Quelque temps avant l’investiture démocrate, John F. Kennedy, conscient de l’importance que pourrait avoir le vote des Noirs dans une course serrée, se présente à une assemblée du NAACP. À sa surprise, Jackie Robinson, le premier noir à évoluer dans le baseball majeur – d’abord avec les Royaux de Montréal, puis les Dodgers de Brooklyn – refuse de se faire photographier à ses côtés. Robinson, comme la grande majorité des Noirs, est républicain; il est fidèle au Parti d’Abraham Lincoln, le président qui a mis fin à l’esclavage.

« Nous sommes dans le trouble avec les Noirs », déclare Robert Kennedy, qui est chef de campagne de son frère John, lorsqu’il apprend la réaction de Robinson. Désireux de trouver une explication à la réaction de Robinson, John Kennedy se rend chez le chanteur Harry Belafonte, un personnage important dans la communauté noire. Belafonte lui explique que Kennedy est un inconnu pour les Noirs et qu’il n’est pas réputé avoir manifesté un quelconque intérêt pour la cause des droits civiques. Cependant, Belafonte n’exprime aucune sympathie pour Nixon, à cause de son rôle lors de la chasse aux sorcières du McCarthysme qui s’est traduite pour les Noirs par l’emprisonnement de leur leader W.E.B. Dubois, l’exil du chanteur Paul Robeson et la mise au ban d’artistes comme Belafonte lui-même.

Belafonte s’engage à appuyer Kennedy contre Nixon et il lui recommande par-dessus tout d’établir une relation étroite avec Martin Luther King. À Kennedy qui lui demande pourquoi King est si important, Belafonte répond que le vote des Noirs n’est plus fonction de la popularité de quelques vedettes du sport ou du monde du spectacle parce que la cause des droits civiques est devenue une cause sacrée. « Oubliez Jackie Robinson, oubliez moi, déclare Belafonte. Si vous pouvez endosser la cause de King, être conseillé par lui, alors vous aurez une alliance qui fera la différence. » Immédiatement après le départ de Kennedy, Belafonte contacte King et lui recommande de faire tous les efforts nécessaires pour prendre contact avec Kennedy.

Kennedy est cependant pris dans un dilemme. Une des principales bases électorales du Parti Démocrate est le sud ségrégationniste – précisément l’establishment auquel s’attaque King – et son colistier Lyndon B. Johnson vient du sud. Comment alors rallier le vote des Noirs sans s’aliéner les vote des Blancs du sud?

Une première rencontre entre Kennedy et King se tient discrètement le 23 juin dans l’appartement du père de Kennedy à New York. Au sortir de la rencontre, Kennedy déclare à ses proches conseillers qu’il a l’impression d’avoir accompli des progrès pour l’obtention de l’appui de King. Le pasteur déclare, lui, qu’il manque à Kennedy une compréhension profonde de la cause des droits civiques. Cependant, quelque jours plus tard, lors d’une rencontre avec un groupe de diplomates africains, Kennedy déclare qu’il « est dans la tradition américaine de se tenir debout pour la défense de ses droits, même si aujourd’hui la nouvelle façon de se tenir debout est de s’asseoir lors d’un sit-in dans un restaurant ».

Avant de rencontrer Kennedy, King avait eu l’occasion de s’entretenir avec Richard Nixon. Il l’a trouvé enthousiaste et pragmatique, ce qui signife, selon King, qu’il appuierait la cause des droits civiques si cela ne lui nuisait pas politiquement. Plus tard, dans une lettre, King son appréciation de Nixon : « Je dirais que Nixon est un génie pour convaincre de sa sincérité. Lorsque vous êtes en sa présence, il vous désarme avec son apparente sincérité… Et j’en conclu que si Nixon n’est pas sincère, il est l’homme le plus dangereux d’Amérique. »

Ayant évalué les deux hommes, King croit qu’il n’y a pas de différence significative entre les deux quant aux droits civiques et il est alors enclin à demeurer neutre lors de l’élection. Cependant, son père – lui aussi un pasteur baptiste – et le leadership de l’importante Église baptiste a pris position pour Nixon. Ils avaient été éduqués dans un esprit de loyauté envers le Parti de Lincoln et le fait que Kennedy soit catholique était un facteur supplémentaire de non-adhésion au Parti Démocrate.

Le 19 octobre, Martin Luther King et un groupe de 80 militants pour les droits civiques réclament d’être servi dans huit restaurants d’Atlanta en Georgie. King et 35 étudiants sont incarcérés. Les principaux conseillers de Kennedy ne veulent pas qu’il s’immisce dans cette affaire, de crainte de perdre des appuis auprès des Blancs du sud. Mais un conseiller de Kennedy plus sensible à la question des droits civiques, Sargent Shriver, le convainc – à l’insu de ses autres conseillers – de téléphoner à Coretta King, l’épouse du leader noir, qui est enceinte, pour la rassurer. La conversation ne dure que deux minutes, mais elle aura un effet extraordinaire.

Quand Robert Kennedy apprend que des journalistes sont sur l’affaire, il est en furie contre Sargent Shriver qu’il promet de tenir « responsable de l’échec de toute la campagne ». Mais le New York Times ne rapporte l’appel de Kennedy à Coretta King qu’en page 22, tout en soulignant le refus de Nixon de commenter l’emprisonnement de King. Ce sera suffisant.

Après huit jours de prison, King est libéré et la rumeur court que c’est à la suite d’un appel téléphonique de Robert Kennedy au juge Mitchell. Ce que ce dernier confirme à des proches en déclarant qu’il n’allait pas laisser un « ‘‘ lynch-law judge’’ ruiner la campagne de mon frère et couvrir le pays de ridicule aux yeux du monde entier ».

Dans l’équipe de Kennedy, on prend conscience du changement d’attitude phénoménal en train de se produire au sein de l’électorat noir. Sargent Shriver et ses conseillers jugent qu’ils peuvent tirer profit de la situation, considérant qu’ils ont maintenant implicitement l’aval de Robert Kennedy. Leur défi : comment rallier le vote des Noirs sans s’aliéner le vote des Blancs? Ils décident d’imprimer un dépliant qui sera distribué dans les églises de la communauté noire le dimanche précédant l’élection. Le texte ne sera publié nulle part ailleurs, même pas dans les journaux de la communauté afro-américaine pour ne pas attirer l’attention des médias blancs.

Le dépliant – qu’on surnomme la Bombe bleue – porte le titre suivant : « Un Nixon ‘‘sans commentaire’’ versus un candidat avec un cœur, le sénateur Kennedy », une référence à l’article du New York Times. Il reprend une déclaration publique de Martin Luther King dans laquelle il affirme avoir « une dette à l’égard du sénateur Kennedy, qui a joué un grand rôle pour rendre ma libération possible ».

King lui-même émet également une autre déclaration dans laquelle il explique qu’il ne peut appuyer un candidat parce que « son rôle dans l’ordre social qui émerge au sud et dans toute l’Amérique exige qu’il demeure non partisan ». Mais il ajoute que « ne voulant pas être considéré comme un ingrat, je veux dire très clairement que je suis très reconnaissant au sénateur Kennedy pour sa préoccupation véritable qu’il a exprimé lors de mon arrestation. »

Financée par des fonds secrets, acheminée aux quatre coins de l’Amérique, la « Bombe bleue » sera distribuée à deux millions d’exemplaires dans les églises de la communauté noire. Elle aura un effet considérable qui se traduira le lendemain, jour de l’élection. John F. Kennedy remporte la victoire avec une mince avance de deux dixièmes de un pour cent. Un changement de seulement 5 000 votes en Illinois et 28 000 au Texas aurait permis l’élection de Nixon.

Selon l’historien Taylor Branch, tous les analystes ont leur théorie sur ce qui a été le facteur décisif de cette élection. Mais les plus sérieux se sont rapidement rendus compte que l’élément le plus important de la victoire de Kennedy était sa marge de 40% chez l’électorat noir. En 1956, les Noirs avaient voté en faveur des Républicains dans une proportion 60%-40%. En 1960, ils ont voté pour les Démocrates dans une proportion de 70%-30%.

Ce changement de 30% dans le vote des Noirs est supérieur aux majorités obtenues par Kennedy dans nombre d’États clefs comme le Michigan, le New Jersey, la Pennsylvanie, l’Illinois et les Carolines. Clairement, Kennedy doit son élection au vote de la communauté noire.

Mais le président Kennedy est rapidement troublé par l’attention porté à l’affaire King et à son impact sur son élection. Craignant d’être perçu comme redevable aux électeurs noirs pour sa victoire – ce qui, selon lui, minerait sa capacité à gouverner un pays divisé – Kennedy réajuste le tir quelques jours à peine après son élection en déclarant que son administration n’envisage pas de nouvelles législations en faveur des droits civiques. King n’est pas invité aux cérémonies entourant l’inauguration du président Kennedy.

Pierre Dubuc

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Le dossier Ukraine

novembre 25th, 2013 by Pierre Van Grunderbeek

Les titres des médias européens sont suffisamment éloquents. Ils ne peuvent cacher leur déconvenue en voyant l’Ukraine ajourner son adhésion au Partenariat oriental.

Voici quelques titres qu’on peut lire aujourd’hui sur Internet : l’Union européenne cocufiée par l’Ukraine : le camouflet de Kiev : l’Ukraine tourne le dos à l’Union européenne : l’énigme ukrainienne.

Une fois de plus, les rédactions n’ont rien vu venir alors que ce revirement était prévisible. Pour qui connaît l’Ukraine, cette décision n’est pas une surprise.

Champs de blé en Ukraine.

Nous pourrions faire une comparaison avec une fille qui serait courtisée par deux hommes et qui ne peut choisir entre son cœur et sa raison. L’un lui propose un PACS avec une perspective de mariage à très long terme tandis que l’autre présente directement un contrat de sécurité et un mariage avantageux.

Un peu d’Histoire.

Jusqu’au IXe siècle, les plaines d’Ukraine centrale étaient peuplées de tribus slaves dont on ne sait pas grand chose sinon qu’elles n’étaient pas unies.

Au sud de l’Ukraine actuelle, le long des rives de la mer Noire, vivaient les Kazhars (la treizième tribu d’Israël ?), les Magyars et divers autres peuples comme les Petchénègues qui entretenaient tous des liens avec Byzance.

A partir du milieu du IXe siècle, des Vikings de l’Est, aussi appelés Varègues ou Rus, envahirent l’Ukraine à partir du nord. Ils fondèrent la ville de Novgorod (vers 859) en Russie de l’Ouest actuelle et ils descendirent ensuite le Dniepr. Les populations slaves firent allégeance à ces envahisseurs. Ils fortifièrent la ville de Kiev (vers 865) qui deviendra la capitale de l’État de Kiev aussi appelé la Rus de Kiev.

La Moscovie était alors une principauté éloignée dépendant de cet État qui préfigurait la future Russie.

Les siècles suivants virent cet État se disloquer suite aux luttes entre princes.

La région tomba ensuite sous le joug de la Horde d’Or qui finit par être chassée d’Europe par les Polonais et les Lituaniens au XIVe siècle.

La Rus ou Russie ressuscita alors de ses cendres à partir de la Moscovie sous le règne d’Ivan III dit le Grand. (1) A la chute de Constantinople, la Russie récupéra l’emblème de l’Aigle à deux têtes et Moscou devint la troisième Rome.

L’ancienne Rus de Kiev fut alors intégrée dans ce qui deviendra l’Empire russe mais Moscou en sera dorénavant la capitale. A partir de cette époque, le destin de l’Ukraine centrale et de l’Est se confondit avec celui de la Russie.

Jusqu’à la révolution de 1917, l’empire ne fera que s’étendre, jusqu’au Pacifique à l’Est et jusqu’aux frontières de l’Autriche-Hongrie et de la Prusse à l’Ouest.

Carte d'Ukraine.

De 1917 à 1991.

Suite au chaos qui régna dans la région à partir de 1917 et au traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 entre la Russie et l’Allemagne, l’Ukraine connut une brève période d’indépendance. La guerre civile et la non délimitation de la frontière Est de la Pologne lors du traité de Versailles engendrèrent des troubles. En 1921, l’Ukraine perdit son indépendance et devint une des républiques de l’URSS.

La victoire soviétique en 1945 concrétisa les annexions de la Galicie (Lviv), de la Ruthénie subcarpathique et de divers territoires roumains à l’Ukraine.

En 1954, Nikita Khrouchtchev transféra la presqu’île de Crimée de la république de Russie à l’Ukraine.

Peu de gens savent que l’Ukraine (et la Biélorusse) avaient des sièges distincts de l’URSS au Nations unies dès la création de celle-ci, en 1945.

En 1986, l’accident nucléaire de Tchernobyl eut lieu sur le territoire de l’Ukraine mais les conséquences de la catastrophe se firent surtout sentir en Biélorussie.

L’Ukraine contemporaine.

A la dislocation de l’URSS, l’Ukraine choisit l’indépendance à une écrasante majorité. (90,5 %)

Elle devint alors le deuxième plus grand pays d’Europe après la Russie avec une population d’environ 45 millions d’habitants.

Ces années 90 furent difficiles pour les pays nouvellement indépendants de l’Empire éclaté.

La production industrielle était dispersée sur l’ensemble du territoire de l’URSS. Des pièces étaient produites dans divers pays et il n’était plus possible de coordonner leurs fabrications. La Russie a par exemple perdu la chaîne de fabrication des avions Antonov au bénéfice de l’Ukraine.

Antonov 225

D’un autre côté, les chantiers navals de Mikolaïv ont perdu les commandes militaires de l’ex-URSS et ils peinent à survivre aujourd’hui. On y construisait des porte-avions et des croiseurs lourds autrefois.

Les cœurs de la production industrielle ukrainienne sont situés dans le Dombass et en Ukraine Sloboda, des régions culturellement très proches de la Russie et situées à l’extrême Est du pays. On y trouve les villes de Donetsk et de Kharkiv. C’est là que sont situés les mines de charbon et la sidérurgie ukrainienne.

Metallurgie à Donetzk

L’Ukraine a aussi une industrie spatiale héritée de l’URSS. Elle produit des lanceurs parmi les plus performants du monde et ses moteurs sont achetés par l’Agence Spatiale Européenne. (2)

L’Ukraine n’est plus le grenier à blé de l’Europe. Les champs de blé, cartes postales de l’Ukraine d’autrefois, sont des images du passé. Les kolkhozes ont cessé d’exister et les terres ont été redistribuées aux petits producteurs agricoles des villages. Ils n’ont cependant pas les moyens de cultiver les immenses champs de l’époque soviétique et ceux-ci redeviennent en grande partie des steppes. Le pays reste néanmoins le troisième exportateur mondial de céréales

Cela n’a pas échappé à la Chine. Toujours à la recherche de terres agricoles pour nourrir sa population, elle semble intéressée par ces friches et est, semble-t-il, prête à relancer la production agricole ukrainienne. (3)

Il y a aussi en Ukraine une industrie agro-alimentaire qui n’est pas négligeable. Les célèbres (et délicieux) chocolats Roshen sont connus dans tous les pays de la CEI. (4)

La vie en Ukraine.

Nous trouvons en Ukraine des centres commerciaux aussi modernes et aussi bien achalandés que chez nous. Les produits ukrainiens se vendent très bon marché mais les produits importés sont au même prix qu’en Occident alors que le niveau des salaires est quatre à cinq fois plus bas.

Il faut quand même préciser que le carburant est à 50 % du prix européen, que les loyers sont dérisoires (dans les khrouchtchevkas), qu’il y a peu de taxes dans le pays et que la plupart des Ukrainiens ont une parcelle qu’ils cultivent ou ont des parents qui vivent dans leur village natal et qui les approvisionnent en produits agricoles frais.

La libéralisation de l’économie a provoqué de grands écarts de revenus. On trouve une jet-society vivant dans une opulence ostentatoire à Odessa, dans les autres stations balnéaires de la mer Noire et dans les grandes villes industrielles.

D’un autre côté, la vie est plus difficile dans les campagnes. Beaucoup d’anciens kolkhoziens sont restés dans leur village et ne perçoive qu’une maigre pension. Il en est cependant ainsi dans tous les pays du monde à de rares exceptions près.

Comme en Russie, je dirais même davantage qu’en Russie, la foi religieuse orthodoxe est omniprésente. Les églises poussent comme des champignons. Ces constructions sont financées par les nouveaux milliardaires.

Eglise en Ukraine.

Tout le monde se signe en passant devant une église. Les jeunes et les vieux vont y allumer des cierges

C’est très étonnant pour un pays où entrer dans une église il y a un peu plus de 20 ans pouvait vous coûter une promotion dans votre entreprise.

Il y a en Ukraine, comme en Russie d’ailleurs, une grande liberté de parole de la part de la population. On critique ouvertement les responsables politiques. Cela n’a aucune commune mesure avec l’époque soviétique et cela n’a aucun effet sur l’amélioration de la situation.

Il est à noter que du fait des nombreux modelages de frontières, on trouve une grande diversité culturelle, linguistique et religieuse dans le pays.

Qu’a perdu l’Ukraine ce 21 novembre ?

Il sera difficile d’expliquer à la majorité des Ukrainiens que leur rêve de faire partie de la famille européenne est reporté à plus tard.

Les réformes pour une justice équitable, la fin de la corruption des fonctionnaires et une amélioration de leur confort de vie étaient des attentes légitimes de la population.

La suppression des visas d’entrée en Union européenne était aussi espérée mais je ne crois pas que le signature de l’accord d’association aurait changé quoi que ce soit à ce niveau. L’Europe est intransigeante pour l’entrée d’étrangers sur son territoire sauf pour les clandestins.

Qu’ont gagné les entreprises ukrainiennes ce 21 novembre ?

Les termes de l’accord d’association avec l’Union européenne étaient très défavorables à l’Ukraine sur le plan commercial. On peut se demander si cet accord a été bien étudié par la partie ukrainienne.

Cet accord ouvrait le pays aux investissements occidentaux ainsi qu’à l’ouverture du marché ukrainien aux produits de l’Union européenne.

Les produits ukrainiens devaient d’abord se mettre aux normes européennes avant de pouvoir être exportés. Il n’était pas prévu d’aide substantielle pour cette mise aux normes.

Très logiquement, la Russie a menacé l’Ukraine de la fermeture de son marché aux produits ukrainiens vu que les produits européens pouvaient entrer en Russie en passant par l’Ukraine.

Avec la rupture de l’accord d’association avec l’Union européenne, les entreprises ukrainiennes maintiendront leur niveau d’exportation vers la Russie et elles l’amélioreront encore si le pays adhère à l’Union douanière vu la complémentarité des deux économies.

Chantier naval à Mikolaiv

Les conséquences pour les entreprises européennes.

Les entreprises européennes viennent de perdre un marché prometteur mais tout de même incertain. En alimentation par exemple, les Ukrainiens sont très attachés à leur façon traditionnelle de manger. Les produits locaux frais prennent la plus importante place dans leurs habitudes.

Le secteur énergétique ukrainien serait passé sous le contrôle d’agences européennes comme par exemple Euratom et le secteur aurait été privatisé voire démantelé au bénéfice des grands groupes européens.

L’accord aurait surtout permis de faire main basse sur les joyaux industriels ukrainiens à des conditions favorables.

Jeune fille à Lviv

Quelles conséquences pour la Russie ?

La Russie a manœuvré pour faire échouer l’accord. Les fermetures récentes de la frontière russes aux marchandises ukrainiennes ont fait prendre conscience aux oligarques ukrainiens qu’ils avaient beaucoup à perdre si le marché russe leur était rendu difficile. Une sécession de l’Est de l’Ukraine avait même été évoquée.

La dislocation de l’URSS a affaibli toutes les nouvelles républiques. Il a alors manqué beaucoup de centres de production à la Russie et elle a mis 20 ans pour en créer de nouveaux grâce à ses revenus tirés de l’exportation d’énergies.

Quand Vladimir Poutine dit que la fin de l’URSS a été une grande catastrophe du XXe siècle, il n’évoquait pas le système soviétique en lui-même mais plutôt l’ensemble industriel et économique qui avait un potentiel de développement élevé dans une économie libérale.

Ces propos ont été détournés de leur sens par les médias occidentaux. Ils ont alors évoqué la nostalgie du président russe pour un ancien régime dictatorial.

Une adhésion de l’Ukraine à l’Union douanière et sa transformation éventuelle en une entité politique ferait de cet ensemble un acteur de premier plan et bouleverserait la géopolitique mondiale.

Les États-Unis l’ont bien compris. L’appel téléphonique de Joseph Biden à Victor Ianoukovitch ce vendredi 22 novembre est bien là pour nous rappeler que les États-Unis veilleront à empêcher un rapprochement entre l’Ukraine et la Russie. (5)

Des troubles seront même à prévoir avant les élections présidentielles ukrainiennes de 2015.

Et Ioula Timochenko.

Les Européens ont commis une erreur tactique en liant l’accord d’adhésion au sort de Ioula Timochenko. Ils ont permis au gouvernement ukrainien de justifier la non signature de l’accord à Vilnius sans devoir trouver de motif politique.

L’ex-égérie de la Révolution orange n’est cependant pas une oie blanche. Les accusations contre elle sont justifiées et la grande majorité des Ukrainiens approuve sa condamnation.

Là où le bât blesse, c’est que ces accusations peuvent être portées contre tous les dirigeants politiques du pays et la condamnation de la seule Ioula Timochenko ressemble à une mise à l’écart politique.

Un mot sur l’Holodomor.

La famine qui a sévit dans le Sud de l’URSS entre 1931 et 1933 fit des millions de morts mais n’est pas reconnue comme un génocide par les instances internationales.

Il existe une abondante littérature sur le sujet et cela laisse à chacun l’occasion de se faire son opinion.

Il faut noter que c’est suite à la Révolution orange que les autorités ukrainiennes ont employé le mot « génocide ». Cela a permis l’exploitation d’un sentiment anti-russe dans le pays et cela a été à l’origine de la tentation du rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne. Cela n’échappe pas à un observateur attentif, surtout que l’Ukraine accueille une grande quantité de conseillers étasuniens depuis son indépendance.

L’avenir.

La suspension de la signature du projet d’accord laisse à chacun des acteurs le temps de la réflexion.

Les discussions triparties entre l’Ukraine, l’Union européenne et la Russie peuvent rapprocher les points de vue mais l’Union européenne exerce actuellement le même chantage que la Russie en menaçant de rompre les négociations en cas d’adhésion de l’Ukraine à l’Union douanière.

La fermeture du marché russe aux produits ukrainiens serait une catastrophe pour le pays.

Une heure de vérité approche avec le nouveau prêt du FMI qui sera lié comme d’habitude à des mesures de libéralisation de l’économie. Ce sera à suivre de près.

De toute façon, le traité qui est actuellement proposé sera tout-à-fait à renégocier.

La décision finale reviendra sans doute aux Ukrainiens lors des prochaines élections présidentielles. Ce serait la voix de la sagesse et surtout, ce serait de la démocratie élémentaire.

 

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_III_de_Russie

(2) http://www.prnewswire.fr/news-releases/lagence-spatiale-europeenne-choisit-les-moteurs-fusees-ukrainiens-182412151.html

(3) http://lejournaldusiecle.com/2013/10/04/lukraine-cede-5-de-ses-terres-a-la-chine-pour-au-moins-50-ans/

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Roshen

(5) http://french.cri.cn/621/2013/11/23/562s354425.htm

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Qui est le tireur présumé du quotidien Libération interpellé?

novembre 25th, 2013 by Antoine Lerougetel

Abdelhakim Dekhar, 48 ans, a été arrêté mercredi dernier. Il est soupçonné d’avoir blessé par balles lundi matin un photographe dans les bureaux parisiens du quotidien de centre-gauche Libération. Il a été placé en garde à vue sur présomption de tentative de meurtre et d’enlèvement.

La police l’aurait interpellé dans une voiture dans un état comateux à 19h dans un parking souterrain à Bois-Colombes près de Paris.

Christian Flaesch, chef de la police judiciaire a dit: « “Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 1h30 du matin, l’hébergeur a vu Abdelhakim dekhar dans le hall de son immeuble. Il lui a dit qu’il l’avait reconnu à la télévision et qu’il ne souhaitait plus l’accueillir chez lui”, a ensuite détaillé le procureur. Dekhar lui aurait alors avoué être l’auteur des coups de feu à Libération et confié son intention de se suicider. »

Apparemment cette personne ne se serait rendue au poste de police que plusieurs heures plus tard pour y rapporter la confession de Dekhar et informer la police de l’endroit où il se trouvait.

La police dit que Dekhar, actuellement en prison à Paris, avait pris une overdose de barbituriques peut-être pour tenter de se suicider. Mais jeudi vers midi le procureur de la République François Molins a déclaré qu’il était en état d’être interrogé et d’être informé sur ses droits.

La police dit que les analyses ADN ont établi que Dekhar était impliqué dans trois autres incidents hormis la fusillade dans les locaux de Libération, à savoir les coups de feu tirés en direction de la banque Société Générale dans le quartier d’affaires de la Défense et le détournement d’une voiture, tous deux après l’incident de lundi à Libération, ainsi qu’une incursion armée dans les bureaux parisiens de BFM-TV le vendredi précédent. Mais les policiers n’ont pas pu retrouver le fusil ni les divers vêtements qu’on le voit porter sur les images des caméras de surveillance successives.

Les premières informations données sur Dekhar sont contradictoires et posent davantage de questions sur les motivations présumées de l’individu concernant la fusillade et la manière dont il a réussi à échapper à la police.

Les autorités déclarent que « rien ne permettait à ce stade d’établir que le tireur présumé a agi par motivation politique. » Mais cela semble contredire les extraits d’une lettre que Dekhar aurait préparée avant les fusillades et qui ont été partiellement révélés à la presse. Une source policière les a balayés d’un revers de main disant que c’était « un galimatias » et Molins les a qualifiées de « confus. »

Néanmoins Molins aurait déclaré, «Outre la lettre d’instruction pour son enterrement retrouvée à ses côtés dans la voiture, les enquêteurs sont également en possession d’une lettre qui leur a été remise par l’homme qui hébergeait Dekhar. Dans ce courrier, le suspect évoque pêle-mêle “un complot fasciste”, “le capitalisme”, “la gestion des banlieues” qui s’apparente selon lui “à une entreprise de déshumanisation portant sur des populations dont le grand capital ne veut pas” et accuse les médias de participer à la “manipulation des masses” avec des “journalistes payés pour faire avaler aux citoyens les mensonges à la petite cuillère”.

Dekhar aurait eu des liens avec des cercles anarchistes petits-bourgeois. La police dit l’avoir identifié comme étant impliqué dans une fusillade meurtrière contre la police perpétrée le 4 octobre 1994 par un couple d’anarchistes, Florence Rey, 19 ans et son petit ami étudiant en philosophie âgé de 22 ans, Audry Maupin.

Dekhar aurait oeuvré dans les cercles anarchistes avec Rey et Maupin qui avaient été membres du groupe anti-fasciste « d’action directe » SCALP (Section carrément anti-Le Pen, référence au dirigeant néo-fasciste Jean-Marie Le Pen.) Etant plus âgé qu’eux, on le soupçonnait d’avoir un ascendant politique sur le jeune couple.

Lors de son procès, il avait nié les connaître et avait prétendu avoir pour tâche d’infiltrer les cercles anarchistes pour le compte des services secrets algériens afin d’identifier les terroristes islamistes.

Mais les médias français ont largement rejeté ces déclarations, qualifiant Dekhar d’« individu aux tendances affabulatoires et mythomaniaques qui font de lui un agent de l’ombre, investi d’une mission politique au service de la cause algérienne.»

Dekhar avait passé quatre ans en détention préventive puis jugé en 1998. Il avait été reconnu non coupable d’avoir fourni l’arme avec laquelle Maupin avait tué trois policiers en 1994, ni d’être un complice du couple. Il avait été reconnu coupable d’un chef d’accusation moins grave, celui d’association de malfaiteurs, mais avait immédiatement été remis en liberté ayant déjà purgé sa peine de quatre ans.

Une autre question reste à éclaircir : comment quelqu’un ayant le parcours de Dekhar a-t-il pu échapper à la surveillance policière ?

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a déclaré jeudi que la police avait perdu la trace de Dekhar après sa sortie de prison en 1998 probablement parce qu’il « était parti à l’étranger. ».

Mais Dekhar aurait passé le plus clair de son temps depuis 1998 en Grande-Bretagne, à Ilford, et travaillé dans un restaurant à Londres et il aurait épousé une étudiante à Redbridge en 2000. Il se rendait souvent en France et restait chez des amis à Paris, où il était depuis le mois de juillet dernier en « vacances » prolongées.

Antoine Lerougetel

23 novembre 2013

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Le vendredi 15 novembre, Jeremy Hammond âgé de 28 ans, pirate informatique affilié à Anonymous, activiste antiguerre, et anarchiste de Chicago, a été condamné à dix ans de prison et à trois ans de probation par la juge en chef de la cour du district de New York, Loretta Preska.

Le FBI a arrêté Hammond à Chicago le 5 mars 2012. Il a été accusé de complot pour piratage informatique. Ryan Ackroyd, un citoyen anglais qui purge une peine de 30 mois de prison, l’écossais Jake Davis qui purge présentement une peine de 24 mois dans un centre de détention pour jeunes, Darren Martyn et Donncha O’Cearbhaill font tous face aux mêmes chefs d’accusation. Martyn et O’Cearbhaill n’ont pas été condamnés à une peine de prison. Tous les cinq étaient membres d’un groupe de pirates informatiques qui se nomme LulzSec.

Le 28 Mai, Hammond a plaidé coupable à neuf chefs d’accusation différents. Hammond a expliqué qu’il avait changé son plaidoyer de non-culpabilité pour celui de culpabilité parce que les procureurs américains le menaçaient d’une peine de 30 ans de prison en augmentant l’estimation des dommages attribués aux piratages de LulzSec.

Les poursuites juridiques agressives et les peines disproportionnées font partie de la tactique de l’administration Obama, qui consiste à sévèrement punir quiconque rend de l’information accessible au public, dans le but d’intimider de potentiels lanceurs d’alerte.

Cette tactique est évidente dans le jugement rendu par Preska, dans lequel elle souligne la «nécessité urgente de promouvoir le respect de la loi» et «le besoin d’un effet dissuasif». Preska a également fait référence au «manque total de respect pour la loi» de la part des pirates informatiques.

Citant la condamnation de Hammond pour crime de piratage informatique lorsqu’il avait dix-neuf ans, elle a fait référence à son «récidivisme incorrigible». Hammond avait auparavant purgé une peine de deux ans dans une prison fédérale d’Illinois pour avoir piraté en 2006 le site web de Protest Warrior et publié les informations de carte crédit de ses utilisateurs. Protest Warrior s’en prenait à des vétérans antiguerre.

Une semaine avant son jugement, Hammond a fait une déclaration dans laquelle il soutenait que «le public a le droit de savoir ce que les gouvernements et les entreprises font à leur insu».

Hammond a tenté en vain de faire récuser Preska, qui est membre de la Federalist Society, un groupe de juges et avocats de droite. Le nom de son mari figure dans les documents de la fuite StratFor, et il représente des clients de StratFor.

La juge Preska a été mêlée à plusieurs procès notables concernant la machine de renseignement militaire. Elle a entendu le plaidoyer d’Ahmed Khalfan Gailani pour le premier procès civil d’un détenu de Guantanamo Bay en 2009. Elle a également présidé au procès de Susan Lindauer, une ex-journaliste et assistante juridique, arrêtée et accusée en 2003 d’après le «Patriot Act» sous le chef d’accusation d’avoir agit en tant qu’agent du régime de Saddam Hussein. Preska l’a jugée inapte à subir son procès citant l’affirmation de Lindauer selon laquelle elle aurait travaillé avec les services de renseignement d’État était la preuve de ses troubles mentaux.

LulzSec est un groupe qui a commencé à faire du piratage informatique par divertissement et dans le but de provoquer. Ayant piraté le site électoral 2011 de Fine Gael, la page de Fox Broadcasting, et un site pornographique populaire en publiant des noms d’utilisateurs et des mots de passe sur l’internet. L’activité du groupe a par la suite commencé à prendre un tournant politique influencé par des conceptions anarchistes.

Le groupe a piraté les ordinateurs d’une branche locale d’Infragard, un projet de partage d’informations et d’analyse du FBI et d’individus du secteur privé, ainsi que le Département de sécurité publique d’Arizona, qui contrôle les autoroutes et l’immigration au niveau de l’État. Le groupe a publié des documents dits «sensibles» en plus de noms d’utilisateur et des mots de passe.

En 2011, Hammond et d’autres hackers ont piraté l’entreprise de renseignement Strategic Forecasting (StratFor). StratFor est une entreprise privée fondée en 1996 et menée par George Friedman, un ancien professeur et spécialiste de renseignements de défense nationale étant connecté à l’établissement militaire et de renseignement.

Hammond a fait parvenir des millions de courriels de StratFor à des organisations médiatiques et à WikiLeaks, qui en a publié 900.000 sous le nom de Global Intelligence Files. La publication à tort et à travers des informations (une manifestation des opinions anarchistes des hackers) a également révélé les adresses courriel, les numéros de carte de crédit, et les adresses de milliers d’individus inscrits à StratFor qui n’ont aucun lien avec les manigances de l’État américain. Après la publication des données StratFor, environ 700.000 dollars ont été facturés sur les cartes de crédit qui avaient été rendues publiques.

La correspondance avec une variété de clients de StratFor des secteurs privé et gouvernemental contiennent certains aspects des opérations américaines militaires à l’étranger et de sécurité qui étaient auparavant inconnus. Des documents montrent l’échange d’informations entre StratFor et les autorités concernant des groupes «Occupy Wall Street», ainsi que l’utilisation de lois antiterroristes pour saisir des biens qui seraient normalement inaccessibles à un client.

D’autres révélations notables incluent la surveillance par StratFor, au compte de Dow Chemical, d’activistes contre le désastre chimique de Bhopal, la mise en accusation sous scellé de Julian Assange, et une correspondance indiquant que la destination finale du corps d’Oussama ben Laden était la base aérienne de Dover.

LulzSec ne savait pas que Hector Monsegur, ancien membre du groupe, avait été arrêté en 2011 pour piratage informatique. Monsegur avait accepté de dénoncer Hammond et d’autres en échange d’une peine moins lourde. C’est à travers l’historique de clavardage de Monsegur que le FBI a pu déterminer l’identité de membres de LulzSec. Hammond avait aussi accepté d’utiliser les serveurs de Monsegur pour y déposer des données piratées par Lulzsec.

Kristina Betinis

Article original, WSWS, paru le 21 novembre 2013

Pourquoi les négociations nucléaires avec l’Iran ont-elles échoué ?

novembre 24th, 2013 by Prof. Ismael Hossein-Zadeh

Nous avons choisi de traduire et de diffuser cet article d’un historien étasunien qui donne d’importantes précisions sur le contenu de l’accord avorté sur le nucléaire iranien et replace utilement cette négociation dans un perspective politique plus large. Qui sait si, ironie de l’histoire, le jusqu’au-boutisme de la France placée dans le rôle du « mauvais flic » , Obama jouant une nouvelle fois  le rôle  du « bon flic »  (ce qu’il appelle le « management par l’arrière ») n’aura  pas permis à l’Iran de comprendre que, sans rapport de forces et sans fermeté, les négociations avec des faux jetons ne mènent qu’à la capitulation et à la Russie de prendre garde à ne pas se satisfaire de la position périlleuse « d’interlocuteur valable » et de médiateur tout terrain adoubé par les occidentaux. COMAGUER

Les négociations entre l’Iran et ce qu’on appelle Groupe P5 + 1 qui comprend les puissances mondiales, qui ont débuté le 7 novembre et se sont  prolongées pendant trois jours, ont fini par frustrant quand, apparemment, la France s’est opposée à l’accord intérimaire proposé étant donné qu’il n’établissait pas un contrôle suffisant de la technologie nucléaire iranienne. Que La France se soit  opposée de façon indépendante  ou avec la vieille stratégie du bon flic et du mauvais flic est une question secondaire. La question la plus importante est que les puissances nucléaires occidentales sont revenues sur  leurs propres demandes et propositions malgré le fait qu’elles  supposaient  d’importantes concessions unilatérales par les négociateurs iraniens.

Bien que les détails des questions examinées durant les trois jours de négociations soient conservés comme « confidentiels », en particulier par la partie iranienne, l’information divulguée par les négociateurs et les médias occidentaux dit qu’avec la signature de l’accord possible, les négociateurs iraniens auraient convenu de :

(a) arrêter d’enrichir de l’uranium à 20 % ;

(b) désactiver les réserves actuelles de ce combustible (enrichi à 20 %) pour le plus grand enrichissement ;

(c) limiter l’enrichissement de l’uranium à 3-5 % de pureté ;

(d) ne pas pour utiliser les nouvelles centrifugeuses go-M2 pour l’enrichissement, lesquelles  peuvent enrichir le combustible nucléaire cinq fois plus rapidement que les anciennes ;

(e) permettre des inspections plus intrusives ;

(f) ne pas mettre en marche le réacteur à eau lourde d’Arak capable de produire du plutonium,

Qu’avait- de son côté  obtenu l’Iran en échange de toutes ces concessions ? Pas grand chose. Les  États-Unis et leurs alliés étaient d’accord pour :

(a) libérer la partie des fonds de plusieurs dizaines de milliards de dollars de recettes pétrolières iraniennes qui sont bloqués sur des comptes bancaires à l’étranger, notamment en Chine, Corée du Sud et au Japon ;

(b) étudier la possibilité d’assouplir les sanctions interdisant le commerce des métaux précieux et des produits pétrochimiques.

Les sanctions plus strictes sur le pétrole iranien et les banques resteraient sans changement  dans le projet d’accord intérimaire.

Malgré l’injustice flagrante envers l’Iran d’un accord basé sur ces concessions unilatérales, c’était l’autre partie, pas l’Iran, qui s’est opposé à sa propre proposition de règlement. La question est  de savoir pourquoi.

Négocier de mauvaise foi : le programme nucléaire de l’Iran comme prétexte à un changement de régime

Le fait que les  États-Unis et les autres puissances occidentales aient invalidé leurs propres propositions d’accord est un signe indéniable du fait que, fidèle au modèle de nombreuses négociations de la dernière décennie, ces puissances nucléaires n’ont  pas négocié de bonne foi : ils ont exigé que la partie iranienne une série de concessions unilatérales dans l’espoir que les Iraniens n’accepteraient pas eux. Mais lorsque les négociateurs iraniens ont décidé de signer l’accord intérimaire proposé basé sur ces demandes, les  puissances nucléaires occidentales ont reculé.

Les raisons d’annuler le projet d’accord qu’ont donné publiquement les négociateurs occidentaux comprenaient, entre autres, l’avenir du réacteur nucléaire à eau lourde Arak, les réserves d’uranium enrichi à 20 % et le degré et l’étendue des inspections intrusives. Toutefois, la raison fondamentale, filtrée par les fonctionnaires et les médias Iraniens (et confirmé par les négociateurs russes), est autre.

Les  États-Unis et leurs alliés avaient promis à  la partie iranienne que si pendant six mois l’Iran remplissait fidèlement et avec succès les « obligations » de l’accord intérimaire  pour « générer la confiance », à la fin de cette période, cela aurait comme conséquence :

(a) la reconnaissance  du droit  légal et légitime de l’Iran à la technologie nucléaire à des fins pacifiques ;

(b)     la reconnaissance de son droit à enrichir de l’uranium à 5 % de pureté, le niveau nécessaire pour les centrales nucléaires ;

(c)    le relâchement ou la levée des sanctions sur les exportations de pétrole brut et l’accès au système financier international.

En 2005, des promesses similaires ont  conduit l’Iran à suspendre son programme d’enrichissement de l’uranium pendant deux ans sans contrepartie dans l’assouplissement des sanctions économiques. En tenant compte de cette expérience, les négociateurs iraniens ont insisté cette fois pour que trois promesses mentionnées ci-dessus soient faites par écrit. Et c’est lorsque la mauvaise foi des négociateurs  des  puissances nucléaires occidentales est devenue claire qu’ils ont refusé d’officialiser leurs engagements par écrit.

Encore une fois, cela montre que, en violation du traité de non-prolifération, qui reconnaît clairement le droit des pays membres à la technologie nucléaire à des fins pacifiques, le véritable objectif des États-Unis et de leurs alliés est refuser l’Iran ce droit légal et légitime. Mais fondamentalement, il montre que ce programme nucléaire iranien est utilisé comme prétexte pour transformer  l’état Iranien souverain  en état client.

Les dirigeants iraniens semblent être au courant des motifs cachés des Etats-Unis et de leurs  alliés dans les négociations nucléaires. Cependant, encore et encore, ils reviennent à la table des négociations – qui, dans ce qui dans l’esprit des États-Unis et de leurs alliés, est fondamentalement une farce – et donnent à leurs adversaires le prétexte pour renforcer les sanctions. Pourquoi ? Pourquoi avancer d’un pas en sachant qu’il conduira à tomber dans un piège ?

Erreurs de calcul de l’Iran

Une réponse fréquente à cette question, c’est que vous en raison des sanctions très sévères et de la menace de guerre, l’Iran se voit obligé   de poursuivre les négociations nucléaires même s’il ne peut  être optimiste sur leur  résultat. S’il peut y avoir  quelque chose de vrai dans cette explication, la raison fondamentale  semble être une énorme erreur de calcul de la part des décideurs de la politique nucléaire iranienne.

Son raisonnement a toujours été  que, comme le programme nucléaire iranien est effectué à des fins civiles/pacifiques, et qu’il respecte le traité de non-prolifération, ils ne devraient pas avoir peur des négociations. En d’autres termes, étant donné que l’Iran dit la vérité, ils pensent, que  tôt ou  tard ils démontreront  que leurs homologues nucléaires  avaient tort, et qu’ils devront finalement accepter leurs droits nucléaires légaux et légitimes. C’est une erreur de calcul gigantesque, comme  tenter d’inverser le résultat d’un test. Bêtise, selon Albert Einstein, “refaire la même chose encore et encore et s’attendre à des résultats différents.” Les négociateurs iraniens sont très loin d’être stupides. Ils sont en effet connus pour être au nombre des hommes politiques et des négociateurs internationaux les  plus qualifiés dans le monde. Toutefois, lorsque l’issue ou l’échec des négociations nucléaires sont  prédéterminés, il est absurde d’en attendre p un résultat différent. Les efforts inutiles de l’Iran pour changer le résultat des négociations nucléaires (p. ex. test négatif) se sont révélés très coûteux si vous regardez l’augmentation des sanctions économiques : chaque nouveau cycle de négociations nucléaires a entraîné un durcissement des sanctions. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’en l’absence de négociations il n’y aurait pas eu de sanctions économiques et/ou des actes d’agression contre l’Iran ; ce que je veux dire, c’est que si elle s’est terminée par cette farce il était inutile de s’acharner sur le  prétexte nucléaire  pour durcir les sanctions

Le rôle de la Présidente Rouhani

Outre le problème lié à la folie de jouer à cette mascarade de négociations – à laquelle le  ont participé, plus ou moins tous les négociateurs iraniens, tout au long de ces 10 dernières années –le  président Rouhani et son équipe  de négociation les négociateurs pourraient être contestés pour une autre erreur de calcul, ou peut-être même une erreur conceptuelle. Alors que Ahmadinejad les négociateurs iraniens au cours de sa présidence n’avaient  aucune illusion sur les intentions des États-Unis et de leurs  alliés et ont de ce fait résisté à la demande des concessions unilatérales, Hassan Rouhani et son équipe semblent entretenir ces illusions ; ce qui explique pourquoi ils ont consenti  toutes les concessions unilatérales consenties énumérées ci-dessus au cours de la dernière ronde de négociations.

Ces illusions proviennent d’une perception assez confiante et imprudente du fait que les politiques de sanctions économiques contre l’Iran (ou les politiques impérialistes d’agression en général) pourraient être influencées par des formules de politesse et des règles de bienséance diplomatique. En ce sens, elles rejettent la responsabilité des  nombreuses sanctions (et de la paralysie économique de l’Iran qui en découle) sur  l’ancien Président, Mahmoud Ahmadinejad, pour ses manières « peu raffinées », son attitude de « confrontation » ou ses politiques « extrémistes ». Cette utilisation évidente de son prédécesseur comme bouc émissaire a été patente pendant la campagne présidentielle d’Hassan Rouhani durant les mois de mai et juin 2013.

Que la raison d’imputer la faute des sanctions économiques aux administrations précédentes provienne de convictions sincères ou de calculs politiques opportunistes, demeure le fait qu’en agissant ainsi, Président Rouhani a considérablement affaibli la position de l’équipe de négociation à Genève en la chargeant, peut-être par inadvertance, de la responsabilité de trouver une solution à l’impasse dans les négociations nucléaires. Ceci expliquerait, comme je l’ai déjà dit, pourquoi au cours du dernier round de négociations (du 7 au 9 novembre), que la partie iranienne ait accepté de faire de nombreuses concessions. Que les  États-Unis et leurs  alliés aient  refusé de signer le projet accord (prétendant que les concessions ne limitaient pas suffisamment le programme nucléaire iranien) ne change rien au  fait que l’Iran était prêt à le faire.

En conclusion :

La dernière série de pourparlers nucléaires entre l’Iran et le groupe 5 + 1 groupe a échoué, non pas parce que l’Iran n’a pas fait des concessions importantes, mais parce que les Etats-Unis et leurs alliés ont refusé de reconnaître le droit légal et légitime de l’Iran, garanti par le traité de non-prolifération, à la technologie nucléaire à des fins civiles et pacifiques. La politique des Etats-Unis envers l’Iran (ou tout autre pays, en ce qui concerne cette question) est basée sur un agenda impérialiste qui se compose d’une série de demandes et d’attentes, pas dans leur formulation diplomatique ou dans le type de langage utilisé par ses dirigeants.

Cela inclut la renonciation par l’Iran de ses droits légal et légitime à la technologie nucléaire à des fins civiles, ainsi que sa conformité avec la stratégie géopolitique des Etats-Unis-Israël pour le Moyen-Orient et la région du golfe Persique. Cela comprend la poursuite de l’ouverture de l’économie et du  marché de l’Iran au libre échange et aux investissements américains.

Il semble raisonnable de soutenir que, ainsi, une fois que l’Iran aurait permis une participation ou une ingérence  des États-Unis sur les questions de souveraineté nationale, le pays se serait  précipité sur une pente glissante qui l’aurait  conduit à l’abandon de sa souveraineté : les États-Unis ne seraient pas satisfaits tant que  l’Iran ne serait pas devenu un autre État  client, plus ou moins comme la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres.

La plupart des politiciens et  décideurs iraniens sont très conscients de ceci. Cependant, tout comme les anciens présidents Rafsandjani et Khatami, Hassan Rouhani maintient une position ambiguë sur la doctrine impérialiste et la politique étrangère américaine. Le Ce sera mieux Lorsque, lui et ses conseillers identifieront  et  démasqueront  ces stratégies et ces intentions,

 

Original en anglais :

iranusUS Foreign Policy Designs, Geopolitical Roulette: Why the Iran Nuclear Talks Failed, publié le 15 novembre 2013

Traduction COMAGUER, 

Au fil des jours et des lectures n°180

http://comaguer.over-blog.com

Ismaël Hossein-Zadeh est professeur émérite d’économie, Université de Drake, Des Moines, Iowa. Il est l’auteur de l’économie politique du militarisme US (Palgrave – Macmillan 2007) et « développement soviétique non capitaliste : le cas de Nasser en  Egypte » (Praeger Publishers, 1989). Son dernier livre, intitulé « Au-delà des explications grand public  de la crise financière : parasite Finance le Capital financier parasite », sera publié par Routledge livres.

Lutter pour la justice en Palestine en dénonçant les politiques racistes de l’Etat d’Israël, c’est s’exposer à de nombreuses attaques et tentatives d’intimidations. La peur de telles attaques entraîne une réticence de la part des militants à dénoncer les crimes des supporters d’Israël et la dé-radicalisation des collectifs. Alors que la colonisation des terres palestinienne continue de progresser, Jean Bricmont analyse le rôle des différents mouvements de solidarité avec la Palestine et partage ses réflexions sur les stratégies à adopter pour une lutte plus efficace. Le Collectif Urgence Palestine Vaud à invité Jean Bricmont en Suisse pour une conférence intitulée « Qui à Peur de Critiquer  Israël »(130605) Nous avons profité de l’occasion pour lui poser quelques questions.

Certains militants pro-palestiniens condamnent Dieudonné qui selon eux, porte préjudice à la cause palestinienne en tenant des propos antisémites. Qu’en pensez-vous?

Oui, l’AFPS par exemple a fait un communiqué pour dire qu’il n’était pas le bienvenu lorsqu’il est venu jouer à Besançon[1]. Le  problème est que les pièces que Dieudonné joue sont légales, il les joue régulièrement dans son propre théâtre à Paris. Donc, aucune décision de justice ne l’empêche de jouer, mais, quand  il se déplace, on cherche à lui interdire certaines salles. Est-on d’accord avec cette façon procéder? En principe, on pourrait interdire sa pièce (je n’y suis pas favorable évidemment), mais, si on l’interdit, il faut  le faire dans les règles, faire un procès public et comparer les plaisanteries qu’il fait avec d’autres plaisanteries qu’on voit au théâtre ou à la télévision. Le problème dans cette affaire est que le droit n’est pas respecté.

L’article 19 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme  énonce que « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions ». Il n’est pas spécifié que ces opinions ne doivent pas être considérées comme racistes ou antisémites par des organisations qui s’autoproclament gardiennes de la pureté de la pensée. En France, la loi de 1972 dite loi Pleven, du nom du garde des sceaux de l’époque, autorise les organisations qui se donnent pour mission de combattre le racisme de se constituer partie civile quand elles estiment que certains propos « incitent à la haine raciale ». C’est ainsi que pas mal de gens ont été poursuivis, Dieudonné bien sûr (qui a néanmoins gagné la plupart de ses procès) mais aussi Daniel Mermet, Siné ou Edgar Morin, ou même une militante française qui a été condamnée pour incitation à la haine raciale après avoir mis des autocollants appelant au boycott des produits israéliens dans un supermarché[2].

Finalement, la dernière tournée de Dieudonné en France a été un énorme succès. Les censeurs devraient peut être se demander si leur méthode est efficace, indépendamment des questions de principe.

Un des problèmes des groupes pro-palestiniens c’est qu’ils évitent trop souvent de défendre les droits de leurs propres concitoyens contre l’action des groupes de pression. On peut détester les spectacles de Dieudonné, là n’est pas la question. Mais les attaques qu’il subit de la part des groupes de pression pro-israéliens démontrent la force de frappe de ces groupes et ces démonstrations amènent la plupart des hommes politiques, des journalistes et des intellectuels à se taire. Si on veut être efficace, il faudrait en premier lieu défendre les droits de ses propres concitoyens.

En effet, il faut se rendre compte que presque plus personne ne soutient Israël pour des raisons de réalisme politique (autre que d’éviter les foudres des groupes de pression). La realpolitik dans le cas d’Israël serait de dire aux Israéliens: « vous ne nous servez à rien et vous nous faites haïr par beaucoup de gens dans le monde musulman; débrouillez-vous avec vos voisins et ne nous demandez plus de vous soutenir (alors que vous ne faites rien quand on vous demande de faire preuve de bonne volonté) ».

Que pensez-vous des nombreuses initiatives visant à créer le dialogue en organisant des rencontres entre Palestiniens et Israéliens ?

Le problème c’est que l’on fait comme s’il y avait une incompréhension entre les uns et les autres, qu’il faudrait lever. Mais les Palestiniens comprennent très bien que les Israéliens veulent avoir un maximum de territoires et un minimum de Palestiniens sur ces territoires. Les Israéliens quant à eux se rendent bien compte que les Palestiniens estiment que leur terre – dans son entièreté – leur a été volée, qu’ils ont le droit au retour et que cela revient à la destruction d’Israël en tant qu’état juif. Le problème est que ces positions sont inconciliables. Ce n’est pas une question de dialogue, mais de rapport de force.

Notre stand (Collectif Urgence Palestine -Vaud) se retrouve parfois côte à côte avec le stand de militants pro-Tibet au marché le samedi matin. Plusieurs fois, des militants pro-Tibet ont souligné que “nous menons le même combat pour la justice”. Palestine-Tibet, même combat?

Non. La différence vient de l’attitude par rapport à nos gouvernements et à leurs positions en politique étrangère. Demander que nos Etats soient plus agressifs dans leur politique étrangère n’est pas la même chose que de demander qu’ils soient moins agressifs ou qu’ils soutiennent moins un Etat qui est agressif (comme Israël ou les Etats-Unis). Si on proteste, on proteste toujours contre son propre gouvernement. Les militants pro-tibétains trouvent que les gouvernements occidentaux n’en font pas assez contre la Chine. Mais nos gouvernements, s’ils le pouvaient, exigeraient l’indépendance du Tibet et l’utiliseraient pour contrôler la Chine. Il y a une longue histoire de rapports entre la Chine et l’Occident qui sont des rapports coloniaux. Toute manœuvre occidentale au Tibet sera reçue négativement en Chine parce que, pour presque tous les Chinois, le Tibet fait partie de la Chine comme l’Alsace Lorraine fait partie de la France. Or, les Occidentaux n’ont plus le rapport de force pour imposer leur volonté à la Chine. Les hommes politiques occidentaux ont conscience de cela, ils ne vont pas déclencher une guerre nucléaire pour le Tibet et ils ont raison. En dehors de ça, ils ne peuvent rien faire, puisque aujourd’hui nous dépendons économiquement plus des Chinois que l’inverse. La « lutte pour le Tibet indépendant » est donc, au mieux, d’une totale inefficacité, au pire, une façon de mobiliser les esprits pour une sorte de guerre froide avec la Chine. A terme, même pour le Tibet, la meilleure politique serait une politique de détente avec la Chine.

Le soutien des Etats-Unis à Israël semble inconditionnel, on a du mal à comprendre pourquoi. Vous avez une explication?

Dans ma jeunesse il y avait beaucoup de sympathie pour Israël, c’était soi-disant le rempart de l’Occident contre le communisme. Maintenant que le communisme a disparu, on dit que c’est un rempart contre l’islamisme, mais en fait Israël exacerbe l’islamisme avec sa politique (comme d’ailleurs, pendant la guerre froide, il poussait certains pays arabes à se rapprocher de l’URSS). Le principal facteur qui explique le soutien des Etats-Unis à Israël c’est l’action des groupes de pression. Quand Obama demande au gouvernement israélien d’arrêter la colonisation, je pense qu’il le demande sincèrement. Pourquoi Obama ne fait-il donc rien quand les dirigeants israéliens se moquent de lui ? Il prend des sanctions contre l’Iran, pourquoi pas contre Israël ? Rappelez-vous quand Bush – qui était le plus pro-israélien de tous les présidents américains – a demandé à Sharon de stopper immédiatement la réoccupation de Jenine. Le lendemain, il recevait une lettre signée par 80 sénateurs sur 100 lui disant de ne pas toucher à Israël. C’est comme ça tout le temps, chaque fois qu’un président américain  – et ils ont tous essayé -  prend une initiative qui tenterait de forcer Israël à faire des concessions, ils se prennent des claques du Congrès.  Comment voulez-vous qu’ils fassent, un président  américain ne peut pas prendre de décisions contre 80% du Congrès.

Pour conclure, un mot sur ce que vous pensez qu’on peut faire ici pour soutenir la lutte des Palestiniens ?

Je n’ai pas de solution au problème palestinien et, même si j’en avais une, je n’aurais pas les moyens militaires de l’imposer. Et la même chose vaut pour la plupart des gouvernements européens et, bien sûr, a fortiori, pour le mouvement de solidarité avec la Palestine. Mais on pourrait au moins essayer de résoudre un problème local, qui est de pouvoir parler librement de ce conflit. On peut dire tout ce que qu’on veut de la Chine, la Russie, la Syrie ou le Venezuela, y compris plein d’exagérations et de mensonges.  Et je ne parle pas de ce qui se dit dans une arrière salle de café, mais de ce qu’on lit dans les grands médias.  Par contre, je ne conseille à personne d’exagérer en ce qui concerne Israël.

Bien sûr, cela ne résoudrait pas le conflit israélo-palestinien; mais, à court terme, rien ne le résoudra et libérer notre parole sur ce conflit serait au moins un pas dans la bonne direction: il permettrait à nos pays de se distancer d’Israël sur le plan diplomatique et, ainsi, d’avoir de meilleurs rapports avec le monde arabo-musulman, ainsi qu’avec les populations vivant ici et issues de cette partie du monde. Et, si Israël était plus isolé au plan international, ses dirigeants seraient peut-être obligés de réfléchir.

Il me semble que pas mal de gens qui militent pour la Palestine pensent que le soutien de nos gouvernements à Israël provient d’un calcul d’intérêt (économique ou géostratégique) ou d’un racisme anti-arabe ou d’une nostalgie coloniale. Mais si, comme je le pense, il vient principalement du terrorisme intellectuel exercé par les défenseurs d’Israël ici, alors c’est ce terrorisme qu’il faudrait combattre en premier lieu.

 

Jean Bricmont est professeur de physique et essayiste en Belgique. Il est l’auteur d’« Impérialisme humanitaire», éditions Aden, Bruxelles, 2005.

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L’armée américaine et les Philippines

novembre 22nd, 2013 by Bill Van Auken

Dans une courte déclaration faite la semaine passée sur l’impact du typhon Haiyan sur les Philippines, le président Barack Obama a dit que c’était un « rappel déchirant et poignant de la fragilité de la vie humaine. »

En tant que chef de gouvernement qui a infligé la mort et la destruction aux populations appauvries de l’Irak, de l’Afghanistan, du Pakistan, de la Libye, du Yémen et de la Syrie, le président des Etats-Unis n’avait pas vraiment besoin d’attendre que la furie de la nature s’abatte sur la population philippine pour formuler un tel rappel.

L’armée américaine, principal instrument de ce carnage, et qui a infligé cent fois plus de décès que ceux causés par le typhon Haiyan durant ces dix dernières années de guerres agressives menées par Washington, est maintenant présentée comme le bon samaritain qui est indispensable aux Philippines.

Une cinquantaine de navires de guerre et d’avions militaires ainsi que 13.000 marins, aviateurs et marines américains font partie de l’opération de secours qui est emmenée par le groupe aéronaval du George Washington à propulsion nucléaire escorté par la 3ème brigade expéditionnaire de marine (3rd Marine Expeditionary Brigade).

« Nous resterons aussi longtemps qu’on aura besoin de nous mais pas plus longtemps que nécessaire, » a dit lundi le général de corps d’armée des Marine, John Wissler, commandant des opérations militaires américaines aux Philippines.

Les habitants des Philippines ont toutes les raisons de considérer de telles promesses avec un scepticisme extrême. Ces raisons s’enracinent à la fois dans l’ histoire tragique de leur pays et dans sa position géostratégique actuelle.

Il n’existe peut-être pas d’exemple plus flagrant d’abus d’hospitalité par l’armée américaine que dans le cas des Philippines. C’est là, qu’à la fin du 19èmesiècle, l’impérialisme américain avait fait ses armes, devenant une puissance coloniale par la conquête militaire et la répression brutale.

Mardi, s’exprimant devant le Sénat américain sur les opérations de secours aux Philippines, un responsable du Département d’Etat a cité les « liens historiques étroits » tissés entre les deux pays. Ni les responsables gouvernementaux ni les médias, ne sont très enclins à examiner ces « liens » de près, pour la simple et bonne raison que cela ne servirait qu’à révéler un crime historique.

La première apparition de l’armée américaine aux Philippines s’était faite sous la forme d’une escadre commandée par le Commodore George Dewey et qui entra le 1er mai 1898 dans le port de Manille pour couler en quelques heures l’ensemble de la flotte du Pacifique de l’Espagne qui avait fait régner un régime colonial sur le territoire pendant les 300 années précédentes.

Emilio Aguinaldo, dirigeant d’un mouvement nationaliste qui avait combattu trois ans durant pour mettre un terme au colonialisme espagnol avant l’arrivée de l’armada américaine, rentrait d’exil à bord du navire de guerre de Dewey. Les forces américaines ne furent en mesure de prendre Manille que parce que la ville était encerclée sur les terres par ces combattants indépendantistes. Washington se fit passer pour leur allié et le libérateur des Philippines juste assez longtemps pour pouvoir s’assurer le contrôle d’un territoire qu’il convoitait comme marché, source de main-d’œuvre et de matières premières bon marché ainsi que comme base pour l’extension de la puissance américaine dans le Pacifique, notamment en direction de la Chine.

