« Je veux montrer par une série d’exemples comment la justice est injuste. Comment elle est extrêmement sévère et désinvolte avec les pauvres, les faibles, et comment elle est obséquieuse, complaisante, avec les puissants. » Jacques Vergès (« Malheur aux Pauvres » , ouvrage paru en 2006

Jacques Vergès est mort. La première dépêche donne le ton de ce que sera l’information en boucle: Le défenseur controversé de Klaus Barbie est mort. Toute une carrière est résumée en deux mots: une carrière discutable controversée et la défense d’un criminel nazi. Jacques Vergès aura été, comme nous allons le voir, la mauvaise conscience de la justice française du «politiquement correct» et des lignes rouges à ne pas dépasser sous peine de bannissement et de mort sociale Jacques Vergès «l’Avocat du Diable» a tiré sa révérence dans la chambre, même, où Voltaire, est mort.

La similitude, le croyons- nous, n’est pas de mise. «On attribue écrit Zineb Dryef, à tort à Voltaire la phrase «je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire»! Il ne l’a même jamais dit. (…)Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire: «Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus.» (1)

On peut même ajouter que les acteurs du siècle des Lumières étaient, pour certains, des négriers qui avaient des actions dans les compagnies des Indes qui faisaient le commerce du bois d’ébène (Les esclaves noirs) à l’instar de Montesquieu  – le père de l’Esprit des Lois- qui recommandait de faire travailler les noirs en cadence pour  respecter la lenteur de leur cerveau ; Voltaire n’est pas en reste  quand il décrit le noir-« Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lappons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes. Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce. La plupart des Nègres, tous les Cafres, sont plongés dans la même stupidité, et y croupiront longtemps. » (2)

Il y a donc, beaucoup à dire concernant « Le Siècle des Lumières »  qui fut à bien des égards, un Siècle des Ténèbres pour les peuples qui furent éblouis par les lumières  au point d’en avoir perdu la liberté !! L’analogie sur ce plan avec Voltaire n’est pas à l’avantage de Jacques Vergès qui fut de loin plus  engagé que François Marie Arouet dit Volaire.

Qui est Jacques Vergès?

On a tout dit sur Jacques Vergès et sur son parcours atypique. D’entre toutes les passions de Jacques Vergès pour la justice et la liberté deux se distinguent : Retenons d’abord  que c’est un gaulliste de la première heure qui s’est battu pour une certaine idée de la France mais qui a combattu cette France dans sa dimension impérialiste et coloniale. Il ne pouvait accepter que son pays soit occupé, avec pour tout bagage , son baccalauréat et sa jeunesse, il part à Londres rejoindre  de Gaulle  pour se battre, il termine la guerre à moins de vingt ans avec le grade de sous officier. Nous y reviendrons.

Sa deuxième passion fut la lutte pour l’indépendance de l’Algérie : «Le mois d’avril 1957 écrit Franck Johannes, est un tournant. Me Vergès, qui n’a que dix-huit mois d’expérience lorsqu’il est appelé en Algérie pour défendre une jeune militante du FLN, Djamila Bouhired. «Entre les Algériens et moi, ce fut le coup de foudre», a indiqué l’avocat. Avec Djamila aussi, qu’il épousera quelque temps plus tard. La jeune poseuse de bombe est condamnée à mort – puis graciée(…) il n’y a rien à attendre de la connivence des avocats avec des magistrats qui ne représentent que l’ordre colonial. Vergès crache son mépris pour une justice qu’il récuse, et finalement, accuse ses accusateurs. Son courage et son insolence lui valent un an de suspension du barreau, en 1961, mais pour le FLN, c’est un héros.» (3)

La défense de rupture fut en effet, rendue célèbre lors du procès de Djamila Bouhired, le FLN plaçant le combat sur un autre plan que celui du droit colonial. Par la suite, Me Jacques Vergès a formalisé la défense de rupture qui se définit comme la stratégie judiciaire consistant à jouer l’opinion publique contre l’institution de la justice. Ce faisant, il discréditait l’accusation comme raciste et parvenait à atteindre les préjugés de l’opinion publique, flattée de pouvoir prendre la cause d’une erreur judiciaire motivée par le racisme.(4)

Dans le même ordre, écrit Gilles Gaetner «Nous voilà au printemps 1957, en pleine bataille d’Alger. Contestant la légitimité du tribunal, «sourd et aveugle» selon lui, il place la défense de sa cliente dans un cadre algéro-français et non pas dans un cadre franco-français. En clair, aux yeux de l’avocat, l’Algérie constitue déjà une nation.» (5)

L’admirateur de De Gaulle

Rappelons qu’à l’âge de 17 ans, le jeune Vergès s’est engagé aux côtés de De Gaulle à Londres. «Si j’ai rejoint la France libre, c’est que je conservais en moi l’image d’une France idéale, celle que l’école laïque m’a inculquée, mère des arts, des armes et des lois. Je ne pouvais me résigner à ce qu’elle disparût sous la botte allemande.» Si vous lisez les Mémoires de l’amiral Philippe de Gaulle, vous y constaterez que je suis cité parmi ceux dont le Général a approuvé l’action contre la torture, tant du côté du général Pâris de Bollardière que de celui du colonel Barberot. Après le procès de Djamila Bouhired, le général de Gaulle m’a adressé, dans une lettre manuscrite, son «fidèle souvenir». (6)

Justement, Maître Vergès mentionne avec un sourire qui trahit son admiration que «le général (de Gaulle) m’a assuré de son fidèle souvenir et il ne voyait pas de contradiction avec le combat mené sous ses ordres.» Citer le général de Gaulle est opportun, car ce dernier est indéniablement lié au dénouement de la Guerre d’Algérie. (…) S’il est évident que Jacques Vergès tient le général de Gaulle en estime, on pourrait croire que l’ancien avocat de Klaus Barbie serait critique de la façon avec laquelle le premier président de la Ve République a géré les «évènements» en Algérie. Il en est tout autre. Pour expliquer les actions de De Gaulle, Jacques Vergès utilise les mots du père fondateur de la Chine communiste et le président chinois de l’époque, Mao Zedong. Mao, au cours d’une rencontre avec la délégation algérienne, avait déclaré: «Il a un héritage et il veut le garder, c’est un réflexe normal. C’est un militaire donc il utilise l’armée. Il veut rendre un grand rôle à la France dans le monde et quitter le protectorat américain. La guerre d’Algérie est donc un boulet pour lui et l’empêche d’agir, de sorte que si vous lui tenez tête politiquement, il vous accordera l’indépendance.» (7)

Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle, dira que le collectif dont il est le leader, est «plus dangereux qu’une division». A Alger, après l’indépendance, Jacques Vergès crée Révolution Africaine. Dans le n°2 de l’hebdomadaire, il rend un vibrant hommage à Abdelkrim al-Khattabi qui venait de décéder au Caire. Le «Lion du Rif»,écrit-il, a démontré «à nous, hommes de couleur, que l’impérialisme n’était pas invincible». Il signe l’article de son nom de guerre: Mansour(Le Victorieux)».(8)

Les hommages

Paradoxalement, le silence de la classe politique en France est incompréhensible. Ignoré des gaullistes lui qui admirait De Gaulle, il est tout aussi ignoré de la gauche molle, voire même du Parti communiste mis à part ses collègues du barreau qui furent souvent ses adversaires dans les procès. «Rebelle», «monstre sacré», «provocateur»… L’avocat des causes nobles s’est rendu célèbre en plaidant pour des personnages que la doxa occidentale catalogue comme controversés car ils ne répondent pas à la norme. Pour Me Christian Charrière-Bournazel, président de la conférence des bâtonniers, «l’un des monstres sacrés de la profession». Seul le Parti communiste réunionnais, fondé par Paul Vergès, a rendu un hommage fort à l’avocat. Un autre paradoxe, la majorité des hommages est venu de collègues qui ont eu à le combattre concernant l’affaire Barbie. «Il n’y a pas beaucoup de géants au barreau, mais lui incontestablement en était un», avec «une période glorieuse quand il défendait le FLN algérien et une moins glorieuse quand il a commencé à défendre des mouvances terroristes comme la bande à Baader», a jugé Me Georges Kiejman

L’hommage tiède de l’Algérie envers ce géant

En Algérie, nous avons la mémoire courte, notamment envers celles et ceux des Européens qui se sont voulu algériens jusqu’à leur mort. Pourtant, après la perte de Pierre Chaulet, c’est une autre douloureuse nouvelle pour nous Algériens. Notre pays devrait rendre l’immense hommage qu’il mérite pour avoir épousé la cause de la révolution et s’être mis au service de la défense de tous les combattant(e) arrêtés pendant la lutte de Libération. En janvier 2013 à Paris, il a été honoré par l’Algérie pour ses nobles actions «envers la cause nationale et son engagement en faveur du combat libérateur du pays. Emu par la distinction, l’octogénaire s’est félicité, dans un entretien à l’APS, d’une marque de fraternité qui le touche beaucoup «Que cela intervienne cinquante ans après l’Indépendance de l’Algérie me fait beaucoup plaisir car cela prouve que le lien de fraternité est durable avec le pays», avait-il dit.

On se rappelle qu’en mars 2006, la conférence nationale des avocats l’avait décoré à l’instar de la médaille du Mérite du bâtonnat.

Les bonnes causes de Jacques Vergès

Durant sa carrière, Jacques Vergès a défendu de nombreuses personnalités politiques de premier plan, qui sont naturellement condamnées par la doxa occidentale au nom d’une certitude: l’homme blanc occidental a toujours raison. On peut citer Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine dans les années 1970; Roger Garaudy, écrivain français antisioniste; Laurent Gbagbo, président de la République de Côte-d’Ivoire. Justement, nous ne pouvons passer sous silence une autre affaire celle de la défense de Klaus Barbie chef de la police de sûreté allemande à Lyon durant la Seconde Guerre mondiale. Sur le site Egalité et réconciliation, nous lisons quelques extraits de la plaidoirie: «La parole est à la défense. Maître Vergès d’abord. Puis il cède la parole à son confrère du barreau de Brazzaville, maître Jean-Martin M’Bemba, puis à maître Nabil Bouaïta qui évoquent les massacres perpétrés dans tous les pays du monde, en France, en Algérie, à Sabra et Chatila. Ce qui provoque des réactions violentes des avocats des parties civiles.» (9)

Jacques Vergès déclare à propos du procès Barbie: «À Lyon il y avait une mise en scène incroyable. Vous avez une salle des pas perdus transformée en tribunal, avec 700 places. pièce. [...] Euphorisant. Se dire qu’ils sont 39 et moi je suis tout seul. Cela veut dire que chacun d’eux ne vaut qu’un quarantième de ma personne. En face ils se disaient, qu’est-ce que ce salaud va encore inventer aujourd’hui? Et on attendait avec impatience l’invention du salaud et comme le salaud a de l’imagination, chaque jour il inventait une affaire nouvelle.» Pour sa part, Maître Brahimi (avocat algérien) ajoute: «Personne d’autre n’eut été capable de faire ce qu’il a fait. Il a fait dérailler une immense machine qui a voulu faire du procès Barbie le procès de l’Holocauste, mais en fermant à double tour tout ce qui pouvait attirer le regard sur les crimes contre l’humanité commis en Algérie, en Afrique noire, l’esclavage, etc.» Barbie sera condamné le 4 juillet 1987 à la prison à perpétuité «pour la déportation de centaines de juifs de France et notamment l’arrestation, le 6 avril 1944, de 44 enfants juifs et de 7 adultes à la maison d’enfants d’Izieu et leur déportation à Auschwitz». (10)

La légalité internationale pour Jacques Vergès

Pour Jacques Vergès interviewé par la journaliste Sylvia Cattori à propos de la légalité internationale il énumère dans le cas du procès de Slobodan Milosevitc les dérives: «Le Tribunal pénal international est une institution illégale qui a été décidée par le Conseil de sécurité qui n’a aucun pouvoir judiciaire. On ne peut pas déléguer un pouvoir que l’on n’a pas. Seule l’Assemblée pouvait décider cela. Deuxièmement, ce tribunal n’a pas de loi. Pour le TPIY, il n’y a pas de code de procédure. (…) Troisièmement, ce tribunal s’occupe de faits antérieurs à sa création, ce qui est illégal. Cela s’appelle «la rétroactivité de la loi pénale», Enfin, pour couronner le tout, le tribunal accepte des dons: 14% du budget du TPIY proviennent de dons. (…) Que diriez-vous si vous deviez comparaître devant un tribunal payé par une chaîne hôtelière ou par une chaîne d’épicerie? (…) A propos de Guantanamo il est encore plus dur: «Vous avez entendu parler de Guantanamo. Quelle légalité!? Vous avez encore appris quelque chose qui est pire que Guantanamo: que des services secrets américains auraient, en Europe, des prisons où on envoie des gens pour y être torturés sans que cela se sache. (…) Les Etats- Unis détiennent des gens à Guantanamo en-dehors de toute légalité. Ces détenus ne dépendent même pas de la loi américaine. On a vu également, à la prison d’Abou Graib, comment la torture n’était plus un instrument d’interrogatoire mais un instrument d’abaissement de la dignité humaine. (…) une jeune Américaine rit en traînant par une laisse un homme nu agonisant, ce n’est pas pour chercher des documents, c’est pour l’assimiler à une bête. Là, nous assistons à une époque d’ensauvagement de l’humanité.» (10)

En souvenir de Jacques Vergès: le combat d’un homme pour la justice

Pour Jacques Vergès, même le criminel le plus abject à droit à une défense :«Un avocat déclare Jacques Vergès dans sa vision de la défense, est là pour défendre, comme un médecin pour soigner. (…) Plus l’accusation est grave, plus l’accusé a le droit d’être défendu et l’avocat, le devoir de le défendre. L’avocat, cependant, n’est pas un mercenaire, il a sa propre vie et ses propres convictions, et la défense qu’il propose à l’accusé doit en tenir compte. Pour Bush et Sharon, je suis partant s’ils plaident coupables ».(10)

Lors d’une entrevue avec Maître Jacques Vergès, Philippe Labrecque raconte le combat de Vergès: «Rares sont ceux qui ont combattu pour la France sous les Forces françaises libres à partir de Londres lors de la Seconde Guerre mondiale pour ensuite être avocat de la défense pour les poseurs de bombes du Front de libération nationale (FLN) en pleine Guerre d’Algérie. Là où certains pourraient voir une contradiction, se battre pour la France libre et défendre le FLN sont complémentaires pour lui. En effet, la France possède un certain dualisme pour Jacques Vergès; «celle des droits de l’homme et celle du colonialisme», ce qui explique sa défense pour la France «de Monteil, Saint-Just, et de la Commune» et son combat contre «la France de Bugeaud.» (…) Le colonialisme officiel n’est plus, mais une certaine forme de néocolonialisme est toujours présente alors «qu’il y a un retour du colonialisme qui est pernicieux pour le prestige de la France». Le général de Gaulle, qui représente «la bonne conscience occidentale» d’après Jacques Vergès, reconnaissait tous les Etats et pratiquait la non-ingérence alors que son «héritage positif est en train d’être saboté» par une classe politique que Jacques Vergès voit comme représentant un déclin politique et intellectuel.» (7)

Du côté des faibles et des miséreux

On se souvient de la plaidoirie de Maitre Vergès lors du procès de Omar Raddad, accusé du meurtre de madame Maréchal sans preuve réelle si ce n’est le fameux «  Omar m’a tuer en lettres de sang ».  Suite à une justice que Maitre Vergès avait jugé injuste, Omar Raddad fut condamné. A la sortie de la salle d’audience, Maitre Vergès eut ce jugement sans détour : «Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d’être juif. Aujourd’hui on condamne un jardinier car il a le tort d’être maghrébin»

Dans une interview remarquable de Syvia Cattori,  à l’occasion de la parution de son ouvrage : « Malheur aux pauvres » paru en 2006, l’avocat qui empêche de tricher en rond s’agissant de rendre justice aux miséreux a énuméré quelques affaires qui lui sont resté en travers de la gauche de la façon dont elles ont été traitées voire mal-traitées. Nous l’écoutons  nous faire à travers cette interview l’économie de son ouvrage :   «  Je veux montrer par une série d’exemples comment la justice est injuste. Comment elle est extrêmement sévère et désinvolte avec les pauvres, les faibles, et comment elle est obséquieuse, complaisante, avec les puissants. Je prends comme exemple, entre autres, ce que l’on a appelé « les disparues de l’Yonne » : une dizaine de jeunes filles, d’origine pauvre, et handicapées, confiées à l’assistance publique, disparaissent les unes après les autres. Jamais, pendant dix ans, l’on n’a mené d’enquête. On a mis sur leur fiche « fugue », alors qu’en fait elles avaient été tuées par un individu qu’un rapport de gendarme avait pourtant montré du doigt. Le procès n’a eu lieu que vingt ans après. Je dis, au travers de ce cas, que si les jeunes disparues avaient été filles d’un médecin, d’un avocat ou d’un ministre, on aurait enquêté immédiatement et on n’aurait pas mis « fugue » sur leur fiche ».(11)

« Un autre exemple poursuit-il, que je prends, est celui d’une petite Anglaise, Caroline Dickinson, violée et tuée dans une auberge de jeunesse. Le juge a demandé l’ADN de tous les mâles du village dès la puberté. Il a procédé à 3600 recherches d’ADN, et il a trouvé l’assassin Sur une route dans l’Ile-de-Ré, au mois d’août, une jeune femme est tuée à midi trente. On a recherché les 200 personnes susceptibles d’être passées sur cette route. Les campeurs, les marchands. On a fini par trouver l’assassin ». (11)

« Je donne également l’exemple des milliards de pots de vin versés à propos de la vente de frégates à Taïwan. C’est établi, le fait n’est pas discuté. Quand le juge demande des renseignements pour savoir à qui cet argent a été versé – parce qu’il n’y a pas de doute, l’argent a été versé sur des comptes numérotés en Suisse – on répond « secret défense ». Donc, personne dans cette affaire n’a été arrêté. Par contre, si vous allez au Palais de justice, vous verrez tous les jours des petits voleurs de portables et de bicyclettes qui sont jugés dans les dix minutes et qui sortent avec trois mois, ou six mois de prison.(11)

Conséquent avec lui-même Jacques Vergès n’est pas un naïf  il déclare : « Je n’attends pas un changement immédiat. Mais j’entends dénoncer ces dysfonctionnements en m’adressant au public. Parce que, finalement, si l’on veut corriger ce qui se passe, c’est à l’opinion qu’il faut s’adresser, et non pas à l’institution judiciaire ». (11)

A une question de Silvia Cattori : « sur l’abrogation  de la loi Fabius-Gayssot- Loi qui punit de peines de prison et d’une amende ce qui remet en cause la shoah , Jacques Vergès répond : « Pour l’abroger, on doit tenir compte de la majorité. Or la droite, en sa majorité, est pour cette loi. Cette loi porte le nom de Gayssot, qui est communiste, et a été défendue par M. Fabius qui est socialiste. Beaucoup d’historiens sont contre cette loi ; ils pensent que l’histoire relève du débat universitaire et non pas de la police. Et, en plus, c’est dangereux ; parce que lorsqu’on vous dit : « Si vous dites telle chose, vous serez poursuivi », cela veut dire que ce que je dis est grave, et que ce que je dis est certain. Cette loi ne permet pas de discuter par exemple des décisions de Nuremberg. Si le pape n’est plus infaillible, les juges de Nuremberg seraient infaillibles. C’est comme cela ».(11)

Que peut-on en conclure? Un Homme debout est mort. En dehors de l’hommage du président de la République devons-nous nous contenter de cela? Pourquoi le ministère des Moudjahine n’a pas réagi pour porter témoignage, et reconnaissance? Mansour, le victorieux, Jacques Vergès était autant que les autres qui sont morts pour la patrie un moudjahid. Quand allons-nous franchement honorer leur mémoire d’une façon honnête et assumée? Peut-on imaginer que des établissements des universités, des instituts, des centres de recherche portent leur nom?

Peut-on aussi penser à un Panthéon des Justes. Un monument où tous ceux qui ont eu à coeur de défendre l’Algérie pendant la colonisation durant la guerre d’indépendance ou qui ont apporté leur génie à la cause de l’édification soient à l’honneur. C’est à cette condition que l’écriture de notre histoire sera crédible et que nous pourrions l’assumer avec fierté.

Notes

1.Zineb Dryef http://www.rue89.com/hoax/ 2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

2. http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html

3.Franck Johannès http://www.lemonde.fr/ disparitions/article/2013/08/15/l-avocat-jacques-verges-est-mort_3462241_3382.html

4. http://hyperboree-apollon.blogspot.fr/ 2009/09/defense-de-rupture.html

5. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/ justice/les-mille-et-une-vies-de-me-verges_486870.html#x733sXmqgvZMWech.99

6.http// : lexpress.fr/culture/livre/entretien-avec-me verges_820326.html#cEZ03ir1xlIL5hC1.99

7.Philippe Labrecque http://quebec.huffingtonpost.ca/philippe-labrecque/jacques-verges-combat-justice_b_3767529.html

8.Gilles Munier http://www.france-irak-actualite.com/article-la-mort-de-jacques-verges-une-vie-dediee-a-l-anticolonialisme-119563030.html

9.http://www.egaliteetreconciliation.fr/Document-la-plaidoirie-de-la-defense-au-proces-de-Klaus-Barbie-19624.html

10.Sylvia Cattori: http://www.mondialisation.ca/entretien-vec-maitre-jacques-verges-nous-assistons-a-une-epoque-densauvagement-de-lhumanite/5346101

11. Interview de Jacques Verges par Sylvia Cattori. http://www.mondialisation.ca/entretien-avec-me-jacques-verges-malheur-aux-pauvres/5346187

Prof Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

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Erdogan Pacha ou la fin d’une république

août 21st, 2013 by Fida Dakroub

Généralités

Nous n’avons cessé d’attirer, dès le début de la guerre contre la Syrie, l’attention de nos lecteurs sur les intrigues du Parti pour la justice et le développement (AKP) incarné par Erdogan Pacha à rétablir le califat ottoman sur les cendres des villes syriennes. Nous avons suivi les chemins détournés par lesquels monsieur Erdogan cherche à s’emparer des bains de sang en Syrie. Nous avons indiqué en même temps comment les ambitions califales d’Erdogan Pacha sur le plan de la politique étrangère – rétablir le califat ottoman dans les anciennes provinces arabes de l’Empire ottoman – entraînent des mesures aussi « califales »  sur le plan de la politique intérieure.

Quelques faits prouvent de façon frappante à quel point les libertés civiles en Turquie souffrent des politiques du Parti pour la justice et le développement, maintenant confondu avec le personnage de monsieur Erdogan.

La décision de ce dernier à construire un centre commercial au parc de Gezi avait soulevé une tempête de manifestations, dans les villes turques, et de critiques, de la part des partis de l’opposition. Berfu Kiziltan, collaborateur du quotidien turc Hurriyet, s’opposa aux rhétoriques sourdes de monsieur Erdogan, et lui demanda de s’excuser auprès du peuple turc. Serkan Demirtas donna l’alarme de la fin de la république en Turquie. Son article publié dans Hurriyet démontre comment la Turquie est devenue un pays où le parti au pouvoir exerce la force d’État policier dans sa forme la plus brutale. Le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal Kılıçdarol, avait fustigé, plusieurs mois auparavant, monsieur Erdogan en disant que le premier ministre avait l’intention d’opprimer les gens et de restreindre la démocratie

Mais cela ne suffit pas à monsieur Erdogan. Une des premières démarches qu’il a entamées est une démarche de restriction des libertés civiles et de réduction de la vie démocratique, démarche contre la démocratie et la laïcité, contre les fondements de la république, voire la Turquie moderne kémaliste.

Erdogan doit s’excuser

Dans un article intitulé « Liste de besoins d’Erdogan : tolérance, compromis et excuse [1]», publié dans le quotidien turc, Hurriyet, Berfu Kiziltan s’oppose aux rhétoriques sourdes du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et lui demande de s’excuser auprès du peuple turc. Kiziltan montre que les forces démocratiques et la société civile se sont descendues dans les rues pour protéger la démocratie et la république, pour protester contre la réduction de la liberté de la presse et de l’expression, pour faire face aux arrestations arbitraires de dizaines de journalistes libres, mais aussi pour exprimer leur mécontentement envers les mesures antidémocratiques du gouvernement Erdogan, telles que la censure d’Internet, la criminalisation de l’avortement, la croissance des actes de violence contre les femmes, le mépris des arts et de la culture, et récemment les restrictions sur la consommation d’alcool. En un mot, les Turcs protestaient contre l’insistance du gouvernement Erdogan à contrôler chaque aspect de leur vie quotidienne, voire à assassiner la république.

Berfu Kiziltan critique l’argument du premier ministre concernant les résultats des votes en indiquant que les cinquante pour cent des votes ne veulent pas dire que le premier ministre, Erdogan, est libre à négliger l’autre moitié du peuple turc ni à la dénigrer [2]. Pour rappel, les autorités turques ont désigné les manifestants des vandales, des marginaux, des séparatistes, des provocateurs, des alcooliques et finalement des çapulcu [3] ; or ceux-ci sont en réalité plus éduqués et plus formés que les “hâbleurs” du gouvernement. Kiziltan montre comment les manifestants avaient réussi à créer, à la place Taksim et au parc de Gezi, un environnement remarquable d’unité, malgré le discours de division et de polarisation de monsieur Erdogan. À preuve, des activistes avaient pu créer un marché, une clinique et une bibliothèque et avaient utilisé l’humour comme l’arme la plus efficace contre l’oppression des autorités. Les jeunes manifestants avaient créé le rire, et avaient trouvé de nouveaux moyens pour développer la lutte. Ils avaient appris d’une façon remarquable à survivre l’atrocité de la matraque policière. La plupart d’eux avaient été sauvagement battus par les policiers qui tiraient des centaines de bombes lacrymogènes. Pourtant, les manifestants avaient résisté sur la place Taksim et partout dans les villes turques. Tout cela a poussé Kiziltan à demander au premier ministre Erdogan de s’excuser aux manifestants, car selon elle gouverner n’est pas terrifier le peuple. Pour elle, un vrai gouverneur c’est celui qui gagne le respect des citoyens, non leur peur : « La moitié du peuple attend à ce que le premier ministre s’excuse sincèrement avant qu’on lui redonne sa légitimité ; car parfois, il vaut mieux faire un pas en arrière, mais dans la bonne direction que d’en faire un en avant, mais dans la mauvaise direction [4] », indiqua Kiziltan.

Erdogan et l’État policier

Pour sa part, Serkan Demirtas donne l’alarme de la fin de la République en Turquie. Son article publié dans Hurriyet et intitulé « Bienvenu à la République turque d’État policier [5]» démontre comment la Turquie est devenue un pays où le parti au pouvoir exerce la force d’État policier (même militaire si nécessaire), dans sa forme la plus brutale, contre l’autre moitié des électeurs qui ont déclenché une révolte massive, pour freiner les penchants autoritaires croissants de monsieur le premier ministre :

Turkey has become a country where the ruling party representing half of the country’s electorate is exercising the state’s police (and military if needed) force in the most brutal way on the other half of electorate, who launched a massive uprising against the government’s growing authoritarian inclinations [6].

Derrière les pratiques antidémocratiques du gouvernement turc se trouve la rhétorique « nous et eux » de monsieur Erdogan ; ces pratiques-ci discriminent contre les personnes qui ne suivent pas un mode de vie conservateur digne pour ainsi dire à un musulman pieux.

At the core of this behavior lies the “us and them” policy/rhetoric of Prime Minister Recep Tayyip Erdoan, whose purpose is to discriminate against those who do not share the conservative lifestyle of a pious Muslim and create a sort of “neighborhood pressure” on them. But this oppression is not limited to the scope of the secular-conservative debate in Turkey as the trend of this behavior is to expand its influence on different segments of the society through intimidation [7].

En réalité, la Turquie se dirige vers un régime d’État policier. Il suffit de considérer la brutalité utilisée par les policiers contre les manifestants à Taksim et au Gezi. À titre d’exemple, après deux mois au commencement du mouvement Taksim, les Turcs se sont descendus le 2 août à la place Taksim pour protester contre la violence de la police envers les jeunes. Il s’agit ici d’un jeune garçon de 14 ans, Berkin Elvan, qui avait été battu sauvagement par des policiers, le 15 juin, alors qu’il était sorti de la maison de ses parents pour acheter du pain ; Berkin Elvan lutte toujours contre la mort aux soins intensifs [8].

Selon Elvan, la raison pour laquelle les Turcs avaient protesté dans les rues n’était pas seulement la construction d’un centre commercial dans le parc de Gezi, mais bien le rejet des politiques du gouvernement Erdogan qui visent à réduire la vie démocratique et à limiter les libertés publiques, comme première étape vers l’établissement d’un régime islamique califal. Autrement dit, la société civile, les forces démocratiques et les partis politiques laïcs étaient partis d’une conviction tout à fait justifiée selon laquelle les dangers qui menaçaient – et menacent encore – la Turquie étaient les politiques antidémocratiques de monsieur Erdogan. De même, une partie de la société turque s’est rendu compte du conflit actuel qui se déroule entre ceux qui tendent à préserver les piliers de la République moderne, reposant sur la légitimité populaire, la citoyenneté, l’alternance du pouvoir, la justice sociale et la dignité humaine, d’un côté, et ceux qui tendent d’abord à contrecarrer la République, puis à la bouleverser, pour établir ensuite, sur ses cendres, un régime califal fondé sur la doctrine des Frères musulmans ; un régime sous lequel les forces laïques et démocratiques seraient enfin anéanties, et les minorités ethniques et religieuses, telles que les chrétiens, les alévis, les juifs, les Kurdes et les Arméniens, perdraient leurs droits de citoyens de la République turque pour en devenir des sujets du nouveau califat turc.

Fin d’une république

Quelques mois avant le déclenchement des manifestations dans le parc de Gezi, le leader du Parti du Peuple (CHP), Kemal Kılıçdarol, avait fustigé le premier ministre Erdogan en disant que le premier ministre avait l’intention d’opprimer les gens et de restreindre la démocratie : « Si un premier ministre se plaint de la séparation des pouvoirs, ce qui signifie se plaindre de la démocratie, il ne peut servir de premier ministre. Cela signifie que sa vie politique est terminée en matière de démocratie. Il ne peut pas parler de démocratie et de liberté. Il ne peut pas être perçu comme le premier ministre d’un pays moderne. Il est un premier ministre qui a l’intention d’établir son sultanat, pour opprimer son peuple et restreindre la démocratie », avait déclaré Kılıçdarolu lors d’une conférence de presse le 19 décembre 2012 [9].

En réalité, la légitimité populaire, la citoyenneté, l’alternance du pouvoir, la justice sociale, la liberté de la presse, la liberté d’expression, la vie privée et la dignité humaine, telles sont les piliers de la société moderne en Turquie qui sont en passe d’être détruits au profit d’une idéologie religieuse caressée par le rêve califal qui fait partie des vestiges des siècles passés. Une idéologie qui fait tout pour saper l’édifice républicain moderne et qui aurait pour mot d’ordre la tyrannie, non seulement en Turquie, mais aussi en Égypte, en Tunisie, en Libye, et partout dans le monde musulman où les Frères musulmans et leurs « coreligionnaires » salafistes pourraient réussir un jour à prendre le pouvoir – que le bon Dieu nous épargne d’une telle catastrophe !

Or, quelles sont les mesures que monsieur Erdogan et son parti politique, le Parti de la justice et du développement (AKP), prennent pour contrecarrer la république ? Et dans quel but ?

Premièrement, sur le plan de la liberté de la presse et de l’expression, il n’est que de constater le dernier classement de la Turquie sur l’échelle de la liberté de la presse, tel que présenté dans le rapport de l’organisation « Reporters Without Borders » (RWB), pour savoir le degré des menaces contre la république et la démocratie dans ce pays. Pour preuve, l’organisation RWB a indiqué que la Turquie est devenue actuellement la plus grande prison pour les journalistes [10], occupant la position 154 parmi les pays du monde en matière de la liberté de la presse, soit un recul de six positions du rapport de 2012 [11]. En plus, le rapport de ladite organisation critique la paranoïa des autorités turques qui assimilent toute accusation contre elles à un complot tramé par un groupe d’organisations illégales. En plus sur le même plan, l’Union européenne a critiqué les autorités turques de museler les libertés de l’expression, en réponse à la destitution du journaliste Yafuz Bidar [12] du journal turc Sabah. La commission européenne a insisté dans un communiqué sur l’importance de certaines questions liées à la liberté de l’expression, soulignant que « l’indépendance de la politique éditoriale, la transparence et le refus de toute ingérence politique sont les piliers essentiels qui assurent la liberté des médias ». Ladite commission s’est dite « inquiète quant aux mesures prises envers certains journalistes turcs, telles que les destitutions et les sanctions pénales » [13].

Deuxièmement, sur le plan des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu, en mois de juillet, plusieurs arrêts concernant des cas de violations des droits de l’homme en Turquie ; nous en mentionnons l’arrêt du 16 juillet en l’affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie, sur lequel la CEDH a dit, à l’unanimité, qu’il y a eu « violation de l’article 3 (interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants) de la Convention européenne des droits de l’homme [14] ».

Troisièmement, sur le plan de la citoyenneté, le quotidien turc, Hurriyet, un document officiel écrit par la direction de l’Éducation provinciale d’Istanbul a révélé que les minorités ethniques et religieuses d’origines juive, grecque, anatolienne et arménienne sont classifiées par l’administration de la population de la Turquie selon un « code de race » secret, entré en vigueur en 1923, l’an de la fondation de la République turque. Par conséquent, les citoyens turcs d’origine grecque sont identifiés par le code 1, ceux d’origine arménienne par le code 2, et ceux d’origine juive par le code 3, a indiqué le quotidien Hurriyet [15]. Altan Tan, un député du Parti pour la paix et la démocratie, a déclaré que de pareilles allégations se trouvent depuis longtemps, mais elles étaient toujours rejetées par les autorités. Tan a ajouté qu’une « telle pratique, si elle existe vraiment, est une grande catastrophe. Les autorités classifient secrètement et illégalement les citoyens selon un profilage racial et religieux. C’est une grande catastrophe »[16].

Quatrièmement, sur le plan de la justice sociale, la Prof. Yasemin Nceolu, lectrice à l’Université Galatasaray à Istanbul, a donné l’alarme sur la croissance des discours de haine et de discrimination dans les médias turcs. Nceolu parlait dans un panel de discussion organisé par l’Association des journalistes turcs à Istanbul[17]. Selon elle, les médias font recours à une idéologie, devenue dominante dans le discours quotidien, qui se base sur une rethorique de «nous et eux» ; ceux qui ne répondent pas à la description du « nous » sont considérés comme “autres”. Nceolu ajoute que dans le discours quotidien des médias, « on trouve aussi l’homophobie, l’antisémitisme, l’anti-alévisme, ainsi qu’une certaine opposition aux non-musulmans [18] » (TDA). Pour sa part, l’avocat Nazan Morolu, qui participait au panel de discussion, a déclaré au quotidien Hurriyet que la discrimination contre les femmes avait augmenté en Turquie pendant les dernières années. Il a indiqué que « les femmes qui étaient arrêtées pendant les manifestations du parc de Gezi ont été harcelées et elles n’ont pu rien dire [19] ». Il a ajouté qu’auparavant « nous pouvions parler de tels sujets à la télévision, il y a quelques années, mais maintenant nous ne pouvons plus, toutes les chaînes télévisées sont bloquées, nous ne pouvons pas faire entendre notre voix [20] ».

Cinquièmement, sur le plan de la vie privée et de la dignité humaine, le président turc Abdullah Gül avait promulgué une loi controversée voulue par le gouvernement Erdogan qui restreint la consommation, la vente et la publicité des boissons alcoolisées, en dépit des manifestations qui secouaient le pays. La vente de boissons alcoolisées est désormais interdite entre 22 heures et 6 heures. Voté le 24 mai au terme d’une procédure d’une rare célérité, le texte a été violemment dénoncé par l’opposition laïque qui l’a déclaré un texte liberticide. Tout au long des débats parlementaires, l’opposition laïque a violemment dénoncé un texte liberticide, prêtant au régime la volonté de vouloir régir les comportements privés de la population et d’islamiser la société turque. Ce tour de vis a été jugé inquiétant par les laïcs qui voyaient dans cette décision une preuve de l’islamisation de la politique du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis plus de dix ans [21].

Selon plusieurs partis de l’opposition, les mesures de monsieur Erdogan constituent une attaque contre la base même de la démocratie et de la république en Turquie.

Fida Dakroub, Ph.D

 

Site officiel de l’auteur : www.fidadakroub.com

 

Notes

[1]Kiziltan, Berfu. (18 juin, 2013). “Erdoan’s needs list: Tolerance, compromise and apology”. In : Hurriyet. Récupéré le 18 juin 2013 de http://www.hurriyetdailynews.com/erdogans-needs-list-tolerance-compromise-and-apology.aspx?pageID=449&nID=48973&NewsCatID=396 [2] loc. cit.

[3] Çapulcu est un substantif turc signifiant, vandale, canaille, racaille ou encore vermine. Cette qualification est utilisée notamment par le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoan pour désigner les personnes prenant part au mouvement de protestation en Turquie de 2013. Le qualificatif est par la suite utilisé par les manifestants et les sympathisants eux-mêmes qui se définissent comme çapulcu, et l’adaptent notamment en anglais chapuller ou chapulling, ou en français chapulleur.

[4] Kiziltan, op.cit.

[5] Demirtas, Serkan. (18 juin 2013). “Welcome to the Turkish Republic of Police State”. In : Hurriyet. Récupéré le 18 juin 2013 de http://www.hurriyetdailynews.com/welcome-to-the-turkish-republic-of-police-state-.aspx?pageID=449&nID=49036&NewsCatID=429 [6] loc. cit.

[7] loc. cit.

[8] Russia Today. (2 août 2013). “Istanbul police use tear gas to break up protest over critically injured teenager”. Récupéré le 5 août 2013 dehttp://rt.com/news/istanbul-protests-police-disperse-969/ [9] Birand, Semih. (20 décembre 2012). «Fin de la « démocratie » en Turquie: Erdogan veut éteindre la séparation des pouvoirs…». Publié dans le JSS News. Récupéré le 20 août 2013 de http://jssnews.com/2012/12/20/fin-de-la-democratie-en-turquie-erdogan-veut-eteindre-la-separation-des-pouvoirs/ [10] Hurriyet. (24 juillet 2013). “Turkey now 154th in world press freedom index”. Récupéré le 31 juillet 2013 dehttp://www.hurriyetdailynews.com/turkey-now-154th-in-world-press-freedom-index.aspx?pageID=238&nID=51328&NewsCatID=339 [11] Reporters Without Borders. (sans date). “Press Freedom Index 2013″. Récupéré le 3 août 2013 de http://en.rsf.org/press-freedom-index-2013,1054.html [12] Yafuz Bidar, journaliste turc de renommée, avait reçu une invitation de la commission européenne pour prononcer un mot dans un congrès tenu fin juin dernier à Bruxelles. Il avait alors critiqué le gouvernement turc et les grands hommes d’affaires qui s’ingèrent politiquement dans les affaires du journalisme.

[13] Suzan Fraser. “Turkey Criticized After Journalist Yavuz Baydar Fired For New York Times Op-Ed”. Publié dans The Huffington Post le 26 juillet 2013. Récupéré le 31 juillet 2013 de http://www.huffingtonpost.com/2013/07/26/yavuz-baydar-fired-turkey-freedom-press_n_3660955.html [14] Cour européenne des droits de l’homme. (16 juillet 2013). Requête no 44827/08, « Affaire Abdullah Yasa et autres c. Turquie ». Récupéré le 31 juillet 2013 de http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/Pages/search.aspx#{“languageisocode”:["FRA"],”documentcollectionid2″:["JUDGMENTS"],”itemid”:["001-122368"]} [15] Hurriyet. (1 août 2013). “Minorities in Turkey tagged by ‘race codes,’ official document reveals”. Récupéré le 2 août 2013 de http://www.hurriyetdailynews.com/minorities-in-turkey-tagged-by-race-codes-official-document-reveals.aspx?pageID=238&nID=51849&NewsCatID=339 [16] loc. cit.

[17] Hurriyet. (30 juillet 2013). “Turkish journalists discuss hate speech in media”. Récupéré le 5 août 2013 de http://www.hurriyetdailynews.com/turkish-journalists-discuss-hate-speech-in-media.aspx?pageID=238&nID=51717&NewsCatID=339 [18] loc. cit.

[19] loc. cit.

[20] loc. cit.

[21] Oberti, Charlotte. (27 mai 2013). « La Turquie poursuit sa croisade contre l’alcool ». Publié sur France 24. Récupéré le 18 août 2013 de http://www.france24.com/fr/20130527-turquie-poursuit-croisade-contre-alcool-erdogan-parlement-turc-raki-ayran

 

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, collaborateur régulier du Centre de recherche sur la mondialisation. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

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Je suis heureux de rencontrer une telle assemblée de patriotes en cette nuit bénie du Ramadan, cette « Nuit du Destin » [Laylat al-Qadr : nuit de l’avènement de la prophétie], qui nous conforte dans notre volonté de rester unis autour du bien, de l’amour de la patrie, et du pacte sans cesse réaffirmé pour sa défense avec encore plus de détermination malgré tous les défis et quels que soient les dangers.

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour honorer la mémoire de tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour que la nation gagne en dignité, pour que la parole soit celle de la vérité, pour que notre solidarité entoure leurs familles qui ont perdu ce qu’elles avaient de plus précieux alors qu’ils empruntaient le chemin de la gloire et de la fierté, sans oublier tous ceux qui sont désormais dans le besoin et affrontent avec foi et ténacité les fardeaux qui s’accumulent jour après jour.

Nous sommes réunis pour leur témoigner notre solidarité en leur assurant que la patrie n’abandonne pas ses enfants dans les épreuves et les difficultés mais, au contraire, elle les soutient tant sur le plan moral que sur le plan financier. Nous ne sommes pas là pour célébrer une fête, d’une part parce que la tristesse et la désolation n’ont épargné aucune maison et aucune âme de ce pays, d’autre part parce que le mois de Ramadan n’est pas nécessairement propice à la fête comme le voudraient certains rituels. C’est un mois de recueillement et d’adoration destiné à se purifier l’âme des impuretés accumulées toute l’année, un mois consacré à s’éduquer et à revoir ses comportements pour les corriger ou les récupérer, un mois pour restaurer son humanité et en témoigner en s’occupant des autres, de ceux qui ont faim et de ceux qui endurent toutes sortes de souffrances partout en Syrie.

Oui le mois de Ramadan est un mois de compassion, mais c’est aussi un mois de pardon, de dialogue, de sacrifice et de Jihad au sens propre de ce terme ; celui qui dicte de travailler, d’aimer, de se construire, de se réaliser, et que je résumerai en disant que c’est le mois de la régénération du corps et de l’esprit. Pour la société, comme pour l’individu, il est impossible de régénérer l’un sans régénérer l’autre, l’équilibre de la société résultant de la force de chacun et inversement. Ce qui fait que si nous voulons réformer la société, nous devons encourager le dialogue entre tous ses éléments et toutes ses tendances. Mais pour que ce dialogue soit utile et fructueux, pour qu’il ait du sens et de l’essence, il faut qu’il soit franc et transparent.

Oui nous avons besoin de la franchise et de la sincérité enseignées et consacrées par toutes les religions célestes, notamment dans les circonstances que nous traversons. Parler de ce qui se passe dans le pays, de ses causes et des solutions proposées, ne peut se faire qu’en dialoguant franchement loin de toutes fausses courtoisies ; lesquelles, en l’occurrence, reviendraient pour la société à faire la politique de l’autruche, car si la société faisait le choix d’enfouir sa tête dans le sable cela reviendrait à enterrer la patrie.

C’est pourquoi je continuerai à vous parler en toute franchise, d’autant plus que les circonstances font que la tâche est maintenant plus facile qu’il y a deux ans et quelques mois. À l’époque l’agression était si incroyable et la désinformation si énorme que beaucoup de Syriens ont été dupés et sont tombés dans le piège de l’incompréhension de ce qui se passait. Que nous racontent-ils encore ? Chaque chose qui nous arrive est reprochée à l’étranger ? Aujourd’hui, c’est tout le contraire. C’est eux qui nous disent qu’il y a conspiration, et c’est nous qui leur rappelons qu’il y a aussi des raisons internes à cela.

Nous devons voir les choses de nos deux yeux pour en imprimer une vision à trois dimensions. Nous pouvons beaucoup discuter des choses liées à la crise que nous traversons ; mais moi, je pars toujours des questions posées par l’homme de la rue directement en ma présence ou par l’intermédiaire de personnes qui me les rapportent. Je pense que nous pouvons résumer toutes les questions en une seule : « Quand est-ce que la crise prendra fin ? ». C’est une question qui se pose depuis le début, voire depuis les premières heures de cette crise en Syrie. Nous ne pourrons y répondre tant que nous ne serons pas capables de préciser qui devra y mettre fin en premier, puis comment… et ce n’est qu’ensuite que se posera la question du quand.

Abordons ce sujet selon une séquence logique. Celui qui mettra fin à la crise c’est nous les Syriens, personne d’autre que les enfants de cette patrie par eux-mêmes et de leurs propres mains. Il est vrai que les facteurs externes sont fort puissants et influents. Aujourd’hui, nous le savons tous. Mais aussi important que soit le rôle de l’étranger, il n’est que catalyse ou obstruction. Il peut allonger ou raccourcir la durée de la crise mais, comme nous l’avons souvent dit et répété, il s’appuie sur nos propres faiblesses.

Si nous nous adressions à des étrangers, nous leur parlerions de tous ces terroristes qui débarquent en Syrie, des dizaines de nationalités étrangères qu’ils portent, du rôle joué par les États arabes, régionaux ou occidentaux. Mais il se trouve que nous nous adressons aux fils d’une seule et même société. Par conséquent, lorsque nous mettons tous les facteurs externes de côté et que nous constatons qu’il y a aussi parmi les Syriens, un terroriste, un voleur, un mercenaire qui tue pour l’argent, un extrémiste, pouvons-nous dire qu’il s’agit d’une importation étrangère ? Non. C’est une fabrication de notre société. Nous devons être clairs sur ce point. C’est l’une de nos failles. Si ces individus n’avaient pas existé, les étrangers ne seraient pas entrés en Syrie.

D’autres spécimens existent. Je n’en citerai rapidement que quelques exemples sans m’attarder sur les multiples détails de « la grisaille nationale »… J’ai déjà évoqué la « grisaille politique » lorsque j’ai dit que si tout citoyen a le droit de choisir la nuance qui lui convient dans le large spectre des options politiques, il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de la patrie où il n’y a que deux choix possibles : blanc avec la patrie ou noir contre la patrie ! Au début de la crise celui qui était dépourvu d’une conscience nationale suffisante a pu opter pour le gris ou la grisaille nationale devenue, en pratique, le giron du chaos et de la terreur. Ses multiples « incubateurs » ont alors lâché les monstres dans l’arène. Aujourd’hui, nombre de ceux qui ont adopté cette option ont compris leur erreur. Ils se sont ravisés pour revenir dans le droit chemin. Ils sont revenus dans le giron de la patrie, mais trop tard ! Les monstres avaient creusé leurs antres, s’étaient multipliés et n’avaient plus besoin de « couveuses ». Très vite, ils ont lancé d’autres monstres et ont même importés quantité d’autres de par delà les frontières de la patrie.

Je répète et j’insiste, ceux-là qui se sont égarés n’ont pas intentionnellement fait fonction d’incubateurs. Ils le sont devenus par ignorance. Certes, l’État fait partie intégrante de la société, mais il n’en demeure pas moins que la société dispose d’un plus large espace. Disant cela, je ne charge pas la société pour nier la responsabilité de l’État. Non. Je veux dire qu’en tant que membres d’une même famille, la famille syrienne, nous sommes responsables à des degrés divers et selon la position que nous occupons.

Sur ce point précis, je dis que l’Histoire démontre que pas une superpuissance n’a été capable de vaincre un petit État resté solidaire. Je le dis, parce que devant l’ampleur de l’agression extérieure, certains en sont arrivés à baisser les bras et à s’en remettre à Dieu. Autrement dit, ils s’en sont remis au principe de la délégation et non au principe de l’action, oubliant que c’est lorsque nous faisons notre devoir que Dieu est de notre côté et que la victoire est à nous. C’est pourquoi si nous avons suffisamment conscience de ce point précis et que nous nous tenons ensemble, le blanc contre le noir, je suis persuadé sans aucune hésitation ou exagération que nous serons en mesure de sortir facilement de cette crise, malgré et à cause du sang versé et du prix cruel que nous avons payé.

C’est en toute simplicité et avec le pragmatisme qui convient que je vous répète que nous n’exclurons aucun moyen susceptible de nous sortir de cette crise qui nous affecte tous et qui risque d’encore plus détruire notre pays. C’est absolument ainsi que nous nous comportons depuis le début et c’est ainsi que nous continuerons.

Il y a ceux qui ont dit que le problème venait de la Loi, nous avons modifié les lois ! Il y a ceux qui ont dit que le problème venait d’un article de la Constitution, nous avons modifié toute la Constitution et ceci après consultation référendaire ! Il y a ceux qui ont fait de mauvaises propositions par manque de compétences ou ignorance, et ceux qui les ont posées par hypocrisie ou mauvaise foi… Malgré cela nous en avons tenu compte partant du principe que l’État ne doit pas négliger une solution proposée par un Syrien convaincu qu’elle pourrait améliorer la situation.

Puis, il y a toutes les solutions qui sont venues de l’étranger. Nous les avons traitées de la même manière, sans cependant perdre de vue la souveraineté de la Syrie définitivement non négociable. Cette restriction étant précisée, nous avons clairement annoncé que nous ne refuserons aucune initiative et nous avons commencé par accepter « l’Initiative arabe ». Nul parmi vous n’ignore les intentions cachées des principaux États concernés qui ont exigé l’envoi d’une mission d’observateurs avec laquelle nous avons coopéré et qui s’est soldée par un échec.

Suite à cette première Initiative qui n’a pas réussi à condamner la Syrie dans les termes prémédités par les États arabes en question, M. Kofi Annan est venu, accompagné des observateurs onusiens. Là aussi, nous avons coopéré et cette deuxième initiative a abouti un à nouvel échec toujours fomenté par des États de la Ligue arabe. Ensuite, nous sommes passés à « l’Initiative de Genève » et à M. Lakhdar Brahimi. De nouveau, nous avons coopéré et annoncé que nous nous rendrions à Genève en sachant parfaitement avec qui nous aurions à négocier. On dit qu’une personne ne représente qu’elle-même, mais ces gens là n’en sont même pas capables et ne représentent que les États qui les ont créés, qui les payent, et qui leur dictent ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire.

Nous avons donc dit que nous irions dialoguer avec ceux-là qui, comme vous le savez, prétendent représenter le peuple syrien tout en appelant à une intervention étrangère. Ce n’est pas disserter que de dire que lorsqu’on est soutenu par la force du peuple, nul besoin d’aide étrangère. Contre cela, leur argument devient « l’armée tue le peuple », comme s’il existait un seul exemple étayant l’idée que dans un tel cas de figure l’armée ne s’écroulerait pas aussitôt. Une armée du peuple, issue du peuple, ne s’importe pas de l’étranger ni ne se fabrique dans leurs officines.

Si nous avons réellement coopéré, ce n’était ni par naïveté, ni parce que nous nous faisions des d’illusions, mais d’abord et avant tout parce que nous croyons en l’action politique. C’est là une conviction à condition que les intentions sous-jacentes aux déclarations soient sincères. D’ailleurs, nous reconnaissons qu’un certain nombre de pays qui ont collaboré aux initiatives successives ont sincèrement travaillé à trouver une solution, mais ils n’ont pas réussi à l’emporter sur le terrain de la réalité. Néanmoins, répondre favorablement à ces initiatives était nécessaire pour aider certains Syriens à découvrir une vérité cachée qui leur avait échappé et qui veut que l’action politique et la solution politique soient deux choses distinctes, cette dernière étant plus globale, car si l’action politique peut aider à la solution, elle n’est pas la solution. Elle fait partie de la solution.

D’autre part, répondre favorablement à ces initiatives était nécessaire pour permettre aux Syriens dupés ou égarés de découvrir toutes les autres vérités de la situation et aussi pour permettre à ceux qui, comme dans toute société, ne raisonnent qu’avec des hypothèses et des  si… « Si vous aviez agi autrement, nous n’en serions pas là ! »… Des suppositions à n’en plus finir jusqu’à ce que les hypothèses deviennent réfutables, pour la bonne raison qu’elles ne correspondent pas à la réalité.

Plus important encore, cette souplesse syrienne a aidé les amis de la Syrie du monde entier, que ce soit des individus, des partis ou des pays à pouvoir travailler à la défendre dans les différents forums. Mais malgré leurs performances, je n’ai pas cherché à nourrir les illusions parce que les données concrètes dont nous disposions n’étaient pas en faveur du succès de leurs entreprises et que la partie adverse refusait toute solution politique. Ainsi, à chaque fois que nous avons répondu favorablement à une proposition elle versait dans la dépression, voire l’hystérie comme ce fut le cas de certains pays arabes en particulier.

Il n’empêche qu’avec le temps et malgré les vents contraires, notre attitude a fini par faire tomber les masques de tous ces responsables qui s’acharnaient à prétendre que l’État syrien ne cherchait qu’à détruire le pays et même à qualifier de terrorisme la solution sécuritaire qu’il a adopté, comme si le terrorisme pouvait se régler par la politique ! Je ne pense pas qu’une personne saine d’esprit puisse le croire, la politique pourrait éventuellement jouer son rôle avant qu’il n’apparaisse. Ce qui nous ramène à la prévention par l’éducation, le dialogue, l’économie performante, les services sociaux… Les moyens sont nombreux, mais une fois que le terrorisme est apparu, s’est répandu, et a commencé à détruire et à assassiner la seule solution est de le frapper d’une main de fer !

Il est important de comprendre que le terrorisme et la politique sont absolument antagonistes. Il n’est pas possible de s’engager dans une voie politique alors que le terrorisme frappe partout où il peut. Il est impératif de le frapper pour que la politique puisse correctement suivre son cours. Cela n’empêche pas d’emprunter cette voie parallèle de la politique, à condition qu’elle ne serve pas de prétexte à arrêter le combat contre le terrorisme !

Par conséquent, si nous voulons trouver une solution nous devons partir des faits et non des illusions, comme c’est le cas de certains. Nous pouvons comprendre que dans ces conditions difficiles ils puissent en arriver à se raccrocher à des vétilles. Mais l’État ne peut pas se comporter de la sorte et entrainer la société dans sa chute. L’État doit traiter avec la réalité.

Et la réalité, c’est aussi la situation internationale avec d’une part des États amis et honnêtes ayant adopté à notre égard une position invariable basée sur leurs principes qui se trouvent être compatibles avec leurs intérêts, ce qui est excellent ; et d’autre part, des États ennemis et perdus après avoir mal estimé la situation et avoir compté sur des agents qui les ont encore plus induits en erreur, si bien qu’ils se retrouvent aujourd’hui complètement déséquilibrés.

Quant à la situation régionale au bout de ces deux ans et demi, la majorité des États de la région ont désormais une vision différente et presque claire de la réalité à l’exception de quelques-uns, peu nombreux, qui ont adopté la doctrine wahhabite et l’idéologie des Frères Musulmans. Ceux-là ont versé et continueront à verser le sang syrien parce qu’ils considèrent que ce qui se passe en Syrie est une occasion unique qui consacrerait leurs doctrines dévoyées et assassines, d’où leurs déclarations hystériques suite à la nouvelle donne internationale.

Ce qui fait qu’à l’échelle nationale nous avons toujours à combattre les gangs coupeurs de têtes et de revenus ou des deux à la fois, des mercenaires payés de l’intérieur ou de l’extérieur, des voleurs, des repris de justice en fuite depuis des années, des extrémistes religieux selon l’appellation consacrée mais qui n’ont rien à voir ni avec la religion, ni avec l’Islam.

Nous avons aussi une opposition syrienne nationale qui s’est impliquée dès le début de la crise dans l’action politique et patriote, certains de ses représentants sont présents dans cette salle. Mais il existe une autre opposition qui ne travaille pas dans l’intérêt de la patrie mais pour ses propres bénéfices. Certains de ses représentants se sont empressés de nous provoquer en demandant des postes dans les institutions d’État et au gouvernement contre l’arrêt des manifestations, alors qu’ils n’avaient aucune réelle influence sur quoi que ce soit ! D’autres se sont fait grassement payer par les pays du Golfe directement ou indirectement par l’intermédiaire de fonctionnaires de la Ligue arabe pour qu’on ne dise pas quel était l’État payeur. Ensuite, ils se sont mis à courtiser les bandes armées et à accuser l’Etat de terrorisme plutôt que de les condamner. Leurs prises de positions ont souvent changé en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire et militaire sur le territoire national et au gré de la situation internationale. Aujourd’hui, certains refusent le dialogue, d’autres disent l’accepter mais en secret s’attirant pour cela les foudres de leurs comparses. Au total, il ne faut rien attendre de cette deuxième opposition de façade, elle est perdante tant du point de vue moral que du point de vue populaire et n’a aucun rôle à jouer dans la résolution politique de la crise.

Disant cela, je n’agresse pas une personne en particulier. Dans aucun de mes précédents discours, je n’ai attaqué l’opposition. Mais nous ne pouvons franchement pas aborder la situation intérieure sans donner à voir au citoyen syrien toutes les données qui existent réellement sur le terrain. Je dis que je n’agresse personne, parce que si je le voulais je pourrais citer des noms… Je me contente d’exposer des faits.

Mais en fin de compte, malgré la souplesse et le pragmatisme du gouvernement syrien, rien de ce qui a été entrepris de l’intérieur ou de l’extérieur n’a amélioré la situation. L’escalade continue, et chaque Syrien quelle que soit son affiliation politique, géographique, ethnique, religieuse… en paye le prix. Les massacres ambulants fauchent toujours la vie des Syriens. Inaugurés à Jisr al-Chogour, ils sont passés par Karm el-Zeytoun, Hatla, Khan al-Assal, et tant d’autres endroits… La cause est désormais entendue et très claire pour tous : la Syrie sera ou ne sera pas, elle restera libre et indépendante ou sera aux bottes de l’ennemi, elle restera gouvernée par un État de droit et des institutions ou deviendra un état dirigé par des voleurs et bandits de grand chemin.

La confrontation est entre la patrie et ses ennemis, entre l’Armée et les terroristes, entre l’État et les hors-la-loi. À ce titre, absolument aucune autre annonce n’est désormais acceptable. Nous ne pouvons plus témoigner de notre complaisance aux égarés et aux inconscients. Ce serait, sans exagérations, laisser détruire à jamais l’identité culturelle syrienne et notre tissu national. Nous Syriens devons être pleinement conscients que dans ces combats nous gagnerons ensemble ou perdrons ensemble. Il n’y a pas d’autres alternatives.

Nous avons tout essayé, et il ne nous reste plus qu’une seule option, celle de nous défendre et de défendre notre pays par nous-mêmes. Naturellement, tous les Syriens attendent beaucoup de leur Armée nationale. Tous fondent leurs espoirs sur sa force. Tous espèrent que cette institution pourra mettre fin à cette situation aujourd’hui avant demain. Tous espèrent que le combattant syrien sera suffisamment puissant pour écraser les terroristes. Mais nous savons tous que la réalité est plus dure à vivre que le rêve.

Ce que nos Forces armées ont accompli relève presque de l’impossible. Cette institution née au lendemain de l’Indépendance, et surtout suite à la création d’Israël, a été formée pour la défense de la patrie contre ce seul ennemi, contre un seul front de longueur et de profondeur bien délimitées. Ses structures combattantes, ses tactiques, sa stratégie, son armement n’avaient pas d’autre objectif. Tout à coup, la voilà qui doit faire face à quelque chose de différent, quelque chose que très probablement aucun autre État et aucune autre armée de l’Époque moderne n’a eu à affronter. Elle se devait de s’y adapter le plus rapidement possible et en pleine bataille, et ce fut le plus dur ! Mais elle l’a fait avec brio et a réalisé des percées très importantes sur tous les terrains.

L’Histoire et les romans historiques regorgent d’actes héroïques qui néanmoins restent exceptionnels. En toute honnêteté, sachez que le nombre d’actes héroïques accomplis par nos Forces armées est difficilement croyable, tant au niveau opérationnel qu’au niveau des sacrifices consentis. Savoir qu’on va à la mort, y aller, exécuter sa mission, risquer d’être blessé… Nombreux sont les officiers, et les simples soldats qui après leur convalescence d’une première blessure, sont repartis au combat une deuxième, une troisième, une quatrième fois ; avec à chaque blessure encore plus de détermination. Certains d’entre eux combattent toujours, alors que d’autres sont tombés. Oui l’héroïsme est un symbole !

Mais si nous voulions opter pour un seul symbole, nous pourrions difficilement le choisir tant les actes héroïques sont nombreux. Qui le pourrait ? C’est la vérité et nous devons en être fiers aujourd’hui et pour des générations à venir. Certes, nous savions que nos soldats étaient courageux, mais nous n’avions pas imaginé jusqu’où ils iraient dans leur héroïsme. Bien sûr, leur performance reflète celle du peuple Syrien étant donné que l’institution militaire est issue de ce peuple et n’est pas isolée de la société syrienne. Si donc vous me demandiez d’évaluer nos Forces armées je vous répéterais qu’elle a presque atteint l’impossible dans les conditions les plus dures d’une agression menée par diverses grandes puissances et leurs agents et leurs terroristes !

Si maintenant nous cherchions à répertorier les exploits de nos combattants sur une carte de la Syrie, nous constaterions des différences d’une région à l’autre, car dans une bataille les facteurs en jeu sont multiples. Il y a le facteur humain lié aux officiers et aux soldats eux-mêmes, il y a l’environnement lié à la géographie et à la technicité militaire, etc… Il est donc normal qu’existent des variations régionales, mais le plus important reste le facteur populaire. J’en suis d’autant plus convaincu que, bien avant la crise en Syrie, lorsqu’on me parlait de la victoire de la Résistance libanaise, de ses tactiques et de ses armes, je répondais invariablement que la Résistance avait vaincu grâce à son peuple. Aujourd’hui, nous retrouvons cette même vérité en Syrie.

Ce soutien populaire est partout présent dans le pays. Nous l’avions constaté dès les premiers jours du combat mené par les Forces de l’armée nationale contre les terroristes. Ce soutien se renforce de jour en jour parallèlement à la prise de conscience de plus en plus aigüe de la population. Désormais, il y a une quasi-unanimité qui évidemment conforte le moral du combattant. Ne dit-on pas que le moral des combattants est pour moitié dans la bataille ? Mais même si nous admettions que ce soutien ne concerne que les trois quart ou la moitié de la population, il n’en demeure pas moins que les résultats sont là avec un taux de réussite d’autant plus significatif qu’un soutien logistique était présent.

La guerre à laquelle est confrontée l’Armée arabe syrienne et nos Forces armées en général, est une « guérilla ». La majorité des gens savent que c’est l’une des guerres les plus difficiles et les plus dangereuses pour n’importe quelle armée, aussi puissante soit-elle. Un seul autre type de guerre la dépasse, c’est la « guerre populaire » menée à la fois par le peuple et l’armée. C’est ce qui se passe en Syrie et qui nous a réussi jusqu’ici.

En cette année 2013, les forces ennemies ont senti qu’elles n’étaient pas en mesure de remporter la victoire décisive qu’elles escomptaient. Il y a eu quatorze batailles pour la libération de Damas avant le Ramadan, et trois ou quatre autres batailles l’année dernière. La semaine dernière il y a eu la bataille de Badr, et hier celle d’Ababile… À chaque fois, les forces ennemies ont perdu, c’est pourquoi les États concernés sont arrivés à la conclusion qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils cherchent. Leur restait la solution de la « guerre d’usure », celle qui prolongerait la crise, celle qui rongerait et saignerait la Syrie. Pour eux c’est désormais la solution qui reviendra au même indépendamment de la chute de l’État syrien et c’est ce qu’ils ont décidé de poursuivre !

De notre côté, il ne nous reste plus que « la guerre populaire » dont je viens de parler. Il est vrai que la bataille fait rage dans les médias, sur les sites des réseaux sociaux, et même au sein de la société réelle ; mais la bataille décisive ne s’emporte que sur le terrain. Les difficultés économiques que nous endurons, le recul des services publics et privés et tous nos soucis de la vie quotidienne en tant que Syriens, sont liés à la situation sécuritaire. Nous n’avons pas d’autre solution que de frapper le terrorisme. Si nous réussissons à intégrer encore plus de régions, et si nous gagnons notre guerre populaire, la solution sera facile et la Syrie pourra sortir de la crise en quelques mois avec la grâce de Dieu. C’est une autre vérité. Je n’exagère pas.

Maintenant, si les média entendent ce discours, ils se précipiteront pour dire que le Président syrien a appelé le peuple à la guerre populaire… Nous n’appelons pas à la guerre pour la bonne raison que cette guerre a commencé il y a plus d’un an et qu’elle se déroule sur le sol syrien ! Je mets les points sur les « i » pour que les choses soient bien claires. Comment pourrions-nous mettre fin à cette guerre et « renverser la table » sur les autres pour rétablir la stabilité et la sécurité, la Syrie ayant été avant qu’ils ne débarquent un modèle de sécurité non seulement au niveau du monde arabe et du Moyen-Orient mais au niveau du monde entier ? Nous n’avons plus que cette solution, celle d’unir l’armée et le peuple pour éliminer le terrorisme. Je n’ai pas inventé cette idée, elle est issue de notre expérience. Dans les provinces où nous l’avons mise en application, elle a réussi à des degrés divers, mais elle a réussi !

Puisque nous sommes réunis en cette « Nuit du Destin » de la dernière semaine du Ramadan, le mois du pardon, nous ne pouvons pas ne pas rappeler ce que j’ai dit et répété à plusieurs occasions. La Syrie en tant qu’État ne cessera pas de suivre cette voie parallèlement à la frappe du terrorisme, mais le pardon sera réservé à ceux qui ont été trompés, non à ceux à qui ont versé le sang, commis des assassinats et des actes terroristes. Au début, cette réserve a été refusée par beaucoup de Syriens qui pensaient qu’elle ne pouvait qu’encourager le terrorisme. Mais après une si longue période de crise, je peux dire que cet acte de pardon a donné de bons résultats sur le terrain. Le résultat n’est pas garanti à cent pour cent car il y a toujours quelqu’un de prêt à revenir vers la déviance et la traitrise. Il n’empêche que dans la majorité des cas les efforts sont couronnés de succès.

De temps à autre, vous entendez les médias parler de personnes qui se sont rendues aux autorités compétentes et ont régularisé leur situation. Là aussi le pourcentage de réussite est en nette augmentation, ceci parce que la confiance dans l’État s’est renforcée. On leur disait de ne surtout pas se rendre parce que l’État se vengerait. Mais l’État syrien a prouvé qu’il protégeait tous les Syriens quelle que soit leur appartenance politique.

Et aujourd’hui, avec le déclin des « couveuses » le tableau est devenu moins sombre. Dans certaines régions, des jeunes gens qui s’étaient rendus et avaient déposé les armes se sont engagés dans les premiers rangs de nos Forces armées et sont tombés au combat. Ils sont morts en héros non en criminels, la nuance étant importante ici-bas et dans l’au-delà.

Je suis convaincu que nous devons continuer à encourager au pardon et au dialogue en les associant aux initiatives sociales et politiques menées par un certain nombre de Syriens, parce qu’elles se sont révélées essentielles à la réussite des deux à la fois. Nous avons, nous-mêmes, procédé de cette manière après avoir accordé de nombreuses amnisties sans nécessairement les rendre publiques. Ce n’est donc pas une question de publicité mais une question d’action sur le terrain. Là aussi les résultats ont été bons. C’est pourquoi j’insiste à soutenir ces initiatives sans relâche, car ce qui ne pourra s’accomplir aujourd’hui le sera demain. Et c’est pourquoi j’encourage à rentrer chez eux les nombreux indécis qui disent vouloir s’en sortir et retourner à leur vie, mais qui ne le font pas parce qu’ils ont peur. Je les encourage à regagner leur place naturelle sans crainte. Sinon, le combat sera sans fin, nous serons les perdants avec pour seul gagnant l’ennemi israélien.

Nous sommes dans le mois du bien, c’est à nous de l’atteindre. Dieu nous a offert le bien, mais si nous le voulons nous sommes tenus de le chercher. Mais alors il faut que nous sachions que nous ne pouvons le trouver au mauvais endroit. Le bien ne nous viendra pas de certains pays arabes ou régionaux qui disent se soucier du moindre petit village syrien, mais restent très rassurés sur le statut de Jérusalem et l’avenir des enfants palestiniens sous occupation israélienne. Le bien ne nous viendra pas de ces pays qui se disent impatients d’offrir la démocratie au peuple syrien, mais qui privent leurs peuples du minimum de droits humains et qui sont déterminés à leur infliger des systèmes politiques du Moyen-Âge et probablement de l’époque de l’ignorance [Al-Jâhilîya], sans parlement, sans partage des décisions, sans partage des richesses ni même de la patrie, sans partage de quoi que ce soit.

Ces pays veulent entrer dans l’Histoire… Ils y entreront certainement, mais dans un sous-chapitre intitulé : MORT, DESTRUCTION, ARRIÉRATION, IGNORANCE. Ce sont pratiquement les seules qualités historiquement présentes chez eux et les seuls cadeaux qu’ils peuvent offrir à l’humanité. Non, le bien ne nous viendra pas de la pensée de ces obscurantistes, fondée par les wahhabites par le feu et le sang puis politisée par les Frères Musulmans par la violence, l’hypocrisie et le crime.

Leur pensée obscurantiste a semé la discorde entre l’arabité de l’Islam, alors que le Coran et le Prophète les avaient unis. Ils sont les premiers à semer la discorde entre le musulman et le musulman, puis  entre le musulman et le chrétien, au moyen de leur confessionnalisme détestable et meurtrier que toutes les religions célestes ont condamné.

C’est cette même pensée qui a inversé le conflit arabo-israélien en conflit arabo-arabe. Ils ont frappé les symboles de l’arabité et de la résistance au colonialisme. Ils ont attaqué les armées arabes comme cela se passe maintenant en Syrie et en Egypte. Ils ont collaboré avec l’armée de l’ennemi israélien. Ils ont trahi dans l’intérêt d’Israël et se sont laissés humilier par les États-uniens pour se garantir un simple siège, leur seul intérêt.

Comment les désigner ? Ce sont les « néo-islamistes » ! Les Occidentaux ont utilisé les « néo-chrétiens » pour servir Israël en usant du christianisme, et les voilà qui utilisent ces « néo-islamistes » pour qu’à travers eux l’Islam soit consacré au même service. À vrai dire, le terme « islamistes » n’est pas correct, nous ferions mieux de les désigner par le terme « néo-ignorants », plus proche de la vérité.

Le bien ne nous viendra pas de ceux-là. Il nous viendra de toutes ces nobles personnes qui se sont dressées partout dans le Monde, aussi bien dans le Monde musulman que partout ailleurs. Elles se sont tenues à nos côtés en parole et en action. Elles ont hissé le drapeau syrien. Elles ont soutenu l’Armée arabe syrienne dans ses combats contre le terrorisme. Elles ont soutenu le peuple syrien qui défend l’indépendance de son pays.

Le bien nous viendra de vous les Syriens ! Il viendra de tous les Syriens chrétiens et musulmans concernés par leur appartenance à ce pays et qui se sont engagés en toute conscience, convaincus que les religions et les lois célestes ne sont descendues que pour un seul objectif, celui de rendre notre vie meilleure. Par conséquent, lorsque ces lois et religions échouent à nous rendre meilleurs et qu’au contraire nous allons vers le pire, le problème n’est pas dans la religion, le problème est en nous.

Le bien nous viendra de ces héros qui valorisent leur patrie et défendent leur peuple. Il viendra de leurs familles qui souffrent patiemment de leur absence pendant qu’ils se battent sur le champ d’honneur, et de leurs parents qui y ont envoyé un deuxième fils pour terminer la mission du premier qui est tombé. C’est de ceux-là que le bien nous viendra, de leur force, leur ténacité, leur foi et leur patriotisme.

Je termine en souhaitant qu’au prochain Ramadan la Syrie aura récupéré sa santé, que la paix et la sécurité règneront sur ce pays cher à nos cœurs. Et à l’occasion d’Id al-Fitr qui nous arrivera dans les prochains jours, je vous dis « Puisse chaque année à venir vous apporter la paix ».

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

04/08/2013

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

Texte original : Sana-Syrie / Vidéo You Tube

http://sana.sy/ara/2/2013/08/05/495772.htm

http://www.youtube.com/watch?v=k0pPFZaSt8I&feature=youtu.be

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Pour ne perdre la face de Prix Nobel de la paix, le président Obama a déploré la violence contre les civils en Egypte, en exprimant ses condoléances aux familles des victimes. Tuées en majorité par les armes fournies par les USA aux forces armées égyptiennes. Celles qui ont soutenu pendant plus de trente ans le régime de Moubarak, garant des intérêts des Etats-Unis, et assuré la « transition pacifique » quand le dictateur a été renversé par le soulèvement populaire. Forces entraînées par le Pentagone, dans la manœuvre Bright Star 2009, en « opérations militaires en terrain urbain », c’est-à-dire en combats à l’intérieur d’une grande métropole.

Comme disposition de façade, Obama a supprimé la Bright Star 2013, qui aurait dû se dérouler en Egypte en septembre avec la participation de milliers de militaires des Etats-Unis et d’autres pays (Italie comprise). Il n’a cependant pas supprimé le financement d’1,5 milliards de dollars annuels pour les forces armées égyptiennes. L’Egypte est d’importance stratégique pour les USA. Elle « joue un rôle clé dans l’exercice d’une influence stabilisante au Moyen-Orient », en particulier pour « affronter l’instabilité croissante à Gaza », rappelle le Commandement central étasunien. Avec cette différence par rapports à d’autres pays –écrit le New York Times- que les avions et les navires de guerre étasuniens peuvent transiter sans préavis dans l’espace aérien égyptien et à travers le Canal de Suez pour mener des «opérations antiterrorisme » au Moyen-Orient et en Afrique. Celles-ci ne sont « qu’une partie des modes par lesquels les militaires égyptiens assistent les Etats-Unis dans la poursuite de leurs intérêts dans la région ».

A un certain moment cependant, en plus des militaires, « Obama a misé sur Morsi, leader des Frères Musulmans », en le jugeant « partenaire utile » en tant que président. L’utilité des chefs des Frères Musulmans pour les USA et l’OTAN, nous est démontrée par Yusif Al Qaradawi, leur principal « guide spirituel ». Citoyen qatari d’origine égyptienne, il présente un programme télévisé très suivi sur Al Jazeera. De cette tribune, pendant l’attaque OTAN contre la Libye en 2011, il incitait à assassiner Khadafi et à soutenir les Frères Musulmans qui, aidés par des forces spéciales qataries, participaient à l’attaque intérieure. En juin dernier, dans un rassemblement à Doha, il a appelé « tout musulman entraîné au combat à se rendre disponible » pour participer à la guerre en Syrie. Guerre importante dans la stratégie USA/OTAN, dans laquelle le Qatar est très actif, surtout par la fourniture d’armes aux « rebelles » à partir de la Turquie. Ce même Qatar a soutenu Morsi, en lui donnant en une année 8 milliards de dollars, auxquels la Turquie s’était engagée à en ajouter deux autres.

Se sentant très forts, Morsi et les chefs des Frères Musulmans se sont cependant un peu trop élargis, en concentrant le pouvoir dans leurs propres mains au nom de la « révolution islamique » et en suscitant de ce fait une forte opposition populaire. Washington, prenant appui sur les forces armées, a essayé d’arriver à une déposition « indolore » de Morsi. Mais c’était trop tard. Les sommets militaires, exploitant aussi les pressions exercées par Israël et l’Arabie Saoudite, ont déposé le président et employé une main de fer contre les masses mobilisées pour une épreuve de force par les Frères Musulmans. Ils l’ont fait avec le consensus d’une grande partie de la population ainsi que de la gauche égyptienne. L’opinion répandue, à laquelle souscrit l’écrivain de gauche Alaa Al Aswany (il manifesto, 15 août), est que la « révolution a été soutenue par l’armée ». Celle qui a fait absoudre Moubarak, et donc elle-même, pour les crimes commis pendant trente années de dictature.

Edition de mardi 20 août 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130820/manip2pg/14/manip2pz/344694/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Apostille de la traductrice :

Les analyses sur l’intervention actuelle de l’armée égyptienne divergent, et cette rubrique ne me semble pas tenir compte d’éléments essentiels concernant les opérations de cette armée à côté (ou aux côtés ?) de l’énorme majorité de la population égyptienne (même les médias atlantistes parlent de 80% de la population) pour destituer le président (frauduleusement élu) Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans depuis cette élection.

On trouvera donc ci-dessous plusieurs autres analyses pour compléter la rubrique de M. Dinucci.

Celle de l’économiste égyptien Samir Amin, dans un interview du 5 juillet au journal L’humanité (confirmé depuis par deux autres interviews à la presse algérienne et chinoise).

« La chute de Morsi doit être considérée comme une victoire du peuple »

Extraits :

Les États-Unis et l’Europe voudraient remettre en place Morsi. Pour les États-Unis, il n’y a pas meilleur serviteur que les Frères musulmans parce que c’est un gouvernement totalement impotent. C’est leur meilleure carte. C’est la raison pour laquelle, ils continueront d’évoquer la légitimité électorale de Morsi. Mais il faut savoir que les élections qui ont amené Morsi au pouvoir ont été truquées. La fraude a été gigantesque au profit des Frères musulmans. Ils ont distribué aux pauvres gens qu’ils ont fait venir pour voter pour eux, des cartons de vivres. Les Égyptiens n’ont pas pris au sérieux ces élections. Les juges égyptiens eux-mêmes se sont retirés des bureaux de vote parce qu’ils étaient occupés militairement par les Frères musulmans. Malheureusement, la Commission des observateurs internationaux n’a pas vu cette fraude. Ce régime ne bénéficie d’aucune légitimité démocratique. L’armée a proposé à Morsi un compromis qui consistait en un remaniement ministériel, soit une sorte de gouvernement d’union nationale. En refusant ce compromis, il a invité la seule puissance armée à le déposer. Je n’appelle pas cela un coup d’État même s’il y a eu intervention de la force armée.

Peut-on faire confiance à l’armée égyptienne ?

Samir Amin. L’armée n’est plus ce qu’elle était du temps de Nasser. Trente ans de corruption systématique pratiquée par la CIA ont créé un corps de dirigeants de l’armée totalement corrompu, qui fait partie aujourd’hui des nouvelles classes riches d’Égypte. Mais je ne crois pas que, cette fois, l’armée a demandé son avis aux États-Unis. La preuve, c’est que les États-Unis ont immédiatement dénoncé ce qui s’est passé et ont suspendu leur aide. Je n’exclus pas du tout qu’une bonne partie des officiers moyens de l’armée restent malgré tout des nationalistes, dans le bon sens du terme, et ne voient pas leur rôle comme celui d’un instrument de répression des masses populaires. L’armée a peut-être, dans ces conditions, choisi une attitude très sage. Maintenant, on verra la suite. C’est une victoire mais ce n’est pas la victoire finale.

http://www.humanite.fr/monde/samir-amin-la-chute-de-morsi-doit-etre-consideree-545404 .

Extrait d’une autre interview de S. Amin à Algérie patriotique (extrait confirmé à ma demande par S. Amin, d’une interview du 26 juillet récusée pour le reste par l’auteur à cause de nombreuses erreurs) :

«Oui, Morsi et les Frères musulmans allaient céder 40% du Sinaï»

[…]S. Amin : Oui, cette information est exacte. Il y avait un deal entre Morsi, les Américains, les Israéliens et les acolytes riches des Frères musulmans de Hamas à Gaza. Les Etats-Unis ont soutenu Morsi jusqu’au bout, comme ils ont soutenu Moubarak. Mais les pouvoirs politiques aux Etats-Unis sont, comme partout, réalistes. Quand une carte ne peut plus être jouée, ils l’abandonnent. Le projet de Morsi était de vendre 40% du Sinaï à des prix insignifiants non pas au peuple de Gaza, mais aux richissimes Palestiniens de ce territoire, qui auraient fait venir des travailleurs de là-bas. C’était un plan israélien pour faciliter leur tâche d’expulsion des Palestiniens, en commençant par ceux de Gaza vers le Sinaï d’Egypte de manière à pouvoir coloniser davantage et plus aisément ce qui reste de la Palestine, encore arabe de par sa population. Ce projet israélien a reçu l’approbation des Etats-Unis et, de ce fait, celle de Morsi également. Sa mise en œuvre avait commencé. L’armée est entrée en jeu et a réagi de manière patriotique, ce qui est tout à fait à son honneur, et a dit : «On ne peut pas vendre le Sinaï à quiconque, fussent-ils des Palestiniens et faciliter le plan israélien.»

C’est à ce moment-là que l’armée est rentrée en conflit avec Morsi et les Américains. […]»

Voir aussi la déclaration du Parti communiste égyptien, le 3 août 2013 :

Extrait :

[…] la géniale campagne Tamarrod a su mobiliser toutes les contributions au rejet populaire de la loi des Frères musulmans à travers une campagne de signatures de plus de 22 millions de personnes signataires en moins de deux mois. Elles ont été recueillies par toutes les organisations, les classes et les catégories du peuple égyptien, même au sein des institutions de l’Etat et des organismes dans tous les gouvernorats d’Egypte. Elle a été suivie par la grande manifestation du peuple égyptien le 30 Juin, avec plus de 30 millions de citoyens rassemblant dans tous les gouvernorats d’Egypte. Les forces armées égyptiennes s’associant à la volonté du peuple, adoptant les exigences du peuple et annonçant la feuille de route pour faire tomber le régime des Frères et de leurs alliés des forces de la droite religieuse. Cela a mis les Etats-Unis et l’Union européenne dans une véritable crise. C’était la première fois que les forces armées égyptiennes agissaient contre la volonté américaine depuis plus de 40 ans. C’était aussi la première fois que le peuple égyptien de toutes les obédiences, les forces politiques et les institutions s’unissent pour corriger la trajectoire de la révolution et commencer à élaborer une constitution civile et démocratique pour le pays, pour sortir de la dépendance et de la servilité.[…].

http://lepcf.fr/spip.php?page=article&id_article=1961 .

A propos de la répression et des « massacres » de l’armée égyptienne qui inquiètent maintenant la « communauté internationale » (et certains de nos camarades), voir ci-dessous des vidéos et photos reçues (et commentées) d’amis journalistes algériens : elles ont été postées sur des sites ou médias arabes, et mettent en scène des images filmées et diffusées par les Frères Musulmans :

« – vidéo 1, al Jazeera a diffusé en direct une scène d’un homme blessé : le médecin a soulevé la chemise pour voir la plaie, il n’y a pas de blessure, Al Jazeera a coupé la diffusion rapidement. 

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=WeMXe6MB0gE ;

- vidéo 2, quelques photos édifiantes pour la presse :

https://www.youtube.com/watch?v=sPMEA-vszIg ;

- vidéo 3, un jeune homme face au char (façon Tien An men ? m-a p.), la balle vient de derrière, voir la réaction de son pied, et la balle qui pénètre dans le dos, soit :

- mise en scène

- les frères tuent leurs partisans pour gagner la bataille médiatique. 

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=akXz5JwR2lo#at=110 ».

Voir aussi :

« Égypte : soutenez-vous un coup d’État militaire ?

Réponse le 8 juillet 2013 de Thierry Meyssan à des courriers de lecteurs.

Extrait :

[…] le coup n’a pas mis fin à la démocratie, mais à la confiscation du pouvoir par une secte de putschistes, les Frères musulmans. Il était donc légitime, a été appuyé par tous les autres partis politiques et par les chefs religieux, avant d’être célébré dans les rues. Le problème n’est pas l’intervention de l’Armée, mais sa capacité à suivre la Feuille de route vers la démocratie qu’elle a négociée avec les leaders politiques et religieux.

http://www.voltairenet.org/article179273.html

La prochaine rubrique Sous nos yeux de T. Meyssan, qui sera publiée le lundi 26 août, traitera de la situation en Egypte.

Merci à Samir Amin pour ses confirmations sur le marchandage avorté du Sinaï.

m-a patrizio,

20 août 2013

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Égypte, révolution et contre-révolution, suite

août 19th, 2013 by Badia Benjelloun

Une foule compacte de civils est rassemblée et proteste contre un coup d’État militaire qui a destitué un gouvernement élu selon les critères de la démocratie représentative occidentale. Elle se fait encercler par l’armée. Quelques grenades lacrymogènes sont lancées puis le massacre commence.

 

Plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés civils contre une poignée de soldats lynchés, d’aucuns ont tôt fait moyennant quelques vidéos sur internet publiés par un organe de presse hostile aux Frères Musulmans (1) ou par l’armée elle-même (2) de qualifier la tuerie programmée par les hauts gradés égyptiens de ‘guerre civile’.

L’Égypte va revenir à la situation du statu quo ante, un état d’exception avec à la clé des couvre-feux, une interdiction de manifester et pas même un semblant de truc avec les falbalas coûteux de députés impuissants et de Parlement qui ne légifère pas.

L’armée, du moins ses dignitaires, abondamment perfusés par les aides étasuniennes et irrigués par des biens publics privatisés, c’est 40% du PIB, dans les secteurs du tourisme, de la promotion immobilière et du textile en particulier, au point qu’elle est créancière de l’État égyptien.

Le mouvement Tamarrod (Rébellion) s’est nourri durant les mois qui ont précédé la grande manifestation du 30 juin des frustrations d’un peuple qui attendait du changement de régime bien plus que les maigres aménagements des Frères. La confrérie structurée comme une société de bienfaisance n’a rien entrepris ni annoncé en terme de politique sociale et économique qui eût été à la hauteur de l’insurrection populaire pour réparer le délabrement social et économique. Elle était limitée dans ses ambitions de réformes économiques. La composition des deux gouvernements formés en un an par Hicham Qandil, ingénieur agronome hydraulicien de 50 ans a fait appel essentiellement à des technocrates, même si la deuxième équipe nommée en janvier 2013 comportait 8 affiliés au Parti de la Liberté et de la Justice que la précédente. (3)

Elle était cantonnée dans un cadre institutionnel où l’Armée concédait au Président sorti des urnes juste une petite place au-devant de la scène.

Les événements de janvier 2011, ces millions de personnes qui convergeaient quotidiennement sur la place Tahrir, avaient sidéré les capacités de réaction du gendarme du monde.

L’armée avait perçu son absence de réactivité à une situation inédite et non prévue par les multiples agences de renseignements et de conseils en manipulations géostratégiques.

Elle avait le contrôle des affaires placées entre ses mains par le dictateur éconduit. Pendant plus d’un an, elle a traîné des bottes, retardant autant que faire se pouvait des élections et la passation du pouvoir à un gouvernement mené par des civils.

Le 30 juin 2013 a été l’occasion pour les larrons de se débarrasser d’acteurs encombrants qui ne maîtrisaient pas un processus d’insurrection permanente. Les FM se sont comportés comme de vrais bleus, incapables d’intégrer l’expérience politique subie par le Hamas lui aussi élu à la ‘régulière’ et très vite marginalisés par des procédés d’étouffement insidieux. La mise à l’écart polie du Maréchal Tantaoui ne réduisait pas la capacité de nuisance de l’oligarchie rompue aux coups à quintuple détente par la fréquentation assidue du Mossad.

Le commerce (l’hôtellerie surtout) en pâtissait. Un processus révolutionnaire réussi de plus risquait d’être contagieux dans la région et au-delà. Un sentiment très fort d’anti-américanisme et surtout d’anti-sionisme soude le peuple égyptien. (4)

L’armée a adroitement dévoilé un plan qui aurait été élaboré par Morsi, probablement négocié entre le Qatar de l’émir père destitué au nom du fils et l’amie de toujours Tzipi Livni pour céder 40% du Sinaï à l’ennemi voisin pour y placer les Palestiniens en quête de pays. Le régime sioniste ne prend plus aucune précaution pour afficher son intention de judaïser toute la Palestine. Toutes les conjectures sont permises pour attribuer à cette information le statut d’un faux vrai, d’un vrai faux ou d’un faux vrai faux jusqu’à épuisement des signes plus et moins. Il se trouve qu’il a mobilisé les consciences dans le sens voulu par les généraux.

