Photo : Devant l’ex-librairie Hestia, Athènes, le 3 avril

Nous nous enfonçons dans la crise à travers son développement décidément durable, nous tous, sauf cette composante du Démos plus aisée que jamais (?), celle des “beaux” quartiers de la capitale car en tout cas, elle devient trop visible aux yeux des autres. Et pour ce qui relèverait finalement de l’altérité observée, voilà que rue Voukourestiou récemment, deux députés (ou conseillers politiques) du gouvernement de la troïka de l’intérieur, très affairés et si énervés, n’arrivaient même plus à se retenir: “Il y en a vraiment marre de tous ces chômeurs mon vieux. Je ne veux plus perdre mon temps accroché au téléphone à vouloir joindre les ministres. Nous avons autre chose à faire que de nous occuper des chômeurs, pour soi-disant leur décrocher un job. Du n’importe quoi. Je vais tout laisser tomber à la fin de la législature pour partir à l’étranger, tu m’entends”. Voilà, c’est dit et c’est bien clair au moins.

 

Pour une civilisation de la solidarité et de la résistance, Athènes, le 3 avril

Cette Grèce si accablante de l’avant-guerre, c’est-à-dire de l’avant mémorandum est encore debout sur son champ de ruines sociales et civilisationnelles, presque comme si de rien n’était. Seul son népotisme génétique de classe et de culture, désormais enrobé du sirop de la collaboration avec les forces occupante et de la trahison revendiquées et assumées, change désormais la donne. Plus une certaine peur qui n’épargne plus personne et qui se propage finalement à tous les étages. Même si certains mélanges sociaux deviennent alors rares, même si, à moins de cinquante mètres des bistrots chics de la rue Voukourestiou, une boutique sur trois est définitivement fermée et que de l’autre côté de l’avenue de l’Académie, le nombre des nouveaux sans- abri ne cesse de croitre.

Je remarque alors que de nombreuses boutiques et commerces ont définitivement fermé leurs portes récemment, voire très récemment même. Le marchand de café rue d’Athéna, pourtant encore ouvert le mois dernier, puis, tant d’autres existences économiques brisées ainsi à jamais. Le processus s’accélère, et il est désormais visible à l’œil nu au jour le jour. Ce qui peut effectivement “gêner” les politiciens et leurs serviteurs immédiats par les “dégâts collatéraux”, car le chômage qui augmente n’épargne plus évidemment ces citoyens-clients des “connectés” politiques qui ont toujours gouverné le pays. C’est ainsi que leurs “clients” les interpellent avec tant d’insistance pour ce qui est du… service après-vente mais sans grand effet. Car la boutique entière est en phase d’être “restructurée” par les “créanciers” de la gouvernance bancocrate européenne et d’ailleurs, dont le bras le plus visible en ce moment est alors celui des élites de l’Allemagne.

 

Boutique en faillite, Athènes, le 3 avril

Ce qui ne trouble pas du tout nos possédants d’ici à vrai dire. Ainsi, les aborigènes des beaux quartiers peuvent encore siroter leur café en préparant leurs prochaines vacances comme l’autre jour: “Tiens ma chère c’est du Chanel No5, je ne l’ai pas acheté à la contrebande voyons, je ne suis pas une prolétaire moi, ah ma chère je vieillis, et le temps passe affreusement vite. Combien tu gagnes en ce moment ? Moi je reste… après diminution de ma solde à 1800 euros par mois en net, c’est pas mal non ?”. Inquiétudes, usages et coutumes chez une partie de la haute fonction publique d’État en Grèce, et d’état de grâce dans un sens de toute une époque et de toute une classe à l’évidence encore trop moyenne. Oui, trop moyenne même, et de surcroît, fidèle lectrice de la “grande” presse mémorandaire qui se maintient encore en termes de vente. On peut comprendre aussi pourquoi, les classes… moins moyennes et les prolétaires n’achètent plus les journaux. Et enfin, sur les terrasses de ces mêmes cafés, d’autres habitués tout autant affairés, traitent de leurs affaires du seul… pays du capitalisme, alors digne de ce nom à leurs yeux, le leur, s’arrachant par exemple les petites annonces immobilières affichées sur leurs tablettes éclairantes, pour ainsi saisir la dite meilleure affaire du jour. En Grèce, c’est déjà la braderie qui se profile à l’horizon de l’été et qui s’organise par les rapaces d’en haut et d’en bas, y compris dans les quartiers d’allure supposons directionnelle, symbolique, politique ou économique.

 

Athènes, le 3 avril

C’est alors “de toute évidence”, que les autres tribus et ethnies sociétales du territoire peuvent mourir, mais surtout d’abord se taire si possible. D’autant plus, que déjà ce jeudi, la Troïka arrive en force, revigorée depuis sa blitzkrieg sur Chypre. Ainsi, les quelques pseudo-résistances de Kouvelis, chef du parti de la “Gauche démocratique” au gouvernement, et de Venizélos du Pasok, “nôtre” social-démocratie népotiste et affairiste, ont vite été levées ce matin du 4 mars, à propos de la nouvelle taxe immobilière par exemple. Notons que le Pasok historique, cette ex-formation ou plutôt déformation politique alors partenaire ultime de Samaras et des autres marionnettes du système troïkan, se trouve enfin pulvérisée et électoralement morte. Car ce Pasok, est déjà crédité à peine de 5% à 6% dans les sondages, ce qui accessoirement suggèrerait la suite logique des prochains mois ou années, pour ce qui serait du sort réservé pour l’ensemble des formations de type socialiste et socio-démocrates. En Europe du sud et de culture latine d’abord, où ces formations risquent de disparaître totalement de l’échiquier politique, et ce ne sont pas les citoyens paupérisés qui iront… pleurer leur disparition.

 

Hestia, rue Solon, Athènes, le 3 avril

Nous pouvons par contre pleurer nos vrais morts, nos suicidés du jour en Crète ou sur le continent, s’armer de patience “avant de s’armer tout court” comme j’entends dire depuis des mois déjà. Nous pouvons peut-être pleurer mais surtout nous indigner de la fermeture de notre librairie Hestia au centre d’Athènes rue Solon après 128 ans d’existence. Elle avait même survécu de la dernière occupation allemande des années quarante, c’est pour dire combien les temps ont radicalement changé. Des athéniens qui aimaient beaucoup cette librairie, comme les autres, s’attardent un moment devant la vitrine vide d’Hestia, comme devant une dépouille. Une main anonyme a même collé sur sa vitrine, le message suivant: “C’est dommage mon Dieu”, puis, une autre main a ajouté: “Ce n’est pas grave, ils inaugurent des prisons”.

 

C’est dommage mon Dieu, rue Solon, Athènes, le 3 avril

Au moins, notre gauche réfléchit paraît-il, mais ce n’est guère suffisant, nous avons au moins trois ans de retard sur… l’histoire. Mercredi soir à Athènes a eu lieu le premier colloque d’un tout nouveau think tank de gauche, initié par Yannis Tolios et certains autres économistes plutôt de la mouvance gauche de Syriza, et d’après ses initiateurs, d’emblée ouvert aux intervenants issus de toute la gauche grecque (la gauche, et non pas le Pasok évidemment). Sur le thème de ce colloque: “Mémorandum, effondrement économique et solution alternative”, et parmi les participants, c’est l’intervention de Costas Lapavitsas, professeur d’Economie à l’Université de Londres qui fut très suivie et même attendue:

 

Affiche du colloque du 03 avril 2013

Le problème de la zone euro est celui du différentiel entre l’économie allemande et les autres économies pour ce qui est de la concurrence; autrement-dit, des rapports également entre le travail et le capital qui ne s’articule pas de la même manière au sein du capitalisme allemand et ailleurs. C’est ainsi que le capitalisme allemand a pu transformer la zone euro en une sorte de zone qui lui est interne. Ce problème apparait comme une crise de la dette, tantôt en Irlande, tantôt en Italie, puis pays après pays, et on nous raconte que c’est la crise en Grèce ou au Portugal, mais jamais, qu’il s’agit en effet d’une crise de la zone euro dans son ensemble. Le cadre néolibéral implacable et dur de l’austérité, du FMI et de la Troïka vise un but alors très précis: écraser les salaires dans sa zone euro, commençant par les pays du Sud, tandis qu’en même temps, l’écart entre l’économie allemande et l’économie italienne ou française ne cesse de se creuser.

 

Costas Lapavitsas lors du colloque, Athènes, le 3 avril

Sauf que les sociétés occidentales disons mûres de la zone euro ne pourront pas supporter trop longtemps cette destruction de leur existence économique ni les salaires de misère. Il ne reste alors que deux issues possibles, soit la déflagration sociale, soit la dictature imposée d’en haut. C’est une affaire de temps que de voir la zone euro évoluer en tout cas. Il y aurait par contre une autre solution, à savoir le changement d’attitude du côté des élites et de la bourgeoisie allemandes, sauf que ceci est impossible. A ce propos, on peut noter que l’européisme maniaque d’une certaine gauche en Europe, trahit tout simplement l’aveuglement de cette dernière, car elle ne voit pas où nous allons. Pour l’instant par contre, il n’y a pas de mécanisme d’évitement de cette unification de l’UE autoritaire en cours et ceci, malgré la dé légitimation de l’UE aux yeux des citoyens. C’est alors une course contre la montre qui s’engage.

 

Panagiotis Lafazanis (porte-parole de Syriza) au colloque, Athènes, le 3 avril

Les initiateurs du projet évidement, ont la ferme conviction historique qu’ils réussiront à imposer leur modèle. Pour ce faire, ils utilisent des outils comme la BCE, afin de repousser ou de maquiller les problèmes et les impasses jusqu’au moment où les travailleurs en Europe, seront persuadés que leurs besoins sont considérablement plus petits désormais qu’en 2008, acceptant ainsi leur propre paupérisation de fait. C’est là sans doute que se terminerait le rôle de la BCE du point de vue macroéconomique. Sauf que les structures du système mondial et de ses monnaies ne sont pas stables et qu’en plus, nous ne nous posons pas assez, la question des rapports de force au sein des sociétés et des économies, car les initiateurs de cette UE ne s’intéressent aucunement au sort des chômeurs. Et là au moins, tous les économistes de gauche peuvent tomber d’accord sur un point au moins: changer de monnaie n’est guère suffisant pour changer de politique.

Costas Lapavistas a également critiqué les positions “de droite” au sein de Syriza (de ceux qui ne font pas de l’abandon de l’euro un préalable à toute tentative sérieuse de réorientation économique): “Nous avons peur de prendre une position claire, c’est à dire prôner la sortie de la Grèce de la zone euro, parce que nous sommes lâches” (sic). Il a enfin préconisé tout un ensemble de mesures d’urgence mais aussi visant le long terme en pareilles circonstances, et surtout, il a estimé qu’à Chypre, il y a désormais un espace ouvert dans le temps, telle une brèche de quelques mois seulement, où il va falloir préparer le retour à la monnaie nationale, ce qui ne veut pas dire que l’orientation économique de Chypre doit rester celle d’avant.

 

Autour d’un café politique, Athènes, le 3 avril

Autour d’un café simple mais… politiquement complet, des cadres et des militants Syriza rencontrés lors du colloque n’ont pas hésité à exprimer leurs inquiétudes: “Pour Syriza également et surtout pour lui, le temps est compté, car à tout moment un autre mouvement, plus radical ou plus habile sur la question de l’euro, c’est-à-dire celle de l’UE, peut sous certaines conditions passer en force et entrainer une partie de la société. La société grecque n’est plus elle-même, tout peut arriver, Syriza doit enfin dire non à l’UE, et à cet euro que nous haïssons tous ici et au Sud de l’Europe, au lieu de tergiverser pour soi-disant ratisser large”, estime Anna.

 

Touristes et vendeur immigré, Athènes, avril 2013

C’est vrai comme je l’ai fait remarquer à Costas Lapavistas lors du colloque, l’euro a déjà épuisé tout son capital symbolique auprès des populations concernées. D’où l’énorme succès sur internet déjà cette semaine, de la nouvelle série de billets de la “nouvelle drachme”, dessinés récemment par Pavlos Vatikiotis. On y découvre alors sur ces billets pour l’instant… inaccessibles, des figures de notre culture, de notre identité, en plus sur ce qu’elle aurait de meilleur: Odysséas Elytis, Cornelius Castoriadis, Maria Callas ou Melina Mercouri, plutôt que de ses aspects ténébreux de l’aube ou des vêpres. C’est dire, combien nous aspirons à un avenir qui enfin nous appartiendrait quelque part.

 

La “nouvelle drachme”, de Pavlos Vatikiotis

 

C’est ainsi que nous espérons. Les jours et les nuits à Athènes redeviennent en plus et enfin douces. Le calvaire des appartements où le chauffage n’est plus allumé prend fin. Nous respirons au moins le printemps effectif, les premiers touristes sont là nombreux, mêlés à nous et à nos immigrés, vendeurs ambulants. Voyages croisés.

 

Venez étudier en Allemagne, Athènes, le 3 avril

Des affiches collées devant l’Université d’Athènes en face de la librairie assassinée, ventent les mérites de notre capitale impériale: “Venez étudier à Berlin”, effectivement Hestia, la librairie mais aussi notre divinité du foyer ne sont plus à leur place et dans un sens, comme nos sans-abri, pourtant fervents lecteurs parfois.

 

Sans abri et lecteur, Athènes, le 3 avril

 

 

Regards, Athènes, le 4 avril

Panagiotis Grigoriou. Historien et Ethnologue

Le 4 avril 2013

Maliki : des drones pour tuer ses opposants

avril 8th, 2013 by Gilles Munier

Nouri al-Maliki ne sait plus à qui s’adresser pour mettre au pas son opposition. Craignant un désaveu électoral cinglant, il a reporté sine die les élections régionales, prévues le 20 avril, dans les provinces qui protestent le plus contre la marginalisation des sunnites – Anbar, Ninive- et qui réclament sa démission.

Pour lui, les manifestations du vendredi à Mossoul, Ramadi, Faloujah, Baqouba, voir à Bagdad – pour ne citer que quelques grandes villes – sont organisées par des « agents de l’étranger », des émules d’« Al-Qaïda ». Son ancien ministre de la sécurité nationale, Shirwan al-Waeli, affirme que l’organisation islamiste – qui n’a pas grand-chose à voir avec celle de feu Ben Laden - réactive un peu partout des cellules qui sommeillaient et va intensifier ses attaques (1).

Espérant sans doute étouffer la contestation une fois pour toute, le Premier ministre a demandé – officieusement - aux Etats-Unis d’utiliser des drones tueurs pour éliminer ses opposants armés, et, du même coup, ceux de Bachar al-Assad regroupés au sein de Jabhat al-Nusra. Barack Obama n’y est pas favorable… pour l’instant (2).

En attendant que les Etats-Unis s’engagent un peu plus dans la guerre civile syrienne, Maliki a accepté, le 2 avril dernier, la proposition du mollah Heydar Moslehi, ministre iranien du renseignement (Vevak), de partager« l’expérience iranienne en matière de stabilité et de sécurité ». En échange, il promet à l’ayatollah Khamenei – guide suprême de la révolution islamique iranienne - d’expulser les 3 200 Moudjahidine du Peuple (OMPI) parqués au camp Liberty, près de l’aéroport de Bagdad.

En Irak, les violences sont quasi quotidiennes. Le 5 avril dernier, au moins 25 personnes ont péri et 60 autres blessées dans l’attaque d’un meeting électoral à Baqouba, chef-lieu de la province de Diyala. Depuis le début de l’année, douze candidats ont été assassinés, et 271 personnes tuées rien qu’en mars dernier. La suggestion faite aux Américains, par Nouri al-Maliki, d’ouvrir dans la région d’Al-Anbar un nouveau front dans la guerre des drones est irresponsable, dangereuse, pire : criminelle.

Gilles Munier

(1) Qaeda Gingered Southern Iraq (Shafaq News – 3/4/13)

http://www.shafaaq.com/en/security/5694-qaeda-gingered-southern-iraq.html

(2) Is the US Opening Up Another Front in the Drone War on the Iraq-Syria Border? par John Glaser (antiwar.com – 4/4/13)

Syrian, Iraqi jihadi groups said to be cooperating, par Qassil Abdul-Zahra et Diaa Hadib (Associated Press – 2/4/13)

http://news.yahoo.com/syrian-iraqi-jihadi-groups-said-cooperating-202706150.html

Le scandale sur les comptes bancaires détenus à l’étranger et non déclarés de l’ex-ministre du budget Jérôme Cahuzac a fait vaciller le gouvernement du Parti socialiste (PS) de François Hollande.

Cahuzac – un des principaux architectes de la réduction de plusieurs milliards d’euros du budget en France l’an dernier, partisan des politiques d’austérité de l’Union européenne (UE) dirigées par Berlin, et le meneur de la prétendue campagne du PS contre l’évasion fiscale – cherchait apparemment lui-même à frauder le fisc.

Cahuzac a avoué mardi avoir détenu des comptes à l’étranger, et dans un message sur son blog, a annoncé qu’il rapatriait 600 000 euros détenus sur un compte à Singapour sur son compte à Paris.

Cahuzac a démissionné alors que le taux d’approbation d’Hollande atteignait de nouveaux records vers le bas, autour de 30 pour cent, dans un contexte de colère profonde dans la classe ouvrière contre ses politiques d’austérité massive et de guerre en Syrie et au Mali. Mercredi, Hollande a enregistré une courte allocution, proposant des exigences plus importantes sur la publication des avoirs financiers des responsables publics avant de s’envoler pour deux jours de négociations au Maroc.

L’affaire est restée à la une des journaux et des chaînes télévisées français toute la semaine, des responsables politiques et des journalistes se demandant ce que Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault savaient sur la question. Hollande aurait eu des informations corroborant les accusations de fraude fiscale contre Cahuzac dès décembre, peu après que l’affaire ne soit révélée par le site Web Médiapart. Néanmoins, le gouvernement d’Hollande et une grande partie de la presse l’a défendu jusqu’à cette semaine.

Ces révélations concernant les comptes secrets de Cahuzac ont mis en lumière ses liens avec le Front national (FN) néo-fasciste. Les fonds que Cahuzac détient à Singapour ont été d’abord déposés sur un compte en Suisse ouvert en 1992 pour Cahuzac par Philippe Péninque, un haut responsable du FN et conseiller de sa dirigeante Marine Le Pen.

À l’époque, d’après Le Monde, Cahuzac avait des liens financiers étroits et des relations personnelles avec des membres de l’organisation étudiante fasciste active dans les années 1970-1980, le Groupe union défense (GUD), y compris avec Péninque. Aujourd’hui, ces forces constituent la fraction dite des « rats noirs » du FN. Péninque aurait créé ce compte pour recevoir un paiement d’un membre du GUD Lionel Queudot, qui remboursait un investissement de Cahuzac dans une compagnie minière péruvienne qui avait fait faillite que Queudot avait créée.

Marine Le Pen a défendu Péninque, disant : « Il y a 25 ans, à l’époque où j’étais en licence de droit, quelqu’un qui est devenu mon ami a eu comme client M. Cahuzac et lui a ouvert un compte à l’étranger. Quelle est ma responsabilité ? »

Les cercles dirigeants craignent clairement que ce scandale ne discrédite tout le système politique, après une vague de scandales qui a frappé les prédécesseurs conservateurs de Hollande. Charles Pasqua et le président Jacques Chirac ont fait face à des accusations de corruption, Chirac étant déclaré coupable, et le ministre du Budget sous Sarkozy, Éric Woerth a dû démissionner au milieu d’accusations selon lesquelles il aurait transféré illégalement des fonds de la milliardaire Liliane Bettencourt à la campagne de Sarkozy.

L’éditeur de Médiapart, Edwy Plenel, anciennement au Monde et ex-membre du groupe petit-bourgeois Ligue communiste révolutionnaire (LCR), fait marche arrière sur l’affaire Cahuzac. Il a estimé qu’ « accabler Jérôme Cahuzac ne sert à rien » – un changement de sa part, après avoir attaqué Cahuzac pendant des mois – ajoutant que « ce qui fait le malheur de la démocratie ne rend pas heureux les journalistes ».

Le quotidien stalinien L’Humanité a mis en garde contre une « marée brune » de néo-fascistes qui exploiterait la crise du PS et a appelé à « raviver les couleurs de la République. » Le Point a écrit que le gouvernement est « touché au cœur. »

Les politiciens PS se déclarent eux-mêmes « abasourdis » que Cahuzac ait pu cacher des comptes à l’étranger – une position rendue encore moins crédible par les révélations selon lesquelles Jean-Jacques Augier, l’ami et le financier de la campagne de Hollande, a des comptes aux îles Caïman. Hollande a été contraint de publier un communiqué hier, qui insiste sur le fait que ses comptes de campagne sont « parfaitement réguliers » et qui nie toute connaissance des investissements d’Augier.

Hollande a également répondu aux appels des conservateurs et des politiciens néo-fascistes à la démission du ministre des finances Pierre Moscovici ou du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il a dit, « En ce qui concerne le gouvernement, il n’y a pas de décisions à prendre », car sinon on penserait que c’est lui qui a « failli ».

En fait, si les finances de Cahuzac ont émergé comme une question politique majeure en France, ce n’est pas simplement en raison de sa fraude fiscale. Celle-ci est largement dépassée par les scandales de corruption du PS comme Péchiney ou les commissions pour la vente des frégates à Taiwan sous le président François Mitterrand à la fin des années 1980 et au début des années 1990, ou les enquêtes en cours sur le rôle de la mafia dans l’octroi des contrats de la région à Marseille.

Car les actions de Cahuzac sont symboliques de celles du gouvernement Hollande et du PS lui-même. Le ministre du budget qui échappe à ses taxes tout en dénonçant l’évasion fiscale est cohérent avec le PS, dont la rhétorique vaguement réformiste n’est qu’une couverture pour des politiques de droite, pro-patronales, qui contredisent ses promesses à chaque étape.

Hollande, qui est arrivé au pouvoir en disant que « l’austérité n’est pas une fatalité » et en jurant d’imposer une taxe à 75 pour cent sur les riches, devait sa victoire en premier lieu à l’opposition populaire à son prédécesseur, Sarkozy. Depuis son élection, il a imposé des dizaines de milliards d’euros de coupes dans les dépenses sociales, applaudi les mesures d’austérité de l’UE qui ont dévastées la Grèce lors de son voyage de février à Athènes, et vu sa proposition de taxe à 75 pour cent annulée par le Conseil constitutionnel.

Cette taxe était elle-même une fraude politique, car elle ne s’appliquait qu’aux salaires au-dessus de 1 million d’euros – épargnant ainsi les revenus du capital qui constituent la quasi-totalité des revenus de la classe dirigeante.

La déclaration de Cahuzac selon laquelle en tant que membre du PS, « Je n’ai jamais été marxiste et ne crois ni au grand soir ni à la grande réforme, » est une bien meilleure indication du caractère du PS. Hostile aux réformes pour améliorer le niveau de vie des travailleurs, et encore plus hostile à une révolution socialiste et à la classe ouvrière, c’est un parti bourgeois dont les membres peuvent facilement développer des liens personnels et d’affaire avec des fascistes, comme l’a fait Cahuzac;

Ces liens ne relèvent pas du hasard et sont profondément enracinés dans l’histoire du PS – qui a été formé après la grève générale de 1968 comme véhicule électoral pour François Mitterrand, un social-démocrate qui avait commencé sa carrière par un poste dans le régime de Vichy durant la seconde guerre mondiale. Il a commencé comme une coalition d’ex-étudiants radicaux qui cherchaient à faire carrière dans un parti bourgeois emmené par Mitterrand, beaucoup d’entre eux ex-trotskystes, et de jeunes bourgeois qui entraient en politique sur la base d’un attrait pour Mitterrand. Il apparaît que Cahuzac faisait partie du deuxième groupe.

Dans les années 1980, Mitterrand s’est servi de son ami l’avocat Roland Dumas, pour entrer en négociations avec un dirigeant du FN, Roland Gaucher, et obtenir une promesse du FN de diviser le vote de droite aux élections présidentielles de 1988. Cela a permis à Mitterrand et au PS de l’emporter, en dépit d’une opposition massive aux politiques d’austérité que le PS avait mené contre les travailleurs avec le « tournant de la rigueur » en 1983.

Comme le montre la carrière de Cahuzac, ces relations ont duré jusqu’à ce jour et continuent de définir la politique du PS.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 5 avril 2013

De vastes sections de la population européenne payent de leur santé, si ce n’est de leur vie, les mesures d’austérité dictées par l’Union Européenne (UE). C’est la conclusion d’une récente étude publiée par la revue médicale britannique The Lancet. Les populations les plus mal loties sont celles de Grèce, d’Espagne et du Portugal où l’UE a imposé des coupes sociales massives.

De nombreux rapports de Grèce et d’Espagne décrivent le désespoir et la misère de la population suite à la crise : les enfants s’évanouissent de faim à l’école ; les parents, poussés par la pauvreté et le désespoir, sont obligés d’envoyer leurs enfants dans des foyers d’accueil ; les retraités font les poubelles en quête de nourriture ; les personnes gravement malades qui ont perdu leur assurance-maladie au bout d’un an de chômage vont à l’hôpital trop tard – et sont condamnés à mourir.

Un récent article du journal allemand Süddeutsche Zeitung décrit aussi la situation catastrophique qui existe en Grèce. Vu que les services d’urgence des hôpitaux ne sont ouverts que quatre jours par semaine, les patients doivent faire de longs trajets et subir de longues files d’attente. « Quiconque ressent subitement une douleur ou a une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral doit s’informer pour savoir quel service d’urgence est ouvert. » Les patients doivent apporter leurs propres médicaments, ciseaux et tampons qui sont en rupture de stock dans les hôpitaux.

Les patients sont généralement soignés par les membres de leur famille. Une infirmière gagne 1.000 euros pour une semaine de 60 heures. Un médecin-chef aurait déclaré, « En ce moment, en Grèce, le chômage est synonyme de mort. » Le taux de chômage en Grèce est officiellement de 26 pour cent et de 60 pour cent pour les jeunes de moins de 24 ans.

Dans l’étude publiée par The Lancet, le professeur de Santé publique, Martin McKee, a, en collaboration avec Marina Karanikolos de l’Observatoire européen des politiques et systèmes de Santé et Johan Mackenbach de l’université de Rotterdam, systématiquement analysé les effets de la crise à partir d’études et de statistiques nationales.

Ils ont trouvé que les maladies infectieuses comme la malaria, la fièvre à virus West Nile et la dengue, les infections par VIH parmi les toxicomanes, la dépression et le suicide ont considérablement augmenté.

Alors que le nombre de suicides de personnes de moins de 65 ans baissait régulièrement en Europe jusqu’en 2007, soit avant la crise financière, il a fortement augmenté par la suite. Cette augmentation correspond à l’augmentation du chômage et de la pauvreté. En Angleterre, l’étude constate que la hausse « significative » du taux de suicide entre 2008 et 2010 est liée directement à la hausse du chômage et a entraîné 1.000 décès supplémentaires.

Le ministère grec de la Santé a indiqué une augmentation de 40 pour cent du taux de suicide entre janvier et mai 2011 par rapport à l’année précédente.

Les maladies mentales se sont substantiellement accrues en Espagne de 2006 à 2010, y compris l’angoisse, les troubles psychosomatiques et la dépression. Ces maladies ont enregistré une augmentation considérable. Au moins la moitié des maladies mentales est due au chômage soudain et à la difficulté que ceci entraîne pour le paiement des hypothèques et des loyers.

Au Portugal, le bilan des victimes de plus 75 ans de l’hiver 2012 a augmenté de 10 pour cent par rapport à l’année précédente. Plus de 40 pour cent des retraités vivant seuls ne sont pas en mesure de chauffer correctement leur logement en raison des coupes sociales.

L’étude de The Lancet en attribue clairement la responsabilité aux mesures d’austérité exigées par la « troïka », réunissant l’Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire International (FMI), en échange de « plans de sauvetage financier » pour les pays de l’Europe méridionale.

La troïka a par exemple exigé que la Grèce ne dépense pas plus de 6 pour cent du produit intérieur brut en soins de santé, « créant un précédent pour l’Union européenne dans la prise de contrôle des systèmes nationaux de santé dans certains pays. » Depuis que les cinq plans d’austérité ont poussé le pays plus profondément dans la récession, le produit intérieur brut n’a cessé de chuter, réduisant aussi les dépenses de santé. En 2009, les dépenses de santé s’élevaient à 14 milliards d’euros ; l’année dernière, cependant, elles n’étaient évaluées qu’à 9,5 milliards d’euros.

Au Portugal, la troïka exige des coupes de 670 millions d’euros rien que pour la santé.

En Espagne, au Portugal et en Grèce, de nombreux établissements de santé ont été fermés, des lits d’hôpitaux supprimés et le ticket modérateur à la charge des patients pour les médicaments à été augmenté ces dernières années. Au Portugal, par exemple, la part assumée par le patient pour les médicaments a plus que doublée.

En avril 2012, en Espagne, une nouvelle loi a été mise en vigueur par un décret royal – court-circuitant le parlement – et qui rend maintenant le système « universel » de soins de santé précédent tributaire d’un emploi. La conséquence est que des centaines de milliers d’immigrés sans papiers n’ont quasiment pas accès aux soins de santé.

C’est parce que les fonds pour la prévention ont été drastiquement réduits qu’il y a eu depuis 2011 une augmentation significative des infections par le VIH parmi les toxicomanes en Grèce. Entre 2007 et 2010, il y a eu entre 10 et 15 personnes infectées par le virus ; en 2011, toutefois, ce chiffre est passé à 256 et, durant les huit premiers mois de l’année 2012, à 314 personnes nouvellement infectées. La raison en est qu’à cause des coupes, les seringues ne sont plus distribuées aux toxicomanes. Pour ceux qui sont affectés par ces coupes, c’est une sentence de mort.

McKee, l’un des auteurs de l’étude, a souligné que les dirigeants politiques européens ont jusque-là obstinément nié ces effets. Il a comparé l’attitude de la Commission européenne et des gouvernements individuels de l’UE à la tactique de dissimulation utilisée par l’industrie du tabac. « Les voix de la santé publique ont été largement absentes des débats sur la manière de réagir. De nombreux ministères de la santé sont restés silencieux. La Direction générale de la Santé et des Consommateurs de la Commission européenne, malgré son obligation légale d’évaluer les effets de la politique de l’UE sur la santé n’a pas examiné les effets de la politique d’austérité de la troïka et s’est plutôt limitée à conseiller aux ministères de la Santé comment réduire leurs budgets. »

Les chercheurs, dirigés par McKee, rendent la troïka à juste titre responsable de l’austérité européenne. Ils ne citent aucun nom. Cependant, au sein de la troïka – et particulièrement dans l’UE et la BCE – c’est le gouvernement allemand, conduit par la chancelière Angela Merkel et le ministre des Finances Wolfgang Schäuble (tous deux membre de l’Union démocrate chrétienne, CDU) qui est la force motrice.

Aujourd’hui, sept décennies après que les chars allemands ont semé la destruction partout en Europe, un gouvernement allemand apporte la souffrance et la misère sur tout le continent à une échelle jamais vue hormis par temps de guerre et ceci au nom de la « stabilité » et du « sauvetage de l’Union européenne ». Les mesures d’austérité imposées par Merkel et Schäuble, et qu’ils saluent comme un succès, signifient pauvreté, misère, désespoir et mort pour des milliers de personnes. Selon cette étude, ce sont en particulier les enfants qui en sont les principales victimes.

Mais, le gouvernement Merkel n’est en mesure d’imposer aussi implacablement sa politique réactionnaire que parce que tous les partis del’establishment la soutiennent ouvertement ou tacitement. Qu’ils soient conservateurs ou sociaux-démocrates, tous les gouvernements européens sont d’accord pour que la population européenne paie les milliards d’euros qui ont été mis à la disposition des banques. Les partis d’opposition pseudo-gauches, comme le parti La Gauche (Die Linke) en Allemagne, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France et SYRIZA en Grèce, défendent l’UE et fournissent une couverture pour cette contre-révolution sociale.

Dietmar Henning

Article original, WSWS, paru le 6 avril 2013

Des centaines de Roumains ont manifesté jeudi dans une vingtaine de villes du pays, à l’occasion de la « Journée nationale de lutte contre l’exploitation des gaz de schiste ». A Bârlad, foyer de la contestation nationale, c’est dans l’église Saint-Ilie, que les citoyens se sont retrouvés, faute d’autorisation de manifester dans la ville. Reportage.

La petite église Saint-Ilie de Bârlad, en Moldavie roumaine, dans l’est du pays, n’est pas assez grande pour accueillir les 800 fidèles de la ville et des alentours, venus écouter la messe de ce 4 avril. Sur le parvis de l’église, les croyants piétinent sous leurs parapluies colorés. À l’intérieur, une foule compacte d’hommes et de femmes ont les yeux rivés sur l’archiprêtre Vasile Laiu. Fier dans sa robe crème et or, le regard droit, il commence son prêche. Sa voix tremble, son émotion est palpable : « la messe d’aujourd’hui est spéciale, commence-t-il, car elle constitue la manière par laquelle nous, les habitants de Bârlad, montrons notre solidarité avec la lutte nationale contre les gaz de schiste. Chantons ensemble contre la fracture hydraulique ». Un hymne s’élève, repris en cœur par les fidèles.

Une église, un endroit étrange pour lutter contre l’exploitation des gaz de schiste. Mais c’est le dernier refuge où les habitants de Bârlad ont pu faire entendre leur voix, la mairie ayant refusé, il y a deux semaines, d’autoriser la manifestation de ce 4 avril. C’est le groupe d’initiative citoyenne de Bârlad, composé de l’archiprêtre, d’une notaire, de deux géologues, d’un ancien militaire et de plusieurs ingénieurs, qui avait choisi cette date pour marquer le premier anniversaire de la mobilisation contre le projet d’exploitation des gaz de schiste par la fracturation hydraulique.

JPEG - 36.3 ko(CdB/Julia Beurq)

En février dernier, plus de 8 000 personnes avaient manifesté contre le géant américain Chevron, qui détient une concession de 600.000 hectares dans la région de Bârlad, au nord-est du pays. Cette compagnie possède trois autres concessions au bord de la Mer noire, et elle attend le feu vert du gouvernement pour commencer la prospection. Cependant, la Roumanie ne dispose pas de cadre légal pour exploiter ce type de gaz, et c’est ce vide juridique qui sert d’argument aux uns comme aux autres.

Les habitants de la région font bloc

JPEG - 43.9 ko
(CdB/Julia Beurq)

D’autres manifestants se sont massés devant l’église, avec pancartes et bannières. Gabriela Lungu, une femme brune aux yeux bleus, qui arbore un costume traditionnel moldave, porte l’une de ces pancartes. Habitant à Coroieşti, un village situé à 20 kilomètres de Bârlad, cette assistante sociale d’une quarantaine d’année est de toutes les manifestations depuis un an. Comme beaucoup, Gabriela a peur pour la qualité de l’eau de son village, mais ce qu’elle défend, c’est aussi un certain mode de vie. « La grande majorité de la commune que je défends, vit de l’agriculture de subsistance, les gens élèvent des animaux, cultivent la terre, ils se nourrissent de leur récolte avec l’eau de la région. Et c’est cette agriculture de subsistance qui sera détruite si Chevron commence à exploiter les gaz de schiste dans notre département ».

Gabriela se dit « fière » d’habiter à Coroieşti où, comme dans onze autres communes du département, le conseil municipal a récemment interdit l’exploitation des gaz de schiste par la méthode non-conventionnelle, et cela sous la pression des communautés locales. Pourtant, les manifestants sont bien loin de se sentir soutenus par la mairie de Bârlad. Mirela David, une professeur de physique, discute devant l’église avec deux amies. « Les autorités locales ont été les premières à se mobiliser contre les gaz de schiste, mais après avoir été élues en juin, elles ont retourné leur veste, explique-t-elle, la preuve c’est qu’elles n’ont pas autorisé la manifestation d’aujourd’hui. Elles ont probablement reçu des ordres du Premier ministre Victor Ponta, qui est du même parti que ces élus locaux »…

Pourtant, c’est en juin, juste avant que l’Union sociale-libérale (USL) – l’actuelle coalition gouvernementale – ne remporte haut la main les élections municipales, que Victor Ponta avait instauré un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste. Alors que ce dernier a expiré en décembre, le Premier ministre s’est récemment prononcé en faveur de ce type d’exploitation.

Ces retournements sont attentivement suivis par le groupe d’initiative citoyenne de Bârlad, qui ne manquent pas de réagir. « En ce moment, nous sommes extrêmement vigilants », explique l’archiprêtre Vasile Laiu, à l’issue la messe. « Avant de commencer la phase de prospection, Chevron a encore besoin de deux avis, l’un concernant l’environnement et l’autre, l’eau. Nous serons donc très attentifs à la manière dont ces avis seront accordés ». En attendant, les anti-gaz de schiste trouveront toujours en Roumanie un endroit où protester – que ce soit à l’église ou dans la rue – pour faire entendre leur colère.

Julia Beurq

Envoyée spéciale de Courrier des Balkans


Vidéo sur Youtube : Manifestation en Roumanie contre l’exploration des gaz de schiste (euronewsfr)

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Il y a tout juste quatre ans, des milliers de jeunes Moldaves étaient dans la rue pour contester la victoire des Communistes aux élections. Ces protestations furent présentées comme un nouvel épisode des « révolutions colorées » qui, depuis une dizaine d’années, balayaient en Europe de l’Est une série de régimes jugés « non démocratiques ». Des révolutions dont le terrain avait à chaque fois été préparé par les Etats-Unis en coulisses, et qui n’avaient en fait rien de spontané. Une situation à laquelle n’échappe pas la Moldavie, pays situé aux confins de l’Europe et de la Russie.

Au moment des événements d’avril 2009, la Moldavie était dirigée depuis une dizaine d’années par le Parti des Communistes, qui semblait prédisposé à remporter une nouvelle fois les élections. Ce parti, largement acquis à l’économie de marché, menait une politique jugée trop indépendante par Washington. Sous sa direction, la Moldavie refusait de rejoindre l’OTAN, entretenait de forts liens avec la Russie et, selon la Fondation Soros, se limitait à une « européanisation de façade ». Aussi les Etats-Unis préféraient-ils mettre à la tête du pays l’Alliance pour l’Intégration Européenne (AIE), une coalition de partis de droite qui leur étaient davantage soumis.

Plus d’un an avant le scrutin, l’ambassadeur US organisa une réunion pour « discuter de l’aide du gouvernement US en prévision des élections parlementaires de 2009 ». Etaient présents six membres éminents de l’USAID, dont les dirigeants de la Fondation Eurasia, d’IREX, de l’Institut démocratique international (NDI) et l’Institut républicain international (IRI). Après avoir reconnu que « les élections nationales de 2009 seraient âprement disputées » et que «  le parti au pouvoir serait tenté d’utiliser tous les moyens pour rester en place », ils convinrent d’une série de mesures pour « préparer » ces élections. Ces mesures visaient soit à favoriser les partis de l’opposition (aider à la création d’une coalition, déterminer les préférences des électeurs indécis, créer des sections locales, etc.) soit à former des observateurs en vue de « superviser » le scrutin. L’ambassadeur s’engagea à prendre en main la coordination de toute l’assistance et promit d’offrir des bourses aux ONG dont les activités iraient dans le même sens.

Les organisations US se mirent au travail au cours des mois suivants. IREX lança avec le soutien de l’USAID la campagne « Hai la vot ! » (« Allons voter ! »), destinée à récolter les voix des indécis et des abstentionnistes. Une camionnette remplie de jeunes activistes se mit à sillonner les routes de Moldavie pour convaincre les gens de se rendre aux urnes et, surtout, de voter de façon « réfléchie ». Présentée comme non partisane, cette campagne ciblait en priorité les jeunes, base électorale de l’Alliance pour l’Intégration Européenne. Les partis de l’opposition eurent également droit à des formations. C’est ainsi que, dans un entretien privé survenu quelques mois après le scrutin, le président du Parti libéral remerciapersonnellement l’ambassadeur US pour l’assistance dont son équipe avait bénéficié, en particulier de la part de l’Institut démocratique international et de l’Institut républicain international.

Cependant, comme une nouvelle victoire des Communistes était plus que probable, c’est dans la « surveillance » du processus électoral que les Etats-Unis investirent l’essentiel de leurs forces. Le but n’était pas tant de vérifier la validité du scrutin que de chercher la faute à tout prix. De la sorte, ils espéraient favoriser le déclenchement d’une « révolution colorée » telle que celles survenues avec leur soutien en Ukraine, en Géorgie et au Kirghizistan. En juillet 2008, un ancien membre de l’Institut républicain international dénonça dans la presse la préparation d’une telle révolution avec l’aide de l’USAID, de l’IRI et du NDI, ce qui sema un certain trouble au sein de l’ambassade américaine. Les organisations US purent néanmoins continuer leur travail normalement.

Une véritable armée d’observateurs, la « Coalition civique 2009 », fut mise sur pied avec lesoutien de la NED, de l’USAID et de la Fondation Eurasia. Cette coalition, dirigée par neuf organisations toutes financées par Washington, réunissait au total 70 ONG. Elle prévoyait de faire surveiller le déroulement des élections par 2000 observateurs et de tenir l’opinion publique au courant en direct des irrégularités constatées. Les USA dépêchèrent également en Moldavie des dizaines d’observateurs internationaux choisis par l’USAID, dont un grand nombre furent refoulés à la frontière en raison de leur implication dans les révolutions ukrainienne et kirghize.

Le 5 avril, jour du vote, les 2000 observateurs de la Coalition s’activèrent. Quatre communiqués de presse furent successivement publiés, répertoriant les moindres irrégularités constatées. S’ils n’incriminaient pas seulement le Parti des Communistes, ces communiqués dressaient toutefois un état des lieux globalement négatif, jetant le discrédit sur la validité du scrutin. Le 7 avril, alors que les premiers résultats donnaient le Parti des Communistes vainqueur, un nouveau communiqué fut publié qualifiant les élections de ni « équitables  », ni «  libres dans leur ensemble ». Aucune des critiques concernant les partis de l’opposition n’était reprise, seules restaient celles accusant les Communistes. Ce communiqué fut largement diffusé par l’ensemble des médias soutenant l’Alliance et circula sur les réseaux sociaux.

En réaction aux soupçons de fraudes véhiculés par les médias, des milliers de jeunes Moldaves descendirent dans la rue pour appeler à la tenue de nouvelles élections. La mobilisation se fit essentiellement via Facebook et Twitter. Les manifestants se rassemblèrent devant le Parlement qu’une minorité se mit à saccager. Parmi les casseurs, on retrouvait des nationalistes pro-roumains et des membres bien connus d’organisations d’extrême droite comme Noua Dreapta. Ceux-ci cherchaient visiblement à provoquer les forces de l’ordre pour attiser la colère des protestataires. Ces agitations n’aboutirent cependant pas et il n’y eut au final de « révolution » que le nom. Après un recomptage des voix, le Parti des Communistes fut à nouveau proclamé vainqueur. De son côté, unemission d’observation menée par l’OSCE, l’Union Européenne et le Conseil de l’Europe conclut que les élections s’étaient déroulées de manière globalement satisfaisante et sans incidents majeurs, enlevant à l’opposition son principal motif de contestation.

 

Un des leaders du mouvement fasciste
Noua Dreapta présent lors des protestations

Ce n’est qu’après la tenue d’élections anticipées en 2010 – sans lien avec les événements de 2009 – que le camp pro-occidental parvint finalement à la tête du pays, au terme d’une campagne où il fut encore une fois bien aidé par les USA. En visite sur place l’année suivante, le vice-président US Joe Biden ne put cacher sa joie  : « C’est vraiment un privilège d’être ici à ce moment déterminant de votre histoire », s’exclama-t-il. « La liberté est dans les airs ! ». Puis, déclarant que la Moldavie était en bonne voie mais avait encore du chemin à faire, il ajouta : « nous resterons à vos côtés jusqu’à ce que le travail soit terminé !  » Un beau gage de liberté, à n’en pas douter.

Simon de Beer

«Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans? Eh bien! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves: là où nul n’obéit, personne ne commande.»

Jacques Marie Anselme Bellegarrigue anarchiste

 

Ce mardi 2 avril, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, à une large majorité, le premier traité sur le commerce international des armes conventionnelles. L’ONU veut moraliser le marché des armes, c’est-à-dire les armes qui ne sont ni chimiques ni nucléaires. Ce marché représente 80 milliards de dollars par an. Chaque pays doit s’assurer que les armes vendues ne risquent pas d’être utilisées pour détourner un embargo international ou à des fin terroristes. L’industrie de l’armement évaluée à 1 300 milliards de dollars est la plus florissante quel que soit le pays. Dans les pays «producteurs de mort», elle ne connaît pas le chômage, elle est discrète, elle n’a pas d’état d’âme. Elle invente des armes de plus en plus sophistiquées avec toujours la règle de ne jamais vendre surtout aux pays faibles, notamment aux Arabes, les dernières nouveautés en matière d’armes. Si on vend aux Saoudiens des F 17, il est à peu près évident que les Américains gardent pour eux les F 22, et les mettent éventuellement à la disposition des Israéliens contre des armes équivalentes et performantes israéliennes comme par exemple les drones de technologie dans laquelle les Israéliens sont bien en avance.

L’évolution des conflits: les guerres asymétriques

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a plus eu de conflit au Nord entre pays développés; les conflits concernent les pays du Sud. Dans ce XXIe siècle, la dimension létale est véritablement consacrée et deux types de conflits existent: ceux qui concernent des belligérants entre eux avec certaines fois des guerres civiles, où les pays occidentaux boutefeux ont un champion dans chaque camp, ce sont généralement ceux des pays en développement qui, au lieu de se consacrer à l’épanouissement de leurs citoyens, s’entre-tuent avec des armes fournies par les pays développés, tout cela pour le pouvoir de quelques-uns avec en toile de fond une allégeance aux pays producteurs d’armes.

La deuxième catégorie est celle – qui au nom de la civilisation occidentale, mais aussi au nom du néolibéralisme – est en fait de combattre le terrorisme islamique. De ce fait, on peut parler réellement de guerre asymétrique. La guerre, en effet, a changé de visage: dans les pays développés c’est la doctrine de «zéro mort pour les Occidentaux». Le secret se trouve dans la haute technologie: vous n’avez plus de combattants en face de vous, vous les éliminez par drones interposés, à des milliers de kilomètres des zones de combats, au fin fond du pays, dans une salle climatisée. Les hommes sont pour vous des points sur un écran et vous faites en sorte qu’ils disparaîssent.

Au pire, si vous êtes «à proximité» mais avec les robots tueurs, la vision nocturne, les images satellitaires, votre ennemi n’a aucune chance face à vous. Cela a été magistralement montré durant la chevauchée fantastique de Hollande au Mali. D’un côté, la meilleure technologie, de l’autre, des combattants en guenilles avec la soif, la faim mais une capacité de combattre au nom d’un idéal celui pour lequel ils donnent leur vie allègrement. Résultat des courses, trois morts d’un côté, un millier de l’autre. Pourtant ces hommes perdus qui croyaient lutter pour la bonne cause sont aussi des humains qui ont aussi des parents qui les pleurent…Sartre avait illustré magistralement ce type de situation. Pour lui, quand les riches se font la guerre ce sont les pauvres qui meurent.»

Les dépenses militaires représentent 2,5% du GDP, soit 173 dollars par habitant. C’est aux Etats-Unis que les dépenses sont les plus élevées, soit 1604 dollars, suivis par Israël 1430 dollars par habitant. Par ailleurs, les guerres d’agression déclenchées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak qui ont la mort de centaines de milliers de personnes, des blessés par millions et la destruction de civilisation, devraient en fin de compte coûter jusqu’à 6000 milliards de dollars, soit 75.000 dollars pour chaque ménage américain. «Un rapport rédigé par Linda Bilmes, enseignante à Harvard attribue la plus grande part de ces milliers de milliards à des coûts qui continuent à s’accumuler pour soigner et indemniser des centaines de milliers de soldats laissés physiquement et psychologiquement blessés par ces deux guerres. «Les conflits en Irak et en Afghanistan, pris ensemble, seront les guerres les plus coûteuses de l’histoire américaine – totalisant entre 4000 et 6000 milliards de dollars», écrit Bilmes. (1)

 « La plus grande partie  de cette facture, lit-on dans ce rapport reste encore à payer. (…) Le gouvernement Bush affirmait que la guerre d’Irak se financerait d’elle-même grâce aux revenus du pétrole irakien. (…) De vastes ressources sont littéralement parties en fumée en Irak et en Afghanistan, des dizaines de milliards de dollars ont été gaspillées dans de prétendus programmes d’aide et de reconstruction qui étaient perclus de corruption, d’incompétence et d’inefficacité, ne faisant rien ou presque pour améliorer les conditions de vie des populations de ces pays.» (1)

La «moralisation» de l’industrie de la mort

Est-on sérieux quand on parle de morale, quand on vend la mort. N’est ce pas un oxymore? S’agissant du commerce des armes. Les dépenses militaires des Etats-Unis, premier dépensier au monde, étaient de 680 milliards de dollars pratiquement près de 45% des dépenses mondiales évaluées à 1600 milliards. Les dépenses militaires mondiales s’établissaient à 1700 milliards de dollars d’après le rapport du Sirpri (Stockholm International Peace Research Institute) publié le 17 avril 2012. La course aux armements autres que nucléaires, est lancée depuis quelques années. La région Asie-Pacifique a globalement augmenté ses dépenses militaires de 2,4%. Là, la hausse est principalement due à la Chine qui a augmenté les ressources de ses forces armées de 120% depuis 2002. La Russie a augmenté ses dépenses militaires de 9,3% en 2011 pour atteindre un total de 71,9 milliards de dollars, faisant de ce pays le troisième plus grand dépensier militaire dans le monde. La Russie va augmenter de 25,8% ses dépenses budgétaires pour la défense nationale en 2013. La progression sera ensuite de 18,2% en 2014 et de 3,4% en 2015. Selon l’Institut suédois Sipri en 2011, l’Algérie a été classée de loin premier pays pour ses dépenses en matière d’armement dans l’Afrique du Nord. (2)

A côté des vendeurs d’armes «officiels» il y a les «autres» appelés trafiquants, parce que dit-on, ils violent les réglementations internationales sur les ventes d’armes, en clair, ils parasitent les ventes des grands en proposant des armes interdites ou à moindre coût. En 2004, on estimait à 500 millions le nombre d’armes légères en circulation dans le monde, armes dont plus de 100 millions en Afrique, soit une arme pour 12 personnes. «Pourtant, écrit Philippe Leymarie, nombre de ventes d’armes effectuées par des États souverains se font sur le marché «gris», à la frontière du légal et de l’illégal. Amnesty International a dénoncé, en juin 2002, la Russie, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, en les accusant d’avoir livré des armes à des pays d’Afrique où d’importantes violations des droits de l’homme avaient été observées »(3).

 «  La plupart des pays admettent la nécessité de réglementer cet énorme marché des armes dites «conventionnelles», légères ou lourdes, estimé à 70 milliards de dollars par an (dont 40% pour les seuls Etats-Unis). Selon un document de travail de l’ONU: les États-Unis, qui produisent 6 milliards de balles par an, veulent exclure du traité les munitions; l’Inde, l’Egypte, le Vietnam demandent que les pièces détachées ne fassent pas partie de la discussion; la Russie (qui a vendu pour 13,2 milliards de dollars d’équipements militaires en 2011) insiste sur la lutte contre le trafic d’armes (par opposition au commerce légal); la Chine, qui inonde les pays en développement d’armes légères, souhaiterait que ces dernières ne fassent pas partie de la négociation; (…) la Corée du Sud ne veut pas restreindre les transferts de technologie.» (3)

L’accord sur les ventes d’armes: la montagne qui accouche d’une souris

Pour Philippe Leymarie, commentant l’accord, les vendeurs d’armes ont sauvé leur peau. Il écrit: «l’Assemblée générale des Nations unies a voté à une très large majorité, un premier traité sur le commerce international des armes dites classiques ou conventionnelles. Aux termes de ce texte, chaque pays devra désormais évaluer, avant toute transaction, si les armes vendues risquent d’être utilisées pour contourner un embargo international, commettre un génocide ou des «violations graves» des droits humains, ou être détournées au profit de terroristes ou de criminels. En dépit des cris de victoire du secrétaire général de l’ONU, l’adoption du traité n’est qu’un commencement: Le texte, adopté par cent cinquante-quatre voix pour, trois contre et vingt-trois abstentions, doit à présent être signé et ratifié par chacun des pays: il n’entrera en vigueur qu’à la cinquantième ratification, ce qui pourrait prendre encore plusieurs années. Le consensus général des cent quatre-vingt-treize pays membres de l’ONU n’a pu être obtenu. Parmi les vingt-trois pays qui se sont abstenus, il y a surtout des pays émergents, dont certains des principaux exportateurs (Russie, Chine) et acheteurs de ces armes (Egypte, Inde, Indonésie). (4)

« Le traité poursuit Philppe Lyemarie, , même s’il concerne une large palette d’armements, exclut les équipements destinés aux forces de l’ordre, les transports de troupes (même blindés), les drones, une partie des munitions et pièces. Explicitement, le texte ne fait pas référence aux livraisons d’armes à des «acteurs non étatiques» (tels que les rebelles en Tchétchénie ou en Syrie), qui est la raison invoquée par Damas pour voter contre, ou encore par la Russie pour s’abstenir. (..). Les Etats-Unis ont obtenu que les munitions (dont ils produisent la moitié des volumes vendus dans le monde) bénéficient de contrôles moins stricts. Pour autant, cela ne garantit pas que le Congrès ratifiera le texte, en dépit de la satisfaction exprimée par le Secrétaire d’Etat, John Kerry, pour qui l’accord «n’empiète pas sur la Constitution américaine». Les volumes de transactions concernés sont considérables: les estimations vont de 70 à 80, voire 100 milliards de dollars chaque année, avec une augmentation globale de 17% des transferts internationaux d’armes conventionnelles sur la dernière décennie, selon les données communiquées, il y a quelques jours par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).» (4)

« Enfin, Selon le directeur de l’Observatoire des armements, Patrice Bouveret, également membre de la coalition «Contrôlez les armes», les ambitions contradictoires du traité en marquent les limites: «Certes, le traité, en son article 6, rappelle l’interdiction d’autoriser tout transfert qui violerait un embargo ou contreviendrait aux obligations découlant des accords internationaux dont l’Etat exportateur est signataire. Le traité ouvre la porte à des interprétations sans contrôle possible. Les Etats pourront toujours se targuer du droit à la légitime défense, reconnu dans l’article 51 de la Charte des Nations unies, voire même du risque terroriste, pour justifier telle ou telle exportation de système d’armement. De fait, les auteurs du traité restent au milieu du gué en focalisant sur les trafics illicites plutôt qu’en limitant fortement le commerce «légal», répondant ainsi au souhait des principaux Etats exportateurs, pour qui, l’objectif prioritaire était de limiter la concurrence déloyale en imposant une réglementation plus stricte aux concurrents du Sud, d’Europe de l’Est et d’Asie.» (4)

On pourrait résumer l’avis de Manlio Dinucci du journal «il Manifesto,» par «Business as usual». Pour lui: «Les cent plus grandes industries guerrières du monde, dont 78 sont basées aux Etats-Unis et en Europe occidentale, pourront ainsi continuer à accroître leurs ventes, dont la valeur annuelle estimée approche les 500 milliards de dollars.(…) Le Traité ne sera pas contraignant. (…). La norme fondamentale est que les armes ne doivent pas être fournies à des Etats qui «minent la paix et la sécurité et commettent des violations du droit humanitaire international». (…) En d’autres termes, le Traité autorise la fourniture d’armes aux «gentils», mais interdit strictement de les fournir aux «méchants». (…) Aujourd’hui, souligne la responsable d’Oxfam International pour le contrôle des armements, (..) qui défend le Traité, il peut contribuer à réduire la tragédie de la guerre civile en Syrie, puisque «la Russie soutient que les ventes d’armes au gouvernement sont autorisées car il n’y a aucun embargo». Elle oublie, cependant, le flux croissant d’armes, confirmé par la récente enquête du New York Times qui sont livrées aux «rebelles» à travers un réseau international organisé par la CIA, qui implique la Turquie, la Jordanie et la Croatie.» (5)

Où sont les droits de l’homme?

«La vente d’arme est-elle éthique?  Plus grave, la guerre moderne est-elle éthique? Menée sur des écrans en appuyant sur des boutons. Le «théâtre des opérations» n’est qu’une infime partie du processus. Jamais l’être humain n’a été aussi éloigné des conséquences de ses actes. Que valent les lois de la guerre «classique» en face des guerres du XXIe siècle? Est-ce que cela rend l’entrée en guerre trop facile, que ce soit ici ou partout ailleurs?»

Pour Jules Dufour, qui dénonce le grand réarmement planétaire, il eut été plus moral d’investir dans l’épanouissement de l’homme. Ecoutons- le:

«(…) des investissements dans les secteurs de l’éducation, de la santé et dans la restauration et la protection de l’environnement seraient beaucoup plus rentables et de nature à profiter à tous.» En effet, selon les estimations de l’OMS «les coûts et les bénéfices nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en matière d’eau et d’hygiène s’élevaient à un montant total d’environ 26 milliards de dollars avec des rations coûts-bénéfices allant de 4 à 14.(…) «Selon les données du Programme» des Nations unies pour l’environnement (Pnue), «la somme nécessaire au cours des 15 ou 20 prochaines années pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en vue de garantir la durabilité de l’environnement (objectif n° 7) se situe probablement entre 70 et 90 milliards de dollars par an.» (6)

On l’aura compris à première vue, le commerce des armes est une problématique qui peut sembler moins urgente que la question de l’environnement et des droits humains. Arrêtons l’hypocrisie! Le néolibéralisme sauvage doit constamment entretenir un état de tension. On ne peut pas envisager un monde de paix. Souvenons-nous du rapport Lugano: les populations doivent passer plus de temps à se demander ce qu’elles ont à se disputer avec leurs voisins qu’à travailler. Tout est dit, l’anomie est totale. Le monde devient de plus en plus dangereux.

Professeur Chems Eddine  Chitour

Ecole Polytechnique nep-edu.dz

 

Notes

1.Bill Van Auken http://www.mondialisation. ca/le-cout-des-guerres-dirak-et-dafghanistan-pourrait-selever-a-6000-milliards-de-dollars/5329834 04 avril 2013

2. Chems Eddine Chitour: commerce des armes, Arrêtons l’hypocrisie, L’Expression 04 08 2012

3. Philippe Leymarie http://blog.mondediplo.net/2012-07-03-Commerce-des-armes-vers-un-traite-robuste

4. P. Leymarie  http://blog.mondediplo. net/2013-04-05-Les-limites-d-un-traite-sur-les-armes

5. Manlio Dinucci http://www.ilmanifesto.it/ area-abbonati/inedicola/ manip2n1/20130404/ manip2pg /09/manip2pz/338381/

6. Jules Dufour http://www.mondialisation. ca/le-grand-rearmement-planetaire/5329953

 

 

Depuis le début du conflit en Cote d’ivoire, environ 30.000 personnes autochtones d’ethnie Wé ont été tuées par les forces favorables au Président actuel, selon Comité de sauvegarde du patrimoine foncier Wé. Cette source évalue à 230 tués l’attaque du camps de déplacés de l’ONU de Nahibly par les milices ethniques FRCI et dozos le 20 juillet 2012.

Ce massacre fait suite à ceux de Douékoué carrefour (2011) et Guitrozon (2005) qui avait également ciblé les Wé et qui avaient également eu lieu en présence des forces de l’ONU. Par suite de l’épuration ethnique et de la colonisation de l’ouest ivoirien par des populations originaires des pays au Nord de la Côte d’ivoire, la population étrangère serait passé de 37% lors du recensement de 1998 à 75% selon ce comité. Une partie de la population Wé a fuit au Libéria où se trouvait déjà les descendants de ceux qui avaient fuit la colonisation française. Une autre partie se trouvait dans des camps de déplacés à l’intérieur de leur propre région. L’ONU les encourageait à rentrer dans leurs villages incendiés en réduisant leurs allocations de nourriture mais le rythme des départs était insuffisant du fait de l’insécurité régnant dans les campagnes “sécurisées par les bandes dozos du boucher de Duékoué-carrefour, Amédée Ouéremi.

La FIDH et Amnesty International viennent de publier chacune un rapport qui permet de confirmer les informations données par les sources Wé sur les circonstances du massacre de Nahibly.

Un massacre prévisible

Nul ne pouvait ignorer que les autorités et les milices étaient décidées à fermer les camps puisque le préfet de la ville avait fait des déclarations en ce sens en mars 2012. Le chef militaire de Douékoué, le lieutenant Koné Daouda dit Konda avait abondé dans le même sens : « Nous n’allons pas rester les bras croisés pendant longtemps. Il faut que le site soit fermé pour éviter qu’il ne devienne le nid de malfaiteurs », a-t-il dit. Ces déclarations ont été suivi par l’apparition de problèmes à l’intérieur du camp : « A partir du mois de mars 2012, il y avait eu 14 attaques contre les travailleurs humanitaires dans le camp et, au mois de mai, le HCR a envoyé une lettre aux autorités relevant ces incidents en les informant que la distribution de vivres serait suspendue. Le 22 mai, des acteurs humanitaires ont été menacés par des individus au sein du camp » a déclaré le patron de l`Onuci, Bert Koenders.

Une mission de l’ONU préconise en mai 2012 de renforcer la clôture pour “ rendre plus difficile l’accès au camp par un autre lieu que le portail principal.” Heureusement, cette mesure n’a pas été mis en œuvre sans quoi nul n’aurait pu s’échapper lors de l’attaque du camp. La mission est arrivée à la conclusion que “le camp de Nahibly connaissait une situation sécuritaire dégradée par la présence très vraisemblable d’éléments perturbateurs de type bande armée, sans doute composée d’anciens miliciens ou militants gbagboistes de l’ethnie Guéré, dont certains ont été nommément identifiés.” . Plutôt que de chasser les perturbateurs probables nommément identifiés, la mission préconise l’ouverture d’un poste de police ivoirien à l’intérieur du camp, en plus de celui de l’ONU. Cette réponse ne sera pas mise en œuvre par les autorités ivoiriennes selon l’ONU, peut être parce que ces autorités n’ont pas confiance dans la police qui a été partout désarmée.

Selon Amnesty, l’attaque contre le camp “ est intervenue dans un contexte de stigmatisation croissante des personnes déplacées de la part aussi bien des autorités politiques et militaires locales que de certaines franges de la population. (…) Un ancien résident du camp a dit à Amnesty International : « Les Dozos et des habitants des villages environnants ne cessaient de nous dire : “C’est à cause de Gbagbo que vous êtes là, on va vous tuer” ».
Plusieurs sources ont également indiqué à Amnesty International que, dans les semaines qui ont précédé l’attaque, il était devenu très courant d’entendre parler de la nécessité de faire « disparaître » le camp de Nahibly.
 ”

Une organisation méthodique

Le 19 juillet 2012, la veille de l’attaque du camp, se serait tenue à l’hôtel Monhessia (un hôtel désaffecté de Duékoué occupé à l’époque par les FRCI) une réunion entre le Lieutenant Konda, des Dozos et des représentants des jeunes Malinke de la ville. Le même jour, une réunion similaire de Dozos se serait déroulée à Guiglo au maquis Ketin. Ces Dozos de Guiglo « ont été amenés et ramenés ensuite après l’attaque du camp », selon un témoin” rapport FIDH.

Officiellement, c’est un événement fortuit qui a déclenché l’attaque du camp. Un braquage aurait fait 5 morts dans la nuit du 19 au 20 juillet au quartier Kokoman. Les jeunes malinké (allochtones) auraient suivi des traces de sang menant jusqu’au camps pourtant fort éloigné. Ils prirent alors d’assaut le camp à 8 heures devant les caméras et en présence du préfet Benjamin Effoli et du Lieutenant Daouda Koné.

Les 22 militaires et policiers de l’ONU qui gardaient le camp ne tenteront pas grand chose pour les en empêcher.

« Il était évident que nous n’étions pas capables de contrôler cette foule sans leur tirer dessus. Cela aurait presque certainement conduit à une explosion de violence et beaucoup de gens auraient été tués. Bien sûr, c’est ce qui s’est passé à la fin tout de même ». Témoignage d’un officier onusien recueilli par Amnesty International.

L’ONU déclarera plus tard que “La foule de “500 à 1.000″ personnes qui est descendue sur le camp était un groupe “organisé” , (…), que “l`identité des assaillants faisait toujours l`objet d`une enquête” et que ces événements soulignait la nécessité de la restauration de l`autorité de l`État à travers le pays (AFP 27 juillet 2012). Mais cet événement n’est-il pas une excellente illustration de l’autorité de l’État et de l’immense talent des enquêteurs bredouilles de l’ONU ?

Les militaires et les milices ethniques malinké “dozos” ont procédé aux exécutions dans le camp, aux alentours et plus tard en brousse. “Dans ce chaos, les hommes, qui sont particulièrement ciblés, tentent de fuir. Certains par l’arrière du camp, d’autres par l’entrée principale. Ceux qui tentent de fuir par l’arrière du camp semblent avoir été abattus par les Dozos et peut-être des FRCI qui encerclaient le camp. Un témoin atteste qu’au moins 7 personnes auraient été tuées dans les taillis à l’arrière du camp. L’UNPOL et l’ONUCI ont bien tenté de ratisser la zone après les faits, mais « ils ont essuyé des tirs à ce moment, et n’ont pas pu accéder à la zone pendant les 7 jours qui ont suivi » affirme une source interne. Lorsqu’ils ont pu enfin se rendre à l’arrière du camp, « plus aucun corps n’était présent », déclare, amère, ce témoin des événements.

Pendant ce temps, le sort des hommes qui tentaient de fuir par l’entrée principale du camp n’est pas meilleur : bastonnés et poursuivis, certains sont arrêtés par des éléments des FRCI ” FIDH.

Les personnes arrêtés disparaîtront définitivement pour la plus part et une femme subira un viol collectif par les FRCI. De nombreux témoignages font état de cadavres emportés, ce qui enlève tout caractère spontané à l’événement.

Un témoin permettra la découverte d’une dizaine de puits contenant les corps de victimes des massacres. Un seul sera fouillé, il contenait 6 corps. Les autres seront laissé en l’état “pour préserver les preuves”.

La complicité de l’ONU

Lors du massacre de 2011 dans la même ville de Douékoué, les soldats de l’ONU avaient enterrés eux même plus de 800 corps mais compté seulement 150 victimes. Une fois encore à Nahibly, l’ONU a cherché à étouffer la polémique en donnant une estimation ridiculement faible du nombre de victimes. Bien qu’un bataillon de l’ONU stationne dans la ville, la zone du camp avait été “sécurisée” par les FRCI qui venaient de le détruire, empêchant les ONG d’y accéder pour compter les corps. Les lieux de détention n’ont pas été visités, ce qui aurait probablement permis de sauver les personnes arrêtées. Ainsi, Bert Kondoers a pu annoncer 11 morts en tout dont 5 victimes du braquage “déclencheur” du massacre. Les 6 corps trouvés dans le camps étaient des corps difficilement transportables, notamment 3 vieillards brûlés vifs. L’ONU, qui avait identifié les 4000 habitants du camp, n’a pas cherché à répertorier les survivants, les morts et les disparus et le bilan n’a jamais été réévalué. Les déplacés ont été promptement rapatriés dans leurs villages d’origines où leur sécurité n’est pas assurée, sans parler de leurs éventuels témoignages. Selon la FIDH “La disparition à l’issue de l’attaque du camp de Nahibly de plusieurs dizaines de personnes déplacées, ainsi que la confirmation de cas d’exécutions sommaires et extra-judiciaires, laissent donc entrevoir un bilan beaucoup plus lourd que les chiffres officiels.” Les “pro-Gbagbo” évoquent 47 corps identifiés, 213 Wê tués et plus de 1000 disparus lors de l’attaque de Nahibly (Notre Voie 5 août 2012). Sans souscrire à leur évaluation que personne ne semble avoir voulu discuter, il faut reconnaître que le bilan onusien est très éloigné de la réalité et que cet aveuglement est volontaire.

Il y a comme une contradiction interne dans la déclaration de Bert Koenders, responsable de l’ONU en Côte d’ivoire lors de la conférence sur l’impunité de fevrier 2013 lorsqu’il dit “C’est en brisant le cercle vicieux de l’impunité et en promouvant une justice équitable que l’on aboutira à rompre le cercle vicieux de la violence. Je voudrais à cet égard saluer l’engagement de son Excellence Alassane Ouattara, le Président de la République, et de son Gouvernement, et noter l’ensemble des mesures prises et structures mises en place pour lutter contre l’impunité des crimes d’un passé récent.” Car le massacre de Nahibly a été commis avec la participation des autorités ivoiriennes et rien n’a été fait pour en identifier les responsables. En saluant l’action du chef de l’État, Koenders montre qu’il accepte son inaction pour ne pas l’embarrasser. Tout le reste n’est que souhaits pieux et promesses de faire des ronds “vertueux” dans l’eau.

Vacuité du droit

Selon Haut Commissaire aux droits de l’homme, les peuples autochtones, ou peuples indigènes, sont « les descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une région géographique à l’époque où des groupes de population de cultures ou d’origines ethniques différentes y sont arrivés et sont devenus par la suite prédominants, par la conquête, l’occupation, la colonisation ou d’autres moyens ».

Maintenant qu’il est minoritaire sur sa propre terre, le peuple Wé devrait donc bénéficier de toutes les garanties offertes par la “Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones”, notamment en matière de droit à la terre. Mais c’est une foutaise parce que les autochtones réfugiés dans des camps sont massacrés sous les yeux de l’ONU. Ceux qui ne vendent pas leurs terres à n’importe quel prix, c’est qu’ils n’ont plus la volonté de vivre. Dans ces conditions, lorsque Koenders appelle le gouvernement ivoirien a résoudre les conflits fonciers en votant une loi à ce sujet, il ne fait que l’inciter à donner une légalité à la spoliation.

Serge Laurent

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Washington intensifie l’intervention en Syrie

avril 7th, 2013 by Bill Van Auken

Les militaires américains et jordaniens ont renforcé un programme d’entraînement de milliers de combattants armés destinés à être envoyés en Syrie dans le but d’assurer une zone tampon dans le Sud du pays.

