Le timing choisi par le président Bachar al-Assad pour proposer un plan de sortie de crise n’est pas anodin. Il a coïncidé, d’abord, avec les défaites successives des groupes armés, ce qui a détruit les illusions des Etats-Unis et de leurs auxiliaires européens et arabes, faussant tous leurs calculs ; et, ensuite, avec les informations sur une prochaine réunion russo-américaine, à la mi-janvier, pour discuter des résultats de la dernière visite en Syrie de l’émissaire international, Lakhdar Brahimi. Ce dernier avait d’ailleurs entendu de la bouche du président Assad les grandes lignes des principes qu’il a développés dimanche à la Maison de la Culture et des Arts, dans un discours prononcé en direct en présence de centaines de partisans enthousiastes. A la tête de ces principes inaliénables figurent les points suivants : la souveraineté et l’indépendance politique de la Syrie ne sont pas négociables, par conséquent, Damas n’acceptera aucune condition imposée de l’extérieur ; toute solution devra refléter la volonté des Syriens ; pas de dialogue avec les terroristes.

Dans sa première allocution depuis le 3 juin 2012, M. Assad s’est montré inflexible, assurant que le conflit n’opposait pas le pouvoir et l’opposition mais “la patrie et ses ennemis” qui souhaitent sa partition et son affaiblissent. Affirmant ne pas avoir trouvé jusqu’à présent de “partenaire” pour cela et refusant de négocier avec “des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger”, il a proposé un plan en trois étapes. Mais avant tout dialogue, les pays finançant les “terroristes” devront “s’engager à arrêter” et “les hommes armés” devront mettre fin à leurs “opérations terroristes”, a-t-il précisé, dénonçant “un état de guerre dans tous les sens du terme”.

Ce n’est qu’une fois ces engagements pris, que l’armée cessera immédiatement ses opérations, “tout en conservant le droit de répliquer”, a-t-il ajouté.

Dans ces conditions seulement s’ouvrira “une conférence de dialogue national”, a-t-il poursuivi. Cette conférence devra rédiger une “Charte nationale” qui sera soumise à référendum, tandis qu’un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes. Toute transition doit “se faire selon les termes de la Constitution”, a-t-il insisté, en faisant référence à des élections.

Le plan Assad prévoit donc trois étapes, qui devraient être prochainement présentés officiellement par le gouvernement afin d’être inscrits dans une “Charte nationale” qui sera rédigée par toutes les parties, avant d’être soumise à référendum :

Etape 1 : Les pays armant les terroristes s’engagent à arrêter de les financer. Arrêt des opérations “terroristes” pour permettre le retour des réfugiés ; l’armée syrienne met aussitôt fin à ses opérations, tout en conservant le droit de répliquer en cas de menace contre la sécurité nationale ; mise en place d’un mécanisme permettant de surveiller l’engagement des parties, notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières.

Etape 2 : Tenue, sous l’égide du gouvernement, d’une conférence de dialogue national auquel participeront toutes les forces, rédaction d’une Charte nationale défendant la souveraineté de la Syrie, son unité et son intégrité territoriale, et rejetant l’ingérence, le terrorisme et la violence ; cette charte doit ensuite être soumise à un référendum ; organisation d’élections législatives suivies de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société, conformément à la Constitution, en charge de faire appliquer la Charte nationale.

Etape 3 : Formation d’un gouvernement conformément à la Constitution, tenue d’une conférence nationale de réconciliation et amnistie générale pour toutes les personnes détenues en raison des événements, reconstruction des infrastructures.

Comme s’y attendait le président Assad, la soi-disant opposition représentée par la Coalition nationale syrienne a aussitôt rejeté ce plan, accusant le chef d’Etat de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir. Le porte-parole de la Coalition, Walid al-Bounni, a affirmé à l’AFP à Beyrouth que l’opposition souhaitait “une solution politique, mais l’objectif pour les Syriens est de sortir (M. Assad)”.

Le président Assad avait déclaré que de toute façon, ce plan ne s’adressait pas à “ceux qui vont le rejeter d’emblée mais aux vrais patriotes qui ont à cœur l’intérêt de la Syrie”.

“Cela ne sert à rien de discuter avec ceux qui prennent leurs ordres de l’étranger, il vaut mieux parler directement avec le maitre et non pas avec l’esclave”, a-t-il dimanche.

L’initiative du président Assad intervient alors que les Etats-Unis semblent s’être résignés devant l’échec de toutes les pressions, sanctions et offensives militaires pour obtenir le départ du chef de l’Etat syrien. Le 29 décembre, la Russie a indiqué que M. Assad entendait rester au pouvoir jusqu’au bout de son mandat et qu’il était impossible de l’en dissuader.

Lors de sa visite fin décembre à Damas, Lakhdar Brahimi a évoqué un plan “basé sur la déclaration de Genève”, prévoyant un cessez-le-feu, la formation d’un gouvernement aux pleins pouvoirs et des élections. La déclaration de Genève datant de juin 2012 prévoyait un gouvernement de transition mais n’évoquait pas le départ de M. Assad.

M. Brahimi a jugé ce plan susceptible d’être accepté par la communauté internationale. Damas a réagi en se disant favorable à toute initiative passant par le dialogue.

Après plusieurs rencontres entre Moscou et Washington, et plusieurs tournées de M. Brahimi, le ballet diplomatique s’intensifie dans la région.

Riyad et Le Caire ont appelé à “une issue pacifique” dont les termes doivent être définis par les Syriens eux-mêmes. Le chef de la diplomatie iranienne se rend pour sa part le 9 janvier au Caire pour voir les Égyptiens et M. Brahimi.

Toutes ces activités diplomatiques interviennent alors que sur le terrain, l’armée syrienne a enregistré des succès importants dans les régions de Daraya, Moadhamiyya et la Ghouta orientale, où des centaines de rebelles, dont des combattants étrangers, ont été tués. La soi-disant “offensive pour la libération de Damas”, lancée fin novembre, a encore une fois tourné au désastre pour les rebelles, qui ont perdu des milliers d’hommes sans parvenir à réaliser le moindre succès sur le terrain. Dans la région d’Alep, les ligne de fronts se sont stabilisés. Lentement, l’armée est en train de reprendre le contrôle des quartiers de la grande métropole encore occupés par les qaïdistes du Front al-Nosra. Idem à Homs, où les derniers rebelles sont totalement encerclés dans un petit réduit.

Tendances de l’Orient

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
khalafpierre@gmail.com
Tendances de l’Orient No 116 lundi 7 janvier 2013.
Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.

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Fascinante hypocrisie. A peine Gérard Depardieu avait-il fait savoir qu’il franchissait la frontière et installait sa fortune en Belgique que des torrents d’indignation ont déferlé, en particulier du côté de l’actuelle majorité et de ses idéologues attitrés. Ceux-là même qui ne cessent de professer que les Etats sont trop petits, et les frontières de dangereux stigmates du passé, ont rappelé l’acteur à ses devoirs… « patriotiques ». On croit rêver.

Chacun pense ce qu’il veut de l’artiste, et de l’homme. La seule question qui vaille présentement est : a-t-il enfreint la loi ? La réponse étant connue de tous, force est de constater que les leçons de morale, pardon, d’éthique, ne sont rien d’autre qu’un voile opportun pour dissimuler l’impuissance délibérément organisée de la politique. Car pourquoi les Indignés de la République, au pouvoir, n’ont-ils pas annoncé séance tenante le rétablissement du contrôle des capitaux, afin que de tels agissements ne puissent se reproduire ? Il est vrai que si – par hypothèse d’école – une telle idée leur avait effleuré l’esprit, Bruxelles les eût séance tenante rappelé aux règles de base.

Car le contribuable Depardieu n’a pas profité d’une faille obscure repérée par quelque fiscaliste retors. Il a, très banalement, mis en pratique la liberté de circulation des personnes et des capitaux. Cette liberté qui est au fondement même de l’intégration européenne, et en constituait le socle ontologique dès le traité fondateur. L’acteur ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Dans son texte publié par le JDD (16/12/12), il se justifie ainsi : « je suis un vrai Européen, un citoyen du monde ». Bien vu Gérard, c’est exactement cela.

Quelques partisans d’une « autre Europe » ne manqueront pas d’ânonner leur couplet sur la nécessaire « harmonisation fiscale ». Mais en attendant que les actuels dirigeants européens, toutes couleurs politiques confondues, s’écartent de leur bréviaire – dumping et cadeaux fiscaux – le petit village belge de Néchin sera devenu une mégalopole.

Un autre vrai Européen – il est établi à Londres – et citoyen du monde a pour nom Lakshmi Mittal. C’est précisément de cette même liberté sacrée de placer et de retirer ses billes – en l’occurrence, le droit de fermer ou de délocaliser d’un coup de plume des sites industriels entiers – que celui-ci s’est prévalu pour estimer caducs ses engagements passés. Pourquoi se gênerait-il ? Cette liberté de circulation des capitaux n’est-elle pas la clé de voûte, et pour tout dire l’essence même de cette mondialisation que, de gauche à droite de l’hémicycle, on considère comme naturelle et irréversible – même si on prétend vouloir la « réguler » ? Précisons en outre que M. Mittal n’a pas hérité de la sidérurgie du Vieux continent par l’opération du Saint-Esprit. En 2001, les dirigeants européens n’étaient pas peu fiers d’avoir liquidé les sidérurgies nationales (en France Usinor, jadis publique…) en vue de donner naissance à ce « géant européen », Arcelor, qui devait « enfin tenir tête » à ses rivaux mondiaux. Cinq ans plus tard, le magnat de l’acier jouait de la liberté des marchés pour mettre la main sur cette industrie stratégique qui lui avait été rassemblée sur un plateau.

Pendant que la Lorraine apprenait le véritable massacre industriel en instance, le Gotha européen se pressait à Oslo le 10 décembre pour savourer le bonheur de voir l’UE gratifiée du Nobel de la paix. Ces messieurs-dames en habit, à l’air ému, ont offert le pathétique spectacle des autocongratulations mutuelles sur le thème de la fantastique idée européenne. Dans quelques mois, c’est la présidente lituanienne, ex-commissaire européen, qui se verra décerner le prix Charlemagne. En attendant, son ancien collègue à Bruxelles, Mario Monti, vient d’empocher le Grand Prix de l’Economie, lui qui dirige une Italie plongeant chaque jour un peu plus dans la récession.

Ces gens font décidément montre d’un remarquable sens de l’humour – involontaire. Jusqu’au jour où les peuples n’auront vraiment plus envie de rire.

Pierre Lévy

Editorial paru dans l’édition du 26/12/12 du mensuel Bastille-République-Nations
Information et abonnements : www.brn-presse.fr

Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation paru récemment : L’Insurrection

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Les 19-20 décembre, le président français François Hollande a fait une visite de 36 heures en Algérie, pour étendre les liens militaires et commerciaux entre la France et son ancienne colonie.

Les relations franco-algériennes sont une question explosive dans les deux pays. La France a dominé l’Algérie de 1830 à 1962, menant une guerre brutale de 1954 à 1962 qui a coûté la vie à un demi-million de personnes dans une tentative ratée de maintenir son autorité sur le pays. Les deux pays sont néanmoins toujours étroitement liés : 560 000 algériens vivent en France, avec des millions de français d’origine algérienne, et plus d’un million d’ex-colons français d’Algérie qui ont regagné la France après 1962.

Hollande a déclaré tout de go à son arrivée qu’il n’y aurait aucune « repentance ni excuses » pour la domination coloniale française en Algérie.

Dans un discours prononcé hier devant le Parlement algérien, Hollande a platement reconnu que le massacre de Sétif en 1945 d’une révolte algérienne par des troupes françaises avait bien eu lieu. Il n’a cependant fait qu’une brève allusion à la torture et n’a pas mentionné son utilisation durant la guerre d’Algérie de 1954 à 1962. Il a appelé à une « coopération » entre la France et l’Algérie pour la recherche historique sur la guerre d’Algérie et a fait de vagues propositions pour un « meilleur accueil » des Algériens demandant un visa pour se rendre en France.

La position de Hollande était un retournement de veste cynique par rapport à la position qu’il avait présentée avant de se lancer dans la course à la présidence, lorsqu’il affirmait que la France devait des « excuses » à l’Algérie. Le retournement de Hollande reflète pour partie le fait que le Parti socialiste (PS) est profondément impliqué dans les crimes de l’impérialisme en Algérie. Hollande est entré dans la vie politique comme assistant du président PS François Mitterrand qui, à l’époque ministre du gouvernement social-démocrate du Premier ministre Guy Mollet, avait contribué à l’application des peines de mort prononcées contre des combattants de l’indépendance algérienne par les forces françaises.

Si Hollande ne peut pas présenter d’excuses pour les 132 ans d’oppression du peuple algérien, c’est en premier lieu parce que ses ouvertures actuelles vers Alger font aussi partie d’une politique impérialiste criminelle. Après avoir joué un rôle de premier plan pour lancer la guerre sanglante de l’OTAN contre la Libye voisine en 2011, et la guerre actuelle par procuration des États-Unis contre la Syrie, également une ancienne colonie française, Paris cherche à mener une restructuration néo-coloniale de ses relations avec l’Algérie. Dans ce cadre, les plans d’une invasion du Mali, encore une autre ex-colonie française – jouent un rôle central.

Pour sa part, Alger a signalé qu’il envisage des relations plus étroites avec la France. Les conseillers du président Abdelaziz Bouteflika ont déclaré au Monde que Bouteflika « a vraiment la volonté » de produire une « image de concorde » avec Paris.

Un ex-dirigeant de la compagnie nationale algérienne d’énergie Sonatrach, Mourad Preure, a dit la même chose dans un entretien accordé à l’Humanité, le quotidien du Parti communiste français (PCF) stalinien. Demandant des liens plus étroits entre Sonatrach et ses homologues françaises, il a déclaré : « L’Algérie veut réussir son entrée dans la nouvelle économie. Elle peut le faire dans le cadre d’un partenariat de type nouveau avec la France, qui est à la recherche d’une demande solvable pour relancer son économie, donner un élan vital à ses entreprises asphyxiées par la politique de rigueur. »

Exportatrice majeure d’énergie, et notamment de gaz naturel, l’Algérie a amassé 200 milliards de dollars en monnaies étrangères. Alors que ces fonds ne sont pas utilisés pour aider la classe ouvrière algérienne appauvrie, ils constituent un marché attractif à piller pour les grandes entreprises. Durant sa visite, Hollande a voyagé avec une cour de près de 200 personnes, dont neuf ministres et 40 dirigeants de grands groupes. Le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a annoncé de multiples accords portant notamment sur la défense, l’industrie, l’agriculture, la culture, l’éducation et les programmes de formation professionnelle.

Renault, dont les ventes sont en baisse dans le contexte du ralentissement économique en Europe et des coupes budgétaires dictées par l’Union européenne (UE), a établi une usine automobile à Oran pour produire 75 000 véhicules par an pour le marché algérien. La compagnie d’énergie française Total est également en lice pour un projet à 5 milliards de dollars portant sur de l’éthane.

Avant tout, Hollande a cherché à développer des relations militaires et stratégiques avec Alger et à recevoir son soutien pour une intervention militaire au Mali, le voisin de l’Algérie au Sud. Paris insiste pour changement radical de la politique algérienne, qui, au moins publiquement, a été jusqu’à présent opposée aux interventions extérieures au Sahel, et pour une participation algérienne à une invasion du Mali pour le compte des impérialistes.

Le Mali a été désigné comme cible pour une intervention en mars, après que des milices nationalistes touarègues fuyant les forces des Libyens contrôlés par l’OTAN et liés à Al-Quaïda ont pris le contrôlé de grandes parties du Nord du Mali contre le gouvernement central de Bamako. Les États-Unis, la France, et les autres puissances européennes ont envoyées des forces spéciales et des moyens aériens dans la région, et ils envisagent de superviser une invasion pour laquelle les états d’Afrique de l’Ouest, dont l’Algérie, pourraient fournir des troupes.

Le régime algérien a de sérieuses réserves sur sa participation à une telle opération, liées aux vicissitudes de la Guerre civile algérienne de 1991 à 2002.Cette guerre avait éclaté après que l’armée eut annulée les élections de 1991 à la suite du premier tour, dans lequel le Front islamique du salut (FIS) avait devancé le Front de libération nationale (FLN).Les forces islamistes, dont des groupes liés à Al-Quaïda comme le Groupe islamique armé (GIA) et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), menèrent une décennie de guerre contre l’armée.

Alger craindrait que l’invasion du Nord Mali ne pousse les forces liées à Al-Quaïda au Mali à passer la frontière désertique poreuse avec l’Algérie, ou n’encourage les forces d’Al-Quaïda en Algérie elle-même à lancer des attaques à la bombe en représailles.

Néanmoins, il y a des signes de plus en plus nets d’une collaboration entre Alger et les puissances impérialistes au Mali. Les forces de la CIA sont déjà stationnées à Alger, et d’après certains reportages, les troupes algériennes sont déjà secrètement à l’œuvre au Nord du Mali. (Lire : La France accentue la pression pour une intervention militaire au Mali).

Le 13 décembre, Bouteflika a discuté du terrorisme dans la région, commentant que cela serait « bien venu pour le Mali de recevoir de l’aide de la communauté internationale pour l’éradiquer. »

Visitant l’Algérie mercredi, Hollande a dit, « L’Algérie a lutté contre le terrorisme et elle est en train de nous livrer son expérience. Le président Bouteflika et moi-même sommes en convergence de vues” pour le traitement de la crise du Mali. »

Hier, le conseil de sécurité de l’ONU a unanimement adopté une résolution autorisant « pour une période initiale d’un an » le déploiement de forces internationales au Mali pour lutter contre les forces islamistes sur place.

À lire également :

La torture pendant la guerre d’Algérie (1954-1962) Le rôle de l’armée française hier et aujourd’hui

[9 avril 2001]

Article original, WSWS, paru le 21 décembre 2012

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 «La guerre, c’est la guerre des hommes; la paix, c’est la guerre des idées.»

Victor Hugo

Un article du journal Le Monde a attiré mon attention, il raconte un cas de conscience d’un militaire américain qui, du fin fond d’une salle climatisée de l’Amérique profonde a décidé de voler la vie d’un enfant à 10.000 km de là en le ciblant «grâce» à un drone prédateur. Naturellement, il n’y eut pas de réaction ou si peu des médias d’habitude si prompts à diaboliser quand il s’agit de jeter l’anathème sur les damnés de la Terre, surtout s’ils sont musulmans. Comme rapporte Théophraste R. dans un billet du site alternatif «Le Grandsoir»: Quelqu’un disait (…):

«Les médias ne vous disent pas seulement ce que vous devez penser, mais SUR QUOI vous devez penser. Pensez chaque jour aux petites victimes du tueur fou de Newtown et pas à celles de l’aviateur normal qui bombarde par erreur un village afghan. Jean-Paul Sartre a écrit dans «Qu’est-ce que la littérature?»: «Le silence est un moment du langage; se taire ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler, donc parler encore. Si donc un écrivain a choisi de se taire sur un aspect quelconque du monde, ou, selon une locution qui dit bien ce qu’elle veut dire de le passer sous silence, on est en droit de lui poser une [...] question: pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et – puisque tu parles pour changer – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela?».(1)

J’ai donc voulu savoir comment faisait-on la guerre actuellement par esprit de déconstruction en décortiquant l’information, et en regardant derrière les plis pour voir la «vraie vérité» comme le dit si bien Jacques Prévert. La façon de faire la guerre a changé totalement depuis que les puissances occidentales ne se font plus la guerre entre elles. La doctrine est celle de «zéro mort» chez le puissant et le maximum de morts chez l’adversaire. Pour cela pratiquement un quart de siècle, après la chute de l’empire soviétique, l’hyper-puissance américaine n’ayant plus «l’empire du mal» comme adversaire s’est trouvé un nouveau Satan de rechange, l’Islam. Cela s’est fait concomitamment, avec le tarissement des puits de pétrole et les avancées technologiques. Il y avait donc un triple gain, démolir l’Islam, en démolissant le pays musulman, s’emparer des puits de pétrole et expérimenter au réel les nouvelles armes létales pour voir «leur performance».

Donner la mort par procuration

Dans cet ordre d’idée , Georges Stanechy écrit:

«Il était une fois…un pays, qui avait à sa tête un dictateur: l’Irak. Ni pire ni meilleur que les pires autocrates féodaux et corrompus des pétromonarchies du coin, reçus en permanence avec tapis rouge et accolades dans nos «vertueuses démocraties». Mais, il avait eu le tort d’entrer en conflit avec ses protecteurs qui l’avaient installé au pouvoir. Alors, comme dans les films de gangsters, ils ont décidé de le remplacer par des marionnettes interchangeables et plus dociles. Pétrole oblige… «Apporter la Liberté et la Démocratie», affirmaient-ils, la main sur le coeur. Ils avaient une obsession, toutefois: «Renvoyer le pays à l’âge de pierre», disaient-ils. On ne comprenait pas bien: pourquoi chasser un dictateur imposait-il de réduire l’Irak en cendres?… Ils ont tout rasé. Méthodiquement. Tout ce qui est interdit par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels, ces «Traités internationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites à la barbarie de la guerre.» Tout: centrales électriques, stations d’épuration d’eau, ponts, ports et aéroports civils, hôpitaux, universités, écoles, usines d’automobiles ou de tracteurs, ateliers mécaniques ou conditionnements de lait et yaourt, fermes d’élevage. Tous les ministères, sauf celui du Pétrole! «Retour à l’âge de pierre»: mission accomplie. Jusqu’aux musées et sites archéologiques, pillés à l’exemple du sac du palais d’été des empereurs en Chine, en 1860, par les troupes françaises et les britanniques… Détruire, massacrer, piller… Le plus curieux: ils se sont acharnés sur les femmes et les enfants (…) ».(2)

Les sociétés militaires privées

Autres innovations que nous avons déjà rapportées: les sociétés militaires privées. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l’information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo. Les Etats-Unis sont aujourd’hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l’opinion publique (doctrine de zéro mort). Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les Sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d’une milice. Afghanistan et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003 (…) Blackwater est une multinationale rentable.. ». (3)

« 1 milliard de dollars de contrats avec l’Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d’affaires de Blackwater a augmenté de 80,000% entre 2001 et 2006. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant, pas morales. Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…(3)

Les guerres de l’avenir

Les médias ne tarissent pas d’éloges en décrivant, par le menu, les prouesses des nouvelles armes qui donnent la mort. Cela se fait d’ailleurs dans des kermesses telles que le salon du Bourget, où les marchands de mort viennent fourguer à des roitelets arabes ventripotents les dernières armes toujours en décalage avec l’état de l’art. Il n’est pas question de donner ce qu’il y a de récent. Souvenons-nous du contrat saoudien de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec les Etats-Unis. Que va faire l’Arabie Saoudite avec ses armes si ce n’est les retourner contre son peuple ou contre les Bahreinis?

Avec un rare cynisme les médias occidentaux faisant la promotion des armes écrivent:

«Pour protéger sa vie, le matériel coûteux et éviter l’enlisement, notamment lors de combats en milieu urbain, le fantassin du futur sera bardé d’électronique et relié en réseau avec l’ensemble des blindés et aéronefs. Il ne s’agit plus de science-fiction, mais d’une réalité. Des fantassins en débarquent à couvert. Ils sont équipés d’un gilet bourré d’accessoires électroniques. Grâce à cet équipement, ils sont tous connectés à un réseau informatisé. Chaque combattant dispose d’un écran lui permettant de connaître sa position et celle de ses camarades via GPS. Ils peuvent s’organiser et communiquer entre eux avec un ostéophone, un système qui capte la voix via la résonance des os (…). C’est la poignée avant du fusil mitrailleur (Famas) qui permet de commander la radio. Ainsi, pas besoin d’arrêter un tir pour actionner un interrupteur. Ces mêmes commandes permettent de régler un tir sans se mettre à découvert (…) Ce même dispositif est doté d’options infrarouges, ou de vision de nuit. Le futur, c’est maintenant. Le combattant porte un équipement électronique qui le connecte en réseau avec la troupe, les aéronefs et les véhicules blindés.(…) Le LOCC, Logiciel opérationnel de conduite du combat, est l’outil de suivi des opérations du chef. C’est une sorte de gros iPad façon militaire, qui peut afficher en temps réel l’intégralité des combattants, véhicules et unités sur le terrain. Les positions des ennemis y sont affichées ainsi que les champs de vision et les directions de déplacement des uns et des autres. Dans un blindé, il est présenté sous la forme d’un double écran tactile. Sur le terrain, les chefs de sections sont, quant à eux, équipés d’une tablette tactique de plus petite taille (..)(4)

On le voit ce qui est important, c’est qu’il y ait zéro mort du côté de l’attaquant, que le matériel soit protégé, au besoin en tuant et aussi que le conflit ne s’enlise pas, car c’est de l’argent perdu…

La mort en joystick

Une autre technologique infernale concernant la mort est le drone avec des noms qui font froid dans le dos: drone predator, drones furtifs, drones reapers (faucheuses). Outils favoris des militaires depuis les années 1990, les drones sont de plus en plus utilisés. Ils sont expérimentés sur les faibles qui pensent échapper en vain à l’attaque sans pitié. Nous l’avons vu avec les éliminations des dirigeants palestiniens. Les drones ont, d’ores et déjà, changé la nature de la guerre.

Dans cet ordre, l’histoire que nous allons rapporter est celle d’une bavure parmi des dizaines: «Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait. Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète. A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un «cockpit». A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter. Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10.000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, «marque» le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. «Les secondes s’écoulent au ralenti», se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes».(5)

«Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent. Brandon voit une lueur sur l’écran- l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué. «On vient de tuer le gamin?» demande-t-il à son collègue assis à côté.

«Je crois que c’était un gamin», lui répond le pilote. «C’était un gamin?» continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran. C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque: «Non, c’était un chien.» (…) Brandon se souvient de son premier tir de missile: deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l’agonie du troisième. L’homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l’asphalte. La scène dure deux minutes. Un beau jour, Brandon Bryant n’a plus eu qu’une seule envie, partir, faire autre chose. L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu».(5)

La nouvelle guerre par les «ponctuelles»

La guerre moderne est devenue  en théorie d’après les stratèges vendeurs de mort, un tel raffinement que les médias main stream qui nous  font la promotion de ces nouvelles formes de suppression de  vie, utilisent un langage neutre souvenons nous des « ponctuelles » terminologie utilisée  par les commandos deltas qui  éliminaient pour le compte de l’OAS, tout ce qui dérangeaient aussi bien les bougnoules, que les pieds noirs « tièdes ».  En vendant ces informations ces médias   se pâment devant les frappes dites chirurgicales tout en sachant que la chirurgie contrairement  à  son sens morbide dans ces guerres du XXie siècle,  est en principe utilisée pour sauver les vies humaines.

Dans cet ordre, Joe Becker du New York Times démonte la mécanique de mise à mort par les drones.

« Au fil de son premier mandat écrit-il  c’est devenu la spécialité du président américain: Sélectionner les terroristes à abattre et donner son aval à chaque frappe de drones à l’étranger. Une méthode expéditive qui suscite la polémique. (…) En août 2009, le patron de la CIA, Leon Panetta, a fait savoir à John Brennan que l’agence avait Mehsud dans sa ligne de mire. Toutefois, a prévenu Leon Panetta, la liquidation du chef des taliban au Pakistan ne satisfaisait pas aux exigences d’Obama, pour lequel il faut avoir la «quasi-certitude» qu’aucun innocent ne sera tué. De fait, il était certain qu’une opération causerait la mort d’innocents, puisque Mehsud se trouvait en compagnie de son épouse chez sa belle-famille. (…) Mais pas cette fois. Obama a donné son feu vert à la CIA et Mehsud a été tué ainsi que son épouse et, selon certaines informations, d’autres membres de sa famille. (…) Ce n’était pas vraiment le type de frappe chirurgicale que souhaitait Barack Obama. (…) A juste titre ou non, les drones sont devenus le symbole provocateur de la puissance américaine, foulant aux pieds les souverainetés nationales et causant la mort d’innocents. (…) Le bilan d’Obama a fait reculer l’idée selon laquelle les démocrates sont peu performants en matière de sécurité nationale. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Obama s’est révélé plus prompt à dégainer que Bush. Au Pakistan, depuis 2009, Il y eut 261 attaques avec 1819 taliban morts et 87 civils morts pour Obama contre 38 attaques avec 481 morts dont 94 civils avec Bush. Au Yémen, il y eut 48 attaques par les drones contre deux avec Bush. (6)

Conclusion : Qu’est ce qu’une guerre juste ?

Dans une contribution précédente j’avais décortiqué le vocable de guerre juste selon l’Eglise et la charité chrétienne dont se prévalent les semeurs de mort. J’écrivais : « Si l’on croit la théologie catholique “une guerre juste” doit obéir à trois conditions, (…) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (…) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (…) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement : il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies » (3) (7)

Pour Louis Delmas, la guerre n’est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l’artillerie ou l’aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d’abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d’une famille qu’ils observent pendant des jours avant de recevoir l’ordre de l’éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d’un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d’une existence ordinaire. Puis d’un coup, l’exécution est décidée. L’ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. L’explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu’ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. (…) Qu’est-ce qu’une guerre à zéro mort? Le robot (…) celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l’agresseur, c’est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d’un moyen de réaliser leur rêve. C’est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes.(8)

Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain ? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…  On rentre chez soi avec la satisfaction du devoir bien fait ,d’avoir été un bon patriote, pendant qu’à des milliers de kms de là , c’est la terreur, le sang, les larmes la désolation, des vies  volées et  une haine  des survivants  qui sédimente inexorablement.  Que veut dire alors «une guerre juste»? La question reste posée.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Notes/références
1. http://www.legrandsoir.info/+jean-paul-sartre-explique-une-astuce-de-propagande+.html
2. George Stanechy http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-fa
3. http://www.legrandsoir.info/Les-societes-militaires-privees-La-mort-par-procuration.html
4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/reportage-les-cyberguerriers-de-larmee-francaise_43699/
5. Nicola Abé: Drones:Un ancien pilote américain raconte Der Spiegel 3 janvier 2013
6. Jo Becker The New York Times 7 juin 2012 Jo Becker Comment Obama a appris à tuer avec ses drones The New York Times 7 juin 2012
7. Qu’est-ce qu’une guerre juste ? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48

8. http://www.mondialisation.ca/la-dangereuse-ere-de-la-telecommande/5314471

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L’art de la guerre : Le positionnement de l’Italie

janvier 8th, 2013 by Manlio Dinucci

Enfin une bonne nouvelle : l’Italie a renforcé son positionnement dans tous les cadrans fondamentaux de l’échiquier global, du Moyen-Orient à l’Asie. Annonce de Monti dans son agenda-programme, qui précise que cela est rendu possible par la présence des forces armées italiennes dans les opérations de paix dans le monde et par un instrument diplomatique d’excellence. L’Italie peut donc aller « la tête haute dans le monde ».

Monti cependant ne dort pas sur ses lauriers et se propose, en présidant un nouveau gouvernement, de faire plus et mieux : avant tout consolider fortement le lien transatlantique avec les Etats-Unis. En même temps, forte de sa position géographique au centre de la Méditerranée, l’Italie doit regarder avec plus de courage et avec une vision stratégique les grands changements du printemps arabe et soutenir les parcours de vraie démocratisation. Le programme de gouvernement est donc tracé.

Dans celui-ci, explique Monti, joue un rôle important l’action sur le front international, car le destin de tout pays ne se décide plus dans ses frontières mais est étroitement intriqué à celui du système de relations globales dans lequel il est inséré. Ce que devra être le « destin » de l’Italie est clair : se lier encore plus étroitement au char de guerre des Etats-Unis, en mettant notre territoire encore plus à disposition des commandements et des forces armées étasuniennes, et en participant, sous commandement Usa, à de nouvelles guerres d’agression au motif officiel (répété dans le programme) de « combat contre le terrorisme international ».

Concernant le soutien que l’Italie devra fournir, plus encore qu’aujourd’hui, aux « parcours de vraie démocratisation » en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, il suffit de regarder le rôle qu’elle a joué dans la guerre contre la Libye et celui qu’elle est en train de jouer, dans le cadre de l’Otan, pour faire s’écrouler la Syrie avec des forces commandées, armées et infiltrées de l’extérieur. Et la stratégie Usa/Otan prépare d’autres guerres, au fur et à mesure que son centre focal se déplace vers l’est pour contrecarrer la Chine et la Russie. En assumant des tâches croissantes dans le cadre de cette stratégie, l’Italie pourra réaliser aussi l’autre objectif énoncé dans le programme, celui de renforcer sa position à l’intérieur de l’Union européenne. Une « union » dans laquelle les plus grandes puissances rivalisent pour avoir plus de poids militaire. A commencer par l’Allemagne dont le déploiement de forces militaires à l’étranger –a déclaré Angela Merkel au début de 2013- « couvrira rapidement tout le globe », dont l’industrie est au troisième rang mondial (après celles des USA et de la Russie) dans l’exportation d’armements, dont les missiles Patriot sont positionnés (avec 400 militaires allemands) en Turquie pour imposer de fait la no fly zone à la Syrie. Tout cela requiert une dépense militaire élevée, payée par les citoyens européens à travers les coupes dans les dépenses sociales.

Ce n’est pourtant pas cela que le Pd (Partito democratico, centre gauche, conduit actuellement par Pier-Luigi Bersani, NdT) a critiqué à la Chambre le 11 décembre dernier, mais le fait que « l’efficience de l’instrument militaire de notre pays a été mise en danger par les coupes irresponsables opérées par le précédent exécutif » (par le gouvernement Berlusconi). Le Pd a ainsi approuvé le choix du gouvernement Monti de « requalifier » la dépense militaire, « dans le but de restituer efficience et fonctionnalité aux forces militaires ».

L’Italie est vraiment bien positionnée.

Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 8 janvier 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130108/manip2pg/14/manip2pz/334163/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.

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Alors que la date butoir de 2014 pour la fin des opérations de l’OTAN en Afghanistan se rapproche, le gouvernement Obama est en train de préparer la continuation d’une présence militaire américaine pour une durée indéterminée à l’avenir. Les projets que le New York Times a relatés soulignent le caractère prédateur et néocolonial de l’occupation dirigée par les Etats-Unis.

Selon le Times, le général John Allen, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, a soumis au Pentagone trois options pour la période d’après le soi-disant retrait des « troupes de combat » fin 2014. L’une des options veut maintenir le niveau des troupes américaines à 6.000, l’autre réclame 10.000 soldats, et la troisième est fondée sur une force de 20.000 hommes.

Comme l’ont expliqué des responsables anonymes de la défense, le point central des trois propositions est la continuation de la présence de « commandos de forces spéciales qui traqueraient les insurgés. » Des forces américaines supplémentaires seraient utilisées pour renforcer les forces de sécurité afghanes grâce à un soutien aérien, logistique ainsi qu’une formation.

Tout ceci continue à être justifié sous le faux prétexte de la guerre « contre le terrorisme ». En réalité, durant plus de 12 ans, l’Afghanistan a servi de base d’opérations pour établir l’influence et l’armée américaine partout dans la région dans une guerre sanglante et implacable.

Le président Obama a déjà transformé le conflit en « guerre AfPak », en intensifiant les frappes de drones effectuées au Pakistan voisin. L’Afghanistan est indubitablement un élément clé des projets mis en avant par le Pentagone pour une guerre contre l’Iran tout comme un avant-poste commode pour les machinations et les intrigues des Etats-Unis dans les républiques d’Asie centrale.

Maintenir l’Afghanistan comme une semi-colonie américaine signifie soutenir le régime vénal du président afghan Hamid Karzaï. Le véritable objectif du maintien d’une importante force de soldats des forces spéciales américains, qui sont connues pour leurs raids nocturnes et leurs meurtres de masse, est d’intimider et de terroriser la population qui est foncièrement hostile à l’occupation étrangère. Le nombre croissant des incidents nommés « verts-contre-bleus » – des soldats et des policiers afghans qui retournent leurs fusils contre les troupes étrangères – signale une colère et une hostilité bien plus grandes à l’égard de la présence continue des Etats-Unis.

Les propositions d’Allen servent de préalable aux réunions devant avoir lieu cette semaine à Washington entre Obama et Karzaï au sujet des modalités de la présence militaire américaine après 2014. Tels qu’ils sont présentés dans les médias, les pourparlers impliquent les dirigeants de deux Etats souverains, ce qui est une déformation grossière et absurde de la réalité.

Karzaï et son gouvernement sont entièrement dépendants de Washington. L’économie du pays est tributaire de l’aide internationale. Les forces de sécurité afghanes sont achetées et payées par les Etats-Unis et leurs alliés et elles comptent sur une aide militaire de l’étranger. Selon le dernier examen du Pentagone, seule une des 23 brigades afghanes est en mesure d’opérer indépendamment.

Le gouvernement Obama insiste pour dire que les troupes et le personnel américains vont conserver après 2014 une immunité judiciaire en vertu de la loi afghane. Les Etats-Unis ont déclaré ne pas avoir l’intention de garder des bases militaires permanentes en Afghanistan. Mais des installations conjointes où le personnel américain disposera d’une totale liberté d’action répondront tout autant aux besoins du Pentagone.

Les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à payer pour une armée afghane qui sert leurs intérêts, et non pas pour renforcer la position du régime fantoche.

L’Afghanistan a été un terrain d’expérimentation pour le néocolonialisme du 21ème siècle. L’occupation a servi de modèle aux opérations menées par les Etats-Unis en Irak, en Libye et actuellement en Syrie tandis que Washington cherche à étendre son hégémonie économique et stratégique sur les régions riches en énergie au Moyen-Orient en Asie centrale.

L’armée américaine et les agences d’espionnage sont passées maître dans l’art d’intimider, de terroriser et d’assassiner les gens qui leur sont hostiles, de soudoyer les mercenaires et les agents locaux, de manipuler les rivalités tribales et ethniques et de mettre en place et de maintenir des gouvernements dociles à souhait. La technologie est peut-être plus moderne, mais les techniques ressemblent elles étrangement à celles du colonialisme européen du 19ème siècle.

Les interventions de Washington en Libye et en Syrie ont révélé au grand jour le caractère bidon de la « guerre contre le terrorisme » qui avait initialement fourni le prétexte à l’invasion américaine de l’Afghanistan. Pour pouvoir renverser les gouvernements libyen et syrien, le Pentagone et la CIA comptent fortement sur le soutien des milices sunnites islamistes, y compris celles ayant des liens avec al Qaïda. Dans bien des cas, le financement et l’armement sont fournis par les alliés du Golfe persique des Etats-Unis : les régimes despotiques d’Arabie saoudite et des Etats du Golfe.

L’Afghanistan contredit les affirmations selon lesquelles les Etats-Unis apportent la « démocratie » au Moyen-Orient. Les élections sont truquées. Le parlement afghan est un panier de crabes de factions rivales pro-Etats-Unis incluant des seigneurs de guerre et des chefs militaires tristement célèbres. Si un référendum libre devait jamais se tenir au sujet d’une occupation militaire, il en résulterait une écrasante majorité contre. Tout ceci sert de modèle à ce qui est en train d’être établi à Tripoli et à ce que les Etats-Unis s’efforcent d’établir à Damas.

L’opposition contre l’occupation afghane ne se limite pas qu’à l’Afghanistan. Des sondages d’opinion réalisés aux Etats-Unis et chez leurs alliés ont à maintes reprises révélé qu’une majorité de gens sont opposés à la guerre. Et pourtant, cette opposition ne trouve aucune expression dans l’establishment politique ou médiatique.

Les soi-disant libéraux et ceux jadis de gauche qui avaient soutenu les protestations de masse contre la guerre en Irak ont rapidement mis fin au mouvement de protestation une fois Obama arrivé au pouvoir. Ces mêmes organisations sont devenues les meneurs de claque pour les nouvelles guerres lancées par le gouvernement Obama au nom de la « démocratie » en Libye et en Syrie.

La force motrice derrière cette éruption du néocolonialisme et du militarisme est l’aggravation de la crise mondiale du capitalisme. Alors même qu’il mène une offensive contre la classe ouvrière sur le plan national, le gouvernement Obama est engagé dans une tentative désespérée de consolidation de l’hégémonie américaine contre les rivaux européens et asiatiques de Washington, notamment la Chine, partout dans le monde. La conséquence en est une aggravation des tensions entre les principales puissances et le danger grandissant d’un conflit mondial catastrophique.

Peter Symonds

Article original, WSWS, paru le 5 janvier 2013

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Le 20 décembre 2012, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé une intervention au Mali, en Afrique sub-saharienne, au prétexte de libérer le Nord du Mali de l’occupation par des islamistes liés à Al Quaïda. La résolution a été adoptée à l’unanimité.

Ce vote intervient seulement dix jours après la démission forcée du Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra et son remplacement par Django Cissoko. Diarra était un partisan affirmé d’une intervention militaire étrangère, alors que Cissoko, qui a été installé par la junte militaire dirigée par le Capitaine Amadou Sanogo, s’est jusqu’ici abstenu de tout commentaire sur une intervention étrangère.

La décision des Nations unies, qui ne comprend pas de calendrier précis pour une action militaire, constitue un avertissement clair – en premier lieu à l’adresse de la junte militaire, mais surtout à l’attention des travailleurs et des masses opprimées du Mali – sur le fait que les puissances impérialistes entendent contrôler le sort du Mali.

Le ministre des Affaires étrangères du Mali Tieman Hubert Coulibaly a qualifié cette résolution de « pas historique », ajoutant que son gouvernement « s’engage entièrement » à remplir ses obligations dans le cadre de cette résolution.

Pour se donner un semblant de démocratie, la résolution demande une « réconciliation politique », des élections « aussitôt que ce sera techniquement possible, » et la restauration de l’ordre constitutionnel. Elle demande également au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon de « confirmer par avance la satisfaction de l’opération militaire prévue. » En réalité, elle ouvre la voie à une nouvelle guerre sur le sol africain, risquant de mettre le feu aux poudres dans toute la région du Sahel.

Le Mali, l’un des pays les plus pauvres du monde, a été secoué par un coup d’Etat militaire en mars. Celui-ci avait été provoqué en grande partie par l’occupation du Nord-Mali par des forces Touarègues lourdement armées revenant de la guerre entre l’OTAN et la Libye, où elles avaient lutté aux côtés de Kadhafi contre l’OTAN. Tout juste quelques mois plus tard, les milices touarègues ont été refoulées par des combattants islamistes liés à Al Quaïda qui ont imposé la loi islamique. Elles ont été rejointes par plusieurs milliers d’islamistes venant d’Afrique du Nord et d’Asie, apparemment financées par l’Arabie saoudite et le Qatar.

La résolution des Nations unies soutient une décision de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de déployer 3 300 soldats au Mali pour lutter contre les islamistes. La mission devrait être dirigée par le Nigeria et a attiré les critique de la part de l’Algérie, qui est historiquement opposée aux déploiements militaires étrangers dans le Sahel.

Les puissances impérialistes essayent de cacher leurs objectifs derrière leurs intermédiaires régionaux. La résolution autorise officiellement une mission de soutien internationale sous direction africaine, l’AFISMA, pour une période initiale d’un an sans faire mention de sa taille. Elle « accueille favorablement » la contribution des troupes de la CEDEAO et demande aux états-membres, y compris ceux du Sahel, de fournir des troupes à cette mission.

Elle mentionne également la fourniture d’« une aide logistique volontaire et financée par les Nations unies à l’AFISMA, qui comprend des équipements et des services pour une période initiale d’un an. »

La résolution demande au secrétaire général d’apporter un soutien dans des domaines essentiels pour aider le gouvernement malien à « étendre son autorité durant ou après une opération militaire, y compris dans le respect de l’état de droit, le déminage, et la promotion du dialogue national et de la coopération régionale. »

Bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait été adopté unanimement, il semble que la planification détaillée d’une intervention est toujours en cours. C’est surtout en raison des frictions considérables entre les États-Unis et la France, ancienne puissance coloniale au Mali, sur le choix des tactiques pour une invasion.

L’impérialisme français est lourdement dépendant du Sahel pour fournir de l’uranium à son industrie nucléaire. Il demande une action militaire immédiate – avec les pays de la CEDEAO pour fournir des troupes au sol servant de chair à canon dans cette guerre, tandis que Washington et ses alliés européens fournissent un soutien logistique, aérien, et des renseignements.

Des sections de la classe dirigeante américaine opposées à ces plans, objectent que les troupes de la CEDEAO ne seront pas capables de vaincre les islamistes, et que d’autres puissances régionales, comme l’Algérie, devraient être impliquées. L’ambassadeur américain aux nations unies, Susan, Rice, a récemment rejeté le plan français s’appuyant sur la CEDEAO comme étant « de la merde »

Une intervention impérialiste au Mali comme décrite par l’ONU et discutée par les Nations unies et les puissances européennes serait une guerre réactionnaire de plus lancée sur des mensonges. L’affirmation selon laquelle les puissances de l’OTAN doivent intervenir au Mali pour empêcher l’expansion de l’influence d’Al Quaïda est absurde.

Les guerres de l’OTAN sont en fait l’une des premières bases sur lesquelles l’influence d’Al Quaïda se développe. Les combats au Mali se sont développés en grande partie à partir de la guerre en Libye, dans laquelle l’OTAN s’est appuyée en en grande partie sur des islamistes d’extrême-droite, y compris des forces du Groupe islamique combattant en Libye lié à Al-Qaïda. Actuellement, l’opposition en Syrie soutenue par les États-Unis comprends le Front Al-Nusra, que le gouvernement américain reconnaît lui-même comme un groupe terroriste lié à Al-Qaïda.

Tout en utilisant Al-Qaïda comme un auxiliaire de leur politique impérialiste ailleurs, les puissances de l’OTAN citent la menace d’Al-Qaïda au Mali comme levier pour y organiser une intervention et approfondir le contrôle impérialiste sur toute l’Afrique de l’Ouest. Les négociations se poursuivent avec les Etats de la CEDEAO ainsi qu’avec l’Algérie sur la manière de procéder à cette intervention.

L’on s’attend largement à ce qu’une invasion au Nord-Mali étende les combats rapidement à tout le Sahel, le Nord du Mali ayant de longues frontières avec l’Algérie, le Niger et la Mauritanie. Des comparaisons sont maintenant faites ouvertement entre la guerre au Mali et la guerre de l’OTAN en Afghanistan, qui a depuis débordé au Pakistan et à d’autres pays voisins.

Ainsi, le professeur Ahmed Adhimi de l’Université d’Alger écrit, « Nous sommes confrontés à l’Afghanisation de la région du Sahel. L’intervention militaire signifie que tous les aventuriers, les terroristes, et tous ceux qui veulent lutter contre les croisés viendront au Nord du Mali. Puis l’Algérie deviendra le Pakistan de l’Afrique, et il sera facile d’entraîner les pays de la région dans la guerre, [cela] entraînerait l’Algérie dans une guerre avec laquelle elle n’a rien à voir, son but est d’assécher la richesse du pays. »

Ernst Wolf

Alex Lantier

Article original en anglais, WSWS, paru le 22 décembre 2012

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Syrie : Qui est dans le déni de la réalité ?

janvier 7th, 2013 by DR Bachar al-Assad

Texte intégral du discours du Président Bachar al-Assad

Dimanche 06/01/2013

Maison de l’Opéra de Damas

Voici le jugement d’un ami amoureux de la France en réponse à cette version française fidèle aux paroles du Président Bachar al-Assad : « Les lecteurs francophones ont droit au texte original du discours, même traduit, plutôt qu’à la pluie de vociférations lues et entendues de la part de politiciens et de journalistes à la botte ! Du temps de De Gaulle, la voix de la France comptait dans le concert des nations… ».

Et pourtant le Général n’a pas toujours été tendre avec la Syrie, ce qui n’a pas empêché les Syriens de le respecter et de reconnaître sa grandeur, sa résistance et son patriotisme ; les intérêts et la souveraineté de la France passant avant tout le reste… Aujourd’hui, lorsqu’on considère l’ensemble des déclarations de la diplomatie française on peut se demander ce qu’est devenue la souveraineté de la France et, qui est dans le « déni de la réalité » ? [1]. Le Quai d’Orsay qui ne tromperait personne [2] ? Ou le peuple syrien que nul ne peut plus tromper ; malgré les mensonges des « opportunistes » qui se prétendent être des amis de la Syrie et de la France, mais qui ne se gêneront pas pour trahir la France et les Français après avoir trahi leur patrie ? La réalité est sans doute relative, mais est-ce le cas de la vérité ? [NdT]

_______________________________________________

 

Mes soeurs et mes frères,

Aujourd’hui, je vous regarde et je vois les visages des fils et filles de ma patrie empreints de tristesse et de douleur. Je vois les yeux des enfants de la Syrie ne plus briller du rire radieux de l’innocence. Je vois les mains des plus âgés ne plus savoir que se lever vers le ciel pour prier, et implorer pour le salut de leurs enfants, petits enfants et arrières petits enfants.

Nous sommes réunis ici, mais la souffrance a envahi la terre syrienne sans laisser place à la joie dans tous ses coins et recoins. La tranquillité et la sécurité ont disparu de ses rues et ruelles… Nous sommes réunis ici, mais des mères ont perdu leurs fils… les meilleurs des fils ; des familles ont perdu leur soutien ; des enfants sont devenus orphelins ; des frères ont été séparés, les uns tombés en martyrs, d’autres déplacés, et d’autres portés disparus.

Cette souffrance plane sur le pays tel un nuage noir. En tenir compte est noble, mais cela ne suffit pas à compenser la perte d’êtres chers, à ramener la stabilité et la sécurité, à assurer le pain, l’eau, les carburants et les médicaments à tous et à toutes. Mais, de cette matrice de la douleur doit naître l’espoir, et du fin fond de cette souffrance doivent naître les meilleures des solutions ; tout comme le nuage qui cache la lumière du soleil porte en lui la pureté de l’eau de pluie qui fera germer l’espoir et la générosité, une fois qu’il aura plu.

Ces sentiments et émotions réunissant douleur, chagrin, défi, et détermination sont une formidable énergie ! La Syrie ne dépassera son épreuve qu’en convertissant cette énergie en un « mouvement national » général qui sauvera le pays des griffes d’une agression inouïe et sans précédent dans l’Histoire de la région.

Ce « mouvement national » est le seul baume qui puisse apaiser les blessures profondes qui ont touché notre tissu social et ont failli le déchiqueter. Il est seul capable de maintenir la géographie de la Syrie, de la rendre plus forte politiquement et socialement, et de la régénérer culturellement et moralement. Cette responsabilité incombe à chacun des citoyens. Chacun peut offrir sa part selon ses moyens, même s’il les considère faibles ou limités. La patrie est pour tous et nous la défendons tous, chacun comme il peut et selon son propre potentiel. Car, l’idée est défense, la situation est défense, la reconstruction est défense, et la sauvegarde des biens du peuple est défense ! Défense… pour la bonne raison que, devant cette agression de toutes les composantes de la patrie, chaque citoyen réfléchi sait pertinemment que l’attentisme, le négativisme ou l’espoir que quelqu’un d’autre puisse résoudre les problèmes reviendraient à mener le pays vers l’abîme… Ne pas participer à la recherche des solutions, reviendrait à faire reculer le pays non à le sortir de ce qu’il endure.

Beaucoup sont tombés dans le piège tendu pour faire croire que le conflit est à situer entre le pouvoir et l’opposition, autrement dit une lutte pour un fauteuil, un poste, ou un pouvoir ! C’est pourquoi, ils se sont tenus à distance et ont opté pour le silence et la neutralité. Par conséquent, aujourd’hui, il est du devoir de chacun d’entre nous de rediriger les regards vers la véritable boussole de la patrie… Car le conflit, Mesdames et Messieurs, est entre la patrie et ses ennemis, entre le peuple et des criminels assassins, entre le citoyen et ceux qui volent son pain, son eau, ses sources de chaleur… et le privent de la sécurité dont il était si fier, pour répandre la peur et la panique dans les esprits.

Ils ont tué les civils et les innocents, pour éteindre la lumière et le rayonnement de notre pays… Ils ont assassiné le talent et l’intelligence, pour semer l’ignorance dans nos esprits… Ils ont saccagé les infrastructures construites avec les deniers de notre peuple, pour répandre la souffrance dans nos vies… Ils ont privé les enfants de leurs écoles, pour détruire notre avenir et répandre leur idiotie… Ils ont coupé l’électricité, les voies de communication et l’approvisionnement en carburant, pour laisser les personnes âgées et les enfants endurer le froid de l’hiver, et ont ainsi prouvé leur incontestable barbarie… Ils ont volé les silos de grains, de blé, de farine, pour que le citoyen meurt de faim et ne puisse plus que rêver de son pain… Est-ce là un conflit pour un poste ou un pouvoir ? Ou bien est-ce une guerre entre la patrie et ses ennemis ? Est-ce une lutte pour le pouvoir ? Ou bien est-ce pure vengeance contre le peuple qui n’a pas accordé à ces terroristes assassins le mot clé pour disloquer la Syrie et partager sa société ? Ils sont les ennemis du peuple, et les ennemis du peuple sont les ennemis de Dieu, et les ennemis de Dieu sont voués au feu de l’Enfer le jour de la Résurrection !

Dans une première étape, ils ont imposé leur prétendue révolution ! Mais le peuple s’est révolté et a refusé de les couver, malgré les flots d’argent déversé, le déchainement des médias, et l’intimidation par des armes encore cachées. Constatant leur échec, ils sont passés à la deuxième étape, et tombant les masques de la révolution dite « pacifique » ils ont brandi leur arsenal qu’il était devenu inutile de dissimuler… Ensuite, ils ont tenté l’occupation de certaines villes qui devaient leur servir pour se déchainer comme des loups furieux sur d’autres villes… Ils ont frappé sauvagement… Mais plus ils frappaient, plus le peuple conscient des enjeux résistait, démontrant son mépris et leur fausseté… C’est là qu’ils ont décidé de leur vengeance, contre tous et sans distinction, en usant du « Terrorisme » partout où ils ont pu s’infiltrer !

Ils parlent de « Révolution », alors qu’ils n’ont rien à voir avec les révolutions, ni de près, ni de loin ! Une révolution a besoin de penseurs. La révolution se construit sur une pensée. Où est donc le penseur ? Qui a rencontré un seul de leurs penseurs ? Les révolutions ont besoin de dirigeants. Qui sait quel est celui qui les dirige ? Les révolutions supposent un savoir et des idées, non de l’ignorance…  Les révolutions supposent d’aller de l’avant, non de revenir à des siècles passés… Les révolutions supposent d’éclairer la société toute entière, non de lui couper l’électricité… Habituellement, la révolution est faite par le peuple, non par des individus importés de l’étranger pour imposer leur révolution au peuple… Elle est faite pour le peuple, non contre ses intérêts. Alors, de grâce, est-ce une révolution et avons-nous à faire avec des révolutionnaires ? Ou bien ne sont-ils qu’une bande de criminels ?

Ceci pour la façade, alors qu’en arrière plan œuvraient les « Takfiristes » par déflagrations, assassinats de masse, et soutien logistique des bandes armées au premier plan. Il n’empêche qu’à chaque fois que l’armée et le peuple, main dans la main, les ont repoussés, ils ont frôlé la dépression. Du coup, ils se sont sentis obligés de se battre aux premiers rangs et de tenir la barre d’un vaisseau voguant à tout va, par le feu, le sang, et la torture… C’est bien parce que la pensée takfiriste est étrangère à notre pays qu’ils ont dû importer de l’étranger et les individus et leurs idées… Et c’est là que l’équation s’est inversée. D’une part, des takfiristes, des terroristes, al-Qaïda, qui se targuent d’être des « djihadistes » venus de partout dans le monde, pour mener des opérations terroristes sur notre sol. D’autre part, des bandes armées qui, suite à leur échec, ont été transférées à l’arrière plan en tant qu’assistantes dans les opérations d’enlèvements, de pillages, et de sabotages… Des esclaves ou des agents à la solde des ennemis, dans le meilleur des cas. Des espions travaillant contre leurs compatriotes pour le compte de tueurs takfiristes ne parlant que la langue du carnage, et du démembrement des corps de leurs victimes !

Mes frères… c’est ceux-là que nous combattons. Beaucoup ne sont pas Syriens. Ils sont venus, mus par des concepts pervers et une terminologie frelatée. Ils parlent d’un Djihad qui est loin de correspondre à celui de l’Islam… Ce qui est certain est que la plupart de ceux à qui nous avons à faire, aujourd’hui, font partie de ces terroristes prônant l’idéologie d’al-Qaïda… Je pense que la plupart d’entre vous savent de quelle manière l’Occident a soutenu, en Afghanistan, ce type de terroristes financés par de l’argent arabe, depuis trois décennies… Avec le démembrement de l’Union soviétique et son retrait d’Afghanistan, cette organisation de terroristes s’est mise à essaimer et à frapper partout dans le monde arabe… Elle a frappé en pays musulmans puis s’est dirigée vers l’Occident… Ils ont essayé de s’en débarrasser au cours de leur guerre en Afghanistan… Ils ont essayé d’autres manières pour s’en débarrasser après leur invasion de l’Irak… Ce qui n’a pas empêché ce terrorisme organisé de devenir de plus en plus obstiné et migratoire… Mais voilà que « les événements » sont arrivés dans le monde arabe, notamment en Syrie,  comme une opportunité pour ces forces – je veux dire les forces occidentales – afin qu’elles puissent transférer le plus grand nombre de ces  « désormais indésirables » vers la Syrie et en faire une nouvelle terre du Djihad. C’est ainsi, qu’ils ont pensé pouvoir défaire deux rivaux gênants d’un même coup : le terrorisme et le « nœud problématique » de la Syrie !

Il y a un peu plus d’un mois, une organisation – dont je ne me souviens plus du nom – qui s’occupe des questions de terrorisme, a publié un rapport sur la baisse des actes terroristes dans le Monde, notamment en Asie centrale et orientale… C’est vrai, puisque la plupart des terroristes qui sévissaient dans ces régions et même dans certains pays occidentaux sont venus en Syrie ! L’intrusion de ces terroristes est dangereuse pour la sécurité de n’importe quelle société ; ce qui est évident sans pour autant admettre qu’il soit impossible de les défaire quand on en a la volonté et le courage…  Mais le plus dangereux est leur intrusion dans les intellects et les milieux sociaux… Une fois que leur mode de pensée a pénétré au sein d’une communauté, elle se transforme en un monstre difforme. Nous devons traiter cette question avec sérieux, indépendamment de la crise politique que traverse la Syrie. En d’autres termes, nous devons dépasser nos divergences car si nous ne traitons pas cette question, nous ne laisserons que du « sang en héritage » pour des générations et des générations… La Syrie que nous connaissons n’existera plus. Son nom et sa géographie ne disparaitront pas nécessairement, c’est plutôt la société syrienne telle que nous l’avons connue qui disparaitra. Ceci dit, il n’est pas exclu que ce mode de pensée fondé sur la « Fitna » détruise la géographie et le sens politique de toute société qu’il a pénétré. C’est là une grande responsabilité qui exige que nous nous unissions pour y faire face.

D’autres dimensions existent dans cette crise qui n’est pas seulement interne, ce qui s’y passe étant désormais clair pour tous ceux qui veulent bien voir… En effet, au niveau régional, il y a ceux qui cherchent sa partition et ceux qui cherchent à l’affaiblir… Certains financent et arment les criminels tandis que d’autres les entrainent et les soutiennent… Des États ennemis qui se sont construits en occupant et en agressant, et dont le comportement ne nous surprend pas outre mesure… Des pays voisins qui ont injustement maltraité la Syrie et son peuple, pour réussir à les dominer… Des États qui se cherchent une place dans l’Histoire sans espérer s’y retrouver… Alors, ils ont choisi de la réécrire avec le sang des innocents du peuple arabe, le peuple syrien en particulier… Mais la Syrie et son peuple sont plus forts et plus solides… Nous leur promettons de ne pas oublier !

Quant au niveau international, ce n’est un secret pour personne que la Syrie a été et restera libre et souveraine, qu’elle refuse la soumission et n’accepte pas la tutelle… C’est ce qui a toujours dérangé certains pays occidentaux… Ils ont donc voulu exploiter les événements internes, pour sortir la Syrie de l’équation politique régionale, en finir avec le « nœud problématique » qu’elle représente, y frapper toute velléité de résistance, et ainsi nous transformer en suivistes comme beaucoup de pays qui nous entourent… Mais la communauté internationale ne se limite pas aux pays occidentaux. De nombreux pays, en particulier la Russie, la Chine, les autres pays du BRICS, et beaucoup d’autres refusent l’ingérence dans les affaires des États et la déstabilisation de notre région, tout en respectant leurs propres intérêts et principes, dont l’autodétermination et la liberté des peuples… Des États qui respectent la souveraineté de la Syrie, son indépendance, et sa liberté de décision… Des États que, réciproquement, nous ne pouvons qu’estimer, respecter, et remercier… Je remercie particulièrement la Russie, la Chine et l’Iran et chacun des pays qui a soutenu  l’autodétermination du peuple syrien.

À la lumière de ce qui précède, nous ne pouvons parler de solution sans tenir compte de ces facteurs : le facteur intérieur, le facteur régional, et le Groupe de travail international. Ceci, en sachant que toute action qui ne modifierait pas ces facteurs ne pourra aboutir.

Commençons par l’intérieur… Pour certains, le conflit a donc consisté à dire qu’il y avait désaccord entre opposants et partisans… Je ne pense pas qu’il en soit ainsi et ce, depuis le tout début des événements. Dans le monde civilisé, un tel désaccord  tourne autour de la question de savoir comment consolider la construction de la patrie, non comment la détruire… comment progresser et se développer, non comment revenir en arrière. La relation entre opposition et gouvernement se déroule en interne. Mais quand des éléments internes en arrivent à faire partie intégrante d’éléments étrangers, le conflit se situe entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’indépendance du pays et sa vassalisation, entre la souveraineté et la colonisation politique… Dès lors, le contexte oblige à la « défense de la patrie » et à « l’union de tous » contre l’agression étrangère munie d’une boîte à outils interne. C’est pourquoi lorsque nous parlons d’opposition externe, nous ne nous basons pas sur le lieu de résidence de tel ou tel, mais sur ce vers quoi il a dirigé son cœur et son esprit, avec qui il a accepté de s’associer, sur qui il a parié, et de qui a-t-il accepté le financement. C’est ce que nous entendons par opposition étrangère, qu’elle réside à l’intérieur ou à l’extérieur, puisqu’il est clair que d’autres vivent à l’étranger mais défendent leur patrie.

Oui, mesdames et messieurs, il ne s’agit ni d’un conflit entre opposition et partisans, ni même d’un simple combat entre une armée et des gangs d’assassins. Aujourd’hui, nous sommes en état de guerre dans tous les sens de ce terme. Nous nous défendons contre une agression féroce, un nouveau genre de guerre plus dangereuse et plus meurtrière que les guerres conventionnelles, car elle n’utilise pas ses propres outils pour nous battre, mais nous utilise pour arriver à ses fins…Elle cible la Syrie à travers une poignée de Syriens et de très nombreux étrangers, et c’est malheureusement grâce à la coopération consentie par certains des nôtres qu’elle espère nous pousser à déraciner nos arbres et à démolir nos fondations. Une telle guerre exige de nous de défendre la patrie tout en poursuivant la voie des réformes, même si elles ne peuvent probablement pas changer grand-chose à la réalité de cette guerre. Il n’en demeure pas moins qu’elles pourraient nous fortifier et renforcer notre unité et notre immunité. Certains pensent que cette solution par les réformes serait l’unique solution de nos problèmes. Non… c’est un facteur important, mais pas la seule solution.

En effet, la réforme sans la sécurité est comme la sécurité sans la réforme. L’une ne peut réussir sans le concours de l’autre. C’est ce que nous avons déjà déclaré et que nous continuons à dire… Ceux qui ne cessent de répéter que la Syrie a choisi « la solution sécuritaire » n’entendent ni ne voient !  Nous avons maintes et maintes fois répété : solution politique d’une main, éradication du terrorisme de l’autre main. À ceux qui tentent d’inverser la situation par ce prétexte, nous demandons : lorsqu’une personne résiste à une agression, diriez-vous qu’elle s’est défendue ou bien qu’elle a choisi une solution sécuritaire ? Pourquoi parler de « solution sécuritaire » lorsqu’un État défend le peuple et que le peuple défend la patrie ? N’importe qui, dans ce cas, serait considéré comme ayant opté pour sa légitime défense, non pour une situation sécuritaire ! Nous, nous n’avons pas opté pour la guerre. La guerre a été imposée à la Syrie. Par conséquent, lorsque l’État défend le peuple et que nous nous défendons tous, aucune personne raisonnable ne devrait continuer à dire que nous avons fait un choix sécuritaire. La défense de la patrie est un devoir et le seul choix possible. Le fait que nous ayons accepté une « solution politique » n’implique nullement que nous devrions cesser de nous défendre, tout comme il suppose un partenaire qui accepte cette solution et qui est disposé au dialogue.

Nous n’avons jamais refusé la « solution politique ». Nous l’avons adoptée depuis le premier jour sur la base fondamentale du dialogue. Nous avons tendu la main à toute personne porteuse d’un projet politique qui pousserait la Syrie à aller de l’avant. Mais avec qui dialoguer ? Avec les dépositaires de la pensée extrémiste qu’ils n’expriment que par le langage du sang, du meurtre et de la terreur ? Avec des gangs télécommandés de l’étranger ? Avec ceux qui suivent l’étranger et exécutent ses ordres ? L’étranger ordonne de refuser le dialogue national parce que ses dirigeants savent qu’il ferait échouer tous leurs plans échafaudés pour détruire la Syrie, d’autant plus que certains dirigeants de pays de la région ont bien compris que si la Syrie sortait de «sa crise », leur avenir politique serait sérieusement compromis, maintenant qu’ils se sont noyés, ont noyé leurs peuples dans les mensonges, ont gaspillé leurs richesses pour soutenir le terrorisme ; maintenant qu’ils ne peuvent plus justifier leur politique d’agression et qu’ils se sont compromis dans le crime, le meurtre, et l’effusion du sang des innocents. Et enfin, devons nous dialoguer avec des pantins façonnés par l’Occident pour tenir le rôle qu’il leur a distribué et réciter les textes qu’il leur a dictés ? Si nous devons dialoguer, autant dialoguer avec l’original plutôt qu’avec sa copie, non avec celui qu’il a créé de toutes pièces pour l’exhiber sur les scènes du monde entier. Autant dialoguer avec le maître, plutôt qu’avec l’esclave !

C’est l’Occident, descendant du colonialisme et premier détenteur du sceau des divisions politiques et des rivalités sectaires odieuses, qui a fermé la porte du dialogue, pas nous ! Ceci, parce qu’il a pris l’habitude de donner des ordres et que nous nous sommes habitués à la souveraineté, à l’indépendance, et au libre arbitre. Nous ne changerons pas ! Dès lors, comment pourrait-il dialoguer avec nous ? Et pourquoi le ferait-il ? Par conséquent, celui qui se contente de parler d’une « solution politique » en négligeant ces réalités, soit les ignore, soit est complice et sacrifie sa patrie et ses concitoyens pour nourrir les criminels qui se tiennent derrière eux. Il vend son peuple et le sang de ceux qui sont tombés pour la patrie. C’est ce que nous ne permettrons pas !

Certains parlent d’une solution politique sans parler de l’éradication du terrorisme,  et inversement. Ceux-là manquent de précisions, car la solution ne peut être que globale et concerner plusieurs « axes » : le politique, la lutte contre le terrorisme, et le social. Ce troisième axe s’est révélé être d’une grande importance, ne serait-ce qu’en tirant les conclusions des « modèles » observés à Homs et à Deraa, où nous avons vu la situation s’améliorer de façon spectaculaire du fait de cette « solution sociale ». Ainsi, des personnes d’une moralité certaine, armés de leurs seuls sentiments d’appartenance nationale et de patriotisme, ont pris l’initiative de servir d’intermédiaire entre l’État, certains insurgés dupés, et même des terroristes. Ils sont arrivés à des résultats tangibles que nous avons tous pu vérifier sur le terrain.  Ces citoyens n’étaient affiliés à aucun parti, n’avaient pas de programme politique, mis à part leur sentiment national. Ce genre d’initiative est de la plus haute importance, surtout que n’importe quelle crise dans n’importe quel pays peut s’aggraver… Il faut toujours revenir aux racines sociales. Je salue toutes ces personnes qui ont merveilleusement travaillé pour le salut de la patrie, chacune donnant le meilleur de ce qu’elle peut donner. J’en connais certaines que j’ai rencontrées, et d’autres dont j’ai entendu parler. Il y a des soldats inconnus… Nous les saluons tous, et nous leur disons que nous comptons beaucoup sur leurs initiatives.

Ce qui précède pourrait laisser à penser que nous ne voyons personne avec qui dialoguer. Ce n’est pas vrai ! Malgré tout, nous sommes toujours prêts au dialogue et nous continuerons toujours à tendre la main pour inviter au dialogue… Nous dialoguerons avec ceux qui s’opposent à notre politique, tant qu’ils ne portent pas atteinte aux principes nationaux fondamentaux… Nous dialoguerons avec les partis et les individus, tant qu’ils ne se vendent pas aux forces étrangères… Nous dialoguerons avec ceux qui déposeront les armes, pour que l’authentique sang syrien recoule dans leurs  veines… Nous resterons les partenaires vrais et sincères de chaque citoyen patriote honnête, noblement et jalousement attaché à la Syrie, à ses intérêts, à sa sécurité et à son indépendance.

Partant de là et de nos « constantes de principe » ; à savoir, la souveraineté de l’État, l’indépendance de sa décision, les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies, le Droit international ; lesquels confirment tous la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale des États, ainsi que la non-ingérence dans leurs affaires internes. Et, étant donné  que nous sommes convaincus de la nécessité du dialogue entre les enfants de la Syrie, sous direction syrienne, pour rétablir la sécurité et la stabilité ; la « solution politique en Syrie » se fera comme suit :

Première étape 

1. Les États concernés, régionaux et internationaux, s’engagent à cesser de financer, armer, et héberger les combattants armés ; parallèlement à l’arrêt des opérations terroristes de ces derniers. Ceci, facilitera le retour des Syriens déplacés vers les lieux de leur résidence d’origine, dans le calme et la sécurité. Ce n’est qu’ensuite que nos forces armées mettront fin à leurs opérations militaires, tout en se réservant le droit de riposter au cas où la sécurité de la patrie, des citoyens, des entreprises publiques et privées, serait menacée de n’importe quelle attaque.

2. Trouver une procédure pour s’assurer que toutes les parties respectent le précédent engagement avec, en particulier, le contrôle des frontières.

 3. Le gouvernement en exercice se charge d’initier directement les prises de contact avec toutes les catégories de la société syrienne, les partis, et les organisations pour permettre les échanges et préparer à une « Conférence de dialogue national », à laquelle participeront toutes les forces extérieures et intérieures, désireuses de trouver  une solution en Syrie.

Deuxième étape 

1. Le gouvernement en exercice invite à tenir une conférence de dialogue national et global, pour décider d’une « Charte nationale » qui affirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, le rejet de toute ingérence dans ses Affaires, ainsi que le renoncement au terrorisme et à la violence sous toutes ses formes. C’est cette charte qui tracera l’avenir politique de la Syrie et qui dessinera le système constitutionnel et judiciaire, les caractéristiques politiques et économiques, et les projets de lois issus du consensus, concernant les partis, les élections, l’administration locale etc.

2. La charte devra être soumise à référendum national.

3. Elle sera suivie de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société syrienne, chargé de la mise en œuvre des dispositions de la « Charte nationale ».

4. Organisation d’un référendum sur la Constitution. Après son adoption, le gouvernement élargi adoptera les lois consensuelles issues de la « Conférence du dialogue national » conformément à la nouvelle constitution, dont celles portant sur loi électorale qui permettra de tenir de nouvelles élections législatives. Ceci dit, tout ce qui concerne la Constitution et les lois pourrait être précédé du conditionnel « si », autrement dit en cas d’accord lors de la « Conférence du dialogue national », une conférence permettra de débattre des nouvelles lois ou de la nouvelle constitution ; le gouvernement travaillant à sa visibilité.

Troisième étape

1. Formation d’un nouveau gouvernement conformément à la Constitution adoptée selon les modalités précédentes.

2. Tenue d’une « Conférence de Réconciliation Nationale », et déclaration d’une amnistie générale pour ceux qui ont été emprisonnés en raison des événements, avec maintien de leurs Droits civils.

