Syrie : Alep ou le « déséquilibre » fabiusien !

juin 13th, 2013 by Mouna Alno-Nakhal

Ce que vous ne comprenez pas et dont le ministre français des Affaires étrangères doit vous convaincre est que la résistance d’Alep « la Syrienne » menace l’équilibre de son monde, de sa communauté prétendument internationale, et de ses larbins endoctrinés à prix d’or pour continuer à la piller et à en massacrer les citoyens coûte que coûte [1].

Mais rassurez-vous, il ne vous en coûtera rien ! Ce ne sont pas les soldats français qui se battront sur le sol syrien pour défendre la crédibilité de la France et « rééquilibrer » la perte de son influence et de sa grandeur. Cette lourde tâche est confiée à des sous-fifres traitres ou endoctrinés qui sont, en l’occurrence, les « néo-résistants »  made in France, US, et ailleurs…

Mais voilà, Monsieur Fabius est bien obligé de constater que  ses « prétendus résistants » sont dans une mauvaise passe. Qu’à cela ne tienne. Contrairement aux Russes, lui et ses collègues  arabes et ottomans empêcheront l’Armée de [Bachar] d’en délivrer les habitants d’Alep et, à défaut, la tenue de la « Conférence de Genève.2 » si les délégués de ces vendus, assassins et nécrophages ne peuvent y participer faute d’atouts dans leur jeu de poker menteur [2]. Et quel meilleur atout que de continuer à terroriser « Alep la somptueuse » en tentant d’empêcher ses fils, les soldats de l’Armée arabe syrienne, de remporter une deuxième victoire ? [3].

Et puisque les paroles s’en vont mais les écrits restent, ci-dessous la transcription de l’objet de ce « billet d’humeur », triste humeur autant pour la Syrie que pour la France !

Interview de Laurent Fabius sur France 2 (12.06.2013) :

[…]

Fabius : J’avais hier mon collègue David Oglü longuement au téléphone pour parler de la Syrie et puis on a parlé aussi de la Turquie. Et, il m’a expliqué quelle était sa vision de la situation [en Turquie] et je lui ai dit vraiment ce qu’était la position officielle de la France… que l’on souhaitait la retenue et l’apaisement… et la solution passe par le dialogue, là bas comme partout.

France 2 : Alors justement vous parliez de la Syrie. Les rebelles sont en train de perdre du terrain. Est-ce qu’il faut les armer ? Les Américains sont prêts à le faire.

Fabius : Il faut qu’il y ait un rééquilibrage, parce qu’au cours des derniers jours, des dernières semaines, les troupes de [Bachar] et surtout le Hezbollah et les Iraniens, avec les armes russes, ont repris un terrain considérable et il faut qu’on puisse arrêter cette progression avant Alep !

Là, c’est la prochaine cible qui est celle, à la fois, du Hezbollah et des Iraniens ! Et il faut qu’on l’arrête, parce que si on n’a pas de rééquilibrage sur le terrain il n’y aura pas de Conférence de la paix à Genève. L’opposition n’acceptera pas d’y venir ! Or, il faut qu’il y ait une solution politique. Donc, il faut qu’on puisse arrêter les troupes de [Bachar] et qu’on aille, si possible, au moment de Juillet vers une conférence politique.

C’est bien pour ça qu’on milite. Pour que « les soldats de la résistance » puissent se défendre, il faut qu’ils disposent d’armes parce que [Bachar], lui, il a des avions, plus de 500 ; il a des canons puissants ; et il a utilisé, d’une façon scandaleuse, des armes chimiques. Et donc, en face, il ne s’agit pas d’armer pour armer, mais il faut qu’il y ait un rééquilibrage !

France 2 : Alors qui va les armer ? L’Europe ? Les États-Unis ? Les pays arabes ?

Fabius : Déjà… Déjà… Il y a déjà des armes qui leur sont données par les pays arabes. Nous, vous savez qu’on respecte la réglementation européenne qui dit que c’est à partir du1er Août que des armes puissantes peuvent être données. Pour l’instant, nous n’avons pas encore décidé. Et les Américains – effectivement j’ai eu mon collègue Monsieur Kerry hier – ils sont en train d’examiner leur propre position. Je crois qu’il y a dans l’administration américaine des positions différentes. Les Américains auraient bien voulu se tenir à l’écart de tout cela, mais le conflit n’est plus local !

C’est un conflit régional et même international ! La Jordanie est touchée. La Turquie est touchée. Le Liban est touché. L’Irak est touché. En Syrie, c’est un désastre. Ça peut avoir des répercussions sur le conflit israélo-palestinien ! Donc, personne ne peut dire : moi ça ne me regarde pas !

France 2 : Est-ce qu’il faut une intervention militaire occidentale ?

Fabius : Non… personne ne demande, si vous voulez, qu’il y ait un envoi de troupes au sol en Syrie. Absolument pas. Ce serait la catastrophe ! Mais il faut que les « résistants » puissent avoir les moyens de se défendre.

J’ajoute en plus que ça devient un conflit, comme on dit en anglais [ !?], sectaire, c’est-à-dire religieux entre les chiites, les sunnites… Et c’est un imbroglio épouvantable avec des menaces, je dis bien, sur toute la région.

Et derrière l’affaire syrienne il y a évidemment la question iranienne : est-ce que l’Iran, l’an prochain, va oui ou non… pourra avoir l’arme nucléaire ? Notre position, à nous Français, c’est de dire que si on n’est pas capable d’empêcher l’Iran de prendre la main sur la Syrie, quelle crédibilité aurait-on en lui … en exigeant qu’elle n’ait pas l’arme atomique ? Donc, tout est lié.

[…]

Laurent Fabius/ France 2

12/06/2013

 

Source : France Diplo TV


Interview de Laurent Fabius sur France 2 (12… par francediplotv

http://www.dailymotion.com/video/x10tgsn_interview-de-laurent-fabius-sur-france-2-12-06-2013_news?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#.Ubhrob5OJ_8

 

Notes :

[1] Syrie : Le pilleur d’Alep !

http://www.mondialisation.ca/syrie-le-pilleur-dalep-2/5323740

[2] Syrie : Les joueurs impénitents

http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29338

[3] Qousseir / Al-Qusayr Syrie, Une Victoire Stratégique Majeure

http://www.youtube.com/watch?v=DyXNF0Us7oE

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Généralités

Lors d’une réception au palais présidentiel à Damas, le 9 août 2011, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, adressa au président syrien, Bachar al-Assad, un message dur et ferme, et lui demanda de mettre fin à la « répression sanglante des manifestations pacifiques en Syrie [1] » avant qu’il fût trop tard.

En ce jour inoubliable, M. Davutoglu arriva à Damas, après avoir chevauché jours et nuits à travers le plateau anatolien. Lors de son arrivée aux murailles de la ville, il contourna les souks et les caravansérails de l’ancien quartier, et se précipita rapidement vers Qasr al-Muhajerine – le palais présidentiel – entouré de fleurs d’acacia et de gardénia. Sans laisser sécher la sueur qui perlait sur son front ni repousser la poussière qui couvrait sa poulaine [2] ; il s’appuya sur le bâton et le gant de Charlemagne [3], et se tint debout devant Assad, comme Ganelon [4] devant Marsile [5] ; et plein d’arrogance, il commença son discours en tant que messager de la Sainte-Alliance arabo-atlantique.

En effet, Ahmet Davutoglu fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d’un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan ; M. Davutoglu fut envoyé par la Sainte-Alliance pour livrer au président syrien Assad un message occidental, mis dans une enveloppe arabique et payé en timbres turcs issus de la PTT (posta ve telgraf teşkilatı) [6].

Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie

Il suffit de faire ici le parallèle avec les déclarations des chefs atlantiques et arabiques, de la même période, pour savoir à quel point la Turquie était impliquée, dès le début, dans la guerre contre la Syrie. La preuve en est que lors de sa rencontre avec le président Assad, M. Davutoglu déclara que la Turquie ne pourrait pas rester spectatrice face à des événements survenant dans un pays avec lequel elle partageait une frontière d’environ 900 km, des liens historiques, culturels et familiaux [7]. Il ajouta aussi que le message d’Ankara serait désormais plus strict, plus fort et plus clair ; la Turquie se tenait au bout de sa patience, ajouta-t-il [8].

Le soir même, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, demanda à M. Davutoglu de dire au président Assad qu’il dût « renvoyer ses soldats dans leurs casernes » [9]. De son côté, l’Union européenne envisagea de nouvelles sanctions. Le service diplomatique européen fut chargé de préparer une liste d’options pour aller au-delà de ce qui était en vigueur [10] ; et la France, qui dissimulait une rancune de nature colonialiste envers la Syrie,  se prononça pour la mise en œuvre d’une transition du pouvoir : «  le temps de l’impunité est révolu pour les autorités syriennes », indiqua Christine Fages, alors porte-parole ajointe du ministère des Affaires étrangères [11].

Il est à noter ici que les émirs et sultans arabiques, crainte de rater l’ouvre-bouche [12], exhortèrent la Syrie à mettre fin à l’ « effusion de sang ». Le roi Abdallah d’Arabie saoudite déclara que la Syrie n’avait que deux choix pour son avenir : « opter volontairement pour la sagesse ou s’enliser dans le chaos et la violence », résuma-t-il dans un communiqué au ton inhabituellement sévère à l’égard de l’État syrien. De son côté, le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammed Al-Sabah, rendit hommage à la décision similaire de l’Arabie saoudite. Plus tard, l’État du Bahreïn se joignit au festin et prit part du Rôt [13] : « Bahreïn a décidé de rappeler son ambassadeur à Damas pour consultation et appelle à la sagesse en Syrie », déclara le ministre des Affaires étrangères bahreïni, cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa [14]. En effet, ces émirs et sultans arabiques, ces despotes et tyrans des monarchies absolues du monde arabe, se précipitèrent au festin Faisan [15] de l’Union européenne, non seulement pour célébrer le déclenchement de la guerre impérialiste contre la Syrie, mais aussi pour mettre de l’huile sur le feu de la haine religieuse envers les minorités musulmanes hétérodoxes partout dans le monde musulman.

En dépit des menaces directes et sous entendues, la Syrie rejeta l’ultimatum de la Sainte-Alliance ; et la conseillère politique du président syrien, la Dr. Bouthaina Shaaban, prévint que le diplomate [turc] devrait s’attendre à un accueil glacial et que la Syrie serait prête à livrer à Ankara un message encore plus ferme que celui de M. Davutoglu, rejetant ainsi l’ultimatum :

Si [...] Davutoglu vient délivrer un message déterminé à la Syrie, alors il entendra des propos encore plus déterminés concernant la position de la Turquie. La Turquie n’a toujours pas condamné les meurtres sauvages de civils et de soldats par les groupes terroristes armés, a-t-il dit à l’agence SANA [16].

Suite au rejet de l’ultimatum par l’État syrien, la guerre impérialiste contre la Syrie fut déclenchée, et les ingérences étrangères prirent une ligne ascendante.

M. Davutoglu retourna à Ankara portant déçu et échoué de « faire peur » au président syrien Assad, et ses menaces furent emportées par le vent ; la Syrie eut déjà prit une décision ferme et déterminée : résister, confronter et mener le pays vers une victoire décisive, malgré le taux élevé des sacrifices.

En réaction à la décision de l’État syrien, la Sainte-Alliance décida d’enlever le masque et de montrer son visage effrayant : ou Assad démissionne ou la Syrie sera détruite complètement. Ainsi, des opposants prétendus se furent réunis à Istanbul dans le but de créer un front uni contre l’État syrien ; le lendemain, le misérable Conseil national syrien (CNS) naquit, présidé alors par un universitaire basé à Paris, monsieur Burhan Ghalioun [17].

Deux jours plus tard, le 4 octobre 2011, la création  du CNS fut suivie d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie, mais qui fut opposé par un double veto russe et chinois. Moscou s’opposa à « l’approche d’affrontement » qui irait « à l’encontre d’un règlement pacifique de la crise », tandis que Pékin rejeta l’« ingérence dans les affaires intérieures » d’un pays [18].

Nous étions encore au début de la guerre impérialiste contre la Syrie.

Erdogan Pacha : le sceau du califat ottoman

Tout ce que nous avons mentionné ci-devant appartient d’ores et déjà à l’histoire ; l’État syrien n’a pas seulement résisté face à la guerre impérialiste la plus atroce du siècle, mais son armée mène des victoires décisives sur le terrain contre des vagues de « nouveaux Mongols » qui avaient envahi le territoire syrien par la grâce et la bénédiction du calife d’Istanbul, Erdogan Pacha.

Pourtant, aujourd’hui Erdogan n’est plus un sadrazam [19], ni Davutoglu un reis efendi [20]À la deuxième semaine d’un mouvement de contestation sans précédent, les forces démocratiques turques apprennent leurs préparatifs ; elles continuent à se précipiter vers les places publiques et à crier leur ras-le-bol contre le gouvernement Erdogan. Les manifestants sont des militants de la société civile, des élèves, des étudiants, des sans-emplois, des partisans de l’opposition de gauche et de l’extrême gauche ainsi que des écologistes. Leurs revendications : d’abord l’abandon par le gouvernement d’un projet immobilier sur la place Taksim, épicentre de l’actuel soulèvement à Istanbul et symbole historique de la république et du laïcisme turcs. Un projet qui prévoit notamment la construction d’une mosquée et d’un gigantesque centre commercial. Cependant, l’opposition à ce projet n’est qu’un prétexte pour de nombreux Turcs pour faire entendre leur frustration vis-à-vis les limitations des libertés publiques et les politiques anti-démocratiques de l’AKP, le parti au pouvoir.

Sur un autre plan, il faut mentionner ici l’article publié cette semaine dans le magazine britannique The Economist, traitant des derniers événements à la place Taksim à Istanbul. L’intérêt que présente un tel article ne se trouve pas certainement dans son contenu – un contenu qui ne rompt pas, évidemment, avec le discours occidental « classique » sur l’Orient et les Orientaux –, ni dans l’approche que l’auteur suit, mais bien plutôt dans le titre qu’il porte « Turkey’s troubles : Democrat or Sultan ? » [21] ainsi que dans le montage du portrait du sultan ottoman Selim III avec la tête du premier ministre turc M. Erdogan.

Tout tourne autour du point suivant : pour que le magazine The Economist – un magazine monopole lié certainement aux centres de pouvoir impérialistes – publie un tel article avec un tel titre et une telle photo, prenant en critique un allié le plus fidèle à la Sainte-Alliance dans sa guerre contre la Syrie, il devrait avoir une bonne raison. Or, cette « bonne » raison ne se trouve nécessairement pas dans les paragraphes de l’article ni dans le discours qu’il propage à propos de la démocratie. Autrement dit, l’impression créée au moment de la lecture de l’article mentionné ci-dessus est la suivante : Erdogan Pacha est en train d’abuser la démocratie, et le magazine The Economist l’avertit ; tout simplement ! Malheureusement, une telle lecture fait partie de ce que l’on appelle « le degré zéro de l’esprit critique » voire « le stade suprême de la naïveté politique ». Certainement, la raison pour laquelle cet article apparaît dans The Economist à ce moment précis se trouve ailleurs ; surtout quand on sait que ce n’est pas la première fois, pendant les 10 ans de mandat, que M. Erdogan « abuse » la démocratie dans son pays ; ni la première fois non plus qu’il met de l’huile sur le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les groupes ethniques et religieux de la Turquie, tels que les Kurdes, les Arméniens et les alaouites, sans qu’il soit protégé et couvert par le silence des médias monopoles, qui jouaient, jusqu’à la veille, l’aveugle, le sourd et le muet face aux pratiques hostiles du monsieur Erdogan.

Pour rappel, monsieur Erdogan et son ministre des Affaires étrangères M. Davutoglu se présentent en tant que fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; et pendant deux ans et quelque, ils prononcent un discours « surprenant » sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, la justice, la tolérance ; promettant ainsi aux peuples des « anciennes provinces arabes » de l’Empire ottoman une nouvelle ère de lumière, de justice et de prospérité, jusqu’au point où nous aurions cru voir Voltaire et Montesquieu – que la paix soit sur leurs noms – s’adressant aux masses arabes en personnes d’Erdogan et de reis efendi Davutoglu.

À plus forte raison, la parution d’un tel article dans le magazine The Economist doit être lu dans le contexte des victoires décisives que mène l’armée arabe syrienne sur le terrain contre les groupes takfiris, qui prennent des régions turques frontalières avec la Syrie un arrière-front. Autrement dit, il faut bien dire que les centres de pouvoir impérialistes ne connaissent pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents, mais bien plutôt d’intérêts permanents ; et qu’après deux ans et quelque de guerre impérialiste contre la Syrie, dont les « joueurs » principaux étaient jusqu’à la veille le sadrazam M. Erdogan et sonreis efendi M. Davutoglu, la Sainte-Alliance a échoué à renverser le régime du président Assad, malgré les chiffres catastrophiques des pertes matérielles et humaines, malgré aussi le recours à tous les Centaures [22] et les Minotaures [23] de Hadès. Ce qui revient à dire que les puissances impérialistes cherchent désormais à remplacer M. Erdogan, qui vient de recevoir la « carte rouge », par un autre « joueur » turc, qui serait prêt à courir, comme un Maradona, dans le stade d’un certain compromis international prévu sur la Syrie entre Moscou et Washington.

Le peuple turc demande le départ d’Erdogan

Il y a un an et demi, précisément le 22 novembre 2011, M. Erdogan, avait exhorté le président syrien Bachar al-Assad à quitter le pouvoir afin de « prévenir davantage d’effusion de sang » dans le pays : « Pour le salut de ton peuple, de ton pays et de la région, quitte désormais le pouvoir », a-il déclaré au Parlement devant le groupe parlementaire de son parti de la justice et du développement, AKP [24].

Or, dix-huit mois plus tard, aujourd’hui sur la place Taksim et dans le parc Gezi à Istanbul,  des milliers de militants turcs de la société civile et des forces démocratiques, qui sont ensuite descendus chaque jour dans les rues de tout le pays, réclament maintenant la démission du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent de diriger un gouvernement conservateur qui tente d’islamiser le pays et de réduire la portée de la démocratie et de la laïcité.

Dans la plaine avec les Douze

Ainsi, Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon (…) Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère » [25].

Fida Dakroub, Ph.D

 

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Source de l’image : Democrat or sultan? The Economist, 8 juin 2013.

Notes

[1] Today’s Zaman. (8 août 2011). “Davutoğlu to deliver harsh message to Damascus”. Récupéré le 08 août 2012 de

http://www.todayszaman.com/news-253150-davutoglu-to-deliver-harsh-message-to-damascus.html

[2] La poulaine est une chaussure du Moyen Âge (XIVe siècle) allongée, à l’extrémité pointue mesurant jusqu’à 50 cm, généralement relevée. Plus l’on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Pour les rois, la taille de l’extrémité pouvait être aussi grande que voulu. Le bout est rembourré de mousse ou chanvre pour la rigidité de la pointe.

[3] Dans « La Chanson de Roland », le bâton et le gant de l’empereur Charlemagne signifient le pouvoir conféré au messager.

[4] Personnage littéraire de « La Chanson de Roland », Ganelon est le fils de Griffon, comte d’Hautefeuille. Il est le beau-père de Roland. Il est le messager de Charlemagne au roi de Saragosse. Pourtant, c’est lui qui trahit Roland en le mettant à l’arrière-garde qui devait se faire attaquer par les sarrasins. Pour cette raison il est d’une certaine manière devenu, dans la tradition française, l’archétype du félon ou du traître.

[5] Marsile est le nom d’un personnage légendaire figurant dans « La Chanson de Roland » ou « La Chanson de Roncevaux ». Il est le roi sarrasin de Saragosse et ennemi de Charlemagne.

[6] Abréviation turque de « Posta ve Telgraf Teşkilatı Genel Müdürlüğü » ou La Direction générale des postes et des télécommunications turques.

[7] Le Point. ( 9 août 2011) Syrie: le chef de la diplomatie turque arrivé à Damas avec un message ferme pour Assad. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-la-diplomatie-turque-arrive-a-damas-avec-un-message-ferme-pour-assad-09-08-2011-1361030_24.php

[8] Today’s Zaman, loc. cit.

[9] Le Monde. (8 août 2012). Le président syrien de plus en plus isolé après le rappel d’ambassadeurs de pays arabes. Récupéré le 27 août 2012 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/08/l-arabie-saoudite-rappelle-son-ambassadeur-en-syrie-et-critique-le-regime_1557154_3218.html

[10] loc.cit.

[11] loc.cit.

[12] Au Moyen-âge, le banquet commence par des salades ou des fruits frais de saison afin de préparer l’estomac à recevoir des plats plus riches.

[13] Au Moyen-âge, le banquet comprenait aussi « le Rôt », un plat principal qui se composait de viandes rôtis accompagnées de sauces diverses.

[14] Le Monde. (8 août 2012). loc. cit.

[15] La cour de Bourgogne développa une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fit de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d’ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, était le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454.

[16] Le Devoir. (8 août 2011). Damas passe de nouveau à l’attaque. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/328916/damas-passe-de-nouveau-a-l-attaque

[17]Le Devoir. (4 octobre 2011). Mabrouk ! – Syrie : euphorie et émotion accueillent la création du Conseil national. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/332818/mabrouk-syrie-euphorie-et-emotion-accueillent-la-creation-du-conseil-national

[18] Radio Canada. (5 octobre 2011). Résolution de l’ONU sur la Syrie : le veto sino-russe critiqué par l’opposition, applaudi par Damas. Récupéré le 21 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/05/004-syrie_resolution_onu-critiques-veto_russie_chine.shtml

[19] Le sadrazam ou le grand vizir était le premier ministre de l’Empire ottoman.

[20] Le reis efendi était le ministre des Affaires étrangères de l’Empire ottoman.

[21] The Economist. (8 juin 2013). “Turkey’s troubles. Democrat or sultan?”.  Récupéré le 10 juin 2013 de

http://www.economist.com/news/leaders/21579004-recep-tayyip-erdogan-should-heed-turkeys-street-protesters-not-dismiss-them-democrat-or-sultan

[22] Dans la mythologie grecque, les Centaures étaient des créatures mi-hommes mi-chevaux. Ils descendaient d’Ixion, le premier homme à avoir assassiné un membre de sa famille, et qui conçut le premier Centaure en s’unissant à une nuée à laquelle Zeus, le dieu suprême, avait donné la forme de son épouse, Héra. Les Centaures vivaient en Thessalie, autour du mont Pélion, et étaient considérés comme des êtres sauvages, non-civilisés.

[23] Dans la mythologie grecque, le Minotaure ou « taureau de Minos » est un monstre assez hideux à tête de taureau et au corps d’homme. Le Minotaure est né des amours de la reine de Crète Pasiphaé et d’un taureau blanc que le roi Minos n’avait pas sacrifié à Poséidon.

[24] Le Monde. (22 novembre 2011). Le premier ministre turc demande le départ de Bachar Al-Assad. Récupéré le 12 juin 2013 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/22/le-president-turc-abdullah-gul-avertit-de-nouveau-bachar-al-assad_1607282_3218.html

[25] Évangile de Jésus selon Luc, (6 :41 – 42).

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

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Crise économique et rejet de l’autre

juin 12th, 2013 by Renaud Duterme

Une des conséquences, et non des moindres, de la crise économique qui balaye l’Europe depuis plusieurs années est la montée en puissance de sentiments et de partis xénophobes et/ou nationalistes situés toujours plus à droite de l’échiquier politique. De la France à la Hongrie, en passant par la Belgique, la Grèce ou la Scandinavie, la plupart des membres de l’Union européenne sont confrontés à une poussée plus ou moins forte de l’extrême droite. Cet état de fait regrettable n’est évidemment pas dû au hasard et puise pour l’essentiel ses sources dans les politiques économiques mises en place depuis trois décennies, accentuées suite à la crise de la dette européenne. Évidemment, le succès de la droite dure obéit à d’autres variables, tels que le charisme de ses leaders ou la présence ou non d’un fort sentiment national, mais il est impossible de comprendre ce phénomène sans prendre en compte la variable économique. Du point de vue historique comme géographique, cette situation n’est pas l’apanage de l’Europe, de nombreux exemples appuyant ce lien entre crise et rejet de l’autre.

Crise économique et violences de masse

Depuis quelques temps, de nombreux observateurs multiplient les références aux années trente pour expliquer les phénomènes de repli identitaire que connaît la société européenne. Bien que le monde actuel soit nettement différent de celui de l’entre-deux-guerres, la façon dont se sont déroulés certains évènements mérite que l’on s’y attarde afin d’apprendre de certaines erreurs. Comme aujourd’hui, cette décennie fut caractérisée par une crise économique mondiale majeure et l’on peut affirmer sans risque de se tromper que l’explosion du chômage en Allemagne fut sans doute le facteur le plus favorable au succès d’Hitler à partir de 1933. À cette époque, ce ne sont pas moins de 44% des travailleurs allemands qui sont sans emploi |1|. Cette manne de désespoir social constituera un des terreaux les plus fertiles aux thèses racistes et antisémites du mouvement national socialiste. C’est d’autant plus vrai que les politiques mises en œuvre par le parti nazi vont faire diminuer drastiquement les taux de chômage, bien évidemment au prix d’un effort de guerre qui se révélera désastreux dans les années suivantes. Bien sûr, d’autres facteurs encouragèrent l’ascension d’Hitler au pouvoir, notamment l’humiliation politique de l’Allemagne par le traité de Versailles |2| mais ce qui est fondamental ici, c’est le désespoir social dans lequel se trouvait une majorité de la population, lequel la rendra plus réceptive aux thèses nazies, avec les funestes conséquences que l’on connaît.

Autre lieu, autre époque : le Rwanda à la fin des années quatre-vingt. Comme l’Allemagne cinquante ans plus tôt, le pays se trouve dans une véritable débâcle économique, notamment en raison de l’effondrement des prix du café, produit cultivé par de nombreuses familles rwandaises depuis la colonisation. Les conséquences vont également être terribles. La plus grave étant de faciliter l’instrumentalisation d’une population appauvrie par les extrémistes hutus, ouvrant la porte au génocide de 1994. Comme dans tous les pays où il intervient, le FMI va envenimer la situation en instaurant un plan d’ajustement structurel qui va mettre à terre une population précarisée. Gel des salaires, licenciements dans la fonction publique, dévaluation de la monnaie nationale ou encore augmentation des impôts : autant de mesures qui vont faciliter l’embrigadement par les miliciens extrémistes de dizaines de milliers de personnes désemparées. Inutile de rappeler que nombre de ces personnes assassineront leurs voisins dès que l’ordre leur sera donné quatre ans plus tard |3|. Dans son volumineux rapport sur le génocide, l’Organisation de l’Unité Africaine déclarait que « la pauvreté accroissant les tensions sociales, les crises économiques augmentant l’instabilité, ces conditions rendent les peuples plus réceptifs aux messages démagogiques des semeurs de haine » |4|. On ne pourrait être plus clair. Bien entendu, loin de nous l’idée d’affirmer que toute crise économique débouche sur des crimes de masse. La plupart des crises qu’a connu le monde depuis les années quatre-vingt n’ont heureusement pas débouché sur des massacres de grande ampleur. Néanmoins, l’explosion du tissu social et la montée du chômage s’accompagnent souvent d’une poussée de violences vis-à-vis de populations minoritaires. La raison principale était probablement la disparition d’une certaine culture ouvrière, laissant la porte ouverte à des revendications plus confessionnelles, nationalistes, voire ethniques. Dans ce cas, le programme politique et économique importe moins que le sentiment d’appartenance, voire d’homogénéisation, plus rassurant pour des populations en manque de perspectives.

Extrême droite et repli identitaire : les enfants de la crise actuelle

Ici comme ailleurs, l’actualité nous le prouve hélas chaque jour. Le cas le plus emblématique à cet égard est la Grèce, laquelle a vu aux dernières élections un parti néo-nazi rafler plus de 12% des votes. Cela dans une ambiance toujours plus nauséabonde, dans laquelle de plus en plus de travailleurs immigrés sont victimes de violences physiques ou verbales de la part de Grecs. Ce n’est évidemment pas un hasard si c’est dans le pays le plus frappé par la crise qu’a émergé ce type de parti. La France est également révélatrice de cette tendance avec la montée du Front National, en particulier dans les régions les plus touchées par le chômage. De plus en plus de déclarations de Marine Le Pen, plus prudente que son père, pointent d’ailleurs en premier lieu la mondialisation, le capitalisme ou encore le pouvoir des élites comme les maux qui rongent la société française |5|. On voit ici comment la crise économique peut discréditer des idées d’ouverture et au contraire pousser le commun des mortels dans un repli sur soi communautariste anachronique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Front National s’est inscrit comme le fer de lance dans la lutte contre les délocalisations. Ces dernières symbolisent en effet la mainmise du capital étranger sur les travailleurs autochtones et permettent de ce fait d’associer lutte ouvrière et repli national. Malheureusement, la détresse combinée à l’absence de conscience de classe pousse de nombreux travailleurs à embrasser ces thèses patriotiques.

Mais l’extrême droite ne s’accompagne pas toujours de revendications « socialistes ». Au contraire, ces dernières années ont vu apparaître des partis radicaux, très à droite du point de vue économique et dont le discours est essentiellement basé sur une dénonciation de la solidarité financière vis-à-vis de régions économiquement désemparées. La NVA en Flandre, la Ligue du Nord en Italie ou encore le parti des Vrais Finlandais en sont de bons exemples. Les succès électoraux de ces partis se basent uniquement sur la peur d’une dégradation du niveau de vie, ainsi que d’un sentiment de chacun pour soi rendu propice par la crise économique. Il est d’ailleurs navrant qu’en cas d’application des programmes de ces partis, c’est une bonne partie de leur électorat qui en pâtirait.

La question de l’islamisme à la lumière de la crise

Toute proportion gardée, cette explication est également valable, à certains égards, pour comprendre la montée en puissance d’un extrémisme islamique, aussi bien dans les sociétés occidentales que dans des pays musulmans. Dans les premières, le repli religieux se fait souvent dans les quartiers les plus défavorisés, au sein desquels le manque d’emplois et de perspectives économiques conduit de nombreux jeunes, souvent d’origine étrangères mais nés en Occident, à embrasser des idéologies religieuses sectaires |6|. Les groupuscules extrémistes, tels que Sharia4Belgium |7|, prolifèrent sur un terrain composé de misère sociale, de taux de chômage dramatique et de ghettoïsation urbaine dans lequel l’appartenance religieuse est pour de nombreux jeunes l’unique facteur d’espoir |8|.

Dans les pays à majorité musulmane, on constate depuis plusieurs années une recrudescence de mouvements sectaires prônant une vision très rigoriste de la religion. De nouveau, ces mouvements doivent une bonne partie de leur succès aux difficultés économiques que connaissent des millions de personnes. Dans son célèbre livre « Les identités meurtrières », Amin Maalouf pointe « l’incapacité à résoudre les problèmes liés au sous-développement » comme une des raisons qui ont conduit une partie significative de la population à prêter oreille aux discours du radicalisme religieux |9|. Si cette explication n’est pas la seule (les agressions impérialistes nourrissent également l’extrémisme le plus obscur, décrédibilisant les idées de démocratie et de droits humains au nom desquelles les guerres sont menées), elle est tout de même fondamentale. Et la capacité des forces réactionnaires à canaliser les mécontentements, notamment en mettant en œuvre des politiques sociales alternatives |10|, explique pour beaucoup la montée en puissance de cette extrême droite religieuse. Le plus regrettable est que ces extrémistes nourrissent une méfiance grandissante chez de nombreux occidentaux |11|, alimentant des positions politiques de rejet. L’islamophobie rampante aux quatre coins de l’Europe le confirme |12| et encourage à son tour une radicalisation de nombreux Musulmans. On le voit, les extrémismes (politiques ou religieux) se renforcent l’un l’autre à coup de déclarations provocatrices et d’amalgames à tout va, le tout dans un contexte de frustrations et de désespoir social toujours plus réel. Nous sommes ainsi face à ce qu’André Réa appelle une « culturisation des problèmes sociaux », c’est-à-dire une situation dans laquelle les différences culturelles prennent une importance disproportionnée par rapport aux différences d’ordre économique, pourtant plus fondamentales.

Un altermondialisme réactionnaire ?

Un autre facteur qui explique ces phénomènes inquiétants est la priorité accordée au libre-échange et à la mise en concurrence des différents pays. Cela décrédibilise complètement l’idée même de mondialisation ainsi que les valeurs que cette dernière devrait véhiculer, tels que l’universalisme ou le mélange des cultures. En effet, pour des millions de gens, la seule expression visible au quotidien de la globalisation est l’exploitation économique et son corolaire qu’est la misère sociale. De ce fait, il n’est guère surprenant de voir un rejet de plus en plus préoccupant de ces valeurs de tolérance universelle. Cela fait apparaître ce qu’on pourrait appeler un altermondialisme réactionnaire, qui pourrait inclure la plupart des mouvances extrémistes mentionnées dans ce texte. Georges Corm va dans ce sens quand il écrit que « le retour à des identités primaires que les grandes vagues successives de modernisation avaient fait reculer, reviennent en grâce avec la mondialisation, l’homogénéisation des modes de vie et de consommation, ou encore les bouleversements sociaux provoqués par le néolibéralisme, dont sont victimes de larges couches de population dans le monde » |13|.

La situation européenne, où la poussée réactionnaire semble la plus forte, obéit à la même logique. Pour le commun des Grecs, des Hongrois ou des Espagnols, les seuls effets tangibles du pouvoir européen sont malheureusement les plans d’austérité drastique. Ceci explique l’explosion des sentiments anti-européens. La situation atteint un tel paradoxe que dans les années à venir, il ne serait guère surprenant qu’une majorité du parlement européen soit composé de formations eurosceptiques. Les contradictions de la construction européenne et la propagande officielle et médiatique conduisent à une situation où d’un côté, les populations de la périphérie européenne dénoncent, à juste titre, la politique d’appauvrissement massif organisée par la Troïka et de l’autre, les pays du Centre s’insurgent contre les transferts financiers à destination des pays en difficultés. Outre le côté inexact de cet argument (l’ensemble des plans d’aides à destination de ces pays ne sert en réalité qu’à rembourser ses dettes auprès des grands créanciers), il détourne les préoccupations de tout un chacun des vrais responsables de la crise et favorise l’adoption de mesures d’exception, au nom de la souveraineté nationale (l’exemple de la Hongrie en est une parfaite illustration).

Pour cette raison, l’idée même d’Europe est dans une situation plus qu’ambigüe. D’un côté, les politiques économiques européennes doivent à tout prix être combattues mais de l’autre, la construction d’un projet commun, loin des frontières, doit être approfondie de façon à gommer autant que se peut la montée des nationalismes /régionalismes toujours plus virulents. Pour ce faire, il est indispensable de mettre en œuvre de véritables politiques de sortie de crise à l’échelle européenne : harmonisation fiscale et salariale (vers le haut, cela va de soi), taxe sur les transactions financières, fin de l’indépendance de la banque centrale, instauration d’un impôt sur la fortune, remise en causes des traités européens, augmentation de l’usage du référendum… En d’autres termes, atteindre une Europe démocratique et sociale non plus basée sur la concurrence mais sur la solidarité.
Sans quoi c’est le projet européen dans son ensemble qui va s’effriter |14| .

Où est passée la Gauche ?

Parlant des années trente, Eric Hobsbawn résume parfaitement la situation : « le renforcement de l’extrême droite profita, tout au moins dans les pires années du marasme, des revers spectaculaires de la Gauche révolutionnaire », en particulier son attitude suicidaire, sous estimant le danger du national socialisme et se focalisant sur sa lutte contre les sociaux-démocrates |15|. Aujourd’hui encore, la Gauche a une responsabilité importante dans la détérioration de la situation. Si les exemples passés en revue ci-avant démontrent une chose, c’est bien qu’il ne faut pas sous-estimer les conséquences négatives du désespoir populaire et sa tentation à désigner des boucs émissaires. Sur cette base, ils nous mettent également en garde contre l’incapacité des forces politiques de gauche à prendre en charge cette masse de désespérés. Plutôt que d’orienter son combat contre les classes exploiteuses et la dette illégitime, elle perd trop souvent son temps, son énergie et surtout sa crédibilité dans des luttes intestines et sectaires. Au contraire, la priorité doit être d’informer les victimes de la crise sur les véritables causes de cette dernière, sur les mécanismes de l’endettement, du capitalisme, et surtout sur la pertinence de l’analyse sous l’angle des classes sociales plutôt que sur les différences religieuses, nationales ou « raciales ». Si les syndicats et (certains) partis ont un rôle à jouer, il est primordial que tout un chacun (des mouvements sociaux aux indignés en passant par les individus) continue dans cette tâche, de façon à donner lieu à des mobilisations importantes surpassant les clivages identitaires et dont le seul but sera de construire une autre société. N’oublions pas que les oligarques au pouvoir n’ont pour la plupart que faire des différences culturelles et nationales. Ils sont cependant bien conscients du fait que les divisions entre les peuples ont l’avantage de détourner ces derniers des bonnes questions.

Renaud Duterme

Notes

|1| HOBSWAWN, Eric, L’âge des extrêmes, Éditions Complexe, Paris, 2003, p132.

|2| Le parallèle peut évidemment être fait ici avec la Grèce, « sacrifiée » sur l’autel des créanciers européens.

|3| Pour plus d’infos sur les liens entre le génocide et la crise économique, voir DUTERME, Renaud,Rwanda : une Histoire volée, Tribord/CADTM, Mons, à paraître en août 2013,http://livre.fnac.com/a6103644/Rena….

|4| OUA (Organisation de l’Unité Africaine), Rapport sur le génocide au Rwanda, mai 200, p45.

|5| Bien que derrière cette rhétorique critique, apparaît rapidement des positions plus que douteuses sur l’immigration, l’islam ou la nation française.

|6| On constate également dans plusieurs pays occidentaux une recrudescence de mouvements chrétiens évangéliques. De nouveau, ces idées trouvent un écho le plus souvent auprès d’un public fragilisé.

|7| Antenne belge d’une organisation salafiste radicale dont l’objectif avoué est d’imposer la loi islamique comme fondement de l’État.

|8| Ces facteurs expliquent également les émeutes urbaines ponctuelles. Les dernières en date, à Stockholm, le démontrent. Malheureusement, le plus souvent, ces violences spontanées restent « récréatives » et ne débouchent pas sur une prise de conscience politique.

|9| MAALOUF, Amin, Les Identités meurtrières, Éditions Grasset, Paris, 1998, p96.

|10| VANDERMOTTEN, Christian, Territorialités et politique, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, 2005, p342.

|11| Il faut également souligner les responsabilités de nombreux médias dans l’intégration de cette méfiance, en atteste l’obsession de nombreux journalistes sur les questions liées à l’islam.

|12| Dernier exemple en date : suite au meurtre barbare d’un militaire britannique par un fanatique islamiste, les actes de violences envers la communauté musulmane (incendies de mosquées, violences physiques, arrachage de voile, insultes…) se sont multipliés dans tout le Royaume-Uni.

|13| CORM Georges, Pour une analyse profane des conflits, Le Monde Diplomatique, février 2013.

|14| Pour celles et ceux qui en doutent, il suffit de voir la méfiance réciproque entre les peuples du Sud et l’Allemagne. Il ne serait guère surprenant qu’en cas de poursuite des politiques d’austérité, cela se traduise par des violences populaires.

|15| HOBSBAWN Eric, op. cit., p147.

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Propos recueillis par Monique Van Dieren et Claudia Benedetto et publiés dans la revue Contrastes de mars-avril 2013.

La crise de la zone Euro démontre qu’il y a bien une Europe à deux vitesses, non pas celle de l’UE 17 (zone euro) et l’UE 27 (États membres), mais celle des pays riches et solides d’une part et celle des pays pauvres et fragiles d’autre part. Qu’est-ce qui a creusé ce fossé ?

L’Union européenne et la zone Euro ont été créées en appliquant des principes qui favorisent uniquement le capital : liberté totale de mouvements de capitaux, liberté de circulation des marchandises et des services, promotion à tout prix de la concurrence, mise en cause de la démarche du principe des services publics… On donne toute liberté au capital dans le but de faire un maximum de profit, considérant à tort que si on favorise une initiative privée, tout va très bien fonctionner. En mettant en place ce principe et en réduisant au maximum l’intervention des États en termes de réglementations, de budgets, on se retrouve avec une Europe où le budget représente moins de 1 % de son PIB alors que généralement, le budget des États les plus industrialisés tourne autour des 40 à 50 % du PIB ! On se retrouve avec un budget famélique dont près de la moitié va à la Politique agricole commune. La conséquence, c’est que l’Europe ne s’est pas dotée d’un moyen lui permettant de réduire les disparités entre les économies les plus fortes et les plus faibles de l’Union. Quand on met dans une même structure en compétition des économies tout à fait différentes, on renforce les disparités.

Y a-t-il d’autres points de fracture ?

Non seulement, on a une opposition d’une part, entre des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande et les pays de l’Est et de l’autre, avec les plus forts de l’UE. Mais aussi à l’intérieur même de chacun de ces pays ! On y a augmenté par le biais des réformes du marché du travail, les disparités salariales.
Les politiques menées à l’intérieur des États de l’UE ont contribué aux inégalités. Un exemple emblématique, l’Allemagne. On a mis en place des contre-réformes visant à augmenter très fortement les différences de statut entre les travailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a 7 millions de salariés à plein temps qui gagnent 400 euros par mois !

On sait que la fiscalité est un des nœuds du problème européen et de l’endettement des États. Comment expliquer le fait que la plupart des pays européens continuent à jouer la concurrence interne ?

On a refusé une harmonisation fiscale en Europe. On se retrouve avec des systèmes fiscaux totalement différents. A Chypre, l’impôt sur les sociétés est de 10%. Ce qui devrait changer avec la crise que l’on connait aujourd’hui. En Irlande, l’ISOC est de 12,5% et en Belgique, il est de 33,99 %. Cette disparité permet aux entreprises de déclarer leurs revenus là où ça leur coûte moins cher. La politique européenne actuelle protège la fraude fiscale. Les paradis fiscaux existent au sein de l’Union européenne et de la zone Euro. Notamment, La City à Londres pour l’UE, le Grand duché du Luxembourg dans la zone Euro. La Belgique aussi avec notamment les intérêts notionnels.

Au niveau national, il est tout à fait possible d’adopter des mesures de justice fiscale. L’idée reçue selon laquelle « on est dans la zone Euro donc on ne peut pas prendre de mesures importante sur le plan fiscal » est fausse. On fait croire aux gens qu’il n’y a pas d’autre issue. Ceux qui invoquent ce discours cherchent à protéger les fraudeurs. On voit bien qu’avec l’ « affaire » de Chypre, on voit poindre des solutions qui auparavant étaient considérées comme impossibles : on va taxer les personnes qui ont plus de 100 000 euros dans les banques, instaurer un contrôle sur les mouvements de capitaux. Je rejette les mesures imposées à Chypre car l’objectif poursuivi est d’imposer une politique globale antisociale mais certaines dispositions prises montrent qu’il est possible de contrôler les mouvements de capitaux et de taxer fortement au-dessus d’un certain niveau de patrimoine.

Malgré les règles imposées par l’UE, il est tout à fait possible que des pays s’opposent à la politique de la Commission et forcent par leur attitude, une renégociation au niveau européen. Il faut reconstruire l’Europe démocratiquement. Entre temps, il faut que des gouvernements de gauche rompent la discipline. Si François Hollande avait respecté ce pourquoi les Français l’ont élu, il aurait demandé à renégocier le pacte fiscal européen avec Angela Merkel et dans le cas où elle aurait refusé, il se serait prononcé contre au moment du vote. Cela aurait pu empêcher l’adoption de ce traité.

La crise de l’Euro traduit de manière évidente une absence de gouvernance politique solide (absence de politique économique, budgétaire, fiscale et sociale cohérente). Le non-soutien européen par rapport à la dette grecque est révélateur de la fragilité d’une union si elle n’est pas fondée sur la solidarité. Cette crise de l’Euro sonne-t-elle définitivement le glas de la solidarité européenne ? Le rêve de fédéralisme européen est-il définitivement enterré ?

La solidarité européenne n’a jamais existé dans le cadre de l’UE telle qu’elle existe. Ou on pourrait dire que si solidarité il y a, c’est avec les grandes entreprises européennes. Les gouvernements européens ont systématiquement pris des mesures pour venir en aide aux banques européennes et aux grandes entreprises européennes. Mais quand il s’agit de venir en aide aux peuples et aux économies les plus faibles, il n’y a pas de solidarité. On pourrait plutôt dire qu’il y a un certain type de solidarité : une solidarité de classe, une solidarité entre les capitalistes.
Le fédéralisme est possible mais il doit résulter d’une constituante des peuples. Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit défendent un fédéralisme par en haut… Il nous faut un fédéralisme prôné par la base, par le peuple.
Le fédéralisme est possible et nécessaire, mais cela implique une issue à partir d’en bas à la crise européenne. Cela ne veut pas dire un repli sur soi mais une solidarité entre les peuples européens et une Constitution européenne décidée par les peuples eux-mêmes.

Que faudrait-il faire pour rendre les institutions européennes plus démocratiques ?

Il faut déconstruire les institutions non démocratiques et en construire de nouvelles et ce à partir d’une constituante des peuples ! Le pouvoir législatif (le parlement européen) est extrêmement faible, trop soumis à l’exécutif.

À défaut de recette miracle, avez-vous une idée concrète pour réconcilier le citoyen avec l’Europe ?

Dans le cadre des frontières nationales, il faut prendre des initiatives pour que les mouvements sociaux et les organisations de gauche cohérentes définissent un projet commun. En Belgique, la FGTB de Charleroi et des mouvements de gauche radicale s’associent autour de la création d’un nouveau projet politique, le 27 avril |1| . Au niveau européen, via le mouvement Altersummit, on essaye de promouvoir une convergence entre un maximum de mouvements citoyens, de mouvements sociaux et de syndicats européens. |2| Ce n’est pas facile, jusqu’ici c’est trop lent mais il faut néanmoins construire un coalition des mouvements sociaux européens. Il faut aussi contribuer à relancer si c’est possible le mouvement des indignés, soutenir Blockupy à Francfort contre la BCE |3|.

L’Europe a sa raison d’être parce que…

Parce qu’il faut une solidarité entre les peuples européens et qu’elle est tout à fait possible.

L’Europe a sa raison d’être à condition que…

Que le processus se fasse par « en bas ». Il faut une constituante des peuples européens et donc une refondation de l’Europe.
Il faut tourner le dos à la politique qui a été menée auparavant. Il y a plusieurs scénarios possibles pour sortir de la crise. Celui qui est appliqué aujourd’hui (austérité) approfondit et aggrave la crise. On est parti pour au moins 10 à 15 ans de crise, de croissance très réduite. Sauf si des mobilisations sociales aboutissent à des réformes structurelles radicales telles que : la socialisation des banques, le renforcement des services publics, la reconstruction d’une l’Europe basée sur une constituante des peuples ; une Europe solidaire des autres parties du monde. Il faut également obtenir l’annulation/répudiation de la dette publique illégitime et dans cette perspective développer les initiatives d’audit citoyen de la dette comme c’est le cas en Belgique aujourd’hui. |4| Cette solution impliquerait que les mouvements sociaux et la gauche radicale soient capables d’offrir une vraie alternative, un programme cohérent et ne se limitent pas à un programme néo keynésien. Je trouverais dommage que cette crise du capitalisme n’aboutisse au final qu’à un peu plus de discipline… Le capitalisme vert régulé ne permettra pas de régler le problème fondamental du changement climatique. Il faut sortir du système capitaliste.

La version originale de cette interview est disponible sur le site des Equipes populaires qui éditent la revue Contrastes : http://www.equipespopulaires.be/sit…

La présente version a été revue spécialement pour le site www.cadtm.org

Colombie : L’ « arrière cour » de l’OTAN ?

juin 12th, 2013 by Alberto Rabilotta

Quand le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a annoncé que son gouvernement signera un accord de collaboration avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (l’OTAN), et que la Colombie entrerait éventuellement dans cette organisation belliciste, à la surprise suivit une réflexion qui a ordonné des parties du puzzle qui manquaient dans la conception du destin que l’ empire US décadent veut assigner à Amérique Latine et aux Caraïbes, ou mieux dit, à ces pays de notre région qui ont osé adopter des politiques socio-économiques qui favorisent le développement pour réduire la pauvreté.

Des Pays qui défendent la souveraineté nationale pour garantir les marges nécessaires d’indépendance face au néolibéralisme, et qui mettent en partie la direction de ce processus entre les mains de l’État, des gouvernements et des Parlements élus démocratiquement, et pire encore, qui consultent les mouvements sociaux dans la direction à suivre et paraissent déterminés à ce que Notre Amérique soit per secula seculorum une région de paix, dialogue, équité économique, justice sociale, solidarité et amitié entre des peuples frères.

La première réaction basique fut qu’avec sa déclaration, Santos a confirmé les ingérences et les plans subversifs des USA et de la Colombie envers le Venezuela dénoncées récemment par le gouvernement du Président Nicolás Maduro. Et aussi que le marionnettiste connu de Washington bouge à nouveau les fils de l’agitation des forces réactionnaires pour délégitimer et renverser des gouvernements élus démocratiquement, comme c’est le cas pour le gouvernement de Nicolás Maduro au Vénézuéla, de celui de Cristina Fernández en Argentine ou d’Evo Morales en Bolivie.

De même se renforce, avec la déclaration de Santos, ce que beaucoup soupçonnaient, à savoir que les « tenailles » impériales sont en marche pour créer les conditions « légales » (dans les Cours suprêmes, par exemple), afin que continuent les campagnes médiatiques et politiques pour semer la confusion, déstabiliser les sociétés et faire reculer les avancées obtenues dans beaucoup de nos pays, comme par exemple au Salvador.

Et c’est dans ce contexte que Santos veut formaliser une collaboration que le gouvernement et les militaires de son pays ont depuis des décennies avec les USA et plusieurs pays clef de la politique impériale, qui font partie de ce bloc militaire en étant ou pas dans l’OTAN, comme Israël, par exemple. Surtout je m’ en remets à l’analyse révélatrice sur les implications géopolitiques de la décision du gouvernement colombien faite par le docteur Atilio Borón [1], qui en même temps nous fait voir l’autre éléphant avec lequel nous coexistons dans le salon depuis 15 années : « Jusqu’à présent le seul pays de l’Amérique latine « allié extra OTAN » était l’Argentine, qui a obtenu ce statut déshonorant durannt les néfastes années Menem, et plus précisément en 1998, après avoir pris part à la Première Guerre du Golfe (1991-1992) et accepter toutes les exigences imposées par Washington dans de nombreux secteurs de la politique publique, comme par exemple démonter le projet du missile Condor et geler le programme nucléaire qui pendant des décennies s’était développé en Argentine. Deux attentats gravissimes ont fait un peu plus d’une centaine de morts – dans l’Ambassade d’Israël et à l’AMIA- ce fut le solde laissé en Argentine à titre de représailles pour avoir intégré l’organisation terroriste nord-Atlantique. «

L’ « arrière cour » de l’OTAN ?

En ce qui me concerne je vois que cette déclaration de Santos fut faite alors qu’ à La Havane à Cuba, son gouvernement négocie des accords avec les guérillas des FARC pour mettre fin à quelques aspects de la violence politique, économique et sociale qui depuis un plus demi – siècle marque la tragique histoire de la Colombie.

Aussi au moment où on annonce que l’Union des Nations Sudaméricaines(Unasur) élabore une doctrine militaire du Continent qui cherche précisément à libérer les Forces Armées de l’Unasur de la domination exercée sur elles par les USA tout au long des six dernières décennies, et dont le résultat fut l’histoire antidémocratique et sanglante dont ont souffert la majorité de nos pays. Pour tout ceci, et ce qui m’échappe, il n’est pas possible d’éviter de voir un « caractère subversif » dans la position de Santos, ni non plus de craindre la résurgence à l’échelle sudaméricaine des politiques qui ont amené des conflits frontaliers entre des pays frères, à l’établissement de bases militaires et aux courses à l’armement. Et à convertir les Forces Armées en arbitre et option de pouvoir quand on activera les forces réactionnaires dirigées par les oligarchies locales pour retourner les changements effectués démocratiquement par l’intermédiaire de la politique et qui favorisent les secteurs populaires.

Pour cela même il me semble qu’il y a beaucoup d’aspects à étudier à partir de l’intention de la Colombie de s’intégrer à l’OTAN, parce que n’est pas neutre la manière dont va être assurée cette participation, c’est difficile de penser qu’elle sera passive, compte tenu de l’histoire extrêmement violente qui caractérise les militaires et les groupes de pouvoir dans ce pays, mais aussi de la voracité que les intérêts monopolistiques et transnationaux ont sur les ressources naturelles de la Colombie et la région, qui outre des hydrocarbures – ce qui serait suffisant pour réveiller les instincts de rapine impériale- dispose en abondance de l’eau douce, des métaux précieux, terres arables, etcetera.

Un OTAN à « géographie et appartenance variable »

Rappelons que dans le nord de notre hémisphère nous avons en « résidence permanente » deux membres fondateurs de l’OTAN (USA et le Canada), qui ont été exclus de la Celac mais qui, pour pouvoir continuer à avoir une certaine influence sur nous, ne laisseront pas couler l’OEA, cet ancien « ministère des colonies ».

Nous coexistons aussi avec deux autres puissances de l’OTAN. La France – qui a transformé ses colonies de Guadeloupe, Martinique et la Guayane française en « territoires d’outre-mer » -, et la Grande-Bretagne avec son occupation illégale du territoire argentin des Îles Malouines, où elle dispose d’une base militaire. Importante donnée, ces deux ex puissances impériales cultivent à nouveau leur longue tradition en matière « de se partager le monde », comme le démontre l’irrésistible tendance qui les pousse à intervenir militairement de manière directe et indirecte au Moyen-Orient et en Afrique comme en : Libye, Syrie, Mali, et avec la perspective de s’étendre à l’Iran.

Autant dire que c’est un sinistre bobard que l’OTAN a une « zone géographique » spécifique pour ses membres ou interventions militaires conjointes. Par force il l’a eue pendant l’existence de l’Union Soviétique, pour des raisons de stratégie militaire, et parce qu’il n’y avait pas d’autre option que s’adapter à la corrélation de forces d’un monde bipolaire. Depuis deux décennies la réalité montre que le secteur d’intervention de ce bloc militaire agressif de l’impérialisme est à « géographie et appartenance variable », ce qui lui permet de s’immiscer et d’agir où et comme il veut, avec qui se laisse inciter, mais pour protéger toujours ses intérêts et s’approprier ce qui est étranger.

OTAN-TPP, même combat et mêmes objectifs.

L’adhésion de la Colombie à l’OTAN, que le Président Santos le pense ainsi ou non, terminera en étant un bras des tenailles qui ont mis en marche l’empire. L’autre bras est la négociation pour incorporer à la Colombie, Pérou, Chili et Mexique à l’Accord Stratégique Trans-Pacífique d’Association Économique (TPP, son sigle en Anglais).

Kintto Lucas, Ambassadeur Itinérant de l’Uruguay pour l’ Unasur, la Celac, l’Alba et l’Intégration [2], souligne l’importance de l’Unasur comme « un bloc qui au-delà des différences politiques ou économiques des pays l’intègrent, a obtenu d’avancer comme un espace d’accords et d’entendements depuis la diversité et a produit un processus intégrateur différent », et qu’il s’agit de la « proposition la plus importante d’intégration de toute l’Amérique du Sud » parce que les précédentes – comme le Mercosur « ont été conditionnés par le libre-échange, parce qu’ils pariaient sur cela, non sur l’intégration ».

Sur la Communauté d’États Latinoamericains et des Caraïbes (Celac), l’Ambassadeur Lucas écrit que « il est apparu avec la nécessité de consolider le vaste espace qui promeut un processus intégrateur depuis la pluralité latinoamericaine, depuis des processus plus divers et complexes, mais sans la tutelle des Etats-Unis », et que l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (Alba), « est apparue comme une proposition face à une autre tentative d’imposition US comme l’ALCA ».

Et il souligne que « le plus grand ennemi de l’intégration est le modèle de développement () pour le moment hégémonique (qui) parie sur le mauvais libre-échange, où ceux qui dirigent le marché finissent par être les grandes groupes, la politique commerciale se base sur des traités de libre-échange avec les grandes puissances, des traités néocoloniaux qui vont contre l’intégration et la politique économique favorise la spéculation financière, les importations et la consommation. »

Pour tout cela, nous devons analyser la déclaration de Santos sur l’OTAN et la négociation de ces quatre pays pour intégrer le TPP dans le vaste contexte des « tenailles » d’un impérialisme qui dans son étape d’« hégémonie exploitante » a besoin d’intégrer ces pays importants à un Accord qui a pour but la domination US sur toute la région du Pacifique, donnant ainsi l’occasion de reconquérir une grande partie ou la totalité « de l’ arrière cour » des Etats-Unis , notre région, dont a parlé récemment, et avec tant de tact, le Secrétaire d’État John Kerry.

Les Etats-Unis ne sont pas seules sur ce plan. Le gouvernement Conservateur canadien du premier ministre Stephen Harper n’a pas accepté non plus la défaite de l’ALCA (Accord de Libre-échange des Amériques), ce qui explique les agendas subversifs de Ottawa et de Washington envers les gouvernements latinoaméricains qui cherchent à sauver leur souveraineté, comme ce fut évident dans le coup d’État contre le Président Manuel Zelaya au Honduras, et dans les actions subversives contre les politiques de sauvetage de souveraineté socio-économique des gouvernements du Venezuela, Équateur et Bolivie, par exemple.

Le Canada, il convient de le rappeler, est le pays d’où beaucoup de multinationales du secteur extractif (minières, pétrolières, entreprises d’oléoducs, etcetera) opèrent, et de manière croissante les entreprises du secteur financier (banques et groupes privées d’investissements, compagnies d’assurances, etcetera) présentes en Amérique Latine et aux Caraïbes. Après avoir été un pays avec un important secteur industriel – qui n’a pas survécu à l’Accord de Libre-échange avec les Etats-Unis. -, le Canada s’est transformé dans un pays dont les grandes entreprises cotées en bourse et par conséquent propriété de l’oligarchie financière globale, dépendent presque exclusivement de l’extraction de revenus à l’extérieur du Canada, mais il faut le rappeler, l’éducation pour jouer ce rôle a commencé il y a bien des décennies, d’abord dans les pays des Caraïbes (avec les banques) et ensuite au Brésil (industrie minière, génération électrique, etcetera) et au Mexique (pétrole).

Ce n’est pas un secret à Ottawa que le gouvernement Conservateur défend bec et ongles les intérêts de ces multinationales minières qui provoquent de véritables catastrophes sociales et écologiques dans des pays latinoaméricains – Guatemala, Chili, Pérou et Honduras, notamment, et aussi en Europe, Afrique et Asie.

Or, si on réfléchit un peu sur les objectifs du TPP, comme nous l’avons fait dans « Automne de l’empire et du capitalisme », il est évident que le principal objectif de cet Accord (qui ne sera pas un Traité pour éviter d’être examiné point par point, analysé et soumis à débat et vote dans les Parlements) est d’imposer cette « hégémonie exploitante » de l’impérialisme US à toute la région du Pacifique avec l’objectif évident d’empêcher que s’étende le (jusqu’à présent) réussi modèle chinois de régulation capitaliste par l’interventionnisme et la planification de l’Etat.

Concernant l’Amérique Latine, le TPP a pour but de dissoudre le modèle de développement que l’Ambassadeur Lucas définit comme « plus souverain, lié à la production nationale, avec l’idée de changer la matrice productive et de cesser d’être seulement des pays exportateurs primaires, avec une vision depuis le sud, depuis nos pays ».

Finalement, et pour ne pas négliger un autre acteur important de la rapine néolibérale et partenaire de l’OTAN, soit les principaux pays de l’Union Européenne, il faut souligner que même en jouant bande à part – avec la proposition d’un accord de libre-échange entre l’UE et les pays de la Celac-, sur la question de fond, ils ont une convergence totale avec les Etats-Unis, parce que la seule possibilité de concrétiser leur ambitieux projet est en réimposant dans notre région le néolibéralisme à outrance – le néolibéralisme dans le style de la prison de Guantánamo, avec « camisole de force » et fers au pieds.

TPP et « hégémonie exploitante ».

Le TPP n’appartient pas à la catégorie des accords de libre-échange du passé. En tant que pièce fondamentale de l’« hégémonie exploitante » il s’agit d’une version rigide, extrêmement contreignante et institutionnalisée du « commerce administré » entre des pays asymétriques, et au service exclusif des intérêts des monopoles et des multinationales du pays dominant. En somme, la puissance impériale dominant des pays dépouillés de leurs souverainetés et réduits à la catégorie de « marchés ». Ces pays devenus « marchés » sont appelés à fournir leurs ressources naturelles, leur intelligence collective transformée en main-d’œuvre bon marché, leurs marchés de consommation intérieure, tout absolument tout.

Ils devront aussi se défaire de toute intention fiscale qui affecteraient ces monopoles et multinationales -la charge fiscale retombera avec une double force sur la population locale laborieuse- , de toute intention de justice sociale -les syndicats qui défendent les travailleurs et les mouvements sociaux qui défendent l’environnement ne seront pas de la partie-, et dans un esprit de générosité ils devront prendre en charge les éventuelles conséquences environnementales et sociales de l’action prédatrice de ces monopoles et multinationales.

Un commerce administré, mais non par les États et au bénéfice de l’emploi, des entreprises nationales ou du développement économique du pays. Nous ne devons jamais oublier que même en étant moins restrictif et exploiteur que le TPP, le Traité de libre-échange d’Amérique du Nord (TLCAN, EE.UU., le Canada et le Mexique), n’a jamais favorisé le Mexique, le pays avec un moindre développement. Ceci est valable pour les autres pays latinoamericains et les Caraïbes qui ont signé des accords de libre-échange avec des puissances industrielles.

L’époque du « tigre » mexicain.

Pendant la négociation du TLCAN, au début des années 90, les « experts » et les ministres du Mexique, USA et Canada nous disaient à nous journalistes et analystes économiques qui nous couvrions les négociations, lors de réunions publiques et privées, d’entrevues et séminaires, mais toujours avec ce sérieux et calme qui n’admet pas le moindre doute, que le Mexique « sera le principal gagnant », qui « décolérait » et serait un « tigre » comme les tigres naissants de l’Asie, comme la Corée du Sud, Hong Kong ou Taïwan. Du « dragon » chinois qui était en gestation, on ne parlait pas encore.

Les chroniqueurs et les « analystes » des pages financières respectées matraquèrent avec insistance qu’avec le TLCAN les mexicains auraient de meilleurs salaires et des emplois plus sûrs, et que le destin du Mexique était celui de devenir la « locomotive » de toute l’Amérique Latine.

Mes nombreux doutes -comme analyste et correspondant de Notimex à une époque où nous avions accès aux documents et aux négociateurs, chose qui s’est éteinte peu de temps après- exprimées dans des dialogues et questions concrètes à Jaime Serra Puche, à Ángel Gurría et autres ministres et fonctionnaires mexicains impliqués directement dans les négociations, et à leurs contreparties usaméricaines et canadiennes, n’avaient pas la moindre place dans le triomphalisme de cette époque.

Une décennie plus tard, au début du millénaire, la Corée du Sud et la Chine « attardée » se sont ensuite mise à se transformer en puissances économiques régionales, et mondiales. Leurs niveaux d’éducation et de développement social avaient germé 20 années auparavant. Les ingénieurs et les fonctionnaires étaient formés, l’ordre social garantissait une force de travail disciplinée et apte pour les tâches à venir.

Pendant ce temps, et après presque 20 an de libre-échange avec le voisin US qui était rien de moins que la locomotive de la demande mondiale, le Mexique est encore un pays avec peu de développement industriel propre.

La Corée du Sud, pour citer un exemple, inonde depuis des années les marchés mondiaux avec ses produits électroniques et ses voitures. Les marques LG, Samsung et Daewoo, ou Kia et Hyundai, sont omniprésentes dans tous les pays latinoamericains.

Parfois j’aimerais demander maintenant à ces (ex) ministres mexicains qui ont négocié en TLCAN sur quels marchés sont les produits industriels conçus et fabriqués par des industries mexicaines qui peuvent concurrencer avec les entreprises sud-coréennes, taïwanaises ou chinoises.

Le monde à l’inverse des asiatiques.

Le TLCAN, comme nous étions beaucoup à le penser, n’a pas permis non plus au Mexique de résoudre les graves problèmes sociaux et économiques de base, parmi eux la pauvreté, l’éducation, etcetera. Par expérience et avec peine je ne peux cesser de penser que l’entrée du Mexique dans le TPP accentuera cette baisse.

Le relatif succès de la Corée du Sud et de la Chine, et auparavant du Japon, en réalité se doit au fait qu’au-delà des différences politiques énormes, ces pays asiatiques partagent une conviction millénaire que l’État et l’organisation sociale doivent primer sur l’économie, quelque chose qui est un anathème au néolibéralisme dominant depuis plus de trois décennies dans le monde occidental.

On peut dire que dans la pratique, sans cocorico sur les toits et toujours avec ces respectueux usages asiatiques, ces pays n’ont jamais appliqué ou investi les principes du mode d’opération néolibéral, qui consiste à vidanger et à paralyser l’État, ses institutions et le système politique avec la camisole de force des règles et des institutions du « système de droit international » confectionné pour favoriser les monopoles et multinationales.

Comme indiquaient les sociologues Giovanni Arrighi et Beverly J. Silver [3] il y a un certain temps, c’était perceptible que les multinationales implantées dans ces pays ne sont pas nécessairement partie intégrante ou répondent comme il se doit aux nécessités du système impérial, et qui peut-être et sans le savoir sont entrain de servir les stratégies de ces puissances émergentes et concurrentes. TPP dans le style de la prison de Guantánamo, avec « camisole de force » et fers aux pieds.

C’est pourquoi le Président Barack Obama, qui sans doute de manière consciente a assumé la tâche de diriger cette « hégémonie d’exploitation », a promu l’extension du TPP et une conception qui ne laisse aucune fuite possible à la rapine rentière de l’empire, parce qu’elle inhabilite ou élimine les instruments que les États et les sociétés ont à leur disposition pour exercer leur souveraineté dans des sphères d’importance vitale, depuis l’économie et le bien-être social jusqu’à la protection de l’environnement. C’est, en définitive, la version la plus radicale et agressive du système néolibéral utopique (qui est dystopique dans son résultat), parce que son objectif est d’empêcher que n’importe quel gouvernement signataire, sauf celui des Etats-Unis -qui comme on le sait très bien applique seulement sa Constitution, qui l’empêche d’être subordonnée à des décisions ou des règles d’autres juridictions, étrangères ou internationales, mais promeut le droit d’appliquer extra-territorialement ses lois-, puisse prendre des mesures de défense envers les entreprises des pays membres pour protéger l’environnement, les secteurs économiques et les entreprises locales. Ou changer ses politiques fiscales ou monétaires pour protéger l’emploi ou la société en général, par exemple.

En définitive, le TPP est la soumission au dictat impérial, aux lois US, ce qui dans la pratique amènera – par exemple- à ce que les pays signataires soient pressés ou obligés de modifier leurs lois et constitutions de manière à permettre tout ce que ces monopoles et multinationales demandent.

Et la liste des désirs est infinie, comme les angoisses d’accumulation de la ploutocratie qui domine : droit d’exploitation des ressources énergétiques conventionnelles et du gaz ou le pétrole de schiste ; exploitation à ciel ouvert des minéraux ; privatisation de l’eau ou son contrôle sous des droits d’extraction ; réduire à un minimum les exigences, démarches et évaluations des effets sur l’environnement dans des projets extractifs – y compris la construction de routes, oléoducs, gazoducs, réservoirs et ports, dans les projets industriels à haut risque ou dans les exploitations agricoles qui utilisent des semences et animaux génétiquement modifiés, et les produits chimiques conséquents à haut risque pour l’environnement et la santé humaine, et un très long etcetera. Pour finir, c’est la consécration du « royaume de la liberté » pour les entreprises monopolistiques et multinationales.

Au chapitre de la « protection à la propriété intellectuelle », un terrain chaque jour plus important dans le système impérial basé sur l’extraction des revenus, les pays signataires seront les veilleurs et les exécuteurs du respect de ces règles, qui dans la pratique impliquent non seulement une coûteuse dépendance, une possible interdiction – comme quand les USA impose des sanctions commerciales, comme avec Cuba et l’Iran, et dans tous les cas l’engourdissement, l’empêchement et l’enchérissement du développement scientifique et industriel national.

La gravité de l’extension des droits de propriété intellectuelle, qui est arrivée au vivant, au génome humain, aux génomes de tout ce qui est vivant, animal ou végétal, est bien encadré dans le cas de l’entreprise US « Myriad Genetics », qui a breveté deux gènes marqueurs du cancer du sein, comme le souligne l’économiste Joseph Stiglitz dans son article « Vies vs. Bénéfices » (6 mai 2013, Project Syndicate), et dans les brevets de semences et maintenant d’animaux génétiquement modifiés de Monsanto et d’autres entreprise, ainsi que dans les produits pharmaceutiques (voir aussi de Joseph E. Stiglitz et Arjun Jayadev « La sage décision de l’Inde », Project Syndicate de du 8 avril passé).

Regardons vers le passé pour mesurer le recul.

Pour voir la portée du TPP , cela vaut la peine de rappeler que dans l’Accord de Libre-échange que le Canada a signé avec les USA en 1987, qui a servi de modèle pour la vague ultérieure de libéralisation commerciale, il fut possible pour le partenaire plus petit, le Canada, après des négociations difficiles, de se protéger de l’application de cet Accord -exclusion médiante- des secteurs d’intérêt public (éducation et santé, les contrats, achats et appels d’offres pour des travaux d’infrastructure des services publics fédéraux, provinciaux et municipaux) ou productifs (secteur laitier et élevage avicole ; la production et la commercialisation de céréales). Il y a longtemps que ceci a cessé d’être le cas, maintenant les exclusions sont presque impossibles, et le seront encore plus avec le TPP.

Sous le TPP les monopoles et transnationales des USA pourront exercer une surveillance totale des marchés et entreprendre des litiges coûteux – contre l’État signataire, entreprises ou individus locaux, et dans tous les domaines imaginables, depuis les subventions et les restrictions nationales (régionales ?) jusqu’à la propriété intellectuelle, en passant par la composition d’origine de ces produits, etcetera. Des litiges qui seront résolus par des « arbitres » désignés par les parties, mais qui dans leur majorité proviennent, comme cela fut constaté dans les litiges bilatéraux – USA et le Canada, de sphères influencées ou directement au service des sociétés multinationales d’ avocats et d’experts créées aux USA, au Canada et dans les principaux pays européens pour trancher en leur faveur en matière de droit commercial international dans tout les coin du globe.

Ce n’est pas difficile, pour celui qui a couvert certains de ces litiges et négociations commerciaux, d’imaginer à quel point il sera conflictuel et épuisant pour le futur de l’intégration sudaméricaine d’avoir en son sein plusieurs pays qui répondront d’abord aux règles du TPP. Le commerce intra-régional pourra souffrir des plaintes et des litiges que les multinationales présenteront contre les « subventions » qui rendent compétitifs les produits finaux ou composants d’importation provenant d’entreprises qui utilisent les mécanismes régionaux, ou des pays voisins qui ont des politiques de stimulation fiscale ou économiques à un niveau national ou régional, comme est le cas avec le pétrole vénézuélien.

Comment éviter des litiges et des conflits entre des pays voisins quand s’appliqueront, avec une main de fer, les règles sur les contenus d’origine ou de la propriété intellectuelle dans le commerce informel qui caractérise de vastes régions frontalières ? Quelle sera la réaction des exploitations extractives permises dans le cadre du TPP qui ont de graves effets environnementaux sur les populations et l’environnement des pays voisins ? Comment empêcher que la corruption, les magouilles, l’exploitation et la violence qui marqueront cette utopie finale du néolibéralisme au-delà des frontières nationales, n’atteignent pas les instances régionales ? Comment penser que la Colombie, le Pérou et le Chili peuvent avoir et opérer simultanément deux politiques économiques opposées ? Une grande partie de tout ceci est valable pour le reste des pays qui ne sont pas dans le TPP mais devront coexister et respecter les règles du TPP dans leur commerce avec les pays voisins.

Qu’est-ce qu’arrivera quand les politiques commerciales, d’investissements et de propriété intellectuelle basées sur l’échange équitable et solidaire entre les pays de la région devront coexister avec les politiques totalement opposées, basées sur l’extraction de rentes, du TPP ? Est –ce possible ou souhaitable ?

Comment les pays membres du TPP traiteront-ils les investissements intra régionaux dans des secteurs énergétiques, dans des transports ou dans des services financiers pour la promotion agroindustrielle, par exemple, qui confèrent des avantages aux pays membres ?

Pour tout ceci, c’est logique de déduire que le TPP a été conçu comme l’antidote contre ce qui constitue le succès des principales économies émergentes, où les États planifient ou conservent un rôle gestionnaire dans la direction des affaires économiques et sociales.

La conclusion est qu’une présence tellement importante du TPP en Amérique Latine –Mexique, Colombie, Pérou et Chili servira à l’empire de plate-forme pour miner les efforts d’intégration régionale, créer des constants, coûteux et épuisants conflits commerciaux et économiques.

Les USA et le Canada n’ont jamais abandonné l’idée d’une Amérique du Sud dominée par le néolibéralisme, et c’est évident qu’ils jouent maintenant avec les alliés dont ils disposent dans la région pour empêcher concrètement une intégration régionale qui s’écarte des principes néolibéraux. Mais une chose est de vouloir et l’autre est de pouvoir. Récemment, comme avec l’ALCA, le destin de la région dépend de la détermination, de la mobilisation des peuples et des gouvernements latinoamericains.

Alberto Rabilotta,

Montreal, Canadá.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

Alberto Rabilotta est journaliste argentin depuis 1967. Au Mexique por la « Milenio Diario de Mexico » Correspondant de Prensa Latina au Canada (1974). Directeur de Prensa Latina Canada, pour l’Amérique du Nord (1975-1986) Mexique, USA, Canda. Correspondant de l’Agencia de Services Spéciaux d’Information, ALASEI, (1987-1990). Correspondant de l’Agencia de Noticias de México, NOTIMEX au Canada (1990-2009. Editorialiste sous de pseudonymes -Rodolfo Ara et Rocco Marotta- pour « Milenio Diario de Mexico » (2000-2010, Collaborateur d’ALAI, PL, El Correo, El Independiente et d’autres medias depuis 2009.

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CES derniers temps, l’opinion publique a été soumise à un flot d’informations contradictoires sur le Guatemala, et en particulier sur des faits impliquant deux anciens présidents de ce pays d’Amérique centrale, qui portent atteinte à des questions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale et du fonctionnement de son système judiciaire. Toute l’Amérique latine a reçu avec une grande indignation la nouvelle selon laquelle la Cour constitutionnelle avait annulé la condamnation de l’ancien dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt, à 80 ans de prison pour génocide.

