles de s’opposer à la création, à leur frontière (Mali), d’un Etat failli où se déploient les groupes terroristes, tout comme en Afghanistan. Fin 2010, Obama avait dit vouloir renforcer l’armée américaine et lui donner de nouveaux «partenaires» pour la réussite de ses objectifs : il ne dit pas alliés car ceux de l’Occident sont connus ; il s’agit donc de ces innombrables traîtres à leur nation qui prolifèrent depuis les «printemps arabes». Ce sont les services de renseignements étatsuniens qui recrutent les traîtres, ainsi que des agences supposées de droits de l’homme, des ONG supposées humanitaires ou destinées à «promouvoir la démocratie dans le monde», comme l’Open Society, le Fondation Soros, la National Endowment for Democracy… D’ailleurs, ces trois ONG liées à la CIA ont joué un rôle fondamental dans les «printemps arabes».

A.E.T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

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Le 6 juin 2012 était formellement crée l’Alliance du Pacifique entre le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili. Ces quatre pays, écrit l’économiste péruvien, Oscar Ugarteche, ont en commun des accords de libre-échange avec les États-Unis et l’absence d’accords semblables avec leMercosur. Dépourvus de secteurs industriels nationaux significatifs, leur rôle n’en est pas un de compétition, mais de blocage de l’intégration régionale que propose l’Unasur.

Le 22 juin, la destitution du président du Paraguay, Fernando Lugo, frappait en plein cœur la même Unasur. Mais la réplique du Brésil et de ses alliés régionaux n’a pas tardé : d’abord en incorporant le Venezuela au Mercosur, et, ce qui est moins connu, en redonnant vie à la Zone de paix et de coopération de l’Atlantique-Sud (Zopacas).

Créée en 1986 à l’initiative du Brésil et de l’Argentine, la Zopacas est une alliance de 24 pays latino-américains et africains qui comprend deux membres des BRICS (Brésil et Afrique du Sud), un membre du G-20 (Argentine) et deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole (Nigéria et Angola). Son principal objectif est la coopération pour préserver l’Atlantique-Sud d’armes nucléaires et de destruction massive.

Gouvernés à l’époque par des forces conservatrices, le Brésil du président José Sarney et l’Argentine de Raul Alfonsin en avaient contre la présence soviétique dans cette région du monde. Mais, explique l’analyste international uruguayen, Raul Zibechi, l’Occident craint tellement la coopération Sud-Sud que des pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, le Portugal et les Pays-Bas votaient contre la constitution de la Zopacas aux Nations-Unies.

L’alliance a fonctionné de manière sporadique de sorte que la rencontre ministérielle convoquée par le Brésil, à Montevideo (Uruguay), les 15 et 16 janvier dernier, n’était que la septième en 27 ans.

Mais, pour la première fois de son histoire, la Zopacas réunissait les ministres de la Défense des pays membres. Ceux-ci ont adopté un plan d’action prévoyant le renforcement des capacités navales et aériennes des 24 pays et la tenue d’exercices militaires conjoints dans l’Atlantique-Sud.

Zibechi rapporte que la Division des affaires géopolitiques et des relations internationales de l’École supérieure de guerre brésilienne qualifie la conférence de « plus grande réussite diplomatique » du gouvernement de Dilma Rousseff.

Depuis le Sommet de l’OTAN 2010, à Lisbonne, qui a discuté de la vocation d’intervention globale de l’organisation, le Brésil craint une possible initiative états-unienne pour créer une Organisation du traité de l’Atlantique-Sud (OTAS).

Dès la fin de ce sommet, le ministre de la Défense brésilien d’alors, Nelson Jobim, avait critiqué ces prétentions de l’OTAN en disant que, l’Union soviétique disparue, il n’y a plus de raison d’être pour une alliance qui est en voie de se convertir en « instrument d’avancement des intérêts de son membre principal, les États-Unis. »

Au nom d’une vision de pays en développement qui répudie toute attitude coloniale ou néocoloniale, le Brésil rejette le concept de souveraineté partagée que proposent les États-Unis pour l’Atlantique-Sud. Le Brésil conçoit cette région comme son espace vital de renforcement international et d’insertion multipolaire dans le monde.

Le Brésil, rappelle Zibechi, est la sixième économie mondiale et pas moins de 95% de son commerce transite par l’Atlantique-Sud. L’importance de la Zopacas est aussi proportionnelle à la croissance de la présence économique brésilienne en Afrique. En Angola, par exemple, pays lusophone comme le Brésil, plus de 200 entreprises de ce pays étaient, en 2007, responsables de 10% du PIB angolais.

Pour sa part, l’analyste géopolitique chilien, Patricio Carvajal, croit que l’Atlantique-Sud est stratégique pour bien du monde parce qu’il est le point d’accès principal au vaste continent antarctique. La Grande-Bretagne, qui menace de défendre les Malouines avec des armes nucléaires, vient de nommerTerres de la reine Isabelle quelques 430 000 kilomètres carrés de territoire antarctique.

L’explosion démographique qui affecte la planète, explique Carvajal, la demande croissante de ressources alimentaires et d’eau douce, indiquent que, très bientôt, la Convention de la Jamaïque sur le droit de la mer (1982) et le Traité antarctique (1959) appartiendront à l’histoire du droit international.

Carvajal ajoute qu’il y a urgence pour l’Amérique latine à se doter d’une stratégie maritime commune et d’une force navale dont le pilier pourrait être la flotte de sous-marins de l’armée chilienne, qui se situe à un niveau de développement technologique comparable à celui de pays comme la Chine, le Japon, l’Inde, la Russie et les États-Unis.

Mais si l’OTAN s’immisce dans l’Atlantique-Sud, le Brésil et ses alliés des BRICS font de plus en plus sentir leur présence dans la mer des Caraïbes que Washington considère pourtant presque comme une mer intérieure.

Depuis la dernière décennie, rappelle l’analyste politique radiophonique nicaraguayen, Jorge Capelan, l’initiative PetroCaribe, la circulation de la flotte russe et même des plans annoncés pour l’érection d’une base militaire russe à Cuba, ont provoqué de grosses vagues que n’ont surtout pas calmé la récente réélection des présidents Chavez et Ortega.

Le gouvernement nicaraguayen, qui, en novembre, a reçu près de 70% du vote populaire, a annoncé le creusement d’un canal interocéanique qui permettra bientôt, dit-il, aux pays du Mercosur un accès plus fluide à l’océan Pacifique.

Le Nicaragua vient aussi de remporter un différend maritime avec la Colombie qui, prétextant de sa souveraineté sur de petites îles situées plus près des côtes nicaraguayennes que des côtes colombiennes, interdisait à Managua la construction d’un port en eaux profondes dans les Caraïbes. Le jugement de laCour internationale de justice (CIJ) de La Haye non seulement donne raison au Nicaragua, mais lui octroie 75 000 kilomètres carrés de territoire maritime additionnel.

La Colombie a répondu en se retirant du Pacte de Bogota par lequel, depuis 1948, les États sud-américains s’engagent à une solution pacifique de leurs différends et reconnaissent les verdicts de la CIJ en tant qu’instance suprême de règlement.

Malgré l’appel à l’aide lancé par l’Assemblée nationale nicaraguayenne aux armées cubaines et russes suite à la réaction colombienne, celle-ci, croit Capelan, fait l’affaire des États-Unis, d’abord parce qu’elle sème la discorde au sein de l’Unasur, mais surtout parce qu’elle ouvre la voie à un affrontement avec le Nicaragua.

Les États-Unis ont besoin d’un acteur de poids dans cette région, dit encore Capelan, car le coup d’état de 2009, au Honduras, n’a pas donné les résultats escomptés. La résistance populaire a empêché la transformation du pays en épicentre de guerres de basse intensité semblables à celles des années 1980 contre le Nicaragua.

Alors que la Colombie s’implique davantage dans les Caraïbes, les États-Unis multiplient les interventions anti-drogue des Marines en Amérique centrale. Dans un texte où elle analyse l’une de ces interventions, la journaliste d’enquête de Vancouver, Dawn Paley, affirme que l’Opération Martillo, qui vient de prendre fin après quatre mois au Guatemala, visait à pousser les trafiquants de drogue de la côte ouest de l’Amérique centrale vers la côte est, dans les Caraïbes.

C’est dans cette mer qui sent de plus en plus la poudre, que, le 6 novembre dernier, 54% de la population portoricaine, rejetait par référendum le statut colonial de l’île.

André Maltais

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Le 15 janvier, après la demande d’intervention reçue de son homologue malien, François Hollande est parti aux Emirats demander des fonds pour l’intervention au Mali, et par la même occasion, il a visité la base navale française d’Abu Dhabi. Il sait que les musulmans ne se contentent pas d’envoyer leurs fils tuer d’autres musulmans, mais qu’en plus, ils mettent la main à la poche pour financer la liquidation de leur progéniture par les commanditaires.

Cette visite entre dans le cadre du partenariat dont Obama a parlé dans son discours avant les «printemps arabes», signifiant qu’il se fixait un but de créer une chaîne de «partenaires» avec un nombre incalculable de traîtres qui feraient de la surenchère pour abattre les derniers Etats qui résistent à l’impérialisme et même pour se détruire les uns les autres, non seulement pour se partitionner en mini-Etats à caractère ethnique, linguistique ou religieux. Auparavant, François Hollande était occupé à soutenir les bandes de mercenaires en Syrie, un autre cas d’école du terrorisme transnational créé et instrumentalisé par l’Occident : 90% des 100 000 terroristes qui activent dans ce pays sont d’origine étrangère. Tandis que Hollande veut «lutter» contre Ansar Dine au Mali, il recevait à l’Elysée le chef de l’Alliance syrienne, Ahmad Moaz Al-Khatib – un ancien imam intégriste de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas dont il a été chassé pour extrémisme – qui disait soutenir le groupe terroriste An-Nousra que les USA venaient de mettre sur la liste de groupes terroristes et qu’ils continuaient à soutenir eux aussi. Fabius se disait soucieux d’empêcher l’installation d’un Etat terroriste au Mali alors qu’il soutenait An-Nousra à installer des fiefs terroristes à Alep, à Hama, Homs, Damas et ailleurs afin de déboulonner le seul président laïc, progressiste et anti-israélien qui reste dans le monde arabe. La logique semble complexe, mais au fond, elle est très simple : il ne s’agit pas du deux poids, deux mesures envers les groupes djihadistes. C’est la même logique. Avant de les combattre, il faut les entretenir, et quand ils grossissent, on se met à les combattre pour les victimiser afin que Morsi, Ghannouchi, Hamad et consorts chauffent le tambour pour rameuter des hordes de mercenaires et de barbus, en brandissant le chéquier et le Coran. Les ventes d’armes seront en augmentation exponentielles, comme nous le verrons plus loin. Tous les groupes de mercenaires impliqués au Mali ont agi de concert avec une affectation de rôles pour chacun, y compris pour le MNLA qui fait semblant de se retirer du jeu lorsque l’intervention a lieu, alors que c’est par lui que tout a commencé. Il ne renoncera pas à ses velléités indépendantistes tant que le commanditaire n’a pas obtenu gain de cause : ses récentes déclarations donnent à penser qu’il sert toujours de moyen de pression pour la France. Comme l’invasion qu’il a guidée le 17 janvier 2012, le retrait qu’il opère s’inscrit dans une même démarche où rien n’est fortuit. Bien au contraire, tout a été programmé. Ce que disent les groupes de mercenaires importe peu, tout comme importe peu les déclarations de leurs soutiens wahhabites-salafistes-Frères-musulmans sur les médias et TV égyptiens, libanais, maghrébins ou des pays du Golfe. Dans leurs discours, ils disent leur «haine» de l’Occident, mais la vérité est tout autre : ils agissent au profit de l’Occident, dans le cadre défini par l’Occident, sous les ordres et avec les instructions express de l’Occident, soit directement via des centrales de renseignement comme la CIA, le SDECE et la DCRI français, le MI6, etc., ou par l’entremise du Qatar et de l’Arabie Saoudite qui peuvent aussi agir pour leurs propres agendas.

Françafrique et socialisme néocolonialiste

Après l’intervention française au Mali, il devient clair que les velléités séparatistes du MNLA sont plus dictées par les services secrets occidentaux que par des injustices réelles ou supposées. En Afrique du Nord, la majorité des communautés ont vécu des siècles sinon des millénaires en harmonie. Les conflits et les heurts ne sont apparus qu’avec le divide ut regnescolonial, et c’est le néocolonialisme qui a exacerbé les conflits, stigmatisé les différences, encouragé les divisions. Des faits troublants laissent penser que l’invasion du Nord-Mali par des rebelles et des terroristes financés par un même commanditaire obéit à un plan minutieux préparé avant la chute de Kadhafi. Quant à l’intervention française au Mali, elle risque de déraper et d’ouvrir le champ au dépeçage d’un pays ou même de toute une région, à sa mise à sac, voire sa partition, dans le genre des scénarios initiés par la France au Biafra (1967-1970), au Rwanda ou en Côte-d’Ivoire, et par les USA en République de Serbie, en Tchétchénie, en Irak, au Soudan… Pour montrer que le MNLA est toujours un groupe d’irrédentistes qui disent une chose puis son contraire, Moussa Ag Assarid, l’un des leaders du MNLA disait vouloir participer avec les forces françaises à lutter contre ce qu’il appelle les terroristes : «Nous sommes en mesure d’accomplir le travail au sol. Nous avons des hommes, des armes et, par-dessus tout, le désir de libérer l’Azawad du terrorisme.» En outre, dans un entretien accordé au Soir d’Algérie(22-26 janvier), Hama Ag Sid Ahmed, porte-parole du conseil du MNLA, dit que ses unités se déploient dans les territoires du Nord-Mali : à quoi sert donc une libération si elle ne désarme pas tous les belligérants ? Questionné sur l’éventualité de rejoindre les unités de la Misma, le porte-parole affirme que «Bilal Ag Achérif, le président du Conseil transitoire de l’Azawad, avait fait une déclaration dans laquelle il expliquait très clairement que le MNLA ne s’allierait pas à la Cédéao. Nous estimons que ces forces, pilotées par l’armée malienne, ne connaissent pas la région et elles risquent fort de s’engager dans une guerre contre la «peau blanche». Cela risque de devenir très dangereux. Ces forces armées ne feront aucune distinction entre les populations civiles et les groupes terroristes.» Il ajoute : «Voilà pourquoi nous privilégions les frappes aériennes ciblées au déploiement de troupes dans l’Azawad», entendant par-là les opérations des troupes françaises. Selon lui, les Français sur le terrain savent distinguer entre civils et terroristes ! Il se révèle davantage en disant : «Je pense que nous aurons également à nous concerter avec les autorités françaises». Au nom de quelle légitimité il se concerterait avec les Français ? Cela signifie donc que les Français prennent langue avec ce groupe de mercenaires : c’est de l’ingérence pure et simple. Finalement, la France semble avoir ressorti un vieux projet gaullien de séparation du Sahara des autres pays — un projet datant de 1957 et appelé «Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) — et semble décidée à nous faire mordre la poussière avec, puisqu’elle trouve des traîtres dans chaque coin de nos pays (lire 7e partie). Si à l’Azawad, le MNLA veut donner une connotation ethnique, pourquoi donc ne pas y inclure Tamanrasset et tout le Sahara algérien, une partie du Niger, du Burkina Faso et du Sahara libyen ? La France a échoué en 1957, et veut gagner aujourd’hui en s’alliant à l’impérialisme franco-qatari. En créant le MNLA et en l’instrumentalisant, le socialiste Hollande commet le crime le plus grave de l’histoire postcoloniale de la France. Les relents de la Françafrique puent dans les discours faussement humanitaristes du plus mitterrandien des néocolonialistes. Aujourd’hui, l’objectif avoué d’une intervention au Mali est la lutte antiterroriste mais encore une fois, il s’avère que cet alibi fabriqué a souvent eu bon dos pour l’occupation de régions convoitées, si ce n’est un argument créé de toutes pièces : le cas malien s’ajoute donc aux cas afghan et irakien. La France garde le MNLA sous la main, car il pourrait encore servir de moyen de pression et énième ruse de l’impérialisme.

Les groupes de mercenaires fidèles à leurs maîtres

L’oncle du leader du MNLA, Moussa Ag Assarid, chef d’Ansar Dine, un autre groupe fantoche qui, lui, utilise l’islam comme fonds de commerce, suit le Qatar, dans une distribution des rôles apparemment écrite par l’ex-secrétaire à la Défense, Hillary Clinton, pour mettre plus de piquant à l’histoire et éparpiller les pièces du puzzle. Le Qatar fait mine d’être en colère contre l’intervention française ou bien l’est-il vraiment que son poulain, Ansar Dine, soit sacrifié et non pas le MNLA ? «Nous espérons que ce problème puisse être réglé par le dialogue. Je pense que le dialogue politique est important et nécessaire. Je ne pense pas que la force règlera le problème», a dit Hamad Ben Jassem Al-Thani, le Premier ministre du Qatar. D’ailleurs, pour montrer sa reconnaissance à ses généreux donateurs du Golfe, Iyad Ag Ghaly a pris pour nom Cheikh Abou Elfadel, ce qui montre son mépris pour la culture touarègue. Ansar Dine était sur le point de proclamer un cessez-lefeu unilatéral, puis voilà qu’Iyad Ag Ghaly accuse ses représentants de trahison et quelques jours après il lance l’assaut contre la ville de Kona pour donner le signal à l’intervention française. Les Hamad du Qatar ont plus d’un tour dans leur sac : la preuve, un parti islamiste vient d’être créé au Mali. Il est issu d’Ansar Dine et se fait appeler : Mouvement islamique de l’Azawad. Maintenant, même les «islamiques» se revendiquent l’Azawad et non pas du Mali. Si le prétexte indépendantiste ne réussit pas, le prétexte islamiste aura des chances. Finalement, tous les ramassis d’Ansar Dine se ressemblent : des mercenaires qui doublent leurs revendications islamistes de revendications sur le Nord-Mali. Quelle différence alors avec le MNLA ? Aucune, que la duplicité, la lâcheté et la ruse pour satisfaire les desiderata de la France. Mais ni les Touareg ni les autres factions du Nord-Mali ne se laissent duper. Le Mouvement islamique de l’Azawad a été créé pour diviser les Touareg et les peuples avec lesquels ils ont toujours vécu en harmonie. D’ailleurs, les scènes de pillage et de violence entre les différentes ethnies en représailles de celles subies depuis janvier 2012 à cause d’Ansar Dine et du MNLA attestent que le feu de la fitna a commencé, avec son lot de vengeances. Ce parti vise aussi à créer davantage de divisions au sein des Touareg et à politiser cette population dans le mauvais sens du mot, alors que pour eux, la citoyenneté se pratique dans les faits, par le travail et la solidarité traditionnels imposés par l’environnement hostile. Les credo ethniques comme les credo d’une «Dawla islamiyya» sont le camouflage entrant dans un projet global de partition et de destruction des Etats islamiques et de la nation islamique dans sa globalité. Les déclarations du MNLA autant que la création du parti islamiste touareg montrent que les causes et les effets sont intimement liés, pas uniquement au menu fretin des supplétifs et des valets, mais des ordonnateurs et décideurs de l’ombre. Tous les chefs des groupes maliens pseudo-djihadistes et pseudo-rebelles du MNLA et d’Ansar Dine viennent du même mouvement du MPLA et du MPA responsables des anciennes rébellions qu’Alger a eu à régler notamment en 1992 et en 2006. Mais aujourd’hui, ce sont des manipulateurs exogènes qui avancent ces pions sur le terrain. Depuis plus d’un siècle, les Etats-Unis utilisent le terrorisme comme soutien à leur politique étrangère : l’Afghanistan, le Nicaragua (les Contras), la Tchétchénie, la Bosnie… Les Français quant à eux ne sont pas des amateurs dans le domaine et ils viennent de le prouver au Mali, en manipulant plusieurs marionnettes à la fois, le MNLA Aqmi, Ansar Dine, Mujao, et cela s’est sans doute fait en coordination avec le Qatar, ce nouveau membre non déclaré de l’OTAN.

A. E. T.

 

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9) Des mensonges flagrants à l’ingérence directe, 21 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 11)Les dollars de l’Oncle Sam pour promouvoir le terrorisme, 23 février 2013

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L’inégalité et la démocratie aux États-Unis

février 22nd, 2013 by Joseph Kishore

Dans son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, le président Obama a commencé en déclarant que la reprise économique était bien amorcée. «Ensemble, nous avons déblayé les décombres de la crise», a-t-il affirmé, «et nous pouvons dire, avec une confiance renouvelée, que l’état de notre union est fort».

Les plus récentes statistiques sur l’inégalité sociale aux États-Unis, rendues publiques le mois dernier, montrent plus clairement ce que signifie véritablement cette déclaration. Pour Obama et la totalité de l’établissement politique, les principaux indices de la crise sont les marchés boursiers et la richesse de l’élite patronale et financière.

Selon des données compilées par Emmanuel Saez de l’Université de Californie, le revenu réel moyen par famille a crû de 1,7 pour cent entre 2009 et 2011 — soit durant les deux premières années de la «reprise». Cependant, Saez note que «Le 1 pour cent des revenus les plus riches a crû de 11,2 pour cent tandis que les 99 pour cent inférieurs ont diminué de 0,4 pour cent. Ainsi, le 1 pour cent supérieur a accaparé 121 pour cent des augmentations de revenu durant les deux premières années de la reprise.»

Part des revenus de la tranche supérieure de 1 pour cent, de 1917 à 2011.

Autrement dit, la tranche supérieure de 1 pour cent a absorbé la totalité de la croissance des revenus durant deux ans, plus 20 pour cent. Ces chiffres montrent un immense transfert de richesse, une injection de fonds dans les marchés financiers aux dépens de la majorité de la population : la classe ouvrière.

Saez écrit aussi : «En 2012, la tranche supérieure de 1 pour cent va probablement assister à une amélioration fulgurante de sa position en raison du boom des valeurs des actions et du réajustement des revenus pour éviter les taux d’imposition plus élevés de 2013. De 2011 à 2012, les revenus des 99 pour cent inférieurs vont probablement croître beaucoup plus modestement que ceux du 1 pour cent supérieur. Il semblerait donc que la Grande Récession n’a que temporairement réduit la part des revenus obtenue par les couches les plus riches et qu’elle n’effacera pas les augmentations radicales de la part des revenus qu’accaparent ces couches qui prennent place depuis les années 1970.»

Ces tendances dans le partage des revenus ne sont pas simplement le produit de forces économiques abstraites. Elles proviennent d’une politique de classe bien précise et impitoyable menée d’abord par Bush et intensifiée par Obama. En réponse au krach de 2008, qui a été le résultat de spéculation financière à une échelle historiquement sans précédent, des sommes d’argent illimitées ont été offertes aux banques par le gouvernement et la Réserve fédérale.

Pour financer le boom de la bourse, la Fed a acheté des actifs d’une valeur de quelque 2 billions $ depuis 2008, essentiellement en imprimant un montant égal d’argent pour la transférer dans le système financier. Internationalement, les gouvernements ont mis en oeuvre une politique semblable. Les résultats étaient prévisibles : les bulles d’actifs ont gonflé à nouveau, tandis que les mauvaises dettes de l’aristocratie financière ont été transférées aux banques centrales et aux budgets gouvernementaux.

Le corollaire de ces mesures a été une attaque systématique et continuelle sur les niveaux de vie de la vaste majorité de la population. Dans son discours sur l’état de l’Union, Obama a louangé la prétendue résurgence des emplois manufacturiers – en fait, une petite minorité des emplois abolis ont été restaurés. Il n’a pas mentionné que les emplois qui avaient été créés l’ont été sur la base de salaires de misère, amenés par la restructuration de l’industrie de l’automobile en 2009 par l’administration Obama.

Ainsi, le nombre de «travailleurs pauvres» aux États-Unis – ceux qui sont presque pauvres même s’ils ont un emploi – a fortement augmenté. En 2011, 47,5 millions de personnes vivaient dans des familles gagnant moins de 200 pour cent du taux de pauvreté officiel. C’est près du tiers (33 pour cent) de toutes les familles de travailleurs, en hausse par rapport à 31 pour cent en 2010 et 28 pour cent en 2007.

Ces statistiques n’incluent pas les chômeurs. Malgré le déclin officiel du taux de chômage, qui est largement dû aux millions de personnes qui ont quitté la force de travail, la proportion de travailleurs dans la population demeure près du plus bas taux atteint après la crise.

Derrière la rhétorique peu convaincante d’un retour d’une «classe moyenne prospère», Obama a clairement fait savoir que les politiques de l’administration durant son deuxième mandat seront totalement subordonnées aux intérêts de la grande entreprise, en commençant par des coupes de centaines de milliards de dollars en santé.

Ces statistiques sur l’inégalité en disent long sur la société américaine : une société dominée par une minuscule aristocratie. Le programme de tout l’établissement politique est dicté par la défense de la richesse de cette couche sociale. C’est le conflit entre cette aristocratie et la classe ouvrière qui représente la division sociale fondamentale, et non pas les diverses formes de politiques identitaires qui font maintenant partie intégrante de l’idéologie d’État.

Ces relations sociales sont absolument nécessaires à la compréhension de la crise de la démocratie aux États-Unis. Sans aucune véritable opposition de la part des médias ou de l’établissement politique, l’administration Obama s’est arrogé le droit d’assassiner des citoyens américains sans contrôle judiciaire ou jugement en bonne et due forme.

Des principes démocratiques fondamentaux qui datent de plusieurs siècles sont tout simplement jetés aux orties. Après la couverture médiatique qui a suivi immédiatement la divulgation du livre blanc du gouvernement sur l’assassinat extra-légal de citoyens américains, il y a maintenant silence sur la question. La personne qu’Obama a choisie pour diriger la CIA, John Brennan, l’architecte des «listes d’assassinats », devrait obtenir l’appui du Sénat pour sa nomination plus tard ce mois-ci.

Sous la bannière de la «guerre contre le terrorisme», une croissance inexorable des pouvoirs de l’exécutif a pris place au cours de la dernière décennie : qu’il s’agisse de la détention indéfinie, des commissions militaires, de l’espionnage interne ou du maintien d’immenses bases de données de communications.

Les formes démocratiques de gouvernement ne sont pas compatibles avec les niveaux incroyables d’inégalité qui imprègnent la société américaine.

 Joseph Kishore
Article original, WSWS, paru le 16 février 2013
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Il y a un an, les principales entreprises industrielles allemandes ont lancé uneAlliance pour la sécurisation des matières premières (Rohstoffallianz) en vue de sécuriser l’approvisionnement en matières premières sélectionnées pour le compte de ses actionnaires et de ses membres. Pour atteindre ce but, elle appelle à recourir aux moyens militaires.

Dans une interview accordée lundi 18 février à Reuters, le directeur de l’Alliance, Dierk Paskert, a réclamé «une politique stratégique en matière de commerce extérieur et de sécurité» afin de garantir aux entreprises allemandes l’approvisionnement en matières premières.

Alors même que cette politique devrait se laisser guider par «l’objectif consist[ant] à accéder à des marchés des matières premières libres et transparents,» dit Paskert, «il serait naïf de considérer que cela se fera dans un avenir proche.» L’évolution est «malheureusement allée exactement dans le sens inverse.» C’est pourquoi, Paskert conclut, «Nous [l’Allemagne], en coopération avec nos partenaires de l’UE et de l’OTAN, devons nous impliquer encore plus, avec nos partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN, dans les questions relatives au commerce extérieur et à la sécurité.»

«L’implication dans les questions relatives à la sécurité» est un euphémisme pour des opérations militaires. Ceci est révélé par la référence faite à l’OTAN, une alliance militaire.

Paskert réclame des guerres de ressources.

En réponse à une question directe posée par le quotidien économiqueHandelsblatt – «Allons-nous assister à des guerres de ressources ?» – Paskert a répondu par l’affirmative en citant un précédent historique. «L’histoire montre,» a-t-il dit, «que de nombreux conflits ont eu pour origine dans la lutte pour les ressources… L’approvisionnement en matières premières est la base de la création de valeur et du bien-être d’un pays, et a donc une signification géopolitique.» Le Handelsblatt a publiquement déclaré quelle était la question centrale. Dans un long éditorial sur l’interview de Paskert, le journal écrit que l’industrie voudrait qu’il y ait «un plus grand engagement du gouvernement – et de l’armée – dans la sécurisation des matières premières.» L’éditorial a été publié sous le titre révélateur «Expédition matières premières : la nouvelle voie de l’Allemagne.»

Dans les cercles politiques, explique le Handelsblatt, cette exigence de l’industrie trouve une audience. Pour le gouvernement, «le contrôle des matières premières est une “question stratégique” pour la politique étrangère allemande.» L’on peut s’imaginer «que les partenariats sur les matières premières qui existent déjà ne suffisent pas. “Des instruments sécuritaires et militaires” sont aussi nécessaires.»

Selon le Handelsblatt, la chancelière envisage de nommer un coordinateur qui «ajustera mieux les intérêts des industries stratégiques à la technologie de la défense et de la sécurité, en contribuant à garantir l’approvisionnement en matières premières.» Les partenaires stratégiques de l’Allemagne, comme l’Arabie saoudite, devraient être soutenus en matière de technologie des armes avant que l’Allemagne en cas de crise ne soit obligée d’envoyer ses propres soldats. Et les forces armées devraient «être mieux préparées pour jouer leur nouveau rôle en tant que gardiens des intérêts stratégiques.» Le Handelsblatt cite les directives sur la politique de défense de 2011 disant que la «sécurité et l’accès aux ressources naturelles» sont l’ «intérêt le plus important de la politique de sécurité et de défense.»

Cet objectif n’est pas tout à fait nouveau. Au milieu des années 1990, les directives de la politique de défense avaient défini les tâches principales de la Bundeswehr (les forces armées allemandes) comme étant le «maintien de la liberté de commerce dans le monde et l’accès aux matières premières stratégiques.» Cette approche a ouvert la voie à la transformation de l’armée allemande de force de défense du territoire en force d’intervention internationale.

Dans la propagande officielle, les missions de l’armée aux Balkans, en Afghanistan et ailleurs ont été justifiées par des raisons humanitaires ou comme faisant partie de la «guerre contre le terrorisme.» Mais le gouvernement et le patronat estiment maintenant qu’il est temps de mettre l’opinion publique au fait des objectifs réels de telles opérations.

Dans une interview accordée le 31 janvier au journal Süddeutsche Zeitung, le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a déclaré, pour souligner la nécessité d’interventions militaires directes à l’avenir, qu’un nouveau type de justification devrait être trouvé. «Les opérations militaires internationales doivent être expliquées de manière réaliste,» a-t-il «et les justifications ne doivent pas sembler trop piteuses.»

Sous la direction de De Maizière, fils d’un général d’armée et chef d’État-major de longue date de la Bundeswehr, la transformation de la Bundeswehr progresse rapidement. Les moyens de reconnaissance et de transport ainsi que les troupes de déploiement rapide sont en train d’être élargis. De plus, la Bundeswehr veut acheter des drones armés et deux «joint support ships» (navires de soutien interarmées) qui, aux dires d’un haut gradé militaire, sont appropriés pour «faire preuve de volonté politique,» c’est-à-dire pour intimider adversaires et rivaux.

L’Allemagne est entre-temps en train de s’impliquer de façon toujours plus agressive dans des guerres impérialistes. Alors que Berlin affichait certaines réserves en 2003 en Irak et même en 2011 dans la guerre en Libye, elle soutient actuellement pleinement l’intervention française au Mali et les préparatifs de guerre contre la Syrie.

Le contexte de cette évolution est l’intensification de la lutte pour les matières premières, notamment avec la Chine. L’été dernier, le chef de l’Alliance, Paskert, déclarait au magazine américain BusinessWeek : «Si nous considérons que la Chine consomme 40 pour cent de presque tous les produits et que ses besoins continueront d’augmenter drastiquement, je commence à me sentir mal à l’aise à moyen terme. La Chine est un aspirateur géant qui n’existait quasiment pas, il n’y a pas si longtemps. Nous devrions maintenant sérieusement réfléchir à la sécurité de l’approvisionnement de l’industrie allemande.»

L’appel lancé par le patronat allemand en faveur d’une guerre de ressources rappelle les chapitres les plus sombres de l’histoire allemande. Les objectifs de guerre allemands dans la Première Guerre mondiale – des annexions extensives en France, dans les pays du Benelux et en Afrique – étaient fondés sur les besoins et les projets d’«éminents esprits du monde des affaires, de la politique et de l’armée,» comme l’écrivait en 1961 l’historien Fritz Fischer dans son livre innovant Les buts de guerre de l’Allemagne impériale.

Les mêmes cercles d’affaires avaient alors soutenu Hitler parce que ses projets pour la conquête du monde et la demande de «Lebensraum» (espace vital) à l’Est correspondaient à leur poussée expansionniste à la recherche de matières premières et de marchés et parce qu’il avait détruit l’organisation du mouvement ouvrier.

De nos jours, de nombreuses entreprises, ou leurs successeurs, qui avaient soutenu la Première et la Deuxième Guerre mondiale figurent parmi les partisans et les membres de l’Alliance. Ceux-ci comprennent, les sociétés chimiques et pharmaceutiques BASF et Bayer, qui sont issus du tristement célèbre cartel IG Farben ; le géant de l’acier ThyssenKrupp, né de la fusion de Thyssen et Krupp, qui tous deux faisaient partie des premiers partisans des nazis ; le groupe Volkswagen qui avait été fondé sur initiative de Hitler ; et le constructeur automobile BMW dont le principal actionnaire, la famille Quandt, doit une grande partie de ses actifs à la politique d’arianisation et de travaux forcés pratiquée par les nazis ainsi qu’aux crimes nazis.