Washington se retourna ensuite sauvagement contre les Philippins et signa un traité avec l’Espagne, lui versant 20 millions de dollars pour une terre que les Espagnols ne contrôlaient plus. Les Philippins, qui avaient proclamé une république indépendante, la première à avoir été formée en Asie après une rébellion anti-coloniale, furent tenus à l’écart de ces négociations.

S’ensuivit pendant plus d’une décennie, l’imposition d’un régime colonial américain et des opérations anti-insurrectionnelles sanglantes qui coûtèrent la vie à au moins plusieurs centaines de milliers de Philippins. En 1901, le général Franklin Bell, qui commandait les forces américaines sur le groupe d’îles de Luzon, comprenant Manille et près de la moitié de la population du pays, dit au New York Times, qu’à ce seul endroit, quelque 600.000 personnes avaient été tuées dans des opérations militaires ou étaient mortes de maladie.

Comme l’indiqua un autre général américain « Il sera peut-être nécessaire de tuer la moitié des Philippins pour que l’autre moitié de la population puisse être hissée à un mode de vie supérieur à ce que permet leur actuel état semi-barbare. »

Mark Twain, opposant le plus éminent et le plus déterminé contre la guerre américaine aux Philippines, défia la rhétorique courante du «Soutenons nos troupes » en dénonçant les massacres de l’armée américaine qui n’avaient « pas même laissé un bébé en vie qui puisse pleurer sa mère. » Le célèbre écrivain américain qualifia les forces d’occupation américaines de « bouchers chrétiens » et d’« assassins en uniforme. »

La campagne des Philippines fait partie des premières opérations de contre-insurrection menées par l’armée américaine. Elle instaura toutes les atrocités qui furent plus tard infligées aux Vietnamiens, aux Afghans et aux Irakiens, allant des massacres à la torture en passant par les camps de « reconcentration. »

Le régime colonial américain se poursuivit jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale après quoi Washington appuya une série de gouvernements semi-coloniaux, dont le détesté régime de loi martiale de Ferdinand Marcos qui dirigea le pays pendant deux décennies. Jusqu’en 1991, le Pentagone garda le contrôle de la massive base navale de Subic Bay et de la base aérienne de Clark Field qui jouèrent un rôle crucial à la fois dans la guerre de Corée et du Vietnam.

Ce n’est pas juste de l’histoire ancienne quand il s’agit du sort des Philippins après le typhon Haiyan. La pauvreté généralisée, l’inégalité sociale, les logements insalubres et la corruption du gouvernement qui sont l’héritage de l’oppression coloniale et néocoloniale ont joué un rôle au moins aussi important que les forces aveugles de la nature dans le nombre de décès et l’ampleur de la destruction.

Les projets des Etats-Unis concernant les Philippines ne sont pas non plus d’une époque révolue. L’agence d’information Reuters a fait remarquer mercredi : « En même temps que les navires américains livrent de la nourriture, de l’eau et des médicaments, ils livrent aussi la bonne volonté qui pourrait faciliter aux Etats-Unis le renforcement de sa présence militaire souvent controversée dans l’un des pays les plus stratégiques de l’Asie du Sud-Est.

Si à l’origine l’armée américaine était venue aux Philippines comme l’instrument d’une puissance impérialiste montante cherchant à conquérir de nouveaux marchés en Asie, elle y retourne maintenant comme fer de lance d’une puissance en déclin déterminée à encercler et contenir un concurrent régional et mondial qui monte en puissance, la Chine.

Les Philippines sont cruciales sur le plan stratégique pour ce qu’on appelle le « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama. Le gouvernement philippin, après avoir fermé les bases militaires américaines géantes en 1992, a permis depuis aux troupes des opérations spéciales américaines de revenir s’entraîner et mener des opérations conjointes. Il a aussi accueilli à Subic Bay de nombreuses visites des 72 navires de guerre et sous-marins américains rien que durant les premiers six mois de cette année déjà. Entre-temps, les négociations se poursuivent pour garantir aux Etats-Unis le droit à des bases pour des navires, des avions, de l’approvisionnement et des troupes.

La construction d’une base navale est en cours à Oyster Bay sur l’île de la province de Palawan. Des responsables font référence à l’installation comme étant une « mini Subic », et des projets ont été signalés en vue d’y stationner à la fois des bâtiments de guerre et des Marines américains. Se trouvant sur l’île située la plus à l’Ouest du pays, elle est très proche des îles Spratly, théâtre d’une confrontation territoriale provocatrice entre Manille et la Chine et qui est exacerbé par les Etats-Unis.

Ainsi, l’opération « humanitaire » de l’armée américaine aux Philippines est inextricablement liée aux plans de guerre qui pourraient bien entraîner le pays dans une conflagration mondiale.

Mis à part les calculs prédateurs de la classe dirigeante américaine, il existe au sein des masses de la population laborieuse américaine une sympathie et une solidarité profondes pour les travailleurs philippins. Ces liens profonds sont le plus concrètement exprimés par la présence aux Etats-Unis d’environ 4 millions d’Américains d’origine philippine.

La catastrophe provoquée par le typhon Haiyan ne fait qu’accentuer la nécessité d’une lutte unie pour balayer les conditions de pauvreté et d’inégalité existant dans les deux pays, en même temps que le système capitaliste de profit qui les a créées.

Article original, WSWS,paru le 21 novembre 2013

Nous, membres de communautés affectées par des plantations industrielles de monoculture de palmier à huile, ainsi que les mouvements des paysans et les organisations de la société civile venus de l’Afrique, de l’Europe, de l’Amérique et de l’Asie, ci-dessous signataire de la présente, réunis du 02 au 05 novembre 2013 à Calabar dans l’Etat de Cross River au Nigéria,

Après avoir:

  • partagé des témoignages et des analyses liés aux conditions de vie des communautés rurales affectées par les monocultures industrielles de palmiers à huile;
  • partagé les expériences sur la monoculture du palmier à huile et d’autres types de monocultures développés dans tous les pays présents à cette rencontre ;
  • analysé les conséquences de l’expansion rapide et brutal des monocultures promues par les multinationales dans les différentes communautés et pays;
  • analysé les stratégies et mécanismes d´invasion et d´acapparement de terres par les multinationales dans les différentes communautés.

Ayant constaté que:

  • partout où les multinationales se sont intéressées à implémenter les monocultures à grande échelle, elles y ont laissé misère et pauvreté;
  • les gouvernants de tous les continents, soutienent ces multinationales, et beaucoup parmi eux profitent de la misère de leurs compatriotes;
  • des milliers d´hectares de forêts sont détruits chaque jour au profit de monocultures dont le palmier à huile;
  • les communautés sont dépossédées de leur terre au profit des multinationales ou d’investisseurs de mauvaise foi qui manipulent les gouvernants, la police, voire tout le système judiciaire des pays qu’ils pénètrent;
  • des centaines de personnes sont emprisonnées ou tuées chaque année pour avoir réclamé leur droit à la terre, leurs moyens d’existence et à la survie ; et que leurs terres, une fois transformées en monocultures, sont militarisées;
  • des paysans sont obligés de travailler dans des conditions d´esclavage sur leur propre terre et d’acheter des vivres que jadis, ils produisaient;
  • les initiatives volontaires et des programmes de certification tels que RSPO (Table Ronde pour l’Huile de Palme Durable) et REDD (Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation) sont inadéquats comme solutions durables aux problèmes qu´elles prétendent résoudre;
  • les conventions et les législations qui garantissent les droits des communautés sont souvent bafouées par les différents états dans le bradage et l’accaparement de leur terre.

Considérant que:

  • les plantations de monoculture d´arbres ne sont pas des forêts;
  • les communautés ne sont pas des objets qu’on peut déplacer ou manipuler au gré du vent;
  • les communautés ont le droit à la dignitié et à la parole;
  • le RSPO ne constitue pas un mécanisme pour freiner l´expansion massive des plantations de monoculture de palmier à huile et la demande de plus en plus croissante d´huile de palme pour les marchés de consommation excessive incluant les agrocarburants. De même, le mécanisme REDD ne constitue pas une solution aux effets du changement climatique.

Réaffirmons:

  • notre soutien à toutes les communautés brimées par la politique du plus fort et à défendre leurs droits fonciers comme peuples indigènes et communautés de paysans;
  • notre engagement à demander à tous les gouvernants de nos pays de ratifier et respecter les déclarations et toutes les lois internationales pour protéger les droits des communautés et des peuples indigènes ;
  • notre opposition à l’accaparement des terres pour les projets de monocultures et autres projets de monocultures à grande échelle y compris REDD;
  • notre appel à nos gouvernements d’arrêter et de contrôler l’expansion des monocultures à grande échelle, et de soutenir les communautés à la base, et leurs activités économiques, y compris les activités traditionnelles,
  • notre détermination à nous battre pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des communautés;
  • notre attachement au développement de solutions alternatives apropriées allant au-delà des mécanismes RSPO et REDD;
  • notre engagement à sauver l’environnement plutôt que de voir la terre transformer en enfer;
  • notre engagement à faire entendre la voix des sans voix partout où besoin sera;
  • notre engagement à utiliser tous les mécanismes pacifiques nécessaires pour nous battre afin que les droits des communautés soient respectés.

Fait à Calabar, le 05 novembre 2013

Ont signé :

African Dignity Foundation – Nigeria
Boki Rainforest Conservation & Human Development Concern – Nigeria
Climate Cool Nigeria
Community Forest Watch Nigeria
RRDC (Rainforest Resource and Development Centre) – Nigeria
ERA/Friends of the Earth – Nigeria
GREENCODE (Green Concerns for Development) – Nigeria
JVE (Jeunes Volontaires pour l’Environnement) – Côte d´Ivoire
Brainforest – Gabon
Green Scenery – Sierra Leone
SDI (Sustainable Development Institute) – Liberia
FCI (Foundation for Community Initiatives) – Liberia
GRABE – Benin
COPACO (Confédération Paysanne du Congo DRC) and La Via Campesina Africa
FERN – UK
Green Development Advocates – Cameroon
Struggle to Economize Future Environment-SEFE – Cameroon
WALHI – Indonesia
SPI – Indonesia
GRAIN
WRM

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«Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil à toi!(…) Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’oeil de ton frère.»

Évangile de Luc, 6, 41

François Hollande a fait une visite plus importante en temps que celle qu’il a faite en Chine. François Hollande d’affirmer haut et fort «je suis votre ami et je le resterai» dès son arrivée ajoutant même que la France «ne cèderait pas sur la prolifération nucléaire. Tant que nous n’aurons pas la certitude que l’Iran a renoncé à l’arme nucléaire, nous maintiendrons toutes nos exigences et les sanctions. Monsieur François Hollande exige le maintien des sanctions à l’égard d’un peuple qui veut, comme le lui permet le Traité de non-prolifération développer un bouquet énergétique auquel le nucléaire participe. La parabole du Christ citée plus haut s’applique comme un gant à la situation actuelle concernant la position ambiguë de la France relative au nucléaire iranien et israélien. Il n’a sûrement pas entendu parler du programme nucléaire israélien fort d’un arsenal de bombes atomiques mis en place dans la clandestinité avec justement l’aide de la France socialiste des années cinquante, de Guy Mollet et dont personne n’ose parler.

Historique de la politique israélo-arabe de la France

Sans remonter à la politique arabe de la France décrite par Volney, contentons-nous de décrire la politique israélienne de la France qui représente en creux justement celle de la politique arabe de la France initiée par De Gaulle. Dans une contribution assez complète l’Encyclopédie nous apprend que les relations Israël-France ont démarré d’une façon tumultueuse après la Seconde Guerre mondiale/ «(..)La France permettait aux dirigeants sionistes de mener des activités sur son territoire, d’envoyer sporadiquement des armes et d’organiser l’immigration juive à partir de ses ports. Finalement, elle a également voté en faveur du plan de partage de la Palestine mandataire par l’ONU le 29 novembre 1947. Cette politique française était soutenue pour l’essentiel par certaines personnalités socialistes, souvent juifs et anciens résistants, tels que Léon Blum, René Mayer ou Daniel Mayer. (…) Avant la reconnaissance dIsraël par la France en 1949, plusieurs désaccords importants existaient entre les deux pays concernant notamment le statut de Jérusalem et des Lieux Saints et l’avenir des institutions françaises en Israël(…) Pour synthétiser, une théorie s’est faite jour: celle des «trois France» face à Israël. Premièrement, la France «fille aînée de l’Église», qui se préoccupe du sort de Jérusalem et des Lieux Saints. Deuxièmement, la «Puissance méditerranéenne» qui se soucie de ses intérêts en Afrique du Nord et au Levant. Troisièmement, la France «humaniste et résistante», pays de l’Émancipation des juifs (..)» (1)

«Or, en 1956, avec l’attaque conjointe de l’Égypte, il est devenu apparent que leurs relations, jadis balbutiantes, s’étaient transformées en une véritable alliance stratégique au Proche-Orient. Une coopération qui allait au-delà de la simple relation d’amitié entre les socialistes de Guy Mollet et les travaillistes de David Ben Gourion et qui prit la forme d’un véritable partenariat d’assistance militaire et diplomatique. La France a voté en 1947 la création de l’État d’Israël à l’ONU (…) Les dirigeants des firmes nationales d’armements et leurs relais politiques encourageaient ce type de commerce. Dans ce contexte global, les ventes d’armes s’accrurent rapidement, en faveur d’Israël. Il s’agissait notamment de contrats portant sur les premiers chasseurs Mystère IV.. (…) Shimon Peres et David Ben Gourion négociaient désormais ouvertement des achats massifs d’armes à la France.

Avec le soutien de son partenaire, Israël allait se doter dès 1956 d’un arsenal important permettant de rétablir l’équilibre régional des forces. (…)Face à un adversaire commun, la coopération franco-israélienne a connu un renforcement par le biais d’une dimension offensive.» (1)

Le général de Gaulle et la politique proche-orientale

Le général de Gaulle ambitionnait de voir son pays jouer le rôle d’avocat des pays décolonisés et de leurs intérêts, dans un monde ceinturé par les deux supergrands, à savoir les États-Unis et l’Urss. C’est dans ce contexte du renouveau des relations franco-arabes que le général de Gaulle a conceptualisé une réorientation progressive de la politique française à l’égard de son allié israélien. Parallèlement aux avancées dans le secteur économique, la coopération franco-israélienne s’était aussi développée dans le domaine de l’énergie atomique. Signé conjointement en 1955 par le ministre de la Défense Pierre Koenig et le ministre des Affaires atomiques Palewski, l’accord avec l’État d’Israël fut maintenu dans le plus grand secret alors qu’en 1958, la France avait officiellement déclaré avoir cessé toute collusion avec les scientifiques à Dimona. (…) Au début des années 1960, le lanceur Shavit((en français: «comète»)) était propulsé avec succès grâce à la technologie française, celle-ci fut aussi utilisée bien plus tard dans les projets de missiles Jéricho. (.)» (1)

De manière globale, cette diplomatie à géométrie variable s’inscrivait dans un cadre plus large, la politique de la France en Méditerranée. Face à un Proche-Orient soumis à une structure bipolaire. La rupture de cet équilibre eut lieu au mois de juin 1967 avec l’attaque surprise de la chasse israélienne sur les aérodromes égyptiens. Le 2 juin, le général de Gaulle vint à décréter un embargo préventif sur les ventes d’armes à destination du Moyen-Orient. La guerre des Six-Jours allait dès lors marquer le début de la rupture entre Paris et Jérusalem, la fin graduelle d’une alliance jadis née à l’aube de Suez et mise à mal une décennie plus tard. (…) La querelle entre les deux États vint à s’accentuer lors d’une conférence de presse donnée le 27 novembre 1967 à l’Élysée. Il vint à déclarer que beaucoup se demandaient si

«les juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles». (1)

Mieux encore, les fameuses vedettes de Cherbourg prirent le large vers Israël malgré l’embargo et avec la complicité de la chaîne de commandement.

L’ère Pompidou, Giscard, Mitterand, Chirac

«Dès son entrée en fonction lit-on sur Wikipédia, le président Pompidou s’était inscrit dans la lignée du général de Gaulle, qui privilégiait un règlement du conflit israélo-arabe parrainé par les grandes puissances. (…) L’élection de Valéry Giscard d’Estaing en mai 1974 a posé la question de la continuité des orientations diplomatiques de la France au Proche-Orient. (…)
À son arrivée à lÉlysée en 1981, François Mitterrand avait l’image d’un ami dIsraël. La politique de François Mitterrand au Moyen-Orient était cependant empreinte de grande continuité. Le rapprochement de la France avec l’OLP et le soutien de Paris aux revendications nationalistes palestiniennes constituaient une importante pomme de discorde entre la France de Mitterrand et Israël (…) Le déclenchement de la Seconde Intifada a provoqué une rapide dégradation des relations franco-israéliennes.» (1)

La France de Chirac eut des relations difficiles au bord de la rupture des relations avec les incidents lors de la visite de Chirac à Jérusalem. Rien de pareil avec Jospin qui, lui, traita les Palestiniens Hamas de terroristes, il a vu sa voiture caillassée par de jeunes Palestiniens.

«En Israël, l’élection de Nicolas Sarkozy a suscité l’espoir que les relations bilatérales avec la France s’améliorent par le relai du Crif et la nomination pour la politique moyen-orientale d’une diplomatie acquise à Israël (…) Sous Hollande on se souvient que les 31 octobre et 1er novembre 2012, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu effectue une visite officielle en France marquée par une conférence de presse commune avec le président François Hollande à l’Élysée et une cérémonie d’hommage à Toulouse aux victimes de la tuerie de mars 2012. (…) Netanyahu fit de cette visite une tribune pour sa réélection mettant Hollande dans la gêne. La visite officielle de François Hollande en Israël, du 17 au 19 novembre, 2013 illustre la similarité des points de vue des deux pays sur la question iranienne. »(1)

La position actuelle dénuée d’équilibre de la France

La France apparaît de plus en plus comme les Etats-Unis de George Bush. Dans tous les dossiers chauds, elle est chaque fois en première ligne prenant le risque chaque fois d’être déjugée par l’Empire comme nous l’avons vu dans l’affaire syrienne. En première ligne en Libye et au Mali, va-t-en guerre en Syrie, intransigeante dans le dossier iranien: la France, longtemps critique du rôle de gendarme joué par les Etats-Unis, est devenue le pays occidental le plus interventionniste. Laurent Fabius, depuis plus d’un an, adopte une posture ultraradicale, écartant toute possibilité de négocier avec les parties prenantes. Une telle posture n’aurait de sens que si l’on pouvait s’imposer. Laurent Fabius fait preuve d’un absolutisme moral à peu de frais mais non sans conséquences.

La classe politique et l’opinion israéliennes écrit Jean Christophe Ploquin, sont persuadées que l’Iran représentera une menace existentielle dès lors qu’il sera capable de fabriquer une bombe nucléaire et de l’envoyer par un missile balistique fiable. Un scénario du pire pourtant très peu probable. Mais il y a une autre angoisse: celle d’un glissement de terrain géopolitique au Moyen-Orient. Si l’Iran, un jour, redevient un pays fréquentable pour les Américains, les cartes de l’influence seront redistribuées dans la région. À cela, le gouvernement, Netanyahu ne s’est absolument pas préparé. (2)

Lors d’une conférence commune dimanche 17 novembre avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, tenue dans le cadre d’une visite en Israël, François Hollande a formulé les «quatre exigences» de la France pour «un accord intérimaire» sur le programme nucléaire iranien: «Première exigence: mettre l’intégralité des installations nucléaires iraniennes sous contrôle international, dès à présent.» «Deuxième point: suspendre l’enrichissement [d'uranium] à 20%.» Troisième exigence: réduire le stock existant.» «Et enfin arrêter la construction de la centrale d’Arak. Voilà les points qui pour nous sont essentiels comme garantie d’un accord. (…) «Mieux vaut un bon accord qu’un mauvais, là-dessus nous nous entendons», a-t-il déclaré à l’adresse de Benyamin Netanyahu». (3)

 «Nous n’admettrons jamais que l’Iran puisse détenir l’arme nucléaire. Parce que c’est une menace pour la sécurité d’Israël, mais aussi pour le monde.» M.Pérès avait salué la fermeté française dans ce dossier. «Israël a beaucoup de respect pour la position forte de la France afin d’arrêter les ambitions dangereuses de l’Iran», avait expliqué le chef de l’Etat hébreu. «Tamid esha’er haver shel Israel!´´ Accueilli en grande pompe par le président Shimon Pérès et le Premier ministre, Benyamin Netanyahu». (4)

Colonisation: Hollande attend des «gestes» d’Israël

S’agissant du dossier palestinien, Hollande réduit la voilure, il n’est plus question de fermeté, de rodomontade, Hollande fait appel au bon coeur de Netanyahu,: «Le président français François Hollande a par ailleurs déclaré qu’il attendait des «gestes» d’Israël sur la colonisation des territoires occupés pour contribuer au processus de paix. Il demande aux Palestiniens,à qui il ne reste que les yeux pour pleurer, de faire aussi des gestes! estimant qu’il s’agissait de «trouver un accord définitif pour une paix juste et durable» reposant sur la solution de «deux Etats», israélien et palestinien.

Israël joue la France contre les Etats-Unis

Pour Laurent Zecchini, François Hollande bénéficie de l’«effet Kerry». John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, est de plus en plus critiqué à Jérusalem, en raison d’un double contentieux: ses remarques acerbes s’agissant de l’attitude israélienne lors des négociations de paix avec les Palestiniens, et surtout l’expression publique de divergences à propos du programme nucléaire militaire de l’Iran.(…) A l’inverse, la France est exemplaire, aux yeux des dirigeants israéliens, dans sa fermeté et ses exigences vis-à-vis de Téhéran. Qu’adviendra-t-il de cette entente cordiale si d’aventure les pays du groupe P5 + 1 se mettent finalement d’accord pour accepter un processus intérimaire de dénucléarisation de l’Iran, avec un allégement des sanctions? (5)

Recevant ensuite les dignitaires religieux, François Hollande a voulu placer le débat sur un terrain consensuel, celui d’une «république laïque qui a aussi une mission particulière de protection des chrétiens et des lieux saints».(…) Le ton a été donné par Hind Khoury, ancienne déléguée générale de la Palestine en France: «Jérusalem n’existe plus comme une ville palestinienne, la vie y est devenue insupportable! Vous avez parlé de la souffrance du peuple juif? Nous avons besoin d’entendre parler de la souffrance du peuple palestinien!» Et Huda Al-Imam, directrice du Centre d’études sur Jérusalem, d’enfoncer le clou: «Israël, en toute illégalité, est en train de judaïser, de coloniser cette ville et son patrimoine», a-t-elle lancé. «Nous attendons beaucoup de la France», a-t-elle insisté, en illustrant son propos par un rappel de «la réaction de M.Chirac dans la vieille ville!» (6)

Que gagne la France?

En dehors de la détérioration probable et durable de ses relations avec le Monde arabe, Israël est le pays qui a le plus de start-up après les Etats-Unis; 78% de ses exportations concernent la haute technologie. Israël consacre 6% de son budget à la recherche; La France n’est qu’à la 11e place avec moins de 3 milliards de dollars. La relation économique entre les deux pays est bonne, dit-on à l’Elysée, «mais pas à la hauteur de la qualité du dialogue politique». la part de marché de la France en Israël dans ces échanges est de 2,17%, contre 6,58% pour l’Allemagne. En fait, Israël n’a pas besoin fondamentalement de la technologie française, ce qui l’intéresse c’est sa capacité supposée de gérer les affaires d’Israël. Pour cela tous les relais sont bons, notamment «le tribunal dinatoire» du Crif. Mais ceci est une autre histoire

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechique nep-edu.dz

1. Les relations de la France avec Israël Encyclopédie Wikipédia
2. http://www.la-croix.com/Editos/Hollande-en-Israel-l-ombre-iranienne-2013-11-16-1061766
3.  http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/11/17/nucleaire-iranien-la-france-formule-quatre-exigences_3515274_ 3218.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20131118-[titres]
4. David Revault d’Allonnes http://www.lemonde.fr/international/article/2013/11/17/en-israel-hollande-affiche-sa-fermete-face-a-l-iran_3515204_3210.html

5. Laurent Zecchini: Israël, en froid avec Washington, Le Monde 16.11.2013

6. Laurent Zecchini: François Hollande et les dignitaires religieux Le Monde.fr 18.11.2013

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

 

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Survolant le parlement, l’Aéronautique militaire italienne a décidé de se procurer un nouveau système d’arme : la canonnière volante. Elle a signé à cet effet un contrat avec la société Alenia Aermacchi. Pas en Italie, mais au salon aéronautique de Dubaï qui se tient du 17 au 21 novembre. Il n’est pas donné de savoir quelle sera la dépense, mais il est certain qu’elle comportera une nouvelle saignée d’argent public.

Le contrat prévoit la transformation de six C-27J Spartan, vélivoles de transport tactique en dotation à l’Aéronautique militaire, en C-27J Praetorian.  Que signifie la transformation du C-27J, de spartan en prétorien ? Que cet avion de transport militaire deviendra un des plus meurtriers avions d’attaque. Sur le modèle de la canonnière volante AC-130 que les USA ont utilisée, en versions au fur et à mesure plus puissantes, dans toutes les guerres du Vietnam à la Libye.

La dernière version de la canonnière volante étasunienne, la AC-130U Spooky, est armée d’une mitrailleuse Gatling de 25mm à six canons,  pouvant tirer 1800 coups/minute avec des projectiles à l’uranium appauvri ; un canon Bofors de 40mm, pouvant tirer 100 coups/minute ; un obusier de 105mm, pouvant tirer 6-10 coups/minute. Grâce à un système électronique complexe, doté de radar et de censeurs à l’infrarouge, l’équipage repère et poursuit des objectifs en mouvement, tels que des véhicules et des groupes de personnes, pendant que l’avion vole au-dessus d’eux comme un oiseau de proie. Il ouvre alors le feu simultanément sur deux objectifs, distants d’un km l’un de l’autre, en les prenant dans un impressionnant volume de feu qui ne laisse aucune issue. La canonnière volante, pouvant voler en toute condition atmosphérique, est particulièrement adaptée pour les missions nocturnes et s’avère donc être un des systèmes d’arme préférés des forces spéciales.

Le C-27J Praetorian aussi sera destiné aux forces spéciales italiennes, surtout pour des actions nocturnes de commandos. La canonnière volante italienne sera plus petite que l’étasunienne, mais non pour cela moins meurtrière. L’avion, que Alenia Aermacchi développe avec la collaboration de la société étasunienne Atk, sera technologiquement plus avancé et plus versatile que l’AC-130U Spooky. Ceci est confirmé par le fait que les forces spéciales étasuniennes ont récemment décidé d’utiliser le C-27J comme plate-forme pour leurs opérations. L’expérimentation du C-27J Praetorian, indique l’Aéronautique militaire, est déjà en cours et le vélivole pourra être certifié dans les premiers mois de 2014.

Le développement de la configuration Praetorian prévoit un système de commandement, contrôle et communication de type C3/ISR, développé par la société Selex ES (Finmeccanica), et des appareils de feu air-sol embarqués (mitrailleuse et canon à tir rapide), propres à « satisfaire un large spectre de missions, en particulier les impératifs du commandement opérationnel des forces spéciales ».

Dans une première phase, qui sera réalisée d’ici mars 2014, Alenia Aermacchi développera un prototype, à évaluer ensuite dans des « contextes opérationnels » (c’est-à-dire dans des théâtres de guerre), alors que dans la seconde phase elle se concentrera sur l’industrialisation de la plate-forme alors configurée. Concernant le C-27J Praetorian, les experts font savoir qu’il existe un intérêt chez divers acquéreurs potentiels étrangers, « d’où pourraient dériver des bénéfices pour le système Italie ».

Ce système qui a remplacé l’article 11 de la Constitution[1] par le slogan, inspiré d’un film célèbre, « tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir ».

Manlio Dinucci

Edition de mercredi 20 novembre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/ricerca/nocache/1/manip2n1/20131120/manip2pg/07/manip2pz/348825/manip2r1/dinucci/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



[1] ART. 11 :

L’Italie répudie la guerre en tant qu’instrument d’atteinte à la liberté des autres peuples et comme mode de solution des conflits internationaux ; elle consent, dans des conditions de réciprocité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires à un ordre qui assure la paix et la justice entre les Nations; elle aide et favorise les organisations internationales poursuivant ce but.

Introduction

Les tentatives des grandes sociétés d’agrobusiness d’imposer la privatisation des semences continuent d’être déployées partout sur la planète. Derrière leurs tentatives, elles poursuivent un objectif clair : s’approprier un monopole sur les semences et rendre illégale la pratique historique et millénaire de conserver et de reproduire les semences. L’Amérique latine n’est pas à l’abri de ces attaques.

 

Milliers des personnes manifestait contre les lois sur les semences en Chili. (Photo : GRAIN)
Des milliers des personnes manifestaient contre les lois sur les semences en Chili. (Photo : GRAIN)

Bien que les lois UPOV soient actuellement le fer de lance de cette agression, on assiste en réalité à une avalanche de lois, de décrets et de règlements, notamment le brevetage d’événements biotechnologiques, les normes sanitaires, les normes de commercialisation, les lois sur la certification, divers registres, des règlements tributaires, les soi-disant « bonnes pratiques agricoles, » les programmes de recherche, les politiques de mise sur pied de marchés de semences et plus encore.

Déjà en 2005, nous disions : « Si nous les examinons aujourd’hui, nous constatons que les lois sur les semences ne sont que répressives. Elles traitent de ce que les agriculteurs ne peuvent pas faire. Elles imposent quelles sortes de semences ne peuvent pas être vendues, ne peuvent pas être échangées et dans certains cas ne peuvent même pas être utilisées. Tout cela au nom de la régulation du marché et de la protection des producteurs de denrées alimentaires! Dans ce sens, les lois sur les semences vont de pair avec les régimes de droits de propriété intellectuelle (DPI) comme les droits des sélectionneurs de plantes et les brevets. Ces deux sortes de législations — les règlements de commercialisation et les droits de propriété – se renforcent l’une l’autre. »1.

Si quelque chose a changé depuis, c’est que les stratégies de privatisation se sont multipliées et sont devenues plus radicales et ambitieuses. Mais les entreprises et les gouvernements ne s’attendaient pas à ce que les résistances nationales et régionales se multiplient en même temps.

Qu’est-ce que l’UPOV?
L’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) est une organisation intergouvernementale dont le siège social est à Genève (Suisse). L’UPOV a été établie par la Convention internationale pour la protection des obtentions végétales. La Convention a été adoptée à Paris en 1961 et a été révisée en 1972, 1978 et 1991. Selon sa propre définition, « la mission de l’UPOV est de mettre en place et promouvoir un système efficace de protection des variétés végétales afin d’encourager l’obtention de variétés dans l’intérêt de tous2. » Dans le langage de l’UPOV, « protection » signifie privatisation.L’histoire de l’UPOV montre une expansion permanente et apparemment sans limites des droits des entreprises semencières accompagnée d’une réduction également permanente et sans limites des droits et libertés des agriculteurs et paysans. La Convention originale accordait des droits de propriété uniquement sur les variétés qui auraient été développées par l’auteur de la demande de privatisation, concédait à peu de choses près un droit exclusif de commercialisation des variétés privatisées et n’établissait aucune sanction spécifique. Après les transformations successives de 1972, 1978 et 1991, l’UPOV donne maintenant un droit de propriété sur des variétés « découvertes » et accorde des droits monopolistes sur la production, la commercialisation, l’exportation et l’importation, en plus de permettre aux entreprises de demander la confiscation des cultures, des plantations, des récoltes et des produits dérivés de la récolte. De même, elle établit que les entreprises peuvent exiger des sanctions pénales, y compris des peines de prison.

Aujourd’hui, on tente d’imposer la Convention UPOV 91 partout sur la planète sous le prétexte de « protéger » les variétés. Cependant, la démonstration a été abondamment faite que l’UPOV 91 nie les droits des agriculteurs aux plans tant spécifique que général en empiétant sur leur droit de conserver les semences pour la culture et en permettant aux sociétés privées de s’approprier la biodiversité de manière à exercer un contrôle commercial total sur les semences et les connaissances des communautés. De plus, les critères de protection des obtentions de l’UPOV encouragent l’uniformité des semences, aggravant du même coup l’érosion de la biodiversité. L’uniformisation est extrêmement dangereuse, car elle mène à la perte des récoltes et à une plus grande insécurité alimentaire. Finalement, la privatisation des semences nuit à la recherche et à l’échange de connaissances.

En Amérique latine et les Caraïbes, l’Argentine, la Bolivie (État plurinational de), le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, la République dominicaine, Trinidad et Tobago et l’Uruguay sont membres de l’UPOV. Parmi ces pays, le Costa Rica, le Panama, la République dominicaine et le Pérou sont les seuls qui appliquent à l’heure actuelle l’UPOV 91 3.

Le puits sans fond de l’ambition des entreprises semencières

Les lois sur les semences que l’on cherche maintenant à imposer sont une application intégrale et souvent élargie de l’UPOV 91. Par conséquent,

a) Ces lois permettent la privatisation de variétés « découvertes, » ce qui en plus d’être absurde du point de vue des prétendus principes de la propriété intellectuelle (qui disent privatiser seulement ce qui est inventé), l’est également dans le domaine des semences, car toute variété végétale est une œuvre humaine. En d’autres mots, les nouvelles lois permettent aux entreprises ou centres de recherche de s’approprier le fruit du travail d’autrui, plus spécifiquement les semences paysannes. Ce vol est facilité par le fait qu’une variété circule dans des circuits paysans locaux n’empêche pas celui qui se l’approprie de la définir comme « nouvelle. »

b) Le vol atteint ensuite des limites inimaginables lorsque les nouvelles lois étendent ce droit de propriété accordé à toute variété « similaire, » peu importe depuis combien de temps la variété en question existe. C’est-à-dire que les lois UPOV cherchent à imposer un vol avec rétroactivité. Une clause de ce type a été incluse en Colombie dans la résolution 970 de l’ICA (Institut colombien d’agriculture et d’élevage), une inclusion qui a été un des détonateurs de la grève agraire récente qui a forcé le gouvernement colombien à retirer cette résolution.

c) Les sanctions contre ceux qui n’obéissent pas à l’absurde sont augmentées considérablement : permission de confisquer non seulement les semences considérées « illégales, », mais aussi les cultures, les plantations, les récoltes et les produits élaborés provenant de ces semences. Les procédures judiciaires liées à ces confiscations sont sommaires, ce qui veut dire qu’elles sont rapides et qu’elles comportent peu d’exigences relatives en matière de preuves. L’expérience pratique permet de craindre avec raison que les entreprises déploient des stratégies d’accusations multiples sans preuve pour intimider les paysans et les agriculteurs « récalcitrants. » La situation s’aggrave encore plus parce que l’on donne explicitement aux entreprises la possibilité de poursuivre les agriculteurs au criminel, avec des peines de prison.

Voilà le cœur des lois UPOV. D’autres éléments très dommageables ont aussi été introduits dans quelques projets de loi. Le projet chilien initial donnait aux entreprises semencières le contrôle de l’application de la loi, créant par le fait même une police privée. Le projet argentin crée un registre obligatoire des utilisateurs des semences, ce qui signifie que toute personne désirant semer doit s’enregistrer.

Mais les tentatives de privatisation vont encore plus loin que l’UPOV. La certification et les lois de commercialisation ont été centrales dans la privatisation des semences au Mexique et en Colombie. Le Brésil utilise des normes de commercialisation. En Argentine, la privatisation des événements biotechnologiques avance et dans l’ensemble du Cône sud, les entreprises construisent leur univers juridique parallèle en imposant des contrats privés de paiement de redevances. À cela s’ajoutent presque toujours des politiques de crédit et d’assistance technique qui exigent que le producteur utilise des semences provenant des entreprises ou des centres de recherche.

Tous ces mécanismes agissent conjointement et se complémentent dans une tentative dont le but ultime est d’exercer par divers moyens un contrôle absolu sur les semences.

La résistance croît et se multiplie

Mais c’est aussi en Amérique latine où la résistance est la plus ferme et que les peuples sont parvenus à freiner dans de nombreux pays ces tentatives de réduire leur autonomie. Nous présentons ci-dessous un portrait de la situation dans les différents pays où le mouvement populaire et paysan a joué un rôle essentiel pour arrêter cette offensive des sociétés privées et où les luttes se poursuivent encore tous les jours.

Chili

L’offensive de l’UPOV au Chili est à peu de choses près la même que dans beaucoup d’autres pays. Divers articles de loi facilitent l’appropriation des semences locales par les entreprises, criminalisent l’utilisation des semences propres par le paysannat et imposent des conditions absurdes comme la possibilité pour les entreprises qui inscrivent une variété comme la leur d’empêcher l’utilisation de n’importe quelle semence qui lui ressemble. Et la menace de confiscation des semences, des cultures et des plantations fait partie des nouvelles menaces imposées aux familles paysannes qui osent continuer de faire ce qu’ils ont toujours fait.

Mais les entreprises et le gouvernement ne prévoyaient pas la riposte sociale qui petit à petit s’est organisée au Chili. La loi sur les semences basée sur l’UPOV 91 a été approuvée en première lecture en 2010, malgré la forte opposition de diverses organisations paysannes — notamment l’ANAMURI et la CLOC-VC —, ainsi que de groupes sociaux de la société civile.

Malgré ce premier échec, les organisations ont continué d’informer et de dénoncer la teneur de la loi et c’est pourquoi lorsque le Chili a adhéré à la Convention UPOV 91, l’opposition a été beaucoup plus large et active, poussant un groupe de sénateurs à demander au Tribunal constitutionnel qu’il déclare que cette adhésion était inconstitutionnelle. L’opposition a subi une nouvelle défaite, mais le travail d’information s’est poursuivi et amplifié de diverses façons, notamment des mobilisations sociales organisées dans le pays à partir de 2011.

À l’heure actuelle, le rejet de la privatisation des semences et de la loi UPOV 91 est une préoccupation nationale et transversale qui jusqu’à récemment avait bloqué l’approbation en seconde lecture de ce projet de loi. Cependant, le gouvernement de droite — sous la pression du gouvernement des États-Unis — considère qu’il y a urgence et a tenté de faire adopter le projet de loi en seconde lecture avant que les organisations ne puissent réagir. Mais cette fois, la mobilisation a été nationale et a utilisé une multitude de moyens, que ce soit des manifestations partout au pays qui ont eu un impact important, des campagnes d’information par Internet, des émissions de radio, des entrevues à la télévision, des ateliers d’information dans les communautés rurales et les universités, des réunions avec des dirigeants religieux, des conversations et des échanges d’information avec des sénateurs, etc.

L’impact de milliers de personnes mobilisées, faisant pression sur les sénateurs et protestant, a été suffisamment fort pour rompre, au moins partiellement, le silence complet des médias sur cette question au Chili et convaincre une majorité de sénateurs (21 sur 38) de s’engager à voter contre le projet de loi.

Devant cette nouvelle situation, le gouvernement a décidé de ne pas soumettre le projet de loi au vote et d’attendre jusqu’après les élections de novembre 2013, lorsque plusieurs sénateurs qui se sont prononcés contre la loi auront quitté le Parlement.

Au moment d’écrire ces lignes, au début d’octobre 2013, les organisations paysannes et de la société civile continuent de se mobiliser pour exiger que le vote de rejet ait lieu rapidement.

Argentine

Le projet de modification de la Loi sur les semences en Argentine est le fruit d’un lobby actif de Monsanto qui a débuté en 2003 lorsque l’entreprise a demandé des changements à la Loi sur les semences pour garantir la « sécurité juridique » de ses investissements dans les transgéniques. À l’époque, comme son message n’avait pas eu d’échos au gouvernement, Monsanto a annoncé qu’il se retirait du pays et n’introduirait pas de nouveaux événements transgéniques. Dans sa lutte pour obtenir le paiement de redevances, Monsanto a bloqué le débarquement de chargements complets de soja transgénique argentin dans des ports d’Europe en présentant des demandes judiciaires alléguant le soja contenait des gènes qui lui appartenaient et que l’Argentine refusait de payer les redevances. Finalement, l’Argentine a eu gain de cause lorsque les tribunaux européens ont rejeté les demandes de Monsanto.

Bien qu’à la fin de la dernière décennie, le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises qu’il allait présenter une nouvelle Loi sur les semences au Congrès, ce n’est qu’en 2012 qu’il a procédé à le faire, et ce, avec un changement de position radical. En juin 2012, la présidente Cristina Fernández a annoncé au Conseil des Amériques qu’à la suite de ses conversations avec Monsanto, cette société reprendrait ses investissements dans le pays en les axant autour d’une usine de transformation de maïs transgénique dans le quartier Malvinas Argentinas de la ville de Cordoba.

Quelques mois plus tard, à une conférence de presse conjointe, le ministre de l’Agriculture Norberto Yahuar et le président de Monsanto Argentine Pablo Vaqueros ont annoncé l’approbation et le lancement du nouveau soja transgénique RR2 « Intacta » (résistant au glyphosate et doté de propriétés insecticides) et la modification de la Loi sur les semences pour protéger les investisseurs en raison des « frais énormes qu’ils supportent. » L’engagement qu’ils ont explicité était de présenter le projet de Loi au Congrès avant la fin de 2012 pour son étude et adoption.

La réaction des organisations sociales ne s’est pas fait attendre et s’est amplifiée considérablement lorsque l’on a révélé que la version préliminaire soumise à la discussion était négociée en secret au sein du ministère de l’Agriculture par les grandes chambres semencières et les grands propriétaires terriens du pays. Le rejet de la modification à la Loi sur les semences s’est largement répandu dans la société et plusieurs collectifs ont inclus la revendication dans diverses activités, mobilisations, échanges et documents.

Après avoir analysé une copie coulée de la version du projet soumise à la discussion, les organisations sociales ont conclu que le projet reprenait presque intégralement l’UPOV 91 et les restrictions que cette convention impose, en modifiant les articles de la loi en vigueur (datant de 1973).

Le Movimiento Nacional Campesino Indígena (Mouvement national paysan indigène), conjointement avec les Amis de la Terre et GRAIN, a lancé une campagne de signatures qui en novembre comptait déjà plus de 500 adhésions d’organisations sociales et plus de 3 500 signataires individuels.

Le document « 10 motivos para luchar contra el proyecto de ley que pretende privatizar las semillas en la Argentina » (10 raisons pour lutter contre le projet de loi qui vise à privatiser les semences en Argentine)4 déclare que « la loi proposée ne protège pas les connaissances ni la biodiversité; il ne fait qu’encourager la privatisation et protéger la propriété sur ce qui est un patrimoine collectif des peuples, notamment des communautés paysannes et des peuples autochtones. De cette façon, il étend un principe inacceptable, celui voulant qu’il soit possible et acceptable de privatiser les connaissances et les diverses formes de vie » et « il ouvre la porte à l’approfondissement de l’expropriation et de la privatisation de la biodiversité agricole et forestière de l’Argentine. Le projet de loi permet une plus grande privatisation des ressources génétiques et de la biodiversité indigène de l’Argentine en étendant les soi-disant droits de l’obtenteur sur les espèces végétales. » De plus, « il rend illégales ou restreint sévèrement les pratiques qui ont été en vigueur depuis la naissance de l’agriculture, par exemple la sélection, l’amélioration, l’obtention, la conservation, la multiplication et l’échange libres de semences obtenues dans une récolte antérieure. »

Le document conclut avec un appel à « rejeter un projet de loi qui s’attaque sérieusement à l’ensemble des habitants de notre pays. L’agriculture est un domaine éminemment social, étant donné qu’il a pour rôle de maintenir et d’alimenter toute la population. Le fait de mettre en danger la sécurité et la souveraineté alimentaire de l’Argentine en concédant de nouveaux privilèges aux entreprises transnationales du secteur agricole revient à s’avancer vers la perte de la souveraineté de notre peuple. »

Ce rejet catégorique a rapidement été repris par divers secteurs du parti au pouvoir et c’est pourquoi le projet de loi n’a jamais été introduit au Parlement, ce que les organisations sociales ont interprété comme une victoire partielle. Au cours des premiers mois de 2013, le ministre de l’Agriculture a déclaré que, comme il s’agissait d’une année électorale, le projet de loi ne serait pas soumis au Congrès, mais devant de nouvelles pressions évidentes de Monsanto, quelques semaines plus tard, le secrétaire de l’Agriculture a annoncé que le projet de loi serait introduit au Congrès immédiatement après les élections.

Entre-temps, Monsanto ne reste pas les bras croisés et poursuit son offensive en obligeant les acheteurs de la nouvelle semence de soja transgénique RR2 « Intacta » à signer un « contrat de redevances étendues. » Monsanto annonce dans sa page Web sur cet événement de soja 5 que « Les producteurs qui désirent choisir, conformément à leurs critères et décisions, d’utiliser les semences de soja dotées de la technologie intacta rr2 devront signer avec Monsanto une licence limitée d’utilisation de la technologie. » C’est une manière particulière d’interpréter « les critères et la décision » des producteurs qui frise l’illégalité.

Mobilisée et alerte, la société civile suit de près chaque pas effectué pour tenter de faire adopter le projet de loi et aujourd’hui, elle est présente dans la lutte que les membres des associations Asamblea Malvinas Lucha por la Vida et Madres de Barrio Ituzaingó Anexo mènent en bloquant depuis maintenant trois semaines le site de l’usine que Monsanto tente de construire.

Colombie

En avril 2012, le Congrès de la République de Colombie a adopté le projet de Loi 1518 par lequel la « Convention internationale pour la protection des obtentions végétales » a été approuvée, un des « devoirs » que le Traité de libre-échange avec les États-Unis lui imposait pour protéger les intérêts des grandes sociétés de l’agrobusiness.

Les organisations sociales ont rapidement dénoncé que ce projet de loi avait été adopté en ignorant des dispositions de rang supérieur et des développements législatifs et jurisprudentiels qui consacrent l’obligation de l’État de garantir et de respecter les droits de ceux et celles qui relèvent de sa compétence et spécifiquement l’obligation de veiller sur la souveraineté et la sécurité alimentaire de la population.

Selon le groupe Semillas et la campagne Semillas de Identidad, la Convention internationale a été ratifiée « sans garantir le droit fondamental de consultation préalable des minorités ethniques » et son objectif principal est de chercher à obtenir « la concession et la protection qui en découle des droits des obtenteurs de genres et d’espèces végétales en établissant, d’une part, des conditions spécifiques que ne peuvent remplir les variétés indigènes et créoles parce que l’amélioration génétique effectuée par les agriculteurs est basée sur une approche et des principes totalement différents de ceux qu’utilisent les sélectionneurs modernes, et d’autre part, la portée de sa reconnaissance qui protège les intérêts économiques de certains et impose l’utilisation de semences légalement protégées à la demande des entreprises transnationales. » 6

En se basant sur cette analyse, plusieurs organisations ont présenté une requête devant la Cour constitutionnelle et ont obtenu, en décembre 2012, que la Cour constitutionnelle déclare que la Loi 1518 était INAPPLICABLE. 7 Ainsi, la progression de l’UPOV 91 a pu être freinée parce que les peuples indigènes et tribaux n’avaient pas été consultés au préalable à propos des mesures législatives ou administratives qui les touchent directement, en vertu de la Convention 169 de l’OIT, dont l’article 6 établit le caractère obligatoire de la consultation en question. Bien que la menace de l’approbation de l’UPOV est maintenue, le processus de consultation exigé par la Cour n’a à ce jour toujours pas commencé. Cela a suscité la préoccupation des États-Unis qui ont fait savoir dans les médias qu’ils avaient « tous les droits de demander que la Colombie compense les dommages causés par la décision de la Cour constitutionnelle de déclarer les lois 1518 et 1520 inapplicables, lesquelles ont établi une série de normes exigées par la signature du Traité de libre-échange avec ce pays. »8.

Mais en 2013, les événements liés aux luttes paysannes ont remis les semences à l’avant-scène. Après la diffusion du documentaire « 9.70 la historia de la semilla privatizada » (9.70 histoire des semences privatisées)9 de la jeune réalisatrice Victoria Solano, l’impact des lois qui privatisent les semences a commencé à avoir un écho important au sein de la société.

La disposition 9.70 de l’ICA (Institut colombien de l’agriculture et de l’élevage) date de l’année 2010 et prétend contrôler la production, l’utilisation et la commercialisation des semences au pays. Cette résolution qui applique les concepts de la propriété intellectuelle aux semences a été décrétée en tant que condition préalable à l’approbation du Traité de libre-échange entre la Colombie et les États-Unis. Selon les auteurs, » le documentaire analyse les effets de la résolution en prenant comme exemple le cas de Campoalegre, un village au sud de la Colombie où cette résolution a été appliquée. En 2011, l’ICA est intervenu dans la municipalité pour saisir 70 tonnes de riz, est revenu ensuite avec les forces de l’ordre et a finalement détruit les semences dans un dépotoir en alléguant qu’elles étaient illégales. «

Le grand succès public du documentaire a coïncidé avec le début des mobilisations paysannes du 19 août qui ont secoué le pays et le retrait de la disposition 9.70 a rapidement été ajouté aux multiples revendications paysannes. Ces luttes ont permis de « geler pendant deux ans » le règlement 9.70, ce qui représente un immense triomphe pour les organisations paysannes et sociales de la Colombie. Cependant, à l’heure actuelle, il est clair que le peuple de la Colombie exige que cette résolution soit tout simplement abrogée tout comme toute autre tentative d’imposer l’UPOV 91 par d’autres moyens.10.

Venezuela

Au Venezuela, un projet de modification de la Loi sur les semences à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale suscite une vive préoccupation au sein des organisations sociales. D’une part, ce projet de loi crée une situation très complexe, car il vise à réglementer l’interdiction des transgéniques au Venezuela et en même temps réglementer plusieurs questions liées à la propriété intellectuelle.

La campagne Venezuela Libre de Transgénicos (Venezuela sans transgéniques)11 a assuré un suivi de ce projet de loi et produit des observations dans lesquelles elle propose « l’interdiction des semences transgéniques dans le pays ainsi que de tout type de droit de propriété intellectuelle ou de brevets sur les semences et demande que le débat sur le projet de loi soit élargi au moyen d’une démarche collective avec les collectifs et les mouvements populaires révolutionnaires. »

Les promoteurs du projet de loi affirment publiquement que la loi interdirait les transgéniques au Venezuela, mais la campagne a exprimé sa préoccupation en ce qui concerne : « notamment, l’articulation du projet de loi qui continue de reconnaître des droits d’obtenteur (détenteur de propriété intellectuelle sur les semences), ne définit pas clairement les mécanismes de contrôle et de sanction des semences transgéniques, établit des contrôles rigoureux sur les semences paysannes, établit des sanctions qui peuvent criminaliser les pratiques d’échange traditionnelles et n’établit toujours pas de mécanismes de participation du pouvoir populaire; ce sont tous des points que nous considérons des éléments de lutte du mouvement populaire dans le débat sur ce projet de loi. »

L’engagement d’un large débat public et la forte mobilisation des mouvements sociaux ouvre la voie à des modifications au projet de loi qui répondent aux demandes exprimées.

Mexique

Après l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, une série de lois ont été adoptées12 dont la « Ley de Variedades Vegetales » (Loi sur les variétés végétales, 1996)13, l’entrée en vigueur de la loi sur la biosécurité de 200514 et la nouvelle loi sur les semences de 200715 au moyen desquelles le système juridique mexicain a fait un très grand pas vers l’enregistrement, la certification, le brevetage et la privatisation des semences, en cherchant à imposer les semences conçues en laboratoire et en criminalisant la conservation et l’échange de semences indigènes à travers les réseaux de confiance qui, des siècles durant, ont été à la base des systèmes alimentaires indigènes et paysans partout au pays.

Bien que le Mexique n’a pas ratifié la version de 1991 de la Convention, sa loi sur les semences de 2007 fait déjà explicitement la promotion de la criminalisation des semences indigènes, des conditions incompatibles avec le comportement des semences dans la vie quotidienne des communautés et établissant des critères abstraits de qualité et une « stabilité » qui entraînerait un gel de leurs caractéristiques, c’est-à-dire, à toutes fins pratiques, « on empêche les semences locales de continuer à évoluer16. »

Cette loi, avec la Loi sur les variétés végétales de 1996 (laquelle constitue une partie des obligations des membres de l’UPOV) et son règlement de 1998, a permis l’exploitation et l’utilisation privées des variétés végétales et des matériels de propagation et leur concession payée et vente au moyen de règlements très favorables aux entreprises semencières.

En 2012, une multitude d’organisations paysannes et de la société civile sont parvenues à bloquer la tentative d’amender la Loi fédérale sur les variétés végétales pour la rendre conforme à l’UPOV 91. La réforme aurait eu des effets très sérieux parce qu’elle accordait aux obtenteurs privés « l’avantage exclusif [monopoliste] provenant de la vente de semences ou d’autres matériels végétaux pendant jusqu’à 15 ans, ou 18 dans le cas des plantes vivaces, ornementales et forestières — même lorsque les plantes qui sont utilisées pour le développement de nouvelles variétés sont du domaine public17. » Les organismes génétiquement modifiés étaient inclus pour être cohérent avec la loi sur la biosécurité, « ce qui est absurde étant donné que les OGM sont créés en introduisant du matériel génétique qui n’est pas végétal18. »

La loi renforcée sur les variétés végétales aurait été cruciale pour donner du poids à la loi sur les semences de 2007, car elle aurait encouragé la création d’une police sur les semences, un système de contrôle et de confiscation des semences non certifiées, absurdement qualifiées de semences « pirates, » parce qu’elles n’auraient pas été accompagnées d’une facture, d’un enregistrement ou d’une certification, même si elles avaient été conservées et échangées depuis au moins six mille ans. La réforme de la Loi sur les variétés a été remise à plus tard, mais ce serait une erreur de penser que le processus de son approbation a été interrompu19.

Ailleurs en Amérique latine et dans les Caraïbes, la situation varie selon qu’il y existe ou non un traité de libre-échange signé avec les États-Unis. Parce qu’ils ont signé le CAFTA (Accord de libre-échange de l’Amérique centrale, de la République dominicaine et des États-Unis), le Costa Rica et la République dominicaine ont dû changer leurs législations pour les adapter aux exigences de ce traité; il en va de même pour le Pérou qui a également signé un accord de libre-échange avec les États-Unis. Dans le reste du continent, il n’y a pas d’offensive en ce moment, mais les pressions exercées pour que les pays adhèrent à l’UPOV 91 sont permanentes et il est fort probable que certains pays, le Paraguay par exemple, fassent l’objet d’une offensive dans ce sens au cours des prochains mois.

La résistance produit ses fruits

Ce qui surprend dans un contexte de progression de l’agrobusiness dans toute la région, c’est que la résistance au contrôle corporatif des semences a donné des fruits dans presque tous les pays qui ont subi l’offensive de l’agrobusiness.

En Argentine, le projet de loi sur les semences n’est pas allé plus loin que les discussions secrètes au ministère de l’Agriculture et n’a jamais été présenté au pouvoir législatif.

Au Chili, les organisations ont convaincu une majorité des sénateurs de s’engager à voter contre le projet de loi Monsanto.

En Colombie, la mobilisation paysanne est parvenue à bloquer la résolution 9.70.

Au Venezuela, il existe des engagements fermes pour que les principes mis de l’avant par Hugo Chávez ne soient pas trahis.

Au Mexique également, les luttes sociales ont empêché que la Loi fédérale sur les variétés végétales soit modifiée pour mieux se conformer à l’UPOV 91.

Tous ces événements ont eu lieu au mois d’octobre 2013. Nous ne savons pas ce que nous réservent les prochains mois. Mais il est clair que ces victoires ne signifient pas que les batailles contre l’appropriation soient gagnées. Les mouvements sociaux sont très conscients que la situation actuelle présente le défi de poursuivre la construction d’arguments, le développement de la conscience et la recherche de nouveaux alliés pour affronter les offensives qui seront lancées à partir de maintenant et continuer de défendre les semences en tant que patrimoine des peuples au service de l’humanité; de donner corps à ce beau slogan de la campagne des semences de la Via Campesina.


1 « Lois sur les semences : un apartheid agricole imposé, » GRAIN, 29 juillet 2005.

2 UPOV.

3 Ibid.

4 « 10 motivos para luchar contra el proyecto de ley que pretende privatizar las semillas en la Argentina, » MNCI, CLOC-VC Argentine, GRAIN, AT, ACBIO, 2 octobre 2012.

5 Monsanto, «  Licencia de uso, Intacta rr2 ».

6 « Propiedad intelectual y patentes, » Grupo Semillas, 18 mai 2012.

7 « Colombia: Declarada inexequible la ‘Ley de Semillas’, » Biodiversidad, 12 décembre 2012.

8 « Caída de leyes de obtentor y de Internet afectaría TLC, » Portafolio, 27 janvier 2013.

9 « 9.70, la historia de la semilla privatizada, » Clementina Producciones – Victoria Solano, 2013.

12 « Des lois pour en finir avec l’agriculture indépendante, » GRAIN, 23 février 2009.

13 « Ley Federal de Variedades Vegetales, » SAGARPA.

14 « Ley de Bioseguridad de Organismos Genéticamente Modificados » (pdf), CONACYT, 18 mars 2005.

15 « Ley Federal De Producción, Certificación Y Comercio De Semillas » (pdf), Gouvernement du Mexique, 15 juin 2007.

17 « Mexican farmers block Monsanto law to privatize seeds and plants, » Occupy Monsanto, 14 juin 2012.

18 Ibid.

19 Ibid.

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Première partie d’une série d’entretiens illustrant la résistance à l’expansion des plantations de palmiers à huile en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

Des membres des communautés affectées par ces plantations en monoculture et des organisations de la société civile venues d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud et d’Asie, se sont rencontrés à Calabar, au Nigeria, du 2 au 5 novembre 2013. Ils ont partagé leurs témoignages et leur analyse des conséquences de la rapidité et de la brutalité de cette expansion des plantations d’huile de palme en monoculture imposée par les multinationales dans divers pays et communautés. GRAIN

 

Nasako Besingi, SEFENasako Besingi, SEFE

Pour un accapareur de terres, Nasako Besingi représente un véritable cauchemar. Cet organisateur de communauté, directeur de l’ONG Struggle to Economise Future Environment (SEFE), a bouleversé les plans d’une société américaine visant à mettre la main sur une vaste zone au sud-ouest du Cameroun pour y produire de l’huile de palme.

 

Herakles Capital est une société de capital-risque dont le siège est à New York et qui se démène pour acquérir et développer des plantations de palmiers à huile sur plus de 80 000 hectares en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Nasako n’a pas ménagé ses efforts pour faire son enquête et dénoncer le projet de cette société au Cameroun, depuis l’instant où il en a entendu parler ; il a aidé les populations locales à en comprendre les enjeux. La résistance à Herakles a pris de l’ampleur, mais cela a coûté très cher à Nasako.

« La première fois que j’ai entendu parler du projet de plantation dans notre région c’était par un agent du gouvernement en 2009, » explique-t-il. « Cela m’a vraiment donné un choc. Je lui ai dit “Mais il n’y a pas de terres disponibles par ici.” »

Plus tard la même année, au cours d’une réunion du parti politique en place, on a demandé aux chefs de la région de signer un bout de papier vierge contre 10 000 francs CFA. « Aucun d’eux ne savait ce qu’il signait, » indique Nasako. « Ce n’est qu’après coup que nous avons découvert que ce papier était utilisé comme preuve du consentement de la population locale au projet de plantation. »

En 2010, l’accord entre le gouvernement et la société était devenu public. Mais on ne savait pas très bien qui était derrière le projet. « Quand ils en parlaient localement, ils faisaient référence à Sithe Global, qui est une société américaine, mais quand il s’agissait de communications officielles, ils parlaient alors de SCSOC, une entreprise enregistrée au Cameroun. C’était pour moi comme s’ils voulaient dissimuler la véritable identité de cette société, » explique Nasako. C’est seulement au bout d’un certain temps qu’il est devenu clair que la société appartenait au fonds de couverture américain Herakles Capital, qui détient aussi Sithe Global.

Une personne bien placée a fait passer à Nasako une copie de la convention d’établissement entre la société et le gouvernement.

« La convention ne spécifie pas la superficie ni la situation des terres concernées par le projet, » fait remarquer Nasako. « Mais quand la société est arrivée sur place, elle a affirmé que les terres lui avaient été allouées par le gouvernement. »

SEFE a organisé une rencontre en août 2011 pour essayer d’y voir clair dans le projet proposé. L’ONG a invité tous les villages affectés, le gouvernement et la société. Mais la société a refusé de participer.

« C’est là que nous avons compris que la société ne voulait pas négocier, qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec nous, » raconte Nasako. « Alors nous avons décidé de les attaquer en justice. »

SEFE a porté plainte contre la société devant la Haute Cour de Justice pour viol de la législation nationale et internationale sur l’environnement et les droits humains. La cour a statué en faveur de SEFE, en concluant qu’Herakles n’avait pas la permission d’opérer dans la région, mais cela n’a pas suffi à décourager Herakles.

