Depuis deux ans, je soutiens l’hypothèse que de 2005 à 2010 une campagne de relations publiques intensive avait pour objectif une hausse des droits de scolarité au Québec. À mon avis, cette campagne a été déterminante au moment où la proposition de hausse des droits a été formellement proposée lors du premier budget Bachand. Jusqu’à maintenant, cette impression était liée à une lecture très personnelle des médias. Ce samedi, alors que je devais participer à un colloque au département de sociologie à l’UQAM, il m’est venu l’idée saugrenue de vérifier empiriquement cette hypothèse. J’y ai donc passé quelques jours…

Métho

Pour tenter de vérifier la chose, j’ai parcouru un peu plus de 1400 textes de La Presse, Le Devoir et Le Journal de Montréal datés entre le 1er mai 2005 (fin de la grève de 2005) et le 17 mars 2010 (veille du dépôt du premier budget Bachand). Je me suis limité aux principaux quotidiens pour deux raisons : il est plus facile de faire du repérage de mots dans les médias écrits et je crois (il faudrait vérifier) que les positions défendues là sont à peu près les mêmes que celles défendues dans les médias.

De ces 1400 textes j’en ai isolé 771 qui portaient réellement sur la hausse des droits (les autres textes abordaient une foule d’autres sujets ou ne mentionnaient les mots frais/droits de scolarité qu’au passage). J’ai ensuite codifié l’ensemble de ces textes. Une première catégorie servait à désigner les articles (écrit par un-e journaliste professionnel-le dans le but de rapporter des événements ou les paroles de quelqu’un-e), éditoriaux ou chroniques (écrit par quelqu’un-e payé par le quotidien pour partager son opinion ou son analyse) ou encore les lettres ouvertes (écrite par quelqu’un-e que le quotidien ne salarie pas, mais choisie par un-e employé-e du quotidien).

Le deuxième élément codifié concernait la nature du texte : était-il en faveur de la hausse, contre la hausse, ou encore neutre/nuancé. Dans le cas des articles, le code attribué ne dépend pas de l’opinion présumée du journaliste, mais bien en fonction des camps à qui l’on donne la parole (si les deux s’expriment, l’article est considéré « neutre »). Les éditoriaux, chroniques ou lettres ouvertes classés comme « nuancés » étaient en vaste majorité en faveur de la hausse, mais ajoutaient un bémol à cette posture. Seule exception : pour moins d’une dizaine de cas, j’ai traité comme « nuancés » des textes argumentatifs dont je n’arrivais pas à saisir la position.

Évidemment, cette méthodologie est à l’image du peu de temps dont j’ai bénéficié pour réaliser cette analyse. Le positionnement des articles ou de leur capacité à convaincre n’a pas été considérée. Le seul phénomène étudié est donc la répétition. En dépit des limites, le résultat de cette analyse est intéressant.

Vue d’ensemble

Alors? Qu’est-ce que l’on obtient suite à cette compilation ? Eh bien si on regarde l’ensemble des textes voici la répartition des pour, des contre et des « neutre ou nuancé ».

Graphique 1 : Ensemble des textes

L’avantage est clairement pour ceux qui sont favorables à la hausse. Pour être bien honnête, cet avantage était moindre que celui que j’anticipais suite à ma seule lecture des journaux au fil des ans.

Mais cette impression redevient réaliste lorsqu’on procède à une division des textes par type.

Graphique 2 : Ensemble des articles

En effet, le bilan des articles rédigés par des journalistes professionnels est équitable. Il semble que les journalistes des trois médias à l’étude aient, pendant cette période, donné la parole et couvert des évènements de façon relativement équitable.

Graphiques 3 : Ensemble des lettres ouvertes

Les lettres ouvertes sont nettement favorables à la hausse des frais de scolarité, surtout si l’on se rappelle que les lettres ouvertes jugées « neutres ou nuancées » sont très majoritairement en faveur de la hausse.

L’avantage n’est pas aussi démesuré toutefois que ce que l’on trouve du côté des chroniques et éditoriaux.

Graphique 4 : Ensemble des chroniques et éditoriaux

Le résultat cette fois est limpide. Sur les 143 éditoriaux et chroniques publiés pendant ces cinq années et qui ont abordé la question de la hausse des frais de scolarité, 125 ont clairement pris position en faveur de la hausse, 14 ont mis un bémol à cet appui et quatre textes seulement – moins d’un texte par année! – s’y sont opposés.

Les différences entre quotidiens

Maintenant que nous avons vu les variations pour l’ensemble des textes étudiés, voyons comment les choses se répartissent entre les trois quotidiens.

Graphique 5 : Ensemble des textes par quotidien

Les variations entre les trois quotidiens sont importantes. Le Devoir, qui a publié le plus de textes sur la question (310 au total) est celui qui a la plus grande part de textes neutres et la plus grande part de textes contre. Pour chaque texte favorable publié, 2,1 textes défavorables l’ont été. La Presse offre le portrait inverse : pour chaque texte qui prend position contre la hausse, 2,3 textes en faveur ont été publiés. LeJournal de Montréal (qui a publié la moitié moins de textes sur la question que les deux autres quotidiens) est dans la même situation que La Presse avec deux fois plus de textes en faveur que de textes opposés à la hausse.

Graphique 6 : Ensemble des articles par quotidien

Comme on pouvait s’y attendre les différences sont moins marquées pour les articles strictement informatifs.Le Devoir donne plus d’espace aux opposants à la hausse, mais à première vue, ce n’est probablement pas étranger au fait qu’il a affecté plus de ressources à la couverture du mouvement étudiant que les autres quotidiens. Pour chaque article en faveur de la hausse Le Devoir en publie 1,2 en défaveur. Les deux autres quotidiens sont encore plus proches de la parité.

Graphique 7 : Ensemble des lettres ouvertes par quotidien

Le bel équilibre des articles ne se traduit pas dans les lettres ouvertes. Là encore, La Presse et Le Devoir sont carrément à l’opposé l’un de l’autre. Pour chaque lettre en faveur de la hausse, Le Devoir en publie 1,7 contre tandis que pour chaque lettre contre la hausse qu’elle publie, La Presse publie… 4,2 lettres d’opinion en faveur!

Graphique 8 : Ensemble des chroniques et éditoriaux par quotidien

Sans surprise, l’unanimité que nous avions constatée au graphique 4 se reflète à nouveau dans cette répartition par quotidien. Peu de choses à en dire sinon celle-ci : alors que La Presse a publié moins d’articles et de lettres ouvertes que Le Devoir à propos des frais de scolarité, elle a publié deux fois plus d’éditoriaux et de chroniques en faveur de cette hausse que Le Devoir. On peut dire quelque chose de similaire à propos du Journal de Montréal qui dépasse légèrement Le Devoir en matière de nombre d’éditoriaux ou chroniques alors qu’il est loin derrière du côté des articles et des lettres ouvertes.

Ce premier coup d’œil tend à confirmer mon hypothèse de départ. Mais n’allons pas trop vite, il reste encore tout plein de données à étudier. Dans le prochain billet, nous verrons qui a participé à cette campagne de relations publiques, comment elle s’est inscrite dans le temps et quel effet elle a eu sur l’opinion publique.

Gel des prix dans les supermarchés jusqu’au 1 er avril en Argentine : la Secrétaire d’état au Commerce Intérieur a signé un accord en ce sens avec l’association représentant les principaux supermarchés du pays – Asociación de Supermercados Unidos -. Une mesure attendue car le spectre de l’inflation est en train d’intoxiquer l’Argentine, et on le sait il s’agit d’un facteur qui s’emballe à la première occasion.

Les premiers responsables sont souvent les intermédiaires entre le producteur et le consommateur final. Non contents et satisfaits d’une croissance soutenue depuis dix ans qui a permis de mieux vivre, certains agents économiques seraient mués par le désir de s’enrichir au plus vite, et chacun de pousser à la hausse les prix, des salaires… et c’est ainsi que se nourrit la spirale perverse.

L’été étant de surcroit une période propice à l’envolée des prix, notamment dans les zones de villégiature. La présidente argentine qui a abordé la question de l’inflation dans un discours du 25 janvier dernier, a d’ailleurs appelé les citoyens à faire usage de leur pouvoir de consommateur, et de sanctionner en les boudant qui des hôtels, restaurants… faisaient grimper les prix trop vite. En clair, le consommateur argentin doit reprendre la main. D’ailleurs, quand les prix ont flambé trop vite sur la cote atlantique, et que les réservations ont tardé, les hôteliers ont compris le message et baissé les prix.

Le consommateur doit exercer son pouvoir

Reste que cela concerne aussi et surtout les produits de consommation les plus basiques, et là, c’est la distribution qui est responsable. Or 80% des aliments, boissons et articles de produits ménagers sont produits par 28 entreprises en Argentine. Le secteur de la distribution est également très concentré qui regroupe – Coto, Jumbo, Carrefour, Vea, Disco, Walmart, La Anónima et Cadena Libertad de Bahía Blanca- et contrôle aussi des grossistes. Et c’est pourquoi cet accord arraché aux grands distributeurs est important. On table aussi sur le jeu de la concurrence d’autres circuits de distribution comme les supermarchés chinois ou les petites surfaces. Reste à savoir ce qui va se passer à partir du 1er avril. Et dans les autres secteurs. Mais avec des hausses successives de prix depuis plusieurs mois, et le fait que les industriels verront leur prix gelés aussi, les grands distributeurs peuvent encaissés deux mois de gel de prix sans perdre leurs marges.

Facteur hautement subjectif

Le sujet est des plus sensibles. Inflation il y a, croissance aussi donc rien ne justifie que le tout s’emballe. Selon l’Indec, la variation de l’indice des prix à la consommation en 2011 a été de 10,8 %. Mais d’autres indicateurs le donne du double. Tout le monde veut sa part du gâteau ou du moins suivre le mouvement. Encore récemment le gouvernement argentin a annoncé, une progression du 15% des retraites de base au 1er mars. La retraite minimum a augmenté de 28% depuis mars 2012. Difficile, même si on évoque des rattrapages historiques de nier la présence de tensions inflationnistes.

La question sur l’inflation n’est plus – y en a t il ?- mais – comment éviter que cela s’emballe ?. Car cette hausse des prix participe à déstabiliser le pays et surtout sa monnaie car elle nourrit la spéculation autour du dollar qui se trame sur le marché noir. Le dollar « bleu » comme l’appelle les argentins. Conséquences de craintes anciennes, ils ne peuvent s’empêcher de croire à la suprématie du billet vert, qui pourtant dans le reste du monde n’a plus la cote comme valeur refuge, à commencer par la Chine qui s’en débarrasse autant qu’elle peut ! Et pourtant ce dollar « bleu » s’est envolé il y a quelques pour frôler les 8 pesos alors que son cours officiel est à 4,99 et cela sans que ne survienne d’événement politique ou économique le justifiant.

Depuis, il a légèrement reculé à 7,58 (au 5/02/2013). Avec les mêmes soupçons de spéculations – à la hausse ou à la baisse -, difficile de juger ce changement de tendance ; une chose est sûre, c’est le manque de transparence de ceux qui opèrent et entretiennent ce marché illégal. Car évidement , il est aussi lié à l’évasion fiscale. On peut se demander pourquoi le gouvernement n’agit pas plus drastiquement pour désarticuler ces filières du marché noir du dollar ; serait-il inhibé par la peur de la répression ?

Marionnettes

De leurs cotés, les autorités de la Banque Centrale laissent entendre que le dollar « bleu » s’envole parce qu’aussi soutenu par une demande saisonnière, qui s’aplanira une fois les vacances terminées, compte tenu du besoin d’une autorisation de l’AFIP – administration fiscale – pour acheter des devises étrangères : il faut être en règle avec ses impôts. Le gouvernement ayant pris des mesures d’encadrement du marché des changes il y a plusieurs mois pour limiter la fuite des capitaux et aussi son pendent l’évasion et la fraude fiscale ! Mais la folie spéculative qui s’empare du dollar « bleu » est aussi entretenue par les rumeurs savamment distillées dans la presse d’opposition d’incontournable dévaluation, ou effondrement des changes, transformant le cours du dollar « bleu » en une sorte d’indicateur de risque du pays. Ce qui participe largement à l’auto-intoxication. Le sujet devient subjectif, psychologique, irrationnel.

Mais les Argentins de la classe moyenne qui se prêtent à ce jeu dangereux, n’ont pas encore compris que ce ne sera pas eux les gagnants – qu’ils sont des marionnettes -, car les grands spéculateurs de ce marché illégal – qui tirent les ficelles et pèsent lourds -, eux jouent tant à la hausse qu’à la baisse, et sortiront les gagnants de cette spirale car ils jouent « contre » le pays, et donc son peuple, sur les marchés financiers !

En attendant le gouvernement argentin a une marge de manœuvre étroite sur ce sujet, (desserrer l’étau sur les restrictions des devises, traquer et éradiquer le marché parallèle du dollar…) qui passe certainement par une meilleure communication.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo. Paris, le 6 février 2013.

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« La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat » Hanna Arendt.

« La propagande est à la démocratie, Ce que la violence est à la dictature ». Noam Chomsky

De la guerre sémantique : Les paramètres de départ: Les raisons de l’absence d’audibilité de l’opposition démocratique syrienne.

Primo: Les Etats-Unis et l´Union européenne, c’est à dire le bloc atlantiste, contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde.

Deuxio: Israël représente le 3me pays par ordre d’importance en termes de couverture médiatique, en unité de bruit médiatique (UBM), derrière les Etats-Unis (300 millions d’habitants) et la Chine (1,5 milliards d’habitants). Malgré les conditions de sa naissance controversée, Israël a réussi à occuper le devant de la scène médiatique, captant constamment l’attention de l’opinion occidentale, réussissant le tour de force de placer sur la défensive tous ses contradicteurs.

Les Européens, naturellement, assignés à un complexe de culpabilité éternel du fait du génocide hitlérien,

Les Américains, par instrumentalisation d’un important groupe de pression pro israélien animé d’une volonté de domination hégémonique sur la zone pétrolifère du Moyen orient,

Le Monde arabe, enfin, par son indigence à maîtriser les techniques de communication de la guerre psychologique moderne, doublée d’un défaut d’un argumentaire accessible à l‘opinion occidentale.

Tertio: Toutes les grands chaines transfrontières arabes sont, toutes, adossées à des bases militaires atlantistes: Al Jazira à la base du Centcom à Doha, la saoudienne Al Arabia de Doubaï, à la base aéronavale française d’Abou Dhabi, enfin la nouvelle chaine du Prince al Walid Ben Talal, «Al-Arab», à la base navale américaine de Manama (Bahreïn).

Les médias contestataires de l’ordre hégémonique occidental, Press Tv (Iran), Russia Today et Mayadine de Ghassane Ben Jeddo, un ancien d’Al Jazira, sont de peu de poids face à ces mastodontes.

Sauf à s’incliner devant le diktat occidental, aucun opposant syrien, si prestigieux soit-il, ne saurait être audible encore moins crédible.

Songez à la précipitation de Bourhane Ghalioune, premier président de l’opposition off-shore, à annoncer la rupture de l’alliance stratégique entre la Syrie et l’Iran, sans contrepartie, en guise de gage aux Israéliens et aux Américains. Songez à la fatwa d’un dignitaire religieux de rendre licite l’assassinat de Bachar  Al Assad, prioritairement à un israélien, deux symptômes d’une grave perversion mentale et morale

Dans leur bataille idéologique pour la conquête de l’imaginaire des peuples, gage essentiel de la pérennité d’une nation, les États-Unis ont développé un argumentaire reposant sur une double articulation:

-un argument intellectuel, le principe de la liberté de la circulation de l’information et des ressources,

-un argument pratique, le fait que les États-Unis soient la seule grande démocratie au monde à ne disposer ni d’un ministère de la culture, ni d’un ministère de la communication, preuve irréfutable, selon eux, d’un régime de liberté.

Présenté comme l’antidote absolu au fascisme et au totalitarisme, le principe de la liberté de l’information a constitué un des grands dogmes de la politique des Etats-Unis de l’après-guerre, son principal thème de propagande.

Certes il n’y a ni ministère de la culture ni ministère de la communication dans le gouvernement des États-Unis, mais, dans cette bataille idéologique, les États-Unis ont pratiqué, non l’attaque frontale mais l’entrisme, une stratégie de contournement périphérique,

Une diplomatie multilatérale instrumentalisant les organisations internationales à vocation universelle ou spécifique, doublée d’une diplomatie parallèle de ses agences spécialisées: la CIA (agence centrale du renseignement) et les Fondations philanthropiques pour le blanchiment des fonds.

Que ce soit l’ONU, L’UNESCO, le Conseil économique et social de l’ONU ou l’Organisation interaméricaine, toutes auront inscrit dans leur charte « le principe de la liberté de l’information». Toutes, peu ou prou, auront fait office de tribune pour la propagation de la doctrine américaine de la libre circulation de l’information.

En deux ans, la structure de la diplomatie multilatérale de l’après-guerre est verrouillée par ce principe. Les États-Unis réussissent à le faire figurer dans la charte des cinq grandes organisations internationales (ONU, UNESCO, ECOSOC (Conseil Economique et Social), Organisation interaméricaine et l’Assemblée générale de l’ONU).

L’ONU comptait à l’époque cinquante-cinq membres, le quart du nombre actuel avec une majorité automatique pro-occidentale composée de pays européens et latino-américains sous la férule états-unienne. Tous les grands États du tiers-monde en sont absents. La Chine continentale est boycottée au profit de Taiwan, l’Inde et le Pakistan, les deux nouvelles puissances nucléaires d’Asie sont sous domination anglaise de même que le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux géants de l’Afrique, nouveaux candidats au titre de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, tandis que le Maghreb et l’Afrique occidentale se trouvent, eux, sous contrôle français.

 La Global Connection et les prédicateurs électroniques

Le dispositif médiatique mis en place pour mener de pair le combat contre le communisme, sur le plan international, et le combat contre l’athéisme, sur le plan arabo-musulman, a répondu à un objectif qui relève dans la terminologie militaire du «tir de saturation tous azimuts», dans une stratégie dite de «Global connection», visant à enserrer la planète dans un maillage global de vecteurs multimédias à la périodicité variable.

Aux radios profanes de l’époque de la guerre froide, -Radio Free Europe, soutenue intellectuellement et matériellement par la puissante Freedom House, et Voice of America, se sont ajoutés les nouveaux vecteurs créés à l’occasion de la Deuxième Guerre contre l’Irak en 2005, Radio Sawa (Ensemble), la chaine de télévision Hurra (Libre), avec en superposition une vingtaine de grandes corporations radiophoniques religieuses, notamment Trans World Radio (TWR), Adventiste World Radio (AWR), FEBA Radio, IBRA Radio. Ces «prédicateurs électroniques disposent de moyens financiers et techniques sans équivalent dans les deux tiers des pays de la planète, qui sont autant d’instrument d’accompagnent de la diplomatie souterraine américaine.

Le langage comme marqueur d’identité culturelle: contrôle du contenant et du contenu

Le bloc occidental maitrise non seulement le contenant (les vecteurs) mais également le  contenu (le langage) de sorte que la liberté d’information, un des fondements de la démocratie, existe, mais uniquement pour ceux qui en maitrisent les codes. La bataille de Syrie en apporte quotidiennement la preuve.

L’individu n’est pas un moulin à paroles. Les mots ont un sens et ne constituent pas une enfilade de paroles verbales. Les mots ne sont pas neutres, ni innocents. Les mots tuent parfois. Cela est encore plus vrai pour les Etats, particulièrement en période de guerre.

Guerre psychologique autant que guerre sémantique, la guerre médiatique vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur, en l’occurrence la puissance émettrice en lui imposant son propre vocabulaire, et, au-delà, sa propre conception du monde.

Dans ce contexte, le langage est un marqueur d’identité culturelle de la même manière que les empreintes digitales, le code génétique, les mesures anthropométriques sont des marqueurs biologiques et physiques.

L’accent, l’usage des termes, le ton révèlent l’identité culturelle de l’être. Sous une apparence trompeuse, des termes généraux, lisses et impersonnels, le langage est codifié et pacifié. Il devient alors un redoutable instrument de sélection et de discrimination.

Un Plan social renvoie à une réalité immatérielle contrairement au terme douloureux de licenciement massif. De même qu’ «externalisation et sous-traitance» à des opérateurs fonctionnant en dehors des normes de la législation sociale.

«Délocalisation» masque une opération visant à optimiser le rendement en exploitant une main d’œuvre bon marché et surexploitée des pays pauvres et souvent dictatoriaux, sans la moindre protection sociale. «Privatisation», une opération qui consiste souvent à transférer à des capitalistes des entreprises du service public souvent renflouées par les deniers publics, c’est-à-dire les contribuables.

Même au niveau du discours politique le langage est aseptisé au point que l’ancien premier ministre socialiste Pierre Mauroy avait reproché au candidat socialiste aux présidentielles de 2002, Lionel Jospin, d’avoir gommé dans son discours le terme de «travailleurs».

Dans le langage convenu, l’on préfère le terme pudique de «Gens de condition modeste» à celui plus parlant de «pauvres» de même pour le tandem «Exclus et «exploités». Ou encore «Classes» (qui suggère idée de lutte) et couches sociales. Couches comme couches de peinture.

Le langage est connoté. A l’instar du Syllabus papal du XIX me siècle (2), qui prohibait l’usage de certains termes tels laïcité ou séparation Eglise Etats, le seul langage licite à l’époque contemporaine est le LQR «Lingua Quintae Respublicae», le langage en vogue sous la Vème République Française, homologué, estampillé. En raison sans doute du rôle moteur de la France dans les «guerres de libération» du Monde arabe.

(Cf. A ce propos Eric Hazan: LQR : La propagande du quotidien (Raisons d’agir éditions)

Gare à quiconque recourt à un langage personnalisé, forgé dans un vocabulaire qui lui est propre. L’homme risque l’ostracisme, aussitôt mis à l’index, affublé d’une tare absolue, irrémédiable: «ringard», «tricard», etc.

La Langue substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion, ceux de la conformité et de la soumission. L’on prône la flexibilité au lieu de la précarité, dans un pays qui a érigé la rente de situation en un privilège à vie, notamment au sein de la haute fonction publique. Les Enarques ont une rente de situation à vie, mais quiconque ose relever cette incongruité est accusé de faire le lit du «populisme».

Il en est de même au niveau diplomatique: Problème du Moyen Orient ou Question d’Orient. Pour un problème, la réponse est unique, le problème ouvre la voie à des experts qui doivent techniquement apporter la solution. Mais la question d’Orient est plus floue. Une question suggère des réponses multiples, et induit l’absence de solution immédiate. Selon que vous utilisez un terme ou l’autre vous serez classé «moderne et dynamique» ou «ringard».

Un exemple «Le Figaro» du 28 Août 2004 titre en manchettes «L’aveu du président Bush», sans que le journal ne précise en quoi consistait cet aveu, à propos de quoi. Dix ans auparavant, tout autre journal complaisant aurait titré: «Le président Bush admet son échec dans ses prévision sur l’Irak».

Mais si par malheur un journaliste audacieux avait titré la stricte vérité «Bush, le grand perdant de la guerre d’Irak», il aurait été aussitôt accusé d’«anti-américanisme primaire». La «Novlangue» résulte de la présence de plus en plus manifeste de décideurs- économistes et publicitaires- dans le circuit de la communication, assurant une installation en douceur de la pensée néolibérale.

Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet est à long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal.

Dans la guerre des ondes règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tall Ar-Rabih» (La colline du printemps)? Près d’un siècle d’émissions successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle. “Tal AR-Rabih” est désormais mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque, Tel Aviv, la grande métropole israélienne. Le travail de sape est permanent et le combat inégal. Il en est de même des expressions connotées.

Génocide et Shoah

L’extermination d’une population en raison de ses origines s’appelle en français «génocide».

Il en est ainsi du génocide arménien en Turquie, comme du génocide des Tutsis au Rwanda. Lui préférer l’expression hébraïque du terme biblique de «Shoah» (holocauste) signe son appartenance au camp pro-israélien.

Israël n’a jamais reconnu le caractère de «génocide» aux massacres des Arméniens en Turquie au début du XX me siècle, sans doute pour marquer le caractère unique des persécutions dont les Juifs ont été victimes en Europe. D’abord en Russie, les «pogroms» de la fin du XIX me siècle, puis en Allemagne et en France durant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).

Il en est aussi des termes antisémitisme et antiracisme. Arabes et Juifs sont des sémites, mais l’antisémitisme ne concerne que les Juifs, pour se distinguer des autres, alors que l’antiracisme englobe Arabes, Noirs, Musulmans, Asiatiques etc. Le Président Jacques Chirac, lui-même, en fustigeant «l’antisémitisme et le racisme» dans son discours d’adieu, le 27 mars 2006, a consacré dans l’ordre subliminal un racisme institutionnel.

Jusqu’à présent, les pays occidentaux en général, les Etats-Unis en particulier, auront exercé le monopole du récit médiatique, un monopole considérablement propice aux manipulations de l’esprit, qui sera toutefois brisé à deux reprises avec fracas avec des conséquences dommageables pour la politique occidentale:

-La première fois en Iran, en 1978-1979, lors de la «Révolution des cassettes» du nom de ces bandes enregistrées des sermons de l’Imam Ruhollah Khomeiny du temps de son exil en France et commercialisées depuis l’Allemagne pour soulever la population iranienne contre le Chah d’Iran,

-La deuxième fois à l’occasion de l’Irangate en 1986, le scandale des ventes d’armes américaines à l’Iran pour le financement de la subversion contre le Nicaragua, qui a éclaté au grand jour par suite d’une fuite dans un quotidien de Beyrouth «As-Shirah», mettant sérieusement à mal l’administration républicaine du président Ronald Reagan.

Les analphabètes secondaires

Hormis ces deux cas, les Etats-Unis auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec des puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique, noyant les auditeurs sous un flot d’informations, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de faire des auditeurs lecteurs de parfaits «analphabètes secondaires», pour reprendre l’expression de l’allemand Hans Magnus Einsenberger (3).

Non des illettrés, ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en phase de processus de «désorientation», psychologiquement conditionné et réorienté dans le sens souhaité.

Pur produit de la phase de l’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, «l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre. La perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles.

Une inversion radicale du schéma économique se produit et la loi de l’offre et de la demande se décline désormais selon un mode radicalement différent: la fabrication du désir de consommation détermine désormais l’activité d’une entreprise. Ce n’est plus le consommateur qui commande le rythme de la production mais le producteur qui orchestre désormais le désir de consommation. Le contrôle de l’appareil de production parait compter désormais moins que la maîtrise de la demande de consommation.

Le citoyen actif cède ainsi le pas au consommateur passif, l’aventurier de l’esprit au téléphage, le journaliste à l’animateur de divertissement, le patron de presse au capitaliste, entraînant du coup le glissement du journalisme vers le règne de l’«infotainement» néologisme provenant de la contraction de l’information et de l’Entertainment (terme américain de divertissement).

La mondialisation des flux d’information permet ainsi la mise sous perfusion éditoriale d’un organe de presse et par voie de conséquence la sédentarisation professionnelle de l’information, stade ultime de l’analphabétisme secondaire. Toutefois ce viol du monde par la publicité et la propagande par la profusion des sons et des images, dans le paysage urbain, sur les écrans dans la presse, au sein même des foyers, se heurte à des résistances éparses mais fermes.

De même que le monopole du savoir par la technocratie est battu en brèche, sur le plan international, par des contre-pouvoirs notamment les acteurs paraétatiques (Greenpeace, Amnesty International, Human Right Watch, Médecins sans frontières, Attac, démultipliant les sources d’information non contrôlées, de même l’informatique a développé au niveau de l’information une sphère d’autonomie contestataire à l’ordre mondial américain. Chaque percée technologique s’est accompagnée d’une parade.

A la cassette du temps de la révolution khomeyniste a succédé le fax puis les sites Internet enfin le blog, le journal électronique en ligne, le tweet, dont le développement s’est accéléré depuis la guerre d’Irak et la dernière campagne présidentielle de George Bush jr (2004), des parades qui retentissent comme la marque d’une revanche de l’esprit contestataire et de la sphère de la liberté individuelle, en réaction au matraquage de la propagande et la concentration capitalistique des médias.

De la Syrie

Ce propos est explicatif. Il ne comporte pas justificatif. Au-delà d’un régime contestable, il importe de pérenniser la Syrie. La destruction d’un régime, si critiquable soit-il, ne justifie pas le démantèlement d’un pays, qui constitue un joyau de la civilisation, un foyer de la coexistence interconfessionnelle et du nationalisme militant

Pour qu’une Syrie laïque et démocratique puisse voir le jour, il importe de clarifier les termes du débat, de démasquer les conspirateurs et de mettre un terme à l’enfumage médiatique qui brouille les enjeux.

Sur les enjeux de la bataille de Syrie Cf. à ce propos

http://www.renenaba.com/la-bataille-de-syrie-et-la-capture-par-l%E2%80%99iran-d%E2%80%99un-drone-americain-sophistique/

D’affirmer haut et fort:

-Que le pouvoir syrien est une dictature hideuse, de même que les principaux bailleurs de fonds régionaux de l’opposition off-shore.

-Que la fin ne justifie pas les moyens. Qu’à ce titre, les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis.

-Qu’il est malsain de substituer une dictature par une autre dictature de surcroît propulsée par les forces obscurantistes, répressives et régressives.

Malsain de substituer une minorité autocratique par une majorité tyrannique éradicatrice. Cela vaut pour la Syrie comme pour Bahreïn, en schéma inversé. S’il est malsain que la minorité alaouite exerce son hégémonie sur la Syrie, il est tout aussi malsain que la minorité sunnite de Bahreïn exerce son emprise sur la majorité chiite de l’ile.

Malsain de justifier les dérives terroristes du combat au prétexte de combattre une minorité (les Alaouites en Syrie), tout en justifiant ces mêmes dérives d‘un pouvoir minoritaire sunnite combattant la majorité chiite au Bahreïn.

Si le danger d’un croissant chiite existe sur le Monde arabe, le danger est tout aussi important d‘un croissant salafiste sur les démocraties arabes. Gardons-nous de tout manichéisme. Un chiite n‘est pas malfaisant du fait même de son appartenance chiite et un sunnite bienfaisant selon ce même principe. Le sunnite peut être mécréant s’il enfreint les prescriptions de sa religion, et le chiite croyant s’il respecte les siennes. Les guerres de religion sont d‘un autre âge et l’Europe en a lourdement payé le prix. Faisons en l’économie en tirant profit des expériences d’autrui.

Pour mémoire

Au pouvoir en Iran et en Irak, par effet d’aubaine dans ce dernier cas, disposant de surcroît d’une redoutable capacité de nuisance au Liban, les Chiites constituent le groupement ethnico-religieux qui a enregistré, en trente ans, la plus forte progression sur la plan de la dissuasion militaire et de l’autosuffisance technologique mettant en échec les menées hostiles du camp atlantiste.

En contrechamps, l’Islam Wahhabite scellait sa soumission à l’axe israélo-américain, sans la moindre contrepartie sur le plan palestinien, ni au niveau de la sécurisation de l’espace national arabe, s’inscrivant dans les annales de l’histoire comme le plus gros exportateur de djihadisme erratique. L’ingratitude ne constitue pas toujours la forme la plus achevée de l’intelligence politique.

Foin de dichotomie sunnite-chiite. C’est le patriotisme, l’attachement aux valeurs démocratiques, le souci du bien commun, qui doivent être déterminant et non l’appartenance religieuse. Telles sont les règles de base du combat démocratique.

A ce titre toute opposition n’est pas légitime, dès lors qu’elle prend appui sur l’ancien pouvoir colonial équarisseur de son propre pays, à l’origine de ses plus grands malheurs.  Songez à un Français naturalisé syrien qui ordonnerait la libération de la Corse, de la Bretagne ou du Pays Basque, comment il serait accueilli par les Français !!!)  Paroles d‘Evangile: Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulûtes pas que l‘on vous fit.

Toute opposition n’est pas légitime dès lors que cette opposition est le fait d’un mercenariat commandité par des puissances régionales et extra régionales en vue de faire office de contre révolution, et de contrefeux à leurs propres turpitudes.

C’est en Syrie (à Deir ez Zor) qu’a été édifié le mémorial du génocide arménien. C’est Damas qui abrite la Mosquée des Omeyyades et le siège des patriarcats des Eglises d‘orient, à l’exclusion de l’Eglise maronite. C’est la Syrie enfin qui a donné l’exemple du combat nationaliste avec la mémorable posture de Youssef al Azmeh, ministre de la défense, tué les armes à la main, face aux envahisseurs français,  dans la bataille de Maysalloun, acte fondateur du nationalisme syrien contemporain. Une attitude dont elle paiera  le prix par son démantèlement par les deux Co-parrains de l’offensive la France et la Turquie.

Rappeler ces vérités n’implique pas caution du régime, mais répond à un devoir de vérité.

Sur la problématique de l’opposition syrienne, Cf. à ce propos

http://www.renenaba.com/la-controverse-a-propos-de-basma-kodmani/

http://www.renenaba.com/syrie-opposition-un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore/

http://www.renenaba.com/un-paravent-kurde-a-la-tete-de-lopposition-off-shore-2/

La Dissension sociale ou «la théorie du combat des chiens»

Le Liban a été le banc d’essai de la théorie de la dissension sociale connue sur le plan journalistique par la «théorie du combat des chiens», mise en œuvre par  l’universitaire américain Peter Galbraith, fils de l’économiste américain John Kenneth Galbraith et interface de l’ancien premier ministre pakistanais Benazir Bhutto pour le compte de la CIA.

La théorie vise à exacerber les antagonismes ethnico-religieux en vue d’imploser les pays constitués d’un tissu démographique pluraliste de mosaïque humaine. Ce plan a été ultérieurement appliqué en Bosnie, puis en Afghanistan et en Irak, enfin en Syrie.

Véritable expérimentation à grande échelle en 1975 au Liban, elle a longtemps été présentée par des Libanais en guise d’excuse absolutoire à leur turpitude comme étant «la guerre des autres» au Liban. Si tel a été le cas, elle l’aura été avec la complicité et l’avidité des Libanais.

Point n’était besoin d‘être stratège pour déduire que la chute de Saigon et de Phnom Penh, les 15 avril et 30 avril 1975, les deux bastions américains en Asie, coïncidant avec la révolution des œillets au Portugal et l’indépendance des colonies portugaises en Afrique, déviaient immanquablement le champ de la confrontation soviéto-américain vers le Moyen Orient, particulièrement son maillon faible, Le Liban.

Ce schéma s’est appliqué à l’identique à la Syrie: Point n’est besoin d’être sorcier pour expliquer que la perte de l’Egypte et de la Tunisie, les deux piliers sud de l’Union Pour la Méditerranée, en superposition à la fermentation de Bahreïn et du Yémen, les deux balises sécuritaires de l’Arabie saoudite, allaient immanquablement dévier le flux révolutionnaire vers la Syrie, maillon intermédiaire de l’axe de la contestation à l’hégémonie israélo américaine.

Le décor était bien planté. Mais, il n’est pire aveugle que celui qui ne voir. Pire sourd que celui qui ne veut entendre. Juste retour des choses, ce sont désormais les Libanais s’emploient à participer à la déstabilisation de la Syrie, alors qu’auparavant c’étaient les Syriens qui soufflaient le feu au Liban.

La désinformation et la désorientation.

La surcharge d’information aboutit à la désinformation. Dès la décennie 1970, le Liban assurait l’édition et la distribution de près de trois mille publications toutes périodicités confondues, alors que cinquante stations radio opéraient dès le début de la guerre civile sur le champ de bataille médiatique libanais, tandis que, parallèlement, le reste du monde arabe était engourdi par le journalisme institutionnel des fonctionnaires poussifs d’organismes bureaucratiques.

La désorientation est propice aux rumeurs, à l’intoxication, et, faute d’éducation civique, à une perte  de repères. L’une des rumeurs les plus célèbres de la guerre du Liban a été celle relative au débarquement de «Somaliens aux queues vertes» en renfort de la coalition palestino-progressiste.

Rumeur qui a témoigné du désarroi des Chrétiens à l’époque, le printemps 1976, à la suite de la perte de leur place forte dans le secteur hôtelier de Beyrouth et de la volonté de leur tuteur de maintenir la mobilisation face au danger extérieur.

Le média au Liban et dans les pays arabes a cessé,  dans la majorité des cas, d’être un instrument de combat pour la démocratisation de la vie publique et sa moralisation, mais un générateur de recettes, un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui.  Cela vaut aussi pour les autres médias. Dans le cas de la Syrie, Al Jazira s’est particulièrement distinguée.

Il n’est que de songer au parcours d’Al Watan al Arabi, le chantre de l’Irak bassiste durant la guerre irako iranienne, hyper royaliste dès le début de la tempête du désert, en 1990 contre l’Irak, son propriétaire glanant au passage pour prix de son revirement  la coquette somme de cinq millions de dollars agrémentés de d‘avantages matériels annexes, sonnantes, trébuchantes et consistantes.

Songer aux alliances rotatives du groupe An Nahar avec le milliardaire Michel el Murr, un des principaux bailleurs de fonds des milices chrétiennes, puis avec le général Michel Aoun, le dirigeant de la plus importante formation chrétienne qu’il désertera pour se donner, après une brève idylle pour cause d’impécuniosité au milliardaire libano saoudien Rafic Hariri, avant de se jeter dans le giron du Prince Walid Ben Talal, un deuxième milliardaire libano saoudien, son actuel actionnaire.

Le Liban a été ainsi le principal bailleur de fonds de sa guerre d’autodestruction, qu’il a financée en superposition aux transferts mercenaires de ses parrains régionaux. La Syrie aussi. Il est de privilèges qu’il est sain de décliner sans état d’âme.

Le conditionnement de l’opinion: Le syndrome Ahmad Chalabi

Al Jazira s’est particulièrement distinguée dans le cas de la Syrie.

Réédition d’un scénario éculé, le dispositif en vigueur à l’encontre de la Syrie a été identique à celui mis en place à propos de l’Irak, justifiant une fois de plus le constat de Pierre Bourdieu sur «la circulation circulaire de l’information», tant au Qatar, à travers Al Jazira, qu’en France, via le quotidien Libération.

Ainsi Ahmad Ibrahim Hilal, responsable de l’information sur la chaîne transfrontière qatariote, a agi depuis les combats de Syrie, il y a un an, en couple et en boucle avec son propre frère Anas Al Abda, proche du courant islamiste syrien et membre du CNT, au diapason du tandem parisien formé par Basma Kodmani, porte-parole du CNT et sa sœur Hala Kodmani, animatrice du cellule oppositionnelle syrienne à Paris et chargée de la chronique Syrie au quotidien français Libération dans une fâcheuse confusion des genres.

Ce dispositif a été amplifié en France au niveau arabophone par Radio Orient, la radio du chef de l’opposition libanaise, Saad Hariri, qui plus est partie prenante du conflit de Syrie. Du jamais vu dans les annales de la communication internationale qu’un chef de l’opposition d’un pays ami dispose d’une radio opérant depuis sa capitale contre le propre gouvernement du pays supposé allié de la France.

Un tel dispositif a frappé de caducité le discours médiatique occidental, au même titre que le discours officiel syrien, en ce qu’il est obéré par «le syndrome Ahmad Chalabi» du nom de ce transfuge irakien qui avait alimenté la presse américaine des informations fallacieuses sur l’arsenal irakien, via sa nièce journaliste en poste dans l’une des principautés du golfe, implosant la crédibilité de l’employeur de la journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, passée à la postérité comme étant «l’arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times dans la guerre d’Irak».

Pour une étude plus fouillée voir à ce propos

http://www.renenaba.com/al-jazeera-la-fin-dune-legende/

Le média perd ainsi sa fonction initiale de véhicule d’information, d’un vecteur propagateur de nouvelles pour devenir un instrument de combat dévoyé pour la cause d’autrui. Sous l’apparence de l’indépendance et du professionnalisme, Al Jazira a épousé les oscillations de la diplomatie qatariote, d’abord enthousiaste à l’égard de l’élan populaire arabe, plus réservée lorsque les flammes de la contestation ont atteint les rivages pétro monarchiques.  De prescripteur de l’ordre médiatique arabe, Al Jazira s’est mû en lanceur d’alerte des menées contre révolutionnaire arabe.

Signe d’un désaveu, sa couverture parcellaire du soulèvement arabe provoquera une cascade de démission au sein de l’équipe rédactionnelle, dont plusieurs vedettes de la chaine, notamment Ghassane Ben Jeddo, l’ancien directeur du bureau de Beyrouth de la chaine qatariote.

Le conditionnement de l’opinion

Outre Al Jazira et la chaine transfrontière saoudienne «Al Arabica», les deux coproducteurs de la dramaturgie de l’épopée de la bataille de Bab Amro (Homs) qui se devrait d’être «Le Stalingrad» de la bataille de Syrie, en février 202, deux autres vecteurs ont joué un rôle majeur dans le conditionnement de l’opinion arabe et occidentale, la firme Quantum et MCC.

Emanation régionale depuis Doubaï de la firme publicitaire américaine de dimension internationale, Saatchi and Saatchi, Quantum  passe pour avoir été le Maître d’œuvre de la révolution colorée au Liban et des mots d’ordre sur le «désordre créateur» dans les autres pays arabes, alors que MCC du libanais pro haririen Jinah Hammoud, en tandem avec son compère le député faussement humanitariste Oukab Sakr, assumaient depuis la Turquie, la fonction de producteur de documentaires prêts à la diffusion au sein des grands médias de consensus.

Mention spéciale doit être réservée dans ce domaine à l’ancien journal de référence de la presse française, le journal Le Monde, dont l’un des plus gros pourvoyeurs d’information sur la Syrie, n’est autre qu’un ancien diplomate français en poste à Damas dans la décennie 1980, Boris Glassman, dont le pseudonyme, Ignace Leverrier, d’une grande limpidité, se fait par  double référence à son patronyme (Glassman – Al Kazzaz) et, sans doute, au fondateur de la congrégation des pères jésuites, réputée pour son sens de la dissimulation. Cet ancien diplomate français s’est mû en propagateur officieux des thèses de l’opposition pro-islamiste, sous couvert d’expertise.

Combattre le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe.

La bataille de Syrie n’est pas un combat de la démocratie contre une dictature, mais une combat biaisé de dictatures policées de vernis occidental contre une dictature basique tant il est vrai que «la propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature» (Noam Chomsky).

La bataille de la démocratie en Syrie se gagnera par les patriotes Syriens, dans la clarté, et non par de mercenaires dévoyés, dans la dissimulation. Sinon la bataille ne se gagnera pas et la Syrie se perdra tant il est vrai que «La liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat» (Hanna Arendt)

Le triomphe d’une Syrie laïque et démocratique suppose de combattre à la fois le discours disjonctif occidental et la confusion mentale arabe. Un discours disjonctif qui module les principes universels en fonction des intérêts immédiats des Occidentaux, qui consiste à combattre, par exemple, les Islamistes au Mali et à les soutenir en Syrie.

Une confusion mentale arabe, qui consiste à s’allier, par exemple, avec ses propres bourreaux pour un gain immédiat au risque d’accentuer sa propre servitude et compromettre son avenir.

Telles sont les règles de base du combat démocratique. Telle a été l’ambition que j’ai nourrie dans ma démonstration en formulant le vœu qu’un large front des forces démocratiques arabes se constitue pour mener le combat, nécessaire, de la démocratisation du Monde arabe, contre tous els autocrates arabes, les faussaires, les mystificateurs, les usurpateurs, tous les fossoyeurs de la cause nationale arabe.

René Naba

Référence

1-Texte de l’intervention de René Naba à la Conférence Internationale sur la Syrie qui s’est tenue à Genève les 28 et 29 Janvier prochains, à l’initiative de l’Institut scandinave pour les Droits de l’Homme et de la Ligue syrienne pour les Droits de l’Homme. Près de trente-cinq formations politiques de l’opposition syrienne et une centaine de personnalités politiques européennes et arabes participeront à cette conférence dont l’objet est la «Promotion d’un Etat laïc et démocratique en Syrie». Parmi les participants figuraient notamment deux opposants syriens de premier plan Haytham Mannah et Michel Kilo, l’économiste Aref Dalila, le journaliste Fayez Sarra, l’activiste jordanien Leith Choubeilat, Nader Farjani, Directeur du rapport sur le développement économique arabe,  l’avocat français William Bourdon et le journaliste anglais Jonathan Steele (The Guardian), ainsi que des syndicalistes scandinaves.

Animateur du blog www .renenaba.com René Naba, écrivain journaliste est l’auteur de «Media et démocratie: la captation de l’imaginaire, un enjeu du XXIe siècle, Golias, automne 2012

2- Syllabus: Liste des idées condamnées par le Pape Pie IX en 1864. Par analogie, l’ensemble des idées que l’idéologie dominante interdit d’exprimer.

3- «Analphabètes secondaires», l’expression est de l’allemand Hans Magnus Eisenberger, auteur de «Médiocrité et Folie» Editions Gallimard 1991. Cf. à ce propos «Aux ordres du Nord, l’ordre de l’information» de Jacques Decornoy, dans le bimestriel du journal Le Monde « Manière de voir » N° 74 « Les 50 ans qui ont changé notre monde».

A propos de l’un des organisateurs de ce colloque,  Haytham Mannah, à l’intention du lectorat arabophone pour aller plus loin,  voir à ce propos

http://www.al-akhbar.com/node/175623

dont voici la substance en français: Haytham Mannah et ses compagnons de lutte, dissiper les illusions

Haytham Mannah dispose de trois qualités qui l’habilitent à devenir une personnalité symbolique

- Un combattant de la première heure des Droits de l’Homme

-un patriote syrien à l’attachement inébranlable envers son pays et à sa souverainneté malgré les pressions et sollicitations

-Un intellectuel proche du peuple

Synthèse démographique russe de l’année 2012

février 6th, 2013 by Alexandre Latsa

Alors que les enfants et les droits d’adoption sont au cœur de l’actualité, la situation démographique russe est curieusement comme passée de mode dans le monde des médias.

Pourtant les derniers développements démographiques russes sont extrêmement intéressants. Les lecteurs qui suivent mes chroniques sur RIA Novosti savent que la démographie a été l’un des principaux points de  l’entreprise de dénigrement de la Russie. Beaucoup d’analystes ont en effet pris le train de l’information en marche, train qui affirmait à tort que la Russie ne se relèverait sans doute pas du terrible choc démographique qu’elle a connu au lendemain de l’effondrement de l’URSS. Un peu d’histoire s’impose donc.

De 1991 à 1999, en conséquence de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée ainsi que la natalité. En 1989 la Russie a connu 2.160.559 naissances et 1.583.743 décès et la population a augmenté de  576.816 habitants. 1991 a été la dernière année qui a vu une hausse naturelle de population (naissances – décès) avec 1.794.626 naissances et 1.690.657 décès soit une hausse de population de 103.969 habitants. A partir de cette année 1991, la Russie est entrée dans le cycle démographique infernal de la croix russe, c’est-à-dire une faible natalité et une forte mortalité. Le nombre de naissances est tombé à 1.214.689 en 1999 contre 2.144.316 décès, soit une perte nette de population de 929.627 habitants. Le nombre de naissances remontera ensuite, n’atteignant de nouveau le niveau de 1991 (plus de 1,7 millions de naissances) qu’à partir de 2011. Quand aux nombre de décès, il restera très élevé et supérieur à deux millions également jusqu’à cette année 2011, qui verra 1.925.036 décès.

Cette évolution se traduira par une diminution de population continue, mais à une vitesse qui se réduira fortement à partir de 2005, la baisse naturelle de population étant de respectivement 687.066 habitants en 2006, 470.300 habitants en 2007, 363.500 habitants en 2008, 246.500 habitants en 2009, 241.400 en 2010 et finalement 131.208 en 2011. Les lecteurs voulant le détail des naissances  et  décès année par année de 1991 à 2011 peuvent le trouver ici.

La Russie a cette année 2012 connu 1.896.263 naissances, contre 1.793.828 l’année dernière, soit une hausse de 5,7% c’est-à-dire 102.435 naissances en plus. La mortalité elle continue à diminuer, puisque l’année a vu 1.898.836 décès, contre 1.925.036 décès l’année passée, soit une baisse de 1,4%, c’est-à-dire 26.200 décès en moins. Avec 1.896.263 naissances et 1.898.836 décès, la Russie frôle donc cette année l’équilibre naissances – décès, avec un solde négatif de 2.573 habitants. Les grands froids historiques que le pays a connu fin décembre ont cependant accru la mortalité,décembre 2012 ayant vu 2.698 décès de plus que décembre 2011.

Il est intéressant également de regarder ou se situe majoritairement cette hausse du nombre de naissances: Il y a tout d’abord l’oblast Omsk, la ville de Saint-Pétersbourg, les districts énergétiques de Khanty-MansiiskTioumen et Iamalie, la république des Maris, le Tatarstan, le territoire de Krasnodar ainsi que les régions de Kalouga et de Lipetsk et enfin la région de Moscou.

Il y a donc des raisons d’être plutôt optimistes. Tout d’abord le nombre de naissances est dans une dynamique continue de croissance pendant que la mortalité est elle au contraire en décroissance. On imagine donc mal ces tendances soudainement s’interrompre et donc comment les prévisions démographiques d’une Russie de 130 millions d’habitants en 2015 pourraient arriver, scénario pourtant envisagé par les sources d’analyses les plus sérieuses (voir icila ou ici) jusqu’à il y a quelques années. La population russe devrait se situer aux alentours de 143,6 millions d’habitants en ce premier mois de l’année 2013, soit la prévision statistique démographique la plus optimiste des scénarios démographiques de l’état russe, qui aurait du être atteinte seulement en… Janvier 2015!

Pour beaucoup d’analystes ces résultats sont déjà exceptionnels et supérieurs aux prévisions des démographes russophiles les plus optimistes. Bien sûr le pire est devant puisque depuis 2004 on observe une baisse du nombre de femmes en âge de procréer (15-49 ans) et que depuis 2008 cette baisse concerne également les 15-29 ans, soit la tranche d’âge ou se concentrent actuellement 75% des naissances (voir pour bien comprendre ce schéma). Cette baisse devrait se prolonger jusqu’a 2025, année durant laquelle les jeunes femmes russes de 25 ans seront vraisemblablement 35% moins nombreuses qu’aujourd’hui. Pour faire face à cette situation, il faudrait donc que le nombre d’enfants par femmes double littéralement, soit plus que les trois enfants que le président russe a dans son discours de fin d’année estimé comme le nombre d’enfantsque devait avoir chaque famille russe normale. Ou alors il faudrait que les femmes fassent des enfants plus tôt et/ou plus tard. Le changement des mentalités fait que les femmes russes ont des enfants de plus en plus tard. De plus, le nombre d’avortements est en forte baisse, passant de 1,8 million en 2004 à moins de 850.000 cette année. Enfin et peut être surtout l’immigration (de résidence) est en baisse mais stabilisée à 250.000 / 300.000 entrées annuelles.

Mais le facteur migratoire pourrait jouer un rôle important dans le futur puisque la chambre basse du parlement devrait élargir la liste des personnes pouvant prétendre à la citoyenneté russe via une procédure simplifiée. Le régime s’appliquerait aux “porteurs de la langue russe et de la culture russes, les descendants directs des ressortissants de l’Empire russe”. Cette loi fait suite à une initiative du chef de l’Etat Vladimir Poutine qui en juillet  2012 avait soulevé la question de rapatriement des descendants de citoyens de l’URSS et de l’Empire russe en déclarant que “Les compatriotes expatriés voudraient être utiles pour leur patrie historique” et que “Les ressortissants de l’Empire russe font partie d’une même nation et civilisation”. Ainsi, via cette loi, les habitants de Finlande et de Pologne, ainsi que les Tcherkesses qui ont quitté le Caucase après la défaite dans la guerre du Caucase, pourraient obtenir la citoyenneté russe.

On imagine donc de plus en plus difficilement comment dans l’avenir la population russe devrait s’effondrer comme cela a souvent été répété. Et si 2013 voyait une hausse naturelle de population?

Alexandre Latsa

 

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

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Le mur grec anti-migrants contourné par la Bulgarie

février 6th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Aujourd’hui en France Dimanche revient sur la fin des travaux de construction de la barrière entre la Grèce et la Turquie. Le mur barbelé de 12,5 km a été érigé afin de stopper le flux de migrants qui entre en Europe à travers la Grèce. Le journal indique que la barrière est un soulagement pour la population locale, mais crée également la controverse. Un citoyen dénonce cette barrière qui oblige les migrants àtraverser l’Evros à la nage. Un journaliste turc explique que les passeurs ont trouvé une nouvelle porte d’entrée vers l’Europe à travers la Bulgarie. Dans un encadré, le journal cite un porte-parole de la commissaire européenne Cecilia Malmström qui indique que la barrière est « inutile ». La Commission a refusé de la financer, mais pourvoit des fonds permettant à la Grèce des recevoir les réfugiés et de faire face en terme de patrouilles. Mais seuls 40% des fonds ont été utilisés en raison des «problèmes d’administration », ajoute le porte-parole.

 

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Ces coups bas du FMI à l’Argentine qui ne trompent personne

février 6th, 2013 by Estelle Leroy-Debiasi

Les hasards du calendrier n’existent pas, surtout quand c’est le FMI qui distribue les mauvais points de façon unilatérale, comme à son habitude. Alors que depuis plus d’un an et demi une réforme de l’indice des prix en Argentine a été lancée, voilà que la sanction tombe, une « déclaration de censure ».

Le FMI a émis à l’égard de l’Argentine cette mesure extrêmement rare. Là, maintenant, juste en plein procès avec les fonds vautours à New York où l’Argentine a présenté sa position le 28 Janvier dernier et alors que la sentence doit tomber le 27 Février prochain.

Et puis alors que l’Argentine réclame l’ouverture de discussions avec la Grande-Bretagne autour des Malouines . « Si à cela on ajoute que la City de Londres est là où s’articulent les principaux paradis fiscaux, on comprend la position britannique au FMI. De fait, rien ne change pour le pays qui il y a six ans a annulé ses comptes avec le FMI” comme le souligne Horacio Verbitsky dans Pagina 12

Le moment était donc bienvenu pour planter une banderille ! C’est ce qu’a fait le FMI en émettant cette « déclaration de censure ». La réaction du gouvernement argentin ne s’est pas, d’ailleurs pas, fait attendre estimant qu’il s’agissait de stigmatiser le pays.

Le FMI donne au gouvernent huit mois pour aligner la méthodologie de l’Indec aux normes internationales. Au cœur de la polémique, l’indice des prix à la consommation du Grand Buenos Aires (IPC-GBA), et même pas l’indice des prix national (IPC-Nacional). Il est vrai, le gouvernement et l’Indec l’ont reconnu, il y a plus un an et demi, que les indices des prix avaient besoin d’un toilettage, et que c’est encore plus difficile quand il s’agit d’un pays fédéral. D’ailleurs tout un chacun sait bien que l’indice des prix à la consommation d’un pays ne traduit la réalité des prix que de façon relative, il suffit de lire les statistiques officielles en France – 1,3% sur un an, et de comparer avec l’évolution de son caddy au supermarché !

Indice des prix du Grand Buenos Aires

En l’occurrence dans le toilettage opéré, l’Argentine a avancé en premier lieu sur son indice national des prix à la consommation (IPC-Nacional), comme lui avait demandé le FMI (voir El Correo). Le FMI, s’attache dans sa critique au IPC-GBA, indice des prix à la consommation du Grand Buenos Aires (la capitale fédérale et 24 villes de banlieue), zone qui certes concentre une grande partie de la population et de l’activité du pays, bien qu’il ne faille pas sous estimer l’importance de villes comme Cordoba, Rosario ou d’autres capitales de province.

Le FMI explique dans son communiqué, « qu’il a trouvé que le progrès de l’Argentine pour remédier à l’inadéquation » de cet indice, « depuis la réunion du 17 septembre 2012, n’a pas été suffisant », d’où cette déclaration de censure. Le directoire a demandé au pays d’y remédier d’ici au 29 septembre 2013. Les mesures doivent aligner ces indicateurs sur les normes internationales, ajoute le fonds.

Jouer l’exemplarité pour les fortes têtes

Cette « déclaration de censure » émane de la recommandation de Christine Lagarde au board du FMI qui l’a suivi, et donc n’a surpris pas grand monde. En fait, c’est une décision qui veut avoir caractère exemplaire : on ne peut y voir qu’une volonté de la part de l’organisme international de punir et de montrer du doigt l’Argentine.

Les réformes étant en cours depuis plus d’un an et demi dans le cas argentin, et alors que bien des pays se sont trouvés dans une situation similaire sans faire l’objet d’une telle sanction (modifiant leur mesure du chômage ou changeant les produits entrant dans leur panier de l’indice).

Car si le pays ne tient pas les délais, il va être privé de financement. Mais voilà, depuis 2006 l’Argentine n’a aucun lien financier avec le FMI , donc cela ne change pas grande chose ! Sanction ultime, si le pays n’est pas d’équerre début 2015, on prévoit de suspendre son droit de vote, voire de l’exclure.

Le message est simple : voilà ce qui arrive aux fortes têtes, histoire de faire peur aux pays qui pourraient avoir envie de suivre la voie de l’Argentine quant à la gestion de leur dette, et à la remise en cause des recettes empoisonnées de l’organisme, qui non seulement n’ont pas fait de miracles mais ont entrainé certains pays dans un marasme profond.

Mais le cas argentin dérange car il n’arrange pas la planète finance. Le FMI brandit la menace comme une profession de foi. Et la Présidente argentine de simplement demander : « Où était le FMI qui ne put empêcher aucune crise ? Où était-il quand se sont formés, pire que des bulles, mais des globes aérostatiques financiers ? »

Le FMI en retard sur sa réforme, quelles sanctions ?

Tout cela intervient alors que l’organisme international est lui-même sur la sellette pour ne pas faire avancer suffisamment rapidement sa réforme interne. Le Conseil d’administration du FMI a remis il y a quelques jours au Conseil des gouverneurs son rapport sur les résultats du réexamen de la formule de calcul des quotes-parts.

Cette formule de calcul des quotes-parts devait faire l’objet d’un réexamen complet au plus tard en janvier 2013. Pour mémoire, chaque pays membre du FMI doit se voir attribuer une quote-part qui est fondée globalement sur son poids relatif dans l’économie mondiale. Il s’agit pour les Bric, notamment, le Brésil, la Chine, l’Inde, la Russie d’obtenir un pouvoir de décision qui correspond à leur poids dans l’économie.

Dans son rapport, le Conseil d’administration indique que « des progrès sensibles ont été accomplis dans l’identification des éléments clés qui pourraient former la base d’un accord définitif sur une nouvelle formule de calcul des quotes-parts. »

La question est quand ? Clairement, certains membres font de la résistance. Un représentant brésilien, commentait « le maigre résultat des négociations qui reflète la résistance au changement de la part des membres excessivement représentés, notamment en Europe, ajoutant, le FMI s’approche d’un abime de crédibilité ».

Le FMI a retardé à janvier 2014 la mise en œuvre de sa réforme. Va-t-il s’auto-sanctionner pour ce retard, pourtant préjudiciable au bon fonctionnement de l’économie mondiale ?!

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo, Paris, le 4 février 2013

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Estelle Leroy-Debiasi. Journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune.

Dans la soirée du 04/02/2013, la télévision syrienne a diffusé une interview du Général Fahd Jassem al-Freij, chef d’état major de l’armée et des forces armées, ministre de la Défense [1]. Il a parlé des dimensions du complot qui vise la Syrie, de la lutte du peuple syrien contre une guerre par procuration sans précédent touchant tous les secteurs du pays, de la détermination des soldats syriens à éradiquer les terroristes et à assister la population, du rôle des groupes terroristes armés dans l’ouverture de brèches dans les défenses anti-aériennes syriennes, et de l’agression israélienne contre le « Centre de recherche de Jomraya » dans la banlieue de Damas à l’aube du Mercredi 30 janvier 2012.

Pour Nasser Kandil [2], directeur de Top News Liban, la chose la plus importante est ce qu’il n’a pas dit ! Il n’a pas utilisé l’expression : « la Syrie ripostera à l’agression à l’endroit et au moment opportuns » ; ce qui signifierait à l’ennemi que cette décision est prise. C’est aussi ce que nous dit le Général Amin Hoteit dont l’article ci-dessous a été publié dans la matinée du 04/02/2013.

Il n’empêche que le plus douloureux pour les Syriens n’est pas qu’un ennemi déclaré agresse, mais que de prétendus révolutionnaires désignés improprement par « Armée Syrienne Libre », ou ASL, tentent de couvrir l’agression quand ils ne sont pas le bras armé des agresseurs ! C’est ce que nous démontre, preuves à l’appui, l’écrivain et analyste politique libanais, Salem Zahrane [3], qui a enregistré un document diffusé par l’ASL s’octroyant la paternité d’un soi-disant bombardement terrestre du Centre de Jomraya au moment même du raid israélien ; document vite disparu de la circulation après qu’un communiqué du commandement militaire syrien ait fait savoir que l’attaque israélienne avait visé le Centre de recherche de Jomraya, non un convoi transportant des armes de la Syrie vers le Liban comme l’ont prétendu les dirigeants et médias officiels occidentaux. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que M. Netanyahou et ses acolytes travaillent toujours à étendre cette fameuse « profondeur stratégique » dont ils auraient un besoin si vital pour leur sacré projet expansionniste et que les Syriens, tout autant que les Palestiniens et les Libanais, sont dans un combat de vie ou de mort ! [NdT].

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À un moment considéré comme l’un des plus critiques depuis le début de l’agression occidentale contre la Syrie, l’aviation israélienne a lancé ses fusées d’une distance de 22Kms sur un « Centre de recherche » relevant du ministère de la Défense à Jomraya et l’a partiellement détruit. Une attaque annoncée par les États-Unis, justifiée ensuite, et accompagnée de menaces à peine voilées avec le faux prétexte que la Syrie acheminait des armes au Hezbollah ; menaces destinées à détourner les regards des véritables objectifs de l’opération.

Quels sont donc les objectifs de cette agression ?

Pour commencer, il convient de rappeler que les groupes armés et les terroristes qui agissent sur le terrain – sous direction et commandement US – attendaient une intervention militaire étrangère  « directe », comparable à celles menées dans la région du Golfe, en Afghanistan, en Irak et… si possible, en Libye ! Ceci, avec la ferme conviction de leur inévitable « victoire », étant acquis que l’Occident ne pouvait reculer sans atteindre son objectif premier : abattre l’État syrien récalcitrant pour le remplacer par un régime fantoche à ses bottes !

Mais les voilà bien obligés de déchanter puisqu’au bout de bientôt deux années, d’un terrible combat, ils ne peuvent que constater la réalité indéniable de leur échec ; la Syrie se préparant à reprendre le contrôle des quelques régions encore infestées de leur présence. Les indices et preuves de cet échec ne manquent pas, autant sur le terrain des opérations que sur le terrain politique.

Sur le terrain syrien, il est remarquable de noter que les zones de confrontation plus ou moins étendues, entre ces soi-disant révolutionnaires et l’Armée régulière ainsi que les forces de sécurité syriennes, sont tombées de l6 à 8 zones, avec des pertes d’une proportion équivalente dans le rang des dits « insurgés ». Autrement dit, plus de la moitié ont été tués, blessés, ou dégagés d’une façon ou d’une autre. Le tout étant confirmé par des rapports publiés, notamment le 29/01/2013, par des services du Renseignement US. Ils se résumeraient à dire que les opérations militaires des fameux insurgés ont chuté de 40 %, au minimum !

Sur le terrain politique, la débandade de la soi-disant « opposition syrienne » est désormais de notoriété publique. Elle souffre de ses rivalités intestines et d’apparentes « divisions de principe » entre ceux qui refusent le dialogue national appelant à une intervention militaire étrangère en vertu du Chapitre VII, ceux qui déclarent accepter ce dialogue et rejettent catégoriquement ce type d’intervention tout en adoptant une position inquiétante quant à leur capacité d’aboutir à une sortie de crise préservant la souveraineté de la Syrie et la décision du peuple syrien, et ceux qui au sein de la « Coalition de Doha » n’aspirent qu’à la formation d’un « gouvernement de transition » censé leur permettre de prendre le pouvoir par la voie diplomatique là où ils ont échoué à le prendre par les armes ! Bref, la situation de ces opposants se complique jour après jour, d’autant plus que lors de la dernière réunion à Paris des pays prétendument « Amis de la Syrie », ils n’étaient plus que 54 au lieu des 104 pays de la première heure. Sans oublier le désastre qui est venu couronner le tout ; celui privant ces « négociants de l’opposition » de 75% de leurs crédits en monnaie sonnante et trébuchante.

Ces deux contextes à la fois ont rapidement été analysés par les États-Unis qui en sont arrivés à la conclusion que sans élément nouveau, il suffira de quelques semaines pour que la l’État, le gouvernement et le peuple syriens réussissent à reprendre le contrôle de l’ensemble de leur pays ; auquel cas, les US perdraient leur propre contrôle sur les négociations internationales en cours pour jeter les bases du règlement de la crise. Crainte US exacerbée par M. Lakhdar Brahimi déclarant, devant le Conseil de sécurité, que le Président Bachar al-Assad tenait les rênes de la situation en Syrie sans espoir de destitution à l’horizon ! Crainte partagée par la frange de l’opposition syrienne qui n’a cessé de hurler son refus du dialogue, jusqu’à la sortie surprenante de M. Moaz Khatib, éminent président de la « Coalition de Doha », annonçant qu’il était finalement disposé à dialoguer avec les autorités syriennes !

Pour toutes ces raisons, les Etats-Unis ont confié à Israël la mise à exécution d’une action militaire surprise, mais limitée, qui leur permettrait d’atteindre les objectifs suivants :

1. Dissimuler les succès et acquis de l’État syrien aux écrans des médias internationaux, tout en diffusant une « nouvelle contraire » qui démoraliserait les Syriens. De plus, il n’est pas impossible qu’ils aient parié sur une réaction irréfléchie des autorités syriennes les poussant à attaquer des cibles en Israël ; ce qui aurait justifié qu’Israël frappe en retour et donne ainsi un coup de main aux terroristes pour toucher des objectifs qu’ils ont été incapables d’atteindre.

2. Relever du même coup le moral défaillant des terroristes en leur prouvant que leurs patrons colonialistes ne les avaient pas encore abandonnés.

3. Récupérer un atout à monnayer sur la table des négociations, et envoyer un message à « l’Axe de la Résistance » et au « Front international » qui refuse l’agression contre la Syrie, pour signifier que les États-Unis n’accepteront pas aussi facilement un règlement de la crise qu’ils ne contrôleraient pas en position de force et qu’ils n’abandonneront pas la partie.

C’est donc pour toutes ces raisons qu’Israël a exécuté son agression. Nous ne dirons pas, comme certains, que l’attaque a obtenu « le feu vert US ». Il nous suffit de dire que l’opération était une nécessité US et que l’acte est conforme à la nature agressive et terroriste des dirigeants israéliens. Cette nécessité US explique pourquoi l’attaque a été précédée de déclarations insistantes mettant en garde contre le transfert d’armes de Syrie vers le Hezbollah, déclarations visiblement destinées à justifier et à légitimer ce qui allait suivre ! Sinon, comment expliquer qu’ils aient persisté à prétendre que l’attaque était dirigée contre un convoi d’armes se dirigeant du territoire syrien vers le Liban, même après que l’État major des forces armées syriennes ait publié un communiqué clair et détaillé prouvant que l’attaque n’avait rien à voir avec un quelconque convoi, ni de près, ne de loin !  Certes, ils ont tenté de rectifier le tir en prétendant qu’Israël avait visé deux objectifs à la fois : le Centre de recherche et l’hypothétique convoi ! Ceci, alors que nous savons tous que s’ils disaient la vérité ou possédaient la moindre preuve confirmant leurs allégations, ils auraient publié des photos du convoi prises par l’aviation israélienne au moment du bombardement, à défaut de publier celles captées par leurs satellites couvrant la région à longueur de temps ! Il est certain que les USA qui, malgré la coopération de toutes les organisations sionistes occidentales, n’ont réussi jusqu’ici ni à empêcher le Hezbollah de s’armer ni à visualiser une seule opération de transport d’armes, ne peuvent nous convaincre de la véracité de leurs affirmations. Leur insistance à prétendre que l’attaque visait un tel convoi n’a qu’un seul but : justifier une agression israélienne prétendument défensive et préventive.