Barack Obama a sans doute raison quand il déclare que ce massacre-ci n’est pas imputable aux US(a). Lors de la récente visite de William Burns au Caire à la mi-juillet, Abd Elfattah Sissi s’est permis de lui affirmer que l’aide militaire américaine menace la relation entre les deux pays et a un effet néfaste sur la partie récipiendaire. Les généraux font sans doute bien leurs comptes, la Fed imprime du dollar à usage interne désormais pour racheter la dette publique.

Sissi et sa bande ne se sont pas concertés avec l’exécutif étasunien pour se garantir les coudées franches. Si les aides étasuniennes représentaient au lendemain de Camp David, la plus grande défaite arabe, plus de 70% des ressources de l’armée égyptienne, à ce jour, le 1,5 milliard de dollar US alloué annuellement ne sont plus que les 20% du budget militaire égyptien. Cette relative autonomie financière est l’un des facteurs qui a conforté les généraux dans leur choix de pratiquer d’abord un coup d’État puis de le prolonger par un massacre et la déclaration de l’état d’exception. Parmi les autres éléments qui ont pesé dans l’élimination des FM mais surtout de l’écrasement de la tension du peuple vers un idéal démocratique, l’appui des Saoud versus un Qatar mis hors jeu compte pour beaucoup, quelques milliards d’aide directe et de salaires des expatriés.

1 000 ou 2 000 morts de civils supplémentaires vont-elles terroriser un peuple qui n’a pas encore trouvé d’issue à sa révolution inachevée ? 1 000 morts, c’est le résultat de la moisson du mois de Ramadan en Irak sans que nul démocrate et nul média du système ne s’en émeuve.

En revanche, les milliers de morts syriens devenus au fil des mois plusieurs centaines de mille ont rapidement été pris en charge et recyclés comme arme de propagande contre le gouvernement de Assad. Le reliquat du mouvement socialiste et laïc Baath syrien est disqualifié dès 2003 et remonté en tête de liste du prochain à abattre par les likudniks bushistes. Il soutient de plus le Hezbollah lui-même coupable de « terrorisme » pour vouloir faire respecter la frontière du Sud Liban des intrusions sionistes.

L’équation égyptienne et arabe n’est pas de celles qui puissent se transformer en quelques formes reconnaissables et aisées à résoudre.

La Libye se ressent déjà de l’instabilité telle qu’elle se présente au Caire et bientôt à Alexandrie. Le gouvernement installé par l’OTAN à Tripoli se révèle incapable de désarmer les milices et les tribus. La guérilla couve toujours, un attentat à la voiture piégée a failli coûter la vie au colonel de la ville de Benghazi ce 14 août. Les postes de police et les représentations étrangères sont la cible d’attaques régulières.

L’exploitation des ressources pétrolières est entravée. En un mois la Libye aurait perdu plus d’un milliard de dollars en raison d’actes de sabotage.

Les ondes de turbulence n’épargnent pas la Tunisie. Elles ont affecté les relations avec la Turquie, elle-aussi désormais dans une politique pleine d’ambiguïtés à l’égard de Tel Aviv, rompant un certain arc qui enserrait Israël et favorisait la réunification entre la terre palestinienne sise sur la rive occidentale du Jourdain et la prison de Gaza.

Les US(a), c’est-à-dire la pléthore de congressistes élus grâce à l’activisme ou simplement au laisser-faire non malveillant de l’AIPAC, est constitué par la sécurité de l’entité sioniste et donc par la situation au Sinaï.

De manière presque ostentatoire, le Conseil Militaire Suprême a autorisé l’armée d’occupation sioniste à frapper en territoire égyptien des citoyens égyptiens dans le Sinaï. Un drone israélien a tué vendredi 9 août cinq « terroristes » que les renseignements ont identifié à la forme de leur ombre en plein midi et un lance-roquette qui aurait menacé la sécurité des estivants qui parfont leur hâle sur la plage d’Eilat.

La coopération militaire renforcée avec Israël avait été annoncée à Hagel et constitue le gage suffisant pour que vaquent à leur mise en ordre les généraux égyptiens.

Aucune preuve consistante n’a été trouvée pour étayer l’existence d’une coordination militaire entre le Hamas et des Frères basée à Gaza. Des allégations fantaisistes citées par Debka en situent même le QG dans un hôtel Gaza Beach Hotel, sa direction serait assurée par Izzat Ibrahim n°4 dans la hiérarchie des FM et surnommé l’homme de fer. Une insurrection armée serait conduite depuis le Sinaï et viendrait jusqu’au Caire renverser le gouvernement transitoire. (5)

Un acte d’accusation est en train d’être dressé par le régime des militaires, de quoi permettre l’application de la mode étasunienne elle-même copiée et collée des techniques d’intimation du peuple palestinien par Israël, une détention illimitée sans jugement des ‘suspectés de vouloir accomplir des actes de terrorisme’.

Il semble que s’amorce un mouvement de protestation d’officiers au sein de l’armée égyptienne qui contestent la destitution du président élu. (6) Ils considèrent que le devoir de l’armée est de défendre la patrie, la religion et les valeurs de la nation et non de disperser par des armes létales des rassemblements de civils.

Parmi les 500 000 soldats et la dizaine de divisions (7), il doit exister assez d’éléments formés techniquement et éduqués politiquement pour constituer une force antagoniste à l’oligarchie militaire qui s’appuie sur les intérêts des Saoud pour mettre 85 millions d’Égyptiens au pas.

L’équation arabe est complexe, mais en aucun cas, au Yémen, au Bahrein, en Arabie, en Syrie, en Libye, en Tunisie la motivation du soulèvement ne peut être lue comme d’essence religieuse.

Pas plus que le problème de la Palestine ne peut se réduire à un conflit religieux entre Musulmans et Juifs alors qu’il s’agit d’un pur problème colonial.

La lutte contre l’oppression et pour la dignité est un devoir sacré, il incombe à chacun. Il ne peut aboutir que s’il prend une forme collective. Les Arabes s’efforcent de reconquérir leurs droits, leur victoire sera un gain pour toute l’humanité.

Source : Investig’Action – michelcollon.info

Notes

(1) http://www.youtube.com/watch?v=OkXd…;;feature=player_embedded

(2) http://www.youtube.com/watch?v=q-JR…

(3) http://www.egyptindependent.com/new…

(4) http://www.egyptindependent.com/new…

(5) http://www.debka.com/article/23189/…;;s-Muslim-Brotherhood-goes-underground-hides-command-structure-in-Gaza-

(6) http://www.israelnationalnews.com/N…

(7) http://www.israelvalley.com/news/20…

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La maladie grave des rebelles syriens

août 19th, 2013 by Bahar Kimyongur

On l’observe et le dit depuis le début du conflit syrien. Les principaux groupes rebelles syriens sont atteints d’une maladie grave : le racisme ethnique et confessionnel.

Leur discours suinte la haine envers tout ce qui est différent.

Durant la semaine qui vient de s’écouler, les groupes dit rebelles ont massacré des femmes et des enfants alaouites dans les villages surplombant Lattaquié, des chrétiens à Wadi Nassara dans le gouvernorat de Homs, des kurdes êzidis au village d’Assadiya sur la route de Hassaké, des chiites à Noubbol et Zahra et des Kurdes (pourtant sunnites) dans la plupart des zones contrôlées par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Ici, la vidéo terrifiante de l’exécution de deux enfants chiites par les l’Etat islamique d’Irak et du Levant dans le Nord d’Alep : http://www.syriantube.net/6210.html

Au même moment, deux soldats loyalistes ont été capturés vifs dans un endroit inconnu et interrogés avant d’être exécutés.

Les bourreaux ont filmé l’interrogatoire:

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=4gYiSCGvJ7A

Dès le début, le premier bourreau demande compulsivement:

- De quelle confession es-tu ?

Le soldat capturé a à peine le temps de répondre “alaouite” qu’il reçoit un coup au visage, puis deux gifles.

- Quelle confession? insiste le bourreau.

- “alaouite” répète le prisonnier.

La victime est à nouveau roué de coups. Il se redresse.

Le deuxième bourreau s’y met:

- Nous n’avons pas bien entendu. Répète !

La victime guère impressionnée dit encore : “- alaouite”.

Nouveaux coups au visage.

“Je jure par dieu que nous allons tous vous brûler avec la maison des Assad” peste le deuxième bourreau…

A la vue de ces images de tortures, on comprendra sans doute mieux pourquoi des millions de Syriens issus de toutes les communautés se sentent protégés par le gouvernement de Damas, pourquoi l’autre Syrie, celle que nos médias s’obstinent à boycotter, résiste avec tant d’ardeur aux assauts des milices takfiries et génocidaires soutenues par Washington et ses partenaires stratégiques (France, Angleterre, Turquie, royaumes du Golfe et Israël).

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La mort d’un seigneur : Jacques Vergès

août 19th, 2013 by Louis Dalmas

Hommage à un des derniers représentants d’une France fière et libre

Un grand seigneur nous a quittés. Un homme de courage, de lucidité, de talent. Il faut le dire avec force au moment où se sont multipliées les nécrologies embarrassées. Quelle galère pour les commentateurs ! Comment parler de cet avocat qui a défendu toutes les mauvaises causes avec un brio sans égal ! Qui combinait célébrité et réputation sulfureuse en savourant le mélange ! Qui a écrit d’un côté des livres brillants en prenant d’un autre le parti d’affreux criminels ! Qui s’est moqué avec tant d’intelligence des propagandes, des clichés et des préjugés ! Qui a traité de sujets souvent loin du barreau en prononçant les plus émouvants plaidoyers pour sa profession ! Ca sort de l’ordinaire, un homme comme ça ! Le cinéaste Barbet Shroeder, qui en a fait le portrait dans un documentaire filmé, a dit prudemment “je ne veux pas le juger”. Un monstre sacré qui ne craignait pas d’affirmer “ma loi est d’être contre toutes les lois. Ma moralité est d’être contre toute moralité.” C’était dans sa nature. Il a toujours tout défié, les normes comme les étiquettes, et gratifié d’un bras d’honneur toutes les conventions.

Né au Siam, il y a 88 ans d’un père diplomate et d’une mère vietnamienne, il entre dans la Résistance, milite chez les communistes, se bat contre le colonialisme, lutte contre l’occupation française de l’Algérie et se lance dans une éblouissante carrière à contre-courant.

Nous avons fait connaissance dans les années 60 grâce à un ami commun, lui aussi un homme de grand talent, Georges Arnaud, de son vrai nom René Girard, l’auteur du fameux “Salaire de la peur”. Ils étaient de la même trempe tous les deux, libertaires, rebelles, farouchement hostiles à toute forme de dépendance ou de servitude. Nous avons sympathisé dans le mépris du conformisme et des convenances.

Une de ses causes les plus célèbres nous a encore rapprochés, celle de Slobodan Milosevic.

Livré à la parodie de justice du vainqueur occidental, le président serbe était devenu le bouc émissaire des guerres dans l’ex-Yougoslavie, le “boucher des Balkans” responsable de toutes les atrocités. Vergès se consacre à sa défense devant la mascarade du TPIY de La Haye. En 2002, il obtient de quatre éminents juristes et professeurs de droit français une formidable consultation de 55 pages qui démonte minutieusement l’édifice juridique de l’accusation.

A la mort de Milosevic, il accuse carrément le tribunal de l’avoir assassiné en le privant des soins que nécessitait son état de santé.

Tout ce qui choquait intéressait Vergès. Il aimait secouer l’opinion publique par la provocation. C’est ainsi qu’il a été, par conviction ou par désir de se singulariser, l’avocat de personnalités officiellement honnies comme le khmer rouge Khieu Samphan, le nazi Barbie, le terroriste Carlos ou le dictateur Saddam Hussein.

Il a aussi été le courageux conseil d’hommes injustement broyés par la politique internationale, comme Kadhafi ou Laurent Gbagbo. Il a dénoncé les agressions impériales, en Irak, en Afghanistan, en Libye et, peu avant sa mort, il a condamné la diabolisation de Bashar al Assad en Syrie.

Maître du barreau, il était aussi un maître en littérature. Dans le n° 73 de janvier 2003 de notre journal B. I., j’ai fait un compte rendu de son livre “Dictionnaire amoureux de la justice” (Plon), qui aide à cerner le personnage et que je me permets de reproduire ci-dessous.

“A voir la pente neigeuse d’une montagne, on n’imaginerait jamais qu’elle recouvre le feu intérieur de la terre. Jacques Vergès évoque ce vernis de glace sur un brasier. Impassible en apparence, il examine d’un regard froid la machine judiciaire, mais à chaque ligne de son livre transparaît sa brûlante compassion pour ceux qui sont broyés par elle.

L’ouvrage s’intitule “Dictionnaire amoureux de la justice”. Il pourrait s’appeler “Dictionnaire d’un amoureux de la justice”. Une justice parfois mal rendue, souvent cruelle, presque toujours inégale. On connaît la formule “en politique, il n’y a pas de sentiments, il n’y a que des intérêts”. Dans le domaine de Jacques Vergès, il n’y a pas de sentiments, il n’y a que la loi. Et la loi s’applique au mépris de ce qui devrait importer le plus : ne pas seulement juger, mais comprendre.

La défense est un mot beaucoup plus beau que son contraire : l’attaque. Mais pour qu’il ait son plein sens, il faut savoir qui on défend, et pourquoi on le défend. C’est à cette exploration en profondeur de l’accusé que se livre l’auteur dans cette magistrale anthologie. Les grands procès de la littérature, de l’histoire, de la politique et du crime y sont passés en revue, avec une érudition sans faille, mais surtout avec un souci que le juge ne partage presque jamais : entrer dans la peau de celui ou celle qui paraît devant lui. Fascinante auscultation qui va de la célébrité à l’anonymat, en passant par le vaincu qui paie sa défaite, l’opposant sacrifié par le pouvoir, l’assassin qui défie la morale et le fou qui s’est exclu de la norme établie.

Vergès est motivé par un sentiment qui fait de lui un avocat exemplaire : la haine de l’humiliation. “J’ai toujours été du côté des humiliés, écrit-il, et c’est la raison pour laquelle j’ai cru et suis prêt encore à croire en la Révolution si elle est, comme dit un personnage de Malraux, le contraire de l’humiliation.” Voilà le principe même de l’indépendance, puisque c’est le fort qui humilie le faible, et que s’opposer au fort, c’est s’affranchir de la hiérarchie ordinaire. Sous le calme exposé du professionnel, on sent à tout instant le rejet de la domination, le mépris du conformisme et la dénonciation des préjugés. En imperturbable rebelle, en révolté courtois, Vergès a choisi le seul métier qui combat de l’intérieur et avec leurs propres armes, les arrogants despotes de la société.

Le récit de multiples “affaires” – grandes ou petites, connues ou ignorées – n’est pas le seul attrait du livre. Les narrations inspirent des réflexions passionnantes sur la justice, son exercice, sa portée, ses défaillances. La distinction entre procès de connivence et procès de rupture est par exemple essentielle. Les procès de connivence sont ceux où l’accusé reste enfermé dans la structure qui l’accuse, où les arguments du réquisitoire et les plaidoiries sont des contraires de même nature. Les inculpés vont du meurtrier qui cherche des excuses dans sa misère sociale au militant qui accepte de passer pour traître par dévouement au parti. Les procès de rupture sont ceux où le juge et le jugé sont dans des mondes différents, relèvent de logiques qui n’ont aucun point commun. On passe du droit commun qui revendique sa marginalité totale au politique qui ne fléchit pas dans ses convictions. Vergès les a tous connus, ou étudiés. Son analyse a la minutie envoûtante d’un roman policier.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre de près de 800 pages. Qu’il me suffise de le recommander avec chaleur. C’est une expérience que de le lire. Et, pour moi, c’est un honneur que de connaître son auteur.”

Vergès jouait aussi bien sur scène qu’il écrivait dans son bureau. En 2011, il interprète et met en scène au théâtre de la Madeleine, à Paris, un étonnant one-man show d’une heure et demie intitulé “Serial plaideur”, dont voici le compte rendu dans notre n° 164 d’avril 2011.

“On connaît la liberté de ton, la perspicacité et le mordant du célèbre avocat, loué par les uns, détesté par les autres, mais qui ne laisse personne indifférent. Ces réactions contradictoires le réjouissent, car elles sont la garantie – et la preuve – de son indépendance.

Une indépendance fondée sur un talent multiforme : déjà brillant défenseur et écrivain de qualité, il se révèle aussi auteur de spectacle et acteur, capable d’occuper une scène de théâtre et de captiver un public de tous âges pendant une heure et demie par un monologue passionnant qu’il a lui-même rédigé.

Le discours est une formidable plaidoirie en faveur du métier d’avocat. Alternant souvenirs, citations, anecdotes, Vergès tient l’auditoire en haleine dans un silence d’église, jusqu’à l’explosion finale des applaudissements. Philosophie, morale, littérature, humour se mêlent dans un texte dont l’éloquence suscite à la fois intelligence et émotion. Un texte superbe que les organisateurs ont eu la bonne idée d’éditer sous forme de brochure.

Bravo à Jacques Vergès. Il mérite notre admiration.”

Enfin, Vergès ne manquait pas de férocité polémique. Avec son confrère et ami Roland Dumas, au moment de l’agression de Kadhafi menée par le sinistre duo de l’époque, il signe un superbe pamphlet intitulé “Sarkozy sous BHL” (Ed. P. G. de Roux), recensé dans notre n° 171 de novembre 2011.

“L’ouvrage des deux avocats est un régal de talent et de compétence.

Dès le début, le ton est donné. Président de la République pour sept mois encore, ce sont deux Résistants qui vous écrivent pour vous dire que vous trahissez la France. Vous aimez vous présenter comme l’héritier légitime du général de Gaulle, vous mentez. (…) Et quand vous tentez de donner le change, vous en devenez ridicule. De Gaulle aimait s’entretenir avec Malraux, un écrivain à sa hauteur. Vous croyez l’imiter en vous montrant avec M. Lévy, un mythomane qui se prend pour Lawrence d’Ara-bie. Lévy d’Arabie, il y a de quoi rire ! C’est lui le vrai responsable de votre politique étrangère, réduisant le ministre à un rôle de phénomène de foire, avaleur de couleuvres. (…) Vous êtes la caricature de ce roi barbare qui répandit la guerre dans le monde d’alors (…) Vous êtes la réincarnation en format réduit d’Attila, le fléau de Dieu, vous êtes Attila le Petit.

On est déjà ravi de voir deux personnalités de cette stature ironiser sur une France devenue république bananière, dirigée par deux guignols de foire : Attila le Petit et Lévy d’Arabie.

Mais nos auteurs vont plus loin que la polémique. Ils dénoncent avec vigueur la nouvelle politique colonialiste de la France, menée au mépris de la légalité internationale. Et Ils justifient minutieusement la plainte déposée contre Sarkozy pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Leur impitoyable réquisitoire est développé sur le double terrain des faits et du droit.

En ce qui concerne les faits, le dossier de l’agression de la Libye est accablant. Londres, Paris et Washington y voient rappelé un véritable récital d’hypocrisie, d’incohérences et de mensonges. La violation du principe de non-ingérence figurant dans la Charte des Nations Unies ; la préparation à l’avance de la guerre à Kadhafi par des entretiens secrets ; les résolutions précipitées du Conseil de sécurité, votées sur la foi de rumeurs sans fondement ; la saisine de la Cour pénale internationale par un pays qui ne l’a pas reconnu (les Etats-Unis) pour des événements imaginaires dans un pays qui ne l’a pas reconnu non plus ; le maquillage moral en intervention humanitaire du bombardement de civils censés être “protégés“ contre des exactions inexistantes ; la destruction sans nécessité militaire de tout édifice n’ayant pas d’utilité pétrolière (y compris écoles, quartiers d’habitation, hôpitaux) ; le ravage d’un pays prospère aux indices de civilisation les plus élevés du continent africain ; les massacres racistes et xénophobes perpétrés par les insurgés, provoquant la fuite de centaines de milliers de réfugiés, entre autres. Conclusion : Ces faits constituent des crimes au regard de la légalité internationale et du droit interne français.

(…) La fin de la démonstration est nette et sans appel : En conclusion, compte tenu de l’article 5 de la Constitution, en application de l’article 53-2 de la Constitution et conformément à l’article 689-11 (créé par la loi n° 2010-930 du 9 août 2010) du Code de Procédure pénale, Nicolas Sarkozy, au titre de chef de l’Etat et de chef des armées, peut être poursuivi et jugé par une juridiction criminelle française pour s’être rendu coupable de l’un des crimes relevant de la compétence de la Cour pénale internationale, le crime contre l’humanité, en application de la Convention portant Statut de la Cour pénale internationale du 18 juillet 1998, intégré dans le droit interne de la République française.“

Il ne reste qu’à espérer que ce livre aura le succès qu’il mérite, et que les magistrats auront le courage de faire honneur à sa conclusion.”

Vergès aura été un exemple et un ami. Son départ laisse un vide impossible à combler.

Louis DALMAS.

Dernier livre paru : “les Fossoyeurs de l’Occident” (Editions Apopsix)

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De retour d’un déplacement chez un ami dans les Alpes italiennes où il n’y avait aucune connexion avec l’extérieur, c’est avec une profonde tristesse que je viens d’apprendre le décès d’Ilan Halevi. Par ces quelques mots, j’aimerais lui rendre hommage.

J’ai rencontré Ilan dans ma découverte de la Palestine, début des années 2000. Homme exceptionnel dans tous les sens du terme, Ilan avait cette particularité d’être né dans une famille juive de France, avait milité dans l’extrême-gauche israélienne antisioniste, puis avait rejoint la résistance et les instances de l’OLP après la guerre de 1967. Vice-ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne il était aussi l’un des proches conseillers de Yasser Arafat et par-là, bien informé des moindres détails de la situation dans la région.

D’emblée, le contact s’est établi avec ce petit bonhomme d’allure joviale et d’une érudition hors du commun. J’ai eu l’immense privilège ces dernières années, de plusieurs rencontres avec celui qui, à chaque fois, m’enthousiasmait par son intelligence et ses analyses de la situation politique de la région. Sans oublier son inénarrable sens de l’humour, ni ses qualités d’écrivain. Ainsi que son goût insatiable pour les moules belges, au point d’en manger à chaque occasion qui lui était offerte !

Polyglotte, Ilan qui se disait « 100% juif et 100% arabe » était de santé précaire. Et les incessantes tensions qu’il avait dû affronter au quotidien n’ont rien arrangé à l’affaire. Tel ce jour où, dans son appartement à Ramallah, un missile israélien a traversé son salon de part en part, arrachant un coin entier de l’immeuble. On peut imaginer le choc émotionnel et le traumatisme que cela laisse dans la vie et la santé de n’importe quel individu…

La dernière fois que nous avons passé un moment ensemble, c’était il y a deux ans, lors d’un passage à Bruxelles où il animait une soirée-débat en duo avec Tariq Ramadan. La salle était comble, et une partie de l’auditoire était debout dans les allées pour écouter ce que ceux-là avaient à nous dire sur l’insoluble question israélo-palestinienne…

En fin de débat, Ilan m’avait fait signe pour nous éclipser et nous avons choisi un restaurant proche de son hôtel afin de dîner et échanger les dernières informations sur l’impossible situation en Palestine occupée. Arrivés vers 23h, nous nous sommes quittés vers 04h30 du matin, au moment où m’apercevant de l’heure, je lui ai demandé s’il ne fallait pas qu’il se repose un peu… Ilan m’a alors répondu, l’œil malicieux et le sourire en coin : « Oh, il est si tard !? Eh bien, Daniel, j’ai juste le temps de prendre une douche, faire ma valise et sauter dans un taxi parce que mon avion est à 06h30… »

Ironie de l’histoire, lui qui avait eu plusieurs passeports diplomatiques des années durant, en était privé depuis un certain temps par les autorités israéliennes, et ne pouvait dès lors plus rejoindre la Palestine où il vivait. Il résidait depuis en Allemagne, à Berlin, avec sa compagne et son fils dernier-né, dont il me disait que son plus grand bonheur était de le conduire chaque matin à l’école et d’aller le rechercher le soir. Pudique, Ilan cachait sa tristesse d’être ainsi coupé de ses racines. Mais pour qui le connaissait, elle était perceptible. Il restait évidemment en contact avec l’Autorité palestinienne, via les moyens de communication modernes, mais ce n’était pas simple et dans certains cas, c’était Mahmoud Abbas qui se déplaçait jusqu’en Allemagne pour rencontrer son vieil ami.

En signe d’amitié, Ilan a rédigé une magnifique préface intitulée « Les Témoins » dans mon livre sur les Missions civiles en Palestine. (« Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes » – 2005 – aux Ed. M. Pietteur).

Lui qui a tant œuvré pour tenter de concilier l’inconciliable, qui était une véritable bête politique, qu’il repose en paix et reste dans les mémoires de tous ceux qui sont épris de justice, comme un témoin de premier ordre dans l’avènement futur d’une région en plein bouleversement… et dont personne aujourd’hui ne peut augurer des résultats…

 

Daniel Vanhove –

Observateur civil en Palestine

Auteur

18.08.2013

 

 

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Cette vidéo, publiée le 16 août, montre des soldats de l’armée égyptienne mitraillant, depuis une colonne de chars, des hommes et des femmes, désarmés, bras levés.

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Des acteurs encore en vie de la guerre et des chercheurs et écrivains invités par l’association Med-Action pour la jeunesse et la citoyenneté pour commémorer, du 18 au 21 août 2013, à Akbou, le 57e anniversaire du congrès de la Soummam, apporteront leurs témoignages ou leurs éclairages.

Parmi les témoins, un ancien appelé anticolonialiste, Jacques Tourtaux, témoignera à partir d’un vécu à l’intérieur de l’armée française. Simple ouvrier, simple « bidasse » qui a su résister à toutes les pressions, Tourtaux a écrit un livre étonnant, instructif, humain et sans concession dans son contenu anti-guerre et anti-colonialiste. Son livre, Souvenirs d’un appelé anticolonialiste (non distribué en Algérie) méritait une note de lecture.

« Souvenirs d’un appelé anticolonialiste » : Jacques Tourtaux ou le refus de la guerre d’Algérie

Originaire des Ardennes et issu d’un milieu très pauvre, ouvrier lesté d’un certificat d’études primaires, Jacques Tourteaux sort de l’adolescence en pleine guerre d’Algérie. Fait d’époque, son milieu ouvrier baigne dans l’identité communiste, devenue culture plus qu’appartenance organique, mélange de mémoire des luttes, d’identification sociale et d’humanisation de la misère par l’utopie d’un autre destin humain. Dans ce milieu, on adhère au parti communiste comme on accomplit sa condition sociale et comme on porte l’oriflamme.

Le témoignage de Tourtaux en est une nouvelle confirmation : il a adhéré au parti, comme on le disait, dans une sorte d’évidence qu’il ne pouvait s’agir que du parti communiste après cette seconde et terrible accoucheuse guerre mondiale. Il a adhéré comme on monte en première ligne, comme on se prend en charge, comme on devient adulte, comme on prend sa part du fardeau, comme on s’apprête au don de soi. Il écrit : « C’est tout naturellement que j’ai adhéré au Parti communiste français. » Tout naturellement. Et la suite vient tout naturellement aussi : « Avec des camarades de mon âge, en 1959, nous avons créé un cercle de l’Union des jeunesses communistes de France dont je fus le secrétaire. » D’où le lien direct avec sa réaction spontanée à son ordre de mobilisation : « A deux reprises, j’ai refusé de me présenter aux conseils de révision les 14 mars et 30 juin 1960. » Mais, justement, il baigne dans le milieu social du communisme, cela fait une sacrée différence avec l’organisation, avec l’appareil, avec le « parti ». Il écrit à un proche, pas à la direction de la cellule ou de la « fédé » : « Ma lettre était prête pour De Gaulle. Je lui écrivais mon refus de participer à cette guerre. Je ne voulais pas combattre le peuple algérien. J’ai écrit à un de mes oncles pour lui en faire part. Mon oncle, qui était cheminot, militait au PCF. Il m’a de suite répondu et déconseillé d’écrire à De Gaulle.

Il disait que les sanctions étaient très fortes, que le travail des jeunes communistes était de militer au sein de leur unité contre la guerre. » C’est donc son oncle, pas le parti, qui le guide, et ce fait à lui seul présente un intérêt extraordinaire : les principes léninistes avaient largement débordé les frontières du parti, pour devenir une culture de masse. L’oncle ouvrier cheminot discute avec son neveu ouvrier de la ligne politique, comme s’ils portaient « naturellement », comme le dit Tourtaux, la légitimité de l’appareil. Cela corrige sensiblement les approches académiques, tout en indiquant quel potentiel ce même parti s’est évertué à perdre, puisqu’il va perdre en cours de route ce même Tourteaux qui lui disputera la légitimité de l’identité communiste. Quelle perception de la guerre développaient le milieu ouvrier, le milieu communiste et enfin le parti ? La question doit déjà beaucoup à ce témoignage.

Briser la volonté, briser les hommes

Il viendra donc en Algérie, en février 1961, suivi par sa fiche qui indique ses engagements et ses choix. Première destination, la compagnie d’instruction, sorte de bataillon disciplinaire, mais plus proche de la prison et du bagne que de la mise au pas. Le récit est surprenant de ce monde clos qui livre des appelés aux pulsions perverses des « sous-offs» tortionnaires qui bastonnent les jeunes recrues à coups de manches de pioches, oblige des détenus à faire des réveils sportifs avec des chants nazis, leur font subir des sévices, tous plus vicieux les uns que les autres, sous la haute autorité d’un commandant qui les appelle à rejeter la propagande du PCF et du PCA. Briser la volonté, briser les hommes, bien au-delà de la nécessité du redressement disciplinaire, ne pouvait se faire sans l’existence de ces malades de la torture et de la brutalité pathologique et de leurs fortes racines. La question reste posée de savoir comment l’armée française a pu livrer des conscrits français à des fascistes. Le lecteur a l’impression d’un monde illégal, fonctionnant en dehors des lois ou même de la simple humanité, et d’une sorte de « regard tourné ailleurs » de la hiérarchie militaire et civile. Un monde de l’enfer qu’aucune bonne âme parmi ces responsables ne peut regarder sans y découvrir son côté sombre, ses propres ressorts soigneusement maquillés. Du coup, s’éclairent pour un lecteur algérien quelques sources de la torture, des corvées de bois, du napalm sur les villages, des camps d’internement ou des camps de regroupement; bref, de l’extermination de masse de notre peuple. Aussaresses et Massu étaient tout entiers dans les personnages décrits par Tourtaux, l’adjudant Birr et le commandant qui venait « habiller » le sale boulot en mettant en garde les conscrits contre la propagande anticommuniste. Pourtant, Tourteaux et les communistes n’étaient pas seuls. Au passage, il nous signale la présence de deux séminaristes qui refusaient comme lui de faire cette guerre absurde à notre peuple. Comment et pourquoi tout ce potentiel anti-guerre a mis si longtemps à se manifester sans jamais vraiment se cristalliser et pourquoi une minorité fasciste a pu garder la haute main sur l’armée ? Car, c’était une minorité. La résistance au putsch, perpétré dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 avril, le prouve amplement. La mémoire de Tourteaux nous permet d’avoir un panorama exceptionnel de la résistance multiforme qui s’organise au cœur de composantes techniques comme l’aviation ou parmi les bidasses avant même l’appel de De Gaulle. Témoignage passionnant par sa précision, par lequel on découvre qu’en fait, les régiments et détachements parachutistes et les légionnaires sont les plus infectés par les mercenaires et par l’idéologie fasciste ou nazie. C’est peut-être les chapitres à lire avec le plus grand soin dans ce livre. On mesure alors pleinement les contradictions qui traversent l’armée française et que seule la méthode du « bagne » d’Oued Smar pouvait contenir au profit du pôle fasciste. On mesure tout aussi pleinement que les luttes politiques anti-guerre ont manqué de la profondeur anticoloniale de principe qui aurait aidé à isoler les factions fascistes et les factieux et empêché l’impulsion socialiste de la guerre, puis sa prolongation gaulliste. On mesure enfin combien l’engagement colonialiste des socialistes et notamment celui de Mitterrand et de Guy Mollet ont pesé du côté des futurs putschistes, mais surtout combien ils ont retardé la cristallisation ou la coalescence d’une conscience française que la guerre d’Algérie était une guerre coloniale. On voit d’un autre œil le procès Jeanson, la lettre des 121 et celle de Sartre.

Réflexion

C’est absolument fascinant de découvrir comment l’armée française, délivrée par le putsch du contexte politique qui pesait sur ses contradictions, les laisse s’exprimer jusqu’au bout, jusqu’à la confrontation et parfois l’affrontement. Il est significatif de noter que les parachutistes et les légionnaires ont exercé un maximum de pressions et d’intimidations pour garder sous contrôle la masse des soldats de carrière, autant que les conscrits. Notons, en outre, ce que le livre de Tourteaux nous pousse à réfléchir. Le manque de détermination de l’appareil du PCF à peser sur les contradictions de l’armée, en vue de les résoudre en faveur de ses courants non fascistes. La révolution léniniste, le communisme comme la Troisième internationale et cette culture léniniste qui baignaienst Tourteaux étaient nés en rupture avec la gauche. Ce vote des pouvoirs spéciaux inaugurait la longue et souterraine rupture du PCF avec le léninisme et son retour dans cette gauche qui le ramènera dans le giron de la social-démocratie.

Ne serait-ce que pour l’échec de ce putsch, le travail de Tourteaux et des autres mérite une immense considération.  Ils nous auront évité encore plus de souffrances et plus de difficultés. Ils auront en tout cas fait évoluer les contradictions au sein de l’armée française en défaveur des courants fascistes et en les poussant dehors vers leur sinistre OAS.

Sur cette fin de guerre, Tourteaux nous livrera des témoignages précieux sur le fonctionnement interne d’une armée surpuissante qui a enchaîné le travail de destruction sans vaincre notre peuple. Les images qu’il ramène de Mouzaïa sont sans appel. Cette armée française victorieuse des maquis est obligée d’organiser le gardiennage de chaque ferme de colon. Au bout des destructrices opérations Challes, Jumelles, Pierres précieuses, aucun colon n’avait la paix ni l’arrogante assurance du maître. Le maquis n’était pas que dans la montagne. Lisez attentivement. Vous découvrirez sous le simple énoncé des faits cette confirmation d’une fusion du peuple et de l’ALN, qui gardait à ces maquis exsangues et démunis la force d’agir encore et d’inquiéter en cette transition du printemps 1961 vers l’hiver 1962. En tout cas, le combat n’aura pas cessé dans cette zone de la Wilaya IV. Atrocités inutiles, politique systématique de terreur, massacres, ratonnades, expéditions punitives continueront de marquer la fin de cette guerre, qui s’éternise dans sa pourriture.

Telaghma, le camp de regroupement

Tourteaux sera muté dans une base aérienne de sinistre réputation pour les Algériens, Telaghma. Il y sera soumis à toutes sortes de privations, de brimades inutiles, de menaces hors de saison, exposé à des risques sans les moyens pour se défendre. La défaite des putschistes a isolé le courant le plus fasciste, mais a laissé de beaux restes.  Tout cela va en « eau de boudin » derrière les barbelés de la base, des barbelés emprisonnant un peuple en haillons qu’on a regroupé dans un camp, loin de ses terres, de son agriculture, de ses maisons, un peuple que l’armée nourrit au compte-gouttes pour affamer le maquis. Un peuple qui dans cet au-delà de la douleur, qui dans son regard vitrifié sur la mort et le dénuement, partagera la moitié de sa faim avec ses enfants qui courent encore les montagnes. Bien sûr, des êtres cèdent sous ce poids insupportable. Des petits garçons et des fillettes viendront se prostituer pour un sou et Tourteaux entendra la hâblerie graveleuse de ceux qui se sont offert, parfois sans payer, le petit ou la petite. Tourteaux le répète. Il est un simple ouvrier autodidacte.  Il est communiste, et pour le rester, quitte le Parti communiste français. Il a écrit dans son langage d’ouvrier et de fils du peuple. Impossible de faire de son écriture une coquetterie esthétique pour « salonnards » et donc de le récupérer en en faisant une expérience littéraire dans le style : « Tiens, une bête qui parle ou un ouvrier qui écrit. » Cette écriture ramassée sur les faits en dit beaucoup sur la France et sur l’armée.  Tourteaux est fier de la préface que lui a écrit-Henri Alleg. Très fier. C’est la reconnaissance de sa lutte par un lutteur. C’est surtout la reconnaissance d’une ligne de conduite. Il la perpétue en se battant pour faire reconnaître et réparer les traumatismes produits par la guerre et par les traitements inhumains que l’armée lui a fait subir et fait subir à bien d’autres. Il la perpétue en tenant un blog – le blog de Jacques Tourteaux – dédié à l’anticolonialisme.

 A  Alger le 15 08 2013. Mohamed Bouhamidi.

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Jacques Vergès n’est plus. Mais sa voix forte nous reste. Nous l’avions rencontré en mars 2006 peu après la parution de son ouvrage “Malheur aux pauvres” (*) dans lequel il s’attachait à défendre la cause des humbles et des sans-voix, face à une justice qui les laisse livrés à la loi du plus fort. Nous lui rendons hommage en rediffusant cet entretien.

Silvia Cattori : L’ouvrage “Malheur aux pauvres”, que vous venez de publier, dresse un constat accablant pour la justice. Cela doit dépasser le cas de la France sur lequel vous avez fondé votre argumentation. Vous écrivez : « La justice méprise les parias… ne les protège nullement », ce qui suggère qu’il n’y aurait pas toujours, de la part du corps judiciaire, l’exigence que la sanction soit juste. Qu’avez-vous voulu dire précisément par ce livre ?

Jacques Vergès : Je veux montrer par une série d’exemples comment la justice est injuste. Comment elle est extrêmement sévère et désinvolte avec les pauvres, les faibles, et comment elle est obséquieuse, complaisante, avec les puissants.
Je prends comme exemple, entre autres, ce que l’on a appelé « les disparues de l’Yonne » : une dizaine de jeunes filles, d’origine pauvre, et handicapées, confiées à l’assistance publique, disparaissent les unes après les autres. Jamais, pendant dix ans, l’on n’a mené d’enquête. On a mis sur leur fiche « fugue », alors qu’en fait elles avaient été tuées par un individu qu’un rapport de gendarme avait pourtant montré du doigt. Le procès n’a eu lieu que vingt ans après. Je dis, au travers de ce cas, que si les jeunes disparues avaient été filles d’un médecin, d’un avocat ou d’un ministre, on aurait enquêté immédiatement et on n’aurait pas mis « fugue » sur leur fiche.
Actuellement vous avez, à Toulouse, trente-cinq prostituées qui ont été tuées depuis une quinzaine d’années, retrouvées la gorge ouverte, les dents cassées, une grenade entre les jambes et, pour chacune, on a mis « suicide » sur la fiche ; manifestement ce sont des pauvresses, et on n’a pas voulu s’en occuper.
Tout ceci montre comment l’on néglige les pauvres.

Un autre exemple, que je prends, est celui d’une petite Anglaise, Caroline Dickinson, violée et tuée dans une auberge de jeunesse. Le juge a demandé l’ADN de tous les mâles du village dès la puberté. Il a procédé à 3600 recherches d’ADN, et il a trouvé l’assassin.

Sur une route dans l’Ile-de-Ré, au mois d’août, une jeune femme est tuée à midi trente. On a recherché les 200 personnes susceptibles d’être passées sur cette route. Les campeurs, les marchands. On a fini par trouver l’assassin.

Dans le cas de Madame Marshal, trouvée morte dans sa cave avec l’inscription « Omar m’a tuer », sous chacune des inscriptions on a trouvé une tache de sang. A ma demande, on a déterminé que le sang était bien celui de Mme Marshal mais que dans chacune des taches, il y avait un ADN d’homme. Or, alors que les deux ADN étaient différents entre eux et aussi différents de l’ADN d’Omar Addad, c’est ce dernier que l’on a accusé. Il y avait 15 ADN à retrouver. La cave d’une villa cossue est moins fréquentée qu’une auberge de jeunesse. Eh bien, la Cour de révision a dit non, on ne peut pas dater l’ADN – ce qui est vrai, mais pas plus que sur la route de l’Ile-de-Ré – et il est entré beaucoup de monde dans la cave – mais moins que sur la route pendant les vacances d’été.

Quelle est la différence ? La différence est que celui qui entre dans une auberge de jeunesse et tue une jeune fille est un marginal, un routard, un pauvre type. Par contre, si ce n’est pas Omar Addad qui a tué Mme Marshal, c’est quelqu’un de sa domesticité ou de son entourage. Or, dans la domesticité, en dehors d’Omar Addad, il n’y avait que sa femme de ménage. Ce ne pouvait donc être que quelqu’un appartenant à la très grande bourgeoisie. Alors, à ce moment-là, on dit : « On ne peut pas rechercher ».

Voilà donc les exemples que je prends, qui montrent comment la justice, quand il s’agit des pauvres et des faibles, est extrêmement sévère ; et quand il s’agit des puissants, est extrêmement complaisante. Je dirais même, complice.

Silvia Cattori : Il ressort donc précisément de “Malheur aux pauvres” que, si les victimes ont des parents socialement bien insérés, les choses se passent différemment. Cela veut-il dire que, même quand il s’agit de faits divers, il y ait un lien entre la Justice et la politique, qu’il y ait deux poids deux mesures ?

Jacques Vergès : C’est certain. Le lien avec la politique, c’est le lien avec la grande bourgeoisie et ceux qui nous dirigent.
Je donne également l’exemple des milliards de pots de vin versés à propos de la vente de frégates à Taïwan. C’est établi, le fait n’est pas discuté. Quand le juge demande des renseignements pour savoir à qui cet argent a été versé – parce qu’il n’y a pas de doute, l’argent a été versé sur des comptes numérotés en Suisse – on répond « secret défense ». Donc, personne dans cette affaire n’a été arrêté.
Par contre, si vous allez au Palais de justice, vous verrez tous les jours des petits voleurs de portables et de bicyclettes qui sont jugés dans les dix minutes et qui sortent avec trois mois, ou six mois de prison.

Silvia Cattori : Avocat de conviction, entendez-vous également favoriser un changement pour parvenir à ce que la Justice soit la même pour tous ?

Jacques Vergès : Je n’attends pas un changement immédiat. Mais j’entends dénoncer ces dysfonctionnements en m’adressant au public. Parce que, finalement, si l’on veut corriger ce qui se passe, c’est à l’opinion qu’il faut s’adresser, et non pas à l’institution judiciaire. Mon objectif est de toucher l’opinion. Et, en ce moment, l’opinion est sensibilisée en France, avec l’affaire que l’on a appelée « l’affaire d’Outreau ».

Silvia Cattori : Il y a actuellement débat au sujet de la loi Fabius-Gayssot. Avez-vous été surpris que le gouvernement Chirac ne l’ait pas abrogée alors que, au moment où cette loi a été discutée, il était résolument contre ?

Jacques Vergès : Mais, pour l’abroger, on doit tenir compte de la majorité. Or la droite, en sa majorité, est pour cette loi. Cette loi porte le nom de Gayssot, qui est communiste, et a été défendue par M. Fabius qui est socialiste. Beaucoup d’historiens sont contre cette loi ; ils pensent que l’histoire relève du débat universitaire et non pas de la police. Et, en plus, c’est dangereux ; parce que lorsqu’on vous dit : « Si vous dites telle chose, vous serez poursuivi », cela veut dire que ce que je dis est grave, et que ce que je dis est certain. Cette loi ne permet pas de discuter par exemple des décisions de Nuremberg. Si le pape n’est plus infaillible, les juges de Nuremberg seraient infaillibles. C’est comme cela.

Silvia Cattori : Donc, si elle est maintenue, c’est une loi juste ?

Jacques Vergès : Bien sûr que non. La recherche historique relève des historiens et non pas des hommes politiques ni de la police.

Silvia Cattori : Pensez-vous qu’un jour il y aura des politiciens assez sages qui voudront l’abroger ?

Jacques Vergès : Je pense qu’un jour cela arrivera.

Entretien publié le 19 avril 2006
http://www.silviacattori.net/article142.html

(*) Jacques Vergès. Malheur aux pauvres. Edition Plon, 9 mars 2006.
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50 vérités sur Eduardo Chibás

août 18th, 2013 by Salim Lamrani

Principale figure politique de la Cuba prérévolutionnaire, Eduardo Chibás, guide et source d’inspiration de la jeunesse cubaine de l’époque, fondateur du Parti du Peuple Cubain dans lequel a milité Fidel Castro, mérite de retrouver sa place dans l’Histoire.

  1. Né le 15 août 1907 à Santiago de Cuba au sein d’une famille aisée, Eduardo René Chibás y Rivas est le fondateur du Parti du Peuple Cubain ou Parti Orthodoxe.
  2. Dans sa jeunesse, il fréquente le collège des jésuites à Santiago de Cuba ainsi que le Collège de Belén, tout comme le fera Fidel Castro, quelques années plus tard.
  3. A l’âge de 17 ans, il intègre la Faculté de Droit de l’Université de La Havane.
  4. Dans ses années universitaires, il contribue aux luttes contre la dictature de Gerardo Machado (1925-1933) et manifeste le 17 décembre 1925 pour exiger la liberté de Julio Antonio Mella, fondateur du Parti communiste cubain. Il participe solidairement à sa grève de la faim.
  5. En 1927, alors membre Directoire Estudiantin Révolutionnaire (DEU), il s’oppose à la prolongation des pouvoirs du Général Machado et est expulsé de l’Université de La Havane.
  6.  Chibás paye son engagement politique au prix fort. En août 1931, il est emprisonné puis est contraint de s’exiler en 1932.
  7.  A la chute de Machado en août 1933, il rentre à Cuba et participe à la Révolution de septembre 1933.
  8.  Il devient membre du Gouvernement révolutionnaire de Ramón Grau San Martín et joue un rôle fondamental au sein de la Commission Exécutive. Mené par Antonio Guiteras, le « Gouvernement des cent jours », qui débute le 10 septembre 1933, crée un Ministère du travail, établit la journée de travail de 8 heures, met en place un système de retraite et de sécurité sociale pour les ouvriers, légalise les syndicats, diminue les prix des articles de première nécessité et décrète l’autonomie universitaire.
  9.  Suite au coup d’Etat de Fulgencio Batista, qui dirigera le pays en coulisses de 1933 à 1940, Chibás, qui condamne avec fermeté la trahison du nouvel homme fort, intègre le mouvement Izquierda Revolucionaria.
  10.  Il crée le programme de radio « La Voz de las Antillas » dans lequel il revendique la pleine souveraineté nationale de Cuba et dénonce la violence et la corruption.
  11.  En 1934, il participe à la création du Parti Révolutionnaire Cubain (Parti Authentique), mené par Ramón Grau San Martín, et affirme son appartenance à la pensée martienne et anti-impérialiste.
  12.  En 1939, il est fait partie des 76 délégués élus à l’Assemblée Constituante et participe à la rédaction de la nouvelle Constitution de 1940.
  13.  En 1940, il est élu au Parlement cubain et devient le porte-parole du Parti Authentique. Il profite de cette tribune législative pour dénoncer le gouvernement de Fulgencio Batista, élu Président la même année.
  14.  Le 15 mai 1947, face à la corruption au sein du Parti Authentique dont le symbole est le Ministre de l’Education José Manuel Alemán, le sénateur Chibás (depuis 1944) décide fonder le Parti du Peuple Cubain, également appelé le Parti Orthodoxe.
  15. Le programme du Parti Orthodoxe de Chibás est progressiste et se base sur plusieurs piliers : la souveraineté nationale, l’indépendance économique avec une diversification de la production agricole, la suppression du latifundio, le développement de l’industrie, la nationalisation des services publics, la lutte contre la corruption et la justice sociale avec la défense des travailleurs.
  16. Dans un mémorandum confidentiel, les Etats-Unis, maîtres de l’économie cubaine, analysent avec préoccupation le programme orthodoxe : « Pour ce qui est de la politique intérieure, Chibás favorise la ‘cubanisation’ de toute l’activité économique, ‘pour émanciper Cuba de l’impérialisme étranger’ ; nationalisation graduelle, basée sur une compensation adéquate, de tous les secteurs et entreprises publiques de nature monopolistique ; ‘libre marché’ basé des contrôles stricts de production et d’exportation […] ; la distribution forcée de terre arable, la taxation des propriétés non cultivées, l’élimination du système féodal et colonial, l’utilisation massive de la machinerie agricole, et le développement de projets d’irrigation et de coopératives agricoles. Chibás développerait un système de sécurité sociale contrôlé par le gouvernement qui offrirait aux citoyens une protection adéquate contre les risques économiques de la vieillesse, la maladie, le chômage et le décès, avec une protection particulière pour les femmes et les orphelins. Il établirait une structure fiscale sur une base claire, juste et scientifique ».
  17. En termes de politique internationale, Washington note que Chibás préconise « une collaboration avec les institutions internationales et une condamnation des guerres d’agression », « une politique de paix et le maintien de liens culturels et commerciaux avec les autres nations », « une répudiation du droit de veto aux Nations unies », « une défense du système régional interaméricain et de la solidarité hémisphérique basée sur l’égalité », « un accès libre et basé sur l’égalité au commerce international et aux matières premières », « une opposition résolue à tous les tyrans, de ‘Staline à Trujillo’ et de ‘Franco à Perón’ ».
  18. Farouche anticommuniste, Chibás ne cache pas sa méfiance à l’égard du Parti Socialiste Populaire, le parti communiste cubain de l’époque, en raison de sa collaboration avec Fulgencio Batista. Au niveau international, il dénonce régulièrement « l’impérialisme totalitaire communiste de Moscou, le plus despotique, cruel et agressif de l’Histoire » et apporte même son soutien aux Etats-Unis dans la Guerre de Corée.
  19. Les éléments les plus radicaux et révolutionnaires de la jeunesse cubaine, tels que Fidel Castro et Max Lesnik, rejoignent les rangs du Parti Orthodoxe et apportent leur soutien à Chibás.
  20. Avant le triomphe de la Révolution, Fidel Castro n’avait jamais milité dans un parti politique autre que le Parti Orthodoxe. Il se présentera même à la Chambre des Représentants en tant que candidat du Parti du Peuple Cubain en 1952.
  21. Le Parti Orthodoxe attire également la population afro-cubaine, jusque là marginalisée de la vie politique.
  22. Orateur de grand talent, Chibás intervient tous les dimanches à la radio de 1943 à 1951. Son programme à la CMQ est le plus populaire du pays et est suivi par des millions de Cubains. Il y dénonce un Etat corrompu et affirme sa volonté d’édifier une nouvelle Cuba où les dirigeants seraient frappés du sceau de l’honnêteté et de la probité.
  23. Avec José Pardo Llada, Chibás est le commentateur de radio le plus populaire de Cuba.
  24. En 1948, il participe à l’élection présidentielle et est battu par Carlos Prío Socarrás, candidat du Parti Authentique.
  25. Chibás se montre très critique à l’égard du gouvernement de Prío, gangréné par la corruption, comme celui de son prédécesseur Ramón Grau San Martín.
  26. En 1949, le sénateur Chibás est incarcéré après avoir accusé le gouvernement de Prío de favoriser la multinationale étasunienne Cuban Electric Company et le Tribunal Suprême de corruption. « C’est un honneur d’aller en prison pour défendre le peuple cubain », déclare-t-il.
  27. Le slogan du Parti Orthodoxe devient célèbre : « Vergüenza contra dinero. A barrer con los ladrones », avec un balai pour symbole.
  28. Dans un rapport sur le leader du Parti Orthodoxe à destination du Département d’Etat, l’ambassade des Etats-Unis note que « Chibás est d’abord et avant tout un champion de l’honnêteté dans le gouvernement. Il est probable qu’il ferait un effort réel pour insuffler de l’honnêteté au sein du gouvernement ».
  29. En mai 1951, Chibás répond au défi que lui lance le célèbre journaliste José Pardo Llada qui lui reproche de se montrer indulgent à l’égard du Ministre de l’Education Aureliano Sánchez Arango, ancien membre du Directoire de 1927, lequel avait, tout comme Chibás, des aspirations présidentielles.
  30. Il accuse donc ce dernier d’avoir détourné des fonds publics et d’avoir créé un empire immobilier au Guatemala. Mais malgré ses affirmations, Chibás ne présente pas les preuves promises à l’opinion publique.
  31. Selon Max Lesnik, alors dirigeant de la Jeunesse orthodoxe et proche collaborateur de Chibás, ce dernier ne disposait pas des preuves matérielles pour étayer ses accusations.
  32. Cette polémique inutile a de graves conséquences pour Chibás, qui devient objet de railleries de la part d’un segment de l’opinion publique : « Chibás, où est la valise ? », en référence à la valise de preuves qu’il avait promise.
  33. La direction du Parti Orthodoxe, plus préoccupée par des considérations carriéristes et des postes politiques au Sénat et à l’Assemblée, abandonne Chibás à son sort, lequel ne peut compter que sur la partie la plus radicale de la Jeunesse orthodoxe.
  34. Marqué par cet épisode, Chibás décide de s’immoler en espérant réveiller la conscience populaire. Le 5 août 1951, à la fin de son discours à la radio, « El último aldabonazo », il se tire une balle de revolver.
  35. Dans son ultime discours, Chibás dénonce une nouvelle fois la corruption : « Il y a cinq siècles, le Tribunal de l’Inquisition criait à Galilée : ‘Menteur ! Trompeur ! Présente les preuves que la terre tourne autour du soleil !’Galilée ne put présenter les preuves matérielles de la réalité évidente, et fut condamné, mais il a continué à répéter, ferme dans sa conviction morale : ‘Oui, elle tourne ! Oui, elle tourne !’ Il y a cinq ans, j’ai accusé le Ministre de l’Education José Manuel Alemán de voler l’argent destiné au matériel et aux repas scolaires et de créer à Miami un empire de propriétés et d’immeubles. Le Ministre Alemán et tous ses coryphées ont surgi en criant : Menteur ! Calomniateur ! Présente les preuves ! Je ne pus présenter les preuves matérielles qu’ils étaient en train de voler l’argent du Trésor national, mais je continuai à répéter, ferme dans ma conviction morale : Ils le volent ! Ils le volent ! Désormais j’accuse le gouvernement de Carlos Prío d’être le plus corrompu de tous ceux qu’à eus la République jusqu’à présent et à son Ministre de l’Education, Sánchez Arango […] de voler l’argent du matériel et des repas scolaires et de réaliser de grands investissements au Guatemala et dans d’autres Républiques d’Amérique centrale car le gouvernement de Washington ne lui permet pas d’entrer aux Etats-Unis en raison de ses antécédents communistes […] Cuba doit se réveiller. Mais mon appel n’a peut-être pas été assez fort […]. Compagnons de l’Orthodoxie, en avant ! Pour l’indépendance économique, la liberté politique et la justice sociale ! Balayons les voleurs du gouvernement ! Honneur contre argent ! Peuple de Cuba, lève-toi et marche! Peuple de Cuba, réveille-toi! Ceci est mon dernier appel! »
  36. Après onze jours d’agonie, Chibás meurt le 16 juillet 1951 à La Havane.
  37. Selon Max Lesnik, le véritable débat historique et politique n’est pas de savoir si Chibás disposait des preuves matérielles au sujet d’Aureliano Sánchez Arango, mais de se questionner au sujet de la présence de ce dernier dans « un gouvernement de voleurs » : « Que faisait l’honorable Aureliano dans un gouvernement de voleurs, défendant les voleurs ? »
  38. Son enterrement au cimetière de Colón de La Havane est suivi par plus d’un million de personnes, dans ce qui restera comme la plus importante veillée funèbre de l’Histoire de Cuba.
  39. A l’aube des élections présidentielles de juin 1952, Chibás, adulé par le peuple, était le candidat favori du scrutin. Selon un sondage du 20 mai 1951 réalisé par la revue Bohemia, le leader orthodoxe avait plus de 10 points d’avance sur les autres candidats, et était le favori de toutes les catégories sociales.
  40. Un mémorandum confidentiel de l’ambassade des Etats-Unis du 11 juillet 1951 souligne que « Chibás est le candidat favori ».
  41. Le 10 mars 1952, sept mois à peine la disparition de Chibás et à trois mois des élections présidentielles, le général Fulgencio Batista brise l’ordre constitutionnel en renversant le gouvernement de Prío. La dictature militaire durera six ans, jusqu’au triomphe de la Révolution cubaine en 1959.
  42. Sans la mort de Chibás, la rupture constitutionnelle n’aurait sans doute pas eu lieu. Selon Fidel Castro, « Si Chibás était vivant, il [Batista] n’aurait pas pu organiser le coup d’Etat car le fondateur du Parti du Peuple Cubain (Orthodoxe) l’observait de près ».
  43. Dès le mois de mars 1952, Fidel Castro lance un appel « aux courageux militants du Parti glorieux de Chibás » pour lutter contre la dictature militaire de Batista.
  44. La plupart des membres du Mouvement 26 Juillet fondé par Fidel Castro pour lutter contre Batista était affiliée au Parti Orthodoxe. « Presque tous les membres […] qui ont perdu la vie au Moncada ou dans la Sierra venaient des files orthodoxes », rappelle le leader de la Révolution cubaine.
  45. L’héritage moral, révolutionnaire, anti-impérialiste et martinien de Chibás a été la principale source d’inspiration de la Révolution cubaine.
  46. Le 16 janvier 1959, après la chute de Batista, Fidel Castro va se recueillir sur la tombe d’Eduardo Chibás et lui rend hommage.
  47. « L’histoire de la Révolution, l’histoire du 26 Juillet, est intimement liée à l’histoire de cette tombe. Car je dois dire que sans le prêche d’Eduardo Chibás, sans l’action d’Eduardo Chibás, sans le civisme et la révolte qu’il a suscités au sein de la jeunesse cubaine, le 26 Juillet n’aurait pas été possible. Le 26 Juillet a été la continuation de l’œuvre de Chibás ».
  48. D’après Fidel Castro, les idées de Chibás sont devenues « la cause, l’idée et l’espoir de tout un peuple ».
  49. Chibás a été un personnage politique d’une indiscutable probité, symbole de l’honnêteté dans un pays marqué par la corruption.
  50. Tout comme José Martí, Antonio Maceo, Julio Antonio Mella, Antonio Guiteras et Fidel Castro, la figure et les idées d’Eduardo Chibás ont marqué l’Histoire de Cuba, et font partie de l’héritage politique et anti-impérialiste du peuple cubain.

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

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Maître Jacques Vergès s’est éteint à jamais. Clairvoyant et inflexible, engagé et détaché à la fois, sensible à la souffrance des faibles et des vaincus, Jacques Vergès a été de son vivant la cible de ceux qui passent leur temps à jeter l’opprobre sur tout témoin lucide et rebelle. Il n’a jamais flanché. Nous rendons ici hommage à ce personnage hors du commun, en rediffusant l’entretien qu’il nous avait accordé en mars 2006 lors d’une rencontre restée pour nous inoubliable.

« Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie est une institution illégale »

A l’heure où tant de gens peinent à comprendre le silence de leurs autorités face aux victimes qui, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, mais aussi chez nous, sont laissées sans protection, nous croyons que des voix comme celle de Maître Vergès sont importantes.


Silvia Cattori : Vous connaissiez M. Milosevic. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de son décès ?

Jacques Vergès : Je suis son avocat, un parmi d’autres. Qu’ai-je ressenti ? J’ai ressenti de l’indignation parce que, manifestement, c’est une mort que l’on a voulue. De ce point de vue, c’est un assassinat. M. Milosevic était très malade. On lui a imposé des séances harassantes qui se terminaient après l’heure de la promenade journalière, qui consistait à faire les cent pas, dans la cour de la prison.
Au début de cette année il a été très malade ; il a demandé à se faire soigner en Russie. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide. Les Russes avaient promis de le garder entre les mains de la justice, de ne pas lui permettre de s’évader. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a refusé qu’il se fasse soigner en Russie. A cet homme qui avait besoin de soins urgents, on les lui a refusés, avec au bout sa mort.

Aujourd’hui, l’autopsie dit qu’il est mort d’un infarctus, que c’est une mort naturelle. Ce n’est pas vrai.
Des morts naturelles peuvent être provoquées. Pendant la guerre d’Algérie, j’ai été désigné par les nièces d’un Monsieur qui venait d’être arrêté. Je leur ai dit que j’allais intervenir auprès des autorités pour qu’il ne soit pas torturé et elles ont dit « mais il ne s’agit pas de tortures, il s’agit de sa vie, il est diabétique et a besoin d’une piqûre d’insuline tous les jours, sans quoi il meurt ». Il serait mort de mort naturelle.
Dans le cas de M. Milosevic, même si l’on ne trouve pas de trace de poison, il est mort d’une mort naturelle, mais d’une mort naturelle provoquée. On me dit : mais pourquoi ceci ? Parce que, premièrement, c’était un homme qui était courageux, qui se défendait seul devant le tribunal, et on voulait le briser, au risque de le tuer. Eh bien, on l’a tué. C’est pourquoi je dis que ce tribunal est un tribunal d’assassins.

Silvia Cattori : En n’accordant pas au prévenu le respect auquel tout prisonnier a droit, fut-il un criminel, Mme Carla del Ponte a-t-elle donc failli ?

Jacques Vergès : Oui, on a refusé à M. Milosevic le respect que l’on doit à tout prisonnier. En France, nous avons un ancien ministre, M. Papon, qui a été condamné pour crimes contre l’humanité. Il s’est senti malade. Des médecins ont fait leur constat, et on l’a mis en liberté. Il a été traité humainement.

Silvia Cattori : N’avez-vous aucune considération pour le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ?

Jacques Vergès : Ce Tribunal Pénal International est une institution illégale qui a été décidée par le Conseil de Sécurité qui n’a aucun pouvoir judiciaire. On ne peut pas déléguer un pouvoir que l’on n’a pas. Seule l’Assemblée pouvait décider cela.

Deuxièmement, ce tribunal n’a pas de loi. En France ou en Suisse, quand vous allez devant un tribunal, il y a un code de procédure que l’on applique. Pour le TPIY, il n’y a pas de code de procédure. Le TPIY change la procédure selon les besoins qu’il éprouve. La procédure, en ce qui concerne M. Milosevic, a été changée vingt-deux fois.

Troisièmement, ce tribunal s’occupe de faits antérieurs à sa création, ce qui est illégal. Cela s’appelle « la rétroactivité de la loi pénale », procédé qui est parfaitement contraire à toutes les règles démocratiques. Ce tribunal admet que des témoins puissent témoigner masqués. Quel débat contradictoire est-il encore possible ? !
Ce tribunal dit que, dans certains cas, la rumeur publique suffira comme preuve. Or, nous savons à quel point la rumeur publique est lourde d’erreurs et de manipulations.
Enfin, pour couronner le tout, le tribunal accepte des dons : 14 % du budget du TPIY provient de dons. Par exemple, M. Soros, qui est un adversaire de la Serbie, contribue aux payements du salaire des juges. Que diriez-vous si vous deviez comparaitre devant un tribunal payé par une chaîne hôtelière ou par une chaîne d’épicerie ?

Silvia Cattori : N’y a-t-il plus de légalité internationale ? Quelle confiance, par conséquent, les faibles peuvent-ils encore avoir en la justice ?

Jacques Vergès : Ecoutez, la légalité internationale ? Vous avez entendu parler de Guantanamo. Quelle légalité ! ? Vous avez encore appris quelque chose qui est pire que Guantanamo : que des services secrets américains auraient, en Europe, des prisons où on envoie des gens pour y être torturés sans que cela se sache. On a avancé les noms de pays comme la Pologne et la Roumanie.

Silvia Cattori : Comment cela se fait-il que la France ou l’Europe ne tapent pas du poing sur la table face à la gravité des violations auxquelles le monde assiste ?

Jacques Vergès : Là-dessus, le souhait que j’aurais est que des pays comme la France s’y opposent mais, malheureusement, ce n’est pas le cas. Déjà, de sa part, s’être opposé à la guerre contre l’Irak, je considère que c’est une grande chose, c’est inespéré.

Les Etats- Unis détiennent des gens à Guantanamo en-dehors de toute légalité. Ces détenus ne dépendent même pas de la loi américaine. On a vu également, à la prison d’Abou Graib, comment la torture n’était plus un instrument d’interrogatoire mais un instrument d’abaissement de la dignité humaine. En Algérie, quand les Français torturaient, ce qui était ignoble, c’était, disaient-ils, pour avoir des renseignements. Mais quand, comme cela s’est vu, une jeune Américaine rit en traînant par une laisse un homme nu agonisant, ce n’est pas pour chercher des documents, c’est pour l’assimiler à une bête. Là, nous assistons à une époque d’ensauvagement de l’humanité.

Silvia Cattori : En ne condamnant pas les Etats-Unis et la Grande Bretagne, durant les années où ces pays ont bombardé en Irak, en violation du droit, la zone appelée « No fly zone », l’ONU ne s’est-elle pas rendue complice des préparatifs de cette guerre ?

Jacques Vergès : Bien sûr. Aucune instance n’a vraiment condamné les mauvais traitements de ces prisonniers. Toutefois, la guerre contre l’Irak, l’ONU ne l’a pas votée. Les Américains ont engagé cette guerre sur un mensonge. Tout le monde savait très bien que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive. Et la guerre a quand même été menée sous ce faux prétexte. Et personne ne condamne les agresseurs.
D’autre part, il y a eu l’embargo, entre les deux guerres ; embargo qui a causé la mort de cinq cent mille enfants. C’est l’OMS qui le dit. Quand on demande à Mme Albright ce qu’elle en pense, elle dit « C’est le prix de la démocratie ». Est-ce qu’un régime, quel qu’il soit, mérite le sacrifice de cinq cent mille enfants ? Les criminels contre l’humanité, c’est parmi les grandes puissances occidentales qu’on les trouve.

Silvia Cattori : Les gens se souviennent de la période où les médias vous ont qualifié de « nazi », de « terroriste », pour avoir défendu Barbie et Carlos. Cela ne vous dérange-t-il pas quand on vous traîne dans la boue ?

Jacques Vergès : Non.

Silvia Cattori : Et quand on vous traite « d’antisémite » cela vous laisse-t-il indifférent ?

Jacques Vergès : Ecoutez, du moment que cela n’est pas vrai, cela me laisse indifférent.

Silvia Cattori : Mais la rumeur peut détruire des carrières !

Jacques Vergès : Je vis dans un pays qui s’appelle la France. Il existe une tradition en France : le Français a une tendance à se sentir seul contre l’establishment. Il est pour d’Artagnan, pour Mandrin.
Un jour, je sortais de la cour d’Assise d’Aix. Je traversais le petit marché qui se tient aux abords du Palais de justice. Un confrère m’a dit : « Tu vois, quand les gens te reconnaissent cela ne m’étonne pas ; ce qui m’étonne c’est la manière dont ils te saluent ; ce n’est pas un notable qu’ils saluent, c’est un complice. Alors, Maître, on continue »

Silvia Cattori : A part vous, il y a des nombreuses personnes qui sont accusées « d’antisémitisme », d’être « anti-juives », qui est un délit qui pèse plus lourd que si l’on est accusés de « racisme », d’être « anti-arabes » !

Jacques Vergès : Actuellement, on ne me traite plus d’antisémite. Ma plaidoirie a été publiée et diffusée à la télévision ; on a bien vu que je n’avais pas tenu de discours « antisémite ».
Le problème des médias, vous le connaissez : les médias hurlent avec les loups. Ils considèrent que c’est leur fonction. Je disais, au moment du procès Barbie, à un journaliste de télévision : le service que vous pourriez me rendre c’est de publier ma photo tous les jours dans votre journal en disant « cet homme est un salaud ». Les Français ne sont pas assez bêtes et ils décrypteront votre message et se diront : si on l’insulte tant c’est que c’est un type bien.

Silvia Cattori : Vous croyez vraiment que les gens soumis au matraquage médiatique savent faire la part des choses ?

Jacques Vergès : A la longue, oui.

Silvia Cattori : Vous avez connu des personnalités comme Tarek Aziz que beaucoup respectaient. Elles sont aujourd’hui traitées comme des chiens, livrées à la torture. Comment vivez-vous, en votre for intérieur, cette violence des Etats faite au nom « des droits humains et de la démocratie » qui a déjà fait tant de victimes, causé tant de souffrances ?

Jacques Vergès : Comme la grande imposture. Nous vivons une période de sauvagerie et d’imposture. Saddam Hussein était l’allié de l’Occident puis, un jour, on a pensé qu’il était trop fort et on a décidé de l’abattre. Et ensuite on l’a abattu sur des mensonges. On le reconnaît aujourd’hui.

Et puis on nous dit que l’on se bat pour les droits de l’homme mais on n’a jamais autant humilié et bafoué les hommes que dans les prisons américaines, en Irak et à Guantanamo. On est allé en Afghanistan pour vaincre les Talibans et le résultat est que la production d’opium a été multipliée par dix.
On menace l’Iran, en disant que l’Iran ne doit pas avoir la bombe atomique. Il ne doit même pas être soupçonné d’avoir les moyens de faire la bombe nucléaire. Alors que l’Iran a deux voisins qui l’ont déjà : le Pakistan d’un côté et Israël de l’autre.
Pourquoi ces deux pays ont-ils droit à la bombe et l’Iran non ? Ne cherchez pas de réponses. Ce sont des décisions des puissants du moment.

Silvia Cattori : Imaginez-vous que l’on puisse modifier le cours des choses ?

Jacques Vergès : En 1941, en Europe, on pouvait prévoir que les choses changeraient si Hitler faisait une folie. La folie, il l’a commise : il a attaqué l’Union soviétique et il a été vaincu.

Je pense que tout cela va se terminer par une folie et, malheureusement, un grand massacre. A ce moment là, il sera mis fin à cet état d’hypnose dans lequel vit le monde. On sait très bien, par exemple, que, si les Etats-Unis attaquent l’Iran, nous assisterons à une confrontation extrêmement grave dans tout le Moyen-Orient. Avec même des conséquences dans les pays occidentaux, avec le cours du pétrole. C’est pour cela du reste qu’ils hésitent tellement !

Silvia Cattori : Donc ces guerres « dites préventives », voulues même par des personnalités qui se disent humanitaires, comme Pascal Bruckner et Bernard Kouchner, par exemple, ne mènent pas vers le meilleur des mondes !

Jacques Vergès : Non. Vous n’avez qu’à voir, actuellement, cette prétendue « guerre contre le terrorisme ». Qu’est-ce que c’est que le « terrorisme » ? Ce n’est pas une entité.
J’ai fait la guerre dans l’armée française libre ; j’étais artilleur. L’artillerie n’était pas une entité. Il n’y avait pas une artillerie contre une infanterie. Il y avait une artillerie allemande et une artillerie française.
Les « terroristes » sont différents entre eux. Les gens de l’IRA et les gens d’Al Quaida ne sont pas les mêmes. Les gens de l’ETA et les Corses ne sont pas les mêmes. Mais, au nom du « terrorisme », on justifie tout.

Silvia Cattori : Pour les peuples sous occupation ou agressés, n’y a-t-il pas un droit international à se défendre ?

Jacques Vergès : Cela s’appelle la résistance. Le mot terrorisme a été utilisé pour la première fois, en France, par les Allemands, pendant l’occupation.

Silvia Cattori : Comment expliquer, dès lors, que le Parlement européen ait inscrit – avec l’accord de tous les partis, de l’extrême gauche à la droite – le mouvement du Hamas sur la liste des « organisations terroristes » à la demande d’Israël et des Etats-Unis ?

Jacques Vergès : Parce que, à mon avis, on vit sur une équivoque. Quand on examine les crimes de l’Allemagne nazie, je disais, au cours du procès Barbie : « avant de le juger, essayez de balayez devant votre porte ». La Gestapo a commis moins de crimes en France que la France n’en a commis en Algérie. Ou bien que les Russes n’en ont commis en Afghanistan, ou que les Américains n’en ont commis au Vietnam. Et on me répond « non, nous sommes une démocratie ».
Mais une démocratie est capable de crimes. Il y a cette équivoque : la démocratie ne serait pas capable de crimes ! Au contraire. Près de la Nouvelle Zélande, vous avez une île qui est plus grande que la Suisse, la Tasmanie ; il n’y a plus de Tasmanie. La dernière tasmanienne est morte en 1977, détruite par les colons anglais. Prenez les Peaux Rouges, les Incas, les Aztèques, tous ont été détruits ; c’étaient des civilisations florissantes.
Donc, les démocraties sont capables de crimes aussi bien que les dictatures. Avec des circonstances aggravantes dans le cas des démocraties : c’est que l’opinion est avertie. On me dit « mais il y a la liberté de la presse ». Mais alors, cela aggrave la responsabilité de l’opinion.

Silvia Cattori : Je crois que l’opinion n’est pas avertie !

Jacques Vergès : Pendant la guerre d’Algérie, la torture, nous la dénoncions. A Abou Graib, tout le monde est censé savoir ce qui s’est passé, les photos sont passées sur les télévisions.

Silvia Cattori : L’opinion a été pré-conditionnée : ne lui a-t-on pas présenté la guerre comme « un moindre mal » ?

Jacques Vergès : Mais l’histoire « du moindre » mal n’excuse pas cette inhumanité gratuite, et l’opinion le sait, et l’opinion démocratique n’a pas réagi.

Silvia Cattori : Auriez-vous pu imaginer, il y a quinze ans, que les choses se passeraient de la sorte ?

Jacques Vergès : Oui, à partir de la chute du mur et de la chute de l’URSS, où les Etats-Unis se retrouvaient être les seul maîtres, avec, à leur tête, des dirigeants incultes.
Ce n’est pas étonnant que les dirigeants allemands et français aient été contre la guerre en Irak. La France et l’Allemagne ne sont pas des îles. Chirac a une expérience du monde arabe. Il était officier en Algérie, il sait ce que c’est qu’une guerre de libération.
Les Américains ne savent pas. L’Amérique est une île. La couche éclairée de la côte Ouest et Est, peut-être, le savent. Mais l’Amérique profonde, du Nebraska à l’Arkansas, l’ignore. Je disais à des Serbes, à Belgrade : comment voulez-vous expliquer à un type de l’Arkansas que le Kossovo est le berceau de votre nation ? Eux, ils n’ont pas de nations. Ils n’ont pas d’histoire.

Silvia Cattori : Voulez-vous dire que les barbares sont de retour ?

Jacques Vergès : Oui, bien sûr. Je pense que jamais l’humanité n’a vécu une époque aussi sauvage qu’aujourd’hui. En Europe, il y avait certaines règles ; aujourd’hui on ne les respecte plus.

Silvia Cattori : Qui peut faire contrepoids à l’unique superpuissance américaine ?

Jacques Vergès : Au point de vue militaire, personne. Mais au point de vue économique, beaucoup de pays le peuvent. La guerre n’est plus seulement militaire aujourd’hui, elle est hors normes. Il suffit que deux tours s’effondrent à New York, sous les coups d’une organisation qui n’a pas de territoire, pour que les compagnies d’aviation américaines déposent leur bilan. Il suffit qu’il y ait des manœuvres chinoises sur le détroit de Formose pour que la bourse de Taipei s’effondre.
A la fin, mêmes soumis, la télévision, les journaux, devront dire certaines choses. L’opinion est très lente à changer de point de vue, mais elle se réveillera. Un jour, elle changera de point de vue.

Silvia Cattori : Qui sont les propriétaires des démocraties occidentales aujourd’hui ? Qui commande réellement ? Vers qui les peuples opprimés peuvent-ils encore se tourner ?

Jacques Vergès : Dans nos démocraties, ce sont les dirigeants des grandes sociétés. L’exemple est typique : quand les biscuiteries « LU » licencient leur personnel, les grévistes s’adressent à M. Jospin, qui était alors le premier ministre, et celui-ci leur répond « Que puis-je faire » ? Effectivement, il ne pouvait rien faire dans le système actuel.

Silvia Cattori : Donc les gens ne peuvent plus rien y changer ?

Jacques Vergès : Si, mais pour changer il faudra vraiment de grands bouleversements.

Silvia Cattori : Actuellement, le rapporteur spécial du Conseil de l’Europe, le procureur suisse Dick Marti, chargé de faire la lumière sur l’existence des « prisons volantes » de la CIA, se débat avec des gouvernements réticents à lui fournir les informations. Pensez-vous qu’il va pouvoir aller au bout de l’enquête ?

Jacques Vergès : S’il le veut, il peut y arriver. Quand on s’acharne, la vérité finit toujours par éclater : il y a toujours des témoins. Il réussira à condition qu’il accepte d’être isolé et d’être insulté. Je lui souhaite beaucoup de chance.

Entretien publié le 14 mars 2006
http://www.silviacattori.net/article141.html

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Jacques Vergès est né le 5 mars 1925, au Siam (aujourd’hui Thaïlande). Il est le fils de Pham Thi Khang, institutrice vietnamienne, et du docteur Raymond Vergès, originaire de la Réunion, consul de France à Oubone. Suite à ce mariage, considéré comme une mésalliance par la société coloniale de l’époque, son père dut démissionner et reprendre ses activités de médecin. Après le décès de sa mère alors qu’il avait trois ans, son père s’installa à la Réunion où Jacques Vergès fut élevé par sa vieille tante.

A l’âge de 10 ans, il rencontra Abdelkrim al-Khattabi, assigné à résidence à la Réunion. La forte personnalité du résistant, héros légendaire de la guerre du Rif (1921-1926) contre les troupes espagnoles et françaises –commandée par le maréchal Pétain – eut très certainement une grande influence sur sa manière de pensée.

A Londres, avec le général de Gaulle

A 12 ans, il milite avec son père, fondateur du parti communiste réunionnais, et Paul – son frère jumeau – pour le Front populaire. En 1942, son bac en poche, obtenu brillamment au coude à coude avec le futur Premier ministre français Raymond Barre, Jacques Vergès et son frère Paul rejoignent le général de Gaulle et les Forces françaises libres (FFL) en Grande-Bretagne. Ils ont 17 ans et demi.

Sous-officier, Jacques Vergès participe aux combats en Afrique du Nord, en Italie, puis en France. Après la guerre, en 1946, il adhère au parti communiste français (PCF) – où son militantisme au sein du Comité des étudiants anticolonialistes passe mal – et entame des études d’histoire, puis de droit. C’est là qu’il fait la connaissance de la génération d’hommes politiques, africains et asiatiques, qui lutteront pour l’indépendance de leur pays, ainsi que du Cambodgien Saloth Sar, futur chef des Khmers rouges sous le nom de Pol Pot, et de Khieu Samphan dont il assure aujourd’hui la défense.

En 1950, Jacques Vergès est élu – contre l’avis du PCF – membre, puis secrétaire général du bureau de l’Union internationale des étudiants dont le siège est à Prague. En 1955, de retour en France, il obtient sa licence de droit, passe le Capa, et s’inscrit au barreau de Paris. La Conférence du stage, association d’avocats célèbre pour son concours d’éloquence, le sacre orateur de l’année.

Plus dangereux qu’une division 

En avril 1957, il propose ses services aux avocats qui défendent les militants du FLN et se jette, à corps perdu, dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle, dira que le collectif dont il est le leader, est « plus dangereux qu’une division ». Finalement, il est suspendu pendant un an. Il s’installe au Maroc où le docteur Khatib, ministre des Affaires africaines, en fait son conseiller et son agent de liaison avec les mouvements de libération à qui il fournissait des faux passeports, des vivres, de l’argent et des armes.

A Alger, après l’indépendance de l’Algérie, après avoir été directeur du département Afrique de Mohamed Khémisti – ministre des Affaires étrangères assassiné en avril 1963 – Jacques Vergès crée Révolution Africaine. Dans le n°2 de l’hebdomadaire, il rend un vibrant hommage à Abdelkrim al-Khattabi qui vient de décéder au Caire. Le « Lion du Rif »,écrit-il, a démontré « à nous, hommes de couleur, que l’impérialisme n’était pas invincible ». Il signe l’article de son nom de guerre : Mansour(Le Victorieux).

La vedette des barreaux

Suite à des dissensions idéologiques avec le président Ben Bella, il quitte l’Algérie et fonde à Paris, en septembre 1963, le mensuel Révolution avec l’aide de la Chine et l’entourage de Che Guevara. Après le renversement de Ben Bella, le 19 juin 1965, il revient en Algérie, épouse Djamila Bouhired, héroïne de la Bataille d’Alger qu’il a défendu au cours d’un procès retentissant, et s’inscrit au barreau d’Alger. A la demande d’Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères  du président Boumédiène, il assure la défense de fédayine palestiniens du FPLP ayant attaqué des avions d’El Al à Athènes et Zurich et de Mahmoud Hedjazi, condamné à mort pour avoir tiré sur des gardes-frontière. Les Israéliens le bloquent à l’aéroport de Tel-Aviv et l’expulsent.

Jacques Vergès « disparaît » de 1970 à 1978. Qu’on ne compte pas sur lui pour dire où il était et ce qu’il faisait ! Les brides de réponses qu’il distille dans Agenda, roman clé paru en 1979, aboutissent à des impasses. Selon la DST (service français de contre-espionnage), il aurait séjourné à Cuba, en Allemagne de l’Est, au Viet Nam du Nord, et serait un des pères de la Constitution algérienne de 1975. Mais ces informations sont à prendre avec des pincettes.

De retour en France, il reprend ses activités comme si de rien n’était. Suivront les procès qui feront de lui un des avocats les plus talentueux et les plus controversés du monde judiciaire contemporain. Aujourd’hui respecté par la majorité de ses confrères, y compris par ceux qui ne partagent pas ses engagements, il est l’invité vedette des rentrées solennelles des barreaux français et des colloques internationaux consacrés au droit pénal. Son triomphe au théâtre, avec sa pièce Serial plaideur, témoigne de sa popularité hors des prétoires.

A propos de  Jacques Vergès, lire aussi :

Jacques Vergès et la défense de Saddam Hussein et de Tarek Aziz

http://0z.fr/w7TP2

Jacques Vergès réclame la libération de Georges Ibrahim Abdallah

http://0z.fr/x1YBn

“Sarkozy sous BHL”: une grenade dégoupillée dans la cours de l’Elysée

http://0z.fr/8e77U

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«Addine LIllah oua el Outane lildjami’e» «La religion relève de Dieu et la Nation appartient à tous ses citoyens»

Ça y est! Ce qui devait arriver arriva ! L’Egypte est à feu et à sang. Des centaines de victimes innocentes pour une cause qui est celle de l’accaparement du pouvoir soit par les «mécréants» représentés par l’armée et les libéraux soit par les Frères musulmans qui veulent gouverner au nom du divin. Les deux camps manipulés par un Occident qui a toujours deux fers au feu attend dans quel sens va pencher le balancier. C’est un fait et nous l’avons écrit, l’intervention de l’armée pour écarter le président Morsi le 3 juillet est un coup d’Etat qui ne veut pas dire son nom.

Une dispersion qui est devenue un «bain de sang»

Ce fut la guerre de tous contre tous! On lit: «Les gaz se dissipent. Un tout jeune homme apparaît, le visage en sang. Il tourne en rond, hébété. «Que t’est-il arrivé?» demandent les gens autour de lui. «Je ne sais pas, je ne sais pas qui m’a attaqué, je ne sais pas pourquoi…», il peut seulement répéter: «Regardez, regardez ce qui m’est arrivé.» A un moment, un homme dit: «C’est à cause des brutes de Morsi.» Le choix est fait. «Oui», répond simplement le jeune homme. «Je suis un bon citoyen et je veux apporter mon aide à l’armée ou à la police contre les Frères. (…) Et s’il le faut, on formera à nouveau des comités populaires.» (1)

Deux des personnalités qui ont cautionné le coup de force, se récusent pour protéger leur arrière. D’abord, l’imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite, s’est désolidarisé après avoir pourtant apporté sa caution lors du coup de force des militaires contre Mohamed Morsi le 3 juillet. Ensuite, Mohamed ElBaradei le nobélisé par l’Occident pour services rendus dans le fonctionnement de l’AIEA- a aussi annoncé sa démission du gouvernement. Cependant Le gouvernement et la presse quasi unanime accusaient les Frères musulmans d’être des ´´terroristes´´ ayant stocké des armes automatiques sur les deux places et se servant des femmes et des enfants comme ´´boucliers humains´´.

Cette violence a eu l’imprimatur tacite de l’Empire !: N’est pas ce pas, en effet l’Empire qui a adoubé l’opération ? On se rappelle que le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait déclaré jeudi 1er août que l’armée égyptienne était en train de «restaurer la démocratie» alors même qu’elle a renversé le président élu du pays, Mohamed Morsi, lors du coup d’Etat militaire du 3 juillet. «Des millions de gens demandaient à l’armée d’intervenir, ils avaient tous peur de sombrer dans le chaos, dans la violence.» Il a poursuivi, «Et l’armée n’a pas pris le pouvoir, d’après ce que nous comprenons jusque… jusqu’ici. Il y a un gouvernement civil. En fait, ils restauraient la démocratie.» (2)

Mohamed Morsi est –il indemne de reproches ?

Dans les pays évolués quand un président est élu pour un mandat, il ne vient à l’idée de personne de remettre en cause sa légitimité en le « déposant » avant la fin de son mandat. Pourquoi avoir interrompu un processus que chacun s’accorde à dire qu’il est difficile à faire aboutir dans les temps d’un coup de baguette magique ou comme dit on en pays arabe ; « khatem sidna Soulimane », « la bague de Saloman » censée produire des miracles contre le chômage, la chute du tourisme, le népotisme, et les mauvaises habitudes de l’ancien système. De plus il faut signaler que tout le monde «occidental» l’avait adoubé et même les potentats réactionnaires du Golfe qui l’ont aidé financièrement. Que s’est-il passé pour qu’il tombe en disgrâce? Pourtant, il a fait ce qu’on lui a demandé à l’extérieur vis-à-vis de l’extérieur, allant jusqu’à inonder les tunnels de Rafa pour asphyxier les Palestiniens de Ghaza, il a dénoncé Damas, coupé les relations diplomatiques, chassé l’ambassadeur. Montré chaque fois que demandé, son allégeance.

A l’intérieur de l’Egypte il semble que cela soi tout à fait une autre affaire ! Morsi a été élu, disent ses détracteurs, dans des conditions douteuses et aurait, toujours, d’après ses détracteurs amené l’Egypte au chaos. Tarek Ezzat, un militant anti-Morsi nous explique dans un catalogue à la Prévert, comment Morsi n’a pas été élu démocratiquement.: «1-Fraude en masse, chrétiens et femmes menacées pour les dissuader de voter, assassinat d’opposants. Son parti et la confrérie islamique ont falsifié les listes électorales, C’est pour permettre à ces fraudeurs de voter partout que les élections ont été étalées sur plusieurs jours. 2- Une autre affaire de fraude concerne l’imprimerie nationale qui a émis plusieurs centaines de milliers de bulletins de vote qui ont été remis aux partisans de Morsi pour bourrer les urnes. 3-Les anti-Morsi et surtout les chrétiens ont été interdits de vote parfois sous la menace de brûler leurs maisons ou leurs commerces et de tuer leurs enfants. 4-La magistrature a refusé de superviser les bureaux de vote, parce que les «Frères musulmans» s’attroupaient en masse dans les bureaux de vote pour intimider les votants et les obliger à voter pour Morsi. (…) 5-Le jour où la Haute Cour constitutionnelle devait rendre sa décision sur la validité du vote sur la Constitution, des hordes payées par les islamistes ont assiégé le bâtiment de la cour et empêché les magistrats de se réunir.» (3)

A charge encore, sous le règne des Frères musulmans majoritaires, les «députés» de l’Assemblée nationale ont proposé les textes de lois suivants: une loi supprimant l’âge minimal du mariage, pour permettre le mariage des filles mineures et même enfant. Une loi supprimant la scolarité obligatoire des enfants et la gratuité de l’enseignement primaire. Depuis que Morsi a été «élu», les chrétiens étaient accusés d’être des «croisés» ennemis de l’Égypte et de l’Islam, En plus des chrétiens, il y a eu en mai 2013 un véritable pogrom où les islamistes ont assassiné d’autres musulmans chiites qui priaient. Morsi et sa mafia ont délibérément laissé des jihadistes de Aqmi et de Hamas investir le Sinaï, pour servir de force de soutien, Morsi a nommé comme gouverneur de la région touristique de Louxor un membre d’une association terroriste qui avait assassiné 75 touristes devant le temple de Hatshepsout ».(3)

Cest pour toute ces raisons que la coupe est pleine vue du côté de ses détracteurs, Tarek Ezzat, conclut : «  Le peuple, qui est la source de la légitimité démocratique n’a pas accepté de vivre 3 ans de plus sous ce régime criminel pour respecter une échéance électorale qui serait évidemment truquée et falsifiée comme la précédente.» (3)

Il y a peut être aussi, une autre cause : Il est indéniable, en effet que l’armée que l’on dit populaire est un segment important aussi de l’économie du pays (20 à 30 %du PIB) ce qui veut dire que le président Morsi voulait remettre en cause cela ?.

