«Ils sont venus chercher les jeunes de banlieue: j’ai approuvé, ce sont des voyous. Ils sont venus chercher les gens du voyage: normal ce sont des voleurs de poule. Ils sont venus chercher mon voisin: normal ses parents sont nés au Mali. Ils sont venus chercher le copain de ma fille: normal ses grands-parents sont nés en Algérie. Ce matin on a tapé à ma porte. Je ne me souviens plus du lieu de naissance de mes grands-parents.»  

Un internaute

 

Des poussées de fièvre de plus en plus récurrentes concernant les musulmans se font entendre en Europe. Ces derniers servent de variable d’ajustement quand la misère frappe aux portes. Mutatis mutandis la fameuse citation du pasteur Niemöller peut s’appliquer à la situation actuelle des Musulmans en Europe. Grâce à un relookage pseudo-laïque, en France, la lepénisation des esprits, dans toute l’Europe, l’extrême droite surfe sur une vague islamophobe transversale entretenue à la fois par les pouvoirs de droite et de gauche.
Quelques aspects de la haine ordinaire du musulman

Les clivages politiques écrit Kamel Meziti l’historien des religions, s’effacent devant l’ennemi commun, cet islam bouc-émissaire coupable de tous les maux! On l’aura compris, la mode politico-médiatique n’est pas à la conjuration des démons de la haine avec la banalisation d’une islamophobie décomplexée et publiquement assumée. (…) La liberté journalistique et la critique des religions, quelles qu’elles soient, sont un droit imprescriptible dans nos sociétés démocratiques. Pour autant, l’injure, la stigmatisation et l’incitation à la haine religieuse ne sauraient être convoquées pour servir d’alibi et se substituer à une liberté d’expression chèrement acquise, et élément moteur, consubstantiel de notre Etat de droit. Charlie Hebdo, journal multirécidiviste dans ses provocations islamophobes, a trouvé encore une fois “le filon en or” dans sa dernière publication de caricatures sordides et répugnantes: au nom de la liberté d’expression, à laquelle nous sommes tous attachés, ce ” charlot hebdo ” déverse sans complexe sa haine viscérale totalement assumée. Sur le plan commercial, l’affaire est, certes, bien huilée dès lors que l’Islam est devenu presque synonyme de sensationnalisme ». (1)

« Ne sommes-nous pas en train de voir se profiler une version revue et corrigée d’un néo-maccarthysme? Force est de constater que nous en apercevons les prémices, notamment après les déclarations de fermeté et l’interdiction de toute manifestation anti-caricatures sous le prétexte de troubles à l’ordre public. (…) Qu’en serait-il si M.Valls interdisait les manifestations des communautés juive, chrétienne, bouddhiste ou même les marches des corporations syndicales en France? L’épisode indigeste des dernières caricatures du Prophète de l’Islam (Qsssl) dans Charlie Hebdo aura tout de même été révélateur d’un modus vivendi entre un ministre de l’Intérieur socialiste et un ancien Premier ministre UMP. Face à ce qui apparaît comme une lecture à géométrie variable d’un concept précieux pour notre démocratie, gageons que les musulmans de France auront tout loisir d’exprimer, dans le cadre de la loi, leur indignation et leur refus d’être salis dans leur dignité et d’être relégués au rang de citoyens de seconde zone. (…) La ” ligne ” Valls n’a d’égale qu’une fermeté de principe dans son appréhension du fait musulman français. Là où la communauté musulmane de France attendait des mots d’apaisement à l’instar de la communauté juive ” qui doit être fière de porter la kippa “, M.Valls a renouvelé son discours de fermeté, alimentant encore l’amalgame. (..) Il ne saurait y avoir d’indignation et de condamnation à géométrie variable. (…) » Conjurer les marchands de haine par la force du stoïcisme pour ne pas succomber à la tentation de l’effet-miroir, tel est le défi pour nos concitoyens musulmans ». (1)

« Il faut croire que vendre de la haine contre les musulmans, cela paye; près les bénéfices de Charlie Hebdo, il en est d’autres bénéfices électoraux. Cette fois c’est Robert Menard qui s’insurge: Nous lisons ce commentaire à son propos: ” N’est-il pas consternant d’observer que lorsque la parole se libère en France, ce n’est plus pour toucher l’intériorité des belles âmes par la magie du verbe, mais c’est pour éveiller ce racisme obscur, qui sommeille, par la noirceur du dénigrement, et toujours à des fins bassement électoralistes (…) Sous le titre percutant ” Ils nous détestent! “, l’oiseau de mauvais augure y est allé de son décryptage hautement délétère sur son blog: estimant que “les prétendues explications de ces actes (“impérialisme US”, “pauvreté endémique”, “relégation des Musulmans”, “mépris pour le monde arabe”) finissent par ressembler un peu trop à des excuses”, il en tire la conclusion que ce qui motive les musulmans en colère, “c’est une détestation de l’Occident dans sa totalité. Ils sont de plus en plus nombreux à vomir nos valeurs, là-bas comme ici, à exécrer tout ce qui fonde nos sociétés: de la liberté d’expression au respect de la femme et même la liberté religieuse”. Puis, se fendant d’un deuxième commentaire, il enfonçait le clou le 22 septembre, en interrogeant sournoisement: “L’Islam est-il soluble dans la démocratie?” (2)

Ajoutons pour notre part que Charlie Hebdo devrait critiquer autant Moïse et Jésus pour être crédible dans sa défense de la “liberté d’expression”. Qui, en France aujourd’hui, oserait faire une caricature de Moïse qui arrose de bombes les enfants palestiniens parce qu’on avait promis une Terre aux juifs? Il y a fort à parier que la communauté juive de France et d’ailleurs réagirait assez mal, et manifesterait plus ou moins.

Alain Gresh fait démonter la mécanique fine concernant l’Islam victime de la liberté d’expression étendard de la bien-pensance française: ” Dans un éditorial du Figaro (19 septembre), ” Islamisme: le devoir de réagir ” Yves Thréard conclut par ces mots: ” Les pouvoirs publics doivent interdire [les prochaines manifestations], s’interposer, condamner leurs instigateurs “, avant de lancer son cocorico:” La France ne peut se laisser marcher sur les pieds. “. ” Les islamistes veulent encore manifester à Paris. ” Paradoxalement, les mêmes qui se mobilisent pour la liberté de la presse et pour Charlie Hebdo appellent à interdire les manifestations des ” islamistes “. Décidément, la liberté d’expression et de manifestation est à géométrie variable. Charlie Hebdo, qui s’en réclame pour publier de nouvelles caricatures, a viré un de ses dessinateurs vedettes, Siné, sur des accusations mensongères d’antisémitisme. Ivan Rioufol, dont les chroniques dans Le Figaro et sur son blog sont une défense et illustration des thèmes de l’extrême droite anti-immigrés et islamophobe, explique dans son dernier opus du 19 septembre pourquoi “”Charlie Hebdo” sauve l’honneur de la presse “. (…) Rappelons que la première mesure prise par la nouvelle majorité socialiste du Sénat avait été une loi contre les nounous voilées.(3)

On aurait pu croire que l’islamophobie est européenne, il n’en est rien. Sylvain Cypel nous décrit le sacerdoce anti-Islam aux Etats-Unis: ” Le métro de la ville accueille, depuis le lundi 24 septembre, une campagne publicitaire ainsi libellée: “Dans toute guerre entre le civilisé et le sauvage, soutenez le civilisé. Soutenez Israël, faites échec au djihad.” Sa promotrice, Pamela Geller, qui dirige l’Initiative américaine pour la défense de la liberté (AFDI), patronne en effet une autre formation à l’intitulé plus explicite: “Halte à l’islamisation de l’Amérique”. (…) Le juge Paul Engelmayer a admis que l’on puisse “raisonnablement considérer” que les “sauvages” incriminés sont effectivement les musulmans. Pam Geller est, avec David Horowitz et Robert Spencer, du site Jihad Watch, une des figures de proue aux Etats-Unis de la mouvance anti-musulmans (et/ou anti-Arabes, selon les cas), dont la rhétorique, dépasse dans l’outrance tout ce qui serait considéré comme “raisonnablement” licite en France. M.Spencer a d’ailleurs été nommé par Anders Behring Breivik, l’auteur du massacre d’Oslo en juillet 2011, comme une de ses sources d’inspiration. Mme Geller, elle, voit en Barack Obama “Hussein, le mahométan ».(4)

Les mises en garde contre des nuits de cristal musulmanes.

Qu’arrivera-t-il si on laisse faire? Alain Gresh nous met en garde contre les dérives lentes mais inexorables en écrivant:  « Imaginons, en 1931 en Allemagne, en pleine montée de l’antisémitisme, un hebdomadaire de gauche faisant un numéro spécial sur le judaïsme (la religion) et expliquant à longueur de colonnes, sans aucune connotation antisémite, que le judaïsme était rétrograde, que la Bible était un texte d’apologie de la violence, du génocide, de la lapidation, que les juifs religieux portaient de drôles de tenues, des signes religieux visibles, etc. Evidemment, on n’aurait pas pu dissocier cette publication du contexte politique allemand et de la montée du nazisme, et écarter d’un revers de la main, comme le fait Charb dans Libération du 20 septembre, les conséquences de telles prises de position. Nous vivons en Europe la montée de forces nationalistes, de partis, dont l’axe de bataille n’est plus, comme dans les années 1930, l’antisémitisme, mais bien l’islamophobie. Un climat malsain s’est installé et les idées hostiles à l’immigration et particulièrement aux musulmans se répandent dans les formations de droite comme de gauche. En dehors de quelques illuminés (comme Breivik), personne ne réclame un génocide des musulmans. Mais peut-on faire comme si ces forces n’existaient pas? Peut-on reprendre le discours et les propositions de ces groupes, accepter le terrain sur lequel ils se placent, sans risques sérieux? “(3)

« Dans une contribution percutante suite à l’assassinat par Bervik de 77 personnes, Uri Avnery Israélien, militant des droits des Palestiniens et pacifiste convaincu, écrit dans le même ordre d’idées: ” Le ministre nazi de la Propagande, Dr Joseph Goebbels, appelle son patron, Adolf Hitler, par enfer-phone. “Mein Führer” s’exclame-t-il tout excité. Des nouvelles du monde. Il semble que nous étions finalement sur la bonne voie. L’antisémitisme est en train de conquérir l’Europe!”

“Bon!” dit le Fürher, “Ce sera la fin des Juifs!”

“Hum…eh bien… pas exactement, mein Fürher. Il semble que nous avions choisi les mauvais Sémites. Nos héritiers, les nouveaux nazis, sont en train d’annihiler les Arabes et tous les autres musulmans en Europe.” Puis, avec un petit rire, “Après tout, il y a beaucoup plus de musulmans que de juifs à exterminer.”

” Mais qu’en est-il des juifs?” insiste Hitler “.

” Vous ne le croirez pas: les nouveaux nazis aiment Israël, l’État juif, et Israël les aime!”

“Beaucoup de partis, conclut-il, et de groupes islamophobes renvoient à l’atmosphère de l’Allemagne du début des années 1920, quand les groupes et milices “völkisch” répandaient leur poison de haine, et qu’un espion de l’armée appelé Adolph Hitler gagnait ses premiers lauriers comme orateur antisémite. Ils apparaissaient comme insignifiants, marginaux, fous. Beaucoup de gens riaient de cet homme Hitler, le clown moustachu chaplinesque. Mais le putch avorté de 1923 fut suivi par 1933, quand les nazis prirent le pouvoir, et 1939, quand Hitler lança la Seconde Guerre mondiale, et en 1942, quand les chambres à gaz furent mises en activité. Ce sont les débuts qui sont critiques, quand les opportunistes politiques réalisent qu’engendrer la peur et la haine est la voie la plus facile vers la fortune et le pouvoir, quand des asociaux deviennent des fanatiques nationalistes et religieux, quand attaquer les minorités sans défense devient acceptable comme politique légitime, quand les petits hommes drôles se transforment en monstres. Est-ce le Dr Goebbels que j’entends rire en enfer. » (5)

D’où vient cet acharnement antimusulman, cette islamophobie qui connaît un regain? Il faut, d’après Samuel Vasquez, déconstruire le mot Islamophobie qui est devenu un mot ” valise ” une éponge, un fourre-tout bien pratique et qui permet de donner corps à tous les amalgames et à toutes les haines. Ecoutons-le: ” Avec la bénédiction du pouvoir, dans l’esprit des récents ” Apéros-Saucisson-Pinard ” et autres ” Soupes au cochon “, une partie du gotha de l’extrême droite européenne s’est donné rendez-vous pour quelques heures à l’Espace Charenton, et ce afin de débattre – joyeusetés gauloises oblige -, des dangers d’une Europe en voie de ” s’hallaliser. »(6)

« (…) Ainsi en est-il, poursuit l’auteur de la critique de la religion musulmane, à la stricte et égale mesure de toute autre religion.(…). Le tollé provoqué par les déclarations de Marine Le Pen, comparant les prières de rue à l’Occupation allemande, suffit à lui seul à illustrer une situation de fait. Car ne sépare du rejet de l’Islam en France à celui, par extension, des populations d’origine maghrébine et arabe, qu’un pas, que la vice-présidente du FN se défend d’avoir franchi. (…) De Riposte laïque au Bloc Identitaire, les préjugés nourris envers la religion musulmane sont drapés des plus belles toges républicaines, de la défense de l’égalité homme-femme en passant à celle de la laïcité; pour autant, ces subterfuges ne sauraient dissimuler le fond des discours, à savoir une lente mais sûre dégénérescence de la critique de l’Islam vers une stigmatisation de ses pratiquants. » (6)

Que l’on ne s’y trompe pas! les ennemis des Européens d’en bas ne sont pas les étrangers, les mélanodermes et les musulmans qui, les premiers, servent de variables d’ajustement en temps de crise, c’est justement la crise générée par un libéralisme sauvage, une mondialisation-laminoir qui ne fait pas de places aux plus faibles. La crise financière s’est muée en crise sociale. Comme le dit le milliardaire Warren Buffet, la classe des riches est en train de gagner sa guerre: au lieu de renverser la table, les victimes se battent entre elles. La solidarité perd du terrain. La crise sociale s’est muée en crise de civilisation. L’humanité se cherche. La guerre de tous contre tous est là, alimentée par les discours d’inspiration raciste qui continuent de se déchaîner.

Si rien n’est fait pour mettre un terme à ces dérives, il arrivera aux Musulmans ce qui est arrivé aux Juifs du XXe siècle, des Nuits de cristal de plus en plus récurrentes. Pour la première fois, il y a une internationale dans le mal qui décide de déclarer la guerre à l’Islam. Partout dans le monde, l’Islam est combattu. Il arrivera un jour prochain où le racisme antimusulman servira d’exutoire à une mal-vie dont les racines sont ailleurs. Les Musulmans d’Europe même de la dixième génération doivent accepter les lois de la République, éviter l’ostentation et le m’as-tu-vu, la religion devant rester pour tous du strict ressort de la sphère privée en espérant que la République se tienne d’une façon équidistante des religions et applique dans les faits, la laïcité, rien que la laïcité, toute la laïcité. Amen (7)

Professeur émérite Chems Eddine  Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz
1.Kamel Meziti: Vers une nouvelle chasse aux sorcières Oumma.com 28. septembre 2012
2.Robert Ménard: ” L’islam est insoluble dans la démocratie ” Oumma.com 26. 09 2012
3. http://blog.mondediplo.net/2012-09-20-Charlie-Hebdo-la-liberte-d-expression-et-l   20 09 12
4.S.Cypel: Comment des pubs racistes ont pu tapisser le métro de N.Y Monde 25 09 2012
5. Uri Avnery: Le nouvel antisémitisme 30 juillet 2011, “The New Anti-Semitism” pour l’AFPS Gush Shalom?-?

http://www.france-palestine.org/Le-nouvel-antisemitisme
6. S.Vasquez: http://www.legrandsoir.info/L-islamophobie-un-concept-a-deconstruire.Html
7. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-sort-des-musulmans-en-europe-86538

 

 

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On a oublié le droit humain à l’eau

octobre 3rd, 2012 by Riccardo Petrella

Dans le cadre des travaux de l’annuelle Assemblée générale de l’ONU, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays ont tenu une rencontre spéciale sur la crise de l’eau,  qui vient de se dérouler du 23 au 29 septembre. À la base de cette rencontre se trouvait le Conseil InterAction (IAC), un groupe de 40 anciens chefs d’État et de gouvernement, présidé par l’ex-premier ministre canadien, Jean Chrétien.

Or, l’IAC confirme dans un nouveau rapport (The Global Water Crisis: Addressing an Urgent Security Issue) que la planète est confrontée à une crise de l’eau grandissante et que l’impact futur de la rareté de l’eau pourrait être dévastateur. Dès lors, le groupe demande à juste titre au Conseil de sécurité de se pencher spécifiquement sur la sécurité de l’eau et de considérer la question de la ressource eau comme l’une des principales préoccupations de la communauté internationale.

Une initiative louable si il n’y avait pas un hic: dans sa démarche, l’IAC non seulement oublie de mentionner la question fondamentale du droit humain à l’eau et la priorité de la concrétisation de ce droit pour 3 milliards d’êtres humains, mais établit volontairement une opposition artificielle entre  la protection, la conservation et  le bon usage efficient et économique de la ressource eau  — qu’il  considère absolument prioritaires — et le droit humain à l’eau qu’il ignore, voire considère comme un faux problème et un obstacle à une bonne gestion de l’eau et à la solution de la crise mondiale de l’eau. Étonnant ? Oui et non.

Marchandisation de l’eau

Pour bien comprendre la nature de l’enjeu en cause, il faut rappeler qu’en 1992, sous la pression de la Banque mondiale et du monde des affaires, la communauté internationale affirme pour la première fois dans l’histoire que l’eau doit être considérée principalement comme un bien économique — non plus comme un bien social, collectif — et donc soumis aux principes et aux mécanismes de l’économie. Sur cette base, la marchandisation de l’eau et la libéralisation et la privatisation des services hydriques prennent une envolée rapide à travers le monde.

La financiarisation s’en suit massivement. Depuis, on travaille avec acharnement à la monétisation de l’eau en tant que telle (donner une valeur monétaire marchande aux fleuves, aux nappes, à l’eau de pluie, aux glaciers, etc.) dans le cadre de la monétisation généralisée de la nature.

L’approche économique devient omniprésente, elle s’impose en tant que norme, voire dogme. La politique de l’eau devient essentiellement une politique de gestion optimale, par rapport au capital investi, d’une ressource naturelle et industrielle de plus en plus rare.

Les mobilisations et les luttes des peuples, des paysans, des populations autochtones, des citoyens opposés à un tel asservissement de la conception de la vie et de la vision de la planète Terre aux logiques marchandes et financières n’ont pas réussi à renverser la tendance. La domination des intérêts des grands groupes industriels, financiers et commerciaux est adamantine, globale, à quelques rares exceptions. Leur victoire politique et culturelle semble sans faille, définitive.

Puis, grâce à un petit pays comme la Bolivie, une dynamique internationale s’affirme et le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution reconnaissant l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit humain, c’est-à-dire universel, indivisible et imprescriptible. Quelques mois après, le droit humain à l’eau est inclus dans la catégorie des droits justiciables.

Victoire de la loi juste

Ce fut une grande victoire du droit, de la loi juste, une formidable avancée politique et culturelle réalisée à l’échelle de l’institution politique mondiale la plus représentative de la communauté internationale. Ce fut un choc pour les groupes dominants dont l’opposition à cette résolution se révéla perdante. La résolution fut adoptée à une grande majorité contre la volonté de la plupart des États du «Nord» (États-Unis, Canada, Australie, Japon, Nouvelle-Zélande et 16 États membres sur 27 de l’Union européenne parmi lesquels les plus combatifs furent le Royaume-Uni et la Pologne….).

Les États «perdants» n’ont pas attendu longtemps pour essayer d’effacer l’importance et l’influence de la résolution qui, évidemment, met en question la primauté économique marchande. La résolution a en outre trouvé un soutien remarqué dans le dernier document sur l’eau publié en mars 2012 par le Saint Siège. Pour la première fois dans l’histoire récente, l’Église Catholique affirme clairement que l’eau n’est pas une marchandise et qu’il faut garantir le droit humain à l’eau pour tous. En outre, elle abandonne la position de neutralité vis-à-vis à la question de la propriété et de la gestion de l’eau. Le document du Vatican penche en faveur de l’eau bien commun et d’une gestion plutôt publique que privée marchande.

Ils ont cherché à éviter toute référence au droit à l’eau dans le document final soumis à l’adoption du Sommet de la Terre de l’ONU Rio + 20. Le Canada a été le dernier pays à abandonner la tentative juste trois jours avant la remise du projet du document final aux États participants au Sommet. Oublier, faire comme si la résolution de l’ONU n’avait pas été adoptée ou n’avait aucune valeur. La stratégie de l’oubli a été aussi adoptée par la Commission européenne, dont on connaît la nette orientation marchande et productiviste en matière d’eau et des services publics locaux. Dans le document que la Commission a soumis entre mai et juillet 2012 à une consultation non contraignante en vue de la rédaction du document Plan de sauvegarde des Eaux d’Europe, elle ne mentionne pas  le droit à l’eau et à l’assainissement.

Et les aspects sociaux et humains?

Les 12 enjeux qui, selon la Commission européenne, marqueront la politique européenne de l’eau pour la période 2016-2030 sont tous d’ordre naturel, environnemental et économique. La seule manifestation d’intérêt aux aspects sociaux et humains concerne une rapide référence aux objectifs du développement du millénaire de l’ONU en matière d’eau. Or, le document de la Commission qui sera rendu public en novembre 2012 est destiné à devenir la bible de la politique européenne de l’eau jusqu’en 2030.

Plus forte encore que la stratégie de l’oubli, les opposants au droit humain à l’eau ont adopté la stratégie de la ressource, à savoir mettre tout l’accent sur la rareté de l’eau en tant que ressource naturelle fondamentale et essentielle pour la vie économique et donc pour l’agriculture, l’énergie, pour l’industrie. La thèse est devenue la suivante: s’il n’y a pas d’eau en quantité suffisante et qualité adéquate, il n’y a pas de droit réel à l’eau.

Apparemment logique, cet argument est profondément mystificateur car le «vrai» message qui en découle est qu’il faut avant tout garantir une gestion économiquement rentable de l’eau si l’on veut disposer des énormes capitaux financiers privés nécessaires pour contrecarrer la rareté de l’eau, la finance publique étant incapable d’y faire face. Si la rentabilité est assurée, affirment-ils, l’économie mondiale trouvera les ressources financières et on pourra permettre à tous l’accès à l’eau moyennant, évidemment, paiement et un prix de l’eau abordable et croissant au prix du marché. Au contraire, affirment-ils aussi, si l’on met à l’avant-scène le droit universel à l’eau, qui plus est sur la base du principe de la gratuité du droit, les capitaux privés fuiront sous forme d’évasion fiscale et d’orientation vers d’autres secteurs rentables.

Une escroquerie

Cette opposition entre «ressource» et «droit» appliquée à l’eau est tout simplement une escroquerie scientifique et politique. En réalité, les groupes sociaux dominants riches ainsi que les grandes entreprises transnationales industrielles et commerciaux ne veulent pas partager la prise en charge du droit à la vie de tous les êtres humains et le droit du vivant de notre Planète. Ce qui intéresse les industries informatiques et des télécommunications, dont les besoins en eau de très grande pureté sont considérables, c’est qu’elles puissent continuer à inonder le monde de iPad, iPhone, ordinateurs et téléphones mobiles.

Le fait qu’il y ait davantage de personnes  ayant accès aux téléphones mobiles qu’aux toilettes ne constitue pas un problème, du moins pour elles, bien que l’on sache qu’on peut vivre sans iPad ou téléphones mobiles alors que, d’après l’UNICEF, cinq mille enfants meurent chaque jour à cause de maladies dues au manque d’accès à l’eau.

De même, Coca-Cola s’inquiète de la pénurie croissante d’eau parce que l’eau est sa principale matière première et elle craint une aggravation de la crise de l’eau. C’est pour cette raison qu’elle cherche à introduire des techniques permettant de diminuer ses besoins d’eau pour pouvoir maintenir sa capacité de produire toujours plus de boissons (en 2008 elle a employé 831 millions de litres par jour, suffisant pour alimenter en Europe une ville de plus de 2 millions d’habitants). Le même discours vaut pour Nestlé, Danone, Pepsi-Cola, Buitoni, Inbev, Monsanto, Syngenta, General Electric, Unilever, BASF ainsi que Alcoa, Rio Tinto (on sait que les industries minières figurent parmi les plus gros utilisateurs d’eau).

Même les compagnies d’assurance sont préoccupées par l’augmentation en nombre et intensité des catastrophes liées aux sécheresses et inondations. Aucune de ces entreprises ne s’active dans le domaine de l’eau en raison d’une passion soudaine pour l’environnement ou par souci de permettre à tout le monde d’avoir accès à l’eau. Pas d’altruisme ni d’écologisme.

Ce qui les pousse à agir est maîtriser le prix de l’eau dans une optique de préservation d’un niveau élevé de profits pour leurs actionnaires. Peut-on dans ces conditions s’étonner que les États, de plus en plus soumis aux intérêts des plus forts, abondent du côté de la gestion optimale de la ressource plutôt que du côté du droit à l’eau, à la vie ? Alerte. Il en va du devenir de l’humanité.

Ricardo Petrella

Riccardo Petrella :  Président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau à Bruxelles

Occultant les effets dévastateurs des drones étasuniens, responsables de la mort de civils innocents à travers le monde, c’est avec une touche plutôt inappropriée d’humour et d’enthousiasme que la compagnie de consultants dans le domaine militaire Strike Fighter Consulting vante les mérites des nouveaux véhicules sous-marins sans équipage (VSSE) de la Marine des États-Unis dans son récent article Unmanned Drones Take to the Seas (Des drones sans équipage prennent la mer*).

« Il semble que les pilotes de drones vont devoir prendre des cours de natation.

La Marine des États-Unis met actuellement à l’essai un nouveau type de drones sous-marins dans les eaux situées près de Newport dans le Rhode Island. Elle espère que ces drones feront leurs premiers pas (ou premiers pataugements, si vous voulez) dans un futur sous-marin autonome.

Ces drones, connus techniquement sous le nom de véhicules sous-marins sans équipage (bien sûr) pourraient « changer la donne » pour la Marine a affirmé Christoper Egan, gestionnaire de programme au Naval Undersea Warfare Center (Centre naval de guerre sous-marine). Chaque aspect rendant les drones aériens si efficaces peut tout aussi bien s’appliquer aux sous-marins. » (Dabney B., Unmanned Drones Take to the Seas, Strike Fighter Consulting Inc, 19 septembre 2012. C’est l’auteur qui souligne.)

 Unmanned Drones Take to the Seas

De quel genre d’efficacité parle-t-on?

L’« efficacité » des drones de guerre se limite principalement à la tuerie de civils innocents, incluant des enfants, selon une étude des universités de Stanford et New York:

Selon la nouvelle étude, dans le cadre du programme de frappes « ciblées » de la CIA à l’aide de drones dans les zones tribales du Pakistan, seule une victime sur cinquante est un militant connu. Le nombre de personnes tuées au Pakistan entre juin 2004 et la mi-septembre de cette année varie de 2562 à 3325, dont environ 474 à 881 civils, incluant 176 enfants. (The News International (Pakistan), Pakistan. CIA Annihilation From The Air: Drone Warfare’s Invisible Dead, 26 septembre 2012.)

On nous dit que ces nouveaux drones sous-marins « rentables […] pourraient servir à cartographier le fond de l’océan, détecter des mines ennemies, surveiller ou aider dans la guerre anti-sous-marine […] La Marine souhaite que le Razor soit pratiquement indétectable pour les systèmes ennemis ». (Dabney B., op. cit.)

Plus tôt cette année Aviation Week a publié un article sur le Large Displacement Unmanned Underwater Vehicle (LDUUV) (véhicules sous-marin de gros cylindres sans équipage) confirmant que la technologie des drones sous-marins est bien établie. On prévoit utiliser le LDUUV au plus tard en 2014 :

Le véhicule sous-marin de gros cylindres sans équipage (LDUUV) sera grand, très autonome et effectuera des missions sur de longues distances durant des mois. Il agira comme vaisseau-mère en déployant et en commandant des capteurs statiques et mobiles assurant une surveillance constante dans les eaux côtières. Il pourrait éventuellement être armé. Le programme semble ambitieux mais un grand pan de la technologie a déjà fait ses preuves.

[...]

Le LDUUV aura une vaste soute lui permettant de lancer des capteurs, des bouées de communication, des VSSE plus petits et des armes. La Marine met actuellement l’accent sur la surveillance constante « transhorizon ». Cependant, l’impact le plus significatif du LDUUV pourrait être dans la guerre des mines, sur les plans offensif et défensif.

Par ailleurs, le LDUUV pourrait faciliter le contrôle et la clandestinité de la pose de mines. Dans le concept transformationnel des mines, le LDUUV pose des capteurs en réseau dans un vaste périmètre. Ces derniers suivent la trajectoire de tous les vaisseaux à leur portée et les identifient. Selon la situation, n’importe quel vaisseau peut être engagé dans un combat par une arme ancrée ou une torpille lancée à même le VSSE.

[...]

La Marine prévoit publier un appel d’offre pour le LDUUV en 2014. En octobre dernier, le contre-amiral Barry Bruner, directeur de la guerre sous-marine de la Marine, a indiqué que jusqu’à 10 LDUUV seraient achetés. Ce sous-marin est lancé à titre d’assistant et complète les sous-marins avec équipage. Si toutefois il atteignait les buts technologiques d’endurance et d’autonomie, il faudrait alors se demander sérieusement s’il y a des tâches qu’une grande embarcation sans équipage ne peut pas accomplir. (David Hambling, Large Displacement Unmanned Underwater Vehicle Steaming Ahead, Aviation Week, 1er avril 2012. C’est l’auteure qui souligne.)

 

Si cette technologie a fait ses preuves, elle peut être utilisée dans une guerre sous-marine.

Utilisera-t-on des sous-marins sans équipage pour « miner clandestinement  » le golfe Persique en ciblant l’Iran?

À cet égard, des reportages confirment que des exercices militaires sont en cours près des eaux territoriales iraniennes ayant pour but de « simuler la réaction de l’Iran à une attaque des États-Unis et d’Israël, ainsi que celle des forces alliées en réaction à des représailles de l’Iran ». (Michel Chossudovsky, “Warship Diplomacy”: A Prelude to All Out War against Iran?, Global Research, 26 septembre 2012.)

Les drones sous-marins font partie des exercices militaires selon Bloomberg :

“Le ‘Mark 38 Mod 2 guidé par le  BAE Systems Plc (BA/) 25mm et le véhicule sous-marin sans équipage Kingfish font partie des programmes accélérés cette année par le Pentagone dans le cadre d’une initiative en « voie rapide » visant à contrer les armes navales iraniennes. La Marine affirme que les vedettes iraniennes pouvant employer des tactiques « d’essaimage » représentent l’une des plus graves menaces. (Bloomberg, 19 septembre 2012. C’est l’auteure qui souligne.)

Le directeur de recherche du groupe de réflexion néoconservateur Washington Institute for Near East Policy a suggéré dans une récente déclaration que les États-Unis devraient provoquer l’Iran afin de lui « faire tirer le premier coup ».

« Nous en sommes rendus à utiliser des moyens clandestins contre les Iraniens. Nous pouvons devenir plus vilains à ce jeu […] Avec la plus grande mobilisation possible de partenaires internationaux, les États-Unis devraient poser des gestes plus déterminés, manifestes ou clandestins, proclamés ou niables. » (Patrick Clawson, cité dans Michel Chossudovsky, Neocon Washington Think Tank: The US should Provoke Iran into “Firing the First Shot”, 26 septembre 2012.)

Les drones sous-marins semblent constituer l’arme parfaite à utiliser dans des actes de provocation.

Article original: American Drones for Covert Underwater Warfare against Iran

* « Un drone sans équipage » constitue un oxymore puisque par définition un drone n’a pas d’équipage.

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Le Congrès canadien pour la Paix dénonce l’intervention étrangère actuelle menée contre la Syrie, ainsi que l’escalade de la guerre qui se prépare contre l’Iran, et exige le retrait immédiat de toutes les forces armées du Canada, de l’OTAN et de mercenaires étrangers se trouvant dans la région. Nous exigeons également du gouvernement conservateur de Stephen Harper qu’il rétablisse et normalise les relations diplomatiques du Canada avec la Syrie et l’Iran, et réoriente la politique étrangère canadienne vers la paix, la coopération internationale et la solidarité.

La décision du gouvernement Harper d’adopter une politique internationale de belligérance, et cela sans avoir consulté le Parlement, est une preuve que l’orientation de la politique étrangère et de la diplomatie est passée de la paix à l’ingérence agressive et hostile dans les affaires intérieures de pays souverains. La Syrie et l’Iran sont des États membres de l’Organisation des Nations Unies, qui n’ont manifesté aucune attitude hostile contre le Canada ou son peuple. Le premier ministre Harper contribue activement à accroître les dangers de guerre en adoptant des politiques hostiles, qui vont à l’encontre de l’appui de longue date à la paix que donne le peuple canadien.

Le gouvernement du Canada s’est allié à une minorité de gouvernements occidentaux, qui, de concert avec les forces pro-guerre d’Israël et avec quelques régimes arabes réactionnaires, cherchent de nouveaux prétextes d’intervention et de guerre. Les objectifs invoqués sont, notamment, la protection des droits de la personne et la prévention de la présumée prolifération d’armes de destruction massive. Or ces objectifs ne peuvent être atteints par la rupture des relations diplomatiques, le décret de sanctions économiques, l’armement de mercenaires étrangers, l’organisation de fausses campagnes internationales visant un changement de régime ou l’installation de gouvernements fantoches favorables aux objectifs stratégiques de la plus grande puissance occidentale.

Les interventions étrangères, les sanctions et les agressions militaires ne font qu’affaiblir les droits de la personne et les droits démocratiques des peuples syrien et iranien et diminuent la capacité de ces peuples de développer et d’améliorer leurs sociétés. L’année dernière, l’intervention de l’OTAN en Libye, au cours de laquelle les forces armées canadiennes ont bombardé le territoire libyen, a eu des conséquences désastreuses pour le peuple de la Libye, qui est maintenant plongé dans une guerre de factions. Ces faits, en plus des conséquences catastrophiques de l’occupation militaire de l’Irak, entre autres la mort de plus d’un million d’Irakiens, indiquent clairement que la principale victime de toute guerre est la population civile.

Comme dans le cas de la Libye l’an dernier, la volonté d’intervenir en Syrie et en Iran est motivée par les intérêts stratégiques et économiques des puissances impérialistes. Ces pays – dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, les pays de l’Union européenne et le Canada – choisissent l’option du militarisme et de la guerre pour étendre leur sphère d’influence et de contrôle sur les ressources et les marchés. Le résultat est la destruction, le déplacement et le désespoir des peuples des pays en voie de développement qui sont ciblés. Loin de résoudre les conflits, ces politiques d’ingérence ne font qu’aggraver les crises actuelles et qu’accroître les dangers qui menacent la paix mondiale.

Les forces pro-guerre, pour désinformer et confondre, se sont servies de nombreuses questions complexes faisant partie de la situation existant en Iran et en Syrie. La menace pour la paix au Moyen-Orient ne vient pas de pays qui veulent exercer leur droit souverain de développer une industrie de l’énergie nucléaire pour construire leur économie, ou de pays qui s’opposent aux efforts occidentaux de recoloniser le Moyen-Orient et de contrôler ses vastes ressources énergétiques par le Nouveau plan pour le Moyen-Orient. La menace concrète pour la paix vient plutôt des armes conventionnelles et nucléaires dont disposent les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN et Israël et que ceux-ci brandissent sans cesse pour déstabiliser la région, ainsi que de la diabolisation des gouvernements qui s’opposent aux plans impérialistes, utilisée pour justifier l’ingérence et la guerre.

Le Congrès canadien pour la Paix affirme que la direction du développement économique, politique et social d’un pays est le droit exclusif du peuple de ce pays et doit être déterminée sans ingérence étrangère. Nous considérons que ce principe est juste pour le peuple du Canada, et qu’il est également juste pour les peuples de la Syrie et de l’Iran. Nous sommes totalement opposés à toute intervention étrangère politique ou militaire sous aucun prétexte. Cela comprend les efforts visant l’ingérence et le détournement des mouvements démocratiques authentiques locaux.

Au cours de ces deux crises, le gouvernement canadien a joué un rôle honteux. Sous les conservateurs de Stephen Harper, la réputation du Canada a changé : abandonnant une position indépendante en matière de relations internationales, il a adopté l’attitude d’un État membre de l’OTAN, agresseur et vociférant. Sous tous leurs aspects – politico-diplomatiques, économiques et militaires – les politiques récentes du Canada envers la Syrie et l’Iran ont été orientées vers trois objectifs :

Isoler et neutraliser les sources d’informations qui entrent en conflit avec les objectifs impérialistes, en coupant les communications avec les gouvernements et les peuples de la Syrie et de l’Iran;

Accroître les souffrances des personnes et soulever des sentiments contre les gouvernements, en imposant des sanctions économiques qui ciblent particulièrement les industries produisant de l’énergie pour la consommation locale;

Accroître la menace militaire active dans la région, en déployant des navires de guerre et autres ressources militaires dans la région.

Tous ces objectifs ont pour but général direct la réalisation d’un changement de régime pro-occidental en Syrie et en Iran. Le gouvernement Harper a ainsi mené une campagne internationale agressive pour convaincre d’autres pays à assumer des politiques similaires contre ces deux pays.

Dans le cas de la Syrie, les conservateurs ont également mené une campagne agressive pour créer et promouvoir un mouvement d’opposition politique au gouvernement. En novembre 2011, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a reçu un rapport selon lequel «pratiquement personne [en Syrie] ne fait appel à une intervention militaire internationale» et selon lequel la Syrie n’avait pas d’«opposition clairement identifiable ayant des ambitions politiques précises». Or juste avant que ce rapport, le ministre des Affaires étrangères du Canada John Baird, avait rencontré le Conseil national syrien et avait affirmé que ce dernier constituait l’opposition légitime ayant «constamment souligné sa volonté de changement». On ne voit pas clairement comment Baird a pu affirmer l’existence d’une opposition organisée et «légitime» alors que l’OTAN n’était pas en mesure de le faire, et a pu suggérer que le Conseil national syrien est autre chose qu’un simple gouvernement fantoche pro-occidental en attente, créé par les forces impérialistes.

De plus on estime que le Canada a contribué à l’armement de 40 à 60 mille mercenaires étrangers pour combattre à l’intérieur de la Syrie. Ces mercenaires constituent l’épine dorsale de l’Armée syrienne libre et leur nombre indique le degré d’intervention armée étrangère déjà en cours en Syrie. Le taux de participation aux récentes élections en Syrie a été plus élevé que celui du Canada, et un certain nombre de candidats indépendants et opposés au gouvernement ont été élus et inclus dans le cabinet. Le peuple syrien s’est exprimé, mais le Canada et d’autres forces interventionnistes continuent de choisir des partis dans une affaire interne.

Dans le cas de l’Iran, la course frénétique vers la guerre a caché certains faits importants aux yeux du public :

L’Iran est un État non nucléaire, signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), placé sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de l’Organisation des Nations Unies. L’Iran a déclaré à plusieurs reprises que son programme nucléaire a des fins pacifiques et non des fins militaires. En fait ni l’AIEA ni l’administration américaine n’ont pu mettre en évidence la moindre preuve étayée d’une militarisation du programme nucléaire iranien. Le secrétaire étatsunien à la Défense, Leon Panetta, a reconnu publiquement qu’«il n’existe aucune preuve indiquant que l’Iran dispose d’une arme nucléaire».

Israël est un État doté d’armes nucléaires, qui, selon les évaluations, dispose de 200 à 400 ogives nucléaires. Israël a refusé d’adhérer au TNP, et ses activités nucléaires ne sont soumises à aucune supervision de l’ONU. Israël a déjà attaqué des États voisins à titre préventif et a menacé plusieurs fois d’attaquer militairement l’Iran.

Les États-Unis sont un État doté d’armes nucléaires, qui dispose de plus de 10 000 ogives nucléaires, et qui n’a jamais permis l’inspection de ses installations nucléaires par l’AIEA. Les États-Unis ont utilisé des armes nucléaires contre d’autres pays, quand ils ont fait exploser deux bombes atomiques sur le Japon et quand ils ont utilisé des armes contenant de l’uranium enrichi en Irak. Les États-Unis ont également, à plusieurs reprises, menacé l’Iran d’une attaque militaire, nucléaire et ont actuellement des forces équipées d’armes nucléaires stationnées dans la région.

Le Congrès canadien pour la Paix appuie la Journée de protestation contre la guerre, qui aura lieu le 6 octobre, lancée par l’Alliance canadienne pour la Paix. Après plus d’une année de conflit et d’interventions étrangères violentes, des milliers de Syriennes/iens ont trouvé la mort. Si l’on permet à des gouvernements comme celui du Canada de poursuivre leurs politiques actuelles d’agression, d’ingérence et de colonisation, des milliers d’autres personnes vont mourir. Tous les groupes d’appui à la paix du Canada – y compris les syndicats, les communautés religieuses et les groupes d’étudiantes/iants – doivent s’exprimer et se mobiliser contre l’intervention en Syrie et de l’Iran et contre la menace d’une guerre beaucoup plus étendue dans la région.

Le Congrès canadien pour la Paix exige du gouvernement canadien :

- de procéder au retrait immédiat des forces militaires canadiennes de la région et de s’opposer à toute interventions militaires en Syrie et en Iran sous quel prétexte que ce soit;

- de rétablir les relations diplomatiques avec la Syrie et l’Iran, de lever les sanctions et d’appuyer les initiatives de paix des États et des organisations qui défendent un cessez le feu et la fin négociée de la guerre;

- de se retirer de l’OTAN, dont la politique consiste à utiliser d’abord la frappe nucléaire et, complémentairement, les systèmes de missiles balistiques mer-sol ainsi que toutes les autres alliances militaires;

- de promouvoir le désarmement nucléaire complet, en commençant par les arsenaux nucléaires des États-Unis, d’Israël et de l’OTAN;

- d’adopter une nouvelle politique étrangère canadienne, indépendante, basée sur la paix, la non-intervention et la diplomatie en matière de relations internationales.

 

Congrès canadien pour la Paix – Conseil exécutif

30 septembre 2012

 

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Dette publique : Peut-on effacer l’ardoise ?

octobre 2nd, 2012 by Olivier Bonfond

Qui plus, qui moins, aucun pays de la zone euro et même au-delà, n’échappe au casse-tête de la dette publique. Les réponses qui sont proposées peuvent être classées dans deux camps.

1°) Celui des tenants de l’austérité : les Etats doivent réduire leur train de vie, réduire les dépenses sociales et faire baisser les salaires pour améliorer la compétitivité externe et ainsi retrouver des marges pour rembourser leurs dettes. C’est la politique prônée par l’Europe, Allemagne en tête.
Le problème de cette politique, c’est qu’elle fait baisser l’activité économique et aggrave le chômage. Elle réduit les rentrées fiscales et n’améliore en rien la solvabilité des Etats tout en provoquant une grave crise sociale.

2°) Celui des tenants de la relance : selon eux (dont nous syndicats), l’austérité est sans issue. Il faut non pas asphyxier l’économie mais au contraire lui donner de l’oxygène, encourager l’activité économique pour relancer l’emploi, relancer la consommation intérieure en améliorant le pouvoir d’achat, retrouver des marges via une fiscalité plus équitable, investir dans les travaux publics et dans les énergies renouvelables, etc.

Et puis, il y a des outsiders qui, en plus de mesures fiscales, proposent de ne pas rembourser la dette publique, ou en tout cas pas toute la dette. Comment ? en faisant un audit complet de celle-ci afin de vérifier si elle est bien légale et légitime… Cette thèse défendue par certains économistes est développée dans un livre écrit par Olivier Bonfond, économiste et conseiller au CEPAG (Centre d’éducation populaire André Genot, proche de la FGTB wallonne).

Est-ce possible sans précipiter la chute des banques systémiques et de toute l’économie ; sans entraîner la faillite des États, la fin de l’euro, bref sans provoquer un cataclysme ? Nous avons posé la question à l’auteur.

Et si on arrêtait de banquer ?

Dans l’introduction de votre livre, vous écrivez : « Nous sommes tous Grecs ». On ne peut pourtant pas comparer la Belgique à la Grèce : on n’est pas en banqueroute virtuelle, on emprunte à un bon taux et l’austérité n’a pas atteint le niveau dramatique de la Grèce…

Olivier Bonfond : c’est vrai que la Belgique est – à l’heure actuelle – dans une meilleure situation que la Grèce. Son système de prélèvement d’impôts et sa sécurité sociale sont plus efficaces ; l’épargne des Belges est beaucoup plus importante avec un patrimoine global de 2000 milliards d’euros et une épargne sur les livrets de plus de 200 milliards.
Mais la direction qui est prise est la même pour tous les gouvernements européens : au nom du remboursement de la dette, ils imposent à leur population des plans d’austérité très durs. La Belgique a déjà mis en place deux plans d’austérité mais elle s’apprête à en mettre en place de nouveaux qui vont faire très mal. Afin de satisfaire les appétits des créanciers, tous les peuples européens voient leurs conditions de vie se dégrader fortement, et, à moins d’un changement radical d’orientation, ce n’est qu’un début. C’est en ce sens que nous sommes tous Grecs.

Aujourd’hui, avec son Pacte budgétaire et sa fameuse règle d’or, l’Union européenne veut instaurer une austérité à vie, en interdisant, sous peine de sanctions financières immédiates, tout déficit budgétaire supérieur à 0,5% au lieu de 3%. Cette orientation est suicidaire. Aucun pays n’y arrivera.

De plus, notre pays pourrait très rapidement se retrouver dans une situation très délicate : son secteur financier est loin d’être assaini. De nouveaux sauvetages bancaires sont à prévoir. Dexia est toujours en danger et l’État a apporté sa garantie pour 54 milliards, soit 15% de notre Produit intérieur brut (PIB) ! Si Dexia tombe, L’État belge ne pourra pas sortir cette somme…

Enfin, n’oublions pas que les principaux créanciers de la dette publique belge ne sont pas, comme on le croit généralement, les petits épargnants mais bien les grandes banques, les fonds de pension, les compagnies d’assurances et les fonds spéculatifs. Ils n’hésiteront pas une seconde à spéculer sur la dette belge s’ils y voient leur intérêt. On n’est donc pas protégés.

Vous proposez, avec d’autres économistes, de ne pas rembourser la dette.
Est-ce que c’est possible :
1°) sans compromettre la capacité future de financement de l’Etat (on voit bien que la simple dégradation de la notation et la hausse des taux qui s’ensuit posent problème) ?
2°) sans provoquer une catastrophe financière en précipitant la chute des banques dites « systémiques » ou trop grosses pour les lâcher (« too big to fail) qu’il a fallu recapitaliser en 2008 ?

O.B. : Premièrement, il s’agit d’affirmer que le remboursement de la dette ne doit plus être une question tabou. Il n’est pas normal qu’on puisse attaquer tous les acquis sociaux pour économiser quelques centaines de millions d’euros, tandis que le remboursement de la dette ne peut en aucune façon être remis en cause. D’autant plus que ses créanciers sont les principaux responsables du désastre économico-financier en cours. Ensuite, l’idée n’est pas d’annuler la dette de manière arbitraire. Il s’agit de ne pas rembourser les dettes qui seront considérées comme illégales ou illégitimes.

Ce n’est donc que d’une partie qu’il s’agit ? Mais qui décide de l’illégalité ou de l’ « illégitimité » de cette partie de dette ?

O.B. : Pour cela, il faut faire un audit complet de la dette, c’est à dire analyser de manière rigoureuse et approfondie les origines et les causes de l’endettement public. S’il s’avère que la légalité n’a pas été respectée comme c’est par exemple le cas avec les produits toxiques vendus aux pouvoirs locaux, cette dette devra être considérée comme nulle.

De la même manière, une dette qui n’a pas été contractée dans l’intérêt général mais qui a systématiquement favorisé une classe privilégiée devrait être considérée comme illégitime et ne devrait donc pas être remboursée. Par exemple, les politiques fiscales de ces 20 dernières années ont systématiquement favorisé les grosses fortunes et les grandes entreprises privées, ce qui a provoqué une diminution importante des recettes publiques, et donc une obligation de s’endetter. On peut donc se demander si la dette qui provient de cette politique fiscale socialement injuste est légitime ou non. Ce sera à l’audit de le déterminer et au peuple d’en décider.

Mais ces politiques fiscales – disons « injustes », elles ont quand même été votées par des élus du peuple.

O.B. : Cela n’empêche pas qu’on puisse les remettre en question. Les dirigeants politiques n’ont pas reçu le mandat de faire tout et n’importe quoi. Ils sont censés représenter les intérêts des citoyens. Les élus n’ont pas été mis au pouvoir en annonçant qu’ils appliqueraient des politiques socialement et fiscalement injustes. Ils ont été élus sur la base d’un programme. Si il est avéré qu’ils n’ont pas respecté leurs engagements, alors la dette qui sera liée à ces politiques injustes pourra être considérée comme illégitime.

Et sans provoquer une catastrophe financière… ?

O.B. : Mais nous sommes déjà en pleine catastrophe financière. Une chose est sûre : la soumission aux marchés financiers, cela ne marche pas. Il y a effectivement un risque que les marchés refusent de prêter encore à la Belgique. Mais la Belgique a les capacités de se passer des marchés financiers, notamment via des mesures fiscales. Pour rappel, la FGTB a démontré qu’il était possible de trouver annuellement plus de 30 milliards d’euros de recettes publiques supplémentaires en prenant l’argent là où il est et sans s’attaquer aux droits sociaux.

Par ailleurs, de nombreux exemples ont prouvé que, loin de provoquer une catastrophe, la fermeté à l’égard des créanciers peut donner des résultats positifs. L’Islande est le seul pays européen à avoir décidé de ne pas rembourser toute sa dette. C’est également le cas pour l’Argentine en 2001 ou encore l’Équateur en 2008… sans faire de « copier-coller », ces expériences devraient constituer une source d’inspiration pour tous les gouvernements de l’Union européenne.

Si on veut réellement empêcher le système de s’écrouler, plutôt que de recapitaliser bêtement les banques en les laissant continuer à spéculer à leur guise, il faut réguler de manière très stricte le secteur financier et en reprendre largement le contrôle. Il faut que le secteur financier redevienne un instrument au service de l’économie et pas un parasite surpuissant qui pompe toute la richesse produite par les travailleurs.

« Et si on arrêtait de payer ? 10 questions/10 réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité » par Olivier Bonfond, Ed. Aden/CADTM/CEPAG.
Cet ouvrage peut être commandé pour 12 € soit chez Aden : http://www.aden.be/index.php?aden=e…, soit au CADTM.

Cette interview est parue dans le magazine « Syndicats » de la FGTB ( septembre 2012 / n°15)

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Qatar : Une monarchie adulée par la République

octobre 2nd, 2012 by Jean-Pierre Dubois

Premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, le Qatar dédie son riche fonds souverain à des achats tous azimuts hors de ses frontières, particulièrement en France.

Inventaire (non exhaustif) :

  • Participation au capital des groupes Vinci, Véolia Environnement, Lagardère, Vivendi, LVMH, Total…
  • Achat d’immeubles parisiens dont le siège du Figaro, le magasin Virgin sur les Champs-Elysées, un hôtel particulier place Vendôme…
  • Achat d’hôtels de luxe à Paris (Royal Monceau, Hôtel du Louvre, Concorde Lafayette) et à Cannes (Carlton, Martinez, Majestic)… [1]

Cet engouement pour la France repose sur une convention fiscale inhabituelle votée par le Parlement en 2008 et qui exempt les investisseurs qataris d’impôt sur les dividendes et sur les plus-values immobilières.

Quant aux Qataris choisissant de résider en France, ils ne payent pas d’ISF les cinq premières années.

qatar,france

Au plan politique, mêmes attentions pour l’émir al-Thani : il est le premier chef d’Etat reçu par Sarkozy après son élection en 2007 et l’un des premiers reçu par Hollande. [2]

Dirigeants politiques et ministres, de droite comme de gauche, se pressent à Doha, capitale de l’émirat. Parmi lequels Villepin, Guéant, Delanoë…

La diplomatie du Qatar est « une diplomatie grise, une diplomatie du double jeu » ; ouvertement « pro-occidentale mais finançant des groupes salafistes [...], voire en contact avec des associations liées à Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) ». [3]

L’ancien ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin, confirme : le Qatar « est un pays à double face ».

« Il faudra tôt ou tard nous interroger sur les relations que nous entretenons avec ce pays », avertit-t-il. [4]

Hollande, lui, ne s’interroge pas.

En 2006, il déclarait que l’action internationale du Qatar va dans le sens « de la stabilité et de la recherche de la paix ». Aujourd’hui, il ne dément pas. [5]

qatar,france

Le Qatar a livré des armes aux groupes islamistes libyens [6]

(photographie publiée par l’hebdomadaire algérien La Nation)

qatar,france

Aljazeera – le canal TV du Qatar – arborant les couleurs des “rebelles” syriens

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[1] Auxquels il faut ajouter les achats du PSG, de l’équipe de handball de la ville de Paris, du Prix de l’arc de Triomphe et des droits de diffusion de la Ligue 1 de football.

[2] Nos champions en « démocratie » ne sont guère regardants sur le fait que l’émir actuel est parvenu au pouvoir en déposant son père pendant alors que celui-ci était en vacances en Suisse.

[3] Libération, 23/09/2012 : http://www.liberation.fr/monde/2012/09/23/la-diplomatie-d…

[4] La Tribune de Genève, 27/09/2012 : http://www.tdg.ch/monde/afrique/Il-faudra-nous-interroger…

[5] Début 2012, l’épouse de l’émir du Qatar a racheté le groupe de maroquinerie Le Tanneur (Vuitton, Hermès) dont une usine en difficulté est située… en Corrèze.

[6] Le Figaro, 6/11/2011 : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2011/11/5-000-forces-speciales-du-qata.html

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Les gouvernements français, espagnol et grec ont tous annoncé hier, 28 septembre, des plans d’austérité à hauteur de plusieurs milliards d’euros face à une opposition populaire massive.

Le budget français présenté par le gouvernement PS (Parti socialiste) du président François Hollande est le plus sévère depuis les budgets de rigueur introduits au début des années 1980 sous le président François Mitterrand. Il prévoit une réduction du déficit de 30 milliards d’euros (38,6 milliards de dollars US), dont 20 milliards d’euros d’impôts supplémentaires et 10 milliards d’euros de réduction des dépenses publiques.

Le budget espagnol exige une réduction de 13,4 milliards d’euros des dépenses publiques pour ce qui est le quatrième plan de rigueur passé cette année après l’élection, en novembre dernier, du Parti Populaire (PP) conservateur. Parmi les ministères dont les budgets seront le plus fortement réduits figurent ceux de l’Agriculture, de l’Industrie et de l’Education.

Le gouvernement de coalition de la Grèce – qui comprend le parti droitier Nouvelle Démocratie (ND), le PASOK social-démocrate et la Gauche démocrate (DIMAR) – a annoncé qu’il dévoilera lundi un plan de réduction de 11,5 milliards d’euros des dépenses publiques. Les projets de ces réductions avaient initialement été annoncés en juillet mais le gouvernement avait d’abord échoué à se mettre d’accord quant à leur répartition.

Dans chaque pays, les nouvelles mesures d’austérité sont imposées au mépris de l’opinion publique. Mercredi, 26 septembre, des millions de travailleurs partout en Grèce ont débrayé et des centaines de milliers ont observé une journée nationale de protestation. Mardi, des dizaines de milliers de manifestants s’opposant aux coupes sociales ont défilé vers le parlement à Madrid et ont été brutalement attaqués par la police anti-émeute.

En France, la cote de popularité de Hollande est tombée à 43 pour cent ; les pertes d’emplois et les mesures d’austérité lui rendent hostiles les électeurs qui l’ont élu en mai.

Ces événements montrent l’impossibilité de lutter contre la rigueur sociale en Europe en soutenant les partis bourgeois de « gauche », l’Union européenne (UE) ou le capitalisme européen. En l’espace de quelques mois, les promesses faites par les partis officiels se sont avérées être sans aucune valeur. .

Hollande avait cyniquement promis que l’austérité n’était pas quelque chose d’inévitable. Le gouvernement de coalition grec avait bénéficié du soutien tacite du parti bourgeois de « gauche » SYRIZA qui s’était présenté contre lui aux élections sur un programme anti-austérité mais qui, par la suite, avait promis d’être une opposition « responsable » qui n’appellerait pas à faire grève et qui continuerait à soutenir l’Union européenne.

Quant au PP – élu sur la base d’une hostilité de masse contre la politique d’austérité du précédent gouvernement social-démocrate du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) – sa prétention de ne pas poursuivre une austérité du type grec en échange d’un renflouement de ses banques par l’UE est en train de s’évaporer rapidement en fumée.

Les réductions opérées par le PP sur les retraites et les dépenses publiques et ses attaques contre les droits du travail sont les plus dures depuis l’effondrement de la dictature fasciste de Franco. Les réductions des dépenses publiques de 16,5 milliards d’euros, 27 milliards d’euros et 65 milliards d’euros adoptées en janvier, en avril et en juillet – en plus des coupes claires dans les dépenses du gouvernement régional – sont en train de faire sombrer l’économie de l’Espagne.

Un quart des travailleurs espagnols et 52,9 pour cent des jeunes sont au chômage et, en dépit des engagements pris pour le renflouement des banques, l’économie se contracte. Le Fonds monétaire International prévoit une contraction de 1,2 pour cent de l’économie espagnole bien que les coupes gouvernementales soient basées sur des prévisions de contraction apparemment trop optimistes de 0,5 pour cent.

L’Espagne paie actuellement plus pour le service de sa dette qu’elle ne dépense en allocations chômage ou pour les budgets de ses ministères nationaux. Depuis le début de la crise économique mondiale en 2008, sa dette publique a plus que doublé, bondissant de 35,5 pour cent à 75,9 pour cent du produit intérieur brut (PIB) et le taux d’intérêt qu’elle paie sur sa dette a fait un bond en raison de la spéculation des banques et des institutions financières contre les obligations espagnoles.

Les banques espagnoles sont sur le point de demander un nouveau renflouement de 60 milliards d’euros vu que l’effondrement de l’immobilier espagnol continue de grever leurs bilans.

L’effet d’une telle politique se manifeste le plus clairement en Grèce. On s’attend maintenant à ce que l’économie grecque fasse cette année une chute de 7 pour cent au lieu des 4,7 pour cent estimés précédemment. Depuis le début de la crise de la dette grecque en 2009, l’économie de ce pays s’est contractée de près d’un quart.

Le magazine allemand Der Spiegel a rapporté qu’en raison de cet effondrement continu, les autorités de l’UE s’attendent à ce que le déficit du budget de la Grèce atteigne 20 milliards d’euros. Elles exigeront alors en Grèce des coupes sociales supérieures aux 11,5 milliards d’euros qu’Athènes propose actuellement. Comme précisé en juillet, celles-ci comprennent 5 milliards d’euros de coupes du budget du ministère du Travail (principalement dans les retraites) et des attaques contre les hôpitaux publics déjà dévastés en Grèce.

Ces coupes massives – les montants correspondant seraient aux Etats-Unis de 802 milliards de dollars, en Grande-Bretagne de 82 milliards de livres sterling et en Allemagne de 136 milliards d’euros – ravageront le tissu d’une société dans laquelle les travailleurs qui ont réussi à garder leur emploi ont déjà subi des réductions de salaire de l’ordre de 30 à 50 pour cent.

La négociation des réductions aura lieu dans le contexte d’un conflit grandissant au sein de l’élite dirigeante grecque. Selon des rumeurs, DIMAR pourrait s’effondrer, étant donné qu’au moins trois de ses 17 députés parlementaires ont déclaré vouloir voter contre les coupes.

La brigade financière grecque (SDOE) a publié dernièrement une liste de trente politiciens dont d’anciens ministres et d’influents parlementaires du ND, de PASOK et de SYRIZA qui sont soupçonnés d’évasion fiscale ou d’autres formes de fraude.

Le plan d’austérité de la France va réduire de 10 milliards d’euros un budget national de 376 milliards d’euros par l’imposition d’un gel des salaires et des embauches de salariés du secteur public, l’imposition d’une réduction générale de 5 pour cent des budgets prévus pour les ministères et une coupe de 2,7 milliards d’euros dans les dépenses des soins de santé. Les ministères de la Défense, des Finance et celui de l’Ecologie seraient tout particulièrement touchés, perdant respectivement 7.234, 2.353 et 1.276 postes.

Quant aux 20 milliards d’euros venant d’une hausse des impôts, une moitié sera réalisée en supprimant un certain nombre de niches fiscales sur les entreprises et l’autre moitié par une augmentation des impôts sur les ménages.

Le gouvernement PS et les médias ont claironné partout que grosso modo la moitié des hausses d’impôts des particuliers sera supportée par les ménages « les plus aisés ». C’est une tentative de dissimuler le caractère anti-ouvrier de la politique du Parti socialiste. Le taux d’imposition pour la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu doit passer à 45 pour cent et les revenus annuels excédant 1 million d’euros seront taxés à 75 pour cent.

Pour pouvoir examiner sérieusement ces mesures, l’on doit brièvement entrer dans l’univers de la politique fiscale française – ce qui signifie aborder ce que Karl Marx appelait, dans Les luttes de classe en France, l’« escroquerie pure », et qui caractérise les affaires financières françaises.

En 2010, les un et dix pour cent au sommet de la population française détiennent respectivement 181 milliards et 515 milliards d’euros. Néanmoins, l’augmentation au sommet de la tranche d’imposition et les impôts sur les revenus supérieurs à un million d’euros combiné ne rapporteront que 530 millions d’euros. Le montant total de 6 milliards d’euros levés en augmentant les impôts sur les nantis, dont la suppression des niches fiscales, ne constitue pas une partie substantielle de leur revenu.

Ceci est dû en partie à un système complexe d’exonération d’impôt et que les mesures de Hollande ne touchent pas sérieusement. Ces exonérations avaient permis en 2010 à Liliane Bettencourt de payer un taux d’imposition effectif de 9 pour cent sur les centaines de millions d’euros gagné sur la base de sa fortune de 24 milliards d’euros.

Et aussi en partie parce que la plupart des revenus de la classe dirigeante est le produit de revenus d’intérêt des avoirs et non de salaires – ce qui signifie que « l’imposition à 75 pour cent » de Hollande n’affecte pas sérieusement la plupart des membres de l’aristocratie financière.

Et pourtant, le budget d’austérité a été dénoncé par une partie de la presse, et le Figaro Magazine d’intituler son éditorial « Trop c’est trop. »

Des sections de la bourgeoisie qui soutiennent le PS affirment que l’actuel budget d’austérité n’est qu’un acompte d’attaques plus profondes contre la classe ouvrière et qui sont planifiées par le gouvernement PS. Celles-ci comprennent des propositions de « réformes » du marché du travail pour faciliter le recrutement, le licenciement et pour obliger les travailleurs à accepter le chômage partiel ainsi que pour réduire de 30 à 50 milliards d’euros le financement de la sécurité sociale par les entreprises.

Un éditorial du Monde a souligné le besoin d’un « véritable ‘choc de compétitivité’ dans le pays. » Il a précisé : « Le budget 2013 n’y contribue pas vraiment. Les réformes promises sur le marché du travail et le financement de la protection sociale seront à cet égard décisives. Le choc budgétaire d’aujourd’hui n’a de sens que s’il est complété rapidement par un puisant choc de compétitivité. Pour provoquer l’électrochoc dont la France a besoin. »

 

Article original, WSWS, paru le 29 septembre 2012

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La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et le gouvernement malien se sont accordés sur les conditions pour une opération militaire au Nord du Mali. Le 23 septembre, les ministres de la Défense du Mali et de la Côte d’Ivoire ont annoncé qu’une délégation de la Cédéao officialiserait l’accord dans les prochains jours à Bamako, la capitale du Mali.

Le ministre ivoirien de la Défense Paul Koffi a dit qu’une force de 3.000 soldats de la Cédéao « n’incluant pas d’étrangers » serait déployée. La France, l’ancienne puissance coloniale du Mali, a toutefois déjà annoncé que son aide à une intervention au Mali sera d’ordre logistique « du matériel mais pas d’hommes ».

A Washington, le secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines, Johnnie Carson, a dit que la communauté internationale oeuvrait avec les voisins du Mali tant au dehors qu’à l’intérieur de l’alliance régionale de la Cédéao pour combattre les groupes terroristes. Ceci ne laisse aucun doute quant aux implications internationales du conflit.

L’on s’attend à ce que le feu vert pour le déploiement des troupes de la Cédéao soit donné le 26 septembre lors d’une réunion présidée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Celle-ci avait été préparée par la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay. Dans des commentaires largement diffusés, elle a dit que les islamistes dans le Nord-Mali commettaient de graves violations des droits de l’homme voire des crimes de guerre – dont des amputations, des exécutions sommaires et une lapidation à mort d’un couple non marié.

Depuis le début de l’année, le Mali a rapidement plongé dans la guerre civile. Le président de longue date, Amadou Toumani Touré, a été renversé le 22 mars par un groupe de soldats dirigé par le capitaine Amadou Sanago, formé aux Etats-Unis. Ce fait est venu s’ajouter aux retombées de l’intervention impérialiste de l’OTAN en Libye pour l’éviction du colonel Mouammar Kadhafi et la mise en place d’un régime fantoche dans le pays nord-africain riche en pétrole.

Les rebelles touaregs du Mouvement national pour la Libération de l’Azawad (MNLA), dont un grand nombre étaient revenus lourdement armés de la Libye après avoir servi Kadhafi, se sont associés aux forces des groupes islamistes. Ils réussirent à prendre le contrôle du Nord du pays en déclarant l’Azawad Etat indépendant.

Les forces islamistes ont toutefois finalement chassé les Touaregs des villes de Tombouctou, Gao et Kidal. Ils ont instauré la loi de la charia et détruit un nombre de mausolées de saints musulmans.

Le 6 avril, sous forte pression de la Cédéao, l’ancien ministre du Travail Diouncounda Traoré, qui a été formé en France, a été nommé président par intérim par les militaires. Le 21 mai, des manifestants ont envahi le palais présidentiel et ont gravement blessé Traoré. Après deux mois passés à Paris pour des soins médicaux, il est rentré en juin à Bamako et a formé un gouvernement d’unité nationale avec le soutien des syndicats.

Ce gouvernement ne contrôle toutefois que Bamako et le Sud du Mali. Le Nord-Mali, qui couvre une région de la superficie du Texas, est contrôlé par trois différents groupes radicaux islamiques : l’Ansar Dine (Défenseur de l’islam), le « Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest » (Mujao) et al-Qaïda au Maghreb islamique (AQIM). L’AQIM se finance au moyen de prise d’otages occidentaux et est soupçonné de recevoir un appui financier du Koweït.

Les dirigeants de l’armée malienne semblent aussi avoir perdu le contrôle de leurs forces armées. L’assassinat par balle par des soldats insurgés de seize prédicateurs islamistes à 15 kilomètres de Diaboli, en défiant l’ordre donné, indique que les structures de commandement sont en train de se désagréger.

Le gouvernement malien s’était déjà adressé début septembre à la Cédéao pour obtenir de l’aide militaire en demandant « cinq bataillons postés le long de la ligne de front pour sécuriser et reconquérir les villes ». L’armée malienne – craignant toutefois que des troupes extérieures ne puissent affaiblir leur position au Mali – a rejeté toute implication venant de l’extérieur jusqu’à la date des pourparlers le 30 septembre.

L’attitude des syndicats sur ces questions a clairement été montrée lors d’une réunion du 19 septembre lorsque le syndicat l’Union nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), le Syndicat autonome de la Magistrature (SAM) et le Syndicat autonome des administrateurs civils (SYNAC) se sont rencontrés à Bamako.

Le secrétaire général de l’UNTM, Siaka Diakité, a déclaré avec l’appui de ses collègues que « les syndicats ne cherchent pas à jouer un rôle politique particulier dans ce contexte chaotique ». Il a poursuivi en expliquant qu’il était nécessaire « de sauvegarder la démocratie et de renforcer notre République dont la laïcité et l’intégrité territoriale sont aujourd’hui menacées ».

Dans des conditions où le gouvernement central de Bamako ne contrôle pas une grande part du Mali, ni n’est en mesure de le faire, de tels commentaires correspondent à une approbation à peine voilée en faveur d’une intervention impérialiste qui sera présentée à la population comme étant une opération organisée par les puissances régionales en vue de réunifier le Mali. Toutefois, l’équipement clé, le soutien en matière de renseignement et l’appui logistique seront fournis par les puissances impérialistes. Le gouvernement ivoirien, mis en place par une intervention de la France et de l’ONU l’année dernière pour évincer le président Laurent Gbagbo, est étroitement lié aux puissances impérialistes occidentales.

Actuellement au Mali, le revenu par habitant est de moins d’un dollar par jour et l’espérance de vie est de 48 ans. Le pays connaît un taux d’analphabétisme de 81 pour cent et un tiers de la population n’a pas accès à l’eau potable.

La pauvreté de l’écrasante majorité de la population est en contradiction flagrante avec ses richesses en ressources naturelles, dont l’or et le coton. D’autres ressources comprennent le phosphate, la chaux, le sel gemme, le minerai de fer, le manganèse, la bauxite, l’uranium et des gisements pétroliers non identifiés.

Les ressources de la région jouent un rôle majeur dans l’économie mondiale – y compris la dépendance de l’industrie nucléaire de la France pour l’uranium d’Afrique occidentale. La région est devenue le centre d’une mêlée entre les Etats-Unis, la France et d’autres Etats européens, ainsi que la Chine pour gagner une influence économique et géopolitique. Ce sont ces intérêts qui se trouvent derrière les projets de planification d’une nouvelle intervention en Afrique occidentale de la part des Etats-Unis et de la France.

 

Article original, WSWS,  paru le 25 septembre 2012

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L’ultimatum de guerre de Netanyahou à l’ONU

octobre 2nd, 2012 by Barry Grey

Le discours belliqueux et provocateur prononcé jeudi 27 septembre par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou devant l’Assemblée générale des Nations unis a mis en évidence le fait que les projets pour une attaque militaire non provoquée contre l’Iran étaient très avancés.

Netanyahou a fixé une date butoir de quatre à neuf mois après les élections américaines en novembre pour le lancement d’une guerre, apparemment pour détruire les installations d’enrichissement d’uranium de l’Iran. Il a dit en montrant une bombe avec une mèche allumée grossièrement dessinée, « Au rythme où ils poursuivent actuellement l’enrichissement, ils finaliseront l’enrichissement moyen et pourront passer à l’étape finale au printemps prochain, au maximum l’été prochain… La ligne rouge devrait être tracée exactement ici, avant que l’Iran n’achève la deuxième étape d’enrichissement nucléaire nécessaire à la fabrication d’une bombe. »

C’était un ultimatum à l’adresse de l’Iran d’abandonner son programme d’enrichissement nucléaire ou d’avoir à faire face à de massives représailles exercées par Israël et les Etats-Unis. Netanyahou qui a critiqué le gouvernement Obama pour avoir retardé une action militaire contre l’Iran, a souligné dans son discours devant l’ONU la convergence de vues entre les Etats-Unis et Israël.

Le but de « mettre un terme au programme d’armes nucléaires de l’Iran, » a-t-il dit, unit « tout autant les Démocrates que les Républicains. » Il s’est exprimé deux jours après que le président Obama a prononcé son discours devant l’Assemblée générale en déclarant, « un Iran doté de l’arme nucléaire n’est pas un défi auquel nous pouvons faire face… Les Etats-Unis feront ce qu’ils devront pour empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire. »

Netanyahou a cherché à donner l’impression qu’il serait prêt à renoncer à une frappe israélienne contre l’Iran avant les élections américaines en échange d’un engagement clair de la part de Washington de lancer une guerre l’année prochaine.

Son discours a démontré le caractère criminel de la politique étrangère tant d’Israël que des Etats-Unis. Il a présenté Israël – qui poursuit une occupation illégale de la Palestine et qui a attaqué tous les Etats arabes voisins durant son existence relativement courte – comme étant la victime et l’Iran – qui n’a jamais attaqué Israël – comme étant l’agresseur.

Il a exigé que l’Iran abandonne un programme d’enrichissement nucléaire qui est totalement légal en vertu des termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) alors qu’Israël a refusé de signer le traité et a construit illégalement environ 400 ogives nucléaires. Ni Israël ni les Etats-Unis ni l’Agence internationale de l’énergie atomique n’ont présenté la preuve qui contredit les affirmations de l’Iran de développer de l’énergie nucléaire à des fins civiles. Les Etats-Unis admettent que l’Iran ne possède pas d’armes nucléaires et n’a pris aucune décision d’en construire.