Citant des responsables américains et jordaniens sous couvert de l’anonymat, le Washington Post a rapporté mercredi que Washington a ordonné que la formation de quelque 3.000 officiers pour les soi-disant rebelles s’achève plus tôt qu’initialement prévu. L’objectif est de terminer le programme d’entraînement d’ici la fin du mois afin de profiter des avancées faites par les milices anti-gouvernementales le long de la frontière jordano-syrienne, longue de 375 km.

En octobre dernier, il avait été révélé que le Pentagone avait envoyé une force spéciale de 150 hommes en Jordanie. A l’époque le New York Timesavait rapporté que « l’idée d’établir une zone tampon entre la Syrie et la Jordanie – qui serait appliquée par des forces jordaniennes du côté de la frontière syrienne – avait été discutée dans le contexte de la mise en place d’un avant-poste de l’armée américaine situé près de la frontière syrienne. »

Mercredi, les forces anti-régime auraient capturé une base aérienne dans les environs de Daraa, ville du Sud-Ouest de la Syrie, située à à peine quelques kilomètres de la frontière jordanienne. Plus tôt, ces forces s’étaient emparées du principal passage frontalier entre les deux pays ainsi que de deux avant-postes militaires et d’un tronçon de route conduisant à Damas.

La monarchie jordanienne soutient une zone tampon principalement par instinct de conservation. Elle craint qu’une guerre civile syrienne ne se propage au-delà de la frontière, menaçant son propre régime. Il existe déjà quelque 470.000 réfugiés syriens dans le pays et l’inquiétude grandit au sein du régime jordanien que des éléments islamistes déchaînés contre le gouvernement de Bachar al-Assad cherchent aussi à obtenir un changement de régime en Jordanie.

Ceci fait partie d’un phénomène plus vaste où la guerre civile sectaire soutenue par l’Occident en Syrie est en train de franchir diverses frontières. Mercredi, des articles émanant du Liban ont signalé qu’un hélicoptère de combat syrien avait tiré un missile sur une région servant de base pour l’envoi, au-delà de la frontière, de combattants et d’armement destinés à la guerre civile. Des combats sectaires entre des factions sunnites et chiites ont également éclaté à Tripoli, deuxième ville du Liban.

En Irak, un porte-parole du gouvernement a rapporté que le conflit syrien avait transformé la frontière en un « nid de cellules terroristes. » L’intensification des combats par des éléments associés à al Qaïda en Syrie s’est accompagnée d’une vague de bombardements terroristes à Bagdad et dans d’autres villes irakiennes.

« La création d’une zone tampon viserait à convertir des zones actuellement entre les mains des rebelles, en abris sûrs permanents pour les milliers de déserteurs de l’armée et les personnes déplacées dans cette région, » a rapporté le Post. En d’autres termes, le régime jordanien chercherait à repousser les réfugiés au-delà de la frontière dans ces « abris sûrs. »

Selon le Post, des députés jordaniens ont exigé de verrouiller la frontière du pays avec la Syrie et de créer des zones tampon. « Ce n’est pas l’une des éventuelles solutions disponibles – c’est devenu l’unique solution réaliste pour éviter une crise plus grave en Jordanie, » a confié au journal un député.

A cet effet, le Post cite des responsables américains et jordaniens disant que le principal « obstacle » à l’établissement des zones tampon a été le refus de Washington de fournir une « couverture aérienne. » Une telle action nécessiterait une intervention américaine massive, dont le bombardement des défenses aériennes, des installations de communications et d’autres sites en Syrie.

Il y a des demandes croissantes au sein des cercles dirigeants américains pour que le gouvernement initie de telles attaques. C’était le sujet d’un article d’opinion publié mercredi dans le Wall Street Journal et rédigé par l’ancien sénateur américain du Connecticut et candidat du Parti démocrate pour la vice-présidence, Joseph Liebermann. Liebermann exigeait une « campagne de frappes aériennes menées par les Etats-Unis pour neutraliser les avions, les hélicoptères et les missiles balistiques d’Assad.

Liebermann affirmait que « des intérêts nationaux vitaux sont en jeu en Syrie » et que l’intervention était nécessaire pour contrer l’influence grandissante d’al Qaïda, qu’il attribue à la colère de la Syrie à l’égard de la négligence de Washington d’entreprendre directement une action militaire pour renverser le régime d’Assad.

La réalité, justifiée par de multiples comptes rendus venant de la Syrie, est que les soi-disant rebelles sont dominés par des islamistes sunnites, y compris le groupe Jabhat al-Nusra lié à al Qaïda et qui est crédité du plus grand nombre de victoires sur les forces gouvernementales.

Ces forces auraient reçu la part du lion des armes et de l’aide en provenance des monarchies sunnites du Golfe persique, coordonnée par la CIA qui a mis en place à cet effet une base secrète en Turquie.

Alors que le gouvernement Obama a officiellement désigné le Front Nusra comme une organisation terroriste étrangère, sa véritable attitude est celle d’un soutien tacite aux actions du groupe islamiste, dont des attentats terroristes à la voiture piégée et d’autres attaques perpétrées contre des civils.

Et, alors que les responsables américains ont exprimé leur préoccupation face à l’implantation de forces liées à d’al Qaïda près de la frontière entre la Syrie et Israël, Tel Aviv même semble accorder un soutien tacite à ces éléments. C’est ce qui a clairement été montré par le chef du bureau de la sécurité diplomatique du ministère israélien de la Défense, Amos Gilad, qui a minimisé, dans une interview donnée aux médias israéliens, les dangers émanant d’al Qaïda. « Il ne s’agit pas du même danger que celui posé par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, » a-t-il déclaré. Les avancées réalisées par les forces liées à al Qaïda en Syrie, a-t-il ajouté, « sont un coup porté à la fois à l’Iran et au Hezbollah. »

L’éditorialiste du Washington Post, David Ignatius, qui entretient des liens étroits avec les services de renseignement américain, cite un « ordre de bataille » préparé par l’Armée syrienne libre à l’adresse du département d’Etat américain. Celui-ci fait ressortir, dit-il, que « la plupart des groupes rebelles ont de solides racines islamiques. »

En conséquence, il avertit que « la situation post-Assad pourrait être tout aussi chaotique et dangereuse que la guerre civile elle-même. Les groupes rebelles musulmans tenteront de réclamer le contrôle du puissant arsenal d’Assad, dont les armes chimiques, posant de ce fait de nouveaux dangers. »

Il rapporte que le document reçu par le Département d’Etat décrit deux fronts qualifiés tous deux d’islamistes, l’un appuyé par l’Arabie saoudite et l’autre par de « riches individus saoudiens, koweïtiens et d’autres Arabes originaires du Golfe, » ainsi qu’un troisième « groupe rebelle » financé par le régime monarchique du Qatar.

Le front Nusra qui est lié à al Qaïda compterait quelque 6.000 combattants.

Selon Ignatius, la stratégie américaine consiste à faire pression sur le régime saoudien pour que celui-ci pousse le front islamiste qu’il soutient à faire alliance avec l’Armée syrienne libre basée en Turquie et son commandant soutenu par les Etats-Unis, le général Salim Idriss.

« Ceci procurerait une certaine dose d’ordre et ouvrirait la voie pour qu’Idriss négocie un gouvernement militaire de transition qui inclurait des éléments conciliables de l’armée d’Assad, » écrit Ignatius.

Ce scénario fournit un aperçu révélateur de la stratégie de Washington pour la « révolution » syrienne. Après avoir utilisé al Qaïda et des forces similaires comme troupes de choc dans une guerre pour un changement de régime, Washington a l’intention de modeler un nouveau régime dictatorial fondé sur les restes des forces de sécurité d’Assad en le subordonnant totalement aux objectifs prédateurs de l’impérialisme américain dans la région.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 4 avril 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Paris-Le nouveau président chinois Xi Jinping chinois a réservé à l’Afrique son premier déplacement officiel, dans une démarche symbolique qui illustre la vivacité de la rivalité sino occidentale sur le continent noir et la prépondérance que la Chine y a prise au détriment de ses deux anciens maitres, le Royaume Uni et la France, qu’elle a supplantée en deux décennies.

Autre message codé, à valeur hautement significative, le dirigeant chinois s’est rendu le 26 Mars en Afrique du Sud pour une visite d’Etat au pays vainqueur de l’apartheid, avant le sommet des pays émergents des BRICS tenu le lendemain à Durban.

Pretoria a constitué la première étape d‘une tournée en Afrique comprenant notamment le Congo-Brazzaville, fief français de l’Afrique centrale ou il s’est rendu les 29 et 30 mars pour des entretiens avec son homologue Denis Sassou Nguesso.

Les paramètres de départ: La «théorie de anneaux maritimes» des Etats-Unis et la «stratégie du collier de perles» de la Chine

  • «La théorie des  anneaux maritimes»

Les grands bouleversements de l’histoire ont rarement une date d’anniversaire exacte. Ce n’est qu’arbitrairement que l’on peut fixer à la fin de la deuxième Guerre mondiale (1939-1945) le début du déploiement planétaire de l’empire américain et de sa compétition feutrée avec la Chine, dont le point de percussion majeur aura pour théâtre l’Afrique à l’entame du XXI me siècle, particulièrement le Maghreb, le Ponant du Monde arabe, le flanc méridional de l’Europe et son point de jonction vers l’Afrique et, au-delà, l’Amérique latine.

Premier continent au Monde pendant cinq siècles, l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle, a subi, sanction de son bellicisme, la division en deux blocs, hermétiquement verrouillés par un rideau de fer. Saignée et ruinée par deux guerres mondiales, son volet occidental placé sous perfusion financière américaine du Plan Marshall, menant un combat d’arrière-garde face à la révolte des peuples coloniaux d’Asie, du Monde arabe et d’Afrique. Ce combat d’arière garde face à l’Inde et le Pakistan, les futures puissances nucléaires, le Monde arabe, le principal réservoir énergétique de la planète, le continent africain, vaste gisement minier, ont signé sa relégation de la magistrature suprême de gestion des affaires du Monde.

Une conjoncture idéale pour les Etats Unis, qui s’engouffreront dans la brèche, sur les débris du colonialisme anglais et français en Asie occidentale et en Afrique, à la faveur de l’ostracisation de la Chine continentale communiste de Mao Tsé Toung au bénéfice de la Chine insulaire capitaliste de Taiwan de Tchang Kai Check, le vaincu du Kominterm.

En application de la «théorie des anneaux maritimes»,  ils vont procéder, dès la fin de la 2me Guerre mondiale, à leur déploiement géostratégique selon la configuration de la carte de l’Amiral William Harrison, conçue en 1942 par la marine américaine, en vue de prendre en tenaille la totalité du monde eurasiatique, articulant leur présence sur un axe reposant sur trois positions charnières: Le détroit de Behring, le Golfe arabo-persique et le détroit de Gibraltar,

Avec pour objectif de provoquer une marginalisation totale de l’Afrique, une marginalisation relative de l’Europe et à confiner dans un cordon de sécurité un «périmètre insalubre» constitué par Moscou-Pékin-Delhi-Islamabad, contenant la moitié de l’humanité, trois milliards de personnes, mais aussi la plus forte densité de misère humaine et la plus forte concentration de drogue de la planète.

Héritiers de l’Europe et témoins privilégiés de ses déboires, les Etats-Unis se sont certes portés à deux reprises au XX me siècle au cours des deux guerres mondiales (1914-1918/1939-1945), au secours des grandes démocraties européennes avant de les supplanter en tant que puissance planétaire, sans toutefois- là réside le Hic- tirer profit des égarements coloniaux de leurs ancêtres européens.

Sur les débris du colonialisme français et anglais, l’Amérique, soutenant les indépendances du Maroc et de l’Algérie dans la foulée de la folle équipée tripartite (anglo-franco-israélienne) de Suez, en 1956, a été accueillie en héros par les peuples arabes. Mais, au mépris des enseignements de l’Histoire, elle va fonder son hégémonie sur une collusion avec les forces arabes les plus conservatrices et des alliances contre nature avec les principaux ennemis du monde arabe, dilapidant ainsi son capital de sympathie par une politique erratique illustrée par le combat implacable qu’elle a menée contre le nationalisme arabe renaissant. Deuxième erreur fatale qui permettra à la Chine, dans la décennie 1960, d’en tirer profit en y prenant pied, en Asie occidentale et en Afrique du Nord, notamment  l’Algérie, son plus ancien et plus loyal allié dans la zone.

  • la stratégie du collier de perles

Pris en tenaille entre l’Inde, sa grande rivale en Asie, les Etats-Unis, maitre d’œuvre du blocus de la chine maoïste et le Japon, le géant économique de l’Asie, et les Etats-Unis, maitre d’œuvre du blocus de la chine maoïste, la Chine va chercher à se dégager de ce nœud coulant en développant «la stratégie dite du collier de perles».  Le terme a été utilisé pour la première fois au début de 2005 dans un rapport interne du Département d’Etat titré «Energy Futures in Asia».

Cette stratégie, mise au point dans le but de garantir la sécurité de ses voies d’approvisionnement maritimes jusqu’au Moyen-Orient, ainsi que sa liberté d’action commerciale et militaire, consistait dans le rachat ou la location pour une durée limitée d’installations portuaires et aériennes échelonnées des  ports de Gwadar (Pakistan), Hambantoa (Sri Lanka), Chittagong (Bangladesh), jusqu’à Port Soudan, via l’Iran et le périmètre du golfe d’Aden pour escorter ses navires à travers cette zone infestée de pirates, ainsi que dans la zone sahélo-saharienne, l’Algérie et la Libye, à tout le moins sous le régime du Colonel Mouammar Kadhafi (1969-2012), soit pendant 43 ans.

Les enjeux de puissance: Pétrole et surpopulation sur fond de militarisation des voies maritimes.

  • Du bon usage des principes universels. Le principe de la Liberté de navigation où les océans nouveau monde du XXIème siècle. (1)

Les grands principes universalistes répondent rarement à des considérations altruistes et obéissent plutôt à des impératifs matériels. Il a en a été ainsi du principe de la liberté de la navigation brandie par l’Angleterre au XVII me et XVIIIe siècles pour assurer sa suprématie maritime et partant son hégémonie commerciale à l’ensemble de la planète. Il en a été de même du mot d’ordre du principe de la Liberté du commerce et du libre-échange décrété par les pays occidentaux au XIXe et XXe siècles pour contraindre la Chine à écouler les marchandises occidentales sur son marché intérieur au nom de la «politique de la porte ouverte». Il en sera de même du «principe de la liberté d’information» fermement défendu par les États-Unis, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour asseoir leur suprématie idéologique dans les quatre domaines qui conditionnent la puissance: politique, militaire, économique et culturel.

Le principe de la liberté de navigation, principe en apparence anodin, masque de redoutables enjeux géostratégique, résumé il y a deux siècles par le contre-amiral Alfred Thayus Mahan (1840-1914): «Quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien serait un joueur important sur la scène internationale”, soutenait-il déjà au siècle dernier ce géo stratège de la Marine des Etats-Unis.

Le surpeuplement prévisible de la terre, dont la population va pratiquement doubler en un siècle passant de six milliards d’humains, en l’an 2000, à onze milliards en l’an 2100 c’est-à-dire davantage qu’au cours de toute l’histoire de l’humanité, va faire de la quête de nouveaux espaces, un nouvel enjeu de la compétition mondial, l’enjeu de survie de l’espèce humaine.

La conquête de l’espace en est une illustration spectaculaire. La mer est plus familière à l’Homme que l’espace, plus intimement liée à l’histoire de l’humanité. La conquête des espaces maritimes, moins spectaculaire, n’en est pas moins méthodique. Omniprésents à la surface du globe, les Océans représentent 71 pour cent de la surface de la planète, avec une mention spéciale pour le Pacifique qui occupe, à lui seul, 50 pour cent de la superficie océanique mondiale. Si, depuis la haute antiquité, la mer a constitué un espace de jonction et de rapprochement entre les peuples, elle a aussi servi de théâtre à de retentissants combats navals (Trafalgar, Sawari), surtout appréciée par les stratèges en tant que lieu idéal de projection des forces à distance.

Le développement de prospection pétrolière off-shore, du câblage sous-marin et de la surexploitation de la pêche ont fait des océans un gigantesque gisement de ressources naturelles et animales.

Cinquante pour cent de la population mondiale vit sur une mince bande côtière de 50 kms le long des rivages et 75 pour cent du commerce mondial en poids, et 66 pour cent en valeur est assuré par le transit maritime, près de dix milliards de tonnes par an.

L’exploitation des ressources maritimes à, elle, quadruplé en 40 ans, passant de 20 millions de tonnes en 1950 à 80 millions de tonnes en 1990. La FAO estime, quant à elle, à quarante millions le nombre de personnes dans le monde vivant de l’économie du poisson, la filière pêche remployant, à elle seule, douze millions de personnes réparties entre pêcheurs, techniciens, artisans et commerçants.

La militarisation des voies maritimes figure d’ailleurs parmi les objectifs de Washington dans cette zone de non droit absolu qui relie la Méditerranée à l’Asie du Sud-est et à l’Extrême-Orient par le canal de Suez, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Dans ce périmètre hautement stratégique, les Etats Unis ont procédé au plus important déploiement militaire hors du territoire national, en temps de paix.

Le Monde arabe regroupe trois des principales voies de navigation transocéaniques, mais n’en contrôle aucune. Le détroit de Gibraltar, qui assure la jonction entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée, est sous observation de la base anglaise située sur le promontoire de Gibraltar, une enclave située sur le territoire de l’Espagne. La jonction Méditerranée-Mer Rouge est sous le contrôle des bases anglaises situées aux deux extrémités du Canal de Suez, les bases de Dekhélia et d’Akrotiri à Chypre, à l’entrée du canal par la Méditerranée et la base de Massirah au Sultanat d’Oman, à sa sortie.

Enfin, le passage golfe arabo persique Océan indien est sous l’étroit contrôle du chapelet de bases de l’Otan: le camp franco-américain de Djibouti, la base aéronavale française d’Abou Dhabi, le QG du Centcom du Qatar, et la base aéronavale américaine de Diego Garcia.

En vertu du principe de la liberté de navigation, la totalité des voies de passage transocéaniques, à l’exception du Détroit de Behring, sont sous contrôle de l’Occident. Du Détroit de Gibraltar au Détroit du Bosphore, au Détroit des Dardanelles, au Détroit de Malacca, au détroit d’Ormuz. La Chine a d’ailleurs réussira à contourner ce goulot d’étranglement en ce que sa «stratégie du collier de perles» lui a permis d’aménage d’un chapelet de ports amis le long de ses voies de ravitaillement, atteignant le cœur de l’Europe, avec la zone franche du Pirée.

«Usine du monde», la Chine importe aujourd’hui environ 30% de son pétrole. Selon les estimations de l’Agence pour l’Energie, elle importera 85% de son pétrole en 2025. L’équation énergétique chinoise place la Chine en situation «d’état d’urgence» d’approvisionnement énergétique qui explique son offensive à triple nouveau.

La recherche de bases-relais et de fournisseurs s’est accompagnée, parallèlement, de la modernisation significative de sa marine afin de contrôler les routes maritimes assurant son approvisionnement (sécuriser la route maritime vitale reliant les champs pétrolifères du Golfe persique à Shanghai en passant par le détroit d’Ormuz, le détroit de Malacca et le détroit de Formose, zone caractérisée par une forte présence des marines américaines et britanniques).

René Naba

Afrique ChineEndiguement euro américain de la Chine en Afrique et guerre psychologique.Chine/Afrique 2/4, 12 avril 2013

franceAfriqueLe jeu de la France: Défense du pré-carré en tandem avec Israël?Chine/Afrique 3/4, 19 avril 2013

Référence

1- Du Bon usage des principes universels, notamment du principe de la liberté de navigation, Cf. «Golfe: les enjeux sous-jacents du détroit d’Ormuz : http://www.renenaba.com/golfe-arabo-persique-les-enjeux-sous-jacents-du-detroit-d-ormuz/

«Justice internationale: Posture ou imposture» : http://www.renenaba.com/justice-penale-internationale-posture-ou-imposture/

Crise de la conscience islamique contemporaine

avril 7th, 2013 by Tariq Ramadan

De l’Asie au continent américain, en passant par le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe, le constat s’impose de lui-même à l’esprit de l’observateur et du chercheur : la conscience islamique contemporaine traverse une crise profonde. Comment être un musulman aujourd’hui ? Comment être fidèle à ses principes tout restant ouvert sur le monde ? Les musulmans ont-ils les moyens de gérer leur diversité et de dépasser les multiples divisions qui les minent ? Que peut-on espérer dans les sociétés majoritairement musulmanes en termes de nouveau modèle de développement, de projet éducatif, de justice sociale et d’alternative économique ? Quelles contributions originales la civilisation islamique millénaire peut-elle apporter au coeur du concert des civilisations et des cultures ? Partout les musulmanes et les musulmans, les individus comme les sociétés, se posent ces questions lancinantes. La crise dure depuis si longtemps et les réponses tardent à venir : la lumière au bout du tunnel semble n’être encore qu’une vue de l’esprit.

L’essence du message spirituel, religieux et philosophique de l’islam est à la fois claire et exigeante. L’être humain est un être libre qui doit assumer avec responsabilité cette liberté, en se recherchant spirituellement et intellectuellement la paix (as-salam). L’islam est une quête de paix : la paix du coeur comme la paix sociale, la paix entre les citoyens comme la paix entre les Nations. En cela son message est bien exigeant et nous invite à ne négliger aucune condition de la paix et à garder constamment à l’esprit l’ordre et la priorité des finalités. Si la fin ultime est de répondre au Créateur et de l’aimer, si l’espérance essentielle dépasse l’horizon de la vie d’ici-bas, il n’en demeure pas moins que le respect de la vie d’ici-bas (“N’oublie pas ta part [de bien et de bien-être] dans la vie d’ici-bas”), le savoir (un message “pour ceux qui sont doués d’intelligence”), la dignité (“Nous avons octroyé la dignité aux êtres humains”), la liberté (“Pas de contrainte en matière de religion”) et la justice (“Dieu commande la justice et l’excellence”) sont des valeurs et des principes qui sont des objectifs à atteindre, ici et maintenant. Les fins sont claires et imposent aux croyants, avec leur cœur, leur intelligence et leur être, de participer à ces jihad de l’humanité, de la dignité et de la conscience : libres, ils sont invités à s’engager à agir, avec toute l’intensité de leur foi, et à réformer leur être et le monde. L’espérance en l’Unique exige qu’ils ne perdent jamais espoir parmi les Hommes.

Les signes les plus manifestes, et les plus graves, de la crise de la conscience islamique contemporaine relèvent d’un double phénomène général qui s’exprime dans l’inversion des moyens et des fins, de même que dans le renversement de l’ordre de l’essentiel et du secondaire. Cette inversion et ce renversement résument les contours de la crise dans à peu près tous les domaines de l’agir humain ; voire même, en amont, dans le message spirituel de l’islam lui-même. Les croyants sont invités à vivre en étant nourris de cette présence de l’Unique, en agissant en conscience “comme s’ils le voyaient” ; or voilà que certains agissent en Son nom et oublient pourtant cette finalité pour finir par être obsédés par leurs propres actions, leurs organisations, leurs mouvements, voire le pouvoir ou l’argent. Les moyens se sont substitués aux fins et l’essence même de l’édification spirituelle de l’action s’est perdue : comme un être qui finirait par fixer son attention sur le rituel des gestes de son corps et en négligeait l’élévation de son cœur. Face à cette réalité, d’aucuns ont cherché dans les enseignements spirituels, ou dans des cercles mystiques, des moyens de résister à ces dérives. Certains ont trouvé un réel équilibre mais on voit chez d’autres des excès inquiétants. Alors que la spiritualité devait aider à changer la vie, les voilà vivant leurs expériences spirituelles à côté de leur vie, laquelle reste peu influencée par les enseignements et spirituels et éthiques. D’autres encore décident de livrer presque entièrement leur cœur et leur être à des guides et des maîtres qu’ils idéalisent, tout en s’infantilisant dangereusement, alors que le but ultime du message islamique consiste à former des êtres libres, responsables et autonomes dans leur relation à Dieu et aux Hommes. Voici venir l’époque dangereuse d’une spiritualité musulmane quelque peu pervertie qui enfante des êtres potentiellement schizophrènes et/ou gravement assistés. L’éducation des cœurs qui devait rappeler aux êtres humains les finalités de leur existence finit par négliger l’enseignement essentiel. L’exil spirituel est un moyen dont l’objectif ultime est la réconciliation de l’être avec son cœur dans l’humilité et la paix. S’exiler pour s’exiler pourrait bien en ce sens être un piège de l’ego qui devait être maîtrisé et qui pourtant, malicieusement, triomphe encore. Une inversion pernicieuse.

C’est cette même inversion que l’on retrouve lorsque l’on étudie la question des règles islamiques (le licite et l’illicite, le halal et le haram) dans le monde contemporain. Qu’il s’agisse de la pratique personnelle et des règles sociales, voire des législations appliquées, on fait face au même phénomène : une hypertrophie de la norme qui limite, interdit et accuse dans l’oubli des objectifs supérieurs pour la réalisation desquelles ces règles et ces lois ont été établies au premier chef. Au-delà même des courants les plus littéralistes, on perçoit ce réflexe chez un grand nombre de juristes (fuqaha) et de croyants ordinaires confondant le respect d’une norme – sans tenir compte du contexte et des objectifs – avec la fidélité à sa finalité. La règle devait être un moyen, la voilà transformée en but en soi. Il faut dire et répéter que des règles claires et immuables (pratiques, devoirs, interdits) existent et qu’il faut les respecter. Il faut néanmoins ajouter que certaines prescriptions nécessitent la compréhension du contexte si on veut rester fidèle à leur raison d’être. Des questions de fond sont ainsi négligées : la surdétermination des normes permet de légitimer des attitudes, licites légalement, qui ne respectent pas l’éthique islamique en matière de comportement. Le traitement des animaux est un exemple parmi d’autres : la focalisation sur le caractère licite de la viande égorgée selon les strictes règles islamiques amène à négliger, et à ne pas remettre en cause, l’inacceptable traitement des animaux de leur vivant (et ce même chez les musulmans). Les exemples de la sorte sont légions : le caractère licite de la règle n’offre pas forcément la garantie du fondement éthique du comportement. Cela est vrai dans le domaine de la justice sociale, des relations hommes-femmes, du racisme, du pluralisme, etc. L’obsession de la norme transforme cette dernière en finalité et non plus en moyen, et inverse les priorités : l’essentiel s’oublie et se perd. Le Messager (PBDL) avait pourtant clairement traduit le sens de sa mission, au moyen des règles et au-delà de celles-ci : “J’ai été envoyé pour parachever [accomplir], les bons comportements [les comportements éthiques]“. Une règle ne vaut que par la finalité qui lui donne sens : prier sans se souvenir de l’Unique n’est plus prier.

La crise est profonde et exige un réveil, un renouveau, une révolution – au sens littéral – de la pensée. Ce que révèle ces confusions et ces inversions tient, en amont, à un état d’esprit, à une psychologie collective, qui, depuis des générations, a intégré – jusqu’à en faire une seconde nature – cette idée du dominé qui doit se protéger au moyen des règles, des prescriptions, des interdits, au point de dénaturer le sens même des enseignements islamiques. Façonné par cette psyché du dominé sur la défensive, la norme est effectivement pensée comme un objectif en soi, une limite, un cadre à affirmer pour prévenir la perte de soi, l’aliénation, voire la dissolution. Cette attitude, naturelle comme un premier réflexe de survie, ne peut que produire une crise de confiance et de sens si l’on s’y enferme. On le constate aujourd’hui.

Nous assistons à la fin d’un cycle comme l’histoire de la civilisation islamique en a connu de nombreux. D’autres savants et penseurs, de nouvelles générations, vont émerger et accompliront cette réforme fondamentale des esprits qui lisent les Textes sacrés et l’Univers de façon renouvelée, fidèle et courageuse. Des femmes et des hommes qui portent le projet d’une réforme des consciences, qui résistent à la déshumanisation de leur être spirituel, qui refusent le monde tel qu’il est et s’engagent à réformer les cœurs et les sociétés, non pas pour s’adapter à ce qu’ils sont devenus dans leur malaise et leurs errances, mais pour les transformer et les mener à ce qu’ils devraient être, dans la liberté, la dignité, et la paix.

Tariq Ramadan

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

VIDÉOS : La ville d’Alep victime de la terreur des groupes dhjiadistes

avril 7th, 2013 by Mondialisation.ca à la Une

Dans « Alep la citadelle » – un documentaire en cinq épisodes diffusé par Syria TV – le journaliste Rafiq Lutef parle de la souffrance de ses concitoyens confrontés à la violence d’ “opposants” armés qui mettent leurs foyers à feu et à sang les contraignant à fuir.

Selon Rafiq Lutef, plus de 80 % de la population d’Alep soutenait [lors de son reportage fin 2012 - Ndlr] le président Bachar el-Assad et la résistance de l’armée régulière face aux agresseurs dhjiadistes.

Cet aspect a été totalement occulté par les fameux reporters envoyés à Alep, « la mère de toutes les batailles », par Le Monde (Florence Aubenas), Radio France (Omar Ouaman), Télévision suisse romande (Sébastien Faure (http://www.lesobservateurs.ch/2012/10/16/probleme-de-credibilite-a-la-rts/), etc…, embarqués par le réseau d’ « opposants » armés et financés par des puissances étrangères en violation des conventions internationales ; « opposants » faussement présentés comme des « combattants de la liberté », alors qu’ils ne représentent en rien le peuple syrien endolori et « las de devoir démentir tous les mensonges colportés par les médias étrangers. » (*)

Il convient de préciser que les faits relatés ici par le journaliste Rafiq Lutef, datent de fin 2012. Contrairement à ses pronostics, la situation à Alep, à Homs, à Damas ne s’est malheureusement pas améliorée. Les mercenaires islamistes de toutes nationalités, que l’armée gouvernementale peine à contenir, continuent d’affluer de plus en plus nombreux en Syrie, via la Turquie notamment, et d’aller grossir les rangs des troupes dhjiadistes que l’on qualifie honteusement dans nos médias traditionnels « révolutionnaires, résistants », alors qu’ils dévastent le pays, massacrent, prennent la population en otage…


Les dessous de la « bataille » d’Alep

Alep la citadelle – Première partie, 11/11/ 2012

Alep la citadelle – Deuxième partie, 24/11/2012

Alep la citadelle – Troisième partie, 1/12/2012

Alep la citadelle – Quatrième partie, 9/12/2012

Alep la citadelle – Cinquième partie, 2/01/2013


Post scriptum

Rafiq Lutef, un journaliste vedette en Syrie, montre une toute autre réalité de son pays que celle propagée par les reportages des « grands reporters » occidentaux qui ont pris le parti d’y entrer illégalement, accompagnés par les réseaux terroristes et dhjiadistes alimentés de l’extérieur, et dont il se sont appliqués, dès le début du conflit, à occulter les crimes et à propager la propagande. Raison pour laquelle ils persistent à vouloir disqualifier les témoignages reflétant l’opinion de la très grande majorité de Syriens qui soutiennent le gouvernement légal et les forces armées régulières dont ils réclament la protection.

Aux yeux des Syriens patriotes, les Syriens qui eux attribuent systématiquement à Damas les crimes commis par les bandes de dhjiadistes (formées de mercenaires venant d’Albania, de Tunisie, de Libye, du Kosovo, d’Arabie Saoudite, etc ), ne sont rien d’autre que des traîtres. C’est notamment le cas de ceux qui disent représenter l’opposition extérieure, et témoigner au nom des Syriens de l’intérieur, tels Bassma Kodmani, Radwan Ziadeh, Ausama Monajed, Hala Kodmani, Burhan Ghalioune, Moulhem Droubi, Moath al-Khatib, Haissam Almaleh, Farouk Taifour, Lama Atassi, Souheir Atassi, Randa Kassir, Rami Abdul-Rahman, pour ne citer que les noms les plus prisés par les politiciens et les médias occidentaux. Ceux-ci devraient avoir la décence de s’excuser auprès du public qu’ils induisent en erreur depuis deux ans.

Silvia Cattori

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Note de la rédaction

Les élections italiennes de février dernier ont mené à une impasse et le pays n’a toujours pas de gouvernement plus d’un mois plus tard. Selon un récent sondage, de l’institut SWG publié le 5 avril, les partis de Pier Luigi Bersani, de Silvio Berlusconi et de l’ex-humoriste Beppe Grillo récolteraient environ le même pourcentage des intentions de vote si des élections législatives se tenaient en avril. Pour l’auteur Massimo Fini, le gagnant importe peu, car en démocratie il n’y a toujours qu’un seul perdant : le peuple. Voici un extrait de son livre Le vice obscur de l’Occident & La démocratie et ses Sujets

 

À chaque scrutin électoral, il n’y a qu’un seul perdant à coup sûr, et ce n’est pas la faction qui a perdu, mais bien le peuple festoyant, ainsi que celui qui est resté à la maison à ruminer sa rancoeur pour les mêmes raisons absurdes qui poussent l’autre à descendre dans la rue. Que ce soit le Milan ou l’Inter qui gagne, c’est toujours au spectateur de payer le spectacle. Quant aux joueurs, la plus grande part du butin va certainement aux gagnants, mais les prix de consolation ne manqueront pas pour les perdants. Il existe en fait entre les oligarchies politiques, peu importe ce qu’elles disent pour s’en défendre, un pacte tacite pour que le jeu ne dérive pas vers des conséquences extrêmes. Cela ne conviendrait à personne. Il y a toute cette vaste zone publique et semi-publique qui permet de consentir de justes avantages aux perdants, s’assurant ainsi que la prochaine fois si la partie s’inverse, la faveur sera rendue. Même si elles sont en compétition pour le pouvoir, les oligarchies politiques sont unies par un intérêt commun qui prévaut sur tous les autres : l’intérêt de classe. Celui de la classe politique, avec ses franges, la seule classe qui ait pratiquement survécu.

Dans son ensemble, elle n’est pas très différente de la nomenklatura soviétique dont l’objectif premier est l’autoconservation, le maintien au pouvoir avec les avantages qui en découlent. L’ennemi mortel d’une oligarchie n’est pas tant une autre oligarchie, avec laquelle on peut toujours trouver un accord (puisque l’on appartient à la même classe, on participe au même jeu, on s’exhibe le jour devant les écrans de télévision et l’on va aux mêmes dîners, clignant de l’oeil, presque incrédule d’avoir réussi à gagner à la Grande roue de la Fortune), mais plutôt le peuple que l’on vampirise et dont on force l’adhésion une fois tous les cinq ans, peuple qui doit être tenu en laisse et à bonne distance des arcanes du pouvoir démocratique, pour qu’il puisse continuer à croire, ou au moins à feindre de croire au jeu. Le très libéral auteur américain John Hertz écrit apertis verbis (explicitement) : « Plus une organisation est démocratique ‘‘sur le papier’’, c’est-à-dire ‘‘par la loi’’ ou dans ses intentions, plus les stratèges qui sont aux positions-clefs estiment nécessaire d’asseoir leur poids, leur position et le fait qu’ils sont indispensables aux fins de se défendre du contrôle populaire. » Tout comme dans l’Ancien Régime, une oligarchie politique ne perd jamais son statut : il pouvait arriver qu’un noble soit ruiné, mais il ne perdait pas pour autant ses privilèges de caste.

En démocratie, les membres des oligarchies politiques peuvent être battus et sortir de la scène sans toutefois perdre leurs privilèges, qui ne sont pas, comme dans le monde féodal, ceux du sang mais ceux de l’argent. On a vu des footballeurs ou des chanteurs célèbres, des acteurs de renommée internationale, des artistes et des gens de lettres récompensés par la Patrie, finir dans la misère et le désespoir, mais jamais un homme politique. Si les « retraites dorées » n’y suffisent pas, on lui trouve toujours un recoin douillet et bien rémunéré.

Rien de nouveau sous le soleil : la démocratie n’est pas un régime différent des autres. C’est seulement l’une des nombreuses formes, peut-être la plus sournoise, que le pouvoir oligarchique ait prises au cours de l’Histoire. Là où certains avaient inventé le droit du sang, eux ont inventé le consensus démocratique. La démocratie libérale renonce a priori à l’égalité substantielle, mais elle est têtue comme une mule quant à l’égalité formelle de tous les citoyens devant la loi. Il suffit d’évoquer la fameuse phrase du libéral Giolitti, « Les lois, on les applique aux ennemis, mais pour les amis, on les interprète, » pour démonter cette fable.

Les oligarchies politiques se soutiennent tout d’abord mutuellement, par toute une série de garanties et d’immunités face à la loi pénale. Et quand cela ne suffit pas, il y a toujours le contrôle du pouvoir judiciaire. Dans certaines démocraties, le judiciaire dépend formellement de l’exécutif (n’en déplaise à Montesquieu et à son principe de séparation des pouvoirs, base du libéralisme), dans d’autres, le contrôle advient de manière plus indirecte, mais toujours effective. Dans des cas extrêmes, quand les filtres habituels n’ont pas fonctionné, et qu’un personnage particulièrement important tombe entre les griffes de la magistrature, les oligarchies n’hésitent pas à violer ouvertement le principe d’égalité formelle, en constituant une immunité ex post et propter hoc, ou exceptionnelle, comme cela s’est produit en Italie avec l’honorable [« onorevole », se dit d’un parlementaire ou d’un sénateur en Italie – NdT] Berlusconi ou en France avec le président Chirac.

Ces cas restent toutefois limités. Normalement, il est tacitement accepté que les membres des oligarchies jouissent de fait d’un droit partiellement différent de celui que les autres citoyens sont tenus de respecter. Du reste, les oligarchies ne sont pas intéressées par une impunité face à tous les délits, qui serait par trop impudente et difficilement tolérée, mais seulement face à ceux auxquels elles sont les plus exposées. Ce ne sont pas les crimes de sang, contre lesquels elles n’ont pas la nécessité de se protéger, habituées qu’elles sont de vivre de parole, et pour lesquels elles n’ont ni l’audace, ni le tempérament, pas plus que le courage ou la sombre grandeur qu’il faut pour ce genre de méfaits. Il s’agit plutôt des délits financiers commis avec l’outil distanciateur de l’argent, et pour lesquels suffit l’astuce un peu vile conjuguée à la force du chantage offerte par le pouvoir. N’oublions pas qu’en démocratie, les oligarchies pour ainsi dire « légales » doivent cohabiter avec celles illégales des mafias, ou du crime organisé. Un pouvoir centralisé fort ne peut tolérer d’être partagé avec d’autres. Il est significatif que seul le fascisme ait combattu sérieusement la mafia, allant jusqu’à la mettre en déroute. Un pouvoir fragmenté, et donc relativement faible, doit accepter quant à lui d’être partagé avec n’importe quel autre groupe, peu importe qu’il soit criminel, dès lors qu’il a la capacité d’atteindre un certain niveau d’organisation et de force.

D’ailleurs, la ligne qui sépare les oligarchies légales et les oligarchies criminelles est bien mince. Les valeurs sur lesquelles ces groupes s’agrègent et se protègent de l’extérieur sont les mêmes : fidélité, loyauté, omerta et respect des rapports hiérarchiques, et leurs méthodes coïncident également. Le dessous de table politique n’est rien d’autre qu’un «pizzo » [forme de racket pratiquée par les mafias italiennes – NdT], même si la sanction du non-paiement n’est pas le sang, mais la perte du travail. La démocratie, en substance, est un système de mafias, certaines avec des activités essentiellement légales, d’autres avec des activités principalement criminelles. Disons que si pour les oligarchies politiques, les activités criminelles sont une conséquence et un appui de celles qui sont légales, pour les oligarchies de type mafieux, c’est l’inverse : les activités légales sont une conséquence, un soutien et une couverture de celles qui sont criminelles.

Cette cohabitation crée un écheveau de rapports indicibles et jamais confessés entre les oligarchies politiques et criminelles, où les premières, qui représentent en quelque sorte l’État dont elles se sont emparées, ont tout intérêt à garantir une impunité relative aux activités illégales des secondes, et à les couvrir de manière à ce qu’à partir d’elles, on ne puisse pas remonter à leurs propres activités illégales. Les oligarchies économiques jouissent aussi d’une certaine impunité, que ce soit parce que la plupart de leurs activités illégales sont conduites de concert avec les oligarchies politiques, ou parce qu’elles doivent vraiment dépasser les bornes avant d’être poursuivies (comme Enron ou Parmalat).

[...]

Le vice obscur de l’Occident & La démocratie et ses Sujets

Une critique sans concessions de la modernité et de la démocratie libérale. Une profonde réflexion sur la place de l’Homme dans la société moderne

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La métamorphose du capitalisme

avril 7th, 2013 by Gilles Bonafi

La métamorphose du capitalisme, c’est à dire la fusion du capitalisme de marché et du capitalisme d’état est une longue histoire…

Ce qui importe ici est d’analyser la lente évolution de la pensée économique pour adapter un système basé sur l’objet c’est à dire, la production de marchandises. La production (socialiste ou capitaliste) est donc devenue l’alpha et l’oméga des économistes, et, le coeur de la pensée marxiste :

« La production des idées, des représentations et de la conscience, est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes: elle est le langage de la vie réelle. »

Source : Marx : L’Idéologie allemande

Karl Marx a passé sa vie à chercher et analyser les failles du capitalisme avec un objectif qui ne peut que nous laisser perplexe : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer. »

Source : Marx : Thèses sur Feuerbach (thèse XI)

Tout d’abord critiqué, diabolisé, les analyses de Karl Marx ont peu à peu envahi la pensée économique. L’histoire lui a pourtant donné tort. En effet, la révolution marxiste devait être la révolte des travailleurs contre les « classes bourgeoises exploitantes », or, dans la Russie de 1917 (la Chine aussi plus tard), la « classe bourgeoise » était quasiment inexistante. Paradoxe de l’histoire, les révolutions « communistes » se sont déroulées dans des pays très peu industrialisés, sans réelle classe bourgeoise.

Cependant, Karl Marx avait parfaitement identifié l’étape indispensable menant au communisme : le socialisme. Il faut le rappeler, le communisme prône l’abolition du travail salarié (plus de classes) et de l’état, deux éléments clés du socialisme.

Le socialisme était donc pour Marx une étape nécessaire permettant de socialiser la production tout en conservant la forme du travail salarié. Dans ce système, l’état joue un rôle clé et organise un capitalisme centralisé. Les tentatives de mise en place d’un état socialiste redistributif ont cependant échoué, et, n’ont réussi qu’à accentuer les inégalités, à l’exemple de la Russie et la Chine.

Source : La fin du mythe égalitaire socialiste

La Loi de Pareto s’applique en effet partout et, dans les pays socialistes, la « nomenklatura » s’est emparée du pouvoir en se transformant en classe exploitante.

L’écrivain et prêtre français Félicité Robert de Lamennais qui publia Le Livre du peuple (pages 18-19) livrait, dès 1837, la quintessence du rôle de l’état, une véritable prophétie d’une cruelle actualité :

« Les prolétaires, ainsi qu’on les nomme avec un superbe dédain, affranchis individuellement, ont été en masse la propriété de ceux qui règlent les relations entre les membres de la société, le mouvement de l’industrie, les conditions du travail , son prix et la répartition de ses fruits. Ce qu’il leur a plu d’ordonner, on l’a nommé loi, et les lois n’ont été pour la plupart que des mesures d’intérêt privé, des moyens d’augmenter et de perpétuer la domination et les abus de la domination du petit nombre sur le plus grand.
Tel est devenu le monde lorsque le lien de la fraternité a été brisé. Le repos, l’opulence, tous les avantages pour les uns; pour les autres la fatigue, la misère et une fosse au bout
. »

Cependant, le capitalisme de marché est dans une situation aujourd’hui critique, et, nombreux sont ceux qui croient au “grand soir », à la grande révolution communiste, dont le socialisme est l’étape obligée. Pourtant, peu d’intellectuels ont véritablement compris que le socialisme était un capitalisme d’état. La seule réelle question étant en effet de savoir qui contrôle les capitaux, un contrôle dans lequel l’état joue un rôle énorme, y compris dans les économies de marché. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi le livre culte de Marx s’intitulait Le Capital, le coeur du problème.

Karl Marx est donc encore systématiquement étudié et influence aujourd’hui l’ensemble des penseurs de l’économie.

Marx était par exemple le plus fervent défenseur de la théorie quantitative de la monnaie. Or, et je l’ai démontré à l’aide de la fameuse loi de Fisher pour consommer il faut équilibrer la masse monétaire avec la quantité de marchandises. Une société consumériste (du latin consumere, qui se consume) transforme en effet tout en exponentielles et en particulier les marchandises, ainsi que la monnaie. La finance n’est donc que le dernier avatar d’un système condamné à disparaître à brève échéance.

Au moment où le capitalisme s’effondre, les évènements s’accélèrent. En effet, le capitalisme est en pleine métamorphose et pour survivre, tente de résoudre ses contradictions en empruntant systématiquement à celui qui les a compilées, Karl Marx.

L’analogie des contraires n’est pas qu’un simple concept, c’est le coeur même de tout mouvement de la pensée, de la psyché.

Le marché applique ainsi aujourd’hui à merveille les théories dites marxistes, mais dans un but inversé. Il faut en effet permettre la hausse tendancielle du taux de profit, augmenter la production et donc donner accès à la monnaie en grande quantité, ce qui nécessite des taux très bas. Le coût de la monnaie est ainsi devenu quasi nul pour les financiers, mais pas celui du travail, et l’on a donc réussi à faire d’une pierre deux coups :

  • l’inflation ne touche pas les détenteurs de grands capitaux.
  • le coût du travail devra s’ajuster c’est à dire baisser à l’exemple des USA, de l’Irlande, de la Grèce et de l’Espagne, etc, etc. En France cela a commencé en 2010 pour les ouvriers et employés (secteur privé et semi-public) et ce n’est que le début…

Pour mieux comprendre, il faut remonter le temps.

John Maynard Keynes (1883-1946), en 1936, fut ainsi l’un des premiers à expliquer que les marchés ne s’équilibraient pas sans intervention de l’état (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie).

Il est d’ailleurs remarquable de noter que les théories de Keynes ont été systématiquement mises en avant pour expliquer la sortie des USA de la crise de 1929. Ceci est totalement erroné, et ce, pour deux raisons :

  • le New Deal a été une politique initiée en 1933 par Roosevelt, soit trois ans avant la théorie « révolutionnaire » de Keynes. Cette dernière fut d’ailleurs le fruit d’un travail collectif inspiré en grande partie par les travaux de Richard Ferdinand Kahn. Il a en effet démontré en 1931 à travers son étude : « The Relation of Home Investment to Unemployment » le lien entre investissement intérieur et chômage. De plus, Kahn insista sur l’importance de l’intervention de l’état pour lutter contre le chômage, le thème central de son étude « The financing of public works » publiée en 1932 (le mythe de Keynes décrypté bientôt).
  • Sources : Richard Kahn : The Relation of Home Investment to Unemployment
  • Richard Kahn : The financing of public works and other publications
  • L’axe central de l’oeuvre de référence de Keynes publiée en 1936, la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, repose ainsi sur les travaux de Kahn et de l’économiste suédois Knut Wicksell qui prônaient l’intervention de l’État dans l’économie. Parler de la politique Keynésienne de Roosevelt est un non sens historique et Keynes n’a d’ailleurs fait que compiler les travaux du cercle d’économistes nommé The Cambridge Circus.
  • Roosevelt n’avait d’ailleurs jamais entendu parler de Keynes lorsqu’il instaura le New Deal.  Il ne rencontra Keynes que le 28 mai 1934 et l’entrevue se passa très mal.
  • Encore un mythe qui s’effondre aujourd’hui (Le larousse doit réviser sa copie). Cela fait étrangement penser à Walter Lippman, un « grand » journaliste américain et ami de Keynes qui décrivait la « fabrique du consentement » dans son oeuvre culte Public Opinion (1922) : « pour mener à bien une propagande, il doit y avoir une barrière entre le public et les évènements. »
  • Source : Walter Lippman : Public Opinion, Chapter II Censorship and Privacy part 3

Avec Keynes, on a surtout construit un mythe dans le but de justifier l’intervention de l’état. Keynes fut d’ailleurs un des premiers à utiliser les mathématiques afin d’appuyer ses théories. Wittgenstein expliquait dans son Tractatus que : « les lois logiques sont des tautologies, elles ne disent rien sur le monde ». La tautologie étant une proposition tournée de manière à ce que sa formulation ne puisse être que vraie, nous comprenons mieux pourquoi les économistes utilisent tant les mathématiques.

Le mathématicien Kurt Gödel (1906-1978) est ainsi devenu célèbre avec son théorème d’incomplétude qui démontre les limites de notre compréhension du monde. Plus passionnant encore et surtout méconnu, son théorème d’inconsistance développe le fait qu’une démonstration mathématique peut servir à expliquer tout et son contraire.

Les travaux de Gödel nous enseignent que l’homme (et sa prétention de connaissance) tourne en rond autour de lui-même.

Marx révélait d’ailleurs le fameux pot aux roses (que nos « grands » intellectuels connaissent parfaitement) dans une lettre à Friedrich Engels (15 août 1857) qui est très peu diffusée :

« Il est possible que je me sois mis dans l’embarras. Mais avec un peu de dialectique, on s’en tirera toujours. J’ai naturellement donné à mes considérations une forme telle qu’en cas d’erreur, j’aurais encore raison. »

Source : Karl Marx, lettre à Friedrich Engels, 15 août 1857

Mais revenons à nos moutons…

L’économiste Joseph Schumpeter, dès 1942, dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et démocratie, développa l’analyse imputée à Keynes et affirma l’importance des travaux de Marx. C’est en 1954 qu’il réouvrit la boîte de Pandore en expliquant :« Marx fut l’un des premiers à tenter d’élaborer un modèle explicite du procès capitaliste. »

Il expliquait :

« L’évolution capitaliste n’aboutit pas seulement à un vide qui pourrait être indifféremment comblé par n’importe quel matériau : les hommes et les institutions sont, chemin faisant, transformés dans des conditions qui les séparent toujours davantage aux modalités socialistes. Chaque fois que la charpente capitaliste perd un de ses étançons, un obstacle au plan socialiste disparaît simultanément. À ces deux égards, la vision de Marx était juste. Nous pouvons donc nous y rallier en associant la transformation sociale spécifique qui se poursuit sous nos yeux avec l’évolution économique qui en est le moteur initial » (Schumpeter, 1979, p. 220).

Nous connaissons aujourd’hui la suite. De nombreux économistes ont donc étudié les problèmes économiques sous l’angle marxiste, afin, bien sûr, d’y apporter des solutions dans lesquelles l’état joue, bien sûr, un rôle clé. Il est remarquable de noter qu’un mouvement symétrique inversé s’opérait en Chine, un bel exemple d’union des contraires.

Ainsi, le Parti communiste chinois fit un virage à 360 degrés en avouant ce que préconisait Schumpeter : « Le plan et le marché sont des moyens de régulation économique indispensables dans l’étape du développement de l’économie marchande sur la base de la grande production de socialisation. »

Source : French.china.org.

Pour comprendre la fusion en cours, il convient d’étudier les fondamentaux du capitalisme et surtout son premier credo qui relève de la foi la plus mystique : la concurrence pure et parfaite.

Comme je l’ai déjà écrit, cette loi est au coeur de la théorie de l’équilibre général, le pilier de la pensée économique du capitalisme de marché.

La science économique a d’ailleurs passé son temps (en vain) pour tenter de justifier ce que le moindre commerçant sait depuis toujours, c’est à dire que la concurrence pure et parfaite n’existe pas. Il suffit de demander aux représentants des diverses mafias (triades, etc) pour qu’ils expliquent que la concurrence pure et parfaite possède un médiateur très persuasif : un révolver.

Le livre Gomorra de Robert Saviano (2007) illustre à merveille l’inanité d’un tel paradigme qui est , rappelons-le, un des piliers du capitalisme.

Cependant, il ne faut pas trop vite enterrer un système dont la quintessence est basée sur la compréhension profonde de l’homme : l’équilibre par la confrontation des désirs de puissance, du « mal » par le « mal », la concurrence.

Adam Smith résumait parfaitement cette idée :

« C’est dans le conflit des forces opposées que la science cherche l’ordre et l’équilibre : la guerre perpétuelle est selon elle le seul moyen d’obtenir la paix ; cette guerre s’appelle la concurrence. »

Notre système économique, et c’est le grand secret des fractales, n’est que le reflet de ce que nous sommes.

Donc, Léon Walras, dans son ouvrage : élément d’économie pure (1877), développa ce postulat de base du capitalisme : « le système des prix au sein d’un système décentralisé et concurrentiel permet l’équilibre économique général ». Or, on oublie trop souvent que cela exige de maintenir les conditions de la concurrence.

Pour l’économiste et mathématicien japonais Morishima (1923-2004), l’équilibre général n’était possible qu’à condition que l’Etat intervienne.

Il associa ainsi Marx et Walras dans ses recherches et participa au développement du Toyotisme.

Professeur à Oxford, Yale et surtout à la prestigieuse London School of Economics, son influence fut énorme dans les années soixante-dix au Japon. Il faut tout de même rappeler que la London School of Economics fut fondée en 1895 par George Bernard Shaw, Graham Wallas, Beatrice et Sidney Webb, tous membres exécutifs de la très socialiste Fabian Society.

Source : London School of Economics

L’amélioration continue, le célèbre Kaisen, et l’endoctrinement devinrent les bases de l’industrie japonaise avec le succès que l’on connait. Morishima, vers la fin de sa vie, prédisit malgré tout l’effondrement total d’un système basé sur l’augmentation permanente (les exponentielles) de la production.

Force est de constater l’incapacité totale de la science économique à maîtriser quoi que ce soit.

En France, face aux critiques de plus en plus nombreuses du modèle de Walras, Gérard Debreu en collaboration avec Kenneth Arrow publia en 1954 une contribution « exceptionnelle », intitulée Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy qui était sensée prouver l’existence d’un équilibre général en économie de marché.

Lorsque la crise monétaire fit rage (fin des accords de Bretton Woods en 1971), faisant voler en éclat la loi de l’équilibre général, Debreu « adapta » ses travaux et le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu apparut (1972-1974). Il démontrait qu’il n’y avait pas d’équilibre général unique et stable et surtout qu’il fallait coodonner les acteurs économiques afin de fixer les prix, rôle dévolu à l’état, un magnifique exercice de contorsionniste et, surtout, un bel exemple d’application du théorème d’inconsistance de Gödel.

L’économie centralisée planifiée unifiant le marché et l’état, le seul modèle efficace pour beaucoup, reposait désormais sur une « solide » base théorique.

Face à tant de « génie » et une telle « prouesse », Debreu reçut en 1983, le « prix Nobel » d’économie.

Pour démontrer l’importance du problème de la fixation des prix, il faut souligner que l’article 105 alinéa 1 du Système européen des banques centrales (SEBC) déclare que « L’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. »

Source : BCE

L’obsession est en effet de ne mettre aucun frein aux saints sacrements, acheter et vendre mais surtout, produire et consommer, les « deux fonctions essentielles de l’homme » pour Ricardo, le mentor économique de Marx.

Marx, plus subtil et secret que l’on ne pense avait d’ailleurs parfaitement compris les implications d’un tel idéal : « L’aspect de la monnaie ne trahissant point ce qui a été transformé en elle, tout, marchandise ou non, se transforme en monnaie. Rien qui ne devienne vénal, qui ne se fasse vendre et acheter ! La circulation devient la grande cornue sociale où tout se précipite pour en sortir transformé en cristal monnaie. Rien ne résiste à cette alchimie, pas même les os des saints et encore moins des choses sacro-saintes, plus délicates, res sacrosanctoe, extra commercium hominum.»

Source : Karl Marx, Le Capital, Livre I p 222 (folio essais)

Mais revenons de nouveau à nos moutons…

Pour recevoir un « prix Nobel » d’économie, il y a 3 règles :

  • identifier un dysfonctionnement de l’économie de marché.
  • démontrer que l’intervention d’un organisme de régulation le résoudra.
  • utiliser les mathématiques (théorême d’inconsistance) pour transformer le tout en tautologie et, abracadabra ! (ou plutôt Emstrang Gram Bigà bigà ic calle Gram…).

Le « prix Nobel » d’économie 2012 a donc été attribué à Loyd Shapley et Alvin Roth.

Ils ont ainsi démontré, à l’aide des mathématiques, qu’une économie de marché efficace, c’est à dire permettant l’ajustement de l’offre et de la demande, impliquait un capitalisme de marché centralisé et planifié. Deux « grands » économistes qui ont tout compris.

Cependant, l’essentiel n’est pas là.

En effet, Léon Walras dans son ouvrage Éléments d’économie politique pure, ou théorie de la richesse sociale (1874) révélait le grand secret de l’économie :

« A l’état d’équilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni bénéfice ni perte. »

Cette petite phrase, d’apparence anodine, est nettement plus « révolutionnaire » que la baisse tendancielle du taux de profit (qui est fausse).

Cette loi, implique en effet que l’équilibre général soit contrôlé de façon à générer le fameux bénéfice, d’où l’intérêt des producteurs de fixer eux-même les règles, et pour cela, rien ne vaut l’état.

On comprend mieux ainsi l’importance de la régulation.

Michel Aglietta a publié en 1976 le livre fondateur « régulation et crise et capitalisme » fille de la théorie du Capitalisme monopolistique d’État (CME) dans laquelle, selon Herzog et Boccara, les appareils étatiques sont mis au service de l’économie afin de limiter la baisse tendancielle du taux de profit pour les capitaux et l’initiative privés. L’état doit donc intervenir en prenant comme postulat une théorie totalement fausse (la baisse tendancielle du taux de profit) tout en masquant la pensée de Walras et ses implications. L’état est en effet obligé d’intervenir (fixer les prix et réguler le secteur bancaire) pour qu’un petit nombre « d’élus » puissent continuer à s’enrichir.

Pour approfondir : Nouveau capitalisme

L’idée d’une régulation de l’économie par l’état est vieille comme le monde et les économistes ultralibéraux n’y échappent pas.

Dans Capitalism and Freedom (1962, chap. 1, p. 15), Milton Friedman indiquait que « l’existence d’un marché libre n’élimine évidemment pas le besoin de gouvernement. Au contraire, le gouvernement est essentiel, à la fois pour déterminer les « règles du jeu », et comme arbitre, pour interpréter et faire respecter les règles qui ont été adoptées. »

Chomsky détruit d’ailleurs régulièrement le mythe du pur capitalisme de marché sans intervention étatique.

Keynes expliquait d’ailleurs que le contrôle bancaire (la fameuse régulation) serait mondial : « L’idée qui sous-tend ma proposition pour une Union Monétaire est simple, à savoir généraliser le principe essentiel du secteur bancaire… par l’établissement d’une Banque de Règlement internationale. »

Source : Keynes et le contrôle bancaire mondial

Cette idée reprend pour l’essentiel les idées de Marx :

« C’est dans le commerce entre nations que la valeur des marchandises se réalise universellement. C’est là aussi que leur figurevaleur leur fait vis-à-vis, sous l’aspect de monnaie universelle monnaie du monde (money of the world), comme l’appelle James Steuart, monnaie de la grande république commerçante, comme disait après lui Adam Smith. C’est sur le marché du monde et là seulement que la monnaie fonctionne dans toute la force du terme, comme la marchandise dont la forme naturelle est en même temps l’incarnation sociale du travail humain en général. »

Source : Le Capital, livre I p 235 (folio essais)

Le capitalisme, en pleine métamorphose, toujours en quête de nouveaux marchés et désirant désormais se « moraliser » a trouvé un nouveau prophète, l’économiste Jeremy Rifkin. Celui-ci veut donc quitter la révolution industrielle basée sur les énergies fossiles qui sont en train de mourir et se tourner vers ce qu’il appelle « l’énergie distribuée » (par les grandes multinationales), une variante de la multiplication des pains, mais contre espèces sonnantes et trébuchantes.

La nouvelle économie « le capitalisme vert » sera le parfait exemple d’intégration des marchés et de l’état car rien ne justifie plus la régulation (mondiale) que l’écologie. L’état taxe et construit les infrastructures, le marché distribue et ramasse la mise. Socialisation des investissements et pertes, privatisation des profits, une merveilleuse vision de l’avenir qui se met en place mondialement.

Par exemple le portugal a vendu ses aéroports au groupe Vinci, la Grèce brade tout (réseau électrique, ports, autoroutes, etc).

Le peuple nage dans le bonheur, ses impôts, la socialisation des coûts initiaux qui ont servi à financer ses infrastructures, vont bénéficier à de grandes multinationales.

Pas étonnant que l’ancien premier ministre grec (2009-11/11/11) Georges Papandréou, président de l’Internationale Socialiste, soit devenu enseignant à Harvard en tant que spécialiste de la crise. Son père Andréas Papandréou a d’ailleurs été premier ministre grec de 1981 à 1989 puis de 1993 à 1996. Le « contrôle » démocratique est désormais devenu héréditaire…

Source : Papandréou à Harvard

Alexis de Tocqueville (1805-1859), visionnaire, dénonçait « le despotisme démocratique » qu’engendrait la planification économique et déclarait par ailleurs : « Les Français veulent l’égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l’esclavage… La liberté n’existe pas sans morale, ni la morale sans foi. »

Alberto Alesina directeur du département d’économie d’Harvard (2003-2006) expliquait ainsi dans son ouvrage publié en 2006 (The future of Europe, Reform or Decline) que le modèle social européen était sur le déclin. A force de rationalité et de matérialisme, toute humanité disparaît…

Avec la crise, l’intervention de l’état devient la règle et, par exemple, aux USA, de nombreuses villes sont administrées par celui-ci.

Détroit a ainsi été mise sous tutelle en mars 2013 avec un administrateur et coordinateur exceptionnel (Kevyn Orr) qui possède les pleins pouvoirs et n’a plus besoin de soumettre ses décisions au conseil municipal. La démocratie locale est en voie de disparition aux USA!

Source : Detroit mise sous tutelle

Malgré tout ce « génie » déployé, la dernière tentative de survie de la pensée matérialiste est vouée à l’échec.

Notre système économique fonctionne en effet selon le triptyque : dette = consommation = travail qui ne génère que des exponentielles.

Comme je l’ai déjà écrit, l’intégrisme marchand a le don d’ubiquité et, l’obsession de la production de quantité du capitalisme a donc été inversée et remplacée par l’obsession de la quantité de production socialiste.

Les capitalismes de marché et d’état fonctionnent ainsi sur le même mode de pensée cartésien et matérialiste qui place l’objet et sa production au coeur du système. La contrepartie consiste à augmenter encore et toujours la quantité de monnaie, sa masse et sa vitesse, le vrai rôle de la finance.

En effet, une vision cartésienne et matérialiste finit par engendrer son corollaire, le culte de l’objet, de la marchandise et nous sombrons dans les affres de l’inconscient, c’est à dire de celui qui a perdu toute conscience. In fine, celui qui fixe réellement les prix, n’est pas l’Etat, mais notre inconscient, facilement manipulable. Le fétichisme de l’objet et son corollaire, le culte de la quantité, ont remplacé dieu, un monde dans lequel l’homme ne rencontre désormais que lui-même.

Freud est donc celui qui permettra, après Marx, de résoudre l’énigme de la valeur des marchandises. On comprend mieux ainsi en quoi Freud est le prolongement logique de Comte, Feuerbach et Marx, la lente descente dans les profondeurs, le mythe d’Orphée revisité.

L’égocentrisme, l’hédoniste et le narcissisme âprement combattus depuis l’aube de l’humanité sont aujourd’hui encensés, au coeur de la publicité et de l’étude de la valeur des objets. Danielle Allérès, économiste à la Sorbonne, responsable du Centre de Recherches luxe et Art expliquait ainsi qu’« un objet, un produit ou un service de luxe traduit toute l’amplitude des opportunités de choix d’un produit. Il répond, tout à la fois, à des facteurs rationnels de sélection d’objets ou de produits (revenu de l’acquéreur, prix des produits, rapport qualité-prix, …) et à des facteurs irrationnels (satisfaction personnelle de nature hédoniste, narcissique, égocentrique, …).

Source : valeur des objets

Peut-être un jour nous rendrons-nous compte que ce qui a un prix n’a que peu de valeur, mais ceci est une autre histoire…

Ainsi, comme le résumait fort bien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

La domination de l’homme par l’homme est donc la quintessence de l’économie quel que soit le « système » utilisé, ce qu’illustrait à merveille Thrasymaque, un sophiste de la Grèce antique du Vème siècle av J.C.

Dans la République, Thrasymaque révèlait ainsi la quintessence de l’économie politique et de la métamorphose en cours du capitalisme : « la justice naturelle est ce qui est le plus avantageux au plus fort ; et le plus fort est celui qui ne se trompe pas dans la compréhension de ce qui lui est avantageux. Le but de tous les hommes, ce qui rend vraiment heureux, c’est de mettre la puissance aux services des passions et des intérêts de celui qui la possède. L’injustice est sage et vertueuse. »

Gilles Bonafi

 

Gramsci, un penseur politique pour le XXIe siècle ?

avril 7th, 2013 by Domenico Losurdo

On sait que Gramsci salue l’octobre bolchevique comme la « révolution contre Le Capital » : démentant la lecture mécaniciste de l’œuvre de Marx, la révolution avait eu lieu dans un pays n’appartenant pas aux pays capitalistes les plus avancés. On sait moins que le refus du doctrinarisme caractérise aussi la vision gramscienne de la construction de l’ « ordre nouveau » : des enseignements précieux en dérivent pour une gauche qui voudrait comprendre les processus en acte dans des pays comme la Chine, le Vietnam et Cuba.

Revenons à l’article cité. Quelles seront les conséquences de la victoire des bolcheviques dans un pays arriéré et épuisé par la guerre ? « Ce sera, au début, le collectivisme de la misère, de la souffrance ». C’était un stade inévitable mais qui devait être dépassé « le plus rapidement possible ». Le socialisme ne coïncidait pas avec « l’ascétisme général » et le « grossier égalitarisme » critiqués par le Manifeste du parti communiste. Loin de se réduire à la répartition égalitaire de la misère, le socialisme exigeait le développement des forces productives. C’est pour obtenir ce résultat que Lénine introduit la Nouvelle Politique Economique.

La NEP est immédiatement lue par les populistes comme synonyme de restauration du capitalisme. Ce n’est pas l’avis de Gramsci qui observe en 1926 : la réalité de l’URSS nous place devant un phénomène « jamais vu dans l’histoire » ; une classe politiquement « dominante » se trouve « dans son ensemble » «placée dans des conditions de vie inférieures au niveau de vie de couches et d’éléments déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires qui continuent à mener une vie épuisante sont désorientées par le spectacle du « nepman couvert de fourrures et disposant de tous les biens terrestres». Pourtant ceci ne doit pas constituer un motif de scandale : le prolétariat ne peut ni conquérir ni garder le pouvoir s’il n’est pas capable de sacrifier «ces intérêts immédiats aux intérêts généraux et permanents de sa classe». Ceux qui dénoncent la NEP comme synonyme de retour au capitalisme ont le tort d’identifier couche économiquement privilégiée et classe politiquement dominante.

Le règlement de comptes avec le populisme nostalgique d’un monde encore en deçà de la grande industrie continue dans les Cahiers de prison : il y a dans l’« américanisme et fordisme » quelque chose qui, une fois détaché du système capitaliste d’exploitation, peut jouer un rôle positif dans les pays socialistes mêmes.  Pour eux aussi – lit-on dans le Manifeste- l’introduction d’ « industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe » est « une question de vie et de mort ».

Nous pouvons alors comprendre les difficultés des pays d’orientation socialiste. Ils sont appelés à lutter contre non pas une mais deux inégalités : celle en vigueur à l’intérieur du pays, l’autre qui garantit la prééminence économique, technologique (et militaire) des pays capitalistes avancés. La lutte contre les deux inégalités ne peut pas avancer à la même cadence.

Gramsci est l’auteur qui plus que tout autre a insisté sur le caractère complexe et contradictoire du processus de construction de l’ « ordre nouveau » : regarder ce processus avec suffisance et se laisser séduire par le « chant du cygne » de l’Ancien régime (qui peut parfois avoir une « splendeur admirable »), revient à délégitimer toute révolution.

De nos jours aussi le populisme joue un rôle négatif. Alors qu’à partir de la France, malgré la crise et la récession, se répand le culte de la « décroissance » cher à Latouche et en Italie à Grillo aussi, la gauche occidentale observe avec méfiance ou hostilité un pays comme la République populaire chinoise, issue d’une grande révolution anticoloniale et protagoniste d’un développement économique prodigieux, qui non seulement a libéré des centaines de millions de gens de la faim et de la dégradation mais commence enfin à mettre en question le monopole occidental de la technologie (et donc les bases matérielles de l’arrogance impérialiste).

Aucun doute : le populisme est loin d’être mort. Mais c’est justement pour cela que la gauche a besoin de la leçon de Gramsci.

 

Domenico Losurdo

Article publié sur L’Humanité du vendredi 22 mars 2013, sous le titre :

Des enseignements précieux pour la gauche

http://domenicolosurdo.blogspot.fr/2013/03/il-dossier-gramsci-pubblicato-su.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Le grand réarmement planétaire

avril 5th, 2013 by Jules Dufour

Le  processus de réarmement planétaire se poursuit allègrement en 2009 alors que les dépenses militaires continuent d’augmenter en exerçant une ponction importante de ressources qui devraient servir au développement humain. En même temps, la crise financière qui sévit à l’échelle mondiale pousse les gouvernements à prélever des sommes astronomiques dans les budgets nationaux pour sauver les avoirs des plus riches. Ces deux phénomènes combinés entraînent un processus d’appauvrissement généralisé et contribuent à la désintégration des sociétés.

Cet article a pour objectifs de décrire brièvement les interrelations entre ces deux processus et de proposer une alternative propre à promouvoir le développement, la sécurité et les droits humains pour tous.

I. Des dépenses militaires en hausse constante

Selon le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont été en hausse constante depuis 1998 (Figure 1). Elles ont atteint en 2007 la somme totale de 1339 milliards de dollars dont 45% correspondant à la part des États-Unis qui ont déboursé 541 milliards de dollars, c’est-à-dire 3,4 % de plus qu’en 2006. La Grande-Bretagne occupait la deuxième position avec des dépenses de 59,7 milliards de dollars. La Chine suivait de près avec 58,3 milliards de dollars et la France avec des dépenses de 53,6 milliards de dollars (radio-canada.ca).