3. Travaux préparatoires pour la réhabilitation des infrastructures, la reconstruction, et l’indemnisation des citoyens pour les dommages subis du fait des événements.

Concernant l’amnistie générale, elle se fera en effet avec la conservation des droits civils, car l’État a le droit d’accorder la grâce dans le domaine du Droit public, alors qu’il ne dispose pas de cette possibilité dans le domaine du Droit des personnes… Je pense que lorsque nous serons arrivés à ce stade, il faudra que le pardon soit l’affaire de tous, non seulement par amnistie de l’État. Ce n’est qu’alors que nous parviendrons pratiquement à la « Réconciliation nationale », tout un chacun ayant pardonné à tous !

Telles sont les principales caractéristiques de la solution politique telle que nous la concevons. Il s’agit de têtes de chapitres qu’il faudra étayer et approfondir. Le gouvernement aura à gérer cette « vision » et à en rédiger les détails, sous forme d’une « initiative » qu’il présentera dans quelques jours. Par la suite, les choses devraient suivre leur cours selon les étapes précédemment mentionnées.

Maintenant, remettons chaque sujet dans son contexte, car nous vivons à l’ère de la falsification et des interprétations erronées. Nous n’avons pas falsifié. Mais étant donné que telle est la tendance générale du moment, tâchons d’éviter les quiproquos :

1. Concernant notre vision de la solution, certains pourraient s’inquiéter en la considérant comme un recul du point de vue sécuritaire. Je vous rassure tous. La lutte contre le terrorisme ne s’arrêtera pas tant qu’il restera un seul terroriste en Syrie. Ce que nous avons commencé, nous continuerons à le faire, et cette initiative n’impliquera aucune complaisance dans notre lutte contre le terrorisme. Au contraire, plus nous progresserons dans notre lutte, plus les chances de succès de notre vision augmenteront.

2. La vision, ou l’initiative – quel que soit le nom qu’on lui donnera – s’adresse à tous ceux qui veulent le dialogue et une solution politique, dans un proche avenir, en Syrie. Elle ne s’adresse pas à ceux qui les refusent. Sachant que, dès aujourd’hui, nous allons entendre beaucoup de commentaires exprimant son rejet de la part de ceux que vous commencez à bien connaître. D’avance, et pour qu’ils ne perdent pas leur temps, nous leur disons : pourquoi refusez-vous quelque chose qui, fondamentalement, ne vous est pas adressé ?

3. Toute initiative qui pourrait venir d’une autre partie, personnalité, ou État devra se fonder sur la « vision syrienne » ; ce qui signifie qu’il n’y a aucune initiative qui puisse remplacer ce que nous préconisons comme solution en Syrie. Plus clairement encore : n’importe quelle autre initiative pourra éventuellement aider les Syriens en ce qu’ils ont eux-mêmes décidé, mais en aucune façon elle ne pourra la remplacer. Maintenant que le gouvernement syrien a exposé ses idées, toute initiative étrangère devra se fonder sur ces mêmes idées à partir du moment où elle pourrait aider à les concrétiser. Il est donc inutile que nous perdions notre temps et celui des autres par des initiatives éloignées de ce contexte.

En même temps, si nous nous demandions comment les initiatives étrangères pourraient-elles nous aider ? Nous dirions que ce serait sur deux axes : l’axe de l’action politique, et l’axe de la lutte contre le terrorisme. Pour le premier, nous n’avons pas besoin d’aide. Nous Syriens, sommes capables d’intégrer une opération politique. En pratique, celui qui voudrait sérieusement, efficacement, et honnêtement aider la Syrie, devrait se concentrer sur les moyens susceptibles d’arrêter le trafic de combattants armés et d’argent à travers ses frontières. Ceci est un message à tous ceux qui travaillent de l’extérieur, pour qu’ils sachent sur quoi réfléchir. Nous ne souhaitons pas qu’on vienne en Syrie pour nous dire comment mener notre opération politique… Un pays millénaire sait gérer ses affaires.

4. Si nous acceptons des initiatives étrangères, cela ne signifie absolument pas que nous acceptons une interprétation incompatible avec notre vision. Nous n’acceptons aucune interprétation qui ne sert les intérêts syriens. Ce qui m’amène à parler de « l’Initiative de Genève », approuvée mais comportant un article obscur, celui relatif au « gouvernement de transition ». Cet article n’est évidemment pas clair pour la simple raison que lorsque nous parlons de transition, il faudrait savoir répondre à la question : transiter d’où vers où ? Transiter de quoi vers quoi ? Serait-ce par exemple : Transiter d’un pays indépendant vers un pays occupé ? Ou alors, transiter d’un pays doté d’un État vers un pays sans État où règne le chaos ?  Finalement, devrions-nous nous passer de notre pouvoir de décider, pour le confier aux bons soins des étrangers ?

Bien sûr, nos adversaires voudraient voir ces trois dernières transitions réunies. Pour nous, les conditions actuelles font qu’un tel flou nous ferait transiter de la stabilité vers l’instabilité. Toute autre interprétation ne nous concerne pas. Ceci dit, dans les conditions normales, une transition suppose d’aller du moins bien vers le mieux et se fait dans le cadre de la Constitution… C’est ce que nous faisons et en ce qui nous concerne, nos idées sont notre « période transitionnelle » à nous !

5. À chaque fois que nous avons accepté une initiative, nous avons considéré qu’elle respectait la souveraineté et la décision du peuple car, effectivement, toutes celles avec lesquelles nous avons eu à faire contenaient ces deux principes en préambule. Ainsi, les points sur lesquelles s’accorde l’intérieur ou l’extérieur doivent être de la décision du peuple syrien. Même la « Charte nationale » issue de la «  Conférence du dialogue national » ne passera pas sans référendum. Il devrait y avoir consultation référendaire pour tous les problèmes, surtout en ces circonstances difficiles. Nous l’avons dit à tous ceux que nous avons rencontrés. Toute idée ou sujet qui nous vient de l’intérieur ou de l’extérieur doit être soumise à référendum, et non seulement approuvée par le président, le gouvernement, le dialogue, ou autres. Cela nous garantirait de n’agir qu’avec l’approbation du peuple et dans l’intérêt de la patrie. Si nous tenons compte de ce principe clair et simple à la fois, alors tous ceux qui vont et viennent en Syrie sauront que la Syrie accepte le conseil et refuse le diktat, accepte l’aide et refuse la tyrannie.

Par conséquent, tout ce que vous avez entendu ou entendrez comme idées, opinions, initiatives et déclarations par des médias ou des responsables, ne nous intéresse pas tant qu’ils continueront à user de leur « terminologie printanière », d’ailleurs comparable à des bulles de savon qui finissent par éclater… Toutes les explications sur n’importe quel sujet qui ne tiennent pas compte de la souveraineté de la Syrie, restent du domaine des chimères. Ils peuvent toujours rêver et déambuler dans leur monde imaginaire, mais ils ne peuvent nous amener à vivre dans leur monde. Nous ne prendrons aucune initiative, nous ne déciderons d’aucune action, qui ne seraient fondées sur la réalité syrienne et la volonté du peuple.

Mes sœurs et mes frères, la patrie est indépassable, la Syrie est indépassable, c’est par l’initiative que nous la fortifions, c’est pour chaque grain de sa terre que nous la défendons. Le Syrien respire la tolérance et l’indulgence, mais la dignité nationale coule dans ses veines, si bien que la grande majorité des Syriens se sont dressés contre le terrorisme. Il y a ceux qui ont travaillé à fournir de précieux renseignements aux autorités compétentes, leur permettant de contrecarrer des opérations terroristes prévues contre les citoyens… Il y a ceux qui ont refusé de les accueillir et qui leur ont tenu tête, au risque de leur vie… Il y a ceux qui se sont battus au coude à coude avec nos forces armées pour défendre les villes, les quartiers et les infrastructures. Les exemples sont pléthores… Celui qui me vient à l’esprit s’est passé à l’extrême nord syrien dans le gouvernorat d’Hassaké et à Ras el-Ein plus précisément. Les jeunes de ce petit village l’ont défendu pendant plusieurs jours contre les attaques répétées de terroristes venus par la frontière turque toute proche, avant de finir par les vaincre. Je les salue. D’autres se sont impliqués dans des initiatives de réconciliation au niveau local et national, coupant ainsi la route aux terroristes et empêchant l’escalade des violences par le dialogue et l’esprit de solidarité.

Ces citoyens ont témoigné d’une conscience profonde, à savoir que la sécurité souhaitée ne passe ni pas par la neutralité et l’attentisme, ni par la fuite en avant, ni par la soumission servile devant l’étranger. Lorsque notre patrie va mal, nous tous allons mal. La patrie n’appartient pas seulement à ceux qui l’habitent, mais à ceux qui la défendent. La patrie n’appartient pas à ceux qui ont grandi sous son ombre et profité de ses bienfaits pour disparaitre quand elle appelle. La patrie appartient à tous ceux qui ont répondu à son appel… même à ceux qui ont failli dans de nombreuses circonstances, mais qui se sont ressaisis quand elle a été durement frappée et, quelle que soit leur appartenance, se sont levés avec tous les autres disant : le moment de l’offrande est arrivé. Ils ont alors donné sans compter.

Certains sont tombés sur le champ d’honneur.  C’est leur sang qui a démasqué le « faux printemps » et sauvé le peuple des « supercheries » destinées, dès le début des événements, à le frapper du pire. C’est leur sang qui a vaincu ce que l’Occident a faussement qualifié de printemps, mais qui a brûlé de son feu haineux et aveugle tout ce qu’il a pu atteindre par son sectarisme odieux et sa volonté d’une partition détestable. Ce ne fut que le printemps de ceux qui l’ont planifié et ont tenté de l’exécuter. Mais le voilà qui échoue, et que c’est justement le sang de ses martyrs qui a protégé et qui continuera de protéger la patrie et la région. C’est ce sang versé qui préservera l’intégrité de notre territoire, consacrera notre union dans la diversité, purifiera nos sociétés de la traitrise et de la trahison, et empêchera la décadence morale et humaine de notre civilisation pour les siècles et les générations futures. Telle est la plus importante et la plus puissante des victoires de la patrie, laquelle n’oubliera pas ceux qui se sont sacrifiés pour sa victoire. C’est parce que la patrie est un droit qu’elle restituera à chacun ce qui lui revient de droit.

Je rends hommage aux hommes les plus méritants des amis du droit, les hommes de l’Armée arabe syrienne. J’adresse mes salutations à nos courageux officiers et soldats qui par la sueur et le sang donnent sans compter pour la Syrie, priorité de toutes leurs priorités. J’adresse mes salutations à nos forces armées qui combattent la plus féroce des guerres, déterminées à éradiquer jusqu’au dernier des terroristes pour  rétablir la paix et la sécurité à toute la patrie et à tous ces citoyens. Mais, nos forces armées qui se sont illustrées par leur ténacité, leur cohésion et leur patriotisme ne sont que le reflet de la ténacité et de l’unité de notre peuple ; elles ont veillé pour conserver sa sécurité et sa dignité ; il les a soutenu tout autant. Alors, gloire à chaque soldat tombé pour défendre le sol de la patrie, et gloire à chaque soldat qui reprendra les armes d’un soldat tombé pour accomplir ce qu’il n’a pu terminer.

Et, sincères salutations à chaque citoyen qui, à sa manière et selon ses moyens, a fait son devoir en soutenant nos forces armées. Ceux-là sont la fierté et la dignité de la Syrie. L’Histoire retiendra leurs noms en lettres de lumière et de feu, car ce sont eux  qui l’écrivent avec  leur sang et leur courage. Ils sont et resteront les équivalents de notre Armée et les Défenseurs de notre patrie, au côté des « Houmatal’dyari ».

Mes sœurs et mes frères… je sais comme vous savez que ce que le pays traverse est difficile et douloureux. Je partage les sentiments d’une majorité du peuple syrien confronté à la perte d’êtres chers, car la haine a touché tout le monde et les cercueils des martyrs innocents ont endeuillé de nombreux foyers, dont le mien, parce que je fais partie de ce peuple et que j’en ferai toujours partie ; les postes étant éphémères, mais la patrie éternelle ! Quant aux larmes des mères affligées par la perte de leurs enfants innocents, elles se verseront pour la paix de leurs âmes immortelles, mais se déverseront en une véritable damnation sur les criminels assassins qui ont volé le sourire de nos enfants, avant de tenter de voler leur avenir dans un pays fort, paisible et stable.

La Syrie restera telle vous l’avez connue et, si Dieu le veut, elle reviendra plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Il ne faut donc pas renoncer à nos principes. Ceux qui ont parié sur l’affaiblissement de la Syrie pour qu’elle oublie son Golan et ses territoires occupés sont dans l’illusion. Car le Golan est à nous, et la cause palestinienne est et restera la nôtre ; cette Palestine pour laquelle nous avons donné le meilleur de nous- mêmes… du sang et des martyrs !

Nous continuerons à soutenir la Résistance contre la coalition de ses ennemis. Car, la résistance est « la voie », non les individus. La résistance est état d’esprit et pratique, non concessions et opportunisme. Et le peuple et l’Etat qui, pendant des décennies, ont assumé la lourde charge de leur soutien à la juste cause du peuple palestinien, en dépit de toute sorte de défis, de pressions, de menaces, et du prix élevé payé par chaque citoyen syrien, ne peuvent modifier leur position à l’égard de leurs frères palestiniens, et pour quelles que raisons que ce soient !

Ainsi, la tentative poussant à compromettre les Palestiniens dans les événements syriens n’a qu’un seul but, celui de ne plus orienter la boussole vers le véritable ennemi. Toutes ces tentatives sont vouées à l’échec avant même de commencer. Le Palestinien en Syrie fait son devoir envers sa seconde patrie comme tout Syrien. Et nous, État et peuple syriens, assumons la responsabilité de faire notre devoir à l’égard des Palestiniens, comme nous le ferions pour tout Syrien. Je rends hommage à tous les nobles palestiniens qui ont respecté notre pacte, ont pris acte de nos prises de position avec toute la compréhension nécessaire, ont fraternisé avec leurs frères syriens par le sang et le destin sans jamais considérer la Syrie comme un hôtel de loisirs qu’on quitterait au gré des circonstances !

Mes sœurs et mes frères, malgré tout ce qui a été planifié contre la Syrie et tout ce que nous avons subi de la part des proches avant les moins proches, ils ne réussiront pas à modifier ce qui nous habite de fort, de solide et d’inébranlable lorsqu’il s’agit du patriotisme qui coule dans nos veines… lorsqu’il s’agit de la Syrie, plus précieuse que tout le reste. La résistance, dont vous avez fait preuve depuis près de deux années face à tout ce qui nous est arrivé, dit au Monde que la Syrie est réfractaire à l’effondrement, que son peuple est récalcitrant à la soumission et à l’humiliation, et que la résistance et la relève du défi sont ancrées dans le corps syrien. Nous en héritons génération après génération. Nous avons toujours été ainsi et le resterons. Main dans la main, et en dépit de nos blessures, nous emmènerons et marcherons avec la Syrie vers un meilleur et plus bel avenir… Nous emmènerons et marcherons avec la Syrie… Nous irons de l’avant sans nous laisser intimider par leurs armements, ni nous laisser terroriser par leur haine, parce que nous sommes du côté du juste et que Dieu est toujours et à jamais avec la Justice !

Je vous remercie.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

06/01/2013

الخطاب الكامل للسيد الرئيس بشار الأسد 6 1 2013

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=LiBNS4dyy80

 

Transcription et traduction : Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Le discours a également été publié en français sur le site de Sana : “ Le président al-Assad lance une solution politique de la crise en Syrie.  Le président syrien affirme que la Syrie redeviendra plus forte et ne concédera jamais ni principes ni droits ”

http://www.sana-syria.com/fra/

Notes :

” N’est Sourd Que Celui Qui Ne Veut Pas Entendre !”

http://www.liberation.fr/monde/2013/01/07/la-france-denonce-le-deni-de-realite-de-bachar-al-assad_872119

http://www.liberation.fr/monde/2013/01/06/bachar-al-assad-prend-la-parole-mais-reste-sourd_872046

 

 

Voir également le reportage suivant :


Bachar al-Assad dénonce les “ennemis” de la Syrie par BFMTV

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La ministre vénézuélienne des Services pénitentiaires, Iris Varela, a annoncé sur son compte Twitter l’expulsion d’un ressortissant français connu sous le nom de Frédéric Laurent Bouquet, le 29 décembre 2012.

M. Bouquet (photo) avait été arrêté à Caracas, le 18 juin 2009, avec trois ressortissants dominicains, en possession d’un arsenal. La police scientifique avait saisi dans l’appartement qu’il avait acquis 500 grammes d’explosifs C4, 14 fusils d’assaut dont 5 avec visée télescopique, 5 avec visée laser, et 1 avec silencieux, des câbles spéciaux, 11 détonateurs électroniques, 19 721 cartouches de différents calibres, 3 mitraillettes, 4 pistolets de différents calibres, 11 équipements radio, 3 talkies walkies et une base radio, 5 fusils de chasse calibre 12, 2 gilets pare-balles, 7 uniformes militaires, 8 grenades, 1 masque à gaz, 1 couteau de combat et 9 bouteilles de poudre à canon.

Durant son procès, M. Bouquet a admis avoir été formé en Israël et être un agent des services secrets militaires français (DGSE). Il a reconnu préparer un attentat pour assassiner le président constitutionnel Hugo Chavez.

M. Bouquet avait été condamné à 4 ans de prison ferme pour « détention illégale d’armes ». Il a purgé sa peine. Il a été extrait de sa cellule par ordonnance N° 096-12 du premier juge Yulismar Jaime, puis a été expulsé pour « atteinte à la sécurité nationale », en vertu de l’article 39 alinéa 4 de la Loi sur les migrations et les étrangers.

Les autorités vénézuéliennes s’étaient jusqu’à présent abstenues de communiquer sur ce sujet. Les faits ont été confirmés par le porte-parole du quai d’Orsay, Philippe Lalliot. L’ambassade de France à Caracas a décliné tout commentaire.

De notre enquête nous pouvons conclure : (1) le président Nicolas Sarkozy a commandité l’assassinat de son homologue Hugo Chavez (2) l’opération fut un fiasco (3) la France a accordé des compensations substantielles pour étouffer cette affaire durant le mandat de M. Sarkozy.

Voltaire, le 1er janvier 2013.

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Israël-Iran: La Guerre asymétrique (1/4)

janvier 6th, 2013 by René Naba

Paris – Le délai de latence observé par les Etats-Unis à l’égard de l’Iran, en raison de la campagne présidentielle américaine et de la vacance du pouvoir en Arabie saoudite pour cause de maladie du Roi et de son ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Faysal, prend fin avec la reconduction du mandat de Barack Obama et son discours sur l’Etat de l’Union le 21 janvier 2013, déblayant ainsi la voie à une possible épreuve de force entre le duo israélo américain et la République islamique iranienne.
Papier co-publié avec Golias Magazine numéros de Janvier 20132 et Février 2013.

La première confrontation entre l’Etat hébreu et un état musulman non arabe.

Une guerre entre Israël et l’Iran constituerait la première confrontation entre l’Etat hébreu et un pays non arabe, depuis l’auto proclamation de son indépendance, en 1948, il y a 64 ans.

Premier conflit armé entre Israël et un état musulman non arabe, la guerre Israël-Iran tendrait à étendre les hostilités vers la zone inflammable des pétromonarchies du golfe arabo persique, bien au-delà de la zone traditionnelle du champ de bataille constitué par les pays bordant le bassin historique de la Palestine du mandat britannique (Egypte, Jordanie, Liban, Syrie et Palestine).

Si elle devait avoir lieu, elle traduirait un retournement stratégique de tendance, mettant aux prises, à fronts renversés, les deux anciens alliés de la guerre froide, l’Iran et Israël, et placerait en délicate posture l’Islam atlantiste, les régimes néo-islamistes du «printemps arabes», l’Egypte, La Tunisie et la Libye, de même que la Turquie et leurs alliés pétro monarchiques pro américains, comme en a témoigné la dernière opération israélienne contre Gaza, en novembre 2012.
Dans la période post indépendance des pays arabes, dans la foulée de la fin de la IIme Guerre mondiale (1939-1945), l’Iran impériale et Israël avaient noué, de concert avec la Turquie, deuxième pays musulman non arabe du Moyen Orient, une alliance de revers en vue de prendre en tenaille le Monde arabe et brider ses pulsions nationalistes, particulièrement sur la question palestinienne.

La rupture de l’alliance stratégique israélo-iranienne est intervenue à la chute de la dynastie Pahlévi, en Février 1979, et la signature un mois plus tard du Traité de paix de Washington entre Israël et l’Egypte, le 25 mars 1979, entraînant la neutralisation militaire de l’Egypte et son exfiltration du champ de bataille, parallèlement à la promotion concomitante de l’Iran Khomeyniste au rang de porte étendard de la cause palestinienne.

Un deuxième infléchissement des termes du conflit israélo-arabe est survenu lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), qui a constitué la première alliance militaire objective entre Israël, l’Egypte et les pétromonarchies arabes, en superposition à la première guerre Nord-sud par la réalisation de l’Union sacrée des consommateurs de pétrole contre l’un de leurs principaux fournisseurs du sud, en l’occurrence l’Irak de Saddam Hussein. Un exploit financé de surcroît, faut-il le souligner, avec les deniers arabes.

L’accession de l’Iran au rang de «puissance du seuil nucléaire», en dépit d’un embargo de trente ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par Irak interposé, a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud, qui ont vu dans cet exploit technologique incontestable la preuve parfaite d’une politique d’indépendance, en ce qu’elle a débouché sur la possibilité pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire en même temps que de maintenir son rôle de fer de lance de la révolution islamique.
Dans une zone de soumission à l’ordre israélo américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003.

Le primat d’Israël

Le primat d’Israël conditionne le récit médiatique occidental et obère la crédibilité de sa démarche, en ce qu’elle révèle une distorsion de comportement des pays occidentaux face aux puissances nucléaires. Les Etats-Unis et l´Union européenne contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde (1).

Unique puissance nucléaire du Moyen-Orient, Israël a ainsi constamment bénéficié de la coopération active des États occidentaux, membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne), pour se doter de l‘arme atomique, bien que non adhérent au Traité de Non-Prolifération. Il en est de même de l’Inde et du Pakistan, deux puissances nucléaires asiatiques antagonistes, qui bénéficient néanmoins d’une forte coopération nucléaire de la part des États-Unis et de la France en dépit de leur non ratification du traité de non-prolifération nucléaire.

L’argumentaire occidental gagnerait donc en crédit si la même rigueur juridique était observée à l’égard de tous les autres protagonistes du dossier nucléaire, au point que la Chine et la Russie, les principaux alliés de l’Iran, se sont dotées d’une structure de contestation du leadership occidental à travers l’organisation de coopération dite «le groupe de Shanghai», pour en faire une OPEP nucléaire regroupant les anciens chefs de file du camp marxiste (Chine et Russie), ainsi que les Républiques musulmanes d’Asie centrale, avec l’Iran en tant qu’observateur.

L’Iran apparaît ainsi du fait de la pression israélienne, relayée par ses alliés européens notamment la France, comme une épreuve militaire et diplomatique d‘importance. Mais la focalisation du débat sur le nucléaire iranien pourrait contrarier l’approche binaire de la diplomatie américaine, visant la promotion d’un règlement négocié du conflit israélo-palestinien parallèlement à une neutralisation de l’Iran, à défaut d’une normalisation des relations irano américaines, en vue de se dégager du bourbier afghan.

La croisade israélienne contre l’Iran est double: écarter une éventuelle menace iranienne et se soustraire à ses engagements internationaux concernant le règlement de la question palestinienne. Comparable par son intensité à la campagne de mobilisation contre l’Irak, cette offensive militaro médiatique israélienne, en reléguant au second plan le règlement du conflit israélo-palestinien, viserait, d’une manière sous-jacente, à acclimater l’opinion internationale au fait accompli de l’annexion de la Palestine, à l’effet de restaurer le prestige israélien terni par ses échecs répétés tant contre le Liban, en 2006, que contre l’enclave palestinienne de Gaza en 2008-2009 et en 2012.

L’Iran, par effet d’aubaine, a acquis une stature de puissance régionale du fait de la politique erratique des États-Unis tant en Afghanistan qu’en Irak, où ses rivaux idéologiques, les radicaux taliban sunnites et le laïc baasiste irakien Saddam Hussein ont été éliminés par leur ancien protecteur américain. Il entend se faire reconnaître la place qu’il estime sienne dans le concert régional, qui était en fait sienne, dans la décennie 1970, lorsque les Américains avaient confié au Chah d’Iran un rôle de «super gendarme» dans le Golfe, en proie alors à la rébellion communiste du Dhofar (Sultanat d’Oman) et à la contestation nationaliste du «Front de Libération Nationale de la Péninsule Arabique» tant en Arabie saoudite qu’au Yémen que dans les Émirats pétroliers.

Dans cet esprit, l’Iran a réaffirmé son droit inaliénable au nucléaire et proposé une négociation globale avec le groupe de contact portant sur tous les aspects du contentieux qui l’oppose avec les pays occidentaux depuis trente-cinq ans, tant l’embargo qui frappe la République islamique, que les avoirs iraniens bloqués aux Etats-Unis, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, que le rôle régional de l’Iran, la coopération sécuritaire en Irak et en Afghanistan.

René Naba

drone

Israël-Iran: Une guerre électronique par sabotage informatiqueLa Guerre asymétrique (2/4), 15 janvier 2013

Iran-Israel

Iran Israël: La Guerre asymétrique 3/4, Au-delà du nucléaire, une expédition punitive sur fond de compétition, énergétique, le 28 janvier 2013.

Article guerre 4 Naba

Iran Israël: La guerre asymétrique 4/4Le Hezbollah et la crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie., 31 janvier 2013

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Les nouveaux tyrans du peuple tunisien : la persistance du chaos

janvier 6th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«Ô tyran oppresseur… Ami de la nuit, ennemi de la vie… Tu t’es moqué d’un peuple impuissant Alors que ta main est maculée de son sang.»

Abou el Kassem Echebbi

Le poème d’Abou el Kassem Echebbi écrit en plein protectorat français de Tunisie est tout à fait d’actualité, il décrit le calvaire du peuple tunisien qui peine à trouver sa voie. Pour rappel, le poète est connu pour avoir traité des thèmes comme la liberté et la résistance, notamment dans son fameux « Ela Toghat Al Alaam » qui s’adresse «aux tyrans du monde». Le peuple tunisien vit une épreuve dont il faut espérer qu’il en sorte.

Deux ans après, la situation est faite de haut et de bas, entre la lutte pour le pouvoir des «laïcs» et le double langage d’Ennahda, le citoyen souffre et il souffre d’autant plus que la situation économique est loin d’être bonne. L’insécurité devient structurelle. On croit revivre la situation de l’Algérie il y a vingt ans. Une opération des forces de sécurité contre les extrémistes s’est soldée par le décès d’une dame (l’épouse d’un djihadiste), d’un soldat des forces de sécurité et l’arrestation de quatre recherchés; l’un d’eux a été grièvement blessé. Des armes et des munitions ont été saisies.

Mustapha Stambouli décrit une situation de chaos où l’Etat est absent et où Ennahda joue un double jeu: «Une série noire (attaque de Nidaa Tounès à Djerba, assassinat de Lotfi Nakdh, agression envers des syndicalistes, etc.) plonge le pays dans l’inquiétude, le désarroi et la crainte pour la République. Les bandits agissent en toute impunité. La police nationale est-elle vraiment dépassée par les événements ou contrainte à ne pas réagir? Ne pas réagir maintenant, c’est accepter toutes les dérives fascistes et dictatoriales, car le fascisme, c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève… Pourquoi la police est-elle si amorphe aujourd’hui? » (1)

« Pourtant poursuit-il, ces bandits sont bien connus de ses services et de nombreux citoyens dans les quartiers. (…) Les attaques se multiplient dangereusement à travers le pays et prennent des formes diverses: agressions verbales en direction des femmes, rituels de prière en pleine rue, agressions physiques à l’encontre des adversaires politiques, mariage orfi, occupation tapageuse des espaces publics, humiliation du drapeau national et des personnalités politiques. Le silence mortel du pouvoir et surtout des dirigeants d’Ennahda face à ces dépassements insupportables et inacceptables, leur double discours, encouragent les abus et les crimes de ces hors-la-loi» (1)

La  délicate situation économique: de l’eau au moulin de la fitna

L’un des éléments catalyseurs de la dégradation politique est la situation économique qui est du pain bénit pour créer du désordre et imposer un nouvel ordre. Dans une publication de l’agence chinoise nous lisons: «Malgré des indicateurs officiels revus à la hausse sur la majorité des secteurs d’activité durant les 10 premiers mois, l’exercice économique 2012 en Tunisie reste encore au-dessous des réalisations de 2010 (…) Selon M. Abdennabi, la Tunisie a entamé l’année 2012 «dans une situation difficile, puisque le bilan faisait état d’une perte d’environ 100.000 emplois face à l’existence de 80.000 nouveaux diplômés et un total de 800.000 chômeurs, sans oublier un taux de croissance négatif de 0,2%». (…) Des chiffres officiels publiés dans la presse dévoilent un bilan de plus de 1 500 grèves qui ont été observées légalement sous l’égide de l’Ugtt durant les 10 premiers mois de 2012. Un nombre qui reste élevé malgré qu’il ait dépassé les 2300 en 2011.(2)

Malgré une image «négative», le tourisme tunisien a su enregistrer des performances par rapport à 2011, mais reste encore au-delà des chiffres de 2010. Les dernières statistiques émanant du ministère du Tourisme indiquent que les recettes touristiques réalisées, du 1er janvier au 20 août 2012, se sont améliorées de 35,3% par rapport à la même période de 2011, rapporte une dépêche TAP. Depuis le début de l’année, jusqu’au 20 août 2012, la Tunisie a accueilli près de 3,681 millions de touristes de différentes nationalités contre 2,771 millions en 2011 et 4,539 millions en 2010. Le mouvement des touristes issus du Maghreb arabe et de l’Amérique du Nord, est à la hausse, atteignant respectivement, cette année, 1,621 million de touristes (contre 1, 24 million en 2011) et 19.779 touristes (contre 13.507 en 2011). (3)

En dépit d’une situation sécuritaire qualifiée de fragile depuis la révolution dite du Jasmin, pas moins de 100.000 Algériens continuent de prendre la destination de la Tunisie pour y passer les fêtes de fin d’année. Antoine Lerougetel dénonce pour sa part, à la fois la répression policière et le rôle ambigu de la centrale syndicale l’Ugtt qui est d’accord pour la mise en place d’un néolibéralisme sauvage. Nous lisons: «Après quatre jours de répression policière des manifestations contre l’abandon des programmes contre la pauvreté et le chômage à Siliana, le président tunisien Moncef Marzouki, dans sa déclaration télévisée, a exigé la constitution d’un nouveau gouvernement restreint de «compétences» et se transforment en une nouvelle lutte révolutionnaire contre son gouvernement.(…) L’intérieur du pays souffre d’un sous-développement chronique et connaît un mécontentement croissant face à l’incapacité du gouvernement à rehausser le niveau de vie ».

Pour Antoine Lerougetel, l’UGTT roule pour le nouveau système : « Le taux de chômage écrit-il, dépasse les 18% (…) L’Ugtt est un outil de longue date du régime capitaliste en Tunisie. Le gouvernement Ennahda, tout comme le gouvernement des Frères musulmans du président Mohamed Morsi en Egypte, collabore étroitement avec les puissances américaine et européenne pour étouffer et écraser les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière.(…) Les responsables de l’Ugtt travaillent maintenant de concert avec Ennahda pour contrôler la classe ouvrière. Une réunion, qui s’est tenue le 19 novembre à Bruxelles entre des responsables tunisiens et de l’UE, a établi un partenariat économique ayant pour «obligation de respecter les principes de l’économie de marché, et le libre-échange» ainsi que «la mondialisation de l’économie». (…) Sur cette base, la Banque mondiale a approuvé le 27 novembre un prêt de 500 millions de dollars à la Tunisie pour le financement de réformes économiques».(4)

La réalité des révolutions saisonnières arabes

Dans une contribution précédente, j’avais indiqué comment une espérance de peuples qui luttent pour la liberté et une dignité sociale, est dans chaque pays arabe laboratoire instrumentalisé pour servir les intérêts d’un agenda d’un nouvel ordre où les peuples deviennent des variables d’ajustement. La dénomination de «Printemps arabe» de l’Atlantique au Golfe, est, en soi, une allégeance et une soumission intellectuelle à la doxa occidentale qui, la première, a décidé d’appeler ainsi ces mouvements. Une nouvelle page de l’histoire est en train de s’écrire dit-on dans le Monde arabe. La thèse occidentale de Gilles Kepel, et de tant d’autres est que le «Printemps arabe a surpris tout le monde». Tous sauf ceux qui étaient au courant, pourrions-nous dire! Des événements qu’ils ont commandités mais dont ils se félicitent que ces révoltes ne soient pas connotées par l’Islam. Pour eux, le soubassement de ces révoltes parfumées n’a pas les fondements classiques imputables à un hypothétique choc des civilisations. Tout ceci est bien beau, mais il est quand même étonnant pour l’auteur de fixer le début des révoltes du Printemps arabe à une immolation qui aurait pu passer inaperçue n’étaient les médias occidentaux qui en ont décidé autrement.» (5)

«Si nous n’inscrivons pas toutes ces indignations de la jeunesse arabe dans un «agenda occidental» nous n’avons rien compris au mouvement du monde. Le ras-le-bol arabe n’a pas commencé en décembre 2010 mais en octobre 1988 en Algérie. Le tribut fut très lourd. La jeunesse algérienne a été la première, triste privilège, à mourir pour s’être battue pour la démocratie, la liberté. Sauf que ça n’intéressait personne. L’Algérie a payé le prix de la démocratie avec une décennie rouge et dit-on 200.000 morts, 10.000 disparus et 30 milliards de dollars de dégâts, sans compter les traumatismes que nous allons encore traîner pendant longtemps. Il a fallu attendre l’après-11 septembre 2001 pour que la voix de l’Algérie soit audible concernant le terrorisme.» (5)

Comme par hasard, les monarchies arabes, dociles aux Etats-Unis et à Israël, ont survécu à la «tempête du Printemps arabe». Cependant, à Bahreïn, au Yémen, silence on tue, mais là l’Empire ne bouge pas donc, les vassaux européens regardent ailleurs. Nous aurions voulu que l’on démonte la mécanique de ces révoltes pour y voir une manipulation de grande ampleur et la «spontanéité» des révoltes est un paramètre qui a été mis en équation pour susciter le chaos pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Tout le monde se souvient des bloggeurs qui ont catalysé les révoltes en Egypte, en Syrie… On le voit, ce qui a perdu les anciens potentats arabes, c’est le lâchage de l’Occident mis en musique par Internet et un projet mûrement réfléchi qui a travaillé sur un terreau favorable, une masse arabe toujours prête à l’émeute, constamment en posture pré-insurrectionnelle au vu de la hogra, le déni de justice, les passe-droits, la corruption institutionnalisée. Le chaos en Irak, en Afghanistan ne gêne pas la curée sur les matières premières et le pétrole. Les Afghans, les Irakiens, et de plus en plus les Libyens, peuvent se démolir à qui mieux mieux, cela ne gênera pas l’écoulement du pétrole.» (5)

«On attribue à Machiavel la sentence suivante: «Le meilleur moyen de contrer une révolution c’est de la faire soi-même.» Ceci s’applique croyons-nous comme un gant, à ce qui se déroule sous nos yeux. En un mot, tout est programmé pour se dérouler ainsi. Il suffit de lire, mais le veut-on? L’ouvrage de Gene Sharp qui décrit par le menu comment faire une révolution non violente et la réussir… Nous y trouverons tous les symptômes constatés dans les révoltes légitimes tunisiennes et égyptiennes, libyennes et qui, rapidement, ont été «prises en charge». Dans cet ouvrage, Gene Sharp décrit les 198 méthodes d’actions non violentes susceptibles d’être utilisées dans les conflits en vue de renverser les régimes en place. Parmi elles, notons la fraternisation avec les forces de l’ordre, les défilés, les funérailles massives en signe de protestation, les messages électroniques de masse, les supports audiovisuels, les actes de prière et les cérémonies religieuses, l’implication dans le nettoyage des places publiques et des endroits qui ont été la scène de manifestations, l’utilisation de slogans forts (comme le «Dégage» ou «Irhal»), des logos (comme le poing fermé), des posters avec les photographies des personnes décédées lors des manifestations et une certaine maîtrise de l’organisation logistique: «Cette brillante application des théories de Gene Sharp fut suivie par d’autres succès retentissants: Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizistan (2005).» (5)

Le double jeu d’Ennahda

Il y a deux ans, juste après l’avènement de la révolution du Jasmin nous écrivions: «Le peuple tunisien nous donne en ce moment même la plus belle leçon de l’Histoire du Maghreb postcolonial. Ce peuple longtemps étouffé et terrorisé cependant ne veut plus se laisser faire. La jeunesse des quartiers populaires, qui voit tous les horizons se boucher devant elle. Il n’accepte plus ces règles du jeu iniques où les gagnants sont toujours les mêmes. On se souvient que Bourguiba était fasciné par Ataturc au point, dit-on que même le drapeau tunisien présente des similitudes avec le drapeau turc. Il semble que les Turcs ne veulent pas de cette proximité. «Recep Tayyip Erdogan n’a jamais apprécié la comparaison des idées du Parti de Rached Ghannouchi aux siennes. (…) Lors de la visite du Premier ministre turc Erdogan en Tunisie, il n’hésita pas à éviter de serrer la main à Rached Ghanouchi qui l’attendait à l’aéroport de Tunis. (…)» (6) (7)

Cependant, on s’aperçoit que le parti Ennahda n’est pas si orthodoxe dans ses méthodes. Il semble qu’il a fait appel à des financements étrangers. «Dans tout cet imbroglio, on apprend qu’Israël est le premier mécène du Parti Ennahda. On peut s’interroger sur la raison d’un tel pacte. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a fait un don de 12 millions d’euros à Rached Ghannouchi par l’intermédiaire de la Banque Rothschild. (…) Les États-Unis d’Amérique sont le deuxième généreux donateur au Parti Ennahda avec 5 millions d’euros versés aux extrémistes. (…) Mais à quoi jouent les Américains? Financer leur probable futur ennemi? La stratégie américaine est de constituer un Grand-Orient intégriste partant d’Alger pour aller jusqu’au Pakistan permettant ainsi aux États-Unis de piller plus facilement les ressources en phosphore tunisiennes comme les ressources pétrolifères de Libye ou du Bahreïn.» (6) (7)

On dit que le pouvoir est maintenant conscient du danger salafiste djihadiste et a rompu avec les thèses de Rached Ghanouchi qui, longtemps, ont minimisé ce danger. «Les salafistes sont nos enfants, ils annoncent une nouvelle culture», a souvent répété le leader d’Ennahda. Enfin, ce qui ne gâte rien des affaires de corruption au sommet de l’Etat: la Tunisie, lit-on sur le site Médiapart, qui entre dans la cour des grands a aussi ses scandales en gates! La personne présumée coupable du fameux Shertongate n’est autre que le ministre des Affaires étrangères, par ailleurs gendre du gourou islamiste, Rached Ghanouchi. Passons sur l’affaire à la DSK révélée et reprise en boucle par tous les médias, qui ne nous intéresse pas trop ici, et posons-nous plutôt des questions sur un «don» de un million de dollars de la Chine qui aurait atterri sur son compte personnel.» (8)

Assurément le peuple tunisien est tiraillé entre deux projets de sociétés aux antipodes l’un de l’autre. De plus et pour son malheur les hommes politiques qui le dirigent puissent plus à se maintenir au pouvoir qu’à réellement donner  une perspective de sortie à ce peuple harassé et qui ne demande qu’à vivre dans la dignité . Il faut espérer que le peuple tunisien  s’en sorte. Pour cela, en tant qu’Algériens, nous avons un devoir de solidarité au-delà du tourisme. La stabilité de la Tunisie contribuera certainement à l’avènement de la paix dans notre région. La coopération multidimensionnelle devrait, de mon point de vue, dépasser les simples relations commerciales et s’inscrire dans la conviction d’un destin commun toute chose que nous aurions souhaitée à l’époque de la part de nos frères maghrébins.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz
1. http://www.legrandsoir.info/tunisie-pour-un-front-anti-fasciste-faf-pour-defendre-la-republique.html

2. http://french.news.cn/afrique/2012-12/10/c_132031402.htm

3. http://www.tunisie.fr/2012/09/03/bilan-2012-de-la-saison-touristique-en-tunisie/

4. Antoine Lerougetel 05 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca/tunisie-opposition-de-masse-a-la-repression-des-manifestations-contre-la-pauvrete/5314318

5. http://french.irib.ir/analyses/item/222966-proche-orient-la-r%C3%A9alit%C3%A9-du printemps-arabe,-par-chems-eddine-chitour?tmpl=component&print=1
6. http://www.mondialisation.ca/pitre-l-occident-plaidoyer-pour-la-non-ing-rence-en-tunisie/27345?print=1

7. http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/qu-est-ce-que-le-ennahdha-102907

8. http://blogs.mediapart.fr/blog/mediterraneenne/010113/sheraton-gate-en-tunisie

 

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Pour qui sonne le glas en Syrie ?

janvier 4th, 2013 by Pepe Escobar

De la même manière que je relis de temps en temps mes passages préférés d’Hemingway, ces derniers temps j’ai re-visionné quelques images du souk d’Alep – le plus extraordinaire de tous les souks du Moyen-Orient – que j’ai tournées il y a des années. C’est comme si on m’avait tiré dans le dos ; j’adorais autant son architecture que ses gens et ses commerçants. Il y a des semaines, la majeure partie de ce souk – le poumon d’Alep pendant des siècles – a été incendiée et détruite par les « rebelles » de la soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL).

Dans cette tragédie syrienne, il n’y a pas de jeune héro comme dans Hemingway, pas de Robert Jordan dans les Brigades Internationales qui combattaient aux côtés des guérilléros républicains contre les fascistes durant la Guerre Civile espagnole. Dans la guerre civile syrienne, les brigades internationales sont essentiellement constituées de mercenaires salafistes-djihadistes, adeptes de la décapitation et des attentats-suicides à la voiture piégée. Et les (quelques) jeunes Américains sur place sont essentiellement des agents high-tech dans une partie jouée par le club rapace OTANCCG (l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et ses marionnettes arabes du Conseil de Coopération du Golf).

La tragédie continue. L’Etat syrien et son appareil politique et de sécurité militaire maintiendront leurs minis blitzkriegs – sans le moindre état d’âme pour les « dommages collatéraux ». Dans le camp opposé, les chefs « rebelles » parieront sur un nouveau Conseil Militaire Suprême encouragé par les Saoudiens et les Qataris.

Les Salafistes et les Salafistes-Djihadistes du Front al-Nousra – des fanatiques du VIIe siècle, fervents de la décapitation et des attentats suicides, qui effectuent l’essentiel des combats – n’étaient pas invités. Après tout, le Front al-Nousra a été qualifié d’ « organisation terroriste » par Washington.

A présent, examinez la réaction d’une grosse légume des Frères Musulmans, le contrôleur des finances adjoint Mohammed Farouk Tayfour, originaire de Hama ; il a dit que cette décision était « trop précipitée ». Et examinez la réaction du nouveau dirigeant de l’opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib, lors d’une réunion des « Amis de la Syrie » au Maroc : cette décision doit être « réexaminée ». Pratiquement tous les groupes « rebelles » ont déclaré publiquement leur amour inconditionnel pour le noyau dur al-Nousra.

Donc, avec les fanatiques d’al-Nousra qui cachent probablement leurs barbes islamiquement correctes sous une capuche prosaïque, il faut s’attendre à beaucoup d’autres avancées « rebelles » sur Damas – malgré deux raclées majeures (essuyées en juillet dernier et ce mois-ci) grâce aux contre-offensives du gouvernement syrien. Après tout, l’entraînement prodigué par les Forces Spéciales américaines, britanniques et jordaniennes doit générer quelques résultats, sans mentionner les cargaisons d’armes encore plus létales fournies par ces parangons de la démocratie du Golfe Persique. Soit dit en passant, le Front al-Nousra contrôle des quartiers entiers d’Alep dévastée.

La haine sectaire règne en maître

Ensuite, il y a la toute nouvelle Coalition Nationale orwellienne des Forces Syriennes d’Opposition et Révolutionnaires – une coproduction Washington/Doha. Rencontrez le nouveau patron, identique à l’ancien patron (foireux), qui était le Conseil National Syrien (CNS). C’est juste de la rhétorique ; la seule chose qui compte pour la « Coalition Nationale » est d’obtenir plus d’armes létales. Et ils adorent al-Nousra, même si Washington ne l’aime pas.

Le Qatar a déchargé des tonnes d’armes « comme des bonbons » (selon la formule d’un négociant d’armes américain) dans la Libye « libérée ». Ce n’est qu’après le retour de manivelle de Benghazi que le Pentagone et le Département d’Etat se sont réveillés en comprenant que l’armement des rebelles syriens pourrait bien ouvrir la voie à d’autres déculottées. Traduction : le Qatar continuera à décharger des tonnes d’armes en Syrie. Les Etats-Unis continueront à « diriger par derrière ».

Attendez-vous à plus de massacres sectaires horribles comme celui qui s’est déroulé à Aqrab.[1] Cela prouve une fois encore que les « rebelles » de l’OTANCCG gagnent vraiment la guerre sur YouTube. Attendez-vous donc à des vagues plus massives et incessantes d’interprétations orientées et de propagandes – avec les grands médias occidentaux vantant et soutenant les « combattants de la liberté » syriens, sans commune mesure avec leur soutien au Djihad des années 1980 en Afghanistan.

Attendez-vous à plus de distorsions majeures du contexte, comme lorsque le vice-ministre russe des Affaires étrangères a dit, « Les combats seront encore plus intenses et [la Syrie] perdra des dizaines de milliers et, peut-être, des centaines de milliers de civils. [.] Si un tel prix pour déposer le président vous semble acceptable, qu’y pouvons-nous ? Bien sûr, nous considérons cela comme étant absolument inacceptable. »

Par conséquent, la Russie essaye de tout faire pour empêcher que cela se produise. Et si les « rebelles » de l’OTANCCG mettent à exécution leurs menaces d’attaquer les ambassades russe et ukrainienne à Damas, ils feraient bien de tailler leurs barbes et de courir se cacher de la Spetnatz – les Forces Spéciales Russes (qui ne rigolent pas !).

Attendez-vous à plus de haine sectaire, comme avec le Cheikh sunnite et vedette d’al-Jazeera, Youssouf al-Qaradawi, qui a nonchalamment émis une fatwa légitimant le massacre de millions de Syriens, qu’ils soient des militaires ou des civils, tant qu’ils sont alaouites ou chiites.

La haine sectaire règnera en maître, avec le Qatar à sa tête, suivi par les Saoudiens aux portefeuilles bien garnis et les islamistes jusqu’au-boutistes assortis. Ordre du jour : guerre contre les Chiites, les Alaouites, les laïques, et même contre les modérés, non seulement en Syrie mais dans tout le Moyen-Orient.

Face-à-face Patriot contre Iskander

La nouvelle stratégie de l’Armée syrienne se résume à un retrait majeur des villages et des bases isolées, en concentrant ses troupes dans les grandes villes.

Attendez-vous à ce que la stratégie d’ensemble du club OTANCCG reste plus ou moins la même : enliser l’Armée syrienne dans autant de zones que possible, la démoraliser et continuer à préparer le terrain pour une possible intervention de l’OTAN (le battage autour des armes chimiques et les chicaneries incessantes à propos d’une « catastrophe humanitaire » font partie du grand ensemble des opérations psychologiques).

L’Armée syrienne a peut-être les armes lourdes, mais lorsqu’elle est confrontée à un tsunami de mercenaires et de Salafistes-djihadistes bien entraînés et bien armés par le club OTANCCG, toute cette chose pourrait prendre des années, à la façon de la guerre civile libanaise. Cela nous conduit à la « meilleure » option suivante – qui est en fait une adaptation : la mort de l’Etat syrien par un millier, disons un million, d’entailles.

Ce qui est certain est que la « coalition des volontaires » contre la Syrie n’aura aucun problème à se démêler une fois la fin de partie atteinte. Washington parie sur un régime post-Assad dirigé par les F[rères] M[usulmans]. Il ne faut pas s’étonner que la Playstation du Roi en Jordanie ait les pétoches : il sait que les Frères prendront aussi la Jordanie et le chasseront pour l’envoyer faire du shopping permanent à Harrods.

Ces parangons de la démocratie – les pétromonarchies médiévales du Golfe Persique – ont aussi la pétoche : elles craignent l’appel populaire des F[rères] M[usulmans] comme la peste. Le Kurdistan syrien – à présent définitivement en route vers l’autonomie totale et, au bout du compte, la liberté – fait déjà paniquer Ankara. Sans parler de la future perspective d’un tsunami de Salafistes-djihadistes au chômage joyeusement installés à la frontière syro-turque et prêts à se lâcher.

Et il y a les relations complexes entre la Turquie et l’Iran. Téhéran a déjà mis en garde Ankara en termes sans équivoque sur le bouclier anti-missiles de l’OTAN qui doit être déployé à tout moment.

Cela va être la pièce maîtresse du jargon administratif de la fin de 2012. Le porte-parole du Pentagone George Little a été catégorique sur le fait que « les Etats-Unis ont soutenu la Turquie dans ses efforts pour se défendre. [contre la Syrie] ».

Ainsi, 400 soldats américains ont été déployés en Turquie pour faire marcher les batteries de missiles Patriot, afin de « défendre » la Turquie contre les « menaces potentielles émanant de Syrie ».

Comprendre : cela n’a rien à voir avec la Turquie, tout cela se rapporte à l’armée russe en Syrie. Moscou a non seulement donné à Damas des missiles sol-sol hypersoniques Iskander très efficaces (quasiment immunisés contre les systèmes anti-missiles) mais le système de défense sol-air à cibles multiples Pechora 2M, un cauchemar pour le Pentagone si jamais une zone d’interdiction aérienne est imposée en Syrie.

Bienvenue dans le face-à-face Patriot contre Iskander. Et juste dans la ligne de tir nous trouvons le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan – un égocentrique démesuré nourrissant un complexe d’infériorité profond vis-à-vis des Européens – qui se retrouve isolé dans le plan d’ensemble de l’OTAN.

Le talon d’Achille de la Turquie (en dehors des Kurdes) est le rôle qu’elle s’est auto attribuée d’être un carrefour énergétique entre l’Est et l’Ouest. Le problème est que la Turquie dépend des approvisionnements énergétiques à la fois de l’Iran et de la Russie ; avec sa politique syrienne confuse, elle se met imprudemment et simultanément à dos les deux pays.

Tous ce que j’entends est sinistre et catastrophique

Comment résoudre cette tragédie ? Personne ne semble écouter le vice-président syrien Farouk Al-Sharaa. Dans son interview accordée au journal libanais al-Akhbar, il insiste sur « la menace que pose la campagne actuelle pour détruire la Syrie, son histoire, sa civilisation, son peuple [.] Avec chaque jour qui passe, la solution s’éloigne un peu plus, tant sur le plan militaire que politique. Nous devons être en position de défendre l’existence de la Syrie ».

Il n’a pas de « réponse claire à ce qui pourrait être une solution ». Mais il a une feuille de route : Tout règlement, qu’il commence par des pourparlers ou des accords entre les capitales arabes, régionales ou étrangères, ne peut exister sans une solide fondation syrienne. La solution doit être syrienne, mais à travers un règlement historique qui inclurait les principaux pays de la région et les membres du Conseil de Sécurité de l’Onu. Ce règlement doit inclure la cessation de toutes formes de violence et la création d’un gouvernement d’unité nationale disposant de pouvoirs étendus. Cela devrait s’accompagner de la résolution de dossiers sensibles liés à la vie [quotidienne des Syriens] et à leurs exigences légitimes.

Ce n’est pas ce que veut la composition OTANCCG – alors même que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont tous engagés dans leurs propres agendas politiques divergents. Ce que la guerre OTANCCG a déjà accompli est un objectif très similaire, soit dit en passant, à l’Irak en 2003 : elle a complètement mis en lambeaux le fragile tissu social syrien.

C’est le capitalisme du désastre en action, phase 1 : le terrain est déjà préparé pour une « reconstruction » juteuse de la Syrie, une fois qu’un gouvernement turbo-capitaliste pro-occidental malléable sera installé.

Pourtant, en parallèle, le retour de manivelle œuvre de façon mystérieuse : des millions de Syriens qui ont initialement soutenu l’idée d’un mouvement pro-démocratique – des classes d’affaires à Damas aux commerçants d’Alep – sont venus maintenant grossir les rangs de la base de soutien du gouvernement pour contrer l’épouvantable nettoyage ethnico-religieux encouragé par les « rebelles » du type al-Nousra.

Pourtant, avec l’OTANCCG d’un côté et l’Iran et la Russie de l’autre, les Syriens ordinaires pris dans ce tir croisé n’ont nulle part où aller. Rien n’arrêtera l’OTANCCG pour façonner – dans le sang – une entité douteuse allant d’un émirat proaméricain à une « démocratie » proaméricaine dirigée par les Frères Musulmans. Il n’est pas difficile de voir pour qui sonne le glas en Syrie ; il ne sonne pas pour toi, comme dans John Donne, mais pour la catastrophe, la morosité, la mort et la destruction.

Pepe Escobar

Article original : “For whom the Syrian bell tolls”, publié le 29 décembre 2012

Traduction: JFG-QuestionsCritiques

 

Note :
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[1] Ici, vous trouverez la version la mieux informée sur ce qu’il s’est passé à Aqrab (en anglais).

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Dieu et la guerre font bon ménage aux États-Unis

janvier 4th, 2013 by Oscar Fortin

Je viens de lire deux articles que j’ai aussitôt reliés l’un à l’autre, question de mieux comprendre ce qui amène un peuple à se déclarer chrétien à 77 % tout en assumant 45 % de la totalité des dépenses militaires dans le monde. Également, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement de cette situation bien particulière des États-Unis avec la dernière intervention de Benoît XVI, pape pour les catholiques et une référence pour le monde, à l’occasion de la Journée mondiale pour la paix.

Dans le premier article, il est fait mention que 77 % des Étasuniens se déclarent chrétiens dont 50 %, presbytériens, et 23 %, catholiques. Il s’agit donc d’un peuple à très forte croyance chrétienne et dont la référence fondamentale est le témoignage de Jésus de Nazareth et les Évangiles qui en véhiculent le message. Il n’est donc pas surprenant que ses dirigeants évoquent en tout temps la « bénédiction de Dieu », le « God bless America ».

Pratiquement, Dieu fait partie de la grande famille étasunienne. D’ailleurs, des pasteurs, des prêtres et des évêques animent des milliers de communautés qui se regroupent régulièrement dans les églises pour lire les évangiles et partager l’eucharistie avec celui qui a donné sa vie pour sauver le monde. Dans leur cœur et leur âme, ne se répètent-ils pas « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ?

Dans le second article, il est fait mention que ce même peuple assume pour lui-même 45 % de toutes les dépenses militaires dans le monde, faisant de lui la plus grande puissance militaire.

Gilles Devers, auteur de cet article, lève le voile, à partir d’un cas spécifique, sur l’hypocrisie et la criminalité des dirigeants de ce peuple et de ceux qui les soutiennent.

« Avec l’affaire Khaled El-Masri, la Cour européenne des Droits de l’Homme met en évidence les crimes de torture et de détention arbitraire commis par les États-Unis sur le sol européen, ici avec la complicité de la Macédoine. »

« Ce petit pays de 320 millions d’habitants, une bricole sur les 7 milliards que connaît la planète, assume 45 % des dépenses militaires dans le monde pour imposer sa puissance économique, au service de ses seuls intérêts. C’est la plus grande dictature du monde. »

Nous nous retrouvons donc avec un peuple qui, tout en se proclamant profondément chrétien et inspiré par celui qui pour sauver le monde sacrifia sa vie, se dote des armes les plus puissantes pour dominer et régenter le monde selon ses intérêts.

Alors, comment ces communautés chrétiennes, avec leurs pasteurs et leurs évêques, peuvent-elles s’accommoder en soutenant le financement de 45 % des armements qui existent dans le monde et se taire devant l’usage qui en est fait ? Comment se fait-il que ces 77 % de chrétiens ne se fassent pas entendre ? Bien au contraire, ils donnent plutôt l’impression d’en être l’inspiration.

Le panorama qui se présente à nous, en ce début d’année 2013, est pourtant ce qu’il y a de plus insécurisant et de troublant. Une analyse moindrement approfondie fait ressortir que les principaux acteurs des drames qui couvrent la planète sont peu nombreux : il y a les États-Unis et Israël, soutenus par leurs alliées traditionnelles, l’OTAN, qui se retrouvent à l’origine d’à peu près tous les conflits majeurs sur la planète.

Que ce soit en Asie, en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, force est de constater que les bases militaires, les services d’intelligence et les forces de l’Empire sont en pleine opération. Ce serait faire l’autruche que de croire qu’ils sont là pour répandre la bonne nouvelle de l’amour et du pardon, telle qu’enseignée par le Nazaréen.

Les faits démontrent plutôt qu’ils sont là pour diviser, écraser, démolir, tuer, torturer afin de mieux prendre le contrôle des richesses ainsi que des peuples qui en sont les propriétaires. Ils sont des prédateurs de premier ordre pour qui les mots justice, vérité, paix, compassion n’ont de sens que dans le cadre de leurs propres ambitions et intérêts et non de celui du bien commun d’une humanité conviée, tout autant qu’eux, au partage de ces mêmes valeurs et richesses.

Alors, dans ce contexte, que dit Benoît XVI, conscient de toutes ces choses, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix ? Que dit-il à ces chrétiens guerriers, prédateurs des richesses des autres, et que dit-il à ces chrétiens qui luttent vraiment pour l’avènement d’un monde de justice, de vérité, de paix et de compassion ?

Je me permets de relever certains extraits de cette intervention.

« il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses[1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous. »

Comment peut-il constater pareil engagement des chrétiens alors que l’Europe chrétienne et l’Amérique chrétienne sont les premiers fauteurs de troubles dans le monde ? Au Moyen-Orient et en Afrique, c’est l’évidence même alors qu’en Amérique latine ce sont ces oligarchies chrétiennes soutenues par leurs cardinaux, leurs évêques et leurs pasteurs qui s’en prennent aux peuples, également chrétiens, qui cherchent, pour leur part, à s’affranchir de la domination politique et économique de ces derniers. Dans ce dernier cas, que fait l’Église hiérarchique pour soutenir et encourager ces peuples de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, du Paraguay et de l’Uruguay et j’en passe qui luttent pour s’affranchir de ce capitalisme sauvage et rendre possible une nouvelle solidarité au service prioritaire du bien commun ? Dans la majorité des cas, les évêques et cardinaux se font discrètement solidaires des oligarchies et de l’empire. Ce fut le cas au Honduras, au Venezuela, en Équateur et en Bolivie.

Plus loin il poursuit en précisant les causes rendant la paix si difficile :

« la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation nous inquiète. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu’elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix.»

Pour comprendre Benoît XVI, il faut prêter attention tout autant à ce qu’il ne dit pas qu’à ce qu’il dit. Dans le cas présent, il sait très bien que le système capitaliste conduit à l’inhumanité. Dans son premier livre sur Jésus de Nazareth, il avait eu cette définition du capitalisme qu’il opposait à l’époque au «communisme sanguinaire» de l’URSS.

« Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde (p.120).

Dans un autre passage de ce même livre, il a cette interprétation surprenante de Karl Marx :

N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécue sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation »de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits (p.224).

Benoît XVI se garde bien de reprendre ces mêmes termes pour parler, du haut de la tribune de la Place St-Pierre, de « ce capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise ». L’allusion aurait été trop directe à cet empire avec lequel il a déjà célébré un si agréable anniversaire de naissance. Il préfère plutôt parler d’un « capitalisme financier sans régulation qui l’inquiète ». Là encore, pour en atténuer davantage les travers, il y oppose immédiatement « ces différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion. »

On comprendra que dans l’esprit de son auteur, ces références ciblent surtout les musulmans, les islamistes et les arabes. Il ne saurait être question d’impliquer les États-Unis et les forces de l’OTAN dans des opérations terroristes ou encore de croire que le fondamentalisme puisse se retrouver quelque part chez les chrétiens.

Il poursuit son intervention, cette fois sur les artisans de la paix.

« Ils (les artisans de paix » comprendront qu’ils ne sont pas seuls parce qu’Il (le Nazaréen) est du côté de ceux qui s’engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l’amour.

Quelle belle occasion de parler de la désinformation qui s’impose à grande échelle et qui empêche la vérité d’atteindre toutes les personnes de bonne volonté. Une désinformation soutenue et encouragée par les belligérants qui contrôlent les grands réseaux de communication. Comment peut-on prétendre être des artisans de paix lorsque le mensonge est partie prenante de ces guerres de conquête ?

Pas un mot sur ce quatrième pouvoir qui rend possible les guerres et la tromperie qui va avec.

Une occasion de relever également le caractère antiévangélique de la course aux armements et le caractère scandaleux des budgets consentis aux armements et à la guerre par certains pays à majorité chrétienne.

Çela aurait été également un moment tout indiqué pour parler de ces injustices commises à l’endroit de peuples entiers, en s’emparant de leurs richesses et en les poursuivant chaque fois qu’ils essaient de reconquérir leur indépendance et leur souveraineté sur leur propre territoire. C’est le cas en Amérique latine où on continue à défaire des gouvernements légitimement élus, comme au Honduras et au Paraguay.

D’ailleurs, Benoît XVI se garde bien de parler de l’Amérique latine dans ses grandes interventions. Son silence lui permet de garder ses bonnes relations avec l’Empire.

Je termine avec un dernier commentaire, question de ne pas être trop long :

« De plusieurs côtés, il est reconnu qu’aujourd’hui un nouveau modèle de développement comme aussi un nouveau regard sur l’économie s’avèrent nécessaires.

Depuis plus de treize ans, plusieurs pays de l’Amérique latine oeuvrent à l’émergence d’un nouveau modèle de société. Celui qui en aura marqué les principales caractéristiques est le Venezuela sous la gouverne d’Hugo Chavez.

Dans son cas, il tourne le dos au « capitalisme qui ravale l’homme au rang de marchandises » et se tourne plutôt vers un socialisme qui rejoint pour l’essentiel les lignes directrices de l’encyclique Paix sur terre de Jean XXIII. Un de ces principes reconnaît « l’État autant que nécessaire et le privé autant que possible. »

Selon cette approche l’État est le maître d’œuvre et le premier responsable de la gestion des richesses d’un peuple et de la réalisation du bien commun de la société. Tous les autres intervenants doivent s’ajuster à cette gérance de l’État, tout orientée au service du bien commun.

Alors, pourquoi ne pas avoir parlé de ces expériences nouvelles qui révolutionnent actuellement la vie de millions de Latino-Américains et qui ouvrent les portes vers un avenir plus prometteur pour la justice, la vérité et la paix ?

Pas un mot sur cette alternative qui apporte de nouvelles perspectives de développement et projette un nouveau regard sur l’économie.

Conclusion

Les mots et les discours trouvent leur âme dans le vécu des personnes et des peuples. S’ils n’en jaillissent pas, elles demeureront lettre morte.

L’engagement et la capacité de nommer les choses et les personnes par leur nom donnent à son auteur la mesure de sa liberté et de sa crédibilité.

Oscar Fortin

Québec, le 3 janvier 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Les Etats-Unis et la France sont en train d’envoyer des troupes supplémentaires en République centrafricaine (RCA) alors que les milices anti-gouvernementales progressent vers la capitale Bangui. L’intervention fait partie d’un renforcement plus général des opérations militaires impérialistes sur l’ensemble de l’Afrique alors que Washington et ses alliés européens s’efforcent de maintenir leur domination stratégique sur le continent et le contrôle de ses ressources naturelles.

Les Etats-Unis et la France menaient déjà des opérations militaires en RCA avant qu’une offensive des rebelles ne menace de renverser le gouvernement du président François Bozizé.

La RCA fait partie de ces quelques pays d’Afrique centrale dans lesquels au moins une centaine de forces spéciales américaines sont actives, prétendument pour combattre les soldats de l’Armée de résistance du Seigneur. Le président Barack Obama a indiqué samedi 29 décembre au Congrès qu’il avait réclamé une « force de sécurité en veille » comptant 50 soldats pour la RCA en rappelant que c’était la « dégradation de la situation sécuritaire » qui avait entraîné le retrait du personnel de l’ambassade américaine ainsi que d’autres citoyens américains de Bangui.

La France est intervenue pareillement au motif de protéger ses 1.200 citoyens vivant dans le pays. Après avoir stationné des soldats en RCA de façon quasi permanente depuis l’octroi en 1960 de l’indépendance à son ancienne colonie, Paris a fait passer le nombre de troupes déjà présentes sur le terrain de 250 à près de 600.

D’autres troupes étrangères déployées par la Communauté économique des Etats d’Afrique (CEEAC), notamment du Tchad voisin, se trouvent également dans le pays. Le gouvernement tchadien a promis d’envoyer 2.000 troupes supplémentaires pour soutenir le gouvernement centrafricain.

Ce mois-ci, le gouvernement du président Bozizé a perdu le contrôle d’une grande partie de la RCA. La Séléka (« alliance » en sango, la langue usuelle de la RCA), une vague coalition entre les milices antigouvernementales et qui s’est emparée de villes partout dans le Nord et l’Est du pays, se trouverait désormais à 75 kilomètres de la capitale. La Séléka accuse le gouvernement d’être revenu sur des accords de paix de 2007-2008 rendant obligatoire le paiement des rebelles de la guérilla et leur intégration dans l’armée nationale.

Certains résidents de Bangui, la population étant de 600.000, sont en train de fuir le pays par crainte d’une offensive rebelle alors que le prix des produits alimentaires de base a augmenté de plus de 25 pour cent. Le gouvernement a imposé un couvre-feu nocturne qui serait instauré par des jeunes armés de coupe-coupe à des barricades de fortune érigées le long des principaux axes de la ville.

La RCA est l’un des pays les plus désespérément appauvris du monde. L’espérance de vie y est à peine de 50 ans, seuls trois autres pays ont un taux de mortalité infantile et de mortalité maternelle pire et la majorité des 4,5 millions d’habitants de la RCA survivent grâce à une agriculture de subsistance. L’énorme contraste entre l’extrême pauvreté du pays et sa considérable richesse naturelle – dont le diamant, l’or, l’uranium, le bois et le pétrole – reflète à la fois l’héritage dévastateur du régime colonial et l’oppression impérialiste continue.

Washington a profité de la crise pour consolider davantage ses opérations militaires en Afrique. Le déploiement en RCA qui a eu lieu quelques jours à peine après l’annonce de l’armée américaine qu’une brigade armée spéciale forte de quelques 3.500 soldats allait mener des activités continues partout sur le continent. La brigade nouvellement créée fait partie intégrante de la décision d’Obama d’étendre les Forces américaines en Afrique du Pentagone (Africom) d’abord créées en 2007.

Une nouvelle ruée sur l’Afrique est en cours. La poursuite agressive par l’impérialisme américain de ses objectifs pétroliers et visant les ressources naturelles de ce pays fait partie de la décision du gouvernement Obama de contrecarrer l’influence stratégique grandissante de la Chine dans le Pacifique et internationalement. Beijing a noué ces dernières années d’étroits liens diplomatiques et économiques avec plusieurs Etats africains. Washington exerce de plus en plus souvent des représailles en faisant usage de la force militaire.

Le déploiement militaire américain relativement restreint en RCA pourrait rapidement se transformer en une intervention plus importante. Des prétextes sont facilement disponibles – une aggravation de la crise humanitaire dans le pays et le rôle que jouerait des éléments fondamentalistes islamiques au sein des forces de la Séléka. L’occupation du Nord Mali, en Afrique de l’Ouest, par des milices liées à al-Qaïda avait fourni la raison pour les préparatifs d’une intervention militaire étrangère autorisée plus tôt ce mois-ci par le Conseil de sécurité de l’ONU. Les Etats-Unis et la France ont joué un rôle d’avant-garde dans l’agitation en faveur d’une intervention au Mali, suite à la déstabilisation survenue dans ce pays du fait des opérations de changement de régime dans la Libye voisine.

Le président Bozizé de la République centrafricaine a exhorté les Etats-Unis et la France à intervenir contre les forces rebelles. Dans un discours prononcé jeudi dernier, 27 décembre, Bozizé a accusé des « étrangers » qu’il n’a pas nommés de soutenir les rebelles, en suggérant que les troubles avaient été déclenchés suite à son octroi plus tôt cette année de permis d’exploration de pétrole à des sociétés chinoises et sud-africaines.

« Avant de donner le pétrole aux Chinois, j’ai rencontré à Paris [l’entreprise pétrolière] Total et leur ai dit de prendre le pétrole, rien, j’ai donné aux Chinois et c’est devenu un problème. » a-t-il dit.

La société française Areva est actuellement en train de mettre au point l’un des plus importants investissements de la RCA, un projet de mine d’uranium dans le Sud du pays.

Des protestations en faveur d’une intervention, organisées par le gouvernement ou tacitement soutenues par lui, ont eu lieu la semaine passée devant les ambassades américaine et française à Bangui. Les manifestants auraient accusé Paris de soutenir les rebelles.

Le président français François Hollande a affirmé être neutre, déclarant : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique. Ce temps-là est terminé »

Derrière l’attitude fausse de la « non intervention », le gouvernement français travaille incontestablement main dans la main avec le gouvernement américain pour déterminer l’issue de la crise en République centrafricaine.

La France a été intimement impliquée dans chaque changement de gouvernement de son ancienne colonie depuis 1960. Bozizé avait reçu une formation militaire française avant de devenir à 32 ans le plus jeune général de Centrafrique sous l’empereur auto-proclamé, Jean-Bedel Bokassa. Paris avait armé et financé Bokassa pendant qu’il était au pouvoir entre 1966 et 1979, avant de le remplacer par un coup d’Etat initié par l’invasion d’une centaine de forces spéciales française.

Après avoir passé des années en exil en France, Bozizé avait tenté plusieurs coups d’Etat militaires avant de prendre finalement le pouvoir en 2003. Le gouvernement français avait alors fourni un soutien crucial, dont des forces militaires spéciales françaises dirigeant les opérations et lançant les frappes aériennes contre les rebelles des guérillas en 2006. Si Paris refuse à présent de venir en aide à Bozizé cela laisse supposer que l’impérialisme français veut soit voir au pouvoir des forces anti gouvernementales soit voir survenir un autre changement au gouvernement de Bangui.

Après avoir rencontré hier le président de l’Union africaine, Thomas Yayi Boni, Bozizé a déclaré être prêt à former un nouveau gouvernement d’« union nationale » avec la Séléka. Les négociations entre le gouvernement et les rebelles doivent avoir lieu au début du mois prochain au Gabon, un pays d’Afrique de l’Ouest.

 

Article original, WSWS, paru le 31 décembre 2012

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Une dangereuse rumeur s’est propagée à travers le monde et elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. La légende veut que le président iranien ait menacé de détruire Israël ou, pour citer les propos déformés, dit « Israël doit être rayé de la carte ». Contrairement à la croyance populaire, il n’a jamais fait cette déclaration […] (Arash Norouzi, Wiped off The Map: The Rumor of the Century, janvier 2007.)

Les États-Unis ont attaqué directement ou indirectement environ 44 pays à travers le monde depuis août 1945, certains d’entre eux à plusieurs reprises. Le but affiché de ces interventions militaires était d’effectuer un « changement de régime ». Pour justifier et dissimuler ce qui correspondait à des actions unilatérales et illégales, on a invariablement évoqué les « droits humains » et la « démocratie ». (Professeur Eric Waddell, The United States’ Global Military Crusade (1945- ), Global Research, février 2007)

« Voici un memo du Pentagone qui décrit comment nous allons anéantir sept pays en cinq ans en commençant par l’Irak, ensuite la Syrie, le Liban, la Somalie, le Soudan et pour terminer, l’Iran ». J’ai dit « Est-il classifié? » Il a dit « Oui monsieur. » J’ai répondu : « Alors ne me le montrez pas. » (General Wesley Clark, Democracy Now, 2 mars 2007.)