La guerre préparée par les Etats-Unis et Israël est une guerre d’agression, une soi-disant « guerre préventive » – une chose ouvertement adoptée comme politique par le Troisième Reich nazi dans les années 1930 et 1940 et condamnée par le Tribunal de Nuremberg comme crime de guerre. Elle a été interdite dans les documents constitutifs de l’ONU elle-même.

Après le discours de Netanyahou, lui et Obama se sont déclarés foncièrement d’accord pour ce qui était de leur confrontation de l’Iran. Le candidat présidentiel républicain, Mitt Romney, a couvert le discours d’éloges.

Le premier ministre israélien a dit samedi à la presse israélienne qu’il avait eu « un entretien assez long » avec Obama, et suivi par une « réunion en tête à tête avec Clinton [la secrétaire d’Etat]. » Il a ajouté, « Nos équipes vont se rencontrer au plus haut niveau hiérarchique. Je pense qu’Israël et les Etats-Unis peuvent parvenir à des conclusions bien plus concrètes que les commentateurs ne peuvent le penser. »

Ces déclarations suggèrent que des engagements ont été pris par le gouvernement Obama avec le soutien bipartite des Républicain et qui sont dissimulés à la population américaine. L’ensemble de la campagne électorale est menée sans qu’un débat sérieux n’ait lieu sur la probabilité d’une guerre contre l’Iran et ses implications pour les Etats-Unis, l’Iran et le monde.

Il y a une conspiration du silence, maintenue par les deux partis politiques et les médias, malgré une opposition populaire d’ensemble contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient, pour entraîner la population américaine précisément dans une telle catastrophe.

Entre-temps, les Etats-Unis, Israël et les pays alliés sont en train d’exécuter des manoeuvres dans le Golfe persique dans le cadre de préparatifs pour une frappe militaire. Jeudi 27 septembre, les forces navales de 25 pays ont achevé un simulacre de bataille dans ce qui était la plus grande manoeuvre militaire ayant eu lieu dans le Golfe. Faisaient partie de l’armada, aux côtés des Etats-Unis entre autres la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis.

Ce mois-ci, les Etats-Unis et Israël réaliseront des jeux de guerre impliquant des attaques simulées contre l’Iran et la Syrie. Selon le journal israélien Maariv, ces manœuvres ont été baptisées « répétition générale. »

Selon divers articles de presse, un assaut lancé par les Etats-Unis sera tout sauf étroitement ciblé et bref. Les journaux israéliens parus en août avaient rapporté que le conseiller américain à la Sécurité nationale, Thomas Donilon, avait informé Israël de projets américains débutant avec le lancement initial de centaines de missiles de croisière pour démolir les « défenses aériennes, les bases de renseignement et les postes radar de l’Iran. » Ceci serait suivi par une vague de bombardiers B-52 qui largueraient des « bombes à charge pénétrante [bunker-buster bombs] sur toutes les facilités nucléaires iraniennes. »

Un groupe de réflexion influent de l’armée et du renseignement de Washington, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a publié le mois dernier une longue analyse sur l’ampleur éventuelle de l’attaque américaine contre l’Iran. Le rapport a énuméré huit bases de missiles et douze installations industrielles et de recherche qui seraient bombardées, en plus des cinq principaux sites nucléaires de l’Iran.

Il y a un réel danger que les Etats-Unis ou Israël ne recourent à des armes nucléaires. Un article de presse a indiqué qu’Israël avait renforcé sa force sous-marine qui serait équipée d’armes nucléaires.

Dimanche, un certain nombre de signataires d’une récente étude sur les implications d’une attaque américaine contre l’Iran, diffusée par l’Iran Project, a publié une rubrique dans le Washington Post et réclamé un débat public avant toute action militaire. Les auteurs de la rubrique comprenaient l’ancien dirigeant de l’US Central Command, l’amiral à la retraite, William Fallon, l’ancien sénateur républicain Chuck Hagel, l’ancien membre du congrès Lee Hamilton et un autre ancien commandant du Commandement central, le général de marine à la retraite, Anthony Zinni.

La rubrique a averti de ce qu’une attaque des Etats-Unis contre les installations nucléaires iraniennes pourrait rapidement dégénérer en un déploiement de troupes américaines au sol et déclencher une guerre régionale « impliquant la Syrie, le Hezbollah, les Palestiniens et d’autres Etats arabes et groupes terroristes. »

Une fois de plus, après l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, la population américaine est précipitée dans une guerre criminelle sur la base de faux prétextes et de mensonges – cette fois-ci contre un pays dont la population est plusieurs fois supérieure à celles des cibles précédentes. Et ce, dans des conditions où les tensions – d’ordre social, national, religieux et sectaire – sont plus explosives encore dans tout le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Comme dans le cas des guerres précédentes du vingt et unième siècle, les véritables objectifs de la guerre sont cachés. L’Iran est ciblée non pas en raison de son programme nucléaire mais en raison de ses vastes ressources pétrolières et parce qu’elle est présumée être le plus grand obstacle régional à l’hégémonie américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale. Les Etats-Unis sont déterminés à monopoliser le contrôle des ressources pétrolières mondiales dans le but de compenser leur déclin économique dans le monde et d’affaiblir la position de leurs principaux rivaux, en premier lieu la Chine.

La population américaine a le droit de connaître quels sont les projets de conquête et de meurtre de masse qui sont en train d’être tramés dans son dos ! Elle devrait exiger des comptes au gouvernement et aux deux candidats présidentiels des partis du grand patronat.

L’unique force sociale capable de stopper les fauteurs de guerre et de les désarmer est la classe ouvrière. La lutte contre la guerre requiert la construction d’un mouvement de masse socialiste et internationaliste pour mettre un terme au système capitaliste qui engendre la guerre et la répression.

 

Article original, WSWS, paru le 1er octobre 2012

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Les États-Unis investissent un milliard de dollars annuellement dans des opérations « humanitaires » en Amérique Latine et les Caraïbes par le biais de leur Agence pour le Développement International (USAID), a révélé Mark Feierstein, administrateur de l’organisme d’état nord-américain accusé d’être une façade de l’intelligentsia nord-américaine. Feierstein, un fonctionnaire fédéral avec un passé lié à des activités d’ingérence a dit à Miami que Haïti -où l’USAID a réalisé des activités controversées – que la Colombie, le Mexique, l’Amérique Centrale et le Pérou sont dans “la liste des priorités” de cet organisme.

 

Dans un moment de joie excessif pour fêter les “succès” de cette filliale du département d’Etats, Feierstein a ouvertement déclaré que “cinq millions” seront dédiés à la “démocratie” au Venezuela cette année. Pourtant, l’USAID s’est retirée du pays par peur de la Loi de Défense de la Souveraineté Politique et l’Autodétermination Nationale. Cette loi interdit depuis fin 2010 le financement externe des partis politiques. Un “secteur très important pour cette agence est celui qui est en relation avec la démocratie et pour cela des programmes sont mis au point pour fortifier les institutions dans la plupart des pays de la région”, a t-il justifié sans référence à la violation de la loi. Pour le cas du Venezuela, cinq millions de dollars seront destinés à l’assistance technique pour “promouvoir et protéger la démocratie et les droits humains“, a insisté Feierstein.

“Stratège” de candidat assassin

En 2002, ce chef régional de l’USAID, spécialiste de l’ingérence, servit de stratège dans la campagne électorale de l’ex-président bolivien Gonzalo “Goni” Sánchez de Lozada et son Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR). “Goni” est celui qui a ordonné le massacre durant la fameuse “Guerre du gaz” en octobre 2003. Bilan : 67 morts et 400 blessés, majoritairement des civils. Fugitif de la justice bolivienne, il se trouve maintenant aux États-Unis.

Les idéaux de Feierstein sont tellement humanitaires qu’il fut successivement nommé dans les années 90 comme “Responsable de Projet” au Nicaragua, dans l’opération réalisée pour la National Endowment for Democracy(NED), filiale de l’USAID ; directeur pour l’Amérique Latine et les Caraïbes de l’Institut Démocratique National, autre instrument d’ingérence impérial subventionné par l’USAID ; et Conseiller Spécial de l’Ambassadeur des USA dans l’Organisation des États Américains (OEA).

Le jour-même de la conférence de presse du fonctionnaire nord-américain, le président bolivien Evo Morales a dénoncé que les États-Unis, par le biais de l’USAID, espionne “la Bolivie et d’autres pays latino-américains”. “Je suis convaincu que certaines ONG, plus particulièrement celle financées par l’USAID, sont la cinquième instance de l’espionnage, non seulement en Bolivie, mais dans toute l’Amérique latine”, a accusé Evo Morales durant une conférence de presse dans la ville de Oruro.

Au Mexique, l’impact potentiel pour les Etats-Unis

En ce qui concerne la Colombie et le Mexique, Feierstein admet que son organisation “fournit de l’assistance pour les thèmes de sécurité”, sans être explicite. “Au Mexique, poursuit-il, la bataille se livre contre le trafic de drogue”, tandis que la Colombie cherche “à consolider ses progrès en terme de sécurité”. “Ces sujets sont devenus maintenant des priorités pour l’USAID”, a confessé Feierstein. Au Mexique, l’organisme étasunien multiplie les opérations “parce que l’impact potentiel peut être important pour les Etats-Unis quand il y a de l’instabilité dû à la violence criminelle”. Il n’a pas mentionné l’omniprésence dans le pays aztèque, confirmée par ces mêmes organismes de sécurité, du FBI, de la DEA et… de la CIA. L’USAID alloue environ 180 millions de dollars à la Colombie et entre 50 à 60 millions de dollars au Pérou, Mexique, Honduras et Guatemala, selon le fonctionnaire. “Nous sommes très satisfaits” du progrès obtenu a Haïti, dit-il en affirmant que “dans le domaine de la production agricole, où l’USAID a travaillé avec les agriculteurs” (sic) l’USAID “a pu doubler, ou même tripler, la production durant les deux dernières années“. Il afficha beaucoup d’enthousiasme pour un parc industriel qui sera inauguré dans le nord d’Haïti avec des entreprises étasuniennes. Cependant, il évita de rappeler que l’USAID, avant et après le tremblement de terre, a organisé, orienté et financé plusieurs des organisations politiques haïtiennes du pays, en coordination avec le Département d’État et parallèlement à la présence de 10 000 hommes du Comando Sur.

L’USAID a également joué un rôle-clé dans le renversement du Président Jean-Bertrand Aristide, en 2004.

A Cuba, où l’USAID dépense ses millions en opérations de déstabilisation qu’elle confie à des entrepreneurs, ces fonds sont distribués par Mark Lopes, sous administrateur adjoint, qui fut “représentant personnel” du Sénateur cubano-américain Bob Menendez, digne représentant de la mafia cubano-américaine au Capitole de Washington, complice de chaque “initiative” législative hostile à Cuba et au Venezuela. Ces dernières années, on a signalé pour Amérique latine la présence de l’USAID en Bolivie, au Brésil, en Colombie, à Cuba, en Equateur, El Salvador, au Guatemala, a Haïti, au Honduras, au Mexique, au Nicaragua, à Panama, au Pérou, en République Dominicaine et au Venezuela. En de multiples occasions, il a été prouvé que l’USAID, en plus de fournir une couverture à des officiels de la CIA, a recruté, préparé et financé des éléments qui ultérieurement se sont présentés comme des agents au service des intérêts nord-américains

 Jean-Guy Allard

Traduit de l’espagnol par Henri Azar pour Investig’Action

Le 10 mars 2012

L’art de la guerre: La ligne noire de Netanyahu

octobre 2nd, 2012 by Manlio Dinucci

 

Nous savons maintenant comment sera la bombe nucléaire iranienne : une boule avec la mèche allumée, comme celle des bandes dessinées pour enfants. Le premier ministre israélien  l’a montrée avec un dessin, à l’Assemblée générale de l’Onu et, comme un maître d’école maternelle, il a sorti un feutre et il a tracé sur la bombe une belle ligne rouge. Ici, a-t-il expliqué, doit être arrêté « le plus dangereux régime terroriste du monde », l’iranien, « avant qu’il ne porte à terme l’enrichissement nucléaire nécessaire pour fabriquer une bombe ». Un tout autre cadre aurait dû être présenté à l’ONU : celui du puissant arsenal nucléaire israélien, entouré de la ligne noire du secret et de l’omertà. Selon Jane’s Defense Weekly, Israël –la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient- possède de 100 à 300 têtes nucléaires, prêtes au lancement sur des missiles balistiques qui, avec le Jericho 3, atteignent une portée de 8-9mille km. L’Allemagne a fourni à Israël (sous forme de don ou à prix réduits) quatre sous-marins Dolphin modifiés : dans chacun d’eux, aux six tubes de lancement de missiles de croisière à courte portée en ont été ajoutés quatre pour les Popeye Turbo, des missiles nucléaires de 1.500 km de portée. Les sous-marins israéliens made in Germany, silencieux et pouvant rester en immersion pendant une semaine, croisent en Méditerranée orientale, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique, prêts 24 heures sur 24 à l’attaque nucléaire. Les Etats-Unis, qui ont déjà fourni à Israël plus de 350 chasseurs-bombardiers F-16 et F-15, se sont engagés à leur fournir au moins 75 chasseurs F-35, eux aussi à double capacité nucléaire et conventionnelle. Le Pentagone, qui garde secrets les codes d’accès au software du F-35 même avec les pays (comme l’Italie) qui participent à sa construction, les fournira par contre à Israël pour qu’il puisse intégrer le F-35 dans ses propres systèmes de guerre électronique. Il donnera en outre la priorité à l’entraînement des pilotes israéliens, en les préparant à l’attaque nucléaire avec ces chasseurs de cinquième génération.

Popeye Turbo

 

Israël, qui à la différence de l’Iran refuse le Traité de non-prolifération,  n’admet pas qu’il possède un arsenal nucléaire (dont l’existence est reconnue par l’Agence internationale pour l’énergie atomique), mais laisse entendre de façon menaçante qu’il l’a et qu’il peut s’en servir. Il refuse ainsi de participer à la Conférence pour la création au Moyen-Orient d’une zone sans armes nucléaires, ordonnée par l’Onu, à laquelle l’Iran a par contre adhéré. Pendant ce temps Israël, qui selon le Sipri a produit jusqu’en 2011 690-950 kgs de plutonium, continue à en produire en quantité suffisante pour fabriquer chaque année 10-15 bombes de la puissance de celle de Nagasaki. Il produit certainement aussi du tritium, un gaz radioactif avec lequel il fabrique des armes nucléaires de nouvelle génération. Parmi lesquelles des mini-nukes, à utiliser dans un théâtre guerrier réduit, et des armes neutroniques, qui provoquent une contamination radioactive mineure, mais une létalité plus élevée à cause de leur forte émission de neutrons rapides : les plus adaptées contre des objectifs peu distants d’Israël.

Les états arabes de l’Aiea, qui avaient préparé une résolution sur « Les capacités nucléaires israéliennes », en ont, sous la pression des Usa, renvoyé la présentation en 2013.

Tandis que la mèche de la bombe, pas l’iranienne de la bande dessinée mais la vraie d’Israël, peut être allumée à tout moment.

 

Edition de mardi 2 octobre 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20121002/manip2pg/14/manip2pz/329508/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Québec: L’industrie minière propose une Table de discussion

octobre 1st, 2012 by Québec meilleure mine

Québec, lundi 1er octobre 2012. « Le statu quo a assez duré. Après deux projets de loi avortés, deux commissions parlementaires et deux rapports du Vérificateur général en moins de trois ans, c’est le temps d’agir et de poser des gestes concrets ! », voilà comment réagit la coalition Québec meilleure mine ! suite à l’intention annoncée de l’industrie minière de mettre sur pied une table de discussionsans d’abord s’engager à appuyer des changements concrets aux lois actuelles.

« En proposant une table de discussion, on a surtout l’impression que l’industrie cherche à faire durer le statu quo et à retarder encore une fois toute forme de changements dans les lois actuelles, comme la vieille Loi sur les mines qui a déjà fait l’objet de deux projets de loi. L’industrie a-t-elle des changements concrets à proposer pour resserrer les lois actuelles ou souhaite-t-elle encore et avant tout gagner du temps pour faire durer le statu quo ? Le public doit savoir où se loge l’industrie sur cette question. Après cela, on verra s’il est toujours pertinent de parler d’une table de discussion », affirme Ugo Lapointe de Québec meilleure mine !
La coalition Québec meilleure mine ! se questionne aussi sur le fait que l’industrie minière fasse la proposition d’une table de discussion à la suite de la divulgation du Bilan sur l’avenir minierde l’Institut du nouveau monde (INM), le 24 septembre dernier. «Comment comprendre le silence complet de l’industrie minière face aux nombreux constats que fait le bilan de l’INM en faveur de changements majeurs dans le secteur minier ? L’industrie cherche-t-elle à cacher ces constats, qui sont pourtant très clairs et qui confirment tout le travail et les revendications que nous menons depuis maintenant cinq ans ? », demande Me Nicole Kirouac, avocate et personne-ressource auprès du Comité vigilance de Malartic.
Le récent bilan de l’INM, auquel l’industrie affirme portant souscrire, confirme la nécessité de revoir « les pouvoirs indus » accordés à l’industrie minière par la Loi sur les mines. Il confirme également la nécessité d’assurer un plus grand contrôle environnemental des projets sur le territoire, ainsi que de la nécessité de placer « l’acceptabilité sociale » au-devant du free mining. Le bilan prône également beaucoup plus de transparence dans les redevances payées par chaque mine, ainsi que la mise sur pied d’un fonds souverain pour les générations futures. « Nous demandons à l’industrie de se prononcer clairement sur ces enjeux et de s’engager à soutenir des changements concrets dans les lois actuelles plutôt qu’à faire durer le statu quo plus longtemps », conclut Christian Simard de Nature Québec.
Voir les faits saillants et notre réaction au bilan l’INM ici.
Voir nos récentes demandes émises au gouvernement du Québec ici.
Voir les engagements pris par chacun des partis politiques lors des dernières élections ici.
Pour information et coordonnées des personnes citées dans ce communiqué :
- Ugo Lapointe, porte-parole Québec meilleure mine, 514-708-0134
- Me Nicole Kirouac, avocate auprès du Comité vigilance de Malartic, 819-354-1911
- Christian Simard, directeur général de Nature Québec, 418-928-1150
La coalition Pour que le Québec ait meilleure mine ! a vu le jour au printemps 2008 et est aujourd’hui constituée d’une trentaine d’organismes représentant collectivement plus de 250 000 membres partout au Québec. La coalition s’est donnée pour mission de revoir la façon dont on encadre et développe le secteur minier au Québec, dans le but de promouvoir de meilleures pratiques aux plans social, environnemental et économique. Site : www.quebecmeilleuremine.org.
Les membres actuels de la coalition : Action boréale Abitibi-Témiscamingue (ABAT) _ Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) _ Association de protection de l’environnement des Hautes-Laurentides (APEHL) _ Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) _ Centrale des syndicats du Québec (CSQ) _ Coalition de l’ouest du Québec contre l’exploitation de l’uranium (COQEU) _ Coalition Stop Uranium de Baie-des-Chaleurs _ Comité de vigilance de Malartic _ Écojustice _ Éco-vigilance Baie-des-Chaleurs _ Environnement Vert Plus Baie-des-Chaleurs _ Fondation Rivières _ Forum de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM _ Groupe de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement _ Groupe solidarité justice _ Les AmiEs de la Terre du Québec _ Justice transnationale extractive (JUSTE) _ MiningWatch Canada _ Minganie sans uranium _ Mouvement Vert Mauricie _ Nature Québec _ Professionnels de la santé pour la survie mondiale _ Regroupement citoyen pour la sauvegarde de la grande baie de Sep-Îles _ Regroupement pour la surveillance du nucléaire _ Réseau œcuménique justice et paix (ROJeP) _ Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) _ Sept-Îles sans uranium_ Société pour la nature et les parcs (SNAP-Québec) _ Société pour vaincre la pollution (SVP) _ Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ). Tous nouveaux membres bienvenus.
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« A l’époque, personne ne se battait pour éditer ce genre de livres. » Quel éditeur aurait bien voulu mettre sur papier les mots et les images poignantes du génocide des camps de Sabra et Chatila ? Voilà comment Jacques-Marie Bourget débute sa prise de parole à la Librairie Résistances, à Paris. Samedi 22 septembre, avec Marc Simon, il présente l’ouvrage Sabra & Chatila, au cœur du massacre. Depuis 1982, une année de malheur pour les Palestiniens, beaucoup de sang et très peu d’encre ont coulé sous les ponts. L’indifférence a enterré les massacres des réfugiés palestiniens des camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth, au cœur du cimetière des génocides oubliés. Sous le blason de la maison d’édition Encre d’Orient, les journalistes viennent en parler. Ils viennent raconter l’histoire d’une tuerie que les états, que les médias ont choisi de taire. Pas assez de morts ? Pas assez d’intérêt ? Trente ans après, ils ressortent les clichés des tiroirs et mettent leur mémoire à contribution, parfois sans même reprendre d’anciennes notes. Tant le souvenir est marquant et choquant. Afin de mettre la vérité devant nos yeux.

« Durant très longtemps, lorsque l’on vit une chose comme celle-ci, on l’étouffe.»

Jacques-Marie Bourget

En 1982, Jacques-Marie Bourget a déjà couvert des conflits comme la Guerre du Vietnam, la Guerre des Six Jours et reste très imbibé d’une culture politico-judiciaire, propre aux faits divers. Ce qu’il découvre dans les camps de Sabra et Chatila lui ouvre les portes d’un autre monde. « Durant très longtemps, lorsque l’on vit une chose comme celle-ci, on l’étouffe. C’est impossible à exprimer, à synthétiser. On se dit tout simplement que cela n’est pas vrai. » Et pourtant ! Au sortir de cette période, seulement quelques-uns s’intéresseront au génocide au point d’en faire des ouvrages et reportages. Très peu face à un vide immense, un vide total bien que les Nations Unies aient reconnu cet évènement sanglant comme génocide en décembre 1982. Et Jacques-Marie se questionne justement sur ce que les Palestiniens, victimes de l’histoire et des hommes, peuvent bien en penser. « Un Palestinien m’avait dit que Sabra et Chatila étaient comme tous ces autres massacres que les Palestiniens avaient connus. » Comme une habitude malheureusement… « Vous savez, si ce livre a mis du temps à être publié c’est aussi parce qu’en 2000, les Israéliens ont eu la brillante idée de me tirer une balle dans le poumon. Alors non, je ne voulais pas que cet ouvrage apparaisse comme une vengeance de ma part, une vendetta. » 30 ans après, Jacques-Marie voit ce génocide comme ayant eu lieu tout juste hier.

« C’était comme une enquête. J’avais récupéré des preuves en les photographiant. »

Marc Simon

Dans les années 70, alors étudiant à Toulouse, Marc Simon est déjà très intéressé par la question palestinienne. Il débute par du freelance à Beyrouth où il arrive en août 1976. Une année qui voit le massacre de Tall al-Za’tar. Il fait de nombreux voyages entre le Liban et la France en tant que photographe chez VSD. « De très près, j’ai vécu le départ des fedayins d’Arafat en 1982 mais aussi l’invasion de Beyrouth Ouest par Israël. Et surtout le génocide de Sabra et Chatila. Mais lorsque l’on travaille dans la photographie, très souvent on couvre un événement puis on passe à autre chose. On tourne la page. Durant toutes ces années, ça a été le cas pour les massacres des camps palestiniens. » De plus, en 1982, l’actualité est marquée par un autre fait, le décès de Grace Kelly. Cette information fait la une des journaux tandis que la mort de milliers de Palestiniens n’est pas mise en avant. Ses clichés ? Il les a gardés là, au fond d’un tiroir. Par manque de temps, il ne les archive pas. Alors lorsque Jacques-Marie lui demande de se replonger dans ses souvenirs, il reprend ces instants figés. « C’était comme une enquête. J’avais récupéré des preuves en les photographiant. »

« Il suffisait qu’un homme ait trois poils au menton, un turban et des babouches pour qu’on le dise terroriste »

Les Palestiniens questionnent…

En 1982, Israël sait. Israël prend part aux événements. Jean Genet qui s’est aussi intéressé à ce génocide apportera les preuves de la fuite des forces internationales dans la Baie de Beyrouth. Il dira que les tanks de Tsahal bloquaient tous les accès aux camps, pour mieux créer une boucherie à ciel ouvert. Et surtout Jean Genet montrera des commandos assassins revenant à plusieurs reprises, comme pour reprendre un travail qui ne serait pas terminé… Aujourd’hui, des documents détenus par un professeur de l’université de Columbia prouve qu’Israël a fait pression sur les Américains et Ronald Reagan. Ariel Sharon, Ministre de la Défense, appuyait le fait que si les Etats-Unis ne décidaient pas de déloger les prétendus 2 000 terroristes encore présents dans les camps, alors Tsahal s’en occuperait. Il insistait aussi sur le fait que les Phalangistes Chrétiens pouvaient très bien aussi s’en mêler. « Il suffisait qu’un homme ait trois poils au menton, un turban et des babouches pour qu’on le dise terroriste », dit Jacques-Marie. Ainsi est l’argumentaire d’Ariel Sharon, voyant des terroristes partout ! Les deux journalistes, avec leurs stylos, leurs carnets, un taxi, un interprète, sentent cette pression israélienne, cette ambiance qui sent la mort. Depuis les quartiers chrétiens, des flèches indiquent les camps de Sabra et Chatila. Comme pour aider les Phalangistes à exécuter cette entreprise sanguinaire.

Pour accéder aux camps palestiniens, le parcours est fléché…

La sécurité des réfugiés est assurée grâce à des accords…

Tous deux ont la particularité d’avoir tout vécu de l’intérieur. D’avoir lu sur les visages des corps jonchant les rues, la barbarie des Phalangistes Chrétiens, des Israéliens et de l’indifférence internationale. Dans un contexte où, quelques semaines plus tôt, Menham Begin avait lancé l’intervention militaire « Paix en Galilée » causant morts, blessés, marqués à vie, handicapés… Lorsqu’un cessez-le-feu est trouvé, Israël a un souhait, que les fedayins palestiniens, l’OLP et Yasser Arafat quittent Beyrouth. La sécurité des réfugiés est assurée grâce à des accords… Mais qui peut vraiment confirmer que les Palestiniens ne craignent rien, surtout lorsque les puissances internationales américaine, italienne et française sur place décident de partir ?

Un corps parmi tant d’autres…

« On peut s’en vouloir mais au début on n’avait vu que ce qu’il y avait dans notre champ de vision. Puis on est tombé dans l’horreur. »

« Nous étions présents vendredi 17 septembre après avoir passé la nuit dans une famille d’un autre quartier. Cette nuit-là, nous avions vu des fusées éclairantes au loin, du côté de Sabra et de Chatila. Le lendemain, en nous rendant dans les camps, on ne voyait pas de massacre de masse. Mais nous avions un pressentiment. Un très mauvais pressentiment. Nous voulions dormir sur place dans la nuit du vendredi au samedi et Marc me disait que si nous ne voulions pas mourir, il ne fallait par rester là. » Samedi 18 septembre, après une nuit à l’hôtel, ils retournent aux camps au petit matin. Là, ils croisent des hommes et des femmes fuyant sans parler, sans dire ce qu’ils avaient vu et ce que d’autres avaient subi. Jacques-Marie se souvient. « Ils s’en allaient terrorisés, hébétés, sans s’exprimer. Ils partaient sans véritable témoin, sans journaliste. On peut s’en vouloir mais au début on n’avait vu que ce qu’il y avait dans notre champ de vision. Puis on est tombé dans l’horreur. C’était aberrant parce qu’un engagement avait été pris par l’état d’Israël de ne pas toucher à la population palestinienne de Beyrouth qui se retrouvait sans défense puisque l’OLP avait quitté Beyrouth pour Tunis. Mais en réalité qui aurait pu aller vérifier que cela était vrai ? Qu’ils respecteraient ce qui avait été convenu ? » Personne ! Marc Simon a encore une image en tête, celle d’un garçon accompagnant une personne âgée… « Je n’avais pas mon appareil en main à ce moment-là. Le garçon avait un regard froid. Son visage m’a marqué… »

Ce vieillard et cet enfant que Marc Simon a croisé…

Un bébé a été écrasé à coups de marteau, de parpaing ou de crosse. Un mur avec des impacts montre que l’on a fusillé des hommes. Les corps gonflent avec la chaleur. L’incroyable continue…

Au milieu de ces corps, la barbarie humaine va crescendo. Au fil des pages de leur ouvrage, Jacques-Marie et Marc décrivent tout. Des hommes ont été émasculés. Des traces sur les corps prouvent qu’ils ont été traînés, pieds et mains liés. « En arrivant ici, nous étions préparés à découvrir des cadavres. Le journaliste est le comptable de la mort des autres. » Les bouchers ont assassiné aux couteaux, violé. Ici les seins d’une mère ont été coupés. Les adolescents sont morts par balle. Un bébé a été écrasé à coups de marteau, de parpaing ou de crosse. Un mur avec des impacts montre que l’on a fusillé des hommes. Les corps gonflent avec la chaleur. L’incroyable continue… Une femme enceinte a été éventrée, un petit garçon coupé en deux, un lambeau de chair retenant encore l’autre moitié du corps. Une vieille femme est morte debout, retenue par ses vêtements dans les épines d’un fil barbelé. « Accrochée comme un Christ sans croix. » Puis, se présente deux pyramides de corps d’enfants. On a trié les petites filles des petits garçons. Ils ont ouvert des crânes à coups de hache. Une épuration ethnique a eu lieu… Des torturés. Des dépecés. Des découpés.

Des morts à chaque coin de rue…

Aujourd’hui Jacques-Marie ne jette pas la pierre, Marc non plus. En réalité avec du recul, tout le monde est coupable de n’avoir rien dit, d’avoir filmé des Phalangistes sortant des camps après avoir commis l’irréparable. « Un reporter norvégien avait fait le tour des journalistes sur place afin de récupérer certains rushs. Il en a fait un montage et il y a eu cette image, celle de vingt à trente miliciens sortant par un trou fait dans un des murs. Les coupables. »

Ainsi, ces deux journalistes, ces deux témoins ont raconté à leur manière comment les Palestiniens, aux mains, à la portée des armes des Israéliens et des Phalangistes Chrétiens ont subi l’un des génocides les plus oubliés de l’histoire… Un génocide… Un de plus… Dans le monde… Et surtout pour les Palestiniens. « Une seule phrase, en passant, pour marquer l’injustice. Alors que nul Palestinien n’a prêté la main aux pogroms ou aux camps nazis, pourquoi ce peuple est-il ainsi puni, martyrisé ? A la fin du XIXème siècle, les proches ancêtres de ceux qui sont morts, aujourd’hui à Sabra et Chatila, vivaient chez eux dans une Palestine qui comptait 470 000 habitants. De confession juive, 24 000 d’entre eux étaient dans ce pays du Livre des citoyens comme les autres, et sans histoire. Jusqu’à ce que les Balfour, Rothschild, Churchill et autres banquiers, pétroliers, décident de faire de la Palestine une colonie chargée de veiller aux intérêts de l’Occident. »

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Grèce-Allemagne : qui doit à qui ?

octobre 1st, 2012 by Eric Toussaint

Depuis 2010, dans les pays les plus forts de la zone euro, la plupart des dirigeants politiques, appuyés par les médias dominants, vantent les mérites de leur supposée  générosité à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés de la zone euro qui font la une de l’actualité (Irlande, Portugal, Espagne…). Dans ce contexte, on appelle « plans de sauvetage » des mesures qui enfoncent encore un peu plus l’économie des pays qui les reçoivent et qui contiennent des reculs sociaux inédits au cours des 65 dernières années en Europe. S’y ajoute l’arnaque du plan de réduction de la dette grecque adopté en mars 2012 qui implique une réduction des créances dues par la Grèce aux banques privées de l’ordre de 50% |1| alors que ces créances avaient perdu entre 65 et 75% de leur valeur sur le marché secondaire. La réduction des créances des banques privées est compensée par une augmentation des créances publiques aux mains de la Troïka et débouche sur de nouvelles mesures d’une brutalité et d’une injustice phénoménales. Cet accord de réduction de la dette vise à enchaîner définitivement le peuple grec à une austérité permanente, il constitue une insulte et une menace pour tous les peuples d’Europe et d’ailleurs. Selon les services d’étude du FMI, en 2013, la dette publique grecque représentera 164% du Produit intérieur brut, c’est dire que la réduction annoncée en mars 2012 n’aboutira pas à un allègement réel et durable du fardeau de la dette qui pèse sur le peuple grec. C’est dans ce contexte qu’Alexis Tsipras en visite au Parlement européen le 27 septembre 2012 a souligné la nécessité d’une véritable initiative de réduction de la dette grecque et s’est référé à l’annulation d’une grande partie de la dette allemande dans le cadre de l’accord de Londres de février 1953. Revenons sur cet accord.

L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande

L’allègement radical de la dette de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et sa reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale ont été rendus possibles grâce à la volonté politique de ses créanciers, c’est-à-dire les États-Unis et leurs principaux alliés occidentaux (Grande-Bretagne, France). En octobre 1950, ces trois alliés formulent un projet dans lequel le gouvernement fédéral allemand reconnaît l’existence des dettes des périodes précédant et suivant la guerre. Les alliés y joignent une déclaration signifiant que « les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne » |2|.

La dette réclamée à l’Allemagne concernant l’avant-guerre s’élève à 22,6 milliards de marks si on comptabilise les intérêts. La dette de l’après-guerre est estimée à 16,2 milliards. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953 |3|, ces montants sont ramenés à 7,5 milliards de marks pour la première et à 7 milliards de marks pour la seconde |4|. En pourcentage, cela représente une réduction de 62,6%.

De surcroît, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources |5|.

Pour s’assurer que l’économie de l’Allemagne occidentale est réellement relancée et qu’elle constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique face au bloc de l’Est, les Alliés créanciers font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d’une réduction de dette. On part du principe que l’Allemagne doit être en condition de rembourser tout en maintenant un niveau de croissance élevé et une amélioration des conditions de vie de la population. Rembourser sans s’appauvrir. Pour cela, les créanciers acceptent - Primo, que l’Allemagne rembourse dans sa monnaie nationale, le mark, l’essentiel de la dette qui lui est réclamée. A la marge, elle rembourse en devises fortes (dollars, francs suisses, livres sterling…). - Secundo, alors qu’au début des années 1950, le pays a encore une balance commerciale négative (la valeur des importations dépassant celle des exportations), les puissances créancières acceptent que l’Allemagne réduise ses importations, elle peut produire elle-même des biens qu’elle faisait auparavant venir de l’étranger. En permettant à l’Allemagne de substituer à ses importations des biens de sa propre production, les créanciers acceptent donc de réduire leurs exportations vers ce pays. Or, 41% des importations allemandes venaient de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis pour la période 1950-51. Si on ajoute à ce chiffre la part des importations en provenance des autres pays créanciers participant à la conférence (Belgique, Hollande, Suède et Suisse), le chiffre total s’élève même à 66%. - Tertio, les créanciers autorisent l’Allemagne à vendre ses produits à l’étranger, ils stimulent même ses exportations afin de dégager une balance commerciale positive. Ces différents éléments sont consignés dans la déclaration mentionnée plus haut : « La capacité de paiement de l’Allemagne, de ses débiteurs privés et publics, ne signifie pas uniquement la capacité de réaliser régulièrement les paiements en marks allemands sans conséquences inflationnistes, mais aussi que l’économie du pays puisse couvrir ses dettes en tenant compte de son actuelle balance des paiements. L’établissement de la capacité de paiement de l’Allemagne demande de faire face à certains problèmes qui sont : 1. la future capacité productive de l’Allemagne avec une considération particulière pour la capacité productive de biens exportables et la capacité de substitution d’importations ; 2. la possibilité de la vente des marchandises allemandes à l’étranger ; 3. les conditions de commerce futures probables ; 4. les mesures fiscales et économiques internes qui seraient nécessaires pour assurer un superavit pour les exportations. » |6|

En outre, en cas de litige avec les créanciers, en général, les tribunaux allemands sont compétents. Il est dit explicitement que, dans certains cas, « les tribunaux allemands pourront refuser d’exécuter […] la décision d’un tribunal étranger ou d’une instance arbitrale. » C’est le cas, lorsque « l’exécution de la décision serait contraire à l’ordre public » (p. 12 de l’Accord de Londres).

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande, en tenant compte de l’avancée de la reconstruction du pays et des revenus d’exportation. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5%. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette. Dans la pratique, l’Allemagne ne consacrera jamais plus de 4,2% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette (ce montant est atteint en 1959). De toute façon, dans la mesure où une grande partie des dettes allemandes était remboursée en deutsche marks, la banque centrale allemande pouvait émettre de la monnaie, en d’autres mots monétiser la dette.

Une mesure exceptionnelle est également décidée : on applique une réduction drastique des taux d’intérêts qui oscillent entre 0 et 5%.

Enfin, il faut prendre en compte les dons en dollars des États-Unis à l’Allemagne occidentale : 1,17 milliard de dollars dans le cadre du Plan Marshall entre le 3 avril 1948 au 30 juin 1952 (soit environ 10 milliards de dollars aujourd’hui) auxquels s’ajoutent au moins 200 millions de dollars (environ de 2 milliards de dollars d’aujourd’hui) entre 1954 et 1961 principalement via l’agence internationale de développement des États-Unis (USAID).

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale se redresse économiquement très rapidement et finit par absorber l’Allemagne de l’Est au début des années 1990. Elle est aujourd’hui de loin l’économie la plus forte d’Europe.

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012

Si nous risquons une comparaison entre le traitement auquel la Grèce est soumise et celui qui a été réservé à l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, les différences et l’injustice sont frappantes. En voici une liste non-exhaustive en 11 points : 1.- Proportionnellement, la réduction de dette accordée à la Grèce en mars 2012 est infiniment moindre que celle accordée à l’Allemagne. 2.- Les conditions sociales et économiques qui sont assorties à ce plan (et à ceux qui ont précédé) ne favorisent en rien la relance de l’économie grecque alors qu’elles ont contribué largement à relancer l’économie allemande. 3.- La Grèce se voit imposer des privatisations en faveur des investisseurs étrangers principalement alors que l’Allemagne était encouragée à renforcer son contrôle sur les secteurs économiques stratégiques, avec un secteur public en pleine croissance. 4.- Les dettes bilatérales de la Grèce (vis-à-vis des pays qui ont participé au plan de la Troïka) ne sont pas réduites (seules les dettes à l’égard des banques privées l’ont été) alors que les dettes bilatérales de l’Allemagne (à commencer par celles contractées à l’égard des pays que le Troisième Reich avait agressés, envahis voire annexés) étaient réduites de 60% ou plus. 5. – La Grèce doit rembourser en euros alors qu’elle est en déficit commercial (donc en manque d’euros) avec ses partenaires européens (notamment l’Allemagne et la France), tandis que l’Allemagne remboursait l’essentiel de ses dettes en deutsche marks fortement dévalués. 6. – La banque centrale grecque ne peut pas prêter de l’argent au gouvernement grec alors que la Deutsche Bank prêtait aux autorités allemandes et faisait fonctionner (certes modérément) la planche à billets. 7. – L’Allemagne était autorisée à ne pas consacrer plus de 5% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette alors qu’aucune limite n’est fixée dans le cas actuel de la Grèce. 8. – Les nouveaux titres de la dette grecque qui remplacent les anciens dus aux banques ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, ce sont les juridictions du Luxembourg et du Royaume-Uni qui sont compétentes (et on sait combien elles sont favorables aux créanciers privés) alors que les tribunaux de l’Allemagne (cette ancienne puissance agressive et envahissante) étaient compétents. 9. – En matière de remboursement de la dette extérieure, les tribunaux allemands pouvaient refuser d’exécuter des sentences des tribunaux étrangers ou des tribunaux arbitraux au cas où leur application menaçait l’ordre public. En Grèce, la Troïka refuse bien sûr que des tribunaux puissent invoquer l’ordre public pour suspendre le remboursement de la dette. Or, les énormes protestations sociales et la montée des forces néo-nazies sont directement la conséquence des mesures dictées par la Troïka et par le remboursement de la dette. Malgré les protestations de Bruxelles, du FMI et des « marchés financiers » que cela provoquerait, les autorités grecques pourraient parfaitement invoquer l’état de nécessité et l’ordre public pour suspendre le paiement de la dette et abroger les mesures antisociales imposées par la Troïka. 10.- Dans le cas de l’Allemagne, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources. Rien de tel n’est prévu pour la Grèce. 11.- Dans l’accord sur la dette allemande, il est explicitement prévu que le pays puisse produire sur place ce qu’il importait auparavant afin d’atteindre un superavit commercial et de renforcer ses producteurs locaux. Or la philosophie des accords imposés à la Grèce et les règles de l’Union européenne interdisent aux autorités grecques d’aider, de subventionner et de protéger ses producteurs locaux, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie ou les services, face à leurs concurrents des autres pays de l’UE (qui sont les principaux partenaires commerciaux de la Grèce).

On pourrait ajouter que l’Allemagne, après la seconde guerre mondiale, a reçu des dons dans une proportion considérable, notamment, comme on l’a vu plus haut, dans le cadre du Plan Marshall.

On peut comprendre pourquoi le leader de Syriza, Alexis Tsipras, fait référence à l’accord de Londres de 1953 lorsqu’il s’adresse à l’opinion publique européenne. L’injustice avec laquelle le peuple grec est traité (ainsi que les autres peuples dont les autorités suivent les recommandations de la Troïka) doit éveiller la conscience d’une partie de l’opinion publique. Mais ne nous berçons pas d’illusions, les raisons qui ont poussé les puissances occidentales à traiter l’Allemagne de l’Ouest comme elles l’ont fait après la seconde guerre mondiale ne sont pas de mise dans le cas de la Grèce. Pour voir une véritable solution au drame de la dette et de l’austérité, il faudra encore de puissantes mobilisations sociales en Grèce et dans le reste de l’Union européenne ainsi que l’accession au pouvoir d’un gouvernement du peuple à Athènes. Il faudra un acte unilatéral de désobéissance provenant des autorités d’Athènes (soutenues par le peuple), telles la suspension du remboursement et l’abrogation des mesures antisociales, pour forcer les créanciers à des concessions d’envergure et imposer enfin l’annulation de la dette illégitime. La réalisation à une échelle populaire d’un audit citoyen de la dette grecque doit servir à préparer le terrain.

 

Éric Toussaint

CADTM

Prochainement :Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (2) De la dette du Troisième Reich envers la Grèce à aujourd’hui

Notes

|1| Les créances des banques privées sur la Grèce passent grosso modo de 200 à 100 milliards d’euros. La dette publique totale de la Grèce dépasse 360 milliards d’euros.

|2| Deutsche Auslandsschulden, 1951, p. 7 et suivantes, in Philipp Hersel, « El acuerdo de Londres de 1953 (III) », http://www.lainsigna.org/2003/enero…

|3| Texte intégral en français de l’Accord de Londres du 27 février 1953 : http://www.admin.ch/ch/f/rs/i9/0.94…

|4| 1 US dollar valait à l’époque 4,2 marks. La dette de l’Allemagne occidentale après réduction (soit 14,5 milliards de marks) équivalait donc à 3,45 milliards de dollars.

|5| Les créanciers refusent toujours d’inscrire ce type de clause dans les contrats à l’égard des pays en développement ou des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Europe centrale et orientale…

|6| (Auslandsschulden, 1951, p. 64 et suivantes) in Philip Hersel, El acuerdo de Londres (IV), 8 de enero de 2003, http://www.lainsigna.org/2003/enero…

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

 

 

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François Hollande, au nom de la France, prit la parole lors de la 67ème session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU le jour de son ouverture, le mardi 25 septembre 2012, demandant entre autres choses un mandat international pour une intervention militaire étrangère au Mali, dont le nord du pays est occupé par des rebelles. Il qualifia d’”insupportable, inadmissible, inacceptable” l’occupation du vaste territoire du nord malien “par des groupes terroristes” en annonçant que la France soutiendra toutes les initiatives qui seront prises par les Africains. (1)

Pour rappel, la France de M.Chirac et de M.Sarkozy ne trouvait pas insupportable, inadmissible ni inacceptable l’occupation du nord ivoirien par des rebelles sanguinaires, putschistes ratés, depuis septembre 2002 et cela jusqu’à avril 2011, car ces rebelles soutenaient l’homme adoubé par Paris, l’ancien fonctionnaire du FMI Alassane Dramane Ouattara (ADO), aujourd’hui hissé au pouvoir en Côte d’Ivoire. Et droites et gauches françaises se donnaient la main durant cette période dans une union sacrée assurant cette collusion où J. Chirac et N. Sarkozy assuraient un soutien militaire français aux rebelles pour agresser l’Etat ivoirien. Ici la France soutient des rebelles, là-bas elle fait la guerre pour les combattre. Allez comprendre ! Les rebelles semblent bons s’ils sont en Côte d’Ivoire, en Libye ou en Syrie, à un moment donné et contre l’ennemi désigné des intérêts occidentaux (réel ou supposé). La géométrie variable est bien  visible. La ficelle est grossière.

La France s’immisce à présent de façon aiguë et accélérée au Mali. Le néocolonialisme décomplexé se manifeste une fois de plus. L’ingérence politique et « diplomatique » devient ouvertement militaire. La crise interne, politique et militaire, au Mali veut être résolue militairement par la seule France et ses alliés africains, ses anciennes colonies ouest africaines. Dans un élan désintéressé ?

Les origines d’une crise sans précédents : Touaregs et islamistes contre le Mali, plus affaibli que jamais.

Cette crise au Mali est due aux rébellions, (2) sécessionnistes et/ou fondamentalistes, touarègues ou islamistes, qui réussirent à attaquer, occuper et contrôler le nord du pays avec ses villes principales, Gao, Kidal, Tessalit et la légendaire Tombouctou, depuis janvier 2012. Ceci provoqua un putsch fin mars 2012 pour déposer du pouvoir le général Amadou Toumani Touré, dit « ATT », impuissant et visiblement incompétent, président élu, lors de son  élection contestée fin avril 2007 (comme lors de sa première élection, en mai 2002), et en fin de mandat car une élection présidentielle était prévue pour le 29 avril 2012. Le coup d’Etat fut populaire, et eut un fort soutien politique et citoyen exprimé publiquement. (3) Une description fine, avec une tentative d’analyse pertinente, ultérieure, devrait aborder le richissime sujet d’actions et réactions au Mali face au ‘pronunciamiento’ militaire, des partis, mouvements politiques, syndicats, associations, communautés, musulmans non-intégristes, soutiens et opposants des jeunes officiers révoltés, et des consensus et clivages.

Faut rappeler que la déstabilisation du Sahel, de toute la bande sahélo saharienne, donc du nord du Mali à présent occupé par des rebelles, est l’une des conséquences directes de la guerre de l’OTAN contre la Libye, dont la France de N. Sarkozy fut l’initiatrice. Ce conflit provoqua la prolifération et le renforcement de bandes armées djihadistes et, à la chute du régime libyen et après l’exécution de Mouammar Kadhafi, la débandade de l’armée libyenne et la dissémination accélérée d’armes de tout genre et d’hommes armés dans le Sahel. Parmi les Touaregs rebelles et les islamistes au Mali il y a des vétérans de la guerre en Libye de 2011.

Après les offensives rebelles de janvier 2012 et la chute de tout le nord du pays suite au retrait de l’armée malienne au mois d’avril dernier, à présent les mouvances islamistes chercheraient, avec les crimes commis au nom de la charia et une lente poussé vers le sud-ouest, l’affrontement afin de galvaniser et d’unifier les groupes djihadistes probablement pour internationaliser le conflit dans le but d’« afghaniser » la région. Le MLNA touareg  ayant été à l’heure actuelle largement submergé par les groupes islamistes. L’arroseur arrosé ? Qui tire les ficelles occultes de ces mouvances ? L’offensive du MLNA permettait à ses parrains un scénario d’eaux troubles où l’ingérence politique et militaire étrangère était autant cause que conséquence. Certains avancent les thèses bien plausibles, et démontrables, de l’implication française -sarkozyste- ainsi que des burkinabés (Blaise Comparé ayant facilité son pays comme base arrière) avec le MNLA, qui a pignon sur rue à Paris avec un siège qui agit ouvertement sans entrave. D’autres spéculent  sur l’implication et accointances du Qatar -voire de quelques services algériens- avec des islamistes. Le « médiateur » Compaoré veut inclure le Qatar dans la table des négociations ! Les pompiers pyromanes n’ont pas des scrupules. Les hommes de paille et agents doubles semblent être partout. Et l’intoxication, la désinformation, reste une efficace arme de guerre. (4)

Une junte militaire prit le pouvoir le 22 mars 2012 à Bamako. Des jeunes militaires ayant formé un « Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat » (CNRDRE) avec le capitaine Amadou Haya Sanogo (formé aux Etats-Unis entre 2004 et 2010) à sa tête. Sous pression de la France, par l’entremise de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) représentée par le burkinabé Blaise Compaoré, le CNRDRE céda le pouvoir le 12 avril 2012 à Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale qui nomma le 17 avril Cheick Modibo Diarra au poste de premier ministre intérimaire. Tout cela eut lieu après que l’Etat malien soit frappé d’un embargo total et que des sanctions politiques et économiques lourdes soient décidées par la CEDEAO, la France, l’Union Africaine  et l’Union Européenne. Des élections présidentielles auraient dû avoir lieu pour que M. Traoré, président intérimaire, transfère le pouvoir à un président élu lors d’un scrutin régulier après la période de transition allant de trois semaines à quarante jours tel que le prévoyait la constitution malienne. (5) Mais le mandat intérimaire de quarante jours de D. Traoré fut prolongé pour une période d’un an de plus par. Ouagadougou et entériné par la CEDEAO.

Rappelons qu’« ATT » fut déposé par les jeunes officiers d’une armée malienne qui lui reprochait son incompétence, son incurie et le manque des moyens pour lutter contre les rebelles touaregs et islamistes au nord du pays. Suite au coup d’Etat, l’embargo organisé par le couple France-CEDEAO empêcha l’armée malienne d’avoir des nouvelles armes, matériel militaire et munitions importées, pour lutter contre les rebelles  sécessionnistes. Et la conquête rebelle de territoires du nord put ainsi s’élargir et se consolider au mois d’avril dernier. La junte céda le pouvoir rapidement mais l’embargo continue encore aujourd’hui. A Bamako les Maliens ont déjà vivement manifesté leur mécontentement et impatience, comme le 21 mai dernier lorsque ils manifestèrent contre Dioncounda Traoré. Ce dernier fut alors blessé. (6)

Le rôle néfaste de la CEDEAO, efficace instrument français.

La CEDEAO, avec la France, organise activement l’impuissance de l’armée malienne pour mieux justifier l’envoi d’un corps expéditionnaire formé surtout d’un noyau ivoiro-burkinabé. Dans le port de Conakry, en Guinée, le matériel militaire destiné à l’armée malienne reste bloqué encore aujourd’hui et cela depuis des mois. (7)

L’ingérence française dans le conflit interne malien se concrétise avec le « consentement » de la victime, à savoir le propre Mali, car le président intérimaire malien a demandé le lundi 24 septembre au secrétaire général de l’ONU une intervention militaire étrangère. Étonnamment c’est le ministre français L. Fabius qui annonce cela à New York, à savoir que M. Traoré a demandé à Ban Ki-moon, une résolution du Conseil de sécurité autorisant “l’intervention d’une force militaire internationale afin d’aider l’armée malienne à reconquérir les régions du Nord occupées”‘ en rajoutant que le “Mali souhaite la présence immédiate de cette force». (8) Mais ce n’est peut-être pas exactement si consenti que ça. Faut se demander si ce « consentement »  est totalement libre et complètement éclairé. Pour preuve, le journal Le Monde dit dans son article sur le sujet daté du mardi 25 septembre « Dimanche [24 septembre], le Mali a finalement cédé à la pression de la Cédéao qui, depuis des mois, soutient le principe d’une intervention militaire au nord du Mali . ». (9)

Faut se demander aussi si ceux qui ont demandé cette intervention sont légitimes et mandatés pour cela. Au Mali, Cheick Modibo Diarra (ayant une double nationalité, malienne et états-unienne) est le premier ministre d’un régime non issu des urnes. Et Dioncounda Traoré est un président intérimaire imposé aux Maliens par Ouagadougou. Il fut imposé par une France interventionniste ayant mandaté pour cela le peu démocrate militaire burkinabé Blaise Compaoré, ancien putschiste, au pouvoir dans son pays depuis vingt-cinq ans.

Dans le meilleur des cas D. Traoré et C. M. Diarra sont, soit des mannequins ventriloques forcés, portant la parole de Paris, soit victimes d’une naïveté sidérante.  Dans le pire de cas ils sont complices et activement partisans profrançais, Françafricains, bradant la souveraineté malienne, si petite soit-elle, manquant ainsi à leur devoir de défense de la souveraineté de l’Etat et du peuple maliens. C’est une affaire dans l’affaire. Un coup de force, un coup d’Etat en douce, à retardement, opéré, gagné pour l’instant sur le tapis vert d’une table lointaine, entre Ouagadougou, Paris et New York.

Ce n’est pas un jeu de pions ? Ce n’est pas un jeu de dupes ? Il est notoire que Paris -le président F. Hollande et le ministre des affaires étrangères L. Fabius-  a pressé Bamako -Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra- pour qu’il demande ouvertement une intervention militaire étrangère sur le sol malien. Et Paris se presse pour dire que ce n’est pas l’armée française qu’y interviendra mais un corps expéditionnaire africain de la CEDEAO. La France assurant bien sûr les moyens financiers, le renseignement, les armes et la logistique.

Comme l’OEA -Organisation des Etats Américains- qui fut des décennies durant le masque interventionniste des Etats-Unis en Amérique Latine, la CEDEAO est l’un de pseudonymes  de la France en Afrique. Elle est l’instrument de blanchiment et de légitimation, des décisions politiques, économiques et militaires françaises destinées à l’ensemble de la région, de l’Afrique de l’Ouest, et à l’égard de chaque pays qu’y se trouve, exception faite du Ghana et du Nigeria, de la sphère anglophone où les Britanniques « ont la main ». C’est une chambre d’enregistrement des desseins et impératifs de la métropole néocoloniale française concernant ses anciennes colonies ouest africaines. La banque centrale de l’union monétaire de la CEDEAO, l’UEMOA, à savoir la BCEAO, est contrôlée par. la Banque de France ! Et la monnaie, le franc CFA, signifiait franc des  « Colonies françaises d’Afrique », terme devenu « Communauté financière africaine », plus politiquement correct.

Le cas « édifiant » de la Côte d’Ivoire et sa guerre de neuf ans. Chirac et Sarkozy réinventent « la coloniale »

Dans l’incroyable guerre -souterraine puis ouverte- déclarée contre la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo par la France depuis le 18 septembre 2002, lors d’une tentative ratée de putsch suivie de l’occupation du nord ivoirien par des rebelles partisans de A. Ouattara, choyés et sanctuarisés par l’armée française, la CEDEAO joua dès le début le rôle de relais de la France pour tenter de mettre à bas le président élu, L. Gbagbo, et in fine asseoir sur le fauteuil présidentiel A. Ouattara, l’homme du FMI. Ils réussirent cela seulement neuf longues années après, moyennant d’énormes souffrances du peuple ivoirien et suite à quatre mois et demi de guerre intense, décembre 2010-avril 2011, avec à la fin de cette période encore plus des souffrances, massacres généralisés, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les forces rebelles déferlant vers le sud du pays qui était resté sous contrôle de l’Etat ivoirien. Le président Gbagbo se faisant arrêter par des soldats français dans la résidence présidentielle d’Abidjan le 11 avril 2011. Séquestré puis emprisonné illégalement pendant des longs mois dans le nord de son propre pays par ADO, L. Gbagbo est aujourd’hui consigné, en prison, à la Cour Pénale Internationale à La Haye où son statut de prisonnier politique devrait lui  être reconnu un jour.

Pour couvrir ses agissements contre la Côte d’Ivoire de L. Gbagbo depuis le 18 septembre 2002, la France mobilisa la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne et l’ONU. Elle fit signer de force les plus hauts responsables de l’Etat ivoirien à Paris des pseudos accords politiques en janvier 2003 (Linas Marcoussis / Kléber) où la rébellion pro Ouattara pas seulement était blanchie mais même récompensée. J. Chirac et Dominique de Villepin nommaient les ministres ivoiriens à l’Elysée et au quai d’Orsay ! La France fit voter plusieurs mandats onusiens par le Conseil de sécurité pour couvrir ses agissements militaires, dont l’envoi d’un corps expéditionnaire, l’opération « Licorne » d’octobre 2002 devenue ensuite « Force Licorne », élargissant amplement sa présence militaire sur le sol ivoirien au-delà de sa base militaire d’Abidjan./Port-Bouët, le 43ème BIMA. Elle fit aussi créer une mission militaire onusienne spéciale, l’ONUCI, déployée en avril 2004, composée  de casques bleus et d’autres policiers et fonctionnaires civils. (10) Le tout visant à grignoter et à anéantir ce qui restait de la souveraineté de l’Etat ivoirien. Visant aussi à acculer le gouvernement légal dans le sud du pays, en sanctuarisant tout le nord ivoirien occupé par les rebelles pro-ADO qu’y régnaient et sévissaient en toute impunité. La mise sous tutelle d’un Etat souverain, avec intervention militaire étrangère directe, sous mandat onusien obtenu par l’ancienne puissance coloniale, pour obtenir in fine un changement de régime, voilà ce que fut le plan accompli de la France depuis septembre 2002 en Côte d’Ivoire. L’objectif était de mettre au pouvoir celui qui était l’adoubé de Paris, M.Ouattara, un riche homme d’affaires et ex-fonctionnaire du FMI, ami et relais françafricain de J. Chirac, de N. Sarkozy et de milliardaires français.

Le rappel et le parallèle que nous faisons avec le drame ivoirien des dix dernières années, qui est loin d’être fini avec la sanglante accession au pouvoir de Ouattara en avril 2011, nous semble pertinent dans la mesure où existe et se reproduit un schéma de mise sous tutelle, une recolonisation masquée, d’Etats indépendants mais affaiblis du Sud, surtout en Afrique, commise par les anciennes puissances coloniales, les Etats-Unis et ses alliés, avec la compromission d’organisations régionales interétatiques vassalisées et du Conseil de sécurité de l’ONU. Le cas de la Côte d’Ivoire se rajoute au cas d’Haïti où en février 2004 un véritable coup d’Etat militaire franco-étatsunien fut commis pour déposer du pouvoir et envoyer à l’exil le président élu Jean-Bertrand Aristide.

Le Mali d’aujourd’hui est la nouvelle victime désignée des ingérences néocoloniales de la France. Droites et gauches françaises se relayent le témoin dans cette politique transversale, d’ingérences et d’immixtions grossières ou subtiles, qui s’opère notamment contre  les anciennes possessions coloniales françaises d’Afrique. Le principal pion de la FrançAfrique en Côte d’Ivoire à présent, A. Ouattara, est l’un des personnages le  plus agité de la sous région pour envoyer ses troupes au Mali. Blaise Compaoré, militaire, président du Burkina Faso depuis octobre 1987 à la suite d’un putsch et de l’assassinat du président Thomas Sankara, est le « médiateur » imposé par la CEDEAO, donc par la France, pour « gérer »  la crise malienne. Cela ne s’invente pas. Il est aussi pressé que Ouattara pour envoyer des troupes burkinabés.

La France fait la guerre ou paye. Or, qui paye commande.

M. Ouattara fut reçu à l’Elysée le 26 juillet 2012. A la fin de l’entretien M. Hollande annonça que la France accordait à la Côte d’Ivoire l’effacement de sa dette publique envers l’Etat français, à savoir un montant de plus de trois milliards d’euros ! (11) Le richissime homme d’affaires Ouattara obtint pour son régime ce cadeau au titre de la procédure dite PPTE, pour « pays pauvre très endetté ». (12) Son régime n’a pas les moyens pour payer la dette souveraine ivoirienne envers la France mais à une ambition inébranlable pour envoyer des milliers de ses  militaires, ses anciens rebelles, au Mali. Sous prétexte de lutter contre une rébellion et réunifier le Mali. De qui se moque-t-on ?

Du contribuable français. Car c’est lui qui devra payer les générosités de M. Hollande et les aventures militaires de la FrançAfrique. Et il payera double. Trois milliards d’euros donnés en cadeau par F. Hollande à M. Ouattara, à la tête d’un régime tyrannique et archi corrompu, où les droits de l’homme sont piétinés tous les jours. L’aventure guerrière en perspective de M. Ouattara et de M. Compaoré, cotitulaires de la CEDEAO, sur le territoire du Mali, avec leurs soldatesques surtout avides de toucher des soldes exceptionnelles et des primes, sera payée par Paris.

Au moment où le gouvernement français annonce un projet de budget 2013 avec une hausse d’impôts et de taxes de dix milliards d’euros pour les ménages et autant pour les entreprises, qui se rajoutent à d’autres dix milliards d’euros de baisse du budget des ministères (13), en somme trente milliards d’euros « d’effort budgétaire », Hollande décide du renoncement aux créances de l’Etat français et s’engage au financement d’une expédition militaire ivoiro-burkinabée. L’aventure sera payée par le contribuable français, aucun doute.

Dans ce tableau grotesque le peuple malien est, et sera encore, la première et la plus grande victime, car le théâtre d’affrontements militaires est, et sera, le Mali, les morts seront des Maliens. Il est prévu que les soldats maliens servent de chair à canon pendant que les étrangers occupent Bamako .  Mais les peuples burkinabé et ivoirien sont aussi des victimes, victimes de leurs propres régimes, corrompus et tyranniques, de Compaoré depuis 1987 sans interruption  et de Ouattara,  depuis 2002 avec sa rébellion et depuis avril 2011 suite à son accession au pouvoir grâce l’armée française et à l’ONUCI. Le peuple français est aussi victime car les moyens financiers et les armes pour la guerre seront donnés et payées respectivement par leurs contribuables, et tout cela sera fait en son nom, sans qu’il n’en soit nullement consulté.

En 2010 et 2011 la France commit des ingérences flagrantes devenues guerres ouvertes contre la Côte d’Ivoire et la Libye. La finalité étant de provoquer le changement de régime dans ces pays, en installant dans le deux cas des rébellions soutenues sournoisement voire ouvertement par Paris et ses fondés de pouvoir africains. Dans les deux cas la France obtint un  mandat onusien pour faire la guerre. Contre la Libye l’instrument fut l’OTAN, qui bombarda le pays du 19 mars au 20 octobre 2011. Pendant sept mois ! En Côte d’Ivoire la mission onusienne, ONUCI, fit directement la guerre contre l’Etat ivoirien à côté des rebelles et de l’armée française ! En Syrie à présent la France essaye aussi de mettre à bas le régime d’un Etat indépendant, en installant au pouvoir une rébellion armée sanglante, d’orientation islamiste, avec l’Union Européenne,  l’OTAN et ses relais régionaux tels la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie, qui financent et/ou servent de base arrière aux rebelles.

Les obstacles, les défis et les luttes incontournables du peuple malien.

Les Maliens devraient se douter qu’une conjoncture politique et militaire tellement complexe et grave, ne peut se résoudre aisément. Mais les compromissions et les renoncements militaires et politiques n’aboutiront certainement qu’à plus  de drames et des pertes des vies humaines et de souveraineté, le peu qui reste à un pays dépendant, pauvre, avec un Etat faible. Et aux souffrances du peuple malien qui subira, qui subit déjà, ce sanglant conflit interne s’ajoutera la guerre intense et les exactions, autant des rebelles que celles, prévisibles, des « libérateurs » de la CEDEAO. Rappelons-nous du parcours édifiant, des exactions, de l’ECOMOG au Libéria et en Sierra Léone !

L’acceptation sur le sol malien d’une force militaire étrangère, avec des soldats venant des pays frontaliers non exempts d’ambitions vénales et sous l’égide de l’ancienne puissance coloniale, n’est qu’un suicide national par chapitres annoncé. Annonciateur d’une nouvelle mise sous tutelle et même d’une  vassalisation par ses voisins immédiats. Le remède proposé sera pire que la maladie. Rappelons le néfaste rôle de Blaise Compaoré dans la sous-région pour déstabiliser des pays entiers comme la Sierra Léone, le Libéria et tout récemment la Côte d’Ivoire où il imposa au pouvoir son protégé et compatriote Alassane Ouattara. Rappelons qu’existe aussi à présent l’ambition de Ouattara d’avoir un rôle régional, et il est pressé à ses 70 ans, alors même qu’il n’est pas maître du pays qu’il a conquis en 2011 grâce à la France. En Côte d’Ivoire aujourd’hui l’Etat n’existe guère et l’arbitraire, les exactions et les crimes de sang et massacres pour motifs politiques et ethniques sont commis toujours en toute impunité. ADO garde toujours le pouvoir grâce à l’armée française, toujours très présente sur le sol ivoirien.

Le Mali risque ainsi d’échanger la rébellion du nord par une vassalisation au profit du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, devenant le hinterland asservi de ces deux pays. Devenant concomitamment un territoire néocolonial chronique, avec des régimes fantoches, encore plus fantoches, à Bamako, aliénés plus que jamais à la France.  Où celle-ci sera (l’est déjà) concurrencée par les USA et la Chine pour le contrôle des territoires et des matières premières. Contrôler le Mali c’est contrôler en partie le Sahel, mais aussi l’ouest africain et le Maghreb. L’Algérie, le grand voisin au nord du Mali, reste discrète ce qui ne signifie pas qu’elle n’agit pas ou fait agir des tiers.

Justement à propos de la concurrence géopolitique pour le contrôle des pays et des matières premières en Afrique, la vitesse/précipitation de la France et de ses obligés ouest africains concernant la crise au Mali crée des réticences internationales et les rivalités inter impérialistes apparaissent au grand jour. Le mercredi 26 septembre à l’ONU, lors de la réunion de haut niveau sur le Sahel en marge de l’Assemblée générale, Mme. H. Clinton fait une étonnante déclaration. (14) Elle dit que le Mali est une “poudrière” et que seul “un gouvernement démocratiquement élu aurait la légitimité de négocier un accord politique au nord du Mali, de mettre fin à la rébellion et de restaurer l’Etat de droit”. Ah les postures ! L’art de l’hypocrisie n’a pas des limites. On l’aurait dit porte-parole légitimiste des pays non-alignés par exemple. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Ceci dit, les Maliens se font voler des analyses et des alternatives pouvant être pertinentes et les concernant.

Le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat souverain, ainsi que les principes de sauvegarde de la souveraineté, de la paix et la recherche impérative des solutions pacifiques aux conflits entre Etats, sont ouvertement piétinés. Par la France, mais pas seulement. Par ses pions tels le Burkina Faso de B. Compaoré, la Côte d’Ivoire d’A. Ouattara et la CEDEAO. Prenant l’exécrable exemple des Etats-Unis et de ses alliés de l’OTAN, qui s’amusent à parler au nom de toute la planète en portant la casquette « communauté internationale » (autoproclamée).

Quelques exemples dramatiques et encore sans solution définitive, étant des plaies ouvertes, sont là pour nous le rappeler. Haïti depuis 2004 est encore sous tutelle de l’ONU avec la MINUSTHA. La RDC, ayant les deux dernières décennies la série de conflits internes les plus meurtriers en Afrique, avec plus de quatre millions de victimes et des pans entiers de son territoire national occupés et pillés par des rébellions soit autochtones soit venues et/ou soutenues par les pays voisins de son nord-est, sous les bavures et le regard impuissant ou rendu volontairement impuissant de la mission de l’ONU, la MONUC/MONUSCO avec actuellement dix-sept mille casques bleus y déployés. La Côte d’Ivoire et la Libye, victimes toutes les deux en 2011 de guerres ouvertes visant le changement forcé de régimes sous le leadership de la France, de N. Sarkozy. La Syrie aujourd’hui où l’Occident, la France en tête encore, arme, finance et justifie une rébellion sanglante contre un Etat indépendant visant à mettre à bas son régime, militarisant jusqu’à la folie meurtrière les affrontements d’une complexe dialectique politique. La « démocratie » à coup des bombes et des rebellions ? L’Irak, l’Afghanistan, la Libye. etc. sont des cas « exemplaires ».

Le Mali s’inscrit à présent dans ce schéma déjà bien rodé d’ouvertes ingérences politiques et militaires de l’ancienne puissance coloniale et de l’Occident et d’abandon « volontaire » de souveraineté. Le Mali est la nouvelle victime désignée et titularisée des ingérences néocoloniales de la France et de ses propres voisins avides, ivoiriens et burkinabés, pions de la FrançAfrique.

Au Mali l’alibi français avancé pour justifier l’ingérence politique et militaire actuelle, directe et par pions interposés, est l’urgence (15) de chasser des rebelles sanguinaires, islamistes, tout en empêchant l’armée malienne par exemple de le faire elle-même et en méprisant le peuple malien, privé de  décider et d’assumer ses droits -et ses devoirs- souverains. La défense de la souveraineté populaire malienne d’abord, ainsi que la souveraineté de l’Etat autant que l’intégrité territoriale, n’est pas, ne devrait pas, être négociable.

Luis Basurto

Paris, 27 septembre 2012

 

(1) « Le discours très balisé de François Hollande devant les Nations unies » in LE MONDE,  26.09.2012

(2) Des Touaregs avec le « Mouvement national de libération de l’Azawad » (MNLA) ; la nébuleuse islamiste Ançar Dine (« protecteurs de la religion ») ; le « Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest » (MUJAO) ; la nébuleuse islamiste nigériane Boko Haram a aussi été signalée ; Al-Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI), sous ce nom depuis 2007. Les sécessionnistes touaregs ont été largement débordés par les islamistes, plus expérimentés, sanguinaires et ragaillardis par les armes libyennes, les rançons et les trafics de tout genre. Voir : http://www.algerie360.com/algerie/aqmiansar-edinemujao-et-boko-haram-font-le-forcing-pour-lobtenirles-ingredients-dune-intervention-etrangere-dans-le-sahel/

(3) Voir : « Le Mali : chronique d’une recolonisation programmée. » Déclaration politique à Bamako du 04.04.2012 http://www.foram-forum-mali.org/index.php/non-classe/le-mali-chronique-dune-recolonisation-programmee/. Voir aussi : « Déclaration du pari SADI suite au changement de Régime intervenu au Mali le 22 Mars 2012 » 26.03.2012 http://www.partisadi.net/2012/03/declaration-du-parti-sadi-suite-au-changement-de-regime-intervenu-au-mali-le-22-mars-2012/; « Marche de soutien au CNRDRE et aux Forces Armées et de sécurité » 11.04.2012 http://www.partisadi.net/2012/04/marche-de-soutien-au-cnrdre-et-aux-forces-armees-et-de-securite/

(4) Voir: http://www.nord-mali.com/index.php/nord-du-mali/1404-nord-du-mali–mnla-ancar-eddine-al-qaida–du-pareil-au-meme- Voir : « Le Temps d’Algérie entre à Kidal (nord du Mali) Quatre jours en compagnie d’Ançar Eddine » 29-07-2012. Voir : http://www.letempsdz.com/content/view/77676/1/  Voir : « Les défis du Sahel : focus sur la crise malienne par Laurent BIGOT » http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Rn67xaLPCBM

(5) Voir : http://afrique.blog.lemonde.fr/2012/04/07/laccord-de-bamako-texte-suite-details-interrogations/

(6) Voir :  http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/mali-le-president-interimaire-dioncounda-traore-frappe-par-des-manifestants_1117043.html?xtmc=dioncounda_traoré&xtcr=10

(7) « Crise politico-sécuritaire : La COPAM exige la libération des armes bloquées à Conakry et l’organisation de la concertation Nationale souveraine » in LE FLAMBEAU 26.09.2012 Voir : http://www.maliweb.net/news/politique/2012/09/26/article,94312.html

(8) Voir : http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2012/09/25/le-mali-en-appelle-a-l-onu-pour-reconquerir-le-nord_1765265_3212.html

(9) Ibid.

(10) Voir: http://www.onuci.org/spip.php?rubrique18

(11) Voir: http://www.liberation.fr/monde/2012/07/26/echange-d-amabilites-entre-ouattara-et-hollande-a-l-elysee_835734

(12) Voir: http://fr.allafrica.com/stories/200904030179.html

(13) « Budget : l’Etat va devoir amputer ses dépenses de 10 milliards » in LE MONDE, 28.09.2012

(14) « Le volontarisme de Paris sur le Mali se heurte à des réticences à l’ONU » in LE MONDE, 27.09.2012

(15) “Il n’y a pas de temps à perdre » dit F. Hollande à l’ONU le 25.09.2012 in LE MONDE, 26.09.2012

 

 

 

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Une courte conversation téléphonique n’est pas censée faire le tour d’une question aussi douloureuse et abominable que la guerre contre la Syrie, confiée aux bons soins du terrorisme le plus abject nourri par de soi-disant États démocratiques cherchant à répandre leur nouvel ordre et leur nouvelle gouvernance par le feu et le sang … C’est toute la Syrie qui souffre, mais Alep la somptueuse étouffe… Elle étouffe des émanations des incendies qui ravagent les trésors archéologiques qu’elle entretenait pour toute l’humanité… Elle étouffe des tonnes de pneus brûlés pour suggérer  qu’elle est partie en fumées…  Là où il y avait de la beauté il n’y a plus que désolation… Là où fleurait bon le jasmin et l’odeur suave des orangers s’infiltre l’odeur pestilentielle de la trahison… Pour la deuxième fois, et en moins d’un siècle, un gouvernement français se rend coupable de la souffrance de ses habitants… Le Dr Amin Hoteit nous le rappelle sans plus de précision… Quiconque conteste cette culpabilité n’aura qu’à consulter les manuels d’Histoire retraçant les accords et traités sur la répartition des territoires syriens entre la France et la Turquie au cours du siècle dernier ; leur tentative actuelle de dépeçage et de dislocation de ces mêmes territoires n’étant plus un secret que pour celui qui ne veut ni savoir, ni lire, ni entendre ! [NdT].

