Pour cacher un mensonge, il faut mentir et mentir encore. Le dernier en date consiste à faire croire que ce ne sont pas les soldats de l’Armée nationale syrienne qui se sacrifient face au terrorisme de DAECH [Acronyme de l’État Islamique en Irak et en Syrie ; ou EIIL], la faction terroriste la plus infernale que le monde ait connu, mais le Front islamique [1] !

Ce dernier, bien que non moins terroriste et ouvertement nourri par l’Arabie saoudite wahhabite, doit absolument passer pour « acceptable » par l’Occident en tant qu’artisan d’une « deuxième révolution » en Syrie contre Al-Qaeda et le Président syrien à la fois [2][3].

Vaste programme ! Encore faut-il comprendre qui est qui, qui fait quoi, et pourquoi ? Ce, d’autant plus que la colombe baptisée « Coalition Nationale Syrienne » [4] – dirigée par un repris de justice, nommé Ahmad Al-jarba et décrit par le Journal Libération comme « très francophile et chevalier de la Légion d’honneur ! » [5] – accuse l’État syrien, et donc son Armée et ses alliés, de « continuer à tuer des Syriens à Qousseir, Qalamoun, Ghouta, Alep, Homs et Idleb… » ; et aussi, d’« d’être derrière l’attentat qui a coûté la vie à sept personnes au Liban, dont l’ancien ministre libanais M. Mohammad Chatah [6], au grand dam des USA dont il aurait été l’homme providentiel hostile à la Syrie et au Hezbollah. Idem pour la coalition libanaise du 14 Mars, menée par M. Saad Hariri à partir de son fief parisien ! [NdT].


Qui est qui ? 

Le 18 décembre 2013, M. Nasser Kandil donnait un bref aperçu des trois formations encore qualifiées de « rebelles » ou de « révolutionnaires » selon le degré de myopie ou de surdité des rédacteurs démocrates occidentaux, sous le titre : « Le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et Al-Qaïda ».

Plus précisément, il s’agit de DAECH, du FRONT al-NOSRA, et du FRONT ISLAMIQUE qu’il présente comme les trois composantes issues d’une même matrice et d’une même doctrine, celles d’Al-Qaïda fondée par Oussama ben Laden et Abou Moussab al-Zarkaoui ; avec, par conséquent, des constantes communes aux trois formations : violences sectaires et incompatibilité absolue avec les notions de dialogue, d’élections, et de séparation entre la religion et l’État.

Ceci étant dit  et selon M. Kandil :

  • DAECH correspond au projet initial de Ben Laden qui consistait à élargir « la base » d’Al-Qaïda en compensant le déséquilibre confessionnel entre sunnite et chiite en Irak, par l’apport d’un excédent sunnite syrien ; d’où la nécessité de fusionner les deux États [EIIL : État islamique en Irak et au Levant].
  • Le FRONT al-NOSRA correspond au projet d’Ayman al-Zaouahiri faisant suite à celui de Ben Laden. Il consiste en une organisation destinée à tout pays qui concilierait entre la pensée islamiste internationaliste et la pensée nationale propre à chacun de ces pays. Le FRONT al-NOSRA est donc le projet d’Al-Qaïda spécifique à la Syrie !
  • Le FRONT ISLAMIQUE correspond à une nébuleuse purement sectaire vêtue de l’habit originel wahhabite et fondée sur la violence sectaire contre les musulmans, en particulier ! « Elle serait sans animosité particulière envers l’Occident, à la différence des deux précédentes et de toutes les autres émanations saoudiennes ».

Qui fait quoi ? 

  • DAECH est soutenue par la Turquie selon le concept ottoman du Khalifat. Elle est censée protéger les frontières turques contre toute velléité d’expansion kurde. 
  • Le FRONT al-NOSRA est le jouet du Qatar qui cherche à négocier un accord entre Al-Zaouahiri et les États-Unis en Afghanistan, contre l’abandon de leur appui à cette formation sévissant en Syrie.
  • Le FRONT ISLAMIQUE est l’outil de l’Arabie saoudite qui lui permettrait de compenser en Syrie ce qu’elle considère avoir perdu en Irak.

Pour quoi faire ?

Toujours selon M. kandil, il y a donc compétition entre la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite en prévision de la Conférence de Genève II ; chacun de ces pays tentant de présenter sa composante qaïdiste, notoirement connue, sous le jour le plus flatteur possible ; avec entre-temps, un dialogue entamé entre les États-Unis et le FRONT ISLAMIQUE à la demande de l’Arabie saoudite !

Dialogue auquel la chaîne TV qatari Al-Jazeera a répondu en invitant Al-Golani [FRONT al-Nosra] à s’exprimer sur les ondes. Dialogue auquel répondra sans doute la Turquie en lustrant DAECH d’une façon ou d’une autre. Si bien qu’on finira par nous présenter le dirigeant de DAECH [Al-Baghdadi] en costume cravate, au côté du dirigeant d’Al-Nosra [Al-Golani] comme réformateur et du dirigeant du Front islamique [Zahrane Allouche] comme chantre de la laïcité !

À ce stade, l’essentiel est de comprendre que ces trois États agresseurs de la Syrie, et leurs alliés occidentaux, reconnaissent ne disposer que des composantes d’Al-Qaïda pour tenter de battre le Président syrien Bachar al-Assad.

Mais n’est-ce pas ce que le Président syrien n’a cessé de dire et de répéter depuis le début de la dite « crise syrienne » ? N’a-t-il pas toujours affirmé qu’il n’était nullement question d’une confrontation entre un régime au pouvoir et une opposition populaire, mais d’une guerre entre l’État syrien et le terrorisme ? Ceci, si l’Occident admet encore et toujours  qu’Al-Qaïda =  Terrorisme !?

Et ce n’est pas fini !

Aujourd’hui 6 janvier 2014, sous le titre « Le plan de Bandar et d’Al-Zaouahiri », M. Kandil nous livre, en quelques lignes, la suite des transactions fiévreuses du chef des Services du renseignement saoudien en prévision de la Conférence de Genève II, si elle a lieu à la date prévue :

Selon un rapport britannique, début Décembre 2013, Bandar bin Sultan aurait rencontré à maintes reprises et sur deux journées consécutives un émissaire d’Ayman al-Zaouahiri à Genève. Il s’agirait d’un homme des médias arabes qui aurait donc fait la navette entre les deux interlocuteurs, pour transmettre les questions et réponses avant la mise au point  d’un plan d’action en quatre points :

  • Al-Zaouahiri exige de Zahrane Allouche, dirigeant du FRONT ISLAMIQUE wahhabiste, de combattre sous la bannière de l’ASL [la soi-disant Armée Syrienne Libre] pour sortir DAECH de Syrie et l’obliger à respecter la frontière qu’il a lui-même dessinée entre le FRONT al-NOSRA et DAECH.
  • Al-Zaouahiri exige du FRONT al-NOSRA de coordonner ses actions avec le FRONT ISLAMIQUE qu’il autoriserait à participer aux négociations de Genève II, afin que Bandar bin Sultan puisse composer l’équipe de négociateurs après avoir ainsi restitué le prestige de L’ASL et du CNS par leur victoire sur DAECH !
  • Al-Zaouahiri se charge d’informer DAECH de la nécessité de faire exploser la situation en Irak, d’étendre son contrôle sur la région d’Anbar, d’interdire la jonction entre les Armées irakienne et syrienne à la frontière entre les deux pays du côté de Tadmor, et de combler les espaces avec la Jordanie et l’Arabie saoudite.
  • Le Liban devra être livré à DAECH en compensation de la perte qu’elle aura subie en Syrie, les brigades d’Abdullah al-Azzam devront être éliminées et leurs opérations devront être annulées pour éviter les fuites de secrets en leur possession.

M. kandil termine par une deuxième question : Pensez-vous que ces informations permettent de comprendre ce qui s’est réellement passé avec le Saoudien Majed al-Majed [7], et ce qui se passe aujourd’hui en Irak et en Syrie ?

Nasser kandil

06/01/2014

 

Sources : Top News nasserkandil

Le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et Al-Qaïda

https://www.youtube.com/watch?v=OlogoA7jqI&list=UUNA7_Giz6__8DRH4WEAwMGw

Le plan de Bandar et d’Al-zaouahiri

http://topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=2643

Articles traduits de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Notes :

[1] Kerry confirme des contacts avec le Front islamique syrien

http://www.lorientlejour.com/article/847223/kerry-confirme-des-contacts-avec-le-front-islamique-syrien-.html

[2] Syrie : la «deuxième révolution» contre Al-Qaeda

http://www.liberation.fr/monde/2014/01/04/face-a-al-qaida-des-syriens-lancent-leur-deuxieme-revolution_970611

[3] Syrie : les rebelles lancent une « deuxième révolution » contre les djihadistes

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/04/syrie-une-deuxiemerevolution-contre-les-djihadistes_4343124_3218.html

[4] Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution

http://fr.wikipedia.org/wiki/Coalition_nationale_des_forces_de_l%27opposition_et_de_la_r%C3%A9volution

[5] Ahmad Jarba, le Syrien de la dernière chance !

http://www.liberation.fr/monde/2013/07/23/ahmad-jarba-le-syrien-de-la-derniere-chance_920362

[6] Assassinat de Chatah : l’opposition syrienne accuse le régime Assad et ses alliés

http://www.lorientlejour.com/article/848429/assassinat-de-chatah-lopposition-syrienne-accuse-le-regime-assad-et-ses-allies.html

[7] Situation au Liban : Report de l’annonce du gouvernement de fait accompli. Mort suspecte du terroriste saoudien Majed al-Majed.

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4203

 

Monsieur Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de Top News-nasser-kandil.

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En mai 2013, le président Obama prévenait : « L’Amérique latine représente une opportunité incroyable pour les États-Unis. » Durant son premier mandat, les États-Unis, trop occupés en Irak, an Afghanistan, en Libye, relâchèrent un peu la pression sur une arrière-cour qui commençait à leur échapper. L’influence de Washington en Amérique latine a désormais reculé au point de susciter aujourd’hui une contre-offensive impérialiste multiforme. L’empire est désormais en difficulté et son hégémonie contestée comme jamais dans l’histoire ; il n’a pas renoncé pour autant à récupérer le terrain perdu dans une région où plusieurs gouvernements se réclament de politiques post-néolibérales, voire anticapitalistes.

Le cœur de cible de la contre-offensive nord-américaine demeure le Venezuela bolivarien, qu’il faut faire tomber par une stratégie à la chilienne, d’usure et de déstabilisation, de guerre économique, de coup d’État rampant. Cette stratégie, ajoutée aux freins que constituent la corruption, la bureaucratie, l’insécurité, marque des points, perturbe une économie encore trop dépendante de la rente pétrolière et des importations.

Le patronat, le secteur privé, la bourgeoisie parasitaire contrôlent encore environ 70 % de l’économie ; ils provoquent des pénuries de produits de base, des sabotages économiques, des hausses de prix injustifiées… Ils les attribuent ensuite sans vergogne et avec tout leur mépris de classe au président Maduro, ce «  vulgaire chauffeur de bus  », cet «  ouvrier incompétent  ».

Or, précisément, cet ouvrier très politique et compétent, devenu président, a pris le taureau par les cornes et gouverne collectivement, au plus près du peuple. Sa pratique révolutionnaire de gouvernement de rue, la construction d’un État communal, la mise en place de communes (sortes de gouvernements locaux) qui transfèrent le pouvoir aux citoyens et activent le processus de construction, par la voie démocratique, d’un socialisme du XXIe siècle. L’État a pris des mesures enfin concrètes pour faire face à l’inflation chronique, à la spéculation, à la corruption endémique, à l’insécurité (ancienne). Une nouvelle instance du pouvoir populaire, les comités de défense populaire de l’économie, implique les citoyens dans la riposte à la guerre économique par le contrôle ouvrier, l’autogestion…

Le chavisme, pluriel, et son énorme parti (encore fragile), le Psuv, surmontent peu à peu le traumatisme de la mort de Chavez (leader au charisme exceptionnel, à la haute stature politique). Ils sortent orphelins du deuil collectif, convalescents, mais renouvelés et conquérants. Les élections municipales du 8 décembre constitueront un test politique de la plus haute importance.

La stratégie états-unienne de reconquête passe également par la riposte à l’intégration continentale en marche, qui, de fait, traverse un moment difficile. Washington met en place une sorte d’étau, une immense zone de libre-échange, un grand marché de consommateurs : l’alliance du Pacifique, l’accord d’association trans-pacifique (TPP), un clone du projet transatlantique États-Unis – Union européenne. Cet ensemble – Chili, Mexique, Colombie, Pérou, Canada, Malaisie, Vietnam, Nouvelle-Zélande, etc. – vise à torpiller l’Alba, l’Unasur, la Celac, à soumettre la région à une nouvelle donne économique, politique et géostratégique très libérale. Le repositionnement impérialiste permettra en outre d’«  accorder la priorité aux bénéfices des multinationales  » (déclaration du président équatorien Correa, à Paris, le 8 novembre 2013).

Ce retour de Washington dans la région butte sur les nouveaux rapports de forces, sur un élan populaire émancipateur, toujours dynamique. Au Chili, Michelle Bachelet va être élue avec le soutien des communistes. Au Honduras – victime, en juin 2009, d’un coup d’État pro-américain contre le président progressiste Zelaya –, les manipulations après le vote du 24 novembre prouvent que Barack Obama, la droite hondurienne, les paramilitaires, les forces répressives, l’oligarchie veulent empêcher à tout prix la victoire de la candidate du nouveau parti Liberté et Refondation, qui était en tête dans les sondages et s’est proclamé vainqueur sur la base des premiers résultats sortis des urnes. Ce parti, fédérateur, se revendique courageusement du socialisme. Sa candidate, Xiomara Castro, est précisément l’épouse du président Zelaya, renversé par le coup d’État. Insupportable pour Washington, la CIA et le Pentagone ! Selon le régime illégitime en place, J.-O. Fernandez, richissime homme d’affaires, partisan du coup d’État, serait en tête. Le peuple hondurien ne l’entend pas de cette oreille.

Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff fulmine contre l’espionnage électronique de la NSA dont elle a été victime, ainsi que la puissante compagnie pétrolière nationale Petrobras. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, le 16 octobre 2013, à la tribune, elle a accusé Washington de violer la souveraineté nationale des pays. Elle a même annulé, événement majeur, un voyage officiel à l’invitation du président Obama.

Le repositionnement des États-Unis en Amérique latine accentue les polarisations sociales, politiques ; il menace la stabilité d’un continent qui reste envié pour sa croissance, ses politiques de redistribution, d’inclusion sociale, de souveraineté nationale, son recul de la pauvreté, sa déconstruction des rapports de domination, la primauté du politique, la recherche de chemins post-capitalistes, l’ouverture de chantiers socialistes du XXIe siècle, d’utopies en actes. «  L’arrière-cour des États-Unis, répètent avec pertinence les militants latino-américains, c’est aujourd’hui vous, l’Europe. »

Jean Ortiz

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Bombardement au phosphore blanc à Gaza – Photo : cyberpresse.ca

Des sources israéliennes comme ‘Breaking the Silence’ (briser le silence) et ‘Physicians for Human Rights-Israel’ (médecins pour les droits de l’homme) ont révélé que les attaques contre Gaza de 2008/9 (Cast Lead) et 2012 (Pillars of Defence) avaient été programmées des mois auparavant et cela pose beaucoup de questions sur les véritables causes du siège de sept ans de Gaza et des attaques massives perpétrées contre un peuple misérable et sans défense, entassé dans une prison à ciel ouvert.

On peut se demander en effet :

  • Pourquoi la communauté internationale et l’ONU laissent Israël faire le blocus et le siège d’une minuscule bande de terre appelée Gaza depuis sept dans une totale impunité.
  • Pourquoi, dans le même ordre d’idée, Israël est-il autorisé à se livrer à des actes de piraterie dans les eaux internationales pour empêcher des navires marchands non armés d’aller à Gaza, au nez et à la barbe des flottes de l’OTAN opérant en Méditerranée orientale.
  • Si les guerres asymétriques lancées contre Gaza en 2008/9 et en 2012 étaient bien une réponse aux roquettes Qassam ou si ce n’était pas plutôt des attaques soigneusement planifiées pour d’autres raisons.
  • Si le siège et les attaques pourraient avoir pour but l’expérimentation de nouvelles armes et de nouveaux missiles de défense ainsi que l’expérimentation sur le terrain de stratégies de contrôle de population et de contrôle des immenses ressources en énergie trouvées en Méditerranée orientale.

Commençons par examiner la situation démographique au moment du premier assaut (Cast Lead).
Gaza est une bande de terre étroite, 45 km de long sur 5 à 12 de large, dans laquelle 1,5 million de Palestiniens ont été entassés et virtuellement emprisonnés – avec une densité de 4119/km2, quatre fois supérieure à celle du Bengladesh.

La population est concentrée principalement dans cinq villes et sept grands camps de réfugiées qui regroupent un million de réfugiés selon l’ONU.

Il n’y a que 24 km2 de terre potentiellement cultivable et la meilleure terre, qui se trouve à la frontière nord-est d’Israël, est largement inaccessible parce qu’elle tombe dans la “zone tampon” israélienne. 80% des Gazaouis, dont 59% sont des enfants, vivent sous le seuil de pauvreté. 40% n’ont pas d’emploi, 60% dépendent de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés) pour leur nourriture.

Gaza était gouverné par le Hamas, un gouvernement élu librement, depuis un peu plus d’un an quand l’attaque a commencé, mais Israël et les États-Unis ont décidé que c’était une “organisation terroriste” et que Gaza était une “entité hostile” tout de suite après les élections et depuis ils font vivre un enfer à ses habitants. Depuis 2006, Israël s’acharne à détruire l’économie de Gaza et à maintenir l’enclave dans l’insécurité alimentaire en faisant régner une sorte de famine contrôlée pour punir la population et la briser.

La zone tampon instaurée à l’intérieur de la bande de Gaza par Israël l’a privée de 68% de ses terres arables en rendant leur culture dangereuse ou impossible. Les pécheurs palestiniens ne peuvent plus pécher au-delà de 3 miles nautiques au lieu des 20 stipulés dans le traité d’Oslo ce qui réduit dangereusement la consommation nécessaire de protéine et détruit une des bases de l’économie de Gaza. L’interdiction israélienne de dépasser les 3 miles marins a une autre conséquence qu’il faut souligner : elle interdit aux Gazaouis d’exploiter les réserves de Gaza en gaz naturel des puits Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2 [1] estimées à presque 1,4 billions de pieds cubes qui auraient pu sauver l’économie et rendre Gaza indépendante d’Israël au plan énergétique.

Il est instructif d’analyser le timing des deux principales attaques. Pendant les 6 mois qui ont précédé l’invasion Cast Lead, le Hamas a respecté le cessez le feu jusqu’à ce qu’une incursion israélienne dans Gaza le 4 novembre (le jour des élections aux États-Unis) fasse 6 morts, ce qui a provoqué la réaction prévue de tirs de roquettes Qassam en Israël qui a servi de prétexte à l’armée israélienne pour lancer son attaque massive.

L’attaque israélienne qui a commencé le 27 décembre 2008 a été programmée pour coïncider exactement avec le changement de présidence aux États-Unis. Après 3 jours de frappes intensives, le Conseil de Sécurité a tenté de faire passer la Résolution de cessez-le-feu 1860 mais les États-Unis l’ont bloquée donnant à Israël le temps nécessaire pour lancer un assaut d’envergure sur le terrain. (Presque tout le Congrès a soutenu l’invasion, la Chambre par 390 voix contre 5 et le Sénat presque intégralement)

La résolution de Cessez-le-feu est finalement passée au Conseil de sécurité le 8 janvier, presque une semaine après l’invasion, mais les États-Unis se sont abstenus ce qui a donné aux Israéliens la couverture politique nécessaire pour continuer leur opération. Le président élu Barack Obama n’a pas dit un mot. Tony Blair, le représentant du Quartette, s’est fendu d’un appel tiède à un “cessez-le-feu immédiat”.

Les pertes palestiniennes provoquées par l’invasion Cast Lead ont été terribles. Environ 1400 personnes ont été tuées dont 313 enfants et 116 femmes ; moins de 20% de ceux qui ont été tués étaient des combattants. Plus de 6000 personnes ont été gravement blessées dont 1855 enfants et 795 femmes (source : Centre Palestinien des droits de l’homme). Mes collègues médecins norvégiens, Mads Gilbert et Eric Fosse, qui travaillaient à Gaza à l’époque avec les équipes palestiniennes, ont fait état de lésions qu’ils n’avaient jamais vues auparavant qui prouvaient que les Israéliens avaient utilisé et testé de nouvelles armes ainsi que du phosphore blanc dans des endroits très peuplés. En plus des graves brûlures, il y avait un nombre anormalement élevé d’infirmes et de gens qui avaient perdu un membre parmi les blessés.

Par exemple 150 personnes qui avaient perdu un membre ont dû être envoyées dans les hôpitaux égyptiens ; dans le camp de réfugiés de Jabalia, parmi les 165 nouveaux infirmes qui recevaient des soins, au moins 90 avaient perdu un ou plusieurs membres. La plupart des blessures étaient causées par les armes conventionnelles connues mais certaines blessures laissaient grandement penser que d’autres armes avaient été testées en situation réelle pour la première fois. Nous sommes sûrs que certaines des armes non conventionnelles que nous allons citer ici ont été utilisées, pour les autres le doute subsiste.

Les bombes au phosphore blanc contiennent des substances chimiques imprégnées dans des petites bandes de feutre qui se dispersent sur un rayon de 100 mètres quand la bombe explose dans les airs. Le gaz sert officiellement d’écran de fumée ou de fumigène, mais c’est aussi un agent incendiaire et c’est à ce titre qu’il a été utilisé à Gaza à plusieurs reprises. Les bombes à fléchettes contiennent des milliers de fléchettes de 4 cm de long environ qui se dispersent en faisceau quand la bombe explose à environ un mètre du sol ; le profil balistique des fléchettes a été étudié pour faire énormément de dégâts possible à l’intérieur du corps. Elles ont été utilisées dans l’attaque de 2008/9 mais pas dans celle de 2012.

Les Israéliens ont testé des mortiers à tir rapide du système d’artillerie Keshet avec des effets dévastateurs dans une rue bondée du camp de réfugiés de Jabalia [2] près de l’école Al Fakhoura en pleine connaissance de cause. Ils ont tiré des obus Kalanit [3] de blindés dotés d’un canon de 120 mm ; Les obus explosent en l’air puis libèrent 6 mini-charges qui propulsent une pluie de shrapnels sur la cible en dessous.

Les explosifs à métal dense inerte (DIME) [4] sont des nouvelles munitions qui sont constituées de petites boules de carbone contenant un alliage de tungstène, cobalt, nickel ou fer ; elles ont un énorme pouvoir d’explosion mais qui reste confiné à un espace restreint permettant soi disant de frapper une cible donnée sans dommages collatéraux. Des bombes de petit diamètre (SDB) à guidage laser peuvent être installées sur des avions de combat F16 et ont été utilisées à Gaza (Israël en a acheté 1000 aux États-Unis début décembre en vue de l’attaque de 2008).

On pense qu’elles contenaient des shrapnels de métal dense inerte. Mais comme la preuve que des DIMES ont été utilisés repose sur la poudre de shrapnel trouvée à la surface du foie et autres tissus mous ainsi que dans les nombreuses amputations bien nettes dont ont souffert tant de victimes, elle est difficile à faire.

Les bombes à uranium appauvri sont faites pour pénétrer profondément des cibles comme les tanks à l’intérieur desquels elles forment une boule de feu brûlant ; A Gaza, elles ont été utilisées pour attaquer des grands bâtiments, pas des tanks. Enfin les Israéliens ont été accusés d’utiliser des armes thermobariques [5] dans les tunnels de la frontière égyptienne mais on n’en a pas de preuve indiscutable.

L’opération Cast Lead a été l’exemple type d’une guerre asymétrique entre d’un côté l’état qui a l’armée la plus puissante du Moyen Orient et de l’autre un camp de concentration assiégé.

Pour vous donner une idée de la puissance militaire de ce prototype d’état guerrier moderne :

  1. Israël possède actuellement entre 240 et 300 têtes nucléaires ;
  2. d’énormes stocks d’armes chimiques et biologiques de destruction de masse (tout en s’indignant de celles que possède la Syrie et en exigeant leur destruction) ;
  3. 620 avions de guerre dont des avions de combat F16 (qui doivent bientôt être remplacés par des chasseurs F35 dernier cri qui coûtent 200 millions de dollars pièce, les États-Unis leur en ont promis 25 en priorité dès qu’ils seront opérationnels), ainsi que des hélicoptères Cobra et Apache ;
  4. six sous-marins de la classe Dolphin de fabrication allemande offerts par ce pays et dont certains peuvent être équipés de têtes nucléaires – deux d’entre eux patrouillent actuellement dans le Golfe Persique ;
  5. un nombre inconnu de missiles balistiques de courte, moyenne et longue portée (jusqu’à 8000 kilomètres) capables de transporter des charges nucléaires (Jericho1,2,3) ;
  6. une flotte moderne de 58 navires de guerre dont beaucoup sont équipés de missiles et qui font régulièrement des manœuvres avec l’OTAN en Méditerranée ;
  7. 3 escadrons de drones (Hermes, Searcher and Heron), la plupart dessinés et construits en Israël – la Grande Bretagne en a commandé 100 ;
  8. une armée professionnelle disposant de 2442 tanks Merkava, 1265 véhicules blindés de transport de troupes et quantités d’autres véhicules militaires plus petits ;
  9. 2754 pièces d’artillerie lourde avec des munitions diaboliques spécifiquement conçues pour causer le plus de dommage possible dans la population civile ;
  10. l’armée de métier totalise 26 000 soldats à quoi s’ajoutent les 107 000 conscrits, ce qui fait 133 000 soldats sous les drapeaux (60% de plus que l’armée britannique) qui peuvent être rapidement triplés en cas d’urgence avec les 400 000 réservistes qui suivent un entraînement annuel de 18 ans à 40-50 ans.

Si l’on se rappelle que la population totale en Israël s’élève à 7,8 millions et que 20% d’Israéliens sont exclus de l’armée parce qu’ils sont considérés comme une Cinquième Colonne, cela représente un investissement massif dans la guerre en argent comme en sang versé.

Combien tout cela coûte-t-il ? Officiellement, environ 7% du PIB (265 milliards de dollars US) selon Israël (comparés aux 4,5% des États-Unis et aux 2,5% de l’Angleterre). Une fois qu’un petit état comme Israël s’engage dans la guerre dans une telle proportion de son PIB, la seule manière de s’en sortir est de faire des économies d’échelle en développant la fabrication d’armes pour son propre usage et pour l’exportation.

Selon les chiffres de ses ventes en 2012/13 (13 milliards de dollars US), il occupe la 4ième place mondiale (L’Angleterre tient la 3ième place avec 19 milliards de dollars). Mais si on ajoute le commerce israélien de la sécurité (peut-être aussi important que son commerce d’armes, leur compétence dans ce domaine s’étant aiguisée grâce aux dizaines d’années de contrôle sur les Palestiniens), le commerce extrêmement profitable de la mise à niveau et le juteux trafic d’armes largement ignoré avec les dealers mondiaux, il est parmi les premiers exportateurs d’armes et de sécurité du monde tant en termes de pénétration du globe qu’en termes de profits. L’industrie de l’armement et de la sécurité israélienne s’est imposée à la fois dans le matériel (en particulier les drones), dans la haute technologie (avionique, robotique et autres formes de guerre électronique, plus les applications militaires des nanotechnologies) et dans la guerre cybernétique (domaine dans lequel l’unité 8200 de l’armée israélienne collabore étroitement avec la NSA), plus des myriades de services de sécurité de toutes sortes. Les labels “testé sur le terrain” ou “a été utilisé dans le combat à Gaza” donnent aux fabricants d’armes israéliens un avantage compétitif majeur sur le marché.

En dehors du fait qu’Israël jouit au Congrès du soutien inconditionnel des deux partis pour des raisons de politique intérieure, y aurait-il d’autres raisons pour lesquelles les États-Unis ont constamment mis leur veto au Conseil de Sécurité à toutes les résolutions qui critiquaient Israël (43 fois jusqu’ici plus que tous les autres pays réunis sur tous les cas soumis) ? La possibilité pour le Pentagone et les fabricants d’armes étasuniens (et Européens) de tester leurs nouvelles armes à Gaza pourrait-elle être une explication ?

Le lien immédiat entre le soutien financier étasunien au système de défense anti-missile Iron Dome, son utilisation contre les roquettes Qassam dont Israël a provoqué le lancement et les annonces que le système de défense est en train d’être vendu aux forces étasuniennes en Afghanistan et à l’Inde permet de se poser la question. De même, se pourrait-il qu’une démonstration “d’occupation aérienne” par laquelle les drones achèvent de dominer, d’intimider et de contrôler la vie des 1,7 million d’habitants de Gaza ait une influence sur la vente de drones israéliens qui s’ajoute aux autres moyens de contrôles qu’il vend aux gouvernements, armées, agences de sécurité et forces de police du monde entier ? Et que dire des énormes réserves de gaz au large de Gaza exploitées par Israël aux dépens des Palestiniens à qui l’accès à leurs propres ressources naturelles est interdit pour des raisons de “sécurité” ?

L’armement d’Israël est le vecteur de l’extension de l’hégémonie occidentale dans la région. Ce fait là et le fait que le complexe industriel militaro-sécuritaire occidental soit fourni en armes par Israël ainsi que l’opportunité de développer et de tester les armes dans les Territoires Palestiniens font des attaques contre Gaza un cas d’école dans un monde qui est en train de se transformer rapidement en Palestine Globale, à travers la “palestinisation” de nous tous. Parce que les Gazaouis sont seulement des cobayes. Le but final est de tous nous contrôler. Dans ce sens, nous sommes tous vraiment des Palestiniens.

Colin Green

 Article original: http://www.counterpunch.org/2013/12/27/the-killings-fields-of-gaza/

Traduction : Dominique Muselet, Info-Palestine

Colin Green est professeur Emérite de chirurgie au University College de Londres (UCL) et académicien à l’Académie des Sciences d’Ukraine, ainsi que militant des droits de l’homme dans le cadre d’associations comme the Campaign Against the Arms Trade, Stop the War Coalition, Physicians for Human Rights, Israeli Committee Against House Demolitions et the Campaign for Nuclear Disarmament.

 

[2] Extrait du rapport de l’ONU (page 19, §65) : …”Les forces israéliennes ont tiré une salve de quatre mortiers de 120 mm « Keshet » tirant à intervalles très rapprochés.
Le mortier Keshet est doté de systèmes perfectionnés de ciblage et de navigation et était l’arme la plus précise dont les forces israéliennes disposaient à ce moment-là”… http://www.justitia-universalis.net/attachments/File/Publications/Pale…

[4] …”À l’hôpital Al-Chifa, de Gaza, nous n’avons pas vu de brûlures au phosphore, ni de blessés par bombes à sous-munitions. Mais nous avons vu des victimes de ce que nous avons toutes les raisons de penser être le nouveau type d’armes, expérimenté par les militaires américains, connu sous l’acronyme DIME – pour Dense Inert Metal Explosive”, ont déclaré les médecins. Petites boules de carbone contenant un alliage de tungstène, cobalt, nickel ou fer, elles ont un énorme pouvoir d’explosion, mais qui se dissipe à 10 mètres”… Pour lire la suite :http://socio13.wordpress.com/2009/01/12/des-medecins-evoquent-lusage-d…

[5] Explosif à haute puissance allié à une matière inflammable qui dégage une chaleur intense et provoque une explosion plus puissante et plus destructrice.

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Une organisation israélienne défendant les droits de l’homme a accusé le pays

de torturer des mineurs palestiniens et elle a produit un rapport sur des cas de mise en cage publique ainsi que sur des menaces et des passages à l’acte de violences sexuelles.

« La majorité des enfants palestiniens détenus sont accusés d’avoir lancé des pierres, et 74 % d’entre eux sont soumis à des violences physiques lors de leur arrestation, de leur transfert ou de leur interrogatoire ” (photo ism-france)

Le Comité public contre la torture en Israël (Public Committee Against Torture in Israel, PCATI) a condamné Israël qui ne protège pas les mineurs palestiniens de la torture arbitraire . Le groupe exige des autorités qu’elles introduisent dans le droit national israélien des dispositions spécifiques protégeant tous les enfants de la torture.

Le groupe de défense des droits de l’homme déclare que [les dispositions du] droit international contre la torture, inscrites dans le Protocole d’Istamboul (« Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants »), n’ont pas été transcrites dans la législation nationale israélienne.

Le PCATI argue que « le terme “torture” désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne », selon les termes mêmes du Protocole d’Istamboul. En outre, « chez les enfants, la torture peut avoir un impact direct ou indirect, selon qu’ils ont eux-mêmes subi la torture ou la détention, que leurs parents ou d’autres proches en ont été les victimes, ou qu’ils ont été les témoins d’actes de torture ou autres formes de violence ».

Le rapport de l’ONG a été publié en préambule à l’audition de mardi dernier par la Commission des Pétitions Publiques de la Knesset sur des sujets connexes. Le PACTI a fondé sa plainte sur les données de rapports enregistrés d’abus sur des enfants, collectés ces dix dernières années.

La pratique consistant à placer les enfant dans des cages à l’extérieur avait été stoppée par la ministre de la Justice Tzipi Livni à la suite de sa découverte, rapporte le Jerusalem Post.

Le PCATI affirme qu’il continue d’enquêter activement sur les cas relatifs à la torture et aux mauvais traitements d’enfants par des soldats et des interrogateurs des Forces de Défense Israéliennes (IDF). Ils enquêtent sur les menaces et actes de violence sexuelle, la mise en cage de prisonniers dans des cages métalliques (y compris des enfants), le comportement militaire au cours de la détention et de l’arrestation de Palestiniens.

Par ailleurs les données collectées par le PACTI sont appuyées par un certain nombres d’ONG également impliquées dans la collecte des preuves d’allégations de tortures. Selon le « Bureau du Défenseur Public » israélien, la découverte de personnes enfermées dans des cages métalliques remonte à l’inspection nocturne d’une prison au plus fort d’une récente tempête hivernale.

Des enfants ont été découverts à l’extérieur, sous des températures glaciales, enfermés pendant des heures pendant la nuit suivant leur arrestation, en attendant d’être inculpés le lendemain matin.

« Pendant notre visite, laquelle se passait au cours d’une violente tempête qui a frappé le pays, les avocats ont rencontré des détenus qui leur ont décrit un tableau choquant : en pleine nuit, des dizaines de détenus sont transférés dans les cages métalliques construites à l’extérieur des installations carcérales de transit de l’IPS [Israël Prison Service] à Ramla », écrit le Défenseur Public dans son site web.

« Il apparaît que cette procédure consistant à faire attendre des prisonniers dans des cages à l’extérieur durait depuis de nombreux mois et elle a été avérée par d’autres responsables officiels ».

Le PCATI souligne que : « ne pas autoriser l’enfant ou le mineur arrêté à jouir pleinement de ses droits, notamment ne pas permettre un avocat ou un adulte accompagnant, au moment de l’arrestation et de l’interrogatoire, met l’enfant dans un état de désarroi, de détresse, et augmente la pression exercée sur l’enfant par les forces de sécurité en vue de parvenir à des aveux ou à des informations au cours de l’interrogatoire ».

Selon le PCATI, le seuil de « l’acte d’abuser » par Israël doit être abaissé quand il s’agit d’enfants. L’ONG croit par ailleurs qu’enfants et adultes ont droit à une réhabilitation. Le Comité estime aussi que les cas d’abus ont droit à bénéficier d’un examen exhaustif de leurs plaintes et d’être « accompagnés d’un représentant de leur choix quand ils témoignent devant un enquêteur israélien ».

Citant le rapport de 2013 par Defense of Children International (DCI-Palestine) et par Lawyers for Palestinian Human Rights (LPHR), le PACTI réaffirme que « Israël est la seule nation à poursuivre automatiquement et systématiquement des enfants devant des tribunaux militaires d’où sont absentes les garanties basiques et fondamentales pour un procès équitable ».

L’association de défense des droits humains estime que quelque 700 enfants palestiniens, dont certains n’ont que 12 ans, subissent chaque année le système de détention militaire israélien.

« La majorité des enfants palestiniens détenus sont accusés d’avoir lancé des pierres, et 74 % d’entre eux sont soumis à des violences physiques lors de leur arrestation, de leur transfert ou de leur interrogatoire » selon les preuves collectées par Defence for Children International Palestine.

Il faut ajouter « qu’aucun enfant israélien n’entre en contact avec le système des tribunaux militaires ».

1er janvier 2014 – Russia Today

Article en français : http://french.irib.ir/component/k2/item/308795-«-des-enfants-dans-des-cages-»

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Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan

janvier 6th, 2014 by Thierry Meyssan

Photo : Recep Tayyip Erdoğan et Yasin al-Qadi

La mise au jour des liens unissant le Premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan, à Al-Qaida bouleverse la politique turque. Non seulement Ankara soutenait très activement le terrorisme en Syrie, mais il le faisait dans le cadre d’une stratégie de l’Otan. Pour Thierry Meyssan, l’affaire montre aussi le caractère factice des groupes armés qui luttent contre l’État et le peuple syriens. C’est la première fois depuis le 11-Septembre qu’un chef de gouvernement de l’Otan est surpris la main dans le sac, en train de travailler personnellement avec Al-Qaida.

Jusqu’à présent, les autorités des États membres de l’Otan affirment que la mouvance jihadiste internationale, qu’elles soutenaient à sa formation, lors de la guerre en Afghanistan contre les Soviétiques (1979), se serait retournée contre elles lors de la libération du Koweït (1991). Elles accusent Al-Qaida d’avoir attaqué les ambassades US eu Kenya et en Somalie (1998) et d’avoir fomenté les attentats du 11 septembre 2001, mais admettent qu’après la mort officielle d’Oussama Ben Laden (2011), certains éléments jihadistes auraient à nouveau collaboré avec eux en Libye et en Syrie. Toutefois, Washington aurait mit fin à ce rapprochement tactique en décembre 2012.

Or, cette version est démentie par les faits : Al-Qaida a toujours combattu les mêmes ennemis que l’Alliance atlantique, ainsi que le révèle une fois de plus le scandale qui secoue actuellement la Turquie.

On apprend que le « banquier d’Al-Qaida », Yasin al-Qadi —qui était désigné comme tel et recherché par les États-Unis depuis les attentats contre leurs ambassades au Kenya et en Tanzanie (1998)— était un ami personnel à la fois de l’ancien vice-président US Dick Cheney et de l’actuel Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. On découvre que ce « terroriste » menait grand train de vie et voyageait en avion privé en se moquant des sanctions des Nations Unies à son encontre. Ainsi, a t-il rendu visite au moins quatre fois à M. Erdoğan en 2012, arrivant par le second aéroport d’Istanbul où, les caméras de surveillance ayant été déconnectées, il était accueilli par le chef de la garde du Premier ministre, sans passer par les douanes.

Selon les policiers et magistrats turcs qui ont révélé ces informations et incarcéré les enfants de plusieurs ministres impliqués dans l’affaire, le 17 décembre 2013 —avant d’être dessaisis de l’enquête voire relevés de leurs fonctions par le Premier ministre—, Yasin al-Qadi et Recep Tayyip Erdoğan avaient mis au point un vaste système de détournement de fonds pour financer Al-Qaida en Syrie.

Au moment même où cet incroyable double-jeu était mis en lumière, la gendarmerie turque arrêtait à proximité de la frontière syrienne un camion transportant des armes destinées à Al-Qaida. Parmi les trois personnes interpellées, l’une déclarait convoyer le chargement pour le compte de l’IHH, l’association « humanitaire » des Frères musulmans turcs, tandis qu’une autre affirmait être un agent secret turc en mission. En définitive, le gouverneur interdisait à la police et à la justice de faire leur travail, confirmait que ce transport était une opération secrète du MIT (les services secrets turcs), et ordonnait que la camion et son chargement puissent reprendre la route.

L’enquête montre également que le financement turc d’Al-Qaida utilisait une filière iranienne à la fois pour agir sous couverture en Syrie et pour mener des opérations terroristes en Iran. L’Otan disposait déjà de complicités à Téhéran durant l’opération « Iran-Contras » dans des milieux proches de l’ancien président Rafsandjani, tel le cheikh Rohani, devenu l’actuel président.

Ces faits interviennent alors que l’opposition politique syrienne en exil lance une nouvelle théorie à la veille de la Conférence de Genève 2 : le Front al-Nosra et l’Émirat islamique en Irak et au Levant (ÉIIL) ne seraient que de faux nez des services secrets syriens chargés d’affoler la population pour la rabattre vers le régime. La seule opposition armée serait donc celle de l’Armée syrienne libre (ASL) qui reconnaît son autorité. Il n’y aurait pas de problème de représentativité à la Conférence de paix.

Nous serions donc priés d’oublier tout le bien que la même opposition en exil disait d’Al-Qaida depuis trois ans ainsi que le silence des États membres de l’Otan sur la généralisation du terrorisme en Syrie.

Dès lors, si l’on peut admettre que la plupart des dirigeants de l’Alliance atlantique ignoraient tout du soutien de leur organisation au terrorisme international, on doit aussi admettre que l’Otan est le principal responsable mondial du terrorisme.

Thierry Meyssan
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Les cadeaux de Noël de Nouri al-Maliki

janvier 6th, 2014 by Gilles Munier

Depuis des mois, Nouri al-Maliki réclamait des chasseurs F-16, des hélicoptères Apache, des armes sophistiquées et des drones-tueurs pour lutter contre « Al-Qaïda en Irak ». Il avait réitéré sa demande en Octobre dernier à Washington, lors de son entretien avec Barack Obama. Ses vœux ont été exaucés, du moins en partie.

Pour commencer, le père Noël Obama lui a livré 75 missiles air-solHellfire. Dix drones de surveillance ScanEagle suivront en mars pour localiser les camps d’entraînements dits « terroristes ». Selon le New York Times, Obama  a autorisé les services de renseignement américains à indiquer au régime de Bagdad l’emplacement de ceux repérés par leurs satellites. En ce qui concerne les F-16 et les Apache, Nouri al-Maliki devra patienter.

Comme les généraux américains pendant la guerre et l’occupation de l’Irak, Maliki ne fait aucune différence entre Al-Qaïda et les organisations nationales de résistance, voire son opposition civile. Ces armes – et celles à venir - risquent donc d’être utilisées contre tous ceuxqui lui sont hostiles, notamment les sunnites de la région d’Al Anbar qui manifestent contre leur marginalisation et sa dictature et, peut-être, un jour également contre les Kurdes.

En tout cas, les livraisons d’armes américaines au régime irakien ne règleront pas les problèmes de sécurité à Bagdad, Mossoul ou Kirkouk. Au contraire.

Gilles Munier

28 décembre 2013

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Des dizaines de milliers de migrants africains, portant de nombreuses banderoles exigeant la liberté pour leurs compatriotes emprisonnés en Israël en tant que sans-papiers, ont protesté dimanche dans un parc de Tel-Aviv contre une nouvelle loi permettant leur détention pour des durées indéfinies.

« Nous sommes tous des réfugiés » et « Oui à la liberté, non à la prison ! » ont scandé en anglais les manifsetants.

Les groupes de défense des droits de l’homme disent que plus de 300 personnes ont été arrêtées depuis la promulgation de la loi, laquelle permet aux autorités de mettre en détention indéfiniment les migrants sans visas valides. Cette loi été adoptée par le parlement israélien il y a trois semaines.

Un porte-parole de la police israélienne a estimé que 30 000 personnes ont participé à la manifestation de dimanche.

Quelques 60 000 migrants, principalement originaires d’Érythrée et du Soudan, ont traversé depuis 2006 la frontière vers la Palestine occupée à travers une frontière poreuse à plusieurs endroits avec l’Égypte, selon les autorités israéliennes.

Beaucoup vivent dans des quartiers pauvres de Tel-Aviv et disent vouloir l’asile et un refuge. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il considérait la présence des Africains comme une menace pour le caractère soi-disant exclusivement juif d’Israël.

Lors de leur arrestation, de nombreux migrants sont envoyés vers ce que le gouvernement décrit comme une prison « ouverte » dans le désert au sud.

L’installation est similaire à une prison semi-ouverte, que les détenus peuvent quitter pendant la journée mais doivent réintégrer à la nuit tombée. Les migrants peuvent y être retenus sans limite de temps en attendant leur rapatriement, l’application d’une décisions d’expulsion ou l’étude de leur demande d’asile.

 

 

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Flics israéliens en civil arrêtant un manifestant d’origine africaine près du Parlement à Jérusalem le 17 Décembre 2013, lors d’une protestation contre la politique de détention – Photo : AFP/Menahem Kahana

Les organisateurs ont distribué des tracts demandant à Israël de « libérer tous les réfugiés de prison et d’arrêter cette politique de détention. » Des groupes de défense des droits de l’homme ont fait appel de la nouvelle loi.

La police a déclaré que les manifestants avaient une autorisation pour une manifestation de trois jours sur le site, et il n’y avait pas de violence ou d’arrestations de signalées.

Hotline for Migrant Workers, une organisation qui milite pour les droits des travailleurs, accuse Israël de faire pression sur des centaines de prisonniers pour qu’ils acceptent de l’argent et s’en aillent. Une dizaine d’entre eux ont accepté de partir pour l’Érythrée et ainsi sortir de prison.

Le député israélien Eli Yishai – ancien ministre d’extrême-droite de l’Intérieur qui en 2012 a mené la campagne du gouvernement pour rassembler et expulser des dizaines de milliers de migrants – a dénoncé la manifestation.

Yishai a déclaré que les « infiltrés », comme les appellent les autorités, ont été encouragés par les organisations « anti- sionistes de défense des droits de l’homme ».

Ces groupes de défense disent que la plupart des migrants africains en Israël ne peuvent pas être expulsés, parce que leurs vies seraient en danger s’ils retournaient dans leurs lieux d’habitation au Soudan et en Érythrée.

Yishai a déclaré au site de quotidien Maariv que la manifestation était « un cri perçant et clair pour l’État d’Israël et les autorités judiciaires et policières, d’appliquer tous les moyens à leur disposition pour renvoyer les infiltrés dans leur pays. »

Dawud, un demandeur d’asile érythréen qui participait à la manifestation, a déclaré à l’AFP : « Nous avons fui les persécutions, les dictatures, les guerres civiles et les génocides. »

« Au lieu de nous considérer comme des réfugiés , Israël nous traite comme des criminels », a-t-il ajouté, sans vouloir donner son nom complet.

 

Article original en anglais, http://english.al-akhbar.com/conten…, 5 janvier 2013
Traduction : Info-Palestine.eu

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11-Septembre : Lamentations sur les ruines de Ninive

janvier 6th, 2014 by Christian Darlot

La situation politique et militaire du monde en 2012 résulte en grande part des attentats de septembre 2001, à New-York et Washington. Ces événements extraordinaires frappèrent tant les esprits qu’ils ont fait accepter une série de guerres, présentées comme des ripostes. Mais si ces graves conséquences sont connues, l’origine des attentats reste controversée.

La “version officielle” (V.O.) présentée dans un rapport peut être résumée en deux propositions :

1/ Les avions qui frappèrent les tours à Manhattan les firent crouler (et ainsi périr 3000 personnes).

2/ Ces avions étaient pilotés par des kamikazes d’une organisation terroriste nommée Al Qaïda.

Depuis sa parution, ce rapport a été radicalement critiqué, aux États-Unis et dans le monde entier, tant l’enquête fut lacunaire et l’analyse physique sommaire. D’autres interrogations sont suscitées par les actes des dirigeants politiques et militaires, le jour même et après, ainsi que par les procédures inhabituelles suivies au cours de l’enquête et lors des travaux de déblaiement.

Selon un principe fondamental de l’activité intellectuelle, la charge de la preuve incombe à qui affirme. C’est donc la compatibilité de la version officielle avec les faits qu’il faut d’abord examiner. Or la résistance des matériaux est une branche de la Physique, soumise aux principes fondamentaux de la Physique. Une analyse physique est donc possible, et elle s’impose pour connaître la réalité et échapper à un double écueil idéologique : dénoncer par principe l’impérialisme anglo-saxon, ou au contraire condamner sans procès un supposé terrorisme.

Ci-dessous, les faits que chacun peut vérifier sont exposés d’abord, et des arguments plus difficiles à corroborer sont présentés ensuite.

1        Faits

Outre le rapport officiel (http://wtc.nist.gov/pubs/factsheets/faqs_8_2006.htm), les documents d’accès facile sont les photos et les films des événements à New York, si nombreux et cohérents que l’hypothèse de leur trucage peut être écartée. Une recherche, même élémentaire, sur Internet permet d’en trouver à foison. Au contraire, très peu de documents sont accessibles sur l’incident du Pentagone, à Washington, et presque pas sur l’écrasement d’un avion en Pennsylvanie.

Des discussions techniques peuvent être lues sur les sites des associations d’architectes et d’ingénieurs qui ont étudié ces événements, par exemple http://ae911truth.org/ (il y en a d’autres).

Les frappes des avions contre les deux tours allumèrent des incendies. Mais une relation de cause à effet entre ces incendies et les effondrements paraît incompatible avec plusieurs principes de la Physique. En effet, cette interprétation ne respecte :

- Ni la conservation de l’énergie, premier principe de la thermodynamique et de toute la Physique ;

- Ni le deuxième principe de la thermodynamique, impliquant que la chaleur ne peut s’être spontanément concentrée dans les piliers ;

- Ni la loi de la diffusion de la chaleur dans la matière (Loi de Fourier, chaleur massique, coefficient de diffusion) impliquant que la chaleur ne peut avoir diffusé dans les quelques 200 piliers jusqu’à les fondre de haut en bas au même moment ;

- Ni la loi de changement d’état de la matière (chaleur latente de fusion) ;

- Ni la loi de rayonnement des matériaux selon la température (corps noir) ;

- Ni la conservation de la quantité de mouvement : la masse des étages du dessous aurait dû freiner la chute de ceux du dessus (c’est la loi de Newton !) ; or trois tours s’écroulèrent presque à la vitesse de la chute libre.

- Ni la conservation du moment cinétique : le haut d’une des tours ayant commencé à basculer aurait dû continuer ce mouvement et tomber à côté de la tour (photo jointe). Mais il explosa en plein ciel, juste au moment où tout le reste de la tour en-dessous s’écroulait aussi.
Sept principes fondamentaux de la Physique ne sont pas respectés !

En outre, deux tours furent frappées par des avions, mais trois tours s’écroulèrent. La troisième (moitié moins haute) s’écroula, elle aussi d’un bloc, sept heures après les deux premières, alors que quelques incendies localisés y sévissaient. Elle était située à une centaine de mètres des deux autres, dont elle était séparée par des immeubles beaucoup plus abîmés mais qui ne s’écroulèrent pas. Le rapport officiel avoue tout uniment que l’effondrement cet immeuble reste inexpliqué.

Examinons maintenant les arguments :

 1.1       Enregistrement géophysiques

Les frappes par les avions ne firent pas trembler les tours, ce qui est logique s’agissant du choc d’un objet creux sur une structure en réseau. Le rapport officiel mentionne de faibles oscillations à la fréquence fondamentale (p. 104). Cependant des chocs furent perçus, à 34 km de là, à Palisades, par les sismographes du laboratoire de Géophysique Lamont–Doherty de l’Université Columbia. Ce laboratoire de Géophysique est l’un des principaux du monde, et fut l’un de ceux qui établirent la théorie de la tectonique des plaques. Comme les fréquences d’oscillation d’un bâtiment sont amorties par les terrains traversés au point d’être imperceptibles à une telle distance, les vibrations perçues ne peuvent avoir résulté des frappes. Néanmoins, ce laboratoire a enregistré, après les frappes puis juste avant les écroulements, des chocs impulsionnels dont les décours et les intensités signeraient des explosions proches du sol. Des explosions calibrées sont couramment utilisées en Géophysique appliquée, et les méthodes d’étude des vibrations sont très bien connues.

Les durées apparentes de transmission des signaux entre Manhattan et Palisades furent différentes pour les deux tours ; comme la distance est la même, cette différence apparente indique que les délais entre l’instant du choc impulsionnel et le début de l’écroulement ne furent pas identiques pour les deux tours. Le détail de ces mesures se trouve sur le site :

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/des-signaux-sismiques-revelent-l-70808

Une durée de dix à vingt secondes est longue pour un phénomène géophysique ; un événement qui dure aussi longtemps provoque des trains d’ondes qui diffusent par divers chemins et se réfractent sur les interfaces entre les terrains de natures différentes. Les effondrements des deux grands immeubles devraient donc avoir produit un signal durable sur les enregistrements sismographiques ; or les signaux recueillis furent brefs.

En conclusion, les observations géophysiques suggèrent que des explosions eurent lieu à la base des tours quelques instants après la frappe des avions, et d’autres explosions juste avant et pendant les effondrements. Les séquences des événements furent différentes pour les deux tours.

1.2       Résistance mécanique

Deux cylindres coaxiaux formaient l’ossature des bâtiments (cf. figure 1). Le cylindre central était constitué d’une cinquantaine de piliers en acier (47 exactement)) de section 36 x 90 cm, dont chaque face était épaisse de près d’une dizaine de centimètres. Le cylindre du pourtour était constitué d’environ cent-cinquante piliers plus minces. Tous étaient entretoisés. Si exceptionnels qu’ils aient été, ces immeubles avaient été conçus au milieu des années soixante après près d’un siècle d’expérience en construction métallique ; et avant l’ère des ordinateurs, les ingénieurs prenaient de grandes marges de sécurité en sur-dimensionnant les structures.

Les avions frappèrent en biais et endommagèrent plusieurs étages de chaque tour, qui prirent feu. Les incendies durèrent une heure (56 minutes) pour la tour 2, et une heure et demie (102 minutes) pour la tour 1. Lorsque les tours s’écroulèrent, l’énergie mécanique des chocs était depuis longtemps dissipée. Sur les photos, beaucoup de vitres sont intactes aux étages voisins des étages frappés (bien sûr, les vitres doivent être costaudes pour résister aux tempêtes et mouvements divers des bâtiments).

Le contenu des réservoirs de kérosène n’a pas complètement brûlé, puisque les fumées étaient noires de suie (qui certes réverbère une part du rayonnement, mais surtout absorbe et évacue de la chaleur). L’énergie thermique s’est dissipée surtout dans l’air, au dehors des tours. L’avion qui frappa la deuxième tour l’atteignit dans un angle, de sorte qu’une partie de l’avion ressortit et brûla dehors. Au moment des écroulements, les incendies étaient circonscrits à quelques étages (sur 110) et en voie d’apaisement. Il va de soi que les immeubles de bureau sont faits pour résister à des feux de bureau. Un feu de matériel de bureau peut atteindre 900 °C, tandis que la température de fusion de l’acier est d’environ 1500 °C (avec des variations selon les nuances d’alliage, bien entendu). La température d’un feu de kérosène dépend de l’apport d’oxygène ; elle peut atteindre 1200 °C si la combustion est complète, voire 1700°C dans un réacteur d’avion conçu pour obtenir la température la plus haute, par apport d’air sous pression. Mais à l’air libre elle ne dépasse pas 800 °C, et l’abondance de suie prouve une combustion incomplète, même près des parois des bâtiments. En outre, l’alimentation du feu en oxygène était certainement moindre au centre des bâtiments qui mesuraient 60 m de côté. En 1975, un incendie dans la tour Nord ravagea pendant plusieurs heures la moitié du onzième étage (donc en bas de la tour), puis se propagea à d’autres étages où il fut bientôt éteint. Néanmoins la structure de la tour ne fut pas endommagée.

Les incendies de bâtiments à structure métallique ont été soigneusement étudiés et reproduits lors de nombreux essais expérimentaux ; ils ne se propagent pas vers le bas à une vitesse fulgurante ; un incendie localisé ne provoque pas d’effondrement symétrique, et jamais un écroulement total n’a été observé. Selon le rapport officiel, des essais au feu montrèrent que les assemblages mis en œuvre dans ces bâtiments pouvaient supporter leur charge nominale plus longtemps que les durées des incendies  (p. 141).

Bien entendu, la rigidité de l’acier diminue avec la température, au-dessus de 600 °C, mais il faut beaucoup de chaleur pour que la température de poutres en acier atteigne celle de l’air ambiant, Il faut donc que l’air reste à une température supérieure à 600 °C pendant longtemps, certainement plus d’une heure si les poutres sont épaisses. En outre, une charpente métallique en réseau répartit la chaleur comme un radiateur, donc abaisse la température des poutres. Et, comme la chaleur ne diffuse pas instantanément, les structures finissent par fléchir, asymétriquement, et le haut de la structure penche d’un côté. Si les poutres étaient devenues localement assez chaudes pour se déformer, le haut des piliers (chaud) aurait cédé sous le poids avant la base (froide) et les parties hautes des tours seraient tombées du côté le plus chaud. Le haut d’une tour bascula en effet (cf. figure 2) et une partie tomba sur un immeuble voisin, qui reçut un fort coup de bélier auquel il résista (il n’avait cependant pas subi de dommage jusqu’alors). La plus grande part des débris de la tour tomba néanmoins dans le pourtour de base, c’est-à-dire selon la direction de la gravité mais aussi selon la direction de plus grande résistance des piliers !

Pour que la chaleur fût la cause d’une telle chute verticale, il eût donc fallu que presque tous les piliers atteignissent la température de fusion au même moment, du haut en bas, et que la structure toute entière pliât en accordéon. Identiquement pour les trois tours !! Un argument parfois avancé en faveur de la chute verticale sous l’effet de la gravité seule est que, les étages inférieurs étant froids, la déformation serait devenue fragile et non plus ductile. Un tel effet supposerait des milliers de brisures instantanées de poutres d’acier. Éventualité très inquiétante pour la construction métallique mais qui n’a jamais été observée au cours d’un sinistre. Bref, argument irréaliste forgé pour les besoins de la cause.

L’importance de l’affaire du 11 septembre 2001 justifierait une étude expérimentale sur un immeuble de structure comparable, voué à la démolition, où un feu de kérosène serait allumé.

Le site « Infosteel », d’information sur la construction métallique, écrit :

« N’importe quelle résistance au feu peut être atteinte en prenant les bonnes mesures ; l’acier offre une grande sécurité pour plusieurs raisons :

  • L’acier est un matériau déformable. À haute température, tous les matériaux subissent des déformations thermiques qui modifient les charges dans la construction. Pour les compenser, un matériau ne doit pas tant être résistant que déformable. Contrairement à un matériau friable, comme le béton par exemple, l’acier en est parfaitement capable ;
  • Avant de céder, l’acier prévient par d’importantes déformations. Normalement, les pompiers et autres services de secours peuvent déduire de l’évolution des déformations si le bâtiment est sur le point de s’écrouler. La rupture soudaine, qui peut se produire avec le béton et les constructions en maçonnerie, est très rare dans le cas de constructions en acier ;
  • L’acier est un matériau facilement quantifiable. Les codes de calcul de la résistance au feu de l’acier sont basés sur des décennies de recherches scientifiques poussées. Le comportement dans la construction est bien connu et tous les phénomènes possibles sont prévisibles avec précision. Le risque qu’une autre forme de rupture que celle prévue lors de la conception se produise est de ce fait très réduit dans le cas des constructions en acier. »

Pour fixer les idées, les deux tours étaient deux fois plus hautes (415 et 417 m) que la tour Montparnasse (210 m). Elles s’écroulèrent totalement, jusqu’aux fondations, en 10 à 15 secondes, l’incertitude étant due à la poussière qui masquait la fin de la chute. La durée de la chute libre dans le vide peut être calculée de tête par quiconque est titulaire d’un baccalauréat scientifique. La formule est en effet :

La hauteur des immeubles étant de 400 mètres et l’accélération de la gravité de 9,81 m/s², la durée cherchée est d’environ 9 secondes, ce qui fournit une borne inférieure : la chute ne peut pas durer moins (et encore la résistance de l’air est-elle ici négligée). Or un effondrement accidentel à la vitesse de la chute libre est impossible à cause de la conservation de la quantité de mouvement.

En effet, la loi fondamentale de la Mécanique, qui permet ce calcul, exprime la conservation de la quantité de mouvement (égale au produit de la masse par la vitesse) sans action externe. Une présentation imagée est facile, en supposant schématiquement que la partie haute de la tour (au-dessus des étages en feu) serait tombée sur la partie basse (en-dessous). Supposons qu’un bourreau chinois très habile, très fort et muni d’un très grand sabre, ait ôté d’un seul coup trois ou quatre étages (figure 3). En tombant sur la partie basse, la partie haute aurait acquis une vitesse. Comme ces étages étaient situés environ aux quatre cinquièmes de la hauteur totale, la masse de la partie haute était au plus égale au quart de celle de la partie basse, et moins en fait car les piliers de soutien étaient certainement plus massifs dans les parties basses que dans les parties hautes. La vitesse de l’ensemble du bâtiment aurait donc été divisée au moins par cinq après que le haut eût heurté le bas. C’est la conséquence du principe d’inertie. En réalité il n’y eut pas de bourreau chinois, les étages sinistrés ne disparurent pas, et le sol exerçait une résistance, de sorte que le choc du haut sur le bas aurait dû être encore bien davantage amorti. Une vitesse d’ensemble proche de celle de la chute libre n’a été possible que par la disparition soudaine de la résistance mécanique des parties situées en dessous des parties en cours de chute. La comparaison souvent faite avec un coup de bélier est fausse, car un bélier est un projectile, qui comme tout projectile transmet de l’énergie cinétique à la cible. Que serait l’effet d’un bélier sans élan ? La comparaison avec un château de cartes est encore plus absurde, car les cartes à jouer ne sont pas solidarisées, tandis que des contreventements et des entretoisements très nombreux et robustes joignaient les piliers des tours. En outre, la déformation des structures consomme bien évidemment de l’énergie (à l’échelle atomique, énergie de rupture de liaisons), ce qui ralentit encore la chute.

1.3       Explosions

Outre la rapidité de l’effondrement, les films montrent des poutrelles éjectées à grande vitesse même à plusieurs étages en-dessous des étages en cours de chute (figure 4). Leur énergie cinétique fut suffisante pour endommager gravement les immeubles voisins. Des nappes de métal fondu coulèrent sur les façades d’une tour. La couleur, jaune ou blanche, seul renseignement disponible, indique une température de 1200 °C au moins, mais pour préciser il faudrait avoir mesuré la teinte et l’éclat, ou connaître la composition de l’alliage. Ce métal ne peut être celui des avions, qui était un alliage d’aluminium, fondant vers 600 °C (après rupture de la couche d’alumine en surface) et qui a donc coulé bientôt après le choc. Les métaux peuvent fondre en-dessous de leur température théorique de fusion si un mélange « eutectique » de composés chimiques se forme. Dans le cas de l’acier, un tel mélange, formé par du sulfure de fer et des oxydes de fer, est couramment et utilisé en soudure et fond vers 1000 °C. Mais des nappes de métal auraient nécessité une très grande quantité de soufre dont on ne voit pas quelle pourrait avoir été l’origine, ni pourquoi elle aurait été localisée à ces étages-là plutôt qu’aux autres. Si ce risque était possible, il devrait faire l’objet de recherches, compte tenu du grand nombre de gratte-ciels dans le monde. Pourtant, une publication scientifique sur la formation de masses de métal fondu par mélange eutectique dans des bâtiments en feu paraît impossible à trouver. Encore un argument forgé pour les besoins de la cause.

Les nuages de poussières gigantesques qui se déployèrent  n’étaient pas formés que de plâtre anti-feu (figures 5 et 6). En effet le tas de décombres était très petit, peut-être une vingtaine de mètres de hauteur, et constitué surtout de poutrelles. Un incendie intense peut certes fissurer des dalles de béton, mais pas les réduire en poussière. Force est donc d’admettre qu’en quelques secondes, 110 dalles de béton de soixante mètres de côté et, disons, d’une dizaine de centimètres au moins d’épaisseur, se pulvérisèrent en grains de quelques millimètres à quelques dixièmes de millimètre. Or la quantité d’énergie nécessaire pour broyer un solide est une fonction croissante de la finesse des grains. Cela a nécessité une puissance fantastique.

Il faut se souvenir que si la température est une variable intensive, l’énergie est une variable extensive. La quantité d’énergie nécessaire pour atteindre une température donnée dépend de la nature du matériau et de la quantité de matériau à chauffer. De même la quantité d’énergie nécessaire pour rompre des liaisons chimiques dépend de la quantité de matériau à pulvériser et de la finesse des grains. Il faut considérer enfin que la puissance dépend de la vitesse du processus.

Pour couper des dizaines de piliers d’acier en quelques millisecondes, pour éjecter des poutrelles et réduire des milliers de tonnes de béton en poussière propulsées en volutes géantes, pour faire fondre du métal en nappes, il a fallu une quantité d’énergie qui ne peut provenir ni du kérosène (brûlé dès le premier quart d’heure), ni des matières inflammables contenues dans les tours, ni de l’énergie potentielle gravitaire. Comment la gravité pourrait-elle dissocier en grains fins des dalles de béton en cours de chute ? Comment pourrait-elle échauffer des métaux jusqu’à température de fusion ? Si c’était si simple, les métallurgistes ne construiraient pas de forges, ils traîneraient des lingots de métal au bord de falaises, ou les hisseraient en haut de tours et les feraient directement tomber dans des moules ! Étretat serait un haut-lieu de la fonderie. Comment de l’énergie potentielle gravitaire pourrait-elle se transformer, instantanément et sans machine, en énergie mécanique de fragmentation du béton en plein vol, ou en chaleur de fusion des métaux ? Comment un champ de potentiel vertical pourrait-il éjecter à grande vitesse des poutres en direction horizontale, encore une fois sans machine. Par effet de soufflerie !!? Si quelqu’un le sait, sa fortune et sa célébrité sont faites. Il y a des brevets à déposer et des prix Nobel à recevoir !

L’un de mes très proches parents, ingénieur, avait visité le chantier en 1972, sous la conduite d’un ingénieur français travaillant dans une entreprise de bâtiment. Cet ingénieur avait affirmé que le feu ne pouvait pas détruire l’édifice, que celui-ci avait été conçu pour résister à des vents de tempête et pour pouvoir encaisser un Boeing égaré dans la brume, n’ayant pas trouvé l’aéroport Kennedy. L’ingénieur avait aussi expliqué que la destruction des tours était prévue (plan prévisionnel obligatoire), afin de ne pas endommager les bâtiments voisins. Tout devait être démonté, hormis le noyau acier-béton et les planchers, ainsi que certaines structures. Cette ossature devait être détruite par des explosions à la base et au niveau du tiers supérieur.

Les conclusions des experts en démolition, qui examinèrent les films, peuvent être résumées ainsi :

1/ Dans les deux grandes tours, les piliers centraux furent d’abord détruits, comme le montre la chute de l’antenne située en haut d’une tour. Tout le haut de l’autre tour bascula lors des premières explosions (cf. figure 1). Puis les explosions progressèrent en série du haut vers le bas, selon la méthode utilisée pour démolir les immeubles très hauts afin d’éviter le basculement. La destruction du haut de l’immeuble, qui basculait, prouve la maîtrise des démolisseurs. Selon une interprétation proposée sur plusieurs sites de contestation de la version officielle, la mise à feu pourrait avoir été commandée à partir du bâtiment 7 dont la CIA occupait un étage.

2/ Dans le bâtiment 7, qui s’écroula en six secondes, les piliers centraux furent d’abord détruits, comme le montre la rupture au milieu du bâtiment, puis des explosions brisèrent les autres piliers en progressant vers le haut, selon la méthode utilisée pour abattre des barres d’immeubles.

Tout cela ressortit des méthodes classiques de démolition, qui nécessitent des jours de préparation.

Les pompiers, dont on a beaucoup parlé, montèrent dans les tours sans craindre qu’elles ne s’effondrent, et demandèrent des renforts en décrivant les feux comme maîtrisables. Plusieurs pompiers survivants - ainsi que des commentateurs de télévision - ont attesté avoir entendu et vu des explosions. Or ces gens-là connaissent leur métier. La frappe par les avions aurait donc dû faire simplement un scénario de série B “L’enfer de l’incendie des tours de Manhattan”, avec pompiers héros et une petite fille à tutu rose sauvée par LE pompier qui meurt à la fin.

Si le scénario tourna au tragique, c’est parce qu’une grande quantité d’énergie potentielle fut mise instantanément en action. C’est ce qui se fait très couramment, non en utilisant de l’énergie potentielle gravitaire, mais en employant de l’énergie potentielle chimique contenue dans des matières communément nommées explosifs.

Des photos, prises avant le déblaiement des ruines, montrent des piliers d’acier coupés net, en biais, ce qui est l’effet normal d’un cordon explosif. Des masses de métal persistèrent à l’état fondu dans les sous-sols des ruines pendant plusieurs semaines. Ce fait ne peut être expliqué par la formation d’un mélange eutectique, mais l’est facilement par une réaction chimique dégageant de la chaleur jusqu’à que ce que les réactifs soient consommés. Plusieurs laboratoires, en particulier un laboratoire danois, ont étudié les poussières et y ont trouvé  des traces de « nano-thermite ». En quelques mots, les résidus observés seraient les produits d’une réaction chimique dégageant beaucoup de chaleur et produisant du fer à l’état fondu (du fait de la très haute température). Seules quelques entreprises d’armement seraient capables de produire les réactifs nécessaires. http://www.bentham.org/open/tocpj/articles/V002/7TOCPJ.pdf

Un débat public entre chimistes compétents serait bien nécessaire !

Ces immeubles contenaient des dizaines de milliers de chaises, d’armoires et d’ordinateurs ; un vrai marché des reliques devrait exister, vendues aux enchères comme les débris du mur de Berlin. Pourtant le matériel de bureau paraît avoir été presque tout entier volatilisé.

Donc :

- Si l’on s’en tient à la V.O., ce ne sont pas seulement les mesures de sécurité contre les détournements d’avions qui furent suspendues ce jour-là, mais aussi les lois de la Physique.

- Si l’on compare à une démolition contrôlée, par explosifs, alors tout devient cohérent.

Selon la version officielle, le Pentagone fut frappé par un avion semblable à ceux qui frappèrent les tours. Une photo prise d’au-dessus montre même plusieurs bâtiments voisins traversés de part en part. Les photos de la façade montrent un incendie très petit et un seul trou rond de quelques mètres de diamètre. Un avion peut-il replier les ailes, comme une chauve-souris qui se suicide ? Selon un de mes amis, amiral (2S) de l’aéronavale, la manœuvre d’approche du Pentagone serait difficile même pour un aviateur chevronné pilotant un avion militaire très manœuvrable. En outre le Pentagone est un bâtiment haut comme un immeuble haussmannien, et un avion de ligne n’est pas plat comme un tapis volant. Un pilote amateur aurait donc réussi à voler sur plus de cent mètres, en maintenant le bas de l’avion à quelques décimètres du sol ! La possibilité même pour un avion de ligne de voler à très basse altitude, sur une longue distance a été mise en doute par des professionnels de l’aviation, du fait des turbulences. Quant aux moteurs, ils sont conçus pour résister à la combustion du kérosène : comment pourraient-ils avoir totalement fondu dans un incendie confiné à l’intérieur d’un bâtiment, où l’apport en oxygène est forcément limité ?

Les tours de Manhattan et le Pentagone étant des bâtiments très différents, des projectiles semblables pourraient avoir causé des sinistres différents, mais cela nécessiterait d’être vérifié par une enquête que le secret militaire interdit. On s’étonne néanmoins que le même type de projectile ait déclenché un feu infernal dans une ville et un petit incendie dans une autre.

Après la catastrophe, les manquements aux procédures usuelles furent nombreux. Déblaiement hâtif des ruines ; pas de communiqué sur les boîtes noires des avions ; pas d’enquête publique et contradictoire sur le plus grand accident de l’Histoire du bâtiment. Très peu d’informations sur l’avion abattu en Pennsylvanie. Tout cela est contraire aux usages en cas de catastrophe.

Ces accidents sont sans précédent dans l’Histoire de l’Architecture. Mais le plus étonnant est que les faits n’aient pas été étudiés indépendamment par plusieurs équipes d’experts qui eussent ensuite confronté leurs avis, que les expérimentations à échelle réduite aient été sommaires, que les simulations mathématiques aient été incomplètes – les paramètres furent ajustés au jugé, et les effondrements ne furent pas simulés -, que les membres de la commission d’enquête aient eu des liens étroits avec les pouvoirs politique et financier, et que les conclusions du rapport n’aient pas été publiquement débattues. Cela aussi est sans précédent.

2        Arguments à vérifier

Selon Thierry Meyssan, qui fut l’un des premiers à douter publiquement de la version officielle, les étrangers qui furent expulsés collectivement hors des États-Unis, peu après les attentats, auraient été domiciliés très près des pirates de l’air présumés. Auraient-ils été des instructeurs ?

Deux informations paraissent avérées : 1/ Un promoteur immobilier nommé Larry Silverstein avait acheté deux mois auparavant l’ensemble des bâtiments et souscrit une assurance contre les attentats, qui lui procura un double pactole, le tribunal ayant jugé que deux attentats avaient eu lieu, et même un triple, puisque les compagnies aériennes furent aussi jugées responsables ; 2/ Des spéculations sur les valeurs des actions de compagnies aériennes eurent lieu quelques jours avant.

Comment préparer un tel coup ? Des ouvriers ont pu participer à la mise en place de charges explosives, des mois à l’avance, sans savoir ce qu’ils faisaient, chacun n’exécutant qu’une tâche partielle lors de travaux d’entretien et de “mise aux normes”. Mais il a fallu néanmoins des complicités dans la société de maintenance et un petit commando pour la touche finale. Or le dimanche précédent, l’activité fut arrêtée dans les tours et le système de sécurité fut débranché pour des travaux. Selon les informations que l’on trouve sur internet, un frère de G.W. Bush, Marvin Bush, avait une fonction importante dans la société de maintenance, tandis que la société de sécurité aurait été dirigée par un frère de Cheney. Dans la troisième tour (n° 7) auraient été situés : 1/ un département de la CIA ; 2/ un centre de surveillance et d’alerte de l’agglomération new-yorkaise ; et 3/ un dépôt d’archives judiciaires contenant, parmi bien d’autres, des dossiers sur la manipulation par ENRON des tarifs de l’électricité en Californie.

Les procédures coordonnant l’aviation civile et la défense aérienne, en place depuis les années 60, furent modifiées au début de juin 2001. Le pouvoir de décider fut retiré aux commandants des bases et attribué au Secrétaire d’État à la défense, Donald Rumsfeld.

Chaque jour, les contrôleurs aériens signalent aux pilotes de plusieurs dizaines d’avions qu’ils se sont écartés de leur route, leur enjoignent de s’y remettre et leur indiquent quel cap prendre. Si nécessaire, des avions de chasse mettent environ un quart d’heure pour agir, selon la distance de la base aérienne au lieu d’action. Comment des escouades pirates de l’air auraient-ils pu s’emparer en même temps de quatre avions et les dérouter pendant respectivement 33, 49, 83 et 112 minutes sans provoquer d’alerte ? Après le premier attentat, la seconde cible étant prévisible, pourquoi la chasse aérienne a-t-elle laissé le second avion frapper son but sans le détourner vers l’océan tout proche, ou bien, en dernier recours, l’abattre avant qu’il n’atteigne une grande ville ? De nombreuses fausses alertes eurent lieu, même avant les frappes des avions contre les tours (les fausses alertes après se comprennent aisément). Or selon des sources militaires, huit chasseurs armés étaient prêts à décoller, mais des exercices avaient précisément lieu ce jour-là sur le thème d’un détournement d’avion vers une ville, de sorte que  la surveillance aérienne prit la réalité pour une fiction, et que les pilotes ne volèrent qu’au quart de la vitesse maximale. Coïncidence ! Si cette information était confirmée, force serait de conclure à une complicité politique au niveau des chefs des armées. Le général commandant la région aérienne fut promu quelques mois plus tard…

Les comportements de maintes personnes, ce jour-là, ne laissent pas d’étonner. Du président et du vice-président aux pilotes de chasse, en passant par les secrétaires d’État et les chefs militaires, tous agirent de façon bizarre, que l’on souhaiterait pouvoir n’imputer qu’à un excès de prudence.

Selon plusieurs sources, maints dirigeants d’entreprises ayant leur siège dans les tours étaient absents de Manhattan, rassemblés sur une base militaire pour un colloque. Cette affirmation mériterait enquête et, si elle était confirmée, l’origine de l’invitation serait intéressante.

Quels qu’aient été les commanditaires, il faut bien que ce soient les mêmes qui aient programmé les détournements d’avions et la démolition des tours. Cela mène à conclure que les organisateurs disposaient de moyens importants et discrets, et que les commanditaires sont assez puissants pour empêcher une enquête normale et faire prévaloir la version officielle dans la presse mondiale.

 3   Le complot islamique selon la version officielle

La version officielle impute ces attentats à un complot ourdi par des islamistes fanatiques voulant s’en prendre aux symboles de la puissance des États-Unis. Cette interprétation fut annoncée le jour même, avant toute enquête, et ne fut jamais démentie ni nuancée depuis. Il est bien surprenant qu’un complot d’une telle ampleur soit passé inaperçu de services de renseignement capables d’en identifier l’auteur au cours de l’après-midi même. Et il n’est pas moins étonnant que des pilotes amateurs aient réussi à détourner quatre avions en même temps, alors que les professionnels de l’interception de la chasse aérienne échouèrent à les empêcher d’atteindre leurs cibles.

Pas un seul des arguments publiés depuis ne peut convaincre de l’implication d’une organisation terroriste structurée, et M. Ben Laden ne fut pas inculpé. Laissons de côté les enfantillages, comme le passeport d’un terroriste présumé retrouvé intact dans la poussière d’une rue, qui peuvent être l’effet de l’imagination d’un trop zélé « communiquant ».

Par ailleurs, le commandant Ahmed Shah Massoud fut assassiné l’avant-veille des attentats, au moyen d’un matériel perfectionné, par de faux journalistes qui moururent avec lui. Les connaisseurs de l’Afghanistan affirment qu’il était le seul chef capable de diriger une résistance armée. Allié ou adversaire potentiel des États-Unis ? Quel qu’eût pu être son choix, une interprétation cohérente des faits devrait expliquer la coïncidence de sa mort avec les attentats et avec l’invasion de l’Afghanistan par les troupes des États-Unis et de leurs alliés.

Une autre coïncidence étonnante est celle de ces attentats avec l’envoi, une semaine plus tard,  de lettres piégées contenant des bacilles du charbon issus d’un laboratoire militaire. Ces lettres, qui causèrent la mort de cinq personnes, suscitèrent l’angoisse aux États-Unis. L’enquête les attribua à un biologiste d’un laboratoire militaire, Bruce Ivins qui se suicida en août 2008 juste avant d’être arrêté, et qui aurait agi seul. Néanmoins Georges Tenet, directeur de la CIA en 2001, affirme dans ses mémoires, parues en 2007, que la CIA prouva que ces lettres piégées avaient été envoyées par Al Qaïda, et vante l’efficacité du service qu’il dirigeait. Un débat argumenté serait donc bienvenu.

Certes, des attentats suicides inspirés par des islamistes sont devenus fréquents en Irak après l’invasion, mais détruire deux tours de quatre cent mètres de haut et de soixante mètres de côté (sans compter la troisième !) est une autre affaire que d’accrocher des détonateurs à un ceinturon. Organiser un tel attentat en restant planqué dans une caverne serait un tour de force méritant l’admiration. Et en admettant même que des islamistes aient en effet détourné les avions, leur action ne renseignerait pas sur les commanditaires de l’attentat. Dans un tel complot, les commanditaires et les exécutants ne se connaissent pas plus qu’un général en chef et un troufion. Sans doute se connaissent-ils même moins, car un troufion sait au moins le nom du général en chef et du Chef de l’État, tandis que la clandestinité impose le secret.

Les attentats qui furent commis ensuite à Madrid, Londres et Bali, ainsi qu’en Tunisie, avaient tous été organisés par des groupes locaux. Pendant dix années, les enregistrements vidéo attribués à M. Ben Laden furent pis que douteux, et les tentatives d’attentat devinrent au cours du temps de plus en plus farfelues (semelles de chaussures à double fond !).

Pour ce qui est connu de l’organisation Al Qaïda, ce fut une filière de recrutement de volontaires, et de ravitaillement en armes, pendant la résistance contre l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Ses liens avec le gouvernement des États-Unis étaient alors notoires. Ils paraissent s’être maintenus après le départ des troupes soviétiques. Quant à l’organisation qui revit à présent (2012) sous le même nom, elle agit clairement en accord avec l’OTAN.

La région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan est escarpée, mais ce n’est pas l’Himalaya. Dans des montagnes ne culminant pas à plus de 2500 mètres d’altitude, toute une armée aurait cherché pendant neuf années, sans succès, des chefs de bande fantomatiques. La dixième année, les fins limiers des services de renseignement auraient bien réfléchi, et pensé tout à coup que des terroristes retors ne resteraient pas stupidement au fond de grottes, à attendre d’être pincés. L’idée lumineuse aurait alors été de chercher aussi au Pakistan, où en effet ils vivaient tranquillement.

Racontez cela à un cheval en bois, il vous donnera des coups de pied.

Après une traque intense, M. Ben Laden fut assassiné au Pakistan par un escadron de tueurs étasuniens. Ce triomphe militaire fut annoncé par le président des États-Unis, M. Obama en personne, yes we can, qui précisa que le corps avait été jeté en pâture aux crabes. La drôlerie de cette annonce, qui fit rire la planète entière, ne doit pas dissimuler la faute de goût ainsi commise : la place du physicien le plus novateur du XXIe siècle commençant était à Florence dans le caveau de Galilée, à Westminster dans celui de Newton, ou à Princeton dans celui d’Einstein.

L’idéal démocratique s’agrémente ainsi d’un bel acte de transparence politique : un lauréat – par anticipation – du Prix Nobel de la Paix s’est vanté publiquement d’un assassinat. Par délicatesse envers les âmes sensibles, nulle preuve ne fut apportée de cet événement, dont les médias matraquèrent toutefois les peuples pendant une quinzaine de jours, avant de passer au joyeux déclenchement de la nouvelle guerre humanitaire à la dernière mode.

La parole d’un grand chef de guerre étasunien valant vérité, inutile de continuer l’enquête.

On ignore cependant qui ravitaille en mélange deux-temps la mobylette du mollah Omar, aux dernières nouvelles toujours en fuite. Mais c’est l’unique question qui se pose encore.

Pourtant… le 8 août 2011, un hélicoptère s’écrasa au centre de l’Afghanistan. Banal incident de guerre. À bord, plusieurs membres du commando censé avoir abattu Oussama Ben Laden. On leur fit de belles funérailles, qui consolèrent fort leurs familles. Ainsi, il n’y eut jamais de preuves et il n’y a désormais plus de témoins.

Faut-il penser toutefois que des militaires aient été froidement assassinés par des barbouzes ?

Pas nécessairement, car une autre interprétation est possible : à expédition inexistante, commando imaginaire. Si, comme tout l’indique, l’élimination de M. Ben Laden fut une pure fable, il a suffi d’attendre un accident – il s’en produit fatalement au cours d’une guerre – pour révéler que les morts étaient les membres de l’héroïque équipe qui avait soulagé le monde de l’ennemi public n°1. Héros dont l’identité avait jusqu’alors été tue pour ne pas embarrasser leur modestie.

 4  Conclusion

Quel crédit accorder à une interprétation qui ferait se retourner dans leur tombe Galilée, Newton, Fourier, Lagrange, Carnot, Boltzmann, Kelvin, Poincaré, Planck, Eiffel, mais qui intéresserait Nobel et le consolerait peut-être des déboires subis par son prix pour la Paix ? Considérer les lois de la Physique suffit à écarter la version officielle. L’interprétation des agissements humains est tout aussi invraisemblable que celle des faits physiques. L’explication de la chute des tours ne tient pas debout, et l’historiette de la caverne afghane est grotesque. Cette version est une véritable histoire de brigands, et a néanmoins servi de prétexte à plusieurs guerres.

La première pensée qui vient à l’esprit est que les dirigeants des États-Unis avaient des raisons d’État de dissimuler la réalité. Ce serait acceptable, puisqu’après tout le Royaume des Cieux n’est pas de ce monde. Toutefois le spectacle effarant du Secrétaire d’État, ancien général en chef, mentant comme un arracheur de dents à la tribune de l’ONU en 2003 (il fallut reculer les caméras, tant son nez s’allongeait), suivi quelques années plus tard de l’aveu cynique, par un Premier Ministre Britannique, de l’inanité de l’accusation lancée contre l’Irak, ont montré quelle créance méritaient les dirigeants de l’empire anglo-saxon.

Cette fable incroyable, soutenue depuis des années, fut prétexte à faire la guerre, instaurer des gouvernements fantoches dans des États, bombarder des civils, racoler des mercenaires, interner sans jugement, et mettre en place un régime de surveillance policière et de régression juridique allant jusqu’à la sous-traitance organisée de la torture. Le rapprochement de ces faits avec le trucage des élections présidentielles étasuniennes en 2000 s’impose. Il suggère un coup d’État fait par un groupe politique décidé à recourir à la guerre afin de maintenir une hégémonie contestée. D’autres guerres eurent lieu depuis, d’autres encore sont préparées publiquement. Les tensions internationales croissent tant qu’il serait urgent d’établir la vérité, et l’on souhaiterait que des Étasuniens le fissent.

Au cours des mêmes années, la démocratie a été abolie en Europe. La ratification du traité de Lisbonne par les politiciens, contre la volonté du Peuple Souverain, a constitué un autre coup de force. Les projets de confédération atlantique et d’extension de l’OTAN permettraient la mise en place d’un régime oligarchique autoritaire à l’échelle de continents. Pour s’être opposée en 2003 à l’attaque de l’Irak, la France n’a plus depuis 2004 que des gouvernants fantoches.

Psychologiquement, cet attentat est un remarquable exemple de sidération collective. Des millions de gens ont vu, diffusées en boucle, les explosions de deux tours, et parmi eux un bon nombre avait suivi des études d’ingénieur ou de physicien. Ils n’y ont vu que du feu ! L’adage “Après, donc à cause” se disait en latin au treizième siècle, et il y avait déjà à cette époque des commentateurs en Sorbonne pour contredire et affirmer que la causalité n’était pas si simple. Nos générations ont été les plus instruites de l’Histoire du monde ; une étonnante conclusion est donc que maintes gens, surtout parmi les plus instruits, n’articulent pas dans leur esprit les connaissances apprises.

On mettait plus d’intelligence à scruter les arguments au temps de Zola et du colonel Picquart.

Parmi les bons élèves qui savaient résoudre des problèmes au lycée, beaucoup ne réagirent pas en voyant ce festival pyrotechnique, ni en entendant une explication contraire aux lois de la Physique. Ils croient plutôt à Al Qaïda, autant dire au Père Fouettard. Les gens du peuple, qui ont encore le contact intuitif avec la matière, ne sont pas si naïfs. La césure principale des sociétés est là, et le véritable choc des civilisations pourrait bien se produire entre classes sociales.

M. Ben Laden a ainsi été le premier exemple d’ennemi entièrement virtuel, du début à la fin de sa carrière mondiale. Les progrès des télécoms permettront certainement de perfectionner le personnage, qui deviendra un classique comme Polichinelle. Mais nous sommes loin de la douce fantaisie de la Commedia dell’arte. La matagrabolisation des esprits se fait désormais à la sauce harrypottérienne. À force de lire ces sottises, les gens croient à la magie. J’ai justement entendu parler d’un lac au Nord de l’Écosse, près du Ben Nevis, où se cacherait tout un clan de petits Ben Laden, sortant pendant les nuits brumeuses.

À choisir entre les théories de Newton ou de Cheney, choisissons sans hésiter la première, qui depuis quatre siècles a fait ses preuves !

Tôt ou tard, le bon sens reprendra le dessus. Les excès commis au nom des Droits de l’Homme ont déjà discrédité leurs auteurs, et hélas beaucoup subverti les valeurs humanistes. Lorsque la réalité aura été reconnue, le pseudo “camp occidental” sera décrédibilisé et déshonoré à jamais.

Il faut qu’avant cela la France ait quitté l’OTAN et l’Union Européenne. Il n’y a point de temps à perdre pour reprendre notre liberté de penser, de parler et d’agir, afin de reconstruire le régime démocratique que financiers et politiciens ont détruit.

C’est impératif afin que vive la République et que vive la France !

N’attendons pas de pleurer sur les ruines de notre civilisation.

Christian Darlot

 

 Cette version a été rédigée en janvier 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques sites intéressants :

http://www.iceberg911.net/thorn-1.html

Les tours WTC 1 et 2 furent frappées respectivement au niveau du 96ème et 80ème étage.

 

En 1945, un B-25 arrivant à New York et perdu dans le brouillard heurta l’Empire state building, qui résista à l’impact et à l’incendie qui s’ensuivit.

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« La Science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d’être des hommes»
Jean Rostand (biologiste)



Introduction 

Il est d’usage de dire et d’écrire que la science à terme, a vocation à tout expliquer et que rien n’arrête le progrès catalysé, justement, par une science conquérante dont on dit qu’elle s’oppose à la religion en ce sens que les miracles sortent de plus en plus des laboratoires poussant ainsi les religions dans leurs derniers retranchements surtout quand elles font preuve de concordisme qui est la grande erreur à ne pas faire. La science est par essence dynamique et donc sujette à éternel réajustement, ce qui ne devrait pas être le cas des religions par postulat d’essence divine valables en tout temps et en tout lieu. Souvenons de Galilée – convoqué par l’Eglise, pour avoir affirmé simplement que la terre était ronde et tournait autour du soleil-. Son avocat dans sa plaidoirie eut cette phrase lumineuse : « Galilée ne vous dit comment aller au ciel, mais comment est le ciel »

S’il est vrai par exemple que la science nous a délivré des superstitions, qu’elle a permis à l’homme des loisirs du fait de la mécanisation du monde grâce aux inventions scientifiques et à la mécanisation du monde, il n’en demeure pas moins, que la science, d’une façon inexorable, s’attaque d’une façon frontale à l’homme ou plutôt à ses certitudes” fruit d’un héritage bimillénaire mais de mons en moins sûres

La science fait prendre conscience à l’homme de son insignifiance dans l’univers, et dans le même temps elle l’aide à vaincre la douleur, la maladie, lui permettant à terme l’immortalité. Que devient alors le paradis ou l’enfer. «Si Dieu n’existe pas disait Dostoïevski, alors tout est permis.» Nous allons dans cette petite réflexion rapporter quelques prévisions à court terme de la science pour les prochaines années en rendant d’abord hommage à un pionnier de la science-fiction qui, il y a cinquante ans avait prévu des bonds pour la science qui nous paraissent de nos jours tout à fait banaux, alors qu’à l’époque c’était le rêve.

Voitures autonomes, ordinateurs… ce qu’Asimov avait prédit pour 2014 

De tous temps les hommes, ont tenté par l’imagination de sortir du présent et de s’évader dans le monde du futur ; Il en fut ainsi de Aldous Huxley avec « le meilleur des Mondes » et de tant d’autres comme Georges Orwell. Souvenons dans les années 70 on parlait de l’an 2000 comme un horizon indépassable ; Le film « Odyssée de l’Espace » de Arthur Clarke en a rendu compte dans un film culte.