L’Opération a donc eu lieu une fois que l’aviation israélienne a pu échapper aux radars syriens, les USA et Israël cherchant à faire savoir aux agents à leur solde qu’ils étaient toujours déterminés à les couvrir et qu’ils pouvaient continuer à tuer et à terroriser à tout va. Ceux-là n’avaient plus qu’à se réjouir tandis que d’autres, plus réticents à avouer publiquement leur traitrise, se sont empressés de faire porter le chapeau à la Syrie !

Mais est-ce que l’agression a atteint ses objectifs ?

Pour répondre, il nous suffit de relever les points suivants :

1. La Syrie a publié un communiqué clair et précis, mais sa décision de riposter est restée implicite ; décision fondée sur une vision militaire et stratégique ayant distingué entre le principe de la riposte « retenue » et son importance ; laquelle sera fonction de la nature de l’agression subie, au moment qu’elle jugera opportun. Il faut croire qu’Israël a compris le communiqué syrien et a, d’ores et déjà, pris ses précautions. Ce faisant, la Syrie n’est pas tombée dans le piège tendu. D’où un premier échec.

2. L’armée arabe syrienne, loin d’être démoralisée, a poursuivi ses actions militaires contre les terroristes. D’où un deuxième échec.

3. Ni la Syrie, ni le Hezbollah ne se sont souciés ou même prononcés sur les prises de position US, dans la mesure où leur résistance et leur mode de fonctionnement continuent malgré tout. D’où un troisième échec.

4. La Russie a condamné l’agression, tout comme elle a neutralisé la rencontre du quatuor « US-Russie-Brahimi-Khatib » voulue par les USA. Du coup, chacun a du se réunir séparément avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov ; le président de la « Coalition de Doha » se précipitant pour le rencontrer avant de se préparer à se rendre à Moscou, en dépit de toutes ses déclarations hostiles antérieures. D’où un quatrième échec.

Finalement, l’agression israélienne n’a rien changé au cours des événements et n’a pas satisfait les objectifs US. La crise Syrienne devra se résoudre au profit du droit des Syriens, même si nous ne pouvons plus parler de «solution pacifique» étant donné le prix payé par la Syrie pour conserver sa souveraineté, son indépendance et ses droits nationaux. En revanche, nous pouvons parler d’une « issue à la crise » imposée par la résistance syrienne. Une issue qui commence à être sérieusement envisagée et discutée. Tous les observateurs raisonnables et concernés par la Syrie en sont persuadés. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent l’admettre n’ont pas leur place sur la table des négociations. Ils n’auront aucun poids dans le règlement de la situation et nul ne souciera de leurs prises de position, vu qu’ils ne sont pas maîtres de leurs décisions !

 Dr. Amin Hoteit

04/02/2013

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=89383590020130204013703

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

[1] Le Général Freij: L’armée syrienne est ferme et inébranlable…

http://www.sana-syria.com/fra/51/2013/02/05/465501.htm

[2] M. Nasser Kandil :  القبضة الواحدة

http://topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=1780

[3] Interview de M. Salem Zahrane   [à partir de la 22ème minute]

https://www.youtube.com/watch?v=ZEvNvAHLB6w&feature=player_embedded

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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Je le dis et le répète sur tous les tons depuis trois ans ici même sur Vigile, le Canada est mal en point. Vous me direz que sa situation n’est ni meilleure ni pire que celle de bien d’autres pays, et je vous répondrai que la grande majorité des autres pays n’abritent pas en leur sein une nation, reconnue comme telle, qui, dans son cas, entretient l’ambition de devenir indépendante depuis sa conquête par les Anglais sur les Plaines d’Abraham en 1759.

Que l’intensité de cette ambition ait fluctué au cours des ans importe peu. Ce qui importe, c’est qu’elle existe et qu’elle témoigne d’un vouloir-vivre collectif profondément enraciné, un des critères de la reconnaissance des États en droit international. Ce simple fait précarise le Canada comme peu d’autres pays.

Dans ces conditions, lorsque surviennent des événements qui ont pour effet d’ébranler ses fondations, la question de la survie du Canada dans sa forme connue à ce moment-là se pose. C’est le cas à l’heure actuelle, à un degré que le Canada n’a jamais connu, et certainement pas à l’occasion des deux référendums tenus par le Québec en 1980 et en 1995.

Si la question de la survie du Canada s’est alors posée, c’est uniquement à cause de la menace que faisait peser sur son intégrité la perspective de la sécession du Québec. Cette sécession, si elle s’était produite, aurait été la cause du démantèlement du Canada.

Aujourd’hui, la question se pose tout autrement. Le Canada est la proie de forces tant endogènes qu’exogènes avec lesquelles le Québec a peu à voir qui contribuent toutes à sa dislocation. Dans de telles conditions, la sécession du Québec ne serait plus la cause principale du démantèlement du Canada, mais une de ses conséquences qui constituerait pour les Québécois non plus un geste d’hostilité à l’endroit du Canada et des Canadiens, mais un réflexe élémentaire de survie, un sauve-qui-peut lorsque le navire est en train de couler.

Effondrement des fondations culturelles du Canada

La crise que traversent les pays qu’on appelait autrefois développés n’épargne pas le Canada. De tout temps, la capacité des États à résister à ces crises a tenu en large partie à leur degré de cohésion nationale, et cette cohésion est elle-même fonction du partage de certains traits identitaires et culturels qui se traduisent en valeurs communes.

Or ce n’est un secret pour personne que, sur ce plan, le Canada est confronté à de nombreux défis. De façon à maximiser son développement économique, le Canada a ouvert toutes grandes les portes de l’immigration et, croyant se rendre plus attirant, a adopté l’approche multiculturelle, sans se soucier outre mesure de l’intégration de ces nouveaux arrivants.

En quarante ans, le Canada est devenu un méli-mélo de nationalités, une auberge espagnole où chacun a trouvé ce qu’il apportait. Toronto en constitue un exemple parfait. Les nationalités vivent aux côtés les unes des autres dans des villages (euphémisme pour ghettos) sans autre ciment que le commerce.

Quand le commerce prospère, tout va bien, mais dès qu’il bat de l’aile, les fractures communautaires et les tensions ethniques se mettent à apparaître, comme en témoignent certains incidents violents survenus ces dernières années. On ne bâtit pas un pays à coups de centres commerciaux, et le Canada est devenu au fil des ans une longue bande étroite de centres commerciaux qui se suivent les uns à la suite des autres.

Déjà réticents à l’endroit du Canada, chacun pour des raisons qui leur sont propres, le Québec et les Premières Nations constituent autant d’obstacles au développement d’une identité canadienne compatible avec les aspirations de la majorité anglophone, incapable de masquer sa profonde irritation et même son hostilité devant la spécificité linguistique du Québec et l’obligation du bilinguisme qui en découle pour le pays tout entier.

Conscient de la pauvreté des symboles d’union au Canada, le gouvernement Harper a sorti la monarchie des « boules à mites », pensant faire illusion. La tentative est à ce point dérisoire qu’elle a eu l’effet contraire et n’a servi qu’à mettre en relief combien le Canada est mal en point à cet égard. La reine en est réduite à servir de cache-misère au Canada, de feuille de vigne… Un régal pour les caricaturistes.

Effondrement des fondations sociales du Canada

La crise économique fait également apparaître des tensions sociales qui ne vont aller qu’en s’accroissant au fur et à mesure qu’elle va prendre de l’ampleur, d’où les efforts faits pour en masquer la dimension véritable, dans le fol espoir que la croissance reprendra à un rythme qui aura tôt fait de masquer la profondeur des divisions qui se creusent de plus en plus rapidement entre les Canadiens, tant sur le plan générationnel que sur celui des classes sociales dont l’une d’entre elles, la classe moyenne, a littéralement fondu sous leurs yeux au cours des vingt dernières années, sous l’effet de la mondialisation et de la délocalisation des emplois manufacturiers.

Depuis le début des années soixante-dix, le Canada s’est doté d’un filet de sécurité sociale très élaboré, et dans la psychologie collective, ce filet s’est substitué au mythe du chemin de fer transcontinental comme facteur d’unité canadienne. Toute menace à la couverture offerte par nos régimes sociaux est immédiatement perçue comme une attaque contre les valeurs canadiennes.

Mais dans la mesure où il devient de plus en plus évident que nous devons cette couverture à des emprunts massifs sur le crédit de nos gouvernements et que nous avons endetté les générations futures à un niveau qui soulève de très sérieuses questions d’équité intergénérationnelle, l’étendue et l’universalité de cette couverture vont être remises en question.

Déjà, nous avons vu jusqu’où certaines entreprises du secteur privé sont allées pour se délester de leurs obligations contractuelles envers leurs employés, et les gouvernements provinciaux s’apprêtent à faire de même. Comme ce sont eux qui ont la responsabilité constitutionnelle de dispenser les services publics (santé, éducation, transports publics et autres via les municipalités qui relèvent de leur autorité) et que leurs employés sont syndiqués, on devine facilement l’ampleur des affrontements qui se dessinent.

D’ailleurs, pour échapper à une situation qui devenait intenable et pour tâcher de gagner du temps, le premier ministre Dalton McGuinty de l’Ontario a préféré démissionner l’automne dernier, laissant pendant plusieurs mois la population dans l’ignorance de la gravité de la situation, et les syndicats de services publics, sans cible.

Hélas, aucun miracle n’est survenu depuis lors, et la situation économique a continué de stagner si elle ne s’est pas effectivement détériorée. Les mauvaises nouvelles tomberont plus tard, au printemps.

L’Ontario n’est pas la seule province dans une passe difficile. La première ministre de l’Alberta, Alison Redford, a bien prévenu sa population la semaine dernière que son gouvernement était confronté à des choix difficiles et que les Albertains s’en ressentiraient nécessairement très bientôt, soit par un alourdissement de la fiscalité, soit par une réduction des services, ou une combinaison des deux.

Dans les Maritimes, la situation est si mauvaise que les sénateurs de la région ont proposé, en novembre dernier, une fusion des provinces de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau- Brunswick, et de l’Île-du-Prince-Édouard . Sur le coup, leur démarche a été accueillie froidement, mais il n’en demeure pas moins que la question soulevée et la réponse proposée sont des plus pertinentes.

Dans un contexte où les ressources financières se font très rares, les 1 800 000 habitants de cette région (moins que la population de l’agglomération de Montréal qui en compte 1 900 000) ne peuvent plus se permettre le luxe de soutenir trois gouvernements provinciaux distincts.

Lorsqu’il deviendra apparent dans quelques mois que l’Ontario absorbera à elle seule la part du lion des paiements de péréquation d’ici trois ou quatre ans, les provinces maritimes seront confrontées elles aussi à des choix budgétaires extrêmement difficiles qui auront des conséquences comparables à celles de l’Ontario sur le plan de leur capacité à offrir des services et sur la nécessité d’en réduire les coûts.

Leur situation est d’autant plus précaire qu’elles souffrent déjà des coupures annoncées par le fédéral au régime d’assurance emploi sur lequel repose une portion importante de leur économie vu le caractère saisonnier d’une activité comme la pêche. En fait, les Maritimes vont être confrontées à très court terme à une déstructuration complète de leur mode de vie, et il existe de nombreux signes que la population de ces provinces ne s’y résoudra pas sans réagir durement.

Pour avoir déjà vécu dans cette région et y avoir voyagé à de très nombreuses reprises pour les fins de mon travail, je peux témoigner de la force de l’esprit communautaire qui y règne, et qui s’est manifestée encore assez récemment avec l’opposition de la population du Nouveau-Brunswick à la prise de contrôle d’Énergie NB par Hydro-Québec.

Il est donc évident que le Canada sera confronté à court ou moyen terme à une crise sociale très grave, d’une ampleur jamais connue, qui va ébranler le pays dans ses fondements les plus profonds.

Effondrement des fondations économiques du Canada

Cette crise est d’autant plus inévitable que la situation économique du pays est en voie de s’aggraver. Pour bien la comprendre, il faut se rappeler que la prospérité du Canada a été longtemps assurée par le pacte de l’automobile et ses retombées qui ont surtout profité au secteur manufacturier de l’Ontario.

Ce sont ces retombées qui ont permis à l’Ontario de connaître une croissance si rapide de sa population et de son PIB, et de devenir la « vache à lait » du régime canadien de péréquation. Cette situation a perduré jusqu’à la fin du 20e siècle lorsque le dollar canadien, jusque là à un niveau très faible par rapport au dollar américain (il est en effet descendu à 0,64 $ dans les mois qui ont suivi le référendum de 1995), s’est mis à remonter sous l’effet de la réduction graduelle, puis l’élimination, du déficit du gouvernement fédéral, et l’enregistrement de ses premiers surplus depuis 1970.

Au moment de la crise de 2008, le dollar canadien était parvenu à remonter la pente par rapport au dollar canadien. Mais il faut comprendre que ce qui donnait aux Canadiens un motif de fierté nationale donnait par ailleurs des sueurs froides et des ulcères d’estomac aux manufacturiers ontariens. L’avantage concurrentiel que leur procurait la faiblesse du dollar canadien sur le marché américain fondait comme neige au soleil.

Lorsque la crise financière a éclaté aux États-Unis entraînant un effondrement de la demande pour les produits fabriqués en Ontario, les fermetures d’usine s’y sont très rapidement multipliées, et celle-ci n’est pas parvenue à récupérer le terrain perdu, comme en témoigne la détérioration aussi rapide que massive de ses finances publiques.

Le ralentissement de la croissance américaine observé au dernier trimestre de 2012 et la possibilité que les États-Unis soient retombés en récession est donc du plus mauvais augure pour l’Ontario, mais aussi pour le Canada dans la mesure où les Albertains ne parviennent pas à trouver preneurs pour leur pétrole à un prix qui en permette l’exploitation rentable, comme l’a expliqué à sa population la première ministre Redford la semaine dernière.

Et comme si ces problèmes ne suffisaient pas, le Canada est également confronté à l’éclatement prochain de la bulle immobilière qui s’y est développée depuis plusieurs années. De plus, à l’insu des Canadiens, et en dépit des belles assurances du ministre des Finances et du gouverneur de la Banque du Canada, le Canada a dû intervenir massivement sur les marchés pour éviter aux banques canadiennes d’être emportées dans la débâcle en 2008.

Son opération de sauvetage, exécutée par le truchement de la Société centrale d’hypothèques et de logement (SCHL), est parvenue à passer sous le radar des médias du fait que la SCHL est sans doute l’agence fédérale dont le profil est le plus bas.

Enfin, les Canadiens les plus branchés sur l’actualité économique ont appris au cours des derniers jours que la Banque du Canada s’était lancée depuis 2009 dans un programme agressif d’achat d’obligations du Canada dans une version très personnelle de l’assouplissement quantitatif pratiqué par d’autres grandes banques centrales.

Ainsi, on constate une progression quasi verticale de ses achats d’obligations canadiennes depuis deux ans, pendant une période où les autorités se faisaient rassurantes en soulignant la vigueur de l’économie canadienne, et où l’on croyait que la demande étrangère pour les titres du gouvernement fédéral canadien était élevée. Mauvaise surprise !

Par ailleurs, le gouvernement canadien devra procéder au refinancement de 267 milliards $ de ses obligations en 2013, et il faut donc s’attendre à ce que la Banque du Canada en rachète une portion nettement plus élevée qu’elle en a été coutumière dans le passé. De quoi fragiliser encore les équilibres financiers du pays.

Au bilan, on est obligé de constater que les effets combinés de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie mondiale, de la montée en puissance du dollar canadien depuis le début des années 2000, de la crise financière de 2008 et de l’effondrement du secteur manufacturier en Ontario qui s’en est suivi, ont ravi au Canada son titre de puissance industrielle pour le ramener au niveau de ce qu’il était encore au début des années 1960, un très important fournisseur mondial de matière premières certes, mais en proie constante à l’alternance rapide des cycles d’expansion et de contraction au gré de l’évolution de la demande qui caractérise ce genre d’économie, qualifiée par les observateurs avertis d’« économie de casino ».

Effondrement des fondations politiques du Canada

Il va de soi que toutes ces secousses auront des conséquences politiques. Jamais le Canada ne s’est-il trouvé en position plus précaire, au point même d’être menacé de dislocation. Ce genre de processus est rarement très rapide, à moins qu’il ne s’agisse d’un cas de rupture franche comme la Tchécoslovaquie en 1992, séparée presque du jour au lendemain en République Tchèque et en Slovaquie.

L’arrivée au pouvoir des Conservateurs en 2006, formant d’abord un gouvernement minoritaire avant de devenir majoritaires à l’élection de 2011, marque un tournant important. Les Conservateurs rejettent la vision du Canada de Trudeau reposant sur un gouvernement central fort et ils imposent de plus en plus lourdement une autre vision, aux antipodes de la première.

Cette vision, fortement inspirée de celle de l’extrême droite américaine, braque une forte proportion de l’électorat canadien. Tout majoritaire qu’il soit à la Chambre des communes, le parti de Steven Harper n’a recueilli que 38,5 % des voix au pays. La revanche de l’Ouest et la polarisation gauche/droite de l’électorat ont été fatales au Parti Libéral et au Bloc Québécois qui sont sortis très diminués de l’élection de 2011, tandis que le Nouveau Parti Démocratique faisait une percée spectaculaire au Québec et ravissait le titre d’Opposition officielle aux Libéraux.

Depuis l’élection de 2011, le Parti conservateur s’applique à réaliser son agenda et creuse encore plus profondément le fossé qui existe entre les différentes parties et communautés du pays sur des enjeux aussi disparates que la réduction des gaz à effet de serre, le soutien inconditionnel du Canada à Israël, le traitement des jeunes délinquants, l’enregistrement des armes à feu, le retour en force de la monarchie, l’adoption d’une posture militaire agressive, l’alignement systématique de la politique étrangère canadienne sur celles des États-Unis, etc.

De plus, la diminution consentie de la capacité d’intervention du gouvernement fédéral dans la vie canadienne, en réduisant ses sources de revenus par le jeu de la fiscalité, crée les conditions propices à son effacement graduel de la scène, au grand dam des hautes sphères de la fonction publique fédérale qui voient non seulement leur pouvoir s’étioler mais aussi le prestige international dont elles jouissaient du fait de l’indépendance relative du Canada face aux États-Unis.

Le vacuum qui s’installe à Ottawa dans de nombreux dossiers où le gouvernement central était jusqu’alors fortement impliqué place les provinces dans la position où elles sont appelées à se substituer au fédéral dans un retournement assez spectaculaire de la situation qui prévalait antérieurement, le gouvernement fédéral se disant prêt à des ententes « pragmatiques » pour leur céder des activités dans certains domaines.

Ainsi, pour les fédéralistes de l’école Trudeau, la dernière réunion du Conseil de la Fédération qui a vu toutes les provinces afficher une indépendance presque désinvolte à l’égard du gouvernement fédéral a dû leur faire le même effet qu’un festival d’apprentis-sorciers.

Si certains refusent de voir dans ces réalignements autre chose qu’une application saine de l’esprit du fédéralisme, un examen complet de la situation a vite fait de révéler les lignes de fracture, voire même quelques profondes lézardes, qui sont en train de rendre irréversible le processus de dislocation dans lequel le Canada est engagé depuis déjà quelques années.

Indépendance du Québec

Peu habitués à s’intéresser à ce qui se passe ailleurs au Canada, et tenus dans l’ignorance par les médias à la solde des fédéralistes des forces centrifuges qui agitent le pays, les Québécois ne voient pas l’avenir qui se dessine, un avenir dans lequel le choix de demeurer à l’intérieur du Canada n’apparaîtra non seulement plus comme le plus apte à garantir leur prospérité économique, mais plutôt comme une entrave de plus en plus lourde à leur essor. Il est dans leur intérêt de comprendre le plus rapidement possible ce qui s’annonce, au risque de ne pas pouvoir tirer le meilleur parti de la situation.

Prêts, pas prêts, l’indépendance s’en vient.

 

Richard Le Hir

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Crise économique en Grèce : Fins de mois

février 5th, 2013 by Panagiotis Grigoriou

Dans notre pays, les fins de mois sont de moins en moins arrondies. Derrière la vitrine de la normalité, Athéna devient presque aveugle. Nos sans-abri s’installent durablement dans le décor, et avec eux, tout leur petit quotidien usuel : livres, icones, pots de fleurs, objets certainement à vocation historique. C’est ainsi que nos histoires se fixent désormais pour un temps suffisamment long, avant de dévisser sans doute et peut-être bien pour toujours. Notre ville qui respire encore à travers ses débris humains en plus des « gens normaux », hurle pourtant encore. Comme ce jeudi (31/01), jour de grève générale (mais qui n’en était pas une), sauf que nos manifestants étaient bien là, certes plutôt par branche, en hurlant : « basta ». Ce n’était certes pas une grande journée de mobilisation, mais rien n’est vraiment grand en ce moment en Grèce, sauf l’imposture et la pauvreté.

“Nos sans-abri s’installent durablement dans le décor” – Athènes 30/01

 

Hier déjà, les dernières déclarations du ministre du Travail (?) Yannis Vroutsis (Nouvelle démocratie) ont mis le feu aux poudres. Vroutsis a estimé « que le système de sécurité sociale est le résultat du clientélisme », sous-entendu, « on » peu le défaire – le système de sécurité sociale… pas le clientélisme ! Aussitôt, (hier 30/01), des délégués syndicaux appartenant au PAME (syndicat proche du KKE – Parti communiste) ont investi les locaux du ministère et occupé symboliquement les bureaux de Yannis Vroutsis. L’histoire est bien connue, car elle se répète trop souvent ce dernier temps, et de la même manière presque : Les militants du PAME et du KKE, ont été violemment réprimés par les MAT (CRS) et trente-cinq parmi eux, dont le député KKE Christos Katsotis, ont été interpelés avant d’être mis en état d’arrestation « pour entrée illégale à l’intérieur des locaux du ministère », pour y ajouter par la suite à charge, « les dégradations causées par les accusés ».
“Les militants du PAME et du KKE, ont été violemment réprimés par les MAT” – 30/01

 

(Source : epikaira.gr)
C’est tout de même étonnant que les médias très mainstream de notre système clientéliste politico-médiatique et si bien coopté, aient mis plus de quatre heures avant de présenter les « preuves », tout en images des dégâts. D’habitude, « nos » reporteurs et grands dénonciateurs du désordre social sont beaucoup plus rapides. Au KKE, on souligne que ces « dégradations n’ont pas été causées par les syndicalistes du mouvement et qu’il s’agit d’une machination à bas étage du gouvernement », c’est vrai que dans la série « machinations et propagande », nous en avons vu d’autres malheureusement. Pour une fois, toute la gauche s’est montrée solidaire dans la défense du syndicalisme et du militantisme, Syriza, tout comme l’extrême-gauche, n’ont pas hésité un seul moment à dénoncer ce durcissement de la répression, y compris par la criminalisation de l’engagement et des pratiques du syndicalisme.
Ce phénomène n’est pas que grec malheureusement. Selon une analyse publiée sur le site internet des médias du KKE (www.902.gr), la dernière conférence interministérielle, organisée mardi 29 janvier à Bruxelles par la Commission européenne, « pour prétendument proposer des outils de lutte contre le phénomène de «l’extrémisme violent», en réalité, pratique l’amalgame voulu, entre le terrorisme et la radicalisation des mouvements sociaux au sein de l’U.E., et dont le « Réseau de sensibilisation à l’extrémisme violent » [RAN, « Radicalism awareness network »], n’est qu’une manière coordonnée, dans la criminalisation et la répression des mouvements et des formations politiques qui refusent la déferlante ultralibérale et l’U.E., ce qui revient finalement au même ». Évidemment, une certaine presse d’ailleurs (et d’ici), ne fait que reproduire pratiquement mot pour mot, le communiqué officiel de la Commission de Bruxelles, il y a un sens à tout cela… mais certainement pas très critique. Sauf qu’en Grèce (et à ma connaissance parfois en Espagne, en Italie ou au Portugal), « l’angélisme » européiste ne passe plus comme avant. Je remarque par exemple sur les murs d’Athènes, signe des temps peut-être, certains slogans…. si explicites et d’un langage certes, qui n’a rien de « politiquement correct », mais fatalement tout cela, dans un pays où l’incorrection de la politique de l’U.E. (via la Troïka), est allée jusqu’à l’abolition de la démocratie, de la Constitution, de la dignité humaine, ainsi que de la souveraineté… et ceci en trois ans seulement.
“Certains slogans…. si explicites…” – Athènes 31/01
Ensuite, il ne faut pas s’étonner de la radicalisation des mouvements sociaux, réelle, en cours, ou probable dans un futur qui reste alors à déterminer. Et notre vieille gauche, qui n’est pas de la dernière pluie – ce qui n’est pas un gage de réactivité ni de sagesse politique… automatique – commence par prendre ses précautions. En préparant son 19ème Congrès dans quelques mois, le KKE est en train d’élaborer son nouveau règlement, et pour la première fois depuis bien longtemps, et il est prévu « que dans le cas de figure où l’action du parti serait entravée, voire déclarée illégale, des dispositions adéquates lesquelles ne seront pas divulguées pour de raisons évidentes » (selon les médias du parti ). Autrement-dit, le PC grec, et il ne serait pas le seul, pourrait redevenir une formation politique œuvrant dans la clandestinité, comme jadis, comme du temps des Colonels. On comprendra au moins que l’histoire… ait encore un sens et toujours aucune retenue !
“Ce matin, de nombreux militants et sympathisants” – Athènes 31/01
Et en prélude certes à ce nouveau sens de l’histoire, ce matin, de nombreux militants et sympathisants KKE, et dans une moindre mesure Syriza et d’extrême gauche, ont manifesté devant le Tribunal d’Athènes, exprimant leur soutien aux 35 transférés, depuis les cellules de garde à vue du commissariat central d’Athènes. L’ambiance était joyeuse mais combative et finalement grave. J’ai rencontré les prévenus… « politiquement incorrects » dans une salle du Tribunal. Déjà, devant l’entrée la solidarité était manifeste. Giorgos Perros, membre du comité directeur du syndicat PAME résuma la situation s’adressant aux intéressés : « La justice est une justice de classe, des gens riches et proches du pouvoir, lorsqu’ils sont interpellés pour fraude fiscale ou pour fraude à la sécurité sociale ayant causé un préjudice à l’Etat s’élevant à de millions d’euros évitent en principe le flagrant délit, leurs politiciens… n’en parlons pas… Soyons unis, quoi qu’ils fassent leurs jours sont comptés ».
“Giorgos Perros, membre du comité directeur du syndicat PAME” – 31/01
J’ai questionné brièvement S., un des 35 syndicalistes sur les conditions de leur détention : «C’était… impeccable, nous avons été traités comme il faut, disons qu’ils nous avons été soignés, ce n’est pas toujours le cas… ». Effectivement, on sait que certains cas de torture auraient été signalés, sur les immigrés par exemple ou les militants anti-fascistes . Comme… par hasard, sur un mur d’Athènes il y a ce nouveau slogan : « La société grecque est séropositive au fascisme », au moins et… grâce à la Troïka, on ne mâche plus ses mots dans ce pays. C’est déjà un… pas vers un ailleurs sans doute.
Les militants de PAME finissent aussi par réaliser que cet ailleurs n’est guère loin. Giorgos Perros a souligné que « ce qui est nouveau tient de la criminalisation de toute action syndicale, ce qui amène à la disparition programmée des vrais syndicats, et ceci dans toute l’U.E. » Quelle densité historique vraiment… Il y a à peine une année, les militants syndiqués du KKE se vantaient « d’organiser les meilleures manifestations et qui ne dégénéraient jamais, donc les gaz asphyxiants des MAT n’étaient que pour les autres, l’extrême gauche, les anarchistes ». C’est vrai que même la Police officielle félicitait nos communistes pour leur sagesse. Mais à présent, à chaque coin de rue il y a un agent ou une compagnie de CRS, et voilà comment, « notre » police devient alors « naturelle »… organique. Le pays change.
“Ensuite, ils ont été conduits dans une salle d’audience dans un autre bâtiment” – 31/01

 

Justement, un… agent organique expliqua aux 35 syndicalistes certaines modalités pratiques. Ensuite, ils ont été conduits dans une salle d’audience dans un autre bâtiment. L’atmosphère était électrique, certains avocats et leurs clients ont applaudi, d’autres avaient l’air intrigués, voire gênés. Non, la Grèce n’est pas autant anti-mémorandum qu’elle l’aurait dû l’être. Déjà que dans notre sociabilité, de nombreux anti-mémorandum ne fréquentent plus leurs amis au comportement politique « positif ». C’est comme une guerre froide civile à bas voltage. La dernière fois, si l’on cherche un équivalant, c’était juste après la chute de la dictature des Colonels, mais je ne me souviens plus trop bien. Notre démocratie revenue était alors si jeune, moi aussi d’ailleurs.
« La société grecque est séropositive au fascisme » – Athènes 01/2013
J’ai réussi à trouver une place debout dans la salle d’audience. C’était presqu’une journée ordinaire. Le Président de la Cour, a même expliqué que certains magistrats avaient obtenu une « dispense » pour ainsi pouvoir juger, sinon, ils seraient en « arrêt de travail » à cause de la grève générale de ce jeudi. Avant l’audience des 35, des délits alors flagrants mais “banals” ont été jugés, ces prévenus, faisant l’objet des poursuites judiciaires devant le tribunal correctionnel étaient alors des immigrés, hommes et femmes menottés, ce qui n’était pas le cas des syndicalistes. J’ai remarqué que dans leur moitié, ces cas jugés finissaient par un report du procès et dans l’autre moitié par une condamnation. Avant de juger les syndicalistes de PAME, les magistrats ont observé une pause, quittant la salle durant presque une demi-heure.
Derrière la grille – Tribunal d’Athènes 31/01
Peu avant la reprise des audiences, Panagiotis Lafazanis, porte parole parlementaire de Syriza et chef de la mouvance gauche de ce parti, pénétra dans la salle. Il a salué les députés communistes présents, je n’ai pas pu entendre leurs propos mais j’ai vu que l’échange fut fort chaleureux, ce qui a provoqué une certaine émotion parmi les militants du KKE, cela s’appelle peut-être le… Front de gauche… au Tribunal. Cette venue de Lafazanis est d’autant plus significative en ce moment, que sa mouvance vient de critiquer violemment la ligne « directive » d’Alexis Tsipras. Le procès a été reporté au 12 février, les témoins de la partie plaignante ne se sont pas présentés. Jeudi soir sur les chaînes de la télévision… plaignante, « on » hurlait encore « la nécessité de faire payer le chèque des réparations aux syndicalistes ».
Ces mêmes voix sur ces mêmes télévisions, nous assurèrent jadis « que le pays était au bord de la faillite et qu’il fallait alors accepter le mémorandum et son tunnel de l’austérité, une bourrasque passagère, avant la (prétendue) nouvelle sortie du pays dans un an environ, sur les marchés pour emprunter. Après-tout, les diminutions des salaires n’excéderait pas 15% et uniquement sur la fonction publique ». Depuis, il y a eu autant de licenciements dans le secteur privé que l’ensemble de la fonction publique en termes d’effectifs tandis que les salaires dans l’économie… libre sont en chute libre.
“Samaras est allé vendre nos dernières casseroles au Qatar” – Elefterotypia 30/01
Entre-temps, Samaras est allé vendre nos dernières casseroles au Qatar. Peut-être pour mettre un peu de fioul dans les cuves de l’hôpital d’Ierapetra en Crète, où les blocs opératoires sont désormais fermés. Hier (30/01), j’ai… rencontré la manifestation musicale des enseignants et des élèves des lycées musicaux au centre d’Athènes : « Nous mourons, nous n’avons plus les moyens, nous fermerons… mais en musique au moins ».
Manifestation des enseignants et des élèves des lycées musicaux au centre d’Athènes – 30/01

 

“Les découvertes des archéologues” – 31/01

 

Les halles d’Athènes – 31.01
Jeudi, les hospitaliers qui manifestaient au même endroit ne disaient pas autre chose. A deux pas des halles d’Athènes, c’est en observant les découvertes des archéologues que nous avons voulu croire aux prémices du printemps. Sinon, c’est bien là, le meilleur marché de la ville. De la viande à 2,49 euros le kilo. L’euro, « notre seule monnaie nationale », d’après Alexis Tsipras avant-hier, c’était encore la télévision, et… une fin de mois.
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SYRIE : Une provocation « éclairante » de Netanyahu…

février 5th, 2013 by Louis Denghien

Un appareil israélien a violé mercredi à l’aube l’espace aérien syrien, frappant un « centre de recherche sur l’autodéfense » dépendant de l’Armée, dans le secteur de Jomrayah-al-Hameh, à moins de dix kilomètres au nord-ouest de Damas. C’est ce qu’affirme un communiqué du commandement militaire syrien publié ce mercredi par Sana. Selon la même source, le bâtiment principal a été partiellement détruit, deux employés étant tués et cinq autres blessés.

 

Un système anti-missiles israélien, à Haïfa, dans le nord d’Israël, fin janvier : menacer la Syrie – et le Liban – est pour Netanyahu un programme de gouvernement, après avoir été un argument électoral…

Le Liban visé autant que la Syrie

Le communiqué précise que le ou les avions israéliens ont pénétré en Syrie en volant très bas, au-dessous de la hauteur de détection des radars. Avant ce communiqué syrien, les agence de presse parlaient plutôt d’un raid aérien contre un convoi supposé transporter des missiles entre la Syrie et le Liban, supposément au profit du Hezbollah. Certaines sources disaient que cette attaque avait eu lieu en territoire libanais, d’autres disaient que c’était en Syrie. De leur côté les autorités militaires libanaises confirmaient plusieurs violations de l’espace aérien libanais par l’aviation de l’État hébreu – qui sont assez fréquentes. Une partie du convoi aurait été touchée par cette attaque.

De leur côté, des habitants de ce secteur de la région de Damas questionnés par l‘AFP affirment que le centre de recherches sur les armes non conventionnelles d’al-Hameh avait été frappé par six missiles air-sol mardi soir, vers 23 heures 30 heure locale.

Côté israélien, l’AFP a interrogé un porte-parole de Tsahal qui « s’est refusé à tout commentaire« , tandis que d’autres sources « sécuritaires » israéliennes maintenaient la version de l’attaque d’un convoi d’armes à destination du Liban, en territoire syrien, ce que dément l’armée syrienne – rappelons qu’al-Hameh n’est qu’à une grosse quinzaine de kilomètres de la frontière libanaise. Des sources diplomatiques occidentales affirment à Reuters qu’en fait de convoi, il s’agissait d’un unique camion.

Il semble bien donc, en dépit des informations contradictoires, que l’aviation israélienne ait attaqué, dans la nuit de mardi à mercredi, un objectif militaire syrien. Le commandement militaire syrien parle d’une « agression caractérisée contre la souveraineté syrienne » et ajoute que cette attaque prouve « désormais à tous qu’Israël est le moteur, le bénéficiaire et parfois l’acteur des actes terroristes visant la Syrie et son peuple résistant« , ce « en coordination avec les pays soutenant le terrorisme, dirigés par le Qatar et la Turquie« . Le communiqué rappelle qu’à plusieurs reprises, ces derniers mois, les bandes armées islamistes ont tenté de s’emparer du site militaire de Jomrayah.

Ce n’est pas le premier incident militaire israélo-syrien depuis le début de la crise : des échanges de tirs assez sérieux ont eu lieu en novembre dernier, de part et d’autre de la zone démilitarisée du Golan. Mais cet incident aérien, s’il est vraiment confirmé, est le plus grave depuis longtemps.

Jeudi matin, les autorités israéliennes se muraient dans le silence : par exemple, interrogé à ce sujet par la radio d’État israélienne, le ministre des Finances Youval Steinitz a répondu qu’il était informé de la situation « par les médias« .

Du côté de Moscou on a en revanche vite et fermement réagi :

« La Russie est très préoccupée par les informations concernant des frappes de l’armée de l’air israélienne sur des sites en Syrie, près de Damas », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. « Si cette information est confirmée, cela signifie que nous avons à faire à des frappes sans aucun prétexte sur le territoire d’un Etat souverain, ce qui viole grossièrement la charte de l’ONU et est inacceptable, quel qu’en soit le motif . Nous prenons des mesures d’urgence pour éclaircir cette situation dans les moindres détails », a-t-il souligné. Et le communiqué se conclut « classiquement » par un nouvel appel à la fin des violences, sans intervention extérieure, et au début d’un dialogue inter-syrien basé sur les accords de Genève du 30 juin 202. La Russie ayant des relations plutôt bonnes avec l’État hébreu, cette réaction ferme n’en a que plus de poids.

Le Hezbollah a lui estimé que cette attaque israélienne « dévoile au grand jour les origines de ce qui se passe en Syrie depuis deux ans et les objectifs criminels visant à détruire ce pays et son armée pour affaiblir son rôle central dans la résistance et parachever le grand complot contre nos peuples arabes et musulmans« . Le mouvement chiite ne fait une fois de plus que constater qu’ Israël est effectivement le grand bénéficiaire – discret mais incontestable – de la « révolution » syrienne, qui se résume dans les faits à la destruction d’un pays allié à l’Iran et au Hezbollah par des bandes fanatiques soutenues par le Qatar et la Turquie, sans oublier les Américains.

Un message de Netanyahu à Obama ?

Avec Netanyahu, tout est possible, et surtout la provocation belliciste : sorti affaibli des élections législatives, inquiet des changements en cours à la tête de la diplomatie et de la Défense américaines, le Premier ministre israélien a voulu peut-être rappeler à Obama que son pays, ou son gouvernement, considérait la Syrie comme un avant-poste de l’Iran, au même titre que le Hezbollah, et qu’il ne renonçait pas à une agression « préventive » contre l’un ou l’autre de ces adversaires. L’attaque est intervenue au moment où le général Avi Kochavi, chef du renseignement militaire israélien, se trouve à Washington pour y rencontrer des collègues américains. Coïncidence ? Et puis, ce peut encore être une opération de communication politique à destination de l’opinion israélienne, pour regagner « dans les airs » ce qu’on a perdu dans les urnes…

Et puis si Erdogan a ses Patriot, Netanyahu a déployé, sur sa frontière avec le Liban, deux batteries de « missiles anti-missiles » Iron Dome, clairement dirigés contre le ciel de Syrie et du Liban. D’ailleurs, ces dernières semaines, à l’unisson de l’opposition syrienne, Tel-Aviv a développé une campagne médiatique sur les armes chimiques syriennes : le choix comme cible d’une installation travaillant sur des armes « non conventionnelles » nous parait s’inscrit dans cette guerre essentiellement psychologique.

On peut supposer que la Syrie va saisir le Conseil de sécurité, ce qui serait une manière de reprendre l’offensive sur ce terrain-là. En tout cas, le gouvernement syrien ne doit pas céder à cette provocation, si elle reste isolée, et doit plutôt chercher à obtenir une condamnation diplomatique de l’agression : un affrontement, même limité, avec Israël, redonnerait de la voix et des prétextes aux bellicistes atlanto-sionistes euro-américains, et ouvrirait à l’armée syrienne un second front dont elle n’a pas besoin. Surtout à un moment où elle a pris l’ascendant sur les rebelles. Mais peut-être que justement Netanyahu cherche à donner un petit « coup de pouce » à ses alliés objectifs islamistes, qui ne tuent depuis des mois que des Arabes et/ou des musulmans, et ne travaillent pas à la libération de Jérusalem et de la Palestine, mais à la destruction d’un pays qui n’a jamais transigé avec Israël (et l’a affronté, lui). Les barbus se sont déjà montrés des alliés objectifs de la politique américaine dans le monde arabe, de la Libye à la Syrie. Et donc de la politique israélienne.

Le gouvernement doit garder son sang froid, et gérer au mieux – diplomatiquement – un incident qui ne peut que le servir aux yeux de l’opinion arabe, et non alignée. Nous ne croyons pas que Netanyahu ait envie et vraiment besoin d’une guerre avec la Syrie, et de donner l’impression qu’il favorise des groupes djihadistes à l’est du Golan alors qu’il a déjà des islamistes – à Gaza et en Égypte – sur sa frontière sud, et le Hezbollah toujours en faction sur sa frontière nord. Maintenant il est peut-être de ceux qui pensent que la politique du pire est la plus adaptée à leurs intérêts…

Louis Denghien

Le 31 janvier 2013

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Les Allemands demandent aux Etats-Unis qu’ils lui rendent la totalité des 374 tonnes d’or détenues par la Banque de France et 300 tonnes sur les 1500 tonnes de lingots détenues par la Banque de Réserve Fédérale de New York.

Certains disent que l’Allemagne demande le rapatriement de son or uniquement à cause de pressions politiques intérieures, et qu’aucun autre pays ne fera de même. Mais le co-directeur général de Pimco, [Mohammed] El Erian, déclare :

En premier lieu, cela pourrait traduire des pressions sur d’autres pays pour qu’ils rapatrient également une partie de leurs avoirs en or. Après tout, s’il peut stocker en toute sécurité son or chez lui – un grand si pour certains pays – aucun gouvernement ne souhaiterait être vu comme l’un des derniers à externaliser l’ensemble de cette activité auprès de banques centrales étrangères.

Voici ce que nous observions en novembre dernier :

La Roumanie a demandé pendant de nombreuses années à la Russie qu’elle lui restitue son or.

L’année dernière, le Venezuela a demandé à la Banque d’Angleterre la restitution de 90 tonnes d’or. *** Voici ce que Zero Hedge observe (citant Bloomberg) :

Le gouvernement de l’Equateur veut que les banques du pays rapatrient environ un tiers de leurs avoirs à l’étranger pour soutenir la croissance nationale, a dit le chef de l’agence fiscale de ce pays.

Carlos Carrasco, le directeur de l’agence fiscale connue sous l’acronyme SRI, a déclaré aujourd’hui que les sociétés de prêt équatoriennes pourraient rapatrier environ 1,7 milliard de dollars et quand même remplir leurs obligations vis-à-vis des clients internationaux. Carrasco s’exprimait lors d’une audition parlementaire à Quito sur une proposition du gouvernement d’augmenter les taxes sur les banques pour financer les aides financières aux pauvres de cette nation sud-américaine.

Quatre membres du parlement suisse veulent que la Suisse réclame la restitution de son or.

Certaines personnes aux Pays-Bas veulent aussi qu’ont leur rende leur or.

(Forbes observe que l’Iran et la Libye ont également rapatrié leur or récemment).

Le principal rédacteur économique du Telegraph, Ambrose Evans Pritchard, soutient que la demande allemande de rapatriement montre que nous sommes en train de passer de facto à un étalon or :

Les banques centrales dans le monde entier ont acheté plus de lingots (en volume) l’année dernière qu’à n’importe quel moment depuis près d’un demi-siècle. Elles ont accumulé 536 tonnes nettes supplémentaires en 2012 alors qu’elles diversifiaient leurs nouvelles réserves en évitant les quatre monnaies suspectes : le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen.

L’Accord de Washington, en vertu duquel la Grande-Bretagne, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Afrique du Sud, la Suisse, et d’autres pays ont vendu une partie de leur or chaque année, semble déjà relever d’une autre époque – qu’on pourrait appeler l’ère de Gordon Brown [l'ancien ministre des Finances puis Premier ministre britannique]. C’était la période illusoire où les investisseurs pensaient que l’euro prendrait sa place en tant que pilier jumeau d’un nouveau condominium G2 aux côtés du dollar. Cet espoir s’est évanoui. Les avoirs des banques centrales en euro bonds sont tombés à 26%, là où ils se trouvaient il y a près de 10 ans.

Ni l’euro ni le dollar ne peuvent inspirer une confiance totale, bien que pour des raisons différentes. L’UME [Union monétaire européenne] est une construction dysfonctionnelle couvrant deux économies incompatibles et encline à tanguer de crise en crise sans une trésorerie unifiée pour l’étayer. Le dollar est assis sur une pyramide de dette. Nous savons tous que cette dette se dégonflera au fil du temps – pour le meilleur ou pour le pire. Le seul véritable désagrément concerne la vitesse à laquelle cela se fera.

***

Ma supposition est que tout nouvel étalon or sera sui generis [c.-à-d. dont la singularité empêche tout classement dans une catégorie déjà répertoriée et nécessite de créer des textes spécifiques], et ce serait mieux. Qu’on laisse l’or prendre sa place de troisième devise de réserve, une devise qui ne peut être dévaluée et qui oblige les autres [devises] à rendre des comptes, mais pas trop dominante pour atteler ensemble nos destins collectifs dans les hausses inflationnistes (oui, l’or fut très inflationniste après la Conquête musulmane de l’Hispanie) et les baisses déflationnistes des réserves minières mondiales.

***

Une troisième devise de réserve est exactement ce dont a besoin l’Amérique. Ainsi que l’a soutenu le Pr Michael Pettis, de l’université de Pékin, détenir la devise de réserve mondiale est un « fardeau exorbitant » dont les Etats-Unis pourraient se passer.

Le dilemme de Triffin – avancé par l’économiste belge Robert Triffin dans les années 1960 – suggère que le détenteur de la devise suprême est confronté à une contradiction inhérente. Il doit gérer un déficit commercial structurel au cours du temps pour maintenir le système à flot, mais cela minera sa propre économie. Ce système s’autodétruit.

Un étalon or partiel – créé par le marché mondial et n’ayant de compte à rendre à personne – est le meilleur de tous les mondes. Il offre une provision de valeur (mais pas de rendement). Il joue un rôle d’équilibre. Il n’est pas assez dominant pour étouffer le système.

Ayons donc trois devises mondiales, un trépied avec une jambe dorée ! Ce trépied pourrait même être stable.

Combien d’or y a-t-il ?

Cela n’inspire pas confiance que le rédacteur en chef de CNBC, John Carney, soutienne que cela importe peu que les Etats-Unis aient ou non l’or physique qu’ils prétendent détenir.

En fait, nombreux sont ceux qui affirment que l’or est parti :

Ned Taylor-Leyland, de Cheviot Asset Management, dit que la Fed et la Banque d’Angleterre ne restitueront jamais l’or à leurs propriétaires étrangers. Jim Willie dit que l’or est parti.

***

D’autres affirment que l’or n’a pas été exactement vendu, mais qu’il a été loué ou gagé, et donc que les Etats-Unis ne le possèdent pas vraiment.

Eric Sprott, gérant d’un fonds qui pèse 10 milliards de dollars, écrit – dans un article intitulé « Do Western Central Banks Have Any Gold Left??? » [Les banques centrales occidentales ont-elles encore de l'or ???] :

Si les banques centrales occidentales louent effectivement leurs réserves physiques, elles n’auraient pas réellement l’obligation de révéler les quantités spécifiques d’or qui restent dans leurs coffres respectifs. Selon un document sur le site de la BCE [Banque Centrale Européenne] concernant le traitement statistique des réserves internationales de l’eurosystème, les directives actuelles de reporting ne requièrent pas que les banques centrales fassent la différence entre l’or détenu directement et l’or prêté ou échangé avec une partie tierce. Ce document établit que « les transactions réversibles en or n’ont aucun effet sur le niveau d’or monétaire, quel que soit le type de transaction (c-à-d. les échanges, les placements, les dépôts et les prêts en or) , en ligne avec les recommandations contenues dans les directives du FMI ». (les caractères gras sont dans le texte original). Par conséquent, selon les directives actuelles de reporting, les banques centrales sont autorisées à continuer de porter sur leurs bilans les entrées d’or physique, même si elles l’ont échangé ou prêté entièrement. On peut le voir dans la manière dont les banques centrales occidentales se réfèrent à leurs réserves d’or.

En effet, il est a présent bien documenté que la Fed a loué une grande partie de ses réserves d’or et que les grandes banques empruntent de l’or aux banques centrales et ensuite le prête à de multiples parties tierces.

Comme tel, il ne serait pas totalement surprenant que la Fed ait besoin de 7 années pour rendre à l’Allemagne ses 300 tonnes d’or [...] même si la Fed prétend détenir 6.720 tonnes dans la seule Banque de Réserve de New York.

Même le co-directeur général de Pimco, Bill Gross, déclare :

Lorsque la Fed émet chaque mois pour 85 milliards de dollars de chèques afin d’acheter des bonds du Trésor et des crédits hypothécaires, elle n’a réellement rien en « banque » pour les garantir. Ils possèdent soi-disant quelques milliards de dollars de « certificats or », une histoire à dormir debout sur la provision secrète de Fort Knox, mais il n’y a essentiellement rien d’autre là que de la confiance. Lorsqu’un opérateur de première importance comme J.P. Morgan ou Bank of America vend ses bonds du Trésor à la Fed, il obtient un « crédit » sur son compte à la Fed, connu sous le nom de « réserves ». Il peut dépenser ces réserves en échange d’autre chose, mais alors une autre banque obtient un crédit pour ses réserves, etc., etc. La Fed a dit à ses banques membres « Faites-moi confiance, nous honoreront toujours nos réserves », et donc les banques lui font confiance, et les entreprises et les particuliers font confiance aux banques, et « the beat goes on » [et ça continue] comme le chantaient Sonny & Cheer. 54 trillions de dollars de crédit dans le système financier des Etats-Unis, basé sur la confiance envers une banque centrale qui n’a rien dans ses coffres pour les garantir. Etonnant !

Et étant donné que du tungstène plaqué-or a été déniché partout dans le monde, et qu’un expert allemand de premier plan sur l’or a trouvé de faux lingots d’or gravés avec les marques officielles des Etats-Unis, les Allemands ont perdu confiance dans la fiabilité de la Fed. Voyez ce qui suit.

Cela pourrait être particulièrement vrai depuis que la Fed a refusé aux Allemands d’inspecter leurs propres réserves d’or qui y sont stockées.

 

Guerre des devises ?

Le rapatriement de l’or est – sans aucun doute – lié à la monnaie.

Voici ce qu’observe Forbes :

Des fonctionnaires de la Bundesbank [...] ont reconnu que cette manœuvre est « préventive » au cas où une « crise monétaire » frapperait l’Union Monétaire Européenne.

***

« Non, nous n’avons aucune intention de vendre de l’or », a déclaré au téléphone, mercredi dernier, un porte-parole de la Bundesbank, « [ce transfert] est pour le cas où il y aurait une crise monétaire. »

Reggie Middleton pense que la demande de l’Allemagne de récupérer son or fait partie d’une guerre monétaire.

Jim Rickards a dit auparavant que la Fed projetait de mettre la main sur l’or allemand :

Jim Rickards a exposé les projets possibles de la Réserve Fédérale de réquisitionner l’or souverain de l’Allemagne et de tous les autres dépositaires étrangers, qui se trouve à la Réserve Fédérale de New York, dans l’éventualité d’une crise du dollar et monétaire conduisant à des « guerres monétaires » intensifiées, et « l’option nucléaire » d’une révision à la hausse radicale du prix de l’or et un retour à un quasi-étalon or est envisagé par les banques centrales assaillies pour empêcher la déflation de la dette.

Est-ce une raison pour que l’Allemagne réclame maintenant la restitution de son or ?

La Chine devient tranquillement une superpuissance de l’or, et on dit depuis longtemps que la Chine convertirait le yuan en devise adossé à l’or.

James Delingpole du Telegraph fait remarquer:

Au milieu des années 1920, le chef de la Banque centrale allemande, [Horace] Hjalmar Schacht, s’est rendu à New York pour voir de ses yeux l’or de l’Allemagne. Cependant, les responsables de la Fed de New York furent incapables de retrouver la palette de lingots d’or allemands. Le Président de la Réserve Fédérale d’alors, Benjamin Strong, fut mortifié, mais pour mettre Strong à l’aise, Herr Schacht se tourna vers lui et lui dit : « Ne vous inquiétez pas, je vous crois lorsque vous dites que l’or est ici. Même s’il n’y est pas, vous êtes d’accord pour le remplacer ». (H/T The Real Asset Company)

Mais cela se passait alors, et là, nous parlons d’aujourd’hui. Aux yeux des Allemands – et qui peut leur donner tort ? – l’Amérique a perdu son pouvoir magique à tel point qu’on ne peut plus lui faire confiance pour honorer ses dettes, même dans l’éventualité improbable qu’elle soit financièrement capable de le faire. C’est pourquoi, marchant dans les pas du vénézuélien Hugo Chavez (qui n’est pas si bête), l’Allemagne rapatrie son or de la Réserve Fédérale américaine. Il sera désormais stocké à Francfort.

***

[Les choses] peuvent sembler calmes en surface, mais ce dernier coup de la part de la Bundesbank nous donne une assez bonne indication qu’en dessous de la surface cette institution apparemment sereine défend chèrement sa peau.

Si vous voulez une analyse complète, je recommande cet excellent résumé de Jan Skoyles. Voici la partie effrayante :

Plusieurs fois par an, il y a une discussion concernant ce que la Chine prévoit de faire avec l’or qu’elle extrait et qu’elle importe chaque année, et nombreux sont ceux qui croient que les Chinois amassent ce métal comme assurance contre les milliards de dollars en bons du Trésor, en billets et en créances qu’ils détiennent. Nombreux sont ceux qui croient qu’ils émettront à court-terme une sorte ou une autre de devise adossée à l’or et qu’ils se débarrasseront des 1.000 milliards de dollars qu’ils détiennent en titres du Trésor américain. A partir du moment où les Etats-Unis semblent considérer que leur monopole monétaire va de soi, si jamais les Chinois ou d’autres agissent ainsi, les Etats-Unis devront réagir – le plus probablement avec de l’or dont ils ne disposent pas en quantité suffisante.

Tous ceux qui pensent que cela ne va pas se produire devraient finalement lire la parabole de Peter Schiff « How An Economy Grows And Why It Crashes » [Comment croît une économie et pourquoi elle s'effondre]. Si quelque chose ne peut pas durer éternellement, elle ne durera pas.

Autrement dit, Rickards et Skoyles semblent soutenir que l’Allemagne pourrait rapatrier son or dans ce premier jeu de chaises musicales dans lequel la Chine se prépare à déployer un yuan adossé à l’or. Selon cette théorie, le reste des devises mondiales s’effondreront à moins que leurs nations puissent lutter pour mettre la main sur suffisamment d’or afin de conférer de la crédibilité à leur papier-monnaie.

Post-scriptum : Michael Rivero pense que la guerre au Mali a quelque chose à voir avec cela :

Le Mali est l’un des plus gros producteurs d’or du monde. Avec le Ghana, son voisin, ils comptent pour 7 à 8% de la production d’or mondiale. Cela en fait une riche prise de guerre pour les pays qui ont désespérément besoin d’or physique. Donc, même si l’Allemagne a commencé à réclamer la restitution de son or à la Banque de France et à la Réserve Fédérale de New York, la France (aidée par les Etats-Unis) a décidé d’envahir le Mali pour combattre les « Islamistes » travaillant pour « al-Qaïda ». Bien sûr, les « Islamistes » sont devenus l’étiquette fourre-tout pour les gens qui doivent être tués afin de les ôter du chemin vers les richesses, et les gens qui sont bombardés par la France (aidée par les Etats-Unis) ne sont pas « al-Qaïda » mais des Touaregs qui ont combattu pour leur indépendance pendant 150 ans, bien avant que la CIA ait créé « al-Qaïda ». Livrés à eux-mêmes, les Touaregs pourraient vendre l’or à qui ils voudraient au prix qu’ils demanderaient, et à ce moment précis la Chine peut surenchérir sur la France et les Etats-Unis.

Article original en anglais :

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Why Is Germany Demanding 300 Tons of Gold from the U.S. and 374 Tons from France?, le 21 janvier 2013

Traduction : FG-QuestionsCritiques

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Il n’y a que dans les romans de science fiction que les humains peuvent échapper aux conséquences de la destruction de leur habitat. Dans Time Enough For Love, de Robert A. Heinlein, la « Grande diaspora de l’espèce humaine » a débuté « il y a plus de deux millénaires » et s’est répandue sur plus de « deux mille planètes colonisées ». La Terre, jadis « adorable planète verte », est une planète misérable à peine capable de maintenir la vie où seuls les plus pauvres subsistent, le capital naturel de la Terre ayant été consumé, il y a plus de deux mille ans. Les humains ont découvert la capacité de se rajeunir et de vivre pratiquement éternellement, mais ils sont incapables de rajeunir les planètes dont ils dévorent le capital naturel. Les humains n’ont pas rencontré « une seule espèce aussi mesquine, mauvaise et dévastatrice que la nôtre ». Tandis qu’homo sapiens épuise les environnements des planètes colonisées, « les vaisseaux de la colonie humaine intergalactique se dirigent déjà vers les confins de l’univers », laissant derrière eux leurs ruines.

Dans son livre, « Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie », le professeur de biogéographie de l’université de Californie, Jared Diamond, décrit le passé non-fictionnel et la destruction actuelle du capital naturel de la Terre. Il est surprenant que Diamond commence son histoire d’autodestruction de l’Île de Pâques, Anasazi et les civilisations Maya avec le Montana d’aujourd’hui et la termine avec l’Australie. Nous pensons que ces deux terres sont magnifiques, faiblement peuplées et largement intactes, mais elles ont été conduites au bord de la ruine. L’idée de Diamond est que l’homme moderne, scientifique et technologique ne fait pas mieux pour gérer le capital de la nature que les sociétés précédentes.

Nombreux sont ceux qui associent la destruction écologique à la pression de la population. Cependant, la toxicité, associée à l’exploitation minière, à la fracturation hydraulique, aux fertilisants chimiques et à l’agriculture OGM, ainsi que les effets négatifs et décisifs de l’abattage des arbres transforment même les Etats à faible densité de population, comme le Montana, en un environnement dont les sols et les eaux sont dégradés.

Dans le Montana, l’exploitation minière a produit un héritage de toxicité – mercure, arsenic, cyanure, cadmium, plomb et zinc. Ces substances toxiques se sont frayées un chemin vers les rivières poissonneuses du Montana et dans les réservoirs. De ces réservoirs, des substances toxiques se sont répandues dans les nappes phréatiques et les puits qui approvisionnent les maisons. En 1981, on a trouvé dans les nappes phréatiques de plusieurs régions du Montana, desservant les puits familiaux, des taux d’arsenic 42 fois supérieurs aux normes fédérales autorisées.

Avant que le Montana puisse trouver des moyens de restaurer ses ressources aquifères, polluées par les écoulements toxiques des exploitations minières, une nouvelle menace est apparue : la fracturation hydraulique. Celle-ci utilise des quantités énormes d’eau de surface, qu’elle injecte avec des produits chimiques toxiques pour faciliter l’extraction des gisements souterrains de gaz et de pétrole qui seraient autrement irrécupérables. L’industrie de l’énergie et ses complices médiatiques vantent « l’indépendance énergétique » afin d’influencer le public pour qu’il s’éloigne des écologistes qui alertent sur le danger.

Une partie des déchets toxiques de la fracturation hydraulique restent dans le sol et suintent dans les nappes, détruisant les ressources aquifères. L’eau toxique qui remonte avec le gaz ou le pétrole doit être éliminée. A l’occasion, elle atterrit dans les usines de traitement de l’eau des villes, lesquelles ne peuvent pas détoxiquer l’eau, et dans des cours d’eau où l’écoulement toxique peut réduire l’azote et le phosphore et produire des algues dorées (prymnesium parvum) qui détruisent toute vie aquatique. L’utilisation d’eau de surface pour la fracturation hydraulique pourrait déjà avoir quasiment asséché les cours d’eau qui l’alimentent, les rendant ainsi vulnérables à d’autres pollutions, comme des écoulement de fosses sceptiques et les algues produites par des températures plus élevées dues à un niveau d’eau plus faible.

Tout en promettant « l’indépendance énergétique », la fracturation hydraulique menace réellement de détruire nos réserves d’eau douce. Récemment, des chercheurs ont prêté attention au fait que l’eau pourrait être la ressource critique en voie de disparition et finir par valoir plus que le pétrole, le gaz ou l’or.

La fracturation hydraulique n’est est encore qu’à ses débuts, mais la Pennsylvanie est déjà durement touchée. On a été rapporté que certains propriétaires de maisons ont été invités à ouvrir leurs fenêtres lorsqu’ils prennent une douche, parce que le méthane contenu dans l’eau, dans certains cas, est suffisamment important pour que celle-ci s’enflamme.

Les porte-parole de l’industrie de l’énergie soutiennent que le méthane trouvé dans les nappes phréatiques près des sites de fracturation hydraulique est une état naturel. Toutefois, les résidents disent que leur eau ne contenait pas de méthane avant les opérations de fracturation hydraulique. Cela indique que le méthane se déplace vers les ressources aquifères à travers les fractures souterraines.

En 2012, Robert Oswald, professeur de médecine moléculaire à la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Cornell, a publié avec un coauteur, la vétérinaire Michelle Bamberger, un article dans une revue professionnelle, qui indiquait un lien entre la fracturation hydraulique et les problèmes neurologiques, de reproduction et gastro-intestinaux du bétail exposé par l’air ou l’eau aux produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique.

La fracturation, à l’instar du forage en eaux profondes et toutes les autres exploitations dangereuses des ressources de la nature, produit de gros profits à court-terme pour les entreprises aux dépens de tous les autres et du futur. Le coût de la pollution de l’eau, des poissons morts, des êtres humains et des animaux devenus infertiles, des sols et de l’air pollués, ainsi que l’augmentation des maladies, constituent des coûts extérieurs imposés aux parties tierces qui n’ont aucun intérêt financier dans ces profits mal acquis.

La Pennsylvanie, probablement l’Etat le plus corrompu des Etats-Unis, a voté une loi qui empêche les professionnels de la santé de partager l’information sur les effets sanitaires de la fracturation hydraulique. « Je n’ai jamais vu quelque chose comme cela dans mes 37 années d’exercice », dit le Dr Helen Podgainy, pédiatre à Coraopolis, en Pennsylvanie.

Autrement dit, comme dans le livre de Robert Heinlein, Time Enough For Love, dans l’Amérique d’aujourd’hui, une poignée de riches contrôlent tout. Rien d’autre ne compte. Oxfam, une organisation internationale de philanthropie, a annoncé le 18 janvier dernier que les 100 personnes les plus riches du monde avaient gagné chacune en moyenne 2,4 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) en 2012. Imaginez un peu ! Un revenu annuel de 1.800 millions d’euros, ou un revenu journalier de 4.931.506 euros. Comparé à cela, l’un des premiers milliardaires des années 1990, Sir James Goldsmith, était un homme pauvre. L’Île de Pâques est un exemple clair d’une civilisation qui s’est détruite en ravageant son environnement et ses ressources. Le Pr. Diamond observe : « L’Île de Pâques était aussi isolée dans l’océan que ne l’est la Terre dans l’espace. Lorsque que les habitants de l’Île de Pâques y rencontrèrent des difficultés, il n’y avait aucun endroit où ils pouvaient fuir, ni personne vers qui se tourner pour être aidés ; nous n’aurons pas non plus, nous les Terriens modernes, de recours ailleurs » si nous détruisons le capital naturel de notre planète. Effectivement, interroge Diamond, « si quelques milliers d’habitants de l’Île de Pâques disposant seulement d’outils en pierre et de leurs propres muscles ont réussi à détruire leur environnement et, ainsi, leur société, comment des milliards de personnes disposant d’outils métalliques et de la puissance des machines ne parviendraient-elles pas maintenant à faire pire ? » Diamond aurait pu ajouter que les gens qui produisent les déchets toxiques qui empoisonnent l’air, l’eau et le sol, et qui sont équipés d’armes nucléaires, biologiques et chimiques, sont assurés de détruire la Terre, en particulier lorsque pratiquement tous les gouvernements sont responsables.

Sur l’Île de Pâques, les arbres constituaient la ressource essentielle pour la population. Ils fournissaient la nourriture, les logements, l’élément essentiel qui protégeait contre l’érosion des sols, le compost, et les grands canoës qui permettaient aux habitants que quitter leur île et de pêcher au large. Quelle fut la pensée de son chef, demande le Pr Diamond, lorsque le dernier arbre fut coupé ?

Peur-être que la réponse est que le chef pensait à sa propre gloire. Comment aurait-on pu faire rouler son monument de pierre jusqu’à sa place sans l’aide du dernier arbre ? Ce qui compte, pensait le chef, n’est pas que la population de l’Île de Pâques survive, mais que ne n’aie pas moins de splendeur dans mes monuments que mes prédécesseurs. Ainsi, avec le dernier arbre abattu, l’arrêt de mort de l’Île de Pâques était signé.

Lorsque les colons originels arrivèrent en Australie, ils firent une déduction erronée et conclurent que des récoltes abondantes étaient à leur portée. Hélas, il y a de la salinité sous le sol et l’irrigation ramène le sel à la surface où il détruit les récoltes.

La salinité ramenée à la surface par l’irrigation ruisselle ensuite dans l’eau de surface. Le fleuve Murray/Darling compte pour environ la moitié de la production agricole de l’Australie. Mais tandis que le fleuve coule vers l’aval, de plus en plus d’eau est extraite. Le fleuve devient progressivement salé au fur et à mesure que son volume décroît et plus de dépôts salins libérés s’écoulent dans le fleuve. Diamond rapporte que « certaines années, une si grande quantité d’eau est extraite qu’il ne reste plus d’eau dans le fleuve à son embouchure dans l’océan ».

Vider les terres de leur végétation native contribue à la libération de la salinité. Diamond écrit que 90% de la végétation native originelle de l’Australie a été supprimée.

Les problèmes avec les sols et les eaux de l’Australie sont profonds, mais n’espérez pas que le gouvernement les prennent en compte. Les entreprises capitalistes peuvent réaliser des profits à court-terme en détruisant les sols fragiles et l’eau de l’Australie. La faible population australienne est tout ce que ce pays peut soutenir, en prenant en considération sa fragile écologie.

Cela nous amène aux forêts tropicales du Brésil, l’exemple moderne le plus extraordinaire de la destruction délibérée des immenses ressources naturelles par les forces aveugles de l’avidité capitaliste non-régulée, une force destructrice aussi dangereuse que les armes nucléaires.

Dans The Fate of the Forest [Le sort de la forêt], Susanna Hecht et Alexander Cockburn nous emmènent à travers des siècles de destruction des forêts les plus précieuses sur terre et des peuples indigènes qui les habitent. Ce livre est une expérience instructive extraordinaire et couvre de nombreux siècles de destruction par l’homme des forêts tropicales humides, des plantes médicinales, des eaux, des peuples, des animaux, des légumes et des insectes indigènes d’Amazonie. Tous les projets de développement ont échoué, qu’ils fussent initiés par le gouvernement brésilien, par des capitalistes comme Henry Ford et Daniel Ludwig ou par des organisations internationales.

En bref, ce qui s’est produit est ceci. Afin que des étrangers puissent obtenir des titres de propriété sur des terres habitées par des natifs, des récolteurs de caoutchouc, des ramasseurs de noix du brésil, et les autres qui avaient l’usufruit des forêts et savaient comment les exploiter sans les abîmer, les arbres devaient être abattus, parce que les titres de propriété étaient accordés pour dégager la terre.