« La société a ignoré la décision de la cour parce qu’elle avait la bénédiction du Premier ministre, » dit Nasako. « Nous avons considéré la question et nous nous sommes dit :“Si cette société peut se permettre d’ignorer la cour, comment espérer qu’elle va nous écouter, nous, pauvres villageois que nous sommes ?” »

SEFE est passé à la vitesse supérieure dans son travail de sensibilisation. Il a organisé une autre rencontre importante en juillet 2012 dans le village de Meangwe 2. Dans les jours précédant la réunion, des agents de la société sont venus dans les villages pour avertir les gens de ne pas aller à la réunion.

« Ils ont dit aux villageois que la réunion était illégale, que SEFE était une organisation illégale et que les gens seraient arrêtés s’ils allaient à la réunion, » raconte Nasako. « Mais cela n’a pas empêché les gens de venir. C’était la saison des pluies et pourtant, plus de 300 personnes sont venues de tous les villages concernés pour participer à la réunion. Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils entendaient parler du projet proposé et de cette société. »

 

« Ils me hurlaient dessus en disant que c’était moi qui avais mis des bâtons dans les roues de la société. Je les ai tous reconnus : ce sont des cadres subalternes d’Herakles Farms. » (Photo : France24)« Ils me hurlaient dessus en disant que c’était moi qui avais mis des bâtons dans les roues de la société. Je les ai tous reconnus : ce sont des cadres subalternes d’Herakles Farms. » (Photo : France24)

Les efforts de Nasako ont failli lui coûter la vie. Un mois après la réunion, il se rendait à moto dans un village qui lui avait demandé de leur parler des plans d’Herakles quand il s’est fait agresser par un groupe d’hommes.

 

« Ils m’ont arraché de la moto et ont commencer à me frapper à coups de poing, » raconte Nasako. « Ils me hurlaient dessus en disant que c’était moi qui avais mis des bâtons dans les roues de la société. Je les ai tous reconnus : ce sont des cadres subalternes d’Herakles Farms. »

Par chance il s’est avéré qu’une équipe de journalistes français n’étaient pas loin derrière Nasako ce jour-là. Quand leur camion est arrivé, les hommes ont lâché Nasako et se sont enfuis.

Les tensions entre la société et les villageois n’ont cessé de monter. Mais la société et le gouvernement continuaient à prétendre que les populations locales étaient d’accord avec la concession proposée et à propager leur désinformation dans les médias nationaux et internationaux.

« La grande majorité des populations locales sont opposées à ce que fait Herakles, et nous voulions montrer au monde la réalité, » insiste Nasako.

À la demande de la communauté, SEFE a mis au point un plan d’action. En novembre 2012, l’ONG a fabriqué des centaines de T-shirts qui portaient le slogan : « Pas de plantations sur nos terres. SGSOC dehors » Le but était que les villageois portent ces T-shirts à l’occasion de la cérémonie d’installation du nouveau préfet de la région, afin de bien marquer leur opposition aux plantations d’Herakles. Toutefois, avant la cérémonie, une troupe importante de policiers et de soldats a envahi les bureaux de SEFE et arrêté Nasako et cinq villageois.

« C’était un moyen de nous faire taire et de pousser les gens à la violence, » fait remarquer Nasako. « Mais nous avons insisté en disant qu’il s’agissait d’une manifestation pacifique et nous avons exhorté les gens à ne pas résister physiquement parce que cela ne pourrait que servir d’excuse à d’autres arrestations et d’autres dépôts de plainte. »

Malgré ces manœuvres d’intimidation, quelque 400 personnes sont venues chercher des T-shirts. Tandis qu’elles se rendaient à la cérémonie, cependant, elles ont été attaquées avec violence et brutalisées par la police et les militaires, et on les a empêchées d’entrer avec leur T-shirt.

Nasako attend toujours sa convocation du tribunal pour savoir quelles sont les accusations portées contre lui. Les cinq autres qui ont été arrêtés ont été accusés d’avoir pris part à l’organisation d’une réunion publique non déclarée.

Dans le même temps, Herakles a déposé une plainte séparée contre Nasako l’accusant de diffamation et le poursuivant pour obtenir des dommages et intérêts. Nasako attend également une convocation pour cette affaire.

« Je n’aurai pas l’argent pour payer les dommages si je perds, » dit Nasako. « Et donc dans ce cas, je serais obligé d’aller en prison. »

Le risque de la prison ou le fait que sa vie soit menacée ne suffisent pas à décourager Nasako. Il est convaincu que les communautés sont en train de gagner. Herakles Farms semble aujourd’hui avoir des problèmes financiers et le gouvernement a forcé la société à réduire la taille de son projet à 20 000 hectares.

Mais ce n’est pas assez pour SEFE et les villageois. Ce qu’ils veulent, c’est l’annulation du projet.

« Nous devons poursuivre notre résistance. On ne sait pas ce que cache le silence actuel de la société, » met en garde Nasako. « Nous ne pourrons pas baisser la garde tant qu’il n’y aura pas eu d’annonce officielle que le contrat est annulé. D’autres sociétés arrivent dans la région. Nous savons ainsi que Cargill collabore avec l’ONG internationale Proforest pour acquérir des terres dans une zone voisine, juste au sud du projet proposé par Herakles. »

Nasako et son organisation SEFE ont besoin d’un soutien international pour les aider avec les procès et dans leur travail local. Pour ceux qui sont intéressés et veulent savoir comment aider, contacter Nasako à l’adresse suivante : nasako.bondoko@gmail.com

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Le 12 novembre l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) a publié à Londres le rapport « Perspectives pour l’énergie mondiale  », dans lequel elle prévoit que la demande d’énergie va croitre d’un tiers d’ici 2035, à cause du développement de la consommation de la Chine, de l’Inde et du Moyen-Orient. Parmi de nombreux sujets, le rapport aborde les différences régionales dans les prix de l’énergie et comment ce facteur peut limiter la croissance des économies.
Le pays vedette du rapport est le Brésil, auquel il consacre un chapitre en assurant qu’ « il est à l’avant-garde dans l’exploration en eaux profondes » et dans les énergies qui ne proviennent pas de l’hydrocarbure, par ses importantes ressources hydroélectriques. Il avance que pour 2035 le Brésil « deviendra un exportateur important de pétrole et un important producteur mondial d’énergie », étant responsable « d’un tiers de la croissance de l’offre mondiale de pétrole ».L’agence internationale estime que « les ressources du Brésil sont abondantes et diversifiées », y coexistent les énergies renouvelables et les plus grandes découvertes mondiales de pétrole de la dernière décennie. Selon les estimations de l’IEA, qui coïncident avec les projets annoncés parPetrobras, la production de pétrole du Brésil progressera de 2.2 millions de barils par jour aujourd’hui jusqu’à 4.1 millions en 2020 et à 6.5 millions en 2035, ce qui le placera comme le sixième producteur mondial.

Le potentiel de l’énergie brésilienne ne s’en tient pas là. L’IEA assure que pour 2035 le Brésil sera responsable de 40 % du commerce mondial des biocombustibles, puisqu’il dispose des terres suffisantes pour augmenter ses cultures de canne à sucre pour fabriquer ensuite de l’éthanol, qui couvriront un tiers de la demande interne de combustibles pour le transport. « Le Brésil est déjà le leader mondial dans les énergies renouvelables et est en voie de doubler sa production de combustibles renouvelables pour 2035 », explique le rapport, jusqu’à l’équivalent d’un million de barils par jour de pétrole.

Faire de ces projections une réalité impose des investissements gigantesques pour l’extraction du pétrole en eau profonde, de près de 60 milliards de dollars par an. Cette année Petrobras a installé neuf plateformes maritimes et a investi près de 50 milliards de dollars. L’agence de l’énergie estime qu’en 2035 Petrobras sera le leader mondial, avec 60% de l’extraction mondiale de pétrole en eaux profondes. De cette façon, le Brésil est le seul membre des BRICS qui combine une industrie puissante, avec un énorme secteur agroalimentaire et une production d’énergie élevé, qui le rendent moins vulnérable que, par exemple, la Chine.

Que pensent faire le Pentagone, le Commando Sur et le secteur financier des États-Unis devant cette situation qui défie, en fait, l’hégémonie de la superpuissance dans la région ?

Nous ne le savons pas avec exactitude, mais tout porte à croire à une déstabilisation croissante du Venezuela et d’autres pays qui sont clés pour entourer le Brésil de conflits, comme on essaie de le faire pour freiner la Chine et la Russie.

Un récent éditorial du The Wall Street Journal a dévoilé quelques objectifs non avoués mais plausibles. Dans sa colonne hebdomadaire l’éditorialiste Mary Anastasia O’Grady se demande : « Est-ce que la Bolivie est le nouvel Afghanistan ? («  Bolivia’s Descent Into Rogue State Status  » The Wall Street Journal, le 27 octobre 2013). L’éditorial est hallucinant et semblerait hilarant s’il n’ avait pas été publié dans l’un des quotidiens les plus influents du monde, qui reflète la vision des élites du secteur financier et du secteur le plus belliciste des forces armées.

« Le pays andin s’est converti en un centre du crime organisé et en un port sûr pour des terroristes », stipule le sous-titre. L’article rappelle qu’après l’occupation soviétique l’Afghanistan s’est transformé dans « une couveuse du crime organisé », étant un lieu propice pour des personnes comme Oussama Ben Laden. « Quelque chose de pareil peut arriver en Bolivie. Le gouvernement est un défenseur des producteurs de cocaïne. La présence iranienne progresse ». Et ajoute qu’Evo Morales et Álvaro García Linera « ont commencé à construire un narco-état quand ils sont arrivés au pouvoir en 2006 ».

L’éditorial place des informations supposées à côté d’affirmations dignes d’une agence d’espionnage : « L’Iran peut avoir financé totalement ou partiellement la construction d’une nouvelle base d’entraînement militaire de l’Alba dans la région de Santa Cruz ». Il n’y a rien qui avalise ce « peut », pas plus que le fait que l’ambassade iranienne à La Paz aurait beaucoup de fonctionnaires.

La colonne de la semaine suivante fut contre le Brésil et son « pur théâtre » après avoir dénoncé l’espionnage US. « L’appui à Cuba – soutient O’Grady – place le Brésil du mauvais coté de la géopolitique » («  Why the NSA Watches Brazil  » The Wall Street Journal, le 3 novembre). On peut toujours penser qu’il s’agit d’affirmations d’une personne peu sérieuse et, peut-être, comme le suggère la revue NACLA, presque délirantes. Mais O’Grady n’est pas n’importe qui, qui écrit dans un petit quotidien de province. Elle a travaillé pendant dix ans chez Merrill Lynch et fait partie la direction de la Rédaction du quotidien à grand tirage aux États-Unis d’Amérique.

Serait-ce un délire de penser que certains secteurs du pouvoir sont entrain d’arranger des opérations beaucoup plus ambitieuses que celles qui ont fait chuter Manuel Zelaya et Fernando Lugo, les ex-présidents du Honduras et du Paraguay ?

Impossible de le savoir précisément, mais il vaut mieux rappeler que l’un des points clefs de la stratégie des États-Unis pour se maintenir en tant que superpuissance consiste à empêcher la naissance de puissances régionales qui peuvent disputer sa place dominante.

Des analystes brésiliens admettent que la stratégie du Pentagone consiste à exercer une pression sur les frontières du Brésil en transformant ses voisins en « États faillis », la catégorie dans laquelle ils peuvent mettre à l’avenir des pays comme la Bolivie, et peut-être l’Argentine, le Paraguay et jusqu’à l’Uruguay avec l’excuse de la circulation de la drogue (selon la Note de Defesanet, du premier novembre). Nous vivons une période de changements qui incluent des convulsions de toutes sortes. Il est nécessaire de nous préparer à les affronter.

Raúl Zibechi

Article original en espagnol : El petróleo brasileño y la desestabilización de Bolivia, La Jornada, Mexico, le 15 novembre 2013

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi, El Correo. Paris, le 17 novembre 2013.

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L’assassinat de Yasser Arafat

novembre 20th, 2013 by Jean Shaoul

Neuf ans après la mort de Yasser Arafat dans un hôpital militaire français le 11 novembre 2004, une équipe suisse de toxicologues a trouvé des traces d’isotopes radioactifs de polonium 210 dans sa dépouille exhumée, ainsi que dans son linceul et la terre de son mausolée.

Une équipe russe a également trouvé des traces de polonium dans le corps du dirigeant du Fatah et président élu de l’Autorité palestinienne (AP). Les scientifiques suisses ont déclaré qu’il y avait 83 pour cent de chances que le défunt dirigeant palestinien ait été empoisonné.

Leurs conclusions, dans le cadre d’une enquête plus large des autorités françaises sur la mort d’Arafat, confirment que le dirigeant palestinien a été assassiné.

Dès qu’Arafat, qui était en bonne santé, est tombé malade après avoir mangé un repas dans son quartier général à Ramallah en octobre 2004, il y eut des soupçons sur le fait qu’il avait été empoisonné. Mais cela s’est révélé impossible à déterminer. Aucun des docteurs qui l’ont traité, en Palestine ou en France, n’a été en mesure de diagnostiquer la cause de sa maladie, qui combinait des inflammations intestinales, la jaunisse et une maladie du sang appelée coagulation intravasculaire disséminée.

Ce n’est que sur l’insistance à faire état de ses doutes de Clayton Swisher, un ex-garde du corps des services secrets américains devenu ami d’Arafat, que la chaîne d’information qatari Al Jazeera a lancé une enquête. Le Qatar abrite et soutient maintenant Khaled Meshaal et la direction en exil du Hamas, une branche des Frères musulmans qui dirige Gaza et est opposée à l’AP.

L’enquête d’Al Jazeera a trouvé des traces de polonium dans les affaires personnelles d’Arafat, ce qui a entraîné l’ouverture d’une enquête pour meurtre en France et l’exhumation de son corps. Les tensions étaient si intenses entre la veuve d’Arafat et l’AP qu’elle a envoyé des prélèvements en Suisse pendant que l’AP les envoyait en Russie.

La responsabilité de la mort d’Arafat a été immédiatement et avec raison attribuée à Israël, qui a assassiné de nombreux chefs palestiniens, dont le plus proche collaborateur d’Arafat, Abou Jihad.

L’ex-Premier ministre Ariel Sharon a publiquement admis avoir tenté sans succès de tuer Arafat. L’assassinat du chef de l’AP est devenue la politique officielle de l’état Israélien.

En septembre 2003, le vice-premier ministre Ehud Olmert a publiquement déclaré que le gouvernement Israélien avait l’intention d’assassiner le président palestinien, affirmant que la décision du cabinet de se débarrasser d’Arafat était « une décision de retirer Arafat en tant qu’obstacle à la paix. »

Pratiquement depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000, Arafat a été confiné, pratiquement un prisonnier, dans ses bureaux bombardés de Ramallah, incapable d’exercer plus qu’un contrôle minimal sur la vie palestinienne. Le gouvernement Bush a soutenu Israël jusqu’au bout, opposant son veto au Conseil de sécurité des Nations unies à une résolution condamnant la décision Israélienne de se débarrasser d’Arafat.

Israël n’a jamais répudié cette décision. Quelques semaines seulement avant la maladie finale d’Arafat, Sharon a réitéré la menace de le tuer.

Depuis les années 1990, Arafat avait tenté à plusieurs reprises de parvenir à un accord avec Israël est les États-Unis, il avait accepté la création de l’Autorité nationale palestinienne dans le cadre des accords d’Oslo en 1993. En retour, il avait reçu la tâche de faire la police dans une population Palestinienne réfractaire et appauvrie, enfermé dans une prison de fait pendant que ses dirigeants devenaient fabuleusement riches.

Arafat avait néanmoins conservé suffisamment de liens avec son passé de révolutionnaire nationaliste pour renâcler devant l’usage de l’AP comme moyen de supprimer l’opposition militante à Israël pratiquée par la Brigade des martyrs d’al-Aqsa, le Jihad islamique et le Hamas, ce qui aurait impliqué de lancer une guerre civile contre son propre peuple.

Sa mort a retiré cet obstacle et ouvert la voie à l’installation d’une direction plus obéissante commandée par Mahmoud Abbas.

Après des années de dénégations de la part des porte-parole Israéliens, le président Israélien Shimon Peres a admis la vérité. Dans un entretien accordé au New York Times il y a quelques mois, mais publié la semaine dernière, Peres a déclaré qu’Arafat n’aurait pas dû être assassiné et a affirmé qu’il s’était opposé à la politique consistant à l’assassiner. Peres a affirmé qu’il avait « protégé Arafat contre plusieurs complots contre sa vie. »

Le meurtre d’Arafat témoigne du caractère entièrement criminel de la conduite de Washington et de ses principaux alliés. Ce meurtre est intervenu après le lancement de guerres non provoquées et de domination coloniale contre l’Afghanistan et l’Irak, sous le prétexte des attentats du 11 septembre 2001 et des mensonges sur les armes de destruction massive irakiennes. Depuis le meurtre d’Arafat, les assassinats par drones, appelés par euphémisme «Targetted Killings [exécutions ciblées] », sont devenus la politique officielle des États-Unis comme celle d’Israël.

La responsabilité de l’assassinat d’Arafat ne s’arrête cependant pas à Washington et Tel-Aviv. Les circonstances de sa mort indiquent la complicité d’éléments au sein de la direction palestinienne, quelqu’un dans l’entourage d’Arafat à Ramallah a dû lui administrer le poison.

Il a fallu neuf ans pour identifier la cause de sa mort parce que l’Autorité palestinienne dirigée par Abbas a fait tout ce qu’elle pouvait pour empêcher la vérité de faire surface. L’AP n’a rien fait pour examiner les circonstances de la mort d’Arafat. Elle a refusé une autopsie. Elle n’a écrit aux autorités françaises pour demander des informations médicales supplémentaires qu’en 2009, et n’a jamais demandé à la veuve d’Arafat de lui communiquer des objets qui pourraient contenir des preuves médico-légales.

L’AP était réticente à demander une exhumation du corps et voulait une enquête confiée aux Nations unies, dans la lignée du tribunal sur l’assassinat du dirigeant libanais Rafiq Hariri qui visait la Syrie, ou une enquête de la Ligue Arabe.

L’assassinat d’Arafat exprime pleinement l’impasse que constitue la perspective nationaliste qui empêche la classe ouvrière d’adopter une autre voie que l’exploitation par sa propre classe dirigeante et par l’impérialisme. Il montre aux travailleurs palestiniens que l’homme le plus important dans la lutte pour l’établissement de leur Etat a été tué avec l’aide de la clique de milliardaires qui se sont retrouvés la tête de l’organisation qu’il avait créée.

De ce point de vue, la Palestine n’est pas fondamentalement différente du reste du Moyen-Orient, où des chefs nationalistes vénaux servent les intérêts des compagnies pétrolières et des banques au détriment de leur propre classe ouvrière.

L’assassinat d’Arafat confronte les travailleurs israéliens au fait que l’Etat généralement applaudi comme « la seule démocratie » du Moyen-Orient est dirigé par des gangsters militaires dont la fonction est de veiller aux intérêts de Washington dans cette région riche en pétrole, d’être les geôliers des Palestiniens et d’exploiter leur propre classe ouvrière.

Seule la perspective de l’internationalisme socialiste, par lequel la classe ouvrière prend le contrôle de forces productives organisées mondialement et créées par le capitalisme pour réorganiser la production sur la base des besoins sociaux et non du profit privé, offre une alternative progressiste à la privation économique, à la répression et à la guerre.

Les travailleurs d’Israël et de la Palestine ne peuvent réaliser le socialisme qu’en entraînant toute la classe ouvrière du Moyen-Orient, sans considérations de religion, de secte ou d’ethnie, dans une lutte commune contre les élites dirigeantes de la région et leurs maîtres aux États-Unis et en Europe.

Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 16 novembre 2013

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La nouvelle mission Libye au départ

novembre 20th, 2013 by Manlio Dinucci

Après avoir démoli l’Etat libyen avec 10mille attaques aériennes et des forces spéciales infiltrées, Etats-Unis, Italie, France et Grande-Bretagne déclarent leur « préoccupation à cause de l’instabilité en Libye ». La Farnesina (siège du ministère des Affaires étrangères italien) informe que sont en cours à Tripoli de violents affrontements entre milices y compris avec des armes lourdes et qu’ont été endommagés de nombreux édifices, où la sécurité n’est pas garantie, pas même dans les grands hôtels de la capitale. Non seulement pour les étrangers, mais aussi pour les membres du gouvernement : après l’enlèvement, il y a un mois, du premier ministre Ali Zeidan à sa résidence dans un hôtel de luxe, dimanche le chef-adjoint des services secrets, Mustafa Noah, a été enlevé à l’aéroport. Et pendant que dans la capitale des miliciens de Misrata tirent sur des citoyens désarmés exaspérés par les violences, à Bengazi se poursuit sans discontinuer la série d’homicides d’origine politique. Que faire ?

Le président Obama a demandé au premier ministre (italien) Letta de « donner un coup de main en Libye » et celui-ci a immédiatement accepté. Sa fiabilité est indiscutable : en 2011 Enrico Letta, alors secrétaire-adjoint du Pd (Partito democratico) a été un des plus ardents soutiens de la guerre USA/OTAN contre la Libye. On se souviendra dans les livres d’histoire de sa célèbre phrase : « Va-t-en-guerre est celui qui est contre l’intervention internationale en Libye et certainement pas nous qui sommes des constructeurs de paix ». Maintenant, tandis que la Libye coule dans le chaos provoqué par les « constructeurs de paix », le moment d’agir est arrivé.

L’amiral William H. McRaven, chef du Commandement USA pour les opérations spéciales, vient d’annoncer qu’une nouvelle mission est sur le point d’être lancée : entraîner et armer une force libyenne de 5-7mille soldats et « une unité plus petite, séparée, pour des missions spécialisées de contre-terrorisme ». Des spécialistes du Pentagone et de l’OTAN sont déjà en Libye pour choisir les hommes. Mais, étant donnée la situation interne, ceux-ci seront entraînés hors du pays, presque certainement en Italie (notamment en Sicile et Sardaigne) et peut-être aussi en Bulgarie, selon un programme aux ordres du Commandement Africa du Pentagone. L’amiral McRaven ne cache pas qu’ « il y a des risques : une partie des participants à l’entraînement peut ne pas avoir un casier vierge ». Il est très probable donc que parmi eux se trouvent des criminels de droit commun ou des miliciens qui ont torturé et massacré (éléments qui, une fois en Italie, pourront circuler librement). Et parmi ceux qui sont entraînés en Italie il y aura aussi les gardiens des lager libyens dans lesquels sont enfermés les migrants. Pour l’entraînement et entretien de ces hommes, les fonds déjà destinés à la Libye dans le décret missions qui est examiné au parlement seront insuffisants : il en faudra d’autres beaucoup plus consistants, toujours pris dans les caisses publiques. L’Italie contribuera de cette façon à la formation de troupes qui, étant de fait sous les ordres des commandements USA/OTAN, ne seront que nominalement libyennes : en réalité elles auront le rôle qu’avaient autrefois les troupes indigènes coloniales. L’objectif de la mission n’est pas de stabiliser la Libye pour qu’elle redevienne une nation indépendante, mais de contrôler la Libye, de fait déjà balkanisée, ses précieuses ressources énergétiques et son territoire stratégiquement important.

Nous nous permettons de donner un conseil au gouvernement Letta : l’Expo flottante du Cavour, quand elle rentrera en Méditerranée en avril après son périple africain, pourrait faire étape aussi en Libye pour faire de la publicité aux produits Made in Italy. Comme le canon à feu rapide Vulcain de la société Oto Melara, qui, dans les mains des Libyens qui mitraillent aujourd’hui les embarcations des migrants, pourrait résoudre le problème de l’émigration clandestine.

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 19 novembre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131119/manip2pg/14/manip2pz/348786/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des [milliers de morts]. Environ 615.000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon sources gouvernementales.

La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale de Varsovie sur les changements climatiques sous l’égide de l’ONU.  La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont simplement été attribuées, sans preuves, à l’impact du réchauffement climatique. 

Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée. La secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique. (Cité dans Did Climate Change Cause Supertyphoon Haiyan? | TIME.com, 11 novembre 2013.)

Le représentant des Philippines à la confrence de l’ONU sur les changement climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré lors de son discours à la séance d’ouverture :

« Les typhons comme Yolanda et leurs conséquences représentent un triste rappel à la communauté internationale que nous ne pouvons nous permettre de tergiverser sur l’action climatique. Varsovie doit tenir parole en élevant ses aspirations et trouver la volonté politique pour lutter contre le changement climatique. » ( UN News Center, 11 novembre 2013.)

Ironie amère du sort, la tragédie des Philippines a contribué à renforcer un consensus qui remplit indirectement les poches des entreprises faisant du lobbyisme pour un nouvel accord sur le commerce du carbone. Le système de plafonnement et échange (cap and trade) est une manne de plusieurs milliards de dollars, s’appuyant sur le consensus sur le réchauffement planétaire. Selon Mme Figueres, chef de la (CCNUCC) :

« Nous devons clarifier la finance permettant au monde entier d’aller vers un développement à faible émission de carbone, … Nous devons mettre en œuvre un mécanisme aidant les populations vulnérables à faire face aux effets inattendus du changement climatique. »

La manipulation des marchés de plafonnement et échange est connue et docmentée. L’enjeu constitue le commerce des produits dérivés du carbone, contrôlé par les puissantes institutions financières comme JP Morgan Chase. (Voir Copenhagen’s Hidden Agenda: The Multibillion Trade in Carbon Derivatives, Global Research, 8 décembre 2009.) En 2008, Simon Linnett, vice-président de Rothschild & Sons a reconnu la nature de cette entreprise multimilliardaire :

« En tant que banquier, je salue également le fait que le système de “plafonnement et échange” soit devenu la méthode dominante pour le contrôle du CO2. Contrairement à la fiscalité ou à la simple réglementation, le plafonnement et l’échange offre davantage de possibilités pour la participation et l’innovation du secteur privé. » ( Telegraph, 31 janvier, 2008)

Le plafonnement et l’échange de crédits transformé en produits dérivés se nourrit du consensus sur le réchauffement planétaire. Sans ce consensus, ce commerce de plusieurs milliards de dollars serait un cuisant échec.

La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravés par le manque d’infrastructure et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logement cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.

Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.

Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.

La coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut, servant en grande partie les intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.

Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux. En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes d’armes avancés d’une valeur de de 1,7 milliard de dollars.

Michel Chossudovsky

Article original : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

 


Guerre et mondialisation


Mondialisation de la pauvreté.

 

Seule la moitié des inscrits a voté ; il y aura un second tour le 15 décembre et un groupe d’étudiants d’Aces occupe le siège de campagne de Bachelet.

Les élections présidentielles et législatives du 17 novembre au Chili, prévisibles et sans mystère, ont été seulement interrompues par les jeunes regroupés en Assemblée Coordonnatrice des Étudiants Secondaires (Aces) qui ont occupé le siège de campagne de Michelle Bachelet à Santiago affirmant que :

« Le mouvement étudiant dans son ensemble a la certitude qu’au-delà des résultats des élections qui se déroulent aujourd’hui, l’année prochaine et celles qui viennent, seront des années de lutte et d’organisation
(…)
Aujourd’hui l’ancienne Concertation se déguise en Nouvelle Majorité, et a pris nos revendications en les intégrant à un programme dont nous savons qu’ils ne l’appliqueront pas, les déformant et les transformant en propositions pour la classe patronale et en les éloignant de leur origine : le mouvement social
(…)
Nous travaillerons inlassablement pour l’articulation transversale des luttes d’aujourd’hui et de demain. Qu’importe celui qui sera élu, nous continuerons d’être en accord et fermes avec le mouvement social ».

La candidate de la concession administrative de l’Exécutif, l’ex-Concertation, dénommée maintenant la Nouvelle Majorité, Michelle Bachelet, a obtenu 45,5 % des voix. En deuxième position, la candidate de la droite traditionnelle Evelyn Matthei avec 24,9 % [Chiffres provisoires avant le scrutin final]. C’est-à-dire le triomphe de Bachelet aura besoin d’être confirmé lors d un second tour dans un mois.

Ce qui se projette , c’est que les votes en faveur des candidats Marco Ominami (11 %) et Alfredo Sfeir (2,5 %) – en plus de ceux pouvant provenir des fractions électorales de Mauricio Israel (0,6 %), et Tomás Jocelyn-Holt (0,2 %) – se déplaceront en faveur de Bachelet au deuxième tour.

De son côté, une grande partie des votes favorables à Franco Parisi, 11,1 % (droite traditionnelle, aussi), iraient vers Evelyn Matthei, malgré que homme de droite Parisi ait déclaré qu’il ne votera pas pour elle en décembre. Pour dire que les divergences entre les courants partisans de la vieille droite ultralibérale expliquent aussi le vote en faveur de Bachelet.

Pour sa part, Marcel Claude (Parti Humaniste + indépendants) a obtenu 3 %, et la candidate anticapitaliste du Parti Égalité, Roxana Miranda, 1,3 %. La candidature de Roxana – qui a été menée pratiquement sans moyen, seulement avec du cœur et de l’imagination – n’a pas été entendue quand elle a appelé à des primaires avec le candidat du Parti Humaniste pour participer aux présidentielles avec une candidature unique. Ce qui a été refusé. Les défis pour le peuple qui ont accompagné Roxana sont l’intensification de la lutte sociale, le développement social de ses forces, l’éducation politique et une organisation concrètement supérieure.

La crise de représentativité du système des partis politiques s’est à nouveau exprimée dans le fait que sur treize millions et demi d’électeurs, seuls 6.576.948 se sont rendus aux urnes. C’est-à-dire à peine 50 % environ.

La candidature de Bachelet a été ouvertement soutenue par les intérêts entrepreneuriaux et géopolitiques de l’impérialisme étasunien, l’immense majorité du patronat et les relais journalistiques, sans aucune contrepartie, due à sa supposée capacité à doter d’une meilleure gouvernance et de continuité le capitalisme ultra qui dirige le Chili depuis presque 40 ans.

Sur les intérêts et la force populaire

Bien sûr que ce n’est pas encore fini. C’est clair que la dictature civile-militaire fut synonyme d’une offensive historique contre les travailleurs et les peuples du Chili. Bien entendu que le Pentagone et ses subordonnés devaient arrêter à tout prix une possible révolution dans le dernier territoire de la carte du mandarin du nord. C’est clair qu’alors que l’établissement de tyrannies militaires se répandait comme le pétrole en Amérique Latine en réaction à la terreur impérialiste au renouvellement d’éventuelles expériences inspirées de la Cuba du jeune Fidel et de Guevara. Bien entendu qu’au Chili, avec un gouvernement – résultat d’antiques combats et de contexte conjoncturel – qui prenait des mesures pour aller vers la création de conditions matérielles et culturelles en vue du socialisme, la minorité au pouvoir a laissé tomber – épouvantée et fomentant un coup d’État bien financé, les investissements les plus lucratifs – la vengeance de classe promise et la peur exemplaire pour soumettre un peuple auto-conscient et désarmé.

Naturellement, avec la mémoire fraîche et déclenché par la crise de la dette du début des années 80, s’est ranimé et re-politisé le même peuple souillé. Et devant le danger, cette fois-ci des reflets victorieux d’un Nicaragua insurgé, on a joué le pacte inter bourgeois entre les vieux putschistes politiques et [encore] l’ambassade US pour inaugurer une démocratie de faible intensité, vaccinée contre les travailleurs appauvris par force et par loi. Le crime était déjà consommé et dans les meilleures conditions possibles pour les propriétaires de tout.

Avec l’Union soviétique en phase terminale et expérimentant au Chili depuis presque 20 ans la nouvelle phase du capitalisme, aujourd’hui hégémonique, entre 1988 et 1990, a transité par le pays andin ce qui est désormais la version dominante de l’ordre mondial. C’est, le capitalisme imaginé seulement par le libéralisme le plus délirant. Un Chili et le système monde où toutes les relations sociales ont devenues des marchandises ; la concentration capitaliste avec un aval étatique ; les formes les plus originales de super exploitation du travail salarié ; la porte ouverte vider les ressources naturelles à un prix bradé et aux dépens de l’ humanité ; et l’impérialisme financier fonctionnant comme une holding monopoliste pour que depuis son poste de contrôles se dictent les conditions de production, de distribution, d’échange et de consommation.

Et, ainsi, la prolifération de lois antiterroristes consacrées à tous ceux qui lèvent la tête. La répression préventive et par soupçon, la culture de l’aliénation de plus en plus sophistiquée, du conformisme et de la fatalité. Et comme brillante coquille, aux garde-fous autorisés, une démocratie antipopulaire et plus limitée même que la république représentative mise à a retraite. Le royaume de la dette et de la spéculation. Le vote comme parodie de participation, de même l’éducation comme un levier illusoire de mobilité sociale.

L’administration planétaire de l’inégalité, l’industrie des armes, du trafic de stupéfiants et de la prostitution ; la concurrence à mort entre des fractions du capital ; l’aggravation absolue et relative de la vie de l’immense majorité des terriens. L’extinction de l’État de bien-être, la naturalisation de la misère, la dépendance actualisée des économies périphériques.

La contradiction structurelle de l’appropriation privée de la valeur et de l’excédent collectivement produit. La rébellion des territoires sociaux encore insuffisants pour modifier radicalement la vie. Nos manques comme résistance organisée ou mal organisée ou pas organisées du tout. L’ennemi principal nous sabotant la volonté, l’expérience accumulatrice, la persistance nécessaire. La conviction de ce que les contradictions internes du capitalisme seules ne le démolissent pas. La jeunesse rebelle cherchant à tâtons, avec un visage de femme, d’indigène, de migrant, de défenseur de l’environnement courageux, de croyant enragé, de travailleur et d’étudiant pauvres. L’ordre des choses et les choses bien ordonnées des chiffres de là-haut.

Mais même la loge la mieux cimentée, cède quand s’agite la galerie sans fauteuils des plébéiens.

Andrés Figueroa Cornejo

Article original en espagnol : Rebelión, le 18 novembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par :Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. París, le 19 novembre 2013.

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Le régime fantoche de Washington en Libye vacille

novembre 19th, 2013 by Jean Shaoul

Dimanche 17 novembre, la capitale de la Libye, Tripoli, était pratiquement paralysée. La plupart des employés des entreprises privées, des écoles et des services publics ont fait grève, pour demander que les milices quittent la ville.

Un état d’urgence de 48 heures a été déclaré samedi. Tripoli a vu certains des combats les plus sanglants depuis la chute du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, avec au moins 45 morts dans les manifestations de vendredi et samedi. Les résidents ont construit des points de contrôle et des barricades avec des objets en métal, en bois et des pneus pour protéger leurs quartiers.

Il y a une colère montante à la fois contre les intermédiaires islamistes des États-Unis qui ont servi à faire tomber le régime Kadhafi – ils ont utilisé l’extorsion, l’assassinat, les enlèvements et la torture pour s’enrichir – et contre le gouvernement du Premier ministre Al Zeidan.

Vendredi, la milice de Misrata a tiré sur des milliers de manifestants, dont des femmes et des enfants, tuant 43 personnes et en blessant plus de 500. Les manifestants appelaient le gouvernement à reprendre le contrôle des milices et marchaient en direction du quartier général des Brigades de Misrata à Ghargour. Les faibles forces du gouvernement central ne sont arrivées que bien après l’éclatement des violences.

Les témoins ont dit que des armes anti-aériennes ont été utilisées contre des manifestants pacifiques qui portaient des drapeaux et des pancartes. Sadat al-Badri – président du conseil municipal de Tripoli qui avait organisé la manifestation – a déclaré que les manifestants n’étaient pas armés et qu’on leur avait tiré dessus depuis l’intérieur du Quartier général de la milice.

Tahaer Basha Agha, chef de la milice de Misrata à Ghargour, a répliqué que les manifestants étaient armés et que des tireurs d’élite placés sur les toits ont ouvert le feu en premier, suggérant une action de la part d’agents provocateurs. Il a rejeté les appels à quitter la capitale avant que le Congrès général national (CGN) ait accepté une nouvelle constitution et qu’un nouvel état soit établi.

Au début, Zeidan disait que des manifestants armés étaient impliqués dans les heurts et que les forces de sécurité n’étaient pas intervenues « afin de ne pas compliquer la situation, » ce qui a causé une énorme colère. Il s’est ensuite rétracté et affirme maintenant que la marche de protestation était « pacifique. »

Par la suite, des hommes armés, dont une milice appelée les Boucliers de la Libye, sont arrivés, ont mis le feu au quartier général de la Brigade de Misrata et à ses alentours, et ont forcé celle-ci à se retirer.

Samedi, des heurts ont éclaté entre les milices locales et les Brigades de Misrata à Tajoura, une banlieue de Tripoli, où des renforts armés de Misrata ont tenté de pénétrer dans la ville par l’Est. Les combattants de Misrata ont attaqué des baraquements de l’armée, déclenchant des heurts durant lesquels une personne a été tuée et huit blessées.

Ces événements font suite aux heurts armés à Tripoli la semaine dernière entre milices rivales qui ont tué trois personnes et fait 20 blessés.

Ces événements soulignent l’isolement politique du gouvernement installé par Washington, son incapacité à contrôler les centaines de milices armées, ainsi que les problèmes politiques et économiques de plus en plus nets dans tous les domaines.

Le financement colossal des islamistes par l’Arabie saoudite, les états du golfe et l’OTAN pour faire tomber le régime de Kadhafi a laissé la Libye inondée d’armes et de milices lourdement équipées, ce qui a transformé le pays en une base pour les groupes terroristes de la région et en exportateur d’armes et de « djihadistes » vers la Syrie.

Cela a entraîné des heurts constants entre milices rivales constituées sur des bases ethniques ou tribales qui luttent pour des terres et des ressources. Certains membres de ces tribus vivant de l’autre côté de la frontière Sud au Niger et au Tchad, la violence s’est aussi répandue chez les voisins de la Libye.

Privé d’une véritable armée nationale, le gouvernement ne peut pas contrôler ses frontières, que les organisations criminelles qui font commerce de drogues, d’armes et d’Africains désespérés à la recherche d’un sanctuaire en Europe peuvent traverser avec impunité. Les vastes déserts de la Libye sont devenus un sanctuaire pour les filiales d’Al Qaïda qui fuient les forces françaises occupant le Mali.

La production de pétrole s’est effondrée de 1,6 million de barils par jour à 150 000, et les exportations sont tombées à seulement 80 000 barils par jour. Plus de 6,43 milliards de dollars de revenus ont été perdus en raison des violences, des grèves demandant des emplois et des salaires plus élevés, et du blocage des ports pétroliers par les milices. Cela menace la sécurité énergétique de l’Europe, la Libye étant le plus important fournisseur individuel de pétrole de l’Europe.

La ville de Benghazi à l’Est du pays, centre de l’industrie pétrolière, est fermée aux Américains, aux Britanniques et aux Français après l’assassinat de l’ambassadeur américain Chris Stevens en Septembre 2012. Le procureur militaire de la Libye, le colonel Youssef Ali al-Asseifar, a été tué dans l’explosion d’une voiture piégée en août dernier. Benghazi a créé un gouvernement autonome régional et annoncé la création de leur propre entreprise de vente de pétrole, la Libya Oil and Gas Corporation, pour court-circuiter Tripoli.

Des manifestants ont bloqué l’exportation de gaz libyen vers l’Italie, son seul client, pendant deux semaines, au niveau du complexe de Mellitah à 100 kilomètres à l’ouest de Tripoli, et ont également bloqué les exportations de pétrole qui venaient de cet endroit. Ils ont réduit les fournitures de gaz, ce qui a affecté le réseau électrique.

Le gouvernement est chargé de rédiger une nouvelle constitution avant la fin de son mandat le 7 février prochain et est confronté à un Congrès général national hostile. L’opposition dominée par les Frères musulmans a boycotté le CGN, comme l’ont fait plusieurs représentants des tribus minoritaires comme les Berbères, les Touaregs et les Toubous, en raison de désaccords sur la constitution et afin de faire tomber le gouvernement.

Cela a rendu impossible au gouvernement d’arriver à un accord sur le budget. Avec un quart de million de combattants à financer et répartis dans des centaines de milices incontrôlables, le gouvernement n’aura plus d’argent pour payer les salaires à la fin de l’année.

Le gouvernement n’est pas en mesure de fournir les services les plus élémentaires. Au moins un tiers des travailleurs disponibles n’est pas employé. Un million de partisans de Kadhafi sont en exil interne dans le pays, et des centaines de milliers de personnes ont cherché refuge à l’étranger.

Sous le drapeau du Mouvement du 9 novembre, des centaines de gens ont manifesté la semaine dernière à Tripoli et dans un certain nombre d’autres villes – demandant que le mandat du Congrès général national ne s’étende pas au-delà du 7 février, comme Zeidan l’avait indiqué, et appelant à des élections anticipées.

Cela a poussé Zeidan à lancer des mises en garde contre une possible « intervention des forces d’occupation étrangères » pour protéger les civils sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies parce que « la communauté internationale ne peut tolérer un état au milieu de la Méditerranée qui soit une source de violence, de terrorisme et de meurtre. » Le même prétexte avait été utilisé pour l’intervention de l’OTAN qui avait entraîné la crise en premier lieu.

La mise en garde de Zeidan présage un possible retour de l’OTAN en Libye. L’effondrement accéléré du régime fantoche de Zeidan réfute toutes les tentatives du gouvernement Obama de présenter la guerre de 2011 pour obtenir un changement de régime en Libye comme progressiste. Cette guerre n’a été ni une révolution, ni une lutte pour la démocratie, mais une aventure impérialiste sanglante dans laquelle les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France se sont alliés à des chefs tribaux de droite, des criminels et des bandits islamistes afin de faire tomber le régime de Kadhafi.

Si ces forces ont été applaudies comme « révolutionnaires » par des organisations de la fausse gauche comme l’International Socialist Organisation, le Socialist Workers Party britannique et le Nouveau Parti Anticapitaliste en France, elles menaient en fait une campagne de pillage de la Libye et se partageaient ses ressources avec les impérialismes américain et européen. Une révolution en Libye et dans la région ne pourrait se développer qu’à partir d’une lutte unifiée de la classe ouvrière et des masses opprimées d’Afrique du Nord contre l’intervention impérialiste et ses défenseurs de la fausse gauche.

L’Allemagne a dépensé 25 millions d’euros en Libye depuis l’automne 2011. L’essentiel de cette somme était consacré à la destruction des armes et des mines, et 3,2 millions d’euros sont allés aux ONGs pour « renforcer la démocratie et la société civile. »

La France interviendrait très probablement. La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré en marge d’une conférence sur la sécurité des frontières dans la région qui s’est tenue dans la capitale marocaine Rabat que la France envisageait de donner plus d’aide à la Libye pour lutter contre le terrorisme, y compris l’entraînement de plus de policiers. La France a déjà accepté d’entraîner 1000 policiers libyens à la lutte contre le terrorisme et prévoit d’en entraîner 1500 de plus.

Fabius a déclaré, « Notre action au Mali a été si spectaculaire. Nous devons continuer

à être là, pour les Maliens, les Libyens et l’ensemble de la région. C’est trop important pour nous. »

 Jean Shaoul

Article original, WSWS, paru le 18 novembre 2013

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L’énigme du marché de la Chine

novembre 19th, 2013 by Pepe Escobar

« L’objectif de la restructuration du système économique … est de permettre au marché [forces] de jouer un « ‘’rôle décisif’’ dans l’allocation des ressources ».

C’est tout? Le monde entier attendait haletant – et c’est ce que le monde a obtenu : une énigme enveloppée dans une devinette à l’intérieur d’une boîte chinoise, sous la forme d’un communiqué sibyllin publié par la troisième session plénière tant attendue du 18ème Comité central du Parti communiste chinois (PCC).

Pour savoir qui est le vrai responsable de cela – le premier plan d’action politique sérieux dévoilé par les nouveaux dirigeants chinois, le Président Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang – Il faut juste jeter un coup d’œil sur la photo : ce sont les sept membres du Comité permanent du Politburo, les hommes qui gouvernent vraiment la Chine.

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Et ce qui est en jeu, ne peut être plus sérieux, rien de moins que les choix stratégiques portant sur l’ascension inévitable de la Chine au rang de première économie du monde.

Il faut toujours se rappeler comment le PCC fonctionne. Le plénum était censé « parvenir à un consensus » parmi l’élite du PCC et donner le ton pour la prochaine étape du développement effréné de la Chine.

Et pourtant, l’anti-climax semble être devenu le concept clé ici. La frénésie des médias en Chine, véritable pré-assemblée plénière, avait été implacable – du style « le changement auquel nous pouvons croire » (non, rien à voir avec les campagnes politiques de style américain ave ses milliards de dollars). Après tout, le numéro 4 au sein du Comité permanent du Politburo, Yu Zhengsheng, avait publiquement promis des réformes «sans précédent», conduisant à une “profonde transformation de l’économie, de la société et d’autres sphères”.

La frénésie a été principalement générée par une feuille de route pour la réforme publiée par le Centre de recherches pour le développement du Conseil d’Etat – la soi-disant « 383 plan ». Dans la tradition numérologique chinoise, la feuille de route délimitait le « train de pensée trois-en-un, les huit domaines clés et les trois projets de réforme ». Le secret de la réussite de la réforme serait «la gestion correcte des liens entre le gouvernement et le marché”.

L’un des auteurs du rapport, Liu He, directeur du groupe central des affaires économiques et financières et directeur adjoint de la National Development and Reform Commission, est en fait devenu une superstar. Et juste avant l’assemblée plénière, le Président – et secrétaire général du PCC – Xi Jinping a souligné, «la réforme et l’ouverture sont un processus sans fin”.

Je veux mon glasnost avec de la glace, s’il vous plaît

Alors, jusqu’où ira vraiment cette glasnost avec des caractéristiques chinoises ? L’opinion publique chinoise n’a toujours pas eu accès aux détails de l’énigme de dragon à l’intérieur de la devinette – ou vice-versa – mais tout de ces réformes influent directement sur la vie des 1,3 milliard de personnes. En fait, la boîte contenant l’énigme est cachée à l’intérieur d’une pyramide – reflétant un processus décisionnel monopolisé par l’élite sage et avisée du parti. «Transparence», ici, n’a aucun sens, même pas virtuel.

Tout le monde s’attendait aux promesses du parti de renforcer l’indépendance du système judiciaire chinois et de continuer à lutter contre la corruption et l’injustice sociale.

Tout le monde s’attendait à un assouplissement de la politique de l’enfant unique vieille de 33 ans – permettant à davantage de couples d’avoir un deuxième enfant, ce qui est naturel, compte tenu du fait que le PCC vise une économie axée sur le consommateur et que la population chinoise vieillit.

Tout le monde s’attendait au ‘’taclage’’ de la réforme agraire, directement liée àla nouvelle directive sur l’urbanisation .

Et pour la petite histoire, c’est la première fois que le PCC a reconnu que «les secteurs public et privé sont les mêmes éléments importants d’une économie de marché socialiste et les bases importantes de développement économique et social de notre nation”.

Dans la pratique, cela signifie que le PCC va démanteler les monopoles du secteur étatique en quelques secteurs stratégiques. L’investissement privé serait autorisé, par exemple, dans le secteur bancaire, l’énergie, les infrastructures et les télécommunications. Cela signifie aussi que de nombreuses entreprises d’Etat cesseront de fonctionner comme les bras de la bureaucratie gouvernementale. Dans ce cas, il faudra s’attendre à une opposition féroce de la part des intérêts bien établis de manière proverbiale – comme les élites politiques régionales qui luttent contre Pékin.

Le plan directeur du PCC est d’élargir la classe moyenne chinoise à plus de 50% de la population en 2050 (il est actuellement de 12%) – égalisation vers plus de consommation avec la stabilité sociale. Pour l’instant, le secteur public représente 25% du PIB de la Chine. La plupart des entreprises en Chine sont déjà publiques/privées – mais avec 25% de toutes les entreprises privées ayant des sociétés mères appartenant à l’Etat. Seulement 1,3% des travailleurs chinois sont des entrepreneurs privés. Deux tiers d’entre eux ont déjà travaillé dans le système parti-Etat. Et 20% avaient une position de leadership dans leur gouvernement ou système de parti local.

Le rôle central de l’Etat ne devrait pas être modifié par les réformes à venir. Après tout, 40% des entrepreneurs sont membres du PCC. Ils ont fait de beaux bénéfices avec la privatisation du logement. Ils n’offrent aucune opposition politique au CCP – et vont certainement profiter de ces réformes. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est un système plus efficace et une plus grande justice sociale. Ils ne recèlent aucune idée de changement de régime.

Regardez ces camarades se déchirer

En fin de compte, le problème clé absolu pour la conduite future de la Chine peut facilement être formulé à la manière chinoise : Comment modifier l’économie sans réforme politique. Même le petit timonier Deng Xiaoping – sans doute le plus grand homme de la deuxième partie du 20e siècle – a souligné à plusieurs reprises que la réforme économique en Chine ne saurait aller bien loin sans une réforme du système politique.

À court et à moyen terme, il est difficile de voir le PCC permettant les caprices de la Déesse marché secouer et brinqueballer l’économie chinoise à volonté. Plus de «marché» de style occidental va inévitablement accentuer les inégalités régionales à des niveaux excessifs – exactement au moment où le PCC fait de gros efforts pour accélérer le développement des provinces intérieures les plus pauvres.

Le communiqué sibyllin est bien sûr seulement une feuille de route abrégée. Il faudra des jours, des semaines et même des mois pour que ses implications détaillées apparaissent. Ce qui est certain, c’est que le “rôle déterminant” de la réforme du marché implique le PCC à la barre, surveillant chaque étape du processus.

C’est comme un ninja essayant de dompter un très puissant dragon non-stop. Ce sera une bataille épique pour le millénaire, de regarder le PCC – une immense bureaucratie structurelle intégrée dans le gouvernement chinois – accomplir cet acte d’équilibrage ; faisant correspondant ses instincts pour un contrôle centralisé encore plus fort (pas beaucoup de glasnost pour l’Internet, par exemple), avec une explosion du darwinisme social causée par ces forces «irrationnelles» qui se foutent pas mal de l’emploi et de la stabilité sociale.

Les Gweilos – ou barbares étrangers en général – vont sous-estimer la détermination chinoise à leurs risques et périls. Quand le Petit Timonier a lancé sa propre réforme économique – et la marque de la glasnost – en 1978, il a mis le PCC sens dessus-dessous, le triturant cherchant la quadrature du cercle ; un développement économique effréné lui fournit une marge de manœuvre pour gérer les problèmes politiques, et certains changements politiques permettant à leur tour un  développement économique encore plus vertigineux.

Alors que se passera-t-il si Xi et Li arrivent avec un remix Deng – comme par exemple inventer un nouveau concept de marché avec des caractéristiques chinoises? Seul le ciel en est la limite, ou la Chine elle-même telle qu’elle fut pendant 18 des 20 derniers siècles.

Pepe Escobar

Article original en anglais : China’s market enigma, Asia Times, le 13 novembre 2013

Traduction Avic, http://reseauinternational.net/

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Deux dangereux mensonges sur la Syrie

novembre 19th, 2013 by Ghaleb Kandil

Des analystes et des observateurs, mus par de bonnes intentions, tombent dans les pièges des mensonges sémiologiques véhiculés sur la Syrie. Parmi les plus dangereux mensonges, celui d’”opposition armée” et l’”impossibilité de la solution militaire”. Certains prennent pour prétexte ces deux postulats mensongers pour appeler au dialogue, qualifiée de seule voie pour un règlement politique. Pourtant, dès le début de la crise, le pouvoir syrien a plaidé pour le dialogue, et le président Bachar al-Assad a expliqué sa vision de ce dialogue national, qu’il considère comme un moyen pour élargir la base du partenariat national, et pour reconstruire les institutions de l’Etat tout en préservant et en consolidant l’indépendance nationale. Pour encourager le dialogue, les autorités syriennes ont multiplié les amnisties pour les personnes impliquées dans l’insurrection armée. Plus récemment, l’Etat a franchi un grand pas sur la voie du règlement du problème des déserteurs des forces armées, dont un grand nombre combat aujourd’hui dans les rangs de l’Armée arabe syrienne et certains sont même tombés en martyrs sur le champ d’honneur.

Le terme “opposition armée” vise en réalité à dissimuler la véritable composition des groupes qui combattent l’armée syrienne, et qui constituent le noyau de l’agression coloniale contre la Syrie, son peuple et ses institutions. Ce terme est un voile qui cache d’horribles vérités dont voici les plus importantes :

-Ces groupes armés sont composé de dizaines de milliers de combattants venus de 80 pays des cinq continents. C’est un mélange de mercenaires internationaux et de recrues des réseaux terroristes takfiristes. Beaucoup ont été recrutés par des compagnies internationales, comme Blackwater, qui a envoyé en Syrie des milliers de mercenaires. De nombreux médias ont publié des enquêtes sur des contrats passés par ces compagnies avec d’anciens militaires, qui ont servi sous la bannière des Nations unies dans plusieurs pays.

-Les rapports publiés par la presse et les centres de recherche indiquent que près de la moitié des effectifs des groupes armés est composée de mercenaires et de terroristes étrangers, saoudiens, tchétchènes, afghans, turcs, indonésiens, somaliens, libyens et tunisiens. Beaucoup d’autres sont Européens, Australiens ou Américains. Aucune norme scientifique ne permet donc de dire que tous ces combattants sont des opposants syriens. Il s’agit soit de mercenaires, achetés grâce à l’argent des Etats qui financent la guerre contre la Syrie, soit des terroristes takfiristes qui participent à la destruction de l’Etat syrien.

-En dehors d’Al-Qaïda, il existe plus d’un millier de groupes armés de différentes, selon les études préparées par les centres de recherche, y compris le Pentagone. Les correspondants de presse étrangers, qui ont enquêté sur le terrain, affirment que la plupart de ces groupes comptent sur le financement du Qatar et de l’Arabie saoudite, soit d’une manière directe soit à travers la Coalition de Doha et le Conseil d’Istanbul ou encore le conseil militaire de ladite Armée syrienne libre.

-Ces groupes se financent aussi à travers le pillage des biens publics et privés, le racket et autres rançonnages.

Le fait de véhiculer l’idée de l’impossibilité de l’option militaire vise, pour sa part, à saper le moral du peuple syrien et de l’Armée arabe syrienne et à se dérober à l’obligation d’assécher les sources de financement du terrorisme. Or cela est une condition nécessaire pour stopper la violence, qui est entretenue par les Etats qui soutiennent les mercenaires et les terroristes.

Les Etats-Unis, les monarchies du Golfe, la Turquie, Israël et la France, sont déterminés à faire durer la guerre d’usure, La question qui se pose est celle de savoir qu’elles sont les options d’un Etat “normal”, confronté à une agression de groupes terroristes qui vivent grâce à l’anarchie ? N’est-ce pas la solution militaire ? Est-il possible d’inviter au dialogue le Front al-Nosra, l’Etat islamique en Irak et au Levant ainsi que des centaines d’autres groupes extrémistes, alors que les vitrines politiques des agents de l’étranger n’ont aucune influence sur eux pour les pousser à rendre les armes ou à respecter un cessez-le-feu ?

L’option militaire pourrait prendre du temps et consommer des moyens, mais c’est la seule façon de permettre à l’Etat syrien de se redresser. Elle nécessite une unité entre le peuple, l’armée et le commandement, seule base solide pour défendre la souveraineté et l’indépendance nationales. Et s’il existe vraiment une opposition patriotique, elle est invitée à se joindre à l’Etat dans sa bataille pour la défense de l’existence de la Syrie et de son Etat.

Ghaleb Kandil

Tendances de l’Orient

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 161 lundi 18 novembre 2013.
Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.

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Les juges manifestent leur colère à la Kasbah. Ils n’ont pas digéré les dernières nominations d’Ali Laâridh, qui a mis à l’écart l’Instance Indépendante provisoire de l’ordre judiciaire (IIPOJ). Un dépassement du  pouvoir exécutif  qui a été perçu comme une attaque délibérée contre la magistrature. 

 

L’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) a organisé ce samedi  16 novembre, une manifestation à la Kasbah pour contester les deux nominations que le chef du gouvernement Ali Laaridh a promulgué le 7 novembre, celles de l’inspecteur général Taha Lamine Barguaoui et du président du tribunal immobilier Fatma Zahra Ben Mahmoud, en mettant à l’écart l’Instance Indépendante provisoire de l’ordre judiciaire (IIPOJ).

En nommant des juges, Ali Laaridh change la composition même de l’Instance provisoire de l’ordre judiciaire

«En nommant les nouveaux inspecteur généraux et le président du tribunal immobilier, le chef du gouvernement Ali Laaridh change, sans l’aval de l’Instance, sa composition même, un coup de force qui a porté atteinte à la première institution indépendante émanant d’un pouvoir légitime, celui de l’Assemblée Constituante» a dénoncé ce matin le juge Omar Weslati, présent à la manifestation.

Rappelons que les juges qui ont été remplacés sont : Le président du Tribunal immobilier Nouri Ktiti et l’inspecteur général auprès du ministère de la Justice : Khaled Barrak [1]

Dans son communiqué publié le 14 novembre, l’AMT a demandé au chef du gouvernement de ”ne signer aucun décret pour nommer des juges sans en référer  à l’Instance (IIPOJ) et de renoncer aux deux nominations faites le 7 novembre”.

Pour les magistrats, ce dépassement du  pouvoir exécutif  est une attaque délibérée contre la magistrature, les juges, et l’Instance qui est une institution émanant de l’Assemblée Constituante.

« Cette action vise à marginaliser l’Instance qui travaille en toute indépendance. Pour la première fois dans l’histoire de la magistrature en Tunisie les candidatures des hautes fonctions de juges (des sept grands juges) ont été ouvertes. Le citoyen doit comprendre ce que veut dire « le président du tribunal de l’immobilier, ce que veut dire Inspecteur général, …Ces hautes fonctions sont d’une grande importance ! » a déclaré avec force et conviction Mme  Raoudha  Karafi, vice-présidente de l’AMT.

Selon les juges, en prolongeant l’activité de juges après la retraite,  M. Laaridh a rompu sa promesse

Le 7 novembre 2013, outre les nominations, le chef du gouvernement Ali Laaridh a également maintenu en activité, à compter du 1 er mars 2014 deux magistrats pour un an de plus après leurs retraites. (Cf. JORT n°: 090 du 12/11/2013)

Il s’agit de M. Abdelkader Bahloul, procureur général de la Cour d’Appel de Tunis (faisant donc partie des sept grands juges aussi) et de Nejiba Rouissi, directrice des affaires pénales et avocate générale près du ministère de la Justice.

Les prolongations de ces deux postes ont été ainsi faites par M. Laaridh en avance de quatre mois pendant que le gouvernement et l’opposition discutent de la nomination d’un nouveau chef du gouvernement dans le cadre du dialogue national.

D’après la présidente de l’AMT, Kalthoum Kannou, ces décrets de prolongations, faits le 7 novembre, sont en contradiction avec la promesse que M. Laaridh a faite aux juges le 10 juin 2013, leur promettant de ne plus recourir à ce genre de pratique.

Les magistrats refusent les nominations des juges « derrière des portes closes »

L’instance provisoire de l’ordre judiciaire a rompu, lors du dernier mouvement de la magistrature, avec les pratiques de l’ancien régime, en permettant aux juges de candidater en toute transparence aux hautes fonctions. C’est pour cette raison que les nominations de M. Laaridh ont été considérées comme une action faite en huis clos, permettant les marchandages de postes.

« Voilà que le gouvernement veut nommer ces juges au milieu de la nuit, derrière des portes closes, selon la loyauté politique, voilà ce que nous subissons aujourd’hui … Le juge est proposé le ministre de la justice et le chef du gouvernement devient immunisé vis-à-vis des citoyens car il se sent protégé par le politique, devient corrompu. Ainsi, le pouvoir en place règle ses comptes partisans avec ses adversaires. Il faut que le citoyen comprenne cela ! » a déclaré Mme Karafi,.

Mme Karafi a remercié  l’Instance et la société civile qui militent pour l’indépendance de la justice et a interpelé les Tunisiens

« Citoyen tunisien, l’Instance Indépendante provisoire de l’ordre judiciaire, veut choisir pour toi, en transparence, le juge compétent, le juge intègre, le juge droit, dans les fonctions, le juge indépendant. Aujourd’hui, ce gouvernement dit « non » à cela, il ne veut pas que l’institution judiciaire se rétablisse de ses maux, il ne veut pas que l’institution agisse en transparence, avec droiture.