S’agissant de futurologie dans le domaine de la technologie , on ne peut pas ne pas parler du gourou de cette discipline. En l’occurrence de Isaac Asimov dans le domaine technologique En 1964, le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov publie dans la foulée un essai dans les colonnes du New York Times en essayant de s’imaginer à quoi pourrait ressembler, un demi-siècle plus tard, l’Exposition universelle de 2014.(…) Asimov entrevoit l’ère des objets robotiques et connectés en évoquant des cuisines conçues pour «préparer des auto-repas, chauffant l’eau et la transformant en café; grillant le pain et le bacon; cuisant, pochant ou brouillant des oeufs, etc.» Les robots «ne seront ni courants ni très élaborés mais ils existeront». En revanche, les machines et ordinateurs règneront en maîtres, «beaucoup plus miniaturisés» et s’apparentant à des «cerveaux» intelligents. Asimov prévoit également l’avènement des voitures autonomes (les fameuses Google Cars?), la fabrication d’organes artificiels, l’augmentation de l’espérance de vie et de la population mondiale (avec les problèmes qui l’accompagnent)… Une de ses prédictions sonne comme une esquisse de l’Internet: «Les communications se feront par visioconférence et vous pourrez à la fois voir et entendre votre interlocuteur. L’écran, en plus de vous permettre de voir les gens que vous appelez, vous permettra également d’accéder à des documents, de voir des photographies ou de lire des passages de livres.» (1)

Les inventions actuelles: Rien n’arrête l’imagination 

Asimov a fait des émules et les projets ne mettent pas longtemps à devenir des réalités. Ainsi, on veut combattre le changement climatique. Envoyer du soufre dans la stratosphère ou fertiliser les océans avec du fer: des scientifiques tentent de refroidir la planète par tous les moyens. Devant l’incapacité des nations à oeuvrer ensemble dans la lutte contre le réchauffement climatique, des scientifiques ont commencé à explorer une alternative audacieuse: refroidir la planète. Substitutif ou palliatif, la géo-ingénierie regroupe les techniques qui permettraient, non pas de réduire nos émissions, mais de freiner, voire inverser le dérèglement climatique.» (2).

Une autre initiative menée au large du Canada a en revanche bel et bien abouti. Le Guardian révélait en octobre dernier [2013 ndR] qu’une société américaine avait déversé 100 tonnes de sulfate de fer dans l’océan Pacifique, menant ainsi la plus grande expérience – et la plus controversée – jamais enregistrée en la matière. L’objectif: fertiliser l’océan, ou plutôt stimuler le plancton grâce aux particules de fer, avec la promesse (outre de capturer du carbone absorbé par le plancton) de ramener les saumons dans cette zone géographique. Un succès apparemment, mais dont les conséquences environnementales sont encore douteuses.» (2)

Les robots de Google: pour le meilleur ou pour le pire

Google a confirmé vendredi 13 décembre 2013 avoir racheté – pour un montant inconnu – l’entreprise américaine de robotique Boston Dynamics. Travaillant main dans la main avec le Pentagone et la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa), la société est célèbre pour ses créatures mécaniques à l’agilité et à la rapidité inégalées. Un marché qui pourrait générer plus de 4 000 milliards de dollars par an à l’horizon 2025. Sept boîtes de robotique acquises en six mois, Boston Dynamics va rejoindre les sept autres entreprises de robotique achetées par Google, un réseau bâti en à peine six mois par le géant du Net. Séparée du fameux Google X Lab où voient le jour la plupart des inventions futuristes de la firme, la division robotique est pilotée par Andy Rubin, géniteur d’Android. (…) Tandis qu’Amazon teste ses drones, Google s’immisce également dans les services de livraison sans cacher sa volonté d’automatiser le processus. Des colis livrés par des robots frappant à votre porte après être descendu d’une Google.» (3)

«Mais où va Google? s’interroge Philippe Vion-Dury, A quoi pensent ses fondateurs Sergey Brin et Larry Page? (…) Et Google pense grand, vraiment grand. Il suffit de regarder la liste des acquisitions réalisées par la firme depuis sa création. Avant 2013, tous les rachats étaient destinés à développer et optimiser des services directement liés à Internet, que ce soit dans le domaine de la photo, de traitement des données, mesures d’audience, logiciels cartographiques, publicité, blogging… (…) En 2013, les entreprises avalées par le glouton de Mountain View traitent de domaines aussi variés que les réseaux neuronaux, la compréhension du langage naturel, les énergies renouvelables, les «smartwatches», la reconnaissance de mouvement ou, bien sûr, la robotique. (…)»(3)

Pour Google «la vie privée, une anomalie» Une confirmation du Big Brother

Georges Orwell dans son ouvrage : « 1984 », décrivait le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L’adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain anglais. Que devient la vie privée, voire le libre arbitre, dans ce meilleur des mondes promis par Google?

«La vie privée, une anomalie.» «On doit cette phrase écrit Philippe Vion-Dury à Vint Cerf qui n’est autre que le «chef évangéliste de l’Internet» de Google. Cet homme, considéré comme l’un des pères fondateurs d’Internet, avance que vivre sans aucune intimité n’a non seulement rien de neuf, mais rien de bien inquiétant. «Il sera de plus en plus difficile pour nous de garantir la vie privée.» Cette déclaration peut nous choquer, nous faire peur. Elle est cohérente avec le discours du patron de Google, Eric Schmidt, président du conseil d’administration et ancien P-DG de la firme au célèbre slogan «Don’t be evil»(ne soit pas maléfique).»(4)

«Pas question poursuit Phlippe Vion-Dury d’éthique ici, juste de fiabilité technique «Il y a beaucoup, beaucoup de choses que Google pourrait faire, mais choisit de ne pas faire… «Les gens veulent que Google leur dise quelle est la prochaine action qu’ils devraient faire.» Si vous avez raté un épisode, le grand projet de Google tient en un mot: «Personnalisation». Le but ultime de la firme est de créer pour chaque individu un Internet à sa taille, conçu pour lui et par lui (à son insu), afin que finalement, Google lui soit totalement indispensable. (…) Google est moral «Si vous faites quelque chose que vous souhaitez que personne ne sache, peut-être devriez vous commencer par ne pas le faire.» (…) La philosophie Google est assez simple: au même titre que nous nous baladons dans le monde réel munis de papiers d’identité, notre vie numérique doit porter une empreinte qui permette de nous identifier.» (4)

L’avenir selon Google: si vous n’êtes pas connecté, vous êtes suspect! 

La prophétie d’Orwell est plus que jamais à l’œuvre. Big Brother veille sur vous. D’abord à notre insu et depuis Google ; il nous est fait injonction de nous « déclarer » L’ambition finale: écrire l’avenir. C’était le thème central de l’ouvrage signé par Eric Schmidt, ancien P-DG de Google, intitulé «A nous d’écrire l’avenir» (éd; Denoel, novembre 2013). On trouve dans le premier chapitre des ébauches de technologies futuristes à foison, allant d’algorithmes contrôlant à peu près tout à des implants externes pour ne rien oublier, en passant par des caissons holographiques pour se téléporter virtuellement dans un autre lieu. La mort elle-même n’est finalement qu’un problème à résoudre, un «miracle à l’envers» selon Ray Kurzweil, gourou du transhumanisme et chef de l’ingénierie chez Google. (4)

Pierre Haski abonde dans le même sens en analysant l’ouvrage cité plus haut en expliquant qu’on peut être suspect rien qu’en refusant : deux pontes de Google promettent une apocalypse dont seuls les géants de la technologie pourront nous sauver: «Les deux auteurs annoncent la fin de la vie privée et de l’anonymat à l’ère numérique, avec l’apparition de «la première génération d’êtres humains à avoir un dossier indélébile».(…) Pire, le refus de se plier à cette ère du tout-connecté sera suspect aux yeux des autorités, tous régimes confondus: «Un gouvernement pourra suspecter que les personnes qui choisiront de rester totalement à l’extérieur ont quelque chose à cacher et sont donc plus susceptibles de violer la loi. Les gouvernements, par précaution antiterroriste, pourront faire un fichier des ´´gens cachés´´. (…) Dans leur conclusion, les auteurs nous expliquent qu’en fait, les sociétés de technologie sont les mieux placées pour sauver le monde. (…) Le monde vu par Google est donc relativement simple: la technologie va nous faire entrer dans une époque pleine de menaces pour l’individu, pour les sociétés, pour les Etats. Et seul le savoir-faire de ceux qui maîtrisent la technologie peut nous permettre d’éviter les catastrophes. CQFD.» (5)

Nanotechnologie: les incroyables applications 

Nano-aliments dont le goût change à volonté, matériaux de construction qui s’auto-réparent, objets qui se constituent à partir de l’air ambiant, microprocesseurs à l’échelle d’un millième de millimètre, membres du corps qui repoussent… La nanotechnologie ne se contente pas de créer à partir de l’atome, elle nous fait miroiter des applications à faire pâlir la science-fiction.

La nanotechnologie a généré 147 milliards de dollars sur l’année 2008. Les prévisions sur le milieu de la décennie tablent sur 3000 milliards de dollars. Le premier secteur appelé à connaître une révolution en profondeur est celui des aliments. (…) Autre application qui défie l’imagination: la médecine «régénérative». Le professeur Alan Russel de l’Université de Pittsburgh travaille sur la régénération de membres du corps avec le soutien des militaires. «Si un triton peut le faire, pourquoi pas nous?» explique Russell! (…) Les chercheurs évoquent la possibilité de créer des muscles artificiels avec une force 50 fois plus importante que celle d’un muscle humain.

Parmi les autres inventions fulgurantes celle de l’Internet que l’on porte sur soi. Il s’agit d’une montre connectée et «intelligente» qui devrait permettre à son propriétaire de vérifier ses appels, ses courriels ou ses SMS en regardant simplement son poignet, grâce à un lien permanent avec son smartphone. Certains analystes prédisent comme étant la prochaine révolution: celle des «wearable technologies», «les technologies qu’on porte sur soi». Des lunettes connectées se commandent à la voix et sont capables d’enregistrer des vidéos ou même de diffuser des informations directement dans notre champ de vision. En juin, un chirurgien espagnol a pratiqué une opération avec ses Google Glass sur le nez, celle-ci a été diffusée en direct sur le Web, ce qui a permis à des médecins situés à Stanford, de superviser les gestes de leur confrère. Ceux-ci voyaient tout ce que le praticien avait sous les yeux!» (6)

Le transhumanisme et l’immortalité 

La proximité des dirigeants de Google avec les gourous du transhumanisme peut laisser penser qu’ils envisagent peut-être de réaliser les rêves d’Isaac Asimov. Peter Diamandis expose l’une de ses thèses maîtresses, à savoir que les technologies de l’information sont en train de révolutionner les solutions aux problèmes de l’humanité.

« Diamandis, Kurzweil et Itzkov pensent que d’ici 2045, les progrès exponentiels de la technologie des ordinateurs et des robots vont révolutionner l’histoire humaine via la création d’ordinateurs intelligents et conscients, surpassant de très loin le cerveau d’Homo sapiens. Ils repousseraient les limites biologiques et cognitives de l’Homme, mais ils permettraient aussi aux individus de devenir immortels en téléchargeant leur conscience dans une enveloppe robotique humanoïde débarrassée des faiblesses humaines. De la conscience artificielle: cela pourrait bien nécessiter des ordinateurs quantiques et justement, Google a fait grand bruit il y a quelque temps en achetant un calculateur quantique à la société D-Wave. Le transhumanisme et l’idée du téléchargement de la conscience sont dans l’air du temps. (…) Google veut-il s’afficher comme un acteur majeur des idées des transhumanistes, qui, pour mémoire, se proposent d’utiliser la technologie et la science pour résoudre tous les problèmes de l’humanité, comme le vieillissement et la mort? On peut se poser la question, d’autant que le 18 septembre 2013, Google a annoncé le lancement de Calico une entreprise s’attaquant au défi «de l’âge et des maladies associées». Le Time n’a d’ailleurs pas hésité à cette occasion à titrer: Google peut-il résoudre le problème de la mort?»(7)

En 40 ans, nul doute que les progrès auront fait un bond gigantesque pour améliorer notre vie ou notre environnement. De la fusion nucléaire aux nano aliments en passant par la médecine réparatrice qui nous promet à terme, l’immortalité, les nouveaux matériaux et toutes les innovations sont autant de chantiers qui voient les applications envahir notre quotidien qui sera, cependant de plus en plus surveillé Nous allons vers l’homme réparé et l’inquiétude sur le siège de l’âme est d’actualité. Un chirurgien italien nous promet d’ailleurs, la greffe d’une tête pour 2020!!!

IBM aussi comme Google, envisage la création d’un ange gardien numérique capable de veiller sur une personne. Nous rejoignons de ce fait le Big Brother prévu par Orwell et mis ne œuvre par Google. On «s’occupera» de vous pour peu que vous mettiez le pied à l’étrier de la Toile… Vous êtes alors «fichés» voire fichus, car tout ce que vous faites est vu et su au grand jour. Nous sommes dans le monde d’Orwell, voire dans le meilleur des mondes dont parlait un autre géant de la littérature fiction en l’occurrence Aldous Huxley. Google à force de nous conditionner arrivera dans les faits à confirmer ces prophéties auto-réalisatrices. Le mythe prométhéen de Descartes: «L’homme maître et possesseur de la nature» est dangereux. Si la science, même si elle aspire à nous sauver, a plus que jamais d’éthique pour garder à l’homme sa personnalité, son libre arbitre voire son humanité ou ce qu’il en restera. A ce titre l’Inde vient de déclarer que les dauphins sont des personnes non humaines et qu’à ce titre, elles ne doivent pas être maltraitées… On voit les frontières entre espèces que l’on croyait gravées dans le marbre , se brouillent

Assurément la boutade de Jean Rostand revêt toute sa signification , la science nous promet de devenir des Dieux , mais sommes nous des hommes au sens de la dignité humaine ? Que restera t-il de l’homme et de sa dignité dans cinquante ans ? La question est posée car Asimov, Huxley Orwell d’une façon ou d’une autre prévoient l’avènement d’une société oligo-humaine qui tient le pouvoir et d’une armée d’esclaves –scorie d’une paléo-humanité- qui , on l’aura compris, seront en compétition avec des robots humanoïdes autrement plus performants..

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Philippe Vion-Dury http://www.rue89.com/ 2014/01/02/voitures-autonomes-ordinateurs-quasimov-avait-predit-2014-248728

2. http://www.rue89.com/2013/07/19/les-projets-fous-geo-ingenieurs-reparer-climat-244358

3. http://www.rue89.com/2013/12/16/diable-google-veut-faire-tous-robots-248377

4. Philippe Vion-Dury http://www.rue89. com/2013/11/21/vie-privee-anomalie-les-dogmes-flippants-google-247726

5. http://www.rue89.com/2013/05/07/lavenir-selon-google-si-netes-connecte-etes-suspect-242084

6. Sarah Belouezzane :

http://www.lemonde. fr/technologies/article/2013/09/03/internet-je-l-ai-dans-la-peau-ou-presque_3470272_651865.html

7. Laurent Sacco: Google et le rêve d’Isaac Asimov Futura-Sciences 19 12 2013

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Les « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », résultat d’une dizaine d’années de rédaction, s’inscrivent très étroitement dans la réalité de l’époque |1|. L’objectif est utilitariste (Adam Smith collecte les faits, mène une enquête sur les origines de la richesse pour passer à l’art de gouverner) : indiquer au gouvernement, en l’occurrence britannique, quelles politiques mener pour augmenter la prospérité de la nation |2|.

Dans l’introduction du livre IV de son œuvre majeure, Adam Smith définit clairement le propos de l’économie politique : « L’économie politique, considérée comme une branche des connaissances du législateur et de l’homme d’État, se propose deux objets distincts : le premier, de procurer au peuple un revenu ou une subsistance abondante ou, pour mieux dire, de le mettre en état de se procurer lui-même ce revenu ou cette subsistance abondante ; le second, de fournir à l’État ou à la communauté un revenu suffisant pour le service public ; elle se propose d’enrichir à la fois le peuple et le souverain. » (Tome 2, introduction, premier paragraphe, p.11).
La cible principale des critiques d’Adam Smith est la politique qui prédomine alors en Grande-Bretagne et sur l’ensemble du continent européen : la politique mercantile.

Parmi les caractéristiques de la Grande-Bretagne contemporaine d’Adam Smith, il convient de mentionner : elle est une des principales puissances mondiales ; elle est la plus industrieuse parmi les puissances occidentales |3| ; son commerce et sa flotte de guerre dominent les mers ; elle dispose d’un empire colonial dont elle poursuit l’extension |4| et à partir duquel elle transfère constamment des richesses vers la métropole. Son empire colonial sert également de débouché pour ses produits manufacturés.
Les contradictions de classe s’expriment de façon évidente. La classe ouvrière est surexploitée, les paysans appauvris migrent vers les villes industrieuses où les manufactures sont en plein développement. Les artisans rejoignent la condition prolétarienne.
La liberté d’association est niée aux ouvriers. Les pauvres sont forcés de travailler dans les manufactures. Le peuple ploie sous les impôts dont les classes dominantes sont largement exemptes.

L’exploitation coloniale est brutale : les populations d’Inde sont soumises à une exploitation féroce : leur industrie est détruite, leur agriculture paie un tribut très élevé pour enrichir la compagnie des Indes orientales.

L’Afrique subsaharienne sert de terrain pour la chasse aux esclaves qui sont transportés de force vers les Amériques.

Dans les colonies britanniques de la Caraïbe et des Antilles, les aborigènes ont été pour la plupart exterminés et remplacés par les esclaves d’Afrique.

De leur côté, la majeure partie des colons blancs d’Amérique du Nord sont en train de conquérir leur indépendance par rapport à la couronne britannique.

Les États-Unis d’Amérique du Nord sont fondés l’année de la publication de « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », soit en 1776.

La guerre d’indépendance des États-Unis fait suite à une longue série de conflits armés internationaux dans lesquels la Grande-Bretagne a été engagée aux 16è, 17è et 18è siècles. Pour soutenir cet effort de guerre, à partir de la fin du 17è siècle, le gouvernement britannique s’est très lourdement endetté : au moment de la guerre d’indépendance des États-Unis, la dette publique totale de la Grande-Bretagne est égale à vingt-deux fois ses recettes fiscales.

Au moment où Adam Smith publie son œuvre maîtresse, la politique économique britannique est fondamentalement protectionniste et interventionniste.

Adam Smith propose d’amender profondément cette politique et il intervient avec véhémence en faveur du libre-échange et du laisser-faire. Son combat vient à point nommé car la Grande-Bretagne peut à partir de ce moment de son développement, grâce au degré de développement atteint par son industrie et son rôle de première puissance commerciale, relâcher quelque peu sa politique protectionniste sans que cela porte préjudice à son industrie. En réalité, la Grande-Bretagne ne fera ce choix qu’en 1846 |5|.
Adam Smith ne se contente pas de proposer l’abandon d’une partie du protectionnisme britannique, il étend cette proposition au reste du monde alors que la plupart des autres pays ne se sont pas dotés d’une puissante infrastructure manufacturière. Cette situation les met en état d’infériorité par rapport à la concurrence des marchandises des pays les plus manufacturiers de l’époque (Pays-Bas et Grande-Bretagne).

Smith recommande aux colonies britanniques d’Amérique du Nord en lutte pour leur indépendance de renoncer à des politiques protectionnistes. On peut se demander ce qu’il serait advenu des États-Unis d’Amérique s’il avait choisi cette recommandation. Il est clair qu’ils ont pu rivaliser progressivement avec la Grande-Bretagne et finir par la devancer après la guerre 14-18 grâce à une politique protectionniste radicale.

Les États-Unis ne sont eux-mêmes devenus des adeptes du libre-échange qu’une fois leur suprématie assurée à l’issue de la guerre 1940-1945 mais ils n’ont jamais jusqu’ici renoncer à différents types de mesures protectionnistes.
Le libre-échange que propose Adam Smith correspond aux intérêts du capital britannique de l’époque car celui-ci est déjà passé par l’étape de l’accumulation primitive (pillage des colonies, destruction de leur industrie comme cela a été le cas en Inde, mouvement de l’enclosure qui a permis l’investissement du capital britannique dans l’agriculture et entraîné l’exode rural fournissant des bras aux manufactures, etc.) et, parce qu’il dispose d’une productivité plus élevée que ses concurrents, grâce notamment à une industrie à la pointe de la technologie. En conséquence, l’accumulation du capital britannique peut se déployer pleinement à l’échelle mondiale après une phase protectionniste.

Classes sociales et histoire

 

Dans l’œuvre de Smith, l’histoire, quoique constamment présente, est complètement déformée. Alors qu’à première vue, il utilise l’analyse historique de la Grèce et de la Rome antique pour mieux comprendre la Grande-Bretagne contemporaine, en réalité, il procède à une interprétation des rapports économiques et sociaux de l’antiquité au travers du prisme déformant des rapports de production et de classes qui prédominent en Grande-Bretagne à son époque.

Pour Adam Smith, depuis l’aube de la civilisation, trois classes fondamentales existent : les travailleurs salariés, les propriétaires fonciers et les capitalistes.

Avant la civilisation, les sociétés humaines seraient caractérisées selon Smith par une sorte de communisme primitif (quoique le mot « communisme » soit étranger à son œuvre).

Aux yeux de Smith, les Indiens d’Amérique du Nord sont les exemples vivants de cette « sauvagerie ». Pour désigner leur mode de vie, Smith utilise alternativement les termes de « sauvagerie » et de « barbarie », non sans porter un regard indulgent sur ce stade de développement humain. Il souligne le sentiment d’entraide et l’absence d’appât du gain qui prévalent dans ces sociétés.

Si on se réfère à la lecture des faits historiques à laquelle il procède, il y aurait un continuum de l’antiquité grecque à la Grande-Bretagne du 18è siècle : salariés, propriétaires fonciers et capitalistes ont toujours existé. Ces trois classes seraient nées avec l’appropriation des terres et la naissance du capital.

Pour illustrer ce qui précède, voici quelques extraits : « Dans cet état primitif qui précède l’appropriation des terres et l’accumulation des capitaux, le produit entier du travail appartient à l’ouvrier. Il n’y a ni propriétaire, ni maître avec qui il doive partager. Si cet état eût été continué, le salaire du travail aurait augmenté avec tout cet accroissement de la puissance productive du travail, auquel donne lieu la division du travail » (Livre 1, chapitre 8, p.135).

« Aussitôt que la terre devient une propriété privée, le propriétaire demande pour sa part presque tout le produit que le travailleur peut y faire croître ou recueillir. Sa rente est la première déduction que souffre le produit du travail appliqué à la terre.
Il arrive rarement que l’homme qui laboure la terre possède par devers lui de quoi vivre jusqu’à ce qu’il recueille la moisson. En général, sa subsistance lui est avancée sur le capital d’un maître, le fermier qui l’occupe, et qui n’aurait pas d’intérêt à le faire s’il ne devait pas prélever une part dans le produit de son travail, ou si son capital ne devait pas lui rentrer avec un profit. Ce profit forme une seconde déduction sur le produit du travail appliqué à la terre. » ( Livre 1, chapitre 8, p.136)

Le salaire est le revenu de l’ouvrier, la rente est celui du propriétaire foncier et le profit est celui du capitaliste.
Avant la civilisation, selon Adam Smith, il n’y avait que le « salaire » de l’ouvrier. Avec la civilisation apparaissent la rente et le profit.

Dans les citations qui suivent on découvre que ce qu’écrit Adam Smith dans les années 1770 n’est pas très éloigné de ce qu’écriront Karl Marx et Friedrich Engels 70 ans plus tard.

La valeur

« Le travail mesure la valeur non seulement de cette partie du prix qui se résout en travail (salaire, NDR) mais encore de celle qui se résout en rente et de celle qui se résout en profit. » |6|

« Le travail est donc la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise » |7| (Livre 1, p.99). Cette affirmation d’Adam Smith est en contradiction totale avec la pensée politique et économique dominante actuelle.

Conflits et luttes de classes

« C’est par la convention qui se fait entre ces deux personnes (l’ouvrier et le capitaliste, NDR)dont l’intérêt n’est nullement le même, que se détermine le taux commun des salaires. Les ouvriers désirent gagner le plus possible ; les maîtres, donner le moins qu’ils peuvent ; les premiers sont disposés à se concerter pour élever les salaires, les seconds pour les abaisser.
Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis, dans toutes les circonstances ordinaires, doit avoir l’avantage dans le débat, et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. Les maîtres, étant en moindre nombre, peuvent se concerter plus aisément ; et de plus, la loi les autorise à se concerter entre eux, ou au moins ne leur interdit pas, tandis qu’elle l’interdit aux ouvriers. » |8|

Bien sûr, on aurait tort d’imaginer qu’Adam Smith prendrait aujourd’hui énergiquement le parti des travailleurs en lutte, mais il n’en reste pas moins que ses observations sur la société montrent très clairement qu’elle est mue par la lutte entre les classes sociales. Il attire l’attention sur les deux poids deux mesures utilisés pour jauger l’action concertée des patrons, d’une part, et celle des travailleurs, d’autre part : « On n’entend guère parler, dit-on, de Coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. Quelquefois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler. Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive ; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Les prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maîtres sur leur travail. Mais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d’une grande rumeur. » |9|

Déjà Adam Smith soulignait que les patrons protestaient à hauts cris contre les grévistes et utilisaient contre eux l’action des magistrats : « Dans ces occasions, les maîtres ne crient pas moins haut de leur côté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »

Adam Smith aborde également l’attitude du parlement par rapport aux fédérations patronales et aux syndicats : « Nous n’avons point d’actes du parlement contre les ligues (patronales) qui tendent à abaisser le prix du travail ; mais nous en avons beaucoup contre celles qui tendent à le faire hausser. » |10|

Le niveau du salaire

Livre 1, chapitre 8, p.139 : « Il faut de toute nécessité qu’un homme vive de son travail et que son salaire suffise au moins à sa subsistance ; il faut même quelque chose de plus dans la plupart des circonstances ; autrement, il serait impossible au travailleur d’élever une famille et alors la race de ces ouvriers ne pourrait pas durer au-delà de la première génération. A ce compte, M. Cantillon paraît supposer que la plus basse classe des simples manœuvres doit partout gagner au moins le double de sa subsistance, afin que ces travailleurs soient généralement en état d’élever deux enfants ; on suppose que le travail de la femme suffit seulement à sa propre dépense, à cause des soins qu’elle est obligée de donner à ses enfants. Mais on calcule que la moitié des enfants qui naissent meurent avant l’âge viril. Il faut par conséquent que les plus pauvres ouvriers tâchent, l’un dans l’autre, d’élever au moins quatre enfants, pour que deux seulement aient la chance de parvenir à cet âge. Or, on suppose que la subsistance nécessaire de quatre enfants est à peu près égale à celle d’un homme fait. Le même auteur ajoute que le travail d’un esclave bien constitué est estimé valoir le double de sa subsistance, et il pense que celui de l’ouvrier le plus faible ne peut pas valoir moins que celui d’un esclave bien constitué. Quoiqu’il en soit, il paraît au moins certain que, pour élever une famille, même dans la plus basse classe des simples manœuvres, il faut nécessairement que le travail du mari et de la femme puisse leur rapporter quelque chose de plus que ce qui est précisément indispensable pour leur propre subsistance ; mais dans quelle proportion ? Est-ce dans celle que j’ai citée ou dans tout autre ? C’est ce que je ne prendrai pas sur moi de décider. C’est peu consolant pour les individus qui n’ont d’autre moyen d’existence que le travail. »

L’ouvrier crée de la valeur…
…sans qu’il n’en coûte au capitaliste

« Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître. » (p.147)

« Quoique le premier (l’ouvrier, NDR) reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte (au capitaliste, NDR), dans le fait, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail est appliqué. » (p.417)

Ce qui motive le capitaliste

« Le seul motif qui détermine le possesseur d’un capital à l’employer plutôt dans l’agriculture ou dans les manufactures, ou dans quelque branche particulière de commerce en gros ou en détail, c’est la vue de son propre profit. Il n’entre jamais dans sa pensée de calculer combien chacun de ces différents genres d’emploi mettra de travail productif en activité, ou ajoutera de valeur au produit annuel des terres et du travail de son pays. »

Dans l’extrait qui suit, la réflexion d’Adam Smith est très éloignée de Marx et d’Engels.

La fameuse main invisible

« Par conséquent, puisque chaque individu (c’est-à-dire chaque capitaliste comme l’indique clairement la suite du texte, NDR) tâche le plus qu’il peut, 1° d’employer son capital à faire valoir l’industrie nationale, et 2° de diriger cette industrie de manière à lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. A la vérité, son intention en général n’est pas en cela de servir l’intérêt public, et il ne sait même pas jusqu’à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme en beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre en rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler. Je n’ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses. Il est vrai que cette belle passion n’est pas très commune parmi les marchands, et qu’il ne faudrait pas de longs discours pour les en guérir. » (Livre IV, chapitre II , p.42-43)

La main invisible s’oppose dans le discours de Smith à la main tangible du gouvernement qui prétend réglementer le commerce, l’industrie, etc. Smith cherche à démontrer que l’intervention de la main tangible de l’État a généralement des effets néfastes.
« Il est rare à la vérité, que la prodigalité ou la conduite imprudente des individus dans leurs affaires puisse jamais beaucoup influer sur la fortune d’une grande nation, la profusion ou l’imprudence de quelques-uns se trouvant toujours plus que compensée par l’économie et la bonne conduite des autres » (Livre 2, p.428) « Les grandes nations ne s’appauvrissent jamais par la prodigalité et la mauvaise conduite des particuliers, mais quelquefois bien par celles de leur gouvernement. » (Livre 2, p. 429)

Les intérêts de classe (classes sociales et conscience de classe)

« La masse totale du produit annuel de la terre et du travail d’un pays, ou, ce qui revient au même, la somme totale du prix de ce produit annuel, se divise naturellement, comme on l’a déjà observé, en trois parties : la Rente de la terre, les Salaires du travail, les Profits des capitaux, et elle constitue un revenu à trois différentes classes du peuple : à ceux qui vivent de rentes, à ceux qui vivent de salaires, à ceux qui vivent de profits. Ces trois grandes classes sont les classes primitives et constituantes de toute société civilisée, du revenu desquelles toute autre classe tire en dernier résultat le sien.

Ce que nous venons de dire plus haut fait voir que l’intérêt de ces trois grandes classes est étroitement et inséparablement lié à l’intérêt général de la société. Tout ce qui porte profit ou dommage à l’un de ces intérêts, en porte nécessairement à l’autre. Quand la nation délibère sur quelque règlement de commerce ou d’administration, les propriétaires des terres ne la pourront jamais égarer, même en n’écoutant que la voix de l’intérêt particulier de leur classe, au moins si on leur suppose les plus simples connaissances sur ce qui constitue cet intérêt. A la vérité, il n’est que trop ordinaire qu’ils manquent même de ces simples connaissances. Des trois classes, c’est la seule à laquelle son revenu ne coûte ni travail, ni souci, mais à laquelle il vient, pour ainsi dire de lui-même, et sans qu’elle lui apporte aucun dessein ni plan quelconque. Cette insouciance, qui est l’effet naturel d’une situation aussi tranquille et aussi commode, ne laisse que trop souvent les gens de cette classe, non seulement dans l’ignorance des conséquences que peut avoir un règlement général, mais les rend même incapables de cette application d’esprit qui est nécessaire pour comprendre et pour prévoir ces conséquences.

L’intérêt de la seconde classe, celle qui vit de salaires, est tout aussi étroitement lié que celui de la première à l’intérêt général de la société. On a déjà fait voir que les salaires de l’ouvrier n’étaient jamais si élevés que lorsque la demande d’ouvriers va toujours en croissant, et quand la quantité de travail mise en œuvre augmente considérablement d’année en année. Quand cette richesse réelle de la société est dans un état stationnaire, les salaires de l’ouvrier sont bientôt réduits au taux purement suffisant pour le mettre en état d’élever des enfants et de perpétuer sa race. Quand la société vient à déchoir, ils tombent au-dessous de ce taux. La classe des propriétaires peut gagner peut-être plus que celle-ci à la prospérité de la société ; mais aucune ne souffre aussi cruellement de son déclin que la classe des ouvriers. Cependant, quoique l’intérêt de l’ouvrier soit aussi étroitement lié avec celui de la société, il est incapable ou de connaître l’intérêt général ou d’en sentir la liaison avec le sien propre. Sa condition ne lui laisse pas le temps de prendre les informations nécessaires ; et en supposant qu’il pût se les procurer complètement, son éducation et ses habitudes sont telles qu’il n’en serait pas moins hors d’état de bien décider. Aussi, dans les délibérations publiques, ne lui demande-t-on guère son avis, bien moins encore y a-t-on égard, si ce n’est dans quelques circonstances particulières où ses clameurs sont excitées, dirigées et soutenues par les gens qui l’emploient et pour servir en cela leurs vues particulières plutôt que les siennes.

Ce qu’a écrit Adam Smith il y a plus de deux siècles est toujours d’utilité pour comprendre ce qui motive le patronat dans tous les pays : « Ceux qui emploient l’ouvrier constituent la troisième classe, celle des gens qui vivent de profits. (…) Les marchands et les maîtres manufacturiers sont, dans cette classe, les deux sortes de gens qui emploient communément les plus gros capitaux et qui, par leurs richesses, s’y attirent le plus de considération. (…)Cependant, l’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et mêmecontraire à celui du public. L’intérêt du marchand est toujours d’agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. Il peut souvent convenir assez au bien général d’agrandir le marché mais de restreindre la concurrence des vendeurs lui est toujours contraire, et ne peut servir à rien, sinon à mettre les marchands à même de hausser leur profit au-dessus de ce qu’il serait naturellement et de lever, pour leur propre compte, un tribut injuste sur leurs concitoyens. »

Ce qui suit sonne comme un avertissement qui n’a pas été suivi d’effet : « Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce qui vient de la part de cette classe de gensdoit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse,mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions » |11|. Si on observe la politique de la Commission européenne, celle des autorités de la plupart des pays de la planète, sans oublier l’OMC, on se rend compte que le lobby patronal réussit généralement à atteindre ses objectifs : les lois et traités qui sont adoptés correspondent aux intérêts des grandes entreprises privées.

La Loi sur les pauvres

L’origine de la loi sur les pauvres selon Adam Smith |12| :

« Le statut de la quarante-troisième année d’Elizabeth, chapitre II, régla que chaque paroisse serait tenue de pourvoir à la subsistance de ses pauvres, et qu’il y aurait des inspecteurs des pauvres établis annuellement, lesquels, conjointement avec les marguilliers, lèveraient, par une taxe paroissiale, les sommes suffisantes pour cet objet.

Ce statut imposa à chaque paroisse l’obligation indispensable de pourvoir à la subsistance de ses pauvres. Ce fut donc une question de quelque importance, de savoir quels étaient les individus que chaque paroisse devait regarder comme ses pauvres. Après quelques variations, cette question fut enfin décidée dans les treizième et quatorzième années de Charles II, où il fut situé qu’une résidence non contestée de quarante jours ferait acquérir le domicile dans une paroisse, mais que, pendant ce terme, deux juges de paix pourraient, sur la réclamation des marguilliers ou des inspecteurs des pauvres, renvoyer tout nouvel habitant à la paroisse sur laquelle il était légalement établi en dernier lieu, à moins que cet habitant ne tînt à loyer un bien de livres de revenu annuel, ou bien qu’il ne fournît, pour la décharge de la paroisse où il était actuellement résident, une caution fixée par ces juges.

On dit que ce statut donna lieu à quelques fraudes, les officiers de paroisse, ayant quelquefois engagé par connivence leurs propres pauvres à aller clandestinement dans une autre paroisse, et à s’y tenir caché pendant quarante jours pour y gagner le domicile à la décharge de la paroisse à laquelle ils appartenaient réellement. En conséquence, il fut établi par le statut de la première année de Jacques II, que les quarante jours de résidence non contestés exigés pour gagner le domicile ne commenceraient à courir que du jour où le nouveau résident aurait donné à l’un des marguilliers ou inspecteurs de la paroisse où il venait habiter, une déclaration par écrit du lieu de sa demeure et du nombre d’individus dont sa famille était composée.

Mais les officiers de paroisse, à ce qu’il paraît, furent quelquefois aussi peu scrupuleux à l’égard de leur propre paroisse qu’à l’égard des autres paroisses, et ils prêtèrent la main à ces intrusions en recevant la déclaration, sans faire ensuite aucune des démarches qu’il convenait de faire. En conséquence, comme on supposa que chaque habitant avait intérêt d’empêcher, autant qu’il était en lui, l’admission de ces intrus qui augmentaient la charge de la paroisse, le statut de la troisième année de Guillaume III ajouta aux précédentes dispositions, que le terme de quarante jours de résidence ne courrait que de la date de la publication faite le dimanche à l’église, immédiatement après le service divin, de la déclaration donnée par écrit » (livre 1, p.213 et 214 )

« Pour rétablir donc en quelque sorte la libre circulation du travail, que ces différents statuts avaient presque totalement détruite, on imagina les certificats. » (p.216)

« Une observation fort judicieuse du docteur Burn peut nous apprendre jusqu’à quel point l’invention des certificats a rétabli cette libre circulation du travail, presque entièrement détruite par les statuts précédents. Il est évident, dit-il, qu’il y a plusieurs bonnes raisons pour exiger des certificats des personnes qui viennent s’établir dans un endroit : d’abord, c’est afin que celles qui résident à la faveur de ces certificats ne puissent gager le domicile, ni par apprentissage, ni par service, ni par déclaration, ni par le paiement des taxes ; c’est afin qu’elles ne puissent donner le domicile ni à leurs apprentis, ni à leurs domestiques ; c’est afin que, si elles deviennent à la charge de la paroisse, on sache où on doit les renvoyer, et que la paroisse soit remboursée de la dépense du renvoi et de celle de leur subsistance pendant ce temps ; enfin, que si elles tombent malades de manière à ne pouvoir être transportées, la paroisse qui a donné le certificat soit tenue de les entretenir ; toutes choses qui ne pourraient avoir lieu sans la formalité du certificat. Ces raisons, d’un autre côté, seront à proportion tout aussi puissantes pour empêcher les paroisses d’accorder des certificats dans les cas ordinaires ; car il y a une chance infiniment plus qu’égale pour que les porteurs de certificats leur reviennent, et encore dans une condition pire. » (p.216-217)

Adam Smith et le protectionnisme

Adam Smith propose d’amender la politique protectionniste de la Grande-Bretagne.

Il propose de mettre fin progressivement à la politique britannique qui consiste 1° à subventionner la production de ses manufactures destinée aux marchés intérieur et extérieur ; 2° à obliger ses colonies à n’acheter que des produits britanniques et à ne vendre, sauf exception, qu’à la Grande-Bretagne. Néanmoins, Adam Smith se prononce pour le maintien des politiques protectionnistes de manière permanente ou temporaire : permanente en ce qui concerne la défense de la marine britannique (p. 50 à 52, livre 4) ; temporaire en cas de représailles commerciales contre des pays qui entravent l’entrée sur leur territoire des marchandises britanniques ( c’est notamment le cas de la France à l’époque ) ; 3° à éviter de supprimer rapidement des barrières douanières dressées contre les importations des pays étrangers au cas où ces produits mettent en danger l’existence même de l’industrie britannique.

Colonies

Jamais il ne dénonce le commerce des esclaves et le pillage des colonies des Indes orientales et occidentales.

Amérique du Nord

Adam Smith présente une explication fort utile de la richesse relative des colonies d’Amérique du Nord : l’existence de très grandes surfaces de terres cultivables libres de toute propriété auxquelles s’ajoute l’existence d’une main-d’œuvre libre, font que les salaires (et les autres revenus) sont élevés, ce qui favorise l’augmentation de la productivité et la prospérité des colonies en question.

Les deux facteurs indiqués (terres cultivables à volonté et main d’œuvre libre) entraînent une insuffisance structurelle de main d’œuvre pour la manufacture capitaliste (voir l’anecdote cocasse citée par Marx à propos de ce capitaliste britannique qui avait affrété un navire en Grande-Bretagne afin d’amener en Amérique du Nord des ouvriers et des machines ; à son arrivée aux Amériques, les ouvriers disparurent dans la nature où ils se transformèrent en paysans.)

Dans la citation suivante, on peut mesurer à quel point Smith lui-même reconnaît l’exploitation dont la classe ouvrière britannique fait l’objet et dont est exempte la population laborieuse des colonies d’Amérique du Nord. « Dans les autres pays, la rente et le profit s’accroissent aux dépens des salaires et les réduisent presque à rien en sorte que les deux classes supérieures écrasent la dernière » (p.173)

Smith explique la prospérité des habitants des colonies d’Amérique du Nord également par le fait qu’à la différence des autres colonies, la couronne britannique a laissé une grande liberté aux colons qui s’y sont installés (p.172 à 180, livre 4). Ceux-ci étaient souvent des citoyens britanniques opprimés dans la mère-patrie. « Les puritains anglais, opprimés dans leur patrie, s’enfuirent en Amérique pour y trouver la liberté, et ils y établirent les quatre gouvernements de la Nouvelle Angleterre. Les catholiques anglais, traités avec encore plus d’injustice, fondèrent celui de Maryland ; les quakers, celui de Pensylvannie. » (p.199, livre 4)

Adam Smith a une position incohérente à l’égard des colonies d’Amérique du Nord. D’une part, il constate à plusieurs reprises dans son livre que les colonies d’Amérique du nord ont rapporté énormément à l’économie de la métropole. D’autre part, il affirme que les colonies d’Amérique du Nord ont constitué un poids pour la Grande-Bretagne et lui ont coûté très cher.

Cette contradiction renvoie à un problème théorique auquel Smith n’a pas trouvé de solution ( David Ricardo non plus d’ailleurs) : celui des avantages tirés par les économies les plus industrialisées dans leur commerce avec les économies périphériques au travers de l’échange inégal. Il faudra attendre Marx pour trouver un début d’explication cohérente (voir son chapitre sur le commerce extérieur, livre 3 du Capital).

Remarques finales

Bien que ces notes et la sélection d’extraits contenus dans cet article ne couvrent pas tout le travail d’Adam Smith dans son livre « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », elles devraient nous convaincre de l’énorme intérêt que représente cette œuvre majeure de l’économie politique. Un regard dans le rétroviseur de la pensée d’un des pères de l’économie politique permet de mieux s’orienter dans le présent et le futur.

La présentation dominante de la pensée d’Adam Smith occulte systématiquement l’approche de la société en classes sociales et la lutte qu’elles se mènent alors que celui-ci ne craint pas du tout d’en souligner l’importance. C’est un des points communs entre Adam Smith et Karl Marx. Ceci étant dit : une des différences fondamentales entre Adam Smith et Karl Marx, c’est que le premier, bien que conscient de l’exploitation auquel le patron soumet l’ouvrier, soutient les patrons tandis que le second est pour l’(auto)émancipation des ouvriers.

Toute réflexion et toute action alternative pour faire face à la crise multidimensionnelle du système capitaliste doit prendre en compte les intérêts des classes sociales et prendre parti pour l’émancipation des classes exploitées tout en y intégrant la dimension du genre et la problématique écologique.

Eric Toussaint

Bibliographie :

ARRIGHI Giovanni, Adam Smith à Pékin. Les promesses de la voie chinoise, Ed. Max Milo, 2009, 504 p.
BAIROCH Paul. 1993. Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La découverte, Paris, 1999, 288 p.
BRAUDEL Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 1979
GRAEBER David, Dette 5000 ans d’Histoire, Paris, Les liens qui libèrent, 2013.
HARRIBEY Jean-Marie, La richesse, la valeur et l’inestimable, Paris, Les liens qui libèrent, 2013.
HUDSON Michael, “The Archaeology of Money, Debt vs. Barter Theories of Money’s Origins”,http://cas.umkc.edu/econ/economics/…
MARX Karl, 1857-1858. Gundrisse der Kritik der politischen ökonomie, 6 vol, 10/18, 1972.
MARX Karl, 1867. Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, 1818 p.
POMERANZ Kenneth (2000), The Great Divergence, Princeton University Press, 2000, 382 pages
RICARDO David. 1817. Des Principes de l’économie politique et de l’impôt, 1977, Flammarion, 379 p
SMITH Adam. 1776. La Richesse des nations, Paris, Flammarion (rééd.), 1991, 2 tomes, 1060 p.

Notes

|1| Adam Smith, La Richesse des nations, 1776, Paris, Flammarion (rééd.), 1991, 2 tomes, 1060 p.

|2| Les notes qui suivent ne concernent qu’une partie du livre « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » d’Adam Smith (1776). Je me décide à publier ces notes tout en espérant trouver le temps dans le futur pour les compléter. Dans ce texte je n’aborde pas la présentation tout à fait fausse qu’Adam Smith donne de la naissance du troc et de la monnaie. À ce propos David Graeber et Michael Hudson (voir biblio), entre autres auteurs, ont avancé des arguments tout à fait solides sur la question du mythe du troc chez Adam Smith. Je n’aborderai pas non plus la position d’Adam Smith à propos de la Chine à propos de laquelle Giovanni Arrighi a écrit un livre passionnant Adam Smith à Pékin (voir biblio).

|3| Comme le fait remarquer Kenneth Pomeranz dans La grande divergence (voir biblio), à cette époque, la Chine est aussi avancée que la Grande-Bretagne. Le déclin de la Chine commence véritablement au début du 19e siècle et s’approfondit brutalement dans les années 1840-1850 notamment comme conséquence des deux guerres de l’opium provoquées par la G-B. Lorsqu’Adam Smith rédige La Richesse des nations, la révolution industrielle est « à peine » en train de commencer. Elle se généralise en Grande-Bretagne dans la première moitié du 19e siècle.

|4| Principalement l’Inde qu’elle n’a pas encore mise directement sous sa tutelle et une partie de la Caraïbe. Elle est sur le point de perdre 13 colonies en Amérique du Nord qui formeront bientôt les États-Unis. Elle ne s’est pas encore lancée à la conquête de l’Afrique et du Proche-Orient.

|5| Voir P. Bairoch en biblio.

|6| Adam Smith, Ibid., Livre I, p.120.

|7| Adam Smith, Ibid., Livre I, p.99.

|8| Adam Smith, Ibid., Livre I, chapitre 8, p.137.

|9| Adam Smith, Ibid., Livre I, chapitre 8, p. 137 et 138.

|10| Adam Smith, Livre I, chapitre 8, p. 137 .

|11| Adam Smith, Livre 1, p. 334-336. Souligné et mis en gras par l’auteur.

|12| Je n’ai malheureusement pas le temps d’écrire un commentaire sur cette longue citation mais je la place ici car le texte est explicite.

Éric Toussaint, historien et docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique. Il est auteur du livre Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre ’AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège, http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi….

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50 vérités sur Raul Castro

janvier 5th, 2014 by Salim Lamrani

L’actuel Président de Cuba a toujours vécu dans l’ombre de son frère et reste peu connu de l’opinion publique mondiale.

1. Raúl Modesto Castro Ruz est né le 3 juin 1931 à Birán dans la province d’Holguín, au sein d’une famille cubano-espagnole. Tout comme son ainé Fidel Castro, il suit des études au sein du collège jésuite de Dolores à Santiago de Cuba et au collège de Belén de La Havane.

2. Contrairement à Fidel Castro qui est membre du Parti Orthodoxe, Raúl Castro milite dès son plus jeune âge au sein des Jeunesses socialistes affiliées au Parti socialiste populaire qui est le parti communiste cubain de l’époque.

3. En 1953, il réalise un voyage de l’autre côté du Rideau de fer, à Vienne, pour participer à la Conférence internationale de défense des droits de la jeunesse.

4. Raúl Castro est très engagé au sein de la jeunesse étudiante et participe aux manifestations contre le gouvernement de Carlos Prío Socarrás régulièrement secoué par des scandales de corruption.

5. Le 26 juillet 1953, à l’âge de 20 ans, Raúl Castro participe avec son frère Fidel et ses camarades à l’attaque contre la caserne Moncada à Santiago de Cuba dont l’objectif est de renverser le dictateur Fulgencio Batista. Il a pour mission de prendre le contrôle du Palais de Justice de la ville.

6. Arrêté, il est condamné à 13 ans de détention avec les rares survivants de l’expédition du Moncada et purge sa peine dans la prison de Los Pinos, sur l’île de la Jeunesse.

7. En 1955, après avoir été amnistié par Batista, il s’exile au Mexique en compagnie de son frère Fidel et de plusieurs membres du Mouvement 26 Juillet.

8. Raúl Castro fait la connaissance d’un jeune médecin argentin nommé Ernesto Guevara et décide de le présenter à Fidel Castro.

9. Le 25 novembre 1956, il embarque avec son frère et 80 autres hommes à bord d’un bateau à destination de la province orientale de Cuba, dans le but de déclencher une guerre insurrectionnelle contre le régime militaire. Avant de monter à bord du Granma, Raúl Castro prend soin de rédiger son testament politique.

10. Le débarquement est un véritable désastre car les révolutionnaires étaient attendus par l’armée qui élimine une partie des combattants et disperse le reste. Raúl Castro évoquera la tragédie du 2 décembre 1956 en ces termes : « Il était 4h30 de l’après-midi quand vint l’hécatombe ».

11. Après avoir retrouvé son frère le 18 décembre 1956 à Cinco Palmas, Raúl Castro débute la campagne dans la Sierra Maestra comme simple guérillero et son lien de parenté avec le leader de l’Armée rebelle ne lui confère aucun privilège.

12. Raúl Castro est frappé par la solidarité et la générosité des paysans de la Sierra Maestra. Dans son journal, il écrit : « La façon dont ces paysans de la Sierra se dépensent sans compter pour s’occuper de nous et prendre soin de nous est admirable. Toute la noblesse et la grandeur d’âme cubaines se trouvent ici ».

13. L’Armée rebelle prend soin de bien traiter les soldats prisonniers. A ce sujet, Raúl Castro raconte : « On a apporté à manger aux trois et on leur a dit qu’on les remettrait en liberté et que l’on garderait uniquement leurs armes. Ils avaient de l’argent et des montres dont nous avions besoin, mais suivant nos principes, nous n’y avions pas touché […] On leur a demandé de signer un papier soulignant qu’ils avaient bien été traités. En conversant avec l’un d’eux sur un ton aimable, F. [Fidel] avait réussi à obtenir des informations d’une grande utilité ». Lorsque les guérilléros découvrent la présence d’un infiltré à la solde de la dictature au sein de leur troupe, ce dernier est exécuté. Raúl Castro écrit dans son journal : « Peut-être qu’en le torturant, il nous aurait fourni plus d’informations, mais même pour un traître aussi misérable, nous n’appliquons pas ces méthodes ».

14. En février 1957, Raúl Castro est le premier à rencontrer Herbert L. Matthews, le journaliste du New York Times  qui allait révéler au monde l’existence d’une guérilla à Cuba : « J’ai tendu la main au journaliste, et me souvenant de mon rudimentaire anglais scolaire, je lui ai dit : « How are you ? ». Je n’ai pas compris sa réponse et ensuite F. [Fidel] est arrivé, et après l’avoir salué, il s’est assis en sa compagnie dans la cabane et a commencé l’interview journalistique, qui constituera sûrement un scoop ».

15. Après Che Guevara en 1957, Raúl Castro est nommé commandant de l’Armée rebelle en février 1958, ayant fait ses preuves sur le terrain. Il est chargé par son frère Fidel d’ouvrir un second front dans le nord-est de la Sierra Maestra avec la colonne de guérilleros n°6 nommée Second Front « Frank País », en l’honneur du leader du Mouvement 26 Juillet de Santiago de Cuba assassiné par la dictature en 1957. L’attribution du n°6 visait à tromper l’ennemi sur le nombre total de guérilléros qui, en réalité, ne dépassa jamais les 300 hommes armés.

16. Raúl Castro prend le contrôle des territoires libérés et crée une véritable structure autonome en établissant des hôpitaux, des écoles et plusieurs usines de fabrication d’armes et de chaussures.

17. Raúl Castro élabore dès 1958 le premier service de renseignements révolutionnaire. Il met également en place la nouvelle police révolutionnaire.

18. Les Etats-Unis avaient officiellement imposé un embargo sur les armes à Cuba en mars 1958. En réalité, ils continuaient à équiper secrètement l’armée cubaine. En juin 1958, Raúl Castro décide de dénoncer la collusion entre Batista et Washington par une action spectaculaire. Face aux pilonnages de l’aviation cubaine, équipée de bombes étasuniennes, il répond par « l’Opération anti-aérienne » en séquestrant plusieurs citoyens étasuniens y compris des militaires. Le but est de mettre un terme aux bombardements de la Sierra Maestra qui ont un impact meurtrier sur les forces rebelles mais surtout sur les populations civiles de la zone. L’Opération est couronnée de succès. Le Washington Post and Times Herald évoque « le traitement royal » dont ont bénéficié les otages : « Les militaires américains furent si bien traités, et si convaincus par les arguments des rebelles, que plusieurs d’entre eux souhaitaient rester et combattre Batista ». « Un gars épatant, ce Raúl Castro », écrit de son côté la revue étasunienne Time, en citant un otage, ajoutant que le jeune commandant « souhaitait donner une leçon à Washington ».

19. En 1958, Raúl Castro impose le paiement d’un impôt révolutionnaire à toutes les entreprises y compris les multinationales étasuniennes.

20. Au triomphe de la Révolution, lors de la formation du gouvernement provisoire, Raúl Castro n’occupe aucun poste.

21. Le 26 janvier 1959, Raúl Castro épouse Vilma Espín Guillois, combattante clandestine qui avait participé au soulèvement armé du 30 novembre 1956 à Santiago de Cuba, en soutien au débarquement du Granma. Elle sera la fondatrice de la Fédération des femmes cubaines.

22. En février 1959, il remplace Fidel Castro en tant que ministre des Forces armées lorsque ce dernier est nommé chef du gouvernement par le Président Manuel Urrutia. Il dirigera le Ministère de la Défense jusqu’en 2008 et en fera l’institution la plus efficace de Cuba, autosuffisante en production agricole grâce à l’Union agro-pastorale militaire.

23. De 1959 à 1965, Raúl Castro doit faire face aux actes terroristes et aux sabotages organisés par la CIA qui frappent tout le pays. Il raconte : « Parfois, j’arrivais au Ministère des forces armées et venaient quatre ou cinq collaborateurs, qui faisaient le lien avec les différents territoires, armées et régions du pays. Pour gagner du temps, ils ne me faisaient pas de rapports. Ils venaient avec une liste des événements des dernières 24 heures, ou des 12 dernières heures : des dizaines de maisons à tabac incendiées à Pinar del Río, des dizaines de champs de canne brûlés à travers le pays, des sabotages électriques. Parfois, je leur disais : ‘Dites-moi le plus important’, et cela dura cinq ou six ans ».

24. Dès 1959, Fidel Castro recommende Raúl Castro comme son successeur au cas où il viendrait à être assassiné.

25. Depuis 1959, Raúl Castro est, avec son frère, le seul membre de la famille Castro à occuper un poste politique à Cuba.

26. En 1961, Raúl Castro est nommé à la Direction nationale des Organisations Révolutionnaires Intégrées (ORI) qui regroupent le Mouvement 26 Juillet de Fidel Castro, le Directoire Révolutionnaire des étudiants et le Parti Socialiste Populaire.

27. En 1963, il occupe également la Direction du Parti Uni de la Révolution Socialiste qui remplace les ORI.

28. En 1965, le Parti communiste de Cuba (PCC) est créé et il est nommé Deuxième secrétaire.

29. Avec l’adoption de la nouvelle Constitution de 1976, Raúl Castro est élu vice-président de la République, poste auquel il sera réélu jusqu’en 2006. Il est également député et vice-président du Conseil d’Etat et des Ministres de 1976 à 2006.

30. En novembre 1976, il est promu Général de l’Armée.

31. A partir des années 1980, Raúl Castro développe le concept de « Guerre de tout le peuple » face aux menaces d’invasion lancées par les Etats-Unis. Cette stratégie de défense militaire consiste à armer tout le peuple et à déclencher une guerre de guérilla contre tout envahisseur : « La Guerre de tout le peuple signifie que pour conquérir notre territoire et occuper notre sol, les forces impériales devraient lutter contre des millions de personnes et devraient payer avec des centaines de milliers et même des millions de vies, la tentative de conquérir notre terre, d’écraser notre liberté, notre indépendance et notre Révolution […]. Peu importe la puissance de l’empire, peu importe ses techniques et ses armes sophistiquées, il n’est pas en conditions de payer le prix d’une telle aventure ».

32. En 1993, en pleine Période spéciale marquée par une grave crise économique suite à la disparition de l’Union soviétique et à la recrudescence des sanctions économiques imposées par Washington, Raúl Castro met en garde les Etats-Unis contre toute tentative d’agression : « La lutte serait sans front ni arrière-garde, dans chaque coin du pays. Pour cela, nous comptons, en plus des troupes régulières, sur les milices des troupes territoriales et les brigades de production et de défense organisées dans chaque province et dans les 169 municipalités. On combattrait dans les plus de 1 400 zones de défense si l’ennemi était capable de les atteindre toutes, chose impossible, car il aurait besoin de millions de soldats et même ainsi il serait extrêmement faible car partout il pourrait tomber sur une mine, être liquidé par une balle ou une grenade, et les embuscades seraient son cauchemar. […] Dans une guerre prolongée, si un franc-tireur sur deux ou trois – nous en avons des dizaines de milliers – élimine un yanqui, de préférence un officier, est-ce que l’envahisseur pourrait assumer autant de pertes et poursuivre l’agression ? […]. Dans notre doctrine, les troupes terrestres sont les forces décisives, puisque les combats, une fois que l’ennemi débarque, seraient livrés sur notre sol, d’homme à homme, à portée de fusil. Et dans ces conditions, la supériorité morale des hommes qui défendent leur patrie est infiniment supérieure à celle de l’envahisseur haï. […] Le sol leur brulerait les pieds, des entrailles de la terre, après les frappes aériennes, les combattants sortiraient pour régler les comptes sur le sol sacré de la patrie qui n’admet pas les bottes d’envahisseurs ».

33. En 1998, 40 ans après avoir été nommé Commandant de l’Armée Rebelle, il devient Commandant de la Révolution.

34. Le 31 juillet 2006, en vertu de l’Article 94 de la Constitution, Raúl Castro remplace son frère Fidel Castro, victime d’une grave maladie, et devient Président de la République par intérim.

35. En 2007, Raúl Castro lance une vaste consultation nationale dans le but de procéder à une « actualisation » du modèle socioéconomique du pays.

Comme son frère ainé, Fidel, Raul donne une grande importance à l’intégration latino-américaine en tant que président de la CELAC . Ici Raul avec la présidente brésilienne, Dilma Roussef.

36. En février 2008, le Parlement cubain élit Raúl Castro à la Présidence de la République. Il succède officiellement à son frère qui a annoncé son retrait de la vie politique. Pour arriver à la tête de l’Etat et du gouvernement, Raúl Castro a dû passer par deux processus électoraux. Il a d’abord été élu au suffrage universel et secret comme député à l’Assemblée nationale. Ensuite, le Parlement l’a élu Président du Conseil d’Etat et du Conseil des Ministres.

37. En septembre 2008, Raúl Castro décide de donner les terres non cultivées en usufruit aux agriculteurs afin d’augmenter la production agricole dans un pays qui importe plus de 80% de ses matières premières alimentaires.

38. En décembre 2008, Raúl Castro réalise sa première tournée diplomatique internationale en tant que Président de la République et rencontre Hugo Chávez au Venezuela et Lula au Brésil.

39. En novembre 2010, le projet d’actualisation du modèle socioéconomique est soumis à un vaste débat populaire qui implique 8 millions de personnes. Après avoir été modifié, il est adopté en avril 2011 et ouvre plusieurs pans de l’économie au privé. Près d’un demi-million de Cubains travaillent désormais dans le secteur privé.

40. Le 16 avril 2011, Raúl Castro célèbre le 50ème anniversaire de la Déclaration du caractère socialiste de la Révolution cubaine en organisant le VIe Congrès du Parti communiste de Cuba, où il est élu Premier secrétaire et remplace ainsi officiellement Fidel Castro.

41. En 2010 et 2011, suite à un accord avec l’Espagne et l’Eglise Catholique cubaine, Raúl Castro décide de libérer tous les prisonniers dits « politiques » à Cuba. Certains choisissent de quitter le pays alors que d’autres restent dans l’île.

42. En novembre 2011, Raúl Castro simplifie les démarches administratives pour le secteur immobilier. Désormais, les Cubains peuvent acheter et vendre leur bien sans autre formalité qu’une visite chez le notaire. Auparavant, il fallait obtenir l’autorisation du Ministère du logement. Afin d’éviter toute concentration de biens dans un marché déficitaire, les Cubains ne peuvent posséder plus de deux produits immobiliers, dont l’un doit être situé à la campagne.

43. En mars 2012, Raúl Castro reçoit la visite du Pape Benoît XVI. « Notre gouvernement et l’Eglise catholique, apostolique et romaine à Cuba maintenons de bonnes relations », déclare-t-il.

44. En décembre 2012, Raúl Castro décide de généraliser le système de coopératives à tous les secteurs.

45. En janvier 2013, répondant à une forte demande populaire, Raúl Castro décide d’éliminer les obstacles bureaucratiques tels que la « carte blanche » et la « lettre d’invitation » afin de faciliter les voyages des Cubains à l’étranger. Mais désormais, ce sont les ambassades occidentales qui exigent des Cubains une « lettre d’invitation ».

46. Le 28 janvier 2013, Raúl Castro est élu à la présidence intérimaire de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe les 33 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, infligeant ainsi un sérieux revers diplomatique aux Etats-Unis dont l’appel à isoler Cuba n’a pas été suivi.

47. En février 2013, Raúl Castro est réélu à la Présidence de la République pour un mandat de cinq ans. Suite à la réforme constitutionnelle, les mandats exécutifs sont désormais limités à 10 ans. Ainsi, Raúl Castro se retirera du pouvoir au plus tard en 2018.

48.  Le 10 décembre 2013, lors des obsèques de Nelson Mandela en Afrique du Sud, Raúl Castro rencontre le Président Barack Obama pour une poignée de main historique. Tout comme son prédécesseur Fidel Castro, il fait part publiquement de sa volonté de dialogue avec les Etats-Unis : « Si nous souhaitons réellement avancer dans les relations bilatérales, nous devons apprendre à respecter mutuellement nos différences et nous habituer à vivre pacifiquement avec elles. Dans le cas contraire, nous sommes disposés à vivre cinquante-cinq autres années dans la même situation ».

49. Sa fille Mariela Castro est directrice du Centre national d’éducation sexuelle (CENESEX) et défend les droits des personnes homosexuelles, lesbiennes et transsexuelles à Cuba.

50. Raúl Castro est réputé pour son franc-parler et son ouverture d’esprit. Il n’hésite pas à se montrer très critique et dénonce publiquement les dérives du système, ce qui lui vaut la réputation d’être à la fois le meilleur journaliste de l’île et le dissident le plus incisif.

 Salim Lamrani

Article original publié initialement en portugais sur le site Opera Mundi : 

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/33272/50+verdades+sobre+raul+castro.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected] ; [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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Vidéo : Dieudonné en 5 minutes

janvier 5th, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

par Robin des villes (son site)

Publiée le 3 janv. 2014

Dieudonné en 5 minutes
Musique : Classical piano and violin – The secession

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Vidéo: AFRICOM Go Home, Bases Étrangères Hors d’Afrique

janvier 4th, 2014 by Mondialisation.ca à la Une

Mise en ligne : ceddorebel

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Vidéo : Qui est Monsanto ?

janvier 4th, 2014 by Kolibri

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La décision rendue le 27 décembre par le juge de la cour fédérale américaine, William H. Pauley, dans l’affaire de l’ACLU (Association de défense des libertés civiles) contre Clapper approuvant la surveillance très étendue par la NSA des données téléphoniques de toute la population du pays, a une immense signification pour les droits démocratiques.

Bien que celle-ci ait été rédigée par un juge fédéral, ce n’est pas tant un un avis juridique qu’une polémique dans le style fasciste préconisant une élimination de la Constitution américaine et la mise en œuvre d’un Etat policier. Le fait qu’un juge fédéral évoque de tels arguments indique de façon significative combien le consensus pro-dictature s’est développé dans les plus hautes instances du système judiciaire.

L’intégralité du paragraphe introductif de l’avis est une justification politique délibérée en faveur d’un Etat policier qui espionne et réduit au silence les lanceurs d’alerte. En réagissant à la décision présentée au début du mois par le juge Richard Leon qui qualifiait la surveillance par la NSA de « presque orwellienne », le juge Pauley utilise un argument dont toutes les dictatures se sont, d’une manière ou d’une autre, servies tout au long de l’histoire : à savoir que « la sécurité nationale » et la menace du « terrorisme » requéraient l’abrogation des droits démocratiques. (Voir : «Presque orwellien»: un juge américain condamne l’espionnage de la NSA » Il ne s’agit de rien d’autre que d’une variante des arguments avancés par le juriste nazi Carl Schmitt selon lesquels les intérêts de l’Etat, tels qu’ils sont déterminés par un exécutif tout puissant (un « Führer ») pourraient justifier un « état d’exception » durant lequel la constitution pourrait être suspendue et les droits démocratiques foulés au pied.

Selon le juge Pauley, les attentats du 11 septembre 2001 d’il y a dix ans (qui avaient été perpétrées par des terroristes d’al Qaïda bien connus des agences de renseignement américain) justifient un élargissement sans précédent de l’Etat. En s’appuyant inconditionnellement sur le témoignage de hauts responsables du gouvernement Obama, le juge Pauley estime que si, durant la période qui avait précédé le 11 septembre 2001, la NSA avait recouru à son actuel programme de surveillance téléphonique, alors les attentats auraient été évités.

L’avis est truffé de mensonges et de distorsions. Le mensonge principal est que les agissements du gouvernement américain sont justifiés par les exigences de la lutte contre al Qaïda. C’est là une affirmation qui ne peut résister à aucun examen rigoureux. La soi-disant « guerre contre le terrorisme » a fourni le prétexte à l’application de mesures qui, sans l’allégation d’un cas de situation d’urgence grave, ne serait pas acceptée par la population. De plus, alors qu’il est censé être en guerre contre al Qaïda, le gouvernement des Etats-Unis procure actuellement des armes, des moyens financiers et même une coopération militaire au coude à coude à ses amis terroristes liés à al Qaïda en Libye et en Syrie. Comme le World Socialist Web Site l’a correctement souligné dès le début, le véritable but de la « guerre contre le terrorisme » n’est pas la lutte contre al Qaïda mais la justification du militarisme à l’étranger et d’une attaque permanente contre les droits démocratique sur le plan national.

De même, l’idée que le gouvernement américain a mis en place un appareil de surveillance gigantesque pour attraper les terroristes d’al Qaïda ne passe pas non plus l’épreuve du ridicule. Grâce aux actions courageuses du lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden, il est maintenant de notoriété publique que l’appareil de renseignement américain espionne indistinctement le monde entier, y compris les dirigeants politiques étrangers.

Dans son avis, le juge Pauley ne reconnaît l’étendue du programme de surveillance du gouvernement en question que pour prétendre tout de go qu’il est nécessaire que le gouvernement suive de près les données téléphoniques de chaque Américain.

Le juge Pauley cite en l’approuvant le témoignage du directeur adjoint du FBI, Sean Joyce disant : « Notre mission est de mettre un terme au terrorisme, de le stopper. Pas après coup, mais de l’empêcher avant qu’il se produise aux Etats-Unis. Et je peux vous dire que tous les instruments sont essentiels et vitaux. Et les instruments tels que je vous les expose et l’utilisation qui en est faite actuellement ont été précieux pour déjouer certains de ces complots. Vous dites, ‘comment peut-on déterminer la valeur d’une vie américaine ?’ Et je peux vous répondre qu’elle n’a pas de prix. »

La conception fondamentale de la Constitution américaine est que le penchant naturel d’un gouvernement vers la tyrannie ne peut être contré que par une séparation claire et nette des pouvoirs et un respect absolu des droits sous le contrôle vigilant de la population. Dans cet esprit, les révolutionnaires américains ont écrit le Quatrième amendement, qui fait partie de la Déclaration des Droits (« Bill of Rights », 1791), qui stipule clairement : « Le droit des citoyens d’être garantis dans leur personne, leur domicile, leurs papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, » ce qui exige que chaque perquisition ou chaque saisie soit accompagnée d’un mandat gouvernemental spécial étayé par une présomption sérieuse.

Comme l’ACLU l’a fait remarquer dans son communiqué, la collecte de données téléphoniques sans mandat de toute la population par le gouvernement peut « révéler la religion d’une personne, ses associations politiques, le recours au téléphone rose, l’idée d’envisager le suicide, une dépendance au jeu ou aux drogues, un cas de viol, des problèmes d’ordre sexuel ou le soutien de causes politiques particulières. » En dernière analyse, le juge Pauley consacre 55 pages pour soutenir ce qui est en soi une absurdité : le fait que la collecte de toutes les coordonnées téléphoniques de tous les citoyens américains est « raisonnable » en vertu du Quatrième amendement.

Le raisonnement juridique de Pauley, si tant est qu’il y en ait un dans son avis, est une mosaïque d’arguments sophistes, de citations sorties de leur contexte et de mensonges. La loi de contrôle du renseignement étranger (Foreign Intelligence Surveillance Act, FISA, 1978) qui était censée réglementer (ou donner l’apparence de réglementer) les agences de renseignement, est totalement chamboulée et transformée en un blanc seing pour un espionnage illimité. Pauley affirme aussi que chaque fois qu’une personne utilise un téléphone, il ou elle abandonne « volontairement » ses droits à la vie privée. Une personne fait vraisemblablement un choix similaire « volontaire » lorsqu’elle utilise une voiture, un ordinateur, un appareil GPS, une télévision, une banque, un hôpital, un hôtel, une webcam, un bureau de poste, etc., …

Le contraste entre les conceptions des révolutionnaires américains qui ont rédigé la Déclaration des Droits et ceux du juge Pauley ne pourrait être plus frappant. Les révolutionnaires appelaient à la vigilance éternelle contre la tyrannie, en jurant de choisir la liberté plutôt que la mort. Le juge Pauley nous dit au contraire de faire confiance au gouvernement sans poser de question. Le gouvernement est constitué de gens bien : des patriotes et des professionnels. Ils savent ce qu’ils font. S’ils nous prennent secrètement nos libertés, ils doivent avoir de bonnes raisons pour le faire.

En dépit de ses prétentions d’être le dirigeant du « monde libre », le gouvernement des Etats-Unis détient un bilan plutôt déplorable. Au cours de ces cent dernières années : autorisation juridique de la ségrégation, lynchage, rafles et déportations de masse (comme dans le cas des Japonais-Américains durant la Seconde Guerre mondiale), infiltration et surveillance des groupes politiques dissidents, la Peur Rouge (« Red Scare »), les crimes de guerres, la corruption, la criminalité, les coups d’Etat, les assassinats, la torture, les mensonges (« les armes de destruction massive » ; « si vous aimez votre projet, gardez-le (« if you like your plan, keep it »), et ainsi de suite. Affirmer, comme le fait le juge Pauley, que ce que tout ce que dit le gouvernement doit être vrai et que la défense des droits démocratiques peut être laissée en toute sécurité entre les mains de l’armée et des agences de renseignement, signifie carrément abandonner les droits démocratiques.

La décision du juge enlève essentiellement toute possibilité d’un conflit entre les droits de la population et les intérêts de l’Etat. Le juge Pauley cite le rapport de la Commission d’enquête mise en place après le 11 septembre : « Le choix entre la liberté et la sécurité est un faux choix, puisque rien n’est plus propre à mettre en péril les libertés civiles qu’un attentat terroriste sur le sol américain. » En d’autres termes, tant que le gouvernement dit lutter contre le terrorisme, il peut ignorer la Déclaration des Droits.

Suite à l’avis du juge Pauley, il est raisonnable de poser la question : est-ce que la Déclaration des Droits est encore opérationnelle aux Etats-Unis ? Si le Quatrième amendement n’empêche pas l’espionnage par le gouvernement de chaque Américain dans son pays simultanément et sans mandat, alors qu’empêche-t-il exactement ?

La classe dirigeante américaine sait que sa politique (le pillage à l’extérieur et le pillage à l’intérieur du pays) est impopulaire. Elle craint très fortement un mouvement populaire d’en bas et c’est pour cette raison qu’elle rêve d’un avenir où la Déclaration des Droits ne s’appliquerait pas. Dans cet avenir, les villes peuvent être bouclées par voie d’ordonnance et les dissidents (qualifiés de « terroristes ») peuvent être appréhendés sommairement à leur domicile, jetés en prison, torturés ou assassinés. Les juges s’en remettent aux pouvoirs exécutif et militaire, notamment là où la « sécurité nationale » serait impliquée. Les tribunaux seront relégués à entériner les décisions les unes après les autres sans discussion.

La décision du juge Pauley souligne à quel point ce rêve est en train de se réaliser. Les défenseurs du totalitarisme imprègnent déjà l’appareil d’Etat. Ce mois-ci, l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey a déclaré : « Je pense que ce serait idiot de lui [Snowden] accorder l’amnistie. Il devrait être poursuivi pour trahison. Si sa culpabilité est reconnue par un jury de ses pairs, il devrait être condamné à mort par pendaison.»

C’est le langage du fascisme et de l’Etat policier. De telles déclarations, qui trouvent une expression pratique dans la décision du juge Pauley, doivent être prises comme un avertissement politique sérieux. La démocratie américaine est en train de se putréfier sous nos yeux.

Tom Carter

Article original, WSWS, paru le 31 décembre 2013

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Le président français François Hollande s’est rendu en Arabie saoudite pour y rencontrer dimanche et lundi des responsables saoudites et libanais. Il était accompagné de 30 hommes d’affaires et quatre ministres de haut rang, dont le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Hollande s’est entretenu en aparté avec le prince héritier Salman bin Abdulaziz, le monarque saoudien Abdullah ibn Abd al-Aziz Saoud, l’ancien premier ministre Saad Hariri et le dirigeant de l’opposition syrienne, Ahmed Jarba.

Le principal objectif de la visite de Hollande était de soutenir la poursuite de la guerre sectaire menée par les forces d’opposition contre le régime du président syrien Bachar al-Assad en armant jusqu’aux dents les forces sunnites du Liban voisin. Il a signé un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite qui promet d’octroyer une aide royale de 3 milliards de dollars pour l’achat d’armes françaises destinées à l’armée libanaise. L’aide représente deux fois le budget militaire total du Liban qui, comme la Syrie, est une ancienne colonie française.

Suite à l’assassinat vendredi dernier de l’ancien ministre libanais des Finances, Mohammad Chatah, dans un attentat à la voiture piégée, la situation au Liban occupait une place prioritaire sur l’ordre du jour. Les deux dirigeants ont exprimé leurs inquiétudes quant au rôle que joue l’Iran dans la région. Les autres sujets concernaient la guerre civile en Syrie, le conflit israélo-palestinien, la situation en Egypte et la multiplication des liens commerciaux entre l’Arabie saoudite et la France.

Lors d’une conférence de presse à l’ambassade de France à Riyadh, Hollande a promis son « soutien à la coalition nationale syrienne. » Il a dit que les deux pays partageaient « la volonté d’œuvrer pour la paix, la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient. »

Hollande a aussi eu dimanche, en compagnie de son ministre des Affaires étrangères, un entretien de 40 minutes avec l’ancien premier ministre libanais, le milliardaire Saad Hariri du mouvement libanais, Courant du Futur. Avant la rencontre, Fabius avait dit que le message de Hollande serait de réitérer que Paris « amie des Libanais et du Liban, plaide pour l’intégrité et l’indépendance » du Liban.

Hariri a salué la volonté de la France d’armer l’armée libanaise et a remercié le roi Abdullah pour l’« aide historique sans précédent » du contrat d’armement.

Hollande et son ministre de la Défense ont également rencontré Ahmed Jarba, président de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne (CNFOR).

Fabius a dit à Jarba qu’il approuvait la participation de l’opposition à la conférence Genève-2 prévue pour le 22 janvier. Il a promis que la France soutiendrait l’« opposition modérée et en aucun cas les mouvances terroristes qui font paradoxalement le jeu » d’Assad qui a-il-prétendu recourait à la menace des « extrémistes… pour faire pression sur l’opposition modérée. »

Ceci est une esquive cynique visant à dissimuler le fait qu’en Syrie, la France, avec l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et leurs alliés ont soutenu un assortiment de milices sunnites islamistes et de bandes criminelles liées à al Qaïda.

La France qui, l’année dernière, avait énergiquement demandé des frappes aériennes contre la Syrie, avant que les Etats-Unis ne changent leur politique en entamant des négociations avec l’Iran, allié clé la Syrie, continue de fournir de l’aide aux « rebelles » syriens réactionnaires. Hollande persiste à dire qu’une solution politique laissant Bachar al Assad au pouvoir est inacceptable.

Les énormes livraisons d’armes françaises vers le Liban, qui sont financées par la famille royale saoudienne, représentent une intervention renouvelée de l’impérialisme français dans son ancienne colonie.

Les références faites par Hollande et Fabius à la stabilité régionale et à l’indépendance libanaise visent à masquer le caractère de la visite. En fait, cette vente d’armes sans précédent représente une intensification du rôle joué par la France dans le conflit soutenu par l’impérialisme en Syrie et au Liban, tous deux d’anciennes colonies françaises.

L’industrie de l’armement française est censée bénéficier d’une relance de ses profits aux dépens de la population saoudienne. Bien que recélant les plus riches réserves pétrolières du monde, la société saoudienne est caractérisée par d’énormes inégalités. Un quart de la population vit dans la pauvreté, le chômage des jeunes atteint 30 pour cent et une importante main-d’œuvre de travailleurs migrants travaille dans des conditions épouvantables sur les champs pétroliers et les chantiers de construction du pays.

D’autre part, la famille royale corrompue et ultra-riche monopolise des dizaines de milliards de dollars a ses propres fins réactionnaires. Les dépêches de WikiLeaks avaient révélé qu’une poignée de princes saoudiens avaient engrangé dans les années 1990 des revenus allant jusqu’à 1 million de barils de pétrole par jour tandis que des milliers d’autres membres de la famille royale recevaient des rémunérations plus petites.

La monarchie saoudienne se sert d’une autre portion des bénéfices du pays pour faire valoir son influence dans la région, en devenant un instrument des ambitions des Etats-Unis, de la France et d’autres puissances impérialistes.

Les Etats-Unis ont maintenant changé leur tactique régionale en faveur de négociations directes avec l’Iran mais les conséquences de leur politique subsistent sous la forme d’un conflit qui menace de précipiter toute la région dans une guerre civile entre des sectes rivales et des groupes tribaux.

L’Arabie saoudite continue de soutenir l’opposition en Syrie en jetant de l’huile sur le feu d’un conflit qui s’est propagé l’année dernière à l’Irak et au Liban. La monarchie saoudienne considère le changement de politique des Etats-Unis comme une grave menace envers sa propre position économique et politique et a refusé d’être liée par un quelconque accord occidental avec l’Iran et la Syrie.

« La monarchie saoudienne ne peut pas concevoir le fait qu’Assad puisse survivre à cette crise pour ensuite se retourner contre elle, » a dit à l’Associated Press Ali al-Ahmet, directeur de l’Institut pour les affaires du Golfe à Washington. « Elle rejette cette éventualité et est prête à faire tout son possible pour faire partir Assad. »

Le Hezbollah, qui se trouve dans le camp opposé dans le conflit syrien, insiste en disant être la principale cible du contrat d’armement franco-saoudien. Une source au sein de l’Alliance du 8 Mars, qui est dirigée par le Hezbollah, a dit au journal An Nahar que « l’aide saoudienne est liée à une prolongation du mandat de Suleiman vu que l’Arabie saoudite vise à contrôler l’armée dans le but d’affronter [Hezbollah]. »

Un éditorial caustique du rédacteur en chef d’Al-Akhbar, Ibrahim al-Amin, est consacré au président Michel Suleiman, l’accusant de se plier aux caprices de la France et de l’Arabie saoudite. « Lors de votre dernière visite à Riyadh, celui qui a offert de l’aide vous a dit que le devoir de l’armée était de lutter contre le Hezbollah, de le désarmer et d’empêcher qu’il n’aille en Syrie. Il vous a dit que c’était la condition préalable à un soutien de l’armée, » a écrit al-Amin.

Un autre article paru dans Al-Akhbar affirme que le don de 3 milliards de dollars était conditionnel à la formation d’un gouvernement excluant le Hezbollah. Il subordonne le don à une annonce précédente de Suleiman d’avoir l’intention de former un « gouvernement neutre » excluant le Hezbollah la première semaine de janvier.

Les représentants de l’Alliance du 8 mars ont dit à Al-Akhbar que « la décision de former un gouvernement de facto fait partie de la guerre que l’Arabie saoudite est en train de mener dans la région, de la Syrie et de l’Irak, au Liban et à Bahrein. » Ils ont menacé de prendre d’assaut le siège du premier ministre s’ils sont exclus du gouvernement.

Rosa Shahnazarian

Article original, WSWS, paru le 3 janvier 2014

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Photo : Sayyed Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais, en entretien avec Djamila Bouhired, le 8 décembre 2013, en son fief dans la banlieue sud de Beyrouth.

I- Nasrallah-Bouhired, un dynamitage des codes religieux et vestimentaires du wahhabisme régressif.

Pur hasard ou acte délibéré? La rencontre entre Sayyed Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais, dans son fief de Beyrouth, avec Djamila Bouhired, le 8 décembre 2013, coïncidant curieusement avec l’entretien israélo saoudien de Monaco, a constitué, dans l’ordre subliminal, un dynamitage des codes religieux et vestimentaires régressifs de la dynastie saoudienne.
L’hommage du vainqueur d’Israël à l’icône de la guerre de libération nationale algérienne a été perçu, dans l’ordre symbolique, comme un bel exemple du dépassement des clivages ethnico-religieux au sein du Monde arabe et de la solidarité combattante entre les deux versants du Monde arabe, en ce que la photo de Beyrouth mettait en œuvre un dignitaire religieux et une dame non voilée, un homme chiite et une dame sunnite, sans la présence de son tuteur. La réplique du Monde arabe militant à l’obscurantisme wahhabite.

Un électrochoc à destination d’un Monde arabe en état de désorientation matérialisé par les propos d’un des princes saoudiens les plus en vue, Walid Ben Talal, actant publiquement la connivence de fait entre l’Arabie saoudite et Israël, qui engloberait en outre «les Arabes et les sunnites», dans leur combat contre la branche rivale de l’Islam, l’Iran chiite et ses alliés régionaux, la Syrie et le Hezbollah libanais.

La manchette de Libération « Syrie, la révolution trahie », en date du 19 décembre 2013, a retenti comme la fin de la « stratégie du délire » de la France et de ses intellectuels organiques. La fin d’une illusion lyrique.

Préconiser dans ce contexte la connivence avec Israël, mis à l’index lors de l’hommage planétaire en faveur de Nelson Mandela (2), qui plus est avec la branche la plus xénophobe du sionisme représentée par le tandem Benyamin Netanyahu et Avigdor Libermann, le terme ultime du processus de glaciation idéologique du sionisme fondateur d’Israël, ne parait pas devoir constituer la proposition la plus animée de pertinence.

Israël? Le partenaire absolu de l’apartheid sud-africain, matérialisé sous des prétextes tarifaires par la mise à l’index de Benyamin Netanyahu des obsèques de Nelson Mandela, le partenaire des Palestiniens et icône planétaire des peuples en lutte pour leur indépendance.

Pourquoi n’a-t-elle pas, l’Arabie saoudite, sollicité les bons offices de l’Afrique du sud, l’ami de l’Iran doté de l’expertise nucléaire, agrée par tous les états arabes qu’aucun contentieux de surcroît n’oppose au géant sud-africain, pour régler son contentieux avec l’Iran, plutôt que de se lancer dans une suicidaire destruction guerre transrégionale dont les Arabes seront les grands perdants?

II- Des pièges de l’ingérence humanitaire

Au-delà de la confusion mentale arabe, si bénéfique à ses ennemis, si préjudiciable à sa promotion, il importe de pointer le discours disjonctif occidental si corrosif pour une prise de conscience nationale. Il en est ainsi de la notion d’ingérence humanitaire, moteur des expéditions punitives postcoloniales. Un principe qui sert en fait d’alibi à des équipées impériales. Un leurre que recèle l’ambiguïté du terme du fait que les grandes puissances sont souvent perçues comme des pyromanes et non comme des pompiers, en fait des pompiers pyromanes.

Au terme d’un demi-siècle d’intervention humanitaire, force est de constater que l’ingérence a toujours été une action dirigée depuis le Nord vers les Pays du sud, tant il paraît peu vraisemblable que les états puissants soient la cible d’une action d’ingérence. L’ingérence humanitaire, sur le plan international, se substitue d’ailleurs souvent à la défaillance interne, dont elle constitue un cache misère. Les Restos du Cœur, les Compagnons d’Emmaüs, l’Armée du salut, «une Chorba pour tous», pour ne parler que de la France, constituent, ce que le philosophe Vladimir Jankélévitch qualifie de «bonne conscience chronique de la mauvaise conscience», alors que la «Patrie des Droits de l’Homme» traverse la plus grave crise sociale et humaine de l’après-guerre sur fond d‘un racisme rance et d’une xénophobie virulente.

En cinq ans La France compte à son actif cinq interventions militaires sous couvert de l’humanitaire: Côte d’Ivoire (2011), Mali et République Centre Afrique (2013) pour la protection des réserves des minerais du pré-carré français; Libye et en Syrie (2012) pour détourner le court de la révolution arabe du Golfe pétro monarchique et enfouir sous les bombes la connivence ancienne de la France avec Mouammar Kadhafi d’une part et Bachar Al Assad d’autre part. Au total 40 interventions militaires françaises ont été recensées en 53 ans d’indépendance africaine, soit en moyenne une opération tous les 18 mois. L’activisme français dans ses anciennes colonies est infiniment plus fébrile que celui du Royaume Uni dans ses anciennes possessions d‘outre-mer et se traduit par un nombre record d’otages au sein du Monde occidental du fait d’une politique sinon belliciste à tout le moins interventionniste.

Une décennie calamiteuse s’achève marquée par la destruction des deux anciennes capitales de la conquête arabe, Bagdad, capitale de l’ancien empire abbasside, en 2003, Damas, en 2013, ancienne capitale de l’empire Omeyyade, en 2013. Du fait de l’alliance de la dynastie wahhabite avec le bloc atlantiste. Sans le moindre profit, ni pour les Arabes, ni pour les Musulmans.
Il appartient aux Arabes, et non à l’Otan, de livrer leur propre bataille pour la Liberté et l’égalité. Pour la dignité et le pluralisme. Aux Arabes de s’opposer à toute dictature, républicaine qu’elle soit ou monarchique. De rompre avec la logique de vassalité. De répudier la mentalité de supplétif. De garder présent à l’esprit le piège de Kaboul, le plus grand détournement de combat de la Palestine vers l’Afghanistan.

Faisons le vœu que surgisse un Mandela arabe pour bannir l’esprit de revanche et la soif de revanche de nos mœurs politiques,
par un dépassement des clivages qui tétanisent le Monde arabe par une sublimation de ses différences.

Rigueur intellectuelle et exigence morale, civisme et sens de la responsabilité, tels sont les autres vœux que ce site formule à l’ensemble des Arabes, au-delà de leur clivage, à leurs amis et alliés, afin qu’individuellement et collectivement, ils se prennent en charge par eux-mêmes. De cesser d’être la risée du Monde pour en forcer le respect, au terme d’un printemps arabe erratique, alors qu’une Conférence internationale de paix s’apprête à se tenir à Genève, le 20 janvier 2012, en vue de jeter les bases d’un règlement en Syrie.

En un mot de prendre en main leur propre destin, de veiller à ce que la Palestine ne soit la grande oubliée du «printemps arabe». Sauf à connaitre le sort funeste de Boabdil, dernier Roi de Grenade, capitulant, le 2 janvier 1492, devant les armées d’Isabelle La Catholique et de subir la terrible apostrophe de sa mère. Sur le chemin de l’exil, au lieu-dit « le dernier soupir du Maure », comme il se retournait vers la capitale de son royaume perdu en pleurant, sa mère lança alors à Boabdil: «pleure, pleure comme une femme ce Royaume que tu n’as su défendre, ni en tant que Roi, ni en tant qu’homme ».

Bonne année studieuse et réparatrice. Meilleurs vœux pour 2014. Merci de votre confiance et de votre fidélité.

René Naba

Notes

A – Pour la démystification de l’excuse tarifaire de l’absence de Benyamin Netanyahu aux obsèques de Nelson Mandela, ci-joint un lien qui explique la crise latente entre Tel-Aviv et Pretoria: Lieberman appelle les Juifs sud-africains à s’installer en Israël http://www.i24news.tv/fr/actu/israel/diplomatie-defense/131103-lieberman-appelle-les-juifs-sud-africains-a-s-installer-en-israel Le ministre israélien des Affaires étrangères estime que les pogroms antijuifs en Afrique du Sud ne sont qu’une question de temps. Avigdor Lieberman, a lancé le 25 octobre 2013 sur sa page Facebook un appel aux Juifs d’Afrique du sud leur demandant de quitter ce pays pour s’installer en Israël. L’Afrique du Sud a critiqué les constructions israéliennes dans les Territoires occupés palestiniens, en marge du lancement d’une campagne pour la libération en faveur de Marwane Barghouti., lancée en octobre 2013 depuis Robben Island, le lieu de détention de Nelson Mandela.

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Les médias traditionnels et les politiques commencent la nouvelle année avec une résolution partagée pour 2014 : museler définitivement un comédien franco-africain qui devient trop populaire auprès des jeunes gens.

Entre Noël et la Saint-Sylvestre, ce n’est personne d’autre que le Président de la République, François Hollande qui, lors d’une visite en Arabie Saoudite pour de (très grosses) affaires commerciales, a déclaré que son gouvernement devait trouver un moyen d’interdire des spectacles de l’humoriste Dieudonné M’Bala M ‘ Bala, ainsi qu’a appelé à le faire le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls.

Le leader du parti conservateur d’opposition, l’UMP Jean-François Copé, a fait immédiatement chorus en apportant un « soutien total » à la réduction au silence de l’incontrôlable comédien.

Au milieu de ce choeur médiatique unanime, l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur a écrit en éditorial que Dieudonné est « déjà mort, » lessivé, fini. La rédaction débattait ouvertement de la meilleure tactique entre essayer de le faire emprisonner pour « incitation à la haine raciale », l’annulation de ses spectacles sur la base de potentielles « menaces de trouble à l’ordre public, » ou l’exercice de pressions en menaçant les communes de diminuer le montant des subventions pour la culture si elles l’autorisent à se produire. L’objectif de Manuel Valls, le patron de la police nationale, est clair, mais le pouvoir tâtonne quant à la méthode.