Les spéculateurs fonciers et les éleveurs de bétail acquirent d’immenses terres en nettoyant les forêts de l’acajou, des hévéas, et des noyers brésiliens, en même temps que de leurs habitants natifs. Une fois la terre déblayée, privée de ses intendants et de ses nutriments, elle s’est tassée et est devenu infertile après quelques années. L’élevage de bétail est profitable à court-terme avant que le sol ne soit épuisé, mais les profits à court-terme existent seulement à cause des subventions gouvernementales et parce que les coûts externes de la valeur des forêts qui ont été détruites afin d’obtenir un titre de propriété ne sont pas comptabilisés dans le coût du bétail.

The Fate of the Forest fut publié en 1990 par la prestigieuse University of Chicago Press et révisé en 2011. Hecht et Cockburn rapportent que ce qui restait des peuples indigènes, malgré le meurtre d’un grand nombre de leurs chefs par les barons terriens auxquels on n’a jamais demandé de comptes, a réussi à forcer le gouvernement corrompu du Brésil à établir des « réserves extractives » qui étaient censées protéger l’usufruit sur les forêts des organisations sociales existantes. Ces auteurs indiquent, au moment où ils ont écrit leur livre, que les riches corrompus et disposant de relations purent tirer avantage des réserves extractives pour continuer leur processus de vol de la terre. La même utilisation impropre est faite des parcs nationaux. Les habitants indigènes sont déplacés des parcs nationaux, mais les capitalistes privilégiés en obtiennent l’accès pour exploiter leurs ressources.

Je recommande ce livre à tous [il n'a pas encore été traduit en français, mais on lira avec le plus grand intérêt Le Capitalisme : un Génocide Structurel, de Garry Leech]. Il montre de façon concluante sans être didactique que le capitalisme non-régulé est l’une des plus grandes forces de destruction des peuples, de la faune et de la flore et de l’écologie de la Terre. Ce livre montre que pour le profit à court-terme, les capitalistes sont prêts à détruire des ressources irremplaçables. La profitabilité future n’est pas importante pour eux.

Et nous avons donc les comptabilités nationales qui mesurent les PIB des pays sans prendre en considération le coût de l’air, de l’eau et des sols pollués, et sans prendre en considération, par exemple, les zones mortes du Golfe du Mexique à la suite des déversements accidentels de pétrole et des écoulements de fertilisants chimiques agricoles. Nous ajoutons au PIB la valeur du gaz et du pétrole extrait par fracturation hydraulique, mais nous ne soustrayons pas la valeur des réserves d’eau ravagées des gens et la vie dans les cours d’eau.

Lorsque les grandes entreprises minières font exploser les sommets des montagnes, le PIB compte les minerais extraits comme une addition de valeur, mais ne soustrait pas à cette valeur le coût des paysages ruinés et des effets environnementaux des montagnes détruites.

Lorsque des pêcheurs dynamitent des récifs de corail afin de maximiser leurs prises, la valeur du poisson obtenu en détruisant l’environnement qui a produit celui-ci n’est pas réduite par la destruction de l’environnement corallien qui aurait produit une future réserve halieutique. L’achat de dynamite est comptabilisé dans le PIB, mais les récifs détruits ne sont pas comptabilisés comme un coût à soustraire.

L’Ohio a connu des tremblements de terre causés par la fracturation hydraulique. Combien seront-ils sévères au fur et à mesure que la terre est fracturée dans l’intérêt du profit à court-terme ?

Heinlein a identifié « Mankind the Destroyer » [l'espèce humaine, la destructrice] et dépeint les humains comme des destructeurs, d’abord de leur galaxie, puis des autres galaxies.

La véritable espèce humaine, en comparaison avec celle fictionnelle de Heinlein, aura-t-elle la possibilité de s’échapper d’une Terre détruite vers d’autres planètes ? Ou la destruction de l’écologie de la Terre est-elle plus proche dans le temps que la capacité des humains à coloniser l’espace ?

Les économistes sont responsables de l’ignorance des Terriens vis-à-vis de leur dépendance environnementale. L’économie prétend que le capital fabriqué par l’homme est un substitut au capital de la nature. Au fur et à mesure que le capital de la nature est détruit, le capital reproductible fabriqué par l’homme prendra sa place. Cette supposition est enchâssée dans la fonction de production qui est la base de la théorie économique moderne. Cette supposition est absurde, parce qu’elle part du principe que des ressources finies peuvent soutenir une croissance illimitée. Les économistes devraient commencer leur éducation en prenant des cours de physique.

La description correcte du processus de production est que les ressources naturelles sont transformées en produits utiles et en déchets par le capital travail et le capital fabriqué par l’homme. Le capital de la nature et le capital fabriqué par l’homme sont complémentaires, ils ne se substituent pas. Le capital de la nature s’épuise au fur et à mesure que les ressources sont exploitées pour fabriquer des produits utiles, et l’air, la terre et l’eau deviennent pollués par les déchets issus de la production. La capacité des « cloaques à déchets » de la planète est limitée.

Le calcul du PIB n’inclut pas les coûts de la destruction de l’environnement comme coût de production. Par exemple, les coûts des conséquences inattendues des cultures génétiquement modifiées ne sont pas inclus dans les prix du blé, du maïs et du soja. En 2011, le pathologiste végétal et microbiologiste des sols, Don Huber, a décrit ces coûts au Ministre de l’Agriculture des Etats-Unis. Les effets toxiques sur les microorganismes dans les sols ont bouleversé l’équilibre de la nature, avec pour résultat une augmentation des maladies végétales. La fertilité des sols, les micro-nutriments et la valeur nutritionnelle des aliments ont tous été endommagés. Les problèmes de reproduction, la faible réponse immunitaire et le vieillissement prématuré des animaux sont liés aux OGM résistants aux herbicides qui sont devenus leur nourriture.

Selon l’économiste écologique Herman Daly, si tous les coûts de production sont inclus, la décroissance du capital de la nature pourrait dépasser le valeur de la croissance du PIB. Ainsi que Hecht et Cockburn le disent clairement, cela a certainement été le cas dans l’exploitation de l’Amazonie. La production vaut beaucoup moins que les ressources qui ont été ruinées pour elle.

Il ne reste pas grand-chose sur terre qui n’a pas été ruiné par les humains. Le peu qui reste est l’Antarctique, l’Arctique et quelques parties de l’Alaska, comme les étendues sauvages au-dessus de la baie de Bristol en Alaska. L’Antarctique est protégé par traité, en grande partie parce qu’aucune puissance majeure a imaginé comment le revendiquer. Cependant, Shell Oil Company, avec la bénédiction d’Obama, est à présent impliquée dans le forage offshore dans l’Arctique, et un consortium d’entreprises minières mondiales fait du lobbying au Congrès, à la Maison Blanche et à l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) pour obtenir le feu-vert pour la Mine Pebble, une énorme mine à ciel ouvert qui serait située dans les étendues sauvages au-dessus de la baie de Bristol en Alaska. Les scientifiques ont conclu que cette mine ferait une zone morte d’une immense région de paysages spectaculaires englobant les dernières plus grandes routes de saumons sauvages, ainsi que la vie sauvage, les habitants natifs et les pêcheurs commerciaux dépendants du poisson.

Les scientifiques de l’EPA ont conclu que la Mine Pebble serait un désastre économique et écologique, mais c’est un bien faible argument face à l’avidité de quelques personnes puissantes et pleines aux as qui veulent toujours plus de profits. Exactement comme les habitants de l’Île de Pâques ont coupé leurs derniers arbres, les Américains sont bien déterminés à détruire leurs dernières étendues sauvages et leurs ressources halieutiques, aquifères et de vie sauvage. Les lobbyistes du secteur minier appellent cette destruction écologique « progrès » et « emplois » mais ne comptent pas comme perte les 14000 emplois liés à la pêche du saumon qui seront détruits par la Mine Pebble ou les eaux et les poissons morts, ainsi que la vie sauvage détruite que leurs processus toxiques produiront certainement.

Robert Redford et le National Resources Defense Council [comité de défense des ressources naturelles] se sont déployés avec les scientifiques de l’EPA contre la Mine Pebble. Washington écoutera-t-elle les faits ou l’homo sapiens écartera-t-il une fois de plus les faits pour le profit temporaire et fera-t-il un nouveau pas vers l’achèvement de la capacité à soutenir la vie de la planète ?

Est-ce que les idiots qui dirigent la terre vont la détruire avant que les humains puissent s’échapper vers d’autres planètes. De toute évidence, la destruction de l’écologie terrestre a une énorme longueur d’avance sur la capacité d’homo sapiens à coloniser l’espace.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais :

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The Destruction of the Earth’s Ecology: Nature’s Capital Is The Limiting Resource, le 27 janvier 2013

Traduction : FG-QuestionsCritiques

 

Paul Craig Roberts a été Secrétaire-adjoint au Trésor sous Reagan, ainsi que chroniqueur et rédacteur en chef au Wall Street Journal. 

 

 

LECTURE RECOMMANDÉE :
Le Capitalisme: Un Génocide Structurel, de Garry Leech (Le Retour aux Sources, Aube, 2012)

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Le « Quinquennat Gris »

SL : Evoquons à présent la période obscure du « Quinquennat Gris », entre 1971 et 1976, où, là encore, des intellectuels renommés ont été marginalisés, ostracisés et mis au banc de la société en raison de leur homosexualité.

MCE : L’ostracisme dont ont été victimes les homosexuels durant le « Quinquennat Gris » a été bien pire que ce qu’ils avaient dû subir au sein des UMAP. Cette étape sombre a eu un impact terrible sur la vie personnelle et professionnelle des homosexuels. Lors du Congrès national « Education et Culture » en 1971, des paramètres exclusifs ont été établis contre ceux qui présentaient une orientation sexuelle distincte de ce qui était considérée comme la norme. Ainsi, ils ne pouvaient ni travailler dans le monde de l’éducation, c’est-à-dire devenir enseignant ou professeur, ni dans l’univers de la culture. On considérait, de manière très arbitraire, qu’ils seraient de mauvais exemples pour les enfants et les élèves et qu’il fallait donc les éloigner de la jeunesse. Alors bien sûr, ils ne restaient pas sans travail, mais ils ne pouvaient pas intégrer ces deux domaines et étaient par conséquent discriminés.

Ce fut une expérience très difficile pour eux. Imaginez le cas d’une personne homosexuelle qui souhaitait devenir enseignant par vocation. Elle se voyait interdire l’accès à ce monde en raison du sectarisme, de l’intolérance de certains dirigeants et bureaucrates. Interdire à un étudiant de devenir médecin ou autre en raison de son orientation sexuelle est inacceptable pour toute personne qui croit aux valeurs de liberté et de justice. Cela a perduré pendant des années, même si les homosexuels trouvaient un emploi dans un autre secteur. On les renvoyait systématiquement à leur condition de minorité sexuelle. Certains ont vécu cette situation mieux que d’autres mais beaucoup ont souffert d’ostracisme et de discrimination.

SL : Jusqu’à quelle date cette politique discriminatoire a-t-elle perdurée ?

MCE : Elle a duré jusqu’en 1976, date à laquelle fut créé le Ministère de la Culture. La résolution approuvée en 1971 écartant les homosexuels des mondes de l’éducation et de la culture a été déclarée inconstitutionnelle en 1976, dès l’adoption de la nouvelle Constitution, cette année là. Elle a donc été éliminée et une autre politique a été adoptée au niveau éducationnel et culturel.

SL : Quel a été la position du Parti Communiste cubain vis-à-vis de la diversité sexuelle ?

MCE : Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe. Un homosexuel ne pouvait pas devenir militant du Parti. Dès que l’un d’entre eux était découvert, il en était immédiatement exclu. Il y a même eu un moment où les hommes mariés à des femmes adultères étaient exclus !

SL : Pardon ?

MCE : Oui, ce fut le cas à un moment donné. Vous imaginez la situation terrible pour la personne en question qui non seulement découvre que sa femme le trompe mais que de surcroit se retrouve qu’il est exclu du Parti précisément pour ce motif, alors qu’il est victime de la situation. Pour rester membre du Parti, il devait montrer son caractère viril en se séparant de sa femme. Sinon, s’il choisissait de rester avec son épouse, il était exclu du Parti.

SL : Cela s’appliquait-il aux femmes victimes des infidélités de leur mari ?

MCE : Non, bien entendu, car nous vivions dans une société machiste où les écarts des hommes étaient considérés comme normaux. La bonne épouse devait supporter les infidélités du mari. En revanche, un bon mari ne pouvait pas accepter une telle réciprocité. L’homme retrouvait sa dignité en quittant sa femme infidèle. En revanche, s’il adoptait le comportement qui était considéré comme normal pour la femme – c’est-à-dire pardonner l’infidélité ponctuelle – il perdait toute considération. Tels étaient les critères de l’époque. C’était complètement absurde !

SL : Jusqu’à quand a duré une telle « politique » ?

MCE : Cette politique a été supprimée à la fin des années 1970, car elle était vraiment injuste. Je me souviens être entrée à l’Université en 1979, à l’Institut pédagogique plus exactement, et avoir entendu parler de cela par l’un de mes professeurs, victime de cette situation. On venait de l’exclure du Parti car sa femme le trompait.

J’étais déjà en responsabilité à l’époque en tant que Présidente de la Fédération estudiantine universitaire (FEU). J’étais donc impliquée dans la lutte pour l’égalité et contre les injustices. C’est à cette période qu’avait eu lieu la dernière chasse aux sorcières contre les homosexuels à l’Université. On avait appelé cela « Approfondissement de la conscience révolutionnaire », ou quelque chose de similaire, c’est-à-dire d’aussi ridicule. Des réunions interminables et inutiles étaient constamment organisées pour analyser le caractère exemplaire des militants des Jeunesses Communistes (UJC). Quelle perte de temps ! J’avais 18 ans à l’époque. Si l’on écoutait de la musique américaine, on subissait des remontrances. Si l’on portait un tee-shirt avec le drapeau américain, il en était de même. Vous ne pouvez pas vous imaginer les sommets de l’absurde qui étaient atteints lors de ces réunions.

SL : Comment aviez-vous réagi ?

MCE : Evidemment, je m’y opposais, mais j’étais immédiatement taxée de faible par les extrémistes de l’UJC, qui ne concevaient pas le « pardon » comme étant constructif. Comme s’il fallait être absous pour avoir écouté les Beatles ! Je ne pouvais pas m’y opposer de manière plus virulente car je risquais d’être exclue de l’UJC par ces mêmes sectaires. Imaginez donc le sort réservé aux homosexuels.

Je devais donc être observatrice et évaluer ma marge de manœuvre. Tous les cas disciplinaires passaient devant le Comité de l’UJC dont j’étais membre. Il y eut plusieurs cas d’homosexuels et de lesbiennes que l’on voulait expulser de l’UJC en raison de leur orientation sexuelle. Lors d’une réunion de ce même Comité, à la fin de l’année 1979, je me souviens m’y être farouchement opposée. Je ne pouvais pas supporter de telles injustices. J’ai donc levé la main et ce fut l’une des rares fois où j’ai utilisé la figure de mon père, Commandant de la Révolution, Ministre des Forces armées, frère de Fidel Castro, leader de la Révolution, pour dire un mensonge de surcroît !

SL : Qu’aviez-vous dit ?

MCE : Je me souviens avoir dit la chose suivante : « Une grave erreur était en train de se commettre. J’ai demandé à mon père si cela était juste et il m’a répondu que non, qu’il y avait un problème de mauvaise interprétation, qu’on ne pouvait pas exclure une personne de la UJC en raison de son orientation sexuelle et qu’il fallait les laisser en paix ». J’avais également ajouté : « De plus, durant la lutte contre la dictature de Fulgencio Batista, dans la Sierra Maestra, il y avait des homosexuels parmi les rebelles du Mouvement 26 Juillet ». En réalité je n’en savais absolument rien. J’avais même osé affirmer avec beaucoup d’aplomb ceci : « Il y a actuellement des homosexuels au sein de la direction de la Révolution ». Là aussi, je n’en avais aucune idée.

SL : Et tout cela était un mensonge car votre père ne vous avait jamais dit cela, n’est-ce-pas ?

MCE : Mon père n’avait jamais tenu de tels propos. Je les avais inventés.

SL : Comment ont réagi les autres membres du Comité ?

MCE : Personne n’avait osé s’opposer à ce que l’on pensait être une volonté de mon père. Ainsi, le seul endroit où les homosexuels ont pu échappés aux mesures discriminatoires fut l’Institut pédagogique.

SL : Avez-vous raconté cette histoire à votre père ?

MCE : Je l’ai fait le soir même. En rentrant à la maison, j’ai tout expliqué à mon père et à ma mère, Vilma Espín, qui était à l’époque Présidente de la Fédération des femmes cubaines. Je m’attendais à recevoir une sévère remontrance de la part de mon père non seulement pour avoir utilisé son nom et sa position, mais également pour avoir menti.

SL : Que vous a-t-il dit ?

MCE : Figurez-vous que mon père m’a félicité et m’a dit que j’avais bien fait de m’opposer à ce qu’il considérait lui aussi comme était une chose arbitraire et injuste. Je me souviens qu’il a dit quelque chose comme : « C’est n’importe quoi ! ».

Je dois avouer que j’étais resté pantoise car je pensais réellement que j’allais passer un sale quart d’heure. Mais ce ne fut pas le cas, bien au contraire, car il m’a félicitée.

SL : Vous aviez donc réussi à imposer votre point de vue au sein du Comité disciplinaire de l’UJC.

MCE : Oui, mais ce ne fut pas sans mal, car j’ai dû utiliser la figure de mon père. Le dirigeant de l’UJC au sein de cet institut était un homophobe récalcitrant. C’était le plus virulent de tous les membres du comité. Il voulait sanctionner tout le monde. Je tentais de lui expliquer que l’idéologie n’avait rien à voir avec la sexualité, mais il ne voulait rien entendre.

Plus tard, j’ai découvert qu’il était bisexuel, qu’il avait eu une aventure avec une personne qui avait ensuite émigré au Canada. C’était un homosexuel refoulé. A cette même époque survint l’exode de Mariel et un bon nombre de ces personnes extrémistes, qui demandaient des sanctions exemplaires contre les homosexuels et les lesbiennes, qui prétendaient être plus révolutionnaires que les révolutionnaires, qui croyaient être l’anti-impérialisme personnifié, ont quitté le pays à cette occasion, à destination des Etats-Unis. Lénine avait raison lorsqu’il affirmait que derrière chaque extrémiste se trouvait un opportuniste. Les homosexuels et les lesbiennes, que ce dirigeant voulait sanctionner car il les considérait comme étant des contre-révolutionnaires, quant à eux, sont restés à Cuba, malgré les difficultés et le sectarisme à leur égard. Les dogmatiques et les sectaires  furent les premiers à quitter le navire dès que la possibilité se présenta. Voyez un peu la contradiction.

SL : Il semble que vous ayez beaucoup été marquée par la discrimination vis-à-vis des homosexuels.

MCE : J’ai été plus que marquée. J’ai été outrée et choquée. J’étudiais la philosophie marxiste à l’époque, laquelle m’avait permis de prendre du recul sur ces questions. J’ai commencé à m’intéresser aux thèmes de la sexualité, avant d’intégrer le Centre National d’Education Sexuelle, le CENESEX.

Salim Lamrani

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26926/pc+era+reflexo+da+sociedade+cubana+machista+e+homofobico+diz+filha+de+raul.shtm

Entretiens avec Mariela Castro Espín :

Mariela Castro Espín

L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine, 03 février 2013 (1/4)

mariela_castro_espin 2

« Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous », 07 février 2013 (3/4)

Le phénomène transgenre et la Révolution cubaine, 11 février 2013 (4/4)

 

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Cet article est la traduction d’un article publié initialement le 15 janvier. La chef Theresa Spence a depuis mis un terme à sa grève de la faim.

Idle No More (« L’inertie, c’est fini »), le mouvement populaire autochtone, continue sa campagne de protestations contre le gouvernement conservateur canadien, qui cherche à ouvrir la voie pour le développement capitaliste des ressources en attaquant les droits territoriaux collectifs des autochtones. Des marches, des manifestations surprises, des rondes et des manifestations ont été organisées lors des derniers weekends dans des douzaines de villes d’un océan à l’autre ainsi que dans des réserves autochtones situées dans les parties les plus isolées du pays.

De plus, les chefs des Premières Nations de l’Ontario, de la Saskatchewan et du Manitoba avaient organisé une journée d’action le mercredi 16 janvier, incluant une campagne accrue de blocages de routes et de voies ferrées. Lors des dernières semaines, les autochtones et leurs partisans ont bloqué des ponts internationaux et des postes douaniers, des lignes de chemin de fer stratégiques et des autoroutes importantes à travers le Canada ainsi que des chemins de mines et de bois dans le nord du Canada. Pour leur part, les chefs du mouvement Idle No More ont appelé à une journée d’actions mondiales le 28 janvier.

La montée de la lutte du mouvement Idle No More contre la pauvreté autochtone chronique, les inégalités, l’abrogation des droits issus de traités et la dégradation environnementale survient après une série d’évènements en janvier qui a soulevé ces questions : l’oppression historique et la dépossession des autochtones du Canada, une nouvelle tentative par la grande entreprise de développer les combustibles fossiles et les gisements de minéraux du Nord et une stratification sociale grandissante au sein même de la population autochtone.

Le mouvement Idle No More a émergé en dehors de l’Assemblée des Premières Nations (APN), qui est la direction autochtone traditionnelle appuyée par l’État, et a rapidement fait boule de neige. Au début décembre, un nombre de plus en plus grand de jeunes autochtones mécontents provenant des réserves et des quartiers pauvres des villes s’est joint à des universitaires autochtones et des professionnels pour dénoncer les attaques du gouvernement contre les droits autochtones, comme dans le projet de loi omnibus le plus récent (le projet de loi C-45).

Cependant, lors du dernier mois, les médias du pays ont tourné de plus en plus leur attention vers une action qui n’était auparavant pas associée avec le mouvement Idle No More : une grève de la faim par la chef Theresa Spence, qui est à la tête de la réserve appauvrie d’Attawapiskat sur les berges de la Baie-James dans le nord de l’Ontario. Spence a établi un campement d’hiver sur une île de la rivière des Outaouais à quelques pas du parlement fédéral et a juré de jeûner, possiblement jusqu’à la mort, jusqu’à ce qu’une réunion se tienne entre les représentants des Premières Nations, Stephen Harper et David Johnston, respectivement premier ministre et gouverneur général (représentant de la Couronne britannique).

Harper et Johnston ont d’abord refusé cette réunion. Le gouvernement a justifié cette position en montrant qu’il rencontre régulièrement les chefs de l’APN. Mais l’appui pour Spence et les doléances mises de l’avant par Idle No More ont pris de l’ampleur parmi de larges couches de la population canadienne. Pour couper l’herbe sous le pied au mouvement, un barrage d’invectives de droite fut jeté à la figure de Spence et de la mobilisation populaire dans une série d’éditoriaux et de chroniques dans la presse néoconservatrice. Le comité de rédaction du Calgary Herald a écorché Spence pour « faire du chantage » au premier ministre, décrivant ses demandes comme étant « égoïstes ».

Christie Blatchford, une journaliste « vedette » du National Post, est allée plus loin, accusant la chef de « terrorisme » et qualifiant les protestations des autochtones de « cycle inévitable d’affreuses exagérations et de foutaises ». Deux autres rubriques de Blatchford demandaient que l’État réprime le mouvement de protestation autochtone. Dans le premier, elle résumait l’histoire d’un roman récemment publié et écrit par un lieutenant-colonel canadien et instructeur au Collège militaire royal du Canada qui est maintenant à la retraite. Comme l’histoire raconte une insurrection autochtone armée, Blatchford s’en sert pour renforcer ses prétentions selon lesquelles les Canadiens devraient être inquiets de constater qu’il y a un grand nombre de soldats des Forces armées canadiennes et d’anciens combattants qui sont autochtones et qui ont les capacités requises pour attaquer des oléoducs cruciaux et d’autres projets d’infrastructure. Dans le deuxième, elle prétend que l’« autorité de la loi » est en train de s’effondrer. Comme preuve, elle cite des commentaires du juge de la Cour supérieure, David Brown, qui s’est plaint que la police n’a pu faire respecter sa décision de mettre fin rapidement à un blocage ferroviaire sur une réserve près de Sarnia en Ontario.

Les médias télévisuels et écrits à tendance libérale ont conseillé à Harper de faire un « geste magnanime » et d’accepter une réunion rapidement avec les chefs amérindiens, afin de couper l’herbe sous le pied du mouvement de protestation en plein essor et pour isoler les « têtes brûlées », c.-à-d. pour préparer politiquement de futures actions policières pour briser les blocages routiers et ferroviaires. À part quelques exceptions, les médias libéraux se sont subséquemment joints à la campagne de diffamation que le gouvernement a lancée contre Spence et contre tout le mouvement de protestation autochtone début janvier.

Cette campagne a pris comme point de départ une vérification comptable de l’administration de la réserve d’Attawapiskat divulguée par le gouvernement. La vérification a découvert que les activités du conseil de bande de la réserve d’où provient Spence ne répondaient pas aux normes comptables de 2005 à 2011, car il était difficile de savoir comment l’argent avait été utilisé. Les revendications des autochtones ont été balayées des premières pages des journaux et ont été remplacées par toutes sortes d’insinuations incluant des accusations non fondées de détournement de fonds. Le fait que la vérification n’a pas fait de telles découvertes et que Spence n’est la chef que depuis 2010 n’a essentiellement pas été rapporté dans les médias.

Cependant, les allusions à l’endroit de Spence ont cherché à se baser, à des fins réactionnaires, dans les véritables clivages sociaux-économiques qui existent dans la population autochtone. L’État canadien – et cela est montré par la Loi sur les Indiens, une législation raciste et de style colonial datant du 19e siècle qui continue en grande partie d’encadrer la relation entre le gouvernement et les peuples autochtones du Canada – a depuis longtemps cherché à contrôler les autochtones en cultivant une section des chefs amérindiens qui a pour tâche de contenir l’opposition en échange d’avantages et de privilèges. Dans les dernières décennies, la mise en valeur de « l’entrepreneuriat autochtone », c’est-à-dire une petite couche d’hommes d’affaires autochtones qui ont généralement de bons contacts dans le monde politique, a aussi fait partie de cette stratégie.

L’explosion actuelle de colère parmi les autochtones a révélé une insatisfaction répandue envers la direction de l’APN, qui a développé une relation de plus en plus étroite avec le gouvernement. De plus, au fur et à mesure que le mouvement de protestation a crû, les divisions avec l’APN, qui est composée de 630 chefs de conseil de bande, se sont accentuées. Les factions en compétition de cette Assemblée ont cherché à reprendre le contrôle sur les jeunes autochtones en révolte, à convaincre le gouvernement qu’elles sont des partenaires représentatifs et « fiables » et à tenter de faire partie eux-mêmes de la direction de l’APN.

Le chef national de l’APN, Sean Atleo, a sauté sur l’offre réticente d’Harper pour une courte réunion le 12 janvier dernier. Mais d’autres chefs de l’APN ont demandé plus, incluant une réunion avec Johnston, pensant à tort que le « représentant de la reine » devait être le garant des « traités inégaux » que les peuples autochtones se sont faits imposés dans les siècles précédents.

Pendant un instant lors de la semaine du 6 janvier, il semblait que la réunion avec Harper finirait avant qu’elle n’ait commencé. Finalement, elle a eu lieu, mais les chefs de l’Ontario, du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest ont boycotté la réunion et se sont joints aux manifestants d’Idle No More, cherchant sans succès à bloquer l’entrée où les négociations avec Harper devaient avoir lieu. Spence a aussi refusé d’assister et a annoncé qu’elle continuait sa grève de la faim.

Lorsque le chef de l’APN, Shawn Atleo, est sorti de la réunion avec Harper pour simplement annoncer que davantage de rencontres avec le premier ministre seraient bientôt planifiées, le grand chef du Manitoba, Derek Nepinak, a dénoncé cette manœuvre en disant que c’était la façon de faire habituelle d’Atleo et du leadership actuel de l’APN. « Le mouvement Idle No More » a déclaré le chef Nepinak, « a les gens et la force pour mettre l’économie canadienne à genou. Il peut arrêter les plans de développement de ressources du premier ministre et ses plans de plusieurs milliards pour développer des ressources dans les territoires ancestraux. » Il a conclu en disant que la demande première du mouvement devrait être l’abrogation du projet de loi omnibus de Harper – un projet de loi qui retire les régulations environnementales fédérales sur la plupart des lacs et des rivières, qui réduit le financement des conseils de bande et qui diminue les régulations sur le crédit-bail des réserves autochtones à la grande entreprise.

Nepinak fut rejoint par Pam Palmater. Adversaire d’Atleo lors de la dernière course au leadership de l’APN, Palmater s’est, contrairement à ce dernier, fortement identifiée avec le mouvement Idle No More.

Un facteur clé de l’actuel mouvement de protestation autochtone ainsi que des divisions parmi l’APN est la poussée par la grande entreprise canadienne pour exploiter les vastes gisements de minéraux du Bouclier canadien et du Nord et pour développer davantage l’extraction du pétrole et du gaz naturel, la construction de pipeline et les mégaprojets hydroélectriques. Il est estimé que, pendant la prochaine décennie, l’exploitation de ces ressources sur ou près des territoires autochtones générera au moins 600 milliards $ pour les entreprises pétrolières minières, de construction et de forage. Déjà, l’extraction de matières premières rapporte aux gouvernements provinciaux et fédéraux quelque 30 milliards $ annuellement en taxes et redevances.

Le gouvernement Harper et le patronat croient que la façon la plus rapide et lucrative d’exploiter ces opportunités d’affaires est d’affaiblir, ou même de mettre un terme aux traités et aux protections constitutionnelles des droits territoriaux des autochtones. Dans cet état d’esprit, ils se sont engagés dans une série de rencontres avec les chefs de conseil de bande amérindiens pour mettre fin au « statut souverain » des Premières Nations puis au concept d’utilisation des terres communales. Utilisant les conditions de pauvreté dans les réserves comme une arme, Ottawa cherche à imposer les ententes concernant les revendications territoriales, qui transformeront les réserves en de simples municipalités sujettes à toutes les nécessités du développement des ressources capitalistes – des actions en pleine propriété à être achetées et vendues, la taxation des habitants, et la création d’une population entièrement dépendante de la vente de son travail, souvent à une seule grande entreprise, afin d’assurer sa survie.

Plusieurs ententes historiques ont déjà été conclues, lesquelles ont converti les réserves en des municipalités mono-ethniques sous juridiction provinciale. Il y a présentement 15 Premières Nations qui ont accepté de compromettre ou de mettre un terme à leurs « droits inhérents des peuples autochtones » que garantit la constitution canadienne par la signature des ententes concernant les revendications territoriales (Modern Land Claim Agreements). Il y a au moins 93 autres Premières Nations qui sont actuellement en négociation. Les équipes de négociation gouvernementales savent très bien que les bandes autochtones qui évitent l’ensemble du processus verront leur financement réduit et demeureront embourbées dans l’appauvrissement chronique assuré par la Loi sur les Indiens.

Le gouvernement Harper n’est pas le premier à tenter d’éliminer ou d’affaiblir la réactionnaire Loi sur les Indiens dans le but d’éliminer les droits territoriaux des autochtones et de forcer l’assimilation rapide de ces peuples au marché du travail capitaliste. En 1969, le gouvernement libéral de Trudeau a lancé un Livre blanc qui préconisait l’élimination de la Loi sur les Indiens et de tout statut séparé pour les peuples autochtones au nom de leur « entière participation sociale, économique et politique dans la vie canadienne », c’est-à-dire la pleine intégration dans le capitalisme canadien. L’opposition au Livre blanc aida à alimenter l’émergence du mouvement nationaliste « Red Power » et le gouvernement a rapidement reculé. À la place, la classe dirigeante a développé un programme au cours des deux décennies suivantes afin de créer, à travers un système de revendications territoriales, une mince couche de riches autochtones des classes moyennes qui pourraient servir comme partenaires juniors dans le développement capitaliste et comme tampon social pour étouffer l’opposition à la pauvreté et à la misère à laquelle le capitalisme canadien continue de soumettre le peuple autochtone.

La stratification sociale grandissante au sein de la population autochtone est à la base de l’émergence du mouvement Idle No More et les scissions au sein de l’APN. Présentement, 82 chefs de bande gagnent plus de 300 000 dollars par année en salaire. 222 de plus sont payés au-delà de 200 000 dollars, tandis que 700 autres membres de conseils de bande rapportent plus de 100 000 dollars en salaire. Plusieurs d’entre eux ont aussi des intérêts commerciaux dans la construction, le transport, la consultation, les casinos et la production de cigarettes. Ils vivent aux côtés de centaines, et dans certains cas de milliers, de leurs électeurs de conseil de bande qui vivent dans une pauvreté abjecte.

Les quatre dernières décennies de lutte pour les droits territoriaux, fondées sur l’acceptation du capitalisme et la promotion du nationalisme autochtone dans la perspective de négocier une nouvelle « relation » avec l’État canadien, ont entraîné la population autochtone dans un cul-de-sac. La volonté du gouvernement Harper de subjuguer plus directement la population aborigène au libre marché capitaliste fait partie intégrante de l’assaut mené par la grande entreprise internationale sur la classe ouvrière à travers les suppressions de postes, la baisse des salaires et la destruction des programmes sociaux. Le même Budget conservateur 2012, qui cible les droits des autochtones, a coupé des dizaines de milliards de dollars dans les soins de santé pour la prochaine décennie, a haussé l’âge de la retraite et a réduit les prestations de chômage pour tous les travailleurs.

Plusieurs autochtones et jeunes mobilisés par le mouvement Idle No More commencent à examiner ces questions cruciales. Ce qui est nécessaire est un mouvement politique de masse de la classe ouvrière, unissant autochtones et non autochtones, qui défie les véritables fondations du système de profit, et qui défend un programme socialiste voué à fournir les ressources pour des emplois, des conditions de vie et des services sociaux – y compris l’éducation, la santé et le logement – décents pour tous, peu importe l’origine nationale ou ethnique.

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La Grande-Bretagne va envoyer pas moins de 350 militaires au Mali et en Afrique occidentale dans un acte de défi direct aux efforts français pour dominer la région.

Ceci se produit tout juste quelques jours après que le premier ministre David Cameron a averti que l’accroissement de l’extrémisme islamique dans la région constituait une « lutte générationnelle.» Il a fait un parallèle avec le conflit en Afghanistan et laissé entendre que cela impliquera des décennies de guerre.

Peu de temps après l’annonce du déploiement de troupes, Cameron s’est rendu en Algérie, en Libye et au Liberia.

Dans le cadre de l’intensification de la lutte engagée par toutes les principales puissances pour dominer la région, la Grande-Bretagne entreprend une action concertée pour revendiquer une part des vastes ressources minérales et énergétiques de l’Afrique du Nord et du Sahel, région qui s’étend sur tout le désert du Sahara.

La France et le Royaume-Uni cherchent tous deux à exploiter le vide laissé par la préoccupation de Washington concernant ses aventures néocoloniales, à la limite de ses capacités, en Irak, en Afghanistan, en Libye et éventuellement en Syrie et en Iran. Mais, ce faisant, ils risquent de raviver d’anciennes rivalités et tensions entre les anciennes puissances coloniales ainsi que de nouvelles avec les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Ces tensions sont devenues tout particulièrement aiguës maintenant que le Sahel appauvri mais riche en ressources joue un rôle clé dans l’approvisionnement des besoins énergétiques de l’Europe.

Le secrétaire à la Défense, Philip Hammond, a dit mardi 29 janvier au parlement que 200 soldats, devant être basés au Nigeria ou a Ghana, aideraient à l’entraînement des forces locales en vue du rôle qu’elles joueront au Mali après que la France aura chassé les rebelles islamistes de leurs bastions dans le Nord du pays. Les troupes britanniques ne seraient pas déployées avant qu’il y ait une protection sur place pour eux, laissant entendre que des forces additionnelles étaient nécessaires.

Il a ajouté que 40 soldats prendraient part à une mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, et 70 de plus piloteraient l’avion espion Sentinel basé au Sénégal pour des missions de surveillance et de renseignement tandis que 20 autres opéreraient l’avion de transport militaire C-17 pour acheminer les forces françaises et africaines. La Grande-Bretagne devrait également envoyer un ferry pour aider la France à acheminer les troupes et l’équipement vers l’Afrique.

Il y a d’ores et déjà environ 90 militaires qui effectuent des vols de transport et de surveillance à partir de Dakar, la capitale sénégalaise.

En réaction aux critiques formulées par les députés et selon lesquelles la Grande-Bretagne est en train d’être entraînée dans un conflit plus vaste, Hammond a insisté en disant qu’il n’y avait pas eu et qu’il n’y aurait pas de « dérive de la mission ». Mais, des responsables du ministère de la Défense ont reconnu que le nombre des soldats pourrait s’accroître.

Le cabinet du premier ministre a dit que le soutien de la Grande-Bretagne pour l’opération de la France découlait de l’accord de Lancaster House de 2010 par lequel les deux pays acceptaient de s’aider mutuellement militairement. La Grande-Bretagne aurait apparemment proposé d’établir des quartiers généraux conjoints de logistique pour organiser le transport des troupes et de l’équipement français au Mali. Mais, en déclinant cette offre Paris n’a pas été dupe, reconnaissant là une tentative de Londres d’avoir un pied dans l’ancienne colonie française.

Il y a à peine une semaine, Cameron avait dit clairement qu’il n’y aurait « pas de bottes anglaises sur le terrain » au Mali, que les troupes britanniques soutiendraient la France en matière de transport, mais sans avoir un rôle de combat.

Cameron a aussi indiqué que les réductions du budget de la défense de ces dernières années seront annulées et qu’il sera octroyé aux forces armées à partir de 2015 une augmentation supérieure au taux d’inflation alors que les coupes dans la santé, l’éducation, la sécurité sociale et d’autres services vitaux se poursuivent. La Grande-Bretagne va dépenser 160 milliards de livres sterling (184 milliards d’euros) au cours de ces dix prochaines années pour l’achat de véhicules neufs et d’équipements pour les soldats, 35,8 milliards de livres sterling pour des sous-marins, y compris le remplacement du système nucléaire Trident, 18,5 milliards de livres sterling pour des avions de combat et des drones et 17,4 milliards de livres sterling pour des navires et de nouveaux porte-avions. Le National Audit Office (cour des comptes) du Royaume-Uni a déjà mis en garde que ces coûts, comme le reste des achats d’armement britanniques, pourraient être bien plus élevés.

Cameron a enchaîné en se rendant en l’Algérie, autre ancienne colonie française, pour discuter de la sécurité dans la région, reportant pour ce faire une visite prévue au Ghana. L’Algérie, qui se considère comme le dirigeant naturel dans la région, perçoit la France, le Maroc (en tant qu’allié de la France), la Libye et l’Union européenne (comme étant dominée par la France) comme étant des menaces pour ses positions. Cette première visite d’un premier ministre britannique en Algérie depuis son indépendance en 1962 démontre à quel point à quel point la situation est explosive aux yeux de la France.

Cameron était accompagné par Sir Kim Darroch, conseiller à la sécurité nationale, et Lord Risby, nommé envoyé commercial, poste qui a été créé en novembre dernier. Sa visite a eu lieu deux semaines à peine après que l’armée algérienne a pris d’assaut l’installation de traitement de gaz à In Amenas, qui est gérée conjointement par BP, la compagnie norvégienne Statoil et la société algérienne Sonatrach, dans une tentative avortée de libérer des travailleurs, principalement étrangers, enlevés par des Islamistes armés qui exigeaient la libération d’un prisonnier et la fin des opérations de la France dans le Mali voisin. Trente-huit civils, dont six Britanniques et 29 Islamistes ont été tués lors de l’opération de sauvetage par l’armée.

Après la réunion avec son homologue algérien, Abdelmalek Sellal, Cameron a annoncé que les deux pays avaient convenu de sceller un partenariat de sécurité, comprenant une coopération en matière de sécurité des frontières et aérienne, ainsi qu’une action commune sur le plan commercial, de l’investissement et de l’éducation. Dans un contexte plus général, ils se sont accordés pour examiner les menaces à la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, et à travers tout le désert du Sahara.

Il a dit que la Grande-Bretagne avait invité l’Algérie à participer à un exercice conjoint de planification d’urgence en réaction à des situations de crise. C’est une référence à l’omission de l’Algérie d’informer la Grande-Bretagne de ses projets de libérer les otages en janvier ou d’accepter l’offre d’aide de la Grande-Bretagne. Londres y avait envoyé une force de combat pour l’aider.

Tout comme dans le cas de l’accord maintenant tristement célèbre de Tony Blair avec Mouammar Kadhafi de la Libye, Cameron n’a aucun scrupule à nouer des rapports avec l’un des régimes les plus brutaux de la région. Durant les années 1990, l’Algérie avait annulé une élection qui aurait amené un gouvernement islamiste au pouvoir et qui avait réprimé une insurrection islamiste au prix de plus de 200.000 vies.

Les sordides intérêts patronaux et stratégiques de la Grande-Bretagne en Algérie et au Sahara sont en jeu. L’Algérie détient la 10ème plus grosse réserve de gaz naturel du monde et est aussi le 10ème plus gros producteur de gaz naturel et le pays jouera un rôle clé dans les projets de l’Union européenne d’acheminer par gazoduc le gaz nigérien vers l’Europe. Ce n’est pas par hasard qu’il a le premier budget militaire d’Afrique avec 8,6 milliards de dollars en 2011.

L’usine gazière d’In Amenas dans le Sud de l’Algérie, dont BBP détient une part, est l’une des nombreuses installations de ce type qui fournissent actuellement 5 pour cent des besoins en gaz de la Grande-Bretagne, employant quelque 450 Britanniques. Ce volume pourrait augmenter étant donné que les approvisionnements de la Grande-Bretagne en provenance de la Mer du Nord continuent de diminuer. Le commerce bilatéral entre les deux pays a presque doublé pour atteindre 2 milliards de dollars en 2011. La Grande-Bretagne a signé en 2009 avec l’Algérie un accord dans le secteur de la défense, a mis en place en 2010 un Conseil d’affaires algéro-britannique et dépêché en 2011 le secrétaire à la Défense, William Hague à Alger.

Cameron a aussi effectué une visite surprise à Tripoli, la capitale libyenne, pour discuter de « sécurité. » La Grande-Bretagne se retrouve de plus en plus exclue de la Libye et les Britanniques se voient avertis d’éviter Tripoli et Benghazi d’où était parti le soulèvement contre le régime Kadhafi. Des Islamistes armés menacent les intérêts commerciaux britanniques à partir de bases situées en Libye. La Grande-Bretagne utilise la « sécurité » comme prétexte à une intervention directe de ses forces armées alors qu’une nouvelle « ruée vers l’Afrique » est engagée.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 2 février 2013

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Nadir Dendoune, prisonnier du régime d’Al-Maliki

février 5th, 2013 by Gilles Munier

Englué dans le procès « Pétrole contre nourriture », je n’ai pas réagi comme j’aurais dû le faire à l’arrestation et à l’emprisonnement, le 23 janvier dernier, du journaliste Nadir Dendoune, qui était en reportage à Bagdad pour Le Monde Diplomatique.

Les autorités irakiennes lui reprochent d’avoir photographié – sans autorisation – une usine de traitement des eaux dans le quartier de Dora. L’accusation est risible car ce site dit « sensible » a été filmé, photographié – ouvertement ou secrètement – sous toutes les coutures avant, pendant et après l’invasion américaine de 2003.

Aujourd’hui, la première démarche d’un attaché de presse sollicité par un journaliste, est d’aller voir sur Internet qui il est, ce qu’il a écrit et pour quels médias. Il a donc appris que Nadir Dendoune est l’auteur du « Journal d’un pacifiste : Bouclier humain à Bagdad »paru en janvier 2005 – où il raconte son séjour dans l’usine de Dora pour empêcher l’aviation américaine de la bombarder. Sa demande de visa est alors remontée au plus haut niveau des services secrets irakiens. Il y a fort à croire que ces derniers n’ont donné leur feu vert à leur ambassadeur à Paris que pour le piéger et se venger de son engagement militant passé.

Avec Michel Grimard – ancien président du Mouvement chrétien Vème République – empêtré comme moi dans le procès « Pétrole contre nourriture », nous demandons au Quai d’Orsay de s’inquiéter de cette nouvelle atteinte portée par le régime d’Al-Maliki à la liberté de la presse et d’exiger la libération immédiate de Nadir Dendoune.

Il faut savoir qu’en Irak (Kurdistan compris), plus de 370 journalistes ont été tués depuis 2003, dont certains sous la torture dans des prisons secrètes.

Gilles Munier

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La « sécurité » de l’empire

février 5th, 2013 by Manlio Dinucci

Heureusement que dans un monde aussi dangereux il y a quelqu’un qui pense à notre sécurité. C’est ce que font les influents représentants qui se retrouvent à Munich pour l’annuelle Conférence internationale sur la sécurité. A l’édition 2013 (1er-3 février), à laquelle ne pouvait manquer le ministre de la défense (italien) Di Paola[1], c’est Joe Biden, vice-président des Usa, qui trace  les lignes directrices. Avant tout la déclaration de principe : «Nous n’admettons pas qu’une nation, quelle qu’elle soit, ait sa sphère d’influence ». Principe que Washington considère comme sacro-saint pour tous les pays, sauf les Etats-Unis. Ils ne l’appellent cependant pas influence, mais leadership. Comme celui que les USA exercent avec la motivation de la lutte contre la menace terroriste qui –prévient Biden- est en train de se répandre en Afrique et au Moyen-Orient, en prenant pour cible « les intérêts occidentaux outre-mer ». A ce sujet les USA « applaudissent » l’intervention de la France au Mali, en lui fournissant renseignement, transport aérien de troupes et approvisionnement en vol des chasseurs bombardiers. L’Europe demeure un partenaire indispensable des Etats-Unis dans le cadre de l’Otan, qui s’élargira encore en incluant la Géorgie et des Etats baltes. En Afghanistan, précise Biden, l’Europe a fourni 30mille soldats et dépensé 15 milliards de dollars. En Libye, grâce à l’Europe, « l’Otan a agi de façon rapide, efficace et décidée ».

C’est maintenant le tour de la Syrie : les USA ont dépensé 50 millions de dollars pour l’assistance militaire aux « rebelles », à quoi s’ajoutent à présent 365 millions comme « aide humanitaire », dans le cadre d’une allocation qui, avec la contribution européenne, monte à un milliard et demi de dollars. Un autre objectif est l’Iran vers qui –clarifie Biden- les USA, avec l’Europe, adoptent non pas une politique de containment (endiguement), mais une action pour empêcher que ne se développe « le programme nucléaire illicite et déstabilisant ». Prêche qui vient du pupitre de celui qui possède des milliers d’armes nucléaires et, il y a deux mois à peine, a effectué un autre test nucléaire pour en construire de nouvelles. Mais il y a bien autre chose à l’horizon. Grâce à la plus grande alliance militaire du monde –explique Biden- les Etats-Unis sont une puissance atlantique mais, comme l’indique la nouvelle stratégie,  ils sont en même temps une « puissance du Pacifique ». Dans la région Asie/Pacifique se trouve l‘autre puissance, la Chine : les USA veulent qu’elle soit « pacifique et responsable » et qu’elle « contribue à la sécurité globale », évidemment telle qu’elle est conçue à Washington, à savoir fonctionnelle pour le système politico-économique occidental dominé par les Etats-Unis. Le déplacement du centre focal de la politique étasunienne de l’Europe au Pacifique –assure Biden- est aussi dans l’intérêt des alliés européens qui devraient y participer pleinement.  Washington fait donc pression sur les membres européens de l’ « alliance atlantique », déjà présents avec leurs navires de guerre dans l’Océan Indien, pour qu’ils ouvrent de nouveaux fronts encore plus à l’est, dans le Pacifique.

Argument qui, dans le « débat politique sur l’Europe », est absolument tabou.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 5 février 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130205/manip2pg/14/manip2pz/335516/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 Manlio Dinucci est géographe et journaliste.



[1] Le ministre dit de la défense français  J-Y. Le Drian y était « attendu » aussi, avec son collègue ministre des affaires étrangères, Laurent :

http://www.ambafrance-de.org/Laurent-Fabius-et-Yves-Le-Drian-a

Curieusement, cette visite attendue n’a fait l’objet d’aucun compte-rendu ou communiqué officiel ou médiatique accessible du moins sur Internet.

A propos de Laurent, ministre des affaires étrangères français, voir aussi : « Laurent Fabius refuse de prononcer le nom de famille du président syrien ».

http://www.voltairenet.org/article177273.html

On peut suivre sa consigne en la lui appliquant à lui aussi (NdT pour la version française).

 

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VIDÉO : Nasser parle des frères musulmans aux Égyptiens

février 5th, 2013 by Gamal Abdel Nasser

GAMAL ABDEL NASSER PARLE DES FRERES MUSULMANS AUX ÉGYPTIENS.

Les partis ont été dissous et pendant quatre années, notamment en1953 et 1954, nous nous sommes heurtés au parti des Frères Musulmans qui voulaient infléchir le cours de la « Révolution » et la soumettre à leur tutelle. Nous n’étions pas d’accord. Alors, ils nous ont déclaré la guerre jusqu’à tenter de m’assassiner par balles, en Alexandrie, le 26 Octobre 1954. C’est là que le combat a commencé et que nous avons incarcéré et jugé les membres « terroristes » de ce parti.

Acclamations du peuple : Non aux réactionnaires ! Non aux Frères !

Non à l’exploitation des religions !

En cette année 1954, pendant que nous travaillions avec les Anglais à leur évacuation, les « Frères » organisaient leurs réunions secrètes avec des membres de l’ambassade britannique. Ils leur disaient : « Nous pourrons mettre main basse sur le pouvoir, nous ferons ceci et cela… ». Ceci, tout en négociant avec nous et alors que le parti des Frères Musulmans ne représente d’aucune façon nos sentiments en tant qu’Égyptiens. À la question : « Quelle est votre position sur le Canal* ? » [i.e. le Canal de Suez] pour lequel nous luttions, leur « Mourched* » [i.e. le guide] répondait : « Vaste question ! Il se peut que votre intérêt, en Égypte, soit de vous battre pour le Canal ; nous, nous considérons qu’il nous faut combattre ailleurs ! ». Tel est le message des Frères Musulmans…que des paroles pour égarer… que des paroles pour faire commerce de la religion !

En 1953, nous voulions sincèrement travailler avec eux et faire en sorte qu’ils reprennent le juste chemin. J’ai moi-même rencontré le guide suprême des Frères Musulmans qui en a fait des réclamations ! Que m’a-t-il donc réclamé ?

En premier lieu, il nous fallait instituer le « hijab » en Égypte, et que toute femme ne circule que drapée de son « voile » !

Rires de l’assistance et tonnerre d’applaudissements au cri de : « qu’il s’en drape lui-même ! ».

Je lui ai rétorqué : « Si nous disions cela, on dira que nous sommes revenus à l’époque où la gouvernance obéissait à l’ordre d’un dieu qui obligeait les gens à se cacher le jour pour ne circuler que la nuit ! Mon opinion est qu’il appartient à chacun, et sous son propre toit, d’en décider ».

Il m’a répondu : « En tant que dirigeant, c’est à toi que revient cette responsabilité » !

Je lui ai dit : « Monsieur le guide, vous avez une fille inscrite à la Faculté de médecine, qui circule sans voile. Pourquoi donc ne l’en avez-vous pas vêtu ? Si vous, vous n’arrivez pas à imposer le voile à une seule fille, en l’occurrence la vôtre, vous voudriez qu’à moi seul, je jette le voile sur dix millions d’entre elles dans ce pays !? ».

Rires de l’assistance et tonnerre d’applaudissements…

Il a ajouté : « La femme ne doit pas travailler ! ».

Moi, je pense qu’en permettant à la femme de travailler, nous la protégeons tandis qu’eux ne font que travailler à sa perte ! Comment ? En la laissant en proie au besoin… à la misère. Nous connaissons tous des histoires de femmes pauvres, malades ou en bonne santé, qui ont dû se brader pour survivre… Le travail est une protection pour la femme. L’empêcher de travailler va à l’encontre de son intérêt. Nous travaillons pour sa libération par le travail ! Nous travaillons pour que l’homme et la femme puissent s’épauler mutuellement !

Ses réclamations ne se sont pas arrêtées là ! Il nous fallait fermer les salles de cinéma, les théâtres… comprenez, les plonger dans l’obscurité la plus totale ! [Sourire malicieux].

Rires de l’assistance…

Nous ne pouvions évidemment pas céder à leurs exigences. Ils nous ont combattus. Dès 1954, ils se sont lancés dans leurs tentatives d’assassinats et leur « supercherie » au nom de la religion ; pour finir par se retrouver condamnés par le tribunal de la Révolution.

Il n’empêche qu’avant l’adoption de la Constitution, nous avons décidé de les gracier et de les relâcher. Nous avons même promulgué une loi autorisant chacun d’entre eux à récupérer son travail, son salaire, et ses droits à la promotion dans tous les domaines.

Applaudissements…

Voilà ce que nous avons fait en 1964. Ils ont été relâchés. Mais en 1965, nous avons découvert leur nouveau complot fait d’organisations secrètes, de plans d’attentats à la personne et aux infrastructures ; un complot accompagné d’une mentalité plutôt étonnante : le peuple égyptien serait « apostat » ; il n’y a de musulmans qu’eux ; ils se doivent donc de dérober le pouvoir pour que Dieu gouverne, non l’Homme !

Bien ! Mais comment Dieu pourrait-il gouverner sans prophète ? Nous savons tous qu’au début de l’Islam il y eut un Prophète ! Ils vous répondent : « Nous refusons la représentation sunnite. Nous refusons la représentation parlementaire. Nous voulons le gouvernement de Dieu ! ».

Mais qui donc pourrait assurer ce gouvernement de Dieu ? Ils vous répondent : « Le Mourched ! ». Leur doyen est donc le prophète de Dieu et nous sommes tous des apostats. Tous les pays arabes, même ceux qui les accueillent aujourd’hui, y compris leurs monarques et citoyens, ne sont que des apostats. C’est ce qu’ils nous ont dit : il n’y a de musulmans qu’eux !

Cri de l’assistance : ce sont des diables…

Naturellement, ils ont été arrêtés ainsi que tous les membres des anciennes organisations des Frères Musulmans. Ce n’était certes pas une opération banale que de tenter d’assassiner Gamal Abdel Nasser. Mais pour un Gamal Abdel Nasser assassiné, surgiront mille autres ! Il n’est pas possible d’assassiner tout un peuple. Quelles que soient les circonstances, nous ne pouvons tolérer ni leurs opérations destructrices, ni leur mentalité réellement fasciste lorsqu’ils prétendent vouloir gouverner au nom de Dieu, alors qu’ils n’exécutent et n’agissent que motivés par la haine…

Nous avons donc entrepris d’étudier le dossier de chacun d’entre eux. Nous déférerons devant les tribunaux ceux qui ont collaboré avec les organisations secrètes. Nous ferons de même avec les chefs et membres dangereux de leurs organisations secrètes, libérés en 1964… Les autres seront relâchés et auront droit à une deuxième chance. Après cela, n’importe lequel d’entre eux qui se se remettrait à magouiller reviendra à la case prison, sans jamais en ressortir.

C’est assez ! Nous ne pouvons leur permettre de jouer avec nos acquis de ces dix-neuf dernières années, au prix de tant de souffrances. Nous ne pouvons nous en remettre aux suppôts des colonisateurs et des réactionnaires, quel que soit leur nom, et même si ce nom est celui de Frères dits Musulmans. Nous savons tous que, dans ce cas, leur Islam est une supercherie destinée à piéger les esprits pour que plus de gens les rejoignent. Ils ne sont que des rancuniers possédés, sentimentalement et intellectuellement, par la haine. Leurs dirigeants installés à l’étranger ont collaboré avec ceux du « Pacte de Bagdad » et ceux des pays colonisateurs. Ils ont collaboré avec tous nos ennemis. Ils ont clairement prouvé que le Mouvement des Frères musulmans n’est rien d’autre qu’un parti à la solde des colonisateurs et des réactionnaires ; les premiers ordonnent et les seconds financent !

Nos principes nous interdisent de laisser ces collaborateurs du colonialisme et du féodalisme occuper et agir dans le moindre de nos espaces. Ce n’est qu’ainsi que nous protégerons notre avenir et garantirons nos acquis. En 1954, ils ont essayé d’abattre la Révolution dans l’intérêt du colonialisme. Nous étions alors tombés d’accord avec les Anglais, qui nous occupaient encore, sur la date de leur retrait dans un délai de vingt mois maximum. C’est le moment qu’ils ont choisi pour lancer leurs opérations meurtrières et tenter de m’assassiner à Alexandrie. Nous avons pu les frapper à notre tour. Nous avons pu les arrêter. Aujourd’hui, le peuple sait qui ils sont et les méprisent. Nous avons voulu leur donner une deuxième chance, mais ils n’en ont pas voulue !

Comme je vous l’ai déjà dit, les quatre années précédant le « Bataille de Port Saïd », toutes les forces ennemies de la Révolution ont essayé par tous les moyens de l’affaiblir et d’en limiter la portée. Elles ont échoué ! Le peuple égyptien n’a pas reculé et n’a pas cédé. Le résultat obligé de notre volonté ferme et inébranlable d’obtenir notre réelle et totale indépendance a été une agression sanglante. L’agression a eu lieu, mais elle a échoué !

Nous disons que ce n’est que suite à cet échec qu’a débuté le siècle de la liberté auquel nous aspirions ainsi que nos parents, et pour lequel nos grands-parents se sont battus avant nous. Oui… c’est après l’échec de l’agression qu’a débuté notre véritable Révolution !

Gamal Abdel Nasser

Président de la République arabe égyptienne [de 1952 à 1970].

? [Après la guerre du 29/10/ 1956 menée par l’alliance israélo-franco-britannique].

Source originale : vidéo/ YouTube

جمال عبد الناصر و خيانة جماعة الاخوان المسلمين له

http://www.youtube.com/watch ?v=AZbfoXrZtY0&feature=youtu.be

Article traduit de l’arabe pour le site “Louis Denghien & Infosyrie”

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Au XXIème siècle, les Étasuniens ont fait l’expérience d’un effondrement extraordinaire l’État de droit et de leurs protections constitutionnelles. Aujourd’hui, les citoyens étasuniens, autrefois libres et protégés par la loi, peuvent être assassinés et détenus indéfiniment, sans qu’aucune preuve prouvant leur culpabilité ne soit amenée devant une cour de justice. Ils peuvent être condamnés à la prison sur la seule base de témoignages secrets faits par des témoins anonymes qui ne font l’objet d’aucun contre-interrogatoire. Le « système judiciaire » étasunien a été transformé par les régimes Bush et Obama en un « système judiciaire » digne de l’Allemagne gestapiste et de la Russie stalinienne. Il n’y a aucune différence.

Dans un article qui peut être consulté ici : Stephen Downs, ancien procureur général de l’État de New York sur la conduite des affaires judiciaires et Kathy Manley, une avocate de la défense et membre de l’Union des libertés civiles de New York, décrivent comment le gouvernement étasunien a détruit la fondation caritative Holy Land Foundation, qui a procuré des fonds pour nourrir les démunis et construire des écoles et des hôpitaux en Palestine.

La fondation, parfaitement au courant des risques d’être établie aux États-Unis et de travailler pour les Palestiniens, s’est fiée aux conseils des départements d’État et de la Justice (sic) pour savoir où envoyer l’aide humanitaire. La fondation caritative l’a donc envoyée aux comités avec lesquelles l’USAID et l’ONU collaborent pour distribuer l’aide aux Palestiniens.

Dans le premier procès de la Holy Land Foundation, le gouvernement étasunien a admis qu’aucun des dons de l’oeuvre de bienfaisance n’avait été octroyé à des organisations terroristes et les procureurs fédéraux n’ont pas pu obtenir la condamnation de la fondation. Ils l’ont alors de nouveau traduite en justice.

Dans le second procès, le juge a autorisé les procureurs à faire appel à « un expert anonyme » pour dire au jury que certains comités utilisés par l’USAID et l’ONU et approuvés par le département de la Justice étasunien étaient contrôlés par le Hamas, le gouvernement élu de Palestine et qu’Israël demande aux États-Unis d’étiqueter comme « terroriste ».

Comme Downs et Manley l’ont fait remarquer, un « expert anonyme [ne peut pas] être remis en cause parce qu’il est inconnu ». Il n’est pas possible de le contre-interroger. L’« expert » peut-être n’importe qui, y compris quelqu’un payé pour mentir au jury, un juif qui croit que toute l’aide aux Palestiniens est une aide aux terroristes, ou un membre du Mossad, les services de renseignement israélien, qui ont infiltré très sérieusement les États-Unis, d’après les rapports mêmes des experts du renseignement étasunien.

Les injustices sont partout, admettent les auteurs, alors pourquoi est-ce important pour vous? Parce que la garantie de procédure régulière inscrite dans la Constitution étasunienne, exige que le droit pénal définisse les comportements prohibés avec suffisamment de précision. Selon Downs et Manley, La Holy Land Foundation a suivi la liste des organisations terroristes fournie par le département d’État et a évité tout contact avec les organisations figurant sur cette liste, mais elle a tout de même été accusée et reconnue coupable. Cela nous démontre que les procureurs fédéraux sont corrompus jusqu’à la moelle et que les jurés sont si ineptes et soumis à la propagande, qu’ils sont inutiles aux accusés.

La Cour suprême des États-Unis a refusé de réviser ce cas de condamnation abusive des plus évidents. Ce faisant, la Cour suprême a établi que la cour, comme la Chambre des représentants, le Sénat et le pouvoir exécutif sont non seulement des serviteurs de l’État policier mais aussi d’Israël et qu’ils appuient la destruction des Palestiniens en qualifiant l’aide à la Palestine d’acte terroriste.

Cela signifie que votre implication dans des transactions légales ou avec des associations peut être qualifiée a posteriori d’activité criminelle par des témoins secrets. La criminalité de votre comportement peut maintenant être établie, d’après Downs et Manley, par des « experts anonymes », des porte-paroles des procureurs gouvernementaux que l’on ne peut pas « confronter ou contre-interroger en vertu du 6ème amendement ».

« Les implications sont énormes, écrivent Downs et Manley. Le gouvernement peut maintenant criminaliser les idéologies et les discours politiques, religieux et sociaux. Par exemple, faire des dons à des groupes pacifistes, participer à des manifestations, aller à l’église, à la mosquée ou à la synagogue, se réunir avec des amis et mettre du matériel sur internet, pourrait s’avérer illégal car lié à des “associations”, inventées par des experts anonymes, et qui d’une certaine manière appuient supposément des organisations terroristes dont personne n’a jamais entendu parler. »

Les auteurs auraient pu ajouter que si le gouvernement veut vous avoir, tout ce qu’il a à faire est de déclarer que quelqu’un ou une organisation quelconque, quelque part dans votre passé, était connectée de manière floue avec le terrorisme. Les affirmations du gouvernement suffiront. Aucune preuve n’est requise. Le jury ayant subi un lavage de cerveau ne vous protègera pas.

Préparez-vous cette année ou l’an prochain à ce que l’on empêche toute critique de notre gouvernement « de liberté et de démocratie ». En Amérike, la vérité doit-être exterminée.

Paul Craig Roberts

Article original en anglais : “Extermination of The Truth”: In America Law No Longer Exists, le 1er février 2013

Traduction : Résistance 71

 

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Qu’appelle-t-on “tiers monde” en 2013 ? Si nous prenons la définition classique du terme, alors le “tiers monde” comprend les pays (non blancs) qui luttent pour atteindre de hauts niveaux de développement économique et qui, généralement, restent à la périphérie de l’économie mondiale. Cependant, depuis la crise qui a commencé en 2007-2008, de nombreux problèmes de ces pays traditionnellement pauvres ont fait leur apparition parfois de manière plus flagrante encore dans les pays soi-disant développés. Les maux socio-économiques tels que la misère, la faim et le chômage se sont terriblement aggravés dans des pays capitalistes développés comme les Etats-Unis pendant que les politiciens et les médias continuent à faire miroiter le mirage d’un redressement économique. Il faut bien sûr se demander qui bénéficie de ce rétablissement économique… les pauvres ou Wall Street ? Par ailleurs, cela a forcé le monde à se pencher sur la nature du progrès. C’est intéressant par exemple de comparer les statistiques étasuniennes à celles du Venezuela. Quand on le fait, on commence à avoir un tableau plus clair, débarrassé des distorsions médiatiques et politiciennes, des progrès réalisés par la Révolution Bolivarienne pendant que la situation des pauvres et des travailleurs étasuniens continue de se détériorer.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Avant de pouvoir définir la pauvreté aux Etats-Unis et au Venezuela, il faut d’abord analyser les différences entre les deux pays dans la manière de mesurer la pauvreté. Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée seulement par le revenu du foyer, à l’aide d’un certain seuil appelé “seuil de pauvreté” déterminé par le Bureau du Recensement. Cette mesure, basée sur une limite absolument arbitraire entre la pauvreté et la “non pauvreté” est celle qui préside à la plupart des analyses et décisions concernant les pauvres étasuniens. Comme cela devrait sauter aux yeux, ce système ignore le simple fait que les personnes qui sont juste au dessus du seuil de pauvreté n’on pas la vie beaucoup plus facile que celles qui sont juste en dessous. Dans les deux cas, la privation est la norme. Qui plus est, l’inflation croissante, la baisse des salaires et d’autres facteurs continuent à affecter le pouvoir d’achat et la vie des pauvres, ce qui rend le seuil de pauvreté de plus en plus problématique.(1)

Le Venezuela, quant à lui, utilise une série de mesures tout à fait différentes pour déterminer la vraie pauvreté comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, au logement etc. Par conséquent la pauvreté au Venezuela n’est pas une question de revenus mais de qualité de vie. En mesurant la pauvreté de cette manière, le gouvernement vénézuelien offre un tableau beaucoup plus complet de la situation socio-économique du pays. Il faut noter que, à la différence des Etats-Unis, les statistiques sur la pauvreté font partie des principales données sur lesquelles le gouvernement du Venezuela s’appuie pour prendre ses décisions. Tandis qu’aux Etats-Unis la pauvreté est devenue un gros mot (comme le montre son absence totale des débats de la présidentielle, l’année dernière), Chavez et la Révolution Bolivarienne en ont fait la pièce centrale des politiques publiques dans tous les domaines.

Que disent les chiffres ?

Quand on examine les données réunies par le Bureau du Recensement des Etats-Unis, on constate de nombreux faits troublants. D’abord il faut absolument noter qu’en 2012, le seuil de pauvreté pour une famille typique de quatre personnes était un total de 23 050 dollars bruts annuels (17 000 euros).(2) Notez que du fait que cette somme est brute et non nette d’impôts, elle ne reflète même pas la gravité réelle de la situation endurée par ces familles. Tous ceux qui ont la moindre notion du coût de la vie aux Etats-Unis se rendent tout de suite compte que le “seuil de pauvreté” est une farce cruelle. Ce niveau de revenu signifie une pauvreté abjecte, elle signifie le manque de ce qui est nécessaire à la vie humaine. De sorte que, en réalité, nous ne parlons pas ici des “pauvres” mais de ceux qui sont en danger de mort à cause de la malnutrition, des maladies graves qui pourraient être guéries et d’innombrables autres problèmes. De plus, il faut noter que le revenu moyen d’une famille (toutes les familles, pas seulement les pauvres) continue à baisser dramatiquement : il a baissé de 8.1% depuis 2007.(3) Par conséquent il est évident que la pauvreté est non seulement importante mais qu’en plus elle augmente.