En 2008, il importe de le rappeler, l’administration Bush, pour l’année fiscale allant d’octobre 2008 à septembre 2009, a alloué une somme de 3 100 milliards de dollars pour la défense y compris les dépenses pour les guerres de l’Afghanistan et de l’Irak. Le budget national de la défense des États-Unis atteindra cette année la somme de 606,4 milliards de dollars s’avérant le plus gros budget consacré aux dépenses militaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À titre de comparaison, celui de la Russie est de 33 milliards de dollars pour l’année fiscale 2007 et celui de la Chine, de 46,7 milliards de dollars (humanite.fr).

Figure 1. Les dépenses militaires mondiales 1988-2007

 

After a decline following the end of the Cold War, recent years have seen military spending increase

Source: globalissues.org

Avec les turbulences et les bouleversements causés par la crise financière globale il est permis d’anticiper une augmentation substantielle des budgets qui seront consacrés cette année et en 2010 à la défense et à la sécurité dans le monde, des dépenses effectuées au détriment du développement humain. Ce qui est encore en chantier c’est la modernisation de systèmes pour assurer la sécurité des infrastructures et des dispositifs nécessaires au bon fonctionnement et à l’expansion des complexes militaro-industriels. Les projets militaires sont, cependant, de plus en plus conçus pour une surveillance accrue des citoyens et pour mater les insurrections ou les révoltes populaires qui risquent de se multiplier au cours des prochaines années.


Les dépenses militaires en 2008.

 

II. Les dollars des plans de sauvetage recyclés dans le commerce mondial des armements

Il apparaît plus que probable que les sommes colossales inscrites dans les plans de sauvetage financier des grandes banques seront recyclées en grande partie dans le commerce mondial des armements à l’instar de ce qui a été réservé aux pétrodollars au cours des dernières décennies du vingtième siècle. Nous le pensons en raison des deux facteurs suivants: le premier concerne le taux élevé de concentration spatiale des ressources financières des plans de sauvetage dans les principaux pays exportateurs d’armements et le second réside dans les règles du fonctionnement intrinsèque du système capitaliste lui-même. 

Les principaux pays exportateurs et importateurs d’armements

Selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), cinq pays, les États-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, contrôlent 64% du commerce des armes dans le monde. En 2007, on a connu des transactions d’achats et de ventes d’équipements militaires de toute nature de l’ordre de 1130 milliards de dollars. Ce commerce a été l’affaire des États-Unis dans une proportion de 48% (degerencia.com).

Selon les données du dernier rapport du même organisme rendu public la semaine dernière, le commerce des armements a connu une augmentation de 22% entre 2002 et 2007. Les principaux acheteurs ont été la Chine, l’Inde, le Moyen-Orient et Israël. En Amérique latine, le principal acheteur d’armes classiques a été le Chili qui a fait l’acquisition de bombardiers F-18 hollandais pour la somme de 260 millions d’euros (utopiacontagiosa.wordpress.com).

Les modi operandi des opérations financières du capitalisme

Les modi operandi privilégiés par les banques sont d’investir dans les secteurs forts de l’économie et celui de la défense a toujours été favorisé en ce sens puisqu’il génère in se, étant en constante expansion, d’immenses profits tant pour les producteurs que pour les fournisseurs des armées nationales et, en conséquence, pour les investisseurs et bailleurs de fonds. Les diverses interventions des États occidentaux pour sauver l’économie capitaliste se sont matérialisées dans des plans de sauvetage qui, selon les dernières estimations (prisonplanet.com), totalisent la somme de 8.5 trillions de dollars (un trillion représente 1000 milliards). Cette somme énorme a été prélevée à même les budgets nationaux en menaçant le maintien des programmes sociaux et en fragilisant grandement les dispositions des conventions collectives de travail.

III. Le marketing des industries de la mort

Pour fomenter une recrudescence ou effervescence continue des dépenses militaires en vue de l’acquisition de nouveaux équipements et pour assurer la maintenance des installations et conserver le personnel requis il va de soi qu’il faille encourager le commerce international des armes. Des salons ou foires exposant les armements les plus modernes sur le marché  sont tenues un peu partout dans le monde. La semaine dernière, la Turquie accueillait à Istanbul (Figure 3) les «grands noms de l’industrie de la défense à l’occasion de la neuvième édition du salon international IDEF» (spyworld).

Ces foires se tiennent à l’ombre ou en catimini et les informations sur les contrats d’achats ou de ventes de matériel de guerre restent secrètes. Ils ne sont divulgués qu’au moment où ils constituent un levier politique au cours des campagnes électorales. C’est alors qu’ils sont dévoilés par bribes, en faisant partie du programme politique des partis susceptibles de former le gouvernement au pouvoir.

Cette foire, comme des dizaines d’autres qui se produisent chaque année sur tous les continents, permet aux producteurs et exportateurs d’armements de faire connaître leurs nouveaux produits à des acheteurs éventuels. Ainsi, à Istanbul, ce salon a hébergé, les 29 et 30 avril, 462 exposants en provenance de 45 pays. Un total de 42 délégations officielles étaient au rendez-vous. Il s’agit, en fait, de la plus importante foire commerciale de la Turquie (spyworld-actu.com).

Les équipements pour la guerre exposés

Les systèmes et équipements exposés concernent les dispositifs de défense terrestre, navale, aérienne et aérospatiale, de transport et d’activités logistiques de support et d’équipements et de matériaux pour l’approvisionnement des armées nationales (idef07.com).

Lors de la cérémonie d’ouverture :

«Le ministre de la Défense de Turquie a rappelé qu’auparavant les approvisionnements des forces armées turques se faisaient par des achats directs ou bien des productions communes, tandis qu’à partir de 2000, l’objectif de l’industrie de la défense a été de développer des conceptions personnelles dans les domaines prioritaires et de constituer une structure adaptée à la compétitivité internationale dans l’industrie de la défense, en s’orientant à des partenariats et coopération au cas où les possibilités de design n’étaient pas possibles et donné les informations ci-dessous : Tous les systèmes conçus en Turquie, sont des systèmes opérationnels et exportés à divers pays : systèmes de ciblage et vue de nuit, radio tactique, système radar de contrôle de tir, les véhicules blindés, les boat de patouille et de surveillance maritime, systèmes de défense aérienne basse altitude, simulateurs d’avion et hélicoptère, cartes électroniques, divers types de roquettes et armes… La plupart des projets sont des projets RD lancés avec TUBITAK en 2005, auprès des autres projets de recherche et développement (RD) soutenus par le Fonds de soutien à l’Industrie de défense et du ministère de la Défense nationale.» (trtfrench.com).

Le Canada est en lice avec quatre expositions en 2009 et 2010

Industrie Canada présente le calendrier de telles foires pour la période allant de mars 2009 à juillet 2010 (ic.gc.ca). Les 27 événements répertoriés seront tenus principalement dans les grands pays exportateurs d’armements tels que les États-Unis, l’Australie, l’Italie, la France et le Royaume-Uni et dans certains pays s’avérant parmi les bons acheteurs ou intermédiaires potentiels tels que le Canada, le Chili, Dubai ou Singapore. Au Canada, quatre salons auront lieu à Vancouver, à Halifax, à Montréal et à Ottawa. La capitale nationale accueillera CANSEC 2009 les 27 et 28 mai prochain  (defenceandsecurity.ca ). Il s’agit de la plus grande exposition de matériel de défense au Canada. CANSEC 2009 exposera les produits de la défense et les technologies avancées à l’intention des agences gouvernementales et les départements intéressés par la sécurité, la protection du public et les plans d’urgence.

CANSEC 2009 constituera la dixième du genre à se tenir à Ottawa, «ce qui démontre, selon les organisateurs, la grande valeur qui est accordée au fait de rassembler les praticiens de la sécurité avec les représentants de l’industrie. En reconnaissant l’importance de la sécurité nationale et continentale, dans la conjoncture actuelle, l’exposition présentera les capacités industrielles et les services offerts propres à aider le Canada à remplir ses obligations en matière de sécurité intérieure et internationale» (defenceandsecurity.ca).

On prend soin de noter que l’exposition est réservée exclusivement pour les employés du gouvernement, le personnel militaire et de la sécurité canadienne et les membres de l’Association canadienne des industries de défense et de sécurité (CADSI). Aucune exception ne sera accordée.

IV. Comme pour les dépenses militaires une autre vocation pourrait être donnée aux plans de sauvetage

Des investissements dans les secteurs de l’éducation, de la santé et dans la restauration et la protection de l’environnement seraient beaucoup plus rentables et de nature à profiter à tous. En effet, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reprises par le PNUE dans GEO-4 «les coûts et les bénéfices nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en matière d’eau et d’hygiène s’élevaient à un montant total d’environ 26 milliards de dollars avec des rations coûts-bénéfices allant de 4 à 14, Différents scénarios possibles préparés par la Banque mondiale bien que doublant les coûts estimés par l’OMS entraînent encore un ratio coûts-bénéfices de 3.2 à 1 et pourrait sauver la vie de plus de 1 milliard d’enfants âgés de moins de 5 ans à partir de 2015-2020» (PNUE, 2007, p. 492).  Selon les données du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), «la somme nécessaire au cours des 15 ou 20 prochaines années pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en vue de garantir la durabilité de l’environnement (objectif no 7) se situe probablement entre 70 et 90 milliards de dollars par an» (PNUE, 2007, p. 492).

Quelques organisations œuvrant pour la coopération internationale pour le développement ont essayé de mesurer l’ampleur ou le poids considérable de ces ressources financières qui ont été consenties pour sauver l’économie capitaliste des pays riches d’un naufrage inévitable. Selon Duncan Green, les sauvetages, globalement, en date de janvier 2009, selon les estimations d’Oxfam, montrent que les sommes accordées ou promises aux banques et aux autres services financiers jusqu’à alors étaient de l’ordre de 8.424 trillions de dollars, soit $903 milliards de fonds gouvernementaux, $661 milliards pour l’achat d’avoirs toxiques; $1.38 trillions de prêts et plus de $5.48 trillions pour garantir des dettes. Ce qui équivaut à plus de 1 250 dollars pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant de cette planète» (whitebandaction.org).

Selon le même auteur, la somme de 173 milliards de dollars serait le coût annuel pour mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde, c’est-à-dire, une somme qui permettrait aux 1.4 milliards d’habitants ayant un revenu inférieur à $1.25 par jour de sortir de leur état de pauvreté. Il concluait en soulignant le fait que les ressources allouées au sauvetage financier global seraient suffisantes pour mettre fin à la pauvreté dans le monde pour les 50 prochaines années (whitebandaction.org).

Conclusion

Le processus de réarmement planétaire ne semble pas, à nos yeux, hypothéqué ou même stoppé par la crise financière. Bien au contraire, les plans de sauvetage des économies fondées largement sur la production d’armements ne peuvent que leur être favorables comme c’est le cas pour les États-Unis et les membres de l’Union européenne L’impact de la débâcle financière s’avère très lourd pour l’ensemble des conditions de vie de la population mondiale. Elle ne peut que rendre encore plus vulnérables les populations pauvres ou déjà appauvries par l’augmentation du chômage et par les difficultés d’accès aux ressources vitales comme l’eau et l’alimentation.

Avec le grand réarmement et la crise financière combinés le monde est entré à l’intérieur d’une spirale de déficits et de dettes publiques gigantesques qui mettent en péril la protection des droits humains et des libertés fondamentales. Plus que jamais le processus d’appauvrissement de la majorité semble se développer à un rythme rapide (Michel Chossudovsky, La débâcle fiscale des États-Unis), car les solutions adoptées par les gouvernements ne sont propres qu’à accentuer la dynamique de cette spirale de la précarité, de l’esclavage, de la maladie et de la mort et ce dans le seul but de sauvegarder les avoirs et d’accroître le pouvoir des individus les plus riches de cette planète.

Jules Dufour

Références

AFP. 2009. Istanbul accueille l’industrie de la défense. Le 29 avril 2009. [Spyworld Actu]  > Défense > International. Istanbul accueille cette semaine les grands noms de l’industrie de la défense dans le monde à l’occasion de la neuvième édition du salon international IDEF. En ligne:http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article10581

AHMAD, Noora. Islamic.2009, Total Bailout Costs Estimated More Than Combined Historical Expenditures. Filed under: Business/Economy, January Volume I- 2009, National | Tags: Bailout. Le 2 janvier 2009.  En ligne : http://islamicpost.wordpress.com/2009/01/02/total-bailout-costs-estimated-more-than-combined-historical-expenditures/

ANNAN, Kofi A. 2005. Dans une liberté plus grande. Développement, sécurité et droits de l’Homme pour tous. New York, Nations Unies. Septembre 2005. 95 pages.

Army Recognition, En ligne: http://www.armyrecognition.com/index.php?option=com_content&task=view&id=818

APUNTES INTERNATIONALES. 2008. Panorama actual del comercio de las armas en el mundo (I parte). Cinco países controlan el 64% del comercio mundial de armas. Le 11 avril 2008. En ligne:http://www.degerencia.com/actualidad.php?actid=17834

BAUDET, Marie-Béatrice et Adrien de Tricornot. 2008.

Comprendre les plans de sauvetage. Le Monde.fr. Le 10 octobre 2008. En ligne :http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/18/comprendre-les-plans-de-sauvetage_1108469_1101386.html

BRUCE, Dr. 2008. The Real Cost Of The Bailout. Le 5 décembre 2008. Faith and Facts. En ligne :http://www.faithandfacts.com/2008/12/05/the-real-cost-of-the-bailout/

Calendrier d’événements du secteur de l’aérospatiale et de la défense 2007-2008:http://strategis.ic.gc.ca/epic/site/ad-ad.nsf/fr/ad03575f.html

Canadian Association of Defence and Security Industries – CANSEC :http://www.defenceandsecurity.ca/cansec2007/

COLECTIVO UTOPIA CONTAGIOSA. 2009. Nuevo informe del SIPRI sobre comercio internacional de armas.

En ligne: http://utopiacontagiosa.wordpress.com/2009/04/30/nuevo-informe-del-sipri-sobre-comercio-internacional-de-armas/

CORN, David. 2008.. That $700 Billion Wall Street Bailout May Be Closer to $3 Trillion. Mother Jones. Le 11 novembre 2008.  . En ligne; http://www.motherjones.com/mojo/2008/11/700-billion-wall-street-bailout-may-be-closer-3-trillion

CHOSSUDOVSKY, Michel. 2009. La débâcle fiscale des États-Unis. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 23 mars 2009. En ligne:http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12865

DUFOUR, Jules. 2006. Guerres ou Paix. Des mouvements de solidarité pour la survie de l’humanité. Le 4 octobre 2006.

En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=DUF20061004&articleId=3380

DUFOUR, Jules. 2007. Réarmer le Canada aux dépends du développement humain.

Pauvreté au Canada et priorité à la défense nationale. Centre de recherche sur la mondialisation, Montréal, le 17 mai 2007. En ligne :

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=DUF20070517&articleId=5675

DUFOUR, Jules. 2007. La nouvelle course aux armements. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 9 juillet 2007.

En ligne : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6270

DUFOUR, Jules. 2007. L`État de la pauvreté dans le monde : un bilan controversé. 50 ans de lutte contre la pauvreté dans le monde : Des efforts mitigés pour un échec retentissant. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 31 août 2007.

En ligne : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6529

DUFOUR, Jules. 2008. Canada: Course effrénée aux dépenses militaires Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 17 janvier 2008.  En ligne:http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=7826

DUFOUR, Jules. 2009. Une guerre mondiale au secours de l’Empire américain. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 3 mars 2009.

En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12533

GREEN, Duncan. 2009. G20: Global bailout enough to end world poverty for 50 years.. News Blog, Oxfam. Le 1er avril 2009En ligne : http://www.oxfam.org.uk/applications/blogs/pressoffice/?p=4080&newsblog

INDUSTRIE CANADA. 2009. Calendrier d’événements du secteur de l’aérospatiale et de la défense. 2009

En ligne: http://www.ic.gc.ca/eic/site/ad-ad.nsf/fra/ad03575.html

Istanbul. IDEF’09. Scope of the Fair: http://www.idef07.com/idef.php?main=kapsam&lng=eng

Istanbul. IDEF’09. Delegation List:

http://www.idef07.com/idef.php?main=heyetlistee&lng=eng

Istanbul. IDEF’09. 464 exposants: En ligne: http://www.idef07.com/idef.php?main=katilim2009e&lng=eng

Istanbul accueille l’industrie de la défense. Journal le Devoir, le 29 avril 2009, p. A9. En ligne:http://www.ledevoir.com/2009/04/29/247944.html

LESECHOS.FR. FRANCE. 2008. La zone euro adopte un plan de sauvetage sans précédent du système financier. Le 13 octobre 2008. En ligne : http://www.lesechos.fr/info/france/4784146-la-zone-euro-adopte-un-plan-de-sauvetage-sans-precedent-du-systeme-financier.htm

Les objectifs du Millénaire pour le développement: http://www.un.org/french/millenniumgoals/

Magazine de défense. Force terrestre mondiale: http://www.armyrecognition.com/index.php?option=com_content&task=view&id=818

MONCI, Peter. 2009. La stratégie d’Obama, l’énorme déficit fédéral, est insoutenable. Sun Sentinel.com et Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) . Le 13 avril 2009. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=13160

PRESSE CANADIENNE. 2009. É-U: un nouveau plan de sauvetage financier. Le 6 février 2009. Les affaires.com. En ligne : http://www.lesaffaires.com/article/0/gouvernement/2009-02-05/488899/eteacuteu-un-nouveau-plan-de-sauvetage-financier-lundi-.fr.html

PNUE. 2007. GEO-4. L’environnement pour le développement.

http://www.unep.org/geo/geo4/media/

Radio-Canada.ca avec Associated Press. 2008. International / Dépenses militaires. Toujours armés jusqu’aux dents. Le 9 juin 2008. En ligne: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2008/06/09/008-depenses-militaires.shtml

RITHOLTZ, Barry. 2008. Big Bailouts, Bigger Bucks. The BIG PICTURE. Le 25 novembre 2008 En ligne : http://www.ritholtz.com/blog/2008/11/big-bailouts-bigger-bucks/

SILICONINDI NEWS BUREAU. 2008. World bailout 10 times higher than Indian economy. Le 7 Décembre 2008. En ligne :http://www.siliconindia.com/shownews/World_bailout_10_times_higher_than_Indian_economy-nid-49651.html

STOCKWEB. 2009. Total sum of bailouts – $8.5 trillion.. Le 19 janvier 2009. En ligne :http://stockweb.blogspot.com/2009/01/total-sum-of-bailouts-85-trillion.html

ZERROUKYL, Hassane. 2008. Explosion des dépenses militaires américaines. États-Unis . Quand il quittera la Maison-Blanche, Bush laissera une lourde ardoise. Il a sollicité un budget record pour la défense, aggravant le déficit. L’Humanité. Le 6 février 2008. En ligne: http://www.humanite.fr/2008-02-06_International_Explosion-des-depenses-militaires-americaines

 

 
Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Aussi curieux que cela puisse paraitre, c’est ce qui vient de se passer avec la récente intervention du cardinal Jaime Ortega, à son retour de Rome à la Havane. Lors de son homélie du dimanche des Rameaux, il révéla, avec le consentement de son auteur, les paroles du cardinal Jorge Mario Bergolio adressées aux membres de la congrégation des cardinaux réunis dans le cadre de leur préparation au Conclave.

Il raconte qu’ayant été impressionné par l’intervention du cardinal Bergoglio, il alla le voir après sa conférence pour lui demander s’il pouvait avoir une copie du texte de cette dernière. C’était impossible qu’il le fasse étant donné qu’il avait improvisé du début à la fin. Toutefois, le lendemain matin, le cardinal Ortega fut heureusement surpris de recevoir des mains du cardinal Bergoglio un texte manuscrit résumant en quatre points son intervention. C’est de ce texte dont il va parler.

«Permettez-moi de vous révéler la presque totalité du contenu de cette pensée du pape François sur la mission de l’Église.

1.    Le premier de ces points porte sur l’évangélisation et exprime la nécessité pour l’Église de sortir d’elle-même et d’aller aux périphéries, non seulement géographiques, mais aussi existentielles, manifestées, entre autres, dans le mystère du péché, de la douleur, de l’injustice et de l’ignorance.

2.    Le point deux signale une critique à une Église “autoréférentielle”, qui se regarde elle-même dans une sorte de “narcissisme théologique”, la séparant du monde tout en prétendant détenir Jésus Christ à l’intérieur d’elle-même, sans toutefois l’en laisser sortir.

3.    Il résulte de cela deux images de l’Église : la première est “l’église évangélisatrice qui sort de soi” et la seconde est “l’Église mondaine qui vit en soi, de soi et pour soi. C’est cette prise de conscience de ces deux églises qui doit éclairer les possibles changements et les réformes à faire dans l’Église.

4.    Celui qui aura à prendre le siège de Pierre devra être un homme qui, à partir de la contemplation de Jésus-Christ, aide l’Église à sortir d’elle-même pour aller vers les périphéries existentielles.

Nous aurons tous compris que l’Église mondaine est celle qui s’identifie à cette institution ecclésiale, édifiée à l’image des empires. Elle s’est construite à travers les siècles en consolidant son pouvoir et sa manière d’être sur des doctrines faites sur mesure pour la justifier et sur des cultes qui en font des dieux et des demi-dieux aux pouvoirs spirituels et matériels infinis. Une Église, en somme, où les apôtres et disciples de Jésus sont devenus des acteurs aux fonctions hiérarchiques autoritaires, dogmatiques et aux us et coutumes à l’opposé des consignes données par Jésus à ses disciples.

Nous aurons également compris que l’Église évangélisatrice est celle qui est déjà à la périphérie de ce qui se vit dans le monde, surtout des pauvres, des laissés pour compte, des rejetés des sociétés bien nanties. Nous aurons reconnu l’Église des pauvres, des malades, des victimes de l’injustice, du mensonge, de l’hypocrisie, de la corruption et de la cupidité. Nous y aurons également reconnu les signes avant-coureurs, présents dans Vatican II, dans l’encyclique de Jean XXIII, Paix sur Terre, dont le cinquantième anniversaire de sa publication sera signalé le 11 avril prochain, dans les documents de la conférence épiscopale latino-américaine (CELAM) à Medellín, en 1968. Ce sont là des signes qui ont alimenté la réflexion sur la théologie de libération et le développement des communautés de base en Amérique latine, véritables obsessions pour Washington et pour les papes qui en furent ses alliés.

Ce rapprochement de l’Église de la périphérie des pauvres, des problèmes qui en font  d’éternels pauvres, n’était  pas de nature à rassurer les dirigeants de la Maison-Blanche. Déjà en 1968, Rockefeller, dans son rapport à Nixon sur l’Amérique latine, relevait l’émergence de ce nouveau courant de pensée et d’action de l’Église populaire. Reagan a eu en Jean-Paul II et  Benoit xvi des alliés convaincants pour combattre cette tendance, tout particulièrement en Amérique latine.

Qu’en serait-il maintenant avec ce François, s’il décidait d’aller au-delà d’une simple proximité avec les pauvres et de devenir un allié des pauvres, avec les pauvres pour un autre monde porteur d’un avenir de justice et de paix?

Dans les semaines et les mois qui viennent, nous verrons bien les pas que fera notre François. Si la Curie romaine, l’Opus Dei, les chevaliers de Malte se mettent à crier au scandale et à la perte du sens du sacré, ce sera un bon indice qu’il aura pris la bonne voie. Plus encore, si Washington manifeste de la nervosité et de l’inquiétude, alors là, il faudra dire que François a pris Jésus de Nazareth pour seul guide et que sa vie est désormais placée entre ses mains. Ni Washington, ni l’OTAN, ni la mascarade des Nations Unies n’auront raison de lui. Ils pourront le tuer, mais ils ne pourront pas en changer la direction.

 Oscar Fortin

Québec, le 3 avril, 2013

http://humanisme.blogspot.com

 

http://www.periodistadigital.com/religion/america/2013/03/26/cardenal-de-la-habana-estas-es-la-intervencion-magistral-del-cardenal-bergoglio-en-el-preconclave-iglesia-religion-papa-vaticano-bergoglio.shtml

http://www.periodistadigital.com/religion/opinion/2013/04/03/estados-unidos-y-la-teologia-de-la-liberacion-religion-iglesia-opinion-somiedo.shtml

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Une invasion à grande échelle est en train de se dérouler en Afrique. Les Etats-Unis sont en train de déployer des troupes dans 35 pays africains, en commençant par la Libye, le Soudan, l’Algérie et le Niger. Signalée par l’agence de presse Associated Press le jour de Noël, cette information était absente de la plupart des médias anglo-américains.

L’invasion n’a pratiquement rien à voir avec « l’Islamisme », et presque tout à voir avec la mainmise sur les ressources, notamment les minerais, et une rivalité croissante avec la Chine. Contrairement à la Chine, les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à employer la violence, comme démontré en Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen et Palestine. Comme lors de la Guerre Froide, une certaine division du travail stipule que c’est au journalisme occidental et à la culture populaire de fournir une justification à la guerre sainte contre « l’arc de menace » islamiste, semblable en tous points à la soi-disant « menace rouge » d’une conspiration communiste mondiale.

A l’instar de la Ruée vers l’Afrique à fin du 19eme siècle, l’African Command (Africom) des Etats-Unis a créé un réseau de partenaires parmi les régimes africains compréhensifs et avides de pots-de-vin et d’armes américains. L’année dernière, Africom a organisé l’opération African Endeavor, commandée par l’armée US, avec la participation des forces armées de 34 pays africains. La doctrine « de soldat à soldat » d’Africom consiste à placer des officiers US à tous les échelons de commandement, du général au sous-officier. Il ne manque plus que les casques coloniaux.

C’est comme si le fier passé historique de libération de l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était condamné à l’oubli par une nouvelle élite coloniale noire dont la « mission historique », avait averti Franz Fanon il y a un demi-siècle, était de servir de courroie de transmission à « un capitalisme acculé au camouflage ».

Un exemple frappant est celui du Congo occidental, une région stratégique en minerais, contrôlé par un groupe atroce connu sous le nom de M23 et qui est lui-même contrôlé par l’Ouganda et le Rwanda, tous deux à la solde de Washington.

Planifié depuis longtemps comme une « mission » pour l’OTAN, sans parler des zélés Français dont les causes perdues coloniales sont restées à travers de la gorge, la guerre en Afrique est devenue urgente en 2011 lorsque le monde arabe semblait se libérer des Moubaraks et autres serviteurs de Washington et de l’Europe. L’hystérie provoquée dans les capitales impériales ne doit pas être sous-estimée. Des bombardiers de l’OTAN furent expédiés non pas à Tunis ou au Caire mais en Libye, où Kadhafi régnait sur les plus grandes réserves de pétrole en Afrique. Une fois la ville de Sirte réduite en poussière, les commandos d’élite britanniques ont dirigé les milices « rebelles » dans une opération qui depuis a été révélée et qualifiée de « bain de sang raciste ».

Le peuple indigène du Sahara, les Touaregs, dont les combattants berbères étaient protégés par Kadhafi, se sont enfuis à travers l’Algérie vers le Mali, où les Touaregs réclament depuis les années 60 un état indépendant. Comme l’a fait remarquer Patrick Cockburn, toujours attentif, c’est ce contentieux local, et pas al-Qaeda, que l’Occident craint le plus dans cette région de l’Afrique… « bien que pauvres, les Touaregs sont souvent assis sur d’immenses réserves de pétrole, de gaz, d’uranium et d’autres minerais précieux ».

Comme conséquence de l’attaque France/US contre le Mali le 13 janvier, une attaque contre un site gazier en Algérie s’est terminée dans un bain de sang, provoquant chez (le premier ministre britannique) David Cameron des réactions aux relents de 11 Septembre. L’ancien chargé des relations publiques de la chaîne de télévision Carlton s’est emporté sur une « menace globale » qui requiert « des décennies » de violences occidentales – c’est-à-dire la mise en place du modèle économique prévu par l’Occident pour l’Afrique, ainsi que le viol d’une Syrie multi-ethnique et la conquête d’un Iran indépendant.

Cameron a envoyé des troupes britanniques au Mali, et un drone, tandis que son chef des armées, l’expansif Général Sir David Richards, adressait « un message très clair aux djihadistes du monde entier : ne venez pas nous chercher des noises. Nous riposterons avec vigueur. » – exactement ce que les djihadistes avaient envie d’entendre. La trainée sanglante laissée par les victimes (toutes musulmanes) du terrorisme de l’armée britannique, et les affaires de torture « institutionnalisée » qui sont portées devant les tribunaux, apportent la touche d’ironie qui manquait aux propos du général. J’ai eu un jour à subir la « vigueur » de Sir David lorsque je lui ai demandé s’il avait lu la description faite par la courageuse féministe afghane Malalaï Joya du comportement barbare dans son pays des occidentaux et leurs alliés. « Vous êtes un défenseur des Taliban » fut sa réponse. (Il s’en excusa plus tard)

Ces sordides personnages sortent tout droit d’un roman d’Evelyn Waugh et nous font ressentir tout le souffle de l’histoire et l’hypocrisie. Le « terrorisme islamique » qui est leur excuse pour perpétuer le vol des richesses africaines est une de leurs propres inventions. Il n’y a plus aucune excuse pour avaler les histoires débitées par BBC/CNN et ne pas connaître la vérité. Lisez le livre de Mark Curtis, Secret Affairs : Britain’s Collusion with Radical Islam (Serpent’s Tail) [affaires secrètes : la collusion de la Grande-Bretagne avec l’islam radical – NdT] ou celui de John Cooley Unholy Wars : Afghanistan, America and International Terrorism (Pluto Press) [guerres impies : afghanistan, amérique et le terrorisme international – NdT] ou The Grand Chessboard [en français « le grand échiquier », chez hachette – NdT] par Zbigniew Brzezinski (HarperCollins) qui joua le rôle de sage-femme dans la naissance du terrorisme fondamentaliste moderne. En effet, les moudjahidin d’Al-Qaeda et des Talibans ont été créés par la CIA, son équivalent Pakistanais l’ISI, et le MI6 britannique.

Brzezinski, qui fut le Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Jimmy Carter, décrit une directive présidentielle secrète de 1979 qui devint le point de départ de ce qui est aujourd’hui présenté comme une « guerre contre le terrorisme ». Pendant 17 ans, les Etats-Unis ont délibérément formé, financé, armé et lavé le cerveau de djihadistes qui « entrainèrent toute une génération dans la violence ». Le nom de code de l’opération étaitOperation Cyclone, et faisait partie du « grand jeu » destiné à faire tomber l’Union Soviétique mais qui a fait tomber les tours jumelles.

Depuis, l’information que des gens intelligents et éduqués ingurgitent et régurgitent est devenue une sorte de journalisme de parc d’attraction, épaulée comme jamais par Hollywood et son permis de mentir, et de mentir encore. Il y a le film en préparation sur Wikileaks de Dreamworks, un tissu de mensonges inspiré par le livre perfide de deux journalistes du Guardian devenus riches ; et il y a le film Zero Dark Thirty, qui promeut la torture et l’assassinat, dirigé par l’Oscarisée Kathryn Bigelow, la Leni Riefenstahl des temps modernes, qui diffuse la voix de son maître comme le faisait jadis le metteur en scène chéri du Führer. Tel est le miroir sans tain qui donne à peine un aperçu de tout ce que le pouvoir commet en notre nom.

John Pilger

http://johnpilger.com/

Article original en anglais :

africomThe Real Invasion of Africa is Not News, and a Licence to Lie is Hollywood’s Gift, 30 janvier 2013

Traduction par VD pour le Grand Soir

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

“A Gaza nous n’avons pas une vie normale, nous survivons seulement en nous adaptant aux conditions anormales du siège et de l’occupation,” dit la doctoresse Mona El-Farra qui milite depuis longtemps pour les droits humains et les droits des femmes dans la bande de Gaza.

Pendant la Journée International des Femmes la plupart des femmes dans le monde réclament l’égalité au travail et la fin des violences domestiques, mais Farra et la majorité des femmes de Gaza luttent, elles, pour les droits élémentaires.

“C’est difficile de vivre sur cette petite bande de terre où on ne peut pas satisfaire les besoins en eau et en électricité, les besoins sanitaires et de détente des habitants. Les femmes de Gaza sont particulièrement traumatisées par les attaques continuelles de l’armée israélienne,” a dit Farra.”

Un rapport du Centre Palestiniens des Droits Humains (CPDH) met en évidence les souffrances des Palestiniennes sous le siège israélien illégal imposé à la bande de Gaza depuis sept ans et pendant les 23 jours de l’attaque israélienne de 2008-2009 qui a tué 1400 Palestiniens, dont 112 femmes.

Le rapport qui s’intitule “A travers les yeux des femmes” parle de la lutte permanente des femmes de Gaza pour “tenter d’accepter leur chagrin et leurs blessures, la perte de leurs enfants, leurs maris, les membres de leurs familles, leurs maisons et leur moyens de subsistance.”

Pour Hiba an-Nabaheen, une diplômée de 24 ans de l’Université Palestinienne de Gaza, les plus grands problèmes sont la pauvreté et le chômage causés par le siège.

“Comment une femme dont le mari est mort ou en prison peut-elle continuer à prendre soin de ses enfants ? Les guerres mortelles que les Israéliens nous font sont certes encore bien pires que la pauvreté croissante dans laquelle ils nous font vivre mais malgré mes diplômes je ne trouve pas de travail et beaucoup d’autres diplômés sont dans la même situation, même ceux qui ont été reçus avec mention.”

Nabaheen est la seule des dix enfants de la famille à avoir un diplôme universitaire. “Mon père est handicapé et ne peut pas travailler et c’est moi l’aînée. Même ma sœur qui a de très bonnes notes à l’école ne trouvera pas de travail quand elle aura terminé ses études.”

Um Oday qui a 30 ans aimerait beaucoup travailler : “J’ai trois jeunes enfants mais mon mari serait tout à fait d’accord pour m’aider à m’en occuper si je trouvais du travail. En plus de mes études à l’université, j’ai suivi plusieurs formations dans l’espoir de trouver un travail. Mais à Gaza, il n’y en a pas.”

JPEG - 97 ko

7 mars 2013 – Des femmes se sont rassemblées dans Gaza pour appeler à la libération des prisonniers palestiniens en Israël – Photo : APA Images/Ashraf Amra

 

Tagreed Jummah qui dirige le Comité de l’union des femmes palestiniennes de la ville de Gaza dit aussi que le siège est le principal oppresseur.

“Le siège nous affecte tous mais il affecte spécialement les femmes” dit Jummah. “Ces dernières années, de plus en plus de femmes ont été forcées de devenir chefs de famille parce que leurs maris ont été tués ou emprisonnés en Israël ou sont au chômage à cause du siège. Mais la majorité de ces femmes n’ont aucun moyen de gagner de l’argent.”

Un rapport de l’ONU d’août 2012 intitulé “Gaza en 2020 : Un endroit vivable ?” dit que le chômage “a augmenté depuis la fin des années 1990.” Le rapport montre son impact sur les femmes dont le taux de chômage était de 47% au début de 2012.

Malaka Mohammed, une diplômée en littérature anglaise de 22 ans de l’Université Islamique de Gaza qui travaille maintenant à l’université, aimerait poursuivre ses études mais elle ne le peut pas.

“A Gaza que vous soyez un homme ou une femme, le problème est le même sous le siège et l’occupation. J’aimerais obtenir un doctorat en Anglais mais à Gaza aucune université n’y prépare.”

Cela fait dix ans qu’Israël interdit aux Palestiniens de Gaza d’aller étudier dans les universités des territoires occupés de Cisjordanie.

“Aller à l’étranger pour étudier coûte très cher alors je cherche une bourse comme des milliers d’autres étudiants.”

L’Égypte de Moubarak s’est rendue complice d’Israël en empêchant des centaines d’étudiants palestiniens auxquels des universités étrangères avaient octroyé des bourse de quitter la Bande de Gaza.

Rana Baker, qui étudie la gestion d’entreprise à l’Université Islamique tout en faisant du journalisme en freelance, milite pour résoudre quantités de problèmes politiques dont souffrent les Palestiniens.

“Pour être honnête, en ce qui concerne l’impact du siège israélien et de la colonisation sur le peuple de Gaza et de toute la Palestine, je ne pense pas que l’expérience des femmes soit très différente de celle des hommes,” dit Baker.

“Quand Israël bombarde délibérément des écoles, les hommes sont affectés comme les femmes. Les limites qu’Israël impose à nos aspirations affectent les uns comme les autres. Le gouvernement israélien ne se soucie pas de la population palestinienne. Ils traitent les hommes, les femmes et les enfants avec autant de cruauté.”

Mais les femmes ont des problèmes spécifiques. La pauvreté créée par le siège a contraint 80% des 1,7 million de Palestiniens à devenir dépendants de l’aide internationale et a aggravé les problèmes de malnutrition et d’anémie des femmes.

Un rapport conjoint de juin 2012 de l’Aide Médicale pour les Palestiniens et de Save the Children montre que l’anémie affecte 36,8% des femmes enceintes de Gaza et que l’anémie peut rendre les bébés plus fragiles, jouer un rôle dans 20% des cas où la maman meure et réduire la capacité de travail des adultes.”

Haddad a écrit, en commentaire du livre de cuisine intitulé ’La cuisine de Gaza : un voyage culinaire en Palestine’ qu’elle a coécrit : “Même à Gaza, la petite bande de terre la plus tourmentée de la terre, des centaines de milliers de femmes trouvent moyen, jour après jour, de procurer une nourriture substantielle tout autant que spirituelle à leurs familles et leurs amis. Elles font de la cuisine une forteresse contre le désespoir où la nécessité se commue en plaisir et dignité.”

Selon Haddad, le livre de cuisine est comme un rayon de soleil au coeur des épreuves que vivent les foyers palestiniens. Pour elle la cuisine gazaouie est le meilleur endroit pour voir “comment on réussit à faire la cuisine malgré le manque de gaz et d’électricité, comment les familles se réorganisent pour faire face à la destruction des maisons et au chômage quasi général.”

Elle note que pour comprendre la réalité de la vie d’une Palestinienne de Gaza, il faut avoir conscience de “la force et de l’endurance dont font preuve ces femmes qui sont confrontées chaque jour à des situations épouvantables et qui parviennent à créer en leur sein de petits espaces de grâce, de beauté et de générosité.”

Pour Tagreed Jummah, du Comité de l’Union des femmes palestiniennes de la ville de Gaza, les femmes palestiniennes “sont le symbole de la résilience palestinienne, leur résistance valeureuse est le miroir de la lutte et de la ténacité palestiniennes. Nous avons perdu nos familles, nos enfants et nous continuons à subir les attaques et les verrouillages de l’armée israélienne. Nous portons toute la souffrance de notre peuple mais nous continuons à vivre et à résister.”

Dans son rapport sur les souffrance des femmes de Gaza, le CPDH souligne que la situation n’a aucune chance de s’améliorer si le siège de Gaza n’est pas levé et que Gaza ne peut pas avoir une activité économique normale.

“Les terribles conditions économiques ont pour conséquence que de plus en plus de femmes et de familles s’enfoncent dans une grande misère. Elles ont subi l’horreur d’une guerre illégale et maintenant elles luttent pour survivre.”

Eva Bartlett

8 mars 2013 – CounterCurrents – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.countercurrents.org/bart…

Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Musselet

Eva Bartlett est une bénévole de ISM qui est entrée à Gaza sur un bateau qui a brisé le blocus en novembre 2008 — un mois seulement avant qu’Israël ne lance son ignominieuse invasion de 22 jours. Elle y est toujours. Voilà l’adresse de son blog : http://ingaza.wordpress.com

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Israël bombarde la bande de Gaza

avril 5th, 2013 by Ma’an news

Les avions israéliens ont bombardé la bande de Gaza en début de matinée mercredi, provoquant des dégâts mais sans faire de victimes ; c’est le premier raid aérien sur l’enclave depuis le cessez-le-feu de novembre.

Deux frappes aériennes ont touché une briqueterie dans le quartier Shujaiyeh, à l’est de Gaza ville, et des terres agricoles à Beit Lahiya, dans le nord, indiquent des habitants.

Ces raids sont les premiers depuis qu’Israël et le Hamas ont conclu un accord de cessez-le-feu le 21 novembre pour mettre fin à huit jours de guerre sur la bande de Gaza.

Selon l’armée israélienne, les deux raids aériens sont une réponse à des tirs de roquettes depuis l’enclave.

« En réponse à plusieurs tirs de roquettes dirigés sur Israël, une force aérienne israélienne a ciblé durant la nuit deux sites terroristes importants dans le nord de la bande de Gaza » affirme-t-elle dans un communiqué.

« Des coups précis ont été identifiés »

JPEG - 27.7 ko

Des militants du Hamas portent un cercueil symbolique pour le prisonnier mort d’un cancer pendant sa détention en Israël, le 2 avril(AFP/Mohammad Abed)

 

Des militants de Gaza ont tiré mardi une roquette sur le sud d’Israël après la mort en détention d’un Palestinien souffrant d’un cancer, indique la police israélienne.

« Il y a eu un tir de roquette » a dit à l’AFP le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld. « Elle est tombée sur un terrain dégagé » a-t-il déclaré, ajoutant qu’aucun dégât ou victime n’avait été signalé.

Auparavant ce même jour, des témoins palestiniens ont déclaré à l’AFP que des militants de Gaza ville avaient tiré trois obus de mortier sur Israël.

L’armée israélienne a d’abord déclaré qu’un projectile était tombé en Israël sans faire de victimes, puis elle avait infirmé l’information.

Une porte-parole a dit que des systèmes militaires avaient détecté des tirs depuis Gaza mais qu’ils étaient trop courts et que les projectiles étaient tombés sur la bande de Gaza.

Une coalition de groupes salafistes a par la suite affirmé que ses militants avaient tiré deux roquettes sur Israël mardi après-midi.

Le Conseil de la Choura moudjahidin a déclaré dans un communiqué reçu par l’AFP que son action « faisait partie des réactions à la mort de Maysara Abu Hamdiyeh  ».

Abu Hamdiyeh, prisonnier de 63 ans, de la ville cisjordanienne d’Hébron, souffrait d’un cancer de la gorge. Sa mort, mardi matin, a suscité la colère des Palestiniens, dont les dirigeants accusent Israël d’avoir différé son traitement et refusé sa libération anticipée pour raisons humanitaires.

Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, a déclaré à l’AFP que la faction surveillait les développements avec «  la plus grande préoccupation » et qu’Israël « regrettera ses crimes permanents ».

C’est le troisième cas de tirs de roquettes depuis la fin des combats en novembre, par une trêve sous médiation égyptienne qui avait été presque totalement respectée.

Les tirs de roquettes précédents sur Israël ont eu lieu le 21 mars, lors de la visite du Président US Barack Obama ; deux roquettes avaient été revendiquées par les salafistes provoquant quelques dommages mais sans faire de victimes.

 

Gaza ville, 3 avril 2013
Ma’an News - L’AFP a contribué à cet article
Traduction : Info-Palestine

Oncle Marx n’avait jamais pensé à cela : l’Histoire se répète comme seconde tragédie après d’abord avoir été une farce. Examinons un cas d’espèce.

Tout d’abord, jetez un coup d’œil rapide sur cet article du Wall Street Journal daté de septembre 2002, au moment de la course hystérique pour envahir l’Irak.

Titre : The Case for toppling Saddam. Auteur : Benjamin « Bibi » Netanyahu – alors en dehors du gouvernement israélien.

Tout est là : un « dictateur qui est en pleine expansion de son arsenal d’armes biologiques et chimiques » et « qui est fébrilement à vouloir acquérir des armes nucléaires ». C’est bien sûr Saddam qui est l’égal d’Hitler. Tout y est : la représentation d’Israël (de facto une puissance nucléaire) comme victime impuissante de la « terreur » palestinienne, l’affirmation selon laquelle Saddam pourrait produire du combustible nucléaire « dans des centrifugeuses de la taille de machines à laver qui peuvent être cachés dans tout le pays – et l’Irak est un très grand pays », la promotion d’une « frappe préventive et unilatérale », la conclusion inévitable que « rien de moins que le démantèlement de son régime est nécessaire ».

Faisons un saut rapide de plus de 10 ans jusqu’à cette semaine en Israël. La scène : une conférence de presse du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (Bibi) lors de la visite du président américain Barack Obama. Tous ceux qui ont regardé cela en direct sur Al-Jazeera, du Moyen-Orient à l’Asie de l’Est, ont dû penser qu’ils observaient une scène de Retour vers le futur - mais franchement, l’acteur Michael J Fox au moins avait du charme.

Mais aucune séduction ici, c’était plutôt un curieux Retour des morts-vivants avec costard et cravate. Bibi et Obama ont tenu à souligner que le lien américano-israélien est « éternel ». En fait, Bibi a préféré souligner que les [inexistantes] armes nucléaires de l’Iran posaient une menace existentielle pour Israël. Il a répété maintes et maintes fois – et Barack Obama a été tout aussi catégorique – qu’Israël a le droit de faire n’importe quoi pour se défendre, et que sa sécurité ne serait sous la responsabilité de personne, pas même Washington.

Obama, pour sa part, a une fois de plus souligné que la politique officielle de Washington envers l’Iran n’était pas le confinement – mais d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Il a souligné que la « fenêtre d’opportunité » devenait plus étroite, et, bien sûr, que toutes les options étaient sur la table.

La pensée que le président des États-Unis (POTUS – President Of The United-States) ignore volontairement la soupe de lettres de ses propres agences de renseignement à propos de l’Iran, devrait faire lever les sourcils dans un monde sensé. Mais ceci n’a rien à voir avec la réalité, mais plus avec une émission de télé réalité trash.

Un rêve de colons

Les pouvoirs en place en Israël – malgré les avalanches de démentis des médias américains infestés de néocons – ont joué un rôle essentiel dans le déclenchement de la guerre en Irak. Ariel Sharon, à l’époque, se vantait que la coordination stratégique entre Israël et les États-Unis avaient atteint « des dimensions sans précédent ».

Bibi n’était qu’un rouage dans dans tout cet engrenage, comme Jim Lobe le détaille ici, citant les perles de Bibi dispensés en 2002 à un Congrès américain désinformé ou même carrément amnésique.

Chaque « officiel israélien » à l’époque n’avait de cesse de déclamer que Saddam n’était qu’à quelques mois de posséder l’arme nucléaire. La majeure partie des « informations » sur des armes de destruction massive présentées au Congrès et fidèlement reprises par les médias, a été filtrée si ce n’est pas entièrement fabriquée par les services israéliens du renseignement – ceci est dûment détaillé, entre autres, par Shlomo Brom, dans son étude sur un échec du renseignement, publié par le Centre Jaffee d’études stratégiques de l’Université de Tel-Aviv, en novembre 2003.

Bien sûr, cela n’avait aucune importance que les inspecteurs des Nations Unies n’aient trouvé sur le terrain aucune preuve d’un quelconque programme d’armement nucléaire. Bien sûr, cela n’avait pas d’importance que le beau-fils de Saddam, Hussein Kamel, qui avait fait défection en Jordanie en 1995, ait révélé aux inspecteurs des Nations Unies qu’il n’y avait pas eu la moindre arme de destruction massive depuis 1991.

Maintenant, c’est une double tragédie, en même temps qu’une double farce, et tout va recommencer. Pourtant, même les travailleurs népalais qui construisent les tours étincelantes à Dubaï savent que l’hystérie de Tel Aviv sur la soit-disant « bombe iranienne » est tactique et vise à détourner l’attention de l’implacable confiscation des terres et du nettoyage ethnique rampant en Palestine, et par conséquent de la totale impossibilité aujourd’hui d’une solution à deux États.

Ici, Jonathan Cook résume les détails de la configuration politique franchement effrayante en Israël après les dernières élections. Le site israélien Ynet a rapporté que les colons israéliens n’en peuvent plus de se réjouir de leur tout nouveau cabinet « de rêve ». Traduction : c’est le clou final dans le cercueil du « processus de paix » déjà mort et enterré.

Alors, voici une parabole moderne géopolitique qui aurait intrigué Esope. Bibi insulte publiquement POTUS. Il soutient sans vergogne Mitt Romney (c’est qui, celui-là ?) lors des élections présidentielles américaines. Il démolit le « processus de paix » avec un barrage de feu d’enfer « de faits établis sur le terrain » (avec pour les Palestiniens « les dommages collatéraux »). Il s’en tient à son seul et unique message : bombardez, bombardez, bombardez l’Iran. Et voici POTUS, en théorie le tout puissant Obama, avec son permis de tuer (toute une liste) mais qui se comporte comme un touriste de passage, et qui atterrit en Israël pour se prélasser dans la gloire de Bibi, avec sous le coude, sa liste de gens à assassiner.

Pas étonnant que la foule des enragés néocons israéliens et américains se gargarisent d’appels à bombarder l’Iran. Depuis plus de 10 ans, leur slogan est : « les vrais hommes foncent sur Téhéran ». La question est maintenant de savoir si POTUS aura quelque chose dans le pantalon qui lui permette de les regarder de haut..

Pepe Escobar

28 mars 2013 – Asia Times – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.atimes.com/atimes/Middle…

Traduction : Info-Palestine.eu

 

 Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le président Vladimir Poutine et d’autres hauts responsables ont à maintes reprises insisté sur le fait que moderniser la capacité militaire de la Russie était une priorité absolue de la politique du Kremlin et que la Russie se prépare à affronter des conflits armés.

Le Kremlin est actuellement en train de mettre en œuvre un programme de modernisation de l’armée et de la marine. Ce réarmement militaire coïncide avec des attaques croissantes à l’encontre la classe ouvrière et des conflits féroces au sein de l’élite dirigeante.

Dans un discours prononcé le 23 février à l’occasion de la « Journée [russe] des défenseurs de la patrie », Poutine a déclaré : « Garantir que la Russie dispose d’une force militaire fiable est la priorité de notre politique d’Etat. Malheureusement, le monde actuel est loin d’être pacifique et sûr. Aux conflits obsolètes et de longue date s’ajoutent de nouveaux non moins compliqués. L’instabilité est en train de croître dans de nombreuses régions du monde. »

Fin février, lors d’une réunion du ministère de la Défense, Poutine avait réitéré que l’armée devait être prête d’ici les cinq prochaines années à réagir aux « dangers actuels. »

Début février, le 70ème anniversaire de la victoire de l’Armée rouge contre la Wehrmacht de Hitler dans la bataille de Stalingrad a été l’occasion d’une campagne nationaliste de glorification de Staline. C’est par de tels moyens que le régime réagit aux conflits internationaux grandissant tout en cherchant, à l’intérieur du pays, à détourner l’attention des tensions sociales et du mécontentement à l’égard de la politique du Kremlin.

Les dépenses militaires russes n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. L’actuel programme de la défense est le plus vaste depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Il est prévu d’augmenter les dépenses militaires de 11 pour cent par an, entre 2011 et 2020, en faisant passer la part de l’armement moderne de l’armée à 70 pour cent d’ici 2010. La plus grande partie de l’armement russe date de l’époque soviétique.

Le montant total des dépenses est d’environ 657 milliards de dollars. En 2012, le Kremlin avait dépensé quelque 908 milliards de rouble (31 milliards de dollars) pour l’armée.

Une part importante du programme de réarmement est l’expansion et la modernisation de la flotte russe. D’ici 2020, le Kremlin projette de dépenser environ 132 milliards de dollars pour moderniser sa marine et augmenter le nombre de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Ceci permettrait à la flotte russe de montrer une présence plus forte tant en Mer Noire qu’en Méditerranée. La Russie est actuellement en train de négocier avec l’Ukraine au sujet du renouvellement de la flotte de la Mer Noire qui est stationnée dans le port ukrainien de Sébastopol en Crimée.

Jeudi dernier, la marine russe a organisé des exercices militaires surprise en Mer Noire impliquant 30 navires de guerre, des avions militaires et des blindés ainsi que 7.000 militaires. Le président Poutine a personnellement assisté à bord d’un hélicoptère à ces manœuvres. La Géorgie voisine a condamné les exercices en déclarant qu’ils étaient « contraires aux intérêts de stabilité et de prévisibilité dans le voisinage européen. »

Le ministre russe de la Défense, Sergeï Shoigu, a dit que la Russie devait faire preuve en permanence d’une présence militaire en Méditerranée afin de défendre ses intérêts dans la région. Le 17 mars, Shoigu avait annoncé qu’un groupe permanent de cinq à six navires de guerre serait envoyé en Méditerranée.

A ce stade, l’unique base de la marine russe en Méditerranée est située dans le port syrien de Tartous. Le mois dernier, au cours des négociations relatives au renflouement des banques chypriotes, le gouvernement de Chypre aurait proposé au Kremlin l’utilisation de la base navale de Limassol (Voir : « Europe threatens Cyprus with bankruptcy in power struggle with Russia ». Ceci a été contré avec véhémence par l’Union européenne, en premier lieu l’Allemagne, qui s’est rangée derrière la campagne menée par les Etats-Unis pour un changement de régime en Syrie au moyen d’une guerre civile sectaire.

Le programme d’armement du Kremlin fait partie d’une course internationale aux armements qui s’accélère. La Chine est également en train d’accroître considérablement ses dépenses militaires tandis que les Etats-Unis continuent de dépenser beaucoup plus que le reste du monde dans le domaine militaire. La remilitarisation est attisée par les guerres néocoloniales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et qui ont exacerbé les tensions entre les grandes puissances.

La guerre civile parrainée par l’OTAN en Syrie a tout particulièrement aggravé les tensions entre les Etats-Unis et la Russie et détérioré les relations de Moscou avec l’Allemagne et la France.

La Russie voit ses intérêts économiques et géopolitiques mis en péril par le conflit syrien et les préparatifs de guerre contre l’Iran qui pourraient déstabiliser le Caucase et l’Asie centrale. (Voir : « Syria’s civil war destabilising the Caucasus ». Une escalade de la guerre en Syrie et une guerre menée par les puissances occidentales et Israël contre l’Iran risquent d’amener des conflits militaires près des frontières de la Fédération russe. La guerre russo-géorgienne de l’été 2008, qui avait montré que des parties importantes de l’armée russe étaient insuffisamment préparées, avait servi de point de départ à une augmentation des dépenses militaires.

Depuis lors, la conscription a été réduite de deux à un an, des changements ont été apportés à la structure de commandement et un certain nombre de généraux et d’officiers ont été licenciés. Néanmoins, l’armée russe se trouve dans un état critique avec des soldats mal entraînés et se servant de matériel très obsolète datant de l’époque soviétique.

Le taux de suicides dans l’armée est extrêmement élevé. Des rapports relatifs au traitement brutal infligé aux soldats par leurs supérieurs sont monnaie courante. La nourriture est si mauvaise que certains soldats souffrent de la faim ou mangent des aliments avariés.

La hausse des dépenses militaires et les mesures de réforme ont créé des tensions au Kremlin et au sein de l’élite dirigeante. Le ministre des Finances, Alexey Kudrin, avait démissionné en 2011 parce qu’il n’était pas d’accord avec la taille du budget militaire. L’actuel ministre des Finance, par contre, Anton Siluanov, a fait de son programme de réarmement militaire la principale priorité de son ministère.

En novembre dernier, Poutine avait congédié le ministre de la Défense, Anatoly Serdyukov, qui avait pendant plusieurs années supervisé les réformes militaires. Serdyukov a eu à faire face à une forte opposition de la part du corps des officiers et l’industrie de l’armement qui s’était également dressée contre lui parce qu’il avait importé des armes de l’Occident. L’actuel rééquipement reposera essentiellement sur l’industrie de la défense russe.

En février, le premier ministre adjoint, Dmitry Rogozin, avait dit que le programme d’armement devrait être lié à une expansion de l’industrie de l’armement et à la construction de nouvelles usines d’armement, afin d’aider à surmonter en partie la dépendance de l’économie russe des exportations pétrolières et gazières.

La Russie est, après les Etats-Unis, le deuxième fournisseur d’armes du monde. Elle a considérablement augmenté l’année dernière ses exportations d’armes. L’Inde est de loin le plus grand importateur d’armes de la Russie, mais le Kremlin est aussi le fournisseur du régime d’Assad en Syrie, de l’Iran, de l’Irak et de l’Afghanistan. En février, Anatoly Isaikin, chef de l’entreprise d’Etat d’exportation d’armes Rosoboronexport, a dit que la Russie livrerait des systèmes de défense antiaérienne et du matériel militaire à la Syrie.

Cependant, selon Isaikin, la Russie ne vend pas d’avions de chasse au gouvernement syrien comme le relatent les médias occidentaux.

La modernisation de la capacité militaire de la Russie est liée aux attaques sociales perpétrées contre la classe ouvrière et au renforcement de l’appareil de répression d’Etat à l’intérieur du pays. Le budget 2013-2015 qui prévoit des coupes drastiques dans l’éducation et la santé, alloue près d’un tiers des dépenses totales du gouvernement à l’armée. Ceci fait passer la part des dépenses pour l’armée et les forces de l’Etat de 5,6 à 6,1 pour cent du produit intérieur brut de la Russie.

L’année dernière, Poutine avait déclaré considérer la politique d’industrialisation de Staline durant les années 1930 et 1940 comme un modèle à suivre. Une « ré-industrialisation » de l’économie devrait réduire la dépendance vis-à-vis des exportations de marchandises grâce à une exploitation accrue de la classe ouvrière. D’ores et déjà de nombreux travailleurs russes gagnent moins que leurs homologues en Chine.

Clara Weiss

Article original, WSWS, paru le 2 avril 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Les plus de dix ans de guerres d’agression déclenchées par les États-Unis en Afghanistan et en Irak devraient en fin de compte coûter jusqu’à 6 000 milliards de dollars, soit 75 000 dollars pour chaque ménage américain.

Ces guerres ont laissé les États-Unis lourdement endettés et auront un effet durable sur les crises fiscales et budgétaires du gouvernement fédéral. Telles sont les conclusions d’un nouveau rapport publié par la Kennedy School of Government [faculté d'administration publique] de l’Université de Harvard.

Rédigé par Linda Bilmes, maître de conférence en politique publique à Harvard et experte de premier plan sur les questions financières, budgétaires et celles liées aux anciens combattants, ce rapport attribue la plus grande part de ces milliers de milliards à des coûts qui continuent à s’accumuler pour soigner et indemniser des centaines de milliers de soldats laissés physiquement et psychologiquement blessés par ces deux guerres.

« Les conflits en Irak et en Afghanistan, pris ensemble, seront les guerres les plus coûteuses de l’histoire américaine – totalisant entre 4000 et 6000 milliards de dollars, » écrit Bilmes. « Cela comprend les soins médicaux et les indemnités pour invalidité versées pour les soldats en service actif, les vétérans et les familles, l’embauche de nouveaux soldats pour les remplacer, et les coûts sociaux et économiques. La plus grande partie de cette facture reste encore à payer. »

Une autre partie importante des coûts à long terme de ces guerres vient du remboursement de milliers de milliards de dollars de dettes contractées par le gouvernement américain et dont il n’a pas inclus le coût dans les budgets annuels tout en appliquant dans le même temps des réductions d’impôts de grande ampleur pour les riches.

De plus, des dépenses énormes sont faites pour remplacer les équipements militaires utilisés dans les deux guerres. Le rapport cite également les améliorations apportées aux salaires et aux prestations sociales des militaires en 2004 pour contrer la baisse des recrutements qui accompagnait l’augmentation des pertes dans la guerre d’Irak.

Bilmes prévient, « L’héritage des décisions prises durant les guerres d’Irak et d’Afghanistan va dominer les futurs budgets fédéraux pendant des décennies. »

Parmi les éléments les plus frappants établis par ce rapport, il y a le fait que 1,56 million de soldats américains, soit 56 pour cent de tous les anciens combattants d’Afghanistan et d’Irak, reçoivent des soins médicaux dans les établissements du ministère des anciens combattants et recevront des prestations sociales pour le reste de leur vie. D’après des statistiques citées dans le rapport, « un ancien combattant d’Irak et d’Afghanistan sur deux a déjà soumis un dossier pour toucher des indemnités d’invalidité à titre permanent. »

Ce rapport insiste sur le fait que le nombre officiel de 50 000 soldats américains « blessés au combat » sous-estime largement le coût humain réel de ces deux guerres américaines.

Il note que, « Un tiers des vétérans de retour est diagnostiqué avec des problèmes mentaux – souffrant d’anxiété, de dépression, et/ou de troubles de stress post-traumatique (PTSD). » De plus, plus d’un quart de million de soldats ont subi des traumatismes crâniens, qui, dans de nombreux cas, sont combinés avec des PTSD, créant des problèmes encore plus grands pour le traitement et la guérison.

Un aspect particulièrement affligeant de cette crise de santé mentale est le doublement du taux de suicides des personnels de l’armée américaine, et bon nombre de ceux qui ont tenté de se suicider souffrent de blessures graves.

Dans l’ensemble, le budget du ministère des anciens combattants a plus que doublé au cours de la décennie passée, passant de 61,4 milliards en 2001 à 140,3 milliards en 2013. En fraction du budget américain total, il est passé de 2,5 pour cent à 3,5 pour cent au cours de la même période.

L’augmentation vertigineuse des coûts médicaux pour les anciens combattants peut être attribuée à divers facteurs. Parmi eux il y a le fait que grâce aux avancées de la technologie médicale et des traitements de premier secours, les soldats en Irak et en Afghanistan ont survécu à des blessures qui leur auraient coûté la vie lors des conflits plus anciens.

Si le gouvernement américain a déjà dépensé 134 milliards de dollars en soins médicaux et en indemnisation des invalidités pour les anciens d’Irak et d’Afghanistan, le rapport estime que ce nombre augmentera encore de 836 milliards au cours des décennies à venir. Il note que la dépense la plus importante pour la santé concernant les vétérans de la Deuxième guerre mondiale a eu lieu dans les années 1980, près de quarante ans après la guerre, et que les dépenses de santé et les indemnités pour invalidité des anciens du Vietnam sont toujours en augmentation.

Les problèmes médicaux les plus courants pour les soldats revenant des deux guerres, d’après ce rapport, « comprennent : des maladies du système musculo-squelettique (principalement des problèmes articulaires et vertébraux) ; des troubles de la santé mentale ; des troubles du système nerveux et du système endocrinien ; ainsi que des troubles respiratoires, digestifs, de la peau et auditifs. » 29 pour cent de ces soldats ont été diagnostiqués avec un PTSD.

Parmi les plus sévèrement blessés, il y a 6 476 soldats et marines qui ont subi une « perforation crânienne sévère, » et des 1 715 autres qui ont eu un ou plusieurs membres amputés. Plus de 30 000 vétérans sont comptés comme invalides à 100 pour cent pour le service, et 145 000 autres invalides de 70 à 90 pour cent.

C’est sous le gouvernement d’Obama et suite à la « surge » que le président démocrate a ordonnée en Afghanistan que se sont produites les pires blessures et pertes humaines. « L’hôpital Walter Reed traite des centaines de récents amputés et de soldats gravement blessés – il a reçu pour traitement 100 amputés en 2010 ; 170 en 2011 ; et 107 en 2012, » indique le rapport. « Les marines ont subi des pertes particulièrement élevées. »

Comme l’indique le rapport, les dépenses directes massives pour ces deux interventions impérialistes continuent. Plus de 60 000 soldats américains restent en Afghanistan. Il est estimé que le coût du déploiement d’un seul soldat américain pour une année dans cette guerre se monte à 1 million de dollars. Ces soldats continuent à subir des pertes – dont des attaques appelées “vert contre bleu” de la part des Forces de sécurité afghanes contre leurs prétendus alliés. Une fois rapatriés, ils vont contribuer à l’augmentation des coûts médicaux et d’invalidité.

De plus, malgré les affirmations d’Obama pour qui « la vague de la guerre recule », un « accord de partenariat stratégique à long terme » a été signé par le président américain et la marionnette des États-Unis à Kaboul, Hamid Karzai, sur les opérations militaires américaines qui continueront en Afghanistan pendant au moins une dizaine d’années de plus après le retrait officiel fixé à la fin de 2014.

Et, comme l’indique le rapport, « les États-Unis maintiennent une vaste présence diplomatique en Irak, comprenant au moins 10 000 contractants privés qui fournissent une aide dans le domaine de la sécurité, des télécommunications, de la logistique, de l’ingénierie et autres ; ainsi que du soutien logistique et le paiement des installations louées au Koweït. »

Finalement, il y a la question de la manière dont le gouvernement américain a financé ces guerres. Il s’est servi de tout autant de mensonges pour financer ces guerres qu’il l’avait fait au moment de les déclencher avec les prétextes inventés du terrorisme et des « armes de destruction massive. »

Le gouvernement Bush affirmait à son début que la guerre d’Irak se financerait d’elle-même grâce aux revenus du pétrole irakien. Lorsque le directeur du Conseil économique national de Bush, Lawrence Lindsey, avait déclaré au Wall Street Journal que la guerre coûterait entre 100 milliards de dollars et 200 milliards, il avait été fortement critiqué par d’autres membres du gouvernement qui avaient affirmé que c’était une grosse surestimation, et il avait dû démissionner.

Washington a fini par emprunter 2 000 milliards de dollars pour financer ces deux guerres, pour l’essentiel à des prêteurs étrangers. Cela représente près de 20 pour cent du montant total ajouté à la dette publique américaine entre 2001 et 2012. D’après ce rapport, les États-Unis « ont déjà payé 260 milliards de dollars en intérêts sur la dette de guerre, » et les remboursements d’intérêts futurs se monteront à des milliers de milliards de dollars.

« Il est important de noter que ces emprunts n’ont pas été utilisés pour investir dans le capital du pays, » note ce rapport. « Par exemple, investir dans l’éducation, les infrastructures, la connaissance (recherche et développement) bénéficie à la nation, donc ce sont des dettes pour un but utile. Au contraire, la dette de guerre a été particulièrement inutile. »

De vastes ressources sont littéralement parties en fumée en Irak et en Afghanistan, des dizaines de milliards de dollars ont été gaspillés dans de prétendus programmes d’aide et de reconstruction qui étaient perclus de corruption, d’incompétence et d’inefficacité, ne faisant rien ou presque pour améliorer les conditions de vie des populations de ces pays.

Dans sa conclusion, le rapport cherche à démentir les illusions selon lesquelles la fin des opérations de guerre proprement dites en Irak et en Afghanistan produira une sorte de « dividendes de la paix » qui pourrait contribuer à améliorer la situation de pauvreté, de chômage et de déclin du niveau de vie des travailleurs aux États-Unis.

« En réalité, l’héritage des décisions prises durant les conflits d’Irak et d’Afghanistan imposera des coûts importants sur le long terme au gouvernement fédéral, » prévient le rapport. « En bref, il n’y aura pas de dividendes de la paix, et l’héritage des guerres d’Irak et d’Afghanistan seront des coûts qui persisteront pendant des décennies. »

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 2 avril 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

«Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin»

Malherbes

 

Nous avons dans une précédente contribution, traité de l’homme réparé et augmenté du fait des promesses de la science. Parmi les autres promesses de la science, l’allongement de la vie, voire la jouvence éternelle paraissaient être des asymptotes utopiques. La nature nous donne des exemples de durée de vie selon les espèces. On dit qu’un chien qui a une douzaine d’années est équivalent à l’âge d’un vieillard. A côté des éphémérides, ces fameux papillons qui durent l’espace d’une journée, on dit que le homard ne meurt que par prédation. Les tortues peuvent vivre deux cents ans et les séquoias, plusieurs milliers d’années. Depuis plus d’un siècle et suite aux règles d’hygiène, à la vaccination, aux antibiotiques et au réfrigérateur, la mortalité a considérablement chuté, à commencer par la mortalité infantile. Tout est donc une question de cinétique, de dégradation de l’organisme vivant qui peut être catalysée par des facteurs endogènes (génétiques) ou endogènes accident. La science nous dit qu’il n’y a pas de prédestination. Tout dépend de la qualité du capital initial.

Les conquêtes de la science dans le domaine de la biologie

Qui n’a au monde jamais rêvé d’avoir un 6e sens? Ou même de disposer de facultés supérieures à la normale, de tout voir, de tout entendre mieux que n’importe qui? Cette possibilité vient aujourd’hui de franchir un nouveau pas dans la réalité avec la prouesse réalisée par des chercheurs de l’Université Duke aux Etats-Unis. Ces derniers ont inventé un implant cérébral qui permettrait de percevoir de la lumière normalement invisible à notre oeil: les infrarouges. Des chercheurs américains sont parvenus à mettre au point un implant cérébral qui donne la capacité de percevoir la lumière infrarouge que nos yeux ne peuvent normalement pas distinguer. Vision, audition, goût, odorat, toucher, oui mais…» (1)

Le patrimoine génétique d’un individu peut être catalogué et on saura à l’avance son espérance de vie ou sa propension à développer des maladies grâce au code à barres! «Des chercheurs catalans, écrit Hervé le Crosnier, ont publié en novembre [2010] leurs travaux: comment introduire un «code-à-barres» (sic) dans les cellules d’un embryon. Cette analyse cherche à débusquer ce qui crée un nouveau risque moral, éthique, déontologique, et même scientifique pour une société qui, non seulement accepte, mais aussi promeut ce type de pratiques. Irons-nous vers le règne des «bébé-design», quand les parents vont «choisir sur mesure» les caractéristiques de leur progéniture? Ou saurons-nous résister à cette forme biopolitique de domination? En termes éthiques, «éviter toute réification de l’embryon». La notion de «processus embryonnaire en cours» témoignerait peut-être de l’énigme qui entoure la nature exacte de l’embryon aux premiers stades de sa vie. Quoi qu’il en soit, et en raison même de cette énigme, le Comité affirme son attachement à l’idée selon laquelle l’embryon humain doit, dès sa formation, bénéficier du respect lié à sa qualité.» (2)

La mort est-elle inévitable?