La plus haute instance judiciaire du Guatemala a annulé le lundi 20 mai la peine de 80 ans de prison pour génocide et crimes contre l’humanité, imposée à l’ancien dictateur le 10 mai, entérinant sa décision du 18 avril qui invoquait un vice de procédure lorsque la présidente du Tribunal avait autorisé la réouverture du procès alors que la plus haute instance n’avait pas encore statué sur les recours présentés par la défense de Rios Montt.

Il ne fait aucun doute que les puissants intérêts politiques et économiques au service de l’ancien général mettent rudement à l’épreuve la solidité de la justice du Guatemala.

Des manifestations se sont succédées dans plusieurs pays d’Amérique latine en solidarité aux victimes et pour protester contre l’annulation de la condamnation, y compris un grand mouvement de protestation au Guatemala qui, selon un responsable du Centre d’action légale pour les droit de l’Homme (CALDH) qui participe aux procès contre Rios Montt comme partie plaignante, avait pour but de « révéler au monde le génocide qu’ont vécu les indiens Ixiles du Guatemala, et de dénoncer les tentatives des avocats de Rios Montt de faire avorter les procédures judiciaires ».

Le premier verdict avait été accueilli par des applaudissements, car c’était la première fois qu’un dictateur – parmi les nombreux installés par Washington dans les pays qu’il considère comme son arrière-cour – allait payer pour ses crimes, même si la peine semblait légère par rapport à la gravité des faits, l’opinion publique avait accueilli cette condamnation comme une décision de justice inédite à plusieurs titres, et comme une première mondiale.

Diplômé de l’École des Amériques, le général Efrain Rios Montt instaura pendant deux ans (1982-1983) une dictature brutale au Guatemala après s’être emparé du pouvoir par un putsch préparé par les États-Unis. Il est accusé d’être responsable du meurtre de 1 771 personnes, de 1 400 violations des droits de l’Homme et du déplacement d’au moins 29 000 Indiens du fait de sa politique de « terre brûlée ».

En décembre 1982, le président Ronald Reagan se rendit au Guatemala couvrant d’éloges le dictateur Rios Montt pour « ses efforts et son dévouement au service de la démocratie et de la justice sociale ». Quelques jours plus tard, 251 hommes, femmes et enfants étaient massacrés dans la localité de Las Dos Erres.

Faisant comme toujours étalage de sa politique de double standard en matière de droits de l’Homme, le gouvernement des États-Unis ne cesse, d’un côté, d’accorder son soutien à ses dictateurs fantoches, mettant tout en œuvre pour cacher leurs crimes, alors qu’il n’hésite pas, de l’autre, à diaboliser les gouvernements récalcitrants ou insoumis, grâce à son puissant appareil médiatique et à la diplomatie du dollar.

La condamnation de Rios Montt nous rappelle nombre de cas de dictateurs génocides comme les Duvalier en Haïti ; les Somoza au Nicaragua ; Alfredo Stroessner au Paraguay ; Humberto Castelo Branco au Brésil ; Rafael Trujillo en République dominicaine, Fulgencio Batista à Cuba, Augusto Pinochet au Chili, et bien d’autres qui en Amérique latine, ont bénéficié d’une impunité scandaleuse, pour la plus grande honte de l’humanité.

L’autre procès qui a bouleversé l’actualité guatémaltèque revêt des caractéristiques particulières, même s’il existe quelques similitudes. Il s’agit de l’extradition, vers les États-Unis, de l’ancien président guatémaltèque Alfonso Portillo, accusé d’avoir détourné 70 millions de dollars de fonds publics, dont une partie aurait transité par des banques US et européennes.

Le procès a commencé en mai 2011, lorsque le Tribunal pénal s’est prononcé en faveur de Portillo, que le Ministère Public a accusé d’avoir tenté de détourner 15 millions de dollars du budget du ministère de la Défense en 2001.

En avril 2013, une cour d’appel avait ratifié le verdict d’acquittement du Tribunal, mais le 15 mai la Chambre pénale de la Cour suprême de Justice a rejeté le recours en cassation présenté par l’ancien président contre le jugement absolutoire afin d’éviter un jugement sans appel de la Cour, qui l’avait acquitté du crime de détournement de fonds pour empêcher son extradition.

Le Guatemala vit aujourd’hui un conflit plus politique que juridique, où l’ingérence des États-Unis dans les affaires internes de ce pays d’Amérique centrale semble jouer un rôle déterminant.

Manuel E. Yepe

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10 juin 2013 – Lors de la présentation de son nouveau rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Richard Falk, a rappelé que l’occupation israélienne de la Palestine et le déni des droits fondamentaux des Palestiniens duraient depuis 46 ans.

« L’occupation a entraîné la destruction de milliers de logements, des violations du droit international humanitaire et la détention de près de 750.000 Palestiniens. En outre, 1,75 million de personnes vivant dans la bande de Gaza sont soumises à un régime de punition collective », a rappelé M. Falk, tout en déplorant qu’Israël poursuive cette politique dans l’impunité, au mépris du droit international et des résolutions des Nations Unies.

Le Rapporteur spécial a ensuite exprimé sa préoccupation s’agissant de la situation dans la bande de Gaza, qu’il a visitée en décembre 2012 grâce à la coopération des autorités égyptiennes. Il a mentionné le rapport « Gaza 2020 » des Nations Unies qui prévoit que la région de Gaza sera inhabitable, à terme, en raison des problèmes environnementaux causés ou aggravés par le blocus israélien. M. Falk a noté que 70% de la population de Gaza dépend de l’aide internationale et que 90% de l’eau y est impropre à la consommation humaine.

« Le traitement des cinq mille prisonniers palestiniens détenus par Israël est également inquiétant. La détention arbitraire et les actes de torture sont monnaie courante, comme le notent de nombreuses entités des Nations Unies  », a affirmé M. Falk, alarmé par les informations relatives au traitement des enfants palestiniens incarcérés.

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Un soldat israélien arrêtant un enfant palestinien âgé de 12 ans à un point de passage à Naplouse.

 

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a en effet confirmé que le traitement des enfants prisonniers en Israël contrevient systématiquement à la Convention relative aux droits de l’enfant et à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Dans ce contexte, M. Falk a recommandé la création d’une commission d’enquête sur la situation des détenus palestiniens.

«  Par ailleurs, la colonisation israélienne de peuplement se poursuit. En 2012, le nombre des colons israéliens a augmenté de 4,5%. Le Gouvernement israélien ne cesse d’étendre ses colonies : il y a deux semaines, 60.000 mètres carrés de terrain ont été saisis près de Naplouse  », a souligné M. Falk.

Enfin, M. Falk a indiqué que son rapport et sa déclaration étaient impuissants à saisir ou traduire l’impact destructeur de l’occupation israélienne de la Palestine depuis 46 ans.

« Les destructions, les colonies, l’accaparement des ressources, la détention ainsi que les violences excessives et à grande échelle sont quelques-uns des moyens qu’Israël utilise pour mener ses politiques. Celles-ci ne font pas avancer le processus de paix au Moyen-Orient et doivent être abandonnées  », a conclu M. Falk.

Centre d’actualités de l’ONU

Un expert de l’ONU dénonce les violations des droits du peuple palestinien par Israël

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Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Richard Falk.

6 juin 2013 – Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Richard Falk, a affirmé jeudi que ni Israël ni ses soutiens ne peuvent justifier les violations des droits des Palestiniens commises dans les territoires occupés. Selon lui, la tactique utilisée pour détourner l’attention de la communauté internationale consiste à « fausser et à diffamer ».

«  Il est regrettable que tant d’organisations de lobbying poursuivent l’unique objectif de détourner l’attention du monde des violations des droits de l’homme perpétrées par Israël  », indique M. Falk dans un communiqué de presse.

« Toutefois, ces campagnes de diffamation, aussi malhonnêtes qu’irresponsables, et qui visent à discréditer ceux qui documentent les réalités sur le terrain, ne changent en rien aux faits ».

M. Falk a rappelé qu’Israël continuait d’annexer des terres palestiniennes, de démolir des maisons et de modifier la composition démographique de la Palestine par le biais des colonies de peuplement, et ce au mépris du droit international.

Les autorités israéliennes continuent en outre le blocus de la bande de Gaza, ce qui, selon M. Falk, représente une punition collective des 1,75 million d’habitants de cette région de la Palestine.

« Les services israéliens ont confirmé qu’à la fin 2012 près de 650.000 israéliens vivaient dans des colonies situées dans les territoires palestiniens occupés », a expliqué M. Falk.

« Durant les trois premiers mois de 2013, Israël a démoli 204 maisons palestiniennes », a-t-il souligné. « La violence des colons contre les palestiniens est un évènement quotidien, avec 146 incidents documentés pour le seul mois d’avril  ».

Selon l’expert indépendant désigné par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Israël a détenu près de 750.000 Palestiniens, soit presque 20% de la population, depuis le début de l’occupation il y a 46 ans. Actuellement, 4.979 Palestiniens sont détenus par Israël, dont 236 enfants. Près de 200 Palestiniens sont détenus « administrativement », c’est-à-dire sans avoir été inculpés.

« Ces violations privent les Palestiniens d’espoir. Elles sont en outre un affront aux négociateurs de paix. Si Israël et ses soutiens continuent de faire la sourde oreille face aux appels lancés par la communauté internationale, l’ONU ne peut détourner, elle, son attention des faits sur le terrain  », a conclu M. Falk.

Centre d’actualités de l’ONU

News Tracker: autres dépêches sur la question

Un expert de l’ONU exhorte Israël à suspendre la construction d’une autoroute pour les colons

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USA : Ce que nos présidents disent à nos jeunes

juin 12th, 2013 by William Blum

En cette saison d’examens universitaires, arrêtons-nous un instant pour nous rappeler les paroles émouvantes de ce savant bien-aimé de l’Amérique, George W. Bush, parlant en Floride en 2007 au début de l’année scolaire à Miami Dade College : « A La Havane et dans d’autres villes cubaines, il y a des gens comme vous qui vont à l’école, qui rêvent d’une vie meilleure. Malheureusement, ces rêves sont étouffés par une dictature cruelle qui dénie toute liberté au nom d’une idéologie sombre et discréditée . » (1)

Comme j’aurai aimé être présent dans le public. Je me serais levé et j’aurais crié : « A Cuba l’éducation est totalement gratuite. Mais la plupart des jeunes ici présents seront enchaînés pour pratiquement le reste de leur vie à des dettes écrasantes ! »

Tandis que les agents de sécurité s’approcheraient de moi, je crierais : « Et personne à Cuba n’est obligé de rejoindre l’armée pour pouvoir obtenir une bourse d’études, comme Bradley Manning a été obligé ! »

Tandis qu’ils se saisiraient de moi, je parviendrais à ajouter : « Et le Congrès a même adopté une loi interdisant aux étudiants de se déclarer en faillite personnelle pour se débarrasser de leurs dettes ! »

Tandis qu’ils m’entraîneraient dehors, avec un bras serré autour de mon cou, je réussirais à prononcer ces dernières paroles : « Savez-vous que 36 milliards de dollars de l’endettement pour les études appartiennent à des Américains qui ont 60 ans ou plus ? … (arghhh) … et que des étudiants se sont suicidés à cause de leurs dettes ? »

Je ne sais pas si le professeur Bush aurait trouvé dans son cerveau les mots pour répondre, mais les dernières paroles que j’entendrais des étudiants, tandis qu’on me passerait des menottes bien serrées, seraient : « Ben, si t’aimes pas l’Amérique, pourquoi t’vas pas vivre à Cuba ? ”

C’est déjà pas terrible que les étudiants se fassent littéralement braquer pour financer leur études, il leur faut en plus subir un lavage de cerveau.

Passons maintenant à l’actuel président. Le voici le 19 mai à la cérémonie de remise des diplômes au Collège Morehouse à Atlanta, alma mater de Martin Luther King :

Je sais que quand je serai sur mon lit de mort, un jour, je ne penserai pas à une loi que j’ai fait passer, je ne penserai pas à une politique que j’ai défendue, je ne penserai pas à un discours que j’ai prononcé, je ne penserai pas au prix Nobel que j’ai reçu. Je penserai à cette promenade avec mes filles. Je penserai à un après-midi de farniente avec ma femme. Je penserai à eux, assis autour de la table de la salle à manger, heureux et en bonne santé, en se sachant aimés. Et je me demanderai si j’ai fait tout ce que je pouvais pour chacun d’entre eux.

Et moi, comme le personnage de Zelig de Woody Allen, je me serais présenté à cette cérémonie-là aussi et j’aurais crié : « Qu’en est-il de la famille heureuse et en bonne santé assise autour de la table d’une salle à manger au Pakistan ou en Afghanistan, et un missile – votre missile – arrive hurlant à travers le toit, réduisant la précieuse famille en un tas de chair, de sang et de poussière ? Qu’en est-il des belles familles heureuses et en bonne santé au Yémen et en Irak et en Somalie et en Libye que vous avez dronées à mort ? Pourquoi n’avez-vous pas rendu le prix Nobel ? Au cas où vous auriez oublié, c’était un prix de la PAIX ! ”

Aïe, ce Taser fait vraiment mal ! Merci de participer au versement de ma caution.

Pipelineistan

J’ai écrit à plus reprises sur l’utilité qu’il y a à prêcher encore et encore à des convaincus. Un de mes lecteurs a exprime son accord avec cette idée en ces termes : « Comment le christianisme a-t-il fait pour survivre 2000 ans, sinon en remettant une couche tous les dimanches ? »

Eh bien, chers convaincus, mes paroissiens bien-aimés, pour le sermon de cette semaine, nous allons une fois de plus nous tourner vers l’Afghanistan. Comme les responsables américains font souvent des déclarations qui laissent entendre que la présence militaire américaine dans ce triste pays tire à sa fin – et aura bientôt totalement disparu, à l’exception de quelques milliers de soldats américains qui resteront sur place et que pratiquement tous les pays du monde réclament – un voit régulièrement des articles dans les médias et les communiqués du gouvernement qui tentent d’expliquer de quoi il s’agissait. Pour quelle raison des milliers de jeunes Américains sont allés émettre leur dernier souffle dans ce pays arriéré et pourquoi des dizaines de milliers d’Afghans ont-ils été expédiés auprès d’Allah par les Etats-Unis (au milieu des tortures américaines très répandues et autres violations des droits de l’homme) ?

Le Washington Post a récemment cité un rapport du ministère de la Défense qui stipule : Les Etats-Unis « a produit un « plan B » raisonnable pour réaliser leur principal objectif qui est d’empêcher l’Afghanistan de redevenir un refuge pour Al-Qaïda et ses affiliés ».

« Prévenir un refuge pour les terroristes » – c’était la raison initiale donnée en 2001 pour l’invasion de l’Afghanistan, une explication consistante et en contraste avec l’évolution constante des explications données pour l’Irak. Cependant, il me semble que les plus doués et les plus brillants de notre gouvernement et des médias ne se souviennent pas, si jamais ils l’ont su, que l’Afghanistan n’a jamais eu rien à voir avec le 11 Septembre ou la lutte contre le terrorisme (à part les nombreux terroristes que les États-Unis ont crées par leurs invasions et occupations), mais tout à voir avec les oléoducs.

Le président Obama a déclaré en Août 2009 : « Mais nous ne devons jamais oublier que ce n’est pas une guerre par choix. C’est une guerre par nécessité. Ceux qui ont attaqué l’Amérique le 11/9 complotent de le faire à nouveau. Si rien n’est fait, l’insurrection des talibans ferait de ce pays un havre encore plus large à partir duquel Al-Qaïda comploterai pour tuer encore plus d’Américains. » (2)

Peu importe que sur les dizaines de milliers de personnes que les Etats-Unis et leur couverture appelée l’OTAN ont tuées en Afghanistan, pas un seul n’ait été identifié comme ayant eu le moindre rapport avec les événements du 11 Septembre 2001.

Peu importe – même en acceptant la version officielle du 11/9 – que le « complot visant à attaquer l’Amérique » en 2001, ait été conçu plutôt en Allemagne, en Espagne et aux Etats-Unis, qu’en Afghanistan. Pourquoi les Etats-Unis ne bombardent-ils pas ces pays-là ?

En effet, que fallait-il pour acheter des billets d’avion et prendre des cours de pilotage aux Etats-Unis ? Une salle avec une table et des chaises ? Que signifie « un havre encore plus large » ? Une salle plus grande avec plus de chaises ? Peut-être un tableau noir ? Des terroristes résolus à attaquer les Etats-Unis peuvent se rencontrer pratiquement n’importe où. À l’heure actuelle, il y a des types, du genre terroristes antiaméricains, réunis en Libye, en Syrie, en Turquie, au Pakistan, au Qatar, en Arabie saoudite, à Londres, à Paris, et bien d’autres endroits. Et les talibans de l’Afghanistan ne seraient pas particulièrement antiaméricains si les Etats-Unis n’avaient pas envahi et occupé leur pays. Les talibans sont un groupe diversifié d’insurgés afghans sur qui l’armée américaine a collé une étiquette unique, ils ne sont pas fondamentalement des djihadistes internationaux comme Al-Qaïda avec lequel, en fait, ils ont eu une relation chaotique.

La seule « nécessité » qui a attiré les Etats-Unis en Afghanistan était le désir d’établir une présence militaire dans ce pays qui est à côté de la région de l’Asie centrale de la mer Caspienne – qui contient le deuxième plus grande réserve prouvée de pétrole et de gaz naturel au monde – et de construire des oléoducs et de gazoducs dans cette région à travers l’Afghanistan.

L’Afghanistan est bien situé pour de telles canalisations pour desservir une grande partie de l’Asie du Sud et même certaines régions d’Europe, des pipelines qui – de manière cruciale – peuvent contourner les bêtes noires de Washington, l’Iran et la Russie. Si seulement les talibans n’attaquaient pas ces canalisations. Voici ce que disait en 2007 Richard Boucher, sous-secrétaire d’État pour les affaires d’Asie centrale et l’Asie du sud : « Un de nos objectifs est de stabiliser l’Afghanistan, de sorte qu’il puisse devenir un conduit et un centre de redistribution entre l’Asie centrale et l’Asie du sud afin que l’énergie puisse circuler vers le sud. » (3)

Depuis les années 1980, toutes sortes de pipelines ont été prévus pour la région, pour être retardés ou annulés par un problème militaire, financier, politique ou autre. Par exemple, la soi-disant pipeline TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) a été fortement soutenu par Washington, qui était désireux de bloquer un gazoduc concurrent qui amènerait le gaz au Pakistan et en Inde à partir de l’Iran. TAPI remonte à la fin des années 1990, lorsque le gouvernement taliban a eu des entretiens avec la compagnie pétrolière californienne Unocal Corporation. Ces négociations ont été menées en pleine connaissance de cause de l’administration Clinton, et furent découragées par la répression extrême de la société talibane. Des responsables talibans ont même fait des voyages aux les États-Unis pour des discussions. (4)

Témoignant devant le sous-comité sur l’Asie et le Pacifique de la Chambre des Représentants, le 12 Février 1998, le représentant d’Unocal, John Maresca, a discuté de l’importance du projet de pipeline et les difficultés croissantes avec talibans :

Les réserves totales de pétrole de la région pourraient atteindre plus de 60 milliards de barils de pétrole. Certaines estimations vont jusqu’à 200 milliards de barils … Dès le début, nous avons clairement fait savoir que la construction du pipeline que nous avons proposé à travers l’Afghanistan ne pouvait commencer avant qu’un gouvernement reconnu soit en place et qu’il ait la confiance des autres gouvernements et dirigeants, et de notre société.

Lorsque ces pourparlers avec les talibans sont arrivés au point mort en 2001, l’administration Bush aurait menacé les talibans de représailles militaires si le gouvernement afghan ne cédait pas aux exigences américaines. Le 2 Août à Islamabad, la négociatrice du Département d’Etat américain, Christine Rocca, a répété à l’ambassadeur taliban au Pakistan, Abdul Salam Zaeef : « Soit vous acceptez notre offre d’un tapis d’or [pétrole], soit nous vous enterrerons sous un tapis de bombes ». (5) Les pourparlers ont finalement été définitivement rompus un mois avant le 11 Septembre.

Les Etats-Unis ne plaisantaient pas en ce qui concerne les régions pétrolières et gazières de la mer Caspienne et du golfe Persique. Grâce à une guerre ou à une autre en commençant avec la guerre du Golfe de 1990-1, les Etats-Unis ont réussi à établir des bases militaires en Arabie saoudite, Koweït, Bahreïn, Qatar, Oman, Afghanistan, Pakistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan et Kazakhstan.

La guerre contre les talibans ne peut pas être « gagnée » à moins de tuer tous les Afghans. Les Etats-Unis pourraient bien tenter de négocier à nouveau une certaine forme de sécurité pour les pipelines avec les talibans, puis quitter les pays et déclarer « victoire ». Barack Obama saura certainement prononcer un discours de victoire éloquent en lisant son prompteur. Il pourrait même inclure les mots « liberté » et « démocratie », mais certainement pas « pipeline ».

« Nous sommes littéralement en train de soutenir les mêmes en Syrie que nous combattons en Afghanistan et qui viennent de tuer notre ambassadeur en Libye ! Nous devons abandonner définitivement l’élan interventionniste avant qu’il ne soit trop tard. » – Ron Paul, Membre du Congrès, le 16 Septembre 2012. (6)

Comment tout a commencé :

« Voir les courageux combattants de la liberté afghans lutter contre des arsenaux modernes avec de simples armes de poing est une source d’inspiration pour tous ceux qui chérissent la liberté. Leur courage nous donne une grande leçon – qu’il y a des choses dans ce monde qui méritent d’être défendues. Au peuple afghan, je lui dis au nom de tous les Américains que nous admirons votre héroïsme, votre attachement à la liberté, et votre lutte acharnée contre vos oppresseurs. »- Le président Ronald Reagan, 21 mars 1983.

Une proposition modeste

Les sanctions de Washington contre l’Iran sont une petite merveille, entravant sérieusement la capacité de Téhéran de faire du commerce international, d’effectuer des paiements, de recevoir de l’argent, d’importer, d’exporter, d’investir, voyager… il n’y a pas un domaine où les États-Unis ne cherchent à imposer des difficultés au gouvernement et au peuple iranien. Au début du mois de mai, un projet de loi bipartisan a été présenté au Congrès visant à empêcher l’Iran d’accéder à ses milliards de dollars en euros conservés dans des banques à l’étranger – de l’argent qui représente jusqu’à un tiers du total des avoirs en devises de Téhéran. En outre, le Congrès cherche à combler une faille dans les sanctions qui permet à l’Iran pour reconstituer ses comptes en devises par l’acquisition d’or sur les marchés étrangers.

Washington a aussi fermé les médias iraniens aux Etats-Unis, et exerce une forte pression sur le Pakistan pour annuler leur projet de construction d’un gazoduc pour importer du gaz naturel de l’Iran, et d’innombrables sociétés internationales sont punies pour faire des affaires avec l’Iran.

Après un accident d’avion en Iran en 2011, le Washington Post a rapporté : « Les accidents d’avion sont fréquents en Iran, qui pendant des décennies a été empêché d’acheter des pièces de rechange pour sa flotte vieillissante à cause des sanctions imposées par les Etats-Unis. » (7)

Il y a beaucoup d’autres ’exemples de ces sanctions de destruction massive.

Tout cela pour forcer l’Iran à abandonner tout programme qui pourrait conduire un jour à l’arme nucléaire, privant ainsi Israël d’être la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ne le disent pas en ces termes. Ils disent, explicitement ou implicitement, qu’un Iran nucléaire pourrait attaquer les Etats-Unis ou Israël, sans fournir de raison pour laquelle l’Iran agirait de manière aussi suicidaire ; dans le même temps Washington ignore les déclarations répétées de différents responsables israéliens et américains qu’une telle crainte est sans fondement.

A présent, un groupe de parlementaires américains propose une solution plus radicale : couper Iran entièrement des marchés mondiaux du pétrole. Les ventes de pétrole constituent l’essentiel des recettes en devises de l’Iran. Le plan obligerait tous les pays à cesser d’acheter du pétrole de l’Iran ou risquer de perdre l’accès au système bancaire américain. (8)

Et l’Iran ignore tout, refuse de plier. Fanatiques islamiques qu’ils sont.

J’ai une solution beaucoup plus simple. Pourquoi ne pas couper toutes les exportations de produits alimentaires vers l’Iran ? Du le monde entier. Ainsi que tout ce qui entre dans la production alimentaire – semences, engrais, matériel agricole, etc. On verra bien combien de temps encore ils pourront nous ignorer lorsque les ventres de leurs enfants commenceront à gonfler. Sans oublier les médicaments et les équipements médicaux ! On verra bien s’ils seront capables de fabriquer eux-mêmes ce dont ils ont besoin.

Les responsables du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) estiment que près de 6000 enfants irakiens sont morts chaque mois au début des années 1990, principalement en raison des sanctions imposées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et d’autres. Comme preuve de l’efficacité durable et de la bonté de cette politique, une paix règne aujourd’hui en Irak.

Et si rien de tout ça ne marche … Il reste l’arme nucléaire contre ces bâtards ! C’est peut-être la seule façon de leur apprendre combien une bombe nucléaire est une arme horrible, et qu’ils ne devraient pas jouer avec.

Ces derniers temps, l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran ont été les principales forces de résistance à une domination USraeli au Moyen-Orient. C’est ainsi que l’Irak a été transformé en un cas psychotique désespéré. L’État-providence de la Libye a été anéanti et les fondamentalistes ont imposé la loi islamique sur une grande partie du pays. La mise au pas de la Syrie est actuellement en cours. Celle de l’Iran a commencé avec des sanctions draconiennes, comme celle de l’Irak avait commencé.

Il est intéressant de noter que l’Irak, la Syrie et la Libye étaient les principaux États laïcs du Moyen-Orient. L’histoire ne retiendra peut-être pas avec sympathie la paupérisation et la perte de libertés que le Triumvirat Américano-OTAN-Union européenne a imposé aux populations de la région.

Qu’allons faire de nos entreprises psychopathes ?

Il ne se passe pratiquement pas un jour aux États-Unis sans un reportage sur un comportement immoral ou criminel grave par une banque ou une société de courtage ou une agence de notation ou un organisme d’assurance ou une entreprise de produits dérivés ou toute autre institution financière parasite. La plupart de ces entreprises ne produisent aucun bien ou service utiles aux êtres humains, mais passent leurs journées à manipuler de la monnaie, du crédit et des marchés, en employant des dizaines de manières de spéculer.

Observons les peines de prison infligées à des militants écologistes, pacifistes, désobéissants et comparons les au train de vie dont jouissent les criminels qui ont poignardé le système financier et qui continuent de remuer le couteau dans la plaie.

Les gouvernements fédéral et central menacent de poursuivre les institutions financières en justice. Il leur arrive parfois de le faire. Et une amende est payée. Et puis le prochain scandale surgit. Et une autre amende est payée. Et ainsi de suite.

Imaginez ceci : Une nuée de voitures de police s’arrête devant le siège de Bank of America, à Charlotte, en Caroline du Nord. Une douzaine de policiers sortent, entrent dans le bâtiment, et prennent l’ascenseur vers les bureaux des cadres supérieurs de la banque. Quelques minutes plus tard le président et deux vice-présidents – les bras étroitement liées avec des menottes derrière le dos – sont promenés à travers le bâtiment à la vue de leurs employés qui regardent les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Le trottoir est bien sûr entièrement occupée par les médias tandis que la police encercle le bâtiment avec du ruban adage « Défense de passer. Scène de crime. ».

Rappelez-vous, ce n’est pas parce que l’Amérique est passée sous le contrôle de psychopathes assassins et mythomanes que nous n’avons pas le droit de nous amuser un peu.

William Blum

http://williamblum.org/

Article original en anglais :

William_Blum

What Our Presidents Tell our Young People, 5 juin 2013

Traduction par VD pour le Grand Soir 

Notes

(1) Washington Post, April 29, 2007

(2) Talk given by the president at Veterans of Foreign Wars convention, August 17, 2009

(3) Talk at the Paul H. Nitze School for Advanced International Studies, Washington, DC, September 20, 2007

(4) See, for example, the December 17, 1997 article in the British newspaper, The Telegraph, “Oil barons court Taliban in Texas”.

(5) Pepe Escobar, Asia Times, September 12, 2012 (Information Clearing House)

(6) The Hill, daily congressional newspaper, Washington, DC

(7) Washington Post, January 10, 2011

(8) Washington Post, May 13, 2013

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Le soulèvement turc plonge ses racines dans les incohérences du gouvernement Erdogan. Celui-ci, après s’être présenté comme « démocrate-musulman » (sur le modèle des « démocrates-chrétiens »), a brusquement affiché sa vraie nature à l’occasion des « révolution colorées » du printemps arabe.

En politique intérieure et extérieure, il existe un avant et un après cette volte-face. Avant, c’était le noyautage des institutions. Après, c’est le sectarisme. Avant, c’est la théorie d’Ahmed Davutoğlu de « zéro problème » avec ses voisins. L’ex-empire ottoman semblait sortir de sa torpeur et revenir à la réalité. Après, c’est l’inverse : la Turquie s’est re-brouillée avec chacun de ses voisins et est entrée en guerre contre la Syrie.

Les Frères musulmans

Derrière ce virage, les Frères musulmans, une organisation secrète dont Erdogan et son équipe ont toujours été membres, malgré leurs dénégations. Si ce virage est postérieur à celui du Qatar, financier des Frères musulmans, il porte la même signification : des régimes autoritaires qui paraissaient anti-israéliens affichent soudainement leur alliance profonde.

Il importe ici de rappeler que l’expression occidentale de « printemps arabe » est un leurre visant à faire accroire que les peuples tunisien et égyptien auraient renversé leur gouvernement. S’il y a bien eu une révolution populaire en Tunisie, elle ne visait pas à changer le régime, mais à obtenir une évolution économico-sociale. Ce sont les États-Unis, et non la rue, qui ont ordonnés à Zinedine el-Abidine Ben Ali et à Hosni Moubarak de quitter le pouvoir. Puis c’est l’OTAN qui a renversé et fait lyncher Mouammar el-Khadafi. Et ce sont à nouveau l’OTAN et le CCG qui ont alimenté l’attaque de la Syrie.

Partout en Afrique du Nord —sauf en Algérie—, les Frères musulmans ont été placés au pouvoir par Hillary Clinton. Partout, ils ont des conseillers en communication turcs, gracieusement mis à disposition par le gouvernement Erdogan. Partout, la « démocratie » n’a été qu’une apparence permettant aux Frères d’islamiser les sociétés en échange de leur soutien au capitalisme pseudo-libéral des États-Unis.

Le terme « islamiser » renvoie à la rhétorique des Frères, pas à la réalité. La Confrérie entend contrôler la vie privée des individus en se fondant sur des principes extérieurs au Coran. Elle remet en cause la place des femmes dans la société et impose une vie austère, sans alcool ni cigarettes, et sans sexe, du moins pour les autres.

Durant une dizaine d’années, la confrérie s’est faite discrète, laissant la transformation de l’Enseignement public aux bons soins de la secte de Fethullah Gülen, dont le président de la République Abdullah Gül est membre.

Bien que la confrérie clame sa haine de l’American Way of Life, elle se tient sous la protection des Anglo-Saxons (UK, USA, Israël) qui ont toujours su utiliser sa violence contre ceux qui leur résistaient. La secrétaire d’État Hillary Clinton avait installé dans son cabinet son ancienne garde du corps, Huma Abedin (épouse du député sioniste démissionnaire Antony Weiner), dont la mère Saleha Abedin dirige la branche féminine mondiale de la confrérie. C’est par ce biais qu’elle agitait les Frères.

Les Frères ont fourni l’idéologie d’Al-Qaeda, par l’intermédiaire de l’un d’entre eux : Ayman al-Zawahiri, organisateur de l’assassinat du président Sadate et actuel leader de l’organisation terroriste. Al-Zawahiri, comme Ben Laden, a toujours été un agent des services états-unien. Alors qu’il était considéré officiellement comme ennemi public, il rencontrait très régulièrement la CIA à l’ambassade US à Bakou, de 1997 à 2001, témoigne la traductrice Sibel Edmonds, dans le cadre de l’opération « Gladio B » [1].

Une dictature progressive

Lors de son emprisonnement, Erdogan a prétendu avoir rompu avec les Frères et a quitté leur parti. Puis, il s’est fait élire et a imposé lentement une dictature. Il a fait arrêter et emprisonner deux tiers des généraux, accusés de participer au Gladio, le réseau secret d’influence US. Et il a obtenu le plus fort taux d’incarcération de journalistes au monde. Cette évolution a été masquée par la presse occidentale qui ne saurait critiquer un membre de l’OTAN.

L’armée est le gardien traditionnel de la laïcité kémaliste. Cependant, après le 11-Septembre, des officiers supérieurs se sont inquiétés de la dérive totalitaire des États-Unis. Ils ont pris des contacts avec leurs homologues en Russie et en Chine. Pour stopper cette évolution avant qu’il ne soit trop tard, des juges leur ont rappelé leurs antécédents pro-US.

Si les journalistes peuvent être, comme toute autre profession, des voyous, le taux d’incarcération le plus élevé du monde renvoie à une politique : celle de l’intimidation et de la répression. À l’exception d’Ululsal, la télévision était devenue un panégyrique officiel, tandis que la presse écrite prenait le même chemin.

« zéro problème » avec ses voisins

La politique étrangère d’Ahmed Davutoğlu était tout aussi risible. Après avoir cherché à résoudre les problèmes laissés sans solution, un siècle plus tôt, par l’Empire ottoman, il a voulu jouer Obama contre Netanyahu en organisant la Flotille de la liberté vers la Palestine [2]. Mais, moins de deux mois après la piraterie israélienne, il acceptait la création d’une commission d’enquête internationale chargée d’étouffer l’affaire et reprenait en sous-main la collaboration avec Tel-Aviv.

Signe de la coopération entre les Frères et Al-Qaïda, la confrérie avait placé sur le Marvi Marmara Mahdi al-Hatari, numéro 2 d’Al-Qaïda en Libye et probable agent britannique [3].

Catastrophe économique

Comment la Turquie a t-elle gâchée non seulement une décennie de travail diplomatique de restauration de ses relations internationales, mais aussi sa croissance économique ? En mars 2011, elle participe à l’opération de l’OTAN contre la Libye, un de ses principaux partenaires économiques. Une fois la guerre finie, la Libye étant détruite, la Turquie perdit son marché. Simultanément, Ankara se lança dans la guerre contre son voisin syrien avec lequel elle venait, un an plus tôt, de signer un accord de libéralisation commerciale. Le résultat ne se fit pas attendre : la croissance de 2010 était de 9,2 %, elle tomba en 2012 à 2,2 % et continue à chuter [4].

Relations publiques

L’arrivée au pouvoir des Frères en Afrique du Nord est montée à la tête du gouvernement Erdogan. En affichant son ambition impériale ottomane, il a décontenancé le public arabe pour commencer, puis a dressé la majorité de son peuple contre lui.

D’un côté, le gouvernement finance Fetih 1453, film au budget pharaonique pour le pays, censé célébrer la prise de Constantinople, mais historiquement fallacieux. D’un autre, il tente d’interdire la plus célèbre série télévisée du Proche-Orient, Le Harem du Sultan, parce que la vérité ne donne pas une image pacifique des Ottomans.

La vraie raison du soulèvement

La presse occidentale met en avant, dans le soulèvement actuel, des points de détail : un projet immobilier à Istanbul ; l’interdiction de vendre de l’alcool en soirée ; ou des déclarations encourageant la natalité. Tout cela est vrai, mais ne fait pas une révolution.

En affichant sa vraie nature, le gouvernement Erdogan s’est coupé de sa population. Seule une partie minoritaire des sunnites peut se reconnaître dans le programme rétrograde et hypocrite des Frères. Or, environ 50 % des Turcs sont sunnites, 20 % sont alévis (c’est-à-dire alaouites), 20% sont Kurdes (principalement sunnites), et 10 % appartiennent à d’autres minorités. Il est statistiquement clair que le gouvernement Erdogan ne peut pas résister au soulèvement que sa politique a provoqué.

En le renversant, les Turcs ne résolvent pas seulement leur problème. Ils mettent fin à la guerre contre la Syrie. J’ai souvent noté que celle-ci s’arrêterait lorsque un des sponsors étrangers disparaîtrait. Ce sera bientôt le cas. Ce faisant, ils mettent un terme à l’expansion des Frères. La chute d’Erdogan annonce celle de ses amis ; de Ghannouchi en Tunisie, à Morsi en Égypte. Il est en effet peu probable que ces gouvernements artificiels, imposés par des élections truquées, puissent survivre à leur puissant parrain.

Thierry Meyssan

 

[1] « Al Qaeda Chief was US Asset », par Nafeez Ahmed, 21 mai 2013.

[2] « Pourquoi Israël a t-il attaqué des civils en Méditerranée ? », et « Flottille de la liberté : le détail que Netanyahu ignorait », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 31 mai et 6 juin 2010.

[3] « L’Armée syrienne libre est commandée par le gouverneur militaire de Tripoli », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 décembre 2011.

[4] « Turkey’s Economic Growth Slows Sharply » par Emre Perer et Yeliz Candemir, The Wall Sreeet Journal, 1er avril 2013.

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Vendredi, le président Barack Obama a défendu avec acharnement l’ensemble du programme gouvernemental d’espionnage des appels téléphoniques, des courriers électroniques et des communications en général du peuple américain.

S’exprimant devant des journalistes à San Jose en Californie avant l’ouverture de son sommet avec le président chinois Xi Jinping, Obama a qualifié de « battage médiatique » les révélations des médias sur les programmes secrets de rassemblement de données organisés par la National Security Agency (NSA – qui dépend du Pentagone) dirigé contre des centaines de millions d’Américains.

Il a défini la récupération quotidienne par la NSA des données téléphoniques de tous les clients des grands firmes de téléphone américaines, révélée pour la première fois par le journal britannique Guardian, et les accès par la NSA et le FBI aux serveurs des grands fournisseurs d’accès internet pour lire les courriels, les photos, les conversations par chat et les documents des clients, révélées jeudi par le Guardian et le Washington Post, comme un « petit empiètement » sur les droits à la vie privée, protégés par la constitution.

Obama a défendu ces programmes de surveillance orwelliens avec des généralités, disant qu’ils sont nécessaires pour protéger les Américains contre les attentats terroristes. Il a affirmé qu’ils sont légaux puisqu’ils ont été validés par le Congrès et approuvés par les Cours de justice secrètes créés expressément pour cela dans le cadre du Foreign Intelligence Security Act (FISA). Il y a « toute une série de garde-fous, » a-t-il déclaré, sans rien dire de concret sur les vérifications qui sont censées être faites sur les agents et les agences, puisque, comme tout le reste dans ces programmes, ces informations sont classées.

Ses remarques, du début à la fin, étaient un ramassis de raisonnements bancals et de mensonges. Il a insisté à plusieurs reprises sur l’idée que « personne n’écoute vos appels téléphoniques, » comme si, en supposant que ce soit vrai, cela rendrait sans dangers la possession par l’armée d’informations détaillées sur les liens sociaux et politiques et les habitudes quotidiennes de centaines de millions de gens. De même, Obama a affirmé que le programme de surveillance d’internet – qui implique lui des consultations des courriels et autres communications de millions de gens – ne « cible » pas les Américains. En fait, toute personne résidant aux États-Unis qui communique avec des gens en dehors du pays est susceptible d’être prise dans ses filets.

Rien de ce qu’Obama, ni aucun autre représentant du gouvernement, dit sur les programmes de surveillance de l’État, menés sous le couvert de la « guerre contre le terrorisme » ne peut être pris pour argent comptant. Il y a tout juste deux mois, James Clapper, directeur des renseignements nationaux, a tout simplement menti à la Commission du Sénat sur les services de renseignement quand on lui a demandé si la NSA espionnait des Américains.

Les affirmations d’Obama et d’autres politiciens, Démocrates comme Républicains, selon lesquelles l’espionnage systématique de toute la population est motivé par le désir d’empêcher des attentats terroristes doivent être traitées avec mépris. Elles sont proférées dans le contexte d’une nouvelle tentative sordide de dissimuler les complicités évidentes au sein de l’Etat dans un attentat qui a eu lieu sur le territoire américain. Une fois de plus avec l’attentat du Marathon de Boston, comme ce fut le cas pour les attentats du 9/11 et l’attentat raté de Noël 2009 contre un vol commercial passant au-dessus de Detroit, il s’avère que les auteurs étaient bien connus du FBI, de la CIA et d’autres agences et que des avertissements multiples ont été ignorés.

En effet, Obama lui-même a fait allusion aux motifs politiques des programmes d’espionnage du gouvernement, commentant qu’après avoir quitté ses fonctions, « Je serai un citoyen ordinaire, et je soupçonne que sur la liste de gens pouvant être visés [par ces programmes]… je serai probablement en début de liste. »

Ce qui est clair c’est que le véritable danger qui pèse sur les droits du peuple américain vient non pas de terroristes, mais de l’Etat capitaliste américain. Les mesures dignes d’un état policier mises en place par Bush et étendues par Obama visent l’opposition sociale venant de la classe ouvrière contre la politique de la classe dirigeante américaine, l’austérité à l’intérieur du pays et les guerres sans fin à l’extérieur.

La Constitution, le Bill of Rights [déclaration des droits fondamentaux] et l’ensemble des droits démocratiques sont réduits en lambeaux. À leur place, vaguement dissimulée sous les atours de plus en plus troués de la démocratie, une dictature est en train d’émerger.

Le Quatrième amendement, qui fait partie du Bill of Rights, déclare : « Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir.»

Tout dans les programmes défendus vendredi par Obama est en opposition évidente et directe à cette interdiction claire et sans équivoque des violations par l’Etat du droit à la vie privée.

Dans ses remarques de vendredi. Obama a dit que « On ne peut avoir la sécurité à cent pour cent tout en ayant aussi une intimité garantie à cent pour cent… » En d’autres termes que tout le monde peut comprendre, le Quatrième amendement ne s’applique plus. De même, pour le gouvernement, les garanties du respect des procédures déterminées par la loi, du procès devant un jury, de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et de la liberté de réunion ne sont plus applicables.

La désintégration de la démocratie américaine a été soulignée par la réaction générale du monde politique officiel aux révélations sur cet espionnage massif de la part du gouvernement. Des Démocrates en vue, comme la présidente de la Commission du Sénat sur les services de renseignement, Dianne Feinstein, et le dirigeant du groupe Démocrate majoritaire au Sénat, Harry Reid, se sont précipités aux côtés de leurs homologues Républicains pour défendre les programmes de la NSA.

L’opposition relativement aphone et dispersée venant des « libéraux » du Parti démocrate et des libertaires de droite du Parti républicain, ainsi que les critiques venant des organes de presse comme le New York Times et le Washington Post, se sont arrêtées bien avant d’en arriver à demander la fin de ces programmes, le démantèlement de la NSA, la mise en examen des responsables des services de renseignement, ou une procédure d’impeachment contre Obama, dont les violations de la Constitution vont pourtant bien plus loin que tout ce qu’a fait Richard Nixon.

Pendant ce temps, le directeur des Renseignements nationaux [le service qui fait le lien entre les différentes agences, ndt], James Clapper, a publié une défense vibrante des programmes de la NSA et implicitement menacé de mettre en examen les personnes responsables de les avoir révélés au public. Il s’est plaint que ces fuites vont entraîner « des dommages de longue durée et irréversibles » à la sécurité nationale américaine, et a qualifié la « divulgation non-autorisée d’informations » sur ces programmes de « répréhensible. »

Le New York Times, quant à lui, a publié un article qualifiant l’auteur des articles du Guardian sur les deux programmes de la NSA, Glenn Greenwald, d’ « obsessionnel » pour ce qui est de la surveillance gouvernementale et a affirmé que Greenwald « s’est mis […] dans le viseur des procureurs fédéraux. »

Dans ses remarques de vendredi, Obama a fait référence au discours qu’il a donné le 23 mai à l’Université de la Défense nationale. Dans ce discours extraordinaire, Obama a défendu sa politique antidémocratique, comme les assassinats extrajudiciaires par drones, y compris contre des citoyens américains, tout en mettant en garde contre les implications de telles violations de la Constitution américaine. Son discours reflétait une crise profonde et des divisions très nettes au sein de l’Etat, et indiquait qu’Obama sent qu’il se trouve dans une position qui n’est pas du tout sûre.

Vendredi, il a affirmé étrangement qu’il « quitte[rait] cette fonction… à un moment donné dans les trois ans et demi à venir. » [notre italique]. Obama est bien conscient de ceux manient réellement le pouvoir – ce sont d’une part le monde militaire et des services de renseignements, et d’autre part leurs alliés de Wall Street. Si ces forces venaient à être mécontentes de la manière dont Obama mène leur politique de contre-révolution sociale contre la classe ouvrière et d’hégémonie mondiale, ou de la diligence avec laquelle il réalise les changements du mode de gouvernement nécessaire pour appliquer ce programme, on pourrait rapidement se débarrasser de lui.

« Si les gens ne peuvent faire confiance ni au pouvoir exécutif, ni au Congrès ni aux juges fédéraux pour s’assurer que nous respectons la Constitution, les procédures requises et l’état de droit » a-t-il ajouté, « alors il y aura des problèmes. »

En fait, l’état déjà bien avancé de l’effondrement de la démocratie américaine sape rapidement tout soutien d’une grande partie de la population pour ce système. Ce tournant vers des formes de gouvernement autoritaires est lui-même alimenté par la croissance immense de l’inégalité sociale et le recours de plus en plus fréquent à la criminalité et à la guerre sur la scène internationale.

Une crise aussi prononcée des relations de classe signifie l’émergence d’une période de soulèvements révolutionnaires. Le capitalisme implique l’inégalité sociale et la guerre, lesquels sont incompatibles avec la démocratie. La seule véritable défense des droits démocratiques tient à la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme.

Barrey Grey

Article original, WSWS, paru le 8 juin 2013

La guerre contre le terrorisme et le sort de la démocratie aux Etats-Unis

[29 mai 2013]

La démocratie américaine en lambeaux

[23 avril 2013]

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« Il est inacceptable que le scénario libyen soit réédité en Syrie. »[1]

Vladimir Poutine

27/02/2012

La Syrie est au cœur d’une guerre d’influence héritée de la transition post-communiste du nouvel ordre international et médiatisée par des rapports de puissance. Cette guerre « tiède »[2], forme actualisée et désidéologisée de la Guerre froide, opposant l’axe arabo-occidental à l’axe eurasien prend, désormais, une tournure décisive.

Un point de non retour a été atteint, suite à l’islamisation croissante de l’opposition armée, plus ou moins prévisible et dénoncée par Moscou depuis le début du conflit. Pour V. Poutine, cette montée de l’Islam radical est allègrement alimentée par l’ingérence de puissances étrangères, n’hésitant pas à violer les règles westphaliennes de souveraineté nationale et voyant dans la crise syrienne un prétexte de revenir « dans le jeu ». La construction du point critique par la coalition arabo-occidentale, dans le but de déstabiliser le régime syrien, a été jusque là méticuleusement poursuivie – via la formation, l’armement et le soutien des « rebelles » depuis l’étranger, parfois dans le cadre de « camps » installés à proximité de la frontière syrienne. Moscou redoute, désormais, une extension du « printemps islamique » jusqu’à sa périphérie sud.

Dans cette optique, instrumentalisée par les parties en conflit, l’information a un rôle politique clé.

 

Rôle politique de l’information, via son formatage de l’opinion publique

L’appel à l’aide de Damas à la Russie pour une couverture plus « objective » de l’actualité syrienne semble, de ce point de vue, logique. Il s’agit, notamment, d’élargir le pluralisme des sources de l’information, unilatéralement orientée jusqu’à présent contre « celui qui massacre son peuple » – selon le slogan médiatique, repris en Occident. Car, comme tout Etat témoin du « scénario » irakien de 2003 (puis libyen de 2011), la Syrie sait parfaitement qu’une stratégie de désinformation patiemment construite peut justifier une intervention militaire au nom d’une vision de la démocratie à géométrie variable et, surtout, au profit d’objectifs de puissances globales ou régionales ambitieuses, donc prédatrices.

Le mardi 23 avril 2013, le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, en visite à Moscou, a ainsi déclaré devant les députés à la Douma (chambre basse du parlement russe) : « Vous n’ignorez pas que des dizaines d’agences d’information et de chaînes de télévision participent à une véritable guerre de l’information contre nous. Dans le même temps, les chaînes de télévision syriennes n’ont pratiquement pas accès aux satellites »[3]. Selon les dirigeants syriens, la désinformation médiatique internationale sur l’évolution de la crise s’insère, désormais, dans une stratégie plus globale de délégitimation puis de renversement du régime – au risque d’une régionalisation du conflit, tant redoutée par Moscou.

En fait, l’information quotidiennement diffusée sur la « révolution » syrienne est, à l’origine, « produite » par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH[4]), étrange ONG basée à Londres et dirigée par un farouche opposant au président Assad, proche des fameux « frères musulmans ». Cette curieuse situation, politiquement très orientée, nous amène à nous interroger sur la fiabilité de cette « information » structurellement anti-Assad et régulièrement reprise par les médias occidentaux, sans aucun contrôle. Depuis le début de cette crise, la Russie a fort justement contesté la légitimité de cette douteuse ONG, comme source quasi-exclusive de l’information sur la Syrie.

Au final, cette évolution a fini par conditionner l’opinion publique occidentale contre le méchant « dictateur syrien », pour reprendre l’expression relayée par nos médias. Et une conséquence programmée de cette stratégie informationnelle a été de justifier les divers soutiens extérieurs à l’opposition « rebelle », comme étape préalable à une ingérence politico-militaire de plus en plus forte donc, à terme, potentiellement décisive. Au nom du « droit au bonheur » des peuples souverains, justifiant une guerre de « libération ». ». Pourtant, comme le reconnaît le président de la commission d’enquête de l’Onu sur la Syrie, Paulo Pinheiro : « La majorité des rebelles est très loin de penser à la démocratie. Ils ont d’autres inspirations »[5]. Fin d’un rêve…

La manipulation de l’information permet, notamment, de répandre des rumeurs nuisant à l’image du président Assad, dont celle récurrente depuis plus de 2 ans et déjà couronnée de succès en Irak, de « l’utilisation d’armes chimiques » par le régime. Pour l’Amérique d’Obama, c’est « une ligne rouge » à ne pas franchir et pour l’opposition anti-Assad, une réelle « opportunité » politique. Cet avertissement d’Obama peut, en effet, inciter l’opposition syrienne à mettre en œuvre une stratégie manipulatoire, destinée à persuader l’opinion publique mondiale du franchissement effectif de cette ligne interdite, qui précipitera l’intervention américaine. Et, a priori, ce scénario est en train de se réaliser.

Par la voix du secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev,  qui reconnaît, à ce jour (le 6/05/2013), l’absence de preuves irréfutables sur l’éventuel emploi de gaz interdits, la Russie pose la bonne question : « Vu la situation actuelle des dirigeants syriens, ont-ils ou non intérêt à utiliser cette arme? Je pense qu’il s’agit d’une voie suicidaire, et les autorités de Damas n’ont aucun intérêt à l’emprunter »[6]. Un mois plus tard, le mardi 4 juin 2013, la Commission d’enquête sur les violations des droits de l’Homme en Syrie souligne la culpabilité partagée des deux parties au conflit dans l’emploi des armes chimiques[7].

Alors, qui manipule qui ? Retour, obligé, vers le passé…

 

La construction médiatique du « seuil critique » d’intervention

Dés septembre 2011, le site de Bernard-Henri Lévy affirmait, sans aucune preuve rappelle l’Agence France-Presse, que « des tueurs d’Assad [ont] lancé dans la région d’Al Rastan, non loin de la ville rebelle de Homs, des opérations aériennes avec utilisation de gaz toxiques »[8]. Le 12 mars 2012, la menace se précise, selon le rapport annuel présenté au Sénat américain par le directeur du renseignement national, James Clapper. Ainsi, il y est indiqué que « La Syrie développe avec succès un programme de recherche sur les armes chimiques, elle augmente ses stocks de gaz moutarde, de sarin et de gaz neuroplégique VX. Nous estimons que Damas possède également des bombes, des missiles et des obus d’artillerie pouvant servir de vecteurs d’armes chimiques ». Et Klapper de confirmer, à nouveau comme il y a un an, que « Les Etats-Unis et leurs alliés surveillent les stocks d’armes chimiques »[9] redoutant, sans doute, la perte de contrôle par Damas des armes chimiques, au profit des « terroristes ». Certains experts craignent également un possible emploi des armes chimiques, « en dernière extrémité » par Damas. Dans tous les cas, il semble évident que l’arme chimique sera le signal déclencheur privilégié d’éventuelles frappes américaines ciblées sur le territoire syrien. En Syrie, insiste un peu plus tard le Figaro, le 22 juillet 2012, « les armes chimiques sont sous surveillance »[10]. On redoute alors le pire. Soit, mais pour qui ?

En décembre 2012, le fameux OSDH accuse le régime syrien d’utiliser des armes chimiques à Homs et, en mars 2013, dans les environs d’Alep et de Damas[11]. Bien que très vague, l’information est rapidement diffusée, sans aucune vérification et la moindre suspicion. Plus surprenant, les israéliens  s’y mettent à leur tour, le 15 mars 2013. Le chef du renseignement militaire israélien, le commandant Aviv Kochavi, tire alors la sonnette d’alarme.  Avec d’étranges certitudes et une certaine « impatience », Kochavi assure que les troupes gouvernementales syriennes s’apprêtent à employer des armes chimiques contre les insurgés : « Assad n’a pas encore donné l’ordre approprié, mais il s’y prépare déjà »[12]. Le 23 avril 2013, le renseignement militaire israélien dénonce un « passage à l’acte » du régime syrien. Ainsi, selon un responsable de ce service, le général de brigade Itai Brun, cité par le quotidien Haaretz : « D’après ce que nous avons compris, le régime [syrien] a eu recours à des armes chimiques meurtrières dans un certain nombre d’incidents, il s’agit probablement du gaz sarin »[13]. On remarquera que le discours israélien  – à l’instar des autres discours accusateurs – s’appuie sur de pures hypothèses, mais sur aucune preuve concrète. Etonnant, tout de même, pour une structure de sécurité mondialement réputée…

Le 26 avril 2013, les Etats-Unis affirment (enfin !) avoir des preuves de l’usage d’armes chimiques en Syrie, selon le Washington Post se référant à une lettre de la Maison Blanche lue par le chef du Pentagone Chuck Hagel à Abu Dhabi (Emirats arabes unis). Ainsi, selon la missive,  « Les Etats-Unis ont la preuve que des armes chimiques, dont le gaz sarin, ont été utilisées en Syrie à une faible dose ». Par précaution, la missive rappelle que ces informations doivent être vérifiées avant d’en tirer les conséquences politiques (jg : on devine lesquelles), selon Hagel: « Nous ne sommes pas en mesure de confirmer l’origine de ces armes, mais nous supposons que tout recours aux armes chimiques en Syrie provient du régime d’Assad (jg : c’est une présomption de culpabilité). Nous devons disposer de l’ensemble des faits et des informations. Certaines incertitudes concernant le lieu, la nature des armes et les auteurs persistent »[14].Troublant aveu.

Le 10 mai 2013, après d’autres rumeurs, la Turquie entre enfin dans la ronde, par l’intermédiaire de son premier ministre Recep Tayyip Erdogan, avouant détenir (encore !) la preuve de l’utilisation de gaz de combat par Damas. Dans une interview à la chaîne de télévision américaine NBC, Erdogan, omettant (volontairement ?) de citer les détails concernant le lieu et la date d’emploi de ces armes, affirme : « Des blessés, victimes d’armes chimiques, figurent parmi les personnes placées dans nos hôpitaux. Il ne fait aucun doute que le régime [de Bachar el-Assad] utilise des missiles et des gaz de combat ». Surtout, il affirme – surprenante révélation ! – que « la ligne rouge » autorisant les Etats-Unis à intervenir pour renverser le président Assad « avait été franchie depuis longtemps »[15]. Tout devient clair.

Enfin, pour couronner le tout – et cela n’est pas surprenant, même plutôt « logique » – la Grande Bretagne, par l’intermédiaire de son chef de la diplomatie, William Hague, a alimenté le 20 mai cette diatribe anti-Assad : « On voit apparaître de plus en plus de témoignages convaincants sur le fait que le régime syrien a utilisé et continue d’utiliser des armes chimiques. Nous avons des échantillons physiologiques provenant de Syrie, confirmant l’utilisation de Sarin, même s’ils ne disent rien de l’ampleur de cet emploi ». Selon le diplomate, « notre supposition est que selon toute vraisemblance ces armes sont utilisées par le régime syrien » – « suppositions » régulièrement reprises par les diplomaties occidentales, dont américaine et française. Hague a, pour conclure, ajouté qu’il « n’existait aucune preuve du fait que l’opposition en utilise »[16]. Voilà qui est dit. Pourtant, à ce jour, il n’y a toujours pas de preuve concrète et irréfutable incriminant Assad mais seulement, des suppositions. Comme une réactivation du « syndrome » irakien, subordonné à un objectif politique latent – très inquiétant.

Face à la multiplication des accusations, O. al-Zohbi dénonce un « mensonge éhonté », destiné à faire pression sur le régime syrien. Pour lui, il s’agit aussi d’une question morale et humanitaire : « la Syrie n’utilisera jamais (d’armes chimiques), pas seulement parce qu’elle respecte la législation internationale et les règles d’une guerre, mais en raison de problèmes humanitaires et moraux »[17]. La position syrienne a, au moins, le mérite d’être claire et, en définitive, d’intégrer un engagement moral.

Redoutant une instrumentalisation politique, Moscou a averti que ces multiples rumeurs incontrôlables ne devaient pas servir « d’alibi » pour une intervention militaire en Syrie. Pour l’émissaire du président russe au Moyen-Orient, Mikhaïl Bogdanov, cette stratégie de désinformation doit cesser : « s’il y a des preuves sérieuses sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, il faut les montrer immédiatement et ne pas les dissimuler »[18]. Moscou redoute une tentative de répéter le « modèle libyen ». Cela explique – en association avec la Chine – son opposition systématique aux résolutions proposées à l’ONU par la coalition arabo-occidentale. Une raison majeure est que ces résolutions sont potentiellement manipulables, donc suspectées de préparer une intervention et, dans une première étape, de chercher à créer une zone d’exclusion aérienne – prétexte à un « couloir humanitaire ».

Comme une étrange impression de « déjà vu ».

 

La « bombe » politique de C. Ponte, (trop) vite neutralisée…

Dans ce contexte très tendu, le 6 mai 2013 a été un véritable choc. Les rumeurs redondantes sur l’emploi « prouvé » d’armes chimiques par le « sanguinaire » Assad sont alors en effet brutalement remises en cause, par Carla Del Ponte[19], membre de la commission d’enquête indépendante de l’Onu sur les violences en Syrie. Avec un certain courage et contre le consensus médiatique, C. Ponte a même retourné l’accusation contre les vertueux « rebelles » : « Il existe des suspicions fortes et concrètes, mais pas encore de preuve incontestable, de l’emploi de gaz sarin, sur la base de la manière dont les victimes ont été soignées ». Puis, la magistrate suisse précise que « Le gaz aurait été utilisé par les rebelles et non par les forces gouvernementales »[20]. Un discours, cohérent, précis et nuancé – très loin des certitudes de la pensée unique – et surtout, une information plus « équilibrée ». Enfin…

Très (trop ?) vite, les conclusions de C. Ponte ont été à leur tour démenties quelques heures plus tard par la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie. Cette Commission précise, en effet, que  son enquête « n’a pas atteint des résultats permettant de conclure que des armes chimiques ont été utilisées par les parties au conflit »[21]. Avec une certaine légitimité, on peut se demander pourquoi l’enquête n’a pas été poursuivie ?  Retour à la case départ.

En fait, on a l’impression d’un traitement à deux vitesses des rumeurs sur l’emploi des armes chimiques, selon qu’elles incriminent ou pas le régime syrien. Les nombreuses rumeurs anti-Assad sur cette question n’ont presque jamais été remises en cause, alors qu’elles étaient le plus souvent assises sur de simples « impressions », dans une optique évidente de manipulation – en vue d’accélérer le seuil critique d’intervention. Dans le même temps, la demande de Damas (très précise, donc facilement vérifiable) adressée à l’ONU d’enquêter sur l’éventuel emploi d’armes chimiques par l’opposition, le 19 mars 2013 dans la région d’Alep, a été longtemps occultée. Cela a conduit Moscou à dénoncer un « frein » à la poursuite d’une enquête politiquement gênante. Ainsi, selon Vitali Tchourkine, délégué permanent de la Russie auprès de l’Onu : « Nous exhortons [l'Onu] à renoncer à toute tentative de faire traîner sous différents prétextes la demande formulée par les autorités syriennes d’enquêter sur une utilisation éventuelle d’une arme chimique dans une banlieue d’Alep (nord de la Syrie) ». En outre, le diplomate russe a souligné que le secrétariat des Nations unies n’avait pas fait preuve « de suivi, ni de transparence » lors de l’examen de cette demande[22].

De manière étrange – curieuse coïncidence – les rumeurs chimiques anti-Assad ont repris de plus belle à l’approche de la future Conférence internationale sur la Syrie (prévue courant juillet) et à la veille de la réunion des chefs de diplomatie de l’UE sur l’avenir de l’embargo (28/05/2013). Ainsi, par l’intermédiaire de deux de ses journalistes, le Monde du 27 mai 2013 rapporte que les forces syriennes utilisent des « gaz toxiques » aux alentours de Damas et que ces derniers en auraient, eux-mêmes, constaté les effets[23]. Au final, on peut penser que cette « information » a été politiquement décisive, dans la mesure où d’une part, l’Europe a décidé de lever prochainement l’embargo sur les armes et que d’autre part, la conférence sur la Syrie, « Genève 2 », – porteuse d’une solution négociée, donc consensuelle – semble fragilisée, tant dans sa portée que dans sa légitimité : on ne négocie pas avec un « dictateur » qui « gaze » son peuple.

Pour cette raison, toute décision issue de cette conférence pourra être définie comme illégitime par l’opposition anti-Assad. Une véritable aubaine…

 

Une ligne rouge « incontestablement » franchie ?

Comme si, en dernière instance, au nom d’une présomption de culpabilité relayée par une opinion publique conditionnée et parce que de puissants intérêts sont en jeu, l’information (politiquement correcte) devait être consciemment orientée contre le « dictateur » Assad – créant, par ce biais, une redoutable asymétrie. L’objectif implicite est  d’accélérer son élimination et d’éviter ainsi une solution négociée, gênante pour les éléments les plus « radicaux » de l’opposition, dont la seule chance d’accéder au pouvoir passe par une victoire militaire, c’est à dire par l’écrasement dans le sang du régime syrien – quel qu’en soit le coût. Cette hypothèse est reprise par le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov : « On a l’impression que la Coalition nationale, et notamment ses sponsors régionaux, mettent tout en œuvre pour empêcher le lancement d’un processus politique et provoquer une intervention militaire en Syrie »[24].

Au regard de leur statut et à l’instar du Kosovo, les conclusions de C. Ponte sur la Syrie dépassent le stade de la simple rumeur et mériteraient d’être approfondies – d’autant plus qu’elles apportent une dose pluraliste à l’information. Le 2 juin 2013, la saisie d’un « lot de gaz toxique sarin » par l’armée syrienne lors d’une opération contre les « rebelles » dans la ville de Hama est venue renforcée les conclusions de l’experte de l’ONU[25]. Alors, pourquoi chercher, à tout prix, à les étouffer ?

Le mercredi 5 juin, le chef de la diplomatie française, L. Fabius, porte le « coup de grâce ». Sur la base d’échantillons analysés en laboratoire, il accuse le régime syrien d’avoir utilisé à plusieurs reprises du « gaz sarin » : « Nous n’avons aucun doute sur le fait que les gaz ont été utilisés (…). La conclusion du laboratoire est claire: il y a du gaz sarin ». Selon le responsable français, il s’agit d’une « ligne qui est franchie incontestablement ». Et la sentence, au regard des affirmations précédentes, était prévisible : « Nous discutons avec nos partenaires de ce qu’il va falloir faire et toutes les options sont sur la table »[26]. Dont, probablement, l’option militaire…

Le « syndrome » irakien, au cœur d’une terrible guerre de l’information – levier d’un nouveau « soft power ».

Jean Geronimo

 

Grenoble, le 5 juin 2013

 

Jean Geronimo : Docteur, spécialiste de la Russie



[1] http://fr.rian.ru/world/20120227/193510504.html : « Printemps arabe : éviter une répétition du scénario libyen », Moscou, 27/02/2012 – RIA Novosti.

[2] Ce concept est développé dans le post-scriptum  « Les Révolutions arabes, et après ? – A la recherche d’un Printemps russe » de la seconde édition enrichie de mon livre « La pensée stratégique russe », 2012, Sigest.

[3] http://fr.rian.ru/world/20130423/198152213.html: « Guerre de l’information : Damas compte sur l’aide de Moscou », Moscou, 23/05/2013 – RIA Novosti.

[4] OSDH : Organisation basée à Londres et représentée par un seul homme (Rami Abdelrahman), opposant politique  au régime syrien. Il opère dans un studio londonien sous haute protection des services de sécurité britanniques. Ses informations, nourries par de mystérieux coups de fils, sont reprises sans aucun contrôle par AFP, CNN, CBS, BBC… De manière systématique, il incrimine le régime syrien et glorifie l’Armée Libre Syrienne (ALS).

[5] http://fr.rian.ru/world/20130530/198426810.html : « Syrie: la majorité des rebelles ne veulent pas une démocratie », P. Pinheiro, Moscou, 30/05/2013 – RIA Novosti.

[6] http://fr.rian.ru/world/20130506/198236249.html : « Armes chimiques en Syrie : aucune preuve incontestable »,  Moscou, 6/05/2013 – RIA Novosti.

[7] http://fr.rian.ru/world/20130604/198467453.html : « Syrie: les deux parties ont utilisé des armes chimiques », Moscou, 4/06/2013 – RIA Novosti.

[8] Rapporté par : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/AMADO/48102 : « Syrie, champ de bataille médiatique », A. Amado et M. de Miramon, sept. 2012 – Le Monde Diplomatique.

[9] http://fr.rian.ru/world/20130312/197776088.html : « La Syrie possède des armes chimiques et biologiques, selon les USA », Washington, 12/03/2012 – RIA Novosti.

[10] http://www.lefigaro.fr/international/2012/07/20/01003-20120720ARTFIG00518-syrie-les-armes-chimiques-sous-surveillance.php?print=true : « Les armes chimiques sont sous surveillance », G. Malbrunot, 20/07/2012 – LeFigaro.fr.

[11] http://www.mondialisation.ca/gaz-sarin-en-mains-rebelles/5334115 : « Gaz sarin en mains « rebelles », S. Cattori, 6/05/2013 – Mondialisation.ca.

[12] http://fr.rian.ru/world/20130315/197804511.html : « Syrie : l’opposition contrôle les deux tiers du pays », A. Kochavi, 15/03/2013 – RIA Novosti.

[13] http://fr.rian.ru/world/20130423/198151299.html : « Syrie : Damas aurait utilisé des armes chimiques »,  I. Brun, 23/04/2012 – RIA Novosti.

[14] http://fr.rian.ru/world/20130426/198175316.html : « Syrie – armes chimiques : les USA affirment disposer de preuves », 26/04/2013 – RIA Novosti.

[15] http://fr.rian.ru/world/20130510/198264823.html : « Erdogan affirme avoir des preuves de l’usage d’armes chimiques par Damas », Ankara, 10/05/2013 – RIA Novosti.

[16] http://fr.rian.ru/world/20130520/198347400.html : « Syrie : Londres dit avoir des preuves de l’usage d’armes chimiques par Assad », Londres, 20/05/2013 – RIA Novosti.

[17] http://www.liberation.fr/monde/2013/04/27/armes-chimiques-en-syrie-damas-accuse-londres-et-washington-de-mentir_899519 : « Syrie : le régime rejette les accusations sur l’utilisation d’armes chimiques », dépêche AFP, 27/04/2013 – Libération.fr.

[18] http://www.liberation.fr/monde/2013/04/29/armes-chimiques-en-syrie-obama-dit-son-inquietude-a-poutine_899918 : « Armes chimiques en Syrie : Obama dit son « inquiétude» à Poutine », dépêche AFP, 29/04/2013 – Libération.fr.

[19] C. Ponte est l’ancienne Procureuse générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). En 2008, dans ses mémoires, elle a dénoncé le trafic d’organes dont auraient été (principalement) victimes des prisonniers serbes de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). En 2010, et en dépit de pressions visant à étouffer « l’affaire », cette hypothèse de Ponte a été confirmée par le rapport Marty, impliquant dans ce « trafic » des dirigeants du Kosovo, dont l’actuel premier ministre, Hashim Thaçi.

Sources : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-01-04-Kosovo : « Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant », J.A. Dérens, 4/01/2011 – Le Monde diplomatique.

[20] http://fr.rian.ru/world/20130506/198233177.html : « Armes chimiques en Syrie : les rebelles dans le collimateur de l’Onu », Genève, 6/05/2013 – RIA Novosti.

[21] http://fr.rian.ru/world/20130506/198237683.html : « Armes chimiques en Syrie : l’ONU ne dispose pas de preuves formelles », Moscou, 6/05/2013 – RIA Novosti.

[22] http://fr.rian.ru/world/20130425/198165598.html : « Syrie/armes chimiques : Moscou prie l’Onu de ne pas tergiverser », New York, 25/04/2013 – RIA Novosti.

[23] http://www.rfi.fr/print/965255?print=now : « Deux journalistes du « Monde » témoignent de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie », 27/05/2013 – RFI.

[24] http://fr.rian.ru/world/20130530/198428356.html : « La coalition de l’opposition veut provoquer une ingérence étrangère », S. Lavrov, Moscou, 30/05/2013 – RIA Novosti.

[25] http://fr.rian.ru/world/20130602/198452666.html : « Syrie : l’armée saisit un lot de gaz sarin dans la ville de Hama », Moscou, 2/06/2013 – RIA Novosti.

[26] http://fr.rian.ru/world/20130605/198474455.html : « Syrie: Paris accuse Damas d’avoir employé des armes chimiques », Moscou, 5/06/2013 – RIA Novosti.

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Syrie : Les prémices d’une facture à la libanaise !

juin 11th, 2013 by Johnny Mounayar

Les développements militaires dans la partie nord de la Syrie, et en particulier dans les provinces de Homs et d’Alep, suscitent une attention exceptionnelle en raison de  leur impact sur l’issue du conflit qui dure depuis deux ans et quatre mois ; mais d’autres indicateurs, non moins sérieux, sont à considérer dans sa partie sud et notamment dans le Golan.

Les massacres, les destructions et les horreurs de la guerre ne dissimulent plus « la prudente infiltration d’Israël » en Syrie pour créer une nouvelle réalité, les circonstances constituant une occasion en or pour y parvenir.

Ainsi, pendant que le bruit assourdissant des armes et des canons montait d’Al-Qusayr, les habitants des colonies nord-israéliennes s’occupaient de réhabiliter les abris et de réactualiser les plans d’urgence adaptés aux situations de guerre.

Certes, cette démarche pourrait se justifier par les échauffourées sur les lignes de front. Il n’en demeure pas moins qu’elle témoigne de motivations encore plus insidieuses, la Syrie n’étant pas en situation de lancer une guerre qui menacerait Israël !

Dès lors, la question qui se pose est : « Pourquoi le commandement militaire israélien a entrepris toutes sortes d’entrainements de ses troupes déployées sur le plateau du Golan ? ».

Question d’autant plus pertinente qu’il est clairement établi que, suite à l’escalade du discours annonçant l’imminence de la « bataille de Damas », le commandement militaire syrien a été contraint d’apporter des modifications substantielles à ses propres troupes déployées dans cette même région en les rappelant vers la périphérie de la capitale ; et que la relation entre Israël et les différents groupes de la prétendue opposition syrienne sont au beau fixe, au point de tisser des relations de coopération avec eux et d’ouvrir ses frontières à leurs blessés !

Il est clair que ces « actions humanitaires» d’Israël cachent des objectifs politiques tendant à répéter certaines des étapes de son « expérience libanaise », et qu’il il ne faudrait pas sous-estimer les attaques des rebelles dirigées contre les forces de l’UNDOF [1] [Force des Nations Unies chargée d’Observer le Désengagement, ou FNUOD [2]] comptant environ 1200 membres et stationnées sur le plateau du Golan.

Ainsi, le jour où des soldats philippins ont été visés, les Philippines ont menacé de retirer leur troupe, avant que l’Autriche n’annonce le retrait de ses soldats de façon plus explicite [3]. Ce qui signifie que « le scénario » se dirige vers le retrait des forces de l’UNDOF, prélude à la nouvelle réalité recherchée par Israël !

Évidence étayée par les déclarations du commandant militaire de la région nord d’Israël, Yair Golan, qui a clairement souligné que son pays envisageait de créer une « zone tampon » en Syrie [4]. Plus précisément et en d’autres termes, Israël cherche à « découper » une vaste zone à l’intérieur du territoire syrien qui lui garantirait la sécurité et « la profondeur stratégique » tant réclamées, les hauteurs du Golan et les sources en eau tant convoitées, en se rapprochant de plus en plus de Damas désormais militairement à sa merci !

Partant de là, on comprend mieux la mission qui sera confiée à la coalition participant aux manœuvres militaires qui se se déroulent actuellement en Jordanie sous direction américaine [5], et qui compte sept à huit mille éléments d’une nouvelle armée du type «  Sud-Liban », mais cette fois-ci conçue pour la Syrie ! On comprend mieux la mission des deux mille éléments américains présents en Jordanie !

En effet, une intervention « directe » de l’armée israélienne en territoire syrien est trop risquée et susciterait une tempête de protestations dans la plupart des pays arabes, même les plus hostiles au gouvernement syrien ; alors qu’une intervention « couverte » par une armée « amicale », sous supervision américaine, resterait acceptable et sans objections étrangères.

C’est dans ce contexte qu’il convient de situer le niveau élevé de coordination, d’harmonie et même de complémentarité, constaté récemment entre Washington et Tel-Aviv.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer le survol du plateau du Golan par le secrétaire à la Défense des USA escorté dans un hélicoptère militaire par son homologue israélien, lors de sa récente visite en Israël [6]. Ce jour là, les raisons d’un tel survol auquel ont participé des experts militaires des deux nationalités n’étaient pas évidentes. Ce qui se passe aujourd’hui au Golan lève le mystère !

C’est aussi dans ce même contexte qu’il faut situer l’offre de Moscou de remplacer le contingent autrichien qui va se retirer du Golan [7] ; les dirigeants russes tentant de couper la route à « l’expansion militaire israélo-américaine » dans le Sud de la Syrie. Il est logique de prévoir le refus de cette offre par Israël et les USA !