La Californie, qui a longtemps été le fleuron de l’économie étasunienne, possède maintenant, en plus de la Silicon Valley et de ses côtes magnifiques, le taux de pauvreté le plus haut des Etats-Unis. Selon La Mesure Supplémentaire du Bureau du Recensement des Etats-Unis, la Californie peut se vanter d’avoir un taux de pauvreté de 23,5%,(4) et si on y ajoute les personnes qui ne répondent pas techniquement aux conditions pour être repris dans ce chiffre mais qui vivent en marge de l’économie, on peut dire que la pauvreté se répand comme une épidémie en Californie. Comme Timothy Smeeding, économiste à l’université de Wisconsin Madison l’a expliqué : “D’une manière générale, le filet de sécurité permet à beaucoup de gens de se maintenir à flot mais en Californie c’est relativement plus difficile d’obtenir des bons de nourriture et autres aides.”(5) Nous voyons donc que dans l’État le plus peuplé de la nation, et soi-disant le premier sur le plan économique, la situation des pauvres est catastrophique et de plus en plus de gens ne survivent que grâce à l’aide de l’État. Tout cela bien sûr avec en toile de fond l’austérité, sous la forme de la “entitlement reform” (réforme de l’admissibilité aux prestations, ndt) que veulent imposer les Démocrates comme les Républicains et qui aura pour effet de couper ces programmes d’aide qui sont absolument indispensables à la survie de millions d’étasuniens.

Le revenu ne peut pas et ne devrait pas être le seul indicateur de la pauvreté et de la situation économique. En réalité, il y a beaucoup d’autres facteurs importants comme l’accès à une nourriture correcte, chose cruciale pour les enfants dont les parents sont pauvres. En fait, les données les plus récentes de USDA montrent que, déjà en 2011,(6) au moins 18 millions de familles étasuniennes étaient en situation de “précarité alimentaire”. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg si on pense aux millions de foyers qui n’ont pas été repris dans cette statistique mais qui pour autant n’ont pas les moyens de s’offrir une nourriture de qualité, et aux familles encore plus nombreuses qui échappent à la précarité alimentaire uniquement grâce aux programmes d’aide du gouvernement comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) connu sous le nom de tickets de nourriture. Le manque d’accès à la nourriture de bonne qualité est l’apanage des quartiers pauvres des villes où les noirs surtout ont du mal à offrir à leurs enfants autre chose que les plats préparés et les produits bas de gamme du magasin du coin.

Ce que nous constatons en examinant ces informations, c’est que la précarité alimentaire et la pauvreté ne sont pas seulement des indicateurs de difficultés économiques, elles délimitent des classes sociales. Les Etats-Unis abritent une sous-classe sociale de plus en plus large, qui regroupe de plus en plus d’anciens ouvriers et de blancs, mais qui touche encore plus les communautés de gens de couleur. Dans toutes les grandes villes et de plus en plus dans des quartiers blancs autrefois prospères, la pauvreté est devenue une réalité quotidienne, mais une réalité cachée par l’illusion collective du “rétablissement économique”.

Le modèle vénézuélien

A la différence des Etats-Unis, le Venezuela progresse rapidement dans l’éradication de la pauvreté dans un pays qui, pendant des décennies, a été un des plus pauvres et des plus exploités du continent américain. En dépit de sa richesse pétrolière et de ses vastes ressources, la misère régnait au Venezuela, spécialement chez les indigènes et les paysans. C’était la conséquence du système colonial et post-colonial qui permettait à une petite élite à la peau claire de dominer le pays et de maintenir le reste de la population dans une misère abjecte. La situation a commencé à changer avec Hugo Chavez et la Révolution Bolivarienne. Chavez, qui était déjà un héros aux yeux des pauvres Vénézuéliens, s’est mis tout de suite au travail pour réaliser son modèle socialiste avec la lutte contre la pauvreté au coeur de son projet politique. Et il poursuit le même projet depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans.

Comme je l’ai déjà dit, le Venezuela utilise plusieurs critères pour évaluer la pauvreté : l’accès à l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’accès à un logement correct, les familles de plus de 3 personnes qui vivent dans une seule pièce, et les familles dont le chef de famille a fait moins de 3 ans d’école. Ces statistiques, connues sous le nom de système de calcul des Besoins Elémentaires non Satisfaits, donnent des résultats surprenants. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Vénézuéliens vivant dans la misère (ceux qui souffraient d’au moins deux de ces signes de pauvreté) a diminué de 11.36% à 6.97%, une réduction de presque la moitié. En même temps, l’espérance de vie et la population totale ont augmenté de manière significative, ce qui montre l’amélioration des services de santé. Un chiffre intéressant concerne la population indienne autochtone, le groupe le plus marginalisé historiquement. Au cours des 10 dernières années, leur nombre a fortement augmenté et ils forment maintenant 3% de la population.(7) Cela montre que non seulement les services de santé sont de meilleure qualité mais qu’ils sont devenus accessibles aux segments les plus démunis de la population.

Il faut noter que l’une des pièces maîtresses des programmes anti-pauvreté du gouvernement bolivarien de Chavez a été l’augmentation exponentielle de construction de logements publics et d’appartements bons marché. Le président Chavez a annoncé la Grande Mission Logement en 2011 pour combattre la misère à laquelle était confrontée tant de famille vénézuéliennes qui vivaient dans des logements insalubres et dangereux.(8) En septembre 2012, plus de 250 000 logements avaient été construits et confiés à de pauvres familles vénézuéliennes. Ce chiffre doit encore augmenter dans les années à venir car les constructions continuent et il y a de plus en plus de logements abordables.(9)

Malgré la crise économique mondiale, le gouvernement Chavez continue à développer ses programmes anti-pauvreté comme le logement et la santé, tandis que la plus grande partie du monde soi-disant développé se laisse gagner par l’hystérie générale de l’austérité. La Révolution Bolivarienne s’est donnée pour tâche de réduire et finalement d’éradiquer la pauvreté dans un pays où la pauvreté était une tradition historique et une réalité supposément incontournable. Pendant l’ère post-coloniale le Venezuela a connu la domination et l’oppression des Etats-Unis et le règne des multinationales pendant que les pauvres et les classes laborieuses vivaient dans la misère. Ce sont les efforts de Chavez pour corriger l’histoire qui l’ont rendu, plus que toute autre chose, si cher au coeur des Vénézuéliens.

Les économies capitalistes développées d’Amérique du nord et d’Europe essaient désespérément de maintenir leur hégémonie et leur survie économique grâce à des programmes d’austérité qui ont pour but de transférer le poids de la dépression des épaules des riches financiers et spéculateurs qui l’ont provoquée, à celles des pauvres et des classes laborieuses qui doivent la payer. Les coupes draconiennes dans les services sociaux dont dépendent des millions d’Etasuniens pour leur survie sont la preuve de ce processus. A la différence du Venezuela, les puissances impérialistes occidentales veulent détruire le filet de sécurité sociale et accroître la misère et le désespoir de leur population.

Il s’agit en fait de la crise du capitalisme post-industriel avancé —un système économique qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres, crée des fortunes insensées et une misère extrême et se maintient en réduisant à la misère et à la pauvreté les classes inférieures. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates, le président Obama et Boehner, le président de l’Assemblée, sont tous au même titre responsables des souffrances et du désespoir des étasuniens pauvres qui peuvent encore se tourner vers le Venezuela et la Révolution Bolivarienne pour trouver le modèle d’une vision réellement progressiste de l’avenir.

Eric Draitser

Article original en anglais :

chavez3

Poverty versus Progress: Comparing the US and Venezuela, le 29 janvier 2013

Traduction : Dominique Muselet, Le Grand Soir

Eric Draitser est le fondateur de StopImperialism.com. C’est un analyste géopolitique indépendant qui vit à New York City.Notes

[1] http://venezuelanalysis.com/news/7644

[2] http://coverageforall.org/pdf/FHCE_FedPovertyLevel.pdf

[7] Ibid.
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Mali : comment s’enrichir grâce à la guerre…

février 4th, 2013 by Ramzy Baroud

La firme britannique de sécurité G4S va engranger d’énormes profits grâce aux crises au Mali, en Libye et en Algérie. Reconnue comme l’entreprise de sécurité la plus importante au monde, le groupe s’était dévalorisé lors des Jeux Olympiques de Londres l’an dernier, en raison de son incapacité à satisfaire aux conditions d’un contrat gouvernemental. Mais avec l’instabilité croissante en Afrique du nord et de l’ouest, on s’attend à un prompt rétablissement de la firme.

 

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Non seulement l’armée française ramène dans ses fourgons l’armée malienne pour que celle-ci réoccupe le nord irrédentiste, mais elle a aussi pour mission d’ouvrir la voie aux multinationales avides de profits juteux, aisés et rapides

La crise des otages du 16 janvier dernier dans l’usine de production de gaz d’Ain Amenas en Algérie , où 38 otages ont été tués, a marqué le retour d’Al-Qaïda, non pas comme de simples extrémistes en mal d’action, mais comme des militants bien entraînés ayant la capacité de frapper profondément dans les territoires ennemis et de provoquer de graves dommages.

Pour les entreprises de sécurité du type G4S, cela se traduit par une demande croissante. « Le groupe britannique (..), voit une augmentation de ses tâches allant de la surveillance électronique à la protection des voyageurs », a déclaré à l’agence Reuters le président de la compagnie pour l’Afrique. « La demande a été très forte dans toute l’Afrique », a confirmé Andy Baker. « La nature de nos activités fait que dans des environnements à haut risque, la demande de nos services augmente. »

Si les affrontements mortels entre l’Algérie et Al-Qaïda étaient suffisants pour que les pays d’Afrique du nord fassent appel à des sociétés de sécurité privées, la Libye doit être pour celles-ci un véritable paradis… Suite au renversement par l’OTAN du régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi suivi de son assassinat brutal à Syrte le 20 octobre 2011, de nombreuses milices ont vu le jour à travers toute la Libye, certaines étant équipées d’armes lourdes grâce aux pays occidentaux. Au départ, ces scènes plutôt dérangeantes de milices armées installant des points de contrôle à chaque coin de rue étaient considérées comme une conséquence inévitable d’une réalité post-révolutionnaire. Mais lorsqueles Occidentaux eux-mêmes sont devenus des cibles, la « sécurité » en Libye est alors devenue une priorité…

Beaucoup de sociétés de sécurité privées opèrent déjà en Libye, et certaines étaient même présentes dans le pays avant que l’ancien gouvernement libyen ne soit renversé. Certaines de ces entreprises étaient pratiquement inconnues avant la guerre, comme c’est le cas d’une petite entreprise britannique privée, la Blue Mountain Group. Cette dernière était responsable de la garde de la mission diplomatique américaine à Benghazi, qui a été incendiée le 11 septembre dernier. Il est apparu plus tard que l’attaque contre l’ambassade, qui entraîna la mort de quatre Américains, dont l’ambassadeur Christopher J. Stevens, avait été planifiée et bien coordonnée. On ne sait pas pourquoi le Département d’État a choisi d’embaucher cette petite société britannique, au lieu d’une entreprise de sécurité plus importante comme c’est habituellement le cas pour les autres ambassades occidentales et les grandes entreprises qui se disputent la reconstruction d’un pays que leurs gouvernements respectifs se sont acharnés à détruire.

L’activité lucrative de détruire, puis de reconstruire et de sécuriser a été constatée dans d’autres guerres et conflits provoqués par des ’interventions occidentales. Les entreprises privées de sécurité sont les intermédiaires dont le rôle est d’empêcher les natifs considérés trop turbulents de se mettre en travers de la « diplomatie » et des géants dubusiness d’après-guerre.

Quand un pays finit par s’effondrer sous la pression des bombes anti-bunker et autres armes de pointe, les entreprises de sécurité se mettent en branle pour venir sécuriser les lieux tandis que des diplomates occidentaux commencent, avec leurs nouveaux relais locaux, leurs négociations sur l’avenir des richesses du pays. En Libye, ceux qui ont le plus contribué à la guerre sont ceux qui ont gagné les plus gros contrats. Bien évidemment, tout le pays est détruit et mis en coupe réglée, et c’est la population locale qui subit les conséquences de la présence de brutes étrangères et armées qui fliquent leurs quartiers au nom de la sécurité.

Il faut dire que le nouveau gouvernement libyen a expressément refusé la présence de sociétés armées du style de Blackwater – alors qu’elles ont déjà une certaine présence sur le terrain – craignant des provocations semblables à celles qui se sont produites dans les meurtres du Square Nisour à Bagdad et de même à travers tout l’Afghanistan. L’objectif en Libye est de permettre des transactions commerciales sans problèmes, sans protestations impromptues provoquées par des étrangers à la gâchette trop facile. Mais compte tenu de la détérioration de la sécurité en Libye, provoquée par la destruction systématique du gouvernement central et de son appareil militaire, trouver une solution à l’absence de sécurité demeure l’objet d’intenses discussions.

Les sociétés de sécurité privées sont essentiellement composées de mercenaires qui offrent leurs services afin d’épargner aux gouvernements occidentaux un coût politique trop élevé au cas où il y ait trop de victimes militaires. Même si leurs sièges sociaux sont souvent basés dans des villes occidentales, nombre de leurs employés viennent de pays dits du Tiers-Monde. Pour tous les intéressés, procéder ainsi est beaucoup plus sûr, car lorsque des employés de sécurité asiatiques, africains ou arabes sont blessés ou tués en service, ce sera mentionné, si jamais c’est le cas, comme une simple dépêche d’agence avec très peu de conséquences politiques dans les audiences du Sénat ou les enquêtes du gouvernement.

Le Mali, ce pays d’Afrique occidentale qui souffre de multiples crises – un coup d’État militaires, la guerre civile, la famine et enfin une invasion guerrière dirigée par les Français – est la prochaine victime probable ou opportunité pour cette combinaison infernale : des gouvernements occidentaux, des grandes entreprises et bien sûr , des entreprises de sécurité privées.

En effet, le Mali est le terrain idéal pour ces cliques d’opportunistes qui ne ménagent aucun effort pour exploiter ses énormes ressources potentielles et sa position stratégique. Depuis des années, ce pays ouest-africain est tombé sous l’influence politique et militaire occidentale. L’année 2012 a vu l’application d’un parfait scénario qui a finalement et de façon prévisible conduit à une intervention militaire extérieure, laquelle a eu lieu le 11 janvier lorsque la France a lancé une opération militaire visant, officiellement, à évincer des extrémistes islamistes armés. Les opérations militaires dureront « aussi longtemps que nécessaire », a déclaré Hollande, le président français, singeant littéralement George Bush quand celui-ci déclara sa « guerre contre le terrorisme ».

Mais pour autant que l’on puisse en juger, la situation parait autant complexe qu’imprévisible. Aucune chronologie simple ne peut réellement rendre compte du déroulement de la crise. Mais tous les indicateurs pointent vers d’importantes caches d’armes qui ont fait leur chemin à partir de la Libye jusqu’au Mali après la guerre de l’OTAN. Un nouvel équilibre des pouvoirs s’est alors installé, renforçant la position des Touaregs toujours opprimés et inondant la partie désertique du pays de militants endurcis appartenant à divers groupes islamiques. Deux lignes symétriques de bouleversements se sont développées en même temps au nord et au sud du pays. D’un côté, le Mouvement National Touareg pour la libération de l’Azawad (MNLA) a déclaré son indépendance dans le nord et a rapidement été rejoint par Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MOJWA ). De l’autre côté, Amadou Haya Sanogo, capitaine de l’armée malienne et formé aux États-Unis, procéda à un coup d’État en mars dernier dans la partie sud du pays, renversant le président Amadou Toumani Touré.

L’histoire récente du Mali évolue donc rapidement, donnant l’impression qu’il n’y avait pas d’autre possibilité qu’une confrontation imminente entre le sud et le nord. La France, ancien maître colonial du Mali, n’a pas tardé à brandir la carte militaire et s’est activée avec diligence pour impliquer les pays d’Afrique de l’ouest dans ses projets guerriers. Il était souhaité que l’intervention apparaisse comme s’il s’agissait d’une initiative purement africaine, bénéficiant juste d’un appui logistique et politique des supposés bienfaiteurs occidentaux. En effet, le 21 décembre, le Conseil de sécurité a approuvé l’envoi d’une force dirigée par des Africains (de 3000 soldats) et venue de la Communauté économique des États d’Afrique occidentale (CEDEAO), afin de lancer la chasse aux militants du nord dans le vaste désert malien.

Cette guerre était prévue pour septembre 2013, afin de laisser un peu de temps à la France pour former un front uni occidental et remettre sur pied des forces maliennes pour l’instant en lambeaux. Mais la capture par les militants islamiques de la ville de Konna, sur la route de la capitale Bamako, aurait obligé la France à intervenir plus tôt sans le consentement des Nations Unies. La guerre qui a été menée, soit-disant au nom des droits de l’homme et de l’intégrité territoriale du Mali, a déjà suscité des protestations d’importantes organisations des droits de l’homme, contre les crimes commis par les forces étrangères et leurs partenaires de l’armée malienne. Toutefois, ce qui pour l’instant a des allures de conquête française facile, fait que d’autres puissances occidentales se lèchent déjà les babines sur les richesses potentielles du Mali, lequel ne risque pas d’avoir de sitôt un véritable gouvernement central.

Le 25 janvier, la page de l’Agence de presse africaine [APA] sur le Mali était remplie d’articles de presse sur une implication occidentale désireuse de manifester sa solidarité avec l’initiative de guerre français. Cela allait de « l’Italie va envoyer des avions pour aider les transports de troupes au Mali » à « l’Allemagne s’engage à aider l’intervention au Mali. » Tous les appels pour un dialogue politique, d’autant plus que les conflits ethniques sont susceptibles de dévaster le pays pour les années à venir, semblent tomber dans l’oreille d’un sourd. De plus, selon l’APA, le Royaume-Uni propose d’aider le Mali à trouver une « feuille de route politique » visant à garantir « l’avenir politique de ce pays ouest-africain. »

Alors que la France, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne décident de l’avenir du Mali via des actions militaires et des feuilles de route politiques, le pays lui-même est trop affaibli et politiquement déstabilisé pour imaginer n’importe quelle possibilité de s’opposer à ces interventions extérieures. Pour les entreprises de sécurité G4S et autres, le Mali est aujourd’hui en tête de la liste dans le marché émergent de la sécurité en Afrique. Le Nigeria et au Kenya suivent de près, avec des possibilités qui apparaissent encore ailleurs.

De la Libye au Mali, une histoire typique est en train de se dérouler sous nos yeux, avec de juteux contrats et d’énormes possibilités de toutes sortes. Lorsque les entreprises de sécurité privées parlent d’un marché émergent en Afrique, on est amené à supposer que ce continent va une fois de plus tomber sous la coupe d’interventions militaires et de pratiques commerciales déloyales. Alors que G4S est susceptible de refaire briller son blason un peu ternie, des centaines de milliers de réfugiés africains (800 000 pour le seul Mali) continueront leur voyage sans fin vers des frontières inconnues à travers d’impitoyables déserts. Leur sécurité n’intéresse personne, et les entreprises privées de sécurité n’ont que faire de réfugiés sans le sou.

Ramzy Baroud

Article original en anglais :

http://palestinechronicle.com/no-se…, 29 janvier 2013

 

 

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est journaliste

Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib

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Ces bonnes intentions qui pavent le chemin de la guerre

février 4th, 2013 by Diana Johnstone

S’opposer aux génocides est devenu une sorte de mini-industrie aux États-Unis.

Partout, des programmes « d’études des génocides  » surgissent dans les universités. Il y a cinq ans, un improbable « Groupe de Travail sur le Génocide  » fut créé, dirigé par l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright et l’ancien ministre de la défense William Cohen, tous deux anciens membres du gouvernement de Clinton.

La Bible de toute cette entreprise est le livre de Samantha Power, A Problem from Hell. La thèse de Mme Power est que le gouvernement des États-Unis, aussi bien intentionné soit-il, comme tout un chacun, est trop lent à intervenir pour « empêcher les génocides  ». Une affirmation bien reçue par le gouvernement des États-Unis, au point d’avoir nommé Mme Power comme conseillère à la Maison Blanche.

Pourquoi le gouvernement des États-Unis s’est-il engagé avec un tel enthousiasme dans une croisade contre les « génocides  »?

La raison en est claire. Depuis que l’Holocauste est devenu la référence historique la plus omniprésente dans les sociétés occidentales, le « génocide  » passe facilement pour être la plus grande calamité que subit la planète. On le considère comme pire que la guerre.

C’est en cela que le concept est d’une grande utilité pour le complexe militaro-industriel US ainsi que pour ses stratèges à la recherche d’une justification de leurs interventions militaires partout dans le monde.

L’obsession du « génocide  » en tant que principal enjeu humanitaire du monde moderne relativise la guerre. Elle renverse le jugement final prononcé par le Tribunal de Nuremberg  :

« déclencher une guerre d’agression constitue non seulement un crime international, il constitue le crime international suprême et ne se distingue des autres crimes de guerre qu’uniquement par le fait qu’il porte en lui tout le mal accumulé de l’ensemble.  »

Oubliant tout cela, la guerre se voit transformée en une action chevaleresque destinée à secourir des populations entières d’un « génocide  ».

Dans le même temps, la souveraineté nationale, érigée comme une barrière pour empêcher les nations puissantes d’envahir les nations plus faibles, c’est-à-dire, pour empêcher les agressions et le « fléau de la guerre  », est réduite à une méprisable protection des dirigeants maléfiques (« dictateurs  ») dont la seule ambition est de « massacrer leur propre peuple  ».

Cette construction idéologique constitue la base de la doctrine prônée par l’Occident, imposée à une ONU plus ou moins réticente, la « responsabilité de protéger  », dont l’acronyme anglais R2P présente l’ambiguïté de pouvoir à la fois signifier le « droit  » (« Right  ») et le « devoir  » (« Responsibility  ») de protéger les peuples de leurs propres gouvernements.

Dans la pratique, cela peut aboutir à donner carte blanche aux puissances dominantes pour intervenir militairement contre des États plus faibles afin d’y soutenir n’importe quelle rébellion de leur choix.

Le R2P sert principalement à amener l’opinion publique à accepter une intervention des États-Unis et de l’OTAN dans d’autres pays. Il n’est pas destiné à autoriser les Russes ou les Chinois à intervenir, disons, pour empêcher les femmes de ménage en Arabie Saoudite d’être décapitées, et encore moins à autoriser les Cubains à fermer la base navale US à Guantanamo et à mettre fin aux violations états-uniennes des droits humains… en territoire cubain.

Exemple typique de cette campagne, la directrice d’un programme appelé « Un Monde sans génocide » dans une petite faculté de droit de ma ville natale de Saint Paul dans le Minnesota a récemment publié un article dans le journal local qui répète les clichés habituels de cette campagne. L’article rejette la faute du « génocide » sur la barrière érigée pour tenter d’empêcher les guerres : la souveraineté nationale. Son abolition est souhaitée comme étant un grand progrès humanitaire :

« Depuis plus de 350 ans, le concept de ‘souveraineté nationale’ a primé sur celui de ‘souveraineté individuelle’. De fait, les gouvernements les gouvernements ont bénéficié d’une immunité quant à toute intervention extérieure malgré les violations des droits humains perpétrés à l’intérieur de leurs frontières. Le résultat a été un phénomène de génocides récurrents et sans fin depuis l’Holocauste, avec des millions de morts au Cambodge, en Bosnie, au Rwanda, au Congo, au Guatemala, en Argentine, au Timor Oriental – la liste est longue. »

Il est abusif d’appeler chaque massacre « génocide », et il est complètement faux de les attribuer au respect de la souveraineté nationale.

En réalité, Hitler a déclenché la Deuxième Guerre mondiale enviolation de la souveraineté nationale de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, en partie, selon lui, pour mettre fin aux violations des droits prétendument infligée aux ressortissants germanophones. Ce fut précisément pour invalider ce prétexte et « préserver les générations futures du fléau de la guerre  » que les Nations Unies furent fondées sur le principe du respect de la souveraineté nationale.

Bien-sûr, il n’y a aucune chance que les États-Unis abandonnentleur souveraineté nationale. Ce sont tous les autres pays qui sont invités à abandonner leur souveraineté nationale … aux États-Unis.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que les pires massacres – au Cambodge, au Rwanda et l’Holocauste lui-même – se sont produits aux cours de guerres ou comme conséquences de guerres.

Les rafles, déportations et meurtres systématiques de juifs européens ont eu lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les Juifs furent dénoncés comme « l’ennemi intérieur » de l’Allemagne. La guerre constitue le contexte parfait pour une telle paranoïa raciste. Après tout, même aux États-Unis, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des familles américaines d’origine japonaise furent dépossédées de leurs biens, raflées et placées dans des camps. Le résultat ne fut pas comparable, mais le prétexte avait été semblable.

Au Rwanda, les horribles tueries furent une réponse à une invasion de forces Tutsis depuis l’Ouganda voisin et l’assassinat du président du pays. Le contexte était une invasion et une guerre civile.

Le massacre au Cambodge ne fut certainement pas dû à un excès de « souveraineté nationale  ». En fait, il fut précisément le résultat direct d’une violation par les États-Unis de la souveraineté nationale du Cambodge. Des années de bombardements clandestins des campagnes cambodgiennes par les États-Unis, suivies par le renversement du gouvernement cambodgien organisé par les États-Unis, ont ouvert la voie du pouvoir aux combattants Khmers Rouges qui exprimèrent leur forte rancœur face à la dévastation des zones rurales, et qui se retournèrent contre les malheureuses populations urbaines, considérées comme complices de l’ennemi. Les massacres perpétrés par les Khmers Rouges eurent lieu après que les États-Unis eurent été vaincus par le Vietnam. Plus tard, lorsque les Vietnamiens, provoqués par des incursions armées, sont intervenus pour renverser les Khmers Rouges, ils furent condamnés aux Nations Unies par les États-Unis.

Certains événements des plus « sanglants  » ne figurent pas dans la liste « des génocides  » de Madame Kennedy que l’on déplore aux États-Unis. Il manque entre autres le massacre de plus d’un demi-million de membres du parti communiste indonésien en 1965 et 1966. Mais le dictateur responsable, Suharto, était « un ami des États-Unis  » et les victimes étaient communistes.

Mais on est sûr de trouver la Bosnie sur une telle liste, surtout depuis que le Tribunal Pénal International, lié à l’OTAN, a jugé que le massacre de 1995 à Srebrenica était un « génocide  ». Dans ce cas, l’estimation la plus haute du nombre de victimes est de 8000, tous des hommes en âge de combattre. Pour arriver à ce verdict, malgré le fait que les auteurs présumés aient épargné femmes et enfants, le Tribunal a trouvé un sociologue pour affirmer que, puisque la communauté musulmane de Srebrenica était patriarcale, l’assassinat des hommes constituait un « génocide  », même s’il était commis dans une seule ville, puisque les femmes n’y retourneraient pas sans les hommes. Ce jugement tiré par les cheveux était nécessaire pour préserver « la Bosnie  » comme principal argument en faveur de l’intervention militaire de l’OTAN.

On ignore généralement que Srebrenica était une ville garnison d’où les soldats musulmans lançaient, en 1995, des attaques contre les villages serbes environnants. Ils n’étaient pas tous originaires de cette ville jadis multi-ethnique, « patriarcale » ou pas. Les médias occidentaux n’ont pas accordé non plus beaucoup d’attention aux témoignages de dirigeants musulmans de Srebrenica qui disaient avoir entendu le dirigeant du Parti Islamique, Alija Izetbegovic, confier que le président Clinton avait dit que le massacre d’au moins 5000 musulmans était nécessaire pour entraîner « la communauté internationale  » dans la guerre civile bosniaque aux côtés des musulmans. Ces dirigeants musulmans en ont tiré la conviction qu’Izetbegovic avait délibérément laissé Srebrenica sans défense afin de préparer un massacre par les Serbes qui chercheraient à se venger.

Quelle que soit la vérité, cette histoire souligne le grave danger posé par le principe du R2P. Une fois la doctrine acceptée, elle peut inciter des chefs d’une opposition donnée à provoquer une répression gouvernementale pour pouvoir demander de la « protection  ».

Izetbegovic était le dirigeant d’un parti qui cherchait de l’aide militaire de l’extérieur pour vaincre ses ennemis. Le monde ne manque pas de tels dirigeants de factions ethniques, religieuses ou politiques. S’ils savent que « l’unique superpuissance au monde  » pourrait venir à leur secours à condition qu’ils puissent accuser le gouvernement en place de « massacrer sa propre population  », ils seront hautement motivés pour provoquer ce gouvernement à commettre le massacre en question.

Plusieurs anciens membres des forces de paix de l’ONU ont témoigné du fait que les forces musulmanes en Bosnie menaient les ignobles « Bombardements des marchés » contre les civils de Sarajevo pour pouvoir accuser leurs ennemis serbes et obtenir un soutien international.

Comment ont-ils pu en arriver à des agissements aussi horribles ? Eh bien, si le dirigeant d’un pays est prêt à « massacrer son propre peuple  », pourquoi le dirigeant d’un groupe rebelle ne laisserait-il pas massacrer quelques individus de « son peuple » pour prendre le pouvoir ?

Un des principaux dangers de la doctrine R2P est qu’elle encourage les factions rebelles à provoquer la répression, ou prétendre à la persécution, uniquement pour provoquer une intervention armée étrangère en leur faveur. Déjà, à travers l ;a Fondation nationale pour la démocratie, le National Endowment for Democracy (NED), les États-Unis dépensent des millions de dollars pour entraîner les citoyens de pays de l’ancienne Union Soviétique, entre autres, aux techniques de provocation (« résistance non-violente »). Il est certain que les militants anti-Kadhafi ont grossièrement exagéré la menace de Kadhafi contre Benghazi pour provoquer la guerre de 2011 de l’OTAN, menée par la France, contre la Libye. La guerre au Mali est le résultat direct du renversement brutal de Kadhafi, qui représentait un facteur de stabilité majeur en Afrique.

Les interventions US ne sont pas connues pour leur « protection  » des populations. Il est plus facile d’imaginer une intervention efficace là où aucune n’a été menée – au Rwanda par exemple – que d’en effectuer une dans le monde réel.

Malgré toute leur puissance militaire, les États-Unis sont incapables de remodeler le monde à leur goût. Ils ont échoué en Irak et en Afghanistan. La « guerre du Kosovo  » de 1999 est présentée comme un succès, mais uniquement à condition d’ignorer soigneusement ce qui se déroule dans cette province depuis qu’elle a été arrachée à la Serbie par l’OTAN et remise aux clients albanais de Washington. Quant au « succès  » en Libye, la vérité émerge bien plus vite.

Les partisans du R2P nous exhortent de ne « plus jamais  » permettre un nouvel Holocauste. En réalité, il n’y a « plus jamais  » eu d’Holocauste. L’Histoire produit des événements uniques qui défient toute attente.

Mais si un événement aussi terrible se produisait, me demande-t-on, faudrait-il que le monde reste les bras croisés ?

Que signifie « le monde  » ? L’idéologie occidentale présume que le monde entier devrait se préoccuper des droits humains, mais qu’en réalité seule l’Occident s’en préoccupe réellement. Cette présomption est en train de creuser un fossé entre l’Occident et le reste du monde, qui ne voit pas les choses du même œil. Dans la plus grande partie du monde, l’Occident est perçu comme une cause de désastres humanitaires, et non comme une solution.

La Libye fut un tournant, lorsque les puissances de l’OTAN ont appliqué leur doctrine R2P non pas pour protéger les populations libyennes de l’aviation de leur propre pays (l’idée à la base de la résolution de l’ONU sur les « zones d’exclusion aérienne  »), mais pour bombarder eux-mêmes le pays afin de détruire le régime. Ce qui a convaincu les Russes et les Chinois, s’ils avaient encore des doutes, que le « R2P  » est une arnaque, employée au service d’un projet de domination globale.

Et ils ne sont pas seuls et isolés. L’Occident s’isole lui-même dans sa propre bulle de propagande. Une bonne partie du monde, sinon la totalité, pense que les interventions occidentales sont motivées par leurs propres intérêts économiques, ou par les intérêts d’Israël. Le sentiment d’être menacé par la puissance US incite d’autres pays à renforcer leurs défenses militaires et à réprimer les militants d’opposition qui pourraient servir de prétexte à une intervention de l’extérieur.

En criant « génocide  » lorsqu’il n’y a pas de génocide, les États-Unis crient au loup et perdent leur crédibilité. Ils détruisent la confiance et l’unité nécessaires à la mobilisation d’une action humanitaire internationale authentique, si jamais il y en avait vraiment besoin.

Diana Johnstone

Article original en anglais :

Traduction LGS revue et corrigée par l’auteure pour la version française.

 

« J’ai violé l’embargo imposé par l’ONU au peuple irakien. J’en suis fier et si c’était à refaire : je le referai ». Voila ce que j’ai dit le 23 janvier - non par bravade - à la présidente du tribunal qui avait énoncé les charges retenues contre moi : « Trafic d’influence passif commis par un particulier » et « Corruption d’agents publics étrangers ».

Je n’ai évidemment jamais « trafiqué » ni« corrompu » personne. Je ne me suis pas - non plus - enrichi, au contraire. J’ai fait que ce que me dictaient d’abord ma conscience et les objectifs des Amitiés franco-irakiennes, association dont je suis le secrétaire général depuis 1986 : «faciliter par des moyens de toute nature une meilleure connaissance des problèmes rencontrés par chacun des deux pays et de contribuer à leur règlement » !

Concernant le paiement de « surcharges » ou de « taxes » réclamé par le gouvernement irakien aux entreprises qui enlevaient du pétrole dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture » - dont le trader Aredio et la sociétéTaurus Petroleum qui soutenaient les activités des Amitiés franco-irakiennes – j’ai dit que la décision était de leur ressort mais que je l’approuvais, car l’argent reçu par l’Irak était légitime et avait allégé les souffrances du peuple. Je lui ai précisé que ces « taxes » étaient prélevées sur la marge bénéficiaire des entreprises pétrolières, non sur le montant de ce qui était théoriquement consacré à l’achat de vivres et de médicaments.

Malheur aux vaincus !

La présidente du tribunal m’a alors questionné sur une somme de 200 000 $, toujours à ma disposition dans une banque suisse. J’ai répondu qu’il s’agissait du reliquat des aides de la société d’affrètement suisse Taurus Petroleum, et que l’argent était sous séquestre depuis 2005 à la demande des Etats-Unis ou du magistrat instruisant l’affaire « Pétrole contre nourriture ». Elle le savait, bien  sûr.

Cette décision m’avait empêché de poursuivre les actions que je menais depuis la chute de Bagdad pour soutenir l’opposition et la résistance irakienne, et faire campagne pour la libération des prisonniers politiques en Irak. J’ai demandé à la juge de faire débloquer ces fonds afin de pouvoir relancer mes activités ! En attendant, je n’en continuais pas moins le combat avec les moyens à ma disposition.

J’ai ajouté que j’avais – certes - violé une résolution de l’ONU… mais que George W. Bush– lui – avait violé la charte des Nations unies, massacré plus d’un million d’Irakiens, s’était emparé du pétrole irakien, et que rien ne lui arriverait.

J’ai conclu en rappelant que j’étais alors en guerre contre une administration américaine qui martyrisait le peuple irakien et qui s’apprêtait à envahir le pays. La bataille ayant été perdue, je me retrouvais donc sur le banc des accusés: « Malheur aux vaincus ! 

Condamné d’avance ?

En ce début de la troisième semaine du procès -10 ans après le renversement du Président Saddam Hussein et 8 ans avoir été mis en examen par le juge Philippe Courroye -  j’ai la nette impression d’être condamné d’avance. Pour la présidente du tribunal, il n’est question que de « surcharges » payées au gouvernement irakien, évidemment « illégales ». L’évocation de la tragédie du peuple irakien et la nécessité de lui venir en aide, la laissent de marbre. On ne peut pas dire que la juge soit indifférente à ces malheurs, mais les évoquer lors de ce procès semble une perte de temps, « hors sujet ».

Gilles Munier

Le 23 janvier 2013

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Le sens de la victoire soviétique de Stalingrad : 1943-2013

février 4th, 2013 by Annie Lacroix-Riz

Pour Roland Wlos

La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale, un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier. Cette victoire trouve son origine dans les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable : le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur. Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco- soviétique et tripartite (Moscou, Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le « pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.

Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen, délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque, écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt ».

Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942 qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale »,1 comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler. L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.

La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7

 

___________________________

Bibliographie :

John Erickson, 2 vol., The Road to Stalingrad: Stalin’s War with Germany; The Road to Berlin: Stalin’ War with Germany, 1e édition 1983, Londres; réédition, New Haven & London, Yale University Press, 1999:

Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London,Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);

Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov, London, Icon Books, 2012 Lawrence, Kansas

Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.

Bibliographie restreinte :

Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006 (qui devrait être traduit dans la période à venir);

Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov. London, Icon Books, 2012. Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, reste fondamental.

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L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine

février 3rd, 2013 by Salim Lamrani

Mariela Castro Espín a réussi à s’émanciper de son héritage familial. Nièce de Fidel Castro, leader historique de la Révolution cubaine et fille de Raúl Castro, actuel Président de Cuba, Mariela Castro a gagné une renommée internationale non pas grâce à son patronyme mais grâce à son action en faveur du droit à la diversité sexuelle.

Directrice du Centre d’éducation sexuelle (CENESEX) à Cuba, licenciée en Psychologie et en Pédagogie, titulaire d’un Master en Sexualité, Mariela Castro a fait sienne la cause des homosexuels, bisexuels, lesbiennes et transsexuels, et a permis à ces communautés de sortir de la marginalité à laquelle la société l’avait cantonnées.

L’action du Cenesex a été couronnée de succès. Depuis 2007, une journée contre l’homophobie est célébrée chaque 17 mai à Cuba. Les opérations de changement de sexe sont entièrement prises en charge par l’Etat. L’homophobie a sensiblement reculé même si elle est toujours persistante dans certains secteurs. Enfin, les institutions tels que le Parti Communiste de Cuba ou le Ministère de la Culture sont désormais des alliés de premier ordre dans la lutte en faveur des droits pour tous.

Mariela Castro ressemble à sa mère Vilma Espín. Elle a hérité, à la fois, de sa beauté naturelle et de son caractère. En effet, comme l’illustrent ces conversations, elle méprise souverainement la langue de bois et n’hésite aucunement à pointer du doigt les injustices commises par le passé à Cuba, ni à dénoncer les obstacles institutionnels encore présents au sein de la société. Son franc-parler ne fait pas l’unanimité au sein du pouvoir cubain, notamment auprès du secteur le plus conservateur. Mais, comme elle se plait à le répéter, à chaque fois que le Président Raúl Castro reçoit une plainte à son sujet, sa réponse reste invariablement la même : « Si tu as quelque chose à dire à propos de ma fille, va la voir directement ». A ce jour, personne n’a osé.

Lors de ce dialogue, aucun sujet n’a été éludé, que ce soit la situation des homosexuels au triomphe de la Révolution, les tristement célèbres Unités militaires d’aide à la production, le fameux « Quinquennat gris », la fondation du CENESEX, la lutte contre l’homophobie, la prostitution, le phénomène transgenre ou le mariage pour tous. Mariela Castro n’a éludé aucune question et n’a imposé aucune condition préalable à la discussion.

Salim Lamrani : Mariela Castro, quelle était la situation des minorités sexuelles en 1959, au triomphe de la Révolution, à Cuba ?

 Mariela Castro Espín : Au début des années 1960, la société cubaine était le reflet de son héritage culturel, principalement espagnol. Cuba avait une culture homo-érotique, patriarcale et donc, par définition, homophobe, comme toutes les sociétés patriarcales. A cette époque, le monde entier était patriarcal et homophobe, sans aucune distinction, aussi bien les pays développés que les nations du Tiers-monde.

Il est cependant curieux que le processus émancipateur de la Révolution cubaine qui revendiquait dans son programme politique la lutte contre les inégalités, les différentes formes de discrimination contre les femmes, le racisme, et qui tentait d’éliminer les injustices, les brèches entre la ville et la campagne, ne se soit pas intéressé au sort des homosexuels et ne les ait pas considérés comme étant victimes de discriminations de toute sorte.

SL : Pour quelles raisons ?

MCE : L’homophobie était la norme y compris après le triomphe de la Révolution. Cela était le cas dans toutes les cultures occidentales basées sur la religion catholique dominante. L’homophobie était au cœur des relations de genre telles qu’elles s’étaient établies culturellement.

La Révolution cubaine a permis au peuple cubain d’obtenir la souveraineté nationale et a remis en cause de nombreux paradigmes tels que la virginité de la femme comme condition préalable pour le mariage, l’absence de divorce, le statut de chef de famille de l’homme, la naturelle fidélité de la femme face à l’infidélité de l’homme, la disqualification de la famille monoparentale et de la femme célibataire, mais ne s’est pas attaquée au problème de la diversité sexuelle.SL : Donc à l’époque, être homophobe était quelque chose de « naturel ».

 MCE : L’homophobie était la norme. Ce qui était considéré comme anormal était le respect à l’égard de celles et ceux qui avaient choisi une orientation sexuelle différente. Mais, je le répète, cela n’était pas spécifique à Cuba. Il en était de même dans le reste du monde. L’homophobie institutionnalisée des premières années de la Révolution reflétait cette réalité et était en adéquation avec la culture de l’époque. Se moquer des homosexuels était quelque chose de naturel, tout comme les mépriser ou les dénigrer. Il était normal de les discriminer sur le marché de l’emploi, dans leur vie professionnelle, et cela était l’aspect le plus grave.

Les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP)

SL : Dans les années 1960, entre 1965 et 1968, l’Etat cubain a mis en place les Unités militaires d’aide à la production, les UMAP, dans lesquelles ont été intégrés de force les homosexuels. Pourriez-vous revenir sur cet épisode sombre de la Révolution cubaine ?

MCE : Il faut tout d’abord préciser que les UMAP concernaient tout le monde, tous les hommes en âge d’effectuer le service militaire, et non pas uniquement les homosexuels. C’était un service militaire obligatoire pour tous les jeunes majeurs. Cela n’était en aucun cas réservé aux homosexuels. Certains ont même parlé de camps de concentration pour homosexuels. Je crois qu’il ne faut pas exagérer et rester fidèle à la vérité historique. Je le répète, les UMAP ont concerné absolument tout le monde, sauf ceux qui pouvaient justifier d’un emploi stable. Les étudiants devaient mettre entre parenthèses leur carrière universitaire pour effectuer leur service militaire au sein des UMAP.

Il convient de rappeler le contexte de l’époque. Notre pays était constamment agressé par les Etats-Unis. Il y avait eu la Baie des Cochons en avril 1961, la crise des Missiles en 1962, et les groupes de la CIA composés d’exilés cubains multipliaient les attentats terroristes. Les bombes explosaient à Cuba tous les jours. On brulait des champs de canne à sucre. On faisait dérailler des trains. On attaquait des théâtres au bazooka. Il ne faut pas oublier cette réalité. Nous vivions sous état de siège. Des groupes paramilitaires étaient réfugiés dans les montagnes de l’Escambray et assassinaient les paysans favorables à la Révolution, torturaient et exécutaient les jeunes professeurs qui avaient intégré la campagne d’alphabétisation. Au total, 3 478 Cubains ont perdu la vie à cause du terrorisme de cette époque. Il s’agissait d’une période très difficile où nous étions agressés en permanence et où la lutte des classes était à son paroxysme. Les propriétaires terriens avaient réagi avec beaucoup de violence à la réforme agraire et n’étaient pas disposés à perdre leur position privilégiée au sein de la société. Il y avait donc à Cuba une mobilisation générale pour la défense de la nation et de ce contexte sont nées les UMAP, en guise de service militaire.

SL : Pour quelles raisons alors, les UMAP ont-elles été associées au règne de l’arbitraire et de la discrimination ?

MCE : Il y a une raison à cela. Etant donné que tout le monde devait participer à la défense du pays, les groupes marginaux tels que les hippies par exemple ont dû intégrer les UMAP, mais également les enfants de la bourgeoisie qui s’étaient habitués à une vie de loisirs et ne travaillaient pas, étant financièrement à l’abri. Ainsi, ceux qui ne s’étaient pas impliqués et préféraient un rôle d’observateur, devaient intégrer les UMAP et travailler dans les usines ou dans l’agriculture, y compris les groupes qui ne se sentaient pas engagés dans le processus de transformation sociale mis en place en 1959. Ces gens-là étaient mal vus par la société cubaine, qui les rejetait pour leur manque d’implication dans la construction de la nouvelle nation révolutionnaire et les considérait comme étant des parasites.

Je me souviens avoir entendu, dans ma jeunesse, certaines réflexions désobligeantes à mon égard, en raison de mon lien de parenté avec Fidel Castro – mon oncle – et Raúl Castro, mon père. Certains disaient : « c’est une bitonga », c’est-à-dire, une « fille à papa », une personne jouissant d’une position privilégiée, qui n’avait pas le même train de vie que le reste de la jeunesse, en raison de ses liens familiaux. Cela me mettait dans une colère noire et je m’efforçais de faire tout ce que les autres faisaient en rejetant tout privilège ou favoritisme. Je n’ai jamais supporté ce qualificatif de bitonga, qui était extrêmement méprisant.

L’armée a donc créé les UMAP pour soutenir les processus de production. Mais la réalité fut différente. Le Ministère de l’Intérieur était chargé de gérer les groupes de marginaux et de « parasites », de les repérer et de les intégrer aux UMAP, par la contrainte et la force, car le service était obligatoire.

SL : Cette méthode semble pour le moins arbitraire.

MCE : Il faut reconnaitre que la façon de procéder a été pour le moins arbitraire et discriminatoire. Il y a eu des voix qui se sont élevées au sein de la société cubaine pour se prononcer contre ces mesures, parmi lesquelles celle de la Fédération des Femmes Cubaines, ainsi que de nombreuses personnalités. Les plaintes déposées par certaines mères de famille ont déclenché ce mouvement de protestation contre les UMAP.

SL : Qu’en était-il des homosexuels ? Ils ont été victimes de nombreux abus au sein des UMAP.

MCE : Au sein de cette société homophobe, dans ce contexte d’hégémonie masculine et virile, les autorités ont considéré que les homosexuels sans profession devaient intégrer les UMAP pour devenir de véritables « hommes ». Dans certaines UMAP, ces personnes ont été traitées avec les mêmes égards que tout le monde et n’ont pas été victimes de discrimination. Dans d’autres UMAP, où régnait l’arbitraire, les homosexuels étaient injustement séparés des autres jeunes. Il y avait donc le groupe des homosexuels et des travestis, le groupe des religieux et des croyants, le groupe des hippies, etc.… Un traitement particulier leur était réservé, avec des railleries quotidiennes et des humiliations publiques. En un mot, les discriminations qui existaient au sein de la société cubaine se sont faites plus vives, plus acerbes au sein des UMAP.

Il est certain que la création et le fonctionnement des UMAP ont été arbitraires. Ce fut la raison pour laquelle ces unités ont été définitivement fermées trois ans plus tard. Mais, encore une fois, je le répète, la situation des homosexuels dans le reste du monde était similaire, parfois pire. A l’évidence, cela ne justifie en rien les discriminations dont ont été victimes les homosexuels à Cuba.

SL : Quelle était la situation des minorités sexuelles dans le reste du monde ?

MCE : Il y a une étude extrêmement intéressante d’un chercheur américain David Carter sur les mouvements LGBT en Amérique latine et dans le reste du monde. Par exemple, dans notre continent, les homosexuels étaient impitoyablement pourchassés notamment sous les dictatures militaires.

Encore une fois, je le répète, il ne faut pas que cela nous empêche d’analyser avec un œil critique ce qui s’est passé à Cuba.

SL : Quelle a été la responsabilité de Fidel Castro dans la création des UMAP ?

MCE : Fidel Castro est comme Don Quichotte. Il a toujours assumé ses responsabilités en tant que leader du processus révolutionnaire. Par sa position, il considère qu’il doit prendre la responsabilité de tout ce qui s’est passé à Cuba, aussi bien les aspects positifs que les côtés négatifs. C’est une démarche très honnête de sa part, même s’il me semble que cela n’est pas juste, car il ne doit pas assumer seul la responsabilité de tous ces abus.

Ce n’est d’ailleurs ni juste ni proche de la vérité historique. C’était une époque où émergeait une société nouvelle avec la création de nouvelles institutions, au beau milieu d’agressions, de trahisons, de menaces contre sa vie personne – car je vous rappelle que Fidel Castro a été victime de plus de 600 tentatives d’assassinat. Ne pouvant s’occuper de tout, il a dû déléguer de nombreuses tâches

SL : Concrètement, quel est le lien de Fidel Castro avec les UMAP ?

MCE : Fidel Castro n’est pas à l’origine de la création des UMAP. En réalité, la seule relation que Fidel Castro a eue avec les UMAP a été lorsqu’il a décidé de les fermer, suite aux nombreuses protestations émanant de la société civile, et suite à l’enquête menée par la direction politique des Forces armées qui a conclu que de nombreux abus avaient été commis. A partir de cette date, il a été décidé de ne plus inclure les homosexuels dans le service militaire afin de leur éviter toute discrimination au sein d’un corps réputé pour son homophobie non seulement à Cuba, mais également à travers le monde. Là encore, on pourrait rétorquer qu’il s’agissait d’une nouvelle discrimination à leur égard mais leur incorporation aux forces armées avait été si néfaste en raison des préjugés existants, qu’il en a été décidé ainsi.

SL : Quelle était la position de votre père, Raúl Castro ?

MCE : J’ai souvent évoqué ce sujet avec mon père et il m’a expliqué qu’il était extrêmement difficile de faire tomber les préjugés sans une politique d’éducation. D’ailleurs, l’univers militaire reste encore aujourd’hui un monde très machiste à Cuba. Il est d’ailleurs connu que dans nos sociétés on rejette toujours ce qui est différent. Imaginez donc le contexte des années 1960.

A ce sujet, le CENESEX a lancé un programme de recherche sur les UMAP et nous sommes en train de recueillir les témoignages des personnes qui ont souffert de cette politique.

Salim Lamrani

Suite :

Mariela Castro Espín

«Le PC cubain était à l’image de la société cubaine, c’est-à-dire machiste et homophobe», 05 février 2013 (2/4)

mariela_castro_espin 2

« Un pays comme Cuba, une nation socialiste, doit défendre l’égalité des droits pour tous », 07 février 2013 (3/4)

-« La lutte pour l’égalité et contre toutes les injustices est un devoir universel qui doit concerner l’ensemble des citoyens » (4/4)

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/26925/sobre+homofobia+fidel+sempre+assumiu+responsabilidades+diz+mariela+castro.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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Tout tourne autour de l’or en Afrique

février 3rd, 2013 by Pepe Escobar

Les réserves d’or du Mali et la campagne frénétique d’achat de la matière brillante par la Chine tandis qu’elle tente de faire tomber le pétrodollar, ont probablement mené les Etats-Unis d’Amérique à accélérer leur projet AFRICOM en construisant une base de drones au Niger voisin. Mais les guerres des ombres en Afrique sont seulement une attraction secondaire, l’acte principal se joue vers l’Asie qui maintient l’exorbitant budget du Pentagone [NDLT : en achetant de bons la dette US].

Tout tourne autour de l’or

Pour citer la phrase immortelle du « Faucon Maltais » de Dashiell Hammett, filmé par John Huston : « Parlons de l’oiseau noir », parlons d’un oiseau mystérieux en or. Évidemment, parce qu’il s’agit d’un film noir digne de Dashiell Hammett qui implique le Pentagone, Pékin, guerres des ombres, retournements et beaucoup d’or.

Commençons par la position officielle de Pékin : « Nous n’avons pas assez d’or ». Cela conduit à la campagne actuelle d’achat frénétique par la Chine, que n’importe qui peut voir en direct live, en temps réel, en particulier à Hong Kong. La Chine est déjà le principal producteur d’or et la principale nation importatrice d’or au monde.

L’or représente à peu près 70 % des réserves US et de l’Allemagne, et c’est plus ou moins la même chose pour la France et l’Italie. La Russie – qui aussi achète activement – a un peu plus de 10 %. Mais le pourcentage d’or de la Chine dans ses réserves impressionnantes de 3,2 trillions de dollars, est de seulement de 2 %.

Pékin suit avec attention les espiègleries actuelles de la Réserve Fédérale de New York, qui, quand la Bundesbank lui a demandé de rendre l’or allemand qu’elle a dans ses coffres, a répondu que cela prendrait au moins sept ans.

Le journaliste financier allemand Lars Schall suivait l’histoire depuis le début et, a quasi seul fait la connexion cruciale entre l’or, le papier-monnaie, les ressources énergétiques et l’abîme qu’affronte le pétrodollar.

Chaque fois que Pékin dit qu’il a besoin de plus d’or, il le justifie comme une barrière « contre les risques des réserves en monnaie étrangère » – c’est-à-dire la fluctuation du dollar US – mais spécialement pour « promouvoir la mondialisation du yuan ». C’est comme, de façon courtoise, faire que le yuan rivalise « loyalement  » avec le dollar et l’euro sur le « marché international ».

Et ici nous avons le point (élusif) principal. Ce que veut réellement Pékin est de se débarrasser de l’emprise du dollar. Pour que cela arrive, il a besoin d’importantes réserves d’or. C’est pourquoi nous nous voyons devant un Pékin pivotant du dollar au yuan et essayant d’influer sur de vastes champs de l’économie mondiale pour suivre ce chemin. La règle d’or est le « Faucon Maltais de Pékin » : « les rêves sont ainsi faits ».

Avoir un drone, et voyager

Le Qatar aussi est entrain de tourner, mais dans le style MEAN (Moyen Orient – Afrique du Nord). Doha finançait des wahhabites et des salafistes – et même des salafistes -djihadistes – comme les rebelles de l’OTAN en Libye, les bandes de l’Armée Libre Syrienne en Syrie et la bande pan- islamique qui s’est emparée du nord du Mali.

Le Département d’État –et après le Pentagone– en ont sans doute pris conscience, comme dans l’accord négocié entre Doha et Washington, ensemble, pour engendrer une nouvelle une « coalition » syrienne plus acceptable. Mais ces relations dangereuses entre le francophile Émir du Qatar et le Quai d’Orsay à Paris continuent d’être très puissantes, après avoir déjà gagné en force pendant le règne du Roi Sarko, aussi connu comme l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

Tout observateur géopolitique bien informé a suivi les fuites, les unes après les autres, d’ex agents français du renseignement dans le merveilleusement méchant hebdomadaire satirique Le Canard Enchainé, détaillant le modus operandi du Qatar. C’est parfaitement évident. La politique extérieure du Qatar doit être lue comme les Frères Musulmanes Ici, Là-bas et Partout (mais pas dans l’émirat néo-féodal) ; c’est le « Faucon Maltais du Qatar ». En même temps Doha –ce qui réjouit les élites françaises – est un pratiquant avide du néolibéralisme dur et un grand investisseur dans l’économie française.

De manière que ses intérêts puissent se fondre dans la promotion – réussie – du capitalisme du désastre en Libye et ensuite – sans avoir encore réussi – en Syrie. Mais le Mali, c’est autre chose ; une réaction négative classique – et c’est là où les intérêts de Doha et de Paris divergent (pour ne pas parler de Doha et de Washington ; au moins si l’un n’assume pas que le Mali a été le prétexte parfait pour une nouvelle avancée de l’AFRICOM).

Les médias algériens sont indignés, mettant en cause (en français) les plans du Qatar. Mais le prétexte – comme cela fut prédit – a parfaitement fonctionné.

AFRICOM -surprise !- est dans le coup, puisque le Pentagone est prêt à établir une base de drones au Niger. Ceci est, le résultat pratique d’une visite du commandant de l’AFRICOM, le général Carter Ham, dans la capitale du Niger, Niamey, il y a seulement quelques jours.

Oubliez ces anciens avions turbo PC -12 qui espionnaient le Mali et l’Afrique de l’Ouest pendant des années. L’heure du Prédateur est arrivée. Traduction : le chef en attente, John Brennan planifie une guerre masquée de la CIA dans tout le Sahara-Sahel. Avec la permission de Mick Jagger/Keith Richards, le temps est venu de commencer à fredonner un remix d’un grand succès : « Je vois un drone gris / et je le veux peint en noir ».

L’AFRICOM fait que le Niger est déjà plus doux qu’une tarte de cerises. Dans le nord-ouest du Niger se trouvent toutes les mines d’uranium qui approvisionnent l’industrie nucléaire française. Et c’est très près des réserves d’or du Mali. Imaginez tout cet or dans une zone « instable » tombant dans les mains … des entreprises chinoises. C’est le moment du « Faucon Maltais de Pékin », d’avoir finalement assez d’or pour en finir avec ce dollar fil à la patte.

Le Pentagone a même obtenu une permission pour que toute son équipe de surveillance se réapprovisionne – dans tous les endroits possibles – dans l’Agadez crucial. La légion française peut avoir fait la sale besogne sur le terrain au Mali, mais AFRICOM sera celui qui ramassera la mise dans tout le Sahara – Sahel.

Etes-vous au courant de l’oiseau (asiatique) ?

Et cela nous porte vers ce fameux tournant vers l’Asie, qui était supposé être le sujet géopolitique numéro un du gouvernement d’Obama 2.0. Il le sera peut être. Mais certainement, aux cotés du mouvement de drones de l’AFRICOM dans l’ensemble du Sahara/Sahel, avec une irritation croissante de Pékin ; et Doha – Washington faisant pivoté leur appui aux ex- « terroristes » devenus « des combattants pour la liberté » et vice versa.

Et nous n’avons même pas mentionné l’absence de mouvement impliqué dans ce tiret noir : le gouvernement d’Obama 2.0 en maintenant son épouvantable accolade à la Maison médiévale de Saud et « une stabilité dans la péninsule arabe », comme le recommande un suspect habituel, un médiocre – mais influent – « ancien Officier d’intelligence ».

Play it again, Sam. Dans cette scène extraordinaire du Faucon Maltais au commencement de notre trame entre Humphrey Bogart (disons qu’il a le rôle du Pentagone) et Sydney Greenstreet (disons qu’il a celui de Pékin), le fonctionnaire est le dur, le troisième rôle dans le film. Le fait de pivoter vers l’Asie est essentiellement un produit d’Andrew Marshall, un totem semblable à l’Yoda de la sécurité nationale US.

Marshall fut derrière la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) – tous les fanatiques de Donald Rumsfeld le savent – l’opération ratée « Choc et Effroi » (« Shock and Awe  » qui a seulement servi à détruire l’Irak jusqu’à le laisser presque irréparable, y compris avec la participation du capitalisme du désastre) ; et maintenant le concept appelé Bataille Air-Mer [comme le jeu vidéo « Air-Sea Battle »].

Les prémisses de la Bataille Air-Mer est que Pékin attaquera les forces US dans le Pacifique, ce qui est franchement, ridicule (même avec l’aide d’une opération monstrueuse de faux drapeaux). Les US lanceraient alors des représailles à travers une « campagne aveuglante », l’équivalent naval de Choc et Effroi. La Force Aérienne et la Marine de Guerre US ont adoré le concept parce qu’il implique beaucoup dépenses pour des matériels qui seront stationnés dans de nombreuses bases sophistiquées dans le Pacifique et en haute mer.

Par conséquent, comme la contre-insurrection dans le style David Petraeus a viré vers des guerres des ombres de la CIA de John Brennan, là il s’agit réellement de faire pivoter vers l’Asie, une pseudo stratégie ourdie pour maintenir le budget du Pentagone à des niveaux exorbitants, en poussant une nouvelle guerre froide avec la Chine. On a pu entendre Marshall disant : « Ils n’accumuleront jamais assez d’or pour imposer leur plans maléfiques » en parlant de la Chine (certes sans l’aplomb de Bogart ou de Greenstreet). Hammett serait épouvanté ; le « Faucon Maltais de Marshall » est ce dont sont faits les rêves (de guerre).

Pepe Escobar

 

Article original en anglais : Asia Times, le 1 er février 2013.

Traduit de l‘anglais para El Correo par  : Estelle er Carlos Debiasi pour El Correo. Paris, le 3 février 2013.

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Pepe Escobar est un journaliste brésilien dans l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Pepe Escobar est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  »(Nimble Books, 2009).

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Les puissances impérialistes sont en train d’intensifier la guerre au Mali. La Grande-Bretagne a promis de déployer des troupes et les Etats-Unis planifient d’établir une base de lancement de drones dans la région alors que les troupes françaises avancent vers la région rebelle dans le Nord de son ancienne colonie.

Les autorités britanniques ont dit vouloir déployer des centaines de soldats en se concentrant sur la formation des forces du gouvernement malien appuyées par la France et en fournissant une « force de protection » pour les instructeurs. Les forces spéciales britanniques se trouveraient déjà au Mali collaborant avec les Français. La Grande-Bretagne a aussi envoyé un avion de transport C-17 pour aider la France à déployer des troupes au Mali.

L’annonce est survenue après des pourparlers qui se sont tenus dimanche 27 janvier entre le premier ministre britannique David Cameron et le président français, François Hollande. Un porte-parole de Downing Street a dit « Le premier ministre a clairement dit que nous soutenons totalement l’action du gouvernement français … Le premier ministre a poursuivi en expliquant que nous étions disposés à fournir une aide supplémentaire où nous le pouvions, en fonction des demandes de la France sur le terrain. »

Les Etats-Unis sont également en train d’étendre leur assistance militaire à la France en proposant samedi de ravitailler en vol les avions français à l’aide d’avions ravitailleurs américains après des pourparlers entre le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, et le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Un grand nombre d’avions de combat français opèrent à partir de bases en France et survolent l’espace aérien algérien à destination du Mali pour y bombarder des cibles. Ceci les fait travailler aux limites de leur capacité opérationnelle en nécessitant un ravitaillement.

Dans le même temps, Washington se trouve en discussions avec le Niger et d’autres pays avoisinants le Mali pour trouver une éventuelle base pour abriter les drones américains. Les Etats-Unis ont déjà déployé de petits avions de surveillance avec pilote, décollant d’une base située dans la partie militaire de l’aéroport d’Ouagadougou au Burkina Faso. Il s’agit d’une des bases non officielle liée au Commandement pour l’Afrique des Etats-Unis (AFRICOM) dont l’unique base officielle en Afrique est une base commune franco-américaine située dans la ville portuaire de Djibouti (République de Djibouti) en Afrique orientale.

Les responsables américains ont dit que les drones décollant du Niger ou du Burkina Faso surveilleraient le flux des fournitures et des armes venant de la Libye pour aller au Nord Mali en passant par le Sahara.

Ils pourraient aussi attaquer des cibles au sol en élargissant au Sahel la guerre américaine par assassinat téléguidé, actuellement menée en Afghanistan, au Pakistan et dans certaines parties de la péninsule arabe et en Afrique de l’Est. Le New York Times a rapporté que Washington n’avait « pas exclu de perpétrer des frappes de missiles à un moment donné si la menace s’aggravait. »

Le commandant d’AFRICOM, le général Carter Ham, a décliné de commenter le stationnement de forces américaines au Niger en affirmant que le sujet était « trop opérationnel pour que je le confirme ou le démente. » Mahamadou Issoufou, le président nigérien, a toutefois indiqué qu’il était prêt à établir une « relation à long terme avec les Etats-Unis. »

Des forces spéciales françaises ont également été déployées dernièrement au Niger pour y protéger les vastes mines d’uranium gérées par Areva, le groupe nucléaire français. (Voir : « La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger »

L’intensification de la guerre au moyen de drones et de commandos partout en Afrique occidentale met en évidence les intérêts industriels et stratégiques sordides qui motivent la guerre au Mali et la responsabilité des puissances impérialistes à créer les conditions qui ont déclenché la guerre en premier lieu.

Lors de la guerre de 2011 en Libye, l’incitation de l’OTAN à ce que les forces islamistes détruisent le régime du colonel Mouammar Kadhafi a avivé la guerre ethnique et sectaire au Sahara. A présent, les forces islamistes, les trafiquants liés tant à al Qaïda qu’au régime malien de Bamako soutenu par la France, et les groupes locaux nationalistes ethniques se ravitaillent en armes volées et abandonnées en Libye et provenant de la contrebande dans tout le Sahara. La réaction de Washington, de Paris et de Londres est de renouveler le déploiement des forces et de multiplier la violence partout en Afrique occidentale.

La France a envahi le Nord Mali, qui avait rompu avec la junte du capitaine Amadou Sanogo dans la capitale Bamako, pour réimposer l’autorité de Bamako. Hier, et durant le week-end, les soldats français ont occupé les villes clé du Nord Mali après une campagne de bombardement menée la semaine passée en ciblant les villes de Léré, Tombouctou, Kidal et Gao.

Des rapports suggèrent que des combattants de l’opposition, comprenant à la fois des forces d’ethnie touareg et des Islamistes provenant de milices diverses, sont en train d’abandonner les villes après avoir opposé une résistance symbolique ou nulle. Ils fuient soit vers Kidal, une ville distante d’environ 500 kilomètres de Gao, et la dernière ville à être encore contrôlée par l’opposition, soit à la campagne en vue de préparer une guérilla de résistance.

Dimanche, Gao, la plus grande des villes, avec quelque 85.000 habitants, est tombée entre les mains des troupes françaises et celles du gouvernement malien qui avaient tout d’abord saisi sa piste d’atterrissage. Des sources militaires françaises ont dit avoir tué à Gao 25 combattants islamistes.

Hier, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) touareg a indiqué qu’il voulait convenir d’une trêve à Kidal avec les forces d’invasion françaises.

Hier, les forces françaises ont aussi pris le contrôle de Tombouctou, centre historique de la région des empires médiévaux africains.

Avant l’entrée des troupes françaises dans la ville, les milices islamistes auraient incendié deux bibliothèques à Tombouctou contenant des milliers de manuscrits historiques remontant au 13ème siècle. Comme dans le cas d’autres actes de vandalisme réactionnaires commis par les Islamistes soutenus par les Etats-Unis et qui plus tard se sont brouillés avec l’Occident , telle la destruction en 1992 du patrimoine culturel à Kaboul par les moujaheddines afghans antisoviétiques ou la destruction en 2001 par les Talibans des sculptures du Bouddah de Bamiyan, de tels crimes mettent en évidence les terribles implications de la manipulation et de la promotion de l’islamisme par l’impérialisme.

Les tentatives de se servir des crimes commis par les anciens intermédiaires islamistes de l’Occident en Afrique pour justifier la guerre de la France au Mali sont profondément hypocrites. Paris ignore régulièrement de tels crimes lorsqu’ils sont perpétrés par des forces qu’il soutient. Ceci inclut l’insurrection islamiste syrienne qui a attaqué des sites historiques comme les souks(marchés couverts) historiques d’Alep. Ces tentatives sont aussi une couverture cynique pour dissimuler le caractère réactionnaire de la guerre.

Etant donné que la France empêche les journalistes de couvrir les zones de guerre, les articles concernant les meurtres ethniques sont largement ignorés dans les médias de masse. Samedi, cependant, Amnesty International (AI) a publié un communiqué accusant les forces maliennes qui sont soutenues par la France d’avoir « commis des violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains en se rendant coupables d’exécutions extrajudiciaires de civils touaregs, du bombardement aveugle d’un camp nomade touareg et de la destruction de troupeaux indispensables à la survie de cette population nomade. »

Le régime de Bamako, dont la France cherche à restaurer l’autorité par son intervention, est foncièrement corrompu. Après avoir collaboré étroitement depuis les années 1980 avec le Fonds monétaire international et le capital financier français pour privatiser et anéantir l’infrastructure sociale restreinte du Nord Mali, ce régime a transformé le Nord Mali en une région où une petite élite a amassé des fortunes grâce surtout à des activités criminelles. Parmi celles-ci figurent au premier plan le trafic de la drogue et les enlèvements dont les responsables maliens tirent des profits considérables.