Du point de vue biologique, la mort peut être vue comme l’absence de vie, c’est-à-dire l’arrêt des réactions biochimiques au sein des cellules qui, comme des petites usines, convertissent les aliments en carburant grâce à l’apport de l’oxygène. Cette énergie est alors utilisée pour faire fonctionner l’organisme. Jean-Luc Pujo écrit: «La mort semblait une évolution biologique inévitable: la loi universelle de la vie. Le corps s’use progressivement, la médecine ne pouvant que ralentir cette dégradation inévitable. Pourtant, les découvertes biologiques récentes apportent une autre vision. La mort semble plutôt la conséquence d’une forme de ´´suicide cellulaire´´ qui se produit à un âge, différent selon les espèces… mais qui n’a rien d’obligatoire ni d’inévitable.» (3)

Laurent Alexandre, auteur de l’ouvrage Le recul de la mort: L’immortalité à brève échéance? écrit: «La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, la médecine des protéines-chaperons et des nanotechnologies réparatrices, l’hybridation humain-machine, le développement de toutes ces nouvelles connaissances vont permettre l’émergence d’une médecine de la résilience, oeuvrant à un recul important de la mort. Ce progrès entraîne cependant des conséquences importantes pour l’espèce humaine, estime Laurent Alexandre, docteur en médecine.» (3)

«Très longtemps, poursuit l’auteur, vécue entourée des proches, la mort s’est désocialisée, cachée et médicalisée à partir des années 1950. La techno-médecine va engendrer une seconde révolution: après la mort cachée et honteuse, sa biologisation et son grignotage technologique. Ce recul de la mort a déjà débuté avec le remplacement d’organes par la transplantation ou leur suppléance par des médicaments, ainsi qu’avec la médecine de la ressuscitation (réanimation lors des arrêts cardiaques, par exemple). Mais le processus va connaître une accélération foudroyante. La mort de la mort sera la plus vertigineuse conséquence de ce que les spécialistes nomment la ´´grande convergence NBIC´´ (nanotechnologies, biologie, informatique et cognitique)».(3)

Les conséquences de l’immortalité: une utopie dangereuse pour l’éthique?

Laurent Alexandre s’interroge si en arrivant à reculer les limites de ma mort, on ne crée pas un problème éthique et social. Il écrit: «La génomique et les thérapies géniques, les cellules souches, la médecine des protéines-chaperons et des nanotechnologies réparatrices, l’hybridation humain-machine (dont les implants cochléaires utilisés dans les surdités neurologiques, sont la plus spectaculaire réalisation à ce jour) permettent d’envisager une croissance de l’espérance de vie en bonne santé beaucoup plus rapide que ce que la société envisage généralement. Il est probable que l’espérance de vie doublera déjà au cours du XXIe siècle, et l’obtention d’une quasi-immortalité ne serait plus qu’une question de temps. (…) La médecine de la résilience deviendra le réacteur nucléaire de la société. Le contrôle social exercé par le complexe médico-industriel générera des oppositions politiques et philosophiques majeures et la bio-politique deviendra l’épicentre d’un débat démocratique, profondément remanié par l’allongement de la vie.» (3)

 «La mort, conclut l’auteur, joue un rôle psychologique fondamentalement bénéfique. (…) Notre existence ne tire-t-elle pas une partie de son sens de sa brièveté?? (…) Une société où l’espérance de vie serait très longue, serait confrontée à un risque majeur de surpopulation. Le malthusianisme démographique sera un réflexe partagé, pour maintenir une surface (terrienne) suffisante par habitant… (…) Dans un monde sans mort, l’humanité se cherchera de nouvelles valeurs. Le conflit avec les religions prônant de croître et de se multiplier pourrait devenir aigu. Cette évolution pourrait être à l’origine de la création de nouvelles religions et sectes, à ce moment charnière pour l’avenir de l’humanité, mais le rôle de l’argent pourrait aussi radicalement changer. La culture et l’art, qui constituent deux remparts universels contre notre effroi devant la mort, survivront-ils à la vie éternelle?»(3)

Les tentatives de création de la vie

Mieux encore plus que de réparer l’homme, on peut faire revenir à la vie un organisme mort. Ce qui était du domaine de la création au sens religieux commence à être banalisé. Des scientifiques sont parvenus à créer pour la toute première fois une cellule ´´zombie´´. Il s’agit d’une cellule morte qui reste malgré tout toujours fonctionnelle. Un organisme mort peut-il encore biologiquement fonctionner? Face à une telle question, la majorité d’entre nous, fans de science-fiction mis à part, serait tentée de répondre ´´non´´. Et pourtant, des scientifiques américains viennent de dévoiler une prouesse qui pourrait nous pousser à revoir notre copie. Pour la toute première fois, ceux-ci seraient parvenus à créer une cellule ´´zombie´´ qui, bien que morte, resterait active et fonctionnelle. ´´Nos cellules zombies jettent un pont entre la chimie et la biologie en créant des cellules qui, non seulement ressemblent comme deux gouttes d’eau à elles-mêmes, mais sont aussi capables de travailler sans relâche´´, a souligné Bryan Kaehr.» (4)

Rien n’arrête le mouvement de la science, on apprend que non contente d’offrir à terme, l’immortalité, elle ambitionne – avec le savoir actuel- de faire revenir à la vie des espèces mortes. «A l’occasion d’une conférence tenue à Washington DC, des scientifiques ont discuté sur la possibilité de ressusciter 24 espèces aujourd’hui éteintes. Le monde de demain pourrait bien devenir celui de ´´Jurassic Park´´ (…) Parmi les candidats potentiels qui pourraient un jour repeupler la Terre, les scientifiques ont mis en évidence 795 espèces dont 24 emblématiques. La sélection s’est faite selon des critères de désirabilité (le spécimen en question présente-t-il une fonction écologique intéressante, est-il apprécié par les humains?) de faisabilité (les échantillons récoltés sur son ADN sont-ils exploitables?) et de capacité de réadaptation (pourra-t-il être introduit dans un habitat naturel?). En tête du classement, on compte ainsi notamment, le célèbre Dodo (éteint depuis la fin du XVIIe siècle), le Tigre à dents de sabre (disparu depuis 11 000 ans), le Mammouth laineux (totalement disparu il y a 4 000 ans. Cependant, conclut le chercheur, il pourrait falloir encore de nombreuses années avant que la ´´de-extinction´´ ne prenne vraiment forme.» (5)

Ce que prévoit la science dans le « futur immédiat »

La science avance sans état d’âme . Le 28 janvier dernier, Le «Human Brain Project» (HBP), qui fédère plus de 80 institutions de recherche européennes et internationales, a été créé. Il a pour but de trouver des traitements contre les maladies du cerveau, comme celles liées à l’âge, en reconstruisant sur ordinateur un cerveau humain. Le projet devrait coûter 1,19 milliard d’euros. En Europe, 127 millions de personnes souffrent de dysfonctionnements de leur cerveau, notamment parce que la population européenne est vieillissante. Selon le neurobiologiste Henry Markram, qui dirige le Human Brain Project (HBP), la seule façon de répondre à ce défi majeur du XXIe siècle est d’utiliser la puissance du réseau Internet ainsi que l’expérience acquise lors de projets scientifiques. Lorsque suffisamment de connaissances auront été rassemblées et que la puissance des ordinateurs sera suffisante pour simuler avec précision le cerveau humain (d’ici une décennie), il devrait alors être possible de tester l’efficacité d’une molécule définie et de voir en détail le comportement des neurones et de leur connectome. Plus que jamais, le XXIe siècle semble être celui des neurosciences et de la nanotechnologie.(6)

Dans le même ordre d’une futurologie à notre portée profitant de la liberté que nous offre le premier avril d’offrir un poisson… je propose au lecteur, toujours dans le sillage du transhumanisme, cet article de Laurent Sacco qui imagine l’immortalité et fait parler un chercheur travaillant sur le Human Brain Project: «… En nous basant sur les travaux de Kenneth Hayworth et ceux en cours du Human Brain Project, nous pensons qu’il devrait être possible, non seulement de télécharger la conscience d’une personne sur un support non organique, mais également de faire revenir des morts à la vie, pourvu que l’on dispose d’informations suffisantes sur leur cerveau et sur leur vie. Pour le prouver, nous prévoyons de ressusciter Albert Einstein.» (7)

L’homme réparé, augmenté, «éternel» a-t-il encore besoin du divin?

Comme conséquence du recul des limites par la science, la mort pourrait se réduire aux causes accidentelles, criminelles et au suicide. Si l’humanité vieillit artificiellement, la qualité de vie, malgré les conquêtes de la science va s’en ressentir et de plus, il y aura forcément un problème entre les nouveaux et les anciens. Arrivera-t-on alors au contrôle de la qualité de vie et du nombre d’individus, une forme d’eugénisme. Ce qui nous amène à la prophétie de Aldous Huxley qui avait décrit dans son ouvrage Le meilleur des mondes, un monde d’heureux «La mort de la mort» serait, à terme, inévitable. Mais elle va nous obliger à revisiter tous les fondements de l’humanisme. Une réflexion d’anticipation qui fait froid dans le dos, tant la ´´nature humaine´´ pourrait en être bouleversée. Pas vraiment réjouissant de s’imaginer en cyborg avec des sentiments informatisés.

«Dans le meilleur des mondes, tout est bien plus aseptisé, plus de livres, plus de Dieu ni croyances, plus de doute, plus de famille, juste le travail, le loisir. Pas de maladie, pas de vieillesse, chacun à sa place parcourt sa vie organisée ainsi. Les habitants vivent sous ´´soma´´ une espèce de drogue qui efface tous les doutes, rend heureux et permet d’oublier, cette drogue est largement distribuée partout (restaurant cinémas ´´sentants´´ au travail etc.» (8)

Conclusion

On le voit, il y a un mystère! Cela démontre une fois de plus que les cellules s’adaptent, se transforment, résistent dans tous les milieux extrêmes. Tout est, sans cesse, dans la nouveauté, l’amélioration, la régénération et ceci, vers un but ultime, la perfection.

Cependant, qu’on le veuille ou non, le combat entre la science et les religions monothéistes est plus que jamais d’actualité. Tout a commencé quand Copernic a mis à mal le mythe géocentrique. Ce fut l’affolement dans l’Eglise, plus «inquisitante» que jamais. Galilée en sait quelque chose. Condamné à abjurer le fait que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, son avocat eut cette phrase célèbre: «Galilée ne vous dit pas comment aller au ciel, il vous dit comment est le ciel.»

La lutte est sourde et aucune religion n’est épargnée. Elles font, tantôt preuve de concordisme tantôt de mépris envers la science qui pendant ce temps avance, faisant fi des inquiétudes de tout un chacun en face du mystère de la mort. Les religions invoquent en dernier ressort : l’éthique de la vie ;  rien n’y fait partout dans les pays occidentaux, la définition de l’éthique est devenue de plus en plus élastique, comme le montre, à titre d’exemple le débat actuel  en France sur la procréation, les cellules souches : les souverainistes de la science dénoncent le retard pris par la science en n’autorisant pas les manipulations génétiques.  Dans d’autre pays comme aux Etats Unis, il y a bien longtemps que l’éthique est jetée par-dessus bord ; on se souvient en effet, au début des années 80 du siècle dernier, comment une Cour de justice californienne a donné raison à un biologiste Chatabarsky qui  a breveté pour la première fois une bactérie…ouvrant la voie  à tous les docteurs Frankenstein de la Terre dont l’ambition est de remplacer la création !

Il vient que le secours des religions convoqué, notamment par l’espérance d’un au-delà meilleur pour ceux qui ont été «exemplaires »n’arrive pas à apporter des réponses satisfaisantes  qui permettent au croyant potentiel de continuer à être rationnel  Devant une science conquérante qui nous dit qu’il n’y a pas de fatalité , bien que tout ce joue dans le bagage génétique il est possible de « bricoler » de réparer, d’augmenter d’une façon ou d’une autre l’espérance de vie.  A défaut de nous promettre le meilleurs des mondes, la science peut nous promettre un monde meilleur…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


1. http://www.maxisciences.com/vision/ des-rats-acquierent-un-sixieme-sens-grace-a-un-implant-cerebral_art28655.html

2. Herve Le Crosnier: un code-barre pour identifier les embryons Investig’Action 16 122010

3. Jean-Luc Pujo «Biopouvoir: Menaces pour l’Humanité?» La Tribune.fr – 18/12/2008

4. Maxime Lambert http://www.maxisciences.com/cellule/des-chercheurs-creent-la-toute-premiere-cellule-zombie_art28701.html 22 février 2013

5. Emmanuel Perrin http://www.maxisciences.com/esp%e8ce-disparue/les-scientifiques-selectionnent-24-especes-disparues-pour-les ressusciter_art29039.html 27 mars 2013

6. Laurent Sacco, Human Brain Project Futura-Sciences 30 01 2013

http://www2.cnrs.fr/sites/communique/fichier/cp_hbp_def.pdf 28 janvier 2013

7. L. Sacco, le_human brainproject_nous_ rendra-t-il_immortels 104 2013 Futura-Sciences

8. http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/ extraits-d-ouvrages/article/le-meilleur-des-mondes-d-aldous-133197

 

 


  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Comment sortir du bourbier syrien ? C’est la question qui tracasse, deux ans après le déclenchement de la crise syrienne, non seulement les décideurs politiques en Occident, mais aussi les services de sécurité de renseignement européens et américains qui sont aujourd’hui dans le noir total.

À l’euphorie des premiers mois, quand tous les décideurs occidentaux, sans doute aveuglés par certains analystes trop pressés d’en finir avec le chef d’État syrien et ne connaissant rien à l’exception syrienne, ont succédé le doute et la confusion.

La question qui se pose aujourd’hui à ces stratèges en herbe, auto-intoxiqués par les précédents tunisien, libyen, yéménite et égyptien, n’est plus de savoir quand le régime de Bachar al-Assad va tomber, mais comment sortir indemne de ce bourbier. Car entre-temps, les services de renseignement, particulièrement ceux en charge de la lutte anti-terroriste, avaient tiré la sonnette d’alarme et s’étaient opposés, parfois ouvertement, à la politique myope et suicidaire que certains néoconservateurs occidentaux attardés voulaient appliquer à la Syrie, avec le soutien médiatique et financier des monarchies du Golfe, de la Jordanie, de la Turquie.

Ce constat désabusé a été dressé récemment par un diplomate français, cité en off par le quotidien Le Monde(édition du dimanche 31 mars – lundi 1er avril 2013) à propos de la politique en zigzag poursuivie par François Hollande au sujet de la Syrie depuis son accession à la présidence… Pour ce diplomate, c’est « l’incertitude », voire «  la confusion qui règne au sommet de l’État sur cette question. » Il commentait ainsi le renoncement de la France à armer l’opposition syrienne après avoir réclamé à cor et à cri la levée de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à la Syrie, régime et opposition confondus, embargo instauré, faut-il le rappeler par Paris et Londres.

Les Européens, conduits par la France et le Royaume-Uni, avaient également entraîné les autres membres de l’Union européenne à imposer un train de sanctions économiques, financières et diplomatiques contre, disent-ils, le régime syrien, mais qui, en réalité, touchait de plein fouet les catégories les plus fragiles de la société. C’est la même logique meurtrière qui avait conduit ces mêmes pays à imposer un embargo meurtrier contre l’Irak en 1991 causant la mort d’un million et demi d’Irakiens.

Parmi ces sanctions notons celles qui visent personnellement non seulement toute la nomenklatura politique et économique du régime, mais aussi les chefs du renseignement anti-terroriste, ceux-là même avec qui ils avaient tissé, dans le passé, les meilleures relations dans la lutte commune contre les groupes terroristes et les réseaux mafieux. En visant les chefs du renseignement syrien extérieur chargé de traquer la nébuleuse d’Al-Qaïda et des réseaux dormants dhjiadistes, non seulement en Syrie, mais aussi en Europe et dans le Maghreb, la France s’est tiré une balle dans les pieds.

Le diplomate en question cité par Le Monde a reconnu cette faute à demi-mot : «  Depuis que nous avons fermé l’ambassade à Damas, avoue-t-il, notre appréhension des réalités du terrain a beaucoup diminué. Plus personne ne peut assurer que ce qu’il dit est fondé. Les trois principaux acteurs de notre diplomatie – la défense, les affaires étrangères et la présidence – n’ont pas de vision commune. De là vient l’impression de flottement. »

Nombreux sont ceux qui dans la communauté du renseignement français, qui ont une certaine idée de la politique étrangère de la France, avaient vertement critiqué l’aveuglement des politiciens français, d’abord sous Sarkozy et aujourd’hui sous Hollande. Beaucoup, surtout parmi les anciens directeurs du renseignement, s’étaient exprimé publiquement comme c’est le cas d’Yves Bonnet ou d’Alain Chouet. D’autres, encore en fonction, partagent parfaitement la position de leurs aînés, mais ne se prononcent pas publiquement, droit de réserve oblige. Cela n’a pas empêché l’indocile juge anti-terroriste français Marc Trevidic de se soulever contre le cynisme des responsables occidentaux.

Dans un entretien avec le JDD [http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Le-juge-antiterroriste-Marc-Tr” name=”nh1″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb1″>1], il reconnaît que « la situation est trop confuse en Syrie. En plus, l’Occident est contre le régime en place (…) Le souci, et c’est ce que l’on voit actuellement en Syrie, est que ces élans spontanés [des dhjiadistes étrangers], sans réseau, sont tôt ou tard pris en charge par des groupes proches d’Al-Qaïda. Le terrorisme est une notion malléable, très liée à la géopolitique, aux alliances. Ces situations sont confuses, compliquées, voire hypocrites : quand ces gens-là nous servent, on ferme les yeux. Ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas dangereux, mais qu’ils sont dans le bon camp. Pour l’instant ».

Il y a quelques mois, le site français www.afrique-asie.fr a publié un article bien informé, intitulé : «  Quand la communauté du renseignement se rebelle contre la stratégie suicidaire de la France en Syrie » [http://afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/4596-quand-la-communaute-du-renseig” name=”nh2″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb2″>2] consacré aux relations sécuritaires entre la France et la Syrie où il affirme que ces relations sont aujourd’hui « au point mort ». Le même article soulignait déjà « le mécontentement des hauts gradés de la DGSE à propos de la politique menée par leur pays à l’égard de la Syrie. Une politique qui leur a coûté cher en matière de collaboration antiterroriste ».

L’agence de presse Asia News [http://www.asianewslb.com/vdcbszbf.rhb09pukur.html” name=”nh3″ href=”http://www.silviacattori.net/article4342.html#nb3″>3], reprise par de très nombreux médias de la région, était le premier média en ligne à avoir relaté en détail cet attentat manqué. En Turquie, les médias de l’opposition avaient largement commenté la nouvelle, évoquant un scandale et sommant le Premier ministre islamiste Erdogan à s’expliquer. Les médias français ont gardé jusqu’ici un black-out total sur cette affaire d’État. D’autant plus que cette révélation intervenait peu après le refus de Damas de répondre favorablement à la demande française, par Jordaniens interposés, de reprendre la coopération sécuritaire.

On comprend mieux pourquoi la Jordanie avait soudainement fermé hermétiquement ses frontières avec la Syrie et avait interdit aux groupes dhjiadistes de les franchir. On a même assisté depuis à un revirement spectaculaire du Roi Abdallah II qui a réalisé qu’après la chute programmée du régime syrien par l’action conjuguée des Frères musulmans et des groupes salafistes radicaux, il serait le second sur la liste. D’où sa colère soudaine contre le nouveau « croissant sunnite » dirigé par la Turquie, l’Égypte et le Qatar, trois pays piliers de la Confrérie des Frères musulmans. Venant d’un roi proche des services britanniques, américains et israéliens, et qui avait le premier parlé d’un « croissant chiite », il y a quelques années, le retournement, il faut le reconnaître, est colossal ! Ce changement d’un roi girouette est plus dû à un réflexe d’auto-défense tactique qu’à un véritable tournant stratégique.

C’est cette nouvelle donne qui a sans doute refroidi l’ardeur anti-syrienne des Jordaniens, et qui a poussé certaines sources proches des services secrets de Sa Majesté hachémite, à se confier, en off à l’agence arabophone en ligneasianewslb.com« Nous avons soumis aux Syriens tous les dossiers concernant les enquêtes sur les cellules terroristes qui projetaient de commettre des attentats à la voiture piégée, affirme cette source sécuritaire jordanienne. Ces enquêtes ont mis en évidence que toutes ces cellules terroristes actives ou dormantes qui opèrent en Syrie et en Jordanie, voire en France sont dirigées par un commandement central décloisonné représenté par un personnage central dit “le facilitateur”. C’est lui qui dirige les cellules sur le terrain sans que les membres de ces cellules le connaissent. Or ce personnage clé est tombé entre les mains des services syriens qui ont pu remonter, aveux et documents à l’appui, toute la filière dont toutes les actions s’étendent de la Syrie jusqu’en Europe en passant par la Jordanie et le Liban. »

Toujours selon les confidences recueillies par Asia News, « grâce aux renseignements fournis par Damas, nous avons pu identifier des individus qui étaient en contact avec le facilitateur. C’est après cette arrestation que les services français ont voulu renouer les contacts avec Damas qui a refusé net. Et pour cause : l’officier supérieur en charge de cette affaire n’est d’autre que le colonel Hafez Makhlouf qui fait partie d’un groupe d’officiers syriens dont les noms figurent sur les listes des sanctions française et européenne. »

Pour rappel, l’enquête, publiée par le site www.afrique-asie.fr, ci haut mentionnée faisait état du mécontentement des hauts gradés de la DGSE à propos de la politique menée par leur pays à l’égard de la Syrie. Une politique qui leur a coûté cher en matière de collaboration antiterroriste. « Les syriens, écrit cette enquête, ont sauvé la vie de centaines de citoyens français grâce à leur collaboration avec leurs homologues français et occidentaux en matière de lutte antiterroriste et de lutte contre le crime organisé (notamment la mafia des contrefaçons des médicaments). »

La politique insensée, résolument anti-syrienne, entreprise par l’ancien président Nicolas Sakozy et poursuivie avec hargne et dogmatisme par son successeur socialiste François Hollande, notamment en matière de soutien à une opposition disparate et conduite sur le terrain par des groupes terroristes, dont le seul objectif est le renversement du régime séculier du Baas et son remplacement par un « émirat wahhabite » ou un régime islamiste, a poussé Damas, soulignent des hauts gradés de la communauté du renseignement français, « à geler toute coopération avec nos services, au grand dam de la sécurité de nos citoyens. »

Le même article rappelait encore les lettres de remerciement rédigées et envoyées par les officiers français à leurs homologues syriens pour avoir aidé au démantèlement de nombreux réseaux mafieux et/ou terroristes et à déjouer de nombreuses tentatives d’attentats. En plus de son soutien aux terroristes en Syrie, l’ingratitude de Paris l’a mené à la mise sur liste noire européenne de la plupart de ces officiers dont l’un des plus connus, le colonel Hafez Makhlouf, dont le nom, avant de figurer sur la liste noire, trônait à l’entête des lettres de remerciement et de gratitude adressées par ses homologues français.

Bassam Tayyarah, le journaliste libanais résidant à Paris partage, dans son site arabophone d’information en lignehttp://www.akhbarboom.com/, la même analyse que celle des milieux du renseignement français. « Si vous avez aimé Claude Guéant (ancien ministre de l’Intérieur sous Sarkozy), vous allez adorer Manuel Valls (l’actuel détenteur du poste) », écrit-il. Il fait ainsi référence à la politique, en matière de lutte antiterroriste, de l’actuel ministre de l’Intérieur qui emboîte le pas à son prédécesseur de droite. Pour tous les deux, la lutte antiterroriste représente « une priorité absolue ». Particulièrement depuis le début de la guerre contre le Mali, et les menaces proférées par les islamistes contre ceux qu’ils qualifient de « nouveaux croisés français. »

Claude Guéant entretenait d’excellentes relations avec les services de renseignements du Moyen-Orient, quand il n’était encore que l’homme d’ombre de Sarkozy, avant même de devenir son ministre de l’Intérieur. L’une de ses relations, et pas des moindres, était les services de sécurité syriens réputés comme les meilleurs d’après un proche de Guéant.

La France a beaucoup profité de sa collaboration sécuritaire avec la Syrie, dont l’aide était précieuse dans des opérations telles que le démantèlement de réseaux terroristes ou la mise en échec d’attentats contre des intérêts français ou même contre le métro parisien. Toujours selon Tayyarah, les services de renseignement syriens tenaient leurs homologues français au courant des mouvements des dhjiadistes français qui traversaient ses frontières pour rejoindre l’Irak.

Celle collaboration syrienne était tellement appréciée qu’elle a contribué, à l’époque, à la volonté d’ouverture de Sarkozy envers Damas. Mais les choses ont changé depuis deux ans, c’est-à-dire depuis le début de la « révolution » syrienne car la France a choisi d’être le fer de lance dans le soutien de l’opposition armée ce qui a logiquement conduit à la rupture de tous les ponts entre les deux pays. Le bureau annexe de la sécurité et de la lutte antiterroriste, qui coordonnait la collaboration, a été transféré de Damas à Amman.

Face à la montée des périls terroristes, une source proche des services français se montre pourtant optimiste. « Il ne faut pas perdre espoir, confie-t-elle, car c’est maintenant de l’intérêt des deux parties d’arrêter la casse et de renouer avec la coopération sécuritaire bilatérale, à condition toutefois que Paris se fasse à l’idée que la guerre secrète qu’elle mène contre Damas ne mène nulle part et qu’elle est perdue d’avance. » En attendant cet hypothétique retour à la raison et au pragmatisme, le régime syrien ne baisse pas les bras et continue à mener une traque implacable contre les réseaux terroristes et dhjiadistes alimentés de l’extérieur.

Selon un observateur libanais cité par le site bien informéArabi Press, «  Damas sait pertinemment qu’un nombre non négligeable de forces spéciales françaises entraînent l’armée syrienne libre. La France leur facilite l’approvisionnement en armes au marché noir. Les services syriens sont parfaitement au courant de la présence militaire française, britannique et américaine qui opère à travers les frontières avec le Liban, la Jordanie et la Turquie. Cette présence n’est pas encore de nature combattante. Elle se situe encore au stade de l’entraînement, de la gestion des centres de commandement arrière et la fourniture d’armes et de matériels de communication. Sans parler de son rôle dans la surveillance des groupes dhjiadistes et des armes qu’ils peuvent se procurer ».

Ce sont sans doute ces agents français qui opèrent à ces frontières de la Syrie qui avaient alerté le chef de l’État et l’avaient convaincu de renoncer à fournir des armes sophistiquées à l’opposition.

Est-ce le début d’une révision de la politique offensive française dramatique vis-à-vis de la Syrie ? Dans ce cas, la France aura de nouveau besoin de la coopération sécuritaire avec Damas en vue d’arrêter le flux ininterrompu de dhjiadistes étrangers et l’arrêt des financements à ces filières provenant des pays du Golfe. On n’en est pas encore là. Mais le spectre du retour vers l’Europe des dhjiadistes qui ont combattu (et combattent toujours) en Syrie, fait trembler ces capitales et pousse Paris à un retournement spectaculaire, dont elle est coutumière.

Henri Sylvain

 


 

[1] http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Le-juge-antiterroriste-Marc-Trevidic-La-France-ennemi-bien-identifie-584526

[2] http://afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/4596-quand-la-communaute-du-renseignement-se-rebelle-contre-la-strategie-suicidaire-de-la-france-en-syrie.html

[3] http://www.asianewslb.com/vdcbszbf.rhb09pukur.html

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Alger enterre son poète. Mille ans et quelques tempêtes n’avaient pas suffi à le produire, comme si elle ne se débarrassait de ses mythes et ne naissait vraiment à l’histoire qu’à ses paroles :

«Son ère est nouvelle et son enseigne claque au vent.» Vous pouvez bien sûr, pour ce vers, entendre Algérie, et non pas Alger, le poète n’est plus là pour trancher sur les sens qu’on met dans ses mots. Il les a confiés au grand maître El Anka pour qu’ils vivent dans nos têtes le destin de nos propres émeutes. Mais vous avez raison de comprendre Algérie dans ces vers, car en mille ans et trop de mythes, pour la première fois, Alger, par la grâce de la guerre et de l’indépendance, atteignait une ambition nationale autrement plus compliquée que le statut de chef-lieu de la Régence ottomane ou le port d’attache de corsaires cosmopolites.

Mustapha Toumi a écrit bien d’autres poèmes et bien d’autres chansons. Il a écrit pour Myriam Makéba, pour Lamari, pour Abderrahmane Aziz… Il a écrit en français, en berbère et en arabe. Il a écrit au théâtre, au café, dans la rue, chez lui, dans son bureau au ministère ou aux quatre-vents. Il écrivait dans cette sorte d’ébullition productive, qu’était la vie des sphères culturelles d’Alger, pressées de rendre à la révolution leur promesse d’une autre Algérie. Il était, avec beaucoup d’autres, dans le rêve d’une éthique sociale, d’une exemplarité morale qui restituerait aux sacrifices leur pleine légitimation dans la justice. Cela remontait à loin cette histoire de «message philosophique», à ses années passées à Tunis et au Maroc, dans le travail avec les équipes culturelles du FLN et surtout dans La voix de l’Algérie. Cela vous marque un homme de ne vivre qu’à entretenir la flamme du combat et à nous soutenir par le rêve d’une autre société, d’un autre pays, d’un autre destin.

Mustapha était l’homme de cette promesse parce qu’il était tout à la fois, l’homme de cette époque de promesses anticoloniales, mais aussi homme de parole, tel que notre société a pu produire pour son propre combat. Le peuple d’Alger ne retiendra pourtant que Sobhan Allah Ya L’Tif et pour ce seul poème, il en fera le poète de la ville, privilège et magistère, que seul le peuple attribue selon les voies qui lui sont particulières. El Hadj M’hamed El Anka ajoutera, au poème, son poids symbolique, sa musique et cette interprétation qui démultiplient la puissance d’évocation et de suggestion du texte. L’osmose entre les deux artistes était née bien avant l’écriture du texte, le cheikh avait demandé à Mustapha de lui préparer un poème.

A la date de ce poème et de son interprétation, en 1970 ou vers 1970, Alger, pour des raisons de résonnance propre à un lieu du pouvoir, faisait le deuil de ses rêves de fraternité.

Tout cela s’écroulait, que nous avons cru advenu d’un pays sans conflits, sans rivalités, sans jalousie ; juste un pays fraternel où nous avions à faire, beaucoup à faire pour réparer les brisures, les injustices, les manques dans tous les domaines. Cette histoire reste à écrire d’une utopie algérienne que, par défaut, on appellera aussi socialisme pour dire rêve collectif, mais Alger va céder à son propre peuple, descendu dans la rue pour refuser la guerre entre les composantes de l’ALN. Il eut fallu pour que cette prise du pouvoir soit légitime, qu’elle respecte le lieu et les hommes. Plus que les comportements des services de répression à l’endroit de symboles algérois, c’est une espèce d’apologie du monde rural et paysan qui a fait le plus mal aux Algérois. Tout à fait dans l’air du temps, mi-maoïste et mi- fanonienne, tout en étant étrangère aux deux, cette théorie postulait à un caractère révolutionnaire des campagnes, a contrario des villes, qui seraient des lieux de soumission à la domination coloniale. Dans les faits, cette théorie ne visait qu’Alger, il n’était nullement question de trahison ou de collaboration pour les autres villes. Cette démarche a pu prendre des allures brutales, selon le niveau politique et culturel de ses acteurs, allant jusqu’à nier toute lutte à Alger qui ne soit le fait de non-Algérois. Sur le plan esthétique, films, pièces de théâtre, émissions, sketchs, etc. nous abreuvèrent de ces productions présentant Alger comme une Babylone dans laquelle les braves enfants de paysans perdaient leur innocence et leur âme.

Les conflits de l’été 1962, que le peuple d’Alger avait stoppé avec ses manifestations et son mot d’ordre : «Sept ans, ça suffit», continuaient leurs chemins souterrains, en se compliquant de ce «paysanisme» qui déniait au petit peuple d’Alger, d’ouvriers et d’artisans leur rôle décisif dans les formations politiques, syndicales et culturelles, qui ont enraciné l’idée de nation algérienne et leur rôle irremplaçable dans la bataille d’Alger et la guérilla ultérieure à cette bataille.

Le poème exprimait toutes ces blessures d’un peuple d’Alger qui avait refusé la lutte fratricide par sagesse et pour ne pas mener un combat qui n’était pas le sien, celui de la mainmise sur la ville européenne. Car le pouvoir, par mimétisme, s’installait sur les lieux du pouvoir colonial. Pouvait-il en être autrement ? Certainement non, mais il risquait la rupture avec la ville indigène, dont il a poussé la négation jusqu’à cette absurdité de «paysanisme». Toumi est allé chercher très loin, dans la vieille tradition mystique et guerrière du melhoun, la matrice de ses mots, les racines de ses expressions, la langue de son poème, les voies de l’allégorie et les embrasures de l’imaginaire. Inutile de le reprendre dans cet article, vous le connaissez par cœur.
Et il annonce à cet «invité» d’Alger, qui n’est autre que le pouvoir, qu’il n’a pris la ville que par concession de l’habitant.

La force de pénétration de ce poème dans la tête et dans le cœur du peuple d’Alger est précisément qu’il raconte ce combat reporté à plus tard, mais aussi cette prophétie que le pouvoir allait régner sur la ville, sur le pays donc, mais pas les dominer. Parce qu’il en était arrivé à cette dénégation de la ville, de la société, de ses composantes, il lui serait possible d’organiser le pouvoir sans jamais pouvoir organiser l’Etat. Gramsci en dit quelque chose. L’idée d’une impasse politique et surtout culturelle de ces vainqueurs provisoires et par défaut est latente dans chaque vers de ce poème. Il a été la revanche immédiate du peuple d’Alger, en ajoutant à la prophétie sa propre délégitimation à cette espèce mise à sac de la ville et de sa mémoire. Oui, vous avez raison de comprendre que le vers parle de l’Algérie et pas d’Alger : «L’Algérie, son ère est nouvelle et son emblème claque au vent.» En attendant, le poète a dérobé l’Alger de notre cœur et de nos combats au pouvoir et partagé ses mots avec le maître de notre chaâbi pour nous faire les oriflammes qui courent nos chants et nos ruelles.

Adieu Mustapha. Et adieu nos échanges. J’ai compris par ton poème et par nos paroles croisées la différence entre le règne, la domination et l’hégémonie. Merci de m’avoir, de nous avoir, tant donné ; des mots pour nos peines et des mots pour voir, des mots pour demain. Adieu, notre poète.

Mohamed Bouhamidi


« Le lion est lion même mort », écrivait-il dans son chef-d’œuvre Sobhan Allah ya latif. Mustapha Toumi est décédé dans la soirée du mardi 2 avril. Le poète est mort à l’hôpital Mustapha Pacha des suites d’une longue maladie. Ce matin, un hommage lui sera rendu au Palais de la culture, avant son enterrement, qui aura lieu l’après-midi au cimetière El Kettar. Né le 14 juillet 1937 à Alger, Mustapha Toumi est une figure incontournable de la culture algérienne. Nourri au mode de vie citadin de sa Casbah natale, Toumi a tracé des ponts entre la culture populaire et la culture universelle. L’artiste a exploré différentes disciplines artistiques, comme la composition, la poésie et même la peinture, qu’il pratiquait pour son plaisir.

Politiquement engagé, l’artiste a milité dans les rangs du FLN durant la révolution et a participé en 1958 à la radio clandestine «La voix de l’Algérie libre et combattante ». Après l’indépendance, Mustapha Toumi prend en charge les affaires culturelles au ministère de l’Information. Il tentera plus tard de fonder son propre parti avec l’ouverture démocratique des années 1990, mais l’aventure politique ne durera pas longtemps. Outre El Hadj El Anka, qui a immortalisé sa qacida Sobhan Allah ya latif, Mustapha Toumi a écrit pour Warda El Djazaïria, Mohamed Lamari et Myriam Makeba. Penseur encyclopédique, Toumi s’est également aventuré dans les arcanes de la linguistique. Il se consacrait, d’ailleurs, à des recherches sur les origines de la langue amazighe, avant que la maladie de ne l’emporte à l’âge de 76 ans.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Commerce des armes, le Traité paravent de l’Onu

avril 4th, 2013 by Manlio Dinucci

Après sept années de laborieux efforts, l’Assemblée générale des Nations Unies a donné le jour au Traité sur le commerce des armements. L’objectif déclaré n’est pas de limiter les exportations et importations d’armes « conventionnelles », lourdes et légères, mais de les réglementer. Parmi les principes sur lesquels se fonde le Traité se trouve en effet celui du « respect des intérêts légitimes des Etats à acheter des armes conventionnelles pour exercer le droit à l’autodéfense et pour les opérations de peacekeeping, et de produire, exporter, importer et transférer des armes conventionnelles ».

Les cent plus grandes industries guerrières du monde, dont 78 sont basées aux Etats-Unis et en Europe occidentale, pourront ainsi continuer à accroître leurs ventes, dont la valeur annuelle estimée approche les 500 milliards de dollars. Les principaux exportateurs sont les Etats-Unis, suivis par la Russie, l’Allemagne, la France et la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne. Les principaux importateurs sont l’Inde, le Pakistan et les monarchies du Golfe. Forte croissance aussi pour les importations d’armes en Afrique du Nord, qui ont augmenté de 350% en 2007-2012. Personne par contre ne connaît la valeur réelle des transferts internationaux d’armes, dont certains adviennent sur la base de transactions politiques. Parmi ceux-ci, par exemple, les 20 véhicules blindés de combat Puma, donnés par l’Italie aux gouvernants libyens « à titre gracieux » (c’est-à-dire payés avec l’argent public par les contribuables italiens).

A quoi sert alors le Traité ? Il faut dire avant tout que, bien qu’ayant été approuvé à une large majorité, il a fait l’objet d’abstentions significatives, surtout celles de la Russie, de la Chine et de l’Inde. En outre, même après avoir été ratifié par les parlements nationaux (chose qui n’est pas du tout acquise, notamment aux Etats-Unis), le Traité ne sera pas contraignant mais constituera une sorte de code de conduite auxquels les gouvernements devraient se tenir. La norme fondamentale est que les armes ne doivent pas être fournies à des Etats qui « minent la paix et la sécurité et commettent des violations du droit humanitaire international ». Comme l’assure le secrétaire d’Etat étasunien John Kerry, le Traité contribuera à « réduire le risque que les transferts internationaux d’armes conventionnelles ne soient utilisés pour accomplir les pires crimes du monde, y inclus terrorisme, génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre ».

En d’autres termes, le Traité autorise la fourniture d’armes aux « gentils » mais interdit strictement de les fournir aux « méchants ». Reste à voir qui sont les uns et les autres. Si le Traité par exemple avait été approuvé par l’Onu en 2011, que ce serait-il passé ? Il aurait été employé pour justifier l’embargo draconien contre la fourniture d’armes au gouvernement libyen accusé de crimes contre l’humanité. En même temps il aurait servi à rendre légales la fourniture de bombes étasuniennes aux alliés (Italie comprise) qui avaient épuisé les leurs dès les premières semaines de bombardements.

Aujourd’hui, souligne la responsable d’Oxfam International pour le contrôle des armements, se faisant le porte-parole d’une idée répandue dans l’éventail pacifiste qui défend le Traité, il peut contribuer à réduire la tragédie de la guerre civile en Syrie, puisque « la Russie soutient que les ventes d’armes au gouvernement sont autorisées car il n’y a aucun embargo ». Elle oublie cependant le flux croissant d’armes, confirmé par la récente enquête du New York Times (il manifesto 27 mars), qui sont livrées au « rebelles » à travers un réseau international organisé par la Cia, qui implique la Turquie, la Jordanie et la Croatie. Dans cette logique, un autre des principes sur lesquels est fondé le Traité, à savoir « le droit de tous les Etats à l’autodéfense individuelle et collective reconnu par l’article 51 de la Charte des nations unies », peut être interprété de manière à justifier l’embargo des armes au gouvernement syrien et, en même temps, leur livraison aux « rebelles », en assurant que ceux-ci les utilisent pour l’ « autodéfense ».Différents défenseurs du Traité affirment que sont bannies les ventes d’armes non seulement aux Etats mais aussi aux groupes qui les utilisent dans des actions qui violent les droits humains, mais qu’elles peuvent être fournies ouvertement et légalement aux « mouvements de libération qui luttent contre des gouvernements abusifs ». Comme, précisément, le gouvernement syrien que les Usa et l’Otan considèrent comme illégal, pendant qu’eux-mêmes arment et entraînent le « mouvement de libération », en grande partie infiltré de l’étranger.

Les industries guerrières pourront ainsi continuer à faire des affaires en or : il suffit qu’ils vendent les armes à ceux qui les utilisent pour « le droit à l’autodéfense et pour les opérations de peacekeeping ».

Manlio Dinucci 

Edition de jeudi 4 avril de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130404/manip2pg/09/manip2pz/338381/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Gaz de schiste : les dommages collatéraux

avril 4th, 2013 by Gérard Montpetit

Au Québec, nous avons 31 puits «modernes» de gaz de schiste dont ceux de Leclercville et de La Présentation qui ont, ou ont eu, des fuites préoccupantes.  Il ne s’agit pas d’un grand nombre mais admettons que statistiquement cela soit significatif, nous dirions alors que plus de 6% des puits forés au Québec ont de sérieux problèmes.

Les experts en relations publiques des Forces Armées utilisent l’euphémisme «dommages collatéraux» pour minimiser les dommages et les souffrances que d’innocentes victimes doivent subir lors de bombardements ou d’opérations militaires.  Par exemple, si un «drone» frappe sa cible, mais tue ou blesse une douzaine de civils qui vivent dans les parages, on utilise cette expression, parfois suivie d’une autre: “Just too bad”, indicative de la plus suprême insouciance.

De même, la fracturation hydraulique des gazières est responsable de «dommages collatéraux» à des personnes qui ont le malheur de vivre à proximité d’une tour de forage mais aussi à ceux et celles qui vivent de l’agriculture, du tourisme, ou qui s’adonnent à la pêche sportive.  Pour les premiers, les effets collatéraux sont immédiats; pour les seconds, on ne les voit pas dans la même image, car reportés dans le temps mais avec celui-ci, ils deviennent de plus en plus visibles…

Les problèmes de santé font aussi partie de ces «dommages collatéraux» tardifs. Le professeur Ingraffea et ses collègues de l’Université Cornell nous disent que l’enjeu des gaz de schiste peut se résumer par la phrase lapidaire «The wealth of a few versus the health of many» «La richesse de quelques-uns contre la santé de plusieurs».

La cooccurrence «dommages collatéraux» peut aussi s’appliquer au monde du travail.  Pour chaque «job» créée par l’industrie des carburants fossiles, combien seront perdues dans d’autres secteurs?  Par exemple à Gaspé, Pétrolia peut fournir des emplois, un certain nombre de mois-personne disons, mais combien de mois-personne perdus dans le secteur du tourisme et des pêcheries?…  Et s’il fallait qu’une catastrophe survienne dans le golfe St-Laurent comme dans le golfe du Mexique en 2010?  Est-ce que Pétrolia aurait les reins assez solides pour indemniser toutes les personnes qui seraient lésées?… Entre Pétrolia et BP il y a un monde!

L’industrie n’ose dire non plus que la fracturation de la roche est une technique dont le taux d’efficacité est aberrant.  Selon Marc Durand, ingénieur-géologue à la retraite, l’industrie peut extraire aussi peu que 20% du gaz contenu dans la roche car il n’est pas économiquement rentable d’exploiter ce qui reste.  Est-ce qu’un agriculteur achèterait une moissonneuse-batteuse pour ne récolter que 20% du maïs dans son champ?

Dès que le puits n’est plus rentable, la compagnie bouche le puits avec du ciment et en remet le contrôle et la responsabilité financière à la province de Québec.  Le gaz et les autres fluides qui demeurent dans la roche vont migrer très, très lentement vers le puits et la pression va se rebâtir graduellement dans la structure pendant des siècles.  Voilà de sérieux «dommages collatéraux» pour les générations à venir qui habiteront à La Présentation ou ailleurs dans la vallée du Saint-Laurent.

Il faut comprendre qu’un puits défectueux, comme celui de La Présentation, peut possiblement contaminer toute la chaîne alimentaire.  Il est situé dans un champ de maïs, aliment de base qui sert à l’alimentation animale.  Il est également à moins de 100 mètres de la rivière Salvail; dont l’eau est nécessaire à toute production agricole.  Sans oublier le poulailler, lequel est situé à moins de 80 mètres de la tête de puits.  Enfin, la partie horizontale du puits passe probablement sous plusieurs cabanes à sucre et cela peut contaminer les produits de l’érable.  À long terme, la possible contamination des nappes phréatiques risque d’être la cause première de nombreux dommages collatéraux.  À très long terme, c’est la biodiversité qui est en jeu.

L’industrie projette près de 20 000 puits de gaz de schiste au Québec et probablement plus de pétrole de schiste.  Qu’est-ce qui est le plus important: les profits des pétrolières ou les pertes que d’innocentes victimes vont inévitablement subir?…

Gérard Montpetit

Pour le comité Non-schiste La Présentation

La Présentation, le 2 avril, 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le pillage financier de Chypre par l’Union européenne marque un tournant qualitatif dans les mesures d’austérité brutales imposées à tout le continent.

Les 10 milliards d’euros de l’UE pour renflouer les banques sont conditionnées à la destruction du secteur bancaire de l’île dans l’intérêt des sections les plus puissantes du capital financier.

Les dépôts bancaires supérieurs à 100 000 euros ont été razziés, et des contrôles stricts des capitaux sont en place. Le ministre des Affaires étrangères de Chypre Ioannis Kasoulides a dit que ceux-ci pourraient durer « jusqu’à un mois. » Bien que des commentateurs disent qu’ils s’attendent à ce que ces contrôles restent en place pendant des années.

Le renflouement est lié à des coupes drastiques dans les dépenses et à des privatisations. Des représentants de la troïka – l’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international – sont à Chypre depuis le début du mois, dressant une liste de privatisations possibles, y compris dans les principaux services publics.

En même temps, des exigences d’une austérité plus grande sont présentées à la Grèce, qui est en récession depuis cinq ans, suite aux mesures de l’UE.

Des représentants de la Troïka vont retourner à Athènes au début du mois prochain pour compléter ce que le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble décrivait cette semaine comme une « dure mission de supervision. »

Répondant au journal Grec Ta Nea, Schäuble a réfuté toute idée que la population ne pourrait pas supporter davantage d’austérité, disant « En ce moment, tous les indicateurs macroéconomiques signalent que la recette porte ses fruits. Mais il faudra plus de temps que ce que beaucoup en Grèce voudraient. »

En décembre, la troïka a accepté de remettre 50 milliards d’euros faisant partie de l’accord de prêt actuel dont le total porte sur 130 milliards. En échange, elle exigeait que la Grèce impose de nouvelles réductions des effectifs, des augmentations d’impôts et d’autres mesures d’austérité extrêmement pénalisantes. L’argent est versé en tranches qui dépendent strictement des mesures d’austérité qui leur sont attachées, avec des inspections régulières de leur « progrès ».

Mais le mois dernier, les représentants de la troïka ont quitté les négociations avec le gouvernement grec, retardant le versement d’un prêt de 2,8 milliards d’euros de ce qui avait été accepté auparavant.

Au cœur de la crise, il y avait l’insistance de la troïka pour que la Grèce adhère pleinement aux promesses de réduction de 25 000 emplois dans le secteur public avant la fin de 2013. Craignant une montée de la crise sociale dans un contexte de chômage record, le gouvernement a proposé à la place d’éviter les licenciements obligatoires et de transférer les employés vers une « réserve de travail spéciale » d’ici 2014. Même si ceci entraînerait la réduction de 40 pour cent des salaires pour un an, et le licenciement de 150 000 employés d’ici 2016, cela a été rejeté par la troïka qui considère la mesure insuffisante.

En s’appuyant sur son adhésion loyale aux diktats de l’UE, le gouvernement de coalition, qui réunit Nouvelle démocratie, le PASOK social-démocrate et la Gauche démocratique, avait affirmé que recevoir la prochaine tranche serait une formalité. Le ministre des finances Yannis Stournaras commentait à l’époque, « Cette fois-ci ça va être facile. S’ils [la troïka] restent quelques jours de plus, ce sera pour aller voir quelques antiquités. »

Au lieu de cela, la troïka a passé deux fois plus de temps que prévu à Athènes, puis a mis fin aux négociations et retenu sa promesse de prêt en invoquant l’argument que le gouvernement ne peut pas revenir sur des mesures pour lesquelles il s’est déjà engagé, y compris pour la suppression de milliers d’emplois dans le secteur public.

En réaction, un responsable anonyme du gouvernement a déclaré auGuardian que la réception de tout argent de la troïka était à présent gravement compromise : « Il y a des inquiétudes très sérieuses sur le fait qu’à l’été, le prochain versement [du prêt] ne sera pas effectué. Rien n’est sûr. »

Au cœur de l’action de l’UE, il y a une politique visant à diminuer les salaires et les conditions de travail des travailleurs dans tous les pays européens à un niveau comparable à ceux de l’Europe de l’Est, de la Chine et de l’Inde.

Dans des commentaires révélateurs avant la dernière visite de la troïka à Athènes, un représentant de la Grèce à la commission européenne, Maria Damanaki, avait dit à la radio FM To Vima, « La stratégie de la Commission européenne au cours de l’année et demie ou deux écoulée a été de réduire les coûts du travail dans tous les pays européens afin d’améliorer la compétitivité des compagnies européennes sur leurs rivales d’Europe de l’Est et d’Asie. »

C’était le cadre des réunions qui se sont tenu à la fin mars entre Kostas Hatzikadis, le ministre de l’Economie et du développement Grec, et les directeurs exécutifs de 11 des plus grandes compagnies internationales opérant en Grèce. Un rapport de GR Reporters notait que, « huit des onze dirigeants ont soutenu l’idée qu’un salaire [mensuel] de 250 à 300 euros pour des emplois à temps partiel pourrait créer de nouveaux emplois. »

Ce rapport citait les commentaires du directeur exécutif de Barilla Hellas, George Spiliopoulous, qui disait, « Je ne vois pas pourquoi un niveau minimal de salaire devrait être maintenu dans un pays où le chômage des jeunes a atteint des niveaux incroyables. »

C’est cette volonté de détruire les salaires et les conditions de vie des travailleurs qui explique la brutalité avec laquelle l’UE a traité Chypre et d’autres pays, ainsi que la vénalité du gouvernement de ces pays pour aider ses actions.

L’élite dirigeante avance à grands pour exploiter le niveau maintenant catastrophique de chômage en Grèce, qui se monte à près de 30 pour cent pour les adultes et plus de 60 pour cent pour les jeunes. Avec de telles exigences, l’élite dirigeante cherche à s’enrichir encore plus, quelques mois seulement après que le gouvernement, sur l’insistance de la troïka, a réduit le salaire minimum pour tous les moins de 25 ans de 25 pour cent, à 510 euros par mois au lieu de 740. Pour un travailleur de plus de 25 ans, le salaire minimum a été réduit de 22 pour cent à tout juste 586 euros par mois.

Cette semaine, l’agence fédérale allemande des statistiques Destatis a publié des enquêtes montrant qu’en 2012, la Grèce était le seul pays de l’UE à voir une baisse du coût moyen du travail dans le secteur privé. D’après l’étude, le coût d’une heure de travail, y compris les éléments qui ne font pas partie du salaire, dans le secteur privé grec était de 15,50 euros l’an dernier, soit une baisse de 6,8 pour cent par rapport à 2011.

Aucun domaine des services sociaux n’a été épargné, les conditions de vie dans le pays ont été ramenées au niveau de ce qui existait sous l’occupation nazie durant la seconde guerre mondiale. Des attaques allant encore plus loin sont même en préparation sous les mesures de réduction des coûts qui ont été conclues avec la troïka, dont la fermeture des hôpitaux régionaux dans un service de santé déjà décimé et la suppression du droit à l’enseignement supérieur par le « plan Athéna. »

L’objectif du plan Athéna est de fermer de nombreux établissements de l’enseignement supérieur et d’abolir le droit à cet enseignement, qui est pour le moment garanti par l’article 16 de la constitution grecque. Sous son égide, les établissements devront rechercher des partenariats privés et lier leurs programmes éducatifs aux demandes du marché.

Cette voie est présentée comme la seule possible dans un contexte où les mesures d’austérité successives ont laissé la Grèce embourbée dans sa sixième année de récession. La banque centrale grecque a prévu que la récession devrait s’aggraver, et que l’économie devrait se contracter de plus de 5 pour cent cette année, contre une projection de 4,5 pour cent faite par la troïka.

Robert Stevens

Article original, WSWS, publié le 30 mars 2013

Des avions de chasse américains F-22 sont arrivés hier en Corée du Sud, mettant l’Asie de l’Est en alerte maximale alors que Washington intensifie sa confrontation avec la Corée du Nord, apparemment au sujet du programme nucléaire du pays.

Stationnés habituellement à la base aérienne Kadena au Japon, les avions de chasse ont été déployés à la base aérienne Osan en Corée du Sud, dans le contexte des manœuvres militaires « Foal Eagle » en cours et auxquelles participent les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Le déploiement des F-22 est survenu au bout de deux semaines d’aggravation des tensions militaires et d’une démonstration de la puissance de feu américaine contre la Corée du Nord. Le 19 mars, les Etats-Unis avaient envoyé des bombardiers B-52 à capacité d’armement nucléaire en Corée du Sud et, la semaine passée, ils ont envoyé deux bombardiers furtifs B-2 pour pratiquer le largage de bombes factices au-dessus d’un champ de tir sud coréen.

Le déploiement de bombardiers lourds américains constituait une menace ouverte qu’en cas de conflit militaire en Asie de l’Est, Washington était prêt à recourir à l’arme nucléaire. Cette menace ne vise pas seulement la Corée du Nord, mais aussi la Chine, le principal objectif des opérations américaines dans la région et qui fournit au régime nord-coréen des produits alimentaires essentiels et du carburant.

Pour la Corée du Nord, un petit pays pauvre de 25 millions d’habitants, les vols des B-2 ont été le signal que Washington était disposé à annihiler le pays. Les bombardiers B-2 transportaient 16 bombes nucléaires B83 ayant chacune un rendement explosif de 1,2 mégatonnes – 75 fois la puissance des bombes atomiques que les Etats-Unis avaient larguées en 1945 sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Si deux bombardiers B-2 lâchaient leur cargaison sur la Corée du Nord, ils détruiraient toutes ses villes grandes et moyennes.

Samedi 30 mars, des responsables de l’armée américaine ont dit au Wall Street Journal qu’ils s’étaient engagés à préparer une série d’autres démonstrations de force contre Pyongyang. Ils ont refusé de dire quelles seraient ces démonstrations, parlant de « préoccupations de sécurité opérationnelle. »

Le Pentagone a aussi annoncé la préparation d’un « plan d’actions communes [avec la Corée du Sud] contre les provocations » de Pyongyang. Ceci vise à garantir une réponse plus agressive à toute action menée par l’armée nord-coréenne, tout comme en 2010 lorsque l’artillerie de la Corée du Nord avait déclenché des bombardements après avoir été accusée d’avoir coulé la frégate sud coréenne Cheonan. L’actuel plan des Etats-Unis et de la Corée du Sud présente le risque d’une rapide intensification des combats si un tel affrontement se reproduisait.

Ce risque est exacerbé par la politique menée par la présidente conservatrice sud-coréenne nouvellement élue, Park Geun-hye, la fille du dictateur militaire sud-coréen Park Chung-hee. Avec l’effondrement de la popularité de son gouvernement dans les sondages, elle a proposé d’élargir le programme nucléaire de la Corée du Sud. Si des combats frontaliers venaient à avoir lieu, elle subirait d’intenses pressions pour s’engager dans une escalade de l’affrontement et prouver ainsi la fermeté de sa position anti nord-coréenne.

Un récent article intitulé « Seule une réaction féroce peut empêcher les provocations nord-coréennes » et publié dans le quotidien conservateur sud-coréen Chosun Ilbo dénonçait la « réaction confuse et inefficace » à l’affrontement de 2010. Le journal décrivait aussi le « plan contre les provocations » qui implique des combats à grande échelle, dirigés par les Etats-Unis et assistés par le Japon.

Chosun Ilbo écrit: « L’armée sud-coréenne traitera la première réaction tandis que la Septième flotte américaine, dont le porte avion USS George Washington, sera mobilisée aux côtés des chasseurs F-22 japonais, puis suivra le déploiement des Marines américains pour s’occuper des missions communes. »

Les tensions provoquées par le « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama, qui est censé former une coalition avec des Etats alliés aux Etats-Unis en vue de contenir la Chine, viennent maintenant d’exploser en une véritable crise de guerre.

Vendredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a mis en garde que « la situation peut échapper à tout contrôle et elle s’engagera dans la spirale d’un cercle vicieux. »

Malgré les dénonciations de la Corée du Nord par les médias occidentaux, l’impérialisme américain porte la responsabilité essentielle. Tout au long de l’année dernière, Washington a annoncé son intention d’installer un bouclier antimissile visant la Chine bien que justifié comme étant une mesure contre la Corée du Nord. Les Etats-Unis ont aussi encouragé une confrontation navale entre la Chine et Japon au sujet des îles Senkaku (Diaoyu).

Washington a utilisé la Corée du Nord comme un moyen de faire pression sur le régime de Beijing qui s’est avéré être un obstacle majeur à la politique belliqueuse des Etats-Unis contre la Syrie et l’Iran pour qu’il s’aligne plus directement sur la politique étrangère américaine, Il est aussi le plus important créancier étranger des Etats-Unis.

Hier, l’agence d’information publique chinoise Xinhua a publié une rubrique intitulée « Des esprits plus lucides doivent l’emporter dans la Péninsule coréenne. » Elle a déclaré : « La Chine en tant qu’acteur concerné dans la région a pendant longtemps lancé des appels au calme sur la Péninsule coréenne. A présent, tous deux, la DPRK [République populaire démocratique de Corée, c’est-à-dire la Corée du Nord] et les Etats-Unis doivent modérer leurs propos et travailler avec Beijing pour une reprise rapide des pourparlers à six qui sont bloqués depuis longtemps. »

Tout en faisant pression pour un retour à la table des négociations, Beijing est aussi en train de signaler à Pyongyang que la Chine pourrait cesser de les soutenir face à Washington. Au début du mois, elle avait voté au Conseil de sécurité de l’ONU pour imposer des sanctions à Pyongyang en raison de son programme nucléaire. Selon des dépêches publiées par WikiLeaks, certaines sections du régime chinois considèrent Pyongyang comme un « enfant gâté » gênant.

Au cours du week-end, Pyongyang a publié un communiqué déclarant qu’un « état de guerre » existait sur la péninsule. Le communiqué avait fait suite à un rassemblement militaire de masse vendredi à Pyongyang.

Cependant, au-delà du discours belliqueux de Pyongyang, des information relatent une étrange situation de calme en Corée du Nord. Des responsables de l’armée américaine ont dit que leur renseignement sur l’armée de la Corée du Nord ne révélait aucune activité inhabituelle. Quant à la situation à Pyongyang, des journalistes de l’agence AP ont rapporté qu’en dehors de la parade militaire, « partout ailleurs c’était comme à l’accoutumée dans les restaurants, les magasins, les fermes et les usines où, pour les travailleurs, c’était du réchauffé. »

Pour le communiqué de Pyongyang et sa déclaration concernant un « état de guerre » en Corée, il s’agit d’une vérité juridique : l’armistice qui a mis fin aux combats de la guerre coréenne de 1950-1953 n’a techniquement jamais mis fin à l’état de guerre en Corée. Pyongyang réclame de longue date un traité de paix qui a été refusé en 1953 par les Etats-Unis et notamment par son régime fantoche et de type fasciste en Corée du Sud dirigé par Syngman Rhee. Depuis lors, Washington rejette les demandes en faveur d’un traité de paix.

Les déclarations de Pyongyang suggèrent que des sections de la bureaucratie nord coréenne tentent d’obtenir un genre d’arrangement avec Washington.

Le comité central du parti dirigeant nord-coréen, le Parti des travailleurs de Corée du Nord, s’est réuni hier après avoir annoncé laconiquement vouloir régler une « question importante » en publiant un communiqué avant le début, aujourd’hui, de la séance d’une journée du parlement coréen. Tout en promettant de poursuivre son programme nucléaire, le communiqué dit que Pyongyang entreprendrait « des efforts positifs pour empêcher une prolifération nucléaire. »

Le communiqué a souligné la volonté de Pyongyang d’ouvrir l’économie de la Corée du Nord et en faire une économie d’exportation tributaire du capital étranger dans le but d’exploiter la main d’œuvre bon marché nord coréenne. Il a demandé un changement en faveur d’une « économie basée sur la connaissance » et pour l’« introduction à large échelle » d’investissements. Pyongyang a déjà mis en place plusieurs zones d’exportation, particulièrement avec la Corée du Sud à Kaesong.

Les tentatives de Pyongyang de régler ses différends avec Washington et de s’intégrer dans l’économie capitaliste mondiale se sont toutefois heurtées à plusieurs reprises à l’opposition américaine. Il n’est pas clair quelles assurances Washington pourrait accorder aux dirigeants de Pyongyang pour leur propre sécurité après l’ouverture de leur économie au capital étranger américain – notamment dans le contexte d’une rapide escalade des tensions entre les Etats-Unis et le principal allié régional de Pyongyang, la Chine.

En 2001, la Corée du Nord avait été désignée par le gouvernement Bush comme un membre de l’« axe du mal » et elle reste la cible d’une campagne de dénigrement constante dans la presse occidentale.

Article original, WSWS, paru le 1er avril 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Poutine 3 – An 1: Bilan et avenir

avril 3rd, 2013 by Alexandre Latsa

Beaucoup de commentateurs et analystes ont tenté de faire le bilan politique de la première année du troisième mandat de Vladimir Poutine, c’est-à-dire sa neuvième année en tant que président de la fédération de Russie et sa treizième année au sommet de la scène politique russe.

Le premier mandat Poutine avait commencé dans le sang avec la tentative de déstabilisation orchestrée de la république Tchétchène qui avait conduit à la seconde guerre de Tchétchénie. Ce premier mandat sera également marqué par la prise d’otages du théâtre de Moscou en 2002 ainsi que par l’attentat du métro de Moscou en février 2004. Le second mandat commencera lui aussi difficilement avec le double attentat sur les avions de ligne d’août 2004, l’abominable prise d’otages de l’école de Beslan et l’attaque de 2005 à Naltchik contre le bâtiment des forces de l’ordre. 2010 et 2011 connaitront également leurs attentats, dans le métro puis à l’aéroport de Domodedovo. Pourtant dans le même temps, l’intensification de la lutte contre les structures terroristes dans le Caucase a sans doute considérablement amoindri la capacité de ces cellules à frapper ailleurs en Russie et notamment dans la capitale russe, visée en priorité pour des raisons bien évidemment politiques. Sur le plan du terrorisme la situation s’est donc améliorée en Russie et ce sur la quasi-totalité du territoire.

La situation politique s’est elle aussi stabilisée. L’opposition parlementaire n’est pas plus qu’il y a 10 ou 12 ans en position de remporter des échéances électorales majeures puisque seul le parti communiste peut prétendre faire de l’ombre à Russie-Unie, ce parti (on doit sans doute plus parler de plateforme) centriste et conservateur. Mais le parti communiste, tout comme le parti nationaliste libéral-démocrate de Vladimir Jirinovski, souffrent d’une usure profonde due à l’ancienneté de leurs leaders respectifs, qui concourent politiquement depuis la fin de l’URSS. Curieusement du reste, cette usure politique semble frapper autant, voir plus, l’opposition que le pouvoir et ce contrairement aux prévisions de nombre d’experts.

L’opposition minoritaire et non parlementaire qui avait quand à elle réuni quelquesdizaines de milliers de manifestants durant l’automne 2011 s’est logiquement essoufflée, minée par les scandales et les dissensions internes, tout comme sans doute et surtout par l’absence d’un quelconque programme politique. Aucune surprise à cela, il y a un an j’avais tenté d’expliquer que la jeune classe moyenne supérieure (dite classe créative) n’allait pas pouvoir se résoudre bien longtemps à confier le leadership des manifestations de l’opposition à des tendances radicales par exemple d’extrême gauche, prêtes à l’action violente, voire à basculer dans le terrorisme.

Illustration: Une de mes amies, journaliste pour une télévision publique me disait qu’elle était allée à Bolotnaia, puis lorsqu’elle a vu ce que devenaient ces rassemblements, à savoir occuper des quartiers pour jouer du tam-tam et dormir dehors (à l’époque révolue du slogan Occupy Moscow) elle m’a dit n’y avoir plus jamais mis les pieds. Ce mouvement, pâle copie d’un projet américain lui aussi sur le déclin, est rapidement mort. Mon amie a fini par voter Prokhorov aux élections, par défaut, ne sachant pas trop pour qui mettre son bulletin dans l’urne.

Une enquête par sondages vient de démontrer que les jeunes russes, contrairement à une idée reçue, ne font en réalité pas plus confiance à l’opposition qu’au pouvoir. Si un grand nombre de jeunes soutiennent les autorités, ils ragent en même temps contre les bureaucrates et le système administratif, et ce comme la totalité des russes. Si Vladimir Poutine reste l’homme politique préféré des jeunes, celui-ci est suivi par Vladimir Jirinovski et par Michael Prokhorov, et la grande majorité des jeunes interrogés n’a pris part à aucune manifestation de l’opposition. Pour Elena Omeltchenko, chef du Centre de recherche de la jeunesse de l’École des hautes études en sciences économiques: “Les jeunes gens ont de la bouillie dans la tête. Le nationalisme coexiste avec le libéralisme”.

Ce mélange de deux tendances que l’on pourrait juger hautement contradictoires peut donner naissance a une nouvelle tendance hybride, dont l’une des formes a sans doute émergé discrètement en conséquence de l’évolution que la scène politique russe a connu ces 18 derniers mois: l’idéologie nationale-démocrate.

Plusieurs membres de la Chambre civile russe (organe consultatif auprès du Kremlin)s’attendent du reste à l’émergence de plusieurs partis nationalistes capables de concurrencer les partis parlementaires lors des prochaines élections législatives. Cette droitisation à venir de la société civile a visiblement été anticipée par le pouvoir russe, et ceci se traduit par l’émergence de figures fortes et nationalistes dans le cercle de gouvernance, que l’on pense par exemple à Dimitri Rogozine ou encore à Serguey Glaziev, tous deux anciens du mouvement politique Rodina (La Patrie).

On peut donc imaginer que de Bolotnaia 2011, il ne restera pas grand-chose dans le futur proche. Comme l’écrivait Dimitri Olchansky il y a de cela un peu plus d’un an: “Les gens qui ont manifesté à Bolotnaia et Sakharov sont victimes d’une illusion d’optique. (…) Ils pensent représenter le peuple russe dans son ensemble – mais sur ce point, ils se trompent. (…) Plus longtemps Poutine conservera le pouvoir, plus on aura de chances de voir la société russe évoluer de façon paisible et harmonieuse. Les nationalistes finiront de toute façon par prendre le pouvoir, c’est inévitable. Mais plus tard ce jour arrivera, plus ils seront civilisés”.

Pourrait-on imaginer dans l’avenir une scène politique russe partagée entre un bloc centriste (concentré autour de Russie-Unie et/ou du Front populaire Russe) et un bloc nationaliste? Et si la réelle opposition, après avoir été communiste de 1991 à aujourd’hui, devenait à l’avenir l’opposition nationaliste?

Alexandre Latsa

 

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

France : Traditions impériales

avril 2nd, 2013 by Pierre Levy

Il faut « répondre aux armes par les armes ». En martelant cette mâle sentence en marge du sommet européen, celui qui fut le lointain successeur de Jaurès à la tête du Parti socialiste, et qui préside désormais la République française, a peut-être accru ses chances de décrocher le prochain Prix Nobel de la paix. A moins qu’il ne lui faille le partager avec les combattants qui ont juré la perte du président syrien, dont l’un des derniers faits d’armes est un attentat dans une mosquée de Damas – une cinquantaine morts, des centaines de blessés.

François Hollande plaidait ainsi pour que soient levées les dernières restrictions à la livraison d’armes lourdes à l’opposition armée. Il s’agirait d’un nouveau cran dans l’escalade qui a vu, depuis deux ans, le camp occidental s’engager de plus en plus ouvertement pour le renversement d’un gouvernement certainement pas moins légitime que tous ceux des pays de la région. Ce point est capital : quelques semaines seulement après le début des manifestations d’opposants, et donc bien avant les drames actuels, Hillary Clinton, suivie par ses alliés, exigeait déjà explicitement le départ du président syrien. Ce dernier était ainsi placé devant l’alternative : ou bien obéir aux injonctions et déguerpir, à l’image des marionnettes occidentales Ben Ali ou Moubarak ; ou bien faire face à ce qui allait s’avérer de plus en plus clairement comme une véritable guerre, portée par l’Arabie saoudite, le Qatar et leurs mercenaires (on sait en outre aujourd’hui que des formateurs américains, et très probablement français et anglais, entraînent les hommes de ladite Armée syrienne libre).

Les stratèges occidentaux comptaient que le président syrien obtempérerait, ou bien que son régime s’effondrerait rapidement. Sans doute ces derniers – à l’image de George Bush décidant d’envahir l’Irak il y a tout juste dix ans, avec les conséquences que l’on sait – se sont-ils pris au piège de leur propre propagande décrivant Bachar el-Assad comme un chef de clan isolé dans son propre pays. La réalité est qu’il continue à jouir d’un large soutien populaire, ne serait-ce que par crainte du chaos sanglant que ne manquerait pas de provoquer la victoire des proches cousins de ceux que Paris affirme vouloir éradiquer au Nord-Mali. Le chef de l’Etat français de même que le premier ministre britannique ont pris le parti d’une fuite en avant dans l’escalade. Les deux capitales, dans une sorte de réminiscence historique, veulent façonner le « gouvernement provisoire » censé diriger la future Syrie. Au nom de la paix, bien sûr.

Pour des raisons qui ne tiennent pas au refus de principe de l’ingérence, mais plutôt à la crainte (fondée) d’une situation immaitrisable, une majorité des Vingt-sept ne souhaite pas, pour l’heure du moins, suivre le duo des boutefeux. Qu’à cela ne tienne : alors qu’on lui opposait l’embargo européen reconduit le 18 février dernier, Laurent Fabius a eu cette réaction courroucée : « la France est un pays souverain ». Ainsi, au moment même où s’accélère l’abandon des dernières prérogatives nationales – budgétaires, mais aussi économiques et sociales – le ministre ne se souvient de la souveraineté que dans un seul cas de figure : pour alimenter une guerre et déstabiliser un pays indépendant.