Mais l’obstacle le plus important à cette expansion est venu du « Hezbollah » et des dirigeants syriens déclarant qu’ils allaient faire le nécessaire pour créer une « Résistance version syrienne » dans le Golan ! Des sources diplomatiques américaines ont ainsi rapporté que le Hezbollah avait d’ores et déjà créé des centres de formation à la guérilla près de Damas dont la destination serait le Golan ! Selon l’hebdomadaire américain « WND politics » des palestiniens et des forces spéciales syriennes participeraient aux entrainements.

C’est ainsi que le Hezbollah, ce qu’il représente et ceux qui le représentent, amènent à penser que l’expérience vécue au Sud Liban pourrait se répéter et que l’incidence iranienne sur Israël, depuis le Liban jusqu’au plateau du Golan, pourrait se renforcer.

Une guerre violente continue en Syrie, une guerre destructrice et terriblement meurtrière pendant que se tissent des projets gigantesques mettant en jeu les intérêts contradictoires de puissances régionales et internationales. Dans ces conditions, aucune marge d’erreur ne lui est autorisée pour garantir son salut !

Johnny Mounayar

10/06/2013

Article original : Al-Joumhouria [Liban]

http://www.aljoumhouria.com/news/index/76619

 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

 

[1] FNUOD

https://fr.wikipedia.org/wiki/Force_des_Nations_unies_charg%C3%A9e_d%E2%80%99observer_le_d%C3%A9gagement

[2] UNDOF – United Nations Disengagement Observer Force

 

http://www.un.org/en/peacekeeping/missions/undof/

[3] Syrie: combats sur le plateau du Golan

 

http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/06/06/syrie-combats-sur-le-plateau-du-golan_n_3394933.html

[4] Israël envisage une zone tampon en Syrie

 

http://www.dreuz.info/2013/03/israel-envisage-une-zone-tampon-en-syrie/

[5] Début d’importants exercices militaires en Jordanie

http://www.lorientlejour.com/article/818336/debut-dimportants-exercices-militaires-en-jordanie.html

[6] En visite en Israël, Hagel annonce un accord militaire de 10 milliards $

http://www.45enord.ca/2013/04/en-visite-en-israel-hagel-annonce-un-accord-militaire-de-10-milliards/

[7] L’offre russe de déployer des Casques bleus sur le Golan pas recevable

http://www.lorientlejour.com/article/818126/loffre-russe-de-deployer-des-casques-bleus-sur-le-golan-pas-recevable.html

 

Dans la même veine :

 

Syrie : Manœuvres militaires en Jordanie…simple message ou signes avant-coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays ; par le Général Amin Hoteit.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31016

 

M. Johnny Mounayar est un journalist

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Kaboul, transition dans les sables mouvants

juin 11th, 2013 by Manlio Dinucci

D’Afghanistan est revenue la 53ème « victime » italienne[1], terme utilisé pour définir les militaires Otan tués dans les opérations guerrières, mais pas les milliers de victimes civiles que la guerre continue à provoquer. Et pendant qu’on monte en spectacle la douleur des familles et que les plus hautes autorités de l’Etat expriment l’habituelle « profonde tristesse», le ministre de la défense[2] Mauro[3] proclame : « La liberté, la paix et la démocratie, auxquelles nous contribuons dans divers théâtres d’opération dans le monde, ont malheureusement un prix et cette fois ce sont nos soldats qui le paient ». C’est pour des objectifs bien différents que sont en Afghanistan plus de 3 000 soldats italiens (quatrième plus grand contingent après ceux des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne). Ils sont là, dans le sillage de la stratégie étasunienne, pour occuper un territoire qui –situé au carrefour entre Asie centrale et méridionale, occidentale et orientale- est de première importance géostratégique par rapport à la Russie, à la Chine, à l’Iran et au Pakistan, et aux réserves énergétiques de la Caspienne et du Golfe. Ils sont là sous commandement étasunien depuis que l’Otan a pris en 2003 par un coup de force (sans l’autorisation à l’époque du conseil de sécurité) le « leadership de l’Isaf, force avec mandat de l’Onu ».

Après avoir dépensé dans la guerre environ 1 200 milliards de dollars selon le Pentagone (en réalité beaucoup plus si on compte d’autres dépenses, parmi lesquelles celles pour les plus de 18mille militaires étasuniens blessés), les Etats-Unis ont décidé de réduire, à partir de 2014, le nombre de leurs troupes en Afghanistan de 68mille à environ 10mille. Des réductions proportionnelles ont été annoncées pour les autres contingents, y compris celui de l’Italie. Selon ce que prévoit le plan, un rôle croissant sur le terrain devra être tenu par les forces gouvernementales afghanes entraînées, armées et de fait commandées par les forces USA/Otan, qui conserveront leurs principales bases en Afghanistan. La « transition » consistera non pas en la fin de la guerre, mais en sa transformation en guerre « couverte », menée par des forces spéciales et des drones. Les USA ont engagé leurs alliés à contribuer à la formation des « forces de sécurité afghanes », qui a déjà coûté plus de 60 milliards de dollars.  Les choses cependant ne vont pas aussi bien : certains soldats afghans, une fois entraînés, retournent les armes contre leurs instructeurs.

Pour la « transition » l’Otan doit ainsi compter encore plus sur le gouvernement afghan, c’est-à-dire sur le groupe de pouvoir qu’elle a installé à Kaboul. C’est dans cet objectif que sera augmenté le « fonds pour la reconstruction », qui a déjà coûté plus de 20 milliards. Dans ce cadre s’insère l’accord de partenariat signé par Monti et Karzai, qui prévoit des crédits facilités et d’autres investissements italiens en Afghanistan pour des centaines de millions d’euros. Ce fleuve d’argent finira en grande partie dans les poches de Hamid Karzai et de ses proches, dont un grand nombre a la citoyenneté étasunienne. Ils continueront ainsi à s’enrichir avec les milliards de l’Otan (qui sortent aussi de nos poches), les affaires en sous-main avec des compagnies étrangères, et le trafic de drogue. Ce n’est pas un hasard si l’an dernier l’Afghanistan a amplifié de 18% ses propres plantations d’opium, dont le trafic est géré non seulement par les talibans mais en premier lieu par les cercles gouvernementaux.

Une enquête du New York Times confirme que, pendant plus d’une décennie, sont arrivées dans le bureau du président Karzai, par l’intermédiaire de la Cia, « des valises d’argent liquide » pour un montant de dizaines de millions de dollars. Aucun scandale : Karzai lui-même a déclaré avoir été assuré par la Cia qu’il continuera à recevoir de l’ « argent comptant », dont une partie –précise le New York Times- servira à « payer l’élite politique, dominée par les seigneurs de la guerre ».

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 11 juin 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130611/manip2pg/14/manip2pz/341574/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 


[1] « Le capitaine Giuseppe La Rosa, 31 ans, appartenant au troisième régiment de bersagliers de la Brigade Aosta, est mort le 8 juin en Afghanistan. Le véhicule Lynx sur lequel il se déplaçait a été atteint par une grenade qui a fait trois autres blessés italiens. L’attaque a eu lieu le 8 juin à 10h30 dans la province de Farah. Sur le site de l’Emirat islamique d’Afghanistan les étudiants coraniques affirment que c’est un garçon de 11 ans qui a lancé l’engin explosif à l’intérieur du Lynx, en montrant par « un acte courageux et héroïque » « la haine absolue des Afghans contre les envahisseurs infidèles qui occupent notre pays depuis une décennie ». Le porte-parole du gouverneur de la région de Farah, Abdul Rahman Zhwandaj, joint par téléphone, dément : « Ce n’était pas un enfant mais des hommes en moto ». L’état-major de la défense (voir note 2, NdT) explique que le Lynx faisait partie d’un convoi de trois véhicules qui « rentrait à la base de Farah après avoir accompli une activité de soutien aux unités de l’armée afghane ». NdT.

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130609/manip2pg/05/manip2pz/341504/

[2] « [...]  appelé de la guerre en des temps plus sincères », José Saramago, Les intermittences de la mort, Seuil, Paris, p. 67. NdT.

 

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Jacques de Groote, ex-directeur exécutif du FMI (1973-1994) et de la Banque mondiale (1975-1991) représentant la Belgique, est dans le collimateur de la justice suisse. D’après le quotidien genevois Le Temps, il est poursuivi par la justice suisse pour « blanchiment d’argent aggravé », « escroquerie », « faux dans les titres » |1|. Six citoyens tchèques (dont un est décédé en mars 2013) sont également poursuivis pour les mêmes motifs.

L’affaire porte sur la privatisation frauduleuse de MUS (Mostecká uhelná spolecnost), une des principales mines de charbon de République tchèque à la fin des années 1990. « Les sept accusés auraient profité de la privatisation de cette mine du nord du pays – dont la houille servait alors à produire 40% de l’électricité tchèque – pour s’enrichir illégalement grâce à une architecture complexe de sociétés-écrans internationales. » |2|

En lien direct avec cette affaire, depuis 2008, la justice suisse a fait bloquer 660 millions de francs suisses (540 millions € ou 705 millions US$) sur des centaines de comptes bancaires différents. Le procès qui a commencé le 13 mai 2013 à Bellinzona dans le Tessin suisse fait suite à six ans d’enquête menée par trois procureurs fédéraux, qui ont identifié une soixantaine de sociétés-écrans, dont certaines sont basées à Fribourg, au Liechtenstein et à Chypre.

Jacques de Groote affirme : « Je n’ai aucune raison de plaider coupable, ni hier ni aujourd’hui » |3|. Sans préjuger de la sentence qui sera rendue par la justice suisse au cours de l’été 2013, il est intéressant de se pencher sur la trajectoire de Jacques de Groote, aujourd’hui âgé de 86 ans, car il constitue une figure emblématique du FMI et de la Banque mondiale. Il y a un lien entre son rôle dans ces institutions et l’affaire dont s’est saisie la justice suisse.

En effet, comme directeur exécutif du FMI et de la Banque mondiale, Jacques de Groote a présidé au nom de la Belgique un groupe de pays qui pesait environ 5% dans les votes au Conseil d’administration de ces deux institutions, soit à l’époque davantage que la France, la Grande Bretagne, la Chine ou l’Inde. A la fin de son mandat, le groupe qu’il présidait était composé de la Belgique, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, l’Autriche, le Luxemburg, la Turquie, le Belarus, la Hongrie et le Kazakhstan.

La Banque mondiale et le FMI ont conduit un processus de privatisation en République tchèque comme dans la plupart des autres pays de l’ex-bloc soviétique à l’époque où Jacques de Groote était directeur exécutif. Quelques années après la fin de son mandat, en 1998-1999, il est devenu président d’Appian Group, société suisse établie à Fribourg, spécialisée dans des investissements dans les entreprises privatisées d’Europe centrale et de l’Est, en particulier en République tchèque |4|.

En 2004, selon le Financial Times, « Appian Group est venu de nulle part et est devenu un des principaux et un des plus puissants groupes financiers sur la scène du business en République tchèque » |5|. Il occupait environ 15 000 employés et possédait outre la mine MUS (acquise en 1998), le groupe Skoda engineering (lui aussi privatisé) et d’autres sociétés. Il avait les faveurs du gouvernement tchèque, ce que dénonçaient des sociétés concurrentes ainsi que la banque JP Morgan.

Concernant la privatisation de la mine MUS, le Financial Times faisait l’hypothèse que le management de la mine et Appian (présidé par Jacques de Groote) avait utilisé les liquidités dont disposaient MUS pour payer l’emprunt ayant servi à son achat |6|. De plus, des sommes importantes auraient été transférées à l’étranger. On s’apercevra plus tard que MUS a de fait été vidée de sa substance. Les 660 millions de francs suisses saisis par la justice suisse sont probablement constitués, pour une bonne part, de cet argent. Selon Le Temps : « A la fin des années 1990, six Tchèques et un Belge se seraient illégitimement enrichis grâce à cette privatisation en utilisant une ingénierie financière complexe. Le Ministère public de la Confédération (MPC) s’est intéressé à cette affaire dès lors que l’argent servant à l’opération aurait passé par la Suisse. » Ajoutons également que l’actuelle société MUS s’est constituée partie civile dans le procès qui a démarré en Suisse en mai 2013. La police tchèque accuse également les 6 citoyens tchèques et Jacques de Groote dans l’affaire MUS |7|.

Qui est à l’origine de la procédure entamée par la justice suisse ?

Alain Aboudaram, le directeur d’une société suisse s’estimant floué par Jacques de Groote, est à l’origine de la dénonciation de celui-ci et des autres accusés. C’est lui qui, en 2004, a fourni à la justice suisse toute une série d’informations précises concernant une vaste opération de blanchiment d’argent. Ce qui est tout à fait intéressant dans cette affaire, c’est ce que révèlent plusieurs sentences émises par la justice des Etats-Unis dans un litige qui a opposé Alain Aboudaram et Jacques de Groote |8|. On y apprend notamment que Jacques de Groote a été rétribué par la société d’Alain Aboudaram pour l’aide apportée dans la réduction des charges fiscales que devait supporter la société Skodaexport. Cette société, dans laquelle Alain Aboudaram avait directement des intérêts, a obtenu de la Banque mondiale, grâce à l’aide de Jacques de Groote, un contrat pour la construction d’un pipeline en Inde |9|.

La sentence de la justice des États-Unis indique très clairement que Jacques de Groote a reçu de la société d’Alain Aboudaram une importante rémunération en contrepartie, ce que Jacques de Groote a d’ailleurs reconnu. Selon une dépêche de l’agence Belga datée du 13 mai 2013 : « Les montants versés à M. de Groote sont importants. M. de Groote a fait valoir au procès avoir droit à presque 3 millions de dollars pour ses services. Il aurait reçu au moins un million de dollars. » |10| La justice des États-Unis a finalement débouté Alain Aboudaram face à Jacques de Groote qui a donc échappé à une condamnation.

Vous pensez à du trafic d’influence ? Cela se défend. Néanmoins, la justice des États-Unis a considéré que les actes posés par de Groote n’étaient pas répréhensibles. La Banque mondiale n’a rien trouvé à redire non plus. Le discours sur la bonne gouvernance concerne les dirigeants des pays du Sud, pas les (anciens) dirigeants de la BM et du FMI.

Les accusations de conflit d’intérêt dans le passé « africain » de Jacques de Groote

En décembre 1990, le Wall Street Journal publie les résultats d’une longue enquête de sa rédaction à propos de Jacques de Groote alors directeur exécutif au FMI et à la Banque mondiale |11|. Le journal considère que de Groote a usé systématiquement de son influence au sein du FMI et de la BM pour servir les intérêts du dictateur Mobutu. La rédaction considère qu’il y a conflit d’intérêt : de Groote aurait tiré des avantages financiers de sa fonction. Le quotidien financier affirme également que de Groote a obtenu un bénéfice de son action au sein de la BM et du FMI en ce qui concerne le Rwanda. La direction de la Banque mondiale et du FMI n’ont là aussi rien trouvé à redire. Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. Le Soir, le quotidien belge francophone de référence, lui a consacré plusieurs articles |12| et Jacques de Groote s’en est finalement très bien sorti. Le Soir a été assez complaisant, sans parler du quotidien La Libre Belgique qui appartenait à sa famille politique (le Parti Catholique, devenu Parti Social Chrétien).

Il faut dire qu’il dispose de nombreux appuis dans l’establishment, en Belgique et ailleurs. Cela lui a permis à chaque fois de passer entre les mailles du filet de la justice.
Jacques de Groote collectionne les décorations officielles : il est Grand Officier de l’Ordre de Léopold I (Belgique), Grand Officier de l’Ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas), Commandeur de l’Ordre du Mérite d’Autriche, Commandeur de l’Ordre du Luxembourg, Etoile Rouge de Hongrie populaire avec Palme d’or et, last but not least, Officier de l’Ordre du Zaïre, octroyé par le dictateur Mobutu |13|. De 1980 à 1989, il a été membre du jury de la Fondation Roi Baudouin qui « lutte contre la pauvreté et le sous-développement ». De 1963 à 1992, de Groote a été professeur au département d’économie de l’Université de Namur (Belgique). De 1963 à 1973, il a été professeur extraordinaire à l’Université Catholique de Louvain. De 1957 à 1960 et de 1963 à 1965, il a été maître de conférences à l’Université Catholique de Lille (France).

Que lui reprochait le Wall Street Journal (WSJ) ?

Le journal soulignait que de Groote menait un train de vie très élevé et qu’il accumulait les dettes (1 million de dollars en 1990 selon le journal), ce qui l’a amené à emprunter des sommes auprès d’industriels belges au Congo et au Rwanda où la Banque mondiale et le FMI étaient très actifs. Questionné par le WSJ, de Groote niait tout conflit d’intérêt et affirmait n’avoir jamais utilisé sa fonction pour obtenir un bénéfice personnel. Le WSJ affirmait que le régime corrompu du général Mobutu ainsi que d’autres régimes dictatoriaux bénéficiaient des largesses de la BM et du FMI. Il relevait que le Zaïre de Mobutu avait une dette de 1,6 milliard de dollars à l’égard du FMI et de la BM alors que le président Mobutu était devenu un des hommes les plus riches de la planète |14|. Ensuite, le WSJ expliquait que de Groote avait été, à partir de 1967, un conseiller officiel et officieux du régime de Mobutu. Le WSJ affirmait que lorsque les relations se sont tendues entre le FMI, la Banque mondiale et Mobutu en 1982, de Groote est intervenu pour informer les autorités de Kinshasa de ce qu’attendait d’elles la mission du FMI qui se préparait à visiter le pays. L’enjeu : le déboursement par le FMI d’un prêt de 246 millions de dollars. Le WSJ mentionnait l’existence de rumeurs sur le fait que de Groote aurait reçu d’officiels du régime de l’argent remis par Mobutu. Là aussi, de Groote a nié. Le WSJ poursuivait en affirmant que de Groote avait reçu un prêt du baron Jean-Louis van den Brande qui avait des intérêts directs dans la Géomines, une entreprise minière belge active au Rwanda et qui avait tiré un bénéfice de la politique recommandée par la Banque mondiale et le FMI en matière de dévaluation du franc rwandais (ce qui avait favorisé les ventes de la mine sur les marchés extérieurs). Selon le WSJ, le prêt qui s’élevait au départ à 50 000 dollars (de 1990) atteignait maintenant 150 000 dollars car de Groote n’avait pas tenu sa promesse de remboursement. Le directeur de la banque aurait déclaré au WSJ qu’il craignait de déposer plainte contre de Groote vu les appuis dont celui-ci disposait. Le même baron aurait également donné un coup de main à de Groote pour une affaire immobilière aux États-Unis.

Quelques jours après la parution de l’article du WSJ, Le Soir a interrogé de Groote sur cette affaire :
« - D’après le WSJ, une société belge dirigée par un de vos amis, M. Van den Branden – par lequel vous avez obtenu un prêt -, aurait bénéficié de cette dévaluation ?
Tout ajustement du taux de change a des effets sur les entreprises. Et ce n’est pas ma faute si j’ai un ami qui avait une mine au Rwanda. Et si j’ai sollicité un prêt par son intermédiaire, c’est parce que je voulais éviter de le demander à des banques avec lesquelles j’avais des liens familiaux. » |15|

« Ce n’est pas ma faute si… ». La réponse se passe de commentaire.

Revenons à l’article du Wall Street Journal, qui soulignait que de Groote en tant que directeur exécutif de la BM et du FMI pour la Belgique n’avait pas de responsabilité pour le Zaïre et le Rwanda car ces pays ne faisaient pas partie du groupe présidé par le Royaume de Belgique. Cependant, selon le WSJ, de Groote usait de son influence et prodiguait ses conseils aux gouvernants de ces deux pays, le maréchal Mobutu et le général Habyarimana. Selon le WSJ, de Groote aurait rendu visite à Mobutu dans sa villa du sud de la France en août 1986 et serait allé le voir en mars 1987 afin d’améliorer les relations entre le FMI et le dictateur.

Bien sûr, dans la presse belge, de Groote a nié tout conflit d’intérêt et a déclaré qu’il n’avait reçu aucune rémunération de Mobutu.

Quelques réflexions sur son action au Congo et au Rwanda

L’enquête du Wall Street Journal a soulevé des questions intéressantes mais il est important d’aller plus en profondeur dans l’analyse. Il faut aller au-delà de la question du conflit d’intérêts. Les péripéties de la vie de Jacques de Groote ne sont pas anodines, mais pourquoi à aucun moment le FMI et la BM n’ont-elles pris leur distance par rapport à ses agissements ? Ne serait-ce pas parce que celui-ci a agi de manière conforme aux orientations de ces deux institutions ? Le CADTM a interrogé à deux reprises le représentant actuel de la Belgique à la Banque mondiale, Gino Alzetta, à propos du comportement de J. de Groote. La première fois, c’était en 2006 quand le CADTM a pris connaissance des raisons pour lesquelles de Groote faisait l’objet d’une plainte aux Etats-Unis de la part d’Alain Aboudaram. La deuxième, c’était en mai 2013 en réaction au procès qu’intente la justice suisse contre de Groote et 6 citoyens tchèques. Dans les deux cas, Gino Alzetta a affirmé qu’il ne voyait rien de répréhensible dans le comportement de J. de Groote. De même, la Belgique n’a jamais pris ses distances par rapport à de Groote. N’est-ce pas parce que celui-ci a fondamentalement défendu certains intérêts de la Belgique sur la scène internationale ?

Passons en revue la biographie de J. de Groote et mettons-la en relation avec les évènements qui ont secoué la vie politique et sociale au Congo et au Rwanda.

D’après la biographie non officielle mais favorable à de Groote présente sur le net |16|, celui-ci a participé dans les premiers mois de 1960 à la table ronde belgo-congolaise préparant l’indépendance du Congo belge qui intervint le 30 juin 1960. Mobutu participe lui aussi à l’ouverture de la conférence de la Table ronde à Bruxelles. Entre avril 1960 et mai 1963, de Groote est l’assistant du directeur exécutif de la Belgique au FMI et à la Banque mondiale à Washington. Entre mai 1963 et juillet 1965, il occupe une fonction de relations internationales à la Banque nationale de Belgique. Entre juin 1960 et 1965, la vie politique au Congo est très mouvementée. Le 30 juin 1960, devant le Roi Baudouin et le gouvernement belge, Patrice Lumumba, premier ministre du Congo indépendant, fait un discours à Léopoldville (devenue Kinshasa depuis) qui rend furieux tout l’establishment de la Belgique coloniale |17|. Quelques mois plus tard, Mobutu, devenu chef d’État major, fait emprisonner Patrice Lumumba qui sera assassiné au Katanga en janvier 1961. Mobutu agit en conformité avec les intérêts de la Belgique et des États-Unis. Le 24 novembre 1965, Mobutu prend définitivement le pouvoir par un coup militaire en destituant le président Kasavubu. De mars 1966 à mai 1969, de Groote est conseiller économique du gouvernement de facto de Mobutu, il est également conseiller à la Banque nationale du Congo. Il joue un rôle actif dans la mise sur pied de la politique économique du pays ainsi que dans les négociations entre Mobutu, le FMI, la Banque mondiale et le gouvernement des États-Unis.

Dans le livre « Banque mondiale : le Coup d’État permanent » paru en 2006 |18|, est analysé le fait que la Belgique se soit arrangée avec la Banque mondiale et le régime de Mobutu pour mettre à charge du Congo une dette contractée par la Belgique auprès de la BM au cours des années 1950.

De quoi s’agit-il ? En violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la Banque mondiale a octroyé des prêts à la Belgique, à la France, à la Grande-Bretagne, pour financer des projets dans leurs colonies |19|. Comme le reconnaissent les historiens de la Banque : « Ces prêts qui servaient à alléger la pénurie de dollars des puissances coloniales européennes, étaient largement destinés aux intérêts coloniaux, particulièrement dans le secteur minier, que ce soit par l’investissement direct ou l’aide indirecte, comme pour le développement du transport et des mines » |20|. Ces prêts permettent aux pouvoirs coloniaux de renforcer le joug qu’ils exercent sur les peuples qu’ils ont colonisés. Ils contribuent à approvisionner les métropoles coloniales en minerais, en produits agricoles, en combustible. Dans le cas du Congo belge, les millions de dollars qui lui ont été prêtés pour des projets décidés par le pouvoir colonial ont presque totalement été dépensés par l’administration coloniale du Congo sous forme d’achat de produits exportés par la Belgique. Le Congo belge a « reçu » en tout 120 millions de prêts (en 3 fois) dont 105,4 millions ont été dépensés en Belgique |21|. Pour le gouvernement de Patrice Lumumba, il était inconcevable de rembourser cette dette à la Banque mondiale alors qu’elle avait été contractée par la Belgique pour exploiter le Congo belge.

Les choses changent en 1965 : suite au coup militaire de Mobutu, le Congo reconnaît qu’il a une dette à l’égard de la Banque mondiale. Cette dette, en réalité, était due par la Belgique à la Banque mondiale.

Le droit international est clair. Un cas comparable s’est présenté dans le passé et a été tranché par le Traité de Versailles. Lors de la reconstitution de la Pologne en tant qu’État indépendant après la première guerre mondiale, il a été décidé que les dettes contractées par l’Allemagne pour coloniser la partie de la Pologne qu’elle avait soumise ne seraient pas à charge du nouvel État indépendant. Le traité de Versailles du 28 juin 1919 stipulait : « La partie de la dette qui, d’après la Commission des Réparations, prévue audit article, se rapporte aux mesures prises par les gouvernements allemand et prussien en vue de la colonisation allemande de la Pologne, sera exclue de la proportion mise à la charge de celle-ci… » |22|. Le Traité prévoit que les créanciers qui ont prêté à l’Allemagne pour des projets en territoire polonais ne peuvent réclamer leur dû qu’à cette puissance et pas à la Pologne. Alexander Nahum Sack, le théoricien de la dette odieuse, précise dans son traité juridique de 1927 : « Lorsque le gouvernement contracte des dettes afin d’asservir la population d’une partie de son territoire ou de coloniser celle-ci par des ressortissants de la nationalité dominante, etc., ces dettes sont odieuses pour la population indigène de cette partie du territoire de l’État débiteur » |23|. Cela s’applique intégralement aux prêts que la Banque a octroyés à la Belgique, à la France et à la Grande-Bretagne pour le développement de leurs colonies. En conséquence, la Banque mondiale et la Belgique ont agi en violation du droit international en faisant porter au Congo indépendant la charge de dettes contractées pour le coloniser.

Comme nous l’avons vu, de Groote a participé activement aux tractations qui ont eu lieu au moment de l’indépendance du Congo, ensuite il a conseillé le gouvernement du dictateur Mobutu. Nous ne connaissons pas le détail de son action mais vu les responsabilités qu’il a assumées, il a certainement une part de responsabilité dans cette affaire.

Passons maintenant à la période 1973-1994 au cours de laquelle J. de Groote est directeur exécutif au FMI pour la Belgique.

A la fin des années 1970, un fondé de pouvoir du FMI, Erwin Blumenthal, banquier allemand, ancien responsable du département des Affaires étrangères de la Bundesbank, réalise un rapport accablant sur la gestion du Zaïre de Mobutu. Il avertit les créanciers étrangers qu’ils ne doivent pas s’attendre à être remboursés tant que Mobutu est au pouvoir.

Entre 1965 et 1981, le gouvernement zaïrois a emprunté environ 5 milliards de dollars à l’étranger et, entre 1976 et 1981, sa dette extérieure fait l’objet de quatre restructurations au Club de Paris pour un montant de 2,25 milliards de dollars.

La très mauvaise gestion économique et le détournement systématique par Mobutu d’une partie des prêts n’ont pas amené le FMI et la Banque mondiale à arrêter l’aide au régime dictatorial de Mobutu. Il est frappant de constater qu’après la remise du rapport Blumenthal, les déboursements effectués par la Banque augmentent |24| (ceux du FMI également mais ils ne sont pas repris dans le graphique). Manifestement, les choix de la BM et du FMI ne sont pas déterminés principalement par le critère de la bonne gestion économique. Le régime de Mobutu est un allié stratégique des États-Unis et d’autres puissances influentes au sein des institutions de Bretton Woods (par exemple, la France et la Belgique) tant que dure la guerre froide.

Congo-Kinshasa (Zaïre sous Mobutu) : déboursements de la Banque mondiale

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Source : Banque mondiale, CD-Rom, GDF, 2001

À partir de 1989-1991, avec la chute du Mur de Berlin suivie plus tard de l’implosion de l’Union soviétique, le régime de Mobutu perd de son intérêt. D’autant que dans beaucoup de pays d’Afrique (dont le Zaïre) se déroulent des conférences nationales qui mettent en avant la revendication démocratique. Les prêts de la BM commencent à diminuer pour cesser complètement au milieu des années 1990.

Sous le régime de Mobutu (1965-1997), le FMI et la Banque mondiale furent un instrument au service de la politique et de la géostratégie américaine pour récompenser Mobutu de son appui dans la guerre froide.

« Dans de nombreux cas, les prêts étaient destinés à corrompre des gouvernements pendant la guerre froide. Le problème n’était pas alors de savoir si l’argent favorisait le bien-être du pays, mais s’il conduisait à une situation stable, étant donné les réalités géopolitiques mondiales. »
Joseph E. Stiglitz (économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 1999,
prix Nobel d’économie en 2001), in L’Autre mondialisation, Arte, 7 mars 2000

De ce fait, le FMI et la Banque mondiale, au sein desquels de Groote occupait un poste de haut responsable, se sont rendus complices des exactions contre les droits humains, économiques, sociaux et culturels que le régime de Mobutu a commises dans la mesure où ils continuaient à assister ce système dictatorial qui, pourtant, n’a pas honoré tous ses engagements financiers, loin s’en faut.

« La responsabilité morale des créanciers est particulièrement nette dans le cas des prêts de la guerre froide. Quand le FMI et la Banque mondiale prêtaient de l’argent à Mobutu, le célèbre président du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo), ils savaient (ou auraient dû savoir) que ces sommes, pour l’essentiel, ne serviraient pas à aider les pauvres de ce pays mais à enrichir Mobutu. On payait ce dirigeant corrompu pour qu’il maintienne son pays fermement aligné sur l’Occident. Beaucoup estiment injuste que les contribuables des pays qui se trouvaient dans cette situation soient tenus de rembourser les prêts consentis à des gouvernants corrompus qui ne les représentaient pas. »
Joseph Stiglitz, La grande désillusion, 2002

Les ponctions dans les caisses de l’État furent une source stable et abondante d’enrichissement pour le clan Mobutu, à travers trois catégories de détournements : les dépenses légales comme la dotation présidentielle (opérée hors de tout contrôle), les dépenses illégales dont fait mention le rapport Erwin Blumenthal |25| (ce rapport secret fut rendu public en 1982), indiquant qu’il est impossible de contrôler les transactions financières réalisées par l’État, le bureau présidentiel faisant peu de différence entre les dépenses publiques et les dépenses personnelles. Erwin Blumenthal identifia, dans son rapport, au moins sept comptes détenus dans des banques étrangères, lesquels étaient utilisés pour réaliser des transferts directs sur les comptes personnels de Mobutu ou pour corrompre des acteurs politiques. Le message d’Erwin Blumenthal était clair : « La corruption érigée comme système caractéristique du Zaïre avec ses manifestations les plus malsaines, sa mauvaise gestion et ses fraudes, détruira toutes les tentatives de ressaisissement et de restauration de l’économie zaïroise par les institutions internationales, les gouvernements « amis » et les banques commerciales. Certainement, il y aura de nouvelles promesses de Mobutu, (…) mais aucune (je répète : aucune) perspective n’est offerte aux créanciers du Zaïre de recouvrer l’argent qu’ils y ont investi dans un futur prévisible » |26|.

Depuis 1979, les principaux bailleurs de fonds du régime, très liés au FMI, avaient connaissance et conscience des pratiques frauduleuses et du risque qu’ils encouraient en continuant à prêter au régime Mobutu.

Une troisième catégorie de détournements consiste, selon l’étude, en « dépenses mystérieuses ». Un des postes importants du budget de l’État (environ 18%, d’après une étude de la Banque mondiale en 1989) est celui d’« Autres biens et services », un fourre-tout qui contient peu d’informations sur les affectations de ces dépenses. Selon les experts de la Banque mondiale, la majeure partie de cet argent fut utilisée, notamment, pour des dépenses somptuaires ainsi que pour l’achat de matériel militaire. Cette information permet de souligner que la Banque mondiale également était bien au courant de l’utilisation illicite qui était faite notamment de ses propres prêts.

Vers le milieu des années 1970, il était clair que l’argent transféré au Zaïre sous forme de dons ou de prêts était automatiquement détourné de leur objet initial. Ou bien ces dons ou prêts étaient directement transférés sur des comptes étrangers à titre personnel |27|, ou bien ils étaient investis dans des projets de prestige, inadaptés et/ou inutiles qui permirent l’enrichissement de nombreuses personnes mais sûrement pas l’industrialisation durable de l’économie. Par exemple, d’après l’Office des biens mal acquis (OBMA), institué à l’issue des travaux de la Conférence nationale, Mobutu aurait pu empocher une commission de 7% sur la valeur du projet de la centrale hydro-électrique d’Inga. L’enquête n’a pu aboutir à cause des résistances officielles |28|.

J. de Groote a activement soutenu le régime de Mobutu et est intervenu à plusieurs reprises pour améliorer les rapports entre le FMI, la Banque mondiale et Mobutu alors qu’il était très bien placé pour connaître dans le détail ce que dénonçait Blumenthal dans son rapport. Il avait également connaissance des très graves violations des droits humains auxquelles le régime de Mobutu se livrait.

Pourtant en 1994, de Groote en fin de mandat se déclarera satisfait de son action à l’égard du Congo Kinshasa.

J. de Groote et le Rwanda

J. de Groote a été également partie prenante de l’action de la BM et du FMI au Rwanda.

Dans une interview déjà citée publiée par Le Soir, Béatrice Delvaux lui pose la question : « Et dans le cas de la lettre au président rwandais Habyarimana, où vous évoquiez, en la soutenant, la nécessité selon le Fonds d’une dévaluation ? » Jacques de Groote répond : « Au début des années 80, ce pays n’avait pas apporté de voix, lors de la constitution du conseil, à l’administrateur africain. Il m’avait demandé de le représenter. Après y avoir été autorisé par les différents pays que je représente, j’ai consulté les services du FMI et de la Banque nationale du Rwanda. Et mon attention a été attirée par l’anomalie du rattachement du franc rwandais au dollar, qui avait conduit à une appréciation de 35 % de la monnaie, comme je l’ai expliqué au président. Je devais attirer son attention là-dessus à partir du moment où je m’occupais de ses intérêts. Il y a peu de cas pour lesquels le FMI ait pris une position aussi formelle. » |29|

La journaliste Colette Braeckman a publié dans Le Soir en janvier 1991 un important article sur l’action de J. de Groote au Rwanda. En voici un extrait éclairant :
« Gros employeur à l’échelle rwandaise, le patron de la Somirwa [une société minière possédée à 51% par la Géomines du baron van den Branden], M. van den Branden, fait le siège du président Habyarimana pour qu’il consente à solliciter d’importants crédits internationaux. […] Alors que la situation est bloquée entre les Rwandais et la Somirwa, l’intervention de M. de Groote, considéré comme un technicien est sollicitée : il a la confiance des autorités rwandaises, il est l’ami de M. van den Branden, qui fait régulièrement le voyage à Washington et se targue, auprès de qui veut l’entendre, de ses relations américaines.

Le verdict de M. de Groote est clair : il recommande une dévaluation du franc rwandais, et plaide en faveur du renflouage de la société. Suivant en cela la doctrine de son organisation, M. de Groote combat la surévaluation du franc rwandais et parie sur les exportations du secteur minier. Le verdict de l’« arbitre » est donc favorable à la Somirwa, même s’il s’inspire des critères habituels du FMI.

Le ‘Wall Street Journal’ relève que c’est à cette époque que M. de Groote emprunte de l’argent à la banque Nagelmaekers, dirigée par le même M. van den Branden, qu’il vit dans une maison financée indirectement par ce dernier à Georgetown, et le quotidien américain voit là l’exemple même du ‘conflit d’intérêt’. » |30|

Il est important de revenir sur l’action néfaste de la Banque mondiale et du FMI au Rwanda.

Retour sur le génocide de 1994

A partir du 7 avril 1994, en l’espace de moins de trois mois, près d’un million de Rwandais – le chiffre exact reste à déterminer – sont exterminés parce qu’ils sont Tutsis ou supposés tels. Il faut y ajouter plusieurs dizaines de milliers de Hutus modérés. Il y a bien eu génocide c’est-à-dire la destruction planifiée d’une collectivité entière par le meurtre de masse ayant pour but d’en empêcher la reproduction biologique et sociale.

Dans ce contexte, il est fondamental de s’interroger sur le rôle des bailleurs de fonds internationaux. Tout laisse penser que les politiques imposées par les institutions financières internationales, principaux bailleurs de fonds du régime dictatorial du général Juvénal Habyarimana, ont accéléré le processus conduisant au génocide. Généralement, l’incidence négative de ces politiques n’est pas prise en considération pour expliquer le dénouement dramatique de la crise rwandaise. Seuls quelques auteurs mettent en évidence la responsabilité des institutions de Bretton Woods |31|, qui refusent toute critique à ce sujet.

Au début des années 1980, quand éclata la crise de la dette du Tiers-monde, le Rwanda (comme son voisin, le Burundi) était très peu endetté. Alors qu’ailleurs dans le monde, la Banque mondiale et le FMI abandonnaient leur politique active de prêts et prêchaient l’abstinence, ils adoptèrent une attitude différente avec le Rwanda : ces institutions se chargèrent de prêter largement au Rwanda. La dette extérieure du Rwanda a été multipliée par vingt entre 1976 et 1994. En 1976, elle s’élevait à 49 millions de dollars ; en 1994, elle représentait près d’un milliard de dollars. La dette a surtout augmenté à partir de 1982. Les principaux créanciers sont la Banque mondiale, le FMI et les institutions qui y sont liées (nous les appellerons IFI, les institutions financières internationales). La BM et le FMI ont joué le rôle le plus actif dans l’endettement. En 1995, les IFI détenaient 84% de la dette extérieure rwandaise.

Le régime dictatorial en place depuis 1973 garantissait de ne pas verser dans une politique de changements structurels progressistes. C’est pourquoi il était soutenu activement par des puissances occidentales : la Belgique, la France et la Suisse. En outre, il pouvait constituer un rempart par rapport à des États qui, dans la région, maintenaient encore des velléités d’indépendance et de changements progressistes (la Tanzanie du président progressiste Julius Nyerere, un des leaders africains du mouvement des non alignés, par exemple).

Durant la décennie 1980 jusqu’à 1994, le Rwanda reçut beaucoup de prêts et la dictature d’Habyarimana s’en appropria une partie considérable. Les prêts accordés devaient servir à insérer plus fortement l’économie rwandaise dans l’économie mondiale en développant ses capacités d’exportation de café, de thé et d’étain (ses trois principaux produits d’exportation) au détriment des cultures destinées à la satisfaction des besoins locaux. Le modèle fonctionna jusqu’au milieu des années 1980, moment où les cours de l’étain d’abord, du café ensuite, et du thé enfin, s’effondrèrent. Le Rwanda, pour qui le café constituait la principale source de devises, fut touché de plein fouet par la rupture du cartel du café provoquée par les Etats-Unis au début des années 1990.

Utilisation des prêts internationaux pour préparer le génocide

Quelques semaines avant le déclenchement de l’offensive du Front Patriotique Rwandais (FPR) en octobre 1990, les autorités rwandaises signent avec le FMI et la BM à Washington un accord pour mettre en œuvre un programme d’ajustement structurel (PAS).

Ce PAS est mis en application en novembre 1990 : le franc rwandais est dévalué de 67%. En contrepartie, le FMI octroie des crédits en devises à décaissement rapide pour permettre au pays de maintenir le flux des importations. Les sommes ainsi prêtées permettent d’équilibrer la balance des paiements. Le prix des biens importés augmente de manière vertigineuse : par exemple, le prix de l’essence grimpe de 79%. Le produit de la vente sur le marché national des biens importés permettait à l’État de payer les soldes des militaires dont les effectifs montent en flèche. Le PAS prévoyait une diminution des dépenses publiques : il y a bien eu gel des salaires et licenciements dans la fonction publique mais avec transfert d’une partie des dépenses au profit de l’armée.

Alors que les prix des biens importés grimpent, le prix d’achat du café aux producteurs est gelé, ce qui est exigé par le FMI. Conséquence : la ruine pour des centaines de milliers de petits producteurs de café |32|, qui, avec les couches les plus appauvries des villes, ont dès lors constitué un réservoir permanent de recrues pour les milices Interahamwe et pour l’armée.

Parmi les mesures imposées par la BM et le FMI au travers du PAS, il faut relever en outre : l’augmentation des impôts à la consommation et la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’augmentation des impôts directs sur les familles populaires par la réduction des abattements fiscaux pour charge de famille nombreuse, la réduction des facilités de crédit aux paysans…

Pour justifier l’utilisation des prêts du couple BM/FMI, le Rwanda est autorisé par la BM à présenter d’anciennes factures couvrant l’achat de biens importés. Ce système a permis aux autorités rwandaises de financer l’achat massif des armes du génocide. Les dépenses militaires sont triplées entre 1990 et 1992 |33|. Pendant cette période, la BM et le FMI ont envoyé plusieurs missions d’experts qui ont souligné certains aspects positifs de la politique d’austérité appliquée par Habyarimana, mais ont néanmoins menacé de suspendre les paiements si les dépenses militaires continuaient à croître. Les autorités rwandaises ont alors mis au point des artifices pour dissimuler des dépenses militaires : les camions achetés pour l’armée ont été imputés au budget du ministère des Transports, une partie importante de l’essence utilisée par les véhicules des milices et de l’armée était imputée au ministère de la Santé… Finalement, la BM et le FMI ont fermé le robinet de l’aide financière début 1993, mais n’ont pas dénoncé l’existence des comptes bancaires que les autorités rwandaises détenaient à l’étranger auprès de grandes banques et sur lesquelles des sommes importantes restaient disponibles pour l’achat d’armes. On peut considérer qu’elles ont failli à leur devoir de contrôle sur l’utilisation des sommes prêtées. Elles auraient dû stopper leurs prêts dès début 1992 quand elles ont appris que l’argent était utilisé pour des achats d’armes. Elles auraient dû alerter l’ONU dès ce moment. En continuant à réaliser des prêts jusqu’au début 1993, elles ont aidé un régime qui préparait un génocide. Les organisations de défense des droits de l’homme avaient dénoncé dès 1991 les massacres préparatoires au génocide. La Banque mondiale et le FMI ont systématiquement aidé le régime dictatorial, allié des États-Unis, de la France et de la Belgique.

La montée des contradictions sociales

Pour que le projet génocidaire soit mis à exécution, il fallait non seulement un régime pour le concevoir et se doter des instruments pour sa réalisation, mais aussi une masse appauvrie, prête à réaliser l’irréparable. Dans ce pays, 90% de la population vit à la campagne, 20% de la population paysanne dispose de moins d’un demi-hectare par famille. Entre 1982 et 1994, on a assisté à un processus massif d’appauvrissement de la majorité de la population rurale avec, à l’autre pôle de la société, un enrichissement impressionnant pour quelques-uns. Selon le professeur Jef Maton, en 1982, les 10% les plus riches de la population prélevaient 20% du revenu rural ; en 1992, ils en accaparaient 41% ; en 1993, 45% et au début 1994, 51% |34|. L’impact social catastrophique des politiques dictées par le couple FMI/BM et de la chute des cours du café sur le marché mondial (chute à mettre en corrélation avec les politiques des institutions de Bretton Woods et des États-Unis qui ont réussi à faire sauter le cartel des producteurs de café à la même époque) joue un rôle clé dans la crise rwandaise. L’énorme mécontentement social a été canalisé par le régime Habyarimana vers la réalisation du génocide.

Il est important de restituer l’action de J. de Groote dans ce contexte général car, selon ses propres paroles, il a prêté activement son assistance au régime d’Habyarimana (avant le génocide).

Après être revenu sur le contexte historique et social dans lequel l’action de J. de Groote en Afrique se situait au cours des années 1960 jusqu’à la fin de son mandat au FMI en 1994, revenons sur le continent européen.

La Banque mondiale au service des grandes entreprises privées belges

Les documents officiels de la Banque mondiale sont muets à ce propos mais on trouve, dans les revues spécialisées destinées aux patrons, une indication précise de l’avantage que retirent les entreprises privées de l’action de la Banque. L’extrait du discours suivant se passe de commentaire, il a été prononcé en 1986 par Jacques de Groote devant un parterre de chefs d’entreprise de Belgique et publié dans le Bulletin de la Fédération des Entreprises de Belgique : « Les avantages que la Belgique retire, comme tous les pays membres de la Banque mondiale, de sa participation aux activités des institutions du groupe, peuvent être mesurés par le flow back, c’est-à-dire le rapport entre, d’une part, le total des déboursements effectués par l’IDA (Association internationale de développement qui fait partie du groupe de la Banque mondiale) ou la Banque mondiale en faveur des entreprises d’un pays à l’occasion des contrats obtenus par ces entreprises et, d’autre part, les contributions de ce pays au capital de la Banque, ainsi qu’aux ressources de l’IDA. Le flow back, c’est donc un rapport entre ce qu’obtiennent les entreprises pour des ventes d’équipement ou des services de consulting et ce que la Belgique apporte comme contribution aux ressources de l’IDA et au capital de la Banque. Le flow back de la Banque mondiale vers les pays industrialisés est important et n’a cessé de s’accroître : il a progressé pour l’ensemble des pays industrialisés de 7 à 10 entre la fin de 1980 et la fin de 1984. C’est-à-dire que pour un dollar mis dans le système, les pays industrialisés en retiraient 7 en 1980 et 10,5 aujourd’hui. » |35|

Après la fin de son mandat au FMI et à la Banque mondiale

Dans une interview donnée à Béatrice Delvaux du journal Le Soir en mars 1994, à la fin de son mandat au FMI, de Groote se félicite du rôle qu’il a joué dans la décision de la Belgique de prendre le tournant néolibéral au cours des années 1980.

Béatrice Delvaux : « Vous avez cependant de Washington joué un rôle majeur sur l’orientation de la politique économique belge. Vous avez ainsi apporté la caution du FMI au changement de cap économique du début des années 80, en lien étroit avec le groupe « de Poupehan |36| ? » J. de Groote répond : « Absolument et je n’en suis pas peu fier. J’en suis même fort satisfait. Nous avons à l’époque réalisé des études qui ont permis de dégager les grandes options de la politique économique belge, discutées ensuite avec Alfons Verplaetse |37| et différentes personnalités dont Wilfried Martens |38| ».

Ces propos constituent une illustration des liens étroits entre des personnages comme de Groote et le cœur du pouvoir politique d’un pays donné. A noter que de Groote reconnaît en passant que l’indépendance de la Banque nationale est de pure forme puisque la politique de la Belgique était définie dans un cercle très étroit réunissant en secret des acteurs clés allant du premier ministre au gouverneur de la banque nationale en passant par le responsable des syndicats chrétiens et des représentants des patrons…, le tout en contact étroit avec le FMI.

J. de Groote et l’Amérique latine

Dans la même interview accordée au Soir fin mars 1994, de Groote pavoise sur les prétendus succès du FMI et de la Banque mondiale, en Amérique latine en général et au Mexique en particulier : « Il existe d’innombrables exemples de succès. Le cas typique est celui du Mexique. En octobre 1982, ce pays connaissait une grave crise de la dette et l’action conjointe du FMI et de la BM a permis une adaptation rapide, un redressement de la balance de paiement avec une réduction limitée et de courte durée des revenus de la population. Aujourd’hui, on assiste à un retour des capitaux vers Mexico et la Banque mondiale y gère un programme destiné à diversifier la production. »

L’encre du journal n’avait pas encore eu le temps de sécher que la réalité démentait les propos optimistes de J. de Groote, les capitaux commençaient à fuir le Mexique et cette fuite allait provoquer en décembre 1994 la crise « tequila » qui fera chuter gravement et durablement l’économie mexicaine.

J. de Groote et l’Europe de l’Est

Au cours des dernières années de son mandat à la Banque mondiale et au FMI, de Groote a été particulièrement actif dans la mise en pratique de politiques de choc dans les pays qui venaient de quitter le bloc soviétique. Cela a été le cas en particulier en Tchécoslovaquie jusqu’à la création en 1993 de la République tchèque et de la Slovaquie, toutes deux membres du groupe présidé par la Belgique au FMI et à la Banque mondiale. Les populations des pays de l’Est européen ont particulièrement souffert des politiques d’austérité et de privatisation imposées à leur pays par les institutions internationales. Les privatisations ont permis à une oligarchie de nouveaux riches corrompus de conquérir un pouvoir exorbitant et d’accumuler des richesses au détriment des biens publics. D’une certaine manière, de Groote a bouclé la boucle. Il se retrouve sur le banc des accusés pour « blanchiment d’argent aggravé », « escroquerie », « faux dans les titres » dans la privatisation frauduleuse de la mine tchèque MUS.

Jacques de Groote et les banques privées

On l’a mentionné dans l’affaire judiciaire en cours en Suisse, le Crédit Suisse est directement mentionné par plusieurs organes de presse pour avoir prêté son concours à différentes sociétés directement liées aux organisateurs et aux bénéficiaires de la privatisation frauduleuse de la mine MUS. Nous n’avons pas accès à l’acte d’accusation et par conséquent nous ne connaissons pas la liste des sociétés financières directement impliquées dans le schéma de fraude, d’escroquerie et de blanchiment d’argent.

Sans présumer de son rôle éventuel dans l’affaire en cours, il est peut-être utile de mentionner l’existence de CELIFF, une société financière fondée en 2001 au Grand Duché du Luxembourg par Dexia Asset Management Luxembourg. Elle comptait parmi ses administrateurs Jacques de Groote, président de APPIAN GROUP et deux des citoyens tchèques poursuivis en 2013 par la justice suisse. Il s’agit de Jiri Divis, Vice Chairman of the Board of Directors of APPIAN GROUP EUROPE S.A et de Marek Cmejla, Vice Chairman of the Board of Directors and Deputy Chief Executive Officer of NEWTON HOLDING A.S., demeurant en République Tchèque, Prague. On trouvait également parmi les administrateurs : Adrien de Merode, Director of APPIAN GROUP EUROPE. Les 4 administrateurs restants étaient tous du groupe Dexia : 1 du Luxembourg, 1 de Suisse et 2 de France |39|.

Conclusion

Au-delà des péripéties de son parcours personnel, Jacques de Groote symbolise les aspects profondément néfastes des politiques appliquées de manière méthodique par la Banque mondiale, le FMI et l’élite qui gouverne le monde à la recherche du profit privé maximum. La cupidité se mêle, de manière révoltante, à la violation des droits humains fondamentaux.

Eric Toussaint

cadtm.org

Cet article a été publié initialement sur le site du CADTM

Notes

|1| Valère Gogniat, « La mine tchèque qui met Berne au défi », Le Temps, Genève, 8 mai 2013.

|2Ibid.

|3| Voir http://www.lalibre.be/economie/actu…

|4| Voir Financial Times, Robert Anderson, « Appian Group : A secretive power to be reckoned with », 21 septembre 2004. Voir aussi : http://www.investorvillage.com/mbth…. A signaler qu’Appian Group a été fondé en 1996 par Stephen L. Norris qui a établi le siège de la société dans un des paradis fiscaux des Etats-Unis, l’Etat du Delaware. Appian Group a acquis la société MUS en 1998 et Stephen L. Norris a cédé en 1999 la présidence du groupe à Jacques de Groote qui a établi la société à Fribourg. Quelques années plus tard, en 2003 ou 2004, Appian group s’est établi dans un autre paradis fiscal, Guernesey, avec l’aide du Crédit Suisse. L’auteur du présent article fait des recherches sur cette société depuis 2005. A l’époque, Appian group était très visible sur internet. Depuis, les traces du groupe sur le net ont été soigneusement effacées.

|5| Robert Anderson, « Appian Group : A secretive power to be reckoned with”, Financial Times, 21 septembre 2004. “Appian Group has come from nowhere to become one of the largest and most powerful financial groups on the Czech business scene.”

|6| Cette hypothèse est également formulée dans une dépêche de l’agence de presse tchèque CTK qui résume de la manière suivante la procédure judiciaire en cours en Suisse : “The Swiss federal prosecutor’s office, following five years of investigations, says top managers may have syphoned off company cash allowing themselves to take control of MUS while depositing funds in Swiss accounts.” (24/11/2011, http://www.ceskapozice.cz/en/tag/ma… )

|7| Voir http://praguemonitor.com/2012/06/22…, consulté le 9 juin 2013.

|8| Voir notamment : http://law.justia.com/cases/federal…

|9| “Skodaexport sought financial advice in reducing its tax liability to the Czech government and to obtain a contract through the World Bank to build an oil pipeline in India. Tr. Feb. 24, 2004, at 139-40. Presumably relying on his contacts, de Groote obtained a copy of a relevant study that the World Bank had done in India, explored the status of the project at the World Bank, determined how much money had been earmarked for it, identified SkodaExport’s potential competitors, and introduced Aboudaram to the World Bank official in charge of the project”http://www.dcb.uscourts.gov/pdf_fil…])

|10| Voir extrait du jugement “According to de Groote, he and Aboudaram orally agreed that CAASA would pay de Groote one-third of the fees CAASA earned from SkodaExport, which would amount to almost $3 million. CAASA denied that it had agreed to pay de Groote for his SkodaExport work on a percentage basis and instead insisted that it had already compensated him on flatrate terms for individual services rendered. The parties agree that CAASA did pay de Groote at least $1 million.See Appellant’s Br. 12 n.24 ; Appellee’s Br. 3.” http://cases.justia.com/us-court-of…

|11| Edward T. Pound, “Cozy Ties : IMF, World Bank Aide Has Dealings Hinting At Conflict of Interest — Jacques de Groote Counsels Zaire, Got Help of People He Was in Position to Aid — He Denies Any Improprieties” The Wall Street Journal, 28 décembre 1990. La consultation de cet article est payante.

|12| Voir « Le Wall Street Journal parle de conflit d’intérêts. L’administrateur belge du FMI nie », Le Soir, 29 décembre 1990 http://archives.lesoir.be/le-wall-s… Béatrice Delvaux, « Jacques de Groote s’explique », Le Soir, 2 janvier 1991 http://archives.lesoir.be/jacques-d… Colette Braeckman, « Les opposants zaïrois réclament une enquête », même source, même date. Colette Braeckman, « Ls Story de l’affaire de Groote : FMI, corru^ton et conflits d’intérêts », Le Soir, 7 janvier 1991,http://archives.lesoir.be/la-story-…

|13| Source : Biography : Dr. Jacques De Groote http://www.zoominfo.com/p/Jacques-D…

|14| “The African nation owes the IMF and World Bank more than $1.6 billion, yet President Mobutu has become one of the world’s wealthiest men, reputedly a billionaire.”

|15| Béatrice Delvaux, « Jacques de Groote s’explique », Le Soir, 2 janvier 1991http://archives.lesoir.be/jacques-d…

|16| Source : http://www.zoominfo.com/p/Jacques-D… consulté le 9 juin 2013

|17| Voir le texte de son discours : http://www.afrocentricite.com/patri…. Voir également :http://www.kongo-kinshasa.de/dokume…

|18| Éric Toussaint, Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, coédition CADTM / Syllepse / CETIM, Liège/Paris/Genève, 2006, 310 pages.http://cadtm.org/Banque-mondiale-le…
Editions en langues étrangères : -Banco mundial : el golpe de estado permanente Editorial Viejo Topo (Barcelona), 2007 ; Editorial Abya-Yala (Quito), 2007 ; Editorial del CIM, Caracas, 2007 ; Editorial Observatorio DESC, La Paz, 2007.
- World Bank : a never-ending coup d’État Editorial VAK (Mumbai-India), 2007.
- The World Bank : A Critical Primer, Pluto Press, Michigan University Press, Between The Lines, David Philip, London, Michigan, Toronto, Cape Town.
Une édition en japonais vient de paraître.

|19| Les colonies concernées par les prêts de la Banque mondiale sont pour la Belgique, le Congo belge, le Rwanda et le Burundi ; pour la Grande Bretagne, l’Afrique de l’Est (comprenant le Kenya, l’Ouganda et la future Tanzanie), la Rhodésie (Zimbabwe et Zambie) ainsi que le Nigeria auxquels il faut ajouter la Guyane britannique en Amérique du Sud ; pour la France, l’Algérie, le Gabon, la Mauritanie, l’Afrique occidentale française (Mauritanie, Sénégal, Soudan français – devenu Mali, Guinée, Côte d’Ivoire, Niger, Haute-Volta – devenue Burkina Faso, Dahomey – devenu Bénin).

|20| Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 687.

|21| Le fait que la Belgique soit bénéficiaire des prêts au Congo belge peut être déduit d’un tableau publié dans le quinzième rapport de la Banque mondiale pour l’année 1959-1960. IBRD (World Bank), Fifteenth Annual Report 1959-1960, Washington DC, p. 12.

|22| Cité par Sack, Alexander Nahum. 1927. Les Effets des Transformations des États sur leurs Dettes Publiques et Autres Obligations financières, Recueil Sirey, Paris, p. 159.

|23| Sack, Alexander Nahum. 1927. p. 158.

|24| Les historiens de la Banque écrivent qu’en 1982 : “Séduits par la ruse de Mobutu et ses promesses de réformes et par les pressions des États Unis, de la France et de la Belgique, la Banque s’est aventurée au Zaïre dans un programme d’ajustement structurel ambitieux. » in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, p. 702.

|25| En 1978, le FMI place Erwin Blumenthal à la Banque centrale du Zaïre pour assainir son fonctionnement. En juillet 1979, Erwin Blumenthal quitte ce poste suite aux menaces de mort dont il est l’objet de la part de l’entourage de Mobutu.

|26| Blumenthal Erwin. 7 avril 1982. Zaïre : Report on her Financial Credibility, typescript, p.19.

|27| Mobutu arriva à intercepter certaines sommes avant même qu’elles n’atterrissent dans les caisses publiques ; comme, à titre illustratif, ces 5 millions de dollars accordés par l’Arabie saoudite, en 1977. (DUNGIA, E. 1992. Mobutu et l’argent du Zaïre, L’Harmattan, p.157

|28| Askin Steve et Collins Carole. 1993. « External Collusion with Kleptocracy : Can Zaïre Recapture its Stolen Wealth ?” in African Political Economy, n° 57, p.77

|29| Voir http://archives.lesoir.be/jacques-d…

|30| Colette Braeckman, « Affaire de Groote-FMI : la SOMIRWA au Rwanda, un cas éclairant », Le Soir, 7 janvier 1991, http://archives.lesoir.be/affaire-d….

|31| e. a. Chossudovsky, Michel et autres. 1995. « Rwanda, Somalie, ex Yougoslavie : conflits armés, génocide économique et responsabilités des institutions de Bretton Woods » ; Chossudovsky, Michel et Galand, Pierre, « Le Génocide de 1994, L’usage de la dette extérieure du Rwanda (1990-1994). La responsabilité des bailleurs de fonds », Ottawa et Bruxelles, 1996. Voir également : Renaud Duterme, Rwanda : une histoire volée, Editions Tribord et CADTM, 2013http://livre.fnac.com/a6103644/Rena…

|32| Maton, Jef. 1994. Développement économique et social au Rwanda entre 1980 et 1993. Le dixième décile en face de l’apocalypse.

|33| Nduhungirehe, Marie-Chantal. 1995. Les Programmes d’ajustement structurel. Spécificité et application au cas du Rwanda.

|34| Maton, Jef. 1994. Idem.

|35| FEB, 1986, p. 496-497.

|36| Le groupe de Poupehan était un groupe de pression composé des principaux leaders politiques conservateurs de la famille social chrétienne belge qui ont joué un rôle clé dans le tournant néolibéral. Voir http://archives.lesoir.be/les-fanto…

|37| Alfons Verplaetse était gouverneur de la Banque nationale de Belgique, il était membre du parti social chrétien dans la partie flamande du pays.

|38| Wilfried Martens, premier ministre social chrétien qui a mis en pratique l’orientation néolibérale en alliance avec le parti libéral.

|39| Voir : CELIFF MANAGEMENT CORPORATION S.A., Société Anonyme Holding. 
Registered office : L-1150 Luxembourg, 283, route d’Arlon. Publié dans Journal Officiel du Grand-Duché de Luxembourg, RECUEIL DES SOCIETES ET ASSOCIATIONS, C — N° 723 5 septembre 2001http://www.etat.lu/memorial/2001/C/…

Éric Toussaint, historien et docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, préside le CADTM Belgique. Il est l’auteur de Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, coédition CADTM / Syllepse / CETIM, Liège/Paris/Genève, 2006, 310 pages. http://cadtm.org/Banque-mondiale-le…
Il est coauteur avec Damien Millet de AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ;65 Questions, 65 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Liège, 2012 (version en téléchargement libre sur internet : http://cadtm.org/65-questions-65-re… ) ; La dette ou la vie.coédition CADTM-Aden, Liège-Bruxelles, 2011. Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi…

Qui connaît en France le Bilderberg, dont la réunion a lieu du 6 au 9 juin 2013 en Grande-Bretagne à Hertfordshire ? Ce n’est pas la presse française qui risque de s’y intéresser, même si un site officiel existe. Bien entendu, des esprits chagrins vont tout de suite sortir l’arsenal des formules habituelles comme « théorie du complot »« conspirationnistes »,« fanatiques », etc., à l’égard de ceux qui s’intéressent aux réunions de ses membres. Il est légitime de s’interroger sur le rôle du Bilderberg où se presse chaque année le gratin financier, journalistique et politique. Une telle concentration de puissance a obligatoirement des répercussions sur la vie du citoyen.

Comme le rappelle David Rockefeller dans ses Mémoires, le Bilderberg fut fondé en 1954 sous son égide en relation avec le très influent Joseph Retinger, très lié aux cercles mondialistes de son époque. C’est ce dernier qui joua un rôle primordial dans l’organisation du Congrès de la Haye (1948) qui permis de poser les jalons de la construction européenne. Tout en connaissant les types de sujets abordés (politique, économique, militaire…), il n’est pas possible de connaître la teneur des débats et des échanges qui animent ces réunions. Les mesures régissant ces interventions obéissent au principe de la « règle de Chatham House ». Ce think tank, équivalent anglais du Council on Foreign Relations (CFR) américain, fut fondé en 1919 par Lionel Curtis, bras droit de personnages éminents comme Cecil Rhodes et Alfred Milner, figures de proue du mondialisme anglo-saxon au tournant des XIXe et XXe siècles. C’est ce même Lionel Curtis qui prônait une organisation planétaire unifiée dans le cadre d’un « Commonwealth fédératif ». Le Bilderberg a donc repris les traditions de discrétion de Chatham House concernant les débats entre les intervenants et les décisions prises. Le peuple dit souverain peut « aller se faire voir ».

C’est le prince Bernhard des Pays-Bas (grand-père du roi Willem-Alexander) qui fut le premier dirigeant du Bilderberg. Cet homme avait un curriculum vitae qui ne semblait pas déranger outre mesure Retinger, Rockefeller et consorts. En effet, Bernhard fut un des membres actifs de l’empire IG Farben (complexe pétro-chimique) qui, dans les années 1920, comptait dans son comité de surveillance le grand banquier Max Warburg (financier de la Paneurope). Son frère, Paul Warburg, a été le fondateur de la FED (Banque fédérale américaine), le premier président du CFR, mais aussi membre de la branche américaine d’IG Farben. C’est cet empire industriel qui joua un rôle décisif dans l’arrivée d’Hitler au pouvoir puis, par la suite, dans la guerre. Comme l’a dit le sénateur américain Homer Truett Bone, le 4 juin 1943 : « Farben était Hitler et Hitler était Farben. »C’est donc dans ce milieu glauque que le prince Bernhard pataugeait. Précisons qu’il fut aussi pendant 18 mois membre de la SS (Schutzstaffel), comme l’a expliqué l’extraordinaire historien Antony Sutton 1. Complétons le CV du personnage en rappelant qu’il fut le premier président du World Wildlife Fund (WWF, institut promouvant dans sa finalité le panthéisme), fondé par Julian Huxley (premier président de l’UNESCO et eugéniste), frère de sang et en esprit d’Aldous Huxley, auteur du « Meilleur des mondes » (1931), véritable évangile du mondialisme largement mis en pratique depuis la chute du mur de Berlin.

L’action du Bilderberg est immense. Outre l’action de ses membres occupant des postes politico-financiers et journalistiques, il faut rappeler l’action décisive de l’ancien président du Bilderberg et ancien vice-président de la Commission européenne, Étienne Davignon, à l’origine du choix, en liaison avec Henry Kissinger, d’Hermann Van Rompuy comme président permanent du Conseil européen. Ce sont ces réunions qui influent sur notre quotidien et qui sont très rarement relatées par la presse officielle, à l’exception notable du journal télévisé de RTL Belgique en 2000 (voir video ci-dessous). Par conséquent, il est capital de connaître l’action de ce groupe dirigé par Henri de Castries (patron du groupe AXA) qui, pour l’année 2013, accueille des « huiles » comme Thomas Enders (patron d’EADS), Jean-Claude Trichet (patron de la Trilatérale Europe [PDF] et du Groupe des Trente), José Barroso (président de la Commission européenne), François Fillon (ancien Premier ministre), Mario Monti (ancien Premier ministre italien et ancien président de la Trilatérale Europe) ou encore Valérie Pécresse (député UMP) (Liste complète). Soyons conscients que ce sont ces instituts discrets qui agissent et martyrisent les peuples qui sont à des années-lumière de l’existence de tels groupes d’influence.

Pierre Hillard

 

1. Antony Sutton, « Wall Street et l’Ascension de Hitler ». 

 

Cet article a été publié initialement sur le site Boulevard Voltaire

Pierre Hillard est docteur en science politique 

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 «Afin de gouverner et de contrôler une population autrement que par la violence, il faut obtenir son consentement au moyen des appareils idéologiques de l’État: le système éducatif, le divertissement, la religion, le système politique… »  Louis Althusser

Depuis une vingtaine d’années, la sociologie a exploré un domaine longtemps resté mystérieux, voire tabou, celui de la détermination sociologique d’un individu et par conséquent ses choix sont-ils dictés par la nature ou sont-ils le résultat d’un construit social. « La théorie queer ou théorie du genre est une théorie sociologique née aux Etats-Unis au début des années 1990. Cette théorie qui critique principalement l’idée que le genre et l’orientation sexuelle seraient déterminés génétiquement en arguant que la sexualité mais aussi le genre social (masculin ou féminin) d’un individu n’est pas déterminé exclusivement par son sexe biologique mais également par tout un environnement socio-culturel et une histoire de vie. Cette théorie différencie donc sexe et genre (masculin/féminin), par rapport à une société qui tendrait à considérer comme anormaux les individus qui ne se situent pas dans la normalité d’une hétérosexualité perçue comme naturelle et innée, avec un genre découlant du seul sexe acquis à la naissance. S’appuyant sur l’idée de la féministe Simone de Beauvoir qu’on «ne naît pas femme, on le devient», Judith Butler a été la première théoricienne queer à aborder cette séparation de sexe et de genre. Laveut avant repenser les identités en dehors des cadres normatifs d’une société envisageant la sexuation comme constitutive d’un clivage binaire entre les humains. Elle considère le genre comme un construit et non comme un fait naturel, et s’intéresse à la manière dont une identité de genre peut être le résultat d’une construction sociale.(1).

D’où nous venons?

Avant d’aborder dans le fond les conséquences de cette mutation sociologique de l’humanité. La science nous dit que notre plus ancien ancêtre vivait bien il y a 7 millions d’années. Comme le laissaient supposer les datations relatives, l’utilisation de la méthode de datation absolue à l’aide d’isotopes confirme qu’un des ancêtres probable de l’humanité trouvé au Tchad en 2001, Toumaï, vivait bien il y a environ 7 millions d’années. Toumaï était-il bien un hominidé ou s’agissait-il d’un singe, comme le laissait par exemple penser le volume de sa boîte crânienne? L’évolution de l’homme est assez souvent comparée visuellement à un buisson: plus on s’éloigne dans le temps, plus le nombre d’individus diminue Homo sapiens, une espèce ´´chanceuse´´ C’est donc une ´´chance´´ que l’une de ces branches se soit développée vers l’Homo sapiens! Sans ce hasard, la Terre ne pourrait être peuplée que de chimpanzés.»(2)

Pourquoi l’homme a-t-il pris une avance décisive sur ses cousins singes?

 Pour la science ´´ humains ont connu une évolution de leurs aptitudes cognitives non pas suite à quelques mutations accidentelles mais par l’opération d’une très grande quantité de mutations dans des conditions de sélection exceptionnellement intenses favorisant des aptitudes cognitives plus complexes,´´ a déclaré Bruce Lahn, professeur à l’Université de Chicago ´´Nous avons tendance à considérer notre espèce comme différente, se situant au sommet de la chaîne alimentaire; il y a quelque fondement à cela,´´ ajoute-t-il. L’évolution humaine, parce qu’elle a nécessité un grand nombre de mutations affectant un grand nombre de gènes, serait le fruit d’un processus unique. ´´Accomplir autant en un laps de temps évolutionnaire si court, quelques dizaines de millions d’années, requiert un processus sélectif qui serait très différent du point de vue des processus habituels d’acquisition de traits biologiques,´´ La tendance évolutionnaire se serait transformée en bond soudain à l’occasion de l’évolution humaine».(3)

Pourquoi? Qui a fait que l’espèce humaine a pour ainsi dire été choyée.La science ne répond pas, elle constate. Certains penseurs pas interdit de penser à un «accordeur transcendant».
La théorie du Genre progresse

Ce détour par les origines va nous permettre d’aller rapidement à l’aventure humaine civilisationnelle pour arriver à ce début en ce début de XXIe siècle où les repères sociologiques qui ont mis des millénaires à sédimenter sont remis en cause.  La dérive du construit par rapport à l’inné- ce que Dame  nature nous a légué amène à des dérives qui ouvrent la porte sur un chamboulement fondamental  des sociétés occidentales , et avec un retard sur les autres  sociétés encore «  naïves » au sens du  développement  synonyme  de  débâcle de la cellule familiale traditionnelle   en Occident  Ainsi,  on  apprend à titre d’exemple qu’en Suède,  « plusieurs crèches mettent en pratique la théorie du genre, un couple élève son enfant sans révéler son sexe. Fille ou garçon? On ne sait toujours pas. En 2009, un couple de Suédois déclenchait une polémique en indiquant qu’il ne voulait pas révéler le sexe de son enfant de 2 ans. «Nous voulons que Pop grandisse librement, et non dans un moule d’un genre spécifique, ont raconté ses parents au quotidien Svenska Dagbladet.»(4)

La théorie des genres est devenue bien plus séduisante, et donc problématique, lorsqu’elle s’est attachée à prôner une totale déconstruction du lien sexe/genre, mais également des catégories ´´genrées´´. Il s’agit de faire une place égalitaire aux situations qui ne trouvaient pas leur place dans les catégories historiques. (…) Dans la récente résolution du Parlement européen du 12 décembre 2012 sur la situation des droits fondamentaux dans l’Union européenne, les Eurodéputés se sont employés à une légère redéfinition de cet article 2. Ils considèrent que ce dernier ´´fonde l’Union sur une communauté de valeurs indivisibles et universelles de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité de genre, de non-discrimination, de solidarité,. Le terme genre est cité 22 fois´´.» (5)

Ce changement vers une nouvelle «civilisation» ne va pas s’arrêter là! Pour Jacques Attali, c’est une évolution normale et irréversible: «Plutôt que de nous opposer à une évolution banale et naturelle du mariage, il est urgent de nous préoccuper de permettre à l’humanité de définir et de protéger le sanctuaire de son identité. Comme toujours, quand s’annonce une réforme majeure, il faut comprendre dans quelle évolution de long terme elle s’inscrit. Et la légalisation, en France après d’autres pays, du mariage [pour tous, ndr] s’inscrit comme une anecdote sans importance, dans une évolution commencée depuis très longtemps,: après avoir connu d’innombrables formes d’organisations sociales, dont la famille nucléaire n’est qu’un des avatars les plus récents, et tout aussi provisoire, nous allons lentement vers une humanité unisexe, où les hommes et les femmes seront égaux sur tous les plans, y compris celui de la procréation, qui ne sera plus le privilège, ou le fardeau, des femmes»(6)

Jacques Attali énumère quelques arguments: «La demande d’égalité. D’abord entre les hommes et les femmes. Puis entre les hétérosexuels et les homosexuels. Chacun veut, et c’est naturel, avoir les mêmes droits: travailler, voter, se marier, avoir des enfants. Et rien ne résistera, à juste titre, à cette tendance multiséculaire. Mais cette égalité ne conduit pas nécessairement à l’uniformité. La demande de liberté. Elle a conduit à l’émergence des droits de l’homme et de la démocratie. Elle pousse à refuser toute contrainte; elle implique, au-delà du droit au mariage, les mêmes droits au divorce». (6)

Pour Jacques Attali, la sexualité se séparera de plus en plus de la procréation: «Plus généralement, l’apologie de la liberté individuelle conduira inévitablement à celle de la précarité; La demande d’immortalité, qui pousse à accepter toutes mutations sociales ou scientifiques permettant de lutter contre la mort, ou au moins de la retarder. Les progrès techniques découlent en effet de ces valeurs et s’orientent dans le sens qu’elles exigent: cela a commencé par la pilule, puis la procréation médicalement assistée, puis la gestation pour autrui. Le vrai danger viendra si l’on n’y prend garde, du clonage et de la matrice artificielle, qui permettra de concevoir et de faire naitre des enfants hors de toute matrice maternelle. Et il sera très difficile de l’empêcher, puisque cela sera toujours au service de l’égalité, de la liberté, ou de l’immortalité. De plus un problème majeur qui freine l’évolution de l’humanité est que l’accumulation de connaissances et des capacités cognitives est limitée par la taille du cerveau, elle-même limitée par le mode de naissance: si l’enfant naissait d’une matrice artificielle, la taille de son cerveau n’aurait plus de limite. Après le passage à la station verticale, qui a permis à l’humanité de surgir, ce serait une autre évolution radicale, à laquelle tout ce qui se passe aujourd’hui nous prépare. Telle est l’humanité que nous préparons, indépendamment de notre sexualité, par l’addition implicite de nos désirs individuels.»(6)
Allons-nous vers le Meilleur des Mondes de Aldous Huxley?