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C’est sur une surface d’à peine 18500 Km2 que la fine fleur des stratèges de tous bords s’est ruée, bardée de son équipement au complet et de son enthousiasme  guerrier : l’Heure a sonné et  c’est à Alep que tout va se jouer !

C’est à Alep, capitale économique et deuxième grande métropole syrienne que devrait s’infléchir le cours des événements de la campagne quasi universelle menée par les tambours de guerre occidentaux et régionaux contre la Syrie… C’est à Alep que leurs mercenaires devraient reprendre pied avant de se redéployer.

Pourquoi Alep et pour quelles raisons ? Le Docteur Amin Hoteit,  expert en stratégie militaire et Général de brigade à la retraite, répond à nos questions lors d’une courte conversation téléphonique.

Les bandes armées qui sévissent en Syrie ont déclaré que la « Bataille d’Alep » serait décisive. Pourquoi Alep ? Pourquoi pas Damas… la capitale du pays ? 

Depuis plus de 18 mois que les bandes terroristes sont lâchées sur la Syrie, elles n’ont pas réussi à prendre le contrôle définitif d’une seule région du pays en continuité avec les zones frontalières. Par conséquent, contrôler Alep constituerait un « saut qualitatif » vers la victoire, sinon le jeu est terminé ! C’est parce qu’elles n’ont pas pu prendre Damas, Homs et Idlib… qu’elles se sont dirigées vers le Nord pour faire main basse sur Alep et ainsi aboutir à une sorte de partition territoriale face aux autorités. Si Alep leur échappe, aucun autre territoire d’une telle importance, aucune autre ville syrienne ne  pourrait désormais faire leur affaire !

Que veut la Turquie ? 

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan veut la victoire des bandes armées à Alep, ce qui lui permettrait de justifier leur accueil sur le territoire turc et surtout le soutien qu’il n’a cessé de leur prodiguer ; soutien devenu un lourd fardeau pour Ankara qui, après avoir largement contribué à allumer un incendie en Syrie, voit les flammes s’approcher dangereusement pour peut-être la dévorer à son tour. Ce gouvernement veut la victoire de sa guerre par mercenaires interposés, et seule cette victoire l’autoriserait à poursuivre sa politique…

D’ailleurs, avant même que les bandes armées n’annoncent leur intention de faire d’Alep leur bataille décisive, Ankara a rejoint Washington pour de multiples réunions de coordination au plus haut niveau des services de renseignement et de l’armée… De plus, c’est de l’issue de cette bataille que dépend l’avenir d’Erdogan qui a un urgent besoin de marquer des points ; d’une part, contre ses adversaires au sein même de son propre parti dont le Congrès est annoncé pour la semaine prochaine; d’autre part, contre les partis de l’opposition et de nombreuses franges de la société turque  dont les critiques contre sa politique étrangère fusent de toutes parts !

Sans oublier qu’en raison de sa situation stratégique et de sa proximité avec l’Anatolie, Alep a beaucoup compté sous domination ottomane. Elle était déjà la deuxième grande métropole de l’Empire après Constantinople [Istanbul], le premier centre de commerce entre l’est et l’ouest, et si les ambassades occidentales étaient basées à Istanbul, Alep a toujours été le siège des missions consulaires.

Sans oublier non plus que le « Traité de Sèvres », conclu le 10 Août 1920 entre les alliés et l’Empire ottoman, rattachant Alep et sa région à la Syrie, fut refusé par Mustafa Kemal Ataturk qui l’annexa tout comme il annexa l’Anatolie et l’Arménie ; traité finalement remplacé le 24 juillet 1923 par le « Traité de Lausanne » plus avantageux pour la Turquie à plus d’un titre … Alep se retrouvant coupée de son port sur la Méditerranée, amputée d’une grande partie de son territoire, notamment du  « Sandjak d’Alexandrette » [correspondant à peu près à l'actuelle province turque du Hatay ; NdT].

Que cherchent les mercenaires armés ? 

Ils cherchent à transformer Alep de capitale économique en capitale du terrorisme, laquelle deviendrait le siège d’un nouveau « Conseil National de Transition », que les Pays du Golfe s’empresseront de reconnaître, maintenant que les bandes armées ont obtenu la promesse de cette reconnaissance par l’administration US et le président français  François Hollande !

Mais ce n’est pas là leur seul but. D’un point de vue sociétal, Alep est en quelque sorte une petite Syrie à elle seule, car très représentative de l’ensemble de sa population et de ses composantes confessionnelles. La contrôler permettrait à la prétendue opposition syrienne de promouvoir sa soi-disant volonté d’établir un « système pluraliste », slogan menteur et hypocrite puisqu’il est désormais très clair que cette opposition obéit au diktat de la couleur unique… et que les chrétiens seront les grands perdants !

Vers où croyez-vous que cette bataille d’Alep se dirige ? 

Les insurgés sont tombés dans un piège et leurs  ambitions reposent sur des sables mouvants. La bataille de Syrie s’est soldée par sa victoire. Aux terroristes d’accepter leur défaite. Rien à l’horizon ne suggère une autre conclusion !

Dr Amin Hoteit

Ahmed Farhat

29/09/2012

 

Article original : Al-manar

http://www.almanar.com.lb/adetails.php?eid=317191&cid=21&fromval=1

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

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Mon intention n’est pas de réécrire ici mon livre Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam (Éditions Demi Lune, Collection Résistances, Paris, 2010), mais la tenue d’une chronique mensuelle sur l’actualité du sujet. Mon ouvrage étant paru le 5 juin 2010, « Journée Mondiale de l’Environnement », je vais donc démarrer ce périodique à partir de ce mois.

 

Le 1er juin 2010, dans Environemental Health Perspectives (ehp), à la rubrique « critique de livres », Jeanne M. Stellman et Steven D. Stellman (1) signent une analyse du dernier ouvrage de Alvin L. Young parut chez Springer, New York, fin 2009, sous le titre : The History, Use, Disposition and Environmental Fate of Agent Orange.

Tout d’abord, il convient de préciser qu’Alvin Young a joué un rôle majeur dans la mesure et le suivi des « herbicides » depuis les années 1960. Aujourd’hui, retraité de l’armée de l’air (AF), il bénéficie de l’appui des ex-fabricants d’agents chimiques utilisés au Viêt Nam, Dow et Monsanto, et Young reste un porte-parole gouvernemental dans les relations post-conflit avec le Viêt Nam. Son «nouveau» livre sur la question, une compilation de recherches méconnues et de renseignements précieux, largement ravis à d’autres auteurs, aussi bien en ce qui concerne le contenu du texte que les illustrations photos, cela sans en mentionner les emprunts, constatent en premier lieu les Stellman. Ces derniers mettent en garde sur les citations sorties de leur contexte, comme sur les propos d’auteurs « mal interprétés ». Par exemple, les estimations du « Rapport Stellman » à partir d’archives militaires retrouvées concernant des plans de vols d’épandages. Par ailleurs, pour Young, il semblerait que la science ait pris fin dans les années 1970 et début des années 1980. L’île Johnston, lieu du dernier repos de la plus grande partie d’Agent Orange stocké au Viêt Nam avant son incinération en mer par le navire incinérateur « Vulcain », n’aurait pas connu de problèmes importants selon Young. Pourtant, une réévaluation de1986 d’Air Force trouve une teneur marine maximale de 472 ppm de dioxine TCDD, le sous-sol allant jusqu’à 510 ppm, et 682 247 ppm de 2, 4, 5-T (Huse G, et al. 1991. Préliminaires de la santé publique, des risques environnementaux, et Exigences relatives aux données d’évaluation pour le site de stockage d’Agent Orange à l’île Johnston Brooks Air Force Base, TX: Direction de la santé au travail et environnementale).

Certaines affirmations de Young contenues dans le livre sont de mauvaise foi ou bien contredisent ses travaux antérieurs, ajoutent les auteurs de cette recension qui concluent « Si il y a une chose que ce recueil de documents réimprimés nous montre, c’est qu’existe une grande quantité de données qui peuvent être utilisées pour répondre aux nombreuses questions ouvertes sur l’environnement. »

Il semble indiscutable que les propos et les travaux des Stellman ont une tonalité d’indépendance inversement proportionnelle à celle de Young.

Le 7 juin, The U.S. Environmental Protection Agency (EPA) publie un projet de rapport scientifique sur les risques d’exposition à la dioxine en réponse aux commentaires et recommandations de la National Academy of Sciences (NAS), visant à réévaluer les enjeux liés à la toxicité des dioxines dans le but de protéger le public étasunien. La voix de Lisa P. Jackson engage l’EPA à mener une réévaluation scientifique de qualité, intègre et transparente, des risques d’exposition de ses compatriotes par un groupe d’experts scientifiques convoqué par le Conseil consultatif scientifique de l’EPA. Un projet d’étude très attendue. Et surtout, ce projet scientifique sera soumis à un examen externe par des pairs indépendants. L’Agent Orange est passé par là. Car on connaît les interventions du lobby et se souvient des actions d’empêchement du Président Reagan lui-même ayant demandé à des scientifiques de ne pas établir de lien entre la dioxine de l’Agent Orange et les pathologies des vétérans U.S.

Le 16 du même mois, un groupe Vietnamo-Étasunien (US-Vietnam Dialogue Group on Agent Orange/Dioxin), créé en 2007 par la Fondation Ford (constructeur automobile), une organisation privée basée à New York, coordonnée par l’Aspen Institute (association privée de recherche basée à Washington), annonce qu’une somme de 300 millions de dollars (étalée sur 10 ans, soit 30 millions annuels) pourrait prendre en charge une part significative des retombées de l’Agent Orange au Viêt Nam. Le Président George W. Bush, lui, avait parlé de 3 millions de dollars seulement, par la suite, il fit preuve de largesse en annonçant 6. Dans un premier temps, Barack Obama annonça 9, avant que les bruits de couloirs du Congrès murmurent 12. Seulement, l’Aspen Institue est une organisation qui n’a aucun pouvoir décisionnel, et pas davantage économique. Mais son annonce, colportant une image positive des États-Unis d’Amérique, est reprise à l’unisson par les médias internationaux, alors qu’elle n’est et reste qu’une recommandation. Cependant, le chiffre ronflant de 300 millions de dollars sur 10 ans se dégonfle au regard des 13 milliards de dollars du budget 2010 du Département des Vétérans étasuniens pour les seules victimes de l’Agent Orange qui ne sont « qu’un peu plus de » 200 000, en comparaison aux millions de victimes vietnamiennes, notre esprit n’ose même pas songer au coût supplémentaire d’une décontamination à l’échelle du pays.

Dans la foulée, le 28 juin, le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) dévoile un projet de 5 million de dollars pour la décontamination de l’Agent Orange… le projet se concentrera sur l’aéroport de Bien Hoa, situé au nord de la capitale économique Ho Chi Minh-Ville (ex-saigon). Un des sites les plus contaminés, selon l’ONU : “La concentration de la dioxine dans les trois principaux sites (2) est bien plus élevée que ce qu’autorisent les standards nationaux et internationaux”, a affirmé le PNUD dans un communiqué.

“Si aucune action n’est entreprise, les sites continueront de contaminer l’environnement autour et à poser un grave problème de santé à la population vivant et travaillant dans les environs”, a-t-il poursuivi.

Le ministère vietnamien des Ressources naturelles et de l’Environnement dirigera le projet financé par le PNUD avec une organisation indépendante, la Global Environment Facility.

L’an dernier, un responsable vietnamien avait indiqué qu’Hanoï avait déjà dépensé cinq millions de dollars pour la décontamination de Bien Hoa. Nettoyer les trois anciennes bases américaines pourrait coûter jusqu’à 60 millions de dollars, avait-il ajouté.

Les États-Unis se concentrent sur le site de Danang, où la décontamination devrait commencer en 2011, a indiqué en mai un responsable américain.

Á cette époque, au-delà de ces déclarations, nous savions déjà que les sommes annoncées étaient non seulement insuffisantes mais ridicules. Une façon d’amorcer la pompe dirons-nous.

À cette même date, une étude d’endocrinologues associés de l’Université Buffalo de New York (Dr Toufic Abdo, David Kasinski, Amy O’Donnell, et Stephen Spaulding) portant sur 224 048 vétérans montrait que les anciens combattants ayant été en contact de l’Agent Orange (23 939) développaient plus souvent la maladie de Basedow (maladie auto-immune de la thyroïde) que ceux qui n’avaient pas été au contact du poison (200 109) : “Nos résultats montrent que les anciens combattants du Viêt Nam en contact avec l’agent Orange sont plus susceptibles de développer la maladie de Basedow que ceux qui n’y ont pas été exposés. » explique le Dr Ajay Varanasi. Et ajoute : “La maladie auto-immune a été trois fois plus fréquente chez les anciens combattants qui ont rencontré la substance chimique contenant des dioxines.»

André Bouny

(à suivre)

(1) Jeanne M Stellman est professeure émérite, École de santé publique de l’Université Columbia. Elle a été chercheur principal de Académie nationale des Sciences sur l’Agent Orange au Viêt Nam (Rapport Stellman). Rédactrice en chef de l’’Encyclopédie de la santé et sécurité au travail (4e éd.) Elle est actuellement professeur à l’Université SUNY Downstate Medical Center, à Brooklyn, New York. ; Steven D. Stellman est professeur d’épidémiologie, École de santé publique de l’Université Columbia. Il est titulaire d’un doctorat en chimie physique.

(2) Danang, Bien Ho et, entre les deux, Phu Cat.

 

 

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de « Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html#Description-du-livre

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Regard d’une Syrienne sur son pays

septembre 30th, 2012 by Comaguer

Le nouveau gouvernement français a,  jusqu’à ce jour, chaussé sur la crise syrienne les bottes interventionnistes et  militaristes de son prédécesseur.

Les médias dominants, comme à leur habitude, ne se sont pas étonnés de cette continuité  et lui ont pour la plupart d’entre eux  emboité le pas sans trop s’interroger sur la pertinence de cette politique guerrière dans une période où les problèmes de la société française devraient  pourtant interdire à un gouvernement responsable d’attiser , pour des raisons qui restent obscures, la crise dans d’autres pays. Ironie de l’histoire,  la Syrie faisait partie des pays choisis par l’Union Européenne pour développer avec  eux dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen des relations de bon  voisinage.

Cette politique de force brute  impulsée par les Etats-Unis et qui n’a de soutien que dans les pays capitalistes  dominants est maintenant refusée et condamnée par la majorité des pays membres  de l’ONU comme l’a démontré la récente conférence des pays non alignés à Téhéran.

Pour que la France sorte de son  jusqu’auboutisme guerrier il est nécessaire que l’opinion publique nationale  exerce sa liberté de jugement sur cette crise. En effet,  même si aujourd’hui ce sont les syriens  qui en subissent les conséquences les plus meurtrières, cette crise comporte des  risques importants d’extension internationale.

Déverrouiller l’information est  la  première responsabilité de ceux  qui souhaitent que la crise syrienne soit réglée par des voies politiques.

C’est pourquoi COMAGUER, Comité  Comprendre et agir contre la guerre, fondé à Marseille en 2001 a invité une  citoyenne franco-syrienne à nous apporter son témoignage sur la crise dans son  pays.

AYSSAR MIDANI, chimiste  et informaticienne, est franco-syrienne. Elle préside une association de  scientifiques syriens expatriés NOSSTIA et une association culturelle  euro-syrienne AFAMIA. Elle vit et travaille en France mais se rend 3 ou 4 fois  par an pour organiser congrès, ateliers et formations scientifiques et  techniques. Son dernier séjour en Syrie remonte au mois  dernier.

 

Nous  l’accueillerons

VENDREDI 19  OCTOBRE A 19 H

       

CHEZ MILLE  BABORDS

61 RUE  CONSOLAT   13001 MARSEILLE

Contact: comaguer@nomade.fr

Documents: http:// comaguer.over-blog.com

Emissions : chaque mardi sur Radio  Galère 88.4mhz

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Le Québec vient de traverser six mois de mobilisation étudiante et citoyenne ayant pour but de bloquer la hausse des droits de scolarité. Comme vous le savez, les « carrés rouges » ont eu gain de cause, car le Parti québécois a décidé d’annuler la hausse par décret.

Durant le conflit, plusieurs étudiants ont été arrêtés, lors de manifestations qui furent déclarées illégales en vertu de la loi 12, une loi qui n’est plus en vigueur. Certaines de ces amendes dépassent la hausse des droits de scolarité qu’ils ont combattue. Durant ces manifestations, nous avons été témoins de casseurs faisant des actes condamnables comme lancer des projectiles sur des policiers et briser des vitrines, mais nous avons aussi vu des policiers anti-émeute donner des coups de matraque au visage de personnes innocentes, des arrestations de masse, des policiers refusant de décliner leur matricule, l’escouade urbaine donner des coups de poing de manière totalement gratuite.

Les policiers ne seront pas traduits en justice ou, même s’ils sont jugés, ce sera par des policiers et aucun d’eux ne s’exposera à des amendes et encore moins à une perte de salaire. Nous avons donc là deux poids, deux mesures. Nous croyons donc que l’amnistie générale devrait être accordée aux étudiants, et ce, pour plusieurs raisons.

Records de contestations

Des accusations criminelles peuvent amener un dossier/casier judiciaire qui serait néfaste pour la future carrière des étudiants. Un casier judiciaire empêche de pouvoir faire partie d’un ordre professionnel, ce qui veut dire par exemple qu’ils ne pourront plus être : infirmier, avocat, ingénieur, médecin… Le Québec va donc manquer de travailleurs dans des domaines qui en ont vraiment besoin.

Nous assistons en ce moment à des records de contestations en ce qui concerne les amendes pour excès de vitesse. Ajoutons à cela les quelque 4000 contraventions qui ont été données lors des manifestations étudiantes en plus de la norme des tickets contestés chaque année, cela donne un système judiciaire pris à la gorge. Il serait donc normal de le désengorger en annulant les amendes aux inculpés et en retirant les accusations criminelles.

Ceux qui sont contre l’amnistie générale diront que les manifestations ont coûté 15 millions de dollars en heures supplémentaires pour le SPVM et qu’il ne faudrait pas répercuter la facture aux contribuables qui n’avaient rien à faire avec ce conflit.

Nous en convenons : le peuple n’a pas à payer pour les décisions douteuses/coûteuses du SPVM (faire sortir un camion d’anti-émeute tous les soirs même si certaines manifestations ne comportaient qu’une trentaine de manifestants), mais ce à quoi ces braves gens n’ont pas pensé, c’est que les contestations coûteront très cher à l’État, car les mineurs et les étudiants pauvres auront tous le droit à l’aide juridique qui est financée par l’entremise des taxes et des impôts.

Engorgement des tribunaux

Une surutilisation de l’aide juridique (qui coûtera nettement plus cher que les amendes) amènera des hausses de taxes qui seront payées par les contribuables, ce qui, évidemment, n’est pas dans l’intérêt de tous. Si le gouvernement n’applique pas l’amnistie générale, les étudiants qui contesteront leurs amendes se présenteront en cour vers la fin de l’année 2013.

Les policiers seront appelés à témoigner. Dans la majorité des cas, ils ne se présenteront même pas. S’ils se présentent, ils ne pourront avoir de souvenirs assez précis des incidents et leurs témoignages perdront toute crédibilité aux yeux du juge lors d’un contre-interrogatoire. La grande majorité des étudiants vont donc finir par être déclarés non coupables lors de cas par cas. C’est comme une amnistie générale, mais en plus long et en plus coûteux pour l’État.

Dans le cas peu probable où tous les étudiants seraient déclarés coupables et obligés de payer leurs amendes, les parents des mineurs devront la payer pour eux ou le jeune sera condamné à des travaux communautaires. Dans le cas des jeunes qui ont plus de 18 ans, soit la majorité des accusés, ils ne pourront pas payer un montant aussi élevé, même en négociant et en étalant leur amende sur plusieurs mois.

Coûts plus élevés

Qu’est-ce que l’État devra faire pour récupérer l’argent ? Envoyer des huissiers ? Les étudiants n’ont pas grand-chose dans leur appartement pour rembourser (mis à part leur iPhone…). N’oublions pas que les huissiers seront payés par les taxes et les impôts. Que faut-il faire d’abord ? Mettre les étudiants en prison ? Les prisons sont déjà surchargées et nous avons la conviction que la place d’un étudiant est à l’école et non derrière les barreaux. D’ailleurs, un prisonnier coûte plus cher qu’un étudiant.

Pour conclure, nous tenons à rappeler l’Article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés concernant le droit de manifester et que toute cause pour l’éducation est noble. C’est aussi notre conviction et nous ne croyons pas que l’on doit punir ceux qui l’ont défendue. Oui à l’amnistie générale.

 

L’auteur est étudiant au cégep de Saint-Laurent et porte-parole du groupe Amnistie générale

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Le Pacte budgétaire européen

septembre 28th, 2012 by Salim Lamrani

Le gouvernement socialiste de François Hollande s’apprête à faire adopter par voie parlementaire le Pacte budgétaire européen, également appelé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) lequel, en plus d’instaurer définitivement une politique d’austérité, porte atteinte à l’indépendance de la France qui ne pourrait plus décider souverainement de son budget national.

 

Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), imposé par l’Allemagne d’Angela Merkel, adopté au niveau européen, est en passe d’être ratifié par la France de François Hollande. Ce texte introduit la dénommée « règle d’or » devenue obligatoire pour tous les pays membres de la zone euro et instaure de facto une politique d’austérité, empêchant les Etats de présenter un budget avec un déficit supérieur de 0,5% au Produit intérieur brut[1].

Adopté le 2 mars 2012 par Nicolas Sarkozy et 24 autres dirigeants européens, le TSCG sera bientôt soumis au parlement français dominé par le Parti socialiste, par une procédure de majorité simple des deux assemblées, sans qu’aucune modification n’ait été apportée au traité. La règle d’or deviendrait alors loi et interdirait tout déficit public, sous peine de graves sanctions de la part de l’Union européenne[2].

Plus grave encore, la France perd une grande partie de sa souveraineté avec le TSCG. En effet, le parlement français devra obligatoirement soumettre son budget annuel à la Commission européenne, dont aucun membre n’est issu du suffrage universel. Ces derniers pourront effectuer les arbitrages qu’ils jugeront nécessaires, sans avoir aucun compte à rendre aux citoyens, et décider de l’avenir de la nation. Ainsi, le TSCG rend obligatoire l’application de politiques d’austérité en Europe, sans qu’aucune autre voie alternative puisse être explorée[3].

Pour la France, alors que le pays se trouve à la limite de la récession et qu’il conviendrait en toute logique d’injecter des fonds dans l’économie, le retour à l’équilibre budgétaire imposé par le TSCG, qui implique de revenir à un déficit de 3% en 2013, signifie que 33 milliards d’euros redistribués par l’Etat doivent être retirés de l’économie nationale. Cela est valable uniquement si les hypothèses de croissance de l’ordre de 1% sont confirmées, ce qui est loin d’être le cas. Cela suppose que l’Etat réduira inévitablement ses dépenses publiques, ce qui aura un impact social[4].

De la même manière, pour revenir à l’équilibre budgétaire en 2017, comme s’est engagé le président français François Hollande, il faudrait retirer 60 milliards d’euros de la circulation économique. Cela équivaut à la moitié de la somme prévue par le Plan de Relance qui est de 120 milliards d’euros (inférieur à 1% du PIB européen) adopté par l’Union pour tous les pays de la zone euro, destiné à stimuler la croissance[5].

Le Mécanisme européen de stabilité (MES) est officiellement censé venir en aide aux pays en difficulté. Il est néanmoins uniquement destiné aux nations ayant adopté le TSCG. Il s’agit en réalité du moyen trouvé par les partisans du néolibéralisme, symbolisés par Angela Merkel, pour imposer des politiques d’austérité, qui en plus d’avoir de graves conséquences sociales sur les populations, sont économiquement inefficaces[6].

En effet, partout où les plans d’austérité ont été appliqués, que ce soit en Grèce, en Italie, en Irlande, au Portugal ou en Espagne, la crise de la dette, loin de se résorber, s’est aggravée et les conditions de vie des habitants se sont considérablement dégradées, avec une explosion du chômage et une destruction organisée du système de protection sociale et de l’Etat providence.

Les exemples les plus emblématiques sont la Grèce et l’Espagne, où ces remèdes de choc ont été imposés de force. Les résultats sont catastrophiques d’un point de vue politique, économique et social.

Ainsi, en Grèce, après l’application de neuf plans d’austérité avec une hausse massive d’impôts dont la TVA, une hausse des prix, une réduction des salaires (jusqu’à 32% sur le salaire minimum !) et des pensions de retraite, un recul de l’âge légal de départ de la retraite, la destruction des services publics de première nécessité tels que l’éducation et la santé, la suppression des aides sociales et privatisations des secteurs stratégiques de l’économie nationale (ports, aéroports, chemins de fer, gaz, eaux, pétrole), la production a reculé de 20%, le chômage a explosé et la crise de la dette n’a fait que s’aggraver. En effet, celle-ci est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle était avant l’intervention des institutions financières internationales en 2010[7].

Après le désastre grec, causé par les politiques d’austérité de la Troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et Fond monétaire international), l’Espagne se trouve à son tour au bord de l’abîme. La même thérapie de choc néolibérale a été appliquée de force au peuple espagnol, avec les mêmes conséquences désastreuses. Le gouvernement de Mariano Rajoy a imposé aux citoyens un « plan de rigueur colossal » selon le journal économique La Tribune, avec une baisse des dépenses de 102 milliards d’euros d’ici 2014 : baisse drastique du nombre de fonctionnaires, des budgets de l’éducation et de la santé et diminution des salaires, hausse des impôts dont la TVA et réduction des allocations familiales, des indemnités de chômage et des pensions de retraite, entre autres. Tout cela, dans un pays frappé par un taux de chômage record de 25%, avec une explosion du taux de pauvreté. De son côté, la Commission européenne, loin de se préoccuper des conséquences sociales et humaines engendrées par ces mesures, « salue l’adoption en Espagne du plan pluriannuel[8] ».

Le TSCG, qui impose les politiques d’austérité comme la seule norme possible, est voué à l’échec et aggravera inévitablement la crise économique en Europe, déjà en pleine récession. En effet, le concept de la « règle d’or » est douteux puisqu’en réduisant la capacité des Etats à s’endetter, on les prive de toute possibilité de réaliser des investissements qui relanceraient la croissance. Les conséquences sociales désastreuses entraîneront une crise politique d’envergure dont nul ne peut prédire l’issue, dans un contexte de résurgence de l’extrême droite partout dans le continent.

Le gouvernement socialiste de François Hollande a l’obligation morale de soumettre le TSCG au peuple par référendum, après un vaste débat public contradictoire sur les enjeux en question. Il en va de l’avenir de la démocratie en France, déjà passablement ébranlée par l’adoption par voie parlementaire du Traité de Lisbonne en 2007, alors que le peuple l’avait rejeté deux années auparavant par référendum.

 

Article original publié en portugais :

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/24575/pacto+orcamentario+europeu+atenta+contra+independencia+da+franca.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel



[1]Union europénne, « Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance », 2012. http://www.touteleurope.eu/fr/organisation/droit-de-l-ue/les-traites/presentation/le-traite-sur-la-stabilite-la-coordination-et-la-gouvernance-2012.html (site consulté le 29 août 2012).

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Jean-Luc Mélenchon, « Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture des estivales citoyennes du Front de Gauche », Le Parti de Gauche, 26 août 2012. http://www.dailymotion.com/video/xt3yj5_discours-de-jean-luc-melenchon-en-cloture-des-estivales-citoyennes-du-front-de-gauche_news?search_algo=2 (site consulté le 29 août 2012).

[5] Ibid.

[6] Conseil de l’Europe, « Mécanisme européen de stabilité », 2012. http://www.european-council.europa.eu/media/582863/06-tesm2.fr12.pdf (site consulté le 29 août 2012).

[7] Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers monde (CADTM), « Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés », 10 mars 2012. http://www.cadtm.org/Le-CADTM-denonce-la-campagne-de (site consulté le 29 avril 2012).

[8] La Tribune, « L’Espagne s’impose un plan de rigueur colossal », 3 août 2012.

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Athènes – 27/09
Le… « mémorandum rend libre », et au rythme où vont les choses nous finirons vraiment par l’admettre. Déjà, depuis un moment on se laisse dire, que la bancocratie serait aussi l’affaire juteuse d’un si bon plat… partagé entre initiateurs-initiées en exclusion de tous les… autres. Il est évident que dès que l’on saisit l’essence subjective de notre nouveau régime, ses initiateurs sont vite désignés : « créanciers », traders, ou politiciens de l’Europe « d’en haut », comme Mr. Schäuble par exemple.

Athènes – 27/09
Sans oublier, et nous ne les oublierons sans doute plus jamais, ces gens bien d’ici et (encore) maintenant, autrement-dit, appartenant à notre si nombreuse « caste des intouchables » entre Athènes et l’archipel égéen. Sans les nommer, les politiciens issus des rangs du PASOK, ainsi que leurs autres frères… « Siciliens » de la Nouvelle Démocratie, plus certains patrons et entrepreneurs de la saison pluvieuse… de la dernière pluie de subventions de l’U.E., par exemple, et des corruptions diverses et variées à n’en plus finir ! Car historiquement, nous peinons à franchir ce dernier (et terriblement court) demi-siècle grec. Nous voilà donc… aux temps des haricots ou plutôt à leur fin. Nul besoin d’être un grand épistémologue averti et expérimenté pour reconnaître cette… énorme imposture attribuée au destin. Plus précisément, nous avons perdu le destin de notre vie.
“Chez Mr. Schäuble pour son anniversaire”
Athènes – 27/09
Nous remercierons à ce propos et dans l’ordre, l’École de Chicago, ses épigones à Bruxelles, ainsi que la moitié du corps électoral (grec) depuis juin dernier. Tous remerciés pour avoir réussi cette… prouesse méta-historique : nous faire revivre Weimar et le gouvernement de Vichy en un seule et unique séquence. Cas si l’histoire, doit se répéter sous forme de farce, parions qu’il « n’est plus temps de se lamenter, et agissons », comme on entend dire ici ou là, facile à exprimer mais plus compliqué à réaliser.
“On dirait que la capitale avait rapidement retrouvé son habituelle « normalité »”
“Pacotille à un euro pièce” – 27/09

 

Au lendemain de la manifestation du 26/09, on dirait que la capitale avait rapidement retrouvé son habituelle « normalité » : les vendeurs de pacotille à un euro pièce, les mendiants, les cafés du centre fréquentés, plus les imperturbables emplettes des… chanceux. Les médias et autres violons sur le pont du navire, s’accordent pour nous enfoncer déjà la tête dans l’eau : « Vous n’étiez pas vraiment si nombreux hier à la manif les gars » et sur ce, le gouvernement s’est vite empressé, marquant une fois de plus l’épiderme du temps et certainement la nôtre de ses nouvelles mesures, annoncées le soir même de la manifestation.

 

C’est ainsi que jeudi soir (27/09), la grande nouvelle grecque ne pouvait être que celle-ci : « les trois partis du gouvernement s’accordent sur des mesures de rigueur ». C’est ce que suggère Le Monde, qui révèle que « [l]es trois dirigeants s’étaient déjà réunis plusieurs fois depuis début septembre pour tenter de finaliser cet accord sur des mesures controversées qui prévoient de nouvelles coupes dans les salaires, les retraites et les aides sociales. Le temps presse pour boucler ce plan, car le gouvernement doit présenter lundi son avant-projet de budget pour 2013, incluant une partie des mesures, et l’objectif est d’avoir fait voter les nouvelles mesures au Parlement avant le sommet européen du 18 octobre. »
Athènes – 27/09
Et la moins grande nouvelle du jour, toujours selon le… grand journal : « [c'est qu'au] lendemain de manifestations monstre et d’une grève générale en Grèce, des associations de défense des handicapés sont à leur tour descendues dans les rues pour protester contre les coupes budgétaires prévues par le gouvernement et qui devraient directement les toucher, alors qu’ils reçoivent en moyenne 640 euros par mois. »
Sauf que les coupes budgétaires déjà effectuées par les gouvernements du mémorandum, touchent depuis 2010 les handicapés directement et indirectement. Sauf que le reportage du Monde ne rapporte rien de l’essentiel de cette… énième matinée athénienne, à savoir l’émotion.
“À l’exception notable…” – Athènes – 27/09
Effectivement, nous étions assez nombreux à les suivre, à les soutenir et à les admirer. Les passants s’arrêtèrent au passage du cortège, à l’exception notable de certains lecteurs du journal des sports. À chacun son match et les pénaltys pour tous, tel est aussi l’état d’une société défaite par deux mémorandum à zéro. Néanmoins, et je retins surtout cela, ces moments furent beaux et grands, souriants mais graves, aussi, car il n’était pas un seul instant question de compassion, mais seulement de dignité et de lutte : « Nous ne voulons pas mourir, nous ne nous laisserons pas mourir, notre vie a toujours été une lutte, tout est lutte et d’abord la dignité…. Après le carnage perpétué sur nos pensions (sic) et nos retraites déjà, suite au coût des médicaments devenu insupportable, je dois survivre avec 340 euros par mois. Je suis enchainé voyez-vous, mais je reste debout et je marche. Ces gens sont des assassins, la dictature loge dans le Parlement en face, et nous, gens handicapés, nous considérons Schäuble comme un Colonel de ce régime, honte… ».
Athènes – 27/09
Ils étaient tous là, occupant toute la rue du Stade entre Omonoia et Synagma (Place de la Constitution). Handicapés moteurs, malvoyants, malentendants, gens souffrant de pathologies rares ou chroniques, et dialysés, arrivés devant le Parlement d’une démocratie en dialyse, (terme qu’en grec est aussi un synonyme de « décomposition »). Et pour l’anecdote, c’était mardi dernier, les employés d’une entreprise sous-traitante de la Régie d’Électricité, techniciens certainement « de spécialité » comme on nous apprend à dire, ont coupé le courant à la clinique de « Saronikos » (sur l’île d’Égine), pendant que ses patients étaient encore sous dialyse. Heureusement que les groupes électrogènes de la clinique ont aussitôt pris le relais. Car l’établissement, privé du remboursement des soins attendus depuis plusieurs mois depuis les Caisses de la Sécurité Sociale, n’a pas pu à son tour, honorer ses factures électricité.
Athènes – 27/09

 

Nous ne voulons pas mourir…”
Ces Caisses je précise, dont une bonne partie de leurs avoirs, ont été « tondus » par ordre de la Banque de Grèce, c’est à dire raflés par les « marchés », à l’occasion rêvée de la « restructuration financière » – le fameux PSI au printemps 2012- sur certains portefeuilles de la dette grecque. C’est peut-être la raison pour laquelle au passage de la manifestation, chez la Banque de Grèce notamment, les portes se sont vide fermées, laissant certains clients dehors et stupéfaits. « Veuillez patientez un peu s’il vous plaît, la Banque rouvrira les portes de ses agences dans une petite heure Madame ».
Veuillez patientez un peu s’il vous plaît…”
Le reportage du Monde, n’a pas non plus montré notre chien (vraisemblablement) Loukanikos, réapparu place Syntagma au moment où le haut du cortège se positionnât devant le barrage policier, ce grand et omniprésent protecteur de notre Parlement depuis 2010. Il n’a pas non plus informé ses lecteurs jusqu’au bout, car peu après midi, les policiers ont chargé à coups de matraques des groupes de manifestants. Et ce matin (28/09), même sur la chaîne de télévision publique NET, les journalistes n’ont exprimé que de l’écœurement.
Nous ne voulons pas mourir…”
“Je suis enchainé voyez-vous…”
Quoi dire d’autre, si ce n’est que nous nous déshumanisons ne sachant plus que souhaiter à Mr. Schäuble pour son anniversaire. Il l’a fêté récemment à Berlin bien entouré paraît-il, selon Der Spiegel, aux côtés d’Angela Merkel et de Christine Lagarde, sauf qu’aucune nouvelle n’a filtré de cette réunion sur notre sort… donc tout va bien ! Notre presse a également rapporté cet événement heureux sous forme d’un fait divers, c’est son droit diraient certains, ou peut-être bien son devoir. Mais chez d’autres, sa perception change et bien radicalement : c’est vrai que parmi nos handicapés-manifestants, il y a en a qui ont souhaité « la pendaison »… disons symbolique du ministre fédéral des Finances. C’est triste, mais il faut dire que dans notre contexte, on s’éloigne facilement et imprudemment de toute… Critique de la faculté de juger.
Athènes – 27/09
“La “pendaison “… disons symbolique du ministre fédéral des Finance”
Espérons finalement que non. Ce vendredi au marché, les dialogues du jour et de saison n’ont pas cessé : « Nous nous débrouillons mal, notre retraite ne suffit plus, les enfants sont au chômage, il n’y a plus une seule famille sans « chômeur maison » (…) ah oui, je connais aussi le cas d’un casseur agissant de manifestation(s) qui vient d’être accepté au sein la Police, donc voyez-vous, ce sont les mêmes (…) Les haricots blancs sont à 3,60 et les les pêches de montagne à 1,5, vers 14h les prix baisseront, j’y reviendrai ».
“Ce vendredi au marché….” – Athènes – 28/09
“Les haricots blancs…” – Athènes – 28/09
“Aussitôt, les pompiers sont arrivés…” - Athènes – 28/09
“Une petite voiture a pris feu…” – Athènes – 27/09
Temps des haricots, petites et grandes catastrophes, joies et espoirs. Une petite voiture a pris feu sur la rocade hier, tout comme la cuisine chez les gens d’en face aujourd’hui. Aussitôt, les pompiers sont arrivés sur place et tous les voisins… étaient de la fête, « tout de même, Kyriakos, le pays tourne et tournera dans l’urgence, je ne cesse de te le répète depuis les élections de juin (…) Madame, vous avez laissé votre friture sans surveillance, même sans trop de dégâts, l’État, c’est à dire nous, porterons plainte contre vous, c’est automatique. Au train où vont les choses, vous serez convoquée devant un juge dans cinq ans… n’ayez pas peur, l’essentiel est déjà fait ». Au rythme où vont les choses… c’est évident. L’essentiel ?
Loukanikos (?) – Syntagma – 27/09
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Généralités

Enfin, Ottawa se prononça catégoriquement. Elle rompit avec Téhéran et adopta une vision manichéenne du monde, plutôt bushéenne [1]. Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, annonça que tout le personnel diplomatique canadien fut rappelé et que tous les diplomates iraniens au Canada eurent reçu l’ordre de quitter le pays dans un délai de cinq jours.

Comme nous l’indiquâmes dans L’Iliade du Sept-Septembre [2], la manière dont M. Baird développa sa déclaration convenait par contre beaucoup moins. Il ne parla pas en ministre, mais en Achille aux pieds rapides. Il devait se faire le porte-parole de la colère d’Héphaïstos [3], et parla d’un ton épique, glorieux et sec, comme s’il s’adressait à Phoibos Apollon devant les murailles de Troie [4].

Or, M. Baird, avait une cause très simple et très claire à lever les boucliers pour la défendre, la paix mondiale ; et son exposé fut ce qu’on pouvait lire de plus embrouillé. Il reste à ajouter que les raisons de cette levée de boucliers d’Ottawa à l’égard de Téhéran sont multiples, et l’état de choses sur lequel elle avait à se prononcer fut le suivant :

premièrement, «le Canada considère le gouvernement de l’Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle » ;

deuxièmement, «le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Assad »;

troisièmement, «il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire » ;

quatrièmement, «il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide » ;

cinquièmement, «il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde » ;

sixièmement, «il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle ».

La diabolisation du régime iranien : quoi dire des sultanats arabiques ?

Préalablement, nous prenons en critique le deuxième point de l’annonce d’Ottawa, accusant le régime iranien de fournir « une aide militaire croissante au régime Assad », qui, selon la même source d’accusation, aurait brutalement écrasé, à l’aide des titans de Hadès, une révolution démocratique pacifique, menée par une foule de moines méditants.

Il n’est plus secret que l’Iran fournit une aide militaire croissante au gouvernement syrien ; les dirigeants iraniens eux-mêmes ne le cachent pas. Au contraire, ils ont déclaré, à plusieurs reprises, qu’ils ne permettraient pas « à l’ennemi de s’avancer en Syrie [5] ».Or, s’il est vrai que l’Iran fournit une aide militaire au gouvernement syrien, il est non moins vrai que la Turquie, le royaume de l’Arabie saoudite et l’émirat du Qatar fournissent, à leur tour, une aide militaire gigantesque aux groupes armés de la soi disant « opposition » syrienne, et facilitent la pénétration des combattants d’al-Qaïda dans le territoire syrien, non pour établir la démocratie démocratique, comme le croit toujours M. Baird, mais bien plutôt pour « guerroyer » contre les kafirs, les infidèles, voire les minorités chrétiennes et musulmanes hétérodoxes de la Syrie, et cela en brûlant églises et monastères et en massacrant civils et innocents. Ce que nous indiquons ici ne fut pas pris ni des chansons de troubadour ni des romans de chevalerie [6]; au contraire, il fut bien rapporté et documenté même par les hâbleurs les plus fidèles au prétendu « Printemps arabe ». Lisons, ici, ce que les médias du monopole disent du rôle que jouent le califat turc et les émirats et sultanats arabiques dans la transportation des combattants d’al-Qaïda en Syrie :

primo, le journal américain The New York Times a indiqué la croissance des jihadistes en Syrie, qui est devenue un aimant attirant tous les islamistes d’al-Qaïda :

“The evidence is mounting that Syria has become a magnet for Sunni extremists, including those operating under the banner of Al Qaeda. An important border crossing with Turkey that fell into Syrian rebels’hands last week, Bab al-Hawa, has quickly become a jihadist congregating point [7]”.

Les preuves que la Syrie est devenue un aimant pour les extrémistes sunnites s’accumulent, y compris ceux qui opèrent sous la bannière d’al-Qaïda. Un important passage de frontière avec la Turquie, Bab al-Hawa, qui fut tombé dans les mains des rebelles syriens, la semaine dernière, devint rapidement un point de rassemblement pour les jihadistes (T. d. A.).

secundo, dans un reportage du journal britannique The Guardian la réalité sur le terrain devient plus obscure, lorsque le lecteur se rend compte que les soi disant « manifestations pacifiques », n’étaient, en effet, qu’une fabrication médiatique, et que la Syrie est gravement infestée par des milliers de combattants d’al-Qaïda :

“… But these were not average members of the Free Syrian Army. Abu Khuder and his men fight for al-Qaida. They call themselves the ghuraba’a, or “strangers”, after a famous jihadi poem celebrating Osama bin Laden’s time with his followers in the Afghan mountains, and they are one of a number of jihadi organisations establishing a foothold in the east of the country now that the conflict in Syria has stretched well into its second bloody year” ;

“Almost every rebel brigade has adopted a Sunni religious name with rhetoric exalting jihad and martyrdom” ;

“Religion is a major rallying force in this revolution [8]” ;

“Abu Omar gave an order in Arabic, which was translated into a babble of different languages – Chechen, Tajik, Turkish, French, Saudi dialect, Urdu [9]”.

… Mais ceux-ci n’étaient pas de combattants moyens de l’Armée syrienne libre. Abu Khuder et ses hommes guerroient pour al-Qaïda. Ils se font appeler les ghuraba’a, ou les « étrangers », d’après un poème jihadiste célèbre, qui fait l’éloge des jours qu’avait passés Oussama Bin Laden avec ses partisans dans les montagnes afghanes ; ils font aussi partie de nombreuses organisations jihadistes qui ont déjà établi un point d’appui à l’Est du pays, maintenant que le conflit en Syrie entre sa deuxième année sanglante.

Presque chaque brigade rebelle sunnite a adopté un nom religieux de la rhétorique exaltant le djihad et le martyre ;

La religion est une force importante de ralliement dans cette révolution.

Abou Omar a donné un ordre en arabe qui fut traduit en un babillage de différentes langues – en tchétchène, en tadjike, en turc, en français, en dialecte saoudite et en ourdou (T. d. A.).

tertio, le journal étatsunien The Independent a publié un reportage sur le rôle du califat turc et des émirats et sultanats arabiques dans la transportation massive d’armes vers le territoire syrien. Évidemment, ceux qui bénéficient de cet arsenal sont des combattants d’al-Qaïda et non pas des moines aux robes blanches :

“Syrian rebels are being armed by Saudi Arabia and Qatar, The Independent has learnt, in a development that threatens to inflame a regional power struggle provoked by the 15-month-old uprising against the Assad regime.

Rebel fighters from the Free Syrian Army (FSA) have received weapons from the two Gulf countries, which were transported into Syria via Turkey with the implicit support of the country’s intelligence agency, MIT, according to a Western diplomat in Ankara [10]”.

The Independent a appris que les rebelles syriens sont armés par l’Arabie saoudite et le Qatar, ce qui entraine en effet un développement menaçant d’incendier un conflit de pouvoir régional, provoqué depuis 15 mois par le soulèvement contre le régime Assad.

Les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) ont reçu, de deux pays arabes du Golfe, des armes qui ont été transportées vers la Syrie à travers la Turquie dont les services de renseignement, MIT, appuient implicitement de telles opérations, selon un diplomate occidental à Ankara (T. d. A.).

Soit que nos gouvernants lisent les journaux soit qu’ils ne les lisent pas.

S’ils ne les lisent pas, une question sérieuse s’impose ici : sur quelles bases prennent-ils des décisions stratégiques déterminant l’avenir des millions de Canadiens, ainsi que la position de notre pays sur la scène internationale ? Quels sont les fondements de leurs justifications ? Certainement pas la bonhomie du premier ministre Stephen Harper ni la philanthropie philanthropique de M. Baird. Et ces fondements, sont-ils matériels concrets, soutenus par des données réelles du terrain ? Sont-ils idéologiques, prenant exclusivement en considération l’idéologie d’une telle ou telle partie des Canadiens en dépit des autres perspectives et points de vue ? Sont-ils arbitraires pour la simple raison que l’on ne lit pas ? Par contre, si nos gouvernants lisent bien les journaux, il faut, dans ce cas sonner, l’alarme ; car nous sommes devant une catastrophe politique : nos gouvernants se moquent de nous !

Les chrétiens de la Syrie massacrés dans le silence

Dans le discours du gouvernement Harper sur la Syrie, il n’y a aucune allusion aux rôles du califat turc et des émirats et sultanats arabiques dans la transportation des combattants d’al-Qaïda en Syrie, aucune insinuation aux attaques terroristes menées par ces groupes contre les minorités religieuses chrétiennes et musulmanes hétérodoxes, aucune, sauf un profond silence qui fait éveiller, par contre, une foule de soupçons.

Un reportage publié dans le journal allemand Der Spiegel a indiqué que des milliers de Syriens s’étaient enfuis vers le Liban, pas nécessairement par peur du régime Assad, mais bien plutôt dû aux attaques menées par les troupes rebelles de la soi disant « révolution » syrienne. Le reportage a aussi souligné comment la minorité chrétienne de la Syrie souffre des attaques des groupes armés rebelles :

“… the women described what happened to their husbands, brothers and nephews back in their hometown of Qusayr in Syria. They were killed by Syrian rebel fighters, the women said — murdered because they were Christians, people who in the eyes of radical Islamist freedom fighters have no place in the new Syria [11]”.

… les femmes ont décrit ce qui est arrivé à leurs maris, frères et neveux dans leur ville natale de Qusayr en Syrie. Ils ont été tués par des combattants rebelles syriens, disent-elles, ils ont été assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, et parce que, selon les combattants islamistes radicaux de la liberté, ils n’ont pas de place dans la nouvelle Syrie (T. d. A.).

Les faits que nous mentionnons ci-dessus ne font en aucun point partie de la propagande du gouvernement syrien ; au contraire, ils ont été reportés par Der Spiegel, un journal considéré comme l’un des plus remarquables médias du monopole, un fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; ce qui nous pousse effectivement à nous demander ici, quelle réaction messieurs Baird et Harper pourraient avoir envers un tel reportage ?

Le vacarme de la guerre contre l’Iran

Depuis un an, nous n’avons cessé d’attiré l’attention des lecteurs du CRM [12]sur les intrigues des gouvernements de la Sainte-Alliance contre la Syrie. Nous avons suivi les chemins détournés par lesquels les médias du monopole cherchaient à s’emparer de l’opinion publique. Nous avons indiqué en même temps comment les intérêts stratégiques de l’impérialisme mondial ont croisé ceux de l’islamisme califal turc et du despotisme obscurantiste arabique, pour établir ainsi la Sainte-Alliance.

Or, en ce qui concerne notre pays et son positionnement sur la scène internationale, quelques faits prouvent, jour après jour et de façon frappante, à quel point le gouvernement Harper, par sa rupture avec l’Iran, s’implique dans la Sainte-Alliance.

Non seulement les reportages quotidiens en provenance de la Syrie renversèrent tous les masques de Dionysos, derrière lesquels se cachaient les visages des vrais acteurs de la tragédie syrienne, mais aussi les dieux de l’Olympe [13], qui jadis se protégeaient derrière les nuages [14], descendirent sur Terre, à la rencontre des titans de Tartare [15]. Ainsi, Stephen Harper s’habilla en Agamemnon et John Baird en Achille aux pieds rapides ; et les deux furent accompagnés de Benjamin Netanyahou, qui maîtrisa bien le rôle de Ménélas.

Face aux préparations pour une guerre à venir contre l’Iran, nous élevons la voix et nous l’ajoutons à celle de Michel Chossudovsky, et nous demandons à nos lecteurs de propager le message dans le monde entier :

Nous demandons à tout le monde aux États-Unis, en Europe de l’Ouest, en Israël, en Turquie et partout à travers le monde de s’opposer à ce projet militaire, de se soulever contre leurs gouvernements qui appuient une action militaire contre l’Iran et contre les médias qui servent à camoufler les implications dévastatrices d’une guerre contre l’Iran [16].

 

Fida Dakroub, Ph.D

Communiquer avec l’auteur : fdakroub@gmail.com

Page officielle de l’auteur : www.fidadakroub.net

 

Notes

 

[1] Référence au discours de George W. Bush qui divisait le monde en deux axes : l’axe du bien et l’axe du mal.

[2] Dakroub, Fida. (22 septembre 2012). « L’Iliade du Sept-Septembre: le jour Stephen Harper s’habilla en Agamemnon ». Publié sur Mondialisation.ca. Récupéré le 27 septembre 2012 de

http://www.mondialisation.ca/liliade-du-sept-septembre-le-jour-stephen-harper-shabilla-en-agamemnon/

[3] Héphaistos est le dieu du feu et de la métallurgie. Dans l’Iliade, Thétis la mère d’Achille, fait appel à lui pour fabriquer des armes pour son fils.

[4] Dans L’Iliade d’Homère, lorsque Phoibos Apollon s’opposa à Achilles aux pieds rapides devant les murailles de Troie, ce dernier lui répondit en colère : « Ô Apollon, le plus funeste de tous les dieux, tu m’as aveuglé en m’écartant des murailles ! Sans doute, de nombreux Troyens auraient encore mordu la terre avant de rentrer dans Ilios, et tu m’as enlevé une grande gloire. Tu les as sauvés aisément, ne redoutant point ma vengeance. Mais, certes, je me vengerais de toi, si je le pouvais ! ». L’Iliade d’Homère, chant XXII, traduction de Leconte de Lisle (1818 -1894).

[5] The Daily Star. (31 juillet 2012). “Iran ‘will not allow enemy to advance’ in Syria”. Récupéré le 27 septembre 2012 de

http://www.dailystar.com.lb/News/Middle-East/2012/Jul-31/182766-iran-will-not-allow-enemy-to-advance-in-syria-military.ashx#axzz27hww4PMx

[6] Un roman de chevalerie est une œuvre romanesque, le plus souvent en prose, inspirée ou adaptée des romans courtois et des chansons de geste en vers des XIe et XIIIe siècles.

[7] Nordland, Rod. (24 juillet 2012). “Al Qaeda Taking Deadly New Role in Syria’s Conflict”. Publié dans The New York Times. Récupéré le 22 septembre 2012 de

http://www.nytimes.com/2012/07/25/world/middleeast/al-qaeda-insinuating-its-way-into-syrias-conflict.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

[8] The Guardian. (30 juillet 2012). “Al-Qaida turns tide for rebels in battle for eastern Syria”. Récupéré le 22 septembre 2012 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/jul/30/al-qaida-rebels-battle-syria

[9] Abdul-Ahad, Ghaith. (23 septembre 2012).“Syria: the foreign fighters joining the war against Bashar al-Assad”. Publié dans The Guardien. Récupéré le 25 septembre 2012 de

http://www.guardian.co.uk/world/2012/sep/23/syria-foreign-fighters-joining-war?intcmp=239

[10] Vela, Justin. (13 juin 2012). “Arab states arm rebels as UN talks of Syrian civil war”. Publié dans The Independent. Récupéré le 25 septembre 2012 de

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/exclusive-arab-states-arm-rebels-as-un-talks-of-syrian-civil-war-7845026.html

[11] Puz, Ulrike. (25 juillet 2012). “Christians Flee from Radical Rebels in Syria”. Publié dans Der Spiegel. Récupéré le 27 septembre 2012 de

http://www.spiegel.de/international/world/christians-flee-from-radical-rebels-in-syria-a-846180.html

[13] Les divinités olympiennes sont les divinités grecques qui, selon la mythologie, résident sur le mont Olympe. Ils se nourrissent d’ambroisie et de nectar, et engendrent d’autres dieux. Ils descendent parfois sur Terre parmi les mortels, afin de les aider, de les punir, mais aussi pour s’unir, engendrant ainsi des demi-dieux ou héros.

[14] Puisque son sommet reste caché aux mortels par les nuages, l’Olympe est aussi un lieu de villégiature sur lequel les dieux grecs avaient élu domicile pour passer leur temps à festoyer et à contempler le monde.

Homère décrit ce lieu comme un endroit idéal et paisible, isolé des intempéries telles que la pluie, la neige ou le vent, où les dieux pouvaient vivre dans un parfait bonheur.

[15] Dans la mythologie grecque, le Tartare est la région la plus profonde des Enfers. C’est aussi la prison des dieux déchus comme les Titans et des Géants, et tous les anciens dieux qui s’étaient opposés aux Olympiens.

[16] Chossudovsky, Michel. (26 septembre 2012). « Une guerre contre l’Iran déclenchera la Troisième Guerre mondiale ». Publié sur Mondialisation.ca. Récupéré le 27 septembre 2012 de

http://www.mondialisation.ca/une-guerre-contre-liran-declenchera-la-troisieme-guerre-mondiale/

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

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Les enjeux continentaux de l’élection au Venezuela

septembre 28th, 2012 by André Maltais

L’élection présidentielle du 7 octobre, au Venezuela, est, comme rarement il est donné à une élection de l’être, d’une terrible importance.

Non seulement, dit le fondateur de la chaîne de télévision Telesur, Aram Aharonian, les vénézuéliens se demandent si le processus bolivarien va continuer mais, tant les latino-américains que les centres de pouvoir états-uniens, savent que, de ce processus, dépend en bonne mesure l’avenir de l’intégration de l’Amérique latine et des Caraîbes.

Pour le syndicaliste vénézuélien installé en Argentine, Modesto Emilio Guerrero, une défaite du président Chavez «causerait des mouvements tectoniques dans la politique des Amériques tellement se concentrent, au Venezuela, plusieurs des principales conquêtes politiques de la dernière décade latino-américaine».

Romain Migus, journaliste français vivant au Venezuela, croit pour sa part qu’un tel dénouement ramènerait le continent latino-américain «à l’abîme social des années 1990».

La défaite de Chavez est toutefois improbable. Des 124 sondages réalisés jusqu’à maintenant, au Venezuela, tant par des firmes gouvernementales que privées, 122 prévoient que l’actuel président l’emportera par une marge variant entre 8 et 22 points de pourcentage sur son opposant de droite, le gouverneur de l’État du Miranda, Henrique Capriles Radonski.

Mais le plan B de l’opposition inquiète sérieusement. Le 25 août, quelques jours après une déclaration de la firme de sondage Datanalisis selon laquelle seul un fait exceptionnel comme une catastrophe pourrait empêcher l’élection de Chavez, un violent incendie tuait 41 personnes à la raffinerie d’Amuay, l’une des plus importantes du pays.

Datanalisis a été fondée par Luis Vicente Leon, l’un des organisateurs du coup d’État manqué d’avril 2002 contre le président Chavez.

Plus tôt, après un débordement de rivière, l’important pont de Cupira, reliant la capitale à l’est du pays, s’effondrait mystérieusement. Ces deux «faits exceptionnels», tout comme un supposé massacre d’indigènes dans la partie amazonienne du pays, sont présentement sous enquête.

En rendant le gouvernement responsable de ces événements, la droite et ses médias commerciaux espèrent réduire l’écart entre les candidats pour ensuite mieux justifier une soi-disant fraude électorale qu’ils annoncent depuis plusieurs semaines en menant une furieuse campagne contre la fiabilité du système électoral vénézuélien et contre la Commission nationale électorale (CNE) accusée d’être le «bras électoral du chavisme».

Au Chili, l’ex-ministre de la planification dans le gouvernement de Carlos Andres Perez et conseiller de Capriles Radonski, Ricardo Haussman, s’est vanté qu’au soir du 7 octobre, l’opposition fera connaître au monde entier ses propres résultats électoraux, si possible avant la CNE!

Radonski, rappelle Modesto Emilio Guerrero, est issu de Justice d’abord, un mouvement qui a activement participé au coup d’avril 2002. Le candidat d’opposition avait lui-même mené l’assaut contre l’ambassade cubaine, à Caracas, sautant le mur d’enceinte, endommageant des véhicules, coupant l’eau, l’électricité et les vivres aux occupants.

L’avocate états-unienne Eva Golinder calcule que les millions de dollars envoyés depuis plus de dix ans par les agences états-uniennes à des groupes anti-chavistes, pourraient bien provoquer une «fatigue» de Chavez et, cela, pas plus tard qu’aux élections provinciales et municipales d’avril 2013. D’ici là, dit-elle, un climat postélectoral propice aux affrontements dans les rues, pourrait faire perdre aux chavistes plus de la moitié des gouvernements provinciaux et plus de 60% des mairies.

Il serait alors possible, renchérit Guerrero, de construire un courant réactionnaire institutionnel dans le «respect de la démocratie» comme celui qu’on a pu voir à l’œuvre au Paraguay et qui semble avoir été une répétition de ce qui est envisagé pour le Venezuela.

C’est que le temps presse pour les États-Unis. Dans son bulletin de mai 2012, la Bank of America analyse longuement les conséquences de l’élection qui aura lieu dans le pays duquel sort 27% du pétrole qui meut l’économie états-unienne et recommande de «régler le cas du Senor Chavez».

Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), la somme des activités économiques de l’Asie Pacifique et de l’Amérique latine représente aujourd’hui 60% de la croissance économique mondiale.

Pour faire face à la crise qui frappe son pays, le président Obama a réduit les importations de pétrole états-uniennes de 9,3 à 8,9 millions de barils par jour. Par conséquent, avertit Victor Flores Alvarez, du portail Internet, America latina en movimiento, exploitées au rythme actuel de l’administration Obama, les réserves états-uniennes n’en ont plus que pour onze ans.

Pendant ce temps, le Venezuela non seulement regorge d’or noir mais, de son gouvernement, dépendent ou sont associées les principales entités commerciales, économiques, militaires, culturelles ou diplomatiques qui, depuis dix ans, structurent la «nouvelle Amérique latine» et l’éloignent de Washington.

La récente adhésion du Venezuela au Mercosur n’a rien non plus pour plaire aux États-Unis car, par cette union, les deux entités qui préoccupent la Maison Blanche se renforcent mutuellement.

Le Venezuela, dit Isabel Delgado, membre de la Commission présidentielle pour le Mercosur, apporte au bloc commercial «une dimension énergétique forte et structurée dont l’absence est en ce moment déterminante dans la crise que traverse l’Union européenne

Avec le Venezuela, le Mercosur compte maintenant 70% de la population sud-américaine et son PIB représente 83,2% de celui du sous-continent. Son territoire occupe presque tout le littoral Atlantique et se projette jusque dans les Caraïbes.

Il est aussi évident que le bloc régional renforce le Venezuela, pays jusque là vulnérable aux pénuries d’aliments, en lui donnant accès à l’un des plus grands marchés alimentaires du monde. Mais, surtout, le bloc rompt l’isolement dans lequel les États-Unis cherchent à confiner Caracas et la prémunit contre un éventuel blocus économique.

Avec le Mercosur et l’ALBA, le Venezuela se positionne plus que jamais dans la dimension historique d’intégration latino-américaine de son orientation bolivarienne et il n’y a aucun doute qu’avec lui, le Mercosur se tournera davantage vers les pays émergents des BRICS comme la Chine, l’Inde et la Russie.

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, l’a bien compris lui, qui, trois jours seulement après que le Mercosur eut suspendu le Paraguay (l’un des seuls pays du monde à ne pas entretenir de relations diplomatiques avec la Chine), en profitait pour proposer une vaste alliance stratégique entre son pays et le bloc commercial sud-américain.

L’offre chinoise est tentante, nous dit Victor Flores Alvarez. La CEPAL prévoit qu’en 2030, les deux tiers de la classe moyenne mondiale vivront dans la région Asie Pacifique contre 20% en Amérique du Nord et Europe combinées. Cette classe moyenne asiatique sera un marché clé pour les aliments, les produits de luxe et de haute qualité, le tourisme, les services médicaux et les marchandises de détail.

L’Amérique latine se voit offrir là une opportunité, non seulement de prolonger avec l’Asie le cycle commercial favorable qu’elle maintient depuis 2003, mais aussi de diversifier ses exportations et d’en augmenter la valeur ajoutée.

Flores Alvarez ajoute que l’offre chinoise permet aussi à l’Amérique latine de contempler une alliance anti-invasion et anti-agression avec l’une des grandes puissances équilibrantes de la planète.

Voilà pourquoi, conclut Eva Golinder, «les insatiables qui veulent le pouvoir dans le pays qui détient les plus importantes réserves pétrolières du monde, ne toléreront pas leur échec. La patrie est en jeu et elle doit gagner».

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Les trucages du renseignement par l’État profond

septembre 28th, 2012 by Prof Peter Dale Scott

Dans la troisième et dernière partie de son étude, Peter Dale Scott montre que plusieurs administrations ont participé à la préparation de la version officielle du 11-Septembre, soit en fabriquant des indices, soit en retenant des renseignements. Ce faisant, l’ancien diplomate canadien met en évidence l’action d’institutions états-uniennes profondes, inconnues du grand public.

Première partie :

Deuxième partie :

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Des services secrets parallèles De Prof Peter Dale Scott, septembre 27, 2012

 

Richard Blee avait-il un objectif inconnu pour retenir les renseignements ?

Kevin Fenton avance la possibilité que l’un des individus cherchant un prétexte pour intensifier la guerre contre al-Qaïda aurait pu être Richard Blee. Nous avons vu que ce dernier, accompagné de Cofer Black, négocia avec l’Ouzbékistan un accord de liaison visant à établir un échange de renseignements. En 2000, le SOCOM commença à s’impliquer dans cette région, et « les forces spéciales US initièrent une collaboration plus visible avec l’armée ouzbèke, dans le cadre de missions d’entraînement. » [1] Comme nous l’avons constaté, l’accord de liaison ouzbèke a peu à peu évolué vers une liaison secondaire avec l’Alliance du Nord en Afghanistan. Alors qu’il rencontrait le commandant Massoud en octobre 1999, Richard Blee accepta de faire pression sur Washington en faveur d’un soutien plus actif à l’Alliance du Nord. [2]

Après l’attentat contre l’USS Cole à Aden en octobre 2000, Blee tenta d’élargir la mission militaire en Ouzbékistan en appuyant la création d’une force offensive commune, qui aurait été coordonnée aux troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Ce projet rencontra d’importantes objections alors que Bill Clinton était encore président, notamment car Massoud combattait avec l’appui de la Russie et de l’Iran les talibans soutenus par le Pakistan, et car il était connu pour financer son effort de guerre grâce au trafic de l’héroïne. [3] Mais au printemps 2001, une réunion d’adjoints des ministres de la nouvelle administration Bush relança les plans de Richard Blee et de Cofer Black, qui visaient à organiser une importante aide secrète au commandant Massoud —des projets soutenus par Richard Clarke, le directeur du contre-terrorisme à la Maison-Blanche—. [4] Le 4 septembre 2001, une semaine avant le 11-Septembre, le cabinet du Président Bush autorisa la rédaction d’une nouvelle directive présidentielle, la NSPD-9, autorisant un plan d’actions secrètes menées en coordination avec Massoud. Ce plan se basait sur le projet de Richard Blee et de Cofer Black. [5]

Au sein de l’administration Bush récemment investie, Blee n’était plus minoritaire. Six semaines après le 11-Septembre, il fut nommé au poste important de chef de station de la CIA à Kaboul. [6] Kevin Fenton rapporte qu’en vertu de ce nouveau statut, Blee fût impliqué dans le programme de transferts illégaux de prisonniers d’al-Qaïda (« extraordinary renditions »). Ainsi, ces faits suggèrent qu’il aurait pu avoir comme objectif d’obtenir sous la torture de faux aveux d’Ibn Cheikh al-Libi, dans le but de démontrer une complicité irakienne avec al-Qaïda. Ces fausses confessions furent ensuite utilisées dans le « trucage » des renseignements, et elles « constituèrent une partie déterminante de la présentation embarrassante du secrétaire d’État Colin Powell devant [le Conseil de Sécurité de] l’ONU [,] qui visait à soutenir l’invasion de l’Irak ». [7]

Le SOCOM avait-il un objectif inconnu pour stopper le programme Able Danger ?

Les opérations déclenchées suite au 11-Septembre sont allées bien plus loin que le programme de Richard Blee en faveur d’un engagement paramilitaire de l’Agence avec l’Alliance du Nord. En Afghanistan, le contingent de la CIA devint vite insignifiant à côté des forces du SOCOM. En effet, George Tenet rapporta qu’à la fin de l’année 2001, les États-Unis comptaient dans ce pays environ 500 combattants, incluant « 110 officiers de la CIA, 316 membres des Forces spéciales, et un grand nombre de commandos du Commandement mixte des opérations spéciales [, le JSOC,] semant le chaos derrière les lignes ennemies.  » [8]

Au sein de l’administration Bush, Stephen Cambone avait collaboré avec Dick Cheney et Donald Rumsfeld en cosignant le programme du PNAC, Reconstruire les défenses de l’Amérique, et en participant à son élaboration. Après le 11-Septembre, il devint l’un des partisans les plus actifs de l’utilisation des forces spéciales du SOCOM pour mener des opérations secrètes contre al-Qaïda — pas seulement en Afghanistan, mais «  n’importe où dans le monde » —. [9]

Il est possible que tout ce que Richard Blee ait fait à Alec Station afin de préparer le terrain pour le 11-Septembre entrait dans le cadre d’une plus vaste opération inter-agences, dans laquelle le SOCOM joua un rôle comparable lorsqu’il mit un terme au projet Able Danger. Ceci pourrait expliquer une note manuscrite de Stephen Cambone, rédigée vers 10 heures du matin le 11-Septembre, après qu’il eût reçu un appel de George Tenet, le directeur de la CIA. À cette époque, Cambone était l’un des membres du PNAC que Dick Cheney avait placé au Pentagone — alors dirigé par Donald Rumsfeld —. Voici ce que contient la note en question :

[Vol] AA 77 – 3 indiv[idus] ont été suivis depuis [les projets d’attentats d’al-Qaïda à l’occasion des fêtes du] Millénaire et [de l’attentat du 12 octobre 2000 contre l’USS] Cole
1 type est assoc[ié] au terroriste [ayant visé l’USS] Cole
2 sont entrés aux US au début du mois de juillet
(2 sur 3 arrêtés et interrogés ?)
 [10]

Le « type  » dont il est ici question est probablement Khaled al-Mihdhar, et le «  terroriste [ayant visé l’USS] Cole  » pourrait être Wallid [ou Toufik] ben Attach, un important membre d’al-Qaïda lié non seulement à l’attentat suicide contre l’USS Cole, mais également aux attaques de 1998 contre les ambassades US. Il serait utile de savoir pourquoi George Tenet transmettait à un faucon du Pentagone des renseignements qui, visiblement, n’avaient jamais été divulgués à quiconque en dehors de la CIA. Par ailleurs, est-ce une coïncidence si Cambone, à l’instar de Blee au sein de l’Agence, supervisa un programme dans lequel des membres des forces spéciales du SOCOM utilisèrent la torture pour interroger des détenus en Afghanistan ? [11]

Tout comme Richard Blee aurait été un protégé de George Tenet à la CIA, Stephen Cambone était connu pour sa loyauté à toute épreuve d’abord envers Dick Cheney, puis envers Donald Rumsfeld une fois nommé au Pentagone. Nous ne savons pas s’il a été associé au projet de planification de la Continuité du Gouvernement (COG) dans lequel Rumsfeld et Cheney, parmi d’autres, préparèrent la surveillance sans mandat et les mesures de détention arbitraire qui furent mises en œuvre pour la première fois le matin du 11-Septembre (et qui sont encore actives, comme je l’ai démontré ailleurs). [12] Nous ne savons pas non plus s’il a été associé, d’une manière ou d’une autre, au groupe de travail sur le contreterrorisme de Dick Cheney durant le printemps 2001 (l’Office of National Preparedness, ou Bureau de Préparation Nationale). Ce groupe aurait été une source des exercices militaires du 11-Septembre — incluant des simulations d’attaques d’avions détournés — qui ont amplifié la confusion dans la réponse de la défense US aux attentats. [13]

Les événements profonds comme modèle récurrent derrière les engagements des États-Unis dans la guerre

Je désirerais conclure cet essai en situant dans une courte perspective historique les dysfonctionnements que nous venons d’observer. Dans une certaine mesure, le 11-Septembre fut sans précédent — le plus grand homicide jamais perpétré en une seule journée sur le territoire des États-Unis —. Mais il est aussi un exemple emblématique du genre d’événements mystérieux avec lesquels nous avons été malheureusement familiarisés depuis l’assassinat de Kennedy. Je les ai appelé les « événements profonds », en ce qu’ils trouvent leurs racines profondes dans les activités illégales et secrètes des diverses branches des agences de renseignement US. Par ailleurs, ces événements sont suivis par un processus de flagrantes dissimulations officielles, soutenues par d’incroyables dysfonctionnements médiatiques et par des livres à succès mensongers. Certains de ces événements profonds, comme l’assassinat de Kennedy, les incidents du golfe du Tonkin et le 11-Septembre, devraient être considérés comme des événements profonds structurels, du fait de leur impact permanent sur l’Histoire.

Il est frappant de constater que les événements profonds structurels à peine évoqués devaient tous avoir comme effet de déclencher un engagement rapide des forces états-uniennes dans des guerres inopportunes. Dans une perspective inverse, toutes les interventions militaires importantes des États-Unis depuis la Corée dans les années 50 ont été précédées par des événements profonds structurels — le Laos, le Vietnam, l’Afghanistan (à deux reprises, d’abord secrètement puis ouvertement) et l’Irak —. Comme je l’ai écrit dans La Machine de guerre américaine, un rapport de 1963, rédigé par la Direction des planifications et des politiques (J-5) du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), fit savoir à ses généraux que «  [l]a fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire [était] réalisable et [pouvait] être accomplie à l’aide des ressources disponibles.  » [14] Les incidents du golfe du Tonkin, le 11-Septembre et même l’assassinat de Kennedy peuvent être vus comme des événements qui furent en réalité « fabriqués », selon le modèle exposé en 1962 dans le Projet Northwoods (l’ensemble de propositions émises par le JCS pour justifier une invasion de Cuba en organisant des attaques sous faux pavillon). [15]

Par ailleurs, malgré mon scepticisme initial, deux livres récents m’ont peu à peu convaincu de lister plus d’une douzaine de parallèles importants entre l’assassinat de Kennedy et le 11-Septembre. Grâce aux brillantes recherches de Kevin Fenton, je peux ajouter un autre parallèle à cette liste. En effet, les dossiers de la CIA concernant Lee Harvey Oswald, qui avaient été plus ou moins dormants pendant deux ans, montrèrent une soudaine hyperactivité au cours des six semaines avant l’assassinat de Kennedy. Fenton a démontré le même sursaut d’activité dans les dossiers du FBI concernant Khaled al-Mihdhar ou Nawaf al-Hazmi les semaines précédant le 11-Septembre. Ce sursaut fut initié par Tom Wilshire, à un moment étrangement proche de celui où les pirates de l’air présumés fixèrent une date finale pour leur attaque. En outre, nous pouvons constater d’étranges retards dans ces deux affaires, expliquant le fait que les dossiers soient à l’étude durant la survenance de ces événements profonds. [16]

L’impact du 11-Septembre sur le Droit international et américain

À travers cet essai, nous avons analysé deux différents niveaux de fonctionnement de la politique étrangère US, qui sont en réalité contradictoires. Au niveau visible de la diplomatique publique, nous pouvons observer un engagement en faveur du Droit international et de la résolution pacifique des différends. À un niveau plus profond, incarné par une connexion saoudienne de longue date et par des arrangements secrets visant à contrôler mondialement le pétrole, nous observons la tolérance — voire la protection — de groupes terroristes dans l’accomplissement des objectifs secrets des États-Unis autant que de l’Arabie saoudite. Ainsi, en 2000 et 2001, les agissements du « groupe Alec Station » autour des deux pirates de l’air présumés Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi doivent être replacés dans le contexte de cette vieille connexion avec l’Arabie saoudite. Ils s’inscrivent aussi dans le consensus secret de 2001 qui, comme en 1964, était centré sur l’idée que les besoins pétroliers et sécuritaires des États-Unis (ainsi que ceux d’Israël) nécessitaient une nouvelle mobilisation US vers la guerre.