Comme l’indique son site Internet, l’Alliance a été fondée fin de 2010 par le «président de la fédération allemande de l’industrie (BDI), le Prof. Dr Hans-Peter Keitel, dans le but d’examiner l’évolution des marchés de matières premières et des réponses éventuelles à donner par l’industrie.» Son haut responsable, Dierk Paskert, est un cadre supérieur qui siégeait précédemment au directoire d’E.ON Energie AG, l’un des plus grands producteurs d’énergie en Allemagne.

L’Alliance entretient de très étroites relations avec le gouvernement allemand. Elle gère, au nom du ministre allemand de l’Économie, Philipp Rösler, un programme d’aide qui accorde des prêts conditionnellement remboursables à des entreprises pour la conquête de nouveaux marchés cruciaux de matières premières comme l’antimoine, le béryllium, le cobalt, la fluorine, le gallium, le germanium, le graphite, l’indium, le magnésium, le niobium, les métaux du groupe du platine, les terres rares, le tantale et le tungstène.

Le fait que l’industrie allemande ose une fois de plus appeler ouvertement à une guerre impérialiste pour satisfaire ses besoins en matières premières doit être considéré comme un avertissement par les travailleurs en Allemagne et aux quatre coins du monde. C’est l’expression évidente de l’accroissement des conflits économiques et géopolitiques mondiaux qui conduisent inexorablement à une guerre mondiale .– à moins que les impérialistes ne soient désarmés par la mobilisation sociale.

Peter Schwartz

Article original, WSWS, paru le 20 février 2013

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Russie: vers un nouveau modèle politico-économique?

février 22nd, 2013 by Alexandre Latsa

Le Forum Gaïdar s’est tenu en Russie du 16 au 19 janvier 2013. Comme chaque année, les participants au forum ont pu discuter de l’avenir économique de la Russie et envisager des scénarios de développement pour le pays. Le forum s’est notamment axé sur les questions d’intégration économique et de choix des partenaires commerciaux de la Russie.

Certains intellectuels libéraux ont ouvertement envisagé comme voie inévitable pour la Russie une forme “d’intégration à l’Union Européenne” pendant que des intellectuels de la gauche russe comme le directeur de l’institut de la mondialisation Michael Deliaguine pensent au contraire que “L’Europe n’a pas besoin d’une intégration avec la Russie”. Le gouvernement russe, via le premier ministre Dimitri Medvedev, a lui réaffirmé ses objectifs prioritaires d’intégration eurasiatique pour faire de cette nouvelle hyper-région du monde un pont entre l’atlantique et le pacifique, tout en relevant le défi de lamodernisation du pays dans les domaines de la politique, de l’économie et du social.

Les participants au forum ont tous admis que le monde était au bord de changements majeurs, ce que le président russe annonçait en décembre dernier en affirmant“L’ensemble du monde s’engage dans une époque de transformations radicales et peut-être même de grands chocs”. L’un des signes de ces transformations radicales en cours semble être “ l’éclatement de l’Occident ” selon les mots d’Alexandre Melnik. Un éclatement qui se matérialiserait selon lui par la transformation de l’Amérique puissance transatlantique en une puissance transpacifique happée par l’Asie conquérante, par l’isolement de l’occidentale Australie au sein d’un Pacifique de plus en plus asiatique, mais aussi par l’incapacité de l’Europe à faire face à la globalisation, ce qui lui fait prendre le risque de sortir de l’histoire par une porte dérobée. A ce titre, les dernières nouvelles politiques d’Angleterre semblent indiquer que la première étape de ce phénomène (un monde sans Union Européenne) est peut être bien déjà entamée.

Cette évolution vers un monde désoccidentalisé et “asiatisé” laisse penser que les intentions de la Russie de se placer comme partenaire européen prioritaire de l’Asie et comme pont entre la région Asie-pacifique et la région euro-atlantique sont non seulement un choix stratégique majeur mais aussi un choix essentiel pour la survie économique et culturelle de la Russie.

Cette option de la Russie pourrait fournir des débouchés, mais aussi une porte de survie à l’Europe, vers l’Asie et le continent eurasiatique. Le président russe, lors de son discours annuel en décembre dernier, a affirmé (il faut s’en rappeler) que l’Asie constituerait la priorité de développement de la Russie pour les prochains 25 ans. Sur le plan des hydrocarbures, la Russie projette de réaliser en Asie-Pacifique 22% à 25% de ses exportations pétrolières et 20% de ses exportations de gaz d’ici à 2020.

Le basculement du monde y compris la Russie vers une Asie en pleine expansion pourrait modifier le mode de gouvernance en Russie puisque selon l’ancien premier ministre Evgueny Primakov, la période dite du tandem (soit l’Alliance entre deux hommes: Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev) pourrait prendre fin. Non pas que les deux hommes soient en guerre comme cela a trop souvent été envisagé, mais parce que la situation politique interne et externe est devenue différente. Les impulsions libérales et modernisatrices de Dimitri Medvedev ont été insufflées à la gouvernance russe, mais celle-ci n’a plus besoin d’être vue comme un tandem qui assure l’alternance politique pour apparaître plus démocratique, selon les mots de l’ancien premier ministre.

Enfin un nouveau visage est apparu au premier plan durant la dernière campagne présidentielle de Vladimir Poutine: le très patriote Dimitri Rogozine, proche en son temps du général Lebed et ancien “Monsieur Russie”  à l’OTAN. Il est devenu vice premier ministre chargé du complexe militaro-industriel et il est partisan d’une ligne politique de reconstruction nationale avec l’appui de l’état. Récemment, il a affirmé que le complexe militaro-industriel russe devait et allait devenir la locomotive de l’économie russe.

Ces déclarations ont fait écho à celles de Serguei Glaziev, ancien candidat à la présidentielle et désormais conseiller financier de Vladimir Poutine.Ce dernier a récemment  alerté les autorités russes sur ce qu’il appelle ” la guerre financière totale ” que mènent les pays industrialisés et occidentaux contre la Russie aujourd’hui. Selon lui, les principales puissances monétaires mondiales, notamment les Etats-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne et les pays de l’UE, accroissent actuellement leur émission monétaire en vue d’acquérir des actifs en Russie, ce qu’il dénonce comme étant “la guerre de la planche à billets”. Il propose donc des mesures pour permettre à l’état russe de s’opposer au rachat massif d’actifs russes par des sociétés étrangères, via notamment une taxe sur les opérations avec les monnaies étrangères en vue de limiter les transactions spéculatives. Hasard? Ce conseiller financier est un ancien du parti “Rodina” (Patrie) et un ancien bras droit de Dimitri Rogozine.

Vladimir Maou, recteur de l’Académie de l’économie nationale et de la fonction publique de Russie, a lui conclu au forum Gaïdar que “les changements consécutifs à une crise importante conduisent à un changement des équilibres géopolitiques et géoéconomiques et à la formation de nouvelles doctrines économiques”.

Est-ce qu’il faut s’attendre à  un changement de tendance politique et économique majeur au sein de la gouvernance russe? On peut le penser alors que vient d’être d’annoncé la rédaction d’une nouvelle Doctrine de politique étrangère qui devrait renforcer la “souverainisation” de la politique nationale russe, et que le ministère russe du Développement économique vient aussi de publier très récemment trois scénarios de développement socio-économique de la Russie pour l’horizon 2030.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Ces quatre dernières semaines, la vingtaine de personnalités qui se sont succédées à la barre du tribunal correctionnel de Paris, étaient toutes accusées d’ « avoir violé une résolution de l’ONU ». Le fait qu’elles aient allégé – quelles que soient leurs motivations -  les souffrances du peuple irakien, n’a pas été pris en considération. Le jugement sera rendu le 8 juillet prochain.

Je ne vais pas me plaindre sur mon sort. Quand on mène un combat politique, il faut s’attendre à des déboires. Mais, je suis déçu. Il y a huit ans,  j’espérais que le procès «Pétrole contre nourriture» serait celui de l’embargo: c’est raté!Alors qu’à son lancement l’affaire avait fait la Une des médias, sa conclusion - et le sort du peuple irakien - ne parviennent plus à retenir l’attention des médias.

Arrêter et juger

les criminels de guerre américains

En 2005, il était facile au juge Philippe Courroye d’entrer dans le jeu des néo-conservateurs américains en instruisant -uniquement à charge – l’affaire « Pétrole contre nourriture ». Mais depuis, ses amis ont quitté le devant de la scène internationale et les troupes américaines sont parties d’Irak « la queue entre les jambes ». Ce n’est pas moi qui vais plaindre Courroye aujourd’hui quand il se dit « victime d’un lynchage médiatique » ! Il goutte un peu de ce qu’il a fait subir à d’autres.

Il reste à espérer maintenant qu’un juge français courageux fasse un jour arrêter un des criminels de guerre américains passant par Paris. Fin octobre 2007, Donald Rumsfeld l’a échappé bel lorsqu’un collectif d’avocats parisiens a demandé au Procureur de la République « de prendre toutes mesures conservatoires aux fins d’assurer la détention de cette personne ou sa présence sur le territoire français » (1). Il a pu s’échapper, mais il ne passera peut-être pas toujours à travers les mailles du filet.

Il faut continuer de réclamer le jugement de George Bush et consorts pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, ainsi que celui de Madeleine Albright – ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton -  qui a déclaré que « la mort de plus de 1,5 million d’enfants irakiens était le prix à payer pour renverser le régime ». Alors -  et alors seulement - les peuples sauront que la justice est de ce monde, et que le règne de la démocratie promis à chaque guerre interventionniste par la soi-disant communauté internationale est autre chose qu’un tissu de mensonges camouflant la rapacité des pays occidentaux.

Gilles Munier

(1) Une plainte pour « torture » déposée en France contre Donald Rumsfeld

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article7976

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Les Étasuniens ont été humiliés à maintes reprises par leurs représentants élus qui s’inclinent lâchement devant des groupes d’intérêts et trahissent le peuple étasunien. Toutefois  l’humiliation publique  des Étasuniens a atteint un sommet inégalé avec le comportement des membres républicains du Sénat dans l’audience de confirmation de Chuck Hagel au poste de secrétaire à de la Défense.

Quarante sénateurs républicains ont démontré clairement que non seulement ils refusent de servir les États-Unis avant de servir Israël, mais aussi qu’ils refusent de servir les deux pays de manière équivalente.  Les républicains ont fait honte à tous les citoyens étasuniens en  confirmé au monde entier qu’ils sont des auxiliaires détenus par le lobby israélien (Le lobby israélien n’est pas leur seul maître. Ils sont aussi la propriété de puissants groupes d’intérêts tels que Wall Street et le complexe militaro-industriel.)

Le lâche Lindsey Graham a eu le comportement le plus embarrassant. Tout en démontrant son total asservissement en rampant à plat ventre devant le lobby israélien, a mis Hagel au défi de nommer une seule personne au Congrès qui craint le lobby israélien.

À la place d’Hagel, j’aurais renoncé à la nomination et répondu : « Vous, sénateur Graham et vos 40 collègues lâches. » En fait, Hagel aurait pu répondre: le Congrès en entier, incluant Rand Paul qui prétend être différent, mais qui ne l’est pas.

La véritable question est la suivante : Qui au Congrès ne craint pas le lobby israélien?

La dévalorisation de Hagel est motivée par la peur de ce lobby.

Le pire des affronts jamais infligé par les représentants du peuple étasunien à l’armée étasunienne est sans doute le camouflage de l’attaque  aérienne et par torpille d’Israël à l’endroit du navire américain USS Liberty en 1967. L’attaque israélienne n’a pas réussi à faire couler le USS Liberty, mais a tué et blessé la plupart des membres de l’équipage. Les survivants ont été réduits au silence et 12 ans se sont écoulés avant que l’un d’eux ne parle et révèle ce qui s’était produit (James Ennes, Assault On The Liberty). L’amiral Thomas Moorer, chef des opérations navales et chef d’état major des armées, n’a même pas réussi à faire admettre les faits par Washington.

Les faits sont maintenant bien connus, mais en ce qui concerne Washington, ce ne sont que lettres mortes. L’évènement dans sa totalité a été évacué dans un univers parallèle.

Pourquoi les sénateurs républicains cherchent à démolir Hagel pour Israël?

Premièrement, lorsque Hagel étai sénateur, il a refusé de se laisser intimider par le lobby israélien et a déclaré : « Je suis un sénateur étasunien et non pas un sénateur israélien » Autrement dit, Hagel fait quelque chose d’inadmissible. Il a dit qu’il représentait les intérêts des États-Unis, pas ceux d’Israël. La position de Hagel signifie que les intérêts des deux nations ne sont pas identiques, ce qui constitue une hérésie.

Deuxièmement Hagel ne croit pas que ce soit une bonne idée pour les États-Unis de commencer une guerre avec l’Iran ou de permettre à Israël de le faire. Cependant le gouvernement israélien et ses agents néoconservateurs tentent justement d’imposer une guerre contre l’Iran au régime Obama. Israël veut se débarrasser de l’Iran parce que l’Iran soutient le Hezbollah au Liban Sud, empêchant ainsi Israël d’annexer ce territoire et ses ressources aquifères et aussi parce que l’Iran soutient le Hamas, la seule organisation palestinienne qui essaie de s’opposer au vol complet de la Palestine par Israël, et ce bien que l’Iran n’ait jamais fourni d’armement efficace au Hamas.

Les deux organisations qui s’opposent à l’expansion territoriale d’Israël, le Hezbollah et le Hamas, représentent un grand nombre d’Arabes. Quoiqu’il en soit, les deux organisations, sur les ordres d’Israël, sont qualifiées d’« organisations terroristes » par le servile département d’État étasunien, lequel devrait en réalité s’appeler  le département d’État israélien puisqu’il ne place jamais les intérêts des États-Unis devant ceux d’Israël.

En d’autres termes, Hagel ne s’est pas incliné. Il n’a pas dit combien il adore Israël et comment ce serait un honneur pour lui que de sacrifier tout autre intérêt à ceux d’Israël, comment il avait attendu toute sa vie pour avoir enfin la chance de servir Israël en tant que secrétaire à la défense des États-Unis.

Hagel n’est pas un opposant d’Israël. Il a simplement dit « je suis d’abord Étasunien », mais son manque de veule soumission est inacceptable pour le lobby israélien, qui l’a qualifié d’ « antisémite ».

Au contraire, Lindsey Graham a tout ce qu’il faut pour être le choix parfait de secrétaire étasunien à la défense pour Israël.

Graham se plierait en quatre pour servir le lobby israélien. Il mettrait les holàs et se comporterait avec un maximum de servilité envers une puissance étrangère afin d’humilier le président des États-Unis et son nominé, un ancien combattant et ancien sénateur qui pense tout simplement que le Congrès des États-Unis et le pouvoir exécutif devraient faire passer les intérêts étasuniens avant tout.

Le leader de la majorité au Sénat, le sénateur Reid, a utilisé les règles du sénat pour maintenir la candidature de Hagel. Si Lindsey Graham réussit à faire le sale boulot du lobby israélien, il offrira la défaite du président étasunien au premier ministre israélien, qui l’aura humilié pour ne pas avoir exécuté les ordres d’Israël d’attaquer l’Iran.

Les Étasuniens sont un peuple colonisé. Leur gouvernement représente les puissances coloniales : Wall Street, le lobby israélien, le complexe militaro-industriel, les intérêts agroalimentaires, pharmaceutiques, énergétiques, miniers et forestiers.

Deux des représentants élus qui ont réellement tenté de représenter le peuple étasunien, Ron Paul et Dennis Kucinich, ont réalisé que le gouvernement représentatif est un endroit peu accueillant pour ceux, peu nombreux, qui essaient de représenter les intérêts du peuple étasunien.

Tout comme Ron Paul, Dennis Kucinich et Gerald Celente, je me range du côté de nos pères fondateurs qui s’opposaient à l’engagement des États-Unis dans des guerres étrangères. Afin de prévenir cette implication, les pères fondateurs ont donné au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Au fil des ans, le Congrès a graduellement cédé ce pouvoir au président, à tel point qu’il ne lui appartient plus. Le président peut maintenant commencer une guerre n’importe où, n’importe quand, simplement en déclarant que ceci n’est pas une guerre mais « une action militaire cinétique limitée dans le temps et l’espace ». Il peut tout aussi bien utiliser une autre terminologie qui n’a aucun sens.

Durant les premières années du XXIème siècle, le pouvoir exécutif des États-Unis a envahi deux pays, violé la souveraineté de cinq autres au cours d’opérations militaires et a établi des bases militaires en Afrique afin de contrecarrer la pénétration économique de la Chine sur le continent et de sécuriser les ressources naturelles pour les entreprises étasuniennes et européennes, augmentant ainsi les risques que des guerres éclatent. Si les républicains réussissent à bloquer la confirmation de Hagel comme ministre de secrétaire à la défense, cela intensifiera les perspectives d’une guerre avec l’Iran.

En renonçant à son pouvoir de guerre, le Congrès a perdu le contrôle des la bourse. Alors que le pouvoir exécutif cache de plus en plus d’informations aux comités de surveillance du Congrès, ce dernier s,affaiblit de plus en plus. Alors que la dette de guerre de Washington s’élève, les attaques de Washington contre le filet de sécurité social s’intensifiera. Les institutions gouvernementales offrant des services aux citoyens vont reculer alors que l’argent des impôts est davantage dirigé vers les coffres d’intérêts spéciaux et d’implications à l’étranger.

Le lien ténu entre le gouvernement étasunien et les intérêts de ses citoyens est en train de se rompre totalement.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais : America Shamed Again: Are US Lawmakers “Owned” by the Israel Lobby? 19 février 2013

Traduction : Mondialisation.ca

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« Au Venezuela il n’y a pas de retour au passé »

février 22nd, 2013 by Manola Romalo

La professeure universitaire Maryclen Stelling est sociologue et analyste politique et des médias. Elle dirige le « Centre latino-américain Romulo Gallegos » et  coordonne l’»Observatoire global des médias » à Caracas. Elle enseigne à l’Université Catholique Andrés Bello et à l’Université Expérimentale Polytechnique des Forces Armées. Elle conduit l’émission de la Radio nationale vénézuélienne  « La première main » de Caracas. 

Manola Romalo : Après 70 jours d`absence, le Président Hugo Chavez est rentré dans la nuit du 18 février à Caracas où il continuera son traitement dans un Hôpital militaire. Des le matin, des milliers de Vénézuéliens sont descendus dans les rues (1) pour manifester leur immense joie. Que signifie le retour du Président pour le Venezuela ?

Maryclen Stelling : Les images  parlent d’elles-mêmes. Le peuple « chaviste » est sorti sur toutes les Places Bolivar du pays pour exprimer son amour illimité au Président, son espérance pour la vie et son espoir politique. La gestion de Chavez n’est pas une offre vaine, ni la Constitution lettre morte.  En plus d’un compromis politique qui transcende les frontières de la patrie et qui a éveillé dans d`autres peuples une route historique, nommée d’une manière générale « Socialisme du XXI siècle » – en différentes versions-, il existe une importante gestion dirigée fondamentalement pour inclure les personnes qui, traditionnellement exclues, n’étaient jamais incorporées par un pacte social, au-delà de la charité ou bien d`une attention focalisée.

Cette gestion a été renforcée par le charisme d’Hugo Chavez et de son dévouement, au dépend même de sa santé, pour ce peuple qui l’aime et qui s’est « transformé » en Chavez. Le slogan: « Je suis Chavez » veut dire: je suis la révolution», « je suis l’histoire »,  « je suis le futur » et « je suis le sujet de ce procès historique ». Un tel phénomène ne peut s’analyser à partir d’une perspective simpliste comme « le fanatisme » propre au peuples latino-américains …Il ne peut pas être déchiffré à partir d`autres clés culturelles et théoriques. Le Venezuela est en train de construire son histoire et son futur de concert avec son peuple, en montrant un chemin inédit à beaucoup d’autres  peuples du monde.

Manola Romalo : En l’absence du Président, opéré le 11 décembre à La Havane, son Vice-président Nicolas Maduro a conduit les affaires de l`État. « Maduro n’a pas été élu avec le Président par le peuple, comme dans d’autres pays sud-américains. Il n’a donc aucune légitimité (stipulée, mr) par une décision du peuple électeur », affirmait en janvier le correspondant pour l’Amérique Latine du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. (2). L’actuel gouvernement manque-t-il de légitimité ?

Maryclen Stelling : Au Venezuela, selon la Constitution, (Constitución Bolivariana de Venezuela, le Vice-président (3) exécutif est nommé et/ou changé par le Président de la République, avec la limitation stipulant qu’il ne peut y avoir un degré de consanguinité entre eux. En plus, ce n’est pas une fonction promue par des élections populaires « comme dans d’autres pays sud-américains ». En ce sens, dans le contexte politique dicté par sa santé, Chavez décide, faisant us de son droit de Président de la République, de désigner Nicolas Maduro en tant que Vice-président.

Le gouvernement du Venezuela est absolument légitime. Hugo Chavez est le candidat victorieux de quatre élections présidentielles : 1998, 2000, 2007 et 2012. La proposition d’amendement impulsée par le Président de la République s’est imposé majoritairement à faveur de la réélection indéfinie de présidents/tes, gouverneurs, législateurs régionaux, maires, députés et n’importe quelle autre fonction publique due à une élection populaire.

Manola Romalo : Au Venezuela on discute actuellement beaucoup au sujet du procès d’inclusion du peuple, prévu par la Constitution (4) ratifiée le 15 décembre 1999 par 71,78% d’électeurs. Elle a été élaborée avec la participation active des bases populaires, des syndicats, des organisations paysannes, des étudiants, etc. De quelle façon se concrétise cette inclusion?

Maryclen Stelling : Actuellement on est en train de finaliser un procès intéressant, multidimensionnel, concernant l’inclusion: sociale, politique et économique (5). La stratégie politique du gouvernement a deux priorités absolues: l’universalité et l’équité. La recherche de l’équité est un critère suprême de l’orientation politique du gouvernement afin de réaliser l’universalité effective des droits ainsi qu`une plus juste distribution de la richesse. Pour cela on a mis en place des instruments politiques qui satisfont les besoins spécifiques et individuels des citoyens, par exemple des personnes ayant des incapacités, se trouvant dans des situations d’indigence, avec des besoins l’alimentation, d’éducation, de santé et de logement, entre autres.

Le pouvoir du peuple (poder popular) est un concept fondamental du processus bolivarien (6). Concernant la « participation et l’organisation populaire » : le peuple organisé participe en tant que pouvoir populaire directement, sans intermédiaire comme les ONG qui s’autogèrent en société civile et substituent ainsi le peuple et ses organisations légitimes de base. La participation populaire est légalisée dans la Loi du Pouvoir Populaire (Conseil communaux, Système économique communal, Contrôle social et Planification, entre autres.)

Au Venezuela il y a un incroyable accroissement de formes diverses et alternatives de participation populaire. Par exemple au niveau des organisations de bases qui prennent des décisions les concernant pour : l’énergie, l’eau, les terres urbaines, les conseils communaux ou bien divers collectifs et réseaux sociaux qui influent et participent aux décisions politiques.

Le financement de la politique sociale est dirigée primordialement a assurer la satisfaction des nécessités sociales des secteurs de la classe moyenne. Ces financements sont conçus en tant que droits sociaux. Le financement de la politique sociale de l’État a de multiples sources : le fisc national, les  contributions des entreprises d’État et des réserves excédentaires.

Manola Romalo : De quelle manière les lois politiques et sociales ont changé la vie des Vénézuéliens?

Maryclen Stelling : Selon les dates de l’Institut national de statistiques (Instituto Nacional de Estadística, INE), l’index de pauvreté extrême (7) qui était de 5 millions 400 000 personnes en 1998 a été réduit à 2 millions 440 000 en 12 ans. Grâce à l’investissement social continu du gouvernement cet index est tombé à 6,8 %.

Entre 1999 et 2010 le Venezuela a investi 400 mille millions de dollars dans le secteur social. L’investissement social est monté de 36 % (1986-1998) à 62 % (1999-2011) : + 26 %.

Avec la réduction de 17,1 % (1998) de foyers vivants dans la pauvreté extrême á 6,6 % (2010), au moins la moitié des foyers n`est plus « extrêmement pauvre ». Pour la même période, les foyers vivant dans la pauvreté se sont réduit de 43,9 % à 21,) %. De ce fait, le Venezuela a atteint les objectifs du  Millénaire des Nations Unies (8)

En 1998 10,6 % de la population était au chômage, à cause du sabotage pétrolier ce chiffre est monté en 2006 à 14,6 % mais en décembre 2012 il est tombé à 5,9 %.

Un autre signe de justice sociales représente l`investissement du gouvernement dans les pensions. Il y a 12 ans, au Venezuela environ 300 000 personnes recevaient une pension, actuellement 2,5 millions de personnes ont une pension, payée 14 fois par an.

Manola Romalo : Les autorités découvrent tous les jours des milliers de tonnes d`aliments, de produits d`hygiènes et d`autres biens, « confisqués » par les producteurs ou bien par certaines grandes chaines de distribution. Dans quel but?

Maryclen Stelling: Au Venezuela le problème de la spéculation sur les prix, pour des raisons tant économiques et culturelles est très grave. La spéculation est utilisée actuellement comme une arme politique contre le gouvernement. Les médias de communications participent à des campagnes portant sur le manque de biens de première nécessité, – fait pas toujours basées sur la réalité –  qui génèrent une pénurie et des achats nerveux.

En 2011 est entrée en vigueur la « Loi des coûts et des prix justes » avec laquelle s’est initiée la première phase du chronogramme de fiscalisation interinstitutionnelle des structures des prix internes des entreprises pour produits d`hygiène, de maison et pour les aliments. L’instrument légal établi les mécanismes d`administration et de contrôle nécessaires pour maintenir la stabilité des prix et permettre à l`ensemble de la population l’accès aux biens et aux services en conditions d`égalité.

Manola Romalo : Depuis 14 ans l’opposition perd toutes les élections, au sein de la population ses représentants ont une réputation misérable. Quelles en sont les principales raisons ?

Maryclen Stelling : Le projet de gouvernement conduit par Hugo Chavez, son style personnel de gestion, son indéniable charisme et sa façon directe de confronter l`adversaire ont perturbé l’opposition vénézuélienne.

Au Venezuela s’est imposée une nouvelle culture politique qui se soustrait à l’entendement des secteurs de l’opposition. Déjà avant la venue de Chávez au pouvoir (1999) ils avaient des difficultés à comprendre cette nouvelle culture politique. Une fois commencée la transition vers ce nouveau projet politique, l`opposition exprime une médiocre habileté à déchiffrer les clés culturelles d’un  Venezuela « chaviste » ; ils essayent de construire une image d’un Venezuela qui n`existe plus. Les changements qui ont eu lieu dans notre pays sont sans retour.

L’incapacité de ces secteurs est telle, qu’ils ont généré un style presque irrationnel qui se manifestant par une haine envers Chavez, envers son image et sa gestion politique, en essayant à tout prix de le détruire ou bien en induisant des circonstances d’où dériverait son élimination physique. C`est pourquoi l’opposition a perdu d`importantes occasions, tant électorales qu’idéologiques et  politiques de vaincre son adversaire.

Même lorsqu’elle a augmenté quantitativement et de manière graduelle elle ne réussit pas à capter le gros de la population vénézuélienne, convaincue que le « chavisme », le socialisme ou le « bolivarianisme », (doctrine de Simon Bolivar, 1783-1830, militaire et homme politique vénézuélien, considéré le Libérateur de l`Amérique Latine, mr.) l’a transformée en acteur principal, l’a inclue et lui un offre un futur.

Ancré dans un passé qui n`existe plus et ne reviendra pas au Venezuela, l’opposition se disqualifie et se minimise jusqu`à se transformer dans une opposition risible. Elle a des individus compétents et qualifiés qui toutefois ont peu de chose en commun, sauf leur haine contre Chavez.  C’est pour quoi lorsqu’elle est convoquée par une conjoncture électorale, l’opposition se dilue sans un projet réel, vu que son unique boussole est de s’opposer à Chavez. Sans leader, sans projet pour le pays, l’unique raison d’être de l’opposition c’est : vaincre Chavez. Ce pourquoi sa maladie représente une circonstance sur laquelle elle s’appuie ouvertement ou de façon occulte pour éliminer cet adversaire qui lui a été impossible de vaincre jusqu’à présent. L’opposition défaite aux urnes en 2012 et 2013, ne réussit actuellement pas à dépasser son projet idéologique néolibéral-capitaliste.

Manola Romalo : Quoique d`après les bulletins médicaux transmis plusieurs fois par semaine par le gouvernement, la santé du Président Chavez s`améliore, les médias de l’opposition locale – repris par la grande majorité des médias internationaux – spéculent sur la situation d`un Venezuela « post-chaviste ». Le projet de transformation  socialiste pourra-t-il continuer sans Hugo Chavez?

Maryclen Stelling : Dans l’article intitulé « En espérant le post-chavisme » (9) j’ai analysé sommairement la stratégie médiatique des Etats-Unis face à l`absence du président. On présente le Venezuela au bord de l’abime, incapable d’affronter le vide du pouvoir, comme un pays qui s’enfonce dans une profonde crise institutionnelle à cause de l’absence de Chavez (10) et qui, en plus, est secoué par une profonde crise économique.

On dessine un débâcle en raison d`une profonde crise économique, les biens publiques sont pillés pour assurer sa réélection. On prédit une lutte occulte pour la direction du Venezuela post-chaviste, ce qui se traduirait par une crise institutionnelle au sujet de sa succession. (La sociologue a analysé pour les mois de décembre 2012 et janvier 2013 les suivants médias états-uniens : Boston Herald, Washington Post, The Economist, CNN et ABC News, mr.)

Au cas d’un Venezuela sans Chavez il y aura un immense défit à affronter, tant par le fait qu`il est le président du pays depuis 1999 comme par sa condition de leader indiscutable de ce processus de transformation. Néanmoins  je crois qu`il a posé les bases pour surmonter cet écueil, au cas où il s`y présenterait.

En ce qui concerne le processus de transformation ou ce qu’on a appelé l’approfondissement de la transition vers le socialisme, il est très bien développé dans le Programme de la Patrie 2013-2019.  Je crois que sa soutenabilité est très faisable et dépend des facteurs suivants :

·      Au niveau de la citoyenneté : Maturité politique et compromis politique et idéologique du « peuple chaviste » avec ledit projet. Souvenons-nous que pendant sa campagne électorale pour la présidence de 2012, Chavez l’a promotionné en exigeant qu’il soit discuté au niveau des bases sociales.

·      L’équipe de gouvernement doit conserver union et solidité au-delà des différences qui, logiquement, vont apparaitre.

·      Constante formation idéologique

·      Lutte contre le clientélisme basé sur un Etat qui redistribue la rente pétrolière ce qui minimise le Pouvoir populaire et protagoniste.

·      Lutte contre les valeurs capitalistes dont la compulsion à la consommation, éducation des valeurs socialistes.

Manola Romalo

 

(1) http://www.avn.info.ve/galeria/156713

(2) http://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/die-castro-brueder-und-chavez-havanna-club-12027318.html

(3) http://www.voltairenet.org/article177231.html

(4) http://www1.umn.edu/humanrts/research/venezuela-constitution.html

(5) www.cepr.net/documents/publications/venezuela-2012-09.pdf

(6)  http://www.internationalnews.fr/article-12951512.html

(7) http://www.americaeconomia.com/economia-mercados/finanzas/ine-venezolano-espera-que-al-pobreza-extrema-se-nivele-en-5

(8) http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/RegularSession/Session19/A-HRC-19-12_fr.pdf

(9) http://www.aporrea.org/actualidad/a158271.html

(10) http://www.michelcollon.info/spip.php?page=produit&ref=7peches&lang=fr

Voir également l’entrevue en espagnol (vidéo) :

Maryclen Stelling: Las mentiras de los medios internacionales contra Venezuela, le 10 février 2013.

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La Russie et l’Europe à la croisée des chemins?

février 21st, 2013 by Alexandre Latsa

La visite du président de la république française François Hollande à la fin de ce mois de février 2013 à Moscou arrive dans un contexte très spécial concernant les relations France/Russie, tout autant que les relations Russie/Europe et les relations Russie/Occident en général.

Depuis la fin des années 90 et la chute de l’empire Soviétique, et surtout depuis le début des années 2000, l’interaction entre la Russie et les pays de l’union Européenne, ainsi qu’avec l’Occident en général a été croissante. La volonté de rapprochement de la Russie vers l’Occident ayant été l’une des grandes orientations de la politique étrangère du Kremlin depuis 1991, soit depuis maintenant 22 ans, c’est à dire l’âge de la jeune fédération de Russie.

Sur ce plan, la politique russe est restée inchangée et stable et la volonté de rapprochement avec l’Ouest et surtout l’Europe n’a pas été que théorique. Elle a donné lieu à des actes très importants, que l’on pense à l’adhésion au conseil de l’Europe en 1996, à l’adhésion au G8 en 1997, à la proposition de la Russie de rejoindre la famille occidentale dans la lutte contre le terrorisme en 2001, à la création du Conseil Russie/OTAN en 2002 ou encore aux propositions russes de création d’une architecture européenne de sécurité en 2008.

Durant la période récente, la Russie n’a cependant pas concentré toute sa géopolitique extérieure vers l’occident et a pris beaucoup d’initiatives en direction de son étranger proche et de la zone Asie/Eurasie.

La Russie a participé à la constitution de la CEI (1991), une entité intergouvernementale comprenant 15 républiques postsoviétiques, mais aussi à la constitution de la Communauté économique eurasiatique en 2000 et de l’OTSC en 2002, regroupant Russie, Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan. Un projet de fusion des deux dernières entités étant envisagé, au sein de l’OSCE, pour qu’elle remplace peut être à terme la CEI. Enfin la Russie a contribué à la création de l’Union Douanière Eurasiatique, qui regroupe la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, confirmant sa volonté d’intégration régionale en Eurasie, au sein de l’espace postsoviétique. De plus, en 2001, soit un an après la création du conseil Russie/Otan, la Russie a aussi contribué à la création de l’Organisation de Shanghai avec la Chine, une organisation militaire intergouvernementale, qui peut être vue comme un pendant régional et asiatique de l’Otan.