Aujourd’hui, ce gouvernement nous  fait régresser au mauvais héritage de Ben Ali, à cette loi 67 qui a corrompu les juges et la magistrature tunisienne, qui lui fait peur en le changeant de ville, en l’appâtant par des promotions, au point de rendre le juge faible, pour que le pouvoir politique au gouvernement,  puisse attaquer ses adversaires en utilisant les juges apeurés. »

Nous avons contacté le ministère de la Justice et le chef du gouvernement mais nous n’avions pas de réponse. Nous réessayerons dès le début de la semaine prochaine en espérant une réponse à nos questions.

L.W.

______________________________________________________________________

[1] Cinq parmi les « sept grands juges » qui composent l’Instance, selon le projet de loi amendé par l’ANC :

-Le premier président de la Cour de cassation : Ibrahim Mejri
-Le procureur général à la Cour de cassation : Ridha Ben Amor
-Le procureur général directeur des services judiciaires : Mohamed Hedi Ben Cheikh Amed
-L’inspecteur général auprès du ministère de la Justice : Khaled Barrak remplacé par Taha LamineBarguaoui
-Le président du Tribunal Immobilier : Nouri Ktiti (remplacé par Fatma Zahra Ben Mahmoud)

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Quel est le véritable programme de l’état policier américain?

novembre 19th, 2013 by Dr. Paul Craig Roberts

Dans ma dernière chronique, j’ai souligné qu’il était important pour les citoyens américains d’exiger de savoir quels sont les vrais programmes qui sont derrière les guerres qu’ont choisi de faire les régimes de Bush et d’Obama. Ce sont des guerres majeures à long terme d’une durée de deux à trois fois celle de la Seconde Guerre mondiale.

Forbes rapporte que un million de soldats américains ont été blessés en Irak et en Afghanistan. http://www.forbes.com/sites/rebeccaruiz/2013/11/04/report-a-million-veterans-injured-in-iraq-afghanistan-wars/

RT rapporte que le coût du maintien de chaque soldat américain en Afghanistan a augmenté de 1,3 million de dollars à 2,1 millions de dollars par soldat.http://rt.com/usa/us-afghanistan-pentagon-troops-budget-721/

Matthew J. Nasuti rapporte dans Kabul Press qu’il a coûté aux contribuables 50 millions de dollars pour tuer un soldat taliban. Cela signifie qu’il a coûté 1 milliard de dollars pour tuer 20 combattants talibans.http://kabulpress.org/my/spip.php?article32304 C’est une guerre qui ne peut être gagnée qu’au prix de la faillite totale des États-Unis.

Joseph Stiglitz et Linda Bilmes ont estimé que les dépenses déjà réalisées et les coûts futurs déjà engagés dans les guerres d’Afghanistan et d’Irak se montent au moins à $ 6 billions.

En d’autres termes, c’est le coût de ces deux guerres qui expliquent l’explosion de la dette publique américaine et les problèmes économiques et politiques associés à cette dette importante.

Qu’ont gagné les États-Unis en échange de $ 6 billions et un million de soldats blessés, dont beaucoup très sévèrement?

En Irak, il y a maintenant un régime islamiste chiite allié à l’Iran à la place d’un régime laïc sunnite qui était un ennemi de l’Iran, le nouveau aussi dictatorial que l’ancien, qui préside sur les ruines de la guerre, au milieu d’une violence permanente aussi élevée que pendant la tentative d’occupation américaine, et des malformations congénitales abominables dues à des substances toxiques associées à l’invasion et à l’occupation américaine.

En Afghanistan, il y a des talibans invaincus et apparemment invincibles et un trafic de drogue ravivé qui inonde le monde occidental.

La cerise sur ces “succès” de Bush et Obama sont des demandes de partout dans le monde que les Américains et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair rendent des comptes sur leurs crimes de guerre. Certes, la réputation de Washington a chuté à la suite de ces deux guerres. Il n’y a plus aucun gouvernement de par le monde qui soit assez crédule pour croire un seul mot de ce que dit Washington.

Ce sont des coûts énormes pour des guerres pour lesquelles nous n’avons aucune explication.

Les régimes Bush / Obama ont mis au point diverses histoires de couverture: une «guerre contre le terrorisme», «Nous devons les tuer là-bas avant qu’ils ne viennent ici», «armes de destruction massive », « vengeance pour le 11/9 », « Oussama ben Laden » (qui est mort de ses maladies en Décembre 2001, comme ça a été largement rapporté à l’époque).

Aucune de ces explications n’est viable. Ni les talibans ni Saddam Hussein n’ont été engagés dans le terrorisme aux États-Unis. Comme les inspecteurs en désarmement en avaient informé le régime de Bush, il n’y avait pas d’ADM en Irak. Envahir les pays musulmans et massacrer des civils sont plus susceptibles de créer des terroristes plutôt que de les supprimer. Selon l’histoire officielle, les pirates de l’air du 11/9 et Oussama ben Laden étaient Saoudiens, pas Afghans ou Irakiens. Pourtant, ce n’était pas l’Arabie saoudite qui a été envahie.

La démocratie et un gouvernement responsable n’existent tout simplement pas lorsque le pouvoir exécutif peut amener un pays à la guerre au nom d’agendas secrets opérant derrière des histoires de couverture qui sont des mensonges transparents.

Il est tout aussi important de poser ces mêmes questions au sujet du programme de l’état policier américain. Pourquoi Bush et Obama ont-ils supprimé la protection de la loi comme bouclier pour le peuple pour la transformer en une arme dans les mains de l’exécutif? Comment les Américains sont-ils plus en sécurité en se débarrassant de leurs libertés civiles? La détention illimitée et sans application normale de la loi sont les maîtres mots de l’Etat tyrannique. Ils sont le terrorisme, pas une protection contre le terrorisme. Pourquoi toutes les communications de chaque Américain et apparemment les communications de la plupart des autres personnes dans le monde, y compris les alliés européens les plus fidèles de Washington, sont susceptibles d’être interceptées et stockées dans une gigantesque base de données de l’état policier? Comment cela protège-t-il les Américains contre les terroristes?

Pourquoi est-il nécessaire pour Washington d’attaquer la liberté de la presse et d’expression, de fouler aux pieds la loi qui protège les dénonciateurs comme Bradley Manning et Edward Snowden, de criminaliser la dissidence et les manifestations, et de menacer des journalistes tels que Julian Assange, Glenn Greenwald et le journaliste de Fox News James Rosen ?

Comment le fait de garder les citoyens dans l’ignorance des crimes de leur gouvernement peut-il les mettre à l’abri des terroristes?

Ces persécutions des diseurs de vérité n’ont rien à voir avec la «sécurité nationale» et le fait de «mettre les américains à l’abri des terroristes.” Le seul but de ces persécutions est de protéger le pouvoir exécutif contre la révélation de ses crimes. Certains des crimes de Washington sont si horribles que la Cour pénale internationale prononcerait une condamnation à mort si les coupables pouvaient être traduits en justice. Un gouvernement qui va détruire les protections constitutionnelles de la liberté d’expression et de la liberté de la presse afin d’empêcher que ses actions criminelles ne soient divulguées est un gouvernement tyrannique.

On hésite à poser ces questions et même à faire les remarques les plus évidentes de peur non seulement d’être mis sur une liste de surveillance et d’être sous le coup d’une accusation ou une autre, mais aussi par crainte que ces questions puissent provoquer un false flag qui pourrait servir à justifier l’état policier qui a été mis en place.

C’est peut-être ce qu’a été l’attentat du marathon de Boston. Les déclarations du gouvernement ont pris le pas sur la preuve de la culpabilité des deux frères. Il n’y a rien de nouveau dans la manière dont le gouvernement piège des boucs émissaires. Ce qui est nouveau et sans précédent c’est le verrouillage de Boston et sa banlieue, l’apparition de 10.000 soldats lourdement armés et des chars pour patrouiller dans les rues et fouiller sans mandat les maisons des citoyens, tout cela au nom de la protection du public contre un enfant blessé de 19 ans.

Non seulement rien de ce genre n’est jamais arrivé aux États-Unis, mais aussi ce n’aurait pas pu être organisé sous l’impulsion du moment. Ça devait déjà être en place, en attente pour l’événement. Ce fut un galop d’essai pour ce qui est à venir.

Les américains ignorants, les conservateurs du type « la loi et l’ordre», particulièrement crédules, n’ont même aucune idée sur la militarisation de leur police locale. J’ai regardé les forces de police locale s’entrainer dans des clubs de tir. Les policiers ont appris à tirer d’abord non pas une fois mais plusieurs fois, pour protéger leurs vies en premier à tout prix, et non pas à risquer leur vie en posant des questions. C’est pourquoi un gamin de 13 ans avec le fusil jouet a été mis en pièces. Un interrogatoire aurait révélé qu’il s’agissait d’une arme-jouet, mais interroger le “suspect” aurait pu mettre en danger les précieux policiers qui sont formés pour ne prendre aucun risque.

La police opère de la même manière que le pouvoir de tuer présidentiel d’Obama : assassiner d’abord, puis créer un dossier contre la victime.

En d’autres termes, cher citoyen américain, votre vie ne vaut rien, mais les policiers que vous payez, non seulement n’ont aucun compte à rendre, mais aussi leurs vies ont une valeur inestimable. Si vous vous faites tuer dans l’exercice de leur fonction, ce n’est pas une grosse affaire. Mais ne blessez pas un policier voyou dans un acte de légitime défense. Je veux dire, qui pensez-vous que vous êtes, une sorte d’américain mythique, libre avec des droits ?

Paul Craig Roberts

paulcraigroberts.org

Article original en anglais :

USdollarsWhat Is The Real Agenda Of The American Police State? publié le 14 novembre 2013

Traduction: Avic, http://reseauinternational.net/

 

Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livreThe Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici: http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/

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«What I see in Nature is a grand design that we can comprehend only imperfectly, and that must fill a thinking person with a feeling of humility…»

Albert Einstein Quoted in Dukas and Hoffmann, ´´AE: The Human Side», 39

«Ce que je vois dans la nature est un grand dessein que ne nous pouvons comprendre que de manière imparfaite, et que doit remplir une personne qui réfléchit avec un sentiment d’humilité…»

Albert Einstein

De tout temps, les hommes se sont posés les questions suivantes, fruit d’une inquiétude légitime: Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Comment expliquer l’ordre superbe de l’Univers, depuis la délicate harmonie d’une humble fleur des champs, jusqu’à la splendeur sombre de la voûte étoilée? Suffit-il de laisser agir les lois de l’Univers pour qu’à partir du hasard naisse naturellement la vie ou faut-il imaginer qu’au-delà des choses visibles, il y a encore autre chose, une Intelligence discrète, un horloger, qui animerait la matière et lui donnerait souffle?

21 mars 2013, l’Agence spatiale européenne annonce les résultats reçus du satellite Planck lancé le 14 mai 2009. Pour rappel, Planck est un illustre physicien prix Nobel qui laissa à la physique sa fameuse constante «h» appelée par la suite en hommage, la constante de Planck qui permet de connaitre l’énergie émise par un photon. E= h «nu». La mission du satellite était d’explorer les confins de l’univers après le Big Bang, c’est-à-dire retrouver les premiers instants, la toute première lumière émise très froid à peine 2,72 degrés au-dessus du zéro absolu. Bien avant le satellite Planck il y eut Prognoz, un satellite soviétique lancé en 1983. Cobe lancé par les Américains en 1989, Wmap en 2000.

Pendant 1000 jours le satellite Planck a fouillé les confins de l’univers pour tenter de répondre aux questions des physiciens et de l’humanité: Comment l’univers a-t-il été créé? Est-il gouverné par le hasard ou par un ordre profond?Y avait-il quelque chose avant le Big Bang? Les premiers résultats sont fantastiques, le satellite Planck a permis de préciser l’âge de l’Univers à 13, 820 milliards d’années. Planck a décelé des «anomalies». Les écarts entre les parties «chaudes» et froides du rayonnement fossile n’excèdent pas quelques millionièmes de degré. D’où viennent-ils? Déjà en 1994 rapportent Igor et Grichka Bogdanov dans leur ouvrage Le mystère du satellite Planck: «Qui y avait-il avant la création de l’Univers?». Le prix Nobel Georges Smoot proclame dans le livre qu’il a consacré à ses infimes différences de température: «Nous ne sommes pas le résultat d’un simple accident cosmique.»(1)

De fait, la première lumière de l’univers, le «Fiat Lux» de la Bible? semble réglée au millionième près. Par quel miracle? Comment est-ce possible? Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien proclamait en son temps Leibnitz? Avec le satellite Planck, avec le boson de Higgs la question est plus que jamais d’actualité. L’un des résultats les plus spectaculaires est que de plus en plus on parle de l’avant-Big Bang qui était censé décrire le déroulement de la création de l’univers à partir d’un point que l’on ne peut atteindre et que l’on avait justement la barrière de Planck à 10-43 sec. Georges Efstathiou astrophysicien à Cambridge déclarait justement à la réception des résultats envoyés par le satellite Planck: «Il est parfaitement possible que l’univers ait connu une phase avant le Big Bang qui ait vraiment existé et que l’on puisse suivre l’histoire de l’univers jusqu’à cette période précédant le Big Bang.» On est amené à penser avec certains physiciens que le Big Bang n’était qu’une étape. Peut-on alors voir des traces de l’avant Big Bang?

Souvenons-nous de l’aventure de Arno Penzias et Robert Penzias ingénieurs des laboratoires de Bell qui, les premiers, furent dérangés lors de la mise en place de leur antenne pour un tout autre objectif de ce «bruit de fond» qui persistait à rester quels que soient les réglages opérés sur la grande antenne. Ce signal correspond à une très basse température et il est partout présent dans l’univers. Ce bruit de fond prévu par le physicien Gamow dans les années quarante raconte en fait l’histoire de l’univers, ou plutôt sa signature. On raconte que Fred Hoyle ardent défenseur du modèle d’univers «immuable» fut perturbé au point de tourner en dérision la découverte et l’appelait Big Bang (le grand boum).

Un homme osa s’opposer aux équations d’Einstein et à sa théorie de la relativité: Alexander Friedmann. Il remet en cause justement l’approximation faite par Einstein avec sa constante cosmologique qui, en quelque sorte, cloue l’univers sur place. Il vient de démontrer que l’univers tout entier est en expansion et qu’il a existé un moment où

‘univers tout entier était un point loin dans le temps «ce que démontrera expérimentalement Edwin Hubble qui constate que les galaxies se déplaçaient vers le rouge, (effet Doppler).

L’avènement du boson de Higgs

Justement, comment les particules sont nées? Une découverte majeure a été faite début juillet 2012. «Il n’y a plus de doutes. Les explorateurs de l’infiniment petit viennent enfin de mettre la main sur une nouvelle particule. Les particules élémentaires doivent peut-être leur masse à l’insaisissable boson de Higgs. Dans les années 1970, les physiciens ont compris qu’il y avait des liens étroits entre deux des quatre forces fondamentales, la force faible et la force électromagnétique. Ces dernières peuvent être décrites dans le cadre d’une théorie unifiée, qui constitue la base du Modèle standard. On entend par «unification» le fait que l’électricité, le magnétisme, la lumière et certains types de radioactivité sont tous des manifestations d’une seule et même force appelée force électrofaible. Les équations fondamentales de la théorie unifiée décrivent de façon correcte la force électrofaible et ses particules porteuses de force associées, à savoir le photon et les bosons W et Z.

Dans ce modèle, toutes ces particules paraissent dépourvues de masse. Or si le photon a effectivement une masse nulle, nous savons que les particules W et Z ont une masse non nulle, équivalente à près de 100 fois la masse d’un proton. Heureusement, les théoriciens Robert Brout, François Englert et Peter Higgs ont proposé une théorie qui devait résoudre ce problème. Ce que nous appelons à présent mécanisme de Brout-Englert-Higgs donne une masse au W et au Z lorsqu’ils interagissent avec un champ invisible, dit «champ de Higgs», présent dans tout l’Univers. Juste après le Big Bang, le champ de Higgs était nul, mais, lorsque l’Univers a commencé à se refroidir et que la température est tombée en dessous d’une certaine valeur critique, le champ s’est développé spontanément, si bien que toutes les particules interagissant avec ce champ ont acquis une masse. Plus une particule interagit avec ce champ, plus elle est massive. Les particules comme le photon, qui n’interagissent pas avec le champ, se retrouvent dépourvues de masse. Comme tous les champs fondamentaux, le champ de Higgs est associé à une particule, le boson de Higgs. Le boson de Higgs est la manifestation visible du champ de Higgs, un peu comme la vague à la surface de la mer.» (2)

L’Univers est-il né par hasard?

Aujourd’hui, à l’instant du Big Bang, l’univers est encadré par une série de constantes cosmologiques qui gouvernent à chaque instant chaque étape de la naissance de la matière. A tel point que certains physiciens parlent de miracle car sa naissance est parfaitement ordonnée ce qui a fait dire à Georges Smoot prix Nobel que «le Big Bang est l’évènement le plus cataclysmique que nous puissions imaginer, et à y regarder de plus près apparaît finement orchestré». Citons l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan qui nous explique une constatation acceptée par tous les chercheurs, appelée principe anthropique: «L’univers se trouve avoir, très exactement, les propriétés requises pour engendrer un être capable de conscience et d’intelligence. Les astrophysiciens peuvent jouer aux dieux créateurs en construisant des modèles d’univers, chacun avec sa propre combinaison de constantes et de conditions initiales, grâce à la puissance des ordinateurs modernes. La question… qu’ils se sont posée pour chaque modèle d’univers est: héberge-t-il la vie et la conscience après une évolution de 13,7 milliards d’années?»(3)

«La réponse est…: la vaste majorité des univers possède une combinaison perdante (…) – sauf le nôtre (…) La précision stupéfiante du réglage de la densité initiale de notre univers est comparable à celle que devrait montrer un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’univers, à une distance de quelque 14 milliards d’années-lumière.» «Aucun scientifique ne contestera le réglage très précis des constantes physiques et des conditions initiales de l’univers pour permettre notre existence (…) Les débats surviennent quand il s’agit d’aller plus loin, quand on aborde le principe anthropique fort (…): ce réglage est-il dû au seul hasard? Ou bien résulte-t-il de la nécessité, si bien que les valeurs des constantes… sont les seules permises? Disons-le tout de suite: la science est incapable de trancher entre ces deux propositions. Une autre raison pour laquelle je m’insurge contre l’hypothèse du hasard est que je ne puis concevoir que toute la beauté, l’harmonie et l’unité du monde soient le seul fait de la chance (…) Je pense qu’il faut parier, comme Pascal, sur l’existence d’un principe créateur (…) mais c’est un postulat que la science est incapable de démontrer, qui relève de la métaphysique.» (3)

Il est vrai que si une seconde après le Big Bang le taux d’expansion a été à peine plus lent (de 1milliardième) alors inéluctablement le cosmos n’aurait pas pu s’arracher à la gravitation et se serait effondré sur lui-même en un magma informe et je ne serais pas là pour en parler… A l’inverse, un Big Bang un milliardième plus rapide et la matière se serait dispersée en poussière dans le vide, ne laissant aucune chance aux étoiles de se former et là encore il n’y aurait pas de système solaire. Si un seul de ces paramètres avait une très faible déviation même d’une valeur infime, la vie n’aurait jamais pu émerger de la matière et la matière elle-même n’aurait jamais pu se former. Le réglage de la constante cosmologique est précis jusqu’à la 120e décimale. Ce fut alors la chasse aux preuves, cela démarra avec le satellite soviétique Prognoz qui réussit à montrer que le rayonnement fossile avait un spectre de corps noir. Ce qui fut confirmé six ans plus tard par le satellite Cobe. L’astrophysicien Smoot a pu en regardant les premières images du rayonnement fossile s’exclamer:

«C’est comme voir le visage de Dieu» «Quelque chose semble inscrit dans cette lueur de l’aube cosmique. Comme un code mystérieux que Georges Smoot a appelé l’écriture manuscrite de Dieu. Remonter en arrière jusqu’à la création, regarder l’apparition de l’espace et du temps et de l’univers et de tout ce qu’il y a dedans, mais aussi voir l’empreinte de celui qui a fait tout çà.»(4)

La découverte du boson de Higgs annoncée début juillet 2012 est essentielle car les particules de lumières initiales n’avaient pas de masse. C’est le boson de Higgs qui les a «alourdies». Une partie de l’énergie devient matière. A l’origine du monde, tout n’était qu’énergie ou rayonnement. Point de particules,. Le calme plat dans un environnement très chaud. Puis l’Univers grandit et du coup la température baisse. Pour l’Univers, à ce moment-là, une partie de l’énergie devient matière, Ce qui était plat, identique dans toutes les directions, devient turbulent et asymétrique. Plus précisément, une partie de ce qui n’était qu’énergie devient matière stable et pesante. Le boson BEH leur a donné leur masse. Mais qui a donné la masse au boson?

Justement, face au mystère du monde il eut ces paroles lourdes de signification:

«Nous sommes dans la position d’un petit enfant entrant dans une immense bibliothèque dont les murs sont couverts jusqu’au plafond avec des livres écrits dans de nombreuses langues différentes. L’enfant sait que quelqu’un a écrit ces livres. Mais il ne sait pas qui, ni comment. Et il ne comprend pas les langues dans lesquelles ils sont écrits… Telle est je crois, l’attitude de l’esprit humain même le plus grand et le plus cultivé face à Dieu.» (5)

Le boson de Higgs a-t-il révélé l’existence d’une transcendance?

Le recours à la transcendance dans les découvertes est une constante de la tentation prométhéenne de l’homme. On a d’abord parlé du visage de Dieu et maintenant de la particule de Dieu. Où faut-il en rechercher l’origine? De manière naturelle avant le Big Bang, moment où la matière et l’énergie n’existaient pas encore.

«C’est une création à partir de rien. L’apparition à partir de rien de notre Univers.» Instant inouï où apparaissent à la fois Matière et Espace- Temps. «L’évolution du Monde peut être comparée à un feu d’artifice qui vient de se terminer… Nous voyons s’éteindre doucement les soleils et cherchons à reconstituer l’éclat disparu de la formation des mondes» écrit Hubble. Toutes ces lois semblent issues «d’un esprit immensément supérieur à celui de l’homme», dit Einstein qui croyait «au Dieu de Spinoza révélé dans l’harmonie du monde, mais pas en un Dieu qui se préoccuperait des faits et gestes de chacun». (6)

« La découverte du boson de Higgs écrit Fabien Trécourt, appelé aussi “particule de Dieu”, devrait éclairer les scientifiques sur l’origine de l’univers (…)Les quarks se couvrent de bosons comme on se couvrirait de neige. Ils acquièrent ainsi une masse et peuvent se lier pour former de nouvelles particules. Celles-ci, à terme, donneront de la matière. (…) Néanmoins, cette découverte ´´pose autant de questions qu’elle apporte de réponses, précise le bulletin du Cern. Par exemple, qu’est-ce qui détermine la masse du boson du Higgs´´? On serait tenté de reformuler: quelle est l’origine de l’origine? Tant que les scientifiques ne seront pas remontés au big-bang lui-même, voire à ce qui l’aurait précédé, il est à parier que les religions se satisferont de leurs propres explications sur la création de l’univers. (7)

En a -t-on fini avec la création de l’univers par l’explication par le Big Bang? Eh bien non! Il semble que les résultats transmis par le satellite Planck contiennent des anomalies: «L’univers à grande échelle n’est pas vraiment celui qu’on attendait» Qui y avait-il avant le big bang? Ce que Gamow appelle l’ère de saint Augustin. La matière n’existait pas encore? Est-ce que le temps existait ou pas et l’espace? Qui y avait-il à la place? Si on passe de l’autre côté du miroir du temps de Planck. Il y avait quelque chose peut-être d’impalpable cela pourrait être de l’information?

Saint Augustin sera troublé par le problème de la création: Dieu ne venait-il pas d’être surpris en flagrant délit d’oisiveté, d’oisiveté éternelle: «Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? S’il était oisif, inactif, pourquoi…ne l’est-il pas resté dans la suite des temps, de même qu’antérieurement il s’abstenait de toute oeuvre?» (Les Confessions, XI, X). Il est vain de s’interroger sur l’histoire de l’avant-création, puisqu’il n’y avait alors ni temps, ni événements, ni histoire; il n’y avait que le néant et Dieu.

L’infinie variété des formes de vie, leur incroyable complexité, leur conception merveilleuse sont une énigme. Pour certains scientifiques la vie est le résultat d’heureux hasards, «comme si nous avions gagné un million de dollars à la loterie un million de fois de suite». Notre univers est ce qu’il est, mais il existe une infinité d’autres univers tous différents; on a peut-être gagné le «bon univers à la loterie»…..Ces mystères devraient inciter une personne humble et respectueuse à reconnaître qu’il y a une puissance, une intelligence ou un esprit suprême, immensément supérieur à la science des hommes.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.Georges Smoot: Les rides du temps. Editions Flammarion 1994

2. http://home.web.cern.ch/fr/about/physics/search-higgs-boson

3.Trinh Xuan Thuan: Je ne crois pas au hasard

http://www.atoi2voir.com/atoi/visu_article.php?id_art=640&n1=1&n2=5

4. Georges Smoot Science P802 (1997) dans Igor et Gricka Bodanov p70

5.Einstein dans George Sylvester Viereck Glimpses of the great. Ed. Duckworth 1930 Lu dans Igor et Gricka le mystère du Satellite Planck op;cité p.71.

6http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/06/09/le-visage-de-dieu_ 1369808_3232.html

7. Fabien Trécourt – http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/le-boson-de-higgs-a-t-il-revele-l-existence-de-dieu-10-07-2012-2627_118.php10/07/2012

 

 

 

 

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Pourquoi Israël a assassiné Arafat

novembre 18th, 2013 by Jonathan Cook

Il semble qu’il y a toujours pas mal de monde qui préférerait que la mort d’Arafat continue d’être traitée comme un mystère plutôt que comme un assassinat.

Il est temps d’affirmer l’évidence : Arafat a été tué. Et les soupçons portent directement sur Israël.

Pourtant on peut difficilement éviter de tirer la conclusion de la découverte révélée la semaine passée par des scientifiques suisses, à savoir que le corps du leader palestinien contenait des taux élevés d’un isotope radioactif, le polonium-210. Une recherche non concluante et beaucoup plus restreinte réalisée par une équipe russe et publiée juste après l’annonce helvétique, suggère également qu’Arafat est mort des suite d’un empoisonnement.

Il est temps d’affirmer l’évidence : Arafat a été tué. Et les soupçons portent directement sur Israël.

Seul Israël avait les moyens, les antécédents, l’intention et les motifs déclarés. En l’absence d’empreintes digitales israéliennes sur l’arme du crime, il n’y a pas suffisamment de preuves pour convaincre un tribunal, mais il y a assez d’indices pour qu’Israël soit reconnu coupable devant le tribunal de l’opinion publique mondiale.

Seul Israël avait les moyens d’accéder à du polonium, dans son réacteur nucléaire à Dimona, et il a d’amples états de services dans le domaine des assassinats politiques, certains ostentatoires, d’autres secrets, avec utilisation fréquente d’agents chimiques difficiles à détecter.

Il est publiquement avéré qu’Israël a tenté de tuer en douce un autre dirigeant palestinien, Khaled Meshaal du Hamas, en Jordanie en 1997, lui injectant un poison dans l’oreille. Meshaal fut sauvé uniquement parce que les assassins ont été pris et qu’Israël fut forcé de fournir un antidote.

Les dirigeants israéliens se sont succédés pour nier toute intention maligne à l’encontre d’Arafat. Silvan Shalom, le Ministre de l’Energie, affirmait la semaine dernière : « Nous n’avons jamais pris la décision de lui nuire physiquement ». Shalom doit souffrir d’un trou de mémoire …

Une foule d’indices attestent qu’Israël voulait qu’Arafat – selon l’euphémisme de l’époque – soit « écarté ». En janvier 2002 Shaul Mofaz, chef d’état-major des forces israéliennes, fut surpris par un micro alors qu’il chuchotait au Premier ministre israélien Ariel Sharon, à propos d’Arafat : « Il faut qu’on se débarrasse de lui ».

Avec le dirigeant palestinien retranché pendant plus de deux années dans son quartier général délabré à Ramallah, encerclé par des tanks israéliens, la question au sein du gouvernement israélien était de savoir s’il fallait l’exiler ou le tuer.

En septembre 2003, Shalom étant ministre des Affaires étrangères, le cabinet publia même un avertissement comme quoi Israël devait « ôter cet obstacle d’une manière et à un moment de son choix ». Le vice-premier ministre de l’époque, Ehud Olmert, précisa que tuer Arafat était « l’une des options ».

Ce qui arrêta la main d’Israël – et nourrit son ton équivoque - ce fut l’opposition catégorique de Washington. Dans le sillage de ces menaces, Colin Powell, le Secrétaire d’Etat étatsunien, mit en garde contre le fait qu’un geste à l’encontre d’Arafat déclencherait « la fureur dans tout le monde arabe, dans le monde musulman et dans bien d’autres parties du monde ».

Mais en avril 2004, Sharon déclara que dorénavant il n’était plus tenu par son engagement antérieur envers le Président George Bush de ne pas « nuire physiquement à Arafat ». « Je suis libéré de cette promesse », observa-t-il. La Maison Blanche elle aussi faisait montre d’un affaiblissement de sa posture : un porte-parole anonyme répondit sans grande conviction que les Etats-Unis « s’opposaient à toute action de ce genre ».

On ignore si Israël a pu exécuter l’assassinat seul, ou s’il a dû recruter un ou plusieurs membres du cercle des proches d’Arafat, présents avec lui dans la Moukata à Ramallah, comme complices pour dispenser le poison radioactif.

Qu’en est-il du motif ? Qu’est-ce qu’Israël a gagné à « écarter » Arafat ? Pour comprendre la pensée d’Israël, il faut revenir à un autre débat qui faisait rage à cette époque parmi les Palestiniens.

La direction palestinienne était divisée en deux camps, centrés sur Arafat et sur Mahmoud Abbas, qui semblait être l’héritier d’Arafat. Tous deux avaient des stratégies fortement divergentes à propos des rapports avec Israël.

Selon Arafat, Israël avait manqué à ses engagements pris dans les accords d’Oslo. Dès lors il était hostile à investir exclusivement dans le processus de paix. Il voulait une double stratégie, garder des canaux ouverts aux pourparlers tout en maintenant l’option de la résistance armée pour faire pression sur Israël. Pour cette raison il gardait une emprise personnelle ferme sur les forces de sécurité palestiniennes.

Quant à Abbas, il croyait que la résistance armée est un cadeau à Israël et délégitimise le combat palestinien. Il voulait focaliser exclusivement sur les négociations et la construction de l’Etat, espérant exercer une pression indirecte sur Israël en prouvant à la communauté internationale que les Palestiniens pourraient se montrer dignes de confiance avec un Etat. Sa priorité était de coopérer étroitement avec les Etats-Unis et Israël sur les questions de sécurité.

Israël et les Etats-Unis préféraient l’approche d’Abbas, allant même jusqu’à contraindre Arafat à réduire son influence pendant un temps, en nommant Abbas au poste nouvellement créé de Premier ministre.

La principale préoccupation d’Israël concernant Arafat était que – tout prisonnier qu’il fût – il resterait une figure unificatrice pour les Palestiniens. En refusant de renoncer à la lutte armée, Arafat réussissait à contenir – même de justesse – les tensions croissantes entre son propre mouvement du Fatah et son principal rival, le Hamas.

Une fois Arafat disparu, et le conciliant Abbas installé à sa place, ces tensions ont violemment fait éruption à l’air libre – comme Israël l’attendait certainement. Elles culminèrent en une rupture qui déchira le mouvement national palestinien et entraîna un schisme territorial entre la Cisjordanie contrôlée par le Fatah et Gaza dirigé par le Hamas.

Selon la terminologie habituelle d’Israël, Arafat était le chef de « l’infrastructure de terreur ». Mais la préférence israélienne pour Abbas ne découlait pas d’un sentiment de respect envers lui ni de la conviction qu’il réussirait à persuader les Palestiniens d’accepter un accord de paix. Il est de notoriété publique que Sharon a affirmé qu’Abbas n’était guère plus impressionnant « qu’un poulet déplumé ».

L’intérêt d’Israël à tuer Arafat saute aux yeux si on considère ce qui s’est passé après sa mort. Non seulement le mouvement palestinien s’est effondré, mais la direction palestinienne a été replongée dans une série de vains pourparlers de paix, laissant toute latitude à Israël pour se concentrer sur les vols de terres et la construction de colonies.

A propos de la question de savoir si Israël a profité de la perte d’Arafat, l’analyste palestinien Mouin Rabbani faisait observer : « Est-ce que l’engagement exemplaire d’Abou Mazen [Abbas] envers Oslo pendant toutes ces années, et sa coopération avec Israël pour gérer la sécurité envers et contre tout – est-ce que cela n’a pas déjà réglé cette question ? ».

Aujourd’hui la stratégie d’Abbas affronte peut-être son test ultime, alors que l’équipe de négociation palestinienne va une fois de plus tenter d’arracher à Israël les plus élémentaires concessions sur un Etat palestinien, au risque d’être blâmée pour l’inéluctable échec des pourparlers. Déjà ses efforts semblent s’être largement fourvoyés.

Alors que les négociations n’ont rapporté aux Palestiniens qu’une poignée de prisonniers politiques âgés, Israël a déjà annoncé en retour l’extension massive des colonies et a menacé d’éviction de quelque 15.000 Palestiniens de leurs maisons à Jérusalem-Est.

Il va sans dire que c’est un compromis qu’Arafat aurait maudit.

Jonathan Cook

 Article original en anglais : Why Israel Murdered Arafat, CounterPunch, 13 novembre 2013

Une première version de cet article a été publié sur The National, Abu Dhabi.

Traduction : Marie Meert, Info-Palestine.eu

Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East(Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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Dans un article publié le 4 novembre par le New York Times, Jochen Bittner, membre de la rédaction politique de l’hebdomadaire Die Zeit, s’est plaint amèrement du manque d’enthousiasme pour la guerre en Allemagne.

Sous le titre, « Repenser le pacifisme allemand », il écrit de façon acide que rien ne pourra convaincre « la superpuissance sans rivale de l’Europe, sa plus vaste économie et sa plus puissante force politique… à envisager une intervention militaire. » Une « attitude commode et plus papiste que le Vatican en matière de politique étrangère que les Allemands entretiennent depuis plus de 70 ans, » et un « pacifisme profondément enraciné » ont fait que l’Allemagne a refusé de soutenir les interventions militaires en Libye, au Mali et en Syrie.

« Les efforts de rééducation entrepris auprès des Allemands n’ont que trop bien fonctionné après 1945, » a déclaré Bittner. « Le pacifisme, parfois d’une manière suffisante, est devenu un élément de l’ADN allemand. »

Il a poursuivi en disant: « Nos maîtres qui ont été conduits à travers les horreurs des camps de concentration libérés par des soldats américains, » nous auraient « amenés à une vision du monde où la guerre ne serait jamais plus une solution. » Cette constatation, dit Bittner est fausse.

Il loue l’ancien ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer pour avoir convaincu l’Allemagne de bombarder la Serbie et d’avoir envoyé des troupes en Afghanistan sous le slogan « Plus jamais Auschwitz ! »

« Avec le recul », écrit Bittner, « Je suis presque certain qu’il aura fallu la crédibilité de M. Fischer lui-même, un ministre des Affaires étrangères du parti gauchiste des Verts, pour convaincre les Allemands qu’une action militaire était nécessaire. Personne d’autre n’aurait pu briser ce tabou. »

De nos jours, se plaint Bittner, il « n’existe pas un tel bélier spirituel ». Il déplore le fait que le président Joachim Gauck, qui avait dit récemment ne pas pouvoir s’imaginer une Allemagne « se rendant si petite de façon à éviter tout risque et toute solidarité » demeurait une « voix douce, isolée et sans pouvoir officiel. »

Bittner n’est pas le seul à vouloir envoyer davantage de soldats dans des missions de combat. Les demandes en faveur d’un engagement militaire correspondant à « l’importance de notre pays » en tant que « quatrième plus forte économie du monde » (Gauck) sont un sujet récurrent dans les médias allemands, du quotidien conservateur Die Welt, au journal pro SPD (Parti social-démocrate) Die Zeit en passant par le libéral Süddeutsche Zeitung et le journal pro-Verts taz (Voir : Foaming at the mouth – lien en anglais).

Die Zeit joue un rôle influent dans cette incitation à la guerre. Son rédacteur en chef, Josef Joffe, réclame depuis longtemps une guerre massive au Moyen-Orient. L’article de Bittner dans le New York Times est une version abrégée d’un article plus long paru le 21 mars dans Die Zeit sous le titre « Nous ne faisons rien… » L’article avait été co-écrit par Bittner et quatre autres journalistes, dont le rédacteur en chef adjoint, Bernd Ulrich.

Les auteurs y louent la détermination d’intervenir dont avait fait preuve l’Allemagne dans les guerres au Kosovo et en Afghanistan et se plaignent de ce qu’elle soit actuellement « en train de se dénouer » Depuis, remarquent-ils, aucune nouvelle mission de la Bundeswehr (armée allemande) qui implique des tirs à balles réelles n’a été décidée. « Depuis dix ans, les théâtres de guerre changent, les raisons varient mais l’issue reste toujours prédéterminée : aucun soldat allemand n’est censé aller là où il pourrait tuer ou se faire tuer. » Les auteurs concluent en disant que « personne ne veut vivre » dans un pays qui se comporte de la sorte.

D’aucuns pourraient être surpris de ce que c’est Die Zeit qui batte le tambour aussi agressivement pour un renouveau du militarisme allemand. L’hebdomadaire est proche du SPD (l’ancien chancelier SPD âgé de 94 ans, Helmut Schmidt, en est le rédacteur en chef adjoint) et s’adresse avant tout aux universitaires et aux classes moyennes supérieures bien instruites. Il est considéré être un genre d’organe central du Bildungsbürgertum, c’est-à-dire de la bourgeoisie cultivée.

Mais il n’y a là aucune contradiction. Des traditions qui ont une longue histoire sont en train de réapparaître. Le militarisme allemand avait précédemment déjà trouvé un appui enthousiaste parmi ces couches.

Un exemple tristement célèbre est l’« Appel au monde civilisé » qui était paru en octobre 1914 dans tous les grands journaux allemands peu de temps avant le début de la Première Guerre mondiale. Il avait été signé par 93 éminents scientifiques et artistes pour défendre les crimes de l’armée allemande qui avait envahi la Belgique, commis des abus à l’endroit de la population civile et détruit la vieille ville universitaire de Louvain.

L’appel débutait par la phrase: « En qualité de représentants de la science et de l’art allemands, nous soussignés protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et bonne cause de l’Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence. »

L’appel conclut en promettant de poursuivre le massacre sanglant au nom de la culture allemande : « Croyez-nous ! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu’au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l’héritage d’un Goethe, d’un Beethoven et d’un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer. Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur ! »

Parmi les signataires les plus célèbres se trouvaient les professeurs Emil von Behring (médecine), Lujo Brentano (économie), Rudolph Eucken (économie), Max Planck (physique) et Ernst Haeckel (zoologie). La liste incluait aussi le théologien et politicien libéral Friedrich Naumann, le compositeur Engelbert Humperdinck, le peintre Max Liebermann, l’écrivain Gerhard Hauptmann et le directeur de théâtre Max Reinhardt.

L’« Appel au monde civilisé » a été suivi par une « Déclaration des professeurs du Reich allemand » qui avait rassemblé plus de 3.000 signatures. Elle fut signée par presque tous les professeurs des 53 universités et collèges techniques allemands. Ils s’étaient plaints de « ce que les ennemis de l’Allemagne voulaient… fabriquer une opposition entre l’esprit de la science allemande et ce qu’ils appellent le militarisme prussien. » Mais, « il ne règne [au sein de l’armée allemande] pas d’autre esprit qu’au sein de la population allemande, tous deux ne formant qu’un. »

La déclaration se termine par un engagement explicite au militarisme: « Notre conviction est que le salut pour la culture même en Europe dépend de la victoire que le ‘militarisme’ allemand remportera : la vertu masculine, la fidélité, la volonté de sacrifice, le courage du peuple allemand libre et uni. »

Le militarisme de Hitler a aussi rencontré un vaste soutien dans les milieux de la petite bourgeoisie aisée et instruite qui, durant la République de Weimar, avait longtemps été réticente à soutenir les nazis. « La dictature fasciste dissipe les doutes des Faust et les hésitations des Hamlet de l’université, » avait judicieusement commenté Léon Trotsky dans son article de 1933, « Qu’est-ce que le national-socialisme ? »

En dépit des affirmations de Bittner, ni le pacifisme ni la démocratie « sont devenus un élément de l’ADN allemand » — du moins pas pour l’élite politique et les classes moyennes supérieures aisées pour lesquels il parle. L’abstinence militaire à laquelle l’Allemagne a été contrainte après 1945 en raison de ses crimes de guerre, tout comme l’engagement à la démocratie, a toujours été pour eux une chose superficielle. Dans les conditions de la plus profonde crise économique depuis les années 1930, de l’aggravation des tensions sociales et de l’accroissement des conflits internationaux, le militarisme et les tendances autoritaires relèvent une fois de plus la tête.

Joschka Fischer et son parti se sont chargés de jouer le rôle des pionniers. Les Verts, avec leur base ancrée dans la petite bourgeoisie urbaine et académique, sont passés d’un parti essentiellement pacifiste à un parti prônant énergiquement des opérations militaires « humanitaires. »

Le parti Die Linke [La Gauche – l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon] est actuellement en train d’opérer le même virage. Dans un recueil d’essais intitulé « Une politique étrangère de gauche : perspectives de réforme » (voir : Allemagne: le parti Die Linke s’embarque dans la voie de la guerre ), leurs dirigeants plaident ouvertement en faveur du militarisme allemand.

Le même virage est pris dans les rédactions des journaux anciennement libéraux tels le Süddeutsche, le taz et Die Zeit, comme Bittner l’a lui-même démontré de manière probante.

La tendance de la petite bourgeoisie aisée au militarisme a des racines à la fois sociales et historiques. Socialement, elle ressent l’accroissement des tensions de classe comme une menace à sa prospérité et se raccroche de ce fait étroitement à l’Etat. Historiquement, il n’existe pas en Allemagne de tradition bourgeoise démocratique.

La révolution démocratique de 1848 a échoué parce que, comme l’a écrit Friedrich Engels, ses dirigeants de la classe moyenne « étaient plus effrayés par le moindre frémissement d’un mouvement populaire que de tous les complots réactionnaires de tous les gouvernements allemands réunis. » La petite bourgeoisie a soutenu avec d’autant plus d’enthousiasme l’unification de l’Allemagne par le « du sang et le fer ». Otto von Bismarck, qui avait forgé l’empire et régné avec une poigne de fer, était son héros. A la fin du 19èmesiècle, son buste se trouvait dans tous les foyers bourgeois.

Au début du vingtième siècle, la vénération de Bismarck s’était associée à un enthousiasme pour l’impérialisme. La Ligue de la Flotte allemande qui comptait à son apogée plus d’un million de membres, faisait campagne en faveur de la construction d’une flotte de guerre allemande égale à celle de la Grande-Bretagne.

Le « pacifisme » dont Bittner se plaint dans le New York Times est issu d’une tradition différente – la tradition du mouvement ouvrier. Jusqu’avant la première Guerre mondiale, le SPD était opposé à l’impérialisme, au nationalisme et à la guerre. Puis, le 4 août 1914, il capitula devant la pression de la bourgeoisie en trahissant son propre programme et en appuyant la guerre.

De nos jours, il existe une aversion populaire viscérale contre la guerre. Les interventions militaires en Libye et au Mali, qui sont soutenues par Bittner, tout comme les plans de guerre contre la Syrie sont, selon tous les sondages d’opinion, rejetés par une grande majorité de gens. Les plaintes de Bittner quant au « pacifisme allemand » doivent par conséquent être comprises comme une menace. Afin de pouvoir imposer la prochaine mission guerrière, un « bélier spirituel » du genre de Joschka Fischer ne suffira pas. Il faudra y ajouter la répression de toute dissidence politique et sociale.

Peter Schwarz

Voir aussi:

Des relents de fascisme – un tabloïd allemand exige la guerre contre la Syrie

[18 septembre 2013]

Article original, WSWS, paru le 16 novembre 2013

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Foto : Bouchehr, la première centrale nucléaire iranienne © Photo AtomStroiExport

Le service de renseignement israélien Mossad et les autorités saoudiennes coopèrent pour mettre au point un plan d’attaque contre l’Iran, écrit le journal britannique Sunday Times se référant à des sources diplomatiques.

“Une fois l’accord de Genève signé, l’option militaire sera de nouveau sur la table. Les Saoudiens sont furieux et prêts à fournir toute assistance nécessaire à Israël”, a déclaré l’un des interlocuteurs anonymes du journal.

Israël et l’Arabie Saoudite sont mécontents du déroulement des négociations concernant le dossier nucléaire iranien, estimant que l’éventuel accord entre l’Iran et les six médiateurs internationaux ne sera pas assez contraignant et ne privera pas Téhéran de sa capacité à fabriquer des armes nucléaires.

D’après le journal, Riyad est disposé à mettre ses bases aériennes à la disposition d’Israël en cas d’attaque contre la République islamique. L’Arabie saoudite envisage également de fournir à l’Etat hébreu des drones, des hélicoptères de sauvetage et des avions de transport.

Un nouveau volet des négociations entre l’Iran et les Six a pris fin le 10 novembre dernier à Genève. Il n’a pas débouché sur la signature d’un accord, mais les parties ont déclaré avoir réalisé certains progrès. Selon l’agence IRNA, la prochaine rencontre entre l’Iran et les Six aura lieu les 20 et 21 novembre à Genève.


Iran: Nucléaire civil ou arme atomique

L’Iran est persuadé que la communauté internationale doit reconnaître son droit à l’enrichissement d’uranium. Or, certains pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, ne l’acceptent pas. Téhéran se déclare prêt à réfléchir à une suspension de l’enrichissement d’uranium, à une réduction du nombre de centrifugeuses et à la signature d’un protocole supplémentaire sur des garanties avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en échange de la levée des sanctions bancaires et pétrolières.

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L’opposition syrienne soutenue par l’occident, sous la pression à la fois de ses maîtres à Washington, Londres et en Europe et des défaites militaires qu’elle subies, a accepté de participer à des négociations organisées par les États-Unis et la Russie à Genève qui visent à marchander un accord politique pour la fin de la guerre civile syrienne qui dure depuis deux ans.

Le vote décidant d’envoyer une délégation à cette conférence dite Genève 2 qui devrait avoir lieu à la mi-décembre, a été obtenu lors d’une réunion du Conseil national syrien (CNS) lundi à Istanbul.

Ce groupe de politiciens exilés, bricolé par le ministère américain des Affaires étrangères et les monarchies sunnites d’Arabie saoudite et du Qatar, a cependant insisté sur une condition à la poursuite de sa participation : que le président syrien Bashar el-Assad ne joue aucun rôle dans un quelconque régime de transition. Le gouvernement de Damas a rejeté toute exigence de ce genre, insistant pour dire qu’Assad reste le président de la Syrie et que sa démission ne peut être décidée que par le peuple syrien.

Washington pour sa part, après sa volte-face concernant la frappe militaire contre la Syrie qu’il était sur le point de lancer en septembre dernier et son entrée en négociations avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire, a abandonné l’exigence du remplacement d’Assad qu’il réclamait par le passé et se contente de déclarations sur la perte de « légitimité » de ce dernier, suggérant qu’Assad sera retiré de ses fonctions dans le cadre du processus d’application de tout accord sortant des négociations de Genève.

La réunion du CNS à Damas a eu lieu sous la supervision directe de Washington, qui a dépêché son envoyé en Syrie, Robert Ford, pour discipliner l’opposition soutenue par l’occident. Les « activistes » syriens ont déclaré auNew York Times que Ford leur a dit que le choix auquel ils étaient confrontés était: « l’ISIS [l'organisation État islamique d'Irak et de Syrie, affiliée à Al Qaïda] ou le régime. »

L’ISIS et une autre branche d’Al Qaïda, le Front al Nusra, ont pris un rôle encore plus dominant dans l’opposition armée au gouvernement syrien, s’emparant de territoires au Nord du pays et tentant d’imposer le régime islamiste dans les territoires qu’ils occupent.

Cela a été vrai à Raqqa, ville importante d’un million d’habitants, qui a vu des exécutions quotidiennes de personnes suspectées d’être des partisans du gouvernement ainsi que d’Alaouites et de membres des autres minorités. La BBC l’a décrite comme « la plus grande ville au monde jamais contrôlée par Al Qaïda. »

Quant aux soi-disant « modérés » qui sont présentés par les États-Unis et leurs marionnettes comme étant loyaux envers le Conseil de l’opposition syrienne, ils passent pratiquement inaperçus. En septembre, 11 groupes armés opposés au régime officiellement membres de l’Armée syrienne libre ont publié une déclaration conjointe qui désavouait clairement toute allégeance à l’opposition soutenue par les États-Unis et s’alignaient publiquement sur les forces d’Al Qaïda.

S’il devient de plus en plus évident que le CNS ne représente pas grand-chose en termes de soutien populaire de la part des Syriens, les tensions au sein des exilés ont fortement augmenté, ce qui exprime les divisions entre les soutiens occidentaux et saoudiens de cet organisme. La monarchie saoudienne a publiquement critiqué à la fois la recherche par le gouvernement Obama d’une solution politique négociée en Syrie, suite à l’accord avec Moscou sur la destruction des armes chimiques du régime Assad, et sa tentative de rapprochement avec l’Iran.

Il a été rapporté qu’à la réunion de lundi, Ahmed Jarba, le président de la coalition, a giflé un représentant de l’Armée syrienne libre, Louay Mekdad, après que ce dernier a comparé le processus de vote de la coalition au régime interne du Parti Baas qui détient le pouvoir en Syrie.

Après s’est incliné devant la pression américaine et avoir voté en faveur de la participation à la conférence de Genève, le CNS a agi contre l’insistance des États-Unis et a nommé un « gouvernement provisoire » qui contrôlera officiellement les régions gouvernées par les « rebelles » en Syrie. Les responsables américains se sont opposés à cette action disant qu’elle risque de fragiliser les négociations de Genève et de rendre impossible un accord sur l’établissement d’un régime de transition à Damas.

Les responsables du CNS ont admis qu’Ahmed Tumeh, l’« islamiste modéré » nommé premier ministre du gouvernement provisoire, ainsi que d’autres responsables vont exercer leur pouvoir supposé depuis la ville frontière turque de Gaziantep, parce qu’ils seraient incapables de se défendre contre les forces du gouvernement syrien ou les milices affilées à Al Qaïda.

Le véritable objectif de ce drôle de gouvernement a été rendu clair par l’annonce qu’il recevra 300 millions de dollars d’aide de l’Arabie saoudite, qui est déterminé à faire durer la guerre civile en Syrie.

Washington et les « rebelles » soutenus par l’occident ont fait échouer à plusieurs reprises la réunion de Genève 2, dont le but est de mettre en application les décisions prises lors de Genève 1 : un accord général obtenu en juin 2012 entre les puissances occidentales et la Russie sur la formation d’un gouvernement de transition s’appuyant sur le consentement mutuel de l’opposition et du régime d’Assad. Ils espéraient n’avoir besoin d’aucune négociation de ce genre et que l’objectif des États-Unis et de l’OTAN d’obtenir un changement de régime pourrait être atteint soit par les actions armées des milices soutenues par l’occident, soit au moyen d’une intervention directe des États-Unis. Entre-temps, le bilan des morts en Syrie a été multiplié par plus de cinq.

Cependant, Washington voit maintenant une urgence à réunir cette conférence, étant donné l’effondrement de ses tentatives d’organiser une intervention militaire directe face à une opposition populaire massive et à la débâcle de plus en plus évidente des « rebelles » sur le terrain en Syrie.

Les forces du gouvernement réussissent des avancées significatives à la fois dans la campagne au Sud de Damas et juste en bordure d’Alep, seconde ville de Syrie et ancienne capitale commerciale du Nord. Mercredi, les troupes syriennes ont repris Hujeira, au Sud de Damas au cours d’une série de victoires qui ont repoussé les milices emmenées par les islamistes en dehors de la zone qu’elles tenaient depuis longtemps, menaçant de couper leurs lignes de ravitaillement.

Et à Alep, les troupes du gouvernement ont repris une base stratégique de l’armée près de l’aéroport de la ville prise auparavant par les soi-disant rebelles, et ont repris également un certain nombre d’autres bastions antérieurs de l’opposition armée.

Les « rebelles » ont répondu par des attaques de plus en plus désespérées contre la population civile. Les quartiers résidentiels de Damas ont été soumis à des bombardements aléatoires, qui sembleraient cibler les populations non-sunnites. Au moins neuf personnes ont été tuées et 16 blessées par des tirs de roquettes et de mortier mercredi. Lundi, quatre enfants ont été tués dans un bus scolaire ainsi que leur chauffeur quand un obus de mortier a frappé dans un quartier à majorité chrétienne. Quatre autres enfants ont été blessés ainsi que deux personnels administratifs d’une école. Une autre attaque de mortier le même jour a blessé 11 enfants à l’école Saint-Jean de Damas dans le quartier de Qassaa.

Si le meurtre et les blessures infligées aux enfants par les « rebelles » n’a déclenché aucun des sentiments d’indignation sélectifs que les médias occidentaux ne réservent qu’au régime syrien, les Nations unies ont condamné ces attaques qualifiées de « barbares. »

« Ces actes barbares doivent cesser, » a dit Maria Callvis, directrice de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dans un communiqué. Tous ceux qui ont de l’influence en Syrie ont une obligation morale de respecter le caractère sacré de la vie des enfants et de s’assurer que les écoles restent un lieu de refuge sûr. »

Venant compliquer encore la situation pour les États-Unis et leurs alliés en Syrie, des Kurdes au Nord-Est de la Syrie ont annoncé mardi la formation d’un gouvernement autonome d’intérim. Cette évolution fait suite aux victoires militaires remportées par le PYD (Parti de l’union démocratique), une milice kurde alignée sur le groupe de rebelles turcs du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) contre les « rebelles » liés à Al Qaïda qui avaient tenté de prendre le contrôle de la zone qui est frontalière de la Turquie.

Cela a poussé le CNS à déclarer que le groupe kurde est une force « hostile ». Il l’a accusé d’« attaquer des unités de l’Armée syrienne libre […] et de se dérober à la lutte contre le régime Assad. »

Le PYD a également insisté pour que les Kurdes soient représentés séparément dans toute négociation à Genève, une demande qui a rencontré l’hostilité à la fois de Washington et de ses marionnettes syriennes.

Les Kurdes représentent près de 10 pour cent de la population syrienne. Les développements au Nord-Est de la Turquie ont provoqué de la consternation dans le gouvernement turc, qui avait soutenu les milices islamistes et qui craint que cela ne renforce le PKK et les demandes d’autonomie des Kurdes en Turquie-même.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 15 novembre 2013

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Qui peut prétendre s’être choisi lui-même ? Personne… Parce que personne ne se choisit. Ne choisit son sexe, sa couleur de peau, d’yeux, de cheveux, sa date de naissance, son lieu ni son époque, son environnement, sa famille et donc, sa culture… Tout cela survient par hasard, sans que nous n’ayons aucun mérite ou démérite à ce qui nous arrive. Quand j’entends des gens dire qu’ils sont fiers d’être ceci ou d’être cela, ça me fait sourire… avant de grincer des dents. Quelle bêtise, quel ego et surtout, quelle prétention! Mais le pire, c’est quand tant de bêtise se mire, se complait, puis s’organise et proclame comme valeur suprême ses critères d’appartenance à une même communauté repliée sur elle-même, un même destin qui serait coupé des autres, une même race définitivement supérieure… « La France aux Français », « Priorité aux Grecs », « Les Russes d’abord », « Les juifs, peuple élu »,… comme tonitruent de plus en plus d’abrutis. Causez toujours… Ceux-là n’ont définitivement rien compris au monde qui change, qui s’ouvre, qui se transforme. Et se racrapotent sur eux-mêmes et leur idéologie puante, pensant échapper ainsi à l’évolution qui tend vers toujours plus de métissage et toute sa richesse, pour qui n’a pas peur de voir autre chose que son nombril et pense malheureuse – voire dangereuse – toute identité multiple…

Il y a quelques années, au retour de plusieurs voyages en Palestine occupée où j’aurais aimé vivre si les conditions le permettaient, profondément dégoûté par la politique européenne dans ce dossier, j’ai décidé de partager mon temps de vie entre l’Europe et un pays arabe. Mon choix m’a amené dans un village du sud marocain où je séjourne de larges périodes de l’année, vivant au cœur de la population. J’y côtoie l’amère vérité des conditions de vie de l’écrasante majorité du peuple marocain. A peine éloignées de quelques kilomètres d’Agadir et de ses luxueux hôtels où les buffets regorgent trois fois par jour de mets savoureux, vivent des familles dans des conditions que les touristes n’imaginent même pas. Au bout d’une semaine ou maximum deux, ceux-ci rentreront chez eux, pensant connaître le Maroc à travers les quelques excursions choisies que le tour-opérateur leur aura concoctées, mais la réalité du pays leur aura complètement échappée. Comme d’ailleurs à ceux qui se rendent en Egypte, en Tunisie, ou ailleurs en Afrique pour quelques aventures ou découvertes exotiques…

Malgré des progrès sensibles ces dernières années, l’éblouissant pays qu’est le Maroc, miné par une administration souvent incompétente et la plupart du temps corrompue, reste un pays où subsiste une grande pauvreté. Et hélas, le roi qui portait tant d’espoirs lors de son intronisation, semble avoir été bien vite appâté par le gout empoisonné de l’argent. Cette pauvreté omniprésente, peut pourtant être appréhendée sans peine, à condition de quitter les sentiers touristiques balisés… Je pourrais narrer des histoires quotidiennes, banales, vécues, mais qui en réalité, n’intéressent personne. Parce qu’elles diraient cette pauvreté. Au jour le jour. Et que définitivement, la pauvreté n’intéresse personne…

Or en Afrique, le Maroc n’est certainement pas le pays le plus à plaindre. N’est certainement pas le pays où la pauvreté revêt les signes de la misère extrême. Du dénuement total. De la famine, parfois. Que dire alors de ces pays situés plus au sud? Que dire des pays africains sub-sahariens? De ceux déchirés par des conflits permanents? Comment en parler sans trembler, sans être effaré des conditions souvent infrahumaines dans lesquelles survivent des millions d’individus, de familles tout au long d’une vie? Comment détourner le regard et ne pas voir? Comment choisir de ne pas savoir? Comment faisons-nous pour éteindre l’émoi que de telles conditions suscitent en nous? Comment ne pas vouloir que cela change radicalement? Par quel réflexe réussissons-nous à étouffer nos cris de colère et à nous bâillonner face à tant d’iniquités? Sommes-nous définitivement amortis? Sommes-nous encore des êtres humains capables de compassion et d’empathie? Sommes-nous à ce point encombrés, paralysés, sclérosés par nos biens matériels que nous en avons perdu tout sens d’humanité et de solidarité? Ou sommes-nous tellement manipulés que nous ne voyons plus-là que les dangers d’un islamisme conquérant qui attenterait à nos si précieuses valeurs – et quelles valeurs!? Incapables désormais de secourir les âmes humaines en détresse qui implorent, supplient qu’on leur vienne en aide…

Aujourd’hui, au fil des infos, en voyant régulièrement ces tas d’hommes, de femmes et d’enfants entassés dans des embarcations de fortune, jetés les uns sur les autres au gré des flots, avec le fol espoir de fuir la misère, je me dis que si j’étais né Africain, si j’étais jeune et si comme la plupart de mes frères j’essayais de survivre tant bien que mal à cette misère quotidienne, omniprésente, continuelle, obsédante, je tenterais sans aucun doute de faire pareil et de rejoindre les rivages de l’Europe… Même au péril de ma vie. Parce que je n’aurais plus d’autre choix. Parce que tant d’injustice entre pays riches et pays pauvres me révolterait. Parce que tant d’égoïsme des nantis plus préoccupés par leurs loisirs, leurs matchs de foot, leurs régimes caloriques et leur confort douillet que par nos détresses m’indignerait. Parce que tant d’argent jeté dans des campagnes de pub pour des produits inutiles me choqueraient. Parce que je serais poussé en mon for intérieur à tenter quelque chose plutôt que rien. Parce que je n’aurais plus rien à perdre. Et parce que tant que les pays riches auront la politique étrangère qui est la leur en ce qui concerne les échanges avec nos pays pauvres pillés depuis des siècles, il n’y aura pas d’alternative, pas d’avenir pour nous. Cette jeunesse et avec elle, l’avenir de nos pays sont condamnés par ces politiques assassines. Et je hurlerais, je gueulerais de toutes mes forces pour dénoncer tant d’injustices, tant d’égoïsmes, tant d’hypocrisies! Et risquerais donc l’impossible…

Face à cette immense détresse, quand j’entends les mesures prises par cette grise Europe de misérables technocrates – ceux-là mêmes qui revendiquent leurs valeurs chrétiennes (!) et nous expliquent statistiques à l’appui que l’Afrique connaît une progression remarquable – allant toujours dans le même sens d’un accroissement des contrôles, des murs, des barrières et des barbelés pour se défendre et se protéger toujours plus des quelques milliers de pauvres hères atteignant leurs côtes, ma rage ne fait que décupler. M’ébouillante la tête et me noue le ventre, m’amenant à plus de détermination encore. Vous nous pillez nos richesses et avez bâti vos empires depuis des lustres, mais ne voulez pas de nous!? Sauf pour une poignée afin de réaliser vos besognes les plus détestables. Sachez donc, que cela vous agrée ou non, que le cours de l’Histoire est irréversible. Que les flux et les échanges entre pays et continents ne s’arrêteront pas, malgré les obstacles que vous multiplierez sur nos routes. Et qu’in fine, si vous ne vous décidez pas à prendre le problème à sa racine, à savoir une plus juste répartition des richesses que vous n’avez de cesse de nous voler et continuez à accaparer sur notre dos, sachez que ce que vous ne voulez pas partager avec nous aujourd’hui, nous viendrons vous le prendre demain. De force s’il le faut! Et nous sommes nombreux, déterminés, quoi que vous fassiez et malgré toutes les mesures de dissuasion que vous inventerez contre nous!