Que peut encore faire l’armée ?

Les jours et les mois qui viennent seront difficiles car chacun a bien conscience qu’une grande fracture a eu lieu entre les pro et les anti-morsi qui ont aidé l’armée dans le massacre des Frères musulmans. Les vengeances seront terribles et on s’oriente, à Dieu ne plaise vers un scénario à l’algérienne que nous avons connu et que nous ne souhaitons pas à notre pire ennemie, tant ce fut une guerre de tous contre tous, devant l’indifférence de la communauté internationale, nous qui nous égosillons dans le désert à tenter de convaincre de la nuisance de ce mal, jusqu’à ce que par miracle, on s’aperçoive 200.000 morts plus tard , que l’Algérie avait raison dans son combat

Le chaos égyptien va favoriser les ´´jusqu’au-boutistes´´ des deux bords et donc, violence et coup d’Etat. On peut légitimement penser que ce coup d’Etat a ouvert la boîte de pandore en Egypte. En décrétant l’état d’urgence on revient au régime de Hosni Moubarak, qui autorise les forces de sécurité: d’arrêter et fouiller sans restriction les personnes présentant une menace; pour garder en détention des suspects sans mandat et pendant des années; de surveiller les communications et les médias; d’interdire le port d’arme. Cette loi a permis à Moubarak de détenir environ 17.000 prisonniers politiques sans jugement, selon l’ONG Amnesty International. L’armée ne lâchera pas, elle s’est trop engagée ! Seule une communauté internationale mobilisée sérieusement pourra mettre fin à cette fitna (Chaos)

Que vont faire les Frères musulmans?

De leur côté les Frères Musulmans savent que la cause est perdue, mais il semble que pour le moment les jusqu’aux boutistes tiennent les rênes du mouvement, envoyant à l’abattoir des dizaines de jeunes chaque jour, . Pourtant le mouvement des Frères Musulmans a dû sa longévité à sa souplesse voire, sa faculté de faire le dos rond dans des situations difficiles. Ce sont les compromis qui lui ont permit de durer. Il faut se souvenir, en effet, que le mouvement des Frères musulmans existe depuis plusieurs décennies et qu’ils ont toujours pu rebondir malgré des périodes difficiles. Il se présente comme l’allié objectif de l’Empire. De plus, leur faculté d’endoctrinement a fait que ce sont les faibles qui trinquent. Ces 500 morts, pour la plupart jeunes – comme la fille du leader Al Beltagui- sont-ils morts pour aller au paradis ou pour avoir une vie meilleure ici-bas?

«Pour Ali Hakimi, deux grandes lignes d’hypothèses se dégagent autour de l’attitude que les Frères égyptiens sont en train de camper pour récupérer le fauteuil de leur président élu Mohamed Morsi. La première reposerait sur leur pleine conscience du rapport de force qui prévaut et qu’ils ne devraient pas ignorer. Puisqu’il est évident qu’ils ont en face d’eux l’écrasante majorité du peuple égyptien et tous les moyens de la violence d’Etat. Cette conscience de leur faiblesse et de leur isolement politique aurait pour preuve le recours aux femmes et aux enfants dans les rassemblements. De ce point de vue, la perspective d’un apaisement négocié du conflit n’est pas de mise. L’issue violente devient plus qu’inévitable. Céder se transformerait donc en reconnaissance, non seulement d’une défaite contre les ennemis de l’Islam, mais de l’impossibilité consommée de la réalisation d’un «Etat islamique», présenté comme alternative à «l’Etat laïque» en vigueur.» (4)

Il faut croire qu’ils n’ont pas opté pour la sagesse, qui aurait fait qu’ils se retirent de la rue, au contraire, par leur envahissement ils ont braqué les autres Egyptiens contre eux. La preuve ce fut aussi un carnage le lendemain Vendredi de la colère plus de soixante dix morts.

«Les habitants du quartier de Rabaa Al-Adawiya, lit-on dans une contribution du Courrier international, ont déjà exprimé leur colère et leur frustration à se voir occupés par les partisans du président déchu: les dirigeants de la confrérie, en particulier son guide suprême Mohamed Badie et Mohamed Al-Beltagui pourraient choisir de mettre en danger leur organisation et l’Egypte, en les jetant dans une spirale de violence et d’instabilité. Les Frères musulmans n’ont visiblement pas tiré les leçons de leur confrontation avec Nasser dans les années 1950: (…) La seconde option passerait par une médiation entre l’armée et la direction des Frères musulmans. La colère gronde au sein même de la confrérie, où certains dénoncent la gestion de la crise par le guide suprême: chaque fois qu’ils ont été puissants, ou se sont crus puissants, les Frères ont systématiquement eu recours à la force et à la violence. (…) A cela s’ajoute leur tendance à se considérer perdants dès lors qu’ils n’ont pas tout raflé – ce dont témoignent, par exemple, leurs efforts pour prendre la main sur toutes les commissions parlementaires après leur victoire aux élections de 2012. (…) Enfin, il faut signaler que le projet islamique, dans le Monde arabe, est pour l’heure presque terminé (…) Mais s’ils persistent dans leur volonté d’escalade guerrière pour ramener Morsi au pouvoir, ils risquent de s’affaiblir. Et pour des décennies.» (5)

La déchéance du Monde arabe musulman est elle dans les gênes

A des degrès divers les élites religieuses ou politiques arabes sont responsables de l’anomie du Monde arabe qui a reparti pour un long Roukoud ( affaissement moral) après la Nahda initiée par l’Emir Abdelkader puis par des penseurs comme Djamel Eddine El Afghani, Mohamed Abdou voire Mohamed Iqbal. Où sont ils les héritiers de ces géants de la pensée ?

Pour expliquer le poids réel actuel du Monde arabe musulman, il faut savoir que dans toutes les statistiques scientifiques, il est invisible. L’Egypte que l’on dit «le poids lourd» du Monde arabe est un nain technologique. Les islamistes et l’armée s’entre-tuent avec des armes vendues par l’Occident aux belligérants. D’après le rapport du PNUD sur le développement humain 2005 «Le retard dans le domaine des connaissances et de leur transmission entraîne l’absence de démocratie»: c’est le constat d’un groupe d’intellectuels de la région travaillant pour l’ONU. Le Monde arabe, avec quelque 280 millions d’habitants qui partagent une langue, une religion et une histoire communes, est un désert du savoir et de la création, selon un rapport d’un groupe d’intellectuels arabes. En raison d’un environnement culturel et politique rétif à la recherche, il publie de moins en moins de livres, lesquels sont de moins en moins lus et de plus en plus censurés. Il existe dans le monde, en moyenne 78,3 ordinateurs pour 1 000 personnes. Ce rapport n’est que de 18 pour 1 000 dans les 22 pays arabes. Et seuls 1,6% de leur population ont accès à Internet. Il y a plus d’internautes en Israël que dans le monde arabe. (6)

De plus, le classement de Shanghai du jeudi 15 août 2013 des universités mondiales, confirme à nouveau la nullité scientifique du Monde dit arabe, et la suprématie des universités américaines, qui se taillent la part du lion, avec le tiercé gagnant composé de Harvard, Stanford et Berkeley. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) est quatrième, l’université britannique de Cambridge, cinquième.» (7) Les universités arabes ne sont visibles qu’après la cinq millième place! C’est dire si le retard est important voire impossible à rattrapper

Retard du à la croyance au XXIe siècle  ?

Les Arabes sont –ils sous développés scientifiquement du fait qu’ils sont censés être des croyants et que c’est leur irrationnalité qui les empêchent d’être rationnels ? Est-ce dû à l’islam voire à un gène qui fait que les musulmans sont croyants? Sommes-nous programmés pour croire? «Avons-nous un interrupteur «divin» dans la tête? Un bout de cervelle, une disposition particulière des neurones- Le gène de Dieu?-qui permettrait de nous identifier comme croyant ou non? Les neuroscientifiques, notamment aux États-Unis, depuis les années 1980, travaillent en tout cas sur cette hypothèse. D’où le développement d’un champ original de la recherche: la neurothéologie.» (8)

De plus, on dit que les athées seraient plus intelligents que les croyants? Des scientifiques de l’Université de Rochester, ont établi qu’ils sont en moyenne moins ´´intelligents´´ que les personnes athées; cette étude se fonde sur les capacités analytiques ou d’abstraction. C’est une étude à faire bondir les croyants de toutes obédiences.» (9)

Démocratie ou califat ?

En fait, ce n’est pas une question de croyance, les musulmans du fait de leurs dirigeants sans réelle légitimité ne sont pas libres. «En un mot comme en cent, rappelle Mohamed Bouhmidi, le Monde arabe ne s’appartient pas, et dans cet espace, l’Egypte encore moins. Dans ces conditions, il est difficile de parler de démocratie. Quand l’essentiel des décisions de souveraineté vous échappe, que vaut la souveraineté du peuple, postulat primordial de l’exercice de la démocratie qui traduirait en actes et en réalité cette souveraineté?(…)» (10)

Pour René Naba, le califat est une utopie dans les conditions actuelles: «Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4e Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique. Le Califat est une supercherie lorsque l’on songe à toutes les bases occidentales disséminées dans les monarchies arabes, faisant du Monde arabe la plus importante concentration militaire atlantiste hors des Etats-Unis. Dans un contexte de soumission à l’ordre hégémonique israélo-américain, le combat contre la présence militaire atlantiste paraît prioritaire à l’instauration d’un califat. Et le califat dans sa version moderne devrait prendre la forme d’une vaste confédération des pays de la Ligue arabe avec en additif l’Iran et la Turquie soit 500 millions de personnes, des réserves énergétiques bon marché, une main-d’oeuvre abondante. En un mot, un seuil critique à l’effet de peser sur les relations internationales. Faute d’un tel projet, en présence des bases de l’Otan, le projet de restauration du califat relève d’une supercherie et d’un trafic de religions». (11)

«Le devenir de l’Islam écrit Burhan Ghalioun, dépendra des efforts conscients de compréhension, d’assimilation et de maîtrise que les musulmans déploient pour dominer leur temps et leur environnement. Rien n’est certes gagné d’avance, mais rien non plus n’est perdu. Il faut bien l’admettre, il n’est dans l’histoire aucune fatalité. Si le Texte reste actuel, c’est que les sociétés musulmanes n’en ont pas encore épuisé le sens, qu’il est encore capable de les inspirer et est ouvert à l’enrichissement.»(12) Amen!

Notes

1. Je ne sais pas qui m’a attaqué: Le Point. 14.08.2013

2. http://www.mondialisation.ca/kerry-promeut-la-dictature-militaire-en-egypte/5345042

3. http://afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/5898-morsi-n-a-pas-ete-elu-de

4. http://www.reporters.dz/index.php? option =com_content&view=article&id=5145:des-lfreresr-des-logiques-daffrontements-et-repression-sanglante&catid=1:thema &Itemid=2

5. http://www.courrierinternational.com/article/2013/07/30/ou-vont-les-freres-musulmans?page=2#page_2

6.Le Monde arabe : Rapport du PNUD sur le Développement humain. 2005.

7. Classement des universités www.arwu. org et www.shanghairanking.com.

8. http://dafina.net/gazette/article/sommes-nous-programm%C3%A9s-pour-croire

9. http://www.lepoint.fr/societe/les-athees-plus-intelligents-que-les-croyants-15-08-2013-1714384_23.php

10. Mohamed Bouhamidi http://www.reporters.dz/index.php?option=com_content& view=article&id=5143:legypte-au-dela-des-perils&catid=1:thema&Itemid=2

11. Le rêve fracassé du Califat http://www. renenaba.com/egypte-le-reve-fracasse-du-califat/

12. Burhan Ghalioun Islam et politique.p.11 et 10, Edtions Casbah 1997

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Les prétendus “pourparlers de paix” initiés par John Kerry entre Israël et l’Autorité palestinienne sont du cinéma vide de sens qui fait partie d’un stratagème destiné à cacher et à dissimuler les véritables intentions des États-Unis et d’Israël au Moyen Orient. Lorsque le président états-unien Barak Obama s’est rendu en Israël, en mars 2013, les discussions de paix n’étaient même pas une priorité pour son administration.

Il a carrément dit au monde que le soi-disant “processus de paix” ne figurait pas à l’ordre du jour des discussions entre les gouvernements états-unien et israélien. D’où la grande question dans de nombreux esprits : pourquoi les discussions sont-elles devenues tout d’un coup une priorité pour le gouvernement des Etats-Unis ?

L’illusion des “pourparlers de paix”

L’objectif principal du prétendu processus de paix a toujours été de servir de distraction pompeuse. Initialement, les tractations israélo-palestiniennes ont été utilisées pour maintenir à distance le peuple palestinien et les Arabes. Les pourparlers de paix et les négociations ont acquis avec le temps une autre dimension, lorsqu’ils sont devenus un outil commode pour distraire l’opinion publique internationale et l’influencer en présentant Israël comme une entité raisonnable prête à faire des concessions pour la paix et la sécurité.

Sur ce dernier point du concept des “concessions israéliennes” aux Palestiniens, il y a un hic. Les concessions israéliennes n’existent que sur le plan théorique, si tant est que l’on considère comme légitimes les lubies illicites d’Israël. En réalité, il n’y a pas de concessions israéliennes, en particulier quand on évalue le conflit israélo-palestinien à l’aune de la loi internationale. Tel Aviv revendique illégalement la Cisjordanie toute entière, à laquelle il n’a aucun droit légal selon le droit international, comme son propre territoire. Les dirigeants israéliens présentent l’abaissement de leurs revendications territoriales sur la Cisjordanie, qu’ils se sont acharnés à annexer pendant les pourparlers de paix bidon, comme un certain type de concession aux Palestiniens.

Les soi-disant “colonies israéliennes” à Jérusalem Est et en Cisjordanie sont catégoriquement rejetées par les Nations Unies comme étant illégales. Elles sont une violation flagrante du droit international. Les colonies d’Israëlen Cisjordanie ont unanimement été identifiées comme un crime de guerre en vertu du Statut de Rome 1998 de la Cour pénale internationale par tous les juges de la CPI. Les Etats-Unis sont aussi complices, en cela que Washington a empêché que toute action internationale soit lancée contre Israël. Il faut appeler un chat un chat : ces colonies israéliennes en Cisjordanie ne sont rien moins que des colonies israéliennes de peuplement.

Il n’y a pas de concessions israéliennes, seulement des exigences

Il est cocasse d’entendre le Secrétaire d’Etat US John Kerry demander qu’Israël et l’AP fassent des “compromis raisonnables”. Pour dire les choses crûment, ce sont de fait les Palestiniens qui ont fait de véritables compromis et, par dessus tout, ce sont eux qui ont été forcés par le gouvernement US et par Israël à faire progressivement de plus en plus de concessions. En plus de la reconnaissance des à peu près 80% de Palestine qui sont délimités à l’intérieur des frontières 1967 d’Israël par les responsables palestiniens, environ 60% ou plus de l’espace territorial de Cisjordanie est occupé par des colonies israéliennes.

Le mur israélien de “Hafrada” (séparation), ou mur d’apartheid, a séparé Jérusalem Est et les terres les plus importantes d’un point de vue économique de leurs habitants et propriétaires palestiniens. Les Palestiniens ne sont même pas autorisés à gérer leurs propres ressources et leur eau est volée quotidiennement par les Israéliens. Malgré tout, les négociateurs palestiniens corrompus, qui n’ont aucun mandat populaire ou légal pour représenter le peuple palestinien, se sont montrés disposés à reconnaître et à garder en Cisjordanie (sur les meilleures terres) le gros des colonies israéliennes et de renoncer aux droits légaux, reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, du peuple palestinien à retourner dans ses foyers occupés.

Israël ne veut pas d’un authentique règlement négocié avec les Palestiniens. Il veut simplement que les Palestiniens soient une sorte de population du “quart-monde”. L’établissement de davantage de colonies en Cisjordanie est devenue une priorité nationale pour le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Mis à part l’annexion des meilleures terres de Cisjordanie, Tel Aviv veut dicter ses conditions pour la création d’un “bantoustan palestinien” qui sera constitué de plusieurs enclaves disjointes essentiellement contrôlées par Israël, par procuration, et qui manqueront de réelle légitimité, de réelle indépendance politique et de réelles capacités économiques.

L’Autorité palestinienne obéit aux ordres de Washington et de Tel Aviv

Depuis les Accords d’Oslo, l’occupation de la Cisjordanie n’a été confiée qu’à des collaborateurs palestiniens. L’Autorité palestinienne et son chef, Mahmoud Abbas, n’ont pas de mandat populaire. Il ne fait aucun doute que l’AP en faillite morale et illégitime est fondamentalement un client des Etats-Unis et d’Israël qui régente les Palestiniens pour le compte de Washington et de Tel Aviv. Depuis la victoire électorale du Hamas et la défaite du Fatah en janvier 2006 lors des élections générales palestiniennes, les Etats-Unis et Israël ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour appuyer Mahmoud Abbas et sa faction Fatah à Ramallah, tout en écrasant inversement tout semblant de participation démocratique véritable dans les Territoires palestiniens. Depuis, il n’y a pas eu de nouvelles élections et Abbas dirige par décret, comme un quasi dictateur soutenu par les Etats-Unis, l’Union européenne, Israël et les monarchies arabes dictatoriales. Et il a annulé les élections présidentielles et parlementaires.

Il ne faut se faire aucune illusion ; l’AP a choisi de participer aux pourparlers. Tous ses fonds et son autorité viennent des Etats-Unis et d’Israël, sans lesquels elle s’effondre. Lorsque des protestations ont éclaté en Cisjordanie contre l’AP, Abbas a envoyé des émissaires de Ramallah pour voir les responsables états-uniens et israéliens et leur demander de lui envoyer une bouée de sauvetage. Il n’est pas soutenu par le peuple mais par la force brute et l’occupation israélienne. Via la promesse israélienne de libérer plusieurs prisonniers palestiniens détenus depuis des décennies dans les prisons israéliennes, les Etats-Unis et Israël créent même une couverture pour que l’AP justifie son entrée dans des pourparlers de paix fictifs initiés par le Secrétaire d’Etat Kerry.

Le retour de l’ultra-sioniste Martin Indyk

Il suffit d’examiner quel fonctionnaire états-unien supervise les pourparlers pour se faire une idée de la duplicité. L’ultra-sioniste Martin Indyk, ancien lobbyiste en chef à l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee) à qui le Président Clinton a fini par accorder la citoyenneté états-unienne pour qu’il s’occupe de la politique étrangère du pays au Moyen-Orient, fera office de médiateur entre Israël et l’Autorité palestinienne en tant que prétendu envoyé spécial de paix de Washington. Indyk a été lié à chaque tentacule du lobby sioniste à l’intérieur et à l’extérieur des Etats-Unis, du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), qui est le bras de l’AIPAC pour la recherche, au Brookings Institution’s Saban Center for Middle East Policy, qui a fortement influencé la politique étrangère du Printemps arabe depuis le Qatar. Selon un discours qu’a donné Indyk, à la première convention de l’ “organisation pro-israélienne” selon les propres termes de J Street, en 2009, il a fait le choix d’émigrer aux États-Unis pour s’assurer que la politique étrangère états-unienne serve les intérêts d’Israël. Indyk fut également ambassadeur des États-Unis en Israël à deux reprises, il fut un architecte de la politique américaine de répression de l’Iraq et de l’Iran, un pom-pom boy et un partisan des guerres d’Israël contre les Palestiniens à Gaza et au Liban. Indyk est maintenant en charge des pourparlers de paix en tant que membre de l’Administration Obama.

Tout aussi peu recommandables qu’Indyk sont les négociateurs israéliens et de l’AP assis à la table avec lui. Du côté israélien, Tsipi Livni, une criminelle de guerre notoire qui a été obligée d’annuler un voyage au Royaume-Uni fin 2009 parce qu’un mandat d’arrêt l’y attendait. Assis à côté d’elle, l’homme de l’AP, que Livni connaît très bien, et qui lui a un jour déclaré qu’il “voterait pour elle” si il était israélien. Cet homme, Saeb Erekat, est quelqu’un qu’aucun Palestinien ne prend au sérieux ni ne respecte. Tout au long de sa carrière, Erekat n’a fait que ramper devant les responsables états-uniens et israéliens ; il a dit que le sénateur John McCain avait un “véritable engagement pour la paix” après que McCain en 2008 a fait savoir qu’il n’en avait rien à faire des Palestiniens ; Erekat a même appelé le Premier ministre Ariel Sharon – l’officiel israélien responsable du massacre de Sabra et Shatila dans les camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth – “son ami”, et à de nombreuses occasions, il s’est ridiculement confondu en excuses devant les Israéliens parce que les négociations que Tel Aviv elle-même avait saboté n’avaient pas réussi.

Les pourparlers de paix et l’équation régionale

Le calendrier des pourparlers israélo-palestiniens est lié aux plans américains et israéliens de sauvetage de leur statut régional en déclin au Moyen-Orient et leurs alliés. Au plan régional, les événements impliquant l’Egypte, la Syrie, le Qatar et les Frères Musulmans ont en outre eu un grand impact sur les Palestiniens et Israël. Abbas a même fait une visite à Beyrouth au début juillet 2013 pour demander aux réfugiés palestiniens au Liban de rester neutres dans les affrontements ayant lieu en Syrie et au Liban.

Entre temps, dans la Bande de Gaza, l’isolement du Hamas s’est accru. Il a semblé, pendant un temps, que son gouvernement à Gaza allait gagner les faveurs des autres pays arabes au détriment de Mahmoud Abbas et ses laquais à Ramallah. Les événements en Syrie et en Egypte ont cependant nui au Hamas. Bien que ce ne soit pas tout à fait correct, il convient de citer ce qu’a joyeusement dit l’ancien ambassadeur israélien en Egypte, Eli Shaked, au sujet du Hamas alors que les Frères Musulmans étaient évincés en Egypte début juillet 2013 : “Le Hamas a perdu l’Iran, il a perdu la Syrie et il est en train de perdre l’Egypte. Il est beaucoup plus isolé.” Malgré les souffrances des Gazaouis, l’isolement du Hamas a aussi fait plaisir à Abbas et à son régime à Ramallah, qui se sont empressés de féliciter le Général Al-Sisi et l’armée égyptienne pour avoir chassé les Frères Musulmans du pouvoir au Caire. Aujourd’hui, une vague militaire de terreur a commencé contre les Palestiniens en Egypte.

Le très impopulaire Abbas est lui-même confronté à une possible rébellion en Cisjordanie. Une crise politique s’est développée dans son fief tandis que son Autorité palestinienne dégénérée risque l’effondrement avec la montée du chômage, la stagnation économique à la hausse, l’impopularité grandissante et sa répression croissante. Le régime de Ramallah a vu une vague de purges politiques et de démissions de fonctionnaires cherchant à se distancier d’Abbas alors que la situation en Cisjordanie devient des plus catastrophiques.

Parler de paix tout en préparant la guerre ?

Il est ironique que les Etats-Unis et Israël, deux des trois parties impliquées dans les pourparlers de paix, aient menacé d’attaquer la Syrie, le Liban ou l’Iran. Peut-être que l’annonce de la reprise des discussions entre Israël et l’AP a été faite juste au moment où les Etats-Unis et Israël ont fait pression sur l’Union européenne pour désigner comme organisation terroriste la branche militaire du Hezbollah ; non que l’Union européenne ait des relations avec la branche militaire du Hezbollah ou sache quoique ce soit sur elle. La décision de l’Union européenne est clairement une décision politique qui est réellement liée à l’échec américain à imposer un changement de régime en Syrie, où le Hezbollah est intervenu et les forces anti-gouvernementales financées par l’étranger ont été mises en déroute.

D’un point de vue historique, les pourparlers israélo-palestiniens ont toujours eu pour objectif de soulager la pression liée aux plans guerriers américains. Washington et Tel Aviv pourraient envisager un certain type de confrontation avec le Hezbollah ou même avec son protecteur l’Iran. Le piteux état de l’image internationale d’Israël pourrait même se dissiper davantage si une nouvelle confrontation avec le Hezbollah prendrait la forme d’une autre guerre israélienne contre le Liban.

Netanyahou a aussi recommencé à menacer d’attaquer unilatéralement l’Iran, ce qui serait impossible pour Israël sans l’implication des États-Unis. En plus de fournir une couverture pour les colonies israéliennes en Cisjordanie et une pression internationale amoindrie sur Tel Aviv, la reprise des discussions israéliennes avec l’AP pourrait servir à présenter le gouvernement de Netanyahou comme désirant sincèrement la paix avant qu’il ne soit impliqué dans une forme d’aventurisme. En outre, l’étiquette terroriste de l’Union Européenne sur le Hezbollah pourrait être utilisée par les États-Unis et les Israéliens pour justifier une telle confrontation comme faisant partie de la lutte contre le terrorisme.

Quelles que soient les raisons derrière la reprise des négociations futiles entre Tel Aviv et l’AP, le gouvernement des Etats-Unis et Israël ne sont pas intéressés par une solution juste. Ni les discussions, ni les négociations, ni le gouvernement américain, comme négociateur, ne sont sincères. L’administration Obama poursuit simplement ses propres intérêts dans un Moyen-Orient élargi.

Livni, la représentante israélienne aux pourparlers, a donné elle-même le tempo pour l’issue des discussions en déclarant que le peuple ne devrait pas être “optimiste”. Washington et Tel Aviv ne laisseront même pas les Palestiniens créer leur propre pays indépendant en mettant fin à l’occupation israélienne de Jérusalem Est, de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie.

Alors que le peuple palestinien sans ressource subit une dépossession territoriale, les pourparlers de paix bidon ne servent qu’à créer un écran de fumée pour que Tel Aviv colonise systématiquement ce qui reste de la patrie palestinienne comme Lebensraum israélien, ou “espace vital”. Il n’y a pas d’autre façon de le formuler.

Mahdi Darius Nazemroaya est sociologue, auteur primé et analyste géopolitique. Cet article, en anglais, est paru initialement sur Rt.com le 9 août 2013.

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Le président du Conseil des chefs d’état-major interarmées américain, le général Martin Dempsey, s’est rendu cette semaine au Moyen-Orient. Il est arrivé lundi en Israël.

Dempsey a rencontré lundi le plus haut gradé israélien, le général Benny Gantz, et le premier ministre Benjamin Netanyahu pour discuter « de menaces susceptibles de provenir de la région – sur le plan mondial et intérieur – et de quelle façon nous pouvons continuer d’agir ensemble pour rendre plus sûrs nos deux pays. »

Après Israël, Dempsey se rendra en Jordanie où plus de 1.000 soldats américains sont déjà stationnés, y compris des chasseurs F-16 avec leurs équipes ainsi que des batteries de missiles Patriot. Les Etats-Unis ont aussi promis d’aider la Jordanie dans l’application des « techniques de contrôle aux frontières » dans le but de gérer l’afflux massif de réfugiés en provenance de la Syrie.

Le chef d’état-major de l’armée de l’air des Etats-Unis, le général Mark Welsh, s’est envolé pour Israël afin d’assister, en prévision de la visite de Dempsey, à des réunions secrètes tenues du 4 au 8 août.

Alors que sa tâche officielle est de discuter du renforcement des liens militaires avec les régimes israélien et jordanien, la visite du général Dempsey survient dans le contexte de sérieux revers essuyés par l’opposition soutenue par les Etats-Unis en Syrie. Cette visite est liée à des projets d’escalade militaire dans le pays et le recours à des alliés régionaux dont la Turquie, la Jordanie et Israël.

Dans une interview accordée vendredi au Wall Street Journal, l’ancien directeur adjoint de la CIA, Michael Morrell, a dit que la situation en Syrie constituait la menace numéro un de la « sécurité nationale » américaine et que le pays pourrait devenir le nouveau lieu de refuge préféré d’al Qaïda.

Le but du voyage de Dempsey au Proche-Orient est de promouvoir et de coordonner le soutien pour les projets de guerres américains visant la Syrie. Dans son rapport sur la visite de Dempsey, DEBKAfile (DEBKAfile claimed) a affirmé que le but de la visite était de « préparer le terrain pour la décision finale de Barack Obama de s’embarquer dans la voie d’une intervention militaire américaine limitée dans la guerre civile en Syrie. »

Le rapport du site DEBKAfile indique que les Etats-Unis ont l’intention d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie, d’imposer des « zones tampons » à l’intérieur de la Syrie en bordure des frontières israéliennes et jordaniennes, de proclamer la ville de Deraa, située au sud de la Syrie près de la frontière jordanienne, la nouvelle capitale de la « Syrie libre », et d’installer sur le territoire syrien des commando syriens, formés et dirigés par des officiers jordaniens et américains, pour mener la guerre contre Assad.

Alors que Dempsey n’a pas explicitement réclamé de telles mesures agressives, il est tout à fait convaincu que la seule solution en Syrie est de faire partir Assad et d’installer au pouvoir des éléments de l’opposition soutenue par les Etats-Unis.

Pendant son séjour en Israël, Dempsey a prévenu que la guerre en Syrie « ne sera pas résolue à court terme, » et qualifia la cause de la guerre de « déchaînement d’animosités ethniques historiques, religieuses et tribales qui nécessitera un immense travail et beaucoup de temps pour être résolu. »

La véritable cause de la guerre en Syrie est la détermination des Etats-Unis et de l’impérialisme européen à réimposer un statut colonial aux nations du Moyen-Orient. Les divisions ethniques et sectaires sont intentionnellement attisées et manipulées par les puissances impérialistes comme partie intégrante de ce projet.

Dempsey affirme que la tâche principale pour les Etats-Unis est de renforcer les forces modérées au sein de l’opposition tout en marginalisant les éléments radicaux.

Il a dit, « Je suis très préoccupé par l’élément radical au sein de l’opposition et je suis préoccupé par le risque que des idéologies extrémistes ne viennent pirater ce qui se voulait au départ comme un mouvement populaire pour le renversement d’un régime oppressif. »

Le commentaire de Dempsey correspond à marcher sur la tête. En réalité, les Etats-Unis acheminent depuis 2011 du matériel et de l’aide financière aux militants à l’intérieur de la Syrie, dont le Front al Nusra. Ces « extrémistes » forment les troupes de choc les plus meurtrières de l’Amérique en Syrie.

Dempsey lui-même admet que les éléments modérés et radicaux se trouvant au sein de l’opposition travaillent souvent ensemble. « Cela ne me surprend pas que de temps en temps ils collaborent les uns avec les autres. »

L’inconvénient pour l’exercice de relations publiques du Pentagone est que les unités plus radicales ou extrémistes sont, selon toutes les informations, les combattants les plus efficaces se trouvant au sein de la coalition anti-Assad. Les groupes islamistes radicaux, soutenus par les alliés des Etats-Unis, sont en fait l’« avant-garde » de la « révolution » syrienne.

Réagissant à la prise d’une base cruciale à Minegh par les forces anti-Assad, Charles Lister, analyste à Jane’s Defence Weekly, a dit, « La victoire souligne une fois de plus le rôle stratégique marqué joué par les militants islamistes, notamment dans le nord de la Syrie. »

Selon Lister, « cette année, chaque offensive majeure dans le nord de la Syrie a été annoncé, menée et coordonnée par des islamistes. »

S’exprimant au micro de The Voice of Russia, le rédacteur de Long War Journal, Bill Roggio, a dit, « La réalité est que ces groupes rebelles, le groupe que les Etats-Unis veulent soutenir, le Conseil militaire syrien et la Coalition nationale syrienne et par extension l’Armée syrienne libre, combattent le régime Assad aux côtés du Front al-Nusra… L’Armée syrienne libre est présentée comme séculaire mais, quand vous regardez ce qui se passe en Syrie, on pourrait dire que d’importantes fractions ne le sont absolument pas. »

Dans une rubrique de Russia Today Online, le journaliste Patrik Henningsten a aussi écrit : « L’armée syrienne libre est cruellement faible et dominée par une dizaine, sinon par des centaines de groupes de combattant radicaux islamistes menés par des étrangers dont le Front al Nusra est le plus important et le mieux financé.

La chaîne de télévision iranienne Press TV a rapporté dimanche que des militants du Front al Nusra avaient massacré le 5 août dans la ville de Tal Abyad dans le nord de la Syrie, 450 kurdes, pour la plupart des femmes et des enfants.

Le journal Al-Alam a relaté que « Les massacres à grande échelle commis par des terroristes ont augmenté le mois dernier en Syrie… Alors que l’insurrection soutenue par l’étranger se poursuit en Syrie sans qu’une fin soit envisageable, le gouvernement américain a accru le soutien politique et militaire apporté aux extrémistes takfiri. »

Le journaliste kurde Barzan Iso a signalé les attaques lancées contre la population kurde depuis la mi-juillet : « Al Qaïda a commencé par attaquer les villages kurdes le 19 juillet. Après ces attaques ils ont enlevé de nombreux kurdes. »

Le gouvernement américain et les médias ont gardé un étrange silence au sujet de ces affirmations qui, si elles sont véridiques, susciteront un examen plus minutieux de ces militants islamistes et de leurs liens avec la CIA.

(Article original paru le 14 août 2013)

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(Allocution prononcée lors d’une manifestation organisée par le mouvement « Occupy Harrisonburg)

Je remercie Michæl Feikema et Doug Hendren, pour leur invitation. Comme la plupart d’entre vous, je ne passe pas ma vie à étudier les accords commerciaux, mais le Partenariat Trans-Pacifique (dont le sigle anglais est T.P.P.) est suffisamment inquiétant, pour m’avoir forcé à y consacrer un peu de temps, aussi j’espère que vous en ferez de même, que vous convaincrez vos voisins d’en faire de même, enfin que vous les convaincrez de convaincre leurs amis d’en faire de même – dès que possible.

Je passe le plus clair de mon temps à lire, et écrire, des livres qui ont pour sujets la guerre et la paix. Je suis en plein travail de rédaction d’un ouvrage qui réfléchit à la possibilité, et la nécessité, d’abolir la guerre, et le militarisme. Interrompre ce travail ne me réjouit guère. Mais si nous pensons que libre-échange et militarisme sont deux sujets distincts, nous nous racontons des histoires.

Thomas Friedman, le chroniqueur du New York Times, est un fervent admirateur des prétendus prodiges que la main invisible de l’économie de marché réalise, ce qui ne l’empêche pas de déclarer, « La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing invisible. McDonald’s ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, qui a conçu le F-15 de l’Armée de l’Air des États-Unis. Quant au poing invisible qui assure la sécurité dans le monde, afin qu’y prospèrent les technologies de la Silicon Valley, il porte à tour de rôle les noms d’Armée des États-Unis, Aviation des États-Unis, Marine des États-Unis, Corps de Marines des États-Unis ».

Bien sûr, ce poing n’a rien d’invisible. Il est prévu que le T.P.P. regroupe les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Pérou, le Chili, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Singapour, Brunei, la Malaisie, et le Vietnam, quant au Japon il devrait se joindre à eux dans le courant du mois, et même une fois le traité ratifié – s’il l’est – il demeurera susceptible de s’étendre à toute autre nation du Pacifique. L’Armée des États-Unis est en relation étroite avec les armées de toutes ces nations, dont elle encourage la militarisation, et maintient des troupes sur le territoire de la plupart d’entre elles. En ce moment, l’armée américaine renforce sa présence dans le Pacifique – même au Vietnam, où McDonald’s a également ouvert sa première franchise cette semaine. L’an dernier, au cours d’un débat, pendant la campagne présidentielle, le Président Obama présenta le T.P.P. comme un élément de la stratégie visant à faire contrepoids la Chine, tout en développant l’influence des États-Unis en Asie ; c’est ce même raisonnement qui sert à justifier la base navale de l’île Jeju, ainsi que toutes les autres formes d’intensification de la présence militaire autour des frontières de la Chine. Cette année, lors de son Discours sur l’État de l’Union, Obama a déclaré que le T.P.P., ainsi qu’un accord avec l’Union Européenne, étaient ses priorités pour l’année à venir.

C’est une évidence, la main qui rédige les accords commerciaux bénéficiant aux grandes entreprises, n’a rien de plus invisible que l’autre. Ces accords n’ont nullement pour but d’optimiser la compétition, en empêchant la constitution de monopoles. Ce sont des accords très longs, détaillés, qui prévoient la protection, et l’extension, de ces monopoles. Au lieu de faire confiance à la magie du marché, ce type d’accord obéit à l’influence des membres des groupes de pression. Tout comme la corruption du complexe militaro-industriel permet d’expliquer l’intensification de notre présence militaire dans le monde, en l’absence d’un ennemi de la nation – je veux dire, un ennemi qui soit une nation, non pas une poignée de criminels qu’il faudrait inculper, puis poursuivre en justice, sans les volatiliser, et avec eux toutes celles et tous ceux qui se trouvent à proximité – de même, donc, le fait que notre gouvernement soit devenu la propriété des grandes entreprises, permet d’expliquer ses politiques commerciales.

Ce qui reste invisible, en revanche, c’est le détail du texte de la proposition de traité T.P.P., tel qu’il a été négocié. Quelques 600 conseillers des grandes entreprises aident le gouvernement à l’écrire. Certains de ces conseillers proviennent d’entreprises aussi charitables, soucieuses de l’intérêt général, que celles connues sous les noms de Monsanto, Bank of America, Chevron, ou encore Exxon Mobil. Nous autres, sommes priés de rester à la porte. Le gouvernement recueille la moindre de nos communications, mais nous ne sommes pas autorisés à observer ce qui se fait en notre nom. Nous n’influençons pas le texte, nous n’avons pas le droit de le lire. Un, ou plusieurs, individus courageux, prêts à risquer une inculpation pour collusion avec l’ennemi (même s’il n’y a pas d’ennemi) ont porté à notre connaissance une partie de ce qui se trouve dans le T.P.P.

Je me suis un peu occupé d’accords commerciaux d’entreprise, lorsque je travaillais comme attaché de presse pour « Dennis Kucinich Président », en 2004. En gros, mon travail consistait à répéter à tous les types de médias, qui voulaient bien m’écouter, que nous allions mettre fin aux guerres, créer une sécurité Sociale d’État, et abolir l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain (N.A.F.T.A., en anglais). Mettre fin aux guerres, voici ce que nous allions faire avant tout. Je me souviens qu’au cours de la campagne 2008, une brochette de candidats à la Primaire du Parti Démocrate étaient alignés sur une scène, pour participer à un large débat, que des syndicats avaient organisé dans un stade de football. Kucinich déclara qu’il abolirait l’A.L.E.N.A./N.A.F.T.A., sortirait de l’O.M.C., et négocierait avec certaines nations des accords de commerce bilatéraux, qui laisseraient intactes les protections dont bénéficient les travailleurs, les consommateurs, l’environnement. Le volume des applaudissements, permettait de supposer que la majorité des personnes présentes l’approuvaient. Mais chacun des autres candidats refusa de s’engager à abroger l’A.L.E.N.A. À la place, chacun d’entre eux, Barack Obama compris, affirma qu’il renégocierait l’A.L.E.N.A., de façon à l’améliorer, par l’ajout de protections qui n’y figuraient pas. Bien entendu, la plupart d’entre eux ne furent pas élus. Celui qui le fut, semble avoir changé d’idée. Cela fait cinq ans que le T.P.P. se négocie.

Il y a un an et demi, certains d’entre nous vivaient sur Freedom Plaza, à Washington, un autre camp était installé à quelques pas, sur McPhearson Square, et le mouvement Occupy se propageait dans tout le pays, par l’intermédiaire des journaux et télévisions privés. Une Commission Sénatoriale tenait une audience, qui portait sur les nouveaux accords commerciaux d’entreprise, passés avec la Colombie, Panama, et la Corée. Après que les membres des groupes de pression eurent pris place, il restait quelques sièges pour le public, je pris l’un d’entre eux. Les sénateurs réfléchissaient à ce qu’ils pourraient mettre en œuvre, pour limiter les dégâts causés par ce qu’ils étaient sur le point d’approuver. Ils prévoyaient d’essayer d’aider ceux qu’ils allaient mettre au chômage, à trouver un emploi. J’ai pensé qu’il était de mon devoir de leur faire remarquer, qu’ils pouvaient tout simplement laisser tout le monde continuer à occuper son emploi actuel. J’espérais qu’ils parviendraient eux-mêmes à cette conclusion. Je ne voulais pas faire preuve d’impolitesse, en les interrompant. Mais cela me semblait un point suffisamment important. C’est pourquoi j’ai pris la parole. On m’a arrêté.

Puis, les sénateurs abordèrent le problème des tarifs douaniers, que la Corée et les États-Unis appliquent à la viande bovine. Dans l’assistance, une femme prit la parole pour demander la raison pour laquelle nous ne pouvions pas, simplement, laisser le bœuf coréen en Corée, et le bœuf américain, aux États-Unis, au lieu de faire traverser l’océan dans les deux sens, à des navires transportant du bœuf. On l’arrêta. On arrêta tous ceux qui tentèrent de dire quoi que ce soit. Au cours de la première année d’application de l’accord avec la Corée, les exportations américaines vers la Corée diminuèrent de 10%, pendant que le déficit commercial des États-Unis, par rapport à la Corée, augmentait de 37%. Il est probable qu’un nouvel accord parviendra au même genre de résultats.

Si l’on veut voir l’aspect positif des choses, le Congrès n’eut pas à subir d’interruptions. Si ma mémoire est bonne, les accusations furent suivies de peines de prison. Quatre d’entre nous, négocièrent un accord avec le tribunal, qui prévoyait l’interdiction d’accès à Capitol Hill, pour une durée de six mois, en échange de la promesse de ne pas faire de prison. Dans la salle d’audience adjacente, quelques amis furent reconnus coupables d’avoir pris la parole contre la torture, alors qu’un président quelconque de la Commission ne la leur avait pas donnée. Le même jour, à l’autre bout de la salle, on annonça à une autre camarade que son sursis était levé, pour avoir interrompu le Premier Ministre israélien Netanyahu qui parlait au Capitole, une punition infligée alors même que Netanyahu l’avait remerciée pour son intervention, et fanfaronnait en rappelant que son traitement aurait été bien pire en Iran – même si les voies de fait qu’elle eut à subir au Capitole, l’obligèrent à porter une minerve.

De nos jours, le Premier Amendement ne se porte guère mieux que le Quatrième. Je sais que certains parmi vous diront qu’on ne devrait jamais interrompre un orateur, quel qu’il soit. Cela me plairait-il, d’être interrompu ? Et cætera. Mais que nous ont dit du T.P.P. les médias privés, qui dominent notre système de communications, grâce à nos subventions ? À moins que nous puissions mettre sur pied un nombre suffisant de manifestations comme celle-ci, il faudra bien que quelqu’un interrompe quelqu’un d’autre, pour faire passer le mot.

Si je devais interrompre un Super Bowl, ou un discours sur l’état de l’Union, pour parler du T.P.P., c’est sans doute le fait qu’il invente la « nationnification » des entreprises, que je mentionnerais en premier. J’ai commencé à me concentrer sur ce point, après avoir interviewé Lacey Kohlmoos, de Public Citizen, dans mon émission de radio. C’est ExposeTheTPP.org qui abrite le site de Public Citizen. Une autre coalition a créé FlushTheTPP.org. CitizensTrade.org en abrite une autre. Enfin, les efforts transfrontaliers pour organiser la lutte contre le T.P.P. sont recensés à TPPxborder.org. Vous trouverez quasiment tout ce que j’ai à dire, et plus encore, sur ces sites. Vous pouvez vous inscrire, afin de vous engager dans les campagnes en cours, en fonction des évènements que ces sites signalent.

Nombreux sont ceux qui, parmi nous, ont entendu parler de la notion de personnification d’entreprise. Au cours des quarante dernières années, des tribunaux américains ont accordé à certaines entreprises les mêmes droits qu’aux individus, y compris celui de financer les élections. Lorsque j’utilise l’expression « nationnification d’entreprise », j’évoque le fait de conférer aux entreprises les mêmes droits qu’aux nations. Le T.P.P., dont Public Citizen a pu se procurer certains avant-projets, comprend 29 chapitres, dont cinq seulement – selon ce qu’en a compris Public Citizen – traitent des échanges commerciaux. Les autres abordent des sujets tels que la sécurité alimentaire, la liberté du net, les coûts des médicaments, les délocalisations, ou encore la régulation financière. Selon l’article VI de la Constitution des États-Unis, les traités sont – avec la Constitution elle-même – la loi suprême de ce pays. C’est pourquoi les lois des États-Unis devraient être mises en conformité avec les règlements du T.P.P.

Les États-Unis ont signé des traités qui interdisent la guerre, ou la torture. Certains traités sont destinés à devenir, non pas la loi suprême du pays, mais des suggestions qui peuvent éventuellement avoir leur utilité. Avec le T.P.P., il n’en irait pas de même. Que ce soit au niveau fédéral, municipal, ou à celui des états, nos administrations devraient obéir à ses injonctions. Dans le cas contraire, les entreprises pourraient les y obliger. Une entreprise pourrait traîner en justice (devant un tribunal spécial, en fait), le gouvernement des États-Unis, ou les gouvernements des autres nations, pour abroger certaines de leurs lois. C’est cela, la « nationnification d’entreprise ». Quelques avocats d’affaires pourraient plaider une cause, devant un tribunal composé de trois avocats d’affaires qui la jugeraient avant, et après, en avoir eux-mêmes plaidé quelques-unes du même genre. Ces trois avocats n’auraient pas d’électeurs auxquels rendre des comptes, ni aucune contrainte de jurisprudence. Il n’y aurait pas de procédure d’appel. Ils seraient habilités à octroyer aux entreprises n’importe quel montant d’indemnité, dont les contribuables devraient s’acquitter.

Ainsi, en imaginant que les États-Unis adoptent certaines politiques, en matière de sécurité sociale, d’environnement, de droit du travail, de régulation des banques ou du net, ou toute autre politique publique, et que quelques avocats d’affaires parviennent à convaincre trois de leurs homologues que ces politiques contreviennent au T.P.P., elles seront déclarées inapplicables, la loi sera révisée, et le trésor public sera condamné à verser une compensation aux entreprises auxquelles l’obligation de fournir une couverture sociale, ou de s’abstenir d’empoisonner un fleuve, ou que sais-je encore, aura porté préjudice. Nous ne connaissons pas tous les détails – j’aurai accès sous peu, à certains d’entre eux. En réalité, peu importe ce qu’ils nous apprendront, la structure du projet est, en elle-même, scandaleuse. D’ailleurs, il ne fait qu’étendre le domaine de ce qui s’expérimente déjà, dans le cadre d’accords commerciaux d’entreprise déjà en vigueur.

Comme le rappelle ExposeTheTPP.org : « Des tribunaux ont d’ores et déjà condamné des gouvernements à payer plus de 3,5 milliards de dollars, pour des affaires opposant des investisseurs à un état, dans le cadre des accords en vigueur aux États-Unis. Cette somme comprend l’indemnisation d’embargos sur les déchets toxiques, de politiques cadastrales, de règlements en matière de sylviculture, et plus encore. Dans le seul cadre des accords qui s’appliquent aux États-Unis, le montant des demandes d’indemnisation en attente, est supérieur à 14,7 milliards de dollars. Même lorsque les gouvernements l’emportent, ils doivent souvent payer les frais de tribunaux, et de justice, dont le montant moyen s’élève à 8 millions de dollars par affaire. Le T.P.P. élargirait l’éventail des politiques que l’on peut attaquer en justice.

Les privilèges que le T.P.P. se propose d’accorder aux investisseurs étrangers confèreraient aux sociétés étrangères, des « droits » plus étendus que ceux dont bénéficient les sociétés nationales. Entre dans cette catégorie, le « droit » de ne pas voir un changement de politique d’un gouvernement, venir contrarier ses attentes. Des entreprises étrangères ont revendiqué des privilèges d’une telle radicalité, pour intenter des procès à l’état, au nom d’investisseurs qui reprochent à ce dernier toute une série de mesures en matière d’environnement, d’énergie, de santé publique, de déchets toxiques, de gestion de l’eau, de forage, ou dans d’autres domaines, non commerciaux, mesures qu’ils prétendent susceptibles de « réduire leurs bénéfices futurs attendus ».

Voici quelques exemples d’attaques en cours, lancées contre l’état par des investisseurs :

- Chevron, qui tente de fuir ses responsabilités dans la contamination de l’Amazonie Équatorienne par des déchets toxiques ;

- Phillip Morris, qui s’en prend aux règles d’étiquetage des paquets de cigarettes, en Australie ;

- Eli Lill, qui conteste la politique canadienne de brevets pharmaceutiques ;

- Enfin, des sociétés européennes, qui s’opposent l’augmentation du salaire minimum dans l’Égypte d’après la révolution, ou encore aux lois de discrimination positive dans l’Afrique du Sud d’après l’apartheid.

Les accords commerciaux d’entreprise comme le T.P.P. n’imposent pas quelque chose d’aussi dangereux que la « nationnification » d’entreprise, comme un prix à payer pour obtenir un bénéfice d’une autre nature. Ces accords n’offrent aucun avantage indiscutable, autre que des produits bon marché, de mauvaise qualité, que des travailleurs mal payés peuvent s’offrir. L’emploi sert à justifier la plupart des politiques publiques destructrices. Nous raserons cette forêt, c’est bon pour l’emploi. Nous accroîtrons nos forces armées, c’est bon pour l’emploi. Nous exploiterons des mines à charbon, c’est bon pour l’emploi. Nous aboutirons à une concentration des richesses, plus réduite encore qu’au Moyen-Âge, c’est bon pour l’emploi. Manque de chance, les accords commerciaux de ce type éliminent, ou tout du moins délocalisent, les emplois.

Avant l’A.L.E.N.A., il y avait environ 20 millions d’emplois manufacturiers aux États-Unis, 5 millions d’entre eux ont été détruits, à la suite notamment de la fermeture de 60000 usines. Les importations se sont envolées, tandis que la croissance des exportations ralentissait. Évidemment, des millions d’emplois du secteur tertiaire ont également été délocalisés. Ceux qui ont eu accès aux avant-projets du T.P.P. (certains chapitres sont disponibles en ligne), en parlent comme de « l’A.L.E.N.A. sous stéroïdes ». Il hypertrophie les politiques de l’A.L.E.N.A. Pour les sociétés qui délocalisent les emplois, le T.P.P. serait une source de profits exceptionnels, tout en réduisant leurs risques à néant. Au Vietnam, les salaires sont encore inférieurs à ceux pratiqués en Chine. En Chine, le salaire quotidien moyen s’élève à 4,11 dollars. Au Vietnam, il n’est que de 2, 75 dollars.

Le T.P.P. tirerait les salaires américains vers le bas. Si nous utilisons, à titre indicatif, l’exemple de l’impact de l’A.L.E.N.A. sur le Mexique, en fin de compte on s’apercevra que le Vietnam ne tire, lui non plus, aucun bénéfice du T.P.P., surtout après qu’un autre pays aura décidé de payer ses travailleurs encore moins que le Vietnam ne paie les siens.

Le T.P.P. transférera également les emplois des fournisseurs du gouvernement américain, vers des entreprises étrangères, en raison de l’interdiction dont sera frappée toute politique obligeant à acheter américain. Quant à la possibilité offerte aux entreprises américaines de participer aux appels d’offres gouvernementaux, dans d’autres pays signataires, elle ne contrebalancera rien du tout. Dans chaque pays signataire, les compagnies étrangères auront moins de comptes à rendre à la population dont on dépense l’argent. L’interdiction frappera également le traitement préférentiel accordé aux entreprises qui s’engagent à ne pas exploiter leur main d’œuvre, à celles qui appartiennent à l’une des minorités, celles dont les propriétaires sont des femmes, ou qui sont à la pointe en matière d’environnement. Le T.P.P. ne se contente pas de transformer les entreprises en gouvernements, il transforme également les gouvernements en entreprises, en exigeant d’eux que la recherche du profit soit leur unique objectif – même si en fin de compte, ce sont les entreprises qui empochent ces profits.

Le T.P.P. n’en reste pas là. Quand on en vient à la sécurité alimentaire, au droit du travail, ainsi qu’à d’autres protections, du consommateur et de l’environnement par exemple, un accord comme celui-ci pourrait exiger de toutes les nations qu’elles imposent des normes élevées, pourquoi pas les normes les plus élevées au plan international, plus élevées que celles de la nation la plus avancée en ces domaines – après tout, l’accord pourrait fournir à tous un « terrain de jeu nivelé », et devrait être considéré comme l’occasion d’élever les normes, tous ensemble. Le T.P.P., si l’on se fie à son avant-projet, fait tout le contraire. Il exigerait des États-Unis qu’ils importent de la viande bovine, ou de la volaille, qui ne respecteraient aucune des normes de sécurité américaines. Toute règle américaine de sécurité alimentaire en matière de pesticides, d’étiquetage, ou d’additifs, plus contraignante que la norme internationale, pourrait être remise en cause, en tant que « barrière douanière illégale ». La Malaisie et le Vietnam sont de gros exportateurs de produits de mer. On a détecté un niveau élevé de pollution dans les produits vietnamiens (je ne me l’explique vraiment pas !). L’Agence Américaine des Produits Alimentaires et Médicamenteux (F.D.A, en anglais) ne contrôle, à l’heure actuelle que 1% des importations en produits de la mer. En l’état actuel des choses, la vie est très difficile, tout au long de la chaîne des travailleurs de la mer américains. La pollution qui résultera du transport international, par bateau, des ressources halieutiques, ne fera sans doute pas plus de miracles pour leur qualité future. N’allez pas imaginer qu’il nous suffira de consommer local, ou de « voter avec nos porte-monnaie ». Le T.P.P. imposera des restrictions à l’étiquetage des produits alimentaires, sur leur provenance, la présence d’O.G.M., l’assurance d’une pêche qui épargne les dauphins, etc … Vous ne saurez rien du lieu, ni des conditions de production, de votre nourriture, à moins de la cultiver vous-même, ou de l’acheter chez un voisin, qui l’aura cultivé. Sauf qu’en cas de promulgation du T.P.P., les petits paysans seront condamnés.

Une fois que nous serons tous bien malades, après avoir consommé de la nourriture T.P.P., attendez de voir ce qu’il réserve à la santé publique. Les entreprises, qui bénéficieront des mêmes droits que les nations, pourront frapper de nullité les brevets nationaux, ou la législation en vigueur sur les prix des médicaments. Les grandes compagnies pharmaceutiques, dont le monopole sur les médicaments, ainsi que sur les procédures chirurgicales, sera renforcé, pourront en augmenter les prix. Celles et ceux qui ont besoin de médicaments génériques bon marché, s’en verront refuser l’accès, et beaucoup mourront. Au moment du bilan, le T.P.P. se révèlera peut-être plus meurtrier que n’importe quelle guerre. Le T.P.P. constituerait une menace pour les clauses qui, dans les systèmes d’assurance maladie pour personnes âgées, ou indigentes, ou encore pour les anciens combattants, rendent les médicaments plus abordables. Les entreprises étrangères pourront également remettre en cause la législation sur les déchets toxiques, les plans locaux d’urbanisme, les cigarettes, l’alcool, la santé publique, l’environnement – tout ce qui, selon eux, pourrait réduire leurs bénéfices. L’A.L.E.N.A. ne va pas aussi loin que le T.P.P., mais de telles choses se produisent déjà dans le cadre qu’il a défini. ExposeTheTPP.org signale que : « À la suite d’une procédure investisseur contre état, le Canada a levé l’interdiction qui frappait un additif pour carburant, que les États-Unis interdisaient aussi, car on le soupçonnait d’être cancérigène. De plus, le Canada a payé 13 millions de dollars à la société, et publié une déclaration officielle certifiant que le produit chimique ne présentait aucun risque ».

En vertu du T.P.P., les États-Unis pourraient augmenter leurs exportations de ce gaz qu’on dit naturel, ce qui signifiera encore plus de fracturation hydraulique. Quant aux lois qui protègent l’environnement, naturel autant qu’humain, dans les régions où se pratique la fracturation hydraulique, elles pourraient être contestées par des entreprises, en raison des limites qu’elles imposent aux bénéfices futurs. Les mêmes problèmes se posent, dans le cas des sables bitumineux. Déjà, à cause des accords commerciaux qui s ‘appliquent à l’heure actuelle, les gouvernements ont dû payer plus de 3 milliards de dollars à des entreprises étrangères, et les procédures intentées aux politiques environnementales, ou d’extraction des ressources naturelles comme le pétrole, le charbon, ou le gaz, sont à l’origine de 85% de cette somme. Cette dernière comprend l’indemnisation des sociétés américaines d’exploitation des ressources en énergie fossile, par les gouvernements du Mexique, et du Canada.

L’accoutumance des États-Unis à l’existence de lois secrètes, ne cesse de grandir. Par exemple, selon de nombreux membres du Congrès, la loi « P.A.T.R.I.O.T. », a été « réinterprétée » en secret, de sorte qu’aujourd’hui sa signification diffère radicalement – mais en pire – de celle du texte originel du projet de loi, pourtant déjà épouvantable. Le T.P.P. sera peut-être porté à la connaissance du public, divulgué petit à petit, mais il surpasse la loi « P.A.T.R.I.O.T. », dans toutes ses dimensions. Il réécrirait les lois. Il irait jusqu’à instaurer des lois, que le Congrès avait rejetées en toute connaissance de cause, au terme d’une procédure publique.

L’an dernier, S.O.P.A, ce projet de loi anti-piratage sur internet, qui était vendu comme une protection des droits d’auteur, fut en fin de compte rejeté, en raison du danger de censure du net dont il était porteur, après que le public, voire même quelques entreprises, eurent exercé de fortes pressions. Selon la Fondation pour une Frontière Électronique (E.F.F.), et l’Union Américaine pour les Libertés Civiles (A.C.L.U.), le T.P.P. ferait renaître S.O.P.A., loin des regards. Sauf, bien sûr, si nous commençons à regarder. Dans le cadre du T.P.P., les fournisseurs de service internet pourraient contrôler l’activité des utilisateurs, faire disparaître des contenus, ou encore faire en sorte que certaines personnes ne puissent accéder à certains contenus. On réserverait le même traitement, au téléchargement d’une chanson, qu’à une violation à grande échelle, et à but lucratif, de la législation sur les droits d’auteur. Le T.P.P. imposerait 120 années de protection, pour les contenus originaux des entreprises. Faire sauter les verrous numériques (non, je ne sais pas vraiment de quoi il s’agit), pour des raisons légitimes, par exemple en utilisant Linux, ou en permettant aux sourds d’accéder à une forme de sous-titrage utilisable par eux, ou aux aveugles d’accéder à des contenus commentés, pourrait être passible d’amendes.

Ensuite, vient le cas des lois, comme une régulation raisonnable de la Bourse, que nous rêvons de voir notre gouvernement promulguer, mais que le T.P.P. n’autoriserait pas. En vertu du T.P.P., un gouvernement ne pourrait interdire les dérivés toxiques, et autres « produits » financiers à risque, qui contribuèrent à l’effondrement de l’économie. Il ne pourrait être question de remettre en place un pare-feu entre les différents types d’institutions financières. La sénatrice Elizabeth Warren veut rétablir la loi Glass-Steagall qui, selon elle, avait permis d’éviter l’effondrement des économies pendant un demi-siècle, entre les années 30 et les années 80. Le T.P.P. l’interdirait. Un mouvement de grande ampleur, auquel je collabore, veut imposer une taxe « Robin des Bois », sur les transactions financières. Les gouvernements de certaines nations commencent à l’approuver. Le T.P.P. l’interdirait. Si notre gouvernement donne naissance au T.P.P., puis s’y conforme, on le sollicitera pour qu’il renfloue à nouveau les banques hors-la-loi. S’il lui donne naissance, sans s’y conformer, des tribunaux d’affaires lui feront payer les renflouements, sanctionneront son choix d’imposer des règles. Notre gouvernement s’inflige, à lui-même, ce genre de châtiment, parce qu’il est en panne. Les élections sont en panne. Les communications sont en panne. Plus personne ne contrôle la culture du secret. On persécute les lanceurs d’alertes. On institutionnalise la corruption. Les partis remplacent désormais les secteurs industriels. Enfin, une culture de la cupidité myope, et de la servilité, remplace aujourd’hui tout ce qui, de près ou de loin, pourrait évoquer la stature d’homme d’état.

Ainsi que l’indiquait le tract appelant à cette manifestation, le T.P.P. :

- Empêchera toute régulation véritable de la Bourse
- Transformera des carrières bien rémunérées, en travail dans des ateliers de main d’œuvre exploitée
- Détruira les fermes familiales
- Accélérera le réchauffement climatique, au nom du profit
- Maintiendra le peuple dans une ignorance totale
- Placera les droits des entreprises au-dessus de notre souveraineté nationale
- Réduira à néant notre capacité à venir en aide aux économies locales
- S’attaquera aux fondements de la démocratie, qu’il affaiblira, chez nous comme à l’étranger

Le Président Obama veut faire ratifier le T.P.P. en procédure accélérée. Cette semaine, des groupes d’industriels ont passé leur temps à exiger que le Congrès approuve cette procédure. Les accords commerciaux d’entreprise ne font pas partie des traités pour lesquels la majorité des deux-tiers est requise au Sénat. Au lieu de cela, une majorité simple, obtenue dans les deux chambres, suffit à les faire adopter. Si le Congrès autorise la procédure accélérée, cela signifiera que ce machin ne pourra être amendé. Qu’il ne sera pas question d’utiliser l’obstruction parlementaire. Il faudra se contenter de le voter en l’état, avec ses articles les plus épouvantables, dans le même lot que ceux qui sont juste un peu effrayants. La majorité des membres du Congrès n’avaient pas eu le temps de lire la loi « P.A.T.R.I.O.T. » avant de la voter, quant au public, comme il se doit, on ne lui avait pas montré le texte. Le Congrès, lui non plus, n’a pas encore pu lire celui du T.P.P. Dans le texte de l’avant-projet, figurent même trois chapitres dont personne n’a réussi à divulguer les titres.

L’Autorité de Promotion du Libre-Échange (T.P.A., en anglais) est arrivée au terme de son mandat en 2007, et le Congrès s’est opposé à son renouvellement. Insister pour que le Congrès continue de s’y opposer, pourrait constituer l’un des aspects d’une vaste campagne, qui aurait pour but de convaincre le Congrès de prendre son rôle au sérieux, mais qui pourrait également chercher à obtenir l’abrogation de l’Autorisation de Recourir aux Forces Armées (A.U.M.F.), qui date de 2001, et qui n’a servi qu’à transmettre les pouvoirs de guerre au Président. Même sans cela, enrayer la procédure accélérée, reviendrait à favoriser le blocage du T.P.P. Par contre, rien ne s’opposerait à la signature d’accords commerciaux honnêtes, qui ne craignent pas la lumière du jour. Depuis 1974, plus de 500 accords commerciaux ont été conclus, mais la procédure accélérée n’a servi à faire adopter, que 16 des pires d’entre eux.

Lorsqu’il était candidat, Obama affirmait qu’il remplacerait la procédure accélérée, et s’assurerait que le Congrès remplisse une fonction essentielle d’expertise en matière d’accords commerciaux. Aujourd’hui, il réclame la procédure accélérée. S’il l’obtient, les moindres détails du T.P.P., y compris les plus barbares, entreront probablement en vigueur.

Nous pouvons bloquer le T.P.P. Depuis le vote de l’A.L.E.N.A., d’autres l’ont été, dont le projet de Zone de Libre-Échange des Amériques (F.T.A.A.), que des manifestations de grande ampleur ont permis de faire avorter. Dans le cas de la F.T.A.A., les documents qui servaient de base aux négociations, avaient été rendus publics. Pas cette fois. Cela dit, FlushTheTPP.org nous offre ces paroles d’encouragement :

« Depuis la « Bataille de Seattle », l’Organisation du Commerce International a éprouvé les pires difficultés pour respecter son plan de route, comme on a pu le constater lors de l’échec des négociations, dites du « cycle de Doha », qui se déroulent sous son égide. Nous avons bloqué également la Zone de Libre- Échange des Amériques, ou encore l’Accord Multilatéral sur l’Investissement. Sans parler des 14 autres accords commerciaux d’entreprise, dont une opposition populaire de grande ampleur a empêché la conclusion. Ces nouvelles sont porteuses d’espoir et, ensemble, nous pouvons aussi bloquer le T.P.P., ce qui constituerait une victoire éclatante du peuple, sur le pouvoir des entreprises transnationales ! ».

Sur FlushTheTPP.org vous trouverez une carte, qui recense les actions en cours à travers le pays, et qui vous permet d’en initier. Les groupes sont encouragés à organiser les « Mardis du T.P.P. », dédiés à des manifestations, pédagogiques, de résistance non-violente. En Août, on peut espérer que les membres du Congrès seront dans leurs circonscriptions, et les sénateurs dans leurs états. Nous devons les harceler, faire pression sur eux, obtenir avec eux des rendez-vous, des entretiens, les pousser dans leurs retranchements, manifester devant chez eux, jusqu’à ce qu’ils acceptent de rendre le T.P.P. public, et de mettre la procédure accélérée en échec. Ron Kirk, l’ancien représentant américain au commerce, a déclaré que, si l’on portait le contenu de l’accord à la connaissance du public, son impopularité empêcherait qu’il soit signé.

La campagne Backbone, relayée sur le site BackboneCampaign.org, propose des idées intéressantes, pour la confection de pancartes, de banderoles, de pantins. Ils vont jusqu’à monter des camps d’entraînement, où ils enseignent des choses comme la planification des actions, l’utilisation du son et de la lumière, des chansons, de la danse, les manifestations-éclair, le théâtre de guérilla, la collecte de fonds, la construction et le déploiement de banderoles géantes – ou encore l’utilisation de montgolfières, de barrages routiers, de la descente en rappel, etc … Je vous conseille d’entrer en contact avec eux, ou de produire des efforts du même type.

L’opposition au T.P.P. pourrait servir de catalyseur pour la résurgence de Occupy Harrisonburg, ou Occupy Partout. Il va falloir nous organiser, nous allons devoir occuper. Il nous faut continuer à faire sortir l’argent des grandes banques. Il faut que nous fassions avancer les idées de coopératives ouvrières, de délégation de pouvoir aux communautés. Il nous faut devenir indépendants du parti politique scandaleusement corrompu que nous sommes censés haïr, comme du parti politique scandaleusement corrompu que nous sommes censés aimer. Nous devons cesser d‘applaudir lorsque le président Obama prononce des discours qui contredisent les politiques qu’il met lui-même en œuvre. Je n’ai pas le souvenir que nous ayons exigé du président Bush, ne serait-ce qu’une fois, qu’il fasse un discours. Il nous fallait toujours quelque chose de plus substantif.

Les lieux où l’on peut s’engager :
http://ExposeTheTPP.org
http://FlushTheTPP.org
http://CitizensTrade.org
http://TPPxborder.org

Sur RootsAction.org également, là où je travaille, vous trouverez une page sur laquelle 20000 personnes ont déjà envoyé des mails au Congrès et au président, pour s’opposer au T.P.P., vous devriez en faire de même. Faites vous entendre.

Cet accord de libre-échange n’est pas libre, n’a rien à voir avec un échange, et n’a pas notre accord, un point c’est tout !

David Swanson

22 JUILLET 2013

David Swanson est l’auteur de War Is a Lie ; il habite en Virginie

http://www.counterpunch.org/2013/07/22/the-terrible-plutocratic-plan/

Traduction : http://echoes.over-blog.com/le-terrible-plan-ploutocratique

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Égypte : L’inacceptable carnage

août 15th, 2013 by Silvia Cattori

Utiliser des chars, ouvrir le feu en tirant à balles réelles pour disperser des foules d’hommes, de femmes et d’enfants désarmés est un crime inacceptable, quel que soit le jugement que l’on peut porter par ailleurs sur la politique mise en oeuvre par les dirigeants des Frères musulmans.

Prétendre ensuite que la police a fait preuve d’une « grande retenue » et qu’il n’y aurait eu, durant cette journée dans l’ensemble de l’Égypte, que 220 morts et quelque 1’000 blessés, alors il y en aurait eu dix fois plus, est une insulte à l’égard des victimes et de leurs familles.

Que demandaient ces hommes et ces femmes – appartenant en grande majorité à la classe pauvre – rassemblés pacifiquement, que l’armée qualifie de « terroristes » et a ordonné de disperser en faisant usage d’armes de guerre ? Ils demandaient la libération de leur président légitimement élu que la junte militaire, qui a pris le pouvoir, a destitué et emprisonné. Pourquoi ne l’avoir pas libéré, n’avoir pas tout tenté pour trouver une issue apaisée et éviter ainsi ce bain de sang qui pourrait bien plonger l’Égypte et son grand peuple dans le chaos et les souffrances d’un affrontement sans issue ?

Les Égyptiens qui appartiennent au mouvement des Frères musulmans n’ont-ils pas droit au respect et à un traitement humain comme tous leurs concitoyens ?

Les forces de sécurité égyptiennes arrêtent des partisans du président déposé, Mohamed Morsi, alors qu’ils dispersent un sit-in près de l’Université du Caire (Photo : Xinhua/Landov/Barcroft Media)

Une Égyptienne essaye d’empêcher un bulldozer militaire d’écraser un jeune homme blessé lorsque les forces de sécurité égyptiennes sont intervenues pour disperser les partisans du président Mohamed Morsi dans la partie Est du Caire, le 14 août 2013

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Il était une fois le Kurdistan: La patrie d’un peuple oublié

août 14th, 2013 by Chems Eddine Chitour

«La sainteté ne vient ni du turban, ni de la barbe, mais du coeur.» Proverbe kurde

Il est une énigme, celle du peuple kurde à qui les hasards de l’histoire n’ont pas rendu justice. Ce peuple a souvent servi de variable d’ajustement dans les grandes négociations et a souffert d’un atavisme destructeur, celui d’être politiquement atomisé n’ayant pas eu de leader fasciné par la nécessité d’un destin commun par-delà les frontières. Dans cette contribution après la présentation rapide du peuple kurde, nous allons ôter le voile sur le sort des quatre entités kurdes réparties sur les quatre pays qui abritent ce même peuple. Ce peuple a fait l’objet d’une omerta       voire d’une énigmatique conspiration du silence. L’une des rares voies à leur rendre  justice est celle de Danielle Mitterand la femme de l’ancien président de la république française. Suite à son décès en novembre 2012, les Kurdes lui rendirent hommage. « Très aimée des dirigeants kurdes, Danielle Mitterrand était en effet,  considérée comme la meilleure amie des Kurdes, rappelle le site d’informations kurde AK News. La présidente de la fondation France Libertés avait beaucoup oeuvré pour faire connaître la cause des Kurdes en France. Elle avait aussi contribué à réconcilier entre eux les différentes factions kurdes.

Brève histoire du peuple kurde

L’encyclopédie Wikipédia nous apprend que Les Kurdes sont un peuple iranien, descendant des Mèdes comptant approximativement entre 25 et 37 millions de personnes, vivant surtout en Turquie (entre 11,5 et 20 millions), en Iran (environ 7 millions), en Irak (environ 6 millions) et en Syrie (environ 2 millions). Il existe également d’importantes communautés kurdes en Arménie, au Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan, au Liban, au Koweït, en Israël, en Grèce, en Algérie, en Russie. Depuis un siècle, certains Kurdes luttent pour leur autodétermination, afin d’avoir leur propre patrie, le Kurdistan. Tous les États qui abritent une communauté non-négligeable de Kurdes s’opposent activement à la création d’un État kurde, craignant de devoir abandonner une partie de leur territoire national. Les Kurdes parlent des dialectes proches les uns des autres, tous issus du kurde, langue indo-européenne de la branche iranienne. La majorité des Kurdes est sunnite (80%), mais il existe d’autres communautés, alévie, yézidie, juive (actuellement en Israël) et dans une plus faible proportion, chiite et chrétienne, en Irak et en Iran. La première apparition d’une culture distincte et unie et d’un peuple vivant dans les montagnes du Kurdistan date de la culture Halaf, dans la première moitié du VIe millénaire av. J.-C. (6000-5400 av. J.-C.). Elle est suivie par la culture hourrite, de 2300 à 1300 av. J.-C. environ. (…)Tous ces passages ont laissé des traces, depuis 4000 ans, dans la culture kurde. Bien plus tard, l’émir Bedir Khan fonde un royaume qui s’étend entre 1844 et 1846 de la Perse jusqu’au Tigre. (1)

Les Kurdes d’Iran

Quelque soit leur lieu d’existence,  à cheval sur les qutre pays, les Kurdes ont toujour voulu être autonomes. On connait le calvaire des Kurdes « Ottomans » après les accords de Sykes Picot suivis  du traité de Lausanne en 1923. Pour leur part,   en janvier 1946, les Kurdes d’Iran proclament à Mahabad la République de Mahabad, mais l’année suivante, celle-ci est écrasée par le chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi qui veut instaurer un État centralisé, quand en 1941, les Anglais et les Russes envahissent l’Iran. Azerbaïdjanais et Kurdes s’organisent. Ils proclament en 1945, la République de Mohabad, elle durera un an jusqu’à ce que les troupes du Chah y pénètrent et exécutent les dirigeants. Mustapha Barzani et une centaine d’hommes se réfugient en URSS.

« Pour la période récente, depuis plusieurs semaines, les militaires iraniens n’hésitent pas à franchir la frontière irakienne pour traquer des militants kurdes. Une offensive passée inaperçue mais qui a déjà fait plusieurs morts. La région est le théâtre d’une guerre non déclarée. Les deux camps déplorent de nouvelles victimes tous les jours et la Croix-Rouge internationale estime à au moins 160 le nombre de familles contraintes d’évacuer leurs villages du Kurdistan irakien [région autonome du nord de l'Irak]. Ces habitants sont devenus des réfugiés. (…) La République islamique d’Iran justifie ces incursions en territoire irakien en affirmant qu’il s’agit de lutter contre un ´´groupe armé´´ ou ´´sécessionniste´´ semblable au Joundallah’ ». (2)

Les Kurdes d’Irak

À la tête d’une insurrection armée, Mustapha Barzani, chef historique du mouvement national kurde d’Irak, obtient en 1970 la reconnaissance de l’autonomie des Kurdes par la signature d’un traité. Mais ce traité ne sera jamais respecté par l’Irak, dirigé par Saddam Hussein. De février à septembre 1988, le gouvernement irakien mène une campagne de génocide contre les Kurdes. L’épisode le plus connu de cette opération est le massacre des habitants de la la ville de Halabja (au nord de l’Irak dans la province d’As-Sulaymaniya) par l’emploi d’armes chimiques en mars 1988. À la suite de la guerre du Golfe de 1990 les Kurdes ont pu établir une zone autonome au nord de l’Irak. En 2003, les Kurdes ont soutenu l’intervention américaine en Irak. La nouvelle Constitution irakienne adoptée par référendum en 2005 reconnaît une très large autonomie au Kurdistan.

Pourtant, comme lu sur le Courrier international: «Cette zone kurde – la plus calme et la plus prospère – n’est pas épargnée par les troubles, comme le montrent les émeutes de Halabja. Le 16 mars dernier, de violentes émeutes ont éclaté lors de la commémoration de l’attaque chimique de 1988 sur la ville kurde de Halabja. Sans surprise, ils ont profité de la présence des représentants du gouvernement régional [la région est autonome depuis 1992] pour exprimer leur frustration et leur colère. (…) Certes, la situation des Kurdes s’est améliorée en quinze ans d’autonomie. Pourtant, le manque d’infrastructures est bien réel, non seulement à Halabja, mais aussi dans le reste du Kurdistan irakien. La colère du peuple vise à juste titre les leaders politiques kurdes et leurs partis (…). La pauvreté, la colère et la frustration génèrent un environnement favorable à la montée du fanatisme. Au Moyen-Orient, des groupes islamistes oeuvrent à la récupération du mécontentement populaire. (…) Une bonne gouvernance, qui répond aux demandes du peuple, constitue la meilleure façon d’honorer les rêves et la mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté et la démocratie au Kurdistan.» (3)

Les Kurdes de Turquie

La construction de la Turquie kémaliste se fait dès 1923 sur le déni du fait d’une très forte minorité kurde en son territoire. (…)Il fallut plus de 2 ans à l’armée turque pour prendre Dersimou; la résistance populaire kurde résista à 3 corps d’armée. La répression fut d’autant plus violente qu’elle avait coûté cher en hommes et en matériel. D’après le P.C. de Turquie de 1924 à 1938 il y eût plus de 1,5 million de Kurdes déportés ou massacrés. Dans les années 1980, la région du Kurdistan est placée sous état d’urgence, quadrillée par les forces armées et les groupes paramilitaires turcs. (…)Cependant, le 27 juillet 2009, le président turc, Abdullah Gül, a reconnu dans un entretien que les Kurdes n’avaient pas les mêmes droits que le reste de la population, rompant ainsi avec plus de 85 ans de déni. (4)

En 2012,  et suite au feuilleton du leader Ocalan qui a échappé de peu à la peine de mort , commuée plus de 700 détenus kurdes observaient une grève de la faim dans les prisons du pays. La romancière Oya Baydar s’indigne du chantage à la peine de mort que le Premier ministre turc oppose à leurs revendications. Les grévistes de la faim kurdes réclament la fin de l’isolement de Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999, le droit de s’exprimer en kurde devant un tribunal et l’instauration de l’enseignement en kurde dans les écoles(…).(5)

Les Kurdes de Syrie

Les Kurdes et les non-Arabes forment 10% de la population de la Syrie; un total d’à peu près 1,9 million de personnes. Cela fait d’eux la minorité la plus importante de ce pays. La population kurde est concentrée principalement au nord-est et au nord mais il y a aussi des populations significatives à Alep et à Damas. Plusieurs techniques sont utilisées pour minorer l’identité kurde en Syrie: différentes lois interdisent l’utilisation de la langue kurde, peuvent interdire la reconnaissance des enfants sous des noms d’origine kurde, les noms de lieux géographiques en langue kurde sont remplacés par des noms arabes, et enfin les écoles privées kurdes et certains livres sont interdits. C’est assurément une spécificité du parti Baâth que de nier les identités comme cela est arrivé en Algérie avec un parti unique qui embrassait la même doctrine.

Pour la période actuelle de la tragédie syrienne, Rudaw Amir Sharif un éditorialiste du journal du Kurdistan irakien Rudaw s’inquiète du silence du sort des Kurdes syriens face aux jihadistes : «Les grands médias occidentaux sont très rares à se faire l’écho des violences religieuses dont sont victimes depuis plusieurs semaines les Kurdes du nord de la Syrie.» Selon des médias kurdes et l’Observatoire syrien des droits de l’homme(Osdh), les milices du Front Al-Nosra et celles de l’Etat islamique en Irak et au Levant mènent des sièges et des offensives contre les comités de protection du peuple kurde (YPG, milice kurde) et tuent, kidnappent, dépouillent, séquestrent et torturent des civils comme des combattants.(…) (6)

L’ambivalence des Kurdes syriens

Dans la tragique situation de la Syrie, la position des Kurdes est énigmatique, ils ne sont pas contre le combat du  Conseil National Syrien,qui ne les reconnait pas en tant qu’entité autonome, et dans le même temps ils combattent les Jihaidstes d’Al Nosra, qui se battent conte Bachar Al Assad.

« Muhammad Ismaïl, membre du bureau politique du Conseil national kurde, explique, dans un entretien à Courrier international, pourquoi les Kurdes n’ont pas pu s’entendre avec le Conseil national syrien: ««Les Kurdes, en tant qu’opposants de longue date, constituaient un mouvement déjà organisé, mais divisé. La première tâche a été de réunir l’opposition kurde sous une seule bannière. (…) Nous ne sommes pas parvenus à un accord, mais je tiens à dire que le dialogue continue. Le CNS n’a pas accepté nos propositions, à la fois sur la question kurde et sur l’avenir de la Syrie. Nous demandions un droit à l’autodétermination pour les différentes composantes de la société syrienne. Mais le mot autodétermination a fait peur au CNS (…) Notre mouvement est pacifique et nous ne voulons pas prendre les armes. Bachar El-Assad n’a pas attaqué les régions kurdes pour l’instant, et nous ne voulons pas nous sacrifier comme nous l’avons fait à plusieurs reprises par le passé sans que cela donne de résultats. (…) »

«  Nous ne voulons pas poursuit Muhammad Ismaïl de scénario à l’irakienne et nous ne souhaitons pas la partition du pays. Certains éléments kurdes comme le PYD ou le PKK souhaitent l’autonomie ou l’indépendance, mais ce n’est pas le cas du conseil national kurde. Nous faisons partie des vingt-deux millions de Syriens. (…)Les Kurdes syriens représentent 10% de la population du pays. Mais ils font également partie d’un peuple transfrontalier, dont d’importantes populations vivent en Turquie, en Iran (13 et 6 millions), et en Irak (6 millions). Depuis l’instauration d’une réelle autonomie pour les Kurdes irakiens après la chute de Saddam Hussein en 2003, les pays de la région craignent une contagion. (…) Les Kurdes syriens ne sont pas prêts à s’allier avec le CNS, notamment en raison de sa proximité avec Ankara, qui s’opposera à toute velléité de reconnaissance de l’existence d’un peuple kurde.» (7)

La période récente: l’idée d’un «Grand Kurdistan»

Pour la période récente, c’est à la conférence de paix de Paris (1919) que se décida le sort des Kurdes. En 1920, le traité de Sèvres prévoit la division de l’Empire ottoman et évoque la possible autonomie des provinces kurdes avec à terme la création d’un État kurde indépendant. Celui-ci ne verra jamais le jour. En 1923, le peuple kurde est placé sous l’autorité de quatre pays: la Turquie, l’Iran, la Syrie (protectorat français) et l’Irak (protectorat britannique). Quatre-vingt-cinq ans plus tard, le Kurdistan reste un territoire mythique, sans frontières reconnues, et les Kurdes une nation sans État. Niés dans leur identité, les quelque trente millions de Kurdes du Moyen-Orient n’ont pourtant cessé de lutter pour faire reconnaître leurs droits culturels et politiques, face à des États centralisateurs et répressifs. Mais les divisions linguistiques et religieuses les ont conduits à lutter en ordre dispersé.

Un déni identitaire sur fond de richesse en pétrole et en eau

Le Kurdistan n’a pas de frontières, c’est un pays qui n’existe plus sur les cartes géographiques où il était indiqué du temps de l’Empire ottoman. Actuellement, seule est appelée «Kurdistan» une partie des provinces kurdes de l’Iran. Le problème des Kurdes est leur atomisation à l’intérieur de frontières appartenant à des Etats différents. En fait, la Grande-Bretagne avait un mandat sur l’Irak et elle était très intéressée par les réserves de pétrole de Mossoul. Dans le tracé de frontière franco-syrienne, la France, mandataire de la Syrie, intègre 3 zones de peuplement kurde: Djezira, Kurd-Dagh, Arab-Pinar. En Syrie en 1961, on commence à accuser les Kurdes de menées contre l’arabisme. En 1962, le gouvernement lance le plan dit de ´´la ceinture arabe´´ prévoyant d’expulser toute la population kurde de la région de Djazira le long de la frontière turque et de la remplacer par des Arabes. La découverte de pétrole à Karatchok n’est certainement pas étrangère à cette politique. C’est en Irak surtout que le sort des Kurdes fut le plus tragique, puisque dans les faits on assiste sous l’impulsion du Baâth à une destruction méthodique de l’identité kurde (…) » (8)

« En 1974, la guerre reprend sous l’impulsion du vieux leader charismatique Mustapha Barzani, soutenu par l’Iran mais en 1975, l’Iran et l’Irak signent l’accord d’Alger, le mouvement de Barzani choisit de se rendre. A partir de ce moment l’Irak adopte une politique d’arabisation dans les régions kurdes pétrolières et frontalières; une centaine de milliers de Kurdes sont déplacés vers le sud ou vers la région ´´autonome´´. 1 500 villages seront supprimés; les Kurdes seront dispersés par petits groupes dans des villages arabes ou regroupés dans les ´´villages stratégiques´´» (8)

«L’autre grand problème des Kurdes est leur émiettement, chaque pays kurde bataille pour son indépendance ou au mieux son autonomie à l’intérieur du pays auquel il est rattaché. Les guerres du Proche Orient les opposent parfois; ainsi en Irak, le Parti démocratique du Kurdistan d’Irak, qui lutte pour l’indépendance kurde n’hésite pas à s’allier à l’Iran khomeïniste (…) Monsieur Talabani affirme: ´´Laissez les oppresseurs se battre contre les oppresseurs, si les Iraniens attaquent les postes irakiens, nous laisserons faire… mais si les Iraniens attaquent la zone que nous contrôlons, nous la défendrons´´.(…) En Iran, ce sont 12.000 Peshmergas du Pdki et 3000 du Komala qui contrôlent actuellement 70% du Kurdistan iranien » (8)

Un peuple existe avec sa culture et son identité. Encore une fois, les leaders ne sont pas souvent à la hauteur des défis pour des raisons de prestige et d’ambition personnelle dmesurée. L’histoire rendra un jour justice à ce peuple qui ne demande qu’à vivre sa vie, et à protéger son identité qui est une richesse. Les calculs à la Sykes-Picot ont eu raison il y a un siècle de leur souhait mais la résilience de ce peuple fera qu’il renaîtra en tant que nation si tous les Kurdes du monde se donnaient la main.

1. Les Kurdes, Encyclopédie Wikipédia

2. http://www.courrierinternational.com/article/2011/08/12/une-guerre-secrete-au-kurdistan

3. http://www.courrierinternational.com/article/2006/04/06/le-kurdistan-irakien-ni-stable-ni-democratique

4. http://www.ben-vautier.com/ethnisme/analyses/ethnies/kurdistan.html

5. http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/13/vis-a-vis-des-kurdes-l-intimidation-n-est-pas-une-solution

6. http://www.courrierinternational.com/article/2013/08/09/les-kurdes-les-oublies-du conflit?utm_campaign=&utm_medium=email&utm_ source= Courrier +international+au +quotidien

7. http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/05/les-kurdes-font-cavalier-seul-dans-l-opposition

8http://www.ben-vautier.com/ethnisme/ analyses/ethnies/kurdistan.html

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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La guerre secrète en Allemagne

août 14th, 2013 by Dr. Daniele Ganser

Klaus Barbie (1913-1991). Après avoir joué un rôle important dans l’assaut du ghetto d’Amsterdam, il devient chef de la Gestapo à Lyon où il lutte contre la Résistance et parvient à arrêter et torturer Jean Moulin. Après la guerre, il est recherché par les Nations Unies, mais est secrètement enrôlé par la CIA pour créer le Gladio allemand. Mis en cause en Allemagne, il est transféré en Bolivie, en 1951. Il devient rapidement le chef des services de renseignement boliviens et l’homme fort du pays, où il arrête et exécute Che Guevara. Cependant, après un changement de régime, il est expulsé à son insu vers la France où il est jugé et condamné à la prison à perpétuité. Il meurt en prison d’un cancer.

Si l’existence du Gladio allemand avant l’adhésion de la RFA à l’Otan est parfaitement documentée grâce au travail du Premier ministre de Hesse de l’époque, August Zinn, son action après 1955 a fait l’objet de vastes mensonges d’État. Malgré la découverte, ici ou là, de caches d’armes, jamais la police fédérale ne mena d’enquête sérieuse et toujours le gouvernement fédéral protégea son secret.