La volonté russe de recherche de compromis militaires hors Occident et hors Otan prend toute sa dimension au fur et à mesure que les relations Russie/Otan elles se détériorent, face à l’incapacité qu’ont les américains de sortir d’une logique post guerre froide et de la politique de “containment” à l’Est de la Russie. Une politique dont les conséquences se matérialisent aujourd’hui à travers la crise du déploiement du bouclier anti-missile en Europe de l’est.

Paradoxalement, alors que la crise de 2008 a mis en évidence les disfonctionnements du système économique occidental, l’interaction économique Europe-Russie s’est renforcée, la relation Europe-Russie ayant créé des interdépendances croissantes. La Russie qui est sortie rapidement de la crise économique de 2008 se retrouve en position de force face à une Europe affaiblie, dont les acteurs économiques voient maintenant la Russie comme le marché le plus dynamique ou exporter et investir. En face, l’Europe est devenue le principal client de l’énergie russe, cette interdépendance étant matérialisée par les projets South Stream et North Stream. Mais alors que la Russie va présider le G20 cette année, G20 dont le sommet aura lieu en Russie, il semble que la tentation russe, face au modèle européen ne soit plus aussi importante qu’avant.

Comme le soulignait récemment Fedor Loukianov, en face de la croissante interdépendance économique entre la Russie et l’Europe, un problème de modèle commun semble se dessiner, dont les principales pierres d’achoppement sont la morale globale et le problème du modèle de société. Le malentendu est profond, l’UE souhaite imposer à la Russie une conception sociétale que celle-ci rejette, arguant qu’elle est souveraine et différente. Cette rupture morale entre une Russie conservatrice qui connaît un retour du fait religieux et une Europe au contraire très libérale-libertaire pourrait bien entrainer un malentendu croissant entre la Russie et les pays européens.

C’est peut être à cause de cette incompréhension croissante que la Russie cherche à limiter sa dépendance de fournisseur envers l’UE et projette de réaliser en Asie-Pacifique 22% à 25% de ses exportations pétrolières et 20% de ses exportations de gaz d’ici à 2020, pendant que l’Agence Internationale de l’Energie estime que la Russie réalisera 30% des exportations vers l’Europe à ce moment là.

Un rééquilibrage stratégique essentiel dont on peut imaginer qu’il affaiblira la potentielle emprise de l’UE sur une Russie, qui se liera sans doute plus activement à l’Asie, ce continent dans lequel se situe, il ne faut pas l’oublier, 75% du territoire russe.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Joseph Ratzinger est essentiellement connu comme pape mais ses principaux faits d’armes, il faut les chercher durant la période où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. En cette qualité il fut en effet l’architecte d’une des plus vastes campagnes idéologiques et politiques de l’après-guerre, ce qu’on a appelé la « Restauration ».

Néoconservatisme

En 1978 Karol Wojtila (nom du pape Jean-Paul II, ndlr) est appelé à diriger la plus grande communauté religieuse du monde. Il se trouve devant une église post-conciliaire en état de crise profonde : assistance à la messe et vocations en chute libre, nombre élevé de divorces entre catholiques, rejet de l’autorité papale en matière de contrôle des naissances ; un monde plein d’hérésie.

Il veut un virage radical. Plus de risques, plus d’expériences, c’en est fini des réflexions et des interventions. On garde sans doute les textes du Concile mais on en enterre l’esprit. Le pape se prépare à une politique ecclésiale centralisée et orthodoxe, accompagnée d’un réarmement moral et spirituel.

Pour ce faire il joue habilement du climat de cette époque qui présente d’ailleurs bien des ressemblances avec le nôtre. Au milieu des années 1970 commence une profonde crise économique. Le climat mental optimiste des années 1960 bascule et se caractérise par une aspiration à la sécurité et à la protection, le recours à une autorité – de préférence charismatique –, un réveil éthique, la fuite dans le domaine privé et l’irrationnel, etc.

C’est sur cet arrière-plan que se développe le « néoconservatisme ». Ce nouveau conservatisme ne se cantonne plus sur la défensive mais lance au contraire une offensive politique et idéologique. Ce courant est porté par de « fortes » personnalités, comme Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Jouant habilement des massmedia, ils traduisent une tendance mondiale à accueillir un sauveur, la développent avec des représentations du monde simplistes, rayonnent d’assurance et d’optimisme, etc.

Le rottweiler de dieu

Un casse-tête encore plus important pour le pape, c’est la montée d’une église populaire progressiste en Amérique Latine. Wojtyla est polonais et anticommuniste jusqu’à la moelle ; combattre marxisme et communisme dans le monde est un des buts de sa vie. Comme l’influence du marxisme est indéniable dans l’église de la base et dans la théologie de la libération, il mettra tout en œuvre pour ramener le continent dans le droit chemin.

Pour ce faire, il compte sur Ratzinger qui a été nommé en 1981 Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en quelque sorte le Ministère de l’idéologie et de l’information du Vatican. Il exerce ces fonctions pendant un quart de siècle et il en fera le meilleur usage pour imprimer sa marque sur les événements.

Ratzinger devient l’architecte d’une offensive pastorale et ecclésiale d’envergure à laquelle il donne lui-même le nom de « Restauration ». Le but est le renforcement de l’appareil de direction central et la dislocation de toute forme de dissidence à l’intérieur de l’église. Ratzinger se révèle bientôt un véritable grand-inquisiteur, ce qui lui vaudra le nom de « rottweiler de dieu ».

Toute l’église catholique est visée mais les flèches sont surtout dirigées vers l’Amérique Latine et c’est là que l’impact politique est de loin le plus important. Nous nous bornerons donc dans la suite de l’article à ce continent.

L’anéantissement de l’église du peuple et de la théologie de la libération

La première démarche est l’établissement d’une base de données reprenant les conférences épiscopales, les théologiens de la libération, les religieux progressistes, les projets pastoraux suspects, etc. Dans presque tous les diocèses sont nommés des évêques et des cardinaux ultra-conservateurs et ouvertement de droite. Rien qu’au Brésil sont nommés une cinquantaine d’évêques conservateurs. A la fin des années 1980 cinq des 51 évêques péruviens sont membres de l’Opus Dei. Le Chili et la Colombie suivent le même chemin. Des évêques dissidents sont mis sous pression, certains reçoivent des lettres d’avertissement ; à d’autres il est interdit de voyager ou on leur demande des comptes.

Cette politique de nominations est d’autant plus grave que l’épiscopat joue un rôle important dans ce continent. Dans bien des cas c’est la seule opposition possible à la répression militaire, à la torture, etc. Si les évêques du Brésil et du Chili s’étaient tus, comme l’ont fait ceux d’Argentine, le nombre de victimes de la répression eût été bien plus élevé.

Aux niveaux inférieurs aussi on a fait le ménage. On retravaille la formation des prêtres en mettant sous pression séminaires et instituts de théologie, en les réorientant ou en les fermant. On tente de mieux contrôler les religieux qui sont souvent protagonistes de l’église de la libération. Une attention spéciale est accordée aux théologiens. Ils sont dorénavant tenus en respect en leur faisant prêter le nouveau serment de fidélité.

En 1984 Ratzinger rédige l’« Instruction de la Sainte Congrégation pour la Doctrine de la foi au sujet de quelques aspects de la théologie de la libération ». Il y attaque de front les théologiens de la libération, surtout ceux d’Amérique Latine. Un an plus tard, il est interdit à Leonardo Boff, une des figures de proue de ce mouvement, de s’exprimer. La mainmise sur les journaux catholiques est renforcée : là où on le juge nécessaire, on les censure, le conseil de rédaction est remplacé ou le journal est mis sous pression financière.

Les projets pastoraux progressistes sont mis sous contrôle ou même on y met fin. En 1989 le Vatican cesse de reconnaître l’Association internationale de la jeunesse catholique, beaucoup trop progressiste. Elle doit céder la place au CIJOC, confessionnel et opposé à la gauche.

A côté de la destruction de tout ce qui est progressiste, de gigantesques projets sont mis en route pour ramener les croyants dans le droit chemin. Evangélisation 2000 et Lumen 2000 sont des projets à grande échelle visant l’Amérique Latine, qui n’ont pas moins de trois satellites à leur disposition. Les projets sont établis par des personnes et des groupes de droite ultra-conservateurs : Communione e Liberazione, Action Marie, Renouveau catholique charismatique, etc. Les collaborateurs de ces géants de la communication comparent leurs activités à une sorte de nouvelle « puissance de lumière ».

Ceux qui savent lire sont inondés de livres religieux édités à bon marché. Des retraites sont organisées pour les prêtres et les religieuses. Pour ces projets à grand spectacle le sommet de la hiérarchie catholique peut compter sur l’appui financier du monde des affaires.

Croisade anticommuniste

Rien n’est laissé au hasard. Un à un tous les piliers de l’église du peuple d’Amérique Latine sont écartés. Des observateurs parlent du démantèlement d’une église. Nous avons ici affaire à l’une des campagnes idéologiques et politiques les plus importantes de l’après-guerre.

Cette campagne est en phase avec la croisade anticommuniste de la Guerre froide. On peut aussi y voir une revanche des USA après la perte de puissance des années précédentes.

Pendant les années 1960 et 1970 les pays du Tiers Monde ont en effet renforcé leur position sur le marché mondial. Ils ont arraché des prix plus élevés pour les matières premières et ont ainsi amélioré leur pouvoir d”achat sur le marché mondial. Le point culminant est la crise du pétrole de 1973. En 1975 le Vietnam inflige une cinglante défaite aux Etats-Unis. Peu après la Maison Blanche est humiliée par deux fois d’abord par la révolution des sandinistes dans leur arrière-cour (1979), puis par le drame des otages en Iran (1980). Dès son arrivée au pouvoir Reagan se sent en outre menacé par l’attitude d’indépendance économique de deux Etats aussi importants que le Mexique et le Brésil.

La Maison Blanche ne baissa pas les bras et déclencha une contre offensive sur plusieurs fronts. La théologie de la libération fut une des cibles les plus importantes. Dès la fin des années 1960 la théologie de la libération, encore à un stade embryonnaire, fut considérée comme une menace pour les intérêts géostratégiques des USA, comme en témoigne le rapport Rockefeller.

Dans les années 1970 furent créés des centres théologiques qui devaient engager le combat contre la théologie de la libération. Mais c’est surtout à partir des années 1980 que cette contre offensive atteignit sa vitesse de croisière. Les Etats-Unis versèrent des milliards de dollars pour soutenir la contre-révolution en Amérique Latine. Cette sale guerre a fait des dizaines de milliers de victimes. Escadrons de la mort, paramilitaires, mais aussi l’armée régulière ont fait la sale besogne. Dans les rangs des mouvements chrétiens de libération sont tombés beaucoup de martyrs. Les plus connus sont Mgr Romero et les six jésuites du Salvador.

Pour combattre la théologie de la libération sur son propre terrain, on introduisit des sectes protestantes. Elle reçurent un soutien financier massif des USA. Par des slogans racoleurs et des messages sentimentaux elles devaient essayer d’attirer les croyants. Pour les arracher à l’influence pernicieuse de la théologie de la libération, on a fait usage de moyens électroniques coûteux. La religion se révèle ici opium du peuple sous sa forme la plus pure. L’armée aussi est enrôlée dans cette guerre religieuse. Des officiers supérieurs des armées latino-américaines ont rédigé un document pour donner consistance au « bras théologique » des forces armées.

Mission accomplie

Les efforts combinés de Ratzinger et de la Maison Blanche ont été payants. Dans les années 1990 un coup très dur a été porté à l’église de la base en Amérique Latine. Bien des groupes de base cessent d’exister ou fonctionnent encore à peine par manque de soutien pastoral, par crainte de la répression, parce qu’on ne croit plus à la percée espérée, ou simplement parce qu’ils sont liquidés physiquement. L’optimisme et l’activisme des années 1970 et 1980 font place au doute et à la réflexion. L’analyse de la société perd de son poids au profit de la culture, de l’éthique et de la spiritualité, tout profit pour Ratzinger.

Globalement le centre de gravité passe de la libération à la dévotion, de l’opposition à la consolation, de l’analyse à l’utopie, de la subversion à la survie. Le récit de l’Exode fait place à l’Apocalypse et aux Apôtres.

A la fin du siècle l’église de la base n’est en tout cas plus une menace pour l’establishment. Tant le Vatican et le Pentagone que les élites locales d’Amérique Latine ont pour le moment un souci de moins. Cette trêve prend bientôt fin avec l’élection de Chavez à la présidence du Venezuela, mais ceci est une autre histoire.

En 2005 Rarzinger est récompensé pour le succès de son œuvre de restauration et élu à la tête de l’église catholique. Mais il est bien moins brillant comme manager que comme inquisiteur. C’est finalement un pape faible. Il laisse une institution affaiblie, menacée par un manque de prêtres et un dessèchement à l’ouest ainsi que par des scandales répétés. Il ne réussit pas à mettre de l’ordre dans les affaires du Vatican, peut-être une des raisons pour lesquelles il abdique.

Ratzinger entrera dans l’histoire avant tout comme celui qui a accompli la restauration de l’église catholique et mis l’église du peuple d’Amérique Latine hors d’état de nuire. Ce ne sont pas des mérites négligeables.

Marc Vandepitte

 

Pour les sources de cet article voir La crise de la Théologie de la libération et le marxisle religieux (en néerlandais).

 

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Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 9)

février 21st, 2013 by Ali El Hadj Tahar

Tous les discours des autorités françaises, anglaises et américaines sur la nécessité d’une intervention à «visage africain» et sur une intervention urgente se sont révélées n’être qu’une couverture cynique pour préparer une action occidentale directe au Mali, le plus tardivement possible, lorsque les mercenaires auront complètement achevé leur mission.
La France disait vouloir seulement jouer «un rôle de facilitateur. Pas question d’envoyer des troupes au sol». Le président François Hollande a même promis aux médias français qu’il y n’aurait «aucune présence française sur le terrain» au Mali. Or, selon certaines sources, des troupes spéciales françaises (environ 200 hommes) étaient sur le terrain malien tout comme celles des États- Unis, déjà présentes au Mali par le biais de l’Africom, avec 400 militaires, et ce, bien avant l’intervention. La diplomatie disait non-ingérence sans l’accord onusien mais les faits attestaient le contraire. Lors de la conférence sur le Sahel, le 27 septembre 2012, l’ex-secrétaire d’Etat étatsunienne, Hillary Clinton, avait estimé que «seul un gouvernement démocratiquement élu aura la légitimité pour parvenir à une résolution négociée au nord du Mali, mettre un terme à la rébellion et restaurer l’Etat de droit». C’est clair, net et précis. Le gouvernement intérimaire de Bamako n’avait aucune légitimité à défendre son pays, et l’ONU n’avait pas à l’aider. C’est le message que décodera Ban Ki-moon ou qui lui sera signifié en clair. Le 11 novembre 2012, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont entériné un plan d’action qui définissait les grands axes de l’intervention militaire dans le nord du Mali afin de restaurer «le rétablissement de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire». L’Algérie y a participé en qualité d’observateur et réitéré sa position sur la question, soit le refus de l’intervention tant qu’existaient encore des chances d’aboutir à une solution pacifique. Le plan d’action décide de la création d’une force, appelée Mission internationale de soutien au Mali, sous conduite africaine (Misma), chargée de restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur ses territoires. Mais Ban Ki-moon dit vouloir favoriser le dialogue politique tout en estimant qu’une intervention militaire au Mali comportait beaucoup de risques et qu’elle était «nécessaire à un moment donné, en dernier recours». Il reporte l’intervention pour l’automne 2012 ! Une manière de discréditer la Misma, en renvoyant son action aux calendes grecques. Ban Ki-moon est la voix des membres du Conseil de sécurité, dont la France fait partie. En public, elle exigeait une intervention rapide, mais, en coulisses, elle essayait de saborder la Misma pour pouvoir agir selon son propre plan. Le président de l’Union africaine se dit déçu par ce rapport, que les Maliens trouvèrent incompréhensible, car leurs malheurs ne faisaient qu’empirer. «L’ONU n’est pas la mieux placée pour répondre à la menace sécuritaire que créent des groupes terroristes», affirmait Ban Ki-moon. Alger a suspecté la Cédéao d’être un pantin de la France et refusé de marcher avec elle. Or, Paris ne visait pas l’intervention dans un cadre africain mais en solo. Le plus gros perdant dans l’affaire, c’est Alger qui s’est discrédité sur tous les plans, au lieu de jouer le rôle majeur qui était naturellement le sien. Alger espérait amener à la table des négociations le groupe Ansar Dine, un groupe de mercenaires dirigé par un opportuniste, et une autre formation tout aussi versatile, le MNLA, qu’elle croit pouvoir arracher aux tentacules françaises et qataries ou si vous voulez l’isoler d’Aqmi et du Mujao, ce qui revient au même. Mais il se révélera que tous ces groupes avaient un seul et même but : amener le bateau néocolonial à bon port.

Trahison des élites et faillite des régimes

En insistant sur le dialogue sans proposer quelque chose de plus palpable pour les Maliens, Alger a commencé à donner l’impression de ne penser qu’à son pré carré, surtout quand elle a parlé de fermer ses frontières avec un peuple en danger qui suppliait l’envoi d’une force internationale. Jusqu’au jour où son président sera contraint de demander à la France de voler à son secours. Pour imposer leur présence, d’autres pays occidentaux se disent prêts à se charger de la réorganisation et de l’entraînement des forces maliennes, sous mandat de l’Union africaine et de l’ONU. Comme si ses généraux étaient des incapables et que la Cédéao qui est supposée également faite pour une coopération des pays d’Afrique de l’Ouest dans le domaine militaire ne pouvait pas s’en charger : la nullité de l’Afrique est totale. Pas même capable de former des bidasses ! Pour ne pas paraître raciste, leurs médias ne se posent pas la question : «À quoi ont alors servi les indépendances ?» Mais pour arriver à cela, il fallait aussi qu’il y ait de nouveaux otages français pour justifier l’intervention au plan «humanitaire» et au plan devoir-de-l’Etat-envers-des-ressortissants-français-retenus- par-des-terroristes. Comme par hasard, il y eut des prises d’otages, puis une tentative de libérer des otages en Somalie qui se solde par la mort de l’otage français (un agent du SDECE) et de deux éléments des forces françaises d’intervention. Puis il fallait que les terroristes décident de franchir la ligne rouge pour aller vers le sud. Alors comme dans un scénario, Ansar Dine, Mujao et Aqmi appellent même le groupe nigérian Boko Haram en appui et partirent à l’abordage de la ville de Kona, le 10 janvier 2013, obligeant les autorités maliennes à demander l’aide française. Comme pour répondre aux vœux d’une intervention militaire, encore d’un commun accord et de concert, les mercenaires traversent la ligne rouge, comme s’ils savaient que cela serait le déclencheur d’une intervention… française. Ce franchissement est la preuve la plus parlante de leur complicité avec un commanditaire qui avait besoin non pas d’un mais de plusieurs casus belli. Les «djihadistes» prétendaient vouloir créer une Dawla islamiya et ils l’avaient sur un immense territoire qu’il aurait plutôt fallu renforcer, bunkériser, barricader pour pouvoir le préserver. S’ils voulaient un «Azawad», ils avaient le territoire qu’ils voulaient. Pourquoi ont-ils fait le contraire de ce qu’ils ont fait en Libye et ce qu’ils font en Syrie où ils prennent des territoires et les renforcent pour en faire des zones d’exclusion, autrement dit des territoires libérés ? Ils n’avaient donc pas reçu cet ordre. Rien n’explique leur descente vers les villages insignifiants et non stratégiques de Mopti et Kona si ce n’est l’obéissance à un «agenda», pour reprendre le mot utilisé par M. Medelci en novembre dernier. Ils savaient que ce franchissement obligerait Bamako à demander de l’aide à ceux qui se disaient prêts à en découdre avec les méchants loups ! Une semaine auparavant, Ansar Dine avait promis une trêve et l’arrêt des hostilités : le hic c’est que les Algériens n’ont pas négocié avec le chef, l’imprenable renard, Iyad Ag Ghaly, mais avec ses lieutenants, qu’il reniera dès que des ordres lui viendront d’une autre capitale. Il se peut que la décision d’attaquer ne vînt pas de lui mais d’Aqmi et du Mujao et qu’il n’ait fait que suivre, comme dans une meute. Aqmi est lié à Al-Qaïda, et ses manipulateurs sont ceux qui manipulent la nébuleuse à laquelle il appartient. Al-Qaïda, cette création américaine, obéit toujours à ses premiers concepteurs. Comme leurs attaques contre des garnisons à partir du 17 janvier 2012, cette attaque a toutes les caractéristiques d’une obéissance à un ordre venant de forces manipulatrices. L’aide de Bamako est demandée au pays qui faisait le plus de pression pour une intervention, la France, comme lorsqu’en 1986, lorsque le dictateur tchadien, Hissène Habré, avait sollicité Paris pour le défendre des troupes progressistes de Goukouni Ouadaï soutenues par les forces libyennes. L’opération Serval suivra l’opération Epervier… Pourtant, Hillari Clinton, dans la citation donnée plus haut, ne reconnaissait pas aux autorités de Bamako le droit d’agir légalement pour l’intervention de la force africaine, Misma que Ban Ki-moon a alors renvoyée aux calendes grecques. Comment accepte-t-elle qu’elles fassent appel à Paris ? Le Mali, un Etat failli (concept de politique internationale), n’a pas le droit de demander secours à l’Afrique et à l’ONU mais à la France. Le schéma initial en clair destiné à l’opinion publique et aux avaleurs de couleuvres affirmait le contraire de ce qui était écrit dans le schéma codé des puissances atlantiques. Sortant son armada de grande puissance, la France prend brusquement l’initiative de s’engager, seule, pour répondre à une situation «d’urgence» créée de toutes pièces. L’armée malienne n’a toujours pas reçu les cargaisons d’armes russes achetées par le président ATT qui a été déposé en avril 2012, afin que le pays ne puisse se défendre contre un ramassis de bandits de grands chemins recrutés par les services occidentaux et qataris. La France jouera le beau rôle de sauveur pour redorer le blason peu reluisant de son passé colonial.

Intervention planifiée au détail près

Finian Cunningham écrit : «Dans les heures suivant la sollicitation par le gouvernement malien d’un appui militaire pour contrer l’avancée des rebelles du Nord, des avions de combat français ont commencé à effectuer des frappes aériennes vendredi» signifiant par là que les aéronefs étaient prêts et les cibles désignées. Spontanément, les USA et d’autres pays européens apportent leur soutien rapide à Paris bien qu’elle agissait dans un cadre non onusien. La Grande-Bretagne a envoyé des avions cargos RAF CI7 à Paris à partir d’une base dans l’est de l’Angleterre afin d’aider à l’acheminement des troupes, des hélicoptères, des camions et d’autres équipements lourds. Washington fournira de la logistique et des communications. Cette situation n’était-elle pas prévisible du fait que des drones de surveillance américains et français étaient en action depuis des mois au Mali et dans les pays limitrophes, certains disant qu’ils ont même survolé l’Algérie ? Pour Finian Cunningham, la rapidité et l’étendue de l’intervention française attestent de leur inscription dans le cadre d’un «plan bien rodé d’intervention par l’ancienne puissance coloniale». Finian Cunningham ajoute : dans Information Clearing House, 16 janvier 2013 : «Les frappes aériennes par les avions français sur au moins six zones-cibles très dispersées dans le Mali couvrent une distance opérationnelle de près de 2 000 km d’est en ouest. Ce niveau de coordination indique plusieurs semaines de planification et dément l’apparence que le gouvernement français réagissait de façon impromptue à une demande soudaine d’aide des autorités maliennes alignées sur Paris.» Donc les Français savaient-ils qu’Aqmi et Ansar Dine allaient attaquer ? Plus étrange encore : le gouvernement français a affirmé qu’il avait obtenu l’autorisation par l’Algérie du survol de son territoire, sans qu’un président ou un ministre ait été vu à Alger… On obtient l’autorisation de survol d’un pays par téléphone ? Le scénario pour une intervention africaine se mue aussitôt sans mandat de l’ONU en intervention française, apparemment, préparée de longue date, puisque tout était prêt même le détail du survol du ciel algérien, obtenu en dernière minute, ou lors de la visite de Hollande à Alger ou même une semaine avant l’intervention par… Hamad, en contrepartie d’un soutien pour un quatrième mandat. Finian Cunningham conclut dans : Information Clearing House, 16 janvier 2013 : «En effet, telle est la chorégraphie soigneuse de ce développement militaire saillant que l’on pourrait dire que les Français se sont finalement donné eux-mêmes le feu vert pour exécuter un plan qu’ils avaient fait mûrir depuis plusieurs mois. Ce plan n’est rien de moins que la reconquête néocoloniale de son ancienne colonie dans une région de l’Afrique de l’Ouest d’importance stratégique.» «Cette opération durera le temps nécessaire», a précisé François Hollande, ajoutant que la France intervenait «dans le cadre de la légalité internationale». Or, il n’en était rien. La résolution 2085 autorise le déploiement d’une «force africaine» «sous conduite africaine», pas française. Mais les choses se sont passées autrement, justement parce qu’aucune partie n’a voulu agir. Agir était pourtant simple : débloquer les cargaisons d’armes maliennes retenues dans les ports d’Abidjan, de Conakry et de Dakar, sous prétexte que le gouvernement n’était pas légitime. Un sabotage international a eu raison de l’armée malienne qui était elle-même, comme toute armée, capable de faire ce travail, de donner des martyrs en l’honneur du pays. On a préféré l’humilier. Or, les «bienfaiteurs» ne veulent toujours pas effacer la dette malienne, ni même donner des moyens humanitaires au moins aux populations qui se sont réfugiées dans les pays voisins, eux aussi sans ressources : Tchad, Niger et Mauritanie.

A.E.T.

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Septième partie), 19 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8) Croustillantes histoires d’espions-otages français, 20 février 2013

Suite :

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 10)Traîtres et mercenaires au service du néocolonialisme, 22 février 2013

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USA : Pire que Chutzpah !

février 21st, 2013 by Edward S. Herman

CHUTZPAH : désigne le dernier degré de l’arrogance, de l’impudence, de la plus totale absence de honte ou de scrupules. Synonyme généralement péjoratif d’audace, d’insolence, d’impertinence, il cesse d’être péjoratif dans les milieux où l’impudence est de règle… En hébreu, le mot chutzpah marque une indignation envers quelqu’un qui a dépassé outrageusement et sans vergogne les bornes du comportement acceptable.

Quand on voit la Secrétaire d’État Hillary Clinton et le président Barack Obama, l’air grave et offusqué, mettre en garde la Syrie contre un recours aux armes chimiques, « totalement inacceptable » selon Obama, ou « qui passerait la ligne rouge et dont les responsables auraient à en répondre » selon H. Clinton, et qu’on voit le New York Times [comme la plupart des médias occidentaux] et tout l’establishment occidental reprendre et soutenir ces déclarations, on reste baba devant une aussi époustouflante hypocrisie. Alors que les États-Unis, précisément, détiennent le record d’utilisation des armes chimiques dans le monde, se sont toujours opposés à la signature d’accords internationaux visant à en interdire l’utilisation, et utilisent aujourd’hui régulièrement leur armement à uranium appauvri (armement à la fois nucléaire et chimique, dont le nombre et le type de victimes va bien au-delà des cibles directes) dans tous les conflits qu’ils déclenchent ! L’utilisation massive d’Agent orange au Vietnam ou de munitions au phosphore blanc en Irak, tout le monde connait, non ? Serait-il possible que seuls Clinton, Obama et les médias occidentaux ne soient pas au courant ? Ou doit-on y voir une fois de plus la seule arrogance du pouvoir et cette conviction qu’il ne saurait y avoir de moralité ou de droit international que lorsque l’ennemi fait quelque chose de choquant ?

C’est peut-être bien un mélange des deux, tant le double standard et la mauvaise foi sont souvent remarquables. L’archétype de ce genre d’attitude pourrait bien être l’histoire des « pluies jaunes » – des poisons chimiques que les Soviets auraient déversé dans le ciel du Laos au début des années 1980. Le flagrant manque de preuves n’avait pas empêché à l’époque l’administration Reagan d’en tirer le meilleur parti pour mieux diaboliser « l’Empire du mal ». On eut beau démontrer que l’accusation était fausse, un chercheur américain, Matthew Meselson, ayant apporté la preuve que lesdites pluies jaunes n’étaient en réalité que des déjections d’abeilles, elles n’en furent pas moins toxiques grâce au Wall Street Journal et aux autres médias de masse. Bien après le démontage de cette campagne d’intox, Peter Kann, éditeur du Wall Street Journal, citait encore les « champs empoisonnés du Laos » pour montrer « qui étaient les bons et qui étaient les méchants » de part le monde (“Clinton Ignores History’s Lessons In Vietnam,” [Clinton fait l’impasse sur les leçons d’histoire au Vietnam] WSJ, 9 septembre 1992). Autrement dit, Kann faisait totalement l’impasse sur la guerre chimique monumentale et bien réelle que les États-Unis avaient mené au Vietnam, au Cambodge et au Laos, mais n’en ramenait pas moins cette vieille histoire de pluies jaunes soviétiques, fut-elle démontrée fausse de longue date. En fait d’hypocrisie, de malhonnêteté ou des deux à la fois, difficile de faire mieux ! Ironiquement, c’est justement dans son propre journal qu’un article de 1997 évoquait les 500 000 enfants vietnamiens souffrant d’anomalies congénitales précisément dues aux méthodes de ceux que Kann appelle « les bons » [the “good guys”]. (Peter Waldman, “Body Count: In Vietnam, the Agony Of Birth Defects Calls An Old War to Mind,” WSJ, 12 décembre 1997).

Aujourd’hui, les zélateurs de l’impérialisme américano-centrique s’efforcent eux aussi de noyer le poisson sur les guerres chimiques du Vietnam et d’ailleurs, ou sur l’uranium appauvri. Dans son récent « classique du genre » encensé par l’establishment et la critique, The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined ([Les meilleurs penchants de notre nature : Pourquoi la violence a diminué],Viking, 2011), Steven Pinker ment ostensiblement sur la question, expliquant au lecteur que ce qui atteste de ce regain de moralité dans le monde et de la diminution de la violence – progrès que les grandes démocraties occidentales peuvent se prévaloir d’avoir apporté au reste du monde – c’est leur condamnation des armes chimiques et leur refus d’en faire usage. Mais dans les quelques pages que Pinker consacre aux violences qui ont marqué la guerre du Vietnam, pas une seule ligne n’évoque l’utilisation massive de ces armes chimiques dans l’Opération Ranch Aid et divers autres programmes menés dans ce pays.

De même pour la Syrie, les propagandistes officiels n’affirment pas que le gouvernement syrien ait d’ores et déjà recours à de telles armes, mais seulement que les Occidentaux ont la preuve que la Syrie se préparerait à en faire usage en dernier recours. « Ce qui nous inquiète, c’est que le régime d’Assad, de plus en plus aux abois, ne finisse par recourir à ses armes chimiques ou n’en perde le contrôle, au bénéfice de l’un des nombreux groupes qui opèrent actuellement en Syrie » (Hillary Clinton). A ce propos, ce n’est que récemment que Washington et les médias de masse ont fini par admettre la présence d’Al-Qaïda parmi les « nombreux groupes » de « combattants de la liberté » que les Occidentaux soutiennent en Syrie – et ce que cette présence a de préoccupant.

Ce genre d’opportunisme pourrait bien se terminer une fois de plus par un magistral revers de manivelle, comme après avoir soutenu Al-Qaïda en Afghanistan ou en Libye, les États-Unis soutenant à nouveau ceux qu’on appellera ensuite « les pires des pires » – passant du statut de « combattants de la liberté » très généreusement armés et soutenus, à celui de candidats à la détention illégale, à la torture et aux assassinats ciblés.

Outre la menace d’armes chimiques en Syrie, les représentants occidentaux se disent très préoccupés par l’utilisation de bombes à fragmentation par l’armée syrienne contre des civils, dans le cadre de ce conflit (C.J. Chivers, “In Syria, Cluster Munitions Takes Its Toll,” New York Times, 21 décembre 2012). Là encore, cas de figure à la fois familier et comique, les médias polarisés collaborent une fois de plus à un effort hypocrite, problématique au regard des faits, mais surtout lamentable, de diabolisation sélective.

On a accusé les Serbes de « nettoyage ethnique », sans tenir aucun compte du contexte de guerre civile encouragée par l’OTAN. Mais pas question d’utiliser ce terme au sujet du nettoyage ethnique pratiqué de longue date et à grande échelle par Israël en Palestine. Kadhafi menaçait soi disant Benghazi d’un bain de sang, c’est donc avec la bénédiction des mêmes médias et de l’ONU que les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN, leurs rebelles autochtones et leurs mercenaires importés, purent s’offrir un vrai bain de sang avec pour point d’orgue le lynchage et le meurtre de Kadhafi. Et Hillary Clinton de déclarer toute fière dans un ricanement : « Nous sommes venus, nous avons combattu, il est mort ! » [“We came, we fought, he died !” parodiant pompeusement le “Veni, Vidi, Vici !” de César].

De même les mythiques armes de destruction massive de Saddam Hussein avaient-elles servi de prétexte pour la guerre d’agression des États-Unis contre l’Irak, avec là encore l’anéantissement d’un pays, le massacre de sa population et l’assassinat du “méchant” dirigeant. Au tour de la Syrie à présent ! Autre « méchant », l’Iran aussi menace le monde avec son entêtement à poursuivre son programme nucléaire. C’est sans doute le prochain sur la liste, dans le programme de production d’États ratés [failed states] des Grandes Démocraties – comme Pinker les appelle, ces gouvernements radicalement non-violents.