Washington « œuvre à la destruction » d’une très longue liste de pays.

Qui « raye des pays de la carte? » L’Iran ou les États-Unis?

Durant une période appelée euphémiquement l’« après-guerre » – de 1945 à aujourd’hui – les États-Unis ont directement ou indirectement attaqué plus de 40 pays.

Alors que les principes de la politique étrangère des États-Unis prétendent « propager la démocratie », l’interventionnisme étasunien, par des moyens militaires et des opérations clandestines, a donné lieu à la déstabilisation totale et la partition de pays souverains.

Détruire des pays fait partie d’un projet impérial des États-Unis, un processus de domination mondiale. De plus, selon des sources officielles, les États-Unis ont en tout 737 bases militaires à l’étranger (données de 2005).

Le concept d’« État en déroute »

Dans son rapport « Global Trends » (Tendances mondiales, décembre 2012), le National Intelligence Council (NIC), situé à Washington, « prédit » que 15 pays en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient deviendront des « États en déroute » d’ici 2030 en raison de leurs « conflits potentiels et leurs ennuis environnementaux ».

La liste des pays dans le rapport de 2012 du NIC comprend l’Afghanistan, le Pakistan, le Bangladesh, le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Mali, le Kenya, le Burundi, l’Éthiopie, le Rwanda, la Somalie, la République démocratique du Congo, le Malawi, Haïti et le Yémen. (voir p  39)

Dans le rapport de 2005, publié au début du second terme de Bush, le NIC avait prévu que le Pakistan deviendrait un « État en déroute » d’ici 2015 « car il sera affecté par la guerre civile, la talibanisation totale et la lutte pour le contrôle de ses armes nucléaires ».

Le Pakistan a été comparé à la Yougoslavie, découpée en sept États par procuration après une décennie de « guerres civiles » parrainées par les États-Unis et l’OTAN.

Le NIC prévoyait pour le Pakistan « un destin à la yougoslave […], un pays déchiré par la guerre civile, des bains de sang et des rivalités interprovinciales ». (Energy Compass, 2 mars 2005.)

Bien qu’il affirme que les États en déroute « servent de refuge aux extrémistes politiques et religieux » (p. 143), le rapport ne reconnaît pas que depuis les années 1970, les États-Unis et leurs alliés ont secrètement soutenu des organisations religieuses extrémistes afin de déstabiliser des États-nations laïques et souverains. Et le Pakistan et l’Afghanistan étaient des États laïcs dans les années 1970.

Un « statut d’État en déroute » à la yougoslave ou à la somalienne n’est pas le résultat de divisions sociales internes, mais un objectif stratégique mis en œuvre par des opérations clandestines et des actions militaires.

Fund for Peace, dont le siège est à Washington et le mandat consiste à promouvoir « une sécurité durable par la recherche », publie (annuellement) un « Index des États en déroute » basé sur une évaluation des risques (voir la carte ci-dessous). Trente-trois pays (compris dans les catégories Alerte [rouge] et Avertissement [orange]) sont identifiés comme étant des « États en déroute ».

Selon Fund for Peace, les États en déroute sont également des « cibles pour les terroristes liés à Al-Qaïda ».

Le classement annuel des pays par Fund for Peace et Foreign Policy indiquant les symptômes des États en déroute/fragiles est publié au moment où le monde s’inquiète de plus en plus du sanctuaire étatique au nord du Mali où s’établissent des extrémistes liés à Al-Qaïda pour l’expansion du djihad.

Inutile de dire que l’histoire d’Al-Qaïda comme élément du renseignement étasunien, son rôle dans la division des factions et l’instabilité au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique subsaharienne n’est pas mentionnée. Les activités des unités djihadistes d’Al-Qaïda dans la plupart de ces pays relèvent d’un programme clandestin diabolique du renseignement.

Les États « faibles » et « en déroute » : une menace pour les États-Unis

Selon une logique tordue du Congrès étasunien, les « États en déroute plus faibles » constituent une menace pour la sécurité des États-Unis : « [P]lusieurs menaces [émanent] d’États décrits soit comme étant faibles, fragiles, vulnérables, défaillants, précaires, en déroute, en crise ou déstructurés ».

Lorsque la Guerre froide a pris fin au début des années 1990, les analystes ont pris conscience de l’émergence d’un environnement de sécurité internationale dans lequel les États faibles et défaillants devenaient des véhicules pour le crime organisé international, des voies pour la prolifération nucléaire et des points chauds pour les conflits civils et les urgences humanitaires. Les menaces potentielles à la sécurité nationale des États-Unis que posent les États faibles et défaillants est devenue davantage évidente avec les attentats du 11-Septembre 2001 contre les États-Unis commis par Al-Qaïda, organisés par Oussama ben Laden à partir du refuge offert par l’Afghanistan. Les événements du 11-Septembre 2001 ont poussé le président George W. Bush à déclarer dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis de 2002 que les « États faibles comme l’Afghanistan peuvent poser un danger aussi grand pour nos intérêts nationaux que les États forts ». (Weak and Failing States: Evolving Security, Threats and U.S. Policy, Rapport du CRS pour le Congrès des États-Unis, Washington, 2008.)

Dans ce rapport du CRS du Congrès, on ne mentionne toutefois pas que « les points chauds du crime organisé et les conflits civils » sont le résultat d’opérations clandestines du renseignement  étasunien.

Fait amplement documenté, l’économie afghane de la drogue, générant plus de 90 pour cent des réserves mondiales d’héroïne, est liée à une opération de blanchiment d’argent de plusieurs milliards de dollars impliquant de grandes institutions financières. Le commerce de la drogue en provenance de l’Afghanistan est protégé par le CIA et des forces d’occupation des États-Unis et de l’OTAN.

La Syrie qualifiée d’« État en déroute »

Les atrocités commises contre la population syrienne par l’Armée syrienne libre (ASL), appuyée par les États-Unis et l’OTAN, créent les conditions favorisant une guerre confessionnelle.

L’extrémisme confessionnel favorise le démantèlement de l’État-nation qu’est la Syrie ainsi que la fin du gouvernement central à Damas.

Le but de la politique étrangère de Washington est de transformer la Syrie en ce que le NIC appelle un « État en déroute ».

Le changement de régime implique le maintien d’un gouvernement central. Alors que la crise syrienne se développe, l’objectif ultime n’est plus le « changement de régime », mais la destruction et la partition de la Syrie en tant qu’État-nation.

La stratégie des États, de l’OTAN et d’Israël consiste à diviser le pays en trois États faibles. De récents reportages indiquent que si Bachar Al-Assad  « refuse de démissionner, la Syrie « deviendra un État en déroute comme la Somalie ».

L’un des possibles « scénarios de démantèlement » rapporté par la presse israélienne est la formation d’États, séparés et « indépendants », sunnite, alaouite-chiite, kurde et druze.

Selon le major-général Yair Golan des Forces de défense d’Israël (FDI), « la Syrie est dans une guerre civile qui fera d’elle un État en déroute où se propagera le terrorisme » et les FDI analysent actuellement « comment la Syrie se démantèlerait ». (Reuters, 31 mai 2012.)

En novembre l’ambassadeur de la paix des Nations Unies Lakhdar Brahimi a laissé entendre que la Syrie deviendrait « une nouvelle Somalie […] mettant en garde contre un scénario où les seigneurs de guerre et les milices remplissent un vide laissé par l’effondrement de l’État ». (Reuters, 22 novembre 2012.)

« Ce que je crains est pire […], que l’État s’effondre et que la Syrie se transforme en Somalie. »

 « Je crois que si l’on ne s’occupe pas de cette question correctement, la partition ne sera pas le problème mais plutôt la « Somalisation » : l’effondrement de l’État et l’émergence de seigneurs de guerre, de milices et de groupes de combattants. » (Ibid.)

Ce que l’envoyé de l’ONU a omis de mentionner est que le démantèlement de la Somalie était délibéré. Il faisait partie d’un projet militaire et du renseignement des États-Unis, désormais appliqué à plusieurs pays ciblés du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie qualifiés d’« États en déroute ».

Voici la question principale : qui déroute les États en déroute? Qui les « anéantit »?

Le démantèlement planifié de la Syrie en tant qu’État souverain relève d’un plan régional intégré d’ordre militaire et des services de renseignement comprenant le Liban, l’Iran et le Pakistan. Selon les « prédictions » du NIC, le démantèlement du Pakistan devrait se produire au cours des trois prochaines années.

Michel Chossudovsky

Article original: “Wiping Countries Off the Map”: Who’s Failing the “Failed States”, publié le 29 décembre 2012.

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.


 

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Branle-bas de combat en Irak

décembre 31st, 2012 by Gilles Munier

En une dizaine de jours, la grogne anti-Maliki s’est transformée en colère, puis en rage. Les manifestations circonscrites à Ramadi et à l’autoroute Bagdad-Amman, ont fait tâche d’huile avec des rassemblements de dizaines de milliers d’Irakiens à Falloujah, Samarra, Mossoul. Des chefs de tribus de la région de Bassora ont apporté leur soutien aux contestataires.

A Ramadi, le vice-Premier ministre sunnite Salah al Moutlaq – qui traitait jadis Maliki de dictateur, mais qui s’est réconcilié avec ce dernier en mai 2012 – a été attaqué par les manifestants, alors qu’il voulait calmer la foule en réclamant la libération des femmes prisonnières politiques. Ses gardes du corps ont dû tirer en l’air pour permettre à son convoi de faire demi-tour vers Bagdad, sous les cris de « traître » et de « Dégage ». Le drapeau irakien avec trois étoiles et Allahu Akbar (Dieu est le plus grand) ajouté par Saddam Hussein en 1991 était omniprésent.

Pour le général Abou Abdallah al-Ansari – un des héros de la bataille de Falloujah contre les Marines – il faut s’attendre au pire (1). Le régime d’Al-Maliki, avec l’aide de l’Iran, serait tenté de répondre par la violence aux manifestations jusqu’ici pacifiques. Il demande aux révolutionnaires irakiens de se préparer à construire des barricades, de stocker des armes et des munitions, et de s’organiser pour soigner les blessés.

En cas d’une fuite en avant sanglante du régime – comme en Syrie -, il assure que les révolutionnaires irakiens seront en mesure d’humilier, par leur résistance, les forces déployées par Maliki, composées majoritairement de mercenaires et de soldats engagés pour échapper à la misère. En cas d’intervention iranienne directe, le général Abou Abdallah al-Ansari a déclaré que les Irakiens forceraient les Iraniens « à avaler le calice de poison une seconde fois » (2).

(1) http://www.dhiqar.net/Art.php?id=30404

(2) Le général Abou Abdallahal-Ansari fait référence au discours de l’ayatollah Khomeini, le 18 juillet 1988, au cours duquel il mit un terme à la guerre Iran-Irak en avalant – selon son expression – un « calice de poison », c’est-à-dire en acceptant la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU qui réclamait un cessez-le-feu.

Sur le même sujet, lire aussi :
Irak : Regain de grogne anti-Maliki
http://0z.fr/wNnmK

© G. Munier/X. Jardez

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L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.

C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.

Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :

« L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »

L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.

Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.

La Syrie est envahie par des terroristes étrangers

Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.

En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition  » le Telegraph rapportait :

Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).

« Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :

The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection  contre le régime du président Bachar Al-Assad.

À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.

« Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants  libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »

Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.

On a admis que :

Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.

CNN a ajouté:

Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants  libyens étaient en route.

Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites.

En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.

Reuters a cité Al-Khatib :

« Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »

L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.

En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

http://www.csmonitor.com/var/ezflow_site/storage/images/media/content/2012/0224-friends-of-syria-conference/11843662-1-eng-US/0224-friends-of-syria-conference_full_600.jpg

Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien  porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.

….

La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.

Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.

Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.

Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)

Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.

La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.

En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.

Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.

Tony Cartalucci

Le 28 décembre 2012

Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer

 

Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca


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Vietnam : dioxine, une bombe à retardement

décembre 31st, 2012 by Mondialisation.ca à la Une

Décembre 2012, le documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement » donne la parole à une trentaine de victimes et témoins, scientifiques et historiens, vietnamiens, français et américains (avec notamment la participation de l’auteur de cette chronique, André Bouny, et de Noam Chomsky, entre autres). Ce film revient sur le désastre écologique et humain perpétuel causé par l’Agent Orange lors de la Guerre du Viêt Nam.

Réalisation : Thuy Tien HO & Laurent LINDEBRINGS, durée 57mn, Paris, décembre 2012. DVD disponible, contact : collectiforchidees@gmail.com

 

Un film de Thuy Tiên Ho, Laurent Lindebrings

2012 – France – 57 minutes – HDV

Vietnam : que se cache-t-il vraiment derrière l’exubérance de sa population et la majesté de ses paysages ? Le film “Vietnam : dioxine, une bombe à retardement” ouvre le dossier douloureux d’un drame peu médiatisé qui touche aujourd’hui des millions de Vietnamiens, sur plusieurs générations et dont les effets impactent l’avenir du pays et celui de ses enfants à naître.

Après 40 années de guerre ininterrompue contre la France puis les Etats-Unis, le Vietnam sort enfin de la guerre, le 30 avril 1975. Fin des bombes à billes, à fragmentation, qui déchirent les corps. Fin des bombes au phosphore, au napalm qui transforment les humains en torches vivantes. La paix et la reconstruction du pays sont à portée d’espérance. Pourtant, en partant, l’armée américaine laisse un poison aujourd’hui invisible : la dioxine. Cette arme chimique puissante, plus connue sous le nom d’Agent Orange produite par la multinationale Monsanto, a pris possession de la terre, des eaux, de la végétation vietnamienne. En s’infiltrant dans les sols, les rivières, elle touche la chaîne alimentaire. Des millions de Vietnamiens, victimes de la dioxine sont atteints de lourdes malformations et de cancers. Quarante ans après les derniers épandages, la dioxine continue de faire des ravages. Comment qualifier cette catastrophe humaine et écologique que vivent le Vietnam et sa population ? Au-delà du cas vietnamien, quelle est la responsabilité des Etats dans le choix des armes et de leur utilisation en cas de conflit armé ? Quelles sont les réparations possibles envers les victimes et les pays dévastés ? Le film “Vietnam : dioxine, une bombe à retardement” aborde ces questions à travers des témoignages et l’analyse donnée par des scientifiques et historiens rencontrés au Vietnam, en France et aux Etats-unis.

Générique

Auteur-Réalisateur : Thuy Tiên Ho, Laurent Lindebrings
Auteur : Hai Quang HO
Image : Laurent Lindebrings
Musique originale : Lionel Poumey

Production / Diffusion : Collectif Orchidées

Organisme(s) détenteur(s) ou dépositaire(s) :
Collectif Orchidées

 

Un travail ENORME. C’est l’immense travail de toute une équipe – Agrandissez les deux jaquettes de ce DVD ci-dessus, et …lisez.
A l’instar de Orange DiHoxyn (O.D), Dioxine Country Mascaret (D.C.M) va désormais pouvoir procéder à la mise en application de son 2ème moyen d’action en organisant des conférences, projections de films de façon à informer et faire connaître les immenses souffrances actuelles causées par l’Agent Orange.
Dioxine Country Mascaret (D.C.M) s’associe pleinement à la promotion du développement durable qui nous concerne tous. PLUS JAMAIS CA ! Plus jamais l’utilisation d’Armes de destruction massives chimiques (A.D.M) sous couvert d’”herbicides” et autres “défoliants”… Informer sur le crime subi par le Viêt Nam il y a un demi-siècle, sur ses effets et conséquences actuelles et à venir.
Le classement des moyens d’action de D.C.M n’est pas figé.Il varie selon la disponibilité ainsi que des des sollicitations D.C.M.

Christian FILHOS/GIGNAC
Président et musicien/chanteur D.C.M)

http://www.dioxinecm.com/

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En août 2010, la base militaire étasunienne de Fort Detrick,* Maryland, située proche de la ville de Frederick, « découvre » que l’Agent Orange a été utilisé à l’extérieur de ses bâtiments. Les responsables de l’armée « commencent à peine à s’attaquer à la question… », lance un scientifique.

Un rapport de 2006 du Departement of  Defense (DoD) révèle que cette base a joué un rôle de premier plan dans le développement des « herbicides » pour les opérations militaires, et dont Fort Detrick ignorait l’ampleur il y à encore quelques jours…

Aussitôt, on s’exclame, incrédule et interrogatif : « Comment est-ce possible !? ». Ceci paraît si incroyable… qu’il convient justement de le comprendre pour le croire.

Le rapport en question, rédigé par Alvin L. Young (voir Agent Orange, chronique 1), du Wyoming, ancien professeur de toxicologie environnementale à l’université de l’Oklahoma, mais surtout colonel retraité de l’US Air Force, « révèle » que Fort Detrick avait été actif dans la formulation et les essais des « herbicides », dont l’Agent Orange durant les années 1950.

Le rapport indique que cette base assumait un rôle de chef de file dans la recherche de l’Agent Orange et du déploiement des tests de pulvérisations aériennes (lire le livre Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam, Éditions Demi Lune – paru après le rapport, mais 3 mois avant que la base de Fort Detrick en prenne connaissance), ce rapport arrivant aux mains des scientifiques de la base seulement fin août 2010 pour que ces derniers réalisent le contraste entre la version officielle disant les tests d’herbicides étaient limités aux serres de Fort Detrick situées à l’intérieur de bâtiments confinés et la réalité.

Robert Craig, actuel directeur de l’environnement de Fort Detrick, ayant fait des recherches d’archives sur l’utilisation d’ « herbicides » sur sa base, déclare dans une interview, que lui et d’autres scientifiques ont découvert récemment le rapport 2006, de même que d’autres documents. À croire que dans certains cas la société civile est mieux informée (à la condition d’aller chercher l’information) sur les recherches militaires que les militaires eux-mêmes. Mais tout de même, les scientifiques… Comment peut-on se pencher sur une molécule, parfois durant des années, dans un laboratoire de recherches militaires d’armes biologiques, sans chercher à comprendre à quelle chaîne ce maillon sera rattaché ? C’est le procédé du cloisonnement. Chaque chercheur (ou groupe) s’exécute dans un domaine précis sans qu’il puisse savoir à quoi son travail sera rattaché en amont comme en aval. Puis les générations passent. L’Histoire a occulté ce crime et continue à le faire alors qu’il se perpétue, au point que son lieu de naissance méconnaît qui il est. Le diable ignore habiter l’enfer.

 

Photo by Doug Koontz, 2008

Robert Craig,  actuel directeur de l’environnement de Fort Detrick

« Ce n’est pas quelque chose dont on discute beaucoup » déclare Craig, « certaines de ces informations ne sont toujours pas déclassifiées un demi-siècle après. Soit ils ont oublié de les déclassifier, ou ont une raison pour les garder classifiées », dit-il. « Nous commençons tout juste à attaquer le problème… et nous devrons passer par le processus de déclassification », ajoute-t-il, laissant entendre que le secret peut durer encore de nombreuses années.

Randy White, dont la fille, Kristen Renée, est morte d’un cancer du cerveau fin avril 2008 à l’âge de 30 ans, est convaincu qu’elle a été victime d’une contamination provoqué par la base de Fort Detrick à cause des produits toxiques qui y sont utilisés. Et il ne croit pas une seconde que les responsables ignorent l’utilisation massive de l’Agent Orange sur la base par le passé, et déclare que le manque de transparence sur la question est encore une indication de la culture de dissimulation de Fort Detrick : « Plutôt que de couvrir et recouvrir la vérité, pourquoi ne pas être clair à propos de ce qu’ils ont fait, indemniser ceux qui en sont victimes, et nettoyer les restes ? », dit-il.

Mais White crée une fondation au nom de sa fille, engage experts et avocats pour constituer un dossier contre la base de Fort Detrick, ce qui déclenche un groupe d’étude sur le cancer par les services du ministère de la Santé du comté de Frederick. Suite à un pic de plus d’un millier de cancéreux, morts ou luttant contre la maladie, l’association « Lutter pour Frederick », et des membres de la fondation Kristen Renée, infiltre Fort Derick avec la complicité d’une dizaine de personnes travaillant à l’intérieur de la base. Après un an d’enquête, ils dévoilent la présence de déchets biologiques toxiques et dangereux couvant au soleil. Les eaux souterraines sont saturées d’arsenic (Agent Bleu ?) et de toxines mortelles menaçant la santé des personnes vivant à proximité. « Ils ont déversé des déchets radioactifs dans les égouts », dit White, ajoutant que le public est induit en erreur par les fonctionnaires. « J’ai eu un cancer quand j’avais 13 ans, la maladie de Hodgkin, et je viens de combattre le cancer du sein », déclare Jen Pette-Hahn, voisine du fort. Elle dit que dans la périphérie de Fort Detrick les cas de cancers sont terriblement élevés, et se félicite du travail de White.

Le 16 août, le sénateur Benjamin L. Cardin envoie une lettre au ministère de la Défense, demandant de se pencher sur la contamination de Fort Detrick, et d’élaborer un plan avant la fin de l’année pour remédier à la situation. À son tour, le ministère de l’Environnement du Maryland publie une déclaration : « Les organismes concernés sont en communication permanente avec la Fondation Kristen Renée, qui affirme que certaines personnes qui vivaient à proximité de Fort Detrick ont développés des cancers et que des tests indépendants montrent des preuves de dioxines / Agent Orange qui pourraient être liés à ces pathologies …. »  La fondation Kristen Renée rappelle à Fort Detrick que l’Agent Orange, pulvérisé depuis des décennies sur la zone B entourée de fermes et des résidences, est aujourd’hui le lieu d’une communauté très touchée. Par la suite, la fondation obtient des preuves supplémentaires de déchets enterrés dans la zone principale A, où le système de traitement et de décontamination des « déchets » présente des dysfonctionnements ultra-dangereux. Et l’étude sur la santé montre ce qui semble bien être un « groupe cancer » dans la communauté environnant Fort Detrick : cancers du cerveau, de la thyroïde, lymphomes et leucémies, ainsi que 4 familles de cancers rares dans le monde. La recherche indique que, par facilité, les responsables de Fort Detrick n’ont pratiquement rien fait pour répondre aux préoccupations du public face aux taux élevés de cancers et autres maladies. L’enquête pointe la contamination historique avec les herbicides et les pesticides, plus particulièrement l’Agent Orange. Pour finir, les responsables de Fort Detrick indiqueront que leur propre enquête montre que le gouvernement étasunien à réalisé des pulvérisations aériennes expérimentales d’Agent Orange à Fort Detrick, et que toutes les implications de cette révélation n’ont pas été déterminées. Les épandages ont été réalisés par des survols, et depuis l’arrière de camions.

Le porte-parole de la base, Robert Sperling, nie l’existence de « groupe cancers » et dit que les doutes de White sur le fait que les scientifiques de Fort Detrick « savaient » sont sans fondement. Sperling indique que les responsables de la base n’ont pas encore trouvé de documents prouvant les conclusions du rapport de 2006 de Young sur l’utilisation de l’Agent Orange. Quand on sait que Young est un fervent défenseur de l’armée étasunienne (il en fait partie), pondérant et minimisant faits et effets de guerre, que son rapport soit remis en cause à mots couverts par cette même armée, laisse entrevoir une situation d’autant plus opaque, voire occulte. « La chose la plus importante est la recherche d’archives, dit  Sperling, car nous n’avons pas les documents à l’appui sur lesquels le rapport est basé. » À partir du Bureau de recherches de l’armée, le rapport donne dans les détails les lieux et dates de l’utilisation de l’Agent Orange dans le monde, à l’exception du Viêt Nam (lire Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam). Une deuxième partie a été remise au DoD par Young, elle traite de la « plausibilité » de contracter des maladies liées à l’exposition de l’Agent Orange. « Plausibilité » : c’est tout Young. Et encore il a évolué, comme nous allons le voir ci-dessous.

Ce qui manquait au rapport 2006 était de démontrer l’exposition des anciens combattants à l’Agent Orange lors des tests réalisés à divers endroits dans le monde au cours des années 1960. Young écrit, dans un e-mail : Agent Orange est le surnom d’un herbicide utilisé au Viêt Nam entre 1961 et 1971 pour tuer les plantes ou inhiber la croissance normale. Son ingrédient le plus toxique et durable, la dioxine, a ensuite été liée à des maladies telles que le lymphome non hodgkinien, le diabète, sarcomes des tissus mous, et de divers cancers et troubles nerveux.

Selon le rapport, en 1952, le Département des sciences biologiques de l’armée (Chemical Corps des laboratoires de Fort Detrick) « a lancé un programme majeur pour développer à la fois le matériel de pulvérisation aérienne et les formulations herbicides pour le déploiement potentiel dans le conflit coréen. » Ce rapport, de 85 p., identifie Fort Detrick comme le centre de recherche principal dans la mise au point d’herbicides comme outil militaire (ce qui évite de dire Arme de Destruction Massive). La batterie d’herbicides utilisés dans les recherches antérieures ont été envoyés à Fort Detrick en 1952, et les scientifiques de la base ont continué à travailler sur les systèmes de déploiement et d’herbicides durant les années 1950. Les premiers travaux ont porté sur les techniques de pulvérisations aériennes  et « tactiques » à usage militaire, « par opposition à un usage commercial », indique le rapport.

Après la fin de la guerre de Corée, en 1957, Young écrit dans son rapport, les scientifiques de Fort Detrick ont participé à des tests herbicides pour le riz et les herbes et l’évaluation des tests d’application aérienne à Fort Ritchie (Maryland), Dugway (Utah), et à Fort Drum (New York). Au début des années 1960, on trouve la base de Fort Detrick à nouveau à la pointe de la « recherche herbicide », cette fois en tant que moyens chimiques pour « contrôler » la végétation au Sud-Viêt Nam. “Une fois de plus les laboratoires de l’armée de Fort Detrick, dans le Maryland, sont chargés de déterminer la faisabilité technique de la défoliation de la jungle au Sud-Viêt Nam», indique le rapport. Plus tard, Fort Detrick parraine trois conférences majeures en 1963, 1964 et 1965, dans le cadre de la mission qui se poursuit au Viêt Nam pour tester et évaluer les produits chimiques potentiels pour une utilisation dans des opérations de combat. Plant Sciences Laboratories de Fort Detrick était responsable de la pulvérisation, des tests et évaluations, des tactiques, des formulations, des herbicides candidats aux épandages sur de nombreux sites aux États-Unis, ceci afin d’établir les spécifications militaires dans lesquelles les herbicides tactiques pourraient être utilisés. La sélection des herbicides, indique le rapport, n’est pas soumise à une surveillance réglementaire par le ministère étasunien de l’Agriculture (faut préciser ici que le Département de l’Agriculture US suivait de près les tests, ou y assistait, et y participait souvent).

Craig, directeur de l’environnement à Fort Detrick, dit rechercher l’histoire de l’Agent Orange sur sa base, et ajoute que lui et son équipe tentent de « mettre la main sur des preuves montrant que la recherche a été menée non seulement à l’intérieur des serres, comme ils le pensaient auparavant, mais aussi à l’extérieur ».

 

*Fort Detrick comprend des parcelles non contiguës, désignées zones A, B, C.  Ces zones sont situées à l’intérieur des limites de la ville de Frederick et représentent une superficie d’environ 500 ha. C’était la base militaire des recherches d’armes biologiques de l’US Army. Hormis les laboratoires, elle comprend une usine de traitement d’eau, la forêt Glen, une ferme d’animaux à des fins de recherches, un champ de tir, des zones d’élimination des « déchets », stockage d’explosifs, et des champs utilisés pour des expérimentations.

Le 22 octobre 2010, US News & World Report annonce que l’Agent Orange va coûter 42 milliards de dollars par an aux États-Unis, et ceci pendant plus de dix ans. Non seulement il est la cause de malformations congénitales graves pour les générations d’enfants vietnamiens, mais il a aussi frappé au total plus d’un million d’ancien combattants étasuniens. Des dizaines de soldats conscrits ou enrôlés sont « rentrés à la maison » avec des maladies incurables, neuropathie périphérique aigüe, sarcome des tissus mous et autres lymphomes, pour ne nommer que celles-ci.

Le Washington Post rapporte que 270 mille anciens combattants du Viêt Nam reçoivent des chèques d’invalidité et que, dans 2 mois, il faudra ajouter ceux atteints de diabète, de maladies cardiaques, de Parkinson, et les différents types de leucémies. Cela signifie 42 milliards de dollars par an à prélever sur les gens qui travaillent, ceci durant 10 années au minimum. « Le ministère des Anciens combattants (VA) fait son rapport sur les pathologies les plus communes à l’Agent Orange, et finit par inclure le diabète. Ce dernier induit la dysfonction érectile », s’insurgent certains qui disent que « ceci devrait être attribué à l’âge et pas à l’Agent Orange ». Alan K. Simpson, co-président de la commission nationale de la réforme fiscale d’Obama, déclare : « Le comble, c’est que les anciens combattants qui, en quelque sorte, ont sauvés ce pays, soient maintenant tenus responsables du déficit provoqué par le gâchis financier que l’on sait ». Le sénateur Daniel K. Akaka (Hawaï), président du comité des anciens combattants, précise que ces propos « présument » que les nouveaux frais seront à la charge des contribuables, mais que le Congrès peut très bien voter une loi spécifique en septembre.

Associated Press se demande combien le ministère des Anciens combattants va finir par dépenser pour les vétérans du Viêt Nam, apparemment beaucoup trop. Pour le seul diabète de type 2 les dépenses augmenteraient de 850 millions de dollars, selon un communiqué de VA. Avec les nouvelles maladies reconnues liées à l’Agent Orange, le coût annuel aujourd’hui de 34 milliards par an passera à 42 pour les dix prochaines années, un bond stupéfiant. Ensuite, il y a la «preuve crédible » de Victoria Anne Cassano, directrice de la santé aux anciens combattants exposés aux radiations. Elle rappelle qu’il y a une loi fédérale de 1991 sur les agents chimiques et les afflictions en corrélation avec l’Agent Orange, et que les « preuves crédibles » sur l’exposition aux radiations dominent largement les arguments opposés : « Respirez profondément », prévient-elle : « c’est une pause… »

Comme on s’y attendait depuis des années, les effets et conséquences de l’uranium appauvri utilisé durant les dernières guerres pointent leur nez avant de venir élargir l’assiette. L’intelligence c’est avant, pendant c’est trop tard, et après ça continue.

En décembre 2010, le Viêt Nam annonce que 2011 sera l’année des victimes de l’Agent Orange. Plusieurs activités seront organisées à Hanoi au profit des victimes, durant cette triste célébration du 50e anniversaire du début des épandages chimiques au Viêt Nam par l’armée étasunienne (en réalité, le 10 août 1961, le premier essai réalisé au moyen d’un hélicoptère au centre du pays, dans la province de Kon Tum, épandit de l’Agent Vert, plus chargé en dioxine que l’Agent Orange qui arrivera sur le théâtre des opérations en 1965. Mais l’Agent Orange, le plus utilisé de tous les agents arc-en-ciel, est devenu le nom générique de cette guerre chimique). Lors d’une réunion de presse organisée jeudi à Hanoi, le président de l’Association des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam (VAVA), Nguyen Van Rinh, a annoncé que ces activités comprendraient, au mois de juillet, un requiem pour les victimes de ce défoliant, puis les 8 et 9 août, la 2e conférence internationale des victimes, et enfin le 10, le rassemblement commémoratif des 50 ans du désastre humain et écologique de l’Agent Orange au Viêt Nam.

De nombreuses activités culturelles et artistiques se dérouleront à cette occasion, dont un concours de composition de chansons sur l’Agent Orange, de photographies, et une semaine sur la littérature traitant de l’Agent Orange. En collaboration avec l’Union de la jeunesse communiste Ho Chi Minh (UJCHCM), la VAVA organisera également une campagne de jeunes bénévoles appelée “Été Orange 2011″, dont l’objet est d’assister les victimes du poison. M. Rinh, à la tête d’une délégation de responsables de VAVA, est allé aux États-Unis sur invitation de l’Association des vétérans pour la paix, Veterans for Peace (VFP), afin de travailler avec celle-ci, ainsi qu’avec les organisateurs de la Campagne de responsabilité et d’assistance aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, Vietnam Agent Orange Relief & Responsability Campaign (VAORRC). Lors de cette visite effectuée dans trois villes, San Francisco, New York, et Washington, cette délégation a reçu le soutien des vétérans américains, mais aussi d’avocats et de scientifiques pour continuer à demander justice pour ces victimes. Pour la première fois des membres du Congrès et des représentants du Département d’État américain ont reçu les représentants de VAVA. Ils ont indiqué que « le règlement du problème de l’Agent Orange est important en vue de promouvoir les relations entre les deux pays, et que l’Administration américaine devrait s’y intéresser davantage à l’avenir. » Après cette déclaration de bonnes intentions, VAVA et VAORRC ont déclaré publiquement qu’ils travaillaient activement avec le Congrès et l’Administration américaine pour obtenir une assistance aux victimes vietnamiennes comme américaines, ainsi que pour décontaminer les “points chauds” de dioxine au Viêt Nam. Les deux parties continueront de coopérer pour mobiliser davantage de capitaux au profit du Fonds des victimes de l’Agent Orange du Viêt Nam. En 2010, parallèlement aux tâches menées dans le but de trouver un plus grand soutien de la communauté internationale afin que justice soit rendue à ces victimes, notamment de la part des milieux politiques et du peuple étasunien, VAVA est parvenue à collecter 52 milliards de dongs (moins de 2 millions d’euros) auprès d’organisations et de particuliers au Viêt Nam comme à l’étranger. « Pendant 10 années, de 1961 à 1971, l’Armée américaine a épandu plus de 80 millions de litres d’agents chimiques (possiblement 350 millions, selon moi), principalement l’Agent Orange comprenant un total de près de 400 kg de dioxine – une des pires molécules que l’humanité connaisse à ce jour.  Le Viêt Nam compte actuellement environ 4,8 millions de personnes ayant été exposées à la dioxine, dont 3 millions en sont victimes à des degrés divers », déclarera cette association.

Le 13 décembre le site agentorangezone.blogspot.com confirme que le gouvernement étasunien a débloqué une participation de 17 millions de dollars sur un total de 35 pour nettoyer une partie de l’ancienne base aérienne américaine de Da Nang, un des 28 « points chauds » de dioxine au Viêt Nam.

Le 15, un séminaire organisé conjointement par le ministère des Ressources naturelles et de l’environnement, le Fonds pour l’environnement mondial, et le Programme des Nations Unies pour le développement, a eu lieu à Hanoi, afin de lancer un projet de traitement des dioxines dans les « points chauds » à travers le pays. Un projet étalé sur 5 ans, à partir de 2010, qui visera à diminuer les effets dévastateurs de la dioxine TCDD autour de Da Nang, Bien Hoa, et Phu Cat (trois anciennes bases américaine durant la guerre). Les participants ont longuement discutés de nouvelles technologies pour traiter ces zones, son environnement, et l’homme. Richard J. Cooke, conseiller international auprès du Bureau du comité directeur national 33 (organisation vietnamienne), fait remarquer que le projet doit accorder la priorité aux technologies qui peuvent être directement mises en œuvre au Viêt Nam.

André Bouny

Le 31 décembre 2012

 

Chronique 1 :

Chronique 2 :

Agent Orange : démocratiser à l’américaine ou décontaminer les crimes de guerre ? Publié le 31 octobre 2012.

Chronique 3 :

 

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

 

P.-S. Décembre 2012, le documentaire « AGENT ORANGE – Une bombe à retardement » donne la parole à une trentaine de victimes et témoins, scientifiques et historiens, vietnamiens, français et américains (avec notamment la participation de l’auteur de cette chronique, André Bouny, et de Noam Chomsky, entre autres). Ce film revient sur le désastre écologique et humain perpétuel causé par l’Agent Orange lors de la Guerre du Viêt Nam.

Réalisation : Thuy Tien HO & Laurent LINDEBRINGS, durée 57mn, Paris, décembre 2012. DVD disponible, contact : collectiforchidees@gmail.com

http://www.mondialisation.ca/vietnam-dioxine-une-bombe-a-retardement/5317499

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La fin du monde n’aura pas eu lieu.

Nous en sommes tous grandement (sic) surpris !

Combien de fins du monde avons-nous vécues dans notre courte vie ?

182, il parait !

http://www.slate.fr/monde/66269/fins-monde-rechappe

Mais bon !

2012 s’éteint.

Le 12 du 12, 2012, à 12 heures, 12 minutes, 12 secondes ne reviendra plus jamais.

Jamais !

Le temps humain est ainsi fait !

2012…

L’an passé dans la boule de cristal, on voyait la guerre !

La guerre n’a pas eu lieu, dites-vous !

Allez donc dire cela aux Syriens et aux Syriennes.

L’an passé on disait :

« Jamais nous n’avons eu une information mensongère aussi soutenue et aussi organisée. »

http://www.legrandsoir.info/2012-vers-ou-allons-nous.html

L’année 2012 aura été le reflet de cette observation.

Depuis le renversement militaire de Laurent Gbagbo (par la France et l’ONU) en Côte-d’Ivoire, suivi de la destruction de la Libye socialiste et de l’assassinat crapuleux de Mouammar Kadhafi, de ses fils et de 30 à 100 mille de ses partisans, jamais nous n’avons vécu des années de propagande aussi soutenue.

La propagande est intense et omniprésente sur tous nos grands médias “officiels” de désinformation. Ces ex-journalistes se sont métamorphosés en propagandistes experts. Ils nous livrent sans le moindre sourcillement et avec un sans gêne hors du commun une réalité mensongère visant à nous faire accepter des massacres, des guerres et des tueries.

On nous fait la promotion des terroristes qui saccagent la Syrie (Désinformation et propagande http://www.vigile.net/Syrie-Radio-Canada-sur-le-terrain ) comme on nous a fait la promotion de ces fous d’allah qui ont assassiné Mouammar Kadhafi et fait reculer la Libye à l’âge d’une inquisition religieuse (La propagande et son service après-vente ! http://www.vigile.net/La-propagande-et-son-service-apres ).

2012, une année de guerre médiatique.

On dit que :

« La guerre médiatique consiste à utiliser les sources d’informations pour influencer les opinions publiques ou faire valoir son point de vue en temps de guerre. »

2012 aura été l’année par excellence pour vérifier cette définition.

Quiconque gratte un tant soit peu la réalité, constate que la guerre médiatique est bien réelle et que cette définition est tout à fait juste.

On nous dit des choses comme:

« Assad bombarde des gens en file pour acheter du pain ! »

« Assad bombarde des hôpitaux »

« Assad torture des enfants »

« Assad bombarde son peuple qui manifeste pacifiquement » (Comme on disait de Kadhafi.)

Le chiffre des victimes croît à la vitesse du dégoût et de la haine que l’on veut insuffler. À voir tous ces gros titres, on en vient tous à vouloir au plus vite des bombardiers «humanitaires» pour aller tuer au plus vite ce “dictateur” sanguinaire qui torture des enfants et tue les gens en file pour acheter du pain.

Nos ex-journalistes devenus propagandistes à plein temps nous transportent dans un monde manichéen où les “bons” angéliques veulent aller tuer «le grand méchant».

Ces bons qui n’ont, selon nos propagandistes professionnels, aucun autre objectif que d’éliminer un méchant terrrrrible.

Nos propagandistes professionnels se gardent bien d’aller nous montrer le résultat libyen où l’on a tué ledit grand méchant qui était, selon eux, lui aussi terrrrrrible.

On ne nous montre pas le bonheur (sic) des Libyens et surtout des Libyennes de s’être fait ainsi “libérer” de celui que l’Occident appelait un “dictateur” et qu’eux appelaient leur “guide”.

La guerre médiatique…

Les grands médias sont des armes de manipulation massive d’une efficacité redoutable.

Mais aussi redoutables soient-elles, elles frappent un mur lorsque les vraies armes se dressent.

Ce qui a sauvé le monde d’une grande guerre en 2012, ce sont les vétos russes et chinois. Ces deux puissances, la Chine et la Russie , par leur fermeté, ont sauvegardé la Paix mondiale. Chacune à sa façon. La Chine discrète et la Russie musclée.

La guerre médiatique devient ridicule et inopérante lorsqu’elle est confrontée à la réalité militaire. On a beau tenter de maintenir les cerveaux dans le monde du bien contre le mal, sur le terrain, la guerre n’avance pas. Les armes se regardent et évaluent leur chance de succès.

2012 aura été le retour à l’équilibre de la terreur. La domination occidentale menée par l’invincible (?) armée US semble avoir été jugulée.

Les faucons fous prêts à bombarder la Syrie puis l’Iran et tout autre Pays se dressant sur leur chemin n’ont pu mettre leur folie à exécution.

Si une grande guerre n’a pas eu lieu, c’est la faute aux Russes.

Nous pouvons les remercier chaleureusement.

Mais, malheureusement, la guerre à l’intérieur de la Syrie a suivi son cours.

Une guerre “par procuration”.

On a recruté, financé et armé des fanatiques pour tenter de renverser le gouvernement Assad. Ce gouvernement qui déplait aux prédateurs occidentaux ainsi qu’aux colonisateurs israéliens.

Une guerre “soft” and “smart”, par sous-traitance !

Pour la Syrie ce ne fut pas du tout une guerre “soft”, ce fut une terrible année de guerre.

Certains Pays avouent candidement armer et financer ces terroristes qui tuent, saccagent, égorgent et coupent littéralement des têtes.

Une belle saloperie pour la population syrienne.

Pauvre peuple syrien !

Combien d’attentats en Syrie en 2012 ?

On ne les compte plus.

Pour nos médias propagandistes, ces attentats sont sans importance ou pire, seraient faits par le gouvernement Assad, lui-même !

La propagande est extraordinairement effrontée !

Combien de personnes littéralement égorgées ?

Combien de têtes littéralement coupées ?

Nos ex-journalistes, tels des complices de ces odieux crimes, n’en parlent pas.

On ne dit mot de ces gens que l’on voit tenant à bout de bras une tête fraîchement coupée. Une tête dont on voit les traits du visage. Des visages que nos journalistes, s’ils faisaient leur métier, pourraient identifier.

Combien de tirs de mitraillettes à travers des trous faits dans les murs des maisons saccagés? Des maisons où on a chassé et souvent tué les occupants.

Pour nos ex-journalistes complices de ces crimes contre l’humanité et contre le patrimoine mondial de la Syrie , ces terroristes sont de bonnes personnes luttant pour la “liberté” !

Nos ex-journalistes ont du sang sur les mains. Les preuves de leur complicité avec ces tueurs sont accablantes.

Ces terroristes de tout acabit que l’on regroupe sous le vocable d’armée syrienne “libre” (ASL) saccagent impunément la Syrie et ces lieux historiques les plus réputés en plus de déloger et même d’assassiner les habitants des quartiers en réquisitionnant et dévastant leurs demeures.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=YWNMXUO0FiI

Une année terrible pour la Syrie et terrible pour les valeurs humaines.

La Syrie occupe toute la place en 2012.

Elle fut à la Une presque 365 jours d’affilée.

Elle éclipse tous les autres événements. Rien n’arrive à sa hauteur.

Pas même

- Le climat qui se réchauffe à la vitesse grand V.

- Le cirque de l’élection présidentielle US.

- La réélection démocratique d’Hugo Chávez.

Rien n’arrive à la cheville de la Syrie en 2012.

 

Hugo Chávez

Malgré tout, il y a Hugo Chávez qui continue à marquer le temps.

Le plus grand politicien de notre époque.

Un politicien «humain» avec des valeurs «humaines».

Un politicien ennemi des exploiteurs hypocrites qui mènent et exploitent le monde.

Il y a eu son élection claire et indéniable et malheureusement son cancer persistant.

Il y a ces milliers de gens à travers le monde qui prient pour lui ( http://www.vigile.net/Chavez-celui-pour-qui-le-monde ).

Des prières pour qu’il puisse gagner son combat pour la vie et continuer sa mission salutaire pour les plus démunis et pour le respect des souverainetés de chaque Pays.

Prions pour qu’Hugo Chávez gagne son combat et ne nous quitte pas en 2013.

Les prédateurs espèrent tous sa mort.

Le cancer risque d’être de leur côté !

Mais, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Espérons !

* * *

2012 annonçait clairement la guerre.

Cette guerre qui a eu lieu toute l’année en Syrie et toute l’année à la Une de nos médias propagandistes.

2013

Les augures de 2013 sont plus mystérieux.

Les plus optimistes parlent d’une «ère nouvelle» !

http://www.legrandsoir.info/bienvenue-a-une-ere-nouvelle.html

«Les descendants mayas présentent cette fin de calendrier, non pas comme la fin du monde, mais comme la fin d’une ère, caractérisée par la discrimination, le sectarisme, l’individualisme et le despotisme. Pour eux, l’ère nouvelle s’ouvre sur un paradigme nouveau, caractérisé par la paix et la solidarité entre les peuples. Une ère où il y aura un plus grand respect de la mère terre et une meilleure reconnaissance de ceux et celles qui l’habitent et en vivent.»

Mais 2013 augure-t-elle vraiment un changement pour le mieux ?

Nous espérons ce changement depuis déjà quelques années.

Nous constatons depuis des mois l’essoufflement du système d’exploitation capitaliste, mais force est de constater que malgré son essoufflement, ce système continue de marquer la marche du monde.

- Climat

Malgré le constat du réchauffement climatique alarmant et de l’épuisement de nos ressources dus à notre surconsommation visant à faire “croître” l’économie, aucune mesure n’est envisagée pour corriger la surproduction et le gaspillage capitaliste.

- Guerres

Les faucons sont toujours sur le qui-vive prêts à aller tuer massivement avec leurs drones et leurs armes dernier cri !

Les budgets pour l’industrie de la mort sont toujours les budgets les plus imposants.

2012 aura été l’année qui nous a servi un nombre INCROYABLE de vidéos d’une inhumanité inimaginable !

Des images insoutenables ! Des images INCROYABLES !

Nous n’aurions jamais pu imaginer voir des scènes d’une telle bestialité.

Des gens «décapités» sous nos yeux !

Et nos journalistes – complices – passant sous silence ces terribles atrocités.

2012, difficile d’imaginer pire.

On ne peut qu’espérer que 2013 sera mieux.

Il semble impossible que ce soit pire.

Il faut espérer que nous soyons vraiment à l’orée d’une ère nouvelle.

Une ère nouvelle caractérisée par la Paix et la solidarité entre les peuples.

2013, vivement que la Paix soit avec nous.

Bonne année !

 

Serge Charbonneau

Québec

P.S.: Le passé, pour tenter de décoder le présent et espérer entrevoir l’avenir:

 

Notes/références

- 2011

Jamais nous n’avons eu une information mensongère aussi soutenue et aussi organisée.

« 2012, vers où allons-nous ? »

http://www.legrandsoir.info/2012-vers-ou-allons-nous.html

-2010

« 2010 finit, 2011 commence… »

http://www.legrandsoir.info/2010-finit-2011-commence.html

- 2009

« L’année qui bascule…

L’heure des boules de cristal (Les prédictions… mais surtout un regard sur le passé) »

http://www.legrandsoir.info/L-heure-des-boules-de-cristal-Les-predictions-mais-surtout-un-regard-sur-le-passe.html

- Déjà en 1970,

C’était « le début d’un temps nouveau ! »

https://www.youtube.com/watch?v=7RI6thml6yk

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Syrie : Brahimi sur la piste du modèle yougoslave?

décembre 29th, 2012 by Nasser Kandil

La chaîne qatarie Al-Jazeera, son intello favori Azmi Bishara, et leur cortège d’intervenants affabulateurs voudraient continuer à nous subjuguer par la magnificence et le caractère exceptionnel du soi-disant « Printemps arabe ». Il n’empêche que nombreux sont ceux qui y voient un scénario déjà vécu dans les années quatre-vingt-dix du siècle dernier [1][2].

En effet, quiconque accepterait de revenir sur l’expérience du « Printemps européen » qui a démarré par la révolution ouvrière du bassin de Gdansk en Pologne, sous la direction de Lech Walesa, pour la comparer à celle du prétendu « Printemps arabe » qui a débuté par l’immolation de Bouazizi en Tunisie, ne pourrait ignorer certaines similitudes. Notamment, entre le rôle joué par les États de l’Europe occidentale, leurs églises catholiques et l’ensemble de leurs médias dans la bénédiction de ces révolutions qui ont secoué les pays d’Europe orientale, d’une part ; et le rôle joué par les Pays arabes du Golfe, l’Islam politique principalement représenté par les Frères Musulmans, et les organisations d’al-Qaïda avec leurs composantes salafistes wahhabites dans les révolutions arabes, d’autre part. Ceci, non sans concéder que dans ce deuxième cas c’est Al-Jazeera qui a tenu, avec brio, le rôle joué par la BBC dans les révolutions en Europe !

Or, c’est en Yougoslavie que le « Printemps européen » a  rencontré son premier obstacle. Cette Yougoslavie de la Chrétienté Orthodoxe où s’était arrêté le Catholicisme et où l’Islam politique, soutenu par l’Arabie saoudite et la Turquie avec un début de collaboration de l’astre ascendant qatari, a été mis à contribution pour inverser l’équation et, tirant profit de l’effondrement de l’URSS, créer un jeu différent alliant guerre civile, intervention militaire étrangère, et machinerie onusienne.

Plus de vingt ans après cette « Crise yougoslave » et suite à plus d’une centaine de décisions du Conseil de sécurité, de centaines de milliers de victimes, et de destructions dévastatrices nécessitant des centaines de milliards de dollars pour compensation, la Yougoslavie qui sous la direction du Maréchal Tito fut un partenaire de l’Egypte et avec  Gamal Abdel Nasser  l’un des catalyseurs du « Mouvement des Pays non alignés », s’est transformée en petits pays rivaux occupés par des troupes étrangères et a perdu  son rôle, son économie et sa souveraineté.

Et voilà qu’aujourd’hui l’émissaire onusien Lakhdar Brahimi revient sur la scène syrienne, porteur des mêmes propositions que Peter Fitzgerald avait avancé à la Yougoslavie. En somme, l’État syrien devrait accepter de se laisser démanteler, à plus ou moins courte échéance, au nom d’un gouvernement de transition [3] sur la base d’une prétendue réconciliation avec un regroupement d’individus refusant ouvertement toute proposition sous prétexte qu’elle serait insuffisante !

Parmi ces propositions, deux  sont particulièrement évocatrices :

1. la réduction des pouvoirs de l’Etat central représenté par le Chef de l’Etat syrien sous prétexte d’une phase de transition ; ce qui dans le cas de la Yougoslavie s’est soldé par les « Accords de Dayton » [4] venus confirmer la logique de son démembrement en quatre états : Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, et Monténégro.

2. Le démantèlement des institutions militaires et des services de sécurité syriens sous prétexte de leur restructuration ; pour s’empresser ensuite de soumettre leurs commandants à un tribunal spécial calqué sur le « Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie » ou TPIY.

Ceci, sans oublier que diverses prescriptions ou « recettes » se sont succédées en ex-Yougoslavie. Il y a eu celle de la Pologne, puis celle de la Roumanie où l’exécution de Ceausescu rappelle étrangement celle ce Kadhafi en Libye, puis celles des Républiques Tchèque et Bulgare. Ayant échouées les unes après les autres, il ne restait plus que la recette finale d’une guerre féroce et dévastatrice ! Et aujourd’hui, de l’aveu même des instigateurs de cette guerre, nous savons que l’Occident a utilisé les éléments tchétchènes et afghans de l’organisation d’al-Qaida : 100 000 bénévoles financés par les Pays du Golfe, armés et entrainés par la Turquie, et soutenus par des états laïcs de l’Europe occidentale !

Poursuivant la comparaison, force est de constater que les recettes tunisienne, égyptienne, libyenne et yéménite ont échoué en Syrie, d’où la nécessité d’une « nouvelle recette » inspirée du modèle yougoslave. Et nous revoilà avec 100 000 volontaires terroristes couvés en Turquie, financés par l’Arabie saoudite et le Qatar, glorifiés médiatiquement par Al-Jazeera et ses consœurs. Mais la tâche la plus complexe, pour la mise en œuvre d’une stratégie onusienne débouchant sur une intervention militaire et politique étrangères en Syrie, revient à M. Lakhdar Brahimi, Président du « Panel Brahimi », lequel s’est chargé, en 2000, de rédiger un rapport du même nom, le « Rapport Brahimi » [5], censé améliorer la pratique de l’ONU dans le domaine du maintien de la Paix !

Mais M.Brahimi et ceux qui se cachent derrière lui auront à se confronter à quatre obstacles, avant de prétendre installer en Syrie un  « gouvernement de transition ayant tous les pouvoirs » ! Quatre obstacles qui ne leur permettront pas de réussir leur dernière manœuvre pour torpiller le rôle du Président syrien et, du même coup, réussir à démolir l’État syrien et ses institutions politiques et militaires. En effet :

1. La Russie d’aujourd’hui n’est plus la Russie d’hier. Après les expériences vécues en Yougoslavie, en Irak et en Libye, elle ne couvrira pas des résolutions, tirées du chapitre VII, pour « camoufler la manœuvre » et autoriser une intervention militaire qui mettrait la Syrie sous tutelle onusienne au nom d’un prétendu maintien de la paix.

2. Une intervention militaire des USA et de l’OTAN dépasse les capacités des mêmes va-t-en-guerre après leur défaite en Afghanistan et en Irak, et aussi à cause de la situation géostratégique de la Syrie où une telle initiative s’accompagnerait de conséquences dévastatrices sur Israël et la Turquie ; ce qu’ils voudraient absolument éviter.

3. La Syrie n’est pas la Yougoslavie. Malgré toutes leurs tentatives pour briser l’unité nationale et territoriale, installer des émirats et des roitelets sectaires, et étendre le conflit vers l’Irak, le Liban et, éventuellement, la Jordanie, les Syriens sont restés majoritairement solidaires de leurs autorités légitimes ; majorité garante de la survie de l’État et de ses institutions sous la direction du Président Bachar al-Assad.

4. Le « Printemps européen » a connu son apogée quand l’État Yougoslave est tombé, alors que le « Printemps arabe » est en passe de tomber sans que l’État syrien ne cède en rien de sa souveraineté. Si bien que les Egyptiens et les Tunisiens désireux d’échapper à la dictature humiliante des Frères musulmans se dirigent désormais dans la direction indiquée par la « boussole syrienne ». Il en est de même pour tous les Arabes qui soutiennent la Résistance du peuple palestinien, maintenant qu’ils ont constaté la complicité éhontée des Frères Musulmans et de leurs alliés avec l’occupant sioniste. Une complicité qui a dépassé de loin celle de Sadate et de Moubarak avant eux.

Par conséquent, en Syrie, M. Brahimi découvrira que « le travail de guerre », pour lequel il a été missionné, est loin d’être une tâche facile contrairement à ce qu’on aurait pu lui assurer.

La seule solution en Syrie n’a besoin ni d’un gouvernement provisoire, ni de ceux qui se laissent gouverner. Elle passe par un cessez-le-feu qui devra être garanti par M. Brahimi et Cie, et par Jamaat al-Nousra et équivalents, ainsi que par des observateurs, intègres et neutres, issus du Haut commissariat des Nations Unies pour s’assurer de la transparence d’élections mises sur pied dans les trois mois. Dès lors, celui qui obtiendra 50% des voix plus une formera le gouvernement, celui qui détiendra les 2/3 des voix rédigera la constitution, et celui qui en sortira avec le 1/3 des voix aura le droit de veto ; l’ensemble du processus aboutissant, dans un délai maximum d’une année, à une nouvelle constitution soumise à référendum et à des élections législatives. Le temps sera venu de passer aux élections présidentielles et la vérité sortira des urnes. Celui qui se lancerait à la recherche d’une autre solution aura à poursuivre sa guerre !

Nasser Kandil

28/12/2012

 

Texte original : Top News

الإبراهيمي ونموذج يوغوسلافيا

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php?art_id=1699

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :

[1] Serbie, 1999 : calomnies, trahisons, et ingérence humanitaire…

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/serbie-1999-calomnies-trahisons-et-123236

[2] Serbie, 1999 : de la dislocation de la Yougoslavie au projet de « Grand Moyen-Orient »…

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/serbie-1999-de-la-dislocation-de-123729

[3] Syrie : M. Brahimi plaide pour un “gouvernement de transition”

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/12/28/syrie-m-brahimi-plaide-pour-un-gouvernement-de-transition_1811128_3208.html

[4] L’accord de Dayton

http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/kosovo/dayton

[5] Rapport Brahimi

http://www.operationspaix.net/137-resources/details-lexique/rapport-brahimi.html

 

Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de TopNews-nasser-kandil

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Égypte : les Frères et la Grande Muette

décembre 29th, 2012 by Ahmed Bensaada

Lorsqu’en août dernier Mohamed Morsi, le premier président égyptien civil élu, s’en est pris à l’armée de son pays, les médias « mainstream » ont salué son exploit « épique » et l’éclosion des titres dithyrambiques ne s’est pas fait attendre: « Le président égyptien frappe l’armée à la tête », « Le président Mohamed Morsi défie l’armée », « Le président Morsi frappe un grand coup contre l’armée », etc.

Un « spécialiste » a poussé le raisonnement jusqu’à faire usage d’expressions sorties d’un conte africain, comparant Morsi à la mangouste qui attaque le cobra dont « la seule chance de survie est de mordre le redoutable mammifère avant que ce dernier ne le saisisse à la gorge ». Et de conclure : « C’est ce qu’a fait le président islamiste Mohamed Morsi face à l’armée » [1] : la fabuleuse victoire du président-mangouste sur la redoutable armée-cobra, confirmation de l’omnipotence de la confrérie des Frères musulmans (dont est issu Morsi) et gage de l’inexorable marche vers la démocratie, terrassant tout sur son passage.

Morsi et le CSFA

Il est vrai que le président Morsi a (apparemment) réussi à « pousser » à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui (77 ans), inamovible ministre de la Défense depuis vingt ans, ainsi que le chef d’État-major de l’armée, le général Sami Anan (64 ans), numéro deux du Conseil suprême des forces armées (CSFA), ce qui n’est pas une mince affaire.

Pour donner de la consistance à l’acte, cette décision présidentielle a même été accompagnée de rumeurs d’assignation à résidence surveillée des deux nouveaux « retraités », mais elles ont rapidement été démenties.

Cependant, ces mêmes médias ont été moins loquaces sur le fait que le nouveau Raïs a non seulement décidé de les nommer tous deux « conseillers auprès du chef de l’État », mais qu’il les a décoré, deux jours après leur soi-disant limogeage.

Notons, au passage, que la cérémonie de décoration fut retransmise à la télévision nationale, détail révélateur de l’importance de l’évènement. On y a vu un  président se confondre en remerciements, déclarant à l’endroit de Tantaoui: «  Compte tenu de votre loyauté et de votre amour pour la nation, il s’agit là d’un geste de gratitude de la part du peuple égyptien, et non de son président, envers un homme qui a été loyal à son peuple et à son pays. Que Dieu vous apporte le succès ! » [2].

Le maréchal reçut le « Collier du Nil »,  la plus haute distinction du pays, alors que le général fut décoré de l’« Insigne de la République ».

Le maréchal Hussein Tantaoui a été remplacé par Abdel Fattah el-Sissi, chef des renseignements militaires. Ce général s’est fait connaître, dans la période post-Moubarak, pour avoir justifié les « fameux » tests de virginité que les militaires faisaient subir aux manifestantes égyptiennes [3].

Bien que certains observateurs aient interprété la cérémonie de décoration comme le désir de Morsi de ménager l’armée, il apparaît plutôt que la décision de « mise en retraite » ait été prise en commun accord avec les deux militaires et le CSFA [4]. D’autant plus qu’il semblerait, selon des sources bien informées, que le général Anan « jouit de très bons rapports avec les Frères musulmans » [5], comme nous allons nous en rendre compte un peu plus tard.

Morsi et les commémorations historiques

Mais le président Morsi ne s’est pas uniquement contenté de cette cérémonie. En effet, moins de deux mois après cet évènement, il a profité de la date anniversaire de la « guerre d’octobre 1973 »  pour décorer, à titre posthume, l’ancien président Anouar Sadate. Une distinction identique à celle décernée au maréchal Tantaoui fut remise au fils de l’ancien président. Ironie du sort, c’est à cette même commémoration que, 31 ans auparavant, presque jour pour jour, Sadate avait été assassiné par des militaires appartenant au Jihad islamique égyptien, mouvement fondé par d’anciens membres de la confrérie des Frères musulmans.

Tentant une explication de ce geste hautement politique, le journal libanais « Essafir » explique que la démarche du président islamiste « jette la lumière sur la relation intéressante née au cours des années 70 du siècle dernier, entre Sadate et les directions islamistes, notamment celles les plus fondamentalistes, dont il a libéré nombre de ses membres des geôles nassériennes, et les a utilisés d’une manière ou d’une autre dans l’affaiblissement de ses opposants politiques nassériens, nationalistes, gauchistes et autres, avant que les formations islamistes ne se retournent contre lui, jusqu’à son assassinat sur la tribune de commémoration de la guerre d’octobre » [6].

Certains, adeptes de la théorie de la « mangouste », ont avancé l’explication selon laquelle la « mise sur la touche » des deux officiers supérieurs, permettait au président Morsi de mettre fin à la « génération de 1973 » pour laisser la place à des militaires plus jeunes [7]. Avec la décoration posthume de Sadate, la boucle serait donc bouclée.

Il va sans dire que cette frénésie soudaine de décorations militaires remises par un  président qui est, ne l’oublions pas, civil, est très curieuse surtout si on tient compte de la courte période qui s’est écoulée depuis son accession à la magistrature suprême et de la relation tourmentée entre la confrérie et l’armée égyptienne dans les dernières décennies.

Mais le plus intéressant dans cette affaire vient du fait que certaines personnalités qui ont marqué de manière indélébile l’histoire moderne de l’Égypte ont été volontairement occultées par le président Morsi.

À ce sujet, certains observateurs ont remarqué que l’incontestable leader historique,  feu le président Jamal Abdel Nasser, n’a pas été décoré (à titre posthume) lors des célébrations du 60e anniversaire de la « révolution du 23 juillet 1952 ». Pire encore, le président issu des Frères musulmans s’est contenté à cette date d’un discours télévisé dans lequel il a adressé des critiques implicites et explicites à l’ère nassérienne [8].

Commentant cette ère, Névine Ahmed écrit: « Personne ne peut nier que cette période reste très douloureuse dans l’esprit de plusieurs, notamment des Frères musulmans, avec les détentions et tortures dans les prisons. Il existe donc une hostilité historique entre les Frères et l’époque de Nasser » [9].

À cette vérité de La Palice, on peut juste se demander, de concert avec les (de plus en plus nombreux) détracteurs du nouveau Raïs, si Morsi est le président de tous les Égyptiens ou seulement des Frères musulmans, comme semble l’indiquer sa mémoire historique sélective.

Certes, Nasser est considéré par la confrérie comme le « pourfendeur » de l’islamisme, mais il n’y a pas que cet aspect de la politique nassérienne qui justifie cette « amnésie » sélective. En effet, il est de notoriété publique qu’aussi bien l’armée égyptienne que le gouvernement islamiste au pouvoir sont des alliés de l’administration américaine. La première est tenue par une généreuse rente annuelle alors que le second profite d’un indéniable soutien politique « post-printanier ». Bien au contraire, Nasser et les États-Unis se considéraient mutuellement comme des ennemis. Pour illustrer cela, quoi de plus éloquent que la fameuse déclaration nassérienne : «  Si vous voyez que les États-Unis sont satisfaits de moi, sachez alors que je suis sur la mauvaise voie ».

Si on en croit Bernard Lugan, l’armée égyptienne se diviserait en trois groupes distincts : « un état-major composé de vieillards soldés par Washington, une fraction islamiste difficile à cerner numériquement et une majorité composée d’officiers et de sous-officiers nationalistes ayant pour modèle le colonel Nasser » [10]. Dans ce cas de figure, et tenant compte du fait que pour une frange non négligeable de la population et de l’intelligentsia égyptiennes, Nasser est non seulement un fils chéri de l’Égypte, mais aussi un héros du panarabisme, il va sans dire que Morsi risque de s’aliéner une partie de l’armée et de l’opinion publique, ce qui ne risque pas d’améliorer son image de « président des Frères ».

Morsi et le Cheikh aveugle

Lors de son discours symbolique sur la place Tahrir, quelques jours seulement après son élection aux plus hautes fonctions de l’état, Morsi fit une déclaration très peu commentée par la presse internationale, mais qui n’est pas passée inaperçue aux États-Unis. Il claironna haut et fort « Je vais faire tout mon possible pour faire libérer […] les détenus, y compris le Cheikh Omar Abdel-Rahman » condamné en 1995 à la prison à vie par la justice américaine pour des complots visant à attaquer des cibles new-yorkaises et à assassiner l’ancien président égyptien Hosni Moubarak  [11].

Mais qui est donc ce Cheikh dont Morsi s’est senti obligé de parler dans un de ses premiers discours présidentiels comme s’il s’agissait d’une affaire cruciale pour le pays?

En fait, Cheikh Omar Abdel-Rahman, surnommé le « Cheikh aveugle » à cause d’une cécité contractée pendant son enfance, est le chef spirituel de la Jamaa el-Islamiya, organisation islamiste égyptienne qui prit la suite du Jihad islamique égyptien et qui fut responsable de plusieurs attentats terroristes en Égypte et aux États-Unis. Reconnu coupable dans le premier attentat contre le World Trade Center en 1993, le Cheikh Abdel-Rahman purge actuellement une peine de prison à perpétuité aux États-Unis [12].

La demande de « libération » du Cheikh formulée par le président nouvellement élu s’est attiré les foudres de nombreux politiciens américains, comme il est possible de s’en rendre compte à la lecture de ces quelques réactions.

Le sénateur Charles Schumer a mentionné que « les déclarations offensantes du président Morsi sont une insulte à la mémoire des victimes de l’attentat du World Trade Center », et que le Cheikh Abdel-Rahman est « un terroriste qui projetait de tuer des Américains innocents, rassurez-vous, il va rester là où il appartient, en prison pour le reste de sa vie ».

Le sénateur Kirsten Gillibrand a, quant à lui, qualifié la déclaration de Morsi de « non seulement scandaleuse, mais représentant une source de profonde préoccupation au sujet du respect de Mohammed Morsi pour la primauté du droit et de la démocratie » [13].

Il est à noter qu’en 2006, Ayman el-Zawahiri, à l’époque n°2 d’Al-Qaïda, et lui-même ancien membre influent du Jihad islamique égyptien, avait annoncé la fusion de la Jamaa el-Islamiya avec Al-Qaïda [14]. Une des raisons qui ont été avancées pour cette allégeance était justement l’incarcération du Cheikh Abdel-Rahman.

Élément intéressant dans cette histoire : le Cheikh avait été incarcéré à la suite du meurtre du président Sadate, accusé d’avoir émis une fatwa autorisant son assassinat [15] et fomenté l’attentat. Faute de preuves, le Cheikh a été, par la suite, relaxé mais expulsé du pays.

Ainsi, il est aisé de constater l’ambivalence politique du président Morsi : il est capable de décorer à titre posthume un président assassiné et demander la libération de la personne sur laquelle pèsent de lourds soupçons d’avoir orchestré son homicide.

Cette affaire illustre bien le double jeu de Morsi : il se veut « président pour tous » en honorant ses prédécesseurs, mais n’oublie pas ses « compagnons d’armes » islamistes, preuve de sa fidélité à la confrérie et à son « Mourchid » (guide suprême des Frères musulmans).

Un mariage bien particulier

Le 31 août 2012, soit un peu plus de deux semaines après la « mise en retraite » du maréchal Tantaoui et du général Sami Anan, l’hôtel cinq étoiles « El Masah » du Caire accueillit un mariage très huppé. La fébrilité qui s’est emparé de cet établissement, propriété des forces armées égyptiennes, était à la hauteur de la notoriété des nouveaux mariés, mais surtout de celle des convives. Ce jour-là, Mohamed Mamdouh Chahine convolait en justes noces avec  Ithar Kamal el-Katatni.

L’heureux époux est le fils du général Mamdouh Chahine, membre influent du CSFA et assistant du Ministre de la défense chargé des questions juridiques et constitutionnelles. La charmante épouse de 25 ans est la fille de l’ingénieur Kamal el-Katatni qui a un lien de parenté avec Saad el-Katatni, ancien président de l’Assemblée du peuple égyptien dissoute, membre du Bureau d’orientation des Frères musulmans et actuellement Président du Parti de la liberté et de la justice (vitrine politique des Frères musulmans).

Mais au-delà de son côté mondain, ce mariage entre le fils d’un haut gradé militaire et d’un membre de la famille d’un haut dignitaire islamiste issu des Frères musulmans a défrayé la chronique.

Tout d’abord, la présence du général Sami Anan assis à côté de Saad el-Katatni ne pouvait passer inaperçue. Cette première apparition publique du général « limogé » a mis fin aux rumeurs de sa mise en résidence surveillée. Pis encore, Sami Anan est arrivé avec la même voiture de service qu’il avait lors de l’exercice de ses fonctions et protégé par des gardes du corps. D’autre part, le journal  « Al-Youm el-Sabii » rapporte qu’à la fin de la cérémonie de mariage « le général Sami Anan est entré dans une salle VIP accompagné du docteur Saad el-Katatni et la porte de la salle fut fermée derrière eux » [16]. Le même journal a publié de nombreuses photographies de l’évènement où figurent des personnalités qu’il est difficile d’imaginer ensemble : le mufti de la République, des personnalités salafistes, soufies ou issues des Frères musulmans, des anciens ministres, des hommes d’affaire, etc.

Cette assemblée hétéroclite montre à quel point l’armée et les islamistes peuvent cohabiter en « parfaite harmonie » et indique que Sami Anan cultive de bons rapports avec les Frères musulmans, comme mentionné précédemment. Sa mise à la retraite ainsi que celle de son supérieur par Morsi, le président islamiste, ne peut être interprétée comme un « limogeage », mais plutôt comme un accord conclu entre les deux institutions les plus fortes sur la scène égyptienne : l’armée et la confrérie.

L’armée à la rescousse de Morsi

Contrairement à ce qu’ils prétendent actuellement, les islamistes ne sont pas des « révolutionnaires » de la première heure. Ils ont été très sceptiques aux débuts des émeutes contre Moubarak et n’ont rejoint le mouvement de protestation que très tardivement. En plus, quelques mois à peine après la chute du président déchu, ils affichèrent leur volonté de se séparer du mouvement pro-démocratie né de la place Tahrir. Commentant cette période, le professeur Stéphane Lacroix écrit : « S’ils avaient été alliés pendant la révolution, jeunes révolutionnaires et Frères choisissent très vite des chemins différents. Les Frères prennent leurs distances avec la rue, préférant s’investir dans le jeu politique institutionnel. Ils font mine d’afficher leur confiance dans le processus “de transition” guidé par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) avec lequel, reprenant leurs habitudes des années Moubarak, ils n’hésitent pas à négocier en coulisses » [17]. Depuis, les Frères sont régulièrement accusés de collusion avec les militaires.

Déjà, en juillet 2011 (plus d’un an avant la mise à la retraite des deux hauts gradés du CSFA), Mohammed Badie, Mourchid des Frères musulmans, montrait le chemin aux membres de sa confrérie. Après les incidents de la place Abbassiya qui avaient fait près de 300 blessés dans les rangs des manifestants pro-démocratie qui désiraient marcher sur le ministère de la Défense, il déclara : « Nous défendrons toujours l’armée et l’armée nous défendra » [18].

Avec la promulgation du décret du 22 novembre 2012, Morsi s’octroyait des pouvoirs qualifiés de « pharaoniques » par ses opposants. Il s’ensuivit des batailles rangées entre les islamistes et l’opposition libérale et de gauche qui ont fait sept morts et des centaines de blessés. Les chars militaires ont réapparu dans les rues du Caire et Morsi demanda, par décret, à l’armée d’assurer la sécurité du pays. Il leur accorda le droit d’arrêter des civils, pouvoir très décrié par les « révolutionnaires » durant la période de transition post-Moubarak. Revoilà donc l’armée à l’avant-scène politique du pays, protégeant les islamistes à leur demande comme l’avait prédit plus d’un an auparavant le Mourchid, et évitant que le pays ne sombre dans le chaos.