Le cliché méprisant qui est constamment répété est que « Dieudonné ne fait plus rire personne. »

En réalité, c’est le contraire qui est vrai. Et c’est là le problème. Dans sa récente tournée dans les villes françaises, des vidéos montrent de grandes salles archi combles pliées de rire devant leur humoriste préféré. Il a popularisé un geste simple qu’il appelle la « quenelle. » Ce geste est imité par des jeunes gens dans toute la France. Elle veut dire tout simplement et à l’évidence : on en a marre.

Pour inventer un prétexte pour détruire Dieudonné, la principale organisation juive, le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, équivalent français de l’AIPAC) et la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), qui jouit de privilèges particuliers dans le droit français (la journaliste parle du droit de se porter partie civile, NdT) ont sorti une histoire extravagante pour qualifier Dieudonné et ceux qui le suivent de « nazis. » La quenelle n’est selon toute évidence qu’un geste grossier signifiant à peu près « dans ton cul » avec une main placée en haut de l’autre bras pointé vers le bas pour préciser la longueur de la quenelle.

Mais pour le CRIF et la LICRA, la quenelle est « un salut nazi à l’envers ». (On n’est jamais assez « vigilant » quand on cherche un Hitler caché) Comme quelqu’un l’a remarqué, un « salut nazi à l’envers » peut tout aussi bien être considéré anti-nazi. Si encore le geste a quelque chose à voir avec Heil Hitler. Ce qui n’est manifestement pas le cas.

Mais le monde des médias reprend cette affirmation, en signalant tout du moins que « certains considèrent la quenelle comme un salut nazi à l’envers. » Peu importe si ceux qui pratiquent ce geste n’ont aucun doute sur ce qu’il veut dire : N…e le système !

Mais jusqu’à quel point le CRIF et la LICRA sont-ils « le système » ?

La France a un grand besoin de rire

L’industrie française est en train de disparaître, avec des usines qui ferment les une s après les autres. L’imposition des citoyens à faibles revenus est à la hausse, pour sauver les banques et l’euro. La désillusion vis-à-vis de l’Union européenne est de plus en plus forte. Les règles de l’UE empêchent toute action sérieuse pour améliorer l’état de l’économie française. Pendant ce temps, les politiciens de gauche et de droite continuent leurs discours creux, émaillés de clichés sur les « droits de l’homme » – en grande partie comme prétexte pour aller à la guerre au Moyen-Orient ou pour des diatribes contre la Chine et la Russie. Le pourcentage d’opinions positives sur le président Hollande a dégringolé à 15%. Pourtant les gens votent, avec pour résultat les mêmes politiques, décidées par l’UE.

Pourquoi alors la classe dirigeante concentre-t-elle sa vindicte sur « l’humoriste le plus talentueux de sa génération” (ainsi que le reconnaissent ses confrères, même quand ils le dénoncent) ?

La réponse en bref est probablement que la popularité montante de Dieudonné auprès de la jeunesse illustre un accroissement de l’écart entre générations. Dieudonné fait rire aux dépends de l’ensemble de l’establishment politique. Ce qui a eu pour conséquences un torrent d’injures et de démarches pour interdire ses spectacles, le ruiner financièrement et même le faire aller en prison. Les attaques verbales fournissent le contexte propice à des agressions physiques contre lui. Il y a quelques jours, son assistant Jacky Sigaux a été agressé physiquement en pleine journée par plusieurs hommes masqués devant la mairie du 19ème arrondissement – juste en face du parc des Buttes Chaumont. Il a déposé plainte.

Mais quelle protection peut-on espérer de la part d’un gouvernement dont le ministre de l’intérieur, Manuel Valls – en charge de la police – a promis de trouver les moyens de faire taire Dieudonné ?

Cette affaire est importante mais il est pratiquement certain qu’elle ne sera pas traitée correctement dans les médias hors de France – exactement comme elle n’est pas traitée correctement dans la presse française qui est la source de presque tout ce qui est rapporté à l’étranger. Les problèmes liés à la traduction, une part de malentendus et de contrevérités ajoutent à la confusion.

Pourquoi le haïssent-ils ?

Dieudonné M’Bala M’Bala est né dans la banlieue parisienne il y a 48 ans Sa mère était une blanche originaire de Bretagne, son père était un Africain originaire du Cameroun. Ce qui devrait faire de lui l’enfant-modèle du « multiculturalisme » que l’idéologie dominante de la gauche affirme promouvoir. Et durant la première partie de sa carrière, en duo avec son ami juif Elie Semoun, il était exactement ça : il faisait campagne contre le racisme, concentrant ses attaques sur le Front National allant même jusqu’à se présenter aux élections municipales contre une candidate du Front National à Dreux, une cité dortoir à environ 90 kilomètres à l’ouest de Paris où il réside. Comme les meilleurs humoristes, Dieudonné a toujours ciblé les événements de l’actualité, avec un engagement et une dignité peu courants dans la profession. Sa carrière était florissante, il jouait dans des films, était invité à la télévision et travaillait désormais en solo. Très bon observateur, il excelle dans des imitations assez subtiles de divers types de personnalités et groupes ethniques, des Africains aux Chinois.

Il y a dix ans, le 1er décembre 2003, en tant qu’invité dans une émission de télévision traitant d’actualité intitulée « On ne peut pas plaire à tout le monde, » un nom tout à fait approprié, Dieudonné était arrivé sur le plateau sommairement déguisé en « converti au sionisme extrémiste », suggérant aux autres de « rejoindre l’axe du bien isaélo-américain. ». Cette mise en cause relativement modérée de « l’axe du mal » de George W. Bush semblait complètement dans l’air du temps. Ce sketch se terminait par un bref salut « Isra-heil ». On était loin du Dieudonné des débuts mais l’humoriste populaire avait été néanmoins salué avec enthousiasme par les autres comédiens tandis que le public présent sur le plateau lui avait fait une standing ovation. C’était dans la première année de l’attaque américaine contre l’Irak à laquelle la France avait refusé de s’associer, ce qui avait amené Washington à rebaptiser ce qu’on appelle là-bas « french fries » (belges en réalité) en « freedom fries » .

Puis les protestations ont commencé à arriver, concernant particulièrement le geste final vu comme posant une équivalence entre Israël et l’Allemagne nazie.

« Antisémitisme ! » criait-on même si la cible du sketch était Israël (et les Etats Unis et leurs alliés au Moyen Orient). Les appels se multipliaient pour interdire ses spectacles, le poursuivre en justice, détruire sa carrière. Dieudonné a essayé d’expliquer que son sketch ne visait pas les Juifs en tant que tels mais, à la différence d’autres avant lui, il n’a pas présenté d’excuses pour une offense qu’il considère ne pas avoir commise.Pourquoi n’y-a-t-il pas eu de protestations de la part des Africains dont il s’est moqué ? Ou des Musulmans, Ou des Chinois ? Pourquoi une seule communauté a-t-elle réagi avec autant de rage ?

A commencé alors une décennie d’escalade. La LICRA entama une longue série d’actions en justice contre lui (« incitation à la haine raciale »), les perdant au début mais ne relâchant pas la pression. Au lieu de céder, après chaque attaque Dieudonné a poussé plus avant sa critique du « sionisme », Dans le même temps, Dieudonné était graduellement exclu des studios de télévision et traité comme un paria par les médias grand public. C’est seulement la profusion récente sur internet d’images montrant de jeunes gens en train de faire le geste de la quenelle qui a poussé l’establishment à conclure qu’une attaque frontale serait plus efficace que d’essayer de l’ignorer.

L’arrière-plan idéologique

Pour essayer de comprendre la signification de l’affaire Dieudonné, il est nécessaire d’appréhender le contexte idéologique. Pour des raisons trop complexes pour qu’on les présente ici, la gauche française – la gauche dont la préoccupation principale était autrefois le bien-être des travailleurs, l’égalité sociale, l’opposition aux guerres d’agression, la liberté d’expression – n’existe pratiquement plus. La droite a gagné la bataille décisive de l’économie avec le triomphe de politiques qui favorisent la stabilité monétaire et les intérêts du capital dfinancier international (le « néolibéralisme »). Comme prix de consolation, la gauche jouit d’une certaine prééminence idéologique basée sur l’anti-racisme, l’anti-nationalisme et l’engagement en faveur de l’Union Européenne – et même de l’hypothétique « Europe sociale » qui s’éloigne à grands pas pour rejoindre le cimetière des rêves disparus. En fait, cette idéologie coïncide parfaitement avec une mondialisation fondée sur les exigences du capitalisme financier international.

En l’absence de toute véritable gauche sociale et économique, la France a sombré dans une sorte de « politique de l’identité » qui fait à la fois l’éloge du multiculturalisme et réagit avec véhémence contre le « communautarisme », c’est-à-dire l’affirmation de n’importe quel particularisme jugé indésirable. Mais certains particularismes ethniques sont encore moins les bienvenus que d’autres. Le voile islamique a été d’abord interdit dans les écoles, et les demandes pour le faire interdire dans l’espace public se font de plus en plus pressantes. Le niqab et la burqa, quoique rares, ont été interdits par une loi. Des controverses éclatent sur la nourriture halal dans les cantines, les prières sur la voie publique, tandis que des caricatures raillent régulièrement l’Islam. Quoi qu’on puisse penser de tout ça, la lutte contre le communautarisme peut être vue par certains comme dirigée contre une communauté en particulier. Dans le même temps, les dirigeants politiques français ont pris la tête de ceux qui appellent à la guerre dans des pays musulmans comme la Libye et la Syrie tout en affichant leur dévotion pour Israël.

En même temps, une autre communauté fait l’objet d’une sollicitude de tous les instants. Ces vingt dernières années, alors que la pratique religieuse et l’engagement politique ont considérablement décliné, l’holocauste, appelé Shoah en France, est devenu progressivement une sorte de religion d’Etat. Les écoles commémorent la Shoah chaque année, elle domine de plus en plus dans une conscience historique en recul sous les autres aspects tout comme nombre d’approches en sciences humaines. En particulier, de tous les événements de la longue histoire de France, le seul protégé par une loi est la Shoah. La loi dite Gayssot prohibe tout questionnement sur l’histoire de la Shoah, une interférence absolument sans précédent avec la liberté d’expression. En outre, certaines associations comme la LICRA, se sont vues accorder le privilège de pouvoir poursuivre des individus en justice sur la base de « l’incitation à la haine raciale » (interprétée de manière très large et inégale) avec la possibilité d’encaisser des dommages et intérêts au nom de la « communauté insultée ». En pratique, ces lois servent surtout à poursuivre « l’antisémitisme » présumé et le « révisionnisme » par rapport à la Shoah. Même si elles sont souvent rejetées par les tribunaux, de telles actions en justice participent du harcèlement et de l’intimidation. La France est un des rares pays où le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre la colonisation israélienne peut aussi être attaqué devant les tribunaux pour « incitation à la haine raciale. »

Organisation violente, la Ligue de Défense Juive (LDJ), illégale aux Etats Unis et même en Israël, est connue pour avoir saccagé des librairies ou frappé des individus isolés, parfois âgés. Quand les agresseurs sont identifiés, la fuite en Israël est une bonne porte de sortie. Les victimes de la LDJ n’inspirent jamais dans l’opinion publique quoi que ce soit de comparable à l’indignation publique massive quand un citoyen juif est victime d’une agression gratuite. Par ailleurs, les politiciens se rendent au dîner annuel du CRIF avec le même zèle que ceux des Etats Unis pour aller au dîner de l’AIPAC -pas pour financer leurs campagnes électorales mais pour prouver la bienveillance de leurs sentiments.

La France possède la plus importante communauté juive d’Europe occidentale, une population qui a en grande majorité échappé à la déportation pendant l’occupation allemande au cours de laquelle les immigrés juifs avaient été expulsés vers les camps de concentration. En plus d’une communauté juive établie depuis très longtemps, il y a beaucoup de nouveaux venus originaires d’Afrique du Nord. Tout cela contribue à une population aux succès très dynamiques, très présente dans les professions les plus visibles et les plus populaires (le journalisme, le show business ainsi que la science et la médecine entre autres).

De tous les partis politiques français, le Parti Socialiste (en particulier via le Parti Travailliste de Shimon Peres qui est membre de l’Internationale Socialiste) est celui qui a les liens historiques les plus étroits avec Israël. Dans les années 1950, quand la France combattait le mouvement de libération nationale algérien, le gouvernement français (via Peres) avait contribué au projet israélien de production d’armes atomiques. Aujourd’hui, ce n’est pas le Parti Travailliste qui gouverne Israël mais l’extrême droite. La récente visite amicale faite par Hollande à Benjamin Netanyahou a montré que la dérive droitière de la vie politique en Israël n’a absolument pas tendu les relations – qui semblent plus étroites que jamais.

Il n’empêche que la communauté juive est très petite en comparaison du grand nombre d’immigrés arabes venus d’Afrique du Nord ou des immigrés noirs originaires des anciennes colonies françaises en Afrique. Il y a quelques années, Pascal Boniface, un intellectuel de renom membre du PS, avait prudemment averti les dirigeants du parti que leur biais en faveur de la communauté juive pourrait finir par causer des problèmes électoraux. Cet avertissement qui figurait dans un document d’analyse politique avait provoqué un tollé qui lui avait presque coûté sa carrière.

Mais le fait demeure : il n’est guère difficile pour les français d’origine arabe ou africaine d’avoir le sentiment que le « communautarisme » qui a vraiment de l’influence est le communautarisme juif.

Les usages politiques de l’holocauste

Norman Finkelstein a montré il y a quelques temps que l’holocauste peut être exploité à des fins pour le moins dénuées de noblesse : comme extorquer des fonds à des banques suisses. La situation en France est cependant très différente. Il ne fait guère de doute que les rappels constants de la Shoah fonctionnent comme une sorte de protection pour Israël contre l’hostilité que génère le traitement infligé aux palestiniens. Mais la religion de l’holocauste a un autre impact politique plus profond qui n’a pas de relation directe avec le destin des Juifs.

Plus que toute autre chose, Auschwitz a été interprété en tant que symbole de ce à quoi mène le nationalisme. La référence à Auschwitz a servi à donner mauvaise conscience à l’Europe, et notamment aux Français si on tient compte du fait que leur rôle relativement marginal dans cette affaire [Auschwitz] avait été une conséquence de la défaite militaire et de l’occupation du pays par l’Allemagne nazie. Bernard-Henri Lévy, l’écrivain dont l’influence s’est accrue dans des proportions grotesques ces dernières années (il a poussé la président Sarkozy à la guerre contre la Libye), avait commencé sa carrière en soutenant que le « fascisme » est l’authentique « idéologie française ». Culpabilité, culpabilité, culpabilité. En faisant d’Auschwitz l’événement le plus significatif de l’histoire contemporaine, un certain nombre d’écrivains et de personnages publics justifient par défaut le pouvoir croissant de l’Union Européenne en tant que remplacement indispensable des nations européennes intrinsèquement « mauvaises. » Plus jamais Auschwitz ! Dissoudre les Etats nations dans une bureaucratie technocratique libérée de l’influence émotionnelle de citoyens qui pourraient ne pas voter correctement. Vous vous sentez français ? Ou allemand ? Vous devirez en éprouver de la culpabilité – à cause d’Auschwitz.

Les Européens sont de moins en moins enthousiastes devant l’UE car elle ruine leurs économies et leur retire tout contrôle démocratique sur elles. Ils peuvent voter pour le mariage gay, mais pas pour la moindre mesure keynésienne et encore moins socialiste. La culpabilité pour le passé est néanmoins supposée maintenir leur fidélité à l’égard du rêve européen. Les fans de Dieudonné, si on en juge par les photos, semblent être en majorité des hommes jeunes, âgés entre 20 et 30 ans. Ils sont nés deux bonnes générations après la seconde guerre mondiale. Ils ont passé leurs vies à entendre parler de la Shoah. Plus de 300 écoles parisiennes arborent une plaque commémorant le sort funeste d’enfants juifs déportés dans les camps de concentration nazis. Quel peut bien être l’effet de tout ça ? Pour beaucoup de ceux qui sont nés longtemps après ces terribles événements, il semble que tout le monde est supposé se sentir coupable – si ce n’est pas pour ce qu’ils n’ont pas fait, alors c’est pour ce qu’ils auraient été supposés avoir fait s’ils en avaient eu la possibilité [s’ils avaient vécu à l’époque, NdT].

Quand Dieudonné a transformé Chaud Cacao, une vielle chanson « tropicale » un peu raciste, en Shoah Ananas, le refrain a été repris en masse par les fans de Dieudonné. J’ose croire qu’ils ne se moquent pas de la véritable Shoah mais plutôt de ceux qui leur rappellent tout le temps des événements qui sont supposés les faire se sentir coupables, insignifiants et impuissants. Une bonne partie de cette génération en a assez d’entendre parler de la période 1939 – 1945 alors que son propre avenir est sombre.

Personne ne sait quand s’arrêter

Dimanche dernier, Nicolas Anelka, un footballeur très connu d’origine afro-belge [la famille d’Anelka est en fait originaire des Antilles, NdT] qui évolue en Angleterre a fait une quenelle après avoir marqué un but – en signe de solidarité avec son ami Dieudonné M’Bala M’Bala. Suite à ce geste simple et à la base insignifiant, le tumulte a atteint de nouveaux sommets.

A l’Assemblée Nationale française, Meyer Habib représente les « Français de l’étranger » – dont 4 000 Israéliens d’origine française [plus de 78 000 inscrits sur les registres électoraux en réalité, NdT]. Lundi dernier, il a twitté « La quenelle d’Anelka est intolérable ! Je vais déposer une proposition de loi pour punir ce nouveau salut nazi pratiqué par les antisémites. »

La France a adopté des lois pour « punir l’antisémitisme ». Le résultat est à l’opposé. De telles dispositions tendent simplement à confirmer la vieille idée selon laquelle « les juifs dirigent le pays » et participent à la montée de l’antisémitisme. Quand de jeunes français voient un Franco-israélien essayer de transformer en délit un simple geste, quand la communauté juive se mobilise pour interdire leur humoriste préféré, cela ne peut que faire monter l’antisémitisme et même encore plus rapidement.

Il reste que dans cette escalade le rapport de forces est très inégal. Un humoriste n’a pour armes que des mots et des fans qui pourraient bien se disperser quand la situation va se corser. De l’autre côté se trouvent l’idéologie dominante et le pouvoir de l’Etat.

Dans ce genre de conflit, la paix civile dépend de la sagesse et de la capacité de ceux qui ont le plus de pouvoir à faire montre de retenue. S’ils n’agissent pas en ce sens, alors cela pourrait être un jeu sans vainqueurs.

Diana Johnstone
Counter Punch (USA), 1er janvier 2014
Traduit de l’anglais par Djazaïri

Article original en anglais :
http://www.counterpunch.org/2014/01/01/the-bete-noire-of-the-french-establishment/

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Le ministre des Affaires étrangères du Canada a demandé au lanceur d’alerte de l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA), Edward Snowden, de se livrer aux autorités américaines et de faire face à la justice, une action qui, comme Baird le sait très bien, pourrait mener à l’exécution de Snowden pour trahison.

Baird a dénoncé avec colère l’homme qui a exposé les opérations illégales d’espionnage mondial de la NSA et qui a divulgué des documents démontrant à quel point l’agence de renseignement du Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada ou CSTC, fonctionne comme partenaire et division de la NSA.

«Je suis probablement en accord avec l’administration Obama sur cette question», a dit Baird à l’agence de nouvelles Presse canadienne lors d’une entrevue de fin d’année. «[Snowden] a causé beaucoup de tort à la sécurité nationale du monde libre.»

Au lieu de demander l’asile au Brésil, a poursuivi le ministre conservateur, «Snowden devrait retourner aux États-Unis et faire face aux conséquences de ses actes».

L’hostilité de Baird envers Snowden était prévisible. Les divulgations de Snowden ont révélé aux populations à travers le monde comment, au nom de la fausse «guerre au terrorisme», les États-Unis et leurs partenaires du «Five Eyes» (le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) ont établi une surveillance généralisée des communications électroniques mondiales (un espionnage d’une ampleur dont les États policiers du siècle dernier n’auraient même pas osé rêver).

Cela dit, les commentaires de Baird sont révélateurs. Ils illustrent l’hostilité du gouvernement conservateur face aux droits démocratiques ainsi que son esprit autoritaire. L’administration Obama a autorisé la NSA à violer systématiquement les droits constitutionnels des Américains. En fait, deux jours avant que Baird s’en prenne à Snowden, un juge de la cour fédérale américaine a été forcé d’admettre que la collecte systématique de métadonnées des appels téléphoniques d’Américains par la NSA, un programme exposé par Snowden, représente une violation massive, «quasi-orwellienne», du droit à la vie privé protégé par la constitution.

Toutefois, c’est à Snowden, le lanceur d’alerte responsable d’avoir révélé au public cette criminalité d’État, que Baird demande de «faire face aux conséquences de ses actions», c’est-à-dire une poursuite pénale, l’emprisonnement et une possible peine de mort.

Baird a ensuite ridiculisé une déclaration de la section brésilienne d’Amnistie internationale qui suggère que Snowden devrait être reconnu comme réfugié politique. La déclaration souligne le service que Snowden a rendu aux peuples du monde en exposant «le caractère extrêmement envahissant» de la surveillance américaine ainsi que le fait que «les déclarations des États-Unis qui qualifient Snowden de “traître” représentent un préjudice à son droit de demander l’asile et à son droit à un procès juste et équitable ».

«Les États-Unis, a rétorqué Baird, ont un système de justice libre et équitable.»

Le gouvernement conservateur du Canada, il convient de le rappeler, a appuyé avec enthousiasme l’adhésion des États-Unis aux principes judiciaires démocratiques dans le cas d’Omar Khadr, l’enfant-soldat d’origine canadienne que les États-Unis ont torturé et illégalement détenu dans la prison de Guantanamo Bay pendant une décennie, pour qu’ensuite un tribunal militaire fantoche le trouve coupable de crimes de guerre.

L’attaque de Baird contre Snowden fait partie d’une campagne de plus en plus véhémente montée du gouvernement canadien et de sections des médias pour discréditer et diffamer le lanceur d’alerte de la NSA puis de contrer l’impact de ses révélations.

Plus tôt ce mois-ci, le commissaire du CSTC Jean-Pierre Plouffe, le responsable du gouvernement officiellement chargé d’assurer que l’agence n’espionne pas les Canadiens, a déploré les révélations de Snowden, affirmant qu’elles mènent à beaucoup de «fausses informations». Lorsque Plouffe a témoigné devant le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et la défense, les sénateurs voulaient savoir quelles mesures étaient en place afin d’empêcher un «cauchemar» à la Snowden au Canada. Plouffe a dû dire que cette question ne faisait pas partie de son mandat. Konrad Yakabuski du Globe and Mail a écrit une chronique en décembre déplorant «l’hystérie découlant» des fuites de Snowden et dénonçant ce dernier parce qu’il tente, en se réfugiant en Russie, d’éviter de se faire capturer par les États-Unis (qui avaient entre autres fait atterrir de force l’avion du président bolivien).

Ces dénonciations sont motivées par le fait l’élite dirigeante déteste et craint que soit levé le voile du secret qui enveloppe son appareil de «sécurité nationale» et qui vise à obscurcir son réel fonctionnement, soit un instrument servant à défendre les intérêts prédateurs de l’élite capitaliste contre ses rivaux étrangers et contre l’opposition politique, surtout celle de la classe ouvrière.

Snowden a montré que la NSA espionne tout le monde: les gouvernements étrangers et leurs dirigeants, y compris de fidèles alliés comme la chancelière allemande Angela Merkel, des mouvements politiques et des entreprises étrangères, des organismes d’aide des Nations unies et le peuple américain. Comme Snowden l’a mentionné dans une lettre ouverte qu’il a envoyée au gouvernement brésilien la semaine dernière, la NSA opère de «vastes programmes d’espionnage de masse qui surveillent et enregistrent de façon permanente les moindres faits et gestes de populations entières. Ces programmes n’ont jamais été conçus en réaction au terrorisme: ils concernent l’espionnage économique, le contrôle social, et la manipulation diplomatique. C’est une question de pouvoir.»

Les documents divulgués par Snowden montrent que le CSTC:

*A espionné le ministère brésilien des Mines (le Brésil est le site d’importants investissements canadiens à l’étranger et un concurrent majeur des industries pétrolière et minière canadiennes);

*A aidé la NSA à espionner les dirigeants et les délégations participants à une rencontre du G20 à Londres en 2009 et lors du sommet du G20 subséquent à Toronto en juin 2010

*A mis en œuvre des opérations d’espionnage pour la NSA dans 20 pays;

*A aidé la NSA à prendre en charge une initiative de l’Organisation internationale pour la standardisation visant à standardiser l’encodage, permettant ainsi à l’agence américaine de créer une «porte dérobée» afin de pouvoir secrètement décrypter les données que des millions de gens jugeaient sécuritaires.

Selon Glenn Greenwald, le journaliste qui a le plus étroitement travaillé avec Snowden, plusieurs autres révélations concernant le partenariat entre le CSTC et la NSA restent à venir. «Il y a encore de nombreux documents à propos de l’espionnage de citoyens ordinaires, de gouvernements alliés et du monde par le Canada et sa coopération avec le gouvernement américain», a dit Greenwald à la CBC en octobre. «Je crois, a poursuivi Greenwald, que la plupart des citoyens canadiens trouveront cela plutôt surprenant, sinon choquant, parce que tout cela est effectué en secret et les Canadiens ne sont pas au courant.»

En fait, avant juin dernier, lorsque furent publiées les premières révélations de Snowden et quand le Globe and Mail rapportait que le CSTC espionnait systématiquement les métadonnées des communications électroniques des Canadiens (les appels téléphoniques, les courriels, les messages texte, l’utilisation internet, etc.) peu de Canadiens avaient déjà entendu parler du CSTC; encore moins qu’il faisait partie des partenaires les plus proches de la NSA.

Le terme partenaire, faut-il le souligner, ne rend guère justice à la relation de travail intime entre la NSA et le CSTC. Ces agences sont en communication permanente, partagent des programmes, s’échangent du personnel et le CSTC agit fréquemment au nom de la NSA. De plus, le CSTC, selon une note divulguée par Snowden, souhaite vivement développer ce partenariat.

Dans ce contexte, la seule conclusion politique logique est que tout ou presque tout ce que la NSA fait, le CSTC le fait aussi, si ce n’est qu’à plus petite échelle.

Il a déjà été établi que le CSTC collecte les métadonnées des communications des Canadiens depuis 2004. De plus, sous la loi antiterroriste de 2001 du gouvernement libéral de Jean Chrétien, le mandat du CSTC a été élargi, autorisant l’agence à espionner les communications des Canadiens sous le prétexte de lutter contre une prétendue menace étrangère.

Le gouvernement conservateur a réagi à la divulgation des activités du CSTC par l’obstruction et le mensonge éhonté.

Ainsi, les ministres conservateurs ont affirmé à mainte reprises qu’il est légalement interdit au CSTC d’espionner les Canadiens.

Cela est un triple mensonge. Comme il a été mentionné plus haut, le CSTC a reçu en 2001 l’autorisation d’espionner les Canadiens s’il s’agissait d’une enquête sur une menace étrangère. Deuxièmement, il a le mandat d’aider la Gendarmerie royale du Canada et le Service canadien du renseignement de sécurité lors d’enquêtes sur les menaces à la «sécurité nationale» (des menaces que ces agences définissent depuis longtemps comme toute forme de dissidence de gauche ou anti-patronale. Troisièmement, depuis près d’une décennie, le CSTC recueille les métadonnées des communications des Canadiens, de l’information qui peut être facilement utilisée afin de développer des profils détaillés d’individus et de groupes en révélant leurs lieux de travail, les informations qu’ils consultent, leurs amis et leurs associés.

En maintenant que la collecte de métadonnées ne constitue pas une violation aux droits fondamentaux des Canadiens, le gouvernement se base sur une autorisation ministérielle secrète n’ayant jamais été vue que par une petite clique de représentants du gouvernement.

En s’arrogeant le droit d’espionner les Canadiens et de camoufler les activités du CSTC (surtout son partenariat réactionnaire avec la NSA) le gouvernement conservateur de Stephen Harper bénéficie de médias et d’une opposition dociles. L’opposition officielle, le Nouveau Parti démocratique, le parti des syndicats, a résolument refusé de soulever la question des activités antidémocratiques du CSTC, se limitant à une poignée de questions au cours des sept derniers mois au parlement. Ce parti, qui tente de convaincre l’élite canadienne qu’elle peut lui faire confiance pour servir de parti de gauche du gouvernement et pour donner un vernis «progressiste» à l’austérité et la guerre, est, il faut le noter, un partisan de l’administration du Parti démocrate d’Obama: un gouvernement qui a sauvagement défendu les intérêts de l’aristocratie financière américaine, y compris le développement des mesures d’État policier de son prédécesseur Georges W. Bush.

Keith Jones

Article original, WSWS, paru le 23 décembre 2013

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«Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans? Eh bien! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves: là où nul n’obéit, personne ne commande.»

 Jacques Marie Anselme Bellegarrigue anarchiste

Illustration du Moyen-Age : La Nativité, Bréviaire romain, Clermont-Ferrand BM. ms. 0069 f°127

Rituellement, la doxa occidentale conditionne le monde à la nécessité de fêter son Nouvel An. On se souvient de la terreur entretenue pour le passage à l’an 2000 avec notamment tous les récits millénaristes de l’an 1000 réchauffés avec les outils du XXIe siècle. Nous nous souvenons tous du bug des ordinateurs qui a obligé les utilisateurs à faire des acrobaties en pure perte, il n’y a pas eu de couac… Il y a de ce fait un véritable hold-up de l’imaginaire des citoyens du monde «obligés», suivisme ou contrainte oblige, à vibrer à la fréquence d’une horloge occidentale d’essence chrétienne.

Une brève histoire du temps

Le cours du temps se joue des segmentations du temps des hommes. Ainsi, le 31 janvier 2014 débute en Chine l’année du Cheval de Bois et, comme dirait Dilem l’Europe a fêté en 2013 l’année du Cheval qui s’est retrouvé dans les lasagnes. Les 5 et 6 septembre 2013, les juifs ont célébré Rosh Hashana (Ras Essanna? Nouvel An), soit le début de la 5774e année selon le calendrier hébreu. Deux mois plus tard, les musulmans célèbrent le mardi 5 novembre (1435) «Aouel Moharrem», le Nouvel An musulman En Iran, c’est Norouz, le Nouvel An qui aura lieu le 21 mars 1393.

Mais, finalement, c’est la même symbolique du renouveau. À l’époque pré-islamique, un calendrier solaire de 365 jours était déjà en vigueur en Perse. L’année comptait 12 mois de 30 jours chacun ainsi que 5 jours additionnels. Les années sont comptées à partir de l’Hégire, soit l’an 622 du calendrier julien. On dit aussi que, contrairement à l’usage en vigueur dans les pays musulmans sunnites, les chiites (Persans principalement) comptent leurs années à partir de la Révélation de Gabriel à Mahomet, c’est-à-dire en 621 après J.-C. Divali est une fête très populaire en Inde: c’est celle des lumières, à l’occasion de laquelle on s’offre des cadeaux et tire des feux d’artifice. Ce troisième jour est aussi le dernier de l’année du calendrier hindou Vikram, utilisé dans le nord de l’Inde. Le lendemain, début de la nouvelle année hindoue, est connu sous le nom d’Annakut dans le nord de l’Inde. Elle a débuté le 3 novembre 2013jusqu’au 22 octobre 2014. S’agissant du calendrier japonais, autrefois, au même titre que le Nouvel An chinois, coréen et vietnamien, il était basé sur le calendrier chinois et était fêté au début du printemps. Depuis 1873, le Japon fonctionne sur le système du calendrier grégorien et le premier janvier est devenu le jour officiel du Nouvel An au Japon. Enfin, pour les Mayas la fin du Monde était le 21 décembre 2013. Nous l’avons échappé belle!!!!

Pour le calendrier grégorien tout a démarré avec Denys Le petit. Denys le Petit, ou Dionysius Exiguus, (environ 470 – environ 540) est un moine connu pour avoir calculé l’Anno Domini ou ère vulgaire, utilisée comme ère par le calendrier grégorien. Il s’attribua lui-même le surnom de Exiguus («le petit») en signe d’humilité intellectuelle. Le calendrier grégorien commença à remplacer le calendrier julien en 1582. On pense que le Christ serait né cinq ou six ans avant la date officielle de la doxa occidentale et qu’il serait né en automne. Le Père Noël est une invention du Moyen âge. Plus proche de nous, Yannayer fêté d’une façon clandestine pendant des décennies commence à avoir une visibilité sociale. On commence à se redécouvrir amazigh et c’est tant mieux. C’est une dimension fondamentale de notre identité.

En définitive la « nouvelle année » au sens universel est une image du cycle des saisons.  Pourquoi alors la nouvelle année ne s’identifie pas à un nombre de printemps pour être optimiste ou d’hiver si on veut marqué l’inanité des choses ? On peut même compter l’âge en printemps et non en années qui est variable selon le point de départ.

Ce qu’il faut retenir de l’année 2013 dans le monde

L’année 2013 s’est ouverte avec la prestation de serment de Barack Obama. Généralement, le second mandat d’un président américain lui permet de travailler plus librement pour tenter de marquer l’histoire de son empreinte. Pourtant, sur le plan international, 2013 fut surtout l’année de Vladimir Poutine: le président russe a empêché une intervention militaire occidentale en Syrie, offert un refuge à Edward Snowden et réintégré l’Ukraine dans le giron russe. Le conflit syrien n’évolue pas dans le sens attendu par ceux qui prédisent depuis 2011 un effondrement du régime. Tout au long de l’année, le président Bachar el Assad accumule les victoires militaires et diplomatiques. Et pourtant, il s’en est fallu de très peu pour que les pays occidentaux ne frappent militairement la Syrie.

A la fin de l’été, on apprend qu’une attaque a fait de nombreux morts à al Ghouta, dans la banlieue de Damas. Ces témoignages de toutes pièces provoquent une réaction calculée, forte des pays occidentaux, qui accusent le régime d’être à l’origine de l’attaque chimique. Très vite, le président français François Hollande tape du poing sur la table et promet d’intervenir contre un régime sans foi ni loi. «La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer ces innocents.» Nous sommes plus que jamais dans le registre colonial de la punition comme en 1954 avec Guy Mollet qui avait pris la tête d’une expédition punitive contre Nasser aidé par la perfide Albion et… Israël. Le parlement britannique, échaudé par l’expérience irakienne, refuse toute implication militaire de la Grande-Bretagne. Il en sera de même des Etats-Unis qui n’osèrent pas s’aventurer dans le bourbier. Les avions français qui étaient sur les starting-blocks pour aller punir le faible, n’osèrent pas le faire. Souvenons-nous de la phrase de Fabius: «Bachar El Assad ne mérite pas de vivre»… La Russie, qui soutient Bachar el-Assad depuis le début du soulèvement syrien, entre alors en jeu. Elle obtient de Damas un engagement pour la destruction complète de son arsenal chimique. La France est intervenue deux fois militairement en Afrique. Au Mali, elle a chassé les rebelles islamistes qui avaient conquis la majeure partie du territoire. En Centrafrique le chaos règne depuis le mois de mars. La France arrache une résolution au Conseil de Sécurtié pour revenir dans son ancienne colonie. Le prétexte de l’ingérence est, on l’aura compris, uniquement humanitaire.

Le crépuscule  interminable et  le canular des  printemps arabes

Pour les pays des printemps arabes, 2013 constitue l’année du retour de balancier. En Syrie, les révolutionnaires démocrates sont à la fois dépassés par des jihadistes, parfois venus de l’étranger, et écrasés par le régime. En Tunisie, des assassinats politiques ont ruiné la faible confiance de la population dans sa nouvelle classe politique. Le processus de transition est bloqué. En Égypte, l’armée met fin brutalement à l’expérience démocratique. Le président élu est destitué. La situation de l’Égypte ressemble à nouveau à celle que l’on connaissait avant 2011, sous le régime Moubarak.

L’élection le 15 juin du modéré Hassan Rohani est bien accueillie par l’Occident après l’incarnation du diable par Ahmadinejad. L’Iran n’est absolument pas une menace. Pour la première fois depuis bien longtemps, on a enregistré un progrès dans le dossier du nucléaire. Reste à savoir si l’Iran a sauvé dans cet accord sa capacité à enrichir l’uranium. Autre succès de la Russie cette année, le revirement du gouvernement ukrainien: le président Ianoukovitch a reporté la signature de l’Accord d’association avec l’Union européenne, préférant resserrer ses liens avec Moscou. Signalons aussi le pape François «Habemus papam», Jorge Mario Bergoglio, jésuite, réputé pour vivre au plus près des plus pauvres. apparaît au balcon des appartements pontificaux. En termes de catastrophe naturelle due à des changements climatiques, erratiques, le typhon Haiyan a balayé plusieurs îles des Philippines avec des rafales de plus de 300 km/h. Les autorités philippines parlent de 6000 morts et de près de 2000 disparus. Enfin, le 5 décembre, on annonce la mort du président Nelson Mandela, héros de la lutte anti-apartheid et premier président noir du pays. Nelson Mandela était certainement la personnalité vivante la plus admirée dans le monde. Son décès a un retentissement énorme. Chacun à sa façon l’a honoré, notamment les pays européens comme la Grande-Bretagne qui ont soutenu jusqu’au bout l’apartheid et les Etats-Unis qui jusqu’en 2008 n’avaient pas encore retiré l’ANC et Nelson Mandela de la liste des terroristes et à ce titre ils ne pouvaient pas entrer aux Etats-Unis.

Dans un  autre registre la cause palestinienne  se délite malgré des effets  d’annonce ; les nièmes négociations n’aboutisent à rien. Le gouvernement israélien va annoncer la construction de 1400 logements dans des colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est occupées, parallèlement à la libération de 26 prisonniers palestiniens, Sur ce total, 600 logements seront érigés dans le quartier de colonisation de Ramat Shlomo à Jérusalem-Est occupée, tandis que les autres seront construits dans plusieurs colonies de Cisjordanie occupée, la reprise des pourparlers de paix israélo-palestiniens nous avait-on dit est cette fois-ci sérieuse et neuf mois ont été données aux négociateurs pour conclure. Sauf que les Israéliens continuent à construire.. Pourtant, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont demandé à Israël de s’abstenir de créer des colonies. L’impasse est totale, il ne restera à cette cadence plus rien de la Palestine originelle.

L’Algérie qui gagne et dont on ne parle pas

Rares sont ceux qui ont entendu parler de l’équipe algérienne qui a été cooptée par la Nasa dans le cadre d’un programme spatial d’un telescope qui va ête arrimé à la station spatiale. Dans le même ordre de la fierté du Maghreb, le Marocain Kamal Oudrhiri, ingénieur en télécommunications à l’Agence spatiale américaine Nasa, est à la tête de l’équipe de radio-science sondant l’arrivée du robot «Curiosity» sur la planète Mars. On apprend aussi que Le Scientific Leadership Award a été obtenu par des chercheurs algériens en médecine, décroché en novembre 2013 devant 14 pays occidentaux. Il s’agit d’une reconnaissance internationale dans le domaine de la recherche clinique sur l’infarctus du myocarde. On citera les professeurs Mohamed Tahar Bouafia, du CHU de Blida, du professeur Djamel Eddine Nibouche et le Dr Mohamed Chettibi (CHU Blida).

C’est donc là des valeurs certaines qui arrivent à nous convaincre que tout n’est pas perdu. Cependant, comment voulons-nous aller vers la science quand on voit des anomalies tels que le salaire des députés- qu’ils veulent réévaluer à 20 fois le smic d’un besogneux- dont la valeur ajoutée est discutable. Pire encore, le salaire des chercheurs est 20 fois moins important que celui de joueurs qui ont un parcours qui n’apporte rien à l’Algérie ni sur le plan matériel de la création de richesse ni sur le plan de l’image de l’Algérie au sein du concert des nations comme le font dans la discrétion ces pionniers du futur qui n’ont pas de visibilité auprès des dirigeants et des médias qui les ignorent totalement car ils ne font pas vendre…

Cinquantenaire de la Sonatrach 

Le 31 décemblre , la Sonatrach  a fêté le 31 décembre son cinquantenaire. L’entreprise créée pour être le fer de lance de l’économie nationale, ainsi que l’outil devant permettre à l’Algérie de sortir de sa dépendance chronique aux hydrocarbures. Selon les dernières statistiques du Cnis, les exportations algériennes ont atteint 59,88 milliards de dollars durant les 11 mois de 2013 contre 66,13 milliards USD durant la même période de 2012, en baisse de 9,44%… La baisse des volumes des hydrocarbures exportés est attribuée au double effet du déclin de la production et de la hausse de la consommation interne. Sur un autre volet et en ce qui concerne l’activité aval, particulièrement le raffinage. On annonce la construction de cinq raffineries pour porter la capacité de raffinage à 60 millions de tonnes. Les responsables savent certainement que les gisements sont sur le déclin et que d’ici vingt ans selon l’AIE, on n’exportera plus de pétrole. elle tournerait autour de 35 millions de tonnes de production. De plus, les capacités mondiales sont excédentaires évaluées à 100 millions de barils /jour. Total ferme ses raffineries, celle de l’Etang de Berre est à vendre… Cherchez l’erreur.

Pendant ce temps, les compagnies pétrolières innovent. C’est le cas de Pertamina la compagnie pétrolière indonésienne. Sa tour de l’énergie de 99 étages à Jakarta prévoit de générer toute sa propre énergie à partir du vent, l’énergie solaire et l’énergie géothermique. La feuille de route concernant le développement durable. Comment tourner le dos aux fossiles et développer les énergies renouvelables, et les économies d’énergie attendent d’être mises en place. Par contre, on se rue sur le gaz de schiste qui n’appartient pas aux générations actuelles mais aux générations futures quand la technologie sera mâture et respectueuse de l’environnement.

Les défis de l’Algérie pour 2014

Au-delà de l’échéance électorale, les faits sont têtus. Les défis n’attendent pas les hommes, ils sont là. Nous devons dans le calme et la sérénité affirmer le socle identitaire de notre algérianité. Les errements constatés çà et là sont des mal-vies larvées qui sont naturellement boostées à l’approche d’échéance électorale. Quel que soit notre bord, nous ne devons pas jouer avec les fondamentaux du pays. Tant que l’Etat s’obstine à traiter la question de façon tribale et non pas d’un point de vue de la citoyenneté et sans parti pris, la crise ne sera jamais réglée d’après un animateur politique local. Les Algériens ont montré qu’ils ont les capacités d’aller vers la conquête de la science. Nous devons revoir pour cela, fondamentalement notre système éducatif. Il est important que l’effort soit récompensé. Même si on «punit» les joueurs en ne leur donnant qu’un 1,2 million de DA – lit on sur la presse-, c’est une tragique erreur, nous renvoyons aux calendes grecques toute remise en ordre de l’évaluation de la légitimité du neurone. C’est tout de même le salaire de 10 professeurs d’université en fin de carrière après 25ans de bons et loyaux services!

On ne peut que rester rêveur devant l’avancement des sciences de par le monde et notre frustration de rester à la marge par manque de cap… A titre d’exemple, la greffe récente d’un coeur artificiel de 900 g par l’équipe du professeur Carmat en France est une prouesse médicale, technologique, et même philosophique, voire religieuse. Nous allons vers l’homme réparé et l’inquiétude sur le siège de l’âme est d’actualité. Un chirurgien italien nous promet d’ailleurs, la greffe d’une tête pour 2020!!!

IBM nous livre ses prédictions sur cinq innovations qui changeront nos vies dans les cinq ans à venir. Nos ordinateurs et nos smartphones pourraient reproduire les cinq sens humains. À la clé, la perception des textures, la compréhension d’une image, le décodage du langage des nourrissons ou encore la détection olfactive des maladies. Dans cinq ans, IBM pense que la numérisation de l’enseignement et les systèmes cognitifs se rejoindront pour créer des cours sur mesure pour chaque élève. «C’est la fin de l’ère de l’éducation à taille unique.» IBM envisage la création d’un ange gardien numérique capable de veiller sur une personne.

On est loin de la 3G «consommée sans imagination» à l’algérienne Et pourtant toutes ces utopies sont à notre portée,  la e-école, la e-administration …pour peu qu’on mette l’homme qu’il faut à la place qu’il faut dans un contexte d’apaisement où le maître mot est l’Algérie qui gagne, fière de son identité qui va à la conquête du monde avec des réflexes de vainqueur.

Plus largement, nous brûlons des cierges pour que l’année 2014 soit celle de la paix, celle d’une transition vers un monde de l’empathie où le lien remplace le bien , où en comme moins en consommant mieux, où l’approche de 2015 verra véritablement la réduction drastique de la faim dans le monde,. Un monde où le marché des armes de 1750 milliards de dollars décroisse véritablement pour permettre  de répondre à l a famine – souvenons nous avec 50 milliards de dollars, on peut éradiquer la faim dans el monde-

Nous prions aussi pour qu’il n’y ait pas d’exacerbation des conflits identitaires et religieux au sein des sociétés qui pourtant avaient vécu en bonne intelligence pendant des centaines d’années.  Amen

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Lettre du Viêt Nam au CIO

Hanoi, 2 mai 2012

Cher Monsieur Jacques Rogge, Président du CIO et chers membres du Bureau Exécutif,

Je voudrais tout d’abord, au nom du Ministre de la culture, des sports et du tourisme de la République socialiste du Vietnam, présenter nos compliments les meilleurs à M. le Président et aux autres membres du Bureau Exécutif du CIO.

C’est avec regret que j’exprime la profonde préoccupation du Gouvernement et du peuple

vietnamien à propos de la décision du CIO d’accepter la firme Dow Chemical comme partenaire mondial et mécène du mouvement olympique d’aujourd’hui à 2020.

La firme Dow Chemical est l’un des principaux producteurs de l’Agent Orange qui a été utilisé par l’armée américaine, au total 80 millions de litres ont été épandus sur les villages du sud du Viêt Nam, de 1961 à 1972, détruisant l’environnement, ôtant la vie à des millions de Vietnamiens et laissant de terribles effets à des millions d’autres, qui souffrent maintenant de maladies incurables et à des centaines de milliers d’enfants de la quatrième génération, nés avec de graves infirmités congénitales.

Ce qui doit être condamné est que, en dépit de l’opinion internationale, Dow Chemical a montré son indifférence et refuse d’indemniser les victimes de l’Agent Orange causées par la firme, ainsi que de reconnaître sa responsabilité pour nettoyer les zones contaminées. N’ayant fait dans le passé aucun effort pour réparer ses fautes, Dow continue à détruire le cadre de vie actuel.

En 2010, l’Agence américaine de Protection de l’Environnement a classé Dow au second rang des pires pollueurs du monde.

Puisque les buts ultimes du Mouvement Olympique sont de promouvoir la bonne santé, l’égalité et le progrès de l’humanité, nous pensons que l’acceptation de Dow comme sponsor par le CIO a été une décision irréfléchie. C’est pourquoi nous demandons au CIO de reconsidérer sa décision et de soutenir les millions de victimes de l’Agent Orange au Viêt Nam et de par le monde, en demandant à Dow Chemical d’assumer ses responsabilités envers les victimes de l’Agent Orange et de consacrer les ressources financières adéquates à la résolution de leurs problèmes. C’est seulement alors qu’il pourra être admis comme sponsor des Jeux olympiques.

Je saisis l’occasion de réaffirmer le soutien et l’engagement du Viêt Nam dans les activités du mouvement olympique en général et du mouvement paralympique en particulier. La délégation des sportifs du Viêt Nam s’efforcera, dans le meilleur des esprits sportifs, pour contribuer au succès des jeux Olympiques.

Merci de votre attention. Sincèrement vôtre,

Hoang Tuan Anh Ministre

Copie au LOCOG et au Comité Olympique National du Viêt Nam

Cf . http://www.mondialisation.ca/les-jeux-olympiques-et-paralympiques-de-londres-sous-le-spectre-de-bhopal-la-vision-du-napalm-et-le-fant-me-de-l-agent-orange/29578

Le 8 du même mois, Le Courrier du Vietnam publie Aéroport de Dà Nang : séminaire sur la technologie IPTD

De nombreux scientifiques vietnamiens et américains ont participé le 8 mai à Hanoi à un séminaire consacré à la technologie In-Pile Thermal Desorption (IPTD).

Ce séminaire a été honoré de la présence de Donald Steinberg, directeur adjoint de l’Agence d’aide pour le développement international des États-Unis (USAID), et du général Lê Huy Vinh, commandant adjoint de l’Armée de défense antiaérienne et de l’Air du Viêt Nam.

La technologie IPTD est une méthode de traitement de la pollution de l’environnement qui permet de détruire l’Agent Orange/dioxine et de remédier aux effets directs comme rémanents de l’Agent Orange.

Adaptée à l’aéroport de Dà Nang, l’étude de sa mise en œuvre qui relève directement du projet de coopération entre l’USAID et le ministère vietnamien de la Défense est un jalon important de ce dernier, a souligné Donald Steinberg.

Avec les efforts conjugués des parties à ce projet, les terrains contaminés seront traités en vue d’une généralisation de cette technique aux autres sites encore contaminés par la dioxine, a déclaré le général Lê Huy Vinh.

Ce projet de décontamination de l’ancienne base de Dà Nang est mené prudemment afin de garantir la sécurité de ses acteurs comme de la population vivant aux alentours du site. “La meilleure technologie de décontamination a été trouvée et nous nous engageons à dépolluer et détruire l’Agent Orange/dioxine de l’aéroport de Dà Nang”, a déclaré Donald Steinberg lors d’un point de presse organisé le jour même.

Selon le directeur de l’USAID au Viêt Nam, Francis Donovan, le coût total de l’opération est estimé actuellement à 43 millions de dollars.

Le ministère de la Défense a mené de juin à septembre 2011 des opérations de déminage sur le chantier de l’aéroport de Dà Nang dans le cadre de la convention sur la mise en œuvre du projet de coopération entre ce ministère et l’USAID.

Les parties participant au projet construiront à la fin de l’été 2012 une voie d’accès au chantier, et effectueront des observations et surveillances de l’environnement avant de lancer le projet qui devrait s’achever en 2015 [actuellement reporté à 2016].

AVI/CVN

Le 11 mai, legrandsoir.info publie Brésil : le Mouvement des petits agriculteurs dénonce la future adoption pour la culture de transgéniques résistants à «l’Agent Orange »

 Radiomundoreal.fm

Le Mouvement des petits agriculteurs (MPA) a dénoncé le 20 avril, lors de la clôture de la troisième édition nationale du Séminaire de formation paysanne, qui a eu lieu dans l’État de Santa Catarina (sud du Brésil), ce qu’il considère comme un coup fatal pour la santé des agricultrices et des agriculteurs, des citadins et pour l’environnement : l’adoption prochaine de la culture de plants transgéniques de soja et de maïs résistants au puissant herbicide 2,4-D, connu aussi comme « Agent Orange » [un des deux acides composant l’Agent Orange].

Des représentants de la société civile qui suivent le processus de vote ont informé le dirigeant national du MPA, Frei Sergio, que le Comité technique national de biosécurité du Brésil (CNTBio) a reconduit pour deux mois l’adoption presque certaine de la commercialisation au Brésil de ces plants transgéniques.

Rappelons que l’herbicide 2,4-D, le monstrueux « Agent Orange » fabriqué par la firme

Monsanto [et Dow, puis d’autres] et utilisé en agriculture, a aussi servi aux États-Unis durant la guerre contre le Viêt Nam (1964-1975), tuant des milliers de personnes et causant, encore aujourd’hui, des décès et de graves problèmes de santé chez les populations touchées (pathologies d’une extrême gravité, lésions nerveuses irréversibles et malformations à la naissance). Sans parler des régions entières devenues impraticables par l’agriculture, dû aux taux de dioxine très élevés dans le sol.

L’information sur cette adoption est gérée de manière confidentielle par les intégrants de CNT-Bio, commission où participent 27 membres de onze ministères du gouvernement fédéral brésilien, de la société civile et d’organisations scientifiques.

Il semble que la culture de ces plants transgéniques sera approuvée, malgré la forte campagne de dénonciation qui s’annonce. Le MPA, ainsi que d’autres organisations telles que Terre de droits (Tierra de Derechos) a réalisé une plainte publique et annoncé tant à niveau national qu’à niveau international le renforcement des campagnes de sensibilisation contre les pesticides et les transgéniques.

Frei Sergio a dénoncé l’énorme risque que représente cette décision pour les agriculteurs brésiliens. Selon lui, les « mauvaises herbes » traitées par le générique glyphosate (commercialisé par Monsanto sous le nom de Round Up), résistent maintenant à ce cocktail chimique dans les plantations de cultures transgéniques, ce qui expliquerait que les firmes cherchent à augmenter la toxicité des herbicides sur les prochaines cultures.

Selon le MPA, cela suit la logique d’extension de l’utilisation des pesticides par l’agrobusiness, malgré leur supposée volonté de réduire leur utilisation, annoncée lors de la généralisation des cultures transgéniques.

 

Le 23 mai, Le Courrier du Vietnam informe Agent orange : le Viêt Nam et le Laos doivent coopérer

« Le Viêt Nam et le Laos doivent coopérer pour soutenir les victimes de l’Agent Orange et demander aux États-Unis d’assumer leur responsabilité, non seulement pour les conséquences de ce toxique mais aussi pour celles des bombes et mines non explosées, et de traiter ces problèmes. » C’est ce qu’a souligné le président de l’Association des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam, le général de corps d’armée Nguyên Van Rinh, lors d’une rencontre à Vientiane avec le général de corps d’armée Douangchay Phichith, vice-Premier ministre et ministre lao de la Défense, dans le cadre de sa visite de travail au Laos du 22 au 24 mai. Il a informé le dirigeant lao des résultats de ses séances de travail avec l’Association nationale des vétérans lao et certains ministères et secteurs de ce pays.

Nguyên Van Rinh a précisé que si l’Agent Orange n’avait pas été trop [comprendre moins qu’au VN] répandu au Laos, ses conséquences sur l’homme et l’environnement y étaient cependant graves.

Douangchay Phichith a affirmé son soutien du fait que le Vietnam demande aux États-Unis d’assumer la responsabilité du règlement de ce problème. Il a précisé que si les effets de l’Agent Orange au Laos n’avaient pas encore été très bien étudiés, les conséquences des bombes et mines laissées par la guerre, elles, étaient très lourdes.

Selon Douangchay Phichith, les deux pays doivent conjuguer leurs efforts pour lutter contre les armes de destruction massive afin d’offrir une vie heureuse et pacifique à l’humanité.

AVI/CVN

 

Le 2 juin, vietnamplus.vn écrit Toxiques de la guerre : approbation d’un plan national

Le Premier ministre a approuvé vendredi le plan d’action national pour 2015 et à l’horizon

2020 de règlement des conséquences des produits chimiques toxiques déversés par l’Armée américaine durant la guerre au Vietnam.

Ce plan d’action a pour but de dépolluer les régions gravement contaminées, de s’assurer que 100% des personnes ayant participé à la résistance de même que leur descendance victimes des produits chimiques toxiques bénéficient des politiques prioritaires. Par ailleurs, 300.000 ha de forêts seront plantés dans les régions contaminées et les recherches sur ces produits toxiques seront accélérées.

Le règlement des conséquences des produits chimiques toxiques nécessite la participation des ministères, branches, localités, organisations sociopolitique, organisations caritatives, internationales, gouvernementales et non gouvernementales étrangères. Ce Plan d’action sera relié à la stratégie et au programme de développement socioéconomique.

Selon l’Association des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange/dioxine (VAVA), environ 80 millions de litres de défoliants toxiques ont été épandus de 1961 à 1971 par l’US Air Force au Centre et au Sud du Viêt Nam, lesquels contenaient près de 400 kg de dioxine.

Le pays recense actuellement environ 4,8 millions de personnes ayant été exposées à la dioxine, dont 3 millions en sont victimes à des degrés divers. AVI

 

Le 7 juin, vietnamplus.vn annonce Dioxine: une délégation de la VAVA se rend à Séoul

Une délégation de l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange/dioxine (VAVA) a rencontré jeudi dans la capitale sud-coréenne Séoul des membres de l’Association sud-coréenne des vétérans et handicapés touchés par l’Agent Orange (KAOVA).

La rencontre s’inscrivait dans le cadre du programme d’accueil des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange qui se tient du 4 au 8 juin en République de Corée. Ce programme revêt une grande signification pour les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et manifeste ainsi la solidarité et l’amitié entre les deux peuples.

Parmi les 80 victimes vietnamiennes de l’Agent Orange/dioxine de la délégation, trois bénéficieront d’opérations chirurgicales gratuites dans ce pays et deux autres se verront implanter des prothèses.

La KAOVA mène depuis sa création, en 2007, une coopération régulière avec la VAVA pour rendre visite et offrir des cadeaux aux victimes vietnamiennes, a affirmé lors de cette rencontre le général Nguyên Van Rinh, président de la VAVA.

En 15 ans, des membres de la KAOVA sont venus à plusieurs reprises au Viêt Nam mener des activités humanitaires. La KAOVA veut se coordonner avec la VAVA pour demander justice aux victimes de l’Agent Orange des deux pays, a déclaré à la presse Vu Xuân Hông, président de l’Union des organisations d’amitié du Viêt Nam. L’ambassade du Viêt Nam à Séoul a fait don, à cette occasion, d’une enveloppe d’un million de wons aux victimes vietnamiennes.

Le programme d’accueil des victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, qui a pour but de donner des soins aux victimes en République de Corée, prendra cette fois en charge des personnes souffrant de cancer, maladies du foie, diabète de type 2 imputables à l’Agent

Orange. –AVI

 

Le 9 juin, le même média publie, Dioxine: le Viêt Nam invite les scientifiques américains

Le vice-Premier ministre Nguyên Thiên Nhân a proposé aux scientifiques américains de venir étudier au Vietnam les effets de l’Agent Orange pour établir des données qui serviront de base au versement d’aides à la désintoxication des sites pollués et à la réadaptation fonctionnelle des victimes.

Lors d’une rencontre vendredi à Hanoi avec une délégation de cadres de l’Association américaine des sciences et de la santé publique, du Comité de campagne, responsabilité et secours des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam (VAORRC), dirigée par Mme Susan M. Schnall, le dirigeant vietnamien a souligné que des millions de Vietnamiens, les vétérans mais aussi leur descendance, souffraient encore au quotidien des effets de l’Agent Orange largué par l’Armée américaine pendant la guerre.

Après que le gouvernement et le peuple vietnamiens ont apporté des preuves claires sur les effets de l’Agent Orange, l’administration américaine a pris conscience de sa responsabilité et a pris des initiatives, certes louables mais insuffisantes, pour surmonter les conséquences de cette guerre chimique, a souligné Nguyên Thiên Nhân.

Le gouvernement vietnamien met en œuvre des projets de réadaptation fonctionnelle s’appuyant sur la communauté pour les victimes, avec comme but d’améliorer leurs conditions de vie et de les aider à s’intégrer dans la société. Cependant, ce travail est limité par le manque de fonds.

Pour sa part, Susan Schnall, coordinatrice du VAORRC, a fait savoir que sa délégation souhaitait rencontrer des victimes et examiner sur place les conséquences de l’Agent Orange sur les personnes et l’environnement. Selon Susan Schnall, la délégation s’est également coordonnée avec un certain nombre de membres du Congrès américain pour élaborer un projet de loi demandant à l’administration américaine de verser des indemnités aux victimes vietnamiennes et de régler les conséquences sur l’environnement. Elle a affirmé que le VAORRC poursuivrait ses efforts de sensibilisation du public ainsi que sa campagne auprès du Congrès américain pour que les victimes vietnamiennes obtiennent enfin réparation. – AVI

 

Le 12 juin, cpv.org.vn, publie Une délégation universitaire américaine en visite au VietNam

« Le peuple vietnamien n’oubliera jamais la participation des amis internationaux, dont les Américains, aux manifestations de protestation contre la guerre du Viêt Nam et de soutien de la paix dans ce pays. » C’est ce qu’a assuré Nguyên Thi Binh, ex-vice-présidente de la République et responsable du Fond de la paix et du développement du Viêt Nam, lors de sa rencontre lundi à Hanoï avec une délégation universitaire américaine, en visite du 2 au 17 juin au Viêt Nam. Celle-ci est conduite par le professeur Thomas N. Gardner, président par intérim de la faculté de l’information de l’Université Westfield.

Nguyên Thi Binh s’est déclarée “émue” après avoir rencontré le prof. Thomas N. Gardner qui a participé activement aux mouvements de protestation contre la guerre du Viêt Nam et appelé à la fin de cette guerre lors de la conférence de Bratislava à Prague en 1967. Bien que la guerre soit terminée depuis près de 40 ans, ses graves conséquences, à commencer par celles de l’Agent Orange/dioxine, nuisent toujours à la santé humaine comme à l’environnement au Viêt Nam, a-t-elle souligné. L’ex-dirigeante a souhaité que grâce à cette visite, la délégation universitaire américaine comprenne mieux le Viêt Nam et continue de l’aider à pallier aux conséquences de la guerre.

L’ex-vice-présidente Nguyên Thi Binh et le prof. Thomas N. Gardner ont estimé qu’il s’agissait d’une bonne occasion pour les jeunes américains de s’informer sur le Viêt Nam, son histoire et son peuple, ainsi que de constater de visu ses profonds changements en matière de règlement des effets de la guerre. VK

 

Le mercredi 4 juillet, la radio vovworld.vn diffuse 2 compagnies américaines vont dépolluer l’aéroport de Danang infecté par la dioxine.

Le gouvernement américain a nommé deux maîtres d’œuvre pour le projet de dépollution de l’aéroport de Danang qui a été affecté par l’Agent Orange. Ce sont deux compagnies américaines, CDM Smith et Tetra Tech Inc, qui deviennent respectivement superviseur global et réalisateur de ce projet qui sera mis en œuvre en coordination avec le ministère de la Défense du Viêt Nam. Ces maîtres d’œuvre devront traiter 73 mille mètre cube de boue infectée par la dioxine. Le projet, d’un montant préliminaire de 25 millions de dollars [ ?!], devra s’achever en 2016.

 

Le 11, Le Courrier du Vietnam publie, Clinton au Laos pour une visite historique

Hillary Clinton, première secrétaire d’État américaine à se rendre au Laos depuis 57 ans, est arrivée à Vientiane le 11 juillet, a constaté l’AFP.

 “C’est important pour les Lao, et nous allons souligner un certain nombre de domaines dans lesquels nous travaillons ensemble”, a indiqué un haut responsable américain. Au cœur des entretiens figureront les effets encore perceptibles de l’Agent Orange, produit toxique utilisé par les Américains pendant la guerre, ainsi que les bombes non explosées qui parsèment encore le pays.

Le Laos est le pays du monde qui a reçu le plus de bombes par habitant. Les États-Unis dépensent 5 millions de dollars par an pour participer à leur nettoyage, mais sont sous pression des ONG pour accroître cette aide.

La secrétaire d’État a rencontré le Premier ministre Thongsing Thammavong ainsi que son homologue Thongloun Sisoulith qui l’avait invitée en 2010 lors d’une visite à Washington, la première d’un haut responsable lao depuis 1975.

Mme Clinton est la deuxième secrétaire d’État américaine à se rendre au Laos après John Foster Dulles, qui y a passé une journée en 1955. AFP/VNA/CVN

http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html

 

 

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50 vérités sur Fidel Castro

janvier 2nd, 2014 by Salim Lamrani

Le leader historique de la Révolution cubaine a marqué à jamais l’Histoire de Cuba et de l’Amérique latine, faisant de son pays un symbole de dignité et de résistance.

1. Issu d’une fratrie de sept enfants, Fidel Castro est né le 13 août 1926 à Birán dans l’actuelle province d’Holguín, de l’union entre Angel Castro Argiz, un riche propriétaire terrien espagnol originaire de Galice, et Lina Ruz González, cubaine de naissance.

2.  A l’âge de sept ans, il part pour la ville de Santiago de Cuba et réside chez une institutrice chargée de son éducation. Celle-ci l’abandonne à son sort. « J’y ai connu la faim », se rappellera Fidel Castro et « on avait trompé ma famille ». Un an plus tard, il intègre le collège religieux des Frères de la Salle en janvier 1935 en tant qu’interne. Il quittera l’institution à l’âge de onze ans pour le collège Dolores, en janvier 1938, après s’être rebellé contre l’autoritarisme d’un enseignant. Il poursuit ensuite sa scolarité chez les jésuites au collège de Belén de La Havane de 1942 à 1945. Après des études brillantes, son professeur, le Père Armando Llorente, écrit dans l’annuaire de l’établissement : « Il s’est distingué dans toutes les matières littéraires. Excellent et rassembleur, il a été un véritable athlète, défendant toujours avec courage et fierté le drapeau du collège. Il a su gagner l’admiration et l’affection de tous. Il poursuivra des études de droit et nous ne doutons pas qu’il remplira de pages brillantes le livre de sa vie ».

Wikicommons

Fidel Castro durant un événement à Cuba, le premier mai 2005

3. Malgré son exil à Miami en 1961 suite aux tensions entre le gouvernement révolutionnaire et l’Eglise catholique cubaine, le Père Llorente a toujours conservé un souvenir nostalgique de son ancien élève : « On me reproche souvent de dire du bien de Fidel. Moi, je ne peux pas dire du mal du Fidel que j’ai connu. De plus, un jour, il m’a sauvé la vie et ce sont des choses qu’on ne peut jamais oublier ». Fidel Castro s’était jeté dans un fleuve pour sauver son professeur qui était emporté par le courant.

4. En 1945, Fidel Castro entre à l’Université de La Havane où il entreprend une carrière de droit. Elu délégué de la Faculté de Droit, il participe activement aux manifestations contre la corruption du gouvernement du Président Ramón Grau San Martín. Il n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement les bandes armées du BAGA liées aux autorités politiques. Max Lesnik, alors secrétaire général de la Jeunesse Orthodoxe et camarade de Fidel Castro, se remémore cet épisode : « Le comité ‘30 Septembre’ [créé pour lutter contre les bandes armées] avait pris la décision de dénoncer le gouvernement et les gangsters durant la session plénière de la Fédération des étudiants. Dans le salon, plus de 300 étudiants des diverses facultés se pressaient pour écouter Fidel quand quelqu’un cria […] : ‘Celui qui parlera trop, parlera pour la dernière fois’. Il était clair que la menace s’adressait à l’orateur. Fidel s’est levé de sa chaise et d’un pas posé et ferme marcha vers le centre du grand salon. Après avoir demandé une minute de silence en souvenir des martyrs […], il s’est mis à lire une liste officielle avec les noms de tous les membres des gangs et des dirigeants de la Fédération estudiantine universitaire stipendiés par le gouvernement ».

5. En 1947, à l’âge de 22 ans, Fidel Castro participe avec Juan Bosch, futur Président de la République Dominicaine, à une tentative de débarquement de Cayo Confite pour renverser le dictateur Rafael Trujillo, alors soutenu par les Etats-Unis.

6. Un an plus tard, en 1948, il participe au Bogotazo, soulèvement populaire déclenché par l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, leader politique progressiste, candidat aux élections présidentielles en Colombie.

7. Diplômé de droit en 1950, Fidel Castro exerce en tant qu’avocat jusqu’en 1952 et défend les petites gens, avant de se lancer en politique.

8. Fidel Castro n’a jamais milité au sein du Parti Socialiste Populaire (PSP), parti communiste de la Cuba prérévolutionnaire. Il était membre du Parti du Peuple Cubain, également appelé Parti Orthodoxe, fondé en 1947 par Eduardo Chibás. Le programme du Parti Orthodoxe de Chibás est progressiste et se base sur plusieurs piliers : la souveraineté nationale, l’indépendance économique par la diversification de la production agricole, la suppression des latifundios, le développement de l’industrie, la nationalisation des services publics, la lutte contre la corruption et la justice sociale avec la défense des travailleurs. Fidel Castro revendique son appartenance à la pensée de José Martí, de Chibás et anti-impérialiste. Orateur de grand talent, il se présente aux élections parlementaires en tant que candidat du Parti du Peuple Cubain en 1952.

9. Le 10 mars 1952, à trois mois des élections présidentielles, le général Fulgencio Batista brise l’ordre constitutionnel en renversant le gouvernement de Carlos Prío Socarrás. Il obtient le soutien immédiat des Etats-Unis qui reconnaissent officiellement la nouvelle dictature militaire.

10. L’avocat Fidel Castro dépose plainte contre Batista pour rupture de l’ordre constitutionnel : « Si des tribunaux existent, Batista doit être sanctionné, et si Batista n’est pas sanctionné […], comment ce tribunal pourra-t-il ensuite juger un citoyen pour sédition ou rébellion contre ce régime illégal produit de la trahison impunie ? » La Cour Suprême, inféodée au nouveau régime, juge la demande irrecevable.

11. Le 26 juillet 1953, Fidel Castro prend la tête d’une expédition de 131 hommes et lance une attaque contre la caserne Moncada de Santiago de Cuba, seconde forteresse militaire du pays, et contre la Caserne Carlos Manuel de Céspedes de la ville de Bayamo. Le but était de prendre le contrôle de Santiago – berceau historique de toutes les révolutions – et de lancer un appel à la rébellion dans tout le pays afin de renverser le dictateur Batista.

12. L’opération est un échec sanglant et de nombreux combattants – 55 au total – sont assassinés après avoir été brutalement torturés par l’armée. En effet, seuls 6 d’entre eux avaient perdu la vie lors des combats. Quelques-uns réussissent à s’échapper grâce au soutien de la population.

13. Fidel Castro, capturé quelques jours plus tard, doit sa vie au sergent Pedro Sarría, qui refuse de suivre les ordres de ses supérieurs et d’exécuter le leader du Moncada. « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! On ne tue pas les idées », s’était-il exclamé face à ses soldats.

14. Durant sa plaidoirie historique intitulée « L’Histoire m’acquittera », Fidel Castro, qui assure sa propre défense, dénonce les crimes de Batista et la misère dans laquelle vit le peuple cubain et présente son programme pour une Cuba libre basé sur la souveraineté nationale, l’indépendance économique et la justice sociale.

15. Condamné à 15 ans de prison, Fidel Castro est libéré deux ans plus tard, en 1955, suite à une amnistie accordée par le régime de Batista. Il fonde le Mouvement 26 Juillet (M 26-7) et fait part de son projet de poursuivre la lutte contre la dictature militaire avant de s’exiler au Mexique.

16. Fidel Castro y organise l’expédition du Granma, en compagnie d’un médecin nommé Ernesto Guevara. Fidel Castro n’a aucun mal à convaincre le jeune argentin qui se souvient : « Je l’ai connu durant une nuit fraîche à Mexico, et je me souviens que notre première discussion tourna autour de la politique internationale. Quelques heures plus tard – au petit matin – j’étais l’un des futurs expéditionnaires ».

17. En août 1955, Fidel Castro publie le premier manifeste du Mouvement 26 Juillet qui reprend les points essentiels de sa plaidoirie « L’Histoire m’acquittera ». Il y est question de réforme agraire, d’interdiction des latifundios, de réformes économiques et sociales en faveur des déshérités, d’industrialisation de la nation, de construction de logements, de baisse des loyers, de nationalisation des services publics de téléphone, gaz et électricité, d’éducation et de culture pour tous, de réforme fiscale et de réorganisation de l’administration publique pour lutter contre la corruption.

18. En octobre 1955, afin de récolter des fonds nécessaires à l’expédition, Fidel Castro réalise une tournée aux Etats-Unis et se réunit avec les exilés cubains. Le FBI met sous étroite surveillance les clubs patriotiques M 26-7 fondés dans les différentes villes.

19. Le 2 décembre 1956, Fidel Castro embarque dans le port de Tuxpán au Mexique à bord du bateau Granma d’une capacité de 25 personnes. Les révolutionnaires sont 82 au total et mettent le cap sur Cuba avec l’objectif de déclencher une guerre de guérilla dans les montagnes de la Sierra Maestra.

20. La traversée se transforme en cauchemar en raison des conditions climatiques. Un expéditionnaire tombe à la mer. Juan Almeida, membre du groupe et futur commandant de la Révolution, se remémore l’épisode : « Fidel nous a dit la chose suivante : ‘Tant que nous ne l’aurons pas sauvé, nous ne bougerons pas d’ici’. Cela a ému tout le monde et a éveillé notre combativité. On s’est dit qu’avec cet homme, personne ne serait abandonné. On mettait pourtant en péril l’expédition. Mais on l’a finalement sauvé ».

21. Après une traversée de sept jours, au lieu des cinq prévus, le 2 décembre 1956, la troupe débarque « dans le pire marécage jamais vu » selon Raúl Castro. Elle est dispersée par les tirs de l’aviation cubaine, et pourchassée par 2 000 soldats de Batista qui attendaient les révolutionnaires.

22. Quelques jours plus tard, à Cinco Palmas, Fidel Castro retrouve son frère Raúl et 10 autres expéditionnaires. « Maintenant, nous allons gagner la guerre », déclare le leader du M 26-7 à ses hommes. La guerre de guérilla débute et durera 25 mois.

23. En février 1957, l’interview de Fidel Castro réalisée par Herbert Matthews du New York Times permet à l’opinion publique étasunienne et mondiale de découvrir l’existence d’une guérilla à Cuba. Batista avouera plus tard dans ses mémoires que grâce à ce scoop médiatique « Castro commençait à devenir un personnage de légende ». Matthews nuance cependant l’importance de son interview : « Aucune publicité, si sensationnelle qu’elle fût, n’aurait pu donner quoi que ce soit plus tard si Fidel Castro n’avait pas été précisément l’homme que j’avais décrit ».

24. Malgré les déclarations officielles de neutralité dans le conflit cubain, les Etats-Unis ont apporté leur soutien politique, économique et militaire à Batista, et se sont opposés à Fidel Castro jusqu’aux ultimes instants. Le 23 décembre 1958, à une semaine du triomphe de la Révolution, alors que l’armée de Fulgencio Batista est en déroute malgré sa supériorité en hommes et en armes, a lieu la 392ème rencontre du Conseil de sécurité nationale, en présence du Président Eisenhower. Allen Dulles, directeur de la CIA, exprime clairement la position des Etats-Unis : « Nous devons empêcher la victoire de Castro ».

25. Malgré le soutien des Etats-Unis, ses 20.000 soldats et une supériorité matérielle, Batista ne put vaincre une guérilla composée 300 hommes armés lors de l’offensive finale durant l’été 1958 qui mobilisa plus de 10 000 soldats. Cette « victoire stratégique » révèle alors le génie militaire de Fidel Castro qui avait anticipé et mis en échec l’opération Fin de Fidel lancée par Batista.

26. Le 1er janvier 1959, cinq ans, cinq mois et cinq jours après l’attaque de la caserne Moncada du 26 juillet 1953, triomphe la Révolution cubaine.

27. Lors de la formation du gouvernement révolutionnaire en janvier 1959, Fidel Castro est nommé ministre des Forces armées. Il n’occupe ni la Présidence, dévolue au juge Manuel Urrutia, ni le poste de Premier Ministre, occupé par l’avocat José Miró Cardona.

28. En février 1959, le Premier Ministre Cardona, opposé aux réformes économiques et sociales qu’il juge trop radicales (projet de réforme agraire), présente sa démission. Manuel Urrutia fait alors appel à Fidel Castro pour occuper le poste.

29. En juillet 1959, face à l’opposition du Président Urrutia qui refuse de nouvelles réformes, Fidel Castro démissionne de son poste de Premier Ministre. D’immenses manifestations populaires éclatent alors à Cuba, exigeant le départ d’Urrutia et le retour de Fidel Castro. Le nouveau Président de la République Osvaldo Dorticós le nomme de nouveau Premier Ministre.

30. Les Etats-Unis se montrent immédiatement hostiles à Fidel Castro en accueillant les dignitaires de l’ancien régime, dont plusieurs criminels de guerre qui ont dévalisé les réserves du Trésor Public, emportant dans leur fuite 424 millions de dollars.

31. Pourtant, dès le départ, Fidel Castro fait montre de sa volonté d’entretenir de bonnes relations avec Washington. Néanmoins, lors de sa première visite aux Etats-Unis en avril 1959, le Président Eisenhower refuse de le recevoir et préfère aller jouer au golf. John F. Kennedy exprimera ses regrets à ce sujet : « Fidel Castro fait partie de l’héritage de Bolivar. Nous aurions dû faire un accueil plus chaleureux au jeune et fougueux rebelle lors de son triomphe ».

32. Dès octobre 1959, des pilotes en provenance des Etats-Unis bombardent Cuba et retournent en Floride sans être inquiétés par les autorités. Le 21 octobre 1959, une bombe larguée au-dessus de La Havane fait deux morts et 45 blessés. Le responsable du crime, Pedro Luis Díaz Lanz, retourne à Miami sans être inquiété par la justice et Washington refuse de l’extrader à Cuba.

33. Fidel Castro ne se rapproche de Moscou qu’en février 1960 et n’acquiert des armes soviétiques qu’après s’être heurté au refus des Etats-Unis de lui fournir l’arsenal nécessaire à sa défense. Washington a également fait pression sur le Canada et les nations européennes sollicitées par Cuba afin de l’obliger à se tourner vers le bloc socialiste et ainsi justifier sa politique hostile vis-à-vis de La Havane.

34. En mars 1960, l’administration Eisenhower prend la décision formelle de renverser Fidel Castro. Au total, le leader de la Révolution cubaine réchappera à non moins de 637 tentatives d’assassinat.

35. En mars 1960, le sabotage par la CIA du navire français La Coubre chargé d’armes dans le port de La Havane fait plus d’une centaine de morts. Dans son discours en hommage aux victimes, Fidel Castro lance le slogan « La Patrie ou la mort » inspiré de celui de la Révolution française en 1793 « Liberté, égalité, fraternité ou la mort ».

36. Le 16 avril 1961, suite aux bombardements des principaux aéroports du pays par la CIA, prélude de l’invasion de la Baie des Cochons, Fidel Castro déclare le caractère « socialiste » de la Révolution.

37. Lors de l’invasion de la Baie des Cochons par 1400 exilés financés par la CIA, Fidel Castro monte au front et se retrouve en première ligne de combat. Il inflige une sévère défaite aux Etats-Unis en écrasant les envahisseurs en 66 heures. Sa popularité atteint alors des sommets à travers le monde.

38. Durant la crise des missiles d’octobre 1962, le général soviétique Alexei Dementiev était aux côtés de Fidel Castro. Il raconte ses souvenirs : « J’ai passé aux côtés de Fidel les moments les plus impressionnants de ma vie. J’étais la plupart du temps avec lui. Il y eut un moment où nous avons considéré comme proche l’attaque militaire des Etats-Unis et Fidel a pris la décision de lancer l’état d’alerte. En quelques heures, le peuple était en position de combat. La foi de Fidel en son peuple était impressionnante, et la foi de son peuple et de nous-mêmes, les soviétiques, en lui également. Fidel est, sans discussion aucune, l’un des génies politiques et militaires de ce siècle ».

39. En octobre 1965, le Parti Communiste Cubain (PCC) est créé en remplacement du Parti uni de la Révolution socialiste (PURS) né en 1962 (qui substitua les Organisations révolutionnaires intégrées – ORI – créées en 1961). Fidel Castro est nommé Premier secrétaire.

40.En 1975, Fidel Castro est élu pour la première fois à la Présidence de la République suite à l’adoption de la nouvelle Constitution. Il sera réélu à ce poste jusqu’en 2006.

41. En 1988, à plus de 20 000 kilomètres de distance, Fidel Castro dirige depuis La Havane la bataille de Cuito Cuanavale en Angola, au cours de laquelle les troupes cubaines et angolaises infligent une cuisante défaite aux forces armées sud-africaines qui avaient envahi l’Angola et qui occupaient la Namibie. L’historien Piero Gleijeses, professeur à l’Université Johns Hopkins de Washington, a écrit à ce sujet : « Malgré tous les efforts de Washington [allié au régime de l’Apartheid], Cuba changea le cours de l’histoire en Afrique australe […]. La prouesse des Cubains sur le champ de bataille et leur virtuosité à la table des négociations s’avérèrent décisives pour contraindre l’Afrique du Sud à accepter l’indépendance de la Namibie. Leur défense victorieuse de Cuito Cuanavale fut le prélude d’une campagne qui obligea la SDAF à quitter l’Angola. Cette victoire eut des répercussions au-delà des frontières de la Namibie ».

42. Observateur lucide de la Perestroïka, Fidel Castro déclare au peuple dans un discours prémonitoire du 26 juillet 1989 qu’en cas de disparition de l’Union soviétique, Cuba devra résister et poursuivre la voie du socialisme : « Si demain ou un autre jour nous nous réveillons avec la nouvelle qu’une grande guerre civile a éclaté en URSS, ou même si nous nous réveillons avec la nouvelle que l’URSS s’est désintégrée […], Cuba et la Révolution cubaine continueraient à lutter et à résister ».

Wikicommons

Fidel avec l’ex-président du Brésil, Lula

43. En 1994, en pleine Période Spéciale, il rencontre pour la première fois Hugo Chávez avec lequel il noue une forte amitié qui durera jusqu’à la mort de ce dernier en 2012. D’après Fidel Castro, le président vénézuélien était « le meilleur ami qu’a eu le peuple cubain ». Tous deux mettent en place un partenariat stratégique avec la création en 2005 de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique qui regroupe désormais huit pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe.

44. En 1998, Fidel Castro reçoit la visite du Pape Jean-Paul II à La Havane. Ce dernier demande « au monde s’ouvrir à Cuba et à Cuba de s’ouvrir au monde ».

45. En 2002, l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter réalise une visite historique à Cuba. Il intervient en direct à la télévision : « Je ne suis pas venu ici pour m’immiscer dans les affaires internes de Cuba, mais pour tendre une main amicale au peuple cubain et offrir une vision du futur pour nos deux pays et pour les Amériques […]. Je veux que nous soyons amis et que nous nous respections mutuellement […]. Etant donné que les Etats-Unis sont la nation la plus puissante, c’est à nous d’effectuer le premier pas ».

46. En juillet 2006, suite à une grave maladie intestinale, Fidel Castro est contraint de se retirer du pouvoir. Conformément à la Constitution, le Vice-président Raúl Castro lui succède.

47. En février 2008, Fidel Castro renonce définitivement à tout mandat exécutif. Il se consacre alors à la rédaction de ses mémoires et publie régulièrement des articles sous le titre de « Réflexions ».

48. Arthur Schlesinger Jr., historien et conseiller spécial du Président Kennedy, a évoqué la question du culte de la personnalité après un séjour à Cuba en 2001 : « Fidel Castro ne fomente pas le culte de la personnalité. Il est difficile de trouver une affiche ou même une carte poste de Castro à La Havane. L’icône de la Révolution de Fidel, visible partout, est le Che Guevara ».

49. Gabriel García Márquez, écrivain colombien et Prix Nobel de littérature, est un ami intime de Fidel Castro. Il a en dressé un bref portrait et souligne « la confiance absolue qu’il place dans le contact direct. Son pouvoir est à la séduction. Il va chercher les problèmes là où ils sont. [...] Sa patience est invincible. Sa discipline est de fer. La force de son imagination le pousse jusqu’aux limites de l’imprévu. »

50. Le triomphe de la Révolution cubaine le 1er janvier 1959 dirigé par Fidel Castro est l’événement le plus marquant de l’histoire de l’Amérique latine du XXe siècle. Fidel Castro demeurera comme l’une des figures les plus controversées du XXe siècle. Néanmoins, même ses plus farouches détracteurs reconnaissent qu’il a fait de Cuba une nation souveraine et indépendance respectée sur la scène internationale, aux indéniables réussites sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture, du sport et de la solidarité internationale. Il restera à jamais comme le symbole de la dignité nationale qui s’est toujours aligné aux côtés des opprimés et qui a apporté son soutien à tous les peuples qui luttaient pour leur émancipation.

Salim Lamrani

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/reportagens/33239/50+verdades+sobre+fidel+castro.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : [email protected] ; [email protected]

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

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Quelques heures après avoir reçu un rapport de son panel de conseillers triés sur le volet au sujet des opérations de surveillance de la National Surveillance Agency, le président Barack Obama s’est servi de sa conférence de presse de fin d’année vendredi pour prononcer une défense orwellienne de l’espionnage tous azimuts des États-Unis à l’intérieur comme à l’étranger.

« J’ai confiance dans le fait que la NSA n’est pas engagée dans de la surveillance à l’intérieur du pays ni en train de fureter dans la vie de tout le monde, » a déclaré Obama, en dépit d’une cascade de révélations qui prouvent exactement le contraire. Ces révélations, y compris les dernières de l’ex-agent de la NSA Edward Snowden, ont établi que l’agence collecte et conserve des milliards de fichiers contenant des appels téléphoniques, des textos, des e-mails, des requêtes dans des moteurs de recherche sur Internet et même les mouvement quotidiens de pratiquement chaque citoyen américain, sans mentionner ceux de centaines de millions d’étrangers.

« Les États-Unis sont un pays qui respectent le Droit, qui se soucient profondément de la vie privée, qui se soucient profondément des droits civiques, » A-t-il ajouté. Qui le président américain peut-il encore espérer tromper maintenant ? Il n’y a qu’à lire la décision d’un juge de la cour fédérale américaine de Washington DC – décision dont l’application est pour le moment suspendue au nom de la « sécurité nationale » – qui établi que les méthodes de surveillance de la NSA sont « presque orwelliennes, » et que ses activités sont inconstitutionnelles, c-à-d, criminelles.

Sur Snowden, sans les actions courageuses duquel les activités illégales de la NSA seraient toujours cachées au public, Obama a refusé de répondre aux demandes de lui accorder l’amnistie, insistant, en mentant, qu’il a été mis en examen, et que son sort est entre les mains du procureur général des États-Unis et des tribunaux.

Néanmoins, il a accusé Snowden d’avoir donné une « image joliment déformée de ce qui se passe là, » avec ses révélations. C’est-à-dire que celles-ci démentent la propagande de Washington sur des États-Unis qui représenteraient un havre de liberté et de démocratie, révélant au contraire l’infrastructure dont aurait besoin un état policier au cœur du gouvernement.

Déclarant que la fureur déclenchée par les révélations de Snowden représente « une importante conversation que nous devons avoir, » Obama a ajouté, « la manière dont ces révélations arrivent a causé des dommages aux États-Unis, des dommages à nos capacités de renseignements. Et je pense qu’il y avait un moyen pour nous d’avoir cette conversation sans ces dommages. »

Quelle aurait été ce moyen, le président américain ne l’a pas spécifié. Sans doute au sein de l’appareil des services de renseignements, la méthode privilégiée aurait été d’assassiner Snowden avant qu’il puisse révéler le moindre document. Le fait est qu’il n’y aurait eu aucune « conversation » sans les actions de Snowden, parce que ni la NSA, ni le président, ni le Congrès n’était prêt à exposer au peuple américain et aux peuples du monde la conspiration massive montée contre leurs droits démocratiques.

Sur une question, Obama est resté silencieux. La décision rendue par le juge Richard Leon à Washington lundi faisait référence au « complet manque de preuve qu’une attaque terroriste ait jamais été empêchée » grâce aux mailles du filet de surveillance utilisé par la NSA. De même, ce rapport publié le propre panel de conseillers d’Obama trois jours plus tard concluait que « l’information apportée aux enquêtes sur le terrorisme par l’usage des […] métadonnées de téléphonie n’était pas essentiel pour empêcher les attentats. » En d’autres termes, le prétexte répété par Obama et les responsables des renseignements américains – que l’espionnage massif était nécessaire pour maintenir le peuple Américain « en sécurité » – est un mensonge.

Quand il lui a été demandé s’il pourrait « donner un exemple spécifique » dans lequel le programme d’espionnage de la NSA avait contribué à empêcher un acte de terrorisme, Obama n’a pu en donner aucun.

Étant donné que cette vaste opération intérieure et internationale ne s’est pas révélée utile de ce point de vue, la question évidente est quels sont les intérêts qu’elle était censée servir ?

Une réponse à cette question a été suggérée dans un des documents secrets publiés par Snowden et repris par le New York Times, le Guardian, et Der Spiegel vendredi, celui-ci montre que parmi 1000 cibles de la NSA et de son partenaire britannique, le General Communications Headquarters, où Joaquin Almunia, le commissaire de l’Union européenne à la compétition et actuellement vice-président de la Commission européenne. Almunia était impliqué dans les poursuites pour des infractions commerciales et financières contre des entreprises américaines comme Google, Microsoft, le conglomérat pharmaceutique Johnson & Johnson et des géants de la finance comme Citigroup et J.P. Morgan Chase.

Parmi les autres cibles, il y a la compagnie d’armement française Thales, le géant de l’énergie Total dont le siège est à Paris, des compagnies de télécommunications européennes et des ministres du pétrole et des finances. Cela va dans la droite ligne des révélations précédentes sur l’espionnage de la NSA contre la compagnie énergétique brésilienne Petrobras.

Face aux dénonciations outragées de l’espionnage industriel de la part de l’Union européenne et d’autres, la NSA a tenté de nier l’évidence. « Nous n’utilisons pas nos capacités de renseignements extérieures pour voler des secrets commerciaux de compagnies étrangères pour le compte des compagnies américaines – ni pour leur donner des renseignements que nous collectons – dans le but d’améliorer leur compétitivité internationale ou d’augmenter leurs bénéfices, » a déclaré une porte-parole de l’agence vendredi.

Elle a rapidement ajouté, cependant, que l’espionnage économique est essentiel « pour fournir aux politiciens les informations dont ils ont besoin pour prendre les meilleures décisions dans l’intérêt de notre sécurité nationale. » En d’autres termes, si la NSA ne passe pas directement des renseignements à Citigroup, Google, Exxon Mobil et d’autres, elle les donne à d’autres responsables du gouvernement qui le font.

Ce qui émerge, c’est un appareil de renseignements d’état aux dimensions proprement totalitaires qui agit comme un partenaire direct des grandes entreprises – qui en retour collaborent volontairement avec les opérations illégales de la NSA – tout en espionnant sans relâche la masse de la population.

Derrière cette évolution, il y a une structure sociale qui est devenue de plus en plus aristocratique, avec une mince oligarchie financière et patronale qui a amassé une part sans précédent de la richesse du pays, tout en vivant dans la crainte que des niveaux d’inégalité sociale tellement visibles ne déclenchent une révolte d’en bas. Il n’existe au sein de cette couche dirigeante, et des partis démocrate et républicain qui défendent ses intérêts, aucune base sociale pour la défense des droits démocratiques. Ils préfèrent soutenir fortement les méthodes autoritaires afin de supprimer l’opposition montante parmi la population travailleuse.

Sous couvert d’une fausse « guerre au terrorisme » – et dans le contexte bien réel de guerres étrangères sans fin – le gouvernement américain sous Obama s’est arrogé de vastes prérogatives pour espionner toute la population, soumettre ceux qu’il considère comme ses ennemis à une détention militaire pour une durée indéfinie et même tuer sommairement n’importe qui, y compris des citoyens américains, sans respecter les procédures légales.