En attendant, après les images insupportables de ces vies damnées, ruinées, sacrifiées à l’approche des côtes de la Méditerranée, quand le choc émotionnel sera bien vite retombé, il sera temps de penser aux prochaines vacances d’été, « le long des golfes clairs… » et des plages accueillantes du cimetière-sud de la riche Europe, si fière d’elle-même…

 

Daniel Vanhove 

Observateur civil

Auteur

13.11.13

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Voyager à l’étranger relève du parcours du combattant pour les Cubains. Mais pas forcément pour les raisons que l’on croit…

Comme tous les peuples, les Cubains aspirent à voyager et découvrir le monde, que ce soit en simple touriste ou afin de réaliser un projet personnel ou professionnel. Les obstacles sont nombreux lorsqu’on est originaire d’un pays du Tiers-monde, et davantage lorsqu’on vient de l’île de la Caraïbe. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne sont pas uniquement d’ordre financier ou politique.

En effet, avant même la réforme migratoire adoptée par le gouvernement de Raúl Castro en janvier 2013 qui permet aux Cubains de voyager sans autorisation des autorités, l’immense majorité des personnes qui sollicitaient ce permis recevaient une réponse positive de La Havane. Ainsi, entre 2000 et le 31 août 2012, sur un total de 941 953 demandes, 99,4% ont été satisfaites. Seules 0,6% des personnes se sont vu refuser un voyage.

Par ailleurs, l’immense majorité des Cubains qui voyagent à l’étranger choisissent de rentrer au pays. Ainsi, sur les 941 953 personnes ayant quitté le territoire national entre 2000 et 2012, seules 12,8% ont choisi de s’établir à l’étranger, contre 87,2% qui sont revenues à Cuba[1].

La suppression des démarches administratives et bureaucratiques – telles que l’autorisation de sortie du territoire et la lettre d’invitation souvent couteuse –, ainsi que l’allongement de la durée du séjour de 11 mois à 24 mois, renouvelable indéfiniment sur simple demande auprès d’un consulat cubain à l’étranger, ont été bénéfiques. Ainsi, de janvier à octobre 2013, 226 877 Cubains ont voyagé à l’étranger, soit une hausse de 35% par rapport à l’année précédente[2].

Mais désormais, un autre défi attend les Cubains : obtenir un visa. En effet, l’obtention du précieux sésame relève d’un véritable parcours du combattant et constitue aujourd’hui la principale barrière à un séjour à l’étranger.  Les exigences sont draconiennes et les refus très nombreux.

Ainsi, si un Cubain souhaite effectuer un séjour en France, il doit prendre rendez-vous au moins un mois avant la date de son départ auprès du consulat de France à La Havane et fournir une liste de documents assez précise. Il faut « une lettre de motivation de la personne qui invite », une « attestation d’accueil de la mairie ou la réservation d’hôtel avec tous les frais payés », une « copie des 3 derniers bulletins de salaires du répondant ou déclaration d’impôt récente », « toute preuve du lien de parenté avec l’hôte », une « copie de la carte nationale d’identité ou du titre de séjour en France de l’hébergeant », « l’assurance voyage valable pour toute la durée du séjour », « la confirmation de la réservation d’un voyage organisé ou tout autre document approprié indiquant le programme de voyage envisagé », et 60 euros de frais de dossier, c’est-à-dire l’équivalent de trois mois de salaire à Cuba, non remboursables. Les autorités diplomatiques avertissent d’emblée le voyageur potentiel : « L’ambassade se réserve le droit d’accorder ou non le visa et n’a, en aucun cas et bien que le dossier soit complet, d’obligation à octroyer un visa[3] ».

Les exigences sont similaires pour voyager en Espagne. Il faut également « une lettre d’invitation d’un particulier enregistrée auprès du commissariat de police local », le billet d’avion retour, et démontrer que l’on dispose des ressources financières pour voyager d’au moins 64,53 euros par jour et par personne, avec un minimum de 580,77 euros[4].

Pour les Etats-Unis, les restrictions sont encore plus sévères. Le nombre de visas accordés par rapport à la demande est dérisoire. Néanmoins, il existe une solution pour les recalés : l’émigration illégale. En effet, la loi d’Ajustement cubain de 1966 stipule que tout Cubain qui entre légalement ou illégalement sur le territoire national à partir du 1er janvier 1959 obtient automatiquement le statut de résident permanent au bout d’un an et un jour.

Pendant des années, les puissances occidentales ont critiqué les autorités de La Havane, les accusant de freiner la liberté de mouvement des Cubains. Or, alors que Cuba a supprimé les obstacles bureaucratiques tels que l’autorisation de sortie et la lettre d’invitation afin de faciliter les voyages de ses citoyens, les ambassades étrangères érigent de nouvelles barrières et exigent désormais des Cubains, en plus des documents habituels, ….une lettre d’invitation.

Salim Lamrani 

Article publié  initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/babel/32445/como+limitan+las+embajadas+occidentales+los+viajes+de+los+cubanos.shtml


 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 



[1] Cuba Debate, « Cuba seguirá apostando por una emigración legal, ordenada y segura », 25 octobre 2012.

[2] Andrea Rodriguez, « Cubanos viajan más al extranjero gracias a reforma », The Associated Press, octubre 2012.

[3] Ambassade de France à Cuba, « Les différents types de visas et les documents à présenter ». http://www.ambafrance-cu.org/Les-differents-types-de-visas-et (site consulté le 7 novembre 2013).

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Gioiosa Jonica,  Calabria, Italie. – Peppe Scopelliti[1] dit que la n’drangheta[2], lui et sa junte régionale, ils la combattent avec des faits pas avec des mots et des déclarations.  En dehors du fait que même les murs ne croiraient pas de telles fariboles, l’affaire du terrain de foot de Gioiosa Jonica devrait faire rougir de honte toute l’institution régionale et démasquer les véritables affaires. S’il n’y avait eu l’appel pressant de don Luigi Ciotti (fondateur de l’association Libera, voir note en fin de texte) publié par la Gazzetta dello Sport, la cynique et fourbe opération de la Région Calabre aurait abouti. […] L’affaire tient du grotesque. En 2009 en terre de n’drangheta, dans la seigneurie mafieuse des Aquino, les associations Libera et Don Milani montent un centre sportif et décontaminent le terrain, en éliminant un vieil entrepôt imprégné d’amiante et en le transformant en une oasis dans le désert.  En peu de temps il devient le lieu où 200 enfants apprennent à tirer dans un ballon et dans la criminalité. Un défi aussi utopique que merveilleux. Mais le terrain où se dresse le complexe (terrain, salles, parc de jeux) appartient à la Région à travers l’agence Arssa, en voie de démantèlement. Le terrain de foot de Gioiosa se trouve aussi pris dans la manipulation. Conclusion : la Région demande maintenant 185mille euros à l’association Libera pour l’achat du lot, sinon elle le reprend et le met aux enchères. Donc dans les mains de la n’drangheta. Les mafieux se frottent les mains. En attendant de se catapulter sur ce terrain. Si, exploitant les brèches de la bureaucratie et la complicité du système, les ‘ndrine (gangs mafieux calabrais, NdT) arrivent souvent à se réapproprier les biens confisqués, on imagine le jeu d’enfants que représente l’appropriation d’un bien libre, en vente aux enchères.  Mais l’appel de Libera risque de ruiner les plans. Le tam-tam  fonctionne et récolter les 185mille euros n’est plus un mirage. « Je demande à la Région de s’arrêter, il est encore temps » a affirmé le coordinateur régional de Sel (Sinistra, ecologia e libertà) et maire de Lamezia, Gianni Speranza. « La mise en vente du terrain de foot et le risque d’une expulsion pour les deux cent gosses qui le fréquentent, dans une activité sportive hors des mafias, sont odieux. Dans une région comme la notre c’est exactement le contraire qu’il faudrait faire : multiplier des expériences de ce type, en prendre soin avec amour et attention, les protéger des menaces et de la bureaucratie aveugle : au contraire, une fois de plus, une expérience sociale et éducative est mise en péril ». Pendant ce temps, la nuit dernière quelques personnes se sont amusées de la seule façon qu’ils connaissent : en pénétrant dans la structure et en détruisant le bar du foyer. Vandalisme et vol de quatre sous. C’est le langage de la peur, l’alphabet de la terreur ‘ndranghetiste, c’est le pouvoir criminel qui fait du bruit. Dans le silence de Scopelliti et de ses acolytes.

(s. mes.)

 

Edition de samedi 16 novembre 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131116/manip2pg/06/manip2pz/348664/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

NdT :

Voir l’appel de Don Ciotti sur le site de Libera :

http://www.libera.it/flex/cm/pages/ServeBLOB.php/L/IT/IDPagina/8909

Et le site de cette superbe association : Libera, associations, noms et nombres contre les mafias

http://www.libera.it/flex/cm/pages/ServeBLOB.php/L/IT/IDPagina/1

 



[1] Giuseppe Scopelliti, note brève et suffisante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Scopelliti

[2] Organisation mafieuse calabraise : http://fr.wikipedia.org/wiki/’Ndrangheta

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La contamination des bases étasuniennes en Italie

novembre 17th, 2013 by Andrea Palladino

Photo : CF-18 à la base militaire d’Aviano en Italie

Métaux lourds, pesticides, Pcb : ce sont les déchets des bases étasuniennes d’Aviano, Livourne, Naples, Sigonella et Vicenza, écoulés en Italie aux bons soins de sociétés italiennes. Un dossier du Pentagone.

Tous les camions indiqués par Carmine Schiavone[1] ne suffiraient pas à contenir la montagne de poisons que produisent chaque année les bases étasuniennes en Italie. C’est l’autre face – tenue comme il se doit réservée- de la présence militaire d’outre-atlantique. Pendant que le Département d’Etat pour la défense dépense trente millions de dollars en études pour surveiller la santé des militaires et de leurs familles basées à Naples, en élaborant le dossier de 2010 qu’a republié hier L’Espresso, le service de logistique de l’armée étasunienne cherche la meilleure façon d’écouler les matériaux classifiés en « hazardous waste ». Restes d’hydrocarbures, solvants, vernis en tous genres, substances chimiques résiduelles dans la gestion des munitions : ce qui sort d’une base militaire pourrait faire le bonheur des meilleurs brokers de déchets.

Difficile de mettre le nez dans la chaîne de la logistique des casernes USA. Pour le faire nous devons entrer par la porte de service. Dans un document du 6 octobre 2010 signé par la Defence Logistics Agency que il manifesto a consulté, est rapporté le chapitre d’appel d’offres pour la « gestion, la charge et décharge, le déplacement, le transport, le stockage et l’écoulement » des substances dangereuses des installations étasuniennes en Italie. Cinq villes sont concernées : Aviano, Livourne (base Camp Darby), Naples, Sigonella et Vicence (base Dal Molin). Dans une pièce jointe en marge se trouve le détail des substances produites à écouler : plus de dix tonnes de batteries hors d’usage en tous genres, des centaines de kilos d’acides inorganiques, ammoniaque, agents décontaminations, solvants (presque deux tonnes annuelles rien que dans les bases de Sigonella et Naples), hydrocarbures aromatiques (les dangereux benzène et xylène), des métaux lourds comme le chrome hexavalent, le chrome, le plomb et le mercure, le Pcb, des pesticides et herbicides, des lubrifiants, des huiles usées et autres poisons.

Le long document de 2010 spécifie dans le détail comment devront être liquidées les scories dangereuses : traitement, incinération et décharges. Tous les types de poisons ont la même destination : et tous les chemins mènent en Italie. Il est strictement interdit, par exemple, de liquider les déchets à l’intérieur des bases. Et si des controverses surgissent, quelles qu’elles soient, ce ne seront pas des tribunaux italiens qui statueront : le jugement est réservé à un forum étasunien spécifique. Question très délicate qui nous ramène à l’époque des bateaux des poisons.

C’était en février 1986. Dans le port de Marina di Carrara appareille un navire, le Lynx, chargé de milliers de fûts toxiques pour le Venezuela (antérieur à la Constitution bolivarienne, Ndt). Une année et demie plus tard ces déchets sont ramenés en Italie, avec le navire Zanoobia qui débarque à Gênes. De l’expertise effectuée à l’arrivée il s’avère que ces déchets sont estampillés Ministère de la défense étasunien. Déchets partis de bases militaires, qui ont utilisé les mêmes canaux que les entreprises chimiques italiennes de l’époque, pour finir –dans l’intention des liquidateurs- sur les collines d’une plage vénézuélienne, abandonnés et incontrôlés. Dans les années qui suivent le gouvernement italien a attaqué en justice des producteurs et transporteurs des fûts, en demandant des dommages sur les dérivés de ce trafic de poisons : tous quasiment se sont retrouvés au tribunal civil ; manquaient cependant à l’appel les protagonistes étasuniens. Y avait-il un accord spécifique secret ?

Après la Convention de Bâle sur le trafic transfrontalier des déchets, les choses ont partiellement changé. Aujourd’hui la gestion des déchets dangereux des bases étasuniennes est confiée à des sociétés qui travaillent surtout avec les implantations italiennes et européennes. Comme la société Ecoservizi de Brescia. Selon des sources autorisées consultées par il manifesto, la société a eu en gestion l’écoulement des déchets dangereux de la base de Camp Darby, entre Livourne et Pise, quand elle était encore contrôlée par des gens de la Compagnia delle opère (Compagnie des œuvres), le bras économique (du mouvement catholique, NdT) de Comunione e liberazione[2]. Où ces déchets ont-ils fini ?  Ecoservizi s’occupait de plusieurs décharges pour déchets dangereux à Brescia. Aujourd’hui un de ces sites –fermé en 2000- est considéré comme étant à haut risque et en attente d’être décontaminé. Qui va payer la note ?  Difficile à dire, mais on peut tranquillement exclure les producteurs. C’est la face encore inconnue des terres de feu du nord de l’Italie.

Si le rapport sur la qualité des eaux de Naples reste bien en vue sur le site de la US Navy de Naples, il est difficile –si ce n’est impossible- de trouver quelque information sur la filière de l’écoulement des déchets étasuniens. Et portant il s’agit, comme nous l’avons vu, de substances extrêmement dangereuses, qui demanderaient la plus grande transparence, à commencer par les noms des contractors. Comme devrait être transparente l’information sur l’impact environnemental de la présence militaire étasunienne et OTAN dans notre pays. Thème extrêmement délicat, vu le type d’armement utilisé (conventionnel et nucléaire, NdT). A Camp Darby toujours, les déversements et les contaminations ne seraient pas une exception, d’après le Rapport sur l’état de l’environnement de la Mairie de Pise, en 2006. Dans la liste des sites à décontaminer, la base apparaît plusieurs fois, avec des signalements de pertes d’hydrocarbures et des problèmes à la plateforme pour le stockage des déchets dangereux.

Inutile de rappeler qu’une surveillance environnementale indépendante dans ces installations est de fait impossible. Certains secrets, assurément, ne se mettent pas sur le Net.

 Andrea Palladino

 

Edition de samedi 16 novembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131116/manip2pg/06/manip2pz/348663/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

Apostille de la traductrice :

Les défenseurs de l’environnement dénoncent la pollution produite par les bases étasuniennes mais ne mettent généralement pas en question la présence de ces bases sur le territoire italien. Suffirait-il donc que les bases soient propres ?

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La catastrophe sociale du typhon Haiyan

novembre 15th, 2013 by Joseph Santolan

Au moins 10 000 personnes sont mortes aux Philippines après le passage d’un typhon dévastateur. Neuf ans seulement après le tsunami de l’Océan indien, huit ans après l’ouragan Katrina, et trois ans après le tremblement de terre en Haïti, l’humanité est une fois de plus confrontée au spectacle catastrophique de la souffrance et de vies perdues en masse.

Un million de gens sont maintenant réfugiés dans des centres d’évacuation, des centaines de millions n’ont ni nourriture ni eau, et les hôpitaux qui ont résisté au typhon débordent de patients qui souffrent et meurent de maladies qui pourraient être traitées si des médicaments étaient disponibles. L’électricité, les communications et les infrastructures de transport de la région ont été dévastées.

Il ne fait aucun doute que la tâche qui consiste à construire des abris capables de protéger les masses contre des tempêtes dévastatrices comme Haiyan, et de reconstruire les villes frappées par ces désastres est d’une ampleur exceptionnelle. Avec des vents à 313 Km/h et des bourrasques à 378 Km/h Haiyan a été la pire tempête à atteindre des côtes dans les annales météorologiques mondiales. Il y a peu de doute que le changement climatique mondial soit un facteur dans l’intensité de plus en plus forte des ouragans et des typhons.

Mais il y a un agenda politique précis qui souligne les affirmations de la presse internationale, du Guardian au New York Times, selon lesquelles rien n’aurait supporté les vents à plus de 300 Km/h de ce typhon.

Des photos de la ville de Tacloban et de ses alentours frappés par le typhon disent le contraire. Des entreprises, des centres commerciaux, des bâtiments publics et des villas sont toujours debout. Le country club de la ville est pratiquement intact.

Si les vents rageurs d’Haiyan ne pouvaient pas être arrêtés, le nombre massif de morts et de blessés ainsi que l’ampleur de la carence des denrées essentielles à Tacloban ne sont pas une catastrophe naturelle mais une catastrophe sociale. La grande majorité des victimes du typhon auraient survécu si elles avaient eu accès à des centres d’évacuation solidement construits, situés dans des endroits sûrs et contenant à l’avance les provisions nécessaires.

Parmi les centres d’évacuation de la ville, il y avait le complexe sportif municipal couvert par un dôme. Des centaines de gens fuyant la tempête y ont été dirigés par les responsables locaux pour trouver refuge. Comme toutes les constructions en dur de Tacloban, elle a résisté à la tempête. Cependant, cette zone n’était pas située suffisamment au-dessus du niveau de la mer et l’intérieur a été inondé. Ceux qui étaient à l’intérieur ont soit péri noyés soit ont été écrasés en tentant de lutter pour se maintenir au-dessus de l’eau qui s’engouffrait à l’intérieur.

Les quartiers qui sont maintenant détruits ou ont été emportés étaient construits avec des matériaux bon marché et fragiles avec lesquels les travailleurs et les pauvres sont contraints de construire leur maison. Plus d’un tiers de tous les logements à Tacloban ont des murs extérieurs en bois, et un sur sept a un toit en herbe d’après les données du Bureau de recensement des Philippines. Brian McNoldy, chercheur spécialiste des ouragans à l’Université de Miami a déclaré que ces maisons étaient des « constructions [tellement] fragiles […] qu’une tempête plus faible aurait causé presque autant de dégâts. »

Une étude de 2012 de la Banque mondiale a révélé que quatre Philippins sur dix vivent dans une ville de plus de 100 000 habitants qui est particulièrement exposée aux tempêtes. Malgré cela, aucune précaution n’a été prise dans les zones exposées. Les prétendus centres d’évacuation sont des églises, des salles de conférence municipales et des écoles, qui n’ont pas de sanitaires ni de provisions de survie.

Ce qui a été démontré une fois de plus est le fait que les travailleurs du monde entier, de Tacloban, à Port-au-Prince à la nouvelle Orléans, sont contraints de vivre dans des logements mal construits, à la merci des tempêtes majeures et des autres catastrophes.

La responsabilité de cet état des choses ne se trouve pas dans le destin, mais dans le capitalisme. L’humanité a la capacité technologique de se préparer aux typhons, de construire des abris capables de résister aux plus grandes tempêtes et de les approvisionner, et de reconstruire des villes entières.

Les ressources nécessaires ne peuvent être mobilisées en raison de l’irrationalité du marché capitaliste, de la recherche du profit qui domine toutes les activités sociales, de la division dépassée et destructrice du monde en Etats-nations rivaux, et du niveau grotesque d’inégalité sociale qui domine sur toute la planète. Les fonds nécessaires ne peuvent pas être trouvés, en grande partie parce que des milliers de milliards de dollars sont déposés sur les comptes en banques de « High Net Worth Individuals [détenteurs de grande fortune] » qui monopolisent la somme vertigineuse de 27 000 milliards de dollars dans le monde.

L’incapacité à construire des logements décents et des abris à tempête aux Philippines va de pair avec les conditions plus larges de privation imposées aux masses laborieuses par ce système social dépassé et irrationnel.

Seulement quatre personnes sur dix aux Philippines ont une alimentation appropriée d’après le Conseil national de l’alimentation. Vingt-sept pour cent de la population souffrent régulièrement de la faim. La durée de vie moyenne des hommes en 2012 sur l’île de Samar, maintenant dévastée par Haiyan, était de 64,5 ans, soit 15 ans de moins qu’en Europe occidentale.

Ces conditions soulignent la nécessité pour la classe ouvrière de prendre le contrôle de la richesse obscène accaparée par les super-riches et de l’utiliser pour des objectifs socialement progressistes. Toute tentative de le faire rencontrera l’opposition violente de l’Etat capitaliste, qui déploie en ce moment sa force armée pour défendre la propriété privée et terroriser les victimes du typhon.

Alors que des centaines de milliers de victimes de la tempête aux Philippines luttent pour trouver de la nourriture, et que l’aide du gouvernement est introuvable, les victimes tentent de trouver la nourriture, l’eau et les denrées dont ils ont besoin dans des magasins et des centres commerciaux fermés.

Le Président philippin Aquino a répondu en déployant 1300 policiers et soldats lourdement armés avec des véhicules blindés pour patrouiller dans la ville et protéger la propriété privée, placer la ville sous couvre-feu et soumettre les victimes de la tempête à des fouilles arbitraires. Il a laissé l’essentiel des efforts humanitaires à la charge d’agences privées ou, ce qui est alarmant, de l’armée des États-Unis, l’ancienne puissance coloniale aux Philippines.

Les opérations logistiques complexes impliquées dans l’effort humanitaire en cours ne sont qu’une pâle indication des vastes efforts économiques qui seront nécessaires pour créer une société qui puisse supporter des tempêtes de cette force. Cela ne peut être fait que par la mobilisation planifiée et internationale des ressources industrielles et scientifiques de toute la région et du monde…

Joseph Santolan

Article original, WSWS, paru le 13 novembre 2013

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Au Japon, le 11 mars 2011, a commencé la saga interminable de la catastrophe liée aux explosions d’hydrogène à la centrale nucléaire de Fukushima. Plus de 100 000 personnes ont dû être évacuées et les pertes financières augmentent de jour en jour; elles étaient estimées en octobre 2013 à 74 milliards de dollars par la commission japonaise de sûreté nucléaire. En juillet 2012, une commission spéciale du Parlement japonais avait émis un rapport d’analyse des causes profondes de la catastrophe de Fukushima et avait établi que la structure réglementaire de sûreté nucléaire avait été inadéquate. Cette commission spéciale avait dénoncé le laxisme qui a régné pendant des années au niveau gouvernemental de la réglementation nucléaire japonaise. Aux dernières nouvelles, des problèmes similaires ont eu lieu en Corée du sud, laquelle possède 23 réacteurs nucléaires en opération.

Étant donné le caractère planétaire de l’énergie nucléaire, il est légitime pour un public prudent d’interroger les autorités sur la présence éventuelle de laxisme dans la réglementation nucléaire canadienne. La catastrophe ferroviaire à Lac-Mégantic, durant laquelle 47 personnes ont perdu la vie, a révélé un laxisme flagrant dans la réglementation ferroviaire exercée par le gouvernement fédéral. Les médias ont révélé que le gouvernement dans une grande mesure laissait les compagnies ferroviaires s’auto réglementer. L’exemple choquant de permettre un seul conducteur sur le train pétrolier de Lac-Mégantic a été maintes fois dénoncé.

À la fin de juillet 2013, Michel Duguay et Philippe Giroul ont soulevé dans les médias la question d’un lien entre le laxisme ferroviaire et le laxisme en réglementation nucléaire fédérale. Michel Duguay est professeur à l’Université Laval et Philippe Giroul est un enseignant à la retraite qui a été responsable des communications pour le Mouvement Sortons le Québec du nucléaire (MSQN) de 2008 à 2013. Duguay et Giroul ont abordé la question du laxisme nucléaire en formulant neuf questions adressées à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Au lieu de répondre à ces questions légitimes, le président de la CCSN, le Dr Michael Binder a prétendu dans les médias que Duguay et Giroul ont propagé des «informations erronées», mais sans les spécifier. Il faut savoir que les affirmations de ces deux auteurs et de leurs collègues écologistes sont largement fondées sur l’excellente documentation technique écrite par les ingénieurs et physiciens nucléaires de la CCSN, de sorte qu’on peut s’interroger sur le niveau de crédibilité des propos du Dr Michael Binder.

Au cours des années 2012 et 2013, de nombreuses lettres ont été adressées à la CCSN par Michel Duguay et par de nombreux cosignataires. Deux lettres importantes *[i] ont aussi été adressées en 2013 au Ministre fédéral des ressources naturelles, l’Honorable Joe Oliver. La lettre du 11 avril 2013, comportant 3 000 mots et cosignée par 29 personnes, signalait au ministre que des problèmes importants touchaient la réglementation nucléaire au Canada et posait plusieurs questions à cet égard. Dans une très brève réponse, le ministre a choisi d’ignorer ces questions.

Le premier août 2013, une deuxième lettre, comprenant 12 000 mots, a été adressée à l’Honorable Joe Oliver. Cette lettre cosignée par 21 personnes documentait le fait que les réacteurs nucléaires canadiens de type CANDU ne rencontrent pas l’objectif de sûreté de l’Article 9 de la Loi sur la Sûreté et la réglementation nucléaire de 1997. L’article 9 stipule en premier lieu que la probabilité d’un accident nucléaire grave ne doit pas dépasser le niveau d’acceptabilité sociale, et en deuxième lieu que la CCSN doit informer le public de façon objective et scientifique sur les questions nucléaires.

La CCSN n’est pas en conformité avec l’Article 9 de la Loi de 1997. La lettre à l’Honorable Joe Oliver documentait que la probabilité d’accident grave près de Toronto est environ 100 fois plus élevée que le niveau d’acceptabilité sociale. La lettre montrait aussi que le refus systématique du Dr Michael Binder de répondre à de nombreuses questions de sûreté nucléaire renforce les plus vives inquiétudes quant à la probabilité d’un accident nucléaire grave, laquelle augmente constamment avec les effets cumulatifs de la corrosion. Plusieurs phénomènes de corrosion dans les six kilomètres de tuyaux à haute pression d’un réacteur nucléaire CANDU ont été très bien documentés par le personnel technique et scientifique de la CCSN.

Il est assez remarquable qu’en date du 14 novembre, la lettre du premier août 2013 adressée à l’Honorable Joe Oliver n’a pas encore reçu de réponse.

Un des points importants de nos lettres à l’Honorable Joe Oliver et au Dr Michael Binder est que l’ingénieur nucléaire John Waddington a publié un article en octobre 2009 qui argumentait en faveur d’améliorer la structure de réglementation nucléaire afin de réduire la probabilité d’un accident nucléaire grave par un facteur de 10. L’ingénieur nucléaire John Waddington avait travaillé auparavant pour Atomic Energy Canada Limited (EACL) et par la suite pour la CCSN. Dans son article Waddington citait les travaux de professeurs universitaires américains qui ont examiné les causes profondes des accidents majeurs dans plusieurs domaines de l’économie. Un consensus s’est développé au cours des deux dernières décennies que la défaillance institutionnelle (institutional failure) est responsable de la majeure partie des accidents graves. Il est inquiétant d’observer un refus de la part des gestionnaires de la CCSN de reconnaître la valeur de ces travaux qui s’applique à eux-mêmes. La reconnaissance de l’importance de ces travaux serait le premier pas pour atteindre l’objectif de John Waddington de réduire la probabilité d’accident nucléaire grave par un facteur de 10.

Malgré les affirmations de Michael Binder pour «rassurer» le public canadien sur la sûreté des réacteurs CANDU, il n’en reste pas moins que les nouveaux documents de réglementation post-Fukushima de la CCSN publiés le 20 août 2013, soit REGDOC-2.3.2 et REGDOC-2.10.1, stipulent que les firmes électronucléaires doivent apporter des changements aux équipements et procédures, qu’elles doivent démontrer leur capacité à gérer un accident nucléaire grave, et qu’elles doivent préparer des plans d’évacuation de la population environnante.

Avant la catastrophe de Fukushima, la CCSN prétendait que la probabilité d’un accident nucléaire grave était suffisamment faible que des mesures de sûreté plus strictes n’étaient pas nécessaires. Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, la documentation récente de la CCSN montre que la probabilité d’un accident nucléaire grave est à la hausse. Les chiffres décrivant cette probabilité n’ont pas été publiés par la CCSN. Pour que le public Canadien puisse juger si l’aventure nucléaire n’est pas excessivement dangereuse, en plus d’être très coûteuse, la CCSN ne devrait-elle pas respecter pleinement l’Article 9 de la Loi de 1997 et informer le public de façon objective et scientifique ? Ne serait-ce pas également en conformité avec le bon fonctionnement d’une démocratie ?

La récente décision de la Première ministre de l’Ontario, Madame Kathleen Wynne, de faire marche arrière dans le projet de construire deux nouveaux réacteurs à Darlington en Ontario est un bon pas dans la bonne direction car le laxisme dans la réglementation nucléaire est inquiétant. Le Québec s’en est sorti de façon exemplaire, mais il reste encore bien du travail pour gérer tout le déclassement de Gentily-2 et -1. Un BAPE, demandé récemment au ministre Yves-François Blanchet, pourra, lui, informer adéquatement la population.

 

Michel Duguay, Professeur                                                                       Philippe Giroul,

Dept. Génie Électrique et Génie Informatique                                              Enseignant retraité

Université Laval, Sainte-Foy, Québec                                                             Trois-Rivières

 

 

 

 



[i] Les deux lettres adressées au ministre Joe Oliver se trouvent sur le site : www.canadaval.ca  et sur le site : http://www.sortonsquebecnucleaire.org/index.php

 

 

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Islam et décapitation

novembre 15th, 2013 by Said Hilal al-Charifi

Si vue d’Europe et d’Amérique du Nord, la guerre de Syrie est une révolution visant à renverser une « dictature alaouite » (sic), elle est, vue de Syrie, une invasion par des jihadistes venant du monde entier à l’appel des prédicateurs wahhabites, qu’ils soient qataris ou saoudiens. Pour Said Hilal al-Charifi, un journaliste musulman sunnite, le wahhabisme n’a aucun rapport avec l’islam et doit être considéré comme une secte criminelle. Cette idéologie barbare n’aurait jamais exercé la moindre influence si elle n’avait été portée au pouvoir par les Britanniques et les États-uniens à Riyadh et si elle n’avait bénéficié d’immenses revenus depuis le choc pétrolier de 1974.

+


Une vidéo de décapitation, parmi des centaines « d’autres

Chaque fois qu’on essaie de démontrer à l’opinion mondiale, les barbaries insoutenables exercées par les jihadistes contre les populations en Syrie, certaines personnes nous contredisent immédiatement en répétant toujours le même refrain : l’islam n’a rien à voir avec ces comportements d’un autre âge. Ces « choses » n’ont rien de musulmanes. Ce qui se passe en Syrie au nom de l’islam n’a rien à voir avec le vrai islam qui est une religion de paix et de tolérance et absolument pas de violence.

Bien !

Des aveux frappants

Prenons les témoignages, diffusés durant le mois de juillet dernier sur les chaines de télévision syriennes, des jihadistes occidentaux arrêtés sur les champs de batailles par les forces de l’Armée arabe syrienne. Tous ont affirmé avoir répondu aux multiples appels au jihad lancés par des imams des mosquées dans leurs pays respectifs. En écoutant leurs aveux devant les enquêteurs, toutes nationalités confondues : aussi bien occidentaux qu’asiatiques, tchétchènes ou africains, j’ai constaté qu’ils se sont rendus en Syrie pour combattre sur le sentier de Dieu, car le jihad est l’une des obligations de l’islam qui restera en vigueur jusqu’au jour du jugement.

À la question « À votre avis, les conditions de cette obligation sont mieux remplies en Syrie que nulle part ailleurs ? », la plupart d’entre eux ont répondu en utilisant les mêmes expressions : oui, la Syrie est « occupée » par un régime laïque [1] représentant une minorité hérétique, les alaouites [2]. Ce régime est soutenu également par d’autres minorités de païens, à savoir les chrétiens, les druzes [3] etc. Ils ont tous conclu : nous retraçons le chemin de notre Prophète ainsi que des bons prédécesseurs. Nous menons un combat juste contre ces incroyants : nous nous sommes rendus sur la terre du Levant, la Syrie, pour ce qu’elle redevienne une terre sainte bénie par le Prophète, pour la purifier de ces sales mécréants en les éradiquant entièrement de ce pays, hommes, femmes et enfants.

Le message syrien a été bien capté

La diplomatie syrienne, ainsi que les médias nationaux n’ont pas perdu leur temps. Ils ont su intelligemment mettre en lumière les aveux des détenus occidentaux en tirant les sonnettes d’alarme, notamment dans les réunions du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’Occident a fait comprendre qu’il a bien reçu le message syrien.

Selon Manuel Valls, ministre français de l’Intérieur, ils sont près de 600 ressortissants européens à s’être rendus en Syrie pour combattre « le régime de Bachar Al-Assad ». Le ministre, qui a dévoilé ce chiffre lors d’une réunion européenne sur le sujet le 7 juin, juge le phénomène « très préoccupant par son ampleur », rapporte Le Mondedu 7 juin 2013.

Évidemment, ce phénomène est préoccupant, car ces jihadistes poseront ultérieurement d’énormes problèmes de sécurité dans leurs propres pays. Pour Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient interrogé par RMC, le risque est réel de voir ces combattants se retourner contre leur pays d’origine : « Une fois que ces personnes ont pris goût au maniement des armes, qu’elles ont subi un endoctrinement idéologique, tourné vers la destruction d’Israël, on voit ce qui peut se produire en France. Si des attentats en France peuvent aider ces objectifs, ils le feront ». [4]

Pourquoi donc ces jeunes européens partent-ils combattre en Syrie, en définitive pour y mourir en « martyrs » ?

Il existe des raisons multiples à leur départ. Dans un rapport destiné aux États européens et révélé par Le Monde en mai dernier, Yves de Kerchove, coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, cite pêle-mêle le « goût de l’aventure, la volonté de soutenir des frères opprimés ou de ’punir’ l’Occident, prolongement d’un engagement religieux radical ». Alors que pour ManueI Valls, les combattants français en Syrie sont avant tout des hommes « plutôt jeunes, d’origine très modeste, et pour la plupart convertis à un islam radical ». Le ministre note que « tous ne sont pas des djihadistes et des terroristes », mais beaucoup ont rejoint la mouvance radicale affiliée à Al-Qaida, le fameux Front Al-Nosra, que l’ONU a qualifié d’organisation terroriste. [5]

Nous remarquons que seul Manuel Valls a utilisé l’expression exacte « la plupart de ces jeunes français sont convertis à un islam radical ».

L’islam radical, promu depuis les années 70 en Occident par le royaume saoudien est fondé sur le jihad. Les enseignements religieux suivis dans toutes les mosquées abordent rarement les questions de paix ou de tolérance. Comme la notion de la liberté qui n’a jamais été un souci philosophique dans la culture arabo-islamique, les notions de paix et de tolérances, chères aux cœurs des musulmans, ne sont développées que vaguement et brièvement, que se soit dans certains versets coraniques ou dans la Biographie Odorante du Prophète.

Ambigüité des notions

Le mot « liberté », Hourria en arabe, n’est pas cité dans leCoran. Par contre, le mot « libération », Tahrir en arabe, ou « affranchissement » est cité huit fois dans plusieurs sourates du Coran. Il y désigne l’affranchissement d’un esclave :
« C’est délier un joug, affranchir un esclave »,
Sourate 90 Al-Balad, verset 13. [6]

La tolérance, dont les traces n’existent que dans laBiographie Odorante du Prophète, signifierait plutôt l’endurance, c’est-à-dire l’acceptation des autochtones mécréants sur la terre de l’islam.

Cela dit, la similitude presque parfaite entre les aveux des jihadistes, provenant de différents pays, ne m’a pas surpris, car tous sont allaités au même pis, si non, des combattants européens devraient être choqués par les scènes de lynchages pratiquées sous leurs yeux à l’encontre de populations désarmées. Ces citoyens européens, qui devraient théoriquement faire respecter les valeurs des Droits de l’homme, non seulement n’ont pas été choqués par ces exactions inacceptables, mais ils y ont participées, comme ce fut le cas de deux jeunes Belges en Syrie.

Des Belges participent à une décapitation en Syrie

La télévision flamande VTM a diffusé une vidéo montrant la décapitation d’un homme, laquelle aurait été tournée en Syrie. Dans ce film de deux minutes apparaissent de jeunes hommes s’exprimant en néerlandais et en français, avec un accent belge.

Le parquet fédéral belge, chargé des questions de terrorisme, va examiner la vidéo dans le cadre d’une enquête ouverte à Anvers sur le départ de volontaires belges pour la Syrie, rapporte l’Agence France-Presse du 7 juin 2013.

Pourtant, tout cela n’est pas suffisant pour remettre en question les politiques européennes à l’égard de ce conflit qui n’a rien à voir avec les slogans affichés, mais qui a par contre des rapports avec des intentions cachées et une volonté délibérée d’anéantir le peuple syrien et de casser son État.

[1] La laïcité, selon eux, est une offense à Dieu, car elle se situe à l’antipode de la croyance.

[2] Les alaouites forment un courant de l’islam chiite. Ils se caractérisent par l’affirmation selon laquelle la piété est intérieure et par conséquent ils négligent les rites et provoquent la fureur des jihadistes. Le président Bachar el-Assad est alaouite, mais la plupart des membres de sa famille sont sunnites. Contrairement à ce que laissent entendre les médias occidentaux, le régime républicain syrien n’accorde aucun privilège aux alaouites.

[3] Les druzes forment un courant de l’islam chiite ismaélite. Ils considèrent la charia comme la Loi islamique de l’époque de Mahomet en Arabie. Pour eux, elle est le fruit d’une circonstance historique et ne s’applique plus aujourd’hui, ce qui les fait haïr par les jihadistes.

[4] « Combattants européens en Syrie : un casse-tête pour la France », par Michael Bloch, France TV Info, 3 juin 2013.

[5Idem.

[6] Extrait de la Sourate de la Cité :
« Et qui te dira ce qu’est la voie difficile ?
C’est délier un joug, affranchir un esclave,
ou nourrir, en un jour de famine,
un orphelin de ta famille
ou un pauvre dans le dénuement.

Et c’est être, en outre, de ceux qui croient et s’enjoignent mutuellement à l’endurance et à la miséricorde ».

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100 000 martyrs pour Genève 2

novembre 15th, 2013 by Thierry Meyssan

Alors que la Conférence de Genève, en juin 2012, avait fixé les bases de la paix en Syrie, la guerre a repris durant un an et demi. 100 000 morts plus tard, les puissances étrangères qui ont planifié et alimenté le conflit ont fini par admettre leur défaite. Moscou et Washington envisagent donc de réunir une nouvelle conférence à Genève pour leur faire acter la victoire de la République arabe syrienne.

 

La Conférence de Genève, en juin 2012, devait jeter les bases de la paix en Syrie. À l’époque, l’Otan avait renoncé à bombarder le pays comme elle l’avait fait en Libye, pour ne pas entrer en conflit avec la Russie et la Chine. La France de Nicolas Sarkozy avait négocié le retrait de ses conseillers militaires de l’Émirat islamique de Baba Amr et obtenu la restitution de ses officiers qui avaient été faits prisonniers. Logiquement, on pouvait estimer que l’État syrien avait gagné la partie et que le retour à la normale était proche.

Pourtant, le soir du 30 juin, la France, qui venait d’élire François Hollande à sa présidence, émettait une réserve sur l’interprétation du communiqué final. Selon elle, le gouvernement de transition devant être accepté par toutes les parties, l’accord impliquait le départ définitif du président el-Assad. Une semaine plus tard, le président Hollande recevait à Paris la 3ème réunion des « Amis du peuple syrien » avec en guest star, Abou Saleh, le jeune journaliste de France 24 et d’Al-Jazeera qui avait fait régner la terreur à Homs. Finies les promesses de Sarkozy : puisque la guerre de 4ème génération (celle des mensonges médiatiques) avait échouée, on allait passer à la guerre de type nicaraguayen avec des dizaines de milliers de combattants étrangers.

Ce revirement de la France s’explique à la fois par l’appétit de quelques personnalités de la classe possédante et par la corruption de la nouvelle équipe dirigeante.
- Pour certains capitalistes, la crise économique de 2008 marque l’impossibilité de gagner beaucoup d’argent en France compte tenu de l’appauvrissement des classes populaires. Ils avaient donc poussé le président Sarkozy à préparer la guerre en Syrie et ont poursuivi ce projet lorsque celui-ci négociait le retrait français. Leurs intérêts ont été représentés à l’Élysée par le chef d’état-major particulier du président de la République, le général Benoît Puga, maintenu en fonctions par François Hollande.
- La campagne électorale de François Hollande a été principalement et illégalement financée par le Qatar. Ce minuscule émirat, jadis lié à la France, était gouverné depuis le coup d’État de 1995 par l’ambitieux cheik Hamad. Il autorise en 1999 Exxon-Mobil à exploiter sans limites le gaz du pays. En quelques années, le Qatar devient un géant mondial du gaz et de facto la propriété des Rockefeller. Le président Hollande choisit Laurent Fabius comme ministre des Affaires étrangères car il avait servi d’intermédiaire entre lui et l’émirat. Or, le ministre est ce qu’il est convenu d’appeler « un ami d’Israël ». À ce titre, il va pousser la France à « saigner » la Syrie.

L’attaque fut lancée le 18 juillet 2012 par un attentat qui coûta la vie aux membres du Conseil de sécurité nationale. Il s’en suivit une guerre d’un an et demi qui fit plus de 100 000 morts. Il est convenu de dire aujourd’hui que cette guerre n’aura pas de solution militaire, les Contras étant remplacés au fur et à mesure de leur élimination.

Moscou et Washington parlent aujourd’hui d’une Conférence de Genève 2. En effet, le Royaume-Uni a opportunément été contraint de se retirer par un vote de sa chambre des Communes ; l’émir de Qatar a été contraint par les États-Unis à abdiquer ; la France n’a pas pu maintenir sa pression militaire depuis son opération au Mali ; la Turquie est trop divisée pour mener des opérations de grande envergure. Il ne reste à vrai dire qu’un seul joueur : l’Arabie saoudite.

Riyadh a établi son ministre-adjoint de la Défense à Amman pour y constituer une force de 50 000 mercenaires. Il avait été prévu que le bombardement chimique de la Ghoutta par les Contras avec du matériel turc donnerait le signal d’un retournement de situation. Les commandants alliés se réunirent à Amman pour mettre au point le changement de régime. Puis : rien.

En réalité, de même que Washington a contraint l’émir du Qatar à quitter la scène, de même cette excitation n’avait d’autre but que de contraindre l’Arabie saoudite au retrait. Après avoir hurlé de douleur et annoncé vouloir se venger des États-Unis, les Séoud sont apparemment rentrés dans le rang lorsque John Kerry est venu leur rappeler qu’ils ne sont installés sur leur trône que par la volonté de l’Occident. Dès lors, la Conférence de Genève 2 devrait se tenir soit début décembre, soit fin janvier. Les Alliés des États-Unis devraient enfin y entériner l’accord secret conclu entre Moscou et Washington, il y a un an et demi.

Thierry Meyssan
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Ci-après un extrait du livre qui montre, sur l’exemple de la destruction des vieux quartiers de Marseille, que l’occupation nazie permettait de réaliser par la seule violence d’Etat , déportations à la clé, des opérations  intéressant directement et de longue date la bourgeoisie d’affaires française.

Répression et profits : Paribas, la Banque d’Indochine, les syndiques et la destruction du Vieux Port de Marseille (janvier 1943)

Des massacres à parfum immobilier

La recherche du profit se cacha parfois sous la pire répression, comme en témoignent les « événements de Marseille » de janvier 1943, préalables à une rénovation-spéculation urbaine plus spectaculaire que les déportations de juifs parisiens. (697)

L’invasion, préparée dans un « secret » total, des « vieux quartiers » (« le quartier nord du Vieux Port ») le dimanche 24 janvier 1943 (698) fut mise au point depuis 1942 par Bousquet et Karl Oberg, « chef supérieur des SS et de la police allemande ». L’opération policière entra dans sa phase décisive sous le faux prétexte d’un attentat, le 3 janvier, dans un lupanar allemand de Marseille. Elle s’appuya sur le préfet régional « 100 % allemand » (699) que Bousquet fit nommer à cet effet : Jean-Marcel Lemoine, arrivé à Marseille le 11 janvier, avait démontré son zèle répressif à Limoges ; il en avait été récompensé par la francisque dont Bousquet avait, en octobre 1942, été le « parrain » (700) il accéda même, en janvier 1944, au poste de « secrétaire général à l’intérieur » de Darnand, successeur de Bousquet). Bousquet et Oberg, voyageant ensemble à l’aller et au retour en « strict incognito », par « wagon spécial train régulier », peaufinèrent à Marseille même l’opération pendant trois jours, du 13 au 15 janvier 1943 (701), avec Lemoine, Pierre Barraud, préfet délégué à l’administration de Marseille (« maire » nommé par Vichy), René Chopin , préfet délégué des Bouches- du-Rhône, et l’intendant de police Maurice de Rodellec du Porzic . Ils revinrent « le 23 janvier […] à Marseille pour diriger l’opération » (702)

Précédées le 23 janvier d’une invasion policière, les rafles furent opérées en deux heures le 24 par la police allemande, la gendarmerie et la garde mobile françaises flanquées des « SOL » (service d’ordre légionnaire de Darnand, bientôt miliciens), « dont quelques- uns avaient des armes apparentes, mais qui avaient tous des matraques [et…] les Compagnons de France [qui] formaient face à la foule le cor don extérieur qui iso lait le Vieux Port ». Poursuivies le 25, elles entraînèrent l’expulsion de 40 à 50 000 personnes et l’arrestation de 6 000, classées en neuf caté go ries : les deux premières étaient « a) [les] juifs étrangers, b) [les] juifs français, « malheureux israélites qui on été déportés en zone occupée » (703)

« L’opinion dans sa majorité », rapporta un gaulliste le 1er février, « pense qu’on a voulu réaliser, à peu de frais, le plan d’urbanisme dit plan Beaudoin (dégagement de la Mairie, assainissement des vieux quartiers). Ainsi, […] on ne procédait plus aux règles de l’expropriation, longues, onéreuses. Tout cela sous le couvert des Allemands » (704). Les 3 et 10 fut précisé : «les opérations de Marseille sont à l’heure actuelle presque entièrement terminées, et la démolition du vieux port est commencée. L’on dit que démolitions et reconstructions de ce quartier de Marseille ont été confiées à des grosses firmes de travaux publics en lesquelles M. Fernand Bouisson (705) se trouve comme par hasard avoir des intérêts. » « Le véritable motif de l’évacuation […] serait le suivant : La régie immobilière de la Ville de Marseille […] poursuit la réalisation de plan d’aménagement amorcé depuis 1929 (706). Subventionnée par la Banque des Pays- Bas, elle s’apparente à la régie intéressée qui vient de s’emparer du canal de Marseille 7621, à la faveur du gouvernement de Vichy. L’architecte [Eugène] Beaudoin de Marseille, le directeur technique Chalon ne sont que les instruments de cette organisation. Les Allemands ont été intéressés à cette opération pour couvrir l’évacuation et la démolition avec le minimum de frais. » 707

Un renseignement du 20 juillet 1943 sur « Marseille et ses industries » opposa sa zone exsangue faute de matières premières (les huileries) à la réorganisation « démontr[ant] la vitalité des milieux d’affaires marseillais » : « la démolition du quartier du Vieux Port a mis en avant les projets de reconstruction de la ville. La direction […en] est confiée à la Régie foncière et immobilière de la ville de Marseille, qui vient d’être fondée par la Banque de Paris et des Pays-Bas mais qui est contrôlée par la ville. Disposant d’un capital de 5 millions de francs, qui sera peut-être porté à 10 millions, elle est surtout une société d’études, inspirée par l’architecte Beaudouin. Ses projets de reconstruction ont déjà obtenu l’approbation du gouvernement. » 708

Le BCRA connut donc tôt et bien l’aspect immobilier de « ces massacres », mot de 1946 d’Oberg709 qui, le 13 janvier 1943, au siège marseillais de l’état- major des SS, les qualifiait d’« opération de salubrité d’intérêt européen » 710.

La mobilisation des synarques

Le plan d’urbanisme à Marseille excitait visiblement la synarchie depuis un an. À sa visite officielle du 1er février 1942, Lehideux célébra ses perspectives magnifiques « sous l’impulsion de votre préfet régional711 et de ses adjoints, conformément au plan d’aménagement établi par M. Beaudouin, dont le talent s’est une fois de plus affirmé. Votre ville va progressivement se transformer et s’embellir, les taudis faire place à des jardins et des stades créées au centre de la ville ; des allées borderont les grandes artères radiales, tandis que des parcs et des promenades entoureront l’agglomération d’une ceinture de verdure » 712. Le « maire » Pierre Barraud « confi [a] en 1942 à E. Beaudouin », après avoir éliminé ses rivaux, « l’élaboration du plan de la région marseillaise » 713.

Jean Jardin, directeur de cabinet de Laval depuis avril 1942, vit trois fois en juillet depuis le 5 son « patron » Raoul Dautry, officiel « “ermite” du Lubéron […] retiré » à Lourmarin : ils auraient discuté de « l’obsession » du faux retraité, supprimer « la pollution des eaux de Marseille [,…] œuvre essentiellement apolitique [qui] ferait la gloire du gouvernement » et qu’il n’aurait « accepté[e qu’] à son corps défendant ». Le synarque Jardin, ancien « secrétaire [de Dautry,] directeur de la SNCF », restait avec lui « en relations très suivies [et…] le recevait […] assez fréquemment à son domicile » du temps de son ministère de l’Armement 714. « Chargé de mission » chez le synarque Bouthillier en 1941-1942 715, puis directeur de cabinet de Laval auprès de son intime synarque Jacques Guérard , secrétaire général, Jean Jardin aurait en pleins préparatifs des déportations parisiennes proposé au grand synarque et notable du Comité France- Allemagne « Raoul Dautry de reprendre la direction de la SNCF » sans lien avec « la contamination des eaux de Marseille » ?716

La police et la justice savaient tout du dossier, comme l’avèrent les questions précises qu’elles posèrent depuis l’automne 1944 aux inculpés, français et allemands. Elles en obtinrent quelques aveux, immobiliers notamment, au milieu d’un flot de mensonges et d’omissions. Le 9 février 1946, Oberg admit qu’au cours des tractations de janvier 1943, « Bousquet, Barraud et moi, nous avons fait une tournée dans le quartier du Vieux-Port et à cette occasion, Barraud a attiré mon attention sur certains monuments de Marseille en me priant dans la mesure du possible de les épargner au moment de la destruction »717. Il ne s’agissait pas seulement de monuments publics, dont le « directeur général de la propagande en zone Sud » depuis décembre 1941, Paul Creyssel, loua le respect dans Le Matin du 13 février en « dénonçant les mensonges de la radio anglo-américaine et soviétique » :« que les artistes se rassurent : ni l’hôtel de ville ni la maison diamantée, ni les plus nobles façades ne perdront rien à être dégagées d’une gangue de masures malpropres. » 718 Il convenait aussi d’épargner des propriétés des organisateurs du forfait, sur lesquels Barraud (muet sur sa « tournée » avec Oberg et Bousquet « dans le quartier du Vieux- Port ») fit en octobre 1944 des demi-aveux : « pour assurer la sauvegarde des objets d’art et de certaines maisons historiques, j’ai fait appel au concours de M. Beaudoin, architecte urbaniste », et de deux de ses collègues. « J’affirme [cependant] que j’ignorais que M. Beaudoin fût propriétaire de l’hôtel Franciscou au moment où je l’ai désigné pour faire ce travail. »  719

Un autre aveu d’Oberg de janvier-février 1946 pose Barraud en délégué aux opérations immobilières démarrées par la démolition, qui suivit immédiatement le crime : « À mon retour à la vieille Mairie, M. Barraud m’a montré une brochure intitulée “Le Nouveau Marseille” et qui traitait de projets d’urbanisme concernant le Vieux- Port ; en me disant que les mesures allemandes allaient rendre possible ce qui sans cela aurait dû attendre des années » ou « hâter et faciliter l’exécution de ce plan qui, jusqu’alors, s’était heurté à des difficultés de réalisation ». La police interrogea aussi Oberg dès son arrestation « à Baden- Baden » et à nouveau à Paris sur l’« immixtion de la Banque d’Indochine ou d’une autre banque [ou] de manœuvres spéculatives dans cette affaire de Vieux- Port ». Il assura n’en avoir « jamais entendu parler », ajoutant : « Les conversations et discussions ont duré à Marseille environ deux jours. Il ne s’agissait d’ailleurs plus que des mesures d’exécution envisagées au point de vue technique, notamment du choix d’un camp. Finalement c’est celui de Fréjus qui a été choisi. » Or, le choix des lieux d’« évacuation », Fréjus, comme Compiègne, avait été planifié bien avant le voyage. Que firent donc Bousquet et Oberg du mystérieux troisième jour du séjour à Marseille, car il y en eut trois et non « environ deux » 720 ? Dans l’éloge que Carl Boemelburg, chef de la police de sécurité, fit de Bousquet « à un autre officier » allemand en mars 1943, un détail détonne. Il mentionna son zèle, habituel, dans la chasse aux communistes et aux juifs, mais aussi sa fougue dans la destruction de Marseille (double ardeur qu’Oberg censura en 1946) : « nous pouvons avoir toute confiance en Bousquet. Nous l’avons vu à l’œuvre à Marseille, où il a organisé et dirigé l’expulsion des habitants des vieux quartiers et la démolition. Il a fait beaucoup plus qu’il n’était demandé. » 721

Bousquet, connu de la police comme lié à la synarchie722 au moins depuis l’« Affaire Navachine » de 1937 723, se vit décerner une francisque précoce : n° 515 de juin 1941 724. Les RGSN lurent attentivement le pamphlet qui « circula sous le manteau, dans l’entourage même du Maréchal […] aux environs du 21 décembre 1943 » : il dressait « M. Guérard et son ami Bousquet » en couple soudé, en pleine crise de Vichy, dans l’option allemande définitive (que Bousquet abandonna quelques jours après), « travaill[a]nt chacun dans leur zone d’influence respective, l’un rue de Lille, l’autre avenue Foch » 725.

La synarchie salua la libération de Bousquet, en 1949, en le nommant à Paris directeur d’un fief, la Banque d’Indochine, tandis que Guérard dut à Madrid, à la tête des filiales d’Espagne des assurances Worms, patienter jusqu’en 1955726. L’ardeur de Bousquet dans « la démolition » au profit de la haute banque ne peut qu’avoir secondé sa reconversion

 


 

NOTES relatives à cet extrait

 

697. Vital- Durand B., Domaine privé, chap. 2 et 3, cit. 1re éd., p. 196.

698. Rapport NM 120 sur les faits, 23-25 janvier ; LIBE/31501, « renseignements sur les opérations policières effectuées à Marseille », 11 février ; A/M FX 03. 3/14, 1er février 1943 (le terme « zone occupée », au lieu de « zone Nord », demeura après novembre 1942), un des trois dossiers verts de F1a, 3922, AN.

699. Lemoine, « a présidé à la destruction du Vieux Port […] (2 filles qui ont des rapports très étroits avec les Allemands) », information 5 janvier 1944, F1a, 3978, AN.

700. Fiche 1803 du préfet régional Limoges, accepté le 23 octobre 1942, F7, 15388, AN.

701. Et non deux, selon certains témoignages (et Oppetit C., dir., Marseille, p. 27-29. Bousquet « quitte Marseille le 14 pour arriver à Vichy le 15 au matin », p. 29). Horaires SNCF formels : tél. Martin à préfets régionaux Marseille et Lyon, en communication aux préfets concernés : départ de Paris 12 janvier, 19h10, « Marseille arrivée 9 h 50 » le 13, tél. 389, 12 janvier ; départ de Marseille 15 janvier 20 h 35, tél. 500, 15 janvier 1943, Che mise XVI, F7, 15333, AN. 3e jour, infra.

702. Auditions Barraud, par Jean Bouquier, JI Marseille, 12 octobre 1944 (suite de celui du 9, non versé), W3, 88 ; Oberg par Bergé et Seyvoz, DRG, 15 janvier 1946, par Mitton, JI CIHCJ, à DRG, 14 février 1946, W3, 89 (et 358), AN ; Oppetit C., dir., Marseille, sur tout p. 21-45, et Ryan D. F.,Holocaust.

703. Rapport NM 120 sur faits 23-25 janvier ; LIBE/31501, 11 février 1943 ; A/M FX 03. 3/14,1er février 1943, un des trois dossiers verts de F1a, 3922. Et sur tout, W3 cités, AN.

704. A/M FX 03. 3/14,1er février 1943, F1a, 3922, AN.

705. Ancien SFIO comme Laval, dont il fut l’associé et le complice, ancien président de la Chambre enrichi dans diverses spéculations, notamment président CA de L’OEuvre, Cointet J.-P., Laval, index ; collaborationniste spectaculaire, membre du « cercle européen » et familier des Allemands, notes Schwendemann 7068/42, Paris, 15 décembre 1942, et Pr 2198/42 pour Achenbach, 11 mai 1942 (« J’ai visité les fermes de la région Saint- Raphaël qu’il a achetées là- bas en juillet et qu’il a depuis lors complètement reconstruites. Il a transformé en terre à blé, en vignobles et en vergers de vastes étendues en friches couvertes de taillis et a installé une ferme avicole modèle, etc. », W3, 352 et 354, AN.

706. Ou 1939 ? date surchargée ; depuis 1931 d’après les architectes cités infra.

707. « Un rapport complet sera remis ultérieurement » [absent], France Politique, WEZ 4 janvier février, reçu 24 mai 1943, F1a, 3922, AN.

708. BRE 8/20301, Bouches- du-Rhône, 20 juillet 1943, F1a, 3922, AN.

709. Lap sus : il parlait toujours d’« évacuation », déposition devant Mitton, Paris, 8 février 1946, W3,89, AN.

710. Audition de Barraud, par Bouquier, Marseille, 12 octobre 1944, W3, 88, AN.

711. Alors Max Bonnafous, sis à ses côtés.

712. Communiqué Office français d’informations (Vichy, ex- Havas-Information), cité rap port Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.

713. Jacques Greber et Gaston Cas tel. Bonillo J.-L., dir., Marseille, p. 22-24 ; Thierry Durousseau, architecte, « Patrimoine du XXe siècle à Marseille », PDF, Internet.