Cet article fait partie de la série :
1. « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… »
2. « Quand le Gladio fut découvert dans les États européens… »
3. « Gladio : Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier »
4. « Les égouts de Sa Majesté »
5. « La guerre secrète, activité centrale de la politique étrangère de Washington »
6. « La guerre secrète en Italie »
7. « La guerre secrète en France »
8. « La guerre secrète en Espagne »
9. « La guerre secrète au Portugal »
10. « La guerre secrète en Belgique »
11. « La guerre secrète aux Pays-Bas »
12. « La guerre secrète au Luxembourg »
13. « La guerre secrète au Danemark »
14. « La guerre secrète en Norvège »

Le 27 février 1933, vers 21 h, un incendie commença à ravager le Reichstag, le Parlement allemand, à Berlin. Bien que les pompiers soient parvenus à sauver une partie du bâtiment, le Parlement et la démocratie allemande succombèrent à cet attentat pernicieux. Adolf Hitler du parti national-socialiste (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, NSDAP, communément abrégé en « nazi »), nommé au poste de chancelier à peine un mois plus tôt, incrimina immédiatement le parti communiste allemand (Kommunistische Partei Deutschlands, KPD). Le lendemain matin, avec le ministre de l’Intérieur Wilhelm Frick et le ministre en charge des Forces de police Hermann Göring, tous deux du NSDAP, le chancelier Hitler ordonna sans attendre l’arrestation de quelque 4 000 opposants politiques et journalistes critiques à l’égard du régime, dont beaucoup étaient membres du KPD ou du SPD, le parti social-démocrate.

Un mois après le mystérieux incendie, la mise au ban des communistes et l’arrestation d’un grand nombre de socialistes, le Parlement allemand adopta à la majorité, et en dépit des protestations des quelques rares socialistes restants, une nouvelle loi cruciale (Gesetz zur Behebung der Not von Volk und Reich) qui abolissait de fait le Parlement et transférait l’intégralité des pouvoirs à l’exécutif dirigé par Hitler. Le même mois, les premiers camps de concentration furent aménagés en Allemagne et, dès avril 1933, ils reçurent plus de 25 000 opposants politiques arrêtés par les forces spéciales de Hitler, les Schutzstaffel ou SS, et la police secrète du régime, la Gestapo. Marinus van der Lubbe, un communiste qui avait été arrêté sur place la nuit de l’incendie, fut jugé, condamné à mort et exécuté. Avant même que ne débute le procès de van der Lubbe, une enquête menée par les Britanniques avait conclu que les militants du NSDAP avaient eux-mêmes provoqué le mystérieux incendie afin de prendre le contrôle total de l’appareil d’État. Début 1933, Hitler et ses nombreux partisans transformèrent ainsi l’Allemagne en une dictature dirigée par le Führer et son parti nazi. Six ans plus tard, il déclarait la Seconde Guerre mondiale qui provoqua une dévastation sans précédent et la mort de 60 millions de personnes ; ce furent les heures les plus sombres de l’histoire humaine. Quand l’Armée rouge prit finalement Berlin et hissa le drapeau de l’URSS sur le fronton du Reichstag, Hitler, vaincu, se suicida. C’était le 30 avril 1945, à Berlin. [1]

« La mise en place des organisations stay-behind dans les pays de l’OTAN débuta dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale », confirma le rapport officiel du gouvernement allemand en 1990. [2] Après la défaite de l’Allemagne en 1945, le chaos de l’après-guerre réunissait, aux yeux des États-uniens, les conditions idéales pour la création d’un réseau stay-behind. En tant que force d’occupation, les troupes US partageaient le contrôle du territoire avec les armées française, britannique et russe. La priorité était de rassembler un grand nombre d’éléments viscéralement anticommunistes formés aux opérations de guérilla et au maniement des armes et des explosifs, c’est pourquoi, dans le plus grand secret, les États-uniens recrutèrent d’anciens nazis au sein du réseau stay-behind allemand. Au moment du scandale déclenché par Andreotti en 1990, la chaîne de télévision privée RTL choqua l’opinion publique allemande en révélant dans un reportage consacré à Gladio que d’anciens membres de la très redoutée Waffen-SS de Hitler, qui avaient exterminé les communistes sous le IIIe Reich, avaient fait partie de l’organisation stay-behind allemande.

Un document de l’état-major US intitulé Overall Strategic Concepts (concepts stratégiques généraux) et daté du 28 mars 1949 soulignait que l’Allemagne « disposait d’un excellent potentiel d’hommes entraînés pour constituer les unités clandestines et les réserves de l’armée secrète [unités stay-behind]. Une résistance efficace peut et doit être organisée. » [3] Sur ordre du Pentagone, le Counter Intelligence Corps (CIC) nouvellement créé fut donc chargé de débusquer les anciens nazis afin de les traduire en justice à Nuremberg alors que, dans le même temps, il recrutait des partisans de l’extrême droite dans les rangs de l’armée secrète anticommuniste. Cette pratique ne fut révélée qu’en 1986 quand le ministère US de la Justice donna une conférence de presse, peut-être la plus importante depuis le scandale du Watergate, au cours de laquelle il admit que le CIC avait recruté un haut dignitaire nazi dans l’immédiat après-guerre. Une étude longue de 600 pages et compilée par Allan Ryan pour le compte du ministère de la Justice confirmait que l’officier SS et responsable de la Gestapo Klaus Barbie avait bien été recruté en 1947 par le CIC qui l’avait ensuite aidé à échapper aux poursuites pour crimes de guerre avant d’organiser sa fuite d’Europe vers l’Argentine en 1951, via un réseau clandestin.

Ce ne sont pas ses qualités morales qui valurent à Barbie d’être sauvé par les agents des services secrets US mais plutôt ses compétences et son utilité potentielle dans la création du réseaustay-behind allemand. La presse britannique rapporta en 1990 que : « Parmi ceux qui furent recrutés et recrutèrent à leur tour au cours des premières années du programme figurait un ancien Obersturmführer de la SS, Hans Otto, ainsi que d’autres personnages de moindre envergure. Mais la plus belle prise de cette opération fut Klaus Barbie qui travailla au recrutement d’anciens nazis et de membres de l’organisation fasciste Bund Deutscher Jugend (BDJ). » [4] En 1943 et 1944, l’homme avait ordonné l’exécution d’au moins 4 000 personnes, résistants et juifs, ainsi que la déportation de 15 000 autres vers les camps de concentration et d’extermination, ce qui lui avait valu le surnom de « Boucher de Lyon ». Peu après la fin de la guerre, Barbie fut reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à mort par contumace par un tribunal français à l’issue d’un procès au cours duquel des témoins le décrivirent comme un tortionnaire sadique qui terrifiait hommes, femmes et enfants avec sa cravache et son berger allemand. [5]

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Reinhard Gehlen (1902-1979). Chef du service de renseignement nazi de l’Est et général de brigade de la Reichswehr, il anticipe la fin de la Seconde Guerre mondiale en se rapprochant des comploteurs anti-hitlériens. À la Libération, il se fait connaître des autorités US et leur remet des micro-films de ses archives. Il créée, pour le compte de la CIA, le nouveau service de renseignement de RFA, le BND, dont il devient le chef. A ce titre, il protège le Gladio allemand et recrute des dizaines de milliers d’ex-agents nazis pour des opérations de sabotage en Union soviétique. Il fournit à la CIA l’essentiel de ses informations sur le Bloc de l’Est, souvent exagérées. Il démissionne, en 1963, lorsqu’on découvre que son organisation est infiltrée au plus haut niveau par les soviétiques.

Lors de la conférence de presse de 1986, le ministère US de la Justice ne fit pas état du rôle joué par Klaus Barbie dans la création du réseau stay-behind et prétendit que, outre celui-ci, « il n’existait aucune trace d’un cas similaire où un nazi suspecté de crimes de guerre aurait été exfiltré ou d’ailleurs toute autre personne recherchée par le gouvernement des États-Unis ou celui d’un de leurs alliés ». [6] Cette déclaration est en réalité mensongère : le plus important personnage recruté par le CIC n’était pas le Boucher de Lyon mais le général Reinhard Gehlen. Celui-ci avait débuté sa carrière dans les services secrets sous le IIIe Reich en prenant en 1942 la tête du Fremde Heere Ost (FHO, les troupes étrangères de l’Est) avec pour mission de combattre les forces soviétiques. « Gehlen obtenait la plupart de ses renseignements en se livrant aux pires exactions de la guerre : la torture, l’interrogatoire et en faisant périr d’inanition quelque 4 millions de prisonniers soviétiques », découvrit l’historien états-unien Christopher Simpson en enquêtant sur le recrutement de nazis par son pays. [7] Gehlen avait parfaitement conscience que ses crimes de guerre lui avaient valu de figurer sur la liste noire du NKVD, les services spéciaux de Moscou. Quand il comprit que l’Allemagne était en train de perdre la guerre, il préféra échapper aux représailles des Russes en se livrant au CIC états-unien le 20 mai 1945.

Gehlen avait justement deviné que les informations arrachées sous la torture aux prisonniers communistes et soviétiques intéresseraient vivement les États-Unis. Avec l’aide de quelques hauts responsables nazis, il avait donc minutieusement transféré sur microfilms les registres du FHO relatifs à l’URSS et avait placé les films dans des cylindres en acier étanche qu’il avait ensuite enterrés dans les Alpes autrichiennes. Après quelques semaines de détention passées entre les mains du CIC, il contacta le général US Edwin Luther Siber à qui il révéla son secret. Siber fut si impressionné qu’il prit en charge la carrière de Gehlen dans les années qui suivirent. Il le présenta aux plus hauts responsables du renseignement US, dont le général Walter Bedell Smith, qui était alors à la tête des services secrets militaires US en Europe et qui dirigea la CIA entre 1950 et 1953. Siber présenta également Gehlen au général William Donovan, le patron de l’Office of Strategic Services, le service secret compétent en cas de guerre, ainsi qu’à ses agents Allen Dulles, futur directeur de la CIA, et Frank Wisner, futur chef de l’OPC, le Bureau de Coordination Politique de l’Agence qui fut en charge de l’établissement du réseau stay-behind en Europe. [8]

Avec l’aide de Gehlen, les États-uniens parvinrent à retrouver les microfilms enterrés en Autriche et, en août 1945, Siber envoya Gehlen et ses registres à Washington en vue d’un débriefing. Le Président Truman fut lui aussi très impressionné, à tel point qu’il nomma Gehlen et bon nombre des collaborateurs de celui-ci à la tête du premier service de renseignement allemand de l’après-guerre baptisé Organisation Gehlen (ORG). « Au bout du compte », conclut Simpson, « Gehlen et plusieurs centaines d’officiers supérieurs allemands parvinrent à s’entendre avec les Britanniques ou les Américains (…) Le général Gehlen s’imposa toutefois comme le plus important d’entre eux. » [9] Avec le soutien financier et matériel des États-Unis, le quartier général de l’ORG fut d’abord implanté à Oberursel, non loin de Francfort, avant de déménager à Pullach, près de Munich, dans un ancien centre d’entraînement de la Waffen-SS qui abrite encore aujourd’hui le Bundesnachrichtendienst (BND), l’actuel service de renseignement allemand. Dans le cadre d’accords de coopération secrets conclus entre la CIA et l’ORG, l’agent James Critchfield fut envoyé en Allemagne. Surnommé « Herr Marschall » par les Allemands, Critchfield supervisa le travail des services de Gehlen en veillant en permanence à ce que les noms des 150 principaux agents de l’organisation lui soient communiqués. Pour chacun d’entre eux, la CIA constituait un dossier, de manière à ce que le service de renseignement allemand demeure sous contrôle états-unien.

Erhard Dabringhaus, qui collabora avec le CIC en Allemagne en 1948 et 1949, témoigna dans un documentaire consacré à Gladio avoir lui-même participé au recrutement d’anciens nazis, quoiqu’il désapprouvât fortement cette pratique. « En 1948, j’étais un agent spécial du CIC, notre service de contre-espionnage dans l’Allemagne occupée », expliquait Dabringhaus. « J’étais stationné à Augsberg et étant donné que je parlais couramment la langue, on m’a confié la direction d’un réseau d’informateurs allemands dont faisait partie Klaus Barbie et Klaus Barbie était, euh … j’ai découvert plus tard qu’il était recherché pour meurtre par les Français et j’en ai fait part à mes supérieurs qui m’ont répondu de ne pas faire de vagues : “il nous est toujours utile pour l’instant. Dès qu’on n’aura plus rien à en tirer, on le livrera aux Français.” Je pensais que je mériterais une promotion pour leur avoir parlé de Barbie et ils m’ont simplement dit de la boucler ! » [10]

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Gunther Bernau

L’ancien agent du CIC Dabringhaus, qui vit aujourd’hui en Floride, expliquait ensuite comment d’anciens nazis avaient aménagé des caches d’armes stay-behind sur ordre des États-uniens. « Le colonel Gunther Bernau était un agent, un informateur qui travaillait pour le renseignement militaire à Stuttgart. Nous [le CIC] lui avions fourni un logement, une planque à Ludwigsburg où nous nous rencontrions trois fois par semaine pour qu’il me transmette des informations sur les communistes. Il nous apprenait tout ce que nous voulions savoir. » Le but des États-Unis était de combattre le communisme quel qu’en soit le prix, rappelle Dabringhaus, bien que lui-même ne fût pas véritablement impressionné par Bernau : « Il était certainement très influent du temps du nazisme. Un jour, je me suis assis dans son bureau et j’ai feuilleté un album de photos datant de la guerre. L’une d’elles était un magnifique portrait d’Adolf Hitler. Il recevait la visite de plusieurs anciens officiers supérieurs de la Waffen-SS dans sa maison de Ludwigsburg et il me disait que s’il avait un jour besoin d’aide, il pourrait d’un simple coup de téléphone contacter 200 anciens responsables SS de Hambourg à Munich. »

Selon les dires de Dabringhaus, Bernau était très impliqué dans la création de l’armée secrète allemande : « Je me souviens qu’il m’a un jour emmené à un endroit précis où nous avons creusé et découvert des fusils, des armes de poing, des grenades, tous soigneusement emballés et il m’a dit : “on en a des milliers comme ça dans tout le pays.” Cela m’a quelque peu inquiété, j’en ai donc rendu compte à mes supérieurs qui m’ont répondu : “Nous sommes au courant. Ils travaillent tous pour nous, pour le cas où les communistes traverseraient le Rideau de Fer.” » Les hauts responsables US, fidèles à leur principe de confidentialité maximum, n’informaient pas l’agent du CIC Dabringhaus des détails de l’armée stay-behind, mais celui-ci en avait appris assez pour comprendre qu’il s’agissait d’un projet top-secret impliquant un grand nombre de nazis : « Un ancien général, un général SS, Paul Hauser, rendait régulièrement visite à Bernau. Les deux hommes travaillaient ensemble à certains projets dont nous ne savions absolument rien et l’on ne me demandait même pas de tenter d’en savoir plus. J’imagine que quelqu’un dans ma hiérarchie dirigeait déjà l’ensemble des opérations. [11] »

Quand éclata le scandale Gladio en 1990, un ancien responsable du renseignement à l’OTAN expliqua sous couvert de l’anonymat qu’en vue de bâtir l’armée secrète allemande, le département des opérations spéciales de la CIA dirigé par Frank Wisner avait littéralement « annexé le service d’espionnage de Hitler commandé par Reinhard Gehlen. On le sait avec certitude car Gehlen a été le père spirituel du réseau stay-behind d’Allemagne, son rôle était parfaitement connu du chancelier Konrad Adenauer et ce, dès l’origine. » Toujours selon la source anonyme de l’OTAN, le président Truman et le chancelier Adenauer avaient « signé un protocole secret au moment de l’adhésion de la RFA à l’Alliance atlantique en mai 1955, protocole selon lequel les autorités ouest-allemandes s’abstiendraient de toutes poursuites judiciaires à l’encontre des partisans de l’extrême droite reconnus. Ce que l’on sait moins c’est que d’autres personnalités politiques allemandes de premier plan furent également informées de l’existence de ces plans de résistance. L’une d’entre elles n’était autre que le ministre des Affaires étrangères allemand de l’époque, l’ancien dignitaire nazi Hans Globke. » [12]

En 1952, fut découvert en Allemagne l’un de ces réseaux bâtis par les États-uniens et constitués en grande partie de nazis, le « Bund Deutscher Jugend » (BDJ) et sa branche stay-behind, le « Technischer Dienst » (TD). Klaus Barbie avait activement contribué à la création du stay-behind BDJ-TD. [13] Mais le secret fut rapidement divulgué. Dans son édition du 10 octobre 1952, sous le titre ambigu « Des saboteurs allemands trahissent la confiance des Américains. Ouverture d’une vaste enquête suite aux confirmations de financement de l’entraînement de guérilleros », le New York Times rapporta que « des sources bien informées ont confirmé hier que les USA finançaient et soutenaient l’entraînement clandestin de jeunes allemands, dont bon nombre d’anciens soldats, afin de les former aux opérations de guérilla dans l’éventualité d’une guerre contre l’URSS. » Le quotidien US poursuivait : « Les révélations faites hier au Parlement régional de Hesse et les gros titres qu’affichent les journaux allemands d’aujourd’hui ont provoqué un embarras considérable au département d’État et au Pentagone  », avant tout parce qu’« il a été découvert que les groupes censés mener ces opérations de guérilla se sont engagés dans des combats politiques. Leurs chefs (…) ont dressé des listes noires de citoyens à “liquider”, ceux dont on pourrait douter de la fiabilité dans une guerre contre les Russes. » « Plusieurs réunions ont été organisées entre représentants allemands et américains », parce que « des socialistes, dont certains membres du gouvernement, figuraient sur la liste aux côtés des communistes ».

Cette découverte précoce d’un pan du stay-behind allemand provoqua un vaste scandale des deux côtés de l’Atlantique. Aux USA, Newsweek annonça le 20 octobre 1952 que la CIA avait organisé un groupe de « stay-behind » en Allemagne. Le 29, l’hebdomadaire d’information Der Spiegel précisa à juste titre que de tels réseaux stay-behind existaient également dans de nombreux autres pays d’Europe de l’Ouest : « L’affaire du BDJ a causé une grande inquiétude dans les différentes antennes des services secrets US en Europe. En effet, le “Technischer Dienst” allemand n’est que l’une des branches d’un réseau de partisans soutenu par les États-Unis et qui s’étend sur toute l’Europe. » LeSpiegel précisait même : « Ce réseau est très implanté en France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Italie et dans la péninsule Ibérique. En France, l’organisation a été créée dès 1948 sous l’impulsion du [ministre de l’Intérieur] socialiste Jules Moch. »

Que se passa-t-il ? Comment le secret fut-il percé à jour ? Le 9 septembre 1952, l’ancien officier SS Hans Otto se rendit de son plein gré au siège de la police criminelle de Francfort, dans le Land de Hesse, où il déclara, d’après les archives du gouvernement allemand, « appartenir à un groupe de résistance politique dont la mission était de mener des actes de sabotage et de faire sauter des ponts en cas d’invasion soviétique ». Selon Otto, que les activités terroristes ne réjouissaient guère, « une centaine de membres de l’organisation avaient reçu une formation idéologique, avaient appris à se servir d’armes de fabrication américaine, russe et allemande et avaient été formés aux tactiques militaires. La plupart de ces hommes étaient des anciens officiers de la Luftwaffe, de la Wehrmacht ou de la Waffen-SS. » On peut lire dans la retranscription de ces aveux : « Bien qu’officiellement il ne fût pas nécessaire d’afficher des opinions néo-fascistes, la plupart des membres s’inscrivaient dans cette tendance. Les moyens financiers de l’organisation avaient été fournis par un citoyen américain du nom de Sterling Garwood. » Otto révéla également que dans l’attente d’une invasion soviétique, l’armée secrète allemande se livrait à des actes de subversion sur le territoire national : « En matière de politique intérieure, la stratégie de l’organisation ciblait le KPD [le parti communiste allemand] et le SPD [le parti social-démocrate] ». [14]

L’« organisation » à laquelle Otto faisait référence était intégrée au réseau stay-behind allemand, mais elle ne représentait pas l’ensemble du réseau, même à cette époque. La branche avait pris le nom trompeur de BDJ, les initiales de l’Union de la Jeunesse Allemande, alors que la moyenne d’âge de ses membres avoisinait les 42 ans. Bien avant le témoignage d’Otto, le mouvement était déjà connu pour son anticommunisme radical. Mais ce que l’on ignorait jusqu’alors c’est que le BDJ avait servi de couverture au Technischer Dienst (TD, Service Technique), un réseau stay-behind paramilitaire top-secret constitué d’anciens nazis, financé par les États-Unis et équipé d’armes et d’explosifs. Selon les statistiques allemandes, le BDJ, qui s’étendait sur toute la RFA, aurait officiellement compté jusqu’à 17 000 membres, tandis que selon une enquête du gouvernement fédéral, les effectifs du TD n’auraient eux pas dépassé 2 000 individus. [15]

Le témoignage d’Otto en 1952 donna lieu à une vaste enquête policière. Celle-ci permit de localiser le centre d’entraînement du réseau stay-behind aux abords de Waldmichelbach, un petit village pittoresque au cœur de la forêt d’Odenwald, elle-même située dans le Land de Hesse. Ce centre n’était opérationnel que depuis juin 1951. Avant cette date, l’entraînement des Gladiateurs allemands avait lieu sur la base militaire US de Grafenwöhr, en Allemagne. [16] Surnommé « Wamiba » par ses habitués, le camp consistait surtout en une bâtisse, un champ de tir souterrain et un bunker construit à proximité, le tout situé à flanc de montagne, à l’abri des regards et à 500 mètres de la route la plus proche. Les villageois se souviennent « que les Américains s’y livraient régulièrement à des exercices de tir ou à quelque chose du genre ». [17]

Otto révéla aux autorités allemandes que les contacts entre le BDJ-TD et la CIA se faisaient la plupart du temps par l’intermédiaire du mystérieux M. Garwood. Cet homme, probablement un agent de la CIA, entraînait régulièrement les membres du TD dans la forêt d’Odenwald et insistait très souvent sur la nature top-secret du réseau stay-behind et sur le fait qu’il ne fallait sous aucun prétexte en parler à quiconque. Il semble que ces instructions aient été prises très au sérieux. En effet, lorsqu’un membre du TD d’un autre Land, la Bavière, fut soupçonné « d’avoir rempli un formulaire d’adhésion à une autre organisation de résistance », son élimination fut envisagée très sérieusement au sein du Technischer Dienst, raconta Otto non sans une certaine répulsion. [18] « Je n’ai pas le sentiment que ces méthodes posaient un quelconque problème à M. Garwood. » « Il nous apprenait par exemple à tuer sans laisser de trace, simplement en endormant la victime au chloroforme, en l’asseyant dans sa voiture et en réintroduisant les gaz d’échappement dans l’habitacle au moyen d’un tuyau. Il nous apprenait aussi comment user de violence lors d’interrogatoires, sans laisser de trace », Otto évoquait son initiation aux méthodes de torture : « Commencez par bander les yeux de la personne à interroger. Faites griller de la viande dans la pièce et appliquez un morceau de glace sur certaines parties du corps. Le contact de la glace, combiné à l’odeur de la viande lui donnera l’impression qu’elle est en train de se faire brûler au fer rouge. » [19]

Otto spécifia que Garwood fournissait les fonds et la plupart des équipements. Au total, ce sont près de 130 hommes, anciens nazis pour la plupart, qui passèrent par le centre de Wamiba pour y être formés aux méthodes d’interrogatoire, au maniement des armes et des explosifs, aux techniques d’embuscade et d’assassinat ainsi qu’aux procédés de communication radio. Otto aborda ensuite la question rarement débattue mais non moins essentielle de la capacité des combattants stay-behind à tenir leur poste en cas d’invasion soviétique. Du point de vue de la stratégie militaire, il est évident que les chances de survie à long terme d’un réseau stay-behind dans un contexte d’occupation, et a fortiori d’occupation soviétique, sont extrêmement minces. Les officiers nazis du TD qui avaient fait l’expérience de la guerre en avaient parfaitement conscience et Otto souligna que la plupart d’entre eux n’étaient pas enthousiastes à l’idée de rester derrière les lignes ennemies pour tenter de survivre à une occupation soviétique : « L’idée des Américains, c’était que tous les membres se laissent dépasser par les Soviétiques pour être utilisés ensuite comme des partisans. Mais Peters [le chef du TD] n’aurait jamais pu réaliser ce plan, parce qu’en cas d’invasion des Russes, tous les agents de l’organisation auraient cherché à tout prix à passer à l’Ouest. » [20]

Le 13 septembre 1952, soit deux jours après qu’Otto eût achevé son témoignage, la base stay-behind de Wamiba fut prise d’assaut et fermée par la police allemande. Les bureaux et domiciles des membres du TD furent également perquisitionnés et mis sous scellés pour les besoins de l’enquête. Les agents dustay-behind furent interpellés. Des armes, des explosifs et des munitions furent saisis en même temps que toute la documentation de l’organisation. L’un des dossiers s’avéra particulièrement intéressant. Les enquêteurs eurent la surprise d’y découvrir l’identité des personnes à assassiner le Jour-J : « La liste des proscriptions contient le nom des individus à éliminer. La liste est incomplète car elle est toujours en phase d’élaboration », le document précisait également l’identité de l’agent chargé de dresser cette liste pour le Land Hesse : Hans Breitkopf. [21] Otto Rietdorf, l’agent du TD qui avait suggéré l’expression « liste des proscriptions » expliqua : « J’ai trouvé le terme “proscriptions” dans la documentation russe dans laquelle il désigne des dispositions prises à l’encontre de l’Ouest. Dans l’acception russe, il s’agit de personnes dont il faut s’occuper. Ce que l’on entend par là en Russie ne me semble faire aucun doute. » Rietdorf ajouta que la CIA était informée de cette opération : « M. Garwood était parfaitement au courant de tout cela ». Hans Otto confirma lui aussi que ces « rapports et dossiers individuels avaient été communiqués aux Américains par le BDJ et le TD ». Les hommes qui collectaient ces informations pour Washington étaient apparemment un certain « Dr Walter » et une fois de plus M. Garwood. L’enquête officielle allemande sur cette armée secrète première version, conclut avec solennité et extrême précision : « Selon ce témoignage, l’usage de la violence contre des cibles intérieures était prévu en cas de Jour-J ». [22] Il ne fut pas établi si « J » désignait uniquement le jour de l’invasion ou s’il s’appliquait à d’autres occasions telles que des soulèvements populaires ou une victoire massive de la gauche aux élections.

La liste de proscriptions des Gladiateurs contenait un grand nombre de communistes allemands reconnus ainsi que des socialistes modérés, dont de nombreux responsables politiques en vue de l’époque comme Heinrich Zinnkann, ministre de l’Intérieur socialiste du Land de Hesse, Hans Jahn, président du syndicat allemand du rail, Emil Carlebach, reporter au Frankfurter Rundschau, et de nombreux autres. Le journaliste Leo Müller, spécialiste de Gladio, relate que suite à la découverte des listes de proscriptions, « la surprise fut telle que les premières réactions furent teintées de scepticisme ». [23] « Les leaders du TD et du BDJ avaient fait de la liquidation des hommes politiques allemands considérés comme “gauchistes” l’une de leurs priorités en cas d’offensive soviétique », conclut l’historien états-unien Christopher Simpson. « Pour le Technischer Dienst, les communistes allemands figuraient bien sûr en tête de la liste des hommes à abattre. Venaient ensuite les représentants les plus en vue du SPD ouest-allemand. Le TD avait prévu d’assassiner plus de 40 hauts responsables du parti social-démocrate, parmi lesquels Erich Ollenhauer, à la tête du parti depuis 1952. » Simpson découvrit que les États-Unis n’accordaient aucune confiance à la gauche allemande et par conséquent, ils entraînèrent les agents secrets du BDJ et les chargèrent « d’infiltrer le SPD et d’espionner les leaders du parti afin de pouvoir les éliminer plus rapidement le moment venu ». [24]

On le comprend aisément, le Land de Hesse ne put admettre que la Maison-Blanche ait ainsi entraîné et équipé dans le plus grand secret des néo-nazis allemands munis de listes d’hommes à abattre visant certains des citoyens les plus respectables du pays ; la capitale régionale Francfort fut donc le théâtre de débats particulièrement houleux. Les relations diplomatiques entre les USA et la RFA, déjà très délicates au lendemain de la guerre, se détériorèrent considérablement et les entretiens qui suivirent entre responsables états-uniens et allemands furent particulièrement tendus. Le chancelier Konrad Adenauer prétendit tout ignorer de l’affaire tandis que les États-uniens, de leur côté, tentaient de limiter les dégâts. Donnelly, l’ambassadeur des États-Unis à Bonn, expliqua que l’organisation avait été créée dans le contexte de la guerre de Corée, tout en ajoutant que le réseau devait de toute façon être dissous dans les mois à venir et ce, indépendamment du témoignage d’Otto. D’ailleurs, les versements avaient déjà été interrompus dès août 1952. Il s’agissait, bien entendu, d’une absurdité et les membres du TD s’empressèrent de témoigner qu’ils avaient bien reçu des financements jusqu’en septembre.

C’est un certain Paul Lüth, un haut responsable du BDJ-TD, intermédiaire entre celui-ci et la CIA, qui contrôlait les flux d’argent provenant des USA, comme l’a révélé l’enquête. [25] Lüth rencontrait régulièrement les États-uniens à qui il rendait des comptes et, quand il s’agissait de questions sensibles, il réalisait toujours quatre duplicata des rapports écrits qu’il remettait à la CIA. [26] Quand le stay-behind allemand fut découvert, Lüth fut caché par les États-uniens, il put ainsi échapper à la justice et disparut sans laisser de traces. Un ancien camarade d’école de Lüth, Erhard Peters, occupait lui aussi des fonctions de premier plan au sein de l’armée secrète. L’homme fut nommé à la tête du Technischer Dienst en raison de ses compétences en matière de communications radio et d’opérations de guérilla. Il appréciait qu’on appelle le réseau l’« Organisation Peters » et, afin d’asseoir son statut, il avait même acheté une Mercedes 170 V et un cabriolet BMW. Quand la couverture de son armée secrète fut percée, Peters ne put non plus être arrêté car il s’en était remis « à la protection des Américains », selon les termes du rapport d’enquête. Plus tard, Lüth reparut devant la police allemande après avoir « donné aux Américains sa parole d’honneur qu’il ne révèlerait rien ». D’après son propre témoignage, la Maison-blanche leur avait offert, à lui et à d’autres nazis compromis dans le scandale TD, la possibilité d’émigrer aux États-Unis, mais Lüth avait décliné la proposition. [27] Face aux policiers, Peters reconnut avoir brûlé de nombreux dossiers contenant des rapports sur les activités de TD destinés aux États-uniens.

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Georg August Zinn (1901-1976). Socialiste allemand, il fut l’un des pères de la Constitution de la RFA. Il présida le land de Hesse (1950-69) et le Bundesrat (1953-54 et 1964-65). En 1952, il révéla de manière précise l’existence du Gladio allemand et tenta de le faire interdire.

Pour les Allemands, le scandale lié au BDJ-TD ne fut pas uniquement régional, il devint une véritable affaire d’État. Mais si Francfort avait espéré un soutien de la capitale Bonn, elle ne tarda pas à déchanter. Après de longues conversations avec les États-uniens, les principaux responsables de la CDU et du gouvernement conservateur d’Adenauer tentèrent d’étouffer l’affaire et de freiner les investigations. Le 30 septembre 1952, la Cour Suprême de Karlsruhe prononça la relaxe de tous les membres du réseau TD qui avaient été interpellés sans consulter ni même informer la police de Francfort, ce qui provoqua un véritable tollé parmi la population. Les Gladiateurs furent donc libérés tandis que les deux procureurs qui avaient prononcé cette décision contestable, Schrübbers et Wagner, se voyaient offrir une promotion. Le Premier ministre du Land de Hesse August Zinn commenta avec colère : « La seule explication légale à cette libération est que l’on a peut-être jugé à Karlsruhe [à la Cour Suprême] qu’ils avaient agi sous la direction des Américains ». [28]

Zinn était si furieux qu’il décida de porter l’affaire devant le Parlement fédéral, en dépit des lourdes pressions exercées par les États-uniens pour l’en dissuader. C’est ainsi que le 8 octobre 1952 le grand public et la presse, en Allemagne et à l’étranger, apprirent pour la première fois l’existence d’armées stay-behindnazies financées par les USA. « M. le Président, Mesdames et Messieurs », déclara Zinn au Parlement, « après l’entretien que j’ai eu le 3 octobre dernier à Francfort avec le chancelier Adenauer et suite à la discussion que je viens d’avoir ce matin même dans mon bureau avec M. Reeber représentant le Haut-commissariat américain, je dois informer la chambre des faits suivants : le 9 septembre 1952, », le visage du président était particulièrement grave,« la police criminelle allemande a appris l’existence d’une organisation secrète créée en 1950-1951 par des chefs du BDJ et baptisée TD pour “Technischer Dienst” ». Zinn poursuivit devant un auditoire perplexe : « L’organisation était conçue comme un mouvement de résistance armée à but politique, constitué avec l’assentiment et la coopération du président du BDJ Paul Lüth. Gerhard Peters était le chef de cette organisation. » Pour la première fois, des hommes politiques découvraient l’existence d’une armée secrète stay-behind. Zinn les informa que : « Cette section TD du BDJ avait pour mission de constituer une armée de partisans qui, selon les plans initiaux, devait rester derrière les lignes ennemies en cas d’invasion soviétique afin de mener des actes de sabotage en territoire occupé, tels que le dynamitage de ponts ou l’attaque de camps ».

Après cette description sommaire des caractéristiques typiques d’un réseau stay-behind, Zinn évoqua le soutien apporté par les États-Unis et la dimension nationale de l’armée secrète : « D’après le témoignage d’une personne directement impliquée et le matériel qui a pu être saisi, l’organisation avait pour cibles, à l’intérieur de nos frontières, le KPD et surtout le SPD. La découverte de l’organisation a immédiatement donné lieu à des interpellations et à des saisies de documents le 18 septembre 1952 », annonça le Premier ministre Zinn. « Mais, le 1er octobre, la Cour Suprême a ordonné que les suspects soient relâchés sous le prétexte que l’armée secrète avait été bâtie sur ordre de plusieurs agences américaines ». Les minutes de la session parlementaire font ensuite état d’un brouhaha dans la salle et de cris lancés par les députés : « Écoutez ! Écoutez ! » ou « Incroyable ! ». Quand l’assistance fut calmée, Zinn poursuivit : « D’après le témoignage d’un haut responsable du TD, des assassinats avaient même été planifiés », sur quoi l’agitation reprit de plus belle, certains députés interpellant leurs collègues : « Écoutez ! Écoutez ! Et voilà que ça recommence ! » Zinn poursuivit : « Un centre d’entraînement a été implanté à Waldmichelbach, dans la forêt d’Odenwald (…) Les membres de l’organisation étaient pour la plupart d’anciens officiers de la Luftwaffe, de la Wehrmacht et de la SS ». L’agitation gagna une nouvelle fois les rangs du Parlement dont tous les membres avaient connu la seconde guerre mondiale. Ceux-ci criaient à présent : « Vous entendez ? Incroyable ! »

Zinn expliqua que les agents étaient âgés de 35 à 50 ans et que « l’organisation disposait d’un financement considérable, les documents saisis suggèrent que son budget mensuel avoisinait les 50 000 marks ». En entendant cela, un député s’écria : « D’où provenait l’argent ? » Zinn répondit que « l’argent parvenait apparemment au TD par des transferts frauduleux en provenance d’une agence américaine » et ajouta que « la même organisation était aussi chargée d’une mission intérieure (…) D’après le témoignage de l’un de ses dirigeants, elle devait procéder à l’élimination d’individus “suspects” quand arriverait le jour-J », ce qui provoqua de nouvelles réaction au sein de l’Assemblée où l’on entendit des voix s’exclamer « Des assassinats donc ! Incroyable ! » Parfaitement conscient du véritable choc que provoquaient ses révélations, Zinn poursuivit sur le même ton solennel : « À ce sujet, il faut signaler que 15 feuillets contenaient des noms de communistes alors qu’on a saisi pas moins de 80 pages concernant des personnalités de la social-démocratie (…) le ministre de l’Intérieur social-démocrate du Land de Hesse Heinrich Zinnkann était suspecté d’entretenir des liens avec les communistes », outre des critiques, cette dernière déclaration provoqua également des ricanements parmi les députés. « D’après certains témoignages, bon nombre de documents confidentiels ont été détruits, d’autres ont été saisis par un représentant des autorités américaines et sont donc à présent inaccessibles. L’argent et les armes étaient fournis par un Américain qui supervisait également l’entraînement », sur quoi une nouvelle vague de protestations s’empara de l’assemblée.

Mais Zinn n’était toujours pas au bout de ses déclarations : « Ce qu’il est important de réaliser c’est qu’à l’étranger, des organisations clandestines semblables ont servi de base à des activités illégales perpétrées sur le territoire national, c’est une expérience que nous avons déjà vécue, il y a 30 ans dans ce pays et il semble que cette organisation s’inscrive dans ce modèle ». Cette dénonciation sans réserve suscita l’approbation des parlementaires, lesquels s’écrièrent : « C’est juste ! Exact ! » Zinn poursuivit : « Ce matin même, M. Reeber, représentant les USA, est convenu avec moi que ce type d’organisations constituent le ferment de l’instauration de la terreur dans le pays, (…) il a exprimé ses plus sincères regrets et a fermement condamné l’existence d’un tel réseau (…) Il m’a assuré de sa plus entière coopération afin de faire toute la lumière sur cette affaire et d’en identifier toutes les ramifications pour éviter qu’un tel phénomène puisse se reproduire à l’avenir. » [29]

Bien entendu, le Gladio allemand ne fut pas démantelé pour autant, comme le prouvèrent les révélations de 1990. Les traces furent simplement maquillées dans la mesure du possible. En octobre 1952, l’ancien haut-commissaire US McCloy précisa bien que les États-Unis n’étaient pas en train de réarmer les nazis : « Durant toutes les années que j’ai passées en Allemagne, nos objectifs et nos efforts ont toujours visé à la consolidation des forces démocratiques et à la lutte contre les communistes mais aussi contre les néo et pro-nazis ». McCloy souligna qu’« Il est par conséquent inconcevable qu’un responsable américain ait pu soutenir des agissements tels que ceux décrits par le Premier ministre Zinn. Ceci doit être exprimé clairement, au nom de la vérité et de l’amitié. » [30] En dépit de ces belles paroles, le Parlement hessois chargea le ministre de l’Intérieur du Land d’enquêter en profondeur sur le phénomène ; en 1953, celui-ci livra ses conclusions sous la forme d’un imposant rapport de trois volumes. [31]

Quarante ans après les faits, l’ancien agent de la CIA Thomas Polgar, qui avait pris sa retraite en 1981 après 30 ans passés au service de l’Agence, se souvenait encore très bien de l’affaire du Gladio allemand. En effet, l’homme avait été stationné en Allemagne au début des années 1950 et, au début des années 1970, il y avait à nouveau été affecté afin de remplacer Ray Cline à la tête de l’antenne allemande de la CIA. « Le “Bund Deutscher Jugend” était une organisation politique de droite vaguement affiliée à l’un des partis du Land de Hesse, en Allemagne, et composée d’hommes motivés et fermement résolus à contribuer à la résistance clandestine en cas d’une occupation de tout ou partie du territoire de la RFA par l’Armée rouge », témoigna-t-il au cours des années 1990. « Quand l’affaire a éclaté, il y a eu un battage considérable et on a estimé que le général Truscott [de l’armée des États-Unis] devrait expliquer en personne aux éléments impliqués ce qui s’était passé, on a donc d’abord expliqué la situation au chancelier allemand Konrad Adenauer. » Comme on l’a déjà constaté, cela ne suffit pas à désamorcer la situation. « Nous avons ensuite parlé au général Matthew Ridgeway, qui était alors le commandant en chef des forces de l’OTAN et, finalement, au Premier ministre hessois Georg Zinn qui figurait lui-même sur la liste. Truscott lui a expliqué qu’il s’agissait d’une activité illégale mais après tout seulement d’un exercice sur papier dont il ignorait tout et qui ne devait en aucun cas être interprété comme le signe d’une remise en question de la confiance que nous accordions au Premier ministre Zinn. » [32]

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Dieter von Glahn, ancien Gladiateur, il fonda un ordre templier.

Suite aux révélations de 1990, Dieter von Glahn apporta la confirmation que des cellules stay-behindn’existaient pas seulement en Hesse mais également dans d’autres Länder allemands. « Notre mission et notre organisation étaient identiques à ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Gladio », expliqua-t-il. [33] Personnage ambigu du milieu anticommuniste allemand, Glahn s’était évadé d’un camp de prisonniers soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Après l’armistice, il avait rejoint l’armée secrète stay-behind en intégrant le BDJ-TD de Brême, dans le Nord de l’Allemagne. « À l’époque de la guerre de Corée », expliqua-t-il dans son autobiographie publiée en 1994, « les Américains étaient très inquiets à l’idée de voir la même situation se reproduire en Allemagne ». C’est pourquoi « ils décidèrent de recruter et de constituer une unité allemande fiable en vue du jour-J, le jour de l’invasion de l’Allemagne par l’Armée rouge. L’unité devait être formée avec de l’armement américain, disposer de ses propres caches d’armes et entrer dans la clandestinité en cas d’offensive. » Glahn rappela que « le BDJ n’était que la couverture, une sorte de vitrine légale de l’organisation anticommuniste. La branche clandestine Technischer Dienst, ou “Organisation Peters”, comme l’appelait parfois son directeur, constituait la véritable unité combattante » et était présente sur une grande partie du territoire national. « Le TD devint donc une composante essentielle de la défense anti-soviétique germano-américaine. Les Américains s’intéressaient avant tout aux anciens éléments de l’armée allemande », dont lui-même faisait justement partie. « Comme je ne faisais pas mystère de mes positions anticommunistes, je fus recruté. J’étais donc officiellement le responsable du BDJ pour la ville d’Oldenburg en Frise Orientale. Officieusement, je dirigeais le TD sur l’ensemble de la zone Oldenburg-Brême-Frise Orientale [au nord-ouest de l’Allemagne]. » [34]

C’est avec une certaine fierté que Glahn relate dans ses mémoires que le « FBI » allemand, le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), connaissait et couvrait les activités des réseaux stay-behind. « Je collaborais très étroitement avec Neubert du BfV ». Glahn évoque la lutte anticommuniste dans laquelle ils étaient tous deux engagés : « la nuit, nous sortions régulièrement pour coller des affiches, et recouvrir celles des communistes (…) nous dénoncions ainsi les liens qu’entretenaient certains hommes d’affaires avec les communistes. Cela donnait souvent lieu à des affrontements violents. » C’est à cette époque que « j’ai fondé de nombreuses sections du BDJ dans mon secteur », avec l’aide de la CIA qui entraînait les recrues au camp de Waldmichelbach et à la base états-uniens de Grafenwöhr. « J’ai moi-même participé à plusieurs reprises à ces entraînements. Les hommes qui portaient un uniforme américain de couleur brunâtre et n’étaient autorisés à s’appeler que par leur prénom, venaient des quatre coins de l’Allemagne mais ne devaient en aucun cas révéler l’endroit d’où ils étaient originaires. Pendant quatre semaines, nous étions alors totalement coupés du monde extérieur. » Les Gladiateurs suivaient « un entraînement intensif en vue du jour-J. À cette époque, les Américains aménageaient des caches d’armes sur l’ensemble du territoire de la RFA. Dans mon secteur, seuls mon adjoint et moi-même connaissions la localisation exacte de la cache d’armes (…) Elle était enterrée en profondeur dans une petite forêt. » [35]

Le réseau stay-behind allemand ne fut pas le seul à bénéficier de la protection de la puissante CIA : grâce à celle-ci, le service de renseignement ORG et son personnel parvinrent également à faire face aux découvertes de 1952 sans trop de frais. Le général Reinhard Gehlen resta en fonction et en 1956 l’« Organisation Gehlen » changea son nom pour celui de « Bundesnachrichtendienst » (BND). Lorsqu’on demanda au directeur de la CIA Allen Dulles s’il ne ressentait pas de honte à avoir ainsi collaboré avec le nazi Gehlen, il répondit : « J’ignore si c’est une crapule. Vous savez, il y a très peu de saints dans le monde de l’espionnage (…) D’ailleurs, on est pas là pour se faire des amis. » [36] Ce n’est d’ailleurs que lorsque le gouvernement fédéral du chancelier conservateur Kurt Georg Kiesinger et du vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères social-démocrate Willy Brandt commença à douter de son service secret BND que celui-ci fit pour la première fois l’objet d’une véritable enquête approfondie.

Le « Rapport Mercker » qui fut alors rédigé constituait « un document si accablant pour le BND, à tel point qu’il demeure aujourd’hui encore confidentiel », c’est du moins ce que rapporta la presse allemande en 1995. « Sa conclusion édifiante sur le BND : “une organisation corrompue” ». [37] Reinhard Gehlen, qui était directement visé par l’enquête gouvernementale, ne fut même pas autorisé à lire le rapport. À la lecture du document, les sociaux-démocrates, qui, pour la première fois depuis la guerre, venaient d’entrer au gouvernement en la personne de Willy Brandt, furent si embarrassés de la présence du nazi dans les hautes sphères de l’exécutif qu’ils renvoyèrent immédiatement Gehlen. Après plus de 20 ans passés à la tête du service de renseignement allemand, celui-ci fut renvoyé le jour de la fête du travail, le 1er mai 1968. Afin de ne pas froisser la Maison-Blanche, on lui choisit comme successeur Gerhard Wessel qui avait servi comme attaché militaire de la RFA à Washington après 1945 et qui entretenait d’excellentes relations avec la CIA et le commandement de la sécurité nationale US.

On ignore si le rapport Mercker classé confidentiel renfermait des informations sur les activités stay-behind de l’ORG et du BND ; c’est toutefois ce que semblent indiquer les preuves découvertes lors des investigations menées en 1990. D’après le rapport succinct produit par le gouvernement allemand sur le BND et son réseau stay-behind en décembre 1990, un cadre légal aurait été prévu pour les activités du réseau clandestin en décembre 1968, soit quelques mois seulement après la publication du rapport Mercker : « En décembre 1968, le chef de la chancellerie fédérale avait explicitement mentionné dans l’article 16 des “Directives générales pour le BND”, qu’il fallait entreprendre des préparatifs de défense ». Il semble que le gouvernement de l’époque ait décidé de poursuivre l’opérationstay-behind mais sur des bases légales cette fois : « La directive indique : “Le BND procède aux préparatifs et planifications nécessaires pour la défense, les questions générales étant convenues avec le chef de la chancellerie fédérale” ». [38] Le journaliste spécialiste du Gladio Leo Müller se demanda en 1990 : « Quelle logique antidémocratique sous-tendait encore les nouveaux stay-behind des services secrets allemands qui furent découverts en 1990 ? » [39]

Le départ de Gehlen et l’adoption de la nouvelle loi ont-ils affaibli la domination de la CIA sur les réseaux stay-behindallemands ? Cela reste à établir. L’ex-Gladiateur Glahn précise bien dans son livre que l’Agence états-unienne a gardé le contrôle jusqu’aux tout derniers instants : « J’écris délibérément “services secrets” au pluriel parce que nous avons plus tard fusionné avec l’Organisation Gehlen sur ordre des Américains ». Selon Glahn, bien que Gehlen fût l’homme clé du réseau stay-behind allemand, le commandement restait entre les mains des États-Unis : « Cette organisation avait pris le nom de son fondateur, le général Gehlen (…) Il avait établi un excellent quartier général du renseignement à Pullach, dans les environs de Munich (…) Le Technischer Dienst, ou TD, était liaison permanente avec les gens de l’Organisation Gehlen. En ce qui concerne le jour-J, la décision en matière militaire revenait cependant toujours aux Américains. » [40] Quand la couverture de l’armée secrète allemande vola en éclats en 1952, Gehlen et ses collègues se virent offrir l’asile aux États-Unis, afin qu’ils puissent échapper à la justice allemande. « On m’a proposé de m’enfuir aux USA, comme aux autres membres du TD qui étaient impliqués dans une enquête criminelle. J’en ai longuement discuté avec ma femme … mais j’ai finalement décidé que je ne voulais pas être un émigré. Ma place était ici en Allemagne. » [41]

En mai 1955, l’Allemagne adhéra à l’OTAN. Comme toutes les autres armées secrètes d’Europe, le réseau allemand fut intégré au programme de guerre non conventionnelle de l’Alliance atlantique. Le rapport officiel du gouvernement allemand sur lestay-behind écrit par Lutz Stavenhagen en 1990 confirma qu’« afin d’uniformiser leurs programmes avec le commandement militaire de l’OTAN, les services de renseignement qui prenaient part à l’opération établirent en 1952 le Coordinating and Planning Committee (Comité de Planification et de Coordination) ou CPC. Dans le but de coordonner leur coopération, ils créèrent en 1954 l’Allied Coordination Committee (Comité de Coordination Alliée) ou ACC. » Le gouvernement allemand confirma en outre que le « BND est un membre régulier du CPC et de l’ACC depuis 1959 ». Dans une tentative maladroite de limiter les dégâts, le rapport officiel prétendit cependant à tort que « les deux comités de coordination n’ont jamais fait ni ne font actuellement partie de la structure de l’OTAN », tandis que dans le même temps, l’enquête parlementaire belge révélait que l’ACC et le CPC avaient été mis en place par le SACEUR de l’OTAN, poste systématiquement occupé par un général US, et qu’ils étaient en liaison directe avec le SHAPE de l’OTAN. Le rapport officiel allemand tenta d’insister sur la souveraineté de l’armée secrète allemande et déclara : « que le BND ait fait partie de ces organes n’exclut en rien que le stay-behind n’ait jamais été intégré à l’OTAN et qu’il soit toujours demeuré l’instrument du BND. Il n’y a jamais eu et il n’existe aujourd’hui aucune relation de subordination des différents services de renseignement à l’ACC et au CPC. » [42]

« Il existait entre les différents services une coopération bilatérale mais également multilatérale, dont la coordination était assurée par l’ACC », décrivait le rapport officiel du gouvernement allemand à propos de la dimension internationale de l’armée secrète stay-behind. « Parmi ces partenaires figurent aux côtés de l’Allemagne de l’Ouest : la Belgique, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège et les États-Unis d’Amérique. » D’après le rapport, cette coopération incluait « entre autres choses des exercices conjoints, l’acquisition d’un équipement radio standardisé [les transmetteurs Harpoon], le partage d’expériences relatives aux entraînements, l’établissement d’une terminologie standardisée du renseignement ». [43] En raison de la présence parmi eux d’un grand nombre de partisans d’extrême droite, Stavenhagen préféra ne pas donner de chiffres précis quant au nombre de Gladiateurs ayant opéré en Allemagne pendant la Guerre froide : « À la fin des années 1950, l’organisation comptait environ 75 membres permanents », se contenta-t-il d’indiquer. « Le nombre des informateurs a parfois atteint 500. En 1983, le personnel stay-behind fut également formé à diriger des actes de sabotage contre l’envahisseur et à organiser et commander des groupes de résistants en territoire occupé. » [44]

D’après le rapport, le gouvernement allemand fut informé de l’existence de l’armée secrète « peu après 1974 (dans le cadre d’une présentation de stratégie d’ensemble des préparatifs de défense du BND). On peut toutefois supposer que des informations sur les fondements de l’opération stay-behind ont pu filtrer bien avant cette date. » En ce qui concerne le législatif, une commission du Parlement, tenue au respect de certains secrets, fut mise dans la confidence au cours des années 1980, lorsqu’il fallut accorder des crédits pour l’achat de nouveaux équipements de communication Harpoon : « À l’occasion de l’achat de nouveaux transmetteurs radio, la commission compétente (Vertrauensgremium) a été informée de leur utilisation par le stay-behind ». [45]Les transmetteurs radio Harpoon avaient été conçus et produits sur ordre de l’ACC, le centre de commandement stay-behind de l’OTAN, par la firme allemande AEG Telefunken, une filiale du groupe Daimler. Le service de renseignement BND avait servi d’intermédiaire et avait acheté les systèmes Harpoon au fabricant pour le compte de l’ACC qui ne devait pas apparaître dans la transaction. Le BND avait commandé un total de 854 transmetteurs pour un montant de 130 millions de marks. Il en conserva pour près de 20 millions et revendit le reste du stock aux autres armées stay-behindd’Europe de l’Ouest. Dernier cri de la technologie de l’époque, le système Harpoon pouvait envoyer et recevoir des messages radio cryptés jusqu’à une distance de 6 000 km, il pouvait donc assurer la liaison entre les différents stay-behind et entre les deux rives de l’Atlantique. [46]

Durant toute la Guerre froide, l’Allemagne fut divisée en deux États ; une guerre secrète se livra donc entre le BND ouest-allemand, soutenu par la CIA, et le MfS (Ministerium für Staatssicherheitsdient), plus communément appelé Stasi, laquelle dépendait du KGB soviétique. Les deux services multipliaient les missions d’espionnage et les tentatives d’infiltration de part et d’autres du Mur de Berlin. Ces opérations étaient d’autant plus aisées que les agents de la Stasi et du BND étaient tous allemands et partageaient de ce fait la même langue et la même culture. Suite à leurs expériences respectives, la CIA et le MI6 avaient surnommé le BND le « service des fuites ». [47] On put même lire dans Der Spiegel, le premier magazine d’information du pays : « Le KGB et la Stasi de Berlin-Est auraient facilement pu placer des taupes aux postes clés à Pullach [au quartier général du BND] et ainsi accéder à la liste complète de leurs agents (…) Le BND n’était qu’une vaste plaisanterie aux yeux de ses rivaux. » [48]

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Jurij Iwanowitsch Drosdow, le général du KGB qui avait fait infiltrer le Gladio allemand, n’ignorait rien du réseau stay-behind.

On peut donc légitimement se demander dans quelle mesure la Stasi, et donc Moscou, étaient renseignés sur les secrets relatifs à l’opération stay-behind. Tout semble indiquer qu’ils en furent informés dès la fin des années 1970. Le plus célèbre cas avéré de fuite impliqua Heidrun Hofer, une secrétaire travaillant au Département IV du BND de Munich, le service chargé de la direction du réseau stay-behind. Son poste lui donnait accès aux documents les plus confidentiels de l’OTAN, et notamment ceux classés « cosmic ». Si on ignore toujours la nature exacte des données qu’elle transmit à la Stasi et au KGB, on sait toutefois qu’elle communiqua des informations relatives à un centre de commandement stay-behind top-secret situé sur la côte Atlantique et qui devait servir de base au gouvernement allemand en exil. Suite aux indiscrétions de Hofer, il fallut donc reconstruire ce centre dans un autre lieu, une opération dont le coût s’éleva à 100 millions de marks.

Hofer révéla ce secret à son insu. Fille d’un officier conservateur, elle avait été spécifiquement ciblée par le KGB qui avait envoyé un agent en Argentine, chargé d’entrer en contact avec le milieu des exilés nazis et de s’y tailler une bonne réputation. À son retour, il devait demander à Heidrun de l’épouser. Le père de la jeune fille, qui appréciait ce « Hans » pour ses idées d’extrême droite, y consentit. Après le mariage, « Hans » confia à Heidrun qu’il travaillait pour une organisation ultra-conservatrice et la surprit par son excellente connaissance du BND. Ravie à l’idée de participer à une conspiration, Heidrun accepta de tout révéler à Hans.

Il fallut du temps au service de contre-espionnage du BND pour découvrir l’existence de la taupe du KGB. En décembre 1976, des agents du BND tendirent une embuscade au domicile de la jeune femme qui travaillait alors pour le KGB depuis six ans sans même le savoir. Hans parvint à s’échapper par une porte dérobée, mais Heidrun fut arrêtée et accusée de haute trahison. C’est alors qu’elle apprit que son mari était un espion de Moscou. Le choc fut si violent pour cette femme aux tendances ultra-conservatrices qu’elle aurait tenté de se défenestrer, alors qu’elle était interrogée par le BND dans un bureau du sixième étage de leur siège à Munich. Elle s’en tira avec quelques séquelles et vécut dès lors d’une pension d’invalidité. L’enquête sur Hofer fut close en 1987, faute d’éléments nouveaux. [49] La seconde affaire d’espionnage à laquelle dut faire face le service impliquait cette fois un haut responsable puisqu’il s’agissait de Joachim Krase, le directeur adjoint du BND qui mourut en 1988. Krase était en réalité un agent double à la solde de la Stasi et avait, comme l’écrivit un journaliste britannique « tout révélé sur le stay-behind et l’Opération Gladio, levant un secret que les Russes connaissaient depuis l’origine ». [50]

Quand l’Allemagne fut réunifiée, après la chute du Mur de Berlin, la Stasi fut démantelée et le BND étendit ses activités. Certains documents, à présent déclassifiés, du service de renseignement est-allemand confirment que celui-ci était extrêmement bien renseigné sur l’opération stay-behind. Au cours de manœuvres effectuées par l’OTAN en 1979, des unités de la Stasi interceptèrent des signaux inconnus et détectèrent la présence d’un réseau parallèle. Au bout de quelques années d’enquête, elles parvinrent à casser le code utilisé par les agentsstay-behind du BND et à localiser plus de 50 sites répartis sur l’ensemble du territoire de l’Allemagne de l’Ouest, mais dont beaucoup étaient concentrés dans la zone frontalière de la RDA et de la Tchécoslovaquie.

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Le général Horst Männchen présentait à son gouvernement des rapports réguliers de la Stasi sur le Gladio allemand

En 1984, le général Horst Männchen, directeur du Département III de la Stasi et responsable des écoutes radiophoniques, communiqua aux ministres du gouvernement est-allemand de nombreux détails sur le réseau stay-behind du BND. « En analysant des signaux radio secrets du BND que nous avons pu décoder (…) nous sommes parvenus à rassembler des données fiables sur une catégorie spéciales d’agents du BND. » Le rapport de Männchen, daté du 3 août 1984, expliquait que ces agents spéciaux du BND, que la Stasi appelait des « agents retournés » (Überrollagenten), se préparaient en vue d’une invasion des armées du Pacte de Varsovie et avaient été entraînés à mener des opérations de subversion dans le dos de l’ennemi. Ces agents secrets, soulignait Männchen, « représentent un danger réel pour les opérations des forces du Pacte de Varsovie » et doivent donc être identifiés aussi vite que possible afin d’être immédiatement neutralisés « en cas de conflit militaire ». [51]

Dans un autre rapport daté du 6 novembre 1984, Männchen précisait à raison qu’au sein du BND, « ces agents spéciaux sont qualifiés de “stay-behind”  », et que leur création semblait remonter au programme de défense développé par l’OTAN en prévision d’une première offensive des forces du Pacte de Varsovie. Le directeur du Département III expliquait que le réseau comptait aussi des femmes dans ses rangs et que la Stasi était parvenue à décrypter toute une série de signaux radio secrets émis depuis le quartier général du BND à destination des agentsstay-behind. « Ces agents sont des hommes et des femmes, citoyens de la RFA qui vivent sur le territoire de l’Allemagne de l’Ouest, pour beaucoup le long de la frontière avec la RDA et la Tchécoslovaquie. Ils ont une bonne connaissance de leur zone d’opérations et agissent seuls ou en groupes de trois ou quatre pour effectuer les missions qui leur sont confiées dans un rayon de 40 kilomètres autour de leur lieu de résidence. D’après les informations dont nous disposons, entre 16 et 20 unités sont en liaison régulière avec le BND. Selon certaines sources au sein du BND, le nombre total des agents pourrait s’élever à 80. » Männchen indiquait en conclusion que ces agents spéciaux étaient « dangereux » et que la Stasi devrait tenter d’en identifier un maximum. [52]

Dans un rapport ultérieur, la Stasi concluait que les données rassemblées « indiquaient clairement que le BND avait accordé une grande importance à l’entraînement et à la préparation de ces agents spéciaux ». Les communications radio interceptées par le service révélaient également que le réseau stay-behindallemand bénéficiait d’une très bonne coordination et qu’il était en liaison avec les « services secrets de l’OTAN » en Sardaigne, à Huy (en Belgique) et à Lille et Grenoble. [53] En espionnant les communications radio stay-behind du BND, la Stasi fut informée de l’installation des nouveaux systèmes Harpoon en Allemagne de l’Ouest et, le 22 mai 1984, elle indiqua que les agents spéciaux utilisaient à présent un équipement de communication plus moderne et plus efficace. [54] Dans un rapport très détaillé de 11 pages sur le réseau stay-behind remis en 1955, la Stasi déplorait que ce nouveau système capable d’envoyer des signaux radio en moins de trois secondes rendait la localisation des agents du BND plus difficile aux agents est-allemands. [55]

Quand fut révélée l’existence du réseau allemand en 1990, la presse s’intéressa particulièrement à l’équipement de l’organisation secrète et demanda au gouvernement de Bonn s’il existait des caches d’armes en Allemagne. « En soutien aux unités de résistance en territoire occupé, les services secrets alliés ont aménagé des caches d’armes dans les premiers temps de l’opération stay-behind. Elles renfermaient notamment des pièces de rechange pour l’équipement radio, des médicaments, de l’or et des bijoux destinés à d’éventuelles transactions au marché noir ainsi que quelques pistolets », le porte-parole du gouvernement allemand confirmait ainsi les caractéristiques observées dans d’autres pays, mais, de manière surprenante, il tenta d’induire le public en erreur en prétendant que « ces caches avaient été démantelées par les unités stay-behind du BND avant 1972. Les pistolets furent détruits. Actuellement, l’équipement et l’entraînement des agents du renseignement se limitent strictement aux missions de collecte d’informations et d’évacuation. Cet équipement inclut un transmetteur radio spécial mais en aucun cas des armes ou des explosifs. » [56]

Les journalistes allemands soupçonnèrent le porte-parole du gouvernement Lutz Stavenhagen de leur avoir menti en affirmant que toutes les caches d’armes avaient été détruites en 1972. En effet, de mystérieux arsenaux avaient été mis au jour en Allemagne au cours des années 1980. La plus célèbre de ces découvertes était survenue le 26 octobre 1981, quand des bûcherons étaient tombés totalement par hasard sur une importante cache creusée dans le sol et contenant des armes à feu et du matériel de combat, près du village de Ülzen, dans les landes de Lüneburg. Cette étonnante découverte entraîna l’arrestation du garde forestier et militant d’extrême droite Heinz Lembke. Celui-ci guida ensuite les enquêteurs vers un vaste réseau de pas moins de 33 caches d’armes. « Ces caches ont d’office été attribuées au militant d’extrême droite Heinz Lembke », commenta en 1991 une source anonyme au sein du ministère de la Défense autrichien. « Cette explication séduisante comportait cependant une faille. Les caches renfermaient, outre des armes automatiques, du matériel de guerre chimique [Arsen et Zyankali] et environ 14 000 cartouches ainsi que 50 armes anti-char, 156 kg d’explosifs, 230 détonateurs et 258 grenades à main. Il est incroyable qu’un État qui a pris d’importantes mesures anti-terroristes n’ait pas remarqué le vol ou le détournement d’une telle quantité de matériel de combat. » [57]

Dans son article intitulé « Les Armées Secrètes de la CIA en Europe », le journaliste états-unien Jonathan Kwitny s’intéressait au document du ministère de la Défense autrichien avant de conclure que « le programme stay-behind allemand aurait pu être au cœur d’un deuxième scandale, similaire à celui de 1952, mais rien ne fut finalement communiqué au public. » Les caches d’armes découvertes en 1981 avaient en effet permis « de remonter jusqu’à un groupe de jeunes paramilitaires dirigé par le néo-nazi Heinz Lembke, qui fut arrêté. On le décrivit à l’époque comme un extrémiste déséquilibré qui entraînait clandestinement ses troupes au milieu des bois. » Kwitny remarquait cependant qu’il n’était pas le seul à faire le lien entre l’arsenal de Lembke et le réseau stay-behind du BND, la publication autrichienne ayant elle aussi démoli la thèse selon laquelle le garde forestier n’aurait été qu’un extrémiste dérangé et isolé. « Le responsable de la publication du ministère de la Défense autrichien, le général à la retraite Franz Freistätter, affirme avoir personnellement supervisé la rédaction de l’article suggérant que Lembke utilisait les caches d’armes stay-behind pour l’entraînement de ses troupes néo-nazies, il prétend également qu’il croit en cette thèse, bien que son auteur ait souhaité conserver l’anonymat. » [58]

Et l’article de Kwitny et la publication autrichienne sur Gladio semblent indiquer à juste titre que les caches d’armes de Lembke appartenaient au réseau stay-behind allemand. Parmi les documents saisis en 1952, quand fut découverte l’organisation BDJ-TD, figurait une directive relative au jour-J, le jour de l’invasion. Elle indiquait qu’en cas d’invasion, les landes de Lüneburg constitueraient le point de ralliement du stay-behinddu Nord de l’Allemagne : « Les responsables de secteurs ont reçu l’ordre de chercher où étaient stationnés des camions en grand nombre. Le jour-J, ces camions devront être réquisitionnés par la force si nécessaire, par les agents qui les conduiront ensuite jusqu’aux points de ralliement spécifiés par le BDJ dans les villes et les villages », ordonnait la directive. « De là, les camions transporteront les membres jusqu’au point de ralliement du Nord de l’Allemagne, situé dans les landes de Lüneburg. » [59]

Comme on peut l’imaginer, la découverte des caches d’armes de Lembke en octobre 1981 provoqua un véritable scandale en Allemagne. Mais l’affaire devint encore plus explosive quand certaines sources suggérèrent que les arsenaux n’étaient pas restés inutilisés dans l’attente d’une hypothétique invasion soviétique mais que Lembke s’était bel et bien servi du matériel pour équiper ses soldats d’extrême droite, lesquels avaient, un an avant la découverte des dépôts, utilisé les armes mortelles au cours d’un attentat à la bombe perpétré à Munich en 1980. Cette théorie lourde d’implications fut émise par le journaliste allemand Harbart pour qui Gladio était « un glaive entre les mains d’extrémistes ». Harbart expliqua que « l’enquête sur l’attentat de Munich a conduit au garde forestier de Basse-Saxe Hainz Lembke ». Harbart est persuadé que le recours aux bombes et à la stratégie de la tension ne s’est pas limité à l’Italie mais qu’il a gagné le cœur de l’Allemagne. [60]

L’attentat à la bombe de Munich est le plus meurtrier de tous ceux qu’a connus l’Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le soir du 29 septembre 1980, à 22 h 20, une bombe explosa en plein cœur de la très populaire Fête de la bière. Comme tous les ans, plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées pour participer à ce qui est pour beaucoup le plus beau week-end de l’année. L’explosion tua 13 personnes et en blessa 213, dont de nombreuses grièvement. La ville de Munich et toute l’Allemagne étaient sous le choc. L’enquête policière établit la responsabilité d’activistes d’extrême droite. Elle permit de remonter jusqu’à des groupuscules néo-nazis dont le « Wehrsportgruppe Hoffmann ». D’après la police, c’est l’un de ses membres, un certain Gundolf Köhler âgé de 21 ans, qui avait posé la bombe. Les experts expliquèrent que le dispositif, une grenade à main modifiée placée dans un extincteur, avait été conçu avec une habileté remarquable et l’on en vint à douter que Köhler ait pu fabriquer une bombe aussi complexe lui-même. L’homme ne put être interrogé, il figurait en effet au nombre des victimes.

Ignaz Platzer, qui participait à la fête et perdit ses deux enfants dans l’explosion, accorda, en 1996, un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung au cours duquel il affirma qu’aucune enquête n’avait été menée sur le réseau d’extrême droite impliqué dans l’attentat. «  Cela fait maintenant des années que vous demandez une réouverture du dossier. Vous ne croyez donc pas que Gundolf Köhler soit le vrai coupable ? », lui demanda un journaliste. « Non, trop d’éléments tendent à prouver le contraire. Pourquoi quelqu’un qui commet un tel acte porterait-il un passeport permettant de l’identifier aussi facilement ? Du moins, il n’a certainement pas agi seul », répondit le père des deux victimes. « Je me bats depuis longtemps pour découvrir qui se cache derrière tout ça. J’ai cependant dû me faire à l’idée que je ne recevrai jamais de réponse honnête. » Le journaliste lui demanda ensuite : « Vous avez renoncé à demander des explications ? », ce à quoi Platzer répondit : « J’ai compris qu’insister ne m’apporterait que des ennuis ». [61]

Ces ennuis proviennent peut-être du fait que l’enquête sur l’attentat de Munich avait remonté la piste des arsenaux de Lembke jusqu’à l’armée stay-behind allemande qui impliquait à son tour la plus grande alliance militaire du monde, l’OTAN, et l’une des deux super-puissances d’alors, les États-Unis. Même si les USA, l’OTAN et le BND n’avaient rien à voir avec le drame de Munich, la découverte d’une armée secrète liée aux mouvements d’extrême droite n’aurait pas manqué de soulever des questions particulièrement sensibles dont celle du contrôle exercé par les institutions démocratiques allemandes sur les combattants secrets et sur leurs caches d’armes.

Un jour seulement après l’attentat, la police criminelle allemande chargée de l’enquête avait découvert que Lembke avait fourni le matériel aux activistes d’extrême droite. « Monsieur Lembke nous a montré différents types d’explosifs, de détonateurs, de mèches lentes, de plastics et d’explosifs militaires », avoua Raymund Hörnle, un membre du Wehrsportgruppe Hoffmann, aux policiers qui l’interrogeaient. « Il a dit qu’il avait de nombreuses caches contenant ce genre de matériel enterrées dans les bois et qu’il pourrait nous en fournir beaucoup (…) Monsieur Lembke nous a dit qu’il formait des gens à l’utilisation des détonateurs et des explosifs. » [62] Ainsi, comme l’attestent les documents de la police, parallèlement à l’instruction des Gladiateurs allemands, Lembke soutenait aussi les terroristes d’extrême droite. « Helmuth Meyer m’a dit que l’on pouvait obtenir des explosifs par Monsieur Lembke », déclara l’activiste Sibylle Vorderbrügge après l’attentat. « Lembke nous a montré différents explosifs (…) il nous a dit qu’il avait plusieurs caches d’armes dans les bois. » [63]

Malgré ces témoignages, la police n’effectua aucune recherche pour tenter de mettre au jour les caches d’armes de Lembke si bien qu’il fallut attendre un an pour que des bûcherons découvrent par accident un de ces arsenaux et que leur existence ne puisse plus être niée. Mais cette fois encore, les enquêteurs n’établirent pas le lien entre l’attentat et les caches d’armes stay-behind. Le 25 novembre 1981, le Dr Däubler-Gmelin, du SPD, souleva la question devant le Parlement national, le Bundestag, en s’adressant ainsi au gouvernement : « Pouvez-vous nous révéler, suite à la découverte de ces caches d’armes et à l’arrestation de Monsieur Lembke, si une nouvelle piste est à présent envisagée en ce qui concerne l’attentat de Munich ? » La question était pertinente mais la réponse le fut nettement moins. Le secrétaire d’État von Schoeler se contenta de répondre : « Il n’y a aucun lien. » [64]

Cette version officielle avait pour but de taire tout lien avec l’organisation Gladio, étant donné qu’il fallait que l’existence de l’armée stay-behind demeure confidentielle. Elle contredisait également les témoignages des militants d’extrême droite interrogés par la police. Immédiatement après la découverte des caches d’armes le 26 octobre 1981, la police allemande perquisitionna au domicile de Lembke et saisit un chargeur de pistolet G3 et un jeu de mèches lentes entrant dans la composition de bombes. Mais Lembke lui-même semblait intouchable, il ne fut pas arrêté. Né en 1937 à Stralsund dans l’Est de l’Allemagne, l’activiste avait d’abord fait l’expérience du socialisme en RDA avant de fuir à l’Ouest à l’âge de 22 ans et d’acquérir une certaine notoriété dans les milieux d’extrême droite. Il prit la tête du « Bund Vaterländischer Jugend » ou BVJ (l’Alliance des Jeunes Patriotes), où en tant qu’idéologue il composa des slogans tels que : « Un Allemand qui pense comme un Juif mérite d’être pendu ». [65] À l’instar du BDJ, qui fut déclaré illégal en 1952, le BVJ fut interdit en 1962. Mais Lembke ne renia pas pour autant ses convictions d’extrême droite. En 1968, il tenta de se faire élire au Parlement régional de Basse-Saxe, sous l’étiquette du NPD. Il renonça vite à sa carrière politique pour se consacrer à l’activisme et à la lutte contre les antifascistes allemands. Cela lui valut d’être traduit en justice avant qu’une juridiction supérieure le déclare mystérieusement « non coupable ».

Ce n’est que plusieurs semaines après la découverte des caches d’armes que Lembke fut finalement arrêté et emprisonné. Mais ce fut pour une tout autre raison. Il fut inculpé pour avoir refusé de témoigner lors du procès où comparaissait son ami et collègue, le leader d’extrême droite Manfred Röder du mouvement terroriste « Deutsche Aktionsgruppen ». En prison, Lembke revint subitement sur sa décision et se déclara prêt à témoigner au sujet de Röder, des caches d’armes et de tout ce qu’il savait. Lembke précisa qu’il ne souhaitait parler qu’au procureur qui l’avait interrogé sans succès dans le cadre de l’affaire Röder. Cette condition fut acceptée et le procureur rendit immédiatement visite à Lembke dans sa cellule. Celui-ci passa finalement aux aveux et révéla la localisation exacte des 33 caches d’armes dont seules quelques-unes avaient alors été découvertes. Lembke confia à son interlocuteur qu’il lui avouerait le lendemain qui était censé utiliser les armes et les explosifs. Le jour suivant, le 1er novembre 1981, Lembke fut découvert pendu au moyen d’une corde accrochée au plafond de sa cellule. [66]

La police locale de Basse-Saxe fut alors dessaisie du dossier Lembke au profit des autorités nationales de Bonn. Cette manœuvre judiciaire fut qualifiée de « magouille policière » [67] par le ministre de l’Intérieur de Basse-Saxe Möcklinghoff. Un an plus tard, le 3 décembre 1982, Bonn décida de clore l’enquête sans avoir pu établir de liens entre les arsenaux secrets et l’attentat de Munich en déclarant que l’affaire Lembke était une « affaire privée ». Dans leur rapport final, les enquêteurs conclurent qu’il « n’existe aucun indice suffisant permettant de déduire que Lembke avait l’intention de perturber l’ordre constitutionnel de la République allemande au moyen d’attentats ou d’assassinats ». Le texte final se contentait de reconnaître que Lembke vivait probablement dans la crainte d’une invasion soviétique contre laquelle il entendait mener une “guerre de partisans” et concluait que « le matériel de combat a été rassemblé et enterré par lui au fil des années afin de mener des opérations de résistance dans l’hypothèse d’une invasion qu’il redoutait ». [68]

À la surprise générale, la cour conclut finalement « que les activités de Lembke ne représentaient pas un danger aussi important qu’il a d’abord été craint. Ses efforts n’étaient en réalité pas dirigés contre l’ordre actuel du pays. » Dans le même temps, le tribunal semble avoir pris conscience de la stratégiestay-behind, il déclara en effet que Lembke avait mené une opération « Werwolf ». Ce terme faisait référence aux réseauxstay-behind que les nazis avaient laissés derrière eux dans de nombreux pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces réseaux disposaient eux aussi de leurs propres caches d’armes secrètes. Créature issue du folklore germanique, le Werwolf, ou loup-garou, désigne un être humain qui se transforme soudain en un loup sanguinaire qui attaque et tue les gens jusqu’au lever du jour. La cour découvrit que « le garde forestier avait en outre entrepris des préparatifs pour le cas où les communistes accèderaient au pouvoir, afin que le “Werwolf ” puisse alors se réveiller ». [69] Mort en prison, Lembke ne put commenter ces conclusions. Nombre de ses camarades d’extrême droite furent condamnés à payer des amendes modiques. Sur l’ensemble des armes découvertes dans les arsenaux souterrains, on ne put déterminer l’origine que de trois. Elles provenaient d’une firme privée qui fournissait l’armée allemande et l’OTAN.

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Le député vert Manfred Such

En raison des connexions avec l’extrême droite et des implications supposées dans l’attentat de Munich, l’Allemagne eut beaucoup de mal à mener l’enquête et à faire la lumière sur son histoirestay-behind. Le 5 novembre 1990, le député Manfred Such des verts déposa une requête officielle auprès du gouvernement de Helmut Kohl relative à l’existence soupçonnée de structures de type Gladio en Allemagne. Le porte-parole du gouvernement allemand Hans Klein provoqua la stupeur et la colère des parlementaires et des journalistes en déclarant que « le Gladio allemand n’était pas, comme on a pu le dire, un commando secret ou une unité de guérilla » et en ajoutant qu’il ne pouvait entrer dans les détails pour des raisons de confidentialité. [70] La déclaration de Klein provoqua une vague de protestation dans les rangs des sociaux-démocrates et des verts de l’opposition. Le député Hermann Scheer, expert en matière de défense au sein du SPD, assimila le mystérieux réseau d’extrême droite à une sorte de « Ku-Klux-Klan », plus voué à mener des actions antidémocratiques en temps de paix qu’à servir en cas d’invasion soviétique. Afin de faire toute la lumière sur les faits, Scheer demanda l’ouverture immédiate par le procureur général d’une enquête judiciaire approfondie au plus haut niveau de la hiérarchie de l’armée de l’ombre de l’OTAN car « l’existence d’une organisation militaire armée et secrète agissant hors de tout contrôle gouvernemental ou parlementaire est totalement contraire à la loi fondamentale et relève, à ce titre, de la justice pénale ». [71] Scheer insistait sur l’urgence de diligenter une enquête « avant qu’on puisse faire disparaître les preuves » [72]

Les voix s’élevant au SPD pour demander l’ouverture d’une enquête approfondie sur Gladio se turent bientôt quand il fut révélé que ses ministres avaient aussi pris part à la conspiration. À l’approche des élections, les sociaux-démocrates redoutèrent le résultat d’éventuelles investigations et seul le parti des verts, fondé en 1980, persista à demander des éclaircissements étant donné que, n’ayant jamais assumé de responsabilités gouvernementales, il n’était en aucun cas compromis dans l’affaire. La demande des verts de voir la question stay-behind et les possibles liens avec le terrorisme discutés au Parlement fut rejetée par l’alliance CDU/CSU-FDP-SPD qui redoutait un scandale de grande ampleur et décida le 22 novembre 1990 que le sujet serait traité à huis clos par la PKK (Parlamentarische Kontrollkommission), la commission de contrôle parlementaire tenue au secret. C’est donc dans ce cadre que Volker Förtsch, le dernier directeur stay-behind du BND, informa les députés que les unités secrètes allaient être démantelées. Le parti des verts, qui ne disposait d’aucun siège dans cette importante commission chargée de contrôler les agissements du BND, s’en prit à la PKK en déclarant qu’il était bien connu qu’elle « couvrait plus souvent qu’elle ne clarifiait ». [73] Lorsque des journalistes tentèrent d’obtenir plus d’informations d’Eberhard Blum, l’assistant de Gehlen et directeur du BND entre 1983 et 1985, celui-ci répondit : « Gladio ? Il n’y a jamais rien eu de ce genre en Allemagne. » [74]

Refusant de s’avouer vaincus, les verts déposèrent une nouvelle requête le 29 novembre. « À la fin du mois d’octobre, l’actuel Premier ministre italien Giulio Andreotti a confirmé dans un rapport adressé au Parlement l’existence au sein de l’OTAN d’un service confidentiel, nom de code Gladio », ainsi commençait la requête qui contenait également l’interrogation suivante : « Une telle organisation supranationale secrète liée à l’OTAN a-t-elle opéré en Allemagne ? » Le Dr Lutz Stavenhaguen, membre du gouvernement Kohl responsable du service de renseignement BND, répondit à la question par un bref et catégorique « Non ». Les verts souhaitaient aussi savoir : « Quelle est la nature et le contenu exacts des accords conclus par le gouvernement allemand lors de l’adhésion à l’OTAN, ou par la suite, et qui autorisent les agissements de telles organisations ? » Stavenhaguen persista à nier : « Le gouvernement allemand n’a conclu aucun accord de ce type ». Les députés lui demandèrent alors : « Quelle est la nature exacte des relations qu’a entretenues ou qu’entretient l’OTAN avec ce service secret qui a opéré en Allemagne et/ou dans d’autres pays de l’OTAN ? », ce à quoi Stavenhaguen répondit : « En raison de la réponse apportée à la première question, celle-ci est inutile ». Les verts finirent par demander : « Le gouvernement sera-t-il disposé à informer de sa propre initiative cette assemblée dans le détail, dès qu’il disposera d’informations pertinentes. Et s’il ne l’est pas pourquoi donc ? » « Il ne sera possible de répondre à cette question qu’une fois que ces documents seront disponibles. La réponse dépend en effet des conditions dans lesquelles de tels documents auront été obtenus. » [75]

Les députés verts étaient furieux mais impuissants. Le gouvernement du chancelier chrétien démocrate Helmut Kohl, en fonction depuis 1982, avait préféré répondre par une série de mensonges plutôt que de compromettre ses chances dans les premières élections nationales dans l’Allemagne réunifiée qui se tinrent le 2 décembre 1990 et virent la victoire de Kohl. À la suite de quoi, le lundi 3 décembre 1990, Lutz Stavenhaguen s’empressa d’adresser à l’ensemble des médias un fax de quatre pages intitulé : « Rapport du Gouvernement sur l’Organisation Stay-behind du BND », dans lequel, contrairement à ses précédentes déclarations, il confirmait qu’un réseau stay-behindsecret lié à l’OTAN avait bel et bien existé en Allemagne : « les unités constituées sur le territoire allemand jusqu’en 1955 par les services secrets alliés en vue de collecter du renseignement et d’organiser des opérations d’évacuation sont contrôlées par le BND depuis 1956 ». Le gouvernement confirmait également que l’armée secrète était toujours active, tout en précisant que le 22 novembre, la commission parlementaire de contrôle avait été informée des détails importants : « À l’heure actuelle 104 personnes collaborent avec le BND dans le cadre de l’opération stay-behind ». Le rapport concluait : « Compte tenu de l’évolution de la situation politique mondiale, le BND a commencé dès l’été 1990 à envisager le démantèlement de l’organisation stay-behind. Sur la base d’accords conclus avec les partenaires alliés, ce démantèlement sera entrepris vers avril 1991 » [76]

Tandis que le BND garantissait au public que l’armée secrète avait été dissoute et les arsenaux clandestins du pays désaffectés, le sujet refit surface le 17 août 1995. Ce jour-là, Peter Naumann, un néo-nazi de 43 ans qualifié en chimie et expert en explosifs conduisit, sous l’oeil des caméras, des policiers stupéfaits jusqu’à l’emplacement de pas moins de 13 caches qu’il avait, selon lui, aménagées en Basse-Saxe et en Hesse au cours des 17 dernières années. Ces dépôts renfermaient des armes, des munitions et environ 200 kg d’explosifs. Naumann avoua aux policiers qu’il était un ami de Lembke et que la plupart de ces armes et explosifs provenaient des réserves de ce dernier. [77]

Il est étonnant de constater que, malgré la présence avérée dans ses rangs de terroristes néo-nazis et son implication supposée dans des attentats terroristes d’extrême droite, l’armée secrète allemande ne fit l’objet d’aucune enquête parlementaire, à l’exception d’un rapport officiel assez détaillé, il est vrai. « En ce qui concerne la transparence démocratique, l’Allemagne se classe au dernier rang des pays européens », analysa le journaliste d’investigation Leo Müller dans un bref ouvrage publié dans les premiers temps du scandale Gladio. [78] D’autres journalistes ont enquêté sur l’affaire en Allemagne, comme Ulrich Stoll, reporter à la ZDF, celle-ci est loin d’être classée. Quand il eut accès à des rapports déclassifiés de la Stasi fin 2002, Stoll déclara : « Les recherches sur Gladio peuvent reprendre ». [79]

 

Cet article constitue le quinzième chapitre des Armées secrètes de l’OTAN
© Version française : éditions Demi-lune (2007).

[1] En ce qui concerne le débat sur les véritables auteurs de l’incendie du Reichstag, consulter Alexander Bahar et Wilfried Kugel, Der Reichstagsbrand. Wie Geschichte gemacht wird (Quintessenz Verlag, Berlin, 2000).

[2Bericht der Bundesregierung über die Stay-Behind Organisation des Bundesnachrich tendienstes. Un document de quatre pages rédigé par Lutz Stavenhagen à Bonn le 3 décembre 1990. Il y est fait référence ci-après sous le nom de Rapport allemand de 1990 sur le stay-behind.

[3] Périodique français Intelligence Newsletter du 19 décembre 1990.

[4] Périodique britannique Searchlight de janvier 1991.

[5] Après avoir été extradé de Bolivie (en 1983), Barbie fut jugé à Lyon, en 1987, et condamné à la prison à vie pour crimes contre l’humanité. Il est mort en prison 4 ans plus tard des suites d’un cancer. (Note de l’éditeur)

[6] Christopher Simpson, Blowback : America’s Recruitment of Nazis and Its Effects on the Cold War (Weidenfeld et Nicolson, Londres, 1988), Prologue. Il convient de remarquer que la presse états-unienne s’aligna sur la stratégie de dissimulation du ministère de la Justice et rendit compte du phénomène comme d’une exception. United Press International titra par exemple le lendemain : ‘Barbie, l’exception pas la règle’ Et la chaîne ABC invita dans son édition du soir Allan Ryan, qui expliqua que les États-Unis avaient “ recruté Barbie en toute bonne foi, sans se douter du rôle qu’il avait joué en France … [et que] son cas n’était en rien significatif “ Répondant aux questions des journalistes, Ryan poursuivit sur le même thème en indiquant qu’il était “hautement improbable que d’autres dignitaires nazis aient bénéficié de la même confiance que Barbie … et que l’affaire [était] donc close“. (ibid.).

[7] Simpson, Blowback, p.44.

[8Ibid., p.42.

[9Ibid., p.40.

[10] Allan Francovich, Gladio : The Ringmasters. Premier des trois documentaires de Francovich consacrés au Gladio, diffusé le 10 juin 1992 sur BBC2.

[11Ibid.

[12] Périodique britannique Searchlight de janvier 1991.

[13Ibid.

[14] Leo Müller, Gladio. Das Erbe des Kalten Krieges. Der NATO Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.72. Le journaliste allemand Leo Müller a sûrement fourni la meilleure description des événements de 1952 en Allemagne dans ce livre paru dans les premiers temps de l’affaire Gladio. L’extrait du témoignage de Hans Otto figure dans le rapport BDJ-TD que le gouvernement local de Hesse a rendu public suite au scandale.

[15] Dieter von Glahn, Patriot und Partisan für Freiheit und Einheit (Grabert, Tübingen, 1994), p.58.

[16] D’autres camps militaires comme le centre d’entraînement des unités parachutistes situé près d’Altenstadt, en Bavière, furent utilisés pour l’entraînement des unités stay-behind allemandes. Voir Erich Schmidt Eenboom, Die ‘Graue’ und die ‘Rote’ Hand. Geheimdienste in Altenstadt, années 1990. Non publié.

[17] Müller : Gladio, p.123.

[18Ibid., p.124, citant le rapport BDJ-TD.

[19Ibid., citant le rapport BDJ-TD.

[20Ibid., p.130, citant le rapport BDJ-TD.

[21Ibid., p.128, citant le rapport BDJ-TD.

[22Ibid., p.129 et 130, citant le rapport BDJ-TD.

[23Ibid., p.133.

[24] Simpson, Blowback, p.181. Et Jens Mecklenburg (ed.), Gladio : Die geheime Terrororganisation der Nato (Elefanten Press, Berlin, 1997), p.74. Mecklenburg fut l’un des premiers à prendre conscience, après 1995, des implications considérables du phénomène Gladio et à publier des essais sur le sujet en Europe.

[25] Müller : Gladio, p.94, citant le rapport du BDJ-TD.

[26Ibid., p.107, citant le rapport du BDJ-TD.

[27Ibid., p.136 et 143.

[28] William Blum, Killing Hope. US Military and CIA interventions since World War II (Common Courage Press, Maine, 1995), p.64 dans son enquête approfondie sur la CIA, Blum remarque avec justesse que “cette opération en Allemagne … s’insrivait dans le cadre d’un réseau bien plus vaste, nom de code ‘Opération Gladio’, créé par la CIA et d’autres services de renseignement européens et comptant des armées secrètes dans toute l’Europe de l’Ouest “.

[29] Discours de Zinn devant le Landtag (Parlement régional) de Hesse le 8 octobre 1952. Retranscrit dans Müller, Gladio, p.146–152.

[30] Cité dans Glahn, Patriot, p.67. L’agent du TD Glahn a jugé cette déclaration de l’États-unien «  insultante à l’égard du TD ».