Aussi horrible fut-il, le meurtre de plus de 2 000 civils durant le 11-Septembre n’a pas été le seul crime majeur perpétré ce jour-là. En effet, ces attaques ont également déclenché une série d’assauts sur le Droit international autant qu’états-unien. L’état de droit et la liberté vont de pair, et ils ont été considérablement étendus par les documents fondateurs des États-Unis au XVIIIe siècle. Le monde entier en a bénéficié : sur chaque continent, des constitutions écrites firent rapidement leur apparition et les mouvements Jeune Europe, inspirés par l’exemple américain, initièrent le difficile processus vers l’Union européenne d’aujourd’hui.

Depuis 2001, l’état de droit autant que la liberté ont été progressivement érodés. Fondée sur le fait pour chaque État de ne pas infliger aux autres ce qu’il n’aimerait pas subir, la courtoisie internationale a été — au moins pendant un certain temps — supplantée par l’engagement militaire unilatéral des États-Unis (agissant sans crainte des réprobations ou des sanctions). Les assassinats opérés par les drones dans des endroits éloignés du globe sont aujourd’hui devenus routiniers. Ils ont tué plus de 2000 Pakistanais (dont une large majorité de civils), plus des trois quarts de ces frappes ayant été menées sous le Président Obama. [17] La guerre préventive contre l’Irak, bien que s’étant avérée injustifiée et contreproductive, a été suivie par le bombardement préventif de la Libye, et par des perspectives de nouvelles campagnes militaires contre la Syrie et l’Iran.

En tant que Canadien, permettez-moi de souligner que je crois en l’exceptionnalisme américain, et qu’il fût un temps où les États-Unis se distinguaient pour avoir remplacé un régime autoritaire par un gouvernement constitutionnellement encadré — ce qui n’avait pas de précédent historique —. Aujourd’hui, les États-Unis restent une exception, mais par leur pourcentage de citoyens incarcérés, leurs inégalités de richesses et de revenus (un ratio qui, parmi les grandes nations, n’est dépassé que par la Chine), et enfin pour leur emploi immodéré de la puissance meurtrière à l’étranger.

Seule la dernière de ces tendances a débuté avec le 11-Septembre. Mais cet événement lui-même devrait être perçu comme l’issue logique de l’expansion impériale des États-Unis et de son déclin simultané — un processus affectant inévitablement ces supers-États qui accumulent et conservent plus de pouvoir que ne le requiert la gestion ordonnée de leurs propres affaires —.

Peter Dale Scott

 

Article original en anglais (publié en une seule partie) :

Launching the U.S. Terror War: the CIA, 9/11, Afghanistan, and Central Asia, le 16 mars 2012.

Cet article a également été publié dans The Asia-Pacific Journal, Vol 10, Issue 12, No 3

Traduction en français par Maxime Chaix

Version française publiée par le Réseau Voltaire

Une version synthétique de cet essai a été présentée le 11 septembre 2011 aux Auditions internationales sur le 11-Septembre (International Hearings on the Events of September 11, 2001), qui se sont déroulées du 8 au 11 septembre 2011 à Toronto.

Vous pouvez comander dès à présent le nouveau livre de Peter Dale Scott, « La Machine de guerre américaine », sur la librairie en ligne du Réseau Voltaire.
Peter Dale Scott : Ancien diplomate canadien et professeur émérite à l’université de Berkeley, en Californie. Auteur du livre La Machine de guerre américaine (éditions Demi-lune, 2012).

[1] Thomas E. Ricks et Susan B. Glasser, Washington Post, 14 octobre 2001. De façon significative, la proposition de créer une force offensive mixte avec l’Alliance du Nord rencontrait également l’opposition du commandant Massoud lui-même (Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, pp.597-98, p.796n25). Le problème de la réticence de Massoud à une présence des troupes US en Afghanistan disparut lorsqu’il fut assassiné le 9 septembre 2001, soit deux jours avant le 11-Septembre.

[2] Coll, Ghost Wars, pp.467-69.

[3] Ibidem, p.513, pp.534-36, p.553.

[4] Ibidem, p.558.

[5] Ibidem, pp.573-74.

[6] Fenton, Disconnecting the Dots, p.108.

[7] Ibidem, pp.110-14.

[8] George Tenet, At the Center of the Storm : my years at the CIA (HarperCollins, New York, 2007), p.255.

[9] Jeremy Scahill, « Shhhhhh ! JSOC is Hiring Interrogators and Covert Operatives for ’Special Access Programs’ », The Nation, 25 août 2010.

[10] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.127-30 ; Summers, Eleventh Day, pp.387-88.

[11] Jason Vest, « Implausible Denial II », The Nation, 31 mai 2004.

[12] Peter Dale Scott, « La continuité du gouvernement étasunien : L’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? », Mondialisation.ca, 6 décembre 2010.

[13] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.298-301.

[14] Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.21 ; Scott, American War Machine, p.193, p.196.

[15] Scott, American War Machine, pp.195-205 ; document Northwoods, dossiers centraux du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS) 1962-63, p.178, NARA Record # 202-10002-10104 ; « Opération Northwoods : Quand l’état-major américain planifiait des attentats terroristes contre sa population », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 novembre 2001.

[16] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.283-355 ; Scott, War Conspiracy, pp.341-96.

[17] Jason Ditz, « Report : CIA Drones Killed Over 2,000, Mostly Civilians in Pakistan Since 2006 », AntiWar.com, 2 janvier 2011. Cf. Karen DeYoung, « Secrecy defines Obama’s drone war », Washington Post, 19 décembre 2011 (« des centaines de frappes menées sur trois ans – causant entre 1 350 et 2 250 décès au [Pakistan] »).

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Caricatures, la forme et le fond

septembre 27th, 2012 by Djamel Labidi

On ne l’aura peut-être pas remarqué, mais c’est à peu près au moment où la justice française interdisait, dans un consensus quasi général, au magazine “Closer” de diffuser les photos de la princesse Kate les seins nus,  que le journal satirique français “Charlie Hebdo” faisait paraître ses caricatures avec là aussi, le nu comme procédé de provocation du dessin. De nouveau consensus quasi général dans la classe politique et la presse françaises, mais… sur la liberté d’expression.

Certes, on pourra dire qu’il s’agit d’un côté d’une personne en vie et de l’autre d’un personnage ayant vécu au 7eme siècle, mais pour les musulmans, le Prophète est vécu comme une réalité vivante et permanente.

On pourra reprocher aux manifestations de protestation ayant eu lieu en France ou dans d’autres pays occidentaux d’être tombées dans le piège de la provocation et d’être bien maladroites. Oui, mais elles auront montré aussi combien cette liberté d’expression était à deux vitesses et ne concernaient pas les citoyens musulmans, du moins sur certains sujets qui révèlent régulièrement les limites actuelles de la démocratie occidentale. A cet égard, la déclaration, faite le 16 Septembre par le ministre de l’intérieur français Manuel Valls est édifiante: “je ne permettrai pas, dit-il à propos de la manifestation de la veille devant l’ambassade américaine à Paris,  (….) que des slogans hostiles à des pays alliés (…)  puissent se faire entendre dans nos rues.” Les manifestations sont donc permises suivant les ambassades concernées et l’identité des manifestants? On se souvient des grandes manifestations antiaméricaines à Paris, de la guerre du Vietnam à l’invasion de l’Irak. Les temps ont bien changé ainsi que la conception de la liberté d’expression et de manifestation en France. Toutes proportions gardées, il y a même un relent de l’état d’esprit avec lequel étaient regardées les manifestations algériennes à Paris, un certain 17 Octobre 1961, où il était  clair que le droit à manifester était un droit réservé. Prenons garde à la réédition de ces moments sombres de l’Histoire.

On se trouve finalement dans une situation où manipulations et provocations s’enchevêtrent et peuvent aboutir à “une situation que personne n’a voulu mais à laquelle tout le monde a participé” pour paraphraser ce que disait un grand historien. S’il y a volonté de manipulation dans le film anti-islam “Innocence of Muslims”, réalisé et produit aux Etats Unis, il faut rappeler aussi que les manipulations peuvent aussi se retourner contre leurs auteurs.  Les situations sont différentes dans chaque pays musulman et donc la nature et la signification réelle des réactions et des manifestations. Ceci explique d’ailleurs qu’en Occident même,  certains, dans les milieux politiques, commencent à désapprouver  la provocation du journal français “Charlie Hebdo” car ils s’inquiètent d’une situation aux conséquences imprévisibles.

En Afghanistan, les manifestations contre le film anti-islam sont aussi des manifestations contre l’occupation des américains et de leurs alliés. Au Pakistan, aussi, l’émotion causée par ce  film se mêle à l’hostilité contre la présence militaire américaine. En Iran, elle révèle les mêmes sentiments nationalistes face aux pressions militaires et économiques des grandes puissances occidentales. En Palestine, les manifestations contre ce film s’unissent à la mobilisation contre l’occupation israélienne.

On touche ainsi à un problème de fond. Il est faux de ne voir dans les manifestations religieuses que des causes religieuses. C’est tourner dans le cercle vicieux qui consiste à expliquer une chose par elle-même, la religion par la religion, l’islamisme par l’islamisme, et se priver de voir les causes sociales,  donc politiques. Si l’habit est religieux, si la forme est religieuse, le fond lui est social. Il s’exprime avec d’autant  plus de force sous la forme culturelle de l’Islam que celui-ci s’identifie dans les peuples musulmans à des aspirations à la dignité nationale ou sociale. En Europe, entre autres exemples, l’Eglise polonaise tirait son influence et son prestige  du fait qu’elle s’était toujours confondue avec les aspirations nationales populaires contre la domination étrangère. Qu’on regarde bien, mais dans chaque manifestation populaire qui prend la forme religieuse de l’Islam, il y a une nation qui est agressée, il y a une communauté musulmane qui se sent humiliée, marginalisée dans le pays où elle vit. Et alors là,  si on le voit bien, le discours anticlérical et laïque français de gauche sur la lutte pour la tolérance et contre le fanatisme religieux ne servira plus à cacher, et même à légitimer, comme à la période coloniale, d’autres intolérances et d’autres dominations d’autant plus inhumaines qu’elles font que  ceux qui sont dominés, que les victimes finissent souvent, hélas, par être la caricature de l’image qu’en dressent leurs bourreaux.

Djamel Labidi

Paru dans Le Quotidien d’Oran du 23 Septembre 2012. Cliquer ici

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Québec : Mythes répandus sur la centrale nucléaire Gentilly-2

septembre 27th, 2012 by Sortons le Québec du nucléaire

Trois-Rivières, le 26 septembre 2012 — Le mouvement Sortons le Québec du nucléaireappelle les opposants au démantèlement de la centrale nucléaire Gentilly-2 au calme et à la modération. « Par leurs ultimatums, leurs images déconnectées de la réalité et par la présentation caricaturale des conséquences de la fermeture les notables locaux, le syndicat, le lobby nucléaire et le Parti libéral tentent d’exercer une pression indue sur le gouvernement Marois et de manipuler l’opinion publique. Le gouvernement a pris une bonne décision, qui va dans l’intérêt de tous les Québécois », a déclaré Christian Simard, de Nature Québec. « Le fait demeure que la centrale Gentilly-2 est coûteuse, inutile et sa gestion risquée. Cette centrale a déjà produit plus de 2 500 tonnes de déchets hautement radioactifs, que nous léguons aux générations futures. Il faut mettre fin à cette situation », ajoute-t-il.

Mythe 1  La sécurité de Gentilly-2: « Pas plus dangereux que de conduire une voiture » (Yves Lévesque, maire de Trois-Rivières) -  « Plus sécuritaire ouvert que fermé » (SCFP)
Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, a déclaré cette semaine que faire fonctionner une centrale nucléaire « n’était pas plus dangereux que de conduire une voiture » et, du même souffle, a appelé « au renversement du gouvernement ». Ce genre de déclaration, dans la lignée des « On va s’éclairer à la chandelle » (Michel Arsenault, FTQ) ou « C’est impossible qu’une centrale nucléaire explose » (ancien maire de Bécancour), rabaisse le débat. « On doit rappeler que la catastrophe de Fukushima (où il y a eu explosion)…) a provoqué la création d’une zone d’exclusion totale de 20 kilomètres et qu’il est faux de prétendre qu’au Québec nous sommes à l’abri d’une telle éventualité. De plus, une centrale en opération émet quotidiennement dans l’environnement une quantité importante de radionucléides qui ne sont pas sans effets pour les humains et les habitats essentiels à leur existence », rappelle Michel Duguay, physicien nucléaire. « Et que dire de la déclaration du SCFP, qui juge que la centrale Gentilly-2 serait plus sécuritaire ouverte que fermée ? Sinon qu’elle heurte le sens commun », ajoute Pierre Jasmin des Artistes pour la Paix.
Mythe 2 : « Le démantèlement sera plus cher que la réfection»
Sans aucun document à l’appui, les opposants déclarent que la fermeture et le démantèlement de Gentilly-2 coûteront plus cher que sa réfection. On veut simplement rappeler ici qu’à la note 13 de ses états financiers 2011, Hydro-Québec évalue à 729 millions le démantèlement et la disposition du combustible de Gentilly-2, alors que le coût de la réfection ne se ferait pas en bas de 3 milliards $ (http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/gentilly-2/201204/20/01-4517217-pas-moins-de-3-milliards-pour-gentilly-2.php). De plus, on ne peut pas vraiment opposer les coûts de démantèlement aux coûts de réfection, car il faudra un jour ou l’autre déclasser Gentilly-2 et que ces coûts ne pourront être évités. Les repousser d’une vingtaine d’années, advenant une réfection, n’aurait pour effet que de les accroître.
Un autre épouvantail économique vient de surgir : Hydro-Québec devra inscrire immédiatement une perte à ses états financiers advenant la fermeture de Gentilly-2 ce qui affectera le dividende versé au gouvernement. En créant une Société  Québécoise de démantèlement de Gentilly-2, cette situation pourra être évitée. Pour André Bélisle de l’AQLPA « Il faut voir le démantèlement de Gentilly-2 comme une occasion magnifique de développement d’expertise, non seulement dans le démantèlement de centrales, mais également en conservation et en efficacité énergétique, en nouveaux modes de production d’énergie et en robotique. Au lieu de développer une énergie chère et toxique, dont le prix s’élève en Amérique du Nord entre 15 et 20 sous le kilowatt/heure, pourquoi ne pas s’orienter vers des choix d’avenir ? ».
Mythe 3 : Une catastrophe pour l’économie locale et l’emploi
Au lieu de pronostiquer une catastrophe économique pour la région, les chambres de commerce devraient s’informer et lire l’étude commandée par Hydro-Québec sur les impacts d’une fermeture de Gentilly-2 qui dit qu’une « perte annuelle de près de 13 millions est prévue pour les fournisseurs régionaux de Gentilly-2 » (http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/gentilly-2/documents/DA8.pdf, page i). Ces pertes seront largement compensées par le fonds de diversification de 200 millions $ annoncé par le gouvernement. Il en va de même pour les pertes d’emploi directes, quand on sait que plus de 90 % des employés de la centrale ont la sécurité d’emploi et pourront en bonne partie être réaffectés au démantèlement.
L’ultimatum des libéraux : une position irresponsable
Au lieu de poser des ultimatums, comme de sommer le gouvernement de rencontrer le comité stratégique régional, et de rouler des mécaniques dans un contexte de gouvernement minoritaire, le Parti libéral devrait tenir compte du fait que le Québec est en période de surplus énergétique et placer le bien commun avant les petites stratégies partisanes . « Dans ce contexte  et en regard des risques liés au nucléaire, la seule solution sensée demeure le déclassement de Gentilly-2 et la diversification de l’économie régionale », mentionne Karel Mayrand de la Fondation David-Suzuki.
La CAQ semble opérer un virage salutaire mais connaît peu le dossier
Après voir qualifié d’« irresponsable » la non réfection de Gentilly-2, la Coalition avenir Québec semble se repositionner et veut maintenant attendre les chiffres avant de se prononcer. Toutefois, Monsieur Bonnardel semble souhaiter que la centrale continue de fonctionner pendant l’exercice de réflexion, ignorant sans doute qu’elle est présentement en arrêt et que son permis ne lui permet pas d’être en fonction après le 31 décembre 2012… Sortons le Québec du nucléaire note avec intérêt que l’économiste Claude Garcia, près de certains éléments de la CAQ, s’oppose fortement au projet de réfection.
En terminant, le mouvement Sortons le Québec du nucléaire réitère son appui à la décision du gouvernement Marois et demande aux intervenants économiques de cesser de semer la peur par des affirmations non fondées et de fausses informations..
Le mouvement Sortons le Québec du nucléaire a été créé en août 2008 à la suite de l’annonce du projet de réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2. Le mouvement a pour objectifs de sensibiliser et de mobiliser les citoyens et les décideurs politiques concernant l’ensemble des enjeux sociaux, économiques et environnementaux touchant la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2.
Information :      Christian Simard, Nature Québec, 418-928-1150, direction@naturequebec.org
Michel Fugère, Mouvement Vert Mauricie, 819-532-2073, mfugeremvert@sympatico.ca Philippe Giroul, mouvement Sortons le Québec du nucléaire, 819-377-3810, msqng2@yahoo.ca
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Exécution du journaliste Maya Nasser

septembre 27th, 2012 by Réseau Voltaire

Notre collègue et ami, Maya Nasser, 33 ans, journaliste de Press TV, a été exécuté par un tireur d’élite, d’une balle dans la nuque, mercredi 26 septembre 2012, alors qu’il réalisait un reportage sur le double attentat contre le ministère syrien de la Défense. Il a été abattu par des terroristes alors que ceux-ci tentaient de profiter de la confusion pour pénétrer dans le bâtiment en flammes.

Durant sa vie, Maya Nasser n’a connu que la guerre au Proche-Orient. C’était un journaliste exemplaire. C’était aussi un homme sensible et généreux qui avait voué sa vie à la Résistance et se tenait toujours prêt au sacrifice suprême.

Le chef du bureau d’Al-Alam, notre camarade Hossein Morteza, a été blessé au cours de la même action.

La Syrie est attaquée depuis 18 mois par des mercenaires, financés par le Qatar et encadrés par l’OTAN. Ils tentent de renverser les institutions laïques, de détruire la défense d’un pays partiellement occupé depuis 1967, et d’imposer une dictature religieuse dans laquelle les chrétiens et les minorités musulmanes n’auraient pas leur place. Le conflit a déjà fait plus de 30 000 victimes syriennes (civils et militaires) et plus de 6 000 morts parmi les jihadistes étrangers.

Durant la bataille de Damas (mi-juillet), les Contras avaient mené une action spécifique, d’une rare violence, pour attaquer trois jours durant les studios communs de Press TV et Al-Alam.

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Des services secrets parallèles

septembre 27th, 2012 by Prof Peter Dale Scott

Première partie :

Poursuivant son analyse, Peter Dale Scott montre que les accords de liaison entre services secrets d’États alliés permettent de développer des services parallèles et des opérations hors contrôle. L’ancien diplomate canadien met ainsi à jour la méthode qui a permis aux comploteurs du 11-Septembre d’utiliser les moyens de l’appareil d’État US à l’insu de leurs collègues.

Les accords de liaison avec d’autres services de renseignement

Je pense qu’initialement, Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi auraient pu bénéficier d’une protection car ils avaient été envoyés aux États-Unis par les services de renseignement saoudiens (le GID). Ceci expliquerait pourquoi, après leur arrivée, ils furent apparemment financés de manière indirecte par l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington. Ces faits sont bien résumés par Paul Church dans l’Asia Times Online (édition du 12 février 2012) :

« [E]ntre 1998 et 2002, jusqu’à 73 000 dollars en chèques bancaires furent transmis par Hayfa bint Fayçal, la femme de [l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington, le prince] Bandar, à deux familles californiennes connues pour avoir financé al-Midhar [sic] et al-Hazmi (Bandar décrivit un jour George H. W. Bush et son épouse comme ‘ma mère et mon père’). […] La princesse Hayfa envoyait régulièrement des paiements mensuels allant de 2 000 à 3 500 dollars à Majeda Dweikat, la femme d’Oussama Basnan – qui aurait été un espion pour le gouvernement saoudien, selon divers enquêteurs. De nombreux chèques étaient [aussi] destinés à Manal Bajadr, la femme d’Omar al-Bayoumi, lui-même soupçonné de travailler secrètement pour le royaume [saoudien]. Auparavant, les familles Basnan, al-Bayoumi et les deux pirates de l’air du 11-Septembre avaient partagé le même immeuble à San Diego. Omar al-Bayoumi fut celui qui accueillit les meurtriers lorsqu’ils arrivèrent pour la première fois aux États-Unis, et qui leur fournit un appartement ainsi que des cartes d’assurance sociale (en plus d’autres formes d’assistance). Il aida même ces hommes à s’inscrire dans des écoles de pilotage en Floride. » [1]

Si les deux Saoudiens furent réellement envoyés par le GID, il est pratiquement certain qu’ils auraient été admis aux États-Unis dans le cadre d’un accord de liaison entre le GID et la CIA. [2] Le prince Turki ben Fayçal, l’ancien directeur du GID, a déclaré qu’il échangeait ses informations sur al-Qaïda avec la CIA et qu’en 1997, les Saoudiens « établirent une commission mixte de renseignement avec les États-Unis afin d’échanger des informations sur le terrorisme en général et sur […] al-Qaïda en particulier. » [3] Le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre ajoute que, suite au passage à l’an 2000, des réformes furent entreprises au Centre de contreterrorisme (CTC), qui incluait Alec Station (l’Unité ben Laden de la CIA). Ainsi, le CTC voulait instaurer son plan adopté six mois auparavant, qui consistait à « améliorer les capacités des services de sécurité étrangers ayant fourni des renseignements via la liaison ». [4]

C’était une spécialité de Richard Blee. Steve Coll rapporta que ce dernier et son supérieur Cofer Black étaient très enthousiasmés par les opportunités qu’induisaient les accords de liaison, en ce qu’ils permettaient d’étendre l’influence et les capacités d’action de la CIA dans des régions cruciales. Ainsi, ils s’envolèrent ensemble vers Tachkent en 1999, où ils négocièrent un nouvel accord de liaison avec l’Ouzbékistan. [5] Selon Steve Coll et le Washington Post, cet arrangement conduisit à l’établissement rapide d’une liaison de la CIA en Afghanistan avec l’Alliance du Nord, par l’entremise de Tachkent. [6] Thomas Ricks et Susan Glasser rapportèrent dans le Washington Post qu’après les attentats à la bombe contre les ambassades US à Dar es Salaam et à Nairobi en 1998, « Les États-Unis et l’Ouzbékistan ont discrètement conduit des opérations secrètes communes visant à contrer le régime taliban au pouvoir en Afghanistan, ainsi que ses alliés terroristes […], selon des responsables de ces deux pays. » [7]

Cet engagement en Ouzbékistan entrait dans un plus large schéma régional. Depuis 1997, les États-Unis avaient débuté une série de manœuvres militaires annuelles avec les forces armées kazakhes, kirghizes et ouzbèkes. Ces exercices simulaient un possible déploiement de forces de combat de l’armée US dans la région :

« CENTRAZBAT ’97, comme on l’appelait, était clairement un test de la capacité américaine de projection de forces dans le bassin Caspien en cas de crise. ‘Il n’existe aucune nation sur la surface de cette planète qui est hors de notre portée’, déclara le général Jack Sheehan […] l’officier le plus haut gradé de cet exercice. Et pour quiconque aurait des doutes sur la nature de nos intérêts dans cette région, Catherine Kelleher, accompagnant Sheehan en tant qu’assistante du secrétaire adjoint à la Défense, cita ‘la présence d’énormes ressources énergétiques’ comme justification de l’engagement militaire des États-Unis. L’opération de 1997 fut la première d’une série d’exercices annuels [baptisés] CENTRAZBAT, qui sont conçus pour tester la vitesse avec laquelle Washington pourrait directement déployer dans cette région des forces basées aux États-Unis et y débuter des opérations de combat. » [8]

 

En d’autres termes, l’activité du Pentagone en Ouzbékistan précédait de quatre ans l’accord public signé en octobre 2001 par Donald Rumsfeld et le Président Islom Karimov.

Revenons-en à l’accord de liaison négocié par Richard Blee et Cofer Black avec l’Ouzbékistan. En tant qu’ancien jeune diplomate, permettez-moi d’observer qu’un accord de liaison aurait probablement requis des accréditations spéciales pour ceux qui étaient au courant de cet arrangement, et qui s’échangeaient des informations dans le cadre de cette liaison. [9] Ceci expliquerait l’exclusion des agents du FBI qui n’étaient pas autorisés à accéder à ces informations, ainsi que le comportement des autres agents non accrédités de la CIA qui continuaient de collecter et de disséminer des informations sur les deux pirates de l’air présumés. Le « groupe Alec Station » avait besoin des deux afin de protéger la double identité du tandem de Saoudiens, et de s’assurer qu’ils ne soient pas arrêtés par le FBI, ce qui aurait été source d’embarras.

Il est presque certain que la CIA disposait d’importants accords de liaison non seulement avec le GID saoudien et avec l’Ouzbékistan, mais aussi avec la Direction pour le renseignement interservices du Pakistan (ISI pour Inter-Services Intelligence). Elle avait également établi de tels accords avec les services de renseignement de l’Égypte, et peut-être même du Yémen et du Maroc. Plus particulièrement, il existe des raisons de penser qu’Ali Mohamed fût admis à résider aux États-Unis en tant qu’agent d’un service étranger (probablement égyptien) dans le cadre d’arrangements de ce type. [10] Mohamed était un agent double dont le FBI avait empêché la mise en détention au Canada, ce qui lui permit d’organiser les attentats de 1998 contre les ambassades US. Il figure à la fois parmi les sources et le contenu du célèbre Briefing Présidentiel Quotidien du 6 août 2001 (PDB pour Presidential Daily Briefing), dans lequel la CIA mit en garde le Président Bush que « Ben Laden [était] déterminé à frapper aux États-Unis ». [11] Selon Jack Cloonan, le référent d’Ali Mohamed au FBI, « toutes ces informations [contenues dans le briefing présidentiel] venaient d’Ali », tandis que le PDB attribuait ses découvertes cruciales à ce qu’« un agent opérationnel du Jihad islamique égyptien (JIE) déclara à un service [---]. » [12] (Il est clair qu’Ali Mohamed faisait partie du JIE, et que ce service était probablement égyptien.)

Ali Mohamed

Ali Mohamed

Mais lorsque ce dernier, à l’instar de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi, fut inopportunément admis aux États-Unis, « une autre agence fédérale » que la CIA s’en serait chargé. [13] Il s’agissait très probablement d’une agence du Pentagone car, entre 1987 et 1989, Ali Mohamed « fut affecté au [SOCOM, le] Commandement des opérations spéciales [de l’armée] US à Fort Bragg, la base des Bérets verts et de la Delta Force – l’unité d’élite du contre-terrorisme. » [14] Le SOCOM, qui inclut le Commandement mixte pour les opérations spéciales (JSOC pour Joint Special Operations Command), dispose de sa propre division de renseignement. [15] Par ailleurs, le SOCOM est le commandement qui a mis en place le programme Able Danger en 1999 afin de surveiller les agents d’al-Qaïda et qui, sans explications, l’a stoppé avant le 11-Septembre et a détruit sa base de données. [16] Par ailleurs, le SOCOM opérait en Ouzbékistan avec des agents de la CIA grâce à l’accord de liaison négocié par Cofer Black et Richard Blee du CTC, le Centre de contreterrorisme de la CIA.

 

Cofer Black

Cofer Black

 

Pour toutes ces raisons, je suggère de reconceptualiser ce que Kevin Fenton appelle l’anormal « groupe Alec Station ». En effet, nous pourrions considérer cette faction comme une (ou des) équipe(s) de liaison inter-agences disposant d’accréditations spéciales, et incluant des membres d’Alec Station, des collaborateurs au FBI et probablement des éléments du SOCOM. (L’un de ces collaborateurs était l’agent du FBI Dina Corsi, qui selon Fenton dissimula des informations vitales à son collègue, l’agent Steve Bongardt, et ce même après que la NSA lui en avait autorisé l’accès.) [17]

Retour en arrière : le Safari Club et William Casey

Sous des formes différentes, ces arrangements trouvent leur origine au plus tôt durant les années 1970. À cette époque, d’importants officiers de la CIA, en activité ou retraités (dont notamment Richard Helms), étaient mécontents des réductions de personnel menées sous le Président Jimmy Carter par Stansfield Turner, le directeur de l’Agence. En réponse, ils organisèrent un réseau alternatif que l’on appelle le Safari Club. Supervisé par les directeurs des services de renseignement de la France, de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, du Maroc et de l’Iran (alors dirigé par le Shah), le Safari Club devint une base pour des officiers de la CIA tels que Theodore Shackley et Thomas Clines, qui avaient été marginalisés ou licenciés par le directeur de la CIA Turner. Comme le prince Turki ben Fayçal l’expliquera plus tard, l’objectif du Safari Club n’était pas simplement l’échange d’informations, mais également la conduite d’opérations secrètes que la CIA ne pouvait plus mener directement à cause du scandale du Watergate et des réformes correspondantes. [18]

Dans les années 1980, William Casey, le directeur de la CIA, prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, elles furent élaborées hors du cadre bureaucratique de la CIA qu’il dirigeait alors, en ce qu’elles furent préparées avec les directeurs du renseignement saoudien — d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère destinée à aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques — en d’autres termes, la création d’un réseau de soutien que nous avons connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’Union soviétique et l’Afghanistan. [19] Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs du renseignement saoudien, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires.

Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, bien que la hiérarchie officielle de l’Agence, qui lui était subordonnée à Langley, « pensait [à juste titre] que c’était imprudent ». [20] Dans American War Machine (version française : La Machine de Guerre américaine), j’ai situé le Safari Club et la BCCI dans une succession d’arrangements élaborés au sein d’une « CIA alternative » ou d’une « deuxième CIA », datant de la création en 1948 du Bureau de Coordination Politique (OPC pour Office of Policy Coordination). Ainsi, il est compréhensible que George Tenet, le directeur de la CIA sous George W. Bush, suivît le précédent de Casey et rencontra environ une fois par mois le prince Bandar, ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington, sans révéler le contenu de ces discussions aux officiers de l’Agence chargés des questions saoudiennes. [21]

Kevin Fenton invoqua lui-même l’exemple du Safari Club afin de proposer une possible explication au fait que Richard Blee et Tom Wilshire utilisaient un « réseau parallèle » pour surveiller al-Mihdhar et al-Hazmi à l’intérieur des États-Unis. D’après lui, « [r]etenir les informations concernant Almihdhar et Alhazmi [sic] n’a de sens que si la CIA était en train de surveiller les deux hommes aux États-Unis même, officiellement ou hors registres. » [22] Cependant, nous pourrions envisager une troisième possibilité. En effet, le GID aurait pu surveiller leurs agissements, ce qui correspondrait aux assertions du prince Bandar, selon lesquelles les services de sécurité saoudiens avaient « activement suivi les mouvements de la plupart des terroristes [,] de manière précise ». [23]

Joseph et Susan Trento entendirent de la part d’un ancien officier de la CIA — qui avait été basé en Arabie saoudite — qu’« Hazmi et Mihdhar étaient tous les deux des agents saoudiens. » [24] Si cela est vrai, ils étaient clairement des agents doubles, agissant comme (ou se faisant passer pour) des terroristes en même temps qu’ils agissaient comme (ou se faisaient passer pour) des informateurs. Dans le domaine de l’espionnage, les agents doubles sont précieux et parfois utiles ; mais à certaines occasions, leur faire confiance peut aussi s’avérer dangereux — comme l’illustre l’exemple d’Ali Mohamed —.

Ce fut particulièrement vrai pour la CIA en ce qui concerne l’Arabie saoudite. En effet, le GID soutenait énergiquement al-Qaïda dans des pays comme la Bosnie, en vertu d’un accord imposant que cette organisation jihadiste « n’interfèrerait pas dans les affaires politiques de l’Arabie saoudite ou de tout autre pays arabe ». [25] Cet engagement avait été négocié avec Oussama ben Laden par le ministre de l’Intérieur saoudien Nayef ben Abdelaziz. L’ISI pakistanaise était encore plus activement impliquée avec al-Qaïda, et certains éléments de cette agence étaient probablement plus proches des buts idéologiques de cette organisation que du gouvernement nominalement laïc du Pakistan.

Quoi qu’il en soit, le recours à des informateurs illégaux n’est pas seulement dangereux et imprévisible, c’est aussi un facteur de corruption. En effet, pour jouer leur rôle, les informateurs doivent enfreindre la loi ; et leur superviseurs, ayant conscience de cette nécessité, doivent les protéger en s’abstenant de les signaler. Ainsi, bien trop souvent, ils interviennent afin d’éviter leur arrestation par d’autres services. C’est pourquoi les superviseurs ne cessent de se rendre complices des crimes de leurs informateurs. [26]

Même dans les meilleures circonstances, l’agence concernée doit décider si elle autorise l’informateur à perpétrer son crime, ou si elle l’en empêche en prenant le risque de lui faire perdre son utilité. Lorsque de telles occasions se présentent, les agences ont bien plus souvent tendance à faire le choix qui est contraire à l’intérêt général.

Un exemple très pertinent pour l’illustrer est le premier attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993. Ce cas est intéressant car Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau présumé du 11-Septembre, faisait également partie des organisateurs de l’attentat de 1993. Parmi eux, le FBI avait un informateur, appelé Emad Salem. Plus tard, en se basant sur des preuves extraites des enregistrements de ses débriefings avec le FBI, Salem déclara que le Bureau décidât volontairement de ne pas déjouer le projet terroriste envisagé contre le World Trade Center. Écrit par Ralph Blumenthal pour le New York Times, voici le compte-rendu détaillé de ce précédent au mystère du 11-Septembre :

« On révéla aux fonctionnaires des forces de l’ordre [le FBI] que des terroristes étaient en train de concevoir une bombe, qui fut finalement utilisée pour faire exploser le World Trade Center. Ils envisagèrent de mettre en échec les malfaiteurs en substituant secrètement les explosifs par une poudre inoffensive, déclara un informateur après l’attentat.     Ce dernier était censé aider les malfaiteurs à fabriquer la bombe et leur fournir la fausse poudre, mais ce plan fut annulé par un superviseur du FBI qui avait d’autres idées sur la façon d’utiliser cet informateur, [appelé] Emad A. Salem. Ce récit, tiré de la retranscription des centaines d’heures d’enregistrements que M. Salem a secrètement réalisé durant ses conversations avec des agents des forces de l’ordre, démontre que les autorités étaient dans une bien meilleure position qu’annoncé pour déjouer les attentats à la bombe du 26 février contre les plus hautes tours de New York. L’explosion tua six personnes, en blessa plus de 1 000 et provoqua des dommages excessifs d’un demi-milliard de dollars. Pour cette attaque, quatre hommes sont aujourd’hui poursuivis devant la Cour fédérale de Manhattan. » [27]

Ce qui rend le complot de 1993 encore plus intéressant est le fait que, selon plusieurs sources, Emad Salem était un agent du service de renseignement égyptien, envoyé aux États-Unis pour espionner les actions d’Omar Abdel Rahman, surnommé le « cheikh aveugle ». [28] Il est alors possible que le superviseur du FBI ayant « d’autres idées » sur la manière d’utiliser Emad Salem faisait partie d’une équipe de liaison, ne pouvant révéler ce qu’il savait aux autres agents du Bureau. Par exemple, il aurait pu être au courant d’un possible refus du renseignement égyptiens de dévoiler la couverture de Salem. Cette suggestion est à la fois hypothétique et problématique. Toutefois, elle a le mérite d’offrir une explication relativement cohérente pour un comportement du FBI que l’on peut qualifier de déconcertant.

Cette explication n’exclut absolument pas la possibilité que des fonctionnaires du Bureau auraient eu de plus sinistres motivations pour permettre la survenance des attentats à la bombe, et de le dissimuler ensuite. En effet, à ce moment précis, le cheikh Omar Abdel Rahman était l’un des éléments centraux d’un programme saoudien sensible, auquel des fonctionnaires US participaient également. Ce programme était destiné à recruter et à acheminer des combattants moudjahidines en Bosnie pour lutter contre la Serbie (incluant quelques individus, comme Ayman al-Zawahiri, qui furent ensuite accusés du complot du 11-Septembre). [29] Au vu du comportement des enquêteurs et des autorités judiciaires, il est clair qu’un certain nombre d’agences US ne voulaient pas interférer dans les activités du cheikh Rahman. Même après l’inculpation de ce dernier en 1995, dans une affaire d’association de malfaiteurs en vue de commettre des attentats contre des monuments de New York, le gouvernement des États-Unis continua de protéger Ali Mohamed, un personnage crucial dans cette affaire.

Pis, le fait pour le FBI de permettre la survenance de ces attentats à la bombe s’inscrit dans une série de contreperformances et d’opportunités manquées — toutes liées entre elles — dont l’apogée fut le 11-Septembre. La première de cette série concerne le meurtre de l’extrémiste juif Meir Kahane à New York en 1991. Dans cette affaire, le FBI et le NYPD ont arrêté deux des meurtriers pour les relâcher ensuite, leur permettant de prendre part aux attentats à la bombe de 1993 contre le World Trade Center. L’un des principaux instructeurs de ces deux individus était Ali Mohamed, bien qu’il fasse encore partie des Forces spéciales US à cette époque. Son nom fut systématiquement protégé de toute divulgation publique par Patrick Fitzgerald, le procureur chargé des poursuites dans cette affaire. En 1994, lorsqu’Ali Mohamed fut arrêté à l’aéroport de Vancouver par la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), le FBI est intervenu pour obtenir sa libération. Cette initiative du Bureau permit à Mohamed de se rendre au Kenya, où il devint le principal organisateur de l’attentat à la bombe de 1998 contre l’ambassade US à Nairobi. [30]

Ali Mohamed fut finalement arrêté par les États-uniens en 1998, mais il ne fut pas immédiatement emprisonné. Manifestement, c’est en homme libre qu’il confia sans réticences à Jack Cloonan, son référent au FBI, qu’il connaissait au moins trois des pirates de l’air présumés du 11-Septembre, et qu’il avait aussi contribué à leur apprendre comment détourner des avions. [31] Selon Ali Soufan, dans un livre publié en septembre 2011, Ali Mohamed attendait toujours sa condamnation en 2011, douze ans après qu’il eût plaidé coupable en mai 1999. [32]

Nous devons en conclure qu’aux États-Unis, quelque chose dysfonctionne profondément, et ce depuis bien avant le 11-Septembre. En réalité, ce problème a perduré sous les deux majorités politiques. Les conditions de confidentialité instaurées par les accréditations spéciales n’ont pas seulement masqué ces anomalies de fonctionnement ; comme je le défendrai, elles ont contribué à les engendrer. L’histoire de l’espionnage démontre que le pouvoir secret, lorsqu’il est exercé dans la sphère des activités illégales, devient peu à peu contraire au pouvoir public démocratique. [33] Plus le groupe de planificateurs spéciaux disposant de leurs propres accréditations est restreint, moins il y a de chances que leurs décisions soient conformes aux exigences des législations nationales et internationales, et encore moins à la moralité commune et au bon sens.

Ajoutez à ces conditions sournoises de confidentialité les relations fondamentalement malsaines et corrompues que les agences de renseignement US entretiennent avec celles de l’Arabie saoudite et du Pakistan. Jusqu’à présent, ces relations ont été profondément antidémocratiques en Asie autant que dans notre pays. Par un mécanisme de recyclage des richesses, la dépendance des États-Unis au pétrole saoudien a en fait subventionné une extension de l’islamisme à travers le monde. Dans le même temps, ce que les 99,9 % des États-uniens payent pour leur essence et leur gaz génère des sommes gigantesques, que les Saoudiens recyclent alors dans les institutions financières des 0,1 % trônant au sommet de Wall Street.

De façon comparable, la relation trouble des États-Unis avec l’ISI pakistanaise a engendré une augmentation considérable du trafic de drogue international, essentiellement grâce aux clients afghans de la CIA et de l’ISI. [34] En résumé, le mauvais fonctionnement bureaucratique dont nous parlons à propos du 11-Septembre est le symptôme d’un dysfonctionnement plus large. Ce problème trouve sa source profonde dans la relation qu’entretiennent les États-Unis avec l’Arabie saoudite, le Pakistan et — à travers ces pays — avec le reste du monde.

Les accords de liaison et la protection de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi

Même sans tenir compte du précédent suggestif de l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center, il est légitime de présumer que des accords de liaison auraient pu empêcher l’arrestation de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi. Penchons-nous d’abord sur les découvertes de Kevin Fenton : « Il est clair que ces informations [concernant ces deux individus] ne furent pas retenues suite à une succession d’incidents étranges, mais qu’elles l’ont été intentionnellement. » [35] Je considère que cette découverte est frappante et indiscutable. Toutefois, nous ne pouvons pas être si sûrs de l’explication avancée par Fenton, selon laquelle « l’objectif de la rétention d’information était désormais de permettre le déroulement des attaques ». [36]

En réalité, je pense qu’il existe un certain nombre de possibilités derrière cette intention, allant de l’explication relativement innocente (les blocages dus à un accord de liaison) à la plus effroyable. Avant de les analyser, il nous faut déconstruire la notion de « laisser les attaques se dérouler ». De toute évidence, si les pirates de l’air présumés n’avaient pas été arrêtés aux portes d’embarquement des aéroports, des gens allaient certainement être tués — mais combien ? Souvenons-nous que dans les documents de l’opération Northwoods [37], qui envisageaient la planification d’attaques sous faux pavillon afin de justifier une intervention militaire à Cuba, des responsables du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS) avaient écrit : « Nous pourrions développer une campagne de terrorisme [faussement attribuée aux communistes de Cuba] » durant laquelle « [n]ous pourrions couler un bateau rempli de Cubains ». [38] La perte de quatre avions de ligne remplis de passagers aurait-elle été une tragédie bien différente de celle qui était alors envisagée ?

Bien entendu, la dimension tragique du 11-Septembre fut considérablement amplifiée lorsque les avions frappèrent les tours et le Pentagone. Toutefois, il est possible que les personnes au courant de l’accord de liaison autour des deux Saoudiens n’imaginaient pas que les individus ciblés étaient capables de telles prouesses. Rappelons-nous que leurs leçons de pilotage, y compris à bord d’un Cessna, furent si catastrophiques qu’elles prirent fin prématurément. Leur instructeur leur fit savoir « qu’ils n’étaient tout simplement pas faits pour piloter ». [39]

Permettez-moi de suggérer qu’il existe trois étapes distinctes dans les attaques du 11-Septembre : les détournements, les frappes contre les bâtiments et les effondrements surprenants des trois immeubles du World Trade Center. Il est possible que l’équipe de liaison du « groupe Alec Station » eût envisagé uniquement la première étape, sans jamais imaginer les deux autres qui suivirent.

Une explication initiale des rétentions d’informations concernant deux des pirates de l’air présumés — à la fois simple et moins sournoise — serait l’hypothèse que j’ai proposé dans le cas d’Emad Salem : l’accès restreint aux renseignements du fait des accréditations spéciales requises par un accord de liaison. Toutefois, comme en 1993, les pouvoirs secrets constitués derrière le mur des accréditations restrictives auraient pu être exploités pour d’autres objectifs. La dangereuse situation alors créée — celle de potentiels pirates de l’air étant protégés de l’arrestation alors qu’une attaque était attendue — aurait pu inciter certains individus à exploiter les conditions de secret ainsi établies comme opportunité pour planifier un incident nécessaire à justifier la guerre. Il faut alors souligner une importante analogie entre le 11-Septembre et la fausse seconde attaque du golfe du Tonkin en août 1964, qui fut utilisée afin de justifier l’attaque du Nord-Vietnam. En effet, comme à cette époque, il existait une puissante faction au sommet de l’État qui était déterminée à déclencher une action militaire unilatérale. Il s’agit de la clique du PNAC, évoluant au sein du gouvernement des États-Unis en 2001. [40]

L’un des indices appuyant cette plus sinistre intention est le fait que le modèle de dissimulations détaillé par Kevin Fenton ne se limite pas aux deux Saoudiens et à leurs superviseurs de la station de la CIA. Nous pouvons constater un enchaînement de plusieurs rétentions de renseignements par d’autres agences. Plus précisément, il s’agit des informations de la cellule Able Danger qui furent détruites par le SOCOM, ainsi que de la dissimulation — manifestement menée par la NSA — d’une interception importante, apparemment relative aux pirates de l’air présumés et à Zacarias Moussaoui. [41]

Si la NSA dissimulait alors des renseignements aux responsables concernés, ce comportement nous rappellerait le rôle de cette agence à l’époque du second incident du golfe du Tonkin en août 1964. À un moment crucial, la NSA envoya 15 segments de ROEM (renseignements d’origine électromagnétique) qui indiquaient — à tort — une attaque menée par les Nord-Vietnamiens contre deux destroyers US. Dans le même temps, elle dissimula 107 segments de ROEM qui démontraient — avec exactitude — qu’aucune hostilité de la part du Nord-Vietnam n’avait été lancée. [42] À cette époque, le comportement de la NSA trouvait son écho à la CIA : ces deux agences étaient conscientes de l’existence d’un puissant consensus au sein de l’administration Johnson. En effet, cette dernière s’était déjà accordée sur la nécessité de provoquer le Nord-Vietnam dans l’espoir de créer une opportunité pour une réponse militaire. [43]

Grâce à de nombreux récits venant de sources internes à l’administration Bush, nous savons qu’avant le 11-Septembre, il existait aussi un puissant consensus pro-guerre au sommet de l’État. Ce consensus était centré sur Dick Cheney, Donald Rumsfeld et ce que l’on appelle la faction du PNAC (le Projet pour le Nouveau Siècle Américain), qui avait exercé un lobbying énergique en faveur d’une action militaire contre l’Irak avant l’élection de George W. Bush. Nous savons également que la réponse immédiate de Rumsfeld aux attentats du 11-Septembre fût de proposer une attaque de l’Irak, et que la planification d’une telle attaque a été initiée le 17 septembre 2001. [44] Par conséquent, il est utile d’envisager la possibilité que les individus ayant protégé les pirates de l’air présumés auraient pu partager ces ambitions guerrières. [45]

Peter Dale Scott

 

Troisième partie:

 

Article original en anglais (publié en une seule partie) :

Launching the U.S. Terror War: the CIA, 9/11, Afghanistan, and Central Asia, le 16 mars 2012.

Cet article a également été publié dans The Asia-Pacific Journal, Vol 10, Issue 12, No 3

Traduction en français par Maxime Chaix

Version française publiée par le Réseau Voltaire

Une version synthétique de cet essai a été présentée le 11 septembre 2011 aux Auditions internationales sur le 11-Septembre (International Hearings on the Events of September 11, 2001), qui se sont déroulées du 8 au 11 septembre 2011 à Toronto.

Vous pouvez comander dès à présent le nouveau livre de Peter Dale Scott, « La Machine de guerre américaine », sur la librairie en ligne du Réseau Voltaire.
Peter Dale Scott : Ancien diplomate canadien et professeur émérite à l’université de Berkeley, en Californie. Auteur du livre La Machine de guerre américaine (éditions Demi-lune, 2012).  

[1] Le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre minimisa l’importance d’al-Bayoumi (voir 9/11 Commission Report, pp.217-18) ; mais le Rapport de la Commission mixte du Congrès chargée d’enquêter sur le 11-Septembre, bien qu’il reste considérablement censuré, nous offre des informations corroborantes (pp.173-77). Celles-ci incluent un rapport indiquant que Basnan avait organisé une fête pour le « cheikh aveugle » Omar Abdel Rahman, qui est impliqué dans le premier attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center.

[2] Initialement, comme d’autres observateurs, j’ai suspecté que ces deux hommes étaient des agents doubles saoudiens. Il est également possible qu’il fussent envoyés aux États-Unis en tant que cibles désignées, afin d’être surveillés individuellement ou ensemble par les Saoudiens et les États-uniens. L’un de mes rares désaccords avec Kevin Fenton survient lorsqu’il appelle al-Mihdhar « l’un des agents les plus expérimentés [parmi les pirates de l’air] » (Fenton, Disconnecting the Dots, p.205). Au contraire, j’ai plutôt l’impression qu’il était soit un espion inexpérimenté ou incompétent, soit quelqu’un qui s’exposait délibérément à la détection, afin de tester les réponses US.

[3] Summers, Eleventh Day, p.396.

[4] 9/11 Commission Report, p.184.

[5] Steve Coll, Ghost Wars : the secret history of the CIA, Afghanistan, and bin Laden, from the Soviet invasion to September 10, 2001 (Penguin, New York, 2004), pp.456-57.

[6] Thomas E. Ricks et Susan B. Glasser, Washington Post, 14 octobre 2001.

[7] Ricks et Glasser, Washington Post, 14 octobre 2001.

[8] Michael Klare, Blood and Oil (Metropolitan Books/Henry Holt, New York, 2004), pp.135-36 ; citant R. Jeffrey Smith, « U.S. Leads Peacekeeping Drill in Kazakhstan », Washington Post, 15 septembre 1997. Cf. Kenley Butler, « U.S. Military Cooperation with the Central Asian States », 17 septembre 2001.

[9] En 1957, en tant que jeune diplomate canadien, j’ai moi-même disposé d’un accès spécial, qui était une accréditation d’un niveau supérieur au « top secret » pour consulter des renseignements de l’OTAN – une liaison relativement ouverte et directe.

[10] Pour le récit d’Ali Mohamed, voir Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.213-225 (chapitre 8).

[11] Ibidem, 158 ; citant John Berger, « Unlocking 9/11 : Paving the Road to 9/11 » : « Ali Mohamed fut l’une des sources principales du tristement célèbre Briefing Présidentiel Quotidien (PDB pour Presidential Daily Briefing) du 6 août 2001 intitulé ‘Ben Laden déterminé à frapper aux États-Unis’. » Selon moi, le PDB, fréquemment cité comme un exemple de la bonne performance de la CIA, illustre plus probablement comment l’Unité ben Laden concoctait ce qui allait devenir les archives en anticipation des contrôles post-11-Septembre. Sans le nommer, le PDB fit trois fois référence à Ali Mohamed en le décrivant comme une menace, malgré le fait qu’il était alors sous contrôle des autorités fédérales et qu’il attendait sa condamnation pour son rôle dans les attentats de 1998 contre les ambassades US. En d’autres termes, le PDB semble avoir été rédigé pour embellir les archives, tout comme le travail de Wilshire au FBI ce même mois d’août 2001.

[12] John Berger, Ali Mohamed, p.20 (Cloonan) ; 9/11 Commission Report, p.261 (PDB).

[13] James Risen, New York Times, 31 octobre 1998 ; dans Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.439-41.

[14] Raleigh News and Observer, 13 novembre 2001 ; dans Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.440-41. J’ai rajouté le terme « armée ». Le QG de l’USSOCOM est situé à Fort MacDill, une base aérienne de l’US Air Force en Floride.

[15] Dana Priest et William M. Arkin, « ‘Top Secret America’ : A look at the military’s Joint Special Operations Command », Washington Post, 2 septembre 2011.

[16] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.168-69 ; Summers, Eleventh Day, p.371, p.550.

[17] Ibidem, p.372.

[18] Scott, American War Machine, p.161 ; Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.101-03.

[19] Ahmed Rashid, Taliban : Militant Islam, oil, and fundamentalism in Central Asia (Yale UP, New Haven CT, 2000), p.129.

[20] John Prados, Safe for Democracy, p.489 ; discussion dans Scott, American War Machine, pp.12-13.

[21] James Risen, State of War : the secret history of the CIA and the Bush administration (Free Press, New York, 2006), pp.188-89.

[22] Fenton, Disconnecting the Dots, p.104.

[23] Summers, Eleventh Day, p.397.

[24] Joseph J. et Susan B. Trento, cités par Summers, Eleventh Day, p.399. Depuis que j’ai présenté cet essai à la conférence internationale de Toronto le 11 septembre 2011, « Bob Kerrey [, ancien sénateur] du Nebraska, un Démocrate qui servit à la […] Commission sur le 11-Septembre, [a déclaré] dans un témoignage sous serment […] que ‘d’importantes questions [restaient] sans réponses’ concernant le rôle des institutions saoudiennes. ‘On n’a jamais vraiment suivi les preuves indiquant une plausible implication d’agents du gouvernement saoudien dans les attaques du 11-Septembre’, déclara M. Kerrey. » (« Saudi Arabia May Be Tied to 9/11, 2 Ex-Senators Say », New York Times, 29 février 2011.). Pour plus de renseignements sur cette affaire non traité par les médias français : « 11-Septembre : Deux anciens sénateurs US déposent sous serment et mettent en cause l’Arabie Saoudite (+ Vidéo) », ReOpen911, 5 mars 2012.

[25] Wright, Looming Tower, p.161 ; cité par Summers, Eleventh Day, p.216.

[26] Une telle corruption est prévisible et très répandue. Dans les célèbres exemples de Gregory Scarpa et de Whitey Bulger, des agents du FBI rattachés aux bureaux de New York et de Boston furent accusés de fournir à leurs indics de la mafia des informations qui conduisirent à des meurtres de témoins et de rivaux. Les agents du bureau new-yorkais de l’ancien Bureau Fédéral des Stupéfiants (FBN pour Federal Bureau of Narcotics) devinrent tellement impliqués dans le trafic de drogue de leurs informateurs que le FBN fût fermé et réorganisé.

[27] Ralph Blumenthal, « Tapes Depict Proposal to Thwart Bomb Used in Trade Center Blast », New York Times, 28 octobre 1993, accentuation ajoutée. Le jour suivant, le Times publia une légère correction : « Les transcriptions des bandes secrètement enregistrées par un informateur, Emad A. Salem, montrent qu’il avait mis en garde le gouvernement sur le fait qu’une bombe était en train d’être fabriquée. Toutefois, les transcriptions ne permettent pas d’établir clairement si les autorités fédérales savaient que la cible était le World Trade Center. »

[28] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.205-06.

[29] Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Evan Kohlmann a décrit comment un bureau de Zagreb, ouvert pour aider les jihadistes soutenus par l’Arabie saoudite en Bosnie, recevait « directement tous ses ordres et ses fonds du principal bureau d’al-Kifah aux États-Unis, situé sur l’Atlantic Avenue [à Brooklyn] et contrôlé par le cheikh Omar Abdel Rahman » (Evan Kohlmann, Al-Qaida’s Jihad in Europe, pp. 39-41 ; citant Steve Coll et Steve LeVine, « Global Network Provides Money, Haven », Washington Post, 3 août 1993).

[30] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.215-16, pp.440-41 ; citant « Canada freed top al-Qaeda operative », Globe and Mail de Toronto, 22 novembre 2001.

[31] Scott, ibidem, pp.213-225 (chapitre 8).

[32] Ali Soufan, The Black Banners, pp.94-95, p.561.

[33] La corruption semble être inévitable pour les superpuissances — ces États qui ont accumulé un excès de puissance vis-à-vis de ce qui est requis pour leur propre défense —. Ce processus est moins perceptible dans des États moins puissants, comme le Canada.

[34] Peter Dale Scott, « America’s Afghanistan : The National Security and a Heroin-Ravaged State », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, N°20, 18 mai 2009. Cf. « U.S. looks into Afghan air force drug allegations », CNN, 8 mars 2012 : « Les États-Unis sont en train d’enquêter sur des accusations visant des membres de l’armée de l’air afghane, qui auraient utilisé leurs avions pour transporter de la drogue, selon ce qu’a déclaré jeudi un porte parole de l’armée US. Les enquêteurs veulent savoir si ces accusations de trafic de drogue, initialement rapportées dans le Wall Street Journal, sont liées à la fusillade qui a tué 8 officiers de l’US Air Force à l’aéroport de Kaboul, la capitale afghane. ‘Nous vérifions les accusations d’usage abusif d’appareils de l’AAF’, déclara le lieutenant colonel Tim Stauffer, se référant aux allégations selon lesquelles du matériel de l’armée de l’air afghane aurait été utilisé pour transporter illégalement des armes et de la drogue. »

[35] Fenton, Disconnecting the Dots, p.310.

[36] Ibidem, p.371, cf. p.95.

[37] « Quand l’état-major américain planifiait des attentats terroristes contre sa population », par Thierry Meyssan, et « Document déclassifié : L’Opération Northwoods (1962) », Réseau Voltaire, 5 novembre 2001

[38] Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) » ; cité dans Scott, American War Machine, p.196.

[39] Washington Post, 30 septembre 2001 ; dans Summers, Eleventh Day, p.293 ; cf. 9/11 Commission Report, pp.221-22.

[40] Voir Scott, American War Machine, pp.199-203.

[41] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.360-61, p.385. Visiblement, une rétention d’informations a également été menée dans les hautes sphères du Commandement mixte des armées (USJFCOM pour US Joint Forces Command) : « Le vice-amiral Martin J. Meyer, commandant en chef adjoint (DCINC) de l’USJFCOM, fut l’un des responsables qui assistèrent au briefing du DO5 [une unité de renseignement de l’USJFCOM affectée à la surveillance du terrorisme visant les États-Unis]. […] Cependant, deux semaines avant le 11-Septembre, malgré les alertes lancées durant ce briefing, Meyer aurait dit au major-général Larry Arnold — le commandant du NORAD pour la région continentale des États-Unis (CONR) — ainsi qu’à d’autres hauts responsables du CONR que leurs inquiétudes au sujet d’Oussama ben Laden comme possible menace pour les États-Unis était infondées et que, pour le citer, ‘si tout le monde arrêtait simplement de regarder CNN, il n’y aurait pas de menace appelée Oussama ben Laden’ » (Jeffery Kaye et Jason Leopold, « EXCLUSIVE : New Documents Claim Intelligence on Bin Laden, al-Qaeda Targets Withheld From Congress’ 9/11 Probe », Truthout.org, 13 juin 2001).

[42] Scott, American War Machine, p.201.

[43] Ibidem, pp.200-02.

[44] Clarke, Against All Enemies, pp.30-33 ; Summers, Eleventh Day, pp.175-76 ; James Bamford, A Pretext for War,  p.287.

[45] Mark Selden a décrit le processus de « l’exacerbation des passions nationalistes provoquée par des attaques venant de nulle part » comme ayant « soutenu le ‘mode de guerre américain’ depuis 1898 » (Mark Selden, « The American Archipelago of Bases, Military Colonization and Pacific Empire : Prelude to the Permanent Warfare State », à paraître en 2012, International Journal of  Okinawan Studies).

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Le pillage des trésors archéologiques syriens

septembre 27th, 2012 by Gilles Munier

Comme cela a été le cas en Irak sous l’embargo, et plus encore après l’invasion américaine, les sites archéologiques syriens sont l’objet de fouilles sauvages et    les musées des régions soulevées pillés. Accusés : les shabihasmilices composées majoritairement de    voyous alaouites– et des groupes rebelles désireux de financer leurs activités, notamment l’achat d’armes.

Des gangs monnayeraient leur soutien aux forces armées du régime, ou leur neutralité, en échange d’un permis de fouille. Selon un témoin, de nombreux vols auraient    été commis sur le site de Palmyre.

Les objets volés se retrouvent chez les antiquaires à Beyrouth, en attendant d’être mis aux enchères à Londres ou à New York chez Christie et Sotheby.

En Irak, après 2003, 32 000 objets ont été volés sur 12 000 sites archéologiques, 15 000 pièces ont disparu du musée de Bagdad. Des pillards ont été arrêtés    avec les photos des pièces qu’ils devaient subtiliser et remplacer par des faux…

Un groupe d’archéologues syriens et étrangers s’est constitué pour dénoncer les excavations clandestines, mais qui s’en soucie vraiment ?

* Syria’s archaeological heritage falls prey to war (Daily Times – 25/9/12)

http://www.dailytimes.com.pk/default.asp?page=2012\09\25\story_25-9-2012_pg4_7

Sur le même sujet, lire

Pillage d’antiquités en Libye

http://www.france-irak-actualite.com/article-pillage-d-antiquites-en-libye-88701883.html

“Debtocracy”, le documentaire qui secoue la Grèce

septembre 27th, 2012 by Aris-Hatzistefanou

Dans le contexte de l’application de mesures d’austérité drastiques en Grèce, nous publions une entrevue d’OWNI.eu ainsi qu’une vidéo sur la crise de la dette en Grèce.

Cette interview a été initialement publiée sur OWNI.eu le 6 mai 2011. Suite à la publication de la version sous-titrée en français du documentaire, nous publions la traduction française.

 

Interview avec Aris Hatzistefanou, journaliste à l’origine de Debtocracy, un documentaire-choc qui a rencontré un grand succès. Il demande une commission d’audit sur la dette grecque et prône une sortie de l’euro.

Né à Athènes, Aris Hatzistefanou, 34 ans, est un journaliste à toute épreuve depuis ses plus jeunes années. Journaliste en Palestine, puis à Londres pour la BBC, son émission de radio “infowar” sur la station grecque Sky Radio, très écoutée, fut arrêtée quelques jours seulement avant la publication du documentaire Debtocracy, dont le   message est à contre-courant de la pensée dominante.

Ce projet a attiré l’attention de plus d’un million de  personnes en Grèce, et a popularisé une campagne nationale demandant une  commission d’audit de la dette publique du pays. OWNI s’est entretenu avec l’homme derrière ce subversif documentaire qui secoue l’opinion  grecque, dans une période très difficile pour le pays.


Debtocracy International Version par ThePressProject
http://www.dailymotion.com/video/xik4kh_debtocracy-international-version_shortfilms

(Cliquer sur le bouton CC en haut du player pour sélectionner la langue des sous-titres)

Quelle est l’histoire de Debtocracy ?

L’idée nous est venue après une émission sur Sky Radio sur la manière dont le président équatorien avait géré la dette colossale du pays : il mis en place une commission chargée d’auditer la dette souveraine du pays, et arriva à la conclusion que d’autres pays étaient en train d’utiliser l’Équateur comme un “esclave”, tout comme l’Argentine et d’autres pays avant lui. Par conséquent, le gouvernement équatorien força les créanciers à subir un « haircut » [des pertes, ndlr] de 70%.

Dans le même temps, en Grèce, des gens étaient en train de lancer une initiative similaire, et recherchaient du soutien pour cela. Du coup, mon émission sur Sky Radio entrait en écho avec leur discours. Et beaucoup de gens semblaient se demander si nous pouvions faire la même chose en Grèce.

Katerina Kitidi (éditrice en chef de TV XS) et moi nous sommes alors décidés à produire ce documentaire. Mais nous n’avions pas d’argent, et ne voulions surtout pas demander des financements auprès d’un quelconque parti politique, syndicat, entreprise, ou pire, une banque. Nous avons alors eu l’idée de demander aux gens de nous aider en lançant une campagne de crowdfunding.

Et cela a très bien marché ! Nous avons récolté 8.000 euros en seulement dix jours, ce qui est pas mal du tout en Grèce, surtout dans le contexte actuel.

Au début, ce projet était censé n’être qu’une vidéo de plus sur YouTube ! Mais comme beaucoup de gens nous ont proposé leur aide (des professionnels de l’audiovisuel notamment), et que beaucoup de gens nous ont aidés financièrement, nous avons pu réaliser un véritable documentaire. À un moment, nous avions même tellement de dons que nous avons décidé d’investir dans la promotion du film, ce qui n’était pas prévu.

Alors que ce projet avait été initié par deux personnes, environ quarante personnes ont contribué au final.

Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou.

Crédit photo : Debtocracy

Comment le film a été reçu en Grèce ?

Nous avons eu plus d’un demi-million de vues en moins d’une semaine, et nous sommes aujourd’hui à plus d’un million. Mais en dépit de ce succès, les média grecs n’en touchèrent pas un mot au début. Puis, quand ils ont vu le succès du film, ils ne pouvaient plus faire comme si nous n’existions pas. Il sont alors commencé à nous critiquer et à tenter de nous décrédibiliser. Jusqu’à présent, aucune chaine de télévision n’a parlé de nous, même négativement.

En fait, le jour où ils le feront, c’est que nous aurons gagné.

Quel est le message que vous voulez faire passer avec ce documentaire ?

Nous défendons le point de vue que la situation actuelle n’est qu’une partie d’un problème bien plus global, notamment lié au problème de l’euro. Parce que l’euro est divisé entre son cœur et la périphérie, nous sommes condamnés à souffrir de pertes de compétitivité face à l’économie mondiale, car nous ne pouvons pas dévaluer notre monnaie.

Je ne nie pas que nous avons notre propre part de responsabilité. Le problème de la Grèce est que notre fiscalité ne s’est pas adapté au modèle d’État-providence que  nous avons mis en place : les entreprises ne sont pas assez taxées, les déficits ne sont donc pas contrôlés. Nous avons aussi un grave problème de corruption, mais cela reste un détail : nous pourrions mettre tous les politiques en prison, mais qu’est-ce que cela changerait ?

Bref, ce qui se passe actuellement ne peut pas être totalement de la faute des “PIIGS”, comme ils nous appellent.

Nous disons aussi que le modèle allemand n’est pas un modèle à suivre. Ils ont simplement gelé les salaires depuis dix ans ! Ce n’est pas soutenable pour l’ensemble de l’Europe !

Certains disent que votre point de vue n’est pas impartial. Que leur répondez-vous ?

Tout d’abord, nous n’avons jamais prétendu être mesurés. C’est même plutôt l’inverse, puisque nous pensons que nos contradicteurs ont largement eu le temps et l’espace médiatique pour faire valoir leur position. D’ailleurs, leur position n’est pas vraiment équilibrée non plus…

Certains critiquent aussi le fait que l’Équateur n’est pas un bon exemple, car c’est un pays en voie de développement qui a du pétrole. Mais le pétrole ne représente que 25% du PIB de l’Équateur, et nous, nous avons nous aussi en Grèce notre propre pétrole : le tourisme.

Après, on aurait pu prendre n’importe quel autre pays comme exemple, il y aurait toujours des gens pour dire que « comparaison n’est pas raison », même si le contexte est tout de même similaire, avec une spirale d’endettement et l’intervention du FMI. Mais au final, ils essaient juste de faire dériver la conversation afin de ne pas répondre au principal sujet de ce film : la nécessité de créer une commission d’audit de la dette.

À votre avis, que devrait faire la Grèce aujourd’hui ?

C’est clair que la Grèce ne peut repayer sa dette, que celle-ci soit légale ou pas, et quel que soit son montant et son taux d’intérêt. Plus de 350 milliards de dettes, c’est déjà trop. Très ironiquement, les marchés semblent plus lucides que le gouvernement, qui continue de dire que l’on peut trouver l’argent. Mais les marchés ne sont pas stupides. Les plans de sauvetage n’ont en vérité qu’un seul objectif : sauver les banques françaises et allemandes, qui tomberaient si la Grèce faisait banqueroute.

Donc, de notre point de vue, nous ne devrions rien attendre des décideurs européens. Si nous attendons, il sera trop tard pour prendre les mesures nécessaires. Nous devons donc trouver nous même des solutions, et lancer des initiatives.

Une fois que cela est dit, la première chose que nous devons faire et de mener un audit de la dette grecque, de manière à discerner la dette légale de celle qui ne l’est pas. Un certain nombre d’indices tendent à montrer qu’une grande partie de la dette est odieuse, voire illégale. Mais seule une commission d’audit saurait le démontrer. C’est pourquoi nous soutenons complètement cette initiative, même si nous soulignons l’importance que cette commission soit menée de manière transparente et démocratique. Pas par les parlementaires.

Après, nous sommes plus radicaux que d’autres dans nos propositions car nous pensons que nous devrions stopper le remboursement de la dette, quitter l’euro, et nationaliser le secteur bancaire. Ce n’est pas quelque chose de facile à défendre, car cela parait très radical, mais même certains économistes et hommes politiques commencent aussi à étudier ces options.

Nationaliser les banques peut sembler être une proposition communiste, mais j’y vois plutôt du pragmatisme : il faut protéger le pays d’une éventuelle fuite des capitaux vers l’étranger, dans le cas où nous quittons l’euro.

Avez-vous des liens avec d’autres initiatives de ce type en Europe ?

Nous avons été contactés par de nombreux groupes, notamment pour que nous traduisions le documentaire. Ce qui est désormais chose faite. Mais nous ne collaborons pas vraiment avec eux en tant que tel, nous leur permettons simplement de réutiliser notre travail, qui est sous licence Creative Commons.

Comment voyez-vous l’avenir de la Grèce ?

L’année dernière, il y a eu plusieurs soulèvements contre le plan de sauvetage du pays, mais les citoyens sont très découragés depuis. Pendant les dix dernières années, l’opposition n’a jamais rien proposé qui puisse rassembler l’opinion publique. Certains pensent que les grecs se font une raison, mais je sens que l’indignation est toujours bien là, sous nos pieds. Elle n’attend qu’un nouveau prétexte pour être ravivée.

Il est intéressant de noter qu’aucun parti politique n’a le contrôle des mouvements de protestation, et que personne ne guide ce mouvement. Je redoute donc que la situation ne s’enflamme de nouveau, d’une manière violente. Mais il est impossible de prévoir quand et pourquoi.1

Quelle est la suite pour Debtocracy ?

Grâce à toutes les personnes qui nous ont soutenus, nous avons collecté plus d’argent que nécessaire pour la production du film. Nous avons donc décidé de créer un compte spécial pour que les gens déposent leurs dons. Si nous n’utilisons finalement pas cet argent pour un nouveau projet dans les six mois, les donateurs seront remboursés.

Franchement, nous ne nous attendions pas à un tel succès avec si peu de moyens. Ce n’était pas facile, mais nous nous sommes prouvé que nous pouvions faire de grande choses avec peu de ressources, surtout quand vous êtes entourés de personnes talentueuses.

Internet nous a beaucoup aidés, mais nous voyons aussi les limites de l’outil. Nous devons aujourd’hui aller à la rencontre de ceux qui ne sont pas forcément sur Internet, notamment à l’extérieur d’Athènes. Si nous n’étions que sur Internet, notre approche resterait trop élitiste. C’est pourquoi nous envisageons de distribuer des DVD et d’organiser des projections dans des théâtres ou des cinémas.

Nous voulons vraiment aller plus loin, faire face aux tabous des médias mainstream grecs. Aujourd’hui, si les gens ne participent pas eux-mêmes à la production de  l’information, il n’y aura jamais aucune entreprise de média prête à  leur donner la parole.

 

Article en anglais : http://owni.eu/2011/05/06/exclusive-campaigning-documentary-debtocracy-released-in-english/

Version française: http://owni.fr/2011/06/09/debtocracy-documentaire-choc-grece/


1. Depuis, le mouvement des « indignés » espagnols a aussi gagné le pays, rassemblant depuis le 25 mai des manifestants par dizaines de milliers à Athènes.

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Des forces spéciales saoudiennes en Corse

septembre 27th, 2012 by Jean-Dominique Merchet

Un exercice conjoint des forces spéciales françaises et saoudiennes aura lieu en Corse du 1er au 18 octobre, à partir de la base de Solenzara. Baptisé “Tigre 2″, il impliquera des moyens importants, dont plusieurs hélicoptères saoudiens Black Hawk. Cet exercice du COS est conjoint avec le rendez-vous annuel de la BFST (Brigade des forces spéciales Terre), “Gorgones” qui se déroulait généralement à Caylus (Tarn-et-Garonne). L’an passé, une délégation saoudienne avait assisté  à Gorgones, ce qui l’a visiblement convaincue. Tigre 2 n’est pas un exercice purement terrestre : des moyens de la Marine et de l’Armée de l’air seront également engagés. Discrète, la coopération française avec les forces spéciales du Moyen-Orient est très active, que ce soit avec la Jordanie, le Qatar, les Emirats ou l’Arabie saoudite.
Jean-Dominique Merchet

Journaliste, Blog de Marianne

Le 20 septembre 2012

Des forces spéciales saoudiennes en Corse (actualisé)
 Photo : l’insigne de la BFST
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Le vent des changements qui ont eu lieu en Syrie a atteint la structure des comités de coordination formés au début des événements, et qui étaient chargés d’organiser les manifestations. Certains de ces comités ont soutenu l’insurrection armée et ont constitué la colonne vertébrale des groupes armés. Des informations sûres indiquent que des comités de coordination dans la plupart des régions syriennes ont commencé à prendre des positions appelant les miliciens à déposer les armes.