714. RGPP, sd, forcément entre septembre 1939 et mai 1940, fonds RG Jean Jardin, APP.

715. Officiellement par arrêté Bouthillier 23 mars, Vichy, JOÉF, 9 octobre 1941, BVP. Appartenance

synarchique souvent évoquée mais rejetée, Assouline P., Éminence, passim, établie par maints

documents dont j’ai informé Alexandre Jardin. Absent des listes, présent sur « car net de poche » Jean Coutrot, avec son n° de téléphone « Inv[alides] 31-22 » (confirmé par son petit-fils), « dossier 7 (personnes) », W3, 222, AN.

716. Le récit laborieux des visites (« pour se ressourcer […] et s’épancher ») de Jardin (promu par Laval pour aimable fourni ture de Balto de décembre 1940 à avril 1942) suggère que Vichy avait chargé d’urbanisme marseillais le « retraité » lié à Laval et Jacques Le Roy Ladurie (infra), Assouline P.,Éminence, p. 93, 107-108 ; 130-133 ; index de ces noms, Lacroix- Riz, Choix et Munich.

717. Déposition Oberg devant Mitton, 9 février 1946, W3, 89, AN.

718. Le Matin, 13 février 1943, cité rapport inspecteurs RG Clerbaut et Colletta, 29 juin 1946, PJ, 43, Creyssel, APP, et infra.

719. Audition Barraud par Bouquier, Marseille, 12 octobre 1944, W3, 88, AN.

720. Auditions Oberg par Mitton, 9 février ; Bergé et Seyvoz, 15 jan vier 1946, W3, 89, AN et supra.

 

 

 

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Il m’est arrivé de demander aux gens qui rejettent ou rationalisent toute critique envers la politique étrangère des États-Unis : «  Que faudrait-il que les États-Unis fassent en matière de politique étrangère pour perdre votre soutien ? Qu’est-ce qui, pour vous, serait de trop ?  » Je n’ai pas encore reçu de réponse satisfaisante à cette question.

Le New York Times (2 Novembre) a publié un long article sur la base de documents de la NSA publiés par Edward Snowden. Une des choses qui a le plus attiré mon attention concernait « Sigint » -Signals intelligence, le terme utilisé pour les interceptions électroniques. On pouvait lire :

« Les professionnels de Sigint doivent suivre une étique irréprochable, même lorsque des terroristes ou des dictateurs cherchent à exploiter nos libertés. Certains de nos adversaires diront ou feront n’importe quoi pour faire avancer leur cause ; pas nous. »

Et là je me suis demandé : qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que la NSA pourrait bien refuser de faire – pour une question d’étique ?

Il m’est arrivé de demander aux gens qui rejettent ou rationalisent toute critique envers la politique étrangère des États-Unis : «  Que faudrait-il que les États-Unis fassent en matière de politique étrangère pour perdre votre soutien ? Qu’est-ce qui, pour vous, serait de trop ?  » Je n’ai pas encore reçu de réponse satisfaisante à cette question. Je soupçonne que c’est parce qu’ils ont peur que quoi qu’ils disent, je ferai remarquer que les États-Unis l’ont déjà fait.

Le vote des Nations Unies sur l’embargo sur Cuba – 22 années consécutives.

Pendant des années, les dirigeants politiques et médias américains aimaient qualifier Cuba de « paria international ». Ça fait longtemps qu’on ne l’entend plus. Peut-être qu’une des raisons est le vote annuel de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la résolution intitulée : « Nécessité de lever le blocus économique , commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique contre Cuba ». Voici les résultats des votes :

 

Votes aux Assemblées Générales des Nations-Unies sur la nécessité de cesser le blocus des Etats-Unis contre Cuba

Année Date Pour Contre Abstention Pays votant contre
1992 24 Novembre 59 2 72 Etats-Unis, Israel
1993 3 Novembre 88 4 57 Etats-Unis, Israel, Albanie, Paraguay
1994 26 Octobre 101 2 48 Etats-Unis, Israel
1995 2 Novembre 117 3 38 Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan
1996 12 Novembre 137 3 25 Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan
1997 Octobre 143 3 17 Etats-Unis, Israel, Ouzbékistan
1998 Octobre 157 2 12 Etats-Unis, Israel
1999 Novembre 155 2 8 Etats-Unis, Israel
2000 Novembre 167 3 4 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall
2001 Novembre 167 3 3 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall
2002 Novembre 173 3 4 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall
2003 Novembre 179 3 2 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall
2004 Octobre 179 4 7 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau
2005 Novembre 182 4 1 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau
2006 Novembre 183 4 1 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau
2007 Novembre 184 4 1 Etats-Unis, Israel, Iles Marshall, Palau
2008 Octobre 185 3 2 Etats-Unis, Israel, Palau
2009 Octobre 187 3 2 Etats-Unis, Israel, Palau
2010 Octobre 187 2 3 Etats-Unis, Israel
2011 25 Octobre 186 2 3 Etats-Unis, Israel
2012 13 Novembre 188 3 2 Etats-Unis, Israël, Palau
2013 29 Octobre 188 2 3 Etats-Unis, Israël

(source www.legrandsoir.info)

Chaque automne, le vote de l’ONU est un rappel bienvenu que le monde n’a pas complètement perdu ses esprits et que l’empire américain ne contrôle pas complètement l’opinion des autres gouvernements.

Prenant la parole devant l’Assemblée générale, le 29 Octobre, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a déclaré : « Les dommages économiques accumulés depuis un demi-siècle à la suite de la mise en oeuvre du blocus s’élèvent à $ 1.126.000.000.000. » Il a ajouté que le blocus « a été renforcé sous l’administration du président Obama  » et quelques 30 entités américaines et étrangères ont été frappées avec 2,446 milliards de dollars en amendes en raison de leurs interactions avec Cuba.

Cependant, l’émissaire américain, Ronald Godard, dans un appel aux autres pays à s’opposer à la résolution, a déclaré :

« La communauté internationale ne peut pas … en toute bonne conscience ignorer la facilité et la fréquence avec laquelle le régime cubain fait taire les critiques, perturbe les réunions pacifiques, entrave le journalisme indépendant et, en dépit de réformes positives, continue à empêcher certains Cubains de quitter ou de retourner sur l’île. Le gouvernement cubain poursuit ses tactiques de détentions politiques, de harcèlement et de violences policières contre des citoyens cubains. » [1]

Et voilà. Voilà pourquoi Cuba doit être punie. On ne peut que deviner ce que M. Godard répondrait si on lui apprenait que plus de 7.000 personnes ont été arrêtées aux États-Unis pendant les 8 premiers mois du mouvement de protestation Occupy [2] ; que leurs campements ont été violemment fracassés, et que beaucoup d’entre eux ont été brutalisés par la police.

Est-ce qu’il arrive à M. Godard de lire un journal, de surfer sur Internet ou de regarder la télévision ? Pas un jour ne passe aux États-Unis sans qu’un officier de police ne tue par balles une personne désarmée.

Quant au « journalisme indépendant » – qu’arriverait-il à Cuba si on annonçait que désormais n’importe qui pouvait posséder un média quelconque ? Combien de temps faudrait-il avant que l’argent de la CIA – des fonds secrets et illimités de la CIA financent déjà toutes sortes d’opérations à Cuba – ne détienne ou contrôle la majorité des médias dignes d’être détenus ou contrôlés ?

La vraie raison de l’hostilité éternelle de Washington envers Cuba ? La crainte d’un bon exemple d’alternative au modèle capitaliste, une crainte justifiée à plusieurs reprises au fil des ans, chaque fois qu’un pays du Tiers-Monde exprime son admiration pour Cuba.

Voici comment l’embargo a commencé : Le 6 Avril 1960, Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires interaméricaines, a écrit dans une note interne : « La majorité des Cubains soutiennent Castro … Le seul moyen envisageable à terme pour saper le soutien interne est par le désenchantement et la désaffection provoqués par l’insatisfaction et des difficultés économiques. … Tous les moyens possibles doivent être rapidement mis en œuvre pour affaiblir l’économie cubaine. » Mallory a proposé « une ligne d’action qui … s’attache au maximum à priver Cuba d’argent et de fournitures, à diminuer les salaires monétaires et réels, à provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ». [3] Plus tard dans l’année, l’administration Eisenhower instaura l’embargo étouffant contre son ennemi éternel.

La guerre froide revisitée

J’ai écrit l’introduction d’un nouveau livre publié récemment en Russie, qui est en quelque sorte une mise à jour de mon livre Killing Hope (« Guerres Scélérates » en français – NdT). [4] Voici un court extrait :

La guerre froide n’a pas été une lutte entre les États-Unis et l’Union soviétique. Elle a été une lutte entre les États-Unis et le Tiers-Monde qui, dans la décennie qui a suivi la dissolution de l’Union soviétique, s’est poursuivie en Haïti, en Somalie, en Irak, en Yougoslavie et ailleurs.

La guerre froide avait pas été une croisade mondiale des États-Unis pour stopper l’expansion soviétique, réelle ou imaginaire. Elle a été une croisade mondiale des États-Unis pour bloquer les changements politiques et sociaux dans le Tiers-Monde, changements auxquels s’opposait l’élite de la puissance étatsunienne.

La guerre froide n’a pas été un mouvement glorieux et noble de la liberté et de la démocratie contre le totalitarisme communiste. Elle a généralement été un mouvement des États-Unis d’appui aux dictatures, aux régimes autoritaires et aux oligarchies corrompues qui étaient prêtes à suivre la ligne du parti de Washington sur la Gauche, les sociétés US, Israël, le pétrole, les bases militaires, etc., et qui protégeaient les intérêts politiques et économiques américaines dans leur pays en échange de leur maintien au pouvoir par l’armée américaine et la CIA, contre la volonté de leur propre peuple.

En d’autres termes, quoi que les diplomates de l’époque aient pu penser qu’ils faisaient, les révisionnistes de la guerre froide ont été réhabilités. La politique américaine n’a été qu’impérialisme et expansion militaire.

À propos des innombrables autres mythes que nous avons tous appris sur l’Union soviétique, j’ai récemment reçu cette lettre d’un de mes lecteurs, une femme russe, de 49 ans, qui a déménagé aux États-Unis il y a huit ans et vit désormais dans le Nord de la Virginie :

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi quelqu’un est surpris de m’entendre dire que la vie en Union soviétique me manque : qu’y a-t-il de mauvais dans la gratuité des soins et de l’éducation, dans la garantie de l’emploi, la gratuité d’un logement garanti ? Aucun loyer ou hypothèque d’aucune sorte, seulement des services publics, mais subventionnés aussi, donc c’était vraiment bon marché. Maintenant, pour être honnête, il y avait une liste d’attente pour obtenir ces logements, de sorte que certains les obtenaient plus rapidement, certains devaient attendre des années, tout dépendait de l’endroit où on travaillait. Mais personne n’était à la rue, et la criminalité était beaucoup plus faible. À l’école primaire, je prenais les transports en commun pour aller à l’école, qui était à environ 1 heure en bus (c’était une grande ville, de la taille de Washington DC, nous vivions à la périphérie, et mon école était en centre-ville), et c’était bien, tous les enfants faisaient pareil. Pouvez-vous l’imaginer aujourd’hui ? Je ne dis pas que tout était parfait, mais dans l’ensemble, c’était un système plus stable et socialement équitable pour tous, personne n’était laissé pour compte. C’est ça qui me manque : la paix et la stabilité, et ne pas avoir peur de l’avenir.

Le problème, c’est que personne ne me croit, ils disent que je suis une « tovarish » [camarade] qui a subi un lavage de cerveau. Avant, j’essayais de discuter de ça avec des Américains, mais j’ai maintenant j’ai laissé tomber. Ils refusent tout simplement de croire à tout ce qui contredit ce que CNN leur a raconté toute leur vie. Une dame m’a dit : « Tu ne sais pas ce qui se passait là-bas, parce que vous n’aviez pas de liberté d’expression, mais nous, les Américains, savions tout, parce que nous pouvions lire sur tout ça dans nos médias. » Je lui ai dit «  j’étais là ! Je n’ai pas besoin de le lire dans les médias, j’ai vécu cette vie ! » , Mais elle n’était toujours pas convaincue ! Vous n’allez pas croire ce qu’elle a dit : « Oui, peut-être, mais nous avons plus de choses ! ». Sérieusement, avoir le choix entre 50 sortes de céréales et des centres commerciaux remplis de trucs en plastique est plus précieux pour les Américains qu’une vie stable et sûre, et la justice sociale pour tous ?

Bien sûr, il y a des gens qui ont vécu dans l’Union soviétique et qui ne sont pas d’accord avec moi, et je leur ai parlé aussi, mais je trouve leurs arguments tout aussi ridicules. J’ai entendu une dame russe dont l’argument était que Staline a tué « 30, non, 40 millions de personnes ». Premièrement, c’est faux (je ne défends en aucun cas Staline, mais je pense que mentir et exagérer à son sujet est tout aussi mauvais) (*) et deuxièmement, quel rapport avec les années 70, quand j’étais un enfant ? À cette époque-là, la vie était complètement différente. J’ai entendu d’autres arguments, comme les pénuries alimentaires (là encore, c’est faux, ce n’est pas comme s’il n’y avait rien à manger, il y avait une pénurie de tel ou tel produit particulier, comme la mayonnaise ou la sauce bolognaise, dans les magasins pendant quelques jours, mais il y avait tout le reste !). Donc, vous reveniez le lendemain ou 2-3 jours plus tard, et vous les trouviez. Vraiment, est-ce une grosse affaire ? Ou il fallait faire la queue pour acheter un autre produit, (des raviolis par exemple). Mais à quel point aviez-vous vraiment envie de raviolis ce jour-là au point de ne pas acheter autre chose à la place ? Il suffisait d’acheter autre chose, comme des pommes de terre, où il n’y avait pas la queue.

Etait-ce exaspérant ? Oui, et à l’époque j’étais exaspérée aussi, mais c’est seulement maintenant que j’ai réalisé que je préfère de loin cette nuisance à ma vie présente, où je suis constamment en situation de stress, dans la crainte de perdre mon emploi (comme mon mari l’a déjà fait), et, par conséquent, de perdre tout le reste – peut-être ma maison ? Vous ne pouviez pas perdre votre maison en Union Soviétique, elle était à vous pour la vie, sans hypothèque. Seulement voilà, en vivant ici aux États-Unis, j’ai réalisé que toutes ces nuisances soviétiques combinées n’étaient pas aussi importantes que les avantages que nous avions – logement, éducation, santé, emploi, la sécurité dans les rues, toutes sortes d’activités extra-scolaires gratuites (musique, sports, arts, tout ce que vous vouliez) pour les enfants, afin que les parents n’aient jamais à se soucier de ce qu’ils faisaient jusqu’à ce qu’ils rentrent à la maison.

Nous avons tous entendu les chiffres plusieurs fois … 10 millions … 20 millions … 40 millions … 60 millions … de morts sous Staline. Mais que signifie ce nombre, quel qu’il soit ? Bien sûr, beaucoup de personnes sont mortes sous Staline, beaucoup de gens sont morts sous Roosevelt, et beaucoup de gens sont morts sous l’administration Bush. Mourir semble être un phénomène naturel dans tous les pays. La question est de savoir comment ces gens sont morts sous Staline. Sont-ils morts de faim lors de la famine qui a sévi en URSS dans les années 1920 et 30 ? Les bolcheviks ont-ils délibérément provoqué les famines ? Comment ? Pourquoi ? Il y a certainement plus de gens qui sont morts de faim en Inde au 20e siècle que dans l’Union soviétique, mais personne accuse l’Inde d’assassinat en masse de ses propres citoyens. Est-ce que des millions sont morts de maladie à une époque où antibiotiques n’existaient pas ? Sont-ils morts en prison ? De quelles causes ? Les gens meurent régulièrement en prison aux États-Unis. Est-ce que des millions ont réellement été assassinés de sang-froid ? Si oui, comment ? Combien étaient des criminels exécutés pour des crimes non politiques ? La logistique requise pour assassiner des dizaines de millions de gens est vertigineuse. [5]


Ne recommençons pas avec Hillary la même connerie que nous avons faite avec Obama.

Qui sera désigné comme candidat démocrate aux présidentielles de 2016 n’a pas vraiment d’importance. Celui qui sera choisi par ce parti régressif et moralement en faillite, au mieux, un centriste banal et sans intérêt (en termes européens, de centre-droite), qui croit que l’empire américain – malgré le comportement excessif certes occasionnel – est le dernier grand espoir de l’humanité. La seule raison pour laquelle je prends la peine de formuler quelques commentaires à ce sujet, et en avance sur l’élection, est que les forces derrière Clinton ont à l’évidence déjà commencé leur campagne et je voudrais profiter de l’occasion pour essayer de sensibiliser les nombreux progressistes qui sont tombés amoureux d’Obama et qui sont peut être prêts maintenant à embrasser Clinton. Voici ce que j’ai écrit en Juillet 2007 durant les tous premiers jours de la campagne 2008 :

Selon vous, qui a dit ce qui suit, le 20 juin ? a) Rudy Giuliani , b) Hillary Clinton ; c) George Bush ; d) Mitt Romney , ou e) Barack Obama ?

 « L’armée américaine a fait son travail. Regardez ce qu’ils ont accompli. Ils se sont débarrassés de Saddam Hussein. Ils ont donné aux Irakiens l’opportunité de tenir des élections libres et honnêtes. Ils ont donné au gouvernement irakien l’opportunité de commencer à démontrer qu’il comprend ses responsabilités de prendre les décisions politiques difficiles nécessaires pour offrir au peuple irakien un avenir meilleur. L’armée américaine a donc réussi. C’est le gouvernement irakien qui n’a pas réussi à prendre les décisions difficiles et importantes pour son propre peuple. » [6]

Exact, c’est la femme qui veut être présidente parce que… parce qu’elle veut être présidente… parce qu’elle pense que ce serait bien d’être présidente… pas d’autre raison, pas de cause qui lui tient à coeur, aucun désir sincère de changer fondamentalement la société américaine ou de rendre le monde meilleur… elle pense juste que ce serait bien, et même très bien, d’être présidente – et de maintenir en activité l’empire américain, dont les horreurs et misères routinières ne lui posent aucun problème ; elle ne voudrait surtout pas entrer dans l’histoire comme la présidente qui a précipité le déclin de l’empire.

Et elle a prononcé les mots ci-dessus à la conférence « Take Back America » ; elle parlait à des libéraux, des démocrates libéraux et d’autres plus à gauche. Elle n’était pas obligée de leur servir une rhétorique patriotique et pro-guerre ; ils voulaient entendre une rhétorique anti-guerre (et bien sûr, elle leur en a servi un petit peu, comme ça, en passant), on peut donc supposer que c’est bien ce qu’elle ressent réellement, si tant est que cette femme puisse ressentir quelque chose. Il convient de noter qu’elle fut huée par le public, pour la deuxième année consécutive.

Pensez aux raisons pour lesquelles vous êtes opposé à la guerre. N’est-ce pas en grande partie à cause de toutes les souffrances indicibles infligées à tous ces pauvres gens en Irak par l’armée américaine ? Hillary Clinton se moque de ça, littéralement. Elle pense que l’armée américaine a « réussi ». A-t-elle déjà clairement qualifiée la guerre d’« illégale » ou d’« immorale » ? J’avais l’habitude de penser que Tony Blair était un membre de l’aile droite ou de l’aile conservatrice du Parti travailliste britannique. J’ai finalement réalisé un jour que c’était une description erronée de son idéologie. Blair est un conservateur, un putain de Tory. Comment il s’est retrouvé au Parti travailliste est une question que je n’ai pas élucidée. Par contre, en ce qui concerne Hillary Clinton, je sais depuis longtemps déjà qu’elle est une conservatrice, depuis au moins les années 1980, lorsqu’en tant qu’épouse du gouverneur de l’Arkansas, elle a fermement soutenu les escadrons de la mort tortionnaires connus sous le nom de Contras, l’armée mercenaire de l’empire au Nicaragua. [7]

Maintenant, lisons dans le vénérable magazine américain conservateur, National Review de William Buckley, un éditorial de Bruce Bartlett, conseiller politique du président Ronald Reagan, fonctionnaire du Trésor sous le président George HW Bush, membre deux des principaux think-tanks conservateurs, la Heritage Foundation et le Cato Institute- vous voyez le tableau ? Bartlett dit à ses lecteurs qu’il est presque certain que les démocrates vont gagner la Maison Blanche en 2008. Alors, que faire ? Appuyer le Démocrate le plus conservateur. Il écrit : « Pour des gens de droite prêts à regarder au-delà de ce qui peut paraître comme des opinions identiques chez les candidats démocrates, il est assez clair que Hillary Clinton est la plus conservatrice. » [8]

Nous le trouvons également dans le premier magazine pour les plus riches des États-Unis, Fortune, dont la couverture récente montre la photo de Clinton avec le titre : «  Les milieux d’affaires aiment Hillary ». [9]

Retour à 2013 : En Octobre, le bureau du milliardaire George Soros, qui a longtemps travaillé avec la politique étrangère américaine à déstabiliser des gouvernements en désamour avec l’Empire, a annoncé que « George Soros est ravi de rejoindre plus d’un million d’Américains dans le soutien à Ready for Hillary (Prêts pour Hillary- NdT) » [10].

Il y a beaucoup plus de preuves de la tendance conservatrice de Hillary Clinton, mais s’il vous en faut plus, c’est que vous êtes probablement encore amoureux d’Obama qui, dans un nouveau livre, est cité déclarant à ses collaborateurs lors d’un commentaire sur les frappes de drones qu’il est « vraiment doué pour tuer des gens ». [11]Peut-on s’attendre à voir Hillary remporter le très discrédité prix Nobel de la Paix ?

Désolé de gâcher votre plaisir.

William Blum

Article original en anglais : http://williamblum.org/aer/read/122

Traduction par VD pour le Grand Soir.

[1Democracy Now !, “U.N. General Assembly Votes Overwhelmingly Against U.S. Embargo of Cuba”, October 30, 2013

[2Huffingfton Post, May 3, 2012

[3] Department of State, Foreign Relations of the United States, 1958-1960, Volume VI, Cuba (1991), p.885

[4] Copies can be purchased by emailing kuchkovopole@mail.ru

[5] From William Blum, Freeing the World to Death : Essays on the American Empire (2005), p.194

[6] Speaking at the “Take Back America” conference, organized by the Campaign for America’s Future, June 20, 2007, Washington, DC ; this excerpt can be heard on Democracy Now !’s website

[7] Roger Morris, former member of the National Security Council, Partners in Power (1996), p.415

[8National Review Online, May 1, 2007

[9Fortune magazine, July 9, 2007

[10Washington Post, October 25, 2013

[11Washington Post, November 1, 2013, review of “Double Down : Game Change 2012”

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«La paix est une création continue»

Raymond Poincaré (président de la République française 1860-1934)

La semaine dernière, le monde était suspendu à l’annonce prévisible à Genève d’un accord sur le dossier du nucléaire iranien. Nous étions partagés par le sentiment que le combat d’Ahmadinejad pour un Iran maîtrisant le nucléaire au point de savoir et de pouvoir enrichir l’uranium a été en définitive inutile puisqu’il a amené à des sanctions drastiques occidentales. Mais aussi, nous fûmes dubitatifs quant à la position de Rohani qui s’apparentait à une reddition en rase campagne et nous étions en définitive que l’accord d’un désarmement technologique de l’Iran était acquis. Que s’est-il passé pour qu’on apprenne que les négociations avaient échoué alors que les ministres (5+1) s’étaient rendus à Genève pour signer l’accord? C’était en fait sans compter sur le «veto informel» d’Israël défendu par Laurent Fabius.
Les raisons de l’échec

Le rôle de la France dans cet échec lit-on sur Le Monde est pointé du doigt par plusieurs observateurs. Ces derniers soulignaient notamment, les multiples prises de parole de la délégation française pour insister sur les points de blocage. Le chef de la diplomatie française a d’ailleurs été le premier à annoncer l’absence d’accord, soulignant qu’il restait beaucoup de chemin à faire. Cette détermination a fini par irriter certains diplomates qui, sous couvert d’anonymat, n’ont pas caché leur agacement aux journalistes. «Les Américains, l’Union européenne et les Iraniens travaillent depuis des mois sur ce processus et il ne s’agit rien de plus que d’une tentative de Fabius de se donner une importance tardivement» (1)

Pour François Nicoullaud ancien ambassadeur de France en Iran: «Ce qui s’est produit à Genève est inhabituel dans une négociation. Il semble qu’à l’arrivée des ministres, John Kerry, Laurent Fabius, William Hague, Guido Westerwelle, les négociations ont été rouvertes. En général, le dossier est quasiment bouclé par les collaborateurs des cabinets. Il ne reste plus qu’à signer. Visiblement, il restait des questions de fond non réglées. Comme l’enrichissement d’uranium et le réacteur d’Arak. On peut d’ailleurs s’étonner de la fixation de Laurent Fabius -et de Benyamin Netanyahu- à ce sujet. Ce réacteur à eau lourde destiné à la recherche, peut certes permettre la production de plutonium de qualité militaire, et présente donc un danger de prolifération. Il est semblable à celui qui a permis à Israël et au Pakistan de fabriquer l’arme atomique. Mais malgré les annonces de l’Iran sur son achèvement en 2014, tous les experts s’accordent sur le fait qu’il faudra encore plusieurs années pour qu’il soit achevé. (…) L’Iran considère que s’il se contente d’acheter de l’uranium enrichi, il peut avoir des mauvaises surprises. (…) Plus récemment, l’Iran a souhaité acheter de l’uranium enrichi pour son réacteur de recherche de Téhéran. En raison des réticences internationales, il n’a pas pu en obtenir. C’est pourquoi l’Iran souhaite être capable de produire lui-même au moins une partie du combustible dont il a besoin. Pas la totalité d’ailleurs. Pour la centrale de Bouchehr, ce sont les Russes qui fournissent le combustible.» (2)

«Laurent Fabius a effectivement adopté une posture très intransigeante. Il a insisté sur le fait qu’il fallait prendre en compte la préoccupation d’Israël et des pays arabes. Peut-être y a-t-il une question de calendrier, à une semaine de la visite de François Hollande à Tel-Aviv. Faut-il y voir également une façon de manifester le dépit pour la façon dont la France a été traitée par les Etats-Unis sur le dossier syrien? Paris reste sur la ligne tracée par Nicolas Sarkozy. S’agissant de la raison de la virulence de l’opposition d’Israël, ainsi que de l’Arabie Saoudite à un accord avec l’Iran? L’ambassadeur voit des raisons de deux ordres.

Sur le plan du nucléaire, Tel-Aviv et Riyadh craignent un mauvais accord qui permettrait à l’Iran de continuer à développer son programme et de chercher à se procurer l’arme atomique. Sur le plan politique, le retour à des relations normales entre l’Iran et les pays occidentaux risquerait de leur faire perdre, à l’un comme à l’autre, la relation privilégiée qu’ils entretiennent avec les Etats-Unis et l’Europe. Un tel changement risque de modifier les équilibres actuels dans la région et cela les inquiète.» (2)

Une autre cause  est due au dépit de la France d’avoir été mise sur la touche concernant le dossier syrien . On avance en effet, que la France écartée des négociations de Genève sur la Syrie s’est montrée intransigeante. De fait, il est important de souligner qu’à titre personnel Laurent Fabius n’est pas pour contribuer au règlement du différend Iran-Occident.

Serge Michel et Yves-Michel Riols pensent que l’optimisme qui prévalait a subi un coup d’arrêt: «Après trois jours de tractations intenses au plus haut niveau à Genève, les négociations sur le nucléaire iranien se sont achevées, aux premières heures du dimanche 10 novembre, par un maigre communiqué de trois lignes. (…) Des attentes renforcées lorsque les négociations ont été prolongées pour permettre la venue des Russes et des Chinois. Une telle mobilisation laissait entendre que les discussions avançaient et qu’un accord était dans les tuyaux. Mais le climat a brusquement changé après l’intervention de Laurent Fabius «Il y a quelques points sur lesquels nous ne sommes pas satisfaits»,(…) De source américaine, on précise que les propos de M.Fabius ont agacé l’équipe de John Kerry, non pas tant sur le fond mais parce qu’en s’exprimant ainsi M.Fabius a rompu la règle du silence, observée jusque-là de façon hermétique par l’ensemble des délégations.» (3)

C’est un fait que Laurent Fabius a adopté depuis longtemps une attitude bien plus hostile vis-à-vis de l’Iran que certains de ses collègues, et même que l’Elysée. En septembre, il s’est opposé un temps à l’idée d’une rencontre entre François Hollande et le président iranien Rohani, qui a finalement eu lieu à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU

Pierre Haski est encore plus catégorique. Pour lui: «La France a empêché samedi un accord aux négociations internationales sur le nucléaire iranien à Genève. L’accord semblait pourtant imminent, et samedi matin l’édition internationale du New York Times pouvait titrer: «L’accord nucléaire avec l’Iran est décrit comme quasiment conclu.» (…) Laurent Fabius, a joué un rôle-clé dans cet échec. (…) Il est apparu plus dur que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les journalistes américains ironisaient samedi soir sur cette soudaine force de la diplomatie française. (…) Les Américains, qui souhaitaient visiblement sortir de cette rencontre de Genève avec un accord, rendent Fabius responsable de l’échec. Sur Twitter, Reza Marashi, un ancien membre du bureau Iran du département d’Etat, affirme même que le ministre français des Affaires étrangères a transformé la vie de son homologue américain John Kerry en un «enfer». Quant à Laura Rozen, une journaliste américaine spécialisée sur les affaires du Proche-Orient, elle qualifie sur son compte Twitter Fabius d’«anti-iranien», et rapproche son attitude de la vente de sang contaminé français à l’Iran à l’époque du scandale dans lequel Fabius, alors Premier ministre, a été poursuivi (…).»(4)

Où en est le programme nucléaire iranien?

L’Iran a toujours proclamé qu’elle voulait développer le nucléaire civil pour des raisons de stratégie énergétique. «Pendant dix-huit ans, écrit Hélène Sallon, l’Iran a mené dans le plus grand secret un programme d’enrichissement d’uranium. Son existence a été rendue publique en 2002. Plus de dix ans et six résolutions du Conseil de sécurité plus tard – dont quatre depuis 2006 accompagnées de sanctions sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies -, l’Iran a continué à enrichir de l’uranium. Téhéran affirme que son programme nucléaire reste conforme au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), que l’Iran a ratifié en 1970. Le TNP permet aux Etats signataires d’enrichir de l’uranium à des fins civiles, sous supervision de l’Aiea. L’Iran affirme ainsi développer de l’uranium enrichi à 3,5% pour sa production électrique sur la centrale nucléaire de Bouchehr et de l’uranium enrichi à 20% pour son réacteur de recherche à Téhéran, sur les sites de Natanz et de Fordow. Selon l’Aiea, le stock enrichi à 20% atteignait 186,3 kg, fin août – il faut au minimum 240 kg pour produire une arme nucléaire. L’Iran possède plus de 19.000 centrifugeuses, dont 1000 de nouvelle génération, Selon les experts israéliens, l’Iran pourrait en effet atteindre rapidement le seuil des 240 kg d’uranium enrichi à 20%, ce qui lui permettrait de passer dans un temps relativement court à un enrichissement à 90%, nécessaire pour construire une bombe. Lors de l’ouverture des négociations genevoises, mardi 15 octobre, l’Iran a fait au groupe des 5+1 une proposition intitulée «Pour la fin d’une crise inutile et le commencement de nouveaux horizons», que toutes les parties se sont engagées à tenir secrète (…) Il s’agit de plafonner le programme nucléaire – tant sur le niveau d’enrichissement de l’uranium que sur le nombre de sites nucléaires -, puis d’en garantir l’accès aux inspecteurs de l’Aiea.»(5)

Ce que fait Israël pour torpiller les négociations

Pour Israël, la signature d’un accord de l’Occident avec Téhéran signifie une faillite totale de sa politique hégémonique. Elle aura alors, à rendre compte elle aussi à la fois sur sa politique moyen-orientale en termes de sécurité mais aussi sur sa politique nucléaire. Elle a donc tout intérêt à actionner ses relais partout dans le monde. En France, ce sera Laurent Fabius, aux Etats-Unis ce sera le Congrès. «Israël, dont un ministre se rend mardi aux Etats-Unis, veut jouer de son influence au Congrès américain pour tenter d’empêcher la conclusion d’un accord sur le nucléaire iranien lors de la reprise des négociations entre les grandes puissances et l’Iran, le 20 novembre. «Israël fera tout pour convaincre les grandes puissances et leurs dirigeants d’éviter de conclure un mauvais accord» avec l’Iran, a affirmé le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, lors du Conseil des ministres. (…) Le ministre de l’Economie israélien Naftali Bennett a annoncé à la radio militaire qu’il se rendrait à partir de mardi aux Etats-Unis pour «mener une campagne auprès de dizaines de mem- bres du Congrès» à qui il veut expliquer que «la sécurité d’Israël est en jeu». A l’inverse, la secrétaire d’Etat adjointe américaine Wendy Sherman, qui mène les négociations avec l’Iran, est arrivée en Israël dimanche, a indiqué la porte-parole du département d’Etat Jen Psaki. «Elle poursuivra notre coordination étroite avec Israël sur nos efforts en cours pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire», a indiqué Mme Psaki».(6)

L’intransigeance illégale d’Israël défendue par Laurent Fabius est un fait. Paris semble a priori moins disposé à autoriser la poursuite de l’enrichissement d’uranium par l’Iran. La position israélienne est du même type. Pour Benyamin Netanyahu, l’Iran n’a aucunement besoin d’un programme nucléaire civil, ayant suffisamment de gaz et de pétrole pour sa consommation énergétique. Le Premier ministre israélien insiste sur le fait que l’Etat juif est «la première cible, mais pas la seule» de la République islamique. «Aujourd’hui, l’Iran développe des missiles balistiques intercontinentaux qui peuvent atteindre toute l’Europe et les Etats-Unis, et dont l’objectif est de transporter des charges nucléaires.» (;..) «Israël ne permettra pas à l’Iran d’obtenir une capacité nucléaire militaire. Point», assène le Premier ministre israélien. Pourtant là où la France n’a pas interféré, un accord a été conclu, l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea) et l’Iran ont signé une déclaration commune sur leur coopération future, lundi 11 septembre, a annoncé le chef de l’organisation nucléaire iranienne, Ali Akbar Salehi. Cette «feuille de route» doit autoriser une visite du site du réacteur d’Arak, rapporte l’agence Isna, et devrait permettre aux experts de l’Aiea d’inspecter la mine de Gachin. (7)

Pour l’impunité et contre la paix

Les seuls à saluer l’exploit de Fabius sont deux sénateurs américains, dont le républicain John McCain, pour avoir bloqué la signature d’un accord sur le nucléaire iranien à Genève, «Vive la France», s’est écrié, le sénateur John McCain sur son compte Twitter. ««Dieu merci pour la France, Dieu merci pour ce refus d’un accord», a lancé le sénateur républicain Lindsey Graham sur CNN. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu est ravi, les sénateurs faucons de Washington, John McCain et Lindsey Graham, également. «Vive la France» entend-on dans certaines bouches. Laurent Fabius est-il sincère lorsqu’il se retrouve seul contre tout ce monde, soutenu uniquement par ceux-là. On se rappelle qu’en septembre 2013 L’Agence pour l’Energie atomique (Aiea) de l’ONU, a rejeté la demande de la Ligue arabe, qui visait à imposer à Israël de signer le Traité de non-prolifération nucléaire, et de soumettre à l’Aiea un contrôle de ses installations nucléaires. L’opposition des Etats-Unis à cette résolution a provoqué une frustration grandissante dans le Monde arabe sur le report d’une conférence internationale sur l’interdiction des armes atomiques dans la région, a rapporté Reuters.» (8)

Dans cette affaire, plus que jamais les deux poids, deux mesures est en vigueur. El Baradei, à l’époque directeur de l’Aiea, après de difficiles tractations, a été autorisé à aller en Israël; naturellement, il n’a rien vu. Sa fameuse phrase: «Je n’ai pas vu de pistolet fumant» est en fait une reddition en rase campagne et sur instruction de l’Aiea. Dans Il Manifesto Manlio Dinucci a raison d’écrire que l’Empire et ses vassaux sont plus que jamais guerriers agressifs: «Les projecteurs des médias sont braqués sur Genève, où sont en cours des entretiens pour dénucléariser l’Iran, qui ne possède pas d’armes nucléaires et adhère au Traité de non-prolifération. Israël reste par contre dans l’ombre, bien que possédant des centaines d’armes nucléaires pointées sur l’Iran et d’autres pays, et n’adhérant pas au Traité de non-prolifération. Plus encore, dans l’ombre reste le fait que les Etats-Unis, tandis qu’ils sont engagés à Genève à dénucléariser l’Iran, nucléarisent l’Europe en potentialisant les armes conservées en Allemagne, Italie, Belgique, Hollande et Turquie. Ce sont environ 200 bombes B-61, qui s’ajoutent aux plus de 500 têtes nucléaires françaises et britanniques prêtes au lancement.»(9)

La « réalpolitique » israélienne

Cependant des signes avant coureur  du fléchissement de la position  américaine apparaissent. Coup sur coup trois informations majeures. Après l’AIEA, l’Iran a accepté de faire une pause dans son programme d’enrichissement nucléaire ?  Le président Obama demande au Congrès de donner sa chance à l’Iran  et enfin, la réal-politique israélienne, on annonce Benyamin  Netanyahu le 20 novembre en Russie. C’est un signe important, Israël analyse la situation future et se met dans le sillage du futur ; le barycentre du monde basculera vers l’Asie. Israël ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier est capable d’intelligence, elle sera vraisemblablement amené à réviser sa politique envers la Palestine et plus largement envers le monde dit arabe, dans le cadre du réchauffement de initiative saoudienne , la paix et la reconnaissance contre la résolution du problème palestinien dans le cadre de la résolution pertinente des Nations Unies le 22 novembre 1967.

Il est loin le temps où la voix de de Gaulle portait loin, où sa politique “arabe” faite d’un équilibre subtil donnait à la France une dimension qu’elle a au fil des ans perdue; La dernière manifestation en terme de chant de cygne fut le superbe discours de Dominique de Villepin .. C’était il y a dix ans! C’était il y a mille ans. En définitive  Il n’y aura pas de paix sans justice. Le chemin est assurément long pour y parvenir. Ainsi va le Monde.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger enp-edu.dz

1.Nucléaire iranien: le rôle de la France en question Le Monde.fr 10.11.2013

2. 9 Catherine Gouëset http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/nucleaire-iranien-les-raisons-de-l-echec-des-negociations-de-geneve_1298128.html#ydf5y8bE5tlFM4QC.9 10/11/2013

3. S.Michel,Y.Riols Nucléaire iranien: pourquoi l’optimisme a été déçu Le Monde 10.11. 13

4. Pierre Haski http://www.rue89.com/ 2013/11/10/france-provoque-lechec-negociations-geneve-liran-2473755. Hélène Sallon: Où en est le programme nucléaire iranien? Le Monde.fr 15.10.2013

6.http://www.lemonde.fr/international/article/2013/11/11/nucleaire-iranien-israel-tente-de-seduire-le-congres-americain-contre-obama_3511463_3210.html #xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20131111-[titres]

7. Nucléaire iranien: Téhéran et l’Aiea s’accordent Le Monde.fr 11.11.2013

8.L’ONU rejette une résolution sur le nucléaire israëlien http://www.i24news.tv /fr/actu/inter…

9. Manlio Dinucci http://www.mondialisation.ca/leurope-denuclearisee/5357833

 

 

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La Turquie, à l’heure présente, édifie un « mur de la honte » sur sa frontière sud pour empêcher que ne débordent sur son propre sol les affrontements faisant rage en territoire syrien entre Kurdes et djihadistes internationalistes en lutte contre les forces régulières de Damas. Une construction donnant lieu à des émeutes de la part des communautés kurdes qui vont se trouver séparées de part et d’autre de la barrière. Colère faisant suite à celle des turcs alévis qui se sont soulevés dans les zones où affluent les réfugiés syriens, rebelles à l’autorité du régime baasiste de Damas… C’était à l’heure où les révoltes du Printemps arabes semblaient ouvrir la voie à l’instauration au sud de la Méditerranée d’une chaine de gouvernements islamistes tous issus de la matrice des Frères musulman. Une perspective qui encouragea la Turquie dans des ambitions néo-ottomanes soutenues par une réussite économique exemplaire. Las, le pouvoir alaouite ne s’est pas effondré, la guerre est devenue sans issue. L’Amérique s’est alors résignée à renoncer, pour l’heure, à toute intervention directe alors qu’elle engageait des négociations quasi bilatérales avec l’Iran, allié stratégique de la Syrie. Un fait totalement inédit au bout de trois décennies de déni. Mais à présent l’économie turque pâtit durement de l’effort de guerre et du fléchissement de sa croissance – 5% en 20113 soit une perte de quatre points en deux ans et demi de guerre – tout comme elle souffre de l’afflux des réfugiés sur son territoire national. Aujourd’hui contestations et émeutes se multiplient. Dernièrement, après les manifestations massive du mois de juin à Istanbul, l’agitation a gagné dans la capitale Ankara, fragilisant un pouvoir islamiste pourtant réputé modéré mais qui peu à peu se démasque en limitant les libertés publiques ou en répudiant la laïcité héritée du kémalisme et en imposant par la loi des normes chariatiques. Malgré son dynamisme économique, la Turquie tend à redevenir « l’homme malade de l’Europe »… Une Europe qui, comme par miracle, vient de reprendre avec Ankara des négociations d’adhésion laissées au point mort depuis plusieurs années. Peut-être une façon de dédommager Ankara de la peine prise à tenter de renverser Assad, une compensation pour les débours liés à la guerre et pour les bénéfices perdus en renonçant à voir s’installer à Damas un gouvernement sunnite islamiste modéré, clone de celui d’Ankara.

Si le président Français, moins habile à l’esquive que les gens de Washington, s’est ridiculisé dans l’affaire syrienne – mais aux yeux de qui ? – la Turquie y a, elle, laissé des plumes… Si Tarik Ramadan, petit fils du fondateur des Frères musulmans dont la chaire d’islamologie à d’Oxford est financée par Doha, pouvait écrire en septembre 2011 que « la visite du Premier Ministre Erdogan Afrique du Nord avait été un immense succès populaire »… « Car depuis trois ans celui-ci est devenu plus populaire et plus respecté pour plusieurs raisons : il a été élu et réélu, et tous, même ses opposants ont reconnu sa compétence et l’efficacité de son gouvernement. La Turquie s’améliore de l’intérieur comme à l’extérieur : moins de corruption, une meilleure gestion, moins de conflit… » [tariqramadan.com20spt11]. Un jugement très laudateur vite cependant démenti par les faits. Si en effet la Turquie a été putativement « du bon côté de l’Histoire » au début des Printemps arabes, il lui a fallu rapidement déchanter son économie ayant subi un sévère coup d’arrêt avec une guerre qui a sonné le glas de ses exportations vers le voisin syrien, et avec la multiplication de camps de réfugiés fort mal tolérés par des populations locales dont certaines s’y sont montrées hostiles.

En 2010, les exportations turques vers la Syrie s’élevaient à 1 845 milliards de dollars. À la fin de l’année 2011 elles étaient descendues à 1 611 milliards… sur un volume total, il est vrai, de 137 mds de $. Mais c’est sans compter les 800 000 Syriens qui – en dépit de la rude dictature assadienne ! – se rendaient chaque année en Turquie pour y faire du tourisme… De plus « depuis que la Syrie est à feu et à sang, les entreprises turques ne peuvent plus y faire transiter leurs marchandises à destination des pays du Golfe et du Machrek” [ceri/fr25oct12]. Alors quoiqu’en disent les experts, même si les échanges avec Damas ne représentaient qu’une une part mineure des échanges commerciaux turcs, les incidences de la guerre sont multiples et toutes ne sont pas encore visibles. En 2012 un net ralentissement de l’économie a commencé à se fait sentir et tend à s’accentuer avec la prolongation de la guerre : la Turquie cumulerait ainsi des pertes économiques se montant à quelque cinq milliards de $ depuis l’éviction en Égypte des Frères musulmans en juillet dernier [Irib2spt13] !

Au chapitre des réfugiés “leur nombre dépasserait les 600.000 personnes, dont plus de 400.000 vivant hors des camps d’accueil installés le long de la frontière” [lesechos.fr21oct13]. Vingt et un camps abritent environ 200.000 réfugiés, or « la Turquie entendant conserver sa politique de « porte ouverte » pour les civils fuyant la guerre en Syrie malgré des fermetures temporaires de la frontière en raison de violences localisées”. À ce sujet le Premier ministre Erdogan avait indiqué en août que son pays avait déjà consacré près de deux milliards de dollars pour abriter les réfugiés [Ibidem]. Un afflux incontrôlable qui a donné lieu en 2012 à de dures émeutes de la part des populations locales… Sur les centaines de milliers de syriens arrivés en Turquie depuis le printemps 2011, seulement deux cent mille – avons-nous dit – on trouvé refuge dans des camps, des dizaines de milliers d’autres s’étant dispersés au milieu des populations urbaines où leur présence est une cause permanente de troubles, principalement ment dans la province de Hatay-Alexandrette, Sandjak arraché à la Syrie en 1938, et dans laquelle cohabitaient jusqu’à présent Alaouites turcisés, Turcs et Kurdes sunnites, Chrétiens et Alévis… “des heurts entre communautés et des manifestations anti-Erdoğan ont déjà eu lieu à Antioche” [lesechos.f16spt13].

Et parce que la Turquie et la Syrie partagent 900 kilomètres de frontières communes le long desquels se déroulent d’intenses combats – particulièrement dans la province d’Idlib où des affrontements opposent tribus kurdes et arabes aux mercenaires du Front al-Nosra – Ankara a décidé de construire un mur de sécurité… en principe pour interdire les entrées clandestines et la contrebande, en réalité pour empêcher les combats opposant Kurdes et insurgés salafistes de s’étendre en territoire turc [Reuters7oct13]. Barrière pour l’heure de quelques kilomètres mais aussitôt qualifiée de « Mur de la honte » par référence au mur de séparation érigé par les autorités israéliennes pour isoler des terres palestiniennes pourtant placées sous le statut de zone d’occupation.

Le gouvernement de l’AKP plombe désormais la Turquie

De ce seul point de vue, il faut insister sur l’épuisement du crédit moral dont bénéficiait jusqu’en 2011 un pouvoir qui, croyant l’heure d’un triomphe islamiste arrivée, s’est fort maladroitement démasqué. Un pouvoir qui s’est montré tel qu’il est, à savoir une démo-théocratie tatillonne et tracassière s’ingérant dans la vie quotidienne d’un peuple dont les pratiques religieuses sont loin d’être homogènes à l’image de la diversité ethnique de la nation turque. Pensons aux dix à vingt pour cent d’Alévis composant la Turquie actuelle, de six à dix millions ! Ces « Têtes rouges » [Qizilbash], turkmènes ou kurdes, insoumises depuis des siècles aux normes d’un sunnisme rarement tolérant voire parfois éradicateur, ne tolérerons pas le durcissement islamiste en cours, le dépérissement de la laïcité qui garantissait peu ou prou leurs libertés religieuses, le retour du foulard, la confessionnalisation des institutions et celle de la vie quotidienne…

Dans le même ordre d’idée, en réponse aux mesures restrictives prises par le gouvernement Erdogan – renforcement de dispositions légales inspirées de la charia, la loi islamique – les étudiants manifestaient hier encore violemment à Ankara faisant écho aux grandes mobilisations de juin, en particulier à Istambul, lesquelles avaient eu des motivations similaires sinon identiques. C’est dire que le gouvernement turc, présenté lors de son élection comme “islamique modéré”, évolue dans le même sens que celui, éphémère des Frères musulmans égyptiens – ou tunisiens – que leur idéologie islamiste ont conduit rapidement à compromettre leurs chances, puis les conduire vers la sortie.

Ainsi donc des choix sociaux, idéologiques et géopolitiques profondément erronés combinés à une inféodation atlantiste sans mesure ni discernement, ont conduit la Turquie prospère a connaître à la fois un affaiblissement économique durable, une notable déstabilisation intérieure, la montée d’une large contestation que la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne – encalminée ces dernières années avant l’ouverture le 5 novembre du chapitre 22 « Politique régionale et coordination des instruments structurels » – ne sauvera peut-être pas d’un fiasco économique et sociétale qui commence à se profiler à moyen terme. De nombreux facteurs sont réunis qui autorisent en effet un certain pessimisme quant à l’avenir d’un pays qui ne devra peut-être son salut qu’à une entrée tardive dans une Europe en crise mais empressée d’associer à ses propres impuissances les frontières de guerre de la Turquie, sa vocation à l’islamisme rampant et son écrasant poids démographiques. C’est bien entendu faire fi de l’histoire du siècle passée et des leçons qui eussent dû en être tiré depuis la dernière confrontation avec les ambitions turques, lesquelles se sont encore bellement manifestées en juillet et août 1974 et les quelques milliers de morts et de disparus de l’Opération Attila [Cf. note5].

Léon Camus

10 novembre 2013

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L’Expo flottante d’armes du Système Italie

novembre 14th, 2013 by Manlio Dinucci

Hier a appareillé de Civitavecchia le groupe de la marine militaire constitué du porte-avion Cavour, de la frégate Bergamini, du  navire de support logistique Etna et du patrouilleur Borsini. Le but officiel de la « campagne navale » -organisée par le ministère de la Défense en collaboration avec les ministères des Affaires Etrangères, du Développement économique et des Biens culturels- est de présenter « le Système Pays en mouvement et de renforcer la présence de l’Italie dans les aires géographiques considérées comme stratégiques pour les intérêts nationaux, en plus de fournir une assistance humanitaire aux populations nécessiteuses ».

Le groupe naval fera escale dans 7 ports moyen-orientaux de la Mer Rouge et du Golfe Persique –Djedda (Arabie Saoudite), Mascate (Oman), Dubaï (E.A.U.), Abou Dabi (E.A.U.), Doha (Qatar), Mina Sulman (Bahreïn), Koweït City (Koweït)- et dans 13 ports africains : Djibouti (Djibouti), Mombasa (Kenya), Antseranana (Madagascar), Maputo (Mozambique), Durban (Afrique du Sud), Le Cap  (Afrique du Sud ), Luanda (Angola), Pointe-Noire (Congo), Lagos (Nigeria), Tema (Ghana), Dakar (Sénégal), Casablanca (Maroc) et Alger (Algérie). Le groupe, après un voyage de cinq mois, rentrera en Italie le 7 avril 2014.

Le coût de la campagne navale est prévu à 20 millions d’euros, dont 7 à charge de l’Etat et 13 pour les « partenaires de l’industrie privée ». Des sous bien dépensés : ces derniers pourront utiliser le porte-avions, long de 244 mètres et large de 39, comme une grande foire d’exposition itinérante. A bord ont été installés les stands dans lesquels ils exposent leurs produits et contactent leurs clients. La mission du porte-avions Cavour, a assuré le ministre Mauro (de la défense) en intervenant hier à la Chambre pendant l’examen du décret missions, n’est pas de « vendre des systèmes d’arme italiens à l’étranger ». On comprend mal alors pourquoi on trouve au centre de l’Expo flottante les plus grandes industries guerrières italiennes avec leur catalogue d’échantillons, qui sera présenté aux acquéreurs potentiels de port en port. Au premier plan celles de Finmeccanica : AugustaWestland qui présente des hélicoptères de guerre, dont deux sont exposés sur le Cavour ; Oto Melara, qui expose le système d’arme 127/64 LW Vulcain caractérisé par un rythme de feu élevé (jusqu’à 35 coups/minute) et par la possibilité d’utiliser des munitions guidées ; Selex ES, spécialisée dans des systèmes radar et de combat ; Wass, qui présente dans le stand Finmeccanica la torpille lourde Black Shark ; Telespazio, qui offre ses systèmes de télécommunications militaires, et satellitaires aussi ; Mbda, qui expose les missiles Aspide, Aster, Teseo/Otomat et autres. Elt offre des appareillages électroniques pour la guerre aérienne, terrestre et navale ; Intermarine, des vaisseaux militaires. Les clients qui ne peuvent pas se permettre les canons Otomelara à feu rapide pourront toujours trouver, au stand Beretta sur le Cavour, une vaste gamme de pistolets automatiques. Les produits civils des autres stands sont en général des produits de luxe, comme les avions executive de Piaggio et de Blackshape.

A côté des armes exposées dans les stands, se trouvent sur le Cavour cinq chasseurs Sea Harrier à décollage vertical, quatre hélicoptères, une soixantaine de fusiliers de la Brigade San Marco et des spécialistes sous-marins du Comsubin. La campagne navale en fait, en plus de promouvoir les « excellences italiennes », sert à des « opérations de lutte contre la piraterie » et à l’ « entraînement de personnel militaire » surtout en Afrique. Pour « l’assistance humanitaire » se trouvent à bord du Cavour la Croix-Rouge et les associations (à but non lucratif) Fondazione Francesca Rava et Operation Smile.

Une organisation parfaite. On va vendre encore plus d’armes aux pays du Moyen-Orient et de l’Afrique, dominés par des oligarchies et des castes militaires, en provoquant une augmentation ultérieure de leurs dépenses militaires qui comportera une augmentation ultérieure de la pauvreté, surtout en Afrique. Chaque canon, chaque missile vendu par les commis voyageurs du Cavour signifiera des milliers de morts en plus, surtout chez les enfants, à cause d’une sous-alimentation chronique et de maladies qui pourraient être soignées.  Mais sur le Cavour se trouvent aussi les « opérateurs humanitaires » pour montrer combien l’Italie est sensible et prête à aider « les populations nécessiteuses».

Dans le Rapport 2013 de la marine militaire on souligne que les navires de guerre sont des « ambassadeurs de l’Italie ». Un navire comme le Cavour doit être considéré comme une « projection du pays, non seulement en tant qu’instrument militaire mais aussi en tant que véhicule pour promouvoir nos intérêts économiques : le navire, donc, comme symbole gagnant du Made in Italy » comme le montre « le succès commercial de notre industrie pour la Défense ». De cette manière la marine militaire se sponsorise aussi elle-même, en démontrant que dépenser 3,5 milliards d’euros pour un bateau comme le Cavour (qui coûte 200 millions d’euros par jour de navigation) et quelques autres milliards pour le doter des chasseurs F-35, signifie faire un investissement pour le « Système Pays ».

Un pays qui doit être militairement prêt à la « projection de capacité pour intervenir là où c’est nécessaire », à savoir projeter ses forces armées là où sont en jeu les intérêts économiques et politiques des puissances occidentales, au premier rang desquelles les Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si la campagne navale italienne se déroule au Moyen-Orient et en Afrique, deux des aires stratégiques les plus importantes pour les USA et l’OTAN.

 Manlio Dinucci

Edition de jeudi 14 novembre de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20131114/manip2pg/01/manip2pz/348520/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Il y avait des centaines de personnes qui se lançaient à l’assaut du train en marche, et moi aussi je devais grimper, mais je ne savais comment parce que j’avais peur de tomber sur les voies et que le train me passe dessus.

Passaient les wagons, les citernes, les containers mais on conseille à ceux qui s’en vont de monter sur un wagon ou sur le toit d’un container parce que les citernes, c’est très dangereux, de là bien des personnes sont tombées, et elles se sont tuées.

J’ai traversé le rio Usumacinta à Tenosique, Tabasco. Je suis hondurienne, nous avions voyagé en camionnette jusqu’à côté d’el Petén, Guatemala et de là, nous avons traversé sur un radeau. Mais à peine avions nous mis les pieds au Mexique que déjà la police nous demandait de l’argent, les autres personnes de mon groupe, oui, elles ont payé ; mais moi, j’avais seulement pour trois jours de nourriture et ils me l’ont prise et ils m’ont conduite à part, vers la patrouille, là, le chef des policiers m’a prise, il m’obligea à lui pratiquer  le sexe oral et il me pris aussi, par derrière, comme si je ne ressentais pas la douleur, comme s’ils pensaient que j’aimais ça, qu’on me prenne, comme ça, de dos, si vous aviez entendu ce qu’ils me disaient, ce sont des pervers, vous auriez du entendre ce qu’ils me disaient, que nous autres, les centraméricaines nous venions au Mexique en quête, parce que nos hommes ne servent à rien. Il me dit que nous étions toutes des putes, qui nous venions pour travailler dans des bars à putes.

Ils me laissèrent partir en me disant que si je racontais quoi que ce soit, ils me mettraient en prison pour une année, et qu’après ils me renverraient dans mon pays. Je savais déjà que cela pouvait se produire, quelques-unes de celles qui rentraient dans mon quartier après avoir été ainsi déportées me l’ont raconté, c’est  à cause de cela que j’avais fait l’injection, pour ne pas me retrouver enceinte si cela se produisait.

 Caravane des familles de migrant(e)s disparu parties d’Amérique Centrale

J’avais 16 ans et j’avais laissé mon bébé de cinq mois aux soins de ma grand-mère maternelle, c’est le fils de mon oncle Juan, le frère de ma maman, il m’a violée et mise enceinte, moi, j’ai tout de suite raconté à mes parents ce qui c’était passé, mais ils me dirent que c’était de ma faute, que je m’étais soumise, mon oncle était déjà marié et il a quatre filles. Ils me dirent que si je disais quoique ce soit, ils me jetteraient dehors et quand les gens demandaient de qui j’étais enceinte, ils répondaient qu’ils n’en savaient rien parce que je ne voulais pas le dire.

J’ai eu mon enfant et je l’ai confié à ma grand-mère qui m’a conseillé de partir pour les Etats-Unis afin de pouvoir l’élever. Je l’aime, c’est mon fils, le sang de mon sang, tu l’aurais vu, bien portant, et beau, pesant près de 9 livres et il ressemble à ma maman. Je l’ai vu en photos.

Non, je n’ai pas étudié, je travaillais dans une maquila (NdT : fabrique des zones franches où les ouvriers essentiellement des femmes sont surexploités, quasi incarcérés parfois), je coupais les doublures des pantalons de toile. Je n’ai fait que les primaires. La vérité, c’est que jamais je n’ai pensé à aller à l’université, cela vole trop haut pour moi, c’est pour d’autre sorte de gens pas pour ceux qui sont fauchés comme nous, pour certains, ce qui les préoccupe, est de se demander comment ils vont faire pour avoir à manger, payer l’électricité, et l’eau, pour qu’elles ne soient pas coupées ;

Mon fils, oui, je voudrais lui permettre d’étudier, parce que je ne voudrais pas qu’il reste stupide, comme sa maman, j’aimerais qu’il soit docteur, ou ce qui lui plaira, mais moi j’aimerais qu’il soit un de ces docteurs qui paraissent si élégants quand on les voit dans leurs blouses blanches.

Bon, cela m’a fait mal de le laisser parce que c’est mon fils, mais dès que je me suis retrouvée enceinte de mon oncle, ma famille n’a fait que me chercher querelle, sans arrêt, ma maman me frappait, pour que mes chaleurs me passent, disait-elle, et elle plaignait mon oncle, le pauvret, qui avait été obligé par sa nature d’’homme de me faire le mal. Moi, je ne pouvais pas vivre comme ça, alors j’ai décidé de partir pour un mieux.

 

Cela a été fort difficile de me décider à sauter parce que le train allait très vite mais si je ne le faisais pas, je resterais là, et moi, ce que je voulais, c’était d’arriver à Maryland parce que là vivait une tante qui est une sœur de ma maman. Après ce que me fit le policier, je ne pouvais plus marcher, on me renseigna une auberge pour les migrants, là ils me reçurent et me donnèrent des médicaments contre la douleur, vous devriez voir quels gens, tellement bénis qu’ils s’enlèvent le pain de la bouche pour le donner à des inconnus. Je n’étais pas la seule m’être fait violer, plusieurs autres avaient été violées dans le train parce qu’une bande de cagoulés le prit d’assaut, ils disaient qu’ils étaient des Zetas. Ils demandèrent beaucoup d’argent en dollars et comme les gens n’en avaient pas, ils dirent qu’ils en jetteraient quelques-uns du train et que les autres, ils les tueraient à coups de machette. Moi, j’’ai vu deux hommes sans jambes parce que le train les leur a coupées lorsqu’ils tombèrent sur la voie, taisez-vous, c’est d’un sordide tout ça.

(NDT :La Bestia, la bête esst le nom donné au trains qu’empruntent les migrants)

L’un vient peiner sur d’autres terres que les siennes par nécessité, voyez-vous, si chacun avait à manger, il ne quitterait pas son pays. Quoique, regardez, moi j’avais à manger, même si ce n’était que des tortillas avec du sel, mais mon cœur ne pouvait supporter tant de douleur, tant de mauvais traitements et d’humiliations, je devais rencontrer mon oncle quand il venait avec sa famille rendre visite à la mienne, et sa femme, elle aussi savait ce qu’il m’avait fait et avait cessé de me parler, elle aussi rejetait la faute sur moi.