Dans cette anomie prévisible, où on ne sait plus qui est qui, un autre dilemme dans le même ordre est le fait que l’homme peut être réparé, il peut recevoir comme une voiture des pièces détachées d’une autre personne indifférenciée voire même d’un animal pour certaines maladies. Le trans-humanisme sonne le glas de l’Unité des peuples dans la diversité et le triomphe des modèles formatés, standardisés, étiquetés. Deviendrons-nous des pièces montées interchangeables que l’on ramène quand ça ne fonctionne pas? Quand des êtres mi-robots, mi-humains se placent comme modèle parfait de la mutation naturelle de l’homme et du robot, il ne s’agit pas là d’évolution mais de l’extinction de la race humaine, de sa richesse due à sa diversité, de la perte des identités culturelles et de l’ensemble de ses manifestations intellectuelles et artistiques. Notre société ressemblera de plus en plus au Meilleur des Mondes: les hommes y appartiennent à une nouvelle race, produite en bocal, et améliorée. Mais il ne faut pas oublier que, dans Le Meilleur des Mondes, seuls les alpha et les bêtas sont ´´améliorés´´: les autres sont des sous-hommes destinés aux tâches physiques qui, même dans une société ultra-technologique, restent indispensables. Mais la marche de l’Histoire ne s’arrête pas là. A chacune de ses étapes correspond un modèle familial, une urbanisation, une forme de propriété et une forme de pouvoir.

Après le clan matriarcal, puis le clan patriarcal, et la famille nucléaire conjugale, place à la famille monoparentale et à la disparition totale de toute forme de famille. Bientôt la procréation industrielle par génie génétique, et l’euthanasie des inactifs trop coûteux à la collectivité (chômeurs, handicapés, retraités…)? (7)

Dans «L’avenir de la vie» (1981) Jacques Attali écrivait déjà: «Dès qu’il dépasse 60-65 ans l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures.» Ne resteront que les Aryens! Ceci nous rappelle l’époque des SS-Kinder (´´enfants SS´´) du parti National-Socialiste allemand? Les SS allemands, sous le nom de Lebensborn, ´´fontaines de vie´´, voulaient donner le jour à des enfants parfaits! Blonds, aux yeux bleus, ils étaient censés incarner la future élite du IIIe Reich. Une race supérieure’ destinée à régner sur le monde pendant mille ans… On sélectionnaient d’une manière raciale, les femmes qui allaient tomber enceinte d’un SS.» (8)

Pour le professeur Maffesoli Membre de l’Institut universitaire de France: «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Tout cela a un côté hystérique. Un petit grain de folie qui traverse la France. Croyance qui est au fondement même du mythe du Progrès. Mais ce que l’on oublie par trop souvent, c’est que ce dernier n’est que la forme profane du messianisme d’origine sémite. (…) Ainsi, est-ce faire injure aux progressistes de tous poils que de leur rappeler qu’ils sont en pleine régression: retourner à l’état embryonnaire de l’indifférenciation sexuelle. Mais contre toute orthodoxie, il faut savoir penser le paradoxe. En la matière, le progressisme régressif repose, essentiellement, sur la prétention, quelque peu paranoïaque qui veut construire le monde tel que l’on aimerait qu’il soit, et non s’adapter, tant bien que mal, à ce qu’il est. Tout simplement, rien n’est donné, tout est construit. (…) La nature doit être gommée par la culture ». (9)

Le professeur Maffesoli regrette que : « Le «don» d’une richesse plurielle effacé au profit d’un égalitarisme sans horizon.(…) Ce qui est certain, c’est qu’en plus de l’ennui, ce qui va résulter du prurit du nivellement, de la dénégation du naturel est immanquablement ce que M.Heidegger nommait la «dévastation du monde». A quoi l’on peut ajouter la dévastation des esprits dont la folie actuelle est une cruelle illustration. C’est au nom d’un monde à venir, lointain et parfait, le «meilleur des mondes» en quelque sorte, que, en un même mouvement, l’on construit /détruit la féconde diversité de ce qui est. Tout cela reposant sur le vieux fantasme postulant la liaison du Progrès et du bonheur. Entre l’égalité pour tous et le nivellement, la différence est ténue, qui aboutit, de fait, à la négation de la vie, reposant elle, sur le choc des différences. (..) »(9)

« On ne peut faire fi de la tradition conclut le professeur Mafesolli, elle est gage de la continuité de la vie. Contre le fantasme «légalitaire» par essence mortifère, la concrétude de la vie se contente de rappeler que seul le paradoxe est créateur (…) Dans la foultitude des lois, cause et effet d’une civilisation décadente, celle qui est en cours d’examen, et les théories du genre lui servant de fondement, sont insensées, parce que, elles croient au sens de l’histoire».(9)

Conclusion

La théorie du genre est ce qu’on  l’on pourrait appeller une boîte de Pandore et elle n’a donc pas fini d’être ouverte. On peut dire que les sociétés occidentales inversent les valeurs, détruisent les fondamentaux de la civilisation humaine patiemment établie depuis plusieurs millénaires que sont le couple, la famille. Les sociétés sont donc attaquées par ce qu’un internaute a appelé justement le «libertarisme» qui est l’autre arme «libérale» de la mondialisation. Libérer les marchés, les capitaux, les travailleurs, et puis maintenant libérer les religions et la sexualité. Toujours dans la logique tu es ton seul maître, ton seul Dieu et tu as le droit de faire ce que tu veux.

Que répondent les différentes spiritualités?  Pour Jacques Attali, il faut déconstruire à tour de bras pour reconstruire. De fait, écrit-il: «Le mot ´´mariage´´, introduit en français au XIIe siècle, utilisé d’abord par l’Eglise catholique, a été ensuite repris par les autorités laïques. A des degrés divers, les religions sont tétanisées, En France, l’Eglise suit sans suivre, quant au judaïsme et l’islam français, il semble qu’ils soient dans l’expectative Wait and see. C’est le plus grand des défis auxquels sont confrontées les religions qui risquent de disparaître avec la théorie du genre, maintenant qu’il est interdit d’interdire et que pour Nietzsche le « surhomme »  ou la « surfemme » doit s’élever  du fait de la mort de Dieu jusqu’à ce que les étoiles soient au-dessous de lui.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole polytechnique enp-edu.dz

1. La théorie queer Encyclopédie Wikipédia

2. Laurent Sacco, http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/paleontologie/d/notre-plus-ancien-ancetre-vivait-bien-il-y-a-7-millions-dannees_14793/

3.  http://www.futura-sciences.com/fr/news/ t/vie-1/d/lhumanite-une-evolution-aux-caracteres-bien-specifiques_5340/

4.  http://fr.news.yahoo.com/pop-6-ans-lenfant-su%C3%A9dois-sexe-185200284.html 170213

5.  http://www.observatoiredeleurope. com/ UE-Conseil-de-l-Europe-comment-la-theorie-du-gender-a-fait-son-entree-en-droit-francais_a1890.html

6. J. Attali   http://www.slate.fr/story/67709 /humanite-unisexe-biologie-immortalite

7. http://matricien.org/patriarcat/histoire/mondialisme/

8. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/ france-1944-la-fabrique-des-enfants-parfaits_763222.html

9. http://metamag.fr/metamag-1380-Aux-origines-de-la-theorie-du-%C2%ABgender%C2%BB-il-n%E2%80%99y-a-rien-de-nouveau-sous-le-soleil.html

 

 

 

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La Turquie à la croisée des chemins

juin 9th, 2013 by Bill Van Auken

Le 4 juin, après une semaine de manifestations qui ont vu des centaines de milliers de gens affluer sur la place Taksim à Istanbul et manifester dans les rues d’Ankara, d’Izmir et de 65 autres villes du pays, le président de la Turquie, Abdullah Gül, a assuré aux hommes d’affaires inquiets que ces événements n’étaient pas comparables aux révolutions qui ont éclaté en Tunisie et en Égypte en 2011.

Gül s’exprimait lors d’une réunion de l’Association des investisseurs internationaux en Turquie, un jour seulement après que la bourse d’Istanbul a chuté de 10,5 pour cent en réaction au soulèvement populaire.

« Il y a deux ans à Londres, des voitures ont été brûlées et des magasins ont été pillés pour des raisons similaires, » a dit Gül. « Au cours des révoltes en Espagne dues à la crise économique, les gens se sont rassemblés sur les places. Le mouvement Occupy Wall Street a continué pendant des mois aux États-Unis. Ce qui se passe en Turquie est comparable à ces pays-là. »

Ces assurances n’ont dû donner qu’un mince réconfort aux hommes d’affaires qui craignent que la continuation des contestations sociales ne menace leurs investissements.

Située au carrefour entre l’Orient et l’Occident, la Turquie a tiré à elle toutes les contradictions explosives de ces deux mondes. Elle cherche à entrer dans l’Union européenne qui impose une austérité massive, tout en s’impliquant profondément dans la guerre sectaire voulue par les États-Unis en Syrie pour obtenir un changement de régime.

Servant d’homme de main à Washington, c’est le premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui avait demandé qu’Assad démissionne pour avoir réprimé des opposants armés. « Un dirigeant qui tue son propre peuple a perdu sa légitimité, » avait-il déclaré. À ce jour, les forces répressives d’Erdogan ont tué trois manifestants turcs pacifiques, tout en en blessant plus de 3 200 et en arrêtant 3 300 de plus.

Comme les deux révolutions de 2011 et les événements en Occident cités par le président Gül, la révolte turque est profondément enracinée dans la structure de la société capitaliste et sa crise mondiale. Cela s’est surtout exprimé dans la montée sans précédent des inégalités sociales en Turquie au cours de plus d’une décennie de pouvoir du premier ministre Erdogan et de son parti AKP (Parti de la justice et du développement) islamiste au gouvernement.

Rien d’autre ne peut expliquer comment la répression d’une poignée de manifestants tentant de bloquer des bulldozers qui allaient raser le parc Gezi à Istanbul pour y construire un centre commercial a pu déclencher un mouvement de protestation aussi puissant et généralisé dans tout le pays, avec des centaines de milliers de personnes prêtes à s’opposer à la brutalité de la police anti-émeutes turque.

Ce projet sur le parc était lui-même emblématique de la politique libérale agressive et réactionnaire du gouvernement Erdogan : privatiser l’espace public pour enrichir une poignée de capitalistes qui ont des liens personnels avec lui et qui constituent la véritable base politique de l’AKP, tout en cherchant à transformer Istanbul en un havre pour les riches et les privilégiés en repoussant la classe ouvrière à la périphérie.

Dans cette tentative, Erdogan a encouragé l’islam réactionnaire, menaçant de construire une mosquée sur le site de la place Taksim, point de ralliement traditionnel du mouvement ouvrier turc, et de donner à un nouveau pont le nom d’un sultan Ottoman du 16e siècle resté célèbre pour son massacre de la minorité Alevis en Turquie.

C’est la classe ouvrière turque qui a subi l’essentiel des attaques de l’AKP. Comme partout, les capitalistes en Turquie ont saisi l’occasion de la crise financière de 2008 pour réduire les salaires et faire baisser le coût du travail. Au début de 2009, le chômage s’élevait à 16 pour cent. La croissance a depuis lors été réalisée en ne créant pratiquement aucun nouvel emploi. Au contraire, la menace des licenciements a été utilisée pour forcer ceux qui travaillent encore à travailler plus pour gagner moins et, dans de nombreux cas, à accepter d’aller travailler pour des sous-traitants ou en contrat d’intérim.

D’après une étude publiée en 2011, la Turquie avait le deuxième plus haut niveau d’inégalité de revenus des 34 pays de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), avec des statistiques qui étaient à peine meilleures que celles du Mexique et légèrement moins bonnes que le troisième pays le plus inégalitaire, à savoir les États-Unis.

Comme leurs homologues en Grèce et dans le reste de l’Europe, les travailleurs turcs sont confrontés à une offensive brutale des banques internationales et des grands groupes, qui voient le pays comme une plateforme de travail à bas coût et une source de profits juteux.

Même si des centaines de milliers de travailleurs ont participé aux grèves et aux manifestations conduites par les syndicats le 5 juin, la classe ouvrière dans son ensemble ne s’est pas encore engagée de manière décisive dans la lutte. Les syndicats turcs n’ont rien fait jusqu’à présent pour lutter contre le gouvernement d’Erdogan. Ils ont au contraire endossé ses mesures pro-capitalistes en réponse à la crise de 2008 en le rejoignant pour sponsoriser une campagne s’appuyant sur le slogan, « Allez faire des achats. »

Les syndicats ne veulent pas voir une confrontation décisive avec ce gouvernement. Ils sont déjà largement intégrés dans les comités consultatifs de l’Union européenne, qu’ils soutiennent, et sont allés jusqu’à soutenir l’imposition par l’UE des mesures d’austérité à la Grèce voisine et ailleurs.

Un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière pour faire tomber le gouvernement d’Erdogan ne peut émerger qu’indépendamment de ces syndicats et en rébellion contre eux.

Les événements turcs constituent un approfondissement de la crise de l’impérialisme américain et de sa campagne militariste pour dominer les régions riches en pétrole du Golfe persique et de l’Asie centrale, dans lesquelles la Turquie, membre de l’OTAN, a servi de point d’ancrage.

Deux semaines à peine avant le déclenchement de ce mouvement, Erdogan était à Washington, se tenant aux côtés d’Obama, qui l’a félicité d’« être un allié et un partenaire si fort dans la région et de par le monde. » Washington a présenté favorablement Erdogan comme un modèle pour le Moyen-Orient, passant sous silence sa répression policière des opposants politiques, des journalistes et des minorités ethniques, et comme soi-disant un régime « islamiste modéré » du type de ceux que les États-Unis ont soutenu contre les masses révolutionnaires en Égypte et en Tunisie. Les masses populaires en Turquie rejettent à présent ce modèle.

S’étant servi de la Turquie comme d’une base avancée dans sa campagne pour déstabiliser la Syrie et l’Iran, Washington a réussi à déstabiliser la Turquie elle-même, où la grande majorité de la population est hostile à l’usage des milices liées à Al-Qaïda comme intermédiaires dans une guerre visant à renverser le président Syrien Bashar el-Assad et craint que des forces identiques ne soient utilisées contre elle aussi.

La Turquie est à la croisée des chemins. Les travailleurs turcs qui entrent en lutte sont confrontés à un choix difficile. Est-ce qu’ils seront attirés encore plus directement dans des guerres sectaires sanglantes promues par l’impérialisme en poursuite d’intérêts stratégiques et financiers, des guerres qui risqueraient d’éclater en une conflagration mondiale impliquant l’Iran, les États-Unis, la Russie, la Chine et d’autres puissances ?

Ou bien est-ce que la classe ouvrière fera progresser sa propre solution socialiste par une lutte révolutionnaire indépendante, tirant les masses d’opprimés et de pauvres des campagnes derrière elle, contre l’impérialisme et toutes les sections de la bourgeoisie turque, islamistes comme laïcs ?

Le sort immédiat du mouvement de protestation qui a éclaté dans les rues d’Istanbul et les villes de Turquie est incertain. Mais l’entrée en lutte de la classe ouvrière est une question d’une importance historique mondiale, avec des implications révolutionnaires pour le Moyen-Orient, l’Europe et au-delà.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 6 juin 2013

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L’administration Obama est engagée dans une rafle illégale, dans le but de les accumuler, des données téléphoniques détaillées de dizaines et peut-être de centaines de millions de personnes résidant aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme organisé par la NSA (National Security Agency).

Mercredi 5 juin, le quotidien britannique Guardian a publié une ordonnance secrète du tribunal émise par la Foreign Intelligence Surveillance Court instruisant une filiale du géant de la télécommunication Verizon de livrer sur une base quotidienne et permanente toutes les ‘méta données’ relatives aux appels de ses clients. Verizon a quelque 121 millions de clients et la filiale particulière ciblée – Verizon Business Services – a 10 millions de lignes.

Les métadonnées d’appels téléphoniques comprennent les numéros de téléphone de la personne passant l’appel et du destinataire de l’appel, les informations de situation (comme l’antenne de transmission la plus proche ou les données GPS), l’heure et la durée de l’appel. Ces informations permettent au gouvernement de construire une image détaillée des rapports sociaux, professionnels et politiques et de se faire une idée des activités quotidiennes de toute personne dont le numéro de téléphone est couvert par l’ordonnance.

L’ordonnance publiée parle Guardian est valable pour trois mois, depuis sa date d’émission en avril de cette année jusqu’au 19 juillet. Selon leWashington Post « Un expert de cet aspect de la loi a dit mercredi soir que l’ordonnance semblait être la prolongation de routine d’une ordonnance semblable émise par le même tribunal en 2006. »

En défendant le programme d’espionnage, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, la présidente de la commission du Sénat sur les services de renseignements, fit une déclaration similaire, disant que l’ordonnance « était autant que je sache…la prolongation exacte de trois mois de ce qui a été le cas pendant les sept années passées. »

L’explication officielle – développée selon toute apparence dans un mémoire juridique secret préparé par l’administration Obama – est que ce programme est autorisé en vertu de la section « relevés commerciaux » du Patriot Act. Ce décret devenu loi moins d’un mois après les attentats du 11 septembre 2001, donne au gouvernement, avec le sceau d’approbation de tribunaux secrets agissant dans le cadre du FISA (Foreign Intelligence Security Act), le pouvoir d’exiger de sociétés, de bibliothèques et autres institutions de livrer toutes « choses tangibles » (y compris des livres, des archives, des documents et toutes autres choses) requises « pour une enquête menée dans le but de protéger contre les terrorisme international. »

L’argument de l’administration Obama est essentiellement que les données téléphoniques sont potentiellement importantes pour des enquêtes sur le « terrorisme international » et devraient être saisies.

Il n’y a aucun doute quant au fait que c’est non seulement le cas pour Verizon mais pour bien d’autres sociétés encore. Rien qu’en 2012, il y eut de la part de tribunaux opérant dans le cadre du FISA des requêtes pour 212 « relevés commerciaux », bien que le contenu de ces requêtes ne soit pas connu.

En 2006, USA Today a révélé pour la première fois que la NSA avait, sous l’administration Bush, lancé un programme secret dans le but de collecter les données téléphoniques de Verizon, AT&T et BellSouth, qui représentent ensemble 224 millions d’abonnés – 80 pour cent des lignes fixes et 50 pour cent des utilisateurs de téléphones portables aux Etats-Unis. Ce programme faisait partie de toute une série d’opérations illégales d’espionnage parmi lesquelles un programme d’écoutes téléphoniques visant des citoyens américains et géré également pas la NSA.

En réaction à l’opposition du public l’administration Bush fut forcée d’apporter une fin théorique à des parties du programme de la NSA tout en les poursuivant sous différentes formes. En 2008, Barack Obama qui était alors sénateur fit partie de ceux qui ont voté pour une législation modifiant le Foreign Intelligence Surveillance Act pour codifier l’autorité quant à ces actions illégales.

Il est évident que le programme initial de la NSA s’est poursuivi et qu’il a probablement été étendu sous l’administration Obama.

L’accumulation d’une vaste banque de données téléphoniques n’est qu’une partie d’une campagne systématique pour rassembler le plus d’information possible sur tout le monde, citoyens américains et non citoyens. Jeudi 6 juin, le Washington Post a rapporté que la NSA et le FBI (Federal Bureau of Investigation) « sont branchés directement sur les serveurs centraux de neuf société Internet américaines, collectant des enregistrements, des vidéos, des photographies, des courriels, des documents et des journaux de connexion qui permettent à des analystes de retracer avec le temps les mouvements et les contacts d’une personne. »

Selon ce journal, les sociétés qui livrent l’information comprennent Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, Paltalk, AOL, Skype, YouTube et Apple. On doit assumer que le gouvernement a accès à toute communication électronique via Internet et téléphone, y compris le contenu des appels qui n’est pas inclus dans les ‘métadonnées’. Le Guardian a cité Russel Tice, un analyste du renseignement à la retraite de la NSA devenu dénonciateur qui disait « ce qui est en train de se passer est plus étendu et plus systématique que tout ce quiconque avait jamais suspecté ou imaginé. »

Tice a dit qu’il croyait que la NSA avait à présent la capacité d’enregistrer le contenu des appels. « J’estimais que » l’agence n’aurait « probablement pas avant 2015 » la capacité de « collecter toutes les communications électroniques mot par mot. Mais je pense que j’avais tort. Je pense qu’ils ont déjà maintenant cette capacité. »

Tout cela est réalisé en flagrante violation de l’interdiction que fait la constitution de fouilles et de saisies exagérées (Quatrième Amendement). Le fait que ces programmes ont été mis en œuvre en secret, dans le dos du peuple américain, est lui-même une preuve de ce que ceux qui en sont responsables savent très bien qu’ils sont illégaux et impopulaires au plus haut degré.

L’ensemble de l’establishment politique, les Démocrates comme Républicains, et avec eux les mass médias est complice d’une conspiration contre le peuple américain. Il ne peut guère douter de ce que les principaux organes d’information avaient connaissance de ce programme et qu’ils l’ont dissimulé à la demande des administrations Bush et Obama. Il est significatif que ce ne sont pas les journaux américains qui ont divulgué l’ordonnance du FISA mais un journal britannique.

En réponse aux révélations du Guardian des responsables de l’administration et des figures dirigeantes des deux parties politiques se sont dépêchés de défendre le programme.

Un responsable de haut rang a insisté pour dire que « les trois branches du gouvernement sont concernées » pour ce qui est d’approuver l’opération d’espionnage et que le Congrès « était régulièrement et complètement tenu au courant sur la façon dont il est utilisé. » Il déclara qu’il y avait « en place un solide régime juridique gouvernant toutes les activités menées relativement au Foreign Intelligence Surveillance Act. »

L’affirmation de l’existence d’un « solide régime juridique » est frauduleuse. Les tribunaux FISA donnent simplement à l’espionnage un sceau d’approbation, approuvant pratiquement toutes les requêtes.

Feinstein et Saxby Chambliss, Démocrate et Républicain respectivement les plus hauts placés à la Commission sénatoriale sur les services de renseignement ont organisé à la hâte une conférence de presse jeudi matin. « Ce ne sont là que des métadonnées » a déclaré Feinstein. « Il ne s’agit pas de contenus. En d’autres mots, pas de contenu d’une communication ». Elle insista pour dire que le programme était « légal » et que « le Congrès en avait été informé »

Le leader de la majorité au sénat Harry Read, un Démocrate, pressa tout le monde de « se calmer et de comprendre qu’il n’y a là rien qui soit tout à fait nouveau. Cela se passe déjà depuis quelque sept ans. »

L’affirmation que la population ne devrait pas être surprise, qu’il « n’y avait rien à voir » est démentie pas le fait que il y a deux mois à peine, on a demandé au directeur du renseignement national James Clapper, qui supervise la NSA, lors d’une audience du Congrès si la NSA collectait les données de citoyens américains. « Non, Monsieur… pas consciemment » répondit-il. Et le directeur général de la NSA le Général Keith Alexander a dit l’an passé, « Nous ne gardons pas de données sur des citoyens américains. »

Le procureur général des Etats-Unis, Eric Holder dans un témoignage devant la Commission des affaires judiciaires du Sénat se débarrassa des questions gentiment formulées de quelques sénateurs, déclarant qu’il répondrait seulement à des questions sur le programme de la NSA et sur d’autres scandales récents d’espionnage à huis clos.

L’ordonnance de tribunal divulguée sur les données téléphoniques n’est que le plus récent de toute une série de développements au cours de ces six derniers mois révélant l’état avancé des préparatifs pour un Etat policier américain et la domination de l’appareil militaire et de renseignement sur les affaires politiques aux Etats-Unis. Ceci inclut :

* Le livre blanc divulgué en février et arguant que le président avait le droit d’ordonner unilatéralement et secrètement l’assassinat de citoyens américains, avec des déclarations de la part de Holder indiquant que de tels assassinats pourraient être organisés sur le territoire américain.

* La réaction à l’attentat du marathon de Boston en avril qui comprenait la fermeture complète de la ville de facto dans des conditions de loi martiale, suivie par l’assassinat d’un témoin clé de cette affaire par le FBI.

*La révélation en mai que le gouvernement avait en secret saisi les communications téléphoniques de reporters de l’Associated Press puis l’information que l’administration avait saisi les courriels d’un journaliste de Fox News, l’ayant accusé, dans une requête de mandat, d’être complice de la divulgation d’information classée secrète.

* L’ouverture cette semaine du procès devant un tribunal militaire de Bradley Manning qu’on poursuit en vertu de l’Espionnage Act pour avoir divulgué des documents révélant les crimes de guerre commis pas les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan et dissimulés par les médias.

Comme pour toutes les attaques contre les droits démocratiques, l’administration cherche à justifier sa saisie en masse de communications téléphoniques en disant qu’elle fait partie de « la guerre contre la terreur ». La cible réelle de ces actes n’est cependant pas le « terrorisme international » mais la classe ouvrière. Ces mesures d’Etat policier seront employées contre l’opposition politique et sociale à la politique d’austérité, de pauvreté et de guerre de l’aristocratie financière américaine.

Joseph Kishore

Article original, WSWS, publié le 7 juin 2013

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Selon sa bonne habitude, le récent rapport du PNUD renferme une mine d’informations, mais souvent aussi des chiffres intéressants. Marc Vandepitte a épinglé les plus remarquables de ces chiffres.

Plus riche qu’on ne pense

Le monde n’a jamais produit autant de richesse qu’aujourd’hui. En cas de distribution égale de la richesse, une famille moyenne (au niveau mondial, deux adultes et trois enfants) pourrait disposer d’un revenu de 2.850 dollars par mois. C’est étonnamment beaucoup. Ce montant ne permettrait sans doute pas de vivre dans le luxe mais il est toutefois plus que suffisant pour fournir à tous les habitants de cette planète des installations sanitaires, l’électricité, l’eau potable et une maison confortable, même si cela devait se faire selon des méthodes écologiquement durable.(2)
Autrement dit, il y a suffisamment de richesse pour tous, mais un humain sur trois ne dispose pourtant pas de sanitaires les plus élémentaires, un sur quatre n’a pas d’électricité, un sur sept vit dans un bidonville, un sur huit a faim et un sur neuf ne dispose pas d’eau potable.(3)
Cela, parce que la richesse est répartie d’une façon extrêmement inégale. Avec la richesse produite aujourd’hui, chaque personne pourrait disposer en moyenne d’un revenu de 19 dollars par jour. En réalité, un humain sur six doit se débrouiller avec moins de 1,25 dollar par jour.
 
Des rapports mondiaux qui basculent
Ces trente dernières années, les pays du Sud sont occupés à effectuer un retour remarquable sur la scène mondiale. En 1980, leur part dans la production mondiale n’était encore que de 33 %. En 2010, cette part atteignait déjà 45 %. Durant cette période, leur part dans le commerce mondial a doublé, passant de 25 % à 47 %. La hausse la plus rapide s’est produite dans les investissements étrangers : de 20 % à 50 %.(4)
Suite à un excédent de leur balance commerciale, les pays du Sud ont vu leurs surplus financiers augmenter de façon spectaculaire. Entre 2000 et 2011, ils ont pris à leur compte les trois quarts de l’accroissements de toutes les réserves étrangères. Le Sud se mue lentement en carte Visa du Nord qui, lui-même, est confronté à une grave et tenace crise du crédit. Ce n’a pas toujours été le cas.(5)

Cette tendance se poursuivre très vraisemblablement à l’avenir et, depuis la crise du crédit, elle n’a été qu’en accélérant. En 1950, le Brésil, la Chine et l’Inde, les trois pays du Sud faisant partie du BRIC, représentaient à peine 10 % du produit mondial, alors que les six principaux pays du Nord en accaparaient environ la moitié. En 2050, les trois pays du BRIC en prendront 40 % à leur compte, soit le double des six principaux pays du Nord.(6)

De nouveaux rapports Nord-Sud
Les pays du Sud ont aussi resserré fortement leurs liens mutuels. La part du commerce Sud-Sud dans le total du commerce mondial a augmenté, entre 1980 et 2011, passant de 8 % à 27 %. La hausse s’est surtout manifestée à partir de la fin du siècle. (7)

Les investissements étrangers dans les pays en voie de développement ne sont plus l’apanage du Nord. Entre 1996 et 2009, les investissements Sud-Sud ont augmenté de 20 % par an. En ce moment, les investissements Sud-Sud représentent de 30 à 60 % de tous les investissements étrangers dans les pays les moins développés.(8)
Nombre de ces pays du Sud, surtout ceux qui ont facilement accès au commerce mondial (côtes et routes commerciales situées à proximité), profitent de ces relations Sud-Sud en hausse. Il s’agit d’investissements, de transferts de technologie, de commerce et de transferts financiers.
Ces nouvelles relations compensent dans une certaine mesure la baisse de la demande de la part du Nord, suite à la crise. Si la Chine et l’Inde avaient connu une crise similaire à celle des pays du Nord, la croissance économique des pays en voie de développement, entre 2007 et 2011, aurait été de 0,3 % à 1,1 % inférieure. (9)
Le rapport mentionne en particulier ici l’Afrique subsaharienne, ce qu’on appelle le « continent perdu ». Durant les cinq années qui ont précédé la crise, le PNB par habitant y a augmenté annuellement de 5 %, soit deux fois plus que dans les années 1990. Cette tendance a principalement résulté des hausses de prix de leurs principaux produits d’exportation, grâce à la demande de ces produits affichée par les pays émergents, avec la Chine en tête.(10)
Le rapport fait état d’une étude récente qui prouve que l’expansion économique de la Chine entre 1988 et 2007 a eu un effet positif sur la croissance économique d’autres pays en voie de développement, surtout parmi les partenaires commerciaux de la Chine. (11)
Il n’y a pas que le commerce avec la Chine, mais aussi les investissements en provenance de ce pays, qui contribuent à la croissance économique des pays en voie de développement qui les reçoivent. Entre 2003 et 2009, les investissements chinois ont accru la croissance économique de 1,9 % en Zambie. Au Congo, il s’est agi de 1 %, au Nigeria de 0,9, à Madagascar et au Niger de 0,5 % et au Soudan de 0,3 %. (12)
L’extrême pauvreté
Les rapports mondiaux qui basculent et l’accroissement des relations Sud-Sud ont des conséquences radicales pour la pauvreté. Entre 1990 et 2008, l’extrême pauvreté (1,25 $ par jour) a baissé, passant de 36 % à 19 % de la population mondiale. En chiffres absolus, il s’agit d’une diminution de 620 millions de pauvres.
Cette amélioration considérable est due en grande partie à la Chine. Ce pays à lui seul a sorti 510 millions de ses habitants de la pauvreté, contre 110 millions pour le reste du monde. Les grandes différences peuvent également se voir dans la diminution relative (en pourcentage) par pays, comme le montre clairement le graphique ci-dessous. (14)

Aujourd’hui, 1,2 milliard d’humains vivent dans l’extrême pauvreté, soit 17 % de la population mondiale. Le graphique ci-dessous montre la répartition mondiale de cette extrême pauvreté. (15)

La Chine, l’Inde et le Pakistan
Avec la Guinée équatoriale, la Chine a connu une croissance économique phénoménale, ces vingt dernières années. Dans les deux pays, le PNB par habitant a crû en moyenne de 9 % par an. Soit un doublement tous les huit ans. Durant la même période, seuls douze pays ont connu une croissance de leur PNB par habitant de plus de 4 %. Dans 19 pays, il s’est même agi d’une baisse. (16)
Mais, dans bien des pays, la croissance économique ne se traduit pas par un progrès social (proportionné). En Chine, c’est toutefois le cas. Ces trente dernières années, l’augmentation de son Indice de développement humain (IDH) a été pour ainsi dire la plus élevée au monde (17) : trois fois supérieure à la moyenne mondiale (18). Sur ce plan, le Vietnam et l’Inde présentent également de bons résultats.

Les prestations de la Chine ne deviennent claires que lorsqu’on les compare à celles des pays comparables. En Inde, l’analphabétisme est 6 fois plus élevé, et au Pakistan 7 fois plus élevé qu’en Chine. Le pourcentage de gens vivant dans une pauvreté extrême est environ 2 fois plus élevé, et 3 fois plus élevé en Inde.(19)
La mortalité infantile est peut-être l’indicateur qui rend le mieux le développement social d’un pays, parce que cet indicateur rassemble à lui seul toute une série de facteurs : soins de santé, alimentation et eau potable, degré d’enseignement de la mère, logement, hygiène. Sur ce plan, la Chine présente nettement les meilleurs résultats. Au Pakistan meurent 5 fois plus d’enfants, en Inde 3,5 fois plus. Le rapport prévoit que, proportionnellement, entre 2010 et 2015, 5 fois plus d’enfants mourront en Inde et même 8,4 fois plus au Pakistan.(20)

Au vu de l’augmentation de son IDH, l’Inde ne s’en tire pas mal. Mais, à l’aune de ses possibilités économiques, le pays pourrait faire bien mieux. Ainsi, son PNB par habitant est deux fois plus élevé que celui du Bangladesh, mais un Indien vit en moyenne trois ans de moins qu’un Bangladais. De plus, en Inde, le travail des enfants est toujours une plaie importante : il concerne un enfant sur huit soit 17 millions d’enfants au total.(21)
Le Venezuela
L’Indice de développement humain est un instrument assez efficace pour mesurer le développement social d’un pays. Une augmentation rapide montre que le gouvernement d’un pays donne la priorité au bien-être social de sa population. En cas d’augmentation lente, c’est le contraire, qui est vrai.
Ci-dessus, nous avons vu que la Chine faisait un bon score, sur ce plan. La même chose vaut pour le Venezuela ces 12 dernières années. Dans les années 1980 et 1990, on a assisté à une très lente augmentation. Le développement social du reste de l’Amérique latine était plus de trois fois plus grand et l’assez grand avantage que le pays avait connu s’était mué en un retard.
Cela a changé complètement dès que Hugo Chávez est devenu président. Le développement social a grimpé en flèche et a bien vite augmenté une fois et demie plus vite que dans le reste du continent. En 2010, l’IDH du Venezuela repassait à nouveau au-dessus de la moyenne de l’Amérique latine.(22)

Cuba
À Cuba, il n’y a pas que la croissance rapide de l’IDH, qui surprend, mais surtout son ampleur ou, mieux, le constat de ce que le développement est très anormalement élevé par rapport à la base économique.
Ce pays a un revenu par habitant six fois inférieur à celui des pays riches. Mais, malgré le manque de moyens économiques et la pénurie de certains médicaments suite au blocus économique, ses soins de santé font partie des meilleurs au monde. Cuba dispose du nombre de médecins le plus élevé au monde par habitant, à savoir 6,4 pour 1000 habitants. C’est 2,5 fois plus qu’aux États-Unis, deux fois plus qu’en Belgique, trois fois plus qu’en Amérique latine et près de cinq fois plus que la moyenne mondiale.(23)
Sur le plan de l’enseignement aussi, Cuba fait partie des meilleurs au monde. Le pourcentage de Cubains adultes qui suivent un enseignement supérieur est la plus élevé au monde, après la Corée du Sud, soit 95 %. Il est à remarquer que le Venezuela se pointe en 8e position, avec 78 %.(24)
Cuba présente de tels résultats parce que le pays consacre un pourcentage élevé de sa richesse aux soins de santé et à l’enseignement. On peut le voir sur le graphique ci-dessous.(25)

Plus généralement, il s’agit de la question de savoir dans quelle mesure un pays consacre ses moyens économiques (limités) au développement social de sa population ou, encore, à quel point un pays est réellement « social ». Le rapport le fait systématiquement en comparant le classement sur le plan de la richesse économique (PNB par habitant) à celui sur le plan de l’IDH.
Vu ce qui précède, il ne faut pas s’étonner que Cuba fasse le meilleur résultat. Sur le plan du PNB par habitant, Cuba ne se classe qu’en 103e position. Mais, sur le plan de l’IDH (hors économie), il gagne 77 places pour se retrouver en 26e position. D’autres pays affichent de bons résultats aussi – même s’ils sont un peu moins bons : la Géorgie, la Nouvelle-Zélande et Madagascar. D’autres pays – des pays « antisociaux », donc – font de très mauvais scores : les États du Golfe, la Turquie, la Guinée équatoriale, le Botswana…(26)

Même le graphique ci-dessus montre que Cuba atteint un score comparable à celui de la Belgique et même meilleur que celui de la Grande-Bretagne. Cela montre qu’un pays ne doit pas disposer directement de moyens financiers pour atteindre quand même un développement social élevé. C’est un constat des plus encourageants, pour une importante partie du monde.
Le graphique ci-dessous présente une comparaison des résultats de Cuba aux meilleurs résultats mondiaux. Un résultat de 100 signifie qu’on est le meilleur au monde et 0 qu’on est le plus mauvais. Un résultat intermédiaire montre votre position par rapport aux deux. La ligne en pointillé est celle des résultats de l’OCDE, le club des 30 pays les plus riches de la planète. Sur le plan de la mortalité infantile et de l’espérance de vie, Cuba propose des résultats tournant autour de la moyenne de l’OCDE. Sur le plan de l’enseignement, il fait même mieux que la moyenne. Mais son PNB par habitant, par contre, est nettement inférieur.

Pour la plupart des pays, la mesure du bas (le PNB par habitant) est à peu près au même niveau que les trois du dessus (indicateurs sociaux). Pour Cuba, ce n’est pas le cas, la différence est remarquable. Dans le rapport, on ne trouve aucun pays avec un profil semblable. Seuls le Vietnam et le Kerala (un États du sud-ouest de l’Inde) s’en rapprochent un peu.(27)
Empreinte écologique et catastrophes naturelles
Le rapport déplore que peu de pays combinent un développement social élevé et une faible empreinte écologique. Une faible empreinte écologique signifie que le modèle de consommation et de production ne dépasse pas la biocapacité moyenne du monde (1,8 ha par habitant), autrement dit, que le pays a assez d’une seule planète pour assurer son mode de vie.(28)
Neuf pays entrent en ligne de compte pour une combinaison socio-écologique favorable : la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Albanie, la Jamaïque, Cuba, l’Équateur, le Pérou et le Sri Lanka. Si nous prenons l’IDH moyen des 47 pays les plus riches (0,758), il ne reste plus que Cuba. (29)

 

 

Le réchauffement climatique a son prix, littéralement parlant. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes et de plus en plis violentes. Le coût des catastrophes naturelles qui se sont surtout produites dans les pays du Sud, a été en 2011 de 365 milliards de dollars. C’est près de trois fois plus que l’aide totale au développement cette même année.(30)
Les dégâts environnementaux provoquent également la pauvreté, surtout dans les pays du Sud. Si des modifications considérables ne se produisent pas dans la politique environnementale, le rapport prévoit que l’extrême pauvreté s’accroîtra dans le monde, passant de 1,2 milliard en 2010 à 3,2 milliards en 2050. Par contre, une politique mûrement réfléchie sur le plan social et écologique pourrait entièrement, ou presque, éradiquer l’extrême pauvreté pour cette même date.(31)
Source : Investig’Action
Notes :
[1] De UNDP is het VN-orgaan dat zich bezighoudt met armoede en ontwikkeling in de wereld. Het rapport van 2013 vind je hier.
[2] In 2011 bedroeg de totale geproduceerde rijkdom (het zogenaamde wereldbrutoproduct) 69.014 miljard dollar (uitgedrukt in 2005 PPP dollars). [p. 165] De berekening voor het gemiddelde gezin gaat van de plausibele veronderstelling uit dat het besteedbaar inkomen 70% van het bnp bedraagt. In sommige landen is dat meer, in andere minder. De cijfers worden uitgedrukt in dollar PPP. Dat cijfer houdt rekening met de prijsverschillen tussen landen voor dezelfde goederen of diensten en drukt de reële koopkracht uit.
[3] Bronnen :
[4] Bronverwijzing : Aandeel in wereldproductie : p. 2 ; handel : p. 45 ; buitenlandse investeringen : p. 47.
[5] p. 17.
[6] p. 12.
[7] p. 45.
[8] Resp. p. 45 en 15.
[9] p. 3.
[10] p. 25-6.
[11] p. 43.
[12] p. 51.
[13] Het rapport steunt zich hiervoor op een studie van de Wereldbank.http://siteresources.worldbank.org/INTPOVCALNET/Resources/Global_Poverty_Update_2012_02-29-12.pdf.
[14] p. 26.
[16] p. 25.
[17] Sinds het rapport van 2011 geeft de UNDP twee soorten van Human Development Index (HDI). De eerste HDI houdt rekening met gezondheid, onderwijs en het bnp per inwoner. De tweede indicator is de Non-income HDI. Daar laat men het bnp per inwoner weg. Deze indicator geeft vooral de sociale score weer van een land.
[18] p. 149-151. Het betreft hier de HDI met inbegrip van het bnp per inwoner. Het rapport geeft geen evolutie van de non-income HDI.
[19] Analfabetisme : p. 145-6 ; aantal extreem armen : p. 160-1 en http://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY.
[20] Resp. p. 167-8 en p. 90.
[21] Levensverwachting : p. 146-7 ; kinderarbeid : p. 176 ; zie ook http://blog.wisdomjobs.com/child-labour-in-india/.
[22] p. 149 en 151.
[23] p. 166-9.
[24] p. 170-1.
[25] p. 162-5.
[26] p. 144-7.
[27] Voor Vietnam zijn de percentages voor de sociale indicatoren resp. 88%, 21% en 77%. Voor het bnp per inwoner is de score 3%. [p. 146, 168 en 172.] Deelstaten zoals Kerala worden niet opgenomen in het rapport. De percentages voor Kerala zijn resp. 95%, 24%, 73% en 7%.
Bronverwijzing : http://pib.nic.in/newsite/PrintRelease.aspx?relid=73084 ;http://www.srtt.org/institutional_grants/pdf/globalisation_higher_education.pdf ;http://www.undp.org/content/dam/india/docs/inequality_adjusted_human_development_index_for_indias_state1.pdf, p. 16.
[28] p. 34.
[29] Het rapport vermeldt de landen niet expliciet ; we hebben de lijst zelf samengesteld. Voor de HDI, zie p. 144-7 ; voor de voetafdruk : http://en.wikipedia.org/wiki/File:H….
[30] p. 95. De ontwikkelingshulp bedroeg in 2011 133,5 miljard dollar. http://www.oecd-ilibrary.org/develo….
[31] p. 96.
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Après la publication par Le Monde d’un « reportage » censé apporter la « quasi preuve » que Bachar el-Assad utilise des armes chimiques, et dont tout indique qu’il a été « monté » en collusion avec le gouvernement français (*), l’offensive diplomatique de ce dernier pour tenter à toute force d’obtenir une intervention militaire en Syrie vient de franchir un nouveau pas.

« La France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée » a déclaré le 4 juin le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius dans un communiqué, en précisant par la suite sur France 2 qu’il ne faisait « aucun doute » que ce gaz avait été utilisé par « le régime et ses complices ». La stratégie du mensonge qui a déjà permis aux puissances de l’OTAN de bombarder la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, va-t-elle cette fois encore permettre de frapper la Syrie ?

Après avoir qualifié les mercenaires qui depuis deux ans terrorisent et martyrisent le peuple syrien de « résistants, révolutionnaires », après avoir répété « Bachar doit partir », au mépris de la volonté de son peuple qui soutient à 70% son gouvernement [http://www.silviacattori.net/article4514.html#nb1″>1], après avoir appelé l’Union européenne à armer ces mercenaires, Laurent Fabius prétend maintenant détenir des analyses de laboratoire « prouvant l’usage de gaz sarin » par l’armée regulière syrienne.

http://www.silviacattori.net/article4514.html#nb2″>2] ?

Pourquoi M. Fabius et les journalistes du Monde n’ont-ils fait aucun tapage médiatique quand, le 29 mai, la police turque avait découvert quatre kilos de gaz sarin à Adana, en Turquie, en possession de membres du front Al Nosra qui auraient avoué vouloir acheminer ce gaz sarin vers les zones de combat en Syrie ? [http://www.silviacattori.net/article4495.html” name=”nh3″ href=”http://www.silviacattori.net/article4514.html#nb3″>3]

http://www.silviacattori.net/article4511.html” name=”nh4″ href=”http://www.silviacattori.net/article4514.html#nb4″>4], cela n’a-t-il pas non plus été rapporté par Le Monde ?

Même prudence du côté de l’ONU qui par le passé avait couvert les mensonges et les abus des puissances qui ont conduit l’Irak et la Libye à leur perte : « Il n’est pas sûr que ces renseignements soient valides, en l’absence d’indications suffisantes sur la traçabilité des données recueillies » a prévenu Ake Sellström, chef de la mission d’enquête chargée par Ban Ki-Moon de vérifier les accusations d’emploi d’armes chimiques en Syrie. [http://www.silviacattori.net/article4514.html#nb5″>5]

Combien de temps faudra-t-il à l’opinion publique pour comprendre que les objectifs de leur gouvernement -la France et la Grande Bretagne en tête- sont criminels et que les reporters de guerre, envoyés spéciaux, correspondants -de France télévision, Radio France, Arte, France 25 notamment- qui couvrent leur crimes sont généralement liés aux renseignements militaire et font partie d’un tout, de la machine de guerre ?

Silvia Cattori

(*) Voir : « L’enquête sur les armes chimiques par deux reporters du Monde en Syrie : Une nouvelle manipulation », par Silvia Cattori, 31 mai 2013.
http://www.silviacattori.net/article4498.html

Voir également : « Le Monde fait de la propagande pro-guerre sur les armes chimiques en Syrie », par Anthony Torres et Alexandre Lantier, 5 juin 2013.
http://wsws.org/fr/articles/2013/jui2013/mond-j05.shtml

 


 

[1] Voir : « OTAN : 70% des Syriens soutiennent Assad », 2 juin 2013.
http://www.silviacattori.net/article4508.html
Et, selon un rapport de l’agence centrale du renseignement américain (CIA) « un ensemble de rapports et de sondages collectés au sujet des élections présidentielles de 2014 vient le confirmer : si Bachar al-Assad est à nouveau candidat, il l’emportera avec 75% des voix ».

[2] Voir : « Syrie : comment les échantillons de gaz sarin ont été rapportés », par Jean-Philippe Rémy, Le Monde, 5 juin 2013.
http://www.lemonde.fr/international/article/2013/06/05/la-france-confirme-deux-cas-d-utilisation-de-gaz-sarin-en-syrie_3424378_3210.html

[3] Voir : http://www.silviacattori.net/article4495.html

[4] Voir : http://www.silviacattori.net/article4511.html

[5] Voir : « Prudence à l’ONU après les annonces sur le gaz sarin en Syrie », Reuters, 6 juin 2013.
http://fr.news.yahoo.com/prudence-%C3%A0-lonu-apr%C3%A8s-les-annonces-sur-le-084446304.html

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L’incroyant, l’athée, l’agnostique devenu Président d’Uruguay et le croyant, le pasteur, le catholique, devenu Pape de l’Église universelle se sont accueillis mutuellement avec affection et ont partagé pendant plus de 45 minutes leur vécu et leur vision du monde. La plus longue audience, à ce jour, consentie par le pape François à un président.

Il s’agit incontestablement d’une rencontre historique et transcendante tant par son contenu et que par l’authenticité des deux personnages. Déjà, nous avons une idée du pape François qui avait troqué son palais épiscopal pour un petit appartement et sa limousine pour le transport en commun, mais peu connaissent, dans nos milieux, Jose Mujica. Qui est-il donc ce personnage?

Jose Mujica

Je résumerai ce que vous pouvez lire sur le lien plus haut indiqué, ainsi que sur certains autres sites que j’indiquerai dans cette brève présentation.

Jose Mujica est un ex-guérillo du Mouvement de libération nationale — Tupamaros [une guérilla urbaine d’extrême gauche des années 1960, menée contre un régime autoritaire puis écrasée par l’armée en 1973]. Arrêté, il passera les 15 années suivantes en prison dans les pires conditions de détention. Amnistié au retour de la démocratie en 1985, il s’incorporera à la vie politique. Il sera élu député et deviendra par la suite sénateur, puis ministre de l’Agriculture, avant de devenir président de son pays.

Il se caractérise par une vie simple, sans prétention et sans luxe. Il continue de vivre sur sa petite ferme avec sa conjointe dont la trajectoire de vie rejoint la sienne. Voici quelques anecdotes relevées ici et là.

Suite à son élection comme président, il fait don de 90 % de son salaire, fixé en dollars des États-Unis à environ 12.500 $, à des fonds de bien-être. Chaque mois, Pepe Mujica reçoit 250.000 pesos pour son travail en tant que président de l’Uruguay et commandant en chef de l’armée, ne gardant pour lui-même et ses besoins de subsistance que 20.000 pesos par mois. Le reste est distribué à partir du Fonds de Raul Sendic, qui gère sa plate forme politique, le Mouvement de participation populaire. Cet argent sert au développement de petites entreprises de productions, à des collaborateurs dans le besoin, à des ONG qui travaillent au développement de logements. Il dit, à qui veut l’entendre, qu’«avec cet argent il a tout ce qu’il faut et que cela doit lui suffire parce qu’il y a beaucoup d’autres concitoyens et concitoyennes qui vivent avec beaucoup moins. ». Il est considéré et reconnu comme le Président le plus pauvre de l’Amérique latine.

Suite à son élection comme président, il offre le Palais présidentiel comme refuge pour les mendiants et les sans-abri. Il propose de donner les jubilations présidentielles, pensions astronomiques versées par obligation constitutionnelle, aux anciens présidents du pays, à des organismes d’aide aux plus nécessiteux.

Il utilise, dans le cadre de ses fonctions présidentielles, une simple Chevrolet Corsa. Depuis le jour où il s’était présenté avec sa moto Vespa au Parlement, à la fin de la dictature, pour y être assermenté comme député, Mujica n’a rien changé à ses habitudes. Fini le toilettage de l’époque du prosélytisme politique. Il en va de même pour le  protocole qui est bien loin de ses préoccupations habituelles.

Le dernier exemple en date est celui de sa visite à la quincaillerie du quartier Paso de la Arena, pour y acheter un couvercle de toilette. Ayant acheté ce qu’il fallait, il accepta sur le champ une invitation informelle de la jeunesse de la région, regroupée dans un petit Club de football, Huracan. Sans sécurité, sans euphémismes, Mujica a fait un petit discours d’encouragement aux joueurs qui participent au tournoi de Seconde Division professionnelle …, tenant bien en main le couvercle de toilette qu’il venait d’acquérir.

Peu de temps après, une Volkswagen Fusca, bien conservée, arrive et se stationne juste en face du gymnase du Club. Avec des sandales et en tenue sportive, le Président passe plusieurs minutes avec les jeunes athlètes, et leur promet une plus grande attention à l’institution en plus de leur promettre de venir «manger un barbecue avec eux si le club passe au premier rang. Ils ont pris des photos, il a accepté des photos, leur donna l’accolade et est reparti sous les applaudissements de tous, portant dans ses bras, Manuela, sa chienne, qui comprend tous les sujets à ce stade du mandat.

De retour à sa ferme, protégée discrètement par quelques policiers à distance qu’il souhaiterait ne pas avoir, le président uruguayen Mujica poursuit sa journée.

Conformément à sa dernière déclaration soumise au Conseil de la transparence et l’éthique publique, Mujica  n’a, comme bien personnel, que sa voiture, alors que la ferme où il vit est au nom de la première dame et sénatrice Topolansky, qui a également fait un don d’une partie de son salaire. Sans compte bancaire, sans dettes, il dort tranquille, et déclare espérer terminer son mandat pour se reposer avec encore plus de tranquillité sur sa petite ferme de Rincon del Cerro.

Le président Mujica qui se dit non croyant a pensé que son vice-président, profondément croyant, saurait apprécier mieux que lui d’être présent à l’assermentation du nouveau pape François. Aujourd’hui, c’est à sa demande que le pape François le reçoit comme un grand sage.

Deux amoureux de la simplicité et deux passionnés pour servir les pauvres et les plus délaissés. en eux se rencontrent, croyants et non-croyants, pour une humanité toujours plus juste et plus humaine. ceux et celles qui s’opposent à cette vision du monde sont les véritables ennemis de l’humanité. leurs noms sont mensonge, cupidité, hypocrisie, violence, pouvoir et domination.

Le bien vivre doit s’imposer aux ambitions du mieux vivre. Dans ce dernier cas c’est la porte ouverte à la cupidité et aux ambitions de conquêtes qui sont sans limites.

Nous n’en sommes plus à une confrontation entre croyants et non-croyants, mais entre humanistes et sapeurs d’humanité, entre artisans de paix, de justice et fauteurs de troubles et prédateurs.

Oscar Fortin

Québec, le 1er juin 2013

 

Références 

http://www.courrierinternational.com/article/2009/10/22/une-sorte-de-lula-bis

http://www.lanacion.com.py/articulo/128019-encuentro-del-papa-con-presidente-uruguayo-a-quien-llama-un-hombre-sabio.html

http://www.ambito.com/noticia.asp?id=691069

http://www.periodistadigital.com/religion/vaticano/2013/06/01/mujica-es-un-papa-que-si-lo-dejan-va-a-hacer-una-revolucion-en-el-seno-de-la-iglesia-hacia-la-sencillez-religion-iglesia-vaticano-francisco-uruguay.shtml

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Mai 68 en Turquie : Réelle malvie et nostalgie d’empire

juin 7th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«L’érudition n’est pas la science, de même que les matériaux ne sont pas l’édifice.»

 Proverbe turc

Des émeutes de plus en plus incontrôlables eurent lieu ces derniers jours en Turquie. Mis en cause un projet d’urbanisation et aussi la dureté de la répression par la police. La résistance face aux projets de construction dans le parc Gezi, dans le quartier Taksim à Istanbul, s’est transformée, ce week-end, en une remise en cause globale de la politique du gouvernement turc, et la révolte s’est propagée dans toute la Turquie.

Les médias occidentaux pensaient et pensent  que le dernier «domino» allait tomber. Ils ont présenté cette colère comme celle d’une Turquie ultralaïque qui en a marre de l’AKP et tout est fait pour forcer l’analogie avec les places Tahrir et partant avec les tyrans arabes. Pas un mot d’une analogie avec mai 1968 en Europe au sortir des trente glorieuses bâties sur la sueur des émigrés. Quand Daniel Cohn-Bendit et ses camarades avaient mis à mal le gouvernement de De Gaulle ce n’était pas pour du pain comme la plupart des révoltes dans les pays arabes, mais c’était pour secouer un ordre ancien en interdisant d’interdire…

Les journalistes voulaient ainsi, montrer que ce mouvement «spontané» touchait toutes les couches de la société, toutes sensibilités, jeunes ou vieux, mais en filigrane on sent l’attaque contre l’Islam, avec les allusions à l’alcool à la laïcité, au mode de vie à l’européenne Florilèges de quelques impressions le plus souvent sollicitées par les journalistes occidentaux qui avaient un cap: «Il y avait longtemps que le ´´peuple´´ n’avait pas réagi, malgré les restrictions sur l’alcool, l’annulation de certaines fêtes nationales par le gouvernement, l’impossibilité d’organiser le 1er-Mai… » (1)

 « A croire que tous les esprits s’étaient accordés: dans les rues d’Ankara, jeunes actifs, étudiants, pères et mères de famille, issus des classes moyenne et populaire marchaient ensemble pour soutenir Istanbul sans mauvaises intentions. A la base de toutes les manifestations qui se sont multipliées en Turquie pendant trois jours, il y a une colère irrésistible qui s’est développée pendant le gouvernement de l’AKP (le Parti pour la justice et le développement d’Erdogan). Les citoyens turcs sont confrontés à une attitude et une politique de renoncement par le gouvernement de plusieurs valeurs morales importantes pour les Turcs. Tout d’abord, des attitudes hostiles contre Atatürk et ses valeurs, comme la République, les fêtes nationales, la laïcité. (…) Les hommes dans ces manifestations ont essayé de souligner que nous n’avons pas seulement des valeurs religieuses, mais aussi celles nationales, sociologiques et plus profondément des valeurs réelles. Nous ne voulons pas une Istanbul qui devient un bazar de bâtiments et de shopping centers’. Nous ne voulons pas vivre dans une ville où les arbres sont coupés au nom d’une régularisation de l’environnement sans prendre l’avis des Stambouliotes.»(1)

Il y a cependant d’autres causes objectives. Il est vrai que l’on ne peut pas vivre uniquement pour survivre. Il est nécessaire que les corps exultent et toutes les conditions sont réunies pour que la mayonnaise prenne :

«Cette révolte peut être résumée par deux réalités: la jeunesse étudiante, se réclamant de Mustafa Kemal Atatürk, est dans la rue pour dénoncer la pratique trop longue du pouvoir de l’AKP. Mais il y a aussi la réalité alévie, niée par les médias: cette minorité religieuse en Turquie dénonce la politique fondée sur le sunnisme de M.Erdogan, qui se traduit par sa politique contre Bachar Al- Assad et le nom choisi au futur pont à Istanbul: Selim Ier ou Yavuz Sultan Selim, le sultan génocidaire des Alévis… La population veut simplement que le gouvernement respecte leur mode de vie, sans les insulter ni tenter d’islamiser la société. Beaucoup parlent de ´´démocratie à reculons´´, car les droits et les libertés sont de plus en plus limités. Depuis onze ans, nous sommes chaque jour un peu plus pris en étau par Erdogan, qui est le seul acteur dans toutes les lois et les sanctions grâce à son fort pouvoir au Parlement. (…) il insulte Mustafa Kemal Atatürk, notre grand héros et fondateur de la Turquie moderne et laïque, et ses sympathisants. (…) Nous sommes des socialistes, des républicains, des communistes, des libéralistes, des démocrates, des anarchistes. Nous sommes musulmans, athées, chrétiens, juifs. Nous sommes des gens qui nettoient les rues le lendemain de ´´la guerre´´.» (1)

Parti du parc Gezi à Istanbul, le mouvement de contestation en Turquie a surpris, autant par sa soudaineté que par son ampleur et son expansion à plus de quarante villes de province. ´´A Istanbul, comme à Ankara ou Izmir, cela était attendu depuis des mois. Les journaux étaient inondés de signaux alarmants à destination du pouvoir indiquant que les choses ne pouvaient continuer comme cela en matière de contrôle du corps et de l’espace public´´, analyse Hamit Bozarslan, historien à l’Ehess. (…)Parmi ces manifestants, nombreux sont sans affiliation politique mais ont une sensibilité de gauche libérale, écologiste, défendent les droits de l’homme, ´´Ces contre-pouvoirs se sont émoussés ces dernières années´´, indique Jean Marcou »

    « « La dérive autoritaire est très claire depuis 2008-2009. Il y a un culte de puissance. Individuel: Recip Tayyep Erdogan est devenu très puissant et dans son amour-propre, il n’arrive pas à comprendre pourquoi il est défié. National: de la Turquie qui se projette comme une superpuissance mondiale. Du parti: l’AKP est un super-parti avec 50% d’opinions favorables après onze ans au pouvoir. ´´On n’est pas dans un processus de soulèvement, de printemps turc’ comme on a pu le lire ici et là, car le pouvoir est politiquement et électoralement légitime´´, indique Jean Marcou. La société turque est devenue extrêmement conservatrice au cours des vingt dernières années. ´´Elle a été marquée, comme dans le reste du Moyen-Orient, par une crise identitaire violente allant dans le sens d’un conservatisme social face aux transformations socio-économiques considérables. Ce qui explique l’hégémonie de l’AKP´´, explique Hamit Bozarslan» (2).

Pour rappel, samedi 1er juin, tard dans l’après-midi, les forces de police se sont retirées de la place. Les bars de la rue de Pera sont envahis de jeunes gens exprimant leur frustration à grand renfort de bière. Les gens se pressent autour de moi pour me parler, l’air frondeur et déterminé. Ils demandent le départ du gouvernement d’Erdogan et sont résolus à rester sur la place Taksim tant qu’il le faudra. ´´Tous les Turcs ne sont pas pareils, me disent-ils. Il y a des Turcs, des Kurdes, des alévis et d’autres minorités, les gays, les hétéros et tout ça. Nous voulons que tout le monde soit respecté et accepté.» (3)

Pourquoi les manifestations contre un projet d’urbanisme à Istanbul se sont-elles transformées en protestations contre le pouvoir du Premier ministre? Parce que celui-ci s’est isolé dans un refus des critiques et semble avoir choisi la fuite en avant, estime un éditorialiste. Erdogan, qui s’est enfermé dans une tour d’ivoire où aucune critique ne peut plus l’atteindre, ne veut pas voir que les projets qu’il a décidés et qu’il estime utiles à la collectivité suscitent en réalité de sérieuses objections dans de nombreuses franges de la société. Il ne veut pas non plus entendre que cette société n’accepte plus que tous les mécanismes de décision ne se trouvent plus que dans les mains d’un seul homme. (…) Il n’a pas compris que ménager la minorité, même s’il dispose d’une majorité confortable, n’est pas le signe d’un manque de puissance mais bien une preuve de vertu, et que le pouvoir faire montre de souplesse quand il le faut n’est pas un signe de faiblesse mais bien d’une grande intelligence politique.

Par ailleurs à l’international après avoir, littéralement, contribué  à la « fitna » ( le chaos)  dans le Monde arabe, Erdogan se permet de par une ivresse du pouvoir, de donner des leçons çà et là dans le Monde arabe, Erdogan subit lui-même la colère de son peuple. « Erdogan commence à subir l’effet retour de sa politique d’ultralibéralisme défavorable aux pauvres et d’ingérence coûteuse dans les affaires syriennes. Le peuple turc ne veut pas de la politique d’Erdogan qui a coupé ses contacts commerciaux via la Syrie. Il veut la paix, le bon voisinage. Toutes les tendances ont des griefs: les laïcs, les Kurdes, les Alévites, les Arabes, les communistes en ont assez, mais aussi les partis islamistes d’opposition en ont assez de l’alliance entre la Turquie à l’Otan et à Israël. Tout cela sous couvert hypocrite d’islam ». (4).

La réalité du « modèle turc »

Pourtant, Erdogan c’est 52% des voix et 70% d’opinions favorables en Turquie, c’est l’homme qui a sorti le pays du tiers-monde et son gouvernement est considéré comme le plus populaire depuis l’avènement de la Turquie. Il y a une réalité: cet ancien empire est en train de revenir sur le devant de la scène. La Turquie de par son histoire, sa profondeur stratégique, son poids démographique, près de 80 millions, est en train de s’affirmer comme un pays émergent qui a toute sa place dans le Bric’s. Pour rappel, la Turquie d’Atatürk avait octroyé le vote aux femmes dès les années 30 bien avant la plupart des pays européens

«Contrairement à l’Union européenne, en plein marasme économique et politique, écrit José Ignacio Torreblanca, c’est un pays sûr de lui et en plein essor économique qui se rend aux urnes le 12 juin. Une puissance émergente érigée en modèle par les démocraties moyen-orientales naissantes et que l’UE n’a pas su garder dans son giron. Cela faisait des années qu’on se demandait si la Turquie était européenne ou asiatique, si elle était tournée vers l’Occident ou vers l’Orient, et on a enfin trouvé la réponse. En fait, la question était mal posée. La Turquie ne va ni vers l’est ni vers l’ouest, elle va vers le haut. En seulement une décennie, la Turquie a vu son PIB multiplié par quatre, passant de 200 à 800 milliards de dollars (550 milliards d’euros); elle a triplé son revenu par habitant, qui est passé de 3000 à 10.000 dollars; elle a réduit sa dette publique de 75% à 40% du PIB et ramené sa prime de risque très en dessous du niveau de la plupart des pays du sud de l’Europe. Entre-temps, l’Union européenne stagne, et beaucoup se demandent si elle n’a pas cessé de progresser, si son avenir n’est pas marqué par le déclin, si les Européens ne sont pas résignés à un recul de leur niveau de vie.(5)

« Poursuivant son plaidoyer, sur le feuilleton de l’adhésion à l’Europe depuis 1959, Ignacio Terreblanca écrit: «Alors même que l’Europe débattait sur l’adhésion de la Turquie, s’offrant le luxe de négliger ce pays, voire de le mépriser ouvertement, les Turcs ont battu en brèche tous les stéréotypes et ont volé de succès en succès. (…) Cette Turquie pauvre et analphabète qu’on nous a si souvent dépeinte, qu’on disait peuplée de paysans anatoliens ignorants, avides de prendre d’assaut la forteresse du bien-être européen, appartient au passé. Dans les rues de Rabat, de Tunis ou du Caire, l’Europe a cessé d’être le modèle à suivre au profit de la Turquie, un pays qui démontre qu’il peut être à la fois musulman, démocratique et prospère, et même avoir une politique extérieure indépendante, non soumise aux diktats de l’Occident. Apparue dans un espace méditerranéen sous le joug de dictatures serviles, la Turquie [du Premier ministre] Recep Tayyip Erdogan laisse présager un avenir où de nombreux régimes indépendants et fiers n’hésiteront plus à montrer du doigt l’Europe quand elle appliquera deux poids, deux mesures face à Israël, à l’ouverture des marchés, aux droits de l’homme, à la prolifération nucléaire ou à l’immigration».(5)

Il est vrai que nous sommes toujours à la promesse d’adhésion en 1999, les négociations durent depuis huit ans et des pays autrefois communistes sont maintenant adoubés, même la partie cypriote grecque fait partie de l’Union. Juste retour des choses, cette partie envie l’autre partie cypriote turque et il n’est pas sûr que les Turcs veulent bien encore d’une adhésion, à moins que cela l’Europe du déclin en fasse la demande.

 

L’ivresse du pouvoir et la nostalgie de l’empire perdue

Cependant tout n’est pas rose ; Au fil du temps Erdogan, devient de plus en plus mégalomane. Hassan Cemal ancien journaliste licencié nous parle de la folie des grandeurs et de la dérive progressive d’Erdogan lui qui a connu la torture. : « Erdogan, lui aussi, a connu la prison, et il y a même été torturé. (…)Dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union européenne (UE), il a réalisé des avancées indéniables sur le plan du droit et de la démocratie. Il a ainsi mis un terme à la tutelle que l’armée exerçait sur la société et a fait en sorte que l’autorité militaire dépende désormais de l’autorité civile élue, c’est-à-dire du gouvernement, ce qui était juste. Sauf qu’il s’est ensuite substitué aux militaires qui freinaient le processus démocratique et s’est mis à son tour, considérant qu’il incarnait désormais l’Etat, à bloquer cette évolution démocratique.  Il est ainsi devenu avec le temps l’unique source du pouvoir, à tel point qu’il s’est mis à penser que “l’Etat, c’était lui”. Tout en recourant de plus en plus souvent à la force, il a, peut-être sans s’en rendre compte, été pris par une sorte d’ivresse du pouvoir. Une sorte d’orgueil d’enfant gâté qui ne veut plus lâcher le pouvoir, qui sait tout et qui ne tolère plus aucune critique » (6)

On l’aura compris l’ivresse du pouvoir la nostalgie d’empire a fait que progressivement il en soit amené à vouloir tout contrôler  et particulièrement le quatrième pouvoir des médias qui en vinrent à être tétanisés au point que la couverture de la révolte soit minimisée voire ignorée .Hassen Cema poursuit : «  (…) Il s’est aussi permis de réunir à Ankara les patrons de médias et des rédacteurs en chef pour leur expliquer quelles étaient les lignes rouges à ne pas franchir. C’est encore lui qui a le dernier mot lorsqu’il s’agit de savoir comment les journaux et les chaînes de télévision doivent être répartis entre ces différents patrons. Il décide alors à qui on va ôter un quotidien ou une chaîne et à qui on va les réattribuer. L’ombre d’Erdogan sur les médias s’est fait sentir dans la façon dont ont été couverts les événements du parc Gezi. Nous avons ainsi pu mesurer l’état pitoyable des médias dont la couverture de cette mobilisation a été scandaleuse.  (…) Le nombre de journalistes et d’éditorialistes qui ont perdu leur job à la suite des manœuvres en coulisse n’a cessé d’augmenter. (6)

Enfin parlant des disparités ethniques le journaliste pointe du doigt le peu d’effort d’Erdogan pour régler les problème  des minorités : « La sensibilité des alévis [chiites hétérodoxes anatoliens, minoritaires] pour lesquels aucune solution n’a été apportée durant les mandats d’Erdogan n’a absolument pas été prise en compte lors du choix du nom du troisième pont sur le Bosphore [Yavuz sultan Selim, c'est-à-dire Selim Ier, sultan ottoman connu pour avoir combattu violemment les chiites ; ce pont a été inauguré en présence d'Erdogan le 29 mai].  (…) Souhaitons que les personnes de bonne volonté qui sont dans son entourage puissent freiner ce penchant autoritaire et le ramener à la raison ».(6)

Erdogan à Alger malgré le chaos place Taksim

Laissant une situation de chaos, sûr de lui, Recep Tayyip Erdogan, se permet de s’absenter quatre jours de Turquie pour un périple en brochette au Maghreb. Il  est arrivé à Alger pour une visite d’une journée dans le cadre d’une tournée maghrébine qui l’a conduit, au Maroc et en Tunisie. A la tête d’une importante délégation comprenant plus de 200 acteurs et chefs d’entreprise.

Pour rappel, écrit Said Rabia décrivant l’ingérence turque dans le printemps arabe: «Aux côtés du Qatar, la Turquie a joué un rôle important dans la chute des régimes dictatoriaux. Dans le cas de la Libye, elle y a participé pleinement. Les Turcs voyaient d’un si bon oeil l’arrivée au pouvoir, au Maghreb et ailleurs dans le Monde arabe, des Frères musulmans prêts à ouvrir les portes aux frères de l’AKP plus qu’à n’importe quel autre. (..) En Algérie, la mayonnaise de l’AKP, bien qu’elle ait ses adeptes, n’a pas pris. C’est donc dans un contexte politique totalement différent de celui d’il y a deux ans que Recep Tayyip Erdogan arrive dans les pays du Maghreb. En Algérie, les Turcs sont depuis longtemps dans le secteur du bâtiment et viennent de mettre le paquet dans le textile avec plusieurs usines. Plus de 200 entreprises turques prendront part, aujourd’hui à Alger, à un forum pour explorer les opportunités de partenariat avec leurs homologues algériennes.» (6)

Le Premier ministre a prononcé, à cette occasion, un discours devant les élus de la nation. Au plan économique, cette visite permettra aux deux responsables de l’exécutif, de passer en revue l’ensemble des volets de la coopération bilatérale, notamment dans d’autres secteurs comme l’énergie, les transports, le commerce, la pêche, l’industrie, la construction des infrastructures économiques et sociales. Le Premier ministre turc, Recep Tayyib Erdogan, a émis mardi à Alger le voeu de supprimer les visas d’entrée entre l’Algérie et la Turquie. ´´Nous avons supprimé les visas d’entrée avec 70 pays, alors pourquoi pas avec l’Algérie´´, a-t-il indiqué La suppression des visas d’entrée entre l’Algérie et la Turquie va encourager les échanges entre les deux pays, notamment dans le domaine touristique.

On peut regretter cependant que l’aspect culture et archives historiques soit absent de ce deal. Les relations de plus de trois siècles ne peuvent et ne doivent pas se résumer à un dialogue de marchands C’est peut être là aussi, l’un des signes de mépris dans lequel  le « sultan » Erdogan croit pouvoir tenir les anciennes régences.

Aux dernières nouvelles, et malgré les excuses la tension ne faiblit pas. La porte-parole de la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navy Pillay, a demandé à la Turquie de mener une enquête ´´rapide, complète, indépendante et impartiale´´ sur ´´les policiers qui auraient violé la loi et les normes internationales des droits de l’homme´´.

Nul doute cependant le croyons-nous -du fait des institutions légitimes-  que la Turquie surmontera cette crise, mais rien ne sera comme avant. L’autoritarisme  d’Erdogan isolé dans Tour d’ivoire plus craint que respecté , devrait laisser la place au dialogue et pourquoi pas à l’alternance après  dix ans de pouvoir sans partage. Le XXIe siècle est celui de la liberté et non celui de la contrainte . Il est vrai que  Les Turcs ne meurent pas de faim. Le chômage n’est pas structurel comme en Europe, mais il est important que toutes les sensibilités se sentent en sécurité, libres de réfléchir et de vivre en harmonie avec un libre arbitre qui respecte les autres sensibilités.

L’agitation des médias occidentaux n’est pas neutre en filigrane, il est demandé aux Turcs de jeter par-dessus bord des siècles d’équilibres sociologiques et d’espérance religieuse pour aller à l’aventure de  l’anomie , celle de la théorie du genre qui dit-on est l’asymptote vers laquelle il faut tendre.  Erdogan n’a pas compris,  le croyons nous, que s’il veut faire aimer l’Islam ce n’est pas par la contrainte –Pas de contrainte en religion lit on dans le Coran-  c’est l’adhésion de chacun qui pourra alors aboutir à une  vision  apaisée d’un Islam en phase avec le monde et qui demeure un repère moral  en ces temps où il devient évident qu’il de plus en plus difficile  interdit d’interdire ..

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/03/on-se-sent-chaque-jour-un-peu-plus-pris-en-etau-par-erdogan_3422878_3214.html

2. http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/04/en-turquie-le-ras-le-bol-face-a-la-marche-triomphante-de-l-akp_3423050_3214.html

3. Ariana Ferentinou Hürriyet Gouvernement démission!´´ scande la foule à Istanbul
Daily News 3 juin 2013

4. http://www.courrierinternational.com/chronique/2013/06/03/erdogan-assiege-dans-sa-tour-d-ivoire

5. José Ignacio Torreblanca http://www.presseurop.eu/fr/content/article/705901-ni-l-est-ni-l-ouest-mais-vers-le-haut

6. Hasan Cemal | 6 juin 2013 T 24 repris danshttp://www.courrierinternational.com/article/2013/06/06/comment-erdogan-est-devenu-autocrate?page=all

7.Said Rabia: Quand les affaires font oublier la politique El Watan 4 06 2013

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Peu avant que l’Union européenne ne se prononce pour la levée de l’embargo sur les livraisons d’armes à l’opposition en Syrie, Le Monde a publié une série d’articles assurant que le régime syrien utilisait des armes chimiques contre l’opposition.

En publiant ces articles, Le Monde participe à une campagne de manipulation de pièces à conviction, dirigé contre le régime syrien du président Bachar Assad. Le but assumé des articles du Monde, préparés avec le concours de l’Etat et dénués de toute preuve concluante, est d’encourager les dirigeants des puissances impérialistes à accuser la Syrie d’utiliser des armes chimiques.

La décision du Monde de lancer de pareilles accusations, qui ont été à maintes reprises démasquées comme étant sans fondement, est sinistre et politiquement criminelle. Il est évident qu’en les publiant, le journal savait qu’il fournissait un prétexte non seulement pour la levée de l’embargo, mais pour une guerre. Le président américain Barack Obama, soutenu par les gouvernements britannique et français, a déclaré que l’utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad franchirait une « ligne rouge » provoquant une attaque par Washington.

Le Monde fonde son éditorial sur le reportage du journaliste Jean-Philippe Rémy et du photographe Laurent Van der Stockt. Selon Le Monde, ils ont séjourné pendant deux mois clandestinement en Syrie, avec l’opposition près de Damas. Le Monde ne dit rien sur comment ils ont organisé un pareil séjour, ni sur le caractère des agences militaires ou de renseignement en Europe qui les ont mis en contact avec l’opposition en Syrie.

Dans un éditorial, intitulé « Exiger la vérité sur les armes chimiques », leMonde s’enthousiasme de la spécificité des accusations qu’ils portent : « Ce qu’ils rapportent ne provient ni de vidéos affichées sur Internet par l’opposition syrienne ni de récits de réfugiés, sources habituelles des témoignages sur des attaques chimiques en Syrie ces derniers mois. Pour la première fois, des assauts chimiques sont décrits par des journalistes occidentaux, témoins directs des événements ».