La menace d’une dictature policière émerge plus clairement avec chaque jour qui passe.

Bill Van Auken

 

 

Article original, WSWS, paru le 21 décembre 2013

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Liban : Qu’es-tu en train de faire, Sleiman ?

décembre 31st, 2013 by Ibrahim al-Amin

Dans un discours adressé à la nation dans la soirée du 29 décembre 2013, le président Michel Sleiman a annoncé une aide saoudienne « exceptionnelle » de trois milliards de dollars destinée à l’Armée libanaise pour l’achat d’armes auprès de l’État français dans les plus brefs délais ! [*]. Il a conclu son discours par « Vive le Royaume d’Arabie saoudite, Vive le Liban » ! [Ndt].


Qu’attend de nous Michel Sleiman ?

Que nous le remerciions ? Que nous nous dirigions par millions en direction du Palais présidentiel de Baabda pour le supplier de rester à la tête de notre pays jusqu’au jour du jugement dernier ? Que nous levions haut les étendards, son portrait, celui du commandeur de la péninsule arabique, et celui du xénophobe élu président de la France, avant de nous agenouiller pour les remercier de leurs bienfaits ?

Qu’es-tu en train de faire, Sleiman ?

Ton discours d’hier serait-il la « Déclaration de Baabda la saoudite » ?

Serais-tu devenu le porte-parole du sommet réunissant les plus grands ennemis du Liban, de la Syrie, de la Palestine et de l’Irak ?

Crois-tu avoir réussi, là où d’autres ont échoué, à convaincre la France et l’Arabie saoudite de financer et d’équiper l’Armée libanaise afin qu’elle puisse faire face à ceux qui s’attaquent à la souveraineté du pays et à la dignité de son peuple ?

Crois-tu, et veux-tu nous faire croire que « l’association caritative franco-saoudienne » s’est soudain éveillée à la nécessité de soutenir l’Armée libanaise pour maintenir l’indépendance du pays ? Crois-tu vraiment que l’Arabie saoudite financerait une transaction, avec les dirigeants français, visant l’extermination des terroristes qu’elle-même nourrit intellectuellement, en plus de les soutenir militairement, matériellement et médiatiquement ?

Comment se peut-il que la France de Hollande ; cette France haineuse des Arabes et des Musulmans, sauf s’ils sont sous sa botte ; cette France soumise aux USA tel un gamin indigne de leur confiance ; cette France qui a fait de son Ambassade au Liban le centre de gestion d’actions éhontées contre l’Humanité ; cette France qui se charge de couvrir une grande partie des opérations terroristes en Syrie et qui, sous une forme ou une autre, a mis en branle ses services de renseignements, ses chercheurs, ses diplomates, ses journalistes, etc. partout où elle l’a pu – au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Turquie – pour tout démolir… Comment se peut-il que cette France là puisse vraiment vouloir aider l’Armée libanaise à répondre « toujours prête » pour saboter ses propres agents, aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur du territoire libanais ?

Monsieur le très fort Président, veux-tu nous faire croire que le roi de la péninsule a eu une vision dans son sommeil, avant de se réveiller et de hurler à ses sbires de s’enquérir des besoins de notre Armée ; puis d’ordonner au quémandeur français, posté à sa porte, d’allonger « la commande » en tenant compte de la part libanaise avant toute conclusion des divers contrats d’achats d’armements français ? Contrats conclus afin de renforcer les relations entre les deux pays face à un adversaire commun en Iran, en Irak, en Syrie, et aussi au Liban ? Contrats censés exaucer les prières et suppliques de M. Saad Hariri, couché devant cette même porte depuis son départ du Liban ?

Un proverbe dit : « Toi qui t’en vas, multiplie tes bienfaits ! ». Mais toi, il est certain que tu agis comme quelqu’un qui voudrait rester à son poste. Plus précisément, tu agis pour rester à ton poste. Ce qui est plus certain est que tu nous dis être prêt à tout, y compris à devenir le porte-parole du roi de la péninsule et de son ami sioniste, pour garder ce poste. Et ce qui est encore plus certain est que tu sais parfaitement que tu devras en faire des choses avant que le roi de la péninsule et Hollande n’appellent les Libanais, officiellement, à la prolongation de ton mandat présidentiel, peut être à vie !

Nierais-tu que tu as « bradé » le Hezbollah, en particulier, et que tu es prêt à trouver un arrangement en ce qui concerne la formation d’un gouvernement si ses membres acceptaient la prolongation de ton mandat ? Nierais-tu nous avoir inventé un croquemitaine nommé « courroux saoudien » au cas où les choses évolueraient contrairement à la volonté du Royaume ? Veux-tu vraiment nous convaincre que satisfaire l’Arabie saoudite est désormais la condition sine qua non pour maintenir la stabilité au Liban ?

Qu’es-tu en train de faire, Monsieur le Président ?

Es-tu satisfait de ta collaboration avec le commandeur de la péninsule qui n’a cure de la vie de dizaines de milliers de Syriens assassinés par les terroristes qu’il a financés, entraînés et armés, et qui te fait l’aumône d’un argent dérobé à son peuple dont un bon tiers vit en dessous du seuil de pauvreté ? Es-tu satisfait de ta collaboration avec Hollande, le pantin des USA, qui a empêché le Parlement français de se réunir pour discuter de l’agression contre la Syrie, se contentant d’informer le Peuple français qu’il attendait la décision du Congrès US pour y aller ? Hollande qui, depuis son élection, ne fait que semer la mort en Afrique et en Syrie, au point qu’en France, plus qu’ailleurs, certains en arrivent à regretter son prédécesseur !

Disons les choses telles qu’elles sont !

Lors de ta dernière visite à Ryad, le roi, distributeur de bienfaits, t’a dit que l’Armée libanaise devait se battre contre le Hezbollah, devait l’empêcher d’entrer en Syrie, et devait le désarmer. Soutenir notre Armée était à ce prix ! Et lors de ta dernière visite en France, c’est Hollande qui a dit qu’il y avait une chance pour que l’Armée libanaise puisse bénéficier d’une « transaction majeure » entre la France et l’Arabie saoudite ; à condition que toi, Michel Sleiman, tu donnes des signes qui rassurent l’Arabie saoudite sur l’avenir de ses inféodés au Liban, tu élèves la voix contre le Hezbollah, et veilles à ce que les armes achetées à la France ne soient pas utilisées là où il ne le faudrait pas !

Peux-tu nous dire où ces armes devraient être utilisées, à moins que tu ne considères qu’il est possible de décharger la colère des cœurs comme ce fut le cas après les massacres de Nahr el-Bared ? Crois-tu pouvoir garantir que ces armes n’iront pas vers des formations déjà prêtes, ou en cours de préparation, pour affronter la Résistance libanaise ? Ou alors, serais-tu prêt à approuver le projet du groupe du 14 Mars, qui ne tardera pas à te parvenir, demandant à ce qu’une partie de ces armes soit remise aux Forces de la Sécurité intérieure ?

Maintenant que dans ton discours aux Libanais tu es allé jusqu’à remercier l’Arabie saoudite comme si tu étais l’un de ses sujets, il n’y a rien d’autre à te dire que : va-t-en de suite ! Quitte le Palais et la Présidence ! Par Dieu, le vide à Baabda serait plus efficace que ta présence. Sauve ton honneur… va !

Ibrahim al-Amin

30/12/2013

Article original : Al-Akhbar

يستر على عرضك… فِلْ!

http://www.al-akhbar.com/node/197850

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

[*] Cadeau de l’Arabie saoudite à l’Armée libanaise via la France / Al-Mayaddine

سليمان _ هبة سعودية لتسليح الجيش اللبناني عبر فرنسا 29 12 2013

Monsieur Ibrahim Amin al-Amin est le rédacteur en chef du journal libanais « Al-Akhbar ». 

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Les luttes intestines que se livre l’élite dirigeante au Soudan du sud pour le pouvoir, le contrôle du pétrole et des richesses minérales de ce pays appauvri risquent de se transformer en une guerre civile ethnique et tribale et de déclencher une crise humanitaire et des implications régionales plus vastes.

Les dirigeants de l’Afrique de l’est qui forment les huit membres de l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad) ont annoncé hier que le gouvernement du président Salva Kiir avait accepté de « cesser immédiatement les hostilités » et avaient demandé aux forces menées par l’ancien vice-président Riek Machar de faire de même. En guise d’édulcorant, les dirigeants de l’Igad ont dit que Kiir avait aussi accepté de libérer les alliés de Machar accusés de fomenter un coup d’Etat.

La veille, les dirigeants de deux des voisins du Soudan, le premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn et le président kenyan Uhru Kenyatta, tous deux des alliés régionaux des Etats-Unis, avaient signalé leur soutien et celui de Washington à Kirr en disant, « Les dirigeants ont également rappelé que les moyens inconstitutionnels pour destituer un gouvernement démocratiquement élu doivent être condamnés. »

Kiir et Machar, qui sont issus de factions rivales au sein du Mouvement de Libération du Peuple soudanais (SPLM) au pouvoir et de son armée, l’Armée de Libération des Peuples du Soudan (SPLA), s’affairent entretemps à d’abord renforcer leur contrôle militaire sur le terrain.

L’Union européenne est censée dépêcher un envoyé spécial, Alex Rondos, à Juba pour demander une solution négociée. La Chine est un investisseur de premier plan dans l’industrie pétrolière au Soudan du sud et importe près de la moitié de production pétrolière totale du Soudan du sud. Beijing a dit que son envoyé spécial en Afrique se rendrait aussi « bientôt » à Juba.

Dans ce contexte diplomatique, le Conseil de sécurité des Nations unies a accepté d’envoyer dans le pays dans les prochaines 48 heures 5.500 membres supplémentaires de la police et de l’armée ainsi que des hélicoptères d’attaque et des avions de transport pour rejoindre son opération multilatérale forte de 7.500 hommes. Les Etats-Unis ont déjà expédié des forces au Soudan, pour soi-disant garantir une évacuation sûre de leurs citoyens. Ils ont envoyé des Marines à la base américaine sur le camp Lemonnier, qui sert de base au commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) à Djibouti et qui permettrait à brève échéance le déploiement d’une force de réaction rapide vers le Soudan du sud.

Les combats ont débuté la semaine passée au Soudan du sud, suite à ce que Kiir, qui appartient à la tribu Dinka dominante, avait prétendu être une tentative de coup d’Etat de Machar, qui appartient à la tribu Nuer, et l’arrestation de 10 des alliés politiques de Machar.

Alors que les prisons de Kiir regorgent d’adversaires appartenant à tous les groupes ethniques, il cherche à présenter l’opposition contre son régime qui devient de plus en plus corrompu et autoritaire comme une révolte des Nuer, le deuxième plus grand groupe ethnique sur les 200 qui existent au Soudan du sud.

Les rivalités ethniques et tribales sont attisées par la pauvreté et la pénurie de ressources. Le Soudan du sud, l’un des pays les plus pauvres du monde en dépit de son pétrole, de ses minéraux, de son bois et de ses riches terres agricoles, a été dévasté par la longue guerre civile qui a duré des décennies contre son voisin du Soudan du nord.

Lorsque Juba a fait sécession de Khartoum en juillet 2011, moins d’un pour cent de la population avait accès à l’électricité et 15 pour cent disposaient de téléphones mobiles. Mis à part la route qui relie Juba à Khartoum, il n’existait qu’une seule route goudronnée en direction de Nimoula, à la frontière ougandaise. Plus de la moitié de la population est isolée durant la saison des pluies. Le pays dénombre le pire taux de mortalité maternelle du monde, avec 2.954 décès pour 100.000 naissances.

L’indépendance tant louée, négociée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni en vertu de l’Accord de paix global (CPA), a été un moyen de contrer l’influence économique croissante de la Chine dans la région. L’établissement d’un Etat indépendant avec une population d’à peine 9 millions d’habitants était fondé sur la disparité entre les Arabes et les musulmans au nord et les chrétiens et les Africains au sud, des différences sciemment renforcées par la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale du Soudan.

La réalité est qu’une telle homogénéité n’existe pas. Le Soudan se compose de nombreux groupes ethniques, chacun ayant sa propre langue et croyances. L’affirmation qu’il s’agit d’une scission entre chrétiens et musulmans n’est rien de plus qu’une couverture pour la mise en place d’un autre petit Etat dont les dirigeants pourraient être contrôlés, ou du moins c’est ce que Washington espère, pour ses propres intérêts géopolitiques.

Alors que le Soudan du sud disposerait de la plus grande partie du pétrole du pays, le Soudan contrôlerait l’oléoduc qui est le seul moyen d’acheminer le pétrole du sud enclavé et sous-développé vers les marchés internationaux. Le CPA et les pourparlers ultérieurs n’ont pas réussi à définir les frontières des deux pays, notamment dans la province d’Abyei, riche en pétrole. Il y a également des conflits armés qui perdurent au sein des provinces de part et d’autre de la frontière, même là où celle-ci a été définie, et qui sont attisés par Khartoum et Juba.

Au fur et à mesure que la sécheresse s’aggrave, le conflit croissant sur la distribution des eaux du Nil, dont l’Egypte et le Soudan se taillent actuellement la part du lion et ont un droit de veto sur la construction de barrages en amont, crée un nouvel élément de rivalité dans la région.

Dans de telles circonstances, et comme le World Socialist Web Site l’avait prévenu à l’époque dans un article, « La division du Soudan ouvre la voie à de nouveaux conflits » tant au Soudan du sud qu’entre Juba, Khartoum et ses voisins. Ce qui est actuellement décrit dans la presse internationale comme un conflit entre le plus récent Etat du monde fait partie de la balkanisation en cours du Soudan pour le contrôle de son pétrole et de ses richesses minérales.

Loin d’apporter la paix et la prospérité, la division a engendré un autre Etat non viable dirigé par des factions belligérantes et redevables à l’une ou à l’autre des grandes puissances, n’apportant rien d’autre que des souffrances à tous sauf à une infime couche à Juba.

Les relations entre le Soudan du sud et Khartoum avaient frôlé une guerre totale en 2012 au sujet du contrôle de la région frontalière d’Abyei riche en pétrole, menant à l’effondrement de la production pétrolière vers les marchés d’exportations sud-soudanais, durant la fermeture de 16 mois de l’oléoduc qui transite par le Soudan. Le PIB avait chuté de 53 pour cent en 2012.

Le Soudan du sud a connu le vol de bétail, l’enlèvement de femmes et d’enfants et des affrontements ethniques et tribaux et que des factions corrompues et dissidentes du SPLM et de petits groupes ont attisés. Du fait que le pays était inondé d’armes automatiques après la guerre civile, un millier de personnes au moins ont été tuées et 100.000 auraient fui depuis janvier dernier dans la brousse rien que dans l’Etat du Jonglei.

Le pays se trouve dans une situation précaire après que Kiir a limogé en juillet Machar et ses partisans au sein du gouvernement suite à la déclaration de ce dernier de son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2015. Des affrontements armés entre des unités du SPLA et des milices ont eu lieu dans la moitié des dix Etats du pays ainsi que dans au moins 20 villes de l’est où les forces rebelles ont pris le contrôle de certaines des régions productrices de pétrole.

Le contrôle de ces Etats est vital, vu que le pétrole fournit 98 pour cent des recettes du gouvernement. L’ampleur de l’opposition contre Kiir était telle que l’Ouganda voisin a envoyé des troupes à Juba afin de protéger le gouvernement contre les forces de Machar.

Alors que les forces gouvernementales ont repris le contrôle de Bor, dans l’Etat du Jonglei, elles se débattent pour reprendre les villes clé de Malakal, capitale de l’Etat du haut Nil où se trouve le deuxième aéroport international du Soudan, ainsi que Bentiu, la capitale productrice de pétrole de l’Etat d’Unity.

Selon les toutes dernières mises à jour du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, « le véritable nombre de personnes déplacées dépasse probablement de loin » les 100.00. Il ajoute que près de 60.000 personnes avaient cherché refuge dans différentes bases de la force de maintien de la paix de l’ONU dans le pays dont 20.000 environ rien que dans la capitale Juba.

L’ampleur de la violence est telle que les organismes d’aide disent nécessiter 166 millions de dollars pour affronter les répercussions de la violence, dont des installations sanitaires, des soins de santé, des refuges, de la nourriture et de l’eau.

S’il s’avérait impossible de commencer des pourparlers de paix entre les factions rivales, les atrocités commises par les deux camps et la catastrophe humanitaire qui menace la population du Soudan du sud pourraient fournir le prétexte nécessaire pour une intervention de plus, parrainée par les Etats-Unis, dans la poursuite de leurs intérêts géostratégiques.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 28 décembre 2013

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Le 11 décembre, des combattants du Front Al-Nosra et du Front islamique ont envahi un quartier industriel d’Adra, une ville proche de Damas qui abrite des communautés sunnite, alaouite, chiite, druze et chrétienne. S’attaquant au poste de police, à l’hôpital, à une boulangerie industrielle, à des maisons d’habitation… ils y ont massacré, sur des critères confessionnels, une centaine de civils, notamment des travailleurs du secteur public. Nombre d’entre eux ont été décapités ou mutilés. D’autres ont été brûlés dans les fours de la boulangerie.

Têtes coupées, mains coupées, exécutions sommaires… Des témoins terrorisés rapportent que les jihadistes ont demandé « qui soutient le régime et qui travaille pour l’Etat (…) Ils ont coupé la main d’un certain nombre d’employés, pour les empêcher de retravailler, ils en ont décapité d’autres devant leurs enfants ».

Pourquoi aucune de nos ONG de défense des droits de l’homme et aucun de nos médias n’ont-ils parlé de cet événement terrible ? Seul la presse russe l’a largement et honnêtement couvert [http://www.silviacattori.net/article5225.html#nb1″>1].

Rideau de fumée pour faire diversion

Muet sur le massacre d’Adra, le quotidien Le Monde a en revanche – dans son édition du 18 décembre – gratifié ses lecteurs d’un article intitulé « Vrais et faux de la révolution syrienne », [http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/12/18/vrais-et-faux-de-la-r” name=”nh2″ href=”http://www.silviacattori.net/article5225.html#nb2″>2] signé par Christophe Ayad, « grand reporter, spécialiste du monde arabe » dont le biais pro-israélien et anti-Assad est un secret de Polichinelle. À lire l’article, on comprendra vite que, pour Ayad, le « vrai » se situe du côté des combattants d’Al-Nosra et le « faux » du coté d’Assad.

Tout l’article est un tissu d’affirmations de la même veine. En dépit du fait qu’il a déjà perdu toute crédibilité sur le dossier syrien Le Monde continue ainsi son travail de désinformation.

Au cas improbable où il serait réellement intéressé par les faits concernant les exactions des « rebelles » en Syrie, nous renvoyons Christophe Ayad, à quelques articles (parmi les centaines que nous avons publiés) qui montrent que les atrocités commises par les « rebelles » (et occultées par la presse traditionnelle) contre le peuple syrien fidèle au gouvernement Assad, ont commencé dès 2011 :

La Syrie sous le feu de reporters aux ordres (14 DÉCEMBRE 2011)
http://www.silviacattori.net/article2509.html

Résister aux milices armées soutenues par l’étranger est une question de survie pour le peuple syrien (17 JANVIER 2012)
http://www.silviacattori.net/article2705.html

Les Syriens sont une majorité à soutenir le président Assad, mais ce n’est pas des médias occidentaux que vous pourriez l’apprendre (20 JANVIER 2012)
http://www.silviacattori.net/article2718.html

Homs, une ville plongée dans l’horreur organisée par des groupes armés et non par Damas (6 FÉVRIER 2012)
http://www.silviacattori.net/article2787.html

Le terrorisme au nom de la « démocratie » (10 FÉVRIER 2012)
http://www.silviacattori.net/article2797.html

Homs dans l’enfer des bandes armées (23 FÉVRIER 2012)
http://www.silviacattori.net/article2861.html

Syrie : « Des forces étrangères soutiennent l’insurrection » (9 MARS 2012)
http://www.silviacattori.net/article2941.html

Syrie : les « opposants » armés coupables d’atrocités (13 MARS 2012)
http://www.silviacattori.net/article2966.html

Témoignage sur les récents massacres de civils à Homs (20 MARS 2012 )
http://www.silviacattori.net/article3000.html

Qui est responsable des crimes en Syrie ? (20 MARS 2012)
http://www.silviacattori.net/article2975.html

Syrie : « Si l’armée régulière quitte notre village, nous risquons d’être égorgés » (14 AVRIL 2012)
http://www.silviacattori.net/article3094.html

Des atrocités sont perpétrées par les gangs de « l’armée syrienne libre » (15 MAI 2012)
http://www.silviacattori.net/article3224.html

Le massacre de Houla était planifié et a été instrumentalisé (3 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3283.html

Syrie : Journalistes envoyés à la mort par les rebelles (9 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3297.html

Syrie : Les rebelles sont responsables du massacre de Houla (10 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3303.html

La vérité sur la Syrie commence à transpirer (10 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3304.html

Le massacre de Houla perpétré par la rébellion (11 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3310.html

Syrie : Des mensonges qui ne changeront pas la dure réalité pour l’Occident (18 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3342.html

Églises vandalisées et désacralisées à Homs (19 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3344.html

Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie (21 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3350.html

Homs : tout ce qui est raconté par les médias traditionnels est à l’envers (24 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3370.html

Homs : Les unités criminelles de l’ « Armée syrienne libre » en action (27 JUIN 2012)
http://www.silviacattori.net/article3384.html

Syrie : Les victimes des gangs de l’”opposition” ignorées (7 JUILLET 2012 )
http://www.silviacattori.net/article3416.html

Tout ce qu’ils nous disent sur la Syrie…est-il faux ? (11 JUILLET 2012)
http://www.silviacattori.net/article3434.html

Les crimes d’une prétendue « Armée syrienne libre » occultés par les médias traditionnels (24 JUILLET 2012)
http://www.silviacattori.net/article3475.html

Nous n’avons plus de mots (1ER AOÛT 2012)
http://www.silviacattori.net/article3481.html

Le vrai visage des « gentils révolutionnaires » de l’ASL (2 AOÛT 2012)
http://www.silviacattori.net/article3485.html

Regardez … ce sont des monstres ! (5 AOÛT 2012 )
http://www.silviacattori.net/article3496.html

Syrie : Un journaliste décrit les tortures perpétrées par d’impitoyables « rebelles » (16 AOÛT 2012)
http://www.silviacattori.net/article3537.html

Un médecin britannique parmi les “rebelles” allés faire la “guerre sainte” en Syrie (28 AOÛT 2012)
http://www.silviacattori.net/article3592.html

Syrie : L’arnaque Martine Laroche Joubert et Christophe Kenck (3 OCTOBRE 2012)
http://www.silviacattori.net/article3761.html

Après la Libye, l’insupportable biais en faveur des bandes armées islamistes continue en Syrie (17 OCTOBRE 2012)
http://www.silviacattori.net/article3829.html

Y a-t-il eu un massacre dans la ville syrienne d’Aqrab ? (16 DÉCEMBRE 2012)
http://www.silviacattori.net/article4056.html

Syrie : Comment l’Armée “libre” transforme ses captifs en kamikaze (24 AOÛT 2012 )
http://www.silviacattori.net/article3576.html

Syrie : Les « révolutionnaires » de l’ASL en train de torturer (2 SEPTEMBRE 2012)
http://www.silviacattori.net/article3626.html

L’« armée syrienne libre » soutenue par l’Occident massacre les captifs (2 NOVEMBRE 2012 )
http://www.silviacattori.net/article3874.html

L’Arabie Saoudite envoie ses condamnés à mort mené le “Jihad” en Syrie (11 DÉCEMBRE 2012 )
http://www.silviacattori.net/article4033.html

Le Front Al-Nosra revendique le carnage de l’Université d’Alep (17 JANVIER 2013)
http://www.silviacattori.net/article4142.html

Syrie : Basma Kodmani n’est pas une simple « militante pro-démocratie » (4 SEPTEMBRE 2013)
http://www.silviacattori.net/article3456.html

Silvia Cattori

 


 

[1] Voir :
- Syrie : plus de 5.000 civils évacués de la ville d’Adra, 30 décembre 2013
http://www.silviacattori.net/article5226.html
- ‘Whole families murdered’ : Syrian rebels execute over 80 civilians outside Damascus, 15 décembre 2013
http://rt.com/news/syria-adra-civilian-execution-289/
- Saudis want to turn Syria into ‘graveyard for minorities’, 17 décembre 2013
http://rt.com/op-edge/syria-fighting-saudis-uk-353/
- ‘Slaughtered like sheep’ : Eyewitnesses recount massacre in Adra, Syria, 17 décembre 2013
http://rt.com/news/adra-syria-massacre-witnesses-355/
- Russia condemns Adra massacre, calls on world community to react, 18 décembre 2013
http://rt.com/news/russia-condemns-adra-massacre-406/

Voir également :
- Syrie : Un massacre nommé Adra, par Nahed Harrar, 16 décembre 2013
http://www.silviacattori.net/article5192.html

[2] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/12/18/vrais-et-faux-de-la-revolution-syrienne_4336148_3218.html

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Si le métier de journaliste comporte toujours pour certains d’entre eux, des risques à exercer leur profession – voir à ce sujet les statistiques disponibles sur le web pour l’année 2013  – l’on ne peut pas en dire autant de ceux qui nous présentent certaines émissions, et particulièrement les JT.

De fait, quand on voit que certains journalistes paient de leur vie le sens aigu qu’ils ont de nous informer au plus près des sujets brûlants qui font et défont le monde, on peut se demander si ceux qui ont la charge de nous présenter les programmes et les infos en saisissent toute la portée, en ont pleinement conscience!?…

Ou alors, s’agit-il de deux métiers différents. Les premiers, souvent inconnus du grand public,  seraient de vrais journalistes, avec tout ce que cette profession comporte de prise de risques, de responsabilité assumée et de recherche de la vérité au plus près des évènements ; quand les autres ne seraient que des fonctionnaires planqués en quête insatiable de reconnaissance sous les feux de la rampe, quel que soit le sujet à traiter… Mais, ces derniers prennent-ils vraiment la mesure de leur inanité voire de leur médiocrité? Comment se situent-ils par rapport à leurs collègues payant de leur vie pour nous transmettre des situations de terrain, quand ils choisissent de nous abreuver de leurs anecdotes et faits-divers sans le moindre intérêt journalistique!? Que ce soit l’accident « évité de justesse », mais alors pourquoi en parler parfois pendant plusieurs minutes!? Ou de la météo qui non contente d’avoir déjà sa place avant et après le JT, se voit de plus en plus invitée à meubler l’espace au cœur de l’info!? Pour ne pas parler de toutes les conneries pour remplir le temps de parole… ni de bouffe!

Aujourd’hui, dans ce monde où la précarité gagne du terrain partout, il n’en est plus que pour les émissions tournant autour de la cuisine, même sur Arte! Les restos du cœur pour les plus démunis battent record sur record, mais on nous bassine sans arrêt avec des émissions qui ne parlent que de bouffer! Chef pâtissier par-ci, Masterchef par-là, en passant par Chef la recette, Miam, Top chef, A table, Un dîner presque parfait, la Cuisine des Terroirs, etc, etc… et cela ne semble pas prêt de s’arrêter.

En cette époque de fêtes obligées, où règne en maître absolu le seul objectif de faire du fric, toujours plus de fric, les chaînes télés en sont tellement à ne plus rien avoir à nous donner comme information digne de ce nom, que les quelques vedettes fardées pour leur demi-heure de prestation nous gavent telles des oies de conneries qui ne tournent plus qu’autour de la table. Recettes de réveillon, table idéale, entrée parfaite, huitres ceci, homard cela, dessert insolite, avis des « chefs », sans parler des statistiques dont tout le monde se fout de savoir « qu’en France, on aurait dépensé 2% de plus que l’an dernier pour la table »… Et sans parler non plus du sapin, des derniers cadeaux, de la course effrénée dans les boutiques, des parfums, bijoux, tablettes, bref, de ce luxe écœurant tant il bafoue, outrage le commun des mortels, et j’en passe…

Non mais, de quoi nous parle-t-on dans ces JT censés nous informer de ce qui se passe dans le monde!? De celles et ceux qui grelottent, enfants compris, sous les couvertures élimées de l’ONU parce que chassés loin de chez eux et parqués dans des camps de réfugiés ; de celles et ceux qui ont tout perdu par la folie dominatrice de quelques-uns qui se gaveront de foie gras et de champagne ; de celles et ceux qui n’ont plus que de maigres rations de survie ; de celles et ceux qui dans des conflits alimentés par notre commerce des armes florissant ont vu mourir leurs proches et ont souvent tout perdu ; de celles et ceux qui tentent d’échapper à leur destin en se noyant à quelques encablures de nos côtes ; de celles et ceux qui définitivement sont en marge d’une société malade d’égoïsme ; de celles et ceux qui dans nos villes éclairées pour ces fêtes formatées n’ont même pas un toit pour dormir ; de toutes celles et de tous ceux que cet ignoble et nauséabond étalage de consumérisme tuent un peu plus encore ; sans oublier de parler de l’environnement que nos pratiques et habitudes de nantis autour de tables richement achalandées massacrent lentement mais sûrement…

Ô oui, je sais et j’entends déjà les remarques offensées des lèvres pincées et des culs serrés: le monde va tellement mal qu’en cette période, on peut bien passer un peu de temps à parler de ce qui fait la joie, la fête, l’insouciance… Mais la joie, la fête et l’insouciance de qui!? Des quelques privilégiés qui de toutes façons se contrefoutent toute l’année de ce qui peut bien arriver aux plus démunis, aux délaissés, aux oubliés, aux parias d’une société de plus en plus malade de ses excès!?

Honte à vous, journaleux, si vous ne comprenez pas l’indignation que vos grands-messes médiatiques provoquent! Honte à vous pour balayer d’un revers de main la plus grande part de l’humanité pour célébrer les fastes de quelques fortunés! Honte à vous de ne pas être plus solidaires de vos compagnons morts dans l’exercice de leur fonction pour tenter de nous présenter autre chose que ce ramassis de mauvais goût, véritables poubelles géantes! Honte à vous pour nous prendre pour des imbéciles et croire que nous ne faisons pas la différence! Honte à vous du service public, pour agir ainsi avec notre argent et monopoliser notre temps de soirée avec vos histoires et vos cancans insipides, inodores et incolores! Honte à vous qui ne devriez plus avoir droit à cette carte de journaliste dont vous êtes définitivement indignes!

Quand certains fustigent la classe politique pour son incompétence et ses nombreuses dérives, ils feraient bien de ne pas oublier une grande part des médias dominants et de leurs animateurs, qui assurent le service après-vente de ce nivellement par le bas, toujours plus bas! Et si la conclusion devait être que nous ne sommes plus capables de nous réunir qu’autour de ces tables fastes et rutilantes, nous ferions bien de regarder par-dessus notre épaule pour voir comment Rome et ses banquets présageaient son inexorable décadence, avant son déclin définitif…

 

Daniel Vanhove –

Observateur civil

Auteur

30.12.2013

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Le fil qui relie, pour moi, les grands événements et débats de l’année, au Québec et dans le monde, est le détournement de la démocratie au profit des riches, la mise au rancart de la souveraineté du peuple.

1. La tragédie du Lac Mégantic a suscité une vague de colère et de solidarité, mais on a  vite compris que c’est nous qui allions payer la facture et non les propriétaires des trains et des produits qu’ils transportaient. Les mêmes qui voudraient nous imposer le principe de l’utilisateur-payeur refusent de se plier au principe du pollueur-payeur. Nos gouvernements vont payer pour leurs amis sans protester. Pire encore, loin d’enregistrer la leçon de Mégantic, tant à Québec qu’à Ottawa, ils ouvrent les vannes du pétrole: ils approuvent aveuglément l’un après l’autre les pipelines et les forages : inversion du pipeline 9B de Enbridge, pipeline Northern Gateway de Enbridge en Colombie britannique, bientôt le pipeline Énergie Est de TransCanada, plus performant à lui seul que les deux précédents, avec des terminaux d’exportation par bateau à Cacouna et St-Jean. On veut tripler l’exploitation des sables bitumineux. On autorise les forages sur l’Ile d’Anticosti, dans la péninsule gaspésienne, dans le golfe, aux Iles-de-la-Madeleine, dans le Banc des Américains entre Gaspé et Percé. On pose des conditions pour la forme, mais on ignore systématiquement le problème des gaz à effet de serre et de l’après-pétrole. Nos  écologistes de service au gouvernement, les Ouellet, Breton, McKay, Trottier, Blanchet  font le tapis. C’est la démocratie des pétrolières qui s’impose, la démocratie de l’argent, de la croissance, de la création de la richesse à n’importe quel prix.

2. La Commission Charbonneau nous a ouvert les yeux sur l’ampleur de la collusion et de la corruption entre les partis politiques, les politiciens et les services publics d’une part, et les entreprises de construction, les firmes d’ingénieurs et d’avocats et le crime organisé d’autre part. À  Ottawa, le scandale des Sénateurs, des F-35 fait rage. À Toronto, celui de la Ford nation. Des scandales semblables ont éclaté un peu partout dans le monde : en France (Ingrid Bétancourt), en Italie (Berlusconi), en Chine, aux États-Unis (Lobby des armes à feu et des compagnies d’assurance-maladie) : la proximité des représentants qu’on élit avec ceux qui nous exploitent est telle qu’il devient évident que les élections ne sont qu’une farce : en réalité, on élit nos maîtres et on ne les choisit même pas : les partis nous les imposent. Et d’une élection à l’autre, on continue à jouer le jeu de cette démocratie des riches.

3. Les élections municipales ont pris cette année un autre sens. Le rôle des autorités territoriales, les maires et les conseils des premières nations, a refait surface avec les scandales sur les contrats d’infrastructures, mais aussi avec la multiplication de projets importants d’exploitation des ressources naturelles : mine Arnaud à Sept-Iles, forages à Gaspé et aux Iles-de-la-Madeleine, mine d’uranium et de diamant au pays des Cree (Monts Otish), méga-cimenterie à Port-Daniel, fermeture de Gentilly, transport des matières dangereuses, passage de pipelines en milieu habité, parcs éoliens, etc. La mairesse de Mégantic et ses pompiers sont devenus un symbole de l’importance de ces gardiens du territoire et des communautés. Les ponts, le transport en commun, l’urbanisme sont devenus des enjeux municipaux majeurs dans les villes. Malheureusement, ici comme ailleurs, les chefs de communauté se voient amputés de leurs pouvoirs par les compagnies, le libre-échange et les pouvoirs centralisés de l’État. La nouvelle politique de la ruralité n’y changera rien. La souveraineté de l’État étouffe la souveraineté populaire et asservit le territoire et les communautés au pouvoir des promoteurs. L’État central, aussi bien celui d’Ottawa que de Québec, infiltré par les riches, étouffe les communautés territoriales. La démocratie des riches exige que nos gouvernements fassent taire les communautés qui résistent.

4. La guerre des Chartes, québécoises et canadiennes, illustre bien que les constitutions et les chartes ont été écrites par les notables pour s’assurer que le peuple ne fasse pas obstacle aux libertés individuelles, à la propriété privée, au libre-échange et au multiculturalisme dont ont besoin les riches. Les  chartes et les constitutions sont à deux tranchants. Les juges veillent au grain. L’argent est apatride et sans frontière. Un peuple souverain n’est pas qu’un paquet d’individus qui ont tous droit à leur opinion : c’est une histoire, une culture, un territoire, une façon de vivre. Mais ce droit du peuple et son intérêt collectif sont la plupart du temps confisqués et instrumentalisés à des fins électorales et économiques. Le Canada a d’abord été créé pour fournir un espace économique aux grands patrons anglo-saxons. Les chartes et les constitutions devraient nous protéger des tyrans et des intérêts privés, mais nous les avons laissé écrire par les tyrans eux-mêmes. Ne soyons pas dupes : l’État de droit est désormais celui qui assure le droit des riches, non celui du peuple.

5. La souveraineté alimentaire est désormais sur toutes les lèvres. En fait il s’agit plutôt d’autosuffisance alimentaire. Tout le monde est pour les produits locaux. Ça fait aussi l’affaire de l’UPA. Mais c’est essentiellement du bla bla. Dans les faits, le commerce de l’alimentation est entre les mains de grandes chaînes et de multinationales qui ne vont pas changer leurs politiques d’approvisionnement et de mise en marché pour plaire au ministre Gendron. Avec le libre-échange, on est passé de 78% à 33% de produits québécois sur les tablettes. Les règles du commerce interprovincial et international interdisent maintenant de protéger les produits locaux. Les institutions publiques sont contraintes de réduire leurs dépenses au maximum, donc peu disposées à diversifier leur approvisionnement. Notre agriculture est désormais orientée vers la production intensive intégrée et refuse obstinément de se restructurer en fonction d’une production et d’une mise en marché de proximité, encore moins d’une agriculture biologique. Gendron sait tout cela. Ici aussi, les politiciens ont beau faire semblant d’être favorable au peuple, ce sont les riches qui imposent leur loi et leurs règles.

6. Le déficit et la dette de l’État sont devenus une obsession : au Québec, mais aussi au Canada, aux États-Unis, dans les pays européens, particulièrement la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, et aussi dans les pays sous-développés. Les banques privées et d’État, le Fonds monétaire et la Banque mondiale, les agences de notation font et défont les États; ils réduisent les individus à l’esclavage par le crédit. Après les avoir poussés à s’endetter, ils les forcent à l’austérité pour rembourser à des taux toujours plus élevés et se refinancer à même les fonds publics. La démocratie des riches, c’est la démocratie des banques, la démocratie des fous.

7. La partisannerie politique a continué à empoisonner la vie politique cette année. Aux États-Unis, dans le débat sur le budget américain, sur la réforme de la santé, sur les armes à feu. Mais aussi au Québec, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, plus particulièrement sur la loi des mines. Il n’y a que pour le pétrole qu’ils sont tous d’accord, parce qu’ils ont tous besoin des pétrolières et des barons de l’automobile et des routes pour se faire élire. Les partis ne visent qu’une chose : s’emparer du pouvoir, et pour y parvenir, ils ont besoin de plaire aux riches tout en faisant semblant de veiller sur le peuple. C’est le nerf de la guerre des chefs qui aspirent au pouvoir : Couillard, Trudeau, Mulcair, Harper, Marois, Legault : d’abord l’économie, c’est-à-dire, d’abord les riches, ceux qui créent la richesse, les bienfaiteurs de l’humanité. C’est un cercle vicieux, celui de la démocratie des riches.

8. Le monde arabe (Syrie, Liban, Irak, Iran, Arabie, Égypte, Libye, Tunisie), déchiré entre les pétrodollars et Allah, les Chiites et les Sunnites, les Islamistes et les Démocrates, les Russes et les Américains, continue à s’entretuer, et les puissances mondiales les regardent s’entretue en protestant du bout des lèvres. Les pétrodollars, le pétrole et les vendeurs d’armes tirent les ficelles en coulisses : les riches comme toujours mènent le jeu, étouffent les révolutions, et le peuple sert de chair à canon.

9. En Asie (Chine, Corée, Bengladesh, Afghanistan), les dictateurs, chefs de guerre et petits patrons favorisent une oligarchie de nouveaux riches qui utilisent sans scrupules une masse de pauvres pour produire à bon marché des objets de consommation pour les multinationales occidentales. Au nom du libre-échange, les riches exploitent et tyrannisent les masses pauvres au profit de l’Occident et d’une poignée de nouveaux riches. C’est l’envers de la démocratie des riches.

10. On a tous aimé Mandela, qui a vaincu l’apartheid, créé la nationalité arc-en-ciel et rallié l’Afrique, mais les riches d’Afrique, blancs pour la plupart, continuent à régner et à s’enrichi sur le dos des pauvres, noirs essentiellement, et même le parti de Mandela est devenu complice de ce nouvel  apartheid , qui est aussi le nôtre. L’argent n’a pas de couleur mais il s’accumule et se concentre. Il est oligarchique, ostentatoire et obsessionnel : psychopathe. Il mène le monde au précipice, comme un train fou.

Un événement symbolise et résume ce  triomphe de la démocratie des  riches : la mort de Paul Desmarais, qui nous a fourni l’occasion rarissime de voir tous ces riches, réunis au grand jour, à la basilique Notre-Dame, rendre hommage, à genoux, à un de leurs dieux : familiers de l’Olympe de Sagard, évêques, politiciens, vedettes, banquiers, chefs d’État, d’une seule voix, convaincus qu’ils créent la richesse alors qu’ils ne font qu’en profiter, qu’ils sont les bienfaiteurs du peuple alors qu’ils ne font que l’exploiter et le réquisitionner.

Qui pourra rétablir la souveraineté du peuple si ce n’est une assemblée constituante démocratique?

Roméo Bouchard

 

Roméo Bouchard est le fondateur du mouvement “Sauver les campagnes” et de “l’Union paysanne” au Québec.

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L’Organisation humanitaire basée en France, Action contre la Faim (ACF) a publié un rapport prétendant que les forces de sécurité sri lankaises ont assassiné, en 2006, 17 de ses travailleurs humanitaires dans la ville de Muttur, près de Trincomale. Les meurtres ont eu lieu quelques semaines après que Colombo, en violation ouverte de l’accord de cessez-le-feu de 2002, a repris sa guerre contre les Tigres de libérations de l’Eelam tamoul (LTTE).

L’ACF a décidé de rendre publics ses propres résultats parce que le système judiciaire sri lankais était « incapable de mener une enquête sur l’affaire. » Le rapport, qui est l’aboutissement de sept années d’enquête, prétend que les responsables de ces meurtres avaient été « protégés par les autorités sri lankaises. »

Les assassinats de sang-froid des travailleurs humanitaires, commis dans un style proche de l’exécution, ont eu lieu alors que les forces gouvernementales et le LTTE étaient engagés dans un combat féroce pour prendre le contrôle de Muttur. De lourds tirs de barrages d’artillerie ont fait fuir de la région des milliers de civils. Les travailleurs de l’ACF ont été exécutés le 4 août 2006 après avoir été piégés dans le bureau de l’organisation humanitaire à Muttur. Parmi ces travailleurs, il y avait seize tamouls et un musulman. Quatre d’entre eux étaient des femmes.

Le rapport conforte la montagne de preuves qui révèlent au grand jour les crimes commis par les forces de sécurité sri lankaises durant la guerre civile qui s’est finalement terminée en mai 2009. Une étude de l’ONU a estimé qu’environ 40.000 civils avaient été tués durant les dernières semaines du conflit. Le rapport de l’ACF donne un compte rendu détaillé de la manière dont le gouvernement du président Mahinda Rajapakse a systématiquement étouffé ces meurtres.

L’armée sri lankaise a immédiatement publié une déclaration rejetant le rapport de l’ACF en affirmant que celui-ci était une tentative de « formuler des allégations contre le gouvernement du Sri Lanka sans fournir de précisions suffisantes pour conduire une enquête. » En fait, l’objectif de l’armée et du gouvernement a toujours été d’empêcher que toute enquête sérieuse soit menée sur leurs atrocités.

Les travailleurs de l’ACF ont été assassinés en dépit des assurances de la part des quartiers généraux de la police qu’ils étaient en sécurité et pourraient se rendre à Trincomale en toute sécurité. Alors que pour l’évacuation l’ACF avait transmis aux forces de sécurité les coordonnées GPS exactes de sa mission d’aide, les « forces de sécurité ont apparemment essayé de dissimuler le massacre et de rendre impossible toute enquête efficace. »

Le Comité international de la Croix Rouge et la Mission de surveillance au Sri Lanka, qui a supervisé le soi-disant processus de paix, et l’ACF n’ont pas été autorisés à pénétrer dans la région jusqu’au 7 août. Alors que les forces de sécurité sri lankaises affirmaient qu’il était dangereux pour ces organisations d’entrer dans cette zone, l’armée organisait depuis le l5 août des circuits accompagnés vers Muttur pour des journalistes sélectionnés et d’autres personnes. La raison en était que le « gouvernement était soucieux de démontrer sa victoire dans la prise du contrôle de la ville, » dit le rapport de l’ACF.

La police a affirmé n’avoir découvert le massacre que le soir du 6 août malgré des preuves solides du contraire, y compris des renseignements détaillés sur les massacres, fournis par l’ACF. Le rapport souligne que même à ce moment « rien ne fut fait pour recueillir des preuves et ouvrir une enquête. » Aucune demande n’a été faite pour que le magistrat local ordonne l’enlèvement des corps ou la sécurisation de la scène du crime, a constaté le rapport, « De toute évidence, dans une tentative de détruire les preuves. »

Le rapport affirme que les travailleurs humanitaires qui ont récupéré les corps ont été harcelés et menacés. Alors que la police prétendait que les morts étaient « des partisans du LTTE », un rapport officiel de la police a tenté de rejeter la responsabilité des meurtres sur le LTTE. A l’exception de quelques proches des victimes, la police n’a pas non plus interrogé les membres des forces de sécurité ni d’autres témoins.

Le rapport de l’ACF déclare aussi qu’entre 2007 et 2010 la Commission d’enquête présidentielle (CoI) était « tendancieuse ». En fait, le Groupe international indépendant de personnes éminentes qui avait été nommé pour observer l’enquête officielle sur la violation des droits humains, dont le massacre de Muttur, a démissionné en 2008 en déclarant qu’elle « ne respectait pas les normes et critères internationaux. »

Durant cette période « des témoins avaient été contactés par la police, l’armée et des personnes non identifiées, qu’ils avaient été harcelés et contraints de ne pas témoigner contre les forces gouvernementales. » Un témoin du massacre de Muttur avait été menacé par « des officiers de police et affecté à l’unité d’investigation du CoI, » fait remarquer le rapport d’ACF. Le groupe d’aide qui est basé en France a dit que les autorités sri lankaises avaient entravé l’enquête et « réussi à empêcher [une] inculpation des forces de sécurité. »

Le rapport de l’ACF a aussi constaté que des individus identifiés dans une enquête conduite par les Professeur d’université pour les droits humaines (UTHR) sis à Jaffna comme étant « des auteurs directs des meurtres » furent « envoyés à l’étranger pour leur protection par le secrétaire d’Etat sri landais à la Défense [Gotabhaya Rajapakse, le frère du président]. »

D’autres preuves rassemblées par l’ACF comprennent un message entendu sur un matériel de communication au commissariat de police de Muttur en train d’instruire le personnel militaire stationné dans la région « de tuer toute personne habillée en civil et parlant tamoul. » L’ACF déclare qu’il existe une relation direction entre cette communication et le massacre et fait remarquer que c’est un exemple typique du genre de message émis durant la guerre et qui souligne son caractère communautaire et anti-tamoul.

D’autres preuves d’ACF constatent qu’une balle de calibre de 5,56 mm prélevée sur le corps d’un travailleur humanitaire avait disparue durant l’enquête officielle. « De telles cartouches sont généralement utilisées par les forces spéciales et par certaines forces spéciales au sein de l’armée et de la marine sri lankaises, » dit le rapport.

Le rapport de l’ACF est une nette réfutation de la Commission de la Réconciliation et des Leçons apprises (LLRC) que Colombo affirme être une enquête « indépendante » sur la longue guerre civile. Il mine aussi la récente enquête menée sur le massacre et annoncée par le gouvernement Rajapakse suite aux pressions exercées par les Etats-Unis et les autres pays occidentaux.

Les preuves fournies par ACF confirment de plus l’information révélée antérieurement par les câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks. Ceux-ci incluaient la confirmation de l’ambassadeur américain au Sri Lanka, Robert O. Blake, disant que les constatations de l’UTHR sur le massacre étaient « en grande partie exactes. »

Alors que les Etats-Unis ont cherché à exercer des pressions sur le gouvernement sri lankais à propos des « droits humains » en appuyant deux résolutions du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (CDH) sur les derniers mois de la guerre, les câbles de WikiLeaks révèlent que Washington était, bien avant 2009, parfaitement conscient des crimes commis par le gouvernement Rajapakse et ses forces de sécurité.

Sujeewa Amaranath

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L’origine de la crise politique en Corée du Nord

décembre 29th, 2013 by Peter Symonds

e procès sommaire et l’exécution le 12 décembre du numéro deux nord coréen, Jan Song-thaek, signale une profonde crise interne au sein du régime de Pyongyang. Depuis la mort du dirigeant Kim Jong-il il y a deux ans, son fils et successeur, Kim Jong-un a limogé une centaine des 218 hauts fonctionnaires du pays, dont tous ceux, sauf deux, qui avaient suivi le corbillard de son père.

L’existence d’une crise interne en Corée du nord est mise en évidence par la présumée «confession» de Jang où il dit avoir l’intention de prendre le pouvoir «lorsque l’économie aura fait faillite et que l’État sera sur le point de s’écrouler». Jang a été présenté comme le bouc émissaire pour une économie stagnante, vulnérable à des crises et qui est en train de générer de profondes tensions sociales et une instabilité au sein de l’État policier.

Quelles que soient les raisons immédiates des luttes intestines en cours, la principale responsabilité des troubles politiques incombe non pas à Pyongyang mais à Washington. Dans le cadre de son «pivot vers l’Asie» qui vise à saper la Chine, l’allié de la Corée du nord, le gouvernement Obama a intensifié le blocus américain prolongé contre le pays en faisant de Pyongyang une poudrière politique.

Durant plus de six décennies, Washington adopte une attitude d’hostilité sans retenue à l’égard de la Corée du Nord. De 1950 à 1953, l’impérialisme américain et ses alliés avaient mené une guerre dévastatrice pour soutenir le régime droitier sud-coréen de l’homme fort Syngman Rhee, mis en place par les États-Unis, une guerre qui a tué des millions de soldats et de civils en laissant la péninsule coréenne en ruines. Un armistice a mis fin aux combats mais un traité de paix ne fut jamais signé, ce qui signifie que les deux parties sont toujours en situation de guerre.

Pour les États-Unis, la cible de la guerre coréenne n’était pas simplement la Corée du nord, mais la Chine où le Kuomintang appuyé par les États-Unis fut renversé par la Révolution chinoise en 1949. Le commandant des forces menées par les États-Unis, le général Douglas MacArthur, avait préconisé le recours aux armes atomiques contre la Chine au moment où ses forces repoussaient les troupes américaines à l’approche de la frontière chinoise. Tout au long de la Guerre froide, l’armée américaine avait stationné des dizaines de milliers de soldats ainsi que des navires et des avions de guerre en Corée du sud, et elle continue de le faire à ce jour.

L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 et la fin de la Guerre froide eurent pour conséquence d’intensifier la pression américaine sur la Corée du nord. Bien qu’ils aient maintenu des armes nucléaires tactiques en Corée du sud des décennies durant, les États-Unis se sont servis du prétexte des installations nucléaires limitées de la Corée du nord pour maintenir leurs bases militaires en Corée du sud et au Japon. Après que la Corée du nord se soit retirée du traité de non-prolifération nucléaire, le gouvernement Clinton a entraîné la péninsule au bord de la guerre en 1994 avant de se rétracter et de signer l’accord connu comme l’accord-cadre de dénucléarisation de la Corée du nord.

La difficile impasse et les tentatives de mise en oeuvre entreprises en faveur d’un rapprochement entre la Corée du nord et celle du sud sous la soi-disant «politique du rayon de soleil» (Sunshine policy) a rapidement tourné court avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement Bush. En 2002, Bush afficha sa volonté d’intensifier la confrontation avec la Corée du nord en l’accusant de faire partie de «l’axe du mal» aux côtés de l’Irak et de l’Iran. Dès le début, Bush avait explicitement dit ce qu’était la stratégie essentielle des États-Unis de paralyser économiquement le pays dans le but de produire une implosion politique à Pyongyang.

Alors que l’occupation menée par les États-Unis en Irak se transformait en bourbier militaire, Bush fut contraint de se tourner vers la Chine pour réduire les tensions à l’égard de la péninsule coréenne. Le gouvernement Bush participa aux pourparlers à six parrainés par Pékin mais, tout comme dans le cas de l’accord-cadre, il n’eut jamais la moindre intention de faire des concessions à Pyongyang.

L’arrêt de l’aide soviétique après 1991 rendit la Corée du nord dépendante de la Chine en la laissant dans une situation de crise économique. Comme dans le cas de tous les régimes staliniens de par le monde, Pyongyang a réagi en décidant de restaurer le capitalisme. Ses projets furent cependant sapés par le refus des États-Unis de lui permettre d’accéder à l’économie mondiale et aux investissements étrangers. Les essais nucléaires effectués par Pyongyang depuis 2006 sont une tentative désespérée de tirer le meilleur parti des négociations.

Le gouvernement Obama a accru la pression sur la Corée du nord alors qu’il change sa politique étrangère pour l’éloigner des guerres en Irak et en Afghanistan et la réorienter vers l’Asie. Le soi-disant «pivot» est une stratégie générale extrêmement rigide qui vise à miner diplomatiquement et à encercler militairement la Chine. À son arrivée au pouvoir, Obama n’avait nullement tenté de relancer les pourparlers à six mais avait au contraire accru systématiquement les tensions contre la péninsule coréenne – en utilisant les essais nucléaires et les tirs de roquettes effectués par la Corée du nord pour imposer de nouvelles sanctions et exercer des pressions sur la Chine pour en faire de même. Lorsque Pyongyang avait répliqué par des menaces exagérées mais néanmoins creuses aux récentes sanctions imposées en mars par l’ONU, les États-Unis ont envoyé de manière provocatrice au-dessus de la Corée du sud des bombardiers B-52 et B-2 capables de transporter des charges nucléaires, en profitant de l’occasion pour renforcer leurs systèmes de missiles anti-balistiques en Asie.

Tout comme le «pivot» d’Obama a envenimé les conflits territoriaux en mers de Chine méridionale et orientale, il a engendré une situation hautement instable sur la péninsule coréenne. Pékin a certes soutenu le régime de Pyongyang en tant qu’important butoir stratégique contre les forces américaines dans la région mais ne peut guère se permettre un soulèvement politique à sa frontière septentrionale. Depuis avril, la Chine fait pression sur la Corée du nord pour qu’elle fasse des concessions aux États-Unis. L’exécution de Jang, qui était largement considéré comme étant étroitement aligné sur Pékin, semble en être la réponse.

Sous une façade d’unité, le régime de la Corée du nord se trouve manifestement en situation de stress et de grande précarité. Un effondrement politique à Pyongyang soulèverait immédiatement le danger d’un conflit car les États-Unis et leurs alliés chercheraient à exploiter la crise en vue de mettre en place un régime plus aligné sur Washington – des décisions que la Chine tenterait très certainement de contrer.

La péninsule coréenne ne représente qu’un des dangereux points chauds dans la région indo-pacifique que l’impérialisme américain a attisé alors qu’il cherche à utiliser sa puissance militaire pour maintenir sa domination sur la région.

Peter Symonds

 

Article original, WSWS, paru le 23 décembre 2013

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Le commerce international des armes est totalement insondable. Les transactions entre les différentes entreprises et gouvernements sont rarement relatées en dehors de la presse spécialisée et leurs détails demeurent souvent obscurs.

L’ensemble des parties prenantes trouvent leur compte dans ce manque de surveillance : la vente et le développement d’armes constituent une industrie inacceptable mais extrêmement lucrative.

Cette semaine, l’organisation caritative militante War on Want a publié un rapport qui étudie la collaboration entre le ministère britannique de la Défense et une entreprise israélienne spécialisée dans la défense. La transaction en question concerne la mise au point d’un nouveau drone portant le nom de Watchkeeper. Le ministère britannique de la Défense a accordé plusieurs contrats successifs au projet Watchkeeper, dont le budget se monte désormais à environ un milliard de livres, malgré plusieurs reports liés à des problèmes techniques.

Ces contrats sont destinés à une collaboration entre l’entreprise israélienne Elbit Systems (l’un des leaders mondiaux de la fabrication de drones) et Thales UK. Dans le cadre de cette coentreprise, UAV Tactical Systems prendra en charge la supervision du programme Watchkeeper alors que la production sera sous-traitée à différentes entreprises britanniques. Ce programme prévoit la construction de 54 drones qui seront utilisés à des fins de surveillance. Le drone Watchkeeper sera inspiré du modèle Hermes 450 fabriqué par Elbit Systems et largement utilisé à Gaza par Israël. Les forces britanniques ont également utilisé des drones Hermes (non armés) en Afghanistan.

Voici pour l’aspect technique. Selon War on Want, le problème est lié à la manière dont ces drones ont été utilisés à Gaza. Le rapport, intitulé « Killer Drones », affirme que des véhicules aériens sans pilote (UAV) armés ont été utilisés par Israël pour tuer des Palestiniens à Gaza. Selon le même rapport, qui s’appuie sur des publications du Centre palestinien pour les droits de l’Homme, environ 800 Palestiniens auraient été tués lors de frappes de drones israéliens entre 2006 et 2011. On ignore si ces frappes sont le fait de drones fabriqués par Elbit Systems ou d’autres UAV israéliens.

Dans un communiqué de presse, War on Want déclare que le gouvernement britannique achète en réalité une technologie qui a été « expérimentée sur le terrain » sur des Palestiniens. L’organisation appelle l’Union européenne à décréter un embargo sur le commerce des armes avec Israël et ajoute qu’en continuant à y autoriser les exportations et importations d’armes, le gouvernement britannique accorde un soutien matériel à l’agression du peuple palestinien par Israël et lui envoie ouvertement un message d’approbation de ses actions.

Dans un article relatif à cette transaction, le journal The Guardian cite un porte-parole du ministère britannique de la Défense qui souligne que les drones Watchkeeper ne seront pas armés et qu’il n’est pas question qu’ils le soient. Elbit Systems n’a pas souhaité émettre de commentaires.

Pour War on Want et d’autres organisations militantes, la question ne se limite pas à cette transaction spécifique. Il s’agit plutôt du soutien accordé au commerce des armes en Israël d’une manière générale compte tenu des antécédents fâcheux du pays en matière de droits de l’Homme. Malgré les preuves de crimes de guerre recueillies par les Nations unies suite aux frappes israéliennes à Gaza en 2008, la Grande-Bretagne et l’UE continuent de participer au commerce des armes avec Israël. Il existe actuellement en Grande-Bretagne 381 licences d’exportation d’armes en Israël pour une valeur totale de 7,8 milliards de livres.

Plus tôt cette semaine, le gouvernement britannique a émis des recommandations à l’intention des entreprises britanniques les mettant en garde contre la conclusion de transactions avec les colonies israéliennes en Cisjordanie. Cependant, ces interdictions demeurent limitées aux colonies qui se situent hors du champ du droit international. Le principal argument de War on Want et d’autres organisations militantes (Rafeef Ziadah de War on Want est également membre du comité de la campagne palestinienne « boycott, désinvestissement et sanctions ») est que les violations du droit international et des conventions relatives aux droits de l’Homme ne se limitent pas aux territoires occupés.

La revendication d’un embargo de l’Union européenne sur le commerce des armes avec Israël semble néanmoins une perspective très lointaine. En effet, l’examen de la liste des pays actuellement soumis à un embargo sur les armes par l’UE illustre l’importance que revêt généralement l’aspect politique en ce domaine. Ainsi, alors que l’Iran, l’Irak et la Syrie sont soumis à un embargo sur les armes, ce n’est pas le cas de l’Arabie saoudite et de l’Égypte qui comptent parmi les alliés de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Les drones israéliens ont peut-être causé la mort de civils, mais leurs fabricants comptent parmi les leaders du marché. Il n’y a aucune raison de penser que la Grande-Bretagne ou l’Union européenne cesseront les transactions avec ces fabricants dans un avenir proche.

 Samira Shackle 

 

12 décembre 2013 – Vous pouvez consulter cet article à :
https://www.middleeastmonitor.com/b…

Traduction : Info-Palestine.eu - Claire

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Mandela est mort. Pourquoi cacher la vérité sur l’apartheid?

décembre 29th, 2013 by Fidel Castro Ruz

L’EMPIRE a peut-être cru que notre peuple n’honorerait pas sa parole lorsque, en ces jours incertains du siècle dernier, nous avions affirmé que même si l’URSS venait à disparaître, Cuba continuerait à lutter.

La Seconde guerre mondiale éclata quand, le 1er septembre 1939, le fascisme nazi envahit la Pologne et s’abattit comme la foudre sur le peuple héroïque de l’URSS, qui donna 27 millions de vies pour préserver l’humanité de ce massacre brutal qui coûta à la vie à plus de 50 millions de personnes.

Par ailleurs, la guerre est la seule activité tout au long de l’histoire que le genre humain n’ait jamais pu éviter ; ce qui amena Einstein à dire qu’il ignorait avec quoi se battraient les guerriers la 3e Guerre mondiale, mais que ceux qui feraient la 4e Guerre mondiale se battraient avec des pierres et des bâtons.

En ajoutant les moyens disponibles des deux plus grandes puissances, les États Unis et la Russie, celles-ci disposent de plus de 20 000 ogives nucléaires. L’humanité devrait savoir que, 3 jours après l’arrivée de John F. Kennedy à la présidence de son pays, le 20 janvier 1961, un bombardier B-52 américain, qui effectuait un vol de routine et transportait deux bombes atomiques avec une capacité de destruction 260 fois supérieure à celle utilisée à Hiroshima, eut un accident et s’écrasa au sol. Dans de telles situations, des systèmes de sécurité très sophistiqués interviennent pour éviter l’explosion des bombes. La première toucha le sol sans problème ; pour la seconde, trois des quatre systèmes de sécurité échouèrent, le quatrième, en très mauvais état, fonctionna à peine, et c’est par pur hasard que la bombe n’explosa pas.

Aucun événement présent ou passé dont je me souvienne ou dont j’ai entendu parler n’a eu un tel impact sur l’opinion publique mondiale que la mort de Mandela ; et pas pour ses richesses, mais pour la qualité humaine, la noblesse de ses sentiments et de ses idées.

Tout au long de l’histoire, jusqu’à il y a à peine un siècle et demi et avant que les machines et les robots, à moindre coût d’énergie, ne s’occupent de nos modestes tâches, il n’existait aucun des phénomènes qui aujourd’hui touchent l’humanité et régissent inexorablement chaque personne : hommes ou femmes, enfants et personnes âgées, jeunes et adultes, agriculteurs et ouvriers, manuels ou intellectuels. La tendance dominante veut que l’on s’installe en ville, où la création d’emplois, le transport et les conditions élémentaires de vie demandent des investissements énormes au détriment de la production alimentaire et autres formes de vie plus raisonnables.

Trois puissances ont envoyé des engins sur la lune. Le jour même où Nelson Mandela, enveloppé dans le drapeau de sa patrie, fut inhumé dans la cour de l’humble demeure où il est né il y a 95 ans, un module sophistiqué de la République populaire de Chine descendait sur un espace lumineux de notre lune. La coïncidence entre ces deux faits fut un pur hasard.

Des millions de scientifiques font des recherches sur des matières et des radiations sur la terre et dans l’espace; c’est grâce à eux que nous savons que Titan, l’un des satellites de Saturne, a accumulé 40 fois plus de pétrole que celui existant sur notre planète au moment où débuta son exploitation il y a à peine 125 ans, et qui au rythme de sa consommation, sera épuisé dans à peine un siècle.

Les sentiments de fraternité profonde entre le peuple cubain et la patrie de Nelson Mandela sont nés d’un fait qui n’a même pas été évoqué, et dont nous n’avions pas dit un mot pendant de nombreuses années : Mandela, parce qu’il était un apôtre de la paix et ne souhaitait blesser personne. Cuba, parce qu’elle n’a jamais réalisé aucune action pour la gloire ou le prestige.

Au triomphe de la Révolution à Cuba, nous avons été solidaires des colonies portugaises en Afrique dès les premières années ; les mouvements de libération sur ce continent mettaient en échec le colonialisme et l’impérialisme après la Deuxième guerre mondiale et la libération de la République populaire de Chine – le pays le plus peuplé du monde –, après le triomphe glorieux de la Révolution socialiste soviétique.

Les révolutions sociales faisaient trembler les fondations du vieil ordre. La population mondiale s’élevait à 3 milliards d’habitants en 1960. Parallèlement, se développait le pouvoir des grandes entreprises transnationales, pratiquement toutes aux mains des États Unis, dont la monnaie soutenue par le monopole de l’or et de son industrie intacte du fait de son éloignement des champs de bataille, devint maître de l’économie mondiale. Richard Nixon suspendit la convertibilité en or du dollar, et les entreprises de son pays s’emparèrent des principales ressources et des matières premières de la planète, qu’ils acquirent avec du papier-monnaie.

Jusqu’ici il n’y a rien que nous ne sachions déjà.

Mais pourquoi prétend-on occulter que le régime de l’apartheid, qui a tant fait souffrir l’Afrique et a indigné la majorité des nations du monde, était le fruit de l’Europe coloniale et qu’il devint une puissance nucléaire grâce aux États-Unis et Israël, ce que Cuba, qui soutenait les colonies portugaises en Afrique qui luttaient pour leur indépendance, condamna ouvertement ?

Notre peuple, qui avait été cédé par l’Espagne aux États Unis après une lutte héroïque de plus de 30 ans, ne s’est jamais résigné au régime esclavagiste qui lui fut imposé pendant près de 500 ans.

De la Namibie, occupée par l’Afrique du sud, partirent en 1975 les troupes racistes soutenues par des chars légers avec des canons de 90 mm qui pénétrèrent sur plus de 2 000 km jusqu’aux abords de Luanda, où un bataillon des forces spéciales cubaines – aéroportées – et d’autres flottes également cubaines de chars soviétiques qui se trouvaient sur place, sans équipage, purent les contenir. Cela se produisit en novembre 1975, 13 ans avant la bataille de Cuito Cuanavale.

J’ai déjà dit que nous ne faisions rien pour le prestige ou pour un quelconque bénéfice. Mais c’est un fait bien réel que Mandela fut un homme intègre, un profond révolutionnaire et un socialiste radical, qui avec un grand stoïcisme a supporté 27 années de confinement solitaire. Je ne cessai jamais d’admirer son honnêteté, sa modestie et son immense mérite.

Cuba accomplissait ses devoirs internationalistes avec rigueur. Elle défendait des points clés et entraînait chaque année des milliers de combattants angolais au maniement des armes. L’URSS fournissait l’armement. Toutefois, à l’époque, nous ne partagions pas l’idée du conseiller principal concernant les fournitures de l’équipement militaire. Des milliers d’Angolais jeunes et bonne santé étaient constamment incorporés dans les unités de l’armée naissante. Le conseiller principal n’était, toutefois, pas un Joukov, un Rokossovski, un Malinovski et autres qui firent la gloire de la stratégie militaire soviétique. Son idée fixe était d’envoyer des brigades angolaises équipées des meilleures armes sur le territoire où était censé se trouver le gouvernement tribal de Savimbi, un mercenaire au service des États-unis et de l’Afrique du sud. C’était comme envoyer les forces qui combattaient à Stalingrad à la frontière de l’Espagne phalangiste qui avait envoyé plus de 100 000 soldats combattre contre l’URSS. Cette année-là, il se produisit une opération de ce type.

L’ennemi avançait derrière les forces de plusieurs brigades angolaises, frappées à proximité de l’objectif où elles étaient envoyées, approximativement à 1500 Km de Luanda. Elles étaient poursuivies par les forces sud-africaines vers Cuito Cuanavale, ancienne base militaire de l’OTAN, à une centaine de kilomètres de la première brigade de tanks cubains.

À ce moment critique, le président angolais demanda le soutien des troupes cubaines. Le chef de nos forces au sud, le général Leopoldo Cintra Frias, nous communiqua la demande, ce qui était habituel. Notre réponse ferme fut que nous apporterions notre soutien si toutes les forces angolaises sur ce front se mettaient sous commandement cubain, dans le sud de l’Angola. Tout le monde comprenait que notre demande était une condition pour faire de cette base historique le champ de bataille idéal pour frapper les forces racistes d’Afrique du sud.

La réponse positive tomba en moins de 24h.

L’envoi immédiat d’une brigade de chars cubaine jusqu’au point de ralliement fut décidé. D’autres se trouvaient sur la même ligne, vers l’Ouest. Le principal obstacle était la boue et l’humidité de la terre à la saison des pluies, un terrain qu’il fallait inspecter mètre par mètre pour le déminer. Du personnel fut dépêché à Cuito pour conduire des chars sans équipage, ainsi que pour les canons qui en manquaient.

La base était séparée du territoire situé à l’est par les eaux abondantes et dangereuses du fleuve Cuito, traversé par un solide pont. L’armée raciste l’attaquait désespérément ; un avion téléguidé bourré d’explosifs parvint à le toucher et le rendit inutilisable. Les chars angolais en retraite qui purent se déplacer traversèrent le fleuve par un pont plus au nord. Ceux qui n’étaient pas en état furent enterrés avec les armes pointées vers l’est. Une bande dense de mines antipersonnel et antichars transformèrent la ligne en piège mortel de l’autre côté du fleuve. Quand les forces racistes reprirent leur avancée et se heurtèrent à cette muraille, toutes les pièces d’artillerie et les chars des brigades révolutionnaires tirèrent depuis les points situés dans la zone de Cuito.

Un rôle spécial fut réservé aux avions de chasse MIG-23 qui, à près de 1 000 km/h et à près de 100 m d’altitude, étaient capables de distinguer si l’artilleur était noir ou blanc, et tiraient sans cesse sur ces derniers.

Lorsque l’ennemi usé et immobilisé dut battre en retraite, les forces révolutionnaires se préparèrent pour l’assaut final.

De nombreuses brigades angolaises et cubaines se déplacèrent à toute vitesse et à bonne distance vers l’Ouest, où se trouvaient les seules voies larges d’où les Sud-africains lançaient leurs attaques contre l’Angola. L’aéroport était à près de 300 km de la frontière de la Namibie, occupée totalement par l’armée de l’apartheid.

Tandis que les troupes se réorganisaient et se rééquipaient, il fut décidé en urgence de construire une piste d’atterrissage pour les MIG-23. Nos pilotes utilisaient le matériel aérien livré par l’URSS à l’Angola, dont les pilotes n’avaient pas disposé du temps nécessaire pour suivre l’instruction indispensable. Plusieurs avions furent considérés comme perdus, parfois touchés par nos propres artilleurs ou des opérateurs d’engins antiaériens. Les Sud-africains occupaient encore une partie de la route principale menant du bord du plateau angolais à la Namibie. Sur les ponts enjambant le puissant fleuve Cunene, entre le sud de l’Angola et le nord de la Namibie, commencèrent entre-temps les tirs de canons de 140 mm, dont la portée était d’environ 40 km. Le problème principal résidait dans le fait que les racistes sud-africains possédaient, selon nos calculs, entre 10 et 12 armes nucléaires.

Ils avaient procédé à des essais y compris dans les mers et les zones gelées du sud. Le président Ronald Reagan l’avait autorisé et, parmi l’équipement provenant d’Israël figurait le dispositif nécessaire à l’explosion d’une charge nucléaire. Notre réponse fut d’organiser le personnel en groupes de combat de moins de 1 000 hommes équipés de véhicules de combat anti-aériens qui devaient se déplacer de nuit sur une vaste extension de terrain, et dotés de véhicules de combat antiaériens.

Les armes nucléaires d’Afrique du sud, selon des rapports fiables, ne pouvaient pas être chargées sur des avions Mirage, elles nécessitaient des bombardiers lourds de type Canberra. Mais en tout cas, la défense anti-aérienne de nos forces disposait de plusieurs types de roquettes pouvant frapper et détruire des objectifs aériens situés à plusieurs dizaines de kilomètres de nos troupes.

Par ailleurs, un barrage de 80 millions de mètres cubes d’eau situé en territoire angolais avait été occupé et miné par des combattants cubains et angolais. L’explosion de ce barrage aurait été l’équivalent de plusieurs armes nucléaires.

Cependant, une centrale hydroélectrique qui utilisait les courants rapides du fleuve Cunene, avant la frontière avec la Namibie, était utilisée par un détachement de l’armée sud-africaine.

Quand sur le nouveau théâtre des opérations les racistes commencèrent à tirer avec des canons de 140 mm, les MIG-23 frappèrent durement ce détachement de soldats blancs, et les survivants abandonnèrent leur poste laissant y compris certaines affiches critiques envers leur propre commandement. Telle était la situation lorsque les forces cubaines et angolaises avancèrent vers les lignes ennemies.

J’ai su que Katiuska Blanco, auteure de plusieurs ouvrages historiques se trouvaient sur place, avec d’autres journalistes et reporters. La situation était tendue mais personne ne perdit son calme. C’est alors que parvinrent les nouvelles que l’ennemi était prêt à négocier. On était parvenu à mettre fin à l’aventure impérialiste et raciste ; sur un continent qui dans 30 ans aura une population supérieure à celle de la Chine et l’Inde réunies.

Le rôle de la délégation cubaine, à l’occasion du décès de notre frère et ami Nelson Mandela, sera inoubliable.

Je félicite le camarade Raul pour sa prestation brillante et, en particulier, pour la fermeté et la dignité dont il avait preuve quand, d’un geste aimable mais ferme, il a salué le chef du gouvernement des États-unis et il lui dit en anglais : « Monsieur le président, je suis Castro ».

Lorsque ma santé a limité mes capacités physiques, je n’ai pas hésité un seul instant à donner mon avis sur la personne qui, selon moi, pouvait assumer cette responsabilité. Une vie est une minute dans l’histoire des peuples, et je pense que celui qui assume aujourd’hui cette responsabilité requiert l’expérience et l’autorité nécessaires pour choisir face à un nombre croissant, presque infini, de variantes.

L’impérialisme gardera toujours plusieurs cartes pour tenter de faire plier notre île, même s’il doit la dépeupler, en la privant d’hommes et de femmes jeunes, en leur offrant des miettes des biens et des ressources naturelles qu’il pille dans le monde.

Que les porte-parole de l’empire nous disent maintenant comment et pourquoi est né l’apartheid.

18 décembre 2013

20h 35.

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Brésil : une incroyable (et énorme) erreur géopolitique

décembre 28th, 2013 by Atilio A. Boron

Une des conséquences les plus inattendue de la crise dans les relations entre le Brésil et les Etats-Unis, la même qui fut à l’origine du dur discours de la présidente Dilma Roussef à l’Assemblée Générale de l’ONU et de l’abandon de la « visite d’état » à Washington – programmée pour octobre de cette année – s’est répercutée directement sur un sujet qui tournait sur les bureaux officiels de Brasilia depuis 2005 et qui, jusqu’il y a quelques jours restait irrésolu : la très controversée rénovation de la flotte de 36 avions de chasse dont le Brésil a besoin pour contrôler son espace aérien, et principalement celui de l’énorme corne amazonienne et sub-amazonienne.

Selon l’opinion des experts brésiliens, la flotte dont dispose actuellement le Brésil est obsolète ou, au meilleur des cas, insuffisante et la nécessité de son urgente rénovation ne peut être différée. Cependant, après des années d’études, de rapports et d’épreuves aucun accord n’a pu être obtenu entre les acteurs concernés par la décision. Les propositions retenues par l’appel d’offre lancé en 2001 par le gouvernement brésilien étaient au nombre de trois : le Boeing F/A-18 E/F Super Hornet (originellement fabriqué par la firme nord-américaine Mc Donnel Douglas, postérieurement acquise par la Boeing) les Rafale de Dassault de France et le SAAB Gripen-NG suédois. Une alternative, écartée depuis le début, pour des raisons qui n’ont jamais été éclaircies mais indubitablement politiques, est le Sukhai Su-35, de fabrication russe. Les choses se passèrent ainsi, dans un premier temps le haut commandement des Forces Aériennes Brésiliennes (FAB) et différents secteurs penchaient pour acquérir les nouveaux équipements aux Etats-Unis, alors que d’autres préféraient les Rafale français et un secteur nettement minoritaire les Gripen-NG suédois. Le différent mena à la paralysie et Lula, malgré son indiscutable autorité, dut se résoudre à terminer son mandat sans avoir réussi à sortir de l’impasse, bien qu’il ait été connu de tous qu’il penchait en faveur des Rafale. L’indécision a pris fin il y a quelques jours, avec une décision malheureuse – le moindre mal, mais bien loin d’être la meilleure – comme nous le verrons plus loin : acquérir les Gripen-NG suédois.

Fissures dans une relation très spéciale

La surprenante révélation de l’espionnage opéré par Washington du gouvernement et de la direction du Brésil – c’est-à-dire d’un pays qu’ils savaient être un de leurs plus inconditionnels alliés dans les Amériques – a fait pencher le fléau de la balance contre les F-18. L’inconditionnalité dans la relation des successifs gouvernements brésiliens avec les Etats-Unis, nous dirions que c’était archi connu, mais qu’elle sauta irréfutablement à la lumière publique avec la déclassification en août 2009, d’un mémorandum de la CIA par lequel, on se rendait compte que le « constructif » échange d’idées soutenus en 1971 entre les présidents Emilio Garrastazu Medici et Richard Nixon, avait comme objectif d’explorer les modalités appropriées pour déstabiliser les gouvernements de gauche de Cuba et du Chili. Ce qui précède est un des nombreux exemples de « collaboration » entre Brasilia et Washington. Il suffit de se rappeler la participation du Brésil dans la Seconde Guerre Mondiale, combattant coude à coude avec l’US Army, ce à quoi nous pourrions ajouter quelque chose de plus : en février 1976 Henry Kissinger se rendit au Brésil pour formaliser de qu’il prétendait être une alliance solide et durable entre le géant sud-américain et les Etats-Unis. L’humiliante déroute subie au Vietnam exigeait un prompt renforcement des relations avec l’Amérique Latine, qui, ainsi que le répétèrent inlassablement Fidel et Che, est l’arrière-garde stratégique de l’Empire. Rien de mieux que de commencer par le Brésil, dans la capital duquel Kissinger fut reçu comme une célébrité mondiale et signa un accord historique avec le dictateur brésilien Ernesto Geisel. Selon lequel, les deux plus grandes puissances de l’Hémisphère Occidental (pour user d’un langage de l’époque) s’engageaient à maintenir des relations régulières et au plus haut niveau concernant des sujets de politique extérieure. Sous-jacent à cet accord, l’axiome bien connu de Kissinger, qui disait « jusqu’où s’inclinera le Brésil, s’inclinera l’Amérique Latine ». Un accord qui mourut à la naissance, parce que comme le rappelle pertinemment Noam Chomsky, Washington n’admettait aucune objection à ses décisions, même celles qui découlent d’un traité bilatéral, comme de n’importe quelle autre source de droit international. Si la Maison Blanche veut consulter, elle le fait, mais elle ne s’y sent pas obligée et encore moins à se soumettre au terme d’un traité ou d’une convention. En tout cas, ce qui précède révèle l’intention des deux capitales de coordonner leurs politiques. Dans ce contexte historique la coordination se produisit sur le terrain des activités répressives à déployer dans le Cône Sud, comme le démontra amplement le sinistre Pan Condor. A des dates moins éloignées, en 2007, Lula et George W. Bush signèrent un accord de partage de technologies avec l’objectif de promouvoir la production des agro-combustibles – un bon négoce pour les Etats-Unis, une déprédation écologique pour le Brésil – renforçant à nouveau les traditionnels « liens d’amitié » entre Washington et Brasilia.

Bien : l’illégale – en plus d’illégitime – interception des câbles, messages et coups de téléphone de la présidente brésilienne (ainsi que de nombreux gouvernants et fonctionnaires d’autres pays de la région) eu, dans le cas du Brésil, des circonstances aggravantes d’un grand poids parce que Washington eu recours à un autre acte grossier de délinquance commune : l’espionnage industriel, pratiqué contre l’entreprise Petrobras. Il n’est pas aventureux, du coup, de pronostiquer que cette accumulation d’événements précipita certainement le dénouement de l’indécision prolongée en relation avec le rééquipement de la FAB. Après ce qui c’était produit, il aurait été insensé que le Brésil décide de rénover son matériel aérien avec des avions étasuniens. Mais alors – qu’elles seraient les alternatives ? Par quoi remplacer ce qui, clairement, était l’avion de prédilection de la FAB ?s

Alternatives de rééquipement

Un rapport secret de la FAB elle-même, de janvier 2010 (mais que quelqu’un se chargea de le laisser filtrer dans la presse) et qui fut envoyé au Ministère de la Défense évalua trois candidats principaux pour rénover la flotte d’avions de chasse, il classe le Gripen-NG nettement derrière le français Rafale et le F-18 Super Hornet. Selon ce rapport, ses capacités techniques et militaires sont inférieures à celles de ces homologues français et étasuniens. Il est certain que son prix est également inférieur, estimé à quelques 70 millions de dollars, pendant que le coût du F-18 tourne autour des 100 millions de dollars et le Rafale, beaucoup plus cher grimpe jusqu’à 140 millions. Une fois que le rapport eu filtré, Nelson Jobim, qui était alors Ministre de la Défense, s’empressa de déclarer deux choses : premièrement que la décision finale concernant l’acquisition des avions serait prise par le Gouvernement National et pas par la FAB ; deuxièmement il écarta dans la foulée ce que déclarait Lula, que le prix des avions pouvait devenir un facteur déterminant de la décision. La possibilité, glissée en son temps par Nicolas Sarkozy, que le Brésil puisse recevoir la technologie et fabriquer les Rafale dans ses propres installations industrielles et ensuite les vendre – bien qu’exclusivement en Amérique Latine – fut ce qui fit pencher le fléau de la balance de Lula en faveur du Rafale. Mais cette décision ne convainquit pas les hautes sphères de la FAB et les autres secteurs de son gouvernement, fermement favorables à conclure l’accord avec Boeing. Il est certain, qu’à la différence des français, la constructrice des Super Hornet ne semblait pas très disposée à parler de transferts de technologies, à quoi il faut ajouter le fait que dans l’histoire récente un précédant inquiétant avait été enregistré : le « régime de Washington » prit l’habitude d’interdire la vente de pièces détachées d’avions étasuniens à des pays classifiés par le Département d’Etat comme « hostiles aux Etats-Unis », ou comme « pas coopératifs » dans la nébuleuse et indéfinie guerre contre le narcotrafic et le terrorisme international. Ou serait-ce, à des pays qui eurent l’impudence d’adopter une politique non-alignée avec celle des États-Unis ? Et cela est un risque qui ne peut être sous-estimé par les acheteurs.

Autrement dit, quoique les Super Hornet semblent plus attractifs, tant en termes économiques que d’avancement technologique et pour la continuité qu’ils offrent avec ceux dont est doté actuellement la FAB, il est certain que l’incident diplomatique de l’espionnage s’additionne au danger qu’en cas d’un conflit entre Brasilia et Washington, ceux-ci feraient au Brésil ce qu’ils ont fait, par exemple, il y a un peu plus de 10 ans au Venezuela Chaviste qui contribuait à affaiblir le front « pro-étasunien ». Comme on s’en souviendra, en cette occasion, le Président George W. Bush imposa un embargo sur la vente de pièces détachées et, ce qui est plus important, sur l’envoi de systèmes informatisés de navigation et de combat qui, comme les softwares des ordinateurs se rénovent tous les quelques mois et sans lesquels l’ultime version du « hardware », en l’occurrence les avions, cessent de prêter les services que l’on attend d’eux. Il suffirait que, dans le cas d’un différent avec la Maison Blanche, elle décide d’un embargo, fusse-t-il temporaire sur la fourniture des nouvelles versions de ces systèmes pour que ces avions se retrouvent pratiquement inutilisables et l’Amazonie sans protection. Si cela se fit avec Chavez pourquoi ce comportement ne se reproduirait-il pas en cas de conflit d’intérêt avec le Brésil ?

Lamentable absence d’une réflexion géopolitique

La paralysie qui a bloqué pendant aussi longtemps la rénovation du matériel aérien de la FAB se serait dénouée facilement si ceux qui étaient concernés par la prise de décision s’étaient formulé cette simple question : Combien de bases militaires possède dans la région chacun des pays qui nous proposent leurs avions pour surveiller notre territoire ? S’ils l’avaient fait, la réponse aurait été la suivante : la Suède n’en possède aucune ; la France possède une base aérospatiale en Guyane française qu’elle administre conjointement avec l’OTAN et avec la présence de personnel militaire étasunien ; et les Etats-Unis ont, par contre, 77 bases militaires dans la région (dernier décompte, en Décembre 2013) une poignée d’entre elles louées à, ou co-administrées avec des pays tiers comme le Royaume-Unis, la France et la Hollande. Un quelconque bureaucrate d’Itamaraty ou un quelconque militaire brésilien entraîné à West Point pourrait alléguer que celles-ci se trouvent dans des pays lointains, qu’elles sont dans le Golf des Caraïbes et qu’elles ont pour mission de surveiller le Venezuela bolivarien. Mais ils se trompent ; la dure réalité est que, entouré par 13 bases étasuniennes installées dans les pays limitrophes, le Brésil se retrouve littéralement cerné par 24, qui se convertissent en 26 si nous y ajoutons les deux bases britanniques d’outre-mer que comptent les États-Unis –via l’OTAN – dans l’Atlantique équatorial et méridional, dans les Iles Ascension et Malouines respectivement et entre lesquelles un ligne imaginaire rencontre rien moins que le grand gisement pétrolier de Pre Sal. Il est évident qu’acheter de l’armement à ceux qui nous menacent avec une aussi formidable présence militaire ne paraît pas être un exemple de bon sens et astuce dans l’art sophistiqué de la guerre.

D’autre part, adopter une décision de cette envergure, aurait du être pondéré par la probabilité de l’éclatement d’un quelconque type de conflit ouvert, inédit jusque-là dans l’histoire des relations brasilo-étasuniennes mais qui n’est pas pour autant impensable. Une probabilité extrêmement faible, pour ne pas dire inexistante s’il s’agissait de la Russie ou de la Chine, mais toujours plus forte en ce qui concerne les États-Unis ou l’un quelconque de ces « proxis » – cette fois « complices » serait un terme plus approprié – européens embarqués dans une traque toujours plus violente et sans scrupules des ressources naturelles. Pour cela, les chances qu’au cours des dix ou quinze prochaines années puisse surgir un sérieux affrontement entre Brasilia et Washington dans la lutte pour quelques-unes des énormes richesse abritées en Amazonie – eau, minéraux stratégiques, biodiversité, etc.,, – ou pour un éventuel refus du Brésil de seconder Washington dans une de ces aventures criminelles comme celle qu’ils planifient en Syrie ou en Iran, ou qui furent menées en Libye ou en Irak, ce n’est en rien marginal.  De plus, nous dirions que les Etats-Unis sont acculés par la déstabilisation de l’ordre néocolonial imposé au Moyen Orient avec la collaboration d’alliés néfastes comme Israël et l’Arabie Saoudite et ses croissantes difficultés en Asie qui remet en question l’approvisionnement en pétrole et en matières premières et minéraux stratégiques réclamés par leur insatiable voracité de consommation. Cette combinaison de facteurs rend hautement probable que plutôt tôt que tard se déclenchera une claire confrontation entre Washington et Brasilia. Si cette éventualité était un simple jeu de l’imagination et de très faible – pour ne pas dire nulle – probabilité de se concrétiser, on ne comprendrait pas pourquoi les Etats-Unis déploient une telle quantité de bases encerclant fortement le Brésil sur terre et sur mer. Si Washington le fait, ce n’est ni par négligence, ni par hasard, sinon par anticipation de quelque différent dont ses stratèges estiment qu’il sera difficile, voir impossible de le résoudre par des voies diplomatiques. S’ils ont installé ces bases c’est parce que – sans le moindre doute ! – le Pentagone envisage à l’horizon une hypothèse de conflit avec le Brésil. Pour toute autre raison un si coûteux déploiement des ces unités de combat serait ridicule et complétement incompréhensible.

Le chantage étasunien au sujet des avions européens

Face à cette réalité qui ne peut s’occulter, une partie croissante des acteurs de ces processus décisionnels commencèrent par pencher pour les Rafale français, jusqu’à ce que… le président Hollande jette par-dessus bord toute la tradition gaulliste en déclarant que son gouvernement était prêt à seconder rien moins que le plan criminel d’Obama de bombarder la Syrie. Cette annonce fut faite après que le parlement britannique refuse d’accompagner une aussi sinistre initiative, A la suite de quoi surgit immédiatement la question suivante : Quelles garanties pourraient avoir le Brésil de ce que, face à un différent avec les Etats-Unis, Paris ne se pliera pas à une demande de la Maison Blanche de bloquer l’envoi de pièces de rechanges et de software pour les Rafale acquis par le Brésil ? S’il y a quelques mois seulement, Hollande a démontré son inconditionnelle complicité avec un plan criminel comme le bombardement sans discrimination de la Syrie, pourquoi penserait-on qu’il agirait de manière différente en cas de conflit ouvert entre Brasilia et Washington ? Dans une telle éventualité la Maison Blanche aurait recours au manuel contenant ces “procédures standardisées d’opération (SOP pour son sigle en Anglais) et dénoncerait promptement que le Brésil « ne collabore » pas à la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic, ce pourquoi il se convertit en menace pour la « sécurité nationale » des Etats-Unis et, se retranchant derrière une loi du Congrès, ils mettraient l’embargo sur l’envoi de pièces et software au pays sud-américain en même temps qu’ils solliciteraient que fassent de même leurs alliés européens. Peut-on escompter que la France, ou le cas échéant la Suède, ne se plieraient pas aux exigences nord-américaine ? En aucune façon ¡ Regardons le registre de l’histoire : actuellement des pays comme la Corée du Nord, Cuba, l’Iran, la Syrie, le Soudan et, pour certains produits, la République Populaire de Chine, sont victimes de différents types d’embargo, et dans tous les cas Washington compte sur la solidarité des ses acolytes européens. Dans le cas cubain, le plus radical de tous, ce qui se produit, plus qu’un embargo sur certains types de produits, c’est d’un blocus intégral qu’il s’agit, avec un coût à l’encontre équivalant pour les Cubains à deux plans Marshall ! En ce qui concerne les avions français et suédois les décideurs brésiliens aurait du s’enquérir de la proportion de pièces et technologie étasunienne que contiennent les Rafale et les Gripen-NG. Parce que s’ils en contiennent plus de 10% – pas dans tout l’avion – mais dans chacune de ses parties principales : avionique, fuselage, systèmes électroniques, informatique, etcetera – cela suffirait pour qu’en cas de conflit avec le Brésil Washington exige l’application de l’embargo sans que les gouvernements actuels (et ceux qui sont à prévoir) de France ou Suède puissent refuser d’obéir sous peine de transgresser une législation conçue dans le seul but de garantir la sécurité nationale des Etats-Unis. Prenez note de ce qui suit : le moteur qui propulse le Gripen-NG est un développement d’une turbine fabriquée par l’entreprise étasunienne General Electric. Rien que cela est suffisant pour que en cas de controverse entre Washington et Brasilia, la Suède puisse se voir obligée d’interrompre la fourniture de pièces et softwares pour les avions vendus au Brésil ; à moins qu’elle ne soit prête à affronter les coûts d’un sérieux conflit avec les Etats-Unis.