Le Front du salut national (FSN), principale coalition de l’opposition rassemblant des mouvements de gauche, des laïques et des libéraux, s’est mobilisé contre la dérive autocratique du président Morsi. La coalition s’est aussi fortement opposée à la volonté affichée par le gouvernement de forcer l’écriture accélérée de la constitution par des islamistes et d’organiser un référendum constitutionnel dans des délais très courts.

Au vu de cette dangereuse bipolarisation de la société égyptienne, l’armée égyptienne a sommé le gouvernement islamiste et l’opposition de dialoguer. Le porte-parole des forces armées a énoncé que, faute de pourparlers, l’Égypte emprunterait « un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre », ce que l’institution militaire « ne saurait permettre » [19].

Ainsi, contrairement à ce qui a été véhiculé par les médias « mainstream » à l’occasion de l’apparente « éviction » de Tantaoui et Anan, cette décision unilatérale des forces militaires du pays montre à quel point l’armée n’est pas assujettie au pouvoir en place et qu’elle demeure toujours au timon du pays. Même si la rencontre entre les deux parties n’a finalement pas eu lieu, il est à noter que l’armée n’a abandonné l’idée de la réunion qu’après s’être assurée que le FSN ait appelé ses troupes à la participation au référendum constitutionnel, ce qui a notablement diminué la tension politique dans le pays.

En définitive, tout indique que l’institution militaire a choisi l’option de travailler avec le groupe politique le plus fort et le plus structuré du paysage politique égyptien, c’est-à-dire les Frères musulmans. Cette option a très probablement été « encouragée et conseillée » par l’administration américaine [20] qui possède d’étroites relations avec les deux parties et ce, depuis des décennies.

Dès lors, la décision de mettre en retraite le maréchal Tantaoui et le général Anan semble avoir été prise conjointement, et de manière consensuelle, par l’armée et le gouvernement islamiste de Morsi.

Selon l’opposition, la collusion entre ces deux institutions est visible dans l’article 197 de la nouvelle constitution du pays dans lequel le budget de l’armée n’est pas vraiment soumis à contrôle, ce qui permet de continuer à protéger les privilèges dont jouissait l’armée sous Moubarak [21].

Le 22 décembre dernier, journée de la deuxième phase du référendum sur la constitution, Anne Patterson, l’ambassadrice des États-Unis au Caire, a visité un certain nombre de bureaux de vote de la capitale égyptienne. À la vue de la diplomate, des électeurs ont commencé à scander « Islamiya, Islamiya » (Islamique, Islamique) [22], voyant dans la visite de Mme Patterson une ingérence américaine dans les affaires intérieures de leur pays. Cette animosité populaire a contraint l’ambassadrice à rebrousser chemin et à éviter quelques bureaux « inhospitaliers ».

Une anecdote qui montre à quel point la méfiance du « petit peuple » à l’égard de l’omniprésence américaine en Égypte (avant et après le départ de Moubarak) contraste singulièrement avec la qualité des relations de l’armée égyptienne et des Frères musulmans avec l’administration américaine.

Dans la mythologie de l’Égypte ancienne, le Dieu « Rê » se transforme en un énorme  « ichneumon » (mangouste) pour combattre « Apophis » (serpent géant personnifiant le mal). Dans l’Égypte actuelle, la mangouste et le cobra ont plus tendance à danser de concert, au son d’une flûte maniée par un charmeur doué d’une grande dextérité.

Mais les spectateurs ne semblent guère apprécier la musique.

Ahmed Bensaada

Montréal, le 25 décembre 2012

http://www.ahmedbensaada.com/

Cet article a été publié le 29 décembre 2012 par le quotidien algérien Reporters

 

Références 

1-      Christophe Ayad, « Le président égyptien frappe l’armée à la tête », Le Monde, 13 août 2012, http://www.lemonde.fr/international/article/2012/08/13/le-president-egyptien-frappe-l-armee-a-la-tete_1745535_3210.html

2-      AFP, « En Égypte, Mohamed Morsi décore les généraux qu’il a limogés », Le Monde, 14 août 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/14/en-egypte-mohamed-morsi-decore-les-generaux-qu-il-a-limoges_1746160_3212.html

3-      AFP, « Un général égyptien justifie les “tests de virginité” sur des manifestantes », Le Point.fr, 26 juin 2011, http://www.lepoint.fr/monde/un-general-egyptien-justifie-les-tests-de-virginite-sur-des-manifestantes-26-06-2011-1346233_24.php

4-      Karim Kebir, « Morsi écarte l’armée du pouvoir », Liberté, 13 Août 2012, http://www.liberte-algerie.com/actualite/morsi-ecarte-l-armee-du-pouvoir-il-met-a-la-retraite-le-marechal-tantaoui-et-annule-la-declaration-du-17-juin-183640

5-      Maghreb Intelligence, « Le général Anan, au chevet de l’Égypte », 3 août 2012, http://www.maghreb-intelligence.com/portrait/2523-le-general-anan-au-chevet-de-legypte.html

6-      Essafir, « Morsi décore Sadate! », 4 octobre 2012, http://www.assafir.com/Article.aspx?EditionId=2273&ChannelId=54554&ArticleId=606&Author=

7-      Alain Gresh, « Égypte, de la dictature militaire à la dictature religieuse? », Le Monde diplomatique, Novembre 2012, http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/GRESH/48350

8-      Essafir, Op.Cit.

9-      Névine Ahmed, « Entre Nasser et Morsi, des jeunes si semblables…si différents! », Le Progrès Égyptien, 24 juillet 2012, http://213.158.162.45/~progres/index.php?action=news&id=14706

10-  Bernard Lugan, « Irak, Libye, Syrie, Égypte et demain Iran. La stratégie du chaos », Metamag, 14 décembre 2012, http://metamag.fr/metamag-1084–Irak–Libye–syrie–Egypte-et-demain-Iran-La-strategie-du-chaos.html

11-  AFP, « Morsi promet d’agir pour faire libérer Omar Abdel-Rahman aux États-Unis », Romandie.com, http://www.romandie.com/news/archives/_Morsi_promet_d_agir_pour_faire_liberer_Omar_Abdel_Rahman_aux_Etats_Unis47290620121920.asp?

12-  David D. Kirkpatrick, « Egypt’s New Leader Takes Oath, Promising to Work for Release of Jailed Terrorist », The New York Times, 29 juin 2012, http://www.nytimes.com/2012/06/30/world/middleeast/morsi-promises-to-work-for-release-of-omar-abdel-rahman.html?pagewanted=all&_r=2&

13-  Jonathan Dienst, « Area Pols Condemn Egypt’s Next President for Supporting ’93 WTC Terrorist », NBC New York, 29 juin 2012, http://www.nbcnewyork.com/news/local/mohammed-morsi-egypt-president-terrorist-free-sheik-omar-abdel-rahman-160899635.html

14-  Andrew Cochran, «  New Al Qaeda Tape Announces “Merger” With Egyptian Islamic Group, a.k.a. Gamaa Islamiya », Counter Terrorism Blog, 5 août 2006, http://counterterrorismblog.org/2006/08/new_al_qaeda_tape_announces_me.php

15-   Christophe Ayad, « Géopolitique de l’Égypte », Editions Complexe, Bruxelles, 2002, 143 pages. Le passage cité dans l’article peut être consulté à l’adresse URL suivante : http://books.google.ca/books?id=PsSis3j9u40C&pg=PA101&lpg=101#v=onepage&q&f=false

16-   Mohamed Ahmed Tantaoui, « En photos : Le général Anan assiste au mariage du fils du général Mamdouh Chahine et rencontre l’ancien chef de l’assemblée du peuple Saad el-Katatni », El-Youm el-Sabii, 31 août 2012, http://www1.youm7.com/News.asp?NewsID=771649

17-  Stéphane Lacroix, « L’Égypte, l’armée et les Frères », Le Monde, 25 juin 2012, http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/25/l-egypte-l-armee-et-les-freres_1724180_3232.html

18-  Alexandre Buccianti, « Égypte : les Frères musulmans confirment leur rapprochement avec l’armée contre les révolutionnaires », RFI, 25 juillet 2011, http://www.rfi.fr/afrique/20110724-freres-musulmans-confirment-leur-rapprochement-armee-contre-revolutionnaires

19-  AFP, « L’armée égyptienne somme pouvoir et opposition de dialoguer », Libération, 8 décembre 2012, http://www.liberation.fr/depeches/2012/12/08/egypte-les-islamistes-refusent-de-reporter-le-referendum_866142

20-  Jacques Chastaing, « Égypte : la révolution et les islamistes », Culture & Révolution, 28 septembre 2012, http://culture.revolution.free.fr/en_question/2012-10-06-Egypte_la_revolution_et_les_islamistes.html

21-  R.B., « Égypte : pourquoi le projet de Constitution inquiète » Le Parisien.fr. 23 décembre 2012, http://www.leparisien.fr/international/egypte-pourquoi-le-projet-de-constitution-inquiete-23-12-2012-2430051.php

22-  Bahjat Abou Deif, « Les électeurs scandent contre l’ambassadrice américaine “islamique … islamique” », El-Youm el-Sabii, 22 décembre 2012, http://www2.youm7.com/News.asp?NewsID=884626

 

 

 

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La Dolce Vita de Yoani Sánchez à Cuba

décembre 29th, 2012 by Salim Lamrani

Contrairement à ce qu’elle affirme, la dissidente cubaine Yoani Sánchez mène un train de vie inaccessible pour l’immense majorité des Cubains.

A la lecture du blog de la dissidente cubaine Yoani Sánchez, on ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour cette jeune femme qui affiche ouvertement son opposition au gouvernement de La Havane. Elle y décrit des scènes quotidiennes faites de privations et de pénuries de toute sorte. « L’une des scènes récurrentes est de chercher des aliments et d’autres produits de base à cause du manque d’approvisionnement chronique de nos marchés », écrit-elle sur son blog Generación Y.[1]

En fait, l’image que Yoani Sánchez présente d’elle-même – celle d’une femme à l’aspect fragile luttant à la fois contre la toute puissance étatique et les difficultés d’ordre matériel – est loin de correspondre à la réalité. En effet, la figure de proue de la dissidence cubaine dispose d’un niveau de vie que presque aucun autre Cubain de l’île ne peut se permettre.

Plus de 6 000 dollars de revenus mensuels

La Société interaméricaine de presse (SIP), qui regroupe les grands conglomérats médiatiques privés du continent, a décidé de la nommer vice-présidente régionale pour Cuba de la Commission de liberté de presse et d’information[2]. Sánchez, d’habitude si prolixe sur son blog a gardé un silence hermétique au sujet de sa nouvelle fonction. Il y a une raison à cela : sa rémunération. L’opposante cubaine touche désormais un salaire de 6 000 dollars par mois net d’impôt. Il s’agit d’un revenu très confortable, habituellement réservé aux cadres supérieurs dans les nations les plus riches. L’importance du salaire est d’autant plus manifeste que Yoani Sánchez réside dans un pays du Tiers-monde où l’Etat providence est présent et où les prix de première nécessité sont fortement subventionnés.

A Cuba, il existe une double circulation monétaire : le CUC et le CUP. Le CUC représente environ 0,80 dollar et 25 CUP. Ainsi, avec son salaire de la SIP, Yoani Sánchez dispose d’un revenu équivalant à 4800 CUC ou à 120 000 CUP.

Le pouvoir d’achat de Yoani Sánchez

Evaluons à présent le pouvoir d’achat de la dissidente cubaine. Ainsi, avec un tel salaire, Yoani Sánchez peut se payer, au choix,

-300 000 tickets de bus,

-6 000 trajets en taxi à travers toute La Havane[3],

-60 000 places de cinéma,

-24 000 places de théâtres,

-6 000 livres neufs,

-24 000 mois de loyer d’un appartement de type F3 à La Havane[4],

-120 000 verres de guarapo (jus de canne),

-12 000 hamburgers,

-12 000 pizzas,

-9 600 bières,

-17 142 paquets de cigarettes,

-12 000 kilos de riz,

-8 000 paquets de spaghettis,

-10 000 kilos de sucre,

- 24 000 glaces cinq boules,

- 40 000 litres de yaourt,

-5 000 kilos de haricots,

-120 000 litres de lait (si elle a un enfant de moins de 7 ans),

-120 000 cafés,

-80 000 œufs,

-60 000 kilos de poulet,

-60 000 kilos de porc,

-24 000 kilos de bananes,

-12 000 kilos d’oranges,

-12 000 kilos d’oignons,

-20 000 kilos de tomates,

-24 000  tubes de dentifrice,

-24 000 plaquettes de savon,

-1 333 333 kilowatt/heure d’électricité[5]

-357 142 mètres cubes d’eau potable[6],

-1 090 910 mètres cubes de gaz[7],

-4 800 litres d’essence,

-un nombre illimité de visite chez le médecin, le dentiste, l’ophtalmologiste ou tout autre spécialiste de la santé, puisque ces services sont gratuits,

-un nombre illimité d’inscriptions à un cours de sport, de théâtre, de musique ou autre, (également gratuits).

Ces chiffres illustrent le véritable niveau de vie de Yoani Sánchez et jettent une ombre sur la crédibilité de l’opposante cubaine. Au salaire de 6 000 dollars octroyé par la SIP, il convient d’ajouter le revenu que lui verse chaque mois le quotidien espagnol El País, dont elle est la correspondante à Cuba, ainsi que les sommes récoltées depuis 2007. En effet, en l’espace de quelques années, Sánchez a reçu de multiples distinctions, toutes financièrement rémunérées. Au total, la bloggeuse a été rétribuée au total à hauteur de 250 000 euros, soit 312 500 CUC ou 7 812 500 CUP, c’est-à-dire une somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale.

La dissidente, qui a d’abord émigré en Suisse avant de choisir de retourner à Cuba, a été assez sagace pour comprendre qu’en adoptant un discours appelant à un changement de régime, elle satisferait de puissants intérêts contraires au gouvernement et au système cubains. Ces derniers, à leur tour, sauraient se montrer généreux à son égard et lui permettraient de jouir de la dolce vita à Cuba.

Salim Lamrani

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/26285/la+dolce+vita+de+yoani+sanchez+em+cuba.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1] Yoani Sánchez, « Mayorista vs minorista », Generación Y, 5 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[2] El Nuevo Herald, « Nombran a Yoani en Comisión de la SIP », 9 novembre 2012.

[3] De La Habana Vieja jusqu’à Playa.

[4] 85% des Cubains sont propriétaires de leur logement. Ce tarif est uniquement réservé aux citoyens cubains de l’île.

[5] 0,09 CUP/ kilowatt/heure jusqu’à 100 kilowatt/heure.

[6] 0,35 CUP/m3.

[7] 0,11 CUP/m3.

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Témoignage : Mère Marie Agnès partage ses espoirs pour la Syrie

décembre 29th, 2012 by Mère Agnès-Mariam de la Croix

Le Cercle des Volontaires, avec la Brigade du Tigre, a interviewé Mère Marie Agnès lors de son passage à Paris le 13 décembre 2012. Boudée par les médias français au service de l’idéologie de l’ingérence, Mère Marie Agnès nous conte son expérience, et partage ses espoirs pour la Syrie, pays dans lequel elle vit depuis 18 ans. Son témoignage est précieux, car totalement apartisant, ne défendant aucune des parties en conflit (ni Bachar Al-Assad, ni l’ASL), et non déformé comme le sont la plupart des témoignages retenus par nos « Médias Mainstream ».

 

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 «Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel, n’oublie pas de nous reloger»:

Les familles de mal-logés en France

 

On nous avait annoncé la fin du monde pour le 21 décembre. Une angoisse sourde tenaillait les humains. Il n’en fut rien. Cette délivrance a été fêtée par chacun dans le slogan, tout est permis puisque nous avons l’éternité devant nous. La proximité avec les fêtes de Noël nous donne l’opportunité de faire le point sur la façon dont un événement majeur pour l’espérance de plus d’un milliard de chrétiens – la naissance du Christ- a, au fil des centaines d’années, été détourné de son essence originelle pour devenir en définitive un événement festif païen qui a une saveur particulière avec son hold-up par la mondialisation néolibérale qui en a fait une source de profit.

La  date de la naissance du Christ fait débat

Un sujet qui fait toujours débat est la date de la naissance du Christ. Elle est importante parce que c’est à partir de cette date que l’on a commencé à compter… l’ère chrétienne. Sur le site Hérodote, nous lisons: «Dans les temps anciens, on comptait généralement les années à partir de l’année d’intronisation du souverain régnant. Les Romains préféraient toutefois les compter à partir de la fondation de Rome. Pour fixer la date de Pâques, principale fête chrétienne, qui célèbre la résurrection de Jésus-Christ trois jours après sa mort sur la croix, les premiers chrétiens s’en remettent à la tradition juive, fondée sur un calendrier lunaire. Mais cette solution finit par déplaire à l’Eglise, désireuse de prendre son autonomie par rapport au judaïsme. (…) C’est ainsi qu’en 532 de notre ère, au temps de l’empereur Justinien, un moine, Denis le Petit, situe l’année de la naissance du Christ, 753 ans après la fondation de Rome, l’année de référence des anciens Romains… On pense aujourd’hui qu’il s’est trompé de 5 ans, le roi Hérode, contemporain de la naissance du Christ, étant mort en l’an 750 de la création de Rome; le Christ serait donc né entre l’An 3 et l’An 6 avant l’ère chrétienne. Deux siècles plus tard, au temps de Charlemagne, un moine anglo-saxon, Bède le Vénérable, envisage de généraliser cette pratique. À sa suite, on prend l’habitude de dater l’année en cours à partir de l’année de naissance présumée du Christ. C’est une façon de christianiser le temps. Le Christ devait donc avoir 37 ans à sa mort. (1)

La fête de Noël le 25 décembre, historique  et réalité

On sait que la période entourant Noël revêt un aspect largement profane et commercial et dans certains pays, le jour de Noël est férié. Dans cet esprit, Noël devient une fête à connotation folklorique et caractérisée par un regroupement des cellules familiales autour d’un repas et d’un échange de cadeaux. Dans le christianisme, on fête la naissance de Jésus de Nazareth, le 25 décembre dans les calendriers grégorien et julien. Nous allons voir que cette naissance a fait l’objet de plusieurs dates. À l’origine, il existait à cette date des festivités païennes marquant le solstice d’hiver, symbole de la renaissance du soleil.

Avant de la placer à la date d’une célébration solaire liée au solstice d’hiver lit-on dans l’Encyclopédie Wikipédia, de nombreuses dates furent proposées: 6 janvier (correspondant à l’Épiphanie, date choisie par les Basilidiens vers la fin du iie siècle et reprise par les communautés chrétiennes d’Orient), 28 mars, 18 novembre (date proposée par Clément d’Alexandrie)… Le 25 décembre marquait depuis Aurélien (v.270) l’anniversaire du Sol Invictus. Pour des raisons symboliques, et dans un souci de christianiser les anciennes fêtes païennes, cette date fut progressivement étendue à tout l’Occident latin. «Aucun texte chrétien ne précise quel jour dans l’année est né Jésus-Christ. Noël ne fait pas partie des fêtes suivies par les premiers chrétiens, Au ive siècle, la date du 25 décembre a été choisie comme date pour la fête de Noël, principalement dans le but de la substituer aux fêtes païennes qui étaient d’usage à l’époque, comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu (Sol Invictus), le solstice d’hiver et les Saturnales romaines qui avaient, toutes, lieu à la période du 25 décembre. » 2)

« Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, la maternité, la procréation et l’astronomie. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations. Ces traditions antiques ont de nombreux points de similitude avec la fête chrétienne. Selon une tradition mithraïque née en Asie mineure, Mithra serait né «jaillissant du rocher» (petrogène) ou d’une grotte – élément éminemment lié au culte de cette divinité – tandis que des bergers assistent à cette naissance miraculeuse dans un récit qui influencera ceux de la naissance de Jésus pour l’adapter aux thèmes païens. Il est possible qu’une tradition plus ancienne, d’origine mithraïque et mazdéenne, présentant la mère de Mithra – Anahita (ou Anahid) – comme vierge ait également influencé les premiers auteurs chrétiens » (2).

L’invention du Père Noël

Mieux encore, d’autres auteurs indiquent que le Christ ne serait pas né un 25 décembre, mais en automne. Nous lisons: «Existe-t-il des preuves bibliques que la naissance de Jésus-Christ a eu lieu en automne et non pas un 25 décembre? Il en existe plusieurs. La date exacte n’est pas connue bien que les preuves indiquent qu’elle aurait eu lieu en automne. Alors qu’il n’existe aucune preuve de la naissance du Christ un 25 décembre, il en existe de nombreuses indiquant une naissance tôt à l’automne.» (3)

L’un des marqueurs des fêtes de Noël est justement le Père Noël. Qu’en est-il exactement? Bien que la tradition du Père Noël ait des origines en Europe du Nord, il est popularisé aux Etats-Unis au xixe siècle. La première mention du «Père Noël» en français est trouvée en 1855 sous la plume de George Sand (on parle avant plutôt du bonhomme de Noël ou du petit Jésus). Qu’il soit appelé Father Christmas ou Santa Claus en anglais, Weihnachtsmann en allemand, ou Père Noël, sa fonction principale est de distribuer des cadeaux aux enfants dans les maisons pendant la nuit de Noël du 24 au 25 novembre. (4)

Martyne Perrot écrit à ce sujet: «Si certains ne savent pas très bien ce que l’on fête à Noël, nul n’ignore le Père Noël, figure emblématique de la société de consommation. Le Père Noël a une longue histoire, associée à la fête de Noël. «Noël» a deux étymologies possibles: l’une adoptée par les chrétiens en liaison avec la naissance de Jésus; l’autre en relation avec la célébration du solstice d’hiver, les Saturnales romaines et le culte du dieu Mithra. La généalogie du Père Noël commence au IVe siècle avec l’évêque saint Nicolas. Devenu au XVIIe siècle le fournisseur de cadeaux des enfants aux fêtes de fin d’année, il se dédouble avec l’apparition du Père Fouettard, son négatif aux noms multiples.» (5)

«Le Père Noël n’a pas eu la vie facile! La Réforme et la Contre-Réforme catholique abolissent saint Nicolas au profit de «l’enfant Jésus», puis c’est le «Bonhomme Noël» laïque qui apparaît. Martyne Perrot décrit l’immigration en France du Père Noël-Saint Nicolas, par l’Alsace et la Lorraine à la fin du XIXe siècle d’abord, puis par les États-Unis, où les émigrants hollandais l’ont emmené au XVIIe siècle, et d’où il revient après la Seconde Guerre mondiale, redessiné par le matérialisme américain et Coca-Cola… En 1931, Coca-Cola l’utilisa comme argument publicitaire. Les couleurs rouge et blanc de la marque fixèrent l’uniforme du Père Noël contemporain. Le Père Noël s’impose enfin, même si, en 1951, il est pendu et brûlé à Dijon par des autorités ecclésiastiques! Prétextant une «paganisation inquiétante de la fête de la Nativité, détournant l’esprit public du sens proprement chrétien de cette commémoration, au profit d’un mythe sans valeur religieuse».(5)

Un autre exemple est donné par la lutte perdue par l’Eglise pour combattre une fête païenne: Halloween importée du temple du libéralisme, concurrençant la fête de Noël. L’Eglise crée, pour la circonstance, un slogan: «Holy Win!», «le sacré vaincra!» Il n’a pas vaincu…

«En tout cas, s’il existe, lit-on dans la contribution suivante, des mathématiciens ont montré combien il aurait la vie dure, ce vieil homme barbu. Si on compte qu’il y a 378 millions d’enfants dans le monde qui attendent avec impatience le 25 décembre avec en moyenne 3,5 enfants par foyer dans le monde, on arrive à 91,8 millions de maisons. C’est là le nombre de descentes à réaliser pour le Père Noël, en supposant qu’il y ait bien au moins un enfant sage dans chaque maison… Or, pour bien faire cela, Santa Claus dispose de 31 heures en supposant qu’il voyage d’est en ouest et que son traîneau suit les fuseaux horaires. Il doit donc faire 822,6 descentes de cheminée par seconde, ce qui lui laisse approximativement plus de 0,001 seconde pour distribuer les cadeaux dans chaque maison. Mais le Père Noël n’est pas le seul à être éprouvé. »(6)

« Les rennes ont eux aussi fort à faire! Si on estime que les maisons sont éloignées les unes des autres de 1,2 km en moyenne, le voyage total est de plus de 120 millions de km. En 31 heures, cela suppose une vitesse supérieure à 3,8 millions de km/h, soit 1 050 km par seconde environ. Les rennes devraient donc galoper en l’air à Mach 3000! (…) En estimant que les cadeaux de chaque enfant pèsent 900 grammes, la charge totale emmenée serait de 321.300 tonnes. Un renne normal ne pouvant tracter plus de 136 kg, il faudrait donc un attelage de quelque 2.360.000 rennes normaux. Mais on le sait bien, les rennes du Père Noël sont des rennes magiques… A supposer qu’ils puissent transporter dix fois plus que les autres, ils ne seraient plus que 236.000 dans l’attelage. Reste la résistance dans l’air qui ne peut être éludée. En effet, 321.300 tonnes voyageant à 3,8 millions de km/h nous donne une résistance de 14,3 milliards de trilliards de joules d’énergie pour les rennes placés en tête de cortège. Bref, là encore, à moins de poils magiques ignifugés, les pauvres animaux seraient réduits en poussière et l’ensemble de l’attelage serait consumé en 0,00426e de seconde. Conclusion: si le Père Noël existe, il est vraiment, vraiment magique. (6)

Une solution consiste à admettre qu’avec son expérience et son air futé, le Père Noël a su développer pendant l’année des dépôts dans chaque grande ville, et utiliser Internet, en s’alliant avec les parents. Il n’y a pas un Père Noël, mais un million, il a peut-être recours à une technologie extraterrestre pour se cloner. Les rennes ne sont pas vraiment des rennes, mais des robots. Avec une propulsion antigravitationnelle. Il peut être partout en même temps.

Le néolibéralisme et l’instrumentalisation du sacré

Noël, Halloween, tout est bon pour le néo-libéralisme pour extraire de la valeur quand bien même il s’agit de l’espérance de milliards d’individus Cette décadence planétaire des valeurs et de la dignité humaines est due aux dégâts du néolibéralisme dans sa réussite d’imposition d’une nouvelle civilisation virtuelle qui, on l’aura compris, se construit sur les décombres de la civilisation humaine telle que nous la connaissons depuis les premiers villages édifiés, il y a 10.000 ans en Irak. Le néolibéralisme ne laisse pas intact l’individu. On comprend que les individus rendus fragiles par un quotidien sans perspective deviennent des proies consentantes du marché. Ils s’accrochent à tous les ersatz de plaisir en oubliant leur dimension symbolique. Le néolibéralisme ne se contente pas d’imposer sa vision du monde à la fois par la science et la force, il s’attaque aussi aux identités.(7)

Cette désymbolisation du monde mise en évidence par Dany-Robert Dufour, est en train de pénétrer en profondeur le tissu social. A juste titre, la mondialisation et le néolibéralisme peuvent être tenus pour responsables de cette débâcle planétaire. Nous vivons, poursuit Dany-Robert Dufour, une époque où le plaisir est devenu une priorité, où les carrières autrefois toutes tracées se brisent sur l’écueil de la précarité, la vie à deux ressemble de plus en plus à un CDD. Par ailleurs, on peut citer comme autre perturbation inédite, le développement de l’individualisme, la diminution du rôle de l’Etat, la prééminence progressive de la marchandise sur tout autre considération, le règne de l’argent, la transformation de la culture en modes successives, la massification des modes de vie allant de pair avec l’individualisation et l’exhibition des paraître, l’importante place prise par des technologies très puissantes et souvent incontrôlées, comme l’Internet et ses dérivés sont, en définitive, autant d’éléments qui contribuent à l’errance de l’individu-sujet.» (8) (9)

Faut-il croire à tout prix  au Père Noël au XXIe siècle?

A l’autre bout du curseur, la dimension humaniste de ressourcement chrétien fait écrire à Chantal Dupille ces mots frappés de bon sens: «Noël! Fête de Mâmon, de la bombance, de la (sur)consommation, du gavage des gens et des oies, de la débauche, de la tentation! Comme on est loin du sens originel… je cite une lectrice, Rita Pitton: «Noël message éternel d’espérance, ²d’Amour, de fraternité»! Jésus est né dans une étable, au milieu des animaux, il a vécu comme un SDF, sans toit, sans biens, sans vêtements de rechange…. et il a dit: «Heureux vous les pauvres»! Le Messie tant attendu n’a pas été reconnu par beaucoup: il était venu, lui le Prince de la Paix, sur un âne, pas sur le Veau d’Or. Mon Noël, c’est le foie maigre, ou plutôt la foi, c’est la sobriété en relation avec tous les pauvres de ce monde, c’est la solidarité avec les oubliés. Qu’y-a-t-il de plus beau, ce jour-là, que de penser à ceux qui n’ont rien, et qui dans la rue, ignorés de tous, vivent plus cruellement encore cette journée d’abandon total?(10)

Le mythe du Père Noël à la peau dure. Le marché s’est emparé de sa dimension matérielle. Plus largement, croire au Père Noël tient de la naïveté de celui qui ne veut pas grandir. La douce naïveté fait dire aux enfants: «Moi, je sais que le Père Noël, c’est Papa!» «Faut il pour autant ne pas croire au Père Noël? Pourquoi le Père Noël fait-il couler tant d’encre?.(…) C’est également une période liée au mythe de la générosité. Durant cette période, c’est comme si le temps n’existait plus. Comme s’il s’établissait une «trêve» par rapport aux soucis humains. (…) Il faut donner la possibilité à l’enfant de rêver, de laisser parler son imagination. L’enfant aura largement l’opportunité de s’apercevoir que le monde n’est pas parfait. Donc laissez-lui le temps de rêver et de laisser libre cours à sa naïveté. Le Père Noël n’est pas un mensonge: c’est une légende, un mythe. De plus, l’enfant a besoin de cette période pour grandir. Jusqu’à 6 ans, il est dans une phase dite de la pensée magique. La limite entre le réel et l’imaginaire est floue. (…) Laisser la magie de Noël opérer. L’enfant a besoin de croire en des choses extraordinaires pour grandir. C’est une période assez courte qui prendra fin lorsqu’il sera âgé de 7 ans.» (11)

C’est peut être l’un des derniers repères symbolique, même si à évidence le Père est devenu un produit marchand, nous croyons aussi qu’en ces temps de désenchantement, laissons les enfants continuer à rêver quelque soit la latitude. L’amère réalité les rattrappera toujours assez tôt.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1. 1532 à 726 Invention de l’ère chrétienne. http://www.herodote.net/532_a_726-synthese-27.php

2. Naissance du Christ : Encyclopédie Wikipédia

3. http://rcg.org/fr/questions/p002-fr.html

4. http://www.joyeux-noel.com/perenoel.html

5. Martyne Perrot http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/184/article8.html

6. http://www.maxisciences.com/no%ebl/quand-les-mathematiques-se-penchent-sur-l-039-existence-du-pere-noel_art28054.html

7. http://www.mondialisation.ca/addiction-la-civilisation-du-virtuel-bienfait-outyrannie/22032

8. Dany Robert Dufour: L’Art de réduire les têtes. Editions Denoël, Paris. 2003.

9. Dany-Robert Dufour: Les désarrois de l’individu-sujet. Le Monde diplomatique. 02 2001

10.http://sos-crise.over-blog.com/article-mon-noel-ton-noel-notre-noel-113772996.html 

11. http://leplus.nouvelobs.com/contribution/743786-faut-il-croire-au-pere-noel-ou-prevenir-son-enfant-de-cette-supercherie-commerciale.html

 

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Israël tente d’interdire toutes les célébrations religieuses non juives

Nazareth – L’importante minorité palestinienne d’Israël est souvent considérée comme une menace pour la majorité juive. Le taux de reproduction des citoyens palestiniens constitue pour elle une « bombe démographique à retardement » et le coeur du programme politique des Palestiniens israéliens – la revendication qu’Israël devienne « un état pour tous ses citoyens » – est la preuve, aux yeux de la plupart des Israéliens juifs que leurs compatriotes représentent vraiment une « cinquième colonne ».

Mais qui imaginerait que les Juifs israéliens auraient peur d’un simple sapin de Noël ?

La nouvelle a fait surface il y a deux ans quand on a appris que Shimon Gapso, le maire du haut Nazareth, avait interdit les sapins de Noël dans les bâtiments publics de la ville septentrionale israélienne.

« Le Haut Nazareth est une ville juive et tous ses symboles doivent être juifs, » a déclaré Gapso. « Tant que je serai maire, il n’y aura pas de symboles non-juifs dans la ville ».

La décision reflétait en partie sa déception de constater que justement le Haut Nazareth, construit dans les années 1950 pour être le fer de lance du programme de « judéïsation de la Galilée » avait échoué dans sa mission.

Loin « d’engloutir » la ville historique palestinienne voisine de Nazareth, comme le souhaitaient les officiels, le Haut Nazareth est devenu avec le temps le lieu de résidence des Nazaréens aisés qui ne parvenaient plus à se loger dans leur propre ville, pour la bonne raison que presque tout l’espace constructible disponible avait été confisqué pour créer le Haut Nazareth.

Les Nazaréens, dont beaucoup sont des chrétiens palestiniens, ont donc acheté des maisons dans le Haut Nazareth à des Juifs – souvent des immigrants de l’ex Union Soviétique – qui voulaient quitter la Galilée majoritairement palestinienne et se rapprocher de Tel Aviv, au centre du pays.

L’exode des Juifs et l’afflux de Palestiniens a conduit le gouvernement à qualifier secrètement le Haut Nazareth de « cité mixte » au grand désespoir de Gapso. Le maire qui est un grand ami d’Avigdor Lieberman, le politicien d’extrême droite, exprime régulièrement des opinions anti-arabes virulentes; il est allé récemment jusqu’à dire que les Nazaréens étaient « des habitants qui haïssaient Israël, que leur place était à Gaza » et que leur ville « était un nid de terroristes au coeur de la Galilée ».

Bien que ni Gapso, ni le gouvernement n’aient publié de chiffres qui permettraient d’avoir une idée précise du rapport démographique dans la ville, on estime qu’un cinquième au moins des habitants du Haut Nazareth sont palestiniens. Il y a aussi désormais des élus palestiniens au Conseil Municipal de la ville.

Mais Gapso n’est pas le seul à s’opposer violemment au multiculturalisme. Isaiah Herzl, le grand rabbin de la ville, refuse de voir un seul sapin de Noël dans le Haut Nazareth au motif que « cela choquerait les Juifs ».

Cette façon de voir reflète la position officielle du rabbinat du pays. Les rabbins essaient de toutes leurs forces d’empêcher les célébrations de Noël dans les bâtiments publics et même dans les centaines d’hôtels du pays.

Il y a eu dernièrement un article dans Haaretz sur un Juif israélien qui cultive et vend des arbres de Noël ; il expliquait que: « le Rabbinat interdit aux hôtels -sous peine de leur retirer leur licence de kashrut – de décorer leurs halls avec du houx et d’installer, à Dieu ne plaise, le plus petit arbre de Noël lumineux dans un coin de l’entrée ».

En d’autres termes, le Rabbinat terrorise discrètement les propriétaires d’hôtels et les force à ignorer Noël en les menaçant de leur enlever les moyens d’exercer leur métier. Retirer à un hôtel son certificat de kashrut (kosher) le priverait de la plus grande partie de sa clientèle juive israélienne et étrangère.

Il est rare que des maires et des rabbins se retrouvent dans la position inconfortable d’avoir à s’exprimer publiquement sur le danger que représentent les décorations de Noël. En Israël la ségrégation entre les Juifs et les Palestiniens est presque absolue. Même les rares villes considérées comme mixtes sont en réalité des villes juives avec quelques ghettos insalubres en périphérie pour les Palestiniens.

A part le Haut Nazareth, la seule autre ville « mixte » où on trouve des Chrétiens palestiniens en nombre significatif est Haïfa, la troisième ville d’Israël. On parle souvent de Haïfa comme d’une ville multiculturelle et tolérante, un titre qu’on ne risque pas de lui ravir par manque de compétiteurs.

Mais cette narrative cache une réalité plus sordide. On a eu connaissance dernièrement d’une lettre du Rabbinat à tous les hôtels et même aux halls de réceptions de la ville leur rappelant de ne pas héberger de groupes venant célébrer la Nouvelle Année le 31 décembre (la Nouvelle Année juive est à un autre moment de l’année), sous peine de perdre leur licences de kashrut.

« Il est absolument interdit d’organiser quelque soirée que ce soit à la fin de l’année qui ait quelque chose à voir avec des célébrations non-juives, » lit-on dans cette lettre.

Après que la lettre ait été publiée sur Facebook, le maire de Haïfa, Yona Yahav, pour limiter les dégâts, a désavoué le Conseil Rabbinique de la ville et spécifié qu’il n’était pas question d’interdire les soirées de réveillon. Mais il est difficile de savoir si Yahav a le pouvoir de faire respecter sa décision par des autorités rabbiniques habituées à faire ce qu’elles veulent.

Ce qui est certain en tous cas, c’est que les manifestations d’intolérance religieuse quasi haineuses contre les non-Juifs sont monnaie courante, mais la plupart du temps elles s’exercent dans les coulisses parce qu’Israël tient à son image d’état « Juif et démocratique » et ne veut pas scandaliser les millions de touristes et pèlerins chrétiens qui viennent en Israël tous les ans.

Jonathan Cook

Le 24 décembre 2012

 

Article original :

churchnat

The Terror Lurking in a Christmas Tree: Israel Attempts to Ban “Non-Jewish” Celebrations

Traduction : Info-Palestine.eu- Traduction : Dominique Muselet

 

1 – Jonathan Cook a gagné le prix spécial Martha Gellhorn du Journalisme. Ses derniers livres sont: “Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East” (Pluto Press) et “Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair” (Zed Books). On peut consulter son nouveau site Web: www.jonathan-cook.net.

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Hollywood ou la propagande en économie de marché

Quand on pense à la propagande sous ses différents aspects, on a souvent à l’esprit celle qui est produite par les régimes autoritaires comme celui de Corée du Nord ou encore celui qui gouverne actuellement en Syrie.

Pourtant, les systèmes de propagande de ces pays se caractérisent avant tout par leur manque de subtilité et, surtout, d’efficacité sauf quand le pays concerné est complètement fermé vis-à-vis du monde extérieur. La population locale est alors complètement tributaire des médias gouvernementaux.

Ce qui est le cas de la Corée du Nord mais pas du tout de la Syrie qui était encore récemment largement ouverte sur son environnement régional et même au-delà.

Dans la crise que vit ce pays, d’aucuns insistent sur le poids de la propagande gouvernementale dans la couverture des évènements. Pourtant, chacun sait que les médias dépendant du gouvernement syrien n’ont qu’un impact limité hors de Syrie et ne représentent absolument rien par rapport aux poids lourds de la communication que sont TF1 et Libération en France, Sky News et le Times au Royaume Uni ou CNN et USA Today aux Etats-Unis. On se souvient du rôle de ces médias dans la crise en Libye, les guerres contre l’Irak, le conflit yougoslave etc.

Et ce ne sont pas quelques blogueurs ici ou là qui seraient susceptibles de concurrencer ces médias lourds (sans parler des blogueurs pro opposition).

De fait, les principaux acteurs de la propagande relative à la Syrie sont bel et bien les médias occidentaux dont beaucoup se parent de la qualité d’organes de presse « indépendants » et donc crédibles.

Pourtant ces médias ne sont ni indépendants, ni nécessairement crédibles et leur rôle dans la propagande a été démontré dans divers contextes, notamment celui de la seconde guerre mondiales ainsi que nous le rappelait opportunément Timothy Sexton à propos du cinéma hollywoodien dont le rôle idéologique n’a fait que croître avec le développement de la télévision.

Mounadil al Djazaïri

http://mounadil.blogspot.fr/

 

L’histoire d’Hollywood : la propagande pendant la deuxième guerre mondiale

Beaucoup d’américains seraient hérissés par l’idée que les films hollywoodiens étaient aussi délibérément propagandistes que les films produits en Allemagne à l’époque du nazisme. Alors que ces films [allemands] étaient pour la plupart lourds et sans subtilité, il y eut des exceptions comme Olympia [connu en France sous le titre : Les dieux du stade], un documentaire sur les Jeux Olympiques réalisé avant-guerre par Leni Riefenstahl. Peu de gens contesteraient qu’Olympia a une valeur artistique bien supérieure à sa valeur propagandiste.

Les américains restent cependant encore réticents devant toute suggestion selon laquelle la propagande pro-américaine serait sous un aspect quelconque comparable à la propagande produite par n’importe quel pays qui serait notre ennemi du moment. Et pourtant, il suffit simplement de regarder Rambo III de Sylvester Stallone pour en avoir confirmation. Ce film dépeint comme des héros les « combattants de la liberté » en Afghanistan qui sont maintenant des terroristes connus sous le nom de Talibans.

La propagande pendant la deuxième guerre mondiale tendait à être beaucoup moins flagrante à Hollywood qu’elle ne l’était à Berlin, mais pour une seule raison. Même dans la quête d’un aussi noble objectif que d’appeler à soutenir la guerre, les dirigeants d’Hollywood gardaient un seul véritable objectif : gagner de l’argent en faisant des entrées. Le fait que les films américains n’étaient pas que de la propagande pure et simple témoigne du bon vieil appât du gain des patrons des studios et du talent des scénaristes, des acteurs et des réalisateurs. Si les intrus de l’Office of War Information [bureau d’information sur la guerre] et du Bureau of Motion Pictures [bureau du cinéma avaient eu les coudées franches, il est à peu près certain qu’on se souviendrait aujourd’hui de peu de films relatifs à la guerre.

Là où Hollywood a le mieux réussi – ou a peut-être fait le pire – pour présenter l’idée propagandiste de Washington, c’est dans ses courts métrages et ses dessins animés. Certains dessins animés de la Warner de l’époque ont été définitivement retirés de la circulation en raison de leur description souvent raciste ou à prédominance raciste des allemands et, spécialement, des japonais. Le fait que ces dessins animés n’aient pas passé avec succès l’épreuve du temps du point de vue artistique et sont aujourd’hui considérés comme embarrassants par les studios est en vérité une preuve suffisante pour démontrer qu’Hollywood savait ce qui se passait. A côté de ces dessins animés, toute une série de courts métrages avaient été produits montrant des vedettes d’Hollywood contribuant à l’effort de guerre, tentant d’inciter à l’achat de bons de guerre en se faisant généralement passer pour des gens ordinaires. Ces courts métrages sont à peu près aussi ridicules aujourd’hui que les dessins animés, offrant une image d’authenticité et se sincérité qui n’existait pas.

Le gouvernement cherchait à influer sur tous les aspects de la production cinématographique du temps de guerre, depuis la quantité de sang qui coulait pendant les scènes de combat jusqu’à décider si un film qui faisait d’une manière ou d’une autre la satire des valeurs américaines devait être distribué à l’étranger. (En passant, saviez vous que M. Smith au Sénat [de Frank Capra avec James Stewart dans le rôle principal, NdT] avait été dénoncé dans la vraie vie par certains sénateurs à sa sortie à l’époque comme étant un-américan, anti-américain ? Ce n’est pas une blague.) Les politiciens semblaient déterminés à jouer le même jeu que leurs homologues allemands : c’est-à-dire à dépouiller complètement les films de toute valeur artistique au profit d’une propagande enthousiaste et naïve.

Heureusement, l’appât du gain l’avait emporté sur le patriotisme à courte vue. Même si une bonne partie de sous-produits oubliés dans l’instant du cinéma de propagande avait pu voir le jour, la démarche d’Hollywood pour instiller de la ferveur guerrière était incroyablement subtile. Même le film de guerre typique qui essayait de présenter une unité militaire comme un microcosme du rêve américain en y mettant un soldat de chaque groupe ethnique, à l’exception des noirs et des japonais, s’est avéré un terrai fertile pour des récits dramatiques. Le concept d’un groupe de types venant de différents milieux et s’unissant pour une cause commune a peut-être tôt fait de devenir un cliché, mais il a rarement nui à un film.

Un aspect essentiel de l’effort de guerre consistait bien sûr en l’arrivée de la main d’œuvre féminine, un fait qui se reflétera dans les films. Tout film qui se déroulait dans un contexte contemporain – qu’il traite ou non de la guerre – devait par définition tenir compte de l’absence d’hommes dans la main d’œuvre. Le résultat fut que le public féminin se voyait montrer de manière routinière des images de femmes au travail. Même si les femmes qui travaillent étaient depuis longtemps un élément de base des intrigues cinématographiques, c’est seulement avec les années de guerre que le fait qu’une femme occupe un emploi normalement exercé par un homme n’a plus fait partie intégrante de l’intrigue. La femme occupait un emploi masculin parce c’était le reflet de la réalité.

Le plus bel exemple de la grande subtilité avec laquelle Hollywood menait une campagne de propagande est peut-être le film Casablanca, un classique du cinéma.

Quoique considéré dans le monde entier comme étant peut-être le plus beau mélodrame jamais porté à l’écran, l’histoire sentimentale n’était pas la seule chose qu’avaient à l’esprit ses producteurs. Les cinéastes d’aujourd’hui feraient bien de regarder plusieurs fois Casablanca avant de se lancer dans leurs projets de films de propagande ; c’est un magnifique exemple de la manière dont un film peut fonctionner efficacement à deux niveaux. Tout en étant une des plus grandes romances de notre temps, Casablanca existe aujourd’hui d’abord parce que certaines personnalités puissantes d’Hollywood voulaient faire quelque chose qui pourrait convaincre l’Amérique de cesser d’être un pays qui ne prend de risques pour personne [isolationniste, NdT].

Timothy Sexton

Article original :

http://voices.yahoo.com/hollywood-history-world-war-ii-propa…, publié le 29 décembre 2006

Traduit de l’anglais par Djazaïri http://mounadil.blogspot.fr/

 

 

 

 

Le Département chargé des négociations à l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) a publié son dernier bulletin d’informations sous le titre Coloniser Noël : la réalité sur l’occupation israélienne et Bethléhem.

Constructions dans la colonie Gilo, novembre 2010.
AFP/Hazem Bader – La Croix

Bethléhem est un exemple vivant des conséquences graves et révoltantes de la politique israélienne de colonisation en Palestine. La confiscation illégale des terres, l’expulsion des familles palestiniennes et la construction qui se poursuit de colonies israéliennes ne sont que quelques-unes des histoires innombrables que l’on peut entendre de la bouche des habitants de la Palestine en général, et de ceux de Bethléhem en particulier. En effet, Israël cherche à transformer la composition démographique et géographique du territoire palestinien occupé, et particulièrement de Jérusalem-Est occupée, en s’emparant du maximum possible de terres et de ressources naturelles, avec le minimum possible de Palestiniens, et ce, au profit de l’entreprise illicite de colonisation.

Les colonies israéliennes et Bethléhem

Depuis l’occupation israélienne de 1967, Israël a eu recours à plusieurs politiques pour annexer d’importants secteurs du district de Bethléhem, ce qui fait que la plus grande partie des terres dans le nord de Bethléhem ont été volées par les colonies israéliennes.

Depuis 1967, certains des plus importants projets illégaux de colonisation, qui se sont spectaculairement multipliés après les Accords d’Oslo en 1993, ont été réalisés dans et autour de Jérusalem-Est occupée, et particulièrement entre Jérusalem-Est occupée et Bethléhem.

Il y a actuellement 22 colonies israéliennes à s’être montées sur les terres de Bethléhem, notamment Gilo, Giv’at Hamatos et Har Homa, au nord ; Teqoa et Nokdim (où vit l’(ex-)ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Liberman), à l’est ; Efrata et Navi Daniel (où vit le ministre de la Diplomatie publique israélien, Yuli Edelstein), au sud ; et encore Har Gilo et Betar Illit, à l’ouest ; transformant de fait Bethléhem en prison à ciel ouvert.

Dans le secteur nord de Bethléhem (incluant Beit Jala et Bait Sahour), Israël a confisqué, en toute illégalité, environ 22 000 dunums de terre (22 km²), soit environ la superficie de l’État de Nauru (Micronésie).

Sur les 22 000 dunums confisqués, Israël en a annexés illégalement 18 000 à ce qu’il prétend être la municipalité de Jérusalem, qu’Israël agrandit, toujours illégalement, depuis 1967. Cette terre confisquée a été utilisée pour agrandir les colonies illégales de Gilo, Giv’at Hamatos et Har Homa.

Le mur illégal a de fait annexé 4000 dunums (40 ha) de terres appartenant à la ville même de Bethléhem.

L’accent sur l’entrée nord : les colonies Gilo, Giv’at Hamatos et Har Homa

Le réseau entre Har Gilo, le mur de Cremisan, Gilo, Giv’at Hamatos et Har Homa aura pour effet d’isoler Bethléhem de Jérusalem. Ce réseau pourra s’étendre jusque dans l’est de Bethléhem, bloquant toute possibilité de développement de la ville vers la vallée du Jourdain et la mer Morte, le tout au sein de l’État de Palestine.

Certains des projets israéliens annoncés pour les colonies Gilo, Giv’at Hamatos et Har Homa sont pour des hôtels qui finalement tireront profit de leur proximité avec Bethléhem, de même qu’ils bénéficieront d’une vue idéale sur la ville. Alors que ces hôtels vont être situés sur la terre de Bethléhem, ils seront utilisés au profit de la colonisation et des colons israéliens illégaux, au lieu de bénéficier aux légitimes propriétaires de cette terre. Cette évolution va considérablement affecter les hôtels palestiniens de Bethléhem et Jérusalem-Est.

La plupart des propriétaires fonciers sont des chrétiens palestiniens de Bethléhem, Beit Jala et Beit Sahour, ainsi que différentes Églises.

Le « régime d’autorisations » et les agressions israéliennes contre la liberté de culte des Palestiniens

La politique israélienne d’occupation pour la séparation et l’isolement des communautés palestiniennes a divisé les communautés historiques de manière très virulente. En particulier, le Mur et l’imposition d’un régime raciste d’autorisations ont accru encore plus la déconnexion entre Bethléhem et Jérusalem.

Ce régime d’autorisations requiert des Palestiniens qui n’habitent pas Jérusalem d’obtenir une autorisation de sécurité pour pouvoir passer d’un côté à l’autre. Ceci est vrai pour les autorités, les femmes, les personnes âgées et les jeunes, chrétiens et musulmans.

Exiger que les Palestiniens de Bethléhem fassent une demande d’autorisation pour entrer dans Jérusalem-Est occupée est une mesure juridique supplémentaire prise par Israël pour consolider son annexion unilatérale et illégitime de Jérusalem-Est occupée.

Pour redorer son image internationale, Israël se sert du nombre d’autorisations accordées aux Palestiniens chrétiens à Pâques et à Noël. Les Israéliens les présentent comme un geste de bonne volonté et un signe de coopération, alors qu’il exige en réalité des Palestiniens de faire une demande d’autorisation auprès de la puissance occupante pour pouvoir passer d’un côté à l’autre de leur propre pays, pas d’un pays à un autre pays. Et en plus de cela, tous ceux qui en font la demande ne l’obtiennent pas. Par exemple, en avril 2011, 15 000 chrétiens palestiniens ont déposé une demande d’autorisation pour venir à Jérusalem-Est occupée, mais Israël n’en a accordé que 2500 environ.

Israël les donne aussi au hasard ; souvent à un ou deux membres d’une même famille. Ce qui fait que des autorisations ne sont pas utilisées, les familles qui veulent rester groupées étant contraintes de passer les fêtes religieuses à la maison.

Les titulaires de la carte d’identité palestinienne qui font la demande d’autorisation ne sont autorisés à entrer dans Jérusalem que par 3 des 14 check-points qui encerclent la ville occupée. Ces check-points sont limités aux seuls piétons, ce qui entraîne de longues et pénibles attentes.

Dans et autour de Bethléhem, il y a 32 barrières physiques érigées par les forces d’occupation israéliennes, notamment des check-points, des barrages routiers, des monticules de terres, et des portes.

Des rapports internationaux ont répercuté cette situation. Le rapport des Chefs de mission de l’Union européenne 2012 constate que : le (gouvernement d’Israël) impose des restrictions juridiques et politiques aux libertés religieuses et à l’accès des fidèles chrétiens et musulmans (sic) à leurs lieux saints de la Vieille Ville de Jérusalem tout au long de l’année.

La majorité des chrétiens palestiniens en Palestine vivent entre Jérusalem-Est occupée et le district de Bethléhem (2007).

Derniers développements : Crémisan et Mar Elias (Giv’at Hamatos)

Pendant plus d’un an, les Palestiniens de Beit Jala ont prié spécialement pour sauver leur terre de la future annexion. Après qu’ils aient perdu près de 70 % de leur terre au profit des colonies israéliennes de Gilo et Har Ghilo, Israël planifie la construction d’un Mur qui les séparera de l’une de leurs dernières zones vertes de Bethléhem, la vallée de Crémisan.

La vallée dont Israël projette de s’emparer est la propriété de 58 familles chrétiennes palestiniennes ainsi que celle d’Églises. Elle est située entre les colonies de Gilo et Har Gilo, et la colonie envisagée de Giv’at Yael.

Plus de la moitié des oliviers de Beit Jala sont situés à Cremisan. L’huile d’olive de la ville est considérée comme l’une des meilleures de Palestine.

Une école maternelle catholique tenue par des religieuses salésiennes sera durement touchée par les projets israéliens, tandis qu’un séminaire catholique et une entreprise vinicole gérée par les Frères salésiens, qui emploie comme salariés des gens de Beit Jala, se retrouveront du côté ouest du mur.

Israël compte reprendre la construction au cours des premiers mois de 2013. Si le Mur est construit, les Palestiniens de la région de Bethléhem devront renoncer à l’une de leurs traditions les plus précieuses : durant les derniers jours de mai, la communauté catholique romaine organise une procession qui va de la statue de la Vierge Marie à Crémisan, jusqu’à l’église de l’Annonciation à Beit Jala.

Colonies Mar Elias, Giv’at Hamatos

Mar Elias est l’un des lieux chrétiens les plus saints en Palestine. C’est de là que part chaque année la procession chrétienne pour Bethléhem. Même si, historiquement, il a toujours fait partie de Bethléhem, les restrictions israéliennes ont rendu l’église inaccessible aux chrétiens palestiniens qui veulent venir y prier.

La terre qui entoure Mar Elias est la propriété principalement d’Églises et de familles chrétiennes palestiniennes de Bethléhem, même si la plus grande partie a été illégalement confisquée par les autorités israéliennes de l’occupation. La colonie de Giv’at Hamatos fait maintenant le lien entre les colonies de Gilo et Har Homa, coupant Bethléhem de Jérusalem et menaçant un lieu saint situé sur la route historique de Jérusalem à Hébron.

Des milliers de logements dans les colonies ont été annoncés entre 2011 et 2012. Un certain nombre d’entre eux sont considérés comme une mesure de rétorsion suite à la candidature de la Palestine aux Nations unies (2610 logements).

Divisés en trois projets (A avec 2610 logements, B avec 549 et C avec 813) ; la partie sud de Giv’at Hamatos part du secteur de Tantour (partie historique de Beit Jala) tandis que sa partie sud arrive à Talpiyot, à Jérusalem-Ouest.

Si cela est réalisé, cette colonie aura la même conséquence que l’expansion E1 de la colonie Ma’ale Adumin : elle isolera encore plus Jérusalem-Est occupée, transformant les communautés palestiniennes en bantoustans emmurés, en achevant le Bantoustan sud de la Cisjordanie.

Secteur de Jérusalem-Est occupée
Actualisée en 2010
Bethléem, coincée entre les colonies israéliennes par Philippe Rekacewicz, août 1999
Source : Cartographie du Monde diplomatique

14 décembre 2012 – Palestine News Network – traduction : Info-Palestine/JPP

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L’ASL continue de briller comme une étoile morte

décembre 26th, 2012 by Thierry Meyssan

Alors que la presse française annonce plus que jamais la « chute imminente » de la Syrie et la « fuite de Bachar el-Assad », la réalité sur le terrain s’est complètement retournée. Si le chaos s’est étendu sur la plus grande partie du territoire, les « zones libérées » ont fondu comme neige au soleil. Privée de points d’ancrage l’ASL n’a plus aucune perspective devant elle, tandis que Washington et Moscou se préparent à sonner la fin de la partie.

 

Le compte à rebours est commencé. Dès que la nouvelle administration Obama sera confirmée par le Sénat, elle présentera un plan de paix pour la Syrie au Conseil de sécurité. Juridiquement, bien que le président Obama se succède à lui-même, son ancienne administration n’est habilitée qu’à expédier les affaires courantes et ne peux prendre d’initiative majeure. Politiquement, Barack Obama n’avait pas réagi lorsque, en pleine campagne électorale, certains de ses collaborateurs avaient fait échouer l’accord de Genève. Mais il a procédé au grand nettoyage dès l’annonce de sa réélection. Comme prévu, le général David Petraeus, architecte de la guerre en Syrie, est tombé dans le piège qui lui a été tendu et a été contraint à la démission. Comme prévu, les patrons de l’OTAN et du Bouclier antimissile, réfractaires à un accord avec la Russie, ont été mis sous enquête pour corruption et contraints au silence. Comme prévu la secrétaire d’État Hillary Clinton a été mise hors jeu. Seule la méthode choisie pour l’éliminer a surpris : un grave accident de santé qui l’a plongée dans le coma.

Côté ONU, les choses ont avancé. Le département des opérations de maintien de la paix a signé un Protocole avec l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) en septembre. Il a supervisé en octobre au Kazakhstan des manœuvres de l’OTSC simulant un déploiement de « chapkas bleues » en Syrie. En décembre, il a réuni les représentants militaires des membres permanents du Conseil de sécurité pour leur présenter la manière dont ce déploiement pourrait avoir lieu. Bien qu’opposés à cette solution, les Français et les Britanniques se sont inclinés devant la volonté états-unienne.

Cependant, la France a tenté d’utiliser le représentant spécial des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l’ONU, Lakdhar Brahimi, pour modifier le plan paix de Genève en fonction des réserves qu’elle avait émises le 30 juin. En définitive, il s’est prudemment abstenu de prendre position, se contentant de transmettre des messages entre les différentes parties au conflit.

C’est que sur le terrain, le gouvernement syrien est en position de force. La situation militaire s’est inversée. Les Français eux-mêmes ont cessé d’évoquer les « zones libérées » qu’ils aspiraient à gouverner via un mandat des Nations Unies. Ces zones n’ont cessé de se réduire, et là où elles persistent, elles sont aux mains de salafistes peu présentables. Les troupes de l’ASL ont reçu instruction d’abandonner leurs positions et de se regrouper autour de la capitale pour un assaut final. Les Contras espéraient soulever les réfugiés palestiniens, majoritairement sunnites, contre le régime pluriconfessionnel, à la manière dont les Hariri tentèrent au Liban de soulever les Palestiniens sunnites du camp de Nahr-el-Bared contre le Hezbollah chiite. Comme au Liban ce projet a échoué parce que les Palestiniens savent très bien qui sont leurs amis, qui se bat vraiment pour la libération de leur terre. Concrètement, dans la récente guerre israélienne de 8 jours contre Gaza, ce sont des armes iraniennes et syriennes qui ont fait la différence, tandis que les monarchies du Golfe ne bougeaient pas le petit doigt.

Quelques éléments du Hamas, fidèles à Khaled Mechaal et financés par le Qatar, ont ouvert les portes du camp de Yarmouk à quelques centaines de combattants du Front de soutien aux combattants du Levant (branche syro-libanaise d’Al-Qaida), également liés au Qatar. Ils se sont battus principalement contre les hommes du FPLP-CG. Le gouvernement syrien a demandé par SMS aux 180 000 habitants du camp de quitter les lieux au plus vite et leur a offert des hébergements provisoires dans des hôtels, des écoles et des gymnases de Damas. Certains ont préféré rejoindre le Liban. Dès le lendemain, l’armée arabe syrienne a attaqué le camp à l’arme lourde et en a repris le contrôle. 14 organisations palestiniennes ont alors signé un accord proclamant le camp « zone neutre ». Les combattants de l’ASL se sont retirés en bon ordre et ont repris leur guerre contre la Syrie dans la campagne environnante, tandis que les civils rejoignaient leurs maisons. Ils ont retrouvé un camp dévasté où les écoles et les hôpitaux ont été systématiquement endommagés.

En termes stratégiques, la guerre est déjà terminée : l’ASL a perdu le soutien populaire dont elle a un moment jouit et n’a plus aucune chance de l’emporter. Les Européens pensent toujours qu’ils peuvent changer le régime en corrompant des officiers supérieurs et en provoquant un coup d’État, mais ils savent qu’il ne le pourront pas avec l’ASL. Des Contras continuent à arriver, mais le flux d’argent et d’armes se tarit. Une grande partie du soutien international s’est arrêté bien qu’on n’en voit pas encore les conséquences sur le champ de bataille, un peu comme une étoile peut continuer à briller longtemps après sa mort.

Les États-Unis ont clairement décidé de tourner la page et de sacrifier l’ASL. Ils lui donnent des instructions stupides qui envoient les Contras vers la mort. Plusieurs milliers ont été tués le dernier mois. Simultanément, à Washington, le National Intelligence Council annonce cyniquement que le « jihadisme international » va prochainement disparaître. D’autres alliés des États-Unis devraient maintenant se demander si la nouvelle donne ne suppose pas qu’on les sacrifie aussi.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan : Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Ankara – Selon le dictionnaire, le mot “politicide” peut être utilisé pour décrire la destruction d’un gouvernement ou d’un groupe socio-politique spécifique, comme les Palestiniens, dans un sens plus large que “génocide” (perpétré pour des motifs ethniques, raciaux ou culturels, ndt). On peut l’appliquer à un état, un système et un pays. Saddam Hussein a tenté de commettre un politicide en effaçant le Koweït de la carte. Dans les années 1930, les fascistes ont commis un politicide en détruisant le gouvernement espagnol. Territorialement le pays n’a pas changé. Il a simplement été vidé de son contenu idéologique et transformé en autre chose.

La destruction de gouvernements, leaders ou valeurs qui contrecarrent les intérêts de gouvernements puissants est monnaie courante. Depuis la seconde guerre mondiale, les assassins ont souvent été des gouvernements démocratiques de style libéral. Il n’y a aucun endroit du monde qui a échappé à leur attention. Rien que dans les 11 dernières années, l’Irak et la Libye ont été, au Moyen-Orient, les victimes d’un politicide. Leurs gouvernements, leur système de valeurs et leurs leaders avaient peut-être grand besoin de changer, mais le changement n’est pas venu de leur peuple mais de gouvernements étrangers. Maintenant c’est la Syrie qui retient leur attention. Comme en Irak et en Libye, la justification brandie pour les massacres en Syrie des 20 derniers mois est “le dictateur” et “le régime”. Mais en fait ce qu’ils veulent c’est le pays lui-même. Comme Saddam et Kadhafi, le “dictateur” sert de diversion au magicien pour que les spectateurs ne voient pas ce qu’il est réellement en train de faire.

Comme les gangs armés ne parviennent pas à renverser le gouvernement de Damas, il semble que la menace d’une intervention militaire se précise. Les Etats-Unis, l’Allemagne et la Hollande ont fourni à la Turquie six batteries de missiles Patriotes qui doivent être installés à la frontière avec la Syrie. Environ 2000 soldats étrangers vont être envoyés en Turquie pour opérer et protéger les batteries de missiles et assister un nombre inconnu de soldats turcs. Les Patriotes seront situés dans trois provinces du sud-est qui sont majoritairement sunnites, les provinces de Gaziantep, Adana et Kahramanmaras. Pour de raisons de sécurité, elles ne seront pas placées dans la province de Hatay, où plus de la moitié de la population est Alevi (Alawi), et profondément opposée à l’intervention de la Turquie en Syrie ni dans celle de Diyarbakir qui est majoritairement Kurde et hostile au gouvernement pour d’autres raisons.

Le jour qui a suivi la fourniture par l’OTAN de missiles Patriotes à la Turquie, la Russie a répondu en envoyant des missiles Iskander à l’armée syrienne. Ces armes hypersoniques volent à plus de 2 km seconde et les experts en armement affirment qu’elles sont plus performantes que les Patriotes. Pour donner de la consistance au spectre de la Turquie menacée par la Syrie, les portes parole de l’OTAN prétendent que l’armée syrienne utilise déjà des missiles Scud et se prépare à utiliser des armes chimiques mais ces deux affirmations ne sont que de la propagande guerrière. Anders Fogh Rasmussen, le Secrétaire Général de l’OTAN condamne l’utilisation de missiles Scud – sans apporter la moindre preuve qu’ils aient été tirés – mais pas les attentats à la bombe, bien réels ceux-là, perpétrés au coeur des villes par les groupes armés que lui et les membres de son organisation soutiennent.

La Turquie prétend que les Patriots sont uniquement défensifs, mais on peut se demander quelle attaque au juste elle craint : Une attaque gratuite de la Syrie tout à fait improbable ou une attaque de l’OTAN à partir du sol turc ? Bien que la cible évidente semble être la Syrie, le commentateur Abdel Bari Atwan pense que les missiles ont été mis en place en vue d’une attaque contre l’Iran. Si les Etats-Unis décidaient de se servir de la base aérienne d’Incirlik dans la province d’Adana où se trouvent des milliers de soldats pour attaquer l’Iran, la Turquie serait exposée à des frappes de représailles. C’est pourquoi elle a besoin non seulement des Patriots mais aussi des radars anti-missiles installés dans la province de Malatya plus tôt dans l’année, et qui sont aussi considérés par la Russie comme une dangereuse extension du bouclier de ’défense’ anti-missile européen de l’OTAN.

Même si c’était Israël qui attaquait, l’Iran considérerait que les Etats-Unis sont partie prenante et il rétorquerait en attaquant les bases Etasuno/OTAN de Turquie et du Golfe. L’Iran pense que l’installation des Patriots en Turquie fait partie des préparatifs de guerre de l’OTAN dans la région, avec comme cible lui-même et la Syrie. Le fait de savoir si les Etats-Unis et/ou d’Israël finiront pas attaquer ou non l’Iran qu’ils menacent depuis des années, continue, bien sûr, à faire l’objet d’intenses spéculations.

Si la cible est la Syrie, l’OTAN interviendra probablement derrière l’écran d’une ’zone d’exclusion aérienne’, qui s’étendra sans doute jusqu’à Alep pour pouvoir placer toute la ville sous le contrôle des groupes armés et en faire la ’capitale’ des territoires ’libérés’. Sans l’accord du Conseil de Sécurité de l’ONU, la mise en place unilatérale d’une ’zone d’exclusion aérienne’ n’aurait pas le moindre semblant de légalité. Dans une telle situation, abattre un avion syrien dans l’espace aérien syrien serait un acte de guerre. Les conséquences seraient si graves qu’on a du mal à imaginer l’OTAN s’avancer sur ce terrain là sans l’accord tacite de la Chine et de la Russie.

Ils ne semblent pas prêts de le donner. L’enjeu est d’importance pour la Russie et si ses positions sur la Syrie ont évolué, ce serait plutôt dans le sens d’un durcissement. Malgré les interprétations aussi mensongères que malveillantes de tout ce qui sort de Moscou par les médias occidentales, la Russie n’est pas revenue sur ses engagements. Elle a dit tout au long que son principal souci était l’intégrité de la Syrie et non le sort de tel ou tel gouvernement. Elle ne s’est jamais engagée à maintenir le ’régime d’Assad’ en tant que tel. Depuis le début, elle souligne que le droit de choisir revient au peuple syrien et pas aux groupes armés ni à leur sponsors étrangers.

La Russie a affirmé tout au long, qu’elle ne laisserait pas l’OTAN faire de la Syrie une seconde Libye. La semaine prochaine, des unités russes de la mer Noire, la Baltique et la mer du Nord se rassembleront pour des manoeuvres militaires au large des côtes syriennes. Les navires de guerre étasuniens sont aussi présents à l’est de la mer Méditerranée, ce qui laisse présager l’éventualité d’une confrontation maritime dans le style de Cuba dont la Syrie serait l’enjeu si l’OTAN intervenait.

On peut se demander si l’OTAN a vraiment l’intention d’intervenir en Syrie ou si l’installation des missiles en Turquie fait partie d’une guerre psychologique à base de propagande.

Donner des missiles à la Turquie est une chose. Attaquer la Syrie est une autre paire de manches. On ne peut pas entièrement rejeter cette possibilité mais on voit mal comment les membres de l’OTAN pourraient le faire, à moins qu’ils ne parviennent à neutraliser la Russie et la Chine, ce qui changerait la donne. Et pourtant, sans intervention directe, les groupes armés ne semblent pas capables de renverser le gouvernement syrien.

On dirait que l’OTAN se retrouve dans un impasse mais seulement si l’on assume que le renversement du régime syrien est vraiment le but premier de l’intervention en Syrie. Pour Hasan Nasrallah, le but des Etats-Unis et de ses alliés est de sortir la Syrie de ’l’équation régionale’. Cela peut se faire en renversant le gouvernement mais on peut aussi y arriver en semant le chaos en Syrie. C’est ainsi que l’Irak et la Libye ont été sortis de ’l’équation régionale’. Dans les deux cas, le ’dictateur’ a été utilisé comme prétexte à l’intervention. En Irak les Etasuniens ont choisi de laisser Saddam en place parce qu’on pouvait compter sur lui pour maintenir l’Irak à genoux. C’est seulement quand les sanctions ont perdu de leur impact et que l’Irak menaçait de se reconstruire que la décision a été prise de le renverser. Bashar est utilisé de la même manière, mais cela ne signifie pas que les Etats-Unis et leurs alliés veulent le remplacer par les groupes armés. Ils poursuivent leur propres objectifs en s’adaptant à la réalité du terrain.

Dans le journal Al Akhbar, le vice-président syrien, Faruq al Shar’a, a proposé récemment une solution politique pour sortir de l’impasse. Il faut dire ici que si les soi-disant ’amis de la Syrie’ se souciaient le moins du monde du peuple syrien, ils auraient depuis longtemps trouvé une solution politique au lieu de bloquer, saboter et rejeter à priori toute tentative de négociation. la lecture de l’article ne permet pas de penser que Monsieur Shara’a ait le moindre espoir que les sponsors des groupes armés acceptent une solution politique. De fait, si l’on convient avec Hasan Nasrallah que le principal objectif des Etats-Unis et de leurs alliés est de sortir la Syrie de ’l’équation régionale’, alors les 20 mois de destruction auxquels on vient d’assister prennent tout leur sens. Le moment viendra peut-être où ces gouvernements s’intéresseront à une solution politique mais pour le moment la Syrie peut continuer de perdre son sang.

Pour que ces gouvernements se trouvent finalement obligés de venir à la table des négociations, il faudrait, par exemple, que les groupes armés parviennent à remplir leur contrat, c’est à dire à renverser le gouvernement de Damas. Si les gangs armés étaient sur le point de prendre la relève, leurs sponsors occidentaux pourraient changer de tactique en interrompant leur approvisionnement en argent et en armes (par des pressions sur l’Arabie Saoudite et le Qatar) et en réclamant une intervention et des négociations immédiates qui leur permettraient de mettre en place leur protégés ’modérés’ Mu’iz al Khatib et le Conseil de Doha.

Ou à l’opposé, il faudrait que l’armée syrienne réussisse à mettre en déroute les gangs armés. Cela pourrait aussi susciter un intérêt soudain pour une solution négociée qui permettrait de contrôler le processus de transition politique. Il y a un sérieux problème qui inquiète de plus en plus les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux, c’est le ’retour de bâton’. La plupart de ces groupes armés détestent ’l’Occident’ autant que le gouvernement de Damas. Les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux qui n’ont pas oublié ce qui s’est passé en Afghanistan, ne veulent que la Syrie se transforme en une nouvelle base takfiri agissant contre les intérêts des Occidentaux et de leurs alliés dans la région. Bien sûr, rien n’est certain, mais une Syrie très affaiblie avec Bashar toujours en place – comme l’Irak de Saddam après 1991 – pendant un processus de transition pourrait leur sembler préférable. En filigrane de tous ces développements, il y a toujours la possibilité que la Syrie n’implose et que les acteurs étrangers qui ont tout fait pour l’amener au point de non retour, en perdent le contrôle.