Les dirigeants européens ont cependant retrouvé une belle unanimité dès lors qu’il s’est agi de remettre dans le droit chemin un petit et lointain Etat membre – à quelques encablures des côtes syriennes : le 16 mars à l’aube, l’eurogroupe décidait de piocher dans les comptes des Chypriotes, dans l’espoir d’éviter que la zone euro ne replonge dans le chaos. Et enjoignait aux parlementaires de ce pays de ratifier, dès le lendemain, le diktat. Lesdits élus ne s’étant pas pliés à cette formalité, le patron de la Banque centrale européenne a publié un ultimatum menaçant l’île d’un véritable blocus monétaire.

En 2007, José Manuel Barroso estimait que l’UE constituait « une sorte d’empire non-impérial ». De plus en plus ouvertement, l’adjectif est de trop.

Pierre Lévy

Éditorial paru dans l’édition du 30/01/13 du mensuel Bastille-République-Nations
Information et abonnements : www.brn-presse.fr

Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation paru récemment : L’Insurrection

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le nouveau président chinois, Xi Jinping, a visité l’Afrique cette semaine, d’abord la Tanzanie, puis l’Afrique du Sud, où il a participé au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et finalement la République du Congo. Tout au long de cette tournée, Xi a activement courtisé les gouvernements de ce continent, dans le contexte d’une ruée de plus en plus marquée des grandes puissances pour contrôler les vastes ressources et les marchés potentiels de l’Afrique.

Xi a déclaré que la Chine traiterait l’Afrique comme un partenaire « égal », par opposition aux anciennes puissances coloniales occidentales. Le choix de la Tanzanie comme première escale, où il a prononcé un discours politique sur l’Afrique, n’était pas un hasard. La voie de chemin de fer Tanzanie-Zambie, construite dans les années 1970, avait été l’un des premiers grands projets d’infrastructures de la Chine en Afrique.

Xi a prononcé son discours sur les relations sino-africaines dans une salle de conférence construite avec des fonds chinois à Dar es Salam, la plus grande ville de Tanzanie. Xi a déclaré : « Avec la croissance de sa force économique et générale, la Chine continuera à offrir, comme toujours, l’aide nécessaire à l’Afrique, sans contraintes politiques à la clef. »

Le président de la Chine a offert une ligne de crédit de 20 milliards de dollars aux pays africains pour 2013-15, promettant que la Chine « aide[rait] les pays africains à transformer leurs richesses naturelles en force de développement et à accomplir un développement indépendant et durable. » Xi a affirmé que la Chine ne traiterait jamais les pays africains en inférieurs, « pas même lorsque la Chine sera devenue plus forte et jouira d’un statut international plus élevé. »

La tournée de Xi était conçue pour contrer les critiques de certaines sections des élites africaines locales, en général celles qui sont plus alignées sur les anciennes puissances coloniales, selon lesquelles la Chine pratiquerait le « néo-colonialisme. » Avant la visite de Xi, le gouverneur de la banque centrale Nigériane, Lamido Sanusi, a écrit dans le Financial Times de Londres : « la Chine nous prend des matières premières et nous vends des produits manufacturés. C’était également le principe du colonialisme. »

En réaction à de telles critiques, Lu Shaye, qui dirige le département africain du ministère des Affaires étrangères chinois, a répondu à la télévision de Hong-Kong : « Qu’ont fait les pays occidentaux pour l’Afrique au cours des 50 ans écoulés depuis l’indépendance ? Rien. » Lu a insisté sur le fait que c’est l’occident, et non la Chine, qui n’est intéressée que par les ressources de l’Afrique.

Effectivement, la Chine n’est pas une puissance impérialiste. Le total de ses investissements en Afrique, bien qu’il augmente rapidement, est toujours faible comparé aux puissances impérialistes occidentales, lesquelles ont exploité le continent pendant des siècles. La Chine n’a qu’une présence militaire négligeable en Afrique, contrairement aux États-Unis et à leurs alliés européens.

Néanmoins, les entreprises chinoises n’opèrent pas en Afrique en bienfaiteurs. Les prêts et l’aide de la Chine en Afrique consistent principalement en projets d’infrastructures et d’exploitation des ressources, comme les mines et les autoroutes. Ceux-ci sont offerts en échange de la fourniture de matières premières, ou pour faciliter leur transport. La Chine a besoin de s’assurer de ces matières premières, en grande partie pour produire des marchandises peu chères pour les marchés occidentaux.

En Tanzanie, Xi a supervisé la signature de plusieurs accords. Parmi ceux-ci, on compte des plans pour un projet portuaire massif à Bagamoyo, à 75 kilomètres au Nord de Dar es Salam, pour 10 milliards de dollars, et qui sera construit par la compagnie publique chinoise Merchants group. Ce port sera relié à une zone industrielle spéciale, qui a fait l’objet d’autres accords. Si l’objectif officiel de ces projets est de transformer la région en un nœud commercial, reliant l’Asie et l’Afrique de l’Est, les analystes ont fait remarquer le potentiel de ce port à accueillir des navires de la marine chinoise, qui est actuellement active dans l’océan Indien.

Ces dernières années, de vastes réserves de gaz ont été découvertes au large de la côte de la Tanzanie et du Mozambique. La Chine a déjà financé la construction d’un gazoduc de 532 kilomètres, pour 1,2 milliards de dollars, reliant des réserves de gaz récemment découvertes dans le Sud de la Tanzanie au port de Dar es Salam.

L’accès aux sources d’énergie a également motivé la dernière étape de Xi, en République du Congo, qui fournit maintenant 2 pour cent du pétrole dont la Chine a grand besoin, et dont le potentiel de développement est considérable.

En raison des importants achats et investissements de la Chine dans le domaine des ressources africaines, des sections des élites locales se sont tournées vers elle, ou cherchent à se servir de son influence comme contrepoids aux intérêts occidentaux. Durant la visite de Xi en Afrique du Sud, le président Jacob Zuma a chanté les louanges de « la montée de la Chine, » la qualifiant de modèle et « source d’inspiration » pour son pays. La semaine dernière, Zuma a prévenu les compagnies occidentales qu’elles devraient changer leur mode de penser « colonial » quand elles investissent en Afrique, et arrêter d’accuser la Chine de « colonialisme. »

La Chine est maintenant le principal partenaire commercial de l’Afrique du Sud, mais l’Europe reste une source majeure de commerce et d’investissements. Avec cela en tête, le président Sud-africain a déclaré auFinancial Times : « La Chine fait des affaires d’une manière particulière et nous pensons que nous pouvons en voir les avantages, mais nous sommes très, très prudents. » Citant l’expérience du colonialisme en Afrique, Zuma a déclaré qu’une telle relation doit « bénéficier aux deux. Et c’est ce sur quoi la Chine et nous sommes en accord. »

Le cinquième sommet des BRICS, qui a eu lieu en Afrique du Sud, était intitulé « Les BRICS et l’Afrique : un partenariat pour le développement, l’intégration et l’industrialisation. » Le thème résumait le désir de la Chine, de la Russie, du Brésil et de l’Inde de développer leur présence économique sur le continent. Si la Chine a surpassé les États-Unis et les pays européens pour devenir le principal partenaire commercial de l’Afrique (le commerce dans les deux sens représentant près de 200 milliards de dollars au total pour 2012), le commerce du Brésil avec l’Afrique a également augmenté de 600 pour cent au cours des dix dernières années. Les entreprises du bâtiment et les compagnies minières du Brésil sont maintenant actives sur tout le continent.

Les ambitions des BRICS, entrent cependant en conflit avec les puissances occidentales établies qui dominent depuis longtemps le continent. La Chine a déjà reçu une leçon douloureuse avec l’intervention américano-européenne pour faire tomber le gouvernement libyen en 2011. La Chine y a perdu des milliards en investissements et a dû évacuer des milliers de ses ressortissants. Depuis le début de l’année, la France, soutenue par les États-Unis, a intensifié son intervention militaire au Mali, autre lieu stratégique.

Sous George W. Bush, et maintenant Obama, Washington se tourne plus franchement vers les moyens militaires pour contrer l’influence grandissante de la Chine en Afrique. Un nouveau centre de commandement américain, l’AFRICOM, a été établi en 2007 en réaction directe au premier sommet Chine-Afrique de 2006, auquel la Chine avait invité les chefs d’Etat de plus de 50 pays.

J. Peter Pham, conseiller pour les ministères américains des Affaires étrangères et de la Défense, déclarait en 2007 que les objectifs d’AFRICOM consistent à « protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques que l’Afrique a en abondance […] et à s’assurer qu’aucune tierce partie intéressée, comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie, n’obtienne de monopole ou de traitement préférentiel. »

Le sommet des BRICS souligne le fait que les rivalités à propos de l’Afrique sont liées à des tensions plus larges à l’échelle mondiale qui s’intensifient. Avant le sommet de Durban, la Russie, principal architecte du rassemblement des BRICS, a appelé à la création d’une banque du co-développement basée à Moscou, où chaque membre contribuerait 10 milliards de dollars, pour rivaliser avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) qui sont dominés par les États-Unis et les Européens.

La Russie a également proposé un rassemblement de capitaux s’élevant à 240 milliards de dollars, pour faire face à toute situation d’urgence financière à laquelle serait confronté un membre des BRICS. Le Brésil a dit que cette nouvelle banque permettrait « une plus grande autonomie par rapport au FMI » et donnerait un « outil financier alternatif » aux pays en voie de développement.

Cependant, il n’y a eu d’accord sur rien de concret au sommet des BRICS. Le ministre des Finances russe Anton Siluanov a affirmé qu’il y avait « un mouvement positif, » mais « aucune décision sur la création de la banque. » Des désaccords seraient survenus sur la taille des contributions, étant donné que l’économie chinoise est 20 fois plus grande que celle de l’Afrique du Sud, et quatre fois plus que celle de l’Inde.

Néanmoins, le Brésil et la Chine, les deux plus importantes économies des BRICS, ont signé un accord d’échange de monnaies représentant 30 milliards de dollars, qui couvre près de la moitié de leurs échanges commerciaux annuels de 75 milliards de dollars. Cet accord indique l’émergence de blocs monétaires potentiellement rivaux, dans un contexte mondial marqué par des bouleversements financiers et le statut de plus en plus remis en question du dollar américain comme monnaie des échanges commerciaux sur toute la planète.

John Chan

Article original, WSWS, paru le 28 mars 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le vétéran de la guerre d’Irak Tomas Young, actuellement en soins palliatifs dans sa ville de Kansas City, au Missouri, a écrit une « dernière lettre » dévastatrice publiée sur Truthdig.com à l’attention de l’ex-président George W.Bush et du vice-président Dick Cheney.

Young, à qui était consacré le documentaire de 2007 Body of War [chronique en anglais] explique qu’il écrit sa lettre « au dixième anniversaire de la guerre d’Irak au nom de mes camarades vétérans de la guerre d’Irak. J’écris cette lettre au nom des 4488 soldats et marines qui sont mort en Irak. J’écris cette lettre pour le compte des centaines de milliers de vétérans qui ont été blessés, et pour le compte de ceux dont les blessures physiques et psychologiques ont détruit leur vie. Je suis l’un de ceux qui ont été gravement blessés. J’ai été paralysé au cours d’une embuscade de l’insurrection en 2004 à Sadr City. Ma vie touche à sa fin. »

Young poursuit : « J’écris cette lettre pour le compte de ces vétérans dont le traumatisme et le rejet de soi causés par ce qu’ils ont vu, subi et commis en Irak les a poussés au suicide, et pour les soldats et marines en service actif qui commettent en moyenne un suicide par jour. J’écris cette lettre au nom de certains des 1 million d’Irakiens morts et au nom des innombrables Irakiens blessés. J’écris cette lettre au nom de nous tous – les déchets humains que votre guerre a laissés derrière, ceux qui passeront leur vie dans la douleur et les remords sans fin. »

Body of War (2007) : Tomas Young se rendant sur le site de Ground Zero [crédits : Ellen Spiro /Mobilus Media]

S’adressant à Bush et Cheney, Young écrit : « J’écris, non pas parce que je pense que vous saisissez les terribles conséquences humaines et morales de vos mensonges, manipulation et soif de richesses et de pouvoir. J’écris cette lettre parce que, avant ma propre mort, je voudrais dire clairement que moi-même, et des centaines de milliers de mes camarades vétérans, ainsi que des millions de mes concitoyens, tout comme des centaines de millions d’autres en Irak et au Moyen-Orient, nous savons parfaitement qui vous êtes et ce que vous avez fait. » Body of War, co-dirigé par Phil Donahue et Ellen Spiro, raconte l’histoire de Young, sa maladie terrible et son opposition continue à la guerre en Irak. Young s’était engagé dans l’armée américaine après les attentats du 11 septembre 2001, parce que, comme il l’explique dans sa dernière lettre, « notre pays avait été attaqué. »

Body of War (2007) : Des femmes de l’organisation Gold Star Mothers qui ont perdu des enfants dans la guerre d’Irak avec Tomas Young lors d’une marche pour la paix à Washington DC [crédits : Ellen Spiro / Mobilus Media].

Cinq jours seulement après son premier déploiement en Irak en avril 2004, pendant qu’il traversait le quartier de Sadr City à Bagdad dans un véhicule tout terrain, le jeune soldat avait été blessé par balle par un insurgé placé en hauteur. La balle lui a sectionné la colonne vertébrale. À l’époque de l’enregistrement de Body of War, comme la rapportait le WSWS, il était « non seulement rivé sur un fauteuil roulant mais il souffre de graves handicaps supplémentaires, dont l’incapacité à tousser, des troubles de la régulation de la température corporelle, des problèmes d’élocution, des infections urinaires, et des dysfonctionnements sexuels. »

Après une hypoxie cérébrale en 2008, Young, qui a 33 ans aujourd’hui, expliquait à Chris Hedges de Truthdig, « j’ai perdu beaucoup de dextérité et de force dans le haut du corps. Je ne serais même pas capable de me tirer une balle ou même d’ouvrir une bouteille de médicaments pour me faire une overdose. » Il lui a dit, « Je me sentais au bout du rouleau […] J’ai pris la décision de me mettre en soins palliatifs, de cesser de m’alimenter et de disparaître. »

Le documentaire de Donahue et Spiro comprend un certain nombre de scènes émouvantes où Young participe à des activités anti-guerre où il rencontre d’autres vétérans blessés, ainsi que des membres de familles de soldats morts en Irak. En août 2005, avec son épouse de l’époque, Young s’était rendu à Camp Casey, le campement de protestation établi par Cindy Sheehan devant le ranch de George W. Bush à Crawford au Texas.

Malheureusement, les motivations des réalisateurs pour faire ce film n’étaient pas vraiment pures. Body of War se termine sur un laïus lamentable en faveur du Parti démocrate et de son prétendu engagement contre la guerre. Le héros implicite du film est l’ex-sénateur Robert Byrd, démocrate de Virginie occidentale, qui figure dans la dernière scène du film.

Ironiquement, le mouvement anti-guerre officiel, dont faisaient partie des personnalités comme Donahue, l’ex-présentateur de débats télévisés, était sur le point de se dissoudre au moment du tournage et de la sortie de Body of War. La victoire des démocrates aux élections de novembre 2006, suivie immédiatement par des assurances données par les grandes figures du parti qu’il n’y aurait aucune procédure d’impeachment contre Bush et que le financement des guerres d’Irak et d’Afghanistan se poursuivrait, a sérieusement entamé ce processus. L’arrivée au pouvoir d’Obama l’a complété.

Young lui-même adhère à l’idée que la guerre d’Irak était « la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des États-Unis, » et affirme dans sa lettre qu’il ne ressentirait pas le même désespoir s’il avait été blessé « en combattant en Afghanistan contre ces forces qui ont mené les attentats du 9/11. »

Pour autant, aucune personnalité du Parti démocrate, parti impérialiste couvert de sang, ne prononcerait des mots aussi sincères et justes que ceux-ci : « Je n’ai pas rejoint l’armée pour “libérer” les Irakiens ou faire fermer des installations d’un inexistant programme d’armes de destruction massive, ni pour implanter ce que vous appelez cyniquement la “démocratie” à Bagdad et au Moyen-orient. Je n’ai pas rejoint l’armée pour reconstruire l’Irak, ce qu’à l’époque vous nous disiez pouvoir faire avec les revenus du pétrole du pays. Au lieu de cela, cette guerre a coûté aux États-Unis plus de 3000 milliards de dollars. Je n’ai sûrement pas rejoint l’armée pour mener une guerre préventive. La guerre préventive est illégale d’après le droit international. En tant que soldat en Irak j’étais, je le sais maintenant, en train de soutenir votre imbécillité et vos crimes. »

Young décrit son corps « saturé d’anesthésiants, ma vie s’éloignant de moi, » confronté au fait « que des centaines de milliers d’êtres humains, y compris des enfants, et moi-même, ont été sacrifiés par vous, uniquement pour la cupidité des compagnies pétrolières, pour votre alliance avec la monarchie pétrolière d’Arabie saoudite, et vos visions impérialistes complètement malades. »

Vers la fin de sa lettre, Young écrit, « j’ai, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, souffert de l’assistance inadéquate et souvent inepte apportée par le ministère des anciens combattants. J’en suis venu, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, à réaliser que nos blessures mentales et physiques ne sont d’aucun intérêt pour vous, peut-être d’aucun intérêt pour aucun politicien. Nous avons été utilisés. Nous avons été trahis. Et nous avons été abandonnés. […] Le moment approche, pour moi, où je devrai rendre des comptes. Le vôtre viendra. J’espère que vous serez traduits en justice. »

La lettre de Young et sa situation témoignent de la tragédie épouvantable des guerres d’Irak et d’Afghanistan, du gâchis et de la destruction de centaines de milliers – peut-être de millions – de vies, toutes sacrifiées à la poursuite de la domination des États-Unis sur le monde. Le « moment de rendre des comptes » approche en effet pour l’élite dirigeante américaine.

David Walsh

Article original, WSWS, paru le 22 mars 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

«Le malheur des Arabes est dû à une interminable chute de Grenade»

Nezzar Quebanni (immense poète syrien)

Il y a une semaine, dans la plus pure tradition de la violation de la légalité internationale, la République arabe de Syrie se voyait au sein de la Ligue arabe- dépossédée de ses attributs en tant que membre de la Ligue arabe, dont elle a été parmi les premiers adhérents, au profit d’un Otni «Objet Tuant Non Identifié» appelé selon le cas de résistance, de coalition, l’armée syrienne libre, du Conseil national et naturellement de terroristes par l’Etat légaliste encore reconnu par 99% de pays. Même les Occidentaux, exception faite de la France- n’ont pas franchi le pas d’une rupture diplomatique.

Le Qatar est parvenu à obtenir l’octroi du siège de la Syrie à la Ligue arabe à la Coalition nationale de l’opposition, après d’ultimes tractations marquées notamment par la valse-hésitation de son président, Moaz Al-Khatib. La Coalition nationale a ensuite fait savoir que son Premier ministre par intérim, Ghassan Hitto, la représenterait au sommet. Dans une résolution adoptée le 6 mars au Caire, les ministres des Affaires étrangères arabes ont appelé l’opposition syrienne à ´´former une instance exécutive pour occuper le siège de la Syrie à la Ligue arabe´´, siège resté vacant depuis la suspension de Damas, en novembre 2011. Mais l’Irak et l’Algérie ont émis des réserves et le Liban ne s’est pas associé à l’appel.

Commentant cette dérive du droit, le professeur des Relations internationales de l’Université de Damas, Bassam Abou Abdallah, a indiqué à Al-Ahednews que la Ligue arabe était une ombrelle pour la mise en oeuvre des politiques américaines dans la région. Il a rappelé que ce rôle de la Ligue avait commencé depuis l’invasion de l’Irak, arrivant à la violation, à l’heure actuelle, du pacte selon lequel fut fondée cette Ligue. Selon M.Abou Abdallah, les pétromonarchies du Golfe accaparent les décisions de la Ligue. Il a noté dans ce contexte que «l’appel à l’exécution de la volonté du peuple syrien, n’a pas pris en compte l’avis des peuples des émirats et monarchies du Golfe». «Inviter l’opposition syrienne à occuper le siège vacant de la Syrie, devrait ouvrir la même voie à d’autres oppositions», a-t-il ironisé, appelant au moins à engager l’opposition bahreïnie dans les réunions de la Ligue, cette opposition étant plus légitime que pareille syrienne. (1)

L’Iran a jugé «hâtive et irrationnelle» la décision du Qatar d’autoriser l’opposition syrienne à ouvrir une représentation diplomatique à Doha. Le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, a dénoncé hier une «escalade» des opérations des rebelles à Damas, au lendemain de la mort de 15 étudiants dans des tirs d’obus sur un campus de la capitale. «L’armée, le peuple et le commandement de ce pays ont pris la décision décisive de défendre le pays jusqu’à la dernière minute», a-t-il assuré. (…) Selon M.Zohbi, les ordres pour mener une escalade proviennent «du Qatar, de la Turquie et de certains services de renseignements arabes et occidentaux qui tentent désespérément de faire tomber l’Etat syrien». Depuis le début de la rébellion en Syrie, qui s’est militarisée, Damas accuse l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie voisine de financer et d’armer les rebelles, qualifiés de terroristes par Bachar al-Assad. (2) Pour ajouter à l’horreur après la mort de Al Bouti, un dignitaire religieux respecté dans le monde, c’est au tour d’un autre imam Cheikh Hassan Seifeddine d’une mosquée d’Alep, la grande ville du nord de la Syrie, qui a été assassiné par des rebelles qui ont par la suite traîné son corps à terre, ´´Les ulémas d’Alep dénoncent ce crime ignoble commis par les ennemis de l’humanité qui ont assassiné cheikh Hassan Seifeddine et ont posé sa tête sur le minaret de la mosquée al-Hassan´´, a rapporté la télévision.

Qui est cette instance syrienne que l’on veut introniser ,

La situation est tragique pour le peuple syrien. Les Occidentaux et leurs valets honteux du Golfe pensaient que le domino syrien c’était une promenade de santé à la tunisienne, la libyenne ou l’égyptienne. Cruelle erreur! Le régime en place a pu mobiliser autour de lui, autour de la nation la majorité des Syriens. Les Occidentaux furent désemparés, à commencer par le tandem Sarkozy- Juppé qui mit en avant un universitaire franco-syrien, Burhan Ghalioun, et Besma Kodmani une autre chercheuse française, fille d’un ancien ambassadeur syrien en France. Rien n’y fit, ces deux dirigeants furent débarqués. On joua alors la carte d’Ahmed Moaz al-Khatib, un ancien cadre pétrolier d’Exxon: ce sera la carte américaine. Cela ne suffisant pas, les roitelets du Golfe se mélêrent et proposèrent un autre «américain» en la personne de Ghassan Hitto, le «Premier ministre» rebelle syrien choisi le 19 mars après des discussions houleuses à Istanbul. En fait, des membres importants de la Coalition, dont son porte-parole Walid al-Bounni, avaient décidé de geler leur appartenance pour ne pas participer à cette élection qu’ils jugeaient illégitime. Ce qui a amené Ahmed Moaz al-Khatib, à donner sa démission. Le chef de la coalition de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib a décidé de démissionner pour condamner les conditions de l’élection du ´´Premier ministre´´ de l’opposition, Ghassan Hitto dont il estime qu’il a été poussé en avant par Qatar.

Dans toute cette tragédie pour le peuple syrien, on apprend graduellement que la révolution syrienne est en fait un bric à brac de tous ceux qui veulent en découdre, au nom de la religion, au nom du pouvoir personnel, mais surtout dans la pire tradition du mercenariat au nom d’intérêts stratégiques régionaux. Les véritables responsables de ces tueries sont les pays du Golfe avec deux tendances: celle du ventripotent émir du Qatar et celle de l’Arabie Saoudite. A laquelle il faut ajouter la Jordanie, la Turquie et les pays occidentaux.

Pendant plus d’un an et demi, les Occidentaux armaient et formaient sans retenue et dépensaient sans compter. Cependant, sur le terrain on s’aperçoit que les idéaux de liberté, de démocratie ont fait place à l’horreur alimentée à partir d’armements venant de Turquie et de Jordanie. Les Occidentaux s’apercevant que les combattants de la liberté étaient en fait des terroristes comme ceux qu’ils combattaient ailleurs…au Mali. A tout prendre, l’état laïc de Bachar El Assad, qui a permis à des communautés religieuses et ethniques de vivre en paix, était pour eux préférable à ces barbus.

 «Le coup de frein, écrit Sarah Difallah, est aussi inattendu que l’accélération dont a fait l’objet ce projet porté par Paris et Londres. Que s’est-il passé? Lors de son intervention télévisée, François Hollande a annoncé que la France ne livrerait pas d’armes aux rebelles syriens sans la garantie qu’elles ne tomberaient pas aux mains de djihadistes: ´´Il ne peut y avoir de livraison d’armes à la fin de l’embargo, c’est en mai, s’il n’y a pas la certitude que ces armes seront utilisées par des opposants légitimes et coupés de toute emprise terroriste.Pour l’instant, nous n’avons pas cette certitude´´.»(3)

«Le coup de frein poursuit-elle, est aussi inattendu que l’accélération dont a fait l’objet ce projet porté de manière tonitruante, voire arrogante pour certains, par Paris et Londres. Hier soir, volte-face. Le chef de l’Etat a garanti au contraire: ´´Aujourd’hui, il y a un embargo, nous le respectons´´. Alors que la France a voulu être l’artisan d’une résolution du conflit syrien, que s’est-il passé? François Hollande a d’abord justifié ce retournement par les divisions continues au sein de la Coalition nationale syrienne. Officieusement, de nombreuses voix dénoncent la mainmise de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur l’opposition, qui mènent une lutte interne pour en prendre le contrôle. Présenté comme un modéré, Ahmed Moaz al-Khatib était considéré comme un rempart contre l’influence des Frères musulmans et les groupes djihadistes qui se sont immiscés parmi les combattants rebelles. Par ailleurs, l’Armée syrienne libre a refusé la nomination du nouveau ´´Premier ministre´´, Ghassan Hitto, chargé de diriger les zones de la Syrie libérées. Le refus des pays de l’Union européenne a peut-être aussi convaincu de la mission hasardeuse du projet franco-britannique. Le week-end dernier, lors d’une réunion à Dublin, les 27 n’ont pas suivi. Selon les services secrets français, 200 à 250 djihadistes venus d’Irak, du Liban, d’Arabie Saoudite, d’Egypte et Maghreb combattent en Syrie. Des djihadistes venus en nombre, non pas pour instaurer un Etat démocratique, mais pour bouter hors du pays le clan alaouite de Bachar al-Assad considéré comme des hérétiques. Parmi les groupes figure le front Al-Nosra, classé sur la liste des ´´organisations terroristes´´ par les Etats-Unis et soupçonné d’avoir des liens avec Al-Qaîda.» (3)

Pourtant, la France aurait déjà commencé à livrer des armes. François Hollande avait décidé à la mi-décembre de livrer directement des armes à des groupes sélectionnés par le renseignement. en coordination avec les Britanniques et les Américains. Les cours portent notamment sur la communication cryptée. Par ailleurs, l’envoi d’armes non-létales (gilets pare-balles, système de visée nocturne…) est depuis longtemps à l’ordre du jour. (4)

Quelle est la configuration actuelle et d’où viennent les armes?

´´Si on veut éviter que la Syrie éclate et que ce soit finalement les extrémistes qui l’emportent, il faut une solution politique. Pour cela il faut qu’il y ait un rééquilibrage sur le terrain des forces militaires´´, a déclaré Laurent Fabius, sur Europe 1. Le New York Times a rapporté que des pays arabes et la Turquie avaient fortement accru leurs livraisons d’armes aux rebelles avec l’aide de la CIA américaine. Un pont aérien mis en place à petite échelle début 2012 a pris de l’ampleur ces derniers mois, ajoute-t-il. Des avions jordaniens, saoudiens ou qataris chargés de matériel ont atterri en Turquie et en Jordanie.

On sait que les divisions de l’opposition syrienne, sont le fruit des rivalités entre Doha et Riyadh. Les dissensions, lit-on dans le Nouvel Obs., au sein de l’opposition syrienne ont révélé au grand jour l’ampleur d’une lutte d’influence régionale menée, à coups d’argent, de propagande médiatique et d’armes, entre l’axe Qatar-Turquie et celui de l’Arabie Saoudite. «Notre peuple refuse qu’on lui impose une quelconque tutelle. Les différends régionaux et internationaux ont compliqué la situation», a lancé le président démissionnaire Ahmed Moaz al-Khatib. Simultanément, quelque 70 personnalités de l’opposition ont dénoncé dans un message adressé au sommet arabe une politique d’«exclusion» suivie par un courant de la Coalition, en référence aux Frères musulmans, et une «hégémonie arabe et régionale scandaleuse» sur l’opposition, allusion au Qatar. (5)

On le voit, nous sommes loin des idéaux de libération de la Syrie: «Il y a, lit-on sur le Nouvel Obs, une lutte d’influence entre deux axes principaux qui ne représentent pas toute l’opposition, mais qui sont essentiels pour l’aide matérielle et militaire: l’axe Qatar-Turquie qui soutient le mouvement des Frères musulmans et l’axe saoudien, en harmonie avec les États-Unis», a expliqué Ziad Majed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Paris. «Cela a un impact sur la composition interne de l’opposition politique et l’affiliation des différents groupes militaires», a-t-il ajouté. Lors de la réunion de la Coalition la semaine dernière à Istanbul, les participants ont marqué leurs divisions entre partisans et adversaires d’un «gouvernement intérimaire» pour gérer les «zones libérées». Certains opposants ont dénoncé Ghassan Hitto, élu chef de ce gouvernement, comme «le candidat du Qatar», et d’autres ont suspendu leur appartenance au groupe. Pour M.Majed, «l’axe saoudo-américain préférait reporter la formation du gouvernement intérimaire, et l’axe Qatar-Turquie voulait le former rapidement et aurait ainsi poussé pour choisir Hitto».

La rivalité entre les riches monarchies pétrolières du Golfe et la Turquie voisine, en quête d’un rôle de puissance régionale, se traduit également sur le plan militaire. Après la réunion d’Istanbul, Riyadh a laissé entendre qu’il était «mécontent du choix de Hitto, conduisant l’Armée syrienne libre (ASL) à rejeter ce choix». Des combattants rebelles à Daraya dans la province de Damas racontent que, faute d’armes et de munitions, ils étaient sur le point de perdre la ville. Mais, précise l’un d’eux, «lorsque M.Khatib a fait son offre de dialogue avec le régime, les armes ont afflué rapidement». «Cela veut dire que les armes étaient stockées à la frontière. Mais n’étant pas favorables à l’offre de Khatib, la Turquie et le Qatar ont libéré ces armes pour favoriser une escalade sur le terrain et mettre en doute le bien-fondé de cette offre», explique un autre combattant.» (5)

Le Koweit aussi

Enfin, à tous ces donneurs d’ordre, il faut ajouter le Koweit. On lit: «Les armes envoyées par le Qatar arrivent à des groupes proches des Frères musulmans via la Turquie. En revanche, ajoute-t-il, les Saoudiens préfèrent financer et armer les conseils militaires dirigés par des dissidents de l’armée «de crainte d’un rôle croissant des islamistes radicaux», une approche appuyée par les États-Unis. Les livraisons saoudiennes arrivent par la frontière jordanienne. Quant aux combattants salafistes, dont ceux du Front al-Nosra, ils sont financés par des ONG basées notamment au Koweït, aux Émirats arabes unis, selon le spécialiste arabe de la Syrie, qui ne veut pas être cité. La rivalité régionale se joue aussi notamment dans les télévisions al-Jazeera et al-Arabiya, en compétition pour offrir une tribune aux divers groupes de l’opposition.» (5)

Dans ces conditions, on peut se demander s’il y a une cohérence dans la politique arabe vis-à-vis de la «défense» des Arabes au vu du fait qu’elle n’arrête pas de se déjuger en fonction des instructions reçues qui sont aux antipodes de l’émancipation arabe. Tout se passe comme si les Arabes se tiraient une balle dans le pied au profit de qui? La réponse nous est donnée par l’aveu de l’ancien dirigeant des services secrets israéliens (le Mossad), Shabtaï Shavit (1989-1996), qui vient de déclarer que le Qatar a joué un rôle historique en faveur d’´´Israël´´ ´´plus important que celui de la Grande-Bretagne´´,c’est ce qu’a rapporté le quotidien israélien Yediot Aharonot. Selon l’ancien chef du Mossad, le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, Emir du Qatar, s’était toujours rangé aux côtés des Etats-Unis et d’ «Israël» dans les dossiers régionaux. Pour Shavit, la politique étrangère du Qatar est comme le levier arabe des politiques de Tel-Aviv et de Washington» (6)

Conclusion

Tout est dit. C’est à se demander à quoi sert la Ligue arabe dans ce conclave de défaitistes qui n’a aucune influence sous la coupe égyptienne (Le siège et le   poste de secrétaire  général à vie sont à vie une propriété du gouvernement égyptien qui y « case » tous les anciens ministres des affaires étrangères). Une civilisation plusieurs fois millénaire qui  a connu Ugarit, les religions révélées, et des équilibres invisibles – tissés depuis des centaines d’années- qui ont fait que la Syrie laïque a vu coexister dan le calme et la sérénité toutes les spiritualités est en train de subir l’outrage final de l’inexorable partition, de la guerre de tous contre tous selon le postulat d’Hobbes. L’histoire retiendra que la cupidité des hommes n’a pas de limites pour une poignée de dollars et pour une tentation d’empire, pour adouber un vassal à distance écrasant les autres au Moyen Orient , les États-Unis d’Obama, nous parait en définitive aussi déterminée que celle de Bush pour un nouveau MEPI (GMO) avec cette fois-ci, le double langage  doucereux qui fait passer les mêmes volontés sous des dehors soft. Quant au peuple syrien, nous compatissons avec sa détresse et nous souhaitons  un miracle : Qu’il s’en sorte ! Amen !

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Nationale Polytechnique enp-edu.dz
1. http://french.moqawama.org/essaydetails. php?eid=8903&cid=284

2. http://www.lexpressiondz.com/internationale/171441-damas-denonce-une-escalade-des-rebelles.html Samedi 30 Mars 2013

3. http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130329.OBS6176/syrie-le-pas-en-arriere-de-hollande-sur-les-livraisons-d-armes.html

4. http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130321.OBS2603/les-francais-entament-l-entrainement-des-rebelles-syriens.html

5. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130327.AFP7992/syrie-les-divisions-de-l-opposition-fruits-des-rivalites-entre-doha-et-ryad.html

6. http://sos-crise.over-blog.com/article-l-etat-terroriste-du-qatar-salue-par-l-ancien-chef-du-mossad-pour-les-services-rendus-116672926.html

 

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Syrie : la course à l’or noir

avril 2nd, 2013 by Manlio Dinucci

Les réserves pétrolières assertées de la Syrie, d’un montant de 2,5 milliards de barils, sont plus importantes que celles de tous les pays environnants à l’exception de l’Irak : l’estimation vient de la U.S. Energy Information Administration, qui, en pétrole (surtout celui des autres), s’y entend. Ceci fait de la Syrie un des plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au Moyen-Orient. Le pays possède aussi de grosses réserves de gaz naturel, utilisé jusqu’à présent pour la consommation intérieure, surtout pour alimenter en gaz les centrales thermoélectriques. Mais il y a un problème, signale l’agence étasunienne : depuis 1964, les licences pour l’exploration et l’exploitation des gisements sont réservées aux sociétés d’Etat syriennes. Ceci procurait à l’Etat, jusqu’en 2010, une entrée annuelle de plus de 4 milliards de dollars provenant de l’exportation de pétrole surtout en Europe. Mais les choses changent avec la guerre. L’ « Armée syrienne libre » s’est emparée d’importants champs pétrolifères dans la région de Deir Ezzor.

D’autres sites, dans l’aire de Rumeilan, sont contrôlés par les Kurdes du Parti d’union démocratique, hostiles cependant, aussi, aux « rebelles » avec lesquels ils se sont affrontés plusieurs fois. La stratégie Usa/Otan mise sur les « rebelles », qu’on a aidés à s’emparer des champs pétrolifères dans un double objectif : priver l’Etat syrien des revenus des exportations, déjà fortement en baisse sous l’effet de l’embargo de l’Union européenne ; faire en sorte qu’à l’avenir les plus grands gisements passent, par l’intermédiaire des « rebelles », sous le contrôle des grandes compagnies pétrolières occidentales. A cet effet, le contrôle du réseau intérieur des oléoducs et gazoducs est fondamental. Ce réseau a été saboté par les « rebelles » à plusieurs endroits, surtout dans les alentours de Homs où se trouve une des deux raffineries du pays, afin d’interrompre la fourniture de produits pétrolifères. Mais une autre mise est plus importante encore, stratégiquement : le rôle de la Syrie comme hub de couloirs énergétiques alternatifs à ceux qui passent à travers la Turquie et d’autres parcours, contrôlés par les compagnies étasuniennes et européennes.

La « guerre des oléoducs » a commencé depuis longtemps : en 2003, en envahissant l’Irak, les Etats-Unis ont immédiatement détruit l’oléoduc Kirkuk-Baniyas qui transportait en Syrie le brut irakien. Celui de Ain Zalah à Suweidiva est resté par contre en fonction. Damas et Bagdad, défiant les interdictions de Washington, ont ensuite lancé le projet de deux oléoducs et d’un gazoduc qui, à travers la Syrie, relieront les gisements irakiens à la Méditerranée et donc aux marchés extérieurs. Plus dangereux encore pour les intérêts occidentaux est l’accord stipulé en mai 2011 entre Damas, Bagdad et Téhéran : il prévoit la réalisation d’un gazoduc qui, à travers l’Irak, transportera la gaz naturel iranien en Syrie et de là aux marchés extérieurs. Ces projets, et quelques autres, déjà financés, ont été bloqués par ce que l’agence étasunienne définit comme « les conditions de sécurité incertaines en Syrie ».

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 2 avril 2013 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

La Syrie, vue de Russie

avril 1st, 2013 by Thierry Meyssan

Selon la rhétorique occidentale, la Syrie serait une dictature écrasant dans le sang une révolution. Elle serait soutenue par la Russie car celle-ci n’avait pas vu de problème à écraser la rébellion tchétchène. Au contraire, vu de Moscou, l’impérialisme occidental s’est ligué depuis 35 ans avec les dictatures religieuses du Golfe pour détourner le jihadisme de la libération de la Palestine et le retourner contre l’URSS en Afghanistan, puis contre la Russie et ses alliés. Par conséquent, la Russie ne soutient pas la Syrie, elle est attaquée en Syrie.

Moscou l’intelligentsia pro-occidentale voit la guerre de Syrie comme un conflit lointain dans lequel le Kremlin a engagé le pays du mauvais côté pour maintenir une inutile base navale à Tartous.

Au contraire, Vladimir Poutine perçoit cette guerre comme un épisode du conflit qui, en vertu de la « doctrine Brzezinski », oppose depuis 1978 la grande coalition occidentalo-islamiste contre l’URSS, puis la Russie. Pour le Kremlin, il ne fait aucun doute que les jihadistes, qui se sont aguerris au Proche-Orient, poursuivront bientôt leur œuvre destructrice en Tchétchènie, en Ingouchie et au Daguestan. De ce point de vue, la chute de la Syrie serait immédiatement suivie de l’embrasement du Caucase russe. Dès lors, soutenir la République arabe syrienne n’est pas une tocade exotique, mais un impératif de sécurité nationale.

Ceci étant posé, les attentes du Kremlin à l’égard de la Syrie n’en sont que plus fortes. Au cours des entretiens que je viens d’avoir avec plusieurs dirigeants russes lors d’un voyage à Moscou, j’ai entendu plusieurs critiques.

1- Moscou ne comprend pas pourquoi Damas n’a pas engagé d’action juridique et diplomatique pour affirmer ses droits. La diplomatie syrienne se place toujours en défense lorsqu’elle est attaquée devant le Conseil des Droits de l’homme à Genève et ne parvient pas à défendre son image. Elle pourrait facilement inverser cette tendance en portant plainte contre ses agresseurs devant la Cour internationale de Justice, comme l’avait jadis fait avec succès le Nicaragua contre les États-Unis. Bien sûr l’important ne serait pas d’obtenir une condamnation de la France, du Royaume-Uni, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite —laquelle ne pourrait intervenir qu’à l’issue de trois à quatre années de procédure—, mais de renverser la rhétorique du Conseil de sécurité.

Le dépôt de cette plainte devrait être suivi d’une lettre au Conseil de sécurité affirmant le droit de la Syrie à riposter à ses agresseurs. Cette lettre ouvrirait la possibilité pour des groupes combattants arabes syriens d’entreprendre de leur propre initiative des actions armées contre des objectifs militaires de Londres à Doha.

2- De nombreux collaborateurs de Vladimir Poutine sont devenus des admirateurs de Bachar el-Assad en qui ils voient l’homme de la situation. Il ne fait aucun doute que le Kremlin, estimant son autorité à la fois légitime et légale, le soutiendra jusqu’à la fin de son mandat. Cependant, les dirigeants russes s’interrogent sur la volonté du président syrien de gouverner le pays au delà. Ils observent que, malgré leurs appels répétés, Bachar el-Assad n’a toujours pas exposé de programme politique pour le futur du pays. À ce jour, ils ignorent ses choix en matière économique, sociale, culturelle etc. Ils voient en lui le garant d’une société multiconfessionnelle, tolérante et moderne, mais doutent de son intention d’aller plus loin, de sa volonté d’être celui qui repensera et reconstruira le pays une fois la paix revenue.

3- Enfin au Kremlin, on a toute confiance dans l’Armée arabe syrienne et dans l’Armée de défense nationale. On souligne que Damas n’a perdu aucune bataille face aux Contras jihadistes, mais que ceux-ci ont pourtant gagné des positions sans avoir à combattre, comme l’a montré la trahison de Raqqa. Par conséquent, l’État syrien peut tenir encore le temps nécessaire à la finalisation d’un accord de paix régional américano-russe, mais il peut aussi s’effondrer soudainement sous l’effet de trahisons.

C’est pourquoi les dirigeants russes sont ulcérés par le manque de sécurité autour de Bachar el-Assad qu’ils ont testé au cours d’une audience qu’il a accordée à son domicile à une de leurs délégations. Un invité, passant outre les consignes qui lui avaient été données à l’entrée, a conservé avec lui son téléphone portable durant toute la rencontre. Le téléphone a sonné deux fois sans qu’aucun garde n’intervienne. On sait que les services syriens ont déjoué plusieurs tentatives d’assassinat de Bachar el-Assad commanditées par les services d’États membres de l’OTAN, mais force est de constater que sa sécurité rapprochée n’est pas assurée. Certains dirigeants font valoir que la Russie prend un grand risque en soutenant un leader qui peut être assassiné si facilement.

Thierry Meyssan

 

Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Agent Orange, chronique 7 : la Shorange

avril 1st, 2013 by André Bouny

Le 1er mars 2011, des Étasuniens appellent au soutien des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. « Il est temps de prendre part aux efforts humanitaires pour aider les Vietnamiens touchés par l’Agent Orange », a déclaré Bob Edgar, ex-représentant de la Chambre basse des États-Unis, président de l’organisation américaine à but non lucratif Common Cause.

Lors d’une discussion organisée le 25 février dans l’Université de San Francisco, Californie, Bob Edgar a annoncé qu’il avait présenté au Congrès américain un projet de loi afin d’aider les vétérans américains touchés par l’Agent Orange et qu’il s’intéressait à ce problème au Viêt Nam. Au cours de ce mois de mars, il emmènera des Étasuniens au Viêt Nam “pour qu’ils puissent voir de leurs propres yeux ce pays en plein renouveau“.

Le journal The Old Gold & Black de l’Université Wake Forest, en Caroline du Nord, a publié un article disant : “Il est important que le monde comprenne les effets de l’Agent Orange et s’unisse aux côtés du peuple vietnamien dans la lutte contre ce produit chimique“. L’auteur de cet article intitulé Les effets de l’Agent Orange persistent au Vietnam estime que “35 années plus tard, les effets de ce produit chimique sont encore visibles au Vietnam” et que “des enfants naissent encore aujourd’hui  avec des malformations“.

Selon le journal, des organisations américaines comme la Fondation Ford, Common Cause, Children of Vietnam, et d’autres, ont reconnu les effets délétères de l’Agent Orange dans la communauté vietnamienne. Les membres de ces organisations participent à Initiative spéciale sur l’Agent Orange lancée par la Fondation Ford afin de mobiliser 300 millions de dollars pendant dix ans pour aider le Viêt Nam à nettoyer les “points chauds” contaminés par l’Agent Orange et fournir des services de santé aux familles et aux enfants touchés. « Les 24 millions de dollars promis par l’administration américaine pour nettoyer ces “points chauds” seront insuffisants pour éliminer complètement les conséquences des actions des États-Unis au Viêt Nam il y a des décennies », poursuit la lucidité de l’auteur, affirmant qu’une action mondiale était nécessaire. Dans le cadre de l’Initiative spéciale, de nombreuses activités sur les effets de l’Agent Orange au Viêt Nam ont été organisées aux États-Unis ces deux dernières semaines, dont une table ronde à l’Université de Wake Forest tenue le 18 février dernier, un colloque à l’Université de Caroline du Nord le 16, et le débat organisé le 25 à l’Université de San Francisco.

Lors de ces événements, Charles Bailey, directeur de l’Initiative spéciale de la Fondation Ford sur l’Agent Orange, a affirmé qu’ “aider le Vietnam à régler les conséquences de l’agent orange est une question humanitaire“, et que “nous pouvons faire quelque chose“.  On peut penser qu’« humanitaire » est employé au sens de « solidarité », car il s’agit plutôt d’une affaire d’État à État, et non pas « humanitaire » au sens ou on l’entend habituellement.

Capture d’écran du film “AGENT ORANGE – Une bombe à retardement” réalisé par Thuy-tien Ho & Laurent Lindebrings, produit par ORCHIDEES. Victime squelettique sur son lit de bois, atteinte de toutes les pathologies terrifiantes que l’on peut imaginer. Sa mère très âgée est exténuée, elle s’occupe de son fils jour et nuit, jusqu’au dernier souffle. La maison en dur est typique, des cales sous les pieds des meubles rongés par l’humidité, une simple grille à la fenêtre car il fait chaud toute l’année, le chat ronronne, le vélo est rentré au cas où le voleur passerait et, sur le côté gauche, le bac de ciment bleu délavé récupère l’eau de pluie pour la toilette et la cuisine.

 

Début mars, des Députés allemands apportent leur soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange. Une délégation parlementaire allemande a tenu une séance de travail avec les responsables de l’Association des victimes de l’Agent Orange/dioxine de Ho Chi Minh-Ville. La vice-président de cette association (VAVA), président de l’antenne d’Ho Chi Minh-Ville, le professeur Nguyen Thi Ngoc Phuong  (obstétricienne, ancienne directrice de l’hôpital-maternité de Tu Du où se trouve le Village de la paix accueillant des victimes de l’Agent Orange), a rappelé qu’ « entre 1961 à 1971, l’Armée américaine a répandu 84 millions de litres de produits chimiques toxiques ( possiblement 4 fois plus, selon moi), dont le principal était l’Agent Orange contenant près de 400 kg de dioxine pure, une des molécules les plus toxique que l’humanité connaisse à ce jour (il est toujours bon d’évoquer l’étude de l’Université Columbia de New York, selon laquelle 80g de ce composé introduit dans le système de distribution d’eau d’une ville tueraient 8 millions de ses habitants). Alors que la guerre est passée et que les blessures se sont refermées avec le temps, le corps et l’esprit de millions de Vietnamiens en subissent encore les conséquences (ici aussi il est bon de rappeler que jusqu’à 4,8 millions de Vietnamiens y ont été exposés, selon le rapport US dit « Stellman », sans compter les victimes nées de parents contaminés depuis plusieurs générations, ni celles empoisonnées par la chaîne alimentaire jusqu’à ce jour, sans que l’on sache quand cela s’arrêtera. À cette Shorange, on doit ajouter les victimes étasuniennes, sud-coréennes, australiennes, new-zélandaises, canadiennes, ainsi que celles dispersées dans tous les endroits du monde où a été expérimenté, mis au point, et stocké l’Agent Orange, et ils sont une centaine).  Le Viêt Nam compte actuellement environ 3 millions de victimes à divers degrés », signale la merveilleuse Mme Nguyen Thi Ngoc Phuong, avant d’exposer la lutte pour la justice menée par les victimes de l’Agent Orange, et parler de leur vie à Ho Chi Minh-Ville et dans le reste du pays. Les parlementaires allemands ont fait part de leur profonde sympathie pour le peuple vietnamien, affirmant qu’ « ils se feraient entendre sur la scène internationale dans ce combat pour la justice à rendre à ces victimes. »

Le 10 mars, le vice-président de l’Assemblée nationale vietnamienne, Nguyen Duc Kien, a reçu jeudi à Hanoi une délégation interreligieuse des États-Unis, Common Cause, conduite par Mme Connie Morella, ex-représentante de l’État du Maryland.

Saluant cette visite, ainsi que celle précédente de son président, Bob Edgar, dans le cadre d’activités destinées à promouvoir l’amélioration des connaissances sur l’Agent Orange au Viêt Nam, il s’est réjoui des importantes avancées des relations entre les deux pays, politiques, économiques, commerciales, ou encore dans la coopération humanitaire…

« Point plus notable encore, le Viêt Nam et les États-Unis ont coopéré par diverses voies afin de résoudre ensemble le problème de l’Agent Orange », dit-il (la courtoisie diplomatique peut parfois nous faire avaler le chapeau). Nguyen Duc Kien a déclaré « apprécier vivement l’octroi américain d’aides publiques au développement de son pays lors de ces quatre dernières années, avant d’affirmer que malgré la fin de la guerre il y a 35 ans déjà, nombre de Vietnamiens, tout comme l’environnement du pays, subissent encore les effets particulièrement toxiques de ce « défoliant ». Ce sont près de 4,8 millions de personnes qui ont été exposées à la dioxine, et dont 3 millions en sont les victimes à divers degrés aujourd’hui, sans compter des milliers (millions ?) d’hectares de terrain contaminés qui restent à traiter. Le Viêt Nam a mobilisé les ressources de toute la société afin de partager et d’aider matériellement et spirituellement ses victimes de l’Agent Orange, lesquelles sont les plus défavorisées de tous les handicapés du pays. » Il s’est félicité « de l’activité de la Fondation Ford et du Groupe de dialogue vietnamo-étasunien sur l’Agent Orange comme de l’attention de l’organisation Common Cause sur ces points, et notamment du plan d’action de dix ans évoqué par le Groupe de dialogue en vue d’intervenir sur le problème de l’Agent Orange. » (tandis que le Président de VAVA, Nguyen Van Rinh, parle de plus de mille milliards nécessaires… et que pas un cent n’est encore arrivé).

Nguyen Duc Kien a souhaité qu’après son retour aux États-Unis, la délégation américaine contribue à davantage informer ses concitoyens et les milieux politiques étasuniens des conséquences de ce « défoliant » afin d’adopter une conduite plus réaliste et humaine, contribuant au partage mais aussi au règlement de ce problème. Quant à Mme Connie Morelle, elle annonça que sa délégation américaine, dont les membres sont issus de diverses couches sociales, civile comme professionnelle, s’engageait à instituer de bonnes relations entre les deux pays, affirmant que le règlement des conséquences de l’Agent Orange est une tâche très importante devant être menée jusqu’à son dernier terme. Lors de cette rencontre, de nombreux délégués étasuniens ont souligné que cette visite était importante pour saisir pleinement les données d’un règlement définitif du problème de l’Agent Orange.

Décidément, les déclarations de bonnes intentions fleurissent chez les pseudo-décideurs, à l’image des bonnes volontés qui n’ont aucun moyen ou si peu.

Le vendredi 11 mars, Radio-Canada annonce que l’Ontario forme un comité d’enquête sur l’Agent Orange (cf. chronique 6). Le gouvernement ontarien met sur pied le premier comité d’enquête indépendant du pays sur l’utilisation de l’Agent Orange et ses répercussions sur la santé. L’expert en toxicologie, Leonard Ritter, dirigera ce comité. Professeur à l’Université de Guelph et directeur général du Réseau canadien des centres de toxicologie, le Dr Ritter avait aussi collaboré à l’enquête du gouvernement fédéral sur l’utilisation de l’Agent Orange à la base militaire de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, en 2007.

Toutefois le député néo-démocrate de Timmins-Baie James, Gilles Bisson, doute de l’indépendance réelle du comité. Il souligne que c’est le même expert qui avait présidé l’enquête à Gagetown (ministère de la Défense). Le Nouveau Parti Démocrate (NPD) préférerait une enquête de l’ombudsman provincial.

Un produit toxique utilisé pendant 30 ans. Le gouvernement ontarien admet que l’«herbicide », utilisé abondamment par l’armée américaine comme « défoliant » au Viêt Nam, a aussi servi au désherbage dans la province. Des équipes s’en servaient durant les années 50, 60, 70 et possiblement une partie des années 80, le long d’autoroutes et de lignes de transport d’électricité.

Les autorités fédérales ont banni le produit en 1985, après avoir découvert que son utilisation pouvait causer des problèmes de peau, de foie et certains types de cancer. Plusieurs employés gouvernementaux de l’Ontario, qui l’ont épandu dans le passé, affirment souffrir maintenant de différents problèmes de santé. La ligne téléphonique d’information lancée par la province à la suite de ces révélations a été inondée d’appels au cours des dernières semaines.

La mission du nouveau comité d’enquête est de déterminer l’ampleur de l’utilisation de l’Agent Orange par les différents ministères et agences de l’Ontario. Le groupe d’experts se penchera aussi sur les effets de cette utilisation sur la santé des travailleurs et du public. Son rapport doit être rendu public d’ici juin 2012. L’Ontario incite, par ailleurs, Ottawa et les autres provinces à emboîter le pas. Selon le gouvernement ontarien, l’Agent Orange a aussi été utilisé en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan.

Le 25 mars, Vietnamplus publie un article de l’Agence vietnamienne d’information (AVI) : « L’Armée populaire du Viêt Nam a directement participé et coopéré à la décontamination internationale de sites infectés par des produits chimiques toxiques lors de la guerre », disent des officiers du ministère de la Défense, lors d’une rencontre vendredi à Hanoi avec le corps des attachés militaires internationaux au Viêt Nam.

« Ces dernières années, le ministère de la Défense s’est vu confier par le gouvernement la tâche de diriger la mise en œuvre de la décontamination de sites infectés par l’Agent,Orange largué par les GI’s pendant la guerre. Il a activement collaboré avec les services civils, les États-Unis, et plusieurs organisations internationales », ajoutent-ils.

« Par ailleurs, le ministère de la Défense a achevé pour l’essentiel l’évaluation du niveau de contamination des aéroports de Bien Hoa, Da Nang et Phu Cat, et construit des ouvrages pour limiter la propagation du poison dans l’environnement afin de minimiser ses impacts sur l’écosystème et l’homme. Plus particulièrement, 100.000 m² sévèrement pollués à l’aéroport de Bien Hoa ont été décontaminés. »

« Malgré les efforts, les résultats n’ont pas encore répondu à la demande et font encore face à beaucoup de difficultés et de défis. Afin d’achever cette décontamination pour assainir l’environnement au service du développement socioéconomique, la mobilisation des ressources, l’élargissement de la coopération, le partage d’informations avec les spécialistes et organisations du pays et de l’étranger, revêtent une signification importante dans toutes les activités du ministère de la Défense. »

Le responsable militaire de l’Afrique du Sud, chef du corps des attachés militaires étrangers au Viêt Nam, a reconnu les efforts du ministère de la Défense dans le règlement des conséquences laissées par l’Agent Orange dans les régions gravement contaminées.

 André Bouny

Les chroniques sur l’Agent Orange :

Agent Orange: les dessous des projets de décontamination, Chronique 1, 01 octobre 2012

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ?, Chronique 2, 31 octobre 2012

Agent Orange, chronique 3 : Le plus grand écocide de l’humanitéAgent Orange, chronique 3, 1 er décembre 2012

Agent Orange, chronique 4 : Quand le Diable ignore habiter l’enfer, 31 décembre 2012

Agent Orange, chronique 5 : ou le négationnisme de l’Histoire institutionnelle, 02 février 2013

Agent Orange, chronique 6 : Utilisation militaire, et civile (dilué), 01 mars 2013

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

Dans un geste de solidarité avec les prisonniers de Guantanamo, qui poursuivent leur grève de la faim depuis plus d’un mois, des militants du monde entier ont lancé un jeûne d’une semaine. La campagne comprendra également des rassemblements de protestation et des veillées.

L’action, organisée par le groupe de soutien aux prisonniers de Guantanamo, Witness Against Torture (WAT), a débuté dimanche et doit durer jusqu’au 30 mars. Certains militants ont l’intention de continuer à jeûner tous les vendredis jusqu’à la fermeture de la prison.

Le jeûne sera accompagné de rassemblements publics pour protester contre l’existence de la prison de Guantanamo et les conditions de détention des prisonniers.

« Nous nous rassemblerons pour une action à New York, Chicago, Los Angeles et d’autres villes dans le pays et à l’étranger la semaine prochaine, pour dénoncer la pratique barbare de la torture et de la détention indéfinie et pour réclamer justice pour les hommes à Guantanamo », dit WAT.

Les militants ont également publié une liste de 166 noms de détenus de Guantanamo, en appelant tous ceux qui les soutiennent à inonder la prison avec des lettres de solidarité et à rappeler ainsi à l’administration de la prison « que le monde n’a pas oublié les grévistes de la faim ».

La militante des droits de l’Homme, Andy Worthington est certaine que les manifestations sont cruciales pour changer la situation à Guantanamo, indiquant que l’ inaction « serait une victoire » pour ceux dont le but est de maintenir l’existence de cette prison.

« Ceux d’entre nous qui agissent pour fermer Guantanamo s’opposent aux forces puissantes de l’indifférence ou de l’hostilité à notre cause, en dépit de la justice évidente de notre cause. Les gens ne devraient pas – ne doivent pas – être rebutés par cette indifférence ou cette hostilité », a déclaré Andy Worthington à Russia Today.

WAT a organisé des jeûnes similaires de solidarité chaque année depuis 2010. Le groupe lui-même a été formé en 2005 et a depuis tenté d’imposer au gouvernement américain de fermer la prison tristement célèbre, à travers des veillées, des marches, des actions directes non-violentes et d’autres initiatives.

JPEG - 55.5 ko

La prison de Guantanamo, ou des gens sont emprisonnés depuis bientôt 12 ans sans inculpation, ni procès ni jugement, est un véritable déni du Droit, et devrait être fermée au plus vite. Encore une des promesses d’Obama rapidement oubliées…

 

Les avocats des détenus disent que plus d’une centaine de prisonniers de Guantanamo ont entamé une grève de la faim depuis début février, certains mettant à présent leur santé en péril.

Ce mouvement de protestation aurait été causé par les mauvais traitements de la part des gardes, dont des fouilles, la confiscation des objets personnels et des profanations d’exemplaires du Coran.

L’administration de la prison de Guantanamo cherche à minimiser l’ampleur de la protestation, en disant qu’elle ne concernerait qu’une poignée de détenus.

Lire également :

- Arrivée en Espagne d’un palestinien emprisonné depuis 2002 sans inculpation à Guantanamo - 14 mars 2010
- Mohamed Binyam, détenu à Guantanamo, torturé au Maroc - 18 août 2009
- Sami al-Hajj attaque ses ravisseurs américains - 3 mai 2008
- Guantanamo Bay : un journaliste d’Al-Jazeera, humilié et entravé, risque de mourir - 22 septembre 2007
- Le cameraman d’Al-Jazeera “proche de la mort” à Guantanamo - 16 septembre 2007
- (Faute d’accord sur Guantanamo, Washington exporte ses détenus ->http://www.info-palestine.eu/spip.php?article2002] – 26 juin 2007
- Guantanamo : « injustice et mauvais traitements » - 2 juin 2007
- Un cameraman d’Al Jazeera en grève de la faim à Guantanamo - 8 mars 2007

 

25 mars 2013 – Russia Today – Vous pouvez consulter cet article à :

http://rt.com/news/guantanamo-strik…
Traduction : Info-Palestine.eu

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le pillage de Chypre par l’Union européenne

mars 31st, 2013 by Julie Hyland

Le sauvetage imposé par l’Union européenne (UE) à Chypre est un acte politiquement criminel de pillage financier visant à détruire les banques du pays et à jeter la classe ouvrière dans le dénuement.

Sous prétexte d’éviter la faillite de l’Etat, la petite île méditerranéenne, qui compte près d’un million d’habitants, est assujettie au genre de thérapie de choc qui a déjà été infligé à la Grèce.

Les modalités du prêt de 10 milliards d’euros imposées par l’UE, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire International (FMI) prévoient la liquidation de la banque Laïki – la deuxième banque de Chypre – et le transfert des dettes envers la BCE à la Banque centrale de Chypre qui doit également faire face à une importante restructuration. 5,8 milliards d’euros de plus doivent être levés en imposant de lourdes pénalités,de l’ordre de 40 pour cent ou plus, aux détenteurs d’obligations et à ceux possédant des dépôts supérieurs à 100.000 euros.

Des mesures d’urgence de contrôle des capitaux ont été mises en place, dont une interdiction de transfert outre-mer, un plafonnement à 300 euros des retraits en espèces et une interdiction a été imposée à quiconque de quitter le pays en portant sur lui plus de 1.000 euros en billets de banque. La firme de sécurité britannique G4S est en charge de la garde des banques de l’île afin « assurer le calme » après leur réouverture hier au bout de douze jours de fermeture.

Les mesures vont dans le sens de l’insistance de la chancelière allemande Angela Merkel à savoir que Chypre admette que « son modèle économique est mort. » Vu que le secteur bancaire du pays représente huit fois la taille de son PIB, ceci équivaut à un effondrement économique.

Ceci n’est nullement atténué par le fait que le gouvernement chypriote a été contraint de retirer son plan d’imposer une taxe de 6,7 pour cent sur les dépôts bancaires inférieurs à 100.000 euros. Ceux qui seraient épargnés dans ce cas là devront être saignées à blanc par d’autres moyens.

Le taux de chômage atteint 15 pour cent en raison des mesures d’austérité de l’UE appliquées par le précédent gouvernement mené par le Parti communiste, avant même que n’éclate la actuelle crise, et qui ont résulté dans l’instauration de banques alimentaires organisées par des associations caritatives à Paphos, Limassol et à Nicosie.

Cette situation va maintenant considérablement s’aggraver. Comme le remarquait avec satisfaction le Wall Street Journal, « Nicosie va maintenant faire face aux conditions habituelles d’un sauvetage dans la zone euro : des réformes du marché du travail, une discipline fiscale, des privatisations, une réforme des retraites et des soins de santé. »

Contrairement, toutefois, aux plans de sauvetage pour la Grèce, l’Irlande, l’Espagne et d’autres pays, où on a continué à prétendre que l’austérité et les réductions de salaire relanceraient l’économie, la presse reconnaît ouvertement que la médecine administrée par l’UE à Chypre tuera le patient.

Le prêt est lié à des pertes massives d’emplois et des réductions de salaires, la démolition des soins de santé, de l’éducation et des prestations sociales, la privatisation des principaux services publics, le transfert des ressources naturelles et énergétiques de l’île aux géants mondiaux de l’énergie.

L’on s’attend à une chute de 25 pour cent du PIB dans les deux ou trois prochaines années à venir et à un doublement du chômage. Avec l’ensemble de la zone euro sombrant dans une récession qui sera encore exacerbée par les mesures adoptées à Chypre, la conséquence en sera une dévastation sociale et économique.

Le Financial Times a imputé la faute à la population chypriote en écrivant : « … le choix d’accoupler l’économie à un service bancaire offshore s’était fait avec la duplicité des dirigeants et l’assentiment d’une population heureuse de vivre au-dessus de ses moyens. »

Comme si, à Chypre, on avait demandé l’avis des travailleurs, s’ils voulaient ou non que l’île devienne un centre bancaire.

En réalité, l’oligarchie financière agit partout avec impunité en dictant la politique gouvernementale selon ses intérêts. Partout, la conséquence est le parasitisme et une corruption endémique, comme l’illustrent les récents scandales au sujet de la manipulation du taux interbancaire Libor, du blanchiment de l’argent de la drogue par la banque HSBC et d’autres ainsi que de fraude généralisée chez JPMorgan Chase, pour n’en citer que quelques-uns. Personne n’a jamais eu de comptes à rendre pour ces délits.

Les travailleurs doivent rejeter cette propagande cynique venant de Berlin, de Paris, de Londres et de Bruxelles, comme quoi la « libération sous caution » chypriote, visant prétendument les oligarques russes et les adeptes de l’évasion fiscale, modifiera la situation ou représente même un genre d’appropriation de la richesse.

L’UE, menée par l’Allemagne avec l’appui des Etats-Unis, a profité de la crise à Chypre pour détruire un concurrent plus faible en consolidant son contrôle des marchés financiers mondiaux. Les banques européennes et américaines vont profiter des oligarques russes et des partisans de l’évasion fiscale qui ont transféré leur argent hors de Chypre durant les semaines qui ont précédé la crise du sauvetage chypriote.

Seule une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière internationale – luttant pour soumettre les ressources de Chypre, de l’Europe et de l’économie mondiale au contrôle démocratique de la population laborieuse – peut conduire à l’expropriation de l’aristocratie financière. Les mesures prises par les principales puissances de l’UE pour s’emparer de l’argent détenu précédemment par des banques chypriotes n’est rien d’autre qu’un vol à peine voilé commis dans l’intérêt des sections les plus puissantes du capital financier.

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung l’a d’ailleurs carrément reconnu en disant, « La zone euro a depuis longtemps cessé d’être une confrérie pour accroître la prospérité et la stabilité mutuelle. Elle s’est transformée en une école de gladiateurs dans laquelle tout le monde se bat pour son propre avantage et sa propre survie. »

L’offensive brutale qui a lieu partout en Europe ne peut être vaincue sur une base nationale. Tout comme ses homologues en Grèce, en Italie et ailleurs, la bourgeoisie chypriote a joué tout au long un rôle profondément réactionnaire. Son alternative aux plans de la troïka avait été de se servir dans les caisses de retraite et chez les petits déposants afin de protéger les ultra-riches et de préserver le statut de paradis fiscal de l’île.

Ces événements soulignent très clairement l’impossibilité absolue de trouver sous le capitalisme une solution démocratique, humaine et progressiste à la crise économique qui affecte le monde.

L’opposition de principe requise à l’encontre des mesures imposées à Chypre doit se fonder sur les intérêts des travailleurs et non sur ceux de l’une ou l’autre des cliques concurrentes de bandits impérialistes. Tout comme la classe dirigeante dispose de formes d’organisations internationales pour imposer ses intérêts de classe, la classe ouvrière doit développer les siennes.

Julie Hyland

Article original, WSWS, paru le 29 mars 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

«Le système financier actuel privatise les bénéfices et mutualise les pertes»

Propos attribués à Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie)

 

Une lente agonie qui a commencé en même temps que le feuilleton grec, celui d’un coma chypriote depuis pratiquement un an. De replâtrage en replâtrage, le verdict est tombé, Chypre risque la faillite si l’Europe ne lui vient pas en aide. Etant dans la même charrette que les pays du Sud catholiques, de l’Europe, connus dit-on par leur farniente, qu’on les appelle les Arabes de l’ Europe, partageant avec ces derniers, outre le climat, la paresse et l’esprit de cigale, contrairement aux Européens du Nord -généralement protestants- besogneux, durs à la tâche – symbolisés entre autres, par l’Allemagne qui donne l’impression de diriger l’Europe et d’imposer son diktat à ces pays du Sud qui tombent comme des dominos. Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne, même l’Italie que l’on croyait insubmersible et qui est -too big too fall- risque elle aussi de subir le même sort en attendant le pays suivant immédiat…la France.

Chypre

C’est un petit pays de 9251 km2 de 885.600 habitants. Avant d’être rattaché à l’Europe par un référendum qui n’a concerné que les Chypriotes du sud de l’Ile, les Chypriotes du Sud avaient le même PIB que ceux du Nord soit environ 10.000 $/an. La machine européenne les a tirés rapidement vers un niveau de vie,ils ont doublé leur niveau de vie au point d’arriver à un Indice de développement humain: 0,810 (35e rang mondial). De part et d’autre d’une frontière qui passe au milieu d’une rue, nous avons le Moyen âge d’un côté et le XXIe siècle. Ce rêve ne devait pas durer!

Cette économie virtuelle ne crée pas de richesse. «Les bords du lac Léman accueillent les sièges des plus gros négociants de matières premières. La «petite Suisse de la Méditerranée» accueille, elle, leurs boîtes aux lettres. Certaines entreprises y recherchent une fiscalité avantageuse (5% à la ´´belle´´ époque, 12,5% aujourd’hui). Mais ´´le détour chypriote permet fondamentalement de masquer les bénéficiaires économiques des sociétés´´, explique Olivier Longchamp, responsable fiscalité et finances internationales de l’association Déclaration de Berne. En clair: offrir aux ramifications des maisons de négoce une ombre propice à l’épanouissement de leurs activités lucratives et internationalisées.» (1)

Situation actuelle

Le PIB (2011) était de 17,9 milliards euros avec un faible taux de croissance (2011): +0,5%. Le taux de chômage (2011): 7,7% qui a augmenté d’une façon spectaculaire pour atteindre 15% en 2013. Solde budgétaire (2011):-6,5%. Balance commerciale (2011): -5,9 mds euros et -10 milliards en 2013. Les principaux fournisseurs de Chypre sont par ordre: 1/ Grèce 19% – 2/ Italie 9,3% – 3/ Allemagne 8,9% 4/ Royaume-Uni 8,3%- 5/ Israël 8% – 6/ Chine 5,3%: la France est en 7ème position. Ses principaux clients en 2010: 1/ Grèce 22,1%- 2/ Allemagne 8,4% 3/ Royaume-Uni: 8,2%. (2)

La particularité de l’économie chypriote est qu’elle ne crée pas de richesses. Ce sont les banques qui détiennent plus de 40% de son PIB. Ces banques qui ont fleuri et sont devenues le refuge de tous les requins de la finance qui ont cherché à la fois une fiscalité très faible (5%) mais aussi une complaisance pour «blanchir» des capitaux douteux. Les autorités chypriotes ont été contraintes de solliciter en juin 2012 l’assistance financière de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, pour faire face aux besoins de leurs banques, dont 40% des engagements extérieurs concernent la Grèce, et au financement des dépenses publiques.