Le Sukhoi : la carte russe

Telles sont les choses, que le seul choix qui aurait pu garantir l’indépendance militaire du Brésil eut été d’acquérir ses avions dans un pays qui, par sa puissance, pour des raisons liées à sa propre insertion dans le système international et pour sa stratégie diplomatique, aurait été exempt du risque de se convertir en obéissant exécuteur des ordres de la Maison Blanche. Il n’y a que deux pays qui possèdent ces caractéristiques et qui ont en même temps la capacité technologique pour construire des avions de chasse de la dernière génération : la Russie et la Chine, fabricants du Sukhoi et du Chengdu J-10

En conséquence, le débat au sujet de qui fournira les nouveaux avions dont le Brésil – et les pays qui partagent la corne amazonienne – ont besoin, arrive abruptement à un point complétement inattendu : une fois écartés les F-18 et les Rafale, l’option la plus raisonnable aurait été de lancer un nouvel appel d’offre et de permettre l’inscription des avions russes et chinois. Malheureusement ce ne fut pas le chemin choisit par le Brésil. Chacun pourra se demander ce qu’ont de mal les Gripen-NG suédois. Non seulement ce que montre le rapport secret qui a filtré dans la presse et détaillé ci-dessus, mais en plus, du point de vue politique il n’y a aucune garantie que Stockholm – c’est-à-dire la Suède actuelle, pas celle qui existait au temps de Olof Palme, qui ne fut pas assassiné pour rien – va se comporter de manière distincte, face à un réquisitoire de Washington de mettre l’embargo sur les pièces et les softwares des Gripen-NG de la FAB. Pour cela, le 18 décembre 2013 le Ministre de la Défense du Brésil, Celso Amorim a annoncé le résultat de l’appel d’offre des mêmes avec adjudication à l’entreprise suédoise SAAB fabricante des Gripen-NG. “Le choix se fonde dans des critères de performance, transfert de technologie et coût” dit-il dans la conférence de presse convoquée à cet effet. Malheureusement le choix n’a pas pris en compte le critère le plus important pour la prise de décision dans des matières qui relèvent de l’autodétermination et de la défense nationale : la géopolitique. Comment peut-on ignorer qu’un rapport officiel du Parlement Européen du 14 février 2007 établit que suite aux attentats du 11-S  - entre 2001 et 2005 – la CIA a opéré 1245 vols illégaux dans l’espace aérien européen, transportant des « détenus fantômes » (« ghost detainees ») jusque dans des centres de détention et de torture en Europe (en particulier en Roumanie et en Pologne) et au Moyen Orient ? Parmi les gouvernements qui se prêtèrent à ce si sinistre trafic, on trouve le pays dans lequel sont fabriqués les avions chargés de surveiller l’espace aérien brésilien, la Suède, qui bien qu’elle ne soit pas accusée par le rapport d’avoir accepté des « interrogatoires » sur son territoire, l’est d’avoir permis que ces « vols de la mort » étasuniens se réapprovisionnent et reçoivent un appui logistique dans ses aéroports. Dans ces conditions, comment avoir confiance dans un pays qui se prête à une manœuvre si atrocement violatrice des droits humains et croire qu’il pourrait se refuser à collaborer avec Washington au cas où ils lui demanderaient d’interrompre l’envoi d’approvisionnement, pièces et software pour les Gripen-NG de la FAB ?

Conclusion

C’est pour cela que nous disions auparavant et nous le réitérons avec plus de force à présent que l’unique option réellement autonome qu’avait la présidente Dilma Roussef était d’acquérir les Sukhoi russes, même au prix de rencontrer de virulentes critiques à l’intérieur et hors du Brésil. A l’intérieur, parce qu’il n’échappe a personne qu’il existe des secteurs internes qui proposent d’oublier l’Amérique Latine et militent en faveur d’une alliance inconditionnelle avec les Etats-Unis et l’Europe, et pour lesquels prévaut la mentalité de la Guerre Froide que les Etats-Unis se sont attachés à maintenir vivante tout au long de ces années, même si, sous quelques maquillages. Par exemple, on ne parle plus à présent du “péril soviétique” mais bien de la “menace terroriste”, et la Russie en donnant asile et protection à l’ex agent de la National Security Agency (NSA) Edward Snowden, confirma qu’elle ne se situe pas du côté de la liberté et la démocratie mais sur la piste de l’affrontement. Et, critiques hors du Brésil parce que le Etats-Unis n’auraient pas seulement fait pression pour avorter une possible décision en faveur des Sukhoi mais parce si l’acquisition s’était concrétisée le Brésil aurait été harcelé avec des condamnations et sanctions en tous genres. L’exorbitante ambition de l’impérialisme et ses systématiques violations de la légalité internationale et à la souveraineté nationale brésilienne, ne laissaient à la présidente Roussef aucune autre alternative. Son unique échappatoire pour contrôler la corne de l’Amazonie, plus par nécessité que par conviction, étaient les Sukhoi. N’importe quelle autre option met sérieusement en danger l’autodétermination nationale. Lamentablement ces considérations géopolitiques ne furent pas prises en compte et une mauvaise décision a été prise – la moins mal parce qu’il eut été encore bien pire d’acquérir les F-18 mais mauvaise tout de même parce qu’elle est antagonique de l’intérêt national brésilien, et par extension des aspirations à l’autodétermination de l’Amérique du Sud. Avec cette décision, le Brésil pourra surveiller et préserver l’intégrité menacée de l’Amazonie tant qu’il n’y aura pas de différent avec les Etats-Unis ou l’un de ses complices mais si un conflit venait à se déclencher le Brésil resterait pratiquement désarmé, otage des chantages et de la prédominance de Washington. Le problème ne concerne pas seulement les avions de la Boeing mais aussi ceux de n’importe quel autre pays, qui de manière prévisible se soumettrait aux sollicitations face aux réquisitoires de Washington, comme tous les européens. Acheter des avions de chasse aux alliés de ceux qui espionnent les autorités et les entreprises brésiliennes et alliés aussi de qui menacent le pays avec vingt-six bases militaires est un geste politique incroyablement insensé et qui révèle un impardonnable amateurisme dans l’art de la guerre, des erreurs qui vont coûter très cher au Brésil et par extension à toute l’Amérique du Sud. Avec l’acquisition du Gripen-NG une magnifique occasion a été perdue d’avancer vers l’autodétermination militaire, prérequis de l’indépendance économique et politique. Nous seulement le Brésil prend une épouvantable décision qui porte préjudice à sa souveraineté mais l’UNASUR y perd également parce qu’avec cette décision des obstacles sont mis à la claire perception de qui est le véritable ennemi qui nous menace de son infernale machinerie militaire. Pour cela aujourd’hui est un jour fort triste pour Notre Amérique. Comme on dit dans le jargon des jeux vidéo de guerre « game over ! » et malheureusement les méchants ont gagné. Puissent les mouvements sociaux et les forces politiques patriotiques et anti-impérialistes du Brésil avoir la capacité de renverser une décision aussi infortunée.

 Atilio A. Boron

Traduction Anne Wolff

Article original en espagnol : Brasil: un increíble (y énorme) error geopolítico, 23 décembre 2013

 

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Une «Lettre ouverte au peuple brésilien» publiée mardi dernier par Edward Snowden a déclenché un débat au Brésil sur la possibilité d’offrir l’asile à l’ex-contractuel de la NSA.

La révélation par Snowden des opérations de la NSA au Brésil et partout sur la planète lui ont valu un soutien considérable du peuple brésilien, alors même que le gouvernement du Parti des travailleurs (PT) du président Dilma Rousseff a montré bien peu de courage pour tenir tête à Washington sur les questions de droits démocratiques fondamentaux.

Les premiers reportages des médias brésiliens en septembre dernier citaient les documents de la NSA rendu publics par Snowden qui prouvaient que la NSA avait piraté les téléphones à la résidence et au travail, les ordinateurs et les courriels de Rousseff et avait pratiqué un espionnage économique de grande ampleur contre le géant public brésilien de l’énergie Petrobras et contre le ministère brésilien des Mines et de l’Énergie.

Snowden, qui a reçu des demandes d’assistance de la part d’une commission parlementaire d’enquête brésilienne sur l’espionnage de la NSA au Brésil et de la police fédérale du pays, a exprimé dans sa lettre le désire de contribuer à révéler les crimes de l’agence, mais a cité les efforts continus de Washington pour le faire taire. Il a indiqué en particulier le gangstérisme du gouvernement Obama pour orchestrer l’atterrissage forcé de l’appareil du président bolivien Evo Morales en Autriche en juillet dernier, sur des soupçons que Snowden pouvait être à bord pour se rendre en Amérique latine.

«La NSA et d’autres agences de renseignement nous disent que pour notre propre ”sécurité” – pour la ”sécurité” de Dilma, pour la ”sécurité” de Petrobras – ils ont révoqué notre droit à la vie privée et se sont introduits dans nos vies», écrit Snowden. «Et ils l’ont fait sans le demander au public dans aucun pays, pas même dans le leur.»

Il explique ensuite quel est le véritable effet de cet espionnage sur la vie des Brésiliens: «Aujourd’hui, si vous avez un téléphone portable à Sao Paulo, la NSA peut et doit garder une trace de votre position: ils le font 5 milliards de fois par jour pour des gens tout autour du monde. Quand quelqu’un à Florianopolis visite un site Web, la NSA conserve un enregistrement du moment et de l’activité. Si une mère à Porto Allegre appelle son fils pour lui souhaiter bonne chance pour ses examens à l’université, la NSA peut conserver cet appel pour 5 ans, voire plus. Ils peuvent même conserver des traces sur des adultères ou la consultation de sites pornographiques, au cas où ils auraient besoin de salir la réputation de leur cible plus tard.»

Snowden a dénoncé la NSA pour ses «vastes programmes de surveillance de masse qui surveillent et enregistrent de façon permanente les moindres faits et gestes de populations entières». Il a ajouté à juste titre que, «ces programmes n’ont jamais été conçus en réaction au terrorisme: ils concernent l’espionnage économique, le contrôle social, et la manipulation diplomatique. C’est une question de pouvoir.»

Cette lettre a été affichée pour la première fois sur la page Facebook de David Miranda, le partenaire du journaliste américain Glenn Greenwald, qui, en utilisant des documents secrets fournis par Snowden, a écrit une part importante des articles exposant les opérations d’espionnage massives de la NSA aux États-Unis et à l’étranger.

Miranda, qui a lui-même été détenu au secret pendant neuf heures et a vu ses biens saisis à l’aéroport de Heathrow en août dernier en application de la Loi antiterroriste, a lancé une pétition demandant à Rousseff d’accorder l’asile à Snowden. 50.000 personnes l’ont signées sur le site Web Avaaz dans les 24 premières heures.

Rousseff a publié sa première réponse directe à ces demandes mercredi. «Je ne pense pas que le gouvernement brésilien devrait donner son opinion sur quelque chose qu’un individu ne nous a pas adressé directement», a-t-elle déclaré aux journalistes. «Rien ne nous a été adressé. Ils ne m’ont rien demandé. Je me donne le droit de ne pas prendre position sur quelque chose que je n’ai pas reçu. Je ne vais pas interpréter une lettre.»

Citant des responsable du ministère brésilien des Affaires étrangères sous le couvert de l’anonymat, le quotidien Folha de Sao Paulo a été encore plus clair: «Le gouvernement brésilien n’est pas intéressé par une enquête sur la NSA (Agence de sécurité nationale) et, pour cette raison, il n’accordera pas l’asile à Edward Snowden […] dans un échange d’informations qui irait dans ce sens.»

D’après ce journal, le ministère des Affaires étrangères aurait soutenu que le gouvernement brésilien ne serait pas intéressé par une «vengeance» pour les crimes commis par la NSA. Un responsable du ministère a ajouté que Brasilia «n’a aucun intérêt à créer ce genre d’interférences avec la souveraineté des autres pays» et qu’il «ne leur fera pas ce qu’ils nous ont fait».

Folha a fait savoir que le ministère des Affaires étrangères a également changé l’histoire qu’il avait présentée en juillet dernier, lorsque Snowden était confiné dans l’aéroport international de Moscou et qu’il cherchait asile partout où il eut été accepté. À l’époque, il a dit qu’il ne répondrait pas à la demande de Snowden d’obtenir l’asile au Brésil. Maintenant, il affirme que Snowden n’a jamais déposé de demande officielle, pour la raison technique que la demande a été déposée par fax et ne comportait donc pas une signature authentique.

Si le gouvernement Rousseff ne veut pas accorder l’asile à Snowden, ce n’est pas seulement en raison de sa soumission à la pression considérable exercée par l’impérialisme américain. Comme le gouvernement Obama, le gouvernement du PT à Brasilia représente et défend une riche aristocratie financière et patronale dans un contexte d’inégalités sociales vertigineuses. Il conspire contre les masses de travailleurs brésiliens tout comme le gouvernement Obama conspire contre les travailleurs aux États-Unis et, sans aucun doute, craint que les révélations de Snowden touchent aussi ses propres crimes et ses propres mesures dignes d’un État policier.

Snowden est toujours la cible de graves menaces de la part du gouvernement américain et n’a aucunement trouvé un refuge sûr en Russie. Le gouvernement du président Vladimir Poutine n’a accordé à l’ex-contractuel de la NSA qu’un visa de réfugié temporaire, qui expirera en août 2014. Moscou a insisté à maintes reprises sur le fait qu’il ne sera pas autorisé à travailler contre les «intérêts des États-Unis» tant qu’il sera dans le pays.

Le gouvernement Obama a écarté cette semaine l’idée qu’il pourrait accorder l’amnistie à Snowden en échange d’une garantie qu’il cesserait d’envoyer de nouvelles fuites de fichiers de la NSA. «Nous sommes toujours d’avis que M. Snowden est accusé d’avoir laissé échapper des informations secrètes et qu’il fait face à des accusations de trahison ici aux États-Unis», a déclaré le porte-parole de la Maison blanche Jay Carney. Il a ajouté que Snowden aurait droit à «toute procédure équitable» dans le but d’écarter les craintes qu’il ne soit soumis à une détention militaire, à la torture ou à l’emprisonnement à Guantanamo Bay.

Des personnalités proches de l’appareil des services de renseignements américains étaient encore plus assoiffées de sang dans leur réaction. L’ex-directeur de la CIA James Woolsey a qualifié cette idée d’amnistie d’«idiote», ajoutant: «Il devrait être poursuivi pour trahison. Si sa culpabilité est reconnue par un jury de ses pairs, il devrait être condamné à mort par pendaison.»

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 19 décembre 2013

À lire également:

Edward Snowden : planète sans visa

[5 juillet 2013]

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Cette information n’a pas fait la UNE de nos journaux ni des bulletins de nouvelles de nos réseaux nationaux et internationaux d’information. Ces derniers nous ont plutôt parlé d’une victoire éclatante de Michelle Bachelet, saluée avec enthousiasme par les principaux chefs d’État d’Amérique et d’Europe.
La version officielle d’AFP a été reprise par l’ensemble de nos médias :
« La socialiste Michelle Bachelet a largement remporté dimanche l’élection présidentielle au Chili devant la conservatrice Evelyn Matthei. »
Il est frappant qu’ils insistent pour la présenter comme « socialiste » et préciser qu’elle est « largement victorieuse ». On vante ses vertus et son charisme et surtout l’amour indéfectible du peuple chilien à son endroit.
« Grande favorite, Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d’un pays sud-américain en 2006, ont confirmé les pronostics qui lui promettaient une victoire très confortable. »
Il est intéressant de noter que son socialisme ne la rend pas suspecte ni dangereuse pour l’avenir du régime en place. Elle n’est ni un Chavez, ni un Correa, ni un Evo Morales. Tout au contraire, son socialisme est comme quelque chose de rassurant et, à n’en pas douter, ce qui en fait une présidente si aimée par son peuple, Washington et ses alliés.
Que faut-il donc penser de ce socialisme dont s’étiquette Michelle Bachelet ? Est-il de même nature que celui dont se drape François Hollande, président de France? Nous savons que le socialisme de ce dernier fait la joie de Washington et d’Israël. Par contre, les Français, si on se fit aux derniers sondages, ne semblent pas trop s’en accommoder avec 74 % d’insatisfaits.
Je pense que le socialisme de Michelle Bachelet s’inspire plutôt de celui de Ricardo Lagos, président socialiste du Chili, de 2000 à 2006. C’est ce dernier qui l‘initia aux fonctions ministérielles et qui en fut, pour ainsi dire, son mentor.
Je tire cette conclusion de deux faits qui illustrent le type de socialisme dont s’enveloppe Ricardo Lagos. Le premier se réfère à ses six années de présidence durant lesquelles il a maintenu, pour l’essentiel, les mêmes politiques néolibérales du dictateur Pinochet. Il n’y a eu aucune initiative de nature à modifier le régime hérité de Pinochet. Le deuxième fait vient des sympathies de Ricardo Lagos pour le Forum 2000, créé à la fin des années 1990 pour lutter contre le communisme et promouvoir la démocratie telle qu’incarnée en Amérique et en Europe par les gouvernements néolibéraux.  Une initiative prise en l’honneur de Václav Havel, farouche adversaire du  communisme de l’époque et promoteur de la démocratie néolibérale.  Lors du Forum 2000, tenu à Prague en octobre 2007, Ricardo Lagos figure sur la liste des membres participants. D’ailleurs, les participants qui figurent sur cette liste donnent une idée des orientations de ce Forum.
Je vous invite à consulter cette liste ici. Vous y noterez, entre autres, la présence de  Madeleine Albright, Secrétaire d’État des É.-U. et de Paul Wolfowitz, président de la Banque des États-Unis.
Comme anecdote, je me permets de rappeler qu’à cette occasion, il y eut une rencontre secrète d’un comité restreint, formé, entre autres, par les deux personnages plus haut cités ainsi que par Michaël Jean, alors Gouverneure générale du Canada et de deux représentants de l’opposition vénézuélienne.  Le but recherché de cette rencontre n’était rien de moins que la coordination du sabotage planifié du référendum qu’Hugo Chavez avait convoqué pour le 2 décembre 2007. Il s’agissait, entre autres, d’éliminer la clause limitant à deux mandats l’élection d’un même candidat à la présidentielle. Pour des promoteurs de la démocratie, ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux à faire.
Pour revenir au point central de notre réflexion, je pense que cette influence de Ricardo Lagos sur Michelle Bachelet peut se mesurer à la lumière de son premier mandat à la présidence du Chili. Tout comme Lagos, elle s’en est tenue à des politiques néolibérales et elle a pris bien garde d’innover dans le sens d’un authentique socialisme comme le firent ChavezMoralesCorrea.
Il faut bien se rappeler que dans son premier mandat, elle n’a jamais été une alliée convaincue d’Hugo Chavez. Je me souviens, qu’à cette époque, la presse nationale chilienne était ouvertement anti-Chavez et le canal telesurtv.net du Venezuela n’était pas accessible depuis le Chili. Il y avait un mur du silence et une désinformation qui n’avaient pas leurs contreparties. Pourtant le Chili vivait sous le régime d’une Présidente qui se disait socialiste.
À ceci s’ajoute cet autre fait. En tant que présidente pro temporelle d’UNASUR, elle avait reçu, en mars 2009, le vice-président des États-Unis en compagnie de quelques membres d’UNASUR, sans y inviter certains autres qui auraient souhaité y participer.  Ainsi, Hugo  Chavez, Evo Morales et Rafael Correa, fer de lance du socialisme du XXIe siècle et membres importants d’UNASUR, n’eurent pas cette opportunité de participer à cette rencontre.
Que dire maintenant du comportement qu’elle eut, en tant que présidente  du  XVIIe Sommet ibéro-américain, réalisé au Chili en novembre 2007,  lorsque le roi Juan Carlos d’Espagne interrompit Chavez en lui disant de se la fermer.  Michelle Bachelet, en tant que présidente de cette rencontre qui réunissait 22 représentants de pays de l’Amérique latine,  se garda bien de le rappeler à l’ordre le roi d’Espagne en lui rappelant que les les pays de l’Amérique latine ne sont plus des colonies d’Espagne et qu’ils  doivent être respectés ainsi que leurs présidents. Il n’en fut rien. Il faut lire le commentaire qu’en a fait Salim Lamrani sur Mondialisation.ca.
Cette amitié qu’elle déclare pour Hugo Chavez s’est faite bien discrète lors de son décès. À ce que je sache, elle maintint un mutisme complet. Pourtant, n’avaient-ils pas collaborer pendant quatre ans à l’intégration de l’Amérique du sud et là la promotion d’une société plus juste et plus indépendante? Mes recherches sur google n’ont donné aucun signe de sa part au moment du décès d’Hugo Chavez.
C’est cette même Michelle Bachelet, avec en plus quelques années passées dans les milieux politiques de New York et de Washington, qui est revenue au Chili pour y être élue présidente. Sa candidature avait été annoncée longtemps à l’avance par les médias internationaux. Elle était devenue la candidate incontournable, aimée de son peuple et bien soutenue par Washington et ses nombreux conseillers.
D’ailleurs, elle put compter sur la présence de personnalités hautement qualifiées pour la conseiller dans l’élaboration de son programme électorale. Dans un article ( en espagnol) fort intéressant, Ernesto Camona, nous présentent les personnes qui formèrent son commando de campagne électorale. Ils ont tous en commun une adhésion ferme au dogme de l’idéologie néo-libérale.
Pas surprenant, qu’à peine connus les résultats de son élection, qu’elle donne une conférence de presse pour parler, cette fois, de ses priorités internationales. Ce thème n’avait  été qu’effleuré lors de la campagne électorale. Elle le remet tout d’un coup à la première place de ses préoccupations. Elle aura attendu les résultats confirmant sa victoire pour s’ouvrir sur ce sujet, dont celui auquel elle va accorder une importance de premier plan, à savoir Alliance du Pacifique. Nous savons que cette Alliance du Pacifique est soutenue et encouragée par Washington pour contrer l’ALBA, cette autre alliance, créée comme alternative au Traité de libre-échange des Amériques, qui fut rejeté par les pays de l’Amérique latine, en 2005, lors du Sommet des Amériques à Mar de Plata,  Argentine.
Il n’y a pas de doute dans mon esprit que Michelle Bachelet, la nouvelle présidente du Chili avec 23,79 % de l’électorat chilien saura représenter les intérêts du néo-libéralisme et qu’elle aura ses entrées assurées à la Maison Blanche. Elle les avait déjà avec Bush et Obama lors de son premier mandat. Une alliée inconditionnelle de Washington pour contrer les politiques des pays émergents de l’Amérique latine et contrer la montée des pays de l’ALBA.
Si le club des pays qui font du néolibéralisme le fondement de leurs politiques se réjouit autant de l’arrivée au pouvoir de la « socialiste » Michelle Bachelet, c’est qu’il y a anguille sous roche. La variété des partis politiques intégrant la Nouvelle concertation lui sera d’un secours précieux pour justifier qu’elle ne peut donner suite à telle ou telle promesse, les dissensions au sein de la Concertation ne lui permettant pas d’aller plus loin. Il suffit de voir l’éventail idéologique de cette nouvelle majorité de centre-gauche, composée du Parti Démocrate Chrétien (PDC), du Parti Pour la Démocratie (PPD), du Parti Socialiste (PS), du Parti Radical Social Démocrate (PRSD), du Parti Communiste du Chili (PCCh), du Mouvement vers le Socialisme (MAS) et de la Gauche Citoyenne (IC).
Avec ces 23,79 % de l’électorat chilien qui ont voté pour elle, ce système démocratique, tel que l’aime Washington, lui permettra de diriger le pays avec toute l’autorité de la charge. Les 76,21 % qui n’ont pas voté pour elle devront accepter qu’elle dispose de l’autorité voulue pour parler et agir en leur nom. N’a-t-elle pas été élue avec une forte majorité ? Un peu plus, c’eut été, selon certains commentateurs, un véritable plébiscite.
Deux dossiers importants donneront l’heure juste de ses véritables orientations politiques : la mise en place d’une constituante pour une véritable constitution du peuple pour le peuple et le financement universel de l’éducation pour tous et pour toutes. Deux promesses incontournables de sa campagne électorale. Encore là, les diverses composantes de la Nouvelle concertation n’arriveront pas à s’entendre et le tout se ramènera à quelques modification cosmétiques. Il en sera de même pour l’Éducation où les conditions économiques ne peuvent permettent d’y donner suite , si ce n’est que par étape…
Je souhaiterais me tromper sur toute la ligne, mais….
Oscar Fortin
Québec, le 23 décembre 2013
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«Il pleut toujours là où c’est mouillé»

 Proverbe africain

Ce proverbe résume le destin des pays africains faibles qui, pour leur malheur disposent de réserves minières convoitées. Encore une fois et pour ne pas changer l’Afrique se signale par un énième conflit. Souvenons-nous en décembre c’était le Mali aux prises avec les islamistes d’Al Qaîda en décembre 2013. C’est un autre pays, la Centrafrique, aux prises dit-on depuis quelque temps à un conflit religieux. La France a été appelée à intervenir pour faire régner l’ordre après y avoir entretenu le désordre… Brève présentation de la Centrafrique.

Brève histoire et géographie de la République centrafricaine

La République centrafricaine, est un pays d’Afrique centrale, dont la population est estimée à 4.500.000 habitants, pour une superficie d’environ 623.000 km². Le pays est partagé entre savanes et forêt équatoriale (au Sud), et connaît pour l’essentiel un climat tropical. La Centrafrique (RCA) est un pays enclavé sans accès à la mer. La République centrafricaine dispose par ailleurs de nombreuses ressources naturelles, notamment l’uranium, l’or et les diamants. Le pétrole et l’énergie hydroélectrique sont d’autres ressources potentiellement importantes mais inexploitées à ce jour. Les Français colonisèrent la région à la fin du xixe siècle et l’administrèrent sous le nom d’Oubangui-Chari. Le projet colonial français, avait pour objectif de traverser le continent africain d’ouest en est. Ce projet est stoppé net en 1898 à Fachoda, par les Anglais (on parle du fameux complexe français de Fachoda).

Le premier chef de l’État, Barthélemy Boganda, est considéré comme le père de la nation centrafricaine. En 1965, lors du «coup d’État de la Saint-Sylvestre», le sergent Jean-Bedel Bokassa renverse son cousin David Dacko et prend le pouvoir. On sait que les diamants de Bokassa – scandale qui éclaboussa le président Giscard D’Estaing- lui permirent d’avoir un sursis pour régner, voire devenir un empereur dont le journal satirique français le Canard enchaîné a pu écrire que «son état empirait».

En septembre 1979, «l’opération Barracuda», organisée par la France, renverse Bokassa et remet au pouvoir David Dacko. En effet, Bokassa se rapprochait de plus en plus de Kadhafi dont la politique au Tchad est en contradiction complète avec les intérêts français. David Dacko lui succède encore brièvement. Il sera chassé du pouvoir le 1er septembre 1981 par le général André Kolingba, qui établit un régime militaire. jusqu’en 1993, année où, suivant le courant de démocratisation lancé par le sommet de La Baule, en France sous le président Mitterand, Ange-Félix Patassé désigné par la France est élu président de la République. En 2001, une tentative de coup d’État provoque de violents affrontements dans la capitale, Bangui. Après une nouvelle série de troubles et malgré l’intervention de la communauté internationale (Minurca), le 15 mars 2003, le général François Bozizé réussit, avec l’aide de militaires français (deux avions de chasse de l’armée française survolaient Bangui pour filmer les positions des loyalistes pour le compte de Bozizé) et de miliciens tchadiens (dont une bonne partie va rester avec lui après son installation au pouvoir.» (1)

«Une élection présidentielle a eu lieu, après plusieurs reports, le 13 mars 2005, L’accession à la présidence de Bozizé est violemment contestée et une première guerre civile ravage le pays entre 2004 et 2007, jusqu’à la signature d’un accord de paix en France. Cependant, les rebelles reprennent les armes fin 2012, lançant une série d’attaques démarrant la deuxième guerre civile de Centrafrique. Le 24 mars 2013, les rebelles de la coalition Seleka s’emparent de Bangui et Bozizé s’enfuit. Michel Djotodia s’autoproclame président de la République centrafricaine. Mais les nombreuses exactions commises par les miliciens de la Seleka, majoritairement musulmans, amènent l’insécurité dans le pays, et des milices chrétiennes d’auto-défense, les anti-balaka se forment. Le conflit débouche sur une situation «pré-génocidaire» selon la France et les États-Unis. Le 5 décembre 2013, une résolution de l’ONU permet à la France d’envoyer des troupes armées en Centrafrique (opération Sangaris) aux fins annoncées de désamorcer le conflit et de protéger les civils.

L’acharnement sur la Centrafrique pour cause de richesse

Pourquoi cet acharnement pour le pouvoir et pourquoi la sollicitude permanente de la France, ancienne puissance coloniale? Est-ce une guerre ethnique? Est-ce un conflit religieux? D’après le World Factbook de la CIA (USA), près de 50% de la population est chrétienne dont 25% de catholiques et 25% de protestants. 15% des habitants sont de religion islamique. Le reste de la population, soit environ 35%, reste fidèle aux religions africaine traditionnelles (animisme, génies, ancêtres, divinités).

La réponse est dont surtout économique. Les Centrafricains avant les interférences vivaient en bonne intelligence. La culture du coup d’Etat permanent est entretenue de l’extérieur, notamment de la France avec sa politique gravée dans le marbre de la Françafrique- France à fric- pourrions nous être tenté de dire, qui peut prendre des formes différentes. La deuxième raison concerne les richesses de ce pays. Bien qu’il soit très arriéré du point de vue économique, le revenu par habitant vaut 350 dollars en 2007. L’agriculture représente 55% du PIB. La croissance était 2% en 2005. L’activité minière (or et diamants) constitue l’autre ressource importante de la République centrafricaine en matière de recettes d’exportation. Il faut signaler la présence de multinationales dont Areva: le Groupe industriel français spécialisé dans l’exploitation de l’uranium de la région de Mbomou à Bakouma.
Archéologie récente du conflit

Si on remonte plus loin, on s’aperçoit que le conflit larvé avec des interférences extérieures date pour la période récente de la fin de l’année dernière. Patrick O’Connor écrit: «Les Etats-Unis et la France sont en train d’envoyer des troupes supplémentaires en République centrafricaine (RCA) alors que les milices anti-gouvernementales progressent vers la capitale Bangui. L’intervention fait partie d’un renforcement plus général des opérations militaires impérialistes sur l’ensemble de l’Afrique alors que Washington et ses alliés européens s’efforcent de maintenir leur domination stratégique sur le continent et le contrôle de ses ressources naturelles ». (2)

« Les Etats-Unis et la France menaient déjà des opérations militaires en RCA avant qu’une offensive des rebelles ne menace de renverser le gouvernement du président François Bozizé. (…) Washington a profité de la crise pour consolider davantage ses opérations militaires en Afrique. Le déploiement en RCA qui a eu lieu quelques jours à peine après l’annonce de l’armée américaine qu’une brigade armée spéciale forte de quelque 3500 soldats allait mener des activités continues partout sur le continent. Une nouvelle ruée sur l’Afrique est en cours. (..) Derrière l’attitude fausse de la «non-intervention», le gouvernement français travaille incontestablement main dans la main avec le gouvernement américain pour déterminer l’issue de la crise en République centrafricaine.(2)

La cause de toutes ces sollicitudes? On n’est pas naïf au point de croire que c’est la raison humanitaire. Patrick O’ Connor décrit l’influence soft de Chine que les Occidentaux combattent: «Le 17 juin 2009, l’ambassadeur américain Frederick Cook avait envoyé un câble disant, «relations France-RCA sérieusement sous tension,» (…) Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard était intitulée «L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente. Il ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France. En montrant clairement les calculs prédateurs qui se cachent derrière la présence américaine et française en République centrafricaine, le câble faisait référence aux «riches ressources naturelles inexploitées» du pays en prévenant: les investissements français étant moribonds et l’influence française de façon générale en déclin, les Chinois en toute probabilité se positionnent comme étant le principal bienfaiteur de la RCA en échange de l’accès aux vastes dépôts d’uranium, d’or, de fer, de diamants et probablement de pétrole. (3)

La détermination de la France à intervenir

La France déterminée a procédé par étapes: «Durant sa visite du 13 octobre à Bangui, la capitale de la Centrafrique, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que la France déploierait des troupes supplémentaires dans le pays à la fin de l’année.

Des miliciens de la Seleka, dont beaucoup viennent du Tchad ou du Soudan voisin, ont été accusés à plusieurs reprises de saccager des églises et de terroriser les communautés chrétiennes. (…) Ce projet fait partie d’une multiplication des interventions militaires françaises en Afrique visant à garantir les intérêts géostratégiques français et à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent. En moins de trois ans, la France a déjà mené trois guerres en Afrique, en Libye, en Côte d’ivoire, et celle toujours en cours au Mali. En décembre 2012, les forces rebelles de la Seleka sont passées à l’attaque contre les forces du président alors en place, François Bozizé, s’emparant de villes dans le nord et l’est du pays. La Seleka a accusé le gouvernement de revenir sur les accords de paix de 2007-2008 qui imposaient de payer les guérilleros rebelles et de les intégrer dans l’armée nationale.» (4)

Pour rappel, le 11 janvier 2013, les accords de Libreville ont temporairement empêché un coup d’état et initié un accord de partage du pouvoir. L’accord n’a toutefois eu qu’une courte durée; les forces rebelles de la Seleka, avec le soutien tacite des puissances impérialistes, ont lancé une offensive contre les forces de Bozizé. Bozizé a été renversé le 24 mars, et le chef rebelle Michel Djotodia s’est déclaré président. Paris s’est retourné contre Bozizé quand celui-ci a infléchi sa politique en faveur de la Chine et passé des accords bilatéraux sur les investissements, le commerce et le développement d’infrastructures. C’est dans ces conditions que Paris a soutenu la coalition Seleka. La Seleka est constituée de factions armées dissidentes venant du Nord-Est, et dominée par les musulmans, comme l’Ufdr et la Convention des patriotes pour la justice et la paix.(4)

La première semaine de décembre, le gouvernement français a donc lancé l’opération Sangaris. Officiellement, il est question de sauver la population menacée par un conflit interne. (…) Après la Côte d’Ivoire en 2010, la Libye en 2011 et le Mali en 2012, c’est donc au tour de la Centrafrique d’être le théâtre d’une intervention militaire française sur le continent africain. Le président François Hollande a qualifié l’opération d’ «humanitaire», et a ajouté que «les Français doivent être fiers d’intervenir quelque part sans intérêts». (5)

Tony Busselen invite à ne pas être naïf, il poursuit:

«Quoique… Le mercredi 4 décembre, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et collaborateur proche de Mitterrand entre 1981 et 1995, rend public un rapport commandé par le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Védrine note: «Entre 2000 et 2011, la part de marché de la France au Sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7%.» Jeudi 5 décembre, la France obtient un consensus au Conseil de sécurité de l’ONU autour de la résolution 2172 pour une nouvelle intervention dans la République centrafricaine (RCA). Cette résolution est un compromis assez compliqué. La France aurait voulu, comme au Mali, une mission de l’ONU qu’elle viendrait appuyer. Mais, vu la résistance de l’Union africaine, cette option d’envoi d’une mission des Nations unies sera rediscutée dans trois mois. Entre-temps, l’Union africaine déploiera une mission de 6000 hommes (Misca) qui remplacera les Forces africaines de la Communauté d’Afrique centrale (Fomac), actuellement présentes avec 1400 soldats. La France, de son côté, a reçu l’aval du Conseil de sécurité pour lancer une opération parallèle au Misca ».(5)

«Le même vendredi 6 décembre conclut Tony Busselen, Hollande préside un sommet à l’Elysée où sont invités 53 gouvernements africains. Lors de ce sommet, Hollande lance la proposition d’entraîner 20 000 soldats par an pour une force de l’Union africaine. (..) La France veut ainsi affaiblir l’Union africaine et renforcer des structures régionales plus contrôlables. Ces événements cadrent donc bien avec une stratégie visant à retrouver une hégémonie économique dans la région, aujourd’hui menacée par la montée de l’influence de pays émergents comme la Chine et l’Inde. Pas exactement une «intervention sans intérêts», donc (…) Si, aujourd’hui, la République centrafricaine est complètement K.O. et que l’anarchie y règne, c’est en grande partie la France qui en est responsable. Sur le plan économique aussi, le pays n’a jamais cessé de dépendre de la France. Ainsi, la société d’énergie française Areva décidait en 2010 de reporter l’exploitation de la mine d’uranium de Bakouma jusqu’au moment où le prix de l’uranium allait augmenter. De même, la politique monétaire du pays est définie à Paris par la Banque de France…» (5)

Conclusion

En 2050, le quart du monde sera africain. Ce qui positionne le continent qui regorge de richesse comme une destination incontournable des prédateurs. Cinquante ans après, le destin de l’Afrique est toujours décidé dans les anciennes officines. On est en droit de se demander si le temps de la Françafrique est révolu. C’est un fait, durant ce cinquantenaire, que l’Afrique n’a jamais connu la paix du fait des interférences des anciennes puissances coloniales, de la rareté des matières premières dont l’Afrique regorge et de l’apparition de nouveaux acteurs qui font à l’Afrique des propositions qu’elle ne peut pas refuser.

Devant toutes ces avanies, que pense-t-on que l’Afrique fait? Coordonne-t-elle en vue d’une sécurité alimentaire? En vue d’une médecine de qualité? Etudie-t-elle un développement endogène? Demande-t-elle qu’on la laisse en paix en alimentant en armes des belligérants ou en soutenant des tyrans qui refusent l’alternance? Rien de tout cela, sa «force d’action rapide» avec les armes des Occidentaux est devenue une vue de l’esprit. A titre d’exemple, le Tchad d’Idris Deby joue les chiens de garde de la France tant qu’il est en odeur de sainteté jusqu’au prochain coup d’Etat. La politique française concernant ses «colonies», quel que soit le président a une longévité remarquable. Les pays francophones-anciens ont tous des dictateurs adoubés par Paris.

En  définitive au juste, pourquoi ce  nouveau conflit? Apparemment l’excuse d’ingérence humanitaire est toute trouvée. Cette fois çi c’est le conflit religieux qui est mis en avant. Pendant ce temps les mêmes médias qui diabolisent avec une géométrie variable nous parle du Sud Soudan -arraché au Soudan-, qui se déchire pour le pétrole . Il y aurait des milliers de morts, une famine épouvantable et personne ne bouge si ce n’est Ban Ki Moon qui présente sa bourse vide  pour recueillir l’aumône , auprès  pays riches en vain. Ainsi va le Monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique e np-edu.dz

1. La République centrafricaine Encyclopédie WIkipédia

2. Patrick O’Connor 04 janvier 2013 :

http://www.mondialisation.ca/les-etats-unis-et-la-france-deploient-des-troupes-en-republique-centrafricaine/5317704

3. Patrick O’Connor: L’armée française supervise un accord de partage Mondialisation.ca, 02 février 2013

4. http://www.mondialisation.ca/la-france-va-intensifier-son-intervention-militaire-en-centrafrique/5355735

5. République Centrafricaine: La France en quête d’influence Tony Busselen http://www.michelcollon.info/Republique-Centrafricaine-La,4395.html

 

 

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La France a testé des armes chimiques près de Paris

décembre 27th, 2013 by Daniel Froment

(Article publié dans “le Nouvel Observateur” du 31 octobre 2013)

A 40 kilomètres de la capitale, des ingénieurs de l’armement ont produit des agents toxiques. Pour la première fois, un des hommes clés de ce programme raconte.

Sous couverts de travaux de protection (ici des gendarmes en tenue contre des attaques chimiques), les ingénieurs du centre du Bouchet produisaient des agents toxiques militarisés. (Jack Guez-AFP) Sous couverts de travaux de protection (ici des gendarmes en tenue contre des attaques chimiques), les ingénieurs du centre du Bouchet produisaient des agents toxiques militarisés. (Jack Guez-AFP)

Cet ingénieur militaire a été tenu au secret-défense pendant des décennies. Il parle ici pour la première fois. Ce qu’il sait n’est connu que d’une poignée d’initiés. Durant près d’un demi-siècle, il a été au cœur d’un chapitre noir de l’histoire de France : les essais d’armes chimiques menés près de Paris, tout au long de la Ve République, jusqu’à une période très récente.

Désormais à la retraite, Daniel Froment, 72 ans, a accepté de rencontrer plusieurs fois “Le Nouvel Observateur” chez lui, en région parisienne. Pendant des heures, ce chimiste longiligne, non dénué d’un certain humour, a raconté la vie au centre d’études du Bouchet, un établissement militaire secret situé dans l’Essonne, dans lequel il a travaillé de 1965 à 2006 et dont personne avant lui n’a jamais rien dit. Il décrit d’un ton égal les essais qu’il a menés sur des animaux, y compris dans les années 1990, et les effets terribles des différents produits qu’il a fabriqués au fil des années, à l’abri des regards. Officiellement, il travaillait à la protection des soldats. En réalité, il mettait au point des agents toxiques militarisés. Le but jamais avoué : pouvoir doter la France, en quelques mois, d’un vaste arsenal chimique.

Brisant des décennies de non-dits, il parle aussi des accords secrets qui ont lié la France aux Etats-Unis dans le domaine de la recherche militaire chimique. Il dit ce qu’il sait des fameuses armes de destruction massive qui ont “justifié” l’invasion de l’Irak en 2003 et ce qu’il connaît de l’assaut meurtrier au gaz toxique dans un théâtre à Moscou l’année précédente. Enfin, il raconte ses diverses missions confidentielles à l’étranger, en Yougoslavie comme en Libye.

Sous couverts de travaux de protection (ici des gendarmes en tenue contre des attaques chimiques), les ingénieurs du centre du Bouchet produisaient des agents toxiques militarisés. (Jack Guez-AFP)

Le Nouvel Observateur. Pourquoi parlez-vous aujourd’hui, après un si long silence ?

Daniel Froment. Le temps est venu de dire la vérité sur cette histoire. On va célébrer le 100e anniversaire de la Grande Guerre, pendant laquelle tant d’hommes ont été gazés, au moment même où l’Organisation pour l’Interdiction des Armes chimiques se voit décerner le prix Nobel de la paix. La boucle est bouclée.

Vous acceptez de parler mais pas d’être photographié. Pourquoi ?

Pour des raisons de sécurité, je ne veux pas être reconnu dans la rue. Des spécialistes comme moi, capables de décortiquer le processus de production d’armes chimiques, il n’y en a plus dans notre pays. Je suis le dernier. Le dernier à avoir participé à la fabrication d’un arsenal chimique potentiel en France. Le dernier qui a connu la phase d’armement offensif comme celle du désarmement.

Vous êtes entré au centre d’études du Bouchet en 1965. Comment vous êtes-vous retrouvé dans cet établissement militaire si fermé ?

Par hasard. Je suis sorti de l’école de chimie de Lyon en 1964 et tout de suite j’ai eu une proposition d’embauche au centre d’études du Bouchet, qui cherchait un ingénieur. Le Bouchet, à l’époque, je ne savais pas ce que c’était. Ce qui m’a frappé, en arrivant, c’était son côté ultraconfidentiel. Nous étions encore en pleine guerre froide. Tout était évidemment secret-défense. On ne racontait pas à l’extérieur ce que nous y faisions. Moi, je disais que je fabriquais des insecticides pour les mammifères supérieurs ou des tue-mouches. J’aime bien plaisanter. Comme les conditions de vie étaient très agréables, la plupart des salariés logeaient sur place, avec leurs familles, pour ceux qui en avaient. Il y avait un lotissement avec les maisons pour les cadres, les maisons pour les ouvriers… On pouvait être appelé à n’importe quelle heure en cas d’incident. Il m’est arrivé d’être réveillé en pleine nuit. Malgré tout, je m’y suis beaucoup plu. Le travail était très intéressant. Je peux même dire que j’y ai passé de très belles années, quarante et une en tout jusqu’en 2006. Nous avions une grande liberté, plus que n’importe où dans le privé. Nous pouvions mener toutes les recherches que nous voulions.

Comment était organisé le centre ?

Nous étions installés à Vert-le-Petit, à une quarantaine de kilomètres au sud de Paris, dans une ancienne poudrerie qui datait de Louis XIV. Le centre du Bouchet, qui est protégé par de hauts murs et des barrières, s’étend sur une quinzaine d’hectares, en pleine nature. C’est très paysager. On y voit même des cerfs. Environ deux cents personnes y travaillaient, et y travaillent toujours, dont une cinquantaine pour la chimie, le reste pour la biologie et la protection. Le tout dépend de la Direction générale de l’Armement.

Il y a une vingtaine de bâtiments peu élevés, isolés les uns des autres. Lorsqu’on fait des toxiques ou qu’on les manipule, il ne faut pas travailler dans des immeubles de beaucoup d’étages, sinon on maîtrise mal les flux d’air. Dans les locaux du département chimie – que j’ai dirigé dans les années 1990 –, nous avions des réacteurs avec lesquels nous pouvions produire quelques kilos d’agents toxiques par jour. C’était un travail très dangereux. Nous travaillions toute la journée avec des combinaisons de protection intégrale avec lesquelles nous nous douchions après le travail. Avant et après chaque fabrication, on nous piquait le doigt pour recueillir un peu de sang. Il s’agissait de mesurer le taux de certains enzymes et de s’assurer ainsi que nous n’étions pas contaminés. Nous n’avons jamais eu besoin d’hospitaliser quelqu’un. Nous nous sommes néanmoins rendu compte qu’il ne fallait pas que la production dure trop longtemps, sinon la vigilance baissait, et les risques d’incident augmentaient.

Pratiquiez-vous des tests sur des animaux ?

Oui. Pendant des années, mon travail a consisté notamment à prévoir la toxicité des produits. Nous mesurions ce que nous appelions la DL50, la “dose létale 50″, en clair la quantité à partir de laquelle un agent tue la moitié (50%) d’une population donnée au bout de vingt-quatre heures. Pour cela, nous avions une animalerie, avec des rats surtout. Quand nous obtenions des produits intéressants, nous les testions aussi sur des chiens ou des cochons. Mais c’était plus difficile, émotionnellement parlant, que sur des rats… Et puis c’était plus cher. On se servait aussi de chimpanzés, mais très rarement. On a travaillé uniquement sur des animaux jusqu’au milieu des années 1980. Ensuite, on a utilisé aussi des ordinateurs. Grâce à l’informatique, on prévoit l’impact de molécules modélisées sur les cibles. Si ces molécules virtuelles marchaient bien sur écran, nous les synthétisions.

Les tests sur les animaux ne vous posaient pas de problème de conscience ?

Non, il ne faut pas mélanger morale et politique. Cela dit, au milieu des années 1990, le centre du Bouchet s’est doté d’un comité d’éthique pour tout ce qui concernait l’expérimentation animale. C’est lui qui décidait, et décide encore, de l’opportunité d’effectuer certains essais. Si bien que, lorsque je suis parti en 2006, on n’en faisait presque plus.

Avez-vous jamais fait des tests sur des hommes ?

Non, jamais.

Comment connaissiez-vous l’impact de vos produits sur les humains ?

En extrapolant les résultats des tests sur les animaux et par la littérature étrangère spécialisée. Celle-ci relatait notamment les accidents qui s’étaient produits dans le centre d’Edgewood, dans le Maryland, l’équivalent du Bouchet aux Etats-Unis, et les conséquences de la fuite de certains toxiques sur l’homme. Et puis les médecins du Bouchet étaient en relation régulière avec leurs homologues américains ou britanniques.

Quelle était votre spécialité ?

Les “organophosphorés”, les “OP”, comme nous disions entre nous. C’est le nec plus ultra de l’armement chimique découvert à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais jamais utilisé lors de ce conflit. Le plus célèbre de ces neurotoxiques est le sarin utilisé récemment en Syrie. Le Bouchet a commencé à travailler sur ce type de produit en 1948. On s’est vite rendu compte qu’ils étaient cent fois plus “intéressants”, efficaces si vous voulez, que ceux utilisés pendant la Première Guerre mondiale, le chlore, le phosgène ou l’ypérite, qui tuaient seulement après plusieurs jours. Les “OP” sont beaucoup plus rapides.

Quel effet produit le sarin sur l’homme ?

Il perturbe le fonctionnement du système nerveux. Au début, la pupille se contracte (c’est ce que l’on appelle le myosis), on a l’impression qu’il fait soudainement nuit, puis on salive fortement, les bras et les jambes sont pris de convulsions, et enfin la cage thoracique fonctionne de manière très erratique. On meurt en quelques minutes. Il y a bien un antidote, mais il doit être injecté très rapidement. L’avantage tactique du sarin est qu’il est très volatil : en trois ou quatre heures, il a disparu de l’atmosphère, et l’attaquant peut donc venir occuper le terrain. C’est pour cela qu’il a été utilisé en Syrie.

Quelles sont les caractéristiques des autres “OP” ?

Alors qu’il suffit d’un simple masque à gaz pour se protéger du sarin, il faut une combinaison contre le gaz VX. Cet “OP” est une huile qui pénètre dans la peau en deux, trois minutes. Persistant, il rend un terrain inutilisable pendant plusieurs semaines, parfois davantage s’il n’y a pas de pluie. On pourrait l’utiliser pour bloquer durablement un aéroport ou un port. Le pire, c’est le soman. Il suffit de 6 milligrammes pour tuer un homme, et il n’y a pas d’antidote. Mais il est cher et très difficile à obtenir puisque son produit de base, l’alcool pinacolique, n’a pas d’usage civil. Il faut donc construire une installation spéciale pour sa fabrication. A ma connaissance, seuls les Soviétiques l’ont militarisé. L’”OP” le plus facile à fabriquer est le tabun, parce que ses matières premières sont accessibles dans le commerce. Il fonctionne comme le sarin mais il est moins efficace.

Vous nous avez dit qu’au Bouchet vous ne produisiez que quelques kilos d’”OP” par jour. Mais dans un livre publié en 2006, “War of Nerves”, l’un des meilleurs spécialistes américains des armes chimiques, Jonathan Tucker, assure que, dans les années 1960, la France a produit plusieurs dizaines de tonnes de sarin et 400 kilos de VX dans l’usine de Braqueville, près de Toulouse.

Ce n’est pas tout à fait juste. Pour le sarin, il ne s’agissait que d’une centaine de kilos. C’est le tabun dont on a fabriqué une dizaine de tonnes.

Que sont devenus ces stocks ?

La plupart ont été utilisés dans des tests. D’abord dans le centre d’essais de B2-Namous en Algérie, puis dans le camp militaire de Mourmelon.

Dont nous reparlerons un peu plus tard. Le reste des stocks a-t-il été détruit ?

Oui, dans l’usine de Braqueville.

Quand ?

Je ne souhaite pas vous le dire.

Avez-vous travaillé sur d’autres types d’agents chimiques que les “OP” ?

Oui, dès le milieu des années 1960, nous avons étudié et testé de nouveaux concepts : les incapacitants et les binaires. Les premiers sont des produits qui neutralisent sans tuer. L’idée, l’utopie, en quelque sorte, était de rendre la guerre chimique plus humaine. Cette période correspond aussi au développement de la psychiatrie et des psychotropes. Le seul qui a été militarisé est le BZ, une poudre dont les Américains ont produit plusieurs tonnes, avant de les détruire. Avec cet incapacitant très puissant, vous êtes incapable de bouger, vous ne répondez plus aux ordres, vous vacillez et vomissez. Vous dites n’importe quoi. Vous ne savez plus où vous êtes et vous avez des hallucinations. En très mauvais état, vous mettez plusieurs semaines pour récupérer. Ces produits, qui ont suscité beaucoup d’intérêt, pourraient être très utiles en France contre des individus dangereux, les forcenés par exemple, lors de prises d’otages ou de certaines manifs. Mais, comme notre société est très procédurière, nous ne sommes jamais allés jusqu’à la phase de production.

Avez-vous étudié le LSD aussi ?

Certains pays l’ont fait mais pas nous. Nous avons exploré d’autres familles d’incapacitants, mais je ne vous dirai pas lesquels. L’ironie de l’histoire, c’est que, pendant que les consommateurs de drogue des années 1960 nous méprisaient, nous, les “militaires”, ils utilisaient pour planer les produits sur lesquels nous travaillions dans nos labos. Et ne parlons pas de ces universitaires civils qui affichaient leur dédain pour nous et, dans le même temps, venaient, en cachette, mendier des contrats au Bouchet…

A la même époque, vous avez travaillé aussi sur les armes chimiques binaires. De quoi s’agit-il ?

Vous prenez deux agents peu nocifs qui, mélangés, produisent un toxique. Vous les mettez dans deux boîtes séparées, à l’intérieur d’un obus. Lors de la mise à feu, les boîtes sont écrasées par l’accélération, s’ouvrent, et les deux agents se mélangent sous l’effet de la rotation. La synthèse se fait alors en quelques secondes. Ces armes sont donc peu dangereuses au “repos”. D’où leur succès dans les années 1980, quand tout le monde s’est intéressé à ce concept. Seuls les Américains ont déclaré posséder un arsenal de ce type.

Et la France ? A la fin des années 1980, l’institut Sipri, un organisme d’ordinaire bien informé, a affirmé – et cela avait provoqué une polémique – que la France disposait du troisième stock d’armes chimiques, après l’URSS et les Etats-Unis, avec notamment des armes binaires.

C’était faux. La politique de notre pays a toujours été d’effectuer une veille scientifique. On connaissait tout, mais on ne produisait pas en masse. Il fallait se tenir au courant de toutes les possibilités si les autorités décidaient un jour de créer un arsenal chimique.

C’est justement ce qu’elles ont décidé au milieu des années 1980. La loi de programmation 1987-1991 ne prévoyait-elle pas la production de plusieurs centaines de tonnes d’agents binaires, dans le cadre d’un programme secret au nom de code “Acacia” ?

Ah vous savez ?… C’est vrai, “Acacia” était le programme secret d’armement chimique binaire lancé en 1986 par le président Mitterrand et arrêté par lui, trois ans plus tard, avant le passage à la fabrication massive. L’idée était d’être en mesure, après une phase d’étude, de créer un véritable arsenal chimique en moins de deux ans. Pour “Acacia”, j’étais chargé de l’approvisionnement en produits chimiques. Le but était d’être autonome : avoir un accès rapide aux précurseurs, c’est-à-dire aux produits entrant dans la composition des agents toxiques, et s’affranchir de toute dépendance extérieure. L’industrie chimique française était suffisamment performante pour cela. Je devais m’assurer discrètement auprès des compagnies que nous pourrions obtenir ces précurseurs en quantité suffisante, voir quelle usine civile pouvait les fabriquer et à quel endroit, décider si, dans certains cas, il fallait leur demander de construire des réacteurs spécifiques. Nous avons passé des contrats avec des sociétés afin qu’elles étudient la faisabilité. Mais, comme finalement Mitterrand a tout arrêté, rien n’a été construit.

Sur le binaire, le Bouchet a entretenu des rapports très proches et très secrets avec les Américains. Jonathan Tucker assure qu’en 1975 des spécialistes d’Edgewood ont fait un exposé aux Français sur l’état d’avancement des armes binaires. Etiez-vous de ceux-là ?

Non, pas en 1975…

Tucker assure aussi qu’au milieu des années 1980, Bill Dee, le patron du chimique au Pentagone, s’est arrangé avec le Bouchet pour réaliser quelques tests d’armes binaires dans le camp militaire de Mourmelon, près de Châlons-en-Champagne, et qu’en échange il a fourni aux spécialistes français quelques tuyaux sur cette arme. Vous y étiez, cette fois ?

Ce n’est pas impossible… La législation des Etats-Unis était devenue de plus en plus exigeante sur les questions de pollution. Bill Dee – un grand bonhomme ! – n’avait plus le droit de réaliser des essais sur le sol américain. Donc les autorités françaises lui ont permis d’en faire quelques-uns à Mourmelon, mais seulement de produits volatils qui se dispersent en quelques heures.

Tout s’est arrêté à la fin des années 1980, quand les grandes puissances ont décidé que l’heure du désarmement chimique avait sonné.

Oui, des discussions à ce sujet duraient depuis plus de vingt ans. Mais les pourparlers se sont accélérés en 1989, quand la guerre froide s’est achevée, et après le gazage des Kurdes de Halabja, en Irak, qui a bouleversé l’opinion publique internationale. Chacun a ouvert ses registres. Depuis les années 1970, les Soviétiques affirmaient qu’ils n’avaient jamais produit d’armes chimiques, et tout d’un coup ils ont annoncé plus de 40000 tonnes (dont 4800 de soman, le gaz sans antidote !), et les Américains, 32000. Tous étaient très contents de se débarrasser des armes chimiques parce qu’elles étaient finalement devenues un système ingérable dont on redoutait sans cesse des fuites. Et puis, les militaires étant de mieux en mieux protégés et de plus en plus mobiles, l’intérêt militaire des agents toxiques a beaucoup faibli. Des négociations internationales visant à la destruction et à l’interdiction des armes chimiques ont donc commencé à Genève en 1989. Pendant les pourparlers, j’étais conseiller scientifique de la délégation française.

A quoi ont abouti ces négociations ?

En 1993, les grandes puissances ont signé une convention et accepté de se séparer de tout leur stock. Les Américains ont à ce jour détruit 80% de leur arsenal chimique. Les Russes, eux, vont beaucoup moins vite. Comme cela coûte dix fois plus cher de détruire des armes chimiques que de les produire, Moscou a fait appel à la générosité internationale pour construire une usine de démantèlement dans l’Oural. Quand j’ai quitté le Bouchet en 2006, elle n’avait pas encore vu le jour.

En octobre 2002, lors de la prise d’otages au Théâtre de la Doubrovka, à Moscou, les forces russes ont utilisé un produit toxique inconnu qui a tué une centaine de personnes. En avaient-elles le droit ?

La réponse n’est pas simple. Le produit en question, un puissant antalgique en poudre – qui n’était pas, comme on l’a dit, du BZ –, ne figure pas sur la liste des produits prohibés par la convention de 1993. Il aurait suffi que les policiers fournissent aux secouristes l’antidote, qui existe, pour que tout se termine bien. Cela dit, d’après la même convention, il est interdit de mettre un produit chimique dans une munition. On aurait donc pu demander des comptes à Moscou. Mais aucune chancellerie n’a voulu chercher chicane au Kremlin.

Les discussions ont aussi abouti à la création, en 1997, de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes chimiques, l’OIAC, qui vient d’obtenir le prix Nobel de la paix et qui travaille depuis quelques semaines en Syrie.

Oui, j’ai enseigné la chimie des toxiques aux premières équipes de l’OIAC. Elles ont été invitées au Bouchet. C’est à ce moment-là que le centre est un peu sorti de l’ombre. On leur a fait visiter nos laboratoires et on les a initiées au processus de fabrication et de démantèlement des armes chimiques.

Après, vous avez vous-même fait de multiples inspections ?

Oui, je suis allé en Yougoslavie pendant la guerre civile. A Sarajevo, il y avait eu un terrain d’initiation aux armes chimiques, et à Mostar, un site de fabrication de toxiques. Je devais vérifier que nos soldats qui étaient là-bas ne couraient aucun risque. C’était le cas puisque tout était démantelé. A partir de 1996, je me suis rendu très souvent en Irak. J’étais le conseiller chimique de l’Unscom, l’organisme international chargé de démanteler les armes de destruction massive du pays. On m’a demandé d’être expert pour analyser la documentation remise par les Irakiens. J’ai aussi visité le complexe d’Al-Muthanna, une immense usine, de 5 kilomètres sur 5, très protégée, en plein désert. J’ai discuté des heures avec le responsable du programme, Amir al-Saadi, un type aussi fort en balistique qu’en chimie ou en biologie.

Qu’avez-vous découvert à Bagdad ?

Pendant sa guerre avec l’Iran, l’Irak a pu se fournir sans problème auprès des pays occidentaux pour son armement chimique. Après ce conflit, les Irakiens, qui avaient constaté les avantages des agents toxiques dans une guerre de tranchées, ont voulu en produire d’autres plus sophistiqués, du VX notamment. Mais, à partir du début des années 1990, les grandes puissances ont fermé le robinet et instauré un groupe informel, appelé Groupe Australie (parce qu’il se réunit à l’ambassade d’Australie à Paris), pour contrôler les exportations de produits suspects. Du coup, l’Irak a échoué à créer un arsenal moderne. Si bien qu’en 2003 les Américains n’ont pas trouvé d’armes de ce type en Irak.

Cela ne vous a pas du tout surpris, n’est-ce pas ?

Non. En 2003, je conseillais Hans Blix, le patron des inspecteurs de l’ONU en Irak. Je lui avais dit que je ne croyais pas que les Irakiens avaient un stock chimique militairement opérationnel, notamment parce qu’ils ne savaient pas faire des produits purs. Je l’ai fait savoir aussi de manière informelle aux autorités françaises. Mais les Américains étaient déterminés à attaquer…

Votre dernière mission s’est déroulée en Libye, n’est-ce pas ?

Oui, en 2006, c’est là que j’ai fini ma carrière. Après que Kadhafi a fait son “coming out” chimique, je suis allé quatre fois à Tripoli pour une mission exploratoire. Avec le groupe Veolia, nous avons mis en avant notre technologie de démantèlement. Notre conclusion était qu’il était trop dangereux de traiter sur place les bunkers pleins d’ypérite, l’autre nom du gaz moutarde. Nous avons proposé de congeler les produits, de les transporter dans des camions frigorifiques jusqu’à Tripoli, puis de les détruire par incinération. Notre projet n’a pas été retenu. Depuis j’ai lu dans la presse deux informations contradictoires : selon l’une, les armes ont été détruites. Mais où et comment ? Selon la seconde, les Américains ont seulement soudé les portes des bunkers. J’ai le sentiment que cette dernière version est la bonne…

En Syrie, l’accord russo-américain signé en septembre prévoit la destruction de toutes les armes chimiques d’ici à la mi-2014. Pour ce faire, il semble que le Pentagone ait l’intention d’envoyer sur place un système mobile d’hydrolyse. Pensez-vous que cela permettra de tenir les délais ?

J’en doute fort. L’hydrolyse ne s’applique que pour les produits en vrac, dans des fûts. Mais cela laisse entière la question des munitions chargées, qui ne peuvent être détruites totalement que par un incinérateur. Or il faut au moins deux ans pour en fabriquer un. A moins qu’on ne décide de les détruire “à la sauvage”, comme en Irak au début des années 1990…

L’an prochain, la France va célébrer le 100 e anniversaire de la guerre de 1914-1918 alors que des tonnes d’armes chimiques issues de ce conflit se trouvent encore sur le sol français. Comment cela s’explique-t-il ?

La France stocke environ 260 tonnes de munitions chimiques datant de la Première Guerre mondiale. Tous les ans, on en découvre d’autres. Pendant la construction du TGV Paris-Lille, on en a parfois mis au jour 5 tonnes au kilomètre ! Jusqu’au milieu des années 1990, on s’en débarrassait en les faisant exploser en baie de Somme. A mon sens, ce n’était pas polluant puisque les produits utilisés sont déjà présents dans l’eau, y compris l’arsenic. Mais les écologistes ont eu gain de cause. Et, en 1997, le gouvernement a décidé de stocker désormais les munitions non explosées en attendant la mise en service d’une usine de démantèlement. J’ai été sollicité comme expert pour recenser les différentes techniques de démantèlement. J’ai inventé le nom du projet : Secoia (Site d’élimination des chargements d’objets identifiés anciens), un acronyme un peu bizarre qui se voulait un clin d’œil au projet secret d’armement dont nous avons parlé tout à l’heure, “Acacia”, un autre arbre… Les autorités ont choisi la chambre d’explosion, une technique efficace mais chère. C’est sans doute la raison pour laquelle les travaux de l’usine, qui devrait être érigée dans le camp militaire de Mailly, dans l’Aube, n’ont toujours pas commencé.

Recueilli par Marie-France Etchegoin et Vincent Jauvert – Le Nouvel Observateur

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Des images capturées avec un téléphone cellulaire et diffusées à la télévision nationale RAI2 mardi dernier montrent des migrants dans un camp sur l’île de Lampedusa forcés de se dévêtir, en présence d’hommes et de femmes, pour être ensuite lavés au jet par des employés.

Le camp est utilisé pour la détention de réfugiés venant d’Afrique et du Moyen-Orient qui ont fait le dangereux périple à travers la mer méditerranée jusqu’en Italie, pour tenter désespérément d’entrer en Europe.

La vidéo a été filmée par un migrant pendant qu’un autre décrit les événements filmés. L’un des deux, qui se nomme Khalid, a dit que lui et d’autres demandeurs d’asile ont été alignés et traités «comme des animaux».

La vidéo montre des hommes et des garçons faisant la file dans une cour à ciel ouvert en hiver et qui, un par un, doivent se dévêtir complètement. Au moins deux hommes du camp sont debout et dévêtus, pendant que d’autres se déshabillent. Un des hommes est debout les bras écartés pendant qu’un employé l’arrose de la tête aux pieds. Certains migrants cherchent à conserver un peu de pudeur en se couvrant le sexe.

D’après le commentaire, les femmes devaient aussi subir ce traitement et les détenus y étaient soumis à intervalle de quelques jours, après avoir étés informés que cela avait apparamment pour but de combattre une épidémie de gale.

Environ 26 des demandeurs d’asile aspergés seraient des survivants du naufrage au large de Lampedusa en octobre ayant causé la mort de 350 personnes. Cette tragédie, dont les victimes étaient principalement africaines, a été suivie d’une autre huit jours plus tard dans laquelle 34 migrants, principalement de la Syrie et de la Palestine, se sont noyés quand leur bateau a chaviré.

Le Corriere della Sera a noté que «la vidéo aurait été prise le 13 décembre, mais les migrants disent que la désinfection se fait sur une base hebdomadaire».

Il ajoute que «des Érythréens, des Syriens, des Ghanéens, des Nigériens et des Kurdes, y compris des survivants du naufrage du 3 octobre, auraient été soumis à ce traitement».

Le maire de Lampedusa Giusi Nicolini dit que ces images «évoquent celles d’un camp de concentration. Elles montrent que cette façon d’accueillir devrait faire honte à Lampedusa et à l’Italie. Cela doit changer. Ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions seulement deux mois après le naufrage qui a provoqué tant de larmes et suscité tant de promesses.»

L’organisation responsable du camp, la coopérative Lampedusa Accoglienza, s’est empressée de rejeter la faute sur les migrants. Son directeur général, Cono Galipò, prétend que les migrants ont décidé de se dévêtir de leur propre gré pendant une procédure pour éliminer des parasites. En entrevue avecRadio Città Futura, il a dit, «le traitement que nous faisions, a été effectué d’après un protocole, et durait une heure et demie. À un certain moment, certains des immigrants ont perdu patience et ont enlevé leurs vêtements. Ils ont clairement mis en scène ce qui est montré.»

Depuis cet horrible incident, des représentants de l’élite dirigeante en Italie et à travers l’Europe se montrent choqués des derniers événements à Lampedusa. C’est le comble de l’hypocrisie venant de la part des auteurs des politiques qui forcent des centaines de milliers à fuir leur pays d’origine et de la politique anti-immigrante connue sous le nom de «forteresse Europe».

Enrico Letta, le premier ministre italien, a prétendu qu’il était «stupéfait» par la vidéo, ajoutant que le «gouvernement va mener une enquête rigoureuse et confronter ceux qui sont responsables de cette situation».

Le ministre de l’Intérieur italien, Angelino Alfano, a dit qu’un rapport concernant les images serait prêt en 24 heures, ajoutant que «ceux qui ont commis cette faute vont payer».

La présidente du parlement italien, Laura Boldrini, a dit que de «forcer des femmes et des hommes à se dévêtir dehors en plein hiver n’est pas digne d’un pays civilisé».

La chef de la commission Européenne des Affaires intérieures, Cecilia Malmstrom, a dit, «Les images du centre de détention à Lampedusa sont consternantes et inacceptables.»

«Nous avons déjà commencé l’enquête sur les terribles conditions dans beaucoup de centres de détention italiens, Lampedusa inclus», a-t-elle ajouté.

Dans un message Twitter, elle a dit: «L’UE s’est engagée à assister l’Italie pour recevoir les migrants, mais cela doit être fait dans des conditions décentes. Nous n’hésiterons pas à lancer une procédure d’infraction pour faire en sorte que les normes et obligations de l’UE soient pleinement respectées.»

Autrement dit, la répression des immigrants doit continuer, mais si possible en évitant que la population soit témoin de la brutalité.

Les dirigeants de l’Union européenne devaient se rencontrer pour un sommet jeudi et vendredi derniers pour discuter de propositions concernant l’avenir des lois d’immigration. Aucune de ces propositions ne sont basées sur la défense des droits démocratiques des migrants et des demandeurs d’asile. Les mesures à l’ordre du jour incluent le renforcement de la garde côtière contre la «migration illégale».

La Commission européenne a recommandé le renforcement des patrouilles aériennes et maritimes pour la région méditerranéenne afin de détecter et intercepter des navires de migrants cherchant à se rendre sur les côtes européennes. Ce plan, dont les coûts sont estimés à 14 million d’euros par an, est entièrement conforme à un plan élaboré par l’agence de contrôle des frontières de l’UE FRONTEX.

FRONTEX a déjà sa propre flotte d’avions, d’hélicoptères, et de navires, utilise des drones et de la technologie de surveillance sophistiquée et peut déployer des gardes-frontières de différents États membres à tout moment.

La commission propose également d’investir 50 millions d’euros pour aider les pays qui font face à de «fortes pressions migratoires», ce qui inclut 30 millions d’euros pour l’Italie.

Les images de Lampedusa donnent un aperçu de la souffrance et des humiliations vécues par les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile dans les camps à travers l’UE. Le camp de Lampedusa contient actuellement 391 migrants, dont 36 enfants, mais le site a été conçu pour 250 personnes.

D’après un rapport publié mardi dernier par l’association caritative Aide à l’enfance, les conditions du camp de détention ne respectent pas les «droits fondamentaux». Il souligne que beaucoup de personnes sont forcées de dormir dehors à cause du manque d’espace.

Il montre aussi que de nombreux migrants qui ont fait des traversées dangereuses pour se rendre en Italie cette année venaient de la Syrie.

La Syrie a été dévastée par une guerre civile qui dure maintenant depuis 2 ans et demi et qui a été fomentée par les principales puissances impérialistes qui ont financé des groupes d’opposition qui combattent le régime du président Bashar Al-Assad. De nouvelles statistiques publiées la semaine dernière par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés indiquent que 127.000 réfugiés quittent la Syrie tous les mois. D’après Aide à l’enfance, un quart des 40.244 migrants qui ont atteint l’Italie en bateau dans les 11 premiers mois étaient Syriens.

Les États Européens ont réagi à cette catastrophe humanitaire en s’en lavant les mains. Seulement 10 pays membres de l’UE ont donné leur accord pour accueillir un maximum de 12.000 réfugiés syriens cette année, a dit Amnistie internationale ce mois-ci.

Les frontières fermées de l’Union européenne ont entraîné la mort de près de 25.000 personnes qui ont péri en essayant d’entrer en Europe. Cette année devrait être la pire. Un rapport publié la semaine dernière par l’Organisation internationale pour les migrations indique que plus de 7000 migrants ont peut-être péri en mer ou en traversant des déserts pour trouver refuge en 2013.

Robert Stevens

Article original, WSWS, paru le 19 décembre 2013

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Au cours de la semaine passée, des vagues d’explosions à la bombe et de fusillades ont déchiré l’Irak en faisant des victimes dans le pays tout entier.

Hier, 14 personnes au moins ont été tuées dans trois attaques différentes. Deux bombes placées en bordure de route dans la ville de Tuz-Khurmato, à 100 miles au nord de Bagdad, ont entraîné la mort de neuf personnes. Vingt-quatre ont été blessées. Plus au nord, dans la ville de Hawaji, deux maisons voisines ont été prises d’assaut par des militants qui ont abattu six membres d’une même famille avant de faire exploser les bâtiments et de s’enfuir.

Les chiites d’Irak et des pays avoisinants sont en train d’effectuer un pèlerinage annuel vers la ville irakienne de Karbala pour Arbaïn, un jour saint pour les musulmans chiites et qui marque le quarantième jour de deuil de la mort du petit-fils du prophète Mahomet et qui tombe cette année le 23 décembre. Les pèlerins représentent des cibles faciles d’attentats suicides qui visent les chiites, et la sécurité renforcée par le gouvernement n’a guère diminué l’effusion de sang.

La veille, 46 personnes au moins ont été tuées et 100 autres blessées dans des attaques perpétrées partout en Irak. Un ancien journaliste de Reuters qui travaille pour les médias irakiens a également été tué jeudi ainsi que son fils dans une explosion qui a tué au moins 16 personnes et blessé 31 autres dans la banlieue sud de Bagdad. Mohanad Mohammed est le dixième journaliste en moins de trois mois à être tué dans le pays.

Deux autres attaques visant des régions chiites au sud de Bagdad ont fait au moins 16 morts et 18 blessés dont des enfants et une femme âgée qui, le visage couvert de sang, a été emmenée d’urgence à l’Hôpital Yarmuk de Bagdad.

Jeudi, dans une autre attaque, des militants en uniforme, auraient tué par balles un milicien Sahwa, ses trois enfants, sa femme et son beau-frère, après s’être introduits dans leur maison à Abou Ghraïb, à l’ouest de Bagdad.

La milice Sahwa a été financée par l’armée américaine et le gouvernement irakien. Elle se compose de membres de tribus sunnites. Depuis 2006, elle patrouille les quartiers et combat d’autre insurgés et membres sunnites d’al Qaïda. Les membres de la milice Sahwa sont actuellement la cible fréquente d’autres militants sunnites qui les considèrent comme des traîtres. Hier, quatre autres membres de la milice ont été blessés dans deux attaques distinctes dans la région de Sharqat, au nord de Bagdad.

Au total, plus de 8.000 personnes ont été tuées cette année suite à des violences sectaires en Irak – un niveau jamais vu depuis 2008 et la fin de la « montée en puissance » des troupes d’occupation américaines dans le pays. En novembre, 948 personnes ont été tuées dans des attaques violentes perpétrées à travers l’Irak ; quatre-vingt-dix pour cent des victimes, soit 852 personnes, étaient des civils.

Dix ans après que Washington a envahi l’Irak, sur la base de mensonges selon lesquels l’Irak menaçait le monde car elle possédait des armes de destruction massive, et a mené une guerre qui a eu pour conséquence la mort de centaines de milliers de personnes, les conflits sectaires attisés par l’occupation américaine de l’Irak et la dévastation qui s’en est suivie dans le pays continuent d’avoir des conséquences tragiques.

Lorsque les Etats-Unis ont finalement soutenu en Irak un gouvernement chiite appuyé par l’Iran, ce dernier s’est heurté à une opposition grandissante non seulement de la part des couches sunnites qui gravitent autour de ce qui reste du vieux parti baasiste de Saddam Hussein, mais aussi des combattants islamistes sunnites. Selon une étude réalisée en 2007, 60 pour cent des combattant et des instigateurs d’attentats suicides en Irak émanent, via la Syrie, de pays à prédominance sunnite, à savoir l’Arabie saoudite et la Libye.

L’accroissement cette année de la violence sectaire en Irak est avant tout le résultat de la politique américaine consistant à attiser une guerre par procuration en Syrie voisine où les Etats-Unis ont armé des rebelles sunnites alliés à al Qaïda en tentant de renverser le régime du président Bachar al Assad.

En octobre, durant sa visite cette année à Washington, le premier ministre Maliki avait souligné le rôle que joue al Qaïda dans l’accroissement de l’instabilité du pays en disant, « Les terroristes sont revenus en Irak au moment où la situation, voire le conflit a débuté en Syrie. »

Le petit groupe d’al Qaïda appelé l’Etat islamique en Irak et al Sham (ISIS) a notamment obtenu le soutien d’alliés des Etats-Unis et a constitué des bastions de part et d’autre de la frontière entre l’Irak et la Syrie.

ISIS s’efforce d’établir le contrôle sur plusieurs provinces irakiennes en revendiquant de vastes parties du désert occidental de l’Irak. Al Qaïda achemine des militants et du matériel et franchit sans entrave la frontière entre la Syrie et l’Irak. Sa base d’appui est en train de prendre de l’ampleur au sein de la communauté sunnite irakienne suite à la répression gouvernementale. En Irak, le groupe a aussi réussi à organiser avec succès plusieurs évasions de prison, dont une attaque contre la prison d’Abou Ghraïb qui a libéré des centaines de prisonniers.

Les tensions entre les éléments sunnites et le gouvernement à dominance chiite du premier ministre Nouri al-Maliki, et qui a été mis en place par Washington, avaient provoqué des protestations en Irak à la fin de l’année dernière. Des milliers de personnes étaient descendues dans la rue et avaient été réprimées par le gouvernement qui, redoutant une guerre civile selon le schéma syrien, avait puni des quartiers sunnites entiers.

La conséquence en a été une escalade de la violence dans les deux camps. En avril, l’armée a tué par balle 53 manifestants à Hawija. Le régime irakien a exécuté cette année plus 160 personnes pour actes de terrorisme.

Le bain de sang en Irak se poursuit encore alors même que, pour le moment du moins, les tactiques régionales américaines prévoyant une attaque militaire directe contre la Syrie ont été délaissées au profit de la conclusion d’un accord avec l’Iran et la Syrie, alors qu’en Irak les forces sunnites islamistes qui regorgent d’armes et d’argent fournis par les alliés des Etats-Unis continuent de lancer des assauts contre les forces chiites et gouvernementales.

Rosa Shahnazarian

Article original, WSWS, paru le 21 décembre 2013

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L’homme de l’année 2013

décembre 24th, 2013 by René Naba

«Allons, camarades, il vaut mieux décider dès maintenant de changer de bord. (…) Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde.
Voici des siècles que l’Europe a stoppé la progression des autres hommes et les a asservis à ses desseins et à sa gloire. Regardez-la aujourd’hui basculer entre la désintégration atomique et la désintégration spirituelle».
Franz Fanon, conclusion au livre «Les damnés de la terre».

Co-lauréats du titre « L’homme de l’année 2013″

  • François Hollande: « Scipion l’africain au Mali, Général Flamby en Syrie »
  • Laurent Fabius: « Le pire ministre des Affaires étrangères socialiste de la Vème République »

Paris- Le jury de renenaba.com a décidé, à l’unanimité, de décerner le titre de l’homme de l’année 2013, conjointement, à «François Hollande, Scipion l’africain au Mali, général Flamby en Syrie», en tandem avec Laurent Fabius, «le pire ministre des Affaires étrangères socialiste de la Vème République».

Au titre de mention accessit, un bonnet d’âne a été attribué au parlement de Westminster de Londres pour avoir fait capoter une nouvelle pulsion belliciste des socialistes français dans la sphère arabo musulmane, conférant ainsi au plus vieux parlement du Monde, d’une manière subliminale le titre envié de «munichois», la distinction suprême du socialisme français.

I-Retour sur les bobards diplomatiques et l’enfumage médiatique de la présidence Hollande.

A -Du bon usage de «Munich et des sudètes de Tchécoslovaquie»: «Le changement, c’est maintenant».

MUNICH: Seul pays au Monde à faire un usage intensif de ce terme pour stigmatiser ce qu’il considère être «le défaitisme» des adversaires de sa politique, «Munich» et par extension «Munichois», est en fait l’apanage du socialisme français. Son arme de destruction massive pour neutraliser toute critique à son égard. Harlem Désir, en la matière, n’est en fait que le piètre successeur de Guy Mollet, le dernier premier ministre socialiste de la IV République, l’homme de Suez et d’Alger, -beau palmarès-, qui avait brandi cet argument pour disqualifier les opposants à l’agression tripartite de Suez, en 1956, contre Nasser. 57 ans après, Harlem Désir nous ressert la même rengaine… Le changement, c’est maintenant. Vraiment?
Dans la terminologie de l’époque, l’ «expédition punitive» anglo-franco-israélienne, -menée, faut-il le souligner, par les deux puissances coloniales en association avec leur pupille israélien-, devait châtier le «Bikbachi». Terme de l’ordonnancement militaire ottoman équivalant au grade de Colonel, le Bikbachi Nasser sera ainsi désigné à la vindicte publique comme le nouvel Hitler de l’après-guerre, sous le vocable de Rayïss, que l’on faisait rimer dans le subconscient européen avec le Reich. Le 2eme Hitler arabe sera naturellement Yasser Arafat, le chef de l’Organisation de Libération de la Palestine. Figure de croquemitaine dans l’imaginaire occidental, l’Arabe, surtout lorsqu’il est porteur d’une revendication nationaliste, est un Hitler en puissance, quand bien même les Arabes et les Africains (chrétiens et musulmans) ont été parmi les principaux pourvoyeurs de «chairs à canon» pour la libération de la France, à deux reprises en un même siècle, phénomène rarissime dans l‘Histoire.

De Gamal Abdel Nasser (Égypte) à Mohammad Mossadegh, à l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny et Mahmoud Ahmadinejad (Iran) en passant par Yasser Arafat et Cheikh Ahmad Yassine (Palestine), à Moqtada Sadr (Irak) et Hassan Nasrallah (Liban), tous ont eu l’honneur d’assumer cette fonction sans que jamais personne n’ait songé à établir un lien entre l’arrogance occidentale et la radicalisation des contestataires de sa suprématie. De la Guerre d’Espagne, dans la décennie 1930, où les brigades internationales ont été le fait des communistes, à l’Algérie où les ratonnades de Robert Lacoste résonnent encore dans les mémoires, à l’Egypte où les canonnades de Guy Mollet prétendaient «punir» comme de juste Nasser pour avoir récupéré le canal de Suez, en soustrayant au grand capital l’unique richesse nationale de l’Egypte. Munich, spécialité française, est d’autant plus vigoureusement brandie que les socialistes, plutôt répressifs en ce domaine, n’ont jamais apporté le moindre soutien aux guerres de libération du tier-monde.

Alors Harlem Désir, Munich la Chambre des Communes qui a infligé une retentissante leçon de démocratie à la France? Munich, Barack Obama, qui a jugé plus conforme à l’éthique démocratique de prendre l’avis des représentants de la nation? Munich l’Inde qui a vaincu le colonialisme par la non-violence? Munich, l’Afrique du Sud qui triomphé de la ségrégation raciale par une réconciliation nationale et non par la stigmatisation? Munich le Pape François qui prie pour la paix en Syrie quand le Mufti de l’Otan, le prédicateur millionnaire du Qatar, Youssef Al Qaradawi, supplie que la Syrie soit bombardée par ces anciens colonisateurs? Munich à la manière de Guy Mollet, comme en 1956…. Le changement, c’est maintenant? Ou tout bonnement Harlem Désir, tête brulée pour une politique de terre brûlée?

B- Les Palestiniens, Les Sudètes du XXI me siècle.

Dans sa démarche vis-à-vis de la Syrie, François Hollande, nous chuchote le quotidien Le Monde jamais avare de confidence dès lors qu’il s’agit d’épauler le nouveau pouvoir socialiste au point de lui servir d’amplificateur médiatique et de relais diplomatique, est hanté par le précédent de la Tchécoslovaquie et le sort des Sudètes (1938) qu’Hitler absorba sans crier gare du fait de la passivité européenne, résultante des accords de Munich. Le conditionnement idéologique est tel, la servitude intellectuelle si forte que les ravages de la pensée socialiste paraissent incommensurables. Ainsi Laurent Fabius, qui passe pour être l’un des esprits les plus brillants de la République, préconise avec morgue et suffisance d’armer l’opposition syrienne pour établir une parité militaire et créer les conditions équilibrées à une négociation avec le pouvoir syrien. Il suggère de même une action énergique en vue de favoriser le retour des réfugiés syriens dans leur pays.

Préoccupation humanitaire légitime qui aurait pu honorer son auteur si elle s’était accompagnée d’une requête similaire concernant les Palestiniens, dépouillés, exilés et déplacés, eux, depuis soixante ans…… Les Sudètes du XXIème siècle.
En un siècle, la carte géostratégique du monde a connu une modification radicale, mais de cette houle centenaire a surgi un borborygme, signe patent de l’indigestion de la Palestine par les Israéliens: «L’Arabe israélien». Une expression forgée spécialement par les stratèges de la communication pour le lexique diplomatique international afin de désigner un Palestinien porteur de la nationalité israélienne. Mais l’occultation du fait national palestinien, fait majeur de la diplomatie internationale de la seconde moitié du XX me siècle, a conduit à forger cet être hybride par excellence, en guise d’enfumage, comme si l’Arabe israélien n’était pas un Palestinien, comme si le Palestinien et la Palestine ne se situaient pas au cœur du Monde arabe et au cœur des conflits du XX me et XXI me siècle.

C- « La Syrie, le drame du XXI me siècle»? La Syrie ou l’Irak?

Le premier drame du XXIème siècle est non la Syrie, comme le soutient François Hollande, mais l’Irak tant par son antériorité que par son ampleur. L’Irak où s’est refusé à s’enliser Jacques Chirac et non la Syrie ou se sont laissés embourbés Nicolas Sarkozy et François Hollande, deux philo-sionistes atlantistes patentés. «Des néoconservateurs américains avec un passeport français», selon l’expression du transfuge socialiste Eric Besson.

Sauf à concéder à l’auteur de ce constat l’excuse de troubles précoces de mémoire, une telle approximation est inexcusable. Que dire de l’Irak, désormais dénommé «Le pays des veuves»? Un million de victimes. Et des dizaines d’autres quotidiennement depuis dix ans. La prostitution en guise de survie alimentaire. Quatre millions d‘exilés, dont deux millions en Syrie, sans la moindre assistance humanitaire, faisant planer sur lui le risque d’une implosion démographique et une catastrophe alimentaire. De l’Uranium appauvri, arme de destruction massive prohibée par le droit international, abondamment utilisé contre biens et personnes par «le plus vieil allié de la France» et son nouveau partenaire dans l’équipée syrienne. Un fait avéré, qui ne fera l’objet de la moindre enquête dans l’ancien journal de référence Le Monde, davantage soucieux de faire office de caisse de résonnance au Quai d’Orsay avec ses enquêtes préprogrammés et ses blogs relais.
Sur ce lien la difformité des enfants irakiens du fait de l’uranium appauvri: https://dub120.mail.live.com/default.aspx#n=239199927&fid=1&mid=8a155573-4ed3-11e3-b539-00237de335ac&fv=1

II – Le tropisme philo sioniste des socialistes

De l’expédition de Suez contre Nasser, en 1956, ordonnée par Guy Mollet, aux ratonnades d’Alger par Robert Lacoste (1955-1958), au caillassage de Lionel Jospin à Bir Zeit pour avoir traité de «terroriste» le Hezbollah libanais, l’unique formation politico-militaire du Monde arabe à avoir infligé un double revers militaire à Israël (2000-2006), à l’esplanade David Ben Gourion dédiée par Khoyya Bertrand Delanoë, le Maire de Paris, au fondateur de l’armée israélienne au lendemain de l’attaque navale israélienne contre un convoi humanitaire turc en direction de Gaza…. Le registre est connu et bien tenu (4).
La filiation est lointaine et ne se dément pas, remontant au grand manitou du socialisme français, Léon Blum, qui invoquera son «trop d’amour» pour son pays «pour désavouer l’expansion de la pensée et de la civilisation française», admettant «le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture».
Cette profession de foi surprenante est parue dans le journal «Le Populaire» en date du 17 juillet 1926, sans que ce vénérable humaniste, premier chef du gouvernement socialiste de la France moderne, artisan des premières conquêtes sociales sous le gouvernement du Front Populaire (1936), ne se doute que, lui-même, à son tour, subira, quinze ans plus tard, les lois de l’infériorité raciale de la part de ses compatriotes non coreligionnaires.

A-La relève : Manuel Valls, Pierre Moscovici et Laurent Fabius.

L’éviction de la vie politique française de Dominique Strauss Khan, un des parangons d’Israël, de même que la dérive xénophobe du gouvernement israélien matérialisée par la présence au sein du cabinet de l’ultra droitier Avigdor Libermann, ministre des Affaires étrangères, n’ont pas pour autant réduit la vigueur du tropisme pro israélien au sein de la hiérarchie socialiste en ce que la relève est désormais pleinement assurée par Pierre Moscovici, ancien lieutenant de DSK, et Manuel Valls, un sarkozyste de gauche, dont il a hérité de son poste à Beauvau, ainsi que Laurent Fabius.

Pierre Moscovici, le directeur de la campagne du candidat socialiste François Hollande, confirme cette filiation en exergue du site israélien JSSnews.com: «Si j’ai adhéré au Parti socialiste, en tant que juif français et socialiste, c’est aussi en pensant à Léon Blum». Le ministre des Finances et de l’économie a certes pris ses distances avec la libido de son ancien mentor, sans pour autant répudier son credo. Celui qui briguait fortement le Quai d’Orsay, est en effet demeuré fidèle à la philosophie politique de DSK, au nom de la lutte contre l’archaïsme diplomatique français, au diapason du gouvernement israélien, se prononçant en faveur d’une action préventive contre l’Iran, corrélativement à une mansuétude absolue envers Israël nonobstant les violations flagrantes de l’état hébreu de la loi internationale. Le nouveau gouvernement Ayrault comble d’aise d’ailleurs les Français d’Israël en dépit du fait que 92,00 pour cent d’entre eux ont voté pour le rival des socialistes, Nicolas Sarkozy (5).

Quant à Manuel Valls, lié de son propre aveu, «de manière éternelle à la communauté juive et à Israël », dont, de surcroît, le premier déplacement ministériel en province, le 21 Mai 2012, aura été pour un dîner avec le CRIF PACA Marseille, stigmatise le boycott d’Israël, mais non la phagocytose de la Palestine ou sa rétention des recettes d’exportation des produits de Cisjordanie. Il se place ainsi sur la même longueur que Richard Prasquier, l’ancien président du CRIF, dont la tonitruance inconditionnellement pro israélienne s’accommode mal du positionnement qui se veut «normal» du nouveau président français. Sa profession de foi, -lors du lancement du groupe d’amitié avec Israël, le nouveau lobby français pro israélien en pleine campagne présidentielle en avril 2012, «Israël, grande nation parmi les nations»-, a retenti comme une tartarinade démagogique.
La déclaration de Manuel Valls sur son «lien éternel» avec Israël est sur ce lien http://www.youtube.com/watch?v=xRrOBE3OerIhttp://www.youtube.com/watch?v=xRrOBE3OerI

En résonnance avec ses prises de position xénophobes à Evry, la ville dont il est le maire, dont il souhaitait y implanter,-selon le modèle des colonies israéliennes?- davantage de «white et de blancos» pour y diluer la population bariolée. En résonnance avec sa volonté de dissiper les Roms de France. En résonnance avec son comportement abusivement dilatoire dans l’affaire Georges Ibrahim Abdallah. En résonnance avec ses foucades dans l’affaire de la kosovare Leonarda comme du lycéen parisien Khatchig Khatchatérian expulsé vers l’Arménie le jour de son anniversaire. Un homme controversé, au point qu’un hiérarque socialiste, le secrétaire national à la culture, Frédéric Hocquard a suggéré «une mesure d’éloignement du gouvernement à l’encontre de Valls». C’est dire le rejet qu’il suscite dans son propre camp. Mais non dans le camp adverse.
Que le plus populaire des membres d’un gouvernement socialiste soit le ministre de l’intérieur, c’est-à-dire le ministre de la loi et de l’ordre et de la répression subséquente, donne la mesure de l’inversion des valeurs dans la douce France. De leur perversion. CF. A ce propos http://www.renenaba.com/liban-france-georges-ibrahim-abdallah-contre-loubli/

B– Laurent Fabius: De la pôle-position à la voiture balai. La France et la réforme du Droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU

Laurent Fabius, ministre socialiste des Affaires étrangères, a proposé Lundi 22 octobre 2012 à Paris, la réforme du recours au Droit de véto au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, préconisant que son usage soit réduit au seul cas où un état détenteur de ce droit était menacé d’une action hostile des instances internationales. La France a une «proposition à faire est que le droit de veto soit utilisable quand il concerne uniquement le propre pays» dans le débat objet de la résolution, a déclaré M. Fabius sur le plateau du grand journal, commentant les vetos russe et chinois en faveur de la Syrie (3).
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3349-c-le-grand-journal.html?progid=745248 – A Ecouter à partir de la 6eme minute
Le hic réside toutefois dans le fait que le décompte officiel laisse apparaitre un usage avantageux des Occidentaux du Droit de véto par rapport à la Russie: 132 fois pour le camp atlantiste contre 124 fois pour la Russie.