Certains ont entamé un dialogue avec l’État pour obtenir des garanties pour ceux qui abandonnent l’action armée dans les quartiers et les villages.

Un nombre non négligeable de groupes a effectivement remis les armes et a commencé à régulariser sa situation grâce à la médiation des comités de coordination dans la campagne de Damas, Idleb, Hama, Homs et Alep. Ce développement illustre un grand changement dans l’humeur de la population et signifie que le climat d’escalade a amorcé une courbe descendante, qui aura son impact sur la suite des événements.

Pour comprendre ces changements, il faut savoir que les citoyens syriens ordinaires sont fatigués des bouleversements et perturbations qui frappent le cycle économique et tous les aspects de la vie quotidienne, et des destructions des infrastructures par les groupes armés. L’apparition de brigands de grands chemins et de bandits qui terrorisent, rançonnent, enlèvent, violent et tuent, sous prétexte de vouloir faire la révolution, a aggravé la situation.

Les milieux populaires qui avaient sympathisé avec les insurgés au début des événements sont confrontés aujourd’hui à cette dure réalité qui menace de faire éclater le tissu social. Victimes des exactions souvent sanglantes des groupes armés, soumis à des pressions économiques, sociales et psychologiques, ils savent que leur seule planche de salut reste l’État. Désormais, ces milieux expriment leur volonté de revenir dans le giron protecteur de l’État, dernier rempart contre le désordre total prêché par les extrémistes armés, qui ne cachent plus leur intention de détruire tout ce que l’État a réalisé ces 50 dernières années : routes, aéroports, canalisations, chemins de fer, hôpitaux, écoles, barrages, ponts…

En plus de ces milieux qui veulent réintégrer l’État, il y a tous les autres, ceux qui ne l’ont jamais quitté. Ceux-ci sont aujourd’hui plus mobilisés et plus déterminés que jamais à sauver les institutions et les infrastructures de la Syrie moderne des griffes des extrémistes, qui ont juré de replonger le pays dans le Moyen Age.

Ce bloc populaire solide assure un soutien sans faille à l’armée syrienne et au projet de réforme du président Bachar al-Assad. Il constitue une majorité confortable, transcommunautaire, et comprend toutes les composantes de la société syrienne sans exceptions.

Cet éveil populaire montre que la majorité du peuple syrien est conscient de la nature de l’agression colonialiste dont est victime la Syrie, de ses objectifs réels et des moyens mis en œuvre pour tenter d’y parvenir. C’est cela – plus que la puissance de feu et le professionnalisme l’armée syrienne – qui explique la raison de l’échec des sanctions économiques occidentales et des agressions armées des insurgés.

Bien au contraire, les Syriens se vantent de compter sur eux-mêmes en ces temps difficiles, et les observateurs soulignent comment plus de deux millions de Syriens, contraints de quitter leurs domiciles à cause de l’insécurité, ont choisi de trouver provisoirement refuge dans d’autres régions à l’intérieur du pays, rejetant l’idée de devenir des réfugiés dépendant pour se nourrir des aides extérieures – souvent couplées à des conditions politiques. À cet égard, il faut souligner que le Croissant-Rouge syrien déploie, en coopération avec le CICR, un gros effort pour venir en aide à ces gens, évidemment oubliés des médias occidentaux.

Ces développements sont autant de signaux sur la direction des événements en Syrie, qui restent invisibles à ceux qui misent sur les avions de l’Occident et l’argent des pétromonarchies. Mais pour les vrais spécialistes, il s’agit d’indices révélateurs qui ne trompent pas.

Déclarations et prises de positions 

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne

« L’Arabie saoudite et le Qatar ont vu soudain de l’argent entre leurs mains après une longue période de pauvreté et ils croient qu’avec cet argent, ils peuvent acheter l’histoire, la géographie et un rôle régional. L’idée répandue selon laquelle l’Arabie Saoudite, la Syrie et l’Égypte constituent la pierre angulaire de la stabilité dans la région est fausse. Cela a toujours été et restera la Syrie, l’Irak et l’Égypte. Riyad n’a servi avant le début du conflit syrien que de médiateur avec l’Occident qui n’apprécie pas l’axe de résistance contre le sionisme prôné par la Syrie. Quant aux Qataris, ils utilisent le pouvoir de l’argent et gravitent dans l’orbite de l’Occident en fournissant aux terroristes armes et argent pour répéter le même scénario qu’en Libye. Ils ont été les plus rapides à alimenter la violence. Le gouvernement turc ne s’intéresse pas aux intérêts de son peuple mais à ses ambitions, en particulier au projet du nouvel empire ottoman. Des hommes armés ont recours au terrorisme contre l’État syrien mais ils ne disposent d’aucun soutien parmi le peuple. En fin de compte, ils ne sortiront pas victorieux. Mais il faudra encore du temps pour que l’État l’emporte. Entre-temps, la porte du dialogue est ouverte et seul le dialogue avec l’opposition est à même de résoudre la crise. »

Béchara Raï, patriarche des chrétiens maronites

« Le dialogue est le seul moyen de compréhension pour aboutir à la démocratie. Si tous les invités à la table du dialogue croient réellement à la démocratie, ils ne peuvent pas rater ce rendez-vous. C’est un devoir national car le pays ne supporte absolument pas la situation dans laquelle il se trouve. Ni la crise politique, ni la crise économique, ni le désordre sécuritaires et encore moins le phénomène nouveau des enlèvements et l’apparition des armes, ne supportent une absence du dialogue. Je place toute personne qui ne participe pas au dialogue devant ses responsabilités. Je me permets de dire que le fait de ne pas aller au dialogue n’est pas seulement une atteinte à la nation mais un crime contre le pays. Car le responsable doit assumer ses responsabilités. Le pape nous a invité à aller vers les sommets. Aussi, nous ne devons plus rester dans les marécages des affaires personnelles et des intérêts et calculs futiles. Sortons de ces marécages et allons vers les sommets. La visite du pape a rehaussé le Liban et il est malheureux que des responsables le tirent vers le bas. Ils n’ont pas le droit. A mon avis, c’est un crime contre la patrie, quelles que soient les considérations qui sont invoquées. J’ai devancé le Sayyed (Hassan Nasrallah, ndlr) lorsque j’ai estimé dès jeudi 13 septembre, dans une conférence de presse, que le film porte atteinte à l’islam, à la chrétienté et à toutes les religions. Il faut que cette offense cesse. J’appelle évidemment à la suspension de la diffusion de ce film et j’invite les Nations unies à adopter une résolution interdisant les atteintes à toutes les religions du monde ».

Ghaleb Kandil

New Orient News (Liban)

Rédacteur en chef : Pierre Khalaf

Tendances de l’Orient No 101, 24 septembre 2012.

 

 

 

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La CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale

septembre 26th, 2012 by Prof Peter Dale Scott

À l’occasion de la sortie de la version française du dernier livre de Peter Dale Scott, «La Machine de guerre américaine», le Réseau Voltaire publie une étude détaillée du diplomate canadien sur les attentats du 11-Septembre que Global Research (publié en anglais en mars 2012 en une seule partie). Il y met en évidence des éléments de préméditation par une faction du complexe militaro-industriel états-unien.

 

La fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire est réalisable et pourrait être accomplie à l’aide des ressources disponibles. » Rapport du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées des États-Unis (JCS), 1963 [1]

La guerre de terreur de Bush et le trucage du renseignement

Le 11 septembre 2001, dans les heures qui suivirent les attaques meurtrières perpétrées ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils appelèrent ensuite la « guerre contre la terreur ». Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », celle-ci ayant été employée contre les civils — de manière récurrente — par tous les belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur est caractérisée par la prépondérance de l’emploi d’armes de destruction indiscriminée, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés (EEI) posés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par un drone de haute technologie. [2]

Nous pourrions aussi l’envisager comme élément d’un processus plus vaste, d’ampleur globale. À travers celui-ci, la terreur a été utilisée contre les civils par toutes les puissances majeures lors de campagnes étroitement liées entre elles — la Chine dans le Xinjiang et la Russie en Tchétchénie, autant que les États-Unis dans de nombreuses régions du monde —. [3] Dans son contexte global, la guerre de terreur pourrait être perçue comme la dernière étape de l’extension séculaire de la civilisation transurbaine dans des zones où prévaut une résistance rurale. Dans ces régions, il s’est avéré que les formes conventionnelles de guerre ne peuvent trouver de véritable conclusion, et ce pour des raisons géographiques ou culturelles.

La guerre de terreur fut formellement déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’il annonça dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les hébergent ». [4] Cependant, la notion voulant que la guerre de terreur de Bush avait pour objectif de poursuivre les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein, un pays connu non pas pour héberger des terroristes mais pour en avoir été la cible. [5] En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée suite à la publication en Grande-Bretagne de ce que l’on appelle le Mémo de Downing Street. Dans celui-ci, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieur britanniques, rapporta après une visite à Washington en 2002 que « Bush voulait faire tomber Saddam Hussein par une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » [6] Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, à l’anthrax et au concentré de minerai d’uranium du Niger (le « yellow cake ») furent publiés aux moments opportuns.

Cet essai va démontrer qu’avant le 11-Septembre, une petite faction au sein de l’Unité ben Laden de la CIA et des agences qui lui sont liées, que l’on appelle le « groupe Alec Station », manœuvrait également afin de « truquer » les renseignements en les supprimant. Cette manœuvre permit le déclenchement de la guerre de terreur, que ces effets soient recherchés ou non. Elle consista à dissimuler des preuves au FBI concernant deux futurs pirates de l’air présumés du 11-Septembre, Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, de sorte que le Bureau ne puisse surveiller ces deux hommes et leurs collègues avant les attentats.

Les auteurs du Rapport de la Commission sur le 11-Septembre reconnurent cet échec dans l’échange de renseignements, mais il fut considéré comme un accident qui aurait pu être évité « si plus de ressources avaient été affectées ». [7] Toutefois, cette explication a depuis été réfutée par Thomas Kean, le président de la Commission sur le 11-Septembre. Récemment, lorsque deux réalisateurs lui demandèrent si l’échec autour d’al-Mihdhar et d’al-Hazmi aurait pu être une simple erreur, Kean répondit : « Oh, ce n’était pas une omission due à la négligence. C’était intentionnel. Cela ne fait aucun doute. […] Nous sommes parvenus à la conclusion que ces agences ont le secret dans leur ADN. Et ce secret les pousse à ne pas partager leurs informations avec n’importe qui. » [8]

En 2011, un important livre de Kevin Fenton, Disconnecting the Dots (« Semer le trouble »), démontra de façon indiscutable que la rétention d’information était intentionnelle, et qu’elle a été menée sur une période de 18 mois. [9] Cette interférence et cette manipulation devinrent particulièrement flagrantes et controversées les jours précédant le 11-Septembre ; elles conduisirent Steve Bongardt, un agent du FBI, à prédire le 29 août 2001 — soit moins de deux semaines avant le 11-Septembre — qu’« un jour, des gens perdront la vie ». [10]

Comme nous le verrons, les motifs derrière ces rétentions d’informations restent mystérieux. À une époque, j’ai adhéré aux spéculations de Lawrence Wright : selon lui, il est possible que la CIA voulût recruter les deux Saoudiens, et « pourrait aussi avoir protégé une opération à l’étranger [potentiellement en coordination avec l’Arabie saoudite], et donc craindre que le FBI ne l’aurait révélée. » [11] Le but de cet essai est de suggérer que les motivations derrière ces rétentions d’informations auraient pu être liées à l’objectif bien plus large des néoconservateurs, qu’ils imposaient alors à la politique étrangère des États-Unis : la consolidation de l’hégémonie globale US par l’établissement de bases avancées autour des champs pétrolifères de l’Asie centrale.

En résumé, la rétention de preuves pourrait être vue comme un élément du plus vaste et sinistre schéma en développement à cette époque, comprenant la contreperformance du gouvernement des États-Unis dans sa réponse aux attaques du 11-Septembre, ainsi que les envois meurtriers de lettres contenant de l’anthrax — ce qui facilita le vote du Patriot Act —.

Aujourd’hui, les travaux de Kevin Fenton m’ont convaincu sur le fait que l’explication de Lawrence Wright — soit la protection par la CIA d’une opération secrète — pourrait expliquer pourquoi la rétention a débuté en janvier 2000, mais ne peut expliquer son renouvellement les jours précédant le 11-Septembre. Fenton analyse une liste de 35 différentes occasions où les deux pirates de l’air présumés furent protégés de cette manière — de janvier 2000 jusqu’au 5 septembre 2001 environ, soit moins d’une semaine avant les détournements —. [12] Nous verrons que, dans son analyse, ces incidents peuvent être classés en deux principales catégories. Les motifs qu’il attribue à la première catégorie étaient « de couvrir une opération de la CIA qui était déjà en cours ». [13] Cependant, après que « tous les voyants du système [de sécurité nationale] étaient au rouge » durant l’été 2001, et que la CIA s’attendait à une attaque imminente, Fenton conclut que « l’objectif de la rétention d’informations était dorénavant de permettre le déroulement des attaques », ne pouvant trouver d’autres explications. [14]

Cette dernière citation de Fenton impliquerait qu’un crime d’homicide ait été perpétré par des membres du « groupe Alec Station », même si ce crime ne constituait pas un meurtre avec préméditation mais un homicide involontaire. En effet, nous pourrions imaginer des raisons bienveillantes à cette rétention d’information. Par exemple, la CIA aurait pu tolérer les agissements des deux Saoudiens afin de retrouver leurs associés. Dans ce cas, nous n’aurions eu affaire à rien de plus qu’une erreur de jugement, bien qu’elle aboutisse à un homicide.

Carte montrant les bases US incluant Karshi-Khanabad

La guerre de terreur et le projet de domination globale de Donald Rumsfeld, de Dick Cheney et de Paul Wolfowitz

Cependant, à travers cet essai, je vais m’arrêter sur les activités menées en Ouzbékistan et en Afghanistan par Richard Blee, le directeur de l’Unité ben Laden de la CIA. L’Ouzbékistan était une zone de préoccupation majeure pour Blee et son supérieur, Cofer Black ; mais c’était aussi un endroit très intéressant pour Dick Cheney. En effet, Halliburton, l’entreprise qu’il dirigea entre 1995 et 2000, était active depuis 1997 — voire plus tôt — dans l’exploitation des réserves pétrolières de l’Asie centrale. En 1998, lors d’un discours devant des industriels du pétrole, Cheney lui-même déclara : « Je ne me souviens pas avoir vu émerger si soudainement une région en tant que zone de grande importance stratégique comme c’est le cas aujourd’hui pour [le bassin] Caspien. » [15]

Je m’apprête à démontrer que le but et le résultat de la protection des deux Saoudiens auraient pu être de remplir les objectifs de Dick Cheney, de Donald Rumsfeld et du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC pour Project for the New American Century). En effet, cette faction de néoconservateurs avait comme projet d’établir des « forces pré-positionnées » en Asie centrale. [16] Nous verrons que, durant un appel téléphonique passé le 11-Septembre par le directeur de la CIA George Tenet à Stephen Cambone (une figure centrale du PNAC au Pentagone), Tenet transmit apparemment à ce dernier certaines des informations privilégiées qui ne sont jamais parvenues au FBI.

L’un des objectifs de ce plan des néoconservateurs était de maintenir la domination des États-Unis et d’Israël sur cette région, et ce pour des motifs sécuritaires. Comme nous le verrons, leur projet consistait aussi à créer les conditions favorables à de futures actions préemptives unilatérales contre des États inamicaux tels que l’Irak. En particulier, ce plan du PNAC fut élaboré afin d’établir de nouvelles bases militaires permanentes au Moyen-Orient, anticipant l’annonce prévisible faite par Donald Rumsfeld en 2003, selon laquelle les États-Unis retireraient d’Arabie saoudite « pratiquement toutes leurs troupes, sauf du personnel employé pour l’entraînement [militaire] ». [17] Néanmoins, un autre objectif de ce plan était de renforcer l’influence US sur les États récemment indépendants de l’Asie centrale, avec leurs considérables réserves non prouvées de gaz et de pétrole.

Dans ce contexte, la conclusion alarmante de Fenton sur les actions de la CIA menant aux attaques du 11-Septembre acquiert une plus grande pertinence au regard de ce plan du PNAC. Il en va de même si l’on s’attarde sur les trois autres anomalies criantes dans la guerre de terreur de George W. Bush. La première d’entre elles est le paradoxe découlant du fait que cette prétendue lutte contre al-Qaïda fût conduite avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, soit les deux nations qui étaient le plus actives dans le soutien de cette organisation à travers le monde. Dans cet essai, nous verrons comment les services de renseignement des États-Unis et de l’Arabie saoudite ont coopéré de manière à protéger les agents saoudiens au sein d’al-Qaïda, au lieu de les neutraliser.

Deuxième anomalie : bien que la CIA aurait pu être mobilisée pour détruire al-Qaïda, Rumsfeld et Cheney avaient depuis le début l’intention de lancer une guerre à bien plus grande échelle. En septembre 2001, aucun renseignement sur le 11-Septembre ne liait l’Irak aux attentats. Pourtant, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, soutenu par son adjoint Paul Wolfowitz, observait déjà le 12 septembre « qu’il n’existait pas de cibles convenables à bombarder en Afghanistan, et [qu’il fallait] bombarder l’Irak, [ce pays] ayant d’après lui de meilleures cibles. » [18] L’argument de Rumsfeld était appuyé par un document du Département de la Défense préparé pour les réunions de Camp David des 15 et 16 septembre 2001, qui « proposait que ‘les cibles immédiatement prioritaires pour les premières actions’ devaient être al-Qaïda, les talibans et l’Irak. » [19]

Cette nation avait été visée par Rumsfeld et Wolfowitz depuis au moins 1998, lorsque les deux hommes cosignèrent une lettre du PNAC adressée au Président Clinton, qui appelait au « renversement du régime de Saddam Hussein ». [20] Mais l’Irak n’était pas la seule et unique cible dans le plan de Cheney, de Rumsfeld et de Wolfowitz — un plan qui, depuis au moins 1992, ne visait rien de moins que la domination globale des États-Unis, ou ce que l’ancien colonel US Andrew Bacevich appela « l’hégémonie américaine globale et permanente » —. [21] C’était une importante priorité des néoconservateurs. Même avant que George W. Bush n’ait été élu par la Cour Suprême en décembre 2000, Cheney manœuvrait pour assurer aux cosignataires de la lettre du PNAC de 1998 l’accès à des postes clés de la Maison-Blanche, du Département d’État et du Département de la Défense. Ces cosignataires incluaient Richard Armitage, John Bolton, Richard Perle, ainsi que d’autres membres du PNAC comme Stephen Cambone — sur lequel nous reviendrons —.

Depuis ses débuts, la guerre de terreur avait été conçue comme un moyen de mettre en œuvre cet objectif d’hégémonie globale. Le 24 septembre 2001, Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale, « aborda la question du soutien étatique au terrorisme : ‘Quelle est notre stratégie à l’égard des pays qui soutiennent le terrorisme comme l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie et le Soudan ?’ » [22] Dans ses mémoires, le général Wesley Clark révéla qu’à partir de novembre 2001, cette question était devenue un plan quinquennal du Département de la Défense :

« Alors que je suis retourné au Pentagone en novembre 2001, l’un des principaux officiers parmi les hauts responsables de l’armée m’accorda du temps pour discuter. Oui, nous étions toujours en route pour attaquer l’Irak, me dit-il. Mais ce n’était pas tout. Il me fit savoir que cette attaque était envisagée dans le cadre d’un plan quinquennal pour mener une campagne militaire. Au total, sept pays étaient ciblés, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan. » [23]

À cette époque, l’ancien officier de la CIA Reuel Marc Gerecht publia un article dans The Weekly Standard soutenant la nécessité d’un changement de régime en Iran et en Syrie. [24] (Dans cet hebdomadaire néoconservateur, Gerecht continue de mettre en garde l’opinion sur les menaces que représenteraient aujourd’hui ces deux nations.) Durant l’ère Clinton, Gerecht, à l’instar de Cheney et de Rumsfeld, faisait partie du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC), une faction belliciste appelant à une action militaire contre l’Irak en particulier, et plus généralement à un budget de la Défense étendu, qui aurait « considérablement augmenté les dépenses de défense » pour favoriser « la cause du leadership [global] des États-Unis ». Le rapport du PNAC publié en septembre 2000 — Reconstruire les défenses de l’Amérique (Rebuilding America’s Defenses) — traitait largement du pétrole du golfe Persique et de l’importance de maintenir et de renforcer « des forces pré-positionnées dans cette région ». [25]

Il est intéressant de noter qu’à la fin de l’année 2001, peu après le 11-Septembre et le déclenchement de la guerre de terreur, les États-Unis avaient déjà établi de nouvelles bases militaires en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan. Ainsi, ils étaient en bien meilleure position pour influencer les politiques des gouvernements nouvellement émancipés de l’Est du bassin Caspien — une région riche en hydrocarbures —. À travers cet essai, nous verrons que l’accord de 2001 permettant la mise en place de la première et de la plus importante de ces bases — celle de Karshi-Khanabad (ou K-2) en Ouzbékistan — s’est fondé sur un arrangement antérieur du Pentagone, complété par un accord de liaison de la CIA négocié en 1999 par Richard Blee du « groupe Alec Station » (Blee étant une figure centrale dans cet essai). Dans leur majorité, les États-uniens ne savent pas que le 11-Septembre, des Forces spéciales US étaient déjà déployées à la base K-2 dans le cadre d’une mission ouzbèke d’entraînement militaire. Ils ne savent pas non plus que le 22 septembre 2001, deux semaines avant un accord militaire formel entre les armées US et ouzbèke, « la CIA envoyait déjà ses équipes vers l’énorme base aérienne de Karshi-Khanabad (ou K-2) située au sud de l’Ouzbékistan, où des ingénieurs de l’US Army étaient en train de réparer la piste d’atterrissage. » [26]

La troisième anomalie de cette « guerre contre le terrorisme » est qu’elle conduisît à une nette augmentation du recours à la terreur, voire à la torture, par les États-Unis eux-mêmes, y compris contre leurs propres citoyens. Dans ce contexte, il doit être souligné que Dick Cheney et Donald Rumsfeld, à travers leur participation à l’ultrasecret « Projet Jugement dernier » du Département de la Défense, avaient également pris part à la planification de la Continuité du Gouvernement (COG pour Continuity of Government). Aux États-Unis, la COG était destinée à saper la Bill of Rights par la surveillance sans mandat et la détention arbitraire des dissidents politiques [27]. Ces planifications — dont l’origine est la peur des communistes illustrée par le Maccarthysme des années 1950 — ont constitué les fondements des plans complexes développés par le Pentagone et d’autres agences afin de contrer les protestations des mouvements anti-guerre contre leur objectif commun : instaurer la domination globale des États-Unis.

Comme je l’ai défendu ailleurs, les États-Unis dépensent annuellement des milliards de dollars dans le domaine de la sécurité intérieure. Ces dépenses sont dues en grande partie à la croyance — formulée par le colonel des marines Oliver North — que la guerre du Vietnam fût perdue dans les rues des États-Unis, et que cette capacité de dissuasion civile contre les opérations militaires US devait être limitée. [28] Cheney et Rumsfeld, en tant que membres de ce que l’on appelle le « Projet Jugement dernier » pour la planification de la Continuité du Gouvernement (COG), ont contribué à ces efforts. [29] En résumé, le 11-Septembre a permis la mise en œuvre de programmes envisagés depuis longtemps par une faction restreinte de responsables US, soit la concrétisation de nouvelles politiques radicales en Asie centrale – mais également au sein même des États-Unis –.

Il est à la fois difficile et douloureux d’envisager le crime d’homicide suggéré par les recherches méticuleuses de Kevin Fenton. Aujourd’hui, les États-Unis traversent une crise due aux activités des banques trop importantes pour faire faillite (« Banks Too Big to Fail »). Comme il a été souligné, ces banques étaient également trop imposantes pour que leurs responsables soient emprisonnés (« Banks Too Big to Jail »). En effet, punir leurs dirigeants comme des criminels ordinaires mettrait en danger la structure financière déjà menacée des États-Unis. [30] Cet essai expose, de manière détaillée, un phénomène analogue, soit ce qui pourrait être un crime trop important pour être puni (« Crime Too Big to Punish »).

Enfin, comme nous le verrons, le 11-Septembre partage des points communs avec l’assassinat de John F. Kennedy.

La dissimulation autour du 11-Septembre et le rôle de la CIA dans la survenance ces attaques

Dix ans plus tard, il est important de réévaluer ce que l’on sait ou pas à propos des événements qui conduisirent au 11-Septembre, en particulier concernant les actions de la CIA et du FBI, ainsi que le refus de divulguer des informations cruciales à la Commission sur le 11-Septembre.

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec confiance : 1) que les vérités les plus importantes sont toujours inconnues, en grande partie car les documents cruciaux sont soit maintenus au secret, soit considérablement censurés ;  2) les efforts de dissimulation continuent, d’ailleurs encore plus agressivement qu’auparavant ; 3) en plus de la dissimulation, nous devons analyser ce que John Farmer, ancien membre de la Commission sur le 11-Septembre, a appelé « une incompétence administrative sans précédent ou un mensonge organisé » de la part de personnages clés à Washington. [31] Ces derniers incluent le Président Bush, le Vice-président Cheney, le général du NORAD Richard Myers ainsi que le directeur de la CIA George Tenet. Nous pouvons également citer Samuel Berger, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale du Président Clinton, qui avant de témoigner sur ces questions se rendit aux Archives nationales pour retirer — et potentiellement détruire — de la documentation cruciale. [32] Dans son livre, Farmer a soutenu ces deux possibilités.

Bush récompense Georges Ternet avec la médaille d’honneur national le 14 décembre 2000.

La première d’entre elle, « l’incompétence bureaucratique sans précédent », est en fait l’explication donnée par la Commission sur le 11-Septembre afin d’expliquer les anomalies frappantes à propos de ces attentats et des vingt mois qui les précédèrent, lorsque des informations importantes furent dissimulées au FBI par l’Unité ben Laden de la CIA (que l’on appelle Alec Station). Cependant, grâce au remarquable nouveau livre de Kevin Fenton, Disconnecting the Dots, nous ne pouvons plus attribuer les agissements anormaux de la CIA à des « problèmes systémiques », ou à ce que Tony Summers appela hâtivement de la « confusion bureaucratique ». [33]

Se basant sur d’importants livres de James Bamford, de Lawrence Wright, de Peter Lance et de Philip Shenon, Fenton démontre irréfutablement qu’il existait à la CIA une pratique systématique de dissimulation des renseignements cruciaux vis-à-vis du FBI, y compris lorsque le Bureau avait normalement le droit d’y accéder. Avec encore plus de brio, il démontre que ce processus de rétention a été systématiquement maintenu durant les quatre investigations successives conduites après le 11-Septembre : l’enquête du Congrès présidée par les sénateurs Bob Graham et Richard Shelby (dont une partie est encore classifiée), puis celles de la Commission sur le 11-Septembre, de l’inspecteur général du Département de la Justice et de l’inspecteur général de la CIA.

Le plus déterminant dans les travaux de Fenton est qu’il démontre que ces nombreuses rétentions d’informations — qu’elles soient antérieures ou postérieures au 11-Septembre — furent l’œuvre d’un nombre relativement restreint d’individus. La dissimulation de renseignements vis-à-vis du FBI fut principalement opérée par ce que l’on appelle le « groupe Alec Station » — une faction faisant partie de l’Unité ben Laden de la CIA (qui est appelée « Alec Station »), mais ne lui étant pas identique —. Le « groupe Alec Station » était majoritairement composé de personnel de l’Agence, et incluait aussi quelques éléments du FBI. Les figures clés de ce groupe étaient l’officier de la CIA Tom Wilshire (que la Commission sur le 11-Septembre appelle « John »), et son supérieur direct à Alec Station, Richard Blee.

La dissimulation post-11-Septembre autour des agissements de Wilshire fut principalement l’œuvre d’une seule personne, Barbara Grewe. Cette dernière travailla d’abord dans l’enquête de l’inspecteur général du Département de la Justice sur le comportement de Wilshire. Elle fut ensuite mutée dans deux postes successifs au sein de l’équipe de la Commission sur le 11-Septembre où, sous l’autorité de son directeur exécutif Philip Zelikow, elle parvint à détourner l’attention que les enquêteurs portaient sur les performances de la CIA vers celles du FBI. [34] Que Grewe ait conduit ou pas les entretiens avec Wilshire et d’autres fonctionnaires dignes d’intérêt, elle « s’en inspira certainement pour rédiger ses sections des rapports de la Commission [sur le 11-Septembre] et de l’inspecteur général du Département de la Justice. » [35]

Les mutations successives de Barbara Grewe sont symptomatiques d’une dissimulation volontaire décidée à un niveau hiérarchique supérieur. Comme nous le verrons, il en va de même concernant le transfert en mai 2001 de Tom Wilshire d’Alec Station (l’Unité ben Laden de la CIA) vers le FBI, où il débuta une nouvelle phase d’interférences sur le flux normal de renseignements, organisant l’obstruction au sein même du Bureau. [36]

Ce processus commence à partir des renseignements obtenus grâce à la surveillance, par la NSA et la CIA, d’une importante réunion au sommet d’al-Qaïda en janvier 2000 — probablement l’unique rencontre de ce type avant le 11-Septembre —. Aux États-Unis, cette réunion attira instantanément l’attention des responsables de la sécurité nationale du fait de ses liens indirects à un élément d’appui logistique (un téléphone multi-lignes, basé au Yémen, qu’al-Qaïda utilisait). Cet élément de soutien était soupçonné d’avoir servi de centre de communication lors des attentats à la bombe contre les ambassades US en 1998. Comme Kevin Fenton le relève, « [l]’Agence réalisa que ce sommet était si important qu’elle briefa les directeurs du FBI et de la CIA [Louis Freeh et Dale Watson], le conseiller à la Sécurité nationale Samuel Berger et d’autres hauts responsables sur les renseignements collectés à cette occasion. » [37]

Pourtant, au sein d’Alec Station, Tom Wilshire et son adjointe à la CIA (surnommée « Michelle ») [38] bloquèrent les tentatives de Doug Miller, un agent du FBI détaché dans cette unité, de notifier le Bureau que l’un des participants à cette rencontre avait un visa US dans son passeport (il s’agissait de Khaled al-Mihdhar). [39] Pis, « Michelle » envoya alors un câble mensonger aux autres stations de la CIA. Ce câble affirmait fallacieusement que « les documents de voyage [d’al-Mihdhar], incluant un visa US à entrées multiples, avaient été copiés et transmis ‘au FBI pour de plus amples investigations’. » [40] Alec Station s’est également abstenue d’inclure les participants à cette rencontre dans une liste de surveillance, comme le demandaient les directives de la CIA. [41]

Ainsi débutait un processus systématique et parfois mensonger, à travers lequel les renseignements de la NSA et de la CIA concernant Khaled al-Mihdhar et son compagnon de voyage, Nawaf al-Hazmi, étaient systématiquement dissimulés au FBI. Ils furent également déformés, faussés ou manipulés de façon à prévenir toute enquête du Bureau sur les deux Saoudiens et leurs associés. Ce processus est un aspect majeur de l’histoire du 11-Septembre. En effet, le comportement de ces deux apprentis pirates de l’air était si peu professionnel que, sans cette protection de la CIA assurée par le « groupe Alec Station », ils auraient presque certainement été détectés et arrêtés ou expulsés, et ce bien avant qu’ils ne se préparent à embarquer sur le Vol 77 à Washington. [42]

Kevin Fenton conclut son enquête avec une liste de 35 différentes occasions où les deux pirates de l’air présumés furent protégés de cette manière — de janvier 2000 jusqu’au 5 septembre 2001 environ, soit moins d’une semaine avant les détournements —. [43] Dans son analyse, ces incidents peuvent être classés en deux principales catégories. Les motifs qu’il attribue à la première catégorie, tels que la rétention du câble de Doug Miller, étaient « de couvrir une opération de la CIA qui était déjà en cours ». [44] Cependant, après que « tous les voyants du système [de sécurité nationale] étaient au rouge » durant l’été 2001, et que la CIA s’attendait à une attaque imminente, Fenton conclut que « l’objectif de la rétention d’informations était dorénavant de permettre le déroulement des attaques », ne pouvant trouver d’autres explications. [45]

Après son transfert au FBI, Tom Wilshire changea ostensiblement sa manière d’interférer. Lorsqu’il était à la CIA, il avait manœuvré pour empêcher la transmission de renseignements au Bureau. Au contraire, une fois entré au FBI, il entreprit des révisions de ces mêmes renseignements, mais en les menant assez lentement pour qu’elles n’aient pas d’effet avant le 11-Septembre. Fenton suspecte que Wilshire anticipa un contrôle de ses dossiers, et qu’il semait des fausses pistes dans cette documentation afin de neutraliser ses embarrassantes performances. [46]

Je pense que nous devons à présent accepter la conclusion tirée des recherches de Kevin Fenton : « Il est clair que ces informations ne furent pas retenues suite à une succession d’incidents étranges, mais qu’elles l’ont été intentionnellement. » [47] Toutefois, je suggère une explication différente de ce qu’étaient ces intentions — une explication qui, à première vue, peut sembler plus simple, plus innocente, et également plus explicative d’autres aspects du mystère que constitue le 11-Septembre (bien que ces aspects semblent apparemment sans liens) —.

Peter Dale Scott

Deuxième partie :

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Des services secrets parallèles De Prof Peter Dale Scott, septembre 27, 2012

Troisième partie :

Article original en anglais (publié en une seule partie) :

Launching the U.S. Terror War: the CIA, 9/11, Afghanistan, and Central Asia, le 16 mars 2012.

Cet article a également été publié dans The Asia-Pacific Journal, Vol 10, Issue 12, No 3

Traduction en français par Maxime Chaix

Version française publiée par le Réseau Voltaire

Une version synthétique de cet essai a été présentée le 11 septembre 2011 aux Auditions internationales sur le 11-Septembre (International Hearings on the Events of September 11, 2001), qui se sont déroulées du 8 au 11 septembre 2011 à Toronto.

Vous pouvez comander dès à présent le nouveau livre de Peter Dale Scott, « La Machine de guerre américaine », sur la librairie en ligne du Réseau Voltaire.
Peter Dale Scott : Ancien diplomate canadien et professeur émérite à l’université de Berkeley, en Californie. Auteur du livre La Machine de guerre américaine (éditions Demi-lune, 2012).  

[1] Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.21 ; discussion dans Peter Dale Scott, American War Machine (Rowman & Littlefield, Lanham, MD, 2010), p.193, p.196. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[2] La guerre de terreur s’est développée depuis les attaques aériennes contre les civils durant la Seconde Guerre mondiale, commençant par Guernica et s’achevant avec les bombardements massifs de villes allemandes et japonaises. Toutefois, cette guerre aérienne ne constituait qu’un élément d’une plus vaste guerre conventionnelle entre des forces armées.

[3] Cependant, pas un seul acte de terreur perpétré depuis le début de cette décennie, que ce soit par les troupes de Mouammar el-Kadhafi en Libye ou de Bachar el-Assad en Syrie, n’a surpassé ou même ne s’est rapproché de la dévastation de la ville irakienne de Falloujah par les troupes US en 2004.

[4] « Statement by the President in His Address to the Nation », 11 septembre 2001. Le 20 septembre 2001, Bush déclara au cours d’une allocution devant une session mixte du Congrès que « [n]otre ‘guerre contre la terreur’ commence avec al-Qaïda, mais ne se limite pas [à cette organisation]. Elle ne s’arrêtera pas tant que chaque groupe terroriste ayant une capacité d’action globale n’ait été retrouvé, stoppé et détruit. »

[5] Sur ce point, se référer au Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, intitulé dans sa version originale The 9/11 Commission Report (W.W. Norton, New York, 2004), p.66 : « Jusqu’à présent, nous n’avons vu aucune preuve indiquant que […] l’Irak coopéra avec al-Qaïda dans la planification ou l’exécution d’une quelconque attaque contre les États-Unis. » (Ce rapport est disponible en français sous le titre : 11-Septembre, Rapport final de la Commission d’enquête sur les attaques terroristes contre les États-Unis [Équateurs, Paris, 2004]. Il est analysé sous un angle critique par l’universitaire et auteur états-unien David Ray Griffin dans Omissions et manipulations de la Commission d’enquête [Éditions Demi-Lune, Paris, 2006]).

[6] Sunday Times (Londres), 1er mai 2005 ; Mark Danner, The Secret Way to War : the Downing Street Memo and the Iraq War’s buried history (New York Review Books, New York, 2006).

[7] 9/11 Commission Report, pp.266-72.

[8] Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Who Is Rich Blee ? », 911Truth.org, 21 septembre 2011, (documentaire transcrit et traduit en français par l’association ReOpen911) ; Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Insiders voice doubts about CIA’s 9/11 story », Salon, 14 octobre 2011 (article traduit en français par ReOpen911 et publié sous le titre « La réaction des initiés et leurs doutes à propos de la version de la CIA concernant le 11-Septembre »). Rory O’Connor et Ray Nowosielski ont ajouté à leurs recherches la corroboration de Richard Clarke, l’ancien directeur du contreterrorisme à la Maison-Blanche sous les présidences de Bill Clinton et de George W. Bush. Clarke leur a déclaré qu’il présumait que ‘l’ordre de ne pas communiquer l’information émanait des hautes sphères’ de la CIA. Lorsqu’ils lui demandèrent de qui pouvait provenir un tel ordre, il répondit : ‘Je pense qu’elle émane du directeur’, faisant référence à [George] Tenet – en ajoutant que ce dernier et certains de ses collègues n’admettraient jamais la vérité ‘même si on leur faisait subir le supplice de la noyade’.

[9] Kevin Fenton, Disconnecting the Dots (TrineDay, Walterville, OR, 2011).

[10] 9/11 Commission Report, p.259, p.271 ; Lawrence Wright, The Looming Tower : Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York, 2006), p.352-54 ; Peter Dale Scott, American War Machine, p.203. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[11] Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 17 juillet 2006, p.68 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.339-44 ; discussion dans Peter Dale Scott, The War Conspiracy : JFK, 9/11, and the Deep Politics of War (Mary Ferrell Foundation Press, Ipswich, MA, 2008), p.355, pp.388-89.

[12] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.383-86.

[13] Ibidem, p.48. Cf. Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 12 juillet 2006, p.68 ; cité avec approbation dans Peter Dale Scott, American War Machine, p.399. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[14] Fenton, ibidem, p.371, cf. p.95.

[15] Lutz Kleverman, « The new Great Game », Guardian (Londres), 19 octobre 2003.

[16] Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces and Resources For a New Century : A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27 (traduit en français et reproduit à l’identique par ReOpen911, p. 17, p.27).

[17] « US Pulls out of Saudi Arabia », BBC News, 29 avril 2003.

[18] Richard A. Clarke, Against All Enemies : inside America’s war on terror (Free Press, New York, 2004), p.31.

[19] Bradley Graham, By His Own Rules : The Ambitions, Successes, and Ultimate Failures of Donald Rumsfeld (Public Affairs, New York, 2009), p.290.

[20] PNAC, Letter to President Clinton on Iraq, 26 janvier 1998.

[21] Gary Dorrien, Imperial Designs : Neoconservatism and the New Pax Americana (Routledge, New York, 2004). Bacevich faisait référence à un mémo de 1992 rédigé par Paul Wolfowitz et destiné à Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense. Ce mémo appelait les États-Unis à conserver leur pouvoir d’action unilatérale. Voir Lewis D. Solomon, Paul D. Wolfowitz : visionary intellectual, policymaker, and strategist (Praeger, New York, 2007), p.52 ; Andrew Bacevich, American Empire : The Realities and Consequences of U.S. Diplomacy (Harvard UP, Cambridge MA, 2002), p.44.

[22] Bob Woodward, Bush at War (Simon & Schuster, New York, 2002), p.131. Bien avant, durant l’après-midi du 11-Septembre, l’officiel du Pentagone Stephen Cambone prit des notes durant sa conversation avec Rumsfeld : « Besoin de cibles immédiates – Allez-y massivement. Balayez tout ça, associé ou pas [aux attaques du 11-Septembre] ».

[23] Wesley Clark, Winning Modern Wars (PublicAffairs, New York, 2003), p.130.

[24] Nicholas Lemann, « The Next World Order », New Yorker, 1er avril 2002.

[25] Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces and Resources For a New Century : A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27 (traduit en français et reproduit à l’identique par ReOpen911, p. 17, p.27).

[26] Ahmed Rashid, Descent into chaos : the United States and the failure of nation building in Pakistan, Afghanistan, and Central Asia (Viking, New York, 2008), p.69, p.70 ; citant Ahmed Rashid, « US Builds Alliances in  Central Asia », Far Eastern Economic Review, 1er mai 2000 : « La CIA et le Pentagone avaient collaboré étroitement avec l’armée et les services secrets ouzbèkes depuis 1997, fournissant de l’équipement, de l’entraînement et de la supervision dans l’espoir d’utiliser les Forces spéciales ouzbèkes afin de chasser Oussama ben Laden d’Afghanistan — un fait découvert lors d’un voyage à Washington en 2000. »

[27] Peter Dale Scott, « Le ‘Projet Jugement dernier’ et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre », Réseau Voltaire, 4 janvier 2012.

[28] Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial : 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.36.

[29] Certaines estimations des dépenses annuelles dans le domaine de la Sécurité intérieure atteignent le trillion de dollars. Voir Stephan Salisbury, « Weaponizing the Body Politi », TomDispatch.com, 4 mars 2012.

[30] Cf. Simon Johnson, « Too Big to Jail », Slate, 24 février 2012 : « La principale motivation derrière l’indulgence de l’administration envers certains crimes graves est évidemment la peur des conséquences induites par une action ferme contre des banquiers. Et nos responsables ont peut-être raison de le craindre, au vu des énormes dimensions des banques pour tout ce qui est lié à l’économie. En effet, celles-ci sont plus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant la crise. De plus, comme James Kwak et moi-même l’avons amplement démontré dans notre livre, intitulé 13 Bankers, elles sont bien plus grosses qu’elles ne l’étaient il y a 20 ans. »

[31] John Farmer, The Ground Truth : the untold story of America under attack on 9/11 (Riverhead Books, New York, 2009), p.288 ; cité dans Anthony Summers et Robbyn Swan, The Eleventh Day : the full story of 9/11 and Osama bin Laden (Ballantine, New York, 2011), p.147.

[32] Summers, Eleventh Day, pp.383-84 ; cf. Farmer, Ground Truth, p.41. Bien qu’étant un Démocrate, Samuel Berger fut ensuite protégé par l’administration Bush républicaine, qui lui évita d’avoir à témoigner devant le Congrès à propos de ses actes (une condition de sa négociation de peine).

[33] Summers, ibidem, p.334.

[34] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.72-79. Barbara Grewe quitta ensuite le gouvernement pour travailler à Mitre Corp., une entreprise privée s’occupant des contrats entre la CIA et une autre firme appelée Ptech. Il y a quelques années, dans un témoignage d’Indira Singh au sujet du 11-Septembre, cette dernière souleva de sérieuses questions sur le travail de Ptech et de Mitre Corp. sur les systèmes d’interopérabilité entre la FAA et le NORAD ; voir Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, p.245.

[35] Fenton, ibidem, p.78. Kirsten Wilhelm, une employée des Archives nationales, déclara à Kevin Fenton qu’« [i]l semble que Barbara Grewe ait mené les entretiens avec ‘John’ [Wilshire] et Jane [Corsi] », une autre figure clé dans cette affaire. Wilhelm ne put trouver d’« enregistrement officiel » de l’entretien avec Wilshire, appelé avec justesse par Fenton « l’audition probablement la plus importante que la Commission [sur le 11-Septembre] ait conduit » (p. 79). Summers, citant également une correspondance avec Kirsten Wilhelm, désapprouve le fait qu’il n’y ait aucune trace de cette entretien avec Wilshire, disant qu’un rapport de cet échange existe, mais qu’il « est intégralement censuré » (Summers, Eleventh Day, p.381, cf. p.552). C’est un point important sur lequel les futures enquêtes devront se concentrer.

[36] Fenton, ibidem, p.225.

[37] Ibidem, p.38 ; citant 9/11 Commission Report, pp.181-82.

[38] « Michelle » a depuis été identifiée sur Internet, mais par une seule source jusqu’à présent.

[39] Fenton, ibidem, pp.42-45 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.239-42 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.311-12.

[40] Fenton, ibidem, p.50 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.242-43 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.311.

[41] Fenton, ibidem, p.45.

[42] Je ne sais pas s’ils ont réellement embarqué dans cet avion. Cependant, je suis convaincu qu’al-Mihdhar et al-Hazmi ont agi comme s’ils voulaient détourner un appareil, ce que démontrent leurs contacts avec al-Qaïda en Malaisie et ailleurs, ou leurs tentatives d’apprendre à piloter (etc.).

[43] Fenton, ibidem, pp.383-86.

[44] Ibidem, p.48. Cf. Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 12 juillet 2006, p.68 ; cité avec approbation dans Peter Dale Scott, American War Machine, p.399. Version française : La Machine de guerre américaine (Demi-lune, 2012).

[45] Fenton, ibidem, p.371, cf. p.95.

[46] Ibidem, 239-42, 310-22. Fenton relève que Corsi travailla au quartier général du FBI, qui coordonnait « les liaisons avec les services étrangers » (p.313).

[47] Ibidem, p.310.

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Le géant de la biotechnologie Monsanto a lancé un effort désespéré de sauve-qui-peut à la suite de la publication d’une étude française qui a trouvée que des rats nourris avec un maïs transgénique avaient beaucoup plus de chances de souffrir de cancers, d’arrêts des fonctions organiques et de mort prématurée.

Au-delà des détails de l’étude, une question bien plus large demeure. Si Monsanto et les autres géants de la biotechnologie et des OGM sont si confiants dans la sécurité de leurs produits et n’ont aucun doute sur le fait qu’ils soient mêlés aux produits alimentaires, pourquoi donc ont-ils dépensé de manière combinée plus de 19 millions de dollars dans une tentative d’éviter que les Américains n’apprennent que leur nourriture est modifiée génétiquement ?

Monsanto a financé une énorme campagne mise en branle par ses lobbyistes dans un effort de torpiller la proposition 37 de Californie, une loi qui exigerait simplement que la nourriture génétiquement modifiée et ses ingrédients soient étiquettés en conséquence pour la vente en magasins.

Si la nourriture génétiquement modifiée est si saine et sans danger que cela et que des études ont prouvé qu’il n’ y avait pas de problèmes, pourquoi donc Monsanto est si désespéré de cacher sa présence au sein de la nourriture ?

L’étude récente conduite par les scientifiques de l’université de Caen et publiée dans le périodique scientifique Food and Chemical Toxicology, a trouvé que 50% des rats mâles et 70% des rats femelles nourris suivant un régime contenant la maïs NK603, un maïs génétiquement modifié produit par Monsanto, ou ceux exposés à l’herbicide de Monsanto RoundUp, ont souffert de tumeurs et de dégâts majeurs au niveau des fonctions organiques, provoquant leur mort prématurée.

Monsanto est parti de suite en mode pirouette, publiant un communiqué de presse ce week-end clâmant que les toxicologues et les experts de santé publique avaient trouvé “des problèmes fondamentaux avec la façon dont la recherche a été faite”, sans expliquer spécifiquement en quoi résidaient ces problèmes.

Etant donné que des scientifiques financés par Monsanto sont régulièrement amenés devant le public pour attaquer l’abondance de preuves confirmant le lien entre les OGM et le cancer, la réaction de Monsanto à l’étude française ne surprend en rien.

Comme l’explique Sayer Ji, les deux études précédant la française, dont les résultats clamaient qu’il n’y avait aucun lien entre l’herbicide RoundUp ready et le cancer, avaient toutes deux été financées par Monsanto.

Une recherche publiée dans le journal Regulatory Toxicology and Pharmacology et qui avait exonéré Monsanto contenait cet aveu incroyable de conflit d’intérêts:

“Les auteurs ont donné les sources de leur financement pour cette recherche. JSM (l’auteur de la recherche) a servi comme consultant salarié de la compagnie Monsanto. Cette recherche a été soutenue par la compagnie Monsanto, St.Louis, Missouri”.

Est-ce vraiment une coïncidence si la première étude de ces dernières années non financée par Monsanto, trouve des résultats complètement différents ?

“Il n’y a pas de mécanisme plausible pour obtenir les résultats rapportés sur le maïs transgénique et les résultats sont inconsistants avec un corps extensif d’expérience et de recherche scientifique”, a dit Monsanto en réponse à l’étude française.

Quoi qu’il en soit, les résultats ne sont inconsistants qu’avec des recherches précédentes financées par Monsanto, parce que l’étude française a recherché au delà de la période de 90 jours qui a permis à Monsanto de clâmer que ses produits étaient sains.

Comme le stipule the Grocer, l’enquête française “fut la première étude qui a étudiée les effets à long terme du RoundUp et du NK603, qui furent approuvés pour la consommation humaine après des études ne dépassant pas 90 jours de nourriture. Les scientifiques ont trouvé que des rats développaient des tumeurs mammaires et des dégâts graves au niveau du foie et des reins aussi tôt que 4 mois après ingestion régulière pour les mâles et 7 mois pour les femelles, comparés respectivement à 23 et 14 mois pour le groupe de contrôle.”

Comme les tumeurs et autres maladies ne furent découverts qu’après une période de 4 mois, ceci jette un doute sérieux sur les études précédentes (financées par Monsanto) auxquelles le géant de la biotechnologie se réfère pour prouver que les OGM sont sains, parce qu’ils ont failli à dépasser la période de test au delà des 90 jours, alors que l’étude française a étudié les effets des produits OGM sur la vie complète des rats.

Ceci illustre le fait si besoin était, que loin d’être inadéquate ou mal faite, l’étude française fut plus extensive et plus complète que toute étude précédente, et ce avec le bonus supplémentaire qu’elle ne fut pas financée par Monsanto, et qu’elle fut complètement impartiale.

Comme rapporté la semaine dernière, les afficonados de Monsanto ont pris le train en marche dans un effort de discréditer les résultats de la recherche fançaise, mentant par omission dans une tentative de jeter le doute sur les résultats de l’étude.

David Spiegelhalter de l’université de Cambridge a essayé de questionner la précision de l’étude en mettant en valeur que “le bras de contrôle de l’étude comprenait seulement 10 rats de chaque sexe, dont la plupart avaient aussi des tumeurs.”

Mais Spiegelhalter n’a pas reconnu qu’il a fallu à ces rats témoins 19 mois de plus pour développer des tumeurs comparé à ceux nourris avec les produits OGM de Monsanto.

Après avoir pris des gifles dans un bon nombre de pays européens et étant menacé de se voir expulsé du marché européen dans son ensemble, Monsanto est maintenant entré en mode panique. Le projet de loi californien labellisé “Droit de Savoir”, aussi connu sous le vocable de proposition 37, pourrait bien signifier le commencement de la fin non seulement pour le modèle d’ affaires de Monsanto mais aussi pour l’agenda complet derrière les OGM dans le monde entier.

 

Article original en anglais :

http://www.infowars.com/monsanto-launches-damage-control-over-gmocancer-study/

Traduction : Résistance 71

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Le Crépuscule du Monde arabe: Pour un aggiornamento endogène

septembre 26th, 2012 by Chems Eddine Chitour

« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

Guillaume d’Orange

Le Monde a profondément changé; le Monde Arabe – ou ce qu’il en reste en termes de référent identitaire, mis à mal par le mimétisme ravageur d’un Occident qui série et dicte la norme – a été bouleversé de fond en comble pour un dessein qui n´est malheureusement pas au bénéfice des peuples arabes. Les dirigeants aux commandes -malgré leur allégeance, sont dans le collimateur de l’Empire et tombent un à un, entraînant dans leur chute leur peuple. Avec l’avènement de la modernité, la pensée politique arabe se trouve tiraillée entre deux angoisses: d’une part, la peur que les sociétés musulmanes soient exclues du processus de modernisation, et d’autre part, la crainte qu’elles soient obligées de renoncer à leur religion et donc à leur identité. Nous sommes à l’évidence, loin dans ce XXIe siècle devant une débâcle multidimensionnelle des Arabes. Partout dans le monde, les musulmans arabes s’effritent à qui mieux mieux pour le pouvoir, encouragés en cela par un Occident sûr de lui et dominateur et qui ravitaille les belligérants en armes tout en prônant la paix des cimetières…

De plus, le mimétisme ravageur fait que les musulmans font de l’addiction aux technologies de l’information et de la communication une seconde nature d’un prosac qu’ils n’ont pas inventé et dont ils ne connaissent que les aspects ludiques au point par exemple que l’effritement de la symbolique du pardon, par paresse le jour de l’Aïd est sous-traitée au sms. Cette modernité débridée a été véritablement une débâcle; le sms permet de sacrifier au rituel de «Aïd Moubarak» sans se déplacer, sans voir, sans compatir, sans s’impliquer. Nous venons de le voir aussi avec le film anti-Islam diffusé sur la Toile depuis un an, ignoré par les Arabes jusqu’à ce qu’une âme «charitable» le sous-titre en arabe le mois dernier. Il n’en fallait pas plus pour que les Musulmans s’enflamment. Ce feu de paille qui n’impressionne personne s’éteindra naturellement et sédimentera encore plus une haine.
Le cas Charlie Hebdo

On ne le dira jamais assez ;  les prêcheurs de haine s’épanouissent et profitent des libertés que leur donnent des principes tels que la liberté d’expression pour assouvir leur paranoïa islamophobe et faire des affaires. En somme joindre l’utile à l’agréable. C’est le cas de Charlie Hebdo dont l’ancêtre Hara-kiri était autrement plus structuré.

«Pour ses lecteurs, écrivent Y. Labé et D. Saigre, Charlie Hebdo offre l’image d’un journal où travail rime avec humour et copains. Mais le vilain petit canard est devenu un cygne aux plumes d’argent. En 2006, les Editions Rotative, éditrices de Charlie Hebdo, ont enregistré un résultat bénéficiaire de 968 501 euros. Près de 85% de cette somme (soit 825 000 euros) ont été redistribués en dividendes aux quatre associés du groupe (…) Outre la bonne tenue des ventes et des abonnements (85.000 exemplaires vendus chaque semaine, en moyenne, selon la direction), ce gain s’explique, notamment, par la diffusion extraordinaire du numéro spécial consacré aux caricatures de Mahomet, le 8 février 2006 (500.000 exemplaires…)».(1)

Il semble que même avec 25% des ventes sous forme d’abonnement, les 40 000 exemplaires distribués en moyenne ne suffisent pas à rendre le journal viable. Les bilans comptables déficitaires de l’entreprise, depuis des années, se suivent et se ressemblent. La seule fois où le journal a enregistré un bilan comptable positif, c’était en 2006. Une année au cours de laquelle les douze caricatures du Prophète Muhammad (Qsssl) avaient été publiées par Charlie Hebdo. Voilà pour la dimension pécuniaire de la liberté d’expression. Voyons l’autre dimension, la libertaire et l’iconoclaste.

Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), nous donne son avis dans une tribune du NouvelObs. Il trouve le moment de la publication particulièrement mal choisi. ´´Charlie Hebdo aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme´´. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de Charlie Hebdo. Ce journal sait que quand on tape sur l’Islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Pour Pascal Boniface ´´l’objectif réel est de relancer les ventes en baisse du journal, en faisant des coups réguliers contre les musulmans´´. Il note qu’il est facile de se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les forts Or, ´´il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque´´, souligne Pascal Boniface.

Dans le même ordre du courage et de l’indignation sélective un point de vue particulièrement pertinent nous est donné par Olfa Riahi. Elle écrit:

« (…) En parlant de Dieudonné, je ne me rappelle pas avoir été mise au courant d’une quelconque polémique suscitée par votre honorable et si courageux journal lorsque l’artiste a été condamné pour «provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse», vous qui chérissez tant la liberté d’expression. Je me rappelle par contre que sa présence au procès intenté contre vous en 2007 n’avait pas plu à vos journalistes. Pourtant, il y était pour la cause que vous défendez. Je vous défie Charb, je vous défie de publier à votre «Une» quelconque caricature remettant en question l’holocauste. Appelons-la plutôt «Shoah» par respect aux traditions écrites et orales ». (2)

« Je vous défie Charb et vous demande d’être encore plus courageux et plus illuminé que vous ne l’êtes déjà. Je vous pousse à défier ces lois françaises qui n’ont jamais été contre la liberté d’expression. Je vous implore d’enfreindre le décret n°2003-1164 du 8 décembre 2003, la loi n°2004.204 du 9 mars 2004. Je vous pousse à aller plus loin encore et à publier la caricature sur le Net défiant la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004. Montrez-nous et montrez-leur comment se conduisent les nobles chevaliers de l’émancipation et de la lumière. Vous pouvez aussi proposer à Günter Grass d’être votre rédacteur en chef rien que pour un seul numéro. Un prix Nobel comme lui, cela vous fera certainement de la publicité. (…) Ah Charb! Si seulement vous pouviez savoir ce que cela coûte à l’humanité de compter des êtres vils et infâmes comme vous. Si vous saviez tout le mépris que de nobles âmes vous vouent, et ce ne sont même pas des musulmans rigoristes.» (2)

L’Islam est-il responsable de la débâcle du monde arabe?

Venons-en à la responsabilité des pouvoirs arabes. ´´Du point de vue du Pnud, le Monde musulman est mal classé selon les indicateurs internationaux tels que l’Indice de développement humain qui conjugue plusieurs paramètres tels que le système éducatif et sa performance, la santé et l’accès aux soins, la richesse, les libertés… Du point de vue justement de l’éducation, le Pnud classe les pays musulmans arabes, pratiquement au dernier rang. Il n’y a, par exemple, aucune université arabe dans les 5000 premières universités au monde. Le Monde arabe dans son ensemble publie moins d’ouvrages qu’un petit pays comme la Grèce. En 2005, il y avait plus d’internautes en Israël que dans tout le Monde arabe!! Dans un entretien accordé à Oumma.com, le physicien Nidhal Guessoum parlant des rapports entre science et Islam, de l’évolution darwinienne, «l’ijaz» (miracle scientifique du Coran) véhiculé par des auteurs comme Harun Yahya ou Cheikh Zendani dont Nidhal Guessoum qualifie leur ´´méthode´´ de ´´bricolage scientifique´´. On comprend alors pourquoi nous n’avançons pas dans le sens du progrès des sciences. (3)

En quarante ans, la régression est patente, à la mesure du désarroi des sociétés et des individus privés de repères et de règles de jeu, soumis à un autoritarisme permanent, asservis dans un climat de répression, on a calculé qu’en moyenne un potentat arabe restait au pouvoir une vingtaine d’années. Pourquoi l’alternance se fait-elle toujours par l’émeute ou par la sélection darwinienne? Le désespoir gagne des couches de plus en plus importantes. «Résultat des courses», les pays prennent un retard qui n’est pas linéaire mais exponentiel. (4)

D’un autre  côté on sait que l’essentiel de l’Islam est asiatique. Les pays asiatiques semblent se développer dans l’ensemble selon les règles de la démocratie et connaissent des taux de croissance à deux chiffres (Malaisie. Indonésie). De plus, l’alternance est consacrée (Turquie, Malaisie, Inde, Pakistan). Il est donc faux d’attribuer les problèmes des sociétés arabes à l’Islam, qui est de ce fait innocent des avanies que subissent les Musulmans arabes en son nom.

C’est aussi l’avis du Dr Al Ajamî qui écrit:

«Ces dictatures pétrolières qui financent la guerre entre musulmans; ne sont-ce point elles les vraies caricatures du Prophète? Ces bédouins engraissés se prostituant pour un ballon rond; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Ces pouvoirs qui organisent des manifestations spontanées pour mieux trahir leur peuple; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Ceux-là mêmes qui prétendent défendre l’honneur du Prophète, et donc de l’Islam, bafouent en réalité les principes enseignés par le Prophète. Ces lyncheurs autoproclamés, pseudo-justiciers de Dieu, bafouent la justice de la juste Parole de Dieu; ne sont-ce point eux les vraies caricatures du Prophète? Et la liste est longue! Ainsi, les croyants se tiennent intelligemment à l’écart de la provocation: «Et, lorsqu’ils entendent des propos inconsidérés, ils s’en détournent et disent: A nous nos actes, à vous les vôtres. Paix soit sur vous, nous ne recherchons pas les ignorants!» S28.V55. Nous sommes loin d’être dignes de notre religion et nous complaire dans la facilité, répondre à l’offense par l’offense, à la bêtise par la bêtise, nous condamne certainement, car: «…Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’il n’a pas changé ce qui est en lui…» S13.V11.»(5)

Derrière cette anomie la figure tutélaire du marché

Dans toute cette anomie apparente, d’une façon discrète, sûre et résolue, la dictature du Marché, la prise en main de la planète se met inexorablement en place. Ces escarmouches religieuses – programmées – sont là pour amuser la galerie et la distraire des vrais problèmes. Les sociétés se globalisent, se standardisent par une forme de religiosité économique (Friedman et le Consensus de Washington) tout en incitant à la montée des extrémismes. Nous sommes au centre de la Stratégie du Choc de Naomi Klein et de « la fabrique du consentement « de Noam Chomsky, par le contrôle des médias par la finance, l’industrie, la bipolarisation politique, le développement de conflits périphériques pour la maîtrise des matières premières stratégiques et de l’énergie. L’oligarchie contrôle les citoyens par l’émotion, la peur, l’instillation d’angoisses, la peur de l’autre démontré ´´différent´´ et potentiellement dangereux annihilant le raisonnement, l’esprit critique, l’analyse circonstanciée des faits, tout en fournissant des ´´solutions clés en main´´. Tous autant que nous sommes nous laissons, par ignorance, irresponsabilité, facilité, s’installer une idéologie totalitaire de contrôle global des sociétés.

Que peuvent faire les musulmans?

Le monde musulman fragile et blessé a du mal à réagir à la «modernité» qui vient de l’Occident. Le rôle de l’Occident est «d’aider» dit-on partout les forces progressistes laïques. Cela c’est pour le discours. Dans la réalité, l’Occident ne veut pas d’une émancipation réelle des Arabes, au contraire il met en place des régimes réactionnaires intégristes et adoube les potentats du Golfe qui sont «les modèles de démocratie». ´´Il est important que nous ne perdions pas de vue un fait fondamental: Pour Hillary Clinton l’Amérique doit montrer la voie au monde. L’explosion islamiste dans les pays du ´´printemps arabe´´ n’est pas une conséquence de celui-ci, mais un dévoiement, une réaction, largement soutenu par les puissances occidentales qui sont prêtes à tout pour empêcher l’émergence de la démocratie dans la région.

Il nous plait de rapporter la position réaliste et porteuse d’espoir de l’imam soufi Feisal Abdul Rauf de New York, qui s’insurge contre les manifestations violentes qui continuent dans de nombreux pays contre un film islamophobe. Son idée? S’appuyer sur le Mouvement mondial des modérés pour donner une autre image des musulmans. Feisal Abdul Rauf lance un appel au calme sur le site de The Daily Beast. Il écrit que ´´la majorité qui est en train de former le Mouvement mondial des modérés [une initiative du Premier ministre malaisien en 2010] de repousser les extrémistes de toutes confessions (…) En mordant à l’hameçon lancé par les islamophobes, nous les musulmans nous faisons fausse route, nous renforçons les stéréotypes de ceux qui nous haïssent et nous péchons contre Dieu (…). La première chose à faire est d’identifier qui est l’ennemi. Ce n’est pas l’Islam. Ce n’est pas le christianisme. Ce n’est pas le judaïsme. L’ennemi c’est quelqu’un qui veut, quelle que soit sa confession, détruire et tuer au nom de la religion.» (6)

Puisque la liberté d’expression est sacro-sainte, il serait intéressant de connaitre le comportement de ces nations libertaires à qui on coupe l’énergie, la finance, le tourisme les importations. Aux dernières nouvelles, une certaine Pamella Geller serait la responsable du film antimusulman qui aura fait une cinquantaine de morts. Non! Les musulmans ne doivent pas céder à la provocation. Il faut pour cela faire émerger des dirigeants élus démocratiquement, fascinés par l’avenir et qui mettent les peuples arabes au travail. Dans vingt ans ou cinquante ans de travail, de sueur, de privation, de marche forcée, ils montreront par l’exemple, que leur religion est une religion apaisée qui fait de l’homme l’alpha et l’oméga de tout développement. Commençons sans tarder!!

Professeur émérite Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

 

1. Y. Labé et D. Saigre: De la bande de copains à l’entreprise prospère. Le Monde 29.07.2008

2. Olfa Riahi http://forumdesdemocrates.over-blog.com/article-olfa-riahi-meprise-charlie-hebdo-et-le-met-au-defi-de-publier-des-caricatures-sur-la-shoah-110369559.html

3. Nidhal Guessoum http://oumma.com/Islam-et-science-moderne-les   le 7. mai 2010

4. Chems Eddine Chitour: L’Islam est-il responsable de la débâcle du Monde arabe? Oumma.com 9 12 2009

5. Dr Al Ajamî: Qui sont les caricatures du Prophète? Oumma.com le 22. septembre 2012
6. Emilie Sueur: Film stupide et effet papillon Vu des Etats-Unis ça suffit, dit le soufi! L’Orient-Le Jour 21.09.2012

 

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« Une guerre contre l’Iran déclenchera la Troisième Guerre mondiale »

septembre 26th, 2012 by Prof Michel Chossudovsky

« Notre puissance défensive a été fondée sur notre stratégie défensive et celle-ci est régie par la présomption que nous nous engagerons dans une affrontement militaire d’envergure contre une coalition menée par les États-Unis. » Brigadier-général Hossein Salami, commandant adjoint du corps des Gardiens de la révolution islamique, septembre 2012.)

*   *   *

Les États-Unis et Israël ont tous deux menacé de lancer une première attaque préemptive contre l’Iran, dont les conséquences seraient désastreuses.

En réaction à ces menaces incessantes, le commandant de la Force aérienne du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le général Amir Ali Hajizadeh a prévenu qu’une attaque militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran pourrait déclencher une Troisième Guerre mondiale. Il a également laissé entendre qu’Israël ne peut pas lancer une guerre sans le feu vert des États-Unis.

Selon le général Hajizadeh, le déclenchement d’une telle guerre risquerait d’occasionner une escalade militaire effrénée. Si l’Iran était attaqué, sa riposte viserait à la fois des cibles étasuniennes et israéliennes, y compris des installations militaires des États-Unis situées dans les pays voisins (par exemple en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et dans les États du Golfe) :

Dans un discours dimanche au réseau d’information arabe Al-Alam, le général Hajizadeh a déclaré que les États-Unis et le régime israélien ne pourraient pas entrer en guerre avec l’Iran « indépendamment l’un de l’autre, c’est-à-dire que si l’un des deux commençait la guerre, l’autre se joindrait à lui ».

« Nous voyons les États-Unis et le régime sioniste s’appuyer fermement et nous ne pouvons pas imaginer le régime sioniste initier une guerre sans renforts des États-Unis. Pour ces mêmes raisons, si une guerre éclate, nous nous battrons définitivement des deux côtés et nous en prendrons aux bases étasuniennes », a-t-il affirmé.

« Si de telles conditions survenaient, une série d’incidents incontrôlables et ingérables auraient lieu et une telle guerre pourrait se transformer en Troisième Guerre mondiale. Cela signifie que certains pays pourraient entrer en guerre avec ou contre l’Iran », a ajouté le général.

Le commandant du CGRI a prévenu que si une guerre de la sorte était menée contre l’Iran, « les bases des États-Unis dans ces pays autour de nous et dans les pays voisins seraient visées et qu’elles seraient mêmes menacées par les peuples de ces États ». (Fars News Agency, 23 septembre 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Le monde se trouve à une dangereuse croisée des chemins. La déclaration du général Hajizadeh doit être prise au sérieux.

La préparation active d’une guerre contre l’Iran est en cours depuis les huit dernières années. Depuis 2005, les États-Unis et leurs alliés, dont les partenaires étasuniens de l’OTAN et Israël, sont impliqués dans le déploiement massif et l’entreposage de systèmes d’armes avancés. Les systèmes de défense antiaérienne des États-Unis, des pays membres de l’OTAN et d’Israël sont complètement intégrés. Israël ne peut pas agir sans l’appui de ses alliés.

Il s’agit d’un effort coordonné du Pentagone, de l’OTAN et des Forces israéliennes de défense (IDF) contre l’Iran. Plusieurs pays partenaires non-membres de l’OTAN, dont les États arabes limitrophes, sont également impliqués (les membres du Dialogue méditerranéen de l’OTAN et de l’Initiative de coopération d’Istanbul).

Désinformation médiatique

Influencée par le battage médiatique, l’opinion publique appuie tacitement cette initiative par ignorance ou indifférence face aux conséquences possibles de ce qui est considéré comme une opération « punitive » ad hoc ciblant les installations nucléaires au lieu d’une guerre totale.

La guerre contre l’Iran est présentée à l’opinion publique comme un problème parmi d’autres. Elle n’est pas vue comme une menace à l’humanité. Au contraire : on la voit comme une action humanitaire.

Représailles

Les médias occidentaux appellent à la guerre. L’objectif, consiste à inculquer implicitement dans la conscience des citoyens, par la répétition ad nauseam de reportages, la notion voulant que la menace iranienne soit réelle et que la République islamique devrait être « éliminée ».

L’Iran possède des capacités militaires significatives et le fait qu’une attaque à son endroit puisse mener à des représailles et à une escalade pouvant déclencher une « guerre mondiale » n’est pas un sujet de préoccupation.

Alors que la République islamique ne constitue pas une menace à la sécurité d’Israël, des militaires iraniens de haut rang ont souligné qu’advenant une attaque contre l’Iran, des représailles contre Israël sont envisagées et les conséquences pourraient être dévastatrices.

Samedi, le major-général Mohammad Ali Jafari, le commandant en chef du CGRI a affirmé qu’une invasion ennemie de l’Iran est possible, mais qu’une telle guerre mettrait fin au régime sioniste d’Israël.

….

« Il se peut que la guerre éclate, mais si les sionistes [le gouvernement israélien] commencent quelque chose, ce sera le début de leur annihilation et le point final de leur histoire », a-t-il ajouté.

Le major-général Jafari a entre-temps souligné que « personne n’ose lancer un assaut terrestre d’envergure contre l’Iran ».

Il a ajouté que si l’ennemi était sage, il n’y aurait pas de problème, « toutefois il n’y a aucune garantie qu’il sera rationnel et nous devons nous aussi nous préparer.

Plus tard hier, son adjoint le brigadier-général Hossein Salami, a prévenu que toute attaque du régime sioniste contre la République islamique d’Iran donnerait une opportunité à Téhéran de le rayer de la surface terrestre.

« Si les sionistes s’engagent dans une attaque contre l’Iran, cela offrira une opportunité historique à la Révolution islamique de les rayer de l’histoire géographique mondiale », a déclaré Hossein Salami samedi soir à la télévision d’État.

« Les menaces du régime sioniste ne nous préoccupent plus », a-t-il déclaré en ajoutant qu’Israël a des souvenirs amers de ses guerres de la dernière décennie avec les alliés régionaux de la République islamique, dont les mouvements du Hezbollah et du Hamas.

« “[En raison des échecs mentionnés ci-dessus], comment veut-il [le régime sioniste] représenter une menace contre la République islamique d’Iran » a demandé le brigadier-général.

Il a par ailleurs souligné que le pays était prêt à confronter toute agression : « Notre puissance défensive a été fondée sur notre stratégie défensive et celle-ci est régie par la présomption que nous nous engagerons dans une gigantesque bataille contre une coalition menée par les États-Unis. »

Vendredi, le commandant en chef des Forces armées iraniennes, le major-général Seyed Hassan Firouzabadi a lui aussi averti que Téhéran réagirait à toute agression contre son pays par une riposte « immédiate » et « continue ».

« Nous ne nous sentons pas menacés par les remarques fanfaronnes des dirigeants sionistes, car ce sont des créatures terriblement effrayées qui ne cessent de gueuler puisqu’ils savent que la réaction de l’Iran aux menaces sera toute prête, immédiate et sans relâche », a dit le major-général aux reporters en marge de la parade militaire du 21 septembre marquant l’anniversaire de la Semaine de la Défense sacrée, ici, vendredi matin à Téhéran.

« Les officiels du régime sioniste ont déclaré dans leurs estimations [militaires] que les opérations militaires contre l’Iran ne peuvent ni être menées par Israël, ni lui être utile », a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs affirmé que les forces armées actuelles de l’Iran sont imprévisibles et que leurs stratégies et leurs actions ne peuvent être prévues par l’ennemi.