«Pour rappel, le calvaire Chypriote qui rappelle celui de la Grèce, a commencé lit-on dans une dépêche de l’AFP, le 25 juin 2012: Chypre demande une aide financière, estimée à 17 milliards d’euros, à la zone euro pour contenir les risques pour l’économie du pays provenant de son secteur financier. Ses deux principales banques, très exposées à la dette grecque, ont subi des pertes évaluées à 4,5 milliards d’euros dans le cadre du plan de sauvetage conclu avec Athènes. Le 13 janvier, l’agence de notation financière Standard and Poor’s fait basculer Chypre dans la catégorie ´´spéculative´´ en abaissant la note de sa dette à long terme de deux crans à BB+ 16 mars: Nicosie accepte le plan de l’UE et du Fonds monétaire international (FMI) prévoyant un prêt de dix milliards d’euros en contrepartie d’une taxe sur les dépôts bancaires censée rapporter 5,8 milliards. Pour amortir l’impact sur ses gros clients russes, Chypre répartit la taxe sur tous les dépôts (6,75% jusqu’à 100.000 euros, 9,9% au-delà), brisant le tabou de la protection des petits épargnants et provoquant une ruée sur les distributeurs des banques fermées pour un week-end prolongé. Le 20 mars: recherche d’un ´´plan B´´. La puissante Eglise orthodoxe propose ses richesses en gage. La fermeture des banques est encore prolongée. La Banque centrale européenne donne jusqu’au 25 mars à Chypre pour s’accorder avec les bailleurs de fonds sous peine de la priver de liquidités. Standard and Poor’s dégrade la dette chypriote d’un cran, à CCC. Le 22 mars: la chancelière allemande Angela Merkel prévient Chypre de ne ´´pas abuser de la patience´´ de la zone euro. La taxe bancaire revient sur le tapis.»(3)

L’Accord douloureux pour les Chypriotes

L’accord mis au point prévoit des ´´décisions douloureuses pour sauver le pays de la faillite´´, a estimé le président chypriote Nicos Anastasiades en promettant lors d’une allocution télévisée que l’île méditerranéenne ´´se remettrait de nouveau sur pied´´. Le prix à payer par Nicosie est en effet très élevé. Laïki Bank (Popular Bank en anglais), la deuxième banque du pays, va être mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une ´´bad bank´´, entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une ´´good bank´´, où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100 000 euros, qui bénéficient d’une garantie publique dans l’UE. Sur le site Attac, nous lisons les conséquences de cet «accord» au scalpel: «Certes, le gouvernement chypriote et la Troïka ont renoncé à taxer les petits déposants, et le sort réservé aux gros clients des banques chypriotes – qui perdront une bonne part de leurs avoirs financiers – ne mérite pas de larmes. Mais le plan, imposé par un ultimatum sans précédent de la BCE, épargne les banques européennes, en particulier la BCE, qui ont pourtant accompagné Chypre et ses banques dans l’édification d’un paradis offshore en zone euro. (…) Pour la première fois de l’histoire de la zone euro, la Banque centrale européenne a imposé ses vues à un pays souverain en le menaçant explicitement de l’expulser de la zone euro. Ce précédent est d’une extrême gravité.» (4)

«Dans un communiqué du 21 mars la BCE adressait un ultimatum au Parlement de Chypre: si vous n’acceptez pas notre plan avant le lundi 25 mars, nous coupons la ligne de crédits d’urgence qui maintient à flot vos banques. La faillite des banques et l’interruption des prêts aurait conduit l’État chypriote à devoir les recapitaliser par ses propres moyens, probablement en sortant de l’euro pour recréer une monnaie nationale. Bien sûr, le système bancaire chypriote était un refuge pour des oligarques, pas seulement russes, à la recherche d’une fiscalité complaisante. Mais l’Union européenne n’avait jamais vraiment trouvé à y redire, au nom de la concurrence (fiscale) libre et non faussée. La taxation des dépôts supérieurs à 100.000 euros, va provoquer une fuite des capitaux et un effondrement de l’économie chypriote, trop dépendante de ses banques.» (4)

Attac poursuit en prévoyant les conséquences à savoir la sortie de l’euro: «Cette mesure va aussi accélérer la fuite des capitaux qui a déjà commencé depuis les autres pays du Sud européen vers l’Allemagne, la Suisse, le Luxembourg… La crise va s’aggraver, et la sortie de Chypre de la zone euro pourrait n’être que retardée de quelques mois. La Commission ne fait rigoureusement rien pour aider les peuples des pays en difficulté, bien au contraire, puisqu’elle continue à leur imposer des programmes d’austérité sans fin destinés à satisfaire les marchés financiers. (…) Avec une annulation de la dette et une socialisation des banques, il serait ainsi possible de refonder la zone euro et lui redonner un avenir*… Tout à l’inverse des diktats de la Troïka, qui au-delà de Chypre, visent clairement à décourager tout velléité des peuples grecs, portugais ou espagnols de relever la tête.» (4)

Comment réagissent les Chypriotes?

Le moins que l’on puisse dire est qu’ils protestent en vain. Les décisions sont prises ailleurs. La police est là pour appliquer. Loin de se réjouir du plan de sauvetage, conclu, le 25 mars, à l’arraché avec l’Union européenne, la presse chypriote dénonce les ´´diktats´´ de l’étranger et n’hésite pas, à l’instar du quotidien O Phileleftheros, d’appeler les habitants de l’île à entrer en résistance.

«Aujourd’hui lit-on sur ce journal – qui appelle à un mea culpa et à se ressaisir-, j’éprouve, écrit Emmanuil Lioudakis, le besoin, plus que jamais, d’écrire pour tenter de rassembler les morceaux de la dignité de ce peuple détruite par l’imposition de mesures inadmissibles par nos partenaires dans l’Union européenne (UE). Aujourd’hui, des milliers de personnes se sont réveillées et, au lieu de se préoccuper de leurs tâches quotidiennes, elles ont ressenti un immense vide. Car leur pays, Chypre, n’est plus. Notre île a disparu quelques semaines avant Pâques, au début du Carême, abdiquant devant les diktats de l’UE et de la Troïka (FMI, Commission et Banque centrale européennes). J’ai en moi un sentiment de dégoût, de honte et de déception. Quid de notre fierté, de notre dignité et de notre force d’opposition?» (5)

En fait, si nous nous sommes retrouvés au bord du gouffre, c’est en grande partie à cause de nos fautes. (..) Que vont devenir ces milliers d’employés qui perdent leur travail et dont le salaire est pris en otage par les dettes? La plupart d’entre eux seront remerciés sans aucun dédommagement. C’est pour cela que je veux, m’adresser à mes compatriotes, aux gens simples, et leur demander d’inscrire dans leur vie cet objectif de redresser notre système bancaire afin d’obtenir le départ de la Troïka et la redéfinition de nos liens de solidarité. C’est maintenant qu’il faut montrer notre patriotisme. Il faut montrer que l’âme des Hellènes ne se soumet pas aussi facilement aux diktats étrangers. Notre âme bouillonne et nos poings sont fermés. (…) Il faut aider notre Etat à se relever. (…) Patience et bon courage à tous.» (5)

Même appréciation d’un autre journal qui dénonce le manque de solidarité au profit d’une «realpolitik» décidée ailleurs. Nous lisons: «En imposant une taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros, les dirigeants de la zone euro ont commis au mieux ´´un dangereux précédent´´, au pire, ´´un chantage´´, selon la presse européenne. Sous le titre ´´L’Europe bâcle un autre sauvetage´´, le Financial Times condamne la taxe inattendue sur les dépôts, [...]. Face à un Etat membre en perdition, les dirigeants ont accroché du plomb au cou de Chypre au lieu de lui jeter une bouée de sauvetage. (..) On connaît le refrain: une fois de plus, il n’y avait pas d’autre solution. (…) Jadis, les citoyens européens avaient des droits, aujourd’hui, leurs dépôts bancaires risquent d’être imposables sans préavis, comme ce qui s’est passé à Chypre. L’arbitraire et le mépris total de l’Union européenne pour les règles et les valeurs sont devenus monnaie courante. La démocratie est maintenant une notion relative. Et le chantage a remplacé la solidarité».(6)

Aucun état d’âme

On le voit, les hommes en noir de la troïka n’ont aucun état d’âme quand il s’agit de sauver à tout prix le système et les banques quitte à précipiter dans le désespoir des milliers de besogneux de sans-grade, qui sou après sou, pensent assurer leurs arrières en vivant une retraite dans la dignité. Rien n’y fait, les requins de la finance internationale les rattrapent et les jettent dans la détresse absolue.

La crise dit-on a du bon, car elle permet un nouveau départ. Ceci est vrai pour les riches qui s’enrichissent encore plus. «La crise, lit-on dans cette contribution qui raconte le quotidien des «petits espagnols», est une occasion, diront certains à juste titre, pour tenter de renverser les rapports de force entre les classes. Mais la crise est aussi une opportunité pour les classes dominantes. La bourgeoisie nationale et transnationale a conquis ces dernières années de plus en plus de pouvoir en profitant de la disparition des frontières au sein d’un super État européen pour porter une attaque sans précédent sur les conditions de vie des classes populaires, allant même jusqu’à rétrograder socialement les maillons les plus faibles de leur propre classe.

La majorité des Espagnols est ainsi engagée dans un processus de paupérisation – certains parlent de prolétarisation – qui semble irrémédiable. Les données publiées par l’ONG catholique espagnole Caritas parlent d’elles-mêmes. Les riches gagnent en moyenne sept fois plus que les pauvres, faisant de l’Espagne l’un des pays connaissant un des taux d’inégalité les plus élevés sur le continent européen. La fourchette entre les riches et les pauvres a d’ailleurs augmenté de 30% ces dernières années.» (7)

A propos des coupes sombres dans le social, nous lisons: «La perte du pouvoir d’achat va de pair avec les coupes claires dans le budget des services sociaux; depuis quelques années, quantité d’hôpitaux et de centres de soins, d’écoles et d’universités, ont mis la clé sous la porte, rendant infernale la vie de millions de familles. Au dernier trimestre 2012, le taux de chômage s’établissait à 26,02% de la population active (soit presque six millions de chômeurs). Ceux qui disent que la crise est une opportunité ont raison. Mais la crise des uns n’est pas celle des autres, et force est de constater que ce sont les classes dirigeantes qui tirent jusqu’à présent les marrons du feu» (7)

Tout est dit: la machine du diable de la financiarisation broie les faibles et il est utopique de parler dans ce XXIe siècle de tous les dangers, de solidarité, d’empathie, encore moins d’amour du prochain et du secours des plus pauvres. Nietzsche avait- il raison d’écrire dans un autre contexte: «Périssent les faibles et les ratés?» Est-on raté quand on est un besogneux?

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu. dz
1. Chypre, la ´´boîte aux lettres´´ des traders de matières premières Le Monde.fr 26.03.2013

2. http://www.tresor.economie.gouv.fr/se/ chypre

3. Chypre: les principales étapes de la crise financière AFP 24 mars 2013

4. La Troïka. dynamite le casino… et le peuple chypriote: Attac le 25 mars

5. Emanuel Lioudakis C’est maintenant qu’il faut être patriotes! O Phileleftheros 25 03 2013

6. http://www.presseurop.eu/fr/content/press-review/3555371-le-chantage-remplace-la solidarite

7. http://sos-crise.over-blog.com/article-la-majorite-des-espagnols-engagee-dans-un-processus-de-pauperisation-116531017.html

 

Il y a 14 ans – après les négociations de Rambouillet et Paris entre le 6 et le 23 février 1999 – les médias globaux ont informés le public, que «la délégation serbe n’a pas accepté l’accord offert et qu’elle l’a qualifié de ‘nul et non advenu’». Les médias insinuaient, que la soi-disant groupe de contact pour la Yougoslavie soutenait prétendument cet accord. Cette commission était composée de quatre pays membres de l’OTAN et de la Russie; mais la Russie refusait d’approuver la partie militaire (annexe B) de cet accord – un fait qui à été caché par les informations des médias.
Qu’est-ce qui c’est réellement passé à Rambouillet et Paris et quels sont les termes exactes de l’«annexe B»? Madeleine Albright, la ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis d’alors, a prétendu que «la partie militaire de l’accord était pratiquement le noyau de l’accord offert à Rambouillet», lequel était inacceptable pour la délégation de la République fédérale de Yougoslavie.

Živadin Jovanovic, le ministre des Affaires étrangères yougoslave d’alors, a déclaré dans son interview avec le quotidien de Belgrade «Politika» du 6 février 2013, qu’«à Rambouillet, il n’y a eu ni de tentative d’atteindre un accord, ni des négociations, ni un accord». La délégation yougoslave avait été invitée à Rambouillet afin de participer aux négociations avec la délégation albanaise du Kosovo.

Il semble exact, qu’il n’y a effectivement pas eu de négociations. Cette conclusion peut être tirée suite aux diverses prises de position de quelques représentants occidentaux, entre autres du président d’alors de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), du ministre des Affaires étrangères norvégien.

L’information partisane de la presse occidentale et les affirmations partiales des politiciens occidentaux concernant «l’échec des négociations suite au refus du document politique demandant une large autonomie du Kosovo» par les représentants yougoslaves, poursuivait le but de préparer l’opinion public à une agression militaire du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui était déjà planifiée pour octobre 1998, mais qui fut, pour des raisons évidentes, reportée au 24 mars 1999. La seule chose vraie est que la délégation yougoslave a prié à plusieurs fois de pouvoir négocier – ce qui ressort des messages écrits transmis aux négociateurs lors des pourparlers – des négociations directes entre les délégations yougoslave et kosovare. Les documents officiels prouvent ce fait. Christopher Hill, le représentant américain lors de ces négociations, a prétendu dans sa réponse à de telles demandes, que la délégation du Kosovo «ne voulait pas de négociations directes». «Ainsi, il était clair pour nous tous, que le dialogue directe ne convenait pas aux Américains et que c’était la véritable raison pour laquelle le contact direct n’a pas eu lieu», a déclaré Jovanovic et d’ajouter: «Il n’est point croyable que dans une situation, dans laquelle les Américains auraient vraiment voulu des négociations directes, la délégation du Kosovo n’aurait pas accepté cette demande.»

Les médias du monde et les représentant occidentaux ont sciemment mal interprété le refus prétendu de la Yougoslavie, de «l’établissement de troupes pour le maintien de la paix au Kosovo (et Métochie)». La vérité par contre est que la délégation yougoslave avait accepté les parties politiques du projet d’accord de Rambouillet, mais pas son «annexe B» avec les points 2, 5 et 7, qui proposaient et demandaient l’occupation militaire de tout le territoire de la République fédérale de Yougoslavie d’antan (c’est-à-dire la Serbie avec deux provinces autonomes et le Monténégro). C’est pour cela que l’opinion publique du monde entier a été objet d’une manipulation médiatique, disant que les Serbes «refusaient des troupes de maintien de la paix au Kosovo (et Métochie)».

Mais que sont les «les forces de maintien de la paix» dans la pratique internationale et dans le droit international? Dans la pratique internationale ce sont des troupes administrées par les Nations Unies («Casques bleus»); se sont des troupes, que les pays membres de l’ONU mettent à disposition, ce ne sont pas des troupes de l’OTAN.

Afin de comprendre, ce qui a poussé la république fédérale de Yougoslavie à refuser la partie militaire du document présenté à Rambouillet, il est nécessaire de lire ses dispositions:

«(I) Les personnels de l’OTAN bénéficieront, tout comme leurs véhicules, navires, avions et équipement d’un passage libre et sans restriction et d’un accès sans ambages dans toute la RFY, y compris l’espace aérien, les eaux territoriales associées et toutes les installations; (II) Les personnels de l’OTAN, en toutes circonstances et à tout moment, seront dispensés des juridictions des Parties, concernant toute agression civile, administrative, criminelle ou disciplinaire qu’ils sont susceptibles de commettre en RFY; (III) Les personnels militaires de l’OTAN devront normalement porter un uniforme, ils pourront posséder et porter une arme; (IV) Les Parties pourront, sur simple demande, accorder tous les services de télécommunication, y compris les services de diffusion, nécessaires à l’Opération, tels que définis par l’OTAN. Ceci comprendra le droit d’utiliser les moyens et services nécessaires pour assurer une capacité totale de communiquer, et le droit d’utiliser tout le spectre électromagnétique à cette fin, gratuitement; (V) l’OTAN est autorisée à détenir des individus et, aussi vite que possible, à les remettre aux autorités concernées.»

Les médias du monde, surtout ceux des Etats membres de l’OTAN et les représentants d’alors des Etats-Unis et d’Europe, ont caché le contenu du document militaire, en reprochant aux dirigeants serbes et au président yougoslave «un manque de coopération dans les efforts, de trouver une solution pacifique». Tout comme Rambouillet, «la Conférence de Paris n’était pas une réunion, dans laquelle on aurait pu voir un ‹effort› sérieux pour arriver à une entente, des négociations ou un accord». L’envoyé américain Christopher Hill exigea de la délégation yougoslave uniquement de signer le texte qu’il avait élaboré et mis sur table – selon le principe ‹Take it or leave it›», à éxpliqué l’ancien ministre Živadin Jovanovic.

Outre les nombreuses condamnations du projet d’accord exprimées par des experts de droit internationaux, l’appréciation du document par l’ancien ministre américain des Affaires étrangères Henry Kissinger a trouvé une attention spéciale dans une interview du 27 juin 1999 accordé au «Daily Telegraph» de Londres. Il y a déclaré: «Le texte du projet de l’accord de Rambouillet, qui exigeait le stationnement de troupes de l’OTAN dans toute la Yougoslavie, était une provocation. Il a servi de prétexte pour commencer les bombardements. Le document de Rambouillet était formulé de telle manière qu’aucun Serbe ne pouvait l’accepter.» Ces mots indiquent entre autre, que l’agression de 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie était présentée dans les médias occidentaux tel un épilogue, qui se retrouvait dans le lancement de la nouvelle stratégie interventionniste de l’OTAN sous la conduite des Etats-Unis. Cette stratégie a été officiellement introduite lors de la rencontre de l’OTAN à Washington du 25 avril 1999, c’est-à-dire en même temps que l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie avait lieu.
Avec l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie, l’OTAN a muté d’une alliance défensive en une alliance agressive, qui s’octroie le droit d’intervenir partout dans le monde en tant que puissance militaire. En outre, l’estimation des dirigeants yougoslaves en ce qui concerne la politique officielle du pays, était juste, lorsqu’ils disaient qu’un des buts de cette agression, était de créer un préjudice pour des actions militaires sans mandat de l’ONU et en violation de la charte de l’ONU dans le monde entier.

Cet avis a été confirmé lors de la conférence de pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion, qui a eu lieu en avril 2000 à Bratislava.

La conférence a été organisée seulement quelque mois après l’agression contre la République fédérale de Yougoslavie par le ministère des Affaires étrangères américain et l’American Enterprise Institute du parti républicain; parmi les participants il y avait de très hauts fonctionnaires (représentants du gouvernement ainsi que des ministres des Affaires étrangères et de la Défense) des pays membres de l’OTAN et des candidats à l’adhésion. Les sujets principaux à cette conférence étaient les Balkans et l’élargissement de l’OTAN. Dans son résumé écrit de la conférence du 2 mai 2000, qu’il a fait parvenir au chancelier allemand Gerhard Schröder, Willy Wimmer, alors membre du Bundestag et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE a déclaré, que selon les Etats-Unis l’attaque de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie constituait un précédent, qui – quand toujours on en aura besoin – pourra être utilisé. On le comprenait «bien sûr tel un précédent auquel chacun pourra se référer et le fera». Wimmer a expliqué une des conclusions décisives. Il s’agit d’une confirmation rétroactive, que le véritable but des négociations de Rambouillet n’était pas de rendre possible de quelconques négociations directes entre les parties concernées (Serbes et Albanais) ou de trouver une quelconque solution politique, mais plutôt de créer un prétexte pour une agression, ce que Henry Kissinger a parfaitement signalé («Il a servi de prétexte pour le début des bombardements.»)

Ensuite Willy Wimmer fait remarquer dans son message écrit, que [selon l’organisateur lui-même] «la guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower durant la Seconde Guerre mondiale.» En conséquence, il fallait que des troupes américaines y soient stationnnées pour des raisons stratégiques, afin de compenser, ce qui n’a pas été fait en 1945. Avec la construction de la base militaire Camp Bondsteel au Kosovo – la plus grande d’Europe – les Américains ont mis en pratique leur position exprimée lors de la Conférence de Bratislava, disant que «pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région». Dans sa lettre, Wimmer affirme aussi (point 1): «Les organisateurs demandèrent de procéder aussi rapidement que possible au sein des alliés à la reconnaissance d’un Kosovo indépendant au niveau du droit international», pendant que «la Serbie (en tant qu’Etat successeur à la Yougoslavie) doit durablement rester en marge du développement européen», (selon Wimmer afin d’assurer la présence militaire américaine dans les Balkans). En outre, Willy Wimmer revendique: «La constatation que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition.» (Point 11) Dans son texte il est également écrit: «La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle», c’est-à-dire, que le droit international est considéré comme un obstacle à l’élargissement prévu de l’OTAN. Et Wimmer de terminer: «La puissance doit primer sur le droit. »

Milica Radojkovic-Hänsel

Traduction Horizons et débats

Lettre à Monsieur Gerhard Schröder, député au Bundestag
Chancelier de la République fédérale allemande
Chancellerie fédérale
Schlossplatz 1, 1017 Berlin
Berlin, le 2 mai 2000

Monsieur le Chancelier,
A la fin de la semaine passée, j’ai eu l’occasion de participer à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, à une conférence organisée conjointement par le Ministère des Affaires étrangères des USA et l’American Enterprise Institute (l’institut des affaires étrangères du parti républicain) ayant pour thèmes principaux les Balkans et l’extension de l’OTAN.
Des auditeurs de haut rang assistaient à la manifestation, ce dont témoignait la présence de nombreux Prémiers ministres ainsi que de ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la région. Parmi les nombreux points importants qui ont pu être traités dans le cadre du thème susmentionné, quelques-uns méritent particulièrement d’être cités:
1.    Les organisateurs demandèrent la reconnaissance par les alliés, aussi rapidement que possible, en droit international public, de l’Etat indépendant du Kosovo.1
2.    Les organisateurs déclarèrent que la République fédérale de Yougoslavie se situe en-dehors de tout ordre juridique, avant tout de l’Acte final d’Helsinki.2
3.    L’ordre juridique européen s’oppose à la réalisation des idées de l’OTAN. L’ordre juridique américain peut plus facilement être appliqué en Europe.
4.    La guerre contre la République fédérale de Yougoslavie a été menée pour corriger une décision erronée du général Eisenhower durant la Seconde Guerre mondiale. Pour des raisons stratégiques, il fallait stationner des soldats américains dans cette région.3
5.    Les alliés européens ont participé à la guerre contre la Yougoslavie pour vaincre de facto le dilemme résultant du «nouveau concept stratégique» de l’Alliance, adopté en avril 1999, et du penchant des Européens en faveur d’un mandat préalable des Nations Unies ou de l’OSCE.
6.    En dépit de l’interprétation légaliste subséquente des Européens, selon laquelle il s’est agi, dans cette guerre contre la Yougoslavie, d’une tâche dépassant le champ d’action conventionnel de l’OTAN, nous sommes en présence d’un cas d’exception. C’est évidemment un précédent qui peut être invoqué en tout temps et par tout un chacun, et cela se produira aussi dans le futur.4
7.    Dans le cadre de l’élargissement de l’OTAN prévu à brève échéance, il s’agit de rétablir, entre la mer Baltique et l’Anatolie, la situation géopolitique telle qu’elle était à l’apogée de l’expansion romaine.5
8.    Pour réaliser cela, la Pologne doit être entourée au nord et au sud par des Etats voisins démocratiques, la Roumanie et la Bulgarie doivent être reliées à la Turquie par une liaison routière sûre, et la Serbie (probablement pour assurer la présence militaire américaine) doit durablement rester en marge du développement européen.
9.    Au nord de la Pologne, il s’agit de maintenir un contrôle total de l’accès de Saint-Pétersbourg à la mer Baltique.6
10.    Dans chaque processus, la priorité doit revenir au droit à l’autodétermination, avant toutes autres dispositions et règles du droit international public.7
11.    La constatation que l’OTAN avait agi contre toutes les règles internationales et avant tout contre les clauses impératives du droit international en attaquant la République fédérale de Yougoslavie, ne rencontra aucune opposition.8
Vu les participants et les organisateurs, on ne peut s’empêcher, à l’issue de cette manifestation qui s’est déroulée en toute franchise, de procéder à une évaluation des déclarations faites à cette conférence.
La partie américaine semble vouloir, dans le contexte global et afin d’imposer ses buts, consciemment et volontairement faire sauter l’ordre juridique international résultant de deux guerres au dernier siècle. La puissance doit primer sur le droit. Là où le droit international fait obstacle, on l’élimine.
Lorsqu’un développement semblable frappa la Société des Nations, la Seconde Guerre mondiale pointait à l’horizon. On ne peut qu’appeler totalitaire une réflexion qui considère ses propres intérêts de façon aussi absolue.
Veuillez agréer, Monsieur le Chancelier,
l’expression de mes sentiments distingués.

Willy Wimmer

Membre du Bundestag

Président du groupement régional de la CDU du Bas-Rhin,

Vice-président de l’assemblée parlementaire de l’OSCE

Les notes de bas de page sont de Andreas Bracher (cf. sources).
1    Jusqu’à présent, le Kosovo constitue formellement une province de la Serbie qui elle-même est une république faisant partie de la Yougoslavie. Le maintien de ce statut avait été une condition préalable à la fin de la guerre dite du Kosovo de juin 1999. Officiellement, le maintien de ce statut fait jusqu’à aujourd’hui partie du programme de l’occident.
2    L’Acte final d’Helsinki: l’ordre dit de la CSCE, qui en avait établi en 1975 les bases pour une vie communautaire des Etats en Europe. Parmi ces bases figurait entre autres l’inviolabilité des frontières.
3    Cela semble se rapporter à l’invasion des alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Churchill avait demandé entre autres une invasion alliée dans les Balkans. Au lieu de ça, Eisenhower ordonna, en tant que chef suprême des forces alliées, un débarquement en Sicile (1943) et en France (1944). Par conséquent, il n’y a pas eu de forces d’occupation occidentales dans les Balkans.
4    L’OTAN a mené la guerre du Kosovo de 1999 sans mandat de l’ONU. Un pareil mandat aurait correspondu aux desiderata des gouvernements européens, mais pas à ceux du gouvernement américain. Celui-ci aimerait agir de façon aussi autoritaire que possible et sans restrictions internationales. Ce qu’on entend manifestement sous points 5 et 6, c’est que dans cette guerre, a) les Etats européens ont surmonté leurs engagements envers leurs opinions publiques par rapport au mandat de l’ONU et b) que cela a créé un précédent pour des engagements futurs sans mandat de l’ONU.
5    L’Empire romain n’a jamais atteint la mer Baltique. Pour autant que Wimmer ait rendu correctement les déclarations, on entend apparemment d’une part l’empire romain, d’autre part l’Eglise de Rome.
6    Cela signifie donc qu’il faut couper la Russie de son accès à la mer Baltique et l’écarter ainsi de l’Europe.
7    L’accent mis sur le droit à l’autodétermination montre à nouveau le wilsonianisme américain – d’après l’ancien président Woodrow Wilson – qui était, selon Rudolf Steiner, un adversaire essentiel lors de la fondation de la triarticulation sociale. Steiner considérait que c’était un programme de «la destruction de la vie communautaire des peuples européens». Celle-ci permet le démantèlement de presque tous les Etats européens par la mise en exergue des «problèmes de minorités».
8    Il semble que ce sont là des réactions à des remarques de Wimmer. Les participants à la conférence étaient parfaitement conscients de ces atteintes aux clauses du droit international public, mais elles leur étaient indifférentes.

Source: Copie de l’article «Was will die westliche Balkanpolitik?» avec les remarques d’Andreas Bracher in: Der Europäer Jg. 6, Nr. 1, Nov. 2001. www.perseus.ch/PDF-Dateien/bracher-wimmer.pdf

(Traduction Horizons et débats)

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Interview de Živadin Jovanovic, ancien ministre des Affaires étrangères de la République fédérale de Yougoslavie, aujourd’hui président du Belgrade Forum for a World of Equals

Horizons et débats: Monsieur Jovanovic, pourriez-vous vous présenter brièvement pour nos lecteurs et dire quelques mots sur votre personne et votre carrière?

Živadin Jovanovic: En 1961, j’ai terminé mes études à la faculté de droit de l’Université de Belgrade, de 1961 à 1964 j’étais dans l’administration du district de la ville de Novi Belgrade; de 1964 à 2000 j’ai servi dans le service diplomatique de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (à partir de 1992 République fédérale de Yougo­slavie, de 1988 à 1993 j’étais ambassadeur à Luanda/Angola, de 1995 à 1998 ministre des Affaires étrangères suppléant et de 1998 à 2000 ministre des Affaires étrangères). De 1996 à 2002 j’étais vice-président du parti socialiste de la Serbie pour les affaires étrangères; en 1996 membre du Parlement serbe et en 2000 du Parlement de la République fédérale de Yougoslavie. Les livres que j’ai écrits sont «The Bridges» (2002); «Abolishing the State» (2003); «The Kosovo Mirror» (2006).
Après avoir quitté le ministère des Affaires étrangères en 2000, vous vous êtes joint au «Belgrade Forum for a World of Equals». Actuellement vous êtes le président de cette association. Quels sont vos axes essentiels?

Les axes essentiels du Forum sont la contribution à encourager la paix, la tolérance et la collaboration sur la base de l’égalité parmi les individus, les nations et les Etats. Nous nous engageons pour le respect total du droit international, des principes de base des relations internationales et du rôle des Nations Unies. Le recours à la violence ou la menace de l’utiliser ne sont pas des moyens appropriés pour la solution de problèmes internationaux. Nous sommes d’avis qu’il n’existe pas de guerres ou d’interventions «humanitaires». Toutes les agressions, commencé par l’agression de l’OTAN contre la Serbie (RFY) de 1999 jusqu’à aujourd’hui, étaient, indépendamment des déclarations formelles et officielles, des guerres de conquête, quelques-unes menées pour des raisons géostratégiques d’autres pour le profit économique. Nous encourageons les droits de l’homme dans leur totalité selon la Charte de l’ONU – y compris les droits sociaux, économiques et culturelles et les droits à la santé, au travail et d’autres droits humains.

Nous essayons d’atteindre nos objectifs par le moyen de débats publics, de conférences, de tables rondes, de séminaires à l’échelle nationale et internationale. Le forum coopère avec des associations qui poursuivent des objectifs semblables – en Serbie, dans la région et au niveau mondial.

Nous avons vu quelques livres très intéressants, édités par le Belgrade Forum. Comment faites-vous pour maintenir votre activité éditrice?

Le Forum a publié environ 70 livres sur des thèmes divers, nationaux et internationaux, sur la politique du développement dans les conditions de crise, sur le statut du Kosovo et Métochie et sur le tribunal de la Haye concernant la politique de l’OTAN au Balkan, sur la politique étrangère de la Serbie, sur le terrorisme international et sur le rôle des intellectuels. Certains de nos livres ont été diffusés dans un grand nombre de pays sur tous les continents. Il y a par exemple l’ouvrage «Nato Aggression – the Twilight of the West». Suite au manque de moyens financiers, il n’y a malheureusement que peu de nos livres qui ont paru en d’autres langues.

Seul ce dernier mois nous avons publié trois nouveaux livres – l’un est dédicacé au grand philosophe serbe et membre de l’Académie, Mihailo Marcovic, qui a été un des co-fondateurs du Belgrade Forum; le deuxième porte le titre «De Nuremberg à La Haye» et le troisième «De l’agression à la sécession».* La présentation des livres dans différentes villes de la Serbie a eu un succès considérable.

Toutes nos activités, l’écriture et les publications, reposent sur le travail bénévole. Nous n’avons jamais eu et n’avons toujours personne qui est rémunérée dans le cadre du Forum. Des cotisations de membres et des dons, avant tout de la diaspora serbe, sont les recettes principales du Forum.

Vous avez mentionné l’encouragement à la paix comme l’une de vos affaires principales. Mais les peuples de votre région ont été les victimes de guerres au cours de la dernière décennie du XXe siècle.

C’est vrai. Les peuples de l’ex-Yougoslavie ont énormément souffert, d’abord lors des guerres civiles en Bosnie et en Croatie (de 1992 à 1995), puis suite à l’agression de l’OTAN (1999), suite aux sanctions et à l’isolation etc. Une grande partie de ces populations souffrent encore aujourd’hui. Pensez par exemple à la vie de presque un demi-million de réfugiés et d’expatriés qui vivent uniquement en Serbie, auxquels on ne permet pas de retourner dans leurs maisons en Croatie ou au Kosovo et Métochie. Les conséquences sont toujours douloureuses et le seront encore loin dans l’avenir. Que dire des conséquences des bombes à sous-munitions et des projectiles à l’uranium appauvri que l’OTAN a utilisés en 1999 et qui font encore de nombreuses victimes et le feront encore pendant des siècles. L’histoire apportera la preuve que les peuples d’ex-Yougoslavie ont été les victimes de la conception du Nouvel ordre mondial qui repose en réalité sur le pouvoir et l’exploitation.

Pensez-vous que ce ne sont pas des facteurs locaux mais des facteurs venant de l’étranger qui sont responsables de la fragmentation de la Yougoslavie?

On ne doit pas laisser de côté l’influence des populations locales, ils portent évidemment leur responsabilité de ne pas s’être prêtés à un compromis. Mais les analyses dominantes semblent ne pas donner assez d’attention au rôle négatif des facteurs externes. Nous avons aujourd’hui suffisamment de preuves que certaines puissances européennes avaient déjà des projets en 1976 et 1977 comment le territoire de la République fédérative socialiste de Yougoslavie devait être «réorganisé» en d’autres termes, comment la départir ou la démanteler pour qu’elle serve leurs propres intérêts.

Après la mort de Tito on a encouragé le nationalisme et le séparatisme dans différentes Républiques yougoslaves, mais aussi le séparatisme et le terrorisme dans la province serbe du Kosovo et Métochie, politiquement, financièrement, et avec la logistique et la propagande. Plus tard certains puissants pays étaient mêlés à des guerres civiles en soutenant un côté contre l’autre. Ces pays ont soutenu presque ouvertement la séparation de la Slovénie et de la Croatie et ont même ravitaillé en armes la Croatie et la Bosnie, même pendant l’embargo de l’ONU et ils ont encouragé et facilité l’entrée de mercenaires, dont des Moudjahidin. De l’autre côté, la Serbie et le Monténégro ont été isolés, sanctionnés et stigmatisés. On les a traités comme s’ils étaient les seuls responsables de la guerre civile. Cela ne repose pas sur des faits et n’était pas propice à éteindre le feu.

Les conséquences?

Au lieu d’un Etat, il y en a maintenant six qui ne sont pas solides économiquement, des Etats marionnettes, et un septième qui sera créé prochainement. 18 gouvernements1, six armées, six services diplomatiques etc. La dette extérieure, en 1990 pour toute la RFSY de 13,5 milliards, a augmenté pour les six républiques ex-yougoslaves jusqu’en 2012 à environ 200 milliards d’euros! Quelques-uns parmi eux sont devenus totalement dépendants du point de vue financier. A qui a profité tout cela? Jusqu’en 1990, il n’y avait dans la région pas une seule base militaire étrangère. Aujourd’hui, il existe une série de bases militaires étrangères, avant tout des Etats-Unis, dont Camp Bondsteel est la plus grande d’Europe.2 Pour quoi faire? Pour servir qui? Presque 18 ans après les Accords de Dayton, la Bosnie n’est toujours pas en état de fonctionner; l’ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM, Former Yugoslav Republic of Macedonia) n’est pas en état de fonctionner, dix ans après les Accords cadre d’Ohrid et continue à être confrontée à des divisions et des tensions ethniques profondes. 14 ans après la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, le statut du Kosovo et Métochie est toujours sans solution. Sali Berisha de Tirana et Hashim Thaci de Pristina plaident publiquement pour la création d’une soi-disant Grande Albanie. D’autres problèmes brûlants tel le chômage entre 30% et 70%, la pauvreté, des centaines de milliers de réfugiés et d’expatriés, la criminalité organisée internationale, dont le fond de commerce sont les organes humains, les drogues, les armes et les immigrants, donnent une image sombre et d’insécurité de la Yougoslavie.
Qui a donc réellement profité de la fragmentation de la Yougoslavie?

Vous avez mentionné l’intervention de l’OTAN. Comment la voyez-vous après 14 ans?

Mon opinion n’a pas changé. C’était illégal, criminel et une attaque immorale contre un Etat européen souverain. Illégal car elle a violé tous les principes fondamentaux du droit international, également de la Charte de l’ONU, de l’Accord d’Helsinki et de beaucoup d’autres conventions internationales. Elle a été exécutée sans mandat du Conseil de sécurité. Criminel aussi parce qu’elle s’est dirigée avant tout contre les populations et l’infrastructure civiles et que des armes interdites, par exemple des armes chimiques, des bombes à sous-munitions et des projectiles à l’uranium appauvri ont été utilisées. Immoral parce qu’elle a été basée sur de faux prétextes et des mensonges. Les dirigeants de l’OTAN sont responsables avant tout du meurtre d’environ 4000 personnes et d’environ 10 000 blessés, dont deux tiers des civils. Les dommages matériels directs s’élèvent à 100 milliards de dollars. L’agression de l’OTAN n’a pas apporté de solutions mais créé beaucoup de nouveaux problèmes. Elle a été une guerre de conquête et non pas une «intervention humanitaire».

Pourriez-vous préciser?

J’ai déjà mentionné quelques-unes des conséquences directes. Au sens plus large, il faut considérer que l’agression de l’OTAN a marqué un changement stratégique dans l’essence de l’Alliance: Elle a abandonné sa politique de défense et a introduit une politique offensive (agressive), tout en s’autorisant elle-même à intervenir à tout moment sur chaque point du globe. L’ONU, notamment le Conseil de sécurité, ont été court-circuités et le droit international et la justice violés.3

C’était la première guerre longuement préparée sur sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. C’était une démonstration du pouvoir des Etats-Unis en Europe, l’expansion vers l’Est, une justification pour les dépenses de l’OTAN, même après la dissolution du Pacte de Varsovie, et un précurseur pour des interventions futures (Afghanistan, Irak, Libye).

C’était une guerre octroyée et dirigée par une puissance extra-européenne avec la conséquence qu’elle restera pour longtemps sur le sol européen.

L’agression a aussi marqué un changement stratégique de la politique allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. En participant activement à l’agression de l’OTAN contre la Serbie, l’Allemagne s’est écartée de sa propre Constitution et a ouvert tout grand la porte pour faciliter la militarisation et pour pouvoir jouer un rôle dans les combats bien loin de son propre territoire.

Aujourd’hui nous avons sur le sol européen plus de bases militaires qu’à l’apogée de la guerre froide. Après l’agression de l’OTAN contre la Serbie les bases militaires ont commencé à pousser partout. Comment s’expliquer la propagation de la démocratie et en même temps la propagation de bases militaires? Je n’ai jusqu’à présent pas trouvé d’explication convaincante. Il me semble que là quelque chose n’est pas en ordre.

Quel est votre avis concernant l’avenir de la Bosnie?

La Bosnie Herzégovine comme une des six républiques de la RFSY, était basée sur l’égalité constitutionnelle de trois peuples ayant chacun le droit de veto – les Musulmans, les Serbes et les Croates. C’est la raison pour laquelle on l’appelait la «Petite Yougoslavie». Lorsqu’en 1992 le principe constitutionnel du consensus a été violé parce que les Musulmans et les Croates se sont prononcé en faveur de la séparation et ont ignoré l’option des Serbes de rester à l’intérieur de la Yougoslavie, la guerre civile a éclaté. L’Accord de paix de Dayton n’a été un succès uniquement parce qu’il a confirmé de nouveau le principe de l’égalité des trois peuples constituant, l’égalité des deux unités (la Fédération musulmano-croate et de la République Srpska) et le principe du consensus.4 Ces principes fondamentaux ont été ancrés dans la Constitution qui représente une partie intégrale de l’Accord.

La source principale de la crise actuelle est dans l’effort des dirigeants musulmans à Sarajevo d’abolir le principe du consensus et de créer un Etat unitaire sous leur suprématie. En outre, ils veulent changer la répartition du territoire qui est garantie par l’Accord de Dayton selon lequel la Fédération musulmano-croate contrôle 51% et la République Srpska 49% de tout le territoire. Pour rendre le problème encore plus difficile, les Musulmans continuent de bénéficier pour leurs exigences, évidemment à l’encontre des Accords de Dayton, du soutien de quelques centres décisionnels, en premier lieu de Washington et de Berlin. Pourquoi veulent-ils continuer à affaiblir la République Srpska et renforcer les Musulmans, je préfère ne pas faire de commentaires là-dessus. Ces centres mettent même sous pression les dirigeants serbes afin qu’ils disciplinent les dirigeants de Banja Luka pour qu’ils acceptent contre leurs intérêts garantis internationalement une révision de Dayton et de la Constitution. La Serbie, comme garant des Accords de Dayton n’a premièrement pas le pouvoir d’octroyer quoi que ce soit aux dirigeants de la République Srpska et deuxièmement ce n’est pas dans l’intérêt de la Serbie d’affaiblir la République Srpska et de provoquer ainsi des tensions internes et une nouvelle spirale de tensions ethniques ou même de combats dans son voisinage.

Je crois qu’il faudrait laisser à la Bosnie Herzégovine de trouver des solutions politiques qui correspondent aux intérêts des trois peuples constituants et des deux unités tous égaux en droits. L’Accord de Dayton n’est pas parfait. Mais il n’existe probablement pas de meilleur compromis. Bruxelles prétend qu’une centralisation du pouvoir à Sarajevo augmenterait l’efficacité de l’administration étatique. Les auteurs de cet avis semblent ne pas voir que c’était le principe du consensus et de la décentralisation qui avait conduit au rétablissement de la paix et au maintien de l’intégrité étatique et qui a éveillé un sentiment de liberté et de démocratie. Finalement, je pense que le Bureau du Haut Représentant, après avoir exercé pendant 17 ans en même temps des tâches législatives, exécutives et judicatives, est devenu un anachronisme et devrait être dissolu. La Bosnie Herzégovine est le seul membre de l’ONU (et même membre du Conseil de sécurité), de l’OSCE et d’autres organisations où le Haut Représentant édicte des lois et congédie des présidents, des Premier ministres et des ministres.

La Serbie, un petit pays qui aime la paix qui n’a ni une histoire impériale, ni des ambitions impériales, devrait à notre avis rester aujourd’hui un pays neutre, à l’instar de la Suisse. En ce qui concerne les droits de l’homme nous nous engageons pour les buts de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU de 1948, qui exige le respect de tous les droits de l’homme aussi celui de la coopération.

Mes collègues d’«Horizons et débats» ont déclaré un jour que la Serbie était une épine dans la conscience du monde occidental. Qu’en pensez-vous?

Ce que je peux dire, c’est que les dirigeants et les politiciens de certains pays européens étaient loin d’être neutres, constructifs ou moralement corrects pendant la crise yougoslave et kosovare. Quelques-uns ont soutenu et participé activement à l’agression de l’OTAN, ce qui a provoqué de sérieux problèmes pour toute l’Europe. En commun avec les Etats-Unis, ils avaient connaissance du financement, de l’entrainement et l’armement des terroristes albanais et des séparatistes au Kosovo et Métochie de la part de leurs Etats. Des documents du Conseil de sécurité le confirment.5 Je ne suis peut-être pas tout à fait impartial mais je suis certainement sincère. A mon avis, il y a peu de choses dont l’Europe peut être fière au cours de ces 20 dernières années concernant son rôle envers la Serbie et les Serbes. J’ai été surpris de l’ampleur des déformations, des doubles standards et des prises de position immorales de certains politiciens européens qui représentent les valeurs et la civilisation européennes. Et il serait superflu d’en parler aujourd’hui, si l’on avait tiré les leçons du passé. Malheureusement, les nouveaux politiciens de ces pays mènent la même politique avec les mêmes méthodes malhonnêtes envers la Serbie. Les gouvernements de grands pays occidentaux initient une campagne de propagande abominable contre la Serbie reposant sur des préjugés, des inventions mensongères et même de simples mensonges. Je me rappelle par exemple encore de l’invention de toute pièce du soi-disant «Plan Fer-à-cheval» par le ministre allemand de la défense Rudolf Scharping.6 Le soi-disant massacre de civils à Raçak, qui a servi comme justification pour le début de l’agression militaire, s’est avéré comme fausse. Le rapport avec les résultats d’une équipe internationale d’experts de médecine légale sous la direction du médecin finlandaise Helen Ranta qui a agi sous le contrôle de l’UE n’a jamais été publié. Il semble qu’il se soit perdu quelque part à Bruxelles!7

Quelles sont les leçons qu’on peut tirer de l’agression de l’OTAN pour vous et pour le monde?

L’agression de l’OTAN contre la République fédérale de la Yougoslavie de 1999 a été un modèle des nouvelles guerres de conquête sous le slogan de l’«intervention humanitaire». C’était une guerre de conquête pour prendre à la Serbie ses provinces du Kosovo et Métochie et pour y stationner, pour des raisons stratégiques, des troupes des Etats-Unis. C’était un précédent et d’autres ont suivi. A mon avis, il est actuellement tout aussi inacceptable de vouloir exporter le système de société capitaliste qui repose uniquement sur la doctrine de Washington, comme cela a été le cas au cours des années 1960 concernant l’exportation du système socialiste, reposant sur la doctrine de Moscou. La liberté de choix devrait être le droit souverain de chaque pays. Il n’est pas juste de diviser les peuples comme si Dieu avait donné le droit à quelqu’un de décider de ce qui est bon pour toutes les autres nations du monde. L’histoire nous a appris, au moins en Europe, qu’une telle idéologie est la source d’un grand danger.

Quelle solution voyez-vous pour la question du Kosovo?

Les problèmes du Kosovo et Métochie sont vieux comme le monde et sont profondément ancrés. La province est le berceau de l’Etat serbe, de la culture serbe, ainsi que de la religion et de son identité nationale. On y trouve encore aujourd’hui environ 1300 couvents et églises du Moyen-Age, dont certains ont été déclarés patrimoine mondial de l’UNESCO. Plus de 150 ont été détruits par des vandales et des extrémistes. Il serait trop simple de prétendre que les problèmes de fond se situent dans le domaine des droits de l’homme des Albanais. Pour résoudre les problèmes essentiels, qui se trouvent à mon avis dans la volonté d’expansion territoriale des Albanais, soutenue par les pays occidentaux – en premier lieu par les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne – il faudrait quelque sagesse de la part des acteurs politiques, mais aussi une vision à long terme et de la patience: des qualités qui sont particulièrement déficitaires.

Je reste persuadé qu’il existe une solution reposant sur un compromis sur la base de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité du 10 juin 1999. Cette résolution, comme d’ailleurs de précédentes résolutions du Conseil de sécurité, garantit la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République fédérale yougoslave (détachée de la Serbie) et l’autonomie du Kosovo et Métochie au sein de la Fédération yougoslave et de la Serbie. Entre-temps on a commis de nombreuses fautes graves, notamment de la part de ce qu’on appelle la communauté internationale, y compris l’UE, de même que de la part des autorités serbes. On peut considérer ces erreurs comme une déviation grave de la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU. En mars 2008, les dirigeants albanais à Pristina ont déclaré la sécession unilatérale et illégale de la province par rapport à la Serbie et ont déclaré la prétendue République du Kosovo. Alors même que la province se trouve toujours sous le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, cette dernière n’a pas réagi. Les Etats-Unis, l’Allemagne, la Turquie et la Grande Bretagne ont reconnu immédiatement la séparation. Jusqu’à présent 22 des 27 membres de l’UE8 ont suivi le mouvement. La Serbie n’a pas reconnu la séparation de 17% de son territoire, et je pense que cela ne se fera pas à l’avenir. La plupart des membres de l’ONU, dont deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine, ne l’ont pas reconnue.

L’année dernière, un dialogue entre représentants de Belgrade et de Pristina concernant quelques aspects concrets qui touchent à la vie quotidienne de la population a été entamé sous le patronage de l’UE. C’est probablement bien, dans la mesure où cela n’est pas un préjudice négatif pour le problème principal – le statut de la province comme il est prévu dans la Résolution 1244. Personnellement, je souhaite que le dialogue débouche sur un calendrier assurant le retour libre de 250’000 Serbes et autres Non-Albanais dans leurs foyers, lesquels vivent actuellement dans des conditions misérables dans différentes villes de Serbie et du Monténégro. Malheureusement, cette question ne trouve pas place dans l’ordre du jour, en partie du fait de l’absence d’intérêt de la part de Pristina, mais aussi suite à la politique des deux poids deux mesures de l’Occident.

Une solution imposée à la Serbie par la force ou par chantage n’est guère possible. Je ne pense pas que le «marché», dont on parle dans certains pays occidentaux, d’échanger le territoire (Kosovo) contre l’adhésion à l’UE (de la Serbie) et davantage d’investissements de l’étranger – qui serait logique vu l’état de délabrement de l’économie serbe – soit viable. Ce ne serait pas honnête, pas équilibré. Il serait inacceptable pour les Serbes, quand on connaît leur histoire, leur culture et leur fierté.

Quelles sont les relations de la Serbie avec l’UE?

L’UE est traditionnellement le principal partenaire économique de la Serbie. Les relations historiques, sociales et culturelles restent très fortes. Des centaines de milliers de Serbes et leurs descendants vivent et travaillent dans des pays membres de l’UE. La Serbie est candidate pour l’adhésion à l’UE. C’est ce qui se reflète dans la politique de la «carotte et du bâton» envers la Serbie dans une liste infinie de conditions qu’on n’avait jamais posées aux candidats et qu’on ne leur pose toujours pas. L’UE exige que «la Serbie normalise ses relations avec le Kosovo». Lorsque Belgrade réagit, en déclarant ne jamais accepter de reconnaître le Kosovo, les commissaires de Bruxelles prétendent qu’il n’en est pas encore question et que l’UE ne réclame que le système de contrôle des frontières intégré (Integrated Border Management IBM) aux abords du Kosovo, la signature d’un accord de bon voisinage, l’échange de diplomates, que la Serbie n’empêche pas l’adhésion du Kosovo à l’ONU, etc.! Remarquez l’étendue de cette hypocrisie. On n’exige pas des notes diplomatiques ou d’autres prises de position écrites concernant une reconnaissance, mais des relations telles que celles entre Etats souverains!

Je soutiens une coopération étroite entre la Serbie et l’UE dans tous les domaines, où il y a de l’intérêt pour les deux, sans obstacles: la libre circulation des marchandises, des capitaux, des personnes et des informations. Considérant le fait que l’UE ne traite pas la Serbie comme un partenaire souverain, la Serbie devrait adopter une politique de bon voisinage avec l’UE et mettre de côté la politique actuelle, qui définit l’adhésion à l’UE comme seule solution. Il n’est pas dans l’intérêt de la Serbie de lâcher trop pour recevoir moins. Un esprit d’ouverture et de coopération sans obstacles administratifs, ainsi que des relations de bon voisinage entre la Serbie et l’UE seraient une base sensée pour l’avenir à moyen terme.

Comment l’Allemagne, la Suisse et d’autres pays européens pourraient-ils contribuer à améliorer le sort de votre peuple?

La meilleure voie pour apporter un soutien à la Serbie, mais aussi à la compréhension mutuelle en Europe et revenir aux vraies valeurs de notre civilisation, consiste dans le fait de toujours dire la vérité et de s’opposer à toutes les formes de déformations, de demi-vérités et d’immoralités. La Serbie et la nation serbe ont de tous temps fait partie intégrante de l’Europe, de sa culture, de son développement et de sa civilisation. Il en est de même aujourd’hui et, à mon avis, cela restera ainsi aussi à l’avenir. Les peuples ont de profondes racines et une stature qu’on ne peut transformer du jour au lendemain. A mon avis, il serait heureux de cesser de considérer les Serbes et la Serbie au travers de préjugés et de caractérisations partiales et de les remplacer par une analyse équilibrée et impartiale.

Nous avons appris que le «Belgrade Forum» sera hôte d’une importante conférence internationale à Belgrade même en mars prochain.

Ce Forum et quelques autres associations indépendantes et sans préjugés en Serbie organisent une conférence internationale sous le titre «Agression, militarisation et crise planétaire» qui doit avoir lieu les 22 et 23 mars 2014 à Belgrade. Cette conférence et quelques autres événements du même type marqueront le 15e anniversaire de l’attaque de l’OTAN contre la Serbie et servira à honorer la mémoire des victimes. Nous prévoyons d’inviter des scientifiques et des intellectuels d’Europe, mais aussi d’autres pays, qui traiteront des interventions militaires, des augmentations des budgets militaires, de la militarisation des décisions politiques et de la crise dans le monde, qui n’est, à notre avis, pas seulement une crise financière et économique, mais bien une crise de l’ordre mondial.

Monsieur Jovanovic, nous vous remercions de cet entretien.    •

1        Seules la Bosnie et l’Herzégovine ont un gouvernement central, deux gouvernements, un pour chaque entité, et 10 gouvernements cantonaux au sein de la Fédération de Bosnie-Herzégovine.
2         «La guerre contre la République fédérale de Yougoslavie fut menée pour corriger une erreur d’appréciation du général Eisenhower lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour des raisons stratégiques, il fallait rattraper le stationnement de troupes américaines dans cette région.» Citation de la lettre de Willy Wimmer, adressée au chancelier allemand Gerhard Schröder le 2 mai 2000.
3    «La force doit primer le droit. Là, où le droit international barre le chemin, il faut l’éliminer.» Citation de la lettre de Willy Wimmer au chancelier Gerhard Schröder du 2 mai 2000.
4     L’Accord de Dayton mit en place simultanément deux entités – la Fédération de Bosnie et Herzégovine (Musulmans et Croates) et la République Srpska – leur remettant tous les droits constitutionnels et les responsabilités fondamentales.
5     Le Conseil de sécurité «décide que tous les Etats doivent interdire l’armement et l’entraînement pour des activités terroristes dans cette région» (Kosovo et Métochie, remarque de l’auteur); cf. résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n° 1160 du 31 mars 1998. Ce même Conseil de sécurité «prie les Etats de prendre toutes les mesures conformes à leur droit interne et aux dispositions pertinentes du droit international, pour empêcher que des fonds recueillis sur leur territoire ne servent à des fins contraires à la résolution 1160 (1998)»; cf. résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 23 septembre 1998, art. 12.
6     Le ministre de la Défense allemand Rudolf Scharping présenta lors d’une conférence de presse du 7 avril 1999 le prétendu plan des forces armées yougoslaves pour un nettoyage ethnique des Albanais au Kosovo et Métochie. Les services secrets allemands n’ont pas confirmé l’existence de ce plan et finalement, il ressortit que c’était un faux.
7    Il se passa quelque chose de semblable avec le rapport de Yasushi Akashi, représentant spécial pour la Bosnie et Herzégovine de mai 1992. Ce rapport mit en évidence deux aspects importants: premièrement que la plus grande partie de l’armée yougoslave avait été retirée et que, deuxièmement, le retrait de Bosnie de l’armée croate n’avait pas eu lieu. Toutefois, ce rapport ne fut pas distribué aux membres du Conseil de sécurité jusqu’au 30 mai 1992, jour où la résolution n° 757 du Conseil de sécurité décidait de graves sanctions contre la République fédérale yougoslave (cf. rapport du secrétaire général S24049 du 30 mai 1992, al. 6 et 9)
8    L’Espagne, la Roumanie, la République slovaque, la Grèce et la Chypre ne l’ont pas reconnue.

* «De Nuremberg à La Haye» ISBN 978-86-83965-7-3 [en serbe]
«De l’agression à la sécession» ISBN 978-86-83965-9-7 [en serbe]

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Jeudi soir 28 mars, dans un entretien d’une heure sur France2, le président français François Hollande a cherché à exposer sa politique dans un contexte de colère populaire grandissante contre son gouvernement.

L’interview de Hollande visait à rassurer la classe dirigeante que son gouvernement PS (Parti socialiste) poursuivrait ses guerres et les coupes sociales au mépris de l’opinion publique.

Depuis son accession au pouvoir, il y a dix mois, Hollande a imposé des coupes budgétaires à hauteur de dizaines de milliards d’euros, des licenciements de masse dans l’industrie automobile, dont la fermeture de l’usine d’Aulnay convenue conjointement avec la bureaucratie syndicale, et l’invasion du Mali. L’économie française stagne et le taux de chômage dépasse les 10 pour cent.

Les taux de satisfaction dans les sondages ont chuté à 30 pour cent, un record d’impopularité pour un président français depuis la mise en place des sondages d’opinion, Hollande perdant même des électeurs PS. Seuls 30 pour cent des jeunes et 32 pour cent des ouvriers approuvent actuellement sa politique.

Des responsables du PS qui ont commenté dans les médias le discours de Hollande décrivent la situation comme n’étant « pas bonne » et un conseiller de Hollande a dit au Monde : « Il faut qu’il porte un regard lucide sur la situation, mais en même temps qu’il ne donne pas l’impression que tout est foutu. »

Sur France2, Hollande a annoncé davantage d’attaques contre les retraites et les programmes sociaux, une intensification des guerres au Mali et en Syrie, ainsi que parallèlement des attaques contre les droits démocratiques des Musulmans et des homosexuels, dans le but de diviser les travailleurs.

Il a déclaré, « Ma priorité c’est l’emploi, mon cap c’est la croissance, » en réclamant une « simplification » des règlements pour les entreprises qui cherchent à embaucher des travailleurs. Il a fait l’éloge de la dérèglementation du droit du travail approuvée l’année dernière avec la bureaucratie syndicale et les associations patronales pour faciliter les licenciements et les emplois à bas salaire.

Bien que son discours se soit principalement concentré sur l’économie, il n’a pas soulevé le principal événement survenu ce mois-ci dans la vie économique européenne : le plan de sauvetage imposé à Chypre par l’Union européenne (UE) avec le soutien du gouvernement Hollande. La raison en est que toute description honnête de la politique communautaire appliquée à Chypre ferait éclater le mensonge selon lequel la bourgeoisie européenne veut créer des emplois et une croissance économique. En fait, sa politique vise à intensifier l’exploitation de la classe ouvrière dans un contexte de guerre impitoyable entre des sections concurrentielles du capital financier.

L’UE est en train d’imposer un plan de sauvetage qui devrait considérablement réduire le secteur bancaire chypriote, doubler le chômage et détruire entre 10 et 25 pour cent de l’économie de l’île.

Lors de son interview, Hollande a poursuivi en présentant un certain nombre de coupes sociales en France qui saperont encore davantage le pouvoir d’achat des travailleurs et l’économie en général.

Hollande a annoncé de nouvelles réductions des retraites, négociées avec la bureaucratie syndicale. Il a dit : « Comme on vit plus longtemps, l’espérance de vie s’allonge. Il va falloir avoir des durées de cotisation plus longues. Ça, ça sera l’objet de la négociation avec les partenaires sociaux… [c’est-à-dire les syndicats et les organisations patronales]… Il y aura une discussion sur les paramètres, tous les paramètres, cotisation, indexation et allongement de la durée de cotisation. »

Il a aussi proposé de réduire de 2 milliards d’euros le déficit de la branche famille de la sécurité sociale en réduisant les sommes versées aux familles plus aisées. Pour la classe dirigeante, il s’agit là d’une démarche visant à faire des prestations sociales universelles des prestations sous condition de ressources, en minant le soutien dont elles jouissent auprès des classes moyennes, préparant ainsi leur complète destruction.

Ces annonces soulignent le caractère réactionnaire du gouvernement PS et la fraude à l’endroit de l’électorat de la part des tendances pseudo-gauches telle le Parti communiste français (PCF) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) qui avaient appelé à voter pour Hollande. Ces forces affirmaient que par rapport aux candidats conservateurs, Hollande serait plus enclin à appliquer une politique de gauche sous la pression de manifestations et de grèves de protestation.

En fait, Hollande poursuit inflexiblement une politique d’austérité dans l’intérêt du patronat et à l’encontre des intérêts économiques fondamentaux des travailleurs. Quant aux forces pseudo-gauches, elles n’essaient même pas d’organiser des protestations contre les attaques sociales de Hollande. En effet, elles soutiennent et aident à formuler ses attaques de par le rôle qu’elles jouent au sein de la bureaucratie syndicale.

Le reste du discours de Hollande a été consacré à la présentation des grandes lignes de ses projets pour approfondir les attaques contre les droits démocratiques et ses projets de guerres impérialistes de la France en Afrique et au Moyen-Orient.

Hollande a laissé entendre des attaques supplémentaires à l’encontre des Musulmans en France en critiquant implicitement la décision du tribunal d’annuler le licenciement d’une employée de la crèche Baby-Loup parce qu’elle portait le voile islamique. Il a remarqué, « Je pense que la loi doit intervenir. »

Il a suggéré que la réactionnaire loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles publiques devrait aussi être étendue aux garderies d’enfants : « Dans ce qu’on appelle le service public de la petite enfance, une crèche associative avec des financements publics, il doit y avoir une certaine similitude par rapport a ce qui existe dans l’école. »

Dans un contexte de protestations par la droite contre sa proposition de loi accordant aux homosexuels le droit de mariage, Hollande a aussi montré une adaptation lâche à la droite. En indiquant que sa loi ne garantissait pas aux homosexuels le droit à la procréation médicalement assistée, il a dit vouloir se conformer à tout jugement à son encontre, en promettant aussi de maintenir l’interdiction contre les mères porteuses tant qu’il serait au pouvoir.

Hollande a promis aussi de poursuivre les guerres d’outre-mer de l’impérialisme français. En réagissant aux craintes exprimées parmi les cercles dirigeants que les coupes budgétaires pourraient affecter ces guerres, il a dit que les dépenses militaires seront les mêmes en 2014 qu’en 2013.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Marc Ayrault avait promis que la France maintiendrait son arsenal nucléaire et sa capacité d’intervention outre-mer. Il a dit, « Cessons de nous faire peur avec des scénarios catastrophe, qui n’ont jamais été sérieusement envisagés, en tout cas ni par le Président de la République, ni par moi-même, ni le ministre de la Défense. … Ce que la France fait au Mali, elle pourra le faire encore dans cinq ans. »

En ce qui concerne la guerre au Mali, tout en affirmant cyniquement que la France était « pays de délivrance et d’émancipation »Hollande a présenté une politique d’intervention néo-coloniale illimitée au Sahel. Il a annoncé que l’armée française maintiendrait jusqu’en juillet 2.000 soldats au Mali et disposerait encore d’un millier de soldats en décembre au Mali. Il a ajouté que la France stationnerait en permanence des troupes aux environs du Mali.

Sur la Syrie, où la France a été un des principaux acteurs européens de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis contre le président syrien Bachar al Assad, Hollande a réitéré les exigences d’armer directement les forces d’opposition. Bien que l’opposition syrienne consiste principalement en groupes liés à al Qaïda, tels le Front al Nustra et d’autres forces islamistes de droite, Hollande a écarté le risque que les armes pourraient tomber entre les mains de terroristes islamistes.

Alex Lantier

Article original, WSWS, paru le 29 mars 2013

En prévision d’une possible grève du pain, et avec la multiplication des luttes ouvrières dans tout le pays, le président Mohamed Morsi est en négociations avec l’armée pour imposer la loi martiale.

Les boulangers menacent de faire grève, pour protester contre la décision du gouvernement de retenir 400 millions de livres égyptiennes (46 millions d’euros) de paiements du gouvernement aux boulangeries qui préparent le pain à bas prix pour les pauvres. Ces miches sont vendues 5 piastres, soit moins d’un centime d’euro.

Les boulangers espèrent rencontrer cette semaine le Premier ministre Hesham Qandil du parti des Frères musulmans au pouvoir pour discuter des conditions. La semaine dernière, le gouvernement Morsi a menacé les boulangers d’actions en justice s’ils faisaient grève.

De nombreux travailleurs des transports ont également fait grève au cours de la semaine passée, les conducteurs de bus de Mahalla, du Caire, de Guizèh et d’autres villes manifestant contre la pénurie de carburant et l’augmentation des prix.

Morsi compte supprimer les subventions, principalement aux carburants et à la nourriture, qui représentent à peu près 25 pour cent du budget égyptien. Le Fonds monétaire international (FMI) exige des coupes profondes dans ces subventions, dont la classe ouvrière égyptienne dépend, comme préalable à un prêt de 4,8 milliards de dollars au gouvernement de Morsi. Le ministre des Affaires étrangères américain John Kerry s’est rendu au Caire le mois dernier, pressant l’Égypte d’accepter le prêt du FMI.

Sur la place Tahrir, les banderoles contre la visite de Kerry disaient, « Kerry, membre des Frères, » ou « Kerry, vous n’êtes pas le bienvenu ici. »

Les grèves et les manifestations se sont répandues dans toute l’Égypte. Au cours de la semaine dernière, quelque 1300 usines ont fermé suite aux grèves dans le centre industriel du Delta du Nil à Mahalla qui protestent contre le gouvernement islamiste, d’après le quotidien de l’Etat Al Ahram.

Des élèves du secondaires et des étudiants ont également manifesté, demandant la fin du régime et des Frères musulmans.

Hier, les étudiants se sont heurtés aux forces de l’ordre à l’université internationale de Misr (MIU) au Caire. Ils ont été rejoints par des étudiants de l’université allemande du Caire, de l’université américaine, de l’université britannique d’Égypte, et par des membres des Ultras White Knights, une association de supporters du club de football Al Ahly du Caire.

Les manifestations contre les Frères se sont répandues en Égypte après le déclenchement d’émeutes à Port Saïd le 26 janvier, contre les peines de mort prononcées à l’encontre des supporters du club de Port Saïd accusés d’avoir participé à des émeutes meurtrières en février 2012 contre les supporters d’Al Ahly, émeutes en fait organisées par la police. (lire : Émeutes mortelles en Égypte après le verdict du tribunal de Port Saïd).

En février, les manifestations se sont étendues à toute la région du canal de Suez, y compris Suez et Ismaïlia, et se sont amplifiées après le jugement du 9 mars qui acquittait sept officiers de police impliqués dans les émeutes.

Cette décision a également divisé la police, une partie de la police égyptienne et des Forces de la sécurité centrale [une unité paramilitaire, ndt] refusant les ordres de s’attaquer aux manifestants, ce qui a augmenté les craintes de la classe dirigeante. Au début du mois, les tribunaux du Caire ont suspendu les élections qui étaient prévues pour le 22 avril.

Cela a en particulier été demandé par les partis bourgeois “de gauche”, qui sont terrifiés par le regain d’activité de la classe ouvrière. L’ex-diplomate à l’ONU Mohamed ElBaradei du Front national du Salut (FNS) a soutenu l’annulation des élections, et prévenu que des élections mettraient Égypte sur une « route menant au chaos total et à l’instabilité. »

Dimanche, Morsi a annoncé qu’il envisageait d’« imposer des mesures exceptionnelles pour restaurer l’ordre à l’intérieur du pays, » et a dit qu’il avait « peur » de devoir le faire.

D’après Al Ahram, Morsi a rencontré à huis clos pendant une heure le ministre de la Défense Abdel-Fattah El-Sisi. Morsi lui aurait demandé s’il approuverait l’imposition de mesures exceptionnelles. Apparemment, El-Sisi a refusé de donner son approbation à Morsi.

El-Sisi a ensuite déclaré que « les défis économiques, sociaux et de sécurité auxquels est confrontée l’Égypte requièrent que toutes les forces de la société s’unissent et oeuvrent ensemble pour dépasser la crise actuelle. »

Les partis capitalistes essayent désespérément de remettre sur pied un appareil répressif fonctionnel contre la classe ouvrière. Les groupes d’extrême-droite affiliés aux Frères ont proposé des plans pour des escouades paramilitaires ou « milices de sécurité » qui défendraient le régime. »

Saber Abul Fotouh, qui préside la commission sur le travail au Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans, a affirmé la nécessité de développer « des méthodes alternatives de maintien de la sécurité dans le pays à la lumière d’une récente vague de grèves de la police. » Le terme de « méthodes alternatives » fait clairement référence à la mobilisation de groupes d’extrême-droite en vue d’attaques violentes contre la classe ouvrière égyptienne.

Certains membres des Frères seraient en train de former des milices dans les zones plus rurales, comme les provinces du Sud en haute Égypte.

Le FNS et d’autres partis pro-capitalistes de l’opposition ont pendant ce temps évoqué la possibilité d’un gouvernement de coalition rassemblant les partis laïcs, avec un rôle accru de l’armée, pour remplacer les Frères.

La répression menée par les Frères intervient dans un contexte où l’impérialisme américain cherche des forces moins liées à la religion pour mener sa guerre par procuration contre le président syrien Bashar el-Assad, en particulier, et plus largement dans toute la région.

Craignant de perdre du terrain face à des rivaux au sein du monde politique égyptien, les Frères menacent de couper les sources de financement des partis “de gauche” bourgeois et de poursuivre par une répression contre eux.

Le PLJ voudrait faire passer des lois strictes contre les Organisations non-gouvernementales (ONGs) financées depuis l’étranger qui opèrent en Égypte. Washington travaille étroitement avec les ONGs, établissant des liens avec les groupes petit-bourgeois et les syndicats, pour faire cesser les luttes ouvrières et promouvoir les intérêts impérialistes américains.

Le régime a également publié des mises en accusation contre cinq bloggeurs activistes et 169 autres personnes, dont des dirigeants de partis, des présumés « voyous » et des personnalités politiques. Parmi celles-ci on trouve, le dirigeant du Parti Social démocrate égyptien Mohamed Abul-Ghar, Mahmoud El-Alaily du Parti des Égyptiens libres, et l’ex-membre de la Coalition des jeunes révolutionnaires, Khaled Telima. Ceux qui ont été convoqués pour interrogatoire sont accusés d’avoir incité à participer aux manifestations du 22 mars contre les Frères.