Selon le quotidien britannique The Guardian, la région la plus chère de Gao est surnommée « Cocaïnebougou » ou « Cocaïne-ville » en raison des fortunes réalisées à partir des livraisons de cocaïne arrivant d’Amérique latine et transitant par l’Atlantique Sud et l’Afrique occidentale en direction de l’Europe. L’article dit que sa source, un policier, « avait reconnu qu’il y a collusion entre les trafiquants et les responsables de l’Etat. »

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 29 janvier 2013

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Le 4 janvier 2011, le très sérieux et prudent journal français La Croix publie un article traitant, entre autres, des superficies détruites au Viêt Nam, tant forestières qu’agricoles. Outre que les données sont toujours difficiles à préciser avec exactitude, elles sont le plus souvent reprises à minima, car issues de la communication militaire leur conférant un aspect « officiel » en parfaite contradiction avec ses propres archives, ses rapports internes, voire sa propagande. C’est une attitude récurrente et bien compréhensible de la part des journalistes qui prennent peur devant les chiffres avancés puisque ces derniers s’apparentent à ceux d’un autre génocide, universellement connu celui-là, puisque perpétré par des perdants. Mais qu’en est-il quand le perdant n’en reste pas moins le pays le plus riche et puissant de la planète ? Et bien l’Histoire institutionnelle ne mentionne pas ses crimes et encore moins les chiffres qui lui correspondent, ou bien les minimise outrageusement. Il s’agit d’une forme de négationnisme passif lorsque les victimes importunent. D’où la frilosité récursive des rédactions à les reprendre même s’ils sont conformes à la réalité.

Un simple exemple : les archives (incomplètes) de l’armée étasunienne révèlent que 14 % des agents chimiques utilisés au Viêt Nam le furent sur les ressources vivrières. Dans son ouvrage La Guerre du Vietnam et la société américaine, s’appuyant d’une part sur la collection des documents de Thomas Thayer,* et d’autre part, sur l’ouvrage de Barbara Tuchman, Mars en folie : de Troie au Vietnam, Bernadette Rigal-Cellard écrit : « Plus de 700 000 hectares ont été défoliés et 100 000 hectares de récoltes détruits pour la seule année 1967 ». Soit, en une seule année, 20 fois plus que ce que prétend l’armée américaine pour toute la durée de la guerre. En août 1968, un groupe consultatif de scientifiques progouvernementaux du programme** « Herbicide » au Sud-Viêt Nam rend un rapport,*** selon lequel 80 000 tonnes de riz furent détruites en 1967, soit 250 tonnes/jour pour cette seule culture. Il vante l’efficacité de ce programme, et l’utilité du renseignement sur les lieux des surfaces à détruire parce que susceptibles d’approvisionner le Viêt Cong, (mais nourrissant de toute évidence et avant tout la population civile – ce dernier point n’étant pas spécifié). À raison de 3 à 4 tonnes de riz par hectare, ce rapport soutient et confirme la dissonance outrancière des chiffres fournis par l’armée américaine contre toute réalité ; d’ailleurs, le riz était loin d’être la seule culture visée. Pour preuve, le Rapport Stellman (financé par l’Académie nationale des Sciences de Washington) fait mention d’environ 20 millions de litres d’agents chimiques épandus durant la seule année 1968. Si réellement 14 % des agents chimiques ont été utilisés pour les destructions vivrières comme le proclament les archives de l’armée US, cela correspondrait au minimum à 2,8 millions de litres déversés sur les cultures. À raison de 28 l/ha, dose prescrite par les fabricants, il s’agit bien au minimum de 100 000 ha détruits cette année-là, soit 5 fois plus que ne l’annonce ce rapport, (donc une projection de 1250 tonnes de riz détruit par jour, et non pas 250 t/j). De plus, la majeure partie de cette superficie fut atteinte à plusieurs reprises, multipliant d’autant la quantité de nourriture détruite et l’effet de persistance qui affaiblit de 70% le rendement d’un sol déjà traité.

Il en est de même pour les volumes d’agents chimiques utilisés, puisque ces évaluations partielles énoncées ci-dessus s’appuient sur la dernière quantité communément acceptée de 84 millions de litres. Un volume qui pourrait bien être remis en cause et atteindre 350 millions de litres selon mes calculs en équivalent/hectare. À l’heure où de nouveaux lieux d’enfouissement et de stockage sont révélés et découverts en Asie (Corée du Sud, et Japon) nous devons ici nous souvenir de ce que disait l’amiral Zumwalt : « En tant que commandant des forces navales US au Vietnam, j’étais au courant que l’Agent Orange délivré aux forces alliées (principalement sud-coréennes, new-zélandaises, et australiennes) était fréquemment utilisé dans des missions non enregistrées. »

Il en est de même pour les victimes vietnamiennes (jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens ont été directement exposés aux épandages selon le rapport Stellman – par superposition des vols retrouvés dans les archives incomplètes de l’armée de l’air), un chiffre qui ne prend pas en compte les victimes intergénérationnelles, ni celles contaminées par la chaîne alimentaire depuis 50 ans. En 2013, le Viêt Nam déclare compter entre 3 et 4 millions de victimes de l’Agent Orange, deuxième et troisième générations comprises, tandis que la quatrième arrive. Les États-Unis, 1,5 million de victimes cumulées, et tant d’autres chez leurs anciens alliés. Ceci ne doit pas nous faire oublier les victimes du Laos et du Cambodge ayant aussi subit les épandages, tout comme celles des lieux d’expérimentation et de stockage de l’Agent Orange à travers le monde. Des données qui échappent complètement à l’Histoire institutionnelle et, de ce fait, les journalistes n’osent pas coucher ses chiffres sur le papier tant ils effraient leur responsabilité. Aussi est-il important que les quotidiens comme La Croix en parlent. La semaine suivante, ce journal abordera les effets sanitaires que provoque la dioxine générée par les activités civiles.

André Bouny

 

Nota bene

Quelques jours avant la publication de cette 5e chronique, le Pentagone a déclassifier début janvier 2013, sept mille pages dans lesquelles, telle une aiguille dans une botte de foin, est révélé que l’Agent Orange a bien été stocké au Japon, sur l’île d’Okinawa, à Kadena Air Base (voir mon article à ce sujet sur Mondialisation.ca du 20 mai 2012), et aussi en Thaïlande, tandis que jusqu’ici le gouvernement étasunien niait les allégations de ses vétérans contaminés dans ces lieux. De fait, périodiquement, des preuves s’accumulent et viennent confirmer que les volumes d’Agent Orange utilisés au Viêt Nam furent considérablement supérieurs à toutes les estimations avancées jusqu’à ce jour.

*Secrétaire adjoint à la Défense, directeur des renseignements pour l’Asie du Sud-Est, haut dirigeant des programmes et opérations au Viêt Nam de 1967 à 1975, il collecta des documents en provenance de la Maison Blanche et du secrétariat d’État à la Défense.

**Programme rendu possible par les « Comité 202 » constitués d’indicateurs et de Viêt Congs retournés, signalant à un « Comité 203 » les lieux des ressources vivrières à détruire.

***Le Rapport Warren, du nom de son auteur William F. Warren, ne sera déclassifié que 12 ans plus tard.

Le 9 janvier 2011, MoralLowGround, San Francisco, publie dans sa rubrique « Ce jour-là » un long article sur l’escalade qui aboutira à la guerre étasunienne au Viêt Nam et à l’utilisation de l’Agent Orange. Il rappelle qu’en prenant la relève des Français, l’armée étasunienne s’embourba rapidement dans ce pays dont elle aurait été bien inspirée d’apprendre l’Histoire de ce peuple extrêmement pauvre et fier, ayant repoussé les invasions les unes après les autres (en effet les Vietnamiens s’étaient défaits des Mongols et de plusieurs siècles d’occupation chinoise, du colonialisme français, de l’impérialisme japonais, de nouveau de l’occupation française ; comme ils le feront plus tard des États-Unis d’Amérique et de leurs alliés, avant de repousser les Khmers rouges cambodgiens au Sud, puis encore les Chinois au Nord. C’est sans précédent.) Face à la farouche résistance de ceux qui défendent leur pays contre les agressions extérieures, dit l’article, de nouvelles tactiques apparaissent pour combattre la résistance grandissante. Ainsi le président Kennedy approuve l’utilisation d’armes chimiques (je rappelle qu’un produit destiné à détruire les biens ennemis est une arme. Si ce produit est chimique, l’arme l’est également) sous l’appellation « herbicides ». Le but était d’éradiquer la forêt primitive cachant les indépendantistes tout comme les cultures supposées les nourrir. En réalité, ils vont déverser le poison sur le territoire de leurs présumés alliés et l’article énumère la kyrielle de maladies provoquées par l’Agent Orange. Le gouvernement américain savait tout sur les risques mortels posés par cette horrible arme chimique mais a décidé qu’il était parfaitement possible de l’utiliser contre le peuple vietnamien. [Dans le dernier film documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement », produit par ORCHIDEES, Paris, décembre 2012, un porte parole de Dow Chemical, en 1984, déclare : « Nous pensons que lorsque le sujet sera abordé devant les tribunaux, il sera démontré que le gouvernement avait connaissance que l’Agent Orange contenait de la dioxine et que celui-ci a été utilisé au Viêt Nam malgré cela. ». Plus tard, en 1988, le Dr James Clary – scientifique de la Direction générale du laboratoire de développement des armes chimiques de la base militaire d’Eglin, en Floride – écrit à Tom Daschle, membre du Congrès enquêtant sur l’Agent Orange : « Quand nous (les scientifiques militaires) avons lancé le programme d’herbicide dans les années 1960, nous étions conscients du potentiel de dommages dus à la contamination par la dioxine contenue dans les herbicides… Toutefois, parce que le matériel devait être utilisé sur l’ennemi, aucun de nous ne se sentait concernés. » (Extrait de la lettre citée dans le Rapport Zumwalt, déclassifié en 1990), tiré du livre Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, Éditions Demi Lune, Paris, 2010.] Nous en connaissons les effets dévastateurs. L’article rappelle qu’au début de l’année 1965, Dow Chemical avait invité ses collègues fabricants, Monsanto, Diamond Shamrock, Hercules, Uniroyal, Thompson, à son siège social pour une réunion secrète afin d’évoquer l’« exceptionnelle toxicité » de la dioxine TCDD contenue dans l’Agent Orange. La décision prise fut de le taire. Cette parution remémore la compensation accordée aux vétérans étasuniens en 1984, et rien aux victimes vietnamiennes. Elle termine en rappelant que les Accords de paix de Paris* prévoyaient 5 milliards de dollars de dédommagement au Viêt Nam et que pas un cent n’a été versé. À ce propos, le président de l’association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange/Dioxine (VAVA), Nguyen Van Rinh, déclare fin 2012 dans le film documentaire cité plus haut : « … le chiffre (compensations-réparations Agent Orange) qu’on pourrait avancer dépasse 1000 milliards de dollars, mais il (le gouvernement des États-Unis) nous donne une aide caritative, comme il dit… Il y a 3 ans, il nous a promis 1 million de dollars, et en 2011, 3 millions de dollars, ce ne sont que des chiffres qui ont été énoncés, mais l’argent n’est toujours pas arrivé, même pas un cent », tandis qu’à l’occasion de ces annonces la presse internationale s’était ruée comme un seul homme pour en faire ses gros titres. Effet d’annonce sans suite, promotion gracieuse d’une image positive des USA dans le monde grâce au crime commit par eux. Méprise devant laquelle la plus infime déontologie de l’information devrait mettre en lumière l’autre versant : la Une de la presse internationale devrait rendre compte de la réalité sanitaire passée, présente, et à venir du Viêt Nam liée à l’Agent Orange.

Ce même mois de janvier 2011, Connie Schultz (Prix Pulitzer),** chroniqueuse du The Plain Dealer, signe : Maladies et souffrances sans fin dues à l’Agent Orange. Un article conséquent et illustré qui présente les effets sanitaires de l’Agent Orange sur les Étasuniens et les Vietnamiens, ainsi que sur leur descendance. Il y est dit que les États-Unis et le Viêt Nam ont un ennemi commun : l’Agent Orange (à ceci près que les responsables du crime sont les moins atteints et les plus riches, tandis que les autres sont des millions et continus à s’infecter sans trouver le début du commencement des immenses moyens nécessaires pour se soigner et décontaminer l’ensemble de leur territoire). Suite à la lecture de l’article, nombreux sont les concitoyens de l’auteure qui disent avoir ignorés l’existence de cette arme, jusqu’à son nom. Et, dans ce puits de silence, certains de ses compatriotes, vétérans ou non, comprirent l’origine de leur mal ou celui de proches, vivants ou disparus. Ces réactions ne sont pas étonnantes, elles révèlent à quel point le sujet fut et est occulté, recouvert par la marche de l’Histoire. Dans un avenir lointain, lorsque les déséquilibres du monde auront changé et qu’il n’y aura plus de victimes puisqu’elles seront toutes mortes, alors l’Histoire sera peut-être révisée. Scénario de lâcheté qu’il est encore temps d’enrayer.

Quelques réactions de lecteurs à l’article de Connie Schultz: « J’étais un vieux sergent de 22 ans du Corps des marines quand j’ai été libéré en 1972. Les souvenirs sont toujours présents. Après la construction du Mur,** * je suis arrivé à quelques rues de lui sans pouvoir poursuivre ma quête, à cause des cauchemars. Plus tard, j’ai fini par y parvenir. Beaucoup d’entre nous étaient partis pour l’aventure et, maintenant, nous voyons les choses sous un jour différent. J’ai perdu ma part d’amis là-bas, et beaucoup de ceux qui ont survécu sont rentrés à la maison pour y mourir peu après. »

Ou encore ce vétéran : « J’avoue que j’étais réticent à commencer la lecture de l’article. Au début de chaque paragraphe, je tournais la tête. Je savais par avance que je serai damné, et pareillement si je ne le lisais pas. Puis j’ai lu chaque mot, relu les passages… »

 Il en est ainsi sur douze pages.

 André Bouny

 

Documents d’archive : La carte des épandages et extrait des documents déclassifiés


 

* Dont le 27 janvier 2013 était le 40e anniversaire.

**Connie Schultz m’a contacté « très intéressée par votre ouvrage Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam » pour savoir s’il existait une édition en langue anglaise. Hélas non, mais on peut toujours espérer que cela arrivera.

 ***Mur de marbre noir du Vietnam Veterans Memorial, à Washington, sur lequel sont gravés les 58 253 noms de ceux tombés au Viêt Nam. Ce mur est poli comme un miroir et, de ce fait, l’image de celui qui vient s’y recueillir se mêle aux noms des tués.

 

 

 

 

 

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2,31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

 

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

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Après avoir déployé le mois dernier plusieurs centaines de soldats en République centrafricaine, le gouvernement français a supervisé la signature d’un accord de paix entre le président François Bozizé et les dirigeants des milices rebelles qui avaient menacé d’envahir la capitale Bangui.

En plus d’avoir accepté de ne pas briguer un nouveau mandat présidentiel après 2016, Bozizé a congédié l’ensemble de son gouvernement et nommé comme premier ministre Nicolas Tiangaye, désigné par les rebelles. Tiangaye prévoit la mise en place rapide d’un gouvernement d’union nationale en préparation des élections législatives de l’année prochaine.

Le réalignement politique qui est enclenché est dicté par le gouvernement français qui vise à réaffirmer son contrôle sur son ancienne colonie riche en ressources et à contrer l’influence grandissante de la Chine. L’opération en Centrafrique fait partie d’une décision plus large de l’impérialisme américain et français d’étayer leur domination stratégique en Afrique par le biais d’interventions militaires directes. La dernière en date implique une offensive terrestre dirigée par la France au Nord Mali et le stationnement de drones américains et de troupes françaises au Niger voisin.

Bozizé, un ancien général, s’était lui-même nommé président en 2003 après avoir dirigé un coup d’Etat qui avait été soutenu par le gouvernement français. Il a ensuite été tributaire du soutien français pour garder le pouvoir dans ce pays appauvri et chroniquement instable. En 2006 et en 2007, les forces militaires françaises stationnées dans le pays avaient lancé des frappes aérienne et des attaques terrestres contre les milices rebelles, les empêchant de mettre à exécution leur menace de s’emparer de la capitale et de renverser le gouvernement. En décembre dernier, une coalition hétéroclite de milices anti-gouvernementales appelée Séléka (« alliance » en sango, la langue usuelle de la RCA) avait lancé une nouvelle offensive en s’emparant de vastes étendues de territoires dans le Nord et l’Est du pays.

Le gouvernement français a réagi en faisant plus que doubler les 250 soldats déjà déployés en Centrafrique pour les porter à près de 600. Mais, à la différence de 2006 et 2007, Paris a refusé de soutenir Bozizé contre des rebelles. Les soldats français – aux côtés de ceux faisant partie de la Force multinationale d’Afrique centrale (Fomac) qui a été formée par plusieurs Etats avoisinants – ont donc sécurisé la capitale contre une nouvelle avancée des rebelles tandis que le gouvernement français a exigeait des pourparlers de paix.

L’accord du 11 janvier, signé au Gabon en Afrique de l’Ouest, a conduit Bozizé à faire ses premières concessions politiques majeures en dix ans de présidence autocratique.

Le gouvernement français est en train de développer de nouveaux mécanismes en République centrafricaine (RCA). Des dépêches diplomatiques américaines publiées par WikiLeaks ont détaillé la rupture des relations entre Paris et le régime Bozizé. Plusieurs dépêches de 2009 révèlent l’hostilité à l’égard de certaines entraves rencontrée par l’entreprise française Areva alors qu’elle tentait de s’assurer les droits d’exploiter l’uranium dans un site situé dans le Sud du pays.

Le 17 juin 2009, l’ambassadeur américain Frederick Cook avait envoyé un câble disant, « relations France-RCA sérieusement sous tension, » en concluant : « Bozizé semble croire avoir réussi à être le moindre mal dans le paysage politique de la RCA. Il s’imagine donc être indispensable pour ses voisins et les Français, une supposition que l’ambassade américaine (« AmEmbassy ») à Bangui croit être une erreur grossière. »

Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard était intitulée « L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente. » Elle précisait dans quelle mesure tant les intérêts américains que français étaient en train de céder du terrain à Beijing qui était en train d’« accroître sa coopération militaire, sa diplomatie publique et ses efforts de développement. » Le câble soulignait qu’alors qu’il n’y avait que quatre agents diplomatiques résidant à l’ambassade américaine de Bangui, l’ambassade chinoise comptait une quarantaines d’employés. Il ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France.

En montrant clairement les calculs prédateurs qui se cachent derrière la présence américaine et française en République centrafricaine, le câble faisait référence aux « riches ressources naturelles inexploitées » du pays en prévenant : « Les investissements français étant moribonds et l’influence française de façon générale en déclin, les Chinois en toute probabilité se positionnent comme étant le principal bienfaiteur de la RCA en échange de l’accès aux vastes dépôts d’uranium, d’or, de fer, de diamants et probablement de pétrole. »

L’ambassadeur américain a aussi mis en garde que Bozizé « salue cette relation comme étant une alternative aux relations plus restrictives avec la France et l’Occident » en se « rapprochant [probablement] de plus en plus de la Chine comme alternative aux bienfaiteurs français et occidentaux. »

Le 27 décembre, Bozizé a prononcé un discours dans lequel il a laissé entendre que ce qui se cachait derrière la crise c’était l’opposition française émise plus tôt contre de l’octroi de contrats d’exploration de pétrole à des entreprises chinoises. « Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré à Paris [l’entreprise pétrolière] Total et leur ai dit de prendre le pétrole, » a-t-il déclaré. « Rien ne s’est passé. J’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème. »

Selon la Voix de l’Amérique, au moment même où Bozizé signait le 11 janvier l’accord de partage du pouvoir, il déclarait vouloir « œuvrer pour renforcer les liens avec la Chine et promouvoir l’exploration et le développement pétrolier. »

Bozizé ne demeure probablement au pouvoir qu’en raison de l’absence d’une alternative viable pour les pouvoirs impérialistes. Les rebelles de la Séléka sont une coalition conflictuelle comprenant diverses milices ayant des programmes différents. Certaines de ces milices ont été formées par des partisans de l’ancien président Ange-Félix Patassé, d’autres prétendent représenter la minorité musulmane du pays tandis que d’autres encore sont organisées par différentes communautés tribales qui se défendent elles-mêmes contre les forces de sécurité brutales de Bozizé. Il est difficile de dire si toutes ces milices accepteront les termes de l’accord du 11 janvier qui impliquent que les rebelles renoncent au contrôle des villes qu’elles ont capturées aux forces gouvernementales.

Toute rupture du soi-disant accord de paix pourrait rapidement déclencher une intervention plus vaste de la France et des Etats-Unis.

Patricl O’Connor

Article original, WSWS, paru le 31 janvier 2013

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Avec l’aggravation de la crise grecque, le chef du parti d’opposition SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) est venu aux Etats-Unis cette semaine pour des réunions à huis-clos avec les représentants du ministère des Affaires étrangères et du FMI, ainsi que pour une série d’apparitions en public.

Pendant que le gouvernement grec du Premier ministre Antonis Samaras utilisait des méthodes dignes d’un Etat policier pour briser une grève des travailleurs du métro, Tsipras s’est servi de son voyage pour dire aux représentants américains et à ceux du FMI qu’ils n’auraient rien à craindre s’il arrivait au pouvoir.

Les derniers sondages indiquent que SYRIZA et Nouvelle démocratie, le principal parti du gouvernement de coalition entre conservateurs et socio-démocrates, sont pratiquement au coude-à-coude. Avec 27 pour cent des voix aux dernières élections, SYRIZA représente le principal parti d’opposition, et avec une colère populaire qui monte contre les mesures d’austérité sans fin et le chômage de masse, il est tout à fait possible qu’il arrive premier aux prochaines élections.

Tsipras a consacré sa tournée américaine à rassurer la classe dirigeante américaine sur le fait que si cela se produisait, elle pourrait compter sur lui et SYRIZA pour servir de pilier de la stabilité du capitalisme, qu’il œuvrera à supprimer les élans révolutionnaires de la classe ouvrière grecque.

« J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certains le croient, » a obligeamment déclaré Tsipras devant l’assistance rassemblée par le groupe de réflexion Brookings Institute de Washington.

Mercredi, Tsipras a participé à des négociations au ministère des Affaires étrangères avec l’adjoint du ministre des Affaires étrangères Eric Rubin, responsable des questions liées à la Grèce, la Turquie, Chypre et le Caucase, ainsi qu’avec Christopher Smart, l’adjoint du ministre des Finances pour l’Europe et l’Eurasie.

Jeudi, le chef de SYRIZA a rendu visite au siège du Fonds monétaire international, y rencontrant son numéro deux, David Lipton, le premier directeur adjoint de l’agence.

Après la réunion de Tsipras au FMI, l’agence a publié un bref communiqué qui reconnaît que Lipton et le dirigeant de SYRIZA « ont eu une discussion constructive et sincère sur les défis économiques auxquels la Grèce est confrontée. »

Le ministère des Affaires étrangères n’a toujours pas publié de communiqué sur sa réunion avec Tsipras.

Pour sa part, SYRIZA affirme que, bien qu’il y ait « des accords et des désaccords, » la réunion au ministère des Affaires étrangères a révélé une « évaluation commune » sur le fait que la poursuite de l’austérité n’était pas la réponse à la crise économique grecque. Il a été dit que Tsipras avait assuré aux représentants américains qu’il croyait que la Grèce avait un « rôle important » à jouer pour assurer la stabilité internationale et qu’elle mènerait une politique internationale s’appuyant sur « la durée et la cohérence. » Dans d’autres remarques, Tsipras a défendu le maintien de la Grèce dans l’OTAN.

Tsipras a pris la parole devant plusieurs auditoires aux Etats-Unis. Son discours le plus important, prononcé mardi à Washington à l’institut Brookings, s’adressait clairement à la classe dirigeante américaine. (La transcription intégrale en anglais est disponible ici).

« Y a-t-il une raison valable pour que quelqu’un craigne la gauche en Grèce aujourd’hui ? » a demandé Tsipras à son auditoire au milieu de ses remarques de mardi. « J’ai entendu la personne qui s’exprimait avant moi dire que je représente la gauche radicale [c’est la traduction du nom de son parti, ndt]… Mais en quoi sommes nous réellement radicaux ? Les alarmistes vous diront que notre parti va arriver au pouvoir, déchirer nos accords avec l’Union européenne et le FMI, faire sortir notre pays de la zone euro, rompre tous les liens de la Grèce avec l’occident cultivé – civilisé, puis transformer la Grèce en une nouvelle Corée du Sud. »

Il assuré à ses auditeurs que le « but [de SYRIZA] est de sauver le pays et de maintenir le pays dans la zone euro. »

Sa principale proposition, à laquelle il a fait référence à plusieurs reprises dans ses remarques, est, pour reprendre ses termes, une « coupe » pour les créanciers publics de la Grèce, principalement la Banque centrale européenne (BCE) et les pays de la zone euro, similaire à l’annulation partielle de la dettes imposée aux banques et aux prêteurs privés en octobre 2011 qui a réduit de moitié les intérêts attendus des emprunts grecs.

Les remarques de Tsipras montrent clairement que SYRIZA n’a aucune intention de répudier la dette grecque ou de déchirer l’accord sur les mesures d’austérités passé entre Athènes et ce que l’on appelle la troïka (Commission européenne, FMI, et BCE), ils veulent simplement en renégocier les termes.

Tsipras s’est vu demander par un des membres du public pourquoi le peuple grec devrait s’attendre à quelque chose de différent de la part de SYRIZA par rapport à ce que fait le Premier ministre Samaras « qui était initialement opposé à l’accord et qui maintenant le soutient. »

« Nous nous sommes accoutumés au fait de voir des politiciens qui disent une chose… avant d’être élu et une chose différente une fois au pouvoir, » a-t-il répondu, « comme vous le voyez, nous ne disons que des choses auxquelles nous croyons et que nous allons essayer d’appliquer. Nous ne disons rien de complètement fou. »

En fait, SYRIZA a obtenu 27 pour cent des voix l’an dernier en s’appuyant sur sa promesse d’inverser toutes les précédentes coupes du gouvernement Grec et de revenir sur l’accord. Comme l’ont démontré les commentaires de Tsipras à Athènes, ce parti n’a aucune intention de faire quoi que ce soit de ce genre. La rhétorique anti-coupes ne vise simplement qu’à détourner la colère des travailleurs grecs vers des voies sans danger pour le capital.

Au sein de la classe dirigeante à Washington, il y a eu des déclarations d’approbation pour la performance de Tsipras aux Etats-Unis, laquelle a été accueillie comme un virage à droite supplémentaire de la part de SYRIZA.

« Ce voyage montre l’évolution continue de son profil politique, de plus en plus socio-démocrate, » a déclaré Domenico Lombardi, un partenaire influent du Brookings Institute et ancien représentant de l’Italie au Conseil d’administration du FMI, au Wall Street Journal. Lombardi, toujours d’après leJournal, a dit que la tournée américaine de Tsipras « souligne le passage de SYRIZA à une position plus équilibrée, politiquement mature, qui pourrait rassembler plus de soutien en Grève et est plus acceptable vue de l’étranger. »

Un article affiché sur le site Web de l’institut Brookings déclare également : « Dans un pays où les gauchistes ont historiquement étés incendiaires, prompts à la violence, et agressivement anti-américains, M. Tsipras se révèle chaleureux, courtois, pragmatique et pressé d’entendre le point de vue américain. [...] Il a parlé chaleureusement des appels à la justice sociale lancés par le président Obama lors de son discours d’investiture. »

Effectivement, dans son discours de mardi, il a loué la politique du gouvernement Obama et du conseil de d’administration de la Banque fédérale américaine, tout en donnant une image édulcorée de la situation sociale aux Etats-Unis.

« L’une des choses que je remarque ces deux derniers jours que j’ai passé aux Etats-Unis [...] c’est que l’Amérique est un pays qui ne se trouve pas dans un état de dépression comme l’est la Grèce, » a-t-il dit. « Je n’ai vu aucun commerce fermé. Je n’as vu aucun visage triste. Je n’ai vu aucun signe de désespoir nulle part. L’Amérique a échappé à la misère après 2008. »

Dans son intervention à l’Université Columbia de la ville de new York jeudi soir, Tsipras n’a présenté qu’un visage légèrement plus « à gauche », tentant de gagner le soutien de son public en insistant sur la montée des forces fascistes en Grèce, organisées au sein du parti d’ultra-droite Aube dorée (Chryssi Avghi).

Il a appelé son auditoire à se joindre à SYRIZA dans sa tentative « d’ériger un pare-feu de démocratie contre le fascisme et le néonazisme. »

La réalité politique est que le double langage des éléments de la pseudo-gauche comme SYRIZA, qui dénoncent l’austérité dans leurs discours tout en soutenant la stabilité capitaliste et l’Union européenne en pratique, alimente la croissance d’Aube dorée, permettant aux fascistes de se présenter comme l’opposant combatif de l’UE, des banquiers et du monde politique dont SYRIZA fait partie.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 26 janvier 2013

Ce n’est pas un secret mais personne n’en parle : The right to bear arms, si cher à l’extrême-droite et aux racistes de la république étoilée, n‘a rien à voir avec la défense de la liberté, avec la lutte contre la tyrannie étrangère ou les abus du gouvernement fédéral, mais a été adopté en 1791 pour réprimer dans le sang les révoltes des esclaves ou des indigents.

Dans la première séquence du film de Quentin Tarantino, Django, un esclave noir acheté comme collaborateur du chasseur de primes blanc Schultz, fait son entrée à cheval dans un village du sud. Un Noir à cheval et probablement armé ? Alarme et effarement des Blancs qui prennent leurs fusils et dégainent leurs revolvers tandis qu’une femme s’évanouit.

« Django Unchained » n’a pas plus à Spike Lee, à ceux qui détestent le sang et la violence qui caractérisent les films de Tarantino, à ceux qui, enfin, estiment que c’est une profanation de transformer, fût-ce à des fins libératrices, en un western spaghetti le chapitre le plus infâme et le plus long de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, l’esclavage. Tout en partageant au moins en partie ces critiques, notre jugement sur le film est substantiellement positif ne serait-ce que parce que sa sortie a coïncidé avec le débat en cours sur les mesures ou demi-mesures proposées par le président Obama pour limiter la vente d’armes de guerre et de chargeurs de plus de 10 projectiles : cause première des meurtres hebdomadaires dans des écoles, supermarchés, salle de cinéma et autres lieux publics. (Soit dit en passant, les auteurs de ces meurtres, aliénés, malades mentaux ou criminels, sont tous des jeunes, aisés et blancs qui ont un accès facile aux fusils mitrailleurs à mille ou deux mille dollars. Bien sûr les Afro-américains ne sont pas exempts non plus de la violence –drogue, vols et rapines ; ce sont des jeunes chômeurs et pauvres et ils  ne font usage que de « Sunday night specials », pistolets ou revolvers à six coups, à trente ou quarante dollars pièce.)

Les allusions ou analogies avec le présent du film de Tarantino ne sont pas suggérées par le fait que les esclaves sont évidemment désarmés –seul Django, le rebelle, devient un terrible pistolero- mais par le sacro-saint droit constitutionnel de leurs féroces et sanguinaires patrons d’être armés jusqu’aux dents. Le second des onze amendements de la charte (le « Bill of Rights ») en vigueur hier comme aujourd’hui récite en effet : « Une milice bien disciplinée rendue nécessaire par la sécurité d’un état libre, rend inviolable le droit du peuple de détenir et porter des armes ». « The right to bear arms », devenue dans la sarcastique paraphrase des opposants « the right to arm bears » -le droit d’armer des ours- est la bannière frénétiquement agitée par la « National Rifle Association », le second plus puissant lobby aux Etats-Unis après celui pro-Israël, pour repousser toute tentative de limiter la vente libre d’armes à feu en tous genres (aux mains de privés on en dénombre plus de 300 millions sur une population de 297 millions d’habitants).

Cette association multimilliardaire d’armuriers, qui dans d’autres parties du monde serait définie comme criminelle ou criminogène, menace maintenant d’ouvrir la procédure d’empeachment, la destitution du Président pour violation de la constitution, en ce qu’il veut empêcher les citoyens de tirer sur les passereaux avec des rafales de cent projectiles blindés calibre 7,65 toutes les 70 secondes (pour un mitrailleur semi-automatique, l’automatique en tire cent en 35 secondes). Et Barack Obama après le meurtre de vingt enfants et sept adultes dans l’école de Sandy hook, signe vingt-trois « mesures exécutives », qui ne sont rien d’autre que des avertissements et recommandations ; et il propose au Congrès par l’intermédiaire du vice-président Biden d’interdire la vente d’armes militaires d’attaque semi-automatiques. Et déclare ensuite que lui aussi aime les armes à feu, qu’à Camp David il s’adonne souvent au tir aux pigeons et exalte la valeur historico-libertaire du second amendement.

La valeur historique libertaire du second amendement est un travestissement des véritables intentions de ceux qui l’insérèrent dans le « Bill of Rights » de 1791, quatre ans après la Guerre d’Indépendance. Certes, dans la néo-république étoilée le Bill of Rights proclamait le droit des citoyens à s’armer de tromblons à chargement avant  et de former des corps de volontaires (a well regulated militia) flanquant l’armée fédérale dans la défense de la nation contre les « Redcoats », les armées de George III d’Angleterre, et des liberté des citoyens et des Etats confédérés contre les abus du gouvernement central  Bien différentes sont les vraies propositions énoncées en toutes lettres dans les « Federalist Paners », véritables actes de réglementation de la république, la correspondance entre les pères fondateurs James Madison, Alexander Hamilton,  John Hay, etc. : à savoir la « défense commune de ses membres (ndr : blancs, de sexe masculin, propriétaires de terres et d’esclaves, banquiers, commerçants et fonctionnaires publics), le « maintien de la paix publique », « against internal convulsions », contre des bouleversement intérieurs. Et qui étaient les acteurs de ces bouleversements intérieurs ? Les esclaves en premier lieu, passés de 500 mille de la Guerre d’Indépendance à 4 millions à la guerre de Sécession ; et en second lieu « the white rable », la pègre blanche des indigents, chômeurs et morts de faim enclins à des révoltes car privés de tout droit.

Mais c’étaient les esclaves afro-américains qui préoccupaient le plus les auteurs du second amendement : de leur insurrection en Caroline du Sud en 1739, à celles de Gabriel Posser en 1800 et ensuite, après le Bill of Rights, de Denmark Vessey en 1822, de Nat Turner en 1831, jusqu’à celle guidée par l’abolitionniste (blanc, NdT) John Brown[1] en 1859, elles représentaient une menace obsessive pour les esclavagistes et non-esclavagistes, surtout dans les Etats du sud où les esclaves constituaient la principale force de travail et le moteur de l’économie agricole, dans les plantations de coton et de riz.

Pour ce qui concerne la « well regulated militia » les historiens les plus autorisés, de Morrison à Findlay, à Zinn, s’accordent à relever comment à l’efficience dans la répression sanglante des insurrections afro-américaines ou de celles de la « pègre blanche » (Daniel Shays, 1781) ne correspondit pas une pareille efficience sur les champs de bataille contre les ennemis étrangers de la république. Dans la seconde guerre contre les Anglais, déclenchée substantiellement dans la tentative ratée d’annexer le Canada, la milice fondit comme neige au soleil : les six mille volontaires qui en 1814 devaient défendre Washington contre 1.500 redcoats de George III, désertèrent en masse et la capitale fût incendiée et rasée au sol.

Les Etats-Unis d’Amérique ont toujours été une grande fabrique de mythes : le second amendement est le plus éclatant et il est curieux que celui qui le défende soit précisément le premier président afro-américain de l’histoire de la république étoilée.

Lucio Manisco

Le blog de l’auteur : http://www.luciomanisco.com/

 

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

 

[1] A propos de John Brown, voir le très beau roman historique de Russell Banks, Pourfendeur de nuages (Cloudsplitter), traduit de l’américain par Pierre Furlan, éd. Actes Sud, 1998 (NdT)

 

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La guerre civile au Mali : Une tragédie à huis clos

février 1st, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Malgré la durée de la nuit, le jour finit toujours par apparaître…»

Proverbe africain

Ça y est! François Hollande a eu, à l’instar de George Bush Junior, sa guerre, et sa « victoire » en moins de temps qu’il n’a fallu pour démolir l’Irak et le faire retourner à l’âge de pierre. Mutatis mutandis la France s’est offert le Mali, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est certain qu’il y aura une suite. Parlons d’abord de la «promenade française en terre malienne» avec les potentats vassaux africains qui font assaut d’allégeance vis-à-vis de Paris pour garder leurs trônes imposés à leurs peuples.

D’une façon faussement naïve, un journaliste du journal le Pays se demande où sont ces combattants dont on avait surestimé la capacité de nuisance: «Depuis la chute de la ville de Diabaly, au centre du pays, les troupes françaises avancent sans grande résistance. La ville symbolique de Tombouctou a été reprise le 28 janvier, sans combats. Défaite des djihadistes? Sans doute pas. Les villes maliennes sous contrôle des islamistes tombent l’une après l’autre dans les mains des armées française et malienne sans la moindre résistance. Depuis la prise de Konna (Centre) par les armées malienne et alliées, les djihadistes ne font que fuir les villes qu’ils occupaient. Même dans les grandes villes comme Gao où ils avaient une importante base, ils n’y ont pas opposé une résistance aux soldats français et maliens. Les libérateurs, comme les appellent les populations, avancent la fleur au fusil. Faut-il en rire ou en pleurer? »(1)

« Pourquoi, poursuit le journaliste avec une rare délectation,  des djihadistes qui fanfaronnaient à bord de pick-up ont-ils choisi de prendre leurs jambes à leur cou à la moindre frappe aérienne? Et où se cache-t-elle cette vermine? A dire vrai, l’attitude des islamistes suscite mille et une interrogations. Quelle est finalement leur destination? Vont-ils se fondre dans la population nordique ou vont-ils se réfugier dans des grottes? Il faut, à tout prix, arriver à déloger ces islamistes dans leur cachette et les capturer si possible. C’est à ce seul prix que l’on pourra crier victoire. Car la conquête rapide et sans grands sacrifices des villes, jadis occupées par les islamistes est, disons- le, trop belle, sinon trop facile pour être vraie. On a certes réussi à couper la chique à ces fous d’Allah, mais cela ne saurait être considéré comme une victoire totale, un retour absolu de la paix.» (1)

La reconquête de l’Afrique

On peut s’interroger à juste titre sur la finalité de ces expéditions dont les motifs réels sont toujours les mêmes depuis la Conférence de Berlin de la fin du XIXe siècle; mettre en coupe réglée les pays faibles africains. Ce cap est plus que jamais d’actualité avec la raréfaction des matières premières dont l’énergie. Si on regarde finement les choses, on s’aperçoit que selon la sentence de Franklin Delano Roosevelt, ancien président des Etats-Unis dans les années trente du siècle dernier «si un événement arrive par hasard, vous pouvez être sûr qu’il a été programmé pour se dérouler ainsi», tout devient clair!

Manlio Dinucci décode pour sa part à travers l’exemple malien de la reconquête pure et simple de l’Afrique, il en explique le scénario simple reconquête de l’Afrique:

«Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours inaugural que les Etats-Unis, ´´source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique´´, de gigantesques avions étatsuniens les C-17 transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et par la CIA, en aiguisant les conflits internes ».(2)

La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. (…) Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. (…) Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étatsunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales.» (2)

Un cas d’école assumé concerne la mainmise d’Areva sur les mines du Niger Emmanuel Grégoire directeur de recherche spécialiste du Niger déclare, sûr du bon droit de la France:

«Au vu des tensions dans la région, les forces françaises seront envoyées au Niger protéger les mines d’Areva. 30% de l’approvisionnement français en uranium proviennent de ce pays. (…). Elle aurait même dû intervenir depuis longtemps au Niger (…)Quand la nouvelle mine d’Imouraren sera en activité, le Niger couvrira 50% de l’approvisionnement. Je ne pense pas que la France se retirerait définitivement de la région, notamment du Niger. Si la France perdait les gisements du Niger ce serait très embêtant pour elle. (3)

Dans une contribution intéressante, Barbara Spinelli s’interroge sur le suivisme européen des Américains, suivisme stérile en regard de l’efficacité de la démarche chinoise vis-à-vis de l’Afrique. Nous l’écoutons:

«Prix Nobel de la paix, l’Europe est en guerre depuis près de quinze ans – des Balkans à la Libye, en passant par l’Afghanistan et aujourd’hui, au Sahel. Un interventionnisme pourtant marqué par l’absence de vision à long terme. Voilà près de 14 ans que les Européens participent périodiquement à des interventions armées. La guerre – souvent sanglante, rarement fructueuse – n’est jamais appelée par son nom. Elle avance masquée: elle permettra de stabiliser les pays en faillite, de les démocratiser et, surtout, sera brève et peu coûteuse. Celle qui a débuté le 11 janvier au Mali est conduite par la France de François Hollande, avec le maigre appui de soldats africains et l’approbation – rétroactive – de ses alliés européens. Aucune concertation ne l’a précédée, en violation du traité de Lisbonne (art. 32, 347).(…) L’interventionnisme est en train de devenir un habitus européen, copié sur l’américain. (…) Qui compare notre vision à celle des autres pays. Qui examine la politique chinoise en Afrique, si volontaire et si différente de la nôtre: elle est axée sur l’investissement, quand la nôtre se focalise sur l’aspect militaire. (…) La dégradation de la situation malienne était évitable si les Européens avaient étudié le pays: considéré pendant des années comme un phare de la démocratie, le Mali a sombré dans la pauvreté, ravivant les problèmes posés par des frontières coloniales artificielles. (…) C’est un échec, pour l’Europe et pour l’Occident. Pendant ce temps, la Chine regarde et se frotte les mains. Elle assoit sa présence sur le continent. A l’heure qu’il est, son interventionnisme consiste à construire des routes, et non à faire la guerre.» (4)

Même les Britanniques sentant le vent tourner veulent participer à la curée ´´Des troupes britanniques rejoindront les Français dans la mission malienne. Les forces militaires épauleront les opérations contre les rebelles´´, assure David Cameron.

La guerre est-elle terminée au Mali après la victoire véritable promenade de santé contre les damnés de la terre ? François Hollande a affirmé que la France et ses partenaires africains étaient en train de ´´gagner la bataille au Mali´´, mais qu’il appartiendrait aux forces africaines de poursuivre ´´les terroristes´´ dans le nord du pays. Nous sommes en train de gagner cette bataille. Quand je dis nous, c’est l’armée malienne, ce sont les Africains soutenus par les Français. Interrogé sur Europe 1 le lundi 28 janvier, Jean-Luc Mélenchon a estimé que les buts de la guerre de la France au Mali avaient changé depuis le début de l’opération, et mis en garde contre des problèmes politiques prévisibles dans le pays. ´´Les buts de guerre de la France ont évolué à mesure de la bataille. Au début, il s’agissait de stopper une colonne, puis il a été question de traquer les islamistes et nous voici partis pour reconquérir tout le nord du Mali. Si nous reprenons le Nord-Mali -ce que je souhaite, puisque je souhaite la victoire de nos armées, pas leur défaite, évidemment- nous aurons le problème suivant: à qui allons-nous remettre le nord Mali? »

Pourtant , malgré les communiqués triomphateurs «on commence à relativiser». Cette non-résistance fait que les «islamistes se sont sauvés. Où sont-ils:

«La France ira-t-elle seule déloger Aqmi de ses sanctuaires montagneux de l’Adrar des Ifhogas, à l’extrême nord du Mali, où se sont repliés les terroristes islamistes? Peut-être que la France va lever le pied et qu’elle va confier «la patate chaude» aux Africains, pendant qu’elle prendra «ses quartiers» car on ne mobilise pas 3500 hommes pour repartir au bout d’un mois. Pourtant, le président Hollande répète: «C’est aux Africains de permettre au Mali de ´´retrouver son intégrité territoriale´´, en particulier dans le nord du pays, toujours contrôlé par les ´´groupes terroristes´´. ´´La France n’a pas vocation à rester au Mali. En revanche, notre devoir c’est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali une stabilité durable´´, ´´Les Africains peuvent prendre le relais et ce sont eux qui iront dans la partie du nord´´. Le président a par ailleurs, rappelé qu’´´une fois l’intégrité du Mali restaurée, les forces françaises ont vocation à rejoindre leurs bases´´ Lesquelles?(5)

Est-ce que pour autant la crise malienne est résolue? Christophe Châtelot du Monde pense que le volet développement est incontournable:

«L’Afrique serait donc une priorité de François Hollande? Certaines apparences sont pourtant trompeuses. (…) Pour autant, cette intervention n’a rien à voir avec celles du passé. (…) Mais, à supposer que cette mobilisation internationale entraînée dans le sillage de la France chasse les djihadistes du nord du Mali, une autre partie, aussi difficile, se jouera: reconstruire un pays failli, plongé dans un chaos institutionnel depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012. …) Ces dernières années, l’inclusion des annulations de dettes massives dans les chiffres de l’aide publique au développement (APD) a permis de gonfler artificiellement des statistiques qui, malgré cela, restaient en deçà des 0,7% du PIB que la France s’est engagée à y consacrer. Pour Romano Prodi: «Le gouvernement malien doit commencer dès maintenant à préparer les élections.» (6)

Les exactions silencieuses

Au lendemain de la libération de Tombouctou, la population s’en prend aux biens des Arabes, accusés d’être des islamistes. On rapporte que des Arabes ont été jetés dans les puits. Human Rights Watch (HRW) avait demandé lundi aux autorités maliennes de prendre ´´des mesures immédiates´´ pour ´´protéger tous les Maliens de représailles´´, évoquant ´´des risques élevés de tensions inter-ethniques´´ dans le Nord, où la rivalité est forte entre les minorités arabes et touarègues la plupart du temps assimilées à des islamistes, et les Noirs, majoritaires au Mali. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), groupe armé touareg indépendantiste et «laïque» annonce avoir repris la ville et la région de Kidal, au nord-est, et se dit prêt à lutter contre les «terroristes». «Notre mouvement s’inscrit désormais dans la lutte contre les terroristes», ajoute-t-il. «Nous ne demandons pas le départ de l’armée française, nous l’approuvons quand elle lance des frappes ciblées. Mais pas quand elle ramène l’armée malienne sur notre territoire, où elle a déjà commis des exactions, aidée par des milices ethniques», ajoute Moussa ag Assarid.

Il y a donc à non point douter une épuration qui se fait. La communauté internationale regarde ailleurs, les médias aux ordres sont bâillonnés et Ban Ki-moon gère sa carrière. La crainte d’actes de vengeance et de représailles est présente à Tombouctou, on accuse les islamistes d’avoir commis comme à Gao de nombreux crimes au nom de la charia: amputations, lapidations, exécutions. Ceci reste à comptabiliser réellement. On les accuse aussi d’avoir détruit de nombreux mausolées de saints musulmans. Dans le journal L’Express, nous lisons les motifs de ces épurations interethniques et religieuses «Ils nous chicotaient (frappaient) quand on fumait, quand on écoutait de la musique. On va leur faire payer ce qu’ils nous ont fait. Les chicoter aussi.´´ Dans les guerres asymétriques comme celle qui se déroule au Nord-Mali, la France se trouve devant deux écueils d’importance, l’un est d’ordre africain et avant tout malien, à savoir que ce pays est en déliquescence avancée puisqu’aucune institution malienne régalienne ne tient debout, Parlement, gouvernement, présidence, forces armées et gendarmerie sont minés par le clientélisme, la corruption. L’armada africaine, telle une armée mexicaine, ne dispose ni d’expérience ni de cadres militaires aguerris au combat, et encore moins de matériels adéquats. (7)

Des magasins supposés appartenir à ´´des Arabes´´ assimilés aux islamistes ont été pillés mardi à Tombouctou par une foule en colère. Des centaines de personnes, visiblement très pauvres, ont attaqué des magasins tenus, selon elles, par ´´des Arabes´´, ´´des Algériens´´, ´´des Mauritaniens´´, accusés d’avoir soutenu les islamistes armés liés à Al Qaîda à Tombouctou. Cette ville mythique du nord du Mali a été reprise lundi sans combat par les armées française et malienne.

Dans le même ordre, c’est un véritable appel au meurtre que lance le journal Le Pays: «Les populations qui jubilent actuellement devraient, elles aussi, se mettre en cheville avec les militaires afin de mieux traquer cette bande d’individus sans foi ni loi. Une saine collaboration des populations s’avère nécessaire car, c’est parmi elles que pourraient se dissimuler les djihadistes.» (1)

Voila que l’Occident bouscule des traditions des espérances qui ont mis des siècles à sédimenter pour imposer sa doxa, sa loi impériale qui veut que ce qui n’est pas occidental en termes de façon de penser, de copier, de singer est mauvais, immoral et doit être combattu.

Quand on montre des Maliennes en train d’enlever leur voile ou se plaindre de ne pas se voiler, on veut imposer une façon de vivre à partir d’un échantillon qui n’est pas représentatif de l’ensemble.

Le grand poète latin Horace avait raison d’écrire: «Quid leges sine moribus, quid mores sine legibus?» «Que sont les lois sans les moeurs, que sont les moeurs sans les lois?» Ces lois et ses moeurs du vivre-ensemble de chaque peuple, savant dosage de traditions, d’espérances, d’acculturation sont en train de voler en éclats. Pour l’Occident chrétien pendant longtemps «Salus extra ecclesiam non est» (Hors de l’Eglise point de salut) Nous pourrions dire avec la nouvelle religion du money théisme: «Salus extra mercatus non est» «Hors du marché point de salut!» Doit-on laisser cette machine du diable faire voler en éclats des traditions des espérances qui ont mis des siècles à sédimenter? La question est plus que jamais d’actualité

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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L’ASL et Israël attaquent un Centre de recherche syrien

janvier 31st, 2013 by Réseau Voltaire

Des sources israéliennes ont intoxiqué les médias occidentaux en annonçant que leur armée avait attaqué un convoi militaire syrien transférant des armes au Hezbollah libanais. Selon les articles, il se serait agi de missiles Sam-7 ou d’armes chimiques prêtes à l’emploi.

En réalité, l’Armée de l’air israélienne a bombardé un centre de recherche à Jemraya, dans la grande banlieue de Damas, dans l’après-midi du mercredi 30 janvier 2013. Ce centre n’abritait ni Sam-7, ni armes chimiques. En effet, la destruction de Sam-7 aurait provoqué des explosions visibles depuis la capitale. Et la destruction d’armes chimiques prêtes à l’emploi (c’est-à-dire dont les composants ont déjà été mélangés) aurait provoqué une catastrophe.

Une source officieuse syrienne a indiqué au Réseau Voltaire que l’Armée arabe syrienne a saisi, il y a quelques jours, des matériels israéliens sophistiqués utilisés par les Contras et les avaient apportés dans ce Centre de recherche où ils devaient être démontés et analysés.

C’est probablement ce matériel que les Israéliens ont voulu détruire avant qu’il ne soit transporté en Russie ou en Iran. Le Centre avait d’abord été attaqué par des commandos au sol de l’Armée syrienne libre qui avaient été repoussés. Puis, l’Armée de l’air israélienne est intervenue elle-même pour effectuer le travail que les Contras n’avaient pas été capables de réaliser.

Les avions israéliens sont arrivés en rase-mottes par le Liban. Ils ont surgi par l’arrière du Mont Hermon et ne sont entrés que très brièvement dans l’espace aérien syrien.

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Fin 2010, Parag Khanna, ancien conseiller de Barack Obama en matière de gouvernance mondiale, estimait que le Kurdistan irakien serait indépendant en 2016. Dans « Tendances mondiales 2030: mondes alternatifs », rapport rendu public le 11 décembre*,le National Intelligence Council (NIC), annonce maintenant la création d’un Grand Kurdistan à l’horizon 2030. Le NIC, organisme comprenant les 17 agences de renseignement étasuniennes et des experts à la retraite ou non, la prévoit comme la conséquence d’une fragmentation croissante de l’Irak et de la Syrie… et de la partition de la Turquie, promise à une influence grandissante au Proche-Orient, en Asie centrale et dans les« affaires globales ». Réaction immédiate des nationalistes turcs : pas question d’amputer le pays de sa partie kurde. « Ni l’Etat turc, ni les autres pays de la région - Iran, l’Irak et la Syrie – ne permettront pacifiquement » disent-ils, « la naissance d’un Etat kurde indépendant taillé dans leur propre territoire ». La région serait plongée dans un conflit sanglant.

Selon les rédacteurs du rapport, l’émergence d’un Etat palestinien se ferait graduellement, mais pas dans le cadre de négociations de paix, mais « à travers une série d’actions non officielles, indépendantes, appelées «unilatéralisme coordonné ». Toutefois, « des questions comme le droit au retour, la démilitarisation, et Jérusalem ne seront pas entièrement résolues ». Il ne faut pas s’attendre, d’ici là, à une «fin complète du conflit ».

Dans ses scénarios du futur le NIC n’envisage ni la disparition du « terrorisme islamique » ni des antagonismes sunnites-chiites et Arabes-Perses. Dans les années à venir, il faudrait craindre au contraire des cyber-attaques et des bio-attaques dévastatrices organisées par de petits groupes soutenus, ou non, par des Etats. Le NIC s’interroge enfin sur la capacité des Etats-Unis et de ses alliés occidentaux, nations déclinantes face à la montée en puissance de l’Asie, à réinventer un nouveau système international.

* Global Trends 2030: Alternative Worlds

http://www.dni.gov/files/documents/GlobalTrends_2030.pdf

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Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4

janvier 31st, 2013 by René Naba

Paris -Le Hezbollah reprendra à son compte le principe de l’asymétrie obtenant en 2000 le retrait israélien du Liban, premier dégagement militaire israélien d’un pays arabe, non assorti de négociations ni de traité de paix. Il récidivera six ans plus tard, en 2006, à un degré élevé de sophistication dans sa guerre balistique contre Israël. Le choix de missiles s’explique par des raisons économiques et stratégiques. Un missile infiniment moins cher qu’un avion, son entretien est moins couteux. Son entreposage est plus discret et sa visibilité moins attentatoire à la souveraineté de l’Etat libanais, titulaire en théorie du monopole de la force armée réglementaire.

Face à la puissance de feu de son ennemi et à l’hostilité quasi générale des monarchies arabes, le Hezbollah a innové par une nouvelle méthode de combat, concevant un conflit mobile dans un champ clos, une novation dans la stratégie militaire contemporaine, doublée d’une audacieuse riposte balistique, à la grande consternation des pays occidentaux et de leurs alliés arabes. «Malgré l’engagement de l’équivalent de l’armée de terre et l’armée de l’air françaises, les Israéliens ont échoué à vaincre au Liban quelques milliers d’hommes retranchés dans un rectangle de 45 km sur 25 km, un résultat tactique surprenant, probablement annonciateur d’un phénomène nouveau, la fin une ère de guerres limitées dominées par la haute technologie occidentale.

L’armée israélienne découvre alors que ses adversaires se sont parfaitement adaptés face au feu aérien israélien, le Hezbollah ayant développé une version «basse technologie» de la furtivité, combinant réseaux souterrains, fortifications et, surtout, mélange avec la population.

Le Hezbollah, légèrement équipé, maîtrisant parfaitement son arsenal, notamment antichar, a mené un combat décentralisé, à la manière des Finlandais face aux Soviétiques en 1940. Il a pratiqué aussi une guerre totale, tant par l’acceptation des sacrifices que par l’intégration étroite de tous les aspects de la guerre au cœur de la population. En face, l’armée d’Israël s’est engagée dans une ambiance de «zéro mort», et a échoué.

Au bilan, Israël a perdu 120 hommes et 6 milliards de dollars, soit presque 10 millions de dollars par ennemi tué, et ce, sans parvenir à vaincre le Parti de Dieu. À ce prix, sans doute eut-il été tactiquement plus efficace de proposer plusieurs centaines de milliers de dollars à chacun des 3 000 combattants professionnels du Hezbollah en échange d’un exil à l’étranger» estimera un stratège français au Centre français de doctrine d’emploi des forces (armée de terre), chargé du retour d’expériences des opérations françaises et étrangères dans la zone Asie/Moyen-Orient.

Tableau comparatif de la progression de la puissance de feu 1967-2006

Selon les précisions du Sayed Hassan Nasrallah, le 12 Mai 2012, dans un discours prononcé à l’occasion de la célébration de la reconstruction de la banlieue sud de Beyrouth, l’aviation israélienne a effectué, lors 3eme Guerre israélo-arabe de juin 1967, 4.338 sorties aériennes sur les fronts de Syrie et d’Egypte, contre 15.500 sorties lors de la guerre du Liban, soit trois fois plus, en 2006 contre le Hezbollah, dont dix mille raids.

Pour l’artillerie, en 1967, sur les deux fronts de Syrie et d’Egypte, l’artillerie israélienne a tiré 75.000 obus, contre 177.000 obus contre les positions du Hezbollah au sud-Liban et la banlieue sud de Beyrouth.

Au total douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991, selon Strategic Foresight Group (SFG), un groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie (1).

Au-delà de cette gesticulation guerrière, trois vérités s’imposent:

-1re vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’une part de sa culture et l’Islam d’une partie de son rayonnement, qu’il s’agisse du philosophe Al Fârâbî, du compilateur des propos du prophète, Al Boukhary, du linguiste Sibawayh, du théoricien du sunnisme Al Ghazali, des historiens Tabari et Shahrastani, du mathématicien Al Khawarizmi (Logarithmes), et naturellement du conteur du célèbre roman Kalila wa Doumna, Ibn al Mouqaffah ainsi qu’Avicenne (Ibn Sinna). De même, l’expansion de l’Islam en Asie centrale aux confins de la Chine n’a pu se faire sans le passage par la plateforme iranienne.

-2me vérité: Le Monde arabe est redevable à l’Iran d’un basculement stratégique qui a eu pour effet de neutraliser quelque peu les effets désastreux de la défaite arabe de juin 1967, en substituant un régime allié d’Israël, la dynastie Pahlévi, le meilleur allié musulman de l’Etat hébreu, par un régime islamique, qui a repris à son compte la position initiale arabe scellée par le sommet arabe de Khartoum (Août 1967) des «Trois NON» (non à la reconnaissance, non à la normalisation, non à la négociation) avec Israël.

Il a ainsi offert à l’ensemble arabe une profondeur stratégique en le libérant de la tenaille israélo iranienne, qui l’enserrait dans une alliance de revers, compensant dans la foulée la mise à l’écart de l’Egypte du champ de bataille du fait de son traité de paix avec Israël. La Révolution Islamique en Iran a été proclamée le 9 Février 1979, un mois avant le traité de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979.

En retour, les Arabes, dans une démarche d’une rare ingratitude, vont mener contre l’Iran, déjà sous embargo, une guerre de dix ans, via l’Irak, éliminant au passage le chef charismatique de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr (Libye 1978), combattant dans le même temps l’Union soviétique en Afghanistan, le principal pourvoyeur d’armes des pays du champ de bataille contre Israël.

3me vérité: Le Monde arabe s’est lancé, au-delà de toute mesure, dans une politique d’équipements militaires, pendant un demi-siècle, payant rubis sur ongle de sommes colossales pour d’arsenal désuets, pour des livraisons subordonnées à des conditions politiques et militaires draconiennes, alors que, parallèlement, les Etats-Unis dotaient, gracieusement, Israël de son armement le plus sophistiqué.

Le différentiel de traitement entre Arabes et Israéliens.

Israël a bénéficié, à ce titre, de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 30 mars 2007.

A cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la promesse de George Bush Jr, au terme de son mandat, de fournitures de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen Orient.
A deux reprises au cours du dernier quart de siècle, les pays arabes ont participé à des guerres lointaines par complaisance à l’égard de leur allié américain, parfois au détriment des intérêts à long terme du Monde arabe, s’aliénant même un allié naturel, l’Iran, un voisin millénaire, dans la plus longue guerre conventionnelle de l’époque contemporaine, sans pour autant bénéficier de la considération de leur commanditaire américain.

A l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime les trois îlots du golfe, propriété d’Abou Dhabi: Abou Moussa et les deux iles Tumb, occupés par le Chah d’Iran, dans la décennie 1970.

En phase de puissance relative, l’Amérique saura-elle, à tout le moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Irak et en Afghanistan la place sur la défensive, alors qu’en contrepoint, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires de son allié libanais, le Hezbollah se pose en parfait contre-exemple de la servitude monarchique.

Plus précisément, alors qu’elle se lance à la conquête de l’Asie pour y endiguer la Chine, l’Amérique pourra-t-elle protéger ses relais des turbulences internes attisées par les frasques monarchiques répétitives, en parfait décalage avec les dures conditions de la réalité quotidienne de la multitude de leurs concitoyens et qui gangrènent inexorablement les assises de leur pouvoir.

Les Arabes ont trop souvent sacrifié la stratégie à des succès tactiques à court terme. Au point que l’un des plus actifs partisans de la diplomatie pétitionnaire, Leila Shahid, déléguée de l’autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, a admis l’échec de leur stratégie après la dernier offensive anti israélienne contre Gaza. Pour leur malheur et le nôtre.

L’exemple le plus patent est celui de Khaled Mecha’al, le chef du Hamas, bénéficiaire de l’hospitalité et de la protection de la Syrie pendant seize ans, qui ne mentionnera pas dans ses remerciements les artisans de sa victoire, se bornant à remercier le Qatar, la Turquie et l’Egypte pour leur soutien au combat anti israélien de l’enclave, alors que les missiles à longue portée tirés sur Israël ont été fournis par la Syrie et l’Iran et que dizaines des militants du Hezbollah et des «Gardiens de la Révolution iranienne» ont péri en transportant en pièces détachées des missiles vers Gaza, contournant de sérieux obstacles dressés notamment de l’Egypte.

Sadate a détruit la ligne Bar lev avec des missiles soviétiques, puis s’est retourné contre Moscou, ralliant les Etats-Unis. Lui comme Moubarak deviendront captifs de la tenaille israélo américaine. Ibidem pour le Hamas

Dans un pied de nez à son grand rival américain, le Président Mahmoud Ahmadi Nijad a effectué, fin décembre 2012, une visite officielle en Irak en vue de délimiter son territoire dans cette ancienne chasse gardée américaine, un mois avant le discours sur l’Etat de l’Union du Président Barak Obama,

Au pouvoir en Iran et en Irak, par effet d’aubaine dans ce dernier cas, disposant de surcroît d’une redoutable capacité de nuisance au Liban, les Chiites constituent le groupement ethnico-religieux qui a enregistré, en trente ans, la plus forte progression sur la plan de la dissuasion militaire et de l’autosuffisance technologique mettant en échec les menées hostiles du camp atlantiste, alors que l’Islam Wahhabite scellait sa soumission à l’axe israélo-américain, sans la moindre contrepartie sur le plan palestinien, ni au niveau de la sécurisation de l’ espace national arabe, s’inscrivant dans les annales de l’histoire comme le plus gros exportateur de djihadisme erratique. L’ingratitude ne constitue pas toujours la forme la plus achevée de l’intelligence politique.

René Naba

Le 26 janvier 2013

 

Iran Israel

Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4), 06 janvier 2013

drone

Israël-Iran: Une guerre électronique par sabotage informatique

La Guerre asymétrique (2/4), 15 janvier 2013

Iran-Israel

Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4, 28 janvier 2013

 

 

1 – Douze mille milliards de pertes depuis 1991. Strategic Foresight Group (SFG), groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie, a chiffré à douze mille milliards de dollars la somme perdue suite aux guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobe aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation. Le rapport de 170 pages se fonde sur 95 paramètres. Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Egypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude. Le chercheur indien Sundeep Waslekar, président du SFG, a précisé que sur point il convenait de parler «d’une cascade de coûts dont une partie n’est pas quantifiable financièrement comme les atteintes à la dignité humaine».
Le rapport pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité.

 

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La complexité du Printemps Arabe et le combat pour la liberté politique …

…à travers le monde arabe ne doit pas obscurcir ce qui est desormais devenu évident pour tout anti impérialiste : les Frères Musulmans sont l’une des plus puissantes armes de la classe dirigeante occidentale dans le Monde Musulman. C’est peut être une pillule difficile à avaler pour des raisons émotionnelles ou psychologiques, mais il suffit de regarder le rôle insidieux joué par cette organisation en Syrie et les abus de pouvoir et des droits de l’homme du gouvernement en Egypte. Dans la guerre soutenue par les US/OTAN contre le gouvernement Assad, les Frères Musulmans apparaissent comme la force bénéficiant du soutien de l’Occident, l’avant garde de l’assaut impérialiste. alors qu’en Egypte le président Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cherchent à détruire ce qui a été il y a un peu plus d’un an la promesse d’une révolution.

Les Frères Musulmans en Syrie

La création cette semaine d’un commandement suprême militaire en charge de toute l’aide militaire et la coordination des rebelles prouve sans équivoque le rôle de dirigeants des Frères Musulmans dans l’objectif de changement de régime en Syrie. Comme l’a rapporté Reuters :

 » Le commandement unifié comprend beaucoup d’individus ayant des liens avec les Frères Musulmans et les Salafistes… il exclut les plus hauts officiers qui ont fait défection de l’armée d’Assad(1). »

Cette structure de commandement formée à la demande et avec le soutien des US, de la GB, de la France de l’Arabie Saoudite du Qatar et de la Turquie entre autres, n’inclue pas seulement des membres des Frères Musulmans elle est en fait dominée par eux.Est ce possible que les puissances impérialistes occidentales n’aient pas noté que le groupe qu’il formait comprenait ces éléments ? Suggérer cela serait accuser les « hommes d’état » dirigeant le monde (Hillary Clinton, William Hague, Laurent Fabius, Ahmet Davutoglu, ect…) d’être stupides. Hélas ce n’est pas le cas. En fait ces individus ont collaboré pour recréer une force de proxies des Frères Musulmans en Syrie, une force qui peut être contrôlée et dépendre d’eux pour faire ce que veut l’Occident.

Cependant ce n’est pas suffisant de dire que les Frères Musulmans dirigent la nouvelle structure militaire car cela voudrait dire qu’il n’ont pas joué de rôle principal jusqu’à présent. En fait l’Organisation a été au centre de la déstabilisation de la Syrie depuis le début du conflit armé. Le Conseil National Syrien ce qui tenait lieu au début « d’opposition » soutenue par l’Occident était lui-même dominé en coulisses par les Frères Musulmans. Comme la déclaré l’ancien dirigeant des Frères Musulmans Ali Sadreddine concernant le CNS :

 » nous choisissons le visage acceptable par l’Occident…Nous avons nommé (l’ancien chef du CNS Burhan) Ghalioun à la tête du front d’action nationale. Nous n’agissons pas actuellement en tant que Frères Musulmans mais comme faisant partie d’un front qui inclus tous les courants. »(2)

Nous voyons donc là que l’organisation a depuis le tout début maintenu une grande partie du contrôle sur l’opposition basée à l’étranger distinctement différent de l’opposition interne des Conseils de Coordination Nationale et d’autres groupes. Les Frères Musulmans une machine politique internationale et para militaire a été amenée à diriger la bataille contre le gouvernement d’ Assad.

En fait, les Frères Musulmans ont fourni un certain nombre de cadres de direction et d’assistance à l’opposition basée à l’étranger et soutenue par l’étranger bien au delà de la simple direction. Allant de la couverture diplomatique et politique au soutien tactique sur le terrain tels la fourniture clandestine d’armes, le recrutement de combattants, et d’autres responsabilités nécessaires, cela couvre tout ce que nous en Occident appelons parce que cela nous arrange les « rebelles ».