C’est alors que quelques filles me dirent qu’elles allaient prendre la route et me proposèrent de venir avec elles, nous sommes parties avec celui du passage , il ne nous a pas conduites plus loin que la frontière entre le Guatemala et le Mexique, là nous pensions travailler, même à ramasser les ordures dans les locaux en attendant, mais nous étions toutes décidées à partir. L’une avait plus d’argent que les autres et toutes plus que moi, c’est bien à cause de cela que le policier m’a prise rien qu’à moi, elles, je ne les ai pas revues parce qu’elles sont montées dans le train.

Si quelqu’un déjà, est en terre étrangère, et qu’en plus il n’a pas d’amis, vous comprenez, elles sont parties, elles ne m’ont pas attendue, alors qu’elles sont du même coin que moi, là où je vivais au Honduras, et en vérité, je ne sais pas ce qu’elles sont devenues, peut-être qu’elles vont bien, si elles n’ont pas été séquestrées ou si elles n’ont pas fini par là, noyées dans le rio Bravo.

Je me suis armée” de courage et je m’en fus déterminée et voyez-vous, s’il n’y avait pas eu un homme pour m’attraper par les cheveux, je vous dis que je serais tombée sur les voies, il me tira vers le haut et me coinça dans l’échelle. Moi, je tremblais, effrayée voyant ce vol et ces gens qui s’accrochaient comme des désespérés. Cela m’a renversé l’âme de voir tant de mômes seuls, des fillettes de 6 ans qui allaient seulettes.

 

 

La galère nous tomba dessus après que nous soyons entrée à Tamaulipas, quand le train s’arrêta, des hommes nous attendaient, vêtus de noirs et bien armés avec des pistolets et des machettes, pour dieu, taisez-vous, des policiers et des soldats les accompagnaient, les malheureux étaient de connivence, ils nous ont laissé approcher et nous autres nous avons commencé à sauter des wagons et à partir en courant entre les voies, quelques-uns sont partis vers la montagne, et voyez-vous, de la montagne sortirent encore plus de policiers et de soldats, la vérité est que beaucoup réussirent à s’échapper parce que nous étions des centaines mais à nous autres la malchance nous toucha. Nous sommes restés trois jours sans manger et supportant le soleil et résistant au froid, il a plu un jour entier, nous étions trempés comme des soupes.

Moi, je m’imaginais ce qu’ils allaient nous faire et je pensais à mon bébé, et je me demandais si je le reverrais et que moi, j’allais rester ici, sans personne pour me reconnaître, sans enterrement et si loin de ma maison. Ils ont coupé les mains de beaucoup d’hommes parce qu’ils ne pouvaient pas payer  les cent dollars que les hommes en noirs leur demandaient, ils disaient qu’ils étaient du cartel del Golfo, là voyez, les policiers et les soldats étaient tout excités, et tous frappaient les pommettes des migrants avec les crosses de leurs pistolets, les os tonnaient  quand ils les brisaient.

Ils leurs dirent qu’ils ne nous laisseraient pas partir vivants, mais que ceux qui payeraient ils ne leur toucheraient pas un cheveu et les laisseraient aller, alors qu’à ceux qui ne pouvait payer, ils leur prendraient tout. Ils nous violèrent pareil, hommes et femmes, les hommes, ils les mirent à quatre pattes et leur firent descendre leurs pantalons, ils les obligèrent aussi à sucer leurs engins, les obligèrent à avaler leur semence, et ensuite, ils leur tiraient une balle dans la tête. D’autres, ils les violèrent et à la fin ils leur mettaient un piment coupé en deux au derrière et leur disaient que c’était pour qu’ils n’oublient pas comme était forte la brûlure du piment mexicain. Vous les imaginez, remplissant leurs sacs de piments ? Ce sont des maudits.

 

Auberge des migrants, tenue par le père Heyman Vazquez Medina

 

 

Nous, je ne sais pas en vérité, ce qui nous a sauvés, parce qu’ils nous violèrent aussi, j’ai perdu connaissance parce qu’ils étaient nombreux, quand je me suis réveillée, j’étais ensanglantée et il faisait déjà nuit, on m’avait traînée dans la montagne, nous étions plusieurs et nous n’étions pas capables de nous lever, figurez-vous que les femmes du village nous ont aidés parce que, dirent-elles, les autorités ne se mêlent pas de ça et que les pompiers n’aident pas et que les hôpitaux ce qu’ils font quand arrive un migrant, ils le tuent et ils vont l’enterrer comme x ou y dans les fosses pour ne pas subir d’enquête d’aucune sorte.

Des villageoises nous ont aidées et elles nous ont emmenées dans leur maison et là nous attendaient des étudiants en médecine qui collaborent avec elles, à beaucoup de celles d’entre nous qui avaient été violées, ils avaient brisé une partie des os des hanches, les fillettes ne survécurent parce que comme elles ne donnaient pas d’elles-mêmes, ils les défoncèrent.

Voyez, ils ont tué une soixantaine de personne cette nuit-là et les nouvelles n’en dirent rien, aucune autorité ne se mêle de rien. Les habitants du village ce qu’ils firent c’est demander la permission au veilleur du cimetière et ils creusèrent une fosse, et là ils mirent les corps dont beaucoup n’avaient plus de mains, et à d’autres ils manquaient les yeux, certains étaient tranchés en deux, beaucoup avaient une balle dans la tête.

Ils nous emmenées à 5 dans la même maison et les 5, nous nous sommes accrochées les unes aux autres, avec force, vous voyez,  il y avait deux guatémaltèques, une salvadorienne et nous étions deux Honduriennes. Nous sommes restées là, à récupérer, notre famille des Etats-Unis envoya de l’argent pour payer « el coyote » (le passeur) qui nous fit franchir le rio Bravo. Les villageoises elles-mêmes, nous recommandèrent ce passeur, un bon gars, ils ne sont pas tous mauvais, vous savez.

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis © Grupo marxista

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis
© Grupo marxista

Nous sommes arrivés à Brownsville, Texas. Chacune d’entre nous fut recueillie par ses parents, l’échange se fit dans le parking d’un lavoir dans un centre commercial. Ma tante n’a pas de papiers a cause de cela elle n’avait pas pu venir à la frontière et c’est un ami à elle qui lui fit cette faveur.

Il y a deux que je vis ici au Maryland, je travaille dans un hôtel avec ma tante, nous nettoyons les chambres, personnellement, j’en ai 18 à nettoyer chaque jour, plus 8 salles de bain, de celles qui sont dans les couloirs, je gagne le salaire minimum.

J’aimerais envoyer chercher mon fils mais regardez, ce avec quoi je vis n’est pas suffisant, même si je me déteste de ne pas être avec lui, il est mieux là-bas, je vais travailler ici parce que je veux qu’il aille à l’université et je voudrais construire ma maisonnette, monter un commerce et rentrer chez moi, être ici ce n’est pas une vie, on est comme des esclaves et on ne peut pas sortir parce que la police des migrants est de tous côtés , comme si nous étions des délinquants.

Mes amies m’appellent au téléphone pour me demander des conseils parce qu’elles voudraient prendre la route du Nord, je leur dis de ne pas commettre cette folie au nom de Dieu, qu’ici on souffre trop mais elles ne me croient pas, elles pensent que parce que j’y suis déjà je ne veux pas qu’elles viennent découvrir les Etats-Unis, elles disent que je m’y crois parce que je suis en train de construire la maison de ma grand-mère.

Je ne peux plus dormir bien, j’ai des cauchemars et des insomnies qui me tuent, tout me revient, mais ils me disent que c’est normal et que cela arrive à la majorité de ceux qui viennent sans papiers

Oui, le soir j’étudie l’anglais, je vais à l’école pour adulte, c’est gratuit et il faut que je profite de cette opportunité. Je souhaite avoir des papiers, mais la réforme migratoire, comme le dit ma tante; est une vieille légende.

 

Article original en espagnol María José (otro relato de Ilka Oliva) – Resumen Latinoamericano

Traduction Anne Wolff 

Pour en savoir plus, une série d’articles sur Espoir Chiapas – Esperanza Chiapas d’où viennent les photos.

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« Les groupes politiques pro-Israël tels que le AIPAC travaillent avec un financement illimité à détourner la politique américaine dans la région (du Proche-Orient). » Jack Straw , membre (travailliste) du Parlement et ancien ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni.

« Les États-Unis d’Amérique devraient lancer une bombe atomique sur l’Iran pour inciter le pays à mettre fin à son programme nucléaire. » Sheldon Adelson, le plus grand donateur du Parti républicain et un grand collecteur de fonds pour les comités d’action politique pro-israéliens, discours à l’Université Yeshiva à New York, le 22 Octobre 2013.


La question de la guerre ou de la paix avec l’Iran repose sur les politiques adoptées par la Maison-Blanche et le Congrès. Les ouvertures de paix de Rohani, le président iranien nouvellement élu, ont résonné favorablement dans le monde entier, sauf avec Israël et ses acolytes sionistes en Amérique du Nord et en Europe. La première séance de négociation s’est déroulée sans récrimination et a donné lieu à une évaluation optimiste des deux côtés. Précisément à cause de cette réponse initiale favorable, le gouvernement israélien a intensifié sa guerre de propagande contre l’Iran. Ses agents au Congrès, dans les médias et dans l’Exécutif sont mobilisés pour saper le processus de paix. Ce qui est en jeu, c’est la capacité d’Israël à mener des guerres par procuration à l’aide de l’armée des États-Unis et de ses alliés de l’Otan contre tout gouvernement contestant la suprématie militaire israélienne au Proche-Orient, l’annexion violente du territoire palestinien et sa capacité à attaquer n’importe quel adversaire en toute impunité. Pour comprendre ce qui est en jeu dans les négociations de paix en cours, il faut envisager les conséquences d’un échec : sous la pression d’Israël, Washington s’est déclaré prêt à activer ses armées —il s’agirait concrètement de frappes de missiles et d’une campagne de bombardement contre 76 millions d’Iraniens en vue de détruire leur gouvernement et leur l’économie—. Téhéran pourrait riposter contre une telle agression en ciblant les bases militaires US dans la région et les installations pétrolières du Golfe ce qui provoquerait une crise mondiale. C’est ce que veut Israël. Nous allons commencer par examiner le contexte de la suprématie militaire d’Israël au Proche-Orient. Nous allons ensuite procéder à l’analyse de l’incroyable pouvoir d’influence d’Israël sur le processus politique états-unien et comment il façonne le processus de négociation aujourd’hui, avec un accent particulier sur son pouvoir au Congrès.

Le contexte de la suprématie militaire israélienne au Proche-Orient

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Israël a bombardé, envahi et occupé plus d’États du Proche-Orient et d’Afrique que n’importe quelle autre puissance coloniale précédente, excepté les États-Unis. La liste de ses victimes comprend : la Palestine, la Syrie, le Liban, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Soudan et le Yémen. Si l’on inclut les États où Israël a lancé des attaques et des assassinats terroristes quasi-clandestins, la liste serait grandement élargie pour en inclure une douzaine en Europe et en Asie —y compris les États-Unis—.

La projection de la puissance militaire d’Israël et sa capacité à mener des guerres offensives à volonté sont accompagnées d’une impunité quasi-totale. En dépit de ses violations répétées du droit international, y compris ses crimes de guerre, Israël n’a jamais été condamné par un tribunal international ou soumis à des sanctions économiques parce que Washington utilise son veto au Conseil de sécurité de l’Onu et la pression de ses alliés de l’Otan et de l’UE.

La suprématie militaire d’Israël a moins à voir avec le rayonnement techno-industriel inhérent de ses fauteurs de guerre et plus à voir avec les transferts et le vol pur et simple de la technologie nucléaire, chimique et biologique et des armes des États-Unis [Grant Smith, « Ten Explosive US Government Secrets of Israel », IRMEP.]. Les sionistes d’outre mer, aux États-Unis et en France, ont joué un rôle stratégique dans le vol et l’expédition illégale de la technologie nucléaire et de composantes d’armes en Israël, selon une enquête menée par l’ancien directeur de la CIA, Richard Helms.

Israël maintient d’énormes stocks d’armes biologiques et refuse tout accès à des inspecteurs internationaux d’armement et n’est pas tenu de respecter les traités de non-prolifération des armes nucléaires et chimiques en raison de l’intervention diplomatique états-unienne. Sous la pression de la « Configuration du pouvoir sioniste » (CPS), Washington a bloqué toute action qui pourrait limiter la production par Israël d’armes de destruction massive. En fait, les États-Unis, en violation du droit international, continuent de fournir à Israël des armes stratégiques de destruction massive pour qu’il les utilise contre ses voisins.

L’aide militaire US et les transferts de technologie vers Israël ont dépassé 100 milliards de dollars au cours du dernier demi-siècle. L’intervention diplomatique et militaire US était cruciale pour sauver Israël de la défaite pendant la guerre de 1973. Le refus du président Lyndon Johnson de défendre le navire de renseignement désarmé, l’USS Liberty en 1967, après qu’il eut été bombardé et couvert de napalm par des avions de combat israéliens et des navires de guerre dans les eaux internationales, a constitué une grande victoire pour Israël grâce aux conseillers sionistes de Johnson. En raison de son impunité, même lorsqu’il tue des militaires états-uniens, Israël a les mains libres pour mener des guerres d’agression et dominer ses voisins, commettre des actes de terrorisme et assassiner ses adversaires à travers le monde sans crainte de représailles.

La supériorité militaire non-contestée d’Israël a converti plusieurs de ses voisins en collaborateurs quasi-clients : l’Égypte et la Jordanie ont servi d’alliés de facto avec les monarchies du Golfe, en aidant la répression par Israël des mouvements nationalistes et pro-palestiniens de la région.

Le facteur le plus déterminant dans l’essor et la consolidation du pouvoir d’Israël au Proche-Orient n’a pas été ses prouesses militaires, mais sa portée politique et l’influence qu’il exerce par l’intermédiaire de ses agents aux États-Unis. Les guerres de Washington contre l’Irak et la Libye, ainsi que son soutien actuel aux mercenaires contre la Syrie, ont détruit les trois principaux opposants nationalistes laïques à ses ambitions hégémoniques.

Alors qu’Israël accumule plus de puissance dans la région, élargissant sa colonisation du territoire palestinien, son regard se tourne vers l’est pour détruire le dernier obstacle de sa politique coloniale : l’Iran.

Depuis au moins deux décennies, Israël a demandé à ses agents à l’étranger de détruire le gouvernement iranien en déstabilisant sa société, en assassinant ses scientifiques, en bombardant ses établissements militaires et ses laboratoires et en étranglant son économie.

Après que la CPS ait réussi à pousser les États-Unis vers la guerre contre l’Irak en 2003 —déchiquetant littéralement sa société laïque et tuant plus d’un million d’Irakiens—, elle a tourné son dévolu sur la destruction du Liban (Hezbollah) et le gouvernement laïque de la Syrie afin d’isoler l’Iran et de préparer une attaque. Alors que des milliers de civils libanais ont été abattus en 2006, l’attaque du Liban par Israël a échoué, malgré le soutien du gouvernement états-unien et malgré une campagne de propagande sauvage. Rendu hystérique par son échec tout autant que pour « compenser » sa défaite face au Hezbollah et pour « remonter son moral », Israël a envahi la Bande de Gaza en 2008-09 —le plus grand camp de prison à ciel ouvert du monde— et l’a détruite une grande partie .

N’ayant pas la capacité militaire d’attaquer l’Iran pour son propre compte, Israël a orienté ses agents vers la manipulation de Washington pour commencer une guerre avec Téhéran. Les dirigeants militaristes à Tel-Aviv ont mobilisé leurs atouts politiques à travers les États-Unis pour travailler à détruire l’Iran —le dernier adversaire redoutable à la suprématie d’Israël au Proche-Orient—.

La stratégie israélo-CPS est conçue pour ouvrir la voie à une confrontation entre l’Iran et les États-Unis, en utilisant ses agents dans l’Exécutif ainsi que sa corruption et son contrôle du Congrès. Le contrôle de la CPS sur les médias de masse renforce sa campagne de propagande : tous les jours leNew York Times et le Washington Post publient des articles et des éditoriaux afin de promouvoir l’agenda de guerre d’Israël. Le CPS utilise le département d’État pour forcer d’autres pays de l’Otan à eux aussi affronter l’Iran.

La guerre par procuration d’Israël contre l’Iran : la pression politique états-unienne, les sanctions économiques et les menaces militaires

Seule, la « guerre » d’Israël contre l’Iran ne constituerait pas grand chose de plus que son sabotage cybernétique, des assassinats périodiques de scientifiques par ses agents rémunérés au sein de groupes terroristes et des discours incessants de politiciens israéliens et de leur foule de bénis-oui-oui. En dehors d’Israël, cette campagne a eu peu d’impact sur l’opinion publique. La « guerre » d’Israël contre l’Iran dépend exclusivement de sa capacité à manipuler la politique US à l’aide de ses agents locaux, des groupes qui dominent le Congrès, et via les nominations de fonctionnaires occupant des postes clés dans les départements du Trésor, du Commerce et de la Justice, et comme « conseillers » aux affaires du Proche-Orient. Israël ne peut pas organiser une campagne de sanctions efficaces contre l’Iran, ni influencer quelques pouvoirs importants. Seuls les États-Unis le peuvent. La domination d’Israël au Proche-Orient provient entièrement de sa capacité à mobiliser ses mandataires aux États-Unis à qui est assignée la tâche d’assurer la soumission totale aux intérêts d’Israël des représentants élus —en particulier en ce qui concerne les adversaires régionaux d’Israël—.

Stratégiquement placé, les citoyens à « double nationalité américano-israélienne » ont utilisé leur citoyenneté US pour obtenir des postes de haute responsabilité au sein du gouvernement, directement impliqués dans les politiques touchant Israël. Comme Israéliens, leurs activités sont conformes aux préceptes de Tel-Aviv. Dans l’administration Bush (2001-2008) ces haut fonctionnaires, « Israéliens en premier », ont dominé le Pentagone (Paul Wolfowitz, Douglas Feith), la sécurité au Proche-Orient (Martin Indyk, Dennis Ross), le bureau du vice-président (« Scooter » Libby), les départements du Trésor (Stuart Levey) et de la Sécurité de la Patrie (Michael Chertoff). Dans l’administration Obama les « Israéliens en premier » comprennent Dennis Ross, Rahm Emanuel, David Cohen, le secrétaire au Trésor “Jake le serpent” Lew, le secrétaire au Commerce Penny Pritzker et Michael Froman en tant que Représentant au Commerce, parmi d’autres.

La puissance par procuration d’Israël au sein de l’Exécutif est comparable à sa domination du Congrès. Contrairement à certaines critiques, Israël n’est ni un « allié », ni un « client », des États-Unis. La preuve de la brute asymétrie de la relation abonde dans le dernier demi-siècle. En raison de ces agents puissants dans le Congrès et au sein du pouvoir exécutif, Israël a reçu plus de 100 milliards de dollars des États-Unis au cours des 30 dernières années, soit plus de 3 milliards de dollars par année. Le Pentagone a transféré de la technologie militaire sophistiquée et s’est engagé dans plusieurs guerres pour le compte d’Israël. Le Trésor états-unien a imposé des sanctions bloquant des investissements potentiellement très lucratifs au Proche-Orient (Iran, Irak et Syrie) privant le secteur agricole, manufacturier et les compagnies pétrolières de plus de 500 milliards de dollars de recettes. La Maison-Blanche a sacrifié la vie de plus de 4 400 soldats états-uniens dans la guerre en Irak —une guerre promue par les mandataires d’Israël à la demande des dirigeants d’Israël—. Le département d’État a rejeté les relations amicales et rentables avec plus de 1,5 milliard de musulmans en soutenant la colonie illégale de plus d’un demi million de colons juifs qui occupent militairement la terre palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem.

La question stratégique est de savoir comment et pourquoi cette relation unilatérale entre les USA et Israël persiste depuis si longtemps, même si cela va à l’encontre de tant d’intérêts stratégiques et de l’élite des États-Unis ? La question la plus pressante et immédiate est comment cette relation historiquement déséquilibrée affecte les sanctions américano-iraniennes contemporaines et les négociations nucléaires ?

L’Iran et les négociations de paix

Sans doute le président iranien nouvellement élu et son ministre des Affaires étrangères sont prêts à négocier la fin des hostilités avec les États-Unis en faisant des concessions majeures garantissant l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Ils ont déclaré qu’ils sont ouverts à réduire, voire à mettre fin à la production d’uranium hautement enrichi, à réduire le nombre de centrifugeuses et même à permettre des inspections intrusives spontanées, entre autres propositions prometteuses. Le gouvernement iranien propose une feuille de route avec des objectifs finaux dans le cadre des accords initiaux. La Haute-représentante aux Affaires étrangères de l’Union européenne, Catherine Ashton, a émis des commentaires favorables sur la première rencontre.

L’administration états-unienne a donné des signaux contradictoires après les invitations iraniennes et la séance d’ouverture. Certains commentaires individuels sont prudemment positifs, d’autres sont moins encourageants et rigides. Les sionistes de l’administration comme Jack Lew, le secrétaire au Trésor, insistent pour que les sanctions soient maintenues jusqu’à ce que l’Iran respecte toutes les demandes US (c’est à dire « israéliennes »). Le Congrès, acheté et commandé par la CPS, rejette les ouvertures prometteuses et flexibles iraniennes, en insistant sur les « options » militaires ou le démantèlement total du programme nucléaire légal et pacifique de l’Iran —positions de la CPS visant à saboter les négociations—. À cette fin, le Congrès a adopté de nouvelles sanctions économiques plus extrêmes afin d’étrangler l’économie pétrolière de l’Iran.

Comment les comités d’action politique d’Israël contrôlent le Congrès et préparent la guerre contre l’Iran

La Configuration du pouvoir sioniste utilise sa puissance de feu financière pour dicter la politique du Congrès au Proche-Orient et pour veiller à ce que la Chambre et le Sénat US ne s’éloignent pas d’un iota des intérêts d’Israël. L’instrument sioniste utilisé dans l’achat des élus aux États-Unis est le comité d’action politique (CAP ; « PAC » en anglais).

Grâce à une décision de la Cour suprême en 2010, les Super CAPs dépensent d’énormes sommes afin d’élire ou de détruire des candidats. Ils agissent pour le compte d’Israël. Tant que ces fonds ne vont pas directement au candidat, ces Super PACs n’ont pas à révéler les sommes qu’ils dépensent et comment elles sont dépensées. Les estimations prudentes de fonds directs et indirects liant la CPS et les parlementaires états-uniens s’élèvent à près de 100 millions de dollars au cours des 30 dernières années. La CPS achemine ces fonds au Législatif en général et en particulier aux membres de comités du Congrès impliqués dans la politique étrangère, en particulier les présidents des sous-comités qui traitent avec le Proche-Orient. Sans surprise, les plus grands bénéficiaires au Congrès d’argent CPS sont ceux qui ont activement promu des politiques de la ligne dure d’Israël. Ailleurs dans le monde, ces retombées à grande échelle sur des élections législatives seraient considérées comme de la corruption flagrante et deviendraient l’objet de poursuites judiciaires sanctionnées par l’emprisonnement des deux parties. Aux États-Unis, l’achat et la vente de la voix d’un homme politique est appelé « lobbying ». Elle est légale et ouverte. La branche législative du gouvernement états-unien en est venue à ressembler à une maison de prostitution de luxe ou une vente aux enchères de négriers blancs —mais avec la vie de milliers de personnes en jeu—.

Le CPS a acheté le soutien des élus au Congrès à grande échelle : sur 435 membres de la Chambre des Représentants, 219 ont reçu des paiements de la CPS en échange de leurs votes pour Israël. La corruption est encore plus répandue chez les 100 sénateurs, 94 d’entre eux ayant accepté de l’argent pour leur fidélité à Israël. La CPS déverse de l’argent aussi bien sur les républicains que sur les démocrates, assurant ainsi d’incroyables votes presque unanimes (« bipartisans ») en faveur de « l’État juif », y compris ses crimes de guerre, comme les bombardements de Gaza et du Liban, sans compter les plus de 3 milliards de dollars US des contribuables versés à Tel-Aviv. Au moins 50 sénateurs ont recueilli entre 100 000 et 1 million de dollar chacun en argent CPS au cours des dernières décennies. En échange, ils ont voté pour plus de 100 milliards de dollars de subventions à Israël … en plus d’autres « services et paiements ». Les députés sont moins chers : 25 parlementairess ont reçu entre 238 000 et 500 000 dollars, tandis que le reste n’a reçu que des miettes. Quel que soit le montant, le résultat net est le même : les membres du Congrès reçoivent leur texte à partir de leurs mentors sionistes dans les CAP, les Super CAPs et l’AIPAC. Ils appuient toutes les guerres d’Israël au Proche-Orient et se font promoteurs de l’agression US en faveur d’Israël.

Les législateurs les plus virulents et les plus influents obtiennent les plus gros morceaux : le sénateur Mark Kirk (Bombes sur Téhéran !) est en tête de la liste des goinfres avec 925 000 dollars en retombées CPS, suivi par John McCain (Bombes sur Damas !) avec 771 000 dollars, tandis que les sénateurs Mitch McConnell, Carl Levin, Robert Menendez, Richard Durban et d’autres sionistophiles ne se gênent pas quand vient le moment de tendre leurs petits bols de quêteur lorsque les porteurs de sous pro–Israël des CAPs arrivent ! Floride Ileana Ros-Lehtinen arrive en tête de la liste de la « Maison » avec 238 000 dollars pour son record de positions 100 % pro-Israël ainsi que pour être plus belliciste que Netanyahou lui-même ! Eric Cantor a obtenu 209 000 dollars pour ses « guerres pour Israël » avec des vies états-uniennes tout en réduisant les retraites des personnes âgées. Steny Hoyer, chargé de la discipline de la minorité de la Chambre a obtenu 144 000 dollars pour avoir ramené vers Israël les quelques démocrates chancelants. Le chef de la majorité, John Boehner, a été payé 130 000 dollars pour faire la même chose chez les Républicains.

Le CPS a dépensé d’énormes sommes afin de punir et de détruire une douzaine de parlementaires dissidents qui avaient résisté aux guerres d’Israël et à son grotesque bilan de violations des droits de l’homme. Le CPS a versé des millions dans des campagnes individuelles, non seulement pour le financement de candidats de l’opposition qui ont promis allégeance à Israël, mais pour des campagnes de diffamation des critiques d’Israël. Ces campagnes ont été montées dans les parties les plus obscures des États-Unis, y compris dans la majorité des districts afro-américains où les intérêts sionistes locaux et leur influence sont par ailleurs tout à fait nuls.

Il n’y a pas de CAP, de super CAP, de chef de parti ou d’organisation civique comparable qui puissent contester le pouvoir de la cinquième colonne d’Israël. Selon les documents archivés par le chercheur courageux, Grant Smith de IRMEP, quand il s’agit d’Israël, le ministère de la Justice a catégoriquement refusé d’appliquer les lois fédérales exigeant la poursuite de citoyens états-uniens qui travaillent secrètement pour un État étranger —au moins depuis 1963—. D’autre part, la CPS, à travers ce que l’on appelle l’ « Anti-Defamation League » (équivalent de la Licra française), a fait pression avec succès auprès du ministère de la Justice, du FBI et de la NSA, pour enquêter et poursuivre des citoyens respectueux de la loi et patriotiques qui ont critiqué les vols de terre palestinienne et les corrupteurs sionistes du système politique US.

La corruption et la dégradation de la démocratie états-unienne est rendue possible par la « presse respectable » également compromise et corrompue. Steve Lendman, critique des médias, a souligné le lien direct entre Israël et les médias dans son enquête sur le New York Times. Les principaux journalistes (« justes et équilibrés ») produisant des rapports sur Israël ont de forts liens familiaux et politiques envers ce pays et leurs articles ne sont que de la propagande. Ethan Bronner, journaliste du Times, dont le fils a servi dans les Forces de Défense d’Israël, est un apologiste de longue date de l’État sioniste. Isabel Kershner, journaliste de Times, dont « l’écriture » semblent sortir tout droit du ministère israélien des Affaires étrangères, est mariée à Hirsh Goodman, conseiller du régime Netanyahou pour « les Questions de sécurité ». Le chef du bureau de Jérusalem du Times, Jodi Rudoren, vit confortablement dans la maison ancestrale d’une famille palestinienne dépossédée de cette ville antique.

L’inébranlable attitude pro-Israël du New York Times fournit une couverture politique et de la justification aux politiciens états-uniens corrompus quand ils battent les tambours de guerre pour Israël. Il n’est pas surprenant que le New York Times, comme le Washington Post, soit profondément engagé en dénigrant et en dénonçant les négociations us-iraniennes actuelles. Ils offrent de vastes espaces pour la rhétorique unilatérale des politiciens israéliens et leurs becs états-uniens, tout en excluant studieusement les voix les plus rationnelles d’anciens diplomates expérimentés, de chefs militaires las de la guerre et de représentants du monde des affaires et des milieux universitaires.

Pour comprendre l’hostilité du Congrès aux négociations nucléaires avec l’Iran et ses efforts pour les faire échouer à travers l’imposition de nouvelles sanctions ridicules, il est important d’aller à la source du problème, à savoir les déclarations des hommes politiques israéliens clés, qui fixent la ligne de marche pour leurs mandataires US.

À la fin octobre 2013, Amos Yadlin, ancien chef du renseignement de la Défense israélien, a déclaré devoir choisir entre « la bombe ou le bombardement » —un message qui a immédiatement été repris par les 52 présidents des principales organisations juives états-uniennes [Daily Alert, le 24 octobre, 2013]—. Le 22 octobre 2013, le ministre du Renseignement d’Israël, Youval Steinitz, a appelé à de nouvelles sanctions sévères contre l’Iran. Il a insisté pour que les États-Unis les utilisent comme levier afin d’exiger que l’Iran accepte d’abandonner entièrement son énergie nucléaire pacifique et son programme d’enrichissement. Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a affirmé qu’« Israël n’acceptera aucun accord qui permette à l’Iran d’enrichir de l’uranium ». C’est la position d’Israël de menacer l’Iran de guerre (via les États-Unis) s’il ne cesse pas immédiatement son programme nucléaire. Ceci définit la position de tous les grands CAPs, les Super CAPs pro-israélien et l’AIPAC. Ils dictent les discours au Congrès. En conséquence, celui-ci adopte des sanctions économiques encore plus extrêmes contre l’Iran afin de saboter les négociations en cours.

Ceux qui ont reçu les plus grands pots de vin sionistes sont les plus véhéments : le sénateur Mark Kirk (925 379 dollars), auteur d’un précédent projet de loi sur les sanctions, exige que l’Iran abandonne la totalité de son programme nucléaire et balistique. Il déclare que le Sénat « devrait aller de l’avant avec une nouvelle série de sanctions économiques visant la totalité des recettes et des réserves du gouvernement iranien » [Financial Times, 18 octobre 2013 , p. 6]. La Chambre des représentants a déjà adopté une loi limitant fortement la capacité de l’Iran à vendre son principal produit d’exportation, le pétrole. Encore une fois, l’axe israélo-CPS-Congrès cherche à imposer au peuple états-unien le plan de guerre d’Israël ! À la fin octobre 2013, le secrétaire d’État Kerry était interrogé pendant sept heures par le Premier ministre israélien Netanyahu. Le lâche Kerry a promis de promouvoir l’agenda d’Israël en démentelant le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran.

Pour contrer la campagne d’étranglement de l’économie pétrolière de l’Iran promue par les laquais d’Israël au Congrès, le gouvernement iranien a offert de généreux contrats aux États-Unis et aux compagnies pétrolières européennes [Financial Times, 29 octobre 2013 , p 1]. Les dispositions protectionnistes existantes sont en cours de suppression. Selon les nouvelles conditions, les sociétés étrangères choisissent elles-mêmes les zones à exploiter ou prennent part aux projets iraniens. L’Iran espère attirer au moins 100 milliards de dollars d’investissements au cours des trois prochaines années. Ce pays stable dispose des plus grandes réserves de gaz du monde et de la quatrième plus grande réserve de pétrole. En raison des sanctions US (c’est-à-dire israéliennes) imposées actuellement, la production a chuté de 3,5 millions de barils par jour en 2011 à 2,58 millions de barils par jour en 2013. La question est de savoir si les multinationales états-uniennes et européennes ont le pouvoir de contester la mainmise de la CPS sur la politique de sanction américano-européenne. Jusqu’ici, le CPS a dominé cette politique critique et a marginalisé les multinationales en utilisant les menaces, le chantage et la coercition contre les décideurs états-uniens. Cela a effectivement exclu les entreprises US du marché lucratif iranien.

Conclusion

Les États-Unis et les 5 autres pays qui tentent de négocier avec l’Iran font face à d’énormes obstacles pour surmonter la puissance d’Israël sur le Congrès. Au cours des dernières décennies, les agents d’Israël ont acheté la loyauté de la grande majorité des membres du Congrès, les formant afin qu’ils reconnaissent et respectent les sifflets, les signaux et les scripts des fauteurs de guerre à Tel-Aviv.

Cette « Axe de la guerre » a infligé d’énormes dégâts au monde, a entraîné la mort de millions de victimes de guerres états-uniennes au Proche-Orient, en Asie du Sud et en Afrique du Nord. La corruption brute et la faillite largement reconnue du système législatif sont dues à sa servilité envers une puissance étrangère. Ce qui reste à Washington est un État vassal, dégradé, méprisé par ses propres citoyens. Si le Congrès contrôlé par la CPS réussit encore une fois à détruire les négociations entre les États-Unis et l’Iran via de nouvelles résolutions belliqueuses, nous, le peuple états-unien, devrons payer un prix énorme en vies et en argent.

Le temps est venu d’agir. Il est temps de se lever et d’exposer le rôle joué par les CAPs israéliens, les super CAPs et des 52 organisations juives US à corrompre le Congrès et à transformer nos représentants élus en larbins pour les guerres d’Israël. Il y a eu un silence assourdissant de nos critiques, y compris dans la presse alternative. La preuve est ouvertement disponible, les crimes sont indéniables. Le peuple états-unien a besoin de leaders politiques réels avec le courage d’extirper les corrompus et les corrupteurs et de forcer les parlementaires à représenter les intérêts du peuple états-unien.

James Petras

Article original en anglais :

petrasIsrael Buys the US Congress: Sabotaging the US-Iran Peace Negotiations, 2 novembre 2013

Traduction : Roger Lagassé

James Petras : Professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de New York. Dernier ouvrage publié en français : La Face cachée de la mondialisation : L’Impérialisme au XXIe siècle, (Parangon, 2002). Dernier ouvrage publié en anglais : The Arab Revolt and the Imperialist Counter Attack , (Clarity Press, 2011).

Le meurtre de deux journalistes français au Nord Mali il y a une semaine est utilisé comme prétexte par Paris pour poursuivre sa guerre au Mali, déguisée en une lutte contre « le terrorisme islamiste. »

Le 2 novembre, la correspondante expérimentée Ghislaine Dupont et le technicien de production Claude Verlon, qui travaillaient pour la chaîne Radio France Internationale (RFI) ont été enlevés par des hommes armés non identifiés. Ils venaient de s’entretenir avec un chef séparatiste touareg du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad), dans la ville de Kidal au Nord du Mali. Quelques heures plus tard, ils ont été retrouvés morts à plusieurs kilomètres à l’Est de Kidal.

Les circonstances du meurtre des journalistes restent troubles. Il a eu lieu dans une région située au cœur de la guerre de la France au Mali, où la France maintient une forte présence militaire aux côtés des forces de l’ONU. Ces dernières semaines, des forces françaises et de l’ONU ont lancé des opérations de grande envergure au Nord du Mali, soi-disant pour écraser les « mouvements terroristes. »

Des témoins ont déclaré qu’un hélicoptère militaire français survolait la zone après l’enlèvement des journalistes. Avec certaines indications sur la possibilité d’un incident causé par des tirs français, la présidence française a déclaré à RFI que « l’autorisation de l’usage de la force n’a été ni demandée ni accordée. »

Le 6 novembre, Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a revendiqué la responsabilité des deux meurtres. Dans une déclaration publiée par l’agence de presse mauritanienne Sahara Media, AQMI a dit que Dupont et Verlon avaient été tués en représailles des « crimes perpétrés par la France et ses alliés des Nations-unies, maliens et africains. »

Cette source n’a pas pu être complètement vérifiée cependant. Jeudi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius s’est contenté de dire, « Nous sommes en train de la vérifier mais elle semble plausible. »

Le meurtre des journalistes est intervenu quelques jours seulement après la libération de quatre otages français, détenus par AQMI depuis trois ans, au Niger voisin. Même si Paris l’a nié, les médias ont indiqué qu’une rançon de 20 millions d’euros aurait été versée.

Paris a répondu au meurtre des journalistes en envoyant 150 soldats depuis le Sud du Mali jusqu’à Kidal. La France a déployé près de 3 200 soldats au Mali depuis que le gouvernement Hollande a lancé son intervention militaire au début de janvier.

Plus largement, elle se sert de l’incident pour ralentir la diminution prévue des troupes françaises déployées au Mali. « Immédiatement, le président de la République a décidé de renforcer pas déplacement géographique notre présence du sud vers Kidal, mais cela ne remet pas en cause le calendrier général de présence puis de réduction de présence de la force française, » a déclaré Fabius au cours d’un entretien avec RFI.

En fait, Paris a déjà retardé de deux mois le plan initial de réduire le nombre de soldats de 3200 à 1000 pour la fin de l’année. Malgré les promesses cyniques de réduire les effectifs, les soldats français sont déployés de manière permanente, et jouent le rôle dominant dans la mission militaire dite MINUSMA qui va prendre le relais avec un afflux de 12 600 soldats dans la région.

La semaine dernière, les Pays-Bas ont promis d’envoyer des hélicoptères de combat et environ 380 soldats pour renforcer la mission de l’ONU au Mali.

L’enlèvement et le meurtre des deux journalistes de RFI sont profondément réactionnaires et ont provoqué des réactions d’horreur et de tristesse en France. S’il devait être confirmé que les forces d’AQMI ont perpétré ce meurtre, cela soulignerait une fois de plus le caractère réactionnaire d’Al Qaïda, une force avec laquelle Paris a beaucoup travaillé dans ses guerres en Libye et en Syrie. Les milices islamistes soutenues par des avions de combat et des commandos français, américains et de l’OTAN ont fourni les troupes au sol essentielles à la destruction du régime du colonel libyen Mouammar Kadhafi.

La collaboration de Paris avec Al Qaïda en Libye souligne que la responsabilité politique principale pour le décès de Dupont et Verlon n’est pas imputable aux diverses milices et groupes criminels liés à AQMI, mais au gouvernement français.

La guerre du Mali est intimement liée à la guerre de l’OTAN contre la Libye en 2011, au cours de laquelle, Paris a travaillé en étroite collaboration avec des forces islamistes liées à Al Qaïda. Paris a lancé son intervention en janvier au Mali, ex-colonie française, afin de soutenir le régime impopulaire de la junte militaire établie à Bamako après la prise d’une grande partie du Nord du Mali par les forces rebelles au début de 2012, et qui avait déclenché un coup d’Etat militaire dans la capitale.

L’armée, dirigée par le Capitaine Amadou Sanogo, a fait tomber le président Amadou Toumai Touré avant les élections présidentielles prévues pour avril 2012. L’armée a accusé Touré de ne pas lutter efficacement contre les milices touaregs, qui s’étaient fournies en armes auprès des forces islamistes libyennes après le pillage des stocks d’armes du gouvernement libyen une fois que l’OTAN avait détruit le régime de Kadhafi.

Hollande a réagi en lançant une guerre au Mali tout juste 6 mois après son élection. Cette décision souligne l’imprudence de plus en plus ouverte de la politique militaire de l’impérialisme français en Afrique et au Moyen-Orient. Paris ajouté à sa criminalité en s’alliant ensuite à nouveau à des forces semblables liées à Al Qaïda dans la guerre par procuration menée par l’OTAN en Syrie.

L’intervention française au Mali est une guerre politiquement criminelle, qui combine la poursuite des intérêts stratégiques et économiques de l’impérialisme français en Afrique avec une conspiration politique visant à renforcer les attaques sociales contre la classe ouvrière à l’intérieur du pays. Des responsables français et des journalistes ont clairement dit à plusieurs reprises que le but de cette intervention est de pousser le climat politique en France franchement à droite, pour permettre à Hollande de poursuivre ses attaques impopulaires contre la classe ouvrière.

Quand la guerre a été lancée, les responsables français et les médias comparaient la guerre du Mali avec la guerre des Malouines de 1982 lancée par le premier ministre Margaret Thatcher. Le magazine d’information Le Pointa fait un reportage indiquant qu’« À l’Élysée, les conseillers de Hollande rêvent, comme le dit l’un d’eux, d’un “effet guerre des Malouines. » La journaliste du Point Anna Cabana expliquait le contenu de cette stratégie tel qu’il lui était présenté par les conseillers de Hollande : « Lorsque les troupes argentines débarquent aux Malouines en 1982, Margaret Thatcher décide de répliquer militairement. La dame de fer, qui était alors extrêmement impopulaire à cause de ses réformes drastiques, embarque le Royaume-Uni dans une aventure militaire qui a assuré la réélection de son gouvernement en 1983. »

Après avoir obtenu sa réélection en 1983, Thatcher avait accentué ses attaques sociales contre la classe ouvrière. Avec l’aide des syndicats britanniques, le gouvernement Thatcher avait vaincu la grève des mineurs en 1985, durant laquelle 20 000 mineurs avaient été blessés, 13 000 arrêtés, 200 emprisonnés, près de 1000 licenciés sur le champ, et deux tués sur le piquet de grève. Elle avait enchaîné en imposant une politique de désindustrialisation et de financiarisation, fermant des industries et détruisant des milliers d’emplois.

Les commentaires du gouvernement Hollande selon lesquels le gouvernement modèle sa politique sur celle de Thatcher témoignent de la criminalité politique du Parti socialiste de François Hollande comme de l’ensemble de l’élite médiatique et politique, qui n’ont pas remis en cause cette politique.

S’étant rendu lui-même profondément impopulaire par ses attaques contre les emplois et les dépenses sociales, Hollande essaie de se rallier du soutien en se lançant dans des aventures militaires de plus en plus dangereuses à l’extérieur, il espère ainsi se donner un avantage dans l’opinion pour poursuivre avec des attaques sociales encore plus graves.

On aurait du mal à imaginer un exemple plus dévastateur de la faillite du capitalisme en Europe. Poussé par des contradictions sociales qu’il ne peut pas résoudre, Paris tente de trouver une solution à ses problèmes intérieurs par l’aventurisme militaire et les agressions.

Kumara Ira

Article original, WSWS, paru le 11 novembre 2013

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Une crise humanitaire aux proportions catasrophiques se dessine aux Philippines à la suite du super-typhon Haiyan, appelé Yolanda aux Philippines.

Si le bilan provisoire des morts confirmés publié par le gouvernement des Philippines n’est que de 1774, l’on s’attend à ce qu’il soit bien plus élevé au final. L’estimation du nombre de morts dans la seule ville de Tacloban a été annoncée à 10 000 et n’a pas été révisée. Un million de Philippins sont réfugiés dans des centres d’évacuation de fortune.

De grandes parties des Philippines centrales, des portions des îles de Samar, Leyte, Panay et Cebu, restent complètement isolées. Aucune aide n’a été expédiée dans ces lieux et aucun décompte des morts ou des dégâts n’y a été mené. Les responsables ont déclaré qu’il faudra des mois avant que l’électricité ne soit remise dans la région.

Lundi soir à Tacloban, plus de 100.000 personnes étaient sans abris, sans aide médicale, ni aide alimentaire ou eau courante. Des corps jonchent toujours les rues.

Le ministre de l’intérieur des Philippines, Mar Roxas, a déclaré que certaines aides commencent à arriver à l’aéroport de Tacloban, mais il a ajouté, « Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause des débris qui bloquent les routes dans la zone. » Les résidents de la ville par dizaines de milliers ont traversé à grande peine les huit kilomètres entre le centre ville et l’aéroport pour tenter de recevoir leur ration quotidienne de nourriture et d’eau. Des photos montrent des queues s’étalant à perte de vue de gens qui attendent de l’aide.€

Un résident, Joan Lumbre Wilson, a décrit à l’AFP la lutte quotidienne pour se rendre à l’aéroport pour obtenir de l’aide : « Nous avons besoin d’eau et de médicaments pour les blessés… Ils tentent de nous faire renoncer à nouveau, nous renvoyer chez nous, trop loin, et de le refaire le lendemain [marcher jusqu'aux entrepôts], et ce n’est pas juste pour nous […] Nous sommes déjà fatigués, épuisés émotionnellement, physiquement. »

Avec la montée du désespoir, les résidents ont tenté de trouver des médicaments, de la nourriture, de l’eau et des produits pour bébés sur place, en entrant de force dans les magasins fermés.

Andrew Pomeda, enseignant en lycée, a déclaré à un journaliste, « Tacloban est totalement détruite. Certaines personnes perdent la raison à cause de la faim ou la perte de leurs proches […] Les gens deviennent violents. Ils pillent les entreprises, les magasins, juste pour trouver de la nourriture, du riz, du lait… J’ai peur qu’en une semaine, les gens se mettent à tuer à cause de la faim. »

Ces tentatives d’obtenir les produits de base ont été décriées par les hommes d’affaires et le conseil municipal, qui ont demandé l’imposition d’une loi martiale pour garantir « la loi et l’ordre. »

Le président philippin Benigno Aquino a déclaré un état de calamité nationale et un état d’urgence dans la région concernée; ces deux mesures lui accordent des pouvoirs exécutifs exceptionnels. Il s’est servi de ces pouvoirs pour créer un état de fait comparable à la loi martiale.

Un couvre-feu a été imposé à tous les résidents de Tacloban. De 10 heures du soir à 6 heures du matin, personne ne doit être dans les rues. Plusieurs habitants de la ville interviewés ont déclaré que le couvre-feu commence à être imposé à 8 heures et non 10.

On ne voit pas bien comment les résidents pourront éviter d’être dans les rues dans une ville où 90 pour cent des logements ont été complètement dévastés. Des photos aériennes des quartiers les plus pauvres de Tacloban ressemblent à celles qui ont été prises après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima : il n’y a rien qui soit encore debout.

L’état d’urgence est mis en application par 883 policiers lourdement armés et 500 militaires dont 169 viennent des forces spéciales. Ces troupes sont parvenus dans cette ville dévastée à bord d’avions cargos C-130 qui auraient dû servir à apporter les ravitaillements dont la ville a tellement besoin.

Ils patrouillent dans les rues en convois armés, qu’Aquino a décrit comme « une démonstration de force. » Le chef de la police nationale des Philippines, le général Alan Purisima, a déclaré qu’ils « inonderont Tacloban de policiers pour restaurer la loi et l’ordre […] Nous assurons les gens que le gouvernement aura tout le contrôle. Les policiers que nous avons déployés là-bas devraient faire sentir leur présence. »

Même en plein jour, les survivants sont régulièrement arrêtés, interrogés, et fouillés dans les rues et aux barrages militaires établis dans toute la ville.

Le maire de la ville de Davao, Rodrigo Duterte, un allié important des maoïstes des Philippines, a ordonné aux agents de sécurité qui accompagnent les camions et les ambulances qui se rendent à Samar et Leyte de tirer sur toute personne que tenterait de prendre elle-même l’aide et les médicaments apportés. Il a déclaré, « si ces gens n’écoutent pas vos demandes de ne pas toucher votre groupe, je vous ordonne de tirer sur toute personne qui continuera à tenter d’obtenir quoi que ce soit de votre part. »

Aquino a pris à son compte les pouvoirs du maire de Tacloban, Alfred Romualdez qui est un neveu de sa rivale politique Imelda Marcos, et nommé le ministre de l’intérieur, Mar Roxas, « tsar du désastre » en charge de toutes les fonctions du conseil municipal.

Richard Gordon, chef de la Croix rouge des Philippines et homme politique, a admis à la presse que la Croix-Rouge a délibérément « ralenti la livraison de l’aide » en raison des « pillages ». Son agence a déjà commandé 10 000 sacs pour les cadavres, mais il a déclaré, « on ne sait pas combien de gens ont été emportés en mer. »

Il a également admis que les travailleurs humanitaires n’avaient encore atteint aucune autre ville.

Il y a des estimations très générales des dommages sur certaines parties des côtes de Samar et Leyte. La ville de Guian, 50 000 habitants, serait totalement détruite. Plus de 500 personnes ont été enterrées dans un charnier dans la ville de Basey. Étant donné la différence énorme entre les morts admis officiellement et l’estimation des décès rien qu’à Tacloban, il est très probable que ce bilan sera largement dépassé quand le contact avec ces régions sera établi.

De plus, tous les logements et les cultures le long de la côte Est ont été détruits. Il faut craindre que les survivants dans ces régions, sans contact avec l’aide humanitaire, ne soient confrontés à des conditions désespérées, et possiblement la famine.

Le ministère de l’agriculture a publié une estimation initiale des dommages aux cultures causés par Haiyan, il a calculé qu’au 10 novembre, la valeur des destructions de cultures est de 3,7 milliards de pesos philippins (630 millions d’euros). Il a déclaré « le riz, qui est en récolte en ce moment, a subi les pires dégâts, suivi par les pêcheries et l’irrigation. Les autres denrées affectées sont le maïs, le bétail et les cultures les plus chères. »€

Avant même que les vautours de la finance internationale ne commencent à se rassembler, d’autres cherchent un moyen de profiter de la situation. Wu Mingze, spécialiste des marchés pour la branche Asie Pacifique de la compagnie OANDA, un groupe spécialisé dans l’import-export sur des contrats à terme, a déclaré « nous savons que l’effort de reconstruction va coûter de l’argent, mais ce coût sera bénéfique si on regarde le cycle de dépense. Cela va développer encore plus l’économie. »

Face à cette dévastation, Washington n’a promis que 100 000 dollars d’aide en liquide et, au lieu d’argent supplémentaire, ils ont envoyé un convoi de 90 marines. Dans le cadre des négociations en cours au sujet de l’installation permanente de forces américaines dans le pays qui contribueraient à la tentative américaine d’encerclement de la Chine, Washington est impatient d’exploiter la moindre opportunité pour placer ses troupes au sol afin de renforcer sa position dans les négociations.

La dévastation causée par Haiyan est universellement décrite comme le résultat tragique mais inévitable d’une colère imprévisible de la nature. C’est un mensonge politique sous couvert de fatalisme.

Les Philippines sont un pays qui occupe une position géographique précaire. Elles sont exposées à de forts risques volcaniques, de tremblements de terre, de typhons et de raz-de-marée. Ces catastrophes naturelles ont lieu avec une régularité presque prévisible, et l’humanité a la capacité technique de surveiller et de se préparer à ces événements ainsi que les ressources sociales pour limiter très fortement leurs conséquences.

Les morts et les démunis laissés dans le sillage d’Haiyan sont les victimes non du typhon mais d’une tempête parfaite d’inégalités sociales. Les logements détruits étaient construits avec les matériaux de la pauvreté, largement inadaptés pour supporter un événement de ce genre. Les logements et les entreprises des riches, construits en dur, sont toujours debout.

Les villes situées dans des zones à risque auraient dû avoir des centres d’évacuation bien approvisionnée et solidement bâtis dans un endroit sûr à distance de la côte. Aucun préparatif de ce genre n’a été fait.

Les survivants qui tentent désespérément de s’en sortir ne sont pas confrontés à une catastrophe naturelle sans états d’âme, mais à la puissance armée d’un état déterminé à faire respecter ces conditions d’une inégalité sociale qui crève les yeux.

 

Article original, WSWS, paru le 12 novembre 2013

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Syrie : La guerre pour le gaz et les gazoducs continue !

novembre 13th, 2013 by Imad Fawzi Shueibi

Début Avril 2013 le Dr. Imad Fawzi Shueibi parlait pour la première fois sur une chaine de télévision, en l’occurrence la chaîne Al-Mayadeen, des découvertes pétro-gazières en Méditerranée orientale transformant certains pays du Moyen-Orient en États producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Une véritable surprise, pour les non initiés, concernant essentiellement la Syrie, le Liban, Chypre, Israël et la Turquie. Il avait alors divulgué les documents et graphiques de deux sociétés  norvégiennes spécialisées dans l’exploration du sous-sol ayant ratissé la côte méditerranéenne sur 5000 Km2.

Ces informations expliquent en grande partie l’intensité du conflit autour et contre la Syrie dont les ressources seraient de loin les plus importantes, d’autant plus qu’il nous apprend que la société franco-américaine « CGGVeritas » est entrée sur la ligne en rachetant les deux sociétés norvégiennes qui n’avaient pas livré tous leurs petits secrets.

Aujourd’hui, les masques sont tombés et ne dissimulent plus ni les causes, ni les moyens, ni les trahisons, ni les mensonges, ni les crimes, ni les turpitudes ayant nourri cette sale guerre dite « par procuration » ; ce qui lui a fait dire que la Syrie vivait une « malédiction » là où elle aurait pu espérer le contraire.

Les masques sont tombés, mais la guerre continue malgré tout. En voici quelques raisons tout bêtement commerciales extraites d’une émission TV de la chaîne libanaise NBN [NdT].

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Photo : Voir La Syrie dans le chaudron des projets gaziers géants !

1. Docteur Shueibi, pensez-vous que la Syrie se dirige vers une stabilisation obligée ?

Je pense que nous nous dirigeons obligatoirement vers cela, car il s’agit d’une région riche en gaz et en pétrole pour les cent années à venir, sans compter les gazoducs qui devront la traverser. J’ajoute que je vois dans les derniers évènements auxquels nous venons d’assister le règlement du conflit arabo-israélien. Ceci semble encore plus évident si nous tenons compte des récentes critiques, presque menaçantes, prononcées par Kerry à l’encontre de Netanyahou lorsqu’il lui a rétorqué : « Est-ce qu’Israël veut une troisième Intifada?» [1].

Parlant de nouvelle intifada, Kerry a sans doute signifié aux Israéliens que si depuis toujours ils agissent à leur guise en tuant et emprisonnant comme bon leur semble, c’est bien parce qu’ils sont protégés par l’ami américain. Mais voilà que les USA ainsi que la Russie veulent régler les problèmes de la région et en éteindre l’incendie. A-t-on jamais vu des guerres dans une une région gazière et pétrolière ?

2. Parlez-vous d’une paix prochaine non seulement pour la Syrie mais pour toute la région ?

Sans vraiment insister sur le mot « paix », parlons plutôt d’une sorte de stabilité ou de nouveaux équilibres entre les forces belligérantes…

3. Quand ?

Dans un délai de 10 ans.

4. Est-ce à dire que la région ne connaîtra pas de stabilité avant dix ans ?

Je pense que si Israël persiste dans son entêtement, il n’y aura pas de retour à la stabilité et cela affectera toute la région, y compris Israël. Mais peut-être que l’on arrivera à assouplir ses positions… Notez que Netanyahou, malgré sa bouderie, compte se rendre en Russie le 20 Novembre et qu’il a eu un contact téléphonique avec Poutine hier.

L’Israélien est, à ma connaissance, d’une grande intelligence lorsqu’il s’agit de rejoindre les forces ascendantes. Rappelez-vous qu’en 1956 il a vite permuté de la France et de la Grande Bretagne vers les USA. Aujourd’hui, c’est la Russie et la Chine qui montent ! N’oubliez pas non plus que la Russie a signé un accord concernant le champ gazier situé au Nord d’Israël, lequel champ est imbriqué avec celui du Liban. Par conséquent, je demande à mes frères libanais : «  Ne vous-êtes vous pas posés la question de savoir pourquoi autant de précipitations concernant le dossier pétro-gazier ? ».

 

5. Précipitation des Israéliens pour voler nos ressources à nos frontières !

Cela fait un bout de temps qu’ils volent… mais ceux qui courent après ce dossier ont fini par sentir qu’il était temps de songer au partage de ces ressources.

6. Autrement dit, la part qui doit nous revenir à nous les Libanais ?

Oui, la part libanaise. Mais la question dangereuse concerne la Syrie qui, en plus du gaz et du pétrole dont elle regorge, est sur le trajet que doivent emprunter divers gazoducs. Alors de deux choses l’une ; soit le calme revient d’ici deux ans, suivi par les appels d’offre, les forages aboutissant à la production dans un délai de 7 années ; soit il y a ajournement par ceux que cela arrange de laisser brûler la Syrie pour que le prix du gaz reste élevé.

Ce prix restera élevé tant que le gaz syrien n’est pas exploité, que le gaz iranien reste pour une grande part hors circuit, que le sort du gaz qatari [à l’origine de tout ce jeu] reste indéterminé, et que le gaz de l’Arabie saoudite n’est pas rendu en mer Méditerranée. Tant qu’il en est ainsi, les prix du gaz israélien et du gaz russe resteront élevés !

7. C’est pourquoi l’on reporterait la stabilisation à plus tard ?

L’une des théories israéliennes voudrait que cette instabilité perdure tant qu’Israël n’aurait pas écoulé la moitié de son gaz. Elle implique que sur ses 20 années de réserves, il pourra vendre la moitié de son gaz à prix élevé pendant 10 ans pour ne pratiquer qu’ensuite le tarif mondial qui ira nécessairement à la baisse.

C’est une théorie que nous devons prendre en considération, tout en sachant que le problème ne dépend pas de la seule volonté d’Israël. Mais si elle devait se vérifier, une analyse à froid m’amène à penser qu’une telle situation serait toute aussi intéressante pour la Russie qui fournit 46% du gaz européen.

8. Mais n’est-il dans l’intérêt de la Russie d’exploiter le gaz de notre région ?

Bien sûr, c’est dans son intérêt.

9. Et comme vous venez de le dire, elle exploitera le gaz des territoires occupés et participera pour une grosse part à l’exploitation du gaz syrien ?

Et dans ce cas, ce qui devient encore plus important est le prix du gaz. En effet, s’il y a entente entre la Russie, l’Europe et les USA, la théorie israélienne n’est plus valable. La Syrie en aura terminé avec cette malédiction et le problème syrien sera résolu. D’ailleurs, il me semble que la Russie et les USA accélèrent dans ce sens et qu’ils se sont déjà entendus non seulement sur les modalités d’exploitation mais aussi sur les prix.

10. Mais alors, partant de la théorie qui veut que l’exploitation des ressources pétro-gazières nécessite la stabilité de la région, pourquoi a-t-on allumé cette guerre incendiaire en Syrie, avec son cortège de sang, de morts et de destructions ? Pourquoi n’a-t-on pas commencé par profiter de la stabilité qui y régnait quitte à changer d’avis en cas d’échec ?

C’est une question de rigidité ou de souplesse des prises de position des uns et des autres, et il nous faut envisager la synthèse de tout ce qui se passe dans notre région en sachant que nous ne pouvons toujours pas en donner une image définitive. Cette image est jusqu’ici incertaine et ne pourra être réglée qu’en fonction de la nature des conflits, l’arrêt des combats, les ententes régionales, internationales et nationales.

Si l’Arabie saoudite n’arrête pas son escalade dans la violence et persiste à refuser de suivre les USA, la guerre sera longue ! Certains disent qu’elle est totalement inféodée aux USA et qu’elle suivra leurs directives. D’autres pensent qu’elle profite de leur faiblesse et se rebiffe réclamant sa place au soleil. De nombreux centres de recherche en arrivent à la conclusion que l’Arabie saoudite peut encore mener sa « Guerre du pétrole » et que même si les USA peuvent produire 12 millions de barils de pétrole de schistes ou autres, par jour ; ils auront quand même besoin de 4 millions de barils supplémentaires par jour.  Ils devront se les procurer en grande partie du côté de cette même Arabie saoudite qui reste ainsi un facteur non négligeable de l’équation, malgré sa dépendance… Ce n’est que dans environ trois mois que nous pourrons savoir si elle s’obstine dans sa rébellion ou obtempère, à moins qu’elle ne subisse à son tour les méfaits de conflits internes. Ce que je ne lui souhaite pas.

11. Ces conflits internes n’auront peut-être pas lieu étant donné la stabilité requise pour la région ?

Rappelez-vous les paroles de Richard Perle disant que le « chaos constructif » de notre région devait commencer par l’Irak, puis passer au Liban, à la Syrie, à l’Arabie saoudite pour terminer par le grand prix censé être l’Egypte. L’Arabie saoudite était dans le collimateur… J’espère qu’elle saura raison garder.

12. Mais qui a dit que le dossier du gaz avait une telle incidence sur ce qui se passe ? Qui a dit qu’il y avait de telles ressources pétro-gazières en Syrie et au Liban ? Quelles sont les études menées dans ce cadre ?