Cependant, Le Monde reconnait lui-même n’avoir aucune preuve matérielle pour étayer ses accusations explosives, écrivant : « Le Monde ne détient pas la preuve irréfutable d’un recours à des armes chimiques en Syrie ».

C’est dire que les témoignages de Rémy et de Van der Stockt, tirés d’expériences et d’interviews auprès de milices d’opposition syriennes, dont les propos se sont souvent révélés faux, n’ont aucune valeur réelle. Les arguments échafaudés par Le Monde pour en tirer la conclusion que Damas utilise des armes chimiques ont tous un caractère biaisé ou malhonnête.

Dans l’article « Guerre chimique en Syrie – Sur le front de Damas », Rémy affirme : « Un jour d’attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril, le photographe du Monde a vu les combattants qui font la guerre dans ces maisons en ruine commencer à tousser, puis mettre leur masque à gaz, sans hâte apparente, mais en réalité déjà exposés. Des hommes s’accroupissent, suffoquent, vomissent ».

Ceci ne constitue pas la preuve d’un recours à des armes chimiques en Syrie, car ces symptômes ressemblent à ceux que provoqueraient une exposition à du gaz lacrymogène. Pour tenter de convaincre le lecteur que le gaz en question était en fait une arme chimique toxique, l’article ajoute : « La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d’emploi de telles armes montrent qu’il ne s’agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d’une autre classe, bien plus toxiques ».

Cette argumentation est absurde : le simple fait d’utiliser de larges quantités de gaz ne démontre pas en soi qu’il ne soit pas du gaz lacrymogène. Les forces de l’ordre en France et ailleurs répandent du gaz lacrymogène en grande quantité sur des manifestants ; Le Monde n’a pas pour l’heure proposé des frappes aériennes sur la police française pour stopper la guerre chimique qu’ils mènent contre la population française.

En fait, l’article ne démontre pas que les gaz qui auraient été utilisés sur le front de Damas aient été hautement toxiques. Le journaliste du Monde ne cite aucune mort provoquée par ces gaz—malgré le fait que, selon lui, seule une « poignée » de masques à gaz a été distribuée aux combattants de l’opposition autour de Damas. Le fait que ces derniers mettent leur masque à gaz « sans hâte » suggère d’ailleurs qu’ils ne craignent pas d’effets mortels.

La procédure qu’envisage l’éditorial du Monde pour déterminer si ses journalistes ont réellement assisté à l’usage d’armes chimiques contre l’opposition est parodique. Le Monde prétend détenir des échantillons « prélevés sur place par des médecins syriens auprès de victimes d’intoxications par des gaz toxiques utilisés lors de combats. Le seul centre scientifique certifié en France pour procéder à des analyses relevant du ministère de la Défense, ces échantillons ont été remis aux autorités françaises, qui se sont engagées à remettre au Monde l’intégralité des résultats de cette étude ».

Le Monde a ainsi récolté des matériels fournis par le personnel de l’opposition, comptant laisser à l’armée française le soin de se prononcer sur leur contenu. Une pareille méthode, qui ne jette aucun regard critique sur ses propres sources, va à l’encontre de principes fondamentaux de déontologie journalistique.

Des sections de l’opposition liées à Al Qaïda détiennent des armes chimiques, et l’Etat français comme Al Qaïda cherchent tous deux à faire monter la pression sur la Syrie. Pourtant, Le Monde ne propose ni une vérification indépendante des échantillons fournis par l’opposition, ni d’examen de leur origine ou du travail scientifique de l’armée française.

Le journal s’offre sciemment en tant que plateforme médiatique pour les manipulations les plus diverses, par des forces criminelles ou par des officines gouvernementales, qui pourraient provoquer une guerre.

Le Monde évite d’évoquer un fait d’une importance critique pour évaluer les reportages de ses journalistes : les déclarations de l’ONU qui les réfutent. Rémy et Van der Stockt ont enquêté sur l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien pendant le mois d’avril. Or, Carla Del Ponte, qui siège dans une commission d’enquête pour les Nations Unies, était chargée d’enquêter sur les armes chimiques en Syrie, et ce sur la même période. Elle a tiré des conclusions diamétralement opposées à celles du Monde.

Le 5 mai, Carla Del Ponte avait déclaré à la BBC : « Nous avons rassemblé des témoignages qui laissent penser que des armes chimiques ont été utilisées, en particulier du gaz de combat. Ce qui a émergé de notre enquête c’est que cela a été utilisé par les opposants, par les rebelles. Nous n’avons aucune, absolument aucune indication que le gouvernement, les autorités du gouvernement syrien, aient utilisé des armes chimiques. »

Employant des tactiques déloyales pour donner plus de poids à ses accusations, Le Monde cite à l’appui les allégations déjà discréditées par l’ONU, sans citer l’intervention de del Ponte.

Dans l’article « Guerre chimique en Syrie », Rémy écrit: « Plusieurs pays : les Etats-Unis, la Turquie et Israël, ont déclaré posséder des éléments matériels indiquant l’utilisation d’armes de ce type, mais n’ont pas communiqué la nature exacte de leurs preuves, ni décidé si, comme l’avait promis le président Obama en août 2012, le recours à de telles armes par le pouvoir de Damas constituerait le franchissement d’une ‘ligne rouge’ susceptible d’entraîner une intervention étrangère en Syrie contre le régime ».

Le silence de Washington, Ankara, et Tel Aviv sur les commentaires de del Ponte est la démonstration la plus éloquente que les accusations du Mondesont infondées. Si ces pays-là n’ont pas apporté les preuves jusqu’à présent quant à l’emploi d’arme chimique par Assad, c’est qu’ils n’en ont tout simplement pas.

Le Monde, quant à lui, continue sa propagande pro-guerre. Son éditorial se termine en réclamant que les gouvernements des pays de l’OTAN apportent davantage d’accusations contre Assad : « Il est urgent que les responsables occidentaux énoncent clairement ce qu’ils savent du chimique en Syrie. Qu’ils cessent de tergiverser sur la ‘ligne rouge.’ Ils doivent sortir de l’ambiguïté. Avant qu’il ne soit trop tard ».

Ce commentaire ne laisse aucune ambiguïté sur la position du comité de rédaction du Monde. Ils veulent que la campagne de provocations contre la Syrie reprenne de plus belle, et que l’OTAN prépare des chefs d’accusation contre Assad propres à provoquer une guerre. Si la guerre se déclenchait sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie et la Chine ont déjà apporté leur véto à d’autres mesures belliqueuses contre la Syrie, l’intervention serait, de surcroit, illégale selon le droit international.

Le caractère criminel d’une pareille intervention, menée avec comme alliés des islamistes d’extrême-droite liés à Al Qaïda, visant à d’étendre l’emprise des puissances impérialistes sur l’ensemble des ressources stratégiques et pétrolières du Moyen-Orient, ne fait aucun doute. Si elle entraînait une intervention directe de l’OTAN en Syrie, elle se solderait par des pertes comparables à celles infligées par l’occupation américaine de l’Irak, qui a fait plus d’un million de morts. Ceci ne compte pas le fait qu’une guerre en Syrie en provoquerait vraisemblablement une autre au Liban, voire avec l’Iran ou même la Russie.

L’appel à la guerre contre la Syrie marque une étape importante dans la putréfaction de l’élite dirigeante française. Toute une couche sociale, les dirigeants de la presse et des milieux de la « gauche » petite-bourgeoise pabliste historiquement proche du Monde, se met au service des plus basses manœuvres géostratégiques de l’Etat.

En publiant des allégations infondées sur d’éventuelles armes de destruction massive pour justifier la guerre américaine en Irak, il y a une décennie, la reporter Judith Miller du New York Times s’était durablement discréditée. Suite à l’opprobre provoqué par son rôle de propagandiste mensongère pour une guerre sanglante et criminelle, Miller a dû abandonner le Times et le métier de journaliste. Elle a ensuite siégé au Council of Foreign Relations, une boîte à idées pour le Pentagone et les services de renseignement américains.

En reprenant les méthodes de Miller contre la Syrie, dans une situation internationale même plus explosive, le comité de rédaction du « journal de référence » de la presse française s’est abaissé au même niveau de criminalité politique.

Anthony Torres et Alexandre Lantier

Article original en anglais, WSWS

 

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L’im-Monde immergé en Syrie‏

juin 6th, 2013 by Badia Benjelloun

Un correspondant du quotidien vespéral français aurait été témoin de l’emploi d’armes chimiques par l’armée gouvernementale syrienne.
La description des symptômes endurés par les miliciens « rebelles » évoquent ceux produits par des gaz neurotoxiques.
Signes ophtalmologiques avec troubles visuels et une pupille “rétractée”, signes digestifs, vomissements et signes respiratoires décrits comme raclements et suffocation.
Le récit, espéré digeste grâce la petite touche littéraire avec le petit bruit de la canette non pas sur le comptoir d’étain mais un certain cliquetis à peine audible, produit des témoignages de ces combattants et d’un médecin.

L'im-Monde immergé en Syrie‏

Le photographe du journal le Monde (en lettres gothiques) aurait souffert de troubles visuels et respiratoires durant plusieurs jours.

Première invraisemblance du récit : les gaz neurotoxiques utilisés comme armes de guerre sont certes inodores et incolores, mais les signes digestifs sont sur le même plan que les signes respiratoires. L’antidote doit être immédiatement administré pour lever le blocage des terminaisons nerveuses sans quoi la paralysie est rapidement mortelle.

Deuxième incongruité. L’iconographie censée illustrer le texte montre un homme qui tente avec une seringue de prodiguer des instillations oculaires. Les effets des gaz neurotoxiques à pénétration cutanée et respiratoire n’ont aucune chance d’être levés par des lavages oculaires. Ceux-ci ne peuvent soulager qu’en cas de gaz irritants des muqueuses.

Troisième aberration. Le médecin rebelle rapporte le cas d’un combattant qui lui a été confié avec un rythme cardiaque fou. Le blocage enzymatique qui conduit à l’accumulation du neurotransmetteur l’acétylcholine induit surtout une bradycardie, et l’hypotension majeure par absence du tonus vasculaire est l’urgence absolue. On restitue une tension artérielle inexistante avant de vouloir contrôler un rythme cardiaque, même aberrant, même anarchique. Pour être rigoureux une phase d’hypertension avec tachycardie peut être observée dans les premières minutes de l’intoxication. Le délai nécessaire pour transporter un patient jusqu’à un centre de secours à travers le dédale imposé par une zone de guerre en milieu urbain exclut cette hypothèse.

Quatrième anomalie. La consultation de n’importe encyclopédie en ligne indique comme symptôme cardinal des effets neurotoxiques les convulsions. Le sujet mortellement atteint suffoque dans un contexte de crises cloniques spectaculaires. Ce type de manifestations est si impressionnant que leur absence dans le roman permet de qualifier le récit de faux témoignage.

L’auteur à la fin de son article prend une précaution rhétorique. Il émet la possibilité de l’usage de plusieurs variétés de gaz toxiques par l’armée gouvernementale, solution élégante pour brouiller les pistes de l’usage d’un gaz mortel prohibé qu’il suggère fortement tout au long de son histoire très arrangée.

Cependant, sensation de brûlure oculaire et toux irritatives se rencontrent lors de l’exposition à des gaz lacrymogènes. À chaque dispersion de foules ou de manifestations par les CRS en France ou aux USA où l’usage des gaz poivrés connaît un regain, il faudra mobiliser la Cour européenne des Droits de l’Homme.

La publication de cet épisode survient au moment où les pays incarcérés dans l’Union Européenne ont décidé de suspendre officiellement l’embargo sur la livraison des armes à la rébellion en Syrie.
Elle est contemporaine également de la préparation des pourparlers en faveur d’un Genève II où devraient siéger les « belligérants » et les pays qui les arment et sans lesquels cette confrontation du bloc occidental avec les intérêts de puissances dites émergentes sur les décombres de la souveraineté de la Syrie n’aurait pas lieu.

Le régime syrien est explicitement accusé de crimes de guerre ou contre l’humanité au moment où plus de 15.000 soldats des armées impériales occidentales et de leurs vassaux subissent un entraînement intense en Jordanie. Cette préparation anormale sur le plan numérique indiquerait l’imminence d’une attaque type coalition contre l’Irak.

Déjà, les effets d’une dissémination du conflit au Liban se font ressentir.
Les escarmouches autour plateau occupé du Golan entre Israël et des combattants du côté syrien signalent la possibilité d’un autre front. Un char d’assaut israélien y a été récemment détruit.

Ce que redoutent le plus les rares stratèges sionistes, c’est l’extension du chaos à la Jordanie. La version officielle de la neutralité israélienne est une légende de façade. Le soutien à la rébellion syrienne a pris de nombreuses formes, y compris sous celle d’une assistance logistique et médicale. Au-delà de leur crainte que des missiles russes S 300 soient opérationnels aux mains de la défense de la souveraineté syrienne, l’embrasement de la région aura un impact civil non négligeable sur une population israélienne prête à émigrer en cas de danger. En cas de conflit militaire généralisé, l’État-majorsioniste n’oublie pas que les discours de Sayed Hassan Nasrallah ne sont pas des rodomontades. Le Hezbollah doit disposer d’un arsenal et d’un entraînement convaincants.

Badia Benjelloun
28 mai 2013

(1) “Guerre chimique en Syrie – Sur le front de Damas 1/5“, par Jean-Philippe Rémy, Le Monde, 27.05.2013

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Un rapport des Nations unies (ONU) présenté hier par la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie ( CIIES)à Genève met en lumière l’intensification de la brutalité de la guerre en Syrie et son risque de déclencher une crise internationale majeure.

Le contenu du rapport est un réquisitoire dévastateur contre les puissances impérialistes aux Etats-Unis et en Europe ainsi que leurs alliés régionaux, qui attisent une guerre civile sectaire en Syrie depuis plus de deux ans pour renverser le gouvernement du président syrien Bashar al-Assad.

Selon ce rapport, 6,8 millions de personnes sont « prises au piège dans des régions touchées par le conflit et tenues par l’opposition. » Le nombre de Syriens déplacés à l’intérieur du pays s’élève à présent à 4,35 millions et 1,6 millions de Syriens ont été contraints de fuir le pays. Le 15 mai, l’ONU estimait à 80 000 le nombre de personnes qui ont perdu la vie dans cette guerre.

« La Syrie est en chute libre, » a dit aux informations de Genève Paulo Pinheiro, président de la commission enquêtant sur les hostilités en Syrie. Il a ajouté, « Des crimes qui choquent les consciences sont devenues une réalité quotidienne. C’est l’humanité qui est la victime de cette guerre. »

Le rapport signale la dimension internationale du conflit, déclarant que « L’impasse politique actuelle et l’escalade militaire sont les sous-produits de la confrontation régionale et internationale entre les partisans du gouvernement et ses opposants, se traduisant par des expéditions d’armes et du soutien politique aux deux parties par leurs alliés respectifs. »

Le rapport fait référence à la « décision de l’Union européenne de permettre que l’embargo sur les livraisons d’armes à l’opposition syrienne expire le 1er juin, et à la livraison annoncée de batteries de missiles S-300 en provenance de Russie au gouvernement syrien. » Il indique aussi la nature de plus en plus sectaire du conflit et met en garde que ce conflit « est devenu plus complexe avec la propagation de la violence aux pays voisins, ce qui menace la paix et la stabilité dans la région. »

Depuis peu, dit le rapport, « Des combattants du Hezbollah soutiennent ouvertement l’armée syrienne au cours des opérations » près de la ville stratégique clé de al-Qusayr le long de la frontière libanaise « tandis que des membres du Front populaire de Libération de la Palestine – Commandement général font de même autour du camp de Yarmouk à Damas. »

Décrivant « des niveaux de cruauté et de brutalités nouvellement atteints », le rapport reconnaît que l’opposition en Syrie est dominée par des éléments islamistes violents responsables de crimes horrifiques contre la population syrienne.

« La violence incessante a accéléré la radicalisation des combattants anti-gouvernement, permettant aux groupes radicaux, notamment Jabhat al-Nusra, de devenir plus influents. » Le rapport décrit al-Nusra comme la colonne vertébrale militaire de l’opposition à Assad, indiquant que ce groupe reçoit de plus en plus de « soutien extérieur … en terme de recrues et d’équipement » avec des « combattants étrangers ayant des tendances djihadistes et venant souvent de pays voisins. »

Si le rapport déclare que les crimes de l’opposition n’atteignent pas « l’intensité et l’envergure » de ceux commis par le régime d’Assad, les faits dont il rend compte suggèrent le contraire. Le rapport présente les rebelles comme dirigeant les régions sous leur contrôle par le meurtre et la terreur despotique.

« Les groupes armés anti-gouvernement ont commis des crimes de guerre, dont des meurtres, des condamnations et des exécutions en dehors de toute procédure régulière, la torture, des prises d’otage et des pillages. Ils continuent à mettre en danger la population civile en positionnant des objectifs militaires dans des régions où se trouvent des civils, » explique le rapport. Il décrit comment « des civils et des soldats du gouvernement qui étaient désarmés ont été condamnés et exécutés en dehors de toute procédure régulière » dans les gouvernorats d’Alep, Damas, Dara’a, Idlib, Dayr, Al-Zawr and Al-Raqqah.

Le rapport fait référence aux nombreux massacres et exécutions commis par les rebelles, documentés par des vidéos explicites affichées sur Youtube. A Dayr Al-Zawr, un tristement célèbre dirigeant de Jabhat Al-Nusra, Qassoura Al-Jazrawi, a exécuté au moins onze homme « qui étaient agenouillés devant lui, les mains liées et les yeux bandés. » Dans un autre incident, « on a vu une vidéo montrant un enfant participant à la décapitation de deux hommes enlevés. » Le rapport estime qu’ « après enquête, apparemment la vidéo a été authentifiée. »

Bien que les crimes mentionnés dans le rapport ne représentent qu’une petite proportion des atrocités commises par l’opposition syrienne, ils font voler en éclat les mensonges disant que les Etats-Unis et les puissances européennes luttent pour un gouvernement démocratique en Syrie. En fait, les puissances impérialistes soutiennent des forces islamistes oppressives dans le but de renverser Assad et d’installer un régime pro-occidental en Syrie.

Cependant durant ces dernières semaines, le gouvernement syrien, soutenu de plus en plus par la milice libanaise du Hezbollah, repousse les rebelles sur le terrain.

Mardi dernier, la chaîne d’information télévisuelle saoudite Al-Arabiya, favorable à l’opposition, a reconnu que « Des soldats syriens ont avancé en direction du centre de la ville stratégique de Qusayr près de la frontière avec le Liban et ont chassé les rebelles d’une autre zone clé à proximité de Damas. » Un responsable gouvernemental de la province d’Homs a dit que l’armée syrienne « approche de la victoire » à Qusayr. La semaine dernière, Assad a déclaré dans une interview que « l’équilibre des forces [en Syrie] penche à présent du côté de l’armée syrienne. »

Comme les rebelles soutenus par l’occident et qui ne recueillent aucun soutien significatif auprès de la population syrienne, sont confrontés à une défaite cuisante, les puissances impérialistes se servent du rapport de l’ONU pour argumenter en faveur d’une intervention militaire, sur la base de mensonges et de déclarations infondées concernant des armes de destruction massive (ADM.) Dix ans après que des déclarations bidon d’ADM ont été utilisées comme prétexte pour la guerre criminelle américaine contre l’Irak, des techniques similaires de « gros mensonge » sont mobilisées pour proférer des menaces de guerre contre la Syrie.

Le rapport prétend qu’il « existe des motifs raisonnables portant à croire que des agents chimiques ont été utilisés. » Mais il ajoute que « Les agents précis, les systèmes de livraison ou les auteurs n’ont pas pu être identifiés. » Lors de la conférence de presse à Genève, la CIIES a demandé au gouvernement syrien que la commission d’enquête de l’ONU « se voit accorder l’accès total à la Syrie » pour tester des échantillons pris directement sur les victimes et les sites des attaques présumées.

L’évaluation du rapport contredit ouvertement les déclarations précédentes faites par un membre bien informé de la CIIES. Le mois dernier, Carla del Ponte avait déclaré que le gaz sarin utilisé en Syrie avaient été utilisé par l’opposition et non par le régime d’Assad.

Après que le rapport de l’ONU a été présenté à Genève, les puissances impérialistes ont immédiatement intensifié leur propagande, la France, ex-puissance coloniale de la Syrie et du Liban, en tête de cette campagne. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré sur la chaîne France 2 que les tests faits sur les échantillons à Paris montrent qu’« il ne fait pas de doute que c’est le régime et ses complices » qui en sont responsables.

Fabius a dit que les résultats des tests avaient été remis à l’ONU et que « toutes les options sont sur la table. » Cela signifie qu’« ou bien on décide dene pas réagir, ou bien on réagit y compris d’une façon armée là où estproduit, stocké le gaz

Washington se joint à son allié français. Interrogé sur les déclarations de Fabius, le porte-parole du département d’Etat Jen Psaki a dit qu’elle avait bien connaissance de ces rapports et a ajouté que les Etats-Unis « recherchent davantage d’informations. » Pour « le moment, adressez-vous au gouvernement français, » a-t-elle dit.

Le secrétaire de presse de la Maison Blanche Jay Carney a insisté sur la nécessité « d’établir un organe d’informations qui puisse être présenté et critiqué et qui soit la base à partir de laquelle on puisse prendre des décisions de principe. »

Il a poursuivi, « Je peux vous assurer que nous travaillons de façon assidue sur cette question au gouvernement avec nos alliés et l’opposition syrienne. »

L’été dernier, le président américain Barack Obama avait déclaré que l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien signifierait le franchissement d’une « ligne rouge » et provoquerait une attaque américaine.

Johannes Stern

Article original, WSWS, paru le 5 juin 2013

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Alors que les fonctionnaires étaient en grève dans toute la Turquie lundi, une deuxième grande fédération syndicale turque a demandé à ses membres de mener une grève nationale le 5 juin pour s’opposer à la répression policière exercée par le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre des manifestants pacifiques.

Le nombre de morts de cette répression brutale est passé à deux mardi avec la mort d’Abdullah Cömert, un membre de 22 ans des jeunesses du CHP, le Parti républicain du peuple formant l’opposition, et qui a été tué dans la ville méridionale d’Antakya, près de la frontière avec la Syrie. Les premiers rapports laissaient entendre qu’il aurait reçu une balle à la tête, mais une autopsie a révélé que c’est plutôt la blessure causée par l’explosion d’une grenade lacrymogène qui a entraîné sa mort. La police a régulièrement tiré ses grenades à courte portée, visant les manifestants à la tête, entraînant dans un certain nombre de cas des fractures du crâne ou la perte d’un oeil. Le Hürriyet Daily News rapporte que dans ses derniers messages sur Facebook, Abullah Cömert avait écrit qu’il avait «échappé à la mort» pour la troisième fois au cours des manifestations et, bien qu’il soit fatigué, serait «dans les rues pour la révolution». Des milliers de personnes ont participé à l’enterrement de Cömert, qui a eu lieu mardi.

Lors d’un incident plus tôt, Mehmet Ayvalıtaş, un membre de 20 ans de la Plate-forme solidarité socialiste (SODAP), a été renversé et tué par un véhicule alors qu’il participait à une manifestation dans un quartier ouvrier d’Istanbul.

Selon l’Association médicale turque, dimanche et lundi seulement, quelque 3200 personnes ont été blessées lors des attaques de la police contre les manifestants, 26 d’entre eux étant toujours dans un état critique.

L’Association des droits de l’homme de Turquie rapporte quant à elle qu’au moins 3300 personnes ont été arrêtées à la grandeur du pays au cours des quatre premiers jours des manifestations. La plupart ont été libérées depuis.

La place Taksim

Les dirigeants de la DISK, la Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie forte de 350.000 travailleurs, a appelé ses membres à se mobiliser pour une marche à 13 heures, mercredi pour se rendre à la place Taksim, l’épicentre de la révolte nationale déclenchée par la décision du gouvernement de raser le parc Gezi, l’un des derniers espaces verts dans le centre d’Istanbul, pour le remplacer par un centre commercial.

«Le pouvoir issu de la production prendra sa place dans la lutte», peut-on lire dans une déclaration de la direction de la DISK.

Faisant référence à la mort de deux jeunes manifestants, la déclaration de la DISK tourne les propres mots d’Erdogan contre lui en citant sa demande pour que le président syrien Bachar al-Assad démissionne: «Un dirigeant qui tue son propre peuple a perdu sa légitimité.» Bien que le gouvernement Erdogan soit un allié clé de Washington pour fomenter une guerre pour un changement de régime en Syrie, cette intervention est opposée par l’écrasante majorité du peuple turc.

La Confédération des syndicats des travailleurs du secteur public (KESK) a déclenché une grève de deux jours, à midi, lundi, les enseignants sortant des écoles et des universités et les fonctionnaires des bureaux et autres lieux de travail. En tout, 250.000 membres du syndicat vêtus de noir et portant des rubans noirs en signe de protestation contre la répression se sont mobilisés.

Le syndicat avait appelé à une grève pour protester contre les attaques sur les travailleurs du secteur public, mais a devancé la date de celle-ci afin de joindre son action avec les manifestations de la place Taksim. Dans un communiqué, la KESK a averti que «le terrorisme d’État exercé contre les manifestations pacifiques se poursuit d’une façon qui menace la vie et la sécurité des civils», ajoutant que la répression a exposé «l’hostilité à la démocratie» du gouvernement Erdogan.

À Istanbul, les manifestants se sont à nouveau rendus par milliers à la place Taksim mardi soir. Des foules similaires se sont rassemblées au Square Kizilay, dans la capitale Ankara et autres grandes villes de partout au pays. La police anti-émeute a massivement entouré le bureau du premier ministre dans le quartier Besiktas d’Istanbul, où les manifestants avaient défilé lors des manifestations précédentes, et des véhicules blindés équipés de canons à eau ont été déployés dans le centre d’Ankara pour ce qui semblait être la préparation d’une autre nuit de répression.

CNN rapporte qu’«à Istanbul, les foules ont défilé en scandant “Tayyip démissionne!”», faisant référence à Erdogan et «Coude à coude contre le fascisme».

Ce qui a commencé comme un sit-in de quelques dizaines de manifestants contre la destruction d’un parc s’est transformé suite à l’indignation de masse devant la répression policière subséquente en un élan de colère national contre le gouvernement du Parti pour la justice et le développement (AKP) d’Erdogan. Au cœur de ces manifestations se trouve le ressentiment populaire face à l’autoritarisme croissant du parti islamiste et de l’utilisation du pouvoir d’État pour enrichir une clique de capitalistes foulant du pied les intérêts sociaux de la grande majorité des travailleurs.

Manifestation au parc Gezi

Le malaise croissant au sein du gouvernement et de la classe dirigeante en Turquie devant les manifestations et les grèves qui s’étalent a été exprimé mardi dans une déclaration publique du vice-premier ministre turc Bulent Arinc, en remplacement du premier ministre Erdogan qui est en tournée de quatre jours en Afrique du Nord en compagnie d’hommes d’affaires turcs.

Arinc a déclaré que les premières manifestations pour protéger le parc Gezi de la Place Taksim étaient «justes et légitimes», et a présenté des excuses pour la violence de la police qui a attaqué les manifestants pacifiques avec du gaz lacrymogène, du poivre de Cayenne et des canons à eau, en plus de mener des charges à la matraque.

«L’utilisation d’une force excessive contre les personnes qui ont commencé cette protestation était erronée et injuste, a déclaré Arinc, ajoutant, “je m’excuse auprès de ces citoyens.”»

Il a déclaré que le gouvernement allait rencontrer les manifestants écologiques, tenir compte de leurs préoccupations et pourrait même soumettre les plans du projet de construction du parc à un référendum.

«Je tiens à exprimer en toute sincérité, a-t-il poursuivi, que le mode de vie de chacun est important pour nous et que nous sommes sensibles aux préoccupations.» La remarque semblait destinée à apaiser le ressentiment amer chez les Turcs laïques et des minorités religieuses face aux tentatives du gouvernement de l’AKP de légiférer des restrictions islamiques sur l’alcool, l’avortement et dans d’autres sphères de la vie.

Bien qu’il ait décrit les premières manifestations comme étant «justes et légitimes», il a néanmoins ajouté, «je ne pense pas que nous devons des excuses à ceux qui ont causé des destructions dans les rues et qui interfèrent avec la liberté des gens.»

Les excuses d’Arinc surviennent après une rencontre avec le président turc Abdullah Gul, qui a fait sa propre déclaration lundi, louant les manifestants et déclarant que «La démocratie, ce n’est pas seulement voter. Le message a été reçu. Ce qui est nécessaire sera fait.»

Ces déclarations sont en contraste frappant avec les vues exprimées par Erdogan, qui a publié une diatribe paranoïaque avant de partir en tournée au Maghreb, décrivant les manifestants comme «un groupe de pillards» et d’«extrémistes sauvages», suggérant même qu’ils aient été organisés par des puissances étrangères innommées ainsi que par le parti d’opposition laïque, le CHP.

Interrogé par des journalistes lors d’une conférence de presse au Maroc si son gouvernement avait reçu le «message» des protestations, pour reprendre le terme utilisé par Gul, il a répondu avec colère : «Quel message? Je voudrais bien que vous me le disiez!»

Le ministre des Finances du gouvernement, Mehmet Simsek, a aussi dénoncé les manifestations, écrivant sur Twitter mardi : «Ces méfaits affectent évidemment les marchés financiers.» Le marché boursier de la Turquie a en effet perdu 10 pour cent de sa valeur lundi, alors que la livre turque est tombé à sa valeur la plus basse en 16 mois en réaction à l’agitation croissante. Le prix des actions composaient environ la moitié des pertes de mardi.

Le désarroi apparent au sein du gouvernement reflète les craintes que les manifestations de masse vont enflammer un mouvement plus large au sein de la classe ouvrière turque contre les inégalités sociales et les attaques contre les emplois et le niveau de vie, ce qui pose une menace directe pour la survie à la fois du gouvernement de l’AKP et du capitalisme turc.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 5 juin 2013

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L’Afrique — et surtout les pays en voie de développement — présentent une richesse en biodiversité. Ils sont donc au cœur de la question de l’accès et du partage des avantages liés aux ressources génétiques.

En général, ces ressources génétiques sont exploitées par les chercheurs aussi bien nationaux qu’étrangers sous l’impulsion des multinationales, sans aucun mécanisme de partage des avantages.

 

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Haïti: Avis unanime autour du départ de la MINUSTAH

juin 6th, 2013 by Yves Pierre-Louis

Après 9 longues années du débarquement des forces des Nations Unies sur le territoire d’Haïti, la plus grande majorité de la population haïtienne se mettent d’accord autour du retrait de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH). A l’occasion du 9eanniversaire de la présence de cette force, divers mouvements de protestations ont été organisés pour exiger le départ de la MINUSTAH et le dédommagement pour les victimes d’exaction des soldats de l’ONU, particulièrement celles de l’épidémie de Choléra.

Au Sénat de la République, une résolution réclamant le retrait progressif et ordonné de la MINUSTAH a été votée à l’unanimité sur proposition du sénateur Moïse Jean Charles, le mardi 28 mai 2013(voir page…)

Une conférence continentale s’est tenue à Port-au-Prince du 31 mai au 1er Juin 2013 avec la solidarité des représentants venant de 9 autres pays : Guadeloupe, Martinique, Brésil, Argentine, Mexique, Salvador, Etats-Unis, Algérie et la France. Cette conférence s’est déroulée autour du thème : Ann pote kole pou MINUSTAH ale » (voir la résolution à la page..).

Il y avait également un meeting  populaire et une exposition des photos des exactions de la MINUSTAH sur la place du père fondateur de la Nation, Jean Jacques Dessalines au Champ de Mars ; des manifestations tant à la capitale que dans des provinces, des émissions radio-télévisées et des communiqués de presse. Le départ de la MINUSTAH a défrayé la chronique ces derniers jours à travers toutes les couches de la population haïtienne.

C’est dans ce contexte que la journée internationale des casques bleus a été célébrée à Port-au-Prince le mercredi 29 mai dernier. Et, que le Secrétaire général de l’ONU a nommé le vendredi 31 mai, Mme Sandra Honoré, de Trinité et Tobago pour être sa représentante spéciale en Haïti. Elle entre en fonction le 15 juillet prochain. On espère qu’elle sera la dernière représentante de la MINUSTAH en Haïti.

Avec la participation de 140 délégués venant de 10 pays dont Haïti, la conférence continentale s’est déroulée durant ces deux jours dans une ambiance très cordiale.

Rappelons que l’idée et venue du Comité de solidarité « Défendre Haïti, c’est nous défendre nous-même », qui a déjà organisé diverses activités en Haïti et à l’étranger pour exiger le retrait inconditionnel des troupes de l’ONU d’Haïti. La dernière a eu lieu à New-York, le 11 octobre 2012, au siège de Nations Unies où une délégation constituée des représentants d’organisations et de personnalités engagées de la Caraïbe et du Continent américain a été reçue dans l’objectif d’exiger le départ des soldats de l’ONU de la première République noire et le dédommagement  des victimes de Choléra.

...

A l’ouverture de la conférence des messages de soutien en provenance de la Guadeloupe, Sainte-Lucie, Martinique, Trinité et Tobago, Etats-Unis, Equateur, Pérou, Brésil, Bolivie, France ont été lus. Un texte de cadrage a été présenté par le Secrétaire général de la Centrale Autonome des Travailleurs Haïtiens (CATH), Fignolé Saint-Cyr, suivi des interventions des professeurs Ducasse Joël, Camilles Charlmers et de l’avocat-syndicaliste, Fatal Jean Ronald Kolinsky de la CTSP. Ces conférenciers tout en analysant l’aspect historique de l’occupation d’Haïti de 1915 à nos jours, les conséquences négatives de l’occupation sur la vie économique, politique, sociale et culturelle du pays ont démontré que la MINUSTAH est une force illégale qui viole systématiquement le droit à l’autodétermination du peuple haïtien.

En fin d’après-midi du vendredi 31 mai, un meeting populaire réunissant plusieurs centaines de personnes, a eu lieu au Champ de Mars, sur la place Dessalines, où les représentants des différentes délégations ont pris la parole en solidarité avec le peuple haïtien dans la lutte pour la libération de son territoire.

« Nous sommes prêts à appuyer les initiatives entreprises par Haïti pour obtenir le retrait des troupes de l’ONU, nous en serons partie prenante », a déclaré Jacques Girod, représentant du Parti Ouvrier Indépendant (POI) de la France. « Nous nous opposons à toutes décisions militaires prises en termes d’opération dite de maintien de la paix, mais qui n’apporte que le chaos et la misère pour les peuples», a déclaré Julio Turra, membre de la commission exécutive de la Centrale unique des travailleurs du Brésil (CUT), tout en ajoutant que le peuple brésilien était contre l’établissement de cette force en Haïti. « An n pote kole pou MINUSTAH ale » a-t-il dit au Champ de Mars. « Si nous voulons rester souverains au Brésil, il faut respecter la souveraineté du peuple haïtien », a poursuivi le Brésilien. « Il faut le retrait immédiat de la MINUSTAH d’Haïti. Nous sommes en train de gagner une bataille, mais il faut continuer à se mobiliser en Haïti et ailleurs pour les résultats de cette bataille », a-t-il conclu.

Le sénateur Moïse Jean-Charles s’est montré déterminé à lutter pour la départ de la MINUSTAH. « Une résolution est déjà votée au Sénat. Maintenant nous travaillons sur une autre résolution qui sera présentée très bientôt à l’assemblée des sénateurs exigeant la fermeture de la radio MINUSTAH FM émettant sur le territoire national. » A-t-il déclaré.

De l’avis de plus d’un, la MINUSTAH a failli à sa mission durant les neuf dernières années, elle n’a rien fait pour maintenir la paix et la stabilité dans le pays. Au contraire elle a augmenté les calamités des couches les plus pauvres avec l’introduction de l’épidémie  de Choléra qui a déjà fait 8,292 morts et 670,500 personnes contaminées. Les soldats de l’ONU ont commis des crimes abominables sur des gens des quartiers pauvres d’Haïti. Le président de la Fondation Jean-Baptiste Eric, un citoyen engagé corps et âme dans la lutte pour débarrasser le pays de ces forces d’occupation a déclaré au cours d’une émission télévisée que : « La MINUSTAH est une force criminelle qui ne fait que renforcer la corruption, l’instabilité et les mauvaises mœurs dans le pays. » Tandis que pour l’ex-sénateur, Youri Latortue, la MINUSTAH est une anomalie pour le pays. Il est de principe que lorsqu’il y a des troupes étrangères dans un pays, celui-ci a perdu sa souveraineté.

Maintenant, il est clair et indéniable, la MINUSTAH doit partir définitivement. Les autorités du pays doivent prendre toutes les dispositions nécessaires pour renforcer la capacité et l’effectif de la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans toutes ses composantes, dans les prochains mois, pour assurer la sécurité du territoire et du peuple haïtien.

Yves Pierre-Louis

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L’Opération Miracle, lancée par Cuba et le Venezuela en 2004, a permis à plus de deux millions de pauvres d’Amérique latine et du reste du monde de retrouver la vue.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a actuellement près de 285 millions de personnes atteintes de déficience visuelle à travers le monde, dont 39 millions d’aveugles et 246 millions qui présentent une baisse de l’acuité visuelle. Près de 90% d’entre elles vivent dans des pays du Tiers-monde. Les principales causes de déficience visuelle sont les défauts de réfraction non corrigés (myopie, hypermétropie ou astigmatisme, 43%), la cataracte (33%) et le glaucome (2%). Près de 80% de l’ensemble des déficiences visuelles sont curables, note l’organisation qui ajoute que « la cataracte reste la première cause de cécité ». Ces maladies oculaires affectent en premier lieu (65%) les personnes âgées de plus de 50 ans (20% de la population mondiale), un pourcentage qui s’accroit avec le vieillissement de la population, mais également 19 millions d’enfants[1].

Face à ce constat, dans le cadre de l’ALBA, Cuba et le Venezuela ont décidé de lancer en juillet 2004 une vaste campagne humanitaire continentale portant le nom d’Opération Miracle. Elle consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires, et qui se trouvent dans l’impossibilité de financer une opération qui coûte entre 5 000 et 10 000 dollars selon les pays. Cette mission humanitaire a été depuis étendue à d’autres latitudes (Afrique, Asie). L’Opération Miracle inclut la participation de 165 institutions cubaines. Elle dispose de 49 centres ophtalmologiques dans 15 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe (Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur, Haïti, Honduras, Panamá, Guatemala, Saint-Vincent-les-Grenadines, Guyana, Paraguay, Grenade, Nicaragua et Uruguay)[2].

Au 1er janvier 2008, un million de personnes avaient été opérées[3]. En 2011, plus de deux millions de personnes en provenance de 35 pays ont pu retrouver la vue[4]. Dans le cadre des accords de l’ALBA, la population vénézuélienne a été la première à en bénéficier avec plus de 178 000 opérations réalisées à ce jour. La Bolivie a également largement bénéficié de la coopération médicale cubaine, avec 600 105 personnes opérées [5]. Le président bolivien Evo Morales a salué la présence des médecins cubains ainsi que le rôle intégrateur et solidaire de l’ALBA[6].

Wikicommons

Hôpital de la ville cubaine de Jaguey Grande : formation de médecins

D’autres pays ont également profité de l’internationalisme humanitaire de l’Opération Milagro. Ainsi, 100 000 Equatoriens[7], 61 000 Nicaraguayens[8], 61 000 Jamaïcains[9], 50 000 Panaméens[10], 48 255 Brésiliens, 35 245 Argentins, 22 280 Péruviens, et 312 Paraguayens, entre autres, ont retrouvé la vue[11]. Des ressortissants étasuniens issus des catégories les plus défavorisées ont également bénéficié de l’Opération Miracle[12].

Le cas le plus emblématique est sans doute celui de Mario Terán, ancien sous-officier bolivien à la retraite, qui avait assassiné Ernesto Che Guevara le 9 octobre 1967 dans la petite école de La Higuera en Bolivie. Il vivait alors dans l’anonymat à Santa Cruz. Il subsistait grâce à sa petite pension d’ancien soldat et avait perdu la vue, victime d’une cataracte qu’il n’avait pu faire soigner faute de moyens[13]. Grâce à l’Opération Miracle, Terán a pu se débarrasser de son handicap. Pablo Ortiz, journaliste bolivien travaillant pour le quotidien El Deber de Santa Cruz, a rapporté l’histoire : « Terán avait des problèmes de cataracte et a été opéré grâce à l’Opération Milagro, par des médecins cubains, de manière totalement gratuite ». Puis il a donné de plus amples détails : « Ce type est un parfait inconnu. Personne ne sait qui il est. Il est complètement ruiné et il s’est présenté à l’hôpital de l’Opération Miracle. Personne ne l’a reconnu et il a été opéré. C’est son propre fils qui nous l’a raconté, et qui s’est rendu à notre journal pour adresser des remerciements public[14] ».

En 2009, à l’occasion de la 10 000ème intervention chirurgicale réalisée au sein du Centre ophtalmologique José Martí, l’Opération Miracle a obtenu le Prix de l’Excellence citoyenne en Uruguay du Centre latino-américain de développement (CELADE) parrainé entre autres par l’Organisation des Etats Américains (OEA), pour ses valeurs solidaires et humaines[15].

La presse canadienne a même rapporté qu’un certain nombre de ressortissants de la Couronne britannique, faute de moyens financiers, préfèrent aller se faire soigner et opérer à Cuba, réputée pour l’excellence de ses soins et ses prix attractifs pour les Occidentaux[16].

L’Opération Miracle est un exemple concret d’une politique sociale efficace menée par deux nations du Tiers-monde en faveur des plus démunis. C’est également une leçon pour les pays riches et un appel à un peu plus de solidarité avec ceux que Victor Hugo appelait la « cariatide ».

Salim Lamrani

Article initialement publié en portugais : Cuba ou a globalização da solidariedade: a Operação Milagre


Première partie :

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Cuba ou la mondialisation de la solidarité (1/3): L’internationalisme humanitaire cubain, 03 juin 2013

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel


[1] Organisation mondiale de la santé, « Cécité et déficience visuelle », Aide-Mémoire n°282, octobre 2011. http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs282/fr/index.html (site consulté le 15 février 2013).

[2] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Celebra Operación Milagro cubana en Guatemala », República de Cuba, 15 novembre 2010. http://www.cubaminrex.cu/Cooperacion/2010/celebra1.html ((site consulté le 15 février 2013) ; Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? ». http://www.operacionmilagro.org.ar/ ((site consulté le 15 février 2013).

[3] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Celebra Cuba el millón de pacientes de Operación Milagro », República de Cuba,24 janvier 2008. http://www.cubaminrex.cu/MirarCuba/Articulos/CienciaTecnica/2008/2008-01-24-Celebra.html ((site consulté le 15 février 2013). Pour les citoyens étasuniens qui ont bénéficié du programme humanitaire voir Prensa Latina, « Oftalmólogo estadounidense reconoce valor de Operación Milagro », 19 janvier 2007.

[4]Operación Milagro, « ¿Qué es la Operación Milagro? », op. cit.

[5] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Alcanza la ‘Operación Milagro’ en Bolivia más de 600 000 operaciones de la vista », República de Cuba, 29 août 2011. http://www.cubaminrex.cu/Actualidad/2011/Agosto/ALCANZA.html ((site consulté le 15 février 2013).

[6] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Destaca Evo Morales ejemplo solidario de Misión Milagro », República de Cuba, 1er septembre 2011. http://www.cubaminrex.cu/Actualidad/2011/Septiembre/DESTACA.html ((site consulté le 15 février 2013).

[7] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Cien mil ecuatorianos beneficiados por la Operación Milagro », 2 février 2010. http://www.cubaminrex.cu/Cooperacion/2010/0202_2.html ((site consulté le 15 février 2013).

[8]Cuba Debate, « Más de 61 mil nicaragüenses atendidos por médicos cubanos », 8 février 2010.

[9]Cuba Debate, « Más de 61 mil jamaicanos atendidos por oftalmólogos cubanos », 26 mai 2011.

[10] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Reconocen importancia de Operación Milagro para población panameña », República de Cuba, 1er février 2010. http://www.cubaminrex.cu/Cooperacion/2010/0201_1.html ((site consulté le 15 février 2013)

[11]Cuba Debate, « Médicos cubanos realizaron 600 mil cirugías de ojos en Bolivia », 5 septembre 2011.

[12]Prensa Latina, « Oftalmólogo estadounidense reconoce valor de Operación Milagro », 19 janvier 2007.

[13] Héctor Arturo, « Che vuelve a ganar otro combate », Granma, 29 septembre 2007.

[14] Juan Pablo Meneses, « ¡Primicia Mundial ! Entrevista a Pablo Ortiz », Crónicas Argentinas, 11 octobre 2006.

[15]Cuba Debate, « Operación Milagro, Premio a la Excelencia Ciudadana en Uruguay », 21 août 2009.

[16] Info 690, « Des Québécois qui se font soigner à Cuba », 7 avril 2008. http://www.info690.com/nouvelle-quebecois_qui_font_soigner-833522-2.html ((site consulté le 15 février 2013) ; Radio Canada, « Tourisme médical à Cuba », 9 janvier 2012. http://www.youtube.com/watch?v=YAJSqmE6DWI ((site consulté le 15 février 2013).

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Le Pape François, entre espoir et scepticisme

juin 5th, 2013 by Washington Uranga

Le nouveau Pape a imposé son propre style au pontificat et l’a « dés-engoncé », en le rendant plus proche du sentiment populaire. Un Pape de pensée conservatrice, tout en ayant une grande sensibilité pour les sujets sociaux.

Deux mois ont passé depuis que Jorge Mario Bergoglio s’est transformé en François, le Pape de l’Église Catholique romaine. Possibilité avancée par peu de gens, fait inattendu pour beaucoup. Ce qui est certain, c’est que les premiers pas de François comme Pape en ont surpris certains, en ont fascinés d’autres, et beaucoup attendent avec espoir, aussi avec scepticisme, les prochains gestes, dont quelques uns commencent déjà à être anticipés. L’intérêt que réveillent les agissements de Bergoglio comme Pape se reflète aussi dans la quantité de journalistes étrangers, particulièrement de télévision d’Europe et des pays du Nord, qui sont arrivés à Buenos Aires pour retracer l’histoire, chercher des antécédents et en savoir davantage sur ce Pape qui « vient de la fin du monde ». La même chose se produit avec les livres sur et à propos du Pape. Ici et en Italie, pays où les textes sur François sont en tête des ventes. À cela, doit s’ajouter que, bien qu’il n’y ait pas de statistiques, les prêtres consultés tendent à dire que, au moins en Argentine, depuis que Bergoglio est Pape, il y a un renouveau de ferveur et la présence des fidèles dans les lieux de cultes a augmenté.

Qu’a fait François durant ces deux mois ?

D’abord, il a changé le style du pontificat. Il a imposé son propre style et l’a « dés-engoncé », en le rendant plus proche du sentiment populaire, et des gens. Ceux qui ne connaissaient pas auparavant Bergoglio, demandent généralement si l’austérité et la simplicité du désormais Pape est une posture, une stratégie. La réponse devrait catégoriquement être non. En ce sens – et dans beaucoup d’autres, François est encore Bergoglio. Mais il y a de nouveaux éléments. Il n’est plus cardinal de Buenos Aires mais Pape, et tout ce qu’il fait atteint un niveau élevé d’importance. Surtout quand il se différencie autant de ses prédécesseurs. L’austérité chez Bergoglio n’est pas une position opportuniste ou circonstancielle. C’est un style de vie. En Argentine probablement cela passait plus inaperçu parce que dans la lecture du personnage apparaissaient d’autres caractéristiques (son attitude politique, son mode de communication) qui ressortaient davantage à l’heure de l’analyse.

Bergoglio n’a jamais été un « curial » et ses contacts avec ce monde ont été circonstanciels et, dans nombre d’occasions, inconfortables pour les deux parties. Le Vatican n’est pas habitué à un Pape qui renie « la pompe », qui préfère vivre dans une maison d’exercices spirituels en échangeant avec d’autres prêtres plutôt qu’être isolé dans un palais. Ceci plait bien aux gens et dérange beaucoup de monde au Vatican, ceux qui sont placidement installés dans leurs fauteuils et dans le faste. En ce sens, le témoignage de Bergoglio s’avère, par sa propre pratique, être une critique du somptuaire style religieux de la curie romaine.

Précisément c’est l’un des objectifs que le Pape François a déjà commencé à viser : la réforme de la curie. La commission internationale , nommée, de huit cardinaux a parmi ses tâches principales celle d’émettre des propositions en ce sens. Avec la désignation du groupe, on a retouché l’ « ordre Vatican », parce que la commission, n’existant dans aucun statut, règlement ou disposition, est restée au-dessus de toute la structure de gouvernement. Depuis Rome, on dit que dans la bureaucratie catholico-romaine on craint ce qui pourrait survenir. Des présomptions existent, mais rien de confirmé.

Des idées circulent à propos de la diminution de la bureaucratie vaticane. « L’Église ne peut pas être une ONG », a dit François. Le puissant Secrétariat d’État, jusqu’à aujourd’hui provisoirement entre les mains de Tarcisio Bertone (78 ans), dont les attributions ont progressé pendant le pontificat de Jean-Paul II, pourrait voir ses attributions sérieusement réduites. On pourrait aussi diminuer la quantité de dicastères (ministères) du gouvernement central de l’Église. Plusieurs fonctions qui maintenant en dépendent pourraient aussi bien passer directement aux diocèses, comme faisant partie d’une stratégie de décentralisation.

Un gouvernement plus collégial ?

Durant Jean-Paul II et Benoît XVI, l’Église Catholique est devenue « Romano-centrique », tirant en arrière le processus de décentralisation promu par le Concile Vatican II, il y a plus de cinquante ans. Autre mesure qui serait prise en considération, que la plus haute autorité des dicastères ne soit plus réservée à des cardinaux, ni à des évêques, mais qu’il puisse y avoir des Catholiques laïques, hommes et femmes. Beaucoup se sont demandé, par exemple, quelle est la pertinence pour qu’un cardinal préside le Conseil Pontifical pour la Famille. Si la mesure est prise, au-delà d’être le résultat d’un raisonnement sensé, elle sera considérée comme « audacieuse » et allant jusqu’à la transgression par ceux qui revendiquent le pouvoir centralisé des évêques.

Avec la nomination de la commission internationale des cardinaux afin qu’elle le conseille, le Pape a aussi donné un autre signe dans la ligne, déjà marquée, pour avancer vers un gouvernement plus collégial de l’Église Catholique.

Il ne faut pas oublier d’autres actions. Il a mis un frein aux tentatives des ultraconservateurs lefebvristes, qui avaient commencé à négocier avec Benoît XVI leur réintroduction dans l’Église, mais en exigeant qu’ on leur reconnaisse le droit d’ignorer les accords du Concile Vatican II, qu’ils considèrent comme inacceptables. François a dit non : ils doivent revenir sans condition. Et en même temps, il a débloqué le dossier de la canonisation de Oscar Arnulfo Romero, archevêque martyr de San Salvador (El Salvador), assassiné le 24 mars 1980. Le processus avait été paralysé par les accords entre Ronald Reagan et Jean Paul II, qui ont accompagné la mise en route du dit Consensus de Washington et l’offensive US sur l’Amérique Centrale. La figure de Romero, qui a lutté pour la justice et fut un martyr de la paix, n’était certainement pas bien vue par les conservateurs des Etats-Unis d’Amérique. Le processus de canonisation fut arrêté jusqu’à présent.

François a aussi eu la main ferme avec les pédophiles, et cela semble être une ligne de son gouvernement ecclésiastique.

Que peut-on attendre ?

Un chapitre pouvant apporter des nouveautés est celui relatif à la banque du Vatican, à l’Institut pour les Œuvres de la Religion (IOR), une institution gravement mise en cause par le monde financier. L’Agence d’Information Financière, créée par la Communauté européenne, a classé la banque du Vatican parmi les institutions soupçonnées de blanchiment d’argent. Les spéculations sur l’avenir de l’IOR sont nombreuses et vont de la fermeture directe jusqu’à une réforme substantielle de ses statuts. La fermeture éventuelle de la banque du Vatican suscite de nombreuses résistances au sein de l’Église, de plusieurs évêchés et de certaines congrégations religieuses, qui trouvent dans la banque du Vatican un cadre où investir et protéger leur argent. Pour le moment, François a demandé un audit en profondeur et est disposé à faire connaître les résultats en les rendant publics.

François convoquera t-il un concile, une grande assemblée des évêques de toute l’Église, comme l’a fait en son temps Jean XXIII ?

Il ne faut pas en écarter la possibilité, bien que pour cela il faille encore attendre les prochains pas. La visite au Brésil, en juillet prochain, est peut-être l’occasion pour faire plusieurs annonces, quand le regard du monde sera centré sur son premier voyage à l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ).

En ce qui concerne l’Argentine, il faut noter qu’il a reçu les Grands-mères de la Place de Mai – bien que certains objectent qu’il n’y a pas eu d’audition privée, comme il en a accordé même à des sportifs, et qu’ il a répondu courtoisement à une lettre de Hebe de Bonafini (une des fondatrices du groupe des Mères de la Place de Mai). Il faudra voir si les conversations et les demandes – particulièrement celles relatives à l’ouverture des archives de l’Eglise qui peuvent apporter des informations dans l’éclaircissement des faits survenus pendant la dictature militaire- rencontrent un bon terrain et si des avancées favorables ont lieu. Ce qui, en effet, pourrait être un pas d’une importance énorme, pour l’Argentine et pour le monde.

Par rapport à la vie politique argentine, François continue avec la même stratégie qu’il a eue auparavant en tant que Bergoglio. Les contacts réservés existent, et durant ces deux mois, il y a eu beaucoup plus de conversations –téléphoniques et de visu- que celles relatées dans l’opinion publique. Plus d’un dirigeant politique (y compris du gouvernement) fut reçu à Rome par le Pape de manière très discrète. Les conversations téléphoniques sont régulières. Peu sont connues, la majorité sont gardées discrètes. Il y a plus d’une anecdote rendant compte de secrétaires ou standardistes qui ne peuvent croire et à qui il a fallu un moment pour discerner qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie de mauvais goût quand à l’autre bout du fil quelqu’un se présente comme « François, le Pape » et demande à parler avec son chef ou responsable. En fin de comptes, c’est le même style que Bergoglio a su mettre en avant depuis son bureau à l’Archevêché de Buenos Aires. Même si maintenant son rôle, sa fonction et sa responsabilité, sont autres et, pour ce même motif, aussi les précautions sont plus grandes pour ne pas apparaître comme « interférant » dans les affaires politiques du pays.

Ce qui est certain, c’est que François a ouvert la porte à beaucoup d’attentes, même de ceux qui, à un certain moment, ont pu être ses critiques les plus sévères. Par exemple, l’attitude du théologien de la libération brésilien Leonardo Boff, attire l’attention, il a pratiquement fait un chèque en blanc pour la gestion du pape Bergoglio

Bergoglio a t-il changé ?

Tout indique qu’il n’y a pas de changements substantiels entre Jorge Bergoglio et François. En affirmant à peine ce qui le caractérise fondamentalement, le Pape suscite déjà des « bruissements » dans la structure vaticane et au sein du gouvernement de l’Église Catholique romaine, qui traverse une grande crise, et qui s’est ankylosée dans le temps.

Ses convictions n’ont pas changé. Ceci est certain. Et à ce titre, il ne faut pas s’attendre à des changements fondamentaux dans la doctrine. Il n’y en aura sûrement pas. Bien qu’ – en suivant le style pastoral du désormais Pape- il puisse y avoir davantage de proximité et d’attention pour rapprocher l’Église de ceux qui se sont sentis rejetés (divorcés, prêtres mariés, notamment) ou découragés de participer.

Jusqu’à présent, le Pape a décidé de garder silence par rapport aux doutes émis à propos de son rôle en Argentine pendant la dictature militaire. Ce fut le porte-parole Federico Lombardi qui a répondu aux accusations. Le plus probable est que François garde la même position : sans commentaire.

François n’est pas un révolutionnaire. C’est plutôt un prêtre de pensée conservatrice mais avec une grande sensibilité pour les questions sociales. A ce titre, on ne devrait pas s’étonner de l’affirmation permanente des questions fondamentales de la doctrine catholique, accompagnée de messages qui attirent aussi l’attention sur la situation des pauvres, des exclus et, depuis son nouveau rôle dans le monde, un appel constant en faveur de la paix. Un sommet des autorités religieuses dans le but de coordonner les actions en faveur de la paix pourrait être sur le point d’être annoncé.

Washington Uranga pour Página 12.

Página 12. Buenos Aires, le 2 juin 2013.

http://www.pagina12.com.ar/diario/elmundo/4-221386-2013-06-02.html

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 3 juin 2013.

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Un si vilain pays qui ne veut pas du bien à la France.

Paris- «Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie». Ce précepte d’Albert Londres, figure de légende de la profession, deux journalistes français l’ont appliqué à la lettre pour notre bonheur, pour l’honneur de la profession et la manifestation de la vérité.
Le titre l’annonce, le corps du sujet en apporte la convaincante démonstration: le Qatar est un vilain pays qui ne veut pas du bien à la France. Point barre. Foin de contorsions intellectuelles, ni d’agitations nombrilistes. La réalité est là. Toute crue. Toute nue.

Et pour que les choses soient claires et faire taire d’avance les éventuelles accusations d’islamophobie, les auteurs assurent, d’emblée, que leur ouvrage ne relève pas du «Qatar Bashing», sport à la mode s’il en est, mais «écrit par des hommes libres». Connaissant l’un et lisant attentivement l’autre, le signataire de ce texte leur en donne volontiers acte.
Car si Nicolas Beau, ancien de l’hebdomadaire satirique Canard Enchainé, est bien connu du landerneau médiatique français, ne serait-ce que pour son déflagrant ouvrage «la régente de Carthage», l’autre élément du tandem n’est pas pour autant un saute-ruisseau. Grand reporter pour Paris Match, Jacques Marie Bourget a notamment couvert la guerre du Viêtnam (1965-1075) et la guerre du Liban (1975-1990), la première et la seconde Intifada (1986-2000). Autant dire un poids lourd du journalisme d’investigation dont la carrière a d’ailleurs été couronnée par le prix Scoop pour avoir révélé l’affaire Greenpeace.
Auteur d’un ouvrage sur les massacres des camps palestiniens de Sabra-Chatila (Beyrouth), ce baroudeur d’empire a été, le 21 octobre 2000, à Ramallah (Cisjordanie), la cible d’un tir de l’armée israélienne. C’est dire le sérieux de l’entreprise et du bonhomme.

Grâce soit donc rendue à Nicolas Beau, pourfendeur de la dictature tunisienne, et à Jacques Marie Bourget, un journaliste de terrain qui a payé de sa chair, en Palestine, le prix de la vérité. «Un si vilain Qatar, cet ami qui nous veut du mal» (Fayard) (1), leur ouvrage rédigé à quatre mains s’impose comme un chef d’œuvre d’humour, d’érudition et de rigueur.
En cliniciens du monde arabe, le tandem du site satirique «Bakchich » -tout un programme s’agissant du monde interlope de l’affairisme franco arabe – pointe, sans ménagement, sans la moindre ambiguïté, mais sans acrimonie, les complexités de cet émirat mirage. Une parfaite radioscopie non seulement des tortuosités de l’émirat, mais également des turpitudes de leurs interfaces français.

La démonstration est limpide et la paire de gâchette Beau-Bourget sans fléchissement:

  • Le rôle moteur du Qatar dans le conditionnement de l’opinion, l’encadrement et l’amplification du «printemps arabe», la confiscation de la révolution arabe et son déroutement des rives inflammables du Golfe pétro monarchique vers les républiques laïques de la Méditerranée (Libye, Syrie), en connivence avec les Etats Unis, jusque-là susurré, est établi.
  • Le Qatar, connu du monde entier par une antiphrase ravageuse, «la chaîne qui possède un état», en référence à sa chaine d’Al Jazira, alimentera ainsi de nombreuses thèses doctorales des facultés des sciences de la communication sur la «Révolution 2.0» ou d’autres balivernes du genre «Révolution cathodique», dans une opération de diversion médiatique visant à usurper, à tout le moins à en atténuer la portée, en tout cas à subvertir le sacrifice du tunisien Mohamad Bouazizi, l’étincelle de la révolution. Un parfait représentant de cette société informelle qui peuple le Monde arabe par déclassement social, dont la marginalisation et la paupérisation ont constitué le moteur du bouleversement régional, avant d’être dérouté par l’islam pétrolier et atlantiste de son cours libératoire.
  • Le passage forcé de ce cheval de Troie anglophone de l’Amérique au sein de l’Organisation de la Francophonie, en vue de prendre pied dans la zone stratégique à la charnière du Maghreb et de l’Afrique noire, de même que les mésaventures d’une universitaire française venue enquêter pour les besoins de sa thèse sur les «bidounes» (apatrides), à l’arrière-plan du grenouillage et des gigotements de la classe politique française devant ce nouvel eldorado, révèlent la face sombre de cet émirat, sa vanité en même temps que la cupidité et la vulnérabilité de ses interlocuteurs français.
  • La chorégie du Qatar: Nabil Ennasri, Tariq Ramadan, Mohamad Henniche et Mathieu Guidère.
  • Le passage concernant les néo-islamologues médiatiques (pages 202-209), au parcours académique, constitue un morceau d‘anthologie: Le quartette de la chorégie qatariote –le thésard Nabil Ennasri, le politologue Tariq Ramadan, l’universitaire Mathieu Guidère, est pointé du doigt, de même que l’empressement zélé de Mohamad Henniche, notable de la zone bariolée de la région Ile de France, convoyeur attitré des meetings électoraux de la présidence Sarkozy.
  • Particulièrement démasquée la duplicité du discours du petit-fils du fondateur de la Confrérie des Frères Musulmans, une famille constamment adossée aux dollars pétro monarchiques des régimes les plus pro américains et les plus régressifs du Monde arabe, le père, Said, à l’Arabie saoudite, le fils, Tariq, au petit wahhabite du Qatar.

Saïd Ramadan (à droite de la photo tenant une feuille blanche) reçu en audience en 1953 par le président américain Dwight Eisenhower (au centre).

Dans la stratégie du Qatar, Tariq Ramadan a vocation à assurer la relève de l’octogénaire Qaradawi dans son rôle prescripteur sur le plan théologique, parallèlement au rôle dévolu sur le plan politique, à Azmi Béchara, cet officiant chrétien d’Al Jazira, ancien député palestinien du parlement israélien. Un duo islamo chrétien destiné à assurer la maitrise du débat intellectuel panarabe dans ses diverses déclinaisons pour le compte du Qatar via les contrefeux de ses hommes-lige.

Et son fils, Tariq Ramadan, en compagnie de Cheikh Youssef Al Qaradawi, le Mufti de l’Otan, et de la princesse Moza, 3eme épouse de l’Emir du Qatar, fille de l’ancien chef de l’opposition Nasser al Misned.

Même traitement pour Eric Ghébali. Un délice. Le jeune socialiste co-fondateur de «SOS racisme» apparaît ici sous un nouveau jour. L’époux de l’animatrice télé Daniella Lambroso, dont la légende lui attribue un geste de bravade à l’égard de son mentor François Mitterrand, -((la destruction de sa carte du parti en signe de protestation contre la réception en France de Yasser Arafat, chef de l’organisation de libération de la Palestine, dans la décennie 1980))-, apparaît ici comme un zélé promoteur sinon des relations franco qatariotes, à tout le moins du Groupe Suez dont il est le conseiller de son Président Gérard Mestrallet. Sans la moindre réticence à faire commerce avec ce pays arabe, soutien du Hamas. En raison du rôle supplétif du Qatar dans la stratégie israélo américaine dans la domestication de la branche palestinienne de la Confrérie des Frères Musulmans?

Le Qatar, énigme ou oxymore ?

«L’énigme du Qatar»: Une prestation du mégaphone du Qatar dans la France périurbaine.

Le Mamamouchi de l’époque contemporaine fait l’objet d’un engouement à la mesure sans doute de l’indifférence qu’il suscitera ultérieurement en cas de sortie de route, un parcours identique à celui de ses prédécesseurs dans la panégyrie: Le Chah d’Iran, l’irakien Saddam Hussein, le Libanais Rafic Hariri. Une flopée de livres lui a été ainsi consacrée, en 2013, sans qu’il ait été possible de déterminer si cette curiosité relève d’une saine activité de prospection intellectuelle pour une meilleure connaissance d’une région du monde qui intéresse au plus haut point la France ou d’une vulgaire opération mercantile de renflouement de caisses éditoriales, malmenées par le numérique et l’économie de pénurie.

Une compétition éditoriale nullement justifiée par l’aura du majestueux sujet, plus vraisemblablement par une possible activation du flux financier qu’un tel thème pourrait générer, à tout le moins pour les plumes laudatives.

Premier chronologiquement sur le marché, «L’énigme du Qatar» (Nabil Ennasri-Edition IRIS-Armand Colin-Mars 2013) apparait ainsi comme un faire-valoir d’un à-valoir du mégaphone du Qatar dans la France périurbaine. Sans la moindre novation de la pensée stratégique française contemporaine en dépit de prestigieux parrainages, sans autre crédit que celui que lui dispense la doxa officielle française.

Le Qatar, une énigme? Vraiment? Au point d’en faire un ouvrage?
Point n’est pourtant besoin d’être grand clerc pour appréhender le Qatar, le nouveau crésus de l’économie planétaire, au fonctionnement sommaire, au décryptage basique. Une charade simple à dénouer.

Un fils qui évince son père est un parricide. Un prince qui épouse la fille du chef de l’opposition, en gage de sa loyauté, est un Machiavel en herbe. Ou un gougnafier.

Un gouverneur qui sévit en tandem avec son cousin, -le propre fils de l’ancien émir destitué par le propre père de l’actuel gouverneur-, en vue de mettre l’émirat en coupe réglé est un prédateur. Les Borgia de Florence délocalisés à Qatargaz, quand bien même octroie-t-il en guise de jeux de cirque, un joujou Pin Pon à ses sujets, des Porsche rutilantes à sa police.
L’attelage ainsi constitué est désigné dans le langage académique comme étant une relation tripolaire. Ou une triangulation. Michel Audiard, célèbre dialoguiste de cinéma du siècle dernier au langage châtié, qualifiait jadis ce genre de «combinazione» de «conjuration de cloportes» ourdie par des prédateurs machiavéliques. Autrement dit une association de malfaiteurs. Au vu d’une telle mystification, il aurait sans doute tonné haut et fort contre qu’«il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages», encore moins les vessies pour les lanternes, intimant de cesser au plus vite ce «foutage de gueule», si préjudiciable à ses auteurs.

La chute vertigineuse de l’audience d’Al Jazira en porte témoignage. De « 43 millions de téléspectateurs quotidiens à 6 millions », selon Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS), basé à Genève, qui explique cette dégringolade par le traitement partial de la chaine qatariote du « printemps arabe » au point de soutenir la guerre coloniale de l’OTAN en Libye.
-Plutôt un oxymore
Le roitelet d’un minuscule pays qui génère un milliard de dollars de recettes par jour dans un monde où l‘argent est roi est ipso facto le Roi du Monde dans une période où l’économie occidentale est en crise systémique.

Mais le souverain d’une principauté dont le quart de la superficie du pays est occupé par une importante base militaire américaine est au choix un prince captif ou un souverain sous tutelle. Un gouverneur d’opérette ? Une marionnette? Dans tous les cas de figure, un oxymore. Un tison incandescent américain planté sur le flanc de l’Arabie, alléché par l’idée de se substituer à la dynastie wahhabite au leadership spirituel et politique du Monde sunnite. Au même titre que la Turquie, principal bénéficiaire sur le plan régional sunnite de la destruction de l’Irak et de la Syrie.

Que le prédicateur-maison, Youssef al Qaradawi, la caution théologique des équipées atlantistes en terre arabe, implore les Etats-Unis de bombarder la Syrie, un pays qui a soutenu trois guerres contre Israël en partenariat avec l’Egypte, donne la mesure de l’aberration mentale du millionnaire égypto-qatariote et de sa soumission, de même que son mécène, à l‘ordre israélo-américain.

Milliardaire du loto de la vie, à l’obésité étroite dans sa cage dorée, ce bédouin oisif s’est choisi comme terrain de jeu la scène mondiale. Et pour hobby, non le Golf qui sied aux gentlemen, mais le jeu de massacre que ce fauconnier braconnier prise particulièrement. Un milliardaire arabe et croyant qui consacre 200 millions de dollars à Jérusalem et trois milliards de dollars au financement des djihadistes cannibales en Syrie est un mystificateur. Et pour les puristes de la religion, un mécréant.

Que, dans la foulée, le Hamas, ultime mouvement sunnite de lutte armée, choisisse à son chef charismatique, Khaled Mecha’al, comme résidence permanente, Doha, à vol d’oiseau de la base américaine du Centcom, la plus importante base américaine du tiers monde, donne la mesure de l’abdication morale et intellectuelle de l’Islam atlantiste. Un acte d’indignité nationale à l’effet de disqualifier ce mouvement de libération nationale, au-delà de l’insulte morale que constitue ce choix pour la mémoire des pères fondateurs de ce mouvement tous tués par assassinats extra judicaires israéliens avec la caution américaine.

Tels sont les axiomes de base de l’équation qatariote. Le reste relève de l’entreprise apologétique, d’une mendicité déguisée ou d‘une gesticulation médiatique en quête de notoriété.

Le soft power, notion abondamment développée par cet auteur prolixe, par ailleurs tweeter fébrile, ne saurait tenir lieu de cache misère à une indigence conceptuelle, ni justifier les turpitudes d’un pays qui passe pour être l’un des principaux exportateurs du djihadisme erratique, le principal promoteur financier du néo islamisme rigoriste dans les pays arabes et africains, particulièrement en Tunisie, ainsi qu’au Mali.

Deux ans après le déclenchement du «printemps arabe», Al Qaida et sa matrice formatrice, les Frères Musulmans, multiplient les communiqués de victoire sur tous les fronts arabes, au rythme des concessions arabes sur la Palestine…. sur fond d’un paysage dévasté d’un champ de ruines généré par la guerre mercenaire menée par des Arabes contre des Arabes pour le plus grand profit de leurs ennemis communs, Israël et les Etats Unis. L’Irak, le Yémen, le Soudan, la Libye et la Syrie sont déchiquetés par des guerres sectaires.

Le sud Soudan et le Kurdistan irakien promus, parallèlement, au rang de plateformes opérationnelles israéliennes sur les deux versants du Monde arabe, et la Palestine, à l’abandon, en état de décomposition avancée, indice patent d’une défragmentation mentale absolue sans pareille dans les annales des relations internationales, dont le Qatar en porte une lourde responsabilité. Pour le plus grand malheur des Arabes et des Musulmans.
Telle est l’énigme, si énigme il y a, qu’il importe de percer, de même que la ruée des dignitaires du Golfe à l’assaut des pubères syriennes, la collusion entre Israël et les djihadistes du Qatar dans leurs attaques synchronisées contre la Syrie, enfin la cascade de fatwas pathologiques édictées à l’encontre des «dépendantes» à l’ombre du printemps arabe. Tout le reste n’est que bobards de salonards.

Pour aller plus loin à propos des dignitaires du Golfe à l’assaut des pubères syriennes, cf ce papier «De centaines de dignitaires religieux arabes divorcent pour épouser de mineures syriennes»:

http://www.elaph.com/Web/NewsPapers/2012/9/760241.html

Le double parrainage de l’auteur pose rétrospectivement le problème de sa pertinence: Pascal Boniface, son éditeur, inlassable pourfendeur des faussaires, et François Burgat, son mentor universitaire, analyste lucide du phénomène de l’islamisme algérien durant la décennie noire (1990-2000). Pour lui donner de la consistance? L’oindre de l’onction scientifique de leur magistère moral? Auquel cas que n’a-t-il pris exemple sur eux? Que n’ont-ils encouragé leur poulain à renoncer à sa vieille recette du plaidoyer pro domo? Exiger de lui, -devant la richesse des sources et les informations accablantes-, une plus grande rigueur analytique. A tout le moins, une critique aussi rigoureuse du Qatar qu’il ne le fait de la Syrie, sa cible obsessionnelle, tant il est vrai que « quand l’histoire encense la vanité des despotes, elle est complice de la Tyrannie » (Louis Philippe de Ségur). Une tâche habituellement réservée aux «intellectuels de cour».

A titre de démonstration pédagogique, la thématique de leur poulain à propos des combats en Syrie, de la passivité syrienne face Israël et son interprétation académique a fait l’objet d’une déconstruction par l’auteur de ces lignes sous le lien suivant: http://www.renenaba.com/a-propos-des-combats-de-syrie-de-la-passivite-syrienne-face-a-israel-et-de-son-interpretation-academique/
Incubateur intellectuel de Nabil Ennasri, son patron de thèse, François Burgat, membre du Conseil Européen des affaires étrangères, passe pour avoir bénéficié d’une subvention substantielle de l’ordre de deux millions d’euros en vue d’animer une étude collective sur «la transition dans les pays arabes». Gageons que cet universitaire respecté saura épargner à la France, sur le dossier Qatar, la réédition de sa mésaventure en Syrie.

L’ancien directeur de l’Institut Français de Damas (2), bien qu’il s’en défendra de l’admettre publiquement, n’ignore pas que la France a pâti dans sa prestation syrienne de fautes majeures initiées dans l’allégresse au début du conflit par de zélés thuriféraires, compromettant gravement son rôle pilote, le réduisant à celui de caisse de résonnance de la campagne de conditionnement médiatique de l’opinion européenne, en diversion aux opérations clandestines.

Le placement de la campagne anti syrienne sous l’égide de Bernard Henry Lévy, en juillet 2011, en association avec les Frères Musulmans, sans tenir compte de la profonde révulsion qu’inspire le philosophe philo-sioniste dans le Monde arabe, a constitué une erreur criminelle en ce qu’elle a durablement détourné d’opposants historiques de la structure off-shore.
De même, le parrainage ostentatoire de la France à une opposition dirigée par des universitaires syriens salariés de l’administration française a obéré son discours moral et humaniste en ce que l’opération est apparue au sein de larges couches d‘une opinion syrienne farouchement nationaliste comme la mise en selle d’ «arabes de service», sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, pour des équipées hégémoniques occidentales en terre arabe. Erreur imputable au premier chef à une nostalgie de grandeur nourrie par le retour du refoulé d’un passif colonial non purgé.

Gardons-nous donc des «Arabes de service» et de leur zèle intempestivement ravageur. Ces «native informant», à la légitimité purement médiatique, qui accaparent la parole d’une communauté sans en être représentatif, si bien décrits d’ailleurs par Pascal Boniface. Cela vaut pour la Syrie comme pour le Qatar. Sur un sujet aussi sensible et décisif pour la cohésion nationale française et le devenir des relations franco-arabes, ne sauraient être de mise les propos de comptoir, pas plus que les postures déclamatoires, à en juger par les déboires de la France en Libye et au Mali.