Dés Mai 2012 les Frères Musulmans en Egypte le centre d’organisation fournissait déjà le soutien diplomatique et politique dont les rebelles avaient besoin pour renverser le régime d’Assad. Alors qu’ils étaient sur le point de remporter les élections égyptiennes les Frères Musulmans étaient occupés à faire des déclarations publiques sur la nécessité d’une intervention militaire occidentale en Syrie. Le porte parole de l’Organisation, Mahmoud Ghozlan a déclaré :

 » les Frères Musulmans appellent les gouvernements arabes islamiques et internationaux à intervenir… pour renverser le régime(d’Assad) » (3).

Cette déclaration publique enflammée est une coup asséné à tous ceux qui affirment que les Frères Musulmans sont d’une certaine façon anti-impérialistes qu’ils s’opposent à la domination par l’Occident du Monde Arabe. Au contraire bien qu’ils puissent se poser comme opposants à l’Occident ils sont en fait des outils des puissances impérialistes utilisés pour détruire des nations indépendantes qui s’opposent à la domination hégémonique des US au Moyen Orient.

Ce soutien politique et diplomatique est l’un des aspects de l’implication des Frères Musulmans dans la destruction de la Syrie. Comme l’a rapporté le New York Times en Juin 2012:

  « des officiers de la CIA agissent secrètement dans le Sud de la Turquie aidant les alliés à choisir quels combattants de l’opposition syrienne recevront des armes de l’autre côte de la frontière… par le biais d’un réseau clandestin d’intermédiaires incluant les Frères Musulmans syriens (4)»

L’utilisation des Frères Musulmans pour fournir clandestinement des armes aux rebelles en Syrie ne devrait pas être une surprise étant donné que ce sont les monarchies sunnites de la région ( Arabie Saoudite et Qatar principalement) qui ont été les voix les plus vociférantes pour un changement de régime en Syrie par tous les moyens nécessaires. La relation entre ces monarchies et les Frères Musulmans est évidente. Elles partagent les mêmes convictions religieuses et sont des ennemis farouches de toute forme de Shi’isme. De plus elles ont été partie prenante du système d »hégémonie US qui a maintenu toute la région sous son emprise vicieuse depuis des décennies.

Beaucoup ont affirmé par le passé que bien qu’ils partagent la même idéologie et « marque » les Frères Musulmans de Syrie étaient d’une certaine façon indépendants de la « Maison Mère ». Cette affirmation hasardeuse ne résiste pas au simple fait que chaque position publique prise par les Frères Musulmans syriens s’aligne directement sur les déclarations publiques du Caire.

Comme le montre l’article du Carnegie Middle East Center « The Muslim Brotherhood in Syria » :

« depuis le début de la révolution les Frères Musulmans ont maintenu qu’une intervention étrangère est la seule solution possible à la crise en Syrie. En Octobre 2011 ilsont également appelé la Turquie à intervenir et à établir des zones humanitaires protégées en territoire turc. »(5).

Quand deux entités portent le même nom ont les même sponsors et adoptent les mêmes positions c’est un exercice d’ignorance voulue que d’affirmer qu’elles ne sont pas tout à faire pareilles; plus précisément qu’elles prennent leurs ordres des mêmes maîtres mais qui sont ces maîtres ?

Les Puissances derrière les Frères Musulmans.

En examinant le rôle extrêmement insidieux que les Frères Musulmans jouent en Syrie on doit commencer par comprendre la relation historique entre les Frères Musulmans et l’impérialisme occidental. L’organisation a été fondée en 1928 par Hassan al Banna dans le but de rétablir une forme pure d’Islam comme il a existé il y a des siècles. Cependant ce n’était simplement que le vernis religieux crée pour dissimuler les intentions politiques de l’organisation. Comme cela a été expliqué dans un article de Mother Jones  » What is the Muslim Brotherhood and will it take over Egypt ? » l’auteur explique que:

 « Les Frères Musulmans servent à combattre les nationalistes et communistes malgré l’anti impérialisme de base des Frères Musulmans le groupe finit souvent par faire cause commune avec le colonialisme britannique. Elle fonctionne comme une agence de renseignement y compris à ses tout débuts de facto comme une arme des renseignements occidentaux et ceci est primordial pour comprendre son développement et son pouvoir politique actuel. »

Cependant il y a ceux qui affirment que malgré cette « coïncidence » d’objectifs et d’agendas les Frères Musulmans ne pourraient jamais être directement liés à la communauté du renseignement. Cependant comme Robert Dreyfuss auteur de l’article de Mother Jones l’a fait clairement remarquer il y a de nombreuses preuves liant la direction des Frères Musulmans directement avec la CIA :

« A ce moment là (1954) le chef de l’organisation du groupe à l’international un responsable bien connu était Said Ramadan gendre d’Hassan al banna. Ramadan avait attiré l’attention à la fois de la CIA et du MI-6 les services de renseignements britanniques. En faisant des recherche pour mon livre… je suis tombé sur une photo inhabituelle montrant Ramadan avec le Président Eisenhower dans le bureau oval. A ce moment là ou juste après Ramadan avait probablement été recruté comme agent de la CIA. Le reporter du Wall Street Journal Ian Johnson a fourni depuis les preuves des liens étroits entre Ramadan et différentes agences de renseignements occidentaux… Johnson écrit :  » à la fin de la décennie la CIA soutenait ouvertement Ramadan. »(7).

Le fait que le personnage central dans l’organisation internationale était un agent connu de la CIA corrobore les affirmations faites par de nombreux analystes et enquêteurs que les Frères Musulmans ont été utilisés comme arme contre Nasser et en fait contre tous les dirigeants socialistes arabes qui à cette époque faisaient partie du nationalisme arabe montant qui visait comme but ultime l’indépendance de la domination impérialiste occidentale.

Afin de comprendre pleinement comment les Frères Musulmans se sont développés pour être ce qu’ils sont actuellement on doit comprendre la relation entre eux et la maison royale d’Arabie Saoudite. En fait les Saoudiens ont été depuis des décennies les principaux financiers des Frères Musulmans pour les mêmes raisons que les US et les puissances occidentales avaient besoin d’eux : s’opposer au nationalisme arabe et à ‘l’insolence » accrue des états shi’ites. Dreyfuss écrit :

« Dés le début les Frères Musulmans ont été généreusement financés par le Royaume d’Arabie Saoudite qui appréciait sa politique ultra conservatrice et sa haine virulente des communistes arabes. »(8)

C’est principalement alors que les US commençaient à exercer leur pouvoir partout dans la région après la seconde guerre mondiale que les Frères Musulmans se sont trouvés là comme bénéficiaires volontaires et humbles servants semant la haine entre les Sunnites et les Shi’ites adoptant une idéologie haineuse salafiste qui incitait au conflit et à la guerre inexorable entre les différentes branches de l’Islam. Bien sûr tout ceci bénéficie aux puissances occidentales qui non cure de l’idéologie l’essentiel étant leur argent et les ressources.

Actuellement un outil des puissances occidentales ?

On dit souvent que bien que l’histoire des Frères Musulmans les lient intimement aux services secrets occidentaux néanmoins l’organisation a changé et s’est transformée en force pacifique pour le progrés politique du Monde Arabe. Comme l’ont montré les évènemernts récents en Egypte rien n’est plus éloigné de la vérité. Avec la tentative anti -démocratique de s’accaparer le pouvoir du président égyptien Morsi la régression en matière de droits civils de droits des femmes et des minorités ethniques et religieuses, les Frères Musulmans ont montré qu’ils n’étaient qu’une force politique réactionnaire faisant semblant d’être une force de « progrés ».

S’il reste à quelqu’un un doute sur les vraies intentions et motivations des Frères Musulmans une fois arrivés au pouvoir en Egypte il suffit d’observer leur position sur les institutions de la finance mondiale capitaliste, le FMI. Au Caire l’une des premières décisions prises par Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cela a été de dire qu’en fait ils accepteraient volontiers les prêts sous conditions du FMI (9) pour se sauver de la perspective d’une crise économique continuelle. Néanmoins comme faisant partie des conditions du prêt le gouvernement Morsi devrait réduire drastiquement les subventions, régulations et autres  » restrictions commerciales » tout en augmentant les taxes de la classe moyenne. Cela veut dire principalement que les frères Musulmans ont accepté le cocktail habituel d’austérité administré par les agents de la finance capitaliste de si nombreuses fois partout dans le monde. Ceci naturellement nous amène à poser la question : est ce que c’est la fin de la révolution ? Effectivement beaucoup dans les rues du Caire se posent cette question. Ou plus précisément ils connaissent la réponse.

En Egypte comme en Syrie les Frères Musulmans se sont transformés en serviteurs de la classe dirigeante impérialiste occidentale. Ils ont scrupuleusement servi ses intérêts pendant des décennies même si les noms, les visages et la propagande ont changé pendant ces années. Alors que nous regardons les photos tragiques provenant de Syrie ou les dizaines de milliers de personnes dans les rues du Caire nous devons nous demander pourquoi il a fallu si longtemps à cette organisation perfide pour être exposée ou même comprise. La réponse c’est comme d’habitude car ils servent les intérêts du capitalisme mondial pour maintenir le reste du monde dans la confusion pour reconnaître qui sont les vrais ennemis du progrés. En révélant leur vraie nature (des FM ndlt) les vraies forces de paix et de progrés partout dans le monde peuvent rejeter les Frères Musulmans et le système impérialiste sous toutes ses formes visibles et invisibles.

Eric Draitser

Le 12 décembre 2012

StopImperialism.com

Article original en anglais :

centralamerica

The U.S. and the Privatization of El Salvador, le 12 décembre 2012

Traduction : Mireille Delamarre, http://french.irib.ir/

Eric Draitser a créé le site StopImperialism.com. Il est analyste indépendant en géopolitique, basé à New York City.  Il contribue régulièrement à Russia Today, Press TV, GlobalResearch.ca, et d’autres médias.

 

[1] http://news.yahoo.com/rebels-circle-damascus-airport-russia-u-downbeat-013515100.html

[2] http://www.reuters.com/article/2012/05/06/us-syria-brotherhood-idUSBRE84504R20120506

[3] http://english.al-akhbar.com/content/egypts-brotherhood-calls-intervention-syria

[4] http://www.nytimes.com/2012/06/21/world/middleeast/cia-said-to-aid-in-steering-arms-to-syrian-rebels.html?pagewanted=all&_r=0

[5] http://carnegie-mec.org/publications/?fa=48370

[6] http://www.motherjones.com/politics/2011/02/what-is-the-muslim-brotherhood

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] http://www.albawaba.com/business/morsi-egypt-imf-loan-432065

 

 

 

Traduction Mireille Delamarre

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Généralités

Nous avons prédit aux rebelles syriens ce qui les attendait si leur « Sainte-Révolution » triomphait : un pourboire et des coups de pied.

Nous nous sommes trompés. Le conflit n’a pas encore pris une tournure décisive que les rebelles syriens reçoivent des coups de pied de l’armée syrienne, sans en recevoir de pourboire de leurs patrons atlantiques et arabiques.

En ce qui concerne les coups de pied, la « Grande bataille de Damas » s’est finie en une grande défaite des rebelles, alors que des milliers parmi eux ont péri dans les derniers affrontements, et l’armée syrienne s’est avancée vers leurs bastions à Daria et a détruit leurs arrière-rangs, sécurisant ainsi la capitale Damas.

Quant au pourboire, le président américain Barack Obama a avoué, récemment, une certaine hésitation quant à savoir si les États-Unis doivent, ou ne pas, intervenir en Syrie. Il a expliqué être “aux prises” avec cette décision ; sans donner de réponse [1] !

Les différents discours sur le conflit syrien

Dès le premier jour de la crise syrienne, la propagande atlantique impérialiste et celle arabique réactionnaire présentaient le conflit en Syrie comme conflit entre régime et opposition, ou comme conflit de pouvoir. Beaucoup d’écrivains, d’intellectuels, d’artistes et de journalistes se précipitèrent délibérément pour réserver leur place dans le train de la campagne médiatique contre la Syrie. Parmi eux, nous trouvions des noms célèbres de l’intelligentsia arabe et occidentale. Des poètes, des romanciers, des artistes, des chanteurs, des musiciens, des académiques, des professeurs, des hommes de droit, mais aussi des médiums, des charlatans, des clairvoyants, des faquirs, des prophètes, des derviches et des ensorceleurs, tout eut écrit des milliers d’analyses et de critiques, d’enquêtes et de reportages sur la prétendue « révolution syrienne » ; ceci entraîna d’abord la métamorphose de la soi disant « révolution » en la Sainte-Révolution syrienne, puis son élévation au rang des Archanges, enfin son apothéose pour ainsi dire en l’Âme éternelle de toutes les révolutions sociales de l’histoire humaine, depuis la Révolte des Esclaves de Spartacus, en 109 – 71 (av. È.C.), jusqu’à la Révolution des Roses de monsieur Saakachvili, en 2003 (É.C.) !

Quelle farce ! Quelle misère !

Parmi ce groupe de faquirs et de derviches, nous trouvions des noms célèbres tels que Christophe Barbier, Alain Gresh et Bernard-Henri Lévi, des figures héroïques dans le Sefer [2] de la campagne médiatique contre la Syrie.

Parallèlement à ce groupe, se formait un autre dont les membres, étant tombés victimes de la propagande impérialiste contre la Syrie, se furent mis à l’écart et eurent observé le silence et la neutralité. Parmi ceux-ci, nous distinguions deux sous-groupes : ceux qui préférèrent la neutralité parce qu’ils étaient éblouis et brouillés par la propagande impérialiste, et ceux qui la choisirent parce qu’ils attendaient que la poussière des combats entre l’armée syrienne et les groupes armés s’écartât.

Face à ces deux groupes, se démarquaient ceux qui, dès le début de la guerre impérialiste, se précipitèrent pour défendre la Syrie, pour décortiquer et contrecarrer la propagande atlantique et arabique réactionnaire, pour redresser la vision de l’opinion publique vers la boussole qu’est toujours la résistance face à l’impérialisme, pour démasquer enfin ces loups qui se prenaient et que l’on prenait pour des moutons ; pour montrer que leurs bêlements ne faisaient que répéter, dans un langage de « démocratie » et de « droits de l’homme », le discours idéologique des puissances impérialistes ; pour montrer aussi, dans un autre domaine, que les fanfaronnades des hâbleurs du prétendu « Printemps arabe », réduits en une bande de « vicaires » aux grands salons de la Sainte-Alliance, ne faisaient que refléter des actes dérisoires des échecs continus de la guerre impérialiste contre la Syrie. Il était du devoir des membres de ce groupe de montrer que le conflit fut en effet « entre la patrie et ses ennemis, entre le peuple et les tueurs criminels, entre le citoyen, son pain, son eau, son réchauffement, et celui qui les en privait, et entre la sécurité et la peur [3] », comme l’expliqua bien le président Assad.

Les sortilèges de monsieur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Dans un de ses numéros, Le Devoir, un journal prestigieux au Québec, publia un article écrit par monsieur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer [4], dénonçant, comme il nous fit croire au début, les crimes contre l’humanité commis, selon lui, par les deux parties du conflit syrien, les « insurgés » et le régime. Jusqu’à ce point, nous demeurâmes affriolés par les bonnes intentions de monsieur Vilmer ainsi que par sa bienséance ; et il ne nous resta qu’à réclamer, avec monsieur Pangloss, que « tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles [5] ».

Or, en dépit de cet optimisme candide au départ, il fallut, à la fin, ajouter le nom de monsieur Vilmer au premier groupe mentionné ci-devant, car monsieur Vilmer eut fabriqué dans son article intitulée « Lutter avec des monstres sans en devenir un soi-même » [6], grâce à une formule alchimique, une certaine justification sous-entendue des actes de barbarie et de terreur, des massacres et des carnages systématiques menés par les mousquetaires de la Sainte-Révolution syrienne contre leurs adversaires, civils ou militaires ; et cela sous prétexte qu’ « en Syrie, malgré leurs crimes, les insurgés sont un moindre mal, et il faut les aider [7] ».

Quel argument ! Quelle synthèse !

ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! [8]

Pourtant, cette formule alchimique inventée par monsieur Vilmer ne fut en effet qu’un sortilège qui servit à ouvrir une séance de sorcellerie tout au long de son parchemin en alchimie politique. Plus loin, il jeta un sortilège et transforma en un clin d’œil les jihadistes d’al-Qaïda en des saints révolutionnaires « motivés » par le « droit légitime » de « l’autodétermination » ; et le président Assad, qui profite du support de la majorité du peuple syrien, en un « dictateur » assoiffé de sang.

Voyons comment monsieur Vilmer charlatana à ce propos.

D’abord, il ouvre son grandissime article par une citation de Nietzsche : « Quand on lutte avec des monstres, on doit veiller à ne pas devenir soi-même un monstre. Quand tu fixes longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme fixe aussi son regard en toi ». Cette citation sert, comme le souhaita bien l’auteur de l’article, à donner une légitimité et une valeur académique à ce qu’il dirait plus loin dans le texte. C’est la Fatiha de son discours, l’abracadabra de son parchemin, le sortilège de sa nouvelle invention. Puis, il se précipite à conclure a priori, sans argumentation aucune, sans documentation aucune ni référence de sources, que l’autre partie de l’équation du conflit syrien, c’est-à-dire le gouvernement syrien, est « un adversaire pire que soi ». Ensuite, il se jette dans l’affirmation des crimes atroces commis par les « insurgés » syriens, il en narre quelques uns, référés à l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) :

C’est le défi auquel font face les rebelles syriens, pour l’instant avec relativement peu de succès comme en témoigne l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) en diffusant à deux jours d’intervalle des vidéos montrant des exactions commises par les deux camps. La première, tournée et mise en ligne le 1er novembre, montre un groupe d’une dizaine de soldats de l’armée régulière, capturés, allongés sur le sol, roués de coups de pieds puis exécutés sommairement à la mitrailleuse par les rebelles [9].

Arrivant à ce que l’on croyait être argumentation, nous ne trouvâmes que la rhétorique, voire la déception ; et la thèse de monsieur Vilmer, qui commença par un « tu quoque [10] » se finit ironiquement en une synthèse de sorte de « bene dicendi scientia [11] » avec le paragraphe suivant :

Ce constat récurrent, qu’une guerre est toujours sale et que des crimes sont commis des deux côtés, ne doit pas pour autant nous faire sombrer dans un relativisme cynique qui égaliserait toujours les deux parties. Car les crimes commis par les insurgés libyens et syriens ne sont pas comparables à ceux commis par Kadhafi et Assad, ni dans leur ampleur ni dans leur raison d’être, puisqu’ils sont motivés par le droit légitime d’un peuple à s’autodéterminer, non par le désir d’un dictateur de se maintenir au pouvoir. Ces différences ne les excusent pas pour autant : il faut les condamner avec la même fermeté. Mais elles expliquent que l’on doive malgré tout soutenir les insurgés [12].

Premièrement, en jetant ses sortilèges à propos de Kadhafi et du président Assad, comme il le fit dans cette phrase « … non par le désir d’un dictateur de se maintenir au pouvoir », monsieur Vilmer n’ajouta rien de nouveau, n’inventa rien d’authentique, car tout eut été déjà dit, tout eut été déjà inventé à propos des dictateurs et des despotes du monde arabe, de leurs désirs bestiaux et de leurs passions mondaines, de leur soif de sang, de leur harem et de leurs grands sérails, tout eut été imaginé et fantasmé par le discours de l’Église au Moyen-âge, le discours orientaliste au XIXe siècle, et le discours colonialiste et impérialiste aux XXe et XXIe siècles ; rien de nouveau, rien d’originel, depuis La Chanson de Roland jusqu’au dernier parchemin de monsieur Vilmer, ni même cette attitude qu’il se donne, dans son article, à condamner, à punir, à pardonner, à psalmodier, à offrir sa clémence lorsqu’il hurla du haut du ciel : « … il faut les condamner avec la même fermeté. Mais elles expliquent que l’on doive malgré tout soutenir les insurgés ».

 O Éternel ! quand tu sortis de Séir, quand tu t’avanças des champs d’Édom, la terre trembla, et les cieux se fondirent, et les nuées se fondirent en eaux [13].

Cependant, il nous reste à nous demander de quel « droit légitime » parla-t-il, notre bourgeois gentilhomme [14] ? À quelle époque vivait-il lorsqu’il transcrit son parchemin, si ce n’était pas à celle de José Arcadio Buendia [15] ? Dans quel grenier inventa-t-il ses formules jurisprido-politico-philolo-alchimico-nigologiques [16], si ce ne fut pas dans celui de Melquiades [17] ? N’eut-il pas lu les reportages publiés par les médias monopoles sur l’omniprésence croissante des combattants d’al-Qaïda en Syrie, surtout le Front al-Nosra [18], avant qu’il ne nous eût ensorcelés par son sortilège ?

Examinons ce que l’agence Reuters a publié apaisante et pertinente :

 The rise of al Qaeda’s affiliate in Syria, al-Nusra Front, which the United States designated a terrorist organisation last week, could usher in a long and deadly confrontation with the West, and perhaps Israel [19].

La montée du Front al-Nusra en Syrie, un groupe affilié à al-Qaïda et libellé terroriste la semaine dernière par les États-Unis, pourrait ouvrir la voie à une longue confrontation meurtrière avec l’Occident, et peut-être avec Israël (t.d.a).

Pourtant, monsieur Vilmer décida, tout en référant encore à Nietzsche, de choisir « entre le préférable et le détestable », et il avoua qu’ « une guerre était toujours sale », et cela dans le but de justifier, volontairement ou naïvement – peu importe –, le financement et l’armement des « insurgés » syriens par les pays atlantiques et arabiques ; ces mêmes « insurgés » qui commettent des carnages et des actes de terreur, qui tuent des enfants, égorgent des femmes, enlèvent des hommes et les liquident, sous prétexte qu’ils « collaborent » avec le régime ! Peu importe que l’on tue, que l’on égorge, que l’on enlève et que l’on torture, tout cela peu importe, car « une guerre est toujours sale », il faut toujours choisir le « préférable » et non pas le « détestable » ! Écoutons, monsieur Vilmer psalmodier :

La structure de l’évaluation humaine, expliquait aussi Nietzsche, est toujours différentielle : choisir A est toujours choisir A plutôt que B, dans un certain contexte. « Ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, disait également Aron, c’est le préférable contre le détestable. Il en est toujours ainsi, en particulier en politique étrangère. » Cette éthique réaliste est celle du moindre mal. Aujourd’hui en Syrie, et en dépit de leurs crimes, les insurgés sont ce moindre mal [20].

Ainsi, les groupes affiliés à al-Qaida en Syrie deviennent pratiquement, et dans la réalité objective, les « préférables », et le régime syrien qui les confronte devient le « détestable » !

Aie pitié de moi, Seigneur, car je suis abattu ;

Guéris-moi, Eternel, car mes membres sont en désarroi,

Mon âme est bien troublée [21].

Quant à nous, si le choix est ainsi limité entre le « préférable » et le « détestable », selon les calculs et les équations de monsieur Vilmer, nous choisissons, sans hésitation aucune, le « détestable » contre le « préférable » !

Ce que monsieur Vilmer ignore naïvement ou volontairement

Je me demandais si monsieur Vilmer eut pris la peine de feuilleter les journaux, non ceux libellés alternatifs et résistants, mais bien plutôt ceux libellés monopoles, voire les porte-parole de la guerre impérialiste contre la Syrie, avant qu’il nous eût ensorcelés avec ses sortilèges sur la Syrie.

primo, le journal américain The New York Times a indiqué la croissance des jihadistes en Syrie, qui est devenue un aimant attirant tous les islamistes d’al-Qaïda :

“The evidence is mounting that Syria has become a magnet for Sunni extremists, including those operating under the banner of Al Qaeda. An important border crossing with Turkey that fell into Syrian rebels’hands last week, Bab al-Hawa, has quickly become a jihadist congregating point [22]”.

Les preuves que la Syrie est devenue un aimant pour les extrémistes sunnites s’accumulent, y compris ceux qui opèrent sous la bannière d’al-Qaïda. Un important passage de frontière avec la Turquie, Bab al-Hawa, qui fut tombé dans les mains des rebelles syriens, la semaine dernière, devint rapidement un point de rassemblement pour les jihadistes (t.d.a.).

secundo, dans un reportage du journal britannique The Guardian la réalité sur le terrain devient plus obscure, lorsque le lecteur se rend compte que les soi disant « manifestations pacifiques », n’étaient, en effet, qu’une fabrication médiatique, et que la Syrie est gravement infestée par des milliers de combattants d’al-Qaïda :

 “… But these were not average members of the Free Syrian Army. Abu Khuder and his men fight for al-Qaida. They call themselves the ghuraba’a, or “strangers”, after a famous jihadi poem celebrating Osama bin Laden’s time with his followers in the Afghan mountains, and they are one of a number of jihadi organisations establishing a foothold in the east of the country now that the conflict in Syria has stretched well into its second bloody year” ;

“Almost every rebel brigade has adopted a Sunni religious name with rhetoric exalting jihad and martyrdom” ;

“Religion is a major rallying force in this revolution [23]” ;

“Abu Omar gave an order in Arabic, which was translated into a babble of different languages – Chechen, Tajik, Turkish, French, Saudi dialect, Urdu [24]”.

… Mais ceux-ci n’étaient pas de combattants moyens de l’Armée syrienne libre. Abu Khuder et ses hommes guerroient pour al-Qaïda. Ils se font appeler les ghuraba’a, ou les « étrangers », d’après un poème jihadiste célèbre, qui fait l’éloge des jours qu’avait passés Oussama Bin Laden avec ses partisans dans les montagnes afghanes ; ils font aussi partie de nombreuses organisations jihadistes qui ont déjà établi un point d’appui à l’Est du pays, maintenant que le conflit en Syrie entre sa deuxième année sanglante.

Presque chaque brigade rebelle sunnite a adopté un nom religieux de la rhétorique exaltant le djihad et le martyre ;

La religion est une force importante de ralliement dans cette révolution.

Abou Omar a donné un ordre en arabe qui fut traduit en un babillage de différentes langues – en tchétchène, en tadjike, en turc, en français, en dialecte saoudite et en ourdou (t.d.a.).

tertio, le journal étatsunien The Independent a publié un reportage sur le rôle du califat turc et des émirats et sultanats arabiques dans la transportation massive d’armes vers le territoire syrien. Évidemment, ceux qui bénéficient de cet arsenal sont des combattants d’al-Qaïda et non pas des moines aux robes blanches :

 “Syrian rebels are being armed by Saudi Arabia and Qatar, The Independent has learnt, in a development that threatens to inflame a regional power struggle provoked by the 15-month-old uprising against the Assad regime.

Rebel fighters from the Free Syrian Army (FSA) have received weapons from the two Gulf countries, which were transported into Syria via Turkey with the implicit support of the country’s intelligence agency, MIT, according to a Western diplomat in Ankara [25]”.

The Independent a appris que les rebelles syriens sont armés par l’Arabie saoudite et le Qatar, ce qui entraine en effet un développement menaçant d’incendier un conflit de pouvoir régional, provoqué depuis 15 mois par le soulèvement contre le régime Assad.

Les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) ont reçu, de deux pays arabes du Golfe, des armes qui ont été transportées vers la Syrie à travers la Turquie dont les services de renseignement, MIT, appuient implicitement de telles opérations, selon un diplomate occidental à Ankara (t.d.a.).

Un reportage publié dans le journal allemand Der Spiegel a indiqué que des milliers de Syriens s’étaient enfuis vers le Liban, pas nécessairement par peur de l’armée syrienne, mais bien plutôt dû aux attaques menées par les troupes rebelles de la soi disant « révolution » syrienne. Le reportage a aussi souligné comment la minorité chrétienne de la Syrie souffre des attaques des groupes armés rebelles :

 “… the women described what happened to their husbands, brothers and nephews back in their hometown of Qusayr in Syria. They were killed by Syrian rebel fighters, the women said — murdered because they were Christians, people who in the eyes of radical Islamist freedom fighters have no place in the new Syria [26]”.

… les femmes ont décrit ce qui est arrivé à leurs maris, frères et neveux dans leur ville natale de Qusayr en Syrie. Ils ont été tués par des combattants rebelles syriens, disent-elles, ils ont été assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, et parce que, selon les combattants islamistes radicaux de la liberté, ils n’ont pas de place dans la nouvelle Syrie (t. d. a.).

Tout ce que nous indiquons ci-devant, monsieur Vilmer ne le nie pas ; au contraire, il l’affirme, comme il écrit :

« Ce n’est ni la première ni la seule occurrence de crimes commis par les rebelles. Cela fait des mois que les organisations de défense des droits de la personne mettent en évidence que des crimes de guerre sont commis des deux côtés. Comme c’était déjà le cas en Libye [27] ».

Ainsi, monsieur Vilmer « avouait qu’il avait toujours horriblement souffert ; mais ayant soutenu une fois que tout allait à merveille, il le soutenait toujours, et n’en croyait rien [28] ».

Discours de M. Vilmer ou Misère de la misère

Dans une série d’articles, libellée « Discours de la misère » et publiée par le Centre de recherche sur la mondialisation [29], nous avons décortiqué le discours philanthrope de Christophe Barbier [30] et d’Alain Gresh [31] sur le prétendu « Printemps arabe » et le conflit syrien. Cette série a été suivie d’une autre, libellée « Misère du discours », où nous avons contrecarré les fantaisies militaires de BHL [32] à propos de la guerre en Syrie, ainsi que la parodie du Conseil national syrien (CNS) [33]. Or, il nous semble ici qu’une nécessité se présente à initier, avec l’article de monsieur Vilmer, une nouvelle série libellée cette fois-ci « Misère de la misère », car la misère discursive atteint, ici, son summum avec l’appel qu’avait lancé monsieur Vilmer à armer les « insurgés », ce qui entraîne à armer effectivement le Front al-Nusra, affilié à al-Qaïda, dont les combattants constituent seuls, et seulement seuls, la majorité des groupes armés en Syrie. Voici ce que monsieur Vilmer réclame avec un ton héroïque, plus héroïque que celui de Hector devant les murailles de Troie :

 « Il faut donc les soutenir, et même le faire de manière plus décisive, en leur livrant des armes lourdes pour hâter l’issue de ce qui est en train de devenir une guerre d’usure (…) Reconnaître que la nouvelle coalition de l’opposition syrienne est « la seule représentante du peuple syrien » et lui livrer rapidement des armes – clandestinement s’il le faut – est la seule manière de précipiter la fin de cette guerre qui, en vingt mois, a déjà fait près de 40 000 victimes [34] ».

Bravo Vilmer ! Félicitations al-Qaïda !

Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit d’une ânesse [35].

En guise de conclusion, nous rappelons que la nouvelle coalition de l’opposition ne contrôle rien sur le terrain, et que le Front al-Nusra constitue le fer de lance de l’opposition armée ; cela se confirme jour après jour ; ce qui a poussé le président américain Barack Obama à avouer, comme nous l’avons indiqué au début, une certaine hésitation quant à savoir si les États-Unis doivent, ou ne pas, intervenir en Syrie. Il a expliqué être “aux prises” avec cette décision ; sans donner de réponse [36], car parfois, il vaut mieux se taire que de dire n’importe quoi !

Fida Dakroub, Ph.D

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes

[1]Le Point. (28 janvier 2013). « Syrie: l’opposition réclame de l’aide et des armes ». Récupéré le 29 janvier 2013 de

[2] Livre, en hébreu dans le texte.

[3] Agence SANA. (6 janvier 2013). « Le président al-Assad lance une solution politique de la crise à trois étapes et affirme que la Syrie redeviendra plus forte et jamais concédant ni principes ni droits ». Récupéré le 25 janvier 2013 de

http://www.sana-syria.com/fra/51/2013/01/06/460573.htm

[4] Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, enseignant à l’Université McGill en droit et membre associé de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

[5] « Que tout va bien dans le meilleur des mondes possible », une phrase célèbre de monsieur Pangloss dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire.

[6] Jeangène Vilmer, Jean-Baptiste. (19 novembre 2012). « Lutter avec des monstres sans en devenir un soi-même ». Publié dans Le Devoir. Récupéré le 26 janvier 2013 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/364283/lutter-avec-des-monstres-sans-en-devenir-un-soi-meme

[7] loc. cit.

[8] Monologue de Don Diègue après l’insulte du Comte, dans Le Cid de Pierre Corneille, acte I, scène 4, v. 237 – 260, éd. Larousse, 2007, p. 20.

[9] Jeangène Vilmer, Jean-Baptiste, loc. cit.

[10] « Toi aussi », en latin dans le texte de J.-B. Jeangène Vilmer.

[11] La rhétorique est à la fois la science et l’art qui se rapporte à l’action du discours sur les esprits, « bene dicendi scientia » selon les mots de l’orateur romain Quintilien.

[12] loc. cit.

[13] Juges I (5 :4).

[14] Allusion au personnage de Monsieur Jourdain dans « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière.

[15] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, José Arcadio Buendia est le patriarche de la famille et fondateur de Macondo. C’est une personne à la volonté forte, inamovible (tant physiquement que moralement) et avec un grand intérêt pour les mystères philosophiques, idéaliste et aventureux. Il finit ses jours attaché à un arbre.

[16] Allusion à la métaphysico-théologo-cosmolonigologie dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. 1

[17] Dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, Melquiades est un prophète gitan qui se lie d’amitié avec le premier Buendia. Ensemble ils cherchent la pierre philosophale. Melquiades est déclaré mort mais revient chez les Buendia où il écrit des parchemins. Melquiades hante toujours la maison, et ses écrits racontent toute la malédiction des Buendia.

[18] Front al-Nosra est un groupe de rebelles armés en Syrie. Le groupe a été formé à la fin de l’année 2011 lors de la guerre impérialiste contre la Syrie. Il a été désigné par les États-Unis comme une organisation terroriste à la fin 2012.

[19] Oweis Yacoub, Khaled. (20 décembre 2012). “Al Qaeda grows powerful in Syria as endgame nears”. Publié par Reuters. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.reuters.com/article/2012/12/20/us-syria-crisis-qaeda-idUSBRE8BJ06B20121220

[20] Vilmer, loc. cit.

[21] Psaume (6 : 3 – 4).

[22] Nordland, Rod. (24 juillet 2012). “Al Qaeda Taking Deadly New Role in Syria’s Conflict”. Publié dans The New York Times. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.nytimes.com/2012/07/25/world/middleeast/al-qaeda-insinuating-its-way-into-syrias-conflict.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

[23] The Guardian. (30 juillet 2012). “Al-Qaida turns tide for rebels in battle for eastern Syria”. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/jul/30/al-qaida-rebels-battle-syria

[24] Abdul-Ahad, Ghaith. (23 septembre 2012).“Syria: the foreign fighters joining the war against Bashar al-Assad”. Publié dans The Guardien. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/sep/23/syria-foreign-fighters-joining-war?intcmp=239

[25] Vela, Justin. (13 juin 2012). “Arab states arm rebels as UN talks of Syrian civil war”. Publié dans The Independent. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/exclusive-arab-states-arm-rebels-as-un-talks-of-syrian-civil-war-7845026.html

[26] Puz, Ulrike. (25 juillet 2012). “Christians Flee from Radical Rebels in Syria”. Publié dans Der Spiegel. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.spiegel.de/international/world/christians-flee-from-radical-rebels-in-syria-a-846180.html

[27] Vilmer, loc. cit.

[28] Dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, ch. XXX.

[29] Articles de Fida Dakroub publié par Mondialisation.ca

http://www.mondialisation.ca/author/fida-dakroub

[30] Dakroub, Fida. (24 avril 2012). « Le calife de sang ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/critique-du-discours-philanthrope-sur-la-syrie-ou-mis-re-du-discours-le-calife-de-sang/30516

[31] Dakroub, Fida. (1 mai 2012). « Les chemins de la liberté ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/critique-du-discours-philanthrope-sur-la-syrie-ou-mis-re-du-discours/30637

[32] Dakroub, Fida. (13 août 2012). « De l’intervention militaire en Syrie : qui croire, BHL ou Jalili ? ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/de-l-intervention-militaire-en-syrie-qui-croire-bhl-ou-jalili/32342

[33] Dakroub, Fida. (4 septembre 2012). « Le 11-Vendémiaire de la Sainte-Révolution syrienne ». Publié par le CRM. Récupéré le 29 janvier 2013 de

http://www.mondialisation.ca/le-11-vendemiaire-de-la-sainte-revolution-syrienne/5303168

[34] Vilmer, loc. cit.

[35] Zacharie (9 :9).

[36] Le Point. (28 janvier 2013). loc. cit.

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

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Nouvelle arme à l’ADN synthétique

janvier 30th, 2013 by Julie Lévesque

Une nouvelle arme récemment mise en marché fera rêver tous les fidèles représentants de la loi et l’ordre ayant déjà perdu de vue un dangereux criminel de la pensée lors d’une manifestation anti-establishement : la nouvelle arme haute vitesse à l’ADN, le SelectaDNA High Velocity.

« Disponible sous la forme d’un pistolet ou d’un fusil, ce nouveau concept pratique permet aux policiers et aux militaires de demeurer à une distance sécuritaire (de 30 à 40 mètres) d’une cible potentielle en tirant une pastille de SelectaDNA High Velocity […]

Le directeur général de Selecta, Andrew Knights, a déclaré : “Lorsqu’elle entre en contact avec la cible, la solution SelectaDNA à code unique laisse une trace d’ADN synthétique qui permettra aux autorités en question de confirmer si la personne a été impliquée ou non dans une situation particulière, ce qui pourrait en bout de ligne conduire à une arrestation et une poursuite judiciaire.” » (SelectaDNA High Velocity DNA Tagging System)

Si elle nous vante l’utilité de l’arme à l’ADN dans des situations de contrôle de foules, la compagnie ne nous explique pas comment un individu marqué pendant des semaines par une pastille codée à l’ADN peut être retracé, mais seulement comment il peut être identifié en étant exposé à une lampe UV.

On ne nous dit pas non plus quel effet cette pastille peut avoir sur la santé. On nous rassure tout de même sur la sélection de produits de marquage de biens SelectaDNA, dont les aérosols et les gels antivols : ils sont « non toxiques, ce qui signifie que vos biens n’ont aucun impact environnemental ».

L’infopublicité mise sur l’utilité de l’arme non létale pour marquer des individus dans des situations « d’émeutes » ou de difficultés à « contrôler des foules » :

« Identifier un individu à distance ou dans une foule peut représenter un défi pour les représentants de la loi et les forces de l’ordre, surtout dans le cas d’émeutes ou s’ils éprouvent des difficultés à contrôler des foules. »

On ne semble pas voir la flagrante contradiction : s’il est difficile d’« identifier un individu dans une foule » incontrôlable ou une émeute, alors le viser et l’atteindre avec une arme doit l’être tout autant, sinon plus. Comment s’assurer que l’individu marqué à l’ADN n’a pas été touché par une pastille perdue?

Bref, il existe très peu d’information sur ce nouvel engin et bien des questions demeurent. Il est particulièrement inquiétant de voir qu’il sera probablement utilisé lors de manifestations contre le pouvoir établi dans des pays dit démocratiques et prônant la liberté d’expression, comme le sont actuellement les balles de caoutchouc et le pistolet Taser qui ont blessé et même tué des innocents. Par ailleurs, ce pistolet à l’ADN sera sans doute la source de multiples erreurs sur la personne.

Julie Lévesque

Journaliste, Mondialisation.ca

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En 2007, le Wall Street Journal a publié un article intitulé: « To Check Syria, U.S. Explores Bond With Muslim Brothers.” Et déjà à ce moment là, il fut noté que la confrérie avait des liens très étroits avec des groupes que les États-Unis reconnaissent et listent comme des organisations terroristes, incluant le Hamas et Al-Qaïda.

L’article nous livre une sombre prémonition du soutien que les États-Unis offriront aux Frères musulmans à la fois comme force politique et terroriste dans le monde arabe, et ce après des décennies de tentative d’écrasement de cette organisation sectaire terroriste de la Tunisie à la Syrie en passant par l’Égypte, la Libye, la Jordanie et au-delà. En fait, l’article du Wall Street Journal de 2007 notait spécifiquement que le partenariat avec les États-Unis “pourrait déstabiliser les gouvernements de Jordanie et d’Égypte, deux des plus gros alliés des États-Unis où la confrérie représente une force politique d’opposition croissante.”

L’Égypte est maintenant sous la férule de la dictature de la confrérie sectaire et extrémiste des Frères musulmans, après que les États-Unis aient provoqué les troubles dans le pays en 2011, tandis que la Jordanie voit maintenant à son tour les troubles se produire, troubles menés par cette même confrérie.

Ce qui est assez dérangeant à propos de cet article de 2007 est qu’il montre comment les “politiques de l’ère Bush” de 2000-2008 ont transcendé les gouvernements et ont continué de plus belle sous le gouvernement Obama.

L’article, écrit par Jay Solomon, fait écho similairement à une prémonition des évènements violents et confessionels qui ont engouffrés la Syrie, décrites par le journaliste lauréat du prix Pullitzer Seymour Hersch dans un article du New Yorker intitulé: « The Redireciton: Is the Administration’s new policy benefiting our enemies in the war on terrorism? » (La nouvelle direction : La nouvelle politique de l’administration profite-t-elle à nos ennemis dans la guerre au terrorisme)

Solomon commence en disant:

“Lors d’une après-midi humide de la fin mai, environ une centaine de supporteurs du plus grand groupe d’opposition syrien en exil, Le Front national du salut (FNS), s’étaient rassemblés ici devant l’ambassade de Damas pour protester contre le pouvoir de Bachar Al-Assad. Les manifestants crièrent des slogans anti Assad et brandissaient des pancartes proclamant: “Changeons de régime maintenant !”

Plus loin dans l’article, il sera révélé que le Front national du salut était en contact avec le ministère des Affaires étrangères américain et qu’un cabinet de consultants situé à Washington aidait en fait le FNS à organiser cette manifestation :

Dans les semaines précédant l’élection présidentielle, l’officine du ministère des Affaires étrangères, Middle East Partnership Initiative, qui fait la promotion de démocratie régionale et des membres du FNS, se sont rencontrés pour parler de l’opportunité mettre en évidence le manque de démocratie en Syrie et le haut taux d’abstention, disent les participants. Un autre cabinet de consultants situé à Washington, C&O Resources Inc., a assisté le FNS dans sa planification de la manifestation anti-Assad du 26 mai devant l’ambassade syrienne, leur donnant des contacts parmi les médias et parmi les politiques. Les représentants du ministère des Affaires étrangères ont insisté sur le fait qu’ils ne fournirent aucun soutien financier ou technique aux manifestants.

Tout comme le “printemps arabe”, qui fut en fait une sédition fomentée par l’Occident, fut promut publiquement par des entreprises professionnelles de relations publiques, avec l’aide des médias achetés et complices, vendant la salade comme une révolution “pro-démocratie”.

Comme le ministère des Affaires étrangères et les organes de presse occidentaux le font maintenant en présentant l’opposition syrienne comme représentative d’un vaste rayon d’intérêts de la société syrienne, le Wall Street Journal  admis alors, tout comme cela est évident maintenant, que la confrérie sectaire des Frères Musulmans, était en fait le véritable centre de la “révolte” :

Un des membres les plus influents du FNS est la branche syrienne des Frères musulmans, le mouvement politique actif depuis des décennies à travers le Moyen-Orient et dont les leaders ont inspiré des groupes terroristes comme le Hamas ou Al Qaïda. La branche syrienne dit qu’elle a renoncé à la lutte armée en faveur des réformes démocratiques.

L’article décrivait une opposition désorganisée et fracturée, assez semblable au Conseil national syrien de 2011 et sa plus récente réincarnation américano-qatarie, la “Coalition nationale”, dont le seul dénominateur commun et la seule idéologie dominante est toujours l’extrémisme sectaire exercé par les Frères musulmans. De manière similaire, la “Coalition nationale” actuelle est menée par Moaz al-Khatib, qui a admis ouvertement sur la chaîne qatarie Al-Jazeera, ses aspirations d’établir un “État islamique” en lieu et place de la société laïque syrienne actuelle. Al-Khatib a aussi protesté véhémentement contre l’inclusion sur la liste américaine des groupes terroristes de l’organisation Al-Nosra, qui se bat en Syrie et fait  partie intégrante de la coalition nationale d’al-Khatib.

Ce sont les “combattants de la liberté” d’alors et de maintenant que les États-Unis soutiennent, financent et arment. La plus récente accusation des États-Unis armant des terroristes connus est venue de l’ancien général étasunien et ancien commandant des forces spéciales, William G. Boykin, qui a affirmé que les États-Unis non seulement arment les terroristes en Syrie, mais qu’ils le font en faisant passer les armes par l’émirat de la terreur de Benghazi en Libye.

Le discours des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’OTAN et même de l’ONU en ce qui concerne le conflit en Syrie, est une fabrication intentionnelle et cela est clairement démontré par les réseaux logistiques panarabes que l’OTAN utilise pour inonder la Syrie d’armes et de terroristes, les chefs de l’opposition actuelle, ainsi que par les preuves documentées d’une conspiration élaboré avec les Frères musulmans depuis 2007 et d’autres groupes extrémistes violents en Syrie pour renverser le gouvernement. Cela indique une tromperie encore plus grande, impliquant la fausse idée selon laquelle des élections présidentielles amènent à la fois un changement de leadership et de politique. Les guerres fomentées sous Bush sont perpétuées et amplifiées sous Obama et ce par les mêmes décideurs des mêmes boîtes de réflexion financées par l’entreprise privée qui ont donné à Bush son programme il y a des années de cela.

Avec des troupes françaises, britanniques et maintenant étasuniennes qui deviennent de plus en plus impliquées au Mali, combattant supposément des terroristes en contact direct avec des combattant armés, financés et reconnus diplomatiquement par l’Occident en Libye, ainsi que le débordement du conflit Algérie, on se doit de reconnaître qu’un programme particulier est mise en oeuvre à la fois contre la volonté du peuple et ses meilleurs intérêts. Identifier les intérêts du privé et de la finance impliqués dans ce projet et les boycotter tout en les remplaçant par des alternatives locales constitue notre seul recours. Comme l’illustre le cas de non-transition et de continuité du programme entre Bush le « droitiste » républicain et Obama le “gauchiste” démocrate, les élections ne servent à rien du tout. Comme le “printemps arabe” l’a prouvé avec les manifestations de ce Front national du salut dont le scénario était écrit par des officines américaines, la protestation et la manifestation publique ne servent à rien non plus.

Tony Cartalucci

Le 24 Janvier 2013

Article original en anglais :

http://landdestroyer.blogspot.fr/2013/01/syrias-muslim-brotherhood-propped-up-by.html#more

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

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L’intervention française au Mali, suivie du siège sanglant en Algérie, représente un tournant dans ce qui se présente comme une nouvelle ruée impérialiste vers l’Afrique. Ces événements, si peu de temps après la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN en vue d’un changement de régime en Libye et la guerre civile sectaire en Syrie avec le soutien de Washington, sont le signe que l’humanité assiste à une poussée convulsive des grandes puissances pour la redivision du monde, de ses territoires, ses marchés, ses ressources.

Il y a tout lieu de croire que cette campagne de recolonisation d’une grande partie de la planète sera encore plus sanglante et plus tyrannique que la première colonisation de l’Afrique.

Tout comme durant la guerre contre la Libye, la France a pris les devants en déchaînant sur le territoire malien ses chasseurs-bombardiers et ses chiens de guerre que sont la Légion étrangère. Cependant, les autres grandes puissances impérialistes ont clairement signalé qu’elles ne resteront pas à l’écart.

Le premier ministre britannique David Cameron a juré que le Royaume-Uni « collaborera avec d’autres pour verrouiller ce territoire non gouverné » en Afrique du Nord-Ouest, « avec tous les moyens dont nous disposons. » Qualifiant les développements au Mali et dans les pays avoisinants de « menace mondiale », Cameron a déclaré que cette situation « exigera une réponse sur plusieurs années, voire même plusieurs décennies, plutôt que quelques mois. »

Le gouvernement Obama a d’abord adopté une approche prudente envers les événements au Mali, préoccupé, sans doute, de se retrouver à aider un rival impérialiste, sapant ainsi ses propres objectifs prédateurs en Afrique. Cependant, avec la crise des otages en Algérie qui a coûté la vie à au moins 80 personnes, y compris trois Américains, Washington a clairement exprimé ses intentions d’intervenir de manière agressive.

Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a déclaré vendredi dernier: « Nous avons la responsabilité de chasser Al-Qaïda, où qu’il se trouve. Nous les avons chassés dans le FATA (les zones tribales administrées fédéralement au Pakistan). Nous sommes en train de les chasser au Yémen et en Somalie. Nous avons la responsabilité d’assurer qu’Al-Quaïda n’établisse pas de bases d’opérations en Afrique du Nord et au Mali. »

Le message est clair. Le Mali et la région seront transformés en un nouveau front dans la crise de folie meurtrière à échelle mondiale des Etats-Unis et qui sera perpétrée en premier lieu avec des drones Predator et des missiles Hellfire.

Les Etats-Unis ont également annoncé qu’ils sont en train d’envoyer des Forces Spéciales comme « formateurs » et « conseillers » aux six pays, le Niger, le Nigeria, le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo et le Ghana, qui fourniront les soldats permettant à la Communauté économique ouest africaine (Cédéao) de bricoler une force africaine qui agira en intermédiaire de l’intervention impérialiste. Les Etats-Unis fourniront le transport aérien pour acheminer les troupes africaines de la Cédéao au Mali.

Autant pour la belle rhétorique d’Obama lors de son investiture. « Une décennie de guerres se termine, » a-t-il déclaré lundi, un jour seulement après que Cameron avertissait que c’était le commencement de décennies de guerres en Afrique.

Nous sommes maintenant dans une ère historique où chaque nouvelle guerre engendre la suivante: La Libye, la Syrie et maintenant le Mali, en l’espace de moins de deux ans.

Le lien entre ces guerres est rarement reconnu dans les médias officiels, qui, d’une voix haletante, font des reportages sur chaque nouvelle crise, des combats au Mali au drame des otages en Algérie dans le complexe gazier, comme s’il s’agissait d’un outrage insensé ne pouvant s’expliquer que comme le développement d’une lutte entre le bien et le mal, connue sous le nom de guerre mondiale contre le terrorisme.

On n’est pas censé prononcer le terme de « boomerang explosif » lorsque l’on est en présence des délicats réseaux médiatiques. Et pourtant c’est précisément de cela qu’il s’agit. La guerre Etat-Unis/OTAN pour le changement de régime en Libye a déstabilisé la région tout entière. Cela a eu pour effet de faire fuir les Touaregs, dont beaucoup avaient servi parmi les forces de sécurité de Khadafi, qui sont entrés se réfugier au Mali dans une situation où les « révolutionnaires » de Libye soutenus par l’OTAN chassaient et tuaient toute personne à peau noire.

Les Touaregs sont un peuple nomade du Sahel qui s’étend en bordure du désert du Sahara. Ils habitent le Nord du Mali ainsi que le Niger, l’Algérie, le Maroc, la Libye et le Burkina Faso.

Au Mali, l’oppression et la négligence du gouvernement central ont provoqué quatre révoltes depuis l’indépendance en 1960. Des révoltes similaires se sont produites au Niger voisin. L’arrivée des Touraegs fuyant la Libye, combinée aux grandes quantités d’armes libyennes disponibles, ont déclenché cette dernière révolte qui a été alimentée par la défection de grande envergure de soldats et d’officiers touaregs de l’armée malienne.

Les nationalistes touaregs laïcs ont cependant été supplantés par des forces islamistes mieux équipées et mieux financées. Fortement consolidées par la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN en Libye où elles ont été armées et soutenues par Washington comme force terrestre par procuration contre Kadhafi, elles sont à présent armées et financées de la même façon comme troupes de choc pour un changement de régime en Syrie. O ne peut pas comprendre la politique américaine au Moyen-Orient et en Afrique si on ne reconnaît pas que Washington opère au sein d’une alliance de fait avec des forces liées à Al Qaïda.

Al Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI), nouvel épouvantail de la « guerre contre le terrorisme, » est comme son prédécesseur en Afghanistan, le monstre Frankenstein de l’impérialisme occidental. AQMI avait émergé au sein de forces qui étaient parties se battre en Afghanistan, soutenues par les Etats-Unis, contre le régime de Kaboul, soutenu par l’Union soviétique dans les années 1980. Elles étaient ensuite rentrées pour se battre dans la sanglante guerre civile algérienne des années 1990, où l’impérialisme américain et français soutenaient l’armée algérienne dans sa prise de pouvoir visant à empêcher l’élection du Front de salut islamique. La répression qui s’ensuivit provoqua la mort de 100.000 Algériens.

Le gouvernement algérien a accusé l’émirat du Qatar, un allié clef de Washington, de financer AQMI, tout comme il finance les « rebelles » soutenus par les Américains en Syrie. Avant même le conflit actuel, ce n’était un secret pour personne que AQMI et des groupes similaires jouissaient de l’approbation tacite du gouvernement central du Mali, appuyé par Washington et Paris, qui voyait les Islamistes comme un contrepoids utile aux Touaregs.

Et maintenant, on nous demande de croire que cette même organisation est devenue une menace « mondiale », capable d’attaquer à tout moment « notre patrie ».

Le conflit grandissant en Afrique n’a rien à voir avec Al Quaïda ni avec la lutte contre le terrorisme. Le magazine Time a succinctement exposé les motifs réels au Mali: « Les dangers se développent ailleurs, avec d’énormes réserves de pétrole attirant les entreprises occidentales à mettre en place la production de pétrole à travers le vaste Sahel. Au sud de l’Algérie et du Mali se trouve le Niger, un pays désertique extrêmement pauvre avec une production d’uranium au quatrième rang mondial, qui alimente le réseau essentiel du parc nucléaire de la France. A l’est de l’Algérie se trouve la Libye, où un certain nombre d’entreprises occidentales exploitent quelques-unes des plus grandes réserves de pétrole de l’Afrique. »

L’impérialisme américain et les puissances européennes qui avaient précédemment colonisé l’Afrique sont déterminés à s’emparer de ces ressources. Après avoir été supplantés par la Chine comme unique et plus important partenaire commercial de l’Afrique, et toujours derrière Pékin en termes de croissance de l’investissement direct étranger, Washington et les puissances européennes se tournent vers une intervention militaire comme moyen de compenser leur déclin économique.

Tout comme cela avait été le cas avec les rivalités inter-impérialistes générées par la ruée vers l’Afrique il y a un siècle, les conflits actuels pour la domination du continent conduiront à l’éruption d’un nouvelle guerre mondiale.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 23 janvier 2013

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La guerre monétaire du Japon

janvier 29th, 2013 by Peter Symonds

Le nouveau gouvernement du Parti libéral démocrate (Liberal Democratic Party, LDP) a commencé à appliquer un programme nationaliste agressif sur deux fronts. Une expansion de l’armée libérée de toute contrainte constitutionnelle est en train d’être complétée par une politique monétariste unilatérale visant à affaiblir le yen et à faire augmenter les exportations aux dépens des concurrents du Japon.

Soumise à une pression intense de la part du premier ministre Shinzo Abe, la Banque du Japon (BoJ) a annoncé mardi 22 janvier qu’elle allait relever « le plus tôt possible » son objectif d’inflation de 1 à 2 pour cent par des achats d’actifs divers [obligations diverses et autres titres financiers] – une politique conforme à celle de la politique monétaire expansionniste (« quantitative easing ») pratiquée par la Réserve Fédérale américaine.

Cependant, la banque centrale qui a été jusqu’ici réfractaire aux exigences en faveur d’un assouplissement monétaire, a reporté l’achat d’obligations au mois de janvier de l’année prochaine. Les marchés monétaires ont réagi en conséquence. Après avoir, depuis novembre, fait baisser la valeur du yen de 12 pour cent par rapport à celle du dollar américain du fait de la nouvelle politique monétaire d’Abe, les marchés misent maintenant, suite à l’annonce de la BoJ, sur une plus forte valeur du yen.

Abe a salué la décision de la banque centrale en disant que c’était « un pas vers un audacieux assouplissement monétaire ». Cette décision ne sera toutefois pas la dernière. Abe avait prévenu lors de la campagne électorale du mois dernier qu’au besoin il légiférerait pour forcer la BoJ à appliquer sa politique monétaire. De plus, il a l’occasion d’installer à la tête de la BoJ un nouveau gouverneur lorsque le mandat du gouverneur sortant s’achèvera.

La décision de la BoJ a immédiatement suscité des mises en garde de la part des adversaires économiques du Japon selon lesquelles cela pourrait déclencher une série de dévaluations compétitives – une « guerre des monnaies ». Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, a dit que si les autres pays faisaient de même, il serait « difficile de croire qu’il sera aisé de contrôler les tensions qui s’ensuivront. » Michael Meister, membre influent du parti allemand au pouvoir (CDU) a prévenu que la décision pourrait « créer une spirale qui nous ferait du mal à tous, » en indiquant que Berlin pourrait recherchait le soutien du G20 afin d’exercer des pressions sur le Japon.

S’exprimant dans le Financial Times, le ministre japonais de l’Economie, Akira Amari, a réfuté les inquiétudes exprimées par Jens Weidmann, président de la Banque centrale allemande, la Bundesbank, quant aux « infractions alarmantes » remettant en cause l’indépendance de la BoJ. Rejetant cette accusation, Akira a déclaré : « L’Allemagne est le pays dont les exportations ont le plus profité du système de taux de change fixe dans la zone euro. Elle est mal placée pour faire des critiques. »

Les mesures du gouvernement Abe sont dictées par l’aggravation de la crise économique du pays. La stagnation persistante suite à l’éclatement des bulles spéculatives de l’immobilier et au niveau de la bourse à la fin des années 1980 est en train de coïncider avec l’effondrement économique mondial qui a débuté avec la crise financière de 2008. Des tentatives répétées pour promouvoir la croissance au moyen de programmes de travaux publics ont échoué. Le résultat est une dette publique insoutenable qui se situe actuellement à 240 pour cent du produit intérieur brut, soit le plus haut niveau de n’importe quel autre pays industrialisé.

L’un des facteurs de la capacité du Japon à maîtriser la tempête économique est son énorme excédent commercial, mais sa balance commerciale est devenue nettement négative au cours de ces deux dernières années. En 2012, le Japon a connu son plus important déficit commercial de tous les temps. Les exportations ont chuté pour l’ensemble de 5,8 pour cent et de 15,8 pour cent avec la Chine dans le contexte de vives tensions au sujet du conflit autour des îles en Mer de Chine orientale. Les importations ont augmenté, notamment celles de l’énergie, après la catastrophe nucléaire de Fukushima et de la fermeture des centrales nucléaires.

La vulnérabilité économique inhérente au Japon est en train d’être révélée au grand jour. En tant que nation insulaire, le capitalisme japonais a toujours été lourdement tributaire des marchés d’exportation et de l’accès à des matières premières bon marché. L’atmosphère de désespoir qui entoure la politique monétaire agressive du gouvernement Abe et les nouvelles mesures de relance économique, font écho à la réaction du Japon dans les années 1930.

Durement touché par la Grande Dépression et le marasme spectaculaire des exportations, le gouvernement japonais qui était entré en fonction en décembre 1931 avait mis fin à la parité yen/or en augmentant fortement les dépenses publiques, notamment les dépenses militaires et en réduisant les taux d’intérêt dans le but de favoriser les affaires. La valeur du yen avait plongé de 60 pour cent par rapport au dollar américain et de 44 pour cent par rapport à la livre sterling anglaise.

Ecrivant dans le journal britannique The Daily Telegraph, le rédacteur d’affaires Ambrose Evans-Pritchard a décrit la politique d’Abe comme suit : « une copie de ce qui s’était produit au début des années 1930 sous Korehiyo Takahashi [ministre des Finances], le premier de son époque à ignorer les règlements et à sortir son pays de la Grande Dépression… Il y a peu de gens qui contestent que le Japon a été de 1932 à 1936 le fer de lance de l’expérience [économique] mondiale la plus réussie. Le truc était de frapper un grand coup et de combiner toutes les formes de relance, chacune renforçant l’autre. »

Pour ce soi-disant « succès », il a toutefois fallu payer un prix terrible. La politique de Takahashi avait été conforme à la politique protectionniste (« beggar-thy-neighbour ») qui était appliquée de plus en plus souvent par toutes les puissances impérialistes en exacerbant considérablement les tensions géopolitiques. De plus, le programme économique du Japon s’était accompagné d’une répression policière d’Etat contre la classe ouvrière sur le plan national et d’une agression militaire à l’étranger pour se procurer des marchés et l’accès aux matières premières. L’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931 et de la Chine en 1937 avaient préparé le terrain au déclenchement de la guerre du Pacifique en 1941 qui eut des conséquences dévastatrices pour la classe ouvrière.

De nos jours, le gouvernement droitier d’Abe est en train de poursuivre un mélange tout aussi dangereux de politique économique nationaliste et de militarisme – et il n’est pas le seul. Le recourt du gouvernement Obama à un assouplissement quantitatif monétaire illimité et à son agressif « pivot vers l’Asie » dans le but de contenir la Chine ont encouragé Abe a joué son propre rôle dans le développement de la guerre des monnaies et aussi à remilitariser le Japon. Au bout d’une décennie de guerres néocoloniales menées par les Etats-Unis au Moyen-Orient et une ruée sur l’Afrique, la classe dirigeante japonaise a conclu qu’une armée forte était nécessaire pour garantir ses intérêts économiques et stratégiques.

Ce glissement vers une guerre mondiale encore plus dévastatrice s’accompagne en ce moment d’une incitation à un nationalisme pernicieux dans chaque pays.

Peter Symonds

Article origina, WSWS, paru le 26 janvier 2013

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La reconquête de l’Afrique

janvier 29th, 2013 by Manlio Dinucci

Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours inaugural que les Etats-Unis, « source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique », de gigantesques avions étasuniens C-17 transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et par la Cia, en aiguisant les conflits internes. La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande.

La collaboration immédiate des Etats-Unis et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des fonctions d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en péril par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise. Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par habitant 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de sa population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltan, dont les gains finissent cependant dans les poches des multinationales et de l’élite locale. Pareil au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par habitant 100 fois inférieur à l’italien) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation est aux mains de la multinationale française Areva. Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étasunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales (mais des compagnies chinoises sont aussi en train d’arriver) : ce qui reste des profits va dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien (ordre religieux missionnaire italien, NdT) Michele Russo avait été expulsé du Tchad en octobre dernier. Niger et Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui, sous commandement français, sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front. Ce qui a été lancé au Mali, avec la force française comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, qui du Sahel s’étend à l’Afrique occidentale et orientale. Elle se soude à celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’Etat libyen et les manœuvres pour étouffer, en Egypte et ailleurs, les rebellions populaires.

Une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des « grandes démocraties », qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 29 janvier 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130129/manip2pg/14/manip2pz/335194/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Lincoln, sorti dans les salles de cinéma aux Etats-Unis le 16 novembre 2012 et en Europe en janvier 2013, est un film qui traite avec beaucoup de force la lutte de l’administration Lincoln pour faire passer un amendement constitutionnel abolissant l’esclavage en 1865, la dernière année de la Guerre de Sécession américaine.

LincolnLincoln

Le film se concentre sur la période du Congrès en fin de mandat du début de 1865, la quatrième année de la Guerre de Sécession, après que l’électorat ait gratifié Lincoln et les Républicains d’une victoire écrasante sur les Démocrates à l’élection de 1964, les Démocrates étant opposés à l’émancipation. Le film suit la lutte politique visant à faire passer le Treizième Amendement à la Chambre des Représentants – il était passé au Sénat l’année précédente – face à un Nord las de la guerre et sur la toile de fond d’un état d’esprit, au sein du parti républicain lui-même, favorisant de plus en plus une paix négociée avec le Sud.

L’écran est peuplé de personnages historiques réels, d’abord et surtout Lincoln, joué par Daniel Day-Lewis. Apparaissent également la première dame Mary Todd Lincoln (Sally Field), le Républicain radical membre du Congrès Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones), le Secrétaire d’Etat William Seward (David Strathairn), le républicain conservateur Francis Preston Blair (Hal Holbrook), le politicien démocrate “ Copperhead” (groupement violemment opposé à une guerre contre le Sud, n.d.t.) Fernando Wood, de New York City (Lee Pace), le général de l’Union Ulysses S. Grant (Jared Harris), le vice-président des Confédérés Alexander Stephens (Jackie Earle Haley), et bien d’autres encore.

La force considérable du film, réalisé par Steven Spielberg et écrit par Tony Kushner, réside dans sa présentation détaillée du contexte historique extraordinaire dans lequel se situe l’adoption du Treizième Amendement. Dans son travail, David Kushner est allé plus loin que l’œuvre de Doris Kearns Goodwin Team of Rivals, biographie de Lincoln sur laquelle le film s’appuie en partie.

Dans une interview avec le Wall Street Journal, Kushner a remercié plusieurs sources importantes dont le livre magistral de James McPherson, Battle Cry of Freedom, des écrits d’Alan Guelzo au sujet de Lincoln, ainsi que les lettres de ce dernier. Les réalisateurs ont porté une attention minutieuse à la fidélité historique, depuis l’illumination (le film essaie de recréer le genre d’illumination à l’huile utilisée à l’époque) jusqu’au langage (une grande partie des dialogues est tirée de documents historiques, y compris des discours prononcés à la Chambre des Représentants).

Le film fait revivre Abraham Lincoln d’une manière qui s’approche de la description inégalée de l’homme par Karl Marx. Lincoln, écrivait Marx, était un personnage « que l’adversité ne pouvait abattre, que le succès ne pouvait griser, qui poursuivait inflexiblement son but élevé, sans jamais compromettre par une hâte aveugle sa progression lente et ininterrompue, sans jamais se laisser emporter par le flot de la faveur du public ni décourager par un ralentissement du pouls populaire, tempérant ses actes de rigueur par un cœur chaleureux, éclairant les noires scènes de la passion du sourire de son humour et accomplissant son œuvre de géant, avec autant de simplicité et de modestie que les souverains de droit divin aiment à faire les petites choses avec une pompe et un éclat grandiloquents ; en un mot, c’était l’un des rares humains qui ait réussi à devenir grands sans cesser d’être bon. De fait, ce grand et brave homme était si modeste que le monde ne découvrit son héroïsme qu’après qu’il fût tombé en martyr. »

Une partie importante du mérite de la recréation de ce Lincoln revient au travail extraordinaire de Daniel Day-Lewis, acteur d’origine britannique. Dans son interprétation, Lincoln prête beaucoup d’attention à chaque parole, toujours en avance sur ses interlocuteurs et scrutant le sens politique caché derrière leurs positions. Lincoln apparaît à la fois comme un fin politicien et un dirigeant dont la politique était en fin de compte ancrée dans les principes – avant tout celui de l’égalité.

« Nous avons commencé par l’égalité, c’est l’origine, n’est-ce pas ? C’est la justice, » dit Lincoln dans le film, se référant de toute évidence à la Déclaration d’indépendance. Day-Lewis réussit à amalgamer le politicien – l’approche plutôt restreinte de Kearns Goodwin – avec l’homme de principe qui agit « sans jamais compromettre par une hâte aveugle sa progression lente et ininterrompue ».

Day-Lewis est aidé par Kushner dont un des mérites est d’avoir eu recours aux propres paroles de Lincoln pour former une grande partie du scénario. Le début du film montre Lincoln près d’un champ de bataille, rencontrant des soldats de l’Union, blancs et noirs, qui lui récitent ensemble son déjà célèbre discours de Gettysburg, contenant l’affirmation que la guerre se faisait pour « une nouvelle naissance de la liberté – et pour que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne disparaisse pas de la terre. »

Le film se termine, à la suite de l’assassinat de Lincoln, avec un retour sur son deuxième discours d’investiture, rendu de manière émouvante par Day-Lewis. « Nous espérons du fond du cœur, nous prions avec ferveur, que ce terrible fléau de la guerre s’achève rapidement », dit Lincoln. « Si, cependant, Dieu veut qu’il se poursuive jusqu’à ce que toutes les richesses accumulées par les hommes en chaînes pendant 250 ans d’un labeur sans salaire soient anéanties, et jusqu’à ce que chaque goutte de sang jaillie sous le fouet soit payée par une autre versée par l’épée, comme il a été dit il y a trois mille ans, il faut néanmoins dire que ‘les décisions du Seigneur sont en tout et pour tout justes et équitables’ ».