La dégradation de la Syrie donne un avantage incontestable aux Etats-Unis et à Israël. Inutile d’ajouter que ce qui est bon pour les Etats-Unis et Israël est toujours mauvais pour les Palestiniens. La Syrie a été l’ennemi viscéral d’Israël depuis le début. Depuis sa création, Israël a comme stratégie de faire éclater les états arabes sur des lignes sectaires et rien ne pourrait mieux lui convenir que l’explosion de l’état syrien en petites enclaves ethno-religieuses querelleuses. Quoi qu’Israël fasse au Moyen-Orient, la Palestine est le centre de gravité de sa stratégie.

Le problème central des Etats-Unis et de leurs alliés est la gestion de ce qui va suivre en Syrie. A moment donné le chaos cessera de servir leurs intérêts. Dans l’abstrait, un état islamique ne leur pose aucun problème. L’Arabie saoudite, le Qatar, le Barhein sont gouvernés selon la loi islamique et sont des piliers des intérêts occidentaux au Moyen-Orient. Le gouvernement des Frères Musulmans d’Egypte a montré qu’il n’avait nulle intention de malmener le navire occidental. Le Conseil de Doha est majoritairement Frère Musulman. Cependant, bien qu’il soit présenté par ses sponsors comme le prochain gouvernement syrien, le Conseil de Doha a peu d’espoir de s’installer dans les bureaux du gouvernement de Damas, du moins dans ce qu’il en reste. Après avoir utilisé les gangs armés comme fer de lance, leurs soutiens étrangers, en tous cas les Etats-Unis, l’Angleterre, et la France sinon l’Arabie Saoudite et le Qatar, n’ont aucune envie de les laisser prendre le pouvoir pour les voir se disputer le butin. Lakhdar Brahimi a souligné que la Syrie pourrait finir comme la Somalie. Une autre possibilité est un gouvernement de style Taliban au coeur du Moyen-Orient. Mais aucune de ces alternatives ne garantirait avec certitude les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux.

La ligne rouge que les Etats-Unis et leurs alliés européens ont tracée entre les groupes armés ’extrémistes’ et ’modérés’ est artificielle. Quand Obama a mis Jabhat an Nusra sur la liste des organisations terroristes affiliées à Al Qaida, le chef du Conseil de Doha, Mu’iz al Khatib, a demandé qu’elle en soit enlevée parce que son rôle dans la lutte armée était crucial. Ses atrocités ne le dérangeaient pas. Si égorger des prisonniers est une acte terroriste alors Jabhat al Nusra est sans nul doute une organisation terroriste mais d’autres groupes font exactement la même chose, y compris l’Armée Libre Syrienne. Les gangs armés les plus importants ont rejeté l’autorité du Conseil de Doha et exprimé leur solidarité avec Jabhat al Nusra. Certains s’affairent déjà à poser les fondations d’un état islamique sans concession. On brandit partout le drapeau noir d’Al Qaida. Mais des ’modérés’, on n’en voit nulle part.

Il y a plus d’un an, la Syrie a été délibérément plongée dans une longue guerre contre des gangs armés. Depuis, la situation a métastasé bien au-delà de l’équation gouvernement autoritaire contre mouvement de protestation légitime, ou de l’équation crimes du ’régime’ contre crimes des gangs armés. Dans cette guerre par procuration impulsée par des gouvernements étrangers, le bien être de la population syrienne ne pèse pas lourd. Si le peuple syrien avait la moindre importance aux yeux de ces gouvernements étrangers, ils se conduiraient différemment.

Ceux qui ont soutenu activement ou tacitement la lutte armée au nom d’une transition politique démocratique ne peuvent espérer rien de plus qu’une victoire à la Pyrrhus. La Syrie ne jouera plus aucun rôle sur la scène arabe, elle est en train d’être ruinée et détruite sous nos yeux par l’Occident et sa tactique : diviser pour régner, qui lui réussit si bien depuis 200 ans.

Jeremy Salt


Pour consulter l’original : http://palestinechronicle.com/the-magicians-diversion-bleedi…

Traduction : Dominique Muselet

Version française publiée par Le Grand Soir

Jeremy Salt professeur adjoint d’histoire et politique du Moyen-Orient de l’université Bilkent d’Ankara, en Turquie.

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«Il jugera entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre»

Esaïe 2/4.

Le vendredi 14 décembre, un jeune homme de 20 ans rentre dans une école primaire de Sandy Hook dans le Connecticut, il fait un carnage tuant une vingtaine d’enfants de 6 à 7 ans ainsi que six enseignants de l’école. Il se donne ensuite la mort, auparavant il avait tué sa mère et s’est servi de trois pistolets et d’un fusil d’assaut. Sa mère lui a appris à tirer. Nous ne connaîtrons peut-être jamais les motifs réels; l’individu était issu d’un milieu sans histoire.

Singularité de la vie à l’américaine

Les Etats-Unis sont le pays des paradoxes. «In God we trust», lit-on sur les billets de banque, dans le même temps les Etats-Unis semblent être le pays le moins sûr au monde. La preuve magistrale nous est donnée d’une façon magistrale par la tuerie de Newtown. Sylvie Kaufmann nous raconte les dérives de cette politique sécuritaire au nom du deuxième amendement: «Un beau jour de 1995, George Bush, dans un geste de profonde indignation, renvoya sa carte de membre de la NRA, la National Rifle Association, à la puissante organisation de défense des armes à feu et le fit savoir. Un extrémiste en révolte contre l’Etat, Timothy McVeigh, venait de faire sauter un bâtiment fédéral à Oklahoma City, tuant 167 personnes. L’Amérique sous le choc, découvrait l’existence en son sein de milices de «patriotes» paranoïaques, obsédés par l’idée que l’Etat américain cherchait à les priver de leurs armes. Quelques jours avant l’attentat, la NRA avait eu le mauvais goût d’envoyer une circulaire à ses 3,4 millions d’adhérents dans laquelle les agents des forces de l’ordre fédérales étaient qualifiés de «nazis». Cette lettre, expliqua George Bush, «offense profondément mon sens de la décence et de l’honneur». Piquée au vif, la NRA dut acheter des pages entières de publicité dans les journaux pour répondre à l’ex-président George Bush.

Sylvie Kauffmann situe la paranoïa sécuritaire après le 11 septembre: «Le fils n’a pas eu cette «décence»-là. (…) La révolution sécuritaire qui s’est emparée des Etats-Unis après l’attaque du 11 septembre 2001, parallèlement aux deux mandats de George W.Bush, de 2000 à 2008, ont inversé la dynamique sur le contrôle des armes à feu et infligé une véritable régression à cette dimension très particulière de l’identité américaine, si incompréhensible pour le reste du monde.» (1)

Elle cite la tentative réussie de Bill Clinton de moraliser l’utilisation des armes à feu: «Le président Bill Clinton s’était fait le champion du “gun control», expression qui a fini par désigner, en politique, les efforts visant à restreindre l’accès aux armes à feu. Car aux Etats-Unis, pas question d’interdire: le deuxième amendement de la Constitution consacre le “droit des gens à détenir et à porter une arme». Les adversaires des armes à feu ne peuvent donc agir qu’à la marge. (…) Dans les années 1990, Bill Clinton et plusieurs élus, comme la sénatrice Dianne Feinstein, avaient réussi à faire pencher le balancier dans le sens d’un contrôle accru. La loi Brady, promulguée en 1993, qui imposait un contrôle des antécédents de tout acheteur d’une arme à feu, avait été promue par un collaborateur du président Reagan, Jim Brady, grièvement blessé d’une balle dans la tête lors de la tentative d’assassinat de Ronald Reagan en 1981. Puis en 1994, le vote d’un projet de loi interdisant 19 modèles d’armes semi-automatiques d’assaut, pour lequel M. Clinton s’était battu comme un lion, fut considéré comme un coup dur pour la NRA.» (1)

Tout changea, dit-elle, avec George Bush Junior: «Mais la loi d’interdiction des armes d’assaut n’était en vigueur que pour dix ans. En 2004, l’humeur avait changé, le président aussi et le Congrès n’a pas jugé utile de la renouveler. (…) Barack Obama, a repris la Maison-Blanche en 2008, mais sur la question des armes à feu, il n’a jamais montré la fougue de Bill Clinton. Entre-temps, le nombre de membres de la NRA est passé de 3,4 à 4,3 millions.» (1)

Le bilan des tueries par armes à feu

Sept tueries de masse qui ont fait au total 68 morts, 2012 est «l’année la plus meurtrière qu’aient connue les Etats-Unis», souligne The New Republic. «Soixante-dix tueries de masse ont eu lieu depuis 1982 et elles ont fait 543 morts», souligne le site de l’hebdomadaire de Washington, «Or, sept de ces tueries ont eu lieu en 2012 et le nombre de victimes cette année s’élève à près du double de chacune des années précédentes.» «Si les scènes d’horreur comme celle de Newtown nous sont désormais familières, note The New Republic, c’est parce que les six dernières années ont été particulièrement sanglantes: 45% des victimes des tueries de masse aux Etats-Unis au cours de ces trente dernières années l’ont été depuis 2007. Il s’agit d’une véritable situation de crise.» (2)

Depuis 1999, 26 fusillades de masse dans 21 Etats différents ont causé la mort de 225 personnes et fait au moins un millier de blessés aux Etats-Unis. A chaque fois, écrit Sandra Jean, c’est la même chose. D’abord, l’horreur qui déboule sans crier gare. Ensuite, l’étalage de toutes ces vies détruites. Puis vient le temps des conjectures. Et invariablement, le débat. Faut-il réguler le marché des armes? On compte aujourd’hui plus de 300 millions d’armes à feu aux USA. Chaque mois, un million d’armes sont vendues. Toutes les 20 minutes, une personne meurt par balle, victime d’un homicide ou d’un suicide. Les enfants de 5 à 14 ans qui vivent aux Etats-Unis ont 13 fois plus de risque de se faire abattre qu’ailleurs dans le monde industrialisé. La litanie est connue. Mais la démonstration de causalité entre le nombre d’armes et la prolifération des tueries en tout genre n’est toujours pas suffisamment convaincante pour faire bouger les choses. (3)

Que faire? renforcer le contrôle des armes à feu

Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut réglementer. «Pour de nombreuses voix, Gilles Blassette du journal La Croix, il est urgent de renforcer le contrôle des armes à feu pour mieux encadrer l’accès aux armes dans un pays qui en compte près de 300 millions – soit une par habitant. (…) La NRA, qui revendique près de 4 millions de membres, est l’un des plus importants contributeurs lors des cycles électoraux. (…) La NRA a dépensé près de 20 millions de dollars (15 millions d’euros) lors des élections de cet automne. Chaque année, elle dépense en outre plusieurs millions pour faire avancer des textes qui lui sont favorables au Capitole. La puissance de ce lobby est aussi, sinon surtout, ailleurs. C’est aussi elle qui a réussi à mettre dans la tête de nombreux Américains que la solution n’est pas moins d’armes… mais plus d’armes! (….) En 2008, la Cour suprême a ainsi dénié à Washington le droit d’interdire les armes sur son territoire. «Or, pour modifier la Constitution, il faut un vote du Congrès des deux tiers des deux chambres, plus la ratification par trois quarts des États, rappelle Vincent Michelot. Enfin, cette question doit être replacée dans un contexte plus large: celui de la violence aux États-Unis. Le pays doit s’interroger sur ce qui, en son sein, la nourrit.» (4)

Cela va même plus loin, c’est l’accusation à l’envers: «Si les profs avaient été armés: «Les partisans des armes mettent en avant deux arguments pour s’opposer à tout changement de la législation actuelle: ce ne sont pas les armes qui tuent mais les humains qui les manipulent; le problème provient non pas d’un surarmement mais au contraire du sous-armement de ceux qui pourraient se défendre. (…) Ainsi, Larry Pratt, directeur de l’association Gun Owners of America (possesseurs d’armes aux Etats-Unis), estime que les professeurs, s’ils avaient été armés, auraient pu empêcher le drame: les partisans du contrôle des armes ont le sang de jeunes enfants sur leurs mains. Les lois fédérales et celles de l’Etat garantissent qu’aucun professeur, aucun responsable, aucun adulte ne puisse détenir une arme à l’école de Newtown où les enfants ont été tués. Cette tragédie souligne l’urgence de supprimer l’interdiction des armes dans les zones scolaires.» (5)

«Autre argument utilisé par Gun Owners of America et proclamé sur un T-shirt de l’association: «Si ce sont les armes qui tuent les gens, alors ce sont les stylos qui font des fautes d’orthographe, les voitures qui font conduire les gens ivres et les cuillères qui ont rendu Rosie O’Donnell [une animatrice de télévision américaine, ndlr] grosse.» (…) «Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.» Lors de son adoption en 1791, cet amendement garantissait notamment le droit du peuple à participer à l’application de la loi et à lutter contre un gouvernement tyrannique.» (5)

Theophraste R. du site alternatif «Le Grand Soir» s’insurge: ««Les parents savaient-ils que cette personne à qui ils confiaient leurs enfants était une dingue de la gâchette? Ça leur fait quoi aux Étatsuniens de se lever le matin en se disant: «Tiens, aujourd’hui, trente-quatre personnes vont mourir d’une balle dans la peau?» C’est quoi ce pays où des millions de gens pensent que s’il y a des tueries, c’est parce que les citoyens ne sont pas Tous armés? C’est quoi cette nation de cow-boys qui n’envisage pas de supprimer de sa Constitution le deuxième amendement (voté en 1791) qui garantit à tout habitant le droit de porter une arme? À l’époque, les citoyens redoutaient que le gouvernement puisse les désarmer pour imposer une armée de métier ou une milice. En 2008, la Cour suprême ordonna que l’autodéfense était un élément central du droit.» (6)

Les autres causes possibles de ces tueries

A chaque tuerie et fusillade son lot de débats et de commentaires sur les causes qui ont pu provoquer le passage à l’acte du tueur. La tragédie de Newtown n’échappe pas à la règle. Dans le même ordre d’idées, des sites d’information comme celui d’Europe1, expliquent, au lendemain du drame, qu’Adam Lanza et ses amis «passaient de longs moments à jouer aux jeux vidéo», et que lui, plus particulièrement, «adorait ce qui venait du Japon, il collectionnait les cartes Pokemon et jouait sur sa console PlayStation à Dynasty Warriors, un jeu de combat avec armes à feu sorti dans les années 1990». Pour l’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee cité par Fox News: «On se demande pourquoi il y a de la violence dans nos écoles, mais nous en avons retiré Dieu d’une manière systématique. Doit-on être surpris qu’en conséquence, nos écoles deviennent des lieux de carnage? Nous n’avons pas de problèmes liés à la criminalité, à la circulation des armes ou à la violence. Nos problèmes, ce sont les péchés.»

Le massacre des innocents et la malhonnêteté des médias main Stream

En Iran, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, iranien, a «condamné le massacre des enfants américains [...] et a présenté ses condoléances aux familles des victimes», tout en appelant «la société américaine à participer au mouvement de lutte contre la guerre et le massacre des innocents à travers le monde». Il a ajouté cette précision, pour être bien compris: «Il n’y a aucune différence entre les enfants victimes d’actions armées à Gaza, aux Etats-Unis, en Afghanistan, au Pakistan, en Irak ou encore en Syrie.» En Chine, l’agence de presse d’Etat Chine nouvelle a pris position clairement pour le contrôle des armes: «Le sang innocent exige sans délai un contrôle des Etats-Unis sur les armes à feu.» (7)

Justement à propos du massacre des innocents «Et si Obama y est allé de sa petite larme, il conviendrait, aussi, de lui rappeler que les tonnes de bombes qu’il a déversées sur l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie… ont tué des enfants, beaucoup d’enfants sans que le monde gangrené par la finance ne s’en émeuve et sans qu’il ne verse une larme. Et que dire de Gaza… Ce documentaire britannique suit quelques familles américaines, passionnées par les armes à feu, et dont les enfants apprennent à les utiliser, qu’ils le veuillent ou non. (8).

Avec un rare cynisme, toutes les chaînes radio, et de télévisions ont rapporté des dizaines de fois les mêmes faits, sans qu’on ait vu réellement la réalité. C’est tout au plus des scènes de pleurs et de compassion envers ces enfants à qui on a volé la vie. Même l’Unicef qui est censée défendre les enfants quelles que soient leurs latitudes était aux abonnés absents, rappelant cruellement son mutisme quand des centaines d’enfants de Gaza passèrent de vie à trépas eux aussi. Il est scandaleux de voir, d’entendre ad nauseam les médias occidentaux tourner en boucle les évènements et la détresse de cette petite ville sans naturellement apporter aucun élément nouveau quant aux mobiles profonds de ce crime de masse. Sans faire dans la concurrence victimaire, l’humanité nous ordonne dans le mouvement de compassion à citer aussi les multiples bavures de la coalition en Afghanistan le 8 février 2012. Dernière bavure en date, huit enfants ont été tués dans les attaques le 8 février.

Souvenons-nous aussi des 500 000 enfants morts de malnutrition du fait d’un embargo inhumain, ce qui à l’époque, avait fait dire à Madeleine Albright: «Si c’est le prix à payer pour faire partir Saddam Hussein ce ne serait pas cher payé» Et à Gaza? Tout le monde des 400 «bourgeons fauchés juste après leur éclosion» en 2008-2009? Personne n’a eu des larmes de crocodile à sécher d’une façon théâtrale! Même le dernier raid du mois dernier a vu la mort de 161 morts Palestiniens 5 morts Israéliens! Plusieurs dizaines d’enfants comme tribut à la faucheuse et la victimisation est toujours du même côté. Ceux qui restent en vie sont traumatisés à vie et il n’y a point de psychologues à leur chevet pour les aider à se reconstruire!!!

Plus largement, comment faire pour que des enfants des pays en guerre guérissent de leurs traumatismes??? Cette thérapie peut, elle doit être appliquée aux enfants Gazaouis rescapés des hélicoptères Apache, des Phantom F16 et des drones? Ce massacre a été sans doute un horrible évènement mais de là à en parler comme si c’est un marqueur spécifique et universel, trop c’est trop! Soyons justes, soyons humains, totalement humains peut-être serons-nous sauvés. Le prophète Isaïe nous invite à être utiles à l’humanité.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

Photo : Une enfant de Gaza, novembre 2012.
1.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/12/17/tuerie-de-newtown-le-fusil-et-l-identite-americaine_1807444_3222.html
2.

http://www.courrierinternational.com/breve/2012/12/17/2012-annee-meurtriere

3.

http://www.lematin.ch/monde/ameriques/newton-pleure-victimes/story/10598989
4. Gilles Blassette

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/La-Maison-Blanche-face-aux-partisans-des-armes-a-feu-_NG_-2012-12-17-888926
5.

http://www.rue89.com/2012/12/15/tuerie-de-newtown-quen-disent-les-defenseurs-des-armes-237839
6.

http://www.legrandsoir.info/spip.php?page=forum&id_breve=3128
7.

http://www.rue89.com/2012/12/15/condoleances-diplomatiques-apres-newtown-liran-et-la-chine-font-passer-un-message-237843
8.

http://www.oulala.info/2012/12/armes-a-feu-un-jeu-denfants/

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Le rôle singulier des Grecs catholiques d’Orient

décembre 26th, 2012 by René Naba

Paris – Le Monde catholique célèbre en Novembre et Décembre 2012 le 50 me anniversaire du Concile Vatican II qui a marqué la prise en compte de la spécificité des Eglises d’Orient en terre d’Islam; un fait qui a constitué un bouleversement dans la perception mutuelle des deux branches de la catholicité et une modification de leurs rapports sur la base d’une plus grande égalité
renenaba.com revient sur le rôle de cette communauté alors qu’Alep, le plus important foyer melkite en terre arabe, et, Damas, le siège d’été du Patriarcat, sont depuis deux ans la proie d’une guerre intestine, laissant planer le danger d’un nouvel exode des Chrétiens arabes.

Des Prélats de légende: Maximos IV Sayegh, Philippe Naba’a, Hilarion Capucci, Cyril Bustros

Paris – Catholique romain de rite grec, de culture arabe, en terre d’Orient, le Melkite, généralement désigné comme Grec-Catholique, est l’héritier de Rome, d’Athènes, de Constantinople et de Jérusalem, une quadruple civilisation matrice du Monde moderne.

Homme de synthèse par destination, une vocation dictée par l’Histoire et la géographie, le melkite ou rite royal se trouve au point de brassage et de friction des grands axes de la circulation du Moyen orient: Marjayoun, Jezzine, Tyr et Saida, au sud Liban, dans la région limitrophe de l’ancienne Palestine, à Zahlé et Baalbeck, dans le Centre Liban, dans la zone frontalière de la Syrie, et, au-delà, à Alep, dans le nord de la Syrie, à la lisière du Monde turc et arabe, ainsi qu’en haute Galilée, secteur de démarcation israélo-arabe.

Œcuménique, le siège du patriarcat, depuis la perte de Constantinople, se situe alternativement, au Caire, en Hiver, et à Damas, en Eté, les deux pôles du Monde arabe.

Alep, capitale économique de la Syrie, constitue une des places fortes des Grecs catholiques. La ville, en voie de transformation en Emirat Islamique du fait de la coalition islamo-atlantiste a fourni plusieurs prélats éminents à la communauté dont l’un des plus prestigieux n’est autre que le Patriarche Maximos IV Sayegh, l’homme du Concile Vatican II, qui conduit le pape Paul VI à admettre les patriarches des Eglises d’Orient au rang de «Primus inter Pares», avec prééminence sur les Cardinaux.

«A Mes Frères les Patriarches des Eglises d’Orient, à mes fils les Cardinaux», distingue désormais le souverain Pontife ses ouailles depuis ce fameux Concile, qui conféra la pourpre cardinalice à tout nouveau Patriarche d’Orient élu à la tête de son Eglise.

Un autre prélat de renommée internationale d’origine aleppine n’est autre que Monseigneur Hilarion Capucin, ancien Archevêque de Jérusalem, expulsé par les autorités d’occupation israéliennes pour sa connivence supposée avec le mouvement national palestinien.

L’Arabie saoudite et l’Iran à l’assaut des Melkites du Liban

Zahlé, Chef-Lieu de la plaine de la Bekaa, dans le centre du Liban, constitue la place forte des Melkites au Liban. Une sourde rivalité oppose depuis un an l’Arabie saoudite chef de file des sunnites, et l’Iran, chef de file des chiites, pour emporter l’adhésion des Melkites à leur cause, en prévision des prochaines élections législatives libanaises prévues en juin 2013. L’issue de la bataille de Zahlé pourrait déterminer la majorité gouvernementale pour la prochaine mandature parlementaire et sans doute présidentielle.
Le sud-Liban, qui compte la plus forte concentration melkite du Liban, abrite trois des principaux sites du Liban antique, Tyr, Sidon et Cana de l’ancienne Phénicie. Un legs que le Melkite assume sans ostentation.

Son patriotisme, forgé dans l’épreuve, se conforte de l’absence de sectarisme et de fanatisme, sentiment funeste dans une zone en proie à un prophétisme endémique. Aucun Melkite ne figurait dans le cercle dirigeant de la milice chrétienne durant la guerre inter-factionnelle libanaise (1975-1990), contrairement aux autres confessions religieuses chrétiennes, telles les Maronites ou les Grecs orthodoxes, dont l’alliance avec Israël, l’ennemi officiel du Monde arabe a considérablement affecté le crédit.

A ce titre, le poste de chef de la diplomatie libanaise lui était traditionnellement dévolu au Liban, occupé par des brillants diplomates, les Frères Salim et Philippe Takla, proches parents des fondateurs du Journal égyptien «Al-Ahram», l’un des plus beaux exemples du savoir-faire libanais dans le domaine journalistique.

Son ambition puisée dans son héritage spirituel est d’être présent dans le débat contemporain pour faire entendre sa voix autrement que par voie de procuration. Sans prétention, mais sans concession. Dans un esprit de conciliation, par fidélité à sa tradition qui concilie militantisme et diplomatie

Sa démarcation n’implique pas la séparation. C’est un Patriarche Melkite, Maximos IV Sayegh, qui, le premier, a brandi la revendication de l’autonomie des Patriarches d’Orient face à la Curie Romaine. «La langue de la Curie est le Latin que je maitrise, mais je me dois de m‘exprimer en grec, la langue de notre rite, ou en arabe, ma langue maternelle et celle du peuple de mes fidèles. Je ne le ferai pas par esprit de conciliation. Je parlerai donc la langue française, c’est-à-dire la langue diplomatique du Vatican, mais non la langue officielle du Vatican», tonnera- t-il d’emblée dans son discours inaugural au Concile.

C’est un autre prélat Melkite, à l’exclusion de toute autre communauté d’Orient, Philippe Naba’a, Archevêque de Beyrouth, qui se verra confier la délicate tâche d’assurer le secrétariat du Concile Vatican II et de mettre en harmonie les relations frondeuses des Eglises d’orient avec le Saint Siège. C’est également un prélat Melkite, Hilarion Capucci, Archevêque de Jérusalem qui connaitra les geôles israéliennes pour fait de résistance.

C’est enfin un autre prélat grec-catholique, le 4me, Mgr Cyril Bustros, actuel Archevêque de Beyrouth, qui assumera la lourde tâche de porte-parole du Synode d’Orient en octobre 2010, le premier du genre dans l’histoire de la chrétienté.

La déclaration du Synode des Eglises d’Orient

Déclaration tonitruante de Mgr Bustros qui a retenti comme un camouflet majeur à la doxa officielle occidentale:

«Israël ne peut pas s’appuyer sur le terme de Terre promise figurant dans la Bible pour justifier le retour des juifs en Israël et l’expatriation des Palestiniens», avait déclaré Mgr Bustros, à l’époque Archevêque de Newton (États-Unis).

«On ne peut pas se baser sur le thème de la Terre promise pour justifier le retour des juifs en Israël et l’expatriation des Palestiniens», a dit le président grec-melkite de la commission pour le message du synode pour le Moyen-Orient lors d’une conférence de presse.

Dans ce message, les évêques et patriarches orientaux affirmaient qu’il «n’est pas permis de recourir à des positions bibliques et théologiques pour en faire un instrument pour justifier les injustices».

«Pour nous, chrétiens, on ne peut plus parler de Terre promise au peuple juif», terme qui figure dans l’Ancien testament, car cette «promesse» a été «abolie par la présence du Christ». Après la venue du Jésus, «nous parlons de Terre promise comme étant le royaume de Dieu», qui couvre la Terre entière, et est un «royaume de paix, d’amour, d’égalité (et) de justice», a-t-il expliqué.

«Il n’y a plus de peuple préféré, de peuple choisi, tous les hommes et toutes les femmes de tous les pays sont devenus le peuple choisi», a ajouté le prélat.

Il a par ailleurs mis en avant deux problèmes dans la solution préconisée par la communauté internationale et le Vatican d’instituer un État juif et un État palestinien pour résoudre le conflit au Proche-Orient.

Dans le cadre d’un État juif, il s’est inquiété du risque d’exclusion «d’un million et demi de citoyens israéliens qui ne sont pas juifs mais arabes musulmans et chrétiens». Pour lui, il vaudrait mieux parler d’«un État à majorité juive».

«La question du retour des déplacés palestiniens» est «aussi très grave, a-t-il ajouté. Quand on va créer deux États, il va falloir résoudre ce problème», avait affirmé Monseigneur BUSTROS.
Fin de citation

Au Liban même, le pays a été florissant lorsque ses relations étaient confiées à des diplomates de talent les frères Takla et Khalil Abou Hamad), son armée à des chefs militaires de rigueur (Toufic Salem, chef d’Etat-Major), ses finances à des banquiers avisés (Henri Pharaon) et son économie à d’intrépides capitaines d’industrie (les Familles Pharaon, Sehnaoui, Débanné, Sklaff etc.), sa fibre sociale à des êtres de grande intégrité, le polytechnicien Charbel Nahas ou le magistrat Salim Jreissati, un des plus brillants juristes de sa génération.
A distance des fauteurs de troubles, la communauté grecque catholique a néanmoins payé un lourd tribut à la guerre du fait de sa configuration géographique et humaine.

Décimée, elle n’entend pas pour autant assumer un rôle de communauté croupion. Elle entend au préalable se reconstituer avec en guise de première étape la réhabilitation humaine et spirituelle de sa principale base d’implantation, le Liban, en vue de continuer à apporter son concours au dialogue des cultures et de maintenir son rôle prééminent dans le domaine de la prestance morale et de la pertinence intellectuelle.

La communauté grecque catholique compte près d’une dizaine de millions de fidèles à travers le Monde, répartis au sein de quatorze pays (Liban, Syrie, Egypte, Jordanie, Palestine, Brésil, Venezuela, Canada, Australie, Etats Unis, Chypre Ukraine et Inde). En France, les Grecs catholiques disposent d’un joyau de l’architecture médiévale: L’Eglise Saint Julien le Pauvre, sur les rives de la Seine, Face à Notre Dame de Paris.

Jadis principalement concentrée dans la zone de compétence du Patriarcat d’Antioche, principalement au Liban, (300.000 foyers), en Syrie 80 000, et en Egypte (60.000), les Melkites se sont dispersés à la faveur des guerres du Moyen orient, notamment en Amérique latine qui compte près de 350.000 foyers, presque autant que l’ensemble du Proche Orient, au Canada (20.000) et enfin, en Californie, ou le district de Santa Anna, à Los Angeles abrite 20. 000 fidèles.

L’opinion de base en France et dans le Monde tend à réduire les Chrétiens arabes aux Maronites du fait que cette communauté est généralement perçue comme pro occidentale en raison sans doute de la relation privilégiée la liant à la France dans la fondation du Liban moderne et vraisemblablement des positions pro israéliennes prises par les milices chrétiennes durant la guerre du Liban (1975-1990).

Si les Maronites constituent bien la plus importante minorité des minorités chrétiennes du Liban et dispose à ce titre de la magistrature suprême, il n’est pas certain qu’ils constituent la plus importante chrétienne d’Orient, vraisemblablement devancés par les Coptes d’Egypte qui compte six millions de fidèles en Egypte même et autant en diaspora. Mais le tropisme pro israélien manifesté par une large fraction du camp maronite depuis la fondation de l’Etat Hébreu, notamment le rôle supplétif de l‘armée israélienne assumé par les officiers félons, Saad Haddad et Antoine Lahad, le zèle tonitruant des chefs successifs des milices chrétiennes Bachir Gemayel, Elie Hobeika et Samir Geagea, pourrait expliquer une part de cette exposition médiatique au sein de la presse occidentale et de la confusion entre Maronites et chrétiens arabes(1).

René Naba

Pour aller plus loin

1 ère partie http://www.renenaba.com/chretiens-dorient-le-singulier-destin-des-chretiens-arabes/
2me partie http://www.renenaba.com/chretiens-dorient-le-singulier-destin-des-chretiens-arabes-2/

Références

1 – Sur les relations entre Israêl et les Maronites, Cf notamment –«Victimes, Histoire revisitée du conflit arabo sioniste- Benny Morris – (Edition Complexe), chapitre I page 539 et suivants/

Avec en complément la version anglaise du Texte du pacte secret entre l’Eglise maronite et l’Agence Juive
Treaty between the Jewish Agency for Palestine and the Maronite Church
What are the implications of the creation of a minority Jewish state on identity politics in Lebanon?
May 30th 1946
« We, the undersigned:
1. His Beatitude Antoine Arida, the Maronite Patriarch of Lebanon, acting on behalf of the Church and the Maronite community, the largest community in the Lebanese Republic with citizens residing in other countries, represented by …, ex-minister by virtue of authorization addressed to the President of the Jewish Agency, Professor Weizmann on May 24th 1946, which hereinafter shall be in this treaty addressed as « first party ».
2. Dr. Bernard Joseph, acting on behalf of the Jewish Agency for Palestine which is known in International Law as the representative of Jewish people around the world aimed at creating the Jewish National Home in Palestine, which hereinafter shall be in this treaty addressed as « first party ».
ART.1: The first party expressly and fully recognizes the historical link uniting the Jewish people to Palestine, the Jewish people’s aspirations in Palestine, and the Jewish people right to a free immigration and independence in Palestine. It also declares its approval on the Jewish agency’s declared current political program including the establishment of a Jewish state.
ART.2: The second party expressly and fully recognizes the independence of Lebanon and the right of its inhabitants to choose the regime they deem as appropriate. The second party also declares that its extending and widening program does not include Lebanon. On the contrary, it respects the state of Lebanon in its current form and borders. The Jewish immigration does not include Lebanon.
ART.3: The two parties commit themselves reciprocally to abstain from undermining their respective aspirations and status;

the so-called commitment has a binding obligation restraining the representatives of both parties – officials and non officials – in the country, abroad, in international conferences whether occidental or oriental, from expressing any kind of support to decisions or actions that may harm the other party. Also do their utmost to avoid taking such decisions or undertaking such actions.
ART.4: The two parties commit themselves to provide mutual help at the following levels: political, commercial, security and social in order to promote the position of the first party and realize the aspirations of the second one. This engagement includes:
a) Raise the awareness of public opinion in the Orient and the Occident on the cause of each party, according to the spirit of the treaty hereby.
b) Concert their efforts to open the doors of each country with view to deepen cultural and social rights and promote commercial trades and the exchange of liaison officers to forge good neighboring relationships between one another.
c) The first party recognizes the right of every Jewish to immigrate to Palestine commits itself to help as much as possible in the realization of this immigration in the event that it shall pass through Lebanon.
d) The second party commits itself, after the creation of the Jewish state, to respect the sacred character of the holy sites in Palestine and commits itself as well after retaining the command of power to consider the treaty hereby as an integral part of the government program.
e) The two parties commit themselves to provide help, if requested, to one another in order to maintain security in their respective countries. This engagement has the binding obligation to take all necessary measures to block the entrance or exit of hostile elements capable of sowing public disorder and the obligation to refrain from providing any kind of help for such elements.
f) The two parties commit themselves to exchange information on all issues such as the politics of their countries, their economy, security, and relations with third parties.
g)At the industry, agriculture and scientific research levels, the two parties commit themselves to exchange information and advice in order to synchronize the Lebanese and Jewish efforts with a view to ensure the best development of their respective industries (including the tourism sector), agriculture and research on the basis of mutual cooperation.
h) After creating the Jewish state, the second party commits itself to reserve a friendly treatment to the representatives of the Maronite Patriarch, to facilitate the buying of a land and the construction of a Patriarchate worthy of the Maronite community.
i) The second party commits itself to require from its offices all over the world to support the cause of the first party and back its representatives in Washington, London, and Paris and in international conferences.
ART.5: In order to achieve the afore-mentioned obligations, and additional practical means of collaboration and mutual aid, the two parties will hold direct or indirect (through representatives) talks depending on the relevant advancement and circumstances.

ART.6: The treaty hereby takes effect upon signature. Each party has the right to terminate it within six months notice.
In witness whereof the two parties have signed this treaty. »
Double original copy, Jerusalem, May 30th 1946.
Source: Central Zionist Archives 525/3269

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Je sais depuis longtemps que l’information américaine est motivée par un agenda. Ce soir (18 décembre), je me suis rendu compte à quel point l’information américaine, motivée par un agenda, motive l’information du reste du monde.

Pour des raisons que j’ignore, la chaîne de télévision de Moscou, Russia Today (RT) m’a demandé une interview en direct via Skype à propos de la tuerie de masse s’étant déroulée dans une école de Newtown dans le Connecticut, tuerie qui coûta la vie à 20 enfants et plusieurs adultes. J’étais intéressé de savoir quel était l’intérêt de Moscou sur la fusillade et j’acceptais l’interview.

Je fus surpris de me rendre compte que RT Moscou était intéressé par la version officielle américaine sur la tuerie et me demanda si je pensais que le résultat de tout cela serait une interdiction des “armes d’assaut” aux Etats-Unis.

Beaucoup de choses peuvent être une arme d’assaut: une batte de base-ball, un couteau, un poing, un pied, une carabine 22 LR, un fusil de chasse à deux coups, un tisonnier, un révolver six-coups, une brique, un sabre, un arc et des flèches, une lance. Tout le monde peut rajouter ce qu’il veut à cette courte liste.

Les partisans du contrôle des armes à feu ont défini une “arme d’assaut” comme étant la version civile semi-automatique d’armes militaires comme l’AR-15, les versions civiles des M-16 ou des AK-47. Pendant la présidence de Clinton, la version civile de ces différentes armes n’étaient pas autorisées d’avoir des caractéristiques sans dangers, car ces caractéristiques faisaient qu’elles ressemblaient trop aux armes de guerre ; de plus les armes étaient restreintes à n’avoir que des chargeurs ne pouvant contenir que dix cartouches maximum.

Aujourd’hui, des chargeurs de 20 ou 30 cartouches sont sur le marché. Pour un professionnel, la capacité du chargeur n’a que peu d’importance car avec de l’expérience, une personne peut changer un chargeur en une seconde. On pousse un bouton, le chargeur tombe, on le remplace par un autre. Pour des raisons difficiles à suivre, les partisans du contrôle des armes à feu pensent qu’un chargeur de 10 cartouches transforme une “arme d’assaut” en quelque chose d’autre.

J’ai dit sur RT que les Etats-Unis sont le plus grand état policier de l’histoire. Merci à la technologie moderne, Washington est capable d’espionner ses sujets de manière bien plus efficace que ne l’avait pu Joseph Staline et Adolf Hitler. Même George Orwell en imaginant son roman dystopique “1984”, a été surpassé par la pratique courante de Washington. En cela, la “guerre contre le terrorisme” est une excuse pour l’état policier américain.

Un état policier, ai-je dit, est inconsistant avec une population armée et alors que tous les autres amendements constitutionnels sont tombés, le dernier qui reste de ceux-ci est le second amendement (NdT: celui qui déclare le droit inaliénable pour les citoyens américains de posséder et porter des armes) et il ne va plus survivre longtemps.

Mais pourquoi cette focalisation de RT sur les “armes d’assaut” ? L’accusé, Adam Lanza, a été immédiatement déclaré coupable. D’après Associated Press, le médecin qui a examiné les corps à Newtown, Connecticut, le Dr. H. Wayne Carver a dit que “toutes les victimes de la tuerie de l’école primaire du Connecticut ont été tuées à bout portant de plusieurs coups de fusil.”

http://www.staradvertiser.com/news/breaking/183651631.html

Et pourtant, Fox News http://www.fox5vegas.com/story/20346133/reports-of-multiple-dead-including-1-child-from-ct-elementary-school-shooting rapporte que “un journaliste de CNN a dit que la police avait retrouvé trois armes sur la scène du crime: un Glock et un Sig-Sauer, qui sont des armes de poing, ainsi qu’un fusil Bushmaster .223. Le fusil a été retrouvé sur le siège arrière du véhicule que l’homme armé conduisit jusqu’à l’école, les armes de poing quant à elles furent retrouvées à l’intérieur de l’école.”

Le même rapport de Fox News dit que: ”des mesures de sécurité mises en place cette année à l’école Sandy Hook prévoyaient de laisser les portes verrouillées durant les heures de classe et les gens devaient être introduit électroniquement. Il y a une caméra qui filme quiconque rentre dans le building.”

Si ce rapport est correct, comment un Lanza armé jusqu’aux dents a pu entrer dans l’école ?

J’ai essayé de faire remarquer à RT que ces rapports d’information indiquent que l’accusé armé, que personne ne peut plus interroger, s’il est bel et bien le coupable, a tué les enfants avec des armes de poings et non pas avec une “arme d’assaut” laissée dans la voiture, mais que le médecin qui a examiné les corps a dit que les enfants avaient été tués à coups de fusil.

Les divergences sont évidentes. Soit les rapports de presse sont incorrects, soit le médecin a tort ou alors quelqu’un d’autre qu’Adam Lanza a tiré sur les enfants.

Ceci fut trop pour la journaliste résidente de RT. Elle me coupa la parole et dit alors que les enfants avaient été tués par quel qu’arme que ce soit. Et pourtant le point de focalisation du programme était clairement les “armes d’assaut”. Ceci fut renforcé lorsqu’on me demanda de rester en ligne pour une question post-interview.

La question de RT Moscou fut de savoir si je pensais que les armes d’assaut seraient interdites. J’ai répondu que je pensais que toutes les armes seraient interdites. J’avais déjà dit au journaliste hôte que je pensais que toutes les armes seraient retirées des citoyens, mais que je doutais de l’efficacité de l’interdiction. J’ai dit au journaliste qu’au début du XXème siècle l’alcool fut banni, mais que l’alcool était trouvable partout et que la prohibition fut à l’origine des fortunes de la mafia. Aujourd’hui, les drogues sont interdites, depuis des décennies. La drogue est partout et les cartels de la drogue gagnent des milliards de dollars. Ce ne sera pas différent avec une interdiction des armes à feu. L’Angleterre interdit les armes, mais les criminels sont armés et aujourd’hui la police britannique traditionnellement désarmée est lourdement armée. Quand je vivais en Angleterre, les armes n’étaient pas interdites et les policiers se promenaient dans les rues avec des bâtons de circulation et pas d’armes à feu. Cette focalisation sur ces “armes d’assaut” est troublante pour une autre raison. D’après les rapports de presse, Lanza avait un désordre de la personnalité ou avait un problème mental ou peut-être était-il juste différent.

Peu importe, il était sous thérapie médicamenteuse. Alors la responsabilité va t’elle aux armes ou aux médicaments ?

Comme l’agenda est d’interdire les armes, on blâme les armes à feu.

Dans la fusillade de masse précédente dans le cinéma du Colorado, les témoignages oculaires différèrent de la version officielle et d’après les rapports d’information, le suspect était impliqué avec le gouvernement dans une sorte d’expérience de contrôle psychique et il fut retrouvé après la fusillade assis dans sa voiture, garée sur le parking du cinéma.

De la même manière, la fusillade de l’école primaire dans le Connecticut possède des aspects troublants. Dans le rapport circonstancié de la police, un enseignant dit avoir vu “deux silhouettes qui couraient devant le gymnase”.

http://sgtreport.com/2012/12/so-many-questions-too-few-answers-was-the-sandy-hook-massacre-an-organzied-false-flag-operation/

L’enregistrement de la communication radio de la police fait aussi état de deux hommes dans un van, arrêtés et détenus et des rapports divers et variés disant que la police avait arrêté un homme dans le bois voisin. L’homme avait dit: “je ne l’ai pas fait”, comment un homme dans les bois pouvait-il savoir ce qui venait juste de se passer ? Il n’y a pas de télé dans les bois et pourtant l’homme niait avoir perpétré la fusillade. Très étrange.

Ce qui se passe souvent, est qu’il y a un nombre initial de faux rapports, tel que dans le cas du Connecticut, faisant état que la mère de Lanza était enseignante à l’école et fut tuée dans l’école, que Lanza avait aussi tué son père et que son frère avait peut-être été impliqué. Toutes les divergences avec la version officielle sont ensuite jetées avec les faux-rapports. Comme les médias suivent simplement l’histoire officielle et n’enquêtent pas, il est impossible de savoir ce qu’il s’est vraiment passé, Les gens acceptent simplement la version donnée.

Il apparaît un peu bizarre néanmoins que RT Moscou suivent sans aucune critique le reportage des médias US et la version officielle après avoir expérimenté par exemple le mauvais narratif intentionnel des médias américains sur la guerre russo-géorgienne, qui fut commencée par l’ancienne république soviétique de Géorgie mais fut blâmée sur la Russie, RT Moscou croit-elle vraiment ce que disent les médias américains, à savoir que les missiles américains qui encerclent la Russie sont dirigés sur l’Iran ?

Les Américains ont été bien armés depuis plusieurs siècles, mais la “violence par armes à feu” est nouvelle. Pourquoi ?

Y a-t-il plus de gens dérangés mentalement ? Plus de gens sous l’influence de médicaments ? Les Américains ont-ils perdu leur self-control ? Leur conscience morale ? Les Américains sont-ils façonnés par des films trop violents et par des jeux vidéo et par 11 années de massacre d’autres gens par leur gouvernement ? Les Américains ont-ils perdu leur empathie pour les autres ?

Tom McNamara, qui enseigne à l’académie nationale militaire française demande : “Les Arabes pleurent-ils aussi pour leurs enfants ?”

http://www.counterpunch.org/2012/12/18/do-arabs-cry-for-their-children-too/print

La fusillade de l’école primaire du Connecticut est une tragédie à plusieurs niveaux. Des enfants ont perdu la vie, des familles ont perdu leurs enfants et cette tragédie est utilisée pour désarmer le peuple américain qui doit faire face à un état policier sans précédent, qui augmente son pouvoir et sa menace de jour en jour.

Dr. Paul Craig Roberts

Le 19 Décembre 2012

Article original en anglais:

U.S. President Barack Obama pauses while speaking about the shooting at Sandy Hook Elementary School in Newtown during a press briefing at the White House in Washington

Going After Guns: Confronting Violence in America

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

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La première partie de la série, intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 20 novembre 2012, la seconde partie intitulée « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » a été publiée le 29 novembre 2012

Ne pas sous-estimer la capacité des gouvernants à mettre à profit une situation de crise

De manière régulière, les grands médias abordent les questions d’un possible éclatement de la zone euro, de l’échec des politiques d’austérité en matière de relance économique, des tensions entre Berlin et Paris, entre Londres et les membres de la zone euro, des contradictions au sein du conseil de la BCE, des énormes difficultés pour trouver un accord sur le budget de l’UE, des crispations de certains gouvernements européens à l’égard du FMI à propos du dosage de l’austérité. Tout cela est vrai, mais il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité de gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, de gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises. Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. A la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des hommes directement issus du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs. Certains hommes politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau mais c’est plus évident et régulier qu’au cours de 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants.

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est en partie se tromper de critère d’analyse. Les objectifs poursuivis par la direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE, par les directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Parmi leurs objectifs principaux, il faut en souligner deux : 1. éviter un nouveau krach financier et bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008 (les deux premières parties de cette série ont abordé cet objectif qui sera à nouveau développé dans la quatrième partie) ; 2. utiliser plusieurs armes (l’augmentation très importante du chômage, le remboursement de la dette publique, la recherche de l’équilibre budgétaire, le fouet de la quête de l’amélioration de la compétitivité des Etats membres de l’UE les uns par rapport aux autres et par rapport aux concurrents commerciaux des autres continents) pour avancer dans la plus grande offensive menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne par le Capital contre le Travail. Pour le Capital, il s’agit d’accroître encore la précarisation des travailleurs, de réduire radicalement leur capacité de mobilisation et de résistance, de réduire les salaires et différentes indemnités sociales de manière importante tout en maintenant les énormes disparités entre les travailleurs dans l’UE afin d’augmenter la compétition entre eux. D’abord, il y a les disparités entre les salariés d’un même pays : entre femmes et hommes, entre CDI et CDD, entre travailleurs à temps partiel et travailleurs à temps plein. A l’initiative du patronat et avec l’appui des gouvernements successifs (et en leur sein les partis socialistes européens ont joué un rôle actif), ces disparités se sont accrues au cours des 20 dernières années. Et puis, il y a les disparités entre les travailleurs des différents pays de l’UE. Les disparités entre travailleurs des pays du Centre et ceux des pays de la Périphérie à l’intérieur de l’UE sont le complément de celles se creusant à l’intérieur des frontières nationales.

Les profondes disparités entre les travailleurs des différents pays de l’UE

Les salaires des travailleurs du groupe de pays les plus forts (Allemagne, France, Pays-Bas, Finlande, Suède, Autriche, Danemark) sont le double ou le triple des salaires des travailleurs en Grèce, au Portugal ou en Slovénie, ils sont 10 fois plus élevés que les salaires des travailleurs de Bulgarie, 7 à 9 fois plus que les salaires roumains, lituaniens ou lettons |1|
. En Amérique du Sud, alors que les différences sont grandes entre les économies les plus fortes (Brésil, Argentine, Venezuela) et les plus faibles (Paraguay, Bolivie, Equateur…), la différence entre le salaire minimum légal est de l’ordre de 1 à 4, donc une disparité nettement plus faible qu’au sein de l’Union Européenne. C’est dire à quel point est forte la concurrence entre les travailleurs d’Europe.

Les grandes entreprises des pays européens les plus forts sur le plan économique profitent à fond des disparités salariales au sein de l’UE. Les entreprises allemandes ont choisi d’accroître fortement leur production réalisée dans les pays de l’UE où les salaires sont les plus bas. Les biens intermédiaires sont ensuite rapatriés en Allemagne sans payer de taxe d’import/export, pour y être assemblés puis réexportés principalement vers les autres pays d’Europe. Cela permet de diminuer les coûts de production, de mettre en concurrence les travailleurs allemands avec ceux des autres pays et d’augmenter la rentabilité de ces entreprises. De plus, ces biens assemblés en Allemagne et vendus sur les marchés extérieurs apparaissent bien sûr dans les exportations allemandes, dont une partie importante est en réalité le résultat de l’assemblage de produits importés. Les entreprises des autres pays forts de l’UE font certes de même, mais l’économie allemande est celle qui bénéficie proportionnellement le plus des bas salaires et de la précarisation du travail au sein de la zone euro (y compris à l’intérieur des frontières de l’Allemagne |2|) et de l’UE. En 2007, les excédents commerciaux de l’Allemagne étaient redevables à 83% de ses échanges avec les autres pays de l’UE (145 milliards d’euros vis-à-vis des autres pays de la zone euro, 79 milliards vis-à-vis de l’Europe hors zone euro, et 45 milliards avec le reste du monde) |3| .

Le modèle allemand comme produit de l’offensive néolibérale

Les patrons allemands, aidés par le gouvernement socialiste de Gerhard Schröder en 2003-2005, ont réussi à imposer des sacrifices aux travailleurs. L’étude En finir avec la compétitivité publiée conjointement par ATTAC et la Fondation Copernic résume ainsi les grandes étapes des atteintes aux conquêtes des travailleurs d’Allemagne et à leurs droits sociaux et économiques : « Les lois Hartz (du nom de l’ex-Directeur des Ressources Humaines de Volkswagen et conseiller de Gerhard Schröder) se sont échelonnées entre 2003 et 2005. Hartz I oblige les chômeurs à accepter l’emploi qui leur est proposé, même pour un salaire inférieur à leur indemnité chômage. Hartz II institue des mini-jobs à moins de 400 euros mensuels (exemptés de cotisations sociales salariées). Hartz III limite à un an le versement des allocations chômage pour les travailleurs âgés et en durcit les conditions d’attribution. Hartz IV fusionne l’allocation chômage de longue durée et les aides sociales, et les plafonne à 345 euros par mois. Aux lois Hartz s’ajoutent les réformes successives des retraites et du système d’assurance-maladie : retraite par capitalisation (retraites Riester) ; hausse des cotisations, report de l’âge légal de départ à la retraite (objectif 67 ans en 2017). » Les auteurs de cette étude soulignent : « L’ensemble de ces réformes a conduit à une impressionnante montée des inégalités sociales. C’est un aspect souvent oublié du ‘modèle allemand’ et cela vaut donc la peine de donner quelques chiffres détaillés. L’Allemagne est devenue un pays très inégalitaire : un avant-projet de rapport parlementaire sur la pauvreté et la richesse |4| vient d’établir que la moitié la plus pauvre de la société possède seulement 1% des actifs, contre 53 % pour les plus riches. Entre 2003 et 2010, le pouvoir d’achat du salaire médian a baissé de 5,6 %. Mais cette baisse a été très inégalement répartie : – 12 % pour les 40 % de salariés les moins bien payés, – 4 % pour les 40 % de salariés les mieux payés |5|. Les données officielles montrent que la proportion de bas salaires est passée de 18,7 % en 2006 à 21 % en 2010 et cette progression des bas salaires – c’est à souligner – se fait pour l’essentiel en Allemagne de l’Ouest. »

Selon la même étude, en 2008, le nombre de salariés a augmenté de 1,2 million par rapport à 1999, mais cette progression correspond à une augmentation de 1,9 million du nombre d’emplois précaires, et donc à une perte d’un demi-million d’emplois CDI à plein temps. Un quart des salarié(e)s occupent aujourd’hui un emploi précaire, et cette proportion (la même désormais qu’aux États-Unis) monte à 40 % chez les femmes. « Les emplois salariés précaires sont majoritairement (à 70 %) destinés aux femmes |6|. La proportion de chômeurs indemnisés a chuté de 80 % en 1995 à 35 % en 2008 et toutes les personnes au chômage depuis plus d’un an ont basculé vers l’aide sociale ».

Comme le note Arnaud Lechevalier, cette évolution s’inscrit « dans un contexte plus général d’érosion de la protection des salariés par les conventions collectives : la part des salariés couverts a baissé de 76 % à 62 % en dix ans et ces conventions ne concernaient plus que 40 % des entreprises allemandes en 2008. De plus, les syndicats ont dû concéder de multiples dérogations aux conventions collectives de branche au niveau des entreprises » |7|
.

Les arrière-pensées des dirigeants et des patrons européens

Quand on tente d’expliquer l’attitude actuelle des dirigeants allemands face à la crise de l’Eurozone, on peut émettre l’hypothèse qu’une des leçons qu’ils ont tirées de l’absorption de l’Allemagne de l’Est au début des années 1990, c’est que les disparités très fortes entre travailleurs peuvent être exploitées pour imposer une politique pro-patronale très forte. Les privatisations massives en Allemagne de l’Est, les atteintes à la sécurité de l’emploi des travailleurs de l’ex-RDA combinée à l’augmentation de la dette publique allemande due au financement de cette absorption (qui a servi de prétexte pour imposer les politiques d’austérité) ont permis d’imposer des reculs très importants aux travailleurs d’Allemagne, qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest. Les dirigeants allemands actuels se disent que la crise de la zone euro et les attaques brutales imposées au peuple grec et à d’autres peuples de la Périphérie sont l’occasion d’aller encore plus loin et de reproduire d’une certaine manière à l’échelle européenne ce qu’ils ont fait en Allemagne. Quant aux autres dirigeants européens des pays les plus forts et aux patrons des grandes entreprises, ils ne sont pas en reste, ils se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Nord de la zone euro tirent profit de la débâcle du Sud pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en terme de compétitivité par rapport à leur concurrents nord-américains et chinois. Leur objectif, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles de l’UE. Ils considèrent en outre que la débâcle du Sud va se traduire par des opportunités de privatisations massives d’entreprises et de biens publics à des prix bradés. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques car il compte bien lui-même obtenir une part d’un gâteau qu’il convoitait depuis des années. Les privatisations en Grèce et au Portugal préfigurent ce qui va arriver en Espagne et en Italie où les biens publics à acquérir sont beaucoup plus importants vu la taille de ces deux économies.

La volonté de faire baisser les salaires

Revenons à la question des salaires. Selon Michel Husson, en Allemagne, le coût salarial unitaire réel a baissé de près de 10 % entre 2004 et 2008 |8|
. Dans le reste de l’Europe, pendant la même période, il a également baissé mais dans une proportion bien moindre qu’en Allemagne. C’est à partir de la crise de 2008-2009, qui affecte durement l’Eurozone, que l’on constate une chute très nette des salaires réels des pays les plus touchés. C’est ce que souligne Patrick Artus : « On constate dans les pays en difficulté de la zone euro (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) une forte baisse des salaires réels » |9|. Patrick Artus déclare que la baisse des salaires correspond à une politique délibérée des dirigeants européens et il ajoute que, de toute évidence, cette politique n’a ni permis de relancer l’investissement dans les pays mentionnés, ni de rendre plus compétitive les exportations des mêmes pays. Patrick Artus écrit que les effets favorables : « des baisses de salaires sur la compétitivité donc le commerce extérieur ou sur l’investissement des entreprises ne sont pas présents ». Il ajoute que la baisse de salaire a deux effets clairs : d’une part, elle a augmenté la profitabilité des entreprises (donc, en termes marxistes, une augmentation du taux de profit par une augmentation de la plus-value absolue, voir encadré « L’ABC sur la plus-value absolue et relative ainsi que sur le salaire ») ; d’autre part, elle a diminué la demande des ménages, ce qui a renforcé la contraction de l’économie |10|. Cette étude réalisée par Natixis vient confirmer que le but des dirigeants européens n’est ni de relancer l’activité économique, ni d’améliorer la position économique des pays de la Périphérie par rapport à ceux du Centre. La baisse des salaires vise à réduire la capacité de résistance des travailleurs des pays concernés, augmenter le taux de profit du Capital et pousser plus loin le démantèlement de ce qui reste du welfare state construit au cours des 35 années qui ont suivi la seconde guerre mondiale (période qui a été suivie par le tournant néolibéral de la fin des années 1970-début des années 1980).

Dans le Rapport mondial sur les salaires 2012-2013 publié par l’Organisation internationale du travail en décembre 2012, les auteurs relèvent que dans les pays développés entre 2008 et 2012, « 1es salaires ont enregistré un double creux » (càd en 2008 et en 2011) |11| . C’est la seule région du monde avec le Moyen Orient où les salaires ont baissé depuis 2008. En Chine, dans le reste de l’Asie, en Amérique latine, les salaires ont augmenté. En Europe orientale, ils ont connu une certaine récupération après l’effondrement des années 1990. Ce rapport permet de confirmer que l’épicentre de l’offensive du Capital contre le Travail s’est déplacé vers les pays les plus développés.

L’ABC sur la plus-value absolue et relative ainsi que sur le salaire |12|Lorsque l’ouvrier (ou l’ouvrière) commence à travailler à l’usine au début de sa journée, il incorpore une valeur aux matières premières (ou aux biens intermédiaires qu’ils assemblent). Au bout d’un certain nombre d’heures, il ou elle a reproduit une valeur qui est exactement l’équivalent de on salaire quotidien ou hebdomadaire. Si il ou si elle s’arrêtait de travailler à ce moment précis, le capitaliste n’obtiendrait pas un sou de plus-value mais dans ces conditions-là, le capitaliste n’aurait aucun intérêt d’acheter cette force de travail. Comme l’usurier ou le marchand du Moyen-âge, il « achète pour vendre ». Il achète la force de travail pour obtenir d’elle un produit plus élevé que ce qu’il a dépensé pour l’acheter. Ce « supplément », ce « rabiot », c’est précisément sa plus value, son profit. Il est donc entendu que, si l’ouvrier ou l’ouvrière produit l’équivalent de son salaire en 4 heures de travail, il ou elle travaillera non pas 4 mais 6, 7, 8 ou 9 heures. Pendant ces 2, 3, 4 ou 5 heures « supplémentaires », il ou elle produit de la plus-value pour le capitaliste en échange de laquelle il ou elle ne touche rien. L’origine de la plus-value, c’est donc du surtravail, du travail gratuit, approprié par le capitaliste. « Mais c’est du vol », va-t-on s’écrier. La réponse doit être : « oui et non ». Oui du point de vue de l’ouvrier ou de l’ouvrière ; non, du point du capitaliste et des lois du marché. Le capitaliste n’a en effet pas acheté sur le marché « la valeur produite ou à produire par l’ouvrier ou par l’ouvrière ». Il n’a pas acheté son travail, càd le travail que l’ouvrier ou l’ouvrière va effectuer (s’il avait fait cela, il aurait commis un vol pur et simple ; il aurait payé 25€ pour ce qui vaut 50€). Il a acheté la force de travail de l’ouvrier ou de l’ouvrière. Cette force de travail a une valeur propre comme toute marchandise à sa valeur. La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire pour la reproduire, càd par la subsistance (ou sens large du terme) de l’ouvrier, de l’ouvrière et de leur famille. La plus-value prend son origine dans le fait qu’un écart apparaît entre la valeur produite par l’ouvrier/ière et la valeur des marchandises nécessaires pour assurer sa subsistance.La valeur de la force de travail a une caractéristique particulière par rapport à celle de toute autre marchandise : elle comporte, outre un élément strictement mesurable, un élément variable. L’élément stable, c’est la valeur des marchandises qui doivent reconstituer la force de travail du point de vue physiologique (qui doivent permettre à l’ouvrier ou à l’ouvrière de récupérer des calories, des vitamines, une capacité de dégager une énergie musculaire et nerveuse déterminée, sans laquelle il serait incapable de travailler au rythme normal prévu par l’organisation capitaliste de travail à un moment donné). L’élément variable, c’est la valeur des marchandises, à une époque et dans un pays déterminé, qui ne font pas partie du minimum vital physiologique. Marx appelle cette part de la valeur de la force de travail, sa fraction historico-morale. Cela veut dire qu’elle n’est pas fortuite. Elle est le résultat d’une évolution historique et d’une situation donnée des rapports de force entre le Capital et le Travail. A ce point précis de l’analyse économique marxiste, la lutte des classes, son passé et son présent, devient un facteur co-déterminant de l’économie capitaliste.Le salaire est le prix de marché de la force de travail. Comme tous les prix de marché, il fluctue autour de la valeur de la marchandise examinée. Les fluctuations du salaire sont déterminées notamment par les fluctuations de l’armée de réserve industrielle, càd du chômage.Pour obtenir le maximum de profit et développer le plus possible l’accumulation du capital, les capitalistes réduisent au maximum la part de la valeur nouvelle, produit par la force de travail, qui revient aux travailleurs et travailleuses sous forme de salaires. Les deux moyens essentiels par lesquelles les capitalistes s’efforcent d’accroître leur part, càd la plus-value, sont :La prolongation de la journée de travail, la réduction des salaires réels et l’abaissement du minimum vital. C’est ce que Marx appelle l’accroissement de la plus-value absolue.L’augmentation de l’intensité et de la productivité du travail sans augmentation proportionnelle du salaire. C’est l’accroissement de la plus-value relative.

Mise en perspective de l’offensive du Capital contre le Travail

Ce que vivent les salariés et les allocataires sociaux de Grèce, du Portugal, d’Irlande et d’Espagne aujourd’hui a été imposé aux travailleurs des pays en développement à la faveur de la crise de la dette des années 1980-1990. Au cours des années 1980, l’offensive a également visé les travailleurs en Amérique du Nord à partir de la présidence de Ronald Reagan, en Grande-Bretagne sous la férule de Margaret Thatcher, la Dame de fer, et chez ses émules sur le vieux continent. Les travailleurs de l’ex-bloc de l’Est ont également été soumis au cours des années 1990 aux politiques brutales imposées par leurs gouvernements et le FMI. Selon le rapport Rapport mondial sur les salaires 2012-2013 publié par l’OIT (mentionné plus haut) : « En Russie, par exemple, la valeur réelle des salaires s’est effondrée dans les années 1990 à moins de 40% de la valeur qu’ils avaient et il a fallu une autre décennie pour qu’ils retrouvent leur niveau initial » |13|.

Ensuite, d’une manière certes nettement moins brutale que celle qui a affecté les peuples du tiers-monde (des pays les plus pauvres jusqu’aux économies dites émergentes), l’offensive a pris pour cible les travailleurs d’Allemagne à partir de 2003-2005. Les effets néfastes pour une partie significative de la population allemande se font sentir encore aujourd’hui même si les succès des exportations allemandes |14| limitent le nombre de chômeurs et qu’une partie de la classe ouvrière n’en ressent pas directement les conséquences. L’offensive qui s’est accélérée depuis 2007-2008 a donc démarré au niveau mondial au début des années 1980 |15|. L’OIT centre son analyse sur une période plus courte (1999-2011) et les données sont claires : « Entre 1999 et 2011, l’augmentation de la productivité du travail moyenne dans les économies développées a été plus de deux fois supérieure à celle des salaires moyens. Aux Etats-Unis, la productivité du travail réelle horaire a augmenté de 85% depuis 1980, tandis que la rémunération horaire réelle n’a augmenté que de 35%. En Allemagne, la productivité du travail a augmenté de presque un quart sur les deux décennies écoulées tandis que les salaires mensuels réels n’ont pas bougé » |16|. C’est ce que Karl Marx appelait l’augmentation de la plus-value relative (voir encadré).

Et plus loin : « La tendance mondiale a entraîné un changement dans la distribution du revenu national, la part des travailleurs baissant tandis que les parts du capital dans le revenu augmentent dans une majorité de pays. Même en Chine, pays où les salaires ont approximativement triplé durant la décennie écoulée, le PIB a augmenté plus rapidement que la masse salariale totale – et la part du travail a donc baissé. » |17| Cette tendance lourde au niveau mondial est la manifestation de l’augmentation de la plus-value extraite du Travail par le Capital. Il est important de noter que pendant une bonne partie du 19e siècle la forme principale d’augmentation de la plus-value est passée par l’accroissement de la plus-value absolue (baisse des salaires, augmentation des heures de travail). Progressivement, dans les économies les plus fortes, au cours de la deuxième moitié du 19e s. et tout au long du 20e s. (sauf pendant le nazisme, le fascisme et sous d’autres régimes dictatoriaux qui ont imposé des baisses de salaires), elle a été remplacée ou dépassée par l’augmentation de la plus-value relative (augmentation de la productivité du travail sans que les salaires suivent dans la même proportion). Après plusieurs décennies d’offensive néolibérale, l’accroissement de la plus-value absolue redevient une forme importante d’extraction de la plus-value et s’ajoute à la plus-value relative. Alors que pendant des décennies, les patrons ont essentiellement augmenté la plus-value relative, principalement grâce aux gains de productivité du travail, depuis 2009-2010, ils parviennent à augmenter la plus-value absolue : en baissant les salaires réels et dans certains cas en augmentant le temps de travail. Ils utilisent la crise pour combiner l’augmentation de la plus-value relative à l’augmentation de la plus-value absolue. Cela donne une indication de l’ampleur de l’offensive en cours.

Toujours davantage de travailleurs dans le collimateur

Dans un document de la Commission européenne intitulé « Le deuxième programme économique d’ajustement pour la Grèce » et datant de mars 2012 |18|, il est clairement mis en évidence qu’il faut poursuivre la réduction des salaires. Le tableau 17 de la page 41 montre que le salaire minimum légal en Grèce est le quintuple du salaire minimum moyen en Roumanie et en Bulgarie (pays voisins de la Grèce), le triple de la Hongrie et des républiques baltes, plus du double du salaire minimum en Pologne et en République tchèque ; il est supérieur au salaire minimum en Espagne et au Portugal. L’objectif est de rapprocher la Grèce des pays où les salaires sont les plus « compétitifs », donc les plus bas. Evidemment, si les salaires poursuivent leur chute radicale en Grèce comme le veut la Troïka et le patronat, il faudra que les salaires en Espagne, au Portugal, en Irlande et aussi dans les pays les plus forts suivent la même tendance, et ce de manière accélérée.

Ceux qui sont aux commandes en Europe servent une logique grâce à laquelle les patrons européens parviennent à augmenter la quantité de plus-value qu’ils extraient du travail des salariés d’Europe et cherchent à marquer des points dans la bataille commerciale avec les concurrents asiatiques ou nord-américains.

Ces dirigeants sont prêts à pousser dans leur dernier retranchement les syndicats européens en réduisant fortement la marge de négociation dont ils ont disposé pendant des décennies.

Le Capital marque des points supplémentaires contre le Travail

Dans plusieurs pays de l’UE, au cours de leur offensive contre les conquêtes sociales, les gouvernants et la Commission européenne ont réussi à réduire radicalement la portée des conventions collectives interprofessionnelles. C’est le cas des pays de l’ex-bloc de l’Est, c’est aussi le cas de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Irlande… Dans plusieurs pays, ils ont également réussi à faire baisser le salaire minimum légal et le montant des retraites. Ils ont réussi à réduire radicalement la protection contre les licenciements et à augmenter l’âge de départ à la retraite.

L’aggravation de la crise des pays de la périphérie de la zone euro

Au cours de 2012, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. En Grèce, la chute cumulée du PIB depuis le début de la crise atteint 20%. Le pouvoir d’achat d’une grande majorité de la population a baissé de 30 à 50%. Le chômage et la pauvreté ont littéralement explosé. Alors qu’en mars 2012, tous les grands médias ont relayé le discours officiel qui affirmait que la dette avait été réduite de moitié |19|, selon les estimations officielles rendues publiques fin octobre 2012, la dette publique grecque qui représentait 162% du PIB à la veille de la réduction de dette de mars 2012 atteindra 189% du PIB en 2013 et 192% en 2014 |20|
. Cette information ne fait pas partie des titres de la grande presse de masse. Au Portugal, les mesures d’austérité sont d’une telle violence et la dégradation économique est si grave qu’un million de Portugais ont manifesté spontanément le 15 septembre 2012, chiffre qui n’avait été atteint que le 1er mai 1974 pour fêter la victoire de la Révolution des œillets. En Irlande, dont les médias parlent beaucoup moins, le chômage a pris des proportions énormes, conduisant 182.900 jeunes âgés de 15 à 29 ans à quitter le pays depuis que la crise a éclaté en 2008 |21|. Un tiers des jeunes qui avaient un emploi avant la crise s’est retrouvé au chômage. Le sauvetage des banques a représenté jusqu’ici plus de 40 % du PIB (près de 70 milliards d’euros sur un PIB de 156 milliards en 2011) |22|
. Le recul de l’activité économique a atteint 20% depuis 2008. Le gouvernement de Dublin a réaffirmé qu’il supprimerait 37 500 postes de travail dans le secteur public d’ici 2015. En Espagne, le taux de chômage atteint 50% chez les jeunes. Depuis le début de la crise, 350.000 familles ont été expulsées de leur logement à cause des impayés de dette hypothécaire |23|
. En un an, le nombre de familles dont tous les membres sont sans emploi a augmenté de 300 000 pour atteindre un total de 1,7 million, soit 10% de toutes les familles d’Espagne |24|. La situation se dégrade de manière continue dans les pays de l’ancien bloc de l’Est membres de l’UE, à commencer par ceux qui ont adhéré à l’Eurozone.

En somme, partout dans le monde, le Capital s’est lancé dans une offensive contre le Travail. C’est en Europe que, depuis 2008, l’offensive prend la forme la plus systématique en commençant par les pays de la Périphérie. Alors que les banques (et le capitalisme en tant que système) sont les responsables de la crise, elles sont systématiquement protégées. Partout, le remboursement de la dette publique est le prétexte invoqué par les gouvernants pour justifier une politique qui s’en prend aux droits économiques et sociaux de l’écrasante majorité de la population. Si les mouvements sociaux et, parmi eux, les syndicats veulent victorieusement affronter cette offensive dévastatrice, il faut prendre à bras le corps la question de la dette publique afin d’enlever au pouvoir son argument principal. L’annulation de la partie illégitime de la dette publique et l’expropriation des banques pour les intégrer à un service public de l’épargne et du crédit sont des mesures essentielles dans un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise.