Mais pour en revenir aux bombes à fragmentation, les États-Unis les ont utilisés massivement au Vietnam et au Laos, en Irak et plus tard dans leur guerre aérienne contre la Serbie, en 1999 (entre autres). Israël s’en est montrée elle aussi particulièrement généreuse dans son agression du Liban, en 2006, et notoirement dans les derniers jours de ce conflit, alors que la paix était à portée de main, parsemant les champs de ces graines de mort et d’horreur éparpillées à travers tout le pays. L’armée israélienne a laissé derrière elle environ un demi-million de bombies après son dernier assaut contre le Liban. Un commandant d’escadre de bombardiers israéliens déclarait à ce sujet : « Ce que nous avons fait est démentiel et monstrueux ; nous avons couvert des villes entières de sous-munitions explosives » (Meron Rappaport, “IDF commander: We fired more than a million cluster bombs in Lebanon” [Un commandant de forces israéliennes déclare: nous avons largué plus d’un million de bombes à sous-munitions au Liban] Haaretz, 12 septembre 2006). Mais sur ces opérations là, les responsables américains et les médias n’avaient aucune critique particulière à faire – sans parler de mises en gardes ou de menaces ; douleurs inévitables de l’accouchement d’un Nouveau Proche Orient – ou de son agonie.

Comme tous les grands médias, le New York Times n’a jamais cité ni découvert un seul commandant des forces israéliennes qui dénoncerait l’utilisation de bombes à fragmentation par son pays comme « monstrueuse ». Son unique éditorial sur le sujet ne donnait ni le nombre de bombes larguées ni aucune précision sur le moment ou sur les zones où elles l’avaient été, ni sur leurs effets. Il n’émettait pas non plus la moindre critique sur leur utilisation par Israël et ne risquait surtout pas de la qualifier de criminelle ou de monstrueuse. Dans la grande tradition de l’apologie de nettoyage ethnique, l’info restait dûment aseptisée (“No Place For Cluster Bombs,” 26 août 2006). On remarque aussi en regardant les titres, que les articles du New York Times ne mettaient jamais en avant le fait que les civils ou les zones civiles étaient la cible privilégiée de ces bombardements et de leurs destructions – contrairement aux articles sur la Libye de Kadhafi ou sur la Syrie d’Assad. S’agissant d’Israël au Liban, ce qu’on peut trouver de plus proche serait quelque chose comme : « Libanais et humanitaires découvrent le danger des décombres » (25 août 2006), bien que le journal ait effectivement publié un article où Human Rights Watch qualifie la politique israélienne de crime de guerre (Kifner, 24 août 2006), et un autre qui donne quelques détails sur la sauvagerie et le caractère anti-civil et foncièrement délétère de l’agression israélienne (Worth et Kifner, 25 août 2006).

A l’instar d’Israël, les États-Unis ont refusé de signer la convention de 2008 sur les bombes à sous-munitions, qui en interdisait l’utilisation (la Russie, la Chine et plusieurs autres pays aussi d’ailleurs). D’après Richard Norton-Taylor, “Amnesty International, Oxfam, et Article 36 – un groupe chargé de la coordination de l’opposition à ce type d’armement – auraient déclaré que dans les pourparlers sponsorisés par les États-Unis, les préoccupations des humanitaires avaient été totalement laissées de côté, et qu’ils en appelleraient aux Britanniques mercredi prochain pour tenter d’empêcher les USA d’avaliser ce qu’ils considèrent comme un « permis de tuer » à coup de bombes à fragmentation » (“US pushing UN to lift ban on cluster bombs, say campaigners” Le Guardian, 22 novembre 2011). Mais de leur côté les Américains assurent que les derniers modèles de CBU [Cluster Bomb Unit] ont une action vraiment ciblée, avec un taux d’échec très bas. On doit donc supposer que les CBU dont dispose l’armée syrienne sont les anciens modèles, ceux qui sont mauvais. Ou peut-être les États-Unis, leurs alliés et leurs clients – c’est-à-dire « les bons » quel que soit le conflit – seraient en réalité les seuls à pouvoir détenir et utiliser des bombes à fragmentation.

L’une des principales caractéristiques des bombes à fragmentation et de leur utilisation, c’est la place privilégiée des enfants parmi leurs victimes – les responsables américains et les médias se montrent d’ailleurs particulièrement sensibles au sort des enfants dans les conflits armés. Le président Obama ne pleurait-il pas récemment sur celui des enfants tués à Newtown, au Connecticut ? Les médias n’étaient-ils eux aussi pas particulièrement émus par cette tragédie ? Bon, d’un autre côté, on a ces 500 000 enfants atteints de malformations au Vietnam, un pays où des centaines de milliers d’autres ont été tués, mutilés, traumatisés sans que cela suscite grand-chose comme intérêt, regrets, voire compensation ou assistance post-conflit aux victimes (si ce n’est 18 années de boycott punitif).

Il y a aussi la fameuse réponse de Madeleine Albright en 1996, au sujet de la mort de 500 000 irakiens de moins de cinq ans victimes des « sanctions de destructions massive » : « Ça vaut bien ce prix là ! ». Cette réponse est passée littéralement comme une lettre à la poste dans nos médias polarisés, sans susciter d’indignation outrée ni de réactions particulières. Et puis il y a aussi ce continuum de « frappes ciblées » de nos drones, contre des « militants » – avec leur cortège de « négligences » [casualties] ou « dommages collatéraux » en bas âge – dirigés par le même Obama éploré, et suscitant toujours aussi peu d’émotion ou de réactions dans nos médias. Dans la région de Fallujah, en Irak, on constate une extraordinaire augmentation du nombre de malformations congénitales, de fausses couches et d’enfants mort-nés, dus à l’utilisation massive d’armes et munitions de toutes sortes par l’armée américaine dans ce secteur, et qui devient une véritable « crise de santé publique » (Sarah Morrison, “Huge Rise in Iraq Birth Defects Linked to US Cluster Bombing,” The Independent [UK], 15 octobre 2012).

Nos médias ne se sont jamais spécialement intéressés au sort de ces enfants tués ou mutilés au loin, même lorsque nos dirigeants proclament que chaque vie humaine est précieuse. A franchement parler, la vie ou la santé des minots de chez nous, aux États-Unis même, leur est tout aussi indifférente. Combien sont massacrés dans les rues des ghettos, sans même parler de ceux qui, de plus en plus nombreux, peuvent à peine survivre dans un monde d’inégalités croissantes où le système social s’effondre.

Le niveau d’hypocrisie des représentants de l’establishment lorsqu’ils parlent d’armes chimiques, de bombes à fragmentation ou du sort des enfants dans le monde est littéralement vertigineux. Mais ce qui est pire que chutzpah, c’est lorsque Clinton et Obama, pontifiant et mettant en garde la Syrie sur ses armes chimiques et ses bombes à fragmentation, ne semblent même pas conscients de l’arrogance et de l’indécence de leur flagrant double standard (deux poids deux mesures). Apparemment, ils ne doutent même pas une seconde que leurs messages moralistes sont aussi purs qu’apolitiques. Et nos médias de masse emboitent le pas, tout empressés de faire valoir à qui mieux mieux cette manière de voir pire que chutzpah !

 

Article original paru sur Z Net - The Spirit Of Resistance Lives

http://www.zcommunications.org/beyond-chutzpah-by-edward-s-herman

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

Mondialisation.ca

Professeur honoraire de finance à la Warton School de l’Université de Philadelphie, Edward Herman est économiste et critique des médias, auteur de nombreux ouvrages dont Génocide et Propagande (avec David Petersen, Lux Editeur, Montréal, 2012).

 

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Syrie : Le pilleur d’Alep !

février 21st, 2013 by Bassel Dayoub

Ce serait pour des « raisons humanitaires » que le conseil de l’union européenne du 02/09/2011 ajoutait M. Farés Chehabi, citoyen syrien et Président de la chambre de commerce et d’industrie d’Alep, à la liste des personnes et entités dont il a décidé de geler tous les fonds et ressources économiques, parce que « responsables de la répression violente exercée contre la population civile en Syrie… » [1][2]. Il était classé dans la catégorie : « Apporte un soutien économique au régime syrien » !

Le plus étrange, pour qui se sent concerné par la Syrie, est de découvrir qui est cette personne [3] jugée si inhumaine pour ses concitoyens par la prestigieuse assemblée lauréate du « Prix Nobel de la paix 2012 » et, partant de là, de se demander jusques quand, pour des raisons inavouables d’hégémonie et de faillites, les instances moralisatrices internationales feront mine de ne plus savoir distinguer un « opposant démocrate » et patriote, convaincu de la nécessité du dialogue et de la solution politique proposés par le Président de son pays,  d’un « rebelle armé » inféodé aux ténèbres et à l’envahisseur étranger ? Jusques quand tenteront-elles de convaincre leur opinion publique de condamner la catégorie du premier et de soutenir celle du second ? N’est-ce pas un questionnement légitime suite à l’énième décision prise, paraît-il après moult hésitations, par Bruxelles le 18/02/2003 [4] : « Léger assouplissement de l’embargo européen sur les armes en Syrie… afin de fournir un soutien non létal pour la protection des civils » ?!

Maintenant que les masques sont tombés, que le monde entier ne peut plus fermer les yeux sur la « guerre indirecte » menée contre la Syrie par une coalition internationale de pays dits civilisés et par terroristes interposés ; qu’entend Bruxelles, après les USA, par « soutien non létal » ? N’est-ce pas la mise à la disposition de ces envahisseurs « non déclarés » des moyens techniques les plus sophistiqués pour tuer encore plus de civils, détruire encore plus d’infrastructures, répandre encore plus d’obscurantisme propice au chaos constructeur de leur suprématie, dérober encore plus de trésors archéologiques d’un pays qui fut et reste le berceau de la Civilisation ?

Pour qui roule Mme Navy Pillay qui, sourde aux enquêtes émanant de ses propres services, « veut voir Assad devant le CPI » [5] ? Comment procédera la magistrate suisse, Mme Carla Del Ponte, qui déclare qu’« il est temps de saisir la justice » ; lorsqu’on sait que la pétition maquillant la vérité a été signée, à son initiative, par 54 États prétendument « Amis de la Syrie » [6] ? Et enfin, que penser des États qui ont hâte de remporter le marché syrien pour reconstruire ce qu’ils ont largement contribué à déconstruire [7] ? Accepteront-ils de comprendre que la Syrie ne manque pas de citoyens qui, lorsqu’ils s’opposent à une politique voire à une erreur de jugement de leurs autorités légitimes, ne sont pas prêts à vendre leur patrie ? [NdT].   

M. Farés Chehabi, Président de la chambre de commerce et d’industrie d’Alep, a adressé un courrier demandant officiellement au ministère syrien des Affaires étrangères de soulever, à l’ONU, la question du « pillage des usines d’Alep » [8]. Il a déclaré que ce « cambriolage organisé » se poursuit, jour après jour, et que pour les Alépins, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est le véritable « pilleur » de leur ville ! Il a sévèrement critiqué les déclarations de la dite « opposition syrienne », et a ajouté que dans ce cas précis : « celui qui défend le voleur n’est autre que son partenaire ! ».

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À Alep, les rebelles armés volent et des turcs en profitent 

La citadelle de l’industrie syrienne s’est effondrée. La production s’y est arrêtée. Les industriels d’Alep qui, bien avant le déclenchement de ce qu’il est convenu d’appeler la « crise syrienne » considéraient que le rapprochement syro-turc se faisait au détriment de l’industrie locale, sont maintenant les victimes d’une campagne turque qui a systématiquement détruit leurs infrastructures industrielles. Une véritable opération de pillage à grande échelle qui finira devant les tribunaux internationaux, quelle que soit l’issue du conflit.

En effet, à peine quelques semaines après le début des violences en Syrie et la réticence de la classe moyenne, des commerçants, et des industriels de cette ville à s’engager dans le « renversement du régime », ses habitants sont devenus les cibles des « mécontents en colère » : insultes sur la voie publique, enlèvements, violences et brigandages sur les axes routiers menant vers la capitale et la côte ; puis, menaces de mort à l’encontre de nombreux industriels, incendies et vandalisme d’un maximum d’usines qui ont atteint leur apogée l’été dernier. C’est là que la grande opération de pillage a commencé, avec démontage et récupération de toutes sortes de machines et d’équipements avant expédition en Turquie ; le nord de la Syrie étant devenu le « marché obligé » de l’industrie turque !

Les usines « Oulabi »

La série destructive des usines d’Alep, et les mensonges des médias associés, ont commencé par deux incendies provoqués du complexe industriel « Oulabi Textile » situé sur la route Alep-Damas. Le premier incendie a été présenté comme une arnaque de la part la famille Oulabi qui aurait chargé « ses chabihas » [néologisme révolutionnaire désignant les ignobles citoyens soutenant les autorités et l’Armée syrienne ! NdT] de la basse besogne pour ne pas avoir à payer le salaire des ouvriers, avec évidemment faux témoins oculaires et prétendus confidents à l’appui. Le deuxième incendie, présenté toujours comme l’œuvre des mêmes chabihas et pour les mêmes raisons, a eu lieu quelques jours plus tard alors que M. Bassam Oulabi, victime des circonstances, était encore hospitalisé en soins intensifs avant de décéder [9]. Ce deuxième incendie a fini de ravager ce qui restait du complexe et a mis au chômage 3000 ouvriers dont la grande majorité venait des zones rurales d’Edleb. Désormais captifs des milices de la prétendue « Armée Syrienne Libre » ou ASL, contre la promesse d’une plus ou moins consistante rémunération pour tout acte de violence commandité à l’encontre d’industriels et de commerçants nommément désignés, il ne restait plus qu’à les couvrir médiatiquement par le slogan prêt à l’emploi : « Le régime syrien kidnappe des innocents pour discréditer la révolution ! ».

Ces incendies avaient été précédés de l’assassinat de l’industriel Mouhammad Al-Ouess [10], du pillage de son usine familiale proche de Saraqeb [à 50 Kms au sud d’Alep], et de l’enlèvement de deux membres de sa famille. Ce fut le prélude au rapt de centaines de « nantis », et de leur parenté, devenus source de monnaie sonnante et trébuchante par l’exigence d’une rançon de plusieurs dizaines de millions au début de la crise, rendue à quelques centaines de milliers un an après. Opération lucrative à souhait, qui a vécu sa propre révolution en passant directement de petites à grandes entreprises par la « division du travail » ! En effet, il y a désormais ceux qui kidnappent « en gros » pour remettre leurs proies à des commerçants qui les répartissent « au détail » sur divers lieux de détention, avant de toucher le « pactole révolutionnaire ». Il a même fallu créer de véritables « agences » chargées de les maintenir en vie et de mener les transactions libératoires contre un certain pourcentage de la rançon fixée par les révolutionnaires kidnappeurs.

La cellule de crise

Début 2012, suite à la multiplication des enlèvements et des menaces sérieuses mettant en danger des centaines d’industriels ou de médecins accusés de financer les chabihas ou de ne pas financer la révolution, et suite aux plaintes incessantes des citoyens d’Alep et de sa région, la cellule de crise s’est réunie avec les professionnels des secteurs économique et industriel ; lesquels ont exigé de frapper d’une « main de fer » les bandits de grand chemin et les gangs de kidnappeurs, de sorte à déplacer le cauchemar de l’axe Alep-Damas vers celui d’Alep-Turquie et ainsi couper la route internationale du nord du pays.

C’était le feu vert attendu par les autorités syriennes pour assigner à l’Armée la tâche de ramener la sécurité. Mais l’expansion de la « rébellion  armée » a été plus rapide que la tentative de la contenir. L’entrée de l’Armée syrienne dans les deux localités d’Andane et de Hritane, après la fuite des bandes armées, n’a pas suffi à empêcher la dégradation de la situation sécuritaire, puisque la frontière turque était restée largement ouverte aux rebelles et aux trafics des armes dans les deux sens ! Ce qui explique l’escalade, à partir de l’été dernier, des agressions contre les manufactures et installations industrielles, la multiplication des redevances exorbitantes imposées à leurs propriétaires, les pillages et saccages des propriétés privées et publiques sur l’axe Alep-A’zaz ayant connu un important boom économique au cours des dix dernières années, notamment avec la politique d’ouverture entre la Turquie et la Syrie. C’est ainsi que les bandes armées ont pu assiéger complètement la ville d’Alep.

La destruction des usines et le pillage des équipements industriels

C’est au mois de Ramadan qu’a commencé la destruction systématique des usines d’Alep. Des représentants de la « Chambre d’industrie d’Alep » ont révélé que le nombre d’usines pillées et/ou démolies dépasse le millier, et que les dossiers d’un grand nombre de celles-ci étaient largement documentés en préparation des poursuites judiciaires contre « l’Etat turc » responsable d’avoir permis, organisé et participé au démontage des usines et au transport de leurs équipements vers la Turquie ;  le montant des pertes dépassant les 300 milliards de Livres syriennes  !

En réalité, ce sont des milliers d’usines, de toute taille, qui ont été vandalisées et pillées ; leurs stocks de matières premières et de produits finis dérobés, leurs machines démontées et embarquées ouvertement vers la frontière turque. Certains équipements ont dû être découpés en « ferrailles » vendues aux fonderies turques. Les exemples ne manquent pas !

Ainsi, M. Mouhamad Bitar, dirigeant d’une usine de textile familiale située dans la cité industrielle de Sheikh Najjar, a déclaré : « Ce sont des individus armés de l’ASL qui ont volé nos équipements après avoir découpé certaines pièces mécaniques de 15 mètres de long en fragments transportés en Turquie, où ils ont été vendus au dixième de leur prix ».

Un autre industriel du textile, se présentant comme « Abou Ahmad » pour ne pas être nommément identifié, va encore plus loin : « Aujourd’hui, personne ne sait que je suis un industriel de Sheikh Najjar. Mon usine a été volée et saccagée. Avec deux de mes enfants et deux de mes anciens ouvriers, nous essayons de vendre quelques vêtements et conserves alimentaires sur les trottoirs, mais je jure que je ne vendrai jamais un seul produit turc quitte à mourir de faim… Le gouvernement d’Erdogan a arrêté un certain nombre d’avocats turcs venus en Syrie pour enquêter sur la démolition du tissu industriel d’Alep. Ils avaient pu vérifier et recueillir nombre de documents prouvant l’implication de leur gouvernement dans l’organisation du pillage et de la vente des machines et pièces détachées à certains de leurs compatriotes concessionnaires, sous la supervision d’agents du renseignement turcs ! ».

Quant à M. Ibrahim Clour, industriel spécialisé dans la fabrication de pièces de rechange pour gros véhicules, kidnappé sur l’autoroute internationale puis libéré contre une rançon, il déclare sans ambages : « Je suis de ceux qui ont perdu leur usine avec tout son contenu. Nous avons subi une invasion de nos sites industriels situés aussi bien dans les régions rurales qu’à l’intérieur de la cité. Les coups qui ont frappé l’industrie de la ville d’Alep étaient planifiés et volontairement destructeurs ; ce qui fait que notre performance est désormais rendue impossible ».

Les conseils venus de Paris

C’est dans ces conditions que certains « hommes d’affaires » syriens réfugiés à Paris auraient contacté leurs homologues restés à Alep pour les convaincre de témoigner d’un peu plus de compréhension à l’égard des milices armées. Selon eux, cela permettrait la réouverture des usines encore susceptibles de fonctionner moyennant le financement et donc la protection des prétendus insurgés révolutionnaires. Un important industriel qui a reçu cette offre de la part d’un officier syrien dissident planqué dans la capitale française nous a déclaré : « De toutes façons,  cette tentative était vouée à l’échec parce qu’il ne s’agit pas simplement de remettre en marche telle ou telle usine, mais de sécuriser les voies et convois de transport des marchandises et aussi de disposer du carburant nécessaire à leur circulation. Traiter avec les milices armées qui ont envahi nos sites industriels ne suffit pas. Il faudrait en faire autant pour satisfaire les exigences financières des dizaines d’autres milices déployées sur les autoroutes internationales, ou capables de se ramener pour nous couper la route en quelques minutes ! ».

La haine de classe ?

Les syndicats des travailleurs syriens ne sont ni des « rouges », ni des « blancs » aux bottes des patrons et du pouvoir. La plupart des syndiqués sont des salariés de l’État alors que le syndicalisme est pratiquement absent du secteur privé qui est loin d’offrir les mêmes garanties ; puisque les travailleurs toucheraient un salaire minimum généralement inférieur et que moins de 10% seraient inscrits auprès des organismes de Sécurité sociale.

Cette absence de tradition ouvrière chez les travailleurs du secteur privé ferait que la plupart d’entre eux ne sont pas politisés ; ce qui expliquerait qu’ils n’aient pas témoigné de la volonté de protéger leurs usines, alors que des milliers d’entre eux ont répondu à l’appel du patronat pour manifester en faveur des réformes proposées par le Président Bachar Al-Assad. Par conséquent, l’attitude négative vis-à-vis de l’agression que subissait le tissu industriel régional a surtout été le fait d’une frange ouvrière non syndiquée.

À Alep, le nombre de travailleurs du secteur privé est d’environ 500 000. La plupart d’entre eux ont aujourd’hui perdu leur emploi à cause de la mainmise des bandes armées sur les zones industrielles, des transports devenus difficiles, et de la faillite de nombreux industriels…

C’est dans ce contexte que M. Farés Chehabi a proposé aux « rebelles armés syriens » sévissant toujours à Alep [parmi la multitude arrivée de tous les coins de la planète, moustache rasée, barbes de toutes les couleurs, pantalon raccourci - voir vidéo [3] -NdT]  de les embaucher pour travailler à la reprise ou à la protection des usines de la région, à condition qu’ils déposent les armes et rejoignent le processus du « dialogue national » en cours à travers le pays. Il a assuré que la communauté économique d’Alep est capable de reconstruire le secteur industriel en une année seulement !

Bassel Dayoub

19/02/2013

Article original : Al-akhbar / Liban

http://www.al-akhbar.com/node/177846

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

[1] Décision 2011/522/ du Conseil du 2 Septembre 2011

http://eurlex.europa.eu/Notice.do?mode=dbl&lang=fr&ihmlang=fr&lng1=fr,en&lng2=bg,cs,da,de,el,en,es,et,fi,fr,hu,it,lt,lv,mt,nl,pl,pt,ro,sk,sl,sv,&val=601494:cs

[2] Syria: EU adds the Presidents of Aleppo and Damascus chamber of industry and Tarif Akhras and Issam Anbouda to the sanction list

http://othersuns.wordpress.com/2011/09/03/syria-eu-adds-the-presidents-of-aleppo-and-damascus-chamber-of-industry-and-tarif-akhras-and-issam-anbouda-to-the-sanction-list/

[3] Farés Chehabi 26/01/2013

http://www.youtube.com/watch?v=QDua5ZqsHlI

[4] Léger assouplissement de l’embargo européen sur les armes en Syrie

http://www.france24.com/fr/20130218-syrie-union-europeenne-revoit-embargo-armes-rebelles-civils-sanctions

[5] Un responsable de l’Onu veut voir Assad devant la CPI

http://lci.tf1.fr/monde/moyen-orient/un-responsable-de-l-onu-veut-voir-assad-devant-la-cpi-7833021.html

[6] Carla Del Ponte: «Il est temps de saisir la CPI»

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/fdb07894-7a0e-11e2-9c3f-f412594b2ec9/Carla_Del_Ponte_Il_est_temps_de_saisir_la_CPI

[7] Appels lancés pour un déploiement de la marine allemande contre la Syrie

http://www.mondialisation.ca/appels-lanc-s-pour-un-d-ploiement-de-la-marine-allemande-contre-la-syrie/31414

Extrait :

Lundi, le Financial Times Germany (FTG) a rapporté que Berlin devait devenir le « centre de planification pour la reconstruction de la Syrie après un éventuel renversement du président Assad. » Le « groupe des amis du peuple syrien » – une alliance d’Etats qui aspirent à un changement de régime en Syrie – a installé un bureau dans la capitale allemande avec le soutien du gouvernement.
Selon une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l’objectif est non seulement de contribuer politiquement mais aussi économiquement à prendre « un nouveau départ » après le conflit. Pour le FTD, ceci est une tentative, côté allemand, de « se positionner à temps pour la période après la fin du régime syrien. » L’objectif final est de « transformer le système syrien d’entreprise publique en une économie de libre marché. »

[8] Syrie/pillage d’usines: Damas accuse la Turquie

http://fr.rian.ru/world/20130110/197183523.html

[9] Décès de l’industriel Bassam Oulabi et hospitalisation de son frère Khaled en soins intensifs…

http://www.aksalser.com/index.php?page=view_articles&id=a568e85eca1cc1dc42ac9063b137883a&ar=631883120

[10] Assassinat de Mohamad el-Ouess et blessure de son frère Amer…

http://www.znobia.com/?page=show_det&select_page=2&id=9599

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Pas nécessairement facile de se mettre dans la peau des dirigeants d’une grande banque, que ce soit un grand actionnaire ou un haut dirigeant, pour comprendre leur vision du business. La grande majorité des personnes qui détiennent un compte en banque ont peine à imaginer comment fonctionne ceux qui dirigent cette même banque, leur façon de penser et les avantages qu’ils en tirent. Comprendre concrètement ce qu’est le rendement sur fonds propres (ROE) est particulièrement difficile car nombreux sont ceux qui ne peuvent même pas imaginer tout ce que cache la réponse à une telle question.

Essayons de rendre les choses plus accessibles, en réalisant une comparaison entre une famille comme il en existe tant et les patrons de grandes banques comme il en existe quelques-uns seulement.

Imaginons M. et Mme Preudhomme en Belgique en 2007, proches de la cinquantaine, qui ont accumulé en 30 ans d’activités une épargne de 100.000 euros (ce qu’ils considèrent comme leur capital). Ils décident alors d’acheter une maison de 500.000 euros qui comporte trois appartements. Ils apportent leurs 100.000 euros de fonds propres, soit 20% du prix d’achat. Ils vont occuper eux-mêmes un appartement et les deux autres seront loués. Ils empruntent 400.000 euros à la banque Fortum à rembourser en 20 ans à un taux d’intérêt de 5% mensuel, ce qui représente 18.780 euros par an (la moyenne sur les 4 premières années du prêt) auxquels s’ajoutent 12.898 euros de remboursement annuel du capital (la moyenne sur les 4 premières années du prêt), soit 31.678 euros à rembourser chaque année. Ils font le calcul suivant : « Si on loue chaque appartement pour 1000 euros par mois, cela nous rapportera 10.000 euros par appartement, soit 20.000 euros en tout par an, hors frais d’entretien et charges diverses. Il nous restera à financer 11.678 euros, ce qui correspond à 117 % du loyer que nous avions à payer précédemment. Cela veut dire qu’il faudra réserver une plus grande part de nos revenus au remboursement du prêt, mais au bout du compte, quand nous aurons 70 ans, nous serons propriétaires de cette maison qui procure des revenus et nous pourrons un jour la léguer à nos 3 enfants ».

Par ailleurs, imaginons que, la même année, la banque Belfiasco prend aussi la décision d’acheter le même type d’immeuble que le couple Preudhomme. Elle en achète des centaines comme ceux-là pour augmenter son patrimoine immobilier dans un contexte où les prix des maisons augmentent de manière accélérée. Un bien immobilier d’une valeur de 500.000 euros peut en valoir 600.000 quatre ans plus tard. C’est donc une bonne opération. Comment va-t-elle financer son achat ? Elle construit le schéma suivant : elle apporte 4% de fonds propres, soit 20.000 euros. Pour les 480.000 euros restant, elle utilise 180.000 euros des dépôts effectués par les clients de la banque qui font verser leur salaire et autres revenus sur leur compte courant sans que la banque ne leur verse de rémunération (alors qu’elle reçoit cet argent en prêt et qu’elle l’utilise à sa guise). Enfin elle finance le solde (300.000 euros) en empruntant sur le marché interbancaire à un taux de 3,26 % (la moyenne des taux interbancaires européens « Euribor » des années 2007 à 2010). A côté de sa dépense sur fonds propres pour un montant de 20.000 euros (que la banque Belfiasco n’effectue qu’une fois évidemment), le coût annuel de son achat s’élève à 9 780 euros d’intérêts versés aux autres banques. Si elle loue chacun des trois appartements pour 1000 euros par mois, tous frais d’entretien déduits, cela donnera environ 30.000 euros par an dont il faudra retirer 9 780 euros de frais d’emprunts. Le revenu net s’élèvera à 20 220 euros, soit c haque année 101 % de rendement sur les fonds propres qu’elle a apportés au départ. Si on calcule le rendement sur l’investissement total, cela donne 20 220 euros sur 500.000 euros, à savoir 4,04 %.

La différence de situations entre le couple Preudhomme et la banque Belfiasco saute aux yeux. Car ce que fait la banque pour financer l’achat d’un bien est très éloigné de ce qui est à la portée de tout un chacun. Dans le monde très fermé des grandes banques (sur les 8000 banques de l’Union européenne, les 20 plus grandes disposent de la moitié des 46.000 milliards d’actifs !), ce qu’elles empruntent, en quelque sorte elles ne le remboursent pas, elles ne paient que des intérêts. En effet, à chaque échéance où le capital doit être remboursé, elles recourent à un nouvel emprunt pour rembourser le précédent. C’est inimaginable pour des emprunteurs provenant de la majorité de la population. Il faut ajouter qu’elles ne rémunèrent pas les dépôts sur les comptes courants alors qu’elles utilisent l’argent qui y est déposé. Cette situation se prolonge tant que les grandes banques ont un accès continu et à peu de frais (de préférence inférieur au taux d’inflation) au crédit. Evidemment, si les déposants retirent leur argent ou/et si les différents prêteurs perdent confiance et serrent le robinet du crédit, la banque se retrouve alors en cessation de paiement car son petit jeu prend fin. Dans ce cas, il y a de fortes chances que les pouvoirs publics interviendront pour sauver la banque s’ils considèrent qu’elle est trop grande pour faire faillite (too big to fail). Pensons à Fortis, Dexia, KBC,…

Nous avons imaginé une situation se déroulant en 2007. Déplaçons-nous dans le temps et franchissons 5 années. Nous sommes en 2012, la crise a éclaté en Europe et a commencé à avoir des effets dévastateurs en Belgique. L’activité économique a flanché, des milliers de travailleurs se sont retrouvés sans emploi. Monsieur Preudhomme a perdu son emploi à Arcelor Mittal et Madame a été licenciée de l’usine Opel au Limbourg. Ils sont incapables de poursuivre le remboursement de l’emprunt hypothécaire de 400.000 euros. La banque Fortum a fait vendre le bien. Le couple Preudhomme s’est retrouvé sans logement et a demandé à ses enfants de les héberger. Les Preudhomme avaient remboursé, en 4 ans, 75 120 euros d’intérêts et 51 591 euros de remboursement du capital emprunté. Pour établir ce calcul plausible, on a pris en compte les conditions habituelles liées à un crédit hypothécaire. Il reste 348 409 euros de capital à rembourser.

Maintenant, regardons ce qui se passe du coté de la banque Belfiasco qui avait acheté un bien similaire à celui des Preudhomme. En 2012, elle peut poursuivre ses opérations d’achat avec une modification de son profil de financement car les autres banques ne veulent plus lui prêter de l’argent (les banques se méfient les unes des autres à cause des créances douteuses que nombre d’entre elles détiennent). Mais heureusement, les pouvoirs publics sont là pour venir en aide à la banque Belfiasco et aux autres banques. La BCE prête de l’argent aux banques à un taux nettement inférieur à l’inflation. Un vrai bonheur pour les banquiers.

Que fait la banque Belfiasco ? Elle rachète le bien immobilier des Preudhomme pour la somme de 400.000 euros car le marché immobilier bat de l’aile. Pour cela, elle investit 18.000 euros de fonds propres (soit 6% du prix de l’immeuble), utilise 132.000 euros prélevés sur les dépôts non rémunérés des clients, 100.000 euros empruntés à la BCE pour 3 ans à un taux de 1% et 50.000 euros empruntés à la BCE à court terme à 0,75%. Le coût annuel en intérêts pour la banque est de 1.375 euros. Elle loue les trois appartements au même loyer que précédemment, soit une rentrée de 30.000 euros moins 1.375 euros d’intérêts à payer, soit 28.625 euros. Le rendement sur fonds propres (ROE) est de 159%, le bénéfice sur le total de l’investissement est de 9.5%.

Tout cela n’est que purement imaginaire. Mais est-ce si éloigné que cela de la réalité ?