Entre ces deux piliers, le dialogue est parsemé des récits, boutades et métaphores de Lincoln. Ceux-ci n’étaient pas seulement des illustrations de l’anglais américain confortable « bien de chez nous ». La rhétorique de Lincoln, imbibée non seulement du coloris et du bon sens du pionnier américain, mais aussi de métaphores bibliques et de tragédie shakespearienne (qu’il savait réciter par cœur), offrait un langage propice à la compréhension et à l’action politique dans la Guerre de Sécession. Selon l’expression de James McPherson, Lincoln « gagna la guerre par des métaphores ».

A titre d’exemple, voici un passage du film : Lincoln, autodidacte en mathématiques, fait appel à Euclide pour l’aider à décider s’il faut ou non admettre une délégation de paix sudiste dans la Maison Blanche. « Le premier axiome d’Euclide est celui-ci » dit Lincoln à un jeune télégraphiste : « Des choses qui sont égales à une même chose sont égales entre elles. C’est une règle de raisonnement mathématique. Elle est juste parce qu’elle fonctionne, a fonctionné et fonctionnera toujours. Dans son livre, Euclide dit que cela est évident. Vous voyez, cela se trouve même dans ce livre de lois mécaniques écrit il y a 2000 ans. C’est une vérité évidente que des choses qui sont égales à une même chose sont égales entre elles. » Lincoln décide de ne pas inviter la délégation à Washington, renforçant ainsi ses chances dans son effort de faire passer le Treizième Amendement dans la Chambre des Représentants.

Le niveau général du jeu des acteurs dans le film est extraordinaire. A part Day-Lewis, une mention spéciale est due à Jones comme leader radical républicain au Congrès, Thaddeus Stevens de Pennsylvanie, et au portrait compatissant présenté par Field de la sémillante Mary Todd Lincoln. Une intrigue secondaire suit le drame survenu au sein de la famille Lincoln – un fils, Willie, était mort de typhus dans la Maison Blanche et Mary craignait désespérément de perdre un deuxième fils, Robert (Joseph Gordon-Levitt), qui avait demandé à son père la permission de s’enrôler dans l’armée de l’Union.

Le Stevens incarné par Jones ajoute une autre trame à l’histoire. Diffamé comme monstre, pendant un siècle, dans les livres d’histoire américains, Stevens ressort dans le film comme un des avocats les plus intransigeants de l’égalité – bien qu’il fasse lui-même des compromis pour faire passer le Treizième Amendement.

Comme il a été dit, l’intrigue principale montre la détermination de Lincoln à faire passer l’amendement abolitionniste dans un Congrès en fin d’exercice – une tâche qui nécessitait de gagner les votes d’un certain nombre de membres démocrates du Congrès opposés à l’émancipation. Le film de Spielberg a le mérite de ne pas reculer devant la complexité de la situation.

Dans une scène du début du film, Lincoln explique à son cabinet sceptique la nécessité de l’amendement en dépit de la proclamation d’émancipation qui était entrée en vigueur le 1er janvier 1863. Cette mesure était fondée sur l’exercice de ses pleins pouvoirs de commandant en chef en temps de guerre. Lincoln craignait qu’elle puisse être annulée par les tribunaux en temps de paix, et il craignait aussi qu’à défaut de mettre en œuvre une nouvelle mesure, un accord de paix puisse être conclu avec le Sud, permettant la continuation de l’esclavage.

Lincoln est plus faible dans sa représentation du processus par lequel cet amendement fut adopté. Le film se concentre sur les activités de trois lobbyistes « arnaqueurs » joués par James Spader, John Hawkes et Tim Blake Nelson – un trio qui a clairement trouvé sa place dans le film pour apporter une note d’humour – lorsqu’ils essaient d’amadouer et de corrompre des Démocrates hésitants pour leur faire soutenir l’amendement. Ce processus s’est effectivement déroulé ainsi – Lincoln préférait considérer la démarche comme manœuvre politique plutôt que comme subornation – mais le film tend à minimiser les tendances politiques plus musclées en jeu.

Les démocrates avaient été vaincus, lors des élections de 1864, par une vague de soutien populaire, au Nord, pour Lincoln, les Républicains et, en fait, pour l’émancipation. Le Parti démocrate avait fait de la proclamation d’émancipation de Lincoln le thème principal des élections de 1864, lançant des attaques incendiaires aux relents racistes contre le « parti républicain noir » au Nord.

Sans le retournement de la situation à la fin de l’été 1864, sans notamment la prise d’Atlanta par le général William Tecumseh Sherman, Lincoln et les républicains auraient bien pu perdre l’élection de 1864 au profit des démocrates et de George McClellan, l’ancien commandant de l’armée unioniste du Potomac. Si les Démocrates avaient gagné, ils auraient été prêts à négocier, avec la Confédération, une paix qui aurait reconnu son indépendance et révoqué l’émancipation.

En fin de compte, l’électorat asséna une claque retentissante aux Démocrates. L’opinion populaire se déplaçait vers la gauche, tendance corroborée par le vote de l’armée dont plus de 80 % des suffrages allaient à Lincoln, au détriment de McClellan. Tout cela ne trouve qu’un écho faible dans Lincoln – nous voyons des soldats attendant avec impatience les informations sur le vote au sujet du Treizième Amendement lorsqu’elles s’affichent au télégraphe, nous entendons plusieurs références aux Démocrates défaits, nous sentons la gravité et l’importance capitale du vote final sur l’amendement et, au début du film, nous voyons Lincoln affirmer sa conviction que sa proclamation d’émancipation et son emploi des pleins pouvoir de guerre étaient ancrés dans la volonté populaire, qu’il voyait revendiquée par l’élection de 1864.

Pourtant, le rôle des masses dans l’histoire est minimisé ; la conception de la politique comme marchandage est privilégiée. Cela reflète probablement l’influence de l’écrivain Kearns Goodwin, représentante de l’establishment, qui met l’accent, dans son livre Team of Rivals, sur l’ingéniosité de Lincoln en tant que politicien. Quels que soient les mérites du livre, son approche reflète la complaisance et l’étroitesse de la politique dans l’Amérique contemporaine, caractéristiques qui obscurcissent une compréhension de ce qui fut une époque très différente.

On ne diminue pas le moins du monde la valeur du film en signalant que Kushner et Spielberg auraient pu choisir de se concentrer sur plusieurs autres moments d’une guerre qui fut longue et sanglante. Il y eut plusieurs tournants très dramatiques, dont l’élection déjà mentionnée de 1864, la défaite des forces d’invasion sudistes dans la bataille de Gettysburg en Pennsylvanie en 1863, et peut-être le plus important de tous, l’été et l’automne 1862, après que Lincoln eût rédigé la proclamation d’émancipation et attendu, pour la publier, un quelconque succès militaire, succès qu’il obtint finalement avec la bataille d’Antietam, le 17 septembre de cette même année, jour de la Constitution.

Il paraît probable que Lincoln soulèvera un intérêt considérable. Il est significatif que le film apparaisse précisément maintenant, dans une période de crise sociale et de bouleversement imminent, qu’il vienne d’un réalisateur hollywoodien de pointe, Steven Spielberg, et qu’il ne soit pas une attaque de Lincoln, les abolitionnistes ou de la Guerre de Sécession elle-même.

Lincoln a été cloué au pilori comme raciste et hypocrite par un bon nombre d’adeptes de « la politique identitaire ». Et c’est devenu presque un article de foi, au sein de certaines couches universitaires, du mouvement des droits civils de jadis et de l’ex-gauche, que la Guerre de Sécession n’a rien accompli et que ce qui a suivi dans l’expérience afro-américaine était simplement « l’esclavage sous un autre nom », pour emprunter le titre d’un documentaire récent.

Comme le passage de Marx l’indique, les socialistes regardent la Guerre de Sécession et le rôle de Lincoln d’une manière bien différente, dans le cadre d’une évaluation historique objective, rendant hommage au caractère révolutionnaire de la lutte titanesque des années 1860, d’importance historique universelle.

Tout porte à croire que Lincoln rencontre un intérêt populaire considérable, une publication ayant décrit le week-end de la sortie limitée comme « triomphal ». Espérons que le film entraînera un intérêt plus poussé pour Lincoln en tant que personnalité historique, les abolitionnistes et la Guerre de Sécession, ainsi qu’une appréciation plus profonde de la force motrice de l’histoire américaine : la lutte pour l’égalité.

Tom MacKaman

Article original, WSWS, 12 novembre 2012

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Au séminaire international de Davos – rendez-vous des grands décideurs économiques et politiques (ultra) libéraux de ce monde – le roi Abdallah de Jordanie et le ministre turc des Affaires étrangères Davutoglu ont réclamé, l’un un « plan«   qui mette fin au conflit syrien  en respectant « l’unité et l’intégrité territoriale » du pays, l’autre une « action concertée » de la communauté internationale. Pour faire bonne mesure l’AFP ajoute à ces éminentes personnalités un prince séoudien – il y en a quelques centaines -, Turki al-Faisal, présenté comme un « expert« , et en tout cas ancien chef des services secrets du royaume wahhabite, lequel a classiquement demandé des armes pour l’opposition syrienne. On se demande quelle est l’autorité morale et professionnelle de pareils « experts« ,mais ce n’est évidemment pas l’AFP qui va nous renseigner sur le sujet.

Nasrallah aux ingérents : le rêve est fini

Mais la révolution syrienne, en dépit de la façon don l’AFP présente les choses – avec un titre « Le monde arabe réclame à Davos une action décisive pour sauver la Syrie » – n’est pas le souci n°1 des technocrates et businessmen de Davos. Ni même d’ailleurs du « monde arabe » : Abdallah II lui même a alerté son public d’ »élite » sur l’impasse du conflit israélo-palestinien, et les Premiers ministres égyptien, libyen, libanais et palestinien ont planché sur l’impact des printemps arabes dans leur pays respectif. La Syrie n’est plus une priorité de la civilisation occidentale libérale, et les révolutionnaires syriens se sont quelque peu démodés, pour cause d’insuccès persistant, et aussi de terrorisme et de fanatisme religieux un peu trop « voyants ».

Prenant la parole à Beyrouth devant ses partisans à l’occasion de la prière du vendredi, le secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah a dit à propos de la Syrie que les « données sur le terrain montrent que les personnes qui rêvent de voir le le régime du président Bachar al-Assad tomber ne verront pas leurs rêves se réaliser ». Mettons à part le cas du monarque jordanien, qui entre les pressions du Qatar, de l’Arabie séoudite, des Américains, de « ses » Frères musulmans, la présence de très nombreux réfugiés syriens et une situation économique peu enviable a plusieurs couteaux sous la gorge. Mais le Turc Davutoglu et le prince séoudien doivent disposer d’à peu près les mêmes « données de terrain » que Nasrallah, et ça les rend agressif.

À ce sujet notons avec intérêt que dans un article mis en ligne le 26 janvier sur le site du quotidien libanais anti-Bachar L’Orient Le Jour, un « haut responsable » issu des « cercles diplomatiques français » (en poste à Beyrouth ?) a reconnu que, du point de vue fabiusien du moins, dans le conflit syrien c’est « l’incertitude qui a pris le dessus sur l’espoir ». Or, l’incertitude du camp pro-rebelle est bien l’espoir des Syriens dignes de ce nom.

Les réfugiés : interpréter les chiffres, analyser le pourquoi

Réfugiés syriens en Jordanie : des otages des rebelles, qui les ont souvent conduits là où ils sont, et qui veulent garder sous leur contrôle cette masse de manoeuvre…

On a à l’occasion du séminaire de Davos appris les derniers chiffres officiels – du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) – sur le nombre de réfugiés syriens à l’étranger : 300 000 en Jordanie, 160 000 en Turquie, 600 000 en tout. Disons qu’en dépit du label HCR, ces chiffres, en tout cas ceux concernant la Jordanie, sont flous : les autorités d’Amman ont fait état, successivement ou simultanément, d’estimations très différentes, variant du simple au double.

Et puis la question des réfugiés « extérieurs » ne doit pas faire oublier la question des personnes déplacées à l’intérieur même du pays, fuyant les combats dans leur région ou leur ville, et très souvent, l’implacable loi islamo-épuratrice des bandes armées. Le HCR estime leur nombre à près de deux millions. Des gens d’Idleb sont venus à Alep, des gens d’Alep ont quitté les zones infestées par les bandes pour se réfugier dans les quartiers nord et ouest de la ville sous contrôle gouvernemental, des gens des gouvernorats de Homs et d’Idleb se ont réfugiés à Damas ou à Lattaquié, etc. Le HCR, le Croissant rouge syrien et les autorités syriennes font chaque jour du mieux qu’ils peuvent pour soulager leur misère, mais c’est évidemment l’éradication des bandes et un retour à l’ordre qui permettra à tous ces exilés intérieurs de retrouver leurs biens et leurs foyers. La clef de la crise humanitaire est, désolé de le rappeler, politique et militaire.

Disons aussi qu’il y a aussi des ambigüités, que nombre de commentateurs ne font guère d’efforts pour lever, sur les motivations de ces réfugiés. La plupart d’abord, ne fuient pas le régime syrien, mais les combats, ou le chaos et la misère consécutifs à ces combats, causés par l’action des bandes venues de Turquie et de Jordanie, ou disposant de bases de repli dans ces deux pays. Ensuite, un certain nombre d’entre eux ont plus ou moins été contraints de fuir par les rebelles, à qui ils servent d’argument de propagande, et de vivier de recrutement. La tribu, ou la famille au sens clanique de ce mot, étant, en Syrie et dans nombre de pays arabes, une réalité sociale, il suffit qu’un chef ou un notable prenne le chemin de la Turquie pour qu’une foule le suive en exil. Le HCR indique que 50% des 600 000 réfugiés a moins de 18 ans : comme dans les manifestations de l’opposition – quand il y en avait encore – ce sont les enfants qui gonflent les chiffres, les familles nombreuses étant comme on le sait nombreuses en Syrie.

Ensuite, une partie de ces réfugiés aimerait bien rentrer au pays, dans ses foyers. Mais ce n’est pas chose facile : le retour, dans une zone d’affrontements, est chose hasardeuse. Et puis les bandes rebelles contrôlent les flux des camps de réfugiés, quand il ne s’agit pas, dans le cas de la Turquie, des autorités à qui les réfugiés ont quand même pas mal servi de « masse de manoeuvre » diplomatique et médiatique.Les réfugiés syriens, disons-le, sont des otages de la rébellion. Ne rentre donc pas en Syrie qui veut.

Une chose est sûre : beaucoup de réfugiés se plaignent de l’attitude des autorités des pays d’accueil, et des révoltes ont eu lieu ces derniers mois dans des camps de Turquie et de Jordanie. Les visites de stars hollywoodiennes comme Angelina Jolie ou Mia Farrrow, qui en l’espèce servent d’avantage la propagande de leur gouvernement que la cause du peuple syrien, ne changent rien aux réalités politiques.

Le Liban n’est décidément pas la Turquie

Néanmoins, le ministère syrien de l’Intérieur vient de lancer un appel à tous les Syriens qui avaient quitté leur pays « de manière légale ou illégale » à y revenir, leur garantissant qu’aucune mesure ne serait prise à leur encontre. Et que leur situation serait régularisée dès leur arrivée dans les aéroports et aux postes-frontière. Le communiqué donne d’ailleurs une liste de sept de ces postes-frontière tenus par l’armée. Ces points sont situés sur la frontière libanaise – Jdaydet Yabous, al-Arida, al-Daboussyeh, al-Yaaroubyeh -, jordanienne – Nesib -, irakienne – al-Tanaf. Le seul poste-frontière avec la Turquie mentionné est celui de Kassab, sur la côte méditerranéenne, au nord de Lattaquié : une confirmation que la frontière avec la Turquie n’est pas contrôlable, soit du fait de la présence des rebelles, soit du danger représenté par les combats intervenant entre ces derniers et l’armée ou les milices kurdes. On peut penser aussi que le gouvernement Erdogan ne fait rien, en dépit de ces gémissements diplomatiques sur la charge financière représentée par les réfugiés syriens, pour permettre à ceux-ci de voter Bachar « avec leurs pieds » en regagnant la mère-patrie.

De son côté, l’ambassadeur syrien à Beyrouth, Ali Abdel Karim, a affirmé, le 25 janvier, que le nombre des réfugiés syriens au Liban était en augmentation continue – sans fournir toutefois de chiffres. Ali Abdel Karim s’exprimait suite à un entretien avec le ministre libanais des Affaires étrangères Adnan Mansour. Le Syrien a remercié le Libanais des efforts déployés par Beyrouth envers ces réfugiés, dont le nombre a été estimé par des sources libanaises entre 200 et 220 000. La France et la Russie ont promis des aides financières à ces personnes déplacées, qui se retrouvent enjeu diplomatique. C’est Vladimir Poutine lui-même qui a promis au président libanais Michel Suleiman cette aide, financière, sanitaire et logistique, se disant même prêt à organiser une rencontre internationale à Moscou sur les réfugiés syriens au Liban. Bien sûr, ce que Poutine fait ou promet au Liban, il ne le fait ni ne le promet pour les réfugiés de Turquie, du fait de la position quasi-belliciste d’Erdogan vis-à-vis de la Syrie. Les réfugiés syriens du Liban sont peut-être considérés par les autorités locales comme une charge ou des hôtes encombrants, mais en aucune façon comme des pions sur un damier géostratégique comme c’est le cas en Turquie.

L’ambassadeur syrien à Beyrouth (à droite) conférant des réfugiés syriens avec le ministre libanais des Affaires étrangères : une telle rencontre sur le même sujet serait impensable à Ankara

Louis Denghien
Le 26 janvier 2013
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Hollande a peur de ses armées

janvier 28th, 2013 by Thierry Meyssan

Nicolas Sarkozy et François Hollande utilisent les armées françaises pour satisfaire des intérêts privés ou étrangers. Ils ont envoyé des hommes à la mort pour voler le cacao de Côte d’Ivoire, les réserves d’or de Libye, le gaz de Syrie, et l’uranium du Mali. La confiance est brisée entre le chef des armées et des soldats qui se sont engagés pour défendre la patrie.

Les aventures militaires de Nicolas Sarkozy et François Hollande en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie et maintenant au Mali sont très vivement discutées au sein des armées françaises. Et l’opposition qu’elles rencontrent est arrivée à un point critique. Quelques exemples :

En 2008, alors que Nicolas Sarkozy venait de modifier la mission des soldats français en Afghanistan pour en faire des supplétifs des forces d’occupation états-uniennes, le chef d’état-major de l’Armée de terre, le général Bruno Cuche, refusa d’y envoyer des chars Leclerc. La crise fut si profonde, que le président Sarkozy profita du premier faits divers pour contraindre le général Cuche à démissionner.

En 2011, c’était au tour de l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine, d’exprimer publiquement ses doutes sur l’opération en Libye qui, selon lui, éloignait les Forces françaises de leur mission principale de défense de la Patrie.

En 2012, le général Jean Fleury, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’air fut encore plus explicite pour affirmer que la France n’a ni la vocation, ni les moyens d’attaquer la Syrie.

 

 

Craignant que des militaires ne tirent sur le président de la République, le service de sécurité de l’Élysée a fait neutraliser les armes, lors de la cérémonie des vœux annuels (base d’Olivet, 9 janvier 2013).©

 

Présidence de la RépubliqueAu cours des cinq dernières années, la conviction s’est installée parmi la plupart des officiers supérieurs —souvent des catholiques très pratiquants— que la puissance des armées françaises a été détournée par les présidents Sarkozy et Hollande au service d’intérêts privés ou étrangers, états-uniens et israéliens.

Ce que confirme l’organisation même des récentes opérations extérieures. Depuis 2010, la plupart d’entre elles ont échappé au commandement du chef d’état-major des armées, l’amiral Édouard Guillaud, pour échoir au commandement du général Benoît Puga, depuis l’Élysée.

Ce parachutiste, spécialiste des Opérations spéciales et du Renseignement, incarne à la fois la dépendance à Israël et le renouveau du colonialisme. C’est lui qui supervisa, en Égypte, la construction du Mur d’acier qui termine de clôturer la Bande de Gaza et l’a transformée en un ghetto géant.

On sait que Nicolas Sarkozy n’aimait pas le contact des militaires. François Hollande, quant à lui, les fuit. Ainsi, lorsqu’il s’est rendu au Liban pour enjoindre le président Michel Sleimane de soutenir la guerre secrète en Syrie, le 4 novembre dernier, il n’a pas jugé bon d’aller saluer le contingent français de la FINUL. Cet outrage n’est pas à mettre sur le compte du dédain, mais de la crainte du contact avec la troupe.

La crise de confiance a atteint un point tel que le service de sécurité de l’Élysée craint que des militaires n’attentent à la vie du président de la République. Ainsi, le 9 janvier, lors de la présentation des vœux présidentiels aux Armées, sur la base du 12e régiment de cuirassiers d’Orléans, l’Élysée a exigé la neutralisation des armes. Les percuteurs des fusils d’assaut et des mitrailleuses ont été retirés, ainsi que les platines des pistolets. Les munitions ont été confisquées et stockées dans des sacs plombés. Une telle mesure n’avait pas été prise depuis la crise algérienne, il y a une soixantaine d’années.

Lorsque François Hollande déclarait : « La communauté militaire est une famille, avec les actifs et les réserves (…) j’en connais la stabilité, la solidarité et j’apprécie aussi le sens de la discipline, de la cohésion et même de la discrétion », le comportement de son service de sécurité démentait ses propos. Le président a peur de ses armées. Il se défie de ses soldats, car il sait ne pas pouvoir justifier des missions qu’il leur assigne.

Cette crise ne manquera pas de se développer si le président de la République poursuit dans sa volonté d’étendre les opérations secrètes à l’Algérie. Or, depuis la suspension de la conscription obligatoire et la professionnalisation des armées, de nombreuses recrues sont issues de familles musulmanes originaires d’Algérie. Elles ne manqueront pas de réagir avec émotion à une recolonisation rampante de la patrie de leurs parents.

Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

Thierry Meyssan :Thierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4

janvier 28th, 2013 by René Naba

Paris – Au-delà du nucléaire, l’épreuve de force contre l’Iran est vécue du côté américain comme une expédition punitive visant les Gardiens de la Révolution Islamique, en représailles à la cascade d’avanies infligées à l’Amérique, en trente ans, depuis la prise d’otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, en 1979, aux attentats contre la chaine de commandement occidental au Liban. Le bilan de ces opérations, en 1983-1984, contre l’ambassade américaine à Beyrouth (1983), le QG des «marines» à l’aéroport de Beyrouth et le PC français du Drakkar (1983), s’est élevé à 350 morts, avec en prime la décapitation de l’Etat-Major de la CIA au Moyen orient opérant depuis la capitale libanaise.

La désarticulation de la Syrie par la guerre intestine, dans le droit fil de la Syrian Accountability Act de 2002, répond à cette stratégie d’étranglement menée depuis dix ans contre l’axe de la contestation, de même que le harcèlement juridico-politique de l’allié libanais de l’Iran, le Hezbollah. De l’assassinat à Damas du chef militaire du Hezbollah, Imad Moughnieh, à l’assassinat d‘un haut gradé de l’armée syrienne depuis la mer à sa résidence balnéaire de Tartous, le général Mohamad Souleymane (49 ans), l’homme des contacts avec le Hezbollah, en août 2008, à la destruction d’un site nucléaire dans le nord de la Syrie, à l’implication fallacieuse du Hezbollah dans le raid du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, pourtant de notoriété publique œuvre de wahhabisme djihadiste, à l’implication non moins fallacieuse de quatre membres dirigeants de la formation chiite dans l’assassinat de l’ancien premier ministre sunnite libanais Rafic Hariri avec leur comparution subséquente devant le Tribunal Spécial sur le Liban, aux accusations de blanchiment d’argent par le trafic de drogue via le cartel latino-américain, la pression américaine est permanente et vise à la paralysie du Hezbollah voire à son implosion, de même que la Syrie.

Sur fond de compétition énergétique à l’échelon régional, mettant en concurrence le projet atlantiste Nabucco face au projet russe South Stream, la nouvelle opération israélienne contre Gaza, quinze jours après le ralliement spectaculaire du Hamas à l‘Islam pétro monarchique atlantiste dans la foulée de la visite de l’Emir du Qatar à l’enclave palestinienne sous blocus, ressortit des coups de butoir réguliers portés au tandem syro iranien visant à réduire sa marge de manœuvre et à épuiser la Russie dans une interminable guerre d’usure.

Quatre projets gaziers sont en compétition en vue d’acheminer le pétrole et le gaz à bas prix en Europe occidentale, via la Méditerranée, en contournant en même temps, le Détroit d’Ormuz, à portée de tirs iraniens, et les deux principaux ravitailleurs gaziers de l’Europe, la Russie et l’Algérie, deux pays situés hors de la sphère de l’Otan mais plombés par deux abcès de fixation d’origine atlantiste: La Syrie pour la Russie, le Mali pour l’Algérie, par le raid opéré sur le septentrion malien par les islamistes pro-Qatar d’Ansar Eddine. Une compétition exacerbée par les convoitises occidentales sur les gisements énergétiques au large de Gaza et du Liban.

Toutefois, le tropisme belligène israélo-américain pourrait être tempéré, d’une part, par la surprenante riposte balistique du Hamas contre les villes israéliennes, ainsi que par les avatars du renseignement atlantiste, d’autre part, où en l’espace d’un an, les principaux chefs de file de la contre-révolution arabe, de même que leurs alliés occidentaux ont été éliminés de la scène publique.

Le Libanais Wissam al Hassan (octobre 2012), la dague sécuritaire saoudienne au Proche orient, et le Turc Hakan Fidan, chef du renseignement turc, ont tous les deux assassinés dans la foulée de la décapitation de l’appareil sécuritaire syrien , le 18 juillet 2012, alors que l’Egyptien Omar Souleymane, l’homme secret des négociations israélo-égypto-palestiniennes, décédait mystérieusement dans un hôpital américain une heure après son admission, l’été 2012 et que le chef de la CIA, le général David Petraeus, le plus prestigieux chef militaire américain, était emporté par le scandale des dérives de l’Embedded, une technique de couverture journalistique instaurée à l’occasion de la guerre d’Irak, en 2003.

Au plus fort de l’épreuve de force américano-iranienne, en 2008, les Etats unis avaient déployé une armada, sans pareille dans les annales maritimes internationales, dépassant, de loin, la Task force américaine face au Vietnam (1970-1975) et face à Beyrouth (1982-1984).

La plus importante concentration navale de l’histoire contemporaine s’est de nouveau déployée, fin 2012, dans la zone Golfe arabo-persique/Océan indien, dans une démonstration de force américaine sans précédent face à l’Iran. Trois porte-avions américains à propulsion nucléaire et d’une escouade de la Royal Navy, soutenus par une centaine de bâtiments d’escorte, et près d’une centaine d’appareils de l’aviation embarquée, ont été affectés à cette zone. Ils bénéficiaient et continuent de bénéficier de l’appui de la gigantesque infrastructure militaire américaine au sein des pétromonarchies du Golfe, le nouveau champ d’expérimentation de la guerre moderne américaine dans le Tiers-monde.

Iran-Israël-Etats Unis: Un cas type de guerre asymétrique

La guerre israélo américaine contre l’Iran constitue, par excellence, un cas type de guerre asymétrique, du fait des dispositions des forces et des alliances respectives des belligérants.

L’asymétrie constitue une mise en œuvre de la métaphore du faible au fort, une réappropriation moderne du mythe du combat de David contre Goliath. Elle se veut une compensation par l’ingéniosité et l’économie des moyens de la puissance de feu d’un adversaire supérieur sur le plan des équipements matériels et des moyens financiers.

La terminologie en est témoin. Là où une armée régulière se déploie, établit un campement, se dote d’une visibilité pour disposer d’une gamme de moyens et pour impressionner son adversaire, cet adversaire-là, en fait l’ennemi, réplique par la furtivité afin de masquer ses moyens et sa mobilité. Dans ce combat-là, le rapport de force fait l’objet d’une translation homothétique. Le terme peut parait complexe. Mais l’évolution du conflit libanais (1975-1990) constitue une parfaite illustration de cette notion en ce que la guerre inter confessionnelle libanaise a constitué la première guerre civile urbaine de l’histoire contemporaine, et, a fait, à ce titre, l’objet d’un enseignement dans les académies militaires.

Le Kalachnikov, le fusil d’assaut soviétique, symbole des luttes de libération du Tiers-monde dans les années 1950-1969 et son équivalent américain le «M-16» seront vite déclassés au profit des batteries de DCA transformées en mitrailleuse à tirs rapides.

Aux chars de l’armée libanaise et à l’artillerie de campagne de l’armée libanaise, des lanceurs d’obus «Howitzer» à longue portée, les forces palestino-progressistes, une armée de bric et de broc, a trouvé la parade par les «Katiouchas», un lanceur multitubes de roquettes, plus communément appelé «les orgues de Staline» en raison du bruit tonitruant qu’il dégageait par le lancement simultané de douze roquettes à moyenne portée.
Les Katiouchas, plus économiques, étaient aussi redoutables que les Howitzer en ce qu’ils saturaient la cible de multiples projectiles. Il en été de même du Crotale, missile anti char, fourni par la France à l’armée libanaise et détourné au profit des forces libanaises.

La réplique en a été le Grad soviétique, plus économique. Elles-mêmes seront supplantées par les missiles, les bombes à fragmentation et les bombes à implosion lâchés lors du siège de Beyrouth, en juin-juillet 1982, par les Israéliens à la poursuite des dirigeants palestiniens, et, en 1983, par la terrifiante artillerie de marine du destroyer américains New Jersey
En février 1984, La plus importante armada de l’après-guerre se trouvait concentrée au large du Liban, témoignant de l’importance des enjeux stratégiques que ce petit pays de 10.400 km2 représente pour les grandes puissances. Près de 40 bâtiments des pays de l’Otan, dont trois porte-avions, et un nombre sensiblement égal de la flotte soviétique, croisaient en Méditerranée orientale, le long de la façade maritime du Liban, qui s’étend entre la Syrie et Israël, sur une centaine de kms (1).

Dans ce combat inégal, les milices chiites, peu après le retrait sans gloire des Israéliens et des Occidentaux, ont opéré une série d’attentats aussi spectaculaires que meurtriers, neutralisant, par la guérilla urbaine, Beyrouth des francs-tireurs, avant de s’emparer du secteur ouest de la capitale, siège du gouvernement et des principales administrations.

Bon nombre d’observateurs inclinent à penser que le président américain serait tenté par une démonstration de force contre l’Iran, pour «une sortie par le haut», selon le jargon en vigueur ans les cercles atlantistes, en vue de restaurer le prestige américain terni par l’échec irakien et de consacrer durablement la primauté occidentale dans la gestion des affaires du monde, alors que la bataille de Syrie marque le pas et que le leadership américain est ouvertement contesté par ses compétiteurs militaires et économiques, la Chine, la Russie, à un degré moindre par l’Inde et l’Afrique du sud, en ce qui concerne le leadership moral sur l’Afrique, ainsi que le Brésil et le Venezuela de Hugo Chavez, pour l’Amérique latine.
«Quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien serait un joueur important sur la scène internationale”, soutenait déjà au siècle dernier le Contre-amiral Alfred Thayus Mahan (1840-1914), géostratège de la Marine des États-Unis, soulignant par là le véritable enjeu stratégique de la nouvelle guerre du Yémen. Le repositionnement du chef d’Al Qaida a été opéré dans cette optique-là.

Signe de l’importance stratégique de la zone, le Royaume Uni, du temps du protectorat britannique sur l’Arabie du sud, avait fait du port d’Aden, la grande ville du sud Yémen, la place forte de la présence britannique à l’Est de Suez pour la sécurisation de la route des Indes. Via les trois îles du Yémen, –Kamran, Perrin, et Socotra— Aden commande l’accès à la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb, et l’île de Socotra (la plus grande des îles) dans l’océan Indien et assure la jonction entre la Méditerranée et l’Océan indien via le canal de Suez et le Golfe arabo-persique.

Une zone de non droit absolu, la piraterie maritime dans la Corne de l’Afrique

La militarisation des voies maritimes figure d’ailleurs parmi les objectifs de Washington dans cette zone de non droit absolu qui relie la Méditerranée à l’Asie du Sud-est et à l’Extrême-Orient par le canal de Suez, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Une base aéronavale américaine à Socotra pourrait être édifiée en vue de superviser le mouvement des navires du golfe d’Aden, dont des bâtiments de guerre, et contribuer à la lutte contre la piraterie maritime, corrosive pour l’image de l’Occident dans le tiers monde.

A lui seul, le Golfe d’Aden représente 660 000 kilomètres carrés, mais la zone de rayonnement des pirates s’étend désormais jusqu’aux Seychelles, soit deux millions de km2. Les côtes somaliennes courent sur 3700 kilomètres, relevant de trois Etats, mais le plus souvent hors de toute juridiction. Vingt mille navires empruntent cette autoroute maritime chaque année, transportant le tiers du ravitaillement énergétique de l’Europe.

L’Ethiopie, pays africain non musulman, a été désigné par les Etats-Unis pour faire office de «gendarme régional» dans la Corne de l’Afrique, à l’instar d’Israël pour le Proche orient. Mais l’échec de l’Ethiopie à mater la rébellion du régime des tribunaux islamiques a conduit l’alliance occidentale à mettre en place un dispositif de lutte contre la piraterie maritime s’articulant sur trois volets Etats-Unis, Union européenne et Otan.

En 2009, 168 actes de piraterie ont été recensés, dont douze navires et deux cents cinquante otages détenus sur la côte somalienne au 1er décembre dernier. Le dispositif international est déployé depuis Djibouti (Golfe d’Aden) et les Seychelles (sud océan Indien), qui constituent les principales bases de soutien des opérations maritimes et aériennes d’anti-piraterie. Une vingtaine de bâtiments de guerre croisent en permanence dans le Golfe d’Aden et patrouillent le long des côtes somaliennes (3).
Près de quarante ans après l’indépendance de la côte des pirates et le redéploiement britannique à l’Est de Suez, en 1970, les principautés du Golfe vivent de nouveau sous protectorat de fait de leurs anciens tuteurs, en une sorte de «servitude volontaire».

Se superposant à la compétition inter régionale entre l’Iran et l’Arabie saoudite sur fond de rivalité religieuse entre les deux branches de l’Islam, le sunnisme et le chiisme, la nouvelle guerre du Yémen s’est greffée à la piraterie maritime aux larges de la Somalie ainsi qu’aux conflits tribaux endémiques du Yémen, au trafic des armes, du carburant et de la drogue, particulièrement lucratif dans la corne de l’Afrique en faisant une zone de non droit absolu, identique à celle prévalant dans le septentrion malien.

René Naba

Iran Israel

Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4), 06 janvier 2013

drone

Israël-Iran: Une guerre électronique par sabotage informatiqueLa Guerre asymétrique (2/4), 15 janvier 2013

Article guerre 4 Naba

Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4Le Hezbollah et la crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie., 31 janvier 2013

 

Références

1- Le déploiement occidental au large du Liban en 1982-1984

Selon le Pentagone, la flotte américaine au large du Liban se composait d’une vingtaine de bâtiments dont les plus importants étaient le porte-avions «John F. Kennedy», et le cuirassé «New Jersey». Le «Kennedy» à propulsion nucléaire, peut embarquer un total de 85 avions de combat, dont des avions d’appui A-6 «Intruder» et A-7 «Corsair» et des intercepteurs F14 «Tomcat». Le «New Jersey» souvent qualifié par la presse américaine de «plus puissant navire de guerre du monde», est équipé de neuf canons de 16 pouces, à raison de trois par tourelle, et de missiles surface/surface «Tomahawk», à capacité nucléaire.

Il sera utilisé en 2003 contre l’Irak, depuis le golfe arabo persique, lors de l’invasion américaine de l’Irak. Un autre bâtiment à propulsion nucléaire «The Independence» disposait de 70 avions de combat à son bord. Il a été dérouté de Turquie pour renforcer cette flottille ainsi que le destroyer «Claude V. Rickett» et le porte-hélicoptères «Nitro».
Deuxième par ordre d’importance de la flotte occidentale croisant au large de Beyrouth, la flotte française était regroupée autour du porte-avions «Clémenceau» au sein de la force «Olifant». Présente en soutien aux 1270 soldats français de la Force Multinationale, la Force Olifant comptait quelque trois mille marins embarqués sur une dizaine d’unités: Le porte-avions «Clemenceau» doté d’avions «super-étendards», la frégate «Duquesne», l’escorteur d’escadre «d’Estrées», le bâtiment de soutien logistique «La Rance», un transport de chalands de débarquement (BDC), deux bâtiments de débarquement d’infanterie et de chars (EDIC) 9070 et 0094 et le pétrolier «La Meuse». A ceux-là s’ajoutaient quatre unités de la marine italienne, un contre-torpilleur, un transport de troupes, et deux frégates, présents à Beyrouth en soutien aux 1.400 soldats italiens dont le repli graduel du Liban a été annoncé à Rome.
Le ministère britannique de la défense, lui, ne signalait au large du Liban que la présence du «Reliant», navire auxiliaire de la Flotte Royale sur lequel a été redéployé mercredi le contingent britannique de la Force Multinationale (115 hommes), des «Queens Royal Lancer’s». Le Reliant, porte-conteneurs commercial, de 22.000 tonnes, avait été aménagé pour recevoir 4 hélicoptères «Sea King». A quelques encablures du Liban, la Grande Bretagne disposait, d’autre part, de 2.300 hommes à Chypre sur ses deux bases d’Akrotiri et de Dekhelia, mais cela «n’a absolument aucun rapport avec le Liban», toujours selon le ministère.
En contrepoint, la flotte soviétique en Méditerranée comprenait douze navires de guerre de surface, deux bâtiments amphibies (transports de chalands de débarquement) et une vingtaine d’unités auxiliaires (ateliers, et pétroliers ravitailleurs), selon des indications recueillies de source militaire occidentale à Bruxelles, siège de l’Otan, où l’on ne signale aucun changement sensible dans son déploiement depuis plusieurs semaines notamment au large du Liban. Ces navires étaient assistés par de nombreux bateaux marchands et de pêche pour des missions d’observation et de surveillance. Ils appartiennent à la Flotte de la Mer Noire qui détache également certaines unités de ses 25 sous-marins tous types pour des missions en Méditerranée. Tous ces bâtiments disposent de points d’appui en Syrie et en Libye.
Sur terre, en complément à cette concentration navale, sans pareille même au plus fort de la Guerre du Vietnam, la Syrie alignait au Liban de 30.000 à 50.000 hommes, chiffre variable selon l’évolution de la situation sans toutefois descendre au-dessous de 30.000 soldats.
Selon les dirigeants américains, de 2000 à 3000 experts soviétiques se trouvaient au Liban et en Syrie pour assister l’armée syrienne à l’usage de missiles sophistiquées concentrées dans la Montagne Libanaise, selon une ligne allant du Mont Sannine à la route internationale Beyrouth-Damas, entre Bhamdoune et Chtaura. Le Mont Sannine (2.600 mètres d’altitude) domine toute la région de Beyrouth. C’est l’une des régions au Monde où il y avait la plus grosse concentration de missiles. La Syrie ne dispose pas d’aviation au Liban ni de marine, les côtes libanaises étant étroitement surveillées par Israël, dont vingt à trente mille soldats sont présents au sud du Liban, sur un tiers du territoire libanais.

2-Le déploiement américain face à l’Iran en 2008
Les trois porte-avions -Kennedy, Eisenhower et Nimitz-étaient encadrés par «L’Entreprise Strike Group», une flotte de 40 bâtiments d’escorte comprenant le croiseur lance-missiles Princeton, quatre destroyers lance-missiles (Higgins, Chafee, John Paul Jones et Pinckneyles), le destroyer U.S.S. McFoul, la frégate U.S.S. Nicholas, le croiseur cuirassé U.S.S. Leyte Gulf, le sous-marin d’attaque U.S.S. Alexandria et le bâtiment de soutien U.S.N.S. Supply», un bâtiment dont l’efficacité a été démontrée dans les affrontements en close-combat avec les forces iraniennes dans le golfe Persique.
3- Le déploiement international dans le Golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie maritime le long des côtes somaliennes au titre des opérations suivantes:
• l’EUNAVFOR («Atalanta»), lancée par l’Union européenne en décembre 2008, à l’initiative de la France et de l’Espagne.
• la TF 150, à l’origine, une «task force» multinationale à dominante américaine effectuant de l’antiterrorisme (Enduring freedom, Antiterror)
• Ocean Field, une force navale provisoire de l’Otan, prélevée sur des groupes en manoeuvre dans l’océan Indien. Ce dispositif ne tient pas compte des unités détachées par les marines nationales des Etats-Unis, Russie, Inde, France, Chine, Egypte, Australie et Malaisie pour des missions limitées.
Couloir maritime majeur reliant le Moyen-Orient, l’Asie de l’Est et l’Afrique avec l’Europe et le continent américain, l’Océan indien possède quatre voies d’accès cruciales facilitant le commerce maritime international, qui constituent autant de «goulots d’étranglement» pour le commerce mondial du pétrole, à savoir le canal de Suez en Égypte, Bâb el-Mandeb (longeant Djibouti et le Yémen), le détroit d’Ormuz (longeant l’Iran et le sultanat d’Oman) et le détroit de Malacca (longeant l’Indonésie et la Malaisie)

 

René Naba : Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AgenceFrance Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants: “Média et Démocraitie, La captation de l’imaginaire un enjeu du XXI me siècle“, Golias Novembre 2012 -”Erhal (dégage), La France face aux rebelles arabes” Golias Novembre 2011- “Les révolutions arabes ou la malédiction de Camp David” Editions Bachari Mai 2011- “Hariri de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres” –Harmattan Janvier 2011 -«Liban: Chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne) – «Aux origines de la tragédie arabe”, Editions Bachari 2006 – ”Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français”- Harmattan 2002. «Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen» (Harmattan 1998)- “De notre envoyé spécial, un correspondant sur lethéâtre du monde”, Editions l’Harmattan Mai 2009.

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Lupe Fiasco, musicien nominé aux Grammy Awards et qui a gagné de nombreux disques de platine, a été viré de scène samedi lors du concert officiel célébrant, un jour avant, l’investiture d’Obama alors qu’il interprétait “Words I Never Said” (des mots que je n’ai jamais prononcés), une chanson anti-guerre.

A l’occasion de l’investiture présidentielle de 2013, parmi les célébrations et les fêtes, préparées d’avance et où chacun s’auto-congratule, le premier signe d’opposition politique a été traité comme un acte criminel et étouffé par les agents de la sécurité.

La décision de l’artiste d’interpréter cette chanson, qui dénonce le militarisme, l’attaque contre les droits démocratiques et l’austérité, est non seulement un acte de courage personnel mais se fait aussi l’écho des sentiments de millions de gens s’opposant à la politique du gouvernement Obama.

La chanson, deuxième single issu du troisième album de Lupe Fiasco, intitulé Lasers, dénonce la “ guerre contre le terrorisme ” et les attaques actuelles contre les droits démocratiques.

Les paroles de la chanson disent :

“ Je pense vraiment que la guerre contre le terrorisme, c’est une grosse connerie,

Juste une mauvaise excuse pour utiliser toutes vos balles. ”

La chanson établit un lien entre le développement de la guerre, la politique d’austérité et l’attaque contre les droits démocratiques en proclamant : “ L’avenir de ton enfant c’est la première chose qui a été détruite avec les coupes budgétaires. ”

Puis il s’ensuit une critique d’Obama :

“ La Bande de Gaza se faisait bombarder, Obama n’a pas ouvert sa gueule,

C’est pourquoi, j’ai pas voté pour lui, ni pour le prochain

Je fais partie du problème, mon problème c’est que je suis pacifique

Et je crois dans le peuple. ”

(Voir la video)

Apparemment ces paroles ont dépassé les bornes pour les organisateurs du concert qui ont essayé de mettre fin à la chanson. Lorsque l’artiste a refusé, il a été viré de scène, bien qu’il fût la vedette du concert et que son image ait été utilisée comme moyen promotionnel principal pour le concert. Non seulement on l’a empêché de chanter mais il a aussi été escorté vers la sortie.

HyperVocal, l’une des entreprises organisant l’évènement, a tacitement reconnu, un peu plus tard sur Twitter, la motivation politique derrière la répression de sa prestation . “ Déçu qu’un artiste profite d’un évènement célébrant innovation/startups à des fins politiques, ” pouvait-on lire dans le tweet de l’entreprise.

Plus tard, ayant apparemment pris conscience de la colère largement partagée provoquée par leur acte, les organisateurs du concert ont fait une déclaration officielle prétendant qu’il n’avait pas été “ viré de scène ” pour une “ diatribe anti-Obama. ” Ils ont hypocritement ajouté : “ Nous sommes d’ardents défenseurs de la liberté de parole et de la liberté d’expression politique. Cela n’avait rien à voir avec ses opinions. Au contraire, après un concert bizarrement répétitif et discordant qui a laissé le public visiblement insatisfait, les organisateurs ont décidé de passer au numéro suivant. ”

Une vidéo du concert semble indiquer tout le contraire, montrant le public acclamant l’artiste pendant le concert ainsi que pendant son expulsion de la scène.

L’événement a déclenché une vague de soutien sur la page YouTube de la chanson.

“Vraiment ravi de voir quelqu’un à Hollywood qui n’a pas peur des pouvoirs en place”, a écrit l’un d’eux. “Mettons notre espoir dans le peuple et non dans ces criminels qui dirigent ce monde en donnant de faux espoirs.”

“Pays de la liberté d’expression?” a commenté un autre. “C’est drôle comment les Etats-Unis combattent au Moyen-Orient pour la “liberté” et pourtant il n’y a pas de liberté d’expression.”

Lupe Fiasco, dont le vrai nom est Wasalu Muhammad Jaco, a répondu aux commentaires par une citation de Martin Luther King: “On n’est pas seulement responsable de ce que l’on dit, mais aussi de ce que l’on ne dit pas.”

L’artiste, bien qu’étant l’un des principaux noms des palmarés de radios commerciales a eu de nombreux conflits avec les maisons de disques. Il a annoncé la semaine dernière qu’il laissait tomber son prochain album et quittait Twitter. Dans une interview à la radio l’année dernière, Jaco a réitéré sa critique d’Obama faite en 2011 lors de la sortie de “Words I Never Said”.

“On a là quelqu’un qui est un excellent orateur, mais qui tue des petits enfants: notre président,” a-t-il dit. “Je ne parle pas d’un accident,” a-t-il ajouté. “Je parle d’ordonner une attaque par drones. Ordonner des attaques par drones qui vont tuer des mères, des passants innocents, des enfants. Des militaires aussi, mais ça, c’est les dommages collatéraux. De ça aussi on en est responsable.”

Quand l’animateur de l’émission a justifié la mort de civils comme étant accidentelle, Jaco a répondu qu’un “dealer de drogues peut dire la même chose… “Je ne voulais pas tuer tous les gens du restaurant. J’essayais juste de viser ce mec qui a tué mon cousin. Il se trouve que cette petite fille était là.” C’est pareil.”

Dans une interview pour CBS en 2011 suite à la sortie de “Words I Never Said”, Jaco a dit, “Dans ma lutte contre le terrorisme, pour moi, le plus grand terroriste c’est Obama et les Etats-Unis d’Amérique. J’essaie de lutter contre ce terrorisme qui est, en fait, la cause des autres formes de terrorisme. La source du terrorisme ce sont ces choses, qu’en tant que gouvernement, on autorise et les politiques étrangères mises en place dans différents pays.”

La prestation de Jaco, l’hostilité officielle avec laquelle elle a été accueillie, et le soutien largement partagé que son acte de résistance a reçu, ont permis de briser la tentative des médias officiels de faire passer l’investiture comme l’occasion pour une journée d’unité nationale et de célébrations. Cela a également démasqué les vaines tentatives d’identifier Obama aux sentiments de la jeunesse.

En interprétant la chanson et en résistant aux tentatives de la réduire au silence, Lupe Fiasco a exprimé l’hostilité populaire grandissante à l’égard du gouvernement Obama, qui est de plus en plus souvent identifié aux assassinats par drones et aux atteintes aux droits démocratiques et sociaux.

Article original, WSWS, publié le 22 janvier 2013

 

Voir un autre vidéo-clip de Lupe Fiasco :

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A peine deux semaines après l’invasion du Mali par plus de 2.000 soldats de la Légion étrangère, la France a envoyé des forces spéciales au Niger voisin pour sécuriser les mines d’uranium gérées par Areva, le groupe nucléaire détenu par l’Etat français.

La nouvelle intervention militaire française en Afrique du Nord-Ouest a été rapportée pour la première fois par le magazine Le Point et confirmée par des sources militaires contactées par d’autres sections des médias français.Le Point a rapporté que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait rapidement donné son accord en début de semaine à une « innovation majeure » en ordonnant au commandement des forces spéciales d’envoyer des troupes pour protéger les sites d’exploitation d’uranium d’Areva à Imouraren, et à Arlit, 80 kilomètres plus loin. Le magazine a souligné qu’il s’agit du tout premier recours à des commandos français pour défendre directement les intérêts de l’entreprise.

Le magazine a rapporté que les responsables du gouvernement français avaient pris cette décision après la tentative de sauvetage ratée de l’otage français, Denis Allex en Somalie et le récent dénouement sanglant de la prise d’otages et du siège à l’installation gazière d’In Amenas en Algérie, où plus de 80 personnes ont été tuées.

Ces deux événements, en plus du « lancement de l’opération ‘Serval’ au Mali ont considérablement accru les facteurs de risque sur les installations françaises, y compris industrielles et minières, dans la région, » a rapportéLe Point.

En réalité, le déploiement de commandos français aux mines d’uranium au Niger ne fait que souligner les motifs économiques et géostratégiques primordiaux qui se cachent derrière l’intervention militaire française au Mali. Sous le couvert d’une supposée guerre contre les « terroristes » islamistes et une défense du gouvernement central du Mali, l’impérialisme français utilise sa puissance militaire pour resserrer son emprise sur ses anciennes colonies africaines riches en ressources.

Les porte-parole officiels tant d’Areva que du ministère français de la Défense ont refusé de commenter le nouveau déploiement militaire en alléguant des raisons de sécurité.

Au Niger même, les autorités ont nié toute connaissance de l’envoi de commandos des forces spéciales. « Il est vrai que les menaces terroristes se sont accrues aujourd’hui mais, à ma connaissance, un tel accord n’existe pas pour le moment, » a dit un responsable à l’agence Reuters.

Un officier de l’armée nigérienne a dit à l’agence qu’il existait déjà un dispositif de sécurité sur place et qui avait été conclu avec la France et imposé après l’enlèvement en septembre 2010 de sept employés d’Areva et d’un de ses contractants dans la ville d’Arlit au Nord du Niger.

« Nous disposons aussi d’unités contre-terrroristes dans la région d’Agadez, » a dit l’officier. « Pour le moment, je ne suis pas au courant d’une décision du gouvernement nigérien permettant aux forces spéciales françaises de se baser au Nord. »

Que le gouvernement nigérien n’ait pas été informé des projets de la France ne serait pas hors de question. Depuis l’indépendance du Niger en 1960, la France qui avait gouverné le pays en tant que colonie pendant 60 ans, le traite comme une semi-colonie.

L’uranium extrait des mines du Niger a été considéré par les gouvernements français successifs comme ayant une importance stratégique. Le concentré d’uranium (« yellowcake ») produit à partir du minerai d’uranium du Niger sert à la fabrication des bombes nucléaires françaises et à l’alimentation de ses réacteurs nucléaires qui comptent pour plus de 75 pour cent de l’électricité du pays.

Alors que des profits gigantesques ont été tirés de l’uranium du Niger, les activités minières n’ont profité qu’à une mince couche de la bourgeoisie asservie du pays. Selon l’indice de développement humain (IDH) des Nations unies, le Niger est le troisième pays le plus pauvre de la planète avec 70 pour cent de la population continuant à vivre avec moins d’un dollar par jour et une espérance de vie de 45 ans seulement.

De plus, les activités minières ont exacerbé les tensions ethniques et régionales au sein du Niger. La production d’uranium est concentrée dans la partie Nord du pays, territoire de la minorité nomade des Touaregs qui se sont à plusieurs reprises révoltés en s’élevant contre le fait que toutes les ressources résultant des opérations minières vont à la capitale Niamey, dans le Sud du pays. L’une des principales revendications du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), une milice en grande partie formée par des Touaregs armés qui a combattu l’armée nigérienne, a été en faveur d’un partage plus équitable des revenus issus de l’uranium.

Du reste, l’exploitation de l’uranium par Areva a créé une catastrophe environnementale et sanitaire dans les régions minières. L’organisation environnementale Greenpeace a constaté dans un rapport publié en 2010 que l’eau des puits de la région était contaminée par la radioactivité à un niveau jusqu’à 500 fois supérieur à la normale. A Arlit, le site de l’une des principales mines d’Areva, les causes de décès par maladies respiratoires sont deux fois supérieures à la moyenne nationale.

La France a toutes les raisons de craindre que son intervention au Mali qui a déjà entraîné le bombardement des populations civiles et la torture et l’exécution de civils par l’armée malienne soutenue par la France dans les régions à prédominance touareg, pourrait provoquer un conflit armé qui déborderait sur le Niger.

Cependant, en plus de protéger installations lucratives contre le « terrorisme » ou la révolte populaire, la France a d’autres raisons de faire jouer ses muscles militaires au Niger. Dans un effort pour augmenter sa part des profits issus de l’uranium, le gouvernement nigérien a accordé dernièrement des permis d’exploitation de l’uranium à des entreprises chinoises et indiennes. En déployant des commandos armés, Paris est en train d’affirmer sa domination sur son ancienne colonie en tant que partie intégrante de sa sphère d’influence africaine.

Alors que la France intensifiait son intervention en Afrique, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a profité mercredi 23 janvier lors de son audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat pour réaffirmer la détermination de Washington d’intensifier son intervention dans la région.

« Nous sommes engagés dans un combat, mais c’est un combat nécessaire, » a dit Clinton. « Nous ne pouvons pas laisser le Nord Mali devenir un refuge sûr. »

Clinton a reconnu que la rébellion au Mali ainsi que la prise d’otages au site gazier algérien avait été en grande partie alimentés par le renversement par les Etats-Unis et l’OTAN du régime de Kadhafi en Libye où Washington et ses alliés avaient armé et appuyé des milices islamistes en tant que force terrestre par procuration dans la guerre en faveur d’un changement de régime.

« Il ne fait aucun doute que les terroristes algériens avaient des armes venant de Libye, » a-t-elle dit. « Il ne fait aucun doute que les derniers éléments maliens d’AQMI [Al Qaïda au Maghreb islamique] ont des armes venant de Libye. »

Elle a estimé que bien qu’il n’y ait aucune preuve que ces forces se trouvant en Afrique du Nord représentent une menace directe pour les Etats-Unis, Washington devrait de toute manière lancer une campagne préventive contre elles. « Vous ne pouvez pas dire que parce qu’elles n’ont rien fait, elles ne vont pas faire quelque chose, » a-t-elle dit.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 25 janvier 2013

Pour aller plus loin, lire l’article de Julien Teil :L’uranium nigérien : Au croisement des affrontements stratégiques, Mondialisation.ca, le 17 janvier 2013.

Syrie, une autre réalité

janvier 27th, 2013 by Anastasia Popova

La publication documentaire d’Anastasia Popova diffusé sur la chaîne Russia 24 a suscité éloges et critiques sur le point de vue émis sur la situation actuelle en Syrie, point de vue différent de celui qui circule dans les médias européens.C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de poursuivre sur ce sujet en discutant avec l’auteur du rapport, une jeune journaliste qui a couvert le Printemps Arabe dans plusieurs pays et qui a passé quelques temps en Syrie, au contact de nombreuses personnes impliquées dans le conflit.

Anastasia, merci tout d’abord d’avoir accepté. Combien de temps êtes-vous restée en Syrie avec votre équipe ?

Nous sommes restés là-bas sept mois au total, à partir d’août 2011 alors que le pays n’était alors pas encore en guerre, jusqu’à maintenant et la guerre bat son plein. On peut donc dire que les évènements se sont développés sous nos yeux. En moyenne, nous sommes restés à chaque fois un mois en Syrie, entre Der’a, Idleb et Alep, puis entre Lattaquié située le long de la frontière turque, al-Qamishli et Deir Ez-Zor

Quelles sont vos impressions sur la situation actuelle du conflit ?

Ce qui nous a frappé le plus lorsque nous sommes arrivés en août et ce jusqu’en décembre est la différence entre ce qu’on nous disait de la Syrie à l’extérieur du pays et ce qui se passait réellement à l’intérieur du pays. Parfois on atteignait l’absurdité la plus totale. Par exemple, nous recevions un appel de nos rédactions pour nous rendre dans tel ou tel square où une manifestation contre le gouvernement était réprimée par des blindés et l’artillerie : nous y allions et il ne s’y passait absolument rien, mis à part quelques piétons présents et un policier régulant la circulation.

Malgré nos tentatives, nous n’avons jamais réussi à trouver les milliers de manifestations contre le gouvernement dont on a si souvent parlé dans les médias occidentaux. Nous avons discuté avec l’opposition et ils nous ont dit qu’il était très difficile de rassembler les gens pour protester. Le seul lieu où ils pouvaient éventuellement y réussir était la mosquée : s’ils réussissaient à faire sortir ne serait-ce que 50 personnes pendant quinze minutes pour les filmer, c’était pour eux une victoire. La grande majorité de la population n’était tout simplement pas intéressée.

Puis les provocations ont commencé, des gens furent tués pour leur appartenance religieuse. Ont commencé les attaques armées sur les bâtiments gouvernementaux et leurs employés, sur les commissariats et les tribunaux.

Cependant, le gouvernement répondait aux demandes de paix. Les lois furent modifiées. Une commission a été créée pour un dialogue national incluant presque tous les groupes d’opposition. Grâce au travail de cette commission et par référendum national, une nouvelle Constitution a été adoptée. Puis ont eu lieu des élections et beaucoup de sièges au Parlement ont été remportés par des opposants politiques. Ainsi les protestations en masse devinrent discutables.

Mais pour les principaux acteurs intéressés, ce n’était pas la fin de l’histoire. Ils ont réuni ce qui peut être nommé « l’opposition étrangère », composée surtout de gens qui avaient vécu en Europe depuis plus de 40 ans. Cette opposition n’avait évidemment aucune chance de parvenir au pouvoir après élection, étant donné le manque de soutien en Syrie. Ils se sont donc tournés vers l’unique alternative qui leur était ouverte : renverser le gouvernement en place avec des armes.

Ils ont commencé à opposer les confessions religieuses les unes contre les autres, et en même temps à envoyer des insurgés étrangers. On peut en lire la preuve dans le dernier rapport de l’ONU qui liste des gens armés de 29 pays différents qui se battent contre l’armée syrienne !

Nous avons filmé les armes étrangères qu’ils utilisent, armes qui ne peuvent être achetées en Syrie et que l’armée syrienne n’a pas. Par exemple le fusil d’assaut M16, des mitrailleuses européennes, des missiles anti‑char et anti‑aviation divers, des équipements avancés de communication satellite qui leur ont été ouvertement fournis par certains États occidentaux.

Ces armes sont tout d’abord envoyées vers la Turquie, puis données aux FSA par des officiers turcs à la frontière. Une journaliste libanaise a été témoin de cet échange et elle a essayé de le filmer mais elle a été arrêtée et détenue en Turquie 3 jours, et on lui a cassé sa caméra.

La frontière entre la Syrie et la Turquie est contrôlée par l’armée turque, suite à un accord signé entre les deux pays en 1998. Il n’y a pas de patrouille de frontière syrienne. J’y suis allée et je l’ai remarqué.

Par ailleurs, les États occidentaux fournissent de l’argent à l’opposition, qui est surtout composée d’étrangers. A cause de tout cela, il est difficile de nommer ce qui se passe en Syrie guerre civile. Même s’ils ont réussi à diviser la population, et si dans certaines familles une partie se bat pour le gouvernement et l’autre est contre.

Pensez-vous qu’il y ait une solution de paix ?

Je pense que c’est la seule solution pour mettre fin à ce conflit. La plupart des guerres entre pays ont été arrêtées suite à la signature d’un accord de paix. La situation sur le terrain est la suivante : la plupart des grandes villes est toujours contrôlée par le gouvernement. Après plus d’une année de combats féroces, les groupes armés en combat n’ont pas encore réussi à créer de bastions ou à prendre une majeure partie du territoire. Ils ne font que se diviser car certains ont perdu un support financier, d’autres finissent par piller, d’autres encore ont déjà commencé à se battre contre les insurgés étrangers, certains ont rejoint Al-Qaïda qui se bat également contre la Syrie et qui est nommé officiellement « groupe terroriste », si je puis me permettre de vous le rappeler. Avec qui pourraient-ils donc négocier ? Même les contrôleurs de l’ONU n’ont pu trouver un seul meneur de ces groupes armés, et la tentative d’obtention d’un cessez-le-feu a échoué. Et pourtant, le président a encore une fois mis l’accent sur son empressement à négocier lors de son dernier discours. Mais cette fois, il a ouvertement fait référence aux supports étrangers des militants. Malheureusement, une solution pacifique ne semble pas être à l’ordre du jour : ils ont déjà refusé cette hypothèse.

Pourquoi avez-vous réalisé ce documentaire ? Vos supérieurs vous l’ont-ils demandé ou l’avez-vous fait de votre propre chef ?

La décision d’origine qui était de m’envoyer en Syrie a été prise par mes supérieurs. Mais naturellement au cours de ma mission là-bas, je me suis fait des amis, et beaucoup d’entre eux ont été tués. Je suis partie en Syrie pour rapporter des faits, mais j’ai pris conscience sur le terrain que des hommes ne sont pas des faits, ce sont des hommes, et j’ai ressenti leurs douleurs dans mon propre cœur.

J’ai décidé de monter ce film. C’était une réponse émotionnelle aux évènements que j’avais couverts. Je l’ai réalisé pour rendre hommage à mes amis tombés là-bas et au peuple syrien, qui se moque de la politique et qui veut juste pouvoir vivre en paix. J’ai la chance que mon travail me fournisse un exutoire pour diffuser ce sujet à un grand nombre de personnes. J’ai utilisé cette opportunité, même si obtenir l’accord de mes hiérarchiques sur ce film n’a pas été facile.

Nous avons reçu une critique sur Russia 24 : elle serait une chaîne qui ne reflète que la position du gouvernement russe. Que pouvez-vous répondre à cela ?

Il est toujours facile d’attaquer le messager quand vous n’aimez par le message. Quand des gens lisent des rapports écrits depuis de confortables chambres d’hôtels au Liban, citant des informations non vérifiées d’activistes sur des atrocités gouvernementales supposées, ils scandent « Oui, Oui ! Tuez ce dictateur ! ». Mais lorsque quelqu’un passe beaucoup de temps en Syrie afin de comprendre ce qu’il s’y passe, revient et dit : “eh oh, les gens, ce n’est PAS DU TOUT comme ça que ça se passe”, les gens le catégorisent tout de suite comme de la propagande du gouvernement. Que puis-je répondre à cela ? Qu’un billet pour la Syrie n’est pas si cher que ça, que ses frontières sont ouvertes. Plus de 300 représentants de médias étrangers ont travaillé là-bas, ont pu envoyer leurs communications par Internet librement et sans aucune censure de la part du gouvernement syrien. Le pays entier est couvert par la 3G. Si vous ne me croyez pas, moi, “jeune reporter d’une chaîne détenue par l’État russe”, allez-y et voyez vous-même. Mais ne soyez pas surpris d’y découvrir une toute autre réalité.

Voici un très bon exemple de The Independent : « Je suis maintenant à Damas depuis 10 jours et je suis frappé par l’énorme différence entre ce que j’ai pu voir dans les diverses régions de Syrie que j’ai visitées et l’image qui est donné au monde entier par les leaders étrangers et les médias étrangers. »
(http://www.independent.co.uk/voices/comment/syria-the-descent-into-holy-war-8420309.html)

En voici un autre de The Guardian :

FSA- « Il n’y a pas eu de réels progrès sur les fronts et cela a affecté nos sponsors qui ne nous avaient pas envoyé de munitions… Même les gens en ont marre de nous. Nous étions des libérateurs mais maintenant ils nous dénoncent et manifestent contre nous. »
(http://m.guardian.co.uk/world/2012/dec/27/syrian-rebels-scramble-spoils-war)

Que pensez-vous de l’attitude de la Russie vis à vis de la situation en Syrie ?

Je pense qu’ils sont parfaitement conscients de ce qui se passe sur le terrain et ils insistent constamment sur la paix avec des cessez-le-feu immédiats et des dialogues incluant tous les points. Que demander de plus ?

Vous êtes sur le point de prendre des vacances bien méritées. Retournerez-vous en Syrie ? Quels sont vos espoirs vis à vis de ce pays ?

Ce n’était pas ma décision d’y aller la première fois, j’y ai été envoyée en tant que reporter spécial et je faisais simplement mon travail. Ce sont mes supérieurs hiérarchiques qui décideront où je me rendrai la prochaine fois. Mais s’ils me disent la Syrie, je pense que j’accepterai.

Olivier Turquet - Pressenza - International Press Agency
11 janvier 2013.

Texte original en anglais (11.01.2013) :
http://www.pressenza.com/2013/01/syria-an-alternate-reality-interview-with-anastasia-popova/Traduit de l’anglais par Frédérique Drouet (25.01.2013) :

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« Théorie de conspiration »: Une « arme » médiatique

janvier 26th, 2013 by James F. Tracy

Le terme « théorie de conspiration » fait immédiatement naître la peur et l’anxiété chez la plupart des personnalités publiques, particulièrement chez les journalistes et les universitaires. Depuis les années 1960, cette étiquette est devenue une technique disciplinaire d’une efficacité accablante dans la définition de certains événements situés au-delà des limites de l’enquête ou du débat. Aux États-Unis surtout, poser des questions légitimes à propos de discours officiels douteux destinés à informer l’opinion publique (et ainsi, influencer les politiques publiques) constitue un grave crime de la pensée devant à tout prix être cautérisé dans la psyché collective.

On peut retracer les connotations extrêmement négatives du terme « théorie de conspiration » aux célèbres fusillades de l’historien progressiste Richard Hofstadter contre la « nouvelle droite ». C’est cependant la Central Intelligence Agency (CIA) qui a probablement joué le rôle le plus important dans l’« arsenalisation » efficace du terme. Lors de la vague populaire de scepticisme envers les conclusions de la Commission Warren sur l’assassinat du président John F. Kennedy, la CIA a envoyé une directive détaillée à tous ses bureaux. Intitulée Contrer la critique du rapport de la Commission Warren, la dépêche a joué un rôle définitif dans l’arsenalisation du terme « théorie de conspiration », à brandir contre pratiquement tout individu ou groupe questionnant les activités et les programmes de plus en plus clandestins du gouvernement.

Cet important mémorandum et ses multiples conséquences sur le discours politique et publique étasunien sont présentés dans un livre à paraître du politologue Lance de-Haven-Smith de l’Université de l’État de Floride, Conspiracy Theory in America (La théorie de conspiration aux États-Unis). Le Dr. de-Haven-Smith a élaboré le concept de crimes d’État contre la démocratie afin d’interpréter et d’expliquer la possible complicité du gouvernement dans des événements tels que l’incident du Golfe du Tonkin, les grands assassinats politiques des années 1960 et le 11-Septembre.