Fin de la troisième partie

Éric Toussaint

 

Eric Toussaint

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques, 20 novembre 2012 (première partie)

Banques privéesLa BCE et la Fed au service des grandes banques privées, 29 novembre 2012 (deuxième partie)

Money Market Funds

Descente dans le milieu vicieux des banques, 16 janvier 2013 (quatrième partie)

arton banques

Les banques, ces colosses aux pieds d’argile, 08 février 2013 (cinquième partie)

FMI 2011Même le FMI le dit…Série : Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué !, 11 mars 2013 (6e partie)

Toussaint 7Le miroir aux alouettes de la disciplineSérie : Banques – Peuples : les dessous d’un match truqué !, 28 mars 2013 (7e partie)

 

Notes

|1| Voir Le Monde des 22 et 23 janvier 2012 sur la base d’Eurostat.

|2| En Allemagne, en septembre 2010, selon Le Monde du 17 mai 2011, 7,3 millions de travailleurs gagnaient à peine 400 euros par mois. Dans ce pays, le nombre de travailleurs à temps partiel a augmenté de 46% entre 2000 et 2010 tandis qu’en France il augmentait de 17%.

|3| OCDE, International Trade by Commodity Statistics (SITC Revision 3) mentionné dans ATTAC et Fondation Copernic, En finir avec la compétitivité, Paris, octobre 2012, http://www.france.attac.org/article…

|4| Lebenslagen in Deutschland. Entwurf des vierten Armuts- und Reichstumsberichts der Bundesregierung, projet du 17 septembre 2012, http://gesd.free.fr/arb912.pdf

|5| Karl Brenke et Markus M. Grabka, « Schwache Lohnentwicklung im letzten Jahrzehnt », DIW Wochenbericht, n° 45, 2011, http://gesd.free.fr/brenke11.pdf

|6| Source : destatis.de (Office fédéral allemand de statistique).

|7| Arnaud Lechevalier, « Un modèle qui ne fait guère envie », Alternatives économiques, n° 300, mars 2011, http://gesd.free.fr/allmodel.pdf cité par ATTAC et Fondation Copernic

|8| Voir Michel Husson, Economie politique du « système-euro », juin 2012, http://cadtm.org/Economie-politique… ou http://hussonet.free.fr/eceurow.pdf

|9| Patrick Artus, « La baisse des salaires dans les pays en difficulté de la zone euro est-elle utile ? », Flash Economie n°289, 18 avril 2012.

|10| Patrick Artus : « il ne reste que les effets sur la demande des ménages, d’où une forte contraction de l’activité dont le seul effet positif est de réduire le déficit extérieur » (puisque les importations diminuent). Par ailleurs Patrick Artus montre avec des graphiques à l’appui que la profitabilité des entreprises a augmenté dans les 4 pays étudiés

|11| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Genève, décembre 2012, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu…

|12| Le contenu de cet encadré consiste en une utilisation libre et arrangée d’extraits de Ernest Mandel, Introduction au marxisme, Edition Formation Léon Lesoil, Bruxelles, 2007, p. 59, p. 68, p. 66 et 67.

|13| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Genève, décembre 2012

|14| L’Allemagne a connu une croissance économique portée par ses exportations alors que la plupart de ses partenaires de l’UE et, en particulier, de la zone euro ressentent durement la crise. Vu que dans toute l’UE, on assiste à la baisse de la demande des ménages décrite plus haut, à laquelle s’ajoute une réduction de la demande publique, les débouchés pour les exportations allemandes se réduisent nettement. L’effet boomerang sur l’économie allemande est déjà en cours.

|15| Voir Eric Toussaint, « Au Sud comme au Nord, de la grande transformation des années 1980 à la crise actuelle », septembre 2009.

|16| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Résumé analytique, Genève, décembre 2012, p. VI-VII

|17| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012-2013, Résumé analytique, Genève, décembre 2012, p. VII. Le même rapport souligne également l’augmentation de l’écart entre les salaires les plus élevés et les salaires les plus bas dans chaque pays.

|18| Voir European Commission, Directorate General Economic and Financial Affairs, “The Second Economic Adjustment Programme for Greece”, Mars 2012, http://ec.europa.eu/economy_finance…

|19| Le CADTM a dénoncé dès le départ l’entreprise de propagande de la Troïka et du gouvernement grec. Voir « Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés », publié le 10 mars 2012. Voir également Christina Laskaridis, « La Grèce a déjà fait défaut aux conditions des créanciers ; leur crainte est de voir celle-ci imposer ses propres conditions », publié le 31 mai 2012.

|20| Financial Times, 1er novembre 2012, première page.

|21| Financial Times, 1 octobre 2012.

|22| Financial Times, 29 décembre 2011, p. 2.

|23| Miles Johnson, « Suicides spark call for Madrid to halt evictions by banks », Financial Times, 13 novembre 2012, p. 2.

|24| Tobias Buck, « Spain’s deepening lack of hope takes its toll », Financial Times, 6 novembre 2012, p. 4.

Dangereuse escalade militaire : Confrontation Russie-États-Unis en Syrie?

décembre 21st, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

Le 14 décembre le secrétaire à la Défense Leon Panetta a signé un décret autorisant l’envoi de 400 troupes opératrices de missiles en Turquie. Selon Washington, la sécurité de la Turquie, le poids lourd de l’OTAN, est menacée. Du personnel militaire étasunien sera déployé en Turquie dans les prochaines semaines afin de manœuvrer deux batteries de missiles étasuniennes Patriot.

Selon le porte-parole du Pentagone, George Little :

« Les États-Unis ont aidé la Turquie à se défendre [contre la Syrie].

Je ne pourrai pas être précis pour l’instant, a-t-il ajouté, mais je voulais vous aviser […] que nous avons signé ce décret et que nous sommes prêts à appuyer la défense de la Turquie sous les auspices de l’OTAN pour une période indéterminée.

Le but de ce déploiement est de signaler clairement que les États-Unis, en collaborant étroitement avec nos alliés de l’OTAN, défendront la Turquie, surtout en raison des menaces potentielles émanant de la Syrie. » (US Air Force News, 14 décembre 2012.)

Les intercepteurs sol-air Patriot sont déployés pour faire face « aux menaces provenant de la Syrie ». D’après le secrétaire à la Défense des États-Unis Leon Panetta, ces menaces « comprennent des frappes syriennes en Turquie et les combats entre le gouvernement et les rebelles s’étendant sur le territoire turc (CNN, 14 décembre 2012) :

« On ne peut pas perdre trop de temps à se demander si ça emmerde  [pisses off] la Syrie » a déclaré Panetta après avoir signé le décret vendredi. (Ibid., c’est l’auteur qui souligne)

En plus du déploiement de missiles étasuniens, l’Allemagne et les Pays-Bas ont confirmé qu’ils déploieront également des missiles Patriot en Turquie visant la Syrie.

La déclaration officielle du Pentagone ne mentionne pas que cette accumulation de batteries de missiles Patriot ne cible pas uniquement la Syrie, elle vise aussi à confronter la présence militaire russe en Syrie et son appui au développement du système de défense aérien syrien.

L’insurrection menée par les États-Unis et l’OTAN

L’initiative du Pentagone en Turquie fait partie de l’insurrection menée par les États-Unis, l’OTAN et Israël contre la Syrie. Au cours des dernier mois, l’insurrection s’est développée en invasion alliée non officielle (quoique de facto) caractérisée par la présence en Syrie de Forces spéciales françaises, britanniques, turques et qataries.

Ces Forces spéciales sont « intégrées » aux rangs rebelles. Elles ne font pas que participer à l’entraînement des forces rebelles, elles sont dans les faits également impliqués dans le commandement paramilitaire et la coordination, en liaison avec l’OTAN.

Autrement dit, par le biais de leurs Forces spéciales et agents de renseignement sur le terrain, des États membres de l’Alliance atlantique déterminent largement la nature et les avancées des actions rebelles. Fait significatif, le Front Al-Nosra (voir l’image à droite), une milice affiliée à Al-Qaïda et impliquée dans d’innombrables actes terroristes contre les civils, constitue la principale force combattante, directement recrutée et entraînée par les États-Unis, l’OTAN, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

La guerre élargie du Moyen-Orient

Le déploiement de missiles Patriot étasuniens en Turquie fait partie d’un processus régional de militarisation comportant l’établissement de postes de commandement des États-Unis et le stationnement de troupes étasuniennes en Jordanie et en Israël. Ce déploiement militaire régional menace aussi l’Iran.

De plus, les préparatifs de guerre des États-Unis et de l’OTAN concernant la Syrie sont coordonnés à ceux reliés à l’Iran. Les postes de commandement en Israël, lesquels supervisent environ 1000 troupes étasuniennes, en coordination avec les Forces de défense d’Israël (FDI), sont sous la juridiction du Commandement européen des États-Unis (Eucom).

Le chef d’état-major iranien a prévenu récemment que le stationnement de batteries antimissiles aux frontières entre la Turquie et la Syrie équivalait à « préparer le terrain pour une guerre mondiale ».

Il est important de signaler qu’en plus des missiles Patriot en Turquie, des batteries Patriot ciblant l’Iran ont aussi été déployées au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Bahreïn (2010).

Missile Patriot étasunien

Les systèmes russes de défense antiaérienne en Syrie

En réaction au déploiement de missiles des États-Unis et de leurs alliés, la Russie a livré à la Syrie des missiles Iskander perfectionnés, désormais pleinement opérationnels, sans compter le système russe de défense sol-air Pechora 2M.

On décrit l’Iskander comme un système de missile surface-surface « qu’aucun système de défense antimissile ne peut suivre ou détruire ».

Le dernier Iskander peut voyager à une vitesse hypersonique dépassant 1,3 miles (2,09 km)par seconde (Mach 6-7) et sa portée d’une extrême précision excède 280 miles (450,62 km). Il détruit les cibles avec son ogive de 1500 livres (680 kg), un cauchemar pour n’importe quel système de défense antimissile.

 

Iskander Mach 6-7

Par ailleurs, la Syrie est équipée de du système de défense antiaérienne moderne Pechora-2M et des sources militaires étasuniennes ont admis qu’il constituerait « une menace », à savoir un obstacle advenant l’implantation d’une « zone d’exclusion aérienne » concernant la Syrie.

Le Pechora-2M est un système multicibles sophistiqué pouvant être utilisé également contre des missiles de croisière.

Pechora-2M S-125 SA-3 surface-to-air defense missile system technical data sheet specifications information description pictures photos images video intelligence identification intelligence Russia Russian army defence industry military technology
Description
Le Pechora-2M est un système de défense antiaérienne équipé de missiles sol-air à courte portée conçu pour détruire des avions, des missiles de croisière, des hélicoptères d’assaut et d’autres cibles au sol ou à basse et moyenne altitude.

Ci-dessus : Système de défense sol-air russe Pechora 2M déployé en Syrie.

La Russie appuie fermement la Syrie

Contrairement à ce qu’affirment de récents reportages, la Russie appuie le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Le 14 décembre, le ministère russe des Affaires étrangères a démenti les rumeurs, semées surtout par les agences de presse occidentales et le New York Times, et selon lesquelles Moscou avait changé sa position sur la Syrie. Le battage médiatique étalé à la une des journaux était basé sur une déclaration spontanée non officielle du ministre adjoint des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov :

« Nous devons faire face à la réalité : la tendance actuelle démontre que le gouvernement perd progressivement le contrôle d’une partie accrue du territoire » a déclaré Bogdanov à la Chambre publique. « Une victoire de l’opposition ne peut pas être exclue. »

La déclaration n’avait rien à voir avec la position de la Russie envers la Syrie. C’est plutôt le contraire. Moscou a renforcé sa collaboration militaire avec Damas en réaction aux menaces occidentales.

« [N]ous n’avons jamais changé d’avis et ne le ferons jamais », a affirmé le porte-parole des Affaires étrangères Lukashevich lors d’une conférence de presse à Moscou.

Il convient de noter que le 5 décembre, le ministre adjoint des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a accusé des pays occidentaux de violer l’embargo des armes en transférant « de vastes provisions d’armes à l’« opposition » syrienne, essentiellement composée de milices affiliées à Al-Qaïda,

Dangereux carrefour des relations entre la Russie et les États-Unis

Washington et ses alliés ont soutenu sans relâche les diverses entités terroristes formant les forces rebelles de l’« opposition ».

Récemment, l’Armée syrienne libre (ASL) a menacé d’exécuter une journaliste ukrainienne (voir la photo ci-dessous) et annoncé qu’elle « tuerait les Russes et les Ukrainiens » en Syrie.

Les membres de l’ASL sont les fantassins de l’alliance militaire occidentale. Sans l’appui de l’Occident, ils ne pourraient pas confronter les forces gouvernementales syriennes.

La décision de menacer et cibler des Russes n’émane pas des forces rebelles de l’« opposition », mais directement de Washington.

Ces menaces constituent des actes de provocation délibérés à l’endroit du gouvernement russe, lequel offre un soutien militaire à la Syrie. Les forces de l’« opposition » en consultation avec les États-Unis et l’OTAN menacent désormais la Russie, un allié de la Syrie.

Nous nous trouvons à un carrefour dangereux : alors que des missiles Patriot sont installés en Turquie, des missiles russes Iskander sont déployés en Syrie.

Анхар Кочнева сирия хомс 2012 октябрь коллажDes forces spéciales françaises, britanniques, turques et qataries sont impliquées dans le recrutement et la formation des rebelles de l’ASL, dont la plupart sont des mercenaires. L’ASL cible maintenant des citoyens russes en Syrie sur ordre de Washington, ce qui pourrait mener à l’effondrement de la diplomatie internationale.

Moscou considère ces menaces comme « des déclarations de guerre » en disant que « les insurgés armés en Syrie [appuyés par l’Occident] ont tellement été encouragés qu’ils ont atteint un stade où ils sont au-dessus des lois ».

La menace contre les Russes en Syrie est-elle le prélude d’un processus plus vaste de confrontation entre l’alliance États-Unis-OTAN et la Russie?

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : Military Escalation, Dangerous Crossroads: Russia-US Confrontation in Syria? Publié le 15 décembre 2012.

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

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En l’espace de moins de quinze jours, le Tribunal de La Haye, jugeant les crimes commis pendant les guerres d’ex-Yougoslavie, a fait preuve d’une clémence inhabituelle en acquittant cinq prévenus. Point commun : ils étaient tous accusés d’avoir commis des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité à l’encontre de civils serbes.

Le premier verdict, ayant acquitté le 16 novembre les généraux croates Ante Gotovina et Mladen Markač, a résulté d’un procès en appel, les deux accusés ayant été condamnés, en première instance, à – respectivement – 24 et 18 ans de prison. Gotovina, ancien de la légion étrangère, disposant de la nationalité française, avait dirigé l’Opération Tempête. En août 1995, celle-ci avait permis à la Croatie de reprendre le contrôle d’environ un quart de son territoire, la Krajina serbe, où la population avait pris les armes et fait sécession après que la république croate se soit elle-même séparée de la fédération yougoslave. Parfois qualifiée de plus grand nettoyage ethnique en Europe après la Seconde guerre mondiale, cette opération avait provoqué l’exode de quelque 220 000 Serbes et la mort de près de 2 000, en majorité des civils. La plupart des exilés ne sont jamais revenus en Croatie, où la proportion de Serbes est actuellement d’environ d’un quart de ce qu’elle était avant la guerre.

Plus de « responsabilité de commandement » pour les généraux croates

Contrairement à ce qu’il avait jugé en première instance, le Tribunal a estimé que les deux généraux n’étaient pas responsables de ces crimes – dont il n’a pas nié la réalité – car n’étant pas leurs auteurs directs. Cependant, ce Tribunal défendait jusqu’à présent le principe de « responsabilité de commandement », qui a permis la condamnation à de lourdes peines de plusieurs dizaines de dirigeants politiques et militaires serbes, arguant qu’ils étaient automatiquement responsables des crimes commis par leurs subordonnés. Malgré des déclarations sans équivoque des plus hauts responsables politiques croates de l’époque, le Tribunal a aussi estimé que les deux hommes ne participaient pas une « entreprise criminelle commune » visant à nettoyer la Croatie de sa population serbe. Enfin, il a usé d’oiseuses considérations balistiques pour estimer qu’il n’était pas prouvé que les bombardements qui ont détruit plusieurs bourgades serbes visaient particulièrement des objectifs civils, ceci alors que les autorités croates ont toujours refusé de livrer les carnets de tirs d’artillerie de l’Opération Tempête, soi-disant perdus.

S’il a suscité la surprise des juristes – car il est rare que des accusés, condamnés à de lourdes peines, soient acquittés en appel –, le verdict a également divisé les juges qui l’ont prononcé, puisque seuls trois d’entre eux s’y sont rallié. Les deux autres l’ont dénoncé en des termes peu habituels, l’Italien Pocar déclarant qu’il « contredit le sens même de la justice », que 1300 pages de preuves ont été ignorées et que ses trois collègues ont commis de « nombreuses erreurs et constructions fausses dans leur prise de décision », tandis que le dernier, le Maltais Agius, considérait que le verdict était basé sur « une approche étroite, artificielle, déficiente, confuse et problématique » menant à des « résultats incorrects ». Si le Procureur du Tribunal, le Belge Brammertz, s’est simplement dit « déçu », son prédécesseur, la médiatique Carla Del Ponte, s’est dite « stupéfaite » et « choquée » par le verdict et affirmé qu’il avait été influencé « par la politique, l’argent ou quelque chose n’ayant rien à voir avec le tribunal ».

En Serbie, où l’acquittement des deux généraux a été accueilli avec colère, dégoût ou résignation, plusieurs hommes politiques ont évoqué un jugement « politique » qui viserait à blanchir la Croatie de tout crime de guerre à quelques mois de son entrée dans l’Union européenne. De possibles pressions des Etats-Unis sont moins évoquées et on semble oublier que l’Opération Tempête a été organisée par des officiers américains « à la retraite » employés par une firme de sécurité, privée mais dépendant du Pentagone, la Military Professional Resources Inc (MPRI). Bien entendu, Washington a refusé toute coopération avec le Tribunal durant ce procès, en net contraste avec les tonnes de documents livrés à l’encontre d’accusés du camp d’en face. Ce verdict tombe donc assurément bien pour les Etats-Unis, dont le rôle actif dans les guerres des Balkans continue d’être partiellement occulté. Néanmoins, l’hypothèse d’un achat des trois juges reste la plus vraisemblable, tant leur verdict semble défier toute logique humaine et juridique.

Liquidation des témoins

Le second verdict, prononcé le 29 novembre, a acquitté Ramush Haradinaj, ancien chef de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), ainsi que deux de ses acolytes, Idriz Balaj et Lahi Brahimaj, accusés de torture et de meurtre de civils serbes et roms au Kosovo en 1998. Il s’agissait ici d’un nouveau procès, le premier ayant déjà abouti, en 2008, à l’acquittement des deux premiers et à la condamnation à 6 ans de prison du troisième. La nouvelle procédure avait été décidée en raison des nombreuses intimidations subies par des témoins lors du premier procès ; des « intimidations » allant jusqu’à l’assassinat. Selon Vladimir Vukčević, procureur de Serbie pour les crimes de guerre, ce ne sont pas moins de 19 témoins potentiels de l’accusation, tous des Albanais du Kosovo, qui ont été tués ces dernières années. Quant aux témoins survivants, ils ont bien entendu modifié leurs déclarations ou refusé de répondre aux juges lors des audiences. De toute évidence, le Tribunal n’a pas réussi à fournir une protection adéquate aux témoins. L’an passé, un témoin protégé, vivant secrètement en Allemagne, a été retrouvé pendu dans un parc près de son domicile. En outre, le Tribunal a autorisé Haradinaj à revenir périodiquement au Kosovo, où il a pu exercer des activités politiques et – vraisemblablement – mettre au point des méthodes visant à faire taire ses accusateurs.

Dans ces conditions, comme le nouveau procès n’a permis que de causer la mort de nouveaux témoins, on n’a guère été surpris que Haradinaj soit à nouveau acquitté. A Belgrade, le porte-parole du gouvernement a déclaré que le tribunal « a légalisé la loi de la mafia au Kosovo, en particulier l’omerta ». Ce gouvernement pourrait bientôt devoir avaler une couleuvre supplémentaire en devant s’asseoir à une même table que Haradinaj, car l’ancien videur de boîte de nuit ambitionne de retrouver rapidement le poste de Premier ministre du Kosovo qu’il occupait au moment de son inculpation et de diriger les pourparlers en cours avec Belgrade. Notons cependant que le nouveau Premier ministre serbe, Ivica Dačić, a déjà rencontré trois fois à Bruxelles son homologue du Kosovo, Hashim Thaçi, accusé – notamment par un rapport du Conseil de l’Europe – d’avoir dirigé une « bande surpuissante d’entrepreneurs criminels » s’étant livrée au meurtre à des fins d’extraction d’organes de prisonniers serbes en 1999-2000.

Tribunal de la justice sélective et de l’impunité

Ainsi, alors que le Tribunal de La Haye est en train de clôturer ses travaux, pratiquement aucun responsable d’ex-Yougoslavie n’aura été condamné pour crimes contre des Serbes[1]. Parmi les 161 inculpés du Tribunal, les trois-quarts sont des Serbes, et encore davantage si l’on compte le nombre de condamnés[2]. Pourtant, plus de 40 000 tués des guerres des Balkans et plus d’un million de déplacés et réfugiés sont des Serbes des diverses république ex-yougoslaves. Toutes ces victimes demeurent non-reconnues par La Haye, qui a officialisé de son sceau les principes de justice sélective et d’impunité.

Tout ceci ne favorisera bien entendu pas les principes de réconciliation que les partisans du Tribunal n’ont cessé de brandir depuis deux décennies pour justifier les milliards de dollars qui y ont été investis. Les frustrations, la culpabilisation des uns et le sentiment d’impunité des autres, laissent la porte ouverte à d’autres crises et déchaînements de violence. En ostracisant à ce point une nation, reconnaissons cependant au Tribunal pour l’ex-Yougoslavie d’être sur la même ligne que son homologue rwandais, qui n’a condamné que des Hutu[3], et que la plus récente Cour pénale internationale, qui n’a – à ce jour – inculpé que des Africains. La mission première de ces institutions ne semble pas être le châtiment des coupables ou la défense des victimes, mais de conforter les visions manichéennes des conflits de l’histoire contemporaine suscitées par les grandes puissances et véhiculées par les médias à leur service. Dans ces conditions, la notion de « justice internationale » se révèle être une bien nocive illusion.

Georges Berghezan

N.B. : Une version raccourcie de cet article est publiée simultanément dans Le Drapeau Rouge n° 38 de décembre 2012 (dr@belgi.net).


[1] À l’exception du général Rasim Delić, commandant des forces musulmanes bosniaque pendant la guerre, condamné à 3 ans de prison, mais dont il purgea moins de la moitié à la suite de ses problèmes de santé.

[2] Selon l’actuelle ministre de la Justice de Serbie, 96,8 % des condamnés sont des Serbes. Ce chiffre semble néanmoins faire abstraction de quelques responsables croates de Bosnie condamnés pour des atrocités à l’encontre de Musulmans bosniaques durant la guerre qui a opposé les deux communautés (1992-94).

[3] A l’exception d’un Belge rallié aux extrémistes hutu.

Copyright © 2012 Global Research

 

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Le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Kirill I et le président de la fondation internationale pour l’unité des peuples orthodoxes Valéry Alexeev ont révélé un plan occidental visant à expulser les chrétiens d’Orient, au cours de leur visite effectuée chez le patriarche maronite libanais Mgr Bechara elRaï.

Cité par des personnalités éminentes libanaises, Alexeev a dit s’être rendu à plusieurs pays occidentaux pour s’informer de près sur leurs positions au sujet des attaques contre les chrétiens d’Orient. Mais celui-ci a été surpris de la position française, selon laquelle « il faut encourager les chrétiens du Moyen-Orient à venir s’installer en Europe ».

De mêmes sources on indique que le patriarche Kirill I et Valéry Alexeev se sont renseignés auprès des autorités religieuses chrétiennes sur les revendications des chrétiens libanais pour rester dans le pays et vaincre « le projet occidental de leur expulsion ». La réponse du patriarche Raï fut alors : « Nous, chrétiens du Levant, n’avons pas besoin de protection mais de droits ».

Cette position rappelle celle du chef d’Etat libanais Michel Souleimane, au lendemain de son élection, dans un entretien avec Ahmad Aboul Gheit, ministre égyptien des Affaires étrangères à l’époque de Hosni Moubarak.

Aboul Gheit a demandé au président Souleimane : « Monsieur le président du Liban, qu’est-ce que vous souhaitez du Caire ? ». Souleimane a alors répondu : « Je voudrais restituer les prérogatives du président du Liban, non pas pour mon profit personnel mais pour le statut de la présidence ».

Et le chef d’Etat fut choqué par la réaction du responsable égyptien qui s’est contenté d’oserver un long silence.

Quelques jours après l’entrevue, un haut responsable à l’ambassade égyptienne a commenté la demande du général Michel Souleimane : « Si le Caire avait répondu à sa demande, des manifestations islamistes auraient envahi les rues dans tout le monde arabe, parce que l’accord de Taef a permis la restitution de la domination sunnite perdue », selon lui.

Pour Moscou, l’objectif primordial actuel est de saper « le projet d’élimination de la présence chrétienne au Moyen Orient » à travers l’adoption de mesures qui mettent fin à ce changement démographique des quelques dernières années. En effet, 100.000 chrétiens coptes ont quitté l’Egypte, seuls 800.000 de plus de 2 millions de chrétiens vivent actuellement en Irak, alors que le nombre des immigrés chrétiens libanais, syriens et palestiniens augmentent considérablement.

Selon le quotidien libanais al Akhbar, Moscou se prépare, en coordination avec des associations chrétiennes arabes, pour la tenue d’un congrès à Beyrouth en mars prochain, au sujet des minorités chrétiennes dans la région.

L’été dernier, des personnalités politiques libanaises chrétiennes avaient projeté de tenir un congrès pareil mais consacré au dialogue entre musulmans et chrétiens. Ayant contacté la plus haute autorité religieuse égyptienne, alAzhar, pour l’inviter à y participer, celle-ci a dit que de tels congrès ressemblent aux réunions de relations publiques. alZahar avait mis comme condition à sa participation de répondre à la question clé : « Pourquoi les relations islamiques-chrétiennes se détériorent ? Qui en est le responsable ? ».

Sur ce sujet, il convient de rappeler que lors de sa dernière visite en Egypte, le patriarche maronite Mgr Béchara Raï n’a pas été accueilli par le cheikh d’alAzhar. Cette instance religieuse égyptienne avait allégué que le patriarche libanais n’avait pas demandé de fixer un rendez-vous avec les dirigeants d’alAzhar. « Même s’il avait fait une demande pareille, sa visite aurait embarrassé le cheikh d’alAzhar dû à la position de Raï sur les événements en Syrie et ses craintes émises sur le sort des chrétiens », a reconnu la plus haute autorité religieuse d’Egypte.

20-12-2012

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Les six batteries de missiles Patriot installées par l’Otan à la frontière turco-syrienne seront opérationnelles fin janvier 2013. Des observateurs s’interrogent sur leur utilité ; l’un d’eux – spécialiste de la théorie du guidage et pilotage des missiles – nous a adressé le message qui suit :

« La désinformation bat son plein concernant les missiles installés en Turquie. D’abord, les Patriot sont des missiles anti-missiles et non pas des armes offensives. Ensuite, pour peu que l’on connaisse la théorie des missiles guidés, on sait qu’il est plus aisé de toucher un autre missile ou un avion en disposant d’un vaste espace de manœuvre, car le tirer par l’arrière augmente considérablement la chance de l’abattre. Or cette double nécessité est difficile à réaliser par Israël du fait de l’exiguïté de son territoire. La profondeur qu’accorde l’implantation de ces missiles en Turquie pourrait, plus concrètement, protéger Israël des tirs de missiles à moyenne et longue portée.

On comprend donc, après l’échec du « dôme de fer » israélien dans l’attaque contre Gaza, que l’on cherche à protéger Israël, depuis la Turquie, des tirs à longue ou moyenne portée qu’ils viennent de Gaza, de Syrie ou d’Iran. En revanche, l’impact sur les violences en Syrie, se limite à être un système contre l’aviation syrienne dans ses attaques contre les rebelles ».

Cette analyse est à rapprocher de deux informations dont les médias français ont peu ou pas parlé : la livraison par les Etats-Unis à Tel Aviv, début décembre, d’un nombre important de bombes à haute capacité de pénétration, et surtout la construction en Israël par l’armée américaine d’un bien étrange bunker.

Obama tient sa promesse

On sait que Benjamin Netanyhou avait reporté son projet d’attaque de l’Iran à 2013 pour complaire à Barack Obama en campagne présidentielle… à condition que les Etats-Unis livrent à Israël des « Bunkers buster », c’est-à-dire des bombes anti-abris souterrains, en particulier des MOP (Massive Ordnance Penetrator) pouvant percer 20 mètres de béton armé.

Rien ne dit que le premier ministre israélien mettra sa menace à exécution si le Likoud l’emporte aux législatives de février prochain, mais Obama a tenu sa promesse (1) et cela ne présage rien de bon.

Depuis la semaine dernière, l’armée israélienne a reçu 10 000 bombes supplémentaires, parmi lesquelles 1 725 BLU-109 capables de détruire des cibles à 70 mètres de profondeur, et 3 450 GBU-39 dites « intelligentes ». Le dard de cette dernière est un mélange d’uranium appauvri et d’uranium enrichi – hautement toxique pour l’environnement – qui perce plus de 2 mètres de béton armé.

Bien que la demande de Netanyahou date de septembre dernier, cette livraison d’armes, de kits de guidage et de munitions, est présentée comme une opération de réapprovisionnement des stocks de l’armée israélienne dégarnis par l’opération « Pilier de Défense » du 14 au 20 novembre contre Gaza (2). Pour l’instant, on ne sait pas si des bombes MOP en font partie.

Le mystérieux « site 911 »

La construction prochaine d’un super bunker, curieusement baptisé « site 911 », a été dévoilée par Walter Pincus, journaliste respecté du Washington Post, spécialiste des questions de sécurité (3). Bien que la collecte d’informations sur ce projet soit interdite, il a révélé que les travaux, estimés à 100 millions de $, seront supervisés par le Corps des ingénieurs de l’armée américaine et devraient être achevés dans deux ans. L’emploi sur le chantier d’ouvriers palestiniens y sera interdit et les lieux gardés par des Israéliens « ayant de l’expérience dans l’armée de l’air israélienne ».

La description succincte du bunker et son luxe laissent penser qu’il est réservé au haut commandement politico-militaire. Le cabinet d’architectes Ada Karmi-Melamede, célèbre en Israël, participe à sa conception au plan esthétique, notamment dans le choix des pierres ornant ses pièces. A l’intérieur, chaque encadrement de porte aura sa mezouza, un boîtier en aluminium contenant un parchemin de cuir où sont inscrits des versets de la Torah en hébreu, non effaçables.

Walter Pincus a interrogé le Pentagone sur le but du « site 911 ». On lui a répondu de s’adresser au ministère israélien de la Défense. Tout ce qu’il sait, c’est que la construction d’un bunker du même genre est à l’étude et qu’il sera également l’œuvre des Etats-Unis. A croire que l’Armageddon – bataille finale entre le Bien et le Mal, selon l’Ancien Testament – est proche… du moins dans l’esprit de la nomenklatura sioniste nantie !

Gilles Munier

(1) Israel Is Set To Receive 5,000 US Bunker Buster Bombs After Delaying Its Attack On Iran, par Michael Kelley  (Business insider – 13/12/12)

http://www.businessinsider.com/the-us-sale-of-5000-bunker-buster-bombs-to-israel-israel-bunker-busters-in-exchange-for-not-striking-iran-2012-12?0=defense

(2) Gaza: Le “Gott mit uns” d’Israël, par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-gaza-le-gott-mit-uns-d-israel-112696643.html

(3) U.S. overseeing mysterious construction project in Israel, par Walter Pincus (Washington Post – 29/11/12)

http://www.washingtonpost.com/world/national-security/us-overseeing-mysterious-construction-project-in-israel/2012/11/28/e5682d8e-38b6-11e2-a263-f0ebffed2f15_story.html

Concernant les batteries Patriot installées en Turquie, lire aussi:

Patriot missiles in Turkey: Targeting Syria or Iran? par Sergey Strokan (RT News – 17/12/12)

http://rt.com/news/patriot-turkey-syria-iran-204/

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Ah, quelle belle « démocratie » que celle instaurée par la secte Bush en Irak. Non seulement le pays est plongé dans une incessante guerre civile, non seulement il est dépecé en entités aussi hostiles les unes aux autres, mais voilà que les marionnettes de Washington procèdent à un carnage xénophobe sans précédent.

On bouffe de l’étranger, plus particulièrement de l’Algérien, à tout bout de champ. «Je n’ai pas été jugé pour avoir tué des innocents, mais bel et bien parce que j’ai combattu l’occupant.» Telle a été le testament d’un jeune Algérien, Abdoullah Belhadi, âgé de 28 ans, qui a été récemment exécuté par le gouvernement fantoche de Baghdad. Sa condamnation à mort a été prononcée par un tribunal de pacotille à l’image de celui qui a signé le quitus de l’assassinat de Saddam. La dépouille du jeune Algérien a été «évacuée» en Algérie avec un papelard méprisant sur lequel on pouvait lire : «A qui cela concerne.» Que reproche-t-on à ce jeune qui croyait sans doute bien faire en allant combattre en Iraq ? Il a été condamné pour son implication présumée dans un assassinat, dit-on. Et pourtant, il n’y eut jamais de preuve de sa culpabilité. Il a été condamné aussi pour avoir pénétré en Iraq de façon illégale. Selon la déclaration du président du comité des droits de l’homme, Me Farouq Ksentini, la mise en œuvre de l’exécution était injuste. «La justice en Iraq est inexistante», a-t-il déploré. A qui le tour maintenant ? Certaines sources avancent que 11 autres Algériens attendent leur  exécution. Cela dit, faut-il également se demander combien d’autres Algériens ont été assassinés lâchement par ceux qui ont reçu leurs bourreaux avec des fleurs. Et Guantanamo ? Qui en parle ? Et pourtant, on enregistre quotidiennement des violations sans aucune impunité à l’encontre des détenus. En septembre dernier, Adnan Farhan Abdul Latif, un Yéménite de 36 ans, est retrouvé mort dans sa cellule de la prison américaine du camp de Guantanamo Bay à Cuba. Le jour de sa mort, Latif était emprisonné à Guantanamo depuis 10 ans, 7 mois et 25 jours. Il avait laissé derrière lui une femme et un fils. Sa mort est survenue après qu’un ordre de comparution remettant en cause sa détention sans contacts avec l’extérieur accordé par un juge fédéral ait  été annulé en appel, suivant la doctrine juridique par les gouvernements Bush et Obama. Des documents obtenus et publiés par WikiLeaks ont déjà révélé que le gouvernement américain savait que Latif n’était pas associé à Al Qaïda. Il en ressort qu’il se rendait en Afghanistan pour des soins médicaux suite à un accident de voiture en 1994 qui avait laissé des séquelles dans son cerveau et non pour rejoindre Al Qaïda. Le gouvernement américain l’a tout de même enfermé, sans l’accuser ou le présenter à un magistrat, dans le cadre du nouveau programme de Bush de détentions et tortures extrajudiciaires. Les circonstances de la mort de Latif restent quand même suspectes. Sans doute aurait-il glissé sur une peau de banane ? Les «revenants» des droits de l’homme pourraient quand même nous éclairer sur les circonstances de cette mort, non ?

Chérif Abdedaïm

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Le gouvernement canadien a ordonné aux publications scientifiques du pays de ne pas publier d’articles émanant de scientifiques et de chercheurs  iraniens, a appris Press TV.

Les universitaires iraniens qui avaient reçus un accord préalable de publication par des journaux scientifiques canadiens, ont reçu de nouveaux messages leur notifiant de la décision de ces journaux/revues de ne plus publier leurs travaux à cause d’une décision politique récente adoptée par le gouvernement canadien.

Récemment, le “Canadian Journal of Psychiatric Nursing Research” a refusé de publier l’article d’un assistant professeur d’université iranien et ce malgré que l’article fut au préalable accepté pour publication.

Le journal a argumenté qu’ “il ne serait pas autorisé à publier l’article” comme précédemment annoncé, citant des raisons politiques et non pas académiques. Il a dit qu’Ottawa a fermé sa mission diplomatique à Téhéran pour ce qu’ils appellent “des abus des droits civiques de citoyens iraniens” et aussi “de menace à la sécurité du personnel canadien et d’Israël.”

Le 7 Septembre, le gouvernement  canadien a fermé son ambassade à Téhéran et ordonné que les diplomates iraniens quittent le Canada sous cinq jours.

Dans une déclaration officielle, le ministre canadien des affaires étrangères John Baird a dit que le Canada voyait l’Iran “comme la menace la plus significative pour la paix mondiale”, ajoutant que “l’Iran menace de manière coutumière l’existence d’Israël.”

Le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères Ramin Mehmanparast a censuré la décision d’Ottawa comme étant une décision anti-diplomatique et un pas vers les politiques dictées par Israël.

“Les actions hostiles du gouvernement actuel raciste canadien sont en fait en ligne avec les politiques qui sont dictées par le rtégime sioniste et le gouvernement britannique”, a dit Mehmanparast.

Des experts pensent que l’action du Canada de couper ses relations diplomatiques avec l’Iran révèlent une attitude de soumission envers le régime d’Israël.

“La décision abrupte du Canada de couper tous liens avec la république islamique d’Iran provient manifestement d’un grand coup de barre sioniste, ce qui a pénétré la structure politique du pays,” a dit l’universitaire iranien Ismail Salami dans un éditorial publié sur le site de Press TV le 11 Septembre 2012.

L’analyste a dit que gouverné comme une monarchie constitutionnelle avec à sa tête la reine d’Angleterre Elisabeth II, le Canada peut être vu comme un pays “soutenant les régimes coloniaux comme Israël et recherchant à isoler des nations pacifiques comme l’Iran.”

Le premier ministre canadien Stephen Harper et son ministre Baird ont exprimé encore et toujours leur soutien inconditionnel à Israël et sont connus pour danser sur la musique d’Israël.

 

Article original en anglais :

http://www.presstv.ir/detail/2012/12/19/278933/canada-bans-iranian-scientific-articles/

Traduction : Résistance 71

 

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USA : L’horreur à Newtown

décembre 20th, 2012 by World Socialist Web Site

Le massacre abominable à l’école de la petite ville de Newtown, Connecticut, a écoeuré tout le pays. Vingt-huit personnes sont mortes, dont vingt-deux enfants entre six et sept ans, après avoir été criblées de balles. Six adultes ont également été tués lors de la fusillade de masse de vendredi avant que le tireur, Adam Lanza, ne se suicide. Tôt le matin même, il avait tué par balles sa mère.

La barbarie de ce crime est profondément troublante. Au-delà des motivations individuelles du tueur, la fusillade à Newtown met à nu la brutalité qui imprègne la société américaine.

La tuerie de masse de vendredi est la dernière d’une longue série d’incidents identiques. Les Etats-Unis ont historiquement connu des accès de brutalité répétés. Pourtant, ces deux dernières décennies ont été inhabituelles, même pour les Etats-Unis. La fréquence et l’échelle des tueries de masse signalent une cause sous-jacente.

Figurent parmi les événements les plus significatifs, l’attentat d’Oklahoma City en 1995 (168 morts dont 19 enfants) ; le massacre à Columbine, au Colorado en 1999 (14 mort) ; et le massacre de Virginia Tech en 2007 (34 morts). Rien que cette année, il y a eu le massacre dans un cinéma d’Aurora au Colorado, (12 morts et 58 blessés) ; dans un temple sikh à Oak Creek au Wisconsin (6 morts) ; dans une société de signalétique de Minneapolis au Minnesota (6 morts); dans un salon de beauté de Brookfield dans le Wisconsin (3 morts) ; et dans une galerie marchande il y a six jours à Portland dans l’Oregon (3 morts).

La réaction des médias et de l’establishment américains à cette dernière tuerie suit un sentier bien tracé. Il y a les déclarations banales sur l’incompréhension et l’absurdité du « mal ». Quand une réponse plus générale est donnée, elle se concentre sur la nécessité d’un « débat national » sur le contrôle des armes à feu et des promesses creuses de faire davantage pour s’attaquer aux problèmes de santé mentale (émanant de politiciens qui font tout leur possible pour réduire jusqu’à la moelle les programmes de santé).

La classe dirigeante américaine a perdu toute capacité à l’auto-examen. Elle sait que toute analyse sérieuse des racines de cette tragédie et de toutes les autres, renvoie à elle-même et à la société qu’elle domine.

L’allocution prononcée par le président Obama lors de la cérémonie à la mémoire des victimes, dimanche soir, était typique – une association d’expressions toute faites, de mise en scène bien rodée et des invocations religieuses. Il aurait été préférable qu’il ne dise rien, puisqu’il n’avait rien d’intelligent à dire.

La cérémonie a été un exercice d’obscurantisme religieux lors duquel on a dit aux parents des enfants tués de ne pas s’affliger ou de ne pas perdre courage car leurs fils et leurs filles sont au ciel.

« Dieu les a tous rappelés à lui, » a déclaré Obama en concluant son discours. De telles déclarations ne sont pas seulement insensibles à l’égard des familles des personnes tuées, elles sont une insulte à l’intelligence du peuple américain. L’on peut comprendre un retour à la religion comme source de réconfort pour ceux qui ont vécu une tragédie indescriptible. Mais de la part de l’Etat, c’est un moyen de semer la confusion pour dissimuler les racines sociales et politiques de tels événements.

Si les politiciens insistent pour recourir à la religion, ils feraient mieux de se demander comment Lincoln aurait réagi. En décrivant le carnage de la guerre révolutionnaire qu’il avait menée, le seizième président avait dit que si dieu voulait que « chaque goutte de sang arraché par le fouet ait été payée par une goutte de sang tirée par l’épée, » alors « les jugements du seigneur sont justes et bons. »

Les tragédies de ce monde (la guerre civile), avait souligné Lincoln, sont la conséquence de crimes de ce monde (l’esclavage).

Les tragédies comme celle de Newtown sont le règlement de compte de quels actes? Loin d’être incompréhensible, le crime est par trop compréhensible. Les racines ne sont pas difficiles à trouver : une société où règne une inégalité sans précédent, une idéologie politique officielle foncièrement arriérée et n’affichant rien de progressiste et, par-dessus tout, un niveau incroyable de violence perpétrée par l’Etat, et s’accompagnant d’une brutalisation de la société en général.

Le caractère des tueries de masse témoigne de ce lien avec l’état de la société. Certaines caractéristiques apparaissent avec régularité : l’utilisation d’armes de type militaire, des agresseurs (comme Lanza) portant le treillis, l’implication fréquente d’anciens soldats.

Ces deux dernières décennies ont été des années de guerre sans fin. Né en 1992, Lanza, âgé de 20 ans, a passé la plus grande partie de sa vie durant la « guerre contre le terrorisme » – une occupation néocoloniale succédant à une autre, des attaques de drones, la pratique de la torture, de la « rendition » (restitution), un assaut incessant contre les droits démocratiques. Il ne pouvait pas ne pas être touché par les efforts constants entrepris pour promouvoir la peur et la paranoïa – le sentiment que l’« ennemi » se trouve à deux pas.

Obama même est le premier président américain à revendiquer publiquement le droit d’assassiner n’importe qui, n’importe où, y compris des citoyens américains. Il consacre une grande partie de son temps à sélectionner les cibles des assassinats par drones, en sachant parfaitement que des civils – dont des femmes et des enfants – seront tués dans ce processus. Selon des estimations prudentes, 3.365 personnes ont été tuées par des frappes de drones rien qu’au Pakistan, dont 176 enfants.

Le gouvernement et les médias font l’éloge des meurtres perpétrés par l’armée américaine et les soldats envoyés pour envahir et occuper des pays sont vénérés comme des « héros. » Les forces d’opérations spéciales (Navy Seals and Special Ops forces) qui font le sale boulot criminel pour l’armée américaine sont glorifiés.

Peut-on croire sérieusement que ce pays peut se permettre de commettre des violences dans le monde entier sans en subir les conséquences mortelles chez lui ?

Dans les prochains jours, davantage de renseignements seront connus et qui feront la lumière sur les motivations particulières se cachant derrière cette récente tuerie de masse. De toute évidence, Lanza était un jeune homme profondément perturbé. Il serait impossible de commettre un tel crime autrement. Et pourtant, la psychose individuelle et son expression particulière sont, en dernière analyse, le résultat d’une profonde maladie sociale.

Article original, WSWS, paru le 17 décembre 2012

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Le retour au pouvoir du Parti libéral démocrate (Liberal Democratic Party, LDP) à l’issue des élections législatives de dimanche au Japon marque un changement radical non seulement dans la politique japonaise mais aussi internationale. Le nationalisme et le militarisme qui ont imprégné la campagne électorale montrent la détermination de la classe dirigeante japonaise à réaffirmer ses intérêts en Asie et mondialement par tous les moyens possibles, y compris par la force militaire.

Le dirigeant du LDP, Shinzo Abe, qui sera nommé premier ministre la semaine prochaine, a déjà indiqué vouloir adopter une ligne dure en réaction au conflit territorial avec Beijing sur les îles, connues sous le nom de Senkaku au Japon et de Diaoyu en Chine. En s’exprimant sur la chaîne de télévision publique NHK, Abe a déclaré que les îles Senkakus faisaient partie du « territoire inhérent du Japon » et averti que « notre objectif est de mettre fin au défi » lancé par la Chine.

Durant la campagne électorale, le LDP a préconisé la construction de structures permanentes sur les îles inhabitées, une décision qui aggraverait considérablement les relations avec la Chine. Une situation tendue existe déjà dans la Mer de Chine du Sud après que l’actuel gouvernement du Parti démocratique du Japon (DPJ) a « nationalisé » les îlots en septembre. La semaine dernière, l’armée japonaise a déployé des avions de combat pour intercepter un avion de surveillance maritime qui avait survolé l’espace aérien au-dessus des îles.

Les gouvernements, tant au Japon qu’en Chine, ont choisi d’attiser le nationalisme tandis que la crise économique mondiale affecte de plus en plus leur économie en suscitant une insatisfaction générale et la colère de l’opinion face à la détérioration du niveau de vie. Beijing a réagi à la « nationalisation » des îles Senkakus en donnant le feu vert à des protestations anti-japonaises à caractère ouvertement raciste.

L’économie japonaise vient, pour la cinquième fois en quinze ans, de plonger dans la récession. Les exportations japonaises ont été touchées par le cours élevé du yen et la contractions des marchés aux Etats-Unis, en Europe et en Chine. Après deux décennies de stagnation économique, il y a une frustration intense dans les cercles dirigeants devant la chute prolongée du pays et qui avait été illustrée l’année dernière lorsque la Chine avait éclipsé le Japon en devenant la deuxième économie mondiale.

En politique économique tout comme en politique étrangère, le nouveau gouvernement est déterminé à inverser le déclin aux dépens des rivaux du Japon et de la classe ouvrière japonaise. Abe a annoncé une politique monétaire agressive, identique à celle pratiquée par la Réserve fédérale aux Etats-Unis, pour réduire l’inflation et abaisser la valeur du yen, des démarches qui ne feront qu’accentuer les guerres monétaires internationales émergentes. Le LDP préconise aussi une forte hausse de la taxe sur la vente afin de rejeter sur les travailleurs le fardeau de la dette publique japonaise massive.

Abe incarne le programme agressif de ce qu’il a appelé le « nouveau LDP ». C’est un rejeton de l’establishment LDP. Son grand-père maternel, Nobushuke Kishi, avait été emprisonné sans jamais être inculpé de crime de guerre pendant l’occupation américaine d’après-guerre. Il devint plus tard premier ministre en insistant sur l’abolition de la soi-disant clause pacifiste de la constitution du pays. Tout comme son grand-père, Abe est en quête d’un changement constitutionnel pour « normaliser » et renforcer l’armée japonaise et mettre un terme à ce qu’il qualifie d’« histoire d’auto-torture » du pays – c’est-à-dire toute reconnaissance des crimes de guerre du Japon.

La situation actuelle ressemble étrangement aux années 1930. Le Japon qui était lourdement touché par la récession du commerce mondial, avait plongé dans une crise économique et politique grave. Le régime militariste désespéré à Tokyo cherchait à surmonter le malaise économique du Japon au moyen de guerres afin de s’approprier des marchés et des matières premières, par l’invasion de la Mandchourie en 1931 et de l’ensemble de la Chine en 1937. L’occupation militaire de la Chine avait considérablement exacerbé les tensions avec l’impérialisme américain qui avait poursuivi ses propres intérêts prédateurs en Chine en exigeant une politique de la « porte ouverte » favorisant sa position. Les intérêts concurrents avaient abouti à la guerre du Pacifique en 1941.

Le militarisme japonais allait de pair avec la répression impitoyable de la classe ouvrière sur le plan intérieur et les méthodes les plus brutales pour renforcer son occupation de la Chine et, plus tard, de l’Asie du Sud-Est, ainsi que son actuel régime colonial de la Corée et de Formose (Taïwan). La semaine passée a marqué le 75ème anniversaire du tristement célèbre massacre de Nanjing lors duquel des troupes d’occupation japonaises avaient massacré des centaines de milliers de civils et de soldats chinois. L’attitude qui règne au sein des cercles dirigeants japonais a été publiquement exprimée au début de l’année par l’ancien gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, qui dirige actuellement le Parti de la Restauration du Japon. Il a carrément nié le viol de Nanjing en disant qu’il ne s’était jamais produit.

Bien sûr, le monde a bien changé depuis que les Etats-Unis ont mis fin en 1945 à la guerre du Pacifique en larguant des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Les Etats-Unis cherchent à maintenir leur domination d’après-guerre en Asie au moyen du soi-disant pivot du président Obama dans la région Asie-Pacifique. Dans le cadre de cette campagne agressive pour saper l’influence de la Chine, Obama encourage le Japon à renforcer son armée et à adopter une attitude plus dure vis-à-vis de la Chine, une politique qui ne sera qu’accélérée sous Abe.

Les changements les plus importants ont eu lieu en ce qui concerne la position de la Chine dans le monde. Depuis plus de 30 ans, le Parti communiste chinois (PCC) liquide les acquis économiques et sociaux de la révolution de 1949, en restaurant les relations de propriété capitaliste et en faisant de la Chine la plus grande plateforme de main-d’œuvre bon marché du monde. Le nationalisme promu par le PCC en tant que la base visant à étayer son règne représente les intérêts de classe de la bourgeoisie montante et profondément frustrée de ce que ses ambitions sont contrecarrées par l’actuel ordre impérialiste dominé par les Etats-Unis. Le PCC ne dénonce les atrocités commises par le Japon pendant la guerre que pour justifier sa propre initiative de mettre fin à « l’humiliation nationale » de la Chine aux mains des grandes puissances aux dix-neuvième et vingtième siècles et pour se tailler sa propre sphère d’influence.

La classe ouvrière partout en Asie, et à l’échelle internationale, est confrontée à de grands dangers au moment où l’aggravation de la crise économique mondiale fait réapparaître les lignes de failles qui ont mené à la guerre dans le Pacifique. Une fois de plus, les classes capitalistes qui se font concurrence sont en train de plonger dangereusement dans un nouveau conflit encore plus dévastateur.

Peter Symonds

 

Article original, WSWS, paru le 19 décembre 2012

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«La colonisation a été un système inéquitable et oppresseur. La guerre d’Algérie a produit, comme toute guerre, des tragédies humaines. Dire cette vérité, n’est pas rajouter du malheur à la douleur, c’est accomplir notre devoir à l’égard de toutes les victimes de cette période»
François Hollande juillet 2006

«C’est aux historiens et aux chercheurs des deux pays d’entamer un véritable travail commun de lecture de cette Histoire dense et riche, marquée par des hauts et des bas qui témoignent de l’intensité de nos relations. Mais d’un point de vue politique et stratégique, je ne peux que réaffirmer l’obligation pour l’Algérie et la France de travailler ensemble tant leurs interdépendances sont nombreuses. Nous avons une responsabilité devant nos peuples.»
Abdelaziz Bouteflika décembre 2012

Le président français François Hollande nous rend visite. Qu’il soit le bienvenu dans cette Algérie avec laquelle, dit-on, il a une réelle empathie. Pour la clarté des choses, nous allons en honnête courtier situer le contexte, le bien-fondé et les attendus de cette visite, dont une fois de plus, les Algériens attendent beaucoup. Cinquante ans de relations tumultueuses, le fossé est toujours aussi béant, faut-il comme l’a suggéré Bernard Kouchner, attendre  une éclaircie dans les relations algéro-françaises avec le départ darwinien de la génération de Novembre ?. Est-ce l’Africain qu’est l’Algérien est enfin sorti de l’histoire? Cette phrase a fait beaucoup de dégâts dans l’imaginaire algérien au même titre que ce tremblement de terre qui eut lieu un matin de 1830 et dont les répliques se font encore sentir.

Les Algériens n’ont pas jailli du néant. L’apport de l’Islam

S’agit-il d’une visite à caractère économique? La frustration serait grande! En fait, pour la France, l’Algérie doit demeurer ad vitam aeternam un marché à l’instar des paléo-relations métropole-province. Le monde a profondément changé mais le fond rocheux des relations algéro-françaises est resté celui d’un 5 juillet 1962 date à laquelle l’Algérie et la France se sont séparées dans la douleur. Akram Belkaïd rapporte les propos d’un haut responsable algérien qui déplore cet échange marchand sans sédimentation après 50 ans d’un réel savoir-faire en Algérie: « On se croirait revenus au début des années 1980, quand Pierre Mauroy et Edith Cresson nous sommaient d’acheter du Made in France pour aider la gauche française au pouvoir. C’est un peu le même discours qui nous est servi en ce moment. Aujourd’hui, nous voulons parler de partenariat et de co-localisation, et, en face, il n’est question que de nous fourguer (sic) des produits français que, de toutes les façons, nous achetons déjà ou que nous pouvons acheter ailleurs.»(1)

L’Islam et les Arabes, tant diabolisés par les hommes politiques et une presse aux ordres, ont eu leur heure de gloire. Dans cet ordre, il est bien connu que le tempérament algérien s’accommode mal de l’injustice, de la «hogra» du rapport à la dignité . Aussi et au risque d’être redondant , quelques éléments sur se socle rocheux algérien constitué par l’identité et la religion  «J’ai toujours ressenti écrit André Miquel, une estime particulière pour Ma’mûn, ce fils du fameux Haroun al-Rachid. Au IXe siècle, alors que l’Occident chrétien peine à sortir d’une époque de troubles, ce calife de Baghdad encourage la traduction en arabe des oeuvres grecques, fonde un institut des sciences et invite ses frères à discuter des rapports entre religion et raison, débat aujourd’hui encore d’une étonnante actualité. J’ai donc voulu le faire revivre en renouant avec un genre très en honneur dans la littérature arabe classique: les maqâmât, des entretiens autour d’un sujet convenu ou sans programme préétabli. Les Lumières sont certes un phénomène occidental, directement lié à l’évolution des sciences et du christianisme. Mais ce mouvement a pu dans certains pays être orchestré ou favorisé par un pouvoir “éclairé” : Louis XV, par le relais de Madame de Pompadour, ou Frédéric II de Prusse ont fait au XVIIIe siècle ce que Ma’mûn a tenté au IXe, favoriser les sciences et les arts. Certes, ce calife n’a pas tout inventé: les traductions des oeuvres grecques avaient commencé avant lui et le mouvement s’est amplifié du fait de l’ouverture du monde musulman à l’Iran et à l’Inde. (…) Ce que j’ai voulu montrer, c’est l’ouverture d’un Islam trop oublié aujourd’hui. Les chrétiens et les juifs restaient libres de pratiquer leur foi, avec l’assurance de la protection du pouvoir. (2)  Non les Musulmans n’étaient pas des barbares !

Dans ce cadre aussi, l’amnésie savamment entretenue fait que   le sort peu enviable fait aux Algériens «ces pelés, ces galeux d’où viennent tous les maux» de la France à en croire Marine Le Pen, nous interpelle en conscience. Ces Algériens ont décidé de vivre en France, pour l’immense majorité d’entre eux veulent vivre en paix,  leur spiritualité à l’ombre des lois de la République tout en apportant leur part culturelle à l’image de la France.

C’est donc de dignité qu’il s’agit aussi quand on voit les chaînes interminables pour aller mendier un hypothétique visa qui ne vient pas. Pire encore, la France des droits de l’homme a une position singulière s’agissant des intellectuels et universitaires. Le visa est distillé parcimonieusement, pourtant là encore si la francophonie est ce qu’elle est, c’est que quelque part les universitaires et intellectuels algériens la «nourrissent» en lui permettant de résister au raz-de-marée de l’anglais.

Pour Alain Ruscio: «(…) Il y a encore beaucoup de Français et d’hommes politiques qui sont dans la situation de penser, non plus qu’il y a d’un côté la civilisation et de l’autre la barbarie, mais que notre civilisation est plus tolérante, plus humaine, plus humaniste que les autres. L’autre aspect c’est que la France, là aussi, a avec le monde arabo-berbère en Afrique du Nord et plus encore en Algérie, une spécificité qui concerne le racisme anti-maghrébin, plus anti-algérien. C’est le racisme le plus ancré en France et qui agit. Il convient de noter que ce racisme anti-arabe et anti-maghrébin est plus ancien que la Guerre d’Algérie, les premiers textes assimilant barbarie et monde musulman datent des croisades.»(3)

Le devoir d’inventaire de la reconnaissance de l’oeuvre algérienne pour la France

En réponse au négationnisme des «nostalgériques» il est nécessaire de revenir sur la clochardisation de la société algérienne, pour reprendre une expression de Germaine Tillon. Tout au long de ces 132 ans, l’oeuvre coloniale ne fut pas positive car le fameux bréviaire a été décliné de toutes les façons possibles. Certes, nous l’avons écrit: à titre individuel des instituteurs, des médecins, des Européens admirables tentèrent d’alléger les souffrances des Algériens, mais ils furent en petit nombre. Nous leur serons à jamais reconnaissants. Les rares Algériens instruits furent des voleurs de feu. Moins d’un millier d’Algériens formés en 132 ans. Après la conquête brutale, la politique du talon de fer, du sabre, et avant celle du goupillon, ce fut la curée, imaginez la Casbah dont le trésor fut évalué à plus de 200 millions francs or, pillé. Tout fut bon pour être arraché à ses propriétaires, une nuée d’agioteurs mit en coupe réglée une Algérie ouverte à tous vents. Pour l’histoire, des Algériens furent recrutés dans les troupes françaises depuis 1837 (les fameux turcos) on parle justement de ces zouaouas recrutés par tous les moyens – la famine, la peur-) que l’on appela les zouaves au point que la statue du zouave du pont de l’Alma indique les crues de la Seine. Ils furent ensuite envoyés lors la guerre du Levant en 1865… Ensuite, ce fut la guerre de Crimée, puis la guerre de 1870: parmi les plus braves, on cite les Algériens qui arrivèrent à enlever une colonne à Wissembourg, moins d’une centaine de rescapés sur les 800 du fait d’un chassepot allemand qui fit des ravages. Après le cauchemar de Verdun et du Chemin des Dames, des milliers d’Algériens y laissèrent leur vie ».(4)

«  Lors de la Seconde Guerre mondiale, les troupes coloniales furent, d’emblée, massivement intégrées aux plans de bataille et, placées en première ligne, notamment à Monte Cassino le 22 mai 1944. Il y eut 140.000 soldats algériens. Il y eut 14.000 morts et 42.000 blessés. Ce sont, en partie, ces soldats qui revinrent ensuite au pays, pour voir leurs familles massacrées un jour de mai 1945… Enfin, la part du sang et de la bravoure est illustrée par un fait ignoré: l’apport des Algériens à la résistance française à une époque où des Français abandonnèrent leurs concitoyens de confession juive. Les Algériens du FTP (Francs-tireurs partisans) avaient aussi pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri.»(4)

Les «trente glorieuses» réussirent aussi grâce à l’apport des Algériens qui, après avoir versé leur sang pour la France, aidèrent massivement pour sa reconstruction. On ne peut passer sous silence l’apport culturel de l’Algérie. Pourtant, malgré tout ce déni de personnalité, l’Algérie eut aussi sa part, souvent la plus terrible dans le rayonnement de la France, à la fois pour défendre ses frontières, développer son économie, et participer par l’enseignement du français au rayonnement culturel de la France qui peine à résister- même à l’anglais- la vulgate planétaire- selon le bon mot de Pierre Bourdieu. Les Algériens ont donc fait fructifier le «butin de guerre» que fut la langue française, à telle enseigne que l’Algérie paradoxalement est le deuxième pays francophone, elle a donc non seulement défendu la langue, l’a enrichie en lui adjoignant des termes spécifiquement algériens mais, cerise sur le gâteau, offert à l’Académie française une écrivaine de talent en la personne d’Assia Djebar. En 2012, d’une façon ou d’une autre, 36 millions d’Algériens parlent, pensent et achètent à des degrés divers français. Mieux encore, une grande partie de la matière grise est attirée par la France qui reçoit ainsi, sans avoir dépensé un sou, la fine fleur de l’Algérie. Cette élite écrit le docteur Souilamas, grand chirurgien des hôpitaux de Paris, peut être un formidable levier de la coopération bilatérale. «Ils ont échangé, dit-il, le “marteau-piqueur ou la truelle contre le bistouri ou le stéthoscope, le mépris, le chantier contre l’hôpital, les travaux publics contre la médecine. Ils peuvent au mieux passer de manoeuvre à ouvrier qualifié”» (4)

«L’apport de l’Algérie assurément, est objectivement à mettre sur le compte de l’oeuvre positive de l’Algérie pour la France. Le peuple de France doit savoir qu’au sortir de la guerre, l’Algérie était profondément meurtrie sur une population de huit millions d’habitants, deux millions de personnes furent déplacées et regroupées pour couper les combattants algériens de leur base arrière, 10.000 villages furent brûlés, ce fut une intégrale de l’horreur, une sorte de condensé sur huit ans des horreurs de l’invasion.  A bien des égards, les perturbations existentielles qui nous occupent, sont des répliques d’un tremblement de terre qui a eu lieu le 5 juillet 1830… Il est immoral que la France considère qu’elle a soldé ses comptes en 1962. C’est cela aussi la vraie dette de la France.»(4)

Les tentatives multiples pour le rapprochement

Pour rappel, les relations tumultueuses de ce couple infernal qui, malgré tout, –du fait des multiples  liens, Jacques Chirac disait qu’un Algérien  sur sept à des liens avec la France- ne veut pas divorcer. On le sait,  il y eut des avancées notables et des reculs. On se souvient que Jacques  Chirac avait ainsi fait reconnaître par son ambassadeur, Hubert Colin de Verdière, le massacre de Sétif en 2005. Il a essayé d’aller jusqu’au traité d’amitié en 2003, et l’année de l’Algérie en 2003 a été un succès. Au début des années 2000, Alger et Paris planchaient sur la signature d’un Traité d’amitié censé clore la période heurtée de l’après-indépendance. Après le passage calamiteux de Nicolas Sarkozy bien conseillé par les Bruckner, sur «la tyrannie de la repentance» exprimera un choix, un parti pris et encouragera une écriture révisionniste de l’histoire en confiant la fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie à des historiens révisionnistes et des associations Algérie française. A l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, François Hollande avait adressé une lettre au président Bouteflika dans laquelle il estimait qu’il y «a place désormais pour un regard lucide et responsable» de la France sur son passé colonial en Algérie.

Le 17 octobre dernier, le président Hollande écrivait: «Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes.»

Qui empêche la France, celle qui se revendique des droits de l’homme de se grandir en reconnaissant aussi à la fois son devoir vis-à-vis de l’histoire et sa faute pour l’aventure coloniale? Certes, on peut disserter sur la responsabilité des enfants des actes de leurs parents, comme l’ânonnait Sarkozy mais, est-il juste de ne sortir ce faux argument qu’en ce qui concerne l’aventure coloniale? Et les autres fautes de la France qu’elle n’arrête pas d’expier?

On le voit, la France avance avec parcimonie, il a fallu plus de quarante ans pour que les « événements d’Algérie » soient reconnus comme étant la « guerre d’Algérie ». Pourquoi ne pas traverser le Rubicon  et déclarer par exemple à l’instar du  préambule des Accords de Nouméa de 1998 sur l’indépendance de la Nouvelle Calédonie que « la colonisation a été une domination étrangère imposée aux populations autochtones, qu’elle a été destructrice des sociétés et des cultures ? »Cela ferait avancer considérablement les choses et arrêter de perdre du temps tant les chantiers du futurs sont importants pour bâtir une nouvelle relation  d’égale dignité mutuellement profitables.

Comment nous voyons l’avenir?

Dans une interview à l’Agence France-Presse, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a déclaré en substance: «Ce que l’Algérie attend de la France, c’est un accompagnement dans le processus de développement économique, social et humain, un vaste chantier en cours de mise en oeuvre et qui nécessite un perfectionnement de l’élément humain, un transfert technologique réel et un partenariat gagnant-gagnant dans le système productif». Dans dix ans, il n’y aura plus de mémoire vivante ou si peu et le contentieux s’éteindra de lui-même sans que la France contrairement aux Etats- Unis -qui ont exorcisé leur histoire vietnamienne- ne regarde son histoire coloniale en face. Le virage porteur d’avoir c’est ici et maintenant. La réconciliation ne peut démarrer qu’à partir d’un geste fort que nous attendons. Le souhait algérien d’une relation forte et dynamique rappelle à s’y méprendre les fondements du traité de l’Elysée en 1963 entre la France et l’Allemagne.

Alors, tout sera permis. Nous connaissons la situation délicate de l’économie française avec un déficit abyssal et un commerce extérieur qui peine à redécoller. Nous connaissons les besoins énergétiques de la France et l’Algérie peut y subvenir dans un partenariat gagnant-gagnant avec une parole désarmée d’égal à égal comme elle le fait avec les autres partenaires. Elle a en face d’elle un pays qui parle le français, le deuxième après la France. On dit que la France connaitra un déclin devant les nouveaux pays qui émergent; à elle de faire le choix car la mentalité de l’empire AOF et AEF a vécu. A la France d’inventer une nouvelle relation apaisée avec l’Algérie en tournant le dos au discours de Dakar à cette position grandiloquente et condescendante quand ils s’adressent aux Algériens.

Alors tout sera possible. L’avenir de la France c’est le Sud. C’est son flanc méditerranéen. Sans être naïf, rêvons d’un partenariat de Tamanrasset à Dunkerque, avec 100 millions de locuteurs de la langue française, 100 millions de consommateurs, une profondeur stratégique de 3500 km, une jeunesse exubérante, des chantiers titanesques, reverdir le Sahara, développer le renouvelable avec un réel potentiel. Il faut pour cela des universités en commun, des recherches communes. De plus, la «réparation» élégante, généreuse peut revêtir la construction par la France d’une grande bibliothèque numérique comme celle d’Alexandrie pour effacer la douleur de l’incendie de la Bibliothèque nationale en juin 1962. Ce serait un geste fort. En définitive, la France a une chance historique de tourner la page et d’écrire l’avenir avec l’Algérie dans une région qui sera de plus en plus tumultueuse, une région où l’Algérie, avec sa profondeur stratégique sera un acteur majeur. Alger vaut bien une messe…

Pr. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.slateafrique.com/100119/hollande-alger-pour-l-apaisement-et-le-commerce
2. A. Miquel: Connaître son héritage arabe n’empêche pas d’être français. Le Point 14 12.2012
3. Alain Ruscio. Historien: «Une déclaration du président Hollande.» El Watan 15.12.12
4. Chems Eddine Chitour : http://www.mondialisation.ca/ce-que-fut-la-colonisation-l-oeuvre-positive-de-l-alg-rie-envers-la-france/31691

 

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USA : Au-dessus de la loi

décembre 18th, 2012 by Barrey Grey

Dans le récent scandale impliquant les activités criminelles des grandes banques, le Département de la Justice américain a annoncé mardi 11 décembre avoir conclu un arrangement s’élevant à 1,9 milliards de dollars (1,5 milliards d’euros) avec la banque HSBC basée en Grande-Bretagne et accusée de blanchiment d’argent sale à une vaste échelle pour les cartels de la drogue mexicains et colombiens.

L’accord a été spécialement conçu pour éviter des poursuites criminelles soit à la banque, la plus grande d’Europe et la troisième du monde, soit à ses hauts dirigeants. Alors même que la banque a reconnu avoir blanchi des milliards de dollars pour les barons de la drogue, ainsi que d’avoir violé les sanctions financières américaines imposées à l’Iran, à la Libye, à Burma et à Cuba, le gouvernement Obama a empêché une condamnation au moyen d’un « accord de poursuite différée. »

L’accord s’inscrit dans la politique du gouvernement américain de protéger les banquiers au sommet de la hiérarchie de toute responsabilité pour des activités illégale qui ont entraîné l’effondrement du système financier en 2008 et introduit une récession mondiale. Pas un seul directeur de grande banque n’a été poursuivi et encore moins emprisonné pour les activités frauduleuses qui ont provoqué la crise actuelle et résulté dans la destruction de millions d’emplois et la destruction des conditions de vie de la classe ouvrière aux Etats-Unis et de par le monde.

Grâce à la protection de l’Etat, la frénésie spéculative et l’escroquerie se poursuivent de manière inchangée, garantissant des profits record aux banques et des rémunérations toujours plus grandes, à sept chiffres, pour les banquiers.

Dans un article paru à la Une, le New York Times donne un aperçu des discussions internes au gouvernement Obama et qui ont entraîné la décision de ne pas porter d’accusations contre HSBC. Le Times a rapporté que les procureurs du Département de la Justice et les services du procureur de district de New York ont recommandé un compromis par lequel la banque serait poursuivie non pas pour le blanchiment d’argent mais pour des accusations moins graves de violation du secret bancaire.

Et, même ceci, semble être excessif pour le gouvernement Obama. Le Département du Trésor, dirigé par l’ancien président de la Réserve fédérale de New York, Timothy Geithner, et le Bureau du contrôleur de la monnaie (Office of the Comptroller of the Currency), agence fédérale de régulation chargée du contrôle des grandes banques dont HSBC, ont bloqué toute poursuite au motif qu’un coup juridique sérieux porté contre HSBC pourrait mettre en danger le système financier.

Qu’est-ce que cela signifie? HSBC, dans sa course au profit, a facilité les agissements des cartels de la drogue qui sont dans le collimateur de la soi-disant « guerre contre la drogue » – une guerre qui est menée par l’armée mexicaine au nom et avec la collaboration de Washington – et au cours de laquelle plus de 60.000 personnes sont mortes. A cela s’ajoute la souffrance humaine causée par le trafic des stupéfiants aux Etats-Unis et à travers le monde.

La banque a été autorisée à payer une amende symbolique – moins de 10 pour cent de ses profits réalisés en 2011 et représentant une fraction de l’argent qu’elle a fait en blanchissant le prix du sang des patrons de la drogue. Entre-temps, les petits revendeurs de drogue et les usagers qui font souvent partie des sections les plus appauvries et opprimées de la population, sont régulièrement arrêtés et enfermés durant des années dans les prisons-goulag américaines.

Les parasites financiers qui continuent à faire tourner le trafic mondial de la drogue et qui se taillent la part du lion de l’argent fait par la dévastation sociale qu’ils causent sont au-dessus de la loi. Comme le dit le Times, « certaines institutions financières, devenues tellement grandes et tellement interconnectées, sont trop importantes pour être inculpées. »

Ici l’on a, en bref, le principe aristocratique des temps modernes qui prévaut derrière les atours misérables de la « démocratie. » Les requins voleurs de la finance établissent de nos jours leur propre loi. Ils peuvent voler, piller, et même commettre des meurtres à volonté sans craindre d’avoir à rendre des comptes. Ils consacrent une partie de leur richesse fabuleuse à soudoyer des politiciens, des régulateurs bancaires, des juges et des policiers – du sommet du pouvoir à Washington jusqu’en bas au poste de police local – pour s’assurer que leur fortune est protégée et qu’ils sont soustraits à toute forme de poursuites criminelles.

Le rôle des soi-disant « régulateurs » tels la Réserve fédérale, la Commission de sécurisation des échanges bancaires (Securities and Exchange Commission, SEC) et le Bureau du contrôleur de la monnaie est d’intervenir en faveur des banquiers. Ils sont parfaitement conscients des crimes qui sont commis au quotidien mais ferment en fait les yeux parce que la criminalité est intrinsèque aux opérations de Wall Street et aux profits qu’ils engrangent.

Il existe des preuves que HSBC et d’autres grandes banques ont intensifié leur blanchiment d’argent pour les cartels de la drogue et autres organisations criminelles en réaction à la crise financière qui avait réellement commencé à apparaître en 2007 pour exploser en septembre 2008 avec l’effondrement de Lehman Brothers.

Après un accord « de poursuite différée » identique conclu avec la Wachovia Bank en 2010 pour ses activités de blanchiment d’argent de la drogue, Antonio Maria Costa, qui présidait alors l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, avait dit que le flux d’argent du syndicat du crime avait représenté l’unique « capital d’investissement liquide » disponible aux banques au plus fort de la crise. « Des prêts interbancaires ont été financés par de l’argent venant du commerce de la drogue, » avait-il dit.

Il est indubitable que les régulateurs américains et les dirigeants politiques ont donné leur accord tacite à ces opérations dans le cadre de leur précipitation à mettre Wall Street à l’abri des conséquences de ses propres orgies spéculatives.

Les relations incestueuses entre les régulateurs bancaires et les banques prennent toutes leur ampleur dans le cas d’un autre récent scandale. La semaine dernière, Deutsche Bank a été cité par trois anciens employés dans une plainte déposée auprès de la SEC et allégeant que la banque avait frauduleusement dissimulé 12 milliards de dollars de pertes survenues entre 2007 et 2009.

Le Financial Times a fait remarquer en passant que Robert Khuzami, responsable des services d’application des règles au sein de la SEC, s’est récusé de l’enquête parce qu’avant d’occuper son poste à l’agence fédérale, il avait été de 2004 à 2009 le conseiller général de Deutsche Bank pour l’Amérique. En d’autres termes, il était chargé de défendre juridiquement la banque au moment même où, selon les dénonciateurs d’abus, elle était impliquée dans des fraudes comptables.