Eric Toussaint

Illustration : CC / Tiganatoo

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Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Partie 8)

février 20th, 2013 by Ali El Hadj Tahar

Pour pénétrer dans le Sahel, une faction prétendument indépendantiste et des groupes prétendument «djihadistes» ont été recrutés. Entre rébellion ethnique et revendications islamistes, certains groupes touareg maliens ne cherchent que l’intérêt personnel et ne font que noircir l’image de leur communauté qui continue cependant à jouir d’un immense respect dans tout le Sahel et le Sahara. Les manipulateurs se sont permis de découper un morceau de Sahara, au nord du Mali, et l’appeler Azawad.
Entre-temps, l’impatience française monte. Alger irrite en essayant de faire capoter le plan, en essayant d’isoler Ansar Dine et le MNLA de ses tuteurs. Combien d’otages lui faut-il encore pour qu’Alger se décide à rentrer dans les rangs des supplétifs de l’armée néocoloniale ? Combien d’attentats lui faut-il après ceux de Tamanrasset et de Ouargla ? Évidemment, il faut encore continuer à chauffer le bendir, comme on dit en Algérie, dans une dramatisation qui rendrait inévitable l’ingérence d’une puissance atlantique d’autant que certains donnaient l’impression d’avoir peur. Pour cela, ne disait-on pas que risquer l’entreprise serait s’embourber dans le désert ? Que les terroristes avaient l’avantage de la connaissance du terrain et qu’une armée classique ne pouvait gagner dans une guerre contre des forces volatiles… ? Or, l’intervention de plusieurs puissances contre 2 000 ou même 6 000 terroristes est une supercherie. L’armée malienne est capable de résoudre son problème toute seule, à condition que les conditions d’exercice du pouvoir soient réunies. Mais cela on le lui avait enlevé en fomentant un coup d’Etat. De l’argent pour acheter des munitions, des armes et recruter des soldats : c’est aussi simple que cela. Puis, il faut de nouveaux arguments pour intervenir, du moins aux yeux de son opinion publique… Comme par hasard, des ressortissants français sont pris en otages. Voici l’histoire d’espions otages, une histoire bien française. Déjà en septembre 2010, Aqmi a kidnappé cinq Français employés des sociétés Areva et Vinci à Arlit, un village nigérien, mais avec une complicité avérée, selon le responsable sécurité du site (lire 6e partie). Prendre des Français en otages permet de légitimer l’intervention non pas africaine mais française. Puis il y a eu la prise d’otages des 7 employés du consulat enlevés au Mali. Certaines sources font le lien avec les services français qui, en mettant l’Algérie dans une situation identique, voulaient l’amener à l’option militaire au Mali, afin d’ouvrir le champ à une présence prolongée, ou un bourbier pour l’ennemi. Puis, il y a les deux otages français enlevés par Aqmi depuis novembre 2011 : même la presse française a fini par admettre la thèse du journal malien, le Combat, disant qu’ils seraient plutôt des agents secrets. Il s’agit de Philippe Verdon, Serge Lazarevic, identifiés par une personnalité religieuse influente de la région du nord du Mali comme responsables de la formation et de l’encadrement d’une milice qui était en formation dans la région où ils furent kidnappés par Aqmi à Doumbia, Hombori. Selon la source, ils étaient probablement en train de former une des milices (MNLA ou Mujao) qui allait prendre le pays deux mois plus tard, le 17 janvier 2012. «Les hommes ne sont pas des inconnus des services secrets français», selon le site de la radio : «En 1999, Serge Lazarevic apparaît ainsi dans une procédure judiciaire en Serbie, visant un réseau clandestin financé par le contre-espionnage français : il était chargé d’assassiner le président Slobodan Milosevic.»

Espions et guerres cognitives par procuration

D’origine hongroise, Lazarevic aurait également participé au recrutement de mercenaires yougoslaves envoyés combattre au Zaïre, dans le cadre d’une opération, «là encore», suivie de près par le renseignement français. Concernant l’autre Français enlevé au Mali, Europe 1 écrit qu’il avait été arrêté «en septembre 2003 aux Comores pour avoir voulu renverser le pouvoir du colonel Azali Assoumani dans une tentative de coup d’Etat rocambolesque». Bob Denard, le célèbre mercenaire, a reconnu connaître ce personnage et c’est apparemment en tant que formateur d’une milice adverse qu’il aurait été kidnappé par Aqmi. Des témoins maliens l’ont reconnu comme étant l’un des encadreurs d’une milice au Nord-Mali, avant son kidnapping. En outre, Radio France International a diffusé la photo prise à Gao, Mali, de deux ressortissants français à qui elle attribue la qualité de «djihadistes». Les deux hommes, des Français de souche, armés de kalachnikovs, sont assis à l’arrière d’un pick-up à côté d’un membre d’un des groupes armés qui sévissent à Gao où les sept diplomates algériens sont détenus. Selon une source informée du site Algeriepatriotique, les deux Français appartiendraient aux services du renseignement extérieur français et auraient été dépêchés au Mali, par la caserne Mortier, siège de la DGSE, pour prêter main-forte aux terroristes et justifier ainsi la nécessité d’une intervention étrangère dans ce pays. Cette thèse est d’autant plus plausible que les «djihadistes» français ont tous des origines maghrébines ou africaines. En outre, il y a un autre ressortissant français, un certain Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, qui était un membre depuis plusieurs mois d’Aqmi dans le nord du Mali et qui a été arrêté et emprisonné en novembre 2012 par ce groupe qui le suspecte d’être un espion français. Risque professionnel oblige. Pour aggraver la situation, un autre Français, âgé de 61 ans, M. Rodriguez Léal, est enlevé à Nioro, à la frontière mauritanienne le mercredi 21 novembre 2012, alors qu’il se trouvait au Burkina Faso et a mystérieusement décidé de se rendre dans une région infestée de terroristes dans son camping-car. Les renseignements et les forces spéciales sont le moteur des guerres par procuration pour conquérir de nouveaux territoires, qu’ils ne voient plus comme pays souverains mais comme terres de conquête, comme au temps des empires coloniaux. Ils s’exécutent même par le biais de mercenaires et de supplétifs et d’agences militaires privées qui se chargent parfois de recruter ceux qui tuent, ceux qui se font tuer, et ceux qui entraînent les deux à s’entretuer. Blackwater compte parmi les plus célèbres de ces sociétés de la mort qui a commencé à travailler pour le Pentagone en Afghanistan et en Irak pour des budgets de plusieurs millions de dollars/an. Pour préparer la grande mission de sauvetage, des otages français et d’un Nord-Mali pris en otage, la France et ses alliés occidentaux ont assidûment mis en avant la transformation du Sahel en lieu infesté de terroristes dangereux que l’on croirait capables de traverser la mer pour plastiquer Marseille ou Londres. Or, malgré tout l’argent qatari et les moyens fantastiques mis en place, l’effectif total des quatre groupes de mercenaires (Ansar Dine, MNLA, Mujao, Aqmi) se situerait entre 2 000 et 5 000 hommes, selon les sources occidentales, alors que les renseignements algériens estimeraient les mercenaires dits djihadistes aguerris à 1 500 ou 2 000 tout au plus. Les mercenaires et les jeunes recrues ne seraient pas prêts à risquer leur vie pour des dollars qataris. Tous les officiels français s’évertuent à dire les compétences techniques et opérationnelles de ceux qu’ils appellent les «islamistes» pour signifier que ce n’est pas la malingre armée malienne qui pourrait en venir à bout. Pour justifier l’intervention, on disait l’armée malienne totalement désorganisée, sans moyens ni logistique, et que ses généraux ne portaient même pas leur tenue militaire. Or, certaines unités ont montré leur courage malgré la faiblesse de leurs moyens. Ce discours ne visait peut-être pas à démobiliser davantage l’armée malienne car une armée n’a jamais peur, mais visait-il à influencer l’opinion européenne, française précisément, à envoyer ses Rambo sauver les pauvres Maliens ? Les armes maliennes commandées par le président déchu sont toujours bloquées dans des ports africains. Les médias présentent l’armée malienne comme une armée incapable, alors qu’elle est otage d’une conjoncture politique nationale et internationale qui l’a complètement paralysée. Or, en octobre 2012, les djihadistes d’Al-Shabbab qui sévissaient depuis des années dans la ville de Kismaayo ont été délogés en quelques heures seulement par les forces de l’Union africaine en Somalie (Amisom) qui ont également repris d’autres localités. Ce ne sont pas des groupes terroristes, des mercenaires sans conviction et quelques rebelles divisés qui pourraient effrayer des armées régulières africaines ayant le soutien des populations maliennes et sahariennes connues pour leur pacifisme et qu’il ne faut pas assimiler aux trublions sécessionnistes ni aux mercenaires «djihadistes». Une ingérence étrangère peut dégénérer si elle est le fait de forces occidentales ou manipulée, et c’est cette deuxième menace qui se profile dans le cas malien. Il se peut que cette option ait été choisie pour les risques de dérapages qu’elle porte, même de manière involontaire.

Même langage martial que George Bush

Fabius disait que l’engagement militaire français ne durerait que quelques semaines, et comme en réponse à M. Medelci, a tenu à souligner que l’intervention au Mali ne se transformerait pas en «un autre Afghanistan». Par contre, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que l’opération nécessitait des années. Exagérer la puissance terroriste au Mali, c’est nier que l’Algérie a éradiqué des dizaines de milliers de terroristes en quelques années et la Syrie en a éradiqué des milliers au seul mois de décembre 2012. L’armée malienne n’a pas été vaincue par des terroristes mais par l’absence de moyens. Spécialiste shakespearien, David Cameron, le Premier ministre britannique, dira, quant à lui, que la crise pourrait engendrer une bataille décennale. «Cette menace globale requiert une réponse globale. Elle requiert une action qui se comptera en années si ce n’est en décennies, plutôt qu’en mois. Elle requiert une réponse qui suppose de la patience et de l’endurance, une réponse à la fois dure et intelligente, mais qui est avant tout une décision d’acier ; et c’est ce que nous allons prouver au cours des années à venir (…) Nous faisons face à un groupe terroriste extrémiste islamiste lié à Al-Qaïda», a-t-il précisé. Si ce n’est pas cela un projet pour un nouvel Afghanistan au Mali, alors le Premier ministre britannique dit n’importe quoi. Cameron emploie les mêmes mots, le même ton froid que George Bush, le lendemain du 11 septembre 2001 et des jours de campagne anti-irakienne qui suivirent. Le lancement d’une guerre d’envergure en Irak était décidée, sous un prétexte qui n’a rien à voir avec l’Afghanistan ni avec l’Irak, et qui se répète aujourd’hui à nos frontières. La seule différence est que les deux guerres contre les deux pays n’avaient pas été scénarisées comme celle du Mali. Lors d’une rencontre sur le Mali entre David Cameron et François Hollande, le compte rendu officiel dira que «les deux dirigeants ont convenu que la situation au Mali constitue une menace réelle pour la sécurité internationale, compte tenu de l’activité terroriste là-bas. La coordination franco-anglaise est parfaite. La répartition des tâches par le chef d’orchestre américain, aujourd’hui à l’ombre pour des questions de politiques intérieure (il n’avait pas encore prêté serment lors de la nouvelle incursion d’Ansar Dine au Mali) et extérieure, car les forces sont engagées en Afghanistan et une nouvelle intervention dans un pays musulman, après la Libye, la Syrie et le Yémen, attiserait trop la haine. Or, il faut juste assez de haine pour recruter des terroristes et faire l’opération. Les politiciens américains, les chefs militaires et les médias ont également pendant des mois fait du Mali une nouvelle «centrale de la terreur» mondiale, laissant entendre que les gouvernements occidentaux devaient agir de façon décisive pour éliminer ce danger. Une «centrale de la terreur» exige «guerre à la terreur» pour être fidèle à Bush, et sauver la civilisation de la barbarie. Là ce n’est pas un «Etat voyou» qui sème la pagaille dans le monde comme en Syrie, ni un dictateur qui agresse son peuple comme en Libye, ni un sanguinaire comme Saddam qui brandit des armes de destruction massive, mais des groupes barbares qui agressent un Etat et un peuple. Le scénario idéal pour une mission de conquête déguisée en mission humanitaire. Or, la disponibilité de moyens et l’effacement de la dette auraient permis au Mali de gérer cette crise comme un simple problème sécuritaire, et non pas comme une guerre avec des conséquences qui ont engendré 800 000 déplacés. Aucun pays n’a aidé le Mali lorsque les quatre groupes rebelles l’ont de concert attaqué. Cent militaires, dont des Touareg, ont été sauvagement assassinés par la horde des quatre groupes menés par le prétendu MNLA touareg : l’Occident n’interviendra que lorsque le décor sera fin prêt pour une «mission humanitaire» au profit d’un peuple violenté par des islamistes.

A. E. T.

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A l’occasion de sa première visite en Asie, depuis sa prise de pouvoir en mai dernier, le président français François Hollande a visité l’Inde du 14 au 15 février. Accompagné d’une délégation de ministres et de dirigeants de plus de 60 entreprises françaises, Hollande a cherché à renforcer les liens commerciaux et stratégiques entre les deux pays, notamment au moyen de transactions militaires à grande échelle.

Hollande a insisté sur la conclusion d’un accord pour la vente à l’Inde de 126 avions de chasse Rafale pour un montant d’un peu moins de 9 milliards d’euros (10 millions de dollars). Le contrat qui devrait être signé vers le milieu de l’année, serait le plus grand achat d’avions de combat en quinze ans. La France et l’Inde ont aussi conclu des négociations concernant un projet de 6 milliards de dollars pour le développement conjoint de missiles sol-air à courte portée.

Bien que le contrat n’ait pas encore été signé, des pourparlers sont aussi en train de se tenir entre la société nucléaire française Areva et l’entreprise publique Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL) au sujet d’un contrat s’élevant à 9,3 milliards de dollars pour la construction d’une centrale nucléaire d’une puissance totale de 9.900 mégawatts à Jaïtapur, dans l’Etat du Maharashtra, sur la côte Ouest.

A New Delhi, Hollande a parlé d’une coopération exceptionnelle entre l’Inde et la France et du besoin de toujours améliorer les relations entre les deux pays. Il a dit que l’Inde était la plus grande démocratie du monde, un pays qui est en plein développement et que dans ce défi la France doit se trouver à ses côté.

Pour sa part, le premier ministre indien Manmohan Singh a dit, «L’Inde considère la France comme l’un de ses partenaires stratégiques les plus appréciés.»

Le voyage de Hollande en Inde démontre le caractère cynique et réactionnaire de la diplomatie impérialiste. Tout en imposant des suppressions massives d’emploi chez Renault et Peugeot-Citroën et d’autres mesures d’austérité drastiques, Hollande cherche à étayer l’économie française qui se contracte par l’obtention de contrats qui attisent la course à l’armement en Asie.

Pays qui souffre encore d’une profonde pauvreté de masse et d’une famine chronique, l’Inde aurait dépassé la Chine et serait devenue en 2010 le plus gros importateur d’armes. En 2011, les dépenses militaires indiennes, à l’exclusion des armes nucléaires, se chiffraient à 44,28 milliards de dollars. Au cours de la décennie à venir, l’Inde projetterait de dépenser 150 milliards de dollars pour moderniser, améliorer et maintenir son équipement militaire. Les analystes de défense du groupe IHS Jane’s ont pronostiqué que l’Inde dépasserait la France, le Japon et le Royaume-Uni pour devenir d’ici 2020 le quatrième plus grand pays du monde en termes de dépenses militaires, n’étant devancé que par les États-Unis, la Chine et la Russie.

Les États-Unis, qui tant sous George W. Bush que sous Barack Obama ont publiquement déclaré leur volonté d’aider l’Inde à devenir une «puissance mondiale», sont en train de soutenir le renforcement de l’appareil militaire. Ils ont organisé de nombreuses manœuvres conjointes avec l’Inde, proposé une série de contrats d’armement et négocié un statut particulier pour l’Inde dans le régime de réglementation nucléaire mondial qui lui donne accès au combustible nucléaire et à la technologie nucléaire civile plus évoluée, permettant ainsi à New Delhi de concentrer son programme nucléaire national sur le développement des armes.

Les États-Unis considèrent l’Inde comme cruciale dans leurs efforts d’endiguer une Chine «montante» en cherchant à inclure l’Inde dans une alliance plus générale avec des pays jugés hostiles à l’égard de la Chine dans la région de l’Asie-Pacifique. Quant à l’Inde, qui avait mené une guerre frontalière contre la Chine en 1962, elle considère Beijing comme son principal rival en ce qui concerne son influence dans l’Océan indien et en Asie du Sud. (La Chine est décrite par l’élite pakistanaise comme étant son «pays ami contre vents et marées.») De plus, les deux principales puissances montantes de l’Asie sont toutes deux fortement tributaires d’importations de pétrole et ont émergé comme étant d’importantes concurrentes en ce qui concerne l’énergie et d’autres ressources dans quasiment tous les coins du monde.

En Asie et ailleurs, Hollande poursuit la politique de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, en alignant étroitement la politique étrangère de la France sur celle de Washington. Comme Washington, Paris estime que la bourgeoisie indienne est une importante alliée dans ses guerres impérialistes et ses différentes opérations.

Avec le retrait partiel d’ici 2014 des forces américaines et de l’OTAN d’Afghanistan, la France et les Etats-Unis ont encouragé l’Inde à jouer un rôle majeur en Afghanistan. Ce qui inclut l’entraînement des forces de sécurité afghanes.

Le 15 février, lors d’un discours tenu au Nehru Memorial à New Delhi, Hollande a aussi remercié l’Inde pour sa compréhension et son soutien pour la guerre française au Mali. Menée sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme islamique, l’invasion française au Mali vise à restaurer la domination française sur ses anciennes colonies en Afrique occidentale de façon à consolider ses intérêts géostratégiques face aux puissances rivales en Afrique, notamment la Chine.

La participation de l’Inde est active. Elle a promis de joindre le Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali. Le pays s’est engagé à investir 1 million de dollars pour la modernisation de l’armée malienne en promettant aussi un versement supplémentaire de 100 millions de dollars après la fin du conflit. Le soutien de l’Inde à la guerre au Mali est ancré dans ses intérêts géostratégiques grandissants en Afrique ainsi que dans son antagonisme croissant à l’égard de la Chine et de son inimitié historique envers le Pakistan musulman qui soutient les forces islamistes anti-indiennes au Cachemire et en Afghanistan.

Après que des responsables indiens eurent rencontré, il y a une semaine, des représentants des puissances européennes et des pays africains à Bruxelles, New Delhi a publié un communiqué précisant, «Nous avons déjà mis en œuvre cinq projets au Mali dans des secteurs aussi divers que l’agriculture, l’énergie et l’industrie alimentaire sous forme d’un crédit concessionnel de plus de 150 millions de dollars. Nous pourrions financer la réalisation d’un autre grand projet énergétique au Mali via une ligne de crédit de 100 millions de dollars.»

En échange du soutien indien au Mali, Hollande a appuyé les demandes de l’Inde de devenir un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il a qualifié l’Inde de «puissance de paix» en ajoutant que pour tenir compte des réalités actuelles, nous demandons que l’Inde devienne un membre permanent à part entière du Conseil de sécurité de l’ONU.

La promotion de l’Inde en tant que «puissance de paix» – alors que le pays fait le trafic d’armes pour poursuivre un renforcement militaire massif à l’encontre de ses rivaux régionaux, en particulier le Pakistan et la Chine – est parfaitement absurde. Les relations entre l’Inde et le Pakistan demeurent extrêmement tendues avec un processus de «paix» effectivement suspendu depuis 2008, les deux puissances se reprochant mutuellement des intentions hostiles et se disputant l’influence dans la région. En janvier, il y a eu une série d’affrontements sanglants à la frontière au sujet de la ligne de contrôle (Line of Control, LoC) dans la région contestée du Cachemire et la semaine passée des forces indiennes ont tué un soldat pakistanais qui était entré par inadvertance dans la partie du Cachemire contrôlée par l’Inde.

Avant la visite de Hollande en Inde, le journal Le Monde avait interviewé Uday Bhaskar, un ancien officier supérieur de la marine indienne et chercheur à la Society for Policy Studies (SPS), groupe de réflexion basé à New Delhi. Bhastak a fait remarquer que l’Inde était préoccupée par la coopération entre la Chine et le Pakistan pour ce qui est des armes et des missiles nucléaires . Il a aussi souligné les intérêts militaires et pétroliers importants de l’Inde en Asie du Sud-Est.

Un élément clé de l’expansion militaire de l’Inde est le développement d’une «marine hauturière.» L’Inde vise à jouer un rôle majeur dans l’Océan indien et ces ambitions sont encouragées par Washington.

En réponse à une question concernant l’Océan indien, Bhastar a dit, «La présence de la Chine dans l’Océan indien devient lentement une réalité. On le voit avec le resserrement de ses liens avec les Seychelles, les Maldives, le Pakistan, le Sri Lanka, le Bangladesh ou la Birmanie. Cette percée est inspirée par ce que les Chinois appellent ‘le dilemme de Malacca’, à savoir le fait que plus de la moitié de leurs importations de pétrole transite par ce détroit contrôlé par des puissances jugées potentiellement hostiles. La Chine s’inquiète aussi au sujet des États-Unis et de l’Inde en raison de la vulnérabilité de ses routes maritimes.»

Hollande a exprimé le soutien de la France pour le rôle joué par l’Inde dans l’Océan indien, assurant l’Inde que la France contribuerait à maintenir la sécurité dans l’Océan indien.

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 19 février 2013

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La célèbre opposante cubaine effectuera une tournée mondiale dans plus d’une dizaine de pays du monde.

1. Qui organise et finance votre tournée mondiale ?

2. En août 2002, après vous être mariée avec un citoyen allemand nommé Karl G., vous avez quitté Cuba, « une immense prison, avec des murs idéologiques »  pour émigrer en Suisse, l’une des nations les plus riches du monde. Contre toute attente, en 2004, vous avez décidé de rentrer à Cuba, « bateau qui prend l’eau de toutes parts et qui est sur le point de faire naufrage », où « des êtres,  des ombres, qui tels des vampires s’alimentent de notre joie humaine, nous inoculent la crainte à travers les coups, la menace, le chantage », où « les poches étaient vides, les frustrations en hausse et la peur partout ». Quelles sont les raisons qui ont motivé ce choix ?

3. Selon les archives des services diplomatiques cubains de Berne, en Suisse, et des services migratoires de l’île, vous avez sollicité votre retour à Cuba en raison des grandes difficultés économiques rencontrées en Suisse. Qu’en est-il ?

4. Comment avez-vous pu épouser Karl G. alors que vous étiez déjà mariée à votre actuel époux Reinaldo Escobar ?

5. Votre objectif est-il toujours d’établir un « capitalisme sui generi » à Cuba ?

6. Vous avez créé votre blog Generación Y en 2007. Rien qu’en 2008, vous avez obtenu le prix de Journalisme Ortega y Gasset décerné par le quotidien espagnol El País. D’habitude, ce prix est accordé à des écrivains et journalistes prestigieux ayant une longue carrière littéraire. C’est la première fois qu’une personne de votre profil l’obtient. Vous avez également été sélectionnée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par la revue Time (2008). Votre blog a été inclus dans la liste des 25 meilleurs blogs du monde de la chaîne CNN et la revue Time (2008) et vous avez obtenu le prix espagnol Bitacoras.com ainsi que The Bob’s (2008). Le quotidien espagnol El País vous a inclus dans sa liste des 100 personnalités hispano-américaines les plus influentes de l’année 2008. La revue Foreign Policy a fait mieux en décembre 2008 en vous incluant parmi les 10 intellectuels les plus importants de l’année. La revue mexicaine Gato Pardo en a fait de même pour l’année 2008. La prestigieuse université étasunienne de Columbia lui a décerné le prix Maria Moors Cabot en 2008. Comment expliquez-vous cette avalanche de prix, accompagnés de fortes dotations financières, en à peine un an d’existence ?

7. Que faites-vous des 250 000 euros récoltés grâce à toutes ces récompenses, somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale, et à 1488 années de salaire minimum à Cuba ?

8. La Société interaméricaine de presse, qui regroupe les grands conglomérats médiatiques privés du continent, a décidé de la nommer vice-présidente régionale de la Commission de liberté de presse et d’information pour Cuba. Quel est votre salaire mensuel pour occuper ce poste ?

9. Vous êtes également la correspondante du quotidien espagnol El País. Quelle est votre rémunération mensuelle ?

10. Combien de places de cinéma, de théâtre, de livres, de mois de loyer ou de pizzas pouvez-vous vous payer avec vos revenus mensuels en Cuba ?

11. Payez-vous l’impôt sur le revenu à Cuba ?

12. Comment pouvez-vous représenter les Cubains alors que vous avez un niveau de vie qu’aucune personne dans l’île ne peut s’offrir ?

13. Comment se fait-il que votre blog puisse utiliser Paypal, système de paiement en ligne qu’aucun Cubain vivant à Cuba ne peut utiliser en raison des sanctions économiques qui interdisent, entre autres, le commerce électronique ?

14. Comment se fait-il que vous disposiez d’un Copyright pour votre blog « © 2009 Generación Y – All Rights Reserved », alors que les lois de l’embargo l’interdisent pour tout Cubain résidant dans l’île ?

15. Qui se cache derrière votre site desdecuba.net dont le serveur, enregistré au nom de Josef Biechele, est hébergé en Allemagne par l’entreprise Cronos AG Regensburg, qui héberge également des sites d’extrême-droite ?

16. Comment avez-vous pu enregistrer votre nom de domaine à travers l’entreprise étasunienne GoDaddy alors que cela est formellement interdit par la législation portant sur les sanctions économiques ?

17. Votre blog est disponible en près de 18 langues (anglais, français, espagnol, italien, allemand, portugais, russe, slovène, polonais, chinois, japonais, lituanien, tchèque, bulgare, néerlandais, finlandais, hongrois, coréen et grec). Aucun autre site au monde, y compris ceux des plus importantes institutions internationales comme par exemple les Nations unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’OCDE, l’Union européenne, ne dispose d’autant de versions linguistiques. Ni le site du Département d’Etat des Etats-Unis, ni même celui de la CIA ne disposent d’une telle variété. Qui finance les traductions ?

18. Comment se fait-il que le site qui héberge votre blog dispose d’une largeur de bande 60 fois supérieure à celle dont dispose Cuba pour tous ses utilisateurs d’Internet ?

19. Qui paye la gestion du flux de plus de 14 millions de visites par mois ?

20. Vous avez plus de 400 000 suiveurs sur votre compte Twitter. A peine une centaine d’entre eux habitent réellement Cuba. Vous suivez vous-même plus de 80 000 personnes. Vous affirmez : « Je twitte via sms, sans accès à Internet ». Comment faites-vous pour suivre 80 000 personnes sans un accès à Internet ?

21. Le site www.followerwonk.com permet d’analyser le profil des fans de tout membre de la communauté Twitter. Il révèle à partir de 2010 une impressionnante activité de votre compte. A partir de juin 2010, vous avez rejoint en moyenne plus de 200 comptes twitter par jour, avec des pics pouvant atteindre 700 comptes en 24 heures. Comment avez-vous pu réaliser cette prouesse ?

22. Pourquoi près de 50 000 de vos suiveurs sont-ils en réalité des comptes fantômes ou inactifs ? En effet, des plus de 400 000 profils du compte @yoanisanchez, 27 012 sont des coquilles vides (sans photo) et 20 600 revêtent les caractéristiques de comptes fantômes avec une activité inexistante sur le réseau (0 à 3 messages envoyés depuis la création du compte).

23. Comment se fait-il que de nombreux comptes twitter qui ne disposent d’aucun fan, vous suivent uniquement  et ont émis plus de 2 000 messages ? Est-ce dans le but de créer une popularité fictive ? Qui a financé la création des comptes fictifs ?

24. En 2011, vous avez publié 400 messages par mois. Le prix d’un message à Cuba est de 1,25 dollars. Vous avez dépensé 6000 dollars par an pour l’utilisation de twitter. Qui paye pour cela ?

25. Comment se fait-il que le Président Barack Obama ait accepté de répondre à votre demande d’interview, alors qu’il en reçoit des centaines des plus importants médias du monde ?

26. Vous avez publiquement affirmé que vous aviez fait parvenir au Président Raúl Castro une demande d’interview suite aux réponses de Barack Obama. Or, un document officiel émanant du chef de la diplomatie étasunienne à Cuba, Jonathan D. Farrar, affirme que vous n’avez jamais écrit à Raúl Castro : « Elle n’attendait pas de réponse de ce dernier, car elle a confié qu’elle ne les [les questions] avait jamais transmises au Président cubain ». Pourquoi avez-vous menti ?

27. Vous qui êtes si expressive sur votre blog, pourquoi occultez-vous vos rencontres avec les diplomates étasuniens à La Havane ?

28. Entre le 16 et le 22 septembre 2010, vous vous êtes secrètement réunie dans votre appartement avec la sous-secrétaire d’Etat étasunienne Bisa Williams lors de sa visite à Cuba. Pour avoir maintenu le silence sur cette rencontre ? De quoi avez-vous parlé ?

29. Michael Parmly, ancien chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, affirme qu’il se réunissait régulièrement avec vous dans sa résidence personnelle comme l’indiquent les documents confidentiels de la SINA. Dans une interview, il a fait part de son inquiétude au sujet de la publication des câbles diplomatiques étasuniens par Wikileaks : « Je serais vraiment ennuyé si les nombreuses conversations que j’ai eues avec Yoani Sánchez venaient à être publiées. Elle pourrait en payer les conséquences toute sa vie ». Pour quelles raisons risqueriez-vous des problèmes avec la justice cubaine si vos agissements respectent le cadre de la légalité ?

30. Pensez-vous toujours que « beaucoup d’écrivains latino-américains méritent le prix Nobel de littérature plus que Gabriel García Márquez » ?

31. Pensez-vous toujours qu’ « il y avait une liberté de la presse plurielle et ouverte, des émissions de radio de toutes les tendances politiques » sous la dictature de Fulgencio Batista entre 1952 et 1958 ?

32. Vous avez déclaré en 2010 : « le blocus a constitué l’argument parfait pour le gouvernement cubain pour maintenir l’intolérance, le contrôle et la répression interne. Si demain on levait les sanctions, je doute que l’on en voie les effets ». Etes-vous toujours convaincue que les sanctions économiques n’ont aucun effet sur la population cubaine ?

33. Condamnez-vous l’imposition des sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba ?

34. Condamnez-vous la politique des Etats-Unis qui cherchent à obtenir un changement de régime à Cuba au nom de la démocratie, alors qu’ils soutiennent les pires dictatures du Moyen-Orient ?

35. Etes-vous favorable à l’extradition de Luis Posada Carriles, exilé cubain et ancien agent de la CIA, responsable de plus d’une centaine d’assassinats, qui a publiquement reconnu ses crimes et qui vit librement à Miami grâce à la protection de Washington ?

36. Etes-vous favorable à la dévolution de la base navale de Guantanamo occupée par les Etats-Unis ?

37. Etes-vous favorable à la libération des cinq prisonniers politiques cubains détenus aux Etats-Unis depuis 1998 pour avoir infiltré des organisations terroristes de l’exil cubain de Floride ?

38. Trouvez-vous normal que les Etats-Unis financent une opposition interne à Cuba ?

39. A vous yeux, quels sont les succès de la Révolution cubaine ?

40. Quels intérêts se cachent derrière votre personne ?

Photo : Agence Efe

 

Article en portugais : http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27260/40+perguntas+para+yoani+sanchez+em+sua+turne+mundial.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 

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25 janvier 2013. IIe république égyptienne. An 2. Retour à la case départ. Le « Irhal » (Dégage) est réapparu, mais avec une différence de taille : le slogan de la révolte est maintenant: « Le peuple veut la chute des Frères ». Même le mur d’enceinte du palais présidentiel n’a pas été épargné par les graffitis anti-islamistes.

Et cette modification de slogan n’est pas anodine, loin de là. Certes, elle s’insère dans un « continuum » de contestation qui n’a jamais cessé depuis janvier 2011, mais elle est surtout l’expression d’un profond changement dans la révolte populaire, aussi bien dans l’identité de ses acteurs que dans ses méthodes d’action.

Il faut rappeler que le « printemps » égyptien anti-Moubarak avait été initié et organisé par de jeunes cyberactivistes (en particulier ceux appartenant au Mouvement du 6 avril) dont les leaders avaient bénéficié de différentes formations financées par des organismes américains d’« exportation » de la démocratie. Certains d’entre eux avaient été formés par les Serbes de CANVAS à l’idéologie de résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe américain Gene Sharp [1]. Cette non-violence prônée par les cybertdissidents contre un régime policier connu pour ses méthodes brutales a été une des caractéristiques du « printemps » égyptien et constitue, très certainement, le secret de son efficacité. À un point tel que Gene Sharp en personne s’était dit particulièrement fier par le travail accompli par les jeunes égyptiens [2].

De concert avec les jeunes disciples de l’école sharpienne, des groupes issus des mouvements hooliganistes ont, dès le début, participé à la révolte populaire égyptienne.

Ayant subi la répression policière de l’ère Moubarak depuis leur création au milieu des années 2000, les « Ultras », supporters inconditionnels de certaines équipes de football égyptiennes, ont développé une expertise dans l’affrontement anti-policier. D’un statut de casseur et de voyou avant la « révolution », ils ont gagné leurs lettres de noblesse grâce à leur « savoir-faire » acquis durant des années de rébellion contre la brutalité des forces de l’ordre. Qualifiés par la presse de « sans-peur », ils sont connus pour être toujours en première ligne dans les échauffourées contre la police durant les multiples manifestations du « printemps » égyptien.

Gene Sharp

Plus récemment, un nouveau mouvement de contestation violente est apparu dans le paysage insurrectionnel égyptien. Il s’agit du « Black Bloc », une organisation inspirée des groupuscules anarchistes européens. Cagoulés et habillés de noir, ils ont investi la rue, n’hésitant pas à user de la force pour lutter contre le gouvernement islamiste du président Morsi.

Utilisant la violence comme outil de revendication, les Ultras et les Black Bloc sont actuellement les fers de lance de la contestation populaire en Égypte. À peine deux années après le début du « printemps » arabe, la théorie de Gene Sharp a été complètement remisée dans les placards.

Les Ultras : « All cops are bastards »

Quatre lettres servent de leitmotiv aux Ultras : ACAB, un acronyme de « All cops are bastards » (Tous les flics sont des bâtards).

Bien avant la révolte printanière arabe, les Ultras avaient déclaré la guerre à tout ce qui représente l’autorité. Les évènements du début de l’année 2011 leur ont offert l’opportunité de montrer leurs compétences en dehors des stades de football.

Selon certains spécialistes, les Ultras n’ont pas un profil social très clair. Ce sont des jeunes « unis par l’âge et les codes d’honneur, marqués aussi bien par loyauté envers leur équipe que par leur inimitié aux forces de sécurité » [3].