[31] Intitulé Der Technische Dienst des Bundes Deutscher Jugend (Le TD du BDJ), le rapport d’enquête présenté en 1953 par le ministre de l’Intérieur de Hesse se composait de trois volumes : un long développement de 121 pages (le premier volume), et deux appendices, l’une de 200 et l’autre de 300 pages contenant des copies de lettres, de registres, de rapports et de décisions (volumes 2 et 3). Sans dénigrer les travaux effectués en Belgique, en Suisse et en Italie, on peut considérer que le Rapport sur le BDJ-TD est peut-être la seule enquête satisfaisante menée suite à la découverte d’un réseau stay-behind Gladio.

[32] Allan Francovich, Gladio : The Ringmasters. Premier des trois documentaires de Francovich consacrés au Gladio, diffusé le 10 juin 1992 sur BBC2.

[33] Magazine politique autrichien Zoom, n°4/5, 1996 : Es muss nicht immer Gladio sein. Attentate, Waffenlager, Erinnerungslücken, p.97. Et Klaus Harbart : « Gladio – ein Schwert in rechter Hand », Dans Der Rechte Rand, n°10, janvier 1991, p.4.

[34] Glahn : Patriot, p.41–42.

[35Ibid., p.43–47.

[36] Simpson, Blowback, p.260.

[37] Aucun auteur spécifié, « Schnüffler ohne Nase. Die Pannen und Pleiten des Bundesnachrichtendienstes in Pullach » dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, n°17, 1995.

[38] Rapport allemand de 1990 sur le stay-behind.

[39] Müller, Gladio, p.109.

[40] Glahn, Patriot, p.48.

[41Ibid., p.74.

[42] Rapport allemand de 1990 sur le stay-behind.

[43Ibid.

[44Ibid.

[45Ibid.

[46] Mecklenbrug, Gladio, p.64.

[47] Périodique britannique The Economist du 27 octobre 1990.

[48] Aucun auteur spécifié « Schnüffler ohne Nase. Die Pannen und Pleiten des Bundesnachrichtendienstes in Pullach » dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel, n°17, 1995.

[49] Müller, Gladio, p.20. Et Erich Schmidt Eenboom, Schnüffler ohne Nase. Der BND. Die unheimliche Macht im Staate (Econ Verlag, Düsseldorf, 1993), p.376.

[50] Quotidien britannique The Observer du 6 décembre 1990.

[51] MfS Hauptabteilung III. Report of General Major Männchen to Genosse Generalleutnant Neiber, Berlin, 3 août 1984. Déclassifié.

[52] MfS Hauptabteilung III. Report of General Major Männchen to Genosse Generalleutnant Neiber, Berlin, 6 novembre 1984. Déclassifié.

[53] MfS Streng Vertraulich. Information G/02069/13/02/84. Relevante Funkverbindungen von Sonderagenten und der Partnerdienste des BND sowie der NATO Geheimdienste. Déclassifié.

[54] MfS Hauptabteilung III. Schnellautomatische Funksendungen im Funknetz der Ueberrollagenten des BND mit einer neuen Uebertragungsapparatur. Berlin, 22 mai 1984. Déclassifié.

[55] MfS Hauptabteilung III. Gegenwärtiger Stand bei der Bearbeitung des Funkverbindungssystems des BND zu Ueberrollagenten. Berlin, 5 juillet 1985. Declassified.

[56] Rapport allemand de 1990 sur le stay-behind.

[57] Anonyme. Périodique autrichien Oesterreichische Militärische Zeitschrift, n°2, 1991, p.123.

[58] Jonathan Kwitny, « The CIA’s Secret Armies in Europe » dans The Nationdu 6 avril 1992, p.446.

[59] Mecklenburg, Gladio, p.78.

[60] Klaus Harbart, « Gladio – ein Schwert in rechter Hand » dans Der Rechte Rand, n°10, janvier 1991, p.5.

[61] Quotidien allemand Süddeutsche Zeitung du 27 septembre 1996.

[62] Mecklenburg, Gladio, p 82.

[63Ibid.

[64] Transcription des séances du Parlement allemand. Deutscher Bundestag.

[65] Extrait de Mecklenburg : Gladio, p.79.

[66] Klaus Harbart, « Gladio – ein Schwert in rechter Hand » dans Der Rechte Rand, n°10, janvier 1991, p.5.

[67Ibid.

[68Ibid., p.6.

[69] Mecklenburg, Gladio, p.83.

[70Presse- und Informationsamt der Bundesregierung. Pressemitteilung N°455/90, de Hans Klein, 14 novembre 1990. Voir aussi Müller, Gladio, p.30.

[71] Extrait de Müller, Gladio, p.14.

[72] Aucun auteur spécifié, « Das blutige Schwert der CIA. Nachrichten aus dem Kalten Krieg : In ganz Europa gibt es geheime NATO Kommandos, die dem Feind aus dem Osten widerstehen sollen. Kanzler, Verteidigungsminister und Bundeswehrgenerale wussten angeblich von nichts. Die Spuren führen nach Pullach, zur ‘stay-behind organisation’ des Bundesnachrichtendienstes » dans l’hebdomadaire d’informations allemandDer Spiegel du 19 novembre 1990.

[73Ibid.

[74] Mecklenburg, Gladio, p.48.

[75] « Kleine Anfrage der Abgeordneten Such, Frau Birthler, Hoss, Frau Dr Vollmer und der Fraktion DIE GRUENEN. Tätigkeit eines NATO-Geheimdienstes auch in der Bundesrepublik Deutschland ? » Drucksache 11/8452. Inklusive Antworten von Dr Lutz G. Stavenhagen, MdB, Staatsminister beim Bundeskanzler, Beauftragter für die Nachrichtendienste. Bonn, 30 novembre 1990.

[76] Rapport allemand de 1990 sur le stay-behind.

[77] Magazine politique autrichien Zoom, n°4/5, 1996 : « Es muss nicht immer Gladio sein. Attentate, Waffenlager, Erinnerungslücken », p.110. Et Reuters, 17 août 1995.

[78] Müller, Gladio, p.19.

[79] Ulrich Stoll, Gladio : Späte Spuren einer NATO-Geheimarmee dans Thomas Leif (ed.), Mehr Leidenschaft Recherche. Skandal-geschictehn und Enthüllungsberichte. Ein Handbuch zur Recherche und Informationsbeschaffung (Westdeutscher Verlag, Wiesbaden, 2003), p.184.

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À quelques jours des premières audiences publiques sur le projet controversé de mine à ciel ouvert Arnaud à Sept-Îles, la coalition Québec meilleure mine revient à la charge et dénonce le manque de transparence et l’absence de données économiques essentielles à l’analyse du projet. « Malgré les demandes répétées, aucune donnée n’a encore été rendue publique concernant la viabilité économique réelle de ce projet, qui appartient pourtant à Investissement Québec (62 % des parts). Ce manque de transparence nous apparaît hautement anormal et rend impossible toute évaluation des risques que représente ce projet pour le portefeuille des Québécois. Le gouvernement du Québec doit intervenir pour s’assurer que toutes les données économiques soient rendues publiques lors des audiences qui débutent dès le 27 août prochain », insiste Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition Québec meilleure mine.

La coalition fait cette demande au lendemain de l’annonce du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant la tenue d’audiences publiques sur le projet de mine à ciel ouvert d’apatite à Sept-Îles.

« Nous ne comprenons pas pourquoi Mine Arnaud, une filiale d’Investissement Québec, qui appartient indirectement aux Québécois, ne divulgue pas ces données. C’est pourtant une pratique très commune dans l’industrie minière. Toutes les minières inscrites en bourse doivent le faire pour respecter les normes de l’Autorité des marchés financiers et les critères de transparence envers leurs investisseurs », affirme Marc Fafard, un militant bien connu de la région.

« C’est un projet majeur avec des dépenses potentielles de plusieurs centaines de millions de dollars d’Investissement Québec. Or, en plus des risques pour la santé et l’environnement, on ne connaît rien des risques réels de ce projet sur le plan financier. Est-ce un éléphant blanc? Quel est le rendement attendu? Quelle est la part des bénéfices pour Yara International, l’unique partenaire financier dans ce projet? Qui paiera la facture en cas de catastrophe opérationnelle ou de chute drastique des prix de l’apatite sur les marchés (les prix ont chuté de près de 20 % depuis un an)? », s’interroge Réjean Porlier, l’un des porte-paroles des groupes citoyens de Sept-Îles.

Dans une lettre envoyée au ministre de l’Environnement du Québec en juin dernier, les membres de la coalitionQuébec meilleure mine se disent également préoccupés par l’impartialité et le conflit d’intérêts apparent du gouvernement du Québec dans ce dossier, qui se retrouve à la fois « juge et partie » du projet avec Investissement Québec comme propriétaire principal. « Quelles garanties le gouvernement peut-il fournir quant à l’impartialité du jugement final qu’il portera sur le projet? », demande l’organisme.

Pétition de plus de 5000 personnes à Sept-Îles 

Rappelons que si elle voyait le jour, cette mine serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec, voire au Canada. La fosse excavée serait deux fois plus grande en superficie que celle évaluée par le BAPE à Malartic en 2009. En plus de générer quelque 500 millions de tonnes de résidus miniers et d’affecter plus de 2500 hectares (4700 terrains de football), le projet occasionnerait le rejet de 20 à 30 millions de litres d’eau chaque jour dans l’environnement. Les citoyens sont vivement préoccupés par les impacts qu’occasionnerait l’implantation de cette mine à proximité la ville de Sept-Îles, où résident environ 30 000 personnes. Plus de 5000 citoyens de Sept-Îles ont signé une pétition demandant un référendum sur la réalisation du projet. L’expérience démontre clairement que les mines à ciel ouvert en milieu habité occasionnent des impacts majeurs pour l’environnement, la santé et la qualité de vie des populations (bruit, poussières, secousses, eau, résidus miniers, gaz toxiques, achalandage routier, perte de sommeil, stress, anxiété, etc.).

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Totalement passée inaperçue dans les grands médias, la nouvelle a pourtant une importance stratégique énorme : le président colombien Santos a annoncé la signature d’un accord de coopération avec l’Otan “pour montrer sa volonté de s’y intégrer”. Oui, vous avez bien lu : la Colombie, pays d’Amérique latine, va s’intégrer dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique NORD, alliance militaire contrôlée par les USA et supposée au départ défendre l’Europe contre la prétendue menace de l’URSS!

Pour éclaircir ce mystère, nous faisons appel à un des meilleurs analystes d’Amérique latine : l’Argentin Atilio Boron. Il montre les dangers pour toute l’Amérique latine. La Colombie, c’est l’Israël des USA pour contrôler les ressources de toute la région. Et les Africains aussi n’ont qu’à bien se tenir face aux prétentions du nouveau “gendarme mondial” ! 

Michel Collon


Petit résumé du contexte. Après les élections au Venezuela, le candidat d’extrême-droite évincé, Capriles a lancé ses hordes fascistes à l’attaque des acquis de la révolution bolivarienne (centre de santé, médias populaires, logements sociaux…) et appelé ses autres supporters à décharger leur hargne dans la rue, alors que les associations patronales organisaient une pénurie des produit de base, en particulier du papier de toilette (comme dans le Chili d’Allende) et des sabotages provoquant des coupures de courant dans tout le pays. Des attaques cybernétiques ont également été menées. C’était le plan A qui consistait a provoquer un soulèvement populaire juste après les élections, ce qui aurait permis de faire appel à l’intervention humanitaire de Washington et ses alliés.

La déstabilisation du Venezuela a plusieurs enjeux, ses réserves de pétrole sont convoitées par les corporations, mais cet enjeu national n’est qu’une petite partie du programme qui est celui d’une recolonisation de l’ensemble de la région afin de mettre la main sur l’ensemble de ses ressources naturelles et de ses terres cultivables. Ce qu’a annoncé sans équivoque le secrétaire d’état Kerry dansunedéclaration de guerre aux peuples souverains d’Amérique Latine, annonçant une approche vigoureuse de l’arrière-cour des E.U. Ce qui a entraîné de nombreux remous dans la région et l’accélération du processus de création de défense commune de l’Unasur.

Bref, depuis deux mois nous assistons à d’incessants mouvements d’action-réaction entre les menaces contre la souveraineté régionale venant de Washington et Miami et les réponses des peuples et de leurs mandataires populaires. Ces mouvements consistent en préparatifs de guerre de la part de l’Empire et les réponses sont les créations de forces de dissuasion par les gouvernements démocratiques et des peuples menacés.

Les autres pays de la région étant déjà soumis depuis des durées plus ou moins longues à des guerres dites de basse intensité impulsées par Washington et ses alliés régionaux dont la Colombie est la tête de pont en guerre depuis un demi-siècle. Malgré une avancée vers la paix réalisée par son actuel président Santos, la plupart des observateurs avertis guettaient le moment où il allait retourner sa veste et montrer son vrai visage et ses véritables ambitions, voilà qui est fait.

Santos se révèle à présent, avec le toujours actif Uribe, comme le principal traître et criminel régional, prêt à mettre la région à feu et à sang pour réaliser ses ambitions personnelles et complaire à ses maîtres. Rappelons qu’au cours de ces dernières semaines, plus d’un million de Colombiens de toutes obédiences ont manifesté ensemble à Bogota en soutien au processus de paix entamés avec la guérilla, processus compromis par la déclaration de Santos et condamnés si la Colombie devenait allié extra de l’OTAN.

L’avancée dans l’épreuve de force vient d’opérer un bond en avant en intensité. Le Venezuela avait déjà été soumis à une telle épreuve, quand à la suite du coup d’état mené par le premier régime Obama au Honduras, celui-ci avait installé en Colombie, à la frontière du Venezuela de nouvelles bases militaires obligeant le Venezuela à de grandes dépenses militaires pur assurer avec succès sa protection par la dissuasion, grâce aux incomparables qualités de stratège de Chavez.

Cette épreuve de force est aussi une heure de vérité, est-ce que les gouvernements progressistes tout à fait capables de conquérir des avancées sociales importantes en temps de paix vont être capables de défendre leurs acquis en empêchant le déclanchement d’une guerre qui risquerait d’annihiler tout espoir pour la planète de trouver de nouvelles manières d’être habitée dans la paix et l’autodétermination des peuples.

C’est donc un moment très fort de l’histoire de l’humanité dont nous sommes témoins puisque sa survie est aussi enjeu de cette guerre.

Implications géopolitiques de l’incorporation de la Colombie à l’OTAN

L’annonce faite par le président de Colombie Juan Manuel Santos disant que « au cours de ce mois de Juin il souscrira un accord de coopération avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour montrer sa volonté de s’y intégrer » a causé un choc prévisible dans Notre Amérique. Il l’a prononcée lors d’un acte de promotion de membres de l’armée réalisé à Bogota, occasion à laquelle Santos signale que la Colombie a le droit de « penser en grand », et qu’il va chercher à être parmi les meilleurs « pas seulement de la région, mais du monde entier »

Il poursuivit ensuite en disant « Si nous obtenons cette paix –se référant aux conversations de paix qui sont en cours à Cuba, notre Armée est dans la meilleure position pour pouvoir se distinguer également au niveau international. Elle le fait déjà sur différents fronts », assure Santos. Et il pense le faire avec rien moins qu’en s’associant à l’OTAN, une organisation sur laquelle pèsent d’innombrables crimes en tous genres perpétués en Europe même (souvenez-vous des bombardements en Yougoslavie), en Libye et actuellement sa collaboration avec les terroristes qui ont pris la Syrie d’assaut. Les bombardements de l’OTAN sur la population civile en Libye.

Jacob David Blinder, essayiste et journaliste brésilien, fut un des premiers à s’alarmer face à cette décision du colombien. Jusqu’ici le seul pays d’Amérique Latine « allié extra OTAN » fut l’Argentine, qui obtint ce statut déshonorant durant les néfastes années de Menem, et plus spécifiquement en 1998, après avoir participé à la Première guerre du Golfe (1991-1992) et avoir accepté toutes les diktats imposés par Washington dans de nombreux domaines de la politique publique, comme, par exemple, le démantèlement du projet du missile Condor et la congélation du programme nucléaire qui depuis des décennies se développait en Argentine. De graves attentats qui provoquèrent une centaine de morts – à l’ambassade d’Israël et la AMIA – furent le solde de l’Argentine en représailles pour s’être jointe à l’organisation terroriste nord-atlantique.

Le statut “d’allié extra de l’OTAN” fut créé en 1989 par le Congrès des Etats-Unis – non par l’organisation – comme un mécanisme pour renforcer les liens militaires avec des pays situés hors de l’aire de l’Atlantique Nord pour qu’ils puissent être d’une aide quelconque dans les nombreuses guerres et processus de déstabilisation politique que les Etats-Unis mènent dans les recoins les plus éloignés de la planète. L’Australie, l’Egypte, Israël, le Japon et la Corée du Sud furent les premiers à s’y intégrer et peu après l’Argentine le fit, et à présent la Colombie espère l’obtenir.

Le sens de cette initiative du Congrès nord-américain saute aux yeux, il s’agit de légitimer et de renforcer ses incessantes aventures militaires – inévitables pendant les trente prochaines années, si nous lisons les documents du Pentagone sur de futurs scénarios internationaux – avec une aura de « consensus multilatéral » qu’elles n’ont pas en réalité. Cette incorporation des alliés extrarégionaux de l’OTAN qui a été promue sur les différents continents, reflète l’exigence imposée par la transformation de l’armée des E.U. dans sa transition d’une armée préparée pour livrer des guerres dans des territoires limités en une légion impériale qui avec ses bases militaires de différents types (plus de mille sur toute la planète, ses forces régulières, ses unités à « déploiement rapide » et la croissante armées de »contractants » (vulgairement : mercenaires) veut être préparée pour intervenir en quelques heures pour défendre les intérêts étasuniens dans n’importe quel point chaud de la planète. Avec sa décision Santos se met au service d’un aussi funeste projet.

A la différence de l’Argentine (qui bien sûr devrait renoncer sans plus tarder à son statut dans une organisation criminelle comme l’OTAN), le cas colombien est très spécial, parce que depuis des décennies la Colombie reçoit, dans le cadre du Plan Colombia, un important appui économique et militaire des Etats-Unis – de loin le plus élevé des pays de la région  seulement dépassé par les débours réalisés en faveur d’Israël, de l’Egypte, l’Irak et de la Corée du Sud ainsi que quelques autres alliés stratégiques de Washington.

Quand Santos déclara que sa vocation est de se projeter dans le « monde entier », ce que cela signifie, c’est sa disposition à se convertir en complice de Washington pour mobiliser ses  forces fort bien armées au-delà du territoire colombien et pour intervenir dans des pays que l’Empire s’efforce de déstabiliser, en premier lieu, le Venezuela. Il est peu probable que son annonce signifie qu’il est disposé à envoyer des troupes en Afghanistan ou sur d’autres théâtres de guerre. La prétention de la droite colombienne, au pouvoir depuis toujours, a été de se convertir, spécialement depuis la présidence du narco-politique Alvaro Uribe Velez, en « l’Israël d’Amérique Latine » s’érigeant, avec l’appui de l’OTAN, en gendarme régional de la zone, pour agresser ses voisins comme le Venezuela et l’Equateur et d’autres – Bolivie, Nicaragua, Cuba ? – qui ont la hardiesse de s’opposer aux desseins impériaux. Ceci et pas autre chose est ce que signifie cette déclaration.

Mais il y a quelque chose de plus : avec sa décision Santos, de manière irresponsable,  remet en question la marche des conversations de paix avec les FARC à la Havane (dont un des avals est précisément le Venezuela) assénant un dur coup aux colombiens et colombiennes qui depuis des décennies espèrent mettre fin au conflit armé qui a causé tant d’indicibles souffrances  à son peuple. Comment les guérilléros colombiens pourraient–ils faire confiance à un gouvernement qui ne cesse de proclamer sa vocation d’ingérence et militariste, maintenant potentialisée par sa prétendue alliance avec une organisation aux connotations aussi criminelles que l’OTAN.

D’un autre côté ; cette décision ne peut qu’affaiblir – de manière préméditée, bien sûr – les processus d’intégration et d’’unification supranationales en cours en Amérique Latine et dans les Caraïbe. La thèse des « Chevaux de Troie » de l’Empire, que nous avons exposée plusieurs fois dans nos écrits à ce sujet, devient d’une actualité renouvelée par la décision du mandataire colombien. Que fera alors Unasur et comment pourra réagir le Conseil de Défense Sud-Américain dont le mandat conféré par les chefs d’état de nos pays est de consolider notre région en tant que zone de paix, comme une aire libre de la présence des armes nucléaires ou de destruction massive, comme une contribution à la paix mondiale pour laquelle il est requis de construire une politique de défense commune et de renforcer la coopération régionale dans ce domaine.

Il est indiscutable que derrière cette décision du président colombien se trouve la main de Washington, qui a progressivement converti l’OTAN en une organisation criminelle au champ d’action mondial, débordant du périmètre de l’Atlantique Nord qui était sa limite originelle. On reconnait également la main d’Obama qui a impulsé, peu après le lancement de l’Alliance du Pacifique (tentative de ressusciter l’ALCA sous un autre nom), la provocatrice réception de la part de Santos du leader putschiste vénézuélien Henrique Capriles.

De même, on peut percevoir maintenant, toutes les implications géopolitiques liées à cette initiative de tension de la corde des relations colombo-vénézuélienne, menaçant ses voisins et précipitant l’augmentation de leurs dépenses militaires, affaiblissant l’UNASUR et la CELAC, s’alignant avec la Grande–Bretagne dans le différend avec l’Argentine au sujet des Malouines, étant donné que c’est la position officielle de l’OTAN. Et qui mentionne cette organisation ne peut que se rappeler que, comme disent les spécialistes du sujet, les nerfs et les muscles de l’OTAN, les E.U. les apportent et les autres pays sont réduits au rôle de pions du parrain impérial. En somme, un nouveau tour de vis de la contre-offensive impérialiste dans Notre Amérique, qui pourra seulement être repoussé par la mobilisation massive des peuples et l’énergique réponse des gouvernements véritablement démocratiques de la région. Cela sera une épreuve du feu qu’ils devront surmonter dans les prochaines semaines.

Traduit de l’espagnol par Anne Wolff 

Source : Aporrea

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Depuis que Poutine est revenu à la présidence, la « rhétorique anti-américaine » s’est renforcée de la part de la Russie, en se servant de « vieux stéréotypes de la guerre froide » : c’est ce qu’a déclaré le président Obama après avoir effacé la rencontre prévue pour septembre. La goutte qui a fait déborder le vase a été l’asile concédé par la Russie à Edward Snowden, coupable d’avoir mis en lumière les preuves que les services secrets étasuniens espionnent tout et tout le monde. Mais il y a bien autre chose.

Moscou s’oppose au « bouclier anti-missile », qui permettrait aux USA de lancer un first strike (première frappe) nucléaire en sachant qu’ils peuvent neutraliser la rétorsion. Moscou est opposée à l’ultérieure expansion de l’OTAN à l’est et au plan USA/OTAN de démolir la Syrie et l’Iran dans le cadre d’une stratégie qui cible la région Asie/Pacifique. Tout ceci est perçu à Moscou comme une tentative d’acquérir un net avantage stratégique sur la Russie (et, en outre, sur la Chine). Ne s’agit-il que de « vieux stéréotypes de la guerre froide » ?

On ne dirait pas, vu le programme annoncé par l’OTAN le 8 août. Il prévoit « des manoeuvres militaires plus ambitieuses et fréquentes» surtout dans les régions adossées à la Russie. Du 25 août au 5 septembre des chasseurs-bombardiers OTAN (y compris italiens) (et français, NdT), à double capacité conventionnelle et nucléaire, participeront en Norvège à la manœuvre « Brilliant Arrow »i du Commandement aérien allié, à la tête duquel vient d’être nommé le général Frank Gorenc, qui commande aussi les Forces aériennes USA en Europe. Puis aura lieu en novembre la manœuvre aérienne « Steadfast Jazz », qui verra le déploiement de chasseurs-bombardiers OTAN en Pologne, Lituanie et Lettonie, à la frontière russe. En septembre-octobre des navires de guerre OTAN participeront à la grande manœuvre « Brilliant Mariner » en Mer du Nord et en mer Baltique. Est aussi prévu l’envoi d’autres navires de guerre OTAN en Mer Noire, où s’est déroulée en juillet la manœuvre « Sea Breeze 2013 » à laquelle ont participé les marines de dix paysii (Italie comprise) (la France y était présente au titre d’observateur avec le Qatar, les Emirats arabes unis, et la Libye, NdT) aux ordres du Commandant des Forces navales USA en Europe, qui commande en même temps la Force conjointe alliée à Naples.

Les USA et les alliés OTAN sont donc en train d’accroître la pression militaire sur la Russie, laquelle, évidemment, ne se limite pas à ce qu’Obama appelle une « rhétorique anti-américaine ». Après que les USA ont décidé d’installer un « bouclier » de missiles même sur l’île de Guam dans le Pacifique occidental, le Commandement des forces stratégiques russes a annoncé être en train de construire un nouveau missile de 100 tonnes « en mesure de dépasser n’importe quel système de défense de missiles ». D’ici la fin de cette année le Commandement effectuera 16 lancements expérimentaux de missiles balistiques intercontinentaux de divers types. Et le premier sous-marin nucléaire de la nouvelle classe Borey est déjà en navigation : long de 170 mètres, capable de descendre à 450 mètres de profondeur, armé de 16 missiles Bulava d’un rayon de 9mille Kms et 10 têtes nucléaires multiples indépendantes, pouvant manœuvrer pour éviter les missiles intercepteurs. Le nouveau sous-marin fait partie des huit que la marine russe recevra d’ici 2020 (pour remplacer les précédents), avec 16 sous-marins multi-rôle et 54 unités de superficie.

Là-dessus et pas seulement, les médias européens, en particulier les médias italiens champions de désinformation (en compétition serrée avec les français, NdT), pratiquement se taisent. Ainsi la très grande majorité des gens a-t-elle l’impression que la guerre ne menace que des régions « turbulentes », comme le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, sans s’apercevoir que la « pacifique » Europe est en train, à nouveau, de devenir, dans le sillon des Etats-Unis, la première ligne d’une confrontation militaire non moins dangereuse que celle de la guerre froide.

Edition de mardi 13 août 2013 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Traductions possibles des noms des manœuvres Otan dont on trouve très peu de traces dans les sites officiels de la marine nationale et du ministère dit de la défense français : Brilliant Arrow, Brilliant Mariner, Steadfast Jazz, Sea Breeze : Flèche brillante, Brillant Marin, Jazz inébranlable, Brise de mer… ?

 Notes

ii Azerbaïdjan, Bulgarie, Canada, Georgie, Allemagne, Italie, Roumanie, Turquie, Ukraine et USA

http://www.navy.mil/submit/display.asp?story_id=75504 (NdT)

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Affaire Snowden : Obama, roi des hypocrites

août 12th, 2013 by Michel Collon

Obama vient d’annuler son prochain sommet avec Poutine qui refusait d’extrader Edward Snowden. En réalité, ce jeune homme mérite non pas la prison, mais une statue. Non pas la torture, mais notre solidarité.

Pour avoir défendu nos libertés en démontrant au monde entier que les Etats-Unis violent la vie privée de l’humanité entière. Cet Etat qui donne sans cesse des leçons de démocratie et de morale se comporte en réalité comme le Big Brother le plus totalitaire. Ces délinquants au-dessus de toute justice espionnent leurs propres citoyens, les Etats indépendants, leurs concurrents commerciaux et même leurs « alliés ». Téléphones, mails, ordinateurs, rien n’est respecté.

Pour quoi ? Pour augmenter les profits de ces multinationales qui volent le monde entier. Aujourd’hui, les 300 personnes les plus riches de la Terre possèdent plus que les trois milliards les plus pauvres, et cela est possible seulement grâce au pillage des ressources naturelles, à la surexploitation du travail, à la criminalité économique et à des guerres jamais humanitaires. C’est pour briser nos résistances à ces multinationales voleuses que les voyous de la NSA nous espionnent, et qu’Obama les protège.

En plus, c’est le roi des hypocrites ! Il se fâche parce que la Russie (qui n’a pas de traité d’extradition avec les USA) a refusé de livrer Snowden. Lui épargnant ainsi la torture et la prison à vie, infligées à cet autre héros Bradley Manning qui révéla des milliers de mensonges des dirigeants US.

Or, les Etats-Unis ont toujours refusé d’extrader les criminels qui leur avaient été utiles ! Même quand il y avait un traité. En 2003 et en 2007, ils ont refusé d’extrader les agents de la CIA coupables de kidnappings politiques en Italie. En 2010, ils ont refusé d’extrader leur protégé Luis Posada Carriles qui avait placé une bombe dans un avion cubain, tuant 73 personnes. En 2010, ils ont refusé de livrer l’ancien président bolivien Gonzalo Sanchez de Lozada, qui avait massacré les Indiens Aymara, mais était protégé par la CIA et avait engagé des lobbyistes du parti démocrate. Et on peut multiplier les exemples. Jamais, les Etats-Unis ne livrent à la Justice leurs complices, même pour les crimes les plus horribles.

Joliment hypocrites aussi, tous nos gouvernements européens. Faisant semblant de découvrir un espionnage auquel ils ont collaboré et qu’eux-même pratiquent depuis longtemps. Protestant deux minutes du bout des lèvres pour ne pas offusquer le parrain US dont ils sont le paillasson. Accordant l’asile politique à une Femen anti-Poutine et le refusant aux défenseurs de nos libertés Snowden et Assange. Contradiction passée sous silence par les grands médias.

Et qui donc a sauvé l’honneur de la démocratie en offrant l’asile définitif à Snowden ? Le Nicaragua, la Bolivie, le Venezuela. Tandis que l’Equateur protège Assange. A méditer.

Article 12 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (ONU, 1948)

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

Sources :

On Obama’s cancellation of summit with Putin and extradition, Glenn Greenwald – The Guardian.com
<http://www.nytimes.com/2007/02/28/world/americas/28iht-detain.4753522.html?_r=0>
<http://articles.washingtonpost.com/2013-07-19/world/40669150_1_abu-omar-robert-seldon-lady-hassan-mustafa-osama-nasr>
<http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/sep/09/america-refusal-extradite-bolivia>
<http://www.elpasotimes.com/news/ci_16970097>

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Une campagne dans la presse initiée par le Journal Du Dimanche s’interroge sur la possibilité de voir l’actuel ministre de l’intérieur Manuel Valls à la tête du gouvernement. Des sections de la classe dirigeante voient en Valls la personne la mieux placée pour tenter de freiner l’érosion de la cote de popularité du gouvernement au moyen d’appels sécuritaires.

Le gouvernement du président François Hollande et du premier ministre Jean-Marc Ayrault est miné par l’impopularité de ses politiques antisociales, mais l’auréole médiatique autour des mesures policières de Valls lui permet d’être le moins impopulaire des ministres. À la question: « Valls ferait il un bon premier ministre ? », 47 pour cent des gens interrogés répondent positivement. Chez l’UMP et le FN, 45 pour cent et 34 pour cent des sympathisants respectivement pensent que Valls serait un bon ministre.

Dans un article intitulé «Valls, premier choix des français pour remplacer Ayrault », RTL rapporte les propos tenus par le chef de l’Etat lors du dîner de l’Association de la presse présidentielle : « La meilleur façon de se préparer (à la présidentielle) c’est d’être loyal et d’être meilleur à son poste ».

Valls remarque qu’il entretient aussi ses forces : « Je suis protégé par ma popularité et par mon statut de ministre de l’intérieur ».

Il est possible, comme l’annonce Hollande, qu’il pourrait ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2017. Hollande est le président le plus impopulaire de la Ve République, et son premier ministre Ayrault est lui aussi très bas dans les sondages.

Valls est le représentant de l’aile la plus sécuritaire du Parti Socialiste (PS). Après la défaite du PS lors des élections européennes en 2009, Valls—alors député de l’Essonne—préconisait de « transformer de fond en comble le fonctionnement du PS, nous dépasser, tout changer : le nom, parce que le mot socialisme est sans doute dépassé ; il renvoie à des conceptions du XIXème siècle ». Au mot « parti » qui « nous enferme dans quelque chose d’étroit », il dit préférer l’appellation « mouvement ».

Valls fait partie de la section du PS la plus ouvertement hostile à la classe ouvrière. Lors des élections primaires présidentielles du PS, c’était le candidat le plus clair sur son intention d’appliquer un programme sécuritaire et d’attaquer les acquis sociaux de la classe ouvrière.

La promotion médiatique de Valls reflète la crise profonde du gouvernement Hollande-Ayrault. Un an après son élection, Hollande et son gouvernement sont profondément discrédités, et Valls est perçu par la presse et des sections de la bourgeoisie comme un potentiel premier ministre ou candidat PS pour les présidentielles de 2017.

Le gouvernement PS est allé plus loin dans les attaques contre les acquis sociaux de la classe ouvrière et dans la politique interventionniste de la France que ce ne fut le cas sous le gouvernement de droite. En étroite collaboration avec les syndicats, Hollande et Ayrault ont négocié les accords de compétitivité, les fermetures d’usines, la réforme du marché du travail et maintenant la réforme des retraites. Le gouvernement PS mène une politique d’intervention militaire au Mali et soutien des préparatifs pour une intervention directe en Syrie.

La politique actuelle du gouvernement, et celle d’un gouvernement sous la direction de Valls, établissent le racisme et les sentiments d’extrême-droite comme éléments dominants de la vie politique.

Pour contrer la colère des travailleurs envers ses politiques antisociales, le PS s’appuie sur les mesures racistes et sécuritaires du prédécesseur de Hollande, Nicolas Sarkozy, afin de diviser la classe ouvrière sur des bases ethniques et religieuses. En tant que ministre de l’Intérieur, Valls s’applique à attaquer le droit démocratique des Roms à s’installer en France en les expulsant.

Il y a quelques jours, dans la ville de Trappes, une femme portant un voile intégral a été arrêtée par la police pour qu’elle enlève son voile. Cette interpellation dégénéra à cause des provocations des agents de police, des émeutes éclatèrent devant le commissariat, exprimant la colère sociale profonde qui se développe. Cette opération musclée de la police renforce le climat sécuritaire et la propagande médiatique autour de Valls.

Dernièrement Eugène Caselli, président PS de la communauté urbaine de Marseille a souhaité voir toute la ville de Marseille placée en zone de sécurité prioritaire, ce qui verrait le nombre de policiers s’accroitre considérablement, assiégeant la ville.

La pseudo-gauche est également responsable de la montée des politiques sécuritaires du PS. Il est important de noter que 38 pourcent des sympathisants du Front de Gauche interrogés par Ifop soutiennent Valls comme premier ministre. Ils sont donc à l’écoute des discours sécuritaires et racistes du gouvernement.

L’éditorial du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) intitulé « Valls, sarkozyste zélé » déclare : « Il sait [en parlant de Valls] que la politique d’austérité de son gouvernement génère l’insatisfaction et accumule les motifs de révolte. En alimentant les réactions hostiles face aux explosions de colère comme en se présentant en super flic, adepte de la violence d’Etat, Valls fait le lit du FN ».

Cette mise en garde contre le danger d’une montée du FN est entièrement fausse et cynique. En fait, le NPA fait partie de l’ensemble des forces politiques qui favorisent la montée de l’extrême-droite, que seule une lutte politiquement indépendante de la classe ouvrière peut stopper.

Le NPA savait lors de la présidentielle qu’une fois élu, un gouvernement PS appliquerait des mesures d’austérité, et qu’il mènerait les mêmes politiques sécuritaires et d’intervention militaire. En soutenant Hollande en mai 2012, le NPA a aidé à installer un gouvernement réactionnaire mené par le PS, dont la réaction pro-sécuritaire à son impopularité grandissante était entièrement prévisible.

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MONTRÉAL, le 12 août 2013. – Alors que s’ouvrait hier à Montréal le 23eCongrès minier mondial, où plus de 1,500 représentants d’entreprises à travers la planète sont présents pour discuter du futur de l’industrie, des organisations de la société civile et activistes dénoncent les cas de violations de droits humains liés à la présence minière canadienne dans le monde.

Depuis les dernières années, l’industrie minière est au cœur des préoccupations. En 2006, le Représentant spécial des Nations unies pour la question des droits humains et des sociétés transnationales décrivait l’industrie minière comme un cas particulier pour son influence aussi grande et aussi envahissante sur le plan social et environnemental et notait que 2/3 des abus commis par des transnationales proviennent du secteur extractif. Un rapport commandé par l’Association des prospecteurs et développeurs du Canada et rendu public par MiningWatch révèle que sur 171 incidents commis par l’industrie minière, 34% l’étaient par des compagnies canadiennes. 62% des incidents provenaient de conflits avec les communautés locales.

Guatemala : Imposition des projets miniers et répression des mouvements sociaux

Au Guatemala, le droit des peuples autochtones au consentement libre, préalable et éclairé n’est pas respecté et les projets miniers sont imposés aux populations affectées. Selon le Conseil des peuples de l’Occident, plus d’un million de personnes, à travers plus de 60 consultations populaires, ont rejeté le modèle extractiviste. Parallèlement, on assiste à la montée de la criminalisation et persécution des individus et organisations impliqués dans l’organisation de ces consultations. Selon l’Unité de protection des défenseurs de droits humains au Guatemala (UDEFEGUA), les attaques contre les défenseurs au territoire et de l’environnement représentent 28,3% de toutes les agressions contre les défenseurs de droits humains.

Un état de siège fut décrété en mai dernier dans des communautés s’étant opposé au projet minier de la compagnie canadienne Tahoe Resources, dont Goldcorp est actionnaire à 40%. Un employé de la compagnie est accusé d’avoir ordonné d’assassiner les opposants à la mine. Le 3 juin, la clinique légale Justice and Corporate Accountability Project de l’Université York portait plainte devant la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario à propos de ces faits. Le 22 juillet 2013, la Cour supérieure de l’Ontario acceptait d’entendre la cause de Guatémaltèques victimes de viols et de meurtres commis sur un site minier détenu par la canadienne Hudbay. Le 9 août 2013, pour la Journée internationale des peuples autochtones, 15 000 paysans ont fait des blocages au Guatemala pourdénoncer les impacts du modèle néolibéral; défendre le territoire contre les mégaprojets et manifester leur rejet de toute action répressive contre les femmes et les peuples. Dans son enquête pour 2012-2013, l’Institut Fraser classait le Guatemala parmi les 10 pays les moins attrayants au monde en termes d’investissement miniers. « Les événements parlent d’eux-mêmes : la présence minière canadienne au Guatemala est associée à de vives tensions, des violences allant jusqu’à des assassinats », dit Marie-Dominik Langlois, coordonnatrice du Projet Accompagnement Québec-Guatemala.

Colombie: entre profits faramineux et coûts sociaux considérables

En Colombie, comme au Guatemala, l’industrie minière cause d’importantes conséquences sociales et environnementales sur les communautés. Le plus récent rapport du vérificateur général colombien lie clairement l’industrie extractive aux conflits armés et à la violation de droits humains, affirmant que 80% des violations de droits humains, 87% des déplacements forcés, 78% des crimes contre les syndicats, 89% des crimes contre les autochtones et 90% des crimes contre les Afro-Colombiens se produisent dans les régions d’extraction minière et pétrolière. Le rapport défend la tenue d’un moratoire sur l’ensemble des concessions minières de la Colombie jusqu’à ce que le gouvernement colombien modifie ses politiques de régulation des activités extractives. Rappelons que plus de 50% des investissements étrangers dans le secteur minier en Colombie sont canadiens. Les mobilisations contre les entreprises canadiennes sont nombreuses. “Depuis le 17 juillet, les mineurs artisanaux ont déclaré une grève minière nationale pour réclamer leurs droits territoriaux alors qu’ils risquent d’être déplacés sous la pression de l’État et des compagnies minières », cite à titre d’exemple Louis-Philippe de Grandpré, membre du Projet Accompagnement Solidarité Colombie.

En Amérique latine et à travers le monde, nombreux sont les cas où l’industrie minière est associée à l’émergence de conflits, l’augmentation de la militarisation, de la violence sexuelle, des intimidations et dommages environnementaux. L’industrie extractive doit respecter le droit des peuples autochtones au consentement libre, préalable et éclairé et être contrôlée par des politiques publiques contraignantes au Canada garantissant le respect des droits humains et normes environnementales à l’étranger. L’autorégulation de l’industrie n’est pas suffisante pour s’attaquer aux problèmes. Dans l’absence de volonté politique des décideurs pour mettre en place des lois contraignantes, l’impunité corporative des minières se poursuivra et l’opposition citoyenne aux projets se fera croissante.

Source :

Projet Accompagnement Québec-Guatemala, Marie-Dominik Langlois.paqg@paqg.org / 514.756.6966 (cell.)

Projet Accompagnement Solidarité Colombie. (Louis-Philippe de Grandpré).info@pasc.ca / 5149668421 (cell.)

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Au plus fort du rêve américain et du goulag en Urss, on rapporte l’anecdote suivante: on pose la même question à un Américain et à un Russe: «Quand vous voulez acheter un steak chez vous, est-ce que vous faites la chaîne?» L’Américain répond: «Qu’est-ce que la chaîne?», le Russe répond: «Qu’est-ce qu’un steak?»

Justement, l’actualité nous rattrape. Nous allons parler de steak et de la façon de le produire. Dans le droit fil des avancées de la science, d’une façon spectaculaire dans le domaine de la biologie et du génie génétique, après avoir traité de l’homme réparé et du trans-humanisme qui donne à l’homme de nouveaux outils pour vaincre à terme la mort, je veux dans cette contribution commémorer un souvenir. Il y a tout juste un an l’amerrissage de Curiosity sur Mars, en douceur, nous a gavé tout au long de l’année d’informations qui tournent toutes autour de la question lancinante – d’une certaine façon pour la destinée humaine -: «Y a t-il eu une vie sur mars?- Curiosity a découvert que des éléments nécessaires à la vie ont bien été présents, mais aussi et surtout que les conditions physiques ont été similaires (température, pression, pH, eau liquide, minéraux, etc.) à celles qui ont régné sur Terre à l’époque de l’apparition de la vie. Elle a donc été possible sur Mars, très tôt dans son histoire (1)

Nous avons eu droit cette semaine à un scoop, en tout cas présenté comme tel: la production au laboratoire de la création d’un steak sans passer par Dame nature et le cheminement classique, engraisser un veau…De simples cellules souches font l’affaire! Partons de la définition: Un steak ou beefsteak est le résultat d’un mode de tranchage particulier de certains morceaux de viande à griller, typiquement de viande bovine, de viande de cheval mais aussi de venaison (cerf, mouflon, chevreuil, etc…). Cette définition est apparemment incomplète, comme montré dans cette contribution.

L’abus de viande nuit à la planète

On accuse la consommation de viande responsable de tous les maux de la planète dont notamment le réchauffement climatique et la souffrance des animaux: «La consommation mondiale en viande a doublé en 20 ans et continue de croître. Afin de satisfaire la demande, l’élevage intensif et l’élevage extensif se sont largement démocratisés. Cette tendance a des conséquences écologiques néfastes: l’élevage est aujourd’hui responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre et représente une cause de déforestation et de pollution. Par ailleurs, l’élevage industriel, qu’il se destine à l’alimentation ou à l’exploitation de fourrure, pose toujours le problème de la souffrance des animaux. Entre 1990 et 2010, la consommation mondiale de viande est passée de 143 à 286 millions de tonnes. Elle a donc pratiquement doublé en 20 ans ».(2)

«  Elle pourrait doubler encore d’ici à 2050. La consommation croît plus particulièrement dans les pays en développement parce que leur population augmente et parce que leur régime alimentaire évolue – des populations parfois sous ou mal nourries accèdent à une alimentation plus riche. Elle atteint aujourd’hui environ 30 kg de viande par an et par habitant, contre 80 kilos dans les pays industrialisés.»(2) L’élevage extensif est la principale cause de déforestation en Amérique. (…)La production de viande exige des quantités importantes de ressources. Ainsi, pour produire un kilo de viande de boeuf, il faut environ sept kilos de céréales – deux kilos seulement pour du poulet. Et comme il faut entre 1000 et 2000 litres d’eau pour produire un kilo de blé, cela signifie qu’il faut plus de 10.000 litres d’eau pour un kilo de boeuf. En termes d’émissions de gaz à effet de serre, un kilo de boeuf issu de l’élevage intensif équivaudrait à une trentaine de kilos d’équivalent CO2; presque dix fois moins pour un kilo de volaille. Enfin, l’élevage intensif crée de la souffrance animale. Entassés dans des bâtiments fermés, mutilés parfois, ils connaissent des conditions de vie effroyable.»(2)

Quelle serait la solution? De la viande in vitro pour réduire nos émissions?

Comment alors optimiser cela et minimiser les contraintes tout en ayant à l’esprit que dans trente ans nous allons à ce rythme consommer 500 millions de tonnes de viande? L’idée est de changer de paradigme: «Produire de la viande non plus en élevant des animaux mais en cultivant des cellules musculaires de poulet, de boeuf ou de porc en laboratoire, comme on le fait déjà pour fabriquer de la bière ou des yaourts. Voilà une dizaine d’années que les scientifiques planchent sur des expériences de viande artificielle. Selon le rapport, que cite le Guardian, la viande in vitro réduirait de 96% les émissions de gaz à effet de serre entraînées par l’élevage. Sa production exigerait par ailleurs entre 7 et 45% moins d’énergie que celle de la viande produite de manière conventionnelle. Enfin, la viande en boîte n’aurait besoin que d’1% des terres et de 4% de l’eau actuellement dévolues au bétail, soit une manière efficace de lutter contre la déforestation et la hausse rapide du prix des céréales.»(3)

Le premier steak artificiel coûte… 250.000 euros

Nourrir 9 milliards d’hommes avec de la viande artificielle? Le pari n’est pas nouveau, Mark Post, un médecin néerlandais patron du département de physiologie de l’Université de Maastricht (Pays-Bas), a déclaré lors d’une conférence scientifique à Vancouver (Canada) qu’il prévoyait de dévoiler ce hamburger en octobre, et de le voir produit à grande échelle dans les dix à vingt prochaines années. (…) «Les tissus produits ont exactement la même structure que les originaux, assure Mark Post. La viande produite à partir des cellules souches doit ressembler exactement à celle que nous avons l’habitude de consommer, autrement il sera impossible de convaincre les gens de renoncer à ce qu’ils connaissent». (…) L’Académie de la viande, qui s’est fermement opposée au clonage de viande en mai 2011, précisait dans son communiqué: «Une difficulté majeure (mais loin d’être la seule) est de reproduire la finesse de l’irrigation sanguine qui apporterait les nutriments et les facteurs de croissance nécessaires aux cellules en mimant l’irrégularité des pulsations cardiaques». (4)

Balayant tout cela, le concept annonce le steak nouveau: «Il pèse 142 grammes et coûte 250.000 euros: le premier burger créé in vitro et fabriqué à partir de cellules souches de vache va être cuisiné, servi et dégusté aujourd’hui à Londres. Il pesait 142 grammes et a coûté 250.000 euros: le premier burger créé in vitro à partir de cellules souches de vache a été cuisiné et dégusté lundi à Londres (…)Verdict en substance: «goût assez intense», «même texture» et un profil général «proche de la viande» malgré un «manque de gras»(…) (5)

Vers la fabrication d’organes sur mesure: où est l’éthique?

Plus largement, nous assistons à une course poursuite sans arbitre : La biologie nous permet de tout reproduire en reprogrammant génétiquement les cellules souches dans la direction voulue. Paul Benkimoun nous en parle: «La recette paraît très simple à réaliser: prenez des cellules humaines reprogrammées pour retrouver des capacités équivalentes à celles des cellules souches embryonnaires, poussez une partie d’entre elles vers un destin de cellule de foie, mettez le tout dans un milieu de culture pendant quelques jours, laissez reposer et vous obtenez un bourgeon de foie prêt à être transplanté, pour l’instant à titre expérimental chez la souris. Bien évidemment, obtenir des organes à volonté n’est pas chose aussi aisée que ce résumé du travail de l’équipe de Takanori Takebe et Hideki Taniguchi publié jeudi 4 juillet par Nature, mais le savoir-faire des bio-ingénieurs ne cesse de progresser, comme l’ont illustré les reconstructions de trachée ou de vessie réalisées ces dernières années, ainsi que des travaux plus expérimentaux.» (6)

« Comment poursuit Paul Benkimoun, alors séparer ce qui est du domaine de l’humain et qui ne doit pas être brevetable de ce qui relève de l’ingéniosité. Le feuilleton de Myriad Géntics qui avait cette prétention est édifiant. Tout est parti dans cette gigantesque bataille pour le brevetage du vivant de la bactérie de «Chakrabarty». «A la fin des années 1990 lit-on sur le journal Le Monde, la société de biotechnologie Myriad Genetics, a obtenu aux Etats-Unis plusieurs brevets sur les gènes BRCA1 et BRCA2, gènes dont les mutations sont associées à un risque élevé de cancers du sein et de l’ovaire. (..) La Cour a rappelé son jugement de 1980 sur la brevetabilité de la bactérie «Chakrabarty», obtenue en laboratoire par croisement entre deux bactéries. Ce nouveau micro-organisme capable de digérer les pollutions pétrolières était brevetable, car absent de la nature et né de l’ingéniosité de l’homme. La Cour a opposé l’invention de cette bactérie à la découverte des séquences génétiques par Myriad Genetics, arguant que, «dans ce cas, Myriad n’a rien créé». La Cour a retenu toutefois la brevetabilité des ADN complémentaires (ADNc), molécules d’ADN synthétiques copiées in vitro à partir des ARN messagers transcrits des gènes et à partir desquels des protéines spécifiques peuvent être synthétisées. (…) Le droit européen pourra-t-il longtemps encore conserver son article 5.2 de la directive sur la protection juridique des inventions biotechnologiques qui stipule qu’»un élément isolé du corps humain ou autrement produit par un procédé technique, y compris la séquence ou la séquence partielle d’un gène, peut constituer une invention brevetable, même si la structure de cet élément est identique à celle d’un élément naturel»?»(7)

Science-fiction dans le domaine du réel

Dans vingt ans, on pourra avoir dans nos supermarchés deux produits ayant exactement le même goût et la même apparence. L’un provenant de la vache qui comportera une écotaxe et impliquera que des animaux aient été tués- on découvre depuis quelque temps la souffrance des animaux comme argument !-. L’autre venant du labo sans que personne n’ait eu à souffrir et potentiellement moins cher» L’expérience de ce steak a été prévu. Il suffit de lire les livres d’anticipation d’ Isaac Asimov.

Dans ses histoires de robots, les habitants (qui vivent sous terre) se doivent de visiter la fameuse fabrique de viande, dont le morceau «mère» baigne dans un liquide nourricier. Le vrai steak – au prix du caviar – ne sera plus réservé qu’aux classes très riches. Le bas peuple aura son «Soylent Green» (soleil vert) comme quoi ce film était prophétique. Soylent Green est un film d’anticipation réalisé par Richard Fleischer, sorti en 1973 et inspiré du roman de Harry Harrison. L’action du film se déroule en l’an 2022. New York baigne alors dans une étrange lumière jaune, qui a détruit la faune et la flore. Très peu de terres sont encore cultivables et les habitants qui n’ont pas les moyens d’acheter des aliments naturels, à cause de prix exorbitants, mangent un aliment de synthèse, produit par la multinationale «Soylent» On se rappelle la scène mémorable où l’acteur Edward G. Robinson est en train de manger une denrée rare: un steak. Et Charlton Heston, qui n’en a jamais vu, de lui demander:» C’est quoi?» et l’autre de lui répondre: «Un steak, un vrai, comme dans l’ancien temps..»(8)

Revenir à la Nature, revenir au Lien à la place du bien

Bardé de tous les avantages, ce steak ambitionne de régler la faim dans le monde. Selon ses concepteurs, qui tablent sur une commercialisation dans un délai de dix à vingt ans et cela sans les inconvénients de l’élevage industriel qui pollue, demande de grosses quantités d’eau, émet des gaz à effet de serre et mobilise 70% des terres agricoles mondiales. Mais est-ce la finalité que d’aller vers la civilisation du toujours plus, de la boulimie et de la fuite en avant qui fait que si Dame nature ne répond pas (Overshoot Day dépassé), on s’en passe et on commence à bricoler le vivant avec le risque prométhéen de fabriquer une inhumanité?

Carolle Anne Dessureault nous décrit une autre voie, celle qui prône le vivre- ensemble la sobriété et l’autonomie.. Nous l’écoutons: «En 1516, Thomas More, humaniste et chancelier d’Angleterre, fin observateur des injustices sociales de son temps, publie «L’Utopie ou le Traité de la meilleure forme de gouvernement», une oeuvre qui offre le modèle d’une société égalitaire au sein de laquelle les hommes vivent en communauté, heureux et épanouis. Même si Thomas More considérait la réalisation d’une telle société égalitaire comme souhaitable, il ne l’espérait guère… Pourtant, les semences de sa vision sont peut-être en train de germer. Dans un grand jardin potager. En effet, une communauté dans le nord de l’Angleterre démontre qu’il est possible de prospérer par l’entraide et de se libérer de la servitude du pouvoir ». (9)

« Le potager de l’avenir construit à Todmorden avec ses «incroyables comestibles» est en train de devenir un modèle pour d’autres pays. (…) Trois femmes ont l’idée de créer un «réseau de jardinage», Incredible Edible, pour que leurs concitoyens puissent planter et récolter localement une nourriture fraîche et de saison. Une élue locale, propose d’utiliser les espaces verts publics. Chaque citoyen est invité à participer aux plantations et à l’entretien des potagers qui vont rapidement se multiplier à travers la ville car chaque habitant est invité à entretenir un «bed», un espace de plantation. Au début, une soixantaine de personnes se joignent au mouvement. Il n’y a pas que des adultes comme volontaires, des enfants aussi! Avec le temps, le mouvement prend une ampleur insoupçonnée.»(9)

«Lorsque vient le moment de récolter les fruits du travail collectif, chacun peut cueillir tout ce dont il a besoin. Puis, l’expérience du partage évolue. Des tâches sont confiées à des spécialistes. (…) Le principe de base toutefois reste inchangé: tous les citoyens peuvent bénéficier des productions de miel. Aujourd’hui, la ville s’est transformée en verger et potager à la disposition de tous. Le mot qu’on lit en y entrant, et inscrit devant les plantations est: share, partager. «Servez-vous, c’est gratuit.» Plus de 70 sites de plantation urbains fournissent fraises, petits pois, pommes, cerises, aromates, fenouil, carottes et oignons…Le tissu social s’est reformé, la criminalité diminue d’année en année! La solidarité existe, un mot qu’ils expérimentent. Selon les statistiques, la criminalité diminue d’année en année. Sans doute faut-il voir dans cette expérience un nouveau sens à la vie et aux relations que les gens découvrent? Peu à peu les gens retrouvent leur autonomie. L’éducation, l’économie et la collectivité semblent ici indissociables. Il reste encore beaucoup à faire. Le changement d’attitude des gens, leur vision élargie, voilà le grand gain humain.»(9)

Rien à ajouter à cet apprentissage du bonheur ! Est-ce une utopie ? Mythe de Prométhée ou respect des fondamentaux de la vie -aller vers le Grand humain comme l’écrit Carolle Anne Dessureault pour pouvoir vivre au lieu de survivre- il nous faut choisir. Il n’est pas trop tard

Notes

1. http://www.maxisciences.com/rover-curiosity/curiosity-boucle-une-premiere-annee-pleine-de-decouvertes-sur-mars_art30428.html

2. http://www.goodplanet.info/Alimentation-agriculture/Elevage/Elevage/(theme)/1652 22/08/2008

3. Audrey Garric http://ecologie.blog. lemonde.fr/2011/06/28/de-la-viande-artificielle-pour-reduire-nos-emissions/

4.Morgane Bertrand http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20120221.OBS1966/trente-ans-apres-le-premier-bebe-eprouvette-le-premier-steak-in-vitro.html

5.http://www.challenges.fr/entreprise/20130805.CHA2864/le-premier-steak-artificiel-coute-250-000-dollars.html

6. Paul Benkimoun http://www.lemonde.fr /sciences/article/2013/07/08/vers-la-fabrication-d-organes-sur-mesure_3444271_1650684.html 09.07.2013

7.http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/07/03/la-cour-supreme-libere-les-genes_3439918_1650684.html

8. Soleil vert http://fr.wikipedia.org/ wiki/Soleil_vert_(film)

9.Carolle Anne Dessureault http://www. les7duquebec.com/7-au-front/les-incroyables-comestibles-de-todmorden-gratuit-et-elevant/ 13 juin 2013

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

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Le désastreux bilan économique de Nicolas Sarkozy

août 10th, 2013 by Salim Lamrani

Nicolas Sarkozy, président de la République française de 2007 et 2012, a toujours fustigé la gauche pour ses dépenses publiques et s’était plaint de trouver un Etat « en faillite ». Il avait alors promis être le garant du sérieux budgétaire. Pourtant, son bilan économique est désastreux.

La présidence de Nicolas Sarkozy a marqué les esprits par son caractère outrancier, sa collusion avec les puissances d’argent et la stigmatisation de certaines catégories de la population tels que les fonctionnaires, les syndicalistes, les catégories issues de l’immigration et les Roms. Les propos xénophobes de Sarkozy avaient d’ailleurs été condamnés par le Parlement européen en septembre 2010.

Le nom de l’ex-président est toujours d’actualité, mais cette fois-ci du côté judiciaire. Sarkozy, dont les comptes de campagne ont été rejetés par le Conseil d’Etat pour avoir violé la loi, entrainant une perte de 11 millions d’euros pour l’UMP, son parti politique, est impliqué dans plusieurs scandales financiers dont celui le liant à l’héritière Bettencourt, deuxième fortune française. Il semble que le chantre de la « République exemplaire » se soit limité à la rhétorique.

Il est un sujet plus méconnu : le bilan économique du quinquennat de Nicolas Sarkozy1. Ce dernier est révélateur de l’échec absolu des politiques néolibérales et de l’abîme qui sépare le catéchisme dogmatique de la réalité des statistiques. Pourtant, suite à son élection, Sarkozy avait promis de redresser les finances publiques. Il n’en a rien été.

Selon l’Agence France Trésor, de 2007 à 2012, la dette publique de l’Etat est passée de 921 milliards d’euros à 1 386 milliards d’euros, soit une explosion de 50,4% en l’espace de cinq ans équivalent à 465 milliards. Quant à la dette globale publique de la France, c’est-à-dire la dette de l’Etat, des organismes sociaux et des collectivités territoriales, selon l’Institut national de la statistique et de l’étude économique (INSEE), elle est passée de 1 221,1 milliards d’euros à 1 818,1 milliards d’euros, soit une hausse de 48,9%, d’un montant de 597 milliards.

Pour ce qui est de la croissance économique, selon Eurostat, elle est passée de 2,3% en 2007 à 0% en 2012, plongeant la France dans la récession. Quant à la balance commerciale, toujours selon Eurostat, elle a explosé de moins 52 milliards en 2007 à moins 81,5 milliards en 2012, soit une détérioration de 56,7%, représentant la somme de 29,5 milliards d’euros.

Au niveau du chômage, le bilan de Nicolas Sarkozy est également très négatif avec une hausse sensible du nombre de demandeurs d’emploi. Selon l’INSEE, le taux est passé de 8,4% en 2007 à 10,2% en 2012, soit une augmentation de 1,8% équivalant à une perte de 436 700 emplois.

Le gouvernement de Nicolas Sarkozy s’est également caractérisé par les cadeaux fiscaux faits aux grandes fortunes et aux grosses entreprises du CAC 40, dont les impôts ont été diminués, contribuant ainsi à une grave diminution des recettes tributaires et à un sérieux appauvrissement de l’Etat, qui s’est retrouvé limité dans ses fonctions régaliennes. Par exemple, les plus hauts revenus ont vu leur taux d’imposition passer de 49% à 41% et les sociétés de 50% à 34,6%. Ainsi, entre 2007 et 2012, les recettes fiscales ont baissé de 196 milliards d’euros.

Avec une telle somme, Sarkozy aurait pu construire 2 millions de logements sociaux, ou créer 6 millions d’emplois dans la fonction publique (éducation, santé, culture, loisir) avec un salaire mensuel net de 1 500€.

Par ailleurs, en 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, a décidé de vendre 600 tonnes d’or de la Banque de France sur une période de 5 ans, pour la somme de 9 milliards d’euros. Cette opération s’est révélée catastrophique. En effet, l’once d’or était à l’époque à son cours le plus bas : 409,72 dollars. Il est passé en l’espace de 5 ans à plus de 1 384 dollars. Si Sarkozy avait vendu l’or à la fin de son mandat, la France aurait empoché plus de 18 milliards de dollars2.

La présidence de Nicolas Sarkozy est le symbole de l’échec des politiques néolibérales qui sont politiquement dangereuses, économiquement inefficaces et socialement désastreuses. L’argent public a été dilapidé et l’Etat-providence démantelé, occasionnant une crise économique sans précédent et une grande fracture sociale, dans le seul but de protéger les intérêts des puissances d’argent.

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

Notes

1 Renelle, « Les chiffres de la débâcle sarkozienne sont arrivés », Médiapart, 1er avril 2013. http://blogs.mediapart.fr/blog/renelle/010413/les-chiffres-de-la-debacle-sarkozienne-sont-arrives (site consulté le 15 juillet 2013).

2 Nathalie Balsan-Duverneuil, « Quand Nicolas Sarkozy vendait l’or français pour une poignée de cacahuètes », Midi Libre, 8 février 2012.

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L’ancien soldat des forces spéciales guatémaltèques Pedro Pimentel Rios lors du procès pour son rôle dans le massacre de Los Erres, l’un des pires génocides de l’après-guerre. Photographie : Moises Castillo/AP

L’autocensure de nos journalistes rend invisibles aux yeux des américains les sinistres conséquences de la puissance militaire US.

Les dépenses militaires des Etats-Unis, en dollars constants, restent plus élevées qu’elles ne l’étaient au paroxysme de la politique reaganienne d’armement lors de la Guerre froide, plus élevées que pendant la guerre du Vietnam ou celle de Corée. Nous semblons être en état de guerre permanente, et -comme nous l’avons appris récemment-d’espionnage et de surveillance étatiques de masse de nos propres citoyens. Et ce en dépit d’un affaiblissement constant des menaces réelles pesant sur la sécurité physique des Américains. Seules 19 personnes sont mortes d’actes terroristes depuis le 11 septembre 2001, et aucun ou presque de ces décès n’est lié au terrorisme étranger. Par ailleurs, aucun « pays ennemi » ne représente une réelle menace militaire pour les Etats-Unis -si tant est qu’il existe un gouvernement pouvant être qualifié d’ « ennemi ».

Une des raisons de ce décalage est la vision grossièrement déformée qu’offrent les médias de masse de la politique étrangère US. Ils présentent une politique étrangère bien plus inoffensive et légitime que la réalité impérialiste connue dans la plupart des pays de la planète. Dans un article complet et parfaitement documenté publié par le North American Congress on Latin America (NACLA), Keane Bhatt donne un excellent exemple de ce processus.

Bhatt se focalise sur une intéressante émission populaire de la National Public Radio (NPR), ’This American Life’, et plus précisément sur un épisode qui a remporté le Peabody Award. Le Peabody Award est un prix prestigieux qui récompense de brillantes réalisations dans le domaine du journalisme électronique. Ceci rend l’exemple encore plus pertinent.

L’épisode concerné traitait du massacre de 1982 au Guatemala. Il offre, témoignages à l’appui, un récit captivant du terrible massacre de la quasi-totalité de la population du village de Dos Erres, plus de 200 personnes. Les femmes et les jeunes filles sont violées puis tuées, les hommes sont tués par balles ou à coups de masse ; et nombre d’entre eux, y compris des enfants, sont jetés -certains encore vivants- dans un puits qui fait office de fosse commune. L’émission entraîne l’auditeur au cœur d’une enquête héroïque sur ce crime -le premier à avoir débouché sur des condamnations pour ce type d’homicide. Elle fournit le témoignage émouvant d’un survivant âgé de trois ans lors des faits. Trois décennies plus tard, vivant dans le Massachusetts, il découvre ses racines et son père biologique grâce à l’enquête. Le père perdit sa femme et ses huit autres enfants, mais, absent du village ce jour-là, il survécut au massacre.

Le récit insiste sur le fait que ce n’était qu’un bain de sang parmi beaucoup d’autres :

This happened in over 600 villages, tens of thousands of people. A truth commission found that the number of Guatemalans killed or disappeared by their own government was over 180,000.”

(“Celà eut lieu dans plus de 600 villages, des dizaines de milliers de personnes. Une commission pour la vérité a découvert que le nombre de Guatémaltèques disparus ou tués par leur propre gouvernement dépasse 180 000.”)

Mais il y a une étonnante omission : le rôle des Etats-Unis dans ce que la Commission pour la Vérité de l’ONU de 1999 a défini comme un génocide. L’ONU mit l’accent sur le rôle de Washington, et le président Clinton présenta des excuses publiques à ce sujet -les premières et, à ma connaissance, les seules excuses d’un président américain pour l’implication des Etats-Unis dans un génocide. Le rôle des Etats-Unis dans la fourniture d’armes, d’entraînement, de munitions, de couverture diplomatique, de soutient notamment politique aux criminels de masse est bien documentée, et a bénéficié d’un regain de documentation et d’attention à l’occasion du récent procès de l’ancien dictateur militaire, le General Efraín Ríos Montt, qui dirigea le pays en 1982-83. (Comme le note Bhatt, l’émission précise que l’ambassade des Etats-Unis avait entendu parler de massacres durant cette période mais n’avait pas tenu compte de ces informations ; ceci est pour le moins troublant -certains câbles montrent que l’ambassade savait clairement ce qui se passait.)

En fait, l’un des soldats ayant participé au massacre de Dos Erres, Pedro Pimentel, condamné plus tard à 6 060 ans de prison, fut hélitreuillé le lendemain du crime de masse vers l’Ecole des Amériques, institut militaire US connu pour avoir entraîné certains des pires dictateurs et violateurs de droits humains de la région.

Il est étonnant que l’un des pires génocides d’après-guerre ait pu se dérouler à quelques heures de vol du sol des Etats-Unis sans que presqu’aucun média n’en fasse état. Ici on peut lire l’interview par le journaliste d’investigation Allan Nairn d’un soldat guatémaltèque de 1982 décrivant la façon dont ses camarades et lui-même assassinèrent des villages entiers, comme à Dos Erres. Pourtant, les médias dominants l’ignorèrent, ce qui permit à Ronald Reagan de présenter Ríos Montt comme ’un homme engagé et d’une grande intégrité’ (’a man of great personal integrity and commitment’). Les oublis de ’This American Life’ sont donc également ironiques dans ce contexte historique.

Il est clair qu’Ira Glass, l’animateur de l’émission, connaissait le rôle des Etats-Unis dans le génocide au Guatemala. Il semble que dans les années 1980 il se soit rendu en Amérique centrale et ait milité contre les guerres et crimes de guerre financés par les Etats-Unis. Dans une correspondance électronique avec Bhatt, il reconnut : ’peut-être avons-nous fait une erreur’ (’maybe we made the wrong call’) en n’évoquant pas le rôle des Etats-Unis.

Il s’agit d’un euphémisme, mais il est salutaire. Pour un programme diffusé en Anglais aux Etats-Unis, c’est certainement la chose la plus importante que les Américains ont besoin de savoir à propos du génocide.

Je ne blâme pas Glass. Il a probablement supposé que s’il avait évoqué le rôle des Etats-Unis, voire interrogé des responsables US, il aurait rencontré des problèmes vis-à-vis de la NPR. Son émission n’aurait certainement pas remporté un Peabody Award.

C’est ce qui fait de cette émission un exemple révélateur de la façon dont la censure et l’autocensure fonctionnent dans les médias US. Cela démontre, dans ce cas particulier, ce que j’ai constaté un nombre incalculable de fois durant 15 années passées à parler de ces problèmes avec des journalistes. Ils savent quelles sont les limites et quelle dose de vérité ils peuvent se permettre. J’ai rencontré beaucoup de bons journalistes qui essaient de dépasser ces bornes, et certains y arrivent -mais ils durent rarement bien longtemps.

Scott Wilson, qui fut un responsable de service étranger au Washington Post et couvrit le Venezuela durant le court coup d’Etat contre le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela en 2002, déclara lors d’une interview que les ’Etats-Unis étaient impliqués’ (’there was US involvement’) dans le coup d’Etat. Pourtant, ce fait important n’apparut pas dans le Post, ni dans aucun des grands médias des Etats-Unis, malgré les preuves remarquables présentes dans des documents gouvernementaux US. Encore une fois, il s’agit de la partie la plus importante de l’histoire pour une audience US -surtout dans la mesure où cela joua un rôle majeur dans la dégradation des relations entre Washington et Caracas durant la dernière décennie, et eut probablement un impact significatif sur les relations avec l’ensemble du continent sud-américain. Cependant, comme dans le récit de Dos Erres, le rôle des Etats-Unis dans ce crime ne peut pas être mentionné.

Il en va de même du rôle des Etats-Unis dans le coup d’Etat qui détruisit la démocratie hondurienne en 2009. Les efforts considérables de l’administration Obama pour soutenir et légitimer le gouvernement putschiste ne furent pas considérés comme dignes d’intérêt par les journalistes US. (Bhatt étudia également une émission de ’This American Life’ sur le Honduras, qui éluda le coup d’Etat soutenu par les Etats-Unis alors qu’il aurait dû y occuper une place centrale.) Mais cela aurait également dépassé les limites des médias US.

A quoi ressemblerait la politique étrangère, militaire et de soi-disant ’sécurité nationale’ des Etats-Unis si les medias en rapportaient les faits les plus importants ? Il y aurait beaucoup moins de cadavres de part et d’autre. Et nous n’aurions pas besoin d’effectuer des coupes dans “meals on wheels” (“soupes populaires” – NdR) ou d’autres programmes d’aide alimentaire aux populations pauvres ou âgées dans le but de maintenir le budget militaire le plus incroyablement démesuré du monde.

Traduction Erwin pour le Grand Soir

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Mercredi et jeudi matin, les Etats-Unis ont lancé au Yémen leur cinquième et sixième frappe de drone en l’espace de deux semaines, tuant sept militants présumés d’al Qaïda lors de la première attaque et au moins trois autres lors de la seconde. L’attaque de mercredi a ciblé les membres d’une tribu de bédouins de la province de Shabwa. Celle de jeudi a touché une voiture transportant de présumés membres d’al Qaïda dans la région d’Erq al Shabwan dans la vallée Abeidah au Marib.

Mardi, cinq missiles tirés par un drone américain ont touché un véhicule qui circulait dans la province de Marib, tuant jusqu’à six personnes.

Les Etats-Unis ont mené les attaques de drone dans un intervalle très rapproché sur ordre du gouvernement Obama, mettant fin à une interruption de sept semaines des frappes contre le Yémen. Il devient de plus en plus évident que l’alerte terroriste mondiale annoncée vendredi dernier est liée tout autant à des objectifs étrangers que domestiques.

Sur le plan intérieur, la menace terroriste est avancée pour justifier les programmes de surveillance d’Etat policier divulgués par le lanceur d’alerte Edward Snowden. Le gouvernement Obama comme les députés démocrates et républicains affirment que les opérations massives d’espionnage visent exclusivement des personnes soupçonnées de terrorisme et qu’elles sont essentielles à la « guerre contre le terrorisme. » L’évocation permanente d’une attaque imminente, vague et totalement sans fondement, sert à créer un climat de peur de façon à intimider et à dissiper le soutien populaire pour Snowden et l’opposition populaire contre les programmes de surveillance de type Big Brother.

Entre-temps, de nouvelles révélations concernant des programmes d’espionnage et basées sur des documents divulgués par Snowden exposent l’ampleur générale des opérations et montrent que les déclarations officielles sur leur caractère soi-disant juridique et étroitement ciblé sont des mensonges.

Sur le plan international, la menace terroriste est utilisée pour couvrir une intensification de la violence militaire des Etats-Unis au Moyen-Orient. Frustré par son incapacité à ce jour de mettre fin au régime de Bachar al-Assad en Syrie au moyen d’une milice d’opposition agissant à sa place, Washington semble déterminé à démontrer la puissance destructrice de sa technologie militaire en lançant un avertissement tant au régime syrien qu’aux alliés de Damas, notamment l’Iran et la Russie.

Un journaliste de l’Associated Press se trouvant dans la capitale du Yémen, à Sanaa, a dit qu’un drone américain avait survolé la ville durant une bonne partie de la journée de mercredi. Le New York Times a rapporté que des barricades de l’armée se dressaient dans de nombreuses rues de Sanaa et que des avions de combat les survolaient. Des équipes des forces spéciales américaines ont été placées en état d’alerte maximum en prévision d’incursions dans la péninsule arabe.

Des responsables yéménites ont déclaré mercredi avoir déjoué un complot terroriste contre les installations portuaires, gazières et pétrolières. Les combattants d’al Qaïda auraient projeté de s’emparer du contrôle du port maritime d’Al Mukalla et du terminal pétrolier de Mina al-Dhaba. Ces affirmations ont été reçues avec beaucoup de scepticisme parmi les Yéménites. Celles-ci semblent s’inscrire dans une perspective de renforcer la crédibilité de l’alerte terroriste décrétée par les Etats-Unis.

Selon la fondation américaine New America Foundation sis à Washington DC, « A la date du 6 août 2013, les frappes américaines par des avions et par des drones ont tué entre 610 et 849 personnes au Yémen… 99 pour cent de ces morts sont survenues durant la présidence d’Obama. »

Une étude faite par l’organisation suisse de défense des droits de l’homme l’Alkarama Foundation et intitulée « La guerre des Etats-Unis au Yémen : attaque de drones, » a trouvé qu’entre 2002 et 2013, jusqu’à 226 opérations militaires américaines avaient eu lieu au Yémen, dont des frappes lancées à partir d’avions avec et sans pilote et de navire de guerre, causant la mort d’au moins 390 civils.

Le Yémen est situé le long du Golfe d’Aden qui présente un intérêt stratégique crucial car il contrôle le détroit de Bab el-Mandeb, qui à son tour contrôle l’accès à la Mer rouge. Comme le World Tribune l’avait rapporté en janvier, les Etats-Unis disposent de projets à long terme pour construire au moins trois bases militaires au Yémen dans le cadre de l’initiative du gouvernement Obama de renforcer la présence militaire américaine dans ce pays. Un article paru le 27 mai dans le Yemen Times a dit que 35 entreprises internationales sont en train de se positionner pour avoir accès à vingt nouveaux sites d’exploitation pétrolière dans le pays.

Dans la mesure où il existe une menace d’attaques terroristes contre des Américains, elle trouve son origine dans la politique brutale et réactionnaire pratiquée par les Etats-Unis au Moyen-Orient et en Asie centrale. Celle-ci combine la violence et les meurtres gratuits au soutien de régimes despotiques en Arabie saoudite et dans d’autres pays pétroliers et appuie l’oppression israélienne des Palestiniens. Les Etats-Unis soutiennent aussi la junte militaire en Egypte.

Comme le journaliste yéménite Farea al-Muslimi l’a raconté au sénat américain en 2012, « Les frappes de drone sont pour beaucoup de Yéménites le visage de l’Amérique. » Al-Muslimi a décrit une attaque commise en décembre 2009 contre al-Majala et qui a coûté la vie à au moins 40 civils, dont des enfants et des femmes enceintes.

Larry Lewis, du Centre pour l’analyse navale, qui a réalisé une étude sur l’usage des drones dans la guerre en Afghanistan, a constaté que les frappes de drones ont tué dix fois plus de civils afghans que les frappes exécutées par des avions opérés par un pilote, contrairement aux affirmations du président Obama que « les avions ou les missiles conventionnels sont beaucoup moins précis que les drones et risquent de causer plus de victimes civiles et davantage d’indignation locale. »

En février, le sénateur Lindsey Graham de la Caroline du sud avait reconnu que les Etats-Unis avaient tué près de 5.000 personnes à l’aide de drones et remarqué avec suffisance que « parfois on tue des gens innocents. »

Dans une interview donnée mercredi soir à l’émission de télévision américaine « Tonight Show » animée par Jay Leno, le président Obama a continué à défendre les programmes de surveillance de la NSA (National Security Agency) les qualifiant de « dispositif crucial de l’anti-terrorisme. » Malgré les documents divulgués qui montrent que la NSA collecte les relevés des communications téléphoniques de chaque Américain et des communications par Internet effectuées dans le monde entier, il a déclaré de façon absurde: « Nous ne disposons pas d’un programme de surveillance intérieure. »

Obama n’a fourni aucune nouvelle preuve pour justifier la menace de terrorisme, disant simplement qu’il « était suffisamment significatif que nous prenions toutes nos précautions. »

(Article original paru le 8 août 2013)

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Au sujet de la menace terroriste présentée par les États-Unis comme imminente au Yémen et des fermetures d’ambassades occidentales, M. Gilles Gauthier (*), ancien ambassadeur de France au Yémen, a déclaré sur les ondes de France Culture, que les dirigeants européens se sont couverts de ridicule.

Au journaliste [1] Lors de l’émission « Les Matins d’été » de France Culture, du 8 (…) qui demandait si les éléments qui ont permis aux États-Unis de faire état d’une menace imminente au Yémen étaient crédibles et si la fermeture des ambassades et l’évacuation des ressortissants américains ne servaient pas à justifier les écoutes généralisées dénoncées par Edward Snowden M. Gilles Gauthier a répondu :

« Je voulais d’abord vous dire que j’ai beaucoup aimé votre présentation [2] Nous avions nous aussi été agréablement surpris par l’honnêteté rare de la (…)parce que depuis quelques jours je suis ahuri par la présentation des évènements […] touchant le Yémen par la presse, par tous les médias.

Effectivement on a un évènement totalement fabriqué ; une communication américaine qui devient un évènement […] et à ce moment là tout le monde commence à s’affoler [...]. Je crois qu’il y a un emballement ; c’est-à-dire que nos chancelleries à nous, nos dirigeants européens, sont pris dans le mouvement, ne savent plus trop ce qu’ils font et ils suivent et ils ferment eux aussi les ambassades […]. C’est un peu dérisoire tout ça…Je suis très content que votre radio, votre émission remette un peu les choses d’aplomb… ».

[…]

« J’étais ambassadeur au Yémen jusqu’à il y a 3 ans ; et j’y suis retourné au mois de janvier [...] Il y avait eu un moment où le mouvement d’Al-Qaïda avait entièrement contrôlé une assez importante région proche d’Aden. Depuis, le président yéménite a réussi très intelligemment à la récupérer entièrement. On n’en a pas beaucoup parlé ; c’était un évènement positif. […] Les Américains avec leurs drones ne sont pas capables de faire ça. Cela a été fait en coopération avec le président et les tribus du sud. Du coup les gens d’Al-Qaïda se sont trouvés dispersés […] Donc effectivement il y a un danger de ce type … pour les Américains, mais ils sont en danger aussi à cause de leur politique… »

À la question de savoir si la méthode des États-Unis – l’usage des drones pour combattre le terrorisme – n’est pas contreproductive et si on ne créé pas du terrorisme avec les drones, Obama étant sur la même ligne que George Bush junior, Gilles Gauthier a répondu :

« Bien sûr, la politique des drones est une façon de fabriquer les terroristes […] Oui c’est dommage, c’est regrettable. Il (Obama) est totalement sur la même ligne ; il l’a même accentuée […] ; les États-Unis, un pays qui a des valeurs démocratiques, sont totalement en dehors de tout droit international ; l’usage des drones en dehors des situations de guerre […] les opérations de guerre sur un territoire étranger, sont une monstruosité. […] Le Yémen n’est pas les État-Unis ; ils n’ont aucun accord militaire officiel qui les autorise à faire cela ; ils sont dans un cadre tout à fait illégitime qui peut être qualifié d’opération terroriste […] ce sont des opérations qui n’entrent dans le cadre d’aucune légitimité internationale. »

(*) Après plusieurs postes au Liban, en Tunisie, en Algérie, au Bahreïn et en Egypte, Gilles Gauthier devient ambassadeur de France au Yémen en octobre 2006.

Notes

[1] Lors de l’émission « Les Matins d’été » de France Culture, du 8 août.

[2] Nous avions nous aussi été agréablement surpris par l’honnêteté rare de la part du journaliste

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Violente répression d’une manifestation pacifique contre l’extension du mur d’apartheid à Bi’lin, en août 2005. Cette photo est plus conforme à la façon dont l’occupant israélien conçoit le “dialogue” avec les Palestiniens – Photo : Mahmoud Burnat

Cela n’égale sans doute pas l’attente fiévreuse déclenchée par cette fameuse poignée de main entre les dirigeants israéliens et palestiniens sur la pelouse de la Maison Blanche en 1993, mais le sentiment d’espoir inspiré par la reprise tant souhaitée de pourparlers de paix, est à la fois tangible et profondément déplacé.

Les pourparlers dont il a été convenu qu’ils commenceraient pour de bon dans la région à la mi-août, ont lieu non pas parce que le Premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, ou l’ex-président palestinien, Mahmoud Abbas, estiment qu’un accord est à portée de main. Les deux parties acceptent de discuter juste pour éviter d’être critiquées pour avoir mis dans l’embarras John Kerry, le secrétaire d’État américain.

L’ambiance factice d’un « changement qui est dans l’air » a été illustrée la semaine dernière par un sondage révélateur montrant que 55% des Israéliens voteraient pour un accord si on lui en soumettait un, avec 25% qui y seraient opposés. Ce qui est totalement négligé, c’est le fait que beaucoup plus d’Israéliens – 70%- croient qu’un accord ne peut être atteint, tandis que 60% disent que la raison en est que Netanyahu n’acceptera jamais de céder une portion de territoire.

Les Palestiniens ne sont guère plus optimistes. Un récent sondage a mis en évidence un maigre 8% ayant un minimum de confiance dans les États-Unis en tant que médiateur.

Alors que les Palestiniens et les Israéliens ordinaires sont soit déprimés, soit indifférents, leurs dirigeants et de nombreux observateurs s’obstinent à parler de possibilités d’une percée.

En partie, cet optimisme est sous-tendue par une décision inattendue et largement symbolique prise récemment par l’Union européenne (UE), de pénaliser les colonies. Dès l’année prochaine, l’UE est censée refuser le financement d’institutions israéliennes opérant dans les territoires occupés.

Il s’agit d’une pilule difficile à avaler pour Israël, qui cherche déjà comment punir l’Europe. Le dernier week-end, nous avons appris le refus par l’armée israélienne de l’accès du personnel de l’UE à Gaza, et le blocage des projets européens dans la zone C, soit dans près de deux tiers de la Cisjordanie contrôlés exclusivement par Israël.

Mais alors que l’initiative européenne a provoqué la colère d’Israël, il se pourrait bien que ce soit la raison de l’acceptation par Netanyahu de nouvelles négociations.

Israël et ses partisans ont longtemps cultivé l’idée que la manière forte, comme le boycott et les sanctions, ne servaient qu’à pousser le public et les politiciens israéliens encore plus à droite. Ce serait une des raisons pour lesquelles les États-Unis et l’Europe ont toujours traité Israël avec des gants depuis que le processus d’Oslo a commencé il y a deux décennies.

Et pourtant, l’initiative anti-colonies de l’UE suggère que c’est le contraire qui est vrai. Les deux acolytes, Netanyahu et Abbas, se sont précipités dans les pourparlers dans la foulée de l’annonce de l’UE – et pour la même raison.

Pour Netanyahu, la décision de l’Europe était un bâton qui a pu lui servir pour faire peur à l’extrême-droite de son gouvernement. Il pouvait argumenter, en étant convaincant, que le maintien de l’intransigeance israélienne à propos de pourparlers ne ferait qu’aggraver l’isolement du pays – d’où ses références un peu obscures aux « intérêts stratégiques d’Israël ».

Israël a beaucoup plus à craindre des Palestiniens si c’est en dehors des limites d’un processus de paix bidon. Il y a la menace des Palestiniens de passer à la vitesse supérieure en demandant de nouvelles sanctions de la part d’institutions comme l’Union européenne, ou en présentant à nouveau une demande pour une reconnaissance étatique aux Nations Unies, ou en traînant Israël devant la Cour pénale internationale à La Haye pour cause de crimes de guerre .

Pour Abbas, la même décision de l’UE a été une carotte utille pour désarmer les critiques qui le mettaient en garde contre la reprise de négociations futiles qui endommageront la cause nationale palestinienne. En expliquant que les Européens voulaient contraindre Israël à faire machine arrière, Abbas pouvait faire valoir que le moment était enfin venu de négocier.

De façon plutôt inhabituelle, les États-Unis ne semblaient pas trop troublés par le mécontentement des Israéliens face au raidissement soudain de l’UE. Ou, comme un haut responsable américain l’a déclaré aux médias israéliens : « Les Européens nous donnent du temps et la possibilité d’essayer de faire aboutir les pourparlers en cours. »

Mais alors que les États-Unis, l’Europe, Netanyahu et même Abbas gagneront un peu de répit durant quelques mois de parlottes totalement vaines au sujet de la paix, il n’y a aucun signe que la pression qui a poussé Israël à accepter de discuter sera maintenue.

L’indication la plus inquiétante que les États-Unis persistent dans la voie des échecs est l’annonce du retour de Martin Indyk comme médiateur. Indyk, un lobbyiste israélien de longue date, est intimement lié aux échecs diplomatiques précédents.

En outre, les négociateurs eux-mêmes sont les mêmes figures totalement compromises qui se sont déjà fourvoyées dans le passé. Les Palestine Papers, divulgués par Al-Jazeera en 2011, ont révélé que dans des discussions antérieures, le négociateur palestinien Saeb Erekat avait osé abandonner beaucoup plus que les observateurs n’avaient jamais imaginé possible, et que même ces concessions hors de toute limite n’avaient pas réussi à satisfaire Tzipi Livni.

C’est qui est aussi étonnant, c’est d’entendre parler d’un processus de paix tenu par un calendrier de neuf mois plutôt que par la logique des négociations. Une motivation possible à ce désir de la Maison Blanche de faire traîner les pourparlers a été suggérée par un officiel ce mercredi : les USA veulent désespérément éviter la « catastrophe » de voir les Palestiniens solliciter à nouveau l’ONU.

Un autre baromètre pour juger les chances d’une percée sont les sourires détendus des ministres d’extrême-droite dans le gouvernement de Netanyahou, qui sont de toute évidence totalement éloignés de l’idée que les colonies puissent être en danger immédiat.

En fait, c’est l’inverse qui se passe. Israël a annoncé son intention de construire 1000 unités d’habitation pour colons au cours des prochains mois, en plus de la poursuite des constructions privées. A également été annoncé un projet de ligne de train reliant les colonies de peuplement aux villes israéliennes, de façon à rendre les implantations encore plus accessibles et attrayantes.

En ce qui concerne le processus de paix, Kerry a déjà prévenu : « un an, un an et demi, voir deux ans, et ce sera bouclé ». Mais cela veut dire quoi, « bouclé » ?

Ce qui est sûr, c’est que quelqu’un devra endosser l’échec des discussions, et le passé laisse imaginer que ce « quelqu’un », ce sera les Palestiniens. Netanyahu sera en mesure de faire valoir que, tout comme Kerry le craignait, le processus de paix est mort. Aucune direction palestinienne, prétendra-t-il, ne sera jamais capable de faire la paix.

Cela peut s’avérer un moment tentant pour Israël de mener à bien la tant désirée annexion de la zone C, la majeure partie de la Cisjordanie et toutes les colonies. Avec aussi peu que 100 000 Palestiniens restant dans la zone C après des décennies de nettoyage ethnique, Israël peut même leur proposer la citoyenneté israélienne sans menacer la judéité sacrée de l’État.

Non seulement une telle démarche satisferait la faim de Netanyahu pour encore plus de terres palestiniennes, mais elle lui permettrait de résoudre un autre problème, cette fois pour l’Europe et les États-Unis. Il n’aurait plus à s’inquiéter du boycott des colonies. L’annexion ferait qu’il n’y aurait plus de colonies auxquelles s’opposer.