Bénéficiaires d’un passe-droit, qui leur a permis de bloquer l’admission de la Palestine en tant que membre de plein droit de l’organisation internationale, sans que le prédécesseur de Laurent Fabius à l’époque, ni probablement son successeur demain ne juge opportun de soulever le bien-fondé de l’usage du Droit de véto, particulièrement lorsqu’il est le fait des Etats-Unis bloquant, par exemple, une résolution ordonnant la destruction les colonies israéliennes édifiées illégalement sur le territoire palestinien. Qu’un pays repêché in extremis dans ses droits souverains, de surcroît ayant perdu la justification de ce droit, l’empire colonial, ait l’outrecuidance de suggérer la modification de l’usage du droit de veto dont il a été largement et abusivement bénéficiaire, sans s’interroger sur son propre comportement, sans que la presse nationale ne pose la question de la pertinence de cette proposition et le bien-fondé de l’opportunisme de son auteur dénote une grave altération de la fonction critique de la classe politico-médiatique. A l’analyse, la proposition de Laurent Fabius de reformer l’usage du droit de véto au Conseil de sécurité s’est révélée être ce que son auteur a voulu qu’elle soit: un bobard diplomatique pour enfumage médiatique.

Normale Sup, ENA et tutti quanti… le super-capé de la méritocratie française ne s’est-il pas rendu compte qu’en privant la Russie de son droit de véto sur la Syrie, il privait par ricochet Israël de son bouclier diplomatique américain? Alors Laurent Fabius, ces diplômes, du pipeau? Alors Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy, seul à la remorque des Américains? Ou vous avec et jusqu’au cou, comme en témoigne la volte-face américaine à propos de la Syrie? CF: Laurent Fabius, en 2006, traitant Nicolas Sarkozy d’être à la remorque des Américains, sans se douter que sept ans après il fera mieux et plus. http://www.ina.fr/video/I09082522

Bachar Al Assad «ne mérite pas d’être sur terre».

Bachar Al-Assad «ne mérite pas d’être sur terre». Laurent Fabius ne s’imagine sans doute pas les millions de personnes qui formulent pareil vœu à son égard tant sa morgue, sa suffisance et ses outrances verbales ont indisposé et choqué venant du chef de la diplomatie d’un pays réputé pour sa courtoisie et sa finesse d’esprit. A propos des outrances verbales de Laurent Fabius, CF. http://blogs.rue89.com/yeti-voyageur/2013/09/16/syrie-le-suicide-moral-des-socialistes-francais-selon-chokri-ben-fradj-231108

Si Manuel Valls est le «meilleur ministre de l‘intérieur de l’UMP», selon l’expression de l’ancien ministre de droite Dominique Bussereau, «à deux doigts de mériter sa carte au Front national», selon Florian Philippot, un responsable de ce parti, le plus capé des socialistes, réputé par ces somnolences dans les forums internationaux, passera dans l’histoire comme le piètre pensionnaire du Quai d’Orsay de la gauche française, à l’égal du transfuge sarkozyste du socialisme Bernard Kouchner, à l’égal de Christian Pineau, son équivalent de Suez, détenteur de la palme pour la IVème République. Très largement devancé par de prestigieux prédécesseurs de la stature et du calibre de Claude Cheysson, Roland Dumas et Hubert Védrine. Le plus jeune premier ministre offert à la France par François Mitterrand se retrouve, 30 ans plus tard, -en fin de carrière? En fin de poste?- ministre des Affaires étrangères de François Hollande, le pâle successeur du florentin de Nevers. Nullement une promotion, plutôt une rétrogradation. Très exactement une régression. De la pôle-position à la voiture balai. Un vrai gâchis.

III-Une présidence irréprochable??? Voyons voir.

«Une présidence irréprochable» présuppose un comportement à l’opposé de celui affiché par le nouveau ministre socialiste de l’Intérieur, désormais particulièrement dans le viseur des organisations anti racistes en raison de ses outrances verbales. Sans surprise, l’expulsion de l’ambassadeur de Syrie en France et la menace de la saisine de la Cour pénale Internationale, dans la foulée du massacre de Houla,-qui a fait près d‘une centaine de victimes civils, quinze jours après l’entrée en fonction de François Hollande-, a confirmé la pesanteur anti syrienne des socialistes en ce que le nouveau titulaire du Quai d’Orsay, Laurent Fabius, avait cautionné de sa présence le premier congrès de l’opposition syrienne tenu à Paris, en juin 2010, sous l’égide du philo-sioniste Bernard Henry Lévy et de la branche syrienne des Frères Musulmans.

Au-delà de ces considérations, La France dont François Hollande a hérité n’est pas la France qu’il a connu au début de la mandature de son ancien rival. L’Egypte et la Tunisie ont basculé hors du giron français, dans le camp hostile au tourisme parasitaire du personnel politique français, la crise bancaire de 2008 qui a volatilisé près de 180 milliards d‘euros du patrimoine français du fait de placements dans de fonds douteux ainsi que la crise systémique de l’endettement européen, ont considérablement réduit la posture exhibitionniste française. Le triple camouflet infligé à la France et au Qatar dans leur guerre de Syrie, par le véto combiné de la Chine et de la Russie, puis par le camouflet de la chambre des communes, enfin le revirement de Barack Obama, a constitué à cet égard un revers significatif à l’hégémonie américaine depuis l’implosion de l’Union soviétique dans la décennie 1990. L’hostilité de trois membres du BRICS (Inde, Afrique du Sud et Brésil) à l’unilatéralisme atlantiste, en traduisant ce nouveau rapport de forces sur le terrain, a témoigné, par contrecoup, de l’égarement de la diplomatie française tant sous l’impulsion d’Alain Juppé que de Laurent Fabius, les plus capés de droite et de gauche de la classe politique française, censés être «les meilleurs d’entre nous».

Soyons charitables et passons sur l’incident de l’avion du Président de Bolivie Evo Morales, démocratiquement élu mais néanmoins interdit de survol de l’espace aérien français par le fait du prince d’un pays récidiviste, initiateur de la première piraterie aérienne de l’histoire contemporaine avec le détournement de l’avion marocain transportant les chefs historiques du FLN, dans la décennie 1950. Passons sur la désinvolture consistant à exiger une résolution contraignante sur la Syrie à l’ONU, de la part d’un pays qui a outrepassé le mandat onusien sur la Libye. Passons enfin sur la contre conférence de l’opposition syrienne off-shore organisée le 30 janvier 2013 à Paris le jour même de la tenue à Genève de la conférence de l’opposition démocratique syrienne, c’est-à-dire l’opposition non parrainée financièrement par le Qatar, la Turquie et la France. Une mauvaise manière faite à la démocratie. Comment expliquer de telles lacunes? Sans doute par le fait que les caciques socialistes vaquaient aux joies de l’école buissonnière à l’évocation de la séquence postcoloniale à l’école de formation des cadres du parti.

A moins qu’une sournoise arabophobie compensatoire de Munich, par une sorte de «solidarité expiatoire» à l’égard des Juifs et d’Israël, ne tienne lieu de doxa officielle du socialisme français, comme en témoigne la désarabisation du Quai d‘Orsay vigoureusement entamée sous le tandem Nicolas Sarkozy et le transfuge socialiste Bernard Kouchner et gaillardement poursuivie sous le tandem François Hollande Laurent Fabius (6). La France s’est sionisée car tétanisée par son passif colonial (7), qui explique le fait que la France socialiste, artisan de l’armement atomique israélien, soit le plus intransigeant dans le dossier nucléaire iranien, en une nouvelle illustration de la duplicité de la diplomatie française.

IV-François Hollande, non un homme de poids, mais un homme empesé.

Le choix de François Hollande a constitué pour plus d’un tiers de son électorat un choix par défaut. Un vote de sanction anti-Sarkozy plutôt qu’un vote d’adhésion à sa personne. Entonner la rengaine habituelle du parti socialiste en affichant sans retenue un philo-sionisme tapageur comparable à celui de son prédécesseur lui a aliéné la sympathie de larges couches de l’opinion française, sans pour autant que la soumission au Likoud ne lui assure, en retour, de percevoir des dividendes israéliennes, comme son successeur en a fait la triste expérience. Et plutôt que de se lancer dans une politique déclamatoire, à coups d’effets d’annonce et d’effets de manche, en vue d’abuser son peuple, François Hollande serait avisé de se donner les moyens de sa politique faute d’être réduit à la politique de ses moyens.

De s’engager, dans une zone en transition, sur la voie d’une résolution durable des problèmes lancinants qui gangrènent la relation euro-arabe, notamment la dénucléarisation du Moyen Orient, la claire délimitation des zones de prospection pétrolière dans le triangle Liban Chypre Israël, une claire reconnaissance des éléments représentatifs de la société arabe aussi bien le Hamas palestinien que le Hezbollah libanais, enfin, dernier et non le moindre, un règlement équitable du conflit israélo arabe, véritable test de crédibilité de la nouvelle diplomatique française en ce que l’affaire palestinienne est la résultante du jeu trouble des puissances occidentale dans leur découpage arbitraire de la zone, à l’origine de la désaffection croissante du Monde arabe à l’égard des Occidentaux. En un mot d’engager un patient travail de cicatrisation des plaies béantes générées par la véhémence de celui qui a incarné mieux que tout plus que personne, la fonction de tête de pont sur le théâtre européen de l’axe israélo-américain, en sa qualité de «premier président de sang mêlé» de France, dont le zèle compensatoire en a fait le plus détesté du monde arabe dans l’histoire de la Vème République.

Une politique relayée, contre toute attente, par Le 2me Président socialiste de l’Histoire de France. En 2013, comme en 1956, le parti socialiste français a été le défenseur des riches et des puissants. A Suez, en 1956, le défenseur du grand patronat, en collaboration avec Israël, en 2013, en partenariat avec l’Arabie saoudite, alléché par le faramineux marché de la grande démocratie saoudienne de l’ordre de 400 milliards de dollars portant sur 19 centrales nucléaires, de six vedettes ainsi que du sempiternel lot habituel du fantomatique et problématique marché Rafale. Le changement socialiste, c’est la continuité, encore et toujours. Errare Humanum Est, Sed Perseverare Diabolicum. En 2013, comme en 1956, le rétropédalage aura été aussi abrupt que le démarrage en fanfare. Empruntant à son voisin corrézien sa formule, François Hollande renoncera à «punir» la Syrie pour opter en faveur de «mesures coercitives», le terme utilisé par Jacques Chirac à l’encontre du Hezbollah libanais, en 2006, en pleine guerre contre Israël. Ah ce besoin viscéral des dirigeants français de châtier les Arabes, indice symptomatique d’une pathologie mentale.

Que n’a-t-il suivi l’exemple de son ainé corrézien? Jacques Chirac qui avait préconisé des «mesures coercitives» pour brider le Hezbollah se ravisera après l’échec israélien dépêchant une escadrille française pour protéger l’espace aérien libanais lors du défilé célébrant la «divine victoire», craignant que la moindre anicroche atteignant Nasrallah, ne déclenche des représailles allant à l’éradication politique et physique de la famille de son ami Rafic Hariri, particulièrement de son héritier politique, Saad Hariri, planqué à l’étranger durant les hostilités loin d’une capitale dont il est le député et d‘un pays dont il est le chef de sa majorité gouvernementale

V- La Syrie, ultime expédition post coloniale de la France en phase de déclin.

Atteint de plein fouet sur le plan domestique par les gazouillis de la «Première peste de France» (8), caramélisé sur le plan international par la défection de ses deux alliés atlantistes, les Etats-Unis et le Royaume Uni, François Hollande, en dépit d’une reprise pondérale n’est pas un homme de poids, mais un homme empesé, affligé d’une posture dépareillée par un langage suranné, secondé par le pire ministre socialiste des Affaires étrangères de la Vème République. En contrepied de l‘aîné corrézien passé à la postérité pour sa gestuelle gaulliste de Chirac d’Irak, le point d‘orgue de sa double mandature par ailleurs calamiteuse, le cadet socialiste de Tulle, à dix ans de distance, s’est laissé happé par la tourmente d’un «annus horribilis», Scipion l’Africain du Mali, en janvier 2013, Général Flamby en Syrie, à l’automne de la même année, une performance qui pourrait signer son crépuscule diplomatique.

Camouflet supplémentaire, «le plus vieille allié des Etats Unis» n’a pas échappé à l’espionnage de son partenaire outre atlantique, qui lui a dérobé près de 70 millions de communications électroniques entre décembre 2012 et Janvier 2013, en pleine campagne du Mali et de Syrie. Véritable dindon de la farce, que n’a-t-il perçu cela avant de s’engouffrer dans la brèche syrienne alors que ce scandale marquait et l’affaiblissement et la duplicité des Etats Unis: « un affaiblissement fort de l’Amérique. On a longtemps dit que l’Amérique était libre, un modèle à suivre par rapport à la dictature d’Etat de la Chine, qui ne cache pas sa censure. Les Etats-Unis, eux, ont un contrôle sûrement pire [au niveau mondial], sans qu’on le sache », affirme le Français Stéphane Van Gelder, président du comité de nomination de l’Icann.

En 19 mois de gouvernance, seul fait indubitable, François Hollande par ses bourdes successives pourrait accréditer l’idée que Ségolène Royal, la précédente postulante socialiste à la magistrature suprême, aurait fait meilleure présidente que lui, dans tous les cas de figure, qu’il a, comble de cynisme, lui, en tant que secrétaire général du PS, elle, en sa qualité de la mère de ses quatre enfants, plaqué au paroxysme de la campagne présidentielle; indice indiscutable d’une grandeur d’âme.
Quarante ans après Epinay, le glorieux parti de Jean Jaurès, le parti du conquérant François Mitterrand qui rêvait d’un dépassement du socialisme par l’Europe n’est plus que l’ombre de lui-même. Un syndicat de barons arcboutés sur des privilèges surannés. Sans créativité, ni réactivité. Sans novation ni innovation. Sans vitalité. Un électro-encéphalogramme plat.

Amplificateur multiplex des thèses atlantistes du pouvoir socialiste, le journal Le Monde actera la défaite française, dans son édition du 1 er octobre 2013. «Loin d’être à la remorque des Américains, la France a cherché à les tirer vers une politique plus décisive sur une politique qui a fait 110.000 morts et menace tout le Moyen orient», soutiendra la directrice du quotidien Nathalie Nougayrède dans un éditorial intitulé «les limites de l’influence française». Ce constat qui a retenti comme une oraison funèbre de la diplomatie française, était d’autant plus amère que le journal dressait ce jour-là un portrait, en double page, de sa bête noire et de ses bloggeurs attitrés: «Bachar Al-Assad, sans une égratignure… Le Lion de Damas sort renforcé du compromis diplomatique qui a suivi le massacre au sarin». Non Nathalie Nougayrède. Pas du fait du massacre au sarin. Mais du fait du délire des parrains de l’opposition off-shore syrienne et des dérives de leurs poulains. Non Madame, La France n’assume pas une fonction de «diplomatie de repère», ni de balises, mais une diplomatie de repaires et de tanières.

La Syrie apparaitra rétrospectivement comme l’ultime expédition post coloniale d’un pays en déclin: «Parmi les grands perdants de la mondialisation, parmi les grands perdants de l’Européanisation», selon l’expression de Marcel Gauchet (9), la France de François Hollande figure aussi parmi les grands perdants en Syrie et, indice patent de la déflagration mentale des socialistes français, les meilleurs alliés des Saoudiens et néoconservateurs américains, des néo conservateurs israéliens.
« JE RESTERAI TOUJOURS UN AMI D’ISRAËL » « Tamid esha’er haver shel Israel ! » Accueilli en grande pompe par le président Shimon Pérès et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, dès son atterrissage à Tel-Aviv, M. Hollande a entendu visiblement faire honneur au « tapis rouge » que M. Nétanyahou avait annoncé dérouler pour la visite du président français. Au point de le clamer, en hébreu dans le texte: « Je resterai toujours un ami d’Israël ». Une déclaration Ce que qu’aucun des présidents français n‘avait fait auparavant, pas même Nicolas Sarkozy, qui passait jusqu’à présent comme le plus philo-sioniste des dirigeants français. Chapeau l’artiste socialiste tel qu’el lui-même l’éternité le figera.

CF: Le «chant d’amour» de François Hollande «pour Israël et ses dirigeants» http://www.youtube.com/watch?v=y3DRjD8qoKA&feature=youtu.be

Malheur aux vaincus: L’ingratitude est la loi cardinale des peuples pour leur survie. Sauf à précipiter un naufrage collectif du socialisme français déjà sinistré par Dominique Strauss Khan et Jérôme Cahuzac, de parfaits représentants de la déliquescence du socialisme et non de sa quintessence, la Loi d’airain du cynisme en politique commande le scalp de Fabius pour la survie de Flamby.

René Naba

Référence

  1. Scipion l’Africain (Publius Cornelius Scipio Africanus) est un général et homme d’État romain, né en 235 av. J.-C. mort en 183 av. J.-C. à Linterne en Campanie. Vaincu par le carthaginois Hannibal Barca à la bataille de Cannes, près de l’actuelle Canosa, il s’emploiera à prendre sa revanche à sa nomination Consul en 205 av. J.-C. A la tête d’une armada de 50 vaisseaux de guerre et 400 navires de transport, emportant près de 35.000 soldats, il passe en Afrique. Deux ans plus tard, il réussit à vaincre le général Carthaginois Hannon et prend le titre Scipion l’africain.
  2. Flamby: Pâtisserie sans œufs ni crème désigne péjorativement un être mollasson et onctueux. Sobriquet réservé à François Hollande avant son accession à la présidence de la république française.
  3. A propos de la réforme du droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU http://www.renenaba.com/la-france-et-la-reforme-du-droit-de-veto-au-conseil-de-securite/
  4. Le gouvernement Ayrault satisfait les Français d’Israël http://jssnews.com/2012/05/16/ayrault1/ Ainsi que à propos du tropisme socialiste à l’égard d’Israël; L’inauguration de l’esplanade David Ben Gourion à Paris Cf. Lettre ouverte à Bertrand Delanoë par René Naba http://www.renenaba.com/lettre-ouverte-a-bertrand-delanoe/
  5. Bilan de Nicolas Sarkozy sur le plan interne, selon la Fondation terre Nova (proche du Parti Socialiste). Nicolas Sarkozy est «le recordman de la hausse la plus brutale du taux de chômage depuis trente Socialiste). Nicolas Sarkozy est «le recordman de la hausse la plus brutale du taux de chômage depuis trente ans ». A 8,1% en 2007, le taux devrait être autour de 10% en 2012, selon les dernières prévisions de l’Insee. La baisse des moyens consacrés à la lutte contre le chômage s’est accélérée depuis 2008 (-10,5% entre 2010 et 2011 et -11,3% entre 2011 et 2012), pointe Terra Nova. Le think tank estime que certaines mesures, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ont eu des effets néfastes sur l’emploi en période de crise. La dette publique a explosé de 600 milliards d’euros, alors que, parallèlement, les cadeaux fiscaux se sont élevés à 75 milliards d’euros et que 350.000 emplois industriels ont été détruits, générant 337.000 pauvres supplémentaires.
  6. Les arabisants du Quai d’Orsay expédiés en Amérique latine : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2013/09/quai-dorsay-les-ambassadeurs-a.html
  7. La France gagnée par le sionisme, par Eyal Sivan : http://www.rue89.com/2013/10/07/eyal-sivan-cineaste-israelien-france-est-gagnee-sionisme-246345
  8. La première peste de France : http://www.grazia.fr/societe/phenomenes/articles/valerie-trierweiler-la-premiere-peste-de-france-487191
  9. Marcel Gauchet in «Les quatre failles d’une présidence», Le Monde en date du 1er octobre 2013, article de Françoise Fressoz, page 6.

Pour aller plus loin sur la problématique de la France dans le conflit de Syrie

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«Avava aya asnaker, ammi’akalnaghe» «O mon père levons-nous pour laver l’affront. Non mon fils, ils savent ce que nous valons»

Proverbe kabyle

Ce proverbe du terroir traduit plus que mille discours l’état de faiblesse de notre pays. Voilà un pays à qui nous avons toujours donné la préférence par les liens de l’Histoire, de la proximité géographique et par le partage d’une langue qui vient de nous replacer à notre juste place, à savoir un marché avec des barbares susceptibles d’attenter à la personne d’un ministre de la République. Ceci est d’autant plus grave que l’Algérie est donnée en pâture pour amuser, voire amadouer le Crif qui caporalise la République au point qu’elle est attentive à toutes les injonctions de ce dernier.

Les faits

Lors d’une réception avec la communauté des juifs français du Crif qui, -au passage, ne représente pas tous les Français juifs mais qui a développé depuis une vingtaine d’années une capacité d’influence sur la vie française à tel point que rien de ce qui touche Israël ne peut se faire qu’avec l’aval ombrageux de cette communauté-,   le président sans doute dans un de ses bons jours s’agissant de ses bons mots, a pris comme souffre-douleur l’Algérie et ce faisant, a fait rire ses invités en présentant implicitement l’Algérie comme un coupe -gorge, jugez-en plutôt. Dans la presse pour qui cette boutade est du pain bénit, François Hollande se réjouit à l’Elysée devant le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) «que son ministre de l’Intérieur est revenu sain et sauf d’Algérie».

Nous lisons dans une contribution de Hichem Hamza à ce propos : «Férue de petites phrases politiques, la presse écrite et audiovisuelle, récemment conviée à l’Elysée pour une cérémonie communautaire, n’a pourtant pas rapporté un curieux propos prononcé par le chef de l’Etat. Nulle autocensure en la matière: peut-être faut-il y voir, plus simplement, le signe d’une indifférence qui pourrait s’expliquer par l’homogénéité socioculturelle des journalistes présents. Sous les dorures de l’Elysée, un anniversaire est célébré: les 70 ans du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). Avant de prononcer son allocution chaleureuse de bienvenue, François Hollande a visiblement tenu à égayer l’atmosphère en adoptant son style facétieux. C’est ainsi qu’à travers Manuel Valls, présent dans la salle, le chef de l’Etat a semblé improviser une étrange plaisanterie. Après avoir fait remarquer que le ministre de l’Intérieur devait bientôt partir en Algérie, il fut immédiatement corrigé par l’intéressé qui lui précisa en être revenu. Répliquant à cette rectification, François Hollande a alors affirmé, sourire aux lèvres, que son ministre s’en était donc retourné «sain et sauf». Avant d’ajouter aussitôt: «C’est déjà beaucoup!». Une partie de l’audience a visiblement apprécié la blague, si l’on en juge par les rires audibles dans l’extrait suivant (visible à partir de 0’16). (1)(2)

Comment arrive-t-il dans le même discours à faire une blague pour le moins douteuse sur les Algériens? Où était la France pendant la décennie noire, pendant que le peuple, les intellectuels se faisaient assassiner par des hordes de terroristes à 2h d’encâblure de Paris. Aujourd’hui,   la paix civile est revenue, vous vous permettez de faire offense à tout ce peuple qui s’est sacrifié pour sauvegarder (malgré ce que l’on peut en dire) la démocratie et la liberté en Algérie, ainsi que la stabilité en Europe.

Le Président de la «5ème Puissance mondiale» ne sait même pas si son ministre a quitté ou il a rejoint l’Hexagone, ça donne une bonne démonstration sur la manière dont est perçu le travail de l’Exécutif, à moins que le voyage d’Alger ne soit perçu que comme une dîme à percevoir, sans pour autant être visible sur l’écran des affaires du monde du président.

Dans le même discours poursuit Hichem Hamza, «comme huit de ses collègues du gouvernement, Manuel Valls s’est effectivement déplacé en Algérie, en fin de semaine dernière, pour une visite d’ordre économique. Le pays n’avait connu aucune émeute ou manifestation sanglante. Pourquoi, dès lors, suggérer que l’Algérie serait un territoire duquel on pourrait ne pas revenir «sain et sauf»? Et ce n’est pas dans la suite de son discours -particulièrement révérencieux envers le Crif, une organisation de plus en plus décriée pour son alignement systématique sur la politique d’Israël- que cette énigme relative aux périls de l’Algérie s’est éclaircie».(2)

Il faut également, souligner ici un détail éloquent: «Le texte intégral du discours», disponible sur le site de l’Elysée, omet précisément ce passage («sain et sauf») tandis qu’il conserve pourtant d’autres improvisations. Notons également un autre élément qui en dit long sur les hommes de l’ombre à l’Elysée: le seul passage au cours duquel François Hollande a fait preuve d’une légère insolence, a été gommé. S’adressant à Roger Cukierman, président du Crif, le chef de l’Etat a été un brin taquin: «C’est ce qui explique sans doute la liberté qui a toujours été la vôtre, encore aujourd’hui Monsieur le Président, car quand vous avez des choses à dire, vous les dites et vous les dites librement, franchement, sincèrement, bruyamment et nous vous écoutons.» Comme tout citoyen peut le constater en consultant la retranscription du site de l’Elysée, le mot «bruyamment» (audible à 4′ de la vidéo et source de quelques rires -crispés?- dans l’assemblée) a disparu du compte-rendu officiel. En loucedé, serait-on tenté d’ajouter».(2)

L’allégeance au Crif

Quel est le poids réel de cette association communautariste dont on dit qu’elle ne représente pas tous les juifs de France? Dans une contribution du Monde diplomatique nous lisons: «Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) jouit aujourd’hui d’une reconnaissance exceptionnelle et quasi unanime auprès de la classe politique française. Il n’en fut pas toujours ainsi. Fondé dans la clandestinité en 1943, le Crif, alors Conseil représentatif des Israélites de France (…) Aux différents mouvements de résistants juifs, souvent issus du judaïsme immigré originaire de l’Europe centrale, s’ajoute l’institution historique du franco-judaïsme: le Consistoire, créé en 1808 par Napoléon Ier pour représenter le culte israélite. En pleine persécution antisémite, le Crif devient le lieu de rassemblement de ceux qui souhaitent défendre publiquement une parole politique, en tant que juifs, une fois la France libérée. Longtemps, cette structure porte ainsi la voix des associations et personnalités qui s’y sont investies: ce pluralisme se traduit par une multiplicité des points de vue sur la question palestinienne. Les communistes, initialement très présents au sein de l’organisation, se déclarent hostiles à un franc soutien à la création d’un Etat juif. Ils rappellent par exemple que «la question sioniste ne devrait pas figurer dans la charte du Crif, de même que n’y figure pas la question polonaise». (…)» (3)

«Toute prise de décision qui «risque de provoquer un schisme» est bloquée, ce qui conduit par exemple le Crif à ne prendre aucune position claire lors de la guerre d’Algérie, qui se déroule pourtant sur un territoire où vivent cent trente mille juifs français. (…) C’est en 1983, avec l’élection de l’avocat franco-israélien Théo Klein, qu’il change son mode d’action. La proximité du nouveau président avec l’entourage de François Mitterrand et le Parti socialiste joue en faveur d’une plus grande visibilité. S’y ajoutent les talents de communicant de M. Klein, qui, en inventant en 1985 le dîner du Crif, dont la première édition se tient dans un salon du Sénat en présence du Premier ministre Laurent Fabius, impose l’organisation comme l’interlocuteur privilégié des pouvoir publics, lui conférant implicitement le monopole du discours juif auprès du monde politique (…).Incapable de peser sur la politique étrangère, il accroît son influence sur les affaires intérieures au cours des années 1990, (loi Gayssot sur le négationnisme du 13 juillet 1990). En le décrivant comme un «gardien de la mémoire». M. Lionel Jospin lui assigne un rôle qui dépasse largement celui de représentant communautaire. C’est la consécration républicaine, et le début de l’essor médiatique.(3)

Le Crif et la République  à son service

Voilà qui est net!  Les mots du discours à tenir envers le Crif sont mesurés au trébuchet. Il n’est pas question de se mettre à dos un représentant d’une institution française, par un mot un peu fort. La République se plie, pour être dans les bons papiers d’une communauté. On connaît la phrase pour une fois heureuse d’Alain Finkielkraut traitant le diner du Crif rituellement chaque année, de «tribunal dînatoire» où tous les politiques français quel que soit leur bord viennent faire allégeance au Crif, et indirectement en faisant assaut d’amabilité et ce faisant se faire tirer le portrait in situ.

Justement, pour parler de cette proximité de la République avec le Crif, nous rapportons la contribution suivante où on apprend que les discours de l’Elysée ont une étrange résonnance avec la position du Crif elle-même homothétique de celle de l’Etat d’Israël. Nous lisons une contribution d’Alain Gresh qui s’interroge sur le fait que le Crif va jusqu’à écrire les discours de Hollande: «(…) Dans un article du 8 novembre de Marcelo Wesfreid, «Paul Bernard, la plume de l’ombre de François Hollande», on apprend en quoi consiste le travail de Paul Bernard: «De l’ouverture de la conférence sociale à l’anniversaire de la Libération de Paris, de la commémoration du Vél’ d’Hiv à celle de la tuerie de Toulouse, du discours sur l’école à celui sur la mutualité française, il est celui qui rédige les premières trames, amendées ensuite par son supérieur hiérarchique, le conseiller politique Aquilino Morelle, puis remodelées par le président lui-même. Paul Bernard planche aussi sur les interviews télévisées et les Légions d’honneur, quand il ne s’occupe pas d’une préface de livre.»(4) «Les plumes ne ressemblent jamais aux technocrates qui peuplent les cabinets. Et Paul Bernard n’a pas le parcours type d’une plume. En sortant de Normale-Sup, un DEA sur la littérature de l’époque napoléonienne en poche, il entre chez Publicis comme chargé de mission auprès du magnat de la publicité Maurice Lévy. (…) Parallèlement, il rejoint le Mouvement juif libéral de France (Mjlf), un courant du judaïsme progressiste qui s’est notamment illustré en menant campagne pour l’accès des femmes aux fonctions du culte. Le touche-à-tout a récemment intégré le comité directeur du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).» (4)

«Imagine-t-on un instant un citoyen français de confession musulmane, engagé dans une association de soutien au peuple palestinien, chargé d’écrire les discours du président de la République? Je ne sais pas si M. Bernard cherche ou non à imposer ses propres idées sur le conflit, mais comment ne pas remarquer ce que le président français a dit lors de la conférence de presse avec le Premier ministre Netanyahou:«Il y a aussi la tentation pour l’Autorité palestinienne d’aller chercher à l’Assemblée générale de l’ONU, ce qu’elle n’obtient pas dans la négociation (…).Seule la négociation pourra déboucher sur une solution définitive à la situation en Palestine.?» (Lire, par exemple, «Sur la Palestine, Hollande conforte Netanyahu», L’Humanité, 2 novembre.) Or c’est, au mot près, ce que disent les dirigeants israéliens depuis des mois («Statements by Israeli leaders», ministère israélien des Affaires étrangères), et qui est repris par le Crif. On peut aussi se reporter à la déclaration de M. Netanyahou l’an dernier («B. Netanyahu: ´´La vérité c’est que les Palestiniens bloquent les négociations´´», Rtbf, 18 septembre 2011): «Mon voyage [aux Nations unies] a un double objectif: faire en sorte que la tentative [des Palestiniens] de contourner des négociations directes échoue(…) La vérité, c’est qu’Israël veut la paix et que les Palestiniens font tout leur possible pour bloquer des négociations directes (…). Ils doivent comprendre que la paix ne peut être obtenue que par des négociations, et non en essayant de les contourner par la voie de l’ONU.»(4)

«Une simple coïncidence conclut Alain Gresh? Sans doute, et le réalignement de la politique française sur la Palestine dépasse, bien évidemment, le travail de tel ou tel homme de l’ombre. M. Bernard a aussi rédigé, si l’on en croit L’Express, le discours de Hollande du 1er novembre, lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat du 19 mars 2012 (Ecole Ohr Torah – Toulouse). La cérémonie s’est tenue en présence de M. Netanyahou. «Ces enfants de la France reposent aujourd’hui à Jérusalem. Nos deux pays, nos deux peuples, sont réunis autour de leur souvenir. Monsieur le Premier ministre, vous représentez un pays créé, au lendemain de la Shoah, pour servir de refuge aux juifs. C’est pourquoi chaque fois qu’un juif est pris pour cible parce que juif, Israël est concerné. C’est le sens de votre présence. Je la comprends, je la salue, je vous accueille. Il est donc normal qu’Israël soit concerné par la situation des juifs de France? A-t-on demandé leur avis aux juifs de France qui ne veulent rien avoir à faire avec Israël et qui ne se reconnaissent pas dans cet Etat? (…) L’Union française juive pour la paix (Ujfp) s’interrogeait aussi pour savoir «Qui représente les juifs et la ´´communauté juive´´ en France?» et s’inquiétait du soutien inconditionnel du Crif à l’Etat d’Israël dans son attaque contre Gaza.(4)

On nous dit la République la¨que est équidistante des religions. Pourquoi  ce traitemetn de faveur où on voit la République fêter une organisatiobn communautariste. Le fera –t-elle  pour le Conseil Consultatif des Français Musulmans ?

En définitive, pour revenir au manque de considération de François Hollande à l’endroit du peuple algérien verra -t-on des Français au nom de la justice se lever contre ce traitement spécial, avec un pays avec lequel la France a signé une douzaine d’accords commerciaux? Verra-t-on le Cfcm protester et être au moins audible? Il n’a même pas été fait crédit de considérer l’Algérie comme un pays avec lequel on fait des affaires et à ce titre la France du président Hollande n’a pas le droit de trainer l’imaginaire de ces Algériens, qui, au risque de me répéter, sont très chatouilleux concernant leur dignité.

Les Faits sont là, nous n’avons jamais eu de feeling avec le Parti socialiste. Certes, il y eut des personnes remarquables, mais s’agissant des colonies à des degrés divers, tout le monde est colonialiste. Il en sera de même du Parti communiste avec notamment Maurice Thorez, pour qui l’Algérie n’est pas mûre pour être indépendante. Souvenons- nous des 200 guillotinés sous les ordres d’un certain François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur. Mon Dieu protégez-moi de mes amis….mes ennemis je m’en charge »

Paradoxalement, avec la droite française les choses sont plus claires. Elle n’aime pas l’Algérie mais c’est net et il est possible de construire, le temps aidant, avec un adversaire que vous détestez, mais sûrement pas avec un adversaire pour lequel vous n’avez pas de considération. Après tout, la France de monsieur Hollande est libre de ses choix, mais elle ne peut pas traîner dans la boue un peuple en le traitant implicitement de sauvage. Il est hors de doute, qu’une blague pareille faite sur un ton badin devant une communauté qui ne porte pas l’Algérie dans son coeur est doublement dangereuse, elle indique le choix sans état d’âme de deux poids, deux mesures. Ce n’est pas avec des «sorties pareilles» que nous irons sur le chemin de cette hypothétique réconciliation à laquelle on y croit de moins en moins, du fait d’un fond rocheux qui transcende les clivages et qui fait de nous des sujets comme au bon vieux temps des colonies.

Aux dernières nouvelles devant le tollé suscité en France par cette polémique et par la réaction en Algérie, sociétés civile partis, et gouvernement, l’Elysée se fend d’un communiqué : « Les quelques mots prononcés lundi par le Président de la République dans le cadre du 70ème anniversaire du Crif, concernant un déplacement de Manuel Valls en Algérie, font l’objet d’une polémique sans fondement. Chacun connaît les sentiments d’amitié que François Hollande porte à l’Algérie et le grand respect qu’il a pour son peuple, comme l’ont prouvé la visite d’État qu’il a effectuée en décembre dernier et les discours qu’il a prononcés. Il exprime ses sincères regrets pour l’interprétation qui est faite de ses propos et en fera directement part au Président Bouteflika.

On l’aura compris pas d’excuse, c’est tout au plus  des regrets pour « l’interprétation », en clair des propos aussi limpides peuvent amener à fausse interprétation. Le communiqué enfonce encore plus le clou.  A l’insinuation que les Algériens peuvent attenter à la vie d’un ministre , il faut ajoute le fait qu’il ne sont même pas capable d’interpréter dans le sens dicté par monsieur Hollande et tout ceci devant un parterre d’amis de l’Algérie qui buvaient du petit lait… Bons Princes, pas rancuniers pour un sou  les Algériens ont rapidement  pardonner, mais peuvent ils faire autrement ?la question reste posée..

 Chems Eddine Chitour

1. http://www.elysee.fr/video/x18h7q3,


2.
http://www.panamza.com/19122013-hollande-valls-algerie-sain-et-sauf


3. Samuel Ghiles
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/GHILES_MEILHAC/20776


4. http://blog.mondediplo.net/2012-11-27-Le-CRIF-ecrit-il-les-discours-de-Hollande-sur-la

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Un verdict rendu par un juge du tribunal de district à Washington lundi dernier a qualifié de «presque orwelliennes» les opérations massives d’espionnages dans lesquelles l’Agence de sécurité nationale (NSA) collecte et emmagasine les données de pratiquement tous les appels téléphoniques aux États-Unis, locaux ou internationaux.

Même si la décision du juge Richard Leon ne fait rien pour empêcher l’espionnage illégal et anticonstitutionnel de la NSA, cette description remarquable est néanmoins l’admission que le gouvernement américain est coupable de méthodes associées à un État policier.

Edward Snowden, le contractuel de la NSA qui a exposé les opérations d’espionnage à grande échelle, a, avec raison, présenté la décision comme une confirmation de sa décision d’exposer les opérations secrètes au public américain et mondial.

«J’ai agi avec la conviction que les programmes de surveillance de masse de la NSA ne passeraient pas le test de la constitution et que le public américain mérite l’opportunité de voir ces questions décidées en audiences publiques», a déclaré Snowden. «Aujourd’hui, il a été établi qu’un programme secret autorisé par une cour secrète, après avoir été dévoilé au grand jour, violait les droits des Américains.»

Dans son verdict, le juge Leon, qui a été nommé par l’ancien président George W. Bush, a discuté du programme de surveillance des «métadonnées» de la NSA: «Je ne peux imaginer une invasion plus “arbitraire” que cette collecte hautement sophistiquée de données personnelles sur pratiquement tous les citoyens dans le but de les consulter et de les analyser sans mandat des tribunaux.»

Il a tourné en ridicule l’affirmation du gouvernement selon laquelle une décision de la Cour suprême américaine en 1979 qui avait autorisé la police à avoir accès, pendant deux jours, aux appels téléphoniques d’une personne suspectée de vol pourrait servir à légaliser l’espionnage à grande échelle du peuple américain plus de trois décennies plus tard.

De manière encore plus significative, le juge a rejeté le prétexte clé invoqué par l’administration Obama, et l’administration Bush avant elle, afin de justifier non seulement l’espionnage sans restriction du pays, mais toutes les autres attaques contre les droits démocratiques au pays ainsi que tous les gestes d’agression militaire à l’étranger: la guerre contre le terrorisme.

Leon a fait remarquer avec insistance que le gouvernement n’a pas cité «un seul cas où l’analyse de toutes les métadonnées recueillies par la NSA aurait vraiment permis de contrecarrer une attaque terroriste imminente». Il a basé cette décision en partie sur «le manque total de preuve qu’une attaque terroriste a été empêchée» en «cherchant la base de données de la NSA».

Le verdict stipule que les pratiques de la NSA violent avec une quasi-certitude les droits démocratiques fondamentaux garantis par le quatrième amendement de la constitution des États-Unis, qui déclare: «Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personnes, domiciles, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées».

Même si la décision concerne seulement deux plaignants qui ont porté l’affaire devant les tribunaux, le juge a stipulé que, sans le secours d’une injection, non seulement ces personnes vont souffrir d’un tort irréparable, mais le public dans son ensemble est en danger, étant donné «l’étendue sans précédent» des opérations d’espionnage de la NSA.

Cependant, malgré toutes ces conclusions, le juge Leon, «étant donné les intérêts importants de sécurité nationale en jeu dans ce cas», a accepté de suspendre l’ordonnance d’injonction contre les opérations d’espionnage de la NSA en attendant l’appel du gouvernement (un processus qui pourrait prendre plus de six mois et peut-être même des années avant de se retrouver en Cour suprême).

Conséquemment, le verdict constitue, au bout du compte, un lâche reflet de la propagande provenant de l’establishment politique américain: les droits démocratiques doivent être abrogés pour servir les intérêts de la «sécurité nationale».

L’administration Obama, qui a été portée au pouvoir avec des promesses de «transparence» et de «changement», est totalement indifférente à l’assaut historiquement sans précédent contre les droits constitutionnels que représente l’espionnage de la NSA. Sa réaction constitue une défense des méthodes d’État policier de l’agence et une attaque en règle contre Snowden pour les avoir dévoilées au grand public.

Personne dans l’establishment politique ne suggère que les responsables du gouvernement, incluant le président lui-même, devraient être tenues responsables pour ces opérations criminelles. Dans la mesure où il y a eu une réponse, c’est pour tenter de redorer l’image des opérations de la NSA afin qu’elle puisse poursuivre ses activités d’espionnage. Cela est exprimé le plus clairement par le Comité consultatif présidentiel d’Obama. Ce comité prépare des recommandations destinées à affirmer et à institutionnaliser tous les programmes d’espionnage de l’agence, tout en essayant de détourner la colère populaire en parlant, de manière creuse, de «retenue» et de «réforme».

D’autres plaidoyers devraient être entendus en cour, incluant ceux de l’Union américaine pour les libertés civiles et de l’Electronic Frontier Foundation, basés sur les mêmes révélations faites par Snowden il y a six mois. Étant donné l’attitude des tribunaux devant cette question, incluant la Cour suprême, il est très probable que chacun de ces cas serve à exprimer une fois de plus le respect de la «guerre contre le terrorisme», de la «sécurité nationale» et des secrets d’État.

Dans son émouvante «Lettre ouverte au peuple du Brésil», publiée dans le quotidien Folha de São Paulo mardi dernier, Snowden rejette ces prétextes en écrivant que «ces programmes de surveillance de masse, qui mettent des populations entières sous un œil qui voit tout et qui enregistre pour toujours… n’ont jamais rien eu à voir avec le terrorisme: c’est une question d’espionnage économique, de contrôle social et de manipulation diplomatique. C’est une question de pouvoir.»

Snowden en vient à cette conclusion: «Lorsque nous nous unissons contre l’injustice et pour la défense de la vie privée et des droits de l’homme fondamentaux, nous pouvons nous défendre contre les plus puissants des systèmes.»

Les questions clés soulevées par ces observations fondamentalement correctes sont: 1) Pourquoi le gouvernement américain continue-t-il de mentir et de comploter contre le peuple américain et, en fait, contre la population de toute la planète? 2) Comment une défense efficace de ces droits démocratiques élémentaires peut-elle être organisée?

Le gouvernement à Washington fonctionne comme une conspiration permanente parce qu’il représente des intérêts sociaux qui sont diamétralement opposés à ceux de la classe ouvrière, la vaste majorité de la population. Ce gouvernement (l’administration Obama, le Congrès, les cours et le vaste complexe militaro-industriel) est l’instrument politique de l’oligarchie financière qui s’est grandement enrichie en utilisant des moyens criminels et parasitaires. Cette oligarchie a volé la richesse sociale produite par la classe ouvrière, tout en réduisant les conditions de vie de la population en entier.

Dans cette couche sociale et parmi ceux qui représentent ses intérêts, il n’y a pas de place pour la démocratie, qui est incompatible avec des inégalités sociales sans précédent. Elle voit les masses de travailleurs comme un ennemi et une menace qu’il faut contrer par la répression, incluant la surveillance anticonstitutionnelle, mais aussi par les exécutions extrajudiciaires, qui sont réalisées sous Obama par des frappes de missiles par drone.

Cependant, dans la classe ouvrière, il existe des traditions démocratiques puissantes: l’héritage historique des droits sociaux qui ont été gagnés par des luttes sociales de masse.

Ni les tribunaux, ni aucune section des partis de la grande entreprise n’offrent de moyens pour défendre les droits démocratiques de centaines de millions de personnes, incluant la vie et la liberté d’Edward Snowden, contre un gouvernement de l’élite patronale et financière.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 18 décembre 2013

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«Je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde.»

Conversations de Victor Hugo et du général Bugeaud…

Une fois de plus, l’Algérie et la France se rencontrent et ont la possibilité de faire un inventaire courageux de leur passé commun en tentant d’avancer sur la voie de la réconciliation qui, comme le martelait l’immense Mandela, ne peut se faire que s’il y a d’abord vérité. En l’occurrence, depuis l’indépendance nous n’avons jamais eu d’avancée significative, les gouvernants des deux pays sont obligés de faire avec les pesanteurs de chacun de leur peuple. Résultat des coures: nous avançons à doses homéopathiques sur le chemin de la vérité. Exception faite pour la période du président Chirac qui nous a donné l’illusion que la réconciliation était à portée de main. L’avènement du quinquennat de Nicolas Sarkozy donna un coup d’arrêt brutal à cette vision d’un traité entre l’Algérie et la France.

J’avais à cette époque décrit cela dans un ouvrage que j’avais intitulé «De la Traite au traité: histoire d’une utopie.» Nous allons dans cette contribution, au risque de remuer le couteau dans la plaie, décrire le calvaire du peuple algérien. Quand Victor Hugo confortait Bugeaud dans «sa conquête» par le fer et par le feu, c’est pour nous la description de toute l’ambivalence de la civilisation française. Nous lisons avec effroi des textes écrits par des écrivains et des poètes que nous avons appris à aimer. C’est dire, si nous tombons de très haut à la lecture de ces textes, que l’on peut tout à fait retrouver sous la plume d’un Renan, d’un Gobineau, voire de Jules Ferry.

L’invasion

Des raisons de la conquête de la Régence d’Alger par les Français en juillet 1830, on connaissait la version officielle. Tout commence le 30 avril 1827. La conquête de l’Algérie est-elle justifiée seulement par le désir de venger l’affront fait à un diplomate? Non, répond Pierre Péan, auteur de Main basse sur Alger, un ouvrage qui retrace les dessous de l’entreprise française. Et si cette conquête avait été menée dans le but de faire main basse sur les immenses trésors de la régence d’Alger. Les trésors? L’équivalent de plus de 500 millions de francs de l’époque (soit 4 milliards d’euros).

Le général de Bourmont, qui s’était tristement illustré à Waterloo en désertant, est chargé de lever les armées. Qu’est-il advenu de cette immense fortune que des navires entiers ont fait sortir d’Alger? La plus grande partie du trésor de la Régence et des pillages opérés dans la Casbah, dans la ville et dans les environs d’Alger a donc abouti dans les poches des militaires, de fonctionnaires des Finances, de banquiers, de négociants et d’aventuriers mais aussi dans celles du roi des Français, indique Pierre Péan. Indépendamment de la prise de 1500 canons (la pièce d’artillerie – Baba Merzoug – est expédiée à Brest le 27 juillet 1833), de 12 bâtiments navals, d’immeubles considérables et de la mise à sac de la ville jamais estimée. Quant à l’expédition, elle avait été évaluée à 25 millions de francs!  Ce fut donc une expédition très lucrative. Le trésor fut chargé sur 5 navires: l’or sur le Marengo et le Duquesne, l’argent sur le Scipion, le Nestor et la Vénus.

L’officier-interprète Urbain, dans son Histoire de l’Algérie écrira: Les édifices publics, les riches villas des environs d’Alger furent saccagés par les soldats qui détruisaient pour le plaisir de détruire… sans que les chefs opposent la moindre résistance à ce vandalisme.» De son côté, l’intendant Raynal, évoquant les Algérois, «ces prétendus barbares», rapporte un fait qui lui paraît décisif en faveur de l’opinion qu’il a conscience de la civilisation des Maures. «Il existe, écrit-il, à Alger un grand nombre d’écoles où l’on suit un mode d’instruction fort analogue à notre enseignement mutuel. Elles sont fréquentées par tous les enfants maures ou koulouglis, et je ne crois pas trop m’avancer en affirmant que l’instruction est plus répandue dans cet ancien repaire de pirates que dans beaucoup de villes de France.»

Le choc fut terrible: les Algériens furent dépouillés matériellement, ils devinrent des mendiants sur leur propre terre. Ils n’eurent plus la possibilité de s’instruire. La première chose que fit l’Armée d’Afrique fut d’aliéner les biens habous, asséchant, du même coup, l’enseignement et démolissant du même coup les mosquées. Trente ans après l’invasion, on dénombrait seulement une douzaine de mosquées sur les cent soixante-dix mosquées. De l’avis même de Alexis de Tocqueville, colonialiste convaincu, la France a rendu les Algériens beaucoup plus arriérés et plus barbares qu’avant l’invasion. Pendant plus de soixante-dix ans, le peuple algérien se rebella, se révolta, n’accepta pas le joug colonial.

Au début du XXe siècle, le peuple algérien mit en œuvre un autre type  de combat, la lutte politique ;  parallèlement  les Algériens lutteront avec les armes de l’adversaire en s’accaparant avec bonheur le bel usage du français.  Pendant que d’autres firent leurs études dans un véritable système éducatif parallèle mis en place par Abdelhamid Benbadis.

Plusieurs parmi nos aînés ont donné ses lettres de noblesse à la littérature française et algérienne  tout en marquant leur distance avec le colonisateur. Jean  El Mouhoub Amrouche parle de ces Algériens partagés entre deux mondes, celui de leur racine et celui de l’acculturation française, comme  « des voleurs de feu ». Kateb Yacine parle de « butin de  guerre » et Malek Haddad, pense que l’école française constituera toujours un obstacle entre son identité et lui-même.

Ce que fut la colonisation

«Lorsqu’on voit écrit Jean Daniel dans son ouvrage «Le temps qui reste», ce que l’occupation allemande a fait comme ravage dans l’esprit français, on peut deviner ce que l’occupation française a pu faire en cent trente ans en Algérie.» Cette phrase résume à elle seule la tragédie de la colonisation. La clochardisation de la société algérienne, pour reprendre une expression de Germaine Tillon, fut réelle nous voulons rapporter en honnête courtier, montrer que la colonisation française ne fut pas un long fleuve tranquille.

On dit que les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Le calvaire et la dégradation de la dignité humaine sont pour les survivants une seconde mort encore plus douloureuse.  Il n’y a pas de mot pour qualifier les différentes catastrophes ou Nekba en arabe, ou encore pour se faire comprendre  en Occident,  Shoah,  subies par l’Algérie durant le calvaire de la colonisation. Pour nous c’était un génocide toujours renouvelé. Peut-on un jour imaginer un président français s’agenouiller devant les victimes de la barbarie coloniale, comme l’a fait Willy Brandt en Pologne devant les victimes de la barbarie nazie. (1)

Il a fallu attendre pour que la révolution algérienne soit reconnue véritablement comme une guerre et non plus comme des « évènements » Comment comprendre de l’autre côté il y ait volonté d’apaisement quand les députés français à une  grande majorité, ont voté la fameuse loi du 23 février vantant l’œuvre positive de la colonisation ?

Ces mots d’André Mandouze un Juste parmi les Justes sont à méditer : «Cet article de loi est scandaleux. Il apporte la preuve que le colonialisme est encore bien vivant dans l’esprit d’un certain nombre de gens qui regrettent que ce soit fini. Cette façon de dire « ce n’était pas si mal, ce que nous avons fait » est inadmissible. Alors que nous sommes précisément à un moment où il faut, non pas faire oublier les horreurs de la colonisation, mais réparer, il est légitime que cette loi ait soulevé l’indignation de ceux qui furent les colonisés, et celle de ceux d’entre nous, qui ont lutté pour mettre fin à l’exploitation d’autrui. La France, avec la colonisation, a tourné le dos aux principes de liberté, d’égalité et de fraternité dont elle se réclame. Nous n’avons pas défendu et fait progresser ces principes du temps où l’on disait « l’Algérie c’est la France ». Aujourd’hui, je ne vois qu’une solution : l’abrogation totale et sans délai de cet article de loi sur le « rôle positif » de la présence française en Afrique du Nord. Il faut parvenir à un accord de fond pour soigner définitivement les blessures du colonialisme et que naisse entre la France et l’Algérie une véritable amitié. L’Europe, sans l’Afrique et l’Algérie, ce n’est pas l’Europe. Inversement, l’Algérie et le Maghreb, en rapport avec l’Europe, c’est la possibilité de contrer cette Amérique qui se conduit lamentablement en Irak et ailleurs. Voilà les vrais enjeux ».(2)

Quelques jours après, hasard du calendrier, le 27 février 2005, l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, s’est solennellement recueilli sur la tombe des victimes du massacre de Sétif tués lors de la répression par les forces coloniales des manifestations pro-indépendantes du 8 mai 1945. « Fallait-il qu’il y ait hélas, sur cette terre un abîme d’incompréhension pour que se produise cet enchaînement d’un climat de peur, de manifestations et de leur répression, d’assassinat et de massacres ? ». « Les jeunes générations d’Algérie et de France n’ont aucune responsabilité dans les affrontements que nous avons connus. Cela ne doit pas conduire à l’oubli ou à la négation de l’Histoire », avant d’appeler au respect du devoir de mémoire quelle soit commune ou non commune.(3)

La vraie « oeuvre positive » sans contre partie : Celle  de l’Algérie envers la France

A contrario de l’œuvre positive de la colonisation en Algérie nous allons dans un premier temps décrire l’apport de l’Algérie pour le rayonnement des occupants pendant plus de deux mille ans. Tout au long de ces 132 ans, l’oeuvre coloniale ne fut pas positive car le fameux bréviaire décliné de toutes les façons possibles, mise en valeur des territoires, diffusion de l’enseignement, fondation d’une médecine moderne, créations d’institutions administratives et juridiques, bref, les traces de cette oeuvre incontestable à laquelle la présence française a contribué, eurent lieu certes, mais ne profitèrent objectivement qu’à la population européenne et à la métropole.

Certes, nous l’avons écrit, à titre individuel des instituteurs, des médecins, des Européens admirables tentèrent d’alléger les souffrances des Algériens, mais ils furent, en petit nombre. Nous leur serons à jamais reconnaissants. Les rares Algériens instruits  le furent  à dose homéopathique. Moins d’un millier d’Algériens formés en 132 ans, cela explique, les errements de l’Algérie après 1962. En 2012 cinquante ans après l’Algérie a formé un million de diplômés !!!

Après la conquête brutale, la politique du talon de fer, du sabre, et avant celle du goupillon, ce fut la curée, nous allons brièvement rappeler quelques faits indéniables connus et insuffisamment reconnus, voire niés par la France envers les sujets de l’Empire. Des centaines de milliers d’hommes sont partis guerroyer pour la France et leurs sacrifices ne sont toujours pas reconnus. Il reste que l’image du tirailleur libérateur de la France occupée ne permet pas d’appréhender, dans toute sa complexité, l’histoire des troupes coloniales.»

Pour l’Histoire, des Algériens furent recrutés dans les troupes françaises depuis 1837 (les fameux turcos) on parle justement de ces zouaouas (Berbères) recrutés par tous les moyens – la famine, la peur que l’on appela les zouaves au point que la statue du zouave du pont de l’Alma indique les crues de la Seine. Ils furent ensuite envoyés lors de la guerre du Levant en 1865. Ensuite, ce fut la guerre de Crimée, la guerre de 1870: parmi les plus braves, on cite les Algériens qui arrivèrent à enlever une colonne à Wissembourg, moins d’une centaine de rescapés sur les 800 du fait d’un chassepot allemand qui fit des ravages. Après le cauchemar de Verdun et du Chemin des dames, des milliers d’Algériens y laissèrent leur vie. Du fait de la conscription obligatoire, pratiquement chaque famille eut un soldat engagé, qui mourut ou qui revint gazé ou traumatisé à vie.

Moins de dix ans plus tard, ces Algériens se retrouvèrent à guerroyer dans le Rif pour combattre d’autres musulmans, notamment les troupes de l’émir Abdelkrim. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les troupes coloniales furent, d’emblée, massivement intégrées aux plans de bataille et, placées en première ligne, elles payèrent un très lourd tribut lors des combats de mai et juin 1940. Plus tard, les troupes alliées, en débarquant en Italie, sont remontées petit à petit vers le Nord. Elles furent cependant bloquées à Monte Cassino. On fit appel, une fois de plus, aux troupes coloniales françaises constituées de tirailleurs algériens et marocains. Elles défoncèrent, au prix de pertes très lourdes, les lignes allemandes le 22 mai 1944.

Par la suite, sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, 260.000 soldats, majoritairement nord-africains, débarquent en Provence et libèrent Toulon et Marseille le 15 août 1944. Il y eut 140.000 soldats algériens. Il y eut 14.000 morts et 42.000 blessés. Ce sont, en partie, ces soldats qui revinrent ensuite au pays, pour voir leurs familles massacrées un jour de mai 1945… Il a fallu le film «Indigènes» pour que le président Jacques Chirac, touché par la sincérité du film, annonce une revalorisation des pensions des combattants qui étaient cristallisées dit-on depuis près de cinquante ans.

Il y eut ensuite les – «guerriers» – du BTP, des mines ou de la sidérurgie. Des Algériens ont participé à la reconstruction de la France. Pour la plupart, les Chibanis meurent lentement et en silence, en détresse devant l’indifférence générale dans les foyers de la Sonacotra.

Par ailleurs, on ne peut pas passer sous silence l’apport culturel de l’Algérie. Pourtant, malgré tout ce déni de personnalité, l’Algérie eut aussi sa part, souvent la plus terrible dans le rayonnement de la France. A la fois pour défendre ses frontières, développer son économie, et participer par l’enseignement du français au rayonnement culturel de la France qui peine à résister- même avec la francophonie- à l’anglais.

En 2013, d’une façon ou d’une autre, 38 millions d’Algériens parlent pensent et achètent, à des degrés divers, français, sans faire partie de la francophonie qui a pour les Algériens des relents de Françafrique. Mieux encore, une grande partie de la matière grise est attirée par la France qui reçoit ainsi, sans avoir dépensé un sou, la fine fleur de l’Algérie. Les Algériens ont fait fructifier le «butin de guerre» que fut la langue française, à telle enseigne que l’Algérie, paradoxalement, est le deuxième pays francophone, elle a donc non seulement défendu la langue, l’a enrichie en lui adjoignant des termes spécifiquement algériens mais, cerise sur le gâteau offert à l’Académie française une écrivaine de talent en la personne d’Assia Djebar.

Enfin, la France ne peut pas ignorer qu’une grande partie des pièces archéologiques qui sont la mémoire de l’Algérie sont quelque part dans tous les musées de France. La France s’honorerait à restituer ce patrimoine, notamment les ossements et les crânes des combattants algériens de la Liberté. Les Algériens qui ont sauvé les Français de confession juive. Un fait ignoré à dessein et l’apport des Algériens à la résistance française. Un tract rédigé en tamazight circulait parmi les émigrés algériens kabyles lors de la rafle des juifs le 16 juillet 1942 à Paris. Leur demandant de protéger les enfants juifs «Ammarachnagh» «comme nos enfants». Les Algériens du FTP (Francs-tireurs partisans) avaient aussi pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri.

Les traités signés par l’Algérie et la France

Pendant tout le Moyen âge la Régence d’Alger avait une flotte qui était la plus puissante . Les nations européennes payaient tous une taxe  à la Régence d’Alger pour la libre circulation de leurs bateaux. Dans l’imaginaire européen puis américain  à partir Alger était un nids de pirates barbaresques qui terrorisait au  nom du “croissant” ; Il fallait donc se coaliser contre lui; Des tentatives ont été faites pour leur faire entendre raison en s’adressant au sultan de Constantinople. De fait, l’indépendance de l’Etat algérien était une évidence que ne pouvait atteindre l’affirmation sans fondement d’une prétendue vassalité à l’égard de la «Sublime Porte». Au cours du XVIIe siècle écrit l’historien Charles-André Julien dans son «Histoire de l’Afrique du Nord» «Les Régences d’Alger et de Tunis se dégagèrent de l’autorité de la «Sublime Porte»…L’Algérie avait son autonomie et n’était liée à la Turquie que par un lien moral: le Khalifat de l’Islam.». L’Etat algérien, était reconnu comme tel par les puissances qui payaient tribut

Pendant plus de  six siècles, la France n’a cessé d’être en guerre avec l’Algérie. le premier bombardement eut lieu en 1399 ! Des expéditions eurent aussi par la suite. Elles furent entrecoupées par des accords.. Pour l’Histoire, la reconnaissance de la première République française a été faite par le Dey d’Alger le 20 mars 1793. C’est la Régence d’Alger qui vint au secours de la République française naissante en acceptant de lui vendre du blé alors qu’elle était sous embargo européen. Les monarchies s’étant liguées contre la France. C’est cette créance qui n’a pas été honorée par les pouvoirs successifs en France et qui amena en prime l’invasion!

Plus d’une cinquantaine de traités furent signés avec la France  Souvenons-nous à titre d’exemple, du traité d’amitié entre François 1er et Kheir-Eddine Barberousse vers 1520, contre Charles Quint. L’Algérie a souvent signé aussi des traités avec le Royaume de France. Le plus connu est le Traité de paix de cent ans entre Louis XIV Empereur de France. Des traités furent conclus avec l’Émir Abd-el- Kader le 28 Février 1834 et le 30 avril 1837. Ces traités qui furent dénoncés par Bugeaud.. à l’assemblée française arguant du fait que les traités ne sont que des feuilles…

Pourquoi pas un traité?  

S’agissant de la philosophie du traité de l’Algérie avec la France, les positions sont dissymétriques, d’un côté, un pays, le plus grand d’Afrique qui a des atouts économiques (et énergétiques), une jeunesse exubérante. De l’autre, un pays riche, puissant technologiquement et militairement très avancé et qui compte comme la cinquième puissance économique du monde plus de 2000 milliards de PNB contre 200 pour l’Algérie…

Que devons-nous attendre d’un traité? Les relations entre l’Algérie ne doivent pas seulement être d’ordre économique. On peut encore continuer comme cela pendant cinquante autres années, la douleur est là. Deux domaines peuvent, le pensons-nous servir de trait d’union et de modèle de coopération entre la France. Il y a d’abord l’investissement dans le savoir. A ce titre, la construction d’une grande bibliothèque à l’instar de la bibliothèque d’Alexandrie serait à n’en point douter une juste réparation pour celle qui est partie en fumée un jour de juin 1962…

Nous avons besoin, en tant qu’Algériens, d’une coopération dans la dignité, forte au nom de l’histoire et du capital culturel qui a, été sédimenté dans le sang et la douleur. Le moment est venu de penser à ériger un institut de la mémoire où notre Histoire commune sera étudiée sans état d’âme. L’Algérie ne fait pas de sa douleur passée une pompe à finance ad vitam aeternam. Elle veut retrouver toute sa dignité. Les Algériens veulent regarder vers l’avenir mais ils pensent que la France peut faire le geste salvateur qui permettra de donner une impulsion décisive à la réconciliation. L’exemple d’Adenauer et de De Gaulle est à méditer.

Nous voulons croire, à ces mots de Jacques Chirac prononcés en mars 2003 à Alger: «Le temps et notre long dialogue, jamais interrompu, ont fait leur oeuvre. Nos deux nations cicatrisent les blessures du passé. Elles en assument la mémoire. Une ère nouvelle s’ouvre. De part et d’autre de la Méditerranée, Algériens et Français se tendent une main fraternelle. Dans notre monde secoué par les crises, traversé par le doute et l’incertitude, où certains sont tentés par le repli sur soi, le refus de l’autre et la violence, puissent l’Algérie et la France faire entendre leur voix. Puisse leur volonté obstinée leur permettre de délivrer un message de solidarité et de paix tout autour de la Méditerranée et au-delà!»

L’Algérie et la France, le croyons-nous, ont besoin de sceller leur entente par un traité pour tourner une page douloureuse et inaugurer ce faisant, une nouvelle ère basée sur le respect réciproque. A n’en point douter, cette nouvelle refondation sera un facteur d’équilibre dans une région qui a grand besoin de stabilité.

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Cette contribution  représente et complète  l’essentiel du débat auquel j’ai participé sur France 24 et Canal Algérie le Lundi 16 décembre 2013 suite à la visite du premier ministre français à Alger

http://www.france24.com/fr/20131216-algerie-jean-marc-ayrault-relation-franco-algeriennes-economie-culture-partie-1/

http://www.france24.com/fr/20131216-algerie-jean-marc-ayrault-relation-franco-algeriennes-economie-culture-partie-2/

Cet article a été publié initialement sur le blog de Chems Edfdine Chitour :

http://commentjevoislemonde.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/12/18/temp-22de5b4d60ad4016c4befcb698b1db2c-516674.html

 

1.C.E. Chitour. Le 8 mai 1945, une shoah algérienne. L’Expression du  8 mai 2005

2. André Mandouze : Colonialisme : il faut abroger ! »Entretien réalisé par Rosa Moussaoui article paru dans l’édition du 10 décembre 2005

3. Tarik Ramzi : Hubert Colin de Verdière rend hommage aux victimes du 8 mai 1945. L’Expression. Mardi 1er mars 2005  C’est dire toute l’ambivalence de la relation franco-algérienne.

 

 

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Un dimanche de vote à Santiago du Chili

décembre 20th, 2013 by Franck Gaudichaud

Dimanche 15 décembre, Santiago du Chili, 15 heures. Le soleil est à son zénith, le ciel apparaît limpide et temporairement libéré du halo de pollution qui s’accroche quotidiennement aux jupes de la Cordillère des Andes, surplombant la ville. La chaleur de l’été austral est déjà là, étouffante. Face à la mairie, dans la commune du quartier de La Florida (sud de la capitale) trônent un supermarché (aux mains de la multinationale Wal-Mart), un grand marché de Noël et le collège « Bellavista La Florida ». Comme lors du premier tour des élections présidentielles du 17 novembre dernier, cet établissement municipal a été transformé en bureau de vote. Les passants jettent un œil en coin aux militaires stationnés devant la porte. Plus rarement, certains entrent.

Après une semaine de travail souvent longue [1], des couples bardés de sacs plastique prennent le temps de respirer un peu à moins de dix jours des festivités de fin d’année. C’est un va-et-vient continu entre les stands présentant des bibelots venus de Chine et les étals d’artisanat local ou de guirlandes colorées. Au grand désarroi de certains, le « Mall » Americo Vespucio, juste de l’autre côté de l’immense avenue Vicuña Mackenna, reste clos : en ce jour d’élections, les autorités ont décidé de fermer ces temples de la consommation. Qu’importe : au même moment, tout proche du centre-ville, le quartier Meiggs est submergé par une marée humaine grosse de milliers de personnes venues profiter des commerces de proximité. Les affaires sont bonnes et l’affluence record : « Ici, on achète, on ne vote pas », indique une affiche sur la façade d’une boutique.

Déjà dans la matinée, le site du journal conservateur El Mercurio relevait la très faible participation. Une fois son « devoir civique accompli », le président sortant Sebastián Piñera — un richissime homme d’affaires qui, en 2010, a réussi à faire gagner la droite pour la première fois depuis la fin de la dictature, en 1989 [2] —, déclare solennellement : « Tout Chilien qui ne veut pas aller voter démontre une absence de tendresse pour son pays. » En vain.

Il s’agit de la sixième élection présidentielle depuis le début de la transition démocratique, mais de la première se déroulant sur la base du vote volontaire (avec inscription automatique sur les listes). Jusque-là, comme dans plusieurs pays d’Amérique latine, les électeurs inscrits étaient obligés d’aller voter sous peine d’amende. Dans ces conditions, de nombreux Chiliens, souvent parmi les jeunes et les couches populaires, ne se faisaient pas enregistrer sur les listes électorales : pas vu, pas pris.

Les élections municipales de 2012 s’étaient déjà déroulées suivant ces nouvelles règles. L’abstention avait atteint 60 %, donnant des sueurs froides aux politiciens. Lors du premier tour de la présidentielle, et malgré la présence de neuf candidats, moins de la moitié des 13,5 millions d’électeurs (sur une population de plus de 17 millions d’habitants) se sont déplacés. Au terme de la journée électorale, le résultat est sans surprise : face à Mme Evelyn Matthei (droite — 37,8% des voix), Mme Michelle Bachelet sera la prochaine présidente avec plus de 62,2 % des voix. Mais le triomphe de celle qui fut présidente entre 2005 et 2010 se fait avec 255 000 voix de moins que lors de son premier mandat [3]. Seuls 41 % des électeurs se sont déplacés jusqu’aux urnes : c’est le chiffre le plus bas depuis la transition démocratique. A cette donnée vient s’ajouter l’exclusion du droit de vote de plus de 850 000 Chiliens vivants à l’étranger (un héritage du régime militaire).

Pour M. Laurence Golborne, ex-ministre et ténor de la droite, « il est préoccupant que seulement 25 % des Chiliens élisent la nouvelle présidente  [4] ». Le directeur du Service électoral, M. Patricio Santa María, souligne au contraire que la forte abstention n’enlève pas la moindre légitimité aux résultats. Suivie en cœur par une myriade de députés, la sénatrice démocrate-chrétienne Ximena Rincón rappelle de son côté que « le président Obama a été élu avec seulement 40 % des voix et personne ne doute de son leadership ». M. Obama à la rescousse de la démocratie chilienne ? Au-delà de la bataille de chiffres, l’ensemble des dirigeants politiques sait qu’une profonde crise de représentativité traverse le système politique chilien depuis plusieurs années. Un système basé sur la Constitution héritée de la dictature (1973-1989) et consolidé durant les gouvernements de la Concertation, coalition regroupant socialistes, sociaux-libéraux et démocrates-chrétiens (1990-2010). A l’entrée du marché de Noël de La Florida, un vieil homme au teint buriné lance à la volée, sourire ironique en coin : « Mieux vaut profiter de ce beau dimanche pour faire ses achats de Noël que d’aller voter ! De toute manière à quoi nous sert la politique, à nous ? Demain il faudra quand même se lever tôt pour travailler. »

Concertation 2.0

La victoire de Mme Bachelet n’a guère surpris. A l’issue de son premier mandat, les sondages lui attribuaient un niveau de popularité supérieur à 80 %. Après un séjour à New York à la tête d’une antenne de l’Organisation des Nations unies spécialisée dans la défense des femmes (ONU-femmes), elle revient au Chili au terme d’une campagne de communication impeccable. Son succès (74,92 %) lors de la primaire du 30 juin dernier laissait même espérer une victoire dès le premier tour. Et ce d’autant plus que, confrontée aux critiques rappelant que la Concertation a usé et approfondit le modèle néolibéral quand elle était aux affaires de 1990 à 2010, Mme Bachelet a su forger un nouveau récit destiné à ré-enchanter une partie des électeurs.

Lire Libio Pérez, « Une présidente ne fait pas le printemps », Le Monde diplomatique, décembre 2009Tout d’abord, la coalition est parvenue à intégrer le Parti communiste (PC) et de petites organisations sociale-démocrates [5], créant ainsi la « Nouvelle majorité ». En échange de plusieurs circonscriptions et arguant qu’il s’agissait désormais de créer une vaste majorité électorale autour d’un projet de reformes, le PC — principal parti à la gauche de la Concertation — est ainsi devenu un allié important au moment de défendre l’image progressiste de l’ex-présidente. L’organisation, créée il y a cent ans par Luis Emilio Recabarren, double ainsi sa représentation parlementaire. Parmi les six députés communistes, on trouve deux jeunes femmes : l’ex-dirigeante des Jeunesses communistes Karol Cariola, et l’une des figures du mouvement étudiant de 2011, Mme Camila Vallejo (élue avec 40 % des voix). Et malgré les grincements de la démocratie-chrétienne (centre-droit, DC), le PC offre au futur gouvernement des relais (limités) au sein des mouvements sociaux, en particulier à la tête de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), dirigée par la communiste Francisa Figueroa, qui a appelé ouvertement à voter Bachelet. Le lendemain des élections, le président du PC Guillermo Teillier ne pouvait encore confirmer une participation au gouvernement, mais réaffirmait « sa loyauté » au programme défendu par la présidente, tout en rappelant la portée historique de cette victoire dans les urnes : « Le Parti communiste n’a pas gagné une élection présidentielle depuis le temps de Salvador Allende  [6] »,en 1970.

Au-delà du PC, l’ensemble des partis de la Nouvelle majorité a bénéficié de très bons scores lors des élections législatives — tenues en même temps que le premier tour de la présidentielle —, obtenant une majorité assez confortable au Congrès, avec 21 sénateurs sur 38 et 68 députés sur 120. Cette position de force donnera à l’exécutif certaines majorités qualifiées pour commencer à modifier des « lois organiques » et débuter les réformes promises, en dépit des multiples « cadenas » législatifs insérés dans la « Constitution Pinochet ».

Un gouvernement de réformes ?

Mme Bachelet, bénéficiant d’une pléthorique équipe d’experts de 500 personnes, a organisé sa campagne autour de trois axes principaux, à grand renfort de marketing politique [7].

Tout d’abord, la promesse d’une réforme constitutionnelle « participative, démocratique et institutionnelle », qui requerra un accord au Parlement avec la droite (afin d’obtenir le quorum des deux tiers). La discussion pourrait être précédée de consultations au sein de la « société civile », et validée par referendum : reine de l’ambiguïté et jouant avec les tensions internes qui traversent sa coalition [8], la candidate a refusé de se prononcer pour ou contre une véritable Assemblée constituante et populaire (AC), au grand dam des collectifs qui ont animé la campagne « Marque ton vote AC » [9]. Deuxième axe, une réforme fiscale équivalente à 3 % du produit intérieur brut (PIB), destinée à augmenter (modérément [10]) les énormes bénéfices des principales sociétés du pays. Et, enfin, une réforme de l’éducation qui répondra en partie aux grandes mobilisations de la jeunesse de 2011-2012 [11].

Le soir de la victoire, depuis le luxueux hôtel Plaza San Francisco, Mme Bachelet a d’ailleurs tenu à remercier « la rue », en particulier les jeunes, et réitéré sa promesse de donner naissance à un « système éducatif public, gratuit et de qualité »« Aujourd’hui, a t-elle souligné, personne ne doute que le profit ne peut être le moteur de l’éducation. » Dans un pays où le marché de l’éducation est gigantesque et alors que nombre de responsables de la Concertation sont des acteurs centraux de ce juteux négoce, certains doutent [12]. Et ce, d’autant plus que la réforme, envisagée comme« graduelle » et devant aboutir dans six ans (c’est-à-dire au-delà du mandat présidentiel), vise à permettre aux étudiants d’accéder gratuitement aux universités par le biais de subventions publiques… sans pour autant en finir avec l’hégémonie des universités privées et le système des collèges particuliers subventionnés (système issu des derniers jours de la dictature).

Réveil des mouvements sociaux et fragmentation néolibérale

Comme le souligne l’historien Mario Garcés, le Chili actuel se caractérise par le« réveil de la société » et l’irruption des mouvements sociaux [13]. La puissance des luttes étudiantes pour l’éducation a été précédée de grandes mobilisations dans diverses régions, de luttes écologistes de premier plan, mais aussi par le renouveau des grèves salariales et diverses luttes syndicales.

Lire Camilla Vallejo, « Les étudiants dépoussièrent une icône », Le Monde diplomatique, septembre 2013Dans ce cadre, certains perçoivent l’élection de Mme Bachelet comme un contre-feu, susceptible de stabiliser le modèle exportateur néolibéral dans une conjoncture de montée en puissance des conflits sociaux. Parmi eux, les sociologues Felipe Portales et Alberto Mayol. Ce dernier analyse la figure incombustible de Bachelet comme un phénomène « christologique », incarnant dans l’imaginaire collectif la douleur de la dictature (elle a été victime de torture et son père, général légaliste, assassiné), tout en soulignant que cette candidature permet à une Concertation en perte de vitesse de redorer son blason, sans remettre en cause les équilibres macroéconomiques et les intérêts des multinationales. A ce propos, la candidate et son équipe ont réitéré — sans qu’il s’agisse d’un « accord idéologique excluant » —, qu’il sera indispensable de « maintenir une relation active de coordination économique au sien de l’Alliance du Pacifique  [14] », axe géostratégique appuyé par les Etats-Unis aux côtés du Mexique, de la Colombie, de Panama et du Pérou (tous gouvernés à droite). A peine l’élection consommée, le président bolivien Evo Morales n’a d’ailleurs pas hésité à mettre au défi la nouvelle présidente, en insistant sur le caractère « pro-impérialiste et pro-capitaliste » de l’Alliance :« Je doute que [Michelle Bachelet] soit socialiste. Je vais vous dire franchement, publiquement : si Bachelet reste dans l’Alliance pour le Pacifique, sera alors confirmé définitivement qui elle défend, d’où elle vient et ce qu’elle veut [15]. »

Lors du premier tour, le 17 novembre, certains membres éminents de l’élite patronale n’avaient pas hésité à apporter leur soutien à l’ex-présidente. A commencer par un poids lourd du capitalisme local : M. Jorge Awad, président de l’association des banques chiliennes, qui soulignait à quel point la reforme fiscale envisagée par la candidate serait indolore et que la candidate avait déjà montré qu’elle serait une garante efficace des investissements étrangers (miniers particulièrement). M. Awad n’est pas une exception : l’apport des grandes entreprises à la campagne de la pédiatre socialiste a représenté le triple des sommes allouées à la candidate adoubée par le président sortant [16]…

Cette dernière n’a été candidate que par défaut, à la suite de défections en chaîne. Elle aussi fille de général, mais de ceux qui ont appuyé la dictature, Mme Matthei représente les secteurs les plus réactionnaires de la coalition, l’Union démocrate indépendante (UDI), promettant de gouverner avec « la bible entre les mains ». En regard, le président sortant et certains membres de Rénovation nationale, l’autre parti de la coalition, continuent de caresser la stratégie de rénovation libérale de la droite, afin de regagner le pouvoir en 2017. Mais le fantôme de Pinochet et des violations massives de droits humains colle toujours aux semelles de la coalition et l’UDI est loin d’être liquidée : elle représente toujours la première force du Parlement, grâce notamment à des pratiques clientélistes bien rodées dans certains des quartiers les plus pauvres.

Et maintenant…

Mme Vasquez est vendeuse ambulante de vêtements. Vivement chichement et à la tête d’une famille nombreuse, elle « ne se sent représentée ni par Matthei, ni par Bachelet ». Selon elle, la victoire de cette dernière annoncerait « de nouvelles grèves et des manifestations dans tous les sens. On va sûrement revenir aux temps de l’Unité populaire et il va y avoir des destructions, de la violence. Et qui paye dans ces cas-là ? Et bien c’est nous, les gens du peuple ». Nombre de syndicats et collectifs militants sont effectivement sur le pied de guerre, mais plutôt pour essayer de reconstruire le tissu social et avec pour perspective d’exiger davantage au gouvernement. Dans une société qui reste l’une des plus inégalitaires d’Amérique latine et dans laquelle la précarité règne sur le monde du travail, ce n’est pas tâche facile [17].

Plusieurs signes souterrains confirment cependant que l’année 2014 pourrait être « chaude ». Récemment, la présidence de la Fédération des étudiants de l’Université du Chili (FECH) a été gagnée par la liste libertaire « Lutter ». Sa dirigeante, Mme Melissa Sepúlveda, a refusé de voter au second tour de la présidentielle et s’est prononcée contre la « parlementarisation des luttes », une pique à Mmes Vallejo et Cariola, ainsi qu’aux deux autres députés fraîchement issus du mouvement étudiant : MM. Gabriel Boric (Gauche autonome) qui a réussi son pari d’accéder au Parlement sans le soutien de la Concertation, et Giorgio Jackson (Révolution démocratique), allié de la Nouvelle majorité et élu député de Santiago à 25 ans.

De son côté, après avoir fait campagne pour Mme Matthei, le journal El Mercurio souligne désormais qu’un des objectifs du nouveau gouvernement sera « la contention des énormes attentes qui se sont réveillées, pour les canaliser [18 ».

Maitre de conférences à l’Université de Grenoble. Dernier ouvrage paru : Chili, 1970-1973. Mille jours qui changèrent le monde,Presses Universitaires de Rennes, Coll. Des Amériques, 2013.

Franck Gaudichaud

Notes

[1] Nombreux sont les salariés qui travaillent 45 heures hebdomadaires, six jours par semaine, ainsi que le permet le code du travail, hérité de la dictature.

[2] Lire « Au Chili, les vieilles lunes de la nouvelle droite », Le Monde Diplomatique, mai 2011.

[3] Les résultats officiels sont à consulter à cette adresse.

[4] Citation tirée, comme les suivantes, de « Abstención : El fantasma que ensombreció el contundente triunfo de Bachelet », El Dinamo, Santiago de Chile, 15 décembre 2013.

[5] Il s’agit de la gauche citoyenne (IC), issues de la Gauche chrétienne et du Mouvement ample social (MAS) de l’ex-sénateur socialiste Alejandro Navarro.

[6]  « Teillier : “Vamos a trabajar con lealtad por el cumplimiento del programa” ».

[7]  Voir le site de Michelle Bachelet.

[8] Voir « El arranque de la segunda vuelta desnuda el precario equilibrio de la Nueva Mayoría », Ciper, 22 novembre 2013.

[9] Un peu plus de 10 % des électeurs du second tour ont marqué leur bulletin de vote de l’inscription « AC » afin de souligner leur adhésion à la perspective d’une Assemblée constituante.

[10Comme le soulignait l’ex-ministre de la Concertation et haut fonctionnaire du FMI Nicolás Eyzaguirre afin de rassurer les « marchés ».

[11] Lire Victor de la Fuente, « En finir (vraiment) avec l’ère Pinochet », La valise diplomatique, août 2011.

[12] Les liens entre la Concertation et le marché de l’éducation sont confirmés par la dernière investigation de la journaliste María Olivia Mönckeberg : Con fines de lucro : la escandalosa historia de las universidades privadas en Chile, Santiago, Debate, 2013.

[13] Mario Garcés, El despertar de la sociedadLos movimientos sociales de América Latina y Chile, Santiago, LOM, 2012.

[14]  « La propuesta del comando de Bachelet para RR.EE. », La Tercera, 17 août 2013.

[15]  « Evo Morales : “Dudo que Bachelet sea socialista” », Diario Registrado, 16 décembre 2013.

[16El Mercurio, 18 novembre 2013.

[17] Malgré une croissante annuelle de plus de 5% du PIB, 5% de la population la plus riche gagne 257 fois le revenu des 5% les plus pauvres : voir les enquêtes de la fondation Sol.

[18El Mercurio, 16 décembre 2013.

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Quand l’apartheid s’exporte au sud du continent

décembre 20th, 2013 by Prof Michel Chossudovsky

Cet article a été publié pour la première fois en français dans Le Monde diplomatique en avril 1997. Il a ensuite été publié dans l’African Journal of Political Economy et dans le livre de l’auteur, Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial.

La politique d’expropriation des terres au Mozambique, ayant mené à la création de fermes d’Afrikaners (Blancs) en utilisant des travailleurs agricoles mozambicains sous contrat, avait l’appui du gouvernement de l’ANC. Cette politique a également eu la bénédiction personnelle du président Nelson Mandela, « qui avait délégué le premier ministre de Mpumalanga, Matthews Phosa, au Conseil des gouverneurs de la Sacada ».

Éminent politicien de l’ANC et l’un des hommes d’affaires noirs les plus prospères dans la province de Mpumalanga (est du Transvaal), le premier ministre Phosa a contribué à jeter les fondements politiques de l’expansion des intérêts commerciaux afrikaners dans les pays voisins.

Le projet de la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada, a été coordonné le chef du parti de droite Freedom Front (Front de la liberté) et ancien chef des Forces de défense de l’Afrique du Sud, le général Constand Viljoen.

Viljoen a développé une relation personnelle étroite avec Nelson Mandela. Il avait convaincu Mandela que la promotion de fermes afrikaners dans les pays voisins « fournirait de la nourriture et de l’emploi pour les habitants ». Cette politique gouvernementale de l’ANC impliquait de facto un processus d’expropriation des terres allant à l’encontre des principes fondamentaux de la lutte de l’ANC pour les droits fonciers des paysans africains. Cela n’a toutefois pas fait l’objet de discussion.

Dès le départ, l’agrobusiness international et la Banque mondiale ont participé à ce projet. Il est à noter que pendant la période de « transition » précédant les élections présidentielles de 1994, le général Constand Viljoen avait « comploté une guérilla afrikaner contre le régime multiracial ». (Financial Times, 5 décembre, 2013)

Alors que Mandela « croyait en l’action » … il y a toujours eu au cœur de [son] militantisme un désir d’amener le régime colonial blanc à s’asseoir à la table de négociations ». (Mail et Guardian, 12 décembre, 2013). Cette attitude a largement caractérisé ses relations avec le général Viljoen.

Il convient de noter que dans les années 1980 général Viljoen, en tant que chef de la Force de défense sud-africaine, a mené les troupes sud-africaines en Angola. En 1993, il a participé à la création de L’Afrikaner Volksfront (AVF), un parti de droite raciste. Il a fondé plus tard le Freedom Front lequel a présenté des candidats aux élections d’avril 1994.

L’article sur l’exportation de l’apartheid a été l’objet de controverses.

Sa publication dans Le Monde diplomatique en avril 1997 a coïncidé avec les audiences de la Commission vérité et réconciliation en Afrique du Sud, dirigée par le révérend Desmond Tutu, et portait sur le rôle du général Constand Viljoen comme chef de la Force de défense de l’Afrique du Sud durant l’apartheid. (Le général Viljoen a témoigné en mai 1997 devant la Commission.)

En juin 1997, l’article a fait l’objet d’une poursuite en diffamation entamée par la Sacada, le chef du Front de la liberté et l’ancien chef de la SADF, le général Constand Viljoen, contre l’auteur et Le Monde diplomatique. L’action en justice lancée à Paris a ensuite été rejetée par le Palais de Justice de Paris.

Michel Chossudovsky, le 12 décembre, 2013


Forcés de renoncer à l’odieux régime qui les avait mis au banc des nations, les fermiers blancs sud-africains se redéploient en direction du Mozambique et de l’Angola. Fer de lance de la nouvelle puissance régionale, ils prétendent s’emparer des meilleures terres agricoles et mettent en danger, avec l’aide de la communauté internationale, la survie des communautés locales.

CRÉER un « couloir agroalimentaire » de l’Angola au Mozambique, tel est le projet d’une organisation de la droite sud-africaine blanche, le Front de la liberté. Avec le soutien de la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada, l’agrobusiness afrikaner voudrait ainsi étendre sa mainmise sur les pays voisins en investissant massivement dans l’agriculture commerciale, l’industrie alimentaire et l’écotourisme. Objectif : mettre sur pied, au-delà des frontières de l’Afrique du Sud, des exploitations agricoles gérées par des Blancs. Car ce « couloir agroalimentaire » n’est nullement destiné à satisfaire les besoins de la population locale – au contraire : des paysans perdront leurs terres et les petits propriétaires se transformeront en métayers ou en ouvriers agricoles travaillant pour le compte des Boers, propriétaires des grandes plantations.

Le Front de la liberté est dirigé par le général Constand Viljoen : cet ancien commandant en chef de l’armée au temps de l’apartheid fut jadis impliqué dans l’assassinat de militants anti-apartheid et comme responsable d’une organisation secrète (Stratcom) mise en cause dans des attentats, des actes de torture et la diffusion de propagande extrémiste (1). Si son parti semble modéré, comparé au groupe d’extrême droite de Eugène Terreblanche, l’Afrikaner Weerstandebeweging (AWB), il n’en est pas moins un mouvement politique raciste fidèle à l’idée d’un Etat afrikaner (2). Paradoxalement, l’initiative commune de la Sacada et du Front de la liberté bénéficie du soutien politique de l’ANC, notamment de la bénédiction du président Nelson Mandela. Ce dernier a délégué au conseil d’administration de la Sacada le premier ministre de la province de Mpumalanga (Transvaal de l’Est), M. Matthews Phosa, l’un des hommes d’affaires noirs les plus prospères de la province, qui a préparé l’extension aux pays voisins des intérêts des hommes d’affaires blancs (3).

Au cours des discussions avec le président sud-africain, le général Viljoen a soutenu que « l’installation des fermiers afrikaners dans des pays voisins stimulera les économies de ces pays, procurera à la population locale de la nourriture et des emplois, ce qui endiguera le flux de l’immigration illégale vers l’Afrique du Sud (4) ». Approuvant ce projet, le président Mandela a invité les autres pays africains à « considérer ces immigrants comme une sorte d’aide étrangère (5) ». Et Pretoria négocie d’ores et déjà avec plusieurs d’entre eux – à ce jour, douze pays « intéressés par les fermiers blancs sud-africains » se sont adressés à la Sacada (6).

Mais le « couloir agroalimentaire » en question perturbera le système agricole existant. L’agrobusiness sud-africain va non seulement s’approprier des millions d’hectares des meilleures terres, mais aussi s’emparer des infrastructures économiques et sociales du pays d’accueil – les Boers dirigeront ainsi de grandes exploitations utilisant la population rurale locale comme métayers ou comme saisonniers. Bref, il portera un coup fatal tant à l’agriculture de subsistance qu’à l’agriculture commerciale des paysans et se substituera au marché agricole local, entretenant une famine déjà endémique dans cette région.

La Sacada a l’intention d’investir au Zaïre, en Zambie, en Angola et de mener « une expérience pilote au Mozambique (7) ». A cet effet, en mai 1996, les présidents mozambicain et sud-africain, MM. Joaquim Chissano et Nelson Mandela, ont signé un accord intergouvernemental autorisant l’agroalimentaire afrikaner à investir dans au moins six provinces du Mozambique et à y créer un ensemble de concessions s’étendant sur huit millions d’hectares. « Le Mozambique a besoin de notre compétence technique et de notre argent, et nous avons les personnes indiquées, déclarait alors un responsable sud-africain. Nous préférons avoir une région peu peuplée. (…) Pour les Boers, la terre est à ranger avec Dieu et la Bible. » Quant aux petits propriétaires ruraux et aux agriculteurs qui ne produisent que le minimum vital et sont en général dans l’impossibilité de fournir des titres de propriété, ils connaîtront l’expulsion ou le déplacement vers des terres à moindre rendement (8).

Un véritable cadeau

POUR 0,15 dollar l’hectare, les fermiers afrikaners se verront en particulier concéder les meilleures terres agricoles de la province mozambicaine de Niassa : un véritable cadeau. Grâce à une forme de co-entreprise, baptisée projet Mosagrius, la Sacada a pu s’établir dans la vallée fertile du Luganda. Les Boers convoitent de surcroît les terres agricoles qui bordent deux autres fleuves, le Zambèze et le Limpopo, ainsi que le réseau routier et ferroviaire liant Licinga, la capitale de Niassa, au port maritime de Nagala – la ligne de chemin de fer a été modernisée et réhabilitée par une entreprise française avec les crédits au développement fournis par Paris.