« Si les enquêtes prouvent que certaines personnalités politiques sont impliquées, les mesures nécessaires seront prises contre eux, quel que soit leur statut, » a dit Morsi sur son compte Twitter dimanche, et il l’a répété à la télévision publique.

Il a ajouté, « Je suis un président après une révolution, ce qui signifie que l’on peut en sacrifier quelques-uns pour que le pays puisse avancer. Ce n’est absolument pas un problème. »

En même temps, des sections de l’armée envisagent apparemment la possibilité de faire tomber Morsi et d’installer les partis bourgeois et la pseudo-gauche au pouvoir, calculant que ces forces sont mieux à même de contrôler la situation que les Frères.

Le Général Mohamed Ali Bilal a critiqué « l’inefficacité patente du gouvernement actuel, » Attaquant les Frères pour leur recours à des « méthodes similaires à celles qu’adoptait l’ancien régime » d’Hosni Moubarak, que la classe ouvrière a fait tomber par les manifestations massives de février 2011.

 Thomas Gaist et Alex Lanthier

Article original, WSWS, publié le 27 mars 2013

Nous sommes face à un moment historique ! La coalition de partis tunisiens de l’opposition de gauche laïque, le Front populaire (qui regroupe 11 formations politiques), a organisé ces 23 et 24 mars 2013 une rencontre avec des représentants des partis politiques progressistes de la région méditerranéenne afin de réclamer conjointement une annulation des dettes odieuses et illégitimes des États du sud et du nord de la Méditerranée. Cette rencontre s’est déroulée sous la forme de deux demi-journées de travail qui ont débouché sur une déclaration finale. Le tout a été suivi d’une grande conférence publique réunissant 1000 participants et l’ensemble des forces de gauche présentes à la rencontre autour d’un combat désormais commun |1|.

Voici un compte rendu de l’intervention d’Éric Toussaint à la rencontre méditerranéenne contre la dette, les politiques d’austérité et la domination étrangère, pour une Méditerranée libre, démocratique, sociale, solidaire, féministe et respectueuse de l’environnement.

Éric Toussaint, président du CADTM Belgique, a souligné que l’alliance politique qui est en train de naître s’inscrit dans la poursuite du combat entamé par Thomas Sankara, président du Burkina Faso, assassiné le 15 octobre 1987, après qu’il a appelé les peuples d’Afrique et du monde à s’unir dans le combat pour le non paiement de la dette illégitime. Le mouvement naissant prolonge aussi le combat entrepris par tous les martyrs du printemps arabe et par Chokry Belaïd, porte parole du Front populaire tunisien, assassiné le 6 février 2013. Sans oublier Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante décédé en avril 2012 |2|, qui, à la fin de sa vie, avait fait de la lutte pour l’annulation de la dette illégitime un de ses combats prioritaires.

Les organisations politiques réunies à Tunis à l’invitation du Front populaire sont confrontées à un enjeu de taille. Trop souvent, des partis de gauche se limitent à une dénonciation radicale de la dette au niveau rhétorique sans en faire réellement une de leurs priorités pour le travail quotidien en direction des citoyens et des citoyennes. Certains d’entre eux, une fois proches du pouvoir ou au gouvernement, abandonnent leur promesse de mettre fin à la dette illégitime et finissent par s’accommoder de son remboursement.

Éric Toussaint a énoncé la définition initiale de la dette odieuse, contractée par un régime dictatorial tel que le régime de Ben Ali. Selon le droit international, à la chute d’un tel régime dictatorial, cette part odieuse de la dette est nulle et ne doit donc en aucun cas être remboursée. Certes, il faut souvent se battre pour que le droit international soit pleinement respecté. Dans ce but, seule une forte mobilisation populaire peut convaincre un gouvernement de recourir à un acte de suspension et de répudiation de la dette odieuse. Il est donc fondamental de constituer un rapport de force favorable pour affronter les créanciers.

Au niveau de droit international, une dette odieuse correspond aujourd’hui à 3 critères |3| :
l’absence de consentement de la population de l’État endetté ;
l’absence de bénéfices pour la population de cet État endetté ;
les créanciers savaient que les prêts qu’ils octroyaient ne servaient pas les intérêts de la population et n’avaient pas fait l’objet d’une approbation populaire.

Les dettes de pays comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande à l’égard de la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI) doivent être dénoncées parce qu’elles correspondent aux trois critères mentionnés plus haut :
1. les populations des pays concernés n’ont pas donné leur accord et nombre de gouvernements élus sur un programme anti-austérité finissent par se plier aux volontés de la Troïka une fois au pouvoir ;
2. ces dettes ne bénéficient pas aux populations, au contraire elles sont liées à des violations de leurs droits économiques, sociaux, civils et politiques (réduction des budgets sociaux et des salaires, licenciements massifs, dégradation de l’accès à la santé et à l’éducation, annulations de conventions collectives, non respect de la volonté des électeurs, soumission du pouvoir législatif au pouvoir exécutif…) ;
3. les créanciers, dont la Troïka et les banquiers, savent parfaitement que les crédits qu’ils octroient ne servent pas les intérêts des populations puisque ces crédits sont accordés afin de rembourser la dette et en échange de plans d’austérité drastiques. C’est la Troïka elle-même qui impose ces violations des droits humains et qui dicte ses conditions aux gouvernements et aux parlements des États endettés.

De leur côté, depuis 2011, les gouvernements qui ont succédé aux dictatures de Ben Ali et de Moubarak ont eux aussi contracté des dettes qui ne servent nullement les intérêts de la population, mais bien ceux des créanciers. Ces gouvernements endettent leur pays pour rembourser les dettes odieuses des dictatures et pour mener des politiques qui augmentent la vulnérabilité de leur pays. Ces dettes sont donc illégitimes.

La Tunisie, tout comme l’Égypte, négocie actuellement un emprunt auprès du FMI |4|. Il n’y a aucune issue possible avec une telle démarche. Mais si ces prêts sont octroyés, ils seront illégitimes pour au moins deux raisons : ils serviront au paiement des anciennes dettes odieuses et ils sont liés à la poursuite de politiques contraires aux intérêts des populations.

D’autres éléments entrent en considération pour déterminer le caractère illégitime de la dette.
D’une part, elles peuvent être des conséquences de politiques fiscales injustes. Concrètement, les États octroient des avantages fiscaux aux grandes entreprises (nationales ou étrangères) et aux ménages les plus fortunés, ce qui a pour effet de diminuer les recettes d’impôts et de creuser le déficit. Cela entraîne donc une augmentation de la dette publique car les États doivent recourir à l’emprunt pour financer leur budget. Des dettes contractées dans ces conditions sont marquées d’illégitimité car elles sont injustes socialement.
D’autre part, elles peuvent provenir du sauvetage des banques. Depuis 2007, les gouvernements des États des pays les plus industrialisés viennent au secours des banques privées responsables de la crise en leur apportant des milliards d’euros sous forme d’injection de capital ou de garanties diverses |5|. Les dettes contractées pour financer ces sauvetages sont également illégitimes.

Les créanciers et les gouvernements affirment qu’il faut toujours rembourser ses dettes sans questionner leur origine, bien qu’elles soient illégitimes, et ils utilisent l’argument de la recherche de l’équilibre budgétaire pour imposer des politiques antisociales d’austérité. C’est dans ce contexte, qu’une partie croissante de la population des pays méditerranéens (et au-delà) rejette le remboursement de la dette illégitime. Dans certains de ces pays (Tunisie, Espagne, Portugal, Grèce, France, etc.), des audits citoyens sont mis en place afin de déterminer la part illégitime des dettes publiques contractées par les États. Ils cherchent à déterminer comment, pourquoi, par qui la dette a été contractée et si elle a réellement servi les intérêts de la population. Ces comités d’audit citoyen visent à convaincre le plus largement possible de la nécessité d’annuler la dette illégitime.

Désobéir face aux créanciers

Il est possible et nécessaire de désobéir aux institutions financières internationales et à la Troïka, de refuser les diktats des créanciers privés afin de retrouver une marge de manœuvre pour améliorer la situation des pays et de leur population. La fermeté paie ! Plusieurs exemples concrets de pays qui ont osé défier leurs créanciers le démontrent.

L’Argentine et la suspension du remboursement de la dette

Ainsi, l’Argentine, après trois années de récession économique (1999-2001) et dans le contexte d’une rébellion populaire massive qui a fait tomber le président De La Rua, a décidé de suspendre, fin décembre 2001, le paiement d’une grande partie de sa dette extérieure publique pour un montant d’environ 90 milliards de dollars.
Une partie des sommes dégagées ont été réinvesties dans les secteurs sociaux, notamment dans des indemnités versées aux chômeurs organisés dans le mouvement des piqueteros. Certains affirment qu’en réalité la récupération économique de l’Argentine à partir de 2003-2004 est uniquement due à l’augmentation du prix de ses produits d’exportation (soja, minerais…). C’est faux car si l’Argentine n’avait pas suspendu le paiement de sa dette à partir de fin 2001, les recettes publiques générées par les exportations auraient été englouties par le remboursement de la dette. Le gouvernement n’aurait pas eu le moyen de relancer l’activité économique. Par ailleurs, grâce à la suspension de paiement des 90 milliards de dettes commerciales qui a duré jusqu’à mars 2005, l’Argentine a pu imposer à ses créanciers une réduction de la moitié de ce montant. Le CADTM ainsi que de nombreux mouvements sociaux et partis de la gauche argentine proposaient à l’époque d’aller plus loin vers l’annulation totale de la dette illégitime, non seulement à l’égard des créanciers privés mais également envers le FMI et d’autres créanciers publics. Le gouvernement argentin a refusé de suivre cette voie.
Il est important d’ajouter que l’Argentine est en suspension totale de paiement de sa dette de 6,5 milliards de dollars envers le Club de Paris depuis 2001. On peut donc constater que depuis 12 ans déjà, ce pays tient tête au Club de Paris. Malgré les 44 procès devant la Banque mondiale auxquels l’Argentine doit faire face et malgré les menaces récentes de se faire expulser du FMI, Buenos Aires s’en tire. Depuis 2001, l’Argentine n’emprunte plus sur les marchés financiers et pourtant le pays continue de fonctionner !
Il est important de ne pas se méprendre sur l’expérience argentine, il faut éviter d’en faire un modèle, il est nécessaire d’adopter un point de vue clairement critique. Le gouvernement argentin a œuvré pour maintenir le pays dans un cadre capitaliste, aucune réforme structurelle n’a été entreprise, la croissance économique argentine est largement fondée sur l’exportation de produits primaires (soja transgénique de surcroît, et minerais). Il s’agit d’un modèle extractiviste-exportateur. Néanmoins, ce que l’Argentine a fait démontre qu’on peut parfaitement désobéir aux créanciers. Sous d’autres cieux, un authentique gouvernement de gauche pourrait s’appuyer sur ce précédent pour aller beaucoup plus loin.

Équateur : audit et suspension

Autre exemple : l’Équateur. Sept mois après avoir été élu, le président équatorien Rafael Correa a décidé en juillet 2007 de faire procéder à un audit de la dette du pays, et des conditions dans lesquelles celle-ci s’était constituée. À cette fin, une commission d’audit de la dette composée de 18 experts, dont le CADTM faisait partie, a été mise en place à partir de juillet 2007. Après 14 mois de travail, un rapport a été remis. Il montrait notamment que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires. En novembre 2008, le nouveau pouvoir, prenant appui sur ce rapport, a décidé de suspendre le remboursement de la dette constituée de titres de la dette venant à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Finalement, le gouvernement de ce petit pays est sorti vainqueur d’une épreuve de force avec les banquiers nord-américains détenteurs des titres de la dette équatorienne. Il a racheté pour moins de 1 milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Le trésor public équatorien a ainsi économisé environ 2,2 milliards de dollars de stock de dette auxquels il faut ajouter les 200 millions de dollars d’intérêts par an pour la période 2008-2030. Cela a permis de dégager de nouveaux moyens financiers permettant au gouvernement d’augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation, l’aide sociale et dans le développement d’infrastructures de communication. Il a également intégré dans sa constitution l’interdiction de transformer des dettes privées en dettes publiques et l’interdiction de contracter des dettes illégitimes |6|.
Il faut ajouter que l’Équateur ne reconnaît plus la compétence du tribunal de la Banque mondiale. Il a refusé de signer un traité de libre échange avec l’Union européenne et avec les États-Unis. Le président équatorien a annoncé son intention de lancer un audit sur les traités bilatéraux d’investissement. Enfin, les autorités de Quito ont mis fin à la présence de l’armée des États-Unis sur le territoire équatorien.

Dans le cas de l’Équateur, il faut également se garder d’ériger en modèle l’expérience en cours. Un regard critique est indispensable. Il n’en demeure pas moins que l’expérience équatorienne en terme d’audit et de suspension unilatérale du remboursement de la dette démontre qu’il est parfaitement possible de désobéir aux créanciers et d’en tirer avantage pour améliorer les dépenses publiques dans des domaines comme l’éducation et la santé publique.

L’Islande : le refus de payer la dette réclamée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas

Enfin, suite à l’effondrement du système bancaire en 2008, l’Islande a refusé d’indemniser les ressortissants des Pays-Bas et du Royaume-Uni qui avaient placé des fonds dans des filiales de banques islandaises privées qui venaient de s’effondrer, pour un total de 3,9 milliards d’euros. Les autorités britanniques et hollandaises ont alors indemnisé leurs ressortissants et ont exigé de l’Islande qu’elle les rembourse. Sous la pression populaire (manifestations, occupations de places, référendums), les autorités de Reykjavik ont refusé. Cela a eu pour conséquence l’inscription de l’Islande sur la liste des organisations terroristes, le gel des avoirs islandais au Royaume-Uni et le dépôt d’une plainte de Londres et de La Haye contre Reykjavik auprès de la Cour de l’Association européenne de libre échange (AELE) |7|. Par ailleurs, l’Islande a bloqué totalement les sorties de capitaux du pays. Finalement elle s’en tire beaucoup mieux que d’autres pays d’Europe qui ont accepté les exigences des créanciers. Ici encore évitons de faire de l’Islande un modèle mais tirons des enseignements de son expérience.

Ces exemples nous démontrent que désobéir aux créanciers n’est pas une catastrophe et n’entraîne en aucun cas l’effondrement du pays.

Soulignons également que ces expériences ont été précédées ou réalisées dans un contexte de mobilisations populaires faisant pression sur le gouvernement. D’où l’importance, comme l’a rappelé Éric Toussaint, de toucher l’ensemble de la population au travers des moyens de vulgarisation de cette question parfois complexe. Le travail d’audit est donc un vrai travail de prise de conscience. Il s’agit de rendre visible l’illégitimité de la dette auprès de la majorité de la population.

En conclusion de cet atelier, Éric Toussaint a répété que les exemples cités ne sont pas des modèles politiques à suivre, mais que ce sont des expériences dont il est tout à fait pertinent de tirer des leçons politiques importantes !

 

Notes

|1| Voir Pauline Imbach, « Tunis : Un front commun d’organisations politiques contre la dette est né », http://cadtm.org/Tunis-Un-front-com…, publié le 25 mars 2013.

|2| Voir Éric Toussaint « En souvenir d’Ahmed Ben Bella, 1er président de l’Algérie indépendante, décédé le 11 avril 2012 à l’âge de 96 ans », http://cadtm.org/En-souvenir-d-Ahme… , publié le 12 avril 2012.

|3| Voir notamment CADTM, http://cadtm.org/Droits-devant, et en particulier Stéphanie Jacquemont, « Que retenir du rapport de l’expert de l’ONU sur la dette et les droits humains ? »,http://cadtm.org/Que-retenir-du-rap… , publié le 25 janvier 2013.

|4http://www.imf.org/external/french/…

|5| Voir Damien Millet, Daniel Munevar et Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, Tableau 28 / Le coût des sauvetages bancaires en Europe, dette émise jusque 2011, en Mds d’euros,http://fr.scribd.com/doc/111894681/…

|6| Voir Eric Toussaint, « La Constitution équatorienne : un modèle en matière d’endettement public », http://cadtm.org/La-constitution-eq… , publié le 27 décembre 2010.

|7| La Cour de l’Association européenne de libre échange (AELE), qui n’a pourtant rien d’une association altermondialiste, a donné raison à l’Islande il y a deux mois. Voir CADTM, « Le tribunal de l’AELE rejette les réclamations « Icesave » contre l’Islande et ses habitants »,http://cadtm.org/Le-tribunal-de-l-A… , publié le 29 janvier 2013.

«(…) C’est parce que le FLN considère les Israélites algériens comme les fils de notre patrie qu’il espère que les dirigeants de la communauté juive auront la sagesse de contribuer à l’édification d’une Algérie libre et véritablement fraternelle. (…)»

Lettre du FLN aux Israélites en  octobre 1956

Un sujet récurrent qui mérite de notre point de vue une attention particulière -au moment où l’Algérie s’interroge sur son avenir- est celui de savoir comment l’Algérie a traversé l’histoire. Si l’on est d’accord sur les alluvions allogènes dues à la colonisation française, il reste que nous ne savons pas quel a été le destin de ces habitants de l’Algérie depuis les temps reculés, je veux parler des juifs algériens. Quelle est leur histoire? Comment et quand sont-ils arrivés en Berbérie? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre pour arriver à la période actuelle, notamment celle de la Révolution où beaucoup d’entre eux ont choisi de défendre leur patrie, notamment à l’appel du FLN. Qui se souvient en effet de Laban, de Timsit qui ont défendu la Révolution, les armes à la main?

La venue des Juifs au Maghreb

Sans remonter jusqu’à la Génèse, après leur persécution, les tribus juives ont essaimé à partir de l’Egypte sur tout le littoral méditerranéen à partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Cette population juive, venue vraisemblablement par la mer habitait le littoral libyen, il y avait une autre à l’intérieur du pays, berbère d’origine qui elle aussi a été graduellement gagnée à la religion juive. Elle habitait le djebel Gharian, le djebel Yffren et le djebel Nefouça. Pour Slousch, les marchands juifs se sont mêlés aux Tyriens puis aux Phéniciens pour conquérir les rivages méditerranéens de l’Afrique.(1)

Les Juifs nous dit Stora, sont présents en Algérie depuis des millénaires pour les premiers, au moment où les Phéniciens, lancés dans le commerce maritime, fondent Annaba, Tipasa, Cherchell, Alger, Kartenna, des juifs les accompagnent. D’autres juifs viennent de Palestine fuyant l’empereur Titus après la destruction du temple de Jérusalem en 70 avant Jésus-Christ. Ils se mêlent aux Berbères autochtones et forment des tribus. Augustin d’Hippone et Jérôme de Stridon attestent tous deux de l’importance de la communauté juive aux IVe et Ve siècles. On doit donc admettre qu’il y a eu des immigrations d’Israélites en Berbérie dans les temps historiques et bien des siècles après l’époque où se forma la race berbère. Selon le mot d’Olivier cité par Rinn: «Les juifs ne furent que les hôtes des Berbères, ils ne furent pas leurs aïeux.»(2)

Les Israélites ont apporté au Maghreb leur contingent et tout en conservant leur religion, ils se sont fondus au milieu de la race du pays. A part l’acquittement de redevances (le Kharadj: impôt foncier,et la Djéziah: impôt de capitation), il semble que les maîtres arabes usaient à l’égard des juifs d’une large tolérance. Il y eut, comme l’écrit A. Dhina, parmi ces juifs, des hommes pieux et des savants, c’est le cas du Rabbin Raphaël Ephraïm Ankoa à Tlemcen et dont nous parlerons plus loin, des rabbins Isaac Ben Sheset Barfat et Simon Ben Semah Duran à Alger. Les implantations les plus importantes des communautés juives se situent à Tlemcen, Constantine, Alger, Laghouat.(3)

La crainte des persécutions de la part des Espagnols reste si grande dans la communauté juive que les échecs de ceux-ci dans leurs tentatives de prendre Alger en 1541 puis en 1775 sont commémorés par les juifs lors des Pourims d’Alger. Durant la Régence, ils purent vivre en bonne intelligence avec les musulmans. Il en sera de même pendant toute la période coloniale.

Ainsi, Mostefa Lacheraf rapporte la bonne harmonie qui régnait entre les deux communautés, dans les années 1920 à 1940 de ce siècle dans son petit village de Sidi Aïssa. Il écrit notamment:

«… Et puis l’école officielle du village de Sidi Aïssa était une école dite indigène où il n’y avait pas un seul élève européen, mais une grande majorité d’élèves musulmans en même temps qu’une douzaine de petits Israélites parlant l’arabe comme leur langue maternelle et fortement arabisés dans leurs genres de vie.» Eux et leurs familles appartenaient à la communauté juive du Sud algérien et portaient cinq ou six noms parmi ceux de l’ancienne diaspora andalouse judaïque réfugiée au Maghreb entre le XIVe et le XVIIe siècle et débordant, depuis 1830, les lieux habituellement citadins pour s’intégrer à des centres villageois dans la mouvance des grands foyers rabbiniques traditionnels tels que Ghardaïa, Laghouat, Bou-Saâda. Peut-être que le mode religieux n’était pas à l’époque, pour le «m’as-tu-vu» et le côté spectaculaire de la simple pratique, de l’observance rituelle exagérée comme aujourd’hui, car, dans ce centre villageois pourtant bien situé et peuplé d’habitants à la spiritualité mystique ou monothéïste affirmée, il n’existait ni mosquée officielle, ni Eglise, ni Synagogue édifiée en tant que telle».(4)

«Femmes juives et femmes musulmanes se rendaient visite pendant les fêtes religieuses de l’une ou l’autre des communautés où elles habitaient côte à côte, dans des logements séparés autonomes… Je me rappelle encore ce que chantaient quelques femmes israélites venus offrir à ma mère du pain «azym» de la Pâque juive et entonnant sur le pas de la porte, en partant, un air célèbre d’origine andalouse. (..)le chant nostalgique de l’ «Au revoir». Les relations entre les deux communautés allaient sans doute changer à l’avènement du sionisme agressif, militaire et colonial lors de la spoliation de la Palestine par le nouvel Etat d’Israël.»(4)

La considération des Musulmans pour les Juifs

On se souvient que les autorités coloniales en Algérie avaient choisi la collaboration pendant la seconde guerre mondiale, les algériens « indigènes » refusèrent de livrer les Juifs et de collaborer. C’est le cas notamment à Laghouat où la population s’oppose à la demande des autorités de livrer les juifs. Les enfants juifs, à qui les écoles républicaines étaient interdites, vont fréquenter les écoles «arabes» où la population les accepte et dissimule leur identité aux autorités de Vichy.

Les indigènes musulmans adopteront donc une position radicalement différente de celles des autorités de Vichy permettant la protection de nombreux juifs d’Algérie. L’immigration algérienne et les milieux nationalistes algériens seront globalement sur la même position. Ainsi, Messali Hadj s’opposera à toute forme de collaboration et aux persécutions des juifs; il fera d’ailleurs exclure du PPA, en mai 1939, les zélateurs d’une alliance avec les Allemands et sera emprisonné par le régime de Vichy en 1941.

Il y a deux ans, un film a été réalisé sur la bravoure des Algériens émigrés à Paris qui ont sauvé des centaines de juifs. Dans le film « Les hommes libres », le cinéaste Ismaël Ferroukhi raconte comment Les émigrés algériens -sous prolétariat français- pendant la colonisation, avaient décidé d’aider les juifs à s’enfuir et les ont cachés. Un mot m’avait frappé à propos: «ammarach nnagh», «Ce sont comme nos enfants» traduisant par là le sacrifice à faire pour sauver des enfants. juifs…qui sont comme nos enfants. Si Kaddour Ben Ghabrit, le fondateur de la Mosquée de Paris, aura dirigé ce lieu religieux durant la période de l’Occupation. Derri Berkani rapporte que durant la Seconde Guerre mondiale et l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, la Mosquée de Paris sert de lieu de résistance pour les musulmans vivant en France. Les Algériens du FTP (Francs-tireurs partisans) avaient pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri. Les FTP ont, par la suite, porté assistance à des familles juives, des familles qu’ils connaissaient, ou à la demande d’amis, en les hébergeant dans la mosquée, en attente que des papiers leur soient fournis pour se rendre en zone libre ou franchir la Méditerranée pour rejoindre le Maghreb.(5)

Le tract, en tamazight, a été lu à voix haute pour les hommes pour la plupart analphabètes «ammarrach nnagh» «Comme nos enfants» Le tract était rédigé ainsi du 16 juillet 1942 à Paris. On lit  «Hier à l’aube, les Juifs de Paris ont été arrêtés. Les vieux, les femmes et les enfants. En exil comme nous, travailleurs comme nous. Ils sont nos frères. Leurs enfants sont comme nos propres enfants.- ammarach nnagh. Celui qui rencontre un de ses enfants doit lui donner un abri et la protection des enfants aussi longtemps que le malheur – ou le chagrin – durera. Oh, l’homme de mon pays, votre coeur est généreux.» (5)

Les Juifs  algériens et la Révolution

Durant la Révolution, les Algériens de confession juive ont été sollicités pour apporter leur aide à la Révolution. Nous lisons la lettre suivante:

«Le Front de libération nationale (FLN), qui dirige depuis deux ans la révolution anticolonialiste pour la Libération nationale de l’Algérie, estime que le moment est venu où chaque Algérien d’origine israélite, à la lumière de sa propre expérience, doit sans aucune équivoque prendre partie dans cette grande bataille historique. Vous n’ignorez pas, chers compatriotes, que le FLN, inspiré par une foi patriotique élevée et lucide, a déjà réussi à ruiner la diabolique politique de division qui s’est traduite dernièrement par le boycottage de nos frères commerçants mozabites, et qui devait s’étendre à l’ensemble des commerçants israélites. (…) Depuis la Révolution du 1er Novembre 1954, la communauté israélite d’Algérie, inquiète de son sort et de son avenir, a été sujette à des fluctuations politiques diverses.(….)»(6)

Dans la suite de la lettre le  FLN demande aux Juifs algériens de se déterminer :

«  La communauté israélite se doit de méditer sur la condition terrible que lui ont réservée Pétain et la grosse colonisation: privation de la nationalité française, lois et décrets d’exception, spoliations, humiliations, emprisonnements, fours crématoires, etc. Sans vouloir remonter bien loin dans l’histoire, il nous semble malgré tout utile de rappeler l’époque où, en France, les juifs, moins considérés que les animaux, n’avaient même pas le droit d’enterrer leurs morts, ces derniers étant enfouis clandestinement la nuit n’importe où, en raison de l’interdiction absolue pour les juifs de posséder le moindre cimetière. Exactement à la même époque, l’Algérie était le refuge et la terre de liberté pour tous les Israélites qui fuyaient les inhumaines persécutions de l’Inquisition. Exactement à la même époque, la communauté israélite avait la fierté d’offrir à sa patrie algérienne non seulement des poètes, des commerçants, des artistes, des juristes, mais aussi des consuls et des ministres.(..). Le FLN est convaincu que les responsables comprendront qu’il est de leur devoir et de l’intérêt bien compris de toute la communauté israélite de ne plus demeurer «au-dessus de la mêlée», de condamner sans rémission le régime colonial français agonisant, et de proclamer leur option pour la nationalité algérienne.»(6)

Beaucoup d’Israélites ont fait le minimum en «cotisant». Il y eut des Algériens juifs admirables qui ont bravé les interdits, traversé les barrières invisibles des communautés, l’exemple le plus frappant est celui du D. Daniel Timsit qui a participé activement à la guerre d’indépendance de l’Algérie du «mauvais côté». Daniel Timsit est né à Alger en 1928 dans une famille modeste de commerçants juifs. Descendant d’une longue lignée judéo-berbère, il a grandi dans ce pays où cohabitent juifs, Arabes et pieds-noirs, que le système colonial s’efforce de dresser les uns contre les autres. Il s’occupera du laboratoire de fabrication d’explosifs, puis entrera dans la clandestinité en mai 1956. Arrêté, il sera détenu jusqu’à sa libération en 1962, date à laquelle il rentre à Alger. Il s’explique longuement sur son identité algérienne, lui qu’on continue en France, à présenter comme un Européen. «Je n’ai jamais été un Européen», se défend-il. Il s’est toujours considéré comme Algérien, lui, dont la langue maternelle est l’arabe «derdja». La langue et la culture françaises, qu’il ne renie pas, viennent au second plan. L’algérianité ne se définit pas en fonction d’une appartenance ethnique ou religieuse, mais parce qu’il appelle «une communauté d’aspirations et de destin».(7)

Les Juifs algériens dans l’Algérie de 2013

Après le départ massif de 1962, contrairement à ce qui s’est dit dans une certaine presse, beaucoup de juifs ont préféré rester en Algérie. Zouheir Aït Mouhoub  a pu avoir un entretien avec un descendant de ces Algériens de confession juive. Il en parle: «L’Algérie, pour laquelle ils ont participé à la libération, est leur patrie. Avec les Algériens, ils partagent tout à l’exception de… la religion. Eux, ce sont les juifs d’Algérie. Aujourd’hui, ils continuent encore de se cacher pour mieux vivre ».  (8)

Zouheir Ait Mouhoub  nous décrit ensuite le portrait d’un jeune Algérien juif qui a choisi de sortir de son silence.: «Je n’ai que 24 ans. Mais j’ai déjà passé l’essentiel de ma vie à me cacher. A cacher mon secret, celui de ma famille, de mes semblables. Je suis Algérien. Avec mes concitoyens, je partage le ciel, la mer, la terre, les joies et les tristesses. Mais pas la religion. (…)Je m’appelle Naïm. Je suis né un certain été 1988 à Alger. Il faisait beau. Rien n’indiquait que l’automne allait prendre un dramatique tournant dans la vie tourmentée de mon pays. Malgré cela, ma famille a toujours refusé de quitter l’Algérie et est restée liée à son histoire depuis des siècles. En 1962, alors que de nombreux juifs partaient dans la précipitation, emportés par les bruits qui couraient selon lesquels les juifs seraient tous «massacrés», mon grand-père décida de rester. «Ici, c’est notre terre. Elle a vu naître tes parents et tes aïeuls et nous n’avons nulle part où aller», répétait-il à chaque discussion. (…) Mon grand-père, à l’époque commerçant à Znikat Laârayass dans La Basse Casbah, aidait ses frères moudjahidine. Son frère s’était même engagé dans l’Armée de Libération nationale. C’est un chahid. Aujourd’hui encore, les vieux et les vieilles de La Casbah se souviennent de l’engagement de ma famille dans la Révolution.»(8)

Continuant son plaidoyer Naïm déclare : « La France nous a causé du tort, car elle nous a assimilés puis francisés par ce sordide décret Crémieux. «La France interdisait à nos frères juifs d’être enterrés sur son sol. Avec ce décret, elle voulait nous séparer de nos frères musulmans et nous mettre dans l’embarras», expliquait doctement mon grand-père. Il était fier d’être Algérien et n’acceptait aucune autre appellation, refusant les étiquettes «juifs d’Algérie», «juifs d’origine algérienne» ou encore «communauté israélite ou juive d’Algérie». El Hadj El Anka égayait ses jours et ses soirées. Le chaâbi était sa musique favorite et Edmond Yafil, un de ses grands amis. (…) Je prie matin et soir pour que l’Algérie reconnaisse enfin ses enfants, sa pluralité. Pour qu’elle respecte, comme elle l’a toujours fait, ses minorités, sans distinction. L’Algérie appartient à tous les Algériens.»(8)

L’Algérie du XXIe siècle  tout en tenant à ses repères se doit de fédérer autour d’elle toutes celles et ceux qui croient en elle, quelques que soient leurs régions du pays, leur ethnie,  et leurs religions. C’est sa diversité qui fera sa force. D’autant que dans son histoire trois fois millénaire, indépendamment du « socle rocheux originel constitué par l’amazigité » des alluvions humaines- notamment  les plus anciennes qui sont juives-  ont vécu sur cette terre. Mieux, l’Algérie a connu durant cette période toutes les spiritualités. Pendant la préhistoire  des Algériens étaient enterrés avec un cérémonial ( fleurs et nourritures qui devaient accompagner le défunt dans l’’au-delà il y a de cela 20.000 dans les grottes de Mechta Affalou  près de Béjaïa. Ce fut bien plus tard les cultes barbares  et ceux de Baal et Thanit des Phéniciens que nous avons adoptés 10 siècles avant l’ère chrétienne. On dit que par la suite le judaïsme était répandu dans quelques tribus  ( les Djerouas de La Kahina).

L’avènement du Christianisme, l’Algérie, le consolida et plusieurs docteurs de l’Eglise naquirent et prêchèrent la bonne parole , (Tertullien, Donat,  Lactance, de Cirta, et le plus célèbre d’entre eux  Augustin d’Hippone).  Arrivent les Arabes porteurs d’une religion l’Islam.  Ce dernier n’eut  pas de difficulté à s’implanter, lieux ce sont d’après Charles André Julien des berbères à leur tête Tarik Ibn Zyad qui partirent à la conquête de l’Espagne. C’est dire si en définitive que l’Algérie n’a rien à prouver en terme de religion. Il nous faut ramener la sérénité et militer plus que jamais à l’avènement d’une nation qui doit être pour chacun de nous un plébiscite de tous les jours. Nous le voyons, l’Algérie sera forte quand elle arrivera à se réconcilier avec elle-même. . L’assumation de son identité multiple est, à n’en point douter, la voie à suivre.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. Slousch: Les Juifs: Archiv. Maroc,XIV. p.56. 1912.

2. L. Rinn:Essai linguistiques sur l’origine des Berbères; Revue Africaine, p.115,1889.

3. A. Dhina: Les Etats de l’Occident Musulman aux 13e-15e siècle. p. 260.Eds Enal, 1984.

4. Lacheraf: Des noms et des lieux.p.27, 28,29. Editions Casbah. 1999.

5. http://kabylemag.com/2011/09/25/ces-kabyles-qui-ont-sauve-des -juifs-des-nazis/24.10.2006

6. http://www.algeria-watch.org/farticle/1954 -62/israelites.htm

7. Daniel Timsit http://www.ldh-toulon.net/ spip.php?article4023

8. Zouheir Aït Mouhoub  http://www. dafina.net/gazette/article/moi-na%C3%AFm-24-ans-futur-rabbin-d%E2%80%99alg%C3%A9rie 13 07 2012

 

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Le miroir aux alouettes de la discipline

mars 28th, 2013 by Eric Toussaint

« Les marchés sont devenus trop grands et complexes et ils évoluent trop vite pour être assujettis à la supervision et aux réglementations du XXe siècle. Il n’est pas surprenant que ce Léviathan financier mondial dépasse la pleine compréhension des acteurs du marché, fussent-ils les plus avisés. Les régulateurs financiers sont chargés de surveiller un système beaucoup plus complexe que ceux qui existaient quand on rédigea les réglementations régissant encore les marchés. » |1|

Cette affirmation d’Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, a été reprise par tous les gouvernants des pays les plus industrialisés. Ils ont fait comme si les banques et les autres sociétés financières privées allaient s’auto-discipliner, tout en cherchant à satisfaire leurs intérêts particuliers, égoïstes. Alan Greenspan poursuit : « Le contrôle des transactions s’effectue désormais essentiellement grâce à la surveillance réciproque des traders. Pour protéger ses actionnaires, chaque prêteur tient à jour les positions des investissements de ses clients. Les régulateurs peuvent toujours prétendre qu’ils gardent l’œil ouvert mais leurs capacités sont très réduites. » |2|

La supposée capacité des banques et autres zinzins à s’autoréguler n’était que de la poudre aux yeux destinée à leur permettre de faire ce que bon leur semble. Alan Greenspan, l’ensemble des gouvernants des pays industrialisés, une armée d’experts et de commentateurs financiers, véritables illusionnistes prenant les citoyens pour des crétins, ont répété la fable de l’autorégulation des marchés jusqu’à la nausée. « Les marchés étant devenus trop complexes pour une intervention humaine efficace, les politiques anti-crise les plus prometteuses sont celles qui maintiennent une flexibilité maximale du marché : la liberté d’action pour les principaux acteurs du marché, tels que les hedge funds, les fonds d’actions privés et les banques d’investissements. » |3| Le cataclysme financier de 2007-2008 et ses effets dramatiques dans la durée ont opposé un démenti cinglant à ces incantations. Les acteurs des marchés financiers sont totalement incapables de s’autoréguler, ils n’en ont d’ailleurs aucunement le désir, encore moins la volonté. C’est une évidence démontrée par toutes les crises financières qui ont égrené l’histoire du capitalisme. Les gouvernants ont alors adopté un autre discours : « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini. » |4|. En réalité, six ans après le début de la crise, cinq ans après l’annonce d’un retour à davantage de réglementation, le bilan se réduit largement à des effets d’annonces. Acoquinés aux dirigeants des banques, les gouvernants et les législateurs ont pris très peu de mesures contraignantes à l’égard des sociétés financières.

Une mesure contraignante dans un océan de laxisme

Depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union Européenne, il est dorénavant interdit d’acheter unCredit Default Swap (CDS –voir encadré-) pour se protéger du risque de non remboursement d’une dette d’un État si on ne possède pas cette dette |5|. Les sanctions à prendre contre les sociétés et les personnes qui ne respecteront pas cette interdiction ne pas définies, elles sont de la compétence des États. Cela laisse une importante marge de manœuvre aux banques et autres sociétés financières qui voudraient contourner l’interdiction ou l’enfreindre. C’est à peu près la seule mesure significative prise par les autorités européennes pour mettre de l’ordre dans le secteur financier.

Qu’est-ce qu’un CDS ?Le CDS est un produit financier dérivé qui n’est soumis à aucun contrôle public. Il a été créé dans la première moitié des années 1990 en pleine période de dérèglementation. Credit Default Swap signifie littéralement “permutation de l’impayé”. Normalement, il devrait permettre au détenteur d’une créance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas où l’émetteur d’une obligation (l’emprunteur) fait défaut, que ce soit un pouvoir public ou une entreprise privée. Le conditionnel est de rigueur pour deux raisons principales. Premièrement, on peut acheter un CDS pour se protéger d’un risque de non remboursement d’une obligation qu’on n’a pas (sauf, depuis le 1er novembre 2012, dans l’Union européenne en ce qui concerne les dettes des États de l’UE). Cela revient à prendre une assurance contre le risque d’incendie de la maison du voisin en espérant que celle-ci parte en flammes afin de pouvoir toucher la prime. Deuxièmement, les vendeurs de CDS n’ont pas réuni préalablement des moyens financiers suffisants pour indemniser les sociétés affectées par le non remboursement de dettes. En cas de faillite en chaîne d’entreprises privées ayant émis des obligations ou du non remboursement de la part d’un Etat débiteur important, il est très probable que les vendeurs de CDS seront dans l’incapacité de procéder aux indemnisations qu’ils ont promises. Le désastre de l’entreprise nord-américaine AIG en août 2008, la plus grosse société d’assurance internationale (nationalisée par le président George W. Bush afin d’éviter qu’elle ne s’effondre) et la faillite de Lehman Brothers sont directement liés au marché des CDS. AIG et Lehman s’étaient fortement développées dans ce secteur.Il faut souligner que l’interdiction d’acheter dans certaines circonstances des CDS, telle qu’elle a été décrétée à l’échelle de l’Union Européenne à partir de novembre 2012, ne concerne qu’une fraction minime du marché des CDS (le segment des CDS sur les dettes souveraines) : environ 5 à 7%.

La loi Dodd Franck aux États-Unis et les timides petits pas européens

Aux États-Unis, une nouvelle législation, timide en comparaison de la réglementation imposée par Franklin D. Roosevelt à partir de 1933 (voir encadré), a été adoptée pendant le premier mandat de Barack Obama. Il s’agit de la loi Dodd-Franck (qui inclut la règle Volcker |6|). Bien que la loi Dodd Frank ait été approuvée en 2010, son application tarde. Les banques et leurs lobbyistes, tout comme les parlementaires tant républicains que démocrates qu’ils influencent directement, ont réussi à limiter très fortement la mise en pratique d’une loi qui est pourtant timide |7|.

La séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement pendant la présidence de F. RooseveltUne des mesures fortes prises par Roosevelt et par les gouvernements d’Europe (notamment sous la pression des mobilisations populaires en Europe après la Libération) a consisté à limiter et à règlementer strictement l’usage que les banques pouvaient faire de l’argent du public. Ce principe de protection des dépôts a donné lieu à la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement dont la loi américaine dite Glass Steagall Act a été la forme la plus connue et qui a été appliquée pendant des décennies avec certaines variantes dans les pays européens.Avec cette séparation, seules les banques commerciales pouvaient recueillir les dépôts du public qui bénéficiaient d’une garantie de l’Etat. Parallèlement à cela, leur champ d’activités avait été réduit aux prêts aux particuliers et aux entreprises, et excluait l’émission de titres, d’actions et de tout autre instrument financier, réservée aux banques d’investissement qui devaient, quant à elles, capter leurs ressources sur les marchés financiers.

Au Royaume-Uni, la commission Vickers a remis en 2011 ses recommandations aux autorités qui doivent encore prendre une décision. A l’échelle de l’Union européenne, une commission animée par Erkki Liikanen, gouverneur de la Banque nationale de Finlande, a remis son rapport en octobre 2012. Les recommandations contenues dans les rapports des commissions Vikers et Liikanen |8| vont grosso modo dans le même sens que les lois Dodd Frank et la règle Volker : un début de cloisonnement des activités multiples des banques. Mais aucune ne propose de revenir à la loi Glass Steagall et aux règlementations adoptées à l’époque en Europe dans le même esprit. Aucune ne propose une séparation claire et nette entre banque de dépôt et banque d’investissement, c’est-à-dire le démantèlement de ce qu’on appelle aujourd’hui la banque universelle. Rappelons que la banque universelle (appelée également banque à tout faire ou banque généraliste) représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement et de la banque de gestion d’actifs. Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le risque majeur de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de détail et mettre ainsi en danger les avoirs des petits épargnants. C’est ce qui explique aujourd’hui l’actualité des mesures prises par Roosevelt et, dans sa foulée dans les années 1930 et 1940, par les gouvernements européens consistant à séparer radicalement les banques en deux catégories tout à fait étanches. La loi Dodd Franck, les propositions des commissions Vickers et Liikanen, le projet de loi sur la réforme bancaire déposé par le gouvernement français à l’Assemblée nationale en décembre 2012 |9| restent au milieu du gué et ne prévoient que des cloisons qui se révèleront (si un jour elles entrent en application) d’une efficacité très limitée, car la partie banques d’investissement et d’affaires n’hésitera pas à pomper dans les dépôts des clients et elle continuera à prendre des risques très élevés puisqu’aucune mesure contraignante sérieuse n’est mise en œuvre |10|. Qui plus est, banque de détail et banque de financement et d’investissement étant solidaires dans le cadre de la banque universelle, les pertes réalisées par la banque de financement et d’investissement seront supportées par la banque de détail (voir en France les pertes de Natixis supportées par les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne au sein du groupe BPCE).

Les banques se livrent à de multiples pressions pour continuer à agir comme bon leur semble

Bien que les recommandations de Vickers et de Liikanen soient très conciliantes à leur égard, les patrons des banques privées organisent comme aux États-Unis un intense lobbying afin qu’elles ne soient pas suivies d’effet. Challenges, hebdomadaire financier français, rapporte des réactions du milieu bancaire de l’Hexagone à propos de rapport Liikanen. « Beaucoup de rapports de ce genre ont fini à la poubelle » déclare un des banquiers qui a confié sa réaction à Challenges. « Liikanen ? Il sait à peine ce qu’est une banque », ironise un autre. « En Finlande, il n’y a que des filiales d’établissements étrangers ». Challenges poursuit avec un autre son de cloche, en donnant la parole à Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times : « Je crains que sous la pression des banquiers trop d’activités de marché (=trading) ne soient exclues du cantonnement (=cloisonnement). Ce rapport est un pas en avant, il ne faudrait pas que la prochaine étape soit un pas en arrière » |11|. Justement, le Financial Times a lui aussi mené sa petite enquête dans le milieu bancaire. Dans ses colonnes, Christian Clausen, le patron de la banque suédoise Nordea qui préside la Fédération bancaire européenne, déclare que le Rapport Liikanen a tout à fait tort en ce qui concerne le cloisonnement entre les activités de banque de détail et les activités de trading |12|. Les parlementaires étasuniens et européens, sans parler des hauts fonctionnaires, ont été soumis à d’intenses pressions. Les banques peuvent compter sur de solides alliés placés aux plus hautes fonctions, à commencer par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, ex-dirigeant de la banque Goldman Sachs.

Au sein des autorités de contrôle, quelques voix isolées s’élèvent contre le laxisme

Du côté des autorités de contrôle, quelques voix isolées se font entendre pour critiquer l’absence de règlementation sérieuse du secteur bancaire. Andrew Haldane, directeur du département Stabilité financière de la banque d’Angleterre, a élevé la voix lors d’une réunion des milieux financiers à Londres en octobre 2012. Il critique le fait que les 29 banques systémiques (voir encadré) profitent du danger que représenterait leur faillite pour obtenir à bon compte de l’argent de la BCE, de la Fed, de la Banque d’Angleterre… Il considère que le crédit que ces institutions publiques leur octroient constitue une subvention annuelle de plus de 700 milliards de dollars.

Les banques systémiques selon le G20Le G20 a établi en novembre 2011 une liste de 29 banques systémiques appelées en anglais SIFIs (Systemically Important Financial Institutions). A l’instar de Lehman Brothers dont la faillite a bouleversé l’économie mondiale en septembre-octobre 2008, ces banques sont considérées par le FSB (Financial Stability Board) comme trop importantes pour que les pouvoirs publics les laissent tomber (en anglais : « too big to fail »). Elles sont dites systémiques du fait de leur poids et du danger que la faillite de l’une d’entre elles représenterait pour le système financier privé au niveau international. En 2011, parmi les 29 banques systémiques, on comptait 4 banques françaises (Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas et BPCE), 2 banques allemandes (Deutsche Bank et Commerzbank), 1 italienne (Unicredit), 1 espagnole (Santander), 1 belgo-française (Dexia), 1 hollandaise (ING), 4 britanniques (HSBC, Lloyds, Barclays et Royal Bank of Scotland), 2 suisses (UBS, Crédit suisse), 1 suédoise (Nordea), 8 états-uniennes (JPMorgan, Bank of America, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Citigroup, Bank of New York Mellon, Wells Fargo, State Street), 3 japonaises (Sumitomo, Mitsubishi UFJ FG, Mizuho FG), 1 chinoise (Bank of China). En 2012, le G20 a retiré 3 de ces banques de la liste (Dexia, Commerzbank, Lloyds) et en a ajouté 2 (l’espagnole BBVA et la britannique Standard Chartered).

Andrew Haldane affirme que l’augmentation du ratio fonds propres par rapport au bilan des banques qui sera généralisé à partir de 2018-2019 est tout à fait insuffisant et n’est pas de nature à réellement diminuer les risques et les effets d’une faillite. Il recommande de réduire de manière drastique la taille des banques. Thomas Hoenig, de la US Federal Deposit Insurance Corporation, l’institution créée pendant la présidence de Roosevelt pour réguler le système bancaire, affirme que les cloisons mises en place pour séparer différents types d’activités des banques sont en réalité poreuses. Il plaide pour que soit adoptée une loi de type Glass-Steagall afin de séparer radicalement les banques de dépôts et les banques d’affaire. Il estime également que le niveau des fonds propres qui sera exigé à partir de 2018-2019 devrait être multiplié au moins par trois |13|.

Épilogue : Victoire des banquiers grâce aux autorités de contrôle

Début janvier 2013, le comité de Bâle |14| a renoncé à l’application d’une des exigences qu’il avait mises en avant à l’égard des banques. Elles ne devront pas constituer un amortisseur de chocs financiers sous la forme d’une réserve permanente de liquidités (liquidity coverage ratio, LCR), qui aurait dû leur permettre de faire face à une crise d’une durée de 30 jours. Il était prévu que la mesure entrerait en vigueur en 2015, elle est maintenant reportée à 2019 ! En première page, les périodiques financiers ont clairement souligné qu’il s’agissait d’une victoire des banques et d’un recul des autorités de contrôle. Le Financial Times titrait le 8 janvier 2013 : « Victoire des banques européennes après l’assouplissement des règles de Bâle. » |15The Economist titrait : « Les régulateurs adoucissent leur position en matière de liquidités » |16|. Non seulement l’application des mesures est reportée à 2019, autant dire aux calendes grecques, mais en plus les banques pourront comptabiliser, dans la réserve de liquidités (LCR), des produits structurés et toxiques comme les « mortgage backed securities ». C’est du grand n’importe quoi.

Quelques semaines plus tard, d’autres bonnes nouvelles ont fait plaisir aux banques. Michel Barnier, commissaire européen en charge des marchés financiers, a déclaré qu’il ne suivrait pas la principale recommandation du rapport Liikanen concernant le cloisonnement entre activités de banque de dépôts et activités de marché. Le Financial Times a titré : « Reculade de Bruxelles à propos du cœur de la réforme bancaire » |17|. Le journal explique que la Commission européenne a battu en retraite en ce qui concerne l’obligation qui pourrait être faite aux banques de séparer leurs activités de marché (entendez, hautement spéculative et à risque) et leurs activités de banques de dépôt.

Conclusion : Il faut rompre avec la soumission aux exigences des banques. En prenant un virage radical, il est possible de protéger les dépôts des épargnants, de financer des activités utiles aux biens communs, de garantir l’emploi et les conditions de travail du personnel du secteur. Pour cela, il faut un service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement. Le métier de la banque (au sens de constituer un instrument pour collecter l’épargne et pour octroyer du crédit) est trop sérieux pour être confié à des banquiers privés qui par définition cherchent à maximiser le profit de la poignée de grands propriétaires privés (le 1%, comme le mouvement Occupy Wall Street les a appelés). Il faut interdire les activités spéculatives et tous les instruments financiers qui les soutiennent. De même, il faut interdire les transactions avec les paradis fiscaux. Vu qu’elles utilisent de l’argent public, bénéficient de garanties de la part de l’État et doivent rendre un service de base fondamental à la société, les banques doivent être socialisées et placées sous contrôle citoyen |18|.

Eric Toussaint

Eric Toussaint

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques, 20 novembre 2012 (première partie)

Banques privéesLa BCE et la Fed au service des grandes banques privéesSérie : Banques contre Peuples : les dessous d’un match truqué ! 29 novembre 2012 (2ème partie)

Europe banque centraleLa plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne, Série « Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué ! », 24 décembre 2012 (troisième partie)

Money Market Funds Descente dans le milieu vicieux des banques, 16 janvier 2013 (quatrième partie)
arton banquesLes banques, ces colosses aux pieds d’argile, 08 février 2013 (cinquième partie)

 

 

Notes

|1| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Jean-Claude Lattès, 2007, p. 620.

|2Ibidem.

|3| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 2007, Éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 2007, p. 621.

|4| Discours de Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2008 à Toulon (cité dans Éric Toussaint et Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, 2012, p. 34).

|5| Source : RÈGLEMENT (UE) N o 236/2012 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 14 mars 2012 sur la vente à découvert et certains aspects des contrats d’échange sur risque de crédithttp://eur-lex.europa.eu/LexUriServ…
Comme l’indique le titre du règlement, sont également visées les ventes à découvert. La vente à découvert consiste à vendre sur le marché un titre que l’on ne possède pas, dans l’espoir de le racheter plus tard à un prix inférieur. La règlementation sur les ventes à découvert est assortie d’une série d’exceptions qui offrent de nombreuses possibilités d’y échapper.
Voir aussi : http://www.lemonde.fr/economie/arti…

|6| Voir Daniel Munevar, “Un pequeño recordatorio de parte de JP : La importancia de la Volcker Rule”, 25 mai 2012, http://cadtm.org/Un-pequeno-recorda…

|7| Voir Matt Taïbbi, « How Wall Street Killed Financial Reform », Rolling Stone, 10 mai 2012,http://www.rollingstone.com/politic…. Voir également Les Echos, « La réforme de Wall Street reste aux deux tiers inachevée », 12 décembre 2012, p. 28.

|8| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, octobre 2012. Onze experts composaient ce groupe de travail constitué par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme par une voie officielle, les turpitudes des banques, les risques ahurissants pris pour faire un maximum de profit. Voir le texte complet du rapport :http://ec.europa.eu/internal_market…

|9| Voir le texte complet : http://www.assemblee-nationale.fr/1…

|10| Voir l’excellente critique de Gaël Giraud au projet de loi sur la réforme bancaire en France ainsi que sur Dodd Franck, Vickers et Liikanen : http://www.lavie.fr/www/files/media…. Gaël Giraud montre que le projet de loi du gouvernement de François Hollande est plus favorable au statu quo et donc aux banques que la loi Dodd-Franck et les recommandations des commissions Vickers et Liikanen. Voir également : ATTAC, “Les 20 propositions d’Attac pour une véritable réforme bancaire”, 14 février 2013, http://www.france.attac.org/article…

|11Challenges, « La cloison bancaire est bien fragile », 11 octobre 2012, p. 28.

|12Financial Times, « Nordea chief takes a swipe at Liikanen », 30 octobre 2012.

|13| Le résumé des propos de Andrew Haldane et de Thomas Hoenig s’appuie sur : Financial Times, “Warnings over steps to reform biggest banks », 28-29 octobre 2012, p. 3.

|14| Le Comité de Bâle rassemble les banquiers centraux des pays du G20 sous l’égide de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle. Il est responsable de quatre missions principales : le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier, l’établissement de standards minimaux en matière de contrôle prudentiel bancaire, la diffusion et la promotion des meilleures pratiques bancaires et de surveillance ainsi que la promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel.

|15Financial Times, « European banks gain after Basel rules eased », 8 janvier 2013.

|16The Economist, « Bank liquidity. Go with the Flow. Global regulators soften their stance on liquidity », 12 janvier 2013, p. 60.

|17Financial Times, « Brussels retreat on key bank reform », 30 janvier 2013.

|18| Voir Patrick Saurin, “Socialiser le système bancaire », 2 février 2013,http://cadtm.org/Socialiser-le-syst…

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

Le pion chypriote

mars 28th, 2013 by Thierry Meyssan

Au sein de l’Union européenne, la crise financière chypriote n’est à nulle autre pareille. Pour la première fois des principes fondateurs de l’Union ont été mis en cause. Cette brèche ouvre un processus de décomposition politique qu’il sera difficile d’arrêter. Pour Thierry Meyssan, c’est un choix de Washington de privilégier la captation des capitaux pour résoudre sa propre crise financière, plutôt que de maintenir une organisation politique structurée de sa zone d’influence.

Photo : Conférence de presse de l’Eurogroupe, le 24 mars 2013 : Christine Lagarde, directrice générale du FMI ; Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas et président de l’Eurogroupe ; Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

 

Washington a été prompt à utiliser la crise financière chypriote pour mettre en œuvre la stratégie de captation de capitaux que je décrivais il y a trois semaines dans ces colonnes [1]. Avec l’aide de la directrice du Fonds monétaire international, l’États-unienne Christine Lagarde, ils ont remis en cause l’inviolabilité de la propriété privée dans l’Union européenne et tenté de confisquer un dixième des dépôts bancaires, prétendument pour renflouer la banque nationale chypriote affectée par la crise grecque.

Il va de soi que la finalité annoncée n’est qu’un prétexte car loin de résoudre le problème, cette confiscation si elle devait être mise en œuvre ne pourrait que l’aggraver. Menacés, les capitaux restants fuiraient l’île provoquant l’effondrement de son économie.

La seule véritable solution serait d’annuler les dettes en anticipant les recettes d’exploitation du gaz chypriote. Ce serait d’autant plus logique que ce gaz bon marché relancerait l’économie de l’Union européenne. Mais Washington en a décidé autrement. Les Européens sont priés de continuer à se procurer leur énergie au prix fort au Proche-Orient, tandis que ce gaz à bas prix est réservé à alimenter l’économie israélienne.

Pour masquer le rôle décisionnaire de Washington, ce hold-up bancaire n’est pas présenté comme une exigence du FMI, mais comme celle d’une troïka incluant l’UE et la BCE. Dans cette perspective, la confiscation remplacerait une dévaluation rendue impossible par l’appartenance à la zone euro. Sauf qu’ici la dévaluation ne serait pas une politique de Nicosie, mais un diktat du patron de la BCE, Mario Draghi, l’ex-directeur européen de la banque Goldman Sachs, qui est précisément le principal créancier de Chypre.

Madame Lagarde, ex-conseillère juridique du complexe militaro-industriel US, ne cherche pas à nuire à Chypre, mais à affoler les capitaux basés en Europe et à les guider jusqu’à Wall Street pour qu’ils relancent la finance US. Pourquoi s’en prendre à cette île ? Parce que c’est un des rares paradis fiscaux restant au sein de l’Union européenne et parce que les dépôts y sont principalement russes. Pourquoi le faire maintenant ? Parce que les Chypriotes ont commis l’erreur d’élire comme nouveau président l’États-Unien Nikos Anastasiades. Ils ont ainsi marché sur les pas des Grecs qui, victimes du même mirage américain, avaient élu comme Premier ministre l’États-unien Georgios Papandreou.

Cette petite cuisine a cependant mal tourné. Le Parlement chypriote a rejeté à l’unanimité des suffrages exprimés la taxation confiscatoire des dépôts bancaires. Il y a là un apparent paradoxe. Le gouvernement libéral veut nationaliser une dixième des capitaux tandis que le Parlement communiste défend la propriété privée. C’est que cette nationalisation ne se ferait pas au profit de la collectivité nationale, mais de la finance internationale.

Les conseils amicaux ont donc fait place aux menaces. On parle d’exclure Chypre de la zone euro, si les représentants de son Peuple persistent dans leur refus. Ce n’est pourtant guère possible. Les traités ont été ainsi conçus que la zone euro est un voyage sans retour. Il n’est pas possible de la quitter de son propre chef, ni d’en être exclu, à moins de quitter l’Union européenne.

Or cette option, qui n’avait pas été envisagée par les racketteurs, est redoutée par Washington. Si l’île sortait de l’Union, elle serait rachetée pour une dizaine de milliards de dollars par Moscou. Il s’agirait du plus mauvais exemple : un État de la zone d’influence occidentale rejoignant la zone d’influence russe, dans un chemin inverse à tout ce à quoi on a assisté depuis la chute de l’URSS. Il ne manquerait pas d’être suivi par les autres États des Balkans, à commencer par la Grèce.

Pour Washington, ce scénario catastrophe doit être évité coûte que coûte. Il y a quelques mois, il avait suffit au département d’État de froncer les sourcils pour qu’Athènes renonce à vendre son secteur énergétique à Moscou. Cette fois, tous les moyens, même les plus anti-démocratiques, seront utilisés contre les Chypriotes s’ils résistent.

La Russie feint de ne pas être intéressée. Vladimir Poutine a négligé les offres avantageuses d’investissement qui lui ont été faites par le gouvernement Anastasiades. C’est qu’il n’a pas l’intention de sauver les oligarques russes qui avaient planqué leurs capitaux dans l’île, ni l’Union européenne qui les avaient aidé à organiser leur évasion fiscale. En coulisse, il a négocié un accord secret avec Angela Merkel qui devrait permettre une solution financière à la crise, mais devrait aussi déboucher sur une vaste remise en cause de règles européennes. Au passage, le Tsar a glané des informations étonnantes sur les investissements de la Russie dans l’île durant l’ère Medvedev ; des informations qu’il pourrait utiliser comme moyen de pression supplémentaire sur son inconsistant Premier ministre.

Thierry Meyssan


Thierry MeyssanThierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur duRéseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

SYRIE : Pont aérien Cia pour armer les « rebelles »

mars 27th, 2013 by Manlio Dinucci

Dans la « guerre couverte » en Syrie, on découvre désormais les cartes. Après que le centre de Damas a été touché par des projectiles de mortier et des missiles qui ont tué plusieurs civils, le commandant « rebelle » Abou Omar, revendiquant le mérite de l’action, a déclaré hier 26 mars au New York Times que « les groupes rebelles autour de Damas ont été renforcés par de nouvelles fournitures d’armes à travers la Jordanie avec l’assistance américaine ». Une enquête de ce même journal confirme ce que nous écrivons depuis longtemps sur il manifesto : l’existence d’un réseau international, organisé par la Cia, à travers lequel un flux croissant d’armes arrive aux « rebelles » en Syrie.

Depuis des centres opérationnels appropriés, des agents de la Cia pourvoient à l’achat d’armes avec des financements (de l’ordre de milliards de dollars) concédés principalement par Arabie saoudite, Qatar et autres monarchies du Golfe ; ils organisent ensuite le transport des armes en Turquie et Jordanie à travers un pont aérien, puis les font enfin parvenir, à travers la frontière, aux groupes en Syrie, déjà entraînés dans les camps installés à cet effet en territoire turc et jordanien.

Depuis que l’opération a commencé en janvier 2012, au moins 3.500 tonnes d’armes, selon une estimation par défaut, ont ainsi été transportées par pont aérien. Les premiers vols ont été effectués, par des avions militaires de transport C-130, du Qatar en Turquie. Depuis avril 2012 ont été utilisés de gigantesques avions cargos C-17, fournis par le Qatar, qui ont fait la navette entre la base aérienne de Al Udeid et celle turque de Esenboga. Détail non négligeable : la base aérienne qatari de Al Udeid abrite le quartier général avancé du Commandement central Usa, avec un personnel de plus de 10mille militaires, et fonctionne comme hub pour toutes les opérations au Moyen-Orient. Dans ses dépôts sont stockés des armes de tous types, y compris certainement aussi celles non made in Usa, plus adaptées pour les opérations « couvertes ». Depuis octobre 2012, des avions jordaniens C-130 ont atterri dans la base turque de Esenboga, pour charger des armes à transporter à Amman pour les « rebelles » syriens.

En même temps, des avions cargos jordaniens ont commencé à faire la navette avec Zagreb, en transportant à Amman des armes d’arsenaux croates achetées avec les financements saoudiens. Pour cette opération on utilise de gigantesques avions Iliouchine de la Jordanian International Air Cargo. Depuis le mois de février 2013, aux vols des avions cargos qatari et jordaniens se sont ajoutés des saoudiens, effectués par des C-130 qui atterrissent sur la base turque d’Esenboga.

Malgré les démentis de Zagreb, l’enquête a amplement documenté l’engagement de la Croatie dans ce trafic international d’armes, dirigé par la Cia. Un acte méritoire pour la Croatie qui, pour son rôle dans la désagrégation de la Yougoslavie, a été récompensée par son admission dans l’Otan en 2009. A présent, en participant à l’opération pour la désagrégation de la Syrie, elle acquiert de nouveaux mérites aux yeux de Washington. Et ceci à la veille de son admission dans l’Union européenne, dont elle deviendra le 28° membre en juillet prochain. Elle pourra ainsi joindre sa voix à celle de l’Union européenne qui, tandis qu’elle renforce l’embargo des armes à l’égard du gouvernement syrien, déclare vouloir « atteindre une solution politique qui permette d’arrêter le massacre et autorise la fourniture d’aides humanitaires rapides et efficaces, avec une attention particulière pour les enfants ».

Manlio Dinucci

Edition de mercredi 27 mars de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Obama et son Vietnam du Proche-Orient

mars 27th, 2013 by Mohamed Bouhamidi

Le pays du Sham – ou grande Syrie – concentre une extraordinaire diversité humaine tant au plan ethnique qu’au plan des confessions et des langues. Des églises donnent encore la messe dans la langue de Jésus et en Syriaque. C’est vous dire la précieuse diversité humaine de cette région (et de ses connexions méditerranéennes) qui dit les origines et les péripéties de la formation de la pensée et de l’imaginaire du Monde Occidental. Croyances, écriture et Ecritures, mythes et Raison, cosmogonies, géométrie et arithmétique, philosophie, concepts et modèles politiques, tout ou presque de la culture occidentale vient de cette région, musée vivant qu’aucun incendie, y compris les croisades et le Sykes-Picot, n’a pu détruire.

Un monde sensé et une humanité intelligente auraient témoigné au pays du Sham  la même attention respectueuse manifestée à la biodiversité sans laquelle rien ne peut se régénérer. La dispersion des Chrétiens d’Irak montre le désastre infligé à cette diversité par les politiques des USA, d’Israël et de leurs auxiliaires wahhabites. Un jour, il faudra bien rajouter aux crimes de l’impérialisme l’atteinte à l’« homo diversité » au même titre que l’atteinte à la biodiversité.

En réglant les petits et les grands problèmes de ses auxiliaires turcs et israéliens, en redonnant de l’éclat à un Erdogan bien terni par ses déceptions syriennes, en anesthésiant avec quelques dollars un roi jordanien effrayé par son inexorable départ au profit d’une nouvelle entité islamiste jordano-palestinienne qui soulagera Israël de ses Palestiniens de Cisjordanie, en ordonnant la démission d’un Mikati, qui a tout fait pour faciliter les activités de l’ASL et d’El Qaïda, et en donnant ipso facto le signal d’une offensive généralisée contre la Syrie et contre les positions du Hezbollah, Obama vient de mettre de l’ordre dans ses troupes. Cette offensive sera sans merci.

La concentration de troupes mercenaires et djihadistes au Liban, en Turquie, en Jordanie paraît suffisante pour donner l’estocade à l’armée syrienne. Obama a mis dans cette annonce tous les signes d’une lutte pour la vie ou pour la mort. En réaffirmant que le minimum est le départ d’El Assad, il brûle ses vaisseaux et s’interdit toute retraite. Il avertit ses troupes qu’elles jouent leur survie. La formation de ce gouvernement sous chefferie américaine porte le même sens. Que reste-t-il à négocier si ce gouvernement d’une faction politique – car il existe d’autres oppositions en dehors de la coalition et notamment celle de Manaâ – occupe le siège de toute la complexe Syrie et sous ce nouveau-ancien ?

En Côte d’Ivoire, en Libye, aujourd’hui en Syrie et au Mali, la ligne de conduite invariable des puissances coloniales reste le refus de toute issue négociée. En imposant cette ligne de conduite, les USA poussent sciemment à l’irréparable pour préparer dans les têtes le recours à un refuge communautaire et à un état confessionnel ou ethnique. Voilà le crime que commet en ce moment Obama en mettant en bon ordre de marche Netanyahu, Erdogan, Abdallah II, le Qatar, l’Arabie saoudite et des forces libanaises agglomérées autour de Hariri. Il doit aboutir à la mort de la nation syrienne et libanaise, à la mort de la vie commune, dans une identité nationale et humaine commune de cette extraordinaire diversité. Le meurtre d’El Bouti par son message de terreur et de promesse de nettoyage participe de cet ordre de guerre.

Obama a échoué les trois premiers plans offensifs. Il en est au quatrième avec la même obstination, car il mesure ce qu’un échec américain en Syrie signifierait pour sa force de dissuasion déjà mise mal par Chavez, par l’Iran et moins spectaculairement par les Brics. Il ne s’agit plus de l’hybris d’une Clinton survoltée par l’audace de la volonté adverse syrienne, mais de la froide évaluation qui a investi l’hybris dans la nécessité de la guerre de destruction de toute la région.

Pour réussir sa guerre, qui devait rester circonscrite à la Syrie, Obama est obligé de l’élargir au Liban pour frapper le Hezbollah tenu pour facteur essentiel de la résistance syrienne, de mobiliser encore plus de forces incluant Israël et la Jordanie, de faire encore plus de place au Qatar et aux djihadistes et, donc, faire peser plus de menaces à cette diversité humaine qui n’aura plus que le choix de la résistance. Quand ils organisent le 2 et le 4 août 1964 la provocation du Golfe du Tonkin, les USA ne doutaient pas de leur victoire au Vietnam. La même hybris les aveugle aujourd’hui.

 Mohamed Bouhamidi
  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Un peu d’histoire

Les récents événements à Chypre ont donné lieu à un déferlement médiatique excessif et souvent bien éloigné de la réalité. La partie sud de l’île de Chypre (la partie nord étant envahie militairement par la Turquie depuis 1974) est peuplée de 770.000 habitants et ne représente que 0,3% du PIB de la zone euro. L’île, bien que relativement méconnue du grand public, du moins jusqu’à cette crise, a eu une histoire très tumultueuse la partageant largement entre l’Occident et l’Orient. Les lecteurs souhaitant en savoir plus peuvent consulter cette histoire illustrée de l’île s’arrêtant à 2004.

C’est justement à cette date que Chypre a intégré l’Union Européenne (le pays étant le plus riche des nouveaux entrants à l’époque) puis en 2008 Chypre a intégré la zone euro. A ce moment l’île connaissait déjà des afflux de capitaux russes et la législation fiscale y était déjà sensiblement la même qu’aujourd’hui. La même année la crise financière à frappé l’île comme tous les pays occidentaux et lors de la restructuration de la dette Grecque, les actifs des banques Chypriotes (qui contenaient une forte proportion de bons du trésor grecs) ont été brutalement dévalorisés par cette décision de l’Eurogroupe. Le pays en 2011 avait pourtant une dette en pourcentage du PIBinferieure à celle de la France, de  l’Italie et  de l’Allemagne. Jacques Sapir rappelle en outre que les banques chypriotes ont aujourd’hui des actifs qui sont égaux à 7,5 fois le PIB de l’île, alors que la moyenne dans l’UE est de 3,5 fois, mais que c’est largement moins par exemple que le Luxembourg dont les actifs bancaires pèsent 22 fois le PIB.

Le racket fiscal: nouvelle solution pour régler la crise?

La Troïka (une alliance de la BCE, du FMI et de l’UE) a donc choisi une mesure radicale pour récupérer la trésorerie nécessaire au renflouement des banques: le prélèvement de l’argent via une ponction obligatoire pour tous les détenteurs de comptes sur l’île. Une mesure sans précédent et vraisemblablement contraire à toutes les normes juridiques bancaires internationales, que les autorités russes ont qualifié non seulement d’injustes et dangereuses et qui montrent bien selon eux que le modèle économique néolibéral est complètement épuisé. Des officiels russes ont même parlé d’une mesure de type soviétique et la presse russe à elle titré sur la fin de l’Europe civilisée.