Bien que provenant de milieux nettement différents de ceux des cyberactivistes, leur action est considérée comme étant de premier plan. On leur reconnait un rôle important, en particulier contre les « baltaguia » dans la fameuse « bataille du Chameau » du 2 février 2011 [4] ainsi que dans le long et sanglant affrontement contre les forces policières de la rue Mohamed Mahmoud en novembre 2011 [5].

Chacune des grandes équipes égyptiennes de football possède ses propres Ultras. À titre d’exemple, citons les Ahlawy d’El-Ahly, les White Knights de Zamalek, les Green Eagles de Port Saïd, les Green Magic d’Alexandrie et les Yellow Dragons d’Ismaïlia.

Les Ultras ont un pouvoir de mobilisation très important qui attire la convoitise des partis politiques. « Les Ultras White Knights peuvent, à eux seuls, faire descendre 25 000 personnes prêtes à combattre dans la rue en quelques minutes », explique un membre de ce groupe [6].

Bien que les Ultras des différentes équipes se détestent en « temps de paix », le « printemps » arabe a réussi à les réconcilier autour d’un projet commun : celui de harceler les forces de l’ordre et de protéger les manifestants. Ainsi, on a vu les Ahlawy et les White Knights unir leurs efforts sur la place Tahrir et dans les rues « chaudes » du Caire.

 

“Ahlawy et la fierté est à moi, Zamalkawy est un frère à moi”

“ACAB”

Selon James Dorsey, auteur du blog « Le monde turbulent du football au Moyen-Orient », « ils [les Ultras] représentent l’une des principales forces du pays, si ce n’est la seconde, derrière les Frères musulmans » [7].

Cette connivence des Ultras contre les autorités égyptiennes a été lourdement compromise par ce qui est communément appelé « la tragédie de Port-Saïd », où périrent au moins 74 personnes et où des centaines de personnes furent blessées. Le match qui a eu lieu le premier février 2012 à Port-Saïd et qui opposait le Ahly du Caire au club local s’est transformé en bataille rangée. Le massacre s’est déroulé sous l’œil complaisant des forces de l’ordre qui n’ont pas levé le petit doigt pour y mettre fin et un très grand nombre de supporters du Ahly y laissèrent la vie.

Violences dans le stade de Port-Saïd

La raison? D’après les supporters du club cairote, tout a été manigancé pour se venger des Ultras Ahlawy pour leur rôle prépondérant dans la révolte printanière et leur fougue agressive dont les militaires et les services de police font régulièrement les frais.

Les Ultras du club de Port-Saïd ont été accusés de complicité avec les forces de l’ordre, en soulignant que, contrairement aux Ahlawy, les Green Eagles chantaient des slogans pro-militaires pendant le match.

De leur côté, les Ultras de Port-Saïd ont nié toute implication dans la tuerie. Dans un article sur le sujet publié par le journal « Egypt Independent », on peut lire que « la violence de Port-Saïd était le travail d’agents infiltrés et non celui des Ultras » [8].

Toujours est-il que cette tragédie a non seulement créé beaucoup de rancœur mais a surtout divisé les rangs des Ultras, résultat recherché par les forces de l’ordre, selon certains.

Les Ultras Ahlawy ont menacé le gouvernement de lourdes représailles si les responsables de la mort de leurs partisans n’étaient pas sévèrement condamnés. Quelques jours avant le procès, ils manifestèrent bruyamment en bloquant la circulation ainsi qu’une station de métro. Leur slogan : « Justice ou chaos ».

Le premier procès de la « la tragédie de Port-Saïd » eut lieu le 26 janvier 2013. Vingt et une personnes soupçonnées d’être impliquées dans le massacre furent condamnées à la peine capitale. Les youyous des membres des familles des victimes fusèrent dans la salle d’audience et les Ahlawy célébrèrent le verdict.

Les Ahlawys célèbrent le verdict du procès de la “tragédie de Port-Saïd”

Les familles des condamnés, quant à elles, n’acceptèrent pas le verdict. Il faut dire qu’aucun officier de policier ne figurait dans la liste des 21 condamnés à mort [9].

Les émeutes qui suivirent la décision de justice firent presqu’autant de victimes que « la tragédie de Port-Saïd ». Cinq jours après le verdict on comptait 56 morts dont la grande majorité dans la ville de Port-Saïd qui fut rebaptisée « Port-Chahid » par les activistes de cette ville.

Il faut aussi dire que le gouvernement Morsi a montré une réelle méconnaissance de la notion de timing. Faire coïncider (à un jour près) un procès aussi sensible avec le deuxième anniversaire du début du soulèvement contre Moubarak alors que le climat social était explosif relève d’une réelle inconscience.

Le président Morsi ne trouva pas de meilleure idée que de twitter ses condoléances aux familles éprouvées, geste très mal perçu par les destinataires.

Alors que les tentatives de réconciliation entre les Ahlawy et les Green Eagles se sont toutes soldées par des échecs [10], la suite du procès de « la tragédie de Port-Saïd » est fixée au 9 mars prochain.

Les manifestations et les exactions aussi.

Le Black Bloc: « chaos contre l’injustice»

La récente apparition du Black bloc dans le paysage contestataire égyptien a été fortement médiatisée à l’échelle locale et internationale. Un journal a même titré : « En Égypte, les Black Bloc détrônent les révolutionnaires » [11]. Et ce n’est pas peu dire. Tous les efforts investis par le camp des « révolutionnaires » de la première heure pour faire de « leur révolution » un modèle de non-violence qui aurait fait trépigner de plaisir leur maitre à penser Gene Sharp ont été vains. Le mode d’action du Black bloc est aux antipodes de ce qui est enseigné par les Serbes de CANVAS. Cagoulés, habillés de noir, armés de bâtons et de projectiles incendiaires, ils ont la réputation d’être des « casseurs », bien qu’ils s’en défendent. Pourtant, « chaos contre l’injustice » est un de leur slogan.

 

Des membres du Black Bloc

« On nous appelle “la génération perdue”, on nous traite de voyous. Mais tout ce qui nous importe, c’est de sauver l’honneur des martyrs » dit l’un d’eux se présentant comme cofondateur du mouvement [12].

Tout comme les Ultras, ils en ont contre les forces de police : « les policiers qui ont été jugés pour avoir tué des manifestants et qui ont tous été acquittés, [doivent être] rejugés. On a leurs noms. On les a donnés au procureur général » [13].

Mais d’après leur premier communiqué posté sur Youtube, leur cible principale est le gouvernement du président Morsi et la confrérie des Frères musulmans dont il est issu. Les membres du Black Bloc y apparaissent brandissant des drapeaux anarchistes avec un message défilant sur la vidéo dont voici un extrait:

« Nous sommes le groupe Black Bloc, partie d’un tout dans le monde. Nous militons depuis des années pour la libération de l’Être humain, la démolition de la corruption et le renversement du tyran. Pour cela, il nous a fallu apparaître de manière officielle pour faire face au tyran fasciste (Frères musulmans) avec son bras armé […] Gloire aux martyrs. La victoire pour la révolution » [14].

Premier communiqué des Black Bloc

 

Alors que les membres du Black Bloc égyptien clament que leur mouvement n’est ni politique, ni religieux, ni sportif (en comparaison avec les Ultras), Essam El-Haddad, le conseiller aux Affaires étrangères du président Morsi, les a accusé de « violence systématique et de crime organisé dans tout le pays », tout en incriminant l’opposition d’approuver ce mouvement. Ces accusations ont été reprises par les Frères musulmans qui les ont qualifiés de « groupe de casseurs » qui s’attaquent aux institutions étatiques, à la police et aux propriétés privées [15].

Le procureur général de la république égyptienne, Talaat Ibrahim Abdallah (dont la récente nomination par le gouvernement Morsi a provoqué une levée de boucliers de la part de l’opposition), a ordonné l’arrestation de toute personne suspectée d’appartenir au Black Bloc, qualifiant ce dernier d’« organisation terroriste » [16].

À la suite des premières arrestations de membres présumés appartenir au Black Bloc, le bureau du procureur a déclaré que l’un d’eux sera poursuivi pour son implication dans un « projet israélien de sabotage » [17].

Certains journalistes ont toutefois fait remarquer que les membres des milices des Frères musulmans qui avaient attaqué les manifestants, lors d’affrontements à proximité du palais présidentiel en décembre 2012, étaient eux aussi cagoulés, sans que cela ne fasse réagir ni la présidence ni le bureau du procureur.

Ces mêmes milices ont diffusé une vidéo dans laquelle elles menacent de mort « les anarchistes visant la chute du régime » [18].

Un autre groupe islamiste, la Jamaa Islamiya, a appelé à la « crucifixion » des membres du Black Bloc [19].

De leur côté, les « révolutionnaires » de la première heure prétendent que le Black Bloc serait issu des Frères musulmans et que leur action tend à saboter leur mouvement de protestation [20].

Wael Ghoneim, un des cyberactivistes les plus médiatisés de la scène égyptienne [21], a participé à une réunion organisée par l’université Al-Azhar le 31 janvier 2013, à laquelle ont assisté des personnalités religieuses, des membres de l’opposition du Front de salut national, des Frères musulmans et un certain nombre d’activistes.

À l’issue de la réunion, Ghoneim déclara: « Le but de cette réunion n’est pas politique, mais vise plutôt à lancer une initiative visant à faire cesser la violence. Il s’agit d’une initiative morale pour arrêter l’effusion de sang. C’est pourquoi les jeunes du Mouvement du 6 Avril ont demandé à Al-Azhar de tenir cette réunion et de rassembler toutes les forces politiques de l’Égypte » [22].

Déclaration de Wael Ghoneim

 

Petit hic : bien que la confrérie des Frères musulmans fût représentée à ce meeting, aucun membre officiel du gouvernement ne s’est joint à cette initiative de paix.

Les cyberactivistes de la première heure pourront-ils ramener leur « révolution » à son paradigme non-violent initial?

Sans une réelle ouverture du gouvernement islamiste actuellement au pouvoir en Égypte et la formation d’un gouvernement d’union nationale regroupant toutes les forces vives du pays, il est permis d’en douter.

 Ahmed Bensaada

Cet article a été initialement publié par le quotidien algérien Reporters, le 19 février 2013 (pp. 12-13)


Références

  1. Ahmed Bensaada, « Arabesque américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe », Éditions Michel Brûlé, Montréal (2011); Éditons Synergie, Alger (2012)
  2. Aimée Kligmanm, «Why is Gene Sharp credited for Egypts revolution? », Examiner.com, 5 mars 2011, http://www.examiner.com/article/why-is-gene-sharp-credited-for-egypt-s-revolution
  3. Lucie Ryzova, « The Battle of Muhammad Mahmud Street: Teargas, Hair Gel, and Tramadol », Jadaliyya, 28 novembre 2011, http://www.jadaliyya.com/pages/index/3312/the-battle-of-muhammad-mahmud-street_teargas-hair-
  4. Les Inrocks, « Égypte : les Ultras d’Al-Ahly, gardiens de l’après-révolution à Tahrir », 10 décembre 2012, http://www.lesinrocks.com/2012/12/10/actualite/egypte-les-ultras-d-al-ahly-gardiens-revolution-tahrir-11330175/
  5. Voir référence 3
  6. Claire Talon, « Égypte : génération ultras », Le Monde, 17 octobre 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/10/17/egypte-generation-ultras_1589030_3212.html
  7. So Foot, « En privé, les ultras égyptiens se préparaient aux manifestations », 3 décembre 2012, http://www.sofoot.com/en-prive-les-ultras-egyptiens-se-preparaient-aux-manifestations-164348.html
  8. Abdel-Rahman Hussein, « Port Said violence was work of infiltrators, not ultras, say locals », Egypt Independent, 2 février 2012, http://www.egyptindependent.com/news/port-said-violence-was-work-infiltrators-not-ultras-say-locals
  9. Egypt Independent, « No police officers sentenced to death in Saturday Port Said ruling », 26 janvier 2013, http://www.egyptindependent.com/news/no-police-officers-sentenced-death-saturday-port-said-ruling
  10. Ali Radi, « Les Ultras Green Eagles refusent la réconciliation avec les fans d’El-Ahly », Ahly Sport, 9 février 2013, http://ahlysport.com/index.php/2011-10-03-12-05-23/4135-2013-02-09-20-15-11.html
  11. Marwan Chahine, « En Égypte, les Black Bloc détrônent les révolutionnaires », Le Nouvel Observateur, 29 janvier 2013, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130129.OBS6972/en-egypte-les-black-bloc-detronent-les-revolutionnaires.html
  12. RTS, « Le Black Bloc égyptien, une nouvelle race de révolutionnaires », 30 janvier 2013, http://www.rts.ch/info/revue-de-presse/4617077-le-black-bloc-egyptien-une-nouvelle-race-de-revolutionnaires.html
  13. Hélène Sallon, « Les “Black bloc”, nouveau visage de la contestation égyptienne », Le Monde, 2 février 2013, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/02/02/les-black-bloc-nouveau-visage-de-la-contestation-egyptienne_1826233_3212.html
  14. Youtube, « Premier communiqué. Black Bloc Égypte », 23 janvier 2013, http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=vniZuUREBCA
  15. .Maggie Michael, « Masked ‘Black Bloc’ a Mystery in Egypt Unrest », Time World, 28 janvier 2013, http://world.time.com/2013/01/28/masked-black-bloc-a-mystery-in-egypt-unrest/
  16. Arabic CNN, « Égypte: un mandat d’arrêt pour tous les membres du Black Block », 29 janvier 2013, http://arabic.cnn.com/2013/middle_east/1/29/blackblock.Arrest/index.html
  17. Taïeb Mahjoub, « Égypte: le Black Bloc, un groupe mystérieux dans le collimateur du pouvoir », AFP, 31 janvier 2013, http://fr.news.yahoo.com/egypte-black-bloc-groupe-myst%C3%A9rieux-collimateur-pouvoir-172614480.html
  18. Aliaa Al-Korachi, « Contestations: Black Block, derrière les masques noirs, la violence », Al-Ahram Hebdo, 30 janvier 2013, http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/10/124/1497/Contestations-Black-Block,-derri%C3%A8re-les-masques-no.aspx
  19. Peter Beaumont and Patrick Kingsley, « Violent tide of Salafism threatens the Arab spring », The Guardian, 10 février 2013, http://www.guardian.co.uk/world/2013/feb/09/violent-salafists-threaten-arab-spring-democracies
  20. Moïna Fauchier Delavigne, « Les Black bloc, ces nouveaux révolutionnaires égyptiens prêts à employer la force », France 24, 31 janvier 2013, http://www.france24.com/fr/20130131-black-bloc-egypte-revolution-freres-musulmans-morsi-opposition
  21. Ahmed Bensaada, « Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe: le cas de l’Égypte », Mondialisation, 24 février 2011, http://www.mondialisation.ca/le-r-le-des-tats-unis-dans-les-r-voltes-de-la-rue-arabe-le-cas-de-l-gypte/23365
  22. Nancy Messieh et Tarek Radwan, « Egypt’s al-Azhar Talks », Atlantic Council, 1er février 2013, http://www.acus.org/egyptsource/black-bloc-or-salmon-swimming-upstream-river-chaos-
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Quand les technocrates tuent la croissance en Europe

février 19th, 2013 by Charles Gave

En 2000, je disais que l’Euro allait amener à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France, trop d’usines en Allemagne. Hélas, j’aurais préféré avoir tort. Le désastre est d’une telle ampleur que j’étais persuadé que l’Euro devait et allait disparaitre, et cela de façon démocratique. La classe (au sens Marxiste du terme ) des technocrates qui l’a crée se rend cependant bien compte que son pouvoir ne tient que par l’Euro et fait tout pour que l’Euro survive, même si cela doit amener la ruine des populations Européennes.

Que le lecteur veuille bien considérer le graphique ci dessous.

(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

De 1975 a 2000 , la croissance en Europe, telle que l’on peut la mesurer en utilisant les indices de la production industrielle était de 2. 5% par an en moyenne. Qui plus est, la dispersion autour de cette moyenne était très faible, chacun croissant allégrement de 2.5 % par an, avec cependant des petits à-coups de temps en temps, corrigés très vite, ce qui permettait à chaque pays de revenir dans le peloton sans trop de problèmes. A partir de 2000, une vraie catastrophe semble avoir frappé les économies du vieux continent. La croissance s’arrête NETTE.

La moyenne (ligne orange sur le graphique) passe d’une pente fort régulière de 2.5 % par an à une pente de 0 % par an. Les 12 dernières années sont DE LOIN les pires en Europe depuis les années trente, en tout cas pour les pays de l’Europe du Sud. De plus, la dispersion autour de cette moyenne « explose » pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale et l’Europe se scinde en deux. D’un coté, l’Allemagne (accompagnée de certains pays du Nord) qui continue sa croissance , et de l’autre la France, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie qui perdent entre 10 % et 20 % de leur capacité industrielle (en 12 ans!),ce qui ne s’était JAMAIS produit. Mais quelle est donc cette catastrophe, ce Tsunami qui a réussi à tuer en si peu de temps toutes ces économies en Europe dont la croissance équilibrée faisait l’admiration du monde entier ? La réponse est simple. Une intervention technocratique dans l’un des prix les plus importants dans tout ce qui touche à l’allocation du capital, le taux de change.

Revenons en arrière: En 1990, l’Allemagne se réunifie, ce qui créé une immense panique en France. Munie d’une banque centrale crédible, la Bundesbank, possédant la plus grande et la plus efficace économie en Europe, l’Allemagne va dominer ses voisins et le DM devenir la monnaie de réserve et d’épargne de chaque Européen, ce qui interdira aux technocrates/élus Français de continuer à vivre au dessus de leurs moyens et d’enregistrer déficits budgétaires sur déficits budgétaires. Branle bas de combat entre Delors, Trichet and co, et l’Euro est mis en chantier avec comme but ultime de tuer la Bundesbank et de pouvoir continuer à avoir des déficits. Le prix à payer toutefois était d’avoir un taux de change fixe avec la monnaie Allemande. Or c’étaient les variations des taux de change entre DM et les autres monnaies européennes qui permettaient aux différents systèmes de s’adapter au travers du temps.

Prenons l’exemple de l’Italie qui doit « porter » une Italie du Sud quelque peu corrompue, inefficace et criminelle. L’Italie du Nord, extraordinairement efficace, avait comme habitude de gagner des DM et de transférer des Lires vers l’Italie du Sud. Quand le poids de l’Italie du Sud devenait si important qu’il mettait en danger la compétitivité de l’Italie du Nord, une dévaluation de la Lire suffisait à remettre les pendules à l’heure et l’Italie recommençait à croitre de 2 % à 3 % par an, sans problème.

 

Quand les technocrates tuent la croissance en Europe

Prenons le cas de la France qui a le bonheur de compter 40 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne par 10 000 habitants (autre forme de corruption). Même scenario: les entreprises recevaient des DM, les fonctionnaires des francs français et tout revenait à l’équilibre par l’intermédiaire d’un changement de parité qui ne faisait qu’entériner les différences qui existaient entre les pactes sociaux des différents pays.

A partir de l’Euro, le Sud de l’Italie et les fonctionnaires Français ne reçoivent plus qui des Lires qui des Francs français mais bel et bien des DM, ce qui rend les entreprises Italiennes et Françaises, à terme, complètement non compétitives avec leurs concurrentes allemandes. Que le lecteur imagine que les entreprises Italiennes doivent payer une forme de protection et les entreprises françaises un cout du super siège social qu’est la superstructure étatique et que les entreprisses allemandes n’ont a payer ni l’un ni l’autre..et cela dans la même monnaie…c’est entrer dans un ring de boxe contre les allemands avec les mains attachées derrière le dos.

Et donc les usines ferment en Italie, en Espagne, en France pour aller s’installer en Allemagne. La logique ultime de l’Euro est qu’à terme il n’y aura plus d’usines nulle part en Europe, si ce n’est en Allemagne… Mais comme il faut bien continuer à payer la Mafia en Italie ou les fonctionnaires en France, et que les recettes fiscales s’effondrent compte tenu du départ des usines Outre Rhin, eh bien il faut emprunter ces transferts et les déficits budgétaires explosent…ce qui amène les génies qui nous gouvernent (et qui ont inventé l’Euro) à augmenter les impôts (pour réduire le déficit budgétaire…ce qui ne marche jamais), mais ce qui rend l’Italie et la France encore moins compétitive, ce qui fait que plus d’usines partent en Allemagne, et ainsi de suite …

En fait, l’Euro est une stupidité économique inimaginable: bloquer le taux de change entre des pays qui ont des productivités différentes n’a jamais marché, nulle part et a en revanche toujours amené à des désastres économiques, politiques et sociaux .

Nous y sommes , en plein milieu…

Quand l’Euro a été créée en 2000, j’ai écrit un livre, « des Lions menés par des Anes » dans lequel je disais que l’Euro allait amener à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France, trop d’usines en Allemagne. Hélas, j’aurais préféré avoir tort. Le désastre est d’une telle ampleur que j’étais persuadé que l’Euro devait et allait disparaitre, et cela de façon Démocratique. La classe (au sens Marxiste du terme ) des technocrates qui l’a crée se rend cependant bien compte que son pouvoir ne tient que par l’Euro et fait tout pour que l’Euro survive, même si cela doit amener la ruine des populations Européennes. Eux, ils continueront à très bien se porter et à aller de symposium en conférence et de Davos à Aspen.

Ce qui veut dire que l’exécution finale de ce monstre sera sans doute révolutionnaire et non pas Démocratique, lorsque l’un des pays martyrisés se souviendra qu’il est souverain et sortira sans demander d’avis à personne ce qui sera bien embêtant.
Charles Gave Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 ” Des Lions menés par des ânes “(Editions Robert Laffont) ou il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “L’Etat est mort, vive l’état” Editions François Bourin 2009 prévoyait la chute de la Gréce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal research (www.gavekal.com) et Gavekal securities et membre du conseil d’administration de SCOR.

Cet article a été publié par son auteur sur le site de l’Institut des libertés.

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La guerre civile en Syrie déstabilise le Caucase

février 19th, 2013 by Clara Weiss

La guerre civile en Syrie est en train de plus en plus de déstabiliser le Caucase. Des islamistes tchétchènes qui luttent contre le Kremlin sont en train de soutenir l’opposition islamiste syrienne. La Russie craint qu’un régime islamiste à Damas ne change l’ensemble de l’équilibre de pouvoir dans la région. Dans le même temps, des conflits ethniques risquent de se répandre de la Syrie sur les régions du sud et du nord du Caucase.

L’on sait, depuis le milieu de l’année dernière, que l’opposition syrienne comprend jusqu’à 6.000 islamistes tchétchènes qui, depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, se battent pour l’indépendance nationale de la Fédération de Russie. En août, une attaque aérienne contre Alep avait causé la mort de Gelaye Rustam, fils d’un éminent seigneur de guerre tchétchène et qui avait combattu quatre ans contre l’armée russe.

Depuis 1991, la Russie a mené deux guerres en Tchétchénie contre les séparatistes islamiques. La Deuxième Guerre s’est officiellement terminée en 2009, mais la situation reste tendue depuis. L’année dernière, la situation s’était une fois de plus envenimée et de nombreuses attaques terroristes s’étaient produites en Tchétchénie et dans les républiques voisines du Daguestan et de l’Ingushetie. En octobre, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Kremlin a envoyé une armée dans la région.

Le journal libéral russe Nezasivimaya Gazeta avait commenté à l’époque que la Tchétchénie était en proie à une guerre civile et que l’invasion de l’armée signifiait le début d’une troisième guerre tchétchène. La profonde crise sociale et économique – le chômage atteint plus de 50 pour cent et l’infrastructure est pratiquement détruite – et l’indignation face aux crimes de guerre commis par l’armée russe continuent d’alimenter le soutien pour les islamistes. Sur le million d’habitants de la république montagneuse, au moins 125.000 ont péri dans des guerres depuis le début des années 1990.

Ce n’est pas sans raison que le Kremlin craint qu’un gouvernement islamiste en Syrie ne renforce les tendances islamistes au Caucase ainsi que la position de l’impérialisme américain qui pourrait fournir un soutien financier et militaire aux insurgés islamistes.

Le flux des réfugiés venant de Syrie, où vivent de nombreux peuples originaires du Caucase, risque aussi d’augmenter les tensions ethniques dans la région. L’opposition islamiste, basée principalement sur les sunnites, commet régulièrement des massacres contre des minorités ethniques et religieuses vivant en Syrie. L’année dernière, au moins 700.000 personnes au total ont fui la Syrie.

Parmi les différents peuples du Caucase vivant en Syrie, il y a 100.000 Tcherkesses qui sont mis en danger par la guerre civile. Les Tcherkesses avaient fui le Nord Caucase au milieu de la seconde moitié du dix-neuvième siècle lorsque la région avait été capturée par l’armée du Tsar après une répression sanglante. Depuis la fin de 2011, les représentants des Tcherkesses sollicitent l’aide du gouvernement russe pour émigrer en Russie. Jusqu’ici, toutefois, le Kremlin n’a autorisé l’immigration que de seulement 500 personnes vers la Russie. Les Tcherkesses sont aussi des musulmans et Moscou redoute qu’une installation de Tcherkesses vienne renforcer les tendances islamistes en Tchétchénie.

Pour la diaspora venant de l’Arménie, dans le sud du Caucase, la Syrie a été, avec l’Iran, une importante destination pour les réfugiés. La diaspora arménienne en Syrie comprend 80.000 personnes. Elle s’y est surtout réfugiée après le génocide des Arméniens commis par l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale. L’année dernière quelque 6.000 Syriens d’origine arménienne ont fui vers l’Arménie, et bien d’autres espèrent pouvoir s’y établir.

Comme bien d’autres minorités ethniques en Syrie, les Arméniens, qui sont pour la plupart des chrétiens, sont considérés comme étant loyaux envers Assad. Bien qu’ils se soient officiellement déclarés neutres dans la guerre civile, certains comptes-rendus disent qu’ils sont ciblés des deux côtés. Les soi-disant rebelles ont incendié un certain nombre d’églises, d’écoles et de résidences dans les districts arméniens et tué plusieurs personnes.

En Arménie, qui a été durement touchée par la crise économique mondiale et où le taux de chômage officiel est de 40 pour cent, de nombreux réfugiés vivent dans la pauvreté et sont incapables de trouver un emploi. Dans la capitale arménienne Erevan, les loyers ont déjà grimpé en flèche en raison du grand nombre de réfugiés.

L’escalade des guerres impérialistes au Moyen-Orient est en train d’exacerber les conflits ethniques au Caucase. Selon les médias iraniens, l’Azerbaïdjan a aidé à armer l’opposition syrienne. En août de l’année dernière, Téhéran avait accusé l’Azerbaïdjan d’avoir fourni secrètement 500.000 dollars US aux rebelles syriens.

Les relations entre l’Iran et l’Azerbaïdjan se sont rapidement détériorées au cours de l’année passée (voir : «Growing tensions between Iran and Azerbaijan.» en anglais). Le gouvernement de Bakou est lourdement impliqué dans les préparatifs de guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. C’est pour cette raison que le journal américain Washington Post a qualifié l’Azerbaïdjan d’«anti Iran.»

L’Azerbaïdjan entretient d’étroites relations économiques et militaires avec Israël qui est le deuxième plus important importateur de pétrole et de gaz d’Azerbaïdjan. Depuis des années, le régime de Bakou modernise systématiquement ses capacités militaires avec le soutien des États-Unis et d’Israël.

Selon le magazine américain Foreign Policy, Bakou a donné à Israël une autorisation d’accès à plusieurs bases aériennes situées le long de la frontière Nord de l’Iran et qui seraient susceptibles d’être utilisées lors d’une frappe aérienne contre Téhéran. En 2011, l’Azerbaïdjan et Israël ont conclu un accord d’armement s’élevant à plus de 1,6 milliard de dollars US ; l’argent permettrait à l’Azerbaïdjan de s’équiper de systèmes lance-missile basés en mer et de drones.

Le journal britannique Sunday Times a rapporté en décembre qu’Israël projetait de recourir à une frappe «préventive» contre l’Iran à l’aide de drones armés stationnés en Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan et Israël ont toutefois officiellement démenti cet article.

Néanmoins, pour Washington et Tel-Aviv, il est évident que l’Azerbaïdjan serait un facteur important dans une guerre contre l’Iran. La raison n’est pas seulement due à l’importance stratégique de la situation géographique de l’Azerbaïdjan qui est située sur la mer Caspienne riche en énergie et en bordure du nord-ouest de l’Iran. Un autre aspect important est que le nord de l’Iran abrite quelque 20 millions de personnes ayant des racines avec l’Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan même ne compte que 8 millions d’habitants.

Les conflits territoriaux entre l’Azerbaïdjan et l’Iran se sont embrasés après l’effondrement de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Azerbaïdjan il y a 20 ans. L’impérialisme américain est actuellement en train d’exploiter tout particulièrement ces tensions ethniques et régionales pour promouvoir ses propres intérêts géostratégiques. En tant que partie intégrante de la stratégie de guerre contre l’Iran, Washington est aussi en train d’étudier la sécession du nord de l’Iran.

L’été dernier, un membre républicain de la Chambre des représentants des États-Unis de Californie, Dana Rohrabacher, avait adressé une lettre à la secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton, en appelant à une lutte «pour l’indépendance de l’Azerbaïdjan Sud de l’Iran et la possibilité d’une union avec la République d’Azerbaïdjan». L’ambassadeur américain en Azerbaïdjan s’était empressé d’indiquer clairement que ceci ne représentait que les vues personnelles de Rohrabacher.

Depuis plus d’un an, le parlement d’Azerbaïdjan est en train de débattre sur le changement de nom de la république en «Azerbaïdjan Nord», ce qui est une provocation claire et nette contre l’Iran.

Avec l’intensification de la guerre civile syrienne et les préparatifs de guerre contre l’Iran, les impérialistes jouent délibérément avec le feu. Le conflit syrien et une guerre contre l’Iran embraseraient l’ensemble du Moyen-Orient, du Caucase et de l’Asie centrale. L’objectif des deux guerres est de déstabiliser la région entière et d’inciter à des conflits ethniques dans le but d’affaiblir la position de la Chine et de la Russie ainsi que de préparer le terrain à un nouveau partage entre les puissances impérialistes de ces régions riches en ressources.

Clara Weiss

Article original, WSWS, paru le 18 février 2013

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La démission lundi 11 février de Joseph Ratzinger – le Pape Benoît XVI – de son poste à la tête de l’église catholique a provoqué des déclarations de surprise et d’inquiétude dans les cercles dirigeants du monde entier.

Ces sentiments exprimés par le Président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron, la Chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et bien d’autres n’étaient pas fondamentalement motivés par une quelconque préoccupation pour le sort personnel de Ratzinger, âgé de 85 ans.

Ce qui inquiète en réalité les gouvernements et les élites financières c’est que sa démission est une indication supplémentaire de la crise profonde que traverse l’Église catholique romaine, l’un des bastions les plus importants de la réaction sociale et politique sur la planète.

La démission d’un Pape en exercice est sans précédent à l’époque moderne. La dernière personne à avoir volontairement abdiqué à ce poste fut le Pape Clément V, qui avait quitté son poste après cinq mois en 1294, se déclarant lui-même incompétent pour ses fonctions. A l’exception de ceux, peu nombreux, qui ont été chassés de ce poste, tous les autres papes sont restés à la tête de l’église jusqu’à leur mort.

Ratzinger a déclaré le jour de sa démission que sa santé déclinante avait créé une « incapacité à remplir correctement le ministère qui m’a été confié. »

Le lendemain pourtant, le porte-parole du Vatican a clarifié les choses en déclarant que « la décision du Pape Benoît XVI de démissionner n’[était] pas liée à une mauvaise santé mais à la fragilité qui vient inévitablement avec l’âge. » Il a ajouté, « son état de santé général était normal pour un homme approchant des 86 ans. »

Le frère du Pape, George Ratzinger, a également déclaré à des journalistes allemands que son frère va « relativement bien. » Il a indiqué des inquiétudes d’un autre ordre que la santé.

« Au sein de l’Église, il s’est passé beaucoup de choses, qui ont engendré des dissensions, par exemple la relation avec la Fraternité St-Pie X ou les irrégularités au Vatican, quand le majordome du Pape a divulgué des documents secrets, » a-t-il dit.

La référence à la Fraternité St-Pie X concerne un ordre catholique ultra-droitier fondé par l’archevêque français Marcel François Marie-Josèph Lefêbvre en opposition véhémente à Vatican II, le conseil œcuménique réuni par la hiérarchie de l’Église au début des années 1960 pour tenter de réaliser quelques adaptations aux transformations politiques, sociales et culturelles de la période d’après-guerre.

Lefèvre et la Fraternité St-Pie X étaient associés aux formes les plus extrêmes de la réaction politique, défendant les régimes fascistes de la France de Vichy, de l’Espagne de Franco et du Portugal de Salazar, ainsi que les dictatures militaires de Jorge Videla en Argentine et d’Augusto Pinochet au Chili. En France, elle soutenait le nationaliste d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen et s’opposait fortement à l’immigration en provenance des pays à majorité musulmane.

Ratzinger, qui avait participé à Vatican II et l’avait initialement soutenu, en est lui aussi devenu un opposant déterminé, particulièrement face à ceux qui citaient les décisions prises à l’époque de promouvoir la « théologie de la libération » en Amérique latine et ailleurs. Il a œuvré à la réintégration de la confrérie St-Pie X dans l’Eglise, annulant l’excommunication de quatre de ses évêques encore en vie en 2009.

Puis, au beau milieu de ce rapprochement, le chef de la confrérie, l’évêque suisse Bernard Fellay, a fait une déclaration publique décrivant les Juifs comme des « Ennemis de l’Eglise. »

Ce qui est peut-être un point d’inquiétude encore plus sérieux tient aux questions soulevées par le frère de Ratzinger sur ce qui est maintenant appelé le scandale Vatileaks, concernant des documents internes du Vatican, des lettres et des communications diplomatiques transmises à des journalistes italiens par le majordome du Pape.