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East(Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

2 août 2013 – The Palestine Chronicle – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://www.palestinechronicle.com/o…
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach

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Six ans de récession, une chute impressionnante du PIB de 231 milliards en 2009 à 193 milliards d’euros en 2012, un taux de chômage de 27 % (il passe de 7,5% à 26,9% entre le 2ème trimestre 2008 et avril 2013), de 57 % pour les moins de 25 ans et une explosion des cas de suicides… Le panorama de la Grèce est catastrophique et alarmant pour le reste de l’Europe. Comme en Argentine en 2001, des enfants s’évanouissent sur les bancs d’école faute de nourriture. On constate une recrudescence des cas de séropositivité alors que les dépenses de santé ont chuté de plus de 20% en 2 ans (elles sont passées de 7,1% du PIB en 2010 à 5,8% en 2012). Pendant ce temps, le parti nazi Aube Dorée, qui siège au Parlement, profite du délabrement social pour répandre sa haine. Les créanciers ont transformé la récession en dépression et la troïka (UE – FMI – BCE) ne fait qu’assombrir chaque fois plus le tableau.

La nouvelle solution du FMI pour sauver son plan

Tous les travaux de la troïka reposent désormais sur un taux de dette publique de 124% du PIB en 2020. À croire que tout tourne autour de cet objectif fantaisiste, tant le Fonds monétaire international (FMI) s’applique à chaque fois à rectifier le tir pour garder cette cible en ligne de mire. La population grecque devrait-elle se satisfaire d’un tel horizon macro économique qui ne tient absolument pas compte de son bien-être ?

Passé les engouements sur la réduction du déficit extérieur, le dernier rapport du FMI sur la Grèce, rendu public fin juillet 2013, confirme que la population grecque reste étranglée par la charge d’une dette publique qui ne cesse d’augmenter. La baisse obtenue en 2012 à “seulement” 156,9 % du PIB, contre 170,3 % l’année précédente est totalement anéantie par un taux qui tourne en 2013 autour de 176 % du PIB. |1|

Alors qu’elle reconnaît à demi-mot son échec retentissant en Grèce, l’institution de Washington affirme de nouveau avoir la solution… Basé sur des pronostics de croissance qui ne cessent d’être revus à la baisse, son scénario “optimiste” repose sur une imaginaire reprise des exportations, des investissements et de la consommation afin d’atteindre ce fameux objectif d’endettement de 124 % du PIB en 2020 avant de passer sous les 110% en 2022, véritable obsession du FMI. Pourtant, ce taux de dette publique ne serait alors que légèrement inférieur à celui atteint 11 ans plus tôt, en 2009, lorsqu’il était de 129,7 % du PIB. Une avancée toute relative donc.

Il est de notoriété publique que les politiques économiques misent en œuvre depuis 3 ans par la troïka se soldent par des échecs flagrants en asphyxiant chaque fois plus la population. Le FMI doit trouver de nouvelles sources d’argent en plus de celles déjà programmées par son plan d’austérité (recettes de privatisations, baisse des dépenses par des coupes claires dans les budgets sociaux, etc.) pour que le pays puisse rembourser ses créanciers. En effet, le FMI estime que les finances publiques grecques auront besoin, en 2014 et 2015, d’une rallonge de près de 11 milliards d’euros pour faire face à leurs besoins de financement. Plus précisément 4,4 milliards d’euros à la fin de l’année 2014 et 6,5 milliards sur l’ensemble de l’année 2015. L’État est sommé de rembourser ses créanciers qui lui ont ouvert des lignes de crédit astronomiques qu’elles qu’en soient les conséquences.

Mais ce n’est pas tout : toujours selon le FMI, un nouvel effacement partiel de la dette publique grecque serait nécessaire dans les deux ans afin que celle-ci puisse redescendre, comme prévu par l’institution, à 124 % du PIB en 2020. Cet allègement serait de l’ordre de 4 % du PIB, soit environ 7 milliards d’euros à charge des partenaires européens. Bien évidemment et comme de coutume, le tout sans qu’aucune des mesures préconisées ne garantisse pour autant la réussite dudit « sauvetage ». D’ailleurs, en dehors de la troïka et du gouvernement grec, qui croit encore en leur efficacité ?

Coup de théâtre et rappel à l’ordre

Le 29 juillet 2013, le comité exécutif du FMI se réunit pour approuver un nouveau versement de 1,72 milliard d’euros (2,27 milliards de dollars) à la Grèce. Une des conditions au prêt porte sur un plan de réduction du secteur public permettant le licenciement de 4 200 employés d’État. |2| Événement inhabituel, le Brésilien, Paulo Nogueira Batista, représentant 11 États d’Amérique centrale et du Sud, |3| s’abstient. « Les développements récents en Grèce confirment nos pires craintes. (…) La mise en place [du programme de réformes] a été décevante dans presque tous les domaines. Les suppositions de croissance et soutenabilité de la dette sont trop optimistes. », dit-il.

Même si le vote de 11 pays d’Amérique centrale et du Sud ne fait pas le poids face aux États-Unis qui conservent leur droit de véto depuis la création de l’institution – ils ne détiennent que 2,61% de droit de vote face au 16,75% des États-Unis – l’affaire bouscule l’habituel ronronnement soporifique propre à ces réunions. Le ministre des Finances brésilien Guido Mantega rassure la directrice du FMI Christine Lagarde sur le champ : cela ne se reproduira plus, le Brésil soutient le FMI dans son action, son représentant n’était pas mandaté pour s’abstenir. |4|

Le ministre rappelle son représentant « immédiatement » afin qu’il explique son comportement… Au lieu d’adopter une attitude de soumission et au-delà de l’incident diplomatique, le Brésil, si son gouvernement le voulait, est tout à fait en mesure d’affronter le FMI d’autant qu’il ne lui doit plus rien. Notons que l’abstention intéressée de Paulo Nogueira Batista fait référence à la crainte d’une perspective de non remboursement par la Grèce du prêt accordé par le FMI et pas à un désir de justice et d’aide désintéressée envers la Grèce.

Un sauvetage… jusqu’à la noyade ?

Il faut bien comprendre que la troïka, avec son « sauvetage » à la Grèce, ne cherche en réalité qu’à lui imposer une cure libérale radicale tout en endettant encore plus l’État afin de museler définitivement les pouvoirs publics. Ainsi, cette nouvelle tranche du FMI s’inscrit dans un vaste plan d’endettement accru de la Grèce à l’égard de la troïka. En effet, la Grèce a reçu le 31 juillet une tranche de prêt de 4 milliards d’euros de la part des autorités européennes : 2,5 milliards d’euros ont été versés par la zone euro via le Fonds européen de stabilité financière (FESF), et un prêt de 1,5 milliard qui arrivera à échéance en 2048, versé par le Mécanisme européen de stabilité (MES), appelé à terme à remplacer le FESF, généré par les banques centrales des pays européens sous forme de restitution à Athènes des intérêts sur la dette grecque. Autrement dit, une partie des intérêts que la Grèce a versé aux pays de l’UE, qui lui ont prêté de l’argent dans le cadre du mémorandum de 2010, lui sera reversée sous forme de prêt. L’Europe libérale va-t-elle pousser le cynisme jusqu’à demander des intérêts sur les intérêts versés par la Grèce ? Ces prêts sont odieux car, outre qu’ils étaient liés à des violations de droits humains, ils étaient alors rémunérés à des taux très élevés (environ 5%). Quand l’Allemagne ou la France se finançaient à 10 ans à 2%, ces pays s’enrichissaient en prêtant à 5% à la Grèce.

Dans la foulée de la fermeture de la télévision publique grecque, |5| on trouve parmi les conditions aux prêts, une nouvelle loi sur la fonction publique, adoptée le 18 juillet à quelques heures de la visite à Athènes du ministre des finances allemand, Wolfgang Schaüble – visite pour laquelle le centre d’Athènes s’est transformé en ‘no man’s land’ surveillé par la police. Cette loi institue le licenciement massif des fonctionnaires en pleine contradiction avec la Constitution grecque et permet le sacrifice de plusieurs milliers d’employés qui devront travailler huit mois avec un salaire réduit avant d’accepter une nouvelle proposition, sous peine d’être mis à la rue. Au total, 4 200 personnes sont concernées : officiers de police municipale, enseignants, gardiens d’écoles… Une loi sur la réforme du code des impôts adopté dans l’urgence le 25 juillet 2013 complète la loi votée le 18 juillet. En maigre compensation, le gouvernement a obtenu des négociations avec la troïka un abaissement provisoire de 10 points de la TVA sur la restauration, à 13 % contre 23 % depuis plus d’un an.

Par ailleurs, entre autres mesures, la troïka prévoit de privatiser les services de transport public d’autobus longue distance, les sociétés de gestion et d’assainissement d’eau à Athènes (EYDAP) et Thessalonique (EYATH), la compagnie de gaz (DEPA), la plus grosse entreprise de raffinerie et distribution de pétrole (ELPE, Hellenic Petroleum S.A), la loterie nationale, l’organisation grecque de pronostics de football (OPAP)…

Après ses échecs successifs pour renverser les crises en Asie en 1997 (en Thaïlande, Indonésie et Corée du Sud) ou ailleurs, le FMI poursuit sa croisade contre la souveraineté des peuples en Europe dont la Grèce est son laboratoire expérimental. Les dernières déclarations du FMI affirmant vouloir réduire les politiques d’austérité ne valent rien et sous couvert d’objectif de réduction de la dette, l’institution de Washington est prête au pire sous le regard avide du parti nazi grec. Afin d’entamer un virage en défense du peuple grec, il faut annuler la dette de la Grèce à l’égard de la troïka car elle est odieuse |6|. Il faut également annuler les autres dettes illégitimes et abroger toutes les mesures anti sociales imposées depuis 2010. La troïka, qui enfonce la Grèce dans une crise humanitaire assassine, doit dégager, vite.

Notes

|1| Rapport FMI, juillet 2013 : http://www.imf.org/external/pubs/ft…

|2Brazil Summons IMF Rep Home After Abstention on Greece Debt Vote. David Biller, Sandrine Rastello, Bloomberg, 1 aout 2013. http://www.bloomberg.com/news/2013-…

|3| Ce groupe présidé par le Brésil comprend le Cap Vert, la République Dominicaine, l’Équateur, la Guyane, Haïti, le Nicaragua, Panama, Surinam, le Timor oriental, Trinité-et-Tobago.

|4| “[Mr Nogueira Batista] did not consult the government, nor was he authorised by us to vote in this manner and the finance minister has ordered him to return to Brazil immediately to explain himself” Brazil’s finance ministry said.

|5| Communiqué de presse du CADTM, 14 juin 2013, Grèce, coup de force du gouvernement et de la Troïkahttp://cadtm.org/Grece-coup-de-force-du

|6| Renaud Vivien, Éric Toussaint, Grèce, Irlande et Portugal : pourquoi les accords conclus avec la Troïka sont odieux ? http://cadtm.org/Grece-Irlande-et-P…

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Image credit: Uriel Sinai/Getty Images

Depuis la Nakba, nombreux sont les plans qui visent les gens du Néguev. Leurs noms changent mais leur but reste le même ; ce n’est que récemment que ces projets ont pris corps sous la forme du plan Prawer qui menace d’expulser près de 40 000 bédouins et de confisquer 800 mille hectares de leurs terres. Pendant qu’Israël fait la promotion de ce projet comme d’un plan pour le « développement du Néguev », les Palestiniens parlent de la nouvelle Nakba.

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Manifestation contre les plans de judaïsation forcée dans le Neguev, qui fait partie de la Palestine occupée en 1948 – Photo : AFP

En 2003, lors d’une réunion du « comité ministériel israélien sur les questions juives », Ariel Sharon frappant de son poing la table avait déclaré avec insistance : « Nous sommes en train de perdre les terres que nous n’occupons pas ». Suite à cela, le comité a commencé l’application des ordres de démolition des « constructions sans permis », et cette campagne s’est concentrée sur 3 régions : la Galilée, le Triangle et le Néguev. Une année plus tard, Israël a annoncé le lancement du projet « développement du Néguev » qui a pris récemment la forme du Plan Prawer-Begi, ratifié par le gouvernement israélien en 2011.

Au sud de la Palestine, se trouve une région désertique abandonnée et oubliée des arabes, elle constitue près de 50 % des terres palestiniennes historiques et 60 % de la surface de l’état de l’occupation. Près de 300 mille palestiniens rescapés de la Nakba peuplent cette région, ils constituent le tiers de la population palestinienne à l’intérieur de la ligne verte.

Le Néguev, une région importante sur le plan stratégique et des ressources naturelles, fait face aujourd’hui au plus grand plan de colonisation pour expulser ses habitants enracinés dans cette région depuis le Vème siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit là d’un des nombreux plans mis en place par l’occupant depuis le début de la Nakba et jusqu’à ce jour. D’abord, l’occupant a commencé par parquer la moitié des habitants de cette région qui ont quitté leurs terres après la Nakba, dans un espace géographique exigu, isolé des autres régions du Néguev, interdisant aux Palestiniens ainsi confinés de s’installer et de construire en dehors de cette zone, en ne leur assurant qu’un minimum de services. C’est pour cette raison que les habitants de cette zone l’appellent « la clôture ».

Quant à l’autre moitié des habitants de la région, ils sont localisés dans 45 villages éparpillés sur les différents secteurs du Néguev. Une partie a gardé jusqu’à nos jours le mode de vie et les traditions ancestraux, et l’autre partie bien qu’ayant modernisé son mode de vie, continue à respecter les valeurs et les traditions bédouines.

Tous ces villages ne sont pas reconnus par Israël, ce qui les prive des plus élémentaires des services. Leurs habitants font aujourd’hui face à un processus de déracinement visant à les déplacer vers une région plus « moderne ». Il s’agit en réalité de la préparation par l’occupant d’un contrôle total du territoire du Néguev, conformément au plan Prawer-Begin.

Le déracinement des bédouins de leur environnement

Il n’est pas exagéré de considérer le plan Prawer comme le plus grand danger qu’affrontent les Palestiniens face à l’occupant depuis la Nakba de 1948. En 2005, Israël a commencé par instaurer le plan sous le nom séducteur et trompeur de « plan de développement du Néguev », en y consacrant environ 2 milliards de dollars.

Cependant, il s’est vite avéré que derrière cette propagande sioniste, le véritable but était la judaïsation des bédouins du Néguev, plus proche d’une opération « de destruction d’une civilisation ». Il s’agit de placer le plus grand nombre de ces Palestiniens dans des zones urbaines d’urgence, hybrides, sur une surface des plus réduites. En contrepartie, un petit nombre de colons sera placé dans des surfaces géographiques plus grandes, en prévision de la militarisation du Néguev.

Le plan de colonisation consiste en la réalisation d’une série de lois et de programmes israéliens visant les habitants du Néguev après la Nakba, à commencer par la loi du « présent absent » (1951) et en passant par la loi de l’urbanisme et de la construction (1965), pour aboutir à la « loi d’expulsion des occupants » (2004). Il s’agit de la loi la plus extrême de l’occupation israélienne puisqu’elle considère les bédouins du Néguev comme des « occupants » à expulser alors qu’ils se trouvent sur leurs propres terres et ce, depuis bien avant la création de l’État israélien.

Le gouvernement de Netanyahu a ratifié le plan Prawer en 2011, juste avant la fin de son délai de promulgation, et après avoir effectué des ajustements afin de réduire de 5 à 3 ans le délai de déplacement des bédouins vers les zones urbaines, et de restreindre l’espace géographique dans ces zones réservées. Le projet de loi a été ratifié après première lecture à la Knesset vers la fin du mois de juin. Pour preuve de l’intolérance et de la rancune des Israéliens, l’occupant a choisi le lundi même, alors que les arabes à l’intérieur de la ligne verte manifestaient leur refus du projet, pour désigner le comité qui sera en charge de préparer les seconde et troisième lectures à l’automne prochain.

Depuis 1970, Israël a réussi à déplacer par la force environ 80 000 bédouins du Néguev vers les 7 zones de rassemblement confinées dans le secteur de « la clôture », en usant de diverses méthodes. La plus grande vague de déplacements a eu lieu après la Nakba lorsque la moitié des habitants du Néguev a été déplacée et exilée vers le secteur de « la clôture » où vit aujourd’hui la plus grande population arabe des territoires occupés, sur une surface ne dépassant pas 1% de la région du Néguev. L’occupant y a fourni quelques services rudimentaires afin d’attirer les habitants des villages non reconnus, profitant de l’extrême dénuement dans les services bases que subissent les habitants de ces villages et de l’absence de tout enseignement secondaire, forçant ainsi ces villageois à se déplacer quotidiennement vers les 7 regroupements isolés afin de les conditionner chaque jour face au confort moderne et de les pousser à abandonner leurs villages.

La militante originaire du Néguev Imane Asana s’est confié à « Al Akhbar » pour témoigner des souffrances des habitants de ces villages : « une femme âgée doit marcher des dizaines de kilomètres afin d’atteindre un centre de santé pour se faire soigner. Les rues ne sont pas pavées, les enfants peuvent être amenés à marcher de longues distances tous les matins pour aller à l’école. Toutefois, les résidents de certains villages ont tout fait pour se fournir en matériel de pompage et approvisionner leurs villages en eau, d’autres ont créé judicieusement des moyens d’exploitation de l’énergie solaire afin d’obtenir de l’électricité. C’est un peuple inébranlable et ferme face à ses souffrances, confiant dans son droit à la vie, une vie qu’il aime de toutes ses forces ».

Ce ton de fierté et de défi se retrouve aussi dans les propos du militant Amir Abou Kouider, bien que provenant des tréfonds de la tragédie. Amir vit à Al Zarnouk, un des 45 villages non reconnus,où les forces de l’occupation ont détruit la maison de son frère. Bien que le village soit privé des services les plus élémentaires, il continue à s’opposer au déplacement des gens du Néguev et insiste pour qu’on prenne en compte leur lutte et leur détermination. Il a déclaré à al Akhbar : « Nous sommes autonomes et n’avons pas besoin de l’État, nous leur demandons de nous laisser en paix ».

Le danger du plan Prawer ne concerne pas uniquement le problème du transfert des populations par la force. Il cache une très grave volonté de déformation et de destruction d’une civilisation que nous pouvons discerner déjà dans les propos de Moshé Dayan : « il faut faire des bédouins des travailleurs dans l’industrie, les services et la construction ; 88% des habitants d’Israël ne sont pas agriculteurs, et les bédouins en feront partie. Ce changement ne sera pas pas facile, il signifie que le bédouin ne vivra plus sur sa terre ni avec ses troupeaux, il se transformera en un citadin qui rentrera chez lui le soir, ses enfants s’habitueront à un père qui mettra le pantalon et ne portera plus le poignard traditionnel et qui ne s’épouillera pas publiquement. Ce sera une révolution pour laquelle, il faudra 2 générations, alors le mode de vie bédouin disparaîtra ».

Ainsi, le but de ce projet est d’extirper le bédouin physiquement et mentalement de son mode de vie ancestral pour le placer dans un environnement urbain hybride qui sera supervisé par l’occupant sous la forme d’une opération « d’éducation civile » afin de « lisser » la personnalité du bédouin pour en faire un « citoyen moderne domestiqué » éloigné des valeurs de la résistance, de la ténacité et du lien à la terre que le désert a imprimé dans la mentalité bédouine. Ainsi le délicat tissu tribal qui enveloppe, depuis des siècles, les relations entre tribus sera détruit. Ces tribus se verront forcées de vivre dans un espace des plus restreints alors qu’elles ont l’habitude de la liberté et de l’immensité du désert, et de continuer à croire à une espèce d’indépendance dans un espace qui est le leur. Ce qui pourrait expliquer peut-être, le taux de criminalité dans les villages reconnus où se côtoient différentes tribus à l’inverse des villages non reconnus.

Pauvreté et marginalisation dans un désert pourtant riche

David Ben Gourion, le fondateur de l’État hébreux et l’architecte de la Nakba, avait passé ses derniers jours dans le désert du Néguev, sa volonté étant d’y être enterré. Ceci montre l’importance stratégique du Néguev pour l’entité sioniste.

La plus grande centrale nucléaire du Moyen-Orient se trouve dans le Néguev, et sous son sable se cache une incroyable richesse naturelle que ne révèle pas Israël. Mais sous ce même sable sont plantés les piquets et les piliers des tentes de l’homme bédouin, qui fatigué de voyager a choisi le désert pour patrie éternelle.

En parallèle, les villes nouvelles construites par Israël pour « moderniser » le bédouin n’ont rien de comparable avec les villes israéliennes voisines. Ce sont les villes les plus marginalisées et les plus pauvres au sein de « l’unique démocratie du Moyen-Orient ».

Il n’y a presque rien de ce qui fait l’ordinaire des villes telles que les bibliothèques municipales, les services de la poste, les banques. Le plus grave est que les structures économiques qui permettent aux habitants d’améliorer leur qualité de vie et d’atteindre une espèce d’autonomie n’existent pas. Imane Asana qui habite la ville de Rahat, le plus grand groupement urbain des villages reconnus, s’appuie sur les statistiques pour nous expliquer la situation. Selon elle : « dans la ville de Rahat où le nombre d’habitants atteint 60 000 personnes, 60 % d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté, 50 % sont mineurs, il n’existe pas de marché de l’emploi pour les jeunes en âge de travailler ». Elle ajoute en parlant de la « paix sociale et économique » qui permet à Israël d’évaluer les différentes zones de résidence selon un plan raciste : « Rahat a été évaluée à 2 sur 10 pour la première fois alors qu’elle obtenait toujours 1 sur 10 ; en parallèle, la colonie de Lehavim ou encore la localité d’Omer plus proche de Rahat a obtenu 10 sur 10 bien qu’elle ne soit habitée que par un millier de personnes ».

Les jeunes sur le devant de la scène

Le cri de Fida Shehada, le visage maculé de sang suite à l’assaut de la police israélienne est emblématique. Fida a participé hier aux manifestations dans la ville de Bir Esab dans le Néguev. Que s’est-il passé ? Fida a raconté à « Al Akhbar » les faits suivants : « Nous étions assis sur le trottoir et tout à coup, ils nous ont attaqués, je ne me suis même pas rendu compte que je saignais ». Elle a ajouté : « les gens se sont fortement mobilisés ce jour-là ; cependant, nos dirigeants sont notre problème. Ils essaient de jouer à la police, ils nous obligent à marcher sur les trottoirs et entre les arbres, nous interdisent de circuler dans les rues mais malgré tout cela, nous avons été assaillis ».

Imane Asani dont le frère a été arrêté, nous a expliqué que « les dirigeants tenaient à une manifestation contrôlée au point où cette dernière a perdu de son éclat et s’est caractérisée par une insipide monotonie ; par la suite, ils nous ont demandé de nous disperser sous prétexte que nous n’avions été autorisés à manifester que pour une durée de deux heures. Il y eut aussi des mésententes à propos des slogans entre les jeunes manifestants et les dirigeants jusqu’à ce que les jeunes se servent des haut-parleurs et que la manifestation devienne plus vive et plus énergique ; après quoi les responsables ont quitté les lieux ».

Les jeunes pensent que les représentants du Néguev à la Knesset n’ont pas servi de façon efficace le peuple du Néguev. Amir Abou Kouider résume la situation en déclarant : « Il y a eu des réalisations visibles particulièrement sur le plan des services, mais ils n’ont rien apporté sur la question des terres visées par le plan colonialiste ».

Face au comportant frustrant des « aînés », les jeunes prennent conscience de la question de leur destin face aux visées sionistes propagandistes de « modernisme » et « d’urbanisation ». D’autres ont abandonné la lutte ou se sont alignés derrière cette propagande mais « ils ne constituent qu’une minorité » déclare Abou Kouider.

Cette prise de conscience a mené à une rébellion contre la tiédeur des dirigeants du mouvement et la désinformation de certains médias arabes. Ainsi le jeune militant Wafi Bilal a déclaré à « Al Akhbar » : « les médias qui intéressent les Palestiniens et qu’ils suivent sont très limités ; pour sa part, il sait comment s’assurer de la véracité d’une information. Certains médias ont voulu laisser croire que les manifestions dans le Néguev s’étaient éteintes, comme s’ils voulaient calmer l’effervescence de la rue. Cette situation est inacceptable, il n’y a pas moyen de faire percevoir la nocivité de ces médias qui pratiquent la falsification de la vérité, surtout qu’ils n’ont pas soutenu les manifestations ni aidé à la mobilisation des masses ».

La ferveur des jeunes s’est imposée dans le mode d’action sur le terrain, en inventant des moyens de résistance innovants, imprévisibles pour l’occupant. Amir nous a cité quelques-unes de ces innovations : « nous avons distribué des tracts aux jeunes du Néguev afin que chacun d’entre eux puisse raconter son histoire personnelle suite au plan Prawer. Nous avons également circulé dans les marchés munis de haut-parleurs pour informer la population de ce plan et la sensibiliser contre la propagande israélienne. Nous avons même enregistré une chanson rap pour parler du sujet. Nous avons organisé dans 10 villages des actions commémorant la Nakba à travers lesquelles nous avons voulu montrer le lien existant entre le plan Prawer et la Nakba ».

Ces initiatives innovantes ont eu leur impact à un autre niveau. Imane parle de « la création du premier théâtre arabe dans le Néguev, dans la ville de Rahat ainsi que des initiatives culturelles et artistiques encourageant les rencontres entre Palestiniens et pour faire connaître les Palestiniens aux non-Palestiniens, particulièrement par le biais des expositions folkloriques et du cinéma, la mise en place de cafés littéraires, mais aussi l’interaction des habitants des villes de cette région avec ces manifestations positives, et enfin, la création d’un réseau d’universitaires de Rahat afin d’augmenter leur nombre dans la ville ».

Le mois dernier, les gens du Néguev ont entamé une grève différentes des autres, selon Wafi Bilal, par le fait que cette fois-ci « vers la fin, le mouvement a eu lieu dans toutes les zones de la Palestine historique. Dans le but de briser l’isolement imposé par l’occupant et sa tentative de fractionner la résistance. Bien que l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) semble abandonner les Palestiniens des territoires occupés, les jeunes Palestiniens de la Bande de Gaza et de Cisjordanie mais aussi ceux qui se trouvent à l’étranger sont sortis sans attendre l’aval de leur « représentant légitime et unique » et sans tenir compte du plan de manifestation que leur ont préparé ceux qui se sont auto-désignés comme dirigeants et responsables ».

Aujourd’hui, les jeunes sont sur le devant de la scène, face à l’effondrement du leadership et de la sous-représentation officielle.

Le conseil régional des villages non reconnus est lui-même divisé mais aussi le comité directeur des Arabes du Néguev, entre les représentants des partis politiques, les membres de la Knesset et les chefs des Conseils locaux. Parmi les dirigeants, certains ont accepté de faire des concessions à propos des villages non reconnus en reconnaissant quelques villages contre le déplacement des habitants des autres villages, sans parler de la mauvaise coordination et de l’absence de stratégie de lutte unifiée entre les comités directeurs pour les populations arabes et celles du Néguev.

Suite à l’abandon de la scène par l’OLP, la sectorisation que veut imposer Israël aux Palestiniens à l’intérieur et en dehors de la ligne verte et la consécration des divisions traditionnelles entre Palestiniens de la Bande de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem, du Néguev ou d’Acre et de toutes les autres régions, semblent prendre corps. Cependant, la ferveur de la jeunesse palestinienne lors des manifestations dans toutes les régions de Palestine conteste et brise cette prétendue tendance et augure d’une jeune génération qui se veut toujours partie prenante de la Palestine, quelle que soit sa localisation. Aujourd’hui, ces jeunes se sont tenus debout en scandant « Prawer ne passera pas » car ils ont compris qu’en perdant le Néguev, ils perdront tout le reste.

16 juillet 2013 – al-Akhbar – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://www.al-akhbar.com/node/187133
Traduction de l’arabe : Info-Palestine.eu - Fadhma Nsoumer

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Dans la logique de perversité, à la manière du régime dictatorial des Duvalier, le pouvoir kaletèt de Martelly-Lamothe a eu le toupet de réinstaurer toute une série de vieilles pratiques rejetées par le peuple depuis plus de deux décennies. Telles sont en autres : la réanimation de la flamme éternelle au pied du Nègre Marron, la loterie nationale, la célébration d’anniversaire de son accession au pouvoir (14 mai), son auto-proclamation de chef suprême de la nation, la volonté manifeste de former un corps armé parallèle dénommé, le police à la manière des tontons macoutes et inauguré un 29 juillet, la velléité de dissoudre le Parlement et de diriger par décrets et l’instauration du carnaval des fleurs à l’époque même de la commémoration du débarquement des soldats étasuniens en Haïti, le 28 juillet 1915.

Ce carnaval qui a débuté le 28 juillet cette année, une date marquante de l’histoire récente du peuple haïtien, a soulevé de vives contestations de divers secteurs de la vie nationale, à un moment où les conditions de vie socio-économiques de la population continuent de se dégrader. Sit-in, manifestations, pétition, débats et émissions libre tribune dans les medias expriment péremptoirement une position contraire au pouvoir, qui, aux yeux de plus d’un, est vu comme des jouisseurs, des bambocheurs, des gaspilleurs, des corrupteurs, des dilapidateurs des fonds de l’Etat. Trois (3) carnavals au cours d’une seule année, c’est trop pour un pays appauvri qui se livre constamment à la mendicité : le carnaval traditionnel délocalisé vers le Cap-Haitien qui a coûté des centaines de millions de gourdes ; le carnaval du 14 mai au champ-de-mars qui a coûté plus de 40 millions de gourdes et le carnaval des fleurs qui coûte également des centaines de millions de gourdes au Trésor public.

Face à ces velléités de retour à la dictature et à la dilapidation des fonds publics, la résistance mérite d’être renforcée au sein des masses populaires. C’est dans cette perspective que des mouvements de protestation ont été réalisés contre l’organisation du carnaval des fleurs à l’occasion du 98eme anniversaire du débarquement des marines étasuniennes sur la terre de Dessalines et à l’approche de la commémoration du centenaire de cette date horrible de l’histoire du peuple haïtien. Les protestataires ont non seulement évoqué la date du 28 juillet qui est incompatible avec le carnaval des fleurs, mais également avec les réalités de la faim, la cherté de la vie, la réouverture des classes, le problème de l’énergie électrique démontrant ainsi très clairement qu’il n’y a pas lieu de tenir, dans de telles conditions des activités révolues improductives et irrationnelles, comme le carnaval des fleurs.

...Aux Gonaïves, à Port-Au-Prince, dans le Nord du pays et un peu partout, des voix s’élèvent pour dire NON au carnaval des fleurs. C’était aux cris de: « Aba Martelly ! Aba lavichè ! Aba grangou woz  » que plusieurs dizaines d’habitants de la cité de l’indépendance ont organisé un sit-in au début de la semaine dernière pour dire NON au carnaval des fleurs. Le carnaval des fleurs, disait-on, est une occasion pour l’équipe kaletèt de justifier le gaspillage de l’argent de l’Etat. Par contre, ils ne font rien pour améliorer les conditions de vie de la population, notamment celle des quartiers pauvres des Gonaïves. Le changement qu’il a promis lors de sa campagne électorale reste encore et toujours à l’oral. « A Raboteau, comme d’habitude la faim et la misère battent leur plein. Des enfants ne peuvent pas aller à l’école, des scolarités ne sont pas encore payées. Nous n’en pouvons plus. Le président Martelly et le Premier ministre Lamothe devraient prendre note de ce mouvement », ont-ils déclaré.

Ils ont en outre soutenu que les 97 millions de gourdes, qu’ils disent avoir injectés dans la réalisation du carnaval des fleurs, pourraient de toute évidence servir à d’autres choses utiles et  productives dans l’intérêt du peuple haïtien.

A Port-Au-Prince, le vendredi 26 juillet, deux jours avant le déroulement de ce carnaval, des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, a l’initiative des Forces Patriotiques pour le Respect de la Constitution (FOPARC), pour dire NON mille fois NON au carnaval des fleurs, exiger justice pour le juge empoisonné, Jean Serge Joseph et dénoncer la persécution politique et les actes d’intimidation dont font l’objet des membres de l’opposition au pouvoir kaletèt, particulièrement le sénateur, Moise Jean-Charles et l’avocat André Michel.

Démarrés devant les locaux de l’église de St-Jean Bosco, les manifestants ont parcouru diverses rues de la capitale avant de mettre fin à ce mouvement dans l’aire du champ-de mars, où il y avait des préparatifs pour ledit carnaval.  « Arete Olivier ! Arete Sophia! Aba Martelly !Martelly touye jij la ! Fòk Martelly jije!”  Tels étaient les slogans qui inscrits sur des murs et des véhicules se trouvant sur le parcours de la manifestation.     Au Champ-de Mars, des posters de Martelly ont été arrachés, jetés par terre et piétinés en signe de protestation.

Dans la foulée, deux semaines avant la réalisation du sabotage de la mémoire du peuple haïtien, de l’humiliation de plus de 20 mille cadavres de nos frères et sœurs haïtiens, dont Charlemagne Peralte, Benoit Batraville, Pierre Sully et des centaines de paysans de Marchaterre dans le Sud du pays ; un groupe de citoyens haïtiens a adressé une pétition au gouvernement haïtien lui demandant le report de l’organisation de son carnaval des fleurs« Nous, citoyens haïtiens, signataires de cette pétition, sommes choqués du choix de la date du 28 juillet par le gouvernement pour l’inauguration de son « carnaval des fleurs ». C’est le 28 juillet 1915 que débuta l’Occupation américaine d’Haïti.

Souffrons que le gouvernement choisisse d’engager des dépenses dans un carnaval de plus, alors que le pays a besoin d’argent pour organiser des élections et pour les besoins d’une population en souffrance. Souffrons encore que le gouvernement ait oublié ou fasse semblant d’oublier dans quel contexte et à quelles fins la dictature des Duvalier avait créé le « carnaval des fleurs ». Mais que le gouvernement choisisse la date du 28 juillet, c’est un manque de respect pour les citoyens ayant combattu l’occupation, c’est un manque de respect pour un pays qui a besoin de réfléchir sur chemin de la sortie de cette occupation que nous vivons aujourd’hui.

La journée du 28 juillet doit être une journée de réflexion et de souvenir, pour que de tels malheurs ne se reproduisent plus. A un moment où les voix du pays se lèvent pour demander le départ de la MINUSTAH, si le président, le Premier ministre, le ministre de la Culture, le ministre de l’Education nationale et l’ensemble du gouvernement estiment que cette date symbolique appelle à la bamboche, ils peuvent la célébrer ainsi en privé ; mais ils n’ont pas le droit de mobiliser les ressources de l’Etat pour nous voler notre droit à nous d’utiliser cette date pour réfléchir sur notre histoire et la situation actuelle du pays. Nous demandons que le gouvernement choisisse une autre date pour organiser son « carnaval des fleurs ». Nous demandons aux médias de présenter en cette journée du 28 juillet 2013 des émissions de réflexion à caractère pédagogique autour des causes et conséquences du 28 juillet 1915, et portant sur la situation actuelle du pays. Au nom de celles et de ceux qui ont combattu l’Occupation. Au nom des enfants haïtiens que nous n’avons pas le droit de laisser grandir dans l’ignorance et l’indignité. »

Lors d’une conférence de presse, le jeudi 25 juillet, des organisations politiques et sociales du pays ont dénoncé le maintien de la décision du pouvoir kaletèt en vue d’organiser le carnaval des fleurs, ce 28 juillet, date du débarquement des soldats étasuniens sur le territoire haïtien. Le représentant du parti « Kan pep la », le professeur Camille Charlmers n’a pas manqué de mots durs pour critiquer la décision arbitraire du gouvernement. Selon lui, le 28 juillet est une date douloureuse pour le pays, cette occupation, qui a duré 29 longues années, est responsable de la faillite de l’économie haïtienne, des massacres de milliers de paysans haïtiens et du pillage des ressources du pays. « Le 28 juillet 1915 est une date importante et déterminante des évènements qui allaient se produire dans le pays entre le 200ème et 21ème siècle. Aujourd’hui, nous avons un pouvoir qui ferme totalement ses yeux sur la misère du peuple haïtien, qui n’entend pas les revendications des paysans et des masses populaires relatives à la souveraineté politique et alimentaire, les cris des femmes qui subissent toutes sortes de violences. Donc ce n’est pas étonnant qu’il ne prête pas attention à la requête d’un groupe de citoyens haïtiens, en choisissant de préférence de cracher, une fois de plus, sur l’histoire du pays. »

Pour sa part, le représentant du Mouvement Démocratique et Populaire (MODEP), Guy Numa, proclame que le pouvoir kaletèt, depuis son arrivée à la tête du pays a affiché un grand mépris pour les dates historiques et l’histoire du pays en général. A cette phase de l’histoire, le peuple haïtien doit de préférence profiter de cette date pour relancer la lutte contre cette nouvelle forme d’occupation que subit le pays avec la présence des forces de l’ONU, la MINUSTAH qui ne cesse de commettre toutes sortes d’exactions contre le peuple haïtien.

De plus, dans des émissions de libre tribune sur les ondes de différentes stations de radio de la capitale, la population s’est prononcée contre l’organisation du carnaval des fleurs. En dépit de la tradition culturelle, la naïveté, et l’émotion des masses, le vendredi 26 juillet, en lieu et place de l’invité du jour de la radio Vision 2000, l’animateur a ouvert les lignes pour demander à la population de se prononcer par oui ou par non sur sa participation au carnaval des fleurs. Mais les participants ont pris le temps nécessaire de bien analyser la situation avant de se positionner, la majorité d’entre eux ont avancé des arguments irréfutables pour que le carnaval des fleurs ne puisse pas se tenir. A la fin de l’émission qui a duré environ une heure de temps, sur 24 appels reçus, 20 se sont prononcés contre le carnaval des fleurs, 3 pour et un a fait abstention, selon le résultat prononcé par l’animateur. Les argumentaires avancés par les participants qui sont contre reposent sur des faits justes et fondés, tels : la faim, la misère, le chômage, l’éducation, les élections, et bien d’autres problèmes socio-économiques. Les 97 millions de gourdes alloués en dehors de la loi de finances de la République devraient servir à résoudre ces problèmes au lieu de les jeter dans des activités carnavalesques..

En dépit de toutes ces formes de protestations citoyennes, le président Martelly n’a pas voulu entendre raison. Il a engagé l’Etat dans une absurdité à un mois de la réouverture des classes, pour laquelle les parents devront plancher sur les préparatifs de cette nouvelle année scolaire ; à un moment où les élections devraient être organisées pour le renouvellement du personnel politique et administratif du pays. On doit se rappeler que l’année dernière le carnaval des fleurs a retardé la rentrée des classes d’un mois. Cette année encore, qu’est-ce qui va se passer? Est-ce vraiment l’affaire du carnaval qui est en question ? De toute façon, sous le pouvoir kaletèt, durant ces 2 ans, au moins 5 carnavals ont été déjà réalisés : 2 carnavals traditionnels, 2 carnavals des fleurs, et le carnaval du 14 mai 2013 au champ-de mars. Ceci prouve très clairement qu’on a actuellement au pouvoir en Haïti des bambocheurs et non des hommes d’Etat responsables, œuvrant dans l’intérêt supérieur de la nation et du peuple haïtien, incapables d’apporter un certain changement dans les conditions de vie de la population.

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En mai 2013, des centaines de milliers de personnes descendaient dans les rues de mon pays natal, la Turquie. Les médias parlaient de la destruction d’un parc et de l’islamisation de la société ; guère convaincu par ces explications, voulant m’engager et comprendre, j’ai décidé de m’y rendre. À Istanbul, il m’est devenu évident que la cause profonde de ce mouvement était le capitalisme, si développé en Turquie qu’on la surnommait « Little America ».

Les soulèvements populaires n’apparaissent pas sans raison

Des milliers de manifestants traversent le Bosphore en allant à Gezi le matin du 1er juin – Photo via Twitter

Tout a commencé quand quelques dizaines d’activistes du mouvement du « Droit à la Ville » se sont opposés à la destruction du parc Gezi le 27 mai 2013, à côté de la place Taksim, en plein cœur d’Istanbul. À ce moment-là, personne ne se doutait que cela allait être le début d’un soulèvement populaire majeur. Quelques personnes organisées et courageuses se sont battues contre ce qu’ils estimaient être injuste et, indignées par les violentes interventions policières, des milliers puis, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues. En quelques jours, des manifestations avaient lieu à travers tout le pays, et, à Istanbul, les foules avaient fait reculer les forces de l’ordre et l’occupation de Gezi avait démarré.

Ce n’était pourtant pas la première fois que des manifestants faisaient face à une violente répression policière. Quelques semaines auparavant, le gouvernement empêcha, également de manière extrêmement violente, le rassemblement historique du 1er mai à la place Taksim. En ce qui concerne la liberté d’expression, l’ONG Reporters Sans Frontières publia en 2012 un rapport intitulé « Turquie – La plus grande prison à journalistes au monde ».

Lors d’une de mes visites dans le quartier de Gazi (quartier historiquement révolutionnaire d’Istanbul) en juin 2013, j’ai fait la connaissance d’une jeune journaliste de « Yürüyüş » (La Marche). La Marche est le nom de l’hebdomadaire marxiste de Gazi,ils publient également des livres. Cette journaliste m’a raconté, de la manière suivante, l’opération du gouvernement du 18 janvier 2013 contre « L’Association des Avocats Contemporains » :

« Une équipe d’intervention spéciale a fait une descente dans nos bureaux ce jour-là. Ils ont arrêté quelques collègues et ont pris tout notre matériel : les caméras, l’équipement technique, les ordinateurs et même les crayons de couleur ! Pour moi, le plus terrible était de les regarder emporter des cartons pleins de livres que nous avions publiés. »

Dans les quartiers comme celui de Gazi à Istanbul, les plus démunis et les minorités des quatre coins du pays ont grandi avec la répression d’État : gaz lacrymogène, spray au poivre, canons à eau, balles en caoutchouc, et pour certains, balles réelles et interventions militaires.

La marchandisation de l’espace et des ressources publiques en Turquie n’est pas une pratique nouvelle non plus. Les projets « HES » de centrales hydroélectriques, qui se multiplient rapidement ces dernières années, en sont la preuve : les ressources naturelles d’eau sont privatisées, des rivières décimées et l’environnement est sacrifié pour un profit lui aussi privatisé.

Pour en revenir au sujet, le parc Gezi fut un début, mais ce n’était pas l’origine de ce mouvement de masse. Gezi fut l’étincelle qui a rassemblé des dizaines d’associations et de partis, ainsi que des millions d’individus à travers toute la Turquie.

Les gens ne restent pas dans les rues éternellement

Depuis l’occupation de Gezi, des manifestations de solidarité prennent place fréquemment au niveau local, national et international.

Je me souviens d’un soir où le parc était très peuplé. Il y avait, entre autres, une longue chaîne humaine de femmes qui circulaient et qui chantaient : «  Tayyip où es-tu ? Les mamans sont là ! » en réponse à l’appel télévisé du Premier Ministre Tayyip Erdogan dans lequel il demandait aux mères « de rappeler leurs enfants du parc Gezi pour leur propre sécurité ». Les gens autour de la chaîne chantaient en retour « Vos enfants sont fiers de vous ! ».

On a vu des grand-mères amener des plats au « Marché révolutionnaire » du parc où tout était gratuit. On a vu des nationalistes turques se battre côte à côte avec des Kurdes contre la répression policière, des personnes qui ouvraient leurs portes aux manifestants fuyant la violence policière.

On a vu une table d’Iftar (le repas du soir pour cesser le jeûne durant le Ramadan) « du peuple » s’étirant sur plus d’un kilomètre sur les pavés de la plus grande avenue commerciale d’Istanbul (Istikler) où des croyants et des athées dinaient ensemble pour manifester contre le banquet de luxe du gouvernement sur la place Taksim.

Tous les jours pendant plus d’un mois, des manifestations de solidarité ont eu lieu dans diverses villes de la Turquie. Des manifestations de solidarité ont également pris place au niveau international, en Chine, en Bulgarie, en Argentine, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Suisse, en Syrie, en Espagne, au Chili, au Brésil, en Norvège, en Allemagne, en République Tchèque et dans d’autres pays. Un pianiste est venu d’Italie, avec son piano à queue, afin de jouer pendant des heures pour les manifestants à la place Taksim.

Pianiste italien à la place Taksim – via getty Images

Pourtant, malgré l’envie et la force qui circulent lors de ces rassemblements, les gens ne restent pas dans les rues éternellement et c’est normal. Cette vague de contestation pourrait bien finir par disparaître, mais pas les traces qu’elle aura laissées en souvenir. Ces souvenirs resteront gravés à jamais dans l’esprit des gens en leur rappelant le sentiment que procure le fait de travailler ensemble, plus pour les uns les autres, que chacun pour soi.

Quelle que soit la suite, le mouvement de Gezi a diffusé une nouvelle culture de résistance et de solidarité au sein de la société turque, ainsi qu’une grande vague de politisation.

Deux points revenaient presque à tous les coups en réponse à la question « est-ce que quelque chose a changé depuis le début des manifestations ? ». Le premier était le manque de confiance grandissant envers les institutions publiques et privées de la classe dirigeante, comme les médias par exemple. Ces derniers ont montré qu’ils mentaient, déformaient et omettaient les faits de manière répétée et systématique – car contrôlés soit directement par le parti au pouvoir soit par des patrons qui le soutiennent ou encore par d’autres, imposant l’autocensure éditoriale par peur de représailles. Le deuxième point récurant était, la chute de ce que beaucoup surnomment en Turquie « le mur de la terreur », qui empêchait beaucoup de manifester contre le gouvernement.

Le problème de fond a toujours été le même

Nous vivons dans un monde où « % des plus riches détiennent 40 % de la richesse mondiale » et où « 50 % des adultes du monde n’en détiennent que % » selon un articlebasé sur un rapport de l’ONU publié par The Guardian en 2006. Cette concentration est inhérente à l’économie mondiale capitaliste et la Turquie ne fait pas exception.

L’exploitation et l’oppression du peuple, ainsi que la concentration de richesses et de pouvoir résultent toutes du système capitaliste-impérialiste.

Lorsque nous prenons une conséquence (la répression policière) pour une cause (le système capitaliste), nous perdons de vue nos objectifs. Beaucoup de manifestants de la place Taksim se sont trouvés dans cette confusion. Durant le mois de juin à Taksim, je posais une question : «  Pourquoi es-tu ici ?  » Une jeune femme appartenant aux « Jeunes Turcs », qui est une organisation de jeunesse nationaliste-kemaliste, m’a répondu : « On manifeste contre la répression policière et pour rétablir une Turquie d’Ataturk  ».

Un autre soir, lorsque je rentrais d’une manifestation à Gezi, un chauffeur de taxi m’expliquait que «  la Turquie est le pays le plus libre du monde ». Ceci au moment où plus de 7500 manifestants avaient été blessés – 5 tués et des dizaines encore dans un état critique selon l’Association Médicale Turque. « J’ai voyagé à travers toute l’Europe en tant que camionneur, fais-moi confiance c’est bien pire là-bas. Ici tu es libre de manifester pacifiquement, personne ne va t’en empêcher » a-t-il ajouté.

Lors d’un soulèvement populaire, les représentants des classes dirigeantes fournissent de grands efforts pour nous convaincre que le problème est spécifique (islamisation, manquede démocratie, usage « excessif » de la force, autoritarisme…). Le but étant de présenter tous les problèmes socio-économiques et politiques comme étant indépendants et isolés, ainsi, le peuple ne remet pas en cause le système dans son ensemble.

Le fait est que ces problèmes ne disparaissent pas après des réformes du système politique ou économique. Au contraire, ils reviennent sans arrêt, sous d’autres formes, car ils sont inhérents au capitalisme. Le capitalisme est basé sur l’exploitation du peuple, sa nature provoque la concentration de pouvoir et de richesses ce qui mène logiquement à l’oppression du peuple.


Bannière au parc Gezi – Photo par Arkan Akin

Le problème de fond a toujours été le même, la solution aussi : l’anticapitalisme avec comme objectif la mise en place d’une alternative réellement démocratique et socialiste.

Ce but n’est pas atteignable sans une organisation large et profonde de la société, une organisation populaire. La coordination au niveau internationale, avec un abandon du repli nationaliste, est également nécessaire. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, cependant nous devons faire attention à ne pas prendre des conséquences comme étant les causes des problèmes socio-économiques ou politiques. Le danger avec cette confusion est de tomber dans un réformisme illusoire qui ne fera que modifier la forme de ces problèmes, sans nous apporter la liberté pour laquelle nous nous battons.

Comme le dit Slavoj Zizek dans son article intitulé Trouble in Paradise : « Cette réalisation – que l’échec pourrait être inhérent au principe pour lequel nous nous battons – est un grand pas dans l’éducation politique.  »
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Opération terreur, qui lance l’alarme

août 7th, 2013 by Manlio Dinucci

Pendant qu’il joue au golf, le président Obama est tenu constamment informé : l’énième alarme terrorisme a sonné. D’un instant à l’autre la fantomatique Al-Qaïda peut attaquer des objectifs reliés aux intérêts étasuniens, en particulier au Proche-Orient et en Afrique du Nord. L’état d’alerte se déclenche pour les citoyens étasuniens en voyage à l’étranger. De nombreuses ambassades USA sont temporairement fermées, tandis que les Marines sont prêts à intervenir depuis Sigonella pour protéger celles qui sont en Europe méridionale.

Le mérite de cette opportune alarme revient à la Communauté du Renseignement. Elle est formée de 17 organisations fédérales. En plus de la CIA on y trouve la DIA (Agence de renseignement de la défense), mais chaque secteur des forces armées –armée de terre, de l’air, marine, infanterie de marine- a son propre service secret. Comme l’ont aussi le département d’État et celui de la Sécurité de la patrie.

Parmi ces services, en dure compétition entre eux pour s’accaparer appuis politiques et fonds fédéraux, il y a l’Agence pour la sécurité nationale. Celle-ci est spécialisée dans les interceptions téléphoniques et informatiques (celles qui auraient permis de découvrir le dernier complot terroriste), à travers lesquelles sont espionnés non seulement les ennemis mais aussi les amis des États-Unis, comme le confirme le « datagate » suscité par les révélations de l’ex-contractuel Edward Snowden. En dix années l’Agence a accru d’un tiers son personnel civil et militaire en le portant à 33 000 personnes, elle a doublé son budget et plus que triplé ses compagnies privées sous-traitantes, en les augmentant de 150 à 500. Son quartier général à Fort Meade (Maryland), déjà plus grand que le Pentagone, est sur le point d’être amplifié de 50 %. Sont en même temps développés ses autres centres, chacun ayant son propre domaine d’intervention. Le centre qui est au Texas espionne l’Amérique centrale et méridionale ; celui de Georgie, le Proche-Orient ; celui des Iles Hawaï, les pays de la façade pacifique, y compris la Russie et la Chine ; celui en Australie, toute l’Asie. Le centre en Angleterre (dont le personnel va être augmenté d’un tiers, à 2 500 personnes) espionne l’Europe, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. Et dans l’Utah on vient à peine de construire un nouveau centre pour la cyber guerre, c’est-à-dire pour les attaques contre les réseaux informatiques d’autres pays.

Mais la guerre dans laquelle est spécialisée l’Agence n’est pas qu’informatique. L’agence indique au Commandement des opérations spéciales, qui opère dans plus de 70 pays avec environ 70 000 spécialistes, et à d’autres unités spécialisées pour des opérations secrètes, quelles sont les personnes considérées comme dangereuses pour les États-Unis, à éliminer par des attaques de drones et des actions de commandos. À travers un réseau informatique crypté spécial, le Real Time Regional Gateway, l’Agence fournit aux chefs des forces armées et des services secrets la liste des « objectifs » et toutes les informations permettant de les trouver et de les abattre avec des drones ou des commandos.

Elle dispose dans ce but des technologies les plus avancées, parmi lesquelles celle qui permet de localiser quelqu’un par son téléphone portable même quand il est éteint. Ces « actions létales ciblées » -souligne le président Obama (23 mai)- sont « légales » puisqu’elles « font partie d’une guerre juste, menée par autodéfense ». En font aussi partie les opérations psychologiques, renommées « Military Information Support Operations », conduites par des unités spéciales pour « influencer l’opinion publique internationale pour qu’elle soutienne les intérêts et les plans militaires étasuniens ».

Comme l’alarme terrorisme actuelle (à laquelle pourrait succéder quelque attentat signé Al-Qaïda), pour montrer que les USA sont sous attaque et ont ainsi le droit à l’ « autodéfense ».

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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L’Arabie saoudite, prête à négocier

août 7th, 2013 by Thierry Meyssan

Photo officielle de l’entretien entre Vladimir Poutine et Bandar Ben Sultan. On ne voit pas le prince saoudien.© Service de presse du Kremlin

Les États-Unis ont résolu leurs problèmes intérieurs avant la conférence de Genève 2, puis ils ont éliminé l’opposition du Qatar. Ils s’attaquent désormais à celle de l’Arabie saoudite. Cependant, observe Thierry Meyssan, Riyad semble plus docile que Doha et propose un arrangement qui lui garantisse à la fois sa survie et de garder la tête haute.

Après la destitution de l’émir du Qatar par les États-Unis et son abdication en faveur de son fils Tamim, la situation en Afrique du Nord et au Proche-Orient a rapidement évolué. À la surprise de Washington, les militaires égyptiens ont choisi ce moment pour renverser le président Mohamed Morsi, un Frère musulman sponsorisé par Doha. Du coup, la perte du soutien qatari s’est transformée en déroute des Frères qui se sentent également menacés en Tunisie, en Libye et à Gaza.

Washington a fait « contre mauvaise fortune bon cœur », en considérant que de toute manière, il contrôlait aussi l’armée égyptienne et la plupart des autres forces politiques régionales. Même si le retour des uniformes contredit le discours sur la démocratisation, il s’est vite adapté à ses nouveaux interlocuteurs.

Le département d’État poursuit donc son plan initial de nouveau partage régional avec la Russie. Cependant, la faiblesse actuelle des États-Unis est telle qu’ils se hâtent lentement. Alors qu’une paix juste et durable passe par un développement économique conjoint des forces en présence, le plan US repose sur une vision anachronique de division en zones d’influence, inspirée des accords franco-britanniques Sykes-Picot (1916).

Dans cette perspective, un présupposé du département d’État depuis Madeleine Albright est qu’il ne peut y avoir de paix en Palestine, sans paix en Syrie et vice-versa. En effet, tout accord avec les Palestiniens est immédiatement remis en cause par des groupes dissidents qui le sabotent, tandis que la Syrie baasiste refuse par principe une paix séparée. La seule solution est donc globale en tenant la Syrie comme responsable par la force de l’application de l’accord.

John Kerry est parvenu à contraindre Israël et l’Autorité palestinienne a s’asseoir à la table de négociations pour neuf mois, c’est-à-dire jusqu’à l’élection présidentielle syrienne. Les premiers contacts ont été glaciaux, mais le département d’État pense avoir le temps pour les réchauffer et amener ses invités à se joindre au processus syrien de Genève 2. Les négociations sont conduites par le diplomate sioniste Martin Indyk, qui fut le conseiller Proche-Orient de Madeleine Albright et Bill Clinton.

Simultanément, M. Kerry a laissé l’Arabie saoudite remplir le vide créé par la disparation du Qatar de la scène internationale. Il lui a donné six mois pour résoudre les problèmes régionaux. En l’occurrence, l’Arabie saoudite, ce n’est pas le roi Abdallah, trop occupé à tester des aphrodisiaques, mais le prince Bandar Ben Sultan et son beau-frère, l’éternel ministre des Affaires étrangères depuis 38 ans, le prince Saoud.

Cependant, compte-tenu de ce qui est arrivé à l’émir Hamad de Qatar, les deux hommes craignent de tomber dans un piège US : de s’épuiser sans résultat et d’être à leur tour écartés de la scène internationale, ce qui marquerait le début de la fin du royaume.

Aussi faut-il considérer avec la plus grande attention la volte-face de leur marionnette, le cheikh Adnan al-Arour. Dans un show télévisé, diffusé le 31 juillet, le chef spirituel de l’Armée syrienne libre a déclaré avoir été contraint (par qui ?) à prendre les armes contre Bachar el-Assad alors que la voie militaire ne conduit nulle part. Il a déploré que la « noble révolution » soit devenue « une boucherie » et a conclu qu’il ne s’y reconnaissait plus.

Quelques heures plus tard, son patron, le prince Bandar Ben Sultan, était reçu à Moscou, non pas seulement par son homologue, mais par le président Vladimir Poutine. Un laconique communiqué était diffusé peu après indiquant que les discussions avaient porté « sur une large série de sujets bilatéraux et sur la situation au Proche-Orient et en Afrique du Nord ». Le service de presse a diffusé une photo de l’accueil par le président et une ancienne photo du chef-espion saoudien, décidément inaccessible depuis l’attentat dont il a fait l’objet en juillet 2012 en réplique à l’assassinat des chefs militaires syriens.

Tout se passe donc comme si Riyad se montrait plus raisonnable que Doha et acceptait le principe de la conférence de Genève 2. Leur revendication se satisferait d’un maintien de Bachar el-Assad en échange d’une victoire symbolique au Liban, avec le retour au pouvoir de leur symbole, Saad el-Hariri. Il composerait un gouvernement d’union nationale, incluant la « branche politique » du Hezbollah, ce qui expliquerait la récente décision de l’Union européenne de distinguer deux branches au sein du Parti de Dieu.

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Prendre le train à Jakarta

août 5th, 2013 by Andre Vltchek

Si vous prenez le train à Jakarta, soyez averti : les images qui défileront derrière votre fenêtre pourraient être trop dérangeantes à supporter pour quelqu’un qui n’est ni un correspondant de guerre ni un docteur. C’est comme si les centaines de milliers de misérables sur terre avaient décidé de camper le long des voies, comme si les déchets de toute l’Asie du sud-est s’étaient échoués le long des rails, comme si l’enfer sur terre s’était réellement matérialisé ici à la place d’un royaume religieux imaginaire.

Depuis la fenêtre crasseuse du train, vous verrez des gens souffrant des pires maladies. Vous apercevrez probablement des gens avec des blessures apparentes, des visages brûlés, d’épouvantables hernies, des tumeurs non traitées et de nombreux ventres ronds d’enfants souffrant de malnutrition. Sans parler des maladies et déformations simplement trop terribles à décrire et à photographier.

Jakarta, la capitale d’un pays salué par les médias occidentaux comme étant démocratique, tolérant et comme la plus grande économie en Asie du sud-est, est en réalité un endroit où la majorité de la population n’a absolument aucun contrôle sur son futur. En y regardant de plus près, il semble évident que la ville possède des indicateurs sociaux plus proches de l’Afrique sub-saharienne que de l’Asie du sud-est. En outre, la violence et l’intolérance sont en hausse contre les minorités ethniques et religieuses ainsi que pour ceux réclamant plus de justice sociale. Difficile de ne pas admettre cela.

Slavoj Zizek, le philosophe slovène, écrivait autrefois dans son livre, The Violence :

“Ici, nous avons à faire à la différence lacanienne entre la réalité et le réel : ’réalité’ est la réalité sociale de gens réels impliqués en interaction et dans des processus de production, alors que le Réel est ’l’abstrait’ inexorable, la logique spectrale du capital qui détermine ce qui se passe dans la réalité sociale. On peut vérifier cette différence par un moyen palpable quand on visite un pays où la vie est en lambeaux. Nous voyons beaucoup de désastres écologiques et de misère humaine. Cependant, le compte rendu des analystes que l’on lit après coup, nous informe que la situation économique du pays est ’financièrement saine’ la réalité importe peu, comparé à la situation du capital…”

La capitale indonésienne et ses élites se portent bien mais précisément au prix d’un pays en déliquescence . Mais revenons à nos trains.

J’ai décidé de prendre le train Commuter*, de Manggarai jusqu’à Tangerang, une ville de la banlieue (la même place qui, il y a quelques années, imposa en dehors de toutes les lois mais avec une impunité totale, la charia à la population) pour une simple raison : me rendre compte si il y avait de réels progrès ’en interne’ de ce que beaucoup décrivent comme le véritable fiasco des infrastructures de Jakarta, l’ imbroglio, le casse-tête des embouteillages monstrueux de la ville.

(*Notes du traducteur : Il y a deux sortes de trains urbains qui desservent Jakarta. Le Commuter train disposant d’air conditionné et plus sur que l’Economy train meilleur marché mais souvent bondé)

Les embouteillages routiers, comme beaucoup de choses en Indonésie, possède son histoire haute en couleur :

depuis 1965, (l’année du brutal coup d’état militaire soutenu par les Usa qui a propulsé le général Suharto au pouvoir et pris entre 800000 et 3 millions de vies. Ont été assassinés, des gauchistes, intellectuels, personnes de la minorité chinoise, syndicalistes et athéistes ou simplement ceux qui avaient une meilleure vie, un meilleur lopin de terre ou une vache plus grasse.) le gouvernement a travaillé dur pour s’assurer que les cités indonésiennes ne puissent pas posséder de transports en commun, de grands parcs et de trottoirs. Les places publiques étaient considérées comme très dangereuses car c’était là où les gens avaient l’habitude de se réunir pour discuter de problèmes “subversifs” comme échafauder des projets pour leur pays.

Des ’promoteurs’ ont transformé des parcs publics en des parcours de golf privés pour les élites. Quid des trottoirs aussi, pas assez rentables et “trop sociaux”. Et les transports publics devenaient privés et ainsi étaient réduits à des minibus polluants et des horribles rickshaws Bajaj seconde main qui ne circulent plus depuis des décennies même en Inde.

Et ça se passait à Jakarta. Mais d’autres villes de 1 à 2 millions d’habitants comme Palembang, Surabaya, Medan et Bandung sans transports en commun avec comme option des minibus sales et minuscules et de douzaines de bus vétustes, puants et rouillés.

Cette politique était planifiés bien sur : Pour inciter les Indonésiens -parmi les plus pauvres en Asie de l’est- à acheter leur propre véhicule. Les constructeurs automobiles régurgitaient de vieux modèles de voitures japonaises et les vendaient à des prix exorbitants (les voitures en Indonésie se vendent 50 à 120 % plus chères qu’aux Usa). Les voitures furent les premières à être injectés, suivis par les dangereux, nocifs et inefficaces scooters qui sont bannis de toutes les villes importantes en Chine et dans beaucoup d’autres en Asie.

Les membres du gouvernement et ceux du Conseil Représentatif du Peuple (DPR) se sont laissés corrompre , progressivement et méthodiquement par l’industrie automobile qui devint très puissante, bloquant toute tentative d’améliorer les voies ferroviaire et maritime entre les différents ports à Java, l’ile la plus peuplée du monde.

le 14 août 2011, le Jakarta Post rapportait :

“Nusyirwan Soedjono (Indonesian Democratic Party of Struggle), vice président de la Chambre des Députés et de la commission V supervisant les affaires des transports, s’est longtemps questionné sur la réticence du gouvernement à allouer davantage de fonds publics pour l’amélioration du réseau ferroviaire du pays ; il a dénoncé sa soumission au lobbying politique dans les hautes sphères de l’Etat, organisé par l’industrie automobile, qui recevait déjà des avantages directs du développement rapide des infrastructures routières du pays.

“Nous n’avons jamais rejeté (la Commission V) une offre de budget gouvernemental afin de développer l’infrastructure ferroviaire,” a dit Nusyirwan au Jakarta Post. “Mais il semble qu’il y ait certains ’groupes puissants’ qui s’opposent systématiquement à chaque tentative d’améliorer les services de nos transports de masses, en particulier les trains”.

Comme elles le feraient dans n’importe quelle société fasciste ou féodale, ’les élites’ profitent de leur limousines avec chauffeur, pendant que les pauvres se cassent les jambes en tombant dans les égouts à ciel ouvert, se font violer et respirent un air vicié dans les minibus privés, repoussants et non règlementaires ou risquent de se voir projeter à terre sur des pavés irréguliers après d’improbables manoeuvres sur leurs scooters entre voitures et camions aux conduites agressives.

Alors qu’il devenait clair que le gouvernement sombrait progressivement dans le laxisme, l’incompétence, l’avarice et la paresse, déterminé à bloquer toutes solutions à long terme, Jakarta était dépouillé de presque tous ses espaces publics avec une impunité et un aplomb impressionnant.

En effet, la longueur du réseau ferroviaire a rétréci depuis l’époque coloniale hollandaise ; Jakarta est devenue la seule ville de cette taille (au dessus de 10 millions d’habitants, davantage durant les jours ouvrables) dans le monde sans système de transport en commun rapide.

Il y a quelques années, il y a eu une timide tentative de construire deux lignes d’un monorail urbain, pas le plus efficace système de transport public pour commencer. Des rues furent bloquées, de la poussière et de la saleté partout. On demandait aux gens d’être patients car “c’était pour eux”, mais en fait, pas vraiment, car ça allait devenir une machine à faire du profit.

Le projet était donné au consortium privé et donc, comme cela était prévisible, l’argent public fut détourné. La construction a stoppé sans prevenir, laissant d’horribles piles de béton plantées au milieu des avenues. Aucun responsable n’était aperçu paradant à la suite de cette fraude scandaleuse. Quant à la presse, elle restait, sans surprise, disciplinée, rapportant juste les déclarations officielles, ce qui est toujours le cas quand beaucoup trop d’argent est dérobé par ceux qui sont “trop importants pour être inquiétés” par une enquête.

Pour être honnête, il y a eu d’autres tentatives de désengorger Jakarta : par exemple l’introduction de taxis-boats sur des canaux désespérement pollués. Mais les objets flottants cassaient facilement les moteurs de ces dériveurs d’un autre age sans parler de la puanteur à la surface des canaux constamment recouverts par d’épaisses et consistantes couches de déchets et substances toxiques, tellement repoussantes que le “projet” fut abandonné après juste quelques semaines.

L’East Flood Canal était supposé tout changer, révolutionner entièrement l’approche des travaux publics et favoriser le développement de la ville sur au moins quelques standards de base dans l’Asie du 21ème siècle. Jakarta souffre d’inondations récurrentes depuis des décennies ; parfois deux tiers de la ville peut se trouver sous l’eau, conséquence de canaux bouchés, d’espaces verts supprimés et d’une course au sur-développement effréné. Une décision fut finalement prise d’acquérir du terrain et de creuser le canal qui pourra acheminer l’eau excessive jusqu’à la mer. Promesse fut faite qu’il y aurait des parcs et au moins quelques chemins le long des berges. Des romantiques rêvaient même de pistes cyclables et de promenades, il y eu des demandes pour un transport fluvial et osons le ! des lignes de tramway.

Ceux qui entretenaient quelques espoirs, tombèrent de haut. En 2010 et 2011, alors que les travaux sur le canal était encore loin d’être achevés, la réalité remonta à la surface.
L’ensemble de l’ouvrage laissait apparaitre une qualité vraiment déplorable avant même que le chantier soit terminé, les détritus s’accumulaient déjà sur toute la longueur du canal. Et puis vint le choc : le gouvernement n’avait évidemment aucune intention d’installer des transports publics le long des berges du canal. Il fit en sorte (comme toujours) d’éviter la construction de ’maléfiques’ lieux publics. Des bandes de terre étaient récemment convertis début 2012) en d’énièmes ensembles routiers que se sont immédiatement réappropriés les scooters bruyants et polluants. Inachevé (bien qu’officiellement il est déjà opérationnel), le canal dans son ensemble semble être destiné à devenir une décharge sauvage et le terrain de jeu des véhicules et scooters.

Le long de ces kilomètres carrés d’espace urbain gaspillés (bien qu’officiellement l’administration dise que c’est un franc succès), il n’y a même pas un minuscule sentier pour que les gens puissent marcher, ni une seule aire de jeu pour les enfants.

Comment les fonctionnaires peuvent t-ils s’en sortir après de tels fiascos et après avoir trahi et volé leur propre peuple ? Après tout, de tels agissements et implications de la municipalité seraient considérés comme une ’trahison’ dans d’autres pays asiatiques.

La réponse est : dans ’l’Indonésie démocratique’ il n’y a pas de responsabilisation. Aucune ! la corruption est endémique et les citoyens n’ont aucun mécanisme pour organiser la protestation (l’obsession pour les réseaux sociaux comme Facebook est principalement due à des raisons de statut social ainsi que pour du bavardage futile : même les meurtres de personnes pour des motifs religieux commis par des fanatiques ne font pas descendre les gens ’éduqués et de la classe moyenne’ dans la rue).

Il semble que toute la nation, y compris sa capitale, a renoncé depuis longtemps. Les gens vivent leur vie dans cette monstrueuse mégapole, sans se donner la peine de demander des comptes, de protester ou de se plaindre.

Bien sur, se plaindre en Indonésie mène nulle part, les lettres adressées au DPR restent sans réponse, sans même être ouvertes, pendant que des lettres adressées à la presse sont publiées seulement si elles restent neutres et sans sortir des limites. Les “projets” ne sont jamais débattus (trop d’argent est souvent engagé et le gouvernement et les compagnies privées se partagent le butin entre eux selon les règles et formules bien définies et ne se risqueraient jamais d’autoriser à ce que le système soit mis en péril par l’interférence des citoyens). Les gens sont juste informés (en une seule fois) de ce qui va être construit ; quand et où. Si l’argent disparait, comme c’est le cas selon une logique implacable, il n’y a pas de répercussions. Si les plans changent ou si les horaires ne sont pas tenus, personne n’est responsable.

L’Indonésie est une parfaite dictature avec des élections tenues périodiquement (les électeurs pourront librement choisir entre un candidat corrompu avec des intérêts d’affaires et un autre candidat corrompu avec des intérêts d’affaires) : Le chef de file de tous ces pays contrôlés et sponsorisés par l’Ouest, pour ses intérêts dans lesquels la population n’a pas droit à la parole.

Les passagers qui chuteraient mortellement sur les planchers rouillés des trains ou ceux qui tomberaient dans des trous que l’on trouve dans toute la ville, n’ont droit à aucune excuse et encore moins à des compensations.

Prié de comparer l’Indonésie à la Chine, le professeur Dadang M.Maksoem, ancien professeur à UPM (Université Putra Malaysia) qui travaille actuellement pour le gouvernement de Java ouest, devient furieux : “Très simple : ils (les Chinois) se sont engagés à faire de leur mieux pour leur nation. Il n’y a rien de cela ici. Comment cela se fait t-il, dans cette partie du monde, que les gouvernements ne peuvent même pas fournir de transports publics décents ? Les gens sont forcés d’acheter leur propres motos pour se déplacer par eux mêmes -forcés de risquer leur vie, en ayant de graves accidents. Maintenant il y a des embouteillages routiers partout. Vous pouvez écrire que notre système est stupide, idiot, comateux et vorace. Il suffit d’aller voir ailleurs pour voir la différence !”.

Mais ce n’est pas ce que l’on raconte dans les mass-médias occidentaux. Officiellement, l’Ouest admire l’Indonésie. Mais comment pourrait t-il en être autrement : les dirigeants indonésiens et leurs élites serviles ont sacrifié leur propre population, leurs iles, même leur propre capitale pour les intérêts et profits des compagnies multinationales occidentales et pour des intérêts géopolitiques impériaux. Quelle société étrangère ou quel gouvernement n’apprécierait pas une telle générosité ?

Mais une fois encore, place aux transports en commun.

Du temps où l’administration et le secteur privé flirtaient avec la construction du monorail (ou du moins ils le reconnaissaient ), la ville commença la construction des “busways” ; un projet basé sur un concept absolument incompréhensible de transport public dans la ville de Bogota de la lointaine Colombie en Amérique du sud.

Au lieu de construire un système ferroviaire solide, Jakarta a amputé les principaux axes routiers de deux lignes et s’est fourni localement avec des bus étroits et inadaptés où les passagers sont assis en se faisant face. Chaque bus dispose d’une seule porte. Les énormes stations sont faites de feuilles métalliques qui rouillent et sont pleines de trous. La plupart des portes automatiques des plates-formes sont cassées et beaucoup de gens finissent par être poussés sur la chaussée avec pour conséquence la mort et de sérieuses blessures.

Comme toute chose à Jakarta, le système n’a pas pour but d’améliorer la vie des citoyens ordinaires ; dans le cas présent il devrait soulager les embouteillages et déplacer des millions de gens en toute sécurité et confort. Mais il a pour but en tant que “projet” d’enrichir des compagnies privées qui se partagent les profits avec des fonctionnaires corrompus.

Le système busway est inefficace, esthétiquement inacceptable et de fait, il ne permet pas de connecter la ville -il la fragmente davantage. Il n’y a presque aucun trottoir adjacent aux stations. Les gens arrivant aux arrêts de bus doivent risquer leur vie pour atteindre leur domicile en marchant dans les rues embouteillées ou par d’autres moyens de transport.

Même si les arrêts des Busway sont proches des gares ferroviaires, les planificateurs ont fait en sorte qu’il n’y ait pas de connexion directe. Depuis des décennies, les dirigeants de la ville font en sorte de déconnecter toutes les structures de transport entre elles, y compris les gares ferroviaires de l’époque hollandaise du reste de la ville. La ville dispose de rares trottoirs et passages souterrains (il y en a juste un dans toute la ville, près de “Kota”, qui a pris plusieurs années pour être construit et qui avait commencé a ressembler à un enfer bien avant son achèvement) reliant les stations aux avenues. Non pas que Jakara ait beaucoup d’avenues- la plupart d’entre elles ont été transformées en de pâles répliques de voies rapides en banlieue de Houston : avec des routes aux chaussées surélevées, quasiment pas de passerelles et des barrières grillagées.

La stupidité de l’aménagement de la ville ne peut être seulement égalé par l’imbécilité du développement du pays dans son entier -Jakarta est un microcosme. Pour faire un demi-tour, on doit souvent conduire pendant un kilomètre ou plus, ajoutant des embouteillages, de la consommation d’essence et de pollution. Mais la ville est conçue de sorte que même pour traverser la route, il faut souvent conduire car il n’y a presque pas de trottoirs dignes de ce nom ou de passages piétons. Rien n’est connecté ici et quoique il arrive, nous devons utiliser une voiture ou un scooter”populaire”, bon marché et polluant (les locaux les surnomment désirables’motos’) et puis pourrir dans un macet -le légendaire nom des embouteillages indonésiens- car le lobby automobile a réussi à acheter et corrompre plusieurs couches du gouvernement, avec pour conséquence d’empêcher qu’il y ait un réseau de transport en commun efficace.

Il y a clairement beaucoup d’intérêts financiers en jeu. Pour comprendre l’Indonésie, il est necessaire de se souvenir que les considérations “normales” et les principes moraux ont disparu du lexique des dirigeants.

Une poignée d’hommes d’affaires et politiciens ont déjà pillé la plupart des ressources naturelles du pays ; ils ont détruit les forêts tropicales et transformé ce vaste archipel en un désastre environnemental. La majorité des Indonésiens n’ont jamais tiré un quelconque profit de la destruction de leur pays.

Les Jakartanais ne font pas figure d’exception. La ville a été développée “contre sa population”, comme cela avait été noté par l’artiste reconnu australien George Burchett qui était venu il y a plus de deux ans.

La population est mal informée et flegmatique après des décennies de campagne de lavage de cerveau pro-business et après la destruction de l’expression artistique dans cette ville à tel point qu’il n’y a pas de cinémas d’art et essai, de théâtres permanents, d’une presse socialement orientée ou des galeries d’art se spécialisant en dévoilant la tragédie indonésienne à travers l’art. Au lieu de cela, des milliards de bits de bétises volent d’un Blackberry à un autre : les élites bavardent et écoutent de la musique pop démodée, en se bourrant de mauvaise cuisine japonaise et occidentale. Il n’y a pas beaucoup d’autre chose à faire. Dans le même temps, la cité suffoque sous les émanations toxiques, avec de vastes bidonvilles remplissant l’espace entre les centres commerciaux géants mais répétitifs et les immeubles de bureaux. Il n’y a pas d’eau dans ses canaux naguère magnifiques – seulement des produits toxiques.

Le plus effrayant est qu’il ne semble pas y avoir d’espace pour les gens. La population est devenue indésirable. Idem pour les enfants : pas d’aires de jeux, pas de parcs. Même la pauvre Port-Moresby, la capitale de la Papouasie Nouvelle Guinée fait incomparablement plus pour ses citoyens.

“Au diable votre aide !” criait le président Sukarno publiquement à l’ambassadeur Us, il y a plus de 50 ans. Une terrible vendetta est venue rapidement. Après le coup d’état soutenu par les Usa et le régime fasciste tenant les rênes du pouvoir jusqu’à ces jours, Jakarta s’est changé en “au diable les gens”

“Quand je viens à Jakarta, je ne quitte pas la maison”, explique Nabila Wibowo, la fille d’un diplomate indonésien. Elle a décidé de rester au Portugal après la fin du mandat de sa mère. “Il n’y a pas de culture ici, pas de concerts, pas de bonne musique. Et je ne peux même pas marcher ou me déplacer autour de la ville. Il n’y a pas de trottoirs. Je séjourne seulement quelques jours, enfermée dans ma chambre et je lis”.

Maintenant la cité “menace” de construire le MRT, un système de métro qui est supposé, au final, avoir deux lignes. Le projet a été repoussé depuis des décennies mais si cela devait se faire, beaucoup d’analystes y compris parmi des professeurs du BIT (Institut de technologie de Bandung) sont terrifiés rien qu’à imaginer les résultats de l’entreprise, au regard des antécédents des autorités municipales et de la qualité des autres projets liés aux transports dans le reste du pays.

Il est fort probable que l’argent alloué sera ensuite détourné. En Indonésie, il n’y a absolument aucun mécanisme pour garantir la transparence et un contrôle indépendant. Le contraste est frappant avec d’autres pays complexes comme l’Inde où le métro de New Delhi a été construit dans les délais et en dessous du coût estimé initialement.

Il apparaît que le détournement des fonds publics est le sport favori de la majorité des grands talents indonésiens. C’est dans ce domaine que la ville et le pays détiennent le premier rang.

Il n’y a aucune pression sérieuse de l’opinion publique pour stopper cette folie. Ainsi, les gens sont habitués à suffoquer, mourir prématurément à cause de la pollution, vivre dans des bidonvilles sans eau potable et sanitaires décents et attendre dans des embouteillages interminables. La majorité des habitants de Jakarta n’ont jamais quitté le pays et de ce fait ne savent pas “qu’un autre monde est possible”, qu’il y a des villes construites pour la population et non contre elle. Les élites qui voyagent le savent très bien mais n’en diront pas un mot.

Le cercle vicieux est omniprésent : de nouveaux projets sont annoncés, puis lancés et finalement brouillés après que suffisamment de poches se soient remplies. Les gens se retrouvent démunis et ne peuvent même pas exiger quoi que ce soit. C’était comme ça, à plus ou moins grande échelle, durant les temps féodaux et durant l’administration coloniale hollandaise. Bien qu’avant de décéder, le plus grand écrivain indonésien Pramoedya Ananta Toer m’ait dit “la situation n’a jamais été aussi mauvaise que maintenant.”

Ceux qui savent ou se doutent ce qu’il y a derrière les rideaux sont soit des complices, soit simplement refusent d’affronter la réalité.

En février 2012, je demandais à Mr Ririn Soedarsono, professeur au prestigieux ITB, si le projet MRT avait une chance d’être achevé.

“Nous débuterons la construction du MRT cette année”, a t-elle répondu.” Fin 2013, la première phase devrait être achevée. Techniquement, il ne devrait pas y avoir de problème. Mais je ne sais pas ce que sera le climat politique…”.

2013 ? même dans des pays technologiquement développés comme le Japon, la Chine ou le Chili, construire une ligne de métro pourrait facilement prendre de 4 à 10 ans, dépendant du terrain. Mais peut être que je n’ai pas compris le sens de “la première phase”.

Les trains sont toujours mieux à Jakarta qu’à Nairobi, quelques uns possèdent même l’air conditionné, car ils sont importés régulièrement du Japon. Mais ils tendent à se détériorer rapidement dus à un manque de maintenance : après un an à Jakarta, un vieux train japonais de 30 ans arrivé en parfait état, finira par avoir ses portes cassées, des pieces défoncées et le système d’air conditionné bouché par la poussiere.

“Nous prenons le train deux fois par semaine”, explique Ms Enny et Ms Susie de Bogor. “c’est insupportable durant les jours ouvrables, particulièrement durant les heures de pointe. Il est presque impossible de trouver un espace pour se tenir debout. C’est assez effrayant et traumatisant particulièrement pour nous, les femmes, spécialement quand les passagers se ruent en hordes, se battant pour rentrer dans la voiture.”

La supériorité des trains de Jakarta sur ceux de Nairobi, la capitale de l’une des plus pauvres nations sur terre et aussi un autre ’miracle capitaliste et démocratique’, pourrait ne pas durer longtemps. Dès le début de 2013, Nairobi est sur le point d’achever la rénovation de ses voies ferrées et de mettre en service la première ligne moderne, suivie par la seconde en 2014. Les stations seront accompagnées de nombreux parkings ; des magasins et des facilités modernes, reliant les banlieues habitées par la classe moyenne et populaire.

Les firmes de construction chinoises qui sont engagées dans la construction de routes, viaducs et d’autres projets d’infrastructures en Afrique de l’est, construisent aussi des trottoirs, voies ferrées et dans les deux ans, prévoient de connecter l’aéroport international Jomo Kenyatta au réseau ferroviaire de Nairobi. L’aéroport en déliquescence Sukarno-Hatta en périphérie de Jakarta qui avait attendu un service ferroviaire rapide depuis des décennies, n’a seulement obtenu des voies supplémentaires d’autoroute.

Une question qui vient naturellement à l’esprit est : L’indonésie peut t-elle être aussi distancée par des villes comme le Caire, Nairobi, Johannesburg et Lagos ou est ce quelque chose d’autre qui se passe ? est t-il possible que les élites indonésiennes sacrifient en fait des dizaines de millions de gens pour leur propre profit ? elles l’ont fait auparavant : pourraient t-elles le refaire ?

Le long des voies, des enfants et bébés sales à moitié nus jouent dans les ordures et les égouts à ciel ouvert. Les déchets sont brûlés ici en plein air, car Jakarta n’a aucun système de gestion des ordures. La gestion et la collecte des déchets est par définition un service public. Donc rien qui pourrait générer du profit et exciter les fonctionnaires. Une fraction seulement des Jakartanais ont accès à l’eau potable, seulement 30 % à l’assainissement de base.
C’est l’enfer quotidien autour des wagons qui avancent lentement d’une station à une autre.

Lisez la presse indonésienne qui manie parfaitement la langue de bois et vous croirez qu’il y a au moins un système ferroviaire rudimentaire déjà en place, certes ayant besoin de sérieuses retouches mais néanmoins en circulation. Vous pourrez même trouver des cartes du ’système’ sur internet. Mais essayez d’atteindre la gare, essayez d’utiliser le réseau, et vous serez forcé d’avoir des doutes concernant son existence en tant qu’option décente de transport

Il n’y a pas d’horaires et aucune information. Des employés peu réceptifs, lents et inefficaces vendant des tickets manuellement. Parvenir à une plate-forme est dangereux. Mais en dépit de cela, c’est principalement la classe moyenne indonésienne qui prend le train.

Cependant, c’est la classe moyenne localement définie selon les critères de la Banque Mondiale et du gouvernement indonésien : selon eux, les membres de la classe moyenne ici sont ceux qui vivent avec plus de 2 usd par jour. Et cela s’applique même dans la ville qui est selon de nombreux indicateurs, l’une des villes les plus chères d’Asie de l’est.

Selon ce calcul, la ’classe moyenne’ représente la majorité de la ville. Une grande partie de celle ci vit dans ce qui serait considéré partout ailleurs comme des “bidonvilles”. Quelques uns n’ont pas accès à l’eau potable ; la plupart vivent dans des conditions d’hygiène inacceptables.

Quelques membres de ’la classe moyenne’ jakartanaise montent sur les toits des trains parce ils n’ont pas les moyens de payer le prix d’un ticket ; plusieurs personnes sont electrocutés chaque année, d’autres chutent mortellement. Pour les empêcher de monter sur les trains, le gouvernement compréhensif a commencé à accrocher des boules de béton au dessus des voies pour casser les cranes et à les arroser avec des liquides colorés, même avec des excréments. Plusieurs stations y compris Manggarai, ont posé des fils de barbelés acérés sur les toits des plate-formes, ainsi les gens qui essayant de sauter, peuvent être déchiquetés.

Herry Suheri – un vendeur de cigarettes à la gare de Manggarai ne croit pas que les gens soient découragés par toutes ces mesures drastiques : “Il y a toujours des gens qui montent sur les toits des Economy trains, particulièrement durant les heures de pointe. Et ce n’est pas seulement pour voyager gratuitement. Il n’y a simplement pas suffisamment de trains pour transporter tous ceux qui doivent se rendre à leur travail ou rentrer chez eux”.

Le système ferroviaire, “les zones vertes”, le programme pour “améliorer la ville” – tout est faux, un monde imaginaire de duperies. La réalité est brutale mais claire : Jakarta ne tombe pas sous une autre définition. C’est un laboratoire, une expérimentation du marché ultralibéral. Les gens servent de cobayes. On étudie leur comportement : quel niveau d’incommodité peuvent t-ils ingurgiter, dans quel environnement malsain peuvent t-ils vivre et quelles doses de perspectives déprimantes les feraient finalement craquer ?

Pour le moment, tout espoir est à oublier. “La ville la plus invivable du bloc Asie-Pacifique’ ne va pas s’arranger, ni prochainement, ni dans le futur, ni sous cette administration et ni sous ce régime.

En Amérique du sud, les membres de la droite ont l’habitude de crier : “Jakarta is Coming !” pour effrayer les gouvernements de gauche au Chili et ailleurs dans le monde. Jakarta est maintenant là, au fait de sa gloire ; un monument du capital débridé ; un monstre, un avertissement et un cas d’école pour ceux qui veulent comprendre jusqu’où des élites sont capables de s’enfoncer à cause de leur folle cupidité et égoïsme.

Andre Vltchek

http://www.counterpunch.org/2012/02/17/take-a-train-in-jakarta/

Traduit par Eric Colonna

Andre Vltchek est un romancier, poète, essayiste, journaliste et réalisateur de documentaires, il a écrit pour plusieurs médias internationaux (Der Spiegel, Newsweek, Asahi Shimbun, ABC News, Irish Times, Japan Focus, etc.) et a couvert de nombreuses zones de conflit, de la Bosnie au Congo en passant par le Sri Lanka, le Timor Oriental (où il a été torturé par l’armée), le Pérou (sur la piste du Sentier Lumineux) et le Proche-Orient (lors de la 1ère Intifada). Il vit entre Nairobi, Jakarta et Tokyo. Andre Vltchek est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre, de deux recueils de poésie, d’essais politiques, comme Western Terror : From Potosi to Baghdad , ainsi que d’un livre d’entretiens avec le célèbre écrivain indonésien Pramoedya Ananta Toer, intitulé Exile . Il est aussi l’auteur d’un documentaire sur les massacres de 1965, en Indonésie.

Son dernier livre sur l’Indonésie ”Archipelago of Fear” est sorti en août 2012 et en passe d’être traduit en Indonésien. Il peut être contacté sur son site.

Toutes les photos sont d’Andre Vltchek.

Mes quelques photos de Jakarta ci dessous

http://www.flickr.com/photos/mekong69/4400251637/in/set-72157624254451345
http://www.flickr.com/photos/mekong69/4435185319/in/set-72157624254451345/
http://www.flickr.com/photos/mekong69/4435962766/in/set-72157624254451345/
http://www.flickr.com/photos/mekong69/4743720700/in/set-72157624254451345/
http://www.flickr.com/photos/mekong69/4912377041/in/set-72157624254451345/
http://www.flickr.com/photos/mekong69/6754758071/in/set-72157629011604465/
http://www.flickr.com/photos/mekong69/6754761057/in/set-72157629011604465/

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Lors d’un banquet d’Iftar avec des personnalités de la société, le président al-Assad affirme que les Syriens seuls sont capables de mettre fin à la crise

Damas / Le président Bachar al-Assad a partagé hier à la nuit de Qader, un Iftar avec des personnalités de la société syrienne, dont des politiciens, des indépendants et des dignitaires religieux musulmans et chrétiens.

Au cours de l’Iftar (repas de rupture du jeûne), le président al-Assad a prononcé une allocution dans laquelle il a indiqué que cette rencontre intervient pour confirmer que la patrie n’abandonne pas à ses fils dans les épreuves mais au contraire elle se tient à leurs côtés moralement et matériellement.

Le président Assad a abordé les derniers développements de la crise en Syrie et les réalisations héroïques de l’armée syrienne dans la défense du pays.

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Le président al-Assad a, en outre, indiqué que le mois de Ramadan est celui de pardon et de la compassion, du sacrifice et du jihad dans son vrai sens, soit par le travail, l’accomplissement, l’édification et l’affection, en bref, c’est le mois de la réforme de l’homme, de l’esprit et du corps.