Les commentateurs français quand à eux ont ces derniers jours au contraire justifié ce racket fiscal imposé sur les comptes chypriotes par la Troïka en affirmant qu’après tout on y prélevait de l’argent sale et russe, ou russe et donc sale, et que par conséquent la mesure était justifiée. Mention spéciale à Marc Fiorentino pour qui il ne faut pas“s’emmerder” avec ce pays (…) Dans “lequel les gens ne payent pas leurs impôts (…) Et en frappant l’argent de la mafia russe”. Les Chypriotes apprécieront. Pour Christophe Barbier la mesure vise “l’argent pas propre de Chypre” ce que les milliers de petits salariés qui risquent d’être maintenant licenciés auront sans doute du mal à croire.

Les politiques ne sont pas en reste. Pour le Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères Bernard Cazeneuve “il est normal que les oligarques russes payent”, pour Alain Lamassoure “il est normal que la lessiveuse à laver l’argent sale qu’est Chypre soit arrêtée et que les oligarques russes payent” et pour Daniel Cohn-Bendit “qu’on taxe un oligarque russe ne va pas lui faire mal digérer ce qu’il a mangé ce soir” (sources). Quand a François d’Aubert il affirme lui “qu’il n’y a pas de raison que le contribuable européen finance l’épargne des oligarques russes”.

On aimerait bien entendre les mêmes commentateurs sur les investissements russes en Angleterre, ce pays qui accorde le droit de résidence à un grand nombre d’oligarques dont on peut grandement douter qu’ils aient fait fortune légalement, ou même et pour faire plus proche sur nombre d’investissements russes en France notamment sur la cote d’Azur à la fin des années 90.

Romaric Gaudin remet lui relativement les pendules à l’heure en rappelant que “Les Européens, prompts à pleurer sur le sort peu enviable de Mikhaïl Khodorkovski oublient que ce dernier avait construit son empire sur la banque Menatep, basée à… Chypre” ou encore que “Lorsque l’argent russe va vers Chypre, il est forcément sale. En revanche, lorsque l’argent russe construit un gazoduc sous la baltique vers l’Allemagne, investit dans le football britannique, il devient respectable”.

Les mythes sur Chypre ont la peau dure

A Chypre, en y regardant de plus près, la situation n’est pas vraiment celle décrite dans la presse francophone.

D’après l’économiste Natalia Orlova, le montant des dépôts dans les banques chypriotes s’élève à 90 milliards d’euros (particuliers et entreprises) dont seulement 30% est détenu par des personnes (morales ou physiques) pas originaires de la zone Euro. Les dépôts russes à Chypre sont selon elles estimés à environ 20 milliards et 13 milliards correspondent à des dépôts grecs, britanniques mais aussi du Moyen-Orient. L’immatriculation de sociétés a en effet contribué à la fortune de Chypre, qui offre il est vrai un cadre légal et fiscal avantageux et très souple. De nombreuses sociétés se sont ainsi très logiquement et légalement domiciliées à Chypre, au sein de l’Union Européenne. Parmi elles de nombreuses sociétés russes ayant des activités économiques intenses avec l’UE, bénéficiant à Chypre d’un régime fiscal avantageux (I.S à 10%) et d’un traité de non double imposition leur permettant donc de rapatrier leurs profits  en Russie sans être taxées deux fois.

Les arguments basés sur la “volonté de lutter” contre le blanchiment d’argent sale et russe, ou russe et forcément sale, ont tourné à la caricature grotesque puisque si les dépôts russes à Chypre se montent à environ 20 milliards d’euros, à titre de comparaison l’an passé, on a enregistré 120 milliards d’euros de mouvements de fonds russes vers Chypre, mais aussi et surtout 130 milliards d’euros de mouvements de fonds de Chypre vers la Russie (sources ici et la). Depuis 2005 les investissements de Chypre vers la Russie sont supérieurs aux investissements de Russie vers Chypre! Selon Marios Zachariadis, professeur d’économie à l’université de Chypre: “la proportion des avoirs étrangers illégaux à Chypre n’est pas supérieure à ce qu’elle est en Suisse ou au Luxembourg“, pays qui vient par ailleurs il y a peu de signer le traité de non double imposition avec la Russie tout comme Chypre. Une réalité confirmée par le secrétaire d’Etat allemand aux Finances, Stefan Kampeter qui a explicitement affirmé qu’il “n’y avait aucun signe à Chypre de dépôt illégal et que les allégations de blanchiment d’argent contre Chypre ne pouvaient être prouvées”.

Le parlement chypriote a voté contre le pan initial de la Troïka qui envisageait un prélèvement obligatoire sur tous les comptes de l’île et c’est seulement dans la nuit de dimanche à lundi dernier qu’un accord a été trouvé, à savoir le prélèvement de 100% des actifs au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la banque la plus malade de l’île, et un pourcentage non encore fixé (30 à 40%) au-dessus de 100.000 euros sur tous les comptes de la seconde grande banque du pays. En clair, le racket pur et simple de l’argent chypriote et non chypriote (russe, est européen, anglais et oriental) massivement stocké dans les deux principales banques de l’île. Est-ce normal que des actifs étrangers légaux payent pour la crise grecque? Peut-on imaginer les sociétés françaises ou américaines de Russie se faire taxer 40% de leurs actifs pour payer la dette d’un pays qui au sein de l’Union Eurasiatique serait mal en point? On peut tenter d’imaginer la réaction américaine dans une telle situation.

La guerre financière, entre énergie et orthodoxie

Chypre apparaît en réalité de plus en plus comme un maillon (un pion pour Thierry Meyssan) au cœur d’une tension géopolitique opposant de plus en plus directement et frontalement la Russie et l’Occident.

L’Eurogroupe a sans doute rempli ses objectifs réels. Tout d’abord celui de prendre une mesure test sur un pays de petite taille et qui a sans doute servi de laboratoire. Déjàl’Espagne et la Nouvelle Zélande se sont dites prêtes à faire passer une mesure similaire, pour combler le déficit de leurs systèmes bancaires. Nul doute que la liste va s’allonger. Les conséquences vont sans doute être très lourdes et pourraient insécuriser de nombreux titulaires de comptes dans la zone Euro. Bien que l’Eurogroupe répète en boucle que Chypre est un cas bien à part, nombreux sont les Européens tentés de déplacer leurs actifs financiers ailleurs, et sans doute outre-Atlantique, affaiblissant ainsi de plus en plus l’Europe et la zone euro. Les Chypriotes l’ont bien compris en brandissant dans la rue des pancartes “Nous ne serons pas vos cobayes” et alors que les rues de Nicosie sont pleines de messages adressés aux frères orthodoxes russes et que les manifestations de ces derniers jours voient fleurir les drapeaux russes.

Après la faillite de la Grèce, la Russie s’était engagée il y a près d’un an sur la voie du rachat du consortium gazier grec DEPA/DESFA par Gazprom. Ces négociations intervenaient quelques mois après la chute du régime libyen (et la perte financièreimportante liée pour Moscou) mais elles se sont visiblement arrêtées lorsqu’il y a un mois le département d’Etat américain a tout simplement mis en garde Athènes contre une coopération énergétique avec Moscou et déconseillé une cession de DEPA à Gazprom qui “permettrait à Moscou de renforcer sa domination sur le marché énergétique de la région”. Empêcher une plus grande intégration économique Russie-UE est-il vraiment dans l’intérêt de l’Europe aujourd’hui alors que le président chinois vient de faire sa première visite internationale à Moscou avec à la clef une très forte intensification de la coopération politique, militaire mais aussi et surtout énergétique entre les deux pays ?

En sanctionnant ainsi directement les actifs russes dans les banques de Chypre, c’est la Russie qui est directement visée et touchée. Bien sur les Russes ont logiquement des visées et elles sont bien plus importantes que la simple exploitation du gaz offshore dont le consortium russe Novatek a été exclu de façon assez inexpliquée. D’après l’expert en relations internationales Nouriel Roubini, la Russie vise simplement l’installation d’une base navale sur l’île (ce que les lecteurs de RIA-Novosti savent depuis septembre dernier) et que les Russes pourraient tenter de monnayer en échange d’une aide financière à Nicosie.

A ce titre, les négociations russo-chypriotes n’ont pas échoué contrairement à ce que beaucoup d’analystes ont sans doute hâtivement conclu. Mais Chypre ne se trouve sans doute pas suffisamment dans la sphère d’influence russe au vu de la dimension de tels enjeux. Il faudrait pour cela qu’elle quitte l’UE et rejoigne la Communauté économique eurasiatique, comme l’a clairement indiqué Sergueï Glaziev, le conseiller du président Poutine.

Il faut rappeler que Sergueï Glaziev avait au début de cette année dénoncé la “guerre financière totale que mènent les pays occidentaux contre la Russie aujourd’hui”. Une guerre financière qui semble confirmée par les dernières menaces de la BCE envers la Lettonie pour que celle-ci n’accueille pas d’éventuels capitaux russes qui pourraient vouloir sortir de Chypre.

Sur le plan extérieur, Chypre reste un maillon crucial pour la Russie dans le cadre de son retour au Moyen-Orient et en Méditerranée, mais aussi dans le cadre de ses relations avec l’Occident. Sur le plan intérieur, le pouvoir russe peut enfin montrer qu’il est décidé à maintenir ses objectifs de lutte contre l’offshorisation de l’économie russe, dont Vladimir Poutine avait fait un point essentiel, dans son discours de fin d’année 2012. C’est dans cette optique que le groupe public russe Rosneft vient d’indiquer qu’il allait rapatrier de plusieurs zones du monde réputées offshore les actifs hérités lors de l’acquisition de son concurrent anglais: TNK-BP, notamment de Chypre et des Caraïbes.

Au cœur du monde orthodoxe, la fin du rêve européen?

Mais pendant qu’Occident et Russie s’affrontent par territoires interposés au cœur de la Méditerranée (Grèce, Syrie, Chypre…) le peuple chypriote et les dizaines de milliers de travailleurs anglais et est-européens immigrés à Chypre vont payer la facture et sans doute traverser des années difficiles, Jean Luc Mélenchon a par exemple déjà promisl’enfer aux Chypriotes.

Alors que la Bulgarie a récemment  interrompu ses négociations d’intégration à l’euro, la Grèce continue à s’enfoncer dans l’austérité. A Chypre aujourd’hui, selon les derniers sondages, 67% des habitants souhaitent désormais que leur pays quitte la zone euro, l’UE, et se rapproche de la Russie, une position soutenue activement par l’église orthodoxe chypriote.

Au cœur de la Méditerranée et du monde orthodoxe, le rêve européen semble toucher à sa fin.

Alexandre Latsa

Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un “autre regard sur la Russie”.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Samedi 23 mars, le gouvernement français a confirmé la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, le dirigeant d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) lors d’une opération militaire menée le mois dernier par la France au Nord Mali.

Dans un communiqué de presse du palais de l’Elysée, le président français, François Hollande, a confirmé que la mort de Zeid était survenue « lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar [montagne] des Ifoghas au Nord du Mali, à la fin du mois de février. »

Le 28 février, la chaîne algérienne Ennahar TV avait tout d’abord rapporté que Zeid avait été tué le 25 février en même temps que 40 militants islamistes lors de combats survenus près de la région montagneuse de Tigargara au Nord Mali. A l’époque, Paris n’avait ni démenti ni confirmé sa mort dans l’attente des résultats de tests ADN. Le 1er mars, le président du Tchad, Idriss Deby, avait dit que Zeid avait été tué par des troupes tchadiennes combattant aux côtés de la France.

La France a envahi le Nord Mali en janvier en affirmant que l’opération faisait partie de la « guerre contre le terrorisme » et visait à reconquérir des parties du Nord Mali contrôlées depuis 2012 par des milices islamistes et touareg. La France a envoyé quelque 4.000 soldats au Mali et supervisé le déploiement de quelque 8.000 soldats ouest-africains combattant aux côté des troupes françaises et des forces gouvernementales maliennes.

Paris a capturé des villes clé au Nord Mali, dont Gao, Kidal et Tombouctou d’abord par des frappes aériennes puis par des assauts terrestres. Le bilan des victimes civiles de la guerre de la France est toutefois encore inconnu «étant donné que Paris bloque les reportages sur la région ravagée par la guerre. Cinq soldats français ont été tués.

Le communiqué de l’Elysée affirme que la mort de Zeid est une victoire dans la guerre contre le terrorisme : « Cette disparition de l’un des principaux chefs d’AQMI marque une étape importante dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. »

En fait, l’intervention de l’armée française au Mali n’a rien à voir avec une lutte contre le terrorisme. C’est le prétexte pour une intensification de la guerre en Afrique qui est liée aux intérêts géostratégiques des puissances impérialistes et visant à miner l’influence de puissances rivales, notamment la Chine. La guerre, qui est menée pour le contrôle des régions du Mali potentiellement riches en pétrole et localisées au milieu de la région stratégique du Sahel, sert de couverture politique au déploiement des forces françaises, américaines et européennes dans le but de sécuriser les mines d’uranium du Sahel, des bases militaires et d’autres emplacements clé. (Voir : La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger».)

Tout comme al Qaïda et son dirigeant initial, Oussama ben Laden, AQMI a souvent aligné la politique réactionnaire de ses organisations sur les intérêts des puissances impérialistes.

Abou Zeid, d’origine algérienne, était un membre du parti islamiste algérien, le Front islamique du Salut (FIS). Zeid avait rejoint le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) dont les forces avaient à l’origine été mobilisées par l’impérialisme américain afin de combattre le régime de Kaboul soutenu par l’Union soviétique dans les années 1980 et 1990. Il était ensuite retourné en Algérie.

Mais Paris, qui était appuyé par Washington, s’était vivement opposé en 1990 à la victoire du FIS lors des élections algériennes, soutenant un coup d’Etat militaire. Ceci avait déclenché la guerre civile algérienne brutale, durant laquelle plus de 100.000 Algériens furent tués et durant laquelle le régime algérien avait renforcé ses relations avec la France, son ancienne puissance coloniale. De nombreux combattants islamistes algériens avaient cherché refuge au-delà de la frontière algérienne, au Nord Mali.

En 2007, le GSPC a changé de nom pour devenir Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique. Cependant, lors d’un autre virage abrupt, ces forces ont une fois de plus été mobilisées par l’impérialisme après les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Egypte durant l’hiver 2011.

Après avoir attaqué la Libye en mars 2011, Paris et Washington ont soutenu les milices islamistes liées à AQMI pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi. En Syrie, les puissances occidentales et leurs puissances régionales, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent encore le Front al-Nusra, qui est affilié à al Qaïda, encourageant une guerre civile visant à renverser le président Bachar al Assad.

La mort d’Abou Zeid ne mettra pas fin à la violence impérialiste administrée par la France à la population au Nord Mali, pas plus qu’elle ne marque une avancée dans une soi-disant lutte contre le terrorisme.

Sur fond de mécontentement populaire et de diminution du soutien pour la guerre dans les sondages publics, le gouvernement Hollande est en train de dire qu’il pourrait commencer à retirer des troupes dès le mois prochain. Le 20 mars, Hollande a annoncé que « la quasi-totalité du territoire sera revenue à la souveraineté du Mali dans quelques jours. »

En réalité les combats se poursuivent au Mali Nord. Samedi, des affrontements ont eu lieu après que les rebelles islamistes du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ont pénétré dans la ville de Gao. C’était la troisième attaque majeure depuis la prise de Gao par les troupes françaises et maliennes.

Selon Al Jazeera, « L’assaut montre que le MUJAO reste bien implanté et capable de lancer des attaques malgré les milliers de soldats français qui ont affranchi la plupart des villes du Nord Mali du contrôle des rebelles. »

Alors que la guerre continue au Mali, Paris poursuit ses ambitions impérialistes en promouvant les projets de coopération de reconstruction des entreprises françaises au Mali. Des responsables français et maliens ont organisé la semaine passée une conférence à Lyon pour discuter d’environ 300 projets locaux.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit, « Nous sommes en train de gagner la guerre. Il faut aussi gagner la paix. Et pour gagner la paix, il y a toute une série d’actions à la fois démocratiques et de développements. Et bien évidemment, les collectivités locales, l’Etat français et l’Europe, les collectivités internationales aussi, doivent aider à ce développement. Simplement, il faut maintenant que l’on assure la sécurisation [du pays]. »

Kumaran Ira

Article original, WSWS, paru le 25 mars 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

…Bergoglio vient de loin et, bien qu’il n’ait pas eu un rôle de premier plan dans l’église argentine complice de la dictature, il émerge de cette histoire avec un passé qui pourrait affaiblir son autorité et qu’il est utile de connaître, en dehors de toute démonisation ou sanctification. Pour commencer par les démonisations, la photo qui tourne depuis des heures sur Internet et qui fait en ce moment l’ouverture du site de l’hebdomadaire mexicain Proceso [Processus], où l’on voit un prélat donner la communion au dictateur Videla, est un faux : ce n’est pas Bergoglio. En outre, parmi les accusations que nous examinerons, contrairement à tout ce qui est affirmé de façon répétée, aucune n’a conduit à la mort de quiconque.

Il est difficile d’avoir été un prélat important dans l’Argentine des années 70 tout en restant étranger à une histoire de déchirements, drames, crimes, persécutions telle que celle de l’église argentine. Celle-ci, contrairement aux églises chilienne et brésilienne qui peuvent se prévaloir de plus de lumières que d’ombres, fut sûrement la pire, parmi toutes les églises catholiques, complice et souvent même ordonnatrice des crimes commis par les dictatures civilo-militaires qui dévastèrent l’Amérique latine dans les années 60 et 70. Il y a à peine un mois, une sentence de la magistrature mit noir sur blanc la pleine complicité de l’église catholique, y compris du primat de l’époque, le Cardinal Raul Primatesta et du nonce apostolique Pio Larghi, dans l’assassinat de l’évêque Enrique Angelelli et des prêtres Carlos de Dios Murias et Gabriel Longueville. La sentence confirmait tout ce qu’on savait à partir de mille témoignages et documents. Dans le cadre du génocide, l’église catholique argentine ne fut pas seulement complice : ses dirigeants perpétrèrent une sorte d’extermination interne en faisant éliminer prêtres et religieuses proches de l’option d’une préférence pour les pauvres décidée lors de la Conférence Eucharistique de Medellin en 1968, ou, simplement, gênants. Il y eut au moins 125 prêtres engagés dans ce mouvement qui moururent ou “disparurent”. Nombre de ceux qui perdirent la vie furent désignés aux bourreaux par les dirigeants catholiques mêmes, Tortolo, Primatesta, Aramburu, qui collaborèrent activement aux crimes aussi bien qu’à leur postérieure dissimulation.

Nous parlons ici d’une frontière ambiguë entre complicité et meurtre et c’est dans ce cadre qu’il faut mesurer actions et omissions. L’ordre auquel appartient le Pape François, l’ordre jésuite, reste en marge de la complicité avec la dictature pour les 30000 desaparecidos et la guerre intestine dans l’église même. Cependant, nombreuses sont les accusations qui frappent l’actuel pape argentin pour les six années où il a été Provincial des jésuites entre 1973 et 1979. La plus grave et circonstanciée est portée en particulier par Horacio Verbitsky, auteur de El Vuelo, le premier livre dénonçant les vols de la mort, toujours méticuleux dans ses accusations ; il est aujourd’hui président du CELS, la plus importante institution de défense des droits de l’homme du pays ; il accuse Bergoglio d’avoir refusé sa protection à plusieurs jeunes prêtres de son diocèse, trop exposés dans leur travail social avec les pauvres. Deux d’entre eux furent séquestrés pendant cinq mois. L’un d’eux, Orlando Yorio, rapporta à Verbitsky qu’il avait été livré par Bergoglio à Massera (1) lui-même, et nombreux sont les témoignages sur l’amitié entre le nouveau pape et l’Amiral membre de la Loge P2. “Bergoglio s’en est lavé les mains. Il ne pensait pas que j’en sortirais vivant.” Pour Emilio Mignone, l’une des plus pures figures de défenseur des droits de l’homme en Argentine, qui confirme et précise la dénonciation de Verbitsky, et auteur d’un texte aujourd’hui encore fondamental sur église et dictature, Bergoglio “est un de ces pasteurs qui ont livré leurs brebis.” Les accusations de Verbitsky sont aussi confirmées par Olga Wornat, dont le travail est en général étayé par un nombre énorme de témoignages.

Après la dictature, et même dans ces dernières années, Bergoglio a été appelé à témoigner dans de multiples circonstances , lors d’enquêtes et procès pour violation des droits de l’homme. Il n’a jamais parlé. L’auteur de ces lignes a personnellement vérifié dernièrement son silence face au magistrat qui enquêtait sur la séquestration d’une jeune femme enceinte. Ces indications sont-elles des précédents qui le rendent pleinement complice de la dictature ? c’est au lecteur d’en décider. Selon l’auteur, il serait aussi excessif de le pointer du doigt, qu’insuffisant de l’absoudre. Bergoglio ne fut ni un Aramburu ni un Von Wernich, mais tout aussi peu un père Mujica, un des prêtres assassinés. Il se trouvait dans une zone grise, quadragénaire en phase d’ascension, jouant un rôle important mais pas encore de premier plan, dans une église argentine où les uns ordonnaient de tuer et les autres risquaient d’être tués.

Bergoglio était depuis 1973 provincial des jésuites. Dans un ordre traditionnellement progressiste, et conduit par le Père Arrupe, le pape noir qui, au début des années 80, se heurtait à Jean-Paul II qui le réduisit à l’impuissance, c’est Bergoglio qui fut marginalisé par les siens. Pour Luis “Perico” Pérez Aguirre, prestigieux jésuite uruguayen, fondateur du SERPAJ et conseiller de l’ONU en matière des droits de l’homme, ( que l’auteur a eu l’occasion de rencontrer et d’admirer avant sa mort en 2000), dans un témoignage recueilli par Olga Wornat, “Bergoglio [qui s’était depuis longtemps voué à une relation d’absolue obéissance à Karol Wojtyla] bouleversa complètement le caractère de la Compagnie qui, de progressiste, devint conservatrice et rétrograde. J’ai rompu tout rapport avec lui, surtout du fait de son comportement pendant la dictature.”

Ce changement aura été structural : dans la rétrograde Eglise argentine, la Compagnie ne fait plus exception. Bergoglio cependant voit plus loin et c’est en dehors de son ordre qu’il trouvera moyen de rentrer en piste. Formellement encore jésuite, à partir de 1979 il évoluera en dehors de son ordre. Il doit une grande partie de sa carrière au successeur de Primatesta, Antonio Quarracino. Différent de Primatesta et avec un lointain passé progressiste déjà clos à la fin des années 60, Quarracina était rien moins qu’un saint. L’ostentation des richesses (il suffit de penser à Aramburu) est un autre trait des hiérarchies argentines dont le nouveau pape est complètement exempt : choisir comme auxiliaire Bergoglio, cet évêque simple et irréprochable, était pour Quarracino une façon de se protéger de bien des critiques.

Bergoglio ne se compromettait pas dans les fêtes auxquelles assistait le cardinal Quarracino dans la maison d’Olivos et où il se complaisait comme un quelconque Apicella à jouer de la guitare pour Carlos Menem. C’était là d’autres années sombres pour l’Argentine, celles du ménémisme. Bien des choses éloignent les deux prélats. Le primat avait des intérêts mondains, l’auxiliaire jouait son rôle d’évêque, centrant sa mission sur la formation des prêtres et l’attention au peuple des bidonvilles qui aujourd’hui encore entourent de toutes parts le grand Buenos Aires. Bergoglio sut conserver avec Quarracino des relations cordiales mais distantes. C’était peut-être la seule façon de rester fidèle à ses voeux de chasteté et pauvreté aussi bien qu’à son voeu d’obéissance.

C’est dans cette relation entre deux prélats si différents que Bergoglio se construisit un rôle de point de référence pour une nouvelle génération de prêtres argentins, notamment lorsque, premier jésuite de l’histoire, il succéda au Cardinal Quarracino en 1998. Sur ses épaules retombera la responsabilité de racheter une église catholique au passé ténébreux. Mais alors aussi se firent jour les caractéristiques qui aujourd’hui l’ont porté sur le trône pontifical : la main de fer avec laquelle il a conduit l’église argentine (et qui en fait maintenant un épouvantail pour la curie romaine), une préoccupation sociale marquée, la critique de la politique. Surtout, Bergoglio (et c’est une ligne de force marquante) montre un intérêt extraordinaire pour la vie de ses prêtres : il se préoccupe de leurs besoins matériels, il est présent, il est proche et accessible. Même Clelia Luro (qui a apporté son témoignage à l’auteur), la terrible compagne de l’évêque Jeronimo Podestà, sauve Bergoglio, et lui seul, parmi tout le clergé argentin qui avait isolé le prélat lorsqu’il avait décidé de mener la bataille pour la fin du célibat. Quoiqu’il ne partageât pas les positions de l’évêque, qui fut finalement ramené à l’état laïque, Bergoglio resta humainement proche de lui jusqu’à la fin.

Cependant, le passé revient et le profil de Bergoglio reste bas. Il essaie de se défendre lui-même ainsi que l’église argentine. Pour celle-ci en particulier, il y a peu de chose à défendre. Primatesta et Aramburu avaient élevé un mur d’inaccessibilité face aux proches des victimes qui (contrairement à ce qui s’était passé avec le Vicariat de la Solidarité à Santiago du Chili), n’avaient même pas trouvé de sûreté dans l’église. Une tache indélébile continue à éloigner bien des fidèles de l’église catholique. Lui a choisi de dénoncer de façon générale et souvent nette les péchés (selon une position qui rappelle la théorie des deux démons), mais de sauver les pécheurs, aussi bien lorsqu’il a été appelé à témoigner devant les tribunaux que lorsqu’il a écrit ou pris des décisions politiques. Lorsqu’en 2007 il fut appelé à prendre des mesures à l’encontre de Christian Von Wernich, le prêtre condamné à la prison pour avoir personnellement séquestré 42 personnes, en avoir assassiné 7 et torturé 32, il prononça des paroles fortes mais ne prit aucune sanction, contrairement à ce que demandait tout le monde de la démocratie et des droits de l’homme. Von Wernich purge aujourd’hui sa peine, mais il reste un prêtre à tous les effets, et aucune mesure disciplinaire n’a été prise à l’égard d’un tortionnaire que toutes ses victimes décrivent comme un véritable démon.

Mais qui est véritablement Jorge Bergoglio, le Pape François, qui commence son chemin d’évêque de Rome avec un aussi lourd passé ? Intégrationniste de droite, il met les pauvres au centre de son apostolat. Proche de la dictature militaire, il rend hommage aux prêtres assassinés par celle-ci. Il a eu une carrière complètement à contre-courant, conservateur dans un ordre considéré comme progressiste, premier jésuite primat argentin, premier jésuite pape, premier pape latino-américain. Ennemi des progressistes et de tous les politiciens (il les déteste et ne l’envoie pas dire, presque grillien en cela) et éloigné des organismes pour les droits de l’homme, il exige de l’Etat une éducation religieuse et est opposé aux contraceptifs, mais nul ne peut l’accuser de ne pas respecter ses voeux, en particulier celui de pauvreté.

L’auteur de ces lignes déconseille de le ranger dans la catégorie, qui lui est étrangère, des prêtres provenant de “l’église jeune” et autres simplifications journalistiques que nous rencontrerons demain. Il vient d’une église structurée et complexe et d’une réalité métropolitaine des plus dures. L’association avec la ligne de Medellin est donc tout à fait hors de propos. L’attention de Bergoglio aux pauvres est d’essence constamment caritative, jamais politique. Cependant, il faut aussi rejeter l’interprétation ténébreuse de pure et simple complicité avec la dictature, celle d’un pape choisi pour arrêter le changement en Amérique. Bien qu’il soit une personnalité bien différente de celle de Ratzinger, il présente des traits d’une forte continuité, surtout avec Karol Wojtyla. Celui-ci mena et remporta la bataille contre la théologie de la libération sans comprendre les origines de celle-ci, pour ensuite perdre la bataille contre les églises protestantes. C’est là qu’on attend le nouveau pape, à partir de son prochain voyage au Brésil.

A Buenos Aires, ses amis disent (sans qu’aucun détracteur le conteste) qu’il disparaît chaque fois qu’il le peut pour se rendre dans des orphelinats, des prisons, des hôpitaux, afin de remplir son apostolat. Pourra-t-il le faire aussi à Rome ?

Gennaro Carotenuto (sinistrainrete, le 14 mars 2013).

Note :

(1) Massera, membre de la junte argentine et principal responsable de la “guerre sale”, a été condamné à perpétuité en 1985 ; gracié par Menem en 1990, il sera réincarcéré en 1998, sous le chef de crimes contre l’humanité, non prescriptibles. C’est cette affaire qui mènera à l’annulation du principe de Obediencia debida y punto final, c’est-à-dire l’impunité pour les militaires de la dictature.

Article original en anglais  : http://www.gennarocarotenuto.it/22713-il-papa-argentino-fran…

Traduction : Rosa Llorens

Version française publiée sur le Grand Soir.

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Etats-Unis : Enseigner la guerre aux enfants.

mars 26th, 2013 by David Swanson

Le Musée National de l’Histoire des Etats-Unis et le multi-milliardaire qui vient d’y financer une nouvelle exposition, voudraient vous faire croire que nous allons devoir faire plus de guerres si nous voulons être libres. Peu importe que nos libertés semblent se réduire chaque fois que nous sommes en guerre. Peu importe que des quantités d’autres pays bénéficient de plus de liberté que nous sans avoir fait la guerre. En ce qui nous concerne, la guerre est le prix de la liberté. C’est pourquoi cette nouvelle exposition s’intitule : “Le prix de la liberté : les Etasuniens en guerre.”

L’exposition s’ouvre sur ces mots : “Les Etasuniens sont allés à la guerre pour conquérir leur indépendance, agrandir leur territoire, définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde.” Ils sont vraiment idiots ces Canadiens qui ont obtenu leur indépendance sans faire la guerre, n’est-ce pas ? Imaginez tous les gens qu’ils auraient pu tuer ! L’exposition est étonnamment assez honnête en ce qui concerne l’impérialisme, en tous cas des premières guerres. Il est bien spécifié, même si cet aveu est accompagné des justifications d’usage, que l’un des objectifs de la guerre de 1812 était de conquérir le Canada.

Par contre, en ce qui concerne la seconde partie de l’exposition : “… définir leurs libertés et défendre leurs intérêts dans le monde”, le texte de présentation est proprement scandaleux. L’exposition, du moins pour ce que j’ai pu en voir sur Internet, n’explique absolument pas en quoi une guerre peut aider à “définir nos libertés”. Et, inutile d’ajouter que c’est le gouvernement, et pas les “Etasuniens” qui croit avoir des “intérêts dans le monde” qui doivent être “défendus” par la guerre.

L’exposition est un tissu de mensonges et de falsifications. La guerre civile étasunienne est présentée comme “le conflit le plus meurtrier des Etats-Unis.” Vraiment ? Parce que les Philippins ne saignent pas ? Ni les Vietnamiens ? Ni les Irakiens ? Voilà ce que nous enseignons à nos enfants ! La guerre espano-étasunienne est présentée comme une tentative de “libérer Cuba” et tutti quanti. Mais c’est par omission que l’exposition pèche le plus. Elle passe sous silence les faux prétextes utilisés pour déclarer les guerres, elle ignore ou minimise hypocritement les morts et les destructions. Elle expédie rapidement les guerres qui sont trop récentes pour que nous puissions les regarder en face.

L’exposition fournit aux enseignants un manuel qui est supposé recouvrir les 12 dernières années de guerre (qui ont causé la mort de 1,4 million personnes rien qu’en Irak) mais qui en fait ne parle que des événements du 11 septembre. Il commence ainsi :

Le 11 septembre a été une épouvantable tragédie. Les attaques dévastatrices perpétrées par des terroristes d’al Qaeda sur le territoire étasunien ont fait 3 000 morts et déclenché une guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis. Les événements de cette journée auront des conséquences sur les décisions sur la politique intérieure et étrangère pendant encore de nombreuses années. A 20H46, le 11 septembre 2001, un avion de ligne a percuté la tour du nord du World Trade Center de New York. Les pompiers et les sauveteurs se sont précipités sur les lieux. Comme on commençait à diffuser les premières images à la TV, les spectateurs horrifiés ont pu voir le second avion percuter la tour du sud à 21H03. Trente minutes plus tard, un troisième avion s’est écrasé sur le Pentagone. Un autre avion qui se dirigeait vers Washington, D.C., s’est écrasé en Pennsylvanie après que les passagers se soient opposés aux pirates de l’air. Le pays a chancelé. Mais les Etasuniens ont décidé de répliquer inspirés par les paroles d’un des passagers qui ont fait échouer la dernière attaque : ’Vous êtes prêts les gars ? On y va !’”

En parlant avec des enseignants qui ne sont pas des sociopathes, on s’aperçoit que ce genre “d’enseignement” dispensé par nos musées a un impact épouvantable sur les étudiants. Il faut lire Teaching About the Wars (enseigner les guerres, ndt) qui vient de sortir. Le livre est écrit par des enseignants qui essaient de fournir à leurs étudiants une analyse des guerres plus complète et plus honnête que ce qu’on trouve d’ordinaire dans les livres de classe dont beaucoup sont encore pires que l’exposition dont je viens de parler. Ces professeurs/auteurs affirment que lorsqu’un enseignant prétend ne pas avoir d’opinion, il enseigne aux enfants la paresse morale. Prétendre être indifférent à ce qui se passe dans le monde apprend aux enfants à ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Selon eux, les enseignants doivent avoir un point de vue mais en fournir d’autres à leurs élèves pour leur enseigner l’analyse critique, le doute, et le respect des opinions des autres.

D’après eux, on ne devrait pas inciter les étudiants à rejeter en bloc toutes les déclarations officielles ni à penser que la vérité est inatteignable. Il faut au contraire former leur esprit critique pour qu’ils puissent évaluer le degré de vérité de ces déclarations et se faire leur propre opinion. Jessica Klonsky écrit :

“Parmi les cours sur les médias que j’ai donnés, un de celui qui a eu le plus d’effet comprenait un exercice de comparaison entre deux points de vue médiatiques. J’ai d’abord montré les premières 20 minutes de ’Salle de contrôle’, un documentaire en Arabique de Al Jazeera, la chaîne de TV internationale du Qatar. Et beaucoup de mes étudiants ont réalisé pour la première fois qu’il n’y avait pas que les soldats qui mouraient pendant les guerres.”

Les soldats étasuniens représentent 0,3 pour cent des morts de la guerre en Irak de 2003-2011. Ces élèves n’avaient jamais entendu parler des 99,7 autres pour cents. Apprendre ce que la guerre est réellement est certainement une des importantes leçons qui manquent dans notre système d’éducation.

Un autre sujet de cours important porte sur qui déclare la guerre et pourquoi. Bill Bigelow présente un modèle de cours qui permet à des enseignants de mettre leurs élèves face à des situations réelles mais en changeant les noms des pays. Ils peuvent discuter de ce que les pays auraient dû faire avant d’apprendre que l’un des pays est le leur et avant d’apprendre ce qu’il a fait en réalité. Puis ils peuvent commenter ses actions. Bigelow commence aussi son enseignement sur la “guerre contre le terrorisme” en demandant aux étudiants de définir le mot “terrorisme” (et non pas en s’attaquant les uns les autres, ce qui est sans doute la manière dont le Musée National d’Histoire Etasunienne recommanderait de “définir” ce mot).

Un professeur termine son cours sur le sujet en demandant “Quelle différence pensez-vous que cela ferait si tous les élèves du pays avaient la discussion que nous avons aujourd’hui ?” Il est clair qu’une question de ce genre encourage les futurs enseignants parmi ses étudiants à faire bénéficier leurs futurs élèves d’un niveau d’enseignement qui n’a plus rien à voir avec la mémorisation des dates de batailles présentée par le professeur comme un bon moyen d’impressionner les autres.

Un bon enseignement peut-il concurrencer le Musée de l’air et de l’espace sponsorisé par Lockheed Martin, les jeux vidéos, Argo, Zero Dark 30, les mensonges sophistiqués des recruteurs, le Projet de Commémoration du Vietnam, l’instrumentalisation du drapeau par les réseaux de télévision, les fascistes assurances d’allégeance quotidiennes et le manque de perspective d’une vie meilleure sur d’autres bases. Parfois oui. Et de toutes façons plus il se répand, mieux c’est.

Un des chapitres de Teaching About the Wars décrit un programme pour établir des contact entre des élèves étasuniens et des élèves d’Asie occidentale par le biais de vidéos discussions. Cela devrait faire partie de l’éducation de tout les jeunes. Je vous garantis que les “pilotes” de drones que notre gouvernement utilise pour établir à distance des liens en temps réel beaucoup plus destructeurs avec des pays étrangers n’ont jamais parlé à de petits étrangers quand ils étaient jeunes.

David Swanson

Article original en anglais :

war

“American Education”: Teach the Children War, 20 mars 2013

Traduction : Dominique Muselet

Version française publiée sur le Grand Soir.

David Swanson est l’auteur de War is a Lie. Il habite en Virginie.

Ne touchez pas à la Syrie!

mars 26th, 2013 by Bill Van Auken

Lorsqu’il a entamé mercredi 21 mars une visite de deux jours en Israël, le président américain Barack Obama a lancé des menaces belliqueuses à la fois contre la Syrie et contre l’Iran. Cette visite, qui avait ouvertement le caractère d’un conseil de guerre israélo-américain, montre clairement que dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain est en train de planifier des crimes encore plus grands au Moyen-Orient.

Le président démocrate a menacé le régime syrien de Bachar al-Assad de le « tenir responsable d’avoir recours à des armes chimiques ou de les passer à des terroristes, » ajoutant que s’il y avait des preuves que de telles armes ont été utilisées cela « changerait la règle du jeu ».

Sur l’Iran, Obama a réitéré son serment « d’empêcher ce pays d’avoir une arme nucléaire » et que « toutes les options étaient sur la table, » tout en reconnaissant le « droit » à Israël d’agir unilatéralement contre l’Iran. Il « n’y a pas beaucoup de différence » entre les Etats-Unis et Israël au sujet de l’Iran, a-t-il dit.

Les remarques d’Obama ont été faites un jour après le dixième anniversaire de l’invasion américaine de l’Irak. Ni discours ni cérémonie ne fut organisé mardi par le gouvernement Obama ou le Congrès pour marquer le début d’une guerre dans laquelle furent envoyés 1,5 million d’Américains et au cours de laquelle près de 4.500 d’entre eux sont morts et des centaines de milliers d’autres ont subi des blessures physiques ou psychologiques.

Dans un tel cas, le silence est signe de culpabilité. Les deux partis politiques, chaque ministère du gouvernement, les médias et les grands groupes américains ont été directement complices dans ce qui représente incontestablement le plus grand crime de guerre du 21ème siècle : une guerre non provoquée lancée sur la base de mensonges contre un pays quasi sans défense et qui a coûté la vie à près d’un million de personnes, laissant une société entière en ruines.

L’élite dirigeante américaine insiste maintenant pour déclencher des conflits encore plus grands et plus destructifs en dépit d’une opposition massive à la guerre. De manière orwellienne, des prétextes connus et discrédités concernant des « armes de destruction massive », le terrorisme et la promotion de la « démocratie » sont ressassés, cette fois-ci pour justifier une guerre contre la Syrie.

Au Congrès, il y a eu une avalanche d’appels en faveur de nouvelles guerres au Moyen-Orient. L’amiral James Stavridis, le chef du Commandement allié du Pentagone en Europe, a témoigné mardi devant la Commission des forces armées du Sénat au sujet d’une planification approfondie par l’OTAN d’une intervention en Syrie. « Nous examinons un large éventail d’opérations et nous sommes prêts, si on nous le demande, à nous engager comme nous l’étions en Libye, » a-t-il dit.

Selon Stavridis, la mise en place d’une « zone d’exclusion aérienne » est sérieusement étudiée. Des appels en faveur d’une telle zone d’interdiction de vol en Libye, approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies en mars 2011, avaient été à l’origine d’une campagne de bombardement des Etats-Unis et de l’OTAN et d’une guerre visant à un changement de régime.

Le président de cette commission, le sénateur Carl Levin, (Démocrate du Michigan) avait dirigé l’audition de Stavridis. La veille, il s’était exprimé devant le Conseil sur les relations étrangères et avait réclamé l’établissement d’une « zone protégée le long de la frontière turco-syrienne » et sur le recours à la force militaire « pour s’en prendre à une partie de la défense aérienne syrienne et des forces aériennes syriennes. »

Des résolutions furent soumises à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat pour réclamer une intensification de l’armement et de l’entraînement des « rebelles » luttant pour le renversement d’Assad et qui sont soutenus par l’Occident.

Entre-temps, le recours apparemment à des armes chimiques et qui a coûté mardi 19 mars la vie à plus de trente Syriens a suscité à Capitol Hill (siège du Congrès) de nouvelles demandes pour une intervention directe américaine.

Le gouvernement syrien a accusé les combattants soutenus par l’Occident d’avoir tiré le missile armé d’une tête chimique. De toute évidence, l’engin a touché un village contrôlé par le gouvernement à l’extérieur de la ville d’Alep. Des sources de l’opposition ont dit que la plupart des victimes étaient des soldats du gouvernement syrien alors que des sources en Syrie les ont décrites comme étant des civils alaouites, une population qui soutient en grande partie Assad.

Des législateurs ont évoqué les menaces antérieures d’Obama selon lesquelles le recours à l’arme chimique en Syrie constituait une « ligne rouge » qui provoquerait une intervention américaine. « Si les articles d’aujourd’hui sont fondés, la ligne rouge du président a été franchie, et nous l’exhorterions à prendre une action immédiate pour imposer les conséquences qu’il a promises, » ont dit les sénateurs républicains Lindsey Graham et John McCain dans un communiqué commun.

Dans une interview, Graham est allé plus loin et a réclamé l’envoi de troupes américaines au sol en Syrie pour sécuriser ses armes chimiques, une opération que le Pentagone a jugé nécessiter 75.000 soldats et Marines.

La logique tordue de cette campagne est que la guerre civile sectaire, qui dure depuis deux ans et que les Etats-Unis et leurs alliés en Europe, en Turquie et les monarchies du golfe Persique, ont fomentée, financée et armée, a affaibli le régime Assad à un point tel que ses armes chimiques pourraient tomber entre les mains de terroristes.

Cependant, ces terroristes, comme le Jabhat al-Nusra qui est lié à al Qaïda et d’autres milices djihadistes, forment les principales troupes de choc de la guerre appuyée par l’Occident en vue d’un changement de régime.

En ce qui concerne l’affirmation que Washington est en train de promouvoir la « démocratie » en Syrie, il ne pourrait y avoir de réfutation plus révélatrice que l’« élection » lundi du premier ministre d’un nouveau « gouvernement intérimaire » qui doit être installé sur la partie du territoire syrien saisie par les soi-disant rebelles. Le vainqueur, choisi par à peine 35 membres du Conseil national syrien formé sous la tutelle du Département d’Etat américain, est Ghassan Hitto. Un citoyen américain et cadre supérieur d’une entreprise de télécommunications basée au Texas qui avait quitté la Syrie il y a plus de 30 ans, à l’âge de dix-sept ans.

Les prétextes idéologiques pour une guerre américaine en Syrie sont encore moins cohérents que ceux utilisés il y a dix ans pour la guerre en Irak. Les véritables forces motrices sont les mêmes. Ce qui est impliqué c’est une guerre prédatrice visant à redessiner la carte du Moyen-Orient de façon à servir les intérêts de l’impérialisme américain et à garantir son hégémonie sur les ressources énergétiques de la région. Une guerre pour un changement de régime en Syrie fait partie d’une campagne plus générale pour une guerre contre l’Iran qui comporte le risque d’un engagement de la Russie et aussi de la Chine.

Alors que l’establishment dirigeant américain voudrait enterrer la mémoire de la guerre en Irak, la population laborieuse a tiré ses propres conclusions et un sondage d’opinion après l’autre montre que l’écrasante majorité est d’avis qu’elle n’aurait jamais dû être menée.

La tentative d’imposer, en recourant aux mêmes mensonges réchauffés, une nouvelle guerre à la population américaine, s’accompagne d’une attaque grandissante des emplois et des niveaux de vie ainsi que de révélations permanentes sur la criminalité de l’aristocratie financière dans l’intérêt de laquelle ces guerres sont menées. Un tel mélange volatile est le meilleur moyen pour conduire à des explosions sociales aux Etats-Unis et au développement d’un mouvement politique de masse contre les guerres impérialistes en Irak, en Syrie et au-delà.

Bill Van Auken

Article original WSWS, paru le 21 mars 2013

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Une heure pour la planète : Une escroquerie éhontée

mars 26th, 2013 by Tony Cartalucci

Rien ne représente mieux le mouvement environnementaliste kidnappé par le monde entrepreneurial que cette escroquerie éhontée qu’est « Une heure pour la planète ». Une fois par an, nous sommes bombardés dans le monde entier, par une campagne de publicité destinée à nous faire « sentir bien » sur toutes les radios, réseaux de télévisions, panneaux d’affichage, journaux, magazines et tout autre moyen possible et imaginable pour promouvoir un évènement consistant à fermer la lumière pendant une heure par an, pour « prendre position contre le changement climatique »

Image : Ce qu’Al Gore ne vous dit pas : le CO2 était 1000 fois plus élevés durant la période du Crétacé et le niveau de l’eau était si élevé que l’Amérique du Nord avait une mer intérieure. L’Antarctique était couvert de forêts tempérées et de dinosaures.

 

Video: Corbett Report

La science n’a pas réussi à prouver que le changement climatique anthropique se produit réellement, à tel point que certains de ses promoteurs, comme par exemple John Holdren de la Maison-Blanche, ont rebaptisé le « réchauffement planétaire » en « changement climatique » puis en une nouvelle version plus ambigüe, la « perturbation climatique ». Toutefois les preuves suggèrent que les « scientifiques » qui vendent cette théorie ont trompé le public à maintes reprises. Il convient de noter que John Holdren est une créature du Belfer Center de Havard, nommé en l’honneur du magnat corrompu du pétrole Robert Belfer. La plupart des politiques issues du Centre Belfer, se retrouve devant des délégués assistant aux sommets très inefficaces et frauduleux sur le changement climatique, comme ceux s’étant tenus récemment à Copenhague et Cancun.

Si l’on regarde de plus près les entreprises parrainant « Une heure pour la planète » ou même les commanditaires du World Wild Fund (WWF),(incluant des entreprises figurant sur la liste du Fortune 500 page 24, pdf, et ici) ou la myriade de banksters et de pétroliers qui dirigent les centres de politique du climat comme le Centre Belfer, il faut comprendre que non seulement les gros intérêts pétroliers et le reste des entreprises polluant la planète ont détourné le mouvement environnementaliste ainsi qu’une multitude d’activistes bien intentionnés, mais que ces intérêts corporatistes l’utilise désormais pour souiller davantage la planète et sa population avec une justification morale.

Pouvons-nous nous attendre à autre chose de la part d’une aussi grande organisation ayant autant d’affiliations entrepreneuriales?

Les solutions proposées pour résoudre ces problèmes impliquent bien sûr de plus grandes consolidations de pouvoir entre les mains de gouvernements, les solutions étant la taxe sur le carbone payée directement aux banquiers, des lois et règlementations et règlementations, et des lois, qui ne peuvent être suivies que seules des entreprises puissantes peuvent se permettre, éliminant ainsi la concurrence, ainsi qu’une liste de solutions inefficaces qui ne font que donner plus de pouvoir à ces mêmes entreprises à l’origine des dommages environnementaux, dommages réels et vérifiables.

L’horloge du carbone de la Deutsche Bank

 

Qu’en est-il des véritables dangers pour l’environnement? Qu’en est-il de l’industrie nucléaire débridée, de l’uranium appauvri répandu dans les théâtres de guerre toujours plus nombreux où s’engage l’Occident en expansion permanente, des plantes et des animaux génétiquement modifiés qui déplacent et altèrent les espèces naturelles qui habitent cette planète? Et que dire de la méga-industrie agroalimentaire inefficace, avec sa logistique volumineuse et ses quantités faramineuses de produits dérivés du pétrole, des herbicides toxiques et des pesticides largués dans notre nourriture par des entreprises comme Monsanto, du libre-échange entraînant l’utilisation de tonnes carburant diesel pour transporter des babioles en plastique des usines chinoises aux rives américaines et la liste est infinie.

En général, les véritables solutions n’impliquent pas les entreprises ou les gouvernements. En réalité, il est plutôt nécessaire de les exclure. Nous devrions tous pouvoir nous entendre sur le mariage entre les intérêts des entreprises et les règlementations gouvernementales, peu importe notre allégeance politique.

Les véritables solutions impliquent une véritable éducation dans les domaines scientifique, technologique, du design et de la fabrication. Cela donne du pouvoir aux personnes à tous les niveaux de la société, afin qu’elles évaluent précisément les problèmes et appliquent des solutions localement. Combiné aux technologies modernes de production, cela permet d’en faire davantage au niveau local, court-circuitant ainsi les chaînes logistiques intensives des pétroliers sans lesquels les commanditaires du WWF comme Walmart ne pourraient vivre.

L’agriculture bio à un niveau local conjuguée aux marchés des fermiers locaux élimine totalement la nécessité des poisons, des engrais et des cultures Frankenstein génétiquement modifiées de Monsanto, et remplace les réseaux logistiques de distribution de l’agroalimentaire consommant d’énormes quantité de pétrole.

En fait, lorsqu’on y pense, presque toutes ces véritables solutions impliquent l’action locale et communautaire. Elles ne nécessitent pas de politique, de taxe ou de règlementations, mais plutôt de la technologie, de l’éducation et des solutions techniques constructives et pragmatiques, qui rendraient non seulement notre environnement, mais aussi nos économies locales et nos communautés plus habitable et autosuffisantes. L’attrape c’est que, vous l’aurez noté, aucune de ces activités ne nécessite de commanditaires, comme ceux du WWF, c’est-à-dire Walmart, Nike, IBM, Toyota, Bank of America, Coca-Cola, HSBC, Citigroup, IKEA, Nokia etc. Et voilà pourquoi ce n’est pas mis en pratique.

Peut-on logiquement voir pourquoi les vrais problèmes et leurs solutions se font pirater par des conglomérats comme le WWF? Est-il sensé de les voir offrir des solutions « alternatives », centralisées et dépendantes des entreprises remplaçant l’activisme local?

Enquêtez vous même au sujet du WWF et des ses commanditaires commerciaux et vous verrez combien d’entre eux sont sur cette liste, « Naming Names », qui expose les entreprises et les intérêts spécifiques qui nous maintiennent en état de guerre perpétuelle et au bord de la ruine financière.

Pouvons-nous honnêtement penser que ces entreprises se préoccupent de la gestion responsable de la planète? Se soucient-elles des gens? Se soucient-elles de l’environnement? Ne sont-elles pas au centre des plus horribles scandales, atrocités et guerres de notre époque? Si vous vous préoccupez de votre environnement, alors faites vous une faveur : gardez vos lumière allumée pendant la prochaine « heure pour la planète », et lisez un peu sur la façon dont vous pouvez acquérir du pouvoir, pour vous et votre communauté et devenir indépendants de ces entreprises avides de pétrole, ravageant le monde faisant la promotion de leur version de « l’environnementalisme » par le biais d’organisations piratées comme le WWF. Elles ont créé une religion à leur image, malthusienne, misanthrope, prêtant obéissance servile à une gouvernance mondiale « promettant » d’arranger les problèmes qu’elles ont elles-mêmes créés.

Soyons plus intelligent et regardons au-delà de coup de relation publique que constitue cette campagne d’« Une heure pour la planète » et cherchons des solutions locales. Pensons et agissons localement. Vous connaissez les problèmes de votre localité et vous savez fort probablement comment les arranger. Vous et vos voisins pouvez surtout comprendre que cela est dans votre meilleur intérêt et vous n’avez pas besoin de charlatans comme Al Gore pour vous tenir la main en lui payant des taxes sur le carbone.

Pour en savoir plus sur des solutions réelles qui ne promeuvent pas seulement la liberté, mais nous donnent des outils pour créer des solutions technologiques locales plus efficaces et plus propres, veuillez consulter ces liens (en anglais) :

Decentralize Big-Retail

Self-Sufficiency

Alternative Economics

The Lost Key to Real Revolution

Boycott the Globalists

Tony Cartalucci

Article original:

http://landdestroyer.blogspot.jp/2013/03/earth-hour-2013-still-despicable-hoax.html

Traduction : Mondialisation.ca

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

L’engagement d’Obama au Moyen-Orient

mars 26th, 2013 by Manlio Dinucci

Double engagement répété par Obama dans sa visite en Israël. L’alliance toujours plus forte des USA avec l’Etat israélien, confirmée par le fait que « nos militaires et nos services de renseignement coopèrent plus étroitement que jamais ». Ceci est indubitable. La création d’ « un état palestinien indépendant et souverain ». Ceci est faux. L’ « Etat palestinien » auquel on pense à Washington ressemble beaucoup à une « réserve indienne » : il y a quatre mois, aux Nations Unies, les Usa ont même voté avec Israël contre la reconnaissance de la Palestine en tant qu’ « Etat observateur non membre ». Mais se déclarer favorables à un Etat palestinien accrédite l’idée que les Etats-Unis sont engagés, comme jamais, pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Obama a en outre joué le médiateur de paix entre la Turquie et Israël : Netanyahu a téléphoné à Erdogan pour s’excuser des « erreurs opérationnelles » commises dans l’attaque contre la Freedom Flotilla qui transportait les pacifistes à Gaza. Excuses immédiatement acceptées : sur les tombes des pacifistes tués par les Israéliens il sera maintenant inscrit « mort le 31 mai 2010 par une erreur opérationnelle ».

Après ses rencontres en Israël, Obama a fait escale à Amman, en réaffirmant « l’engagement des Etats-Unis pour la sécurité de la Jordanie », mise en danger par la « violence qui filtre à travers la frontière avec la Syrie ». Il reste à voir, cependant, dans quelle direction. Comme informe le Guardian, des instructeurs étasuniens, aidés par des collègues français et britanniques, entraînent en Jordanie les « rebelles » qui sont infiltrés en Syrie. Le cercle se resserre ainsi autour de la Syrie, avec une opération sous direction Usa/Otan menée à travers la Turquie et Israël (à présent réconciliés) et la Jordanie. Et, pour l’estocade finale,  le casus belli est prêt : le lancement d’un missile à tête chimique, qui a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la zone d’Alep.

A Jérusalem, Obama a exprimé sa solidarité avec « la préoccupation croissante d’Israël pour les armes chimiques de la Syrie voisine », en avertissant que, si l’enquête trouvait les preuves que ce sont les militaires syriens qui ont utilisé l’arme chimique, cela « changera les règles du jeu ». En d’autres termes, c’est une menace d’intervention « préventive » USA/Otan en Syrie, au motif de bloquer l’arsenal chimique avant qu’il ne soit utilisé. Si de telles «preuves » émergeaient, cela voudrait dire que le gouvernement syrien a décidé d’utiliser un missile à tête chimique contre ses propres soldats et civils loyaux au gouvernement (la quasi-totalité des victimes), pour fournir aux Usa et à l’Otan, sur un plateau d’argent, la justification pour attaquer et envahir la Syrie. En attendant, en même temps que des dollars et des armes, Washington a déjà fourni aux « rebelles » le futur premier ministre : Ghassan Hitto, citoyen étasunien d’origine syrienne. Un executive[1] texan dans la technologie d’information, choisi formellement par les « rebelles ».

Qu’est-ce qu’Obama devrait faire d’autre pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient ?

 

Edition de mardi 26 mars 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130326/manip2pg/14/manip2pz/337945/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] Executive, en anglais dans le texte, est le mot qui revient absolument invariablement dans les présentations anglophones du nouveau premier ministre syrien déniché au Texas par l’administration étasunienne (et « alliés ») : mot générique qui en dit long non seulement sur le flou entourant ce que Monsieur Hitto a fait jusque là mais aussi sur l’arrogance et le mépris de cette même administration (et « alliés ») qui ne ressent aucune nécessité à donner le moindre vernis de crédibilité à ses larbins. L’analyse précise du langage de l’empire, en deçà et au-delà de ses effets d’annonce, donne des clés essentielles pour une analyse non moins précise de la situation géopolitique. NdT pour la version française.

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Québec : Du gaz dans ton sirop

mars 25th, 2013 by Gérard Montpetit

Le mois de mars est arrivé. Les journées allongent et la neige fond au soleil. Au Québec, depuis quatre cents ans, c’est à ce moment de l’année que de gais lurons se dirigent vers la forêt pour entailler les érables. Ce geste séculaire, qui est devenu une véritable fête, la fête des sucres, est au cœur de notre identité québécoise. Les produits de l’érable font partie intégrale de notre culture et aussi de notre renommée.

Or, une menace plane sous les racines de nos érables à La Présentation, comme en bien d’autres endroits au Québec. Le puits de gaz de schiste du rang Salvail, qui n’est pourtant pas en production, laisse toujours s’échapper du méthane des profondeurs de la terre. Bien sûr, Gastem et sa partenaire, la compagnie albertaine Canbriam Energy, ont tenté de colmater les fuites au cours de l’été 2011 mais sans succès car si Gastem avait réussi, sans doute l’aurait-elle crié sur tous les toits et elle n’aurait pas hésité à brandir en conférence de presse un document émis par le Ministère de l’environnement pour démontrer leur réussite. Or il n’en est rien, et l’absence d’information depuis ce temps est fort inquiétante.

Dans un récent article de La Presse [1], Marie-Michèle Sioui nous dit qu’après plus de deux ans et demi de tergiversations pour empêcher les citoyens de savoir ce qui a été injecté sous nos pieds, les gazières ont finalement remis divers documents dans lesquels on retrouve cités un grand nombre de produits et substances. «Arsenic, mercure, plomb, uranium et nitrites font partie de ces produits, à l’instar des 64 000 litres d’acide chlorhydrique…» est-il indiqué dans l’article. La journaliste ne relève pas l’ensemble des substances mais si l’on ne considère que ceux mentionnés, qui peut prédire les réactions chimiques qui peuvent avoir lieu au fonds du puits, là ou règne une température et une pression élevées?… Tout étudiant en chimie vous dira que des produits chimiques peuvent réagir pour en produire de nouveaux et que ceux-ci ont en général des propriétés souvent très différentes des produits originaux. Qui pourrait donc connaître la toxicité de ce que l’on retrouve dans les puits des gazières?…

À La Présentation, pour autant que l’on puisse en savoir quelque chose, le méthane et tous les autres produits chimiques qui furent employés lors du forage fuient du sol dans un rayon de plus de 20 mètres (donc 125 pieds de diamètre) autour de la tête de puits. Ça fait beaucoup de «cochonneries» qui se promènent dans le sol et qui menacent la nappe phréatique. Quelles en sont les conséquences pour la santé publique et, plus particulièrement en cette saison, pour la qualité du sirop d’érable qui sera produit? De fait, si l’eau d’érable coule généreusement dans les seaux ou les tubulures, c’est parce que les racines de nos érables s’abreuvent dans l’eau du sol et du sous-sol…

On serait donc en droit de demander à Canbriam Energy, et à toutes les autres compagnies gazières, si les racines des érables peuvent absorber ces nouveaux contaminants chimiques. On a ici un premier indice… Michel Labrecque, de l’Institut de recherche en biologie végétale au Jardin Botanique, utilise des saules pour décontaminer les sols des usines désaffectées de leurs métaux lourds et autres produits chimiques. On pourrait sans doute conclure qu’il est possible que certaines substances chimiques pénètrent dans les racines et montent dans la sève des érables. Heureusement, on ne fait pas de sirop de saule!

On pourrait aussi demander à ces compagnies et à leurs sous-traitants si la sève contaminée peut agir sur le métabolisme des érables. Est-ce que la sève contaminée peut, à terme, modifier la photosynthèse des feuilles? ou encore hypothéquer les mécanismes de défense de l’arbre?…

C’est inquiétant aussi d’imaginer que ces produits chimiques peuvent se retrouver dans la «panne à bouillir» avec l’eau d’érable. Et là, ça se complique. Le processus d’ébullition concentre les sucres présents dans la sève car il faut entre 35 et 40 litres d’eau d’érable pour faire un litre de sirop. De plus, la chaleur accélère la plupart des réactions chimiques. Or, on retire le sirop du feu à environ 104°C, la tire d’érable à 114°C et le sucre dur à 118°C. Est-ce que les produ its chimiques présents dans la sève pourraient être 35 fois plus concentrés dans le sirop, comme cela est le cas pour les sucres? Pourraient-ils être dégradés? Une question se pose : quelle est la composition finale du sirop d’érable? Du sucre d’érable? En absence de réponse, il existe un sage principe: le principe de précaution…

On mentionne dans la brochure «De la palette à la fourchette» de l’an dernier que 17 % de la production mondiale des produits de l’érable provient du Vermont et des États Américains limitrophes; environ 7% de la production mondiale des produits de l’érable provient de l’Ontario et des provinces maritimes; et 76% provient du Québec. Il y a là une industrie et un patrimoine unique à protéger. Fait étonnant : la majorité des régions productrices de sirop au Québec sont assujetties à des permis et à des travaux d’exploration des gazières et il suffit de consulter la carte des permis du Ministère des Ressources naturelles du Québec pour s’en convaincre. Est-ce que l’ensemble de l’industrie acéricole québécoise et des petits producteurs est consciente des dangers que représente l’exploration gazière pour leurs produits? Cela me semble très important et mériterait une grande attention.

Pour le moment, il n’y a qu’un puits à La Présentation et il fuit. L’industrie du gaz projette quant à elle de forer 20 000 puits dans la vallée du Saint-Laurent. Combien laisseront échapper des produits toxiques dans 20 ans? dans un siècle?

Gérard Montpetit
Membre du comité Nonschiste La Présentation 14 mars 2013

[1] La Presse, 9 mars 2013. Gaz de schiste : cocktail chimique utilisé pour les forages. http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201303/08/01-4629270-gaz- de-schiste-cocktail-chimique-utilise-pour-les-forages.php

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés

Dans un discours prononcé à Jérusalem jeudi 22 mars, Obama a aligné inconditionnellement les intérêts américains sur ceux d’Israël et réitéré les menaces de guerre déjà faites contre la Syrie et l’Iran

Ce discours, prononcé devant plusieurs centaines d’étudiants, avait pour intention ostensible de signaler le soutien continu de Washington pour le soi-disant « processus de paix », la pantomime moribonde jouée depuis des décennies et qui a servi de couverture à l’oppression du peuple palestinien et de moyen de promouvoir les objectifs américains dans le reste du monde arabe.

L’administration américaine a choisi cet auditoire plutôt que la Knesset de peur qu’Obama ne se fasse chahuter par les éléments sionistes d’extrême-droite qui dominent dans le gouvernement du premier ministre Benjamin Netanyahu.

Avant son discours de Jérusalem, Obama a fait un bref voyage à Ramallah en Cisjordanie, où il a tenu une conférence de presse commune avec le patron de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Ramallah pour dénoncer cette visite, mais furent tenus à l’écart du quartier général d’Abbas par une phalange de la police de l’Autorité palestinienne. Faisant face à la police, les manifestants ont commencé à scander des slogans contre Abbas, criant « à bas le régime militaire ».

Tout en proférant des platitudes sur le fait que l’extension de plus en plus rapide des colonies sionistes en Cisjordanie occupée n’était pas « constructive », Obama n’a pas répété son exigence de 2009 d’un gel de l’implantation de colonies. Au contraire, il a fait pression sur l’Autorité palestinienne et sur Abbas pour qu’ils abandonnent leur propre revendication d’un gel de l’activité d’implantation.

Obama a expliqué que la politique en Israël était « complexe » et que l’installation de colonies n’était pas « une question qui allait être résolue dans l’immédiat ». Il blâma les Palestiniens pour être d’avis que « nous pouvons seulement avoir des négociations directes quand tout est réglé d’avance, alors il n’est pas nécessaire d’avoir des négociations ».

En réalité, la soi-disant « solution des deux Etats » est devenue lettre morte, les implantations de colonies sionistes ayant déjà avalé près de la moitié de la terre occupée par Israël lors de la guerre de 1967, et qui devait prétendument devenir le territoire d’un mini-Etat palestinien. Il y a maintenant 560.000 israéliens, 60.000 de plus que lorsque Obama est arrivé à la présidence.

Le New York Times a fait état d’un document résumant les « points de discussion » dressés par l’Autorité palestinienne en vue de la rencontre avec Obama et qui suggère qu’Abbas et la clique riche et corrompue qu’il représente était prête à s’abaisser encore plus devant les Etats-Unis et Israël.

Ce document propose un accord par lequel Netanyahu pourrait « s’engager envers vous secrètement de stopper l’implantation des colonies pendant la période de négociations. »

Tant la presse israélienne que l’Autorité palestinienne ont décrit le discours d’Obama devant les étudiants israéliens comme l’adoption la plus enthousiaste de l’idéologie du sionisme par n’importe quel président dans l’histoire des Etats-Unis. Un journal israélien a pressé Obama d’émigrer en Israël et d’y être candidat à la présidence.

Obama a d’abord insisté sur le droit inconditionnel d’Israël à sa sécurité – bien que l’option d’une telle sécurité n’existe pas pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ou pour les pays adjacents comme le Liban qui ont été soumis de façon répétée aux invasions et aux bombardements d’Israël. C’est Israël et non ces pays qui sert de bastion aux opérations contre-révolutionnaires et néocoloniales des Etats-Unis dans la région.

« Le rapport de sécurité entre les Etats-Unis et Israël n’a jamais été plus fort : plus de manœuvres entre nos armées et plus d’échanges entre nos responsables politiques, militaires et du renseignement que jamais auparavant ; le plus vaste programme jusque-là pour vous aider à maintenir votre avantage militaire qualitatif » se vanta Obama. Il annonça que des discussions avaient lieu pour prolonger d’une décennie le programme d’aide militaire américain qui fournit des milliards de dollars à l’armée israélienne chaque année.

Obama a répété la menace d’une action militaire contre la Syrie déjà faite la veille lors d’une apparition commune avec Netanyahu. « Nous ne tolérerons pas l’utilisation d’armes chimiques contre le people syrien ou le transfert de ces armes à des terroristes » a-t-il dit. « Le monde vous regarde et nous vous tiendrons pour responsables »

Il y a une abondance de preuves qui indiquent que les armes chimiques utilisées le mardi 19 mars, tuant au moins trente syriens dans une zone contrôlée par le gouvernement près de la ville d’Alep, était effectivement l’œuvre de « terroristes » — ceux que les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent dans la guerre menée pour un changement de régime. Le président américain ne parlait pas cependant de ces forces liées à Al-Qaïda mais bien plutôt du mouvement de masse chiite Hezbollah qui a été une force prépondérante dans le gouvernement libanais. Il exigea que tous les gouvernements étrangers se joignent à Washington pour stigmatiser celui-ci comme une « organisation terroriste ».

Obama répéta encore plus vigoureusement ses menaces contre l’Iran et son programme nucléaire, affirmant que si Washington rechercherait la soumission de Téhéran par des moyens diplomatiques « le temps n’était pas illimité ».

« J’ai dit au monde que toutes les options étaient sur la table pour remplir nos objectifs » ajouta-t-il. L’Amérique fera ce qu’elle doit faire pour empêcher que l’Iran n’ait une arme nucléaire. »

Le reste du discours était en grande partie consacré à appeler à une reprise du « processus de paix » et de la « solution des deux Etats ». Obama insista pour dire que tout accord devait comporter la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël comme d’un « Etat juif », une définition qui renforcerait la privation de droits de style apartheid des non juifs, y compris une nombreuse population palestinienne à l’intérieur d’Israël et abrogerait tout droit de retour pour les Palestiniens.

Si les médias ont fait l’éloge de cette rhétorique pacifique la qualifiant d’« audacieuse » et de « courageuse », les politiciens sionistes droitiers du gouvernement de Netanyahu eux, balayèrent du revers de la main les remarques du président.

Netanyahu remercia Obama de son discours et de son « soutien total d’Israël ». Son nouveau ministre de l’Economie et du Commerce, Naftali Bennett exprima cependant des réserves quant à la référence d’Obama à l’occupation de la Cisjordanie par Israël, et déclara : « Une nation ne peut pas être l’occupant de ses propre terres. »

Danny Ayalon, l’ancien droitier et nationaliste vice-ministre des Affaires étrangères, dit que ce discours ne faisait « pas problème » étant donné qu’il ne contenait aucune proposition spécifique pour ce qui était des soi disant pourparlers de paix.

Depuis, le Jerusalem Post a suggéré que les propos sur une reprise du « processus de paix » n’étaient que de la poudre aux yeux pour accompagner l’objectif principal du voyage d’Obama, qui était d’intensifier la menace de guerre vis-à-vis de l’Iran.

« On a spéculé pendant des années sur le fait que les Etats-Unis retenaient Israël dans la question de l’Iran » notait ce journal. « En fait, avant la visite d’Obama on spéculait sur le fait qu’un des buts principaux de son voyage était de mettre devant Netanyahu un gros feu rouge. » Et il poursuivait ainsi: « Publiquement, cependant, retenir Israël n’a pas été le message d’Obama. En fait, c’est le contraire qui est vrai – et ce sont les mots que les Iraniens entendent également. »

Lors de la conférence de presse jointe de mercredi 20 mars, Obama a reconnu le « droit » unilatéral d’Israël d’attaquer l’Iran. « Chaque pays doit prendre ses propres décisions quand il s’agit de la terrible décision de s’engager dans une action militaire quelconque et Israël est dans une situation différente de celle des Etats-Unis, » dit-il.

« Obama espère qu’on n’en arrivera pas là avec l’Iran, il espère que les Iranien vont reculer » commenta le Jerusalem Post. « Mais s’ils ne le font pas, la menace militaire crédible que Netanyahu veut voir brandir à coté de la pression économique, politique et diplomatique déjà appliquée contre l’Iran n’est rien moins qu’Israël même. L’Iran et la communauté internationale ont été prévenues. »

Dix ans après l’invasion de l’Irak, l’impérialisme américain pose les fondements d’une guerre contre l’Iran qui a une superficie et une population trois fois plus grandes que celles de l’Irak. Les motivations sont les mêmes, le contrôle des régions les plus vitales dans le monde du point de vue géostratégique et énergétique.

Toue attaque de l’Iran par Israël entraînerait rapidement une intervention des Etats-Unis. Par son approbation publique du « droit » d’Israël à lancer une telle attaque, Obama met en marche un mécanisme qui conduit à une conflagration militaire.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, publié le 22 mars 2013

 

  • Posted in Francais
  • Commentaires fermés