Ces documents faisaient état de corruption financière dans les contrats du Vatican et de divisions âpres concernant les mesures prises pour se plier à une enquête sur des prêts accordés par l’Institut pour les œuvres de religion, plus communément appelé la Banque du Vatican.

Dans ces documents, il y avait une lettre prévenant d’un complot pour assassiner Ratzinger. Le nom de Tarscisio Bertone, ministre de l’intérieur du saint-siège et deuxième homme le plus important du Vatican, était mentionné dans cette lettre. Une partie des médias italiens s’est appuyée sur celle-ci comme preuve d’âpres luttes de pouvoirs entre l’aile italienne de l’Église d’une part et les ailes allemande et polonaise d’autre part, ces dernières ayant dirigé la papauté durant les 35 dernières années.

Lors de son procès, le majordome, Paolo Gabriele, a affirmé qu’il avait divulgué ces documents pour lutter contre « le mal et la corruption. » Condamné par un tribunal italien en octobre 2012 à 18 mois de prison pour vol, il a été extradé au Vatican et pardonné par le Pape après deux mois et demi.

Les scandales entourant la banque du Vatican et les finances de l’Église rappellent de près le règne extrêmement bref de Jean-Paul I, mort subitement 33 jours après avoir été choisi comme Pape. Sa mort mystérieuse a été rattachée à une enquête sur les relations entre la banque du Vatican et la Banco Ambrosiano, dont elle était le principal actionnaire. Cette banque, impliquée dans des opérations de financement illégales et liée à la fois à la mafia et à l’organisation secrète et fasciste de la Loge P2, avait subi une faillite de plusieurs milliards de dollars en 1982.

L’autre crise majeure qui menace Ratzinger consiste en la vague toujours plus importante d’accusations d’abus sexuels avancées par des gens molestés et violés par des prêtres aux États-Unis et en Europe. Les révélations tenant à la fois aux abus nombreux contre des enfants et à la dissimulation systématique de ces crimes par la hiérarchie de l’Église ont contribué à distancer de plus en plus les Catholiques de l’Église. En même temps, elles ont alimenté la crise financière du Vatican, des centaines de millions de dollars allant aux transactions financières avec les victimes, notamment de la part de l’Église américaine.

Ratzinger n’a pas seulement supervisé la façon dont l’Eglise a traité ces scandales d’abus sexuel, mais il avait été chargé de gérer le problème par son prédécesseur, Karol Wojtyla, le « Pape polonais. » À l’époque, Ratzinger, qui était cardinal, dirigeait la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’institution qui avait succédé à l’Inquisition.

À ce poste, ses attaques féroces contre les « théologiens de la libération » et contre tous ceux qui au sein de l’Église remettaient en question le dogme sur des questions comme la contraception, l’avortement, le divorce, l’homosexualité, l’infaillibilité du Pape ou le célibat des prêtres lui avaient valu les surnoms de « grand inquisiteur » et, en allemand, de « panzerkardinal. »

C’était un opposant acharné non seulement du marxisme, mais de toutes les formes de matérialisme philosophique et du mouvement des Lumières. Il propageait des conceptions arriérées et réactionnaires, particulièrement en Europe, qu’il considérait comme le cœur culturel que le catholicisme était en train de perdre. En plein milieu d’une crise économique dévastatrice, il prêchait la renonciation au « matérialisme » et le « sacrifice. »

Lors de l’une de ses dernières tournées internationales, il a visité le Mexique et Cuba, faisant pression avec succès sur leurs gouvernements pour qu’ils démantèlent les barrières imposées à l’Église catholique par les révolutions ayant eu lieu dans ces pays – l’Eglise y étant historiquement le champion de l’oppression et de la réaction. À Cuba, où le Vatican a servi de cheval de Troie pour la pénétration du capital européen et notamment espagnol, Ratzinger a prêché l’efficacité des « réformes libérales du marché. »

Dans la discussion sur l’identité du successeur de Ratzinger, qui sera choisi par le Collège des cardinaux constitué en grande partie de gens sélectionnés par lui, il a été suggéré que le prochain pape pourrait être Africain.

Que cela arrive ou pas, cette suggestion est en elle-même hautement politique et a un précédent révélateur. En 1978, l’Église avait choisi Wojtyla pour devenir le premier pape polonais au moment où commençait une crise profonde qui devait aboutir à la dissolution de l’Union soviétique et des bureaucraties staliniennes en Europe de l’Est. Sous la papauté de Wojtyla, l’Église a joué un rôle actif dans ce processus. En particulier, elle a travaillé pour s’assurer que la puissante rébellion des travailleurs polonais, qui se développait sous la bannière du mouvement Solidarnosc, reste sous l’influence de l’Église catholique et ne se développe pas dans une direction socialiste indépendante.

La suggestion qu’un Africain pourrait être choisi pour succéder à Ratzinger est intimement liée au tournant des impérialismes américain et français, et de leurs alliés de l’OTAN, vers une nouvelle ruée vers l’Afrique, visant à se servir de la force militaire pour imposer un contrôle néo-colonial sur les marchés et les ressources du continent et à prendre le pas sur leur rivale, la Chine.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 13 février 2013

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Il y aura aussi une Otan économique

février 19th, 2013 by Manlio Dinucci

« Amour pour le peuple italien » : a déclaré le président Obama en recevant à la Maison Blanche le président Napolitano « le lendemain de la Saint Valentin ». Pourquoi tant d’amour ? Le peuple italien « accueille et héberge nos troupes sur son propre sol ». Accueil très apprécié par le Pentagone, qui possède en Italie (selon les données officielles 2012) 1485 édifices, avec une superficie de 942mille m2, auxquels s’en ajoutent 996 en location ou en concession. Ils sont distribués en 37 sites principaux (bases et autres structures militaires) et 22 mineurs. En l’espace d’une année, les militaires étasuniens basés en Italie ont augmenté de plus de 1.500, dépassant les 10mille. Employés civils compris, le personnel du Pentagone en Italie se monte à environ 14mille unités. Aux structures militaires étasuniennes s’ajoutent celles de l’Otan, toujours sous commandement Usa : comme le Commandement interforces, avec son nouveau quartier général à Lago Patria (Naples).

« En hébergeant » certaines des plus importantes structures militaires Usa/Otan, l’Italie joue un rôle pivot dans la stratégie étasunienne qui, après la guerre contre la Libye, non seulement vise la Syrie et l’Iran mais va plus loin, en déplaçant son centre focal vers la région Asie/Pacifique pour affronter la Chine en ascension. Pour impliquer les alliés européens dans cette stratégie, Washington doit renforcer l’alliance atlantique, économiquement aussi. D’où le projet d’un « accord de libre échange Usa-Union européenne », reproposé par Obama dans la rencontre avec Napolitano. Accord qui obtient l’appui inconditionnel du président italien avant même qu’il ne soit écrit et qu’en soient évaluées les conséquences pour l’économie italienne (surtout pour les PME et les entreprises agricoles). Il s’agit, souligne Napolitano, d’ « un nouveau stade historique dans les rapports entre Europe et Etats-Unis, non seulement économiquement mais aussi d’un point de vue politique ». S’annonce ainsi une « Otan économique », fonctionnelle au système politico-économique occidental dominé par les Etats-Unis. Et soutenue par les grands groupes multinationaux, comme la puissante banque étasunienne Goldman Sachs. Le nom est une garantie : après avoir participé à l’arnaque internationale des crédits subprimes et avoir ainsi contribué à provoquer la crise financière qui depuis les Etats-Unis a investi l’Europe, Goldman Sachs a spéculé sur la crise européenne, en instruisant ses principaux clients sur comment faire des sous avec la crise et, immédiatement après, en plaçant au gouvernement en Italie (grâce à Napolitano) son consultant international Mario monti. Dont le gouvernement a immédiatement été garanti par le secrétaire du Pd Bersani comme «digne de foi et à fort grammage technique ». Ce même Bersani, interviewé par America 24, déclare maintenant que, « dans la tradition de gouvernement du centre-gauche de fidélité absolue et d’amitié avec les Etats-Unis, nous sommes absolument favorables à ce que se créent entre l’Europe et les Etats-Unis des mécanismes de libre échange ».

Quels que soient les résultats des élections, l’adhésion de l’Italie à l’Otan économique est assurée.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 19 février 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130219/manip2pg/14/manip2pz/336203/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 Manlio Dinucci est géographe et journaliste en Italie.

 

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En juin 2012, le président nigérien Mahamadou Issoufou a affirmé que des mercenaires «afghans et pakistanais» étaient présents dans des camps d’entraînement du septentrion malien : «On a des informations sur la présence d’Afghans et de Pakistanais dans le nord du Mali, (…) de djihadistes venus de pays non africains. Ils serviraient de formateurs. Ce sont eux qui entraînent ceux qui sont recrutés dans les différents pays d’Afrique de l’Ouest.»

Il a ajouté : «Tout cela est coordonné : cela va du Sahara jusqu’en Somalie (…) Je crois que toutes ces organisations coopèrent entre elles, que ce soit les Shebab en Somalie, Boko Haram au Nigeria, AQMI en Algérie et au Sahel en général, jusqu’en Afghanistan.» Le président nigérien a terminé : «Notre préoccupation, c’est que le Sahel ne se transforme pas en un nouvel Afghanistan», précisant que «ces groupes armés du Nord continuent à s’approvisionner en armes dans le sud-ouest de la Libye». Contrairement à Sellal, il ne mâche pas ses mots, estimant que cette zone du Sud libyen «constitue une base d’appui pour les factions armées présentes sur le territoire malien». Tout est résumé. Toutes les armes que l’OTAN a déversées en Libye en 2011 n’étaient pas uniquement destinées à déboulonner Kadhafi, mais à d’autres «agendas». William Engdahl, un économiste américain spécialiste en géopolitique et énergie depuis plus de trois décennies, pense que «l’intervention au Mali est un autre avatar du rôle de la France dans la déstabilisation que nous avons vue, spécifiquement en Libye l’an dernier et le renversement du régime de Kadhafi. Dans un sens, cela représente le néo-colonialisme français en action». Il ajoute : «Mais, curieusement, je pense que derrière l’intervention française il y a la main très forte du Pentagone américain qui cherche la préparation de la partition du Mali.» Engdahl va plus loin : «Je pense que l’AQMI est une organisation très suspecte et le calendrier de ses activités laisse supposer que certains pays de l’OTAN l’aideraient à obtenir des armes et créer le casus belli qui justifierait l’intervention de l’OTAN.» Pour lui, l’afghanistanisation du conflit est en cours, du fait même de l’intervention armée : «Le conflit est appelé à traverser les frontières vers les pays voisins et pourrait engloutir la totalité de l’Afrique de l’Ouest.» Mireille Fanon-Mendes-France, fille de Frantz Fanon et experte aux Nations unies, écrit : «Se pose, à l’heure actuelle, la question des alliances pour mener cette guerre dont les premières victimes seront les Maliens eux-mêmes, mais aussi les Mauritaniens, les Nigériens, les Burkinabais, les Algériens avec des conséquences évidentes pour les Guinéens, les Ivoiriens et les Sénégalais. Autant dire que toute l’Afrique sahélienne et de l’Ouest pourrait s’embraser et s’enfoncer dans une guerre sans fin à l’instar de celles menées en Irak et en Afghanistan.» Beaucoup d’autres auteurs pensent que la crise malienne s’inscrit dans un «agenda», pour utiliser le terme employé par notre ministre des A.E., M. Medelci, et ceux qui parlent d’une volonté de transformer le Sahel en Sahelistan où pulluleraient des terroristes. D’abord, définissons ce qui est entendu par Sahelistan, un terme consacré par un président (le Tunisien M. Marzougui) et une situation à laquelle ont fait clairement allusion le président nigérien Mahamadou Issoufou et le chef du gouvernement algérien, M. Sellal. C’est d’abord un conflit où des forces internationales sont impliquées pour soi-disant lutter contre le terrorisme. En vérité, il s’agit d’un conflit où des forces internationales sont impliquées pour les propres intérêts économiques, géostratégiques et militaires en développant le terrorisme et le nourrissant par des moyens directs (opérations secrètes, financement et soutien par le biais d’Etats-valets) ou indirects par leur seule présence du fait des «dommages collatéraux» qu’ils causent : des missiles tombés sur des écoles ou des marchés, des soldats «fous» qui brûlent le Coran, des drones qui ciblent des bus, développement exponentiel de la culture et du trafic de la drogue, développement de la corruption, pillage des ressources et autres Abou Ghraïb de ce genre. Ces phénomènes induisent parfois des réactions saines d’autodéfense des peuples mais qui sont récupérées par des agents travaillant pour l’ennemi et dont ces innombrables Al-Qardaoui font partie.

Une résolution comme un blanc-seing

Un conflit type Afghanistan ne sera pas ruineux pour le seul Mali. Il détruira toute une région, avec un prolongement de la guerre dans les pays frontaliers. La première guerre d’Afghanistan (1979-1996) a eu des répercussions économiques et sécuritaires graves sur le Pakistan, qui a voulu servir de base aux Afghans-Arabes pour détruire son voisin sous prétexte qu’un régime socialiste était en place à Kaboul. La deuxième guerre d’Afghanistan (depuis 2001) a mis le Pakistan à plat : la désolation et la misère sont pires qu’en Afghanistan, notamment la région frontalière avec le pays où les Américains ont prétendu vouloir éliminer Ben Laden, Al-Qaïda et les talibans. Sous ce fallacieux prétexte, les Etats- Uniens ont mené des milliers d’opérations au Pakistan, et les seules attaques au drone Predator ont causé près de 687 morts dans ce pays entre 2008 et 2010, avec une attaque qui a tué treize villageois pakistanais d’un seul coup. Les morts parmi les civils, les déplacés et tous les autres facteurs induits par la guerre et par la présence étrangère ont généré au Pakistan et en Afghanistan de la sympathie populaire pour les terroristes qui se sont transformés en insurgés et dont la cause incite des recrues d’origines diverses. Apparemment, c’est ce que souhaite l’impérialisme américain qui ne perd rien, dans la mesure où il a réduit le seuil des morts durant les guerres à un niveau plus qu’acceptable. Treize années de guerre au Vietnam (1960-1973) ont causé la mort de 52 000 Américains alors qu’en douze années, la guerre d’Afghanistan n’en a causé que 2.000, du fait des progrès technologiques. La France, ancienne puissance coloniale, aujourd’hui soucieuse des «droits de l’homme» au Mali et en Syrie, mais pas en Palestine, dit qu’elle ne participerait qu’en soutien logistique à une intervention entérinée par le Conseil de sécurité. Nul doute que les Etats-Unis cachent aussi leur jeu mais ils voteront pour une résolution d’intervention, attendue comme un blanc-seing pour des enjeux à la fois complémentaires et concurrents de ceux de la France. Des plans s’élaborent et se mettent sur le terrain mais leurs desseins n’apparaissent que lorsqu’ils sont sur le point d’avaler leur proie. Sur le terrain, les acteurs exogènes ont joué leur rôle. Les services des renseignements étrangers n’ont commis aucune erreur. Des élites maliennes et celles de certains pays africains ont trahi. Les traîtres arabes ont fourni armes et argent. Les peuples ne tarderont pas à avaler la pilule d’une «ingérence humanitaire», la première à passer comme une lettre à la poste, sans grosses contestations populaires. L’opinion occidentale est conquise par la «bonté» de la France et, partant, de l’OTAN. Les partis en France sont unanimes pour une intervention. Quant aux acteurs du terrain, ils ont fait le sale boulot : tué, coupé des mains, détruit des mausolées pour donner une piètre image de l’Islam. Le scénario étant fin prêt, le Rambo français pouvait entrer en scène. Juste quelques détails, une visite de Hollande à Alger, suivie de celle de Hamad bin-Khalifa Al-Thani également à Alger, pour que des avions français se mettent à siffler au-dessus du ciel, qui fut paisible, des Algériens. Si au moins le conflit ne concernait pas directement notre pays comme l’a dramatiquement montré l’attentat d’In Amenas… La visite de Hamad à Ghaza n’a-t-elle pas été suivie de la mort du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, puis d’un déluge de feu israélien ? Sa mission de bonne volonté au Soudan n’a-t-elle pas été suivie par la partition du pays ?

Faction fantoche à la solde du néocolonialisme

Comme par hasard, le terrorisme islamiste sahélien qui justifiera l’ingérence française se trouve sur les routes du pétrole, du gaz et de l’uranium. Et comme par hasard, l’intervention coïncide avec un basculement des équilibres géostratégiques, géopolitiques et géoéconomiques vers l’Est, un basculement que l’Alliance atlantique veut empêcher coûte que coûte. Au Mali comme en Syrie, il s’agit d’empêcher la Russie et la Chine de jouer dans la cour traditionnelle d’une France qui reste fidèle aux principes du colonialisme et d’une Amérique qui s’estime partout chez elle. Comme par hasard, le Mali figure parmi les quatre pays les plus déshérités du monde, avant le Burkina Faso, le Niger et la Sierra Leone qui sont d’ailleurs voisins ou très proches l’un de l’autre. Les revendications indépendantistes du MNLA sont de l’indécence dans une situation de désespoir du peuple malien qui souffre de faim, d’analphabétisme, de problèmes de santé, de manque d’eau et d’hygiène. Le Qatar, qui détient 4% de la dette malienne, aurait pu l’effacer et aider ce pays au lieu de lui ajouter une misère sécuritaire à une misère économique, et de causer l’une des crises humanitaires les plus graves du XXIe siècle. Le Qatar veut des wahhabites à Bamako, des puits de pétrole pour Total où il est actionnaire, plus d’uranium pour Areva où il l’est également, sans oublier une base américaine pour les Etats-Unis et une autre pour la France, tout en enfonçant l’Algérie et en obligeant les pays de la région à grossir leur facture d’armement pour enrichir tous les marchands de canons. Comme par hasard, le MNLA revendique une terre qui ne lui appartient pas et qui correspond à la zone que la France coloniale voulait concrétiser par la loi n°57-27 du 10 janvier 1957 et qui porte création d’une «Organisation commune des régions sahariennes» (OCRS) afin de n’accorder que des indépendances incomplètes aux pays de l’Afrique occidentale française (AOF) et de l’Afrique équatoriale française (AEF), comme l’a prouvé le rêve gaullien d’amputer l’Algérie de son Sahara. C’est une même promesse qu’on fait miroiter aujourd’hui dans le cadre des politiques impérialistes et néocolonialistes. Joli scénario pour les futurs James Bond franco-américano-qataris… D’ailleurs, même si le MNLA représentait vraiment les Touareg (une population de 250 000 habitants sur 14 millions de Maliens !), au nom de quelle logique oserait-il revendiquer plus que la moitié du territoire malien ? En vérité, les Touareg maliens n’ont aucune velléité indépendantiste, tout comme les Touareg d’Algérie et des autres pays ou comme les Kabyles, les Chaouis ou les Chleuhs marocains. Chacune de ces ethnies est intimement liée à son pays, et il n’y a aucune différence entre les hommes bleus maliens et nigériens des Touareg libyens, algériens ou burkinabés. Les problèmes essentiels des Touareg sont liés au pastoralisme qui connaît des difficultés du fait de la sécheresse, même en Algérie. La manipulation étrangère d’une détresse humaine a aggravé le cas malien.

A. E.-T.

mali guerre

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Première partie), 08 février 2013

Mali : Ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Deuxième partie), 12 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ?(Troisième partie), 14 février 2013

MALI : Ingérence humanitaire ou nouveau sahelistan ? (Quatrième partie), 15 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Cinquième partie), 17 février 2013

Mali : ingérence humanitaire ou nouveau Sahelistan ? (Sixième partie), 18 février 2013

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Le journal The Australian  rapportait dans son article, « Xenophon deported by Malaysia, » que le sénateur australien Nick Xenophon a été détenu puis expulsé de Malaisie après avoir fait partie  d’une « délégation parlementaire non-officielle pour la révision du système électoral ».

En réalité, le sénateur Xenophon faisait partie d’un effort occidental visant à metre au pouvoir l’opposition financée et soutenue par Wall Street et la City de Londres, dans le cadre d’une vaste stratégie géopolitique d’alignement de l’Asie du Sud-Est contre l’émergence régionale la Chine.

The Australian l’a confirmé et rapportait par ailleurs:

« Il devait rencontrer le leader de l’opposition Anwar Ibrahim avec d’autres parlementaires australiens, ainsi que le ministre malais  chargé des affaires parlementaires, Mr Mohamed Nazri, et des membres du groupe Bersih, la coalition pour des élections justes et en règle. »

Image : (RT) Malgré tous les efforts de Bersih pour se présenter comme apolitique, le mouvement est clairement dirigé par l’opposition soutenue par les Etats-Unis, dont le chef est Anwar Ibrahim du FMI. Sur cette photo, Ibrahim (au centre) peut-être vu faisant un discours dans un meeting du Bersih en Malaisie.

Le Bersih est ouvertement  financé par le department d’État des États-Unis via la National Endowment for Democracy (NED). D’après un reportage du Malayisan Insider datant du 27 juin 2011, la figure de proue du Bersih Ambiga Sreenevassan a elle-même « reconnu que le Bersih reçoit de l’argent de deux organisations américaines, le National Democratic Institute (NDI) et l’Open Society Institute (OSI), pour d’autres projets non liés à la marche du 9 juillet [2011] ».

Image: Site web du NDI’s website en 2011 avant que l’on n’enlève toute mention du mouvement malais Bersih (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

La réunion planifiée de Xenophon avec Anwar Ibrahim, qui a de fait créé le Bersih avec des fonds occidentaux pour se propulser au pouvoir, indique également l’ingérence insidieuse de l’Australie dans les affaires internes de l’État souverain de Malaisie.

Image: Cette photo a été prise à la cérémonie des Prix de la démocratie de la NED en 2007 à Washington D.C. Anwar Ibrahim est à l’extrême gauche sur la photo et y participa en tant que « panéliste ». Cela n’est pas une surprise de voir que la NED finance maintenant sa tentative de parasiter de nouveau le pouvoir en Malaisie en profitant des séries de protestations du Bersih (cliquez sur l’image pour l’agrandir).

Anwar Ibrahim a été le président du Comité de développement de la Banque Mondiale et du FMI en 1998, il a enseigné à la School of Advanced International Studies de l’Université  John Hopkins, a été consultant pour  la Banque Mondiale, panéliste de « Democracy Award » en ligne avec les néoconservateur de la NED et panéliste lors de la cérémonie de financement de l’organisation étasunienne, celle-là même dont les filiales  financent et soutiennent le Bersih, ce qui jette un doute irréfutable sur la légitimité du but avoué de favoriser des « élections justes et dans les règles ». Les affirmations de membres du Bersih voulant qu’Anwar Ibrahim « détourne » leur mouvement sonnent creux,  particulièrement lorsque l’on regarde les liens entre les appuis  financiers et politiques du Bersih et les siens.

Deux ans de chaos orchestré par l’occident dans le monde arabe justifie la décision de la Malaisie.

Il est évident que la visite du sénateur Xenophon en Malaisie n’avait pas pour but de « surveiller »,  mais bien de contrôler un groupe d’éléments subversifs, clairement compromis et  financé ouvertement par l’étranger et opérant de manière malhonnête, ce qui justifie totalement l’affirmation du gouvernement malais selon laquelle Xenophon constitue un risque pour la sécurité du pays. Les deux dernières années de « promotion occientale de la démocratie »  occidentale qui eurent lieux en Egypte, en Libye et en Syrie n’ont laissé que dévastation, une montée des despotes et des extrémistes dans leur sillage, ce qui a justifié des mesures similaires plus tôt cette année de la part de la Russie qui a commencée à se purger des mêmes « ONG » malhonnêtes qui se mêlent de tout et soutiennent Bersih et Awar Ibrahim en Malaisie.

Les observateurs occidentaux des « droits de humains »  comme Nations-Unie elles-mêmes ont été abusés de manière flagrante afin de promouvoir les intérêts financiers et commerciaux occidentaux, ce qui a eu pour effet de causer et de renforcer les soi-disant abus qu’ils cherchaient « stopper »  au départ.

Avec des articles comme « The Redirection », du journaliste lauréat du prix Pulitzer Seymour Hersh dans le magazine New Yorker et « To Check Syria, U.S. Explores Bond With Muslim Brothers » du Wall Street Journal, remontant aussi loin que 2007 et révélant que l’occident planifiait de placer des extrémistes armés au pouvoir à travers le monde arabe, il est clair que le terrorisme et le despotisme qui s’y propagent ne sont pas des conséquences accidentelles, mais une conspiration longuement préméditée qui se déroule comme prévu. Des plans similaires prévoyant l’utilisation de mouvements faussement démocratiques et même de la violence en Asie du Sud-Est pour servir de couverture à des changements de régimes fomentés par l’occident ont aussi été très bien documentés en Malaisie tout comme au Myanmar et chez leur voisin thaïlandais. La documentation de plans visant à utiliser l’Asie du Sud-Est contre la Chine remonte à la fin des années 1990.

Image: Figure 1. Tirée du rapport de 2006 du SSI « String of Pearls » détaillant une stratégie d’endiguement de la Chine. Alors que la « démocratie », la « liberté » et les « droits humains » masqueront l’ascension au pouvoir de régimes clients alignés sur l’Occident, le renversement de mouvements nationalistes et l’’installation de régimes clients afin d’encercler et de contenir la Chine relève d’une campagne touchant toute la région. La violence dans des endroits comme Sittwe, Rahkine Myanmar ou Gwasar au Balouchistan pakistanais, ainsi que les contestations politiques en Thaïlande et en Malaisie ne sont pas des coïncidences et il existe des preuves documentées indiquant un énorme soutien de l’Occident pour les groupes d’opposition dans chacun de ces pays.

La Russie a montré la voie, la Malaisie fait de même et prête à la décision russe une légitimité grandement nécessaire dans le paysage médiatique toujours monopolisé par l’Occident. D’autres pays se doivent d’emboîter le pas, abandonnant la prétention que l’Occident est en quelque sorte « exceptionne » et qu’en aucune circonstance il serait concevable et justifiable de voir un sénateur australien arrêté et déporté. De fait, Xenophon a outrepassé son mandat et ses responsabilités de représentation du peuple australien, il a contrevenu à la souveraineté de la Malaisie, tout en usurpant le temps et les ressources de l’Australie alors qu’il interférait dans les affaires souveraines d’un pays étranger.

Le racket de la « démocratie » et des « droits humains » utilisé par l’Occident pour camoufler ce qui n’est rien d’autre que du néo-impérialisme est en train de s’effondrer, sûrement à cause de son soutien borné à ceux maintenant clairement identifiés comme étant des terroristes d’Al-Qaïda  massacrant des civils en Libye et en Syrie. S’ils sont qualifiés de « combattants de la liberté » promouvant la « démocratie », que dire de Bersih et Anwar Ibrahim acceptent de l’argent et l’appui des mêmes intérêts qui soutiennent Al-Qaïda ailleurs ? Et que dire du sénateur Nick Xenophon qui a utilisé la réputation de l’Australie et ses ressources pour aider et appuyer de telles personnes?

Tony Cartalucci Land Destroyer Le 17 février 2013

Article original en anglais : 

The “Democracy” Racket: US Covert Attempt to Implement “Regime Change” in Malaysia,le 17 février 2012

Traduction par Mondialisation.ca

 

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Pour pénétrer dans le Sahel, une faction prétendument indépendantiste et des groupes prétendument «djihadistes» ont été recrutés. Entre rébellion ethnique et revendications islamistes, certains groupes touareg maliens ne cherchent que l’intérêt personnel et ne font que noircir l’image de leur communauté qui continue cependant à jouir d’un immense respect dans tout le Sahel et le Sahara. Les manipulateurs se sont permis de découper un morceau de Sahara, au nord du Mali, et l’appeler Azawad.
Entre-temps, l’impatience française monte. Alger irrite en essayant de faire capoter le plan, en essayant d’isoler Ansar Dine et le MNLA de ses tuteurs. Combien d’otages lui faut-il encore pour qu’Alger se décide à rentrer dans les rangs des supplétifs de l’armée néocoloniale ? Combien d’attentats lui faut-il après ceux de Tamanrasset et de Ouargla ? Évidemment, il faut encore continuer à chauffer le bendir, comme on dit en Algérie, dans une dramatisation qui rendrait inévitable l’ingérence d’une puissance atlantique d’autant que certains donnaient l’impression d’avoir peur. Pour cela, ne disait-on pas que risquer l’entreprise serait s’embourber dans le désert ? Que les terroristes avaient l’avantage de la connaissance du terrain et qu’une armée classique ne pouvait gagner dans une guerre contre des forces volatiles… ? Or, l’intervention de plusieurs puissances contre 2 000 ou même 6 000 terroristes est une supercherie. L’armée malienne est capable de résoudre son problème toute seule, à condition que les conditions d’exercice du pouvoir soient réunies. Mais cela on le lui avait enlevé en fomentant un coup d’Etat. De l’argent pour acheter des munitions, des armes et recruter des soldats : c’est aussi simple que cela. Puis, il faut de nouveaux arguments pour intervenir, du moins aux yeux de son opinion publique… Comme par hasard, des ressortissants français sont pris en otages. Voici l’histoire d’espions otages, une histoire bien française. Déjà en septembre 2010, Aqmi a kidnappé cinq Français employés des sociétés Areva et Vinci à Arlit, un village nigérien, mais avec une complicité avérée, selon le responsable sécurité du site (lire 6e partie). Prendre des Français en otages permet de légitimer l’intervention non pas africaine mais française. Puis il y a eu la prise d’otages des 7 employés du consulat enlevés au Mali. Certaines sources font le lien avec les services français qui, en mettant l’Algérie dans une situation identique, voulaient l’amener à l’option militaire au Mali, afin d’ouvrir le champ à une présence prolongée, ou un bourbier pour l’ennemi. Puis, il y a les deux otages français enlevés par Aqmi depuis novembre 2011 : même la presse française a fini par admettre la thèse du journal malien, le Combat, disant qu’ils seraient plutôt des agents secrets. Il s’agit de Philippe Verdon, Serge Lazarevic, identifiés par une personnalité religieuse influente de la région du nord du Mali comme responsables de la formation et de l’encadrement d’une milice qui était en formation dans la région où ils furent kidnappés par Aqmi à Doumbia, Hombori. Selon la source, ils étaient probablement en train de former une des milices (MNLA ou Mujao) qui allait prendre le pays deux mois plus tard, le 17 janvier 2012. «Les hommes ne sont pas des inconnus des services secrets français», selon le site de la radio : «En 1999, Serge Lazarevic apparaît ainsi dans une procédure judiciaire en Serbie, visant un réseau clandestin financé par le contre-espionnage français : il était chargé d’assassiner le président Slobodan Milosevic.»

Espions et guerres cognitives par procuration

D’origine hongroise, Lazarevic aurait également participé au recrutement de mercenaires yougoslaves envoyés combattre au Zaïre, dans le cadre d’une opération, «là encore», suivie de près par le renseignement français. Concernant l’autre Français enlevé au Mali, Europe 1 écrit qu’il avait été arrêté «en septembre 2003 aux Comores pour avoir voulu renverser le pouvoir du colonel Azali Assoumani dans une tentative de coup d’Etat rocambolesque». Bob Denard, le célèbre mercenaire, a reconnu connaître ce personnage et c’est apparemment en tant que formateur d’une milice adverse qu’il aurait été kidnappé par Aqmi. Des témoins maliens l’ont reconnu comme étant l’un des encadreurs d’une milice au Nord-Mali, avant son kidnapping. En outre, Radio France International a diffusé la photo prise à Gao, Mali, de deux ressortissants français à qui elle attribue la qualité de «djihadistes». Les deux hommes, des Français de souche, armés de kalachnikovs, sont assis à l’arrière d’un pick-up à côté d’un membre d’un des groupes armés qui sévissent à Gao où les sept diplomates algériens sont détenus. Selon une source informée du site Algeriepatriotique, les deux Français appartiendraient aux services du renseignement extérieur français et auraient été dépêchés au Mali, par la caserne Mortier, siège de la DGSE, pour prêter main-forte aux terroristes et justifier ainsi la nécessité d’une intervention étrangère dans ce pays. Cette thèse est d’autant plus plausible que les «djihadistes» français ont tous des origines maghrébines ou africaines. En outre, il y a un autre ressortissant français, un certain Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, qui était un membre depuis plusieurs mois d’Aqmi dans le nord du Mali et qui a été arrêté et emprisonné en novembre 2012 par ce groupe qui le suspecte d’être un espion français. Risque professionnel oblige. Pour aggraver la situation, un autre Français, âgé de 61 ans, M. Rodriguez Léal, est enlevé à Nioro, à la frontière mauritanienne le mercredi 21 novembre 2012, alors qu’il se trouvait au Burkina Faso et a mystérieusement décidé de se rendre dans une région infestée de terroristes dans son camping-car. Les renseignements et les forces spéciales sont le moteur des guerres par procuration pour conquérir de nouveaux territoires, qu’ils ne voient plus comme pays souverains mais comme terres de conquête, comme au temps des empires coloniaux. Ils s’exécutent même par le biais de mercenaires et de supplétifs et d’agences militaires privées qui se chargent parfois de recruter ceux qui tuent, ceux qui se font tuer, et ceux qui entraînent les deux à s’entretuer. Blackwater compte parmi les plus célèbres de ces sociétés de la mort qui a commencé à travailler pour le Pentagone en Afghanistan et en Irak pour des budgets de plusieurs millions de dollars/an. Pour préparer la grande mission de sauvetage, des otages français et d’un Nord-Mali pris en otage, la France et ses alliés occidentaux ont assidûment mis en avant la transformation du Sahel en lieu infesté de terroristes dangereux que l’on croirait capables de traverser la mer pour plastiquer Marseille ou Londres. Or, malgré tout l’argent qatari et les moyens fantastiques mis en place, l’effectif total des quatre groupes de mercenaires (Ansar Dine, MNLA, Mujao, Aqmi) se situerait entre 2 000 et 5 000 hommes, selon les sources occidentales, alors que les renseignements algériens estimeraient les mercenaires dits djihadistes aguerris à 1 500 ou 2 000 tout au plus. Les mercenaires et les jeunes recrues ne seraient pas prêts à risquer leur vie pour des dollars qataris. Tous les officiels français s’évertuent à dire les compétences techniques et opérationnelles de ceux qu’ils appellent les «islamistes» pour signifier que ce n’est pas la malingre armée malienne qui pourrait en venir à bout. Pour justifier l’intervention, on disait l’armée malienne totalement désorganisée, sans moyens ni logistique, et que ses généraux ne portaient même pas leur tenue militaire. Or, certaines unités ont montré leur courage malgré la faiblesse de leurs moyens. Ce discours ne visait peut-être pas à démobiliser davantage l’armée malienne car une armée n’a jamais peur, mais visait-il à influencer l’opinion européenne, française précisément, à envoyer ses Rambo sauver les pauvres Maliens ? Les armes maliennes commandées par le président déchu sont toujours bloquées dans des ports africains. Les médias présentent l’armée malienne comme une armée incapable, alors qu’elle est otage d’une conjoncture politique nationale et internationale qui l’a complètement paralysée. Or, en octobre 2012, les djihadistes d’Al-Shabbab qui sévissaient depuis des années dans la ville de Kismaayo ont été délogés en quelques heures seulement par les forces de l’Union africaine en Somalie (Amisom) qui ont également repris d’autres localités. Ce ne sont pas des groupes terroristes, des mercenaires sans conviction et quelques rebelles divisés qui pourraient effrayer des armées régulières africaines ayant le soutien des populations maliennes et sahariennes connues pour leur pacifisme et qu’il ne faut pas assimiler aux trublions sécessionnistes ni aux mercenaires «djihadistes». Une ingérence étrangère peut dégénérer si elle est le fait de forces occidentales ou manipulée, et c’est cette deuxième menace qui se profile dans le cas malien. Il se peut que cette option ait été choisie pour les risques de dérapages qu’elle porte, même de manière involontaire.