Le président al-Assad a souligné le besoin urgent dans les circonstances actuelles de la transparence et de l’honnêteté concrétisées par les religions célestes, soulignant l’importance d’un dialogue franc loin de compliments.

Le président al-Assad a indiqué qu’il n’est pas possible de déterminer la fin de la crise si on ne serait pas capable de savoir qui va y mettre fin, ce qui signifie qu’on doit savoir qui est responsable de la mise d’un terme à cette crise, estimant “ce sont les Syriens eux-mêmes qui sont capables d’y mettre fin”, a-t-il affirmé.

Il a, dans ce sens, rappelé que la Syrie avait répondu positivement à toutes les initiatives lancées pour résoudre sa crise dans le but d’aider beaucoup de Syriens qui ont été trompés à savoir la réalité de ce qui se passe.

 

“La souplesse de la Syrie a aidé tous ses amis partout dans le monde à la défendre dans les instances internationales”, a-t-il fait noter.

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Le président al-Assad a exprimé sa détermination à écraser le terrorisme d’une main de fer. “Aucune solution ne peut être trouvée avec le terrorisme, excepté en le réprimant avec une main de fer”, a déclaré le président Assad. “La crise ne sera résolue que sur les champs de bataille”, a-t-il martelé.

Le président al-Assad a encouragé les forces armées à continuer à combattre le terrorisme. “Le terrorisme et la politique sont totalement contradictoires. Il n’y aura pas d’action politique et de progrès sur les volets politiques au moment où le terrorisme frappe partout. Il faut frapper le terrorisme pour que la politique agisse correctement”, a-t-il précisé.

Pour le président al-Assad, aucune démarche vers une solution politique ne peut être combinée avec la poursuite des opérations militaires.

Le président al-Assad a ajouté que le peuple est la force la plus puissante, c’est une réalité et “Si le peuple est avec moi je n’ai besoin de l’appui de personne”, a-t-il indiqué.

 

Le président al-Assad a précisé que les titres sont devenus clairs. “La confrontation est entre la patrie et ses ennemis, entre l’armée et les terroristes, entre l’Etat et les hors-la-loi et tout autre propos est absolument inacceptable”, a-t-il indiqué.

Le président al-Assad a ajouté que toutes les méthodes ont été expérimentées et il ne reste qu’un seul choix à savoir l’autodéfense par le biais des forces armées auxquelles on attache de grands espoirs et tous souhaitent que cet établissement pourrait résoudre la situation.

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Au niveau intérieur, le président a dit “Nous faisons face à des gangs qui regroupent des mercenaires commettant des actes criminels avec les fonds y fourni de l’intérieur ou de l’extérieur, et des extrémistes religieux qui n’ont rien à voir avec la religion ni l’Islam.

A ce propos, le président al-Assad a indiqué que le nombre d’actes héroïques des forces armées pendant les deux dernier ans et quelques mois est difficile à croire, faisant l’éloge de la détermination des officiers, sous officiers et soldats.

Quant au sujet de l’opposition, le président al-Assad a fait la distinction entre plusieurs types : opposition nationale, et opposition non-nationale dont l’objectif est de réaliser des gains, précisant qu’un 3ème type avait tenté dès le début de la crise de faire de chantage avec l’Etat en proposant d’arrêter les manifestations contre des postes à l’Etat, alors que le 4ème a pris de l’argent des pays de Golfe via des responsables de la Ligue arabe pour ne pas dire que ces opposants sont liés à un Etat ou à un autre.

“Par conséquence, ont ne peut pas dépendre de cette opposition car elle n’a aucun rôle dans le règlement de la crise”, a fait noter le président al-Assad.

Le président al-Assad a ajouté que la guerre qu’affrontent l’armée arabe syrienne et les forces armées en général est une guérilla et la plupart des gens savent que la guérilla est la guerre la plus difficile et la plus dangereuse pour une armée quoi qu’elle soit sa force. “Il existe une seule guerre qui remporte la bataille sur la guérilla qui est la guerre populaire et cette dernière conduit par l’armée à côté des citoyens et c’est ce qui a été survenu avec nous et nous avons réussi”, a-t-il indiqué.

Il a tenu à dire “Si nous réussissons dans cette guerre populaire, je pourrais dire que la solution sera disponible et la Syrie sera apte dans quelques mois à sortir de sa crise et à s’en finir avec le terrorisme”.

20130805-143541.jpgEt le président d’ajouter: “La mise d’un terme à la crise en Syrie se fera uniquement sur le terrain”.

Le président al-Assad s’en est pris à ceux qui ont utilisé la masque de l’Islam pour lui porter un coup, le dégonfler de l’intérieur et le remplacer par l’hypocrisie, la violence et la criminalité, précisant que cette pensée a déplacé le conflit arabo-israélien à un conflit interarabe en vue de servir Israël.

Il a appelé, à cette occasion, à encourager la question de la tolérance, qui est liée au dialogue et aux initiatives sociales et politiques lancées par des Syriens, car celles-ci sont importantes pour faire réussir la cohésion.

Le président al-Assad a, en outre, souligné l’importance de concrétiser les valeurs du moral et d’affection dans la société syrienne, notamment durant le mois béni de Ramadan, mois de bien et de tolérance.

“Le bien ne viendra pas de ceux ayant une pensée obscurantistes ni de certains pays arabes et régionaux ou de ceux qui sont enthousiastes quant à aider le peuple syrien à avoir la démocratie alors qu’ils interdisaient leurs peuples des minimums de leurs droits humains”, a-t-il fait noter, ajoutant que ces pays veulent entrer l’histoire. Ils le feront mais sous le chapitre de la tuerie, la destruction et l’ingérence”.

Le président al-Assad a enfin exprimé l’espoir que le prochain ramadan retourne alors que la sécurité et la stabilité règnent en Syrie.

L.W. / R.B. / L.A.

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Kerry promeut la dictature militaire en Egypte

août 5th, 2013 by Patrick Martin

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a déclaré jeudi que l’armée égyptienne était en train de « restaurer la démocratie » alors même qu’elle a renversé le président élu du pays, Mohamed Morsi, lors du coup d’Etat militaire du 3 juillet.

S’exprimant depuis le Pakistan, autre pays où les Etats-Unis ont soutenu des dictateurs militaires qui ont renversé des gouvernements élus, Kerry a dit lors d’une interview télévisée, «Des millions et des millions de gens demandaient à l’armée d’intervenir, ils avaient tous peur de sombrer dans le chaos, dans la violence. »

Il a poursuivi, « Et l’armée n’a pas pris le pouvoir, d’après ce que nous comprenons jusque… jusqu’ici. Il y a un gouvernement civil. En fait, ils restauraient la démocratie. »

Cette déclaration était si effrontément fausse que le journaliste de la télévision pakistanaise a été obligé de demander si l’armée avait restauré la démocratie « en tuant des gens dans les rues? »

Les remarques de Kerry sont conformes à la décision du gouvernement Obama de ne pas qualifier de coup d’Etat le renversement d’un président élu, afin d’éviter de déclencher les conditions légales mettant fin aux subventions annuelles américaines de 1,3 milliard de dollars alloués à l’armée égyptienne.

Les Frères musulmans (FM) ont critiqué la déclaration de Kerry et leur porte-parole Gehad el-Haddad a demandé si Kerry soutiendrait le renversement du président Obama par le ministre de la Défense Chuck Hagel si des manifestations d’ampleur se tenaient aux Etats-Unis.

Les remarques de Kerry semblent avoir pris au dépourvu la Maison Blanche. Un responsable a dit au Wall Street Journal, « Il [Kerry] n’a pas respecté le scénario établi. »

Alors qu’en fait le gouvernement soutient la junte militaire, il cherche à maintenir une position officielle de neutralité entre lui et les FM et Morsi, avec lequel il a travaillé en étroite collaboration durant l’année où Morsi était au pouvoir. Washington craint les conséquences sociales d’une escalade de la répression militaire contre les Frères musulmans qui poursuivent leurs manifestations malgré le meurtre de dizaines de leurs partisans et l’emprisonnement de centaines d’autres.

Les Etats-Unis font aussi un numéro d’équilibriste entre des alliances conflictuelles dans la région. La Turquie et le Qatar, deux des alliés les plus proches de Washington dans la guerre pour un changement de régime en Syrie et la campagne de sanctions et de provocations contre l’Iran, sont étroitement alignés avec les Frères musulmans.

De plus, en assimilant la junte militaire à la démocratie et en ignorant sa répression sanglante contre des manifestants non armés, Kerry a révélé un peu plus la tromperie des prétentions de Washington de soutenir la démocratie et de se soucier de la protection des civils. Il a démontré l’hypocrisie des prétentions selon lesquelles les Etats-Unis sont intervenus en Libye et cherchent à renverser Assad en Syrie du fait de considérations démocratiques et humanitaires.

Entre temps, le secrétaire d’Etat adjoint William Burns est retourné au Caire pour une seconde visite depuis le coup d’Etat. Des responsables égyptiens ont dit que Burns rencontrerait à la fois le gouvernement d’intérim du président Adly Mansour, soutenu par l’armée, et des représentants des Frères musulmans. Ceci n’a pas été confirmé par les FM dont les dirigeants avaient refusé de rencontrer Burns lors de sa précédente visite.

Dans une autre démonstration de soutien envers la junte, le gouvernement Obama a confirmé mercredi qu’il a décidé d’aller de l’avant avec les exercices militaires qui se tiennent une fois tous les deux ans en Egypte, appelés Opération Bright Star. Ces exercices se tiennent depuis 1981, à l’exception de 2011, où la mobilisation avait été annulée dans le contexte des bouleversements politiques qui faisaient suite au renversement de la dictature de Moubarak.

L’opération Bright Star qui est prévue pour la mi-septembre est l’un des exercices militaires les plus importants au monde, impliquant quelque 90 000 soldats des 11 pays participants. L’exercice de cette année sert à la fois de soutien tacite au coup d’Etat de l’armée égyptienne et de répétition générale pour une intervention militaire américaine en Syrie.

Mercredi aussi, le Sénat a voté par 86 voix contre 13 le soutien au refus du gouvernement Obama de mettre fin à l’aide accordée à l’Egypte avec une large majorité de sénateurs des deux partis déclarant que les intérêts de sécurité nationale américains nécessitaient que soient ignorés les conditions légales stipulant la fin de cette aide envers tout régime résultant d’une prise de pouvoir militaire.

Prétendre que l’armée égyptienne n’a pas « pris le pouvoir » le 3 juillet est cynique et absurde, étant donné que le Conseil suprême des forces armées (SCAF), sous la direction du général Abdul-Fattah al-Sisi, a nommé un nouveau président d’intérim pour remplacer Morsi et dicte, dans les faits, les décisions de son sbire civil.

Al-Sisi lui-même détient le poste de premier ministre adjoint et de ministre de la Défense, en plus de son rôle de chef d’état major et dirigeant du SCAF, ce qui est une démonstration claire de qui exerce vraiment le pouvoir dans ce nouveau régime.

Morsi est détenu au secret par l’armée depuis un mois. La répression contre les Frères musulmans et le parti Liberté et Justice de Morsi, leur bras politique, se poursuit sans relâche. Le 31 juillet, le premier ministre nommé par Morsi, Hashim Qandil, a été condamné à un an de prison sur la base d’accusations découlant d’un procès concernant la privatisation de l’entreprise Tanta Flax and Oils.

Quels que soient le fond du procès intenté par des employés de l’entreprise, il est clair que son inculpation et sa condamnation étaient politiquement motivées.

Morsi est lui aussi confronté à des accusations plus graves qui pourraient le condamner à la peine de mort. Une enquête est menée sur des accusations de meurtre et de conspiration en lien avec un raid dans une prison égyptienne qui l’avait libéré ainsi que d’autres dirigeants des FM en 2011. En fait, il serait accusé de s’être échappé de prison où il purgeait une peine ordonnée par la dictature de Moubarak et toujours en vigueur sous le régime de la junte militaire qui avait remplacé Moubarak en février 2011.

Les procureurs ont engagé des poursuites contre le guide suprême des FM, Mohammed Badie et deux autres responsables de haut rang, le guide adjoint Khairat al-Shater et le principal dirigeant Rashad Bayoum pour un incident qui s’est produit en juin dernier et où des manifestants anti-islamistes avaient été tués devant le QG du groupe au Caire.

Tandis que les foules se rassemblaient vendredi dans des manifestations pro-Morsi au Caire, la police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes et cherché à disperser les rassemblements, tandis que les responsables menaçaient de faire évacuer les deux grands campements de partisans des FM dans la capitale.

La ministre de l’Information Dorreya Sharaf el-Din a annoncé mercredi que le gouvernement, soutenu par l’armée, avait donné l’ordre que soient placés des cordons de police autour des manifestations pro-Morsi, déclarant qu’elles représentaient une « menace inacceptable » à la sécurité nationale.

Patrick Martin

Article original, WSWS, paru le 3 Août 2013

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Lon Snowden, père d’Edward Snowden, a écrit une lettre ouverte au président Barack Obama, dénonçant les programmes de surveillances de la NSA que son fils a démasqués et la chasse aux sorcières internationale organisée par le gouvernement Obama en réaction à ces divulgations.

La lettre en date du 26 juillet 2013, a été écrite en collaboration avec Bruce Fein, l’avocat de Lon Snowden.

Dans cette lettre, Snowden compare les programmes de surveillance de l’Agence de sécurité nationale (NSA) à la loi sur les esclaves en fuite [nommée Fugitive Slave Act] et aux lois Jim Crow [lois de ségrégation] dans les Etats du sud des Etats-Unis. Il écrit que les Etats-Unis ont des leçons à tirer de la « dynamique du Troisième Reich ». La lettre compare aussi la situation actuelle au procès de Nuremberg après la Deuxième Guerre mondiale « lors duquel l’argument de ‘l’obéissance aux ordres’ avait été rejeté en tant que moyen de défense. »

La lettre arrive dans le contexte de nouvelles divulgations concernant l’ampleur formidable des programmes. Dans une interview accordée dimanche à l’émission d’information « This Week » de la chaîne américaine ABC News, le journaliste du Guardian, Glenn Greenwald a affirmé : « La NSA dispose de milliers de milliards de communications téléphoniques et de courriers électroniques dans leurs bases de données qu’ils ont collectées au cours de ces dernières années. »

Greenwald a décrit les programmes utilisés par la NSA en disant « Tout ce qu’un analyste doit faire c’est indiquer une adresse email ou une adresse IP et le programme fait deux choses. » Et de poursuivre, « Il recherche cette base de données et le laisse écouter l’appel ou lire les courriers de tout ce que la NSA a stocké, ou il consulte l’historique de navigation où se trouve les termes de recherche Google qui ont été tapés et il alerte également à toute autre activité que les gens reliés à cette adresse email ou cette adresse IP font à l’avenir. »

« Tout ceci se fait sans consultation d’un tribunal et sans que l’analyste ait même besoin d’obtenir l’approbation d’un supérieur, » a-t-il continué. Greenwald a dit qu’il présenterait des preuves de l’accès extensif aux données relatives à la surveillance accordé à des analystes subalternes.

Dans leur lettre ouverte, Lon Snowden et Fein accusent le gouvernement Obama de recourir au secret pour laisser l’opinion publique dans le brouillard et bloquer le débat sur ses « programmes de surveillance orwelliens ». Ils affirment qu’une « grande majorité » de la population américaine « exprime maintenant son inquiétude quant au maillage de surveillance de tous les Américains qu’Edward a démasqué et que vous dissimulez. »

Les auteurs affirment que les actions de Snowden découlent d’une longue tradition de désobéissance civile contre la tyrannie, écrivant que « l’histoire de la liberté est celle de la désobéissance civile face à des lois ou pratiques injustes. » Ils citent Thoreau [Henry David] au sujet du devoir moral de contrevenir à la loi lorsque la loi devient un instrument d’injustice : « Si l’injustice devient telle qu’elle fait de vous l’instrument d’une injustice frappant des tiers, alors j’affirme qu’il faut violer la loi. Vous devez faire de votre vie l’obstacle qui arrêtera la machine. »

Fein et Snowden placent la persécution de Snowden [Edward] dans le contexte des crimes historiques perpétrés par l’élite dirigeante américaine en mentionnant l’emprisonnement durant la Deuxième Guerre mondiale de citoyens américains d’origine japonaise. Ils écrivent : «Une page très sombre de l’histoire américaine de la Deuxième Guerre mondiale n’aurait jamais été écrite si le Ministre de la Justice (Attorney General) de l’époque avait démissionné plutôt que de participer à l’organisation de camps de concentration racistes où furent parqués 120.000 citoyens américains d’origine japonaise ainsi que des étrangers résidents aux USA. »

Ils affirment qu’Edward Snowden était motivé par sa conviction que l’« espionnage secret et aveugle de millions de citoyens innocents » dans lequel il était impliqué violait l’esprit des premier et quatrième amendements. Voyant que les « membres du Congrès concernés sont restés soit silencieux soit se sont bornés à faire des commentaires sibyllins, » Snowden « s’est retrouvé confronté à choisir entre son devoir de citoyen et la passivité. »

Fein et Snowden condamnent la réaction du gouvernement Obama face aux divulgations. « Nous trouvons donc que le zèle avec lequel votre gouvernement chercher à punir M. Snowden pour avoir fait son devoir de citoyen qui est de protéger le processus démocratique et de sauvegarder les libertés, est inadmissible et indéfendable. »

« D’autre part, nous sommes consternés par le mépris dont fait montre votre gouvernement des règles d’un procès équitable, de la primauté du droit, de la justice et de la présomption d’innocence en ce qui concerne Edward, » ont-ils ajouté.

La lettre cloue aussi au pilori le Congrès en accusant les « Démocrates et Républicains en vue, du Congrès et du Sénat » d’avoir violé la présomption d’innocence en dénonçant Edward comme un traitre immédiatement après la divulgation des documents, notamment « John Boehner, Président du Congrès, Nancy Pelosi, Michele Bachmann, membres du Congrès et la Sénatrice Dianne Feinstein. »

La lettre conclut en exhortant Obama à lever les charges qui pèsent sur Snowden et à appuyer les lois « qui viendront mettre fin aux abus de surveillance de la NSA qu’il a révélés. » Toutefois, comme Obama l’a clairement fait comprendre, il n’a nullement l’intention de faire l’une ou l’autre de ces choses.

Thomas Gaist

Article original, WSWS, paru le 29 juillet 2013

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Depuis la tragédie de Lac Mégantic, on soulève de plus en plus le resserrement des règles du transport des matières dangereuses.

Curieusement, on vient d’apprendre que le projet de l’entreprise électro-nucléaire ontarienne Bruce-Power de transporter 16 énormes générateurs de vapeurs plus ou moins radioactifs vers la Suède, en passant par le Québec vient d’être abandonné. Ces générateurs de vapeur sont contaminés au plutonium, américium, curium, cobalt 60, cesium 137, tritium et carbone14.

Rappelons que ce projet avait été approuvé préalablement en février 2011 par le personnel et les commissaires de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), tribunal quasi judiciaire qui doit veiller à la sécurité des populations. De nombreux organismes sociaux et environnementaux ontariens, québécois, autochtones et américains étaient montés aux barricades pour dénoncer ce laxisme de la part de la CCSN. De plus, à l’initiative du Regroupement des municipalités québécoises pour un futur énergétique socialement responsable (RMQFESR) 50 municipalités, 5 MRC (65 municipalités) du Québec et la ville de Montréal avaient manifesté leur désapprobation pour ce projet par des résolutions spécifiques.

Un autre cas de risque très élevé en transport dangereux est en train de se préparer avec, encore, la bénédiction habituelle de la CCSN. C’est le projet d’Énergie Atomique Canada Limitée (EACL) de transporter par camion 23 000 litres de déchets liquides hautement radioactifs des Laboratoires de Chalk River (LCR) en Ontario sur une distance d’environ 2 000 kilomètres vers le Savannah River Site (SRS) du Department of Energy des États-Unis, en Caroline du Sud.

Des convois de un ou deux camions, portant chacun un seul château de transport contenant 256 litres de la solution en provenance du Fissile Solution Storage Tank (FISST), escortés par des gardes armés, feraient le trajet de Chalk River à Savannah une fois par semaine. Le transport de tout le contenu du FISST, soit 40 ou 50 convois, prendrait au moins un an. Les camions contenant ces déchets radioactifs liquides utiliseraient les chemins publics, traversant plusieurs communautés au Canada et aux États-Unis et de nombreux cours d’eau, dont le fleuve St-Laurent.

Un autre appel du RMQFESR concernant ce projet a été lancé 15 jours avant le drame de Lac Mégantic, afin de solliciter le plus de municipalités québécoises à adopter une résolution spécifique sur cet autre dossier de transport dangereux et s’opposer en principe à tout transport de déchets radioactifs liquides sur les routes et les ponts publics, sur toute voie navigable ou par voie aérienne puisque ces déchets peuvent être solidifiés, l’ont déjà été et devraient l’être pour réduire le risque qu’ils ne se répandent dans l’environnement des êtres vivants.

Les citoyens peuvent-ils intervenir dans ce débat ?

OUI ! Ils peuvent interpeller personnellement les membres des conseils municipaux pour qu’ils adoptent rapidement la résolution proposée par le RMQFESR.

Voir le site du Regroupement pour la surveillance du nucléaire – chapitre : Les générateurs de vapeur radioactifs ( http://www.ccnr.org )

Cela pourra empêcher de créer un dangereux précédant qui pourrait servir à justifier, à l’avenir, le transport de déchets hautement radioactifs liquides à l’échelle mondiale.

Il est urgent que le gouvernement fédéral et des provinces productrices de déchets nucléaires ou de matériel contaminé par la radioactivité provenant du démantèlement, de la réfection ou de l’exploitation courante de réacteurs nucléaires élaborent et proposent à l’assentiment de la population une politique bien définie concernant la gestion temporaire et permanente de tous les déchets radioactifs autres que le combustible irradié.

Gaëtan Ruest, Maire d’Amqui,

Porte-parole du Regroupement des municipalités québécoises pour un futur énergétique socialement responsable. (RMQFESR).

 

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Ce n’est pas facile d’être un nationaliste américain agitateur de drapeaux. En plus d’avoir à faire face à la désillusion habituelle, la colère et le mépris du monde entier incités par les bombardements et guerres sans fin de Washington, le nationaliste est assailli par les dénonciateurs comme Bradley Manning et Edward Snowden, qui ont révélé un flot régulier de scandales autour des droits de l’homme et des libertés civiles, des atrocités, des mensonges embarassants et des vérités gênantes. Ceux qui croient à « l’exceptionnalisme américain » et aux « nobles intentions » ont eu du mal à maintenir leur rhétorique bleu-blanc-rouge entre les premières lueurs de l’aube et les derniers rayons du crépuscule.

Ce qui pourrait expliquer l’article du Washington Post (20 Juillet) intitulé ’les demandeurs d’asile américains sont malheureux en Russie’, à propos d’Edward Snowden et son projet de demander l’asile à Moscou. L’article raconte les moments prétendument misérables vécus dans l’Union soviétique par des expatriés américains et des transfuges comme Lee Harvey Oswald, les deux employés de la NSA 1960 – William Martin et Bernon Mitchell – et plusieurs autres. La formule de propagande du Post est apparemment la suivante : l’insatisfaction de la vie en Russie pour un Américain équivaut à un point en faveur des Etats-Unis : ’espoirs déçus d’une vie glorieuse dans le paradis des travailleurs’ … Oswald « a été donné du travail dans une usine d’électronique dans la ville morne de Minsk , où l’avenir radieux ne fut pas au rendez-vous ’… lit-on dans compte-rendu du Post, digne d’un cliché de la Guerre Froide. Pas vraiment de quoi s’exciter, mais un nationaliste américain sur la défensive a du mal à trouver beaucoup mieux par les temps qui courent.

Dans le même temps, l’équipe Allez USA ! marque des points en faisant connaître des violations russes actuelles des droits de l’homme et des libertés civiles, comme si la guerre froide faisait toujours rage. « Nous appelons le gouvernement russe à cesser sa campagne de pression contre les individus et les groupes qui cherchent à dénoncer la corruption, et de veiller à ce que les droits de l’homme universels et les libertés fondamentales de tous ses citoyens, y compris les libertés d’expression et de réunion, sont protégés et respectés », a déclaré Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche. (1)

“’Campagne de pression contre les individus et les groupes qui cherchent à dénoncer la corruption” … hmmm … Est-ce que quelqu’un a entendu parler d’Edward Snowden ? Est-ce que la surveillance non-stop des citoyens n’est pas un exemple de corruption ? La Maison Blanche n’éprouve-t-elle aucune honte ? Un peu d’embarras peut-être ? Rien du tout ?

Je rêve de voir une version moderne des audiences de l’Armée et McCarthy de 1954 au cours desquelles Carney – ou mieux encore, Barack Obama lui-même – déversererait, les uns après les autres, mensonges et défenses écoeurantes des destructions impérialistes. Et l’avocat de la commission (selon les célèbres paroles de Joseph Welch) serait finalement poussé à déclarer : « Monsieur, en voilà assez. N’avez-vous aucune décence, monsieur ? Enfin, ne vous reste-t-il aucune trace de décence ? » Un tonnerre d’applaudissemts explosa parmi le public du Congrès et cet incident est largement considéré comme le début de la fin de la folie McCarthyste.

Les politiciens américains et des personnalités des médias ont critiqué Snowden pour s’être enfui à l’étranger pour révéler les documents classifiés qu’il possédait. Pourquoi n’est-t-il pas resté aux Etats-Unis pour défendre ses actions et faire face à à la justice comme un vrai homme ? demandent-ils. Oui, le jeune homme aurait du volontairement se soumettre lui-même à l’isolement, à d’autres tortures, à la prison à vie, et même une condamnation à mort s’il voulait être pris au sérieux. Quel lâche !

Pourquoi Snowden n’a-t-il pas fait part de ses inquiétudes à travers les canaux appropriés de la NSA, plutôt que de révéler les documents, comme tout dénonciateur respectable aurait fait ? C’est la question à laquelle James Bamford, généralement considéré comme le principal auteur sur la NSA en Amérique, a tenté de répondre, comme suit :

J’ai interviewé de nombreux dénonciateurs de la NSA, et le dénominateur commun est qu’ils se sentaient ignorés lorsqu’ils tentaient d’attirer l’attention de leurs supérieurs sur des opérations illégales ou contraires à l’éthique. Par exemple, William Binney et plusieurs autres hauts membres de la NSA ont protesté auprès de leurs supérieurs à propos des programmes de collecte de données nationaux de l’agence, et ils ont même tenté d’attirer l’attention du ministère de la justice sur ces opérations, mais ils ont été ignorés. C’est seulement ensuite que Binney m’a publiquement parlé pour un article dans le magazine Wired. Dans une série de questions/réponses sur le site internet du Guarduan, Snowden a cité Binney comme un exemple de ’comment les réactions excessivement sévères contre les dénonciations faites dans l’intérêt public ne font qu’augmenter l’ampleur, la portée et la compétence impliquée pour les révélations futures. Les citoyens ayant une conscience ne vont pas ignorer ces méfaits simplement parce qu’ils seront détruits pour ça : la conscience l’interdit ’.

Et même lorsque les dénonciateurs s’adressent aux médias, la NSA généralement nie les faits. L’Agence a nié les accusations de Binney selon qui elle obtenait toutes les métadonnées des clients de Verizon et avait accès à pratiquement tout le trafic Internet. Ce n’est que lorsque Snowden a divulgué des documents révélant le programme et montré comment fonctionne PRISM que l’agence a été contrainte d’avouer la vérité. (2)

Chaque pays dans le monde qui est engagé dans les affaires internationales et la sécurité nationale se livre à de nombreuses activités pour protéger sa sécurité nationale,’ a récemment dit le secrétaire d’Etat américain John Kerry. ’Tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas inhabituel pour beaucoup de nations.’ (3)

Eh bien, M. Kerry, l’antisémitisme non plus n’est pas inhabituel, on peut en trouver dans tous les pays. Pourquoi, alors, le monde condamne-t-il fermement l’Allemagne nazie ? Évidemment, pour une question d’échelle, n’est-ce pas ? C’est l’ampleur de l’invasion américaine de la vie privée qui la place dans une catégorie à part.

Kerry fait tout son possible pour minimiser l’importance des révélations de Snowden. Il voudrait nous faire croire que c’est juste des trucs de routine entre nations … « Circulez, il n’y a rien à voir. » Pourtant, cet homme est obsédé par la volonté de punir Snowden. Le 12 Juillet, quelques heures seulement après que le Venezuela a accepté de fournir l’asile politique à Snowden, Kerry a appelé personnellement le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Elias Jaua et aurait menacé d’intercepter tout avion du Venezuela dans l’espace aérien des Etats-Unis ou de tout autre pays de l’OTAN s’il y avait le moindre soupçon que Snowden se trouvait à bord pour se rendre à Caracas. La fermeture de l’espace aérien de tous les pays membres de l’OTAN aux vols vénézuéliens signifie éviter 26 pays en Europe et deux en Amérique du Nord. Selon ce scénario, Snowden aurait à survoler le Pacifique depuis l’extrême-orient de la Russie au lieu de traverser l’Atlantique.

Le secrétaire d’État a également promis d’intensifier le processus en cours d’abrogation de visas d’entrée aux États-Unis aux fonctionnaires et hommes d’affaires vénézuéliens associés au feu président Hugo Chávez. Washington va également entamer la poursuite d’éminents politiciens vénézuéliens sur des allégations de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et autres actions criminelles et Kerry a spécifiquement mentionné des noms dans sa conversation avec le ministre vénézuélien des Affaires étrangères.

Kerry a ajouté que Washington est tout à fait conscient de la dépendance du Venezuela auprès des Etats-Unis en ce qui concerne les produits pétroliers raffinés. En dépit d’être l’un des plus grands producteurs de pétrole du monde, le Venezuela a besoin de plus de pétrole et de produits pétroliers qu’il ne peut produire, et achète plus d’un million de barils de produits pétroliers raffinés aux États-Unis chaque mois. Kerry a carrément averti que l’approvisionnement en carburant serait interrompu si le président Maduro continue à tendre la main au fugitif de la NSA. (4)

Wow. C’est du lourd. Un pouvoir illimité entre les mains de psychopathes. Mon propre pays me fait vraiment peur.

Et quel pays se vante plus de ses libertés présumées que les Etats-Unis ? Et de sa démocratie présumée ? De ses présumés droits civils et droits humains ? De son prétendu « exceptionnalisme » ? De son présumé tout ? Considérant tout cela, pourquoi les Etats-Unis ne seraient-ils pas tenus de les respecter à la lettre ?

L’hypocrisie américaine dans sa politique étrangère se manifeste régulièrement et contiuellement. Voici le président Obama, parlant récemment en Afrique du Sud au sujet de Nelson Mandela : «  La lutte ici contre l’apartheid, pour la liberté, le courage moral [de Mandela] ; a transition historique de ce pays en une nation libre et démocratique a été une inspiration personnelle pour moi. Il a été une inspiration pour le monde entier – et il continue de l’être. » (5)

Comme c’est touchant. Mais aucune mention – jamais de mention par un dirigeant américain – du fait que les Etats-Unis étaient directement responsables de l’envoi de Nelson Mandela en prison pendant 28 ans. (6)

Et exigeant l’extradition de Snowden tandis que, selon le ministère russe de l’Intérieur, ’des forces de l’ordre ont demandé à plusieurs reprises aux États-Unis par le canal d’Interpol l’extradition de criminels recherchés, mais ces demandes ne sont ni respectées ni même répondues.’ Parmi les personnes visées se trouvent des insurgés islamistes de Tchétchénie, qui ont été accordés l’asile aux États-Unis. (7)

L’Equateur a eu une expérience similaire avec les Etats-Unis en demandant l’extradition de plusieurs personnes accusées d’implication dans une tentative de coup d’Etat contre le président Rafael Correa. L’exemple le plus flagrant de ce double standard est celui de Luis Posada Carriles qui a orchestré l’explosion d’un avion cubain en 1976, tuant 73 civils. Il a vécu en homme libre en Floride pendant de nombreuses années, même si son extradition a été demandée par le Venezuela. Il n’est qu’un parmi des centaines de terroristes latino-américains anticastristes et d’autres qui ont été accordés l’asile aux États-Unis au cours des dernières années en dépit d’être recherchés dans leur pays d’origine.

Les responsables américains sont capables, les jours pairs, de cracher les mots « exceptionnalisme américain » et de commettre, les jours impairs, des crimes contre l’humanité. Année après année, décennie après décennie. Mais je pense que nous pouvons tirer une certaine satisfaction, et peut-être même de l’espoir, dans ce que les responsables de la politique étrangère des États-Unis, aussi mentalement dérangés qu’ils soient, ne sont pas assez stupides pour ne pas savoir qu’ils nagent dans un océan d’hypocrisie. Voici deux exemples :

En 2004, il a été signalé que « Le Département d’Etat prévoit de retarder la publication d’un rapport sur les droits de l’homme qui devait sortir aujourd’hui, en partie à cause de la sensibilité sur le scandale des abus dans les prisons en Irak, ont déclaré des responsables américains. Un fonctionnaire … a dit le communiqué sur le rapport qui décrit les mesures prises par le gouvernement américain pour encourager le respect des droits de l’homme par d’autres nations, pourrait « nous faire paraître hypocrites ». » (8)

Et un exemple de 2007 : Chester Crocker, un membre du comité consultatif du Département d’Etat pour la promotion de la démocratie, et ancien secrétaire d’Etat adjoint, a noté que « nous devons être en mesure de faire face à l’argument selon lequel les Etats-Unis sont incohérents et hypocrites dans leur promotion de la démocratie dans le monde. Il se pourrait que ce soit vrai. » (9)

Dans ces exemples, les représentants du gouvernement semblent être un peu gênés par l’hypocrisie qui prévaut. D’autres notables de la politique étrangère semblent en être plutôt fiers.

Robert Kagan, auteur et architecte intellectuel de longue date d’un interventionnisme qui cherche à imposer le programme néo-conservateur au monde entier, et par tous les moyens nécessaires, a déclaré que les Etats-Unis doivent refuser de se conformer à certaines conventions internationales, comme la Cour pénale internationale et l’accord de Kyoto sur le réchauffement climatique. Les États-Unis, dit-il, « doivent défendre le contrôle des armements, mais pas toujours pour eux-mêmes. Il doivent agir en appliquant un double standard. » (10)

Et puis nous avons Robert Cooper, un haut diplomate britannique qui était conseiller du premier ministre Tony Blair lors de la guerre en Irak. Cooper a écrit :

Le défi pour le monde postmoderne est de s’habituer à l’idée de deux poids deux mesures. Entre nous, nous fonctionnons sur la base de lois et de sécurité coopérative ouverte. Mais lorsqu’il s’agit d’états plus vieux jeu comme ceux hors du continent postmoderne de l’Europe, il faut revenir aux méthodes plus rudes du passé – la force, l’attaque préventive, la tromperie, tout ce qui est nécessaire pour affronter ceux qui vivent encore dans le monde du chaque état pour soi du XIXe siècle. (11)

Son expression, « chaque Etat pour soi », signifie un état qui n’est pas disposé à adhérer à l’ordre du jour de l’empire américain et de son meilleur ami voyou à Londres.

Donc, nous y voilà. Le double standard est officiellement adopté. La règle d’or de « ne pas faire à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » est désormais dépassé.

La mafia impériale, et leurs intellectuels de cour comme Kagan et Cooper, ont du mal à vendre leur vision du monde sur la base de normes juridiques, morales, éthiques ou d’équité. Alors ils décident tout simplement qu’ils ne sont pas liés par de telles normes.

Haïr l’Amérique

Voici Alan Dershowitz, éminent avocat américain, juriste, commentateur politique et fervent sioniste et partisan de l’empire, qui parle du journaliste Glenn Greenwald et de l’engangement de ce dernier aux côtés d’Edward Snowden : « Regardez, Greenwald c’est du bidon. Il est anti-américain, il aime les régimes tyranniques, et il a fait cela parce qu’il déteste l’Amérique. Cela n’avait rien à voir avec la publication d’informations. Il n’aurait jamais écrit cet article s’ils avaient publié des documents sur l’un de ses pays préférés » (12).

’Anti-américain’ … ’déteste l’Amérique’ … Que signifient ces expressions qui font partie intégrante de l’histoire politique américaine ? Que Greenwald déteste le baseball et les hot-dogs ? … Qu’il déteste les films et la musique américains ? … Qu’il déteste tous les bâtiments aux États-Unis ? Toutes les lois ? … Non, comme la plupart des « anti-Américains », Glenn Greenwald déteste la politique étrangère des Etats-Unis. Il hait toutes les horreurs et tous les mensonges employés pour couvrir toutes ces horreurs. Alors de quel américain est-il anti ?

Dershowitz pense sans doute que Snowden est anti-américain. Mais écoutez le jeune homme interviewé :

« L’Amérique est un pays fondamentalement bon. Il y a des gens bons, avec de bonnes valeurs, qui veulent faire de bonnes choses ».

L’intervieweur est Glenn Greenwald. (13)

“Dieu a désigné l’Amérique pour sauver le monde d’une façon qui convient à l’Amérique. Dieu a désigné Israël comme le lien de la politique américaine au Moyen-Orient et celui qui voudrait contester cette idée est a) un anti-sémite, b) un anti-améric ain, c) passé à l’ennemi, et d) un terroriste.” – John LeCarré , London Times, 15 Janvier, 2003

William Blum

http://williamblum.org/

Traduction par VD pour le Grand Soir

(1) White House Press Briefing, July 18, 2013
(2) Washington Post, June 23, 2013
(3) Reuters news agency, July 2, 2013
(4) RT television (Russia Today), July 19, 2013, citing a Spanish ABC media outlet
(5) White House press release, June 29, 2013
(6) William Blum, Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower, chapter 23
(7) Reuters, July 22, 2013
(8) Los Angeles Times, May 5, 2004
(9) Washington Post, April 17, 2007
(10) Hoover Institute, Stanford University, Policy Review, June 1, 2002
(11) The Observer (UK), April 7, 2002
(12) “Piers Morgan Live”, CNN, June 24, 2013
(13) Video of Glen Greenwald interviewing Edward Snowden (at 2:05 mark)

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L’explosion de Lac-Mégantic aura décidément eu un mérite : celui de nous ouvrir les yeux sur tout ce que nous ignorons à propos du transport de matières dangereuses. Et quand il s’agit du nucléaire, l’ignorance a ceci d’ironique qu’elle est avalisée par les autorités. C’est assez ! disent avec raison des élus municipaux.

Il y a déjà quelques années que des élus municipaux et des regroupements en tout genre se préoccupent du transport de déchets radioactifs au Canada, mais ce sujet est couvert de manière bien inégale par les médias, d’autant que les plus grands secrets entourent ce dossier.

Fin 2010, début 2011, il y a bien eu le projet de l’entreprise ontarienne Bruce Power, autorisé par la Commission canadienne de la sûreté nucléaire (CCSN), de transporter du matériel radioactif par bateau jusqu’en Suède en passant par les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent, qui avait fait un court temps les manchettes, vu le tollé soulevé. Mais il est vite retourné dans l’angle mort de l’actualité. Et c’est par une voie détournée – un rapport de la firme suédoise impliquée dans le projet et rendu public en juillet – qu’on a su que le projet a finalement été abandonné.

Tant de discrétion ne peut plus tenir la route dans cette ère post-Mégantic, comme le rappelait avec justesse vendredi, dans les pages du Devoir, le maire d’Amqui, Gaëtan Ruest, qui est aussi membre du Regroupement des municipalités québécoises pour un futur énergétique socialement responsable (RMQFESR). Les gouvernements justifient leurs silences par la crainte des terroristes, mais les populations en ont assez des actes de foi qu’on leur demande de faire. Peut-on s.v.p. savoir ce qui circule sur nos routes, nos rails, nos eaux ?

Un projet de transport par camion de déchets nucléaires liquides des laboratoires de Chalk River, en Ontario, non loin de la frontière québécoise, pour les envoyer en Caroline du Sud est donc présentement évalué par la CCSN. Celle-ci assure de sa rigueur et de son expertise. Reste qu’il y a bien des inconnues dans ce dossier.

Il s’inscrit d’abord dans la foulée d’un accord conclu en mars 2012 entre les États-Unis et le Canada pour intensifier les efforts (commencés en 2010 et qui doivent durer jusqu’en 2018) d’envoi d’uranium hautement enrichi de Chalk River vers les États-Unis. Une manière de concrétiser un engagement international, avalisé par plusieurs pays, de regrouper les stocks d’uranium afin de mieux les protéger de visées terroristes. Les Canadiens n’ont pour ainsi dire pas entendu parler de ce vaste programme.

De même, ils savent peu qu’il se fait régulièrement du transport de différentes substances nucléaires au Canada : plus d’un million de colis par année, nous apprend le site de la CCSN. Les accidents sont rarissimes, n’ont jamais eu de répercussions environnementales, et si c’était le cas, dit toujours le site, la contamination serait limitée à la zone entourant le colis, « puisque le combustible nucléaire usé est une matière solide ».

Sauf que dans le projet sur la table, il s’agit de stocks liquides hautement radioactifs. Le conteneur dans lequel on veut les placer a déjà transporté du liquide peu radioactif et des solides très radioactifs, mais jamais une combinaison des deux. Aux agences canadienne et américaine d’évaluer si cela est possible, à nous de faire confiance…

Et combien faudra-t-il de convois pour transporter ces déchets ? Top secret. Certains disent 40 camions, d’autres jusqu’à 90, à un rythme qui pourrait durer des mois. À noter que depuis 2010, deux importants transferts d’uranium provenant de Chalk River ont eu lieu, empruntant les autoroutes de régions densément peuplées, si l’on en croit la presse américaine.

Les porte-parole des agences, tant du côté canadien qu’américain, ont beau répéter que rien ne sera autorisé qui ne sera sécuritaire, ce sera au final à l’expéditeur de voir à la sûreté pendant le transport. Et au transporteur, compagnie privée, de s’assurer que ses employés sauront réagir en cas d’urgence. L’ombre de Lac-Mégantic plane… Peut-on vraiment s’y fier ? Ce type de transfert est-il même nécessaire ?

Mais il n’est pas possible de discuter publiquement, officiellement, de ces enjeux pourtant énormes. Le terrorisme est un risque, mais aussi un repli bien commode pour éviter le débat. Des municipalités s’insurgent, craignent les négligences, les accidents. Et on sait maintenant, à la faveur d’un terrible été, que leurs craintes n’ont rien d’imaginaire.

Josée Boileau pour Le Devoir.com

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Votre Excellence Madame l’Ambassadeur,

Madame, vous savez que l’une des tâches les plus difficiles pour un diplomate civilisé et respectable ayant réellement foi en la paix, tel que vous, est de se trouver contraint dans l’exercice de ses fonctions à défendre une décision inique et agressive prise par sa hiérarchie représentant un État ou une Organisation d’États, comme c’est le cas de l’Union européenne qui a décidé d’inscrire sur sa liste des organisations terroristes internationales ce qu’elle a qualifié d’« aile militaire » du Hezbollah !

Ceci, soit dit en passant, alors que le ministre bulgare des Affaires étrangères M. Christian Viginin a officiellement déclaré qu’il n’y avait aucune preuve d’une relation quelconque entre le Hezbollah et l’explosion du bus transportant des passagers à Burgas en Bulgarie, ce qui signifie que c’est en toute connaissance de cause que l’Union européenne a pris sa décision en contradiction avec l’enquête menée par ce pays ; et ceci, maintenant que le voile se lève sur l’attentat du 18 juillet 1994 contre un immeuble d’une institution juive à Buenos Aires, attentat immédiatement attribué au Hezbollah alors que les investigations suivent toujours leur cours et que les doigts accusateurs pointent M. Vladimir Corach, ancien ministre argentin de l’Intérieur connu pour ses étroites relations avec la mafia et les Services de sécurité israéliens.

Concernant cette dernière décision de l’Union européenne, il est de mon devoir de noter quelques observations que je vous confie en espérant que vous voudrez bien les transmettre à votre hiérarchie pour la bonne raison que la définition du terrorisme, adoptée par l’Union elle-même, s’applique en premier lieu aux gouvernements et aux décideurs qui en font partie.

Madame, nul doute que vous savez que l’Union européenne considère la prise en otage de civils innocents comme un « crime terroriste » ne souffrant d’aucune prescription, crime équivalant à un crime de guerre et à un crime contre l’humanité que rien ne pourrait justifier. Par conséquent, le moins que l’on puisse dire est que l’Union européenne adopte une position officielle déraisonnable, inhumaine, et conciliante avec les auteurs de ces crimes quand il s’agit des otages libanais enlevés à A’zaz, ou de Monseigneur Paul al-Yazigi et de Monseigneur Jean Ibrahim, tous deux victimes syriennes incontestablement pacifiques et innocentes.

Nul doute que vous savez ce qui est désormais de notoriété publique concernant l’impact direct et décisif du gouvernement de M. Erdogan sur les organisations terroristes armées ; gouvernement d’un État membre de l’OTAN regroupant nombre de gouvernements de votre Union européenne, alliés et complices dans la guerre dévastatrice menée contre la Syrie.

Vous savez aussi que rien de tout cela n’a empêché votre Union de poursuivre sa collaboration sur le terrain avec le gouvernement turc en soutenant, armant et entrainant les terroristes qui comptent pas moins de quarante mille mercenaires étrangers à la Syrie, comme l’a reconnu l’Émissaire international M. Lakhdar Brahimi. C’est là une vérité qui place votre Union dans le cercle des accusés au premier degré et engage votre responsabilité éthique et juridique, avec tout ce que cela implique comme poursuites judiciaires contre les responsables aux commandes.

Il est absolument inadmissible de vous voir couvrir ces crimes odieux, d’autant plus que votre Union ne cesse de donner des leçons à autrui insistant sur la nécessité de combattre le terrorisme où qu’il sévisse sans aucune concession et sous aucun prétexte. Et si jamais il vous fallait encore des preuves, il est plus que probable que les vidéos innombrables mises sur You Tube par les terroristes criminels et nécrophages, eux-mêmes, n’ont pu échapper à votre vigilance !

Madame, pardonnez-moi de préciser que je ne vous imagine pas ignorante du fait que le détournement d’un avion civil équivaut, à juste titre et selon vos propres critères, à un crime classé dans le registre du terrorisme international et comparable aux enlèvements de personnes et à leur détention ou à leur assassinat avec ou sans documents photographiques à l’appui, etc… N’est-ce pas ce qui s’est passé il y a quelques semaines lorsque certains gouvernements de votre Union ont fermé leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales en provenance de Moscou ? N’a-t-il pas été obligé à un atterrissage forcé en Autriche ? N’a-t-il pas été bloqué pendant des heures sous prétexte que l’Américain Edward Snowdon qui a révélé au monde que le gouvernement US « vous » espionnait, pouvait se trouver à son bord ? L’information n’est-elle pas partie de l’Ambassade américaine à Moscou ? Quel paradoxe !

Cet incident, qui est donc pure agression contre un avion civil transportant le président d’un État indépendant et souverain, nous rappelle la première opération de ce genre qui a eu lieu le 22 Octobre 1956 lorsque des responsables français ont jugé bon de détourner un avion civil transportant des dirigeants du FLN de Rabat vers Tunis [Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohammed Khider, Mohammed Boudiaf, Mostefa Lacheraf]…

Le détournement des avions, Madame, est malheureusement une invention européenne tout comme, par exemple, le nazisme même s’il n’est pas d’inspiration exclusivement européenne… Nous en resterons donc là et nous nous contenterons de vous rappeler que les gouvernements européens classent les détournements d’avions dans le registre du terrorisme international !

Madame, la crise tragique qui a frappé la Syrie a fait tomber plus d’un masque et a révélé l’étendue de vos mensonges ; le premier de ces mensonges étant votre décision de mettre Al-Qaïda et ses dérivées au sommet des organisations terroristes internationales, parce que la plus dangereuse. Et voilà que la scène syrienne nous révèle les mécanismes de coordination, sur le terrain, entre votre organisation européenne et celle d’Al-Qaïda ; coordination déjà flagrante et publiquement rodée en Libye avant de se traduire avec éclat sur le territoire syrien comme en témoignent les nombreuses déclarations de responsables européens.

Je me limiterai à deux de ces éminents responsables : le ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, qui a clairement dit l’année dernière à Marrakech lors d’une Conférence des prétendus amis de la Syrie que les terroristes de Jabhat al-Nosra faisaient du « bon boulot » avant que les USA ne les placardent sur la liste des terroristes ; et le prolixe ministre britannique des Affaires étrangères, encore plus brutal et sadique, qui a carrément déclaré que les membres d’ Al-Qaïda et dérivées ne devaient pas rentrer de Syrie car ils étaient une menace pour vos pays civilisés !

Je me limiterai donc, et ne m’étendrai pas sur le flot continu d’armes et de munitions introduites en Syrie à travers des « portes européennes » que nous connaissons et que vous connaissez fort bien vous-même.

En revanche, je vous dirai que l’Union européenne qui n’a cessé de prétendre se soucier des chrétiens du Moyen-Orient a constamment et systématiquement persécuté le christianisme et les fidèles adeptes de cette religion céleste née de notre terre et donc « fille de l’Orient ». Disant cela, je n’exagère ni ne triche, témoin en est Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Philosophe et très grand théologien, il a tenu à avertir de cette persécution permanente dans son message célébrant la « Journée mondiale de la Paix » début 2011. Je vous le livre, mot pour mot, tel qu’il est rédigé en fin du paragraphe 14 : « J’exprime aussi le souhait qu’en Occident, spécialement en Europe, cessent l’hostilité et les préjugés à l’encontre des chrétiens qui veulent donner à leur vie une orientation cohérente avec les valeurs et les principes exprimés dans l’Evangile. Que l’Europe apprenne plutôt à se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes : elles sont essentielles pour comprendre le rôle qu’elle a eu, qu’elle a et veut avoir dans l’histoire ; elle saura ainsi faire l’expérience de la justice, de la concorde et de la paix,  en cultivant un dialogue sincère avec tous les peuples » .

Madame, vous savez comme je sais que ces vérités sont pratiquement ignorées de vos peuples car ils vivent derrière un nouveau rideau de fer, encore plus opaque, plus rusé et plus insidieux que le rideau de fer plus primitif qui se dressait autour du Bloc de l’Est, et qui est toujours debout autour des dictatures arabes et non arabes. Votre rideau à vous est invisible, mais le plus effrayant est qu’il se manifeste par la soumission de vos gouvernements à une double occupation ; d’une part, l’occupation militaire, sécuritaire et économique américaine ; d’autre part, l’occupation sécuritaire et culturelle israélienne.

C’est la vérité, Madame, quoi que nous fassions pour l’ignorer. Et la récente décision de l’Union européenne ne fait que confirmer la réalité de cette double occupation de vos pays, occupation dont nous souhaiterions que vous vous libériez un de ces jours. Nous savons que c’est difficile, car la plus tenace des occupations est celle qui se saisit des esprits au moyen d’un « terrorisme culturel » incessant exercé par vos différents médias presque totalement sous la domination des sionistes.

Madame, nous vivons tous, vous comme nous, une période de changement social où la vraie confrontation est entre la liberté et l’esclavage. Mais si la liberté ne se fonde que sur une seule norme et sur une seule mesure, les critères de l’esclavage sont multiples.

Veuillez m’excuser si j’ai été trop long, mais l’horreur du tsunami de mensonges exige que nous mettions quelques points sur les « i ». Soyez assurée que je suis convaincu de votre sincérité et de la noblesse de vos objectifs contrairement à ce que je pense de l’Union européenne que vous représentez.

L’Europe, Madame, n’est pas dans une situation juridique et éthique qui lui permette de nous donner des leçons sur l’humanité et l’humanisme.

Hassan Hamadé

01/08/2013

 Texte original : As-Safir

http://assafir.com/Article.aspx?EditionId=2529&ChannelId=61034&ArticleId=12&Author=%D8%AD%D8%B3%D9%86+%D8%AD%D9%85%D8%A7%D8%AF%D8%A9#.UfrW3m3-R6N 

Texre traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca 

Monsieur Hassan Hamadé est libanais. Écrivain, journaliste et analyste politique ; il est membre du Conseil National de l’Audiovisuel [CNA-Liban].

 

 

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Il y a un peu plus de deux ans, alors que je cherchais à comprendre ce qui se passait dans le dossier Pétrolia à Anticosti, j’étais tombé sur une série d’informations qui permettaient de comprendre que l’Empire Desmarais s’était caché derrière une multitude de paravents pour prendre une position financière dans l’affaire, et j’avais fait part de mes découvertes aux lecteurs de Vigile dans un texte intitulé« Anticosti : les traces de Power Corp sont partout ».

Parmi les actionnaires de Petrolia, on retrouvait une mystérieuse entreprise, Pilatus Energy AG, une société suisse formée pour la circonstance par Loïk LeFloch-Prigent, un ancien président d’Elf-Aquitaine alors que Paul Desmarais père y siégeait au conseil d’administration, et dont la fusion avec la Compagnie française des pétroles (CFP) allait donner naissance à TOTAL, fortement implantée en Alberta dans les sables bitumineux et qui a choisi ces dernières années de privilégier le développement des hydrocarbures non conventionnels, soit le pétrole et le gaz de schiste.

Les difficultés financières d’un des actionnaires de Pilatus, Abbas Youssef, le père de Saaed Youssef qui est président de sa filiale canadienne, vont conduire à l’emprisonnement de Le Floch-Prigent dans une geôle togolaise pendant six mois à l’issue d’une série de péripéties politico-rocambolesques qu’il raconte lui-même dans une entrevue accordée le 29 mai dernier à la chaîne télévisuelle du gouvernement français, France 24, et que je vous présente ici. Il commente les activités de Pilatus au Canada à compter de 2:43.

Photo : Jean-François Hénin, président de Maurel & Prom

Le 13 juillet dernier, dans une entrevue accordée au site d’information « Le Télégramme », basé en Bretagne, sous le titre « Explorer, une nécessité », Loïk Le Floch-Prigent énonce son credo, en rupture avec la position du gouvernement de François Hollande, sur la nécessité d’explorer le sous-sol à la recherche de pétrole non conventionnel dans des termes qui rappellent étrangement ceux d’André Caillé, de Lucien Bouchard, et du Gouvernement Marois :

« Tant que nous n’avons pas expérimenté, nous n’en savons rien. Il faut commencer par explorer et donc forer. Le refus de l’expérimentation, c’est l’obscurantisme. Cette première étape exige des règles strictes. Il suffit de les fixer comme c’est le cas depuis plus de cent ans avec des milliers de forages effectués sans incidents majeurs, y compris les forages à fracturation hydraulique qui existent dans notre pays depuis au moins cinquante ans. Je suis donc, comme tout Français éclairé, favorable à l’expérimentation sous réserve qu’elle suive les règles. »

On se souviendra que le 8 juin dernier, notre ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet avait tenu des propos au même effet dans une pirouette d’une désinvolture consternante :

« Et les forages exploratoires réalisés par les entreprises privées auront cette utilité, soutient-il. « On va coller des gens du ministère lors des forages », dit le ministre. Il ne croit pas qu’il aurait été préférable de permettre seulement les forages réalisés à des fins scientifiques. « On va faire un deux pour un », lance-t-il. Grâce aux entreprises, Québec connaîtra aussi le potentiel commercial du pétrole à Anticosti. »

Sauf qu’il s’était bien gardé d’évoquer le nombre de forages qui seraient nécessaires pour identifier le potentiel pétrolier commercial d’Anticosti. Ce n’est pourtant pas un détail. On parle en effet de 12 000 à 15 000 puits, selon l’expert indépendant Marc Durand :

« Si on regroupe les puits à raison de six par plateforme de forage, il faudrait 2000 plateformes. Selon ce que j’ai constaté, le rayon d’action d’un forage est en moyenne de 1000 mètres. Il faut donc implanter une plateforme tous les deux kilomètres sur toute la surface de l’île pour exploiter au maximum le gisement, d’après les chiffres avancés par les promoteurs. »

Outre le fait qu’un exercice de ce genre aurait pour effet de transformer ce joyau de la biosphère qu’est l’Île d’Anticosti en fromage gruyère, le potentiel d’accidents avec la fracturation hydraulique est beaucoup trop élevé tant pour la nappe phréatique de l’Île que pour les fonds sous-marins environnants, et c’est sans parler de la perturbation de la faune.

On ose espérer que l’expérience de la tragédie de Lac-Mégantic aura amené le ministre Blanchet et le gouvernement Marois à une plus juste appréciation des effets dévastateurs d’une catastrophe environnementale. Même un chien sait qu’il ne doit pas souiller sa niche.

Mais pour en revenir à Loïk Le Floch Prigent et à son intérêt et à celui de l’Empire Desmarais pour la manne pétrolière d’Anticosti, il a fallu l’annonce soudaine par Petrolia ces jours derniers de la conclusion d’un « accord de partenariat » avec les entreprises françaises Maurel et Prom et MPI pour le développement de treize permis de recherche d’hydrocarbures en Gaspésie, péninsule située au sud-est du Québec, pour qu’on découvre le pot-aux-roses.

« Maurel & Prom et MPI réalisent cette opération par le biais de Saint-Aubin Énergie S.A.S., véhicule commun d’investissement détenu aux deux tiers par MPI et un tiers par Maurel & Prom. L’accord couvre une surface de 1.892 km2. »

Le communiqué de Pétrolia précise pour sa part que « Les [nouveaux] partenaires poursuivent également des discussions afin d’étendre leur collaboration sur d’autres territoires au Québec où Pétrolia possède par ailleurs des intérêts. Les recherches s’adresseront à des réservoirs de nature non conventionnelle, sans exclure la présence de dépôts classiques ». Or l’autre territoire où Pétrolia détient des intérêts dans des réservoirs de nature non conventionnelle est justement l’Île d’Anticosti.

Après une prise de participation dans le capital de Pétrolia, la deuxième phase de l’intéressement masqué de l’Empire Desmarais dans ses activités est une participation à ses activités de développement.

Quelques recherches sur Google nous permettent de découvrir qui sont les deux entreprises partenaires de Pétrolia, quel est leur historique, et quel est le passé de leur principal dirigeant. Et ces informations nous ramènent tout droit à Loïk Le Floch-Prigent et aux réseaux de contacts et d’influence qu’il a développés alors qu’il était à la tête d’Elf-Aquitaine.

Maurel et Prom et MPI sont toutes deux dirigées par Jean-François Hénin, un homme d’affaires français surtout connu dans les cercles internationaux pour avoir été à l’origine de l’un des pires scandales financiers de l’histoire alors qu’il dirigeait dans les années 1990 une filiale du Crédit Lyonnais, Altus Finance.

Voici ce que l’on trouve sur Wikipédia à son sujet :

« Altus Finance était une filiale du Crédit Lyonnais dirigée par Jean-François Hénin. Initialement filiale de Thomson-CSF (branche défense de Thomson) sous le nom de Thomson CSF Finances, elle a été acquise en février 1990 par le Crédit Lyonnais. Son président, Jean-François Hénin était alors auréolé du succès de sa fructueuse gestion de 1983 à 1989 au sein du groupe d’armement.

Alors banque nationalisée, le Crédit Lyonnais devait renforcer ses fonds propres pour satisfaire à une nouvelle norme internationale, connue sous le nom de ratio Cooke. Pour éviter d’injecter des fonds dans la banque, l’État imagina un « meccano industriel » consistant à apporter à la banque la filiale de Thomson, alors également dans le giron public, en échange Thomson devint actionnaire du Crédit Lyonnais enrichi de la valeur d’Altus.

Au sein du Groupe Crédit Lyonnais, Altus était chargée, selon une formule ambiguë attribuée à Jean-Yves Haberer, alors président du Crédit lyonnais, de faire « ce que le Crédit Lyonnais ne sait pas, ne peut pas ou ne veut pas faire ».

Jean-François Hénin y a mis en œuvre ses théories de l’achat à contre-cycle, consistant à acheter des actifs en bas de cycle, lorsque les autres investisseurs les boudent, pour les revendre ultérieurement (en “haut de cycle”) lorsque ces actifs sont redevenus attractifs.

Essayant de combiner les avantages de l’appartenance à un grand groupe puissant et ceux d’une petite structure agile, Altus a engagé de nombreux investissements dans le début des années 1990, aboutissant à un portefeuille hétéroclite comprenant, entre autres [...] la compagnie d’assurance américaine Executive Life qui a défrayé la chronique il y a quelques années.

Lors de la reprise en main de la banque publique au milieu des années 1990, ces investissements ont été transférés au CDR, puis cédés, pour la plupart avec de fortes pertes, pour un déficit de plusieurs milliards de Francs entraînant la liquidation d’Altus.

Compte tenu des conditions de cession de cette structure, qui n’étaient pas de nature à optimiser la valeur des actifs, ainsi que la spécificité de l’achat à contre-cycle, il est difficile de chiffrer avec exactitude le solde de la gestion d’Altus – le consensus s’établit toutefois sur un montant en perte, même si l’ampleur est discutable.

Dans une interview accordée aux reporters du documentaire Série noire au Crédit Lyonnais, Jean-François Hénin estime que les gains réalisés pendant la période où la structure appartenait au groupe Thomson sont de l’ordre des pertes creusées pendant son passage dans le giron du Lyonnais – Ceci situerait le montant à environ 10 milliards de francs (environ 1,5 milliard d’euros).

Parfois baptisée Astuce Finance par ses détracteurs, l’établissement a fait l’objet en 1995 d’un rapport très critique de la Cour des comptes sur la gestion des années 1990 à 1993, estimant alors les pertes à environ 20 milliards de francs. » [ ! ]

Vous aurez remarqué qu’avant de se retrouver dans le giron du Crédit Lyonnais, Jean-François Hénin oeuvrait dans le secteur de l’armement et de la défense, une branche dans laquelle il se trouvait parfaitement à l’aise vu son passé militaire comme parachutiste. Hénin appartient à la caste assez spéciale des « baroudeurs » ou des « affreux », comme on qualifie en argot français les « paras » spécialisés dans les opérations clandestines, et il a adapté son savoir-faire militaire au secteur financier.

Dans le cadre des choses « que le Crédit Lyonnais ne [savait] pas, ne [pouvait] pas ou ne [voulait] pas faire », il y avait la prise de contrôle de l’assureur américain Executive Life.

Voici comment Wikipédia décrit l’opération :

L’affaire Executive Life concerne Executive Life Insurance Company, la plus grosse compagnie d’assurance-vie de Californie, États-Unis, au moment où elle fit faillite en avril 1991, à cause de ses investissements en obligations risquées (junk bonds). À cette époque, c’est la plus grosse faillite d’une compagnie d’assurance.

Le Crédit Lyonnais, alors banque publique française, a contourné la loi américaine en rachetant cette société via une société écran offshore et l’affaire qui a suivi a coûté 750 millions de dollars d’amende à l’État français qui a couvert les dettes du Crédit Lyonnais après la faillite de cette banque.

L’affaire

Après que l’État de Californie a pris le contrôle d’Executive Life, il vend en novembre 1991 le portefeuille de produits financiers toxiques à Altus Finance, une filiale du Crédit Lyonnais, pour un montant de 3,25 milliards de dollars.

Or, en vertu du Glass-Steagall Act qui interdit aux banques de posséder des compagnies d’assurance, le Crédit Lyonnais organise un montage avec différents investisseurs, pour créer une société écran nommée Aurora National Life Assurance Co.

En juillet 1998, un Français dénonce de manière anonyme le montage au California Insurance Department, en précisant que le Crédit Lyonnais est le propriétaire effectif d’Executive Life, et qu’il prend toutes les décisions via des accords secrets.

Au début 1999, le California Insurance Department intente un procès au Crédit Lyonnais et aux autres parties prenantes ; il leur demande deux milliards de dollars de dommages et intérêts.

En 2003, le Crédit Lyonnais, le Consortium de réalisation, structure qui a repris les dettes du Crédit Lyonnais en faillite, et ses partenaires, acceptent de payer 771 millions de dollars pour les faux rapports remis aux autorités de contrôles pour l’acquisition de produits toxiques et de la compagnie d’assurance (dont 600 millions de dollars pour le CDR).

En 2006, Jean Peyrelevade, qui a reconnu avoir menti, a écopé de 500 000 dollars d’amende et cinq ans de mise à l’épreuve. Jean-François Hénin qui a reconnu avoir menti a été condamné à payer 1 million de dollars d’amende.

En 2011, Le Crédit Lyonnais et le Consortium de réalisation (CDR) acceptent de payer 150 millions de dollars d’indemnités à l’assureur américain AIG3.

Artémis, le holding de François Pinault, est condamné en 2006 par la justice américaine à payer 241 millions de dollars d’amende et 700 millions de dollars d’indemnités, mais cette condamnation est annulée en appel en 2008 et renvoyée à un jury populaire qui le relaxe en 2012. »

Le nouveau partenaire de Pétrolia est donc un « baroudeur » recyclé dans les opérations financières clandestines, spécialiste de la mise sur pied de sociétés-écrans ayant pour but de confondre et d’abuser les autorités compétentes sur la véritable identité des parties intéressées, et un menteur avéré qui s’est même déjà vu condamné à une amende de 1 million de $ pour un délit de cette nature par un tribunal américain, et à cinq ans de probation et cinq ans d’interdiction du territoire américain.

Tout un personnage qui a déjà été également mis en examen en France pour abus de biens sociaux, un délit en droit français qui consiste à

« faire, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage que le dirigeant sait contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle il est intéressé directement ou indirectement. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Pétrolia n’a pas froid aux yeux pour s’associer avec un personnage aussi sulfureux. Il est vrai que l’argent n’a pas d’odeur… Mais on peut se se demander s’ils ont même fait une vérification diligente ! Si j’étais actionnaire de Pétrolia, j’aurais de sérieuses questions à adresser à ses dirigeants.

Quand aux entreprises Maurel & Prom et MPI, il faut savoir que si la première a presque deux siècles d’histoire, ce n’est qu’en 1999 que Jean-François Hénin en devient d’abord le gérant. Voici comment Le Figaro racontait, en 2007, sa montée en puissance :

« En 1999, sous l’impulsion de son nouveau gérant Jean-François Henin, la société Maurel&Prom se sépare de EEM. A l’époque, ce diplômé en droit et en sciences économiques traine une réputation sulfureuse. Pour beaucoup, il porte une lourde responsabilité dans les investissements hasardeux – ordures ménagères de Sater Parachini, bateaux défiscalisés de Stardust, supermarchés de François Marland- qui ont conduit la banque publique à la déconfiture (10 milliards de francs de pertes). Son image sera surtout ternie par l’affaire Executive Life, acquise « normalement par la mutuelle MAAF », selon Hénin, et « illégalement par le Crédit Lyonnais », selon les Américains, alors que la loi américaine interdit à une banque d’acquérir un assureur.

Menacé d’une amende de 700 millions de dollars et 20 ans de prison, ce dernier négocie une réduction de la peine à un millions de dollars et cinq ans d’interdiction de territoire. Licencié d’Altus en 1993, il récupère EEM. Il investit au Vietnam dans une chaine d’hôtels. Il monte une télévision locale. Il exploite une ferme au Congo et devient même chercheur d’or au Mali.

L’audace de parier sur le baril. Début 2000, sur les conseils de son ami d’enfance, l’ingénieur pétrolier Michel Perret, il se lance dans la quête de l’or noir, alors que le baril de pétrole vaut 12 dollars. Il quitte EEM et prend la gérance de sa filiale Maurel & Prom. Le pari semble fou : « Mon équation de base était simple : j’étais convaincu qu’à long terme les cours du pétrole se stabiliseraient à 25-30 dollars le baril et que dans ces conditions, on ne pouvait que gagner de l’argent en exploitant des champs à faibles coûts ».

Il se lance alors à corps perdu dans l’aventure. À Singapour, il achète Clémentine, un bateau de forage, puis passe rapidement à l’exploration-production. Après un épisode à Cuba, il se rend ensuite au Congo, où il achète le champ M’ Boundi, abandonné par Total. Il dépose son assurance-vie et ses dernières actions en gage chez sa tante, pour payer les 9 millions de dollars de forage. En 2001, le pétrole jaillit de son premier puits africain. En 2005, il reprend la société Knightsbridge Petroleum, ancienne propriété de Ben Laden, pour doter Maurel & Prom de champs pétroliers au Venezuela et en Colombie.

Le pari semble gagné. Le groupe Maurel & Prom a cédé en février à l’italien ENI pour 1.43 milliard de dollars, le gisement pétrolier de M’Boundi au Congo (plus de la moitié de son chiffres d’affaires), qu’il avait acquis pour quelques dizaines de millions de dollars sept ans auparavant et le gisement de Kouakouala à Eni Congo SA. Il représente plus de la moitié de son chiffre d’affaires. D’où l’annonce le 15 mai dernier d’une chute de 63% de son chiffre d’affaires au premier trimestre à 60,1 millions d’euros, contre 160,5 millions un an plus tôt. Hors cession au Congo, les revenus diminuent de 36%.

Désormais, le groupe entend diminuer la part de chance dans la future réussite du groupe. « On ne dépend plus d’un seul pays et on s’est donné les moyens de lancer en même temps de très nombreux projets d’explorations ». Le groupe espère même retrouver dès 2009 son niveau antérieur à la cession, grâce à son champ d’Onal au Gabon, ainsi que ses actifs colombiens. »

Quant à MPI, c’est une « spin-off » de la première à partir de ses activités nigérianes. Elle est entièrement privée et n’a donc de compte à rendre à personne, ce qui la rend complètement opaque et lui permet de servir de masque à des intérêts désireux de demeurer « en retrait », pour dire les choses élégamment.

Vous aurez remarqué que Hénin doit à un ami d’enfance, « l’ingénieur pétrolier Michel Perret », son engagement dans le secteur pétrolier. Or Michel Perret est un ancien d’Elf-Aquitaine, que dirigeait Loïk Le Floch-Prigent et au conseil d’administration de laquelle siégeait Paul Desmarais.

Voici ce qu’en dit le site de Maurel & Prom :

« Michel Perret – Directeur forage Diplômé de l’Institut Français du Pétrole (IFP) Ingénieur pour Forex, Forex Neptune et ELF Aquitaine, consultant indépendant de Shell, ELF, ENI, BHP Petroleum, participation à la création de BHP Petroleum en Australie, de Joint Oil en Libye, participation à la transformation de Maurel & Prom en compagnie de recherche et de production pétrolière. Directeur forage de Maurel & Prom depuis octobre 2001. »

En fouillant un peu, vous découvrirez que Maurel & Prom a également une participation financière dans une entreprise canadienne de forage pétrolier établie à Calgary, Tuscany International Drilling, et que Michel Perret siège justement au conseil d’administration de cette entreprise. Il ne faudrait pas se surprendre de la voir apparaître au Québec lorsque les permis d’exploration seront accordés.

En fait, plus on examine le cas de Maurel & Prom et de ses collaborateurs, plus on se rend compte que l’entreprise n’a pu réussir qu’avec la complicité de joueurs importants de l’industrie française du pétrole tels que Loïk Le Floch-Prigent qui, en plus d’avoir dirigé Elf-Aquitaine de 1989 à 1993, fut également président de GDF (Gaz de France) de 1993 à 1996 avant sa privatisation et sa fusion avec Suez (l’Empire Desmarais détient également une participation dans GDF-Suez), ou Christophe de Margerie, l’actuel président de Total.

Le monde français du pétrole est très petit, tout le monde connaît tout le monde, et l’importance de la présence française en Afrique et les vicissitudes politiques de la colonisation, puis de la décolonisation, ont forgé des liens très étroits entre tous les acteurs, peu importe l’étendard sous lequel ils interviennent à un moment ou un autre.

De plus, les antécédents de Jean-François Hénin chez Altus et le rôle que lui avait alors confié le Crédit Lyonnais de faire ce « que le Crédit Lyonnais ne [savait] pas, ne [pouvait] pas ou ne [voulait] pas faire » amènent n’importe quel observateur un tant soit peu perspicace à se demander s’il n’est pas en train de jouer le même rôle dans l’industrie pétrolière pour le bénéfice de Total, de l’Empire Desmarais, et le sien propre, en usant des moyens clandestins qu’il maîtrise si bien.

Hydro Québec

Cette question ne revêt pas pour les Québécois un caractère théorique. Ils ne savent toujours pas à quelles conditions Hydro-Québec a cédé à Pétrolia ses droits sur l’Île d’Anticosti, et à voir le secret qui entoure toute cette affaire et les grandes manoeuvres de dissimulation auxquelles elle donne lieu, on n’est guère rassuré.

On comprend dès lors beaucoup mieux l’hostilité manifestée par l’Empire Desmarais à la nomination de Pierre-Karl Péladeau à la présidence du conseil d’administration d’Hydro-Québec l’an dernier. L’idée de voir cet adversaire mettre le nez dans ses petits (et ses grands) secrets ne lui souriait pas du tout. Reste à voir maintenant jusqu’où il poussera la curiosité, dans un contexte où Hydro-Québec est déjà dans la mire de l’UPAC.

Avec la quantité de contrats qu’elle accorde et pour avoir eu un temps comme membre de son conseil d’administration le gangster présumé Gilles Vaillancourt, ci-devant maire de Laval, il ne serait guère surprenant que l’UPAC fasse des découvertes intéressantes.

Mais ce qui devrait faire l’objet d’une enquête approfondie, c’est la « filiale » TM4 Inc, une entité au statut ambigu qui sert de courroie de transmission vers le secteur privé pour les technologies développées par les experts de l’Hydro-Québec à des conditions particulièrement opaques qui soulèvent de nombreuses questions.

Ainsi, c’est cette nébuleuse qui a « avalé » le moteur-roue développé au début des années 1990 par le Dr Pierre Couture. « Comme par hasard », cette technologie s’est retrouvée entre les mains du Groupe Industriel Marcel Dassault, représenté au conseil d’administration de Power Corporation par Laurent Dassault, alors que le vice-président du conseil de Power Corporation, Michel Plessis-Bélair, siège pour sa part au conseil d’Hydro-Québec, comme je l’ai d’ailleurs mis en relief dans mon livre intitulé « Desmarais, La Dépossession tranquille », paru aux Éditions Michel Brûlé en avril 2012.

Le « hasard » fait si bien les choses, comme je suis en train de le démontrer une fois de plus dans mon prochain ouvrage à paraître chez le même éditeur à l’occasion du Salon du livre de Montréal cet automne, intitulé « Henri-Paul Rousseau, Le siphonneur de la Caisse de dépôt ». Et devinez à qui ce siphonnage a profité ?

Richard Le Hir

Tribune libre de Vigile

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«  Un diplomate palestinien parlant des négociations avec Israël compare ces « négociations » de la terre palestinienne au partage d’une pizza. Israël veut qu’on négocie avec elle tout en mangeant pendant ce temps… la pizza »

Un conflit oublié qui refait surface au moment où on s’attend le moins ; Les Etats Unis ont pu convaincre Israéliens et Palestiniens de revenir à la table des négociations. Pour négocier quoi ? Sur quelles bases ? Est-ce en fonction des multiples résolutions pertinentes des Nations Unies depuis plus de 60 ans ? Il semble que non, que rien n’est  acquis et qu’en fait on discutera de la nécessité de prendre en  compte la réalité du terrain. On dit  que le leader palestinien n’aurait accepté qu’à la condition que la colonisation s’arrête acceptant implicitement le fait accompli qui a vu s’installer près de 500.000 colons  dans les territoires occupés.  Il n’empêche ! A grands renforts de publicité, de caméras de crépitement de flash  et comme pour Annapolis pratiquement à la même période, la communauté internationale se met à espérer.

On  lit sur le Journal le Monde : « Des pourparlers directs israélo-palestiniens ont repris symboliquement lundi soir à Washington autour du repas de rupture du jeûne du ramadan, l’iftar, offert par M. Kerry. Les Etats-Unis ont exhorté les deux parties à négocier de “bonne foi” afin de trouver un “compromis raisonnable”.  M. Erakat a salué les efforts du patron de la diplomatie américaine “Je suis ravi que toutes les questions soient sur la table [...]. Il est temps pour les Palestiniens d’avoir leur propre Etat souverain”, a encore dit le dirigeant palestinien. Et MmeLivni s’est elle aussi montrée plutôt optimiste. “Je crois que l’histoire ne se fait pas par les cyniques. Elle se fait grâce aux réalistes qui n’ont pas peur de rêver”, a lancé la ministre. Les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations unies ont appelé ensemble Israéliens et Palestiniens à ne pas faire échouer les pourparlers ».(1)

Le Monde revient sur la position de Israël : « Mais pour le gouvernement israélien, il est exclu de revenir à la “ligne verte” des frontières de 1967, tout comme il est politiquement difficile de mettre un terme à la colonisation. Soit deux points qui étaient des conditions sine qua none pour l’Autorité palestinienne.   Comme l’indiquait Le Monde, samedi, les Américains auraient offert la garantie que les discussions se feraient sur la base des frontières de 1967. Tout comme ils auraient fait accepter à Israël un “gel silencieux” de la colonisation, à l’exception de certaines zones existantes. Selon l’agence AP, les Palestiniens auraient pour leur part admis que certaines des colonies construites depuis 1967 au-delà de la ligne verte puissent être acquises à Israël en cas d’accord ».(1)

Le rendez-vous est pris pour dans deux semaines entre les négociateurs israéliens et palestiniens, et cette fois au Proche-Orient. Les deux camps “se rencontreront en Israël ou dans les territoires palestiniens pour des négociations formelles”, avec pour “objectif” de trouver “un accord final au cours des neuf prochains mois”, a déclaré le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, mardi 30 juillet

Pour mener à bien ces négociations, John Kerry a annoncé lundi la nomination de l’ancien ambassadeur en Israël Martin Indyk comme émissaire spécial . Pour rappel, à l’époque Martin Indyk ne semble pas plus croire à la paix aujourd’hui qu’hier… « Interrogé en Janvier 2012 par Ido Benbaji de la radio de l’armée israélienne pour savoir s’il était optimiste quant aux négociations, Indyk a dit qu’il n’était pas « particulièrement optimiste, car je pense que le cœur de la question est que le maximum de concessions que le gouvernement d’Israël serait prêt à faire est bien en deçà des exigences minimales d’un Etat palestinien selon Abou Mazen. »  En gros, il sait que les négociations vont dans le mur – mais on ne refuse pas un coup de projecteur qui donne toujours plus d’envergure à l’international et un bon gros chèque… »(2)

La  triste et complexe réalité du terrain

Pour le professeur Ilan Pappé, de l’université de Tel Aviv les négociations israélo-palestiniennes ne sont qu’une gesticulation destinée à occuper le temps en empêchant toute initiative palestinienne. Elles ne conduiront nulle part, d’autant que l’opinion publique israélienne a perdu tout contact avec la réalité et ignore désormais la question palestinienne.

Nous l’écoutons :  « Je ne crois absolument pas que cette nouvelle tentative nous amène quelque part, tout comme les précédentes, depuis les accords d’Oslo (1983). Parce qu’elle part des mêmes bases selon lesquelles il vaut mieux avoir un processus de paix que ne pas en avoir. Même si ce processus ne produira rien. C’est pourquoi il n’y a aucune impulsion réelle de la part des Israéliens et des Étasuniens à faire davantage pour arriver à des résultats concrets.Aucune nouveauté, du fait aussi qu’il n’y a aucune modification de la base du dit « consensus » qui unit les Israéliens quand ils parlent de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza ». (3)

Le professeur Illan Pappé pense  c’est la pression européenne avec les sanctions d’interdiction d’importation des produits des territoires  occupés qui auraient fait plier Israël : « Ces pressions aussi ont convaincu Benjamin Netanyahu qu’il vaut mieux lancer quelque forme de dialogue avec les Palestiniens, pour empêcher que soient adoptées des sanctions contre Israël et ses colonies. Le paradigme est toujours le même, il n’a pas changé et ne changera pas. Et il n’y a aucune raison de penser que ces négociations, en admettant qu’elles se développent dans les semaines qui viennent, puissent amener à quelque solution ».(3)

A une question sur le fait que les Palestiniens seraient tentés de s’adresser aux Nations Unis le professeur déclare : « Israéliens et Étasuniens veulent développer ce que j’appelle le « Plan A » et empêcher qu’on ne réalise un « Plan B ».  Le « Plan A » prévoit que les entretiens avec les Palestiniens avancent avec un Israël maître de la situation dans les Territoires occupés et libre d’étendre ses colonies, et l’Autorité palestinienne d’Abu Mazen engagée à empêcher le développement de toute forme de résistance, pas seulement armée, à l’occupation militaire.  Le « Plan B » par contre est celui où les Palestiniens s’adressent aux autorités internationales pour obtenir la réalisation de leurs droits et demandent que soient sanctionnés l’occupation et les crimes qu’elle commet. Le « Plan B » inclut une Europe plus consciente des droits des Palestiniens, et, peut-être, une nouvelle révolte populaire palestinienne contre l’oppression.
Pour empêcher que démarre le « Plan B », Washington et Tel Aviv relanceront toujours le « processus de paix », c’est-à-dire le « Plan A », qui est celui du dialogue pour le dialogue sans perspective de solution fondée sur la légalité internationale ».(3)

  « Je pense poursuit -il qu’il n’y a pas de différences significatives entre le leadership de 1983 et l’exécutif de Netanyahu. Tous les gouvernements israéliens de 1967 à aujourd’hui (depuis l’occupation des Territoires) ont développé la même stratégie :  1. Jérusalem appartient entièrement à Israël et il n’y aura aucun compromis sur la ville ;   2. les réfugiés palestiniens ne rentreront jamais dans leurs villes d’origine ;  3. Israël ne peut pas exister sans la Cisjordanie. Le cœur de la politique israélienne était et reste l’idée sioniste que la Cisjordanie est une partie d’Israël, (…) Par exemple, l’annexer entièrement ou la diviser en une zone israélienne et une palestinienne ? Concéder ou pas l’autonomie aux Palestiniens ? Concéder ou pas une semblant d’indépendance aux Palestiniens en continuant à avoir le contrôle de la souveraineté réelle ? Mais ce n’est qu’une tactique. (…) S’il existe une différence entre la direction israélienne des accords d’Oslo et l’actuelle, elle se limite à quelques aspects tactiques. Aujourd’hui, par rapport à 1983, il n’existe plus pour l’opinion publique israélienne un problème palestinien, la question palestinienne est invisible, elle a disparu de tout horizon. Le peuple occupé, tout simplement, a disparu de l‘esprit de millions d’Israéliens ».(3)

Il semble en fait que les désirs des Palestiniens soient plus terre à terre :    « Des sources occidentales affirment à la presse israélienne: les palestiniens veulent l’autorisation de construire un aéroport avant de venir négocier. (…) Mais il servira aussi de joujou à toute la clique présidentielle qui veut se la jouer « grande nation » en se baladant en Air Palestine 1. Dans les discussions préliminaires, les Palestiniens ont en outre demandé qu’Israël leur permette de chercher du gaz naturel devant les rives de Gaza dans les eaux territoriales de la bande. Les Palestiniens ont aussi demandé que leur soit accordé plus de visas et permis de travail dans les territoires israéliens. Drôle de paradoxe… Doit-on pleurer ou rire ? (4)

Les pressions européennes

L’Union européenne a adopté, mardi 16 juillet, un texte prévoyant d’exclure à partir de 2014 les territoires occupés de sa coopération avec Israël, provoquant la colère de Tel-Aviv, qui y voit un “diktat” sur ses frontières.  Israël vient de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de l’Union européenne. De quoi l’UE serait-elle «coupable»? écrit Jurek Kuczkiewicz : « D’avoir décidé que ses programmes de coopération avec l’État hébreu, et donc l’argent européen, ne pouvaient plus financer des projets israéliens situés en territoire palestinien occupé. En dépit de l’occupation, Israël est le pays partenaire de l’UE qui bénéficie du statut le plus privilégié en matière de coopération, notamment économique et scientifique. La décision récente de la Commission européenne n’a pas consisté à couper ces programmes de coopération: elle permettra seulement d’éviter que cet argent ne finance l’occupation.(5)

Malgré cela, la direction palestinienne s’est installée dans les temps morts . Gaza est plus asphyxiée que jamais. On apprend que les militaires égyptiens ont détruit ou fermé environ 80% des tunnels, vitaux pour l’approvisionnement en nourriture et en carburant et donc pour la survie de la population palestinienne. De plus  l’Union européenne inscrit la branche militaire du Hezbollah islamique libanais dans la liste des « organisations terroristes »,   Enfin, La nouvelle déléguée américaine auprès des Nations unies, Samantha Power, qui est connue pour sa loyauté au régime sioniste, a dévoilé récemment les efforts déployés par les Etats-Unis pour l’adhésion d’Israël au Conseil de sécurité …

Quelles sont les chances pour que cette fois , cela soit  la bonne ?

Comme  le professeur Illan Pappé   Pierre Haski Cofondateur de Rue 89, fait la même  analyse : « Les chances d’un accord de paix israélo-palestinien sont minces   John Kerry, qui a pris la suite d’Hillary Clinton en janvier, en a fait une de ses priorités, (…) il a déjà produit un résultat inespéré : le feu vert des deux parties à une reprise des négociations. Pour autant, il y a une limite à ce que Washington peut imposer à ses alliés israéliens qui disposent de puissants relais aux Etats-Unis, en particulier au Congrès où Benyamin Netanyahou est plus applaudi que Barack Obama lors de ses apparitions… Mais Netanyahou sait aussi que les colons de Cisjordanie sont impopulaires auprès d’une majorité de l’opinion israélienne (..)Mais ne rêvons pas : il y a bien plus de chances que Netanyahou n’ait accepté de reprendre les négociations que pour gagner une fois de plus du temps » (6)

Parlant des Palestiniens, il écrit qu’ils n’ont aucun atout : « Les Palestiniens ont perdu l’initiative depuis longtemps. Mahmoud Abbas,   est un Président sérieusement affaibli : il est à la tête d’une moitié de Palestine ; il n’a pas de budget digne de ce nom ; il est incapable de stopper la progression des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ; il est confronté à la disparition progressive de la question palestinienne alors que le monde arabe est en pleine crise, entre les soubresauts égyptiens et la guerre de Syrie. L’initiative de John Kerry est pour lui une planche de salut qu’il ne pouvait pas laisser passer,  Mais les Palestiniens attendront de pouvoir le juger sur trois critères :1° Les colonies de peuplement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est : combien seront démantelées ? Quelles frontières ? Celles de 1967 corrigées par des échanges de territoire ? Le sort des réfugiés palestiniens : Israël n’acceptera jamais un « droit au retour »  mais comment traiter cette question centrale à l’identité palestinienne ? »(6)

Conclusion :

Depuis le décès de Arafat, les Palestiniens ont fait l’objet de beaucoup de compromissions. Même le Hamas  a dévoilé sa vraie nature par son allégeance au Qatar. Il n’y a plus de feu sacré d’une cause palestinienne . C’est un fait que L’expansion des colonies, y compris à Jérusalem-Est, et l’emprise israélienne sur les Territoires occupés, en violation du droit international, témoignent d’un déni des droits territoriaux palestiniens.  Paradoxalement Ce qui reste de territoires est en train d’être colonisé avec de l’immobilier de luxe pour les milliardaires palestiniens de la diaspora. Le petit peuple  n’est pas concerné

Israël veut être reconnu mais comme un Etat juif, ce qui signifie que ceux qui ne le sont pas ne pourront y rester et l’on observera dès lors une deuxième nakba qui, cette fois-ci, concernera les arabes israéliens. Elle ne veut pas du retour des réfugiés Pour le statut de Jérusalem, Israël, veut en faire  sa capitale éternelle et ne saurait faire l’objet de négociations.

Pourtant, l’initiative arabe de Ryad de 2002 torpillée par l’Occident aurait pu donner à Israël  et aux Palestiniens, la possibilité enfin de tourner la page de ce conflit centenaire.

Si  par miracle, -La région s’y  prête..- il y a accord , je pense que la politique de l’échange de territoires va primer et que les Palestiniens vont accepter que les Israéliens leur rétrocèdent des territoires  du côté du désert du Neguev. Même avec cela,  il est impossible pour eux d’établir un Etat viable sur un territoire en confettis. Ils tiendront à ce que  Jérusalem-Est soit pour eux  la capitale. Il est possible aussi de  trouver une solution pour les réfugiés,  en leur proposant des compensations financières On s’acheminerait vers une solution financière au profit des petits-enfants des Palestiniens expulsés en 1948, d’autant que ces derniers n’auraient pas le même attachement à la terre. Il restera à  effectuer un tracé afin que les Palestiniens aient des terres viables avec de l’eau car l’accès à l’eau est un énorme problème dans la région ainsi qu’un débouché sur la mer.