C’était aussi l’époque où Deutsche Bank et d’autres grandes banques gagnaient des milliards en empoisonnant le système financier mondial avec des titres adossés à des créances hypothécaires toxiques. L’année dernière, la Sous-commission d’enquête permanente du sénat (Senate Permanent Subcommittee on Investigations) a consacré aux activités frauduleuses de Deutsche Bank 45 pages d’un volumineux rapport sur le krach financier.

Le rapport a constaté que l’opérateur de renom au sein de la banque pour les CDO (obligations adossées à des actifs, collateralized debt obligations) avait qualifié les valeurs que vendait la banque de « déchets » et de « cochonneries » en désignant le système bancaire des opérations de CDO de « chaîne de Ponzi. »

Qu’un tel personnage soit chargé du contrôle des banques n’a rien d’étonnant. En fait, l’homme qui a recommandé que le gouvernement Obama attribue le poste à Khuzami, Richard Walker, actuel conseil principal de Deutsche Bank, avait lui-même été un ancien chef des services d’application des règles au sein de la SEC.

En juin dernier, lorsque le directeur général de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, avait témoigné devant le Sénat sur les pertes non déclarées d’au moins 5 milliards de dollars, il y avait, assis derrière lui, Stephen Cutler, le conseil principal de la banque, qui avait obtenu ce poste après avoir été le responsable d’application des règles au sein de la SEC.

Ces écuries d’Augias du crimes et de la corruption qui impliquent toutes les institutions officielles du capitalisme américain ne peuvent pas être réformées. La mainmise de l’aristocratie financière sur la vie économique ne peut être brisée que par la mobilisation de masse de la classe ouvrière afin d’exproprier les banquiers et de placer les grandes banques et institutions financières dans le giron public et sous contrôle démocratique.

Barrey Grey

Voir aussi:

Des banquiers sans foi ni loi

[16 août 2012]

Article original, WSWS, paru le 14 décembre 2012

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La France choisit la voie de l’austérité

décembre 18th, 2012 by Salim Lamrani

Malgré l’élection du socialiste François Hollande à la présidence de la République, la France, loin de rompre avec le modèle néolibéral qui a conduit une grande partie de l’Europe au désastre, a choisi la voie de l’austérité.

Les politiques d’austérité préconisées par l’Union européenne – l’Allemagne d’Angela Merkel en tête –, le Fond monétaire international et la Banque centrale européenne mènent à l’impasse. Elles sont politiquement impopulaires, économiquement inefficaces et socialement désastreuses. Partout où elles ont été appliquées, que ce soit en Grèce, en Irlande, en Italie, au Portugal ou en Espagne, – sans aucune exception –, elles se sont soldées par un échec, avec une hausse de la pauvreté et du chômage, une hausse de la dette publique, un démantèlement de l’Etat providence avec la destruction des services publics et une baisse drastique des revenus de l’Etat.

L’élection de François Hollande à la présidence de la République en mai 2012 a suscité un certain espoir chez les citoyens français d’une alternative aux politiques d’austérité. Mais loin d’augmenter le salaire minimum de manière significative et de stimuler l’investissement public – mesures qui auraient permis de relancer la croissance économique –, le gouvernement du Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’est évertué à appliquer des recettes qui ont démontré leur inefficacité à travers toute l’Europe, avec l’adoption du « pacte pour la compétitivité », recommandé par le rapport Gallois[1].

 

Le « pacte pour la compétitivité » du rapport Gallois

Le gouvernement a en effet décidé d’appliquer les mesures préconisées par Louis Gallois, commissaire général à l’investissement, qui permettront, selon lui, d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises au niveau international, relancer l’économie et créer de l’emploi. Le président Hollande a donc choisi d’alléger la fiscalité des entreprises par le biais d’un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros[2].

Pour ce faire, l’Elysée a adopté deux mesures. Dans un premier temps, les dépenses publiques seront réduites de 10 milliards d’euros. Cela signifie que les services publics mis à disposition des citoyens français se verront fortement affectés, avec un impact direct sur la qualité de vie de la population la plus fragile[3].

La seconde mesure est la plus impopulaire puisque François Hollande a décidé d’augmenter la TVA, revenant ainsi sur sa promesse de campagne. En effet, l’ancien président Nicolas Sarkozy avait fait adopter une hausse de la TVA avec une augmentation des différents taux : le taux intermédiaire était passé de 5% à 7% et le taux général avait été augmenté de 19,6% à 21,4%. Cela représentait une hausse de la TVA de 10,6 milliards d’euros pour les citoyens. L’une des premières mesures prises par la nouvelle Assemblée nationale a été de supprimer cette hausse de la TVA en juillet 2012[4].

Or, trois mois plus tard, le gouvernement socialiste est revenu sur cette décision en relevant les principaux taux de TVA. Ainsi, à partir du 1er janvier 2014, le taux général passera de 19,6% à 20% et le taux intermédiaire de 7% à 10%. Seul le taux le plus bas a été abaissé de 5,5% à 5%. Ces mesures représentent une hausse des impôts pour les Français de 7 milliards d’euros et affecteront tout particulièrement les catégories populaires. En effet, cette nouvelle TVA représente une perte de pouvoir d’achat de 260 euros par personne et par an, c’est-à-dire 25% du salaire minimum mensuel[5].

La hausse de la TVA (+3% pour des produits aussi nécessaires que le gaz, l’électricité, les transports, les livres ou les médicaments non remboursés par la sécurité sociale) entraînera inévitablement une réduction de l’activité économique. En effet, la perte du pouvoir d’achat des ménages se traduira automatiquement par une baisse de la consommation, donc une diminution de la production. Celle-ci conduira à une augmentation du chômage, et par conséquent par une baisse des recettes fiscales pour l’Etat et une hausse des dépenses liées aux allocations à verser aux personnes sans emploi.

Par ailleurs, ce plan n’est destiné qu’à stimuler 20% de l’économie du pays. En effet, en France, la production à l’exportation ne représente qu’ 1/5 de la richesse produite. 80% de la production du pays est destiné à l’usage national et s’en trouvera affectée par la hausse de la TVA[6].

Selon le gouvernement, ce cadeau fiscal de 20 milliards d’euros offert aux grandes entreprises permettra potentiellement de créer 300 000 emplois en France d’ici 2017. Cependant, il n’y a aucune certitude à ce sujet[7]. Par ailleurs, cette affirmation se trouve rapidement en contradiction avec la logique économique. En effet, en admettant que le nombre soit exact, cela revient à chiffrer à 67 000€ le coût d’un emploi créé. Or, la création d’un poste de professeur, d’infirmière, d’assistante sociale ou d’attaché culturel dans la fonction publique coûte 40 000€ annuels à la nation. Ainsi, si l’Etat avait alloué ces 20 milliards d’euros à la fonction publique, 500 000 emplois de qualité auraient pu être créés de manière sûre, c’est-à-dire 200 000 de plus, et auraient grandement contribué à l’amélioration des services publics et du bien-être des citoyens.

Les mesures prises par le président François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault constituent un contresens économique et sont vouées à l’échec. Elles s’inscrivent dans la droite ligne des politiques d’austérité appliquées partout en Europe qui ont conduit les populations les plus vulnérables au désastre.

Salim Lamrani

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Louis Gallois, Pacte pour la compétitivité de l’industrie française, 5 novembre 2012. http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/rapport_de_louis_gallois_sur_la_competitivite_0.pdf (site consulté le 23 novembre 2012).

[2] Le Parisien, « Rapport Gallois : ce que le gouvernement adopte, ce qu’il enterre », 6 novembre 2012. http://www.leparisien.fr/politique/rapport-gallois-ce-que-le-gouvernement-adopte-ce-qu-il-enterre-06-11-2012-2297489.php (site consulté le 23 novembre 2012).

[3] Ibid.

[4] Jean-Luc Mélenchon, « Interview TV5 Monde », 6 novembre 2012. http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/11/06/invite-de-tv5-monde/ (site consulté le 23 novembre 2012).

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Les Echos, « Jean-Marc Ayrault : ‘Le crédit d’impôt devrait créer plus de 300 000 emplois d’ici 2017 », 6 novembre 2012.

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La Syrie en ligne de mire

décembre 18th, 2012 by Joseph Kishore

Les Etats-Unis et les principales puissances européennes ont pris cette semaine un certain nombre de mesures pour intervenir directement dans la sanglante guerre civile sectaire qu’ils attisent en Syrie dans le but de renverser le gouvernement de Bachar al-Assad.

La Syrie – où des dizaines de milliers de personnes ont été tués et qui est confrontée à un désastre économique en raison de cette opération appuyée par les Etats-Unis – est le dernier pays d’une longue série à se trouver confrontée à la perspective d’un bombardement américain.

Vendredi, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a annoncé que l’armée américaine commencerait à déployer des batteries de missiles ainsi que 400 soldats américains le long de la frontière turco-syrienne. Ceux-ci seront rejoints par 400 soldats allemands et 300 néerlandais pour opérer des batteries de missiles supplémentaires.

Alors que le déploiement s’est fait sous le prétexte de « défendre » la Turquie contre une éventuelle attaque syrienne, la décision est en fait une escalade significative de la politique guerrière américaine. Les systèmes de missiles peuvent être utilisés à la fois contre des avions de combat et des missiles afin d’assurer une couverture aérienne aux forces d’opposition ou d’établir une zone « d’exclusion aérienne » le long de la frontière, deux éléments précurseurs d’une action militaire directe.

La décision est intervenue quelques jours seulement après une réunion des « Amis de la Syrie » au Maroc lors de laquelle les principales puissances, dont les Etats-Unis, ont officiellement donné leur bénédiction à la « Coalition nationale de la révolution syrienne et des forces d’opposition. » Le groupe avait été bricolé il y a un mois seulement par le gouvernement Obama dans le but d’être sacré gouvernement officiel.

En déclarant que la Coalition nationale est le « représentant légitime » du peuple syrien, les puissances impérialistes ont adopté une politique d’intensification de la sanglante guerre sectaire jusqu’à la victoire finale – le renversement du gouvernement syrien et son remplacement par un gouvernement plus réceptif aux objectifs de Washington.

Une fois de plus, une société tout entière est en train d’être détruite. La guerre civile sectaire en Syrie – dans laquelle des groupes fondamentalistes islamiques sunnites alignés sur les Etats-Unis sont en train de jouer un rôle de plus en plus décisif – a déjà entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes. Quelque deux millions de personnes ont été transformées en réfugiés et des centaines de milliers ont fui le pays.

La Syrie, un pays relativement développé et qui a l’une des espérances de vie les plus longues du Moyen-Orient, est implacablement projetée en arrière. L’Institut de la Finance internationale (IIF) a estimé en début de semaine que, des suites de la guerre et des sanctions internationales, l’économie va s’effondrer de 20 pour cent en 2012.

L’inflation a grimpé en flèche à 40 pour cent, engendrant un effondrement correspondant du pouvoir d’achat. L’infrastructure sociale est en état de délabrement. La famine est endémique. Le pain est de plus en plus rare. Des millions sont incapables de chauffer leurs logements en raison du prix du fuel. Des dizaines d’hôpitaux ont été fermés ou manquent de fournitures de base.

La principale responsabilité pour cette situation incombe aux puissances impérialistes. Depuis le déclenchement initial des protestations anti-Assad au début de 2011, les Etats-Unis oeuvrent sans relâche pour promouvoir leurs propres intérêts, comptant pour ce faire, sur les forces les plus droitières et les plus réactionnaires, y compris des organisations liées à al-Qaïda, et dirigées par le Front al-Nosra. En début de semaine, le Front a organisé à Damas des attentats à la voiture piégée qui ont tué au moins 24 civils, dont un grand nombre d’enfants.

Il est difficile de rendre compte du cynisme absolu de cette opération des Etats-Unis. Depuis plus d’une décennie, le cadre idéologique central de la politique des Etats-Unis – utilisée pour justifier la guerre à l’extérieur du pays et les attaques contre les droits démocratiques à l’intérieur – est la « guerre contre le terrorisme ». Et pourtant, l’armée américaine et la CIA font maintenant partie d’une alliance de fait avec al-Qaïda en Syrie, comme c’était le cas en Libye en 2011. La décision de Washington de qualifier officiellement le Front al-Nosra comme une « organisation terroriste » vise en partie à couvrir le fait qu’ils ont collaboré étroitement avec cette organisation durant des mois pour l’aider à s’établir comme la plus importante force de combat des « rebelles. »

Le conflit que les Etats-Unis ont attisé menace de se développer en un massacre sectaire brutal s’accompagnant de bombardements de l’OTAN. Les dizaines de milliers de morts actuels s’élèveront rapidement à des centaines de milliers.

La criminalité de l’impérialisme américain dépasse tout ce qui s’est passé depuis les opérations lancées par l’Allemagne nazie avant la Deuxième Guerre mondiale. Un pays après l’autre est ciblé pour pour le renversement de son gouvernement, sur la base de mensonges impudents : l’Afghanistan, l’Irak et la Libye. Et ce n’est qu’un début. En raison notamment de son alliance avec l’Iran, la Syrie est considérée comme une « clé de voûte » de l’effort plus vaste consistant à retracer les frontières du Moyen-Orient et à renforcer la position des Etats-Unis par rapport à leurs principaux concurrents géopolitiques.

Parallèlement, le gouvernement Obama est engagé dans une campagne mondiale de frappes de drones et d’assassinats illégaux ciblant le Pakistan, le Yémen, la Somalie et d’autres pays. L’Afrique représente une sphère croissante où mener des opérations. Les Etats-Unis cherchent à encercler la Chine par un recentrage des forces militaires en Asie du Sud-Est. Il n’existe pas de partie du monde que la classe dirigeante américaine considère être en dehors de sa « sphère d’influence. »

La classe dirigeante américaine estime qu’elle peut opérer au moyen d’une criminalité aussi impudente parce que les organisations officielles « antiguerre » ont été intégrées, par le biais du gouvernement Obama, dans l’establishment politique bourgeois et qu’elles sont apparues comme les plus fervents partisans de l’intervention. Ce qui tient lieu de « gauche » a donné son soutien à la « Révolution syrienne », une révolution encouragée par la CIA et emmenée par al-Qaïda.

Cependant, l’establishment politique official repose sur des fondations bien minces. A l’intérieur du pays comme à l’étranger, la classe dirigeante est en train d’appliquer une politique profondément impopulaire. C’est de la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans une lutte pour le socialisme que dépendent l’arrêt de la guerre sans fin et le désastre interminable qu’elle présage.

Article original, WSWS, paru le 15 décembre 2012

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L’art de la guerre : Voir Naples et mourir

décembre 18th, 2012 by Manlio Dinucci

Alors qu’à Naples de plus en plus d’entreprises ferment, il en est une qui a le vent en poupe, au point qu’elle a ouvert un nouveau siège, luxueux. C’est l’Otan, dont le Commandement inter-forces (Jfc Naples) s’est transféré le 13 décembre de Bagnoli à Lago Patria. Le nouveau quartier général a une superficie couverte de 85mille mètres carrés, entourée d’une aire close plus vaste encore, déjà prête pour de futures expansions. Y travaillent 2100 militaires et 350 civils qui, avec leurs familles, constituent une communauté de plus de 5mille personnes. La construction a officiellement coûté 165 millions d’euros, auxquels s’ajoute un chiffre non quantifié pour les équipements (600 Kms de câbles, 2 mille ordinateurs, antennes satellitaires) et les infrastructures. L’Italie participe à la dépense totale, estimable à 200 millions d’euros environ, à la fois avec sa quote-part du coût de construction et avec le « fonds pour les aires sous-utilisées », ainsi qu’une allocation dela Province, pour un montant estimé à environ 25 millions. Tout en argent public, qui va s’ajouter au budget militaire. Bien dépensé cependant, d’après les autorités italiennes.

 

 

 

 

 

 

 

Le site de la nouvelle base militaire à Lago Patria, Italie

Source de la photo : http://www.jfcnaples.nato.int/page7282149.aspx

 

 

 

Dans la cérémonie à Bagnoli, le président de la région Stefano Caldoro (Psi/Pdl)[1] a exalté « l’importance du Commandement dans le Mezzogiorno », dont la présence est « au service de la sécurité et de la paix dans le monde ». Le maire de Naples Luigi De Magistris (Mouvement orange[2]), après avoir souligné « le lien historique de Naples avec cette base », a déclaré : « Nous sommes fiers d’avoir connu tant de forces armées différentes » qui, en se transférant dans leur nouveau siège, resteront à Naples, une ville qui a « une position stratégique importante dans les plans de maintien de la paix dans le monde », une ville qui « avec ses yeux regarde vers Bruxelles (siège central de l’Otan), mais avec le cœur regarde vers le Sud, vers le Moyen-Orient où l’on espère que des états autonomes et indépendants puissent vivre en sérénité ». Paroles hautement appréciées par l’amiral étasunien Bruce Clingan, commandant du Jfc Naples, qui a offert à Caldoro la clé symbolique de la base et à De Magistris le drapeau du Jfc Naples. Nul mieux que lui ne peut apprécier la position stratégique de Naples, exemplifiée par le fait qu’il est, en même temps, commandant des Forces navales USA en Europe, commandant des forces navales USA pour l’Afrique, commandant des Forces conjointes alliées.

Les trois commandements de Naples, toujours sous les ordres d’un amiral étasunien choisi par le secrétaire à la défense avec l’autorisation du président, ont une « aire de responsabilité » totale qui embrasse l’Europe, toutela Russie et l’Afrique. La guerre contrela Libye, l’an dernier, fût dirigée par le Pentagone d’abord via l’Africa Command, puis par le Jfc Naples, appuyés par les forces navales Usa en Europe. De Naples encore sont menées les opérations militaires actuelles en Afrique du nord et dans d’autres parties du continent et celles d’encerclement et de désagrégation dela Syrie.

Comme les opérations de guerre s’intensifient en fonction du « nouveau concept stratégique », explique l’amiral Clingan, il fallait un siège adapté à « un quartier général de combat de la guerre », constamment opérationnel. A Naples, qui- assure De Magistris- a « une position stratégique importante dans les plans pour le maintien de la paix dans le monde ».

Manlio Dinucci

Géographe et journaliste

 

Edition de mardi 18 décembre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121218/manip2pg/14/manip2pz/333378/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] Le président de la région Campanie est passé du Parti socialiste au Peuple de la liberté (Popolo della libertà), parti fondé par S. Berlusconi en 2009.

[2] Luigi de Magistris est un dirigeant de centre-gauche, qui vient de fonder un mouvement (ou liste pour les prochaines élections) « orange »…

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Les travailleurs et tous ceux qui se préoccupent de la défense des droits démocratiques devraient dénoncer la condamnation pour outrage au tribunal du dirigeant étudiant québécois Gabriel Nadeau-Dubois.

Le plus important porte-parole public de la CLASSE lors de la grève étudiante de six mois qui a pris place cette année à l’échelle de la province, Nadeau-Dubois a été calomnié par le gouvernement libéral du Québec et les médias de la grande entreprise, puis a été l’objet de nombreuses menaces anonymes.

Il est maintenant la cible des tribunaux d’une peine exemplaire pour avoir conseillé de défier une injonction de la cour visant à briser la grève étudiante.

Survenant des mois après la fin de la grève, la condamnation de Nadeau-Dubois sert à intimider tout travailleur ou jeune qui voudrait défier la tentative de la classe dirigeante de rendre illégales les luttes ouvrières et l’opposition populaire.

De plus, elle renforce légalement l’affirmation fallacieuse et antidémocratique que les étudiants n’ont pas le « droit » légal de faire grève, dans le but de renforcir la campagne de la classe dirigeante pour une loi qui viendrait restreindre le droit des étudiants d’organiser des protestations politiques.

Selon le juge à la Cour supérieure du Québec, Denis Jacques, Nadeau-Dubois a encouragé « l’anarchie » et la « désobéissance civile » lorsqu’il a dit à un journaliste de la chaîne de nouvelles RDI le 13 mai dernier, « c’est tout à fait légitime que les gens prennent les moyens nécessaires pour faire respecter le vote de grève. Et si ça prend des lignes de piquetage, on croit que c’est un moyen tout à fait légitime de le faire. »

Le juge Jacques, lui-même un candidat libéral défait aux élections fédérales de 2004, a condamné Nadeau-Dubois la semaine dernière à effectuer 120 heures de travaux communautaires au cours des six prochains mois.

En avril et début mai, les tribunaux du Québec ont émis une série d’injonctions ordonnant aux universités et aux cégeps (collèges pré-universitaires et techniques) d’offrir des cours à une poignée d’étudiants opposés à la grève, affirmant que la grève, démocratiquement votée, brimait le « droit » des étudiants d’avoir accès à leurs cours.

Pour défendre ce supposé droit, le gouvernement libéral provincial a par la suite adopté la loi 12 (projet de loi 78) qui a criminalisé dans les faits la grève étudiante et imposé de sévères restrictions au droit de manifester partout à travers la province, sur n’importe quel enjeu.

La loi 12 a été utilisée pour intimider les étudiants et leurs partisans, et offrir une période de trois mois pour « calmer la situation » et préparer une mobilisation étatique sans précédent pour écraser la grève. Toutefois, la principale raison pourquoi la grève s’est essoufflée à la mi-août est que les syndicats, leurs alliés des associations étudiantes (la FECQ et la FEUQ) et le parti de « gauche » pro-indépendance Québec solidaire ont systématiquement isolé et saboté politiquement la grève. Sous la bannière « Après la rue, les urnes », le mot d’ordre lancé par la Fédération des travailleurs du Québec, ces forces ont détourné les étudiants et le mouvement plus vaste d’opposition qui avait émergé durant la grève derrière une campagne pour remplacer les libéraux par le Parti québécois (PQ) pro-patronal dans les élections provinciales.

La CLASSE et Gabriel Nadeau-Dubois se sont adaptés à cette campagne. Ils ont abandonné leur appel un mouvement de protestation plus vaste aussitôt que les syndicats ont fait connaître leur farouche opposition et ils ont défendu l’idée qu’une défaite des libéraux aux mains du PQ serait une victoire pour les étudiants.

Sans surprise, le PQ, qui a été capable de former un gouvernement minoritaire depuis l’élection du 4 septembre, a poursuivi le travail des libéraux en mettant en œuvre le programme d’austérité de la bourgeoisie. Le mois dernier, il a présenté un budget qui a été acclamé par la grande entreprise pour ses plus importantes coupes dans les dépenses en 15 ans et la semaine dernière, il a ordonné aux universités d’effectuer des coupes supplémentaires de 120 millions de dollars pour l’exercice financier courant qui se termine le 31 mars prochain.

La poursuite et la condamnation de Nadeau-Dubois, qui ont été accueillies par les grands médias, montrent que l’élite dirigeante est déterminée à développer l’arsenal de mesures répressives qu’elle a déployé contre la grève étudiante.

En condamnant Nadeau-Dubois, le juge Denis a repris les paroles du juge Émond dans une des premières injonctions qui avaient été émises contre les étudiants en grève en disant que les étudiants, contrairement aux travailleurs, n’avaient pas de « droit » de grève reconnu par la loi.

Cet argument a été repris par les recteurs des universités du Québec pour que le prochain sommet de l’éducation du gouvernement du Québec débatte d’une loi pour « règlementer » les grèves étudiantes. Quant au gouvernement péquiste, il a dit qu’il considérait établir un « cadre » pour le syndicalisme étudiant basé sur le Code du travail anti-travailleur de la province. Le Code du travail impose de multiples restrictions sur les mouvements de revendication des travailleurs, rend illégales les grèves politiques et de solidarité et dispose de peines radicales contre les syndicats qui ne respecteraient pas les contrats ou transgresseraient le code.

Prévoyant sans nul doute que Nadeau-Dubois allait porter en appel la condamnation d’outrage au tribunal, le juge Denis a décrit en détail les raisons de la condamnation et de la sentence imposée au dirigeant de la CLASSE.

Citant la condamnation pour outrage au tribunal et l’emprisonnement des dirigeants des trois principales centrales syndicales du Québec pour avoir défié un décret antigrève en 1972, le juge Denis a soutenu que même si Nadeau-Dubois n’était pas visé directement par l’injonction en question, il pouvait tout de même être jugé coupable d’avoir encouragé les gens à défier cette injonction.

Le juge Denis a aussi affirmé que les tribunaux avaient interprété largement ce que signifiait un outrage au tribunal; même si Nadeau-Dubois n’avait pas explicitement suggéré de défier une injonction, cela était la teneur de ses propos du 13 mai. Le juge Denis a opposé à plusieurs reprises l’appel de Nadeau-Dubois à la mobilisation des étudiants pour le maintien de leur mandat de grève voté démocratiquement à l’intervention du président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, qui était alors interviewé par RDI en même temps que le dirigeant de la CLASSE. Bureau-Blouin, maintenant député à l’Assemblée nationale et porte-parole du gouvernement pour sa hausse des frais de scolarité qu’il veut mettre en œuvre l’an prochain, avait exhorté maintes fois les étudiants à « respecter » les injonctions.

La sentence de Nadeau-Dubois est suspendue jusqu’à que sa cause soit portée en appel au début de l’année prochaine.

Keith Jones

Article original, WSWS, paru le 12 décembre 2012

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40% des Israéliens prêts à partir!

décembre 17th, 2012 by Al Manar

Un sondage publié ce vendredi par le quotidien israélien Haaretz a révélé que 40% des Israéliens réfléchissent de quitter « Israël » et de vivre ailleurs lorsque l’occasion s’offre à eux. Les résultats de ce sondage sont « surprenants », estime le quotidien, au moment où le département des statistiques central affirme que la balance de l’immigration est positif pour Israël !

Selon ce sondage, 37% des Israéliens étudient l’option de vivre dans un autre pays dans l’avenir. 2% parmi eux sont en train de plier bagage pour quitter la Palestine occupée.

Ce sont surtout les Israéliens âgés entre 30 et 39 ans, les laïcs et les travailleurs, mais aussi les habitants du Sud et de la région centrale en Israël qui réfléchissent de plus en plus à cette idée. Le Haaretz a souligné que le sondage en question a été effectué avant la guerre israélienne contre la bande de Gaza.

Les responsables israéliens concernés du dossier de l’immigration déplorent que la majorité des immigrants soient des jeunes professionnels et des universitaires diplômés qui ne sont plus attachés à leur « pays », expliquant que leur volonté d’y rester dépend surtout du niveau et de la qualité de vie.

Selon un rapport israélien publié en 2011 et effectué par le centre de recherches sociales et économiques TAB, le niveau de vie et les chances de travail pour jeunes ont diminué ces cinq dernières années. Les résultats de ce rapport sont en harmonie avec les données de l’organisation de la coopération et du développement économique OCED, qui place Israël dans la 25ème position sur une liste de 36 pays.

Par ailleurs, une recherche effectuée par l’Université de Tel Aviv – département des sciences sociologiques a montré que plus de 100 mille Israéliens détenaient en 2007 un passeport à destination des pays de l’Europe centrale, soit une hausse de 100% par rapport aux détenteurs de passeports en 2000.

Toutefois, le Haaretz prétend que le facteur essentiel qui pousse les Israéliens à l’immigration est purement économique, alors que le facteur sécuritaire est secondaire. Selon une étude effectuée par l’université hébraïque à AlQods, 14000 Israéliens ont quitté à jamais la Palestine occupée en 2012 !

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F-35 – L’explosion

décembre 17th, 2012 by Josée Boileau

Enfin, même s’il est bien tard, Ottawa repartira à zéro dans le dossier des F-35. Mais il était bien curieux d’entendre les ministres conservateurs invoquer à répétition la rigueur pour justifier ce retour en arrière, eux qui n’ont été que tromperies dans ce coûteux dossier.

SI les Canadiens en général, et les Québécois en particulier, s’intéressaient davantage aux affaires militaires, ils verraient que les scandales qui plombent les finances publiques ne relèvent pas que de magouilles mafieuses ou de rémunérations trop élevées. Ils sont parfois tout simplement du ressort de la mauvaise gestion qui s’appuie sur une idéologie crasse. Le cas des avions de chasse à Ottawa en est un exemple patent, où des milliards sont en jeu.

Les conservateurs ont depuis deux ans clamé à tous les vents et sans preuve qu’il en coûterait 16 milliards tout compris pour acquérir des F-35 en remplacement de notre flotte de CF-18 vieillissants. Le gouvernement Harper, qui ne supportait aucune contestation dans ce dossier, rétorquait avec agressivité aux questions de l’opposition et avait attaqué le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, quand celui-ci avait démontré qu’il faudrait plutôt prévoir le double. Le débat autour des F-35 avait d’ailleurs contribué à faire tomber le gouvernement Harper, minoritaire, au printemps 2011.

Il a fallu attendre un rapport dévastateur du vérificateur général, Michael Ferguson, en avril, concluant à une dépense de 25 milliards, pour que le gouvernement change de ton et consente, non pas à reconnaître ses fautes, mais à revoir son processus d’acquisition.

Évidemment, suivant la méthode harpérienne, ce n’est que mercredi, à la limite de la session parlementaire automnale, que la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, a enfin présenté le rapport de la firme KPMG sur le coût des F-35 qu’elle avait pourtant en main depuis quelques semaines. C’est l’explosion : dans la vraie vie, acquérir des F-35 nous coûtera 45 milliards.

Pas étonnant devant un tel résultat que, même si le dossier relève désormais de madame Ambrose, l’opposition ait réclamé à nouveau mercredi la démission du ministre de la Défense, Peter MacKay. L’affaire des F-35, sous les conservateurs, n’a été que dissimulations et improvisation, alors que les sommes en cause auraient dû inciter à un surcroît de précautions.

Mais le gouvernement ne voyait plus clair, aveuglé par les victoires que font miroiter les jouets belliqueux dernier cri. Car le ministre MacKay a beau dire, et il l’a encore dit mercredi !, ce n’est pas la protection de la souveraineté canadienne qui importait ici. On voulait des F-35 pour aller faire la guerre au loin, comme les Américains. Il n’était même pas question d’envisager d’autres avions de chasse, même s’ils font l’affaire de plusieurs de nos alliés.

Poussé au pied du mur, le gouvernement n’a maintenant plus d’autre choix que de s’ouvrir les yeux. Un comité indépendant l’y aidera, qui recueillera l’information sur les autres appareils disponibles. Ce n’est pas l’appel d’offres souhaité par les néodémocrates et les libéraux, ni la transparence totale, mais c’est une manière de faire qui a été utilisée l’an dernier dans le dossier de la construction navale et qui fut saluée pour son efficacité (si on exclut le fait que le chantier de la Davie à Québec fut complètement ignoré dans la répartition de 33 milliards de dollars de contrats sur 30 ans, nouvelle illustration des limites du fédéralisme !).

La méfiance reste toutefois de mise : des demi-vérités nous étaient encore servies mercredi par les ministres, et une fortune est en jeu. L’opposition doit continuer de talonner ce gouvernement dont on attend toujours rigueur et honnêteté.

Josée Boileau

Le Devoir, le 13 décembre 2012

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Inspirée du discours sur les armes de destruction massive (ADM) de Saddam Hussein, la ruse propagandiste concernant la présumée menace des armes chimiques syriennes se développe depuis plusieurs mois.

D’une même voix et sans preuves, les médias occidentaux suggèrent qu’un président Bachar Al-Assad « désespéré » et « frustré » prévoit utiliser des armes chimiques mortelles contre son propre peuple. La semaine dernière, des représentants étasuniens ont révélé à NBC News que « l’armée syrienne a chargé des bombes de gaz neurotoxiques et attend les derniers ordres d’Al-Assad ».

Les gouvernements occidentaux accusent maintenant la Syrie d’avoir un plan diabolique ordonné par le chef d’État syrien. Entre-temps, l’hyper médiatisation est passée à la vitesse grand V. De faux reportages sur les ADM syriennes sont introduits dans le réseau médiatique, rappelant les mois précédant l’invasion de l’Irak en mars 2003.

Le consensus médiatique qui se développe est que « le régime du chef d’État syrien Bachar Al-Assad semble à son crépuscule » et la « communauté interrnationale » a la responsabilité d’aller secourir le peuple syrien afin de prévenir un désastre humanitaire.

« [L]’Occident craint de plus en plus que la Syrie, dans un ultime geste de désespoir, lance des armes chimiques »

Des reportages récents indiquent que le gouvernement assiégé de la Syrie a commencé à préparer l’utilisation d’armes chimiques [contre le peuple syrien]. Après deux ans de guerre civile et plus de 40 000 morts, les événements en Syrie pourraient atteindre une apogée sanglante. (WBUR, 11 décembre 2012.)

La Syrie (2012) comparée à l’Irak (2003)
Accused: George Bush and Tony Blair who said today that Archbishop Tutu was wrong about the Iraq war

Les critiques antiguerre ont abondamment souligné les similitudes avec le subterfuge des ADM irakiennes, qui consistait à accuser le gouvernement de Saddam Hussein de posséder des armes de destruction massive. La menace présumée d’ADM a ensuite été utilisée pour justifier l’invasion de l‘Irak en mars 2003.

Dans la foulée de l’invasion, le stratagème des ADM d’Irak a été reconnu comme pure fabrication, le président George W. Bush et le premier ministre Tony Blair reconnaissant qu’il s’agissait en fait d’une « grave erreur ». Récemment, l’archevêque Desmond Tutu, récipiendaire du prix Nobel de la paix, a réclamé que les menteurs Blair et Bush subissent un procès à la Cour pénale internationale de La Haye.

La saga des ADM syriennes contraste avec celle d’Irak. Le but n’est pas de « justifier » une guerre humanitaire totale contre la Syrie en employant les armes chimiques comme prétexte.

Une évaluation des planifications militaires alliées ainsi que la nature de l’appui des États-Unis et de l’OTAN aux forces de l’opposition suggèrent une approche différente de celle adoptée avec l’Irak (2003) et la Libye (2011).

L’objectif est, en effet, de diaboliser Bachar Al-Assad mais à ce stade-ci le but n’est pas de mener une guerre totale de type « choc et stupeur » contre la Syrie impliquant une véritable campagne aérienne. Dans les conditions actuelles, agir de la sorte serait extrêmement risqué. La Syrie possède un système de défense aérienne sophistiqué, équipé de missiles russes Iskander (voir l’image) ainsi qu’une force terrestre considérable. Une opération militaire occidentale pourrait aussi mener à une réaction de la Russie, détenant une base navale dans la ville portuaire de Tartous au sud de la Syrie.

Par ailleurs, des forces iraniennes du corps des Gardiens de la révolution (GRI) sont sur le terrain en Syrie et des conseillers militaires russes sont impliqués dans la formation de l’armée syrienne.

Récemment, en réponse au déploiement en Turquie de missiles Patriot fabriqués aux États-Unis, la Syrie a reçu la livraison de missiles russes Iskander plus perfectionnés, les Mach 6-7. La Syrie possède déjà les Iskander-E, moins sophistiqués et le système de missiles antiaériens Pechora-2M (voir la vidéo ci-dessous)

Iskander Mach 6-7

Pechora-2M S-125 SA-3 surface-to-air defense missile system technical data sheet specifications information description pictures photos images video intelligence identification intelligence Russia Russian army defence industry military technology

Description
Le Pechora-2M est un système de défense antiaérienne équipé de missiles sol-air à courte portée conçu pour détruire des avions, des missiles de croisière, des hélicoptères d’assaut et d’autres cibles au sol ou à basse et moyenne altitude.


Système de défense sol-air russe Pechora 2M déployé en Syrie.

Guerre non conventionelle

À ce stade, malgré la supériorité militaire des États-Unis et de l’OTAN, une opération militaire en règle n’est pas envisagée pour les raisons mentionnées ci-dessus.

La guerre non conventionnelle demeure la méthode privilégiée. Des reportages confirment que les opérations militaires menées par l’OTAN consisteraient principalement à appuyer les forces rebelles, leur structure de commandement, leurs systèmes de communication, leur recrutement, leur formation et à leur transférer des armes plus perfectionnées. Une partie de ce projet, dont la formation des rebelles, est accomplie par des entreprises privées de mercenaires.

Il se pourrait que l’on envisage une campagne de bombardements aériens limitée et sélective en appui aux rebelles en utilisant comme prétexte l’existence d’armes chimiques syriennes stockées dans des bunkers. Cette opération serait toutefois risquée vu la capacité de défense aérienne de la Syrie.

Un programme militaire coordonné caractérisé par un « appui naval et aérien en plus d’une formation militaire pour l’opposition » était l’ordre du jour d’une récente réunion « semi-secrète » à Londres, présidée par le général Sir David Julian Richards, chef d’état-major de la Défense britannique.

Les chefs militaires de la France, de la Turquie, de la Jordanie, du Qatar, des Émirats arabes unis et des États-Unis ont participé à la réunion de Londres. Aucune autre information n’a été rendue publique. (Voir Felicity Arbuthnot,  Secret Meetings in London Plotting to Wage War on Syria without UN Authorization, Global Research, 11 décembre 2012.)

L’objet de ce rassemblement derrière des portes closes à Londres (rapporté le 10 décembre 2012) était d’appuyer une structure de commandement militaire unifiée des forces d’opposition conçue pour « unir les rangs des insurgés » luttant contre les forces gouvernementales. En pratique, cela nécessitera un nouvel afflux de mercenaires sous la supervision des forces spéciales occidentales, déjà sur le terrain en Syrie.

Orchestration d’un désastre humanitaire?

L’élément formation de la manœuvre des États-Unis et de l’OTAN est crucial. En quoi est-il lié à la question des armes chimiques de la Syrie?

À l’heure actuelle, l’alliance militaire occidentale n’envisage pas de guerre totale en réaction à la possession d’armes chimiques par la Syrie, mais plutôt la nécessité d’entraîner les rebelles de l’opposition à manier des armes chimiques.

Ce programme de formation a été confirmé, a déjà débuté et est implanté avec l’appui d’entreprises privées spécialisées à contrat pour le Pentagone et offrant des services de sécurité et des mercenaires.

« Un représentant et des diplomates étasuniens de haut rang ont déclaré à CNN dimanche que les États-Unis et certains alliés européens emploient des sous-traitants du domaine de la défense pour entraîner les rebelles syriens à sécuriser les réserves d’armes chimiques en Syrie. » ( CNN Report, 9 décembre 2012.)

Un scénario diabolique faisant partie intégrante de la planification militaire se déroule, c’est-à-dire une situation où des terroristes de l’opposition conseillés par des entrepreneurs occidentaux du secteur de la défense sont en possession d’armes chimiques.

Il ne s’agit pas d’un exercice de formation en non-prolifération. Alors que le président Obama affirme « vous serez tenu responsables » si « vous » (en parlant du gouvernement syrien) utilisez des armes chimiques, cette opération clandestine envisage la possession de telles armes par les terroristes appuyés par les États-Unis et l’OTAN, à savoir « nos » agents affiliés à Al-Qaïda, dont le Front Al-Nosra (voir l’image à droite), lequel constitue le groupe de combattants le plus efficace financé par l’Occident et auquel sont intégrés des mercenaires étrangers. Par un retournement de situation, Jabhat Al-Nosra, un « agent du renseignement » parrainé par les États-Unis a récemment été placé sur la liste des organisations terroristes du département d’État.

L’Occident affirme qu’il vole à la rescousse du peuple syrien dont les vies seraient menacées par Bachar Al-Assad. En réalité, non seulement l’alliance militaire occidentale appuie les terroristes, incluant le Front Al-Nosra, il met également des armes chimiques à la disposition de ses forces par procuration, les rebelles de l’« opposition ».

La prochaine étape de ce scénario diabolique est que les terroristes de l’« opposition » recrutés par les États-Unis et l’OTAN pourraient utiliser ces armes chimiques contre des civils ce qui pourrait provoquer un désastre humanitaire à la grandeur du pays.

La question plus générale est donc : qui représente une menace pour le peuple syrien? Le gouvernement syrien de Bachar Al-Assad ou l’alliance militaire États-Unis-OTAN-Israël qui recrute et entraîne des forces terroristes d’« opposition »?

Historique du prétexte des armes chimiques syriennes

La saga des armes chimiques syriennes a été lancée l’été dernier. Au début août, le Pentagone a annoncé qu’il enverrait de « petites équipes des forces d’opérations spéciales » en Syrie dans le but de détruire les ADM syriennes. Ces équipes seraient appuyées par des « frappes aériennes de précision », soit des raids aériens. Aucune attaque aérienne en règle n’était envisagée. Selon le Pentagone, les frappes de précision visaient à « détruire les armes chimiques sans les disperser dans l’air », un engagement risqué…

Ironiquement, au début de ce plan machiavélique, l’incursion et les opérations aériennes des forces spéciales étasuniennes ne ciblaient pas le régime syrien. C’est plutôt le contraire. L’intention déclarée de l’opération était de protéger les civils contre les rebelles de l’« opposition » plutôt que des forces gouvernementales.

Aucune accusation n’a été portée contre le président Bachar Al-Assad voulant qu’il manigance l’emploi d’armes chimiques contre les civils syriens. Selon le Pentagone, l’opération avait pour but de s’assurer que les ADM syriennes, supposément « laissées sans surveillance » dans des bunkers militaires à travers le pays, ne tombent pas aux mains de rebelles djihadistes combattant les forces gouvernementales :

Les planificateurs du Pentagone se penchent davantage sur la protection ou la destruction de toute réserve syrienne laissée sans surveillance et risquant de tomber aux mains des combattants rebelles ou de milices affiliées à Al-Qaïda au Hezbollah  ou à d’autres groupes de militants. (U.S. has plans in place to secure Syria chemical arms – latimes.com, 22 août 2012.)

Le Pentagone disait en août que ces ADM pouvaient tomber aux mains des combattants de la liberté, « prodémocratie », recrutés et financés par plusieurs proches alliés des États-Unis dont la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite, en liaison avec Washington et le quartier général de l’OTAN à Bruxelles.

Au fond, le secrétaire à la Défense Leon Panetta réfutait ses propres mensonges. En août il reconnaissait la menace terroriste et maintenant il accuse Bachar Al-Assad. Washington le reconnaît tacitement, la majorité des combattants de la liberté syriens sont non seulement des mercenaires étrangers, ils appartiennent aussi à des groupes islamistes extrémistes figurant sur la liste des organisations terroristes du département d’État.

Israël est un partenaire de l’OTAN et du Pentagone dans l’opération des armes chimiques syriennes.

Former des terroristes à l’utilisation d’armes chimiques

Si l’administration Obama s’affairait véritablement à empêcher que ces armes chimiques ne tombent « entre de mauvaises mains » (tel que le suggérait le Pentagone en août) pourquoi donc forme-elle désormais les « rebelles de l’opposition », composés surtout de salafistes et de combattants affiliés à Al-Qaïda, afin de prendre le contrôle des réserves gouvernementales d’armes chimiques?

Selon les sources, la formation [sur les armes chimiques] se donne en Jordanie et en Turquie et englobe la surveillance et la protection des réserves ainsi que le traitement du matériel et des sites d’armement. Certains entrepreneurs sont sur le terrain en Syrie et travaillent avec les rebelles pour superviser quelques sites, d’après l’un des représentants officiels.

La nationalité des formateurs n’a pas été divulguée, cependant les représentants ont indiqué qu’il ne fallait pas reconnaître qu’ils sont tous étasuniens. (CNN, 09 décembre 2012.)

Bien que les reportages ne confirment pas l’identité des sous-traitants du secteur de la défense, les déclarations officielles suggèrent qu’ils sont étroitement liés par contrat au Pentagone :

La décision des États-Unis d’engager des entrepreneurs du domaine de la défense pour apprendre à des rebelles syriens à manier des réserves d’armes chimiques semble dangereusement irresponsable, surtout si l’on considère à quel point Washington a été incapable jusqu’à maintenant de s’assurer que seuls des rebelles laïques fiables, s’ils existent, reçoivent leur aide et les armes fournies par leurs alliés des États arabes du Golfe.

Cela alimente par ailleurs les accusations récentes du ministère syrien des Affaires étrangères selon lesquelles les États-Unis montent un coup contre le régime syrien pour lui reprocher qu’il se bat avec des armes chimiques ou se prépare à le faire.

« Cette nouvelle que font circuler les médias suscite des inquiétudes. Nous craignons sérieusement que certains des pays appuyant le terrorisme et les terroristes fournissent des armes chimiques aux groupes terroristes armés et affirment que c’est le gouvernement syrien qui les a utilisées […] » disait une lettre à l’ONU. (John Glaser, Us Defense Contractors Training Syrian Rebels, Antiwar.com, 10 décembre 2012. Voir également le reportage de CNN, 9 décembre 2012.)

La principale question qui se pose est : quelle est la nature de cette horrible opération clandestine? Cette opération menée par les États-Unis et l’OTAN vise-t-elle à « prévenir » ou « encourager » l’utilisation d’armes chimiques par l’Armée syrienne libre (ALS)?

Le reportage ci-dessus confirme que les États-Unis et l’OTAN montrent à des terroristes comment utiliser des armes chimiques. Est-il nécessaire de manipuler des produits chimiques toxiques dans ce type de formation spécialisée? Autrement dit, par le biais des sous-traitants de la défense, l’alliance militaire occidentale met-elle des armes chimiques à la disposition de terroristes pour les besoins de la formation?

Sachant que l’insurrection syrienne est en grande partie composée de djihadistes et de formations affiliées à Al-Qaïda, ce n’est guère une façon d’« empêcher » l’utilisation d’armes chimiques contre des civils. De plus, de nombreux rebelles de l’« opposition » recevant la formation des armes chimiques ont commis d’innombrables atrocités amplement documentées contre des civils syriens, dont le massacre de Houla.

Des groupes terroristes pourraient avoir recours à des armes chimiques contre la population syrienne […] après avoir pris le contrôle d’une usine de chlore toxique [à Alep] » a déclaré le ministère des Affaires étrangères samedi.  (Press TV, 8 décembre 2012.)

Il convient de noter que les forces de l’opposition n’ont pas besoin de contrôler les réserves gouvernementales pour utiliser des armes chimiques. De telles armes, provenant des réserves occidentales, pourraient facilement être mises à la disposition des firmes impliquées dans les programmes de formation spécialisée sur les armes chimiques.

Inutile de dire que la formation sur les armes chimiques et l’implication de sociétés privées de mercenaires à contrat avec l’OTAN et le Pentagone augmentent les risques. Elles créent les conditions favorables à l’utilisation des armes chimiques par les forces de l’opposition pouvant déclencher un désastre humanitaire national.

La coalition des États-Unis et de l’OTAN a toutefois clarifié lors de sa réunion « semi-secrète » à Londres (rapportée le 10 décembre) qu’elle n’envisage pas de « présence sur le terrain ». Les forces spéciales travailleront avec l’insurrection contre les forces gouvernementales.

En l’absence d’une opération militaire en règle, l’accent est mis sur la guerre non  conventionnelle. Dans ce contexte, l’une des nombreuses « options [diaboliques] sur la table » serait de créer les conditions dans lesquelles des armes chimiques « tombent aux mains » des terroristes, ce qui pourrait provoquer un désastre humanitaire dans toute la Syrie.

Alors que cette option ne nécessiterait pas une intervention militaire des États-Unis et de l’OTAN si elle était mise en oeuvre, la catastrophe humanitaire ouvrirait la voie à la chute du gouvernement syrien et à l’objectif longuement convoité de « changement de régime ».

Les modèles libyen ou irakien ne constituent pas des options. Le choix stratégique de l’alliance militaire occidentale indique la mise en scène probable d’une catastrophe humanitaire.

Dans la logique de la propagande de guerre et de la désinformation médiatique, le président Bachar Al-Assad serait tenu responsable de la mort de civils causée par l’utilisation d’armes chimiques afin de faire appliquer des mesures subséquentes par l’alliance militaire des États-Unis et de l’OTAN.

Nous ne suggérons pas que cette option se concrétisera inévitablement, mais qu’au programme des États-Unis et de l’OTAN figure l’option des rebelles en possession d’armes chimiques pouvant déclencher un désastre humanitaire.

Comment pouvons-nous nous assurer que cette option épouvantable et diabolique soit éliminée et définitivement enterrée?

Cette question doit être diffusée. L’opinion publique doit se mobiliser contre la guerre menée par les États-Unis, l’OTAN et Israël.

Dénoncez ce déjà vu mensonger sur les ADM.

Opposez-vous au consensus des médias dominants.

Révélez et réfutez les mensonges et fabrications concernant le programme des armes chimiques de la Syrie.

Faites circuler l’information dans le monde entier.

Amenez le débat sur la place publique. Confrontez les criminels haut placés.

Michel Chossudovsky

 

Article original: The Syria Chemical Weapons Saga: The Staging of a US-NATO Sponsored Humanitarian Disaster?

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

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L’annonce faite il y a peu que Kate Middleton, épouse du Prince William et duchesse de Cambridge attendait un bébé a produit de la part des médias américains et de l’establishment de ce pays en général des glapissements de joie inconvenants.

Pourquoi tant de stupidité? Ou bien cette réaction est-elle plus que de la simple stupidité ? Mais, comme il est surtout question des médias américains, évidemment qu’il y a là une part d’imbécillité – accompagnée de l’inévitable effort pour détourner l’attention du public du désastre social, des guerres à n’en plus finir et des menaces de guerre.

Depuis des mois, les principales chaînes de télévision, privées comme publiques, et les périodiques attendaient en retenant leur souffle ce que le journal télévisé d’ABC a qualifié le 3 décembre de « grossesse la plus impatiemment attendue ». Fox News, qui est la propriété de Rupert Murdoch, s’est déclaré « enchanté » de cette « grossesse royale » s’inquiétant seulement de ce que la « condition médicale de Kate » pourrait constituer un risque pour sa santé. Selon le magazine Time, « Lorsque la nouvelle de la grossesse de la duchesse de Cambridge fut soudain connue, un frisson d’excitation s’est élevé dans le monde entier. »

L’anglais Alex Massie, qui écrit pour Newsday, remarqua le 5 décembre que les médias des Etats-Unis « s’étaient précipités tête baissée dans une de ces obsessions pour la famille royale des Windsor » et que la nouvelle ayant trait au duc et à la duchesse de Cambridge « avait provoqué dans une bonne partie de la presse américaine une frénésie familière d’excitation gazouillante et frémissante. »

Cette même presse a attribué sa propre frénésie à la population en général. Un journaliste d’Associated Press informe ainsi ses lecteurs de ce qu’« un héritier du trône britannique est en route – et les Américains peuvent bien être aussi enchantés que les Britanniques. Cette ancienne colonie est captivée par la nouvelle royale que celle qui fut Kate Middleton, est enceinte. » Il devrait parler pour lui-même. A l’observateur un tant soit peu attentif, ce pays apparaît comme un océan d’indifférence devant cet agrandissement à venir de la famille royale britannique.

Mais il ne fait aucun doute que les divers présentateurs de chaînes télévisées, chroniqueurs à potins et spécialistes du scandale qui se prétendent journalistes ne se sentent, eux, plus de joie.

Jane Velez-Mitchell, de CNN, demandait le 3 décembre au soir à ses auditeurs: « N’êtes-vous pas absolument ravis ? Moi je le suis. Voilà des nouvelles excitantes… Depuis le moment où ils [le prince et sa femme] ont parcouru l’allée centrale, les rumeurs ont abondé laissant entendre que ce couple immensément populaire attendrait un heureux événement. Mais ce soir, un an et demi après leur mariage, nous en avons la confirmation – le Duc et la Duchesse de Cambridge attendent un enfant et – hourrah ! – un héritier au trône. »

Dans le show HLN du soir sur CNN, ‘Showbiz ce soir’, le présentateur A.J. Hammer observait, « nous avons déjà vu la réaction à la simple nouvelle que Catherine était enceinte. Mais s’il s’avérait qu’elle porte des jumeaux ? Ce serait comme une explosion nucléaire d’heureux événements ». Il demanda à son invitée, Rosie Pope, « Vous entendez ma tête exploser, non ? »

Et Pope de répondre : « Moi aussi, ma tête explose. C’est – j’en perd la parole à la simple pensée d’une telle chose. Je veux dire, la possibilité est incroyablement excitante, toute improbable qu’elle soit. »

Jay Carney, le responsable des relations avec la presse de la Maison-Blanche dit lors d’un briefing de la presse, le 3 décembre « au nom de tous à la Maison-Blanche, à commencer par le président et la première dame, nous envoyons nos félicitations au duc et à la duchesse de Cambridge pour la nouvelle bienvenue qui nous est parvenue ce matin de Londres et nous informant de ce qu’ils attendaient leur premier enfant. »

Nominalement et pour le moment du moins, les Etats Unis sont encore une république. Pourquoi le président américain devrait-il du tout envoyer des félicitations à la famille royale britannique, un assemblage de riches parasites, de médiocrités et d’ahuris ?

La lutte pour l’indépendance de l’Amérique (1775-1783) a été un événement d’immense portée, historique et mondiale. Environ 25 000 révolutionnaires américains sont morts dans ce conflit, près de 8 000 sont tombés dans les combats et 17 000 sont morts de maladie. 12 000 sont morts alors qu’ils étaient prisonniers des Britanniques, la plupart sur des bateaux prisons pourris. On estime que le nombre des blessés a atteint les 25 000. Le chiffre total des victimes est donc estimé à au moins 50 000 en sus des milliers de victimes civiles. Et cela, sur une population de seulement 2,4 millions.

Les habitants de l’ancienne colonie ont déclaré l‘indépendance et défié tant le Roi George III que le principe de la monarchie en toute conscience, selon le principe que tous les hommes étaient nés égaux. La génération qui a défendu l’indépendance vis-à-vis de la Grande Bretagne et a lutté pour elle méprisait la monarchie en tant qu’institution.

Le radical Tom Paine par exemple, l’auteur de ‘Common sense’ (‘Le sens commun’) écrivit : « Ce n’était pas assez des maux de la monarchie ; nous y avons ajouté ceux de l’hérédité des couronnes ; et de même que la première est une dégradation de l’espèce humaine, la seconde, revendiquée à titre de droit, est une insulte et un mensonge faits à la postérité ; car tous les hommes étant originairement égaux, aucun d’eux ne saurait tenir de sa naissance le droit d’assurer à ses descendants une préférence éternelle sur tous leurs semblables…. L’une des plus fortes preuves que nous fournisse la nature, de l’absurdité du droit héréditaire de régner sur les hommes, c’est qu’elle le désapprouve ; autrement elle ne s’en ferait pas si souvent un jeu, en donnant aux états un âne à la place d’un lion. »

Thomas Jefferson parlait de la monarchie avec un total mépris. En 1788, écrivant à George Washington depuis la France, il observait qu’il était « très ennemi de la monarchie avant de venir en Europe. Je le suis dix mille fois plus depuis que j’ai vu ce qu’elle est. Il n’y a presque aucun mal dans ce pays dont on ne puisse faire remonter la source à son roi, ni un bien qui ne soit dérivé des minces filets de républicanisme qui existent parmi eux… »

Dans une lettre écrite en 1810, Jefferson remarquait que non seulement le roi d’Angleterre était « une nullité » mais que toute la race des monarques européens, comme « toute race d’animaux » confinée à « l’oisiveté et la réaction, que ce soit dans une porcherie, dans une étable, ou dans un salon » gâtée et pomponnée de toutes les façons possibles, privée de « tout ce qui pouvait les amener à penser », était devenue en quelques générations « tout corps et sans cervelle ». Passant en revue les divers rois et reines européens de l’époque, il les décrit comme des « idiots », « des imbéciles » ou comme « carrément fous ». Jefferson conclut en parodiant une citation de la bible « et ainsi se finit le Livre des Rois, que le Seigneur nous en délivre. »

La Guerre civile, le seconde Révolution américaine, conduite contre la puissance esclavagiste, était aussi conçue par les éléments les plus avancés du Nord comme faisant partie d’une lutte globale contre l’aristocratie et les rois et une lutte pour le républicanisme.

Abraham Lincoln argumentait de la même manière: « Il y a les deux principes qui se sont trouvés face à face depuis la nuit des temps ; et continueront de s’affronter. L’un est le droit commun de l’Humanité et l’autre le droit divin des rois. C’est le même principe quelque soit la forme sous laquelle il se développe. C’est le même esprit qui dit « c’est votre travail, votre labeur et votre pain, et c’est moi qui le mangerai. »

« Peu importe sous quelle forme elle nous vient, que ce soit par la bouche d’un roi qui cherche à opprimer le peuple de sa propre nation et à vivre du fruit de son labeur, ou par une race d’homme qui s’en sert comme excuse pour l’esclavage d’une autre race, c’est le même principe tyrannique ».

Les personnalités les plus profondes de la culture et de la vie sociale américaine de la fin du 19e siècle partageaient toutes cette hostilité à la monarchie. Mark Twain en premier. Personne ayant lu A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court paru en 1889 – Un Yankee à la cour du roi Arthur n’est prêt à oublier la défense par Twain de la « terreur » révolutionnaire pendant la révolution française et sa défense quelque peu sanguinaire d’une extermination de l’aristocratie en général.

Twain faisait également observer qu’« il n’a jamais existé de trône qui n’ait pas représenté un crime » et que « l’institution de la monarchie sous quelque forme que ce soit est une insulte à la race humaine ».

Dans son carnet de 1888, l’écrivain suggérait : « Prenez les souverains actuels mâles de la terre – et mettez-les nus. Mélangez les avec cinq cent mécaniciens nus et faites les tourner sur une piste de cirque, en faisant payer l’entrée de façon convenable bien sûr – et demandez au public de choisir parmi eux les souverains. Il ne pourrait pas. Il faudrait les peindre en bleu. On ne peut pas distinguer un roi d’un policier à moins de leur donner une extériorité différente. »

Alors pourquoi les dirigeants actuels de l’Amérique et leurs agents des médias s’émerveillent-ils comme des enfants et bassinent-ils de façon navrante le pays avec la famille Windsor qui coûte au peuple britannique des centaines de millions de livres tous les ans et dont la richesse mal acquise est tout simplement immense (en 2010 le magazine Forbes estimait la valeur nette de la reine Elisabeth II à près d’une demi milliard de dollars) ?

La réponse la plus pertinente réside dans la transformation des conditions sociales et économiques de l’Amérique. Les Etats-Unis sont dirigés aujourd’hui par une aristocratie financière et entrepreneuriale qui a infiniment plus en commun avec George III et Jefferson Davis qu’avec Paine, Jefferson, Lincoln, les abolitionnistes, Twain ou n’importe quelle figure progressiste de l’histoire des Etats-Unis.

Peut-on imaginer la bande de ‘Tories’ (comme on appelait ceux qui étaient loyaux à la Couronne durant la Guerre révolutionnaire) et de ‘Vipères cuivrées’ (ceux qui sympathisaient avec le Sud pendant la Guerre civile) qui gouvernement actuellement l’Amérique faire face au monarque britannique ou au régime esclavagiste ? Pas un instant : ils sont fait de la même étoffe sociale et humaine.

Les milliardaires et multimilliardaires de l’Amérique et leur coterie envient la monarchie « légitime » de l’Angleterre et ses restes de noblesse, ils désirent ardemment une telle hiérarchie et méprisent « le peuple commun » avec autant de ferveur que les aristocrates d’une autre époque.

Il approuveraient Alexander H. Stephens, le vice président de la Confédération (qui apparaît aussi dans le récent film de Spielberg, Lincoln) et qui insistait pour dire (comme l’a observé l’historien James McPherson) dans un discours prononcé en mars 1861 que la vieille Confédération portant le nom d’Etats-Unis « avait été fondée sur la fausse idée que tous les hommes étaient nés égaux. »

David Walsh

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Les représentants de 130 gouvernements, conduits par Washington et ses alliés européens et arabes, ont assisté hier à Marrakech, au Maroc, à une réunion des « Amis de la Syrie ». Le ministre des Affaires étrangères marocain, Saad Eddine El Othmani, a dit qu’ils s’étaient mis d’accord pour déclarer la Coalition nationale de la révolution syrienne et des forces d’opposition comme le seul représentant du peuple syrien.

La réunion a eu lieu le lendemain de la reconnaissance officielle par le président américain Barack Obama de la Coalition nationale. La coalition dominée par les Islamistes a été organisée par le Département d’Etat américain pour représenter les groupes d’opposition armés menant la guerre par procuration de l’OTAN contre le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Un projet de déclaration a circulé parmi les participants à la réunion à Marrakech disant : « Les participants reconnaissent la Coalition nationale comme le représentant légitime du peuple syrien et l’organisation de tutelle sous laquelle l’opposition syrienne se réunit… Bachar al-Assad a perdu toute légitimité et devrait démissionner pour permettre une transition politique durable. »

Les pays qui soutiennent encore Assad, dont la Russie, la Chine et l’Iran, n’ont pas participé à la réunion de Marrakech. En évoquant la réunion, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov a dit, « Les Etats-Unis ont décidé de tout miser sur une victoire par les armes de la Coalition nationale. »

La réunion a souligné le caractère criminel et réactionnaire de la guerre par procuration de l’OTAN contre la Syrie dans laquelle les alliés arabes des Etats-Unis arment des forces liées à al-Qaïda lors d’une campagne terroriste aux conséquences dévastatrices pour les civils syriens.

Le vice-président des Frères musulmans syriens, Farouq Tayfour, a donné le ton en suggérant que les forces de la Coalition nationale seraient susceptibles de commettre un assassinat extra-judiciaire d’Assad. Il a comparé le sort d’Assad à celui du chef d’Etat libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, dont le gouvernement a été renversé l’année dernière lors d’une guerre menée par l’OTAN. Kadhafi avait finalement été torturé et lynché par des guérillas soutenues par les Etats-Unis après que son convoi avait été bombardé par des avions de l’OTAN alors qu’il fuyait sa ville natale de Syrte.

Tyfour a dit: « Bachar est assiégé. Sa fin ressemblera à celle de Kadhafi. Bachar n’avait-il pas dit, ‘je suis né en Syrie et je mourrai en Syrie’ ? C’est ce que Kadhafi avait dit lui aussi et c’est tout. »

Les intermédiaires islamistes de Washington ont critiqué la décision du Département d’Etat, annoncée mardi, de qualifier de groupe terroriste le Front d’al-Nosra,affilié d’al-Qaïda au sein de l’opposition syrienne. La porte-parole du Département d’Etat a accusé le Front al-Nosra d’avoir commis près de 600 attaques en Syrie l’année dernière au cours desquels « de nombreux Syriens innocents ont été tués. »

Le chef de la Coalition nationale, Moaz al-Khativ, a demandé à Washington de « réexaminer » sa qualification d’al-Nosra de groupe terroriste. Il a dit « Nous pouvons avoir des divergences idéologiques et politiques avec certaines parties, mais les révolutionnaires partagent tous le même but : renverser ce régime criminel d’Assad. »

Les responsables des Frères musulmans ont dit à l’AFP que la qualification d’al-Nosra de groupe terroriste par Washington était une « erreur » et qu’Assad était le seul terroriste en Syrie.

C’est apparemment parce que de vastes sections de l’opposition syrienne soutenue par l’OTAN sont quasi indiscernables d’al-Qaïda. Le New York Times écrit, « Certains groupes de l’Armée syrienne libre ont des idéologies identiques, suivent la stricte interprétation salafiste de l’Islam et comptent parmi les combattants qui avaient rejoint l’insurrection en Irak – bien qu’on ne sache pas s’ils partagent comme al-Nosra des liens organisationnels directs avec al-Qaïda en Irak. »

Sous le mot d’ordre, « Non à l’intervention américaine – nous sommes tous le Front al-Nosra, » des groupes d’opposition anti-Assad en Syrie auraient appelé à des protestations pour vendredi contre la mise à l’index d’al-Nosra.

Malgré de nombreux rapports sur l’existence de liens entre l’opposition syrienne et al-Qaïda, les puissances impérialistes sont en train d’accélérer les projets d’une intervention pour soutenir l’opposition syrienne.

Les responsables de l’armée britannique planifieraient des opérations maritimes et aériennes pour soutenir l’opposition syrienne, l’instauration de « couloirs humanitaires » – c’est-à-dire de régions contrôlées par l’opposition – à l’intérieur de la Syrie ou pour fournir directement une « aide logistique » à l’opposition. Ils auraient rencontré à Londres des responsables militaires français, turcs, jordaniens, qataris, des Emirats arabes et américains à des fins de planification, à la demande du premier ministre britannique David Cameron.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dit que son gouvernement, qui a été le premier à reconnaître l’opposition syrienne, attendrait avant de les armer : « Pour l’instant, on ne va pas bouger. On verra dans les prochains mois. »

Un silence assourdissant persiste encore dans les médias et l’establishment politique quant au cynisme orwellien du soutien de l’OTAN à des forces d’al-Qaïda contre Assad. Depuis plus d’une décennie Washington affirme avoir lancé une « guerre contre le terrorisme » contre al-Qaïda en l’utilisant pour justifier de graves attaques contre les droits démocratiques et lancer des guerres en Afghanistan, en Irak, et au-delà. Après que l’OTAN a constamment ignoré les rapports émanant du régime d’Assad faisant état d’atrocités terroristes aux mains des forces d’opposition syrienne, il émerge qu’al-Qaïda fait partie intégrante de l’opposition soutenue par l’OTAN.

Ceci révèle le fait que l’opposition syrienne elle-même n’est pas un vaste soulèvement révolutionnaire du peuple syrien contre Assad mais bien plutôt une minorité droitière au service de la politique impérialiste des pays de l’OTAN. Cette politique est élaborée dans le plus profond mépris de l’opinion publique de ces pays, dont les gouvernements fonctionnent comme des cliques n’ayant à rendre de comptes qu’à l’élite financière et aux échelons hiérarchiques supérieurs de l’Etat.

Des rapports concernant une intensification de la crise sociale en Syrie soulignent aussi l’impact dévastateur de la guerre sur la population syrienne. Plus de 40.000 personnes auraient été tuées et un demi-million transformées en réfugiés.

Un étudiant syrien d’Alep a dit au Nouvel Observateur que des milliers de personnes risquaient de mourir de faim. Il a précisé, « L’aliment de base de la population ici est le pain qui est fabriqué dans des boulangeries industrielles financées par le gouvernement. Avant la crise il était vendu 35 livres [0,49 dollar US] et maintenant entre 200 et 250 lorsqu’on parvient à en trouver. Une telle inflation empêche les gens de s’en procurer beaucoup, si bien qu’ils sont maintenant concernés par la famine. »

Il a imputé la situation aux rebelles : « Les silos de grain de la ville ont été pillés par les rebelles et le contenu revendu pour acheter des armes. »

L’agence IRIN des Nations unies a fait état de l’impact catastrophique de la guerre sur les soins de santé en Syrie. La moitié des 88 hôpitaux publics en Syrie ont été endommagés par les combats et 23 sont hors service. Il y a une très sérieuse pénurie d’insuline, de sang et de médicaments contre l’hypertension artérielle et autres médicaments.

IRIN a écrit, « Les usines pharmaceutiques, qui fabriquaient plus de 90 pour cent des médicaments utilités dans le pays, ont vu leur production baisser de deux tiers, selon Elizabeth Hoff, la représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Syrie. Plusieurs de ces usines ont été détruites ou endommagées pendant les combats – certaines ont directement été prises pour cible par l’opposition. La plupart se trouvait à Alep, une des villes les plus touchées du Nord du pays. D’autres usines ont des difficultés à importer des matières premières à cause des sanctions imposées à la Syrie par les pays occidentaux. »

Mohammed Zein, marchand de légumes de 64 ans d’Alep, a dit à Al Jazeera : « Notre pays est détruit. Si ça c’est la révolution, je n’en veux pas. Je dois faire remarquer que je ne suis pas un partisan du régime parce qu’il nous a opprimés. Mais, maintenant, nous sommes cent fois plus opprimés. »

Alex Lantier

 

Article original, WSWS, paru le 13 décembre 2012

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Le 16 décembre 2013 auront lieu les élections régionales au Venezuela, nouveau scrutin test pour le camp bolivarien et le gouvernement vénézuélien ; ceci alors que le président Hugo Chávez vient d’annoncer au pays une nouvelle opération à Cuba, du fait d’un cancer semble-t-il très avancé et que les médecins de l’île n’ont pu soigner jusqu’à présent. Les dernières déclarations du leader sud-américain ont créé un grand émoi chez  ses partisans, à l’échelle de tout le continent, tout en faisant apparaitre une véritable mystique populaire dans certains quartiers de Caracas. Pour la première fois, H. Chávez a ostensiblement désigné un possible « successeur » pour conduire les destinées de la « révolution bolivarienne ». Le vice-président Nicolas Maduro (plutôt situé à la gauche du chavisme) a ainsi été présenté comme celui qui pourrait défendre les couleurs bolivariennes lors d’éventuelles élections anticipées, dues au retrait de la vie politique du président ou en cas de son décès, d’ici la fin de son nouveau mandat. Nous publions ici une analyse de conjoncture réalisée par notre rédacteur Franck Gaudichaud, pour la revue Inprecor, suite à un séjour à Caracas à l’occasion des élections présidentielles du mois d’octobre. Cette note s’accompagne d’un entretien, à plusieurs voix, avec la direction du courant anticapitaliste bolivarien Marea Socialista.

Dimanche 7 octobre, Hugo Chávez fêtait sa troisième victoire aux élections présidentielles, avec 55,1 % des suffrages, contre 44,3 % en faveur de son principal adversaire, le candidat néolibéral Henrique Capriles Radonski. La polarisation politique était telle que les 4 autres candidats en lice ont été littéralement balayés1. La popularité, la capacité de mobilisation et le leadership charismatique de Chávez restent donc solidement démontrées, ancrés et majoritaires au sein de celles et ceux « d’en bas » ; ceci alors que la participation électorale a atteint des sommets en dépassant les 80% du corps électoral. La manifestation de centaines de milliers de personnes (peut-être plus d’un million !) qui ont occupé les rues de Caracas, le jeudi 4 octobre, a constitué une incontestable démonstration de vitalité de la « révolution bolivarienne » et aussi l’omniprésence du président au moment de soulever l’enthousiasme des foules. Ceci sous les auspices d’un slogan de campagne d’ailleurs passablement éloigné du socialisme : « Chávez, cœur de la patrie ! ». On retrouve ici certainement la force du nationalisme populaire tel qu’il s’est incarné au Venezuela : celui d’un « césarisme » progressiste et anti-impérialiste (au sein de Gramsci) ou encore cette « raison populiste » post-néolibérale, décrite par Ernesto Laclau2, qui a réussi à créer, à reconstituer par en haut et par en bas, une nouvelle communauté politique populaire au Venezuela, tout au long de cette dernière décennie. Pourtant, si ferveur il y a, elle n’est pas le fruit unique d’une quelconque « irrationalité » politique, comme on peut le lire régulièrement dans la presse dominante, ou d’une simple émergence plébéienne discursive.

La force du bilan social du bolivarisme

Cet appui populaire de masse existe aussi grâce au bilan social, bien réel et bien compris, du processus bolivarien :

« A la différence de ce qui se passait sous les gouvernements précédents, une grande part de la rente pétrolière a été utilisée pour financer la politique sociale. Les humbles (nombreux) qui crient ”Viva Chávez !” se réfèrent sans doute aux millions de personnes qui, chaque jour, accourent dans les différents programmes — Mercal, Pdval, Bicentenario, Farmapatría — où ils peuvent acheter les produits de première nécessité à prix subventionnés. Les jeunes qui s’enthousiasment — ”Chávez va gagner !” — songent d’évidence à la politique d’inclusion et d’éducation menée à tous les niveaux, aux livres et aux ordinateurs (les canaimitas) gratuits qui leur sont distribués. Les vieux qui se vêtent de t-shirts rouges, le font probablement parce que les 200 000 retraités touchant une pension à la fin de la IVe république ont fait des petits et sont devenus 2 300 000 aujourd’hui. Quand les mères de familles parlent avec émotion du ”comandante”, c’est parce que les différentes ”missions” mises en place leur ont donné accès à la santé, c’est parce que deux millions d’entre elles et de leurs proches bénéficient désormais du régime de la sécurité sociale. Que les mal-logés prennent parti n’a rien de surprenant non plus : la Grande mission logement Venezuela, certes trop tardivement créée, a bâti des dizaines de milliers d’habitations depuis sa naissance voici dix-huit mois »3.