Rare cas de fusion intellectuelle entre un auteur et son éditeur, leur osmose éditoriale s’est matérialisée par cette interview qui s’est apparentée par moments à un exercice d’auto célébration auto promotionnelle.
http://www.iris-france.org/informez vous/blog_pascal_boniface_article.php?numero=229

La déroute de la diplomatie française en Syrie devrait nous inciter à répudier la flamboyante complaisance narcissique de la classe politico médiatique française pour mieux se pénétrer des vertus de la rigueur et sans doute de l’humilité intellectuelle.
Pitoyable Fabius, jadis brillant homme de gouvernement, désormais piteux politiciens, qui réclame la mise à l’index la branche militaire du Hezbollah libanais et non le MUJAO, auteur le même jour de sa déclaration d’un double attentat au Niger faisant 24 tués. Non la filiale syrienne d’Al Qaida, Jobhat An Nosra pétro monarchique, inscrite depuis six mois sur la liste des organisations terroristes par les Etats Unis. Non Ansar Eddine, filiale caritative du djihadisme qatariote, qui a sinistré le pré carré français au Nord Mali, et sapé le dernier erzat de la puissance française. Non les dynamiteurs de l’ambassade de France en Libye. Non Boko Haram qui a pris en otage sept ressortissants français avant de les relâcher sans doute au terme d’une négociation indirecte avec la France via le camerounais Paul Biya.

Le Hezbollah et non les groupements sunnites. Est-ce par ce que la formation libanaise gêne les projets israéliens, alors qu les autres s’appliquent méthodiquement à la destruction des pays arabes? Est- ce par ce que le chiite tient la dragée haute au camp atlantiste et à ses alliés de l’islam pétrolier, en sa qualité d’ultime digue de retenue du naufrage de la Palestine?
Un politologue, sans doute l’un des plus prometteurs islamologues de la génération de la relève, Haoues Seniguer (3), en pose la saine problématique. En prolongement de l’ouvrage du tandem Beau Bourget, l’universitaire franco algérien, descendant d’une famille d’authentiques patriotes algériens, fait un sort aux sornettes en tous genres proférées à propos du Qatar, dans une étude retentissante qu’il importe à l’auteur de ces lignes de porter à la connaissance du public, dans l’intérêt même de la France et du Monde arabe.

Sur fond de scandales récurrents de la société française, de déliquescence morale de ses élites, avec un ancien Président gaulliste de la République Jacques Chirac condamné par la justice de son pays, son successeur Nicolas Sarkozy en maille avec elle, de même que la directrice française du FMI Christine Lagarde, de grosses pointures socialistes carbonisées par de comportements calamiteux Dominique Strauss Khan et Jérôme Cahuzac- de revers diplomatiques retentissants avec l’implosion du Mali et le dynamitage de l’ambassade française à Tripoli du fait des pupilles de son allié, le Qatar, cet oxymore, pourrait bien apparaître rétrospectivement comme une métaphore de la France en phase de collapsus.
Que ces éminents universitaires ne prennent pas ombrage de ce rappel à l’ordre motivé par une fidélité à la prescription d’un prestigieux ainé, Albert Camus, qui commandait à «l’intellectuel de se ranger, non du côté de ceux qui dictent l’histoire, mais de ceux qui la subissent», meilleur antidote à l’étrange sensation d’une «étrange défaite» de la pensée.

René Naba

Pour aller plus loin sur le Qatar et les sujets connexes sur le blog renenaba.com

Références

livre1- «Un si vilain petit Qatar, cet ami qui nous veut du mal» (Fayard). Un cocktail d’humour et d’érudition, un festival régal qui se lit d’une traite. 296 pages d’une bonne lecture pour les vacances d’été. Dans la même veine «Sabra Chatila, au cœur du massacre», Jacques Marie Bourget- Septembre 2012- Editions Eric Bonnier.

2-Le dispositif politico-médiatique français pour la bataille de Syrie présentait la configuration suivante:
Trois franco syriens, -drôle de direction constituée par trois binationaux-, Bourhane Ghalioune, premier président de l’opposition offshore, sa porte-parole Basma Kodmani, la sœur de cette dernière, Hala, chargée dans un premier temps de la rubrique Syrie au Journal Libération. Deux français émargeant sur le budget de l’état français, Ignace Leverrier de son vrai nom Wladimir Glassman, ancien diplomate français en poste à Damas dans la décennie 1980, et Jean Pierre Filiu, ancien diplomate recyclé dans l’enseignement, blogueur attitré du journal en ligne Rue 89, membre du groupe du Nouvel observateur. Cinq faux nez de l’administration française.

En tandem avec Nabil Ennasri, Ignace Leverrier a effectué une tournée de sensibilisation sur la Syrie dans la zone périurbaine de Paris, en décembre 2011. Les deux compères tiennent des blogs propagatoires au sein du journal Le Monde, chargés d’amplifier les thèses de la doxa officielle française, couvrant de gloire et d’éloges les «combattants de la liberté» jusqu’au désastre du cannibalisme djihadiste, de la prédation sexuelle des dignitaires du golfe à l’assaut des pubères syriennes et des déboires de l’opposition offshore pétromonarchique. En complément à l’édifice, une instance de légitimation des thèses du pré doctorant est constituée de deux personnalités François Burgat, ancien directeur de l’Institut français de Damas et son patron de thèse de même que Pascal Boniface, son éditeur. Ce dispositif, qui a créé une fâcheuse confusion de genre entre pouvoir et contrepouvoir, explique le désastre diplomatique de la France en Syrie et révèle vulnérabilité de la presse française à l’égard du pouvoir.
Afin que l’auteur de ces lignes ne soit pas accusé de se livrer au «French Bashing», accusation généralement brandie sur le mode du «Qatar Bashing» pour neutraliser toute critique à l’égard du discours dominant, ci-joint cette analyse d’un journaliste du Figaro, journal parisien de la bourgeoisie d’affaires.

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2013/05/le-spectaculaire-revirement-fr.html

A propos de François Burgat, plus précisément, Cf. à ce propos les éléments concernant le Conseil Européen des Relations Extérieures, sa composition et sa mission. Cf. en version bilingue franco anglaise: http://www.ecfr.eu/content/paris/council
Pour le lecteur arabophone Conférence de François Burgat au «Centre du Roi Faysal sur les sciences islamiques» (Arabie saoudite) sur le Thème «Les conceptions occidentales des mouvements islamiques». http://www.youtube.com/watch?v=00vAjS8GXeY
3-«Le Qatar et l’Islam de France: vers une nouvelle idylle? Confluences Méditerranéennes N0 84 Hiver 2012-2013 par Haoues Seniguer, chercheur associé au GREMMO (Université Lyon II, IEP de Lyon). Voir aussi du même auteur à propos de la judéopohobie de Youssef Al Qaradawi, le prédicateur atlantiste de la chaine qatariote «Al Jazira», la caution spirituelle de Bourhane Ghalioune, le binational franco syrien, premier chef de l’opposition off-shore syrienne. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/848068-propos-judeophobes-du-frere-musulman-al-qaradhawi-qui-pour-s-en-inquieter.html.

Articles scientifiques récents: 2012: «Les islamistes à l’épreuve du printemps arabe et des urnes: une perspective critique», in L’Année du Maghreb 2012 (revue d’anthropologie-droit et sciences politiques classée par l’AERES), VIII, 2012, p. 67-86 2011: «Controverses sur la politisation de la mémoire», in « Mémoire et oubli», Annales de philosophie et des sciences humaines, Colloque international, en collaboration avec l’Association lacanienne internationale, volume 27, Jounieh, PUSEK.

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Des paysans se lèvent contre Bolloré dans plusieurs pays d’Afrique

juin 5th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Dans quatre pays d’Afrique, les riverains des plantations contrôlées par le groupe Bolloré organisent des actions simultanées ce mercredi 5 juin 2013, jour de l’AG de ses actionnaires. A Paris, des ressortissants des pays concernés vont porter les revendications aux dirigeants du groupe.

Le même jour, les villageois libériens occupent les terrains de la plantation SRC, des paysans et chefs traditionnels camerounais se rassemblent devant le siège de la Socapalm à Douala, les riverains de la SAC en Sierra Leone et ceux de la SoGB en Côte d’Ivoire marchent sur le siège de l’entreprise avec laquelle ils sont en conflit. Pour se hisser à l’échelle de la multinationale, ils ont décidé de coordonner leurs luttes. Le 5 juin ils souhaitent faire entendre leurs revendications à Vincent Bolloré, président du groupe contrôlant ces différentes sociétés.

Accaparement de terres, non-respect des conventions assurant des compensations aux villageois, pollutions… les griefs sont nombreux et ce sont les mêmes qui sont exprimés par les Camerounais, les Ivoiriens, les Sierra Léonais ou les Libériens. Les actions de protestation se sont multipliées ces dernières années avec l’extension des surfaces cultivées par les plantations du groupe, mais les négociations ouvertes localement ont le plus souvent abouti à une impasse. Appuyés par l’association Réseaux d’Action Transnationale (ReAct), les riverains ont multiplié depuis plusieurs mois appels et SMS pour échanger sur leur situation, adopter des revendications communes et associer leurs actions.

« Cette première action internationale n’est que le début. Nous sommes déterminés à faire respecter nos droits et M. Bolloré devra finir par l’entendre» affirme Emmanuel Elong, porte-parole du Synaparcam, le syndicat des paysans riverains de la Socapalm au Cameroun.

« M. Bolloré doit entendre les demandes légitimes des paysans riverains dans les pays d’Afrique où son groupe réalise des bénéfices confortables » explique David Ngangang membre de la délégation parisienne qui porte la lettre des revendications communes au siège du groupe Bolloré à Puteaux au moment de l’AG des actionnaires.

Lettre commune des riverains à Vincent Bolloré

Contacts en Afrique
Cameroun

Emmanuel Elong, porte-parole Synaparcam
+237 74 52 93 87
Côte d’Ivoire

Julien Nemlin, porte-parole Comité des Riverains de la SOGB
+225 44 34 69 43
Liberia

Alexander Bonard porte-parole du Concern Citizen Union
+231 880 98 51 91
Sierra Leone

Sima Mattia secrétaire général de la Maloa
+232 76 41 62 67
Contacts en France
Porte-Parole en France 

David Ngangang
+33 6 33 02 46 52
Coordinatrice ReAct 

Eloïse Maulet
+33 6 38 01 25 94
Plus d’informations sur www.projet-react.org
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Afghanistan : Drogue, pétrole et guerre

juin 5th, 2013 by Prof Peter Dale Scott

J’ai prononcé le discours suivant à une conférence anti-OTAN, qui fut organisée à Moscou le 15 mai 2012. J’étais le seul intervenant états-unien lors de cet événement. On m’y avait convié suite à la parution en russe de mon livre Drugs, Oil, and War – un ouvrage jamais traduit en français, contrairement à La Route vers le nouveau désordre mondial et à mon dernier livre, La Machine de guerre américaine –. [1] En tant qu’ancien diplomate préoccupé par la paix, j’étais heureux d’y participer. En effet, il me semble que le dialogue entre les intellectuels états-uniens et russes soit moins sérieux aujourd’hui qu’il ne l’était au paroxysme de la guerre froide. Pourtant, les dangers d’une guerre impliquant les deux principales puissances nucléaires n’ont visiblement pas disparu.

En réponse au problème des crises interconnectées que sont la production de drogue afghane et le jihadisme salafiste narco-financé, mon discours exhortait les Russes à coopérer dans un cadre multilatéral avec les États-uniens partageant cette volonté —malgré les activités agressives de la CIA, de l’OTAN et du SOCOM (pour US Special Operations Command) en Asie centrale—. Cette position divergeait de celles des autres intervenants.

Depuis cette conférence, j’ai continué de réfléchir en profondeur sur l’état dégradé des relations entre la Russie et les États-Unis, et sur mes espoirs légèrement utopiques de les restaurer. Malgré les différents points de vue des conférenciers, ils avaient tendance à partager une grande inquiétude sur les intentions états-uniennes envers la Russie et les anciens États de l’URSS. Cette anxiété commune se fondait sur ce qu’ils savaient des actions antérieures des États-Unis, et de leurs engagements non tenus. En effet, contrairement à la plupart des citoyens de ce pays, ils étaient bien informés sur ces questions.

L’assurance que l’OTAN ne profiterait pas de la détente pour s’étendre en Europe de l’Est est un important exemple de promesse non tenue. Évidemment, la Pologne et d’autres anciens membres du Pacte de Varsovie sont aujourd’hui intégrés au sein de l’Alliance atlantique, tout comme les anciennes Républiques socialistes soviétiques de la Baltique. Par ailleurs, des propositions visant à faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN sont toujours d’actualité, ce pays étant le véritable cœur de l’ancienne Union soviétique. Ce mouvement d’extension vers l’Est fut accompagné d’activités et d’opérations conjointes alliant les troupes US aux forces armées et sécuritaires de l’Ouzbékistan —dont certaines furent organisées par l’OTAN—. (Ces deux initiatives commencèrent en 1997, sous l’administration Clinton.)

Nous pouvons citer d’autres ruptures d’engagements, comme la conversion non autorisée d’une force des Nations Unies en Afghanistan (approuvée en 2001 par la Russie) en une coalition militaire dirigée par l’OTAN. Deux intervenants critiquèrent la détermination des États-Unis à installer en Europe de l’Est un bouclier antimissile contre l’Iran, refusant les suggestions russes de le déployer en Asie. Selon eux, cette intransigeance constituait « une menace pour la paix mondiale ».

Les conférenciers percevaient ces mesures comme des extensions agressives du mouvement qui, depuis Washington, visait à détruire l’URSS sous Reagan. Certains des orateurs avec qui j’ai pu échanger considéraient que, pendant les deux décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, la Russie avait été menacée par des plans opérationnels des États-Unis et de l’OTAN pour une première frappe nucléaire contre l’URSS. Ils auraient pu être exécutés avant que la parité nucléaire ne soit atteinte, mais ils ne furent évidemment jamais mis en œuvre. Malgré tout, mes interlocuteurs étaient persuadés que les faucons ayant voulu ces plans n’avaient jamais abandonné leur désir d’humilier la Russie, et de la réduire au rang de tierce puissance. Je ne peux réfuter cette inquiétude. En effet, mon dernier livre, intitulé La Machine de guerre américaine , décrit également des pressions continuelles visant à établir et à maintenir la suprématie des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les discours prononcés à cette conférence ne se limitaient en aucun cas à critiquer les politiques menées par les États-Unis et l’Alliance atlantique. En effet, les intervenants s’opposaient avec une certaine amertume au soutien de Vladimir Poutine pour la campagne militaire de l’OTAN en Afghanistan, qu’il avait exprimé le 11 avril 2012. Ils étaient particulièrement révoltés par le fait que Poutine ait approuvé l’installation d’une base de l’Alliance atlantique à Oulianovsk, située à 900 kilomètres à l’est de Moscou. Bien que cette base ait été « vendue » à l’opinion publique russe comme un moyen de faciliter le retrait états-unien d’Afghanistan, l’un des conférenciers nous assura que l’avant-poste d’Oulianovsk était présenté dans les documents de l’OTAN comme une base militaire. Enfin, les intervenants se montraient hostiles aux sanctions onusiennes contre l’Iran, qui étaient inspirées par les États-Unis. Au contraire, ils considéraient ce pays comme un allié naturel contre les tentatives états-uniennes de concrétiser le projet de domination globale de Washington.

Mis à part le discours suivant, je suis resté silencieux durant la majeure partie de cette conférence. Cependant mon esprit, voire ma conscience, sont perturbés lorsque je songe aux récentes révélations sur Donald Rumsfeld et Dick Cheney. En effet, immédiatement après le 11-Septembre, ces derniers ont mis en œuvre un projet visant à faire tomber de nombreux gouvernements amis de la Russie —dont l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran—. [2] (Dix ans plus tôt, au Pentagone, le néoconservateur Paul Wolfowitz avait déclaré au général Wesley Clark que les États-Unis disposaient d’une fenêtre d’opportunité pour se débarrasser de ces clients de la Russie, dans la période de restructuration de ce pays suite à l’effondrement de l’URSS. [3]) Ce projet n’a toujours pas été finalisé en Syrie et en Iran.

Ce que nous avons pu observer sous Obama ressemble beaucoup à la mise en œuvre progressive de ce plan. Toutefois, il faut admettre qu’en Libye, et à présent en Syrie, Obama a montré de plus grandes réticences que son prédécesseur à envoyer des soldats sur le terrain. (Il a tout de même été rapporté que, sous sa présidence, un nombre restreint de forces spéciales US ont opéré dans ces deux pays, afin d’attiser la résistance contre Kadhafi puis contre Assad.)

Plus particulièrement, l’absence de réaction des citoyens des États-Unis face au militarisme agressif et hégémoniste de leur pays me préoccupe. Ce bellicisme permanent, que j’appellerais le « dominationisme », est prévu sur le long terme dans les plans du Pentagone et de la CIA. [4] Sans aucun doute, de nombreux États-uniens pourraient penser qu’une Pax Americana globale assurerait une ère de paix, à l’image de la Pax Romanadeux millénaires auparavant. Je suis persuadé du contraire. En effet, à l’instar de la Pax Britannica du XIXe siècle, ce dominationisme conduira inévitablement à un conflit majeur, potentiellement à une guerre nucléaire. En vérité, la clé de la Pax Romana résidait dans le fait que Rome, sous le règne d’Hadrien, s’était retirée de la Mésopotamie. De plus, elle avait accepté de strictes limitations de son pouvoir dans les régions sur lesquelles elle exerçait son hégémonie. La Grande-Bretagne fit preuve d’une sagesse comparable, mais trop tard. Jusqu’à présent, les États-Unis ne se sont jamais montrés aussi raisonnables.

Par ailleurs, dans ce pays, très peu de monde semble s’intéresser au projet de domination globale de Washington, du moins depuis l’échec des manifestations de masse visant à empêcher la guerre d’Irak. Nous avons pu constater une abondance d’études critiques sur les raisons de l’engagement militaire des États-Unis au Vietnam, et même sur l’implication états-unienne dans des atrocités telles que le massacre indonésien de 1965. Des auteurs comme Noam Chomsky et William Blum [5] ont analysé les actes criminels des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ils ont peu étudié la récente accélération de l’expansionnisme militaire états-unien. Seule une minorité d’auteurs, comme Chalmers Johnson et Andrew Bacevich, ont analysé le renforcement progressif de la Machine de guerre américaine qui domine aujourd’hui les processus politiques des États-Unis.

De plus, il est frappant de constater que le jeune mouvement Occupy se soit si peu exprimé sur les guerres d’agression que mène ce pays. Je doute qu’il ait même dénoncé la militarisation de la surveillance et du maintien de l’ordre, ainsi que les camps de détention. Or, ces mesures sont au cœur du dispositif de répression intérieure qui menace sa propre survie. [6] Je fais ici référence à ce que l’on appelle le programme de « continuité du gouvernement » (COG pour « Continuity of Government »), à travers lequel les planificateurs militaires US ont développé des moyens de neutraliser définitivement tout mouvement antiguerre efficace aux États-Unis. [7]

En tant qu’ancien diplomate canadien, si je devais retourner en Russie, j’en appellerais de nouveau à une collaboration entre les États-Unis et ce pays afin d’affronter les problèmes mondiaux les plus urgents. Notre défi est de dépasser ce compromis rudimentaire qu’est la détente, cette soi-disant « coexistence pacifique » entre les superpuissances. En réalité, cette entente vieille d’un demi-siècle a permis —et même encouragé— les atrocités violentes de dictateurs clients, comme Suharto en Indonésie ou Mahamed Siyaad Barre en Somalie. Il est probable que l’alternative à la détente, qui serait une rupture complète de celle-ci, mène à des confrontations de plus en plus dangereuses en Asie —très certainement en Iran—.

Néanmoins, cette rupture peut-elle être évitée ? Voilà que je me demande si je n’ai pas minimisé l’intransigeance hégémoniste des États-Unis. [8] À Londres, j’ai récemment discuté avec un vieil ami, que j’avais rencontré durant ma carrière diplomatique. Il s’agit d’un diplomate britannique de haut rang, qui est un expert de la Russie. J’espérais qu’il aurait modéré mon évaluation négative des intentions des États-Unis et de l’OTAN contre ce pays. Or, il n’a fait que la renforcer.

Ainsi, j’ai décidé de publier mon discours agrémenté de cette préface, qui est destinée aussi bien aux citoyens US qu’au public international. Je pense qu’aujourd’hui, le plus urgent pour préserver la paix mondiale est de restreindre le mouvement des États-Unis vers l’hégémonie incontestée. Au nom de la coexistence dans un monde pacifié et multilatéral, il faut donc raviver l’interdiction par l’ONU des guerres préemptives et unilatérales.

Dans cet objectif, j’espère que les citoyens des États-Unis se mobiliseront contre le dominationisme de leur pays, et qu’ils en appelleront à une déclaration politique de l’administration ou du Congrès. Cette déclaration :

1) renoncerait explicitement aux appels antérieurs du Pentagone faisant de la « suprématie totale » (« full spectrum dominance ») un objectif militaire central dans la politique étrangère des États-Unis ; [9]

2) rejetterait comme étant inacceptable la pratique des guerres préventives, aujourd’hui profondément enracinée ;

3) renoncerait catégoriquement à tout projet états-unien d’utilisation permanente de bases militaires en Irak, en Afghanistan ou au Kirghizstan ;

4) réengagerait les États-Unis à mener leurs futures opérations militaires en accord avec les procédures établies par la Charte des Nations Unies.

J’encourage mes concitoyens à me rejoindre afin d’exhorter le Congrès à introduire une résolution dans ce but. Initialement, une telle démarche pourrait ne pas aboutir. Cependant, il est possible qu’elle contribue à recentrer le débat politique US vers un sujet qui est selon moi urgent et peu débattu : l’expansionnisme des États-Unis, et la menace contre la paix globale qui en découle aujourd’hui.

 

Discours à la conférence d’Invissin sur l’OTAN 

(Moscou, 15 mai 2012)

Avant tout, je remercie les organisateurs de cette conférence de me permettre de parler du grave problème qu’est le narcotrafic d’Afghanistan. Aujourd’hui, il constitue une menace aussi bien pour la Russie que pour les relations entre ce pays et les États-Unis. Je vais donc discuter de politique profonde selon les perspectives de mon livre Drugs, Oil, and War, mais aussi de mon dernier ouvrage (La Machine de guerre américaine ) et du précédent (La Route vers le nouveau désordre mondial ). Ces livres analysent notamment les facteurs sous-tendant le trafic de drogue international ainsi que les interventions US, deux phénomènes préjudiciables à la fois au peuple russe et au peuple états-unien. Je parlerai également du rôle de l’OTAN dans la facilitation des stratégies visant à établir la suprématie des États-Unis sur le continent asiatique. Mais d’abord, je voudrais analyser le trafic de drogue à l’aune d’un important facteur, qui s’avère déterminant dans mes livres. Il s’agit du rôle du pétrole dans les politiques asiatiques des États-Unis, et également de l’influence d’importantes compagnies pétrolières alignées sur les intérêts de ce pays, dont British Petroleum (BP).

Derrière chaque offensive récente des États-Unis et de l’OTAN, l’industrie pétrolière fut une force profonde déterminante. Pour l’illustrer, songeons simplement aux interventions en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et en Libye (2011). [10]

J’ai donc étudié le rôle des compagnies pétrolières et de leurs représentants à Washington —dont les lobbies—, dans chacune des grandes interventions des États-Unis depuis le Vietnam dans les années 1960. [11] Le pouvoir des compagnies pétrolières US nécessiterait quelques explications à un public venant de Russie, où l’État contrôle l’industrie des hydrocarbures. Aux États-Unis, c’est pratiquement l’inverse. En effet, les compagnies pétrolières tendent à dominer aussi bien la politique étrangère de ce pays que le Congrès. [12] Ceci explique pourquoi les présidents successifs, de Kennedy à Obama en passant par Reagan, ont été incapables de limiter les avantages fiscaux des compagnies pétrolières garantis par la « oil depletion allowance » —y compris dans le contexte actuel, où la plupart des États-uniens sombrent dans la pauvreté—. [13]

Les activités US en Asie centrale, dans des zones d’influence traditionnelles de la Russie telles que le Kazakhstan, ont un fondement commun. En effet, depuis une trentaine d’années (voire plus), les compagnies pétrolières et leurs représentants à Washington ont montré un grand intérêt dans le développement, et surtout dans le contrôle des ressources gazières et pétrolières sous-exploitées du bassin Caspien. [14] Dans cet objectif, Washington a développé des politiques ayant eu comme résultat la mise en place de bases avancées au Kirghizstan et, pendant quatre ans, en Ouzbékistan (2001-2005). [15] Le but affiché de ces bases était de soutenir les opérations militaires des États-Unis en Afghanistan. Néanmoins, la présence états-unienne encourage aussi les gouvernements des nations avoisinantes à agir plus indépendamment de la volonté russe. Nous pouvons citer comme exemple le Kazakhstan et le Turkménistan, ces deux pays étant des zones d’investissements gaziers et pétroliers pour les compagnies US.

Washington sert les intérêts des compagnies pétrolières occidentales, pas seulement du fait leur influence corruptrice sur l’administration, mais parce que la survie de l’actuelle pétro-économie US dépend de la domination occidentale du commerce mondial du pétrole. Dans l’un de mes livres, j’analyse cette politique, en expliquant comment elle a contribué aux récentes interventions des États-Unis, mais aussi à l’appauvrissement du Tiers-Monde depuis 1980. En substance, les États-Unis ont géré le quadruplement des prix du pétrole dans les années 1970 en organisant le recyclage des pétrodollars dans l’économie états-unienne, au moyen d’accords secrets avec les Saoudiens. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et continuelle de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar US ; le second sécurisait le soutien permanent de ce pays dans la tarification intégrale du pétrole de l’OPEP en dollars. [16] Ces deux accords garantissaient que l’économie des États-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Le plus lourd fardeau pèserait au contraire sur les économies des pays les moins développés. [17]

Le dollar US, bien qu’étant en cours d’affaiblissement, dépend encore en grande partie de la politique de l’OPEP imposant cette monnaie pour régler le pétrole de cette organisation. Nous pouvons mesurer avec quelle force les États-Unis sont capables d’imposer cette politique en observant le destin des pays ayant décidé de la remettre en cause. « En 2000, Saddam Hussein insista pour que le pétrole irakien soit vendu en euros. Ce fut une manœuvre politique, mais qui augmenta les revenus récents de l’Irak grâce la hausse de la valeur de l’euro par rapport au dollar. » [18] Trois ans plus tard, en mars 2003, les États-Unis envahirent ce pays. Deux mois après, le 22 mai 2003, Bush décréta par un ordre exécutif que les ventes de pétrole irakien devaient s’effectuer de nouveau en dollars, et non en euros. [19]

Selon un article russe, peu avant l’intervention de l’OTAN en Libye début 2011, Mouammar Kadhafi avait manœuvré pour refuser le dollar comme monnaie de règlement du pétrole libyen, à l’instar de Saddam Hussein. [20] En février 2009, l’Iran annonça avoir « complètement cessé de conduire les transactions pétrolières en dollars US. » [21] Les véritables conséquences de cette audacieuse décision iranienne n’ont pas encore été observées. [22]

J’insiste sur le point suivant : chaque intervention récente des États-Unis et de l’OTAN a permis de soutenir la suprématie déclinante des compagnies pétrolières occidentales sur le système pétrolier global, donc celui des pétrodollars. Néanmoins, je pense que les compagnies pétrolières elles-mêmes sont capables d’initier, ou au moins de contribuer à des interventions politiques. Comme je l’ai mentionné dans mon livre Drugs, Oil, and Wars (p.8) :

« De façon récurrente, les compagnies pétrolières US sont accusées de se lancer dans des opérations clandestines, soit directement, soit par le biais d’intermédiaires. En Colombie (comme nous le verrons), une entreprise de sécurité états-unienne travaillant pour Occidental Petroleum participa à une opération militaire de l’armée colombienne, ‘qui tua 18 civils par erreur.’ »

Pour citer un exemple plus proche de la Russie, j’évoquerais une opération clandestine de 1991 en Azerbaïdjan, qui est un exemple classique de politique profonde. Dans ce pays, d’anciens collaborateurs de la CIA, qui étaient employés par une entreprise pétrolière douteuse (MEGA Oil), « se lancèrent dans des entraînements militaires, distribuèrent des ‘sacs remplis d’argent liquide’ à des membres du gouvernement, et mirent en place une compagnie aérienne […] qui permit bientôt à des centaines de mercenaires moudjahidines d’être acheminés dans ce pays depuis l’Afghanistan. » [23] À l’origine ces mercenaires, finalement estimés à environ 2 000, furent employés pour combattre les forces arméniennes soutenues par la Russie dans la région disputée du Haut-Karabagh. Mais ils appuyèrent aussi les combattants islamistes en Tchétchénie et au Daguestan. Ils contribuèrent également à faire de Bakou un point de transbordement de l’héroïne afghane à la fois vers le marché urbain de Russie et vers la mafia tchétchène. [24]

En 1993, ils participèrent au renversement d’Abulfaz Elchibey, le premier président élu de l’Azerbaïdjan, et à son remplacement par Heydar Aliyev. Ce dernier signa ensuite un important contrat pétrolier avec BP, incluant ce qui devint finalement l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan reliant ce pays à la Turquie. Il faut souligner que les origines états-uniennes des agents de MEGA Oil sont indiscutables. En revanche, nous ne savons pas exactement qui a financé cette entreprise. Il aurait pu s’agir des majors pétrolières, la plupart d’entre elles disposant (ou ayant disposé) de leurs propres services clandestins. [25] Certaines entreprises pétrolières importantes, incluant Exxon, Mobil et BP, ont été accusées d’être « derrière le coup d’État » ayant conduit au remplacement d’Elchibey par Aliyev. [26]

De toute évidence, Washington et les majors pétrolières pensent que leur survie dépend du maintien de leur actuelle suprématie sur les marchés pétroliers internationaux. Dans les années 1990, alors que l’on localisait généralement les plus grandes réserves non prouvées d’hydrocarbures dans le bassin Caspien, cette région devint centrale à la fois pour les investissements pétroliers des entreprises US et pour l’expansion sécuritaire des États-Unis. [27]

S’exprimant en tant que secrétaire d’État adjoint, Strobe Talbott, un proche ami de Bill Clinton, tenta de mettre en avant une stratégie raisonnable pour assurer cette expansion. Dans un important discours prononcé le 21 juillet 1997,

« Talbott exposa les quatre aspects d’un [potentiel] soutien des États-Unis pour les pays du Caucase et de l’Asie centrale : 1) la promotion de la démocratie ; 2) la création d’économies de marché ; 3) le parrainage de la paix et de la coopération, au sein et parmi les pays de la région et 4) leur intégration dans la plus vaste communauté internationale. […] Critiquant avec virulence ce qu’il considère être une conception dépassée de la compétition dans le Caucase et en Asie centrale, M. Talbott mit en garde quiconque envisagerait le ‘Grand Jeu’ comme grille de lecture de la région. Au contraire, il proposa une entente dans laquelle chacun sortirait gagnant de la coopération. » [28]

Mais cette approche multilatérale fut immédiatement attaquée par des membres des deux partis. Seulement trois jours plus tard, Heritage Foundation, le cercle de réflexion droitisant du Parti républicain, répondit que « [l]’administration Clinton, désireuse d’apaiser Moscou, rechignait à exploiter l’opportunité stratégique de sécuriser les intérêts des États-Unis dans le Caucase. » [29] En octobre 1997, cette critique trouva son écho dans Le Grand Échiquier, un important ouvrage écrit par l’ancien conseiller à la Sécurité nationale Zbigniew Brzezinski. Ce dernier est certainement le principal opposant à la Russie au sein du Parti démocrate. Admettant que « la politique étrangère [états-unienne devrait] […] favoriser les liens nécessaires à une vraie coopération mondiale », il défendait toutefois dans son livre la notion de « Grand Jeu  » rejetée par Talbott. Selon Brzezinski, il était impératif d’empêcher « [l]’apparition d’un concurrent en Eurasie, capable de dominer ce continent et de défier [les États-Unis] ». [30]

En arrière-plan de ce débat, la CIA et le Pentagone développaient à travers l’Alliance atlantique une « stratégie de projection » contraire aux propositions de Talbott. En 1997, dans le cadre du programme « Partenariat pour la Paix » de l’OTAN, le Pentagone démarra des exercices militaires avec l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizstan. Ce programme constituait « l’embryon d’une force militaire dirigée par l’OTAN dans cette région ». [31] Baptisés CENTRAZBAT, ces exercices envisageaient de potentiels déploiements de forces combattantes états-uniennes. Catherine Kelleher, une assistante du secrétaire adjoint à la Défense, cita « la présence d’énormes ressources énergétiques » comme justification de l’engagement militaire des États-Unis dans cette région. [32] L’Ouzbékistan, que Brzezinski distingua pour son importance géopolitique, devint un pivot pour les exercices militaires états-uniens, bien que ce pays ait l’un des pires bilans en matière de respect des droits de l’Homme dans cette région. [33]

De toute évidence, la « révolution des tulipes » de mars 2005 au Kirghizstan constitua une autre étape de la doctrine de projection stratégique du Pentagone et de la CIA. Elle s’est déroulée à une époque où George W. Bush parlait fréquemment de « stratégie de projection de la liberté ». Plus tard, alors qu’il visitait la Géorgie, ce dernier approuva ce changement de régime en le présentant comme un exemple de « démocratie et de liberté en pleine expansion ». [34] (En réalité, il ressemblait plus à un coup d’État sanglant qu’à une « révolution ».) Cependant, le régime de Bakiyev « dirigea le pays comme un syndicat du crime », pour reprendre les termes d’Alexander Cooley, un professeur à l’Université de Columbia. En particulier, de nombreux observateurs accusèrent Bakiyev d’avoir pris le contrôle du trafic de drogue local et de le gérer comme une entreprise familiale. [35]

Dans une certaine mesure, l’administration Obama s’est éloignée de cette rhétorique hégémoniste que le Pentagone appelle la « suprématie totale  » (« full-spectrum dominance »). [36] Toutefois, il n’est pas surprenant de constater que sous sa présidence, les pressions visant à réduire l’influence de la Russie se soient maintenues, comme par exemple en Syrie. En réalité, pendant un demi-siècle, Washington a été divisée en deux camps. D’un côté, une minorité évoluant principalement au Département d’État (comme Strobe Talbott), qui avait envisagé un avenir de coopération avec l’Union soviétique. De l’autre, les faucons hégémonistes, travaillant principalement à la CIA et au Pentagone (comme William Casey, Dick Cheney et Donald Rumsfeld). Ces derniers ont continuellement fait pression pour instaurer aux États-Unis une stratégie unipolaire de domination globale. [37] Dans la poursuite de cet objectif inatteignable, ils n’ont pas hésité à s’allier avec des trafiquants de drogue, notamment en Indochine, en Colombie et à présent en Afghanistan. [38]

Par ailleurs, ces faucons ont massivement employé les stratégies d’éradication narcotique de la DEA (Drug Enforcement Administration). [39] Comme je l’ai écrit dansLa Machine de guerre américaine (p.43),

«  Le véritable objectif de la plupart de ces campagnes […] n’a jamais été l’idéal sans espoir de l’éradication de la drogue. Il a plutôt consisté à modifier la répartition du marché, c’est-à-dire à cibler des ennemis spécifiques pour s’assurer que le trafic de drogue reste sous le contrôle des trafiquants alliés à l’appareil de la sécurité d’État en Colombie et/ou à la CIA. » [40]

De manière flagrante, cette tendance s’est vérifiée en Afghanistan, où les États-Unis recrutèrent d’anciens trafiquants de drogue pour qu’ils soutiennent leur invasion de 2001. [41] Plus tard, Washington annonça une stratégie de lutte contre la drogue qui se limitait explicitement à attaquer les trafiquants de drogue qui appuyaient les insurgés. [42]

Ainsi, ceux qui comme moi se préoccupent de la réduction des flux de drogue venant d’Afghanistan se retrouvent face à un dilemme. En effet, pour être efficaces, les stratégies de lutte contre le trafic de drogue international doivent être multilatérales. En Asie centrale, elles nécessiteront une plus grande coopération entre les États-Unis et la Russie. Mais au contraire, les efforts des principales forces pro-US présentes dans cette région —notamment la CIA, l’US Army, l’OTAN et la DEA—, ont été jusqu’à présent concentrés non pas sur la coopération mais sur l’hégémonie états-unienne.

Selon moi, la réponse à ce problème résidera dans l’utilisation conjointe de l’expertise et des ressources des deux pays, dans le cadre d’agences bilatérales ou multilatérales qu’aucune partie ne dominera. Une stratégie anti-drogue réussie devra être pluridimensionnelle, comme la campagne qui a été menée avec succès en Thaïlande. De plus, elle nécessitera probablement que les deux pays envisagent la mise en œuvre de stratégies favorables à la population, ce que ni l’un ni l’autre n’a encore concrétisé. [43]

La Russie et les États-Unis ont beaucoup de caractéristiques communes, et ils partagent de nombreux problèmes. Tous deux sont des super-États, bien que leur prééminence s’affaiblisse face à la Chine émergente. En tant que superpuissances, ces nations cédèrent toutes deux à la tentation de l’aventure afghane, que de nombreux esprits mieux avisés regrettent aujourd’hui. Dans le même temps, ce pays ravagé qu’est devenu l’Afghanistan doit faire face à des problèmes urgents, qui le sont aussi pour ces trois superpuissances. Il s’agit de la menace que constitue la drogue, et du danger correspondant qu’est le terrorisme.

Il est dans l’intérêt du monde entier de voir la Russie et les États-Unis affronter ces périls de façon constructive et désintéressée. Et espérons que chaque progrès dans la réduction de ces menaces communes sera une nouvelle étape dans le difficile processus de renforcement de la paix.

Le siècle dernier fut le théâtre d’une guerre froide entre les États-Unis et la Russie, deux superpuissances qui se sont lourdement armées au nom de la défense de leurs peuples respectifs. L’Union soviétique a perdu, ce qui aboutit à une Pax Americana instable, à l’image de la Pax Britannica du XIXe siècle : un dangereux mélange de globalisation commerciale, d’accroissement des disparités de revenus et de richesses, et d’un militarisme brutalement excessif et expansif. Celui-ci provoque de plus en plus de conflits armés (Somalie, Irak, Yémen, Libye), tout en accentuant la menace d’une possible guerre mondiale (Iran).

Aujourd’hui, afin de préserver leur dangereuse suprématie, les États-Unis sont en train de s’armer contre leur propre population, et plus seulement pour la défendre. [44] Tous les peuples du monde, y compris aux États-Unis, ont comme intérêt l’affaiblissement de cette suprématie en faveur d’un monde plus multipolaire et moins militariste.

Peter Dale Scott
Article original en anglais :

DRUG-FINANCED SALAFI JIHADISM: The Afghan Drug Trade,  A Threat to Russia and U.S.-Russian RelationsDRUG-FINANCED SALAFI JIHADISM: The Afghan Drug Trade, A Threat to Russia and U.S.-Russian Relations, 23 mai 2012

Traduction : Maxime Chaix

Version française publiée par voltairenet.org<:ver_imprimer:> <:recommander:recommander:> Facebook Twitter Delicious Seenthis Digg RSS

 

[1] Le chercheur suisse Daniele Ganser – auteur du livre intitulé Les Armées Secrètes de l’OTAN : Réseaux Stay Behind, Opération Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2011 [seconde édition]) –, et l’homme politique italien Pino Arlacchi, ancien directeur de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), étaient également invités à cette conférence.

[2] Initialement, Donald Rumsfeld voulait répondre au 11-Septembre en attaquant non pas l’Afghanistan, mais l’Irak. Selon lui, il n’y avait « pas de cibles convenables en Afghanistan » (Richard Clarke,Against All Enemies, p.31).

[3] Paul Wolfowitz déclara à Wesley Clark que « nous avons environ cinq ou dix ans devant nous pour nettoyer ces vieux régimes clients des Soviétiques —la Syrie, l’Iran, l’Irak— avant que la prochaine superpuissance ne vienne nous défier » (Wesley Clark, discours au San Francisco Commonwealth Club, 3 octobre 2007). Dix ans plus tard, en novembre 2001, Clark entendit au Pentagone que des plans pour attaquer l’Irak étaient « en discussion dans le cadre d’un plan quinquennal, […] débutant avec l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan » (Wesley Clark, Winning Modern Wars [Public Affairs, New York, 2003], p.130).

[4] Le terme « hégémonie » peut avoir un sens léger, connotant une relation amicale dans une confédération, ou un sens hostile. Le mouvement des États-Unis vers l’hégémonie globale, inébranlable et unipolaire est sans précédent, et il mérite d’avoir sa propre appellation. « Dominationisme » est un terme hideux, ayant une forte connotation sexuelle et perverse. C’est pourquoi je l’ai choisi.

[5] Les livres les plus récents de William Blum sont Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II (2003) etFreeing the World to Death : Essays on the American Empire (2004).

[6] Paul Joseph Watson, « Leaked U.S. Army Document Outlines Plan For Re-Education Camps In America », 3 mai 2012 : « Le manuel énonce clairement que ces mesures s’appliquent également ‘sur le territoire des États-Unis’, sous la direction du [Département de la Sécurité intérieure] et de la FEMA. Ce document ajoute que ‘[l]es opérations de réinstallation peuvent nécessiter l’internement temporaire (moins de 6 mois) ou semi-permanent (plus de 6 mois) d’importants groupes de civils.  »

[7] Voir Peter Dale Scott, « La continuité du gouvernement étasunien : L’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? » ; Peter Dale Scott, « Continuity of Government’ Planning : War, Terror and the Supplanting of the U.S. Constitution ».

[8] Il y a deux nuits, j’ai fait un rêve intense et troublant. À la fin de celui-ci, j’observai l’ouverture d’une conférence où j’allais m’exprimer de nouveau, comme à Moscou. Immédiatement après mon discours, le programme de cet événement appelait à discuter de la possibilité que « Peter Dale Scott » soit une fiction servant de sombres objectifs clandestins et qu’en réalité, aucun « Peter Dale Scott » n’existait.

[9] « La ‘suprématie totale’ (‘full-spectrum dominance’) signifie la capacité des forces US, agissant seules ou avec des alliés, de battre n’importe quel adversaire et de contrôler n’importe quelle situation entrant dans la catégorie des opérations militaires. » (Joint Vision 2020, Département de la Défense, 30 mai 2000 ; cf. « Joint Vision 2020 Emphasizes Full-spectrum Dominance », Département de la Défense).

[10] De façon indiscutable mais moins évidente, le pétrole —ou plutôt un oléoduc— fut également un facteur conditionnant l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1998. Voir Peter Dale Scott,Drugs, Oil, and War : The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina (Rowman & Littlefield Publishers, Lanham, MD), p.29 ; Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011.

[11] Scott, Drugs, Oil, and War, pp.8-9, p.11.

[12] Par exemple, l’entreprise Exxon n’aurait payé aucun impôt fédéral sur le revenu en 2009, à une période de bénéfices presque record pour cette compagnie (Washington Post, 11 mai 2011). Cf. Steve Coll, Private Empire : ExxonMobil and American Power(Penguin Press, New York, 2012), pp.19-20 : « Dans certains pays lointains où elle a fait des affaires, […] l’emprise d’Exxon sur les politiques civiles et sécuritaires locales dépassait celle de l’ambassade des États-Unis. »

[13] Charles J. Lewis, « Obama again urges end to oil industry tax breaks », Houston Chronicle, 27 avril 2011 ; « Politics News : Obama Urges Congress to End Oil Subsidies », Newsy.com, 2 mars 2012.

[14] Cf. un article publié en 2001 par le Foreign Military Studies Office de Fort Leavenworth : « La mer Caspienne semble reposer elle-même sur une autre mer —une mer d’hydrocarbures—. […] La présence de ces réserves de pétrole et la possibilité de les exporter fait [sic] naître de nouvelles préoccupations stratégiques pour les États-Unis et les autres puissances occidentales industrialisées. Alors que les compagnies pétrolières construisent un oléoduc du Caucase vers l’Asie centrale pour fournir le Japon et l’Occident, ces préoccupations stratégiques revêtent des implications militaires. » (Lester W. Grau, « Hydrocarbons and a New Strategic Region : The Caspian Sea and Central Asia » (Military Review [May-Juin 2001], p.96) ; cité dans Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial (50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis) [Éditions Demi-Lune, Paris, 2010], p.51).

[15] Discussion dans Peter Dale Scott, « Le ‘Projet Jugement dernier’ et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre », Réseau Voltaire, 4 janvier 2012. Des tractations diplomatiques visant à établir une base US au Tadjikistan ont également eu lieu : voir Joshua Kucera, « U.S. : Tajikistan Wants to Host an American Air Base », Eurasia.net, 14 décembre 2010.

[16] David E. Spiro, The Hidden Hand of American Hegemony : Petrodollar Recycling and International Markets (Ithaca, Cornell UP, 1999), x : « En 1974, [le secrétaire au Trésor William] Simon négocia un accord secret pour que la banque centrale saoudienne puisse acheter des titres du Trésor US en dehors du processus de vente habituel. Quelques années plus tard, le secrétaire au Trésor Michael Blumenthal noua un accord secret avec les Saoudiens, assurant que l’OPEP continuerait de vendre le pétrole en dollars. Ces accords étaient confidentiels car les États-Unis avaient promis aux autres démocraties industrialisées de ne pas poursuivre des politiques unilatérales de ce genre. » Cf. pp.103-12.

[17] « Aussi longtemps que le pétrole de l’OPEP était vendu en dollars, et que cette organisation les investissait dans des obligations du gouvernement US, ce dernier bénéficiait d’un double prêt. La première part de ce prêt concernait le pétrole. En effet, le gouvernement des États-Unis pouvait imprimer des dollars pour acheter son pétrole. En échange, l’économie US n’avait donc pas à produire de biens et services, jusqu’à leur achat par l’OPEP avec ces dollars. Évidemment, cette stratégie ne pouvait fonctionner si cette monnaie n’avait pas constitué un moyen de régler le pétrole. La seconde part de ce prêt venait des autres économies nationales, qui devaient acquérir des dollars pour acheter leur pétrole, mais qui ne pouvaient imprimer cette monnaie. Celles-ci devaient vendre leurs biens et services afin de posséder les dollars requis pour payer l’OPEP. » (Spiro, Hidden Hand, p.121).

[18] Carola Hoyos et Kevin Morrison, « Iraq returns to the international oil market », Financial Times, 5 juin 2003. Cf. Coll,Private Empire, p.232 : « À la fin de son règne, un Saddam Hussein désespéré avait signé des contrats de partage de la production [pétrolière] avec des entreprises russes et chinoises, mais ces accords n’ont jamais été mis en œuvre. »

[19] Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , pp.265-66. Voir également William Clark, « The Real Reasons Why Iran is the Next Target : The Emerging Euro-denominated International Oil Marker », Global Research, 27 octobre 2004.

[20] Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , pp.265-66. Voir également William Clark, « The Real Reasons Why Iran is the Next Target : The Emerging Euro-denominated International Oil Marker », Global Research, 27 octobre 2004.

[21] « Iran Ends Oil Transactions In U.S. Dollars », CBS News, 11 février 2009.

[22] En mars 2012, SWIFT, la société qui gère les transactions financières globales, a exclu les banques iraniennes de ce système, conformément aux sanctions de l’ONU et des États-Unis (BBC News, 15 mars 2012). Le 28 février 2012, Business Week déclara que cet acte « pourrait perturber les marchés pétroliers [,] inquiets de la possibilité que les acheteurs ne puissent plus payer les 2,2 millions de barils de pétrole quotidiens du second pays exportateur de l’OPEP. »

[23] Peter Dale Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , pp.229-31 ; cf. Scott, Drugs, Oil, and War, p.7.

[24] Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , p.231.

[25] L’Office of Strategic Services (OSS), l’agence d’opérations clandestines des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, fut hâtivement mise sur pied en recrutant notamment des employés de certaines compagnies pétrolières présentes en Asie, comme Standard Oil of New Jersey (Esso). Voir Smith, OSS, p.15, p.211.

[26] « BP oiled coup with cash, Turks claim », Sunday Times(Londres), 26 mars 2000 ; cité dans Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , pp.231-33.

[27] En 1998, Dick Cheney, qui était alors le PDG de l’entreprise de services pétroliers Halliburton, fit la remarque suivante : « Je ne me souviens pas avoir vu émerger si soudainement une région en tant que zone de grande importance stratégique comme c’est le cas aujourd’hui pour [le bassin] Caspien. » (George Monbiot, « America’s pipe dream », The Guardian [Londres], 23 octobre 2001).

[28] R. Craig Nation, « Russia, the United States, and the Caucasus », US Army War College, Strategic Studies Institute. Les paroles de Talbott méritent d’être amplement citées : « Depuis de nombreuses années, il a été en vogue de proclamer, ou du moins de prédire une répétition du ‘Grand Jeu’ dans le Caucase et en Asie centrale. Bien entendu, ceci implique que la dynamique motrice dans cette région – alimentée et encouragée par le pétrole – serait la compétition entre les grandes puissances. Celle-ci serait défavorable aux populations locales. Notre objectif est d’éviter cette issue régressive, et d’agir afin d’en décourager les promoteurs. […] Le Grand Jeu, au cœur [des romans] Kim de Kipling et Flashman de Fraser, s’est conclu par une somme nulle. Ce que nous voulons apporter est tout simplement le contraire. Nous désirons voir tous les acteurs responsables d’Asie centrale et du Caucase sortir gagnants.  » (M.K. Bhadrakumar, « Foul Play in the Great Game », Asia Times, 13 juillet 2005).

[29] James MacDougall, « A New Stage in U.S.-Caspian Sea Basin Relations », Central Asia, 5 (11), 1997 ; citant Ariel Cohen, « U.S. Policy in the Caucasus and Central Asia : Building A New ‘Silk Road’ to Economic Prosperity », Heritage Foundation, 24 juillet 1997. En octobre 1997, le Sénateur Sam Brownback introduisit une loi, le Silk Road Strategy Act of 1997 (S. 1344), destinée à encourager les nouveaux États d’Asie centrale à coopérer avec les États-Unis plutôt qu’avec la Russie ou l’Iran.

[30] Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier (L’Amérique et le reste du monde), (Bayard Éditions, Paris, 1997), pp.24-25.

[31] Ariel Cohen, Eurasia In Balance : The US And The Regional Power Shift, p.107.

[32] Michael Klare, Blood and Oil (Metropolitan Books/Henry Holt, New York, 2004), pp.135-36 ; citant R. Jeffrey Smith, « U.S. Leads Peacekeeping Drill in Kazakhstan », Washington Post, 15 septembre 1997. Cf. Kenley Butler, « U.S. Military Cooperation with the Central Asian States », 17 septembre 2001.

[33] Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier, p.172.

[34] Peter Dale Scott, « Kyrgyzstan, the U.S. and the Global Drug Problem : Deep Forces and the Syndrome of Coups, Drugs, and Terror », Asia-Pacific Journal : Japan Focus ; citant le Président Bush, Discours sur l’état de l’Union, 20 janvier 2004 ; « Bush : Georgia’s Example a Huge Contribution to Democracy », Civil Georgia, 10 mai 2005. De la même manière, Zbigniew Brzezinski fut cité dans un article de presse kirghiz déclarant : «  Je pense que les révolutions en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizstan furent l’expression sincère et soudaine de la volonté politique prédominante » ( 27 mars 2008).

[35] Scott, « Kyrgyzstan, the U.S. and the Global Drug Problem : Deep Forces and the Syndrome of Coups, Drugs, and Terror », citant Owen Matthews, « Despotism Doesn’t Equal Stability », Newsweek, 7 avril 2010 (Cooley) ; Peter Leonard, « Heroin trade a backdrop to Kyrgyz violence », Associated Press, 24 juin 2010 ; « Kyrgyzstan Relaxes Control Over Drug Trafficking », Jamestown Foundation,Eurasia Daily Monitor, vol. 7, issue 24, 4 février 2010, etc.

[36] Département de la Défense, Joint Vision 2020, 30 mai 2000 ; discussion dans Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial , pp.50-51.

[37] Wesley Clark rapporta que Paul Wolfowitz, l’un des principaux néoconservateurs au Pentagone, lui annonça en 1991 que « [les États-Unis avaient] environ cinq ou dix ans devant [eux] pour nettoyer ces vieux régimes clients des soviétiques – la Syrie, l’Iran, l’Irak – avant que la prochaine superpuissance ne vienne nous défier » (Wesley Clark, discours au San Francisco Commonwealth Club, 3 octobre 2007). Dix ans plus tard, en novembre 2001, Clark entendit au Pentagone que des plans pour attaquer l’Irak étaient « en discussion dans le cadre d’un plan quinquennal, […] débutant avec l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan » (Wesley Clark, Winning Modern Wars [Public Affairs, New York, 2003], p.130).

[38] Voir Scott, La Machine de guerre américaine : La politique profonde, la CIA, la drogue, l’Afghanistan, … , (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2012).

[39] Concernant la dérive hégémoniste de la « guerre contre la drogue » menée par la DEA en Asie, voir Scott, La Machine de guerre américaine , pp.187-212.

[40] Scott, La Machine de guerre américaine , p.43.

[41] Par exemple, nous pouvons citer Haji Zaman Ghamsharik, qui s’était retiré à Dijon (France), où des responsables britanniques et états-uniens l’ont rencontré et l’ont persuadé de retourner en Afghanistan (Peter Dale Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, p.181 ; citant Philip Smucker, Al Qaeda’s Great Escape : The Military and the Media on Terror’s Trail [Brassey’s, Washington, 2004], p.9.

[42] Scott, La Machine de guerre américaine , pp.340-41 (insurgés) ; James Risen, « U.S. to Hunt Down Afghan Lords Tied to Taliban »,New York Times, 10 août 2009 : «  Les commandants militaires des États-Unis ont déclaré au Congrès que […] seuls ces [trafiquants de drogue] apportant leur soutien à l’insurrection seraient ciblés. »

[43] La Russie s’est légitimement indignée de l’échec des États-Unis et de l’OTAN à combattre sérieusement les immenses cultures d’opium en Afghanistan depuis une dizaine d’années (voir par exemple : « Russia lashes out at NATO for not fighting Afghan drug production », Russia Today, 28 février 2010). Cependant, la solution simpliste proposée par la Russie —la destruction des cultures dans les champs—, précipiterait certainement les paysans dans les bras des islamistes, ce qui menace autant les États-Unis que la Russie. De nombreux observateurs ont remarqué que l’éradication des champs de pavot endette les petits fermiers vis-à-vis des propriétaires terriens et des trafiquants. Ainsi, ils doivent souvent rembourser leurs dettes « en argent liquide, en terrain, en bétail ou en donnant une fille —ce qui est fréquent—. […] L’éradication du pavot les a simplement précipités davantage dans la pauvreté qui les avait initialement conduits à cultiver de l’opium. » (Joel Hafvenstein,Opium Season : A Year on the Afghan Frontier, p.214) ; cf. « Opium Brides », PBS Frontline). L’éradication de l’opium en Thaïlande —souvent citée comme le programme le plus réussi depuis celui qui fut appliqué en Chine dans les années 1950—, fut accomplie en associant la coercition militaire à des programmes très complets de développement alternatif. Voir William Byrd et Christopher Ward, « Drugs and Development in Afghanistan », Banque Mondiale,Conflict Prevention and Reconstruction Unit, Working paper series, vol. 18 (décembre 2004) ; voir également « Secret of Thai success in opium war », BBC News, 10 février 2009.

[44] Voir par exemple Peter Dale Scott, « La continuité du gouvernement étasunien : L’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? », Mondialisation.ca, 6 décembre 2010.

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Le 22 mai, Ibragim Todashev, un témoin clé dans les événements entourant les attentats à la bombe du marathon de Boston, a été assassiné par un agent du FBI à sa résidence en Floride. Todashev, une présumée connaissance de Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev, les suspects dans l’attentat, n’était pas armé et en garde à vue lorsqu’il a été abattu de sept coups de feu, dont un à la tête.

Cet événement extraordinaire, dont les quelques reportages ont été enfouis dans les médias américains, a toutes les apparences de dissimulation, de tromperie et de criminalité. Quatre ou cinq explications complètement différentes du meurtre ont été présentées par le gouvernement en l’espace d’une semaine. Aucune de ces explications n’est crédible.

L’assassinat de Todashev a eu lieu un peu plus d’un mois après l’explosion des deux bombes – qui avait fait 3 morts et 264 blessés – à proximité de la ligne d’arrivée du marathon de Boston. Très rapidement, on a dit à la population que les responsables avaient été identifiés. Peu de temps après, Tamerlan, 26 ans, a été abattu par les policiers. Son frère Dzhokhar, 19 ans, fut grièvement blessé alors qu’il se cachait, sans arme, dans un bateau remisé.

Dans les jours qui ont suivi l’attentat, la loi martiale fut essentiellement imposée dans la ville de Boston. Dans une opération sans précédent de la police et de l’armée, la population reçut l’ordre de «rester à l’abri» pendant que des véhicules blindés étaient déployés dans les rues et que des équipes SWAT lourdement armées faisaient des perquisitions dans les résidences sans le moindre respect pour les droits fondamentaux.

À la suite des événements de Boston, on apprit que l’aîné des Tsarnaev – comme presque tous ceux qui ont commis ou tenté de commettre un tel acte – était connu depuis longtemps des services du renseignement et avait possiblement établi des liens avec eux. Des avertissements précis avaient été émis par la Russie et ces avertissements avaient été ignorés. On apprit aussi qu’un proche collaborateur de Tamerlan et deux autres personnes avaient été tués au moment du dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2011, un an et demi avant les attentats de Boston.

C’est dans ces conditions qu’une personne qui connaissait les frères Tsarnaev et qui pouvait détenir des renseignements précieux vivait en Floride. Mais avant même que ce témoin clé put être publiquement interrogé, et avant qu’une quelconque accusation ne soit portée contre lui, il fut abattu par un agent du FBI dans des circonstances extrêmement douteuses.

Le jour de la mort de Todashev, en l’absence de tout avocat et, on présume, ses droits «Miranda» bafoués, au moins quatre agents des services fédéraux et régionaux ont passé huit heures avec lui dans sa résidence pour supposément lui faire avouer qu’il était responsable des meurtres commis avant le marathon de Boston.

Avant cet interrogatoire, Todashev avait confié à son colocataire, qui a lui aussi été interrogé, qu’il craignait pour sa vie.

Le père de Todashev a récemment déclaré lors d’une conférence de presse à Moscou que les photos provenant de la morgue prouvaient que certains coups de feu devaient avoir été tirés pendant que son fils était étendu au sol, le tireur au-dessus de lui. Le père a décrit en russe le tir à la tête comme un «tir d’assurance», c’est-à-dire un tir à bout portant pour garantir que la victime est bien morte; une pratique digne de la mafia.

À la suite de l’incident, plusieurs explications officielles contradictoires des moments précédant la mort de Todashev ont été communiquées et répétées scrupuleusement par les médias américains.

D’abord, l’Associated Press a rapporté que «les responsables des forces de l’ordre disent que l’on a tiré sur [Todashev]… après qu’il s’est jeté avec un couteau sur un agent du FBI». Selon l’article, les blessures qu’avait subies l’agent n’étaient «pas mortelles». Cependant, il fut par la suite admis qu’il n’y avait pas de couteau sur la scène du crime.

Personne n’a tenté d’expliquer pourquoi les responsables ont affirmé qu’un couteau avait été utilisé même s’il n’y en avait pas. Au contraire, une série de nouvelles explications, toutes plus incroyables les unes que les autres, fut offerte. Dans une version fournie par un réseau de télé d’Orlando, Todashev aurait tenté d’agripper le revolver de l’agent. Dans une autre, celle d’ABC News, Todashev aurait essayé de s’emparer d’une «épée de samouraï» qui avait été apparemment laissée à proximité.

Selon l’explication fournie par un groupe associé à Fox News, Todashev se serait effectivement emparé de l’épée de samouraï (pas une véritable épée, mais plutôt un objet décoratif) pour ensuite attaquer l’agent.

Dans la dernière version, celle du New York Times, Todashev aurait attaqué l’agent du FBI avec une «barre de métal» qui «aurait pu être [?] un balai».

L’explication où la personne «s’empare d’une arme» est une pratique bien connue dans les «enquêtes» policières qui tentent de justifier l’assassinat d’une personne non armée.

D’autres déclarations demeurent inexpliquées et contradictoires. LeWashington Post a rapporté le 29 mai que, pour une raison inconnue, tout juste avant le meurtre, tous les autres interrogateurs ont laissé l’agent du FBI seul dans la pièce avec Todashev.

Dans l’article du New York Times paru le lendemain, on lit qu’il y avait un agent de plus dans la pièce. Cet agent, d’après un haut représentant que leTimes cite avec crédulité, n’a jamais fait feu, car, supposément, il craignait de blesser son collègue. Il faut croire que celui qui a tué Todashev ne partageait pas cette préoccupation.

Ni l’agent du FBI qui a tiré sur Todashev, ni personne d’autre, n’ont été nommés publiquement ou détenus à des fins d’interrogation.

Il existe une explication du meurtre de Todashev beaucoup plus probable que les histoires opportunes et ridicules publiées dans les médias : Todashev était en possession de renseignements sur le présumé responsable des attentats de Boston, Tamerlan Tsarnaev – peut-être, ce qui est fort possible, sur ses liens avec le service des renseignements américain – qui pouvaient miner le scénario officiel. À un certain moment du long interrogatoire, les agents à Orlando auraient reçu l’ordre, possiblement de quelqu’un à Washington, de se débarrasser de Todashev «par extrême préjudice».

L’assassinat de Todashev remet encore plus en question l’explication officielle des événements de Boston.

La semaine dernière, le Service fédéral de sécurité de Russie a affirmé qu’il avait fourni aux autorités américaines suffisamment de renseignements pour empêcher les attentats de Boston. Cette assertion a été confirmée par le député américain William R. Keating après une visite à Moscou.

Keating, pendant qu’il était à Moscou, a aussi admis que le service des renseignements russe avait exigé d’être averti si Tsarnaev se rendait en Russie. Les autorités américaines n’ont jamais expliqué pourquoi elles ne l’avaient pas fait ou pourquoi elles avaient laissé Tsarnaev se rendre en Tchétchénie, et en revenir, sans l’interroger.

Comme pour les attentats du 11 septembre 2001, il y a près de 12 ans, on ne peut expliquer l’attitude du service des renseignements des États-Unis comme une incapacité à «établir les liens». Que ces agences – grassement financées dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» – eurent été complètement inconscientes de ce qui se passait tout juste sous leur nez met la crédulité à rude épreuve. En fait, si quelqu’un du service des renseignements américain avait simplement «failli à la tâche», on serait en droit de s’attendre à des démissions, des congédiements et même des poursuites. Plutôt, personne n’est tenu responsable et personne n’a démissionné.

Les faits sont têtus. Ce que nous savons clairement est qu’un témoin clé lié aux attentats de Boston a été assassiné par l’État. Ce témoin, qui craignait pour sa vie, détenait probablement des renseignements compromettants.

Le meurtre de Todashev n’a suscité aucune critique au sein de l’établissement politique. Les médias ont joué comme à l’habitude leur sale et servile rôle de dissimulation. À l’exception d’un seul éditorial paru dans leWashington Post qui exprimait la crainte que la mort de Todashev puisse «alimenter de folles théories du complot», personne dans les médias ou les institutions fédérales, d’État ou municipales n’a demandé d’explication ou d’enquête sur ce qui s’est passé.

Après le meurtre, en septembre 2001 au Yémen, d’Anwar Al-Awlaki, citoyen américain et imam, des questions furent posées quant à la possibilité d’assassinats en territoire américain. Il semble maintenant que c’est ce qui s’est produit. Une autre étape vient d’être franchie vers la mise en place d’un État policier.

Tom Carter

Article original, WSWS, paru le 3 juin 2013

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Selon des reportages, un système de missile russe surface-air S-300 fut livré et déployé en Syrie.

Israël a réagi par des menaces voilées. Le ministre israélien des Affaires militaires  Moshe Ya’alon a déclaré :

« Ce geste est de toute évidence une menace pour nous [...] A ce stade-ci, je ne peux pas dire qu’il y a une escalade. Les livraisons ne sont pas encore en route et j’espère qu’elles ne seront pas envoyées. Si elles arrivent en Syrie, Dieu nous en préserve, nous saurons quoi faire. »

Le président Assad a confirmé que le S-300 avait été livré.

Il est important de mettre ces reportages dans un contexte historique. L’annonce de Moscou fut simplement décrite comme une « représaille » impromptue à la levée de l’embargo sur les armes de l’Union Européenne (UE).

Cette interprétation irréfléchie des médias ignore la nature de la planification militaire. Le déploiement du système de missile surface-air S-300 en Syrie est au programme du ministère russe de la Défense depuis 2006.

Moscou avait annoncé en juin 2006 le déploiement du système de défense aérienne S-300 PMU pour protéger sa base navale de Tartous au sud de la Syrie. Il était entendu que ce déploiement protègerait également l’espace aérien syrien.

Un reportage indique le déploiement de S-300 PMU, tout en confirmant que « les systèmes [s-300] ne seront pas remis aux Syriens. Ils seront manœuvrés et entretenus par du personnel russe ». (Kommerzant en russe, c’est l’auteur qui souligne)

Toutefois, l’intention affichée de Moscou était « de déployer un système de défense aérienne autour de la base, afin de fournir une couverture aérienne à celle-ci ainsi qu’à une partie importante du territoire syrien ». (C’est l’auteur qui souligne.)

Selon nos sources, la Russie et la Syrie ont conclu un accord sur la modernisation de la défense aérienne de la Syrie. Ses systèmes de défense aérienne moyenne portée S-125 seront modernisés et équipés de missiles Pechora-2A. La mise à jour améliorera certainement la défense aérienne syrienne, dont le matériel a été fourni à la Syrie dans les années 1980. Moscou est également prêt à offrir à la Syrie des systèmes de missiles moyenne portée Buk-M1. À l’heure actuelle, les systèmes Strelets courte portée vendus à Damas l’an dernier sont les seuls engins sophistiqués du système de défense aérienne syrien (ces systèmes utilisent les missiles sol-air Igla). (Kommerzant (Russie) Le 28 Juillet, 2006)

Développements récents

Il y a lieu de croire que les principaux éléments du système de défense aérien S-300 ont été livrés et déployés en Syrie au cours des 18 derniers mois.

Il semble que les principales composantes du système S-300 soient déjà fonctionnelles. Selon Arun Shavetz (24 novembre 2011), des conseillers techniques russes sont arrivés en Syrie en novembre 2011 afin d’« aider les Syriens à mettre en place un réseau de missiles S-300 ».

Le reportage indique également qu’un système radar perfectionné a été installé en Syrie dans toutes les installations militaires et industrielles clés. « Le système radar couvre également des zones au nord et au sud de la Syrie, où il sera en mesure de détecter les mouvements de troupes ou d’avions se dirigeant vers la frontière syrienne. Les cibles radar comprennent presque tout le territoire israélien, ainsi que la base militaire d’Incirlik en Turquie, utilisée par l’OTAN. » (Ibid.)

Il y a presque un an, en juin 2012, le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a fait pression sur Moscou pour annuler la vente des S-300 à la Syrie. Le président russe Vladimir Poutine a confirmé la suspension de la vente des S-300 lors de sa visite en Israël. (Voir Israël convainc la Russie d’annuler la vente de missiles S-300 à la Syrie selon un représentant officiel, Xinhua, 28 juin 2012.)

Bien qu’il ne soit pas officiellement confirmé que le S-300 soit déjà fonctionnel, la Syrie possède le système de défense aérienne Pechora-2M , lequel constituerait « une menace », à savoir un obstacle si « une zone d’exclusion aérienne » était mise en place en Syrie, ont admis des sources militaires étasuniennes. Le Pechora-2M est un système multicibles sophistiqué pouvant également être utilisé contre des missiles de croisière.

Si cette défense aérienne n’avait pas été en place, l’instauration d’une « zone d’exclusion aérienne » par les États-Unis et l’OTAN aurait sans doute été envisagée plus tôt.

Le Pechora-2M est un système de défense antiaérienne équipé de missiles sol-air à courte portée et conçu pour détruire des avions, des missiles de croisière, des hélicoptères d’assaut et d’autres cibles au sol ou à basse et moyenne altitude.

Ci-dessus : Système de défense sol-air russe Pechora 2M déployé en Syrie.

Par ailleurs, en réaction aux déploiements de missiles Patriot des États-Unis et de leurs alliés en Turquie, la Russie a livré des missiles Iskander perfectionnés à la Syrie, lesquels sont désormais pleinement opérationnel.

On décrit l’Iskander comme un système de missile surface-surface « qu’aucun système de défense antimissile ne peut suivre ou détruire ».

Le dernier Iskander peut voyager à une vitesse hypersonique dépassant 1,3 miles (2,09 km) par seconde (Mach 6-7) et sa portée d’une extrême précision excède 280 miles (450,62 km). Il détruit les cibles avec son ogive de 1500 livres (680 kg), un cauchemar pour n’importe quel système de défense antimissile.

 

Iskander Mach 6-7

 Michel Chossudovsky

Article original en anglais :

Russia’s S-300 Surface to Air Missile, Already Deployed and Functional in Syria?, 30 mai 2013

Traduit par Julie Lévesque, Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

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Des dizaines de milliers de manifestants ont envahi à nouveau la Place Taksim dans le centre d’Istanbul, dans la nuit de lundi, les manifestations qui ont commencé contre les projets du gouvernement de raser l’un des rares parcs de la ville et d’ériger un centre commercial entrent maintenant dans leur deuxième semaine.

Des milliers de gens ont également manifesté dans la capitale turque d’Ankara. Dans chaque ville, les manifestants ont été confrontés à des tirs de barrages intenses de gaz lacrymogènes et à des charges de la police anti-émeute.

Ce qui avait commencé par quelques dizaines de manifestants pour la qualité de vie à la fin du mois dernier a maintenant attiré des milliers de gens dans les rues du pays face à une répression violente des forces de sécurité turques.

Apparemment indifférent à cette confrontation qui dure, le Premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan a commencé une tournée de quatre jours en Afrique du Nord lundi par une conférence de presse au Maroc. « La situation est bien plus calme maintenant et la raison semble prévaloir. » a-t-il affirmé. « Je pense que les choses vont revenir à la normale. Ces manifestations n’ont pas lieu dans toute la Turquie, seulement dans quelques grandes villes. »

Le premier décès confirmé au cours des manifestations a été relevé lundi. Mehmet Ayvalıtaş, 20 ans et membre de la Plateforme pour la solidarité socialiste (SODAP), a été écrasé et tué par une voiture alors qu’il participait à une manifestation dans le quartier ouvrier 1Mayis à Ümraniye (Istanbul). Certains reportages indiquent qu’il aurait été délibérément visé par un partisan du gouvernement de droite.

En réaction au meurtre, le syndicat des médecins turcs (TTB) a publié une déclaration lundi demandant la fin de la répression policière et la libération de tous ceux qui ont été emprisonnés par le gouvernement. Ils accusent également Erdogan d’avoir créé une atmosphère d’intimidation et de violence par ses menaces de lancer les partisans de son parti islamiste contre les manifestants.

Au moins cinq autre manifestants bléssés seraient dans un état critique, leur vie étant menacée. L’un d’eux, Ethem Sarisuluk, a reçu une balle dans la tête. D’après une organisation turque de défense des droits de l’Homme, les docteurs l’ont déclaré en état de mort cérébrale.

Lundi matin, le syndicat des médecins dénombrait 1480 personnes blessées à Istanbul, 414 à Ankara, et 420 de plus dans la ville côtière d’Izmir. Izmir a été le théâtre de l’une des plus grandes manifestations dimanche et a vu certaines des confrontations les plus intenses, les manifestants mettant le feu aux bureaux du Parti de la Justice et du développement (AKP) au pouvoir, et se faisant agresser par des groupes de voyous pro-gouvernement armés de bâtons cloutés.

En dépit de l’opinion optimiste du Premier ministre sur les événements, d’après son propre ministre de l’Intérieur, Muammer Guler, il y a déjà eu suivant un décompte du lundi matin, 235 manifestations différentes dans 67 villes de Turquie. Guler a également fait savoir que 1730 personnes avaient été arrêtées durant les manifestations de dimanche soir.

Ceci pourrait être largement sous-estimé. Un membre de l’opposition turque au Parlement, Aylin Nazliak, a fait savoir qu’elle avait vu plus de 1500 personnes en détention dans la nuit de dimanche rien qu’à Ankara, et d’autres bus de prisonniers étaient encore en chemin.

La police dans la capitale turque a fait des raids dans les centres commerciaux où les manifestants s’étaient réfugiés et embarquait tout le monde, y compris les passants. « Il y avait environ 1500 personnes en détention, » a-t-elle déclaré au Hürriyet Daily News. « Pendant que nous y étions [au commissariat], neuf autres bus sont arrivés. »

Elle a dit que ceux qui étaient détenus étaient frappés avec des matraques et bousculés pour être chargés dans les bus. Beaucoup d’entre eux saignaient à cause des menottes en plastique trop serrées autour de leurs poignets. Une fois en détention, ils se sont vus refuser le droit à un avocat, ont été photographiés, leurs téléphones portables ont été confisqués et ils ont été incités à signer des déclarations reconnaissant qu’ils avaient été arrêtés alors qu’ils enfreignaient la loi.

Avant de partir pour sa tournée du Maghreb, Erdogan a publié une déclaration dans laquelle il lançait l’accusation éculée de tous les autocrates assiégés selon laquelle ceux qui avaient participé aux manifestations feraient partie d’une « frange extrémiste, » et que ses agences de renseignement enquêtaient sur des « liens avec l’étranger » non-spécifiés. Il est allé jusqu’à dénoncer Twitter comme une source de « mensonges » et à déclarer que tous les médias sociaux sont « la pire menace de la société. »

Erdogan a également essayé de présenter les manifestations massives comme l’œuvre du parti CHP, Parti républicain du peuple, de l’opposition, qui refuserait d’accepter sa défaite aux élections. Ce n’est pas sérieux ; le CHP kémaliste s’est révélé incapable de mobiliser une opposition de masse au gouvernement Erdogan et est largement discrédité en raison de ses liens historiques avec l’armée et l’élite laïque du pays. Quand le chef du CHP, Kemal Kılıçdaro&;lu, a tenté de prendre la parole devant les manifestants, ils ont noyé son discours dans leurs chants.

Ce qui sous-tends l’éclatement de ces manifestations de masse qui avaient démarré par les projets de détruire le parc Gezi, c’est une colère populaire profondément ancrée contre un gouvernement de plus en plus autocratique qui gouverne dans l’intérêt d’une couche de capitalistes avec laquelle ils ont des liens personnels et qui constitue sa véritable base sociale, tout en tentant de maintenir une base populaire en séduisant des sections plus faibles de la population par leurs politiques sociales s’inspirant de la charité islamique.