Il reste l’utopie d’un Etat bi-national Des intellectuels palestiniens estiment que  la solution à deux Etats n’est plus possible et qu’il faut songer à un Etat binational  J’estime que c’est une alternative viable. L’on aurait alors  un Etat binational, un Etat de tous les citoyens avec les mêmes droits et et les mêmes devoirs quelles que soient leurs nationalités ou leurs confessions.

Prof. Emerite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  Alger enp-edu.dz

1.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/07/29/les-discussions-entre-palestiniens-et-israeliens-vont-commencer-sur-des-bases-modestes_3454928_3218.html

2.Amos Lerah http://jssnews.com/2013/07/31/martin-indyk-ne-semble-pas-plus-croire-a-la-paix-aujourdhui-quhier/

3.Entretien avec Ilan Pappé   29 juillet 2013   http://www.voltairenet.org/article179656.html

4.http://jssnews.com/2013/07/18/un-aeroport-du-gaz-la-mer-morte-voic i-les-pre-conditions-hilarantes-des-palestiniens/

5. Jurek Kuczkiewicz Israël à l’Europe: payez, puis taisez-vous! Le Soir .7 juillet 2013,

6.Pierre Haski  Israël et Palestine vont négocier : quelles chances de succès ? Rue 89 21 07 2013

 

 

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Le 31 juillet dernier, l’ONU débutait une session d’étude sur l’emploi de mercenaires. José L. Gómez del Prado, ancien président du Groupe de travail de l’ONU sur les mercenaires, explique comment les sociétés militaires et de sécurité privées ont créé le Code de conduite international des entreprises de sécurité privées, une association cherchant à contrer les mécanismes de réglementation suggérés par son groupe de travail et à trouver une certaine légitimité auprès de l’ONU. Certaines entreprises membres de cette association ont commis de graves violations des droits humains.

- Pour plus de renseignements sur cette association (International Code of Conduct for Private Security Service Providers (ICoC)), voir leur site web : http://www.icoc-psp.org/

- Le Code de conduite international des entreprises de sécurité privées est disponible en français à l’adresse suivante:http://www.icoc-psp.org/uploads/INTER…

- Rapport du Groupe de travail sur l’utilisation des mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes:http://www2.ohchr.org/french/issues/m…

Entrevue: Julie Lévesque, Centre de recherche sur la mondialisation, Mondialisation.ca, 3 juillet 2013

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Québec, le 1er août 2013 - Dans une lettre ouverte au ministre des ressources naturelles du Canada,  Joe Oliver, une coalition de plusieurs groupes environnementaux soulève des questions quant à la probabilité qu’un accident nucléaire grave avec fusion du cœur pourrait avoir lieu au Canada. Fondant son analyse sur des sources du gouvernement fédéral, la coalition estime que la probabilité d’endommagement du cœur est environ 100 fois plus élevée que le niveau d’acceptabilité sociale, tel qu’il prévaut pour les voyages par avion.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) exige pour un réacteur nucléaire donné que la probabilité de subir un accident nucléaire avec fusion du cœur soit 0,01% par année ou moins. Pour les 10 réacteurs nucléaires dans la région de Toronto un calcul simple est que cette probabilité sur une période de cinq ans est 10 fois 5 fois 0,01%, soit 0,5%. La probabilité qu’un seul lancer de trois dés, un jeu de casino, donne trois six, est 0,46%.

La firme Ontario Power Generation (OPG) veut prolonger la durée d’exploitation de quatre réacteurs à la centrale nucléaire de Pickering. Deux autres réacteurs à Pickering, plus les quatre de Darlington, font un total de 10 réacteurs près de Toronto. Alors que les réacteurs CANDU ont été conçus pour une durée de vie de 210 000 heures, soit environ 30 ans, OPG propose d’opérer quatre réacteurs de Pickering jusqu’à 247 000 heures, soit cinq ans au-delà de la valeur de conception originale.

Le 29 Janvier 2013, le président d’Hydro-Québec, M. Thierry Vandal, a témoigné en «Commission parlementaire» au Parlement du Québec sur la fermeture en décembre 2012 du réacteur nucléaire CANDU de Gentilly-2 à Bécancour, près de Trois-Rivières, après 198 000 heures équivalentes à pleine puissance. Thierry Vandal, qui détient un diplôme d’ingénieur, a affirmé que lui et son personnel n’auraient jamais permis que le réacteur Gentilly-2 fonctionne au-delà de 210 000 heures. Vandal a dit :

Vandal : «Je n’opérerais pas plus Gentilly-2 au-delà de 210 000 heures que je monterais dans un avion qui n’a pas ses permis puis qui ne respecte pas les normes. Alors, il ne serait pas question de placer qui que ce soit dans une situation, nos travailleurs, la population, l’entreprise, la société, dans une situation de risque dans le domaine nucléaire. Donc, cette échéance de 210 000 heures, c’est une échéance dure

La mention du transport aérien par Thierry Vandal pointe vers les statistiques tenues par le National Transportation Safety Board (NTSB) américain lesquelles donnent une probabilité d’environ une chance sur cinq millions qu’une personne à bord d’un vol d’un avion de ligne subira un écrasement et mourra. Une personne qui prend cinq vols par année est donc confrontée à une chance sur un million par an de mourir dans un accident d’avion. Par comparaison, la probabilité d’un accident nucléaire grave avec fusion du cœur dans la grande région de Toronto pourrait être aussi élevée que 0,1% par an, soit une chance sur mille par an, ce qui est mille fois plus élevée que la probabilité d’accident mortel pour une personne prenant cinq vols par année.

Au cours de l’audience publique de la CCSN à Pickering dans la dernière semaine de mai, le Dr Greg Rzentkowski, Directeur général à la CCSN, s’est opposé au simple calcul ci-dessus. Il a fait valoir que la «cible» de la CCSN pour la probabilité d’accident grave est 0,001% par an, que les améliorations de sécurité post-Fukushima vont réduire le risque nucléaire par un autre facteur de 10, et qu’encore un autre facteur de 10 proviendra des mesures d’atténuation des conséquences d’accident imposées par la CCSN à la suite des leçons tirées de Fukushima. Selon le Dr Rzentkowski, la probabilité calculée d’un accident nucléaire grave est ainsi réduite par un facteur de 1000, ce qui la mettrait au niveau de l’acceptabilité sociale.

Une lettre de 11 000 mots destinée au Ministre Joe Oliver donne la réplique au Dr Greg Rzentkowski appuyée sur des données fédérales, la lettre argumente en faveur du principe de précaution pour les questions nucléaires, en particulier suivant les suggestions publiées dans un article d’octobre 2009 par l’ingénieur nucléaire et ancien employé de la CCSN, John Waddington. Plusieurs analystes d’accidents majeurs dans les domaines de haute technologie, tel que la professeure Diane Vaughan, de l’Université de Columbia, ont constaté que la plus grande partie de la cause des accidents majeurs réside dans l’erreur humaine à tous les niveaux, y inclus le gouvernement. La Professeure Vaughan a étudié en détail l’explosion de la navette spatiale Challenger le 28 Janvier 1986. Elle a inventé l’expression «déviance normalisée» pour décrire le niveau permissif de l’acceptabilité du risque lorsque des institutions comme la NASA découvrent des problèmes techniques qu’ils ne peuvent pas résoudre à court terme. La NASA a donné l’ordre de lancer le Challenger malgré des défauts qui étaient connus et qui se sont avérés fatals lors de son 25ième vol le 28 Janvier 1986.

Dans le réacteur nucléaire canadien, un des graves problèmes est la dégradation des matériaux qui s’accumule dans les six kilomètres de tubes à haute pression. Cette dégradation est due à plusieurs mécanismes de corrosion qui ont été bien documentés par les ingénieurs et les scientifiques de la CCSN. Les défauts sont connus. Est-ce que la proposition d’OPG de prolonger l’opération de quatre réacteurs de Pickering au-delà du nombre d’heures prévu lors de la conception originale est comme jouer aux dés?

Pour la centrale nucléaire de Point Lepreau sur la berge de la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick, un des facteurs de 10 disparaît du simple calcul, mais cela est plus que compensé par une nouvelle valeur obtenue en 2013 pour le risque sismique. Une nouvelle étude spécifique au site, parrainée en 2012 par la CCSN et Énergie Nouveau-Brunswick Nucléaire (ENBN), a constaté que le risque sismique est beaucoup plus grand que cru auparavant et au-delà des normes de la CCSN. La fermeture de la centrale nucléaire de Point Lepreau serait en conformité avec la Loi sur la sûreté et la réglementation nucléaires de1997, et serait conforme aux engagements internationaux du Canada.

Michel Duguay

 

Source de la carte : http://www.canadiangeographic.ca/atlas/Images/fuelingCanada_nuclearPower_FR.jpg

 N.B. La lettre adressée au ministre Joe Oliver est disponible sur demande. Un résumé de la lettre est joint à ce communiqué. 

La lettre ouverte à l’honorable Joe Oliver, ministre des Ressources naturelles, présente le cas que la probabilité d’un accident nucléaire grave au Canada est au moins 100 fois plus élevé que le niveau d’acceptabilité sociale et que, pour améliorer la situation, des changements importants doivent être réalisés dans la culture de sûreté à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN).

La lettre comprend cinq sections, dont la dernière présente six questions importantes à la CCSN et au gouvernement fédéral.

-1. En Octobre 2009, l’ingénieur nucléaire John Waddington, un ancien employé de la firme de la Couronne Énergie atomique du Canada Limitée (EACL) et plus tard de la CCSN, a publié un document important sur la sûreté nucléaire dans lequel il écrivait ce qui suit:

” Le document présente un argumentaire suivant lequel il existe d’importantes lacunes dans le cadre réglementaire actuel qui, s’il n’est pas corrigé, empêchera probablement la réalisation des nouveaux objectifs de sécurité qui ont été fixés pour les réacteurs de troisième génération et au-delà, ce qui est une réduction d’un facteur de dix dans les fréquences attendues de l’endommagement du cœur et des accidents graves”.

John Waddington fait le point important que la cause des accidents majeurs dans de nombreux domaines différents impliquent principalement l’erreur humaine à tous les niveaux, y compris les organismes gouvernementaux de réglementation.

-2. Les caractéristiques communes des accidents majeurs dans différents domaines.

L’accident ferroviaire tragique à Lac-Mégantic, le 6 Juillet 2013, a fait ressortir des lacunes dans la culture de sécurité de l’entreprise et dans l’organisme de réglementation fédéral Transports Canada. Les articles dans les médias ont souligné des travaux scientifiques sur les causes profondes des accidents majeurs dans de nombreux domaines différents. Les travaux de la professeure de sociologie Diane Vaughan à l’Université Columbia ont été mentionnés. Après avoir étudié pendant neuf ans, les causes profondes de l’explosion de la navette spatiale Challenger en Janvier 1986, la professeure Diane Vaughan a découvert et a nommé le phénomène social de la « déviance normalisée » dans les grandes entreprises de haute technologie. Un exemple de ce phénomène est le fait de changer arbitrairement le niveau d’acceptabilité des risques en cas de problèmes nouvellement découverts qui n’ont pas de solution immédiate. Le Challenger a été lancé même si un problème technique bien connu n’avait pas été résolu.

À la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, au Québec, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) fait pression sur le gouvernement fédéral afin d’améliorer considérablement la réglementation de la sécurité ferroviaire.

-3. Déviance normalisée, l’échec institutionnel, dans le domaine de l’énergie nucléaire.

Un autre sociologue bien connu, le Professeur émérite Charles Perrow, qui a siégé à la commission de l’accident nucléaire de Three Mile Island, a étudié les causes profondes des accidents majeurs dans plusieurs domaines, y compris l’énergie nucléaire. Lui, Diane Vaughan et d’autres sont venus à la conclusion que « l’échec institutionnel » est un contributeur dominant aux accidents majeurs dans de nombreux domaines différents. Dans son article d’Octobre 2009 John Waddington a souligné que l’échec institutionnel n’est pas suffisamment pris en compte dans le calcul de la probabilité d’accidents nucléaires graves. La lettre pose la question: est-ce que la CCSN est exemptée de l’échec institutionnel?

-4. Dr Greg Rzentkowski et une réduction de cent fois de la probabilité d’accident

La lettre invoque une jurisprudence de la Cour de l’Ontario où les défendeurs ont utilisé avec succès la probabilité de mourir dans un accident d’avion en tant que mesure du risque que la population générale est prête à accepter. Il s’agit d’une chance sur cinq millions par vol, donc une chance sur un million pour quelqu’un qui s’embarque sur cinq vols par an.

La CCSN met en vigueur l’obligation que la probabilité d’un accident nucléaire grave avec dommage au cœur d’un réacteur donné soit 0,01% par an ou moins, un niveau de 0,001% étant fixé comme objectif, mais sans être obligatoire. Un calcul prudent prendra 0,01% par an et par réacteur, soit une chance sur 10 000 d’un accident avec dommage au cœur. C’est 100 fois plus que la chance d’un sur un million par an quand on prend l’avion cinq fois par an.

Pour la grande région de Toronto avec dix réacteurs en exploitation un simple calcul pour une période de cinq ans est de 10 fois 5 fois 0,01%, soit 0,5% pour qu’un grave accident avec du dommage au coeur ait lieu. La probabilité qu’un seul lancer de trois dés affiche trois six est de 0,46%.

Dr Greg Rzentkowski de la CCSN a fait référence à ce type de calcul et à John Waddington, le 30 mai lors de l’audience de la CCSN pour la prolongation de la vie Pickering. Invoquant de nouvelles améliorations post-Fukushima, le Dr Rzentkowski a apporté des changements au données de départ du simple calcul ce qui permet de réduire le valeur de la probabilité par un facteur de 100 et peut-être de 1000. Dr Rzentkowski a affirmé qu’un seul lancer de neuf dés est une meilleure illustration de la probabilité d’un accident nucléaire grave. La lettre réfute l’approche du Dr Rzentkowski.

-5. Questions concernant les signaux d’alarme dans l’establishment canadien de l’énergie nucléaire

Tous les savants qui ont étudié attentivement les causes profondes des accidents majeurs, ont observé que les accidents sont souvent en cours de préparation sur une longue période de temps. Les signaux d’alarme apparaissent bien à l’avance d’un accident, mais quand la culture de la sécurité fait défaut, ces avertissements sont ignorés. Décrivant le contexte en détail la lettre demande six questions, qui sont:

Question 1: Est-ce que le fait que la CCSN n’a jamais informé le public sur les problèmes de conception avec Gentilly-1, en dépit d’être invité à le faire par le professeur Duguay, reflète la transparence dans la réglementation nucléaire au Canada?

Question 2: En 1997, sept réacteurs nucléaires ont été fermés en Ontario. Est ce que la CCSN a expliqué au public et aux élus quelles sont les questions de sécurité qui étaient impliquées, et a-t-elle respecté de manière objective et scientifique l’article 9 de la Loi sur la sûreté et la réglementation nucléaires de 1997?

Question 3: Le 7 Avril 2008, la CCSN a rejeté le rapport de sécurité d’OPG et a souligné de nombreux problèmes avec la technologie CANDU; la CCSN a-t-elle informé le public sur le résultat?

Question 4: En Juin 2011 pourquoi la CCSN a donné l’autorisation à Hydro-Québec de la réfection de Gentilly-2 et de l’exploiter jusqu’en Juin 2016 sans avoir en main le Rapport d’analyse de sécurité d’Hydro-Québec qui est normalement une exigence réglementaire?

Une question de plus qui est reliée: Au paragraphe 8 de l’édition de Juillet 2011 du document de décision de la CCSN, pourquoi la CCSN a-t-elle invité fortement Hydro-Québec à démarrer les activités de remise en état de Gentilly-2 dès que possible? À cette époque, les leçons n’avaient pas encore été pleinement tirées de Fujushima, et encore moins mises en application dans les plans de réfection.

Question 5: Dans le contexte de problèmes de corrosion dans les six kilomètres de tubes à haute pression dans les réacteurs CANDU, la CCSN a-t-elle informé le public qu’un aussi grand nombre de tubes constitue une faiblesse de conception?

Question 6: elle est intitulée dans la lettre « Un lancer de neuf dés versus un lancer d’un dé » et elle se termine par: quelle est la probabilité qu’un tube de pression avec un risque élevé de rupture ne sera pas détectée lors des inspections durant un arrêt du réacteur ? Quelle fraction des six kilomètres de tubes à haute pression n’est jamais inspectée?

Conclusion : La lettre se termine par une brève conclusion. Un extrait est le suivant :

Cette situation bien documentée met une ville importante comme Toronto sous une menace nucléaire. Le réacteur de Point Lepreau impose aussi une menace sur les cinq provinces de l’Atlantique et l’État du Maine, une menace nucléaire bien documentée dont la gravité est bien au-delà du niveau d’acceptabilité sociale.

Étant donné que l’erreur humaine peut se produire partout dans l’établissement nucléaire, y compris la CCSN, le gouvernement fédéral devrait intervenir et exercer son mandat de protéger le public dans toute la mesure de sa puissance.

 

Dr Michel Duguay, Ph.D. en physique nucléaire, Professeur titulaire, Université Laval, Québec

Courriel : michel.duguay@gel.ulaval.ca

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Allemagne : Die Linke défend les services secrets

août 2nd, 2013 by Christoph Dreier

Le parti Die Linke (“La gauche”) est monté au créneau pour défendre les services secrets qui sont de plus en plus en difficulté suite aux révélations sur leur implication dans la surveillance de masse. Leur défense de l’Etat allemand et des services secrets dans diverses commissions parlementaires et institutions publiques montre le caractère réactionnaire de la politique deDie Linke.

Après la révélation du programme de surveillance de masse de la NSA par le lanceur d’alerte Edward Snowden, des détails supplémentaires ont fait surface concernant l’implication des services secrets allemands. Non seulement l’Agence allemande du renseignement étranger (la BND) est bien informée des activités de ses homologues américains, mais elle-même mène un programme de surveillance d’envergure et échange régulièrement des quantités massives de données avec la NSA.

Comme aux États-Unis, en Allemagne aussi cette affaire a montré que face à une polarisation sociale croissante, l’infrastructure d’un Etat policier est discrètement mise en place. Les mouvements et les communications de chaque citoyen sont systématiquement enregistrés et évalués. Les mêmes organisations qui collectent ces données sont également étroitement liées aux forces fascistes, comme l’a révélé l’affaire dite NSU, qui avait révélé les nombreux liens entre diverses agences de l’Etat et le groupe d’extrême-droite Nationalsozialistischer Untergrund, responsable de 10 meurtres.

Dans cette situation, Die Linke se rapproche de l’appareil d’Etat et a entrepris de couvrir la BND et les services d’espionnages intérieurs. De temps en temps, Die Linke lance une critique ponctuelle contre les services secrets et demande qu’ils soient mieux réglementés. De cette manière, ils cherchent à créer l’illusion que les services de renseignement peuvent être contrôlés et réformés par des moyens parlementaires. En fait, le parti travaille en étroite collaboration avec les services de renseignement.

Die Linke était et est toujours impliqué dans divers organes de l’Etat et est donc directement responsable de la gestion de diverses branches des services de renseignement. Leur membre Steffen Bockhahn siège à la Commission parlementaire de contrôle (PKG) à l’échelon fédéral. La PKG fournit une couverture pseudo-démocratique aux agences de renseignement allemandes. Ses membres peuvent visiter toutes les installations des services secrets, demander des inspections des fichiers et interroger le personnel ; cependant, ils sont tenus à une stricte confidentialité. En d’autres termes, la PKG est utilisée pour intégrer les députés dans les activités des agences de renseignement.

Bockhahn participe régulièrement aux réunions de la PKG et a dû par conséquent être informé à l’avance des intrigues des services secrets allemands. Contrairement à Edward Snowden, il adhère strictement aux protocoles de confidentialité. Dans un entretien figurant sur son site web, Bockhahn dit que quand cela concerne « des informations vraiment sensibles, » il faut accepter la confidentialité.

Dans le même article, il défend l’existence des agences de renseignement et fournit des suggestions sur la manière dont leur travail pourrait être organisé plus efficacement. « La BND et l’Office fédéral de protection de la Constitution [c'est le nom officiel des services secrets intérieurs] ont pour tâche de nous protéger contre l’espionnage, » dit Bockhahn. Pour mener à bien cette tâche, les deux agences de renseignement devraient « finalement comprendre que les espions ne sont pas des partenaires de confiance, peut importe ceux pour qui ils travaillent, » affirme-t-il. Par conséquent, les responsables allemands du renseignement devraient faire moins confiance à leurs collègues étrangers et travailler de manière plus indépendante, affirme-t-il.

Bockhahn est un carriériste et un parvenu typique de Die Linke. Dans sa jeunesse, il était attiré par le mal nommé Parti du socialisme démocratique (PDS), qui avait succédé au parti d’Etat stalinien officiel de l’ancienne Allemagne de l’Est. Derrière sa rhétorique sur la démocratie et la liberté, le PDS prônait la restauration de l’économie de marché capitaliste. Il avait adhéré au PDS au lycée à 16 ans et avait longtemps été dans l’équipe du responsable fédéral du PDS, Dietmar Bartsch avant de prendre la direction de la section de Mecklembourg-Poméranie occidentale du parti.

Le représentant de Die Linke à la commission G10, Ulrich Maurer, a été encore plus clair à propos du travail des services secrets. Fin juin, s’exprimant à la radio Deutschlandfunk, il a dit qu’il supposait que les services secrets allemands opéraient dans le respect de la loi, et qu’ils fourniraient par conséquent les informations appropriées à la commission G10. « C’est-à-dire, leurs demandes pour surveiller une personne doivent être bien fondées et présentées individuellement, et ensuite elles seront approuvées ou non. » En examinant les demandes, la commission G10 n’« opère pas sur la base de la méfiance, » a-t-il affirmé.

La Commission G10 est plus petite que le PKG, et est nommée par celle-ci pour examiner les demandes des trois agences de renseignement pour surveiller les télécommunications et la poste. De cette manière, la participation de Maurer à cette institution directement et « en confiance » l’implique dans le travail des agences de renseignement.

Le positionnement clair des représentants les plus importants du parti Die Linke dans les organes décisionnels n’est pas un hasard. Die Linke est un parti institutionnel qui a prouvé, à plusieurs reprises, qu’il veut appliquer des attaques sociales dures pour défendre les intérêts des banques. Ayant pour base les sections aisées des classes moyennes, et étant hostile à la classe ouvrière, Die Linke se rapproche encore plus de l’appareil d’Etat, et le défend face à l’intensification des antagonismes sociaux.

Quand les services secrets se sont trouvés en mauvaise posture suite aux révélations de leurs liens étroits avec le milieu de l’extrême-droite, celui qui représentait alors Die Linke au PKG, Wolfgang Neškovi&;, a défendu les services secrets en disant que c’était une « brigade de pompiers » que l’on ne pouvait pas tout simplement abolir. Peu après, le parti a invité le chef des services secrets, Hans-Georg Maassen, à participer à un échange d’idées en public.

Die Linke attaque le gouvernement fédéral depuis la droite, accusant la chancelière de ne pas en faire assez pour représenter les intérêts allemands. La vice-présidente du parti, Sarah Wagenknecht, a demandé à Angela Merkel de passer à l’offensive contre les États-Unis, et a demandé la fin des négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis, en conséquence des activités d’espionnage des États-Unis.

Christoph Dreier

Article original, WSWS, paru le 19 juillet 2013

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S’il manquait quelque chose à la néfaste société Monsanto, c’était une armée officielle d’assassins payés. C’est fait : Monsanto est la société « parapluie » de Resident Evil mais dans le monde réel. Elle contrôle la distribution des aliments, partage des financiers avec l’industrie pharmaceutique et fabrique des armes nucléaires et bactériologiques.

C’est ce que révèle un article de Jeremy Scahill pour le journal « The Nation » dans lequel il informe que la plus grande armée mercenaire de la planète, le « service » criminel d’intelligence Blackwater (connue sous le nom de Xe services et plus récemment sous celui d’Academi), a été vendu à la société transnationale Monsanto.

Après d’innombrables plaintes internationales pour violation de la loi , et s’étant fait connaitre par ses massacres en Irak et dans d’autres pays, Blackwater a changé de nom en 2009. Toutefois il continue d’être le plus grand sous-traitant privé du Département d’Etat des Etats-Unis en tant qu’agence secrète de « services de sécurité » qui pratique le terrorisme d’état en donnant au gouvernement la possibilité de le nier.

POURQUOI LES CONCERTS DE CASSEROLES NE SERVENT A RIEN ?

Political Blind Spot a dénoncé le fait que beaucoup d’agents de la CIA et d’ex militaires travaillent pour Blackwater ou pour des compagnies en relation qui cherchent à détourner l’attention de sa mauvaise réputation et à réaliser d’importants bénéfices commerciaux. Ces mercenaires vendent leurs services, qui vont de l’information illégale, à l’intelligence d’infiltration, le lobbysme politique et l’entrainement paramilitaire, à des gouvernements, des banques, et des sociétés multinationales. Selon Scahill, les affaires avec Monsanto, Chevron, et des géants financiers comme Barclays ou Deutsche Bank, se développent par le biais de deux entreprises (Total Intelligence solutions et Terrorism research center) dont le propriétaire est Erik Prince, qui est également propriétaire de Blackwater .

C’est quand il était directeur de Total Intelligence Service en 2008, que Cofer Black (qui s’était fait connaitre par sa brutalité en tant que directeur de la CIA), contacta Monsanto. Monsanto s’offrit ses services pour espionner et infiltrer des organisations de droits de l’homme, des droits des animaux et des organisations ayant des activités anti transgéniques, en plus d’exercer un contrôle sur d’autres sociétés biotechnologiques et pharmaceutiques.

La société Monsanto n’assassine pas seulement des personnes avec ses produits chimiques mais aussi par balles et au moyen d’ « accidents ». Ses victimes sont des journalistes, des activistes politiques, et tous ceux qui peuvent être un obstacle potentiel à ses plans d’expansion. Contacté par Scahill, le directeur de Monsanto, Kevin Wilson refusa de faire des commentaires ; toutefois, il fut confirmé plus tard à « The Nation » que Monsanto avait passé un contrat avec Total Intelligence en 2008 et 2009 mais, selon Monsanto , c’était seulement « pour faire un suivi d’information publique de ses opposants. Le directeur de Monsanto crut bon de préciser que Total Intelligence était une société « totalement séparée de Blackwater ».

Mais Scahill possède des copies de courriers électroniques de Cofer Black envoyés après la réunion avec Kevin Wilson de Monsanto, ou il explique à d’autres ex agents de la CIA, que cette réunion avait mis en évidence le fait que Total Intelligence était devenu « le bras d’intelligence de Monsanto » pour espionner les activistes et faire d’autres actions comme par exemple intégrer légalement ces groupes.

Monsanto a payé 127.000 dollars à Blackwater en 2008, et 105.000 en 2009.

Il n’est pas surprenant qu’une entreprise amplement dédiée à la science de la mort, comme Monsanto, qui dès le début s’est consacrée à produire des poisons toxiques comme l’Agent Orange, les PCB (biphényles chlorés, des pesticides, des hormones, des graines génétiquement modifiées, et même la bombe atomique, s’associe avec une organisation d’assassins et de mercenaires.

LES DEBUTS DE LA RELATION BILL GATES ET MONSANTO

Presqu’en même temps que la publication de cet article dans « The Nation », l’organisation des agriculteurs organiques Via Campesina, signala que la fondation Bill et Melinda Gates avait acheté 500.000 actions de Monsanto, au prix de plus de 23 millions de dollars faisant ainsi tomber leur masque de philanthropes. C’est encore une association de criminels qui n’a rien de surprenant.

Bill Gates contrôle plus de 90% du marché des licences dans le monde de l’informatique, en plus de promotionner des campagnes de vaccination pour les laboratoires génocidaires, tout en étant responsable d’expérimentation illégale de médicaments dans des pays sous-développés ; pendant que Monsanto contrôle 90% du marché mondial des graines transgéniques et des graines commerciales au niveau mondial, et a fondé « Pharmacia » qui appartient aujourd’hui à Pfizer.

En d’autres termes, il n’existe pas de pires monopoles dans le secteur industriel, ni d’aussi immenses. L’existence même de ces sociétés implique que la terre est sous le joug d’un régime financier totalitaire qui nie le principe de « compétitivité de libre commerce ». Bill Gates aussi bien que Monsanto sont extrêmement agressifs quand il s’agit de défendre leurs monopoles mal acquis.

Exécutant les ordres de la famille Rothschild, Bill Gates et Monsanto se consacrent à détruire l’agriculture organique dans le monde entier, ce quidébuta avec la création de l « Alliance pour une révolution verte en Afrique » (AGRA) qui œuvra comme un cheval de Troie pour enlever les graines traditionnelles aux pays Africains pauvres et les remplacer par des graines transgéniques. Pour cela, la fondation engagea Robert Horsch en 2006, qui était alors directeur de Monsanto. Maintenant Gates obtient de grands bénéfices en se soumettant aux politiques de dépeuplement mises en œuvre par la banque sioniste mondiale.

Article original en espagnol : matrizur.org

Traduction IRISINDA pour le Grand Soir

 

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Mercredi, le jour qui a suivi la déclaration de culpabilité de Bradley Manning par un juge de l’armée, le Washington Post a publié un article intitulé, « La culpabilité de Manning considérée comme rendant probables des poursuites contre Assange de WikiLeaks. » Le Post notait que les procureurs, c’est-à-dire le gouvernement Obama, avaient spécifiquement adapté leur stratégie contre Manning pour impliquer le fondateur de WikiLeaks.

« Les procureurs militaires à la cour martiale ont dépeint [Julian] Assange comme un “anarchiste de l’information” qui a encouragé Manning…Et ils ont insisté sur l’idée que l’on ne peut considérer ce groupe anti-confidentialité comme un organe médiatique qui publiait les informations fuitées, dans l’intérêt du public, » écrit le Post. L’accusation a continuellement tenté de présenter Assange comme un complice.

D’autres articles présentaient un thème similaire, y compris un article de l’Associated Press qui affirmait que la condamnation de Manning « renforce la politique agressive du gouvernement Obama contre des gens qu’il considère être à l’origine des fuites dans les médias des secrets relevant de la sécurité nationale. » Outre Assange, l’AP a noté que « les accusations du gouvernement contre Edward Snowden, la source des fuites sur les activités de la National Security Agency » vont probablement être « similaires à l’affaire contre Manning. »

C’est une preuve de plus que le procès truqué du jeune lanceur d’alerte Manning fait partie d’une campagne brutale du gouvernement visant à criminaliser toutes les révélations sur la criminalité du gouvernement.

Les poursuites contre Manning, qui risque une peine maximale de 136 ans de prison, visent à en faire un exemple et à établir un précédent. Lancer une alerte, déclare le gouvernement, revient à de l’espionnage et de la trahison.

Le gouvernement Obama a déjà ouvert une enquête de jury d’accusation (grand jury) sur Assange et WikiLeaks, et il y a des indications selon lesquelles une mise en examen secrète a été déposée. Le gouvernement a accusé Snowden en s’appuyant sur l’Espionnage Act pour ses actions dans la révélation de programmes d’espionnage illégaux du gouvernement. Si Snowden ou Assange sont capturés par les États-Unis, il ne fait aucun doute qu’ils seront confrontés au même sort, sinon pire, que Manning.

Obama, ainsi que les hauts responsables de l’armée et de l’appareil des services de renseignement, est tout à fait conscient que les actions prises au cours de la décennie passée violent des lois innombrables et des garanties constitutionnelles.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme, » la classe dirigeante américaine, d’abord sous Bush puis sous Obama, s’est engagée dans une criminalité pernicieuse, dont seule une petite partie a été démasquée par les révélations de Manning et Snowden. Washington est responsable des centres de torture sur toute la planète, de l’espionnage de ses citoyens à une échelle sans précédent, des transferts illégaux de prisonniers vers des pays où ils seront torturés, et des lois antidémocratiques secrètes rédigées par des tribunaux secrets.

Mercredi, le Guardian a fait connaître encore un nouveau programme de surveillance, Xkeyscore, qui permet aux analystes de la NSA, contrairement à ce qu’avaient affirmé des responsables du gouvernement et des services de renseignement, de passer en revue de « vastes bases de données contenant des courriels, des discussions par chat, et les historiques de navigation de millions d’individus » sans devoir pour cela obtenir une décision de justice.

Tous ces crimes découlent des guerres illégales en Afghanistan et en Irak. Manning lui-même a été troublé par les atrocités qu’il a vues en Irak durant une guerre fondée sur des mensonges éhontés. Des centaines de milliers de gens ont été tués. Des villes entières ont été détruites.

Les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak ont été suivies d’autres crimes de guerre, le gouvernement américain opère maintenant une flotte de drones qui font pleuvoir la mort sur les peuples de toute la planète.

Manning va passer des décennies en prison, sinon toute sa vie, pour avoir aidé à révéler ces crimes, pendant que ceux qui les ont commis sont libres ou occupent des bureaux confortables à la Maison Blanche.

Une inquiétude particulière de la classe dirigeante vient de ce que des individus comme Manning et Snowden, utilisant le pouvoir d’internet, ont été en mesure de contourner l’emprise des médias américains, qui ont été complices de toutes les conspirations du gouvernement contre la population.

Le New York Times en particulier a joué un rôle indispensable dans la propagation des mensonges utilisés pour lancer la guerre d’Irak et a utilisé ses pages pour mener une campagne de diffamation contre Assange et Snowden. Dans un éditorial sournois paru mercredi, le Times déclarait, « Il ne fait aucun doute que le soldat Manning a enfreint des lois. » Cette affirmation, lâche et digne d’une crapule, est publiée au moment où Manning est confronté à l’emprisonnement à vie pour avoir révélé les actions illégales du gouvernement !

Un autre article qui accompagnait cet éditorial le même jour, intitulé « Un solitaire qui cherchait un refuge, s’est retrouvé dans une guerre, » s’ouvre sur une référence gratuite aux procureurs militaires qui « classent [les actes de Manning] parmi les plus grandes trahisons de l’histoire du pays. »

Manning, Assange et Snowden ont mis leur vie en danger pour révéler au peuple américain les actions secrètes d’un appareil militaro-secret qui opère sans restriction et au-dessus des lois.

En pensant au sort de ces trois hommes, revient en mémoire le procès d’Hans et Sophie Scholl, exécutés pour trahison parce qu’ils avaient distribué des tracts dans le cadre du groupe de la Rose blanche qui s’opposait au régime nazi en Allemagne et qui révélait ses meurtres de masse contre les Juifs, les Polonais et les Russes. (On peut voir une reconstitution cinématographique du procès des Scholl ici).

« Là où nous nous tenons aujourd’hui, vous serez bientôt, » avait déclaré Sophie Scholl avant d’être condamnée par le juge nazi Roland Freisler et décapitée. Et elle avait raison, c’est ce qui s’est produit.

Dans son mépris pour les normes légales, l’attitude qui prévaut dans les coulisses du pouvoir aux États-Unis n’est pas fondamentalement différente de celle de l’Allemagne hitlérienne. Les lois n’existent que pour faire avancer les intérêts de la classe dirigeante qui contrôle l’Etat. Elles peuvent être violées à volonté par l’exécutif, et recevoir, si cela s’avère nécessaire, l’approbation des tribunaux et d’un Congrès aux ordres. Les révélations sur ces violations, menées dans l’intérêt du public, sont par définition illégales parce qu’elles violent le secret exigé au nom de la « sécurité nationale. »

Les crimes du régime de Hitler, dont l’internement massif et l’exécution des dissidents politiques, n’ont pas encore été reproduits par les États-Unis. Néanmoins, la logique de la dictature est la même, une logique qui est poussée par un antagonisme insoluble entre les intérêts d’une aristocratie financière parasitaire et ceux de la grande majorité de la population.

Il y a une sympathie populaire immense pour Manning, Snowden, et Assange. Les mesures qu’ils ont révélées sont impopulaires, et c’est pour cela que la classe dirigeante doit les dissimuler.

Cette sympathie doit se traduire en un mouvement politique conscient, un mouvement qui fasse le lien entre la défense de la démocratie et le renversement du système politique et économique corrompu qui prévaut aux États-Unis et sur toute la planète.

Joseph Kishore

Article original, WSWS, paru le 1er août 2013.

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Mercredi, le journal britannique The Guardian, qui avait en premier diffusé les divulgations du lanceur d’alerte de l’Agence de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, sur l’espionnage massif et illégal pratiqué par le gouvernement, a publié un rapport du journaliste Glenn Greenwald décrivant le « plus vaste » programme d’espionnage sur Internet. Le programme, qui s’appelle XKeyscore, permet à l’agence de renseignement d’effectuer toutes les actions allant d’une surveillance à vaste échelle jusqu’à la lecture de contenus d’emails individuels.

Le système permet aux agents du renseignement de consulter, trier et surveiller presque tout le trafic Internet dans le monde entier, y compris le contenu spécifique des communications. Il peut par exemple servir à générer des listes de tous les gens qui consultent un site web. Une fois ces listes établies, presque toutes les communications par Internet des personnes présentes sur les listes peuvent être interceptées.

Le rapport du Guardian est un puissant démenti à la thèse officielle soutenue autant par le président Obama, le chef du Renseignement américain James Clapper, les hauts responsables de la NSA et du FBI, que par les membres démocrates et républicains du Congrès, à savoir le mensonge éhonté que la NSA ne serait pas en mesure de lire le contenu des communications personnelles sans un contrôle juridique serré.

Comme le montre le rapport du Guardian, les fouilles étendues et intrusives des « emails, des activités des réseaux sociaux et des historiques de navigation » rendues possibles par le système XKeyscore ne nécessitent aucune autorisation préalable.

La révélation du programme XKeyscore fait suite aux divulgations précédentes basées sur des documents dévoilés par Snowden, à savoir que les principaux opérateurs téléphoniques remettent régulièrement tous leurs registres d’appels téléphoniques à la NSA et que l’agence a mis en place un massif système mondial d’écoutes téléphoniques sur Internet connu sous le nom de PRISM.

Le rapport du Guardian a été publié le jour même où la Maison Blanche rendait publics des documents jusqu’ici classifiés et tous fortement expurgés, dont deux rapports concernant le « programme de collecte en vrac » de la NSA et une ordonnance judiciaire indiquant les procédures à suivre pour la surveillance des appels téléphoniques à l’intérieur du pays. Le gouvernement affirme que les documents montrent qu’aucune écoute téléphonique ne pouvait avoir lieu sans que les services secrets aient d’abord prouvé avoir des soupçons concrets et que toutes les actions de ce genre étaient soumises au contrôle du tribunal FISA (relatif au renseignement étranger).

La diffusion de ces documents fait partie de la campagne de désinformation lancée par le gouvernement pour limiter les dégâts, tout en semant la confusion dans les esprits afin de dissiper l’opposition populaire aux programmes d’espionnage. Elle est censée prouver une « transparence » en ce qui concerne les programmes secrets qui sont régulièrement approuvés par le tribunal secret FISA, lequel se trouve en dehors du système judiciaire ordinaire.

Même si l’on supposait que la NSA, le FBI et les autres services secrets respectent véritablement les procédures indiquées dans ces documents – et ils ne le font pas – cela ne changerait rien au fait que l’interception sans mandat et à vaste échelle de communications personnelles se fait en violation flagrante du quatrième amendement de la Constitution américaine, qui interdit les recherches et les interceptions déraisonnables et arbitraires.

La date de publication des documents a été choisie pour coïncider avec une séance de la Commission judiciaire du Sénat sur les programme de surveillance interne, au cours de laquelle plusieurs de ses membres ont cherché à se présenter comme des critiques tout en laissant voir qu’ils soutenaient la poursuite des programmes.

La séance a été l’occasion d’une autre effusion d’amour préfabriquée entre le Congrès et les services secrets. Censée montrer le contrôle exercé par le Congrès sur la NSA et le FBI, elle faisait partie en fait du camouflage officiel des actes d’espionnage entrepris par la Maison Blanche avec la complicité à la fois des deux partis politiques et des médias.

Des témoignages ont été fournis par le vice-procureur général James Cole, le directeur adjoint de la NSA John C. Inglis, et le directeur adjoint du FBI Sean M. Joyce. Ils ont tous faussement affirmé que les programmes de surveillance étaient parfaitement légaux et ne posaient aucun risque pour les droits démocratiques, tout en répétant la ligne officielle qu’ils étaient essentiels pour protéger les citoyens américains d’attaques terroristes.

Durant la séance qui a duré trois heures, pas un seul sénateur de l’un ou l’autre parti n’a mis en cause la constitutionnalité des programmes de surveillance.

Le président de la Commission, Patrick Lehey du Vermont, après avoir prononcé quelques phrases vides sur la « transparence » et le « contrôle », a concentré ses salves non pas sur l’illégalité et le caractère anti-démocratique de ces programmes mais sur la défaillance de ceux qui les opèrent pour n’avoir pas empêché Edward Snowden de divulguer à la population américaine leur nature criminelle.

Dianne Feinstein, la deuxième dans l’ordre hiérarchique des démocrates dans la Commission judiciaire et la présidente de la Commission du renseignement du sénat, a publié mercredi dans la rubrique « éditorial et opinion » du Washington Post un commentaire intitulé « Rendre les programmes de la NSA plus transparents » dans lequel elle a demandé d’apporter des « changements au programme d’écoute téléphonique de la NSA dans le but d’augmenter la transparence et d’améliorer la protection de la vie privée. »

Toutes les propositions de Feinstein, que ce soit une plus grande « diversité idéologique » du tribunal FISA ou la publication régulière du nombre d’appels téléphoniques interceptés et enregistrés, sont superficielles et ne visent qu’à créer l’illusion d’un contrôle public tout en laissant intacts les programmes d’espionnage de type Big Brother.

Dans son commentaire, Feinstein a régurgité le mensonge de la Maison Blanche voulant que les programmes ne visent pas à « écouter les appels téléphoniques » et elle a souligné que seule une vingtaine d’« analystes vérifiés de la NSA » ont accès aux données – comme si cela devait rassurer la population américaine !

La façade de légalité entourant les agences d’espionnage a été démolie par les divulgations faites mercredi par le Guardian, qui ont mis à nu l’ampleur des programmes de surveillance du gouvernement et le fait que les agences de renseignement peuvent intercepter un vaste éventail de communications privées avec la facilité d’un simple moteur de recherche sur Internet.

Comme le remarquait l’article du Guardian, « XKeyscore fournit la capacité technologique, si ce n’est l’autorité légale, de soumettre même des personnes aux Etats-Unis à une écoute électronique poussée sans recours à un mandat. »

XKeyscore est le « plus vaste » des nombreux systèmes numériques de collecte et analyse automatique de données (data mining) à être mis en place à la NSA. Il permet aux agents secrets de la NSA non seulement d’intercepter des communications ciblées mais aussi de ratisser large dans d’énormes banques de données pour dresser des listes de suspects.

Le programme permet aux agents du renseignement d’exercer une surveillance même si leurs cibles sont inconnues ou s’adonnent à une activité présumée anonyme comme naviguer sur le web. Contrairement à d’autres systèmes, il n’a pas besoin d’un « critère précis », telle une adresse email ou une adresse IP, pour effectuer la surveillance.

On ne saurait dire si un aussi gigantesque appareil d’espionnage et, en fin de compte, de répression a jamais été érigé ailleurs dans le monde, même sous les dictatures les plus féroces. Bien qu’on ne sache pas le nombre exact d’enregistrements conservés dans le système, il s’élève probablement à plusieurs milliards par jour.

Les révélations publiées mercredi et la réaction de l’establishment politique soulignent le fait qu’il n’existe aucune opposition, ni dans le parti démocrate ni dans le parti républicain, à l’expansion sans fin des pouvoirs policiers du gouvernement américain.

Andre Damon

Article original, WSWS, paru le 1er août 2013

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Agent Orange, chronique 11 : Le retour.

août 1st, 2013 by André Bouny

Le 5 juillet 2011, Stephen Messenger, écrivain et défenseur de l’environnement vivant à Porto Alegre (État du Rio Grande do Sul, Brésil), dénonçait les agissements de Monsanto :

« Agent Orange est l’une des armes les plus dévastatrices de la guerre moderne, un produit chimique qui a tué ou blessé quelque 400.000 [hélas, bien davantage !] personnes au cours de la guerre du Viêt Nam – et maintenant il est utilisé contre la forêt amazonienne. Selon les responsables, les éleveurs au Brésil ont commencé la pulvérisation de l’herbicide hautement toxique sur des parcelles de forêt comme méthode secrète pour effacer illégalement feuillage, plus difficiles à détecter que des tronçonneuses et des tracteurs. Au cours des dernières semaines, un relevé aérien détecté quelques 440 hectares de forêt qui avaient été pulvérisés avec le composé – empoisonnant des milliers d’arbres et un nombre incalculable d’animaux selon IBAMA (Agence de l’environnement du Brésil) – ont d’abord été pressenti pour le défrichement illégal constaté par des images satellites de la forêt en Amazonie. Plus tard, un survol en hélicoptère dans la région révélé des milliers d’arbres laissés couleur de cendre et défoliés par des produits chimiques toxiques. IBAMA déclare que l’Agent Orange a probablement été dispersés au moyen d’un avion par un fermier encore non identifié pour défricher la terre pour le pâturage, car il est plus difficile à détecter que les opérations traditionnelles qui nécessitent des tronçonneuses et des tracteurs.

 Une partie de la forêt amazonienne empoisonnée par l’Agent Orange : Photo IBAMA

La semaine dernière, dans une autre partie de l’Amazonie, une enquête menée par l’Agence découvre quatre tonnes de pesticides hautement toxiques cachés dans la forêt dans l’attente de sa dispersion. En cas de rejet, les produits chimiques auraient pu potentiellement décimer quelque 7500 hectares de forêt, tuant toute la faune qui y habite et contaminant les eaux souterraines. Dans ce cas, la personne responsable a été identifiée et fait maintenant face à des amendes approchant 1,3 million de dollars.

Selon un article de Folha de Säo Paulo, la dernière fois que ces produits chimiques ont été enregistrés en cours d’utilisation pour défolier, c’était en 1999, mais les autorités disent que la distribution de l’herbicide dévastateur pourrait devenir plus fréquente et que les fonctionnaires devaient sévir contre ces types flagrants de crimes contre l’environnement.

«Ils [Deforesters] ont changé leur stratégie parce que, dans un laps de temps très court, plus de zones de forêt peuvent être détruits avec des herbicides. Ainsi, ils n’ont pas besoin de mobiliser des équipes d’abattage d’arbres et peuvent donc contourner le contrôle de l’IBAMA,” dit Jerfferson Lobato de l’IBAMA.

Bien que l’Agent Orange a été initialement conçu pour effacer la couverture forestière dans les situations de combat, son utilisation est devenue un sujet de controverse en raison de son impact sur les humains et la faune. Pendant la guerre du Viêt Nam, l’armée américaine a dispersé 12.000.000 de litres [un minimum de 84 millions, prouvés] d’herbicide, un impact sur la santé de près de 3 millions de personnes [actuellement, mais en tout, bien davantage], principalement des paysans, et citoyens vietnamiens, causant des malformations congénitales sur environ 500 mille enfants. En outre, l’effet du produit chimique sur l’environnement est profond et durable.

Le mois dernier, plus de trois décennies après la dernière utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, les États-Unis ont commencé à participer au financement [pour moins de moitié] d’une opération de décontamination. Pendant ce temps, dans l’Amazonie brésilienne, le produit chimique hautement toxique avait été redécouvert et pulvérisé sur la forêt tropicale. »

Le 6 juillet 2011 goodplanet.info, de la fondation Yann Artus Bertrand, reprend : Épandage d’Agent orange et d’herbicides agrotoxiques sur la forêt amazonienne. L’Ibama (l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables) a découvert une zone de 178 ha, environ autant de terrains de football, dévastée par des herbicides épandus par avion. Repérée grâce au système de détection par satellite DETER (détection de la déforestation en temps réel), la zone a ensuite été survolée par les équipes de l’Ibama qui ont constaté que les arbres avaient perdu leurs feuilles et qu’ils étaient de couleur blanchâtre, rapporte le Folha do Sao Paulo.

D’après Jefferson Lobato, chef de la division de contrôle et de surveillance de l’Ibama, cette technique est encore récente. “Les “bûcherons” ont changé de stratégie. L’utilisation d’herbicides leur permet de déboiser en peu de temps des surfaces plus importantes. Ainsi, ils n’ont plus besoin de mobiliser des équipes entières et peuvent déjouer notre surveillance.”

Les spécialistes de l’Ibama expliquent que les agrotoxiques tuent directement les arbres et contaminent le sol, les nappes phréatiques, les animaux et les hommes. Il y a quelques jours, une équipe de l’Ibama avait découvert cachées dans la forêt 4 tonnes d’herbicides agrotoxiques parmi lesquels figurait notamment du 2,4 D (acide 2,4 dichlorophénoxyacétique), un des principaux constituants de l’Agent Orange, responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes lors de la guerre du Viêt Nam.

Pour l’instant, les responsables n’ont pas encore été identifiés mais déjà, les autorités ont qualifié le fait de répandre des herbicides sur la forêt par avion de crime environnemental.

Le 14 du même mois, vietnam.vnanet.vn, fait un portrait [de la merveilleuse Mme Nguyen Thi Ngoc Phuong], sous le titre : Une vie consacrée aux victimes de l’Agent Orange

Mme Nguyen Thi Ngoc Phuong, directrice et professeur de médecine, une des meilleures expertes vietnamiennes des effets de l’Agent Orange sur la santé, est actuellement vice-présidente de l’Association des victimes de l’agent orange/dioxine du Viêt Nam (VAVA). Elle a soutenu les victimes vietnamiennes dans leur combat pour la justice et a demandé à la partie américaine d’assumer ses responsabilités pour les conséquences sur la santé du peuple vietnamien des épandages massifs de ce produit toxique.

Dans les années 1970, alors qu’elle est obstétricienne, Mme Phuong est confrontée à de nombreux cas de bébés présentant des malformations, mais sans bien en cerner la cause. En parcourant des documents médicaux, elle tombe sur un rapport scientifique de l’Académie américaine des sciences daté de 1964, qui évoque la possibilité d’une relation entre les anomalies congénitales et l’Agent Orange-dioxine déversé pendant la guerre au Viêt Nam. Pour confirmer ses soupçons, en 1982, elle mène une étude auprès de plus de 1.000 familles de la commune de Thanh Phong, district de Thanh Phuc, province de Ben Tre. Le résultat montre que le pourcentage de bébés malformés dans les zones traitées par l’Agent Orange est trois ou quatre fois supérieur que dans les endroits épargnés. En 1983, elle dévoile les résultats de ses recherches dans un magazine britannique et n’a cessé depuis d’étudier les effets de l’Agent Orange sur le peuple vietnamien.

Ancien militaire vietnamien tenant son portrait avant sa contamination par l’Agent Orange

Grâce aux efforts de Phuong et de l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange, le 15 mai 2008, la Chambre américaine des représentants a ouvert une audience intitulée “Notre responsabilité oubliée : que pouvons nous faire pour aider les victimes de l’Agent Orange”. Lors de cette conférence, Mme Phuong a été la première scientifique vietnamienne à parler de cette question dans ce lieu. Lors de la 3e audience, le 15 juillet 2010, elle a appelé la Chambre des représentants et les compagnies chimiques américaines incriminées à prendre leurs responsabilités et indemniser les plus de trois millions de victimes vietnamiennes.

Selon Mme Phuong, “la lutte pour la justice et l’indemnisation des victimes vietnamiennes se heurteront à d’énormes obstacles”. Cependant, de premiers résultats ont été obtenus. Lors de la 3e audience, les représentants du gouvernement américain ont déclaré qu’ils étaient disposés à coopérer avec le Viêt Nam dans l’amélioration de l’environnement contaminé par l’Agent Orange. Le groupe de dialogue États-Unis-Viêt Nam sur l’Agent Orange va donner [recommande d’octroyer] 300 millions de dollars (30 millions par an pendant 10 ans) pour aider le Viêt Nam à traiter les zones contaminées et développer des services d’aides aux victimes.

Quand on parle de Mme Phuong, il est impossible de ne pas parler de sa contribution dans la création de 13 villages Hoa Binh (de la Paix) où des enfants touchés par l’Agent Orange sont pris en charge. En outre, elle est bien connue comme obstétricienne de haut niveau. Depuis 1997, elle mène des recherches sur les technologies de procréation médicalement assistée. Elle a réussi à mettre en application la technique de vitrification par congélation des embryons. Elle a également établi une banque de sperme, un réseau de soins pour les femmes enceintes et a organisé des cours de formation de sages-femmes dans les régions reculées. À ce jour, près de 700 sages-femmes de divers groupes ethniques vivant sur les Hauts Plateaux du centre ont été formées.

À l’âge de 70 ans, elle organise régulièrement des nombreux programmes de traitement des maladies pour les pauvres dans les zones montagneuses reculées.

Pour terminer cet article, nous publions un extrait de son discours prononcé lors de la 3e audience de l’Agent Orange à la Chambre américaine des représentants le 15 juillet 2010 : “Les patients souffrant de cancer et d’autres maladies causées par l’Agent Orange meurent tous les jours. Et chaque jour, des bébés malformés naissent. Justice doit leur être rendue et ils doivent être indemnisés pour les souffrances endurées par eux-mêmes et par leurs familles”.

Le Dr Nguyen Thi Ngoc Phuong, est Vice-présidente de l’Association vietnamienne des victimes de l’Agent Orange (VAVA), Vice-présidente de l’Association des obstétriciens-gynécologues du Viêt Nam et Présidente de l’Association de lutte contre l’infertilité de Ho Chi Minh-Ville. Née en 1944 à Bien Hoa – Dong Nai elle est Diplômée de la faculté d’obstétrique. En 1994, elle est élue au sein du Conseil des professeurs français et reconnue comme professeur de médecine par le président français. Par ailleurs, elle fut Vice-présidente de la 8e Assemblée nationale (1987-1992) ; Vice-présidente de la Commission des Relations internationales de la 9e Assemblée nationale du Viêt Nam (1992-1997) ; Directrice de l’Institut de cardiologie de Ho Chi Minh-Ville (1989-1991) ; Directrice de l’Hôpital Tu Du de Ho Chi Minh-Ville (1990-2005).  En 2000, elle reçoit le titre de “Héros du Travail” ; en 2004, elle reçoit le titre de “Médecin du peuple”. Elle est maintenant membre du Conseil sur la santé des femmes en Asie, de l’Initiative Asie-Pacifique sur l’endocrinologie de la reproduction et du Groupe de dialogue Viêt Nam-États-Unis sur l’Agent Orange/dioxine [son nom fut avancé pour le Prix Nobel de la Paix].

À la mi-juillet, thanhniennews (Viêt Nam), rappelle que la destruction de l’environnement est un crime majeur. Le journal évoque l’article de Stephen Messenger qui a donné lieu à des centaines de commentaires en quelques jours est a recueilli l’attention internationale.

La plupart des commentaires expriment l’indignation à la destruction du poumon vital de la planète. L’histoire a également rappelé les conséquences mortelles de dix années de pluies de défoliants déversés sur le sud du Viêt Nam par l’armée américaine. Les gens se posent des questions au sujet de la responsabilité de ceux qui ont produit l’Agent Orange, et sur la responsabilité de l’armée américaine en la matière, et de l’absence d’indemnisation des victimes.

Et ils ont raison de le faire. Un demi-siècle après les premières pulvérisations, non seulement il y a encore des millions de victimes dont la santé a été ruinée, et pas seulement les enfants de la troisième génération nés avec des problèmes mentaux et de santé graves, mais le pays souffre aussi d’une entrave de son économie et de son développement du pays à cause de l’écocide commis contre le Viêt Nam.

Plus de 2,5 millions d’hectares de terres ont été contaminées et détruites par la pulvérisation de millions de litres de défoliants, principalement l’Agent Orange, qui contient de la dioxine, le poison le plus toxique et durable au monde. Les forêts couvraient 60 % du sud du pays – dont 5,8 millions d’hectares de forêt primitive et un demi-million d’hectares de forêts tropicales. Cette attaque sur la biodiversité est patente d’autant plus que de nombreuses espèces de la flore et la faune endémiques au Viêt Nam ont maintenant disparu ou sont en voie d’extinction. Les forêts de mangroves protégeaient le pays de la salinisation des terres, et ces forêts abritaient un règne animal riche incluant poissons rares, coquillages, oiseaux, crocodiles et de nombreux mammifères. La forêt tropicale est un écosystème complexe composé de grands arbres qui fournissant un abri pour les petits, eux-mêmes aux buissons et nombreuses plantes. Elle était habitée par des éléphants, des tigres, des rhinocéros, antilopes, serpents, oiseaux, papillons et autres insectes. Quand les grands arbres meurent, le système s’effondre. Les gens vivant dans la forêt nourricière et protectrice depuis d’innombrables  générations ont dû fuir lorsque le poison américain tombait en pluie sur eux. Ces communautés ont perdu non seulement leur subsistance, mais ont aussi lutté pour maintenir leurs cultures. La forêt ne se régénère pas spontanément. De nombreux versants de bassins ont été défoliés et les inondations imprévisibles causent des dommages graves, mettant en péril le pays. Le sol non protégé est emporté par les pluies de mousson. Les glissements de terrain se produisent et enterrent les routes et les maisons. La déforestation a aggravé les effets du changement climatique. Dans un siècle ou deux,  pourra-t-on espérer revoir les précieux arbres à croissance lente qui fournissent les belles colonnes de bois rouge aux temples et pagodes ? La restauration de l’environnement ravagé par la guerre est une énorme tâche qui requiert des ressources considérables et un engagement à long terme. Les Vietnamiens ont le savoir-faire, ils ont besoin de financement. Monsanto, Dow et d’autres producteurs de l’Agent Orange ont fait un énorme profit en vendant ce poison à l’armée américaine. Ils doivent donner cet argent à ce pays meurtri.

26 juillet, www.aspeninstitute.org, US-Viêt Nam Dialogue Group sur l’agent orange / dioxine, fait son premier rapport annuel.

Le groupe de dialogue américano-vietnamien sur l’Agent Orange / dioxine à l’Institut Aspen a passé en revue les progrès réalisés au cours des 12 mois écoulés depuis la publication de la Déclaration et du Plan d’action en Juin 2010. Leurs constatations et conclusions sont contenues dans ce premier rapport, y compris les sources et utilisations des fonds pour les travaux AO. Le rapport détaille les débuts de convergence sur le nettoyage de trois points chauds (parmi les 28 reconnus) avec la collaboration des programmes de santé et de services publics et de protection pour les personnes handicapées dans les zones environnantes.

La déclaration de juin 2010 originale du groupe et le plan d’action serait un effort humanitaire [ !] pour nettoyer les sols contaminés au Viêt Nam, restaurer les écosystèmes endommagés et développer les services aux personnes ayant des incapacités liées à la dioxine et aux personnes atteintes d’autres formes de handicap et à leurs familles. Le plan prévoit [prévoirait] un investissement de 30 millions de dollars par année sur une période de dix ans.
Agent Orange de l’Aspen Institute programme du Viêt Nam (AOVP) est un projet pluriannuel visant à aider la santé des vietnamiens et l’environnement impacté en continu par les herbicides pulvérisés pendant la guerre, et favoriserait le dialogue sur des solutions entre les États-Unis et le Viêt Nam.

La mission Aspen Institute est double: favoriser le leadership fondé sur les valeurs, en encourageant les individus à réfléchir sur les idéaux et les idées qui définissent une bonne société, et de fournir un lieu neutre et équilibré pour discuter et agir sur les questions essentielles. L’Institut Aspen le fait principalement de quatre façons: séminaires, bourses jeune leader à travers le monde, des programmes politiques, des conférences et des événements publics. L’Institut est basé à Washington, DC; Aspen, au Colorado, et sur la rivière Wye, sur la Rive Est du Maryland. Il dispose également d’un réseau international de partenaires.

Le 27 juillet, wilsoncountynews, titre « Agent Orange au Viêt Nam: Fin d’un héritage de 50 ans », par Constance Morella (ancien membre du Congrès – républicain du Maryland.) et Bob Edgar (ancien membre du congrès – démocrate de Pennsylvanie).

« Août marque le 50e anniversaire de la première utilisation d’herbicides par les forces militaires des États-Unis pendant la guerre du Viêt Nam. De 1961 à 1971, plus de 20 millions de galons d’Agent Orange et d’autres herbicides ont été stockées, mélangées, manipulés par les troupes américaines et pulvérisés par des avions américains sur des millions d’hectares de forêts et de terres agricoles vietnamiens. Le but de cette opération militaire était d’anéantir la couverture de l’ennemi sur le terrain.

Le gouvernement américain compense maintenant aux États-Unis ses vétérans du Viêt Nam pour 15 problèmes de santé graves et un défaut de naissance liée à l’exposition à la dioxine qui faisait partie de ces herbicides.

Mais quelque 3 millions de Vietnamiens souffrent également des effets sur la santé, y compris 150.000 enfants d’aujourd’hui avec des malformations congénitales. Leurs besoins ont longtemps été négligés, pris dans le conflit géopolitique et scientifique qui a suivi la guerre. Le gouvernement vietnamien, plusieurs fondations américaines, et les organisations non gouvernementales ont mis en place des hôpitaux et des petits programmes d’assainissement, et jusqu’ici elles ont remédié à moins de 10 pour cent des besoins nécessaires. L’héritage dévastateur de l’Agent Orange est l’ombre restante de cette guerre – en voie d’être résolue si les tendances actuelles se poursuivent. Nous avons eu des désaccords sur beaucoup de choses dans le passé, mais lors d’un récent voyage au Viêt Nam nous avons assisté à un nouvel esprit de coopération et de partenariat entre anciens adversaires. Tous les côtés sont maintenant déterminés à alléger les dommages de santé et d’environnement causés par l’Agent Orange, dommages qui continuent à ce jour.

Dans un centre situé près d’Ho Chi Minh-Ville, nous nous sommes agenouillés sur le sol pour répondre Nguyen Van Minh, 14 ans, l’un des 60 enfants gravement handicapés qui reçoivent là des soins médicaux et de réadaptation. Comme tout enfant, il riait et chantait avec nous une chansonnette tandis que les autres enfants participaient en tenant nos mains et nous faisant des câlins. Leur joie simple dans la vie transcende les différences partisanes, ce qui rend évident la façon nouvelle de voir l’héritage de l’Agent Orange comme une préoccupation humanitaire [humaine], et nous pouvons faire quelque chose.

Nos anciens collègues au Congrès sont d’accord pour une aide à hauteur de 18,5 millions de dollars pour l’assainissement de l’Agent Orange au Viêt Nam [comprendre ici l’assainissement de l’aéroport de Danang pour un coût estimé initialement à plus du double…] suite à la récente bataille [au Congrès] sur les crédits de 2011. Sur une ancienne base militaire américaine, l’aéroport de Da Nang, l’Agence américaine pour le développement international est déjà au travail pour le nettoyage “sur les points chauds » [mortels] des résidus de dioxines qui rendent toujours les gens malades, et où les herbicides ont été déversés dans le sol. Le Département d’État commence un nouveau projet d’assainissement en attendant la confirmation du Sénat.

Le nouvel ambassadeur américain s’est engagé à poursuivre l’aide aux citoyens handicapés du Viêt Nam.

Il s’agit de très bonnes nouvelles, ce qui reflète la compréhension avisée de la mission américaine en ce qui concerne les intérêts commerciaux et la sécurité de l’Amérique, ils sont bien servis par cette façon d’aborder la question de l’Agent Orange. En poursuivant cette fenêtre d’opportunité, les États-Unis devraient adopter un plan d’action à long terme comme celui élaboré par le Groupe de dialogue américano-vietnamien sur l’Agent Orange / dioxine, un groupe non partisan composé d’éminents scientifiques, des décideurs politiques et des citoyens des deux pays, parrainé par l’Institut Aspen.

Pour un investissement de 30 millions de dollars par année pendant 10 ans, partagé avec le Viêt Nam et d’autres donateurs, le plan du Groupe de Dialogue permettrait de restaurer les écosystèmes endommagés, nettoyer les sols contaminés et de développer des services humanitaires aux personnes handicapées [cette somme est très très loin du compte]. Les progrès de la technologie et de savoir-faire ont rendu cela possible, et c’est maintenant le temps de le faire. L’Amérique est à son meilleur quand elle répond à des préoccupations humanitaires, redonne espoir et dignité à un peuple dévasté en refermant les plaies du passé. Aider les enfants innocents comme Minh, qui souffrent de l’exposition de leurs parents [ou de la sienne] à l’Agent Orange / dioxine, est un traitement qui peut guérir tous. »

Constance Morella et Bob Edgar

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris :http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

La jeune fille regarde la mer, où il n’y a rien en vue : « l’avenir est au-delà de l’horizon », explique la société Olt Offshore Lng Toscana dans son image publicitaire. L’ « avenir » est le méthanier regazéificateur flottant de Gnl (gaz naturel liquéfié), arrivé hier de Dubaï pour être amarré hors de vision à 22 Kms de la côte entre Pise et Livourne, où commencera son activité commerciale cet automne.

Le navire, produit de la conversion d’un gazier norvégien, est long de 300 mètres (trois terrains de foot), large de 50 mètres et haut de 26 mètres au-dessus de la ligne de flottaison. Il contient quatre énormes réservoirs sphériques d’une capacité de plus de 137mille mètres3. C’est là que sera transvasé depuis les navires gaziers (chacun d’une capacité de 65-115mille m3) le Gnl refroidi à -160° C (pour en réduire 600 fois le volume), qui sera reporté à l’état gazeux, en utilisant la chaleur de l’eau de mer, et transporté à terre à travers un gazoduc sous-marin de 30 Kms.

Le projet, promu par les administrations de Pise et Livourne et soutenu par la Région Toscane (entièrement sous direction du Partito democratico), aurait dû être réalisé par Olt Energy Toscana, une société formée par les institutions locales. Mais, après diverses métamorphoses, il est passé aux mains d’une multinationale, dominée par deux groupes qui détiennent 93,5% du capital : E.On, cotée à la Bourse de Francfort, un des plus grands groupes énergétiques privés du monde, avec 70mille salariés en Europe et en Amérique du nord, et un chiffre d’affaires annuel de plus de 130 milliards d’euros ; le groupe Iren, multi-utility énergétique coté à la Bourse Italienne, structuré en une holding dirigée par diverses sociétés responsables des lignes de business. Un pourcentage mineur est détenu par la société norvégienne Golar Lng, du groupe Fredriksen, propriétaire de la plus grande flotte de pétroliers au monde.

La Olt Offshore Lng Toscana, ainsi, n’est plus la société qui a présenté le projet à l’origine, reléguée à la marge avec seulement 3,5% du capital, mais une multinationale qui poursuit une stratégie mondiale. A la différence des gazoducs, qui reposent sur des accords intergouvernementaux pluriannuels, les méthaniers regazéificateurs flottants permettent aux multinationales de circuler librement pour se procurer la matière première là où on peut obtenir les prix les plus bas, y compris en sous-main, dans des pays souvent dominés par des élites corrompues et des dictatures militaires. Comme l’expliquent les porte-parole de Olt, « la tendance n’est plus à souscrire des contrats à long terme, mais des spot », c’est-à-dire des contrats à court terme, qui sont « plus profitables ».

La retombée sur le territoire d’un volume commercial de 400 millions d’euros en vingt ans et la création de 125 emplois (dont seulement 25 en embauche directe, les autres en sous-traitance), promis par Olt, ne sont que les miettes des profits que la multinationale réalisera. Le méthanier regazéificateur, à plein régime, a une capacité productive annuelle de 3,7 milliards de m3. Et si les ventes devaient être inférieures à celles qui sont prévues, à cause de la crise et de l’offre abondante de gaz sur le marché, un parachute est prêt : remboursement jusqu’à 71%, prévu par le Tar (Tribunal administratif de région) Lombardie, qui serait répercuté sur nos factures.

Etant donnés les intérêts en jeu, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’Olt ait obtenu toutes les certifications nécessaires quant au respect de l’environnement et de la sécurité, au détriment des faits. Le méthanier regazéificateur pompera chaque jour des centaines de millions de litres d’eau, qui sera rejetée plus froide en mer et avec une adjonction de chlore, en polluant le Sanctuaire des Cétacés (comme le dénonce Greenpeace). On n’a pas encore expérimenté la fiabilité de ce type de structure flottante de regazéification qui, ancrée par la proue à une tour d’amarrage, peut pivoter à 360° selon le vent et le mouvement des vagues pendant qu’elle pompe du Gnl, par quatre bras mobiles, dans le navire gazier. Etant dépourvu de moteur, le navire doit être assisté par des remorqueurs.

Selon Piero Angela – La sfida del secolo : Energia, (Le défi du siècle : Energie), Mondadori 2007- sur un navire gazier contenant 125mille m3 de Gnl un accident « serait le plus catastrophique qu’on puisse imaginer » : le gaz très froid, au contact de l’eau de mer plus chaude, commencerait à s’évaporer en formant un nuage qui, en se mêlant à l’air, créerait un mélange explosif ; si, poussé par le vent, il arrivait sur une ville, n’importe quelle étincelle le ferait exploser, libérant une puissance d’environ une mégatonne (un million de tonnes de tolite), « d’une puissance destructrice de l’ordre des bombes atomiques » .

  Pour prévenir les accidents, la Capitainerie du port de Livourne a installé autour du méthanier regazéificateur une zone d’interdiction totale de navigation, d’un rayon de 2 milles marins, entourée d’une zone de limitation de 4 milles et d’une zone de préavis de 8 milles. Et, même si on n’en parle pas, le méthanier regazéificateur devra en même temps être protégé d’éventuelles attaques terroristes, provoquant une militarisation ultérieure du territoire où se trouve la base étasunienne de Camp Darby.

Les recours contre le projet de regazéificateur flottant, présentés par Greenpeace et par le Comité de Livourne et de Pise, ont été reçus en 2008 par le Tribunal administratif régional. Olt s’en est cependant contre fichu, en continuant les travaux. Jusqu’à ce que, en 2010, le Conseil d’Etat ait donné raison à Olt, en déclarant les recours irrecevables et/ou inadmissibles.

 Manlio Dinucci

Edition de mercredi 31 juillet 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130731/manip2pg/07/manip2pz/343850/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste


Apostille de comaguer (Comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille) :

Le projet de regazéificateur off shore dont il est question dans cet article est aujourd’hui le seul existant en Europe. Qu’il soit à terre ou en mer un regazéificateur flottant de gaz naturel liquéfié est une installation dangereuse classée  SEVESO catégorie II haute, c’est-à-dire au niveau le plus dangereux des installations industrielles. Le transfert en pleine mer du gaz liquéfié du navire transporteur au navire stockeur ou s’effectue la regazéification ajoute des risques supplémentaires de fuite et de rupture des canalisations de transfert du gaz qui sont bien moindres quand le transfert a lieu dans des installations fixes à terre à partir d’un méthanier correctement amarré à un quai. Il faudra, comme le précise l’article, des remorqueurs pour maintenir les deux navires solidement à couple pendant tout le transbordement.

L’installation est annoncée approximativement à 22Kms de la côte, c’est-à-dire à l’intérieur des eaux territoriales italiennes (douze milles marins soit 22,22 Kms de la côte).

 L’Italie est largement approvisionnée en gaz naturel par gazoducs depuis la Russie, la Libye et l’Algérie, et elle dispose de deux installations portuaires de regazéification l’une à Porto Viro prés de Venise l’autre à Panaglia prés de La Spezia. Or il se trouve qu’un projet d’extension de Panaglia a fait l’objet de fortes protestations populaires en raison de la puissance destructrice potentielle de l’explosion d’une unité de regazéification. L’unité off shore loin des regards peut avoir pour ses promoteurs  l’avantage de faire oublier plus facilement le danger et de ne pas imaginer le tsunami que provoquerait l’explosion en mer.

comaguer@orange.fr et http://comaguer.over-blog.com/

 

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Je connais mon facteur depuis plus de 20 ans. Consciencieux et de caractère affable, il est l’incarnation du service public dans ce qu’il a de meilleur. L’autre jour, je lui ai demandé, « pourquoi vous tenez-vous devant chaque porte comme un soldat à la parade ? »

« Nouveau système », me répondit-il. « Je ne dois plus simplement glisser les lettres dans la fente de la porte, mais je dois approcher chaque porte d’une certaine façon et glisser les lettres d’une certaine manière. »

« Pouquoi ? »

« Demandez-lui. »

De l’autre côté de la rue se tenait un jeune homme aux airs sérieux, un écritoire à la main, dont le travail consiste à surveiller les facteurs et vérifier s’ils respectent les nouvelles règles, sans doute en prévision d’une prochaine privatisation. J’ai dit à ce garde-chiourme que mon facteur était formidable. Son visage est resté de marbre, sauf pendant un bref moment d’incompréhension.

Dans « Retour au meilleur des mondes », Aldous Huxley décrit une nouvelle classe conditionnée à une normalité qui n’est pas normale « parce qu’ils sont tellement bien adaptés à leur mode d’existence, parce que leur voix humaine a été réduite au silence dés leur plus jeune age, ils ne luttent plus, ne souffrent plus et ne développent même pas de symptômes comme le ferait un névrosé. ».

La Surveillance dans cet Age de Régression, c’est normal – comme l’a révélé Edward Snowden. La restriction des libertés, c’est normal. La dissidence publique est désormais contrôlée par la police, dont les actes d’intimidation sont normaux.

La souillure de mots nobles tels que « démocratie », « réforme », « protection sociale » et « service public », c’est normal. Des premiers ministres qui mentent ouvertement sur les lobbies et les objectifs de guerre, c’est normal. Exporter £4 milliards d’armes britanniques, dont des munitions anti-émeutes, à l’état médiéval de l’Arabie Saoudite, où l’apostasie [l’acte de renier publiquement sa foi – NdT] est un crime punissable de la peine de mort, c’est normal.

La destruction volontaire d’institutions efficaces et populaires telles que la Poste, c’est normal. Un facteur n’est plus un facteur, qui fait un travail respectable ; il est devenu un automate qu’il faut surveiller, une case à cocher. Huxley a décrit cette régression comme de la folie et notre « adaptation parfaite à cette société anormale » comme un signe de folie.

Sommes-nous « parfaitement adaptés » à ça ? Non, pas encore. Il y des gens qui s’opposent à la fermeture d’hôpitaux, UK Uncut (organisation britannique opposée aux restrictions budgétaires – NdT) force des agences bancaires à fermer et six femmes courageuses ont escaladé le plus haut immeuble d’Europe pour protester contres les ravages provoqués par les compagnies pétrolières dans l’Arctique. A part ça, il n’y a pas grand chose.

Au festival de Manchester cette année, la pièce historique de Percy Bysshe Shelley, Masque of Anarchy – la totalité de ses 91 vers ont été rédigés sous l’emprise de la rage devant le massacre de la population de Lancashire qui manifestait contre la misère en 1819 – est une pièce de théâtre acclamée, et totalement déconnectée du monde extérieur. En janvier dernier, la Commission sur la Pauvreté de la communauté urbaine de Manchestet a révélé que 600.000 habitants de la ville vivaient dans des conditions de « pauvreté extrême » et que 1,6 millions, soit près de la moitié de la population, étaient en train de « s’enfoncer vers une plus grande pauvreté ».

La pauvreté a été embourgeoisée. Le Parkhill Estate à Sheffield était jadis un ensemble d’habitations sociales – peu apprécié pour la brutalité de son style Le Corbusier, le manque d’entretien et de services. Après le nouveau plan urbain, il été rénové et privatisé. Deux tiers des anciens appartements ont été rénovés en appartements modernes vendus aux « professionnels », dont des décorateurs, des architectes et un historien. Au bureau de vente on peut acheter des tasses et des coussins “design”. La façade ne donne aucun indice qu’à Sheffield, dévastée par les mesures « d’austérité » du gouvernement, la liste d’attente pour des appartements sociaux est de 60.000 personnes.

Parkhill est un symbole de la société des deux tiers que la Grande Bretagne est devenue. Le tiers embourgeoisé qui s’en sort bien, certains très bien même. Un autre tiers qui lutte pour s’en sortir en s’endettant. Le reste s’enfonce dans la misère.

Bien que la majorité des Britanniques appartiennent à la classe ouvrière – qu’ils se considèrent comme tels ou pas – c’est une minorité bourgeoise qui domine au parlement, à la tête des entreprises et dans les médias. David Cameron, Nick et Ed Milliband sont leurs véritables représentants, avec quelques différences mineures d’ordre purement technique entre leurs partis. Ils fixent les limites de la vie politique et du débat, aidés par un journalisme bourgeois et l’industrie de « l’identité ». Le plus grand transfert de richesses vers le haut jamais accompli est un fait acquis. La justice sociale a été remplacée par le terme creux de « équité ».

Tout en faisant la promotion de cette normalité, la BBC récompense un haut fonctionnaire pour près de £1 million. Bien qu’elle se considère comme l’équivalent médiatique de l’Eglise d’Angleterre, la BBC a maintenant une éthique comparable à celle des sociétés de « sécurité » comme GS4 et Serco qui, dit le gouvernement, ont « surfacturé » les administrations à hauteur de dizaines de millions de livres sterling. Dans d’autres pays, ça s’appelle de la corruption.

Comme pour le bradage de l’électricité, de l’eau et des chemins de fer, celui de la Poste se fera à coups de pots de vin et avec la collaboration des dirigeants syndicaux, sans considération pour les protestations. Dans les premières scènes de son documentaire « Questions of Leadership » de 1983, Ken Loach montre des dirigeants syndicaux en train de haranguer les masses. On voit ensuite les mêmes, plus vieux et avec un embonpoint, portant l’hermine de la Chambre des Lords. Au cours des récentes commémorations de l’anniversaire de la Reine, on a vu le secrétaire général du TUC (principal syndicat « travailliste » – NdT) Brendan Barber, se faire anoblir.

Pendant combien de temps les Britanniques vont-ils assister aux soulèvements à travers le monde et ne pas faire grand chose à part porter le deuil du regretté Parti Travailliste ? Les révélations d’Edward Snowden montrent l’émergence en Europe d’une infrastructure d’état policier, particulièrement en Grande-Bretagne. Pourtant, les gens n’ont jamais été aussi conscients ; et les gouvernements ont peur de la résistance populaire – raison pour laquelle les lanceurs d’alerte sont isolés, calomniés et réprimés.

Le changement décisif démarre presque toujours avec le courage de gens qui décident de reprendre le contrôle de leurs destins malgré l’adversité. Il n’y a pas d’autre voie pour s’en sortir. L’Action directe. La désobéissance civile. C’est infaillible. Lisez Percy Shelly – « Vous êtes nombreux ; ils sont peu ». Et passez à l’action.

John Pilger

http://johnpilger.com/

 

Article original en anglais :

Royal MailHow We Are Impoverished, Gentrified and Silenced – And What to Do About It, 25 juillet 2013

Traduction par VD pour le Grand Soir

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La guerre des drones en pleine croissance

juillet 31st, 2013 by Thomas Gaist

Dans un contexte que le Washington Post décrit comme étant «la prochaine étape de la guerre des drones», l’administration Obama s’apprête à «étendre les robustes réseaux de surveillance du Pentagone bien au-delà des zones de combat traditionnelles et déclarées». Selon le Post, Washington va déployer sa flotte de drones dans de nouvelles régions du monde afin de surveiller les trafiquants de drogue, les pirates et «d’autres cibles qui inquiètent les autorités américaines».

Une porte-parole du département de la Défense a affirmé que l’armée «s’engage à intensifier» les activités de drones à travers l’Asie et le Pacifique. Le Post mentionne aussi la Colombie comme autre théâtre de guerre où les drones américains seront probablement davantage utilisés. Les États-Unis, en collaboration avec l’armée colombienne, ont déjà déployé des drones dans ce pays pour lutter contre les «narco-terroristes».

«Les drones de surveillance pourraient vraiment venir soulager nos forces aériennes en prenant une partie du risque et du travail», a déclaré en mars le général des Marines et chef du Commandement Sud des États-Unis, John F. Kelly.

Obama a beau affirmer que «le flot de la guerre se tarit», le gouvernement américain intensifie en fait ses opérations militaires internationalement. Au cours de la dernière décennie, le Pentagone a développé une flotte de centaines de véhicules aériens sans pilote (unmanned aerial vehicle, UAV) qui volent à haute altitude et qui effectuent quotidiennement des missions répondant aux intérêts stratégiques de l’impérialisme américain. Les drones de type «Predator» ont réalisé à eux seuls au moins 80.000 sorties dans des régions où règnent des conflits, y compris en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie, en Serbie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Somalie.

Dans leur article publié en 2013, «Combien de guerres mènent aujourd’hui les États-Unis?» («How Many Wars Is the US Fighting Today?»), Linda Bilmes de la Harvard Kennedy School of Government et Michael Intriligator de l’Université de Californie à Los Angeles soutiennent que les États-Unis se livrent à au moins cinq guerres «imprévues et non déclarées» en utilisant principalement des systèmes d’armes robotisés.

Comme le dit l’article, ces conflits font partie d’une longue «tradition d’incursions militaires secrètes des États-Unis», comme celles au Chili, à Cuba, au Nicaragua et dans de nombreux autres pays. Des technologies militaires de pointe ont facilité le développement massif de ce type d’incursions militaires secrètes: «l’émergence de la guerre robotisée permet aux États-Unis de s’impliquer dans plus de conflits de par le monde», disent les auteurs.

«Aujourd’hui, les opérations militaires américaines se déroulent dans des dizaines de pays sur les cinq continents. L’armée des États-Unis est le plus gros propriétaire terrien au monde; elle possède d’importantes installations militaires dans des pays à travers la planète et elle a une forte présence au Bahreïn, au Djibouti, en Turquie, au Katar, en Arabie saoudite, au Koweït, en Irak, en Afghanistan, au Kosovo et au Kirghizstan, en plus de posséder des bases établies de longue date en Allemagne, au Japon, en Corée du Sud, en Italie et en Grande-Bretagne.»

De plus, les États-Unis ont «une certaine présence militaire» en Colombie, en Égypte, en Iran, en Jordanie, au Kazakhstan, au Liban, en Oman, au Pakistan, aux Philippines, en Syrie, au Tadjikistan, au Turkménistan, aux Émirats arabes unis et au Yémen.

Bilmes et Intriligator soutiennent que «l’invention d’un engin robotisé, précis et piloté à distance a permis aux États-Unis d’augmenter radicalement le nombre d’attaques furtives, non officielles, qu’ils dirigent sans informer le public sur le lieu de ces opérations, les cibles ou le nombre de personnes tuées dans ces attaques, y compris les civils innocents».

Des statistiques de la New America Foundation montrent que le nombre de frappes par drone a grimpé à un rythme exponentiel. De 2004 à 2007, le Pakistan était frappé neuf fois par des drones. En 2010, ce chiffre atteignait 118.

De nombreuses opérations militaires américaines de moindre envergure en Afrique et au Moyen-Orient ont de plus en plus recours aux drones. L’ancien chef du Commandement africain des États-Unis (AFRICOM), le général Carter Ham, a déclaré en février que ses forces avaient besoin de 15 fois plus de surveillance et de reconnaissance sur le continent. Des drones de l’US Air Force effectuent depuis des sorties au-dessus de l’Afrique du Nord et les États-Unis ont maintenant des bases de drones au Djibouti, en Éthiopie et aux Seychelles.

À travers l’opération «Nomad Shadow», un programme secret de surveillance de l’armée des États-Unis, cette dernière déploie des drones de la base aérienne d’Incirlik en Turquie pour fournir de la surveillance à l’armée turque dans sa campagne contre le Parti des travailleurs du Kurdistan séparatiste (PKK). Les drones survolent le nord de l’Irak pour amasser des renseignements qui sont ensuite retransmis à une cellule spéciale à Ankara qui les analysera.

Les opérations de drones soulèvent la colère de la population en Turquie. Des protestations avaient éclaté en 2012 suite à une frappe aérienne qui avait tué 34 civils. Des pilotes turcs avaient suivi les renseignements fournis par un drone américain qui avait faussement pris un convoi civil pour des guérilleros du PKK. Une étude du Pew Research Center publiée jeudi dernier a établi que 82 pour cent des Turcs étaient opposés à la guerre des drones de l’administration Obama.

En plus de ses opérations à l’étranger, l’administration Obama multiplie les sorties de drones en territoire américain. Ainsi, l’Office of National Marine Sanctuaries (ONMS) s’est procuré des drones Puma, que la Marine utilise, et qui devraient être déployés le long de la côte de Los Angeles.

L’ONMS s’apprête à déployer les drones dans d’autres États, y compris en Hawaï, en Floride et à Washington. Un nouveau hangar de 100 millions de dollars est prévu à Fort Riley au Kansas, et un autre, à l’aérodrome de Fort Hood au Texas.

Le bilan des victimes civiles ne cesse de grimper dans cette guerre des drones. L’an dernier, le Bureau of Investigative Journalism (BIJ) a publié des informations sur des frappes qui avaient été lancées délibérément contre des sauveteurs, des personnes assistant à des funérailles et des gens qui retournaient sur les lieux d’une première frappe après l’explosion, une tactique connue sous le nom de «doublé». Ces frappes de drone sont lancées fréquemment après analyse d’un «modèle de comportement» où des personnes agissant de façon supposément suspecte sont prises pour cibles.

Selon le BIJ, les frappes de drones américains ont causé la mort d’au moins 3500 personnes, dont des citoyens américains, qui avaient été personnellement choisies par le président Obama pour être assassinées. Le BIJ soutient qu’au moins 555 personnes parmi les victimes sont des civils, ce qui contredit la sénatrice Dianne Feinstein qui a affirmé que la quantité de morts civiles ne dépassait pas un nombre «à un seul chiffre».

Dans une fuite récente d’un document interne du gouvernement pakistanais «Renseignements sur les attaques des forces de l’OTAN et des drones Predator dans les FATA», il a été révélé qu’au moins 147 des 746 personnes tuées par des drones américains entre 2006 et 2009 étaient des civils, et que 94 d’entre elles étaient des enfants. Un reportage publié l’année dernière par les facultés de droit de Stanford et NYU concluait que pour chaque «insurgé» dont l’identité a été confirmée et qui est éliminé par frappe aérienne, 50 civils sont tués.

L’administration Obama, comme l’a affirmé le Post, «a appliqué un vaste cône de silence sur ses programmes de drones internationalement», et agit dans le secret pour institutionnaliser l’assassinat ciblé sur la base de lois et de décrets dont peu connaissent l’existence.

En mai, Obama a donné un discours pour défendre vigoureusement son utilisation des drones et a annoncé que les politiques de son administration sur cette question allaient être définies dans un nouveau document d’«Orientation de la politique présidentielle». Obama a ainsi déclaré: «Car le progrès humain qui nous donne la technologie pour frapper à l’autre bout du monde exige aussi la discipline pour contenir ce pouvoir, au risque d’en abuser. C’est pourquoi, durant les quatre dernières années, mon administration a travaillé énergiquement pour encadrer notre utilisation de la force contre les terroristes, en établissant des directives et un processus de supervision et de responsabilités clairs qui sont maintenant inscrits dans le document d’orientation de la politique présidentielle que j’ai signé hier.»

Ce document d’Orientation de la politique présidentielle (OPP) est l’un d’une série de plus de 20 documents de directives de la politique présidentielle (DPP) promulgués par l’administration Obama et gardés secrets. Selon le site allgov.com, un DPP est une «déclaration du président dirigée à l’exécutif» qui «devient partie intégrante du cadre juridique particulier qui se développe autour d’une loi ou d’un programme».

L’OPP institutionnalise et offre une fausse apparence de légalité à la campagne mondiale d’assassinats ciblés. Ce qu’Obama présente comme une contrainte sur le pouvoir est en fait une mesure qui retire à quiconque sur la planète le droit de ne pas être tué arbitrairement sur la décision d’un représentant de l’État américain.

La guerre des drones mondiale est un instrument fondamental de la politique étrangère des États-Unis. Elle est menée sous la fausse bannière de la «guerre internationale contre le terrorisme», non pas pour défendre les États-Unis contre les terroristes, mais bien dans le cadre d’un vaste programme militariste qui vise à contrer l’érosion de la position de domination de l’impérialisme américain.

Thomas Gaist 

Article original, WSWS, paru le 23 juillet 2013

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