D’après la Commission économique pour l’Amérique latine de l’ONU (CEPAL), le Venezuela est le pays qui a connu la baisse de la pauvreté la plus spectaculaire en Amérique latine : entre 2002 et 2010, celle-ci passe de 48,6 %  à 27,8 % et de 22,2 %  à 10,7% en ce qui concerne l’extrême pauvreté. De plus, le pays possède désormais l’un des niveaux d’inégalités le plus faible de la région, ce qui n’est pas rien dans le continent le plus inégalitaire de la planète. Les changements sont donc bien palpables, bien loin des années néolibérales de la IV° République (1958-1998). Il faudrait ajouter à cela la création d’espaces de participation populaire, notamment au travers des milliers de Conseils communaux ou des coopératives paysannes issues de la réforme agraire ; la récente réforme du code du travail, la plus progressiste du continent4 ; la mise en place d’un des salaires minimums le plus élevé de la région ou encore le retour de la discussion sur la souveraineté du peuple, le socialisme et l’anti-capitalisme, bien au-delà des seules sphères militantes. Le programme de campagne de Chávez était d’ailleurs clairement orienté autour de ces questions stratégiques. L’élection de dimanche avait aussi un caractère géopolitique évident. Une défaite du candidat du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) et de ses alliés du Grand Pôle patriotique (dont le Parti communiste vénézuélien) aurait fortement détérioré les rapports de classes continentaux, menaçant les conquêtes sociales et démocratiques de la dernière décennie, mais aussi menacé la nouvelle autonomie relative du Sud face à l’impérialisme, la toute jeune Union des nations sud-américaines (UNASUR) et, surtout, mis à mal des projets novateurs, bien que encore balbutiants ou limités, tels que l’ALBA5 ou la Banque du sud.

Limites et obstacles d’un processus national-populaire progressiste

Pourtant, cette nouvelle victoire électorale -très claire et indiscutable – ne saurait cacher les multiples problèmes non réglés depuis 13 années de pouvoir, les « dilemmes » et les intenses contradictions du processus bolivarien, au-delà des discours sur le « socialisme du XXI° siècle » (dont on peine encore à voir ne serait-ce que les contours flous)6. Citons en quelques-uns parmi les plus criants :

-        La corruption qui reste endémique, et à tous les niveaux institutionnels (en particulier au niveau des gouverneurs des États fédérés), au point que l’on peut parler d’un phénomène structurel et enkysté, héritage d’un État rentier et petro-dépendant qui n’a pas été transformé.

-        La bureaucratie, l’inefficacité et la faible institutionnalisation des politiques publiques, le manque de productivité des entreprises étatiques, la valse permanente des responsables dans les ministères et, comme l’a reconnu et répété le président lui-même pendant la campagne « le manque de suivi des projets », notamment ceux destinés à améliorer l’accès à l’électricité, à diversifier le modèle productif ou encore à assurer la souveraineté alimentaire d’un pays qui importe encore plus de 75% de son alimentation.

-        L’insécurité (surtout dans les villes) et l’ampleur de la criminalité, qui fait du Venezuela l’un des pays avec le plus fort taux d’homicides, par arme à feux légère, du continent (hors conflit armé) : une préoccupation et un calvaire quotidien pour les secteurs populaires, largement instrumentalisée par la droite et l’oligarchie, malgré certaines avancées réelles avec la récente réforme de la police et un début de prise en compte du phénomène.

-        La faiblesse de la structuration du mouvement syndical, l’échec – et y compris la répression – d’expériences de contrôle ouvrier et de cogestion (tel à SIDOR ou Sanitarios Maracay)7, la remise en cause de l’indépendance de la classe ouvrière, alimentée par la tentation permanente d’un contrôle par en haut du syndicalisme par l’exécutif, verticalisme renforcé dernièrement par les divisions internes et la crise de l’UNETE (Unión Nacional de Trabajadores de Venezuela) et la création (en 2011) de la CSBT (Central Socialista Bolivariana de los Trabajadores), inféodée au ministère du travail.

-        La question de l’omniprésence de Hugo Chávez, parfois qualifiée « d’hyperprésidentialisme » et donc le niveau de personnalisation du pouvoir, dans un contexte – de plus – où le président est gravement malade d’un cancer et donc considérablement affaibli.

-        Le maintien d’un modèle de développement (et d’un État) rentier issu de la paradoxale « malédiction » de l’abondance pétrolière8 : un modelé non durable, essentiellement basé sur l’exploitation de cette ressource et une économie capitaliste mixte où plus de 70% du PIB reste dans les mains du secteur privé9, alors qu’une caste – dénommée « boli-bourgoisie » – s’enrichit à l’ombre de cette manne et d’une « droite endogène » au gouvernement, incarnée par quelques hommes forts (et richissimes), tel Diosdado Cabello (aujourd’hui président de l’Assemblée nationale).

-        La politique extérieure, particulièrement celle au Moyen-Orient, où au nom d’une stratégie anti-impérialiste « campiste », Hugo Chávez a choisi de soutenir, contre vents et marées, plusieurs gouvernements autocrates, voir sanguinaires, de la région : une stratégie renouvelée dès le lendemain de l’élection, quand le président dans une conférence de presse a tenu à renouveler son amitié à Bashar El Assad face aux « terroristes » et à l’OTAN.

Une opposition oligarchique rénovée

Cependant, et c’est ce que nous avons pu constater lors de notre séjour à Caracas durant les dernières élections, de plus en plus de voix et de collectifs issus du « chavisme critique » se font entendre pour renouveler leur appui conscient au processus (et à ses conquêtes)10, tout en dénonçant sa stagnation et l’absence d’avancées dans bien des domaines, expliquant aussi que si une partie de l’électorat populaire a décidé de voter Capriles, c’est afin d’exprimer son mécontentement ou son désarroi. Comme le note Patrick Guillaudat :

« En regardant de près les résultats, la victoire est fragile, malgré le fait que Chávez ait gagné contre Capriles dans 22 des 24 états du pays. Entre les dernières présidentielles de 2006 et celles de 2012, Chávez a gagné 752976 voix pendant que l’opposition en gagnait 2175984, soit près de trois fois plus. Dans les quartiers populaires de Caracas (Petare, 23 de Enero, La Vega,…) le vote chaviste a baissé de 6 à 9 %. C’est le même mouvement dans les autres villes du pays. D’autre part, le décompte précis des voix de chaque candidat, réparties parti par parti, permet de voir que plus d’un cinquième des voix obtenues par Chávez se sont portées sur d’autres partis que le PSUV. [...] La défiance ou les critiques se sont aussi exprimées par un vote porté sur d’autres organisations que la PSUV, notamment le PCV. Dans les jours qui ont suivi l’élection, des signaux contradictoires ont été lancés. D’un côté, Chávez prône le dialogue et l’ouverture en direction de l’opposition. De l’autre côté, des militants du PSUV demandent une « rectification » dans le sens d’un approfondissement du processus »11.

Il est également important de souligner que le panorama de l’opposition a largement évolué : on peut même affirmer, comme le marxiste Manuel Sutherland, que Capriles Radonski, candidat de l’oligarchie et de l’impérialisme, est d’une certaine manière un « perdant vainqueur »12. Le candidat de la MUD, (Mesa de la Unidad Democrática), vaste coalition d’une trentaine d’organisations (allant de groupuscules ex-maoïstes à l’extrême-droite), a réussi à s’imposer lors de primaires, y compris face aux grands partis historiques de « l’ancien régime » : COPEI (démocrate-chrétien) et Acción Democrática (social-démocrate). Trentenaire, issu de la grande bourgeoisie, dirigeant de Primero Justicia (nouveau parti créé en 2000 avec l’appui d’ultraconservateurs états-uniens) et très actif durant le coup d’Etat de 2002, Capriles a largement réussi son pari : en imposant sa stratégie, il a aussi rajeuni et dynamisé l’image de l’opposition, réussi avec brio des meetings nombreux dans tout le pays. Ceci, loin de l’hystérie semi-fasciste des années antérieures, allant jusqu’à faire une campagne de propagande aux tonalités de centre-gauche, « humaniste », se disant proche de Lula et attaché au progrès social… tout en proposant en sous-main un programme violemment néolibéral13. Conclusion de Sutherland :

« Capriles Radonski a clairement donné l’impression d’être un rival qui se prépare à prendre le pouvoir à moyen terme (2018), à l’occasion d’un contexte électoral plus favorable, c’est-à-dire au moment où la détérioration de la popularité du charisme du fait de l’augmentation des problèmes que rencontre la société vénézuélienne (insécurité, coût de la vie élevé, chômage, etc.) sera déterminante. Si les tendances électorales actuelles continuent d’évoluer dans ces directions pour les deux camps, Capriles pourrait bien être le prochain et le plus néolibéral président du Venezuela ».

Les élections régionales (élections des gouverneurs et des parlements fédérés) de la mi-décembre seront sans aucun doute un nouveau test pour le camp bolivarien. Et déjà un certain malaise se fait sentir au sein du chavisme militant, face aux candidats choisis, tous nommés par « en haut », et représentants la direction bureaucratique d’un PSUV toujours plus éloigné de sa base ou directement issus du pouvoir militaire qui entoure le Président. Par exemple, dans l’État de Bolivar, on retrouve Francisco Rangel Gómez qui aspire à une seconde réélection, alors qu’il s’était fait connaitre en 2008 par son opposition féroce contre les ouvriers de SIDOR ou encore dans l’État de Lara, l’ex-gouverneur et militaire Luis Reyes Reyes, portera encore les couleurs bolivariennes, alors qu’il est accusé par de nombreux mouvements sociaux d’être responsable de violation des droits de l’homme par le passé.

Les paris d’un courant anticapitaliste bolivarien

Malgré tout, et malgré ce panorama ouvertement critique (qui nous semble indispensable au moment de savoir comment exprimer notre internationalisme aussi bien face à l’intense campagne médiatique antichaviste14 que face aux oligarchies du sud comme du nord), le peuple bolivarien (et ses luttes) reste vivant, dynamique, rebelle, prêt à ruer dans les brancards. Le processus n’est donc pas mort, loin de là. Il suffit de parcourir les ranchos des grandes villes, les rues de Caracas, les usines de Ciudad Guyana ou l’intérieur du pays pour s’en rendre compte. Ce que le politologue et altermondialiste Edgardo Lander, a pu nommer un « projet alternatif en tension » reste ainsi une donnée centrale des coordonnées politiques du Venezuela actuel. Ce projet, traversé par une « tension entre le contrôle par en haut et l’autonomie à la base », s’est cristallisé autour de la notion médullaire de l’ensemble du discours politique bolivarien : le peuple souverain15. Et c’est précisément de ce dernier que dépendront les prochains mois. Selon l’éditorialiste de La Jornada Guillermo Almeyra :

« Ceux qui votent pour Chávez ne sont pas aveugles face aux problèmes de la corruption, du verticalisme, du bureaucratisme, de la direction militaire d’un processus qui exige, par contre, la plus large participation décisive de la population, la discussion ouverte des diverses options possibles pour résoudre les grands problèmes, le contrôle populaire des réalisations et des institutions gouvernementales ». Et il ajoute : « Au lieu de présenter une candidature indépendante et antichaviste, comme celle du syndicaliste combatif Orlando Chirino, séparant les socialistes des chavistes, la gauche révolutionnaire aurait dû travailler ensemble avec les chavistes partisans du socialisme pour renforcer l’auto-organisation des travailleurs et, après la défaite de la droite, livrer bataille dans de meilleures conditions contre le verticalisme et les bureaucrates-technocrates qui espèrent la disparition d’Hugo Chávez pour contrôler l’appareil d’Etat. Car les grandes batailles se livreront après le mois d’octobre ».

Cette option est partagée, notamment, par Marea Socialista, courant anti-capitaliste du PSUV, comme on peut le voir dans cet entretien. Durant la présidentielle, ces militants – fortement impliqués dans le mouvement syndical et une partie de la jeunesse – ont lancé une campagne autour des mots d’ordre « Le 7 octobre : Chávez président ; le 8 octobre : débarrasser la révolution de ses bureaucrates » « Pour un gouvernement du peuple travailleur sans capitalistes ! ». Ils s’étaient regroupés, en mai 2012, au sein de l’APR (Alianza Popular Revolucionaria) qui essaye de construire une mobilisation bolivarienne autonome, non inféodée aux structures de l’État ou du PSUV, aux côtés de l’organisation paysanne « Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora », le Mouvement des pobladores, l’Association Nationale des Medias Communautaires Libres et Alternatifs (ANMCLA), Surco (collectif d’éducation universitaire), des organisations féministes, etc. Face aux velléités d’une partie du gouvernement de conciliation avec l’opposition ou l’oligarchie, qui semble poindre ces dernières semaines, ces secteurs critiques soulignent que seules les luttes sociales et l’approfondissement des conquêtes démocratiques, des formes de participation autonome et un contrôle sur l’économie comme sur le fonctionnement de l’État, la création de formes de pouvoir populaire réel, pourront donner un contenu concret aux appels au « socialisme du XXI° siècle ». Et commencer ainsi à dépasser ainsi les obstacles et contradictions du processus bolivarien, sans pour autant permettre le retour des néolibéraux et des agents de Washington dans le pays. Il s’agit certainement de la dernière opportunité au sein de cette nouvelle séquence politique qui s’ouvre, après 13 ans de pouvoir. Or rien ne dit pour l’instant qu’elle soit la plus probable, loin de là, même si elle reste la plus souhaitable du point de vue des anti-néolibéraux conséquents et des anticapitalistes.

Franck Gaudichaud

Article paru dans la revue Inprecor, n° 588/589, novembre-décembre 2012, http://www.inprecor.fr/article-inprecor?id=1380

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  • 1. Orlando Chirino, syndicaliste révolutionnaire, militant trotskyste et candidat de PSL (Parti Socialisme et Liberté), est resté enfermé dans une candidature de témoignage, obtenant 4140 votes (soit 0,02% des voix), sans réussir à mordre sur les franges de l’électorat populaire. Détails des résultats sur : www.eleccionesvenezuela.com/resultados-elecciones-venezuela.php.
  • 2. E. Laclau, La raison populiste, Seuil, Paris, 2008.
  • 3. M. Lemoine, « Venezuela : les électeurs ont « confisqué » la démocratie », www.monde-diplomatique.fr, octobre 2012.
  • 4. Puisqu’elle reconnaît le droit à la sécurité sociale pour les femmes au foyer et à leur compte, l’inamovibilité des femmes enceintes jusqu’à deux ans après la naissance, la réduction du temps de travail sans perte de salaire de 44 à 40 heures (et de 42 à 35h de nuit), la fin de la sous-traitance dans les 3 ans à venir, ou l’augmentation des peines pour les infractions à la législation du travail, notamment en cas de violation du droit de grève.
  • 5. Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, alternative novatrice et intéressante, mais largement mise en sourdine depuis l’entrée du Venezuela au sein du MERCOSUR.
  • 6. F. Esteban, S. Brulez, « Le laboratoire du socialisme du XXIe siècle cherche toujours la formule qui marche », Inprecor, n° 564-565, août-septembre 2010. Lire également : P. Stefanoni, « El triunfo de Chávez y el socialismo petrolero », Viento Sur, octobre 2012, http://vientosur.info/spip/spip.php?article7271 et Modesto Emilio Guerrero, 12 dilemas de la Revolución Bolivariana, Caracas, El Perro y la Rana, 2012.
  • 7. Modesto Emilio Guerrero décrit cependant la existence de 37 entreprises « sous contrôle ouvrier consolidé » (entretien avec Andrés Figueroa Cornejo, www.radiosur.org.ar, novembre 2012).
  • 8. Sur cette notion de malédiction de l’abondance des ressources naturelles et ses conséquances, voir : A. Acosta, La maldición de la abundancia, Quito, Abya Yala, 2010.
  • 9. Sur ces questions, voir les nombreux écrits de Víctor Álvarez, économiste et ex-ministre des Industries de base et des Mines : Venezuela: ¿Hacia dónde va el modelo productivo?, Caracas, Centro Internacional Miranda, 2009.
  • 10. Des collectifs et militants y compris libertaires, tel Roland Denis, ont aussi appelé à voter Chávez, malgré leurs critiques, conscients du danger que représente Capriles et la MUD.
  • 11. Tout est à nous ! La Revue, décembre 2012. Voir également : P. Guillaudat et P. Mouterde, Hugo Chávez et la révolution bolivarienne, M Editeur, Québec, 2012.
  • 12. M. Sutherland, « Retour sur la victoire de Chávez : radicalité vs. conciliation droitière », Apporea.org, octobre 2012 (traduction en français disponible sur www.avanti4.be).
  • 13. Le sociologue français Romain Mingus (vivant à Caracas) a largement participé à dévoiler ce double jeu, lors de la campagne présidentielle : El Nuevo Paquetazo, www.comandocarabobo.org.ve/el-nuevo-paquetazo/.
  • 14. Voir l’édifiant dossier « Venezuela » d’ACRIMED à ce propos : www.acrimed.org/rubrique179.html.
  • 15. F. Gaudichaud, « Le processus bolivarien : un projet alternatif en tension ? », Entretien avec E. Lander, ContreTemps, janvier 2009 (en ligne surwww.cetri.be/spip.php?article1050&lang=fr).
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Tout observateur qui s’intéresserait au comportement des États-Unis, pour en déduire leurs véritables intentions à l’égard de la Syrie, se heurterait à une série d’indications contradictoires. En effet :

I. D’un côté, ils poussent à la poursuite des opérations terroristes tout en empêchant le dialogue avec les autorités légitimes du pays dont ils voudraient changer radicalement les personnalités et les orientations politiques. C’est pourquoi, ils ont travaillé à :

1. Remplacer à la hâte le « Conseil d’Istanbul » [ou CNS] par une prétendue « Coalition de l’opposition syrienne », concoctée par Washington et clairement dominée par les  Frères Musulmans à tous ses échelons.

2. Officialiser cette Coalition créée de novo comme représentante légitime du peuple syrien en oeuvrant à sa reconnaissance par les pays alliés ; ce qui est désormais chose faite, suite à la réunion des « Ennemis de la Syrie » à Marrakech.

3. Former un « Haut conseil militaire » pour garder une mainmise sur les opérations déstabilisatrices en faisant, là aussi, pencher la balance du côté des Frères Musulmans par l’exclusion de deux catégories de combattants irréguliers : la première désignée comme « terroristes de la mouvance d’Al-Qaïda », la seconde constituée de « ceux qui se méfient des Frères musulmans et refusent l’idée de leur domination sur la Syrie ».

4. Revenir sur leur décision publique de ne pas armer les groupes d’opposants pour s’engager, tout aussi publiquement, à les financer et à les armer directement à partir des USA et de l’Europe.

5. Multiplier les rencontres des soi-disant « Amis du peuple syrien», le fameux forum politique rassemblant tous ceux qui ont consenti à marcher avec les USA pour démolir la Syrie indépendante et y installer un gouvernement aux bottes de l’Occident, lui-même inféodé aux USA.

6. Faire déployer les missiles Patriot à la frontière syrienne, histoire de signifier  que seule la solution militaire est retenue et que l’OTAN est fin prêt à intervenir.

7. Encourager les bandes armées à intensifier leurs opérations terroristes sur le terrain et ainsi réussir à radicaliser l’opposition contre les autorités syriennes.

II. D’un autre côté, ils laissent à penser qu’ils sont désormais prêts à envisager une solution politique qui n’écarterait aucun des protagonistes, y compris les autorités légitimes du pays, sous l’égide du Président Al-Assad qu’ils ont été incapables de disqualifier malgré bientôt deux années de provocations, de manœuvres et d’agressions. Et les voilà partis pour de prétendues négociations pacifiques parmi lesquelles nous notons :

1. La dernière réunion tripartite tenue le 9 Décembre à Genève entre le ministre des Affaires étrangères adjoint de la Russie, Mikhail Bogdanov, le secrétaire d’État adjoint américain, William Burns, et le représentant spécial des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi ; laquelle s’est soldée par un communiqué de ce dernier stipulant « qu’une solution politique à la crise est encore possible et qu’elle se réalisera sur la base de l’accord de Genève du 30 Juin dernier ».

2. L’engagement pris pour charger des experts russes et américains de travailler à la recherche des modalités opérationnelles pour une telle solution pacifique.

3. La distinction des groupes armés opérant en Syrie entre « terroristes » que les USA ne cautionneraient pas et « opposants » qu’ils soutiendraient ; suivie le 11 décembre par la décision d’inscrire le groupe « Jabhat al-Nusra », ayant prouvé son « leadership » ravageur, sur la liste des organisations terroristes internationales.

4. La réduction du niveau de la représentativité US à la quatrième réunion des  « Ennemis de la Syrie » le 12 Décembre à Marrakech, ne serait-ce que par l’absence d’Hillary Clinton.

5. Le laxisme apparent dans la mise en place des missiles Patriot, lesquels seront finalement positionnés à distance de la frontière syrienne.

6. Le recul sur les allégations mensongères quant au recours à l’usage d’armes chimiques prétendument envisagé par les autorités syriennes, pour absence de preuves concluantes en faveur d’une telle intention.

7. L’assurance réitérée que ni les États-Unis, ni l’Occident en général, n’avaient pris la décision d’une intervention militaire en Syrie.

III. Ces contradictions, qui n’ont pas manqué de susciter l’indignation du ministre russe des Affaires étrangères, M. Sergueï Lavrov, surtout quand ils ont déclaré reconnaitre la « Coalition de l’opposition syrienne » comme la représentante légitime du peuple syrien [déclaration d’Obama la veille de la Conférence de Marrakech lors d’une interview sur la BBC] et ont invité son président fraichement élu à se rendre à Washington, soulèvent la question de savoir quelles sont leurs véritables intentions, ou plutôt quels sont les moyens dont ils pourraient encore disposer pour arriver à leur fin. Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de rappeler les fondamentaux établis suite à 21 mois d’une agression incessante contre l’État et le peuple syriens :

1. L’incapacité des États-Unis et de tous leurs alliés à renverser le gouvernement syrien, à moins d’une intervention militaire directe devenue quasi impossible, ou de la poursuite de la guerre indirecte par terrorisme interposé et mené par des groupes armés, financés et entraînés par des forces qui leur sont inféodées.

2. L’épuisement des cibles syriennes à détruire, maintenant que la machine infernale US a tué et détruit tout ce qu’elle pouvait atteindre comme infrastructures économiques et sociales ; ce qui a échappé étant immunisé et relativement hors de portée.

3. La combativité, l’unité, la discipline et l’endurance de l’Armée syrienne capable de poursuivre son combat défensif et d’empêcher les groupes armés de garder leurs positions prétendument libérées.

4. Le rejet des insurgés et des terroristes par le peuple syrien, dont certaines catégories sont arrivées jusqu’à réclamer et à obtenir des armes pour la défense de leur terre contre ces « étrangers » ; raison supplémentaire qui rend difficile, voire impossible, le maintien des groupes armés dans les régions momentanément occupées ou à occuper.

IV. De tout ce qui précède, nous pouvons comprendre et imaginer la position des USA face à ladite « crise syrienne », position fondée sur les éléments suivants :

1. La conviction que le gouvernement syrien restera sur ses positions quelle que soit l’intensification criminelle de « leur machine à tuer », et que la poursuite de l’action armée n’aboutira qu’à plus de morts et de destructions sans rien changer aux résultats politique ou stratégique.

2. L’absence de garantie quant au maintien futur des alliances actuelles anti-syriennes, surtout si l’incendie se propageait dans une région correspondant en grande partie à leurs zones d’influence, à commencer par les pays du Golfe et la Turquie. Le Prince Talal bin Sultan n’a-t-il pas déclaré que l’Arabie saoudite serait la prochaine victime du « prétendu printemps arabe » ? Et David Oglou n’a-t-il pas renchéri, à la Conférence de  Marrakech, que la situation syrienne est une menace pour les pays voisins ? Par conséquent, les dirigeants US devraient avoir bien compris que ce qu’ils pourraient obtenir par la négociation aujourd’hui, leur échapperait en grande partie s’ils s’en remettaient à plus tard !

3. La nécessité de continuer à travailler avec les Frères Musulmans en tant qu’alliés préférentiels, drapés de bannières islamiques, mais soumis à leurs diktats, et disposant d’une large base populaire qui pourrait « faire avaler » aux arabes, aux palestiniens et aux musulmans, de quoi liquider la cause palestinienne selon les conditions américano-sionistes.

C’est pourquoi, nous ne voyons pas de contradictions dans le comportement des Etats-Unis, mais plutôt une certaine complémentarité qui leur permettrait de jeter les bases d’une solution momentanément satisfaisante, puisqu’ils sont désormais condamnés à négocier.

Ce serait de réussir à mettre en place un nouveau pouvoir réservant des postes clés à des Frères musulmans, puisqu’il s’avère difficilement réalisable qu’une majorité du peuple syrien leur permette de le monopoliser par les urnes. Ainsi, disposant de leur droit de veto, les USA pourraient, au minimum, désactiver n’importe quelle décision future qui irait à l’encontre de leurs intérêts. D’où l’utilité de la « Coalition des frérots opposants » et du Haut commandement militaire des mêmes frérots… Autant se partager un pouvoir qu’on ne peut exclusivement s’accaparer dans l’immédiat !

Par conséquent, nous disons tout simplement que la « solution négociée » voulue par les dirigeants US est de passer outre la volonté d’une grande majorité du peuple syrien et de la sacro-sainte démocratie ; une solution qui garantirait aux Frères Musulmans le pouvoir décisionnel, même si les urnes en décidaient autrement.

Pour y arriver, les USA ne sont pas prêts à lâcher ni pressions politiques, ni opérations militaires criminelles et ce, dans un délai qui semble avoir été fixé jusqu’au printemps prochain sans révision aucune !

Dr Amin Hoteit

14/12/2012

Article original : Sham Times

http://shamtimes.net/news_de.php?PartsID=1&NewsID=5550

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca 

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

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Plus d’une centaine de milliers de personnes ont manifesté au Caire et des dizaines de milliers d’autres se sont rassemblées hier 11 décembre dans d’autres villes égyptiennes contre le référendum prévu le 15 décembre sur la constitution islamiste. Promue par le président Mohamed Morsi et les Frères musulmans, la nouvelle constitution entérine l’autorité de l’armée.

Le week-end dernier, une déclaration publiée par Morsi a affirmé que le vote sur la constitution aurait bien lieu.

Les manifestants au Caire ont franchi une barrière de béton érigée par l’armée devant le palais présidentiel. Ils ont renversé des blocs de béton au moyen de chaînes tandis que des centaines de soldats se rapprochaient davantage des murs du palais. A Alexandrie, des milliers ont protesté et, dans les deux villes, des manifestations rivales ont été organisées par les partisans de Morsi.

Des manifestations anti-Morsi ont aussi eu lieu à Suez, à Mahalla et à Port Saïd. Les quartiers généraux des Frères musulmans à Alexandrie et à Mansoura ont été ravagés et incendiés dans le cas de Mansoura. Les Frères ont officiellement demandé que l’armé protège son principal quartier général au Caire.

Les combats entre des partisans des Frères et des manifestants anti-Morsi ont fait rage à Mahalla, un centre de l’industrie textile égyptienne, en faisant 300 blessés. Il y a également eu des affrontements à Port Saïd.

La police a à plusieurs reprises tiré des gaz lacrymogènes près de la Place Tahrir alors que les manifestants continuaient d’affluer en grand nombre.

Le journal britannique The Guardian a cité Haytham Mohamedeen des Socialistes révolutionnaires égyptiens disant que les protestations visaient à « mettre fin à l’oppression et à affronter la nouvelle dictature de Morsi. » Alors que ce porte-parole des Socialistes révolutionnaires pseudo-gauches n’est pas allé jusqu’à réclamer le renversement de Morsi, d’autres manifestants l’ont fait. Le slogan de la révolution de 2011 qui avait fait chuter le dictateur soutenu par les Etats-Unis, Hosni Moubarak, « Le peuple veut la chute du régime » a résonné au Caire et dans d’autres villes, dont Alexandrie et Suez.

Au cours de ces dernières semaines une répression de plus en plus brutale a été menée conjointement par les nervis des Frères musulmans et les services de police et de sécurité. Tôt mardi matin, des dizaines d’hommes armés et masqués ont attaqué des manifestants anti-Morsi sur la Place Tahrir, en blessant neuf avec des décharges de chevrotine. Deux manifestants ont été blessés à la poitrine et un dans l’aine. Des cocktails Molotov ont aussi été lancés. Des véhicules de police ont encerclé la place dans le centre-ville du Caire.

La semaine passée, des affrontements devant le palais présidentiel ont fait des centaines de blessés et cinq morts, alors que des unités de style militaire des Frères ont matraqué les manifestants et tiré des coups de feu pendant 15 heures de batailles de rue. L’Associated Press a cité des rapports selon lesquels 12.000 partisans de Morsi ont attaqué quelques milliers de manifestants. Un centre de détention a été mis en place sous les yeux de la police et près d’un mur mitoyen avec le palais. Près de 140 manifestants anti-Morsi ont été détenus et torturés pour obtenir d’eux de fausses confessions d’être des agents à la solde d’Israël.

Lundi, une étape majeure a été franchie en vue de l’imposition d’un régime militaire avec l’entrée en vigueur d’un décret présidentiel – la loi 107 – autorisant l’armée à arrêter des civils et à protéger les « installations vitales de l’Etat » jusqu’à l’annonce des résultats du référendum de samedi. Le décret octroie à l’armée « tous les pouvoirs des magistrats, » en reprenant les dispositions de la constitution de Morsi qui permet à l’armée de juger des civils pour des crimes « portant atteinte aux forces armées. »

Même avec le soutien de l’armée, Morsi se trouve dans une situation précaire compte tenu de l’opposition grandissante contre son régime. C’est pourquoi il a été obligé de renier temporairement sa promesse d’imposer les coupes substantielles dans les dépenses et les hausses d’impôts exigées par le Fonds monétaire international en échange d’un prêt de 4,8 milliards de dollars prévu pour le 19 décembre en plus de 2 milliards de dollars supplémentaires de la Banque mondiale.

La décision suscitera très certainement l’inquiétude des Etats-Unis et d’autres puissances impérialistes dont Morsi dépend autant qu’il dépend de l’armée égyptienne.

Morsi et les Frères sont considérés être des alliés clé de Washington au Moyen-Orient, comme le montre le rôle clé qu’ils ont déjà joué en Tunisie, en Libye et en Syrie. Ils sont perçus comme un mécanisme politique clé pour contrôler et réprimer la classe ouvrière en Egypte.

Un élément crucial de l’appel lancé par Morsi aux Etats-Unis et aux autres puissances occidentales est son engagement à procéder à des réformes économiques qui profiteront aux investisseurs internationaux de l’Egypte. Il appelle ses propositions en faveur d’un contrôle privé de l’économie, « une limite du rôle de l’Etat » et la réduction drastique des subventions sociales son « programme de Renaissance. »

Dimanche, le premier pas de cette « Renaissance » a été annoncé sous la forme d’un décret présidentiel imposant des augmentations d’impôts sur plus de 50 produits, dont le carburant, l’électricité, l’acier, le ciment, les cigarettes et l’alcool. Mais, dès le lendemain, Morsi a suspendu les augmentations d’impôt par une annonce faite à 14 heures sur sa page Facebook dans le but d’étouffer la dissidence politique parce que, a écrit Morsi, il avait « senti le pouls de la rue et est conscient du lourd fardeau qu’ont à porter les citoyens égyptiens en ces temps de crise économique. »

Mardi, le FMI a annoncé que le prêt prévu serait retardé d’un mois mais a souligné que c’était en réponse à une demande de l’Egypte. Le ministre des Finances, Mumtaz al-Said, a dit que le report, et non l’annulation, des « mesures requises » visait à laisser suffisamment de temps pour expliquer à la population égyptienne les mesures d’austérité amèrement opposées.

Les Etats-Unis n’ont en aucune manière abandonné Morsi. Cette semaine le gouvernement Obama a affronté des Républicains s’opposant à son intention d’honorer son engagement de livrer 20 avions de chasse F-16 dans le cadre d’un plan d’aide d’un milliard de dollars datant d’avant la chute d’Hosni Moubarak et prévu pour janvier 2013.

Le porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Wesley Miller a dit que la décision était indispensable compte tenu que les relations de défense entre les Etats-Unis et l’Egypte « ont servi pendant plus de trente ans de pierre angulaire à notre partenariat stratégique plus large. »

Le responsable du Département d’Etat, Andrew Shapiro, a ajouté, « Nous avons continué de compter sur l’Egypte pour soutenir et promouvoir les intérêts américains dans la région, y compris la paix avec Israël, pour faire face aux ambitions iraniennes, pour interdire la contrebande et soutenir l’Irak. »

Le Front de Salut national de l’opposition qui est dirigé par des figures bourgeoises telles Mohamed El-Baradei et Amr Moussa, a déclaré vouloir boycotter le vote sur la nouvelle constitution. Mais, il ne demande rien de plus qu’un arrangement avec les Frères et l’armée et qui garantira que les couches du patronat pour lesquelles il s’exprime bénéficieront d’une position d’autorité au sein de l’appareil d’Etat et participeront à l’exploitation de la classe ouvrière.

C’est pourquoi, le communiqué officiel du Front s’est plaint de ce que la décision de Morsi « ne causerait que davantage de division et de polarisation, » plutôt que de souligner ses implications antidémocratiques. El-Baradei est passé à la télévision pour ne demander qu’un report de deux mois du référendum.

Alors même que les manifestants se regroupaient en masse sur la Place Tahrir et devant le palais présidentiel, des articles de presse égyptiens ont commencé à circuler selon lesquels l’armée avait réclamé des pourparlers entre Morsi et l’opposition dans le but de mettre un terme aux protestations et de garantir que le référendum aurait bien lieu samedi.

Le général Abdel Fattah al-Sissi, ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées de par la constitution intérimaire militariste de l’Egypte, a été cité sur la page de Facebook de l’armée pour avoir déclaré, « Le chef de l’armée et le ministre de la Défense demandent une réunion dans l’intérêt de l’Egypte et qui réunira les partenaires nationaux en présence du président de la République. »

Parmi ceux qui ont été invités à assister aux pourparlers convoqués mercredi 12 décembre 2012 à 16 heures 30 au Air-Defence Hall, dans le village olympique de l’Egypte dans le nouveau district du Caire, on compte le gouvernement, des juges et « toutes les forces politiques. »

Hamdeen Sabahi du parti nassérien La Dignité, souhaitant ne pas donner l’impression de renoncer à s’opposer au référendum, a dit craindre que sans un programme précis, il y avait le risque que les pourparlers ne seraient qu’un exercice de relations publiques. Il a remis à aujourd’hui une prise de décision définitive de participer ou non.

Dans le même temps, il a déclaré, « L’armée égyptienne est une grande armée qui est hautement appréciée de tous les Egyptiens. Nous la respectons elle et les efforts qu’elle entreprend. »

L’on s’inquiétait de toute évidence que de tels pourparlers, sous les auspices de l’armée et à peine trois jours avant la tenue du référendum, ne provoquent une réaction de colère de la part de millions de travailleurs et de jeunes opposés à Morsi et étant actuellement regroupés derrière le Front de Salut national. Ceci a incité l’agence de presse officielle égyptienne MENA à souligner que les pourparlers seraient un « dialogue [non politique] avec tous les partenaires nationaux » et « un message de réconfort pour le peuple égyptien. »

Chris Marsden

Article original, WSWS, paru le 12 décembre 2012

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La situation en Syrie résulte pour l’essentiel d’une agression extérieure.

La Syrie est en état de guerre latent avec Israël et les USA depuis des décennies.      La crise paroxystique actuelle, imposée par les dirigeants étatsuniens, atteint un niveau de cynisme dans la barbarie et le viol de la légalité internationale rarement égalé dans la longue suite d’ingérences, d’agressions et de guerres qu’ils mènent sans interruption, notamment depuis la fin de seconde guerre mondiale.

Cet irrespect continu de la légalité internationale et de la Charte des Nations Unies a conduit les dirigeants étasuniens à ne plus tenir compte, de plus en plus souvent, des usages et des règles diplomatiques dans les relations entre Etats souverains, que la civilisation a historiquement  construits au cours des siècles. Ce choix de la loi de la jungle en matière géopolitique  est totalement approuvé et reproduit par leurs vassaux  occidentaux, parmi lesquels les Sarkozy, Fabius, Hollande et Juppé sont aujourd’hui les plus zélés.   Cette réalité concrète qui s’aggrave au fil des ans et que nul anti-impérialiste ne peut ignorer, a imposé à la Syrie souveraine de se doter d’un pouvoir  d’État particulièrement solide, certes imparfait et non dépourvu de défauts, mais qui lui a permis de se maintenir  et de rester aujourd’hui le seul pays arabe laïque véritablement indépendant du Moyen-Orient, capable de résister au vandalisme euro-atlantique, sioniste et occidentaliste, qui assassine en symbiose avec l’islamisme radical le plus rétrograde.

Refusant la vassalisation ou le démantèlement de leur pays, le gouvernement anti-impérialiste de la République arabe syrienne et le peuple qui, majoritairement, le soutient activement, mènent aujourd’hui une lutte acharnée dans laquelle ils résistent opiniâtrement à une guerre d’agression extérieure. Celle-ci, prévue et préparée de longue date par les différentes administrations américaines, est menée par une alliance qui associe les forces conjuguées des barbaries occidentaliste et  sioniste avec celle des mercenaires djihadistes wahhabites, salafistes et takfiristes.   Dans cette agression, le poids spécifique des  collabos de l’armée syrienne « libre » est secondaire par rapport à celui des bandes terroristes venues de l’étranger. Ils apparaissent comme une force d’appoint dont le rôle est de faire illusion,  de donner une couleur locale et à servir d’alibi syrien à une intervention extérieure.

Malgré la gravité de l’ingérence euro-atlantique et l’inhumanité de cette guerre d’agression financée par les milliards du Qatar et de l’Arabie Saoudite, malgré les trahisons rémunérées ou l’occupation partielle du territoire national par Israël qui prétend annexer le plateau du Golan, les Syriens, sous la conduite de leur gouvernement légitime, se sont tout de même engagés dans un processus difficile de démocratisation de leur société, conjugué avec le développement de la résistance pour l’indépendance, la  souveraineté, la laïcité et le refus de la guerre civile interconfessionnelle.

Depuis près de deux ans, nous assistons à la recherche d’un renforcement méthodique de la souveraineté populaire en Syrie, à l’inverse de ce qui se passe en France comme dans les autres pays vassalisés de l’Euro dictature, dans lesquels les oligarchies financières détruisent les Etats-nations, la démocratie et la souveraineté des peuples,  tout en imposant à ceux-ci une régression sociale qu’elles aggravent en permanence.

Dans son discours du 30 mars 2011 devant l’Assemblée du Peuple, le président Bachar Al Assad a manifesté une volonté réformatrice que depuis, il n’a cessé de mettre en pratique par étapes, en dépit des obstacles que le contexte de guerre  multiplie inévitablement dans le domaine particulièrement complexe du développement des libertés démocratiques.

Une résistance patriotique accompagnée d’un processus de réformes démocratiques.

Soulignons-en notamment les étapes suivantes :   En juillet 2011, le parlement syrien a établi le pluralisme politique, et rendue légale l’existence de partis d’opposition, dirigés par des responsables dont certains ont été emprisonnés à une autre époque.

Le 26 février 2012, une nouvelle Constitution syrienne a été adoptée par référendum avec 89,4% de oui et la participation de 57,4 % du corps électoral, malgré la situation marquée par les massacres, les attentats et les menaces terroristes. Cette constitution, en abolissant  la suprématie autoritaire du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle,  a été  voulue par Assad qui a manifestement entrepris de faire évoluer  un système politique dont il tend à se différencier au profit de la promotion d’un vaste rassemblement patriotique, permettant de mettre fin à la guerre et de conduire et d’approfondir la réforme annoncée.

Le 7 mai 2012, des élections législatives ont été organisées. Elles ont connu une participation de 51,36%, chiffre important compte tenu du contexte difficile. Si le bloc « Unité nationale » soutenant le président Bachar al-Assad a remporté ces élections, il convient  de noter que des membres de l’opposition démocratique ont été élus, ce qui représente une avancée significative dont on peut prévoir qu’elle aura des suites.

Le 23 juin 2012, un nouveau gouvernement a été constitué en Syrie, dans lequel ont été intégrés deux membres de l’opposition fidèles à la nation : Qadri Jamil et Ali Heidar, qui président le Front populaire pour le Changement et la Libération, créé en juillet 2011 (ce mouvement, rassemblant des communistes et des patriotes progressistes, a participé aux élections législatives du mois de mai ; il agit pour des réformes tout en condamnant la violence et en s’opposant  à toute intervention ou ingérence étrangère).

Qadri Jamil, élu de l’opposition démocratique à l’Assemblée du Peuple (élections législatives du 7 mai), provenant de la mouvance communiste, a été nommé vice-premier ministre pour les Affaires économiques,  ministre du Commerce intérieur et de la protection des consommateurs, tandis qu’Ali Haïdar est devenu ministre d’Etat pour les Affaires de la Réconciliation nationale, charge à partir de laquelle il apporte depuis une contribution particulièrement utile au rassemblement populaire.

Les 22 et 23 septembre 2012, le congrès d’une coordination de l’opposition regroupant 20 partis et des cadres politiques de l’opposition a pu se tenir à Damas, en présence notamment des ambassadeurs de Russie et de Chine.

A différentes reprises le Président syrien a  préconisé un dialogue national  avec l’opposition  démocratique, afin de rechercher une possible solution politique consensuelle à la crise… C’est bien, il faut le souligner, cette opposition récemment reçue à Moscou qui continue à refuser jusqu’ici des pourparlers patriotiques. Elle est stimulée dans ce refus du débat souverain,  par les ingérences et les manipulations des provocateurs occidentaux du type Juppé – Fabius, ce dernier allant jusqu’à appeler au meurtre du chef de l’Etat syrien.

Le général libanais Michel Aoun, président du courant patriotique libre libanais, a pu récemment  affirmer avec pertinence  que la Syrie est « plus proche de la démocratie que n’importe quel pays arabe ». Il a mis d’ailleurs en garde contre un renversement du régime d’Assad qui constituerait « un prélude à une guerre mondiale ».

Un patriote laïque et réformateur, un combattant anti-impérialiste de stature internationale

Homme d’Etat charismatique, courageux et opiniâtre, le Président de la République arabe syrienne apparaît dans le monde aux esprits libres, émancipés de la pensée unique, comme  un dirigeant anti-impérialiste conséquent, de la stature des dirigeants qui ont marqué la lutte anti colonialiste du 20ème siècle

Il conduit, dans des conditions différentes, un combat manifestement solidaire avec celui d’Hugo Chavez et du peuple du Venezuela, pour ne prendre qu’un exemple. Les anti-impérialistes qui, dans le monde, n’ont pas accepté la diabolisation par les médias occidentaux prostitués de Fidel Castro ou de Chavez, ne doivent pas davantage endosser la fausse image d’un Bachar Al Assad autocrate sanguinaire que tend à imposer la guerre idéologique.

Manifestement, Bachar Al Assad est  soutenu par la majorité des Syriens ; il apparaît comme le plus apte à construire la victoire militaire et politique sur les agresseurs impérialistes et leurs collabos et mercenaires. Il est aussi le plus déterminé à rassembler le peuple-nation  agressé autour d’une politique réformatrice de défense de la souveraineté et de l’indépendance nationales, d’essor des libertés démocratiques et de progrès.

Ne faut-il pas considérer en outre, que le combat imposé à la Syrie, son gouvernement et à son peuple patriote, place objectivement cet Etat nation à l’avant-garde de la défense de la cause des peuples du monde ? La Syrie souveraine est en réalité un avant-poste stratégique de la lutte contre l’asservissement des nations et pour la liberté de l’ensemble des peuples du monde. Ceux-ci sont aujourd’hui tous  vassalisés, opprimés ou sous le coup de la menace étasunienne d’agression et de guerre, relayée par le bloc euro-atlantique et occidentaliste et ses divers agents.

Si, ce que nous ne croyons pas,  la Syrie anti-impérialiste et laïque  venait à tomber, cela représenterait manifestement une défaite de l’Iran, de la Russie et de la Chine. La Syrie résistante est un verrou qui, d’une certaine façon, protège  ces pays  dont elle retarde l’agression programmée. Ces trois pays sont en effet aujourd’hui encerclés par de multiples bases militaires, et visés par des dispositifs bellicistes divers aux mains des dirigeants étasuniens qui installent aussi, nous le savons, des systèmes antimissiles avec la prétention de se rendre invulnérables.

La Syrie et son peuple triompheront, nous en sommes convaincus, de la sauvagerie américaine. Mais dans le cas contraire, il s’agirait aussi de notre propre défaite, celle de tous citoyens pacifiques du monde, celle de l’ensemble des peuples et des nations opprimés et vassalisés. Comme l’a souligné avec d’autres le général Aoun, cela ouvrirait le chemin vers une nouvelle guerre mondiale.

C’est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui se joue en Syrie et pas seulement celui du peuple de ce pays. L’avenir de l’Etat syrien, le choix de ses dirigeants qui relèvent exclusivement de la souveraineté populaire et de l’indépendance nationale, doit être décidé en Syrie et, nulle part ailleurs, ni à Washington à Tel Aviv, Paris ou dans toute autre capitale.

La question sociale et la question nationale sont inséparables

Les communistes et les progressistes syriens ont dénoncé des privatisations et à travers elles, l’influence envahissante ces dernières années, du FMI et du néolibéralisme sur la politique économique du pays, en même temps que leurs conséquences antisociales, qui ont provoqué un mécontentement populaire naturellement exploité par l’opposition – légitimement ou de manière démagogique.

L’actuelle recherche, dans le peuple syrien, d’une démarche de de rassemblement autour de la préservation de l’Etat-nation laïque permettant de triompher de la guerre d’agression, sera peut-être l’occasion pour les patriotes de conjuguer l’intérêt national, la souveraineté populaire, le développement des libertés démocratiques avec une politique de reconstruction économique incluant le progrès social.

Cette situation particulière n’est pas sans rappeler le cheminement héroïque qui a conduit pendant la seconde guerre mondiale, à la constitution en France du Conseil National  de la Résistance et à l’élaboration de son programme.

Claude Beaulieu

Geneviève Blache

Le Comité Valmy est une organisation pluraliste : Claude Beaulieu y appartient à la sensibilité communiste, Geneviève Blache est gaulliste, elle anime aussi le collectif Résistance et Renouveau Gaullien.

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Ouragans, typhons, canicules… les sécheresses, les pluies torrentielles, les inondations… de plus en plus puissantes, de nouveaux records battus. Il faut faire quelque chose, bien sûr. Sauf si vous ne croyez pas du tout que tout ça soit le résultat d’une activité humaine. Mais même s’il n’existe qu’une faible probabilité que ces changements soient provoqués par l’effet de serre, ne serait-il pas pour le moins évident que nous devrions appliquer le principe de précaution ? Trop de choses sont en jeu. Comme la civilisation telle que nous la connaissons. Les émissions de gaz carboniques dans l’atmosphère doivent être grandement réduites.

Les trois problèmes les plus importants auxquels sont confrontés les malheureux et fragiles habitants de cette planète solitaire sont le changement climatique, la crise économique, et la violence des guerres. Il est de mon triste devoir de révéler que les Etats-Unis d’Amérique sont le principal coupable pour chacun de ces problèmes. Étonnant, n’est-ce pas ?

Pourquoi Barack Obama ne mène-t-il pas une lutte contre le changement climatique avec le même zèle qu’il mène des guerres ? Pourquoi ne cherche-t-il pas à punir les banquiers et boursicoteurs américains responsables de la calamité financière avec autant de zèle qu’il cherche à punir Julian Assange et Bradley Manning ?

Dans les deux cas, il place l’intérêt des entreprises au-dessus de tout. Toutes les amendes et pénalités ne convaincront pas les dirigeants d’entreprise de modifier leur comportement. Seul un séjour en prison pourrait faire pousser un truc qui leur manque et qui a la forme d’une conscience sociale.

Seule l’inculpation de George W. Bush, Dick Cheney et leurs complices dans les bombardements et les tortures pourra décourager d’autres va-t-en guerres américains de suivre leur chemin sanglant.

Le résultat de la récente élection ne pourra qu’encourager Obama. Il l’a probablement interprété comme un soutien à sa politique, bien que seulement 29,3% des électeurs potentiels ont réellement voté pour lui. Et un nombre inconnu, mais sûrement significatif, de ceux qui ont voté pour lui l’ont fait en se pinçant le nez tout en votant pour le moindre mal. Ce qui n’est pas vraiment le signe d’un ralliement.

La semaine dernière le Sommet sur le Changement Climatique s’est tenu à Doha, au Qatar. Les commentaires exprimés par de nombreux militants (par opposition aux représentants officiels de gouvernements) avaient un côté fin du monde… « Il sera bientôt trop tard… Il est déjà trop tard… le climat a déjà changé… L’ouragan Sandy, la montée du niveau des océans, le pire est encore à venir. » Le protocole de Kyoto est encore à ce jour le seul traité international qui prévoit des réductions dans les émissions de gaz à effet de serre. Pour de nombreux écologiques, il s’agit d’une pierre de touche. Mais les Etats-Unis ne l’ont jamais ratifié. Lors des conférences précédentes à Copenhague et à Durban, les Etats-Unis ont bloqué d’importantes initiatives globales et n’ont pas tenu certaines promesses vitales.

A la conférence de Doha, les Etats-Unis ont été sévèrement critiqués pour n’avoir pas pris la tête de la lutte pour la protection de la planète, surtout qu’ils sont le plus gros contributeur historique aux émissions à effet de serre. (« le voyou le plus obtus dans cette salle » a déclaré l’écologiste indien, Sunita Narain, (2))

Ce qui motive les représentants US, aujourd’hui autant qu’hier, depuis toujours, c’est le profit des entreprises. Réduire les émissions de gaz à effet de serre peut réduire les profits. Voilà un bon épitaphe sur la pierre tombale de la planète. Shamus Cooke, dans un article publié sur Zspace, le résume bien : « Ainsi, si les énergies renouvelables ne sont pas aussi rentables que le pétrole – et elles ne le sont pas – la majorité des investissements capitalistes continuera à être consacré à la destruction de la planète. C’est vraiment aussi simple que ça. Même le capitaliste le mieux intentionné ne jettera pas son argent par la fenêtre dans des investissements à rendement nul. »

Une histoire brève des Superpuissances

Du Congrès de Vienne en 1815 au Congrès de Berlin en 1879 et à l’invasion de la Russie par les « Alliés » en 1918 et jusqu’à la formation de ce qui devint l’Union Européenne dans les années 50, les grandes puissances européennes et le monde entier se sont réunis dans des grandes salles et sur les champs de bataille pour définir les règles de l’exploitation capitaliste de l’Amérique latine, de l’Asie et de l’Australasie, pour évangéliser et « civiliser », pour redessiner les frontières, et pour détruire des révolutions et autres menaces à leur hégémonie. Et elles ne plaisantaient pas. En 1918, par exemple, quelques 13 pays, dont la France, la Grande-Bretagne, la Roumanie, l’Italie, la Serbie, la Grèce, le Japon et les Etats-Unis, se sont unis pour mener une invasion militaire de la Russie pour, selon la charmante expression de Winston Churchill, « étrangler dans le berceau » l’état Bolchevique qui venait de naître.

Et après la Deuxième Guerre mondiale, et sans le moindre égard pour ceux qui ont combattu et sont morts pour gagner cette guerre, les puissances occidentales, à l’exception de l’Union Soviétique, ont crée l’OTAN. L’OTAN, avec l’Union Européenne, s’est ensuite alliée avec les Etats-Unis pour mener la Guerre Froide et empêcher les communistes et leurs alliés d’accéder au pouvoir par des moyens légaux en France et en Italie. Leur partenariat s’est poursuivi après la fin de la Guerre Froide. Les Etats-Unis, l’Union Européenne, et l’OTAN sont chacun une superpuissance, avec des structures militaires et des politiques étrangères étroitement intégrées – pratiquement tous les membres de l’OTAN en Europe sont aussi membres de l’UE ; pratiquement tous les membres de l’OTAN ont envoyé des soldats sous commandement de l’OTAN et/ou des Etats-Unis en Irak, en Afghanistan, aux Balkans et ailleurs.

Ensemble, cette Sainte Trinité a démantelé la Yougoslavie, a envahi et dévasté l’Afghanistan et l’Irak, estropié l’Iran, Cuba et d’autres pays avec des sanctions, reversé le gouvernement libyen, et sont sur le point de refaire la même chose en Syrie. Une bonne partie des justifications avancées par la Trinité pour tous les ravages avaient un rapport avec le terrorisme islamique, mais il faut noter qu’avant les interventions en Irak, en Libye et en Syrie, ces trois pays étaient des états modernes et laïques. Ces peuples malheureux retrouveront-ils un jour leurs vies d’antan ?

En éliminant la gauche en France et en Italie, et plus tard en déstabilisant les gouvernements de la Libye et de la Syrie, la Sainte Trinité s’est étroitement alignée sur les terroristes et les méthodes terroristes, à un point étonnant (3). Rien qu’en Syrie, il serait difficile de nommer un seul groupe terroriste du Moyen-orient associé à Al-Qaeda – avec leurs méthodes habituelles d’attentats aux voitures piégées et aux kamikazes – qui ne participe pas à la guerre contre le Président Assad avec le soutien de la Trinité. Existe-t-il quelque chose – sur le plan juridique ou moral – que la Trinité considère hors de sa juridiction ? Un lieu qui échapperait à son mandat géographique ? La Grande-Bretagne et la France ont rejoint la Turquie et les états de la péninsule arabique pour reconnaître la nouvelle coalition de l’opposition comme unique représentant du peuple syrien. « Du point de vue du droit international, ceci est totalement inacceptable, » a déclaré le Premier Ministre Russe, Dmitry Medvedev. « La volonté de changer le régime politique d’un autre état en reconnaissant une force politique comme seul détenteur de sa souveraineté ne me semble pas vraiment civilisé. » Le premier pays occidental à reconnaître la nouvelle coalition fut la France, rapidement suivie par la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Union Européenne. (4) L’étau se resserre.

Ces dernières années, l’Union Européenne connaît une crise financière, et sa première préoccupation a été de sauver les banques et pas ses citoyens, ce qui a provoqué des appels de citoyens de certains états membres à quitter l’Union. Je pense que la dissolution de l’Union Européenne serait bénéfique pour la paix dans le monde car elle priverait les gangsters des US/NATO d’un complice fiable et chaque pays membre retrouverait son indépendance en matière de politique étrangère.

Nous pourrions ensuite nous occuper de nous débarrasser de l’OTAN, une organisation dont la raison d’être actuelle est non seulement douteuse, mais dont la raison d’être depuis toujours n’a jamais été autre que celle de servir d’exécuteur des basses œuvres de Washington. (5)

Les Nations Unies votent sur l’embargo contre Cuba – 21 ans de suite.

Pendant des années, les dirigeants politiques et médias américains aimaient bien qualifier Cuba de « paria international ». On ne l’entend plus. Peut-être à cause du vote annuel à l’Assemblée Générale des Nations Unies sur la résolution intitulée ainsi : « La nécessité de cesser l’embargo économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis d’Amérique contre Cuba ». Voici le résultat des votes :

 

Année

Date

Pour

Contre

Abstention

Pays votant contre

1992

24 Novembre

59

2

72

Etats-Unis, Israel

1993

3 Novembre

88

4

57

Etats-Unis, Israel, Albanie, Paraguay

1994

26 Octobre

101

2

48

Etats-Unis, Israel

1995

2 Novembre

117

3

38

Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan

1996

12 Novembre

137

3

25

Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan

1997

Octobre

143

3

17

Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan

1998

Octobre

157

2

12

Etats-Unis, Israel

1999

Novembre

155

2

8

Etats-Unis, Israel

2000

Novembre

167

3

4

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall

2001

Novembre

167

3

3

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall

2002

Novembre

173

3

4

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall

2003

Novembre

179

3

2

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall

2004

Octobre

179

4

7

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau

2005

Novembre

182

4

1

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau

2006

Novembre

183

4

1

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau

2007

Novembre

184

4

1

Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau

2008

Octobre

185

3

2

Etats-Unis, Israel, Palau

2009

Octobre

187

3

2

Etats-Unis, Israel, Palau

2010

Octobre

187

2

3

Etats-Unis, Israel

2011

25 Octobre

186

2

3

Etats-Unis, Israel

2012

13 Novembre

188

3

2

Etats-Unis, Israël, Palau

 

A chaque automne, le vote à l’ONU nous rappelle que le monde n’a pas complètement perdu ses esprits et que l’empire américain ne contrôle pas complètement l’opinion des autres gouvernements.

Voici comment tout a commencé : le 6 avril 1960, Lester D. Mallory, Secrétaire d’Etat adjoint aux affaire inter-américaines, rédigea une note interne : « la majorité des Cubains soutiennent Castro… Le seul moyen envisageable pour aliéner le soutien interne est de provoquer une déception et une désaffection provoquées par une insatisfaction et des difficultés économiques… toutes les mesures possibles doivent être rapidement mises en oeuvre pour affaiblir l’économie cubaine. » Mallory proposa « une ligne d’action qui… s’attache principalement à priver Cuba d’argent et de fournitures, de faire baisser les salaires nominaux et réels, de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. » (6) Plus tard dans l’année, l’administration Eisenhower instaura l’étouffant embargo contre son ennemi déclaré de toujours.

Remettre les présidents américains dans leur contexte

« Il était une fois un président radical qui a tenté de remodeler la société américaine par des mesures gouvernementales. Au cours de son premier mandant, il créa un vaste réseau de subventions fédérales aux gouvernements d’état et locaux pour des programmes sociaux qui coûtaient des milliards. Il créa une imposante agence chargée du contrôle de la qualité de l’air et de l’eau, et une autre pour celui de la santé et la sécurité des travailleurs. Si le Congrès ne s’était pas mis en travers de son chemin, il aurait accompli beaucoup plus. Il tenta d’instaurer un revenu minimum garanti pour toutes les familles de travailleurs et, pour compléter le tout, proposa un plan de santé national qui aurait offert une assurance d’état pour les familles à bas revenus, et aurait obligé les employeurs à couvrir les travailleurs et imposé des standards aux assurances privées. Heureusement pour le pays, son deuxième mandant fut interrompu et ses rêves collectivistes n’ont jamais vu le jour.

Il s’appelait Richard Nixon. » (7)

(…)

William Blum

The Anti-Empire Reports

Article original en anglais :

Blue_Marble

Climate Change, Economic Crisis and the Violence of War, publié le 11 décembre 2012

Traduction  par VD pour le Grand Soir

Notes

1) Jeanette Winterson, The New York Times, September 17, 2009

2) Democracy Now !, December 7, 2012

3) For France and Italy, see Operation Gladio Wikipedia ; and Daniele Ganser, Operation Gladio : NATO’s Top Secret Stay-Behind Armies and Terrorism in Western Europe (2005)

4) Agence France Presse, November 26, 2012

5) For the best coverage of the NATO monolith, sign up with StopNATO. To get on the mailing list write to Rick Rozoff at r_rozoff@yahoo.com. To see back issues at http://groups.yahoo.com/group/stopnato

6) Department of State, Foreign Relations of the United States, 1958-1960, Volume VI, Cuba (1991), p.885

7) From the review of the book : I am the change : Barack Obama and the Crisis of Liberalism by Charles Kesler. Review by Mark Lilla, The New York Times Book Review, September 30, 2012, p.1

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La reconstitution de l’armée haïtienne

décembre 14th, 2012 by Jeb Sprague

Le Gouvernement haïtien prépare le retour de l’armée haïtienne, pourtant dissoute, qui a été une institution coupable de nombreux crimes perpétrés dans le pays. Au moment, des unités spéciales de la police ont été utilisées pour chasser les victimes du tremblement de terre hors des campements de fortune.

Alors que la société civile et les organisations populaires d’Haïti mènent une campagne contre un éventuel retour de l’ère de la répression duvaliériste, les citoyens américains, dominicains, et français devraient être mis au courant de l’appui historique que leur gouvernement a donné aux forces armées militaires et paramilitaires haïtiennes, ainsi qu’aux forces de sécurité.

La formation d’une nouvelle force militaire moderne a commencé lors de l’occupation nord-américaine entre 1915 et 1934. Une fois que les militaires nord-américains se sont assurés que l’occupation pouvait continuer par procuration, les États Unis se sont retirés de l’île. Au début des années 60, les marines nord-américains ont entrainé les Tonton Macoutes et en ont fait la force paramilitaire redoutée du dictateur François « Papa Doc » Duvalier.

Lorsque le fils de Duvalier, Jean Claude, a pris le pouvoir en 1971, les anciens marines nord-américains ont entraîné et équipé un corps de l’armée brutal appelé les Léopards. Ces instructeurs travaillaient pour une compagnie de Miami, qui était alors sous contractée par la CIA, le tout sous la surveillance du Département d’État Américain. La France a également soutenu le régime duvaliériste.

Dès l’inauguration du premier gouvernement démocratiquement élu d’Haïti, en février 1991, ces criminels paramilitaires de renom sont entrés dans la clandestinité.

Cependant, sept mois plus tard, les forces militaires du pays organisent un coup d’état contre le président élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Une nouvelle organisation paramilitaire se crée, le FRAPH, et lance une vague de terreur sur le pays.

Après des années de mobilisation et de pression sur le gouvernement étatsunien et sur l’Organisation des Nations Unies, la démocratie haïtienne est restaurée en 1994. L’armée (intrinsèquement liée aux paramilitaires) est dissoute et des procédures judiciaires commencent.

Et, pourtant, certains diplomates nord-américains ont exercé de fortes pressions pour l’inclusion de certains anciens militaires à des postes importants dans la nouvelle force de police haïtienne.

Comme le souligne alors l’ONG Human Rights Watch dans un rapport, les États-Unis ont utilisé une partie de cette nouvelle force policière contre les mouvements populaires du pays.

Il convient de souligner également que les forces militaires ont contrôlé pendant des décennies le narcotrafic et, après la dissolution de l’armée, une partie de l’élite et des anciens militaires (dont certains sont aujourd’hui parmi la police) se sont disputé le contrôle du trafic de la cocaïne.

En 2000, un groupe d’anciens soldats connus sous le nom des « Équatoriens » (un groupe d’officiers ayant reçu une formation à Quito, en Équateur, bénéficiant de relations étroites avec les États-Unis) ont démontré comment l’influence étatsunienne sur les forces de sécurité haïtiennes, loin de les réformer, a produit l’effet inverse.  À la fin de l’année 2000, ce groupe a lancé une guerre d’usure paramilitaire sur Haïti.

Plus tard, d’autres se sont rapprochés des paramilitaires, dont de riches leaders d’entreprises de textile haïtiennes, des néo-duvaliéristes, une poignée de fonctionnaires opportunistes du gouvernement haïtien, une partie du ministère dominicain des Affaires étrangères et de l’armée dominicaine.

Les documents récemment déclassifiés grâce au Freedom Of Information Act (FOIA), ainsi que des entretiens ont également révélé le très probable soutien des agences de renseignements étatsuniennes et françaises.

Utilisant la République Dominicaine comme base, les paramilitaires ont pu amplifier leurs opérations meurtrières et, en 2004 ils ont joué un rôle clé dans le coup d’État qui a renversé le deuxième gouvernement d’Aristide.

L’Organisation des États Américains (OEA) et les États-Unis n’ont pas contraint la République Dominicaine à extrader ou à détenir les paramilitaires haïtiens qui utilisaient le territoire dominicain.

Peu de temps après le coup d’état, les procédures judiciaires à l’encontre des paramilitaires ont été suspendues. Les « commanditaires » des escadrons de la mort ont bénéficié d’une totale impunité.

Par la suite, 400 membres de la force paramilitaire ont été incorporés à la police remaniée sous la supervision des États-Unis, de l’ONU et de l’OEA. Nous connaissons aujourd’hui ces informations secrètes de l’ambassade étatsunienne par les révélations de WikiLeaks.

Une certaine inquiétude est exprimée par l’ambassade des États Unis sur les paramilitaires, mais la politique fondamentale n’a jamais été remise en question : les personnes ayant perpétré de crimes graves et ayant renversé un gouvernement démocratiquement élu peuvent être intégrées dans la police sans être tenu responsables de leurs crimes.

Suite au tremblement de terre de 2010 et à la polémique, en 2011 lors de élections de Michel Martelly (allié duvaliériste), une campagne a vu le jour pour recréer l’armée haïtienne. La France a offert son appui financier, le Brésil et l’Équateur ont proposé, quant à eux d’entraîner les troupes.

De récentes études réalisées par société civile ont montré que la grande majorité de la population est en désaccord, voire en profond désaccord avec la reconstitution de l’armée.

Il est temps que les citoyens des États-Unis, France, Canada, la République Dominicaine et d’autres pays se penchent avec attention sur ce que fait leur gouvernement à Haïti.

Le Congrès des États Unis a besoin d’être plus attentif quant aux fonds alloués à Haïti par le Département des Affaires extérieures; à savoir que ces fonds ne portent en aucun cas atteinte à la démocratie de ce pays, et ne servent plus à affaiblir le système judiciaire et à encourager l’impunité pour les criminels duvaliéristes et leurs alliés.

Les mouvements sociaux en France, en République Dominicaine, au Canada, tout comme ceux des États-Unis, doivent demander des comptes aux autorités responsables, de leurs délits à l’étranger. Les mouvements populaires doivent créer et renforcer les liens qu’ils ont avec les mouvements haïtiens, en s’opposant aux coups d’état et à la violence paramilitaire.

Jeb Sprague

Pour plus d’informations, voir ici: http://monthlyreview.org/press/books/pb3003/

Jeb Sprague est l’auteur du nouveau livre, « Paramilitarisme et l’Assaut sur la Démocratie en Haïti »

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Ce qui est en jeu avec la vie de Hugo Chávez

décembre 14th, 2012 by Guillermo Almeyra

Par chance l’opération s’est bien passée mais je ne voudrais pas être à la place des médecins cubains qui ont assumé la responsabilité historique de lutter avec leur science et leur volonté, pour tenter de sauver la vie de Hugo Chavez. Parce que d’eux dépend non seulement la vie d’un homme qui, à sa manière et avec ses limites, lutte vaillamment et inlassablement aux côtés de son peuple et pour son peuple afin d’assurer l’indépendance du Venezuela et l’unité latinoaméricaine face à l’impérialisme, pour l’élimination de la pauvreté et de l’injustice dans son pays et sur le continent et pour l’auto-organisation des opprimés. Mais aussi,  parce que de ces médecins dépendent indirectement à court terme l’économie cubaine, la construction du Mercosur et de l’Unasur, la lutte des classes au Venezuela ainsi que les luttes entre les secteurs et les forces qui , dans le pays, retardent et bloquent le processus de construction du pouvoir populaire et ceux qui, au contraire, essaient de l’ impulser en combattant la bureaucratie et le paternalisme.

Si, avec sa force et son amour de la vie, Chavez entamait sa convalescence,  de toute façon, il pourrait difficilement retrouver ses fonctions le 10 janvier, comme l’exige la Constitution qui octroie un délai de 90 jours, renouvelables, c’est-à-dire six mois pour sa substitution par le vice-président. De plus, ce dimanche auront lieu  les élections législatives et régionales qui détermineront la composition du Pouvoir législatif et des pouvoirs locaux. Même dans le cas favorable où y  triomphe  le chavisme et qu’il  obtienne une confortable majorité parlementaire et le contrôle des principales régions, si une majorité vote, comme on s’y attend,  pour les candidats de Chavez pour assurer la stabilité politique et économique, de toute façon la pression de la droite et de l’impérialisme  en faveur de nouvelles élections présidentielles va s’accroitre. Et les tensions internes et interinstitutionnelles vont augmenter  y compris au sein du  gouvernement et au sein du  chavisme à propos  de quelle politique  suivre, si c’est une forme conciliatrice avec l’opposition et Washington ou une autre  forme d’opposition frontale.

La Venezuela par conséquent, entrera dans une période compliquée puisque Nicolas Maduro n’a pas le charisme du président, et de plus affrontera  toute sorte de sabotage économique, de pression médiatique, du putschisme ouvert ou caché même si Chavez au cours des six mois occupait  de nouveau  sa place , et aussi s’il ne pouvait pas le faire ou, pire encore, s’il ne pouvait  surmonter les conséquences postopératoires.

Chavez et le chavisme s’expliquent par le rejet du peuple vénézuélien des vieux partis liés à l’oligarchie et à l’impérialisme. Ce fut  le Caracazo qui a ouvert le chemin au coup des militaires nationalistes et les a rendus populaires,  et ce fut  le soulèvement du peuple qui a défendu Chávez -contre le coup d’État qui l’avait  destitué et  arrêté- en le réinstallant dans le gouvernement. Chavez est une émanation directe du processus qu’il a appelé révolution bolivarienne, non son créateur ; tout au plus, c’est son promoteur et, parfois, même son frein. Il est également un médiateur et un arbitre irremplaçable entre les différentes forces qui agissent dans le dit processus, qui  vont depuis la « bolibourgeoisie » et la bureaucratie, par la droite, jusqu’aux tentatives d’auto-organisation des paysans, de habitants de quartiers et des travailleurs, par la gauche, avec les forces armées, dont les dirigeants déclarent leur « loyauté » au président, entre les deux secteurs. Son affaiblissement ou sa disparition créeront donc une vacuité que les diverses forces auront l’intention d’occuper.

Chavez est aussi, indiscutablement, le plus décidé et radical des gouvernants latinoaméricains. Dilma Rousseff et Cristina Fernández cherchent en effet la quadrature du cercle, c’est – à – dire, à développer le capitalisme dans leurs pays respectifs, avec les instruments du néolibéralisme à peine modifiés par l’assistanat étatique, pour que n’augmentent pas beaucoup la pauvreté et le chômage,  et elles n’ont pas de plans pour l’avenir immédiat, et bien moins encore, de plans de transformation. De plus, les principaux associés du Mercosur sont en concurrence dans des secteurs importants, et cela empêche que le Mercosur avance puisque la Bolivie et l’Uruguay sont très faibles et l’Équateur a encore une économie dollarisée. Le Venezuela, par conséquent, en partie en vainquant la résistance de la bourgeoisie brésilienne et, dans une  moindre mesure, l’argentine, est le moteur de l’intégration sudaméricaine et, en grande partie, son financier. Sans Chavez, par conséquent, le processus intégrateur pourrait être beaucoup plus complexe et difficultueux.

Cuba, Nicaragua et plusieurs  pays des Caraïbes dépendent, par ailleurs,  du pétrole subventionné que leur octroie le Venezuela bolivarien que Cuba paie avec la participation de ses médecins au sein du service de santé   vénézuélien, ce que la droite vénézuélienne veut éliminer. La Bolivie reçoit aussi des soutiens économiques et des investissements, aussi bien que l’Argentine, qui a avec Caracas des affaires qu’elle ne pourrait  obtenir avec d’autres pays. Tout cela serait en danger si Chavez cessait  de gouverner le Venezuela ou, même, disparaissait brutalement dans le cas où, par des moyens légaux ou illégaux, la droite et ses alliés internes dans le camp chaviste pourraient imposer un virage politique.

Chavez, c’est certain, est le président d’un pays capitaliste, comme le sont tous les pays du monde,  et sa volonté socialiste est par dessus tout déclarative et s’exprime avec beaucoup de contradictions et de confusion. Mais c’est un révolutionnaire qui dirige un processus de révolution démocratique et anti-impérialiste qui, dans l’immédiat,  est menacé par la droite. Le bon sens le plus élémentaire oblige maintenant  tous ceux qui luttent pour la libération nationale et sociale de leurs pays à repousser l’ultra-gauchisme stérile et serrer les rangs avec les travailleurs et le peuple vénézuélien et espérer que les excellents médecins cubains qui s’occupent de lui parviennent à le mettre en conditions d’occuper sa place dans le progrès du Venezuela. Jusqu’à la vie toujours ! Vive la révolution bolivarienne

Guillermo Almeyra

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 14 décembre 2012.

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Guillermo Almeyra : Historien, chercheur et journaliste. Docteur en Sciences Politiques (Univ. Paris VIII), professeur-chercheur de l’Université Autonome Métropolitaine, unité Xochimilco, de Mexico, professeur de Politique Contemporaine de la Faculté de Sciences Politiques et Sociales de l’Université Nationale Autonome de México. Domaine de recherche : mouvements sociaux, mondialisation. Journaliste à La Jornada, Mexique.

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