La Semaine de la Défense sacrée, commémorant les sacrifices des Iraniens durant les 8 ans de la guerre imposée à l’Iran par l’Irak en 1980, a débuté vendredi avec des parades de diverses unités de l’Armée de la République islamique, du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et des forces du Basij (volontaires) dans le sud de Téhéran. (Fars News Agency, 23 septembre 2012, c’est l’auteur qui souligne.)

Renverser la tendance guerrière

Nous demandons à nos lecteurs de propager le message dans le monde entier.

Nous demandons à tout le monde aux États-Unis, en Europe de l’Ouest, en Israël, en Turquie et partout à travers le monde de s’opposer à ce projet militaire, de se soulever contre leurs gouvernements qui appuient une action militaire contre l’Iran et contre les médias qui servent à camoufler les implications dévastatrices d’une guerre contre l’Iran.

Le peuple israélien est uni en grande partie contre la détermination du premier ministre Netanyahou d’attaquer l’Iran.

Israël et l’Iran doivent parvenir à un protocole de non-agression.

Texte original: “War on Iran Will Trigger World War III”

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

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Malaise journalistique autour du 11-septembre

septembre 25th, 2012 by Olivier Mukuna

Invité, puis déprogrammé de l’unique émission de radio de la RTBF sur les médias (la bien nommée : “L’envers des médias”), Olivier Taymans sort d’une projection-débat consacrée à son film par le cinéma bruxellois Nova. Entretien avec l’auteur du premier documentaire francophone sur le malaise journalistique autour des attentats du 11 septembre.

Comment vous est venue l’idée de questionner et de mettre en critique la couverture médiatique francophone des attentats du 11 septembre ?Olivier Taymans : C’est venu en plusieurs temps. Lorsque Thierry Meyssan a sorti son livre (« L’effroyable imposture »), je l’ai interviewé dans une émission de radio que j’animais à l’époque (Radio Campus, ULB). Puis, j’ai cherché des contre-points aux thèses de Meyssan et j’ai trouvé plusieurs personnes qui critiquaient son travail avec sérieux. Je les ai aussi interviewées. Sans vraiment pouvoir trancher, il y a avait déjà matière à s’interroger sur le rôle des médias dans leur couverture du 11 septembre. Très vite, le traitement médiatique envers Thierry Meyssan n’a plus été ni honnête ni équilibré. Mais en tant que critique de médias, ce phénomène habituel ne m’a pas paru surprenant. Bref, je suis passé à autre chose. Jusqu’en 2004, où j’apprends qu’un troisième gratte-ciel new-yorkais, le bâtiment n°7, s’était effondré le 11 septembre 2001 (sans avoir été percuté par un avion, ndlr). A nouveau intrigué, ce qui va définitivement me lancer sur cette enquête, c’est une séquence diffusée en 2006 au JT de la RTBF. Il s’agit de ces fameuses images de l’attentat sur le Pentagone, prises d’une caméra de surveillance. Si l’on voit effectivement une explosion, on ne voit pas du tout ce qui percute la façade du bâtiment. De mémoire, ces images étaient accompagnées du commentaire journalistique suivant : « On voit brièvement et clairement un Boeing rentré dans le Pentagone et donc les théories du complot sont nulles et non avenues » … Là, je me suis dit : « on est arrivé à un point où le gars peut dire le contraire de ce qu’il montre lui-même ! ». Il y avait une schizophrénie totale. Du coup, l’aspect psychologique de journalistes capables de faire cela m’a intéressé énormément.

Avec cette séquence de 2006 et d’autres, la plupart des journalistes ont-ils cessé de faire leur métier et, pour certains, sombré dans une propagande pro-américaine ?

O.T. : On peut le voir comme ça. En même temps, je refuse de tomber dans le piège, style : « regardez ces journalistes qui manipulent ! ». Ce qui m’intéresse, c’est la psychologie de ces journalistes qui ne constituent pas, à mes yeux, les dernières petites mains d’un « grand complot  ». Toute l’idée de mon film réside là : examiner pourquoi un gars, qui n’a aucun intérêt apparent, dit le contraire de ce qu’il voit ? On voit pourtant tous la même chose que lui et ça nous amène à conclure qu’il n’y a rien sur ces images ! Sur le coup, les médias officiels sont tombés dans l’écueil qui consiste à mettre au service de leur thèse des images qui ne disent absolument rien et ne démontrent rien. Si ce journaliste ne trempe pas dans un quelconque « complot  », alors, pourquoi agit-il de la sorte ? C’est ce qui m’a intrigué.

Dans votre film, chez chaque interlocuteur francophone, on sent une dose de malaise plus ou moins grande. C’est un documentaire sur dix ans de malaise journalistique ?

O.T : Oui, mais le premier malaise, c’est celui qu’on ne voit pas : celui du journaliste responsable de l’incroyable séquence qui m’a lancé sur cette enquête. J’ai tout essayé auprès de la RTBF pour obtenir cette archive que je n’avais pas enregistré. D’une part, celle-ci illustrait parfaitement mon sujet et, d’autre part, c’est celle qui m’avait fait bouger. Puisque l’exploitation secondaire de ces images n’était pas autorisée, j’ai demandé au journaliste concerné sa permission pour disposer de son commentaire. Sur la base des mêmes images d’attentat circulant sur le net, j’aurais réalisé un montage avec sa voix off afin de redonner fidèlement ce que j’avais vu en 2006 au JT de la RTBF. Très sèchement, le journaliste m’a refusé cette archive sonore ! Abandonnant toute exploitation, j’ai demandé à pouvoir simplement visionner cette fameuse séquence. Refusé, également. Ensuite, je suis parvenu à ce qu’une parlementaire interpelle la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel en Communauté française. Sur base de l’Article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui assure au citoyen un accès à l’information, la députée Florence Reuters (MR) a demandé au ministre Fadila Laanan (PS) : « Comment se fait-il qu’un réalisateur de documentaire n’ait pas le droit de visionner une séquence produite par le service public de la Communauté française ? ». La ministre a répondu à côté en tartinant sur les droits d’exploitation secondaire dont ne dispose pas la RTBF. Autrement dit, elle a répondu à l’impossibilité d’insérer ces images dans mon film mais pas sur l’interdiction qui m’était faite de les visionner. Florence Reuters ne s’y est pas trompée en répliquant : « Ce n’est pas la question, Madame la ministre ! La question est : pourquoi n’a-t-il pas le droit de visionner ces images ? » … L’incident était clos : je n’ai jamais pu voir cette séquence ; ne fût-ce que pour vérifier que je ne m’étais pas trompé, que je n’avais pas rêvé son commentaire journalistique. C’était le premier malaise de mon enquête ; tellement fort, qu’il a échappé à la caméra ! Il y a en d’autres, mais laissons aux spectateurs le soin de les découvrir.

A deux exceptions, il n’y a aucun journaliste belge francophone qui s’exprime dans le film. Ils ont tous refusé vos demandes d’interview ?

O.T : Exact. J’ai interpellé une série de journalistes qui, systématiquement, soit me fuyaient et me renvoyaient vers quelqu’un d’autre soit s’énervaient et m’insultaient. Si on leur dit que ce sujet « 11 septembre et médias » les terrorisent, ils vont le nier. Pourtant, force est de constater qu’il y a un malaise. Je me souviens aussi de ce journaliste d’un grand quotidien belge, auteur d’un article posant la question : « Peut-on enquêter sur le 11 septembre ? ». Rendez-vous fût pris. Il semblait enthousiaste, disait que mon projet était « très intéressant  » mais qu’il avait besoin de prétextes – c’est-à-dire d’un sujet d’actualité lié au contenu de mon film – pour rédiger un article. Le soir de notre entretien, je lui ai envoyé plusieurs prétextes d’actualité tels que, par exemple, la venue prochaine de David Ray Griffin en Belgique. Jusqu’à ce jour, je n’ai plus eu aucune nouvelle de ce gars …

En tant que critique des médias, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les réponses que vous avez pu obtenir ?

O.T : Ce qui m’a le plus surpris ? (bref silence) … C’est de me faire insulter par Bruno Clément, (éditeur et présentateur de l’émission d’investigations Question à la Une (RTBF). Cet épisode est dans le film car il s’agit de la plus forte illustration du malaise journalistique concernant le traitement médiatique du 11 septembre. Néanmoins, je ne m’attendais pas du tout à une telle réaction de sa part. Chacun est libre de refuser une interview, mais en arriver, comme Clément, à perdre les pédales pour s’enfermer dans une attitude ordurière de rejet, je ne l’ai pas compris et ne le comprends toujours pas.

Vous ne pouviez ignorer que le seul fait de questionner le travail des médias et leur relais inconditionnel de la version officielle du 11 septembre allait vous exposer à des réactions de haine voire développer une diabolisation à votre endroit …

O.T : Oui, bien sûr. Si ce n’est que je n’ai pas le sentiment d’avoir eu la même démarche que, par exemple, Thierry Meyssan. Je ne pense pas avoir d’autre thèse que celle-ci : certaines choses signifiantes concernant le 11 septembre ne sont pas relayées par les grands médias. Ce qui me paraît absolument démontrable. Prenons le fait qu’il existe une série d’associations de professionnels (soit des personnes compétentes dans les domaines qui touchent au 11 septembre ; ex-agents de la CIA, ingénieurs, architectes, pompiers, etc.), respectés par leurs pairs et non identifiés comme des agitateurs politiques ou des cinglés, qui déclarent que tel, tel et tel point posent des problèmes factuels et scientifiques. Des problèmes qui contredisent sur le fond les conclusions de la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre ! Eh bien, ce fait, hautement signifiant, n’est pas relayé par les médias ou alors de manière extrêmement superficielle. Pendant la réalisation du film, on m’a effectivement souvent renvoyé que j’avais une « thèse » et que je tentais de l’illustrer en images. Ce n’est pas le cas : qu’il s’agisse de Jean-Pierre Jacqmin (Directeur de l’information à la RTBF, ndlr), d’Yves Thiran (ex-Directeur de l’éthique, puis Chef de rédaction des nouveaux médias à la RTBF, ndlr) ou de Bruno Clément, j’ai approché ces personnes sans thèse sur le fond des évènements. Ce n’est même pas le sujet du film ! Mon sujet porte sur la couverture médiatique de la contestation raisonnée et non-conspirationniste de la version officielle des attentats du 11 septembre.

Pour quels motifs cette contestation raisonnée est-elle interdite de parole dans les médias traditionnels ?

O.T : Très bonne question ! Et dès qu’on cherche à y répondre, on devient un épouvantail prêtant aux amalgames et aux invectives. Si vous posez cette question, c’est que vous avez une « thèse  ». Si vous avez une thèse, vous êtes forcément « conspirationniste », puisque vous soupçonnez l’existence d’un « grand complot » – il est toujours « grand », le complot ! – qui implique une bonne partie de l’élite américaine. En conséquence : vous êtes « anti-américains » et, sans doute, « antisémite » parce que « négationniste », puisque vous « niez » les attentats du 11 septembre. Je n’ai jamais compris d’où venait cette locution absurde. De la remise en questions d’un évènement historique, on passe à la « négation » du 11 septembre lui-même. Amalgame complètement absurde, mais qui revient tellement souvent … La rumeur selon laquelle les employés juifs du World Trade Center avaient été prévenus de ne pas venir travailler le 11 septembre 2001 a dû avoir sa néfaste influence. Pourtant, cette assertion est fausse et personne ne la relaye ; excepté quelques extrémistes qu’il est malhonnête d’amalgamer avec tous les gens qui osent remettre tel ou tel aspect en question.

Dix ans plus tard, vous êtes le premier journaliste francophone à réaliser un documentaire sous l’angle de la critique du fonctionnement médiatique. Vos confrères des médias traditionnels subissent-ils une totale absence de liberté ou sont-ils terrorisés par l’idée de faire leur métier … jusqu’à risquer de le perdre ?

O.T : Sur ce type de sujet, je pense que la liberté se confond avec la curiosité. En travaillant pour les médias traditionnels, si vous cherchez vraiment à enquêter jusqu’au bout, vous vous confronterez à un manque de liberté.

Bien sûr, on ne vit pas dans un État totalitaire avec le bâillon sur la bouche ; par contre, on fera tout pour que vous n’ayez pas les moyens d’enquêter ni de diffuser au plus grand nombre ce que vous avez à dire. Dans le cadre hiérarchique d’une entreprise, l’employeur ne vous donnera ni les moyens ni la liberté d’enquêter. En indépendant, il faut chercher des soutiens financiers, très difficiles à trouver pour ce type de documentaire. Avant de tourner, je suis allé voir un producteur belge de petite taille, ouvert et soutenant des projets alternatifs. Son refus n’a pas seulement été motivé par les aspects « sensibles » du projet mais aussi par mon manque d’expérience en documentaires. Je suis journaliste depuis quinze ans mais c’était mon premier film. Ce fait incontestable combiné au côté épineux du sujet ne l’a pas encouragé à me trouver des financements. Néanmoins, j’ai obtenu un petit soutien financier de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédias) que je tiens à remercier ici. Ceci étant dit, si je suis le premier sur un tel film, c’est aussi parce que d’autres documentaristes, plus expérimentés, ne cherchent pas à traiter le sujet. Peut-être parce qu’ils savent qu’ils n’obtiendront aucun financement ? Je n’en sais rien.

Ou peut-être craignent-ils des sanctions professionnelles capables de nuire définitivement à leurs carrières ?

O.T : Certainement. C’est ce qui explique aussi la timidité – c’est un euphémisme ! – d’une partie de la gauche de la gauche que beaucoup attendaient sur cette controverse. Or, des intellectuels comme Noam Chomsky, les journalistes du Monde diplomatique ou les politiques classés à la gauche de la gauche sont parmi les plus virulents à se démarquer de ce sujet. A l’instar des journalistes qui font les autruches, ces gens-là craignent énormément de perdre leur crédibilité. Il y a eu tellement d’amalgames autour des remises en question de la version officielle des attentats du 11 septembre que nombreuses sont les personnalités qui ne s’associeront pas à de telles interrogations ; de peur que toutes leurs autres activités, journalistiques ou militantes, soient frappés de ce sceau d’infamie. C’est la loi du « Quant dira-t-on ? ». La peur qu’on dise : « Monsieur X ? Oui, mais vous savez qu’il fricote avec les conspirationnistes ! ». C’est une sorte de contagion de la décrédibilisation qui est encore à l’œuvre. En cela, une partie des Français présents dans le film, qui n’ont cessé de crier à l’antisémitisme et au négationnisme, ont engrangé un certain succès. Ils sont parvenus à ce que des interrogations légitimes constituent désormais un « sujet sale », qu’on ne peut toucher que si l’on n’a plus rien à perdre …

Unanimement respecté dans le milieu du journalisme belge, Jean-Jacques Jespers qualifie votre sujet d’enquête de « tabou  » journalistique mais semble, lui aussi, marcher sur des œufs …

O.T : Jean-Jacques Jespers est dans une position intermédiaire. Après trente ans de journalisme à la RTBF, il est désormais Professeur de journalisme à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et n’est plus loin de l’âge de la retraite. A ces différents titres, il bénéficie de plus de liberté d’expression que d’autres. Sa position intermédiaire se reflète aussi sur le fond du dossier. Jespers estime qu’il y a beaucoup d’éléments troublants mais en reste, grosso modo, à la position suivante : « Les autorités américaines ont sans doute eu une attitude d’ignorance coupable. Ils étaient sans doute au courant des projets d’attentats et les ont laissé se dérouler parce que cela les arrangeait bien ». C’est déjà un grand pas pour quelqu’un qui a une crédibilité à défendre.

Le cap de la commémoration des dix ans va-t-il favoriser un vrai débat contradictoire sur cette couverture médiatique bancale comme sur le fond du dossier ?

O.T. : Cela me paraît assez mal parti. En période de commémorations, on revient principalement sur l’émotionnel, les victimes, les témoignages. Ces aspects ont indéniablement leur place en journalisme. Mais ce ressort est aussi utilisé par certains pour affirmer que remettre en question « la vérité » demeure scandaleux vis-à-vis des victimes qui ont souffert. Pour ma part, je pense exactement le contraire. D’ailleurs, un grand nombre de familles des victimes du 11 septembre sont parmi les gens qui remettent les choses en question. Pour la sphère médiatique, à quelques exceptions près, il existe une antinomie entre cette émotion qu’ils véhiculent et les idées critiques de remise en question. Maintenant, à la décharge des journalistes, leur position est très inconfortable. J’ai eu des échos de certains journalistes qui ont tenté d’aborder le sujet dans leurs rédactions respectives. Avec prudence, ils ont développé l’une ou l’autre incohérence de la version officielle. Ils ont tous essuyé une réaction épidermique de rejet, qui vous fait vite comprendre que si vous voulez garder votre job, il ne faut plus insister !

« Position très inconfortable » dans l’espace francophone. Car votre documentaire montre qu’il en va tout autrement pour les journalistes norvégiens qui, eux, ne risquent pas de perdre leur travail en faisant leur travail …

O.T. : Oui, en Norvège, il y a au moins eu une véritable controverse. Tous les journaux n’ont pas rivalisé d’enquêtes ou de dossiers spéciaux sur le sujet, mais le vrai débat est possible. Jusqu’à l’intérieur d’un même journal où un rédacteur en chef n’a pas voulu en parler tandis que le responsable du même quotidien en ligne a décidé d’en faire sa « Une ». Tout cela se décide sans heurts et ne mène pas à une cascade d’anathèmes invraisemblables. Sur la controverse autour du 11 septembre, la particularité française de recours systématique à l’antisémitisme et au négationnisme a fort surpris les journalistes norvégiens. Ils ne comprenaient pas comment on pouvait relier les deux domaines. Le négationnisme et la remise en questions de la version officielle du 11 septembre n’ont en effet rien avoir entre eux. Si cette dérive est peu présente en Belgique, elle est fort développée en France et ne se limite pas qu’au 11 septembre ! L’antisémitisme et le négationnisme sont devenus des épouvantails, brandis devant toute dissonance idéologique ou dès qu’est défendue une analyse qui déplaît aux « intellectuels médiatiques » régnant sur le débat en France.

Si les médias francophones recouvrent de silence votre film, pensez-vous que leur objectif est d’éviter d’éclabousser une partie des journalistes ? Que ceux-ci n’aient pas à reconnaître qu’au minimum ils ont menti par omissions au sujet du 11 septembre ?

O.T : Non. Et je ne pense pas qu’ils pourraient le reconnaître parce que cela ramène à des processus relevant davantage de l’inconscient que de l’intention. Si l’omission d’informations est réelle, elle peut aussi être inconsciente. Ce qui me semble être le cas. Une partie du métier de journaliste consiste à hiérarchiser et sélectionner en permanence. Ils doivent, en âme et conscience, juger de l’importance ou de l’insignifiance de tel ou tel élément d’information. Dans ces processus, nombre de journalistes sont victimes de la fenêtre personnelle qu’ils ont sur la réalité. Autrement dit, ils fonctionnent d’après un certain conditionnement. Interrogés là-dessus, ils ne verront pas cela comme un mensonge par omission mais comme une saine hiérarchisation et sélection de l’information. Rares sont ceux à qui je serais tenté d’imputer une intention de falsification pour des raisons idéologiques. Je pense que l’idéologie à suivre est largement inconsciente : on baigne dedans sans s’en rendre compte.

« Rares », mais souvent titulaires d’émissions d’informations télévisuelles. A l’instar de Daniel Leconte (Arte) dont l’intégrisme pro-américain est implacablement disséqué dans votre film. Concernant son « travail », peut-on parler « d’inconscience » ou même de journalisme ? 

O.T : Non, effectivement. Lorsqu’on voit les sujets produits par Docs en stock, la société de production de Daniel Leconte, c’est très orienté et univoque jusqu’au choix des invités pour de pseudo-débats. Avec Leconte, on se trouve dans des choix conscients qu’on peut assimiler à de la mauvaise foi. Un « débat » où aucun invité n’a une opinion contraire à celle du présentateur (Daniel Leconte, ndlr), où tout le monde s’entre-congratule en répétant : « C’est fou ce que vous avez raison ! », ce n’est plus ce que j’appelle un débat. Et lorsqu’on constate qu’une majorité des intervenants – au pseudo-débat et dans les documentaires diffusés – font partie d’un même cercle idéologique néoconservateur, identifié et tout à fait identifiable, j’estime qu’on n’est plus dans le journalisme mais dans la propagande.

Votre film est désormais visible sur le net, vous attendez-vous à être diabolisé ?

O.T : Je n’en ai aucune idée. L’avenir nous le dira. Si certains médias traditionnels décident de parler du film, il ne serait pas étonnant que je sois rangé dans un camp. Or, je ne me sens appartenir à aucun camp. Si j’ai des relations avec des personnes considérées comme des « conspirationnistes », cela ne fait pas de moi un militant de leur cause. Je me sens davantage militant du journalisme que d’une position tranchée au sein de cette controverse. Ce que je défends, c’est une pratique du journalisme telle que je la conçois et non telle que je l’ai vu pratiquée pendant dix ans sur le 11 septembre. Il est assez malheureux d’être forcé d’aller jusqu’en Norvège pour trouver des personnes qui tiennent un discours sur le métier qui devrait être celui de n’importe quel journaliste ! Tout journaliste devrait avoir pour instinct naturel de se poser des questions, de ne fuir aucun sujet et de manier le doute en toutes circonstances. Cela devrait tomber sous le sens, mais, visiblement, il faut faire des milliers de kilomètres pour entendre ces évidences ! Et surtout, les voir pratiquées au quotidien par les Norvégiens sans qu’ils trouvent cela extraordinaire. Normal : c’est la base du métier ! Dans l’espace francophone, les professionnels que j’ai interrogés ont complètement perdus de vue ces balises. Celles-ci sont encore enseignées dans les écoles de journalisme mais comme une sorte de truc théorique obligatoire. Un peu comme la prière du soir chez les cathos qui ne pratiquent plus vraiment …

Propos recueillis par Olivier Mukuna

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Une liste noire de ceux qui condamnent ou critiquent les Pussy Riot ?

septembre 25th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

Des avocats russes des Pussy Riot négocient l’adoption aux Etats-Unis d’une liste du même nom, imposant des sanctions contre les fonctionnaires russes impliqués dans l’affaire du groupe punk, dont trois membres ont été condamnées pour hooliganisme, lit-on lundi dans le journal Izvestia.

“Notre réponse est une +liste Pussy Riot+! Les personnes violant les droits de l’homme en Russie ne pourront pas aller s’amuser en Occident”, a déclaré Mark Feïguine, avocat de la punkette Nadejda Tolokonnikova.

Les juges, les procureurs impliqués dans le procès et même les journalistes l’ayant couvert avec “une opinion préconçue” seront inclus sur la liste, a expliqué l’avocat, avant d’indiquer qu’un document analogue pourrait ensuite voir le jour en Europe.

Les avocats se sont récemment entretenus à Washington avec des représentants de la section américaine d’Amnesty International, organisation ayant reconnu les Pussy Riot comme prisonnières de conscience.

Les antennes russe et britannique d’Amnesty International ne sont quant à elles pas au courant des initiatives des défenseurs des punkettes russes.

Le 17 août dernier, un tribunal de Moscou a condamné trois des cinq membres du groupe Pussy Riot – Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch et Nadejda Tolokonnikova – à deux ans de prison pour avoir commis un acte de hooliganisme dans la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou, haut lieu du culte orthodoxe russe, le 21 février 2012. Lors de leur prière punk, les jeunes femmes avaient tenu des propos blasphématoires et ont demandé à la Vierge de “chasser Poutine”. Une vidéo de ce “concert” est disponible sur Internet.

En juillet dernier, le comité des finances du Sénat américain a approuvé le projet de loi officialisant la “liste Magnitski” dirigée contre un groupe de fonctionnaires russes impliqués, selon Washington, dans la mort d’un juriste de Hermitage Capital.

Les avocats des punkettes veulent une liste US “Pussy Riot” contre des Russes`, Ria Novosti, le 24 septembre 2012

 

Cette information semble confirmer que la campagne organisée au niveau international autour de l’affaire des Pussy Riot  déborde largement la simple contestation « punk » en Russie.

La mobilisation des médias, d’Amnesty International, les prises de position officielles aux Etats-Unis et au Parlement européen, et maintenant l’initiative des avocats suggèrent qu’une nouvelle « machine de guerre froide » est enclenchée. Et par la même occasion, contre la liberté d’expression des journalistes qui auraient eu des “opinions préconçues” sur les Pussy.

Paradoxe de ce combat “pour la liberté” qui tournerait à la censure !

- Allo ! La Pravda ?

- Oui, j’écoute, ici la CIA. Vous êtes déjà sur la liste !

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Libye : pétrole rouge sang

septembre 25th, 2012 by Manlio Dinucci

Le second épisode de « Humanitarian War   », fameuse fiction washingtonienne sur la Libye, est sorti. Voici la bande-annonce : après avoir aidé les Libyens à se débarrasser du féroce dictateur, les gentils, conduits par l’héroïque Chris, continuent à les aider avec le même désintérêt ; mais les méchants –les terroristes encore nichés dans le pays- tuent Chris qui « risquait sa vie pour aider le peuple libyen à construire les bases d’une nouvelle et libre nation » (Hillary Clinton) et, « fait particulièrement tragique, ils le tuent à Benghazi, ville qu’il avait aidé à sauver (Barack Obama) ; le Président envoie  une « force de sécurité » en Libye, mais ce sont les habitants de Benghazi, descendus spontanément dans la rue avec des pancartes à la gloire de Chris, qui chassent les méchants de leurs tanières. En attendant le troisième épisode, jetons un coup d’œil sur la réalité. Chris Stevens, ambassadeur en Libye depuis mai dernier, avait été représentant spécial Usa au Cnt de Benghazi pendant la guerre : c’est-à-dire le metteur en scène de l’opération secrète par laquelle avaient été recrutées, financées et armées contre le gouvernement de Tripoli même des milices islamiques désignées comme terroristes peu de temps auparavant encore. Nouvel apprenti sorcier, Chris Stevens a été renversé par les forces qu’il avait lui-même crées quand, une fois le gouvernement de Tripoli abattu, il a dirigé en habit d’ambassadeur étasunien l’opération pour neutraliser les milices jugées par Washington non fiables, et intégrer  les fiables dans les forces gouvernementales. Opération extrêmement complexe : il y a en Libye au moins 100mille combattants armés, appartenant à toutes sortes de formations, y compris quelques unes fidèles à Kadhafi. Tripoli ne contrôle aujourd’hui qu’une partie mineure du territoire.

Exportation du pétrole libyen avant la guerre en Libye en 2011

Source du graphique: EconMatters, le 3 avril 2011

La désagrégation de l’état unitaire a commencé, fomentée par des intérêts partisans. La Cyrénaïque –où se trouvent les deux tiers du pétrole libyen- s’est de fait autoproclamée indépendante, et le Fezzan, où sont d’autres gros gisements, veut l’être aussi ; et ne resteraient à la Tripolitaine que ceux qui sont devant les côtes de la capitale. La balkanisation de la Libye entre dans les plans de Washington, s’il n’arrive pas à contrôler l’état unitaire. Ce qui est urgent pour les Etats-Unis et les puissances européennes c’est de contrôler le pétrole libyen : plus de 47 milliards de barils de réserves assertées, les plus grandes d’Afrique. Il est important pour eux de disposer aussi du territoire libyen pour le déploiement avancé de forces militaires. La force de déploiement rapide des marines, envoyée par Obama en Libye avec l’appui des drones de Sigonella (base aéronavale étasunienne en Sicile), officiellement comme réponse à l’assassinat de l’ambassadeur, n’est ni la première ni la dernière. Le Pentagone avait déjà envoyé des forces spéciales et des contractors pour surveiller les plus grandes plates-formes pétrolières, et il se prépare maintenant à une action « antiterroriste ». Il y a longtemps qu’ont débarqué les compagnies pétrolières qui, avec des accords officiels ou en sous-main (grâce à la corruption diffuse), obtiennent des contrats beaucoup plus avantageux que les précédents.

En même temps se prépare la privatisation de l’industrie énergétique libyenne. Participe aussi à la répartition du butin le Qatar qui, après avoir contribué à la guerre de Libye avec des forces spéciales infiltrées et des fournitures militaires, pour une dépense de plus de 2 milliards de dollars, a obtenu 49% (mais de fait le contrôle) de la Banque libyenne pour le commerce et le développement.

Un bon investissement, celui de la guerre.

 

Edition de mardi 25 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120925/manip2pg/14/manip2pz/329156/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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«La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu’un nouvel ordre, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état pacifique.»

Anatole France

Du 14 au 16 septembre, Benedict XVI s’est rendu au Liban prêcher la bonne parole. Cette visite est la vingt-cinquième de son pontificat. On se souvient que sa visite en Turquie pays musulman majoritairement, en 2006 sous haute sécurité deux mois après le discours sulfureux de Ratisbonne, a donné lieu à des manifestations. Il a visité notamment le 29 novembre 2006, le sanctuaire de la Maison de la Vierge Marie à Éphèse, un lieu de culte pour les catholiques et les musulmans.

Quelle est la mission du pape?

On est en fait conduit à expliquer la mission du pape, seul représentant d’une religion de plus d’un milliard de chrétiens et qui n’a pas d’équivalent dans le Judaïsme et l’Islam. Le terme de pape désigne l’évêque de Rome, garant de l’unité de l’Église catholique romaine, et non son chef, et monarque temporel de l’État du Vatican, actuellement Benoît XVI. Le titre de pape n’est réellement apparu qu’à partir du concile de Nicée en 325 mais le terme n’a désigné exclusivement l’évêque de Rome qu’à partir de Grégoire VII, au XIe siècle. La tradition catholique fait, elle, remonter la lignée des papes à l’apôtre Pierre. 33 – 64/67. On compte 265 papes romains.

Le pape? Combien de divisions disait Staline? Il est vrai qu’il ne dispose d’aucune puissance militaire mis à part ses gardes suisses! Il a surtout un magistère moral. L’empire communiste s’est effondré et le pape continue à remplir son rôle dans l’Église catholique et dans le monde.

Dans l’Evangile selon saint Matthieu nous lisons: «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirais mon Église… Je te donnerai les clés du Royaume des cieux…» Tout découle de cette parole de Jésus. Le pape en tant qu’évêque de Rome, successeur de l’apôtre Pierre, veille à l’unité de toutes les Églises catholiques. Il est le vicaire de Dieu sur Terre. C’est un fait que Vatican II et son ouverture au monde et notamment à l’Islam est révolu. Le catholicisme actuel a tourné le dos à l’aggiornamento. De fait, l’élection de Benoît XVI signe le triomphe des intransigeants au détriment des catholiques modernistes. Jusqu’où ce virage réactionnaire de l’église catholique ira-t-il? Jusqu’à faire du Concile de Vatican une parenthèse bien vite refermée? Caroline Fourest et Fiammetta Venner en enquêtant sur les relations du Saint-Siège ont recensé trois des courants les plus sulfureux du catholicisme contemporain: l’Opus Dei, La Légion du Christ et les traditionalistes L’intégrisme catholique existe bel et bien, il continue à se développer, toléré puis protégé par la hiérarchie catholique et le pape, Benoît XVI.(1)

Ces oeuvres ne sont pas extrêmes ou extérieures à l’Eglise, elles «font parie intégrante de la reconquête intégriste voulue par le pape». Les traditionnalistes excommuniés par Jean-Paul II vont rentrer peu à peu dans le rang, non en faisant pénitence mais comme des «gagnants»: ils sont tous vraiment, chacun à leur façon, les nouveaux soldats du pape ayant une mission bien claire: aider à la reconquête et effacer les dernières scories de Vatican II…(2)

Visite du pape au Moyen-Orient: le refus des chrétiens de quitter leur terre

A juste titre, Mariano Aguirre s’interrogeait en 1994 sur le devenir de l’Islam, le nouveau Satan de rechange nécessaire à l’Occident. Il écrit: «Quel adversaire prendra la place, aux yeux de l’Occident, du communisme désormais vaincu? Tout semble indiquer que géopoliticiens et stratèges s’accordent pour désigner l’islamisme comme l’´´ennemi total´´ de cette fin de siècle. Afin de mieux le combattre, des intellectuels conservateurs affinent la thèse du ´´choc des civilisations´´, tandis que les militaires mettent au point une nouvelle doctrine de guerre pour ´´éliminer et détruire´´ cet exotique antagoniste. Désormais, il fait partie d’une réalité culturelle qui caractérise les quartiers les plus pauvres de certaines villes d’Europe occidentale. (…) Le vieil ennemi s’est glissé par la porte de derrière et il doit affronter des clichés et des fantasmes irrationnels élaborés pendant des siècles: djihad contre les infidèles, acceptation passive du gimat (destin), et foi fanatique» (3)

On se souvient que lors de la visite du pape en Israël et dans les territoires occupés, des protestations de chrétiens ont été nombreuses. Des chrétiens syriens appellent le pape à intervenir pour la paix mais les médias n’arrêtent pas de présenter les chrétiens arabes du Moyen-Orient comme des victimes des hordes musulmanes elles-mêmes arabes.

Lors de cette visite au Liban, le pape a déclaré: «Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres´´, dit le pape aux jeunes. Dans l’Exhortation apostolique ´´Ecclesia in Medio Oriente´´ Benoît XVI presse notamment les quelque 15 millions de chrétiens d’Orient de rester dans le berceau du christianisme, en dépit de toutes les avanies. Quelle fut la réponse des Jeunes?: «Nous, jeunes du Moyen-Orient, voulons rester attachés à l’Orient et enracinés dans notre terre, symbole de notre appartenance et notre identité, non par fanatisme, mais pour préserver cette région du monde et son cachet unique, afin que nos patries ne soient pas fragmentées en entités confessionnelles et sectaires´´, lui disent, dans leur mot, les jeunes. ´´Nous recherchons la culture de la paix et la condamnation de la violence; nous voulons être des ponts vivants, des médiateurs de dialogue et de coopération´´, disent-ils encore, ajoutant aspirer ´´au bon voisinage avec des jeunes gens et des jeunes filles appartenant à d’autres religions».(4)

Voilà qui est clair! Les chrétiens arabes veulent rester chez eux! C’est un fait que depuis le début du XIXe siècle, les puissances occidentales de l’époque n’ont eu de cesse d’attiser les haines – pour protéger, disent-elles, les minorités chrétiennes- affaiblissant l’Empire ottoman qui sera finalement dépecé à la fin de la Première Guerre mondiale.

Dans une contribution remarquable, le professeur Abel Ilah Belkeziz démonte la mécanique diabolique des interférences externes et montre que les chrétiens ont toujours vécu en bonne intelligence avec leurs frères arabes. Ecoutons-le: «En réponse: voici, mot par mot, deux commentaires reçus après partage. Le premier est celui d’un ami libanais chrétien: «Il est remarquable d’honnêteté intellectuelle, cet article. Une seule conclusion s’impose: le salut est dans l’identité arabe – toutes religions et confessions comprises – et non dans l’islamisme. L’auteur évoque en termes mesurés les erreurs des uns et des autres. D’une façon plus crue, on pourrait dire qu’à certaines époques, il est arrivé aux Arabes musulmans de céder à l’instinct de foule (manipulée ou non) en se livrant à des excès déplorables. Les massacres de chrétiens à Damas en 1860 en sont un exemple. De la même façon, il est arrivé malheureusement, que les Arabes chrétiens ont servi de marionnettes consentantes aux Occidentaux… L’essentiel est d’être lucide». Le deuxième est celui d’une amie syrienne musulmane: «L’article est très fort, ce serait bien de le traduire… Le salut est dans l’identité culturelle et nationale à mon avis, la preuve c’est que des chrétiens et des musulmans se trouvent dans les deux camps en Syrie, en oubliant les importations touristiques actuelles…».(5)

«Si les chrétiens arabes du Levant et de l’Égypte se sont distingués par leur légitime inquiétude pour leur existence et leur destin, ce n’est certainement pas par peur de leurs frères musulmans avec lesquels ils ont vécu dans la sécurité et l’harmonie, allant parfois jusqu’à sceller leur union par le mariage de leurs enfants et à adopter, pour leurs petits-enfants, les prénoms des compagnons du Prophète et des chefs des conquêtes musulmanes, tel le prestigieux Maroun Abboud dont le fils aîné porte le prénom de Mohamad. Non… ils ont toujours eu à craindre les opportunistes affairistes de tous bords, extérieurs ou intérieurs, qui n’ont eu de cesse d’exploiter la diversité religieuse caractéristique de leur région pour en arriver à démolir leur coexistence pacifique et interdépendante au sein d’une même patrie. Ce n’est pas par hasard si les autorités spirituelles des communautés chrétiennes du Levant sont toutes d’accord sur la nécessité de maintenir cette relation confraternelle et conviviale entre musulmans et chrétiens qui, selon leurs propres termes, est non seulement la seule voie de salut face aux dangers de dislocation et de désintégration de leurs patries respectives, mais est aussi une doctrine fondamentale des chrétiens arabes depuis des siècles…(…) » (5)

« Non… les chrétiens arabes n’ont eu à souffrir que des étrangers, de leurs croisades passées comme de leur croisade actuelle. Ils ont payé horriblement cher… Qu’y a-t-il de plus horrible que de les déraciner de leurs terres et de leurs patries où ils ont vécu ou vivent depuis des centaines d’années? Les trois quarts des chrétiens palestiniens ont été arrachés à leur terre suite à l’invasion sioniste, aux politiques de judaïsation, d’encerclement et de répression qui les ont dispersés dans les pays voisins et partout dans le monde. Près de la moitié des chrétiens libanais ont dû émigrer au cours de ces trente-sept dernières années, depuis le début de la guerre civile fomentée par les architectes US-sionistes jusqu’à la cascade des petites guerres latérales qui se sont concentrées sur les zones chrétiennes. Deux millions de chrétiens irakiens ont subi ce sort funeste après l’invasion et l’occupation US en 2003. Et voilà que des dizaines de milliers de chrétiens syriens doivent, à leur tour, quitter leur foyer en raison des événements qui les ont placés face à des groupes extrémistes sanguinaires qui menacent de les exterminer sous prétexte qu’ils soutiennent le régime… etc.»(5)

La coexistence des Arabes de confession différente

Pour rappel, en 1860 se produit une révolte de paysans maronites contre la domination des notables. Cette révolte suscite en réaction le massacre de chrétiens par les musulmans. Les troubles s’étendront jusqu’à Damas, où ils seront arrêtés par l’intervention de l’Emir Abdelkader. Les massacres en Syrie «indignent» les Européens. Ils imposent un gouverneur chrétien au Liban. Cette tentative récurrente d’ingérence caractérisée depuis près de deux siècles dans les affaires arabes? A leur façon, deux Arabes chrétiens répondent, nous leur donnons la parole ». (6)

 Hayat al Huwik Atia, journaliste libanaise de confession maronite interpellant le pape lors de son voyage en Israël: «L’église d’Orient refuse d’être entraînée dans le processus de judaïsation de l’Occident chrétien. (…) Nous, l’Orient arabe chrétien, nous ne voulons pas de ce néochristianisme judéo-chrétien et nous refusons que l’Occident chrétien utilise l’influence spirituelle occidentale des églises, catholiques et protestantes, pour implanter en Orient et particulièrement dans le monde arabo-chrétien l’idée ou l’influence de judaïsation. Votre Sainteté le pape, sachez que je suis une chrétienne arabe! (…) Par conséquent, cela ne m’empêche pas de vous rappeler ma fierté d’appartenir à cette terre arabe. Cette terre est le berceau de toutes les Religions et de toutes les Révélations monothéistes. (…) La deuxième raison est que c’est l’Occident agit depuis des décades contre le Monde arabe pour saper cette cohésion sociale et religieuse dans le Monde arabe. (..) En conséquence, Votre Sainteté, sachez que nous – Arabes chrétiens – ne sommes une minorité en aucune façon, tout simplement parce que nous étions des Arabes chrétiens avant l’Islam, et que nous sommes toujours des Arabes chrétiens après l’Islam. La seule protection que nous cherchons est comment nous protéger du plan occidental qui vise à nous déraciner de nos terres et à nous envoyer mendier notre pain et notre dignité sur les trottoirs de l’Occident.» (…) (7)

Pour sa part, le docteur Rafiq Khoury, prêtre palestinien du Patriarcat latin de Jérusalem, écrit « (…) les chrétiens font partie de l’identité de la terre et la terre fait partie de leur identité, avec leurs concitoyens musulmans. (…) L’arabité et la palestinité des chrétiens de Palestine sont des faits acquis, que nous recevons avec le lait de notre mère, comme on dit en arabe. Les relations islamo-chrétiennes en Orient en général et en Palestine en particulier, s’inscrivent dans une longue histoire, qui a à son actif treize siècles de communauté de vie, où nous avons partagé «le pain et le sel», comme on dit en arabe aussi.» (8)

Le décorum fastueux qui met en représentation le pape intrigue et dérange les Chrétiens par sa démesure et son éloignement du message originel. Dans cet ordre d’idée et à l’occasion de la visite au Liban de Benoît XVI, l’écrivaine Joumana Haddad pose au Saint-Père quelques questions dérangeantes. Nous lisons: « Cher pape, Je suis sûre que vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que je vous parle de façon aussi simple puisque Jésus, votre modèle, dont vous êtes censé répandre les opinions et les paroles, était un homme d’une grande humilité. Je ne suis pas dupe de vos lunettes de soleil Gucci, de vos robes dorées, de vos tiares étincelantes et de votre style de vie luxueux: après tout, vous avez fait vœu de pauvreté et je sais que vous adoreriez vous promener avec les simples sandales et la modeste tunique que portait Jésus; c’est juste que vous êtes ´´obligé´´ de porter tous ces trucs clinquants pour impressionner vos ennemis par votre richesse et votre pouvoir ». (9)

Joumana Haddad dans un réquisitoire sans concession poursuit : « L’argent intimide, pas vrai? C’est la loi de la jungle moderne dans laquelle nous vivons. Savez-vous que le Vatican dépense 14 millions de dollars [10,83 millions d'euros] par an pour entretenir le palais dans lequel vous vivez alors que 16.000 enfants meurent de faim chaque jour dans le monde? Savez-vous que la banque du Vatican est le principal actionnaire de Pietro Beretta, le plus grand fabricant d’armes du monde, et qu’elle est soupçonnée de corruption, de fraude et de blanchiment d’argent? (…) Croyez-le ou non, le Vatican a récemment chargé Sylvana Casoli, la parfumeuse des célébrités – elle a créé des fragrances pour Madonna et Sting, entre autres -, de créer une eau de Cologne pour vous! La prochaine étape, c’est un duo avec Lady Gaga? Avez-vous déjà vu le slogan: ´´Vendons le Vatican, nourrissons le monde´´? Je peux vous dire qu’il a pas mal de succès».(9)

Les ingérences continuelles contribuent à créer cette tension permanente qui n’existait pas avant. Il est à craindre qu’une église conquérante et un Occident dévastateur vont achever de détruire des ´´équilibres´´ culturels et religieux´´ que les sociétés du Moyen-Orient ont mis des siècles à sédimenter. Pouvons-nous rester indifférents, à ce scandale d’une nouvelle fitna (chaos) qui prolonge, d’une certaine façon, les guerres religieuses déclenchées par un certain Urbain II ?

Nous devons témoigner et dire notre rejet de la violence d’où qu’elle vienne. Qu’on laisse ces sociétés arabes harassées par tant de malheurs garder leurs identités et retrouver dans les religions du Livre le secours spirituel qui fait défaut aux sociétés occidentales au nom du «Money-théisme» seul Dieu qui s’impose par ces temps incertains.

 

Professseur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.. http://nouveauxsoldatsdupape.wordpress.com/2008/09/04/les-integristes-catholiques-ont-le-vent-en-poupe-au-vatican/  Les intégristes catholiques ont le vent en poupe… au Vatican ! 4.09.08
2. http://nouveauxsoldatsdupape.wordpress.com

3. Guerres de civilisations?» http://www.islamopedia.fr/pages/societe-islam/revue-de-presse/l-islam-ennemi-total.html Le monde diplomatique 1994

4. Anne-Marie el-Hage et olj.com:Le pape aux jeunes chrétiens: Résistez au ´´miel amer de l’émigration´´ 15/09/2012

5. Belkeziz http://www.mondialisation.ca/la-nation-arabe-souffre-des-maux-de-ses-chretiens/

6. Chems Eddine Chitour http://sos-crise.over-blog.com/article-la-tragedie-des-chretiens-d-orient-la-responsabilite-de-l-occident-105580495.html

7. Hayat al Huwik Atia: Lettre ouverte http://liberation-opprimes.net/ 24 mai 2009
8. Rafiq Khoury: Palestine http:// www.gric.asso.fr/spip.php?ar…  30.04.2009
9.http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/14/cher-pape-je-ne-te-dis-pasbienvenue

 

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Généralités

Ainsi que le confirma Ottawa le 7 de ce mois, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, vida son cœur débordant au cours d’un point de presse tenu à Vladivostok, en Russie, où il participa au sommet de l’APEC en compagnie du premier ministre canadien, Stephen Harper. À vrai dire, M. Baird tint un discours moins brillant que jaillissant du plus profond de son cœur, discours qui rappela saint Paul quand il dit : « … car celui qui commet l’injustice recevra selon son injustice, et il n’y a point d’acception de personnes [1] ».

Et quel était le héros de ce discours jaillissant du cœur et débordant d’amour ? Quel était le sujet qui inspira tellement M. Baird, dont il parla avec « inspiration à des inspirés » ? Qui était le Ménélas [2]de cette Iliade du Sept-Septembre ?

Personne d’autre que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu !

L’Iliade du Sept-Septembre et ce qui advint aux relations avec Téhéran

M. Baird dressa une longue liste de reproches contre l’Iran et annonça la rupture diplomatique avec Téhéran. L’Iran, dit-il, est « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiale à l’heure actuelle [3]». Il repprocha à Téhéran de fournir une aide militaire au gouvernement Assad, en Syrie. Il s’inquiéta de la menace que l’Iran représentait pour l’existence d’Israël : « Il (le régime iranien) refuse de se soumettre aux résolutions des Nations unies en rapport avec son programme nucléaire. Il menace régulièrement l’existence de l’État d’Israël et emploie une rhétorique raciste et antisémite, incitant au génocide [4]», lança M. Baird.

Ces paroles monumentales de M. Baird, cette philanthropie sans frontière qui fit pleurer même les crocodiles les plus insensibles de l’Amazone [5], cette insistance sans limite à établir paix et justice dans le monde, ces manifestations divines par lesquelles le discours fut prononcé, tout fit écho dans les ruelles de Jérusalem, où les propos de M. Baird furent applaudis par les rois de Juda [6].

Quant à l’ambassadrice d’Israël à Ottawa, Miriam Ziv, elle déclara, dans un communiqué diffusé le même jour, que c’étaient là les mesures qu’il fallait prendre « pour tracer clairement une ligne rouge à l’Iran [7]». Pour sa part, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, félicita d’abord Ottawa : « je félicite le premier ministre canadien Stephen Harper d’avoir pris cette décision courageuse [8]» ; puis il présenta son éloge : « la décision morale du premier ministre canadien est très importante et constitue un exemple pour la communauté internationale [9] »; enfin il montra ses muscles : « la détermination dont fait preuve le Canada servira à faire comprendre aux Iraniens qu’ils ne peuvent pas continuer leur course vers l’arme nucléaire [10]».

Quelques jours auparavant, M. Netanyahou, s’en prit à Washington à qui il reprocha sa réticence à envisager l’avenue militaire : « La communauté internationale n’a pas défini une ligne rouge que l’Iran ne doive franchir et l’Iran ne voit pas la résolution de la communauté internationale à stopper son programme nucléaire », déclara-t-il après la publication d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Comment Netanyahou chevaucha à Ottawa en tant que Ménélas

À plus forte raison, la décision d’Ottawa de rompre avec l’Iran ne s’explique ni par la philanthropie philanthrope de M. Baird ni par la bonhomie de M. Harper ; car« si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? [11] ».Au contraire, la décision d’Ottawa se voit dans le contexte de la détérioration graduelle des relations de l’administration Obama avec la coalition actuelle à Tel-Aviv, d’un côté, et dans celui de la grandissime admiration du gouvernement Harper pour cette coalition, de l’autre côté. Les convergences se font jour entre ce que nous disons ici et la visite de M. Netanyahou à Ottawa, le 2 mars, sans passer d’abord par Washington. Lors de cette visite, M. Netanyahou sollicita l’appui de son « meilleur ami », M. Harper, pour des actions futures contre l’Iran, à un moment où le président américain, Barack Obama, s’éloignait de lui, et croyait encore à l’utilité des sanctions et des pressions économiques, sans rejeter, certainement, l’option militaire : « toutes les options restent sur la table, et les États-Unis n’accepteraient jamais un Iran nucléaire [12]»,confirma Obama.

Comment Harper le reçut en tant qu’Agamemnon, et Baird en tant qu’Achille

Lorsque Netanyahou arriva à Ottawa, le 2 mars, s’habillant en Ménélas, après avoir traversé les sept mers [13], son « meilleur ami », Stephen Harper, se fut déjà habillé en Agamemnon [14], et John Baird eut déjà appris par cœur les paroles d’Achille aux pieds rapides [15].

Sur la Colline du Parlement, les trois héros se retrouvèrent, et une voix fut entendue dans le ciel :

Certes, vieillard, tu surpasses dans l’agora tous les fils des Akhaiens. Ô Père Zeus ! Athènè ! Apollôn ! Si j’avais dix conseillers tels que toi parmi les Akhaiens, la ville du roi Priamos tomberait bientôt, emportée et saccagée par nos mains ! [16]

Quelle mouche piqua alors M. Harper au point de rompre les relations diplomatiques avec l’Iran ? Quel événement fût venu s’ajouter au tableau pour justifier une démarche aussi extrême ? Aucun élément, aucune mouche ! À proprement parler, la justification du gouvernement, présentée dans un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères, n’offrit rien de précis ; autre que l’annonce vague et mal soutenue de M. Baird, rien ne fut ajouté.  Au contraire, les arguments de M. Baird eussent été calqués sur ceux de George Bush II et de l’Imperator [17]Ronald Ramsfield, à la veille de l’invasion de l’Irak. Parmi ces arguments qui eussent justifié la rupture avec l’Iran, le gouvernement Harper évoqua son programme nucléaire, son appui au terrorisme et son antisémitisme. Les allégations invoquées furent les suivantes :

premièrement, « le Canada considère le gouvernement de l’Iran comme étant la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales à l’heure actuelle » ;

deuxièmement, «le régime iranien fournit une aide militaire croissante au régime Assad »;

troisièmement, «il refuse de se conformer aux résolutions des Nations unies concernant son programme nucléaire » ;

quatrièmement, «il menace régulièrement l’existence d’Israël et tient des propos antisémites racistes en plus d’inciter au génocide » ;

cinquièmement, «il compte parmi les pires violateurs des droits de la personne dans le monde » ;

sixièmement, «il abrite des groupes terroristes auxquels il fournit une aide matérielle ».

M. Baird, après avoir appris par cœur les paroles d’Achille aux pieds rapides, donna aussi une longue liste de motifs, dont le soutien de l’Iran au régime du président Bachar el-Assad en Syrie. En effet, les déclarations de M. Baird, concernant la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, surprirent tout le monde, car aucun élément nouveau ne fut venu s’ajouter au tableau, pour justifier une telle démarche. Tout le monde ? Pas nécessairement, car ceux qui suivaient de près les déclarations du gouvernement Harper sur le conflit au Moyen-Orient n’attendaient pas moins qu’une nouvelle Iliade, non contre Troie, mais cette fois-ci contre l’Iran, évidemment.

L’admiration qu’avait Harper pour Netanyahou et ce qui advint de notre icône sur la scène internationale 

À plus forte raison, la décision d’Ottawa à rompre avec Téhéran trouva sa justification dans les paroles d’admiration que tenait le gouvernement Harper pour la coalition politique à Tel-Aviv.

Que l’on relise dans les archives comment, tout en jouant la lyre d’Orphée [18], M. Harper décrit son admiration pour Tel-Aviv ; comment, le jour où la soldatesque israélienne eut brûlé à cendre le Liban en 2006, le gouvernement Harper prit clairement position en faveur de l’État d’Israël, en affirmant que ce pays « avait le droit de se défendre [19] »; comment ce gouvernement prit, encore une fois, une position très décevante, cette fois-ci pendant la guerre contre Gaza en 2008 – 2009, lorsque monsieur Lawrence Cannon, alors ministre des Affaires étrangères, répéta le même refrain, indiquant que l’État hébreu avait « parfaitement le droit de se défendre [20]» ; comment enfin l’assaut de l’armée israélienne contre la flottille humanitaire qui se dirigeait vers la bande de Gaza, le 31 mai 2010, eut provoqua l’indignation partout dans le monde, sauf sur la Colline du Parlement, car le gouvernement Harper résista encore et toujours à « l’opinion commune ou au simple bon sens (…) aucune condamnation, aucune demande d’enquête ne se fit entendre alors même que Benjamin Netanyahou était devant lui au moment des événements [21]». Il fallait lire tout ce lyrisme ainsi que les innombrables fioritures poétiques qui l’accompagnèrent, pour sentir ce que signifia un « inspiré parlant à des inspirés ».

D’ailleurs, toute cette Iliade du Sept-Septembre servit au gouvernement Harper de pousser le Canada pour faire varier son orbite historique, pour redessiner son portrait pacifique en tant qu’agent de la paix, pour redéfinir son rôle sur la scène internationale, pour hurler enfin avec les loups par volonté d’affirmer un changement d’identité : « nous ne sommes plus des agents de la paix, mais des acteurs crédibles des rapports de force entre les puissances internationales [22] »,  comme le démontra bien Christian Nadeau.

Hélas ! Nous nous posâmes ainsi, sur la scène internationale, comme la nation destinée à attirer sur elle toute la colère de Hadès [23], nous nous mîmes devant Cerbère [24]comme un bouclier, et nous détournâmes sur nous tous les périls et tous les dangers du Tartare [25].

Quel compliment pour l’Iliade du Sept-Septembre ! Quel compliment pour la rupture d’Ottawa avec Téhéran ! Sans la déclaration de M. Baird, la paix mondiale se fût échappée des pieds de Hadès. Certes, si M. Baird eut parlé avec moins d’« inspiration à des inspirés », si M. Harper eut été moins riche d’amour et d’admiration à son « meilleur ami », Netanyahou, ou bien si, et seulement si, il eut considéré la position d’une grande partie des Canadiens, cela eût mieux valu pour notre pays. Hélas ! C’est ce qui fut arrivé le jour du Sept-Septembre.

En ce qui concerne les six points présentés par la déclaration de M. Baird, justifiant la rupture diplomatique avec Téhéran, nous les reprendrons en analyse et en critique, un par un, dans la deuxième partie de cette Iliade du Sept-Septembre. Rester avec nous !

Fida Dakroub, Ph.D

Communiquer avec l’auteur : www.fidadakroub.net

 

Notes

[1] Saint-Paul, « Epître aux Colossiens »(3 :25).

[2] Dans la mythologie grecque, Ménélas est un roi de Sparte. Mari d’Hélène et frère d’Agamemnon, il est l’un des héros achéens de la guerre de Troie.

[3] L’Express. (7 septembre 2012). « Le Canada rompt ses relations avec l’Iran ». Récupéré le 12 septembre 2012 de

http://www.lexpress.to/archives/9433/

[4] loc. cit.

[5] Le « Caïman noir » est l’un des plus grands reptiles. C’est la deuxième plus grande espèce de crocodiliens, après le « Crocodile de mer », et le plus grand prédateur dans le bassin de l’Amazone.

[6] Le royaume de Juda est un royaume du Proche-Orient ancien. Selon la tradition, il aurait existé à partir de 931 av. È.C. Sa disparition intervient en 587 av. È.C. lors d’une campagne menée par Nabuchodonosor II contre Jérusalem.

[7] L’Express. loc. cit.

[8] loc. cit.

[9] loc. cit.

[10] La Presse. (7 septembre 2012). « Le Canada suspend ses relations diplomatiques avec l’Iran ». Récupéré le 12 septembre 2012 de

http://www.lapresse.ca/international/201209/07/01-4571959-le-canada-suspend-ses-relations-diplomatiques-avec-liran.php

[11] Dans « Candide ou l’Optimisme » de Voltaire, chapitre sixième.

[12] Boesveld, Sarah. (1 mars 2012). “Why Israel’s Prime Minister is coming to Canada before meeting Obama”. Publié sur The National Post. Récupéré le 13 septembre 2012 de

http://news.nationalpost.com/2012/03/01/why-israels-prime-minister-is-coming-to-canada-before-heading-to-the-u-s/

[13] Les sept mers est une expression courante au Moyen Âge et dans la littérature de langue arabe. L’expression est attestée dans plusieurs livres de l’antiquité dont la traduction par Marie de Jars de l’ « Énéide » de Virgile, Livre VI.

[14] Agamemnon est le roi d’Argos et de Mycènes, fils d’Atrée. Chef des Grecs pendant la guerre de Troie, retenu avec sa flotte par des vents contraires, il dut sacrifier sa fille Iphigénie à Artémis. Après la victoire, il rentra à Mycènes avec la princesse troyenne Cassandre.

[15] Achille est un héros légendaire de la guerre de Troie, fils de Pélée, roi de Phthie en Thessalie, et de Thétis, une Néréide (nymphe marine). Sa mère le plonge dans le Styx, l’un des fleuves des Enfers, pour que son corps devienne invulnérable ; son talon, par lequel le tient Thétis, n’est pas trempé dans le fleuve et reste celui d’un mortel. Lors de la dixième année du conflit, une querelle avec Agamemnon le pousse à quitter le combat : c’est la « colère d’Achille » chantée par l’Iliade. La mort de Patrocle le pousse à reprendre les armes pour affronter Hector, le meilleur des Troyens. Achille trouve la mort peu après l’avoir tué, atteint à la cheville par une flèche de Pâris guidée par le dieu Apollon.

[16] L’Iliade d’Homère, traduction de Leconte de Lisle (1818-1894), Chant II.

[17] Imperator : général victorieux. Titre accordé par acclamations par l’armée romaine à son chef.

[18] La légende d’Orphée, une des plus singulières de la mythologie grecque, est liée à la religion des mystères ainsi qu’à une littérature sacrée. Aède mythique de Thrace, fils du roi Œagre et de la muse Calliope, il savait par les accents de sa lyre charmer les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés. Il fut comblé de dons multiples par Apollon, et on raconte qu’il ajouta deux cordes à la traditionnelle lyre à sept cordes que lui donna le dieu, en hommage aux neuf muses, auxquelles appartenait sa mère.

[19] Radio-Canada. (13 juillet 2006). « Harper se range derrière l’État hébreu ». Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2006/07/13/004-harper-israel.shtml

[20] Le Devoir. (29 décembre 2008). « La position du Canada est très décevante ». Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/225113/la-position-du-canada-est-tres-decevante

[21] Nadeau, Christian. (3 juin 2010). « Stephen Harper est-il vraiment l’ami d’Israël ? ». Publié dans Le Devoir. Récupéré le 19 septembre 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/290095/stephen-harper-est-il-vraiment-l-ami-d-israel

[22] loc.cit.

[23] Dans la mythologie grecque, Hadès est une divinité chthonienne, frère de Zeus et de Poséidon. Comme Zeus gouverne le Ciel et Poséidon la Mer, Hadès règne sous la Terre et est pour cette raison souvent considéré comme le «maître des Enfers ». Il est marié à Perséphone. Il correspond au Sarapis ptolémaïque et au Pluton romain. Dans « Les Perses » d’Eschyle, le nom d’Hadès est invoqué en même temps que celui d’Hermès et Gaïa pour faire revenir sur terre l’âme de Darius.

[24] Cerbère était le fils d’Échidna, au corps de serpent et au visage de femme, et de Typhon, considéré parfois comme un monstre cracheur de flammes qui serait craint des dieux olympiens même. La description courante de Cerbère dans la mythologie grecque et l’art veut qu’il ait trois têtes, une crinière de serpents similaire aux cheveux de Méduse et une queue de serpent.

[25] Dans la mythologie grecque, le Tartare est la région la plus profonde des Enfers. C’est aussi la prison des dieux déchus comme les Titans et des Géants, et tous les anciens dieux qui s’étaient opposés aux Olympiens.

Docteur en Études françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur, membre du « Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques.

QUÉBEC: Nouveau jalon dans l’histoire des luttes

septembre 22nd, 2012 by Normand Beaudet

Le travail pour comprendre la lutte du « Printemps Québécois » est en cours.  Le CRNV vient tout juste de publier un « Cahier de la non-violence » issu d’une étroite collaboration avec des étudiantes féministes militantes en lien avec la CLASSE.  L’information de ce document est aussi disponible sur un blog, en référence au bas du texte.

Téléchargement :

Printemps québécois

Nonviolence et désobéissance civile :

www.antirecrutement.info/files/Non-violence_desobeissance_civile.pdf

 

De la lutte étudiante au Printemps Érable

Au printemps 2012, l‘histoire de la lutte pacifique au Québec se sera considérablement enrichie. Une retentissante victoire, bien entendu partielle, c’est le résultat de la lutte populaire pacifique pilotée par le mouvement étudiant. Le mouvement social et communautaire aura beaucoup à apprendre de ce mouvement nouveau genre.

Le 13 février 2012, les associations étudiantes du Québec s’engagent dans un mouvement de grève pour s’opposer au désir du gouvernement Charest d’augmenter de 75 % sur cinq ans les frais de scolarité dans les Universités. Le gouvernement de la province, n’étant plus en phase avec les citoyens, oublie que la population demeure fortement attachée à un système éducatif qui favorise l’accessibilité à prix abordable des études universitaires.  Ce système est sans contredit une des « pierres d’assises » de l’émancipation des Québécois depuis la « Révolution tranquille ».

C’est de cette menace à l’accessibilité qu’une incroyable lutte populaire et pacifique émergera.

Actions diversifiées et créatives.

De nombreuses manifestations et occupations ont lieu et impressionnent par leur fréquence, leur créativité, leur ampleur et la diversité des moyens de lutte utilisés.  On parle de centaines d’actions conduites par les militants étudiants, de membres d’associations étudiantes et de citoyens en provenance de milieux très différents.

Dans une certaine mouvance anti-mondialisation et anarchiste, quelques unes surtout avant les mobilisations de masses, tournent à l’affrontement avec les forces policières. Mais le 22 mars et le 22 avril, le « Jour de la terre », constituent sans contredit des points tournants. De gigantesques marches solidaires qui regroupent des centaines de milliers de citoyens parcourent les rues de Montréal. Les groupes de casseurs sont de plus en plus perçus comme marginaux et leurs actes de provocation, inefficaces, sont contestés.

Le mouvement de grève a le vent dans les voiles et dès le 1er mai 175 000 étudiants des associations collégiales et universitaires composent le mouvement de grève générale illimité et seront le ferment d’un vaste mouvement de lutte social qui ébranlera toutes les régions de la province.  Inspirés par les principes de lutte autonome de la CLASSE, les groupes d’action, multiples, refusent d’aviser les autorités des actions, des cibles et des itinéraires. Les déplacements sont improvisés ; ce qui perturbe jour après jour le fonctionnement de la métropole du Québec, la ville de Montréal.

Intransigeance et judiciarisation.

Malgré la croissance rapide du mouvement et les pressions continues de la rue, le premier ministre Charest campe dans une position d’intransigeance et refuse même de rencontrer les dirigeants étudiants.  Certains aménagements sont proposés via sa ministre, mais la ligne de la hausse des frais, « chacun doit faire sa part », est maintenue.  En parallèle le gouvernement facilite et encourage une judiciarisation du conflit en incitant et facilitant le dépôt d’injonctions et de poursuite en recours collectifs d’étudiants contre les obstructions au fonctionnement des institutions d’éducation des Associations étudiantes.  C’est un véritable cul de sac politique.

Au lieu d’intimider et de décourager la mobilisation, ces gestes attisent la lutte.  Les manifestations se multiplient.  La force politique que constitue cette mobilisation jeunesse est incontestable et mènera à un véritable dérapage démocratique du gouvernement en place.

La population est indisposée.  Le gouvernement est forcé d’agir.  Ce gouvernement qui termine son troisième mandat, est à un an d’une échéance électorale obligée ; et son pouvoir est miné par de nombreux scandales de corruption.  La ligne dure face à la rue pourrait rallier son électorat, il joue le tout pour le tout.  Malgré la forte pression qui se maintient et une exaspération des citoyens, le premier ministre Charest refuse toute concession et dépose le projet de loi 78.  Adopté le 18 mai, cette loi a pour but de permettre aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau collégial et universitaire auxquels ils sont inscrits.

La loi spéciale impose d’importantes contraintes au droit de manifester, de piqueter et d’imposer les décisions prises lors des assemblées générales étudiantes.  Mais surtout, cette loi prévoit des pénalités financières tellement élevées pour les associations étudiantes, qu’elle semble viser à en finir avec le droit d’association des étudiants.  Cette loi lève une indignation généralisée auprès de tous les acteurs sociaux de la province.

Popularisation de la lutte.

C’est un point tournant de la lutte.  Un véritable printemps québécois, un « Printemps Érable » émerge.  L’intransigeance, la répression, documentée par les réseaux sociaux, et maintenant une Loi Spéciale autoritaire ; tout cela concourt, pour les mouvements sociaux déjà exaspérés par le gouvernement,  à motiver le soulèvement. Et c’est la désobéissance pacifique des masses qui s’en suit.

Les manifestations deviennent quotidiennes et un véritable concert de casseroles se fait entendre dans la métropole.  Ce  mouvement contamine la province, est ressenti dans tout le pays. L’enjeu de la lutte étudiante commence à faire le tour de la planète. Les acteurs sociaux et une importante tranche de la  population est indignée et défie en masse et quotidiennement la Loi. Les autorités policières ne sont plus ni avisées des manifestations quotidiennes ni de leur trajet.  Soir après soir, les manifestations partant de la Place Émilie Gamelin en plein centre-ville sont déclarées illégales par les forces de l’ordre.  Des milliers de personnes, étudiants, militants et simples citoyens indignés défient la loi que les forces policières n’osent pas mettre en application.

L’action citoyenne dorénavant agrémentée du bruit des casseroles est défiante, pacifique et massive. Dorénavant, c’est la rue contre le gouvernement.

De la rue au scrutin

La rue ne lâche pas prise.

Confiant  qu’une fuite en avant lui permettrait de gagner tous ses paris, le gouvernement québécois devance sa décision de tenir des élections et décide de tenir le scrutin en été, en pleine lutte sociale. Le pari est que l’électorat du statut quo, fidèle au gouvernement, votera et permettra une réélection.  On mise aussi sur le fait qu’une majorité de la population s’opposant au gouvernement sera en vacances ; et que les jeunes voulant défaire le gouvernement et qui ne votent que peu, seront difficilement mobilisables en cette période.  De plus, le moindre dérapage dans la lutte sociale pourrait souder une part considérable de la population derrière le gouvernement.

Dès l’annonce de la campagne électorale, le gouvernement affiche ses couleurs c’est : « la loi et l’ordre ; contre la rue » et la conférence de presse qui lance la campagne attaque directement le leadership étudiant.  Plusieurs voient en ce geste politique un pur machiavélisme ; une action politique de manipulation honteuse.

La réaction populaire à cette décision politique est tout ce qu’il y a de plus impressionnante.  On entend certains appels à confronter la loi et le gouvernement sortant, en campagne électorale ; mais rien de tout ça ne se réalise.  Première salve du mouvement étudiant; le porte-parole de l’association étudiante la plus radicale, la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, démissionne.  Il était l’ennemi ciblé par le Premier Ministre au lancement de la campagne.  Un second leader des associations étudiantes Léo Bureau-Blouin annonce sa candidature au Parti-Québécois, le parti d’opposition.  Puis, Martine Desjardins de la Fédération universitaire annonce la mobilisation des jeunes pour le scrutin.  Définitivement, la joute se fera dans l’arène électorale.

Par, on ne sait quelle magie ou quelle stratégie, la lutte passe clairement et instantanément de la rue aux urnes.  Les unes après les autres, les assemblées générales étudiantes annoncent une trêve électorale et des assemblées suite au scrutin pour décider des moyens pour poursuivre de la lutte. Le gouvernement est dans la brume totale pour sa bataille électorale, il n’a plus d’ennemi palpable ; la rue ne risque plus de déraper et les attaques contre la violence de la rue ne porte plus.

Quelques actions d’occupation bruyante de locaux en fin reviendront mettre à l’agenda de la fin de campagne les enjeux étudiants.  La campagne du gouvernement sortant ne lèvera plus !

La victoire !

Au lendemain de l’élection, la chute de ce gouvernement, très proche des intérêts financiers est brutale. Même le premier ministre Charest n’est pas élu dans sa propre circonscription. Le Parti Québécois, dont l’option souverainiste ne semble plus mobiliser autant, est élu minoritaire dans une élection avec un taux record de participation de 74 %.

Même essentiellement non-violente, une lutte sociale menace et perturbe les gens.  Un véritable choc viendra ternir cette victoire de la lutte sociale, le soir du 4 septembre, la première ministre indépendantiste élue, Pauline Marois échappe par miracle à un attentat politique.

L’attentat, conduit par un anglophone perturbé par l’atmosphère de guérilla pacifique, mais acrimonieuse des derniers mois échoue de près.  L’arme du dérangé, une AK-47 s’est enraillée avant d’entrer dans la salle des festivités de la victoire du nouveau gouvernement.  La nouvelle première ministre annonce qu’elle annulera la hausse des frais de scolarité.  Le nouveau gouvernement annonce aussi qu’il abrogera la loi spéciale. Il s’en est fallu de peu !

Léo Bureau-Blouin, ex président de l’association collégiale devient le plus jeunes député élu de l’histoire de l’Assemblée nationale du Québec.  Les présidentes des fédérations étudiantes collégiale et universitaire affirment qu’avec les annonces du nouveau gouvernement le conflit est terminé. Mais l’association étudiante la plus militante la Coalition large des associations pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) veut, à ce jour, poursuivre la lutte, et vise maintenant le retour à la gratuité scolaire qui a été la base de la « Révolution tranquille » des années 60.

Une page importante de la lutte sociale québécoise vient de s’écrire, elle a démontré la force et le pouvoir d’un peuple indigné qui se mobilise et passe à l’action.  Ce printemps a démontré que, contrairement aux croyances répandues, la mobilisation sociale pacifique est possible et peut mener à des gains importants.

Le contexte d’attentat raté nous rappelle aussi la fragilité de l’exercice de la lutte populaire.  Le défi de ce mouvement reste par contre le même que partout ailleurs; suite à d’importants gains, comment maintenir la pression populaire pour forcer un changement en profondeur ?

Concernant l’hisoire de la lutte pacifique au Québec :

www.nonviolence.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=339&Itemid=182

Le déroulement de la lutte non-violente du Printemps Québécois :

http://luttenonviolente.wordpress.com/2012/09/03/greve-generale-illimitee-quebec-2012-3

 

 

 

 

Une bombe dans les champs d’OGM

septembre 21st, 2012 by lise-bergeron

Pour la première fois, les effets toxiques d’un OGM alimentaire majeur – le maïs NK603 – et du pesticide le plus utilisé dans le monde – le «Roundup» de Monsanto – ont été étudiés à long terme. Et les résultats sont alarmants. «Ceux-ci remettent en cause toutes nos politiques sanitaires et environnementales», avance l’auteur de l’étude Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen, en France, et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).

L’étude menée sur 200 rats nourris pendant deux ans avec du maïs OGM résistant au Roundup est parue dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology. Et elle donne des frissons: les rats exposés aux OGM sont morts plus rapidement et en plus grand nombre que ceux du groupe témoin, et ils ont développé davantage de tumeurs.

Les rats de l’étude ont été divisés en trois groupes: un premier qui recevait du maïs OGM (à 11, 22 et 33 %), un second qui recevait le même OGM accompagné de l’herbicide Roundup, et un troisième qui buvait de l’eau additionnée de Roundup en faible concentration (0,5 %).

Les femelles sont principalement mortes de tumeurs mammaires et d’anomalies hypophysaires. Les males, quant à eux, sont morts de problèmes au foie et aux reins. Conclusion des chercheurs: le Roundup a des effets graves sur la santé à très faible dose. Problème majeur: on trouve des résidus de cet herbicide dans 80 % des OGM alimentaires, note le chercheur.

Un scandale annoncé

L’étude de Séralini a fait l’effet d’une bombe partout sur la planète, et les critiques n’ont pas tardé: les rats choisis seraient naturellement enclins à développer des tumeurs mammaires, le groupe contrôle ne comptait pas suffisamment de cobayes et la méthode statistique utilisée n’est pas standard, rapporte la presse internationale.

«Cette étude est pourtant plus rigoureuse que toutes les autres. Aucune n’est allée jusqu’à deux ans. De plus, elle a été publiée dans une revue scientifique où il y a un comité de lecture. Elle a donc été soumise à l’œil critique des pairs, comme il est normal de le faire pour toute étude sérieuse», croit Louise Vandelac, Ph.D., chercheuse au CRIIGEN, professeure titulaire au Département de sociologie et directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

«Ce que cette étude révèle, en fait, c’est la situation aberrante qui entoure la question des OGM. Comment se fait-il qu’on ait disséminé des OGM dans la nature sans faire d’études indépendantes? C’est scandaleux. Les gouvernements nord-américains, pour des raisons économiques, ont cédé aux pressions de l’industrie agrochimique qui voulait récupérer sa mise le plus rapidement possible.