Un premier pas a été franchi, en 1996, dans la mise en oeuvre de cet accord, avec la cession à la Sacada de concessions où 500 exploitations agricoles blanches doivent s’installer sur des terres destinées à l’exploitation commerciale (9). La gestion des nouvelles propriétés boers sera entièrement intégrée à celle de leurs entreprises en Afrique du Sud, qui enverront au Mozambique directeurs et surveillants afrikaners blancs, mais aussi hommes de main, chauffeurs de tracteurs et techniciens noirs. « Chaque fermier afrikaner emmènera son cadre de service noir » pour contrôler et commander la population locale, affirme le chargé de liaison à la Commission sud-africaine de Maputo. En revanche, peu de colons blancs se rendront eux- mêmes dans les concessions de Niassa.

D’après le projet de la Sacada, les communautés locales vivant sur les futures concessions seront regroupées dans des « townships rurales » similaires à celles qui prévalaient sous le régime d’apartheid. « On installera des villages le long des routes proches des fermes [blanches], à proximité des champs – pour que les ouvriers agricoles puissent facilement se déplacer entre leur domicile et leur lieu de travail. On établira un minimum d’infrastructures, et un lopin de terre sera alloué à chaque ménage pour subvenir à ses besoins (10). » A moins de se voir assurer un droit à la terre dans les concessions ou les zones limitrophes, les paysans deviendront ainsi rapidement des travailleurs agricoles sans terre ou des métayers, selon le système cher aux Boers depuis le XIXe siècle. Celui-ci consiste à accorder aux Noirs une parcelle de terre en échange de leur corvée sur les plantations blanches. Bien qu’illégal en Afrique du Sud depuis 1960, il reste en vigueur notamment dans l’est du Transvaal et au Kwazulu Natal (11).

Les grandes banques sud- africaines, la Banque mondiale et l’Union européenne soutiennent cette entreprise. Le « couloir agroalimentaire » fait partie des programmes d’ajustement structurel appuyés par les institutions de Bretton Woods. Les investissements afrikaners dans le domaine agricole vont de pair avec la réforme agraire parrainée par la Banque mondiale. Les bailleurs de fonds considèrent même l’expropriation des paysans comme la condition préalable au rééchelonnement des dettes accordées par le Club de Paris. « La Sacada, explique son secrétaire, M. Willie Jordan, a décidé d’aligner sa politique sur celle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, et entend devenir une agence internationale pour le développement » autorisée à conclure des accords pour réaliser « des programmes de coopération et d’aide au développement (12) ».

Si la communauté internationale a soutenu (tardivement) le combat de l’ANC contre l’apartheid, elle aide maintenant financièrement les organisations racistes afrikaners de développement. Autrement dit, les pays occidentaux donateurs contribuent à l’extension de l’apartheid aux pays voisins de l’Afrique du Sud. L’Union européenne a ainsi financé la Sacada dans le cadre d’aides octroyées à Pretoria au titre du programme de reconstruction et de développement. Un responsable de Bruxelles considère l’initiative de la Sacada comme « la meilleure nouvelle pour ce continent depuis trente ans (13) ».

Une grande partie du littoral mozambicain du lac Niassa – dont 160 kilomètres à travers la vallée du Rif, de Meponda jusqu’à Metangula, et, au nord, jusqu’à la frontière tanzanienne – est incluse dans un projet de « tourisme et autres activités complémentaires et écologiquement durables (14) », qui prévoit également l’attribution à des fermiers afrikaners de zones de pêche et d’aquaculture au détriment de la pêche locale. Les Boers auront en outre le droit d’exploiter les 20 000 hectares de la réserve du Niassa Game, située sur la frontière avec la Tanzanie, toujours au nom du « tourisme écologiquement durable ».

M. James Ulysses Blanchard III s’est lancé dans une entreprise plus importante encore. Durant la guerre civile qui a longtemps sévi au Mozambique, ce magnat texan avait financé le mouvement rebelle Renamo, alors soutenu par le régime de l’apartheid et entraîné par l’armée sud-africaine. Cela n’a pas empêché le gouvernement du Frelimo de lui accorder une vaste concession comprenant la réserve d’éléphants de Maputo et, au sud, un vaste territoire, la péninsule de Machangula. M. Blanchard III a l’intention d’y créer un parc de loisirs, l’Indian Ocean Dream Park, avec hôtel lacustre, chambres de luxe pour touristes facturées de 600 à 800 dollars la nuit et casino. Evidemment, les communautés locales vivant sur cette concession seront expropriées. ” Nous allons venir et leur dire : « Désormais vous vivez dans un parc national. Vous avez le choix entre enclore vos villages ou voir se balader dans votre rue principale des animaux sauvages » “, explique tranquillement le directeur général du parc, M. John Parrot.

A terme, cette évolution pourrait déboucher sur un morcellement du territoire national en différentes concessions. Au Mozambique, on l’a vu, un territoire autonome, véritable Etat dans l’Etat, est en train d’émerger dans la province de Niassa. Le projet Mosagrius – que contrôlent les Boers et qui échappe à l’autorité des gouvernements nationaux et provinciaux – est la seule autorité compétente et reconnue en matière de droit d’exploitation de la terre. De plus, il constitue une zone franche bénéficiant de la libre circulation des personnes – des Afrikaners, s’entend -, des marchandises et des capitaux, les investissements étant « dispensés de droits de douane et de toute autre imposition ». Des concessions semblables étant accordées à des investisseurs étrangers dans différentes régions du pays, le territoire national sera bientôt partagé en « couloirs ». Voilà qui, en fin de compte, pourrait annoncer la naissance d’une nouvelle ère coloniale.

Michel Chossudovsky

(1) « Ten Years Ago », Weekly Mail and Guardian, Johannesburg, 23 juin 1995.

(2) M. Viljoen a renoncé à ses menaces de résistance armée peu avant les élections de 1994.

(3) « Trade Block Planned for Eastern Regions », Weekly Mail and Guardian, Johannesburg, 12 mai 1995.

(4 » EU Backs Boers Trek to Mozambique « , Weekly Mail and Guardian, Johannesburg, 1er décembre 1995.

(5 » The Boers are Back « , South Africa : Programme Support Online, no 4, 1996. Voir aussi » Boers Seek Greener Pastures « , Los Angeles Times, 2 septembre 1995.

(6) Cité dans « EU Backs Boers Trek to Mozambique », op. cit.

(7) Ibidem.

(8) Voir les documents de la Land Conference, Conferencia nacional de terras, documento de trabalho, Maputo, juillet 1996.

(9) Selon les rapports de presse et les responsables de la South African High Commission. L’accord lui-même fait explicitement référence à 170 000 hectares et à la perspective de droits d’exploitation sur le lac Niassa. Cf. « The Agreement on Basic Principles and Understanding Concerning the Mosagrius Development Program » (L’accord sur les principes de base concernant le programme de développement Mosagrius), Maputo, mai 1996.

(10) Entrevue avec le responsable du haut- commissariat d’Afrique du Sud à Maputo, juillet 1996.

(11) « Hanekom’s Bill to Bury Slavery », Eddie Koch et Gaye Davis, Weekly Mail and Guardian, Johannesburg, 2 juin 1995.

(12) Cité dans » EU Backs Boers Trek to Mozambique « , op. cit. Pour le rôle du FMI au Mozambique, voir » FMI nao concorda « , Mediafax, Maputo, 26 septembre 1995, page 1.

(13 » EU Backs Boers Trek to Mozambique « , op. cit.

(14) Addendum 1, art. 1 de l’accord de Mosagrius.

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

Des reportages ont émergé vendredi dernier indiquant que le croiseur américain lanceur de missiles USS Cowpens aurait évité de justesse une collision avec un navire de débarquement chinois en Mer de Chine du Sud le 5 décembre. Si la collision a été évitée, cet incident constitue une mise en garde de plus sur les risques d’un conflit et d’une guerre créés par la montée des tensions en Asie orientale.

Un officier américain a déclaré à Stars and Stripes que le navire de l’Armée de libération du peuple (ALP) « manoeuvrait pour gêner et harceler le Cowpens, » qui a été contraint à faire une manœuvre d’évitement. Le ministère des Affaires étrangères américain a déclaré qu’il « soulevait cette question à un haut niveau hiérarchique élevé du gouvernement chinois. »

La Flotte américaine du Pacifique a publié une déclaration affirmant que le Cowpens « opérait légalement dans les eaux internationales » lorsque le navire de l’ALP s’est approché. Mais le Washington Free Beacon, qui a été le premier à faire un article sur cette confrontation a déclaré que le Cowpens « menait une surveillance du Liaoning, » le porte-avion de l’ALP, qui participait à des exercices dans la zone.

Si Beijing n’a fait aucune déclaration officielle sur l’incident, le général chinois Yin Zhuo a déclaré au People’s Daily hier que le croiseur américain naviguait à l’intérieur de la formation de la flotte qui accompagne le Liaoning. Le journal d’Etat chinois Global Times a cité une source anonyme bien informée sur cette confrontation qui a dit que le Cowpens « suivait de près et harcelait la formation du Liaoning » et qu’il « avait effectué des actions offensives » le premier. D’après le journal, les avions de surveillance militaires des États-Unis et du Japon suivaient également de près le Liaoning depuis le début de son voyage le mois dernier.

Si les médias américains et occidentaux accusent la Chine d’avoir fait monter les tensions dans les Mers de Chine du Sud et Orientale, en réalité, ces tensions sont le résultat du vaste renforcement militaire américain dans cette région. Le « pivot » ou « rééquilibrage » militaro-diplomatique américain en direction de l’Asie est conçu pour contenir la Chine, que les États-Unis considèrent comme leur principal rival potentiel dans la région Asie-Pacifique.

La dernière confrontation a eu lieu durant la visite du vice-président américain Joe Biden à Beijing dans un contexte de tensions exacerbées par l’annonce de la Chine en novembre d’une zone de défense aérienne (ZDA) dans les eaux contestées de Mer de Chine orientale. Au cours du même voyage, Biden a visité Séoul et Tokyo et réaffirmé que les États-Unis défendraient le Japon en cas de guerre contre la Chine. Les États-Unis et leurs alliés ont déclaré qu’ils ignoreraient cette zone et ont fait voler des avions dans cette zone à plusieurs reprises.

Les interventions brutales des États-Unis et de leurs alliés dans les exercices maritimes chinois augmentent fortement le risque d’une confrontation ouverte. L’incident impliquant l’USS Cowpens fait suite à un incident en octobre dernier lorsqu’un destroyer japonais était entré dans une zone de tir à munitions réelles dans le Pacifique au cours de l’un des plus grands exercices navals chinois. Le ministère de la Défense chinois avait dénoncé cette manœuvre comme une « provocation dangereuse. »

L’USS Cowpens fait partie d’un groupe de combat attaché au porte-avions USS George Washington, qui a participé à plusieurs exercices en Mer de Chine du Sud au cours des derniers mois. Les États-Unis renforcent leurs liens militaires avec le Vietnam et les Philippines et les soutiennent dans leur conflit territorial avec la Chine en Mer de Chine du Sud. Washington pousse pour obtenir des bases américaines permanentes aux Philippines, pour permettre à plus de 4500 soldats américains d’être stationnés sur des côtes qui font face à la Chine.

Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry a annoncé hier une aide militaire accrue pour le Vietnam, dont cinq patrouilleurs pour les gardes-côtes, pour assurer un « respect effectif du droit dans les eaux territoriales. »

Lors d’une conférence de presse à Hanoi, Kerry a dénoncé la ZDA chinoise, déclarant qu’elle « augmente clairement le risque d’une dangereuse erreur de calcul ou d’un accident, » qui pourrait entraîner un conflit entre le Japon et la Chine. Il a clairement dit que les États-Unis ne feraient rien pour abaisser ce risque, cependant, affirmant que cette zone « n’affectera pas les opérations militaires américaines dans la région. » Il a ajouté : « la Chine devrait s’abstenir d’adopter des actions unilatérales de ce type ailleurs, en particulier en Mer de Chine du Sud. »

La marine américaine affirme son « droit » de patrouiller dans les eaux au large de la côte Sud de la Chine et d’y faire de la surveillance. Washington affirme qu’il a un « intérêt national » à maintenir « la liberté de navigation » dans les voies maritimes de cette mer, qui sont une voie commerciale vitale pour la Chine. Le véritable objectif de la présence militaire américaine dans la région est de s’assurer qu’en cas de conflit elle pourra mettre la Chine à genoux par un blocus naval.

Depuis l’incident du 5 décembre, les appels à une plus grande militarisation se multiplient dans l’élite politique américaine. Le républicain Randy Forbes, président de la sous-commission de la Chambre des députés pour la marine de guerre, a déclaré le 11 décembre qu’une stratégie d’ensemble était nécessaire pour empêcher que la « modernisation navale » de la Chine fasse reculer les États-Unis dans la région Asie-Pacifique ». Des analystes de plusieurs groupes de réflexion stratégiques ont déclaré à la sous-commission que les États-Unis devraient acheter plus de sous-marins d’attaque de type Virginia et faire passer en priorité les missiles anti-navires à long rayon d’action, les drones installés sur des porte-avions et la technologie de défense anti-missile pour contrer la Chine.

L’analyste naval Ronald O’Rourke, du service de recherche du Congrès a listé « les considérations stratégiques américaines par rapport à l’effort de modernisation navale de la Chine. » Parmi celles-ci, il y a le fait « d’empêcher l’émergence d’une hégémonie régionale dans une partie ou l’autre de l’Eurasie » et « préserver l’ordre international dirigé par les États-Unis qui fonctionne depuis la Seconde guerre mondiale. »

Avec l’approche du centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale, un bon nombre de commentateurs ont fait remarquer les similarités alarmantes entre la situation en Asie orientale et celle dans les Balkans qui avait déclenché le conflit il y a 100 ans.

Dans le journal l’Australian en février, l’ex-premier ministre australien Kevin Rudd a prévenu : « Ce ne sont pas des temps ordinaires en Asie orientale. Avec les tensions qui montent suite à des revendications territoriales conflictuelles dans les mers de Chine orientale et du Sud, la région ressemble de plus en plus à une réédition sur mer au 21e siècle des Balkans il y a un siècle – une poudrière sur l’eau. »

Si Rudd en imputait la faute à la Chine, la responsabilité principale revient à l’impérialisme américain, qui transfère des ressources militaires dans la région et encourage ses alliés à adopter une position plus dure contre la Chine pour tenter de maintenir l’hégémonie américaine dans la région Asie-Pacifique. Depuis février, les tensions ne font que monter, créant une poudrière où la moindre erreur pourrait entraîner la guerre.

Tom Peters

Article original, WSWS, paru le 17 décembre 2013

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La publication d’un rapport des inspecteurs des Nations unies sur les armes chimiques qui pointe plusieurs attaques au gaz sarin menées par les forces soi-disant « rebelles » expose encore plus les mensonges du gouvernement Obama sur la responsabilité du gouvernement syrien pour l’attaque à l’arme chimique du 21 août à Ghouta dans la banlieue de Damas.

Washington s’était emparé de cet incident comme d’un prétexte pour une campagne de bombardement déjà prévue et pour accentuer la pression en faveur d’un changement de régime sur le président syrien Bashar el-Assad.

La publication du rapport de l’ONU jeudi dernier fait suite à la publication par le journaliste d’investigation Seymour Hersh, lauréat du prix Pulitzer, d’un article détaillé dans la London Review of books. Celui-ci révélait que le gouvernement Obama avait délibérément manipulé les renseignements dont il disposait pour affirmer à tort qu’il avait des preuves de la responsabilité du gouvernement syrien et de son armée dans l’attaque de Ghouta.

Hersh citait des responsables actuels et passés de l’armée américaine et des services de renseignements américains sur la falsification des informations concernant l’attaque du 21 août et sur le fait que le gouvernement Obama avait dissimulé l’existence de rapports des services de renseignements prévenant de ce que le Front Al Nusra (affilié à Al Qaïda) avait la capacité de fabriquer et d’utiliser comme arme du gaz neurotoxique sarin, le même qui a servi lors de l’attaque de Ghouta.

Le rapport de 82 pages rendu par les l’ONU sur les armes chimiques s’appuie sur des enquêtes approfondies sur les lieux de plusieurs attaques où des allégations d’usage d’armes chimiques ont été faites soit par le gouvernement syrien, soit par les gouvernements américain, britannique et français. Les inspecteurs ont analysé le sol et d’autres prélèvements dans l’environnement, examinés des prélèvements de cheveux, d’urine, de tissus biologiques et sanguins pour y trouver des traces de composés chimiques, ils se sont entretenu avec des survivants, des témoins et du personnel médical, ils ont également étudiés les obus qui auraient servi de vecteur au sarin dans chaque incident.

Ils sont arrivés à la conclusion qu’outre l’incident de Ghouta, il y a eu au moins quatre attaques « probables » au sarin. Dans trois de ces attaques, ce sont les soldats de l’armée syrienne qui ont été victimes du gaz mortel, et dans la quatrième, ce sont des civils. Aucune des attaques confirmées n’a visé les milices des combattants « rebelles ».

Deux des attaques maintenant confirmées ont eu lieu à quelques jours de celle de Ghouta. Le 24 août – trois jours après Ghouta et au moment où Obama préparait l’armée américaine pour une frappe et dénonçait le gouvernement syrien pour avoir « franchi une ligne rouge » – le gaz sarin a été déployé contre des soldats syriens à Jobar dans la banlieue de Damas. Ce que le rapport de l’ONU décrit comme « une attaque relativement petite » a été confirmé par des entretiens avec des survivants et des personnels de santé, ainsi que par des prélèvements sanguins positifs au sarin collectés par les autorités syriennes et authentifiés par les inspecteurs de l’ONU.

Sur cet incident, le rapport indique : « un groupe de soldats a reçu l’ordre de nettoyer certains bâtiments sous le contrôle des forces de l’opposition. Vers 11h00, l’intensité des tirs de l’opposition a baissé et les soldats avaient l’impression que l’autre camp se retirait. À près de 10 mètres de certains soldats, une bombe improvisée aurait éclaté avec un faible bruit, libérant un gaz qui sentait très mauvais. Un groupe de 10 soldats a été évacué dans des transports de troupes blindés vers le local médical de campagne avec des difficultés respiratoires et des symptômes étranges non spécifiés. »

Un jour après cette attaque, le 25 août, du sarin a été utilisé « à faible échelle contre des soldats » dans la ville d’Ashrafiah Sahnay au Sud, au cours d’affrontements entre des « rebelles » et des troupes qui tenaient un poste de contrôle du gouvernement. Là aussi, l’ONU appuie ses conclusions sur des entretiens et des prélèvements sanguins effectués par le gouvernement syrien.

Les inspecteurs n’avaient pas pour tâche de déterminer qui était responsable des attaques au sarin qu’ils ont confirmés, et ce rapport est donc silencieux sur cette question. Ce rapport, néanmoins, est rédigé dans les termes les plus circonspects, se contentant de donner des conclusions scientifiques.

Cela ne fait qu’en rendre le contenu encore plus fort. La seule conclusion qui peut être tirée est que les milices « rebelles » soutenues par les États-Unis et dominées par les islamistes sont responsables de plusieurs crimes de guerre sous la forme des attaques chimiques contre les soldats syriens et les civils.

Celles-ci ont été menées pour tenter d’inverser le sort sur le champ de bataille et de déclencher une intervention américano-britannico-française du même genre que celle qui avait donné la victoire aux rebelles libyens, afin d’écraser le régime d’Assad et d’installer au pouvoir l’opposition soutenue par les impérialistes. Le gouvernement Obama a délibérément menti parce qu’il y voyait une occasion de supprimer un autre obstacle à sa domination impérialiste de cette région riche en pétrole et d’isoler l’Iran, en préparation d’une frappe éventuelle contre ce pays.

En fin de compte, Obama s’est retiré à cause des divergences tactiques aiguës au sein de son gouvernement, de l’élite militaire et des services de renseignements américains au sujet des implications qu’il y aurait à laisser le contrôle de la Syrie à des forces dominées par Al Qaïda; et à cause de l’opposition majoritaire dans la population Américaine et mondiale à une guerre sans raison de plus au Moyen-Orient.

Washington a préféré organiser un changement de tactique, donnant son accord au plan russe pour la destruction des armes chimiques syriennes et à l’ouverture de négociations avec le gouvernement iranien. Un des motifs principaux de cette évolution était le désir de libérer les forces militaires américaines pour le « pivot » en Asie et une éventuelle guerre contre le rival montant de l’impérialisme américain sur la scène internationale, la Chine.

Les dernières révélations sur les mensonges du gouvernement Obama sur la Syrie exposent encore plus le rôle criminel joué par les États-Unis et les médias internationaux. Il y a dix ans, les élucubrations du gouvernement Bush sur les armes de destruction massives irakiennes étaient promues comme des informations sûres par les grands médias. En août et en septembre de cette année, les médias ont fait comme si la population mondiale était affectée d’amnésie collective, avec des « renseignements » bidons et des affirmations sans preuves de la part de la Maison blanche, une nouvelle fois relayées par la presse et la télévision.

Maintenant que ce barrage de propagande a été complètement exposé, la couverture se poursuit. L’article de Seymour Hersh comme les conclusions de l’ONU sur les attaques chimiques en Syrie ont été soit minimisés soit complètement passés sous silence.

Les organisations de la pseudo-gauche dans le monde entier ont servi de complices dans ces efforts pour faire taire toute exposition de la propagande guerrière du gouvernement Obama. L’international Socialist Organisationaméricaine mal nommée, le Nouveau parti anticapitaliste en France, tout comme le Parti la Gauche (Die Linke) en Allemagne continuent à faire de l’agitation pour une intervention plus forte des États-Unis contre le régime syrien, en maintenant que les milices « rebelles » seraient à la pointe d’une « révolution » démocratique.

Depuis les préparatifs de guerre d’Obama en août jusqu’à aujourd’hui, ces organisations issues des classes moyennes et pro-impérialistes ont rejeté toute remise en question des allégations américaines selon lesquelles le gouvernement Assad était responsable de Ghouta. Maintenant elles évitent toute mention de Hersh et des révélations de l’ONU.

En opposition complète à cela, le World Socialist Web Site a immédiatement remis en question les affirmations faites sur Ghouta par le gouvernement Obama et ses alliés internationaux. Dans un article publié le lendemain de l’incident, le WSWS notait : « Les accusations non fondées selon lesquelles le régime syrien du président Bashar al-Assad a perpétré une attaque aux armes chimiques près de Damas et qui a tué un grand nombre de civils présentent toutes les caractéristiques d’une provocation montée de toutes pièces visant à déclencher une intervention occidentale. [...] Si l’on se demande à qui profite un tel crime, il est clair que ce n’est pas au régime d’Assad mais aux forces dirigées par les islamistes et qui combattent pour le renverser. Ces accusations de crimes de guerre perpétrés par le gouvernement syrien sont faites au moment où ces forces sont confrontées à une crise croissante et à une série de défaites militaires.»

Patrick O’Connor

Article original, WSWS, paru le 16 décembre 2013

 

Les auteurs recommandent également :

US media blacks out Seymour Hersh exposé of Washington’s lies on sarin attack in Syria

[11 décembre 2013]

 

SHYPERLINK “https://www.wsws.org/fr/articles/2013/dec2013/hers-d11.shtml”eymour Hersh révèle les mensonges du gouvernement sur les attaques au gaz sarin en Syrie

[11 décembre 2013 – original anglais paru le 10]

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“Il ne peut y avoir de démocratie sans laicïté”

décembre 19th, 2013 by Georges Corm

Il appartient à cette génération d’intellectuels arabes progressistes qui plaident pour la laïcité et défendent la souveraineté des Etats face à toute forme d’impérialisme. L’historien et juriste libanais Georges Corm décrypte la situation actuelle dans le monde arabe.

Après les espoirs suscités par le Printemps arabe en 2011 puis l’arrivée au pouvoir de mouvements se réclamant de l’islam en Egypte et en Tunisie, êtes-vous optimiste pour l’avenir politique des pays arabes ?

Le mouvement de 2011 était extraordinaire : de Oman jusqu’à la Mauritanie, la conscience collective arabe s’est réveillée. Mais les raisons d’espoir sont à long terme. Les cycles révolutionnaires du monde arabe sont longs, surtout avec le taux d’interférences externes. Pour casser ce mouvement, on a créé des points de fixation en Libye et en Syrie. Ces deux interventions ont conduit à la catastrophe. Quand on arme des manifestants pacifiques, on provoque la guerre civile. L’indignation sur tel ou tel dictateur est sélective selon les intérêts géopolitiques occidentaux et ceux de leurs alliés locaux. Supprimer un système de dictature et de prédation ? Mais pour le remplacer par quoi ? Tout le Moyen-Orient est en situation de prédation par ses couches dirigeantes et leurs alliés dans le monde des firmes multinationales. Ce sont des économies “rentières” totalement improductives qui entraînent chômage et forte concentration de richesses. C’est aux peuples seuls de régler les problèmes avec leurs régimes politiques et économiques et de construire du neuf.
Quel regard portez-vous sur la situation en Syrie ?

C’est une bataille très dangereuse qui dépasse de loin les enjeux syriens internes et qui peut déboucher sur une troisième guerre mondiale. Tant qu’il y aura 90 000 ou 100 000 combattants non syriens, et que les milieux de l’opposition à l’étranger demeurent largement prisonniers des intérêts de la Turquie, de la France, de l’Arabie Saoudite et du Qatar, on n’arrivera à rien. Le pays est en train d’être systématiquement détruit. Demain, de nouveaux prédateurs vont arriver et piller la Syrie sous prétexte de reconstruction, comme au Liban, en Irak, en Bosnie…
Quels sont selon vous les enjeux géostratégiques à l’œuvre dans la région ?

Il s’agit aujourd’hui du rééquilibrage du système international et de la fin de l’unilatéralisme américain. La région est dans un chaos total. Sur la rive sud de la Méditerranée, les Etats-Unis et Israël ont mis la région à genoux avec l’invasion de l’Irak en 2003, puis l’attaque israélienne contre le Liban en 2006. La Syrie a supporté un million et demi de réfugiés irakiens pendant des années sans demander d’assistance. Les Tunisiens ont dû eux aussi accueillir des centaines de milliers de réfugiés de Libye. Au Liban, il y a entre 800 000 et un million de réfugiés syriens, soit 25 % de la population. Dans cette situation explosive, l’Europe, à la traîne des Etats-Unis, ne joue aucun rôle d’apaisement, bien au contraire.
Quel est le rôle du Golfe dans la région ?

L’augmentation des prix du pétrole dès 1973 a constitué un tremblement de terre social au Moyen-Orient d’une ampleur sans précédent dans l’époque moderne. Les élites urbaines arabes, qui avaient déclenché la Nahda au XIXème siècle et adapté les principes de la Charia aux besoins du monde moderne, ont progressivement cédé le pouvoir culturel, religieux et médiatique aux familles régnantes du Golfe, disposant de moyens financiers disproportionnés face aux autres régimes politiques arabes fragilisés par les défaites militaires face à Israël ou les échecs du développement, et parfois les deux à la fois. La “Sahoua islamique” est venue remplacer la “Nahda arabe”, avec son cortège de prédicateurs tous influencés par l’extrême rigorisme théologique du wahhabisme. La religion musulmane a été instrumentalisée pour en faire une arme politique redoutable, en alliance avec les Etats-Unis dans la lutte contre le communisme. La question palestinienne a été oubliée au profit de combats qui ne sont pas les nôtres en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie, dans le Caucase. Ces mouvances portent en elles la légitimation d’un autoritarisme redoutable prétendant contrôler la vie des croyants et croyantes dans ses moindres détails et combattre les “mécréants”, musulmans ou non.
Contre ces “idéologies d’autorité”, vous prônez le retour à la liberté d’ijtihad…

La grande erreur de beaucoup d’intellectuels arabes a été de laisser la question religieuse aux Frères musulmans et au wahhabisme qui, avec leurs moyens, se sont emparés de l’esprit des gens. Les hauts faits de la civilisation islamique qui avait institué une liberté de pensée tout à fait remarquable pour l’époque sont complètement occultés. On ne parle que de Sayyid Qotb, Maududi et Ibn Taymiyya ! Ce qu’on voit aujourd’hui est le résultat de quarante ans d’une politique très active qui remonte à la guerre froide, de “réislamisation” des sociétés pour lutter contre le communisme. Aujourd’hui, vous n’êtes pas un musulman “représentatif” si vous êtes libéral. Pourtant, il y a toujours dans le monde arabe une vivacité de débat sur la façon d’interpréter le texte coranique, mais elle n’intéresse pas les milieux académiques et médiatiques.
Vous plaidez pour la laïcité. N’est-ce pas utopiste de prôner un modèle impopulaire dans la rue arabe ?

Avec ce qu’il se passe en Egypte, en Tunisie et en Syrie, l’opinion publique arabe, y compris dans sa composante croyante, commence à comprendre quelle est l’utilité de la laïcité. Au Machreq, où règne une forte diversité religieuse à l’intérieur même de l’islam, c’est la seule solution. Il ne peut d’ailleurs y avoir de démocratie sans laïcité. Si tout est polarisé sur la question du référent religieux dans les constitutions ou l’identité sociale et culturelle, c’est parce que nous n’avons pas de pensée économique alternative qui aurait relégué au second plan cette question. Il faut refuser l’analyse en termes identitaires : le problème, c’est la déstructuration de nos sociétés et le refus du pluralisme, dans une région du monde qui, depuis la plus Haute Antiquité, est plurielle.
Quel rôle le Maghreb, et en particulier le Maroc, a-t-il à jouer dans ce contexte ?

L’Algérie a énormément souffert de la vague islamique. La Libye est aujourd’hui en proie à l’anarchie qui profite aux éléments se réclamant d’un islam militant, et la Tunisie vit de plus en plus dangereusement. Le Maroc et sa monarchie à légitimité religieuse se réclamant d’un islam du juste milieu, qui est l’islam authentique, pourrait jouer un rôle de catalyseur d’un libéralisme arabe et islamique moderniste, tel qu’il a existé jusqu’aux années 1950. C’est aussi ce qu’essaye de faire Al Azhar en Egypte. Il serait temps d’œuvrer pour rétablir dans le monde arabe la santé mentale que nous perdons tous les jours un peu plus et de revenir à une conception du monde ouverte, tolérante et pluraliste. C’est ce qui autrefois a fait la grandeur de la civilisation arabo-islamique puis, plus près de nous, celle de la magnifique Nahda arabe.

Georges Corm, né en 1940 à Alexandrie, a assisté, tout jeune, à l’arrivée au pouvoir de Nasser et à la nationalisation du canal de Suez. Après un doctorat en droit public sur les sociétés multiconfessionnelles, il a été professeur de sciences politiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, employé dans la fonction publique puis le secteur bancaire, consultant auprès de divers organismes internationaux et ministre des Finances du Liban de 1998 à 2000. Dans ses nombreux ouvrages, tant en arabe qu’en français, dont Le Proche-Orient éclaté (1956-2012) (Folio, 7ème édition) etPour une lecture profane des conflits (La Découverte, 2012),il plaide pour un monde arabe plus uni et plus indépendant, critique vertement le soutien des Etats-Unis et de l’Europe aux Etats théocratiques comme l’Arabie Saoudite et Israël.

 

TelQuel (Maroc), 5 décembre 2013.

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Des ennemis jurés devenus des alliés
Le 24 novembre dernier, les Etats-Unis et l’Iran concluaient un accord historique. En échange d’une réduction des sanctions, l’Iran va restreindre et laisser contrôler son programme nucléaire. Le simple fait que les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont voulu se rencontrer ouvertement était encore impensable il y a quelques mois, et certainement pas au début de la république islamique.
Ces soixante dernières années, les relations entre les deux pays ont été particulièrement tumultueuses. En 1953, voulant prendre le contrôle des richesses pétrolières iraniennes, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne aidèrent à renverser le gouvernement élu de Mossadegh. Le shah régna d’une main d’acier avec l’appui des Etats-Unis. Il dut finalement abandonner le pouvoir à la révolution islamique en 1979 . Peu après cette révolution, les Etats-Unis subirent l’assaut de leur ambassade et la prise en otage de son personnel.
Depuis, l’Iran et les Etats-Unis sont ennemis jurés. Au début des années ’80, quand l’Irak assaillit au gaz toxique des centaines de milliers d’Iraniens, notamment originaires des Etats-Unis, la Maison Blanche fit mine de regarder ailleurs. En 1983 l’armée des Etats-Unis fut chassée du Liban par un attentat à la bombe meurtrier qui tua 241 marines. Derrière l’attentat il y avait le Hezbollah, le plus proche allié de l’Iran au Liban. En 1986 le président Reagan perdit la face à cause du scandale de l’Irangate. Après le 11 septembre, l’Iran se retrouva sur la liste de « l’Axe du Mal » (1).
En 2003 l’invasion de l’Irak redistribua les cartes dans la région. Saddam Hussein, principal adversaire de l’Iran, fut éliminé, et les chiites parvinrent au pouvoir. L’Irak n’était plus un ennemi héréditaire, mais un allié. A ce moment, l’Iran avait déjà pas mal d’influence en Syrie, au Liban ( Hezbollah) et en Palestine (Hamas). A l’inverse, les Etats-Unis perdirent graduellement leur emprise sur l’Irak. L’hégémonie régionale pencha en direction de Téhéran.
Ce n’est pas un hasard si la controverse à propos du programme nucléaire de l’Iran a commencé à cette période. La question nucléaire était par excellence le levier de Washington pour restreindre l’influence croissante de l’Iran et mettre le pays à genoux.
L’Iran n’a jamais eu – et n’a toujours pas – l’intention de développer une bombe atomique à court terme (2). Acquérir une arme nucléaire n’est pas un objectif essentiel pour les dirigeants iraniens. En outre, le pays n’est pas en état d’y parvenir rapidement. Il ne dispose pas de suffisamment d’uranium appauvri et n’a pas non plus de missile fiables d’une portée suffisante, pas plus qu’une force aérienne assez équipée pour pouvoir atteindre Israël. Si c’était le cas, Israël aurait bombardé les installations nucléaires depuis longtemps (3).
Le première résolution des Nations Unies concernant le programme nucléaire de l’Iran date de juillet 2006. Depuis, Washington a tout fait pour isoler le pays et le ruiner. En 2003 puis encore en 2009, l’Iran avait présenté des propositions pour parvenir à un accord avec les Etats-Unis, mais Washington avait refusé dans les deux cas (4). Finalement ils y sont tout de même arrivés …
Ce n’est pas la première fois que Washington conclut un pacte avec « le diable ». Roosevelt a collaboré (temporairement) avec Staline pour abattre l’Allemagne nazie et Nixon, après la défaite au Vietnam, a conclu un accord avec Mao pour affaiblir l’Union Soviétique.
En géopolitique, les principes ou l’idéologie ne jouent pas un rôle important, il s’agit des intérêts purs et durs. C’est le cas ici, une fois encore. Jetons un œil sur ces intérêts et sur la question de savoir pourquoi les deux partenaires ont pris un tel virage et pourquoi maintenant. Nous verrons aussi quels avantages les deux pays tentent de tirer de cet accord.
Mobiles des Etats-Unis
Commençons par les Etats-Unis. Cinq facteurs au moins expliquent pourquoi Washington essayait d’avoir un accord et une collaboration avec Téhéran.
Surexploitation
 
Le premier gouvernement Bush était un vrai cabinet de guerre (5). Il voulait faire plier des pays indisciplinés du Moyen-Orient et d’Afrique. Après le 11 septembre l’objectif des cinq années à venir était, après la conquête de l’Afghanistan, « de détruire » sept autres gouvernements : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan en l’Iran. Mais l’Afghanistan et l’Irak débouchèrent sur un fiasco militaire. En outre ils furent une vraie catastrophe économique. A eux deux ils ont coûté plus du double de la guerre contre le Vietnam (6).
La guerre contre le terrorisme, ce fut manifestement un pont trop loin pour les Etats-Unis. La désillusion fut immense et Obama fut élu avec la promesse de se retirer d’Irak et d’Afghanistan. Dans le même contexte, une attaque militaire contre la Syrie fut finalement annulée (7).
Moins d’intérêt pour le Moyen-Orient
Jusqu’à très récemment le Moyen-Orient avait une importance vitale pour l’approvisionnement pétrolier des Etats-Unis. Mais c’est de moins en moins le cas, grâce au développement propre du gaz de schiste et des sables bitumineux, ainsi qu’à l’exploitation des grandes réserves de pétrole au Canada. Les Etats-Unis sont actuellement le producteur de pétrole et de gaz ayant la plus forte croissance au monde. L’importation de pétrole moyen-oriental va diminuer de près de 40 % entre 2011 et 2017. Vers 2020, ils seront exportateurs nets de gaz naturel (8).
Focus sur la Chine
En 1992, un an après la chute de l’Union Soviétique, le Pentagone déclarait : « Notre premier objectif est d’empêcher qu’un nouveau rival n’apparaisse sur la scène mondiale. Nous devons détourner les concurrents potentiels même de simplement chercher à jouer un rôle plus important au niveau régional ou mondial ». C’est la doctrine qui a été maintenue, quel que soit le président (9).
Aujourd’hui, cela fait penser en premier lieu à la Chine. Pour Hillary Clinton, l’attention stratégique des USA devait se déplacer vers l’Océan Pacifique : “L’avenir de la politique se décidera en Asie, pas en Afghanistan ou en Irak. Et les Etats-Unis se trouveront exactement au centre de l’action”. Dans un débat télévisé avec Romney, Obama était déjà plus explicite, il qualifiait la Chine d’adversaire (10).
Ce ne sont pas simplement des mots. Tout autour de la Chine, les USA ont des troupes, des bases militaires, des points d’appui ou des centres d’entraînement dans 17 pays ou territoires maritimes : Tadjikistan, Kirghizie, Afghanistan, Pakistan, Mer d’Arabie, Océan Indien, Détroit de Malacca, Australie, Philippines, Océan Pacifique, Taïwan, Corée du Sud, Inde, Bangladesh, Sri Lanka, Népal et Malaisie. De nouvelles bases sont prévues en Thaïlande, au Vietnam et aux Philippines. Il existe une collaboration militaire avec la Mongolie, l’Ouzbékistan, l’Indonésie et récemment aussi avec la Birmanie. D’ici 2020, 60% de la flotte sera stationnée dans la région. Si l’on examine une carte il n’est pas exagéré de poser que la Chine est militairement encerclée (11). (Carte)
Une radicalisation menaçante
Un quatrième facteur est la radicalisation des djihadistes sunnites dans la région. En Syrie, des milices extrémistes ont pris la main et les Etats-Unis ont très peu de prise sur elles (12). En Irak, 5.000 personnes ont déjà été assassinées par Al-Qaida rien que les 6 premiers mois de l’année. Au Liban aussi, la situation risque de devenir incontrôlable(13).
Dans le passé, le Pentagone a déjà souvent collaboré étroitement avec des groupes islamiques extrémistes. Ce fut le cas en Afghanistan dans les années ’80, en Bosnie dans les années ’90, un peu plus tard au Kossovo et récemment en Libye et en Syrie. Mais cela à condition que les Etats-Unis gardent l’avantage. Washington veut bien aider à faire tomber le gouvernement pro-iranien au Liban et en Syrie, mais pas pour renforcer les djihadistes transnationaux, encore moins pour se faire taper sur les doigt par les émirats fondamentalistes. La Jordanie devrait suivre rapidement, et dans ce cas Israël serait entouré de régimes extrémistes. C’est un scénario de cauchemar (14). Aux yeux de Washington, les extrémistes sunnites sont devenus un facteur trop peu contrôlé et donc risqué dans la région.
Des alliés régionaux 
Un cinquième facteur concerne les alliés régionaux des Etats-Unis. Après le « printemps arabe », un certain nombre de régimes autocratiques de la région sont devenus des partenaires douteux ou affaiblis. C’est le cas en premier lieu de l’Egypte, mais aussi du Yémen, de la Jordanie, de Bahrein et de la Tunisie. Cela vaut également pour l’Arabie Saoudite, qui en outre se trouve devant un délicat passage de générations (15).
Washington avait espéré que le Pakistan serait un appui important pour contrôler la situation en Afghanistan après le départ de la majorité des troupes. Mais la guerre a fortement affaibli le Pakistan et le pays doit aussi encaisser une forte déstabilisation intérieure à cause des djihadistes (16).
Ensuite il y a l’Afghanistan et l’Irak. Dans ces deux pays, des régimes partisans des USA ont été mis en selle. Mais il apparaît qu’ils ne sont pas aussi dociles qu’espéré. Ils suivent de plus en plus leur propre cap, indépendamment de la Maison Blanche et parfois carrément contre elle. C’est ainsi que l’Irak a refusé d’ouvrir son espace aérien aux Etats-Unis pour bombarder l a Syrie tandis que les Iraniens peuvent s’en servir tranquillement pour assister l’armée syrienne (17).
 Avantages pour les Etats-Unis
C’est la conjonction de ces cinq facteurs qui explique pourquoi les USA ont cherché un rapprochement avec l’Iran. Ils ne sont plus en mesure de dominer unilatéralement le monde entier ni de choisir et de contrôler leurs alliés à la carte. Doser et équilibrer, voilà le message. Zbigniew Brzezinski, super-conseiller de différents présidents des Etats-Unis et chef d’orchestre de la politique étrangère de Washington en ce moment, l’exprime en ces termes : « La nouvelle réalité c’est qu’aucune grande puissance n’est en mesure de « dominer » l’Eurasie et donc de « commander » le monde. Le rôle de l’Amérique, en particulier après avoir perdu vingt années, doit maintenant être plus subtil et jouer davantage sur les nouveaux rapports de force en Eurasie » (18).
Grâce à l’accord conclu avec l’Iran, Washington obtient davantage d’espace (militaire) pour se concentrer sur d’autres régions, en particulier sur la région de l’Océan Pacifique (19). Ce n’est pas que les USA veuillent se retirer de la région, mais ils ne veulent pas conserver une trop forte empreinte militaire, qui serait inutile et les empêcherait d’atteindre d’autres objectifs prioritaires (20).
Une collaboration avec l’Iran leur permettra mieux de maîtriser la situation en Syrie, en particulier la menace djihadiste. Cela vaut également pour la situation en Afghanistan après le retrait d’une grande partie des soldats US en 2014 (21). Le soutien de Téhéran est également indispensable pour améliorer la situation en Irak, au Liban t en Palestine (22). Enfin la collaboration avec l’Iran fera diminuer l’influence de la Russie dans la région après le 11 septembre. C’est toujours ça de gagné pour Washington (23).
Ce ne serait pas la première fois que Téhéran et Washington collaborent pour contrer des djihadistes extrémistes. C’est déjà arrivé en Irak et en Afghanistan, respectivement contre Al Qaïda et les Talibans. Mais il s’agissait à chaque fois d’une collaboration tactique qui ne changeait rien à l’attitude globalement hostile entre eux et n’avait pas d’impact sur les alliances des Etats-Unis dans la région. Cette fois-ci nous avons à faire avec une collaboration stratégique qui redistribue les cartes au Moyen-Orient (24).
Par cette approche les Etats-Unis cherchent un équilibre stratégique entre Chiites et Sunnites. Aucun des deux camps ne peut devenir assez puissant que pour avoir le dessus. Un islam divisé dont les pôles assurent l’équilibre et se neutralisent jouent parfaitement le jeu d’Israël et des Etats-Unis. C’est la stratégie « diviser pour régner », qui a si bien fait ses preuves (25).
Avantages pour l’Iran
L’invasion de l’Irak n’a pas seulement été une défaite pour les Etats-Unis, elle a fait basculer les rapports de force régionaux au profit de Téhéran. L’Irak, principal pays chiite après l’Iran, est tombé dans la sphère d’influence de Téhéran. La Syrie et le Liban se trouvaient déjà dans cette sphère, et à Gaza aussi Téhéran faisait valoir son influence via le Hamas. Le pays s’est développé en grande puissance régionale. Le Président Ahmadinejad (2005-2013) a mené une politique étrangère radicale et assurée (26).
Trois facteurs sapent cette position renforcée : la guerre en Syrie, la situation en Irak et les sanctions économiques.
La guerre en Syrie
La Syrie est la ligne de front de la lutte sunno-chiite au sein de l’islam, avec en gros d’un côté l’Iran perse et de l’autre les sunnites des pays arabes et de Turquie. A cet égard il est évident que l’Iran fait tout pour maintenir en place le règne d’Assad. Mais cette guerre coûte cher à ce pays qui ploie sous l’embargo économique, un montant qu’on évalue à environ 9 milliards de dollars par an (27).
En outre, la guerre civile en Syrie évolue dans une direction fâcheuse. Tolérés ou soutenus par les états du Golfe et la Turquie, les djihadistes radicaux ont rapidement pris l’avantage au sein des milices. La Syrie est devenue un vivier de combattants islamiques sunnites ultra-radicaux bien entraînés et bien organisés. Ceci est extrêmement alarmant pour Téhéran, d’autant plus que ce foyer extrémiste menace de s’étendre vers le Liban (28).
Le chaos en Irak
En Irak, la situation évolue défavorablement pour Téhéran. Lentement mais sûrement, le pays tombe en morceaux, et le premier Ministre chiite Maliki n’a plus guère de contrôle sur son pays. Au nord, le Kurdistan est semi-indépendant. Dans beaucoup de villes au centre du pays l’armée s’est retirée et les sunnites radicaux font la loi. Dans son combat contre al Qaïda, Maliki a conclu une alliance avec les chefs de clans les plus sunnites, mais ceux-ci viennent de renoncer à cette alliance. Le gouvernement central n’a plus la maîtrise totale que dans le sud chiite (29).
La forte sphère d’influence sur laquelle avait tablé Téhéran n’est finalement pas arrivée. Avec la guerre en Syrie et la montée de djihadistes radicaux en Irak, au contraire l’Iran est sur la défensive. Depuis 2003 le pays est encerclé par des troupes US ou des djihadistes radicaux.
Carte (30)
Les sanctions économiques
Depuis 2006 les Etats-Unis et l’Union Européenne ont resserré peu à peu l’embargo contre l’Iran. Cet embargo ne concerne pas seulement le commerce mais aussi les investissements étrangers et les tentatives des Etats-Unis pour exclure l’Iran du système bancaire international (31).
Les répercussions sont catastrophiques. Les sanctions sont devenues douloureuses surtout ces deux dernières années. L’inflation est de 40 % sur une base annuelle et le chômage des jeunes s’élève à 28 %. Depuis 2005 la pauvreté est passée de 22 à 40 %. En ce moment les revenus pétroliers sont inférieurs de 60 % à ce qu’ils étaient en 2005. La valeur du rial a diminué de 70 % et rien qu’en 2012les réserves extérieures passaient de 110 à 70 milliards de dollars. En 2012 le pnb a baissé de 5,4 % (32).
A terme cela n’est pas tenable économiquement, mais en plus cela sape la stabilité politique. L’insatisfaction de la population augmente. Selon un sondage de fin 2012, 48 % des personnes indiquaient que les sanctions touchaient sérieusement leur vie personnelle et pour 35 autres % c’était moins le cas (33).
Ce sont surtout les revenus moyens (34), soit environ la moitié de la population, qui en ont assez de la faiblesse de l’économie et du monopole de pouvoir de la cléricature conservatrice. En Egypte, en Turquie et au Brésil, c’est la révolte des revenus moyens qui a fait trembler sur ses bases l’establishment politique. Cela n’aura pas échappé aux autorités iraniennes (35).
Après les élections de 2009 il y a eu des vagues de protestations. C’est ce qu’on a voulu éviter lors des dernières élections de juin. Le fait que 51 % de la population a voté pour l’actuel président Rouhani, alors qu’il n’était pas le candidat préférentiel de l’Ayatollah Khamenei, le plus haut dirigeant religieux, est très significatif. La direction du pays a compris ce signal et a donné le feu vert aux pourparlers avec les Etats-Unis (36).
Sauver les meubles
Reprenons point par point les éléments iraniens. Après l’invasion en Irak les rapports de force régionaux étaient assez favorables pour le pays. Mais la combinaison de la guerre en Syrie, la situation instable en Irak et les sanctions économiques aggravées, les mirent en péril. Téhéran se rendit compte qu’il n’était pas assez fort, dans les circonstances du moment, pour endosser le rôle de grande puissance régionale. Il était donc temps d’abandonner la politique étrangère radicale et de s’asseoir à la table des négociations, d’autant plus que les Etats-Unis également voulaient réduire leur empreinte militaire dans la région (37).
Début septembre Obama voulait bombarder la Syrie. Son intention n’était pas d’éliminer le président Assad mais bien de l’affaiblir et de freiner l’offensive de l’armée syrienne. En concluant un accord avec les Etats-Unis, Téhéran a pu éviter ce scénario désavantageux (38).
Grâce à l’accord Téhéran peut aussi consolider sa position en Irak, et la position de son allié syrien s’en trouve renforcée. L’Iran est reconnu de fait comme la grande puissance régionale légitime et il renforce sa position vis-à-vis de la Russie et de la Turquie (39).
L’amélioration des relations avec l’Occident va revivifier l’économie. De nouveaux investissements étrangers étaient urgents pour moderniser l’appareil de production, et ils vont sans doute arriver rapidement. La diminution des sanctions sera aussi rapidement sensible pour les budgets des Iraniens, ce qui donnera plus de légitimité au gouvernement (40).
Conclusion
L’accord que concluent les deux pays est provisoire et il a une portée limitée. Mais si les deux partenaires en respectent les clauses, cet accord débouchera dans les six mois sur un grand accord de coopération. Et cela pourrait certainement avoir pour effet un séisme dans tout le Moyen-Orient.
Marc Vandepitte
Traduit depuis le néerlandais par Anne Meert pour Investig’Action
Notes
 C’est la conclusion des différents services de renseignement des USA en 2012.
 http://articles.latimes.com/2012/feb/23/world/la-fg-iran-intel-20120224 . Des officiers supérieurs de tous les grands services de renseignement étatsuniens ont déclaré qu’il n’y a pas de preuve formelle que depuis 2003 l’Iran a fait des essais pour produire des armes nucléaires.
 Le vice-président Dick Cheney, en tant que ministre de la Défense, fut politiquement responsable de l’invasion du Panama (1989) et de l’opération ‘Desert Storm’ en Irak (1991).
Le ministre des Affaires Etrangères Colin Powell : ancien chef d’état major de l’armée e.a. pendant l’opération ‘Desert Storm’.
Le ministre de la Défense Donald Rumsfeld : ancien pilote, était auparavant déjà ministre de la Défense et ambassadeur auprès de l’OTAN ; sous Reagan il supprima le mot « détente » (entre les USA et l’URSS) du vocabulaire officiel.
Le secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz : travailla comme conseiller au Pentagone et aida à créer le « Central Command », épine dorsale des forces armées pendant la Guerre du Golfe ; il a lancé la théorie des faucons de l’unipolarité, càd qu’après la chute de l’URSS les USA doivent dominer le monde ; il enseigna au National War College.
Richard Armitage, assistant du secrétaire d’État : a fait carrière au Pentagone et fut négociateur pendant la Guerre du Golfe et en rapport avec une base militaire aux Philipinnes.
James Kelly, Secrétaire d’Etat adjoint, a servi à la Navy et travaillé au Pentagone.
I. Lewis Libby : assistant du vice-président Cheney pour les affaires de sécurité, il travaillait déjà pour le ministère de la Défense, il fut décoré par la Navy et lança avec Wolfowitz la doctrine de l’unipolarité.
John Negroponte : ambassadeur auprès des Nations Unies, une des figures-clés de la guerre sale et secrète contre les Sandinistes au Nicaragua (des dizaines de milliers de morts, surtout civils).
Richard Perle : conseiller du ministre de la Défense, membre influent de l’American Free Entreprise Institute, un Think Tank ultra-conservateur ; membre d’un groupe de travail étudiant comment les technologies de pointe peuvent améliorer la productivité de l’armée ; auteur de « Hard Line ».
Source : Vandepitte M., ‘Irak : Startschot voor de Derde Wereldoorlog’, Brussel 2003, p.71-2.
12 Au sein des groupes rebelles, les djihadistes sont devenus majoritaires. L’armée Syrienne Libre, qui est laïque, compte 50.000 combattants. Les djihadistes ont 54.000 à 69.000 combattants, largement étrangers au pays. La milice la plus « efficace » est celle signée Al Qaïda, avec Jabhat al-Nusra et ses 7.000 combattants. Chez les djihadistes la répartition est la suivante : le Front Syrien de Libération compte 37.000 combattants, le Front syrien Islamique 10 à 25.000 et Jabhat al-Nusra 7.000.
13 Liban : idem lien
18 Brzezinski Z., ‘Strategic Vision. America and the Crisis of Global Power’, New York 2012, p. 131.
Dans les autres continents aussi les activités militaires sont accrues. Les USA auraient plus de 700 bases militaires ou installations à l’étranger. En Amérique du Sud, après 60 ans, ils rendaient à nouveau opérationnelle la Quatrième Flotte. La CIA fut directement ou indirectement partie prenante des coups d’état au Vénézuéla (2002) et au Honduras (2009). En 2009 le Pentagone créait Africom, un nouveau commando militaire coordonnant toutes les opérations sur le continent africain. Africom est maintenant actif dans 49 des 54 pays africains et les USA ont des bases militaires ou des installations permanentes dans au moins 10 pays. La militarisation des USA sur ce continent augmente durablement.
21 Le reste des troupes US y resteront au moins jusque 2024 :http://www.stratfor.com/geopolitical-diary/irans-geopolitical-priorities-south-asia
Pour un revenu moyen on prend généralement un revenu d’au moins 12 dollar par jour :http://www.pewglobal.org/2009/02/12/the-global-middle-class/.
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Hunger Game: Blockbuster et film contestataire ?

décembre 18th, 2013 by Quentin Vanbaelen

Le deuxième épisode de la trilogie The Hunger Games, Catching Fire (L’Embrasement), est sorti en salles le 27 novembre. Le film devrait réussir, dans la lignée du premier opus de la série, à allier réussite commerciale et message politique progressiste.

L’histoire se déroule dans l’univers de Panem (des États-Unis futuristes post-apocalyptiques). Le gouvernement ultra-autoritaire (le Capitole) est au service de l’oligarchie, et a divisé les travailleurs en différents districts. Ceux-ci vivent tant bien que mal de leur travail, dont les fruits font vivre l’élite.

Le plus terribles des caprices de cette classe dominante décadente sont les Hunger Games. Pour ceux-ci, deux jeunes gens sont choisis dans chacun des districts. Les participants doivent se battre jusqu’à la mort, le dernier survivant étant nommé vainqueur. Le tout, diffusé en direct à la télévision.

C’est là qu’entre en jeu Katniss Everdeen, 16 ans, l’héroïne de l’histoire. Issue du district 12 (celui des mineurs), orpheline de père, Katniss fait vivre sa famille comme elle peut. Mais, lorsque sa petite sœur Primrose est sélectionnée pour les Hunger Games, Katniss décide de se porter volontaire à sa place. Elle participe, mais refuse la logique de compétition à mort, et parviendra à gagner et à contraindre le Capitole de finir le jeu avec deux vainqueurs, elle et Peeta, l’autre jeune de son district.

Le personnage de Katniss Everdeen est exemplaire. Loin des clichés des héroïnes fragiles et coquettes, il s’agit d’une femme forte au caractère bien trempé. Puisse-t-elle plus inspirer les jeunes filles que Barbie et co.

Le deuxième volet s’ouvre avec la tournée de victoire de Katniss et Peeta. En tant que vainqueurs, ils sont en effet contraints de faire le tour des districts, d’y prononcer des discours préparés par le Capitole. Cette tournée a en réalité pour but de calmer la révolte qui gronde dans les districts.

Cependant, les désordres sociaux ne se calment pas. Aussi le Capitole décide-t-il d’organiser des Hunger Games spéciaux, qui feront s’affronter des anciens vainqueurs de chaque district. But de la manœuvre : éliminer Katniss, et briser l’espoir des travailleurs révoltés. Rappelons seulement que ce deuxième volet de The Hunger Games s’intitule L’Embrasement, et que le troisième porte le titre alléchant de La Révolte.

Un blockbuster au fond critique

Hunger Games est une histoire d’aventure bien ficelée, avec des ingrédients et ressorts narratifs efficaces, qui en font un agréable divertissement. On peut regretter que le deuxième volet soit construit de façon quasiment identique au premier, avec la répétition des Hunger Games, de la préparation, des cérémonies, etc. Cela n’empêche heureusement pas L’Embrasement d’avoir sa raison d’être et d’amener de nouveaux éléments à l’histoire.

En effet, si l’aventure semble de prime abord focalisée sur les personnages principaux – Katniss et Peeta – , l’histoire sociale qui se déploie en arrière-plan détermine clairement l’ensemble du récit. Si le premier épisode mettait en avant les inégalités de l’univers de Panem et la dynamique du système, L’Embrasement porte davantage sur le début du changement. La répression et la manipulation ne suffisent plus à calmer la colère du peuple, et on voit les travailleurs commencer à s’insurger dans les districts, montrant ainsi la force collective de la contestation.

Classes, médias, police

Hunger Games est un récit de science-fiction qui parle, comme les meilleures œuvres de fiction, de la réalité. Certes, il ne s’agit pas d’une analyse fouillée du capitalisme et des mécanismes économiques et de propagande idéologique au sein de ce système. Cependant, Hunger Games fait partie de ces œuvres grand public qui, depuis quelques années, intègrent des éléments de critique et des héros révoltés.

Dans l’univers de Panem, la première chose marquante est cette division en classes très marquée. Les travailleurs sont divisés, mais tous les districts ont ceci de commun que les habitants vivent de leur travail, là où l’élite de la capitale semble vivre de ses rentes, donc du travail des autres.

Ensuite vient la critique des médias et de la téléréalité. Celle-ci est au centre de l’histoire, puisque les Hunger Games sont un « jeu » de téléréalité. Un divertissement malsain qui remplit un triple but : divertir les riches, diviser les pauvres et faire comprendre à ceux-ci que la contestation n’est pas tolérée.

Enfin, la logique de répression policière est très évidente dans Hunger Games. Les policiers suréquipés de Panem ont une mission : garantir l’ordre et mater toute contestation.

Classes, médias, police sont les trois éléments principaux de critique sociale de Hunger Games, et il est difficile de ne pas trouver dans notre quotidien des exemples de parallèles avec la fiction.

Une vraie héroïne

Le personnage de Katniss Everdeen est par ailleurs un autre point fort de l’œuvre. Jeune femme issue de la classe ouvrière, elle est amenée à s’opposer au système, et devient l’emblème de la révolte. Le modèle de personnage féminin qu’elle incarne est à des kilomètres du modèle de princesse coquette trop souvent diffusé par les grosses productions. Katniss ne cherche pas à être protégée par un homme fort, à s’occuper de son apparence, à parler de mecs avec ses copines. Elle doit faire vivre sa famille, la protéger, et c’est elle qui montre le plus de courage en s’opposant non pas à ses concurrents dans le jeu, mais bien au jeu lui-même, et donc au Capitole.

Le succès de The Hunger Games – les romans d’abord, qui ont été et sont encore des best sellers, les films ensuite, qui sont de vrais blockbusters – dévoile quelque chose. Cela montre qu’aujourd’hui, le public est sensible à ces récits de révolution, à des œuvres qui montrent les injustices et à des héros qui choisissent de se battre contre celles-ci. Ce phénomène met en évidence la soif de changement, surtout présente chez les jeunes (le public cible de Hunger Games), face à un monde en crise. L’importance d’avoir des références culturelles qui donnent de l’espoir dans la possibilité de changement est dès lors cruciale.

The Hunger Games s’inscrit dans cette lignée, et, s’il ne s’agit pas d’un manifeste marxiste pour la révolution, ce n’en est pas moins une petite étincelle de révolte dont on espère qu’elle enflammera de nombreux lecteurs et spectateurs.

Avant les films, les romans

Avant d’être des films à succès, la trilogie Hunger Games est une série de romans de Suzanne Collins, qui ont rencontré un grand succès en librairie. Ceux-ci ont été publié en français aux éditions Pocket Jeunesse

Quentin Vanbaelen

 

 

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Militarisation: Ceux qui déstabilisent l’Europe

décembre 18th, 2013 by Manlio Dinucci

L’installation de missiles Iskander à capacité nucléaire dans l’enclave russe de Kaliningrad entre Pologne et Lituanie, comme réponse au « bouclier anti-missile » étasunien (voir il manifesto d’hier), a été confirmée par le Ministère de la défense russe. Réaction étasunienne immédiate : le Département d’Etat a exprimé sa « préoccupation » et a «exhorté Moscou à ne pas faire de pas qui déstabilisent la région ».

Les pas déstabilisants, en réalité, ont déjà été faits depuis longtemps par les Etats-Unis. Sous prétexte de défendre l’Europe de la menace des missiles iraniens (à ce jour inexistante, d’autant plus que l’Iran est en train de donner des garanties sur l’emploi non militaire de son programme nucléaire), ils ont commencé à réaliser en Europe un « bouclier antimissile » dont l’objectif réel est d’acquérir un avantage stratégique décisif sur la Russie : s’ils arrivaient à réaliser un « bouclier anti-missile », les USA auraient la capacité de lancer une first strike nucléaire et, en même temps, la capacité de neutraliser les représailles. Ceci constituerait un fort instrument de pression sur une Russie qui revient comme puissance en mesure de s’opposer aux Etats-Unis sur plusieurs versants. Sous un autre aspect le « bouclier » fonctionne déjà : il crée de nouvelles tensions Ouest-Est, justifiant un renforcement ultérieur de la présence militaire étasunienne en Europe, de façon à attacher toujours plus les pays d’Europe orientale au char de Washington et de garder le leadership sur ceux de l’Europe occidentale.

L’administration Obama n’a pas effacé, comme elle l’avait fait croire, le plan de l’administration Bush, mais elle l’a remplacé par un nouveau, plus déstabilisant encore. Celui-ci prévoit le déploiement initial de 24 missiles SM-3 en Pologne et autant en Roumanie, et d’un nombre imprécisé de missiles Aegis sur des navires de guerre en Méditerranée, intégrés par un puissant radar en Turquie et par des radars mobiles rapidement déplaçables contre le territoire russe. Ceci n’est que la première phase, à laquelle succèderont d’autres installations de missiles et radars y compris en Italie. La Pologne, qui appelle maintenant l’OTAN et l’Union européenne à prendre des mesures contre la menace des missiles russes, a depuis longtemps accepté les missiles étasuniens et a décidé d’intégrer le « bouclier » étasunien à un bouclier qui lui serait propre, en prévoyant une dépense de 33,6 milliards d’euros pour l’acheter clé en main aux USA.

Pendant ce temps, alors qu’elle construit le « bouclier », l’administration Obama affile son épée :  elle procède en effet à la modernisation de centaines de bombes  nucléaires B61-11 déployées en Europe, qui sont transformées en B61-12, utilisables comme bombes anti-bunker pour la first strike. L’Italie a une fois de plus le rôle de base avancée de la stratégie nucléaire étasunienne : en plus d’héberger au moins 90 bombes nucléaires, à l’usage duquel est entraînée l’aéronautique italienne violant ainsi le Traité de non-prolifération, elle héberge une des quatre stations terrestres du Muos, le système de communications de nouvelle génération qui, disent des sources du Pentagone, est un instrument du Commandement stratégique des Etats-Unis. C’est-à-dire du commandement qui supervise les plans de guerre nucléaire. Etant donné que la Russie, en plus des Iskander, est en train de déployer aussi des missiles à longue portée en fonction anti-bouclier, Niscemi, siège de la station Muos, devient automatiquement une des cibles sur laquelle sont pointés les missiles. Pendant la guerre froide, c’est, non loin de là, le bourg de Comiso (Sicile) qui l’était : les USA y avaient disposé leurs missiles nucléaires Cruise.

La vieille guerre froide est finie, mais sur l’initiative de Washington il s’en prépare une nouvelle, non moins périlleuse.

Manlio Dinucci 

Edition de mercredi 18 décembre 2013 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/chi-destabilizza-leuropa/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Syrie : Un massacre nommé « Adra ».

décembre 18th, 2013 by Nahed Hattar

Le temps d’atteindre l’autre rive

Le temps de rire aux assassins

Le temps de courir vers la femme

 Il avait eu le temps de vivre.

 L’Évadé de Boris Vian, [NdT].

 

Il est Syrien. Il s’appelle Nizar Hassan Mahlan. Il était ingénieur et travaillait dans l’une des centaines d’installations industrielles de la petite ville ouvrière d’Adra. Il vivait dans un HLM avec son épouse Mayssoun et leurs quatre enfants. J’aurais aimé que ceux qui nous ont raconté leur héroïsme nous aient donné leurs prénoms pour qu’ils restent, à jamais, gravés dans nos cœurs.

Face à l’irruption dans leur modeste appartement d’une quinzaine de monstres wahhabites affiliés aux Services de renseignement saoudiens, les époux ont décidé d’un commun accord de quitter la vie avec leurs enfants… Un acte de la dignité humaine confrontée à la barbarie et qui, normalement, devrait interpeller la conscience universelle !

Pour ces époux, nul besoin de deviner un scénario désormais inévitable et répétitif en Syrie. Porte d’entrée fracassée, armes blanches ruisselantes de sang, instincts meurtriers débridés… Ce qu’ils allaient subir était prévisible à quelques détails près : Nizar sera-t-il décapité, pour l’unique raison qu’il est « Alaouite », avant ou après que son épouse ne soit violée ?

Nizar savait fort bien ce que lui et sa famille risquaient au cas où ils tomberaient entre les mains de ces assassins envoyés par la famille Al-Saoud pour « purifier » Damas, et ses banlieues, des Alaouites, des Druzes et des Chrétiens. Il était déterminé à ne pas courir ce risque et avait pensé à conserver quatre grenades récupérées sur le cadavre d’un soldat syrien martyrisé. Il ne lui restait qu’à les dégoupiller.

L’explosion les a tous emportés, lui, son épouse, ses quatre enfants, et huit de ces monstres assoiffés de leur sang ! Il est parti, en un bref instant, avec courage et la tête haute. En se donnant la mort, il a sanctifié la vie. Sa vie et celle de sa famille bien-aimée, qui n’aura pas eu à céder une seule seconde aux menaces des poignards wahhabites. Autrement, quel sens aurait-il encore pu donner à sa vie envahie par ces monstres d’apparence humaine, mais dépourvus de toute humanité ? Ces monstres qui se sont répandus dans la petite ville ouvrière et pacifique d’Adra pour remporter des « victoires » à coup de pillages, de viols, de destructions, d’incendies et de tueries sectaires !

Voilà l’une des histoires d’un massacre nommé « Adra » [1] [2], et il est temps de dire que le roi d’Arabie saoudite en porte la responsabilité ! Il est temps de dire que s’il restait en ce monde une once de conscience et un minimum de justice, lui et sa cohorte de princes, de cheikhs, et avec eux les souverains du Qatar, ainsi que les dirigeants de la Turquie seraient tous déférés devant la Cour Pénale Internationale pour être jugés sur ce massacre et des dizaines d’autres commis par les milices qu’ils financent et arment avant de les lâcher sur la Syrie ; y compris les horribles agressions aux armes chimiques considérées comme des crimes contre l’humanité !

Dans le cas contraire, le peuple syrien est parfaitement en droit de se rendre justice pour tous les préjudices subis : les milliers de morts, les pillages de toutes sortes de richesses, les destructions des infrastructures, les sabotages mettant en péril le pays…

Il est temps pour les médias syriens d’appeler les choses par leur nom, de répertorier les détails des « massacres » aussi horribles soient-ils, et d’abandonner le langage officiel empreint de retenues pour dire au monde, sans équivoques, la vérité odieuse telle qu’elle est. Cette vérité incontestable qui est que l’Arabie saoudite mène une guerre de nettoyage ethnique et de destruction massive en Syrie !

Certes, l’Armée nationale syrienne résiste et avance, mais aucune armée au monde ne pourrait protéger tous les Syriens à travers tout le pays dont certaines zones sont sous le contrôle de ces envahisseurs wahhabites appartenant aux réseaux d’Al-Qaïda. Dès à présent, la Syrie devrait lancer un SOS au monde entier, et nous devrions tous briser le discours dominant qui prétend qu’il s’agit d’un conflit entre une opposition et un régime, alors que la réalité est toute autre : « une guerre sectaire  menée par l’Arabie Saoudite contre la Syrie » !

Il est temps que les opposants patriotes – qui ont gardé leur liberté de conscience – clarifient leurs positions sur la guerre d’extermination menée par l’Arabie saoudite contre leur pays, distinguent entre le Syrien et le traitre, et se rallient sans tarder à un front uni des patriotes contre la barbarie. En Syrie, il y’a belle lurette qu’il ne s’agit plus d’une question de réformes et de changements, ou d’une question de pouvoir et de ses prérogatives. Il s’agit bel et bien de faire échec à la barbarie !

Il est grand temps pour ceux qui sont encore doués de raison au Liban, en Jordanie, en Irak, en Palestine et dans tout le monde arabe, de tirer les conséquences de ce qui se passe en Syrie. Il est grand temps qu’ils cessent d’agir en fonction de leurs misérables calculs politiciens au quotidien, car les épées wahhabbites- salafistes- takfiristes sont sortis de leurs fourreaux, prêtes à menacer l’Humain sur cette terre syrienne et ailleurs. Ils ont commencé par les Alaouites, les Chrétiens, les Druzes, les Ismaélites, etc. Ils s’en prendront ensuite aux laïcs… puis aux sunnites qui ne partagent pas leur déviance… puis aux sunnites qui portent la cravate… puis à ceux qui se rasent la barbe… puis à ceux qui appartiennent à une autre brigade que la leur… puis à ceux qui contestent la légitimité de mutiler les cadavres… Le cercle infernal et sans fin de leurs massacres à l’arme blanche, de préférence !

Il est plus que temps que les dirigeants états-uniens et européens se libèrent, un tant soit peu, du carcan des intérêts serviles des entreprises multinationales et qu’ils réfléchissent sur les dangers qui guettent leurs pays et la civilisation toute entière depuis la libération de cette bête surarmée et riche de milliards de pétrodollars.

Une bête qui se révèle être mille fois plus féroce que le nazisme. Une bête wahhabite-salafiste-takfiriste-saoudienne-qaidiste ; laquelle, quelle que soit ses dissensions internes, est le nazisme du XXIème siècle. Un nazisme sans cervelle ! Le nazisme d’une décadence historique politique et culturelle lâché sur notre région, nourri et manipulé par l’impérialisme talmudique dans ses différentes versions : judéo-sioniste, judéo-chrétienne et maintenant, judéo-islamiste !

 

Il est temps de nous arrêter et de réfléchir au sens du message que nous a légué Nizar Hassan Mahlan, un ingénieur syrien !

 

Nahed Hattar

16/12/2013

Article traduit de l’arabe pour Mondialisation.ca par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Al-Akhbar,

https://www.al-akhbar.com/node/197097

 

Note :

En photos : Ils décapitent et accrochent les têtes dans les rues de la ville ouvrière d’ « Adra » ! 17 décembre 2013 / 18H 29.

http://www.elmarada.org/politics/important-news/35753

Traduction :

Les groupes takfiristes ont lancé une violente attaque sur les habitants de la ville ouvrière d’Adra située au nord est de Damas [à 20 Kms NdT]. Ils ont chassé les habitants de leurs logements après avoir tué et découpé, à l’arme blanche, des dizaines d’entre eux. Aux dernières nouvelles, le nombre de victimes décédées dépasserait la centaine…

Des rescapés racontent qu’environ 1500 individus armés de la « Jabhat al-Islamiya » [Le front islamiste dirigé par Zahrane Allouche] et de la « Jabhat al-Nousra », ainsi que des centaines d’individus qui s’étaient préalablement  infiltrés à partir de régions voisines sous prétexte qu’ils avaient été forcés à se déplacer, se sont attaqués à la Gendarmerie nationale, à l’Hôpital municipal, à la boulangerie industrielle… Ils ont fusillé et ont poignardé des habitants et des fonctionnaires… Ils ont aussi décapité certains d’entre eux et ont accroché les têtes, bardées de coups de poignards, sur les poteaux de la Place du Commerce. Ces rescapés parlent d’un massacre qui aurait dépassé en horreur tous les précédents…

 

NB : La photo du massacre figurant sur cet article est sous-titrée de la mention : « Opération de décapitation des Alaouites et des descendants d’Ibn al-Alqami, dans la ville ouvrière d’Ara » et diffusée par DAECH [Acronyme de l’État Islamique en Irak et en Syrie]. Ce qui est d’une absolue supercherie puisque tous les Syriens, sans exceptions, sont et ont été ciblés ; les identités des victimes de cette petite ville d’Adra, publiées par les médias locaux, le prouvent. Dire que ces massacreurs ne visent que les Alaouites ou les Chiites n’a qu’un seul but : réussir enfin leur « guerre confessionnelle » en Syrie ! Et inutile de rappeler que pour ce massacre comme pour les précédents : aucune condamnation par les organismes internationaux qui persistent dans leurs mensonges, en toute connaissance de cause. L’ignorer est désormais du domaine de l’impossible. [NdT].

[2] Pour encore plus de détails : ‘Slaughtered like sheep’: Eyewitnesses recount massacre in Adra, Syria

http://rt.com/news/adra-syria-massacre-witnesses-355/

Extrait :

Civilians told us that the workers of an Adra bakery were all executed and burned during the first hours of the attack. Whole families were massacred. We do not have an exact estimation of the number because we are unable to get into the town, but the number is high,” Kinda Shimat, Syria’s Social Affairs Minister, told RT.

Details of the executions are trickling out of the town as eyewitnesses tell their stories.

They killed everyone at the Adra Ummalia police station,” another fugitive from the town told RT. “And they killed everyone at the Adra Ummalia hospital where my sister works. She stayed alive only because she didn’t show up for work that day. There are about 200 people at the police station. They are civilians. The militants are hiding among them, using them as a shield to prevent the Army from bombing the police.

 

Monsieur Nahed Hattar est un écrivain et journaliste jordanien résidant à Amman.

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Paris – La bataille de Syrie a constitué un tournant majeur dans la guerre médiatique moderne, par son ampleur, sa durée et sa violence, de même que par la démultiplication des outils de communication individuels (blogs, Facebook, twitter). En superposition aux médias traditionnels, cette déclinaison médiatique a entrainé une surexposition de l’information et mis en œuvre de nouveaux intervenants sur la scène médiatique, de nouveaux prescripteurs d’opinion, recyclés via la notoriété du micro blogging en autant d’amplificateurs organiques de la doxa officielle. Les drones tueurs de toute pensée dissidente.

Des islamophistes faisant office de véritables prédicateurs des temps modernes, rompant avec la traditionnelle retenue des universitaires, à coups d’anathèmes et d’invectives, pour l’intimidation et la criminalisation de leurs contradicteurs. Une évolution amorcée aux Etats-Unis par les néoconservateurs, en 2003, lors de l’invasion américaine de l’Irak et définitivement consacrée par les intellectuels organiques français, lors de la bataille de Syrie, dix ans plus tard.

La chaine transfrontière qatariote Al Jazira, dans le Monde arabe, s’est particulièrement distinguée dans ce domaine, en raison du rôle aiguillon du Qatar dans les soulèvements arabes et du rôle mobilisateur de ce vecteur dans le conditionnement de l’opinion.   http://www.renenaba.com/le-qatar-une-metaphore-de-la-france-en-phase-de-collapsus/

La France, dans le Monde occidentale se détachera aussi du lot en raison de son double statut d’ancienne puissance mandataire, artisan du démembrement de la Syrie, et de parrain de l’opposition off-shore syrienne.

I- Le  dispositif français

Pour la bataille de Syrie, la «Mère de toutes les batailles» des stratèges français, celle qui devait permettre tout à la fois d’assurer la réélection de Nicolas Sarkozy, de restaurer le prestige terni d’Alain Juppé évincé de son rôle diplomatique en Libye au profit de Bernard Henry Lévy, de compenser le déclassement de la France par la prédation des économies énergétiques arabes (Libye, Syrie, Sud Soudan) et de confirmer enfin les qualités de chef de guerre du nouveau président socialiste François Hollande, le dispositif politico-médiatique français présentait la configuration suivante:

Trois franco syriens aux avants postes: Bourhane Ghalioune, premier président de l’opposition offshore, sa porte-parole, Basma Kodmani, ainsi que la sœur de cette dernière, Hala, animatrice d’une structure oppositionnelle à Paris, l’association «Sourya Houryia» (Syrie Liberté), fondée en Mai 2011, c’est-à-dire au déclenchement des premiers troubles, un poste qu’elle a cumulé avec ses fonctions journalistiques à Libération. Cet attelage claudicant a d’emblée frappé de suspicions les intentions françaises en ce que le profil de ces trois binationaux a renvoyé au précédent géorgien de Salomé Zoubachvili, binationale franco-géorgienne, ministre des Affaires étrangères de Géorgie après avoir été ambassadeur de France et que cette dualité a pointé sa nature hybride et joué en sa défaveur, posant le problème du bien-fondé d’une décision visant à confier la direction de l’opposition syrienne à des membres de la fonction publique française, c’est-à-dire à des salariés de l’ancien pouvoir colonial.

Quatre autres français émargeant sur le budget de l’état français ont complété cette force de frappe médiatique: L’universitaire François Burgat, en tandem avec Ignace Leverrier de son vrai nom Wladimir Glasman, bibliothécaire, puis archiviste à l’ambassade de France à Damas dans la décennie 2000; Mathieu Guidère, ancien interface du prince Jouhane du Qatar à Saint Cyr et professeur d’Islamologie à Toulouse; Jean Pierre Filiu, ancien diplomate recyclé dans l’enseignement, blogueur au journal en ligne Rue 89;  Enfin, dernier et non des moindres, l’universitaire Thomas Pierret dans le site en ligne Médiapart, ancien disciple du politologue Gilles Kepel, rallié à l’islamologie de François Burgat. Soit au total six faux nez de l’administration française. http://www.renenaba.com/lhomme-de-lannee-2011/.

Au sommet de l’édifice, une instance de légitimation codirigée par François Burgat, patron de thèse du pré-doctorant Nabil Ennasri, et par Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS, et éditeur du qatarologue. Un tandem à l’effet de conférer sans doute de la consistance au thésard et de l’oindre de l’onction scientifique de leur magistère moral. Rare cas de fusion intellectuelle entre un auteur et son éditeur, leur osmose éditoriale s’est matérialisée par cette interview qui s’est apparentée par moments à un exercice d’auto célébration auto promotionnelle.

http://www.iris france.org/informezvous/blog_pascal_boniface_article.php?numero=229

II Les islamophilistes, un fonctionnement réticulaire fondé sur un discours diffluent et un argumentaire en forme de palindromes.

Pour une guerre éclair, qui devait faire «chuter Bachar Al Assad tous les deux mois», le plan de bataille se voulait parfait dans l’esprit de ses promoteurs. Il se révèlera cacophonique et inopérant, voire même contreproductif du fait de la morgue intellectuelle

  1. A- Un fonctionnement réticulaire ou le syndrome Ahmad Chalabi 

Réédition d’un scénario éculé, le dispositif en vigueur à l’encontre de la Syrie a été identique à celui mis en place à propos de l’Irak, justifiant une fois de plus le constat de Pierre Bourdieu sur «la circulation circulaire de l’information», tant au Qatar, à travers Al Jazira, qu’en France, via le quotidien Libération. Ainsi Ahmad Ibrahim Hilal, responsable de l’information sur la chaîne transfrontière qatariote, a agi depuis les combats de Syrie, il y a trois ans, en couple et en boucle avec son propre frère Anas Al Abda, proche du courant islamiste syrien et membre du CNT, au diapason du tandem parisien formé par Basma Kodmani, premier porte-parole du CNT et sa sœur Hala Kodmani.

Cette proximité a posé le problème de la conformité déontologique de l’attelage. Amplifié en France au niveau arabophone par Radio Orient, la radio du chef de l’opposition libanaise, Saad Hariri, partie prenante au conflit de Syrie, -du jamais vu dans les annales de la communication internationale-, ce dispositif a frappé de caducité le discours médiatique occidental au même titre que le discours officiel syrien, en ce qu’il a été obéré par «le syndrome Ahmad Chalabi». Un Syndrome du nom de ce transfuge irakien qui avait alimenté la presse américaine des informations fallacieuses sur l’arsenal irakien, via sa nièce journaliste en poste dans l’une des principautés du golfe, implosant la crédibilité de l’employeur de la journaliste vedette du New York Times, Judith Miller, passée à la postérité comme étant «l’arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times dans la guerre d’Irak». Ce dispositif a créé une fâcheuse confusion de genre entre pouvoir et contrepouvoir. Il explique partiellement le désastre diplomatique de la France en Syrie, révélant la vulnérabilité de la presse française à l’égard du pouvoir.

Une dizaine de journalistes de premier plan ont démissionné d’ «Al Jazira» en signe de protestation de sa couverture «partiale» des évènements de Libye et surtout de Syrie, emportant avec eux la crédibilité de la chaîne.

Promue désormais à la fonction de «lanceur d’alerte» de la stratégie occidentale à l‘encontre du Monde arabe, Al Jazira a ainsi sinistré, en l’espace d’un semestre, sa réputation patiemment construite en quinze ans, et sabordé du coup son monopole sur les ondes panarabes. Par «le fait du prince» et de son maître.http://www.renenaba.com/al-jazeera-la-fin-dune-legende/

B – Le discours diffluent des deux «tontons flingueurs» la bureaucratie française: Ignace Leverrier et François Burgat.

Se voulant les deux gyrophares de la «Révolution syrienne», Ignace Leverrier et François Burgat se révèleront, par leurs abus et leurs bévues, leurs approximations et leurs distorsions, de même que par leurs contorsions intempestives dans le débat public, comme les «tontons flingueurs» de la bureaucratie française. Deux anciens résidents français à Damas, qui ont en commun le fait de n’avoir jamais produit un texte critique sur le pays hôte, durant le séjour du premier comme bibliothécaire dans la décennie 1980, le second, comme directeur de l’IFOP (Institut Français de Damas), dans la décennie 2000. Ils compenseront leur mansuétude ancienne à l’égard de leur ancien pays hôte, en faisant de la Syrie une véritable terre de mission. De ce pays anciennement sous mandat français, leur chasse gardée.  Se targuant de leur expertise non pour éclairer l’opinion, mais pour la conditionner, ils se livreront à une véritable police de l’internet pour traquer toute opinion dissidente dans la pure tradition des officiers des affaires indigènes.

Un tandem affligé d’une pensée diffluente, nullement animé d’un discours performatif créateur de situation, mais d’un discours diffluent en ce que le cheminement de la pensée se fait selon un raisonnement clair incluant affirmation de principes et dénonciations, mais progresse par digression; Un trouble du cours de la pensée par enchainement selon des associations inusitées; Une pathologie connue en psychiatrie sous l’expression du «syndrome de la maladie du coq à l’âne».

Basique dans leur raisonnement, ils éluderont la complexité du problème par une approche manichéenne, ignorant gravement les enjeux énergétiques de ce conflit transrégional, particulièrement le fait que l’Occident en crise systémique d’endettement se projettera en Libye et en Syrie dans une stratégie de prédation économique en vue de compenser la perte des deux piliers sud de l’Union pour la Méditerranée, l’égyptien Hosni Moubarak et le tunisien Zine El Abidine Ben ALI; deux pivots d’une structure destinée à sanctuariser Israël et à ostraciser l’Iran par l’acceptation de facto de l’état hébreu au sein d’une organisation groupant conjointement Arabes et  Israéliens. Leur animosité à l’égard de leurs contradicteurs s’est constamment exprimée sur un ton inquisitoire et accusatoire. Une véhémence imputable sans doute au fait que la supercherie de l’attelage de l’opposition offshore sur la base de binationaux franco syriens, démasquée, a contrarié prématurément leur plan. Le signataire de ce texte en a pointé sa dangerosité en ce que cette imposture a considérablement affecté le cours de la révolution syrienne.

La propulsion au poste de porte-parole de l’opposition syrienne de Basma Kodmani, chercheuse à l’IFRI (Institut Français de Relations Internationales), le fortin atlantiste de la pensée stratégique de la diplomatie française, de surcroît ancienne directrice de la branche régionale de la Ford Foundation au Caire, et auditrice assidue au Forum de Bilderberg, la plateforme décisionnelle des cosmocrates de la trilatérale (Etats-Unis, Europe, Japon) a été perçue par des franges de l’opinion arabe comme une volonté de conférer un halo de modernité à une opposition largement dominée par les «Frères Musulmans». Une caution moderniste à une alliance rétrograde. La controverse dont elle a fait l’objet a témoigné de la vive prévention que sa personne suscitait, en même temps que de l’ampleur du déchirement de la classe politique et intellectuelle arabe à l’égard du drame syrien et des enjeux que sous-tend la conquête de Damas tant au plan de la stratégie régionale qu’au niveau de l’imaginaire collectif arabe.

Personnage public et médiatique, elle a eu droit à plusieurs portraits dans la presse internationale à sa prise de fonction en tant que porte-parole de l’opposition syrienne. Certains textes ont été élogieux, d’autres plus réservés. Cela a été le cas au Royaume Uni où une critique de l’opposition syrienne off-shore a ainsi été faite dans le très sérieux quotidien britannique «the Guardian» sans susciter la moindre réaction hostile des confrères de l’auteur du papier. Le jeu normal de la démocratie. http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/jul/12/syrian-opposition-doing-the-talking

Mais il en a été différemment en France, où la corporation politico médiatique se déchainera contre l’auteur d’un portrait de celle qui était destinée à faire office d’ «oriflamme de la Liberté guidant le monde obscurantiste arabe». Texte sévère et antérieur au texte du journal britannique. Pourquoi une telle véhémence? Sans doute en raison du fait que le défaut de la cuirasse a été pointé et révélé, par contrecoup, l’amateurisme de ses concepteurs. http://www.renenaba.com/la-controverse-a-propos-de-basma-kodmani/

C- François Burgat: La chute d’une idole

Crédité d’une analyse lucide du phénomène islamiste algérien, dans la décennie 1990, FBurgat, en état de lévitation jubilatoire au déclenchement du «printemps arabe», en 2011, avec la montée en puissance des Frères Musulmans, se vivra comme l’équivalent laïc du très controversé Mufti de l’Otan, Cheikh Youssef Al Qaradawi. Il se laissera fasciner par la posture de l’oracle que des courtisans intéressés l’ont invité avec empressement à camper pour la satisfaction de leurs propres desseins.

Une posture qui lui sera fatale tant en Tunisie, qu’en Libye, qu’en Syrie, trois pays qui relevaient de son domaine de spécialisation. Jadis islamologue de renom, il se distinguera dans la bataille du «printemps arabe» par quatre faits d’armes peu glorieux: Son attaque oblique contre le site oumma.com, son principal hébergeur, son analyse tortueuse de la Syrie, sa déroute intellectuelle tunisienne et sa carbonisation en Libye.

L’attaque menée par l’intellectuel français contre le site oumma.com, via un journal algérien, a surpris bon nombre d’observateurs en ce qu’elle a manqué d’élégance. Par sa violence, elle est apparue comme d’une grande perfidie pour quiconque connait les liens d’amitié et l’hospitalité dont l’universitaire a constamment bénéficié dans les colonnes du site. Empruntant le procédé de l’attaque oblique, la marque des personnes à qui fait défaut l’élégance du courage, FBurgat s’est  dévoyé et s’est dévoilé, manquant aux règles les plus élémentaires de la courtoisie et de la confraternité, de même qu’aux règles de la loyauté dans le combat politique. Sans doute saisi par la panique qui s’est emparée des cercles atlantistes devant les revers consécutifs de ses protégés de l’opposition syrienne off-shore. Un comportement indigne d’un universitaire supposé être de renom. François Burgat a reproché à Oumma.com ce que précisément il lui est reproché: son alignement inconditionnel et absolu aux thèses islamo atlantistes, sans la moindre tolérance pour une opinion divergente.

L’attaque de François Burgat http://lequotidienalgerie.org/2013/06/09/oumma-com-un-site-sous-influence
La réplique d’oumma.com à la «calomnie fielleuse» de FBurgat http://oumma.com/17010/reponse-aux-mensonges-ehontes-de-francois-burgat

D – La Libye, la Tunisie et la Syrie, points d’orgue de la défragmentation mentale de François Burgat. 

FBurgat soutiendra, contre toute évidence, qu’«Après la chute de Kadhafi, la marche des modérés vers le pouvoir» a été amorcée, développant en cela une thèse identique à celle de Bernard Henry Lévy, le parrain originel de l’opposition off-shore syrienne, alors que les quatre faits majeurs de la Libye post Kadhafi auront été des actes hostiles à leurs libérateurs: Attentats contre deux pays occidentaux alliés de la Libye (l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi et l’attentat contre l’ambassade de France à Tripoli); Enlèvement du premier ministre libyen, ami des occidentaux, et, sur fond de talibanisation du Mali par les organisations caritatives du Qatar du type Ansar Eddine, et de prolifération de l’arsenal libyen du Sahel à la Syrie, la transformation du sud de la Libye en quartier général d’AQMI, la branche Maghreb d’Al Qaida; Ce qui a contraint la France de lancer l’opération Serval pour stabiliser un pays qui relève de sa chasse gardée et déstabilisé, paradoxalement, par son ami privilégié, le Qatar, alors que les Etats Unis tenteront de donner un coup d’arrêt à la dérive libyenne, en menant un raid aérien pour la capture d’un chef djihadiste, Abou Anas Al Libye, responsable des attentats anti américains de Tanzanie et du Kenya dans la décennie 1990. http://www.atlantico.fr/decryptage/mouammar-kadhafi-libye-islamistes-167316.html

Son aveuglement lui a valu d’ailleurs dans certains cercles intellectuels le sobriquet de «Burgat-Burka», en signe de dérision à son alignement inconditionnel aux Frères Musulmans. Replié en Jordanie après sa déconfiture intellectuelle, doté néanmoins d’un substantiel pactole de deux millions d’euros, -une subvention du Conseil Européen des Relations Extérieures, en guise sans doute de bonus pour services rendus par ce conférencier de l’Otan à la cause atlantiste-, FBurgat, d’une manière répétitive, tantôt sur son mur de lamentation Facebook, tantôt dans des articles de presse, inonde la planète de ses jérémiades, déversant sa haine sur ces censeurs. Sa mauvaise foi aussi.

Ainsi sur son Facebook en date 22 juin 2013, le message suivant: François Burgat - Pierre: le débat ici n’est pas sur la Libye mais sur le rôle que joue René Naba, l’ami défenseur de Michel Samaha, le directeur de la com de Bachar Al Assad, depuis le début des printemps arabes. Pour Naba la Libye (de Lokerbie) était mieux que celle d’aujourd’hui. Cela en dit très long sur la réalité de son rôle dans la crise syrienne, objet de mes attentions du moment qui m’a valu la diatribe que Naba a posté contre moi sur son site, et que Palestine Solidarité a eu l’épouvantable mauvais gout de reprendre à son compte !:-)

Naba Lockerbie ? et Non Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements libyéen, exfiltré par les occidentaux durant l’offensive de l’Otan contre la Libye, en mars 2011, et rallié au Prince Bandar Ben Sultan le chef des services de renseignements saoudiens, le financier de vos amis djihadistes de Syrie?