Même langage martial que George Bush

Fabius disait que l’engagement militaire français ne durerait que quelques semaines, et comme en réponse à M. Medelci, a tenu à souligner que l’intervention au Mali ne se transformerait pas en «un autre Afghanistan». Par contre, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit que l’opération nécessitait des années. Exagérer la puissance terroriste au Mali, c’est nier que l’Algérie a éradiqué des dizaines de milliers de terroristes en quelques années et la Syrie en a éradiqué des milliers au seul mois de décembre 2012. L’armée malienne n’a pas été vaincue par des terroristes mais par l’absence de moyens. Spécialiste shakespearien, David Cameron, le Premier ministre britannique, dira, quant à lui, que la crise pourrait engendrer une bataille décennale. «Cette menace globale requiert une réponse globale. Elle requiert une action qui se comptera en années si ce n’est en décennies, plutôt qu’en mois. Elle requiert une réponse qui suppose de la patience et de l’endurance, une réponse à la fois dure et intelligente, mais qui est avant tout une décision d’acier ; et c’est ce que nous allons prouver au cours des années à venir (…) Nous faisons face à un groupe terroriste extrémiste islamiste lié à Al-Qaïda», a-t-il précisé. Si ce n’est pas cela un projet pour un nouvel Afghanistan au Mali, alors le Premier ministre britannique dit n’importe quoi. Cameron emploie les mêmes mots, le même ton froid que George Bush, le lendemain du 11 septembre 2001 et des jours de campagne anti-irakienne qui suivirent. Le lancement d’une guerre d’envergure en Irak était décidée, sous un prétexte qui n’a rien à voir avec l’Afghanistan ni avec l’Irak, et qui se répète aujourd’hui à nos frontières. La seule différence est que les deux guerres contre les deux pays n’avaient pas été scénarisées comme celle du Mali. Lors d’une rencontre sur le Mali entre David Cameron et François Hollande, le compte rendu officiel dira que «les deux dirigeants ont convenu que la situation au Mali constitue une menace réelle pour la sécurité internationale, compte tenu de l’activité terroriste là-bas. La coordination franco-anglaise est parfaite. La répartition des tâches par le chef d’orchestre américain, aujourd’hui à l’ombre pour des questions de politiques intérieure (il n’avait pas encore prêté serment lors de la nouvelle incursion d’Ansar Dine au Mali) et extérieure, car les forces sont engagées en Afghanistan et une nouvelle intervention dans un pays musulman, après la Libye, la Syrie et le Yémen, attiserait trop la haine. Or, il faut juste assez de haine pour recruter des terroristes et faire l’opération. Les politiciens américains, les chefs militaires et les médias ont également pendant des mois fait du Mali une nouvelle «centrale de la terreur» mondiale, laissant entendre que les gouvernements occidentaux devaient agir de façon décisive pour éliminer ce danger. Une «centrale de la terreur» exige «guerre à la terreur» pour être fidèle à Bush, et sauver la civilisation de la barbarie. Là ce n’est pas un «Etat voyou» qui sème la pagaille dans le monde comme en Syrie, ni un dictateur qui agresse son peuple comme en Libye, ni un sanguinaire comme Saddam qui brandit des armes de destruction massive, mais des groupes barbares qui agressent un Etat et un peuple. Le scénario idéal pour une mission de conquête déguisée en mission humanitaire. Or, la disponibilité de moyens et l’effacement de la dette auraient permis au Mali de gérer cette crise comme un simple problème sécuritaire, et non pas comme une guerre avec des conséquences qui ont engendré 800 000 déplacés. Aucun pays n’a aidé le Mali lorsque les quatre groupes rebelles l’ont de concert attaqué. Cent militaires, dont des Touareg, ont été sauvagement assassinés par la horde des quatre groupes menés par le prétendu MNLA touareg : l’Occident n’interviendra que lorsque le décor sera fin prêt pour une «mission humanitaire» au profit d’un peuple violenté par des islamistes.

A. E. T.

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L’Etat d’Israël et l’usage du Depro-Provera

février 18th, 2013 by Mireille Fanon-Mendes-France

« Le racisme (…) n’est qu’un élément d’un plus vaste ensemble: celui de l’oppression systématisée d’un peuple [1] »

Depuis plus de deux ans, la société israélienne est informée qu’un contrôle des naissances a été imposé aux femmes désirant émigrer de l’Ethiopie vers Israël. L’alternative était ainsi formulée ou accepter l’injection de Depro-Provera –masquée sous le terme vaccin- ou impossible de quitter l’Ethiopie.

Le documentaire, Vacuum,  réalisé par Gab Gabay et diffusé à la Télévision israélienne lors d’une émission du programme « Education » a révélé cet horrible chantage qui porte atteinte à l’un des droits fondamentaux non dérogeables des droits humains –la non-discrimination avec son corollaire l’égalité- et instaure une discrimination raciale institutionnalisée acceptant ainsi que ces futures citoyennes israéliennes soient traitées différemment des autres citoyennes israéliennes. 35 femmes, pendant 8 ans, ont été obligées d’accepter une injection de Depo-Provera, agent contraceptif de longue durée[2]. Lors de recensement et d’analyses sur le nombre des naissances, il avait d’ailleurs été constaté que celles concernant les les femmes d’origine éthiopienne avaient diminué. L’utilisation forcée du Depro-Provera en est l’explication.

Cette inacceptable et incroyable obligation vient en contradiction avec les articles 2 et 4 de la Basic Law[3] signée en 1992, par le Président de l’Etat, Chaim Herzog, par le Premier Ministre, Yitzhak Shamir et par le porte-parole de la Knesset, Dov Shilansky. Ces deux articles portent sur la préservation et la protection de la vie, du corps et de la dignité.

Mais elle vient aussi en contradiction avec les normes impératives internationales que l’Etat d’Israël a accepté de respecter, non seulement en les adoptant et en en implantant  certaines dans sa loi nationale mais surtout depuis que cet Etat –par la résolution 181[4] – a accepté de faire partie de la communauté internationale.

Le droit à la non-discrimination repose sur le postulat de l’égale dignité entre tous les êtres humains, affirmé dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et  codifié aussi bien dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de racisme -article 1- et précisée aussi bien dans le Pacte international sur les droits civils et politiques –article 2.1- et dans celui concernant les droits économiques, sociaux et culturels –article 2.2-. Ces instruments ont été adoptés par l’Etat d’Israël, même s’il a fait quelques réserves qui ne concernent pas les articles cités en référence. Il faut rappeler que le CERD -dans ses recommandations générales 14(42)[5]-  précise que la différence de traitement pourrait être considérée légitime, si les critères pour une telle différenciation ne sont contraires ni aux objectifs ni à la poursuite des objectifs de la Convention contre l’Elimination du Racisme et de la Discrimination. Avec la volonté de contrôler, par chantage, les naissances donnéesuniquement par les femmes venant d’Ethiopie, cette différence de traitement constitue bien, toujours selon les recommandations générales du CERD, une discrimination puisque les objectifs du contrôle des naissances ont été décidés sur la base de l’origine, de l’ethnie, de la couleur et de la « race », ce qui est contraire à cette convention.

En mars 2012, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale s’était alarmé des nombreuses discriminations dont sont victimes les Israéliens d’origine éthiopienne et particulièrement les femmes et avait fait des recommandations [6] à l’Etat israélien. Un mois auparavant, le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires, l’IRIN, avait publié un rapport [7] accablant concernant les difficultés économiques des Israéliens d’origine éthiopienne.

Peu de voix se sont élevées contre cette discrimination institutionnalisée, on peut entre autres citer l’ACRI.  Depuis cette annonce, le directeur général du ministère de la Santé, Roni Gamzu, a demandé aux gynécologues de cesser d’administrer ces injections. Mais pour combien de temps ?

Cette information, révélée par la Télévision et reprise par de nombreux papiers dans le Haaretz[8] et [9] mais aussi dans le Times of Israël[10] entre autres, montre l’état de perdition morale de la société israélienne dans laquelle il est possible de mettre en place une discrimination raciale inspirée par un état d’esprit purement ségrégationniste en raison d’une supposée différence de « race », cela contient implicitement que les femmes éthiopiennes pourraient altérer, en mettant des enfants noirs ou métissés au monde, la population israélienne. Il faut, à ce propos,  préciser que le concept de race ne repose que sur une idéologie dont les fondements arbitraires et discriminants ne sont utilisés que pour justifier une différence culturelle par une différence physique.

Il ne faut pas se cacher le fait qu’une grande majorité de la société israélienne est globalement d’accord avec le maintien de l’ordre racial hiérarchique qui pourrait être remis en question par une transformation démographique et la place dans l’espace public occupée par les populations d’origine africaine. Aucun acteur politique conventionnel ne conteste cet ordre raciste. Au contraire, il existe un consensus politique contre ces minorités que l’on voudrait confiner à la périphérie des centres urbains, à la périphérie du pouvoir, à la périphérie de l’économie. Au temps de l’apartheid en Afrique du Sud, le gouvernement avait adopté le même système de contrôle des naissances par la mise en place de programme du même ordre. Ces programmes, ainsi que l’écrit Carol E. Kaufman[11], étaient considérés “by many blacks as a symbol of racial domination, and these attitudes were supported by widespread reports of abuse, misinformation, and coercion, compounding the social and personal cost of contraceptive use.”

Devant cet Etat malade, aussi bien à l’égard de ces propres citoyens que des Palestiniens de 1948 et des Palestiniens des territoires illégalement occupés, il est plus que temps que les Etats-membres de la communauté internationale dénoncent les nombreuses exactions dont cet Etat se rend coupable et qu’ils mettent tout en œuvre pour qu’il en réponde devant les instances onusiennes et nationales . Se privant de ces possibilités, qui sont autant d’expression de leurs obligations internationales, les Etats-membres favorisent et renforcent la violation généralisée de l’ensemble des droits humains, concourent à la délégitimation des instances onusiennes et particulièrement de la Charte des Nations Unies[12] et à la dérégulation de l’ensemble des normes impératives et à la déstructuration des relations internationales mais aussi réifient le faux concept « de pureté de la race » et renforcent l’institutionnalisation d’une xénophobie d’Etat.

Mireille Fanon-Mendes-France 

[1]  Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, Œuvres, Editions La Découverte, octobre 2011

[2] Depo-Provera is a well-known brand name for medroxyprogesterone acetate, a contraceptive injection for women that contains the hormone progestin. Depo-Provera is given as an injection once every three months. Depo-Provera typically suppresses ovulation, keeping your ovaries from releasing an egg. Depo-Provera also thickens cervical mucus to keep sperm from reaching the egg

[3] Art 2. “There shall be no violation of the life, body or dignity of any person as such”; Art 4. “All persons are entitled to protection of their life, body and dignity”, passed by the Knesset on the 17th March, 1992, published 25 March 1992; the Bill and Explanatory Note were published in Hatza’ot Chok, N° 2086 of 5752, p.60

[4]  Plan de partage de la Palestine élaboré par l’UNSCOP, approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU, à New   York Le 29 novembre 1947, le  par le vote de la résolution 181

[5] CERD, General Recommendation 30 on Discrimination against Non-Citizens, A/59/18, Chapter VIII, paragraph 4

[6] “The Committee recommends that the State  party adequately address all forms of  racial discriminations affecting Jewish minorities so as to ensure equal enjoyment of their rights, particularly in the areas of the right to education, work and political representation. The Committee recommends that the State party pay particular attention to gender-related discrimination affecting women from Jewish minorities (…)”, §21, http://www2.ohchr.org/english/bodies/cerd/docs/CERD.C.ISR.CO.14-16.pdf

[7] http://www.irinnews.org/Report/94819/ISRAEL-The-tribulations-of-being-an-Ethiopian-Jew

[8] Why is the birth rate in Israel’s Ethiopian community declining? Women say that while waiting in transit camps in Ethiopia they were coaxed into agreeing to injections of long-acting birth control drugs, By Talila Nesher | 07:15 09.12.12, Haaretz

[9]  An inconveivable crime; Israel’s patronizing and inhumane treatment of Ethiopian women is nothing new, By Efrat Yardai | 11:15 11, Haaretz

[10]  Israel changes birth-control policy for Ethiopian immigrants;http://www.timesofisrael.com/israel-changes-birth-control-policy-for-ethiopian-immigrants/

[11] Reproductive Control in South Africa, Carol E. Kaufman, 1997 No. 97,  http://www.popcouncil.org/pdfs/wp/97.pdf

[12] Adoptée le 26 juin 1945. Les 192 Etats-membres qui la composent sont tenus de l’honorer

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L’opposante cubaine débute au Brésil une tournée mondiale de plusieurs semaines qui la mènera dans plus de dix pays d’Amérique latine et d’Europe, en passant par les Etats-Unis.

Après cinq années d’attente, Yoani Sánchez a enfin obtenu l’autorisation de se rendre à l’étranger. Suite à la réforme migratoire entrée en vigueur le 14 janvier 2013, qui permet à tout Cubain de quitter le pays sans autre formalité que l’obtention d’un passeport et d’un visa, la plus célèbre opposante au gouvernement de La Havane débute au Brésil une tournée mondiale qui la mènera sur plusieurs continents. Elle sera reçue à Recife par le cinéaste Dado Galvao et participera à la présentation du documentaire Conexión Cuba Honduras[1].

Sa tournée est digne de celle d’un chef d’Etat ou d’une star de la musique et les moyens mis à la disposition de Yoani Sánchez sont impressionnants. En effet, « un programme très intense » attend la jeune opposante de 37 ans[2]. Des conférences sont prévues au Mexique où elle sera l’invitée d’honneur de la Société interaméricaine de presse (SIP) qui tiendra sa réunion semestrielle à Puebla, aux Etats-Unis, avec des rencontres prévues à New York, où elle sera reçue dans les bureaux du New York Times, à Washington et à Miami, en Argentine, au Canada, au Pérou, en Espagne, en Italie, en Pologne, en Allemagne, en République tchèque, aux Pays-Bas et en Suisse[3].

Yoani Sánchez faisant son check-in au comptoir de la compagnie aérienne à l’aéroport international de la Havane. Sa tournée internationale débute au Brésil.

Voyager étant un droit universel reconnu dans la Déclaration des Nations unies de 1948, on ne peut que se réjouir du fait que la principale figure de l’opposition cubaine puisse exprimer ses convictions à travers le monde. Néanmoins, il est inévitable de souligner certains aspects obscurs de la personnalité et de la vie de Yoani Sánchez qui sont l’objet de controverses, et que cette tournée monumentale semble confirmer.

En effet, Yoani Sánchez n’est pas une opposante ordinaire. Après avoir vécu deux années en Suisse, elle a choisi de rentrer à Cuba et d’intégrer l’univers de la dissidence. En 2007, elle a créé le blog Generación Y – traduit en pas moins de 18 langues ! – dans lequel elle y fustige de manière virulente le système et le gouvernement cubains. Sa nouvelle activité a été couronnée de succès. En l’espace de quelques années, Sánchez a reçu de multiples distinctions du monde entier, toutes accompagnées de dotations financières. Au total, la bloggeuse a été rétribuée au total à hauteur de 250 000 euros, c’est-à-dire une somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale, et à 1488 années de salaire minimum à Cuba[4].

A cela s’ajoute le salaire mensuel de 6 000 dollars que lui verse la Société interaméricaine de presse, qui regroupe les grands conglomérats médiatiques privés du continent, et qui a décidé de la nommer vice-présidente régionale de la Commission de liberté de presse et d’information pour Cuba [5]. Le quotidien espagnol El País a également décidé de la nommer correspondante à La Havane, lui octroyant un confortable salaire[6].

Le gouvernement des Etats-Unis, dont l’objectif ouvertement affiché est un changement de régime à Cuba par le biais du financement d’une opposition interne, a fait de Yoani Sánchez sa priorité. Il considère, dans des documents confidentiels rendus publics par Wikileaks, « que Yoani Sánchez peut jouer un rôle à long terme dans une Cuba post-Castro[7] ». L’opposante cubaine est en étroite relation avec la diplomatie étasunienne à Cuba, comme l’indique un câble classé « secret » en raison de son contenu sensible. Elle est tenue en haute estime par l’administration Obama, comme le montre la réunion secrète qui a eu lieu dans son appartement avec la sous-secrétaire d’Etat étasunienne Bisa Williams lors de sa visite à Cuba entre le 16 et le 22 septembre 2010[8].

Michael Parmly, ancien chef de la diplomatie étasunienne à La Havane, qui, d’après les documents confidentiels de la Section d’intérêts nord-américains de La Havane, se réunissait régulièrement avec Yoani Sánchez dans sa résidence personnelle, , a fait part de son inquiétude au sujet de la publication des câbles diplomatiques étasuniens par Wikileaks : « Je serais vraiment ennuyé si les nombreuses conversations que j’ai eues avec Yoani Sánchez venaient à être publiées. Elle pourrait en payer les conséquences toute sa vie[9] ». La question qui vient inévitablement à l’esprit est la suivante : pour quelles raisons Yoani Sánchez serait-elle en danger si ses agissements, comme elle l’affirme, respectent le cadre de la légalité ?

A l’évidence, Yoani Sánchez n’est pas une simple dissidente. Il serait intéressant que la principale figure de l’opposition cubaine profite de sa tournée mondiale pour éclairer certaines zones d’ombres sur son parcours personnel et révèle quels sont les puissants intérêts qui se cachent derrière sa personne.

Salim Lamrani

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27232/a+turne+mundial+de+yoani+sanchez.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Voz de América, « Yoani Sánchez viaja a Brasil el 17 de febrero », 6 février 2013.

[2] Yoani Sánchez, 17 février. https://twitter.com/yoanisanchez

[3] EFE, « La bloguera cubana hablará en Brasil sobre libertad y derechos », 17 février 2013.

[4] Yoani Sánchez, « Premios », Generación Y.

[5] El Nuevo Herald, « Nombran a Yoani en Comisión de la SIP », 9 novembre 2012.

[6] El País, « Artículos escritos por Yoani Sánchez », http://elpais.com/autor/yoani_sanchez/a/ (site consulté le 17 février 2013).

[7] Jonathan D. Farrar, « The U.S. and the Role of the Opposition in Cuba », United States Interests Section, 9 avril 2009, cable 09HAVANA221. http://213.251.145.96/cable/2009/04/09HAVANA221.html (site consulté le 18 décembre 2010).

[8] Joaquin F. Monserrate, « GOC Signals ‘Readiness to Move Forward’ », United States Interests Section, 25 septembre 2009, cable 09HAVANA592, http://213.251.145.96/cable/2009/09/09HAVANA592.html (site consulté le 18 décembre 2010)

[9] Michael Parmly, « Consenso On Line : An Impartial Forum In Cuba », United States Interests Section, 28 juin 2007, cable 07HAVANA622, http://wikileaks.org/cable/2007/06/07HAVANA622.html (site consulté le 15 septembre 2011) ;Stéphane Bussard, « Ma rencontre avec l’auteur des câbles sur Cuba », Le Temps, 30 décembre 2010.

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Une bataille importante vient d’être gagnée contre la fracturation hydraulique dans l’état de New York cette semaine. Les opposants à cette forme d’exploitation dans un état qui possède d’énormes réserves de méthane dans la roche sédimentaire du Marcellus Shale se sont mobilisés par milliers pour maintenir le moratoire de 2010 sur la fracturation hydraulique — leur succès pourrait avoir de vastes conséquences sur le combat pour limiter et éventuellement interdire cette méthode de forage dans d’autres endroits du pays.

Le moratoire a été décrété initialement par l’ancien gouverneur de l’état de New York, David Paterson. Il était prévu que Andrew Cuomo, le gouverneur actuel, qui a reçu davantage de soutien financier de la part de l’industrie de l’énergie qu’aucun autre candidat à l’élection de 2010, lève le moratoire à la fin de ce mois-ci.

Mais pour octroyer des permis d’exploitation, Cuomo a besoin d’un “certificat médical”, à savoir une étude sur l’impact potentiel de la fracturation hydraulique sur la santé réalisée par le Département de la Santé de New York. Le département de la Protection de l’Environnement a besoin de cette étude sanitaire pour pouvoir finaliser son rapport sur l’impact environnemental des protocoles de forage prévus.

Et voilà la grande nouvelle : Le Département de la Protection de l’Environnement n’a pas pu publier ses conclusions dans les délais —la date limite était mercredi— parce que le Département de la Santé a déclaré qu’il reportait la publication de son étude. Sans l’aval du docteur on peut être à peu près certain que Cuomo ne pourra pas déposer les protocoles de forage avant la date limite fixée au 27 février.

Si les protocoles ne sont pas déposés avant le 27 février, il faudra recommencer la procédure de validation à zéro.

Il est intéressant de constater que Cuomo et son administration n’ont fait aucune déclaration à l’approche de la date limite. Le gouverneur n’a pas mentionné la fracturation hydraulique dans son discours sur l’état de l’Etat le mois dernier, alors même que les délégués qui arrivaient dans le Palais des congrès où Cuemo devait faire son discours avaient été accueillis par des milliers de manifestants qui psalmodiaient : “Interdisons la fracture hydraulique tout de suite !”

Joseph Martens, le responsable du département de la Protection de l’Environnement n’a pas non plus mentionné la fracturation hydraulique en lisant le texte de sa déclaration sur les activités du Département pendant une audition sur le budget devant des législateurs d’Albany. Et malgré leur insistance, Martens a refusé de dire où son Département en était sur ce sujet.

On comprend mieux pourquoi quand on sait que, selon des emails que s’est procuré en juin dernier le Groupe de Travail pour l’Environnement (un organisme sans but lucratif), Steven Russo, le commissaire adjoint du Département pour la Protection de l’Environnement, avait soumis un projet de protocoles aux membres des lobbys qui représentent les sociétés de fracturation hydraulique.

En dépit de ce qui ressemblait fort à une campagne soutenue pour les ignorer ostensiblement, les militants anti-fracturation respirent maintenant un peu mieux. “J’ai le sentiment d’être délivré d’un grand fardeau”, a dit Russell Mendell qui a contribué à l’organisation d’une grande manifestation contre ces forages l’été dernier devant la demeure du gouverneur.

La fracturation hydraulique ne serait pas l’objet de toutes ces attentions ici dans l’état de New York sans les pressions massives exercées par le public sur Cuomo et les responsables de la santé et de l’environnement de son administration. Des centaines de manifestations ont eu lieu dans tout l’état. Pendant un sommet politique que le gouverneur avait organisé l’été dernier à Manhattan, les militants ont déployé une bannière de 10 mètres sur l’hôtel Sheraton qui disait : “Cuomo, ne fracture pas New York !” Plus de 6 000 personnes se sont engagées à mettre en place des actions non violentes si des permis étaient délivrés.

Une autre chose laisse penser que l’échéance ne pourra pas être respectée, c’est le fait que le Département de la Protection de l’Environnement a reçu plus de 200 000 commentaires écrits, qui viennent en majorité d’opposants aux forages, pendant la récente période de consultation du public sur les protocoles envisagés. L’agence est obligée de répondre à tous les commentaires avant de valider les protocoles.

La vague de résistance a été plus forte que les 3 millions de dollars que les compagnies qui ont des intérêts dans la facturation hydraulique ont déversé dans l’état pour s’assurer des appuis. Cuomo lui-même aurait reçu entre 150 000 et 200 000 dollars du lobby de la fracturation.

Comme DeSmog l’a révélé récemment, Lawrence Schwartz, le principal collaborateur de Cuomo, détient des actions dans plusieurs compagnies énergétiques dont la valeur diminuera ou augmentera en fonction de la décision qui sera prise dans l’état de New York.

Et il y a aussi le lobby personnel de Cuomo, le Comité pour Sauver l’Etat de New York. Comme l’écrit Kevin Conner, le co-directeur de l’Initiative pour obliger les Décideurs à rendre des Comptes au Public, :

“Les médias ont identifié quatre instances qui soutiennent le Comité et qui ont des intérêts dans la fracturation hydraulique soit directement soit à travers les entreprises qu’elles représentent : Con Edison, le Partenariat pour la ville de New York, le Conseil des Affaires de l’Etat de New York, et le Partenariat Buffalo Niagara. Ces organisations sont des soutiens importants du Comité et l’ont soit directement financé, soit aidé de différentes manières.”

Et je ne parle pas de tous les donateurs du Comité que nous ne connaissons pas. Si vous êtes foreur et que vous voulez donner des fonds à Cuomo, le “Comité pour Sauver les 1%” vous y aidera, à ce qu’affirme l’Initiative pour obliger les Décideurs à rendre des Comptes au Public. Des millions de dollars provenant de donateurs secrets de Wall Street qui espèrent profiter du marché de la fracturation hydraulique ont aussi trouvé le chemin des coffres du Comité.

Le contexte de la fracturation hydraulique

La technique de la fracturation hydraulique —qui consiste à injecter, sous très haute pression, un mélange d’eau, de sable et de centaines de produits chimiques toxiques, appelé fluide, dans la terre à une très grande profondeur pour fissurer les roches sédimentaires et libérer le gaz naturel— existe depuis des dizaines d’années. Mais elle était considérée comme trop coûteuse à cause des lois fédérales de protection de l’environnement ; c’est à dire jusqu’à ce que le Congrès vote en 2005 une loi pour exempter la fracturation hydraulique du respect des lois protégeant l’air et l’eau.

Rédigé par l’ancien responsable de Halliburton et vice-président de l’époque Dick Cheney, le tour de passe passe Halliburton, comme on a fini par l’appeler a transféré la plus grande partie des règles régissant la fracturation de l’état fédéral aux états et aux municipalités.

Les officiels locaux de l’époque ne se sont pas rendus compte de ce qui leur tombait dessus. Le forage intensif a gagné 31 états, et des régions trop pauvrement équipées pour pouvoir exercer le moindre contrôle sur ce qui se passait dans le sol. La production de gaz a augmenté de 20% depuis 2005 et la production de pétrole de 10%.

Pourtant dans certaines des régions étasuniennes où la fracturation hydraulique est la plus dense, il n’y a toujours en moyenne qu’un inspecteur pour 2 000 puits. Dans l’état du Nouveau Mexique, le ratio est d’un inspecteur pour 4 500 puits.

Les billets verts ont accompagné le fluide de la fracturation. En quantité. L’argent de la fracturation a décidé du résultat d’élections pour quelques milliers de dollars et a poussé beaucoup de ranchers et de fermiers à louer les terres qui ne donnaient pas de très bonnes récoltes.

Mais beaucoup de ceux qui ont loué leurs terres aux foreurs se sont ensuite rendu compte que leur eau était polluée (et parfois inflammable) et que l’air était chargé d’hydrocarbures cancérigènes. Avec l’efficacité de vampires, les firmes de forage ont réussi à aspirer tout le gaz et le pétrole de la terre avant de disparaître avec les profits en laissant pourrir ce qu’ils laissaient sur place.

Et nulle part la colonisation d’un état de l’Empire par l’industrie du gaz n’a été plus juteuse qu’en Pennsylvanie. Cet état se situe sur la formation rocheuse du Marcellus Shale, dans le bassin des Appalaches, qui s’étend des Etats-Unis du sud jusqu’au nord de l’Ontario et contient entre 4,6 à 8,9 trillions de m3 de gaz suivant les estimations.

Tom Corbett, le gouverneur de Pennsylvanie, a reçu plus d’un million de dollars de contribution des entreprises de forage pendant sa campagne de 2010. En échange, il ne leur a pas ménagé ses faveurs, en bloquant les lois qui auraient taxé l’extraction du gaz et en leur octroyant des milliers de permis aux dépens de l’environnement.

Les entreprises de forage aimeraient sans aucun doute investir l’état de New York comme elles ont conquis la Pennsylvanie. Mais les évènements de cette semaine ont montré que le peuple a le pouvoir de s’organiser et de contrer les puissants intérêts de l’extraction des combustibles fossiles.

Il est temps maintenant que les communautés qui mènent des campagnes populaires pour la justice sociale et écologique fassent la même chose.

Peter Rugh

Peter Rugh est un écrivain et militant basé à Brooklyn, New York.

Pour consulter l’original : http://occupy.com/article/new-yorks-victory-against-big-gas-…

Traduction : Dominique Muselet

Version française sur Le Grand Soir

 

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Avec un pourcentage de voix et une différence entre lui et son rival le plus immédiat qu’ auraient bien voulu avoir Obama, Hollande et Rajoy, la victoire écrasante de Rafael Correa donne quelques leçons qu’il est bon de récapituler. D’abord, et le plus évident, la confirmation du mandat populaire, pour continuer sur le chemin tracé mais, comme a dit Correa lors de sa conférence de presse, en avançant plus vite et plus profondément. Le président réélu sait que les quatre années à venir seront cruciales pour assurer l’irréversibilité des réformes, au terme de dix ans de gestion, qui auront abouti à la refondation d’un Équateur meilleur, plus juste et plus soutenu. Lors de la conférence de presse en question il a précisément dit : « Ou nous changeons le pays maintenant ou nous ne le changeons plus ». Le projet de créer un ordre social basé sur le socialisme du «  sumak kawsay  », le « bon vivre » de nos peuples originaires, exige d’agir avec rapidité et détermination. Mais cela, la droite nationale et l’impérialisme le savent bien aussi, et c’est pourquoi on peut prédire qu’ils vont redoubler leurs efforts pour éviter que se renforce le processus de la « Révolution Citoyenne ».

La deuxième leçon : est que si un gouvernement obéit au mandat populaire et met en place des politiques publiques dont bénéficient les majorités nationales – ce qui finalement est le sens de la démocratie – la loyauté de l’électorat peut être considérée comme sûre. La manipulation des oligarchies médiatiques, la conspiration des classes dominantes et les stratagèmes de l’impérialisme s’écrasent contre le mur de la fidélité populaire.

Troisièmement, et comme corollaire du point précédent, le triomphe écrasant de Correa démontre que la thèse conformiste si répandue dans la pensée politique conventionnelle à savoir : que « le pouvoir use », est seulement valable en démocratie quand le pouvoir est exercé au bénéfice des minorités riches ou quand les processus de transformation sociale perdent leur consistance, hésitent et finissent par se diluer. Quand, en revanche, on gouverne avec en vue le bien-être des victimes du système, il passe ce qui s’est passé hier en Équateur : si lors de la présidentielle de 2009, Correa avait gagné dès le premier tour avec 51 % des voix, hier il l’a fait, selon le décompte disponible au moment d’écrire cet article (25 % des dépouillements), avec 57 %. Au lieu de l’ « usure », nous nous trouvons face à une consolidation et progression du pouvoir présidentiel.

Quatrième et dernier point : avec cette élection on dépasse la paralysie décisionnelle générée par une Assemblée Nationale qui s’est opposée avec intransigeance à certaines des initiatives les plus importantes proposées par Correa. Bien qu’il y ait peu de chiffres disponibles à ce sujet, il n’y a pas de doutes que l’Alianza Pais aura la majorité absolue au sein des députés et des chances d’atteindre une représentation parlementaire qui lui permet de disposer d’une majorité qualifiée des deux tiers.

Conclusion : les temps ont changé. L’élection en forme de plébiscite d’un président qui a mené un processus de formidable changements sociaux et économiques en Équateur, qui joue le rôle important dans l’intégration latinoaméricaine, qui a fait entrer son pays dans l’ALBA, qui a mis fin à la présence militaire US dans la base de Manta, qui a réalisé un audit exemplaire de la dette extérieure en réduisant significativement son montant, qui octroie l’ asile à Julian Assange et qui retire l’Équateur du Ciadi, n’est pas quelque chose que l’on voit tous les jours. Félicitations Rafael Correa, salut à l’Équateur !

Atilio Borón

Página 12 Buenos Aires, le 18 février 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

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Atilio Boron,
politicologue et sociologue argentin, est directeur du PLED, Centre Culturel de la Coopération Floreal Gorini.