«Or, si un médicament démontrait des effets aussi néfastes que ceux observés dans l’étude de Séralini, il serait retiré sur-le- champ. Il faut revoir en profondeur les bases réglementaires sur lesquelles est fondée l’autorisation des OGM», explique Louise Vandelac.

Alors, on fait quoi?

Pour l’agronome Christine Gingras, directrice adjointe de Nature Québec et présidente de Vigilance OGM, l’étude de Séralini est très préoccupante: «Il est important que nos gouvernements prennent leurs responsabilités. En effet, le système d’homologation des OGM est inadéquat: les études sont réalisées par les compagnie de biotechnologie elles-mêmes, sont faites sur de trop courtes périodes, et il n’y pas de contre-expertise de la part du gouvernement canadien, qui autorise les OGM.

«L’étude de Séralini devrait inciter la population à demander une révision du système d’homologation, l’étiquetage des produits OGM, et à exiger un grand débat sur la place des OGM dans notre agriculture et notre alimentation.»

Louise Vandelac, qui a realisé en 1999 le film documentaire Main basse sur les gènes, trouve la situation profondément paradoxale: «Les OGM sont assez différents des semences originales pour être brevetés, mais pas assez pour être étudiés… La Société royale du Canada a déjà demandé un moratoire sur la commercialisation des OGM, et la population en réclame l’étiquetage obligatoire depuis des années.

«Le Roundup est reconnu comme étant un perturbateur endocrinien. On ne peut plus attendre. Le fardeau de la preuve de l’innocuité des OGM revient aux pouvoirs publics. C’est à eux de financer les études indépendantes nécessaires à cette fin.»

Résultats «préoccupants»

L’Association des jardiniers-maraîchers du Québec trouve aussi les résultats «préoccupants» et attend avec impatience l’évaluation qu’en fera la communauté scientifique. «Si cette étude est solide, notre industrie devra entreprendre une sérieuse réflexion sur le sujet. Nous allons suivre les choses de près», dit André Plante, directeur général de l’Association qui regroupe 400 membres du secteur horticole au Québec.

En Europe, la Commission européenne a demandé à l’agence chargée de la sécurité des aliments (European Food Safety Authority, ou EFSA) d’examiner les résultats de l’étude et de prendre les mesures qui s’imposent, tandis que plusieurs groupes de pression exigent le retrait immédiat de tous les OGM.

«L’insuffisance des tests, leur absence de transparence et la compromission des agences sanitaires doivent cesser», réclame de son côté Gilles-Éric Séralini. C’est pourquoi il recommande que l’autorisation de ces produits soit revue, que les tests actuels de 90 jours soient prolongés à deux ans pour tous les OGM et que les études soient publiques, menées de façon indépendante et soumises à la contre-expertise.

Tous cobayes?

L’étude du Pr Gille-Éric Séralini ne risque pas de tomber dans l’oubli de sitôt, puisqu’elle est suivie du lancement du livre Tous cobayes? aux Éditions Flammarion (accessible ici le 16 octobre 2012) et d’un film éponyme qui sortira au Festival du nouveau cinéma à Montréal à la fin d’octobre. Voici la bande-annonce du film:

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L’industrie pharmaceutique mondiale a accumulé des amendes pour plus de 11 Mds de dollars au cours des trois dernières années pour leurs fautes criminelles, dont la rétention de données relatives à la sécurité des médicaments et à leur promotion à des fins d’utilisation au-delà des conditions autorisées.[1]

En tout, 26 sociétés, dont huit des dix plus gros acteurs de cette industrie mondiale, ont été reconnues coupables d’avoir agi malhonnêtement. Selon deux articles publiés aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine, l’ampleur de ces méfaits, révélés pour la première fois, a sapé la confiance du public et des professionnels et entravé les progrès cliniques. Des juristes ont prévenu que ces amendes de plusieurs milliards de dollars ne suffiront pas à changer le comportement de cette industrie.

Les 26 sociétés incriminées sont placées sous « contrats d’intégrité » [corporate integrity agreements], lesquels sont imposés aux Etats-Unis lorsque sont détectés des méfaits en matière de santé et placent ces sociétés sous surveillance, pouvant durer jusqu’à cinq ans, pour retrouver un comportement correct. La plus grosse amende de 3 milliards de dollars a été imposée en juillet au laboratoire pharmaceutique GlaxoSmith-Kline (GSK), dont le siège se trouve au Royaume-Uni, après que celui-ci a admis trois chefs d’accusation de comportement criminel devant les tribunaux américains. Il s’agit de la plus grosse amende à ce jour. Mais GSK n’est pas seul – neuf autres sociétés se sont vues imposer des amendes, allant de 420 millions de dollars pour Novartis à 2,3 milliards de dollars pour Pfizer, depuis 2009, totalisant plus de 11 milliards de dollars.

Kevin Outterson, un juriste de l’Université de Boston, dit qu’en dépit de la dimension exorbitante de ces amendes, elles ne représentent qu’une petite proportion des revenus totaux de ces sociétés et peuvent être considérées comme un « coût pour faire des affaires ». L’amende de 3 milliards de dollars infligée à GSK représente 10,8% de ses revenus, tandis que celle de 1,5 milliards de dollars imposée aux laboratoires Abbott, pour avoir fait la promotion d’un médicament (Depakote) sans preuve adéquate de son efficacité, s’élève à 12% de ses revenus.

M. Outterson a déclaré : « Ces sociétés pourraient bien considérer de telles amendes comme un pourcentage relativement faible de leur revenus globaux. Si c’est le cas, alors peu a été fait pour changer le système. Le gouvernement récupère simplement une partie des fruits financiers des méfaits passés de ces firmes ». Il soutient que des condamnations devraient être imposées au directeur exécutif plutôt qu’à l’entreprise dans son ensemble. Il cite un juriste de Boston spécialisé dans les dénonciations, Robert Thomas, qui a observé que GSK avait commis un crime de 1 milliard de dollars et « aucun individu n’a été tenu pour responsable ».

Suite à l’aveu de GSK, qu’il a n’a pas divulgué des données relatives à la sécurité de son médicament vedette contre le diabète, Avandia, la société a promis de rendre disponible plus d’informations sur les essais cliniques. Mais, selon M. Outterson, cette promesse connaît des « exceptions gênantes » et, en tout cas, elle est faite en vertu de « l’accord d’intégrité » qui expire dans cinq ans.

Selon un second article paru dans ce même journal et rédigé par des chercheurs du Brigham and Women’s Hospital de Boston, la confiance dans cette industrie parmi les médecins est tombée si bas qu’ils écartent les essais cliniques financés par ce laboratoire, même si les essais ont été conduits avec la rigueur scientifique. Cela pourrait avoir de graves implications parce que la majeure partie de la recherche médicale est financée par l’industrie pharmaceutique, et « si les médecins sont réticents à faire confiance à toutes ces recherches, cela pourrait freiner la conversion de [.] la recherche en pratique », a dit Aaron Kesselheim, qui a dirigé cette étude.

Andrew Witty, le directeur général de GSK, a dit au moment de l’accord de 3 milliards de dollars en juillet dernier que cela avait résolu des « problèmes difficiles qui duraient depuis longtemps » pour la société et qu’il y avait eu depuis un « changement fondamental dans les procédures », notamment le renvoi du personnel qui s’est mal conduit et des modifications dans les bonus.

L’Association de l’Industrie Pharmaceutique Britannique [Association of the British Pharmaceutical Industry /i>] a déclaré que les pratiques dans l’industrie s’étaient améliorées et que des changements supplémentaires pour « construire une meilleure confiance » seraient effectués. L’agence britannique de réglementation des médicaments et de la santé [UK Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency] a dit qu’elle surveillait la conduite de ces entreprises et prenait « les mesures appropriées » lorsqu’elle découvrait de telles malversations.

Le financement de l’Alzheimer « doit se poursuivre »

Les gouvernements, les universités et les organismes caritatifs devraient monter au créneau pour s’assurer que le financement est maintenu pour la recherche contre la maladie d’Alzheimer, après toute une série d’essais cliniques ratés, ont dit hier des experts.

Ils répondaient à un reportage de The Independent, selon lequel les plus gros laboratoires pharmaceutiques du monde abandonnent la recherche d’un traitement, réduisant la taille de leurs départements des neurosciences et se concentrant sur le traitement des symptômes, plutôt que sur les traitements visant à modifier la maladie.

Un porte-parole de l’Alzheimer’s Society a déclaré : « Ce n’est pas le moment de faire marche arrière dans la recherche de la démence. Bien que cela coûte à l’économie plus cher que le cancer et les maladies cardiovasculaires, le financement de la recherche sur la démence n’est qu’une partie de ces conditions. Il y a un besoin urgent pour plus de financement si nous voulons vaincre cette maladie. »

 

Article original : “Drug giants fined $11bn for criminal wrongdoing”

Traduit de l’anglais par JFG-QuestionsCritiques

 

NdT :
_____________

[1] Il est étonnant qu’en France les Laboratoires Servier n’aient pas encore été condamnés pour leurs méfaits relatifs au Mediator !

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L’élite mondialiste a pris la décision qui pourrait bien signifier la fin de l’humanité telle que nous la connaissons dans les décennies à venir. Les humains étant devenus superflus aux yeux de ceux qui planifient d’imposer une technocratie sur toute la planète, des robots seront utilisés pour remplacer et à la fois éliminer les humains alors que les élites auto-proclamées avancent vers leur singularité technologique tant adulée.

La montée en puissance des robots (intelligence artificielle) n’est plus du tout confinée dans le domaine de la science-fiction. Si les prédictions de ceux qui ont déjà prouvés leur précision d’imaginer le cours de l’avenir et son développement technologique se réalisent, un nouvel âge sombre high-tech est notre destin immédiat.

Dans notre article précédent sur le sujet, nous avions mis en exergue un article écrit en 2000 par Bill Joy de l’entreprise Sun Microsystems. Dans le magazine Wired, figurait son article intitulé “Pourquoi l’avenir n’a pas besoin de nous” ( Why The Future Doesn’t Need Us) où il expliquait comment dans les décennies à venir, la plupart de toutes les fonctions qui sont remplies aujourd’hui par les humains seront faites par des robots.

La vaste majorité des êtres humains devenant obsolètes aux yeux de leurs contrôleurs et ce en résultat direct de ce changement de société, avec ce qui démarquera l’impact de la nouvelle révolution industrielle, l’élite “pourrait simplement décider d’exterminer la masse de l’humanité”, écrit Joy.

La prévision de Joy est répétée par un écrivain respecté, inventeur et futuriste du nom de Ray Kurzweil. Dans son livre publié en 1999 “The Age of Spiritual Machines”, Kurzweil fit une série de prédiction sur les avancées technologiques qui arriveraient à chaque étape de dix années. Les prédictions à court terme de Kurzweil furent d’une précision remarquable: il prédit alors la venue de l’iPhone, des téléphones intelligents en général et des liseuses électroniques du genre Kindle.

Kurzweil avait prédit qu’avant 2009, “les interfaces d’ordinateurs auront toutes la qualité du papier, haute résolution, contraste de haut niveau, grand champ de vision et pas d’interférence visuelle. Les livres, les magazines et les journaux seront lus de manière routinière sur des écrans qui auront la taille de petits livres.”

Kurzweil a aussi décrit l’iPad dix ans avant son émergence ainsi que la venue des communications téléphoniques sans fil utilisant “des images à haute résolution”. Il a aussi imaginé ce que serait iTunes, YouTube et des services à la demande comme Netfix ainsi que la manière dont tous ces services technologiques déclencheraient un énorme débat au sujet de la vie privée, ce qui est exactement ce qui se passe de nos jours.

Kurzweil avait prédit que des drones sans pilotes seraient utilisés dans des opérations de combat avant 2009, ce qui s’est effectivement passé.

En considérant la précision de ses prédictions, ses nouvelles prédictions pour le futur et les décennies 2019-2029 et au-delà font froid dans le dos.

Kurzweil prédit qu’avant 2019, des ordinateurs seront implantés dans les lunettes et les verres de contact, un processus qui est déjà en cours avec le développement des lunettes Google. Au moment où cela arivera, un ordinateur de 4000 US$ aura la même capacité qu’un cerveau humain d’après Kurzweil.

“La vie privée continue d’être un enjeu politique et social majeur avec de fait tout ce que fait Mr Toutlemonde stocké dans une base de données quelque part.” Écrit Kurzweil, une prédiction notable compte-tenu des révélations récentes sur le programme “Trapwire”.

Les décennies au delà de 2019 seront caractérisées par le problème d’une “sous-classe humaine”, qui ne sera pas engagée de manière productive dans l’économie. Après 2029, l’élite verra son rêve de singularité: l’humain mergeant avec la machine, commencer à prendre forme. Des ordinateurs et des téléphones, moyens de communication commenceront à être implantés dans les yeux et les oreilles des gens.

De cette manière, la vision plus large d’une élite voyant les humains comme étant complètement jetables alors que leurs fonctions seront prises par des machines, deviendra d’autant plus une réalité. “Il n’y aura quasiment plus d’emplois d’humains dans la production industrielle, l’agriculture et les transports”, écrit Kurzweil.

En 2099, la planète entière sera gérée par des systèmes informatiques artificiellement intelligents qui seront plus intelligents que l’ensemble de la race humaine combinée, un peu de la mème manière que le fameux “skynet” de la série franchisée fictive des “Terminators”.

Les humains qui auront résistés à devenir en partie cyborgs seront ostracisés dans la société.

“Même au sein des intelligences humaines qui continueront à utiliser des neurones à base de carbone, il y aura une technologie d’implants neurologiques de tous les instants, qui permettra une énorme augmentation des capacités cognitives et perceptrices pour les sujets qui les utiliseront. Les humains qui n’utiliseront pas ces implants seront incapables de participer de manière sensée à des conversations et dialogues avec ceux qui le font”, écrit Kurzweil.

Le futur dépeint par Kurzweil représente le but ultime des élites auto-proclamées, éliminant l’ordre existant et le remplaçant par une technocratie dystopique high-tech. Au lieu d’être utilisée pour donner un pouvoir progressiste à l’humanité, la technologie sera utilisée pour creuser le fossé toujours plus avant entre ceux qui “possèdent” et ceux que “ne possèdent pas”, ceux ne “possédant pas” étant éventuellement complètement éliminés.

Nous avons déjà vu quelques pas importants dans la direction d’un futur à la Kurzweil.

L’utilisation de drones pour retirer l’humain des choses de la guerre est déjà bien avancée. Dans le futur, les guerres seront essentiellement combattues par des robots, les rendant bien plus omni-présents et dangereux que maintenant. Des robots sans capacités émotionnelles hésiteront-ils de manière quelconque à déployer des armes qui pourraient éliminer totalement des races humaines ou complètement détruire l’écosystème de la planète ?

L’utilisation de robots pour les fonctions de police et de maintien de l’ordre, de recherche de suspects est aussi pour bientôt à l’ordre du jour.

Considérant les avertissements du professeur Noel Sharkey qui nous dit que des flottes de robots sont développée par DARPA et seront eventuellement utilisés pour “tuer des gens”, la firme Boston Dynamics a dévoilé une nouvelle vidéo cette semaine (Boston Dynamics released a new video this week) dans laquelle ses robots LS3 sont montrés être capables de traquer des humains de manière autonome sur des terrains accidentés.

Un robot similaire est développé en ce moment par le DARPA (Defense Advanced Research Project), nommé le “Guépard” (NdT: “Cheetah” en anglais), celui-ci a récemment battu le record du monde de vitesse humaine en cours à pied (établi par Hussein Bolt).

En 2008, le pentagone avait demandé à des contracteurs de développer un “système de poursuite multi-robots” créé pour rechercher, détecter et traquer des humains “non-coopératifs” dans des scenarii de “poursuite-évasion”.

Comme le scientifique Paul Marks l’explique, les robots seront inévitablement adaptés pour toutes fonctions domestiques incluant bien sûr les fonctions de police et de contrôle des foules et des populations.

“… Combien de temps avant que nous ne soyons les témoins de meutes de droïdes chassant des manifestants avec des armes paralysantes ? Ces meutes pourraient-elles même être armées pour tuer ?” demanda Marks.

L’utilisation de la technologie pour nous espionner et nous réduire en esclavage au lieu que de nous donner plus de pouvoir est aujourd’hui très routinier. Il suffit simplement de prendre note de la remarque du directeur actuel de la CIA, le général David Petraeus qui disait plus tôt dans l’année qu’il applaudissait l’arrivée de la grille de contrôle intelligente, des ustensiles ménagers et des produits utilitaires qui seront connecter sans fil sur l’internet.

Petraeus qualifia ce développement de “transformation”, notant que ce serait un cauchemar pour les “commerces clandestins”. En d’autres termes, la police et le FBI n’ont désormais plus aucune raison d’obtenir un mandat de quoi que ce soit pour vous espionner puisque vous allez avoir une bonne centaines de mouchards implantés dans quasiment tous les ustensiles ménagers de votre maison, de votre frigidaire à votre console de jeux.

La poussée des élites pour faciliter la montée en puissance des robots est motivée par le fait d’enlever le processus de prise de décision de la part du public et des humains. Ne pouvant faire confiance aux humains pour suivre une chaîne de décisions qui pourraient décider de la mort de nombreux autres humains, les androïdes se doivent donc d’être mis en position d’éxécuteurs des ordres.

Dans les décennies à venir, l’humanité fera face à une nouvelle forme d’esclavagisme, une tyrannie scientifiquement mise au point au travers de laquelle l’élite auto-proclamée utilisera les robots pour subjuguer le reste de l’humanité et éliminer les poches de résistance non-coopérative.

Seulement en promulgant un dégoût culturel et sociétaire envers la manipulation technologique au profit d’une élite devenue folle, pourrons-nous alors regagner le contrôle sur le futur et utiliser la technologie à des fins progressistes pour notre espèce.

En considérant le fait que “l’élite” a prouvé être tellement destructrice avec seulement un niveau primitif en comparaison, de la technologie humaine dont elle dispose jusqu’à maintenant, autoriser ces individus fou-furieux et totalement accros au pouvoir à tenir les commandes du progrès humain, ne pourra mener qu’à la destruction totale de la race humaine sur le long terme.

 

Article original en anglais :  http://www.infowars.com/the-end-of-humanity-rise-of-the-robots/

Traduction: Résistance 71

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Des pogroms anti-Roms organisés en Hongrie

septembre 21st, 2012 by Markus Salzmann

De violentes attaques contre la minorité Rom en Hongrie se poursuivent sans relâche. Il est de plus en plus évident que le gouvernement droitier dirigé par le premier ministre Victor Orban, et qui collabore étroitement avec le parti néo-fasciste Jobbik provoque délibérément de telles attaques afin de détourner l’attention de l’énorme crise économique et des problèmes sociaux que connaît le pays.

Le 20 août, des membres de la « Garde hongroise » paramilitaire ont défilé contre des familles Roms dans la ville de Cegled, au Sud-Est de la capitale Budapest. Plus de 400 d’entre eux, principalement des gardes en uniforme et leurs partisans, ont défilé à travers des campements de Roms dans les environs de la ville forte de 40.000 habitants. Ils ont hurlé des slogans tels « Sales tsiganes, vous allez tous crevez. » Les stations de radio de droite et des portails Internet ont publié des appels pour que les fascistes viennent à Cegled pour participer à cette action.

Les médias ont rapporté les récits de témoins oculaires faisant état d’intimidation des résidents de la ville. Il semblerait également que des coups de feu ont été tirés. Tout ceci s’est passé en présence de la police qui était sur place et qui a permis aux fascistes de commettre des actes d’intimidation avant que ces derniers ne se retirent.

Des journalistes de l’hebdomadaire HVG ont rapporté que dans une ferme avoisinante plusieurs centaines d’extrémistes de droite avaient accueilli un député parlementaire du parti d’extrême droite Jobbik qui avait exprimé son soutien à la mobilisation fasciste. La « Garde hongroise » est considérée être un bras paramilitaire de Jobbik et a à plusieurs reprises été mobilisée contre les Roms. Début août, environ un millier de fascistes ont défilé à travers le village de Devecser à l’Ouest de la Hongrie.

Dans ce contexte de nombreux Roms ont décidé qu’ils n’avaient pas d’avenir en Hongrie. Au cours de ces six derniers mois environ un millier de Roms hongrois ont demandé l’asile politique rien qu’au Canada.

L’élément immédiat qui a déclenché cette récente chasse aux sorcières contre les Roms a été le meurtre en juillet de la psychologue Kata Bandy travaillant pour la police. Un Rom sans emploi a été arrêté dans le cadre de ce meurtre. Il vivait dans des conditions extrêmement précaires, il avait précédemment été condamné pour vol et avait passé plusieurs années en prison. Les organes des médias proches du gouvernement ont immédiatement dénoncé le suspect de « meurtrier tsigane. » Des appels furent lancés pour « une solution finale pour la question tsigane, » tout en incitant délibérément à la violence contre les Roms.

Le militant Rom Jeno Setet a résumé le sentiment des Rom : « Le meurtre de Kata Bandy est terrible, mais plus terrible encore est le fait que nous avons été collectivement déclaré coupables et les institutions de l’Etat ne font rien pour nous protéger, nous citoyens de ce pays. »

Lors d’une conférence de presse, les parents de Kata Bandy ont expressément lancé un appel aux médias et aux cercles politiques de s’abstenir « d’utiliser le nom de notre fille comme un prétexte pour inciter à la haine ou pour réintroduire la peine capitale » – mais en vain.

Le Jobbik tout comme le parti dirigeant Fidez se sert du meurtre de Bandy pour réclamer l’introduction de la peine de mort. Jobbik, qui avait remporté les élections en 2010 avec 17 pour cent des votes, a organisé une importante campagne en faveur de la peine de mort. Le dirigeant de Jobbik, Gabor Vona, a justifié la demande pour la peine capitale en affirmant faussement que 90 pour cent de tous les meurtriers étaient des « Tsiganes, » tandis que 100 pour cent de toutes les victimes étaient des Hongrois.

Un certain nombre de politiciens du parti au pouvoir Fidesz ont aussi demandé l’introduction de la peine de mort qui contreviendrait à la Constitution hongroise et au droit communautaire. La question doit maintenant être débattue début septembre par la faction du Fidesz.

Les attaques ainsi que l’intimidation à l’encontre des Roms ont lieu depuis plusieurs années en Hongrie. En 2008-2009, un nombre de Roms hongrois ont été blessés et six ont été tués, dont un enfant en bas âge, dans une série de pogroms meurtriers. A chaque fois les meurtres se sont produits après les défilés par la Garde hongroise à travers des campements Roms. Le procès de quatre membres de la Garde soupçonnés d’être impliqués dans les meurtres dure depuis plus d’un an.

Dans un cas plus récent, des groupes fascistes avaient terrorisé l’année dernière des mois durant les Roms vivant dans le village de Gyöngyöspata.

Le Fidesz au pouvoir compte de plus en plus souvent sur l’extrême droite. Le premier ministre Orban a déclaré que les campagnes anti-Roms sont inacceptables mais il a aussitôt insisté en disant que les Roms étaient obligés de s’intégrer.

Suite à une motion déposée par le Jobbik, le parlement hongrois a amendé dernièrement le Code criminel du pays pour rendre passible d’un an de prison toute calomnie de la « Sainte couronne » et des symboles d’Etat tels l’hymne et le drapeau national ainsi que les armoiries. Le Fidesz dispose d’une majorité des deux tiers au parlement.

L’augmentation de la violence droitière, tolérée et/ou soutenue par le parti au pouvoir, est une réponse à la crise économique et sociale qui ne cesse de s’aggraver en Hongrie. Le pays est en proie à la récession et est confronté à une inflation en hausse. En juillet, le taux d’inflation était de 5,8 pour cent, bien au-dessus des attentes des experts. La principale cause de l’inflation élevée est l’augmentation spectaculaire des prix des denrées alimentaires.

Les conditions de vie de la majorité des Hongrois sont de plus en plus intolérables en raison des coupes drastiques imposées par le gouvernement Orban et de l’inflation élevée. Selon les données émanant fin juin de la Banque nationale hongroise, 16,3 pour cent de tous les prêts détenus par les ménages étaient jugés « non performants », ce qui signifie que les débiteurs sont en retard de paiement d’au moins 90 jours pour au moins une tranche. Il y a un an ce chiffre était de 11 pour cent.

Les principales raisons avancées par la Banque nationale hongroise pour cette augmentation de « mauvaises créances » sont un chômage élevé et la baisse du revenu disponible pour la plupart des débiteurs. Ce revenu a baissé en raison de la hausse de l’impôt, de l’impact du taux d’imposition uniforme pour les faibles revenus et la hausse de l’inflation. Si le forint continue de chuter face à l’euro, la situation continuera d’empirer.

Markus Salzmann

 

Article original, wsws.org, paru le 5 septembre 2012

Le onzième anniversaire de l’attaque terroriste du 11 septembre a été commémoré modestement mardi, tandis que les tentatives d’exploiter les morts tragiques de cette journée comme prétexte pour les guerres sans fin de Washington apparaissent de plus en plus vaines.

À New York, où 2700 personnes sont décédées dans l’effondrement des tours jumelles, aucun politicien n’a pris la parole. Durant la cérémonie, des membres des familles ont récité la longue liste des morts et invoqué des souvenirs de parents, enfants, frères, sœurs et époux décédés.

À Washington, le président Barack Obama et le secrétaire à la Défense Léon Panetta ont livré des discours banals et hypocrites à l’extérieur du Pentagone, où 125 personnes avaient perdu la vie. Obama a louangé les victimes des attaques du 11-Septembre, déclarant qu’«à travers leur sacrifice, ils nous ont aidés à faire des États-Unis ce qu’ils sont aujourd’hui – des États-Unis encore plus forts».

Dans quelle mesure les États-Unis sont-ils plus forts? Ailleurs dans son discours, Obama a suggéré que «lorsque les livres d’histoire seront écrits », l’héritage du 11-Septembre sera un pays devenu «plus sécuritaire» et «plus uni que jamais auparavant».

Ses États-Unis ne peuvent être évoqués que dans une rhétorique vide, loin du réel pays qui est saisi d’une profonde crise, où des dizaines de millions de personnes sont incapables de se trouver un emploi et où les divisions entre l’oligarchie financière qu’Obama représente et les travailleurs qui composent la majorité de la population n’ont jamais été aussi frappantes.

Pour ce qui est de ses livres d’histoire, leur tâche première est d’expliquer les événements du 11-Septembre, lesquels demeurent entourés de mystère et sont dissimulés depuis plus d’une décennie. Dans ce qui est, selon la version officielle, l’échec le plus catastrophique des services du renseignement de l’histoire des États-Unis, aucune personne de l’appareil de renseignements et de l’armée, ou de l’administration Bush ou Clinton, n’a jamais été tenue responsable.

L’histoire officielle est que 19 Arabes membres d’Al-Qaïda ont été en mesure d’entrer aux États-Unis et d’y passer plusieurs mois, et que certains d’entre eux ont suivi de longs entraînements de pilotage, sans que personne du vaste appareil de renseignements de Washington n’ait la moindre idée de ce qu’ils faisaient. Cela demeure l’explication la plus improbable, qui est contredite par le fait que plusieurs de ces individus étaient sous surveillance et par les nombreux avertissements reçus par l’administration Bush.

La référence d’Obama aux «sacrifices» des victimes du 11-Septembre pour rendre les États-Unis «encore plus forts» semble étrange. Le sacrifice implique un élément de conscience de la part des victimes – ou de quelqu’un d’autre – qui donne sa vie dans la poursuite d’un objectif défini. Le choix de ces mots par le président pourrait suggérer plus qu’il le souhaitait.

Personne n’est allé au travail au World Trade Center ou au Pentagone le matin du 11 septembre 2001 en pensant qu’il allait mourir, encore moins en pensant que sa mort serait utilisée pour justifier le commencement d’une décennie de guerres qui coûteraient la vie à plus d’un million d’Irakiens, des centaines de milliers d’Afghans et 6600 soldats américains.

Mais ceux dans les hautes sphères du gouvernement américain et des instances de l’armée et des renseignements n’ont pas perdu de temps pour profiter des attaques et mettre en branle des plans déjà existants de conquête militaire. Ils ont exploité le 11-Septembre pour justifier des guerres d’agression dont le but est de compenser pour le déclin économique du capitalisme américain en établissant l’hégémonie américaine sur les régions riches en énergie du Golfe Persique et de l’Asie centrale.

L’assertion constamment répétée selon laquelle ces guerres étaient lancées pour détruire Al-Qaïda n’a jamais été crédible. Les États-Unis ont envahi l’Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein, un ennemi d’Al-Qaïda, après avoir concocté des mensonges sur des «armes de destruction massive» et des liens terroristes inexistants. En Afghanistan, Obama a triplé la présence des forces d’occupation américaines dans des conditions où des responsables de l’armée et des services de renseignements américains ont admis qu’Al-Qaïda était pratiquement absente du pays.

L’invocation du 11-Septembre pour justifier les crimes commis dans la dernière décennie – ainsi que les prochains à venir – est de moins en moins crédible. Le peuple américain a passé par l’expérience de guerres basées sur des mensonges, et d’un assaut incessant sur les droits démocratiques élémentaires. Malgré les tentatives constantes pour le terroriser avec de prétendues menaces omniprésentes de terrorisme, la majorité de la population vit dans une peur plus importante de la terreur économique et sociale des dirigeants financiers et d’entreprises américains.

Aujourd’hui, il serait manifestement absurde de prétendre que les opérations internationales du militarisme américain visent à réprimer Al-Qaïda. Dans la guerre pour un changement de régime en Libye l’an dernier et dans la campagne actuelle pour obtenir le même résultat en Syrie, Washington a supervisé le financement, l’entraînement et l’armement de forces liées à Al-Qaïda. Les États-Unis travaillent avec ces éléments pour renverser des gouvernements arabes séculiers et paver la voie à une guerre encore plus sanglante contre l’Iran. Dans ces campagnes, l’impérialisme américain a bouclé la boucle : il a reproduit la relation qui avait été forgée entre la CIA et Al-Qaïda quand ce dernier avait été créé pour mener une guerre contre le régime prosoviétique en Afghanistan dans les années 1980.

Mardi, les commentaires du secrétaire à la Défense, Panetta – dans une glorification éhontée de la guerre et du militarisme – ont reflété ce changement, le 11-Septembre servant de prétexte passe-partout pour justifier la guerre contre n’importe qui, n’importe où.

Le 11-Septembre, a-t-il déclaré, «a inspiré une détermination farouche à ne pas se laisser faire et à protéger notre mode de vie ». Jurant que les États-Unis allaient poursuivre leurs opérations militaires au Yémen, en Somalie et en Afrique du Nord, il a ajouté : «Nous allons continuer à pourchasser et combattre nos ennemis, partout où ils iront, où ils se cacheront, où ils trouveront refuge – nous n’arrêterons pas tant que nous ne serons pas certains que les États-Unis sont en sécurité.»

Il y a presque quatre ans, Barack Obama remportait l’élection sur une vague de sentiments antiguerres et de dégoût pour les crimes perpétrés sous l’administration Bush. Il affirme maintenant que les guerres et les crimes de son prédécesseur ont rendu les États-Unis «plus forts» et «plus unis», en promettant de déclencher lui-même d’autres guerres encore plus horribles.

La population américaine est face à une élection qui ne lui permet pas d’exprimer sa profonde hostilité au militarisme. La menace de nouvelles interventions militaires et, ultimement, d’une autre guerre mondiale n’émane pas seulement des politiques réactionnaires des démocrates et des républicains. Elle est le produit inévitable de la plus profonde crise du capitalisme depuis la Grande Dépression des années 1930.

Bill Van Auken

Le 12 septembre 2012

 

Article original en anglais, WSWS.org, le 12 septembre 2012

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Un nouveau rapport du congrès américain sur la prolifération des drones a confirmé l’énorme montée en puissance du nombre de pays qui sont maintenant dotés de systèmes aériens sans pilote (drones). Le bureau gouvernemental des responsabilités (GAO) a publié une version non classifiée de son rapport de Février 2012 sur la prolifération des drones. Le rapport examine à la fois le développement de ces systèmes aériens sans pilote communément appelés “drones” ainsi que les contrôles américains et multilatéraux de l’exportation de la technologie liée aux drones.

Le rapport établit qu’entre 2005 et Décembre 2011, le nombre de pays possédant des drones est passé de 41 à 76 voir la liste complète ).

 

Les pays possédant des drones d’après le rapport du GAO

“La majorité des drones étrangers que les pays ont acquis tombe dans la catégorie de drones tactiques. Ces drones sont faits pour essentiellement l’espionnage, la surveillance et les missions de reconnaissance, ils ont typiquement un rayon d’action opérationnel limité de l’ordre de 300 km. Mais certaines variétés plus avancées sont capables de faire des missions de collection de renseignement, du ciblage ou des attaques. Des mini-drones sont aussi achetés fréquemment à travers le monde.”

Il doit être noté que jusqu’à présent seuls les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël sont connus pour avoir déjà utilisé des drones armés.

Le rapport poursuit: “En ce moment, il y a plus de 50 pays qui développent plus de 900 systèmes différents de drones. Cette croissance est dûe au fait que bon nombre de pays voient le succès des Etats-Unis dans l’utilisation de leur drones en Irak, Afghanistan et décident d’investir dans les ressources de développement des systèmes aériens sans pilote afin d’être compétitifs économiquement et militairement dans ce domaine technologique émergeant.”

Bien que le rapport ne mentionne pas le danger de la prolifération des drones pour la paix globale et la sécurité, il met l’accent sur le danger que la prolifération des drones présente pour les “intérêts américains”. Le rapport stipule que “l’utilisation de drones par des pays ´étrangers pour collecter des renseignements sur les activités militaires américaines est déjà courante et que la croissance du nombre de oays ayant acquis la tehcnologie des drones, incluant des pays clés (NdT: comme l’Iran), a augmenté la menace sur les Etats-Unis.”

 

Table 1: Vente des drones US 2005-2010

 

Malgré cela, le rapport dit: “Le gouvernement des Etats-Unis a déterminé que le transfert sélectif de la technologie nécessaire aux drones soutient ses intérêts de sécurité nationale”, mettant ainsi en contradiction le cœur même des mesure de contrôle sur l’armement. “Les représentants du secteur privé disent que la technologie des drones est un des secteurs de croissance les plus important de l’industrie de la défense et donne de très bonnes opportunités pour augmenter les bénéfices économiques si les entreprises américaines demeurent compétitives dans le marché global de cette technologie.”

Le rapport révèle qu’entre 2005 et 2010, les Etats-Unis ont approuvé plus de 380 millions de dollars d’exportation de drones. Au total, le gouvernement US a approuvé le transfert de systèmes complets dans 15 cas sur cette période. Huit des 15 pays ont été nommés dans le rapport. Il s’agit du: Danemark, Italie, Lithuanie, Royaume-Uni, Australie, Colombie, Israël et Singapour. De plus, 1278 licenses liées aux drones ont été identifiées durant cette période.

Les Etats-Unis et le MTCR

L’accord international principal qui contrôle les transferts de technologie de drones et de drones est le Missile Technology Control Regime (MTCR). Bien qu’il ne se focalise pas seulement sur les drones, le MTCR contrôle les systèmes aériens sans pilote en les divisant en deux catégories. Les sytèmes de première catégorie sont capables de délivrer des engins explosifs de 500kg à plus de 300km, tandis que la seconde catégorie couvre les systèmes qui portent des engins plus légers ou qui ont un rayon d’action de moins de 300km. Bien que toutes les décisions soient prises à l’échelon national (et il n’y a pas de système de sanction par d’autres pays si le MTCR n’est pas respecté…), il y a une “très forte présomption de déni” concernant la 1ère catégorie, à savoir la présomption que les états signataires du MTCR n’exporteront pas ces systèmes. Les nations ont plus de loisir à exporter les engins de seconde catégorie.

Drone Wars UK a précédemment mis en exergue les efforts par les entreprises américaines de “relâcher” les contrôles sur l’exportation des drones. Quoi qu’il en soit, le rapport du GAO d´taille pour la première fois “six propositions des Etats-Unis  liées aux drones” pour amender le MTCR sur la période de 2005 à 2011, dont cinq qui auraient eu pour résutat “de transférer des drones couramment classifiés en catégorie 1 vers la catégorie 2”, les rendant ainsi plus faciles à exporter. Les cinq propositions furent rejetées par les autres membres du MTCR.

Alors que le rapport du GAO explique en détail le besoin d’améliorer les contrôles internes aux Etats-Unis sur l’exportation des drones et de leur technologie (recommandant une amélioration de la communication et des bases de données entre les départements des licenses et les agences de renseignement), le rapport ne mentionne pas le fait qu’il y ait un besoin d’améliorer les contrôles internationaux.

Il y a deux semaines, il fut rapporté que le Pentagone avait identifié 66 pays qui seraient éligibles pour acheter les drones américains sous de nouvelles règles de conduite qui doivent toujours être approuvées par le congrès. Dans le même temps, l’Allemagne désire acheter des drones armés, alors que son voisin la Pologne pense arrêter son utilisation d’aviation à pilotes au profit de drones armés, tout comme le Canada désire dépenser 1 milliard de dollars pour des drones armés, l’Australie 3 milliards de dollars.

Le calendrier pour des contrôles globaux afin d’arrêter la prolifération des drones n’a jamais été aussi important et urgent. Le mois prochain aura lieu la 26ème réunion plénière du MTCR à Berlin. Réunion qui se tiendra à huis-clos. Aucun calendrier ou détails de la réunion n’ont été rendus publics. Nous en appelons à tous ceux qui y participent de réaliser le danger croissant que représente la prolifération des drones et de résister aux signaux d’alarme lancés par ceux qui ont tout intérêt à ce que les contrôles existant, contrôlent de moins en moins…

Table 2: Liste des pays possédant des drones d’après le rapport du GAO.

Algeria Egypt Lebanon Singapore
Angola Estonia Libya Slovakia
Argentina Ethiopia Lithuania Slovenia
Australia Finland Malaysia South Africa
Austria France Mexico Spain
Azerbaijan Georgia Morocco Sri Lanaka
Belarus Germany Netherlands Sweden
Belgium Greece New Zealand Switzerland
Botswana Hungary Nigeria Syria
Brazil India Norway Taiwan
Bulgaria Indonesia Pakistan Thailand
Burundi Iran Panama Trinidad & Tobago
Canada Israel Peru Tunisia
Chile Italy Philippines Turkey
China Ivory Coast Poland Uganda
Colombia Japan Republic of Korea Ukraine
Croatia Jordan Romania UAE
Czech Republic Kazakhstan Russia United Kingdom
Denmark Latvia Serbia USA

 

Article original publié en anglais :

http://dronewarsuk.wordpress.com/2012/09/18/mapping-drone-proliferation-big-business-vs-the-mtcr/

 

Traduction: Résistance 71

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Séisme à 30km du site nucléaire de Cadarache en France

septembre 20th, 2012 by Coordination anti-nucléaire Sud-Est

Le mercredi 19 septembre 2012 à 21h



 (Bouches-du-Rhône) implanté sur la faille sismique de la moyenne Durance. Plusieurs secousses sismiques ont été ressenties le 19 septembre, peu avant 21h, dans la région de Manosque (Alpes de Haute Provence) et dans une grande partie sud-ouest du département comme à Forcalquier et Villeneuve qui serait le centre du séisme. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.

Plusieurs secousses ont été ressenties mercredi 19 septembre au soir un peu partout à Manosque. Il était exactement 20h56 quand ce séisme a eu lieu. Mais apparemment, la ville de Manosque n’a pas été la seule à être touchée par ces tremblements de terre qui ont duré quelques secondes, puisque les secousses ont été ressenties également sur Villeneuve, Volx, Lurs, Oraison, Forcalquier, Les Mées ou encore Vinon. Il s’agit d’un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter.
La terre a tremblé mercredi soir dans la région de Manosque

“Cela a bien secoué !”, “c’est hyper impressionnant !”, “On a eu l’impression que le toit allait nous tomber sur la tête !”, ont affirmé les premiers témoignages recueillis sur la page Facebook d’Haute-Provence Info. L’épicentre de ce séisme a été localisé sur la commune de Villeneuve.

Ce séisme n’est pas le premier de l’année sur le département des Alpes-de-Haute-Provence, puisque trois autres séismes ont eu lieu sur la région de Barcelonnette depuis le début de l’année 2012 (26 février, 2 mars et 7 mars, avec respectivement des magnitudes de 4,5 – 4,1 et 3,6 sur l’échelle de Richter). Pour ce qui concerne la région de Manosque et de Forcalquier, le dernier séisme remonte au 8 juillet 2010, avec à l’époque une magnitude de 2,9 sur l’échelle de Richter.

Le bureau central sismologique français est formel : l’épicentre du séisme survenu le mercredi 19 septembre à 20h56 dans le sud des Alpes-de-Haute-Provence est situé “à 10km au au sud-est de Forcalquier”. Soit précisément à hauteur de la commune de Villeneuve. Les secousses, ressenties par beaucoup dans les villes environnantes (Manosque, Volx, Forcalquier, Lurs…), sont considérées par les spécialistes comme “modérées” !!. Rappelons qu des répliques de faible intensité ont été ressenties dans le sud du département peu après 22h et jusqu’en Vaucluse comme dans le village Le Thor.

C’est la faille sismique de la Moyenne-Durance qui a représenté la ligne sismique, faille sur laquelle les nucléocrates ont implanté 19 installations nucléaires civiles et militaires sur le site du CEA à Cadarache, lieu également retenu pour l’implantation du projet démentiel et démoniaque ITER. Sur ces 19 INB seules 3 sont aux normes anti-sismique de l’aveu même de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire)

Il y a un mois, des citoyen-nes entamaient une “marche pour la vie” à partir de Cadarache pour exiger la fermeture immédiate des sites nucléaires du triangle de la mort Cadarache (Bouches-du-Rhône) Marcoule (Gard) Tricastin (Vaucluse et Drôme) qui représentent une atteinte quotidienne à la santé (rejets quotidien de radioactivité) et une menace permanente du fait de la zone sismique. Le séisme de ce 19 septembre leur donne raison.

De nombreuses habitant-e-s ont réagit sur les réseaux sociaux, à peine les secousses ressenties.  Cindy : “Hallucinant sur Volx ! On a eu très peur“, Sarah : “SurVilleneuve c’était impressionnant !“, Frédéric : “A Lurs aussi, j’ai ressenti comme l’effet du souffle d’une grosse explosion ou d’un mur du son tout près...”, Yolande : “Vraiment impressionnant ! Heureusement très court“, Nathalie : “C’est hyper impressionnant, on a l’impression que le toit va nous tomber sur la tête… angoisse garantie“, Sophie : “Ca fait très peur… je suis d’Oraison, tous les murs ont tremblé lors du 1er… j’ai eu beaucoup de mal à calmer mes petits de 3 et 6 ans qui pleuraient et tremblaient…“, Monique : “Je suis au Mont d’Or et ça a bien tremblé !“, Isabelle :  “Impressionnant sur Dauphin aussi !“, Lawrence : “Comme une bombe nous avons senti la toute première secousse – assez forte dans le quartier du Trėcol et Villeneuve. Suivie une heure plus tard par deux secousses supplémentaires à deux minutes d’intervalle. En sautant de la baignoire précipitamment mon fils de 10 ans s’est fait mal. Dégâts et fissures apparentes dans nos façades et celles de nos voisins“, Zelda : “J’habite à Manosque vers la gare SNCF, et nous l’avons nettement ressenti… entre les vitres qui vibraient ainsi que la vaisselle, le lustre qui balançait et le fauteuil où j’étais assise qui allait de gauche à droite, et le vrombissement de la terre… Cétait inquiétant...”, Maud : “J’ai peur qu’un jour on se retrouve comme en 1909..

Simulacres de simulation de séisme et de secours

Ce ne sont pas les simulacres de mise en place de secours comme ceux effectués le 17 janvier 2012 avec force mobilisation de… médias autour du centre nucléaire de Cadarache qui pourront et peuvent empêcher la menace. Menace dont le directeur du centre atomique estimait ce jour-là : “ les conséquences radiologiques peuvent dépasser les limites du centre. D’autant que le bâtiment dédié à la radioprotection serait lui aussi touché…. Toutes les personnes situées dans un rayon de 5 kilomètres, dans les communes de Saint-Paul-lez-Durance, Beaumont-de-Pertuis, Corbières, Vinon-sur-Verdon, Ginasservis, Rians et Jouque seraient menacées.”

A l’époque, dans un mouvement de lucidité, la presse relevait au terme de cette simulation de séisme que “En fin de journée, au moment où le préfet de région décidait de lever l’alerte et de mettre un terme à l’exercice, le bilan provisoire faisait état de neuf blessés au sein du CEA, 22 personnes contaminées (en cours de décontamination) et aucune irradiée. Quant au nuage radioactif, il n’avait pas bougé et le peu de matière rejetée par Pégase restait cantonné à proximité de l’installation. Hier, en effet, si tous les éléments avaient été imaginés, c’est en revanche la vraie météo, celle du jour, qui a été prise en compte : glaciale mais avec un vent nul. Des conditions climatiques favorables en termes de radioprotection. Nettement moins en revanche en termes de protection civile… car à l’extérieur du CEA, les dégâts sont énormes et le bilan très lourd. On parle déjà de 75 morts et de plus de 7 500 personnes sans-abri. Les routes, coupées au nord de Cadarache, obligent d’ailleurs le centre à organiser le rapatriement de 2000 de ses salariés vers des gymnases des Bouches-du-Rhône.” mais par quels moyens si les routes sont inaccessibles? mystère.

La seule solution rationnelle pour éviter les conséquences dramatiques d’un séisme dans une telle région est de fermer immédiatement et sans aucune condition les sites et installations nucléaires.

Mutisme du CEA et incident nucléaire 5 jours plus tôt

A cette heure, jeudi 20 septembre 2012 12h50, alors que le séisme s’est produit depuis 15 heures, aucune information n’émane du CEA de Cadarache, aucune communication officielle sur le sire internet du CEA, pourtant si prompte le mois dernier à tenter de minimiser les raisons de la Marche antinucléaire du CAN84 (collectif antinucléaire de Vaucluse).

Un mutisme d’autant plus inquiétant qu’il y a cinq jours, le 14 septembre 2012 le centre nucléaire a été contraint de déclarer à l’Autorité de Sûreté Nucléaire une anomalie concernant l’un des assemblages combustibles du coeur du réacteur de recherche CABRI qui fait l’objet d’une rénovation depuis l’année 2004. Le coeur du réacteur, c’est-à-dire le combustible nucléaire avec son gainage et ses structures en vue de leur manipulation, est entreposé dans une piscine. C’est lors de contrôles visuels par caméra immergée de l’état des assemblages combustibles avant rechargement du réacteur,qu’a été constaté la présence de tâches d’origine inconnue localisées sur une vingtaine de gaines d’éléments combustibles ainsi que sur d’autres structures métalliques. Les opérations de rechargement ont du être arrêtées en attendant des investigations approfondies.

Triste ironie des incidents et accidents nucléaires : le réacteur Cabri permet d’étudier le comportement des combustibles nucléaires en cas d’accident. Monstrueux!

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L’impasse de la contestation anti-Poutine en Russie

septembre 20th, 2012 by Jean-Marie Chauvier

EN RESUME

 Un échec et une impasse. Ils étaient loin, très loin des « millions ». La contestation anti-Poutine est dans l’impasse. Il se confirme qu’elle ne déborde guère une certaine couche aisée de la capitale, d’obédience libérale. Les meetings de province plus populaires n’ont réuni que peu de monde. Le parti communiste était peu visible à Moscou. Le parti libéral « Iabloko » a pris ses distances. Les gauches russes se divisent, une partie d’entre elles ne veulent plus « marcher » avec la droite libérale et nationaliste et dénoncent « l’hégémonie bourgeoise » sur le mouvement. Elles veulent mobiliser sur les questions sociales. Ce qu’on a appelé la « révolution blanche » ou « orange », déclenchée contre Vladimir Poutine pour cause de « falsification » des scrutins législatifs du 4 décembre 2011 et présidentiel du 4 mars 2012 semble en train de s’essouffler. Il n’y a toujours pas de « vague de fond » populaire.[1]

La police a parlé de 22.000 manifestants à Moscou, l’un des porte-parole de l’opposition Serguei Oudaltsov (Front de Gauche) de près de 50.000 mais les organisateurs (repris dans les médias occidentaux) ont parlé de 100.000 ( !) La réalité était très loin en dessous de ces derniers chiffres. Images et témoins en font foi. En province, on n’a compté que quelques centaines de participants aux divers meetings. Même s’il y eut 50.000 au total, nous sommes dans un pays de 145 millions d’habitants ! Et Moscou en compte entre 12 et 15 millions…  Or, il y avait eu, lors des rassemblements d’hiver et de printemps, rien qu’à Moscou, entre 50, 80, 100.000…selon les estimations. Le mouvement, déjà limité, est donc en perte de vitesse.

Il faut donc cesser de  se raconter des histoires et de se fier à nos télés, qui ont longtemps trompé l’opinion occidentale en lui faisant croire à un « rejet massif » de Vladimir Poutine, président réélu le 4 mars 2012 avec une indéniable majorité ! Et ce, bien que sa popularité, très forte, soit en train de baisser.[2] Nombre d’Occidentaux, et d’opposants russes prennent leurs désirs pour des réalités : il n’y a pas de soulèvement populaire en Russie, rien de comparable à ce qui existe en Espagne, en Grèce ou dans le monde arabe. Début 2011, une véritable hystérie s’était répandue dans les milieux oppositionnels, annonçant une « contagion arabe » et un « scénario égyptien » pour Vladimir Poutine. Le président Dmitri Medvedev s’était lui-même inquiété.[3]

Ce n’est pourtant pas que la Russie soit en parfaite santé, loin de là !  Il y a des mécontentements diffus, disparates, et certes une crise sociale et identitaire profonde mais sur fond de croissance économique,  qui a permis ces dernières années une forte élévation du niveau de vie, ce qui exclut  « la catastrophe » constamment annoncée par les opposants. Sous réserve d’une débâcle mondiale qui aurait d’inévitables conséquences en Russie !

Il vrai que la Russie « n’a pas de projet ».Elle navigue à vue, le Kremlin est dans le brouillard, c’est également le cas de la « place des marécages » toute proche,  où se rassemblaient les contestataires.

Peut-être le mouvement rebondira-t-il lors du prochain rendez-vous du 20 octobre, à supposer que les organisateurs parviennent à se mettre d’accord sur la date ? C’est ce qu’espère son leader le plus populaire, Serguei Oudaltsov, apprécié pour son profil de militant honnête et sans compromission, mais non pour ses options « révolutionnaires » et son sens du réel. C’est lui qui, de concert avec Boris Nemtsov, ancien dirigeant eltsinien, ultralibéral, a organisé cette « marche des millions » du 15 septembre.  Ils étaient entourés d’autres leaders libéraux, tel l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov, du précurseur de la contestation, l’ancien champion d’échecs et leader de l’ « Autre Russie » Garry Kasparov,  de la jeune écologiste Evguenia Tchirikova « l’étoile verte de la Russie », du « blogger » proche des nationalistes Alexei Navalnyi,  de Polina Deripaska, patronne du puissant  « Forward Media Group » et épouse d’Oleg Deripaska « le roi de l’aluminium » et figure de proue de l’oligarchie industrielle. D’autres vedettes du grand business étaient attendues et ne sont pas venues.

Comme d’habitude on a vu le mélange hétéroclite de « bourgeois moscovites » de tendance libérale (les blancs et les bleus) d’écologistes (verts) de nationalistes arborant les couleurs monarchistes tsaristes blanc-jaune-noir, de « gauchistes » aux drapeaux rouges, rassemblés dans le « Front de Gauche », de communistes de gauche du « Rotfront », d’anarchistes aux drapeaux noir et rouge, de nationaux-bolchéviques d’Edouard Limonov, désormais réunis dans le mouvement « Autre Russie » et arborant le même drapeau monarchiste que les autres nationalistes. Deux slogans fédèrent la contestation : « La Russie sans Poutine » et « Des élections honnêtes ». Pour la première fois, des mots d’ordre « économiques et sociaux » ont été acceptés, sous pression de l’aile gauche du mouvement : le gel des tarifs des services publics, la restauration du droit de grève, la hausse des dépenses pour l’enseignement et la santé.  Mais l’objectif de « refaire les élections » ne peut être atteint pour la simple et bonne raison que, si falsifications et manipulations il y eut, elles n’ont pas modifié fondamentalement les scrutins, tous les sondages s’accordant à reconnaître les majorités acquises par le parti « Russie Unie » et, surtout, par le président Vladimir Poutine.

INCIDENTS ENTRE ANARCHISTES ET NEOFASCISTES

Une bagarre – événement prévu et déjà habituel- a éclaté entre anarchistes et nationalistes d’extrême-droite. Parmi ceux-ci, il y avait  le chef du « Mouvement contre l’immigration illégale », interdit à Moscou et victime de mesures répressives, le néonazi Alexandre Belov. C’est l’un des meneurs des « Marches russes » du 4 novembre qui avaient commencé en 2005 avec des croix gammées et  des saluts fascistes, depuis lors interdits, de même que les groupes les plus violents comme la milice paramilitaire « Unité Russe » (RNE) et l’ « Union Slave » (SS) dont les militants clandestins et recyclés dans de nouvelles organisations ont également été vus dans les manifestations de ces derniers mois. Remarqué dans la manif du 15 septembre : l’emblème de la roue solaire d’usage sous le nazisme et qu’ont adopté des néonazis russes. On remarquera d’ailleurs que les millions de travailleurs immigrés « musulmans », du Caucase et d’Asie centrale, ne se joignent guère à cette « contestation » en partie menée par des milieux d’affaires qui surexploitent cette main d’œuvre au rabais ! Et pour cause : certains opposants « nationalistes » sont ceux qui mènent les « combats de rue » souvent meurtriers contre des étrangers.

A Saint-Petersbourg, deux mondes étrangers l’un à l’autre ont défilé. D’un côté, les libéraux de « Iabloko » avec les gays et les lesbiennes, de l’autre les nationalistes et les partisans du national-bolchévik Limonov. Au total, ils étaient entre quelques centaines et deux mille.[4]

L’INVESTISSEMENT ETATSUNIEN N’EST PAS PROBANT

Comme précédemment, la « marche » a bénéficié d’une large audience préalable dans les médias occidentaux, ce qui aurait suffi à en faire un événement dont le Kremlin doit tenir compte, si l’affluence à la Marche n’avait pas été aussi faible. Le pouvoir reste bien entendu « sous surveillance » internationale : le phénomène Internet interdit toute « autarcie ». Le moindre événement, le moindre incident, s’il est largement diffusé et mis à profit par des forces politiques lointaines peut « créer du souci », voir servir à ridiculiser le président Vladimir Poutine et affaiblir sa position d’ « arbitre » des clans dirigeants. On l’a vu avec l’audience formidable accordée à la performance des Pussy Riot.[5]

Les personnalités sur lesquelles mise l’Occident sont Boris Nemtsov, Mikhaïl Kassianov – tenants d’une ligne néolibérale dans le passé- ainsi qu’Alexei Navalnyi, populaire parmi les bloggers, champion de la lutte anti-corruption et qui assure le lien entre les libéraux et l’extrême-droite nationaliste des « Marches russes » auxquels Navalnyi participe. Tous trois, de même que l’ « étoile verte » Evguenia Tchirikova ont séjourné aux Etats-Unis et sont en liaison avec leur ambassadeur à Moscou Jonathan Mac Faul, très engagé aux côtés de cette opposition. Mais l’ambassadeur doit sans doute « faire rapport » au Département d’Etat quant aux faibles résultats, à ce jour, de ses efforts.

Les soutiens occidentaux aux opposants (Département d’état américain, Union Européenne , Parlement européen, Amnesty International) se sont accentués avec l’affaire Pussy Riot, les trois femmes du groupe punk condamnées à deux ans de colonie de travail et dont la libération a également été exigée par les manifestants. Comme on sait, la personnalité emblématique de l’opposition, l’oligarque et ancien patron du groupe pétrolier « Youkos » Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné depuis 2003, a été adopté par Amnesty International comme « prisonnier de conscience ». [6]

Par contre, le national-bolchévik et romantique Edouard Limonov, personnage-clé des alliances entre libéraux et radicaux dans le passé, s’est apparemment mis « en marge », avec son mouvement d’une « Autre Russie » s’affichant désormais comme « gauche nationaliste » distant de ses anciens amis libéraux, dont Garry Kasparov, co-fondateur avec lui en 2005 de la première mouture du petit mouvement « Autre Russie » lancé par la NED[7] et qui défraya la chronique mondiale lors de ses affrontements avec la police en 2007-2008.

LES RESERVES DU PARTI COMMUNISTE

On a remarqué la présence, mais discrète du Parti Communiste de Guennadi Ziouganov, principal parti d’opposition (20% aux élections) qui pourrait théoriquement mobiliser ses centaines de milliers de membres et ses millions d’électeurs. Or, ils sont largement absents ! Sauf (mais très peu) dans plusieurs villes de province où c’est le PC qui a organisé  de petits meetings à coloration « anticapitaliste ».

Ce parti (KPRF) a pris de longue date ses distances envers le mouvement contestataire qu’il apprécie comme opposition à Vladimir Poutine mais qu’il redoute comme tentative de « révolution orange » financée par le bloc euro-atlantique. Plusieurs communistes ont d’ailleurs reproché à la direction du parti ses « ambiguités », tandis que l’extrême-gauche dénonce son manque d’engagement concret, le considérant comme un parti « du système ».

De l’avis du secrétaire général Guennadi Ziouganov, nullement découragé, les protestataires sont désormais orientés en majorité « à gauche » : 60 à 70%. Mais la confiance a diminué dans les leaders du mouvement.[8] Les communistes se félicitent de la forte présence d’enseignants pour qui « l’école n’est pas un marché » et qui réclament une « Russie sans bourgeois ».

Le parti « Iablko », membre de l’Internationale libérale, a également pris ses distances mais pour d’autres raisons : parce que la contestation, d’après lui, prend un aspect « rouge-brun ». ( mélange d’extrême-gauche et  d’extrême-droite) Ce parti avait lui-même exclu de ses rangs Alexei Navalnyi pour cause de « nationalisme radical ».

FORUM DES GAUCHES RUSSES : LA DIVISION. LE LEADERSHIP DE SERGUEI OUDALTSOV MIS EN CAUSE.

C’est conscients de cet écart entre une contestation « bourgeoise » et la réalité du pays que les gauches ont tenu un forum de 300 militants de sept régions le 8 septembre. La question débattue était l’élection prochaine d’une Coordination des Oppositions. Celle-ci serait, d’après les participants, « sous hégémonie libérale bourgeoise » et son élection entâchée d’irrégularités ou de manipulations.

Serguei Oudaltsov, adepte de cette Coordination,  au nom du Front des Gauches qui rassemble une kyrielle de petits groupes et partis (communistes de gauche, trotskistes, guevaristes, anarchistes etc…) en appelle malgré tout à l’unité de toutes les forces d’opposition contre le pouvoir « autoproclamé » : «  Les bandits et les voleurs (qui dirigent la Russie) sont dangereux, chaque jour qui passe sous leur direction, ce sont des morts de nombreuses personnes et la dégradation du pays (…) La révolution démocratique bourgeoise mûrit dans le pays ». (Oudaltsov trace ici un parallèle avec la révolution de février 1917 qui renversa le régime tsariste et qui précéda la révolution socialiste d’Octobre ») Il faut dire qu’Oudalsov est persuadé que le renversement du capitalisme et le retour des soviets peuvent avoir lieu en Russie, ce dont les gauches plus « réalistes » doutent énormément.

Alexandre Bouzgualine, du mouvement « Alternatives », l’un des représentants en vue de la pensée marxiste en Russie, pense que le pouvoir « autoproclamé » (selon Oudaltsov) est constitué « de clans sérieux, administratifs et économiques » qui jouissent à ce jour « du soutien d’une partie significative de la Russie ». Il faut donc mieux tenir compte du rapport des forces dans la société.

Boris Kagarlitsky, directeur de l’Institut de la Globalisation et des questions sociales (ancien dissident sous Brejnev et leader intellectuel reconnu) estime, à l’encontre des autres opposants, que Poutine « n’est pas autoproclamé  mais élu par des millions de gens. ». Les dirigeants de l’opposition sont eux-mêmes « autoproclamés ». Il en appelle au boycott de leur « coordination ».

Edouard Limonov, de « l’Autre Russie » qui a succédé à son parti « national-bolchévik » (interdit) estime que tant Poutine que ses opposants poursuivent une politique « bourgeoise » et que « le wagon rouge de ce train bourgeois doit être décroché ».

Serguei Biets, du parti communiste ouvrier (dissidence de gauche du PC) observe que, par rapport aux années 1990, la proportion de travailleurs dans les meetings protestataires a sensiblement diminué, au profit de couches bourgeoises. C’est ce qui assure la domination de la droite dans la contestation.

Ajoutons que de nombreuses petites protestations sociales ont lieu à travers le pays – contre des licenciements, pour des hausses de salaires, contre la réduction des budgets à l’éducation et à la santé.[9]

Ces protestataires sociaux se retrouvent rarement dans « LA » grande contestation démocratique et, surtout, moscovite.

VERS DES REORIENTATIONS POLITIQUES ?

La débâcle du mouvement protestataire coïncide avec des défections au sein du parti du pouvoir « Russie Unie », dont certains déserteurs pourraient rejoindre une nouvelle formation libérale.[10]  Tant le pouvoir que l’opposition seront amenés, dans les mois qui viennent, à repenser leurs stratégies. La division gauche-droite va s’accentuer dans la mouvance contestataire. « Il est temps d’en finir avec les meetings » estime la célèbre journaliste et romancière Ioulia Latynina, opposante radicale au « poutinisme » et adepte d’un libéralisme musclé, aux antipodes d’un Serguei Oudaltsov.[11] Un journaliste russe proche des milieux libéraux, Boris Toumanov, porte un jugement sévère sur les leaders de la contestation : «  Il serait trop facile d’attribuer cette passivité (de la population) aux amendes draconiennes prévues par la loi adoptée en juin dernier pour punir les manifestants en cas de troubles ou de rassemblement non autorisé. Il se fait que l’égocentrisme et l’incompétence des leaders de l’opposition les rendent inaptes à établir un programme d’action réaliste susceptible de servir de base à un mouvement politique. »[12]

Les libéraux et leurs amis occidentaux devront mettre en avant de nouvelles personnalités. Il est probable qu’outre Mikhaïl Khodorkovski, dont la libération est réclamée dans les milieux d’affaires, l’oligarque milliardaire Mikhaïl Prokhorov, qui a obtenu 7,7% des voix aux présidentielles de mars 2012, créateur de la « Plateforme civique » et l’ancien ministre des finances Alexei Koudrine, qui anime un Comité d’initiatives civiques, deviennent les garants d’un renouveau de la droite néolibérale, successivement défaite par le krach de 1998 et par le tournant « étatiste » en 2003, d’un président Poutine qui n’en a pas moins poursuivi, sous le contrôle du Kremlin, les œuvres de privatisations et de restrictions des prestations  sociales de l’état.

De son côté, la gauche « souverainiste » au sein du pouvoir cherchera à obtenir du président Vladimir Poutine une réorientation « régulatrice » de la libéralisation économique, au moment où la Russie fait son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce, source d’inquiétude pour les industries nationales et des millions de travailleurs menacés de perdre leurs emplois. C’est toute la conception de la « modernisation de rattrapage » qui doit se préciser, entre autres questions « identitaires » d’un pays  toujours en panne de repères, vingt ans après la fin de l’URSS et la « thérapie de choc ».

Voilà sans doute des enjeux qui, avec ceux d’une situation internationale chaotique, dépassent de quelques degrés les  discours stériles où s’est  embourbée la « Place des Marécages ».

Jean-Marie Chauvier

 

IMAGES DE LA MARCHE DU 15 SEPTEMBRE 2012

LES REPORTAGES DE LA TV OFFICIELLE (PREMIER PROGRAMME)

http://www.1tv.ru/news/

On voit peu de manifestants, le commentateur insiste sur le fait qu’il y en a beaucoup moins  que précédemment. On voit à la tribune le leader des « bloggers » Alexei Navalnyi.

On voit une bagarre entre nationalistes et anarchistes.

AUTRE REPORTAGE, PLUS TARDIF ET  REPRESENTATIF

http://www.1tv.ru/news/

L’accent est mis sur les nouvelles revendications sociales du meeting.

La polémique sur le nombre de manifestants. La police a parlé de 14.000 manifestants, le leader du Front

On voit le leader libéral Boris Nemtsov, qui appelle à l’unité entre droites, gauches et nationalistes.

Dans les autres villes montrées, on ne voit que quelques centaines de manifestants.

REPORTAGES DE « KRASNOIE TV » (TV ROUGE)

sur internet, communiste. Curieusement, on ne montre pas les manifestants du PC mais seulement ceux du « Rotfront » proche du PC.

LE NOUVEAU GROUPE « ROTFRONT », GAUCHE COMMUNISTE

http://www.krasnoe.tv:80/node/15836

Ces manifestants ont refusé de suivre le « Front de Gauche » dirigé par Sergeui Oudaltsov, « les représantants des organisations de gauche (sauf Oudaltsov) n’ont pas pu prendre la parole au meeting.

15 сентября 2012 года в Москве состоялся многотысячный Марш Миллионов. Учитывая тот факт, что организаторы Марша не допускали до выступления представителей левых организаций, партия Российский объединённый трудовой Фронт организовала серию митингов в самой колонне.

На митинге, предваряющем шествие, выступили:

  • Александр Батов, председатель Московского городского комитета РОТ Фронта; 
* Борис Кагарлицкий, левый политолог, директор Института глобализации и социальных вопросов; 
* группа “Неведомая земля” (г. Самара); 
* Айнур Курманов, заместитель председателя профсоюза “Жанарту” (Казахстан); 
* Олег Двуреченский, Красное ТВ; 
* Юрий Горбач, завод “Метровагонмаш” (Мытищи), профсоюз “Защита труда”.

 

LES GAUCHES BOYCOTTENT LES ELECTIONS A LA COORDINATION DES OPPOSITIONS : « CES GENS (LIBERAUX ET OUDALTSOV) NE NOUS REPRESENTENT PAS »

 

Boris Kagarlitsky explique (interview en russe) pourquoi « les gauches » (mais pas toutes !) ne reconnaissent plus le leadership de Serguei Oudaltsov (Front de Gauche) et refuseront de participer aux élections de la Coordination des Oppositions, à leur avis dominé et manipulé par la droite libérale (entre autres : il faut payer pour être candidat aux élections) Sur le fond, Kagarlitsky estime que l’opposition doit soulever les questions sociales et chercher à sortir du cadre « libéral ». Il faut aussi un mouvement pour des objectifs « constructifs » et non pour le changement d’une personnalité. Il faut que les gens soient défendus contre la crise. http://www.krasnoe.tv:80/node/15812

 



[1] Sur les origines du mouvement et ses diverses composantes, voir JM Chauvier : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-12-22-Revolution-blanche-drapeaux-rouges

[2] En août, selon le Centre Levada, 49% des Russes souhaiteraient que l’actuel mandat du président Poutine soit le dernier. http://french.ruvr.ru/2012_08_23/Vladimir-Poutine-sondage/

[3] Voir JM Chauvier « Les « désordres arabes » : alerte en Russie », Le Monde diplomatique, Valise diplomatique 8 mars 2011 http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-03-08-Russie

[4] Kommersant, 15 septembre 2012.

[5] Voir JM Chauvier  « De quoi les Pussy Riot sont-elles le signe ? » http://www.mondialisation.ca/de-quoi-les-pussy-riot-sont-elles-le-signe/

[6] Sur l’aide américaine aux opposants, cf JM Chauvier http://www.mondialisation.ca/que-font-les-tats-unis-pour-aider-la-contestation-en-russie/

Lire également Diana Johnstone : « Décadence de la protestation politique » (notamment sur le rôle d’Amensty International) http://www.mondialisation.ca/russie-le-declin-de-la-protestation-politique/

[7] NED : National Endowment for Democracy. Fondation conservatrice étatsunienne créée par Ronald Reagan en 1983, pour combattre le communisme, et qui finance aujourd’hui des centaines d’organisations « non gouvernementales » à travers l’ex-URSS, également très active en Amérique latine. De nombreux groupes d’opposition en Russie et en Ukraine sont redevables à la NED des emplois et des moyens matériels qu’ils peuvent mobiliser dans leurs « luttes démocratiques ».

[8] Site officiel du KPRF, 17 septembre, http://kprf.ru/dep/110213.html

[9] Voir à ce propos le site de l’Institut de l’Action Collective, Moscou, IKD, http://www.ikd.ru/

 [11] « Ezhednevnyi Journal », 17 septembre 2012,  http://www.ej.ru/?a=note&id=12236

[12] Boris Toumanov dans « La Libre Belgique »17 septembre 2012 http://www.lalibre.be/actu/international/article/761054/l-impossible-opposition-a-poutine.html

 

Les masques sont tombés… mais l’Occident n’est toujours pas décidé à renoncer à sa « Théorie du chaos constructif »  née dans les cerveaux de «  néoconservateurs » malades d’arrogance et de l’illusion qu’elle pourrait pérenniser sa suprématie et résoudre ses problèmes non seulement d’ordre matériel [énergétique et financier], mais aussi d’ordre politique, moral et spirituel. Et pourtant, cette fameuse théorie se heurte à une autre théorie, celle inéluctable du « retour de manivelle », comme nous sommes malheureusement  bien obligés de le constater partout où l’Occident a semé ce chaos soi-disant salvateur : Libye, Tunisie, Égypte… Drapés de leur souci prétendument humaniste et humanitaire nos dirigeants incapables d’inverser le cours des événements s’acharnent à nous démontrer le contraire.  Le déni de la réalité est désormais l’idée maîtresse pour nous endormir. L’association à des malfaiteurs, en l’occurrence les « terroristes takfiristes », est l’arme fatale censée faire le sale boulot pour ménager nos consciences et nos finances. Exactement comme cela se passe pour la Syrie… Mais, gardons espoir, car « la fin de l’espoir est le commencement de la mort » comme a dit un certain Général ! [NdT].

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Lorsque l’Occident s’est lancé dans son agression contre la Syrie, il ne s’attendait pas à se retrouver dans une impasse plus dangereuse que toutes celles dans lesquelles il a dû s’engager depuis que le monde est devenu unipolaire et que les USA ont décidé de le dominer. Ayant choisi la Syrie pour mener une guerre qui le sauverait et le vengerait d’un « Axe de la Résistance » [Iran, Irak, Syrie, Liban, Palestine] qui a été le seul à lui tenir tête depuis la fin de la guerre froide et à refuser de se plier  au diktat US, il ne s’attendait pas à ce que la résistance se poursuive et surtout pas à ce que la Syrie puisse en sortir victorieuse et annoncer un nouvel équilibre du monde.

L’Occident s’est imaginé qu’en traitant avec « ceux qui se réclament indûment de l’Islam », il pourrait mettre à mal la résistance et l’indépendance des vrais musulmans ; tandis que les USA les ont utilisés dans leur stratégie dite du « soft power » après avoir cherché à duper le monde musulman par le fameux discours du Caire [1] de leur Président fraichement élu et de racines africaine et musulmane. Discours qualifié d’historique, entrecoupé de références flatteuses, et destiné à gommer la méfiance installée depuis la croisade annoncée par Georges W. Bush et sa « Guerre contre le terrorisme » ! Terrorisme volontairement confondu avec l’Islam, exactement comme ils ont procédé en assimilant « l’Axe de la Résistance » libératoire au terrorisme destructeur ; la guerre contre la Syrie n’étant qu’une étape parmi d’autres.

Les USA ont donc utilisé les partis, organisations et pays qui se réclament de l’islam mais suivent des préceptes qui lui sont étrangers pour combattre le véritable Islam  qui résiste, croit en l’Homme, en sa liberté et ses droits, part du principe que les hommes sont  l’œuvre d’un même Créateur et frères par la foi, invite au respect et à la reconnaissance d’autrui, conseille le dialogue pour gérer les désaccords aussi importants soient-ils…  Telle est la religion qu’ils ont défiguré et marginalisé pour favoriser le «  takfirisme »  qui ne sait que détruire,  s’en prendre à la vie, aux biens et à l’honneur d’autrui, considérant  tous ceux qui ne partagent pas son idéologie comme des apostats à éliminer et donc à assassiner ! Ils ont recruté ces déviants parce qu’ils ont trouvé en eux ce qu’ils cherchaient : l’arme fatale pour combattre l’Islam résistant !