Coutumier de la diversion, François Burgat accuse donc un de ses contradicteurs, le signataire de ce papier, d’être un suppôt des dictateurs arabes Mouammar Kadhafi (Libye) et Bachar Al Assad (Syrie), sans la moindre argumentation, feignant d’oublier que sa cible aura été l’auteur de deux ouvrages critiques sur la Libye bien avant que le guide libyen ne plante sa tente dans le périmètre de l’Elysée, de surcroît le premier journaliste de l’espace francophone à avoir édité un ouvrage dénonçant l’affairisme syro libanais du temps de la primature Rafic Hariri, avec la bienveillance de la France chiraquienne, alors que François Burgat, officiant en tant directeur de l’Institut français de Damas, ne s’est jamais hasardé à la moindre production sur cette scandaleuse situation.

Ah la belle prudence de la recherche pour la préservation de postes rémunérateurs… Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Sur la Libye, des titres sans ambiguïté, qui laissent apparaître FBurgat pour un hâbleur, voire un bonimenteur ou pire un menteur.

http://www.renenaba.com/kadhafi-le-fossoyeur-de-la-cause-nationale-arabe/http://www.renenaba.com/libye-la-revolution-comme-alibi/http://www.renenaba.com/kadhafi-portrait-total-3/ri.

Sur l’affairisme triangulaire entre Jacques Chirac-Rafic Hariri et le vice-président Syrien de l’époque Abdel Halim Khaddam, qui a gangréné la vie publique des trois pays France,  Syrie et Liban, CF.http://www.renenaba.com/hariri-de-pere-en-fils-hommes-d-affaires-premiers-ministres/

Récidiviste, il brandira, tel un trophée, un texte de son compère Leverrier Glasman paru le 29 octobre 2013 dans Le Monde, qu’il relayera, jubilatoire, à ses ouailles.

René Naba Pro Assad? Vraiment? 

Qui parle et de quoi parle-t-on? De ce journaliste, chrétien de naissance, menacé de mort par les milices phalangistes, alliées des Syriens à l’époque, pour s’être refusé à un alignement sectaire durant la guerre interconfessionnelle libanaise (1975-1990)? De ce journaliste libanais en poste à l’AFP Beyrouth qui a subi le siège de l’armée syrienne de la capitale libanaise durant l’épisode de Tell el Zaatar, l’été 1976, de même que les tracasseries de la censure syrienne tout au long de sa carrière durant ses reportages à Damas, quand les tontons flingueurs de la bureaucratie française, -Burgat Leverrier-, bénéficiaient de la protection diplomatique française du fait de leur fonction en Syrie avec les indemnités d’expatriés y afférentes. Quand Basma Kodmani et sa sœur Hala vivaient au crochet de l’état syrien, protégées par l’immunité diplomatique de la fonction de leur père?  Ah le zèle des résistants de la dernière heure.

Entre les bénéficiaires de la protection diplomatique et les correspondants de guerre sans sas de sécurité, sans filet de secours, sans même gilet pare-balles à l’époque, entre les intellectuels médiatiques et les bi nationaux, il existe une différence d’échelle, ce que semblent ignorer les apprentis censeurs, mais qu’il m’importe de leur préciser: Quand le Liban, l’Algérie, la Syrie, l’Irak, la Libye, sont ravagés par la guerre civile,  l’universitaire se borne à conjecturer, à l’abri du besoin, du gite et du couvert. A vérifier dans l’irréalité des chiffres et des lettres, la validité de ses hypothèses, quand les binationaux d’une double culture, pâtissent dans  la chair de notre chair, les déchirures de notre pays  d’origine. Avec en perspective un nouvel exode. Trente mois de conflits, 120.000 morts, près d’un million de déplacés autant de réfugiés, n’ont pas pour autant affectés le niveau de vie de François Burgat et d’Ignace Leverrier, ni leurs rémunérations, ni celles des bi nationaux franco syriens membres de l’opposition offshore.

Dans une belle démonstration du fonctionnement réticulaire de son clan, ce message de ILeverrier, relayé par FBurgat sur Facebook sera amplifié par Kodmani Junior sur son sitehttp://souriahouria.com/modalites-et-supports-de-la-communication-du-regime-syrien-par-ignace-leverrier. De nouveau sur la page Facebook de FBurgat, visiblement hanté par son contradicteur, au point de laisser ainsi toute latitude à des commentaires d’une grande indigence morale, quand bien même passibles de poursuite pour diffamation.

Zaineb B-l René Naba grande figure du journaliste mercenaire ou plus exactement du mercenaire journaliste… Hier, à 17:18 ·

Naba, journaliste mercenaire? Que dire de François Burgat, le subventionné européen, bénéficiaire, -en sus de son salaire de l’ordre de dix mille euros par mois environ, au titre de Directeur d’Institut expatrié-, d’une subvention de deux millions d’euros du Conseil européen des relations extérieures.

Avec,  en prime, aux frais du contribuable, une prolongation d’activité au-delà de l’âge de la retraite pour vaticiner sur le Monde arabe et musulman des propos du genre «Assad diviser pour survivre» , le titre de son dernier ouvrage «Pas de printemps pour la Syrie», comme si la règle «divide to rule» n’avait pas été poussée à son paroxysme par les colonisateurs européens pour maintenir leur emprise sur la sphère arabo-musulmane. Drôle de raisonnement que d’imputer au pouvoir syrien l’échec de son opposition à le renverser, et non à leurs divisions, nombreuses, et à leur incompétence, criarde.

Que dire de la sœur de la gérante du site, Basma Kodmani, multicartes émargeant sur une pluralité de budget: Un budget français en tant qu’universitaire française, et, en sa qualité de directrice de l‘ARI (Arab Reform Initiative), une rétribution de fonds mixtes de cette structure financée notamment par les Emirats arabes Unies. Une structure initiée par Harry Siegman, membre du Council of Foreign Relations, activiste influent de la communauté juive progressiste de New York, via son lobby «ME-USA project», le projet américain pour le Moyen-Orient. Au point que les Frères Musulmans de Syrie réclameront son expulsion de la direction de l’opposition pour ses extravagances diplomatiques et financières.

Que dire de Bourhane Ghalioune, qui quémandait au Qatar, en sus de son salaire d’universitaire français, un million de dollars tous les cinq jours, pour son train de vie de chef de l’opposition et autant pour l’Armée Syrienne Libre? Soit en 18 mois de présidence près de 108 millions de dollars. Un salaire de PDG d’une multinationale. Vive les révolutions pétro monarchiques. A propos de la demande démission de Basma Kodmani par les Frères Musulmans et du virement par le Qatar d’un million de dollars chaque cinq jours à Bourhane Ghalioune. CF: «La Brigade Al Farouk nous tue», message des combattants de l’intérieur à la hiérarchie de l’opposition sur les exactions de la brigade Al Farouk à Homs http://www.al-akhbar.com/node/63540.

http://www.al-akhbar.com/sites/default/files/pdfs/20120418/p21_20120418.pdf

E – Romain Caillet: L’appendice thésarde de François Burgat

En une belle démonstration du fonctionnement réticulaire du réseau, le message de FBurgat a été en activement relayé et commenté par son appendice thésarde basée à Beyrouth, Romain Caillet, en un langage châtié qui fait honneur à l’Université française et à la perspicacité de son tuteur quant au choix de son disciple.

‏@RomainCaillet : L’agent iranien René Naba, sévissant sur http://Oumma.com, et ses contradictions

RCaillet, boursier de l’Etat français apparait d’ailleurs au vu de sa production comme un des principaux pourvoyeurs du site néo islamiste Islametinfo:

@Islametinfo René Naba dans le genre paternaliste n’est pas mal non plus : http://www.renenaba.com/l-islam-otage-du-wahhabisme/

Du bel usage des bourses de l’enseignement supérieur et de la rigueur de la recherche académique. Agent iranien René Naba? Dans le genre paternaliste? Voyons voir. http://blogs.mediapart.fr/blog/hedy-belhassine/221013/larabie-saoudite-un-royaume-des-tenebres .

Nullement saisi par le doute surtout lorsqu’il s’agit de campagne de désinformation préludant aux offensives atlantistes contre le Monde arabe comme ce fut le cas en Irak, et la guerre anti soviétique d’Afghanistan, le plus grand détournement du combat arabe de la Palestine vers Kaboul, le quatuor -François Burgat, Ignace Leverrier-Thomas Pierret  Romain Caillet- se lancera à l’assaut d’Oumma.com.

Romain Caillet ‏@RomainCaillet – 8 Nov @Mu_Ha_Mad @SimNasr http://Oumma.com n’est pas un site d’information mais une officine de propagande pro-iranienne et pro-Assad

Alors rebelote: Oumma.com pro iranien ? Victime d’une «prise de guerre» de René Naba?   Monstruosités proférées François Burgat et naturellement par ses phalanges, Ignace Leverrier sur les colonnes du Monde et Thomas Pierret (Médiapart), de même que Romain Caillet, sans possibilité d’exercer un droit de réponse tant dans le Monde que Médiapart.  Voyons voir une fois encore. Oumma.com, le plus important site francophone d’Europe occidentale de sensibilité arabo musulmane, compte près d’un millier de contributeurs de différentes sensibilités, de divers horizons, notamment l’ambassadeur des Etats Unis en France, les politologues Gilles Kepel et Jean Pierre Filiu, le préfet Bruno Guigue, sans compter des théologiens, des humoristes et un capital de plusieurs milliers d’articles.

Sur ce lot, en dix ans, une cinquantaine d’articles sont attribuables à René Naba, soit cinq par an, pas tous exclusivement consacrés à la Syrie, un nombre significatif au passif colonial non purgé de la France, d’autres à la guerre d’Irak, au Liban à la Palestine, aux pétromonarchies du Golfe et naturellement aux stratégies de communication qui l’autorisent à porter la contradiction à des analyses fantaisistes. Une lecture en contrechamps du discours dominant, le traitement des angles morts de la politique internationale.

René Naba et Oumma.com pro-iranien? Ou Bandar Ben Sultan, le chef suprême du djihadisme planétaire, le plus ferme partisan de l’invasion américaine de l’Irak, qui a provoqué, par contrecoup, la destruction des assises sunnites du pouvoir irakien et permis à l’Iran de bénéficier d’un effet d’aubaine? Ou Al Qaîda, la créature de la dynastie wahhabite, dont le raid meurtrier contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, le 11 septembre 2001, a entrainé, par ricochet, la destruction de l’Irak, en compensation de l’Arabie saoudite, chef de file sur le plan spirituel du Monde sunnite? Ou enfin la corporation de la presse atlantiste dont la propagande de guerre a préparé l’opinion occidentale à l’invasion de l‘Irak et à l’affaiblissement conséquente des Etats Unis, le meilleur allié de l’Arabie et d’Israël dans la zone?

Pointer la prééminence de ce journaliste franco libanais dans la définition de la politique éditoriale du site constitue une insulte à l’intelligentzia française, à ses lecteurs et au rôle pilote des fondateurs du site dans le développement d’un débat pluraliste en France et dans la dénonciation de nombreuses turpitudes des dirigeants arabes ou musulmans.

Sauf à vouloir jeter en pâture à l’opinion les noms de leurs contradicteurs, dans la pure tradition des «corbeaux» qui ont tant ravagé les campagnes françaises, une délation subliminale qui a constitué, sous Vichy, un des plus importants coefficients de remplissage des convois de Drancy.

Un journaliste sur un site, seul, face à la quasi-totalité des grands médias, les quotidiens parisiens subventionnés, une singularité dans le Monde occidental, tout comme les grands vecteurs audiovisuels, également subventionnés par le contribuable, responsable à lui tout seul de la défaite diplomatique et médiatique française? Insigne honneur pour une personne dont l’acharnement à son égard témoigne de l’indigence intellectuelle et mentale de ses détracteurs. Décliné sur les divers segments médiatiques, en autant de variations sur le même thème, il a retenti dans ses propos conjugués comme «le discours de vaincus» du quartette islamophiliste, signant par là-même la défaite des branquignoles de la pensée stratégique française.

Prolixe, Romain Caillet apparaitra rétrospectivement comme le premier thésard émargeant sur le budget public de l’Etat français se commettant d’office à une mission d’insulte publique, sans le moindre rappel à l’ordre de la tutelle, sans être désavoué par son patron de thèse.

F- «L’islamophilisme».

L’erreur est humaine mais sa répétition est diabolique. Un spécialiste qui se trompe lourdement sur l’objet de sa spécialisation cesse d‘être un spécialiste. Cela sera son cas en Libye, comme en Syrie, comme auparavant en Tunisie. En fait François Burgat est atteint d’islampohilisme; Un vocable utilisé dans les milieux universitaires pour désigner le zèle intempestif, sur fonds d’imprécations et d’approximations, de ces nouveaux prédicateurs de la société informelle, se départissant de leur rigueur académique pour instrumentaliser leur savoir au service de leur commanditaire, dont l’effet retard est de susciter, par contrecoup, une islamophobie. Drôle de comportement pour un universitaire grassement subventionné qui consacre une large fraction de son temps à des attaques ad hominem. Drôle d’exemple pour ses disciples. Ne décolérant pas, il usera de la même rengaine face à ses divers interlocuteurs, sans emporter leur adhésion.

Le diagnostic de Chérif Ferjani: «François Burgat en porteur de valises des islamistes»

Au scalpel, un universitaire franco-tunisien Chérif Ferjani (Lyon II) qualifiera François Burgat de «porteur de valises des islamistes», diagnostiquant sa pathologie: «François Burgat est plus fidèle à ses amis d’Ennahda que beaucoup d’islamistes qui ont fini par réaliser les impasses de l’idéologisation de l’islam…C’est l’occultation de ces faits qui permet à François Burgat de maquiller l’échec de ses amis islamistes en réussite.

Et de décortiquer sa méthode en une démonstration implacable:

Il (FB) a toujours accusé, dans les mêmes termes que ses amis islamistes, la gauche, les syndicalistes, les féministes et les laïcs qui luttent pour une démocratie respectueuse des droits humains de «connivence avec l’Occident impérialiste et la dictature. Il continue à le faire alors que c’est précisément leur résistance pacifique qui a évité jusqu’ici à la Tunisie de sanctionner le coup d’Etat islamiste par un coup d’Etat militaire ou policier comme en Egypte, soulignera Chérif Ferjani, couvrant de ridicule  l’ancienne idole de la jeunesse néo islamiste.

L’universitaire franco algérien Haoues Seniguer, (Lyon II), tempérera, pointant une forme de «néo-orientalisme non islamophobe» chez François Burgat, dans un ouvrage intitulé «Petit précis d’islamisme» paru aux Editions L’Harmattan en Novembre 2013.

Cf. annexe documentaire: L’intégralité du texte de Chérif Ferjani sur le jeu trouble de François Burgat en Tunisie.  Et sur ce lien, la totalité des analyses des chercheurs de Lyon 2 membres du Gremmohttp://www.gremmo.mom.fr/ Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.

Pour aller plus loin sur les dérives des spécialistes autoproclamés du Monde arabe  particulièrement de la Tunisie: http://www.renenaba.com/les-thuriferaires-libanais-de-la-dictature-ben-ali-sur-le-grill-tunisien/http://www.renenaba.com/les-thuriferaires-libanais-de-la-dictature-ben-ali-sur-le-grill-tunisien/

G) – Ignace Leverrier, un stakhanoviste de l’intoxication tenant un discours de vaincu.

Caméléon, Ignace Leverrier, animateur du blog «un œil sur la Syrie» au sein du journal Le Monde, se nomme Wladimir Glasman dans «Médiapart». Pétitionnaire compulsif, il entrainera son clan dans l’aventure, sa sainte trinité dans cette entreprise, sa firme dans cette pantalonnade: Le père Wladimir, son fils Frantz Glasman, stagiaire arabophone au ministère de la défense, et le Saint Esprit Viviane, médecin.  Plus clairement dit, le chef du clan, avec le Quai d‘Orsay pour corps de rattachement, et son rejeton, le ministère de la défense pour port d’attache, se trouveront ainsi en état de transfusion avec les deux ministères régaliens les plus engagés dans la bataille de Syrie.

Joueur de bonneteau, Ignace Leverrier, -de son vrai nom Wladimir Glasman, alias «Al Kazzaz», son sobriquet en arabe du temps où il exerçait ses fonctions de bibliothécaire à Damas-, n’abuse personne sauf sans doute lui-même sur ses capacités de dissimulation et de suggestion. Cet appel paru dans Médiapart porte, en effet, la signature du clan: Wladimir Glasman (2eme ligne), Thomas Pierret (15eme ligne), François Burgat (22me ligne), Romain Caillet (24eme ligne), Viviane Glasman (35eme ligne), Hala Kodmani (40eme ligne) et Frantz Glasman (60eme ligne).  http://blogs.mediapart.fr/blog/thomas-pierret/230813/syrie-qui-ne-dit-mot-consent

Mauvaise foi ou ignorance, Ignace Leverrier, en poste pendant près de dix ans en Syrie aura tout faux sur la Syrie. Ainsi à propos des armes chimiques, il estimera, le 10 septembre 2013 sur RFI, alors que le reflux occidental s’amorçait que «Damas va reporter indéfiniment la réponse sur les armes chimiques», sans se douter que la Syrie aura achevé leur démantèlement sous contrôle international moins d’un mois plus tard. http://www.rfi.fr/zoom/20130910-ignace-leverrier. Dans une opération de diversion, il ne pipera mot des otages occidentaux en Syrie, le père Paolo Dall’Oglio, un prêtre jésuite italien kidnappé par un groupe islamiste, une version locale Al Qaida, alors qu’il se proposait de négocier avec des dirigeants de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) la libération de personnes kidnappées, de même que le sort de quatre journalistes français retenus en otages en Syrie depuis juin 2013 sans doute également par la branche syrienne d’Al Qaida, Didier François (Europe 1), Edouard Elias free-lance, Deux journalistes français, Nicolas Hénin, reporter, et Pierre Torrès, photographe.

Pas un mot également sur les méfaits au Mali d’Ansar Eddine, l’organisation humanitariste du Qatar, ni sur la duplicité du Qatar, le principal financier de l’opposition off-shore, ni sur la schizothymie de la France, son principal parrain occidental, combattant les néo islamistes au Mali et soutenant les djihadistes en Syrie. Pas un mot non plus sur le ressentiment syrien a l’égard de l’équarrissage de leur pays, au mépris des promesses formelles et écrites d’Aristide Briand, le ministre des affaires étrangères de l’époque, au négociateur français Georges Picot, ni de la reconstitution de la nouvelle alliance entre la France et la Turquie, les artisans du démembrement de la Syrie.

Cf. annexe documentaire 2  «Document Paris 2 novembre 1915 (Archives du ministère des affaires étrangères) Instructions d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères (1862-1932) à Georges Picot, consul de France à Beyrouth.

L’homme boycottera ostensiblement l’un des rares chefs de l’opposition démocratique syrienne, non asservi au pouvoir de l’argent, ni à la tutelle atlantiste et pétro monarchique, Haytham Mannah, au prétexte que ce vétéran de la lutte pour les droits de l’homme n’a pas été choisi par le peuple. Comme si  tous les bi nationaux de l’opposition syrienne, confortablement installés dans les pays d’exil, à l’abri du risque et du besoin, ont été frappés du sceau de la légitimité populaire, de Ghassane Hitto (Kurde, Etats Unis) ou de Abdel Basset Sida (Kurde, Suède). Haytham Mannah, l’homme qui assurera, précisément, sur recommandation de son collègue communiste Riad Turk, la jonction de Wladimir Glasman avec Sadreddine Bayanouni, le chef de la branche syrienne des Frères Musulmans, dans la décennie 1980, marquée sur le plan syrien par la révolte de Hama (1982), désormais abondamment courtisé par les chancelleries occidentales. Ah la belle ingratitude.

Pour mémoire, Haytham Mannah recueille l’adhésion de 20 pour cent de la population syrienne contre 7 pour cent pour la coalition soutenue par I. Leverrier, selon le dernier sondage réalisé par les Américains en prévision de Genève II

Le blogueur développera, en guise d’argumentaire, une suite ininterrompue de palindromes. Un argumentaire non fulminant, qui tonne comme la foudre, mais fuligineux qui projette de la suie. Une thématique invariable avec des termes interchangeables. Omniscient, insupporté par la contradiction, il inonde son contradicteur de ses imprécations. Un de ses contestataires qui a passé deux ans dans l’audiovisuel français donne ceci sous la plume de Glasman Leverrier: «Les contradictions ne manquent pas dans l’argumentaire “nationaliste” à deux vitesses de Naba. Celui qui prive Bassma Kodmani ou Bourhan Ghalioun de leur légitimité de citoyens syriens du seul fait de leur parcours professionnel en France oublie ainsi qu’il a été lui-même de très nombreuses années un rouage discipliné de l’audio-visuel français d’Etat».

«Argumentaire nationaliste à deux vitesses de Naba»? Vraiment? 

Les mots ont un sens et ne sauraient constituer une enfilade de paroles verbales: Entre les binationaux de l’opposition syrienne off-shore et le journaliste franco libanais, il existe une différence de stature en ce que le journaliste n’a jamais porté les armes contre son pays d’origine, ni contre son pays d’adoption. Jamais appelé au renversement du système politique de son pays d’origine, depuis son pays d’adoption. Et vice  versa. Jamais la moindre subvention. La moindre faveur. Le moindre passe-droit. Jamais.

«De très nombreuses années un rouage discipliné de l’audio-visuel français d’Etat»? Vraiment ? 

Dans la pure tradition de l’agit prop des régimes totalitaires, ce bureaucrate docile, qu’il a été dans sa carrière, qui explique sa longévité administrative, ignore l’irrévérence dont peuvent faire preuve des journalistes impertinents. Sans craindre le ridicule, il assignera une servitude de servilité à l’ensemble du personnel de l’audiovisuel public, au mépris du comportement de glorieux confrères tels Bernard Langlois et Michel Polack. Pour les besoins de sa démonstration, il gommera le fait que sa cible a effectué l’essentiel de sa carrière à l’Agence France presse, sur le terrain, au bureau régional de l’AFP à Beyrouth, en tant que correspondant de guerre pour le Moyen Orient, puis, à Paris, en tant que responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP. Vingt-cinq ans d’AFP et deux ans seulement en tant que conseiller du directeur général de RMC Moyen orient, une radio commerciale de droit monégasque et non «de  très nombreuses années un rouage discipliné de l’audiovisuel français d’état».http://www.renenaba.com/il-etait-une-fois-la-depeche-dagence/

Autre exemple: Michel Samaha, l’ancien ministre libanais, ancien interface entre la France et la Syrie, inculpé de tentative de subversion pro syrienne au Liban: «Pour décrypter la nature exacte de l’agenda de René Naba dans la crise syrienne, il suffit, sans se laisser induire en erreur par quelques pages destinées à brouiller les pistes, d’aller à l’essentiel On le trouve dans les paragraphes que, sous le titre “Un procès politique sous habillage juridique”, l’intéressé a naguère consacré à la défense de Michel Samaha. L’ancien ministre phalangiste libanais, chargé par Bachar al Assad de sa promotion médiatique, venait d’être arrêté en août 2012, en flagrant délit de participation à une terrifiante entreprise de manipulation, ourdie avec l’aval des plus hautes personnalités du régime par les services syriens».

En fait Glassman Leverrier pratique la dissimulation en ce que le titre exact de ce papier est :http://www.renenaba.com/liban-tsl-un-proces-politique-sous-habillage-juridique/http://www.renenaba.com/libantsl-un-proces-politique-sous-habillage-juridique-2/

Le texte traitait des distorsions dans le fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban chargé de juger les assassins de l’ancien premier ministre Rafic Hariri. En dix pages, deux volets, il abordait d’une manière marginale le cas de Michel Samaha, consacrant trois paragraphes à cette affaire, en pointant le discours disjonctif des pouvoirs publics dans cette affaire libanaise, notamment le jeu trouble d’un agent triple Milad Kfouri.

 H – Grandeur et décadence d’un journal au-dessus de tout soupçon

S’exonérant de toute considération déontologique, sans doute du fit de son auguste  hébergement, il donnera libre cours à son travail de désinformation. En une curieuse conception de l’information, Le Monde refusera aux cibles de son graphomane anonyme un droit de réponse, pourtant justifié par des attaques injustifiées.

Comble d’incohérence de la part d’un journal détenu par le grand capital, bénéficiant néanmoins d’une subvention publique annuelle de 16 millions d’euros pour 2012, dans un pays sous pression fiscale extrême, qui refuse au contribuable qui le subventionne le droit d’exposer son point de vue, c’est à dire d’user de sa liberté d’expression pour laquelle il consent une aide directe au journal qui s’arroge la liberté de diffamer quiconque déplait à sa ligne éditoriale. Tout au long de cette séquence, «un œil sur la Syrie» aura été un regard torve d’un borgne politique; un intellectualoïde dévoyé dans un islamophilisme inconsidéré, dont les dérives lui vaudront le sobriquet infamant de «stakhanoviste de l’intoxication».http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/160412/subventions-la-presse-passe-au-controle

Au diapason du Quai d’Orsay, son hébergeur, le Monde, un journal jadis prestigieux en pâtira inexorablement. La «Grandeur et décadence d’un journal au-dessus de tout soupçon» sera décrite, avec une précision méticuleuse, par Ahmad Ben Saada (professeur de physique-Canada), titulaire du prix «Raymond Gervais» pour l’excellence en pédagogie décerné par l’association pour l’enseignement de la science et de la technologie au Québec (APSQ)  en Novembre 2010.

http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=241:grandeur-et-decadence-dun-journal-au-dessus-de-tout-soupcon&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119

Ainsi que par: http://www.marianne.net/Madame-la-directrice-du-Monde-voila-pourquoi-votre-editorial-m-a-scandalise_a231663.html

Le Monde pourrait d’ailleurs connaitre un sérieux problème de  crédibilité si l’information de Seymour Hersh (New Yorker) venait à être confirmée. Selon le journaliste américain, l’administration Obama aurait caché que le Front Al-Nosra pouvait produire du gaz sarin, pour mieux blâmer le régime syrien. Les autorités américaines estiment que l’accusation n’est pas étayée.

Dans un long article publié par la London Review of Books, Seymour Hersh -récompensé dans le passé pour sa couverture du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam ou encore celle du scandale de la prison d’Abou Ghraïb en Irak- a accusé l’administration Obama de «manipulation délibérée du renseignement» dans l’affaire des armes chimiques syriennes.

Des responsables de l’administration ont fait part de leur scepticisme devant cet article que des journaux américains auraient refusé de publier car ils le jugeaient insuffisamment étayé.

Sans aller jusqu’à affirmer que le régime de Bachar al-Assad n’est pas responsable de l’attaque chimique du 21 août dans la banlieue de Damas, Seymour Hersh soutient que les accusations de Barack Obama le 10 septembre ne s’appuyaient selon lui pas sur des renseignements interceptés en temps réél mais sur une analyse des communications a posteriori.

III – A l’attention de la génération de la relève journalistique: La Syrie, le Trafalgar de la France au XXI me siècle.

La Syrie a été le Trafalgar de la France au XXI me siècle, tant sur le plan diplomatique que sur le plan médiatique. Pour prévenir la répétition d’un tel naufrage, il importe que  soient clairement réaffirmés les fondamentaux du combat politique et de la déontologie journalistique

1: Le placement de la campagne anti syrienne sous l’égide de Bernard Henry Lévy et  de Bernard Kouchner, en juillet 2011, en association avec les Frères Musulmans, sans tenir compte de la profonde révulsion qu’inspire dans le Monde arabe le duo du Darfour partitionniste du Sud Soudan, a constitué une erreur criminelle en ce qu’il a durablement détourné d’opposants historiques de la structure off-shore.

2: Le parrainage ostentatoire de la France à une opposition dirigée par des universitaires syriens salariés de l’administration française a obéré son discours moral et humaniste en ce que l’opération est apparue au sein de larges couches d‘une opinion syrienne farouchement nationaliste comme la mise en selle d’ «arabes de service», sous tutelle de l’ancien pouvoir colonial, pour des équipées hégémoniques occidentales en terre arabe. Erreur imputable au premier chef à une psychorigidité nourrie d’une nostalgie de grandeur sous tendant un retour du refoulé d’un passif colonial non purgé.

3: Le parachutage de binationaux franco syriens à la tête de l’opposition syrienne, sans ancrage sur le terrain, de surcroit opérant depuis Paris, a justifié l’appellation «opposition offshore» en ce que cet attelage est apparu comme un remake du vieux schéma des «exilés de Coblence», ces fameux monarchistes qui se sont alliés aux ennemis de la France pour vaincre la Révolution.

4: Les piètres performances de cet attelage de même que les rivalités internes ont achevé de le déconsidérer. Souvenons-nous de la tonitruante déclaration de Bourhane Ghalioune annonçant prématurément la rupture des relations stratégiques entre la  Syrie et l’Iran, sans consultation préalable du peuple syrien.

5: La fonction d’un bi national n’est pas d’être le porte-voix de son pays d’accueil, ni son porte-serviette, mais d’assumer avec vigueur la fonction d’interface exigeant et critique. Un garde-fou à des débordements préjudiciables du pays d’origine et du pays d’accueil.  Dans l’intérêt bien compris des deux camps, le partenariat binational se doit de se faire, sur un pied d’égalité et non sur un rapport de subordination de l’ancien colonisé, le faisant apparaître comme le supplétif de son ancien colonisateur. De la même manière, le devoir d’un intellectuel progressiste est de faire conjuguer Islam et progressisme et non de provoquer l’abdication intellectuelle des progressistes devant un islamisme basique, invariablement placé sous les fourches caudines israélo-américaines.

6: Un binational qui rallie son pays d’accueil pour prendre les armes contre son pays d’origine apparaitra aux yeux de ses nombreux compatriotes sinon un supplétif de son pays d’accueil et un traitre à son pays d’origine, à tout le moins une personne d’un opportunisme à tout crin et d’une grande ingratitude, particulièrement s’il a bénéficié des bienfaits du pouvoir. Pour la crédibilité de leur démarche et leur dignité, les binationaux franco syriens de l’opposition off-shore auraient dû rallier sur le terrain leur compagnon de lutte et non se pavaner dans les salons feutrés des chancelleries occidentales, faisant de la révolution syrienne la première révolution en costumes cravates, talons aiguilles et cartes de crédit, cédant le terrain aux djihadistes.

7: Une universitaire syrienne, ayant émargé sur le budget de l’Etat syrien tout au long de sa scolarité du fait des responsabilités de son père au sein de la haute administration syrienne, et porteuse de la nationalité française, c’est-à-dire de l’ancien pouvoir mandataire, n’a pas qualité à prendre la tête de l’opposition à son pays d’origine, sauf à renoncer à sa nationalité française, à démissionner de ses fonctions et surtout à son salaire français. Imaginons le tollé qu’aurait suscité un français boursier de l’Etat français, qui aurait opté pour la nationalité syrienne pour prendre depuis Damas la tête de l’opposition française pour engager une guerre de libération de la Corse, de la Bretagne ou du Pays basque.

8: Le devoir d’un journaliste est de déconstruire le discours dominant de la pensée occidentale, particulièrement les manigances de l’ancien pouvoir colonial, parallèlement aux dénonciations des tares des régimes arabes, pas uniquement le régime syrien. De combattre le discours disjonctif occidental en même temps que la confusion mentale arabe. A penser au besoin contre son  propre camp, un impératif catégorique.

9: La France, qui a procédé à l’équarrissage de la Syrie, n’est pas légitime pour décréter le système politique du pays anciennement sous son mandat. De même que la Turquie, bénéficiaire du démantèlement de la Syrie (Alexandrette), d’autant plus impérativement que Place Taqsim a apporté la preuve de la face hideuse de l’autoritarisme néo-ottoman erdoganien.

10: Une révolution qui bénéficie du soutien de la totalité des pétromonarchies parmi les plus rétrogrades et les plus répressives du Monde fait problème. La condamnation de la dictature syrienne doit être aussi ferme que la condamnation des pétromonarchies toutes aussi autoritaires, népotiques que le régime syrien.

11: L’Otan, l’adversaire le plus résolu aux aspirations du Monde arabe, particulièrement les Etats-Unis, le protecteur d’Israël, ne sauraient être un partenaire fiable dans l’avènement de la démocratie dans le Monde arabe, particulièrement si nous gardons en mémoire les précédents de l’Iran (Mohamad Mossadegh-1953) et du Chili (Salvador Allende-1973).

12: Le Monde arabe se doit de se libérer de la tutelle de l’Otan et de l’Islam wahhabite pour gagner le respect des autres partenaires de la scène internationale. Songeons à la piteuse prestation du prédicateur Youssef Al Qaradawi implorant les Etats Unis d’Amérique de bombarder la Syrie, un pays qui a soutenu trois guerres contre Israël, rendant ainsi obsolète l‘accusation traditionnelle de «croisade contre l’islam».  Songeons au Mufti de l’Université Al Azhar quêter un blanc-seing du pape François pour décréter «l’Islam une religion de Paix», pour mesurer les dérives mentales qui affligent la classe politico religieuse du monde arabe.

13: Il appartient aux Musulmans et aux Arabes, leurs dignitaires, leurs dirigeants, leurs amis, y compris les contestataires en leur sein, de faire le ménage, de purger de leurs rangs les trafiquants de religion et de mettre un terme à cette prolifération invraisemblable de mécréants. Une tâche qui relève de notre devoir et de notre responsabilité morale, non d’une faveur octroyée par les occidentalistes paternaliste, gardant à l’esprit «la guerre antisoviétique d’Afghanistan (1980-1990), le plus grand détournement du combat de Palestine, au prétexte de la guerre contre l’athéisme.

14: Tant sur le plan diplomatique que médiatique la Syrie aura été pour la France son Trafalgar du XXI me siècle. Gardons-nous donc des «islamophilistes» et des «Arabes de service» et de leur zèle intempestivement ravageur. Ces «native informant», à la légitimité purement médiatique, qui accaparent la parole d’une communauté sans en être représentatif, si bien décrits d’ailleurs par Pascal Boniface, auteur d’un ouvrage au titre prémonitoire «Les intellectuels faussaires».

15: La libération et la démocratisation du Monde arabe se fera par les Arabes ou ne se fera pas. En aucun cas à l’ombre des tomahawks atlantistes. En aucun cas avec les binationaux franco arabes dans le rôle de supplétif. Cela vaut pour la Syrie, comme pour l’Arabie saoudite, le principal pourvoyeur du djihadisme erratique sur la planète, le fossoyeur du destin arabe.

Document 1: Texte intégral de Cherif Ferjani concernant le jeu trouble de François Burgat en Tunisie

Document 2: «Document Paris 2 novembre 1915 (Archives du ministère des affaires étrangères) Instructions d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères (1862-1932) à Georges Picot, consul de France à Beyrouth. Document publié dans «Atlas du Monde arabe géopolitique et société» par Philippe Fargues et Rafic Boustany, préface de Maxime Rodinson (Editions Bordas). In «Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français» René Naba Harmattan 2002.

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Missiles et « bouclier » sur l’Europe

décembre 17th, 2013 by Manlio Dinucci

La nouvelle, donnée par la quotidien allemand Bild[1], selon laquelle la Russie aurait installé des missiles Iskander à capacité nucléaire dans son enclave de Kaliningrad comme réponse au « bouclier antimissile », tombe dans un vide d’information qui la rend incompréhensible au plus grand nombre. Si elle est vraie, pourquoi ce « coup agressif de Poutine » ? Pourquoi la Russie ne veut-elle pas que les USA protègent leurs alliés européens avec leur « bouclier » ? Et puis Obama n’a-t-il pas renoncé au « bouclier » projeté par Bush ?

A Washington on insiste à dire que le « bouclier » en Europe n’est pas dirigé contre la Russie, mais contre la menace des missiles iraniens. A Moscou on le considère au contraire comme une tentative d’acquérir un avantage stratégique décisif sur la Russie : les USA pourraient ainsi lancer une first strike nucléaire, en se fiant à la capacité du « bouclier » de neutraliser les effets des représailles. Obama a lancé un nouveau plan, qui prévoit un nombre supérieur de missiles adossés contre le territoire russe. Comme ce sont les Etats-Unis qui les contrôlent, personne ne peut savoir si ce sont des intercepteurs ou des missiles nucléaires. Et, avec les nouveaux radars en position rapprochée, le Pentagone peut mieux surveiller le territoire russe.  Washington, une fois refusée la proposition de cogérer ensemble avec la Russie le radar Qabala dans l’Azerbaïdjan, a accéléré la réalisation du « bouclier ».

En mars dernier il a été confirmé que les USA sont en train de procéder au déploiement de 24 missiles SM-3 en Pologne et autant en Roumanie, plus un nombre non précisé de missiles Aegis à bord des frégates en Méditerranée, intégrés par un radar superpuissant installé en Turquie et par des radars mobiles qui peuvent être rapidement déployés en « position avancée ». En même temps la Pologne a annoncé qu’elle dépensera 33,6 milliards d’euros pour réaliser (avec des technologies étasuniennes) son propre « bouclier » à intégrer dans celui des USA/OTAN.

En mai la société Lockheed Martin a annoncé avoir effectué en une année quatre tests réussis du missile Aegis de seconde génération et que les 27 navires de guerre dotés de ce système de missiles augmenteront à 32 en 2014. En octobre ont été inaugurés dans la base aérienne Deveselu en Roumanie les travaux pour une installation terrestre de missiles Aegis, financée par le Pentagone avec 100 millions d’euros, qui sera opérationnelle en 2015 : la base restera formellement sous commandement roumain, mais l’installation de missiles sera gérée par 500 militaires étasuniens.

En novembre ont commencé les tests finaux du Meads (Système de défense aérienne de moyenne extension), réalisé conjointement par les USA, l’Italie et l’Allemagne : une sorte de « tortue »[2] qui, par un système de missiles sophistiqué, protège les forces qui attaquent un territoire ennemi. Les USA, après avoir dépensé 2 milliards de dollars dans le programme, s’en retirent pour se concentrer sur d’autres systèmes, mais l’Italie et l’Allemagne (qui ont pris à leur charge respectivement 15% et 25% du coût) acquerront le Meads, en embarquant probablement la Pologne pour partager la dépense augmentée. Le Meads renforcera le « bouclier », que les USA et leurs alliés européens entendent développer en dépensant des dizaines de milliards de dollars dans les prochaines décennies.

Toujours en novembre le Pentagone a confirmé que les centaines de bombes nucléaires B61-11, que les Etats-Unis conservent en Europe (Italie comprise), sont transformées en B61-12, utilisables aussi comme bombes anti-bunker.  Officiellement elles sont classées comme armes nucléaires « tactiques » mais, étant déployées en Europe et donc facilement approchables du territoire russe, elles sont de fait stratégiques (catégorie qui comprend les armes de portée supérieure aux 5500 Kms) : elles s’ajoutent aux 2150 têtes nucléaires stratégiques étasuniennes et aux plus de 500 françaises et britanniques prêtes au lancement, contre les 1800 russes. Immédiatement après, Lockheed Martin a complété le test en orbite du second satellite Muos (lancé en juillet), qui est « confié pour l’utilisation opérationnelle au Commandement stratégique », lequel réunit le commandement des forces nucléaires à celui des opérations spatiales.

En ce point on ne s’étonnera pas que Poutine ait effacé le groupe de travail, institué en 2011 pour trouver des formes de collaboration avec l’OTAN dans le secteur de la défense par missiles. Il a été en même temps annoncé que d’autres unités russes seront armées de missiles Iskander et de missiles balistiques intercontinentaux mobiles Yars de nouvelle génération, qui peuvent transporter jusqu’à 10 têtes nucléaires.

L’Europe est maintenant, grâce aux USA, « plus sûre ».

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 17 décembre 2013 de il manifesto

http://ilmanifesto.it/missili-e-scudo-usa-addosso-alleuropa/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 


[1] « Putin stationiert Raketen für Atomsprengköpfe », par Franz Solms-Laubach, Bild, 14 décembre 2013. Voir aussi : http://www.voltairenet.org/article181515.html (Notes de la traductrice pour la version française).

[2] Formation défensive de l’armée romaine : les boucliers au-dessus de la tête et sur tous les côtés, évoquant une carapace de tortue.

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Les Américains, les Israéliens et certains leaders chiites irakiens ne sont plus les seuls à vouloir diviser l’Irak en plusieurs Etats (1). Les islamistes se mettent aussi, maintenant, de la partie. Les dirigeants de l’ « Etat islamique en Irak et au Levant » – « et au Pays de Cham » (ISIS), pour être plus précis – appelé Daash, acronyme de Dawlat al-Islamiyya fi al-Iraq wal-Sham – ambitionnent de créer, dans un premier temps, un émirat aux confins de la province d’Al-Anbar (I/3 de l’Irak) (2).

Pour y parvenir, les moudjahidine de Daash ont fait sauter ces derniers mois, quatre ponts reliant Ramadi et Falloujah – et au-delà Bagdad – aux villes bordant l’Euphrate en direction de la Syrie : Rawa, Anah, Haditha. Objectif : détacher cette région du reste du pays en y implantant un embryon d’émirat (3). En septembre, ils on t tenté, sans succès, de s’emparer d’Anah. Mais ce n’est, selon eux, que partie remise.

Des hélicoptères Apache, des F-16s et des drones

Le Daash contrôle aujourd’hui une bonne partie des étendues désertiques s’étendant de Rutba - non loin de l’autoroute relianr Bagdad à la Jordanie -  au sud de Mossoul. Il a divisé ce vaste territoire en « Etat du Nord- al – Jazeera » et « Etat du Sud- al – Jazeera » et y a nommé une administration parallèle. Les militaires et les fonctionnaires gouvernementaux, perçus comme des collaborateurs du régime chiite de Bagdad, menacés de mort, sont en permanence sur le qui-vive.

Le Premier ministre Nouri al-Maliki, détesté par les Irakiens de la province, a fait bombarder un camp d’entrainement, où des moudjahidine de Daash s’apprêtaient à lancer une offensive contre une base militaire et des bâtiments gouvernementaux des villes sur l’Euphrate. En octobre, un hélicoptère de l’armée irakienne a été abattu lors d’une opération contre des islamistes venant de Syrie. En visite officielle à Washington fin octobre, Nouri al-Maliki a demandé au Pentagone d’accélérer la livraison des hélicoptères Apache et des chasseurs F-16s qu’il a commandés, et a réclamé des conseillers militaires pour piloter des drones de surveillance.L’Irak s’adressera à d’autre pays si les Etats-Unis ne lui livrent pas les armes pour lutter contre Al-Qaïda, a annoncé Safa al-Sheikh Hussein, son conseiller-adjoint pour la Sécurité (4).

Appel aux forces spéciales kurdes

Le Daash voit plus grand. Il prévoit, dans une seconde phase, de s’emparer de Kirkouk et d’une partie de la région de Diyala, dont Tuz Khurmatu (5), c’est-à-dire de territoires  revendiqués par les Kurdes, peuplés de Turkmènes sunnites et chiites, d’Arabes généralement sunnites et d’Assyriens chrétiens. Depuis octobre dernier, les attaques visant les militaires et les policiers se multiplient à Kirkouk. Des envoyés de Daash se sont  présentés au domicile de membres des services de sécurité, et leur ont conseillé de démissionner. Ils les ont laissé en vie, mais ont dynamité leur maison à titre d’avertissement. Début décembre, un commando de Daash a attaqué le quartier général des services de renseignement de Kirkouk et s’est emparé d’un centre commercial, avec prise d’otages. Le gouverneur, Najmaldin Karim - un proche de Jalal Talabani - a dû faire appel aux forces spéciales anti-terroristes kurdes basées à Soulimaniya pour venir à bout de la situation… après 12 heures de combat.

On en est là…  A suivre !

 Gilles Munier

Notes:

(1) Partition de l’Irak : une guerre dans la guerre, par Gilles Munier (27/11/06)

http://0z.fr/J09Qp

(2) Peu connu : après la conquête de la Mésopotamie par les Britanniques, les habitants de Rawa et de ses environs, estimant avoir plus d’affinités avec leurs voisins syriens, avaient refusé les frontières dessinées par Winston Churchill et l’espionne Gertrude Bell et proclamé une « République de Rawa ».

(3) Al Qaeda tightens grip on western Iraq in bid for Islamic state, par Suadad al-Salhy (11/12/13)

http://www.reuters.com/article/2013/12/11/us-iraq-violence-al-qaeda-idUSBRE9BA0O820131211

Next door to Syria, an al-Qaeda-linked group is also gaining ground in Iraq, par Ben Van Heuvelen (7/12/13)

http://www.washingtonpost.com/world/middle_east/next-door-to-syria-an-al-qaeda-linked-group-is-also-gaining-ground-in-iraq/2013/12/07/ca9dfd4a-5e16-11e3-bc56-c6ca94801fac_story.html

(4) Iraq to press U.S. on drones, F-16s to fight al Qaeda, par Peg Mackey

http://uk.reuters.com/article/2013/10/25/uk-iraq-security-idUKBRE99O0JF20131025

(5) Qui tue qui à Tuz Khurmatu ?, par Gilles Munier (10/12/13)

http://0z.fr/UE5_Y

 

 

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Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont suspendu l’aide militaire qu’ils accordaient au Conseil militaire suprême de l’Armée syrienne libre, la force qui leur servait d’intermédiaire pour armer la rébellion soutenue par les impérialistes afin de faire tomber le gouvernement syrien de Bashar el-Assad.

Cette suspension est intervenue après que l’Armée syrienne libre (ASL) a perdu le contrôle d’une enclave le long de la frontière turque face à des rebelles islamistes soutenus par les Saoudiens, proches alliés jusqu’ici de l’ASL.

Le 6 décembre, des combattants du Front islamique, une nouvelle alliance qui regroupe les salafistes et d’autres milices fondamentalistes sunnites, a pris d’assaut les installations de l’ASL dans la ville frontière d’Atmeh, dont leur quartier général militaire pour le Nord de la Syrie et plusieurs entrepôts contenant du matériel militaire. Ce matériel comprendrait des chars d’assaut et des armes fournies par les États-Unis et la Grande-Bretagne, des véhicule tout-terrains et du matériel de communication.

Le Front islamique a également pris le contrôle du poste de douane de Bab al-Hawa qui était tenu par l’ASL à la frontière avec la Turquie.

S’il faut en croire les reportages dans la presse, il n’y aurait eu que des pertes minimes, les combattants de l’ASL s’étant rendus ou ayant fui face aux force supérieures du Front islamique. Le commandant suprême de l’ASL, le général Salim Idris, a lui-même pris la fuite passant la frontière turque et de là vers le Qatar.

L’ASL avait accueilli dans ses bases les combattants du Front islamique pour les aider à repousser une attaque hypothétique que des rumeurs attribuaient à l’État islamique d’Irak et du Levant. En fait, le Front en a profité pour s’emparer de ces bases.

Après une série de revers militaires et la défection de bon nombre de ses combattants au Nord-Est de la Syrie qui ont rejoint les milices alignées sur Al Qaïda, la débâcle humiliante de l’ASL à Atmeh a clairement ébranlé la confiance de ses sponsors de Washington, Londres et Paris quand à sa viabilité. Si l’ASL a joué un rôle de plus en plus faible sur le terrain, celle-ci, avec le rassemblement politique organisé par les Etats-Unis auquel elle participait, le Conseil national syrien, ont joué un rôle essentiel dans les tentatives cyniques des États-Unis et de l’Union européenne de donner à leur volonté d’obtenir un changement de régime à Damas une apparence « modérée ». Washington et ses alliés européens ont cherché à mettre l’ASL en avant, en en faisant leur relais sur place pour l’approvisionnement en armes et autres matériels militaires en direction des milices islamistes.

La débâcle de l’ASL intervient à un moment où le gouvernement Obama, l’élite politique américaine et la communauté militaire et des services de renseignement sont fortement divisés sur la politique que devrait adopter l’impérialisme américain en Syrie.

Sans soutien populaire, les rebelles soutenus par les États-Unis et l’Arabie saoudite se sont enlisés, et dépendent de plus en plus des islamistes sunnites, y compris des milliers de combattants étrangers, dont les positions politiques extrêmement sectaires et les atrocités qui en résultent n’ont fait que discréditer encore plus la rébellion.

Tout en se révélant incapable de faire tomber Assad, la rébellion a rasé la plupart de la Syrie, fait plus de cent mille victimes, poussé sept millions de réfugiés à fuir leur foyer, ravivé les tensions entre sunnites et chiites dans tout le Moyen-Orient et permis à Al Qaïda et ses alliés de se tailler une enclave de taille respectable au Nord et à l’Est de la Syrie.

Les États-Unis ont été plus qu’enclins à s’allier avec Al Qaïda par le passé. En effet, ils ont accueilli favorablement leur intervention dans la campagne visant à faire tomber Assad, tout comme ils s’en étaient servi dans la guerre de l’OTAN contre la Libye Mais à Washington il y a des craintes de plus en plus fortes que l’on ait laissé une trop grande latitude à Al Qaïda et que la propagation de son influence de la Syrie vers l’Irak risque ne fasse éclater les fragiles structures politiques communautaristes que les États-Unis avaient établies là-bas à la fin de leur campagne militaire sanglante de 2007-08.

Ces dernières semaines, il y a eu de nombreux reportages qui suggèrent que les États-Unis et leur alliés envisagent d’agir contre Al Qaïda en Syrie et en Irak, alors même qu’ils cherchent à développer d’autres milices islamistes en Syrie dans le but de maintenir la pression militaire sur le régime d’Assad.

Les divisions aux sein du gouvernement Obama et des élites américaines ont été mises encore plus en lumière par l’article de Seymour Hersh cette semaine, qui exposait le ramassis de mensonges qui a servi de prétexte au gouvernement à la fin du mois d’août et au début de septembre pour préparer leur frappe militaire contre la Syrie qui a été évitée de peu. En s’appuyant sur des fuites au sein de l’appareil de la Sécurité nationale, Hersh a révélé que non seulement les États-Unis n’ont aucune preuve que le régime d’Assad a lancé une attaque au gaz sarin le 21 août dernier, mais ils ont tu le fait qu’ils savaient très bien qu’au moins un des groupes alignés sur Al Qaïda, le Front Al Nusra, avait accès à de grandes quantités de gaz sarin.

Au dernier moment, le gouvernement Obama s’est abstenu de lancer une guerre contre la Syrie et a entamé des négociations publiques avec l’Iran, le principal allié de la Syrie dans la région et lui-même une des cibles principales de la guerre en Syrie menée par les islamistes pour le compte des États-Unis.

Avec le régime iranien qui croule sous les sanctions économiques des États-Unis et de l’Union européenne, Washington calcule qu’il peut gagner Téhéran à ses intérêts stratégiques, libérant ainsi des ressources politiques et militaires pour se confronter à ses rivaux les plus puissants, la Russie et la Chine.

Pour sa part, le régime bourgeois iranien a signalé qu’il est prêt à s’allier aux États-Unis, proclamant son impatience à donner aux transnationales américaines et européennes un accès privilégié au pétrole et aux ressources en gaz naturel iraniens ainsi qu’à aider les États-Unis à stabiliser le Moyen-Orient, depuis l’Afghanistan jusqu’au Liban.

Washington demande maintenant à Téhéran de le rejoindre à la conférence États-Unis-Russie du mois prochain sur un « accord politique » pour terminer la guerre en Syrie, afin de faire pression sur le régime d’Assad pour qu’il accepte de laisser le pouvoir à un « gouvernement de transition » dans lequel les « rebelles » soutenus par les impérialistes auraient au moins la moitié des sièges. En même temps, il cherche à maintenir la pression militaire sur Damas.

Avant les événements de la semaine dernière à Atmeh, les responsables du gouvernement Obama cherchaient à persuader le Front islamique, dont une grande partie des membres ont ouvertement travaillé avec le Front Al Nusra aligné sur Al Qaïda, pour qu’ils envoient des représentants à cette conférence internationale.

Le gouvernement Obama a répondu à l’attaque du Front contre ses intermédiaires de l’ASL en indiquant qu’il veut maintenir ses liens avec le Front. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jan Psaki a déclaré que Washington était « évidemment inquiet » des événements à Atmeh. Mais que « nous ne sommes pas prêts en ce moment à faire une déclaration générale sur ce que cela veut dire et ce qu’en sera l’effet à long terme. »

Quant à l’ASL, elle est impatiente de renouveler ses relations étroites avec le Front islamique. Louay al-Mokad, porte-parole du Conseil militaire suprême de l’ASL, a minimisé la confrontation entre l’ASL et le Front, la qualifiant de « malentendu entre frères. » Il a poursuivi en déclarant, « nous sommes ouverts à tous. Il est temps de s’unir contre le régime syrien. »

À quel point le Front islamique acceptera de reprendre la coopération avec l’ASL reste une question ouverte, même si celle-ci obtempère aux demandes du Front de recevoir une part importante du contrôle au sein du Conseil militaire suprême. Lors de sa formation le 22 novembre, le Front avait répudié le Conseil national syrien et affirmé son objectif d’établir une Syrie sous domination sunnite et régie par la Charia.

De plus, sa formation a été clairement soutenue, voir orchestrée, par l’Arabie saoudite. La monarchie saoudienne s’est opposée très fortement aux ouvertures de Washington en direction de Téhéran, par crainte de perdre son influence stratégique envers l’Iran, et il a accusé le gouvernement Obama de vouloir se retirer de la campagne pour un changement de régime à Damas.

Washington et ses alliés ont commis un crime monstrueux en Syrie, en organisant et en armant les forces les plus réactionnaires afin de faire tomber un régime considéré comme un obstacle à la domination débridée des États-Unis sur la première région exportatrice de pétrole au monde. En cela, ils ont été aidés et encouragés par la pseudo-gauche en particulier des organisations comme le British Socialist Workers Party, le Nouveau Parti anticapitaliste français et l’International Socialist Organisation américaine, qui ont répété la propagande impérialiste, faisant passer la rébellion islamiste sunnite fomentée par les États-Unis et les Saoudiens pour une « révolution ».

Keith Jones

Article original, WSWS, paru le 13 décembre 2013

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Lors d’une rencontre annuelle entre les dirigeants de l’Australie et des États-Unis (en abrégé, AUSMIN), les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l’Australie se sont engagés à «augmenter les rotations des avions de la US Air Force au Nord de l’Australie», à augmenter la «coopération navale de l’Australie» et à faire plus «d’exercices combinés en Australie et d’engagements multilatéraux à travers la région». Des négociations vont commencer à propos d’un «accord officiel» appuyant les déploiements rotatifs des États-Unis.

Le communiqué d’AUSMIN représente une accélération dramatique de l’implication de l’Australie dans les plans de guerre du Pentagone. Les déploiements rotatifs, qui sont, en fait, des arrangements pour accommoder les bases de l’armée américaine, sont dans une phase avancée de développement. D’ici 2017, le contingent de la marine américaine dans la ville nordique de Darwin atteindra 2 500, soit une équipe spéciale air-sol complète de la marine accompagnée de son équipement militaire et aéronautique. Des bombardiers B-52 sont maintenant en train de lancer des opérations complètement armées, et non des sorties d’entraînement, dans des bases aériennes australiennes près de Darwin.

Même si le langage du communiqué d’AUSMIN est délibérément limité, une série de rapports provenant des centres de réflexion australiens montrent l’importance centrale de l’Australie dans les préparatifs de guerre des États-Unis contre la Chine. Le Centre pour l’évaluation stratégique et budgétaire (en anglais, CBSA) a divulgué un rapport le mois dernier intitulé: La porte vers la région indo-pacifique: la stratégie de défense australienne et l’avenir de l’Alliance australienne-américaine. Ce rapport explique que «l’Australie est passée d’une importance géopolitique limitée à élevée» pour la stratégie américaine.

Le CBSA, qui a des liens étroits avec le Pentagone, a souligné dans les menus détails le rôle que l’armée australienne et ses bases joueraient dans une guerre menée par les États-Unis contre la Chine. L’île-continent serait transformée en une vaste base pour soutenir un blocus des États-Unis contre la Chine en contrôlant des routes commerciales clés en Asie du Sud-est et en menant des attaques contre les bateaux de guerre chinois dans l’Océan indien.

L’Australie fonctionnerait aussi comme une zone de retraite protégée pour l’armée américaine pour lui permettre de lancer ses attaques aériennes contre la Chine. Le rapport indique ce qui est nécessaire pour moderniser les bases aériennes australiennes au Nord et la base navale de Sterling à l’ouest de l’Australie. Il indique également ce qui doit être acheté par l’armée australienne.

Le communiqué d’AUSMIN décrit d’autres zones de coopération militaire, incluant la construction de deux établissements de «sécurité spatiale» dans l’ouest de l’Australie et l’expansion de ses capacités à contrer les cyberattaques.

Comme l’ont révélé les documents de l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) divulgués par Edward Snowden, l’Australie est déjà impliquée de manière centrale dans les opérations d’espionnage à grande échelle de la NSA en Asie – une composante essentielle de la guerre. En plus de tous les renseignements recueillis par les bases de surveillance clés comme Pine Gap, les agences australiennes ont alimenté la NSA avec d’énormes quantités de données en utilisant les câbles posés sous la mer et en opérant des postes d’écoute dans les missions diplomatiques des pays faisant partie de la même région que l’Australie.

L’intégration de l’armée australienne au sein de l’armée américaine est telle que si Washington déclare la guerre contre la Chine, l’Australie sera automatiquement impliquée. Washington ne peut se permettre d’avoir un gouvernement à Canberra qui hésiterait à déclarer lui aussi la guerre.

Un autre centre de réflexion, le Centre pour une nouvelle sécurité américaine (an anglais, CNAS), a dédié tout un rapport, en octobre, à la question de «construire une présence militaire américaine politiquement durable en Asie du Sud-est et en Australie». Il critique le manque d’intérêt envers «la tâche fondamentalement importante de s’assurer d’un soutien politique, sans lequel les objectifs de positionnement de l’armée américaine dans la région ne peuvent être atteints».

Très conscient de l’hostilité publique répandue envers des bases américaines dans la région, le rapport du CNAS met de l’avant une stratégie qui «vise le développement d’un argumentaire positif pour une présence militaire américaine accrue tout en proposant des politiques qui protègent cette présence contre une contestation politique potentielle».

L’administration Obama a déjà largement dépassé les propositions plutôt modestes du CNAS, qui sont conçues pour déguiser les préparatifs militaires américains en Asie et pour neutraliser l’opposition politique. Lors des quatre dernières années, il a orchestré ce que l’ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, avait nommé en novembre 2010 la «diplomatie déployée vers l’avant» qui implique d’envoyer «nos actifs… dans chaque coin et chaque capitale de la région Asie-pacifique».

Les deux piliers du «tournant vers l’Asie» de l’administration Obama – l’Australia et le Japon – ont reçu une attention particulière. En juin 2010, le premier ministre japonais, Yukio Hatoyama, et, quelques semaines plus tard, son homologue australien, Kevin Rudd, ont été mis à la porte avec l’approbation de Washington. Hatoyama et Rudd ont commis le même «crime» aux yeux d’Obama. Même s’ils étaient chacun engagés dans des alliances avec Washington, ils ont proposé des initiatives pour diminuer les tensions entre les États-Unis et la Chine au même moment où Obama augmentait la pression sur Beijing.

Dans le cas de l’Australie, des hommes d’influences clés du parti travailliste et des syndicats, qui sont plus tard apparus dans des câbles de Wikileaks en tant que «sources protégées» de l’ambassade américaine, ont orchestré un coup politique à l’intérieur du parti qui a remplacé, du jour au lendemain, Rudd par Julia Gillard. Celle-ci a immédiatement affiché sa loyauté envers Washington. L’importance centrale de l’Australie fut soulignée par la décision d’Obama d’annoncer formellement son «tournant» en novembre 2011 dans le parlement australien plutôt qu’à Washington, gracieuseté de Gillard.

Maintenant, alors qu’il est depuis à peine trois mois en poste, le gouvernement de coalition libéral-national a rapidement démontré son soutien à la stratégie belliqueuse de Washington contre la Chine. Lorsque la Chine a annoncé une zone d’identification aérienne (ADIZ) dans la mer de Chine orientale le mois dernier, la ministre des Affaires étrangères, Julie Bishop, s’est immédiatement jointe à Washington et à Tokyo pour condamner l’action. L’Australie aurait pu éviter de prendre parti, comme la Nouvelle-Zélande, mais Bishop a plutôt appelé l’ambassadeur chinois pour le sermonner.

L’éclatement soudain de tensions dans la mer de Chine orientale montre les dangers très réels d’un glissement vers la guerre auquel est exposée la classe ouvrière en Asie et internationalement. Mais, les travailleurs et les jeunes sont délibérément gardés dans le noir quant aux engagements du gouvernement australien face aux préparatifs avancés des États-Unis pour une guerre contre la Chine. Lors de la longue campagne électorale tenue cette année, les médias et l’establishment politique ont omis de mentionner, sans parler d’analyser, les discussions en cours dans les milieux stratégiques à Washington et Canberra.

La crise économique globale qui s’étend est en train d’attiser des tensions géopolitiques qui ressemblent, à en glacer le sang, aux tensions d’un siècle plus tôt. La tentative par l’impérialisme américain d’utiliser sa puissance militaire pour maintenir sa domination économique et stratégique en Asie et dans le monde est en train de précipiter un conflit qui éclipserait complètement la catastrophe de la Première Guerre mondiale. La seule façon d’arrêter cette descente vers la guerre est une lutte commune des travailleurs – en Australie, aux États-Unis, en Chine, en Asie et partout dans le monde – pour mettre un terme au capitalisme mondial et à son système dépassé d’États-nations sur la base d’une perspective socialiste et internationaliste.

Peter Symonds

Article original en anglais, WSWS

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Fukushima: le nouveau «fascisme» japonais

décembre 16th, 2013 by Harvey Wasserman

Fukushima continue de cracher des radiations. Les quantités semblent être en hausse, de même que les impacts.

Le site a été infiltré par le crime organisé. Il y a des signes terribles catastrophe écologique dans le Pacifique et d’impacts sur la santé humaine aux États-Unis.

Mais au Japon, une nouvelle Loi sur les Secrets d’État fait qu’un tel discours devient passible de dix ans de prison.

Taro Yamamoto, un législateur japonais, dit que la loi “représente un coup d’Etat” conduisant à “la recréation d’un Etat fasciste.” Le puissant journal Asahi Shimbun la compare aux lois «conspirationnistes» adoptées par le Japon totalitaire dans le cadre des préparatifs de Pearl Harbor, et avertit qu’elle pourrait mettre fin aux reportages indépendants sur Fukushima.

Le Premier ministre Shinzo Abe a orienté le Japon dans une direction de plus en plus militariste. Les tensions ont augmenté avec la Chine. Les manifestations massives ont été abandonnées avec des discours de «trahison».

Mais c’est Fukushima qui pèse le plus lourdement sur la nation et sur le monde.

Tokyo Electric Power (Tepco) a commencé à ramener au niveau du sol les barres de combustible chaudes suspendues en l’air de l’unité IV fortement endommagé. Les premiers assemblages enlevés pourraient contenir des barres encore inutilisés. Les autres pourraient être extrêmement radioactifs.

Mais Tepco a mis le holà sur la couverture médiatique et s’est plaint des hélicoptères des journalistes qui filmaient le retrait des barres de combustible.

En vertu de la nouvelle loi sur les secrets d’État, le gouvernement pourrait interdire – et arrêter-tous les médias indépendants sous n’importe quel prétexte à Fukushima, jetant un voile d’obscurité sur une catastrophe qui nous menace tous.

De toute évidence, quelle que soit la solution de nettoyage possible, cela prendra plusieurs décennies. La ville de Fairfax, CA, a appelé à une reprise en main mondiale de Fukushima. Plus de 150 000 signataires ont demandé une telle intervention à l’ONU.

En tant que société privée, Tepco vise à arrondir les angles, à rogner sur les salaires et à transformer ce nettoyage en un centre privé de profit.

Elle en aura amplement l’occasion. La piscine de combustible à l’unité Quatre pose d’énormes dangers qui pourraient prendre des années pour en venir à bout. Il en est de même pour les piscines des unités Une, Deux et Trois. L’ensemble du site est parsemé de milliers de barres hautement radioactives et d’autres matériaux dont les retombées potentielles sont des milliers de fois supérieures à celles qui ont frappé Hiroshima en 1945.

Peu de temps après l’accident, Tepco a réduit la main-d’œuvre de Fukushima. Il en a depuis rétabli une partie, mais a réduit les salaires. Des entrepreneurs louches font la navette parmi des centaines d’ouvriers non qualifiés qui travaillent dans des conditions horribles. Reuters affirme que le site est comme une ruche, infiltré par le crime organisé, soulevant le spectre du vol de matières radioactives pour des bombes sales et plus.

Des milliers de tonnes d’eau radioactive stagne désormais dans les réservoirs qui fuient, construits par des ouvriers temporaires qui mettent en garde contre leur construction de mauvaise qualité. Ils sont sûrs que cela va s’effondrer avec un fort tremblement de terre.

Tepco dit que, de toute façon, il ne peut que vider l’excès d’eau dans le Pacifique. L’expert nucléaire Arjun Makhijani  a préconisé que l’eau soit stockée dans des superpétroliers jusqu’à ce qu’elle puisse être traitée, mais la suggestion a été ignorée.

Des centaines de tonnes d’eau s’écoulent aussi quotidiennement des montagnes à travers le site contaminé pour se jeter dans le Pacifique. L’ingénieur nucléaire Arnie Gundersen a depuis longtemps demandé à Tepco de creuser une tranchée remplie avec des absorbants pour détourner ce flux. Mais il a été répondu que cela coûterait trop cher.

Maintenant Tepco veut installer un mur de glace. Mais sa construction prendrait au moins deux ans. On ne sait pas d’où proviendrait l’énergie pour maintenir la paroi gelée, ni même si cela fonctionnera.

Pendant ce temps, les radiations ont maintenant atteint des niveaux records, tant dans l’air que dans l’eau.

Les retombées ont déjà été détectées au large de la côte de l’Alaska . Elles vont circuler le long de la côte ouest du Canada et des États-Unis jusqu’au nord du Mexique à la fin de 2014. La disparition massive de bébés lions de mer, de sardines, de saumon, d’orques et autres animaux marins a été signalée, ainsi qu’une désintégration massive des étoiles de mer. Un marin a fait un documentaire sur une immense « zone morte » à 2,000 miles de Fukushima. Les Impacts sur les humains ont déjà été documentés en Californie et ailleurs.

Sans intervention mondiale, les isotopes à vie longue de Fukushima vont continuer à se déverser dans la biosphère pour les décennies à venir.

La seule énergie désormais produite à Fukushima provient d’une énorme nouvelle éolienne récemment installée offshore.

Encore en plein dans un désastre qu’il ne peut pas gérer, le gouvernement japonais pousse toujours à rouvrir les 50 réacteurs en arrêt forcé depuis la fusion des réacteurs. Il veut éviter les retombées publiques au sein d’une population terrifiée, et sur les Jeux olympiques de 2020, prévue pour une région de Tokyo maintenant remplie de points chauds radioactifs. Au moins une des  caméras sur site a cessé de fonctionner. Le gouvernement a aussi apparemment interrompu la surveillance des radiations par hélicoptère.

Il y a un an un professeur japonais avait été détenu 20 jours sans procès pour avoir dénoncé l’incinération en plein air des déchets radioactifs.

Maintenant le Premier ministre Abe peut faire bien pire. Le Times of India rapporte que la loi sur les secrets d’État est impopulaire, et que la cote de popularité de Abe a chuté au moment où cette loi est passée.

Mais la nouvelle loi peut faire de la démocratie japonaise une relique de son passé pré-Fukushima.

C’est la marque cancéreuse d’un régime nucléaire attaché à contrôler toutes les informations sur une catastrophe mondiale mortelle maintenant en progression constante.

Harvey Wasserman

Article original en anglais : http://ecowatch.com/2013/12/11/japans-new-fukushima-fascism/

Traduction : Avic

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Deux dinosaures du commerce mondial – les États-Unis et l’Union européenne – ont entamé des négociations sur un accord de libre-échange bilatéral afin de relancer l’emploi et la croissance économique dans leurs économies largement déprimées. L’essentiel de la dynamique devrait résulter d’une plus grande harmonisation de la réglementation entre les deux marchés, notamment en matière de sécurité sanitaire des aliments.

Cependant, rien dans les propositions ne servira les intérêts des consommateurs ou du public. Il ne s’agit que d’aplanir les difficultés pour l’agro-industrie. Les Européens, dont les normes clairement plus exigeantes seraient tirées vers le bas, en pâtiraient, mais l’impact serait également ressenti par les producteurs de produits alimentaires et les consommateurs de nombreux autres pays, car tout accord conclu entre Washington et Bruxelles établirait une nouvelle référence internationale. Qu’il s’agisse des organismes génétiquement modifiés (OGM) ou du bisphénol A (BPA), la nécessité de protéger les gens contre le système alimentaire industriel, de ne pas ouvrir la voie à la propagation de ce système, est plus urgente que jamais.


Les plus grandes divergences dans les relations commerciales bilatérales UE-États-Unis se situent au niveau de la sécurité des produits alimentaires et des consommateurs, de la protection de l’environnement et des subventions.

– Laine Škoba, Parlement européen 1

 

« Nous ne sommes pas des cobayes, » disent les activistes européens tandis que monte la résistance au partenariat transatlantique (quelquefois appelé TAFTA). (Photo : les Engraineurs)
« Nous ne sommes pas des cobayes, » disent les activistes européens tandis que monte la résistance au partenariat transatlantique (quelquefois appelé TAFTA). (Photo : les Engraineurs)

En février 2013, les États-Unis et l’Union européenne ont convenu de commencer à négocier un accord de libre-échange (ALE) bilatéral. Il ne s’agissait pas d’une idée nouvelle. La possibilité de forger un pacte commercial « privé » – en dehors de l’Organisation mondiale du commerce – entre les deux économies de marché les plus riches du monde est discutée par les politiciens et les associations professionnelles depuis de nombreuses années. Ce n’est que maintenant, alors que les États-Unis et l’Union européenne sont en proie à la récession économique de l’après-2008, et à des taux de chômage élevés stationnaires, qu’un accord bilatéral a paru intéressant à leurs dirigeants. Fin 2011, un groupe de travail de haut niveau a été mis en place pour commencer à cerner le champ d’application potentiel d’un tel accord.2 Les négociations proprement dites ont débuté en juillet 2013. 3

Les implications éventuelles de cet accord ont fait couler beaucoup d’encre, certaines considérations relevant clairement de la propagande.4 Certains aspects, comme les chiffres officiels sur les revenus disponibles supplémentaires dont bénéficieront les citoyens de l’UE et des États-Unis grâce à l’accord, sont extrêmement exagérés et ont été complètement démolis par des experts.

Les mouvements sociaux qui s’opposent à l’ALE ont vigoureusement dénoncé les nombreuses menaces que fait peser cet accord. Ils considèrent à juste titre que ce partenariat, s’il est mis en œuvre, aura un impact structurel significatif sur la production, la consommation et la vie des gens dans ces pays. Les barrières tarifaires entre les deux parties sont déjà assez basses et les négociations ne portent donc pas sur ce point. Elles visent à se débarrasser de ce que l’UE appelle les « irritants commerciaux », c’est-à-dire les différences de réglementation.

Si les négociations aboutissent effectivement et qu’un accord est signé, cela aura de graves répercussions sur le reste du monde. D’une part, il va certainement dynamiser les relations d’affaires entre les deux économies dans certains domaines, au détriment d’autres partenaires commerciaux. Mais surtout, il permettra de créer de nouvelles normes internationales – sur le commerce agricole, Internet, la possibilité pour les entreprises de rédiger les politiques publiques, etc. – et Washington et Bruxelles vont tenter de les imposer au reste du monde par des voies bilatérales et multilatérales.

Des systèmes incompatibles

La sécurité sanitaire des aliments est l’une des principales questions litigieuses en discussion. Cela tient au fait que l’UE et les États-Unis ont des politiques et des pratiques complètement différentes pour y parvenir, et ont eu par le passé de féroces batailles à ce sujet. Les enjeux sont très importants pour la santé publique.5 Aux États-Unis, chaque année, 48 millions de personnes (soit 1 personne sur 6 !) tombent malades en mangeant des aliments contaminés et 3 000 en meurent.6 Dans l’Union européenne, en 2011, 70 000 personnes sont tombées malades en mangeant des aliments contaminés et 93 en sont mortes.7 Outre ces maladies d’origine alimentaire, le système alimentaire industriel dominant en Europe et aux États-Unis représentent également des menaces moins visibles comme les résidus de pesticides qui s’accumulent dans le corps humain, la consommation de produits végétaux et animaux génétiquement modifiés, et les perturbateurs endocriniens qui imprègnent les aliments à partir de matériaux comme le plastique d’emballage. Et cela sans compter les inquiétudes croissantes du public sur la sécurité sanitaire des aliments issus de technologies nouvelles comme les nanotechnologies ou la biologie synthétique.

De toute évidence, les autorités des États-Unis comme de l’UE veulent minimiser les risques que l’alimentation pourrait faire peser sur les populations. Mais leurs approches sont diamétralement opposées. L’Union européenne pratique une philosophie de la « fourche à la fourchette », où chaque étape du processus est contrôlée et traçable. Le système américain se borne à vérifier la sécurité du produit fini. En outre, l’UE souscrit profondément au principe de précaution, qui fait partie de sa charte politique. Cela signifie qui si l’on ne sait pas clairement si quelque chose est sûr, il faut faire preuve de prudence. Les États-Unis ne prévoient pas cette approche ; ils exigent des « preuves scientifiques » pour justifier une mise en garde ou une restriction. Dans le domaine des produits chimiques qui entrent dans la composition des aliments transformés et des emballages, l’écart est encore plus grand. La législation de l’UE impose aux entreprises de prouver que les produits chimiques qu’elles utilisent sont sans danger. La loi américaine stipule quant à elle que c’est au gouvernement de prouver qu’un produit chimique est dangereux.

La conséquence de tout cela est que les entreprises doivent s’adapter à chaque marché et les populations sont mieux loties en Europe. C’est cela que l’ALE vise à changer.

Que veut l’industrie alimentaire ?

Washington et Bruxelles se livrent depuis des années des guerres commerciales sur la sécurité sanitaire des aliments et les questions qui s’y rapportent. Les batailles les plus connues ont porté sur l’utilisation des hormones dans la viande bovine, la maladie de la vache folle, les organismes génétiquement modifiés (OGM) et le poulet lavé au chlore. Jusqu’à présent, ces combats se sont déroulés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, qui régit les règles du commerce mondial sur les normes sanitaires et les barrières techniques connexes (par exemple en matière d’étiquetage des aliments). Certains des litiges ont été réglés, d’autres sont en suspens. Maintenant, pour la première fois, un accord de libre-échange UE-États-Unis offre une nouvelle occasion de s’occuper de ces différences. Il peut se traduire par une uniformisation des règles du jeu en développant une certaine convergence réglementaire (harmonisation ou reconnaissance des normes de chacun). Et il intégrera probablement un outil de règlement des différends investisseurs-État (les entreprises de part et d’autre de l’Atlantique auront le droit de poursuivre les gouvernements sur l’autre bord).

En analysant des documents publiés par les entreprises, il n’est pas difficile de trouver les principaux axes de bataille.8

 

Tableau 1 : Axes de bataille sur la sécurité sanitaire des aliments dans le TTIP

Question        Qu’est-ce que l’agro-industrie américaine attend de l’UE ?

OGM :  Accélération des processus d’approbation de l’UE et synchronisation avec les approbations américaines. Pas d’essais pour les différents composants en cas d’empilements de gènes. Tolérance plus importante pour les traces d’OGM dans l’alimentation, le fourrage et la transformation. Abandon de l’interdiction des volailles et des porcs alimentés aux OGM. Remplacement de l’étiquetage sur la présence d’OGM par un étiquetage sur l’absence d’OGM.

hormones de croissance : Abandon de l’interdiction du bœuf aux hormones

promoteurs de croissance : Abandon de l’interdiction du bœuf et du porc à la ractopamine

chlore : Abandon de l’interdiction du poulet et de la dinde lavés au chlore

acide lactique :  Abandon de l’interdiction de la viande de bœuf lavée à l’acide lactique au-delà l’étape de la carcasse, et de la viande de porc

vache folle : Abandon de l’interdiction du suif (qui est, selon les entreprises, destiné à la production de biocarburants, pas de produits alimentaires)

trichines :  Supprimer les obligations de dépistage des trichines dans la viande de porc

lait :  Augmenter le nombre de cellules somatiques (de vaches atteintes de mammite) autorisées dans le lait ou supprimer totalement l’obligation de comptage

cerises :  Abandonner ou assouplir l’obligation de prouver l’absence de pourriture brune

mollusques :  Abandon de l’interdiction sur les mollusques d’origine américaine autres que les pétoncles

perturbateurs endocriniens : Renoncer à l’interdiction des produits chimiques (utilisés dans la production alimentaire ou les emballages) qui affectent le système endocrinien, au seul motif de cette caractéristique

Issue : Qu’est-ce que l’agrobusiness de l’UE veut des USA

vache folle :  Abandon de l’interdiction pesant sur le bœuf et le veau provenant du territoire de l’UE

produits laitiers :  Élimination de la taxe sur les produits laitiers (Dairy Import Assessment) et remplacement par une harmonisation des normes. Réduire les obligations pour le beurre pasteurisée de « catégorie A »

mollusques bivalves : Accepter les normes de dépistage de l’UE pour E. coli sur la chair des

huîtres et autres mollusques : bivalves, plutôt que l’eau dans laquelle ils ont été élevés

nouveaux produits d’origine végétale : Accélérer les procédures d’analyse des risques

 

Ces questions sont bien connues et démontrent pourquoi ce sont les normes plus strictes de l’UE qui sont menacées par cet accord commercial. Ce qui n’apparaît pas clairement dans ce tableau, cependant, c’est que les choses sont déjà en train de changer, avant même que les négociations sur l’ALE aient lieu.

Une réflexion plus globale

Un certain nombre de difficultés du commerce transatlantique dans le secteur alimentaire, sans lien avec les obligations tarifaires, sont déjà traitées en dehors des négociations sur l’ALE en elles-mêmes. Cet aspect ne surprendra pas les Coréens et les Taïwanais, par exemple, qui ont vu Washington exiger l’ouverture des marchés pour le bœuf américain comme une condition préalable à des négociations sur le commerce et l’investissement. Certains des changements viennent de Bruxelles, mais d’autres viennent également de Washington. Cela peut signifier que les groupes d’affaires craignent que les négociations sur l’ALE ne s’exposent à des difficultés – du fait de l’opposition de groupes d’intérêt public – sur les questions de sécurité sanitaire des aliments.

 

 

L’une des conditions posées par les USA pour les négociations du TTIP était le droit d’exporter en Europe du bœuf traité à l’acide lactique. Ils ont gagné. (Photo : Academic Abattoir)
L’une des conditions posées par les USA pour les négociations du TTIP était le droit d’exporter en Europe du bœuf traité à l’acide lactique. Ils ont gagné. (Photo : Academic Abattoir)

Bœuf lavé à l’acide lactique : Peu de gens le savent mais, en février 2013, l’UE a ouvert son marché au bœuf lavé par pulvérisation avec de l’acide lactique. Cette initiative était une concession aux États-Unis, à la suite de la fermeture du marché de l’UE au bœuf américain, en raison de la présence de la maladie de la vache folle dans les troupeaux américains. Même s’il est vrai que cette concession est née d’un accord intervenu il y a plusieurs années, des responsables politiques et des législateurs européens ont continué à s’opposer à sa mise en œuvre.

Il n’y a rien de nécessairement nuisible dans l’acide lactique en lui-même. Le problème est d’accepter son utilisation pour nettoyer les carcasses d’animaux qui peuvent avoir être porteuses de Salmonella ou d’E. coli provenant de fèces ou d’autres contaminants. Les législateurs européens et même les États membres ne sont pas convaincus qu’il s’agit d’un bon moyen d’assurer la sécurité alimentaire dans l’UE.9 Cela revient à dire qu’il n’y a pas de problème à adopter des normes médiocres de traitement des animaux jusqu’à l’abattoir, puis à « anéantir » tous les problèmes. Cette mesure était l’une des conditions préalables mises en avant par l’administration Obama pour accepter de négocier un ALE avec Bruxelles.10 Et cela correspond à une dégradation des normes de l’UE.

Étiquetage des OGM : Le secteur américain des biotechnologies combat la demande des consommateurs en faveur d’un étiquetage des aliments génétiquement modifiés depuis l’invention de ces technologies. Il s’oppose donc vigoureusement à la législation de l’UE qui exige un étiquetage. En fait, Monsanto et d’autres entreprises se servent depuis longtemps des négociations bilatérales sur les accords de libre-échange pour tenter de forcer la main aux autres pays, que ce soit la Thaïlande ou l’Australie, pour qu’ils mettent un terme à l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés.

Mais les stratégies sont peut-être en train de changer. Quand on lui a demandé ce qu’elle attendait de l’ALE États-Unis-UE au début de cette année, l’industrie américaine du soja a laissé entendre qu’elle pourrait s’accommoder de l’étiquetage si l’UE modifiait ses règles et prescrivait l’étiquetage des aliments qui ne contiennent pas d’OGM, plutôt que celui des aliments qui en contiennent.11 En fait, le gouvernement américain a commencé à promouvoir l’étiquetage des aliments sans OGM en janvier de cette année.12 Cet étiquetage est volontaire et il se base sur des normes privées, mais c’est une nouvelle attitude du gouvernement fédéral. De grandes batailles sont en cours dans diverses parties du pays, et sont en passe d’être gagnées, pour obtenir un étiquetage des OGM au niveau d’un État.

Cela signifie que les choses bougent, même un tant soit peu, et la proposition de l’industrie américaine d’accepter l’étiquetage des aliments sans OGM dans le commerce transatlantique est probablement une ruse pour créer un (faux) sentiment de terrain d’entente, tout en affaiblissant de façon détournée les normes de l’UE. L’obligation d’étiquetage sur la présence d’OGM est un engagement politique durement gagné en Europe, auquel les consommateurs sont très largement attachés. L’étiquetage des aliments sans OGM, en revanche, est volontaire et repose sur les entreprises, et il est principalement utilisé par les distributeurs. L’UE travaille actuellement à proposer une législation visant à harmoniser les normes sans OGM dans l’UE, mais cela est perçu par les consommateurs comme un complément de l’étiquetage obligatoire des OGM, et non comme un substitut.13 Ce qui est inquiétant dans cette situation, c’est que Bruxelles pourrait être d’accord pour donner l’illusion d’un terrain d’entente et accepter ce changement de normes pour passer de l’étiquetage des OGM à l’étiquetage des aliments sans OGM, comme un marchandage pour autre chose. Les observateurs relèvent déjà que Washington pourrait accepter d’introduire les services financiers dans les négociations sur l’ALE en échange d’une initiative sur l’agriculture, où la question des OGM est prédominante.14

Recul sur les promoteurs de croissance ? : Les Centres for Disease Control and Prevention (CDC) viennent de confirmer le lien entre l’utilisation systématique d’antibiotiques comme promoteurs de croissance dans la production de viande et la hausse la résistance aux antibiotiques. Les CDC indiquent que, chaque année, aux États-Unis, les bactéries résistantes aux antibiotiques tuent 23 000 personnes et 2 millions de personnes en sont infectées.15 Elle soutient maintenant la position de la Food and Drug Administration américaine et appelle à des « mesures urgentes » pour réduire l’ampleur de l’utilisation de ces médicaments dans les exploitations américaines.

Depuis des années, les législateurs américains tentent de dissuader l’utilisation des antibiotiques comme facteurs de croissance dans l’élevage, mais l’agrobusiness américain refuse d’abandonner cette pratique rentable. Cela oblige les négociateurs de leur pays à rechercher désespérément une marge de manœuvre pour obtenir un de meilleurs débouchés pour les produits agricoles. Par exemple, le gouvernement américain est en train de mettre en œuvre un programme de certification de la viande « Sans agonistes bêta » (« Never Fed Beta Agonists ») pour une exportation vers les pays qui interdisent la viande provenant d’animaux ayant reçu de la ractopamine ou du zilpatérol, comme la Russie et la Chine.

Il reste à savoir si cette mesure visant à créer des lignes de « marché de niche » pour contourner les interdictions étrangères servira de mesure de repli dans les négociations TTIP avec l’UE, si Bruxelles est intransigeant sur son interdiction.

Dépasser le problème de la vache folle : Pour apaiser Bruxelles, le ministère de l’Agriculture américain se prépare également à plus ou moins lever l’interdiction sur la viande bovine en provenance des pays de l’UE avant les pourparlers sur le TTIP.16 L’UE a posé comme condition préalable pour que les négociations commerciales globales se poursuivent que les États-Unis fassent un pas dans cette direction. En substance, les autorités américaines vont autoriser les États de l’UE d’exporter du bœuf ou du veau aux États-Unis à condition que ces pays fournissent les éléments d’information nécessaires pour prouver que leurs mesures de prévention de l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle) sont équivalentes à celles des États-Unis. En novembre 2013, la décision n’était toujours pas été publiée, mais elle était imminente.

Ces exemples nous rappellent que l’on a parfois besoin de regarder ce qui se passe plus globalement pour comprendre le sens des négociations de libre-échange et que, malgré les promesses et la propagande, il n’y a vraiment pas de « vaches sacrées » dans ces négociations.

Un effet boomerang intégré

L’Europe et les États-Unis représentent des pouvoirs politiques et des grands marchés tellement dominants aux niveaux politique et commercial pour les exportateurs de produits alimentaires dans le monde, que tout ce qu’ils décident à huis clos sur les normes de sécurité alimentaire aura une incidence sur les autres.

 

Les Taiwainais ont opposé une résistance farouche au porc américain nourri à la ractopamine. Les Européens suivront-ils leur exemple ?
Les Taiwainais ont opposé une résistance farouche au porc américain nourri à la ractopamine. Les Européens suivront-ils leur exemple ?

Les négociations en cours ou à venir de l’UE avec l’Inde, les membres d’Asie du Sud-Est de l’ASEAN et la Chine font partie des négociations commerciales bilatérales clés qui devront sans doute s’aligner sur les nouvelles normes de sécurité alimentaire issues du TTIP. Du côté américain, les parties au Partenariat commercial transatlantique, notamment le Mexique, la Corée, le Japon, l’Australie et le Canada, devront probablement aussi accepter un certain niveau d’harmonisation avec ce que l’UE et les États-Unis auront convenu.

Au niveau mondial, l’Organisation internationale de la santé animale (OIE) et la Commission du Codex Alimentarius, les deux organismes qui fixent les règles de sécurité alimentaire que les 196 membres de l’Organisation mondiale du commerce doivent suivre, sont déjà entraînés par le jeu d’influences des États-Unis et de l’UE. Tout développement important dans le cadre du TTIP se traduirait certainement par des normes de l’OIE et du Codex.

Les gens ordinaires n’ont rien à y gagner

À la question, « Qu’est-ce qui sortira de positif de cet accord ? », il est difficile de dire quelle sera la réponse sur le champ de bataille de la sécurité alimentaire. Le TTIP ne va pas améliorer la sécurité sanitaire des aliments pour les gens ordinaires. Il ne fera que déstabiliser les protections, améliorer les choses pour l’industrie, mais augmenter le risque pour les consommateurs. Bien que les deux systèmes soient étroitement alignés sur les intérêts des entreprises, tous les éléments montrent que le système de sécurité sanitaire des aliments de l’UE est meilleur que celui des États-Unis. Et c’est Washington qui vient avec le plus d’exigences pour modifier ce système afin de mieux répondre aux intérêts de ses grandes entreprises.17 Aucun de ces changements ne sera positif pour la santé publique. Et s’ils sont adoptés dans le cadre du TTIP, ils seront très probablement imposés à d’autres pays par le biais d’autres ALE bilatéraux, ainsi que par les organismes internationaux de normalisation.

Au-delà de la sécurité alimentaire, le TTIP représente de nombreuses autres menaces pour l’intérêt public. Des campagnes massives visant à faire échouer les négociations sont en cours de préparation et doivent être soutenues activement.

Pour aller plus loin :

Karen Hansen-Kuhn et Steve Suppan, « Promises and perils of the TTIP : Negotiating a transatlantic agricultural market » (pdf), Fondation Heinrich Böll, octobre 2013.

Trans Atlantic Consumer Dialogue, « Resolution on the approach to food and nutrition related issues in the Transatlantic Trade and Investment Partnership », octobre 2013.

Amis de la Terre Europe et Institute for Agriculture and Trade Policy, « EU-US trade deal : A bumper crop for ‘big food’ ? » (pdf), octobre 2013.

GRAIN, « À qui profite la sécurité sanitaire des aliments ? Les profits des entreprises contre la santé des populations », 2011.

Suivi des enjeux et des négociations sur bilaterals.org.


1 « Principal EU-US trade disputes », Library briefing, Bibliothèque du Parlement européen, 22 avril 2013.

3 L’accord portera le nom de « Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement » ou TTIP.

4 Par exemple, l’UE demande « Est-ce que l’UE sera contrainte de modifier ses lois sur les OGM ? » et répond « Non, ce ne sera pas le cas », comme pour rassurer les Européens. En fait, l’Union européenne pourra très bien modifier sa législation à la suite de l’accord, mais ce ne sera pas une question de « contrainte ».

5 Pour une analyse approfondie de ces questions, voir GRAIN « À qui profite la sécurité sanitaire des aliments ? Les profits des entreprises contre la santé des populations », 2011.

7 Autorité européenne de sécurité des aliments et Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, « Rapport de synthèse de l’UE sur les tendances et les sources des zoonoses, des agents zoonotiques et les épidémies d’origine alimentaire en 2011 », janvier 2013.

8 Outre notre propre analyse, l’étude interne commandée par Greenpeace a été précieuse pour l’élaboration de ce tableau.

9 Lorsque la Commission européenne a proposé le projet de loi au Conseil, elle n’a pas réussi à obtenir la majorité qualifiée. Voir « Member States resist lactic acid cleaning for carcasses », EU Food Law, 12 octobre 2012.

12 Lauriel Cleveland, « USDA approves voluntary GM-free label », 25 janvier 2013, CNN.

13 Voir Verts/ALE, « GMO-free labelling of food products : a way to increase GMO-free supplies for animal feed ? », documents de conférence, Parlement européen, Bruxelles, 6 mars 2013.

14 Benoist Apparu, « Commerce : l’ouverture surprise des Américains sur les services financiers », Les Échos, 18 novembre 2013.

15 Carolyn Lochhead, « Report links antibiotics at farms to human deaths », San Francisco Gate, 20 septembre 2013. La situation dans l’UE n’est guère meilleure : le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies estime que 25 000 personnes meurent dans l’Union européenne chaque année en raison d’une résistance aux antibiotiques.

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