Le « Document 1035-960 de la CIA » a été publié en réponse à une demande d’accès à l’information du New York Times de 1976. La directive est significative surtout parce qu’elle souligne les inquiétudes de la CIA concernant « la réputation générale du gouvernement étasunien » vis-à-vis le rapport de la Commission Warren. L’agence était particulièrement intéressée à maintenir son rôle et son image, car elle « avait fourni des informations à l’enquête [de la Commission] ».

Le mémorandum comporte une série détaillée d’actions et de techniques pour « contrer et discréditer les affirmations des adeptes de la théorie du complot dans le but d’empêcher la circulation de telles affirmations dans d’autres pays ». Par exemple, approcher « des contacts sympathiques de l’élite (surtout les politiciens et les rédacteurs en chef) » afin de leur rappeler que l’intégrité et la justesse de la Commission Warren devrait être priorisée. « [L]es accusations des critiques n’ont aucun fondement sérieux », indique le document, et « les discussions spéculatives supplémentaires ne font que jouer en faveur de l’opposition [communiste] ».

L’agence invitait ses membres « à employer des agents de propagande pour [nier] et réfuter les attaques des détracteurs. À ces fins, les critiques littéraires et articles d’analyse sont particulièrement appropriés. »

Le 1035-960 présentait aussi des techniques spécifiques pour contrer les arguments « de conspiration » axés sur les conclusions de la Commission Warren. De telles réactions combinées à l’étiquette péjorative sont régulièrement servies depuis sous diverses formes par les médias institutionnels, les commentateurs et les dirigeants politiques à ceux exigeant la vérité et l’imputabilité concernant des événements publics historiques.

  • Toutes les nouvelles preuves significatives ont été prises en considération par la Commission Warren.
  • Les détracteurs surestiment des points particuliers et en ignorent d’autres.
  • Une conspiration de l’ampleur fréquemment suggérée serait impossible à cacher aux États-Unis.
  • Les détracteurs sont souvent attirés par une sorte de fierté intellectuelle : ils trouvent une théorie quelconque et en tombe amoureux.
  • Toute personne sensée n’aurait pas choisi Oswald comme co-conspirateur.
  • Des accusations vagues telles que « plus de dix personnes sont mortes mystérieusement » [durant l’enquête de la Commission Warren] peuvent toujours s’expliquer de manière naturelle, par exemple : les individus concernés sont pour la plupart décédés de mort naturelle.

Aujourd’hui plus que jamais les personnalités médiatiques et les commentateurs occupent des postes influents d’où ils peuvent initier des activités de propagande très semblables à celles présentées dans le 1035-960 contre quiconque questionnerait les discours sanctionnés par l’État à propos d’événements controversés et mal compris. En effet, puisque les intellectuels ont totalement assimilé les méthodes et les motivations comprises dans le document et qu’elles sont appliquées dans les grands médias, il est garanti que le public acceptera presque unanimement les versions officielles d’événements comme le bombardement de l’édifice fédéral Murrah d’Oklahoma City, le 11-Septembre et plus récemment le massacre de l’école primaire de Sandy Hook.

Les conséquences sur les enquêtes académiques et journalistiques portant sur des événements ambigus et non expliqués pouvant appeler à une enquête publique, au débat et à l’action sont dramatiques et d’une portée considérable. L’émergence de l’État policier et l’érosion des libertés civiles et des protections constitutionnelles prouvent comment cet ensemble de tactiques d’intimidation trompeuses et subtiles a profondément nuit au potentiel d’autodétermination et d’autonomisation civique.

 

Article original en anglais: “Conspiracy Theory”: Foundations of a Weaponized Term

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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Pourparlers de paix farc-gouvernement rompus en Colombie

janvier 25th, 2013 by André Maltais

DERNIÈRE HEURE : LES FARC METTENT FIN À LA TRÊVE UNILATÉRALE

ndlr. cet article de notre collaborateur André Maltais a été écrit avant la rupture des pourparlers. son analyse des forces en présence permet de comprendre les causes de la rupture des pourparlers de paix.

 

Le 4 septembre, le président colombien, Juan Manuel Santos, prenait le monde par surprise en officialisant le début de pourparlers de paix entre son gouvernement et les deux principales guérillas du pays, les Forces armées révolutionnaires de Colombie(FARC) et l’Armée de libération nationale(ELN), pour mettre fin à plus de 60 ans de conflit armé.

Selon la chaîne latino-américaine Telesur, les négociations ont commencé secrètement dès août 2010, tout de suite après l’accession de Santos à la présidence et la reprise des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie, gâchées par son prédécesseur, Alvaro Uribe.

Généralement bien accueillie dans le pays et dans toute l’Amérique latine, notamment par les pays de l’UNASUR, l’initiative est répudiée par l’oligarchie terrienne et d’importants secteurs militaires qui profitent des intérêts états-uniens dans la région.

Déjà, le 12 juin, pendant une cérémonie de graduation d’officiers militaires, le président avait dû rappeler aux Forces armées que, « partout dans le monde, les officiers militaires veulent la paix » et que, « s’ils vont en guerre, ils le font ultimement pour la paix ».

Mais, révélant que plus de 12 400 militaires font aujourd’hui l’objet d’enquêtes judiciaires, l’influente Association colombienne des officiers retraités (ACORE) dénonce l’insécurité juridique et la persécution des militaires. Au contraire, réplique l’anthropologue colombien Alex R. Sierra, ces enquêtes montrent justement l’étendue des crimes commis par les militaires au cours des six longues décades du conflit.

Les ressources financières et matérielles presque infinies – et dont l’usage est confidentiel pendant vingt ans – allouées aux militaires depuis le Plan Colombie et l’incroyable pouvoir de corruption des trafiquants de drogue situent les Forces armées colombiennes au cœur de la criminalité qui sévit dans le pays.

La liste de leurs crimes, rappelle l’écrivain colombien Oto Higuita, est presque sans fin : génocide contre les populations indigènes, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, torture, trafic de drogue, déplacement de populations paysannes et, surtout, depuis les années 1980, complicité avec les groupes paramilitaires que l’oligarchie terrienne finance pour terroriser les bases sociales des guérillas au moyen d’atrocités et de massacres.

Même après la démobilisation de 37 000 de ces paramilitaires en 2005, les régions alors nouvellement contrôlées par les Forces armées sont presque immédiatement retombées sous l’influence de nouvelles structures criminelles, les BACRIM (bandes criminelles).

En plus d’avoir espionné le système judiciaire de même que les organisations politiques et sociales du pays, des militaires et agents des services secrets ont aussi attenté contre la vie de politiciens de droite, tels Fernando Londono et German Vargas Lleras, jugés trop zélés dans la lutte contre la corruption.

Depuis plusieurs années, ajoute Alex Sierra, les militaires et les services de renseignement mettent en scène de fausses attaques des FARC (voitures piégées, découvertes d’explosifs, etc.) pour entretenir la crainte d’un éventuel processus de paix.

L’ACORE exige maintenant la liquidation du mouvement populaire Marche patriotique qu’ils accusent d’être le « bras politique des FARC ». Cela rappelle l’annihilation de l’Union patriotique (UP), un parti politique fondé par les FARC, en 1984, après avoir abandonné la lutte armée.

Devant le succès électoral de la nouvelle formation, l’oligarchie avait alors déclenché le massacre de plus de 3000 cadres de l’UP en quelques semaines, contraignant les FARC à la radicalisation et à la guerre.

Aujourd’hui, plus de dix ans d’application du Plan Colombie et de la politique de « sécurité démocratique » d’Alvaro Uribe ont considérablement renforcé le pouvoir des militaires colombiens. Ceux-ci, affirme Sierra, sont maintenant, bien davantage que les guérillas, une menace à la sécurité publique et au bien-être de millions de Colombiens. Ils ont leur propre ordre du jour et celui-ci ne semble pas coïncider avec la recherche de la paix que désire le pays.

Le président Santos en est bien conscient, lui qui a appuyé, à la mi-décembre, l’approbation par le Congrès de la très controversée loi du « fuero militar » selon laquelle les militaires accusés de crimes contre les droits humains seront dorénavant jugés par les cours militaires, échappant ainsi à la justice civile.

Santos a aussi placé trois ex-militaires parmi les six représentants gouvernementaux à la table des négociations de paix, en plus d’insister pour que les opérations et la présence militaire soient maintenues « sur chaque centimètre carré du territoire colombien ».

Pour leur part, les FARC ont répondu au refus gouvernemental d’un cessez-le-feu bilatéral durant les discussions, en annonçant, le 19 novembre, qu’elles suspendaient unilatéralement leurs attaques armées pour une période de deux mois.

Elles ont aussi proposé la participation aux discussions des organisations de la société civile, demande étrangement rejetée par les représentants du gouvernement dont c’est pourtant le mandat de gouverner pour tous.

Jusqu’à maintenant, écrit l’ex-directeur du Monde diplomatique, Ignacio Ramonet, le gouvernement se trompe en adoptant la ligne dure envers une guérilla qu’il suppose faible et pressée de conclure rapidement les pourparlers.

Il est vrai qu’aujourd’hui les FARC ne peuvent plus gagner la guerre. La surveillance par satellite et l’usage des drones militaires permettent aux forces armées de contrôler les communications des guérilleros. La forêt vierge, dit Ramonet, est devenue « une jungle de cristal transparent où la survie est de plus en plus aléatoire ».

La guérilla a, de plus, perdu la plupart de ses chefs historiques tandis que la propagande médiatique, la terreur d’État et tout simplement le temps, lui ont arraché l’appui d’une bonne partie de l’opinion publique.

Mais les FARC, déclare Ramonet, demeurent une formidable organisation que toute l’aide des États-Unis n’a jamais pu vaincre. Elles pourraient tenir encore de nombreuses années dans les montagnes colombiennes, ce que n’accepte plus la nouvelle oligarchie urbaine que le président Santos représente et qui, aujourd’hui, dépasse en puissance et en influence la vieille oligarchie rurale qui est à l’origine du conflit.

Cette nouvelle oligarchie, analyse Ramonet, est alignée sur celle du Brésil et des autres pays dits progressistes d’Amérique latine où les politiques de redistribution ont stimulé la production nationale et la croissance des entreprises locales.

C’est moins dans le sol qu’elle veut investir que dans l’exploitation des immenses ressources minières colombiennes et leur exportation vers l’Asie. Mais, bien sûr, la guerre empêche d’accéder physiquement à une grande part de ces ressources alors que les importants budgets militaires nuisent à une certaine réduction des inégalités permettant de créer une classe de consommateurs qui achèterait les produits que fabrique ou importe la nouvelle oligarchie.

Quant aux FARC, elles n’ignorent pas que l’oligarchie urbaine souhaite la réélection du président Santos en mai 2014 et que, par conséquent, les discussions de paix peuvent difficilement déborder cette échéance. Par les ouvertures spectaculaires dont elles font preuve et en faisant un peu durer les choses, elles espèrent que cette même oligarchie urbaine pressera le gouvernement à s’ouvrir à son tour.

Les FARC savent aussi que la guerre est anachronique dans l’Amérique latine intégrationniste d’aujourd’hui. Comme le dit Ramonet, la réalité leur montre que « pour une organisation de gauche, malgré les obstacles, la conquête du pouvoir par la voie pacifique et électorale est possible. »

André Maltais

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Rien ne sera donc épargné à la ville d’Alep… Un proverbe local dit : « Ils tuent, puis se recueillent derrière le corbillard de celui qu’ils ont tué ! ». Et c’est à cela que revient indirectement, volontairement ou involontairement, l’invitation adressée à tous les établissements supérieurs de France pour « une minute de silence en solidarité avec l’Université d’Alep le Mercredi 23 Janvier à 12h » [1]. Certes, il est fort charitable de manifester sa solidarité avec des étudiants, qui malgré les menaces répétées de terroristes obscurantistes, ont choisi de se rendre à leurs examens. Encore faudrait-il ne pas les tuer une deuxième fois !

Vous paraissez, Messieurs et Mesdames les recteurs et rectrices des académies, très renseignés sur le bilan des bombardements du 15 Janvier de « l’université historique d’Alep » ; laquelle, selon certains de vos communiqués, serait « visée de longue date par des forces du régime Al-Assad », alors que d’autres se contentent d’exprimer leur « solidarité avec le peuple syrien » sans toutefois contredire vos accusations premières [2]. Pourtant les rapports et articles de presse dénonçant les véritables assassins ne se comptent plus. Mais pourquoi lire et se renseigner quand, par définition, votre fonction est de mettre en œuvre et de contrôler l’ensemble de la politique académique conformément aux directives du ministre chargé de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ?

Oui, Alep a désormais le triste privilège de figurer aux premiers rangs des « villes symboles » par leur résistance, malgré les morts par attentats individuels ou de masse, malgré les destructions de ses infrastructures privées et publiques, malgré la profanation de ses trésors archéologiques… mais l’ennemi et les assassins ne sont pas ceux que vous désignez !

Oui, Alep carrefour des civilisations depuis des millénaires, est [devrions-nous dire : était ?] une ville magnifique et a toujours été l’objet de toutes les convoitises. Ses habitants savent que même en cas de victoire, la partie n’est que remise. Tel est leur destin, comme nous le dit le Général Amin Hoteit dans son article traduit ci-dessous.

Oui, il est toujours possible de traduire les articles et déclarations de témoins légitimes et crédibles, mais comment traduire l’infamie ? Comment vous raconter l’horreur indicible, les dépeçages des cadavres, les attentats individuels et de masse, les têtes ou membres tranchés de compatriotes vivants, le nombre incalculable de toutes sortes de viols ? Comment vous dire le nombre d’avortements, consécutifs à ces viols, communiqué par un ami médecin hospitalier à Alep ? Infamies que vous ne contribueriez pas à couvrir si vous preniez la peine de vous renseigner. Vous, dont la raison d’être est d’éclairer les générations futures ; non de contribuer à leur faire avaler, toute crue, la propagande d’une guerre médiatique, élément essentiel des « guerres par procuration » qui plongent des peuples et des peuples dans le malheur et l’obscurantisme. Les Universités n’ont pas été créées pour cela !

Sachez quand même que ces terroristes, que le Quai d’Orsay qualifie d’admirables révolutionnaires », ont détruit plus de  2362 écoles syriennes, parfois sur la tête de leurs élèves et enseignants. Sachez que pendant que vous invitiez au silence sur leurs véritables assassins, 20000 d’entre eux se sont engagés dans les « Forces de défense spéciales » pour défendre leur patrie, leur Armée, et leurs autorités légitimes menées par un Président devenu le symbole et le garant de leur indépendance. Deux courtes vidéos suffiront pour en témoigner [3] [4]. Nul besoin de traduire, malgré les experts [5], les éditorialistes [6], et les nombreux orientalistes qui persistent à vous induire en erreur sous prétexte qu’ils sont arabophones. [NdT].

 

Attentat à l’université d’Alep


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Crimes et illusions du sultan imaginaire

C’est avec le secret espoir d’accéder à la charge grandiose de « Gouverneur de l’une des futures provinces syriennes du néo-empire étasunien », en l’occurrence la province d’Alep, que M. Erdogan s’est jeté à corps perdu dans les rouages du projet occidental visant la destruction de l’État syrien, lequel était supposé abandonner toute dignité et sortir de « l’Axe de la résistance » pour s’incliner devant celui de la servitude et de la dépendance. C’est pour la réussite de ce projet essentiellement étasunien que M. Erdogan a échafaudé ses plans en « toute amitié simulée » pour le peuple syrien, après avoir reçu l’insigne honneur d’en être le fer de lance oubliant qu’il n’était, en réalité, qu’un exécutant parmi tant d’autres ! Il n’a jamais imaginé que l’agression échouerait, que ses délires se dissiperaient aux vents, et que ses rêves se briseraient aux pieds des Syriens. Et, c’est habité par cette illusion que depuis bientôt 22 mois il mène, pas à pas, « sa guerre » contre le peuple syrien.

Au commencement, alors que les voies diplomatiques entre Ankara et Damas étaient largement ouvertes avec le « respect supposé mutuel » entre les deux capitales, il s’est contenté de prodiguer les précieux conseils d’un donneur d’ordre qui entend être obéi. En bref, les autorités syriennes seraient bien inspirées de «  remettre le pouvoir à ceux qui ont été choisis pour les gouverner ; ces heureux élus étant évidemment les Frères Musulmans  » ! La réponse ne s’est naturellement pas fait attendre signifiant, poliment et fermement, que le peuple syrien était souverain en la matière et qu’à lui seul revenait le droit de choisir ses dirigeants, malgré l’obligeance de n’importe quel ami ou allié ; la Syrie refusant les diktats et ne retenant des conseilleurs que ce qui ne nuisait pas à sa souveraineté et à son indépendance. Dès lors, poussé par la déception, la vanité et la paranoïa, le prétendu « ami et allié stratégique » s’est subitement transformé en un ennemi menaçant de toutes sortes de représailles qu’il n’a pas tardé à mettre à exécution.

En effet, le « sultan imaginaire » s’est empressé de déchainer ses médias contre le soi-disant « vieil ami » qu’était la Syrie et d’accorder son hospitalité bienveillante aux syriens égarés qui partageaient ses illusions et sa folie, pour les réunir en un conseil qui la dirigerait sous ses ordres et sous le fallacieux vocable de « Conseil National de Transition ». Puis, il s’est démené à organiser congrès sur congrès pour de prétendus « Amis de la Syrie », ou quel que soit le nom qu’on puisse leur donner aujourd’hui…

Surtout, et bien avant que les Syriens ne soient obligés de fuir la catastrophe que M. Erdogan avait si bien programmée, il a fait dresser sur le sol turc les fameux « camps pour réfugiés syriens » destinés au ralliement de mercenaires venus du monde entier, et occasionnellement aux familles de combattants syriens, dupés ou complices, chargés de concrétiser ce dont il avait rêvé… Des camps censés leur permettre d’aller tranquillement guerroyer contre leur patrie, mais qui se sont vite transformés en havres de misère, de viols et de toutes sortes d’agressions contre leurs malheureuses familles.

Puis, le moment venu, et avec l’aide de ses acolytes, il a réussi à transformer la frontière syro-turque en « passoire pour terroristes », bardés de tous les moyens logistiques possibles et imaginables pour perpétrer les crimes les plus odieux contre la population syrienne prétendument amie ! Et c’est justement sur Alep [1] et sa région que ces bandes de faux révolutionnaires, voleurs, violeurs et assassins se sont particulièrement acharnés. Sous la supervision de « spécialistes du démontage » dépêchés sur les lieux, ils ont démantelé la majorité des usines de toute cette région, avant de transférer le maximum de machines et d’équipements vers la Turquie et, évidemment, de saccager tout ce qu’ils ne pouvaient emporter. C’est ainsi que M. Erdogan, motivé par son désir de mettre fin à toute concurrence régionale et internationale entre les exportations de la Turquie et celles d’Alep – ville syrienne industrielle par excellence – a porté son coup fatal à sa  vie  économique et à sa population détestée pour la simple raison qu’elle a refusé de se plier à ses ordres, de se laisser vendre, et de trahir !

Et maintenant, son égo démesuré incomplètement satisfait des crimes perpétrés sans relâche et son appétit colonialiste inassouvi, malgré l’annexion du « Sandjak d’Alexandrette » au lendemain de la chute de l’Empire ottoman, il voudrait redevenir le  « Sublime  maître » de la Syrie par l’intermédiaire de la nomination d’un obscur  « Wali » [gouverneur des provinces ottomanes du temps des Sultans] qui continuerait à duper ceux qu’il a réussi à piéger dans des camps de malheur, dressés pour des raisons prétendument humanistes et humanitaires !

M. Erdogan persiste et signe, sa vanité le rendant incapable de tenir compte des nouvelles donnes sur le terrain syrien, le terrain régional et le terrain international. Il n’a pas encore accepté l’idée que l’agression « otano-arabo-turco-sioniste » n’a pas réussi à briser la résistance de la Syrie et des Syriens. S’il avait un minimum de bon sens, il cesserait ses attaques meurtrières et, par conséquent, cesserait de nuire à son parti et à son peuple ; les antimissiles « Patriot » qu’il a quémandés auprès de ses amis de l’OTAN ne pouvant lui servir ni à protéger sa personne, ni à soutenir son agression contre la Syrie.

Car la Syrie, malgré tout ce qu’elle a vécu depuis 22 longs mois, comme horreurs, ravages et destructions, et en dépit des assassinats, sanctions, et souffrances imposées à son peuple, a réussi à créer une situation qui ne permet, ni ne permettra  à M. Erdogan de concrétiser ses ambitions. Le peuple syrien a pris la résolution indépendante de placer sa confiance dans son État et ses représentants qu’il a lui-même élus, et qui ne pourront être remplacés que par les voix des urnes, lors des prochaines élections. La Syrie gère sa bataille défensive en toute confiance et refuse toute intervention étrangère d’où qu’elle vienne, quoi qu’en pense le fameux wali délégué par M. Erdogan, tous les nostalgiques de la « Sublime Porte » de l’Empire ottoman, et les poseurs otanesques de « Patriot » à ses frontières. Ceux qui, par déraison, s’obstine à espérer le contraire doivent comprendre qu’ils courent après les chimères.

En effet, il n’est plus possible d’envisager une intervention militaire étrangère comme il n’est pas possible d’envisager une solution pacifique, si celui qui la propose espère toujours obtenir la part du butin ayant motivé sa coalition avec le camp des agresseurs. Désormais la solution pacifique implique de commencer par faire le tri entre les Syriens et les non Syriens ; puis, le tri entre les Syriens armés contre l’État et ceux qui ne le sont pas ; ensuite, par la sortie de tous les combattants étrangers ; et enfin, par l’arrêt du soutien armé et logistique de tous ces mercenaires par les puissances qui couvrent leurs crimes. Sinon, aucun dialogue n’est possible et il est évidemment déraisonnable de penser que le « Droit du citoyen syrien » cède devant quelques Syriens armés ou des pays étrangers, y compris la Turquie. La Syrie a gagné, et le vainqueur n’offre pas de butin au vaincu !

D’ailleurs, la haute direction du camp des agresseurs est parfaitement au fait de la situation et a commencé à pratiquer « la politique du délestage de l’inutile », parce qu’elle sait que ce qu’elle pourrait obtenir par les négociations ne suffira pas pour contenter et sauver la face de tous les alliés. C’est pourquoi elle a encouragé la France à s’impliquer au Mali, a inspiré à la Grande-Bretagne de se retirer discrètement, et a laissé à l’Allemagne le choix de sa porte de sortie. Reste le facteur essentiel  correspondant à  la Turquie, facteur que les USA voudraient épuiser un peu plus  pour qu’il lui reste totalement inféodé ainsi qu’à l’OTAN, même si cela devait se faire au détriment de la dignité de son peuple, voire au prix de son sang comme cela s’est produit lorsqu’il s’est agi récemment de sa relation avec Israël.

Par conséquent, M. Erdogan doit comprendre, dans son propre intérêt, qu’il est temps d’abandonner les pantins qu’il héberge, bien qu’ils aient fermé les yeux sur les vols, assassinats, et destruction des infrastructures de leur patrie, et qu’ils n’aient rien trouver à redire devant l’atteinte à sa souveraineté par la nomination d’un Wali turc sur la région Nord de leur pays. Ceux-là sont des traîtres aux yeux de l’opinion publique syrienne et arabe et n’ont pas leur place en Syrie !

Raisons de l’intensification des actes terroristes

Toute personne qui observe avec objectivité les affrontements qui se déroulent actuellement sur la scène syrienne ne peut ne pas constater que les groupes terroristes et les combattants armés qui rêvaient d’abattre l’État syrien par le feu et le sang, selon des opérations baptisées du nom de toutes les intempéries ou séismes, n’ont pas réussi à étendre leur autorité, du moins dans le vrai sens de ce terme.  Bien qu’ils soient entrés, sortis, puis revenus dans plusieurs régions du pays, ils n’ont pas réussi à garder leurs positions et sont même devenus incapables d’en visiter de nouvelles, pour pratiquer leur terrorisme professionnel à tout va.

Aujourd’hui, nous voyons que l’Armée arabe syrienne est passée à la contre-attaque leur infligeant de lourdes pertes, et que le peuple syrien participe à sa propre défense à travers des Comités populaires et des Forces spéciales constituées par des volontaires à travers tous le pays. Les terroristes, se voyant acculés à l’échec, redoublent de violence et tendent à pratiquer un maximum de massacres collectifs avec la mentalité du joueur et l’énergie du désespoir. Ceci pour quatre raisons :

1. Relever le moral de leurs troupes.

2. Maintenir la confiance et les aides de leurs « souteneurs ».

3. Se venger du peuple syrien qui les aurait laissé tomber.

4. Faire pression sur les parties concernées par les négociations pour les sauver, sans qu’ils en sortent totalement perdants.

Autrement dit, ils sont engagés dans un cul de sac. Leur pari consistant à cibler les civils par des voitures piégées, des attentats suicides, et des bombardements à distance signent leur incapacité militaire, tandis que leur choix de jouer avec la vie et le sang des Syriens, avec autant de sauvagerie, les a démasqués et a poussé ceux qu’ils avaient égarés à soutenir leur État et leur Armée.

Assistons-nous aux signes avant-coureurs de la victoire de la Syrie ? Ici, il nous faut dire que le destin des Syriens est de payer le prix cher pour leur liberté et leur souveraineté, un prix qui reste cependant moins élevé que le prix payé par celui qui les perdrait pour devenir l’esclave de l’étranger, comme c’est le cas de beaucoup d’Arabes et de Musulmans !

Dr. Amin Hoteit

24 /01/ 2013

 

D’après 2 articles originaux : Al-Tayyar / Cham Press

http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-hoteit-hh-9562.htm

http://www.champress.net/index.php?q=ar/Article/view/13889

 

Article traduit de l’arabe par Mouna-Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Une minute de silence en solidarité avec l’Université d’Alep – Mercredi 23 janvier à 12h

http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=accueil&np=pageActu&ref=4712

[2] Université d’Alep (Syrie) bombardée: une minute de silence à l’université de Rennes 2

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Universite-d-Alep-Syrie-bombardee-une-minute-de-silence-a-l-universite-de-Rennes-2_40771-2156191-pere-bre_filDMA.Htm

[3] Minutes de silence et manifestations des étudiants syriens de toutes les universités de la patrie, pour affirmer que le terrorisme ne pourra les empêcher de poursuivre leur objectif d’apprendre et de comprendre.

وقفات حداد نظمها طلاب سورية على امتداد جامعات الوطن ليعلنوا ان الارهاب لن يثنيهم عن متابعة رسالة العلم والمعرفة

http://www.youtube.com/watch?v=vzXlgvLUu30

[4] German Journalist Manuel Ochsenreiter on RT about Aleppo University bombing

http://www.youtube.com/watch?v=ZRsipX6kytc

[5] Alep assiégée, future «ville symbole»? Par le colonel Jean-Louis Dufour

http://www.leconomiste.com/article/897159-alep-assi-g-e-future-ville-symbole-par-le-colonel-jean-louis-dufour

[6] Le tweet de Jean-François Kahn – Alep, ce carnage qui nous laisse froid

http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/16/mali-carnage-conflit-tweet-kahn_n_2486185.html

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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A l’insu de la vaste majorité de la population canadienne, le gouvernement et les forces armées du Canada sont fortement impliqués dans l’invasion française au Mali et dans l’intervention impérialiste croissante dans l’ouest de l’Afrique, dont le Mali fait partie.

Étant conscient qu’il n’y a pas d’enthousiasme dans la population canadienne pour une participation du pays dans une autre guerre impérialiste, le gouvernement conservateur de Stephen Harper s’est donné beaucoup de mal à présenter le rôle de l’armée canadienne dans la guerre au Mali comme limité et inattendu.

Mais ce n’est qu’une ruse. Depuis au moins le printemps dernier, des discussions dans les sphères gouvernementales concernant le rôle du Canada dans une intervention militaire organisée par les impérialistes au Mali ont cours. De plus, les forces spéciales canadiennes ont entraîné l’armée malienne depuis au moins une année avant le coup d’État militaire de février 2012 qui avait été déclenché par la perte du nord du pays aux mains d’une armée rebelle de Touaregs. Un article du 3 décembre 2011 de Postmedia cite le brigadier général Denis Thompson, membre du Commandement des forces d’opérations spéciales du Canada, disant que « le déploiement de forces spéciales canadiennes au Mali devrait être une mission persistante ; de petites équipes interviendraient en fonction de la nécessité pour les forces maliennes de recevoir un tel entraînement ».

L’armée canadienne a aussi développé une présence de plus en plus importante dans d’autres pays de la région, les Forces armées canadiennes (FAC) aidant à l’entraînement des forces africaines qui sont maintenant en train d’être préparées au combat au Mali.

Le Canada a déployé une vingtaine de soldats au Niger pour effectuer de l’entraînement militaire. Le Niger, qui borde le Mali à l’est, devrait fournir 500 soldats parmi les 3300 qui sont réunis par ECOWAS, une alliance d’États d’Afrique de l’Ouest formée exclusivement d’anciennes colonies françaises, pour faire la guerre au Mali.

Les FAC participent également à Exercise Flintlock, un exercice militaire qui sera organisé le mois prochain avec des soldats des États-Unis, d’Europe et d’Afrique en Mauritanie, un pays qui partage une frontière de 2237 kilomètres avec le Mali.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement du Canada a reconnu publiquement l’envoi d’un avion de transport C-17 Globemaster III dans le conflit malien pour seulement une semaine. Mais des sources médiatiques canadiennes ont rapporté que, plus tard cette semaine, le gouvernement conservateur annoncera la prolongation de ce déploiement et probablement d’autres mesures en appui direct à l’invasion canadienne.

L’agence de nouvelles La presse canadienne a rapporté mercredi que, selon les FAC, le C-17 qui transporte depuis la semaine dernière les troupes françaises et l’équipement militaire vers Bamako, la capitale malienne, a été libéré par les planificateurs de l’armée pour être déployé au Mali pour une période allant jusqu’à trois mois.

La France aurait demandé au Canada de lui fournir d’autres avions de transport ainsi que d’autres entraîneurs des FAC pour les États de l’ECOWAS. Lors d’un appel téléphonique avec Harper, le président François Hollande aurait aussi dit qu’il a demandé un soutien financier pour l’invasion française.

Plus tôt cette semaine, l’ambassadeur français au Canada, Philippe Zeller, a dit : « Toutes les options sont encore ouvertes du côté canadien… sauf celle exprimée par le premier ministre, qu’il n’y aurait pas d’implication des troupes [canadiennes] au combat. »

Mercredi, le premier ministre Harper a dit que le gouvernement consultait les partis de l’opposition afin de développer un « consensus parlementaire » pour une implication accrue des FAC dans l’invasion française au Mali. « Le gouvernement, a dit Harper, considère s’il doit accroître, et de quelle façon,… ses engagements en termes de soutien technique » aux Français. Il a ensuite ajouté : « Je pense qu’il est important d’aider cette mission. »

Tant l’opposition officielle, représentée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) appuyé par les syndicats, que les libéraux ont indiqué qu’ils appuient une participation accrue du Canada dans la guerre au Mali.

La semaine dernière, le chef du NPD, Thomas Mulcair, a dit que son parti a appuyé la décision de Harper de donner son soutien à l’invasion française au Mali. Lundi, le critique néo-démocrate en matière d’Affaires étrangères, Paul Dewar, a dit que le NPD souhaitait que les FAC fassent plus pour aider au transport de l’équipement, des vivres et du personnel français. « Il est clair », a dit Dewar au site web iPolitics, « que le Canada a la responsabilité de démontrer qu’il va aider de toutes les manières possibles et nous voulons voir plus d’engagement. Au début, c’était plus de la confusion que de l’engagement. »

Lundi, le critique libéral en matière de Défense, John McKay, avait aussi critiqué le gouvernement pour ne pas appuyer et encourager suffisamment l’intervention impérialiste au Mali. « Je pense sincèrement, a dit McKay, qu’on doit utiliser notre armée pour résoudre les conflits. Et je me base sur l’idée que nous avons la responsabilité de protéger et la… responsabilité d’intervenir. Mon objection vient du fait que je n’ai pas entendu cela de la part du premier ministre sur la question du Mali. »

L’ancien chef libéral Stéphane Dion a quant à lui critiqué le gouvernement Harper pour sa « timidité » au Mali, qu’il a contrastée à son empressement d’envoyer les FAC au combat en Afghanistan et en Libye.

Le gouvernement, les partis d’opposition et les grands médias tentent de tromper la population canadienne pour qu’elle appuie l’implication de plus en plus importante des FAC au Mali, et en Afrique de l’Ouest en général, en ayant recours à la « guerre contre le terrorisme » et à la menace des forces islamistes.

Ces prétextes bien connus servent à justifier une intervention qui, pour le Canada, ainsi que pour la France, le vieux seigneur colonial de la région, est motivée par des intérêts économiques et politiques mercenaires.

Le Canada est un joueur économique d’importance au Mali et ce pays, en plus d’être le troisième plus grand producteur d’or d’Afrique, aurait apparemment des réserves de pétrole considérables. Selon le Toronto Star, il y a 15 sociétés minières et de prospection canadiennes au Mali et celles-ci détiennent près d’un demi-milliard de dollars d’actifs.

De plus, comme leurs rivales françaises, les sociétés minières canadiennes sont de plus en plus actives à travers la région. Ottawa tente d’appuyer leurs efforts en se servant de la Francophonie pour étendre l’influence du Canada en Afrique de l’Ouest.

Pour satisfaire ses intérêts mondiaux, la classe dirigeante canadienne, tant sous les gouvernements libéraux que conservateurs, a graduellement mis un terme au mythe du Canada en tant que « gardien de la paix » et a joué un rôle majeur dans une série de guerres et d’interventions impérialistes : la guerre de l’OTAN en 1999 contre la Yougoslavie, la guerre des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan, l’intervention en 2004 pour expulser le président élu d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, et la guerre des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne pour un « changement de régime » en Libye.

Ainsi en 2011, en raison de cette relance du militarisme, le Canada dépensait plus pour son armée en dollars réels qu’à toute autre époque depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les travailleurs doivent rejeter avec mépris cette campagne de propagande de l’établissement politique et des médias qui tente de justifier l’agression française par l’invasion de forces islamistes liées à Al Qaïda dans certaines régions au nord du Mali. Durant les quatre dernières décennies – en commençant par la guerre par procuration qu’ont menée les États-Unis contre le gouvernement afghan qui était soutenu par l’Union soviétique – les puissances impérialistes se sont constamment servies des fondamentalistes islamiques pour renverser des gouvernements qui constituaient un obstacle à leur domination ou les ont utilisés comme prétexte à une intervention impérialiste au nom de la lutte contre le « terrorisme islamique ».

En Libye en 2011, les puissances occidentales, le Canada inclus, ont mobilisé et armé des milices islamiques dans leur campagne qui visait à remplacer Kadhafi et son entourage par un régime plus soumis à leurs intérêts. Aussi, avec l’appui du régime médiéval d’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe, elles font la même chose aujourd’hui en Syrie.

En fait, la présence de forces islamiques lourdement armées au Nord-Mali est une conséquence directe, bien que non intentionnelle, de la guerre de l’OTAN contre la Libye. Nombre des forces islamiques qui sont maintenant actives au Nord-Mali proviennent de la Libye ou ont pu mettre la main sur des armes après avoir été capturées par des forces islamiques alliées qui combattaient en Libye avec l’appui logistique et aérien de l’OTAN.

Déjà, dans les premiers jours de l’invasion du Mali par la France, le caractère de la guerre dans laquelle participe l’élite dirigeante du Canada est révélé. Des avions de guerre français tuent des civils dans des frappes aériennes pendant que les alliés dans l’armée du Mali procèdent à des « exécutions sommaires » de gens qui n’ont pas de papiers d’identité ou brutalisent et assassinent des civils touaregs et arabes.

Article original, WSWS, paru le 24 janvier 2013

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Treize travailleurs migrants, la majorité du Bangladesh, ont perdu la vie le 11 janvier dans un incendie qui a ravagé un camp de travail surpeuplé installé dans un bâtiment en ruines de Manama, la capitale de la monarchie du Bahreïn.

De telles tragédies sont monnaie courante au Bahreïn et dans les autres régimes monarchiques qui constituent le Conseil de coopération du Golfe. En mai dernier, un autre incendie similaire a causé la mort de 10 travailleurs qui provenaient du Bangladesh dans un camp de travail bondé de Manama.

La monarchie du Bahreïn et les sociétés de construction privées se sont opposées aux plans visant à améliorer la qualité des habitations et les normes de sécurité dans l’industrie.

Le brasier mortel est survenu deux jours seulement après la décapitation d’une domestique en Arabie saoudite qui a provoqué la répulsion à travers le monde. Rizana Nafeek, qui avait menti sur son âge et qui avait quitté sa famille pauvre au nord-est du Sri Lanka pour trouver un meilleur salaire en Arabie saoudite, fut condamnée à mort pour le décès d’un enfant dont elle avait été forcée de prendre soin, sans formation ni expérience, à l’âge de 17 ans. Les autorités saoudiennes lui avaient soutiré des aveux par la force; paroles qu’elle a ensuite désavouées en soutenant que l’enfant s’était étouffé en buvant et qu’elle n’avait pu le ranimer.

La monarchie saoudienne s’est farouchement opposée à la condamnation internationale de son exécution barbare – effectuée en violation des traités internationaux qui interdisent la peine capitale pour les crimes présumés qui auraient été perpétrés par des mineurs – en disant qu’il s’agissait d’une « intervention dans ses affaires et ses verdicts juridiques ».

Et, il faut le répéter, cette action dégoûtante est loin d’être une aberration. Le régime saoudien a exécuté 79 personnes par décapitation l’an dernier et 82 l’année précédente.

Selon des reportages parus après le meurtre d’État de Rizana Nafeek, au moins 45 domestiques indonésiennes seraient dans le couloir de la mort dans les prisons saoudiennes, en attente d’être décapitées. Il y aurait aussi des domestiques provenant du Sri Lanka, des Philippines, de l’Éthiopie et de l’Inde qui pourrait subir le même sort, mais on ne sait pas leur nombre.

Dans plusieurs cas, ces femmes ont été accusées de meurtre pour s’être défendues contre de violents assauts physiques et le viol par leurs employeurs. Dans d’autres cas, des femmes ont souffert de dépression nerveuse après des années d’abus et après avoir été forcées de travailler 15 à 20 heures par jour, sept jours par semaine, sans pause, sans congé ou, dans bien des cas, sans salaire.

Les sentences pour les abus graves et souvent mortels infligés à un million et demi de domestiques en Arabie saoudite sont rares. Parmi les cas les plus infâmes, il y a celui de Sumiati Binti Salan Mustapa, une femme de ménage dont l’employeur saoudien avait coupé les lèvres aux ciseaux, brûlé son cuir chevelu au fer chaud, infligé de multiples coups de couteau et brisé des os sur une période prolongée d’abus monstrueux. Une cour saoudienne a acquitté l’employeur, affirmant qu’il n’y avait aucune évidence de torture. De nombreux autres cas, où des femmes avaient été jetées en bas de bâtiments, ont été classés comme des suicides.

Ce qui sous-tend ces atrocités – tant les incendies mortels que les décapitations – est un système qui équivaut à une forme moderne d’esclavage. L’esclavage traditionnel, basé carrément sur l’achat et la vente d’êtres humains, a seulement été aboli dans le royaume saoudien en 1962.

Le nouveau système, plutôt que de s’appuyer sur l’enlèvement et l’esclavage forcé d’Africains subsahariens, est alimenté par un système capitaliste mondialement intégré et son appauvrissement de milliards de personnes, particulièrement en Asie, qui sont forcées de se trouver du travail à l’étranger.

Ces travailleurs deviennent victimes des agences de recrutement qui chargent des frais exorbitants pour accéder à un emploi, contraignant les immigrants à la servitude lorsqu’ils arrivent en Arabie saoudite et dans les autres États du Golfe monarchiques. Une fois là, ils tombent aussi sous le système du kafala, ou sponsorship, qui confère aux employeurs des pouvoirs illimités sur les travailleurs migrants. Ils saisissent habituellement les passeports des travailleurs, ce qui rend leur retour au pays impossible.

Ceux qui essaient de quitter des emplois dangereux et exploiteurs n’ont pas le droit de chercher du travail ailleurs sans la permission du sponsor, et sont généralement déportés, souvent sans être payés. Les syndicats sont illégaux pour ses travailleurs, et les niveaux de salaire stagnent depuis deux décennies, bien que le coût de la vie augmente rapidement. Il est commun pour les employeurs de « louer » leurs travailleurs aux autres pour faire du profit.

Il y a environ 15 millions de travailleurs de ce genre dans les États du Golfe. Ils forment environ la moitié de la main-d’œuvre et la vaste majorité des travailleurs du secteur privé. Ce sont eux qui ont bâti les gratte-ciels, les palaces et les autoroutes de Manama, Dubaï et Riyad, payés à l’aide des revenus pétroliers des dynasties parasitaires qui gouvernent.

Leurs conditions épouvantables ne sont pas secrètes. Elles sont documentées dans les rapports annuels publiés par le Bureau du département d’État des États-Unis sur la démocratie, les droits de l’homme et le travail. Le rapport sur le Bahreïn affirme que les travailleurs domestiques « devaient donner leurs papiers d’identité aux employeurs, avaient peu de temps libre, étaient mal nourris et étaient sujets à des abus verbaux et physiques, incluant des agressions sexuelles et des viols ». Le rapport indique aussi que « dans de nombreux cas, les employeurs retiennent les salaires des travailleurs étrangers pendant des mois et des années et refusent de leur donner la permission de quitter le pays ». Cela équivaut en pratique à l’esclavage.

Le département d’État des États-Unis a trouvé des conditions similaires en Arabie saoudite, où il y a 8,5 millions de travailleurs étrangers. Dans les deux pays, indique le rapport, les partis politiques sont bannis, la torture est courante, la censure est imposée, les minorités religieuses (ou, dans le cas du Bahreïn, la majorité shiite) sont brutalement réprimées et les dissidents politiques sont tués ou emprisonnés.

Ces rapports, cependant, sont pour la forme. Ils n’ont aucun impact sur la politique américaine dans la région, qui repose sur les régimes dictatoriaux d’Arabie saoudite, l’allié arabe clé de Washington, du Bahreïn, qui héberge la Cinquième flotte des États-Unis, ainsi que le Qatar, où se trouve d’importants centres de direction du Pentagone (le Central Command Forward Headquarters et le Combined Air Operations Center).

Voilà les alliés clés de l’administration Obama pour le déclenchement et l’approvisionnement en armes d’une guerre civile sectaire en Syrie au nom des « droits humains » et de la « démocratie » ainsi que pour la préparation en vue d’une guerre contre l’Iran.

Les conditions de la grande majorité de la classe ouvrière migrante et semi-esclave de ces pays ainsi que la nature ultra-réactionnaire et médiévale des régimes qui la gouvernent constituent un réquisitoire puissant contre la politique prédatrice de l’impérialisme américain.

Les fondations sur lesquelles cette politique impérialiste repose sont complètement pourries et devront produire, plus tôt que tard, des explosions révolutionnaires.

Article original, WSWS, paru le 16 janvier 2013

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J’ai commencé à m’intéresser au pétrole en classe de Quatrième (dans le système français, l’équivalent de la « Méthode » dans les collèges classiques du Québec) au Collège Stanislas à Montréal. J’avais alors 15 ans, et nous étions en 1962. Cette année-là, le programme de sciences était consacré à la géologie. Pour les fins du cours, chaque élève devait produire une monographie sur un sujet de son choix. Surpris de découvrir toute l’importance du pétrole dans l’activité humaine, j’avais choisi de creuser plus particulièrement ce sujet-là.

J’avais écrit à toutes les compagnies pétrolières pour qu’elles m’envoient du matériel de vulgarisation. Je me souviens que la plus généreuse avait été BP (British Petroleum) qui m’avait fait parvenir un très beau volume (en anglais évidemment à cette époque-là) intitulé « Our Industry ».

À l’époque, les jeux vidéos n’existaient pas, et la lecture occupait une place beaucoup plus importante dans la vie des adolescents. Je m’étais donc précipité avidement sur ce bouquin qui devait bien faire ses 800 pages, et j’avais ingurgité toutes ces informations où il était question de géologie du pétrole, de techniques d’exploration, de forage et d’extraction, de logistique de transport, de raffinage (un processus de distillation), des différents produits chimiques et pétroliers qu’on en tire, et de leurs applications à des fins industrielles ou de consommation courante. Aussi bien renseigné, j’avais obtenu la meilleure note de la classe.

Près de treize ans plus tard, ces connaissances allaient jouer un rôle déterminant dans ma sélection pour un poste en affaires publiques chez Esso. C’est dans ces fonctions que j’allais pouvoir les approfondir, notamment au chapitre de l’économie du pétrole et des stratégies de mise en valeur et d’exploitation.

On se souviendra que la conjoncture était assez particulière à l’époque. Avec la création de l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, le monde venait d’encaisserson premier choc pétrolier. Pour une bonne compréhension de la situation actuelle, je vous suggère fortement de prendre connaissance du contenu de ce lien.

Le pétrole s’est donc alors retrouvé propulsé, presque du jour au lendemain, au premier rang des préoccupations mondiales. C’est également à ce moment-là qu’ont commencé à surgir les premiers gros questionnements sur le rôle et l’influence des enjeux pétroliers dans la politique mondiale.

Il y avait bien eu le renversement du gouvernement Mossadegh en Iran en 1953, orchestré par la CIA et le MI6 pour le compte des intérêts pétroliers américains et américains, mais l’inexistence à l’époque de réseaux d’information aussi bien développés que ceux que nous avons aujourd’hui avait ralenti la propagation de la nouvelle et empêché le monde de prendre la juste et pleine mesure des événements avant plusieurs années plus tard.

Au début des années 1970, l’information circule déjà beaucoup mieux, et se mettent à apparaître des films ou des livres qui abordent ouvertement la possibilité de manoeuvres politiques douteuses dans l’industrie pétrolière.

À peine arrivé chez Esso depuis quelques mois, je découvre que le cinéma de la Place Ville-Marie où sont logés nos bureaux présente un film du grand réalisateur italien Francesco Rosi, « L’affaire Mattei » qui relate l’enquête tenue sur les circonstances mystérieuses de la mort d’Enrico Mattei, le président de la puissante société pétrolière d’État mise sur pied par le gouvernement italien après la guerre.

Voici ce qu’en dit Wikipédia :

« Enrico Mattei (29 avril 1906 – 27 octobre 1962) était un industriel italien dans le domaine du pétrole. Après la Seconde Guerre mondiale, Mattei a été chargé de démanteler l’Agip, l’agence pétrolière de l’État établie par le régime fasciste. Mais au lieu de cela, il l’a développée et réorganisée en un trust national, l’Ente Nazionale dei Idrocarburi (ENI).

Sous sa direction, l’ENI a négocié d’importantes concessions pétrolières au Moyen-Orient, ainsi que des accords commerciaux de grande portée avec l’Union soviétique, qui ont permis de briser l’oligopole des « Sept Sœurs » qui dominait l’industrie pétrolière au milieu du 20e siècle. Il a aussi introduit le principe selon lequel le pays où se situe l’exploitation pétrolière perçoit 75 % des profits.

Mattei, qui est devenu une personnalité puissante en Italie, était un démocrate-chrétien de l’aile gauche et a été député de 1948 à 1953. Il a fait d’ENI une compagnie puissante, au point que les Italiens l’ont qualifié d’« État dans l’État ». Il est mort dans un accident d’avion mystérieux en 1962, vraisemblablement causé par une bombe embarquée. Cette affaire non résolue a été une obsession en Italie pendant des années et a été le sujet du film « L’Affaire Mattei » de Francesco Rosi en 1972. »

Cette mort mystérieuse tourmente encore tellement les Italiens que le film de Rosi repasse régulièrement à la télévision nationale. Tout récemment, il a été affiché en version intégrale sur YouTube.

Si vous avez l’oreille faite aux langues étrangères, je vous conseille de le visionner en entier. C’est une histoire fascinante. Mattéi dérangeait tellement les Américains que leTime Magazine avait écrit de lui en 1962 qu’il était « l’homme le plus puissant en Italie depuis l’empereur Auguste ».

Vous aurez remarqué que Mattei a baptisé les grandes multinationales du pétrole « Les sept soeurs » (en italien, Le Sette Sorelle). L’image est tellement forte qu’elle est leur est immédiatement accolée dans le monde entier. Même si elles sont des concurrentes, elles ont toutes le même intérêt, et donc à peu près le même modus operandi, à quelques différences culturelles (au sens de culture d’entreprise) près.

C’est donc dans cette foulée que paraît en 1975 « The Seven Sisters », le livre du journaliste et essayiste britannique Anthony Sampson qui connaitra un très grand succès mondial ». Paru en français sous le titre « Les Sept Soeurs », voici le descriptif qu’on découvrait sur la jaquette arrière d’une édition parue au Québec :

« Défiant les lois de leur propre pays, soudoyant les gouvernants étrangers et les renversant au besoin, alternant de façon diabolique le charme et la ruse, les grandes compagnies pétrolières ont véritablement remodelé la face du monde dans lequel nous vivons.

Prix international de la presse 1976.

Après son anatomie désormais classique d’une grande multinationale (« I.T.T., l’État souverain »), Anthony Sampson pénètre, dans une synthèse magistrale et passionnante, l’univers secret des sociétés pétrolières et des conséquences géopolitiques de leurs opérations.

L’auteur retrace d’abord l’épopée fantastique des premiers chercheurs de pétrole de la Pennsylvanie, riches un jour, ruinés le lendemain, et la constitution du gigantesque monopole de John D. Rockefeller I, qui introduisit la piraterie dans le monde du big business. Il analyse finalement les formidables puissances que représentent les sociétés pétrolières et notamment « Les Sept Soeurs » : Exxon, Shell, Texaco, Mobil, B.P., Socal et Gulf.

Anthony Sampson, qui a rencontré tous les grands patrons du pétrole et les nouveaux riches de l’OPEP, trace des portraits hauts en couleur de ces personnalités puissantes et fait revivre l’atmosphère dramatique des réunions où furent prises ces dernières années des décisions qui ont bouleversé le monde.

Personnalité marquante du journalisme britannique, l’auteur est collaborateur régulier de l’Observer de Londres et du magazine « Vision ». Il a déjà publié huit ouvrages dont « I.T.T., l’État souverain » (Alain Moreau-Éditions Québec/Amérique). »

Et voici un bref extrait de la critique parue dans Le Monde diplomatique en 1976.

« Il ne subsiste aujourd’hui à peu près rien de la première station de forage montée en 1859 à Titusville, en Pennsylvanie. C’est pourtant là qu’est née l’aventure du pétrole, dont la répercussion sur l’économie mondiale devait être presque aussi importante que celle de l’électricité.

L’ouvrage d’Anthony Sampson, Les Sept Sœurs, va plus loin que son titre ne le laisserait croire. Il ne décrit pas seulement la naissance et la croissance des sept plus grandes sociétés pétrolières du monde, mais aussi la formation de l’Amérique moderne, la constitution de méga-fortunes, celles de Rockefeller ou de Gulbenkian, la lente évolution des mentalités qui président aux rapports entre le monde surdéveloppé consommateur et le tiers-monde producteur, etc.

Ces quelque cinq cents pages constituent une remarquable enquête, au fil de laquelle l’auteur égrène posément les périties et les arguments.

La réalité qui recouvre les activités des « Sept Sœurs » est à l’image de leur flotte pétrolière, « entreprise dépourvue de centre ou de base géographique, dont le cœur navigue en haute mer entre une source intermittente d’approvisionnement et une destination sujette à changement enfin, pour couronner le tout, n’ayant d’allégeance envers aucun pays particulier ».

À partir de 1975, l’action des pétrolières devient beaucoup plus transparente. Non pas par choix, mais parce qu’elles sont désormais dans la mire des médias qui les suivent à la trace, d’abord sur fond de crise mondiale, puis notamment sur les enjeux environnementaux.

Depuis quelques années, alors qu’on s’interroge sur la possibilité que les réserves pétrolières mondiales soient en train de s’épuiser face à l’accélération de la demande dans les économies émergentes et à l’épuisement des réserves de pétrole conventionnelle, de nouveaux enjeux géostratégiques refont surface. Qui a du pétrole ? En quelles quantités ? À quel prix ?

Ce dernier point est particulièrement important. Ce n’est pas tout d’en avoir, encore faut-il que son prix de revient lui permette d’être concurrentiel sur le marché mondial. Ainsi, le prix de revient du pétrole extrait des sables bitumineux est très élevé (entre 65 et 75 $ le baril). Lorsque le cours mondial dépasse les 100 $ le baril, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le pétrole albertain.

Mais lorsque le cours mondial du brut de référence en Amérique du Nord (le West Texas Intermediate ou WTI) baisse en dessous des 100 $ comme c’est le cas en ce moment (95,25 $ en ce 19 janvier 2013 et que se profile à l’horizon une nouvelle récession mondiale et une autosuffisance américaine en pétrole à compter de 2017 en raison des découvertes récentes dans le Bakken Field qui chevauche le Dakota du Nord et le Montana, avec un prix de revient nettement plus bas que celui des sables bitumineux de l’Alberta, la question de l’avenir de ces derniers se met à se poser. Va-t-il pouvoir trouver preneur ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’acheteur applique parfois un escompte sur le prix de vente qui fluctue avec les conditions du marché et les caractéristiques du pétrole qu’il achète. Ainsi, le pétrole des sables bitumineux a une forte teneur en soufre qui va en compliquer le raffinage. En ce moment, les Américains l’achètent à escompte de 40 % sur le cours du WTI.

La problématique est différente pour chaque pays. La France n’a pas de pétrole et doit donc l’importer. C’est pour réduire la part du pétrole dans son bilan énergétique et dans ses équilibres d’échanges commerciaux qu’elle a développé une filière atomique très importante. Ce faisant, elle s’est créée une autre vulnérabilité avec l’uranium qu’elle importe à des conditions très avantageuses du Niger, une de ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest.

Les troubles politiques qui agitent présentement cette partie du monde constituent une menace directe à la sécurité de ses approvisionnements. Qui plus est, Total, sa pétrolière nationale, vient tout juste de découvrir un important gisement de pétrole au Mali. En effet, le site français Boursorama affichait ces jours derniers la dépêche suivante : « Découverte pétrole bassin Taoudéni-Mali 11/01/2013 à 21:08 janvier 2012 – Total : résultats prometteurs de forages dans le bassin Taoudéni, Mali  ».

Cette information faisait suite à une autre parue l’an dernier presque jour pour jour :

« Simple hasard ? Alors que la région du Sahel est soumise à des troubles de plus en plus violents, l’actualité nous rappelle que la région est riche en pétrole.

Le géant pétrolier français Total vient en effet d’annoncer avoir signé deux permis d’exploration avec les autorités mauritaniennes dans le très prometteur bassin de Taoudéni.

Le groupe a ainsi acquis, en tant qu’opérateur, une participation de 90% dans les blocs C 9 en mer très profonde et Ta 29 à terre dans le bassin de Taoudéni. La compagnie nationale mauritanienne SMH détiendra les 10% restants.

Le bloc C 9, situé à environ 140 kilomètres à l’ouest des côtes mauritaniennes, s’étend sur plus de 10.000 km (!…), par des profondeurs d’eau comprises entre 2.500 et 3.000 mètres. Le bloc Ta 29 est situé dans le désert du Sahara à 1.000 kilomètres à l’est de Nouakchott, au nord du bloc Ta 7 sur lequel Total mène déjà des activités d’exploration.

En février 2011, la presse algérienne indiquait que le groupe français Total et le groupe énergétique national algérien Sonatrach avaient dans leurs besaces plusieurs projets au Sahel. L’essentiel semblant être pour les deux groupes de « rafler » le plus de projets possibles, au Mali et au Niger.

Les récentes découvertes de richesses minières, dans le bassin de Taoudéni, large de 1,5 million de kilomètres carrés, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, provoquent en effet désormais un vif intérêt pour cette région.

Jean-François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total a ainsi fait état d’immenses découvertes gazières dans le secteur, freinant la progression du puits vers la zone pétrolière, en Mauritanie et le conduisant même à parler « d’un nouvel Eldorado ».

A travers sa filiale internationale Sipex, Sonatrach a par ailleurs obtenu l’approbation du ministère des Mines nigérien pour procéder à des forages expérimentaux.

Pour rappel, la Sipex est présente au Niger depuis 2005, plus précisément au périmètre de Kafra, situé à la frontière algéro-nigérienne.

Fin 2009, Sipex a obtenu une prolongation d’un an de la première période d’exploration, arguant d’une situation politique difficile dans le pays.

Au Mali, la filiale de Sonatrach présente depuis 2007, a acquis une prolongation de deux ans, émanant du ministère malien des Mines, pour la première phase d’exploration qui prendra fin en 2013.

Simple coïncidence ?

À trois mois de l’élection présidentielle au Mali, le gouvernement, déjà confronté aux enlèvements d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et à la menace d’une crise alimentaire, doit désormais faire face à une nouvelle rébellion touareg.

Ainsi, l’armée malienne a repris dans la nuit de jeudi à vendredi le contrôle des trois villes du nord-est du Mali attaquées mardi et mercredi par des rebelles.

« L’armée malienne a repris le contrôle des villes de Ménaka, de Tessalit et d’Aguelhok. Des renforts sont venus sur place », a déclaré une source militaire régionale.

Dans ces deux dernières villes, les combats ont fait 47 morts – 45 rebelles et deux soldats – selon le ministère malien de la Défense. Les rebelles touareg auraient été vus se dirigeant vers le nord-ouest du Mali.

Ces attaques sont les premières de ce type depuis un accord ayant mis fin à la rébellion mais également depuis le retour de Libye de centaines d’hommes armés ayant combattu aux côtés des forces du leader libyen Mouammar Kadhafi.

Plus globalement, l’instabilité provoquée par les activités d’Aqmi dans le nord du Mali, lieu d’implantations de plusieurs de ses bases, a été renforcée par le retour sur le territoire libyen de plusieurs centaines de ces rebelles.

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com – 21 janvier 2012  »

Total, ce n’est pas que la France. C’est aussi Paul Desmarais et l’Empire Power. Et, « comme par hasard », le Canada participe à l’intervention française au Mali. Pour lutter contre le Djihad islamique et le risque terroriste, nous dit-on…

En Libye, il fallait, disait-on, débarrasser le pays d’un tyran sanguinaire. On a appris depuis que le tyran en question avait donné 400 millions d’euros à Sarkozy, 

et qu’il était devenu pour ce même Sarkozy, l’ami de Paul Desmarais, un témoin gênant.

Au lendemain du renversement de Kaddhafi, Total se réjouissait de pouvoir reprendre rapidement ses activités en Libye, pour se faire dire quelques mois plus tard que les soupçons de corruption qui pesaient contre elle risquaient de la disqualifier pour l’obtention de nouveaux permis.

Pour les dessous pétroliers de l’opération de l’Otan contre la Lybie, voir cet article paru sur le site Russia Today intitulé « Libya : So it was all about oil after all ! ».

Total a donc dû jeter son dévolu sur d’autres régions, et c’est ainsi qu’elle a accéléré ses programmes d’exploration au Mali. « Comme par hasard », elle annonce une découverte importante juste au moment de l’annonce de l’intervention française dans ce pays. Si ce n’est pas « arrangé avec le gars des vues »*…

* Expression québécoise qui signifie « du cinéma »

Richard Le Hir

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Le second mandat d’Obama :Plus de justice dans le monde?

janvier 24th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«The dollar is our currency and your problem» («Le dollar est notre devise et votre problème»).

John Connally  ancien secrétaire américain au Trésor

 

Avec une mise en scène hollywoodienne, Barack  Hussein Obama a prêté serment pour un second mandat. Il a répété lundi les 35 mots du serment présidentiel devant le président de la Cour suprême, John Roberts. Lundi, M. Obama a levé la main droite et posé la gauche sur deux Bibles: celle d’Abraham Lincoln, sauveur de l’Union et émancipateur des esclaves, et celle de Martin Luther King dont, coïncidence, la mémoire est honorée lundi aux Etats-Unis. Le président américain est le seul chef d’État d’un pays frappé par la crise à réussir à se faire réélire. Cette victoire repose sur plusieurs raisons: l’économie, la relance discutable de l’énergie non conventionnelle et son indéniable capital sympathie.

Petit rappel du discours de victoire de novembre 2012

 «La démocratie, déclare le président Obama, dans un pays de 300 millions d’habitants, peut être bruyante, désordonnée et compliquée. Nous avons tous nos opinions. Chacun d’entre nous a des croyances profondes. Et quand les temps sont durs, quand notre pays doit prendre de grandes décisions, cela attise nécessairement les passions, cela entraîne des controverses. Mais malgré toutes nos différences, la plupart d’entre nous partageons certains espoirs quant à l’avenir de meilleures écoles et aux meilleurs professeurs. Un pays qui se montre à la hauteur de son héritage de leader en technologies, innovations et découvertes, avec les emplois qualifiés et les nouvelles entreprises qui en découlent.»(1)

Abordant le chapitre de l’avenir, il déclarait urbi et orbi: «Nous voulons que nos enfants grandissent dans une Amérique débarrassée du fardeau de la dette, qui ne soit pas affaiblie pas les iniquités, qui ne soit pas menacée par les puissances destructrices d’une planète qui se réchauffe. Nous voulons léguer un pays sûr, respecté et admiré dans le monde, une nation défendue par la plus grande puissance militaire mondiale et composée des meilleures troupes qui soient. Mais également un pays qui entend sortir de cette période de guerre, afin de façonner une paix fondée sur les promesses de liberté et de dignité pour chaque être humain. Nous croyons en une Amérique généreuse, une Amérique compatissante, une Amérique tolérante, ouverte aux rêves d’une fille d’immigrants qui étudie dans nos écoles et prête serment sur notre drapeau. Ouverte aux rêves d’un jeune homme vivant dans le sud de Chicago et qui pense qu’il y a une vie au-delà du coin de la rue, voilà le futur que nous voulons. Voilà la vision qui nous réunit. Voilà vers quoi nous devons tendre -vers l’avant. Voilà où nous devons aller.(…)(1)

Le président Obama vante ensuite, la libre entreprise et le rêve américain: «Ce pays dispose davantage de richesses que tout autre nation, mais ce n’est pas ce qui fait notre fortune. Nous avons l’armée la plus puissante de toute l’histoire, mais ce n’est pas ce qui fait notre force. Nos universités, notre culture suscitent l’envie du monde entier, mais ce n’est pas ce qui pousse le monde à aborder en permanence sur nos rives. (…) Je crois que nous sommes capables de tenir la promesse de nos fondateurs, cette idée que si vous avez la volonté de travailler dur, peu importe qui vous êtes ou d’où vous venez ou votre apparence ou qui vous aimez.(…) Nous sommes plus grands que la somme de nos ambitions individuelles, et nous sommes encore davantage qu’un assortiment d’Etats rouges et d’Etats bleus. Nous sommes, et serons toujours les Etats-Unis d’Amérique».(1)

On ne peut qu’adhérer à cette vision généreuse de la finalité de l’existence humaine, sauf que la réalité est amère pour ceux qui ne sont pas Américains et même pour les Américains qui ne sont pas nés au bon endroit et au bon moment. Certes, la plus grande réussite du président Obama a été la politique médicale qui a permis de sauver des dizaines de millions d’Américains, mais à côté de cela combien d’Américains ont encore faim? Combien d’hommes et de femmes dans le monde souffrent des conséquences tragiques des guerres qui ont impliqué directement ou indirectement les Etats-Unis?

Compte tenu de la crise économique, la réélection de Barack Obama est un véritable tour de force. Le président américain a toutefois pu compter sur une récente embellie. À quelques semaines de l’élection, l’annonce des chiffres du chômage lui a été favorable. Avec 7,8% de chômeurs en septembre, les États-Unis enregistrent le taux le plus faible depuis janvier 2009.

Des chiffres qui ont redonné le moral aux Américains. Lors de sa campagne électorale, Barack Obama a su tirer profit des réussites de ses quatre années passées à la Maison-Blanche. Sa mesure phare est sans conteste la réforme du système de santé. En 2010, il a réussi à faire voter une loi qui permet à 32 millions d’Américains supplémentaires d’accéder à une couverture maladie. Le plan de sauvetage de l’automobile, qui a permis d’éviter la disparition de Chrysler et de General Motors en 2009, a également été un important argument de campagne: «Bin Laden est mort mais General Motors est vivant.» Barack Obama a su utiliser son image jeune et dynamique. Quelques jours avant le scrutin, il est aussi apparu en président actif après le passage de l’ouragan Sandy. Mais le président sortant a surtout su mobiliser un électorat décisif: les jeunes, les femmes et les Latinos.

Du côté de l’économie, Nouriel Noubini, l’un des économistes les plus influents du monde, s’exprimait à Paris ce 22 janvier, sur la situation des Etats-Unis. A la question: ´´Les Etats-Unis sont-ils en déclin? Je dirais que par rapport à d’autres économies avancées, ils se portent plutôt mieux.(…) De plus, la croissance de la production est plus robuste. Les Etats-Unis ont un problème budgétaire c’est vrai, ils ne font pas assez d’efforts pour réduire leur déficit, mais, là encore, la situation en Europe et au Japon est plus grave. Certes, par rapport à la Chine qui sera la plus grande économie du monde dans dix ou vingt ans, on pourrait dire que les Etats-Unis sont en déclin. Mais pour l’instant, quel pays va exploiter les industries d’avenir -les biotechnologies, les nouveaux combustibles, le Web 3.0, etc.? Les Etats-Unis sont un des pays qui innovent le plus dans l’économie mondiale.´´ (2)

Les promesses non tenues

Il est vrai que Barack Obama s’est imposé sur la scène de la politique internationale. Même si son prix Nobel de la paix obtenu en 2009 a été critiqué, il a tenté d’améliorer l’image des États-Unis à travers le monde. Le président démocrate peut aussi ajouter à son crédit en mai 2011 l’ennemi public numéro un des États-Unis, Oussama Ben Laden, qui a été éliminé ainsi que le retrait des troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan.

Pourtant, le discours du Caire prononcé en 2009 est apparu comme une véritable main tendue vers le monde musulman. Ce discours intitulé «Un nouveau départ» («A New Beginning»), était destiné à améliorer les relations américaines avec les musulmans. Obama a mentionné son souhait de voir le Proche-Orient sans nucléaire militaire et de discuter avec l’Iran à propos de son programme nucléaire. Ses critiques à l’égard d’Israël sur la question palestinienne mettent une pression considérable sur le gouvernement Netanyahu. Le discours ne présente cependant aucun point concret. Pour Noam Chomsky, ce discours ne traduit aucun changement dans la politique américaine. Obama s’inscrit dans la continuité de la politique menée par ses prédécesseurs dans le conflit israélo-palestinien en continuant d’apporter un soutien quasi total à Israël. Chomsky souligne qu’Obama utilise le style bien rôdé de la «page blanche» («blank slate»), qui consiste à «ne pas dire grand-chose sur le fond, mais en le faisant d’une manière si séduisante qu’elle permet à ceux qui l’écoutent de lire sur la page ce qu’ils veulent entendre». Sur le plan intérieur américain, le discours, dans lequel Obama mentionne et cite Le Coran à plusieurs reprises, légitime les références à la religion musulmane dans le discours politique américain.»(3)

Les défis qui attendent Obama

Justement, la dette et la question des déficits constituent la toute première urgence du président américain. Le plafond de la dette américaine est fixé, depuis son dernier rehaussement d’août, à 16 39