Le projet de raser le parc Gezi et de construire un centre commercial n’est que l’un des nombreux grands projets de « rénovation urbaine » développés à l’abri des regards par le gouvernement. Ceux qui en bénéficient directement sont des capitalistes politiquement liés au parti – dont le beau-fils d’Erdogan, qui est le propriétaire d’une grande entreprise de développement urbain, ou le maire d’Istanbul, qui est propriétaire d’une chaîne de magasins qui devrait profiter largement de la transformation de ce parc en centre commercial.

Avec un autre de ses grands projets de construction, la construction d’un troisième pont au-dessus du Bosphore, Erdogan et son AKP ont réussi à la fois à enrichir leurs amis capitalistes et à enflammer les tensions sectaires. Ils veulent lui donner le nom d’un sultan Ottoman du 16e siècle resté célèbre pour avoir massacré des dizaines de milliers d’Alèvis, des croyants d’une branche de l’Islam Chiite qui sont aujourd’hui la plus grande minorité religieuse du pays.

L’introduction continuelle de politiques s’appuyant sur la religion en Turquie, qui est formellement un état laïc, a mécontenté une grande partie de la population, dont des minorités comme les Alèvis ou les Kurdes, ainsi qu’une grande partie des Turcs laïcs. Parmi ces politiques, il y a l’imposition d’une restriction sur la consommation et la vente d’alcool et un projet d’interdire l’avortement.

Un autre élément très impopulaire est le soutien accordé par le gouvernement Erdogan aux soi-disants rebelles en Syrie, avec des armes, de l’argent et des moyens logistiques ainsi que son alignement sur la politique étrangère des États-Unis comme allié de l’OTAN.

Le gouvernement Obama a traité la répression en Turquie avec une grande douceur. Le porte-parole de la Maison blanche, Jay Carney a déclaré lors d’une conférence de presse que « la Turquie est un allié très important. » Faisant référence à la violence d’état massive en Turquie, il a commenté, « Toutes les démocraties ont des problèmes qu’elles doivent travailler à résoudre. »

Au cœur de ces grandes manifestations, il y a la question de l’inégalité sociale profondément ressentie par des sections de la jeunesse urbaine des classes moyennes, qui constituent une bonne partie des manifestants, et la classe ouvrière. Les programmes de « rénovation urbaine » d’Erdogan ont été menés pour bénéficier aux riches avec des zones résidentielles et des commerces de luxe, tout en évacuant les pauvres et la classe ouvrière du centre d’Istanbul.

Pendant ce temps, le prétendu « miracle » turc, présenté comme une preuve de l’efficacité des politiques économiques néo-libérales et un modèle à suivre pour le Moyen-Orient, est tombé en panne. La croissance du PIB est tombée de 9 pour cent il y a trois ans à pratiquement rien aujourd’hui. En même temps, il y a eu une réduction de 5 pour cent des emplois dans l’économie officielle, traduisant les pertes d’emplois massives dans l’industrie et les services publics.

L’éclatement spontané de troubles dans toute la Turquie reflète le fait que ceux qui sont opposés à la politique du gouvernement ne peuvent trouver aucun moyen efficace de mener une lutte politique contre lui dans le cadre de la politique officielle, ni d’ailleurs dans le mouvement syndical.

L’une des fédérations syndicales représentant les travailleurs du secteur public a appelé à une grève de deux jours commençant le 4 juin contre la « terreur d’état » du gouvernement Erdogan. L’on s’attend à ce que l’arrêt de travail des 240 000 membres de la Confédération des syndicats des travailleurs du public (KESK) ferme les écoles, les universités, et des bureaux publics dans tout le pays.

Plus tôt, la Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie (DISK) a appelé ses membres à rejoindre les manifestations, mais n’a annoncé aucune action syndicale indépendante.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 4 juin 2013

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« Assurer la sécurité publique, c’est veiller à ce que nul ne soit tué ou ne soit victime d’une forme quelconque de violence ».

 Amnistie internationale

Avant l’arrivée de la MINUSTAH en Haïti, dès qu’on parlait de Brésil, on se référait au football, au roi Pelé ou au carnaval de Rio, qui constitue une merveille artistique et culturelle. Si vrai que le gouvernement utilisa la sélection brésilienne de football, le 18 août 2004, pour jouer un match de football qualifié « Pour la paix » contre la sélection haïtienne, dans sa croisade de gagner  les cœurs et les esprits des Haïtiens. Ce jour-là fut un tourment pour nos patriotes haïtiens qui ont vu nos congénères applaudir les joueurs brésiliens au détriment de leurs nationaux. Et, pour  crucifier davantage le pays, joueurs et dirigeants brésiliens s’étaient rendus en république voisine pour y passer la nuit après le match, cela signifiant qu’Haïti n’était pas digne d’honorer l’hospitalité des vedettes brésiliennes. Passons! Aujourd’hui, ajouter au football et à la culture brésilienne, il y a aussi les massacres de pauvres gens, le choléra et aussi l’arrogance naturelle d’un occupant par rapport aux sujets vaincus.  Et pourtant, d’un point de vue géopolitique et stratégique, la réalité brésilienne est radicalement différente et est guidée par l’engouement à étendre son influence sur les autres pays de la région.

La façon la plus simple de définir l’impérialisme est celle-ci: « Celui qui cherche à étendre son autorité sur d’autres » notamment les plus petits états. Le Brésil, avec sa présence militaire en Haïti, est entré dans une phase imprudente où il est indispensable de faire des victimes afin de protéger son statut de puissance régionale. Contrôlant 40% de l’économie sud-américaine, le Brésil est hégémonique. C’est une transformation logique. Les empires comme leurs systèmes ont pris naissance dans « Le sang et la sueur». La domination n’a pas de cœur ; même si les uns sont plus féroces que les autres, tous sont basés sur le besoin impérieux d’assujettissement pour pouvoir mieux piller les richesses des autres au profit de leurs classes dirigeantes : castes ou tribus. Dans ce contexte du 21e siècle, où la complexité du monde élargi est plus complexe à gérer, le jeu des alliances est plus tragique que jamais. Il y a trop de convulsions dans le monde, trop de feux allumés à éteindre, trop de peuples en ébullition…il faut d’autres partenaires, moins puissants certes, mais capables de s’imposer dans des conflits à faible intensité pour sauvegarder les intérêts des plus puissants. Ainsi s’amena le Brésil.

Les Etats-Unis et la France n’ont pas fait choix du Brésil au hasard. Ils connaissent ses ambitions impériales de deuxième maître de l’hémisphère du point de vue économique : son obsession déclarée de faire partie du conseil de sécurité de l’ONU, il y a aussi l’expérience des années de la dictature militaire dans la répression et le meurtre, élément essentiel de la carte de visite internationale du Brésil. Sans pourtant négliger l’intérêt des riches de ce pays à étendre leurs productions et culture un peu partout dans la région. Lorsque ces deux conquérants ont sollicité son service, ils savaient pertinemment que le président d’alors Lula Da Silva ne pouvait résister à cette proposition. Pour cela, il  fallait sacrifier les liens et convictions idéologiques afin de remplir sa carte de conquête. Ainsi, les Américains, Canadiens et Français ont légué au pays des favelas (bidonvilles) le mal « d’apprenti tuteur », eux trop occupés à affronter d’autres convulsions créées sur mesure dans le monde.

La mission du Brésil de Lula est de « stabiliser » Haïti. En termes non diplomatiques, le Brésil doit jouer un rôle de gendarme. Les revers enregistrés par les USA en Somalie dans les années 1994-95 et l’enlisement en Irak, Afghanistan, plus près de nous en Lybie, en Syrie… sont top récents pour s’aventurer dans un autre démêlé ou des nègres s’affrontent. Lula DaSilva s’était abusé des liens culturels serrés unissant les deux peuples (,) d’Haïti et du Brésil(,) pour mettre en application la politique conquérante.

PROGRESSISTES HAÏTIENS, ATTENTION !

Certains progressistes haïtiens se laissent piéger par la logique de proximités idéologiques avec le parti au pouvoir au Brésil, en gardant un silence complice face à l’agression impériale brésilienne contre Haïti. Acte qui doit être considéré comme un viol palpable du premier chapitre de la doctrine dite du monde libre, l’autodétermination des peuples. L’occupation d’Haïti est assurée par l’armée brésilienne avec 1.200 hommes et quelques dizaines de policiers qui, délibérément, fusillent les pauvres et baisent les femmes haïtiennes avec appétit. Ce comportement est digne de tout occupant; donc, l’état brésilien n’est pas progressiste. Au contraire, il est  déprédateur et exécute les sales besognes de l’impérialisme.

Après le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, ceux qui contribuèrent à la perpétuation de son régime par la terreur et la torture sont devenus gênants. Albert Pierre, alias « Ti boule », le tristement célèbre tortionnaire, a été invité à s’embarquer pour le  Brésil, un état qui, pourtant, n’avait signé aucun traité d’extradition avec Haïti. « Ti boule » est resté là sans être inquiété jusqu’à sa mort, tranquille, sans pouvoir rendre compte de ses crimes odieux contre la nation haïtienne. Donc, il y a des antécédents non réglés entre les deux états qui méritent que des experts y jettent un coup d’œil afin de dévoiler s’il n’existait aucune rancœur historique de l’état brésilien contre Haïti. Dans ce nouveau rôle de policier, le Brésil est-il moralement compétent pour jouer ce rôle ?

LE BRESIL, EST- IL MORALEMENT APTE A STABILISER HAÏTI ?

Le Brésil n’a pas été épargné malheureusement, comme ce fut le cas du Venezuela, du caudillisme des années 1970 et 1980. Le peuple brésilien a connu la dictature militaire féroce comme nous autres d’Haïti. Mais, contrairement à nous, l’ex président Lula n’avait pas aboli l’armée,  et ne l’avait même pas épurée. Et, voilà qu’en vingt-cinq ans, cette même institution répressive se propulse sur la scène internationale comme gardienne de la démocratie et de la stabilité. Je me demande au nom de quelle morale cette mission a été attribuée à l’armée brésilienne, si ce n’est celle de l’ironie.

Rappelez-vous que j’avais mentionné le caractère répressif du Brésil, « compétence » qui a beaucoup joué dans son choix comme le nouveau maître d’Haïti. Dans un document publié en 2005 par Amnistie Internationale, le Brésil a affiché 52.2 homicides pour chaque 100.000 jeunes, tandis que les Etats-Unis comptent/comptaient 32.2 homicides sur 100.000 et l’Italie 2.1 homicides pour chaque 100.000 jeunes. Cela dit que ce pays est beaucoup plus malade qu’Haïti en matière de sécurité publique; pourtant  , le Brésil a été choisi comme chef de mission de stabilisation en Haïti.

Dernièrement, lors de la visite du ministre de la justice des Etats-Unis en Haïti, Mr. Eric Holder eut à déclarer que des pays comme la Jamaïque, Porto Rico, la République Dominicaine sont les plus violents de la région. Pas Haïti !

Amnistie Internationale a poursuivi pour dire que : « Le fait d’avoir la peau noire est un facteur de risques supplémentaires », la police brésilienne est raciste ce qui explique pleinement les interventions assassines des forces armées brésiliennes dans les quartiers pauvres, tels que Cité Soleil, Bel-Air, etc.  Amnistie Internationale a défini comme suit comment assurer la sécurité publique dans un pays : « Assurer la sécurité publique, c’est veiller à ce que nul ne soit tué ou ne soit victime d’une forme quelconque de violence ». Les forces publiques brésiliennes ont à leur actif de nombreux cas de massacres dans leur propre pays. Ainsi, le 31 mars 2005, « 29 personnes ont été tuées à Baixada Fluminense (…)  par des hommes armés appartenant à la police militaire…entre 8 :30 et 11 heures, ouvrant le feu sur les passants », selon Amnistie internationale.

A l’évidence, citons quelques exactions commises par les gendarmes brésiliens :

1.- Massacre de prisonniers sans armes à la prison Carandiu, à Sao Paulo en 1992.
2.- Des enfants qui dormaient sur les marches de la cathédrale de Candaleria en 1993 ont été liquidés.
3.- Des habitants d’une favela (bidonville) de Vigario, les militants de droits de la terre en 1997 à Eldorado dos Carajas, ont été tués.
4.- Les policiers de Sao Paulo et Janeiro, appuyés par l’armée, tuèrent pour la seule année 2003, 2.110 personnes, une barbarie qu’ils avaient qualifiées de légitime défense.
5.- « Au Brésil, le nombre des homicides est l’un des plus élevés au monde » : 17 millions d’armes légères y circulent, dont 9 millions sont détenues en toute illégalité.

Donc, les deuils que sèment les forces d’occupation en Haïti, dominées fortement par le Brésil, font partie d’une série de pratiques nationales transférées au sein de l’institution dirigée par un commandant brésilien. Avec ce « Permis de tuer » délivré par les gouvernements haïtiens des neuf dernières années  aux occupants, l’immunité reconnue aux casques bleus risque de se noyer dans les fourberies de l’impunité : rappelons le déni révoltant de l’ONU de ses responsabilités dans la propagation du choléra ayant causé des milliers de morts en Haïti. Au pis-aller, l’organisme international se refuse à tout dédommagement des victimes de cette terrible épidémie qui continue d’envoyer ad patres hommes, femmes et enfants.

LA PRÉSIDENTE ROUSSEF, EST-ELLE CONSCIENTE DE SON ROLE DE BOURREAU ?

D’après un analyste haïtien, M. Camille Chalmers, « des 20 membres de l’état-major de la MINUSTAH, il y a à peine deux Sud-Américains. Les autres sont états-uniens, français, italiens et canadiens », propos rapportés dans « RISAL ». Même si apparemment le Brésil semble  maitre de la situation, dans les coulisses, l’alliance américano-franco-canadienne détient le vrai contrôle. On a légué aux soldats latinos le rôle répressif contre les pauvres .On a l’impression que les ambitions du Brésil le rendent aveugle, cet état de fait peut porter la présidente  de ce pays à commettre des crimes odieux, comme c’est le cas d’Haïti aujourd’hui. Cette vision impériale, Lula l’a passée à sa dauphine, madame Dilma Rousseff, actuelle présidente du pays. Elle, comme son tuteur Lula, poursuit l’humiliation accélérée d’Haïti.

La position des patriotes haïtiens doit être ferme et sans ambages face au comportement agressif des forces d’occupation, car nous représentons le dernier carré des indigènes. Qu’il  s’agisse d’Américains, de Français, de Canadiens ou de n’importe quel autre peuple, dès qu’ils traversent les frontières d’un autre état, ils n’ont d’autres objectifs que la subordination. Notre devoir de peuple conscient consiste à les combattre jusqu’à ce qu’ils partent

Ainsi est accueillie avec chaleur et espérance la conférence du 31 mai au 1er Juin 2013 à Port-au-Prince sur le départ des forces de la MINUSTAH du pays. Cette initiative combien louable ayant l’honorable sénateur Moïse Jean-Charles comme coordonnateur, a été amorcée au Sénat haïtien qui  exigeait le départ des occupants du territoire national à l’unanimité, soit le 28 mai 2014. Ajouter à cette démarche, la grande manifestation populaire devant le buste de Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de la nation haïtienne, au Champ- de-Mars, pour réclamer le départ immédiat des troupes étrangères du pays : autant d’éléments qui démontrent clairement le ras-le-bol du peuple haïtien face à la présence des colons modernes  dans les rues haïtiennes.

Ce sont les intérêts nationaux brésiliens qu’ils défendent en Haïti. Ils sont prêts à tout pour cela. Ceci est valable aussi  pour les autres états présents au sein de la MINUSTAH. Il faut remarquer qu’il n’y a pas de forces vénézuéliennes ou cubaines en Haïti, autrement dit que Dilma Rousseff (Brésil), Michelle Bachelet(Chili), Christina Fernandez de Kirchner (Argentine), Rafael Correa (Equateur), Evo Morales (Bolivie) et autres états pouvaient refuser l’offre interventionniste. S’ils ont décidé d’être en Haïti, ils sont donc des occupants (,) ils contribuent tous à humilier notre peuple, notre grandeur historique et notre culture. Lula préféra céder aux appels américains, canadiens et français face à ceux du peuple haïtien qui résiste héroïquement à  la servitude.

Ils sont arrogants au même titre que tout envahisseur. Le général sortant qui a commandé les troupes de la MINUSTAH, est tellement confortable dans son apparat d’occupant tuteur qu’ il a exigé qu’on revienne avec les forces armées d’Haïti, jadis dissoutes légalement. C’est un calcul sur mesure qu’a fait le gouvernement brésilien. L’armée d’Haïti qui s’était transformée en parti politique a été l’œuvre de l’occupation américaine de 19 ans ;  son rôle a été de perpétuer l’occupation, longtemps après le départ des Marines. Le Brésil qui a le commandement des troupes de la MINUSTAH souhaite avoir cette même responsabilité de créer une armée nationale en vue de maintenir un contrôle substantiel sur l’ensemble des institutions nationales par l’intermédiaire de sa structure militaire laissée dans le pays.

En conclusion, tous les pays latino-américains qui font partie de la force d’occupation en Haïti ne font que défendre leurs intérêts nationaux au détriment de notre dignité de peuple, notre grandeur historique et culturelle. Le Brésil, pays qui a le commandement des troupes, répond à ses ambitions géostratégiques, pourtant il vit sur le plan interne une situation de violence plus dramatique que celle d’Haïti. Remarquez l’hypocrisie affichée par les gouvernements de l’Equateur et de la Bolivie dans cette situation, eux qui se targuent d’être révolutionnaires. Le chef équatorien, Mr. Correa, s’est vaillamment battu pour la fermeture de la base militaire états-unienne de son sol. Le numéro un bolivien, Evo Morales, s’est fait un nom du point de vue nationaliste en chassant l’USAID et la compagnie Coca Cola de sa terre natale. Pourtant, leurs armées participent à l’avilissement d’Haïti via la MINUSTAH. Quelle hypocrisie! Où se situe la pratique révolutionnaire de ces deux-là? Voudraient-ils changer le lexique révolutionnaire en nous invitant à croire que les Haïtiens seraient des animaux qui ne sont pas près pour la démocratie ? De plus, quelle ingratitude! Nos ancêtres n’avaient pas occupé un pan des pays andins après les avoir aidés à conquérir leur indépendance. Pourtant, lors du sommet panaméricain à Panama, ces mêmes andins nous avaient indexés, sur demande des USA bien sûr! Aujourd’hui, ils ont récidivé. Que veut dire « être révolutionnaire » pour Correa et Morales?

Progressistes haïtiens, toute occupation conduit nécessairement à l’humiliation. Il  n’existe pas de bons occupants. Ils sont tous mauvais et massacreurs. L’essentiel, il faut combattre l’occupation du pays jusqu’au départ des derniers soldats étrangers.

Le peuple d’Haïti va faire du 28 mai 2014 le jour national de la désoccupation du territoire national !

Joël Léon

Photo : Victoria Hazou – UN/MINUSTAH 

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Yougoslavie : quand on prend l’avenir pour le passé

juin 4th, 2013 by Diana Johnstone

Il y a une vingtaine d’années, au moment où la Communauté Européenne allait se renforcer en se transformant en Union, la Fédération Yougoslave entamait sa tragique désintégration.

La complexité de la Yougoslavie rendait sa crise extrêmement difficile à comprendre, même pour beaucoup de Yougoslaves. Et, comme toujours dans les Balkans, les ingérences des grandes puissances exacerbaient et exploitaient les conflits locaux. Les médias étrangers cherchaient des explications relativement faciles à raconter.

La guerre froide venait de se terminer en queue de poisson. Le communisme  ayant miraculeusement disparu, le nouveau mal devint le « nationalisme » – mal absolu que les Etats éclairés de la Communauté étaient en train de bannir à tout jamais en renforçant l’Union par le Traité de Maastricht. Quelle meilleure leçon morale pour cette utopie européenne naissante que l’illustration de son contraire : un conflit fertile en crimes et massacres attribué uniquement à un « nationalisme » vite confondu avec un avatar du nazisme ?

Si on avait pris la peine d’analyser froidement les causes, surtout économiques, de la crise yougoslave, on aurait pu y lire des avertissements pour ce qui allait arriver vingt ans plus tard dans la zone euro.  La Yougoslavie, socialiste à sa façon et indépendante du bloc soviétique, a pu bénéficier des crédits de l’Occident pour développer ses capacités exportation. Puis arriva la crise pétrolière, la hausse des taux d’intérêts, l’effondrement des marchés d’exportations, l’impossibilité de rembourser les dettes et les mesures imposées par le FMI.

Lorsqu’une entité fédérale est accablée de dettes, il peut arriver que chaque partie préfère passer la facture aux autres, afin de tirer son épingle du jeu.  La solidarité s’effrite, l’égoïsme de groupe se drape en doléances politiques et morales, et les antagonismes historiques endormis commencent à se réveiller.

En réalité, les tensions suscitées par l’endettement international entre régions riches du nord et régions pauvres du sud de la Yougoslavie étaient prémonitoires de la crise qui secoue aujourd’hui l’UE.  Mais les conflits compliqués et obscurs d’une fédération balkanique en déconfiture furent présentés au public occidental comme un retour de la conquête hitlérienne du continent.

Ainsi s’est construite une narration commune médiatique qui a réussi à persuader l’opinion occidentale que ce qui se passait en Yougoslavie n’était pas un avant-goût de la mondialisation tant souhaitée par nos élites, mais au contraire un retour aux « heures les plus sombres de notre histoire » d’un demi-siècle plus tôt.

En France, aucun média n’a plus contribué à cette narration des conflits yougoslaves calquée sur la mémoire de la Shoah que le journal Le Monde.  Il n’était pas le seul, mais il était le plus engagé et le plus influent.  C’est surtout Le Monde qui aura convaincu l’intelligentsia de voir l’actualité avec des lunettes du milieu du vingtième siècle, avec la petite Serbie dans le rôle du puissant troisième Reich, la France en Résistante contre le fascisme, et la force militaire des Etats-Unis comme le sauveur suprême – parodie risible du passé, mais paradigme des guerres d’ingérence du vingt et unième siècle menées par les Etats-Unis et l’Otan.

Bref, les conflits yougoslaves, loin d’être un dernier sursaut du « fascisme » du vingtième siècle, étaient le début d’un nouveau cycle de guerres dites « humanitaires » menées par la grande puissance américaine pour instaurer un ordre mondial néo-libéral.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre la vérité. Un excellent point de départ est le livre de Fabrice Garniron qui vient de paraître : Quand Le Monde… Décryptage des conflits yougoslaves, Elya Editions, 2013.

Ce livre à la fois sobre et fascinant est bien plus qu’un réquisitoire méticuleux et dévastateur des mensonges, autant par omission que par commission, par le journal Le Monde. Celui-ci n’était que le chef de file français d’un traitement médiatique généralisé des conflits yougoslaves, qui a profondément transformé l’opinion publique occidentale, surtout à gauche. La version médiatique du démembrement de la Yougoslavie a entamé la réhabilitation de la guerre comme moyen privilégié de résoudre les questions internationales. Elle a infantilisé la perception des conflits complexes en les réduisant à de simples confrontations manichéennes entre « bons » et « méchants ». A terme, elle a tué les mouvements anti-guerre et placé la France à l’avant-garde d’un interventionnisme qui mène le monde au désastre.

Fabrice Garniron est musicien, sans aucun lien personnel avec l’ancienne Yougoslavie, et n’a aucune carrière journalistique à faire avancer en flattant les préjugés du moment.  Motivé uniquement par un goût pour la justice et la justesse, il montre avec les précisions nécessaires comment Le Monde a virevolté en occultant ce qu’il savait, et avait même raconté précédemment sur la Yougoslavie, pour tisser une légende qui persiste toujours.  Garniron arrive non seulement à rétablir la vérité sur la tragédie yougoslave, il explique également les motivations cachées des mensonges.

Mine de rien, l’auteur mène le lecteur à travers les égarements du Monde vers des conclusions analytiques d’une clarté éblouissante:  Le Monde a trahi sa vocation de journal d’information pour devenir l’organe des projets que l’élite politique a cru nécessaire d’imposer au peuple français.  Ainsi le journal s’est conformé d’abord à la politique revancharde de l’Allemagne, condition pour arriver à la création de la monnaie unique (avec le succès que l’on constate aujourd’hui).  Puis il a pris la Bosnie pour la France, afin de combattre les moulins à vent d’un « racisme » inexistant, en symbiose avec une gauche française réduite aux vœux pieux d’un « multiculturalisme », qui n’avait strictement rien à voir avec l’histoire des Balkans. Enfin, il s’est fait le héraut de la « guerre humanitaire », astuce de Washington pour donner à l’Otan sa nouvelle mission de gendarme planétaire.

Tout cela dépasse de loin la critique d’un journal pour amener subtilement mais surement à accabler toute la classe intello-politique qui a dominé la France ce dernier quart de siècle.

Fabrice Garniron a accompli un travail de grande qualité, qui à un moment était destiné à un grand éditeur qui aurait eu les moyens d’assurer sa promotion.  Mais finalement son livre a été publié par un petit éditeur courageux mais sans les moyens de faire connaître ce livre comme il mérite. Raison de plus pour le lire et en parler.

Diana Johnstone

 

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Le vent de l’Est redouté par les USA

juin 4th, 2013 by Manlio Dinucci

Le sommet « informel » entre le président Obama et le président chinois Xi Jinping, les 7et 8 juin en Californie, sera retransmis en mondovision selon la mise en scène washingtonienne de la chaude atmosphère familiale, assaisonnée de sourires et facéties. Mais, les caméras des télés étant éteintes, le ton changera. De nombreuses questions brûlantes sont sur le tapis.

Les USA, au premier rang mondial dans les investissements directs étrangers (Ide), ont investi plus de 55 milliards de dollars en Chine (première destination mondiale des Ide), où les multinationales étasuniennes ont de plus en plus délocalisé leur production manufacturière, dont une grande partie est ensuite réimportée aux USA. De cette façon cependant les Etats-Unis ont contracté à l’égard de la Chine un déficit commercial qui en 2012 a dépassé les 315 milliards de dollars, 20 de plus par rapport à 2011. Les investissements chinois aux Etats-Unis sont bien plus petits, à cause surtout des restrictions imposées : on permet aux sociétés chinoises, par exemple, d’investir dans le secteur alimentaire (un groupe de Shanghai vient à peine d’acheter le plus gros producteur étasunien de viande porcine), mais le secteur des télécommunications reste off limits pour eux.  Washington accuse en outre la Chine d’avoir pénétré avec ses hackers dans les systèmes informatiques étasuniens, en dérobant les données relatives à une vingtaine des systèmes d’arme les plus avancés.

L’économie chinoise, arrivée au second rang mondial avec un revenu national brut de presque la moitié de celui des USA, est de plus en plus dynamique : non seulement sa capacité productive est impressionnante (elle exporte chaque année un milliard de téléphones mobiles et 20 milliards de vêtements), mais elle investit aussi de plus en plus dans des pays d’importance stratégique pour les USA.

Après avoir dépensé dans les guerres en Irak et en Afghanistan 6mille milliards de dollars et s’être avec cela lourdement endettés, les Etats-Unis voient à présent la Chine économiquement de plus en plus présente dans ces pays.  En Irak, non seulement elle achète environ la moitié du pétrole produit, mais elle effectue à travers des compagnies étatiques de gros investissements dans l’industrie pétrolifère, pour plus de 2 milliards de dollars annuels. Pour le transport du personnel technique chinois a été construit un aéroport spécifique aux environs de la frontière iranienne. La carte gagnante des compagnies chinoises est que, à la différence de la société étasunienne ExxonMobil et d’autres compagnies occidentales, elles acceptent des contrats pour l’exploitation des gisements à des conditions beaucoup plus avantageuses pour l’Etat irakien, en ne misant pas sur le profit mais sur le fait de pouvoir avoir du pétrole, dont la Chine est devenue le principal importateur mondial. En Afghanistan, des compagnies chinoises sont en train d’investir surtout dans le secteur minier, après que des géologues du Pentagone ont découvert de riches gisements de lithium, cobalt, or et autres métaux.

De plus en plus en difficulté dans la compétition économique, les USA jettent leur épée sur le plateau de la balance. A la veille du sommet, le secrétaire à la défense Hagel a « rassuré les alliés asiatiques face à la croissance militaire chinoise », en promettant que, malgré l’austérité, les USA déploieront dans la région Asie/Pacifique des forces dotées des technologies militaires les plus avancées : unités navales à armes laser, navires de combat côtier, chasseurs F-35 et autres. Les navires de guerre déployés dans le Pacifique, qui constituent aujourd’hui la moitié des cent déployés (sur un total de 283), seront augmentés ultérieurement. Ainsi, souligne Hagel, les Etats-Unis conserveront « une marge décisive de supériorité militaire ».

À laquelle s’agrippe, pour lutter contre son déclin, l’empire américain[1] d’Occident.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 4 juin 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130604/manip2pg/14/manip2pz/341237/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.


[1] L’adjectif américain est ici volontairement employé en référence au déclin de l’empire romain d’Occident (NdT).

Les huit plaies de l’Afrique : Cinquante ans d’errance

juin 3rd, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Après l’époque du désespoir, voici venir la pire époque du chagrin»

 Malek Haddad, écrivain algérien de talent parlant de l’indépendance de l’Algérie

L’Afrique fête cinquante ans d’errance débutée avec l’assassinat de Patrice Lumumba et clôturée provisoirement avec le lynchage d’El Gueddafi. Colosse aux pieds d’argile, l’Afrique est le pays des paradoxes, c’est un continent démographiquement exubérant avec 1 milliard d’individus dont près de 600 millions n’ont pas accès à l’électricité. Souvenons-nous qu’un Somalien consomme en énergie en une année ce que consomme un Américain en une semaine. Pourtant, l’Afrique regorge de richesses, mais comme l’écrit Sarkozy, «son drame est qu’elle n’est pas encore rentrée dans l’histoire». Pas plus Hegel que Victor Hugo n’ont donné crédit au passé de l’Afrique. Au contraire, ils ont donné un socle à l’idéologie des races supérieures et au devoir de civilisation cher à Jules Ferry. Mieux, à la conférence de Berlin en 1885, la curée de l’Afrique a autorisé le roi des Belges à avoir un territoire pour lui, l’actuel Congo, des deux côtés du fleuve, qui se déchire; les belligérants aidés par des puissances externes fascinées par les richesses. Nous allons, dans ce qui suit, lister les huit  plaies purulentes.
La famine et le sida

Il n’est pas possible de lister tous les maux de l’Afrique, sinon d’en évoquer d’abord, les deux plus importants. La famine et le sida. Pour la famine, qui est toujours là à l’état endémique, ce sont des dizaines de milliers qui meurent chaque année de faim et qui subissent la malnutrition. Souvenons-nous qu’un plein de 4×4 de biocarburant à base de maïs détourné peut nourrir un Sahélien pendant un an, S’agissant du sida, pendant près de vingt ans écrit Claire Brisset, le sida a été considéré comme une maladie mortelle, sans échappatoire possible. (…) Mais ce panorama global masque des inégalités frappantes; inégalités géographiques, puisqu’elles concernent plus particulièrement certains pays du continent noir, et générationnelles, puisqu’elles touchent plus lourdement les enfants de ces mêmes pays, malgré les progrès constatés ailleurs. C’est en Afrique francophone que la lutte contre le sida prend du retard. (…) Selon M.Sidibé, ce retard tient notamment à l’histoire de l’épidémie qui s’est répandue à la faveur des déplacements des travailleurs des mines d’Afrique australe. (..) La violence favorise également la diffusion du virus: troubles civils, guerres, violence envers les femmes… Il faut désormais, en effet, considérer la lutte contre le sida comme une composante des combats en faveur des droits humains, et non plus seulement comme un enjeu de santé publique.» (1)
Les richesses minières et l’accaparement des terres.

Nous avons traité dans une précédente contribution du grabbing des terres. On connaît déjà le pillage des matières premières du sol et du sous-sol de l’Afrique, notamment l’énergie et les métaux rares comme le coltran que l’on utilise dans les technologie de la communication (ordinateur, téléphones mobiles…). Ce coltran est revendu cent fois son prix par des intermédiaires sans loi ni foi à des multinationales occidentales très discrètes sur cette nouvelle traite autrement plus abjecte que la traite historique de ces mêmes civilisateurs en terre de conquête et d’évangélisation de ces peuplades barbares qui devaient obligatoirement être touchés par l’Evangile au nom de la «règle des trois C». Christianisation, Commerce, Colonisation. (…) L’accaparement des terres agricoles en Afrique par des Etats étrangers et des multinationales a été plusieurs fois dénoncé, notamment en février 2011, à Dakar, à l’occasion du Forum social mondial, par l’ONG Actionaid.(2)

Cinquante ans après, l’Afrique tend toujours la main. C’est le continent de toutes les calamités, à la fois naturelles, mais surtout du fait de l’homme. Paradoxalement, on n’arrête pas d’annoncer la richesse de ce pays dans une conjoncture de plus en plus marquée par la raréfaction des matières premières de toute sorte. Mais pas seulement, c’est aussi l’énergie et les anciennes puissances coloniales (Grande-Bretagne, France, et à un degré moindre, le Portugal) ne veulent surtout pas lâcher leur proie. De nouveaux pays et non des moindres s’intéressent, citons naturellement les Etats-Unis, qui s’imposent notamment en mettant un commandement – l’Africom – pour gérer l’Afrique à partir de bases à demeure, mais aussi la Chine qui a une stratégie de softpower, l’Inde et le Japon dont l’aide au développement avoisine les 2 milliards de dollars. Ceci étant dit, le niveau de cette aide au développement fixé à 0,7% du PIB par les pays développés, n’a jamais été atteint. De plus, chaque pays conditionne cette aide à un achat exclusif dans ce pays tout en amalgamant différentes aumônes sous ce vocable.

On apprend dans ce cadre que le Japon sollicite «le bras armé» de la France pour ouvrir des marchés en Afrique: «(…) La France apportera dans ce domaine son expertise et ses moyens en matière de lutte contre le terrorisme. La récente prise d’otages d’In Amenas, dans laquelle ont péri des ressortissants japonais, est en effet, venue rappeler aux entreprises nippones les raisons de leurs réticences à s’implanter sur le continent. «La France et le Japon ont des intérêts communs en Afrique: que le continent soit stable et devienne un partenaire économique fiable, doté d’une bonne gouvernance, analyse (…). Les Français ont des connaissances de terrain et sont bien intégrés dans les sociétés africaines dans certains pays francophones. La France est une puissance dominante dans cette région, elle a des troupes sur place et des bases militaires. Le Japon, en revanche, a peu d’informations sur les groupes comme Aqmi [Al Qaîda au Maghreb islamique].» (3)
Le refus de l’alternance et les régimes dynastiques

Avec sa lucidité particulière, Aimé Césaire a été l’un des premiers, sinon le premier à parler de l’Afrique postindépendance. Il écrivait notamment: «La lutte pour l’indépendance c’est l’épopée, l’indépendance acquise c’est la tragédie.» «Le grand succès des ennemis de l’Afrique, écrivait pour sa part, Frantz Fanon, c’est d’avoir corrompu les Africains eux-mêmes.» L’alternance se fait en Afrique, soit par l’émeute, soit par la maladie. Justement, l’un des grands malheurs de l’Afrique est dû aussi à des dirigeants qui perpétuent l’ordre colonial à leur profit, tout en prenant la sage précaution d’être adoubés par leurs anciens maîtres. La moyenne d’accaparement du pouvoir dépasse très souvent la dizaine d’années. Quand le potentat passe la main, c’est au profit de leur famille. C’est une nouvelle forme d’asservissement à distance où l’Africain travaille pour d’autres, mais est incapable de subvenir à ses besoins. Serait-ce une malédiction?
Les ingérences occidentales continuelles

Qu’on se le dise !  Les  pays occidentaux et même les nouveaux pays émergents n’ont aucun état d’âme à recoloniser, à distance, les anciens pays, ce qui compte est que le pillage soit permis et tous les slogans des droits de l’homme ne sont que de la poudre aux yeux.Hervé Amani sociologue, nous décrit les malheurs de l’Afrique du fait du néocolonialisme «Le grand dessein des intérêts impérialistes est de renforcer le colonialisme et le néocolonialisme et nous nous tromperons nous-mêmes de la façon la plus cruelle, si nous devons considérer que les actions des Occidentaux sont distinctes et sont sans rapport entre elles», avait prédit N’Krumah. (…) N’Krumah n’a pas été suivi par ses pairs. Pour le malheur des Africains, des chefs d’État dont l’idéologie était la longévité au pouvoir, ont prêché le nationalisme étriqué et ont suivi les démons de la division ». (4)

« En 2013, soit cinquante ans après le discours de N’Krumah, l’Union africaine est encore en gestation.» Hervé Amani déroule ensuite le catalogue macabre des violences subies par l’Afrique: «Olympio au Togo, Yaméogo en Haute Volta, Ahomadégbé au Benin, Hamani Diori au Niger, Modibo Kéïta (photo) au Mali… ont subi des coups d’État; Sankara a été assassiné… Leur crime, après N’Krumah, avoir défendu l’intérêt de leur pays, la dignité de l’Afrique. Le colonel Kadhafi a été l’artisan acharné de la mise en oeuvre de l’Union africaine. Il avait engagé le financement de grands projets tels que préconisés par N’Krumah. Le Guide a été assassiné par les puissances occidentales sur le mobile fallacieux de génocide du peuple. Parmi les dirigeants de l’époque qui se sont opposés à l’esprit d’Unité africaine de N’Krumah, il y a le président Houphouët- Boigny de la Côte d’Ivoire. C’est un fait. Sa longévité est certainement le fruit d’un asservissement aux puissances coloniales. (…) » (4)

« Si nous nous réjouissons de ce qui est advenu de Kadhafi, de Gbagbo, de N’Krumah, nous nous trompons de façon cruelle. Le parachutage par la force militaire de valets ne sert que les intérêts de la puissance de tutelle et d’une ploutocratie. L’auteur conclut: «L’Afrique doit s’unir parce que notre évolution économique exige la fin de la domination colonialiste; or chaque État sera impuissant face aux impérialistes. Répétons le: «…Nous nous tromperons nous-mêmes de la façon la plus cruelle, si nous devons considérer que les actes des Occidentaux sont distincts et sont sans rapport entre elles», avait prédit N’Krumah»(4).

Dans cet ordre, deux forces d’action rapides mises en place par les Occidentaux ont pour but d’asseoir le statu quo. Au plus fort de la France-Afrique, le président français François Hollande invité à la zerda, a prévenu que «ce sont les Africains qui, demain, devront assurer la sécurité de leur continent», même si «la France sera toujours à leurs côtés».(4)
La corruption

Entre 1980 et 2009, 1 350 milliards de dollars de flux financiers illicites en provenance d’Afrique ont étés transférés à l’étranger. Selon un rapport de la BAD, l’Afrique du Nord totalise 415,6 milliards de dollars de transferts illicites durant cette période, Ces sorties frauduleuses d’argent ont concerné, dans la région nord-africaine, en premier lieu l’Egypte, suivie en seconde position par l’Algérie et enfin la Libye. L’argent est le plus souvent transféré frauduleusement dans les paradis fiscaux, mais également dans de nombreux pays européens, aux Etats-Unis et dans d’autres régions du monde. «La fuite des ressources hors de l’Afrique au cours des trente dernières années, environ le PIB actuel de l’Afrique, freine le décollage du continent», selon Mthuli Ncube, économiste en chef et vice-président de la BAD. «L’idée reçue a toujours été que l’Occident injecte de l’argent en Afrique grâce à l’aide étrangère et aux autres flux de capitaux du secteur privé, sans recevoir grand-chose en retour. Notre rapport inverse le raisonnement: l’Afrique est en situation de créancier net par rapport au reste du monde depuis des décennies», déclare Raymond Baker, directeur du centre de recherche et de défense GFI, basé à Washington. (;..) (5)

A titre d’exemple, la corruption en Algérie est devenue un science exacte. Plus on vole moins on risque. On l’aura compris les lampistes trinquent mais les gros poissons à l’instar des scandales dues aux « commissions » versées par les entreprises opérant en Algère, achèvent de démoraliser les algériens pour qui la règle de deux poids deux mesures est plus que jamais d’actualité
Le manque de vision de l’avenir

Devant toutes ces avanies, que pense-t-on que l’Afrique fait? Coordonne-t-elle en vue d’une sécurité alimentaire? En vue d’une médecine de qualité? Etudie-t-elle un développement endogène? Demande-t-elle qu’on la laisse en paix en alimentant en armes des belligérants ou en soutenant des tyrans qui refusent l’alternance? Rien de tout cela, elle décide de mettre en place une force d’action rapide!! avec les armes des occidentaux pour justement maintenir en place les tyrans adoubés et la phrase de Chirac prend toute sa signification quand il déclare: «Il faut soutenir les dictatures, sinon ils ne feraient pas d’élection» sous-entendu quel que soit le résultat, l’essentiel est qu’elles se tiennent.

Les rodomontades ont de beaux jours devant elles. L’Afrique «colosse avec un sabre nain» veut avoir sa force d’action rapide sur le modèle de la française. Souvenons-nous de la cacophonie des pays de l’Afrique de l’Ouest réunis au sein de la Cdao organisme docilisant pour le compte de la France les présidents d’opérette. «Les dirigeants africains réunis en sommet à Addis-Abeba ont décidé de créer une force de réaction rapide chargée d’intervenir dans les conflits sur le continent, déclare le président en exercice de l’Union africaine.» (6)

Le ridicule ne tue plus. Ce sont les damnés de la terre- conséquence d’une politique de fuite en avant, de l’obsession du pouvoir -  qui meurent !
Les conflits à venir

C’est un fait durant ce cinquantenaire l’Afrique n’a jamais connu la paix du fait des interférences des anciennes puissances coloniales de la rareté des matières premières dont l’Afrique regorge et de l’apparition de nouveaux acteurs qui font à l’Afrique des propositions qu’elle ne peut pas refuser. Parmi ces conflits du futur, notamment dus à l’errance des changements climatiques pour lesquels l’Afrique n’a aucune parade et qui fait qu’après les réfugiés politiques conséquences des guerres perpétuelles, après les réfugiés économiques conséquence d’épidémies endémiques, nous aurons de plus en plus de réfugiés climatiques qui n’auront où aller sinon à continuer à mourir à petit feu.

De plus et comme conséquence aussi de la démographie, le tarissement des ressources hydriques dans certaines régions . La prochaine guerre de l’eau se profile à l’horizon  comem le montre le conflit latent autour des eaux du Nil

«L’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie sont depuis 2010, signataires d’un nouveau traité du partage des eaux du Nil. Ce texte remet en cause un précédent traité qui datait de 1929, amendé en 1959 par l’Egypte et le Soudan. Ce premier traité de partage accordait la part du lion à l’Egypte et au Soudan, qui à eux seuls jouissaient d’environ 90% des eaux du Nil. (…) L’Ethiopie a lancé en avril 2011 le chantier de son Grand barrage du Millénaire. Il produirait plus de 5000 mégawatts, retiendrait près de 63 milliards de m3 d’eau et deviendrait le premier barrage d’Afrique. (…)» (7)

Aux dernières nouvelles, le ministère des Affaires étrangères égyptien a convoqué l’ambassadeur éthiopien alors qu’aucun accord n’a encore été trouvé entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan concernant la gestion des eaux du Nil. Les travaux ont commencé mardi 28 mai. Le barrage coûtera 3,2 mds. Sa construction nécessite d’assécher et de dévier le lit naturel du Nil Bleu. A plusieurs reprises déjà, Egypte et Ethiopie ont frôlé l’affrontement direct à cause de cette question cruciale pour les deux pays. (8)

La CPI est-elle raciste? Les potentats africains sont inquiets : Ils craignent de finir leurs jours à  La Haye   La Cour pénale internationale (CPI) mène une «sorte de chasse raciale» en ne poursuivant que des Africains, a affirmé, le président en exercice de l’Union africaine (UA), le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn. Ces mêmes pays qui ont pour la plupart ratifié le traité de Rome pensent qu’il y a du racisme et que ce n’est pas leur gestion calamiteuse qui est en cause. Il est vrai que cette  institution mise en place par les pays occidentaux pour imposer un ordre, leur ordre est de punir ceux qui ne rentrent pas dans le moule au nom des droits de l’Homme, dont il faudra bien un jour que l’on nous donne la définition universelle… Pour rappel d’ailleurs, les Etats-Unis n’ont toujours pas signé le traité de Rome créant la CPI du fait que la Constitution américaine interdit que les Américains soient jugés par d’autres pays

Quant à l’Algérie, elle joue au mécène, elle vient d’annuler pour 900 millions pour assumer pleinement son engagement en faveur de la promotion économique et sociale du continent. On l’aura compris, c’est un tonneau des Danaïdes avec en prime une ingratitude de ces pays qui fait qu’il n’y aura aucun retour sur investissement ni politique ni économique. Avec 900 millions de dollars. C’est 10 universités de top niveau….

Professeur Chems Eddine  Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Claire Brisset http://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/BRISSET/49201

2. Chems Eddine Chitour:  http://www.legrandsoir.info/l-afrique-nourrit-les-autres-le-grabbing-des-terres.html

3. Emilie Guyonnet, http://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/GUYONNET/49208

4. Hervé Amani http://www.legrandsoir.info/50e-anniversaire-de-l-ua-l-unite-africaine-a-l-epreuve-des-africains.html 29 mai 2013

5. Zhor Hadjam Transfert illégal de capitaux en Afrique du Nord. L’Algérie talonne l’Egypte El Watan 30 05 2013.

6. Aniss Z. Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba des pays veulent une force africaine de réaction rapide El Watan le 28.05.2013

7. Gaëlle Laleix  http://www.slateafrique.com/2161/tensions-eau-bassin-du-nil 29 05 2011

8. http://www.econostrum.info/Le-Nil-provoque-des-tensions-entre-l-Egypte-et-l Ethiopie_a14783.html

 

 

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Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, Cuba a mis en place une politique de solidarité internationale destinée à venir en aide aux populations les plus démunies du Tiers-monde. Les résultats sont spectaculaires.

 Depuis 1963 et l’envoi de la première mission médicale humanitaire en Algérie, Cuba s’est engagée à soigner les populations pauvres à travers la planète, au nom de la solidarité internationaliste. Les missions humanitaires cubaines s’étendent sur quatre continents et revêtent un caractère unique. En effet, aucune autre nation au monde, y compris les plus développées, n’a tissé un tel réseau de coopération humanitaire à travers à la planète. Ainsi, depuis le lancement de cette politique humanitaire, près de 132 000 médecins cubains et autres personnels de santé ont bénévolement œuvré dans 102 pays[1]. Au total, près de 100 millions de personnes ont été soignées à travers la planète par les médecins cubains qui ont ainsi sauvé environ un million de vies. Actuellement 37 000 collaborateurs médicaux offrent leurs services près de 70 nations du Tiers Monde[2].

L’aide internationale cubaine s’étend à dix pays d’Amérique latine et aux régions sous-développées de la planète. En octobre 1998, l’ouragan Mitch avait ravagé l’Amérique centrale et la Caraïbe. Les chefs d’Etat de la région lancèrent un appel à la solidarité internationale. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Cuba fut la première à répondre positivement en annulant la dette du Nicaragua de 50 millions de dollars et en proposant les services de son personnel de santé[3].

Le Programme Intégral de Santé a alors été mis en place et élargi à d’autres continents tels que l’Afrique ou l’Asie. Le PNUD note une amélioration de tous les indicateurs de santé, notamment une baisse notable du taux de mortalité infantile, dans les régions où il est appliqué[4].

Grâce à l’alliance entre Cuba et le Venezuela dans le secteur de la santé, plus de cent mille vie ont été sauvées.

 

L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA)

Le premier pays bénéficiaire du capital humain cubain a logiquement été le Venezuela, grâce à l’élection de Hugo Chávez en 1998 et à la relation spéciale établie avec Cuba. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. A cela s’ajoutent les Missions Ribas et Sucre qui ont permis à plusieurs dizaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. En 2010, 97% des enfants vénézuéliens étaient scolarisés[5]. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 300 millions de consultations dans les 4 469 centres médicaux créés depuis 1998. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. Plus de 1,7 millions de personnes ont été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile a été réduit à moins de 10 pour mille[6]. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé[7]. De même, selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de Gini le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.[8]

Luis Alberto Matos, économiste expert en énergie, souligne la « coopération emblématique » entre Cuba et le Venezuela : « Qui peut nier l’immense contribution de ce pays en faveur du Venezuela dans l’amélioration des domaines de la santé, de l’agriculture et du sport, sans oublier la culture[9] ? »

Grâce à l’ALBA et au programme social lancé par le gouvernement d’Evo Morales, entre 2006 et juillet 2011, la Brigade médicale cubaine présente en Bolivie a soigné plus de 48 millions de personnes et a sauvé 49 821 vies[10]. La Bolivie a ainsi pu améliorer ses indicateurs de santé avec une baisse de la mortalité infantile de 58 pour 1000 en 2007 à 51 pour 1000 en 2009[11], soit une réduction de près de 14% en trois ans. Entre 2006 et 2009, près de 545 centres de santé ont été créés à travers le pays. Au niveau de l’éducation, la Bolivie a été déclarée territoire libre d’analphabétisme le 20 décembre 2008 par l’UNESCO avec l’alphabétisation de 824 000 personnes. Près de 1 540 établissements scolaires ont été construits. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, trois universités indigènes ont été créées. La pauvreté extrême a été réduite de 6%, passant de 37,8% à 31,8%[12].

Au Nicaragua, le programme « Yo, sí puedo » a permis à l’Unesco de déclarer le pays libre d’analphabétisme en 2009. Grâce à l’ALBA, le Nicaragua a également pu résoudre sa grave crise énergétique qui provoquait parfois des ruptures de courant 16 heures par jour. Plusieurs hôpitaux intégralement équipés ont été construits à travers le territoire national avec un accès gratuit aux soins pour toute la population, et ils fonctionnent en partie grâce à la présence du personnel médical cubain[13].

En Equateur, l’arrivée au pouvoir de Rafael Correa en 2006 a également entraîné une révolution sociale sans précédent. Ainsi, le budget de la santé est passé de 437 millions de dollars en 2006 à 3,43 milliards en 2010. Le budget de l’éducation est passé de 235 millions en 2006 à 940,7 millions en 2010. Le taux de scolarisation jusqu’au niveau du baccalauréat du quintile le plus pauvre est passé de 30% à 40% entre 2006 et 2010. La couverture du panier de la ménagère est passée de 68% à 89%. La pauvreté a baissé de 7% sur la même période au niveau national et de 13% pour les Afro-équatoriens, sortant ainsi de la pauvreté 700 000 personnes sur les 5 millions d’indigents que comptait la nation en 2006[14]. L’Equateur a prévu d’éradiquer totalement la malnutrition infantile en 2015, et de rejoindre ainsi Cuba, seul pays d’Amérique latine et du Tiers-monde à s’être débarrassé de ce fléau selon l’UNICEF[15].

 L’Équateur a également bénéficié des programmes de solidarité cubaines après l’arrivée de Correa au pouvoir.

La Brigade Henry Reeve

Le 19 septembre 2005, suite à la tragédie engendrée par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, Cuba a créé la Brigade Henry Reeve[16], un contingent médical composé de 10 000 professionnels de la santé, spécialisé dans les catastrophes naturelles. La Havane avait, à l’époque, offert à Washington d’envoyer 1 586 médecins secourir les victimes, mais s’était heurté au refus du président de l’époque George W. Bush[17].

La Brigade Henry Reeve est notamment intervenue sur plusieurs continents. Ainsi, suite au tremblement de terre qui avait ravagé le Pakistan en novembre 2005, 2 564 médecins se rendirent sur place et portèrent secours aux victimes pendant plus de huit mois. Trente-deux hôpitaux de campagne furent montés et furent ensuite offerts aux autorités sanitaires du pays. Plus de 1 800 000 patients furent soignés et 2 086 vies furent ainsi sauvées. Aucune autre nation au monde n’apporta une aide aussi importante, pas même les Etats-Unis, principal allié d’Islamabad, qui n’établirent que deux hôpitaux de campagne et restèrent sur place huit semaines[18]. Le journal britannique The Independent souligna le fait que la brigade médicale cubaine fut la première à arriver sur les lieux et la dernière à quitter le pays[19].

Antérieurement, après le tsunami qui avait dévasté la région pacifique en 2004, Cuba a dépêché plusieurs missions humanitaires pour porter assistance aux victimes, souvent abandonnées par les autorités locales. Plusieurs zones rurales de Kiribati, du Sri Lanka ou du Timor Oriental dépendent encore de l’aide médicale cubaine[20]. Une école de médecine a même été inaugurée au Timor Oriental afin de former de jeunes étudiants du pays. Les Iles Salomon ainsi que la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont sollicité La Havane pour bénéficier d’une aide similaire et signer des accords de coopération[21].

Après le tremblement de terre survenu en mai 2006 à Java, en Indonésie, Cuba a également envoyé plusieurs missions médicales. Ronny Rockito, coordinateur régional indonésien pour la santé, a fait l’éloge du travail des 135 professionnels cubains qui ont installé deux hôpitaux de campagne. Selon lui, leur travail a eu un impact plus important que celui de n’importe quel autre pays. « J’apprécie les équipes médicales cubaines. Leur style est très amical et leur niveau de soins est très élevé. Tout est gratuit et il n’y a aucun soutien de la part de mon gouvernement dans cela. Nous remercions Fidel Castro. Beaucoup de villageois ont supplié les médecins cubains de rester », a-t-il souligné[22].

Le cas le plus récent et le plus emblématique de la coopération médicale cubaine concerne Haïti. Le tremblement de terre de janvier 2010, de magnitude 7, a causé de dramatiques dégâts humains et matériels[23]. Selon les autorités haïtiennes, le bilan, extrêmement lourd, a été d’au moins 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 millions de sans-abris[24]. La brigade médicale cubaine, étant sur place depuis 1998, a été la première à porter secours aux victimes et a soigné près de 40% des victimes[25].

En octobre 2010, des soldats népalais des Nations unies ont introduit par inadvertance le virus du choléra à Haïti. Selon l’ONU, l’épidémie a été découverte par l’équipe médicale cubaine du Docteur Jorge Luis Quiñones. Elle a coûté la vie à 6 600 personnes et en a infecté 476 000 autres, ce qui représente près de 5% de la population sur un total de 10 millions d’habitants. Il s’agissait du taux de choléra le plus élevé au monde selon les Nations unies. Le New York Times souligne dans un reportage le rôle-clé des médecins cubains : « La mission médicale cubaine qui a joué un rôle important dans la détection de l’épidémie est toujours présente à Haïti et reçoit chaque jour la gratitude des donateurs et des diplomates pour sa présence sur les lignes de front et pour ses efforts de reconstruction du système de santé délabré du pays[26] ».

De son côté, Paul Farmer, envoyé spécial de l’ONU, a noté qu’en décembre 2010, lorsque l’épidémie avait atteint son sommet avec un taux de mortalité sans précédent et que le monde avait les yeux rivés ailleurs, « la moitié des ONG étaient déjà parties, alors que les Cubains étaient toujours présents ». Selon le Ministère de la Santé haïtien, les médecins cubains ont sauvé plus de 76 000 personnes dans les 67 unités médicales sous leur responsabilité, avec seulement 272 décès, c’est-à-dire un taux de mortalité de 0,36%, contre un taux de 1,4% dans le reste du pays. Depuis décembre 2010, aucun décès n’est survenu chez les patients soignés par les médecins cubains[27].

 

Une politique solidaire saluée par les Nations unies

Selon le PNUD, l’aide humanitaire cubaine représente proportionnellement au PIB un pourcentage supérieur à la moyenne des 18 nations les plus développées. Le PNUD note dans un rapport que

La coopération offerte par Cuba s’inscrit dans un contexte de coopération Sud-Sud. Elle ne poursuit pas d’objectif lucratif mais elle est au contraire offerte comme l’expression d’un principe de solidarité et, dans la mesure du possible, à partir de coûts partagés. […]. Dans la quasi-totalité des cas, l’aide cubaine a été gratuite, même si à partir de 1977, avec certains pays à hauts revenus, principalement pétroliers, une coopération sous forme de compensation s’est développée. Le développement élevé atteint à Cuba dans les domaines de la santé, de l’éducation et du sport a fait que la coopération a concerné ces secteurs, bien qu’il y ait eu une participation dans d’autres branches comme la construction, la pêche et l’agriculture[28].

L’internationalisme humanitaire mis en place par Cuba démontre que la solidarité peut être un vecteur fondamental dans les relations internationales. Ainsi, une petite nation du tiers-monde aux ressources limitées, et victime d’un état de siège économique sans précédent de la part des Etats-Unis, arrive à dégager les ressources nécessaires pour venir en aide aux plus démunis et offre au monde l’exemple, comme dirait le Héros national cubain José Martí, que la Patrie peut être l’Humanité.

 Salim Lamrani

Article initialement publié en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29161/cuba+ou+a+globalizacao+da+solidariedade+o+internacionalismo+humanitario+.shtml

Deuxième partie :

medicos_cubanos_2-7888f

Cuba ou la mondialisation de la solidarité (2/3) : L’Opération Miracle, 06 juin 2013

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[2] Ibid.

[3] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[4] Ibid.

[5] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. http://www.pnud.org.ve/content/view/176/169/ (site consulté le 15 février 2013).

[6] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[7] Programme des Nations unies pour le Développement, Rapport sur le développement humain 2011, Nations unies, New York, 2011, p. 150. http://hdr.undp.org/en/media/HDR_2011_FR_Complete.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[8] Programa de Naciones Unidas para el Desarrollo, « Objetivos de desarrollo del Milenio en Venezuela », 2011. Op. cit.

[9] Fidel Ernesto Vásquez, « Petrocaribe promueve el intercambio justo y equitativo en la región », Partido Socialista Unido de Venezuela, 27 octobre 2011. http://aristobulo.psuv.org.ve/2011/10/27/canpana/petrocaribe-promueve-el-intercambio-justo-y-equitativo-en-la-region/ (site consulté le 15 février 2013).

[10] Ministerio de Relaciones Exteriores, « Alcanza la ‘Operación Milagro’ en Bolivia más de 600 000 operaciones de la vista », República de Cuba, 29 août 2011. http://www.cubaminrex.cu/Actualidad/2011/Agosto/ALCANZA.html (site consulté le 15 février 2013).

[11] Programme des Nations unies pour le Développement, « Taux de mortalité infantile chez les moins de cinq ans (pour 1000 naissances vivantes), Nations unies, 2011. http://hdrstats.undp.org/fr/indicateurs/57506.html (site consulté le 15 février 2013).

[12] Presidencia de la República, « 100 logros del Gobierno para Bolivia (2006-2009) », Estado Plurinacional de Bolivia, 2010. http://www.presidencia.gob.bo/documentos/logros100.pdf (site consulté le 15 février 2013).

[13] Mariela Pérez Valenzuela, « ALBA : la justicia de los hechos », Granma, 14 juillet 2009. http://www.granma.cubaweb.cu/secciones/alba/int/2integ32.html (site consulté le 15 février 2013).

[14] Pedro Rioseco, « Ecuador. Destacan logros de Revolución Ciudadana en cuatro años », Prensa Latina, 31 mai 2011.

[15] Presidencia de la República de Ecuador, « En 4 años, Gobierno aspira a declarar Ecuador país libre de desnutrición infantil », El Ciudadano, 27 octobre 2011. http://www.elciudadano.gov.ec/index.php?option=com_content&view=article&id=28336:en-4-anos-gobierno-aspira-declarar-a-ecuador-pais-libre-de-desnutricion-infantil&catid=40:actualidad&Itemid=63 (site consulté le 15 février 2013) ; UNICEF, Progreso para la infancia. Un balance sobre la nutrición, 2011.

[16] Citoyen étasunien devenu Brigadier-Général de l’Ejército Libertador durant la première guerre d’indépendance de Cuba entre 1868 et 1878, qui donna sa vie pour la libération de l’île.

[17] Felipe Pérez Roque, « Discurso del canciller de Cuba en la ONU », Bohemia Digital, 9 novembre 2006.

[18] Ibid.

[19] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », The Independent, 26 décembre 2010.

[20] Cubadebate, « Presentan filme sobre cooperación cubana en el Pacífico », 10 novembre 2009.

[21] Tom Fawthrop, « Impoverished Cuba Sends Doctors Around the Globe to Help the Poor », The Syndney Morning Herald, 28 octobre 2006.

[22] Ibid.

[23] Institut national de sciences de l’univers, « Séïsme de Haïti du 12 janvier 2010 », Centre national de la recherche scientifique, 19 janvier 2010. http://www.insu.cnrs.fr/co/terre-solide/catastrophes-et-risques/seismes/seisme-de-haiti-du-12-janvier-2010 (site consulté le 15 février 2013).

[24] Radio Canada, « Le bilan grimpe à 230 000 morts », 10 février 2010. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/10/004-haiti_bilan.shtml (site consulté le 15 février 2013).

[25] Nina Lakhani, « Cuban Medics in Haiti Put the World to Shame », op. cit.

[26] Andrés Martínez Casares, « Cuba Tales Lead Role in Haiti’s Cholera Fight », The New York Times, 7 novembre 2011.

[27] Ibid. Voir également Cuba Debate, « Brigada Médica Cubana en Haití alcanza records mínimos de tasa de letalidad por cólera », 5 mars 2011.

[28] Programme des Nations unies pour le Développement, Investigación sobre ciencia, tecnología y desarrollo humano en Cuba, 2003, p.117-119. http://www.undp.org.cu/idh%20cuba/cap6.pdf (site consulté le 15 février 2013).

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Damas  /  Le président Bachar al-Assad, a affirmé que les batailles que déclenche l’armée arabe syrienne visent à préserver l’unité de la Syrie.

Dans une interview qu’il a accordée à la chaîne “al-Manar”, le président al-Assad a fait noter que l’intervention israélienne aux côtés des terroristes avait pour but de porter atteinte à la résistance et de frapper les défenses antiaériennes syriennes, soulignant que la Syrie avait affirmé à toutes les parties qu’elle avait contacté, que ce soient arabes ou étrangères, qu’elle riposerta à toute prochaine agression israélienne.

Le président al-Assad a fait noter que le peuple syrien avait mis en échec les plans des ennemis de la Syrie.

Quant au passage de la phase de la défense à celle de l’attaque, le président al-Assad a indiqué que ce qui s’était produit n’est pas le passage de la défense à l’attaque, mais un renversement dans l’équilibre des puissances en faveur des forces armées arabes syriennes.

“Ce renversement des forces est un renversement de l’incubateur dans certaines régions où des personnes armées sont présentes”, a indiqué le président al-Assad qui a précisé que de nombreuses personnes ont été trompées en croyant que ce qui se passe est une révolution contre les aspects négatifs, cette couveuse populaire a changé, ainsi que de nombreuses personnes armées qui s’étaient retirés des groupes et avaient retrouvé leur vie normale.

Répondant à une question sur le recours aux combattants de Hezbollah, le président al-Assad a dit : “Si Hezbollah ou la résistance voulaient défendre la Syrie, ils auraient envoyé nombre de combattants : quelques centaines, un mille ou deux mille. Mais on parle d’une bataille à laquelle prennent part des centaines de milliers de l’armée arabe syrienne et des dizaines de milliers de terroristes ou plus de cent mille, en raison de l’envoi persistant des terroristes depuis les pays voisins. Le nombre via lequel un parti peut défendre un Etat dans sa bataille, en prenant en compte le nombre de terroristes et de l’armée et la superficie de la Syrie, ne protège point un régime ni un Etat”.

Abordant les événements qui s’étaient succédé depuis le début de la bataille à Ramadan 2011, le président al-Assad a indiqué que Hezbollah n’avait pas intervenu depuis l’escalade de la situation sur le terrain, “alors pourquoi le fait-il actuellement ? Pourquoi on n’a pas vu Hezbollah à Damas, ni à Alep, la grande bataille a lieu dans ses deux villes, non pas dans la petite ville de Qusseir ?. Cette ville est stratégique, mais toutes les frontières sont stratégiques pour les terroristes qui les utilisent pour se rendre en Syrie avec leurs armes”.

Quant à la question sur la nature de la bataille à Qusseir, et si elle préludera à l’établissement d’un Etat alaouite en cas de l’imposition de la division ou des changements géographiques dans la région, le président al-Assad a souligné que les littoraux syrien et libanais ne passent pas via al-Qusseir du côté géographique, ajoutant que personne ne mène des batailles pour aller vers le démembrement.

“Les batailles en Syrie ne donnent pas l’idée que certains cherchent à démembrer l’Etat syrien mais tout au contraire ces batailles sont des batailles pour préserver l’unité de la Syrie”, a –t-il martelé.

A propos de l’apparition d’Israël sur l’équation de la crise en Syrie via ses raids sur Damas, le président al-Assad a estimé que l’intervention d’Israël aux côtés des terroristes vise à porter atteinte à la résistance et à frapper les défenses antiaériennes syriennes.

Questionné sur la réaction du gouvernement syrien vis-à-vis des agressions israéliennes, le président al-Assad a répondu : ” Le gouvernement avait informé toutes les parties, arabes et étrangères, qu’elle avait contactées qu’il ripostera à la prochaine fois. La riposte momentanée n’a aucune valeur mais notre réaction doit être stratégique”.

Quant à l’ouverture du Front du Golan, le président al-Assad a évoqué la pression populaire claire pour ouvrir ce Front devant la résistance, soulignant que la résistance n’est pas une simple opération. “Or la question est politique et sociale et par conséquent une question militaire”.

Soulignant le ciblage du véhicule militaire israélien qui avait franchi la ligne de désengagement, le président al-Assad a estimé que le vrai changement dans les règles d’accrochage se fait en cas de l’orientation populaire vers la résistance. “Tout autre changement est provisoire, car l’orientation du peuple vers la résistance est le changement radical et dramatique”, a-t-il fait noter.

A la question de savoir pourquoi y avait-il une trêve au Golan pendant 40 ans, alors qu’on parle maintenant de l’ouverture de ce front ?, le président al-Assad a indiqué que l’Etat ne crée pas la résistance car si celle-ci n’était pas spontanée ou populaire, elle ne serait pas une résistance.

“L’Etat appuie ou bien entrave la résistance, comme c’est le cas dans nombre de pays arabes. L’Etat qui entrave la résistance est irresponsable”, a indiqué le président al-Assad.

Questionné sur la livraison d’armes S300 à la Syrie après le dernier raid israélien sur Damas et la visite de Netanyahu à Moscou, le président al-Assad a assuré que les contrats militaires passés avec la Russie n’ont rien à voir avec la crise. “La Russie remplit ses engagements à l’application de ces contrats”, a assuré le président al-Assad, qui a ajouté que ni la visite de Netanyahu ni la crise, elle-même, n’avaient influé sur l’exportation d’armes à destination de la Syrie.

A la question de savoir s’il répondra à la demande du président de la Coalition démissionné, Mo’az al-Khatib, de quitter la Syrie pour mettre fin à la crise, le président al-Assad a dit : “La décision du départ ou pas d’un président dépend du peuple syrien. Toute personne parlant de ce sujet doit manifester à quel point il représente le peuple syrien”.

A propos de la conférence internationale de “Genève II” sur la Syrie, le président al-Assad a prévu la tenue de cette conférence au cas où elle n’a pas été avortée par d’autres pays. “La Syrie avait annoncé il y a deux jours son accord préliminaire de prendre part à la conférence”, a-t-il souligné.

Le président al-Assad a estimé que cet accord préliminaire dépend des détails et des conditions qui pourraient être déposés avant la conférence.

Questionné sur les conditions mises par la direction syrienne, le président al-Assad a indiqué que la seule condition est que toute démarche adoptée lors d’une réunion, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, soit soumise à un référendum populaire.

Au sujet des propos véhiculés sur la phase de transition et sur son rôle pendant cette phase, le président al-Assad dit : “Certaines parties parlent d’un gouvernement de transition où il n’y aucun rôle du président, mais en Syrie il y a un régime présidentiel et le président ne préside pas le gouvernement. C’est la constitution qui donne au gouvernement ses prérogatives et qui change les attributions du président qui ne peut pas y renoncer car il ne possède pas la constitution dont le changement se fait via un référendum populaire”.

Questionné sur les relations de la Syrie avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, notamment après leurs dernières positions quasi-modérées au comité ministériel arabe, le président al-Assad a évoqué les changements provisoires dans le discours de ces pays, lequel n’a rien à voir avec la pratique.

“Les pays qui appuient les terroristes n’ont pas changé et ils continuent à le faire”, a-t-il fait noter.

A la question de savoir si les négociations politiques échouent, le président al-Assad a indiqué que cette question est probable “car il y a des pays qui entravent la tenue de la conférence internationale sur la Syrie, mais je crois que l’échec de cette conférence ne changera rien dans la situation à l’intérieur du pays parce que ces pays, en cas de la tenue de la conférence ou pas, ne vont pas cesser de soutenir les terroristes qui poursuivent le sabotage”, a précisé le président al-Assad.

Le président al-Assad a parlé, enfin, de la politique de distanciation du Liban vis-à-vis de la crise en Syrie, ajoutant que le Liban n’avait pas empêché l’infiltration de terroristes et d’armes vers la Syrie et n’avait pas pu se protéger des retombées de cette crise, en particulier à Tripoli.

A. Chatta / L.A.

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Le meurtre du soldat Lee Rigby à Woolwich, Londres, a levé un coin du voile minutieusement tissé autour de la politique étrangère britannique, au moyen de mensonges, d’intrigues et de crimes.

Immédiatement après le meurtre brutal de Rigby, tout un chœur de politiciens et de célébrités des médias a insisté sur l’idée que ce n’était pas le moment de s’interroger sur les motivations de ses tueurs, Michael Adebolajo et Michael Adebowale.

Le député travailliste David Lammy a qualifié « la suggestion que ce meurtre soit une conséquence directe de la politique étrangère britannique » de « superficiellement convaincante» et on peut dire la même chose des critiques concernant « mon vote en faveur de l’invasion de l’Irak. »

Jonathan Freedland du Guardian a attaqué les personnalités « libérales et de gauche » qui voient un lien entre les événements de Londres et les guerres en Afghanistan en Irak en Libye et en Syrie pour avoir « une certaine sympathie rampante, non pour cet acte en lui-même, mais pour la cause qu’il tente de mettre en exergue. »

Empêcher toute discussion des circonstances qui ont mené à ce crime horrible commis par Adebolajo et Adebowale ne sert qu’à dissimuler les crimes encore plus grands perpétrés par l’élite dirigeante britannique.

En l’espace de quelques jours, il est apparu clairement que les deux suspects du meurtre étaient connus du MI5 depuis des années, depuis 10 ans dans le cas d’Adebolajo. Il était affilié au groupe islamiste interdit Al Mahajiroun. En novembre 2010, il avait été détenu au Kenya alors qu’il essayait de se rendre en Somalie, apparemment pour rejoindre le groupe islamiste Al-Shabaab.

Le 23 mai, Abu Nusaybah, un associé d’Adebolajo, a été arrêté immédiatement après une interview pour le programme Newsnight de la BBC dans lequel il prétendait qu’Adebolajo avait été torturé au Kenya et harcelé par le MI5, qui lui demandait de devenir un informateur.

Depuis lors, les preuves ont émergé indiquant que la Grande-Bretagne était en fait à l’origine de l’arrestation d’Adebolajo et l’avait ensuite protégé activement. D’après le Daily Mail, c’est une unité du SAS, travaillant avec le MI5, qui avait enlevé Adebolajo au Kenya quand il se préparait à franchir la frontière vers la Somalie. Une source a déclaré, « Le SAS a joué le rôle principal. La raison pour laquelle ils étaient impliqués est que cet homme était considéré comme important. »

Un officier de l’anti-terrorisme de Scotland Yard basé en Afrique était « à proximité » quand il avait été mis en détention au Kenya. Adebolajo avait été par la suite renvoyé en Grande-Bretagne avec « un détective de Scotland Yard, voyageant incognito, » à bord.

D’après l’avocat d’Adebolajo au Kenya, il avait fait une deuxième tentative en février de l’an dernier pour rejoindre la Somalie avec cinq autres personnes et avait été arrêté par les autorités kényanes. Le Royaume-Uni aurait dit à la police kényane qu’il était « un homme sans histoire » et il avait été une fois de plus renvoyé au Royaume-Uni.

Des sources en Afrique ont déclaré au Mail qu’Adebolajo avait été vu au Kenya une troisième fois en novembre dernier, en compagnie d’un prêtre radical, le Cheikh Hassan Makbul. Dans les deux cas, il s’était servi d’un faux passeport.

Une fois de plus, les services de sécurité se révèlent avoir établi des liens étroits avec des éléments djihadistes afin de faire progresser la politique impérialiste britannique au Moyen-Orient et en Afrique.

Un facteur essentiel qui a fait qu’Adebolajo a pu agir à sa guise tient au rôle qu’il a joué par rapport à la Syrie, et celui d’une large couche d’islamistes. Un auditeur, Abdullah, ayant téléphoné à la radio de la BBC à Londres a indiqué qu’Adebolajo faisait campagne récemment devant un centre communautaire à Plumstead, à Londres, pour trouver des jeunes prêts à partir combattre en Syrie. Abdullah a expliqué, « Il se peut qu’il ne soit pas nécessaire que nous allions là-bas parce que leurs soldats sont ici, » avant d’ajouter, « le succès est plus proche que vous ne le pensez. »

En avril, Le ministre des Affaires étrangères William Hague a confirmé les rapports indiquant que 100 Britanniques faisaient partie des plus de 600 européens qui sont allés se battre en Syrie dans des groupes liés à Al Qaïda, comme le Front Al Nusra. Dans une lettre adressée aux députés, il a dit que ce type d’individus étaient un danger, parce qu’« ils chercheront à mener des attaques contre les intérêts occidentaux dans la région ou dans les pays occidentaux maintenant ou plus tard. »

Le but de cette admission par Hague était en fait de défendre l’idée d’une levée de l’embargo européen sur les armes pour la Syrie afin de réduire « l’espace incontesté » actuellement occupé par les fondamentalistes avec des forces censées être plus « modérées »qui sont armées par les puissances occidentales.

Hague sait bien sûr que les armes envoyées par la Grande-Bretagne, l’Union européenne, les États-Unis et leurs alliés du Moyen-Orient, comme l’Arabie saoudite et le Qatar, alimentent une insurrection sectaire dominée par des groupes islamistes qu’ils ont entretenus pendant des années. Sa posture ne servait qu’à s’assurer que la guerre pour un changement de régime en Syrie serait intensifiée, les réserves de pétrole de toute la région étant la récompense stratégique.

Le 28 mai, six jours après que Rigby a été frappé à mort, l’embargo de l’UE sur les armes a été levé en conséquence d’un campagne menée par le Royaume-Uni et la France. Cette décision garantit que des atrocités innombrables, ne se distinguant pas de celle qui a eu lieu à Woolwich, continueront à être infligées en Syrie et dans les pays voisins, l’Irak et le Liban, par des djihadistes agissant comme des escadrons de la terreur pour le compte de Londres, de Washington et de Paris.

À l’intérieur, les forces politiques dont les crimes ont alimenté la colère exploitée par les groupes islamistes, et qui se sont révélées avoir une fois de plus travaillé en coulisses avec eux, se servent des événements de Woolwich pour demander des pouvoirs répressifs encore plus grands.