Usant et abusant de cette idéologie ennemie de l’humanité, étrangère à  l’Histoire et au Droit, les USA ont pensé pouvoir sortir victorieux d’une guerre universelle qui leur permettrait de disposer du monde. Et parce que le Moyen-Orient est la voie et le réservoir de l’énergie qui garantiraient leur perpétuelle hégémonie, ils ont envahi puis couvé les adeptes du takfirisme qui représentent à peine 2% des musulmans [les wahhabites ne dépassant pas les quarante millions sur un total d’environ un milliard et demi], mais qui leur ont permis de mettre la main sur une formidable richesse pétrolière ; richesse qui aurait dû profiter à l’ensemble des croyants censés se partager « l’eau, les pâturages et le feu »…  Mais l’Occident a fait en sorte que les wahhabites en soient les seuls propriétaires [2] et la bénédiction s’est transformée en malédiction, puisque ses revenus ne servent plus qu’à tuer des Arabes et des Musulmans et à détruire leurs biens.

C’est donc cette stratégie très « soft » que l’Occident a choisi pour attaquer les Musulmans par des musulmans et  les Arabes par des arabes pour tous les anéantir, et c’est dans cet esprit qu’il a mené sa guerre contre la Syrie en espérant atteindre ses objectifs dans la région. Il s’est servi des groupes wahhabites takfiristes riches et puissants pour mener sa transaction du siècle : « à nous occidentaux le pouvoir, à vous takfiristes l’autorité locale à condition que vous injectiez votre argent dans nos économies quitte à ce que nous vous reversions ce que le vassal peut attendre de son maître ! ». C’est ainsi que le bon peuple a été dupé et  que  certains régimes ont changé par les urnes, traduisant l’entente préalable entre les USA et les gouvernements occidentaux, d’une part ; les USA et les soi-disant musulmans, d’autre part.

Les mouvements takfiristes opérant sous diverses étiquettes, tout autant que les planificateurs US-Sionistes, ont cru  que la Syrie ne pourra pas tenir face à leurs intimidations, leur démagogie et leur terrorisme, et que l’Occident fera tout le nécessaire pour la démolir quel qu’en soit le prix… Mais au bout de dix-huit mois de terreurs, de destructions et de crimes commis contre son peuple, la Syrie n’est pas tombée… En revanche les agresseurs ont subi tellement de pertes que désormais leurs slogans prêtent à rire et que l’Occident, après avoir longuement hésité, commence à exprimer ses doutes, sa déception, son impuissance, voire sa faillite dont les signes avant coureurs sont les suivants :

1. La certitude qu’il est désormais impossible de renverser le gouvernement syrien dirigé par le président Bachar al-Assad, après avoir joué toutes ses cartes contre lui ; une certitude exprimée par l’ambassadeur de France au Liban, lors d’un symposium qui s’est tenu la semaine dernière à Beyrouth [le 11/9/2012], quand il a dit en substance : « Nous ne savons pas vers où se dirige la Syrie. Nous ne pouvons rien offrir sur le terrain car il nous est impossible d’établir des zones de sécurité, des couloirs humanitaires ou d’exclusion aérienne. Nous sommes persuadés qu’Al-Assad doit quitter le pouvoir, mais nous ne savons pas comment ! ». Une déclaration qui témoigne clairement de l’impuissance et de l’échec de l’Occident en la circonstance. Ensuite, ce fut au tour de la conseillère de la Maison Blanche d’exposer les différents scénarios possibles pour finir par dire que le plus probable était que le Président Al-Assad reste au pouvoir… parce qu’il en a les moyens ! Autre déclaration qui traduit certainement la déception des USA qui, après avoir abusivement décrété sa soi-disant illégitimité et l’imminence de sa chute, sont obligés d’admettre cette forte probabilité !

2. L’appel vigoureux du Pape Benoît XVI [3], la plus haute autorité spirituelle chrétienne catholique et l’autorité morale par excellence, à mettre fin aux violences, au trafic d’armes, et de travailler à une solution pacifique en Syrie par le dialogue sincère entre toutes les composantes de la société syrienne et sans ingérence extérieure. Un appel que le Pape n’aurait jamais prononcé s’il n’avait pris connaissance de l’exacte situation en Syrie et s’il ne pensait qu’il avait de fortes chances d’être entendu, notamment par la France et l’Union Européenne qui déclarent « s’interdire, aujourd’hui, d’armer l’opposition syrienne » [4] !

3. L’empressement du nouvel émissaire de l’ONU, Mr Lakhdar Brahimi, à se déclarer libre des pressions exercées par les « ourbanes » wahhabites et sa volonté d’ébruiter ce qu’il a fait savoir à la direction qatari et à Hamad Ben Jassem, son ministre des Affaires étrangères, quant au fait qu’ils devaient désormais rester à l’écart de sa mission censée mettre en place les bases d’une solution pacifique que lui et sa Ligue n’ont cessé de torpiller. S’ajoute à cela le sentiment que l’Occident a besoin de lui pour tenter de sauver la face. Sans oublier ses prises de position suite à sa rencontre avec le Président syrien qui lui a permis de lever ses doutes quant à la solidité de la gouvernance syrienne, et d’avertir indirectement ceux qui souhaiteraient entraver sa mission que les retombées de la crise ne se limiteraient pas aux frontières syriennes, laquelle crise « représente une menace pour le peuple syrien, pour la région et pour le monde » ; ce qui laisse à penser que Mr Brahimi ne sera pas un Mr Annan bis !

4. La remise en question des stratégies occidentales soutenant le terrorisme par nombre d’intervenants qui déclarent publiquement que la poursuite d’une telle politique menace leurs propres intérêts, en Europe et plus particulièrement aux USA [6]. Ainsi que les réactions aux extraits du film blasphématoire  [L’Innocence des musulmans, NdT] qui devraient pousser les USA à se départir de leur arrogance, à comprendre que le temps est venu de cesser de manipuler les peuples [7], et à prendre conscience que même les gouvernements nouvellement constitués suite à la transaction « pouvoir mondial contre autorité locale » ne sont pas nécessairement  leurs alliés ! Ce n’est donc pas sans arrière pensée qu’Obama a déclaré que l’Égypte n’était « ni un allié, ni un ennemi » !

Certains diront que, sur le terrain, la réalité ne traduit pas cette faillite étant donné la quantité faramineuse d’armes en perpétuelle livraison aux terroristes en provenance du Liban ou de la Libye via la Turquie… la dernière livraison portant sur 400 tonnes [8] ! … Mais ceci ne contredit en rien le succès de  l’Armée arabe syrienne qui par sa « stratégie d’encerclement avant nettoyage » a écrasé un grand nombre de ces terroristes et en a débarrassé les régions infestées l’une après l’autre…

Par conséquent, nous  disons que la Syrie est entrée dans une nouvelle étape que nous pouvons résumer comme suit :

1. Le camp des agresseurs se cherche une voix de sortie et même si certains continuent à vouloir atteindre leurs objectifs premiers par les menaces et le terrorisme, ils sont obligés de tenir compte du fait qu’ils allument un incendie qui risque de les brûler et de nuire aux intérêts des pays occidentaux.

2. Le dialogue national pour une solution pacifique est seul capable de restaurer la stabilité. Il doit être garanti par les forces régionales et internationales impliquées dans la crise, sans oublier que la Syrie après avoir résisté à l’agression  est capable d’une contre-offensive.

3. Les masques sont tombés : l’Occident ne peut plus tromper personne… l’idéologie takfiriste destructrice a révélé sa déviance et celle de ses adeptes !

Dr Amin Hoteit

17/09/2012

 

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=68849384520120917002710

Article traduit de l’arabe par Mouna  Alno-Nakhal  pour Mondialisation.ca

 

 

Références [NdT]

[1] Video : Discours de Barack Obama à l’attention des musulmans du monde depuis le Caire en Égypte

http://www.buzzmoica.fr/video/video-discours-obama-egypte-8018

[2] Arabie saoudite : Le Pacte de Quincy, une relation spéciale, mais de vassalité. [par René Naba]

http://www.mondialisation.ca/arabie-saoudite-le-pacte-de-quincy-une-relation-sp-ciale-mais-de-vassalit/

[3] L’appel de Benoît XVI pour la paix en Syrie [par Jean-Marie Guénois]

http://www.leral.net/L-appel-de-Benoit-XVI-pour-la-paix-en-Syrie_a55871.html

[4] Le Drian: pas de livraison d’armes à l’opposition syrienne

http://www.20minutes.fr/tv/afp-actus/45014-le-drian-pas-de-livraison-d-armes-a-l-opposition-syrienne

[5] Sur Brahimi et son approche du dossier syrien [par Louis Denghien]

http://www.infosyrie.fr/actualite/sur-brahimi-et-son-approche-du-dossier-syrien/

[6] Ron Paul : L’obsession des États-Unis pour la guerre (Iran,Syrie)

http://www.dailymotion.com/video/xsotjj_ron-paul-l-obsession-des-etats-unis-pour-la-guerre-iran-syrie_news

[7] La fonction du film islamophobe: provoquer une discorde entre chrétiens et musulmans [par Ghaleb Kandil]

http://www.neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=72243

Extrait :

« La volonté de provoquer des affrontements entre musulmans et chrétiens intervient après l’échec du plan visant à allumer une discorde entre les sunnites et les chiites, surtout que les développements en Syrie ne vont pas dans ce sens malgré tout ce qui est fait pour cela, de même qu’au Liban, où les feux de la fitna sont éteints à chaque fois que les fauteurs de troubles les allument.

La diffusion de ce film en ce timing vise aussi à faire échec à la visite du pape Benoit XVI au Liban, qui vise à promouvoir et à renforcer l’idée de la convivialité et du partenariat entre chrétiens et musulmans en Orient. Ce qui, évidemment, ne s’inscrit pas dans la logique des Etats religieux (juif et salafistes), pour lesquels plaident et militent Israël, les pétromonarchies du Golfe et leur mentor américain. »

[8] Syrian rebels squabble over weapons as biggest shipload arrives from Libya [par Sheera Frenkel]

http://www.thetimes.co.uk/tto/public/sitesearch.do?querystring=+Libyan+Weapons+&p=tto&pf=all&bl=on

A Libyan ship carrying the largest consignment of weapons for Syria since the uprising began has docked in Turkey and most of its cargo is making its way to rebels on the front lines, The Times has learnt. Among more than 400 tonnes of cargo the vessel was carrying were SAM-7 surface-to-air.

 

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

 

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Par une décision prise dans la précipitation et incroyablement hystérique, le 7 septembre dernier, le gouvernement canadien a suspendu tous ses liens diplomatiques avec l’Iran, fermé son ambassade à Téhéran et ordonné aux diplomates iraniens de quitter le sol canadien dans les 5 jours.

 

Le Ministre canadien des affaires étrangères John Baird a fait une déclaration incroyablement agressive, qualifiant l’Iran de « la menace la plus grave pour la paix et la sécurité dans le monde aujourd’hui. » Comme prétextes pour interrompre les relations diplomatiques avec l’Iran, il a cité des raisons telles que l’attaque en 2011 de l’ambassade britannique à Téhéran par des étudiants iraniens, le soutien de l’Iran au gouvernement du président syrien Bachar Al-Assad, et son prétendu échec à ce que l’on lui fasse confiance quant à son programme nucléaire.

Hormis la grave impolitesse de l’initiative du gouvernement canadien, la déclaration de M. Baird était une insulte absolue et incontestable pour le peuple de l’Iran, comme pour sa glorieuse civilisation et sa culture éprise de paix.

Il est tout à fait impossible de citer n’importe quel exemple d’une action agressive par l’Iran contre les autres nations tout au long du siècle passé. Durant l’ère contemporaine, l’Iran n’a jamais envahi ni attaqué un pays quel qu’il soit. Bien au contraire, il a été la victime de guerres injustes imposées par des puissances impériales. En 1941, les forces armées soviétiques, anglaises et du Commonwealth ont envahi l’Iran afin d’essayer de miner l’influence allemande croissante des Allemands et son contrôle sur de vastes réserves pétrolières. Près de quatre décennies plus tard, sous la pression des États-Unis et de ses alliés européens, le dictateur irakien Saddam Hussein a envahi l’Iran et a fait mourir plus de 500 000 Iraniens avec l’objectif final de tuer dans l’œuf la révolution iranienne. Bien que les deux guerres aient été des échecs, elles ont permis au peuple iranien de sentir le goût amer de l’assujettissement et des massacres. Alors que l’Iran est la victime des politiques de l’impérialisme et des activités bellicistes des superpuissances, c’est une mauvaise plaisanterie de prétendre que ce pays constitue la menace la plus grave pour la paix et la sécurité mondiales.

Mais avec la suspension unilatéralement prise par le gouvernement Canadien de suspendre tout lien diplomatiques entre Téhéran et Ottawa, personne n’en est maintenant plus heureux que les dirigeants israéliens. « J’apprécie énormément la position et la conviction manifestées par le Premier ministre Harper et le gouvernement du Canada, » a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans une entrevue avec la radio CBC. « Je pense que chacun en Israël apprécie sa position directe contre un régime qui brutalise son propre peuple, qui se rend complice du meurtre de dizaines de milliers de personnes en Syrie, qui nie l’Holocauste et réclame l’éradication de l’état d’Israël tout en poursuivant un programme illicite pour développer des armes nucléaires, » a-t-il ajouté.

Le Président israélien Shimon Peres – à qui a été attribué en 1994 le prix Nobel pour la Paix pour son rôle déterminant dans le massacre de Kafr Qasim en 1956 dans lequel ont été tués 6 femmes, 23 enfants âgées de 8 à 17 et un total de 49 personnes, et a exprimé sa reconnaissance à la fondation Nobel en participant directement au massacre de Qana au Liban en 1996 – ne pouvait pas non plus cacher son bonheur après l’initiative canadienne : « Le Canada a prouvé une fois de plus que la morale précède le pragmatisme. Le Canada a démontré que la politique doit refléter des principes et des valeurs, » a dit Peres dans une déclaration. « Je remercie mon collègue Gouverneur général David Johnston, le Premier ministre Stephen Harper et toute la nation du Canada d’avoir pris une position basée sur la morale la plus élevée, et j’espère que d’autres nations verront le Canada comme un modèle sur le plan moral, » a poursuivit Peres.

Les dirigeants iraniens ont qualifiée la décision du gouvernement canadien de décision prise sous la pression du lobby israélien, stigmatisant son attitude servile face aux sionistes qui veulent détourner l’attention internationale des atrocités qu’ils commettent dans les territoires palestiniens sous occupation.

« Le gouvernement actuel du Canada sous la direction de M. Stephen Harper est connu pour ses prises de position extrêmes dans le domaine de la politique étrangère, » a déclaré Ramin Mehmanparast, Porte-parole du Ministère iranien des affaires étrangères. « Le comportement hostile de l’actuel gouvernement raciste du Canada suit en réalité les politiques dictées par les sionistes et les Britanniques. » Et bien évidemment, le porte-parole iranien a raison. Le lobby israélien au Canada est extrêmement influent et puissant et les dirigeants canadiens sont si serviles et obéissants vis-à-vis du régime israélien que l’on considère à certains moments le Canada comme un État satellite d’Israël.

Peut-être les relations profondément enracinées et inextricables entre Israël et le Canada sont-elles le mieux décrites par Yves Engler dans son livre révélateur paru en 2010 : « le Canada et Israël : construire l’Apartheid. » Cet ouvrage bien rédigé et bien documenté dépeint comment le gouvernement canadien a aidé à la formation de l’état israélien en 1948 et de quels énormes appuis le Canada a fait bénéficier Israël au cours des 64 dernières années.

Il y a plusieurs organisations israéliennes et juives qui opèrent au Canada et dont l’objectif ultime est de protéger les intérêts d’Israël dans les décisions prises par le gouvernement canadien, particulièrement en ce qui concerne les questions de politique étrangère. Un de ces organismes est le Comité Canada-Israël, financé par le Conseil Canadien pour Israël et la Jewish Advocacy (CIJA), le fer de lance du United Israel Appeal Canada (UIAC). Ce groupe a été dissous en 2011, mais ses responsabilités ont été endossées par son organisation mère, le CIJA. Selon le site internet Jewish Federations of Canada, 4 millions de dollars sont annuellement assignés aux organisations pro-israéliennes au Canada. Cependant, Peyton V. Lyon, Professeur émérite en Sciences Politiques à l’Université de Carleton, a révélé que le budget du Comité Canada-Israël, avant sa dissolution, était d’environ 11 millions de dollars.

La Jewish Federations of Canada chapeaute plusieurs organisations auxiliaires qui s’activent pour faire la promotion des idées pro-israéliennes dans la société canadienne, renforcer les liens diplomatiques, économiques et culturels entre le Canada et Israël et renforcer la communauté juive au Canada, particulièrement en finançant journaux, télévisions et stations de radio dans le pays. Ces organismes qui bénéficient de fonds importants incluent le Canada Israel Experience (CIE), le Regional Jewish Communities of Ontario (RJCO), le Bequest and Endowment Fund et le Canadian Jewish Congress (CJC).

Selon Zalman Amit, Professeur de psychologie et émerite à l’Université de Concordia à Montréal, les communautés juives canadiennes envoient quelques 75 millions de dollars en Israël annuellement.

Il est facile de démontrer combien la politique au Moyen-Orient du Canada est fortement influencée par le lobby pro-israélien. « Qui décide de la politique du Canada au Moyen-Orient ? Un classement sur l’influence en politique, fait par un groupe d’officiels du Ministère des affaires étrangères, a placé la communauté juive canadienne en tête avec la note de 5,85, comparée à 5,40 pour respectivement le cabinet du Premier Ministre et le Département des Affaires Extérieures. La communauté arabe canadienne arrive à 1,80, soit au seizième rang sur les 18 notes attribuées, » explique le Prof. Peyton V. Lyon que j’ai cité plus haut dans l’article.

Et les officiels canadiens n’ont été jamais gênés d’afficher leur appui sans conditions à Israël. Lors du soixante-et-unième anniversaire de la création d’Israël, le Premier ministre Canadien Stephen Harper a déclaré : « Nous nous comptons parmi les associés les plus proches d’Israël. Depuis sa fondation en 1948, le Canada a soutenu Israël et son droit de vivre dans la paix et la sécurité avec ses voisins. Nous donnons une grande valeur à ces relations et escomptons bien que l’amitié et la collaboration se poursuivent. »

Ce qui semble clair, c’est qu’Israël est extrêmement satisfait que le Canada ait suspendu ses liens diplomatiques avec l’Iran. Il situe cette initiative dans le cadre d’un plan plus large visant à ’isoler l’Iran au niveau international, et il est difficile de douter qu’Israël ait été impliqué dans la décision que le gouvernement canadien a prise sans crier gare. Pourtant ces tentatives d’isoler l’Iran ont d’ors et déjà échoué. Le 31 août, 120 pays du monde du Mouvement des Non-alignés réunis dans Téhéran ont mis leur poids derrière le programme nucléaire iranien et ont exprimé leur opposition aux sanctions unilatérales des États-Unis et de leurs alliés européens contre l’Iran. L’Iran n’est pas un pays qui peut être si facilement isolé.

 

Kourosh Ziabari

Le 13 septembre, 2012.

 

Texte original en anglais (13.09.2012) : http://www.silviacattori.net/article3680.html

Traduit de l’anglais pour Info-Palestine.net par Claude Zurbach 

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=12663 

 

Kourosh Ziabari est un jeune journaliste indépendant vivant en Iran. Il a publié book “7+1″ qui est une collection de ses interviews de 7 auteurs iraniens contemporains. Ziabari contribue au site http://www.Opednews.com. Il est aussi correspondant en Iran de OhMyNews international.

Blog en persan : http://kouroshz.blogfa.com

Blog en anglais : http://cyberfaith.blogspot.com

 

 

 

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Cet article est une lettre d’un collectif de 131 professeurs et chargés de cours de plusieurs universités québécoises.  Cette lettre a été publiée dans le Devoir dans la page Idées le 19 septembre 2012. Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés ont également réclamé une enquête publique sur la conduite des policiers durant le conflit étudiant.  Plus de 11 0000 personnes ont signé la pétition de la Ligue des droits et libertés.

 

En tant que professeurs et chargés de cours de diverses disciplines et de plusieurs universités du Québec, nous avons accompagné par solidarité le mouvement étudiant québécois dans la plus importante et plus longue grève de son histoire. Nous avons donc été témoins de la plus grande vague de répression policière de l’histoire du Québec contemporain, marquée par 3387 arrestations du 16 février au 3 septembre 2012 (ce bilan est sans doute partiel : voir le site du Collectif opposé à la brutalité policière).

Plusieurs de ces arrestations ont été effectuées lors d’encerclements de masse, pratique pour laquelle le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait été critiqué par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies en novembre 2005, qui avait même demandé la tenue d’une commission d’enquête qui n’a jamais vu le jour. Souvent, ces arrestations s’effectuaient de manière brutale, les conditions de détention étaient pénibles et il n’était pas permis de communiquer avec un avocat ou des proches.

C’est sans compter les nombreuses blessures graves, soit deux yeux perdus, des dents éclatées, des fractures du crâne, des jambes et des bras cassés. Les médias et les vidéos diffusées dans le cyberespace ont aussi révélé que les forces policières semblaient animées d’un profond mépris pour les étudiants, lequel s’exprimait par des insultes, y compris des propos sexistes et homophobes.

Depuis le sommet du G20 à Toronto

La répression policière vécue lors du sommet du G20 à Toronto s’était soldée par environ 1200 arrestations. Dans 96 % des cas, les personnes ont été déclarées innocentes ou les accusations ont été abandonnées (il y a donc eu plus de 1000 arrestations pour rien), ce qui n’a pas suffi à effacer le traumatisme politique et psychologique. Plusieurs organismes ont pris très au sérieux cette répression, d’où les nombreux rapports à ce sujet, dont ceux du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes, de l’ombudsman de l’Ontario et du Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police, un organisme civil qui peut enquêter sur la police et qui n’a toujours pas d’équivalent au Québec, où c’est la police qui enquête sur la police, sans oublier les associations de défense des libertés fondamentales.

Ce travail de documentation, important dans un État de droit, a eu plusieurs conséquences : la police de Toronto a elle-même admis que les arrestations de masse posent divers problèmes, et qu’elle n’y aurait plus recours ; qu’il importait que les policiers soient mieux informés au sujet des droits fondamentaux d’expression et d’assemblée, mais aussi en ce qui a trait aux contrôles d’identité, aux fouilles et aux arrestations « préventives ».

À la suite de ce processus, les victimes peuvent espérer obtenir justice et réparation pour les torts qu’elles ont subis de la part des forces policières. D’ailleurs, des accusations ont pu être portées contre des policiers.

Beaucoup de questions, peu de réponses

Au sujet de la répression policière contre le mouvement étudiant québécois, plusieurs questions appellent des réponses. Comment expliquer que les interventions policières semblaient arbitraires, à la fois quant à l’intervention elle-même (intervenir ou non), au moment de l’intervention (avant, pendant ou après une manifestation), à la manière d’intervenir (plus ou moins brutalement), au type d’intervention (charge de dispersion, encerclement de masse ou arrestations ciblées), aux armes utilisées et aux justifications légales évoquées (tel ou tel règlement, et donc telles ou telles contravention et accusation) ?

Comment expliquer que des manifestations tout à fait paisibles, de l’aveu même des policiers, aient fait l’objet d’arrestations de masse par encerclement (à Gatineau, à Montréal, à Québec) ? Comment expliquer que des dizaines de citoyens (y compris des journalistes du Devoir) aient été interpellés et détenus en plein air pendant de longues heures en marge du Grand Prix de F1 de Montréal, simplement pour avoir arboré un carré rouge en tissu, et sans qu’aucune accusation ne soit portée ?

Comment expliquer qu’il y ait eu des accusations portées en vertu de la Loi antiterroriste pour de simples fumigènes dans le métro de Montréal, mais pas dans le cas de l’attentat à l’arme automatique qui a causé un mort, lors du discours de victoire électorale de la première ministre Pauline Marois ?

D’autres questions appellent des réponses. Les corps policiers ont-ils reçu des directives politiques du bureau du premier ministre du Québec, du ministère de la Sécurité publique ou des autorités municipales (Gatineau, Montréal, Québec) ? Quels corps policiers avaient des agents dépisteurs infiltrés dans le mouvement étudiant en général, et dans les manifestations en particulier ? Quel était leur mandat ? Y a-t-il eu des agents « provocateurs » ? Les chefs de police et les porte-parole de la police avaient-ils le droit d’inciter publiquement les étudiants à ne pas participer à certaines manifestations (comme celle qui dénonçait la brutalité policière et le « profilage politique », le 15 mars à Montréal) ? La police a-t-elle le droit de déclarer « Ne tolérons pas les manifestants dans les rues », comme l’a fait la police à Gatineau, par voie de communiqué, sur Twitter ? Y a-t-il certains policiers qui souhaiteraient exprimer des critiques à l’égard de leurs dirigeants, de leurs collègues ou des politiciens, mais qui n’osent le faire publiquement de peur de représailles ?

Besoin d’une commission d’enquête publique

Le gouvernement libéral a agi de manière inacceptable au sujet de cette répression policière. Plutôt que d’appeler les policiers au calme et à la retenue, plusieurs membres du Conseil des ministres, y compris le premier ministre Jean Charest, ont dénoncé de manière unilatérale la « violence » et l’« intimidation » des étudiants, tout en félicitant les policiers pour l’excellence de leur travail, même après des interventions ayant entraîné des blessures très graves.

Au printemps, deux organismes ont demandé de manière indépendante la tenue d’une commission d’enquête publique pour faire la lumière sur la répression et la brutalité policières lors de la grève étudiante, soit Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés. Cette dernière a même lancé une pétition à ce sujet, qui a recueilli 11 000 signatures. Le gouvernement libéral n’a pas réagi.

À la fin du mois de mai, deux rapporteurs spéciaux de l’ONU ont critiqué les nouvelles restrictions légales au droit de manifestation (loi 12 et règlement municipal antimasque) et la répression policière qui visait le mouvement étudiant. La ministre libérale des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a répondu que l’ONU devrait plutôt s’intéresser aux crises plus importantes dans d’autres pays. Dérobade diplomatique identique le 19 juin, en réaction à la critique exprimée à l’endroit du Québec par la haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies.

Or ce n’est pas parce que la répression est plus brutale dans d’autres pays qu’il ne faut pas porter attention à celle qui cible la jeunesse d’ici. C’est pour cette raison que nous appelons à la mise sur pied – le plus rapidement possible – d’une commission d’enquête publique et indépendante sur l’ensemble des opérations policières lors de la grève étudiante de 2012.

Francis Dupuis-Déri: Professeur de science politique à l’UQAM
Ont cosigné ce texte:

Omar Aktouf, Valérie Amiraux, Samuel Archibald, Rémi Bachand, Pierre Beaucage, Dominic Beaulieu-Prévost, Anouk Bélanger, Paul Bélanger, Karine Bellerive, Céline Bellot, Émilie Biland-Curinier,Sirma Bilge, Isabelle Boisclair, Luc Bonenfant, Jean-Pierre Boyer, Denise Brassard, Louise Briand, Dominique Caouette, Line Chamberland, Daniel Chapdelaine, Olivier Clain, Anne Élaine Cliche, Patrick Cloos, Thomas Collombat, Denyse Côté, Isabel Côté, Johanne Daigle, Dominique Damant, Martine D’Amours, Anne-Marie D’Aoust, Sylvain David, Martine Delvaux, Danielle Desmarais, Robert Dion, Chantal Doré, André C. Drainville, Pascale Dufour, Bernard Duhaime, Michelle Duval, Paul Eid, Judith Émery-Bruneau, Marc-André Ethier, Carolina Ferrer, Jean-François Filion, Laurence Léa Fontaine, Patrick Forget, Frédéric Fournier, Martin Gallié, Frédérick Gagnon, Elsa Galerand, Dominique Garand, Louis Gaudreau, Sonia Gauthier, Audrey Gonin, Caroline Goulet, Isabelle Gusse, Jean-François Hamel, Christophe Hohlweg, Sylvie Jochems, David Koussens, Marie Lacroix, Michel Lacroix, Céline Lafontaine, Jean-Marie Lafortune, Geneviève Lafrance, Ève Lamoureux, Stéphanie Lanthier, René Lapierre, Martine-Emmanuelle Lapointe, Michel Laporte, Karim Larose, Julie Lavigne, Estelle Lebel, Georges LeBel, Pierre Lebuis, Guylaine Le Dorze, Sylvain Lemay, Lucie Lemonde, Georges Leroux, Charmain Levy, Alexis Lussier, Isabelle Mahy, Finn Makela, David Mandel, Richard Marcoux, Louis Martin, Yves Martin, Maria Nengeh Mensah, Anik Meunier, Isabelle Miron, Dan O’Meara, Christian Nadeau, Michèle Nevert, Yanick Noiseux, Eve Paquette, Martin Petitclerc, Marie-Laurence Poirel, Maryse Potvin, Geneviève Rail, Monique Régimbald-Zeiber, fÉlias Rizkallah, Annie Rochette, Stéphanie Rousseau, Vincent Romani, Paul Sabourin, Sylvano Santini, Lori Saint-Martin, Michel Seymour, Nancy Thede, Magali Uhl, Michèle Vatz Laaroussi, Michèle Venet, Johanne Villeneuve, Christine York, Isabelle Baez, Mélissa Blais, Marie-Hélène Brunet, Linda Denis, Mario Dion, Mireille Elchacar, Louise Gavard, Alain Gerbier,Elisabeth Greissler, Nathalie Miglioli, Robert Pellan, Geneviève Pinard-Prévost, Sandrine Ricci, Jacinthe Rivard, André Thibault, Chantale Tremblay, Nadine Vincent.

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Retour sur Ground Zero

septembre 18th, 2012 by Pepe Escobar

NEW YORK – dans le redoutable film de David Cronenberg Cosmopolis (France/Canada, 2012), tiré du roman homonyme de Don DeLillo, le jeune milliardaire Eric Packer (joué par Robert Pattinson) traverse lentement New York dans sa limousine blanche, confortablement installé sur un trône confortable en cuir incrusté d’écrans.

Il ne ressent… rien ; pour l’essentiel, il aspire le monde dans sa propre inertie. A l’extérieur de son cabinet silencieux en mouvement, c’est le chaos total, avec des activistes qui aspergent de rats des restaurants huppés sous la tension de la menace d’une apocalypse imminente.

C’est le monde qui se métamorphose en ultra capitalisme dématérialisé, ou qui est avalé par lui ; un monde en état de crise, déterminé par la violence, et avec la violence comme seul horizon possible. Ainsi qu’une marchande d’art libidineuse (jouée par Juliette Binoche) le dit à Packer : « C’est le cyber-capital qui crée le futur ».

Une promenade au milieu de la nuit à Ground Zero offre un contexte supplémentaire à Cosmopolis. C’est là où notre modernité post-apocalyptique a commencé, il y a 11 ans – et où le cyber-capital continue toujours de créer au moins une partie du futur. Ainsi que Cosmopolis le montre, le turbo-capitalisme n’est pas seulement en crise ; le turbo-capitalisme, pour faire court, EST la crise.

Au coeur de la nuit, Ground Zero reste un site étrange. Il y a le mémorial. Il y a la nouvelle tour de verre non terminée. Et, tout au long du récit, subsistent les trous de la dimension de Ground Zero.

Cette semaine, 11 ans après le 11/9, on ne parle en ville (en crise) que du « héro » des Navy SEAL, échangeant son anonymat contre la poignée légendaire de dollars et disant les choses comme elles sont – « les choses » étant la suppression de « Geronimo », alias Oussama ben Laden, le présumé cerveau du 11/9, l’ensemble du spectacle emballé comme un célébration de « déférez-le devant la justice ». [1]

Pourtant, la suppression de « Geronimo » n’a pas clos l’affaire ; elle n’a réussit qu’à balancer un lot de vérités embarrassantes au fond de la Mer Arabique. Il y a plus de trois ans, l’indispensable Sibel Edmons certifiait comment Oussama était « un de nos salopards » directement lié au 11/9. [2] Et Richard Behan livrait un peu plus tôt une déconstruction succincte de la route vers le 11/9, exposant une fois encore l’idée fausse sur la « guerre contre la terreur ». [3]

Lorsque j’avais interviewé le Lion du Panshir, Ahmed Shah Massoud, fin août 2001 – seulement deux semaines avant son assassinat, le 9 septembre, le feu vert pour le 11/9 – il était convaincu que les Etats-Unis n’envahiraient pas l’Afghanistan pour attraper « Geronimo ». [4]

Ce que Massoud ne savait pas, alors, était ce qui s’était passé le 2 août à Islamabad, lorsque la négociatrice du Département d’Etat US, Christine Rocca, avait répété, sans équivoque, pour la dernière fois à l’ambassadeur Taliban auprès du Pakistan, Abdul Salam Zaïf : « Soi vous acceptez notre offre d’un tapis d’or, soi nous vous enterrons sous un tapis de bombes ». L’offre concernait le « Pipelineistan » – un tapis d’or pour les Taliban en échange des droits de transit pour la construction par UNOCAL du pipeline TAP (Turkménistan/Afghanistan/Pakistan).

Déjà, avant même l’offre finale de Rocca, l’administration de George W. Bush – à la réunion du G8 à Gênes, en Italie, en juillet – avait déjà secrètement informé les Européens, plus le Pakistan et l’Inde, que Washington commencerait à bombarder l’Afghanistan à partir d’octobre. C’était plusieurs semaines avant que le « Pearl Harbor », très cher aux néo-cons[ervateurs], ne soit envoyé par la Providence sous la forme du 11/9.

Le trucage des combattants de la liberté

Onze ans plus tard, les sténographes légendaires de l’Empire encouragent désormais avec enthousiasme … al-Qaïda (qu’y a-t-il de nouveau ?). L’administration de Barack Obama – mettant en suspens la terminologie sur la « guerre contre la terreur » et orwellinisant ses méthodes – a travaillé côte à côte avec le Groupe des combattants libyens lié à al-Qaïda pour renverser Moummar Kadhafi en Libye ; et, côte à côte avec la Maison des Saoud, il soutient un chapelet de djihadistes salafistes de la variété al-qaïdesque pour renverser le régime de Bachar el-Assad en Syrie.[5]

Nous nous souvenons tous du moudjahidin pris en photo aux côtés de Ronald Reagan ; ils étaient chéris en tant que « combattants de la liberté ». Le retour de bâton était inévitable en Afghanistan – comme ce sera le cas en Libye et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Syrie et au Moyen-Orient.

En attendant, il y a cette myriade de questions qui restent sans réponses. Parmi elles :
* Pourquoi « Geronimo » n’a-t-il jamais été officiellement accusé par le FBI de porter la responsabilité du 11/9 ?
* Comment les 19 musulmans présumés acteurs de cette attaque ont-ils été identifiés en moins de 72 heures – sans même une enquête sur la scène du crime ?
* Qui a empoché les huit boîtes noires indestructibles de ces quatre vols du 11/9 ?
* Quelle fut la facilité pour désactiver tous ces systèmes de défense élaborés du Pentagone ?
* Pourquoi la Garde Nationale aérienne de Washington était-elle aux abonnés absents ?
* Comment se fait-il qu’un nombre incroyable d’architectes et d’ingénieurs réputés soient catégoriques sur le fait que le récit officiel n’explique tout simplement pas le plus gros effondrement de structure de toute l’Histoire (les Tours Jumelles), de même que l’effondrement de la tour n°7 du WTC qui n’a même pas été touchée par un avion ?
* Pourquoi le Maire de New York, Rudolf Guliani, a-t-il immédiatement autorisé le transport par voie maritime des décombres du WTC vers la Chine et l’Inde pour y être recyclés ?
* Pourquoi des débris métalliques ont-ils été retrouvés à pas moins de 13 km du site de crash de l’avion qui est tombé en Pennsylvanie – laissant supposer que cet avion a pu être abattu sous les ordres de Dick Cheney ?
* Qui, au sein des services secrets pakistanais (ISI), a transféré 100.000 dollars à Mohammed Atta en été 2001 – sous les ordres du chef de l’ISI, le Général Ahmad en personne, comme insistent les services secrets indiens ?
* Etait-ce réellement l’agent de l’ISI, Omar Cheikh, le spécialiste en technologie de l’information d’Oussama ben Laden, qui a organisé plus tard la mise à mort du journaliste Daniel Pearl à Karachi ?
* Les services secrets pakistanais étaient-ils directement impliqués dans le 11/9 ?
* Et, « Geronimo » a-t-il été admis à l’hôpital américain de Dubaï le 4 juillet 2001, après s’être envolé de Quetta, au Pakistan, où il serait resté pour un traitement jusqu’au 11 juillet ?

Nous ne le saurons jamais. Et « Geronimo » ne parlera pas. Ce que nous savons est que le cyber-capital crée le futur ; la « guerre contre la terreur » était – est – un bobard monumental ; et les élites à Washington se fichent pas mal de cette bande « d’enturbannés » ; c’est l’Empire du Milieu qui les remplit d’effroi.

 

Article original en anglais : “Ground Zero redux”

Traduction : JFG-QuestionsCritiques

 

 

Notes :
_________________
[1] Voir la video de CBSNews.
[2] VoirDaily Kos.
[3] Voir “Masterpiece of Propaganda”.
[4] Voir Masoud: From warrior to statesman, Asia Times Online, 12 septembre 2001.
[5] Voir Syria’s eerie parallel to 1980s Afghanistan, par David Ignatius, Washington Post, 6 septembre 2012.

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Sans l’exprimer explicitement, le pape Benoît XVI a prononcé dans ses multiples discours au Liban un réquisitoire contre les politiques occidentales, du moins contre leurs résultats, dénonçant le fondamentalisme, et appelant à l’arrêt des livraisons d’armes en Syrie, contrairement aux souhaits des pétromonarchies du Golfe et de la Turquie qui arment les groupes rebelles.

 

Le souverain pontife a lancé un vibrant appel à la modération, à la convivialité entre musulmans et chrétiens, à un moment où les politiques occidentales favorisent le développement de l’extrémisme musulmans, comme cela est apparu dans les pays dudit printemps arabe, en Syrie et au Liban. « Le fondamentalisme est toujours une falsification de la religion. La tâche de l’Église et des religions est de se purifier. Cette tâche doit rendre clair que chaque homme est une image de Dieu que nous devons respecter dans l’autre », a dit le pape aux journalistes qui l’accompagnaient dans son avion entre Rome et Beyrouth. Pour Benoît XVI, « le message fondamental de la religion doit être contre la violence, qui est une falsification, tout comme le fondamentalisme ».

Pour le souverain pontife, « l’importation d’armes doit cesser une fois pour toutes. Car sans importation d’armes, la guerre ne pourrait continuer » en Syrie. « Au lieu d’importer des armes, ce qui est un péché grave, il conviendrait d’importer des idées de paix, de créativité, d’amour du prochain. Il faut demander aux hommes politiques de s’engager réellement avec toute leur force avec créativité, pour la paix, contre la violence », a-t-il ajouté.

Au lendemain de ces propos, le président syrien Bachar al-Assad a appelé à un dialogue inter-syrien lors d’une rencontre avec l’émissaire international Lakhdar Brahimi. « Le véritable problème en Syrie c’est de combiner l’aspect politique et le travail sur le terrain. Le travail sur l’aspect politique se poursuit, notamment par un appel à un dialogue centré sur les aspirations du peuple syrien », a dit le président Assad.

Au deuxième jour de sa visite au Liban, le souverain pontife s’est rendu au palais présidentiel de Baabda, où, lors d’un discours, le troisième depuis son arrivée à Beyrouth, il a exhorté les peuples du Moyen-Orient à « dire non à la vengeance » et à bannir « la violence verbale et physique », en les appelant à accepter « la société plurielle ».

Le souverain pontife s’adressait à plus de 750 personnalités des mondes politique, religieux, de la culture libanais, dont les dirigeants des communautés musulmanes. « Il s’agit de dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d’accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner. Car seul le pardon donné et reçu pose les fondements durables de la réconciliation et de la paix », a souligné le pape. « Alors seulement peut croître la bonne entente entre les cultures et les religions, la considération sans condescendance », a poursuivi le chef de l’Eglise catholique. « Au Liban, la chrétienté et l’islam habitent le même espace depuis des siècles. Il n’est pas rare de voir dans la même famille les deux religions. Si dans une même famille cela est possible, pourquoi cela ne le serait-il pas au niveau de l’ensemble de la société ? », a-t-il demandé.

« La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange séculaire de composantes diverses », a encore plaidé le pape, reprenant l’idée de la diversité au centre de l’Exhortation apostolique qu’il a signée vendredi. Dans ce contexte, « professer et vivre librement sa religion sans mettre en danger sa vie et sa liberté doit être possible à quiconque ».

« Les différences culturelles, sociales, religieuses doivent aboutir à vivre un nouveau type de fraternité (…) Une société plurielle n’existe qu’à cause du respect réciproque (…) et du dialogue continu. Ce dialogue n’est possible que dans la conscience qu’il existe des valeurs communes à toutes les grandes cultures ».

Selon le pape, la paix trouve ses sources aussi dans les lois de la société. Elle n’est pas favorisée quand « la valeur inaliénable de la vie » est « remise en cause de façon directe ou indirecte, ou même légale », a-t-il dit dans une critique aux pays occidentaux qui promulguent des lois contre les conceptions religieuses de la vie et de la famille.

Cette deuxième journée de la visite pontificale est particulièrement chargée pour le souverain pontife. Après le palais présidentiel, le pape est parti vers la montagne du Kesrouan à Bzommar, au patriarcat arménien catholique. Il y a déjeuné avec tous les patriarches et évêques du Liban.

Souriant et ému à son arrivée à Beyrouth vendredi à la mi-journée, Benoit XVI a affirmé venir au Liban « comme un pèlerin de paix ». « Au-delà de votre pays, je viens aussi symboliquement dans tous les pays du Moyen-Orient (…) et comme un ami de tous les habitants de tous les pays de la région, quelle que soit leur appartenance ».

Dans un des moments forts de cette visite, le pape a signé en soirée l’Exhortation apostolique -ensemble de directives aux évêques d’Orient- à la basilique Saint-Paul de Harissa, au nord de Beyrouth. Ce document insiste notamment sur la présence ancestrale des chrétiens comme « partie intégrante » du Moyen-Orient, une « laïcité saine », le refus de la violence et d’un « Moyen-Orient monochrome ». Autant de principes qui sont à l’opposé du Moyen-Orient qui est en train de se mettre en place, caractérisé par une montée de l’extrémisme et l’exclusion de l’autre.

Devant les évêques de toutes les confessions catholiques, le pape a exprimé sa solidarité avec les quelque 15 millions de chrétiens qui vivent dans les 17 pays du Proche et Moyen-Orient, berceau du christianisme. « Chers chrétiens du Moyen-Orient, je vous invite tous à ne pas avoir peur, à demeurer dans la vérité et à cultiver la pureté de la foi ».

Le souverain pontife a lancé un appel « pressant » aux responsables religieux juifs, chrétiens et musulmans de la région, afin qu’ils éradiquent la « menace » du fondamentalisme qui touche « mortellement les croyants de toutes les religions ».

Le pape Benoît XVI a demandé samedi à des dizaines de milliers de jeunes chrétiens libanais réunis à Bkerké de résister au « miel amer » de l’émigration et de présenter un exemple de coexistence avec les musulmans pour tout le Moyen-Orient.

« Même le chômage et la précarité ne doivent pas vous inciter à goûter le miel amer de l’émigration, avec le déracinement et la séparation pour un avenir incertain. Il s’agit pour vous d’être des acteurs de l’avenir de votre pays, et de remplir votre rôle dans la société et dans l’Église », a lancé le pape qui s’exprimait devant le patriarcat maronite de Bkerké.

Pierre Khalaf

New Orient News (Liban), Rédacteur en chef 

Tendances de l’Orient No 100, 17 septembre 2012.

 

Pierre Khalaf est chercheur au Centre d’Études Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

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L’art de la guerre: Alcoa s’en va en F-35

septembre 18th, 2012 by Manlio Dinucci

Il en est passé du temps depuis que les ouvriers avaient en face d’eux le maître de forge. Et pourtant ils l’ignorent, les hommes politiques et les syndicalistes qui ne traitent l’affaire Alcoa[1] que comme un conflit du travail, taisant l’identité réelle de la contrepartie. Qu’est-ce que l’Aluminium Company of America ?

Née en 1888 à Pittsburgh, elle est aujourd’hui leader mondial dans l’extraction et la raffinerie de la bauxite et dans la fabrication de l’aluminium et produits dérivés. Les Etats-Unis ont pourtant peu de bauxite, dont les gisements se concentrent en Amérique du Sud, Afrique, Russie, Chine, Sud-est asiatique et Australie. Alcoa a ainsi toujours cherché à s’accaparer la matière première, partout et de toutes les façons. Son histoire est de ce fait intriquée à celle de l’impérialisme étasunien. Ce n’est pas un hasard si, après le coup d’état orchestré par la Cia en Indonésie en 1965, avec le massacre de plus d’un million de personnes, ce fut Alcoa qui obtint du dictateur Suharto la plus grosse tranche de la bauxite indonésienne. Ce fut encore Alcoa qui, après le coup d’état organisé par la Cia au Chili en 1973, de nouveau obtint par Pinochet le contrôle de la bauxite nationalisée par Allende. Et ce n’est pas non plus un hasard si le président du Paraguay, l’ancien évêque Fernando Lugo, qui voulait nationaliser les mines de bauxite d’Alcoa, a été destitué en juin dernier par un coup d’état blanc organisé par la Cia. Le pouvoir d’Alcoa, qui possède plus de 200 sites dans 31 pays sur tous les continents, va bien au-delà de l’activité industrielle. Comme il ressort de Wikileaks, il y a derrière Alcoa les plus fortes oligarchies financières étasuniennes, de Citicorp à Goldman Sachs (dont Monti a été consultant international). Il y a le complexe militaro-industriel : Alcoa Defense, dont le chiffre d’affaires est en forte hausse, fabrique des alliages spéciaux d’aluminium pour missiles, drones, blindés, navires et avions de guerre. Pour les chasseurs F-35 il produit des éléments structurels de première importance (dans les ailes et le fuselage, d’un seul tenant, NdT). C’est dans ce cadre de pouvoirs forts qu’a mûri la décision stratégique d’Alcoa, due à des raisons non seulement économiques mais politico-militaires : celle de réaliser en Arabie Saoudite le plus grand et le plus économique site intégré pour la production d’aluminium. Dans ce maxi site, qui entrera en fonction l’an prochain avec une énergie et une main d’œuvre à bas prix, formée en grande partie par des immigrés, sera aussi transférée la production Alcoa de Portovesme et peut-être de Fusina.

 

Ainsi se conclut l’opération lancée et perfectionnée par les gouvernements Dini, Prodi et D’Alema[2]. En 1996 l’Italie céda à Alcoa le groupe Alumix, à participation publique, base de l’industrie nationale de l’aluminium : en outre elle fournît par l’intermédiaire de l’Enel de l’énergie électrique à des prix fortement réduits. Cette facilité, concédée aussi par des remboursements des gouvernements successifs (Amato, Prodi et Berlusconi), a été payée par les utilisateurs italiens avec un alourdissement des factures pour des milliards d’euros, qui ont fini dans les caisses d’Alcoa. Le citron étant pressé, Alcoa s’en va. Laissant derrière elle non seulement des travailleurs sur le carreau, mais des dégâts environnementaux et sanitaires provoqués par des émissions chimiques et des déchets industriels, qui requièrent d’autres débours d’argent public.

Mais tout n’est quand même pas perdu : l’aluminium Alcoa reviendra en Italie. A l’intérieur des F-35, qui nous coûteront d’autres milliards d’euros.

 

 

Edition de mardi 18 septembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120918/manip2pg/14/manip2pz/328822/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 



[1] Alcoa a annoncé la fermeture du site de Portovesme, en Sardaigne, qui provoquerait plus de 1.000 licenciements.

[2] Les gouvernements cités sont tous de centre-gauche, exceptés ceux de Berlusconi, de centre-droit.

 

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La tactique du blasphème

septembre 17th, 2012 by Thierry Meyssan

La diffusion d’un extrait du film d’insultes anti-islam « L’Innocence des musulmans » a soulevé une vague de colère dans le monde arabe. Pour Thierry Meyssan, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît car cette diffusion a d’abord été faite en arabe sur YouTube et sur la chaîne salafiste égyptienne Al Nasr. Le film n’est pas destiné au public états-unien, ni même au public musulman, mais au seul public arabe. Sa diffusion a été effectuée par ceux-là même qui ont appelé à son interdiction. Qui se cache derrière cette provocation ?

 

La diffusion sur Internet d’extraits du filmL’Innocence des musulmans a suscité des manifestations de colère dans le monde, dont une qui a dégénéré à Benghazi. L’ambassadeur US en Libye et des membres de son escorte ont été tués.

Au premier abord, l’affaire se situe dans une longue lignée qui va des Versets sataniques de Salman Rushdié aux autodafés du Coran par le pasteur Terry Jones. Toutefois cette nouvelle attaque se distingue des autres en ce que le film n’est pas destiné au public occidental, mais a uniquement été conçu comme un instrument de provocation à l’adresse des musulmans.

En termes politiques, cette affaire peut être analysée de deux manières selon qu’on l’observe au plan tactique comme une manipulation anti-US ou au plan stratégique comme une attaque psychologique anti-musulmane.

Le film est présenté comme produit par un groupe sioniste composé de juifs ayant la double nationalité israélo-US et d’un copte égyptien. Il était prêt depuis plusieurs mois et a été utilisé le moment voulu pour provoquer des émeutes dirigées contre les États-Unis. Des agents israéliens ont été déployés dans plusieurs grandes villes avec mission d’orienter la colère de la foule contre des cibles US ou coptes (jamais israéliennes). Sans surprise, l’effet maximum a été atteint à Benghazi.

La population de Benghazi est connue pour abriter des groupes particulièrement réactionnaires et racistes. On se souvient que lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, des salafistes avaient attaqué le consulat du Danemark. En application de la Convention de Vienne, le gouvernement libyen de Mouammar el-Khadafi avait dû faire usage de la troupe pour protéger la représentation diplomatique. La répression de l’émeute avait fait de nombreuses victimes. Par la suite, les Occidentaux qui voulaient renverser le régime libyen avaient financé des publications salafistes accusant le colonel Khadafi d’avoir protégé le consulat du Danemark parce qu’il aurait été lui-même le commanditaire des caricatures. Le 15 février 2011, les salafistes avaient organisé à Benghazi une manifestation commémorative de la tuerie au cours de laquelle une fusillade éclata, marquant le début de l’insurrection de la Cyrénaïque et ouvrant la voie à l’intervention de l’OTAN. La police libyenne arrêta trois membres des forces spéciales italiennes qui avouèrent avoir tiré depuis les toits à la fois sur les manifestants et sur les policiers pour créer la confusion. Retenus prisonniers durant toute la guerre, ils furent libérés lors de la prise de la capitale par l’OTAN et furent exfiltrés vers Malte sur un petit bateau de pêche sur lequel je me trouvais avec eux.

Cette fois, la manipulation de la foule de Benghazi par les agents israéliens avait pour but d’assassiner l’ambassadeur US ; un acte de guerre sans précédent depuis le bombardement de l’USS Liberty par la marine israélienne, en 1967. Par ailleurs, c’est le premier assassinat, depuis 1979, d’un ambassadeur US dans l’exercice de ses fonctions. Et celui-ci est d’autant plus grave que dans un pays où le gouvernement est une pure fiction juridique, l’ambassadeur US n’est pas un simple diplomate, mais fait office de gouverneur, de chef d’Étatde facto.

Au cours des dernières semaines, les plus hauts responsables militaires états-uniens sont entrés en conflit ouvert avec le gouvernement israélien. Ils ont multiplié les déclarations attestant leur volonté d’interrompre le cycle de guerres débuté dans le 11-Septembre (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie), alors que les accords officieux de 2001 en prévoient encore d’autres (Soudan, Somalie, Iran). Un premier coup de semonce s’était matérialisé avec l’attaque au missile de l’avion du chef d’état-major inter armes US, le général Dempsey. Le deuxième avertissement est plus brutal.

Par ailleurs, si l’on envisage cette affaire en termes de psychologie sociale, elle apparaît comme une attaque frontale contre les croyances des musulmans. En cela, elle n’est pas différente de l’épisode des Pussy Riot violant la liberté de culte jusque dans la cathédrale orthodoxe du Saint-Sauveur et les nombreuses performances de pornographie conceptuelle qui précédèrent. Ces différentes opérations visent à désacraliser des sociétés qui résistent au projet de domination globale.

Dans les sociétés démocratiques et multiculturelles, le sacré ne s’exprime plus que dans la sphère privée. Cependant, un nouvel espace sacré collectif est en cours de formation. Les États ouest-européens se sont dotés de lois mémorielles qui ont transformé un événement historique, la destruction des juifs d’Europe par les nazis, en un fait religieux (la « Shoah » selon la terminologie juive, ou « l’Holocauste » selon le vocabulaire évangélique). Ce crime est alors élevé au rang d’événement unique au mépris des victimes d’autres massacres, y compris au mépris des autres victimes du nazisme. La mise en cause du dogme, c’est-à-dire de l’interprétation théologique du fait historique, est passible de sanctions pénales comme l’était jadis le blasphème. Identiquement, en 2001, les USA, les États membres de l’Union européenne, et nombre de leurs alliés ont imposé par décret à toute leur population une minute de silence en mémoire des victimes des attentats du 11-Septembre. Cette initiative s’accompagnait d’une interprétation idéologique des causes du massacre. Dans les deux cas, avoir été tué parce que juif ou parce que États-unien donne un statut particulier aux victimes devant lequel le reste de l’humanité est invité à s’incliner.

Lors des derniers Jeux Olympiques à Londres, les délégations israélienne et états-unienne ont tenté d’étendre cet espace sacré en imposant une minute de silence durant la cérémonie d’ouverture, l’événement télévisuel le plus regardé dans le monde. Il se serait agit de célébrer la mémoire des victimes de la prise d’otage des Jeux de Munich. En définitive la proposition a été écartée, le Comité olympique se contentant d’une discrète cérémonie distincte. Quoi qu’il en soit, l’enjeu est de créer une liturgie collective qui légitime l’empire global.

Ainsi, L’Innocence des musulmans est à la fois un moyen de pression pour rappeler à l’ordre Washington, tenté de s’éloigner du projet de domination sioniste, et un moyen de poursuivre ce projet en blessant dans leurs croyances ceux qui lui résistent.

 

Thierry Meyssan

 

Thierry MeyssanIntellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Professeur de Relations internationales au Centre d’études stratégiques de Damas. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

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Le 2 septembre 2012
L’immoralité de la décision d’envahir l’Irak, prise par les États-Unis et la Grande-Bretagne en 2003, reposait sur le mensonge que l’Irak possédait des armes de destruction massive. Cette décision a déstabilisé et polarisé le monde dans une plus large mesure que tout autre conflit dans l’histoire.

 

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Attentat à la voiture piégée en Irak. Ce pays continue à payer lourdement le prix de l’invasion occidentale de 2003

Au lieu d’admettre le fait que le monde où nous vivions, avec des communications, des transports et des systèmes d’armes de plus en plus sophistiqués, nécessitaient un leadership lui aussi sophistiqué qui aurait pour tâche de réunir la famille mondiale, ceux qui étaient alors les dirigeants des États-Unis et du Royaume-Uni ont fabriqué de toutes pièces les raisons de se comporter comme des brutes sur un terrain de jeu et de nous diviser encore plus. Ils nous ont conduits au bord du précipice devant lequel maintenant nous sommes – avec le spectre d’une guerre contre la Syrie et l’Iran devant nous.

Si les dirigeants ont le droit de mentir, alors qui doit dire la vérité ? Les jours avant que George W. Bush et Tony Blair aient ordonné l’invasion de l’Irak, j’ai appelé la Maison Blanche et j’ai parlé à Condoleezza Rice, qui était alors conseillère à la sécurité nationale, afin d’insister pour que les inspecteurs en désarmement des Nations Unies disposent de plus de temps pour confirmer ou infirmer l’existence d’armes de destruction massive en Irak. S’ils étaient en mesure de confirmer l’existence de telles armes, ai-je soutenu, alors le démantèlement de la menace aurait l’appui de pratiquement tout le monde. Mme Rice hésita, disant qu’il y avait trop de risques et que le président ne pouvait pas différer sa décision plus longtemps.

Sur quelles bases pouvons-nous décider que Robert Mugabe devrait aller à la Cour pénale internationale, que Tony Blair devait faire partie du circuit des conférenciers internationaux, que Ben Laden devait être assassiné, que l’Irak devait être envahi, non pas parce qu’il possède des armes de destruction massive, ainsi que le principal soutien de Bush, M. Blair, l’a avoué la semaine dernière, mais dans le but de se débarrasser de Saddam Hussein ?

Le coût de la décision de débarrasser l’Irak de ses dirigeants despotiques et criminels a été épouvantable, à commencer pour l’Irak lui-même. L’an dernier, une moyenne de 6,5 personnes y sont mortes chaque jour dans des attentats suicides et des véhicules piégés, selon le Body Count project irakien. Plus de 110 000 Irakiens ont été tués dans le conflit depuis 2003 et des millions ont été déplacées. À la fin de l’année dernière, près de 4 500 soldats américains ont été tués et plus de 32 000 blessés.

Sur ces seuls motifs, dans un monde cohérent, les responsables de cette souffrance et de la perte de tant de vies humaines devraient suivre le même chemin que certains de leurs pairs africains et asiatiques qui ont été amenés à répondre de leurs actes à La Haye.

Mais des coûts encore plus élevés ont été payés, au-delà des champs de bataille, dans les cœurs et les esprits endurcis des membres de la famille humaine à travers le monde.

Est-ce que la possibilité d’attaques terroristes a diminué ? Dans quelle mesure avons-nous réussi à amener les mondes appelés musulmans et judéo-chrétiens à se rapprocher, en semant les graines de la compréhension et de l’espoir ?

La direction des affaires du monde et la moralité sont indivisibles. Les bons dirigeants sont les gardiens de la morale. La question n’est pas de savoir si Saddam Hussein était bon ou mauvais, ou combien de ses compatriotes il avait tué. Le fait est que M. Bush et M. Blair ne devaient pas s’autoriser à s’abaisser à son niveau d’immoralité.

S’il est acceptable que des dirigeants prennent des mesures drastiques sur la base d’un mensonge, sans aveu ni excuses quand ils sont découverts, que devons-nous enseigner à nos enfants ?

Mon appel à M. Blair n’est pas de parler de leadership, mais d’en donner la preuve. Vous êtes un membre de notre famille, la famille de Dieu. Vous étiez fait pour la bonté, l’honnêteté, la moralité, l’amour, comme le sont nos frères et sœurs en Irak, aux États-Unis, en Syrie, en Israël et en Iran.

Je n’ai pas jugé approprié d’avoir cette discussion à la conférence Discovery Invest Leadership Summit à Johannesburg la semaine dernière. Alors que la date approchait, j’ai éprouvé un malaise de plus en plus profond à l’idée d’assister à un sommet sur le leadership en compagnie de M. Blair. Je présente mes sincères et humbles excuses aux organisateurs de la conférence, aux intervenants et aux délégués pour avoir pris si tard ma décision de ne pas y assister.

 

 

Article original en anglais :
Traduction: Naguib pour Info-Palestine
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Desmond Tutu

Desmond Tutu est ancien archevêque du Cap, Président de la Commission sud-africaine Vérité et Réconciliation, et lauréat du prix Nobel de la paix. Site internet : http://www.tutu.org

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Le plus grand mythe de la politique américaine?

septembre 17th, 2012 by Jonathan Cook

Oublions l’Iran et pensons à l’arme nucléaire israélienne braquée sur la tempe d’Obama. “L’amitié indéfectible” entre Israël et les États-Unis : le plus grand mythe de la politique américaine ?

 Il s’agit peut-être du plus grand des mythes politiques américains sur lequel chaque candidat à la présidence insiste à nous en donner la nausée pendant les campagnes électorales. Le président Barak Obama a affirmé que les États-Unis entretenaient une lien privilégié avec Israël, différent de celui qu’ils avaient avec n’importe quel autre pays. Il a qualifié cette amitié “d’indéfectible”, éternelle” et “unique”, “ancrée dans un intérêt commun et de profondes valeurs communes”.

Son rival, Mitt Romney, a été plus loin encore en disant qu’il “n’y a pas la moindre différence entre nous et notre allié Israël”. Un récent slogan électoral de Romney, suite à sa visite de l’été en Israël, exaltait cette “relation profonde et précieuse”.

Mais, bien que ces déclarations semblent être l’expression d’un consensus apparent à Washington, la réalité est que cette précieuse amitié n’est qu’un conte de fée. Il a été véhiculé par les politiciens pour masquer les soupçons -et les nombreuses trahisons et tromperies- qui ont marqué cette relation depuis la création d’Israël.

Les politiciens préfèrent sans doute exprimer leur éternel amour pour Israël et lui donner des milliards de dollars d’aide annuelle, mais les instances étasuniennes chargées de la sécurité ont -du moins en privé- toujours considéré Israël comme un partenaire dont il fallait se méfier.

Cette méfiance a été particulièrement difficile à cacher en ce qui concerne l’Iran. Israël a exercé une pression constante sur Washington apparemment dans l’espoir de le forcer à soutenir une attaque conjointe contre Téhéran pour mettre fin à ce qu’Israël considère comme une tentative iranienne de construire une bombe atomique sous couvert d’un programme d’énergie civile.

Les médias se sont intéressés à l’animosité personnelle qui règne entre Obama et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais en réalité, ce sont les officiels étasuniens dans leur ensemble qui sont en profond désaccord avec Israël sur cette question.

Le conflit a éclaté au grand jour ce mois-ci avec l’annonce que le Pentagone avait réduit sa participation à l’exercice militaire conjoint avec Israël du mois prochain, intitulé Austère Challenge, qui avait été présenté comme le plus important et le plus significatif de l’histoire des deux pays.

Le but des manœuvres était de tester la capacité de réaction du bouclier israélien anti-missiles en cas de représailles iraniennes – c’est sans doute surtout cette crainte qui retient Israël d’attaquer l’Iran tout seul. Le principal moyen de pression du Pentagone sur Israël est son radar en bande X installé en Israël mais dont le fonctionnement est assuré seulement par des Étasuniens, qui préviendrait aussitôt Israël de toute attaque de missiles iraniens.

Un officiel militaire israélien de haut rang a résumé pour le Time magazine le message que la décision du Pentagone avait envoyé : “Au fond, ce que les Américains nous disent, c’est : ’Nous ne vous faisons pas confiance’”.

Mais le différend entre ces deux “indéfectibles alliés” ne se limite pas à l’Iran. L’antipathie est la norme depuis des dizaines d’années. Pendant l’été, des officiels en activité et des anciens de la CIA ont reconnu que l’establishment sécuritaire étasunien avait toujours considéré Israël comme leur plus grande menace en matière de contre-espionnage au Moyen-Orient.

L’espion le plus infâme qui a travaillé pour Israël était Jonathan Pollard, un officier des services secrets de la marine, qui a remis des milliers de documents classifiés à Israël dans les années 1980. Les sollicitations répétées d’Israël pour sa libération ont engendré des frictions constantes avec le Pentagone et pas seulement parce que les officiels de la Défense ne croient pas aux promesses d’Israël de ne plus employer d’espions sur le sol étasunien.

Deux autres espions au moins ont été identifiés dans les dernières années. En 2008, un ancien ingénieur de l’armée étasunienne, Ben-Ami Kadish, a reconnu avoir laissé des agents israéliens photographier des documents secrets sur des jets de combat étasuniens et des armes nucléaires dans les années 1980. Et en 2006, Lawrence Franklin, un officiel de la Défense étasunienne a été condamné pour avoir remis des documents classifiés sur l’Iran à Israël.

En fait, Washington a pris en compte ces trahisons depuis le début de la relation. Dans les premières années de la création d’Israël, une base étasunienne de Chypre surveillait les activités d’Israël ; aujourd’hui les communications israéliennes sont interceptées par une équipe qui parle l’Hébreu stationnée à Fort Meade dans le Maryland.

Des documents d’archives publiés ce mois-ci par l’armée de l’air israélienne révèlent aussi qu’Israël a sans doute identifié des appareils mystérieux survolant son territoire à basse altitude dans les années 1950 comme des avions d’espionnage américains U-2.

Une autre preuve de la prudence permanente des États-Unis, c’est qu’Israël ne fait pas partie des pays avec lesquels Washington partage les informations sensibles. Les membres de ce groupe de “Cinq paires d’yeux”, l’Angleterre, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande, ont promis de ne pas s’espionner les uns les autres -un engagement qu’Israël aurait violé régulièrement s’il avait été accepté comme membre.

De fait, Israël a même volé l’identité de citoyens de ces pays pour des opérations du Mossad. Et tout le monde sait qu’Israël a fabriqué des faux passeports pour faire entrer illégalement des agents israéliens à Dubaï en 2010 pour assassiner le leader du Hamas, Mahmoud Al Mabhouh.

Israël est loin d’être un allié sûr dans la “guerre contre le terrorisme” des États-Unis. Un ancien officiel des services secrets a dit à Associated Press en juillet dernier qu’Israël occupait une moins bonne place que la Libye dans la liste des pays qui aident à lutter contre le terrorisme établie par l’administration Bush après le 11 septembre.

Alors pourquoi autant parler de lien spécial si la relation est en fait caractérisée par une profonde méfiance ?

Une partie de la réponse se trouve dans les formidables tactiques d’intimidation du lobby pro-israélien de Washington. L’année dernière, Thomas Friedman, le journaliste du New York Times, a exprimé ce que pensent de plus en plus de gens, en écrivant que Congrès étasunien était effectivement “acheté et financé” par les lobbys israéliens.

Leur pouvoir s’est manifesté de façon évidente la semaine dernière quand la convention nationale du parti démocrate a adopté un amendement qui disait que Jérusalem était la capitale d’Israël en violation du droit international et des souhaits exprimés par les délégués.

Mais il y a un autre motif dont on ne parle pas beaucoup. Francis Perrin qui dirigeait l’Agence Atomique Française dans les années 1950 et 1960, à l’époque où la France aidait Israël à développer l’arme nucléaire contre la volonté des États-Unis, a dit un jour que la bombe israélienne était en réalité “dirigée contre les Américains”.

Pas parce que Israël voulait attaquer les États-Unis, mais parce qu’il savait que, quand il serait en possession de l’unique arsenal atomique du Moyen Orient, les États-Unis n’oseraient plus se mettre en travers de sa route même si ses décisions politiques allaient à l’encontre des intérêts étasuniens.

C’est pour cette raison surtout qu’Israël est déterminé à empêcher tout rival -et donc bien sûr l’Iran- de développer un armement atomique qui mettrait fin à son monopole.

Jonathan Cook

 

Article original en anglais:

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Forget Iran, it’s Israel’s Nuclear Gun Pointed at Obama’s Head: The Myth of the US-Israel Special BondBy Jonathan Cook, publié le 10 septembre 2012

Traduction: Dominique Muselet, Info-Palestine

 

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Jonathan Cook a remporté le prix spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont “Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East” (Pluto Press) et “Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair” (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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Les films, la musique et les émissions de télévision créés par d’énormes cartels médiatiques monopolistes comme Disney, Sony, Warner Brothers, Fox, Paramount, ainsi que les compagnies de logiciels comme Electronic Arts, Microsoft, Autodesk et bien d’autres, appartiennent à un consortium d’intérêts finanço-industriels qui mène la croisade sur la “propriété intellectuelle” et bon nombre de ses créations impopulaires, incluant le SOPA, ACTA (NdT: LOPSI, HADOPI  en France) ainsi qu’une campagne de mise en accusation d’une floppée de grand-mères et de lycéens pour simplement partager une information labellisée “propriété” par ces mega-industries.

Image: Le racket de la “propriété intellectuelle”. Personne ne possède des “idées” ou une “information”, on ne possède que les moyens de les divulguer, de les enregistrer ou de les visionner. Le paradigme que ces intérêts industrio-financiers tente de créer et de perpétuer est un paradigme qui place inévitablement tout sous la coupe de “domaine intellectuel”, parce qu’il n’y a qu’eux qui ont l’argent et le pouvoir suffisants pour pouvoir les enregistrer et les défendre. Dans ce processus, ils ralentissent tout progrès technologique et social en défendant leurs modèles de commerce archaïques et obsolètes.

Ce qu’ils représentent en réalité est l’anti-thèse du vrai commerce et du progrès, ce sont des réactionnaires technologiques, qui étouffent toute avance qui menace leurs modèles archaïques et obsolètes et l’énorme influence injuste et imméritée qu’ils ont accumulée depuis des décennies.

L’existence même de films, de musique, de logiciels libres “open source” et de publications indépendants, prouve que la connaissance, le spectacle et tout ce qu’il y a entre les deux non seulement peut survivre au delà de ces paradigmes essoufflés de “droits d’auteurs”, mais qu’en fait ils peuvent s’épanouir.

Un nouveau paradigme de donner crédit quand crédit est dû, mais de garder l’information et le média qui la contient en accès libre pour tous, est en train d’émerger. Prendre un CD physique à une autre personne est priver cette personne d’un objet concret, c’est donc en l’état actuel des choses, un vol. En revanche, copier digitalement l’information contenue sur ce CD avec le consentement du propriétaire du CD, n’est pas un vol.

La technologie a rendu possible de copier l’information sans priver les individus d’objets tangibles de valeur et parce que la culture de partager ne coûte rien à ceux impliqués, et plus l’information est partagée et plus il est facile pour ceux qui recherchent cette information de la trouver, ceci s’est généralisé de manière compréhensible à tous les médias digitalement encodés. Les producteurs de logiciels, de livres, de films, de musique doivent tous faire face au changement d’une industrie de simplement créer un média et vendre le médium qui le contient.

Il y a toujours de l’argent à faire avec les spectacles dans les théâtres et avec les productions physiques que d’aucun trouve de valeur suffisante pour payer. Mais, même dans cet aspect, les outils pour créer des films, de la musique, des logiciels et des livres deviennent de plus en plus bon marché et accessibles à un plus grand nombre de gens qui partageraient bien plus volontiers leur travail au sein d’une culture du partage.

Ce que ces intérêts industrio-financiers protègent donc, n’est pas leurs “droits” ou eux-mêmes à l’encontre de “vol”, mais leur monopole sur un système archaïque qui, s’il n’est plus protégé, s’effondrera et disparaîtra. Comme si un consortium de bibliothèques et de libraires mondial s’unifiait pour mettre hors-la-loi l’internet et les sites internet comme Wikipedia; la réaction de la mega-industrie des médias est une réaction profondément absurde, entretenue exclusivement par la richesse immense que son monopole lui a donné au fil des décennies et qui existe toujours parce qu’un grand nombre de personnes à travers le monde continue de regarder, d’écouter, de lire et malheureusement, de croire tout ce qu’ils disent et écrivent.

Ci-dessous figure une liste des cartels médiatiques et des industries qui constituent leurs membres et qui sont responsables de cette croisade absurde en faveur de la “propriété intellectuelle”. Chacune de ces industrie produit des choses dont nous sommes tous parfaitement capables de nous passer et comme c’est le cas avec bien d’autres monopoles industrio-financiers, dont il serait mieux que nous nous passions en première instance.

Recording Industry Association of America (RIAA) Members

National Music Publishers Association (NMPA) Board Members

Motion Picture Association of America (MPAA) Members

Independent Film & Television Alliance (IFTA) Member Directory

Entertainment Software Association (ESA) Members

Business Software Alliance (BSA) Members

Pour chaque film, chanson, ou logiciel produit par cette collection de parasites monopolistes industriels, il y a un produit équivalent ou bien supérieur en qualité qui est open source ou en accès libre, créations communes, ou de domaines publics alternatifs. Il y a une myriade d’information, ouverte. libre et gratuite ainsi que de possibilités d’amusement en ligne créés par des amateurs mais aussi par une frange grandissante de professionnels. Il y a également une très grande (et grandissante) sélection de logiciels open source qui sont à la disposition de tout à chacun.

Nous avons la société que nous achetons. Si nous continuons à payer des financiers industriels issus du Fortune 500 qui continuent à concentrer richesse et pouvoir dans le moins de mains possible et continuent à les utiliser pour créer et guider un agenda qui ne sert que des intérêts spéciaux aux dépends de la très vaste majorité, nous n’avons que nous même à blâmer. Boycotter ces industries leur enlève une vaste richesse dont elles ont besoin pour continuer leur immense lobbying et payer leurs ressources législatives. De plus, en boycottant ces mega-industries, nous avons l’argent à dépenser localement, pour les artistes locaux, qui eux ont de l’argent à dépenser localement ; pour ces artistes locaux qui se démènent pour créer des spectacles de scène ou de créer des choses tangibles que nous pouvons tous apprécier.

Que des êtres humains de nos jours passent des mois, voire des années en prison pour “violation de droits d’auteurs et/ou de reproduction” alors que des assassins de masse se promènent librement et en toute impunité sur le sol américain (NdT; Cartalucci fait ici référence aux politiciens, politiciennes, hommes et femmes d’état… ainsi que les criminels dictateurs hébergés par les états-unis pour “services rendus”), dénonce ces immenses injustices générées par ce même système, rendant encore plus urgent le fait que celui-ci doit être aboli et remplacé de toute urgence.

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 


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