J’ai déjà exposé une partie de ces études sur Sham FM en 2012, puis dernièrement sur la Chaîne TV Al-Mayadeen [3] [4]. C’est pourquoi, je me contenterai d’en rappeler l’essentiel avant d’apporter des données supplémentaires.

La société norvégienne Inseis a délivré à la Syrie les résultats d’une première exploration off-shore en deux dimensions [2D]. Elle révélait les 14 gisements de pétrole dont j’ai déjà parlés. Ensuite, une deuxième société toujours norvégienne, la SAGEX, a repris le travail et a rendu des résultats comparables à la précédente en se gardant de communiquer les résultats des données sismiques transformées en 3D permettant une estimation bien plus quantitative du rendement des gisements en sols marins que la 2D. Puis, ces deux sociétés ont été rachetées par « CGGVéritas » qui est une société franco-américaine basée à Londres. Cette dernière société a donc récupéré le contrat et les données concernant la Syrie. Et là, le jeu devient plus clair !

Ainsi, lorsque j’avais présenté une première image sur Al-Mayadeen j’avais dit que les premières estimations des rendements pétroliers pour les gisements [14-9-10-13] s’étendant de la frontière libanaise jusqu’à Banias seraient équivalents à ceux du Koweït. Je m’étais basé sur les données 3D prétendument non acquises par la SAGEX. En effet, ces données que j’ai pu consulter indiquent des rendements de 1,6 à 2 millions de barils de pétrole / Jour.

13. Sans parler du gaz ?

Oui, ces chiffres concernent uniquement le pétrole. Quant au gaz, j’avais dit que les gisements étaient considérables en territoire syrien avec un rendement estimé dix fois supérieur à ceux d’Israël et du Liban réunis, le centre étant localisé à Qara entre Damas et Homs.

14. Donc on-shore ?

Absolument ! Mais les sols marins sont aussi très riches en gisements gaziers, les rendements estimés augmentant sensiblement au fur et à mesure que vous remontez vers la côte syrienne. Et, pour en revenir au pétrole, si l’on additionnait les rendements des gisements syriens on arriverait à un total se situant entre ceux de l’Irak et de l’Iran !

15. Autrement dit la Syrie est nantie en pétrole et en gaz et le jeu valait son coût ?

Il le valait, d’autant plus si nous intégrons les trajets des gazoducs que j’ai déjà détaillés. Ainsi le projet de gazoduc russe South Stream qui passe par la Mer Noire et se dirige vers l’Autriche, traversant toute l’Europe, est un concurrent direct du projet Nabucco passant par la Turquie. Il a été voulu par les USA pour servir l’Europe en court-circuitant la Russie. La bataille s’est finalement soldée en faveur de la Russie pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas ici [3].

Et, à l’avenir, tout porte à croire que le secteur germanique l’emportera dans l’équation européenne et que nous assisterons à une coopération sans précédent entre la Russie ; l’Allemagne et l’Autriche. Personnellement, je vois l’Allemagne comme une future grande puissance disposant d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies.

16. La coopération russo-allemande est déjà bien avancée !

En effet. Tout est affaire d’intérêts commerciaux. Le gazoduc russe North Stream qui se dirige directement vers l’Allemagne via la Mer Baltique est l’un des secrets des relations particulières entre ces deux pays. Ceci dit, je pense qu’il est faux de dire que la Russie agit contre l’Europe. La Russie n’est pas l’URSS et il n’est pas interdit d’imaginer des lendemains plus ensoleillés, car ses relations avec l’Europe sont indestructibles.

De notre côté, nous avons à faire avec le gaz qatari et le gaz iranien issus d’un site d’exploitation off-shore [North Dome] situé à la frontière des deux pays. La partie iranienne [South Pars en jaune sur cliché de capture d’écran] est plus riche que la partie qatarie [en rose]. Les gazoducs respectifs doivent suivre un trajet passant par la Syrie !

17. C’est donc la fameuse nouvelle route de la soie dont vous avez parlé à plusieurs reprises ?

Exactement. Et je pense que c’est là le nœud des problèmes auxquels devra s’ajouter celui de l’acheminement des énormes quantités de gaz des régions de Rub’ Al-Khali et de Ghawar située au sud-ouest de Riad ; problème non encore résolu.

Le Qatar avait l’intention de faire passer son gazoduc par le territoire syrien [4], mais voilà que l’accord signé en Août 2011 entre l’Iran, l’Irak et la Syrie résout le problème de l’acheminement du gaz iranien vers la mer Méditerranée sans régler celui de l’acheminement du gaz qatari. Il ne lui restait plus que l’option de son transport par voie maritime qui nécessiterait une flotte de 1000 navires. Un coût exorbitant ramenant les bénéfices qataris escomptés, sur plusieurs années, de 800 milliards de dollars à 80 milliards ! Par ailleurs, il n’est pas exclu que le gaz saoudien doive suivre le même trajet en direction de la Syrie.

18. Les dossiers du gaz sont donc fondamentaux dans la crise syrienne?

Absolument. C’est pourquoi, je ne peux que répéter à mes compatriotes syriens que nous sommes face à des « conflits d’intérêts commerciaux » impliquant les multiples facteurs d’une même équation : Russie, USA, Israël, Iran, Turquie, Arabie saoudite, Qatar, etc. L’unique moyen de nous en sortir serait que chacun puisse y trouver son compte. C’est à cela que nous devons raisonnablement travailler.

Dr. Imad Fawzi Shueibi

09/11/2013

 

Transcription et traduction : Mouna Alno-Nakhal

Source : Vidéo NBN [Extrait de 28’15‘’ à 51’36’’]

http://www.youtube.com/watch?v=VyR7pt09wAs

Notes :

[1] John Kerry: «Est-ce qu’Israël veut une troisième intifada?»

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/pourparlers-israelo-palestiniens/201311/07/01-4708325-john-kerry-est-ce-quisrael-veut-une-troisieme-intifada.php

[2] Le gaz israélien et le protecteur russe

http://www.tribunejuive.info/tag/accord-israel-gazprom

[3] Syrie : La guerre pour le gaz ! Un conflit international à manifestation régionale

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30652

[4] La Syrie dans le chaudron des projets gaziers géants !

http://www.mondialisation.ca/la-syrie-dans-le-chaudron-des-projets-gaziers-geants/5343462

 

Le Docteur Imad Fawzi Shueibi est citoyen syrien, philosophe et géopoliticien. Il est Président du Centre de documentation et d’études stratégiques à Damas.

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Photo : Le gisement de Meged pourrait s’étendre sur 250 km², une grande partie en territoire palestinien.(Reuters)

Les investisseurs israéliens avaient raison de se réjouir le mois dernier en apprenant qu’Israël pourrait bientôt rejoindre le club des pays producteurs de pétrole, sans compter ses récentes découvertes d’importants gisements de gaz naturel au large des côtes.

Les actions de Givot Olam, société de prospection pétrolière, sont montées en flèche à la nouvelle que les réserves de pétrole sur son site Meged 5 étaient plus importantes qu’estimées précédemment.

La société, qui affirme avoir déjà vendu pour 40 millions de dollars de pétrole depuis que le champ de Meged est devenu opérationnel en 2011, croit maintenant que le puits est assis sur des réserves exploitables allant jusqu’à 3,53 millions de barils. Selon des dirigeants palestiniens, les réserves pourraient même être beaucoup plus importantes.

Un seul nuage se profile à l’horizon. On ne sait pas combien de cette nouvelle richesse pétrolière appartient véritablement à Israël. Le puits se situe sur la Ligne verte, ligne d’armistice de 1948 qui officiellement sépare Israël des territoires palestiniens occupés.

Selon des dirigeants palestiniens, Israël a modifié le tracé de son mur de séparation, en béton et en métal, au prétexte de sécurité, pour fournir à Givot Olam le libre accès au site, entre la ville israélienne de Rosh Haayin et le village palestinien de Rantis, au nord-ouest de Ramallah.

Pour Dror Etkes, chercheur israélien qui suit les activités israéliennes en Cisjordanie, le site de Meged se trouve « à quelques douzaines de mètres » à l’intérieur de la Ligne verte.

Israël et Givot Olam, cependant, en ont rendu l’accès difficile, arguant que Meged 5 est accolé à un champ de tirs israélien, de l’autre côté de la Ligne verte, en territoire palestinien occupé. Dans le passé, les médias israéliens ont été empêchés de filmer ou photographier le site.

Etkes, cependant, affirme ne pas être au courant si un quelconque entraînement militaire a eu lieu sur le champ de tir.

Mais ce qui paraît clair, c’est que le gisement de pétrole s’étend sur une zone vaste, avec une grande partie de la réserve pétrolière qui s’étendrait sur le territoire palestinien en Cisjordanie.

Le pétrole dans les territoires occupés

Bien que le ministère israélien de l’Énergie et de l’Eau ait refusé de faire tout commentaire publiquement à propos de Meged 5, un responsable de premier plan a déclaré en privé à Al Jazeera que le champ s’étendait au moins sur 125 km², et peut-être même jusqu’à 250 km²

Selon les accords d’Oslo, les Israéliens sont tenus de coordonner toute extraction de ressources naturelles en territoire commun avec l’Autorité palestinienne (AP), et d’arriver à des accords sur la façon d’en partager les profits.

Ashraf Khatib, responsable de l’unité de soutien des négociations de l’AP, affirme que la réserve pétrolière de Meged fait partie de «  toutes les ressources nationales palestiniennes qui sont volées  » par Israël.

« Le problème pour nous c’est que l’occupation ce n’est pas que les colonies et la confiscation des terres. Israël tirent aussi des profits, massivement, de l’exploitation de nos ressources. Il y a là beaucoup d’argent pour Israël, c’est pourquoi l’occupation dure depuis si longtemps » a-t-il dit.

L’an dernier, quand les réserves de Meged 5 ont été estimées à 1,5 million de barils – moins de la moitié des estimations actuelles -, Jamil al-Mutaur, vice-président de l’AP pour la qualité de l’environnement, a menacé de poursuivre Israël devant les tribunaux internationaux pour ses opérations unilatérales à Meged.

Gidon Bromberg, directeur de l’organisation de défense de l’environnement, Les Amis de la Terre/Moyen-Orient, a dit que son organisation allait interroger le gouvernement israélien sur Meged 5.

« S’il y a des réserves en pétrole dans les territoires occupés, alors Israël doit impérativement discuter avec l’AP sur toute prospection entreprise pour ces réserves. » dit-il.

La perspective d’une augmentation spectaculaire des profits à tirer pour Israël à partir du forage de Meged 5 tombe peu après la publication par la Banque mondiale d’un rapport affirmant qu’Israël anéantissait tout espoir pour qu’un futur État palestinien soit économiquement viable.

L’ « étranglement » par Israël de la Zone C

Selon la Banque mondiale, l’occupation israélienne est un obstacle à l’exploitation des Palestiniens de leurs ressources naturelles clés, soit en les pillant à son profit, soit en les rendant inaccessibles aux Palestiniens par les restrictions de mouvements et la classification des secteurs en zones militaires.

Le rapport de la Banque mondiale n’inclut pas le champ pétrolier de Meged dans les ressources naturelles palestiniennes dans sa liste. Un porte-parole a déclaré qu’il n’y avait pas suffisamment d’informations à la disposition de ses chercheurs pour évaluer l’importance du champ pétrolier.

Dans le rapport, la Banque mondiale se concentre sur une vaste région de la Cisjordanie désignée comme Zone C dans les accords d’Oslo, qui reste encore sous le total contrôle d’Israël et sur laquelle Israël a monté plus de 200 colonies.

La Zone C, qui recouvre près des deux tiers du territoire de la Cisjordanie, comprend la plupart des principales ressources des Palestiniens, notamment la terre pour l’agriculture et le développement, des nappes phréatiques, les minéraux de la mer Morte, des carrières, et des sites archéologiques et touristiques. C’est là aussi que se trouvent probablement une grande partie des réserves de Meged.

Le ministère de l’Énergie et de l’Eau d’Israël est sous l’autorité de Silvan Shalom, un allié proche du premier ministre Benjamin Netanyahu et un partisan du programme d’Israël pour la colonisation en Cisjordanie.

Naftali Bennet, ministre du Commerce et de l’Industrie et leader du parti Foyer juif proche des colons, a appelé à maintes reprises à l’annexion officielle de la Zone C par Israël.

Selon les recherches de la Banque, l’AP pourrait générer au moins 3,4 milliards de dollars de revenus supplémentaires, par an, si elle obtenait le total contrôle de la Zone C ; et encore, ce chiffre ne tient pas compte du boom attendu en revenus pétroliers.

Le porte-parole de la Banque mondiale a déclaré que ce chiffre était « très prudent » compte tenu de certaines ressources, tel le gisement pétrolier, pour lesquelles les chercheurs n’ont pas pu recueillir de données.

Néanmoins, les revenus des ressources identifiées par la Banque mondiale devraient à eux seuls augmenter le PIB de l’AP d’un tiers, réduisant un déficit galopant, réduisant un taux de chômage monté à 23 %, soulageant la pauvreté et l’insécurité alimentaire et aidant le jeune État à se libérer de sa dépendance de l’aide.

Mais rien de tout cela ne peut se réaliser, a dit la Banque, aussi longtemps qu’Israël maintient son étranglement de la Zone C – ce que la Banque appelle « le territoire réservé ».

Mariam Sherman, directrice de la Banque mondiale en Cisjordanie et à Gaza, a déclaré : « La libération du potentiel du ‘territoire réservé’… et l’autorisation pour les Palestiniens d’exploiter ces ressources fourniraient de nouveaux domaines d’activités économiques et mettraient l’économie sur les rails d’une croissance durable ».

John Kerry, secrétaire d’État des États-Unis, a relancé les discussions de paix entre Israël et les Palestiniens cet été, après avoir promis à l’AP qu’ils contribueraient à élever de 4 milliards de dollars les investissements dans l’économie palestinienne, la plus grande partie étant dirigée sur des projets en Zone C.

Toutefois, le rapport de la Banque mondial laisse penser que les restrictions israéliennes aux mouvements en Zone C et le refus de remettre des autorisations pour le développement rendent l’entreprise trop risquée pour les investisseurs palestiniens.

Pour Khatib : « L’AP est confrontée à un déficit de 2 milliards de dollars et a besoin désespérément d’investir dans des projets importants tirant profit de nos ressources naturelles. C’est la seule façon de mettre fin à la dépendance de l’AP vis-à-vis de l’aide internationale. »

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré qu’il menait « une paix économique » avec les Palestiniens dans les territoires occupés, plutôt que des démarches diplomatiques. L’AP, en revanche, caractérise la politique d’Israël comme « une guerre économique » contre les Palestiniens.

La politique suivie de longue date par Israël en ce qui concerne les ressources dans les territoires occupés laisse penser qu’il est bien peu vraisemblable qu’il honore ses obligations au titre des accords internationaux sur les profits futurs sur le gisement pétrolier de Meged.

Etkes a dit : « La réalité est qu’Israël profite des fruits économiques de l’occupation par l’exploitation des ressources qui appartiennent aux Palestiniens  ».

Extractions précédentes des ressources

Dans le cas des principales nappes phréatiques de la région, qui s’étendent sous les collines de Cisjordanie, Israël a démoli des centaines de puits palestiniens afin de maintenir son contrôle exclusif sur les ressources en eau. Les colonies et les bases de l’armée sont installées sur les principaux points d’extraction.

Un rapport publié plus tôt cette année par al-Haq montre qu’Israël accapare 89 % de la totalité de l’eau tirée de l’aquifère cisjordanien, ne laissant aux Palestiniens que les 11 % restant. De ce fait, un Israélien a en moyenne 300 litres d’eau chaque jour, à comparer avec les 73 litres par Palestinien – en-dessous donc des 100 litres par habitant recommandés par l’Organisation mondiale de la santé.

Concernant une autre ressource clé, la Cour suprême d’Israël a jugé en 2011 qu’une douzaine de sociétés israéliennes devraient pouvoir continuer l’extraction de la pierre pour la construction dans les carrières de Cisjordanie, car l’occupation israélienne n’était plus considérée comme temporaire mais qu’elle était devenue « prolongée  ».

La décision a été largement critiquée par les juristes qui ont fait valoir qu’elle ne tenait pas compte des interdictions de voler les ressources stipulées dans le droit international, notamment dans la Convention de La Haye de 1907.

L’AP a estimé le montant annuel des pierres extraites par Israël dans ses carrières à 900 millions de dollars.

Avec Meged 5, ce n’est pas la première fois qu’Israël est reconnu coupable de pillage des réserves de pétrole de ses voisins.

En 1975, il est apparu qu’Israël avait fait des forages sur les champs d’Abu Rudeis, suite à son occupation de la péninsule du Sinaï durant la guerre de 1967. Le champ pétrolier fournissait les deux-tiers des besoins nationaux d’Israël avant qu’Israël ne soit forcé de restituer les puits à l’Égypte.

Israël a continué ses tentatives d’exploiter le pétrole du Sinaï, forant plus au sud, sur les champs d’Alma, mais il a dû là aussi rendre ces puis après la signature des accords de paix de Camp David avec l’Égypte en 1979.

Des centaines de sites, en Israël et dans les territoires occupés, ont été sondés pour le pétrole dans les années suivantes, sans réels succès, jusqu’à la découverte de Meged.

L’annonce par Israël, ces dernières années, de ses découvertes de vastes gisements de gaz naturel en Méditerranée a fait monter les tensions avec les pays voisins, en particulier le Liban, qui a affirmé qu’Israël forait dans des zones où les frontières maritimes sont contestées.

Avec les deux gisements de Tamar et Leviathan, Israël espère devenir un pays exportateur de gaz d’ici 2016.

Les Palestiniens ont localisé leur propre champ de gaz, important, au large de Gaza. En 2000, le président palestinien d’alors, Yasser Arafat, déclarait que le site « fournira une base solide à notre économie, pour l’établissement d’un État indépendant  ».

Mais Israël a maintes fois contrecarré les tentatives d’extraction du gaz, faisant valoir que les profits serviraient à financer le terrorisme. À la place, les Palestiniens sont donc restés dépendants d’Israël pour répondre à leurs besoins énergétiques.

Depuis 2009, Israël viole aussi les accords d’Oslo en réduisant l’accès des Palestiniens aux eaux maritimes de Gaza de vingt à trois miles nautiques.

Selon une analyste, Anais Antreasyan, l’interprétation la plus plausible des actions d’Israël est qu’il espère arriver « à intégrer les gisements de gaz au large de Gaza dans les installations offshores israéliennes voisines », « bloquant ainsi le développent économique des Palestiniens.  »

De l’avis d’Atreasyan et de bien d’autres, le but d’Israël est d’empêcher l’émergence d’une forme d’économie palestinienne indépendante qui résulterait de la possibilité par les Palestiniens d’obtenir d’importants revenus des gisements de gaz au large de Gaza et probablement de ceux de pétrole en Cisjordanie.

« De cette manière  » a affirmé Khatib, « Israël peut, plus aisément, maintenir les Palestiniens dans une lutte, jour après jour, juste pour survivre économiquement ».

Jonathan Cook 

Article original : Al Jazeera, 2 novembre 2013

Traduction : Info-Palestine/JPP

Lire également :

Le pétrole de l’apartheid - Macdonald Stainsby

Gaza stripLa guerre et le gaz naturel : l’invasion israélienne et les gisements de Gaza en mer, 12 novembre 2013

Conflit en Palestine et exportations de gaz de Gaza vers Israël - Walid Khadduri

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Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East(Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

 

 

 

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La crise qui a démarré aux États-Unis en 2007-2008 a frappé l’Union européenne de plein fouet à partir de 2008 et a provoqué de graves perturbations dans la zone euro à partir de 2010 |1|. Les banques des pays les plus forts de l’Europe sont à l’origine de cette contagion depuis les États-Unis vers l’Europe car elles avaient massivement investi dans les produits financiers structurés. Ceci étant dit il est important d’expliquer pourquoi cette crise frappe plus durement l’Union européenne et en particulier la zone euro que les États-Unis.

Parmi les 28 pays de l’Union européenne, 18 pays ont une monnaie commune, l’euro |2|. L’UE compte environ 500 millions d’habitants |3|, soit presque la moitié de la Chine, de l’Afrique ou de l’Inde, les 2/3 de l’Amérique latine et 50 % de plus que les USA.

On constate une grande disparité entre les pays de l’Union européenne. L’Allemagne, la Grande Bretagne, la France, les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique et l’Autriche constituent les pays industrialisés et les plus forts de l’UE. 11 pays proviennent de l’ex Europe de l’Est (3 républiques baltes- Estonie, Lituanie, Lettonie-, Pologne, Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie qui ont fait partie du bloc soviétique, la Slovénie et la Croatie qui faisaient partie de la Yougoslavie). La Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, Chypre sont percutés très fortement par la crise de la zone euro.

Disparité salariale dont profitent les grandes entreprises privées

La disparité salariale est très forte : le salaire minimum légal de la Bulgarie (156 euros de salaire brut mensuel en 2013) est 8 à 9 fois inférieur à celui de pays comme la France, la Belgique ou les Pays Bas |4|. Les disparités salariales à l’intérieur de chaque pays de l’Union européenne peuvent être également fort élevées. En Allemagne, 7,5 millions de salariés doivent se contenter d’un salaire mensuel de 400 euros alors que normalement le salaire mensuel en Allemagne dépasse 1200 Euros (il n’y a pas de salaire minimum légal national en Allemagne).
Cette disparité permet aux grandes entreprises européennes, notamment les entreprises industrielles allemandes d’être très compétitives car elles font réaliser une partie de leur production par les ouvriers et ouvrières de pays comme la Bulgarie, la Roumanie ou d’autres pays d’Europe centrale et de l’Est, rapatrient ensuite les pièces en Allemagne pour les assembler et réaliser le produit final. Enfin elles exportent à l’intérieur de l’UE ou vers le marché mondial en ayant comprimé au maximum les coûts salariaux. Tout cela sans payer à l’intérieur de l’UE de taxe d’import/export.

Des disparités renforcées entre pays

Le refus de l’UE de développer de véritables politiques communes pour aider les nouveaux membres à réduire leurs désavantages économiques par rapport aux pays européens les plus forts a largement contribué à renforcer ces disparités structurelles préjudiciables au processus d’intégration. Les traités européens ont été conçus pour servir les intérêts des grandes entreprises privées qui profitent des disparités entre les économies de l’Union pour augmenter leurs profits et renforcer leur compétitivité.

Le budget de l’Union européenne est minuscule, il représente 1% du Produit intérieur brut de l’UE alors qu’un budget normal dans une économie d’un pays industrialisé représente 45-50 % ou plus du PIB. C’est le cas du budget fédéral des États-Unis administré par Barrack Obama ou de celui de la France. Pour donner une indication sur à quel point le budget géré par la commission européenne est minuscule il suffit de dire qu’il est comparable à celui de la Belgique qui compte 10 millions d’habitants soit un cinquantième de la population de l’UE. Il faut ajouter que la politique agricole commune représente près de 50% du budget de l’UE.

La crise n’a pas été provoquée par la concurrence étrangère

La crise n’est pas due à la concurrence de la Chine, de la Corée du Sud, du Brésil, de l’Inde ou d’autres économies de pays en développement.

Au cours des 10 dernières années, l’Allemagne (mais aussi les Pays-Bas et l’Autriche) s’est lancée dans une politique néo-mercantiliste : elle a réussi à augmenter ses exportations notamment au sein de l’Union européenne et de la zone euro en comprimant les salaires des travailleurs d’Allemagne |5|. Elle a donc gagné en compétitivité par rapport à ses partenaires et en particulier ceux de pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal et même la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie (qui ne font pas partie de la Zone euro). Ceux-ci ont vu s’installer ou se creuser un déficit commercial par rapport à l’Allemagne et d’autres pays du Centre.

L’euro comme camisole de force

Lors de la création de l’euro, la monnaie allemande a été sous-évaluée (à la demande de l’Allemagne) et les monnaies des pays les plus faibles ont été surévaluées. Cela a rendu les exportations allemandes plus compétitives sur le marché des autres pays européens et les plus faibles d’entre eux ont été particulièrement touchés (Grèce, Portugal, Espagne, pays d’Europe centrale et de l’Est…).

En gros, l’endettement des pays de la périphérie au sein de l’UE est essentiellement dû au comportement du secteur privé (les banques, les entreprises de construction immobilière, le reste de l’industrie et du commerce). Incapables de rivaliser avec les économies les plus fortes, les secteurs privés se sont endettés, auprès des banques du Centre (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Luxembourg,…) mais aussi auprès d’agents internes, l’économie de ces pays s’étant largement financiarisée depuis l’adoption de l’euro. La consommation a connu un boom dans les pays concernés et, dans certains d’entre eux (Espagne par exemple), s’est développée une bulle immobilière qui a fini par éclater. Les gouvernements de ces pays sont venus au secours des banques ce qui a provoqué une forte augmentation de la dette publique.

Évidemment, les pays qui font partie de la zone euro ne peuvent pas dévaluer leur monnaie puisqu’ils ont adopté l’euro. Des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne sont donc coincés par leur appartenance à la zone euro. Les autorités européennes et leur gouvernement national appliquent dès lors ce qu’on appelle la dévaluation interne : ils imposent une diminution des salaires au grand profit des dirigeants des grandes entreprises privées. La dévaluation interne est donc synonyme de réduction des salaires. La dévaluation interne est utilisée pour augmenter la compétitivité mais on constate qu’elle est très peu efficace pour retrouver de la croissance économique car les politiques d’austérité et de répression salariale sont appliquées dans tous les pays. Par contre, les patrons des entreprises sont contents car cela faisait longtemps qu’ils voulaient réduire radicalement les salaires. De ce point de vue, la crise de la zone euro qui a pris un caractère très aigu à partir de 2010-2011 constitue une aubaine pour les patrons. Le salaire minimum légal a été réduit fortement en Grèce, en Irlande et dans d’autres pays.

Marché unique des capitaux et monnaie unique

Alors que la crise est née aux États-Unis en 2007, l’impact sur l’Union européenne a été beaucoup plus violent que sur les institutions politiques et monétaires états-uniennes. En fait, la crise qui secoue la Zone euro n’est pas une surprise, elle est un avatar des deux principes qui régissent cette zone : marché unique des capitaux et monnaie unique. Plus largement, elle est la conséquence des logiques qui dominent l’intégration européenne : la primauté donnée aux intérêts des grandes entreprises industrielles et financières privées, la large promotion des intérêts privés, la mise en compétition à l’intérieur de l’espace européen d’économies et de producteurs qui ont des forces tout à fait inégales, la volonté de retirer aux services publics un nombre croissant de domaines d’activité, la mise en concurrence des salariés qui implique le refus d’unifier vers le haut les systèmes de sécurité sociale et les règles afin de protéger les travailleurs. Tout cela poursuit un objectif précis, celui de favoriser l’accumulation maximum de profits privés, notamment en mettant à disposition du Capital une main d’œuvre la plus malléable et précaire possible.

Le monopole du crédit aux Etats est réservé aux banques privées

Face à cette explication, on pourrait rétorquer que ces logiques dominent aussi largement l’économie des États-Unis. Il faut donc prendre en compte également d’autres facteurs : alors que les besoins de crédit des gouvernements des autres pays développés, dont celui des États-Unis, peuvent être satisfaits par leur banque centrale, notamment par l’intermédiaire de la création monétaire, les pays membres de la Zone euro ont renoncé à cette possibilité. De par ses statuts, la Banque centrale européenne a l’interdiction de financer directement les États. De plus, en vertu du traité de Lisbonne, la solidarité financière entre les États membres est formellement interdite. Selon son article 125, les États doivent assumer seuls leurs engagements financiers, ni l’Union ni les autres États ne pouvant les prendre à leur charge |6|. L’article 101 du traité de Maastricht |7|, repris intégralement par le traité de Lisbonne |8|, ajoute : « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres […] d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales, aux autres autorités publiques ».

L’UE se place donc volontairement au service des marchés financiers puisque, en temps normal, les gouvernements des pays de la Zone euro dépendent totalement du secteur privé pour leur financement. Les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assurances) et des hedge funds se sont rués en 2010 sur la Grèce, maillon le plus faible de la chaîne européenne d’endettement, avant de s’attaquer à l’Irlande, au Portugal, à l’Espagne et à l’Italie. En agissant de la sorte, ils ont réalisé de juteux profits car ils ont obtenu de ces pays une rémunération importante en termes de taux d’intérêt versés par les pouvoirs publics pour pouvoir refinancer leurs dettes. Parmi ces investisseurs institutionnels (les zinzins), ce sont les banques privées qui ont fait le plus de profit car elles pouvaient directement se financer auprès de la Banque centrale européenne en lui empruntant des capitaux à 1% de taux d’intérêt |9| alors que dans le même temps, elles prêtaient sur une durée de trois mois à la Grèce à des taux de l’ordre de 4 ou 5%. En lançant leurs attaques contre les maillons les plus faibles, les banques et autres zinzins étaient également convaincus que la Banque centrale européenne et la Commission européenne devraient d’une manière ou d’une autre venir en aide aux États victimes de la spéculation en leur prêtant les capitaux qui leur permettraient de poursuivre les remboursements. Ils ne se sont pas trompés. En collaboration avec le FMI, la Commission européenne a plié et a octroyé via les fonds européen de stabilité financière (FESF) et le mécanisme européen de stabilité (MES) des prêts à certains États membres de l’Eurozone (la Grèce, l’Irlande, le Portugal et Chypre) afin qu’ils puissent en priorité rembourser les banques privées des pays les plus forts de l’UE. Elle n’a donc pas respecté à la lettre l’article 125 du Traité de Lisbonne cité plus haut. Mais elle a respecté l’esprit néolibéral du Traité : en effet le FESF et le MES empruntent sur les marchés financiers les moyens financiers qu’ils prêtent aux États. De plus, des conditions draconiennes sont exigées : privatisations, réductions des salaires et des retraites, licenciements dans les services publics, réduction des dépenses publiques en général, sociales en particulier.

Petit rappel : tandis que les règlements de l’UE ne permettent pas que la Banque centrale européenne prête aux États de l’UE, la situation est très différente aux États-Unis où la Réserve Fédérale prête en moyenne 40 milliards de dollars par mois à l’administration Obama en achetant des bons du trésor (cela représente 480 milliards de dollars par an). De même, au Royaume Uni qui ne fait pas partie de la zone euro, la Banque d’Angleterre prête massivement au gouvernement britannique. Les règles appliquées dans la zone euro rendent la crise encore plus grave qu’aux États-Unis ou au Royaume Uni.

Des politiques qui aggravent la crise

Depuis 2010, les politiques appliquées par la commission européenne et les gouvernements nationaux n’ont fait qu’aggraver la crise et ce plus particulièrement dans les pays les plus faibles de la zone euro. En comprimant la demande publique et la demande privée, les ressorts de la croissance économiques sont réduits à néant ou presque.

La politique des dirigeants européens n’est pas un échec du point de vue des patrons

Les dirigeants européens des pays les plus forts et les patrons des grandes entreprises se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Centre de la zone euro tirent profit de la débâcle de la Périphérie pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en terme de compétitivité par rapport à leur concurrents nord-américains et chinois. Leur objectif, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles de l’UE. Ils considèrent en outre que la débâcle du Sud va se traduire par des opportunités de privatisations massives d’entreprises et de biens publics à des prix bradés. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques car il compte bien lui-même obtenir une part d’un gâteau qu’il convoitait depuis des années. Les privatisations en Grèce et au Portugal préfigurent ce qui va arriver en Espagne et en Italie où les biens publics à acquérir sont beaucoup plus importants vu la taille de ces deux économies.

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est largement se tromper de critère d’analyse. En effet, les objectifs poursuivis par la direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE, par les directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité des gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, à gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises. Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. A la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des hommes directement issus du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs. Certains hommes politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau mais c’est plus évident et régulier qu’au cours des 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants et transparents.

Les effets sociaux de la crise

Ce que vivent les salariés et les allocataires sociaux de Grèce, du Portugal, d’Irlande et d’Espagne aujourd’hui a été imposé aux travailleurs des pays en développement à la faveur de la crise de la dette des années 1980-1990. Au cours des années 1980, l’offensive a également visé les travailleurs en Amérique du Nord à partir de la présidence de Ronald Reagan, en Grande-Bretagne sous la férule de Margaret Thatcher, la Dame de fer, et chez ses émules sur le vieux continent. Les travailleurs de l’ex-bloc de l’Est ont également été soumis au cours des années 1990 aux politiques brutales imposées par leurs gouvernements et le FMI. Ensuite, d’une manière certes nettement moins brutale que celle qui a affecté les peuples du tiers-monde (des pays les plus pauvres jusqu’aux économies dites émergentes), l’offensive a pris pour cible les travailleurs d’Allemagne à partir de 2003-2005. Les effets néfastes pour une partie significative de la population allemande se font sentir encore aujourd’hui même si les succès des exportations allemandes |10| limitent le nombre de chômeurs et qu’une partie de la classe ouvrière n’en ressent pas directement les conséquences.

Au cours de 2012-2013, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. En Grèce, la chute cumulée du PIB depuis le début de la crise atteint 25%. Le pouvoir d’achat d’une grande majorité de la population a baissé de 30 à 50%. Le chômage et la pauvreté ont littéralement explosé. Alors qu’en mars 2012, tous les grands médias ont relayé le discours officiel qui affirmait que la dette avait été réduite de moitié |11|, la réalité est toute autre : la dette publique grecque qui représentait 130 % du PIB en 2009 et 157 % en 2012 après l’annulation partielle de la dette, a atteint un nouveau sommet en 2013 : 175 % ! Le taux de chômage qui était de 12,6 % en 2010 s’élève à 27 % en 2013 (50 % pour les moins de 25 ans). Au Portugal, les mesures d’austérité sont d’une telle violence et la dégradation économique est si grave qu’un million de Portugais ont manifesté spontanément le 15 septembre 2012, chiffre qui n’avait été atteint que le 1er mai 1974 pour fêter la victoire de la Révolution des œillets. L’échec de la politique d’austérité a provoqué une crise gouvernementale. En Irlande, dont les médias parlent beaucoup moins, le chômage a pris des proportions énormes, conduisant 182.900 jeunes âgés de 15 à 29 ans à quitter le pays depuis que la crise a éclaté en 2008. Un tiers des jeunes qui avaient un emploi avant la crise s’est retrouvé au chômage. Le sauvetage des banques a représenté jusqu’ici plus de 40 % du PIB (près de 70 milliards d’euros sur un PIB de 156 milliards en 2011). Le recul de l’activité économique a atteint 20% depuis 2008. Le gouvernement de Dublin a réaffirmé qu’il supprimerait 37 500 postes de travail dans le secteur public d’ici 2015. En Espagne, le taux de chômage atteint 50% chez les jeunes. Depuis le début de la crise, 350.000 familles ont été expulsées de leur logement à cause des impayés de dette hypothécaire. En 2012, le nombre de familles dont tous les membres sont sans emploi a augmenté de 300 000 pour atteindre un total de 1,7 million, soit 10% de toutes les familles d’Espagne. La situation se dégrade de manière continue dans les pays de l’ancien bloc de l’Est membres de l’UE, à commencer par ceux qui ont adhéré à l’Eurozone.

Une Europe des peuples et de la solidarité internationale

Seules de puissantes mobilisations populaires pourront venir à bout de la stratégie des classes dominantes. Il est impératif pour les mouvements populaires de construire une stratégie continentale. Partout, le remboursement de la dette publique est le prétexte invoqué par les gouvernants pour justifier une politique qui s’en prend aux droits économiques et sociaux de l’écrasante majorité de la population. Si les mouvements sociaux et, parmi eux, les syndicats veulent victorieusement affronter cette offensive dévastatrice, il faut prendre à bras le corps la question de la dette publique afin d’enlever au pouvoir son argument principal. L’annulation de la partie illégitime de la dette publique, l’abandon des politiques d’austérité, la taxation massive du grand capital, l’expropriation des banques pour les intégrer à un service public de l’épargne et du crédit, la réduction du temps de travail, la fin des privatisations et le renforcement des services publics sont des mesures essentielles d’un programme alternatif à la gestion capitaliste de la crise |12|. Leur mise en œuvre peut commencer pays par pays mais le processus ne pourra pas s’arrêter aux frontières nationales, il faudra une authentique constituante des peuples d’Europe afin d’abroger une série de traités européens et faire naître une fédération où la garantie des droits humains dans toutes leurs dimensions sera l’objectif principal. Il faudra simultanément pratiquer une politique de rupture avec le modèle productiviste consumériste afin de respecter la nature et ses limites. Émergera au cours de ce processus une Europe des peuples qui remettra à plat ses relations avec le reste du monde en restituant aux populations des autres continents victimes des siècles de pillage et de domination européenne ce qui leur est dû.

Eric Toussaint

Notes

|1| Ce texte émane de la conférence donnée par Éric Toussaint le 31 octobre 2013 à la faculté d’ethnologie de l’université de Port au Prince (Haïti) sur le thème de la crise de l’euro. L’auteur remercie Michel Carles pour la prise de notes qui l’ont stimulé dans la rédaction de cet article.

|2| La zone euro a été créée en 1999 par onze pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal. Ils ont ensuite été rejoints par la Grèce en 2001, la Slovénie en 2007, Chypre et Malte en 2008, la Slovaquie en 2009, l’Estonie en 2011 et la Lettonie au 1er janvier 2014.

|3http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A…

|4| Voir notamment http://www.inegalites.fr/spip.php?a… qui contient des données s’arrêtant en 2011 malheureusement.

|5| Voir Éric Toussaint, « Le couperet sur les acquis sociaux : l’exemple allemand »,http://cadtm.org/IMG/pdf/06.pdf

|6| Article 125 du Traité de Lisbonne (2009) : « L’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. » (C’est nous qui soulignons.)

|7| Il s’agit du Traité instituant la Communauté européenne.

|8| Article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

|9| Depuis mai 2013, le taux auquel la BCE prête aux banques a été baissé à 0,5%. Il faut ajouter que la BCE a assoupli ses exigences de qualité (notation) des titres apportés par les banques en garantie pour obtenir des liquidités. En effet, le seuil minimal de notation des titres admis par la BCE est supprimé « jusqu’à nouvel ordre »…

|10| L’Allemagne a connu une croissance économique portée par ses exportations alors que la plupart de ses partenaires de l’UE et, en particulier, de la zone euro ressentent durement la crise. Vu que dans toute l’UE, on assiste à la baisse de la demande des ménages décrite plus haut, à laquelle s’ajoute une réduction de la demande publique, les débouchés pour les exportations allemandes se réduisent nettement. L’effet boomerang sur l’économie allemande est déjà en cours.

|11| Le CADTM a dénoncé dès le départ l’entreprise de propagande de la Troïka et du gouvernement grec. Voir « Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés », http://cadtm.org/Le-CADTM-denonce-l…, publié le 10 mars 2012. Voir également Christina Laskaridis, « La Grèce a déjà fait défaut aux conditions des créanciers ; leur crainte est de voir celle-ci imposer ses propres conditions », http://cadtm.org/La-Grece-a-deja-fa… , publié le 31 mai 2012.

|12| Pour un développement de ces propositions voir : Damien Millet, Éric Toussaint, « Europe : Quel programme d’urgence face à la crise ? » http://cadtm.org/Europe-Quel-progra…, 10 juin 2012. Voir également : Thomas Coutrot, Patrick Saurin et Éric Toussaint, « Annuler la dette ou taxer le capital : pourquoi choisir ? », http://cadtm.org/Annuler-la-dette-o… Enfin voir : Que faire de la dette et de l’euro ? http://cadtm.org/Que-faire-de-la-de…

Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org). Il est l’auteur de Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

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«Dieu a dit: «Il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté: il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur!»

Coluche, Le blouson noir 1989

On sait que dans ses sketches, l’inénarrable Coluche a su donner un ton nouveau et impertinent en s’attaquant aux dérives de la société française, notamment concernant cette palie qui nous vient du fond des âges; le racisme. Justement, le présentateur vedette Harry Roselmack, a poussé un coup de sang. Pour lui il existe une «France raciste».

 «Dans une tribune intitulée «La France raciste est de retour» publiée dans Le Monde, le célèbre présentateur de TF1, d’habitude si discret, s’insurge contre les propos d’une ex-candidate du FN à l’égard de la chronique signée d’une main de maître par le présentateur de Sept à Huit de TF1, c’est un véritable coup de gueule. L’ex-présentateur du 20h y dénonce sans mâcher le moindre mot le climat nauséabond dans lequel est plongé notre société: «Me voilà ramené à ma condition nègre. Harry Roselmack rappelle notamment, les propos d’une ex-militante Front national, Anne-Sophie Leclere qui, dans un reportage diffusé mi-octobre dans un numéro d’Envoyé Spécial sur France 2, assumait sans aucune vergogne, un photomontage comparant la garde des Sceaux, Christiane Taubira, à un singe. «S’il est faux de dire que tous les électeurs et militants du FN sont racistes, il était tout aussi faux de dire qu’il n’y a pas de racisme dans ce parti», note-t-il. «La xénophobie et le racisme en constituent même le ciment essentiel. Il poursuit son discours en jugeant que le «fond de racisme en France est un héritage des temps anciens» en témoigne la célèbre publicité «Y’a bon Banania». (1)

Qu’est-ce que le racisme?

Quand Coluche dans un autre sketch intitulé et bien nommé «Jean Marie» déclare:

«Le racisme, c’est comme les nègres, ça devrait pas exister.» On ne peut mieux résumer le racisme. Le racisme s´accompagne souvent d´une péjoration des caractéristiques du groupe racisé. Il y a évidemment le racisme quotidien: le racisme institutionnel. et le racisme structurel. Deux conceptions principales s´opposent. La première consiste à considérer que différentes formes de racisme se sont succédé au cours de l´histoire, la seconde envisage le racisme comme un produit de l´Europe occidentale moderne, exporté dans le sillage de l´impérialisme européen. Sa manifestation la plus probante est la mise en place progressive à partir de 1449 d´un système de certificat de pureté de sang (limpieza de sangre) dans la péninsule Ibérique. Dans l´Essai sur l´inégalité des races humaines, Arthur de Gobineau ne fait que ruminer la décadence de la civilisation occidentale dont l´essence aurait été altérée par la contamination du sang de la race blanche.»(2)

Les «négationnistes» du racisme et la libération de la parole raciste

«Combiné avec la mission civilisatrice, le suprématisme blanc est un élément fondamental de l´idéologie coloniale. Le fardeau «The white man burden» repose sur les seules épaules de la race blanche. C´est à cette occasion que le père de l´Ecole républicaine, Jules Ferry, partisan du mythe ´´des races supérieures qui ont un droit sur les races inférieures et un devoir de les civiliser´´, trouve la parade s´agissant des droits de l´homme en disant qu´ils ne s´appliquent pas dans les colonies…. Pierre de Coubertin, le père des Jeux olympiques n´aimait pas les Noirs. Pour lui l´athlète doit être de race blanche Ce qui a fait dire à Sophie Bessis qu´en définitive, l´idéologie nazie n´a pas jailli du néant, il n´y a pas eu de rupture avec les idées ambiantes, mais filiation. Les idéologues du XIXe siècle comme Renan, Gobineau, Chamberlain, Kipling et avant eux Voltaire, Montesquieu, ´´les philosophes dits des Lumières qui avaient pour certains des actions dans les compagnies négrières´´, ont fait le lit du nazisme. A bien des égards, ce siècle dit des Lumières fut un siècle des ténèbres pour les colonisés.»(2)

On dit que 57% des Français pensent que le raciste existe. Faut-il y voir une singularité et se poser en censeur en tant qu’Algérien au sein d’une société qui est elle aussi loin d’être irréprochable. On est toujours le souffre-douleur de quelqu’un. Cependant, la particularité est que l’Europe se croit dépositaire du magistère, des droits de l’homme au point d’en faire un cheval de bataille quand il s’agit de dicter la norme. Naturellement, le racisme est au mieux, minimisé, au pire nié. La goutte a débordé du vase lors de l’attaque de la ministre de la justice, Christiane Taubira: ´´C’est pour qui la banane? C’est pour la guenon!´´ cet épisode a brièvement électrisé les réseaux sociaux, Comment une telle scène peut-elle avoir eu lieu? Ce qui l’a rendue possible, chacun avance une explication à ce phénomène. Il y a souvent une référence à Coluche, au droit à l’humour et à la caricature, au fait qu’avant on avait le droit de dire certaines choses qu’on ne pourrait plus dire aujourd’hui. Mais les gens oublient que Coluche disait ces choses pour les dénoncer.´´ Il y aurait dit-on, un climat lié à la crise économique, qui délie les langues. La radicalisation du discours politique légitime le racisme.

Jack Dion, rédacteur à Marianne, n’y voit pas de problème particulier. Il écrit:

«Voilà le dernier des sujets montés par les médias à grand renfort de trompettes et de jugements définitifs: la France est un pays raciste. Est-ce aussi simpliste? On se croirait revenu à l’époque de «SOS Racisme» qui permit à Harlem Désir de s’imaginer un destin national. Il ne manque que BHL à l’appel, mais rien n’est perdu. En attendant son éventuel renfort, des voix étreintes par l’angoisse expliquent que la France est devenue une plaie pour la civilisation en raison de sa xénophobie congénitale. Le Parisien pose la question: «La France devient-elle raciste?» La réponse induite est positive, forcément positive. Le même jour, Libération donne la parole à Christiane Taubira et s’empresse d’expliquer que «la parole xénophobe se libère en France». La veille, Harry Roselmack, journaliste vedette de TF1, lançait dans Le Monde: «Me voilà ramené à ma condition nègre.» Et d’ajouter cette sentence définitive: «La France raciste est de retour». Bref, l’Hexagone serait l’équivalent européen des Etats-Unis de la ségrégation raciale des années 50. Il serait temps de revenir sur terre. Qu’il y ait une recrudescence des manifestations de racisme, comme toujours en période de crise, nul n’en doute.» (3)

Voilà pour le minimum syndical du politiquement correct, Jack Dion ajoute une couche, condamne qu’il faille les condamner avec la dernière vigueur, c’est l’évidence même. Que les heures sombres du sarkozysme, avec son instrumentalisation de l’identité nationale, aient ouvert des vannes que l’on croyait fermées à jamais, c’est certain. Que le traitement infligé à Christiane Taubira par quelques voix haineuses soit une offense à la ministre et à la République, on ne le dira jamais assez. Par parenthèse, on regrettera que les dirigeants politiques de tous bords n’aient pas réagi plus tôt.» (3)

La parole du racisme de plus en plus libérée

Jack Dion termine en absolvant sans état d’âme: «Mais de là à décrire le pays comme un bunker de racistes potentiels ou avérés, il y a un pas qu’il serait hasardeux de franchir, sauf à prendre ses fantasmes pour la réalité et des faits isolés pour une tendance générale. La chasse à la parole déviante est ouverte 24h sur 24. On ne peut plus rien dire sans peser ses mots au trébuchet afin d’échapper au tribunal des flagrants délits intellectuels.» (3)

Pierre Tevanian, professeur de philosophie, interviewé par Quentin Vanbaelen, nous explique les causes profondes du racisme notamment lié à la religion de l’allogène qui est là pourtant depuis plusieurs religions mais qui a la tare d’appartenir à la «mauvaise religion» déclare:

Le questionnement que j’ai eu était très fort lié au contexte social et politique français, notamment, où le racisme s’est beaucoup reformulé ces dernières décennies sous la forme islamophobe. Par ailleurs, ce racisme islamophobe s’est déployé dans des espaces spécifiques de la gauche sous la forme de la «religiophobie». Depuis un certain temps, on avait dans ces milieux de gauche, des discours méfiants ou hostiles menant à l’exclusion de personnes au motif qu’elles affichaient une religion, en l’occurrence essentiellement musulmane. La question religieuse se cristallise souvent autour de la laïcité et du voile. Je pense que c’est l’expression d’une panique morale au sein du groupe dominant, à savoir la bourgeoisie blanche européenne. Elle est prise d’une panique identitaire face à l’émergence dans certains espaces de la société – l’école, l’université, les emplois qualifiés, le monde associatif et politique… – qui étaient des espaces presque sacrés, de populations qui étaient censées en être écartées. Or auparavant, ces populations – en gros, issues de l’immigration extra-européenne, donc les Noirs, les Arabes, les musulmans… – étaient écartées de ces espaces réservés sans qu’il soit nécessaire de passer par une interdiction explicite. (…) L’accès de ces populations aux espaces privilégiés de l’élite, vécu comme une profanation, a amené à une redécouverte et une révolution conservatrice dans la laïcité (…)»(4)

Pierre Tevenian y voit une rupture de la digue; le racisme latent n’est plus bridé par le «politiquement correct». Il écrit:

«(…) On assiste malheureusement à la libération d’une parole et d’une violence racistes, réactivées depuis deux décennies par les classes dirigeantes. Il faut constamment lutter contre des discours tenus par les élites sociales, politiques, économiques, qui stigmatisent, diabolisent, attisent les peurs… Par ailleurs, les attaques islamophobes, mais aussi celles contre les classes populaires en général, contre les acquis sociaux.» (4)

La position d’un homme d’Eglise sur la panne sociale de l’intégration

Du côté de l’Eglise même constat, la digue est rompue. Celui qu’on appelait «le curé des Minguettes» estime que la France n’est pas un pays raciste, mais qu’elle ne reconnaît pas la pleine citoyenneté des Français issus de l’immigration.

Pour le Père Delorme, «La marche de 1983 n’a pas eu de prolongement politique. La marche, c’est un événement qui surgit de manière inattendue. C’est à la fois un cri de souffrance et une main tendue. Une protestation contre la violence meurtrière dont les Maghrébins sont alors victimes et une demande de reconnaissance d’une partie de la jeunesse à la France. Il a fallu des années pour voir enfin arriver des députés issus des minorités. (…) Les injures dont la ministre a été la cible sont révélatrices des traces laissées par le passé colonial dans notre inconscient collectif. Ce refoulé prouve qu’un travail de mémoire n’a toujours pas été fait en France. (…) Dans les années 1980, le racisme était très lié aux séquelles de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, la France est devenue un pays métissé et multiethnique. Cela crée des peurs nouvelles, en particulier vis-à-vis de l’islam, dans un contexte mondial de terrorisme. J’observe que nos communautés chrétiennes étaient beaucoup plus réceptives aux discours sur l’accueil de l’étranger. Il devient plus difficile d’en parler. (…) On parle toujours des pannes de l’intégration et on ne voit pas que, malgré les replis communautaires, sait-on, par exemple, qu’environ 10% des militaires français sont des Franco-Maghrébins? Aujourd’hui, la classe moyenne franco-algérienne, franco-sénégalaise, franco-turque… est bien vivante, mais en déficit de reconnaissance. On a un vivier extraordinaire de talents et d’énergies dans ces populations encore regardées comme étrangères.» C’est là le grand gâchis.» (5)
Racisme et islamophobie, deux faces d’une même médaille

L’affligeante comptabilité des actes racistes réalisée par le ministère de l’Intérieur enregistre le bond spectaculaire des actes antimusulmans au cours du premier trimestre 2013. Au premier trimestre, il y a eu quelque 304 faits racistes et xénophobes, qui ne visent pas le caractère religieux mais la qualité ´´d’étranger´´ de la victime, dont 49 actions et 255 menaces. Signe des temps alarmants, parmi les nouvelles formes de violences islamophobes, l’arrachage de voiles de femmes musulmanes, qui ne peut plus être décemment minimisé. Un phénomène qui était encore inconnu il y a cinq ans, comme l’affirme le ministère de l’Intérieur. Il y a certainement des boutefeux qui entretiennent la flamme de la discorde. «Janvier 2012, lit-on sur Agoravox Pierre-André Taguieff accorde un entretien au magazine Causeur journal fondé par Elisabeth Lévy, il déclare: «Les ´´apéros-pinards´´ illustrent une stratégie de provocation visant à faire prendre conscience d’un problème de civilisation minimisé ou nié par les élites bien-pensantes. À mes yeux, ils ne sont pas plus provocateurs que les prières ostentatoires de rue, et ils présentent l’avantage d’inclure une dimension ironique étrangère aux esprits soumis à la volonté d’Allah.´´ Pierre-André Taguieff est aussi un contributeur régulier du site islamophobe Dreuz.info Pour lui, «Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules». Rappelons que Fallaci fut inculpée pour diffamation contre l’islam. «Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels.» Pierre-André Taguieff, France Inter, 1997.» (6)

Conclusion

Il y a 75 ans, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, Hitler déclenchait la «Nuit de Cristal» pour terroriser les juifs. L’Allemagne se souvient de cela cette année dans le recueillement. Partout en Europe et notamment dans les Pays-Bas, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, le délit de faciès et de religion fait que les allogènes sont montrés à la vindicte publique. Certains expliquent cela par la crise, l’étranger qui vole «le pain des Français» dirait Fernand Reynaud. Assisterons-nous à de nouvelles Nuits de Cristal qui concerneront, cette fois-ci, les allogènes, surtout s’ils appartiennent à l’Islam la religion honnie qui est de plus en plus le carburant des partis non plus de l’extrême droite, mais aussi de la droite et de la gauche, tout ceci pour la conquête du pouvoir. Assurément, de lourds nuages se profilent au-dessus des Arabes et des mélanodermes que le corps social européen se refuse à absorber..

Pour Pierre Tevanian la parade est dans l’unité sociale par delà les couleurs de peau et les religions. Il cite un poème d’Aragon «La Rose et le Réséda, Ndlr», écrit sous l’occupation nazie, et qui appelle notamment à l’alliance entre les personnes religieuses et celles qui ne le sont pas pour lutter contre l’occupation. «Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas / Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au coeur du commun combat». (4)

C’est en fait de cela qu’il s’agit, le combat pour la dignité humaine quelle que soit sa latitude et ses espérances en des lendemains meilleurs.

Professeur Chems  Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes/Références

1. http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/harry-roselmack-en-alerte-face-a-143351

2. C.E. Chitour :  http://www.lexpressiondz. com/chroniques/analyses_ du_professeur_ chitour/64720-La-cons%C3%A9cration-d%E2%80%99un-racisme-d%E2%80% 99Etat.html

3. Jack Dion: http://www. marianne.net/Le-fantasme-de-la-France-raciste_a233620.html

4. Pierre Tevenian: http://www.michelcollon.info/Interview-avec-Pierre-Tevanian-Le.html

5. http://www.la-croix.com/Actualite/France/P.-Christian-Delorme-Un-deficit-de-reconnaissance-2013-11-08-1057825, le 8 novembre 2013. Recueilli par Bernard Gorce.

6. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pierre-andre-taguieff-le-neo-con-136134


Source de la photo : atlantico.fr

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L’Europe (dé)nucléarisée

novembre 12th, 2013 by Manlio Dinucci

Les projecteurs des médias son braqués sur Genève, où sont en cours des entretiens pour dénucléariser l’Iran, qui ne possède pas d’armes nucléaires et adhère au Traité de non-prolifération. Israël reste par contre dans l’ombre, bien que possédant des centaines d’armes nucléaires pointées sur l’Iran et d’autres pays, et n’adhérant pas au  Traité de non-prolifération. Plus encore dans l’ombre reste le fait que les États-Unis, tandis qu’ils sont engagés à Genève à dénucléariser l’Iran, nucléarisent l’Europe en potentialisant les armes conservées en Allemagne, Italie, Belgique, Hollande et Turquie.

Ce sont environ 200 bombes B-61, qui s’ajoutent aux plus de 500 têtes nucléaires françaises et britanniques prêtes au lancement. Selon une estimation basse, il y en a  en Italie 70-90, stockées à Aviano (Frioul) et Ghedi Torre. Mais il pourrait y en avoir davantage, même dans d’autres sites. On ne connaît pas davantage le nombre d’armes nucléaires qui se trouvent à bord des unités de la Sixième flotte et autres navires de guerre qui jettent l’ancre dans nos ports. Ce qu’on sait officiellement c’est qu’à présent les B-61 seront transformées de bombes à chute libre en bombes « intelligentes » qui, grâce à un système de guidage satellite et laser, pourront être larguées à une grande distance de l’objectif.

Les nouvelles bombes nucléaires à guidage de précision, dont le coût prévu est de 8-12 milliards de dollars pour 400-500 bombes, auront une puissance moyenne de 50 kilotons (environ quatre fois la bombe de Hiroshima). D’autres aspects, sortis d’une audition de la sous-commission du Congrès sur les forces stratégiques (29 octobre), éclairent de façon plus inquiétante encore toute l’affaire. Washington assure que « l’OTAN restera une alliance nucléaire » et que, «même si l’OTAN s’accordait avec la Russie pour une réduction des armes nucléaires en Europe, nous aurions toujours l’exigence de compléter le programme de la  B61-12 ». La nouvelle arme remplacera les cinq variantes de l’actuelle B61, y compris la bombe pénétrante anti-bunker B61-11 de 400 kilotons, et la maxi-bombe B83 de 1200 kilotons. En d’autres termes, elle aura la même capacité destructrice que ces bombes plus puissantes.

En même temps, la B61-12 « sera intégrée avec le chasseur F-35 Joint Strike Fighter », fait doublement important car « le F-35 est destiné à devenir le seul chasseur à double capacité, nucléaire et conventionnelle, des forces aériennes des États-Unis et de nombreux pays alliés ». Celle qui va arriver bientôt en Italie et dans d’autres pays européens n’est donc pas une simple version modernisée de la B-61, mais une arme polyvalente  qui aura la fonction de plusieurs bombes, y compris celles projetées pour « décapiter » le pays ennemi, en détruisant les bunkers des centres de commandement et d’autres structures souterraines dans un first strike nucléaire. Comme les bombes anti-bunkers ne sont pas aujourd’hui déployées en Europe, l’introduction de la B61-12, qui accomplit aussi leur fonction, renforce la capacité offensive des forces nucléaires USA/OTAN en Europe. Les pilotes italiens – qui sont entraînés à l’utilisation des B-61 avec les chasseurs Tornado, comme cela s’est fait dans la manœuvre « Steadfast Noon » qui s’est déroulée à Aviano et Ghedi dans la seconde moitié d’octobre, seront sous peu entraînés à l’attaque nucléaire avec les F-35 armés de B61-12. De cette façon l’Italie viole le Traité de non-prolifération qui l’engage à « ne pas recevoir de qui que ce soit des armes nucléaires ». Et les États-Unis le violent parce qu’ils se sont engagés à « ne pas transférer à qui que ce soit des armes nucléaires ni le contrôle sur de telles armes ».

Mais tout cela ne se voit pas parce que les projecteurs des médias sont braqués sur le show de  Genève.

Manlio Dinucci

Édition de mardi 12 novembre 2013 de il manifesto

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


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L’invasion militaire de la Bande de Gaza par les Forces israéliennes, est directement liée à la possession et au contrôle de réserves stratégiques de gaz en mer.

Il s’agit d’une guerre de conquête: on a découvert de vastes réserves de gaz au large du littoral de Gaza en 2002.

Dans un accord signé en novembre 1999, l’Autorité palestinienne (AP) a garanti des droits de prospection de gaz et de pétrole d’une durée de 25 à British Gas (BG Group) et son partenaire situé à Athène Consolidated Contractors International Company (CCC), une propriété des familles libanaises Sabbagh et Koury.

Ces droits sur les gisements de gaz en mer sont de 60 % pour British Gas, de 30 % pour Consolidated Contractors, et de 10 % pour le Fonds d’investissement palestinien. (Haaretz, 21 octobre 2007)

L’accord AP-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d’un gazoduc. (Middle East Economic Digest, 5 janvier 2001)

La licence de BG couvre toute la zone maritime située au large de Gaza, laquelle est contigüe à plusieurs installations gazières israéliennes. (Voir la carte ci-dessous). Il convient de souligner que 60 % des réserves de gaz le long du littoral de Gaza et d’Israël appartient à la Palestine.

BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l’ordre de 1,4 billions de pieds cubes, évaluées à environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La dimension des réserves de gaz palestiniennes pourrait s’avérer largement supérieure.

 


Carte 1

Qui possède les réserves de gaz?

La question de la souveraineté sur les gisements gaziers de Gaza est cruciale. D’un point de vue légal, ces réserves appartiennent à la Palestine.

La mort de Yasser Arafat, l’élection du gouvernement du Hamas, ainsi que la débâcle de l’Autorité Palestinienne ont permis à Israël de prendre de facto le contrôle de ces réserves.

British Gas (BG Group) a négocié avec le gouvernement de Tel-Aviv. En revanche, le gouvernement du Hamas n’a pas été consulté en ce qui a trait à la prospection et  l’exploitation des gisements gaziers.

L’élection du premier ministre Ariel Sharon en 2001 fut un tournant majeur dans cette affaire. À l’époque, la souveraineté de la Palestine sur les réserves gazières en mer