Le Premier ministre David Cameron a lancé un « groupe anti-terroriste spécifique » chargé de proposer « des mesures pratiques » pour répondre à l’extrémisme politique, et parmi ce groupe, il y a le Commissaire de police de Londres, Sir Bernard Hogan-Howe, et Andrew Parker, le directeur général du MI5.

Le gouvernement est déjà en train d’organiser la réintroduction de la loi exigeant des compagnies de télécommunications d’enregistrer le temps, la durée, l’origine et la destination de tous les courriels, appels téléphoniques, messages sur les réseaux sociaux, et les appels vocaux par internet, faits au Royaume-Uni.

Le meurtre de Lee Rigby n’est que l’une des nombreuses, des très nombreuses, manifestations tragiques de la manière dont des décennies de guerres et d’autres aventures coloniales ont servi à empoisonner la vie sociale et politique en Grande-Bretagne et dans tous les pays, en cherchant à réaliser les objectifs prédateurs de l’oligarchie financière.

Pour se garantir le contrôle des ressources essentielles comme le pétrole, le gaz et les minéraux, de vastes régions du monde ont été pillées, appauvries et soumises à une intervention brutale. Pendant ce temps, les travailleurs en Grande-Bretagne, en Europe, et en Amérique sont forcés à payer les milliers de milliards de dollars que ces guerres coûtent par des coupes sauvages qui visent à enrichir ces éléments criminels qui dominent maintenant la société.

Personne ne devrait être intimidé ni troublé par les mensonges « patriotiques » et les larmes de crocodiles venant de la classe dirigeante et de ses médias. Au sens le plus fondamental, ce sont eux les responsables de ce qui s’est passé à Woolwich. Et ce sont eux qui devraient en être tenus pour politiquement responsables par la grande masse des travailleurs.

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 1 juin 2013

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Le 3 mai 2011, par l’intermédiaire de la radio vietnamienne La Voix du Viêt Nam  (VOV), le Vice-président de l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange / dioxine (VAVA), TRAN Xuan Thu, annonce que davantage de preuves ont été collectées sur les victimes de la dioxine et qu’elles permettaient d’emprunter une voie juridique différente de celle utilisée il y a sept ans dans le but d’ouvrir une nouvelle procédure contre les États-Unis :

VOV: Est-ce que VAVA a l’intention de poursuivre les compagnies chimiques américaines et lutter pour la justice d’une façon différente de celle entreprise il y a sept ans et qui n’a pas atteint ses objectifs?

M. TRAN: Malgré le temps qui passe, l’association continuera à rechercher la justice par tous les moyens juridiques possibles. Nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire. D’abord, nous exhortons la Chambre des représentants des États-Unis à compenser les victimes américaines et vietnamiennes de AO / dioxine. Et nous demandons au Congrès et à l’Administration américaine d’attribuer des subventions pour l’aide aux victimes. Le verdict de la Cour de New York n’est effectif que dans cet État. Même si ce tribunal a rejeté la plainte déposée par les victimes vietnamiennes, le Viêt Nam peut encore poursuivre dans un autre État des États-Unis. Les préparatifs sont en cours pour la phase finale. Le procès est prévu pour démarrer à la fin de 2011 ou au début 2012.

VOV: Les tribunaux américains ont rejeté une grande partie les preuves fournies par le Viêt Nam dans les procès précédents. Quelles sont les nouvelles preuves avancées?

M. TRAN: Nous avons rassemblé un large éventail de nouvelles preuves pour ce procès. Il ne fait aucun doute que les États-Unis veulent se dérober à leur responsabilité juridique et confiner le procès dans un État qui bloque. Les résultats finaux ne dépendent pas seulement de la défense des accusés, mais aussi du gouvernement étasunien.

VOV: Les maladies liées à la dioxine reconnues par les États-Unis sont très exactement celles que l’on peut constater au Viêt Nam. Sont-elles considérées comme faisant partie d’une nouvelle preuve convaincante pour une autre procédure judiciaire intentée par VAVA?

M. TRAN: Oui, c’est une preuve importante. Les États-Unis ont identifié 15 maladies, le Viêt Nam, 17. Ces maladies sont communes aux victimes des deux pays. Toutefois, les listes fournies par les deux parties ne comprennent pas de nombreuses autres maladies importantes causées par la dioxine, comme par exemple l’immunodéficience, très largement répandue mais qui passe inaperçue car elle n’est pas aussi aigue [et spectaculaire] que les autres pathologies. En attendant, le gouvernement américain a subventionné toutes les victimes américaines qui souffrent d’une maladie figurant sur liste, y compris ceux qui ont perdu 10 pour cent de leur capacité de travail. Cette pratique montre clairement que les États-Unis échappent délibérément à leur responsabilité pour les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange.

VOV: Les États-Unis se sont coordonnés avec le Viêt Nam pour un traitement des questions liées à l’Agent Orange. Toutefois, le versement des moyens financiers est lent. Combien la partie américaine a débloqué jusqu’à présent?

M. TRAN: La partie américaine a réalisé [sans la reconnaître] sa responsabilité sous la forte pression des deux communautés nationales, et celles internationales. Ils reconnaissent les effets néfastes de l’Agent Orange [pour les leurs]. Ceci est considéré comme une première étape dans la lutte pour la justice des victimes vietnamiennes. Les États-Unis ont augmenté l’aide financière d’année en année, passant de 3 millions de dollars en 2007-2009 à environ 15 millions à l’heure actuelle. Mais, autant que je sache, les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars pour soutenir leurs milliers de vétérans victimes de l’Agent Orange, quelle somme devraient-ils allouer aux 4 millions de victimes vietnamiennes… ? c’est encore trop peu en rapport à leurs souffrances. En outre, cet argent promis est alloué à une décontamination partielle de « points chauds » sur l’environnement, mais les États-Unis doivent aussi prendre en charge les victimes…

VOV: Dans une récente interview vous avez dit qu’il y aurait un large éventail d’activités visant à soutenir les victimes, y compris la construction de centres dans les provinces et les villes. Comment avancent ces projets?

M. TRAN: Le 10 août 2009, Journée des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, nous lanceront un programme de collecte de fonds dans le but de mobiliser 64 milliards de Dongs [un peu plus de 2 millions d’euros] en cinq ans. Ainsi, nous aurons assez d’argent pour construire 58 centres d’un coût de 500 millions de Dongs chacun [18 500 euros]. Nous avons déjà construit 12 centres sans compter les 10 autres financés par l’État. Notre projet de construction de ces centres dans toutes les provinces et les villes seront achevés d’ici 2013. Initialement, chaque centre doit prendre en charge des dizaines d’enfants de dernière génération victimes de l’Agent Orange. Nous venons de soumettre un plan au Vice-premier ministre, Nguyen Thien Nhan, pour construire trois grands centres à Hanoi, Da Nang et Ho Chi Minh-Ville pour dispenser des soins aux victimes solitaires et parents des victimes sans soutien familial.

VOV: Quelles sont les activités qui marqueront ce 50e anniversaire du premier épandage d’Agent Orange sur le Viêt Nam ?

M. TRAN. Une conférence nationale est prévue le 10 août pour marquer cet anniversaire. L’événement sera l’occasion pour nous de remercier deux communautés nationales, ainsi que d’autres, internationales, qui aident nos victimes de l’Agent Orange et tiennent les États-Unis pour responsables des conséquences de la guerre. Un large éventail d’activités sera organisé à travers le pays. Une première conférence nationale, début juillet, rendra hommage aux victimes. Une autre, du 6 au 9 août, concernera les premiers soins à donner aux victimes de l’Agent Orange, des visites et des cadeaux seront rendues et données aux victimes. Actuellement VAVA se prépare à ces activités. À partir d’aujourd’hui jusqu’au 10 Août, Hanoi organisera une série d’activités, comme un requiem pour les victimes, une visite au cimetière de Truong Son à Quang Tri, une commémoration à l’occasion du 50e anniversaire de la propagation de l’Agent Orange sur le Viêt Nam (10 août) et des soins médicaux gratuits pour 10.000 victimes.

VOV: Merci beaucoup.

Vue aérienne au Centre du Viêt Nam, mars 1968. La fin de cette guerre visant l’anéantissement total du pays est encore très loin… Défoliations et bombardements aveugles à perte de vue afin que le Viêt Nam “retourne à l’Âge de pierre”, selon le général Curtis E. LeMay, fervent partisan de l’utilisation de la bombe atomique sur ce pays.

Par ailleurs, ajoute VOV, la Fondation Ford et l’Institut américain Aspen ont réaffirmé la nécessité du plan d’aide qu’ils préconisent pour le règlement des conséquences de l’Agent Orange au Viêt Nam. Selon un communiqué de presse de ces deux organisations daté de lundi, une subvention de 1,6 million de dollars de la Fondation Ford permettra à l’Institut Aspen de poursuivre ses activités de soutien au programme consacré à l’Agent Orange au Viêt Nam lancé par le Groupe de dialogue États-Unis/Viêt Nam. Ces activités se concentreront sur la recherche de fonds publics et privés pour régler les effets persistants de l’Agent Orange, ainsi que sur l’appel aux spécialistes afin que les projets au Viêt Nam puissent répondre aux besoins des victimes. En juin 2010, ce Groupe de dialogue avait préconisé un plan de mobilisation de 300 millions de dollars pendant dix ans pour aider le Viêt Nam à régler les conséquences de l’Agent Orange. Ces derniers temps, la Fondation Ford et l’Institut Aspen ont joué un rôle central dans l’élaboration d’un programme caritatif bipartite, afin d’améliorer les connaissances des décideurs politiques américains en la matière. Lancé en 2007 et co-présidé par Walter Isaacson, l’Institut Aspen et le Groupe de dialogue a appelé au soutien des efforts visant à régler les séquelles sur l’homme et l’environnement provoqué par ce poison utilisé durant la guerre au Viêt Nam. En 12 ans, la Fondation Ford a octroyé 17 millions de dollars pour appuyer les efforts de règlement des conséquences de l’Agent Orange au Viêt Nam.

Le 16 mai, vietnamplus informe qu’une étude du Centre médical chargé des problèmes que connaissent les vétérans de l’État de Louisiane (États-Unis) établissait une relation entre l’Agent Orange et le cancer du rein. Il y aurait donc un lien entre le défoliant et le cancer du rein chez les anciens combattants américains exposés à l’Agent Orange au Viêt Nam. Les chercheurs ont examiné les données de 297 patients souffrant d’un cancer du rein pour la période 1987-2009 et constaté que des patients, âgés de 39 à 63 ans quand ils avaient été diagnostiqués, avaient été exposés à l’Agent Orange. Lors d’une conférence de presse tenue le 13 mai 2011 suite à la réunion annuelle de l’Association d’urologie des États-Unis à Washington, le docteur Anthony Y. Smith a déclaré: “Nous savons que l’Agent Orange contient des produits chimiques extrêmement toxiques, et ceux-ci sont connus pour être hautement cancérigènes. Les chercheurs continuent leur travaux pour pouvoir affirmer avec certitude que l’exposition à ces produits chimiques constitue un facteur de risque de cancer du rein”, a-t-il ajouté. Ces dernières années, l’Institut de Médecine relevant de l’Académie nationale des sciences des États-Unis a confirmé qu’il y avait un lien entre l’Agent Orange et plusieurs maladies, dont les leucémies lymphoïdes ou les sarcomes des tissus mous.

Le 29, world.kbs.co.kr relate la vive polémique autour de la révélation sur l’enfouissement de défoliants par l’armée américaine dans le sol sud-coréen. L’affaire a éclaté après la diffusion, le 16 mai, par KPHO-TV, une chaîne américaine, et les témoignages de trois anciens soldats américains qui ont servi dans les années 1970 dans la base de Camp Carroll, à Chilgok, au sud-est du pays. Steve House, l’un des témoins, a affirmé qu’il avait enseveli des barils de 200 litres sur lesquels étaient inscrits Composé Orange Vietnam. Robert Travis, se souvient, quant à lui, de 250 containers qu’il avait fait rouler un par un pour les enterrer. KPHO-TV qui a diffusé ces témoignages a évoqué le risque de l’éventuelle contamination des eaux souterraines. Depuis, la société sud-coréenne est sous le choc et s’inquiète que les autres bases militaires américaines connaissent le même problème. Les défoliants étaient utilisés comme arme chimique quand l’armée voulait faciliter le combat en zone forestière ou priver son ennemi de nourriture. L’usage de cet herbicide hautement toxique provoquant cancers ou dérèglements du système nerveux, entre autres. De nombreux vétérans qui ont participé à la guerre du Viêt Nam souffrent aujourd’hui encore des effets secondaires. La récente enquête épidémiologique menée auprès des habitants de Chilgok qui montre une mortalité due aux cancers et maladies neurologiques relativement élevée vient renchérir la préoccupation des Sud-Coréens sur la contamination des sols et nappes phréatiques par l’Agent Orange. Ainsi, les autorités sud-coréennes se sont empressées d’entamer une évaluation environnementale urgente dans cette région. Et les gouvernements sud-coréen et étasunien se sont mis d’accord pour mener une enquête conjointe. Ils vont ainsi créer une équipe d’investigation officielle qui sera opérationnelle dès la semaine prochaine, lorsque des experts américains arriveront en Corée du Sud. Par ailleurs, l’Institut national de recherche environnementale (NIER) a relevé, le 27 mai, des échantillons d’eaux souterraines dans dix endroits différents aux environs de Camp Carroll [lire sur Mondialisation.ca. l’article du 8 juin 2011 http://www.mondialisation.ca/50-me-anniversaire-du-premier-pandage-d-agent-orange-au-vi-t-nam/25180 ]. Les investigations conjointes sont donc bien entamées. En tout cas, la coopération des autorités américaines est inhabituellement prompte, si on considère qu’elles se montraient jusqu’à maintenant plutôt réticentes à coopérer lorsque surgissait un problème qui impliquait un GI ou une base. Selon certains, c’est parce que les Américains redoutent que l’affaire de l’Agent Orange provoque une fois de plus un ressentiment anti-américain chez les Sud-Coréens. En effet, dans le passé, l’image des États-Unis a été mise à mal par certaines affaires. La mort de deux collégiennes percutées par un char américain avait été en 2002 à l’origine de grandes manifestations anti-américaines. La transparence des autorités des deux pays dans les investigations décidera du sentiment du peuple sud-coréen.

Le dernier jour de ce mois de mai 2011, vietnamplus rapelle qu’il y a bien eu épandage d’ « Agent Orange » par l’armée américaine en Corée dans la zone démilitarisée (DMZ) au milieu des années 1950 [« Agent Orange » est ici employé en terme générique: à cette époque il s’agissait des Agents Pourpre, Vert et Rose, contenant davantage de dioxine que n’en renfermera l’Agent Orange lui-même], affirmation constaté par un sergent-chef de l’armée sud-coréenne, rapporte lundi l’Agence de presse sud-coréenne Yonhap. Eum Do-nam, militaire sud-coréen à la retraite âgé de 77 ans, a déclaré que des avions de l’armée américaine ont répandu trois ou quatre fois par mois de l’ « Agent Orange » dans la DMZ en 1955 [et aussi en juillet 1968, lire le livre Agent Orange-Apocalypse Viêt Nam, p. 152] alors qu’il était en poste à proximité de cette dernière. Il a affirmé que ces épandages n’ont été effectués que par l’armée américaine sans aucune participation de l’armée de son pays. De fait, cet ancien militaire dont les doigts sont déformés et la jambe gauche paralysée depuis 20 ans a été reconnu, en 2007, victime de l’ « Agent Orange ». Ce rappel d’information a été communiquée alors que l’enquête conjointe entre la République de Corée et les États-Unis dans le cadre d’une plainte sur l’enfouissement d’ Agent Orange par l’armée américaine sur le territoire sud-coréen il y a de plus de trois décennies est accélérée. Le même jour, la République de Corée et les États-Unis ont prélevé des échantillons d’eau et de terre en 15 endroits différents à proximité de la base militaire américaine de Carroll (Chilgok, environ 216 km de Séoul) pour analyse. Auparavant, les enquêteurs des deux pays ont analysé plusieurs autres échantillons de terre prélevés sur quatre autres sites. Pour les besoins de cette enquête, le ministère sud-coréen de la Défense a créé un groupe spécial pour étudier l’environnement de 85 anciens sites militaires américains. L’information que des barils d’Agent Orange sont enfouis sur le territoire sud-coréen depuis plus de 30 ans a inquiété l’opinion sud-coréenne. De nombreuses études scientifiques ont démontré que les militaires comme la population civile qui ont été en contact avec ce défoliant toxique sont atteints de maladies – dont divers types de cancer – et que leur descendance est frappée de malformations congénitales et de troubles fonctionnels.

 André Bouny

p.-s. actualité : http://roadsmag.com/187958676565/

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

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Une éternelle vigilance est l’impossible prix de la liberté [Guerre aux invisibles / Erik Frank Russell]. Impossible ? Restons vigilants ! [NdT].

L’ex vice-président du Conseil des ministres syrien pour les affaires économiques, M. Abdallah al-Dardari, se prépare à rejouer un rôle politique de premier plan dans « la Syrie de l’après guerre » !

M. Al-Dardari a tourné la page du soutien tacite aux groupes armés, et s’est porté volontaire pour coordonner un projet de financement [de plus de vingt milliards de dollars] pour la reconstruction de la Syrie après la guerre ; projet présenté comme le « Plan Marshall pour la Syrie » en référence au plan, du même nom, ayant aidé à la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale [1].

C’est en tant que fonctionnaire international [2] que M. Al-Dardari a rencontré le président Bachar al-Assad ; lequel, d’après des témoignages de personnalités jordaniennes, n’aurait prêté aucune attention particulière à l’idée même du projet et l’aurait carrément rejetée lorsqu’il a été directement interrogé sur ce sujet. Des sources de presse ont rapporté que la réplique de certains milieux  diplomatiques occidentaux a consisté à déclarer que « M. Al-Assad n’avait pas de droit de veto sur un gouvernement dirigé par M. Al-Dardari, dans le cadre d’un règlement interne ! ».

L’important ici, n’est pas la personne de M. Al-Dardari. L’important est le projet qu’il annonce et qui commence à prendre forme dans les milieux occidentaux des affaires et des finances, milieux probablement en étroite collusion avec leurs homologues arabes et syriens.

Un projet ou « plan B » concocté suite à l’inéluctable défaite politique et militaire du plan précédent [3] destiné à renverser le gouvernement syrien. Sa mise en application ne fait que commencer et son schéma directeur se résume à profiter de l’épuisement infligé au gouvernement syrien en exploitant son nécessaire besoin de réconciliation interne et de reconstruction accélérée ; ce qui permettrait aussi bien à l’Occident qu’aux États du Golfe et à la Turquie de « renverser économiquement la Syrie » ! Un renversement censé aboutir au contrôle de ses ressources et richesses par l’imposition d’un « système néolibéral » sur tout son territoire et dans tous les domaines : privatisations à grande échelle, libéralisation du marché et de la circulation des capitaux, concentration des investissements étrangers dans les secteurs les plus rentables tels ceux de l’infrastructure, de l’immobilier, du tourisme et de la finance.

Les conséquences notoirement connues d’une telle approche sont l’endettement, les déficits budgétaires, la destruction des institutions industrielles et artisanales, le démantèlement de la production rurale et, par conséquent, la transformation de la Syrie d’un État national en plein développement en un « État comprador » ayant perdu son indépendance économique relative, avec tout ce que cela implique comme totale soumission aux forces du néolibéralisme et tout ce que cela engendre comme réseaux de corruption qui vont avec ! Dès lors, sa dépendance économique saperait nécessairement son indépendance politique. Et c’est tout naturellement qu’une telle dynamique, nourrie par le capitalisme mondial et ses acolytes des Pays du Golfe, mènerait vers « la désintégration » des constantes politiques syriennes ; celles du financement et de l’équipement de son Armée nationale, de sa résistance politique et militaire à l’occupation du Golan, de son soutien à la Résistance libanaise et palestinienne… Bref, la politique syrienne se désintègrerait d’elle-même !

Finalement, c’est par le biais économique que le plan Marshall devrait imposer à Damas ce qu’il n’a pu lui imposer par la force des armes et des sanctions. Il a cependant le mérite de souligner le seul point positif de cette approche de « la Syrie d’après la guerre », celui de reconnaître tacitement que l’option guerrière est caduque et qu’il est désormais inévitable de traiter avec le gouvernement du Président Bachar al-Assad… en usant de tentations séductrices !

Ici, j’appelle les dirigeants syriens à se rappeler ce qui suit :

Tout d’abord, l’application partielle des politiques de privatisation et d’ouverture économique vers l’Occident, les États du Golfe et la Turquie – dont M. Al-Dardari fut le principal artisan lorsque, de par ses fonctions, il exerçait son contrôle sur les orientations et décisions économiques de la Syrie d’après  2005 – a été la principale raison ayant privé le gouvernement syrien de sa base sociale traditionnelle. Les paysans, artisans et ouvriers ont durement souffert du « choc néolibéral » au cours de la deuxième moitié de la dernière décennie. C’est en effet à partir de 2005 que sont apparues les pires manifestations de la pauvreté, du chômage et de la marginalisation. C’est sur cette frange de la société syrienne que se sont appuyés les forces réactionnaires hostiles à la Syrie. C’est à partir de ceux-là qu’ils ont  recruté les combattants ayant rejoint les groupes terroristes, après l’endoctrinement sectaire de milliers d’entre eux. Par conséquent, que pouvons-nous attendre si une politique néolibérale était appliquée pleinement et sans conditions ?

Deuxièmement, les forces qui ont versé leur sang et ont défendu la République arabe syrienne et son gouvernement légitime sont principalement :

1. Les officiers et soldats de l’armée arabe syrienne issus des classes laborieuses.

2. Les groupes de jeunes patriotes progressistes.

3. Les militants des courants gauchistes et nationalistes qui espéraient que la guerre, bien que douloureuse, puisse justement ramener la trajectoire socio-économique syrienne vers le développement national et la démocratie sociale.

4. Les forces de la bourgeoisie patriote et les industriels syriens qui ont suffisamment pâtis de l’ouverture vers la Turquie.

Ce sont là les quatre forces qui seront les plus touchées si la Syrie était acculée à devenir un « état comprador » menant inéluctablement à la réduction des dépenses militaires, à l’aggravation du chômage pour les classes populaires et moyennes, à la dégradation de la qualité de vie des jeunes de la classe moyenne, à la destruction des projets industriels… Le gouvernement syrien ne peut donc céder à une telle tentation, au risque de se retrouver devant un consensus national déjà prêt à s’y opposer.

La Syrie d’après la guerre, ne sera que pour ceux qui se sont battus pour sa défense ; pour ses jeunes, ses travailleurs et ses paysans ; pour ses industriels patriotes qui n’ont pas dévié de la ligne de l’indépendance, du développement et de la résistance. C’est ce que nous aimerions entendre, mais cette fois-ci « en public », de son Président !

Nahed Hattar

 

Article original : Al-Akhbar [publié aussi sur Sham Times], 31/05/2013

http://www.al-akhbar.com/node/184158

http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=8714#.UafXUppwlFs.facebook

 Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Le Plan Marshall / L’index historique

http://cartoflash.free.fr/motcle/pages/PlanMarshall.htm

« A partir de 1947, le plan Marshall est une arme économique utilisée par les Américains pour combattre le communisme. Il correspond au côté économique de la doctrine Truman le Containment (endiguement). L’idée est que la misère fait le lit du communisme, le plan Marshall permet donc à la fois de combattre le communisme et de convertir l’économie de guerre américaine en économie de paix, nécessaires. Par le plan Marshall les Américains entendent rallier l’Europe. L’aide financière est assortie de conditions d’achat de produits américains. L’U.R.S.S. s’oppose à ce projet et empêche les pays de l’Europe de l’Est de bénéficier de ce plan. Par exemple, le plan Marshall d’abord accepté en Tchécoslovaquie par le gouvernement doit être refusé sous la pression de Moscou. En revanche 17 pays qui acceptent cette aide créent en 1948 l’Organisation Européenne de Coopération Économique (O.E.C.E.) qui deviendra O.C.D.E. [Organisation de Coordination et de Développement Économique). En mai 1949 est créé la R.F.A. Un ancien résistant à Hitler, le démocrate chrétien Konrad Adenauer en devient le premier chancelier. Il ancre solidement la R.F.A. dans le camp de l'ouest et accepte le plan Marshall. Le plan Marshall permet aussi d'effectuer des pressions sur les alliés des États-Unis. Ainsi, les Américains menacent les Pays-Bas de suspendre le plan si ceux-ci n'accordent pas l'indépendance à l'Indonésie (chose faite en 1949) ». [Ce site n’est peut-être pas une référence mais, puisque l’Histoire n’est écrite que par les vainqueurs, il n’est pas interdit de lire aussi le revers de certaines médailles, NdT].

[2] M.Abdallah AL DARDARI, Economiste en Chef et directeur de la division du

développement économique et de la mondialisation et ESCWA [Economic and Social Commission for Western Asia].

http://www.leconomistemaghrebin.com/2013/05/30/forum-de-tunis-le-13-juin-2013/

[3] Comment le bloc atlantiste a construit la guerre en syrie

http://www.entrefilets.com/16_mois_pour_une_guerre.htm

 

M. Nahed Hattar est un écrivain et journaliste jordanien résidant à Amman.

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Généralités

Ainsi que nous l’eûmes annoncé auparavant et qu’il fut confirmé la veille et que nous en recevrons la nouvelle peut-être dans les jours à venir, Israël s’engagea directement dans la guerre impérialiste contre la Syrie, et ses forces aériennes frappèrent des positions militaires de l’armée syrienne dans les environs de Damas, démasquant par conséquent l’impérialisme occidental, le sionisme mondial, le despotisme arabique et l’obscurantisme wahhabite, qui se rassemblèrent dans une Sainte-Alliance, face à « l’axe de la résistance », soit l’Iran, la Syrie, l’Irak, le Liban, et derrière eux la Russie et la Chine ; pendant ce temps, et sur le territoire syrien, l’armée arabe syrienne s’avançait à plusieurs fronts, au rif de Damas, au rif de Homs et à Alep, et la crise syrienne entra dans un cul-de-sac ; il n’y a que deux voies pour la résoudre :

ou la Sainte-Alliance abandonne l’option militaire et cesse d’entraîner, d’armer et d’infiltrer les groupes takfiris dans le territoire syrien, pour que le dialogue s’établisse entre la prétendue « opposition » et le gouvernement syrien ;

ou une guerre régionale se déclenche, dont le feu brûlerait non seulement les pays impliqués, mais bien plutôt tout le Moyen-Orient.

Nous ne le dissimulons pas : le conflit qui a surgi en Syrie n’est pas un conflit entre un régime despotique et une foule de moines méditant, tel que le présentent les médias monopoles, mais un conflit entre l’impérialisme occidental, le sionisme mondial, le despotisme arabique et l’obscurantisme wahhabite d’un côté, qui, pour la première fois, se posent en une Sainte-Alliance, et l’Iran, la Syrie, l’Irak, le Liban, voire le soi disant « l’axe de la résistance », appuyés par la Russie et la Chine, de l’autre côté.

Tout tourne autour de cette démarcation ; et tout autre discours, qui pourrait voir dans la crise syrienne une bataille contre un régime despote, est en effet qu’un discours de misère ou une misère de discours.

 

Kerry à Moscou

Or, les longs pourparlers avec les responsables russes, d’abord au Kremlin ensuite au ministère des Affaires étrangères, lors de la visite du secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, à Moscou, ont permis d’aboutir à la déclaration suivante : les approches de la Russie et des États-Unis dans la question syrienne « n’on jamais été vraiment différentes. C’est sur le règlement en Syrie que les parties ont « réellement convenu de coopérer (…) Moscou et Washington œuvreront en commun au respect intégral du Communiqué de Genève », a notamment déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Russie, Sergueï Lavrov [1]». Kerry, qui avait atterri à l’aéroport de Moscou-Vnoukovo, a effectué sa première visite en Russie en tant que chef de la diplomatie américaine, un de ses déplacements les plus délicats après la forte dégradation des liens bilatéraux l’an passé [2]. Selon lui, les parties ont réellement pu « sortir de l’impasse ».

« Les États-Unis pensent que nous partageons des intérêts très importants sur la Syrie, notamment la stabilité dans la région et le fait de ne pas avoir d’extrémistes qui créent des problèmes dans la région et ailleurs », a déclaré M. Kerry.

« Nous nous sommes mis d’accord pour que la Russie et les États-Unis encouragent le gouvernement syrien et les groupes d’opposition à trouver une solution politique », a déclaré Sergueï Lavrov, à l’issue d’entretiens à Moscou avec son homologue américain, John Kerry.

La Syrie est l’une des pommes de discorde entre les deux pays, la Russie étant le principal défendeur de la Syrie et du peuple syrien, alors que les États-Unis  « bénissent » la transportation des groupes takfiris, à travers la Turquie et certains pays arabes, pour « guerroyer » contre le gouvernement syrien. 

Il faut attendre la conférence internationale sur la Syrie qui aurait lieu en juin, ainsi que la rencontre Poutine – Obama, pour savoir dans quelle des deux directions mentionnées ci-devant la crise syrienne se dirigerait [3]. Pour rappel, Moscou et Washington ont convenu de tenir dans les plus brefs délais une conférence internationale sur la Syrie. À preuve, Dmitri Peskov, porte-parole du chef de l’État russe, avait déclaré que la prochaine rencontre entre les deux présidents pourrait se tenir dans le cadre du sommet du G8, en Irlande du Nord [4]. Tel est le bilan principal de la visite en Russie du secrétaire d’État américain John Kerry [5].

 

Israël renonce  à sa « neutralité »

À l’inverse de l’optimisme qu’avait créé la visite de John Kerry à Moscou, le président américain, Barack Obama, ne voulant que montrer ses biceps, a indiqué que les États-Unis se réservaient le droit de prendre des mesures diplomatiques et militaires pour régler le conflit en Syrie, mais ils désiraient régler ce problème ensemble avec la communauté internationale.

Sur un autre plan, Israël s’implique directement dans la guerre impérialiste contre la Syrie, et renonce à sa « neutralité » en estimant que la chute de Bachar el-Assad affaiblirait aussi l’Iran. Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie, la discrétion israélienne restait de rigueur, mais cette prudence n’est plus de mise. Il y a un an, le président israélien, Shimon Pérès, avait déclaré qu’il souhaitait la victoire des rebelles syriens qu’il admirait pour leur courage [6]. Cette petite phrase du M. Pérès se traduit, il y a quelques mois, en aides militaires et logistiques aux groupes armés qui combattent l’armée syrienne dans des villages proches de la frontière israélo – syrienne [7]. L’implication d’Israël dans la guerre en Syrie se fait d’ores et déjà sur deux plans, logistique et tactique.

 

Sur le plan logistique

Sur le plan logistique, Israël a ouvert les hôpitaux aux blessés des groupes armés. La preuve en est qu’en mois de mars, onze combattants blessés ont été soignés en Israël, selon un bilan officiel israélien. Huit d’entre eux ont été rapatriés en Syrie et les deux derniers restaient hospitalisés dans le nord d’Israël, l’un à Nahariya et l’autre à Safed [8]. Il suffit de faire le parallèle avec la révélation de Moti Kahana, pour le quotidien israélien Yediot Aharonot, à propos de la création d’un fond pour financer les insurgés syriens, pour déterminer jusqu’à quel point Israël est impliqué dans la guerre en Syrie. Durant son intervention dans l’Institut de Washington pour la politique du Proche Orient « Think Tank », M. Kahana avait dévoilé que son frère Steeve était un réserviste de l’armée israélienne dans les services médicaux qui soignaient les blessés syriens qui passaient au Golan. Il avait signalé entre autre s’être rendu en Syrie, comme s’il se rendait à Tel-Aviv : « Nous avons recueilli des centaines voire de milliers de dollars dans les deux dernières années et je suis chargé de transférer des dons à des organisations libérales en Syrie », ajouta-t-il, signalant avoir lui-même accordé à ce fond une somme s’élevant à 100.00 dollars [9]. Mieux encore, le site Web israélien Debka File a confirmé qu’Israël avait déjà construit un hôpital de campagne tout près de la frontière avec la Syrie et la Jordanie, pour soigner les blessés des insurgés « syriens » :

“Israel has set up a large field hospital near the Tel Hazakah observation and military post on Golan which overlooks southern Syria and northern Jordan. There, incoming Syrian war wounded are vetted and examined by Israeli army medics who decide whether to patch them up and send them back, or judge them badly hurt enough for hospital care. The seriously hurt are moved to one of the nearest Israeli hospitals in Safed or Haifa [10]”.

 

Sur le plan tactique

Sur le plan tactique, Israël avait décidé de changer les « règles du jeu » en menant des frappes tactiques contre des cibles militaires de l’armée syrienne. Israël avait prévenu que le transfert d’«armes stratégiques» au Hezbollah libanais pourrait justifier des frappes préventives.

Premier raid : dans la nuit du 30 au 31 janvier, l’aviation israélienne avait mené plusieurs raids aériens contre des cibles situées dans la zone frontalière entre la Syrie et le Liban. Les appareils auraient pris pour cible un «centre de recherches militaires» à Jamraya, dans les faubourgs de Damas. Deux personnes travaillant sur le site auraient été tuées et cinq autres blessées. La Syrie a reconnu qu’une attaque avait eu lieu contre son territoire [11]. Le lendemain des raids, Amos Harel a écrit dans le quotidien israélien Haaretz  « Israël s’engage dans la guerre civile syrienne [12] » (t.d.a.).

Deuxième raid : dans la nuit du 2 au 3 mai, l’aviation israélienne aurait lancé un nouveau raid aérien en Syrie. Selon des sources officielles américaines citées par la chaîne CNN, les appareils israéliens ont pris pour cible un ou plusieurs convois transportant des armes destinées au Hezbollah libanais. Une source officielle israélienne a confirmé le raid à l’agence AP. Selon cette source, qui a requis l’anonymat, les armes visées ne seraient pas chimiques. Le lieu précis du raid n’est pour l’heure pas connu. Cependant, la Syrie n’a pas confirmé ces raids [13].

Troisième raid : dans la nuit du 4 à 5 mai, l’aviation israélienne avait mené un deuxième raid en Syrie en 48 heures, affirmant vouloir empêcher un transfert d’armes au Hezbollah libanais, mais pour Damas ceci avait ouvert la porte à toutes les options et avait rendu la situation dans la région plus «dangereuse». Selon la Syrie, l’État hébreu avait frappé dans la nuit de samedi à dimanche trois positions militaires au nord-ouest de Damas avec des missiles tirés par des avions venus d’Israël via le Liban. Un responsable israélien a confirmé la frappe, affirmant qu’elle «visait des missiles iraniens destinés au Hezbollah» [14].

Parallèlement à ces frappes, les responsables israéliens ne cessent pas de proférer des menaces contre la Syrie ; il suffit de suivre les déclarations de Tel-Aviv à propos des missiles russes S-300 qui auraient été livrés à Damas récemment pour déterminer jusqu’à quel point Israël s’implique dans le conflit syrien. À titre d’exemple, le chef du Conseil de Sécurité d’Israël, Yaakov Amidror, avait averti les responsables européens qu’Israël était déterminé à détruire les missiles S-300 une fois déployés sur le territoire syrien [15].

Pour sa part, le colonel Zvika Haimovich a déclaré qu’Israël avait déjà déterminé, en trois points, sa « ligne rouge » pour que son armée détruise les missiles S-300 :

1.      que les missiles soient pointés vers l’espace aérien israélien ;

2.      que les missiles soient transférés au Hezbollah ;

3.      que les missiles tombent dans les mains des groupes takfiris [16].

Pourtant, une question pertinente s’impose ici : jusqu’à quel point les menaces de Tel-Aviv ainsi que les récentes frappes aériennes sont-elles efficaces à freiner le déploiement des missiles S-300 sur le territoire syrien, ainsi que leur transfert au Hezbollah libanais ? Or, nous devons avouer ici qu’il se trouve des moments dans la vie où il vaut mieux faire recours à la sagesse des fous qu’à la folie des sages. Lisons ensemble ce que mullah Djeha Nasreddin aurait dit dans une situation pareille.

  

La gifle du Hodja Djeha Nasreddin

Hodja Djeha Nasreddin sort sur le pas de sa porte en tenant une cruche, mais se rendre à la fontaine par cette chaleur est une corvée. Il avise une petite fille qui passe par-là et lui demande d’aller lui chercher de l’eau.

-Surtout ne casse pas la cruche, lui recommande-t-il et là-dessus lui donne une paire de gifles.

La petite se met à pleurer et son voisin qui a vu la scène, est furieux d’une telle brutalité :

- Qu’Allah te maudisse, Nasreddin ! Il n’y a pas d’être plus vil que toi !

- Dis-moi, toi qui fais le censeur : à quoi servent les gifles quand la cruche est cassée ?


Si Tel-Aviv craint plutôt que la Syrie ne transfère au Hezbollah des systèmes d’armes sophistiquées, susceptibles de changer le rapport de forces avec le mouvement libanais à sa frontière nord, nous ne pourrions alors que parodier l’anecdote du mullah Nasreddin mentionné ci-dessus : à quoi servent les frappes préventives israéliennes contre la Syrie quand les missiles S-300 ont été déjà déployés sur le territoire syrien et transférés au Hezbollah libanais ? Il fallait voir, dans ce sens, le président syrien Assad faisant allusion à ce point-ci pendant un entretien à la chaîne libanaise al-Manar [17].  

Ce qui revient à dire qu’à Tel-Aviv l’audace ne manque sûrement pas, mais la prudence, la prudence !

Fida Dakroub, Ph.D

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes

[1]La voix de la Russie. (8 mai 2013). « John Kerry à Moscou : pas de divergences Russie-USA sur la Syrie ». Récupéré le 12 mai 2013 de

http://french.ruvr.ru/2013_05_08/La-visite-de-John-Kerry-a-Moscou-il-nest-jamais-tard-pour-sentendre/

[2] Libération. (7 mai 2013). « John Kerry à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine ». Récupéré le 14 mai 2013 de

http://www.liberation.fr/monde/2013/05/07/john-kerry-a-moscou-pour-rencontrer-vladimir-poutine_901428

[3] Russia Today. (7 mai 2013). “Russia, US to push for global Syria conference to bring conflicting sides to table”. Récupéré le 12 mai 2013 de

http://rt.com/news/kerry-lavrov-putin-syria-958/

[4] La voix de la Russie. (8 mai 2013). « Poutine espère rencontrer bientôt Obama ». Récupéré le 12 mai 2013 de

http://french.ruvr.ru/2013_05_08/Poutine-espere-rencontrer-bientot-Obama/

[5] La voix de la Russie. (8 mai 2013). « John Kerry à Moscou … », loc. cit.

[6] Le Figaro. (11 juin 2012). « Israël prend position en faveur des insurgés syriens ». Récupéré le 22 mai 2013 de

http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/11/01003-20120611ARTFIG00751-israel-prend-position-en-faveur-des-insurges-syriens.php

[7] Henry, Marc. (29 mars 2013). « Un hôpital israélien sur le Golan pour soigner les rebelles anti-Assad ». Publié dans Le Figaro. Récupéré le 22 mai 2013 de

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/03/29/10001-20130329ARTFIG00585-un-hopital-israelien-sur-le-golan-pour-soigner-les-rebelles-anti-assad.php

[8]Huffington Post. (27 mars 2013). « Un insurgé syrien blessé sur le Golan soigné en Israël est décédé ». Récupéré le 22 mai 2013 de

http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/03/27/un-insurg-syrien-bless-_n_2964141.html

[9] Benhorin,Yitzhak. (10 mai 2013). « Israeli raising funds to help Syrians ‘dying near us’ ». Publié dans Yediot Aharonot. Récupéré le 22 mai 2013 de

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4378562,00.html

[10] Debka File. (8 mai 2013). « Israeli- and Hizballah-controlled enclaves inside Syria ». Récupéré le 22 mai 2013 de

http://www.debka.com/article/22959/

[11] Le Figaro. (31 janvier 2013). « Syrie : le raid israélien aurait visé un convoi d’armes ». Récupéré le 23 mai 2013 de

http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/31/01003-20130131ARTFIG00584-syrie-le-raid-israelien-aurait-vise-un-convoi-d-armes.php

[12] Harel, Amos. (31 janvier 2013). “Israel enters the civil war in Syria”. Publié dans Haaretz. Récupéré le 23 mai 2013 de

http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-enters-the-civil-war-in-syria.premium-1.500437#

[13] Le Figaro. (4 mai 2013). « L’aviation israélienne a lancé un nouveau raid aérien en Syrie ». Récupéré le 23 mai 2013 de

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/04/01003-20130504ARTFIG00303-l-aviation-israelienne-a-lance-un-nouveau-raid-aerien-en-syrie.php

[14] Libération. (5 mai 2013). « Syrie: nouveau raid israélien, Damas garde toutes les options ouvertes ». Récupéré le 23 mai 2013 de

http://www.liberation.fr/monde/2013/05/05/israel-a-mene-un-raid-en-syrie-contre-des-armes-iraniennes_900962

[15] The Jerusalem Post. (30 mai 2013). “Analysis: Israel could hit S-300 missiles in Syria”. Récupéré le 31 mai 2013 de

http://www.jpost.com/Middle-East/Analysis-Israel-could-target-S-300-missiles-in-Syria-314919

[16] loc. cit.

[17] SANA. (30 mai 2013). « Le président al-Assad : Les batailles que déclenche l’armée arabe syrienne visent à préserver l’unité de la Syrie ». Récupéré le 31 mai 2013 de

http://sana.sy/fra/51/2013/05/30/485040.htm

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

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En ce qui concerne la Syrie, comme lors des interventions menées contre la Serbie en 1999 et contre la Libye en 2011, la presse et les médias occidentaux se sont complètement alignés sur les positions bellicistes de leurs gouvernements respectifs et « l’information » qu’ils nous délivrent est une propagande de guerre (*).

« Les rapports sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad font partie d’un récit à répétition rempli de manipulations. (…) Et les titres [des médias] sont tous les mêmes : la Syrie utilise des armes chimiques. Voilà comment fonctionne le théâtre » [http://www.silviacattori.net/article4498.html#nb1″>1] écrivait le journaliste Robert Fisk il y a un mois.

Qui pourrait croire que la succession de ces deux épisodes est fortuite et croire encore à la neutralité du Monde et de ses reporters ? Pourquoi leur enquête unilatérale datant de mi-avril n’a-t-elle pas été publiée plus tôt ?

Le Monde a publié ce brûlot le jour où à Bruxelles et à l’ONU la Syrie allait être mise sur le gril. Cela devant concourir à mettre sous pression les acteurs politico-médiatiques, peser sur les gouvernements qui rechignaient à une levée de l’embargo sur les armes voulue par la France et la Grande Bretagne. Pari réussi ? Les rebelles ont obtenu ce jour là d’être approvisionnés en armes et la prolongation des sanctions qui font tant souffrir la population syrienne ; des souffrances qui sont le dernier des soucis de la diplomatie française et de sa presse aux ordres. [http://www.silviacattori.net/article4498.html#nb2″>2]

Le Monde a été et reste très en pointe dans la manipulation des faits destinée à incriminer le président syrien Bachar al-Assad, l’ennemi juré d’Israël. Offrant abondamment ses colonnes à des journalistes asservis à Tel Aviv, comme Christophe Ayad, ou à des « reporters » qui, comme Jonathan Little et Florence Aubenas, se sont fait embarquer par de « gentils rebelles » qui se faisaient un malin plaisir de leur raconter tout ce qu’ils voulaient entendre sur le « régime sanguinaire » d’Assad ; alors qu’au même moment leurs frères d’armes enlevaient des civils, coupaient des têtes, égorgeaient des chrétiens et des alaouites.

Le Monde a livré sur la Syrie, comme hier sur la Libye, une information totalement déséquilibrée. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le nombre de colonnes qu’il a réservées à l’enquête mensongère des deux reporters sur la « quasi preuve » qu’Assad « utilise des armes chimiques » Voir :
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/27/syrie-le-monde-temoin-d-attaques-toxiques_3417225_3218.html
Et le peu de place accordée début mai aux déclarations de Mme del Ponte qui affirmait le contraire et qui était autrement plus crédible. Voir :
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/06/les-rebelles-syriens-ont-utilise-du-gaz-sarin-selon-carla-del-ponte_3171289_3218.html .

On peut voir aussi avec quel empressement Le Monde a désavoué Mme Del Ponte le lendemain pour décrédibiliser des propos qui ne cadraient pas avec son biais en faveur de la rébellion.
http://www.lemonde.fr/international/article/2013/05/07/carla-del-ponte-desavouee-pour-ses-accusations-contre-les-rebelles-syriens_3172226_3210.html

Bref retour en arrière

Depuis le début de la crise en Syrie tout était faux ou presque dans la présentation des médias occidentaux : le combat entre de valeureux «  rebelles luttant pour la démocratie » et un « dictateur sanguinaire ».

Les journalistes ont relayé la propagande des groupes armés en s’appuyant sur une unique source : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Une fausse ONG attachée aux Frères musulmans, à cette pseudo opposition financée par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Cela alors qu’ils ne pouvaient ignorer que cette officine partisane se résumait à un opposant au gouvernment syrien fournissant des bilans statistiques truqués des victimes de la violence en disant s’appuyer sur les données de « militants » présents sur les lieux. Ainsi nombre de massacres que les médias ont attribués à l’armée gouvernementale ont été perpétrés par les « rebelles » [http://www.silviacattori.net/article4498.html#nb3″>3].

http://www.silviacattori.net/article4498.html#nb4″>4], les médias n’en ont quasiment jamais parlé.

La ficelle était grosse ! Et pourtant aucun journaliste ne s’est soucié d’en vérifier la véracité. Les « grands » quotidiens de l’establishment -Le Monde, Le Figaro, Libération n’ont pas été en reste, cette fois non plus :

- Le 22 juillet 2011 le quotidien Le Monde dans un article intitulé : « Syrie : 1,2 million de manifestants à Hama et Deir Ezzor », affirmait : « Comme chaque vendredi depuis le début de la révolte, mi-mars, les Syriens étaient appelés à manifester à la sortie des mosquées, après la prière hebdomadaire. Selon Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plus de 1,2 million de personnes ont répondu à l’appel à Hama et à Deir Ezzor, près de la frontière irakienne, mais huit civils ont été tués dans la dispersion de rassemblements (…) A Deir Ezzor, ils étaient plus de cinq cent cinquante mille à la fin de la manifestation, et à Hama, ils étaient plus de six cent cinquante mille”, a-t-il assuré, précisant que les forces de sécurité étaient absentes dans ces deux villes. »
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/07/22/les-forces-de-securite-syriennes-isolent-un-quartier-de-damas_1551574_3218.html

- Le 8 juillet 2011 le quotidien Le Figaro dans un article intitulé « Syrie : un demi-million de personnes manifestent à Hama » Georges Malbrunot et Caroline Bruneau, affirmaient :
- « Pour la deuxième semaine consécutive, près d’un demi-million de personnes sont descendues manifester vendredi sur la place al-Assi, selon les militants des droits de l’homme. (…) Vendredi dernier déjà, 500.000 manifestants s’étaient réunis au centre-ville »
http://www.lefigaro.fr/international/2011/07/08/01003-20110708ARTFIG00518-syrie-un-demi-million-de-personnes-manifestent-a-hama.php

- Le 8 juillet le quotidien Libération dans un article intitulé :« Syrie : nouvelle manifestation monstre à Hama, assiégé par l’armée », affirmait : « Plus de 150.000 personnes défilent sur la place al-Assi en affirmant le refus du dialogue avec le pouvoir et en appelant à la chute du régime », a d’abord indiqué le chef de l’OSDH Rami Abdel-Rahmane. Une estimation revue à la hausse quelques minutes plus tard : ils étaient en fait quelque 450.000, selon Abdel Karim Rihaoui, chef de la Ligue syrienne des droits de l’Homme. Vendredi dernier, des militants affirment qu’ils étaient un demi-million. »
http://www.liberation.fr/monde/01012347922-syrie-nouvelle-manifestation-monstre-a-hama-assiege-par-l-armee

L’escroquerie des manifestions massives réprimées par le « sanguinaire » Assad n’est qu’un des innombrables mensonges qui ont servi à faire subir un véritable lavage de cerveau à l’opinion publique. Les auditeurs qui, le 11 juillet, ont entendu, par la grâce d’un imprévu, le témoignage d’un Syrien sur RMC ont eu droit à un moment de vérité inespérée leur permettant de comprendre comment fonctionne la machine à multiplier les mensonges :

Pourquoi la presse et les médias ne mettent-ils pas en évidence les vrais tenants et aboutissants de la déstabilisation horrible parraînée par quelques puissances en Syrie ?
Parce qu’à l’arrière plan il s’agit des intérêts d’Israël. On ne touche pas à l’impunité d’Israël qui est le véritable fauteur de guerre dans la région ; Israël est à la manœuvre dans cette guerre livrée contre la Syrie. Il est fort des appuis de la France, de la Grande Bretagne, des Etats Unis et de ses nouveaux alliés du Golfe.

Depuis les années 60 Tel Aviv met toute son énergie à fédérer les forces hostiles au président syrien Bachar al-Assad.

Bachar « doit tomber », l’Iran « doit tomber », le Hezbollah « doit tomber ». Pourquoi ? Parce que cet axe de résistance fait obstacle à la domination de la région par l’Etat juif. Raison pour laquelle le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qui place, tout comme Bernard Kouchner avant lui, les intérêts d’Israël au dessus de ceux la France, n’a eu de cesse de répéter « Bachar doit tomber ». [http://www.silviacattori.net/article4498.html#nb5″>5]

Les lecteurs quî ont été frappés par des abus particulièrement graves sont invités à nous les signaler.

Silvia Cattori

(*) Voir : « Les Syriens sont une majorité à soutenir le président Assad, mais ce n’est pas des médias occidentaux que vous pourriez l’apprendre », par Jonathan Steele, 17 janvier 2012.
http://www.silviacattori.net/article2718.html

 


 

[1] Voir : « Les rapports sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie ? Un air de déjà vu… », par Robert Fisk, 28 avril 2013.
http://www.silviacattori.net/article4385.html
Voir aussi : « Bachar al-Assad, la Syrie et la vérité sur les armes chimiques », par Robert Fisk, 10 décembre 2012.
http://www.silviacattori.net/article4031.html

[2] Il y a de fortes probabilités que la fable de l’usage du gaz sarin que la presse s’obstine à attribuer à Bachar el-Assad soit le fait des terroristes djihadistes que la France est pressée d’approvisionner en armes. Voir :
- http://www.silviacattori.net/article4495.html
- http://rt.com/news/sarin-gas-turkey-al-nusra-021/

[3] Voir par exemple :
- « Y a-t-il eu un massacre dans la ville syrienne d’Aqrab ? », par Alex Thomson, 14 décembre 2012.
http://www.silviacattori.net/article4056.html
- « Syrie : Le massacre de 245 personnes à Déraya aurait été commis par la rébellion », par Robert Fisk, 29 août 2012.
http://www.silviacattori.net/article3605.html
- « Houla : L’extermination par les rebelles sunnites », par Rainer Hermann, 13 juin 2012.
http://www.silviacattori.net/article3340.html

[4] Voir :
- « Les Syriens manifestent massivement leur soutien au gouvernement dans de nombreuses villes », par Silvia Cattori, 15 mars 2012.
http://www.silviacattori.net/article2974.html
- « Syrie : Les manifestations que les sympathisants de l’« opposition islamiste » ne veulent pas voir », 16 novembre 2011.
http://www.silviacattori.net/article2369.html
- « La Syrie réelle toujours là contre la Syrie virtuelle », par Guy Delorme, 13 octobre 2011.
http://www.silviacattori.net/article2174.html

[5] Les Syriens qui vont manifester devant l’ambassade d’Israël le 2 juin pour dénoncer le rôle d’Israël « dans la destruction programmée de la Syrie aux côtés des groupes djihadistes » ne sont pas dupes.

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L’Italie dans le business de guerre du F-35

mai 31st, 2013 by Manlio Dinucci

Il y a onze ans, le 30 mai 2002, nous exposions dans il manifesto dans quelle situation se trouvait amenée l’Italie en adhérant au programme du Joint Strike Fighter, le chasseur construit par la firme Lockheed Martin (rebaptisé ensuite F-35 Lightning parce que « comme la foudre il frappe l’ennemi avec une force destructive et de façon inattendue »). La veille, on avait annoncé l’entrée des principales industries aérospatiales italiennes dans le programme Jsf, en louant les avantages qu’il aurait apportés en termes d’emploi et de gains.

Il était clair alors que dans un secteur à haute-technologie, comme celui de l’aérospatiale, l’augmentation de postes de travail aurait été très limitée et que, tandis que l’argent des contrats serait entré dans les caisses de sociétés privées, celui de l’achat des chasseurs serait sorti des caisses publiques. Il était dès lors prévisible que le chasseur aurait coûté beaucoup plus que prévu et qu’à ce coût allait s’ajouter celui d’une centaine d’Eurofighter Typhoon, que l’Italie s’était déjà engagée à acheter.

Mais désormais la décision politique avait été prise. C’était le gouvernement D’Alema (centre-gauche, NdT), le 23 décembre 1998, qui avait signé le premier mémorandum d’accord pour participer au programme Jsf. Dans un style bipartisan parfait, l’honneur de la deuxième place revint au gouvernement Berlusconi (centre-droit, NdT) : ce fut l’amiral Di Paola, en habits de directeur national des armements, qui, le 24 juin 2002,  signa au Pentagone l’accord qui engageait l’Italie à participer au programme comme partenaire de second rang. Il fut perfectionné, en 2007, par le gouvernement Prodi (centre-gauche, NdT). Et en 2009 ce fut de nouveau un gouvernement Berlusconi qui délibéra l’achat de 131 chasseurs pour lequel on doit à la vérité de dire qu’il avait déjà été décidé par le gouvernement Prodi.

En 2012, pour démontrer que face à la crise tout le monde doit se serrer la ceinture, le gouvernement Monti a décidé de « recalibrer » l’achat des F-35 de 131 à 90 unités. La même coalition bipartisane, qui avait approuvé l’acquisition des chasseurs dans savoir combien ils allaient coûter, s’est félicité de l’épargne ainsi obtenue, elle aussi non quantifiable, le coût réel du chasseur restant dans les nuages. Dans le budget 2013 du Pentagone on prévoit un coût unitaire de 137 millions de dollars, mais il s’agit de l’avion « nu » qui, une fois doté de moteur et avionique, coûte beaucoup plus. Comme admet le Pentagone même, en 11 années le coût du programme F-35 a augmenté dans une moyenne journalière de 40 millions de dollars. En raison, aussi, de continuels problèmes techniques : on a découvert par exemple que le « Foudre » est vulnérable à la foudre, inconvénient dont la solution nécessitera une grosse dépense supplémentaire.

L’Italie veut acheter, en plus des 60 chasseurs à décollage conventionnel, 30 à décollage court et atterrissage vertical, beaucoup plus coûteux. Il faut en outre tenir compte que, pour garder opérationnels 90 F-35, on dépensera un milliard et demi de dollars annuels. D’autres milliards devront être dépensés pour les modernisations et pour des systèmes d’armes de plus en plus sophistiqués. Sans parler de ce que coûtera, en termes économiques, l’engagement des F-35 dans des actions guerrières, du type de celle de 2011 en Libye. Rester dans le programme signifie donc signer un chèque en blanc.

Chèque en blanc pas seulement du point de vue financier. Les plus de vingt industries impliquées –Alenia Aeronautica, Galileo Avionica, Datamat et Otomelara de Finmeccanica, et d’autres dont Piaggio- deviennent des départements de la « grande fabrique » du F-35, qui aux Etats-Unis comprend 1 400 fournisseurs dans 46 Etats.  Sous la direction de Lockheed Martin, qui ne concède à chaque industrie que le know how des parties de l’avion qu’elle produit : à Alenia Aermacchi, par exemple, celui de la production des ailes dans les usines de Foggia (région des Pouilles) et Nola (Naples), et de Cameri (Novare). Le know how total, surtout celui concernant le software du chasseur, reste de la compétence exclusive de Lockheed. Les industries italiennes contribueront de ce fait à renforcer la prédominance des industries aérospatiales étasuniennes.

Les pilotes et les techniciens du F-35 seront formés aux Etats-Unis et seront en conséquence dépendants de la US Air Force plus que de l’aéronautique italienne. De plus les F-35 « italiens » seront intégrés dans le système C4 (commandement, contrôle, communications, computer) Usa/Otan. Ils seront donc de fait insérés dans la chaîne de commandement du Pentagone. C’est celui-ci qui décidera de leur utilisation dans une guerre et leur assignera les missions à accomplir. Il faut ici rappeler que les 70-90 bombes nucléaires étasuniennes, stockées à Aviano et à Ghedi-Torre, seront transformées en de nouvelles bombes nucléaires à guidage de précision, particulièrement adaptées aux nouveaux chasseurs F-35.

Avec la participation au programme F-35, l’Italie devient ainsi encore plus dépendante de la puissance étasunienne, de ses intérêts, de ses politiques de guerre. Faire sortir l’Italie du programme veut dire non seulement épargner des milliards, à investir dans des secteurs civils qui créent du véritable emploi et de meilleures conditions de vie, mais affirmer, non pas en paroles mais dans les faits, que la Constitution est encore vivante.

Manlio Dinucci

Tommaso di Francesco

 

Edition de vendredi 31 mai de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130531/manip2pg/03/manip2pz/341047/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Communiqué transmis par l’auteur :

« Rome, 30 mai.

Le groupe interparlementaire pour la paix a présenté une motion à la Chambre pour engager le gouvernement à arrêter l’achat des 90 Joint strike fighter. Plus de 160 signatures, du Mouvement Cinque Stelle et de Sinistra e libertà (Gauche et liberté) mais aussi de 14 députés du Partito democratico (Pd). C’est l’intergroupe parlementaire pour la paix qui soutient l’initiative, mais des sources à Montecitorio (siège de la Chambre des députés italienne) font état de lourdes pressions par les sommets du groupe Pd qui ont rendu impossible la signature d’au moins 20 autres démocrates intéressés. Aucun des signataires Pd n’a participé à la conférence de presse à la Chambre pour la présentation de la motion. »

 

Apostille de la traductrice :

Les parlementaires qui ont signé la motion contre les F-35 n’ont jamais abordé le thème de la politique étrangère et militaire pendant la campagne électorale et ils ont soutenu et continuent à soutenir, d’une façon ou d’une autre, la guerre contre la Libye et celle actuelle contre la Syrie. La demande de ne pas acheter les F-35 est donc largement inscrite dans des rivalités internes (à la Chambre) de bataille pour les fauteuils et dans les tentatives de gagner quelque consensus chez les électeurs.

 

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Lundi les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) se sont rencontrés à Bruxelles et se sont mis d’accord pour ne pas renouveler l’embargo contre la Syrie. Cela permettra à chaque pays européen d’armer directement l’opposition qui lutte contre le président syrien Bashar el-Assad, ce qui était interdit jusque-là par un embargo de l’UE décidé pour un an et qui devrait expirer vendredi.

Les anciennes puissances coloniales européennes ayant des intérêts au Moyen-Orient, la Grande-Bretagne et la France, mènent l’offensive pour armer directement les rebelles syriens.

Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague a cyniquement cherché à présenter les plans européens pour armer les rebelles comme faisant partie d’une « solution politique » au conflit en Syrie. Il a affirmé que, « à la fin, il n’y a qu’une solution politique et diplomatique, » ajoutant qu’un amendement à l’embargo européen faisait « partie du soutien au travail diplomatique. »

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius s’est servi d’accusations infondées sur l’usage d’armes chimiques par la Syrie afin de pousser à l’armement des rebelles syriens et d’ouvrir la voie à une intervention militaire directe.

« Il y a des présomptions de plus en plus fortes, de plus en plus étayées, d’usage localisé d’armes chimiques, » a affirmé Fabius. « Nous nous consultons avec nos partenaires pour voir quelles conséquences concrètes il faut en tirer. »

Le président américain Barack Obama a menacé à plusieurs reprises de considérer l’usage d’armes chimiques en Syrie comme une « ligne rouge » ou un « changement de la donne » qui déclencherait une réaction agressive.

Hague a juré de rechercher « un terrain d’entente » avec les autres Etats membres de l’UE sur l’armement des rebelles syriens, mais a indiqué que la Grande-Bretagne le ferait même si aucun accord n’était conclu. Il a insisté sur l’idée que « faire ce qu’il faut pour la Syrie » serait « plus important que de savoir si l’UE est capable d’être unie sur chaque détail de cette action. »

L’Autriche, la République tchèque, la Suède et la Finlande ont affirmé s’opposer à l’armement des rebelles syriens. Le ministre des Affaires étrangères Michael Sindelegger a déclaré : « Nous venons de recevoir le Prix Nobel de la paix, et maintenant il faudrait aller dans la direction d’une implication internationale dans un conflit avec des livraisons d’armes, je pense que ce n’est pas correct. »

Ce genre de commentaires est un exemple du caractère complètement cynique de l’impérialisme européen. La guerre contre la Syrie montre précisément que l’Europe n’est pas une puissance de paix et que sa réception du Prix Nobel de la paix l’an dernier n’était qu’une farce.

En fait, l’UE a soutenu l’opposition syrienne depuis le début, collaborant étroitement avec les États-Unis, la Turquie et les Etats du Golfe qui arment les combattants de l’opposition islamiste en Syrie jusqu’aux dents et établissent des systèmes anti-missiles balistiques Patriot près de la frontière entre la Turquie et la Syrie.

L’UE a récemment levé ses sanctions pétrolières contre la Syrie pour contribuer à financier l’opposition Syrienne, dont des groupes rebelles liés à Al Qaïda comme le Front Al Nusra qui a commis des crimes horribles contre la population syrienne. (lire également : Les puissances européennes financent Al Quaïda en achetant du pétrole pillé en Syrie).

Après les guerres contre l’Afghanistan, l’Irak et la Libye – qui ont été partiellement critiquées par certains Etats européens – les puissances européennes se sont alignées derrière la stratégie guerrière de l’impérialisme américain pour piller les grandes régions riches en ressources naturelles du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Comme les États-Unis, les puissances européennes considèrent le régime Assad à dominante Alaouite en Syrie et son principal allié dans la région, l’Iran Chiite, comme les principaux obstacles à une garantie de leurs intérêts.

L’Allemagne cherche à rallier les membres « dissidents » de l’UE derrière une politique plus agressive contre la Syrie. « Les désaccords au sein de l’UE, ce serait le mauvais signal, » a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. « Plus l’Europe agit de manière cohérente, plus nous auront de l’influence pour surmonter la violence actuelle en Syrie. »

D’après un reportage paru dans Der Spiegel et publié le même jour, Berlin a décidé que le service de renseignement fédéral (BND) allemand allait reprendre la livraison de « medipacks » — consistant en des fournitures médicales et des centaines de vestes pare-balles – à l’Armée libre syrienne de l’opposition (ALS). Il y a quelques mois seulement, le ministère des Affaires étrangères avait contraint le BND à cesser cela, écrit Der Spiegel.

La Turquie et l’opposition pro-occidentale syrienne – les forces les plus agressives à pousser à une intervention militaire directe en Syrie – ont insisté auprès de l’UE pour limiter cet embargo. « Je soutiens tout-à-fait la levée de l’embargo sur les armes contre le peuple syrien, » a dit le ministre des Affaires étrangères Turc Ahmet Davutoglu, qui était présent aux négociations de Bruxelles.

À Istanbul, Khaled al-Saleh, porte-parole de la principale Coalition nationale de l’opposition a déclaré : « C’est le moment de vérité que nous avons attendu pendant des mois. »

N’ayant aucun soutien étendu au sein de la population syrienne, l’opposition islamiste sunnite perd rapidement du terrain contre l’armée syrienne, qui est maintenant aidée par des combattants de la milice chiite libanaise du Hezbollah. Ces derniers jours, le gouvernement syrien a lancé une offensive pour reprendre la ville stratégique de Qusayr, proche de la frontière libanaise.

Dans ce contexte, et avec l’extension de la guerre au Liban [lien en anglais] et à l’Irak, les puissances impérialistes intensifient leur intervention en Syrie et dans tout le Moyen-Orient. Une délégation américaine comportant le ministre des Affaires étrangères John Kerry et les sénateurs John McCain et Bob Menendez a menacé d’une intervention du genre de celle menée en Libye en marge du Forum économique mondial en Jordanie samedi dernier.

McCain, qui est membre de la Commission du Sénat américain sur les forces armées et les relations internationales, a déclaré au Jordan Times : « Nous sommes prêts à adopter n’importe quelle démarche pour protéger la stabilité du régime jordanien, son peuple et son territoire ; la fourniture de missiles Patriot rentre dans cette protection. »

Il a expliqué que l’envoi de ces missiles pourrait être le « premier pas » vers l’établissement d’une zone d’interdiction aérienne en Syrie. « Avec l’usage de missiles Patriot, nous pouvons imposer et maintenir une zone d’interdiction aérienne afin de permettre à l’opposition de trouver une occasion de s’organiser et de changer le cours du conflit comme nous l’avons fait en Libye, » a-t-il dit.

Hier, McCain aurait également voyagé rapidement en Syrie depuis la Turquie, accompagné par le Général Salem Idris, chef du Conseil militaire suprême de l’ALS pour rencontrer 18 chefs de milices de l’opposition de toute la Syrie. Ils auraient dit à McCain qu’ils voulaient un soutien supplémentaire des États-Unis, des armes lourdes, et des frappes aériennes américaines en Syrie.

Avec les émirats du Golfe, Arabie saoudite, Qatar et Émirats arabes unis, le royaume Hachémite de Jordanie est l’un des alliés stratégiques de l’impérialisme dans son offensive dans la région. D’après un article du Jewish Chronicle, un responsable jordanien important proche du Roi de Jordanie Abdullah a confirmé que la Jordanie autorisait Israël à faire passer des drones au-dessus de son espace aérien pour superviser la situation en Syrie.

Il a également déclaré que, si le besoin s’en fait sentir, « bien sûr nous autoriserons Israël à se servir de l’espace aérien jordanien pour attaquer la Syrie. »

Durant les mois passés, Israël a déjà lancé trois attaques directes sur la Syrie et prépare une intervention bien plus étendue.

Lundi, Israël a organisé un exercice militaire massif se concentrant sur le comportement face aux armes chimiques. Il faisait partie d’un exercice d’une semaine, dont le nom de code est « Home Front Eitan 1, » préparant la population civile, l’armée et les services d’urgence pour une guerre dans laquelle un grand nombre de missiles pourrait frapper Israël.

Johannes Stern

Article original, WSWS, paru le 28 mai 2013

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Les questions continuent de s’accumuler concernant la familiarité et les contacts entretenus par les services de sécurité avec les deux tueurs du tambour Lee Rigby, à Woolwich, au sud-est de Londres.

Rigby a été frappé à mort sur une grande route à proximité de la caserne militaire de Woolwich. Ses tueurs, Michael Adebolajo et Michael Adebowale n’ont pas cherché à s’enfuir, au contraire ils sont restés à parler avec des témoins et à faire des déclarations vidéo justifiant leur attaque brutale comme étant une vengeance pour les meurtres de musulmans par l’armée britannique en Irak et en Afghanistan.

Pendant des jours, les élites politique et médiatique ont cherché à nier tout lien entre cette attaque abominable et la politique étrangère britannique. Initialement, elles ont aussi nié le fait que ces deux individus étaient connus des services de sécurité en les décrivant comme des «gens sans histoire».

Tout ceci s’est rapidement effiloché. Il a été confirmé qu’ils étaient tous deux sous surveillance depuis des années, depuis au moins 2005 pour ce qui est de Adebolajo. De plus, ce week-end, les autorités kényanes ont finalement reconnu avoir détenu Adebolajo en novembre 2010, car il faisait partie d’un groupe qui tentait de traverser la frontière et de s’introduire en Somalie pour rejoindre al-Shabaab, lié à Al-Qaïda.

Le gouvernement kényan a fait une déclaration confirmant son arrestation sous le nom de Michael Olemindis Ndemolajo. Il avait comparu devant un tribunal et avait été remis aux autorités britanniques, après quoi «il semble qu’il soit retourné à Londres. Le gouvernement kényan ne peut être tenu pour responsable de ce qui lui est arrivé une fois que nous l’avons remis aux autorités britanniques.»

Les détails de la première arrestation de Adebolajo ont été révélés la semaine dernière lors d’une interview d’un ami proche d’Adebolajo, Abu Nusaybah, dans l’émission Newsnight de la BBC. Il a dit que Adebolajo avait été détenu, physiquement et sexuellement torturé au Kenya avant d’être déporté au Royaume-Uni. Il a dit aussi que le MI5 avait à plusieurs reprises approché Adebolajo à son retour, cherchant à le recruter pour qu’il infiltre des groupes jihadistes au Royaume-Uni.

Chose assez extraordinaire, Nusaybah a été arrêté dans le studio par des agents du renseignement juste après l’enregistrement de l’interview et se trouve toujours en détention sans chef d’accusation spécifié.

S’exprimant sur ITV News, le beau-frère de Adebolajo a confirmé la version de Nusaybah. Juste après avoir appris qu’il avait été arrêté au Kenya, la famille «avait contacté le gouvernement britannique et pour l’essentiel ils ont refusé de faire quoi que ce soit et les Kényans disaient qu’ils allaient le tuer, le décapiter,» a-t-il dit. «Nous avions des preuves claires qu’on le torturait … violemment et sexuellement.»

À son retour, Adebolajo avait changé et était devenu «beaucoup plus calme et plein d’amertume en voyant que personne n’était prêt à l’aider,» a poursuivi son beau-frère. «Ils [les autorités britanniques] ont fait tout le contraire de ce qu’ils faisaient vraiment. S’ils voulaient de l’aide [pour obtenir des informations sur les jihadistes], ils lui auraient sûrement d’abord apporté leur soutien, non?»

Les services de sécurité avaient approché Adebolajo pour qu’il travaille pour eux, a poursuivi son beau-frère. «Ils lui ont évidemment demandé s’il voulait bien devenir un espion pour eux… On s’attendrait à ce qu’ils disent “Vous pouvez nous dire ce qui s’est passé au Kenya ? On peut vous aider ?” Mais au lieu de ça, vous savez, ils l’ont carrément harcelé pendant des années, alors qu’il essayait de se remettre d’une expérience psychologiquement très difficile.»

Les allégations selon lesquelles le MI5 a «harcelé» Adebolajo sont corroborées par le quotidien britannique The Guardian qui a révélé que ce dernier avait vu des avocats l’année dernière pour se plaindre du harcèlement émanant des services de sécurité.

Mais selon un autre quotidien britannique The Independent, les services de sécurité britanniques «ont cherché à recruter» Adebolajo alors qu’il était détenu par les autorités kényanes. Le ministère des Affaires étrangères n’a souhaité confirmer que le fait qu’il avait reçu une «assistance consulaire… ce qui est normal pour tous les ressortissants britanniques détenus.»

Adebolajo était resté en garde à vue plusieurs jours à Monbasa. Lorsqu’il avait comparu, il s’était plaint d’avoir subi de mauvais traitements, dont celui de n’avoir rien eu à manger pendant des jours. Si les comptes-rendus de sa famille et de l’Independent sont vrais, cela voudrait dire que les autorités britanniques étaient au courant de ces abus et n’avaient rien fait pour y mettre fin. Étant donné les allégations selon lesquelles les services de sécurité essayaient de le recruter, l’unique raison ne peut en être que parce qu’ils espéraient que de tels traitements le briseraient et le rendraient plus disposé à leurs approches.

Adebolajo retourna au Royaume-Uni apparemment sans qu’il y ait eu d’enquête de suivi, encore moins d’accusations, concernant ses activités suspectées au Kenya. Et ce malgré le fait, selon l’Independent, citant des «sources de Whitehall», que Adebolajo «a essayé une deuxième fois de se rendre en Somalie l’année dernière, mais a été arrêté par le MI5 et mis en garde qu’il serait à nouveau détenu par les Kényans.»

Ces comptes-rendus réfutent les déclarations selon lesquelles, malgré huit années de surveillance et deux occasions où il était apparu comme quelqu’un cherchant activement à s’engager dans des activités liées au terrorisme, Adebolajo était considéré comme une personne «périphérique», ou «ne présentant pas de risque.» Cette déclaration est rendue d’autant plus suspecte que l’élite dirigeante présente continuellement les activités terroristes en Somalie comme un risque majeur, afin de justifier l’implication britannique dans ce pays africain défavorisé.

Ce n’est que le 7 mai que le premier ministre David Cameron a accueilli la seconde «Conférence Royaume-Uni-Somalie» à Londres, où il a déclaré l’importance de la Somalie «parce que lorsque de jeunes esprits sont intoxiqués par le radicalisme et qu’ils vont exporter le terrorisme et l’extrémisme, la sécurité du monde entier est en jeu.»

Pour ce qui est de Adebowale, Sky News a révélé qu’il avait été récemment signalé à la police par un commerçant local pour «avoir formé» un écolier de 12 ans à la politique jihadiste. Le commerçant qui a gardé l’anonymat a dit que Adebowale «était surveillé par les services de sécurité et que ses allées et venues étaient contrôlées.»

Tandis que le degré d’implication du MI5 avec les tueurs de Woolwich est dissimulé, la révulsion publique provoquée par cette mort terrible est utilisée pour attaquer davantage encore les libertés civiles.

Dans ce qui revient à être une forme de punition collective, cette attaque cible les musulmans, même si son objectif plus large est de miner les droits démocratiques de tous les travailleurs.

La ministre de l’Intérieur a mis en place de nouvelles mesures visant à empêcher la «radicalisation des musulmans britanniques», comprenant des mesures de censure «préventive» d’internet, l’interdiction des groupes musulmans radicaux même s’ils désavouent le terrorisme et la violence, et une plus grande répression de la liberté d’expression, notamment dans les campus universitaires.

Les détails précis n’ont pas encore été annoncés, mais signalant le caractère ouvert de ces mesures, May a dit, «Il ne fait pas de doute que les gens peuvent voir des choses sur internet qui peuvent conduire à la radicalisation.»

May a clairement fait comprendre qu’elle a l’intention de relancer le Communication Data Bill (projet de loi sur la communication des données), aussi appelé «charte des fouineurs» du fait des pouvoirs de grande envergure qu’il cherche à donner à la police, aux services de sécurité et aux autorités pour intercepter toutes les communications électroniques.

Le Parti conservateur avait été contraint de retirer ce projet de loi suite à des protestations d’organisations de défense des libertés civiles et des sections des libéraux-démocrates avec lesquels il est en coalition. Mais deux précédents ministres de l’Intérieur travaillistes, Lord Reid et Alan Johnson, ont soutenu ces mesures tandis que l’ancien ministre de l’Intérieur conservateur Lord Howard a demandé à Cameron et May de former un bloc avec les travaillistes pour faire voter ces mesures au parlement.

Julie Hyland 

Article original, WSWS, paru le 29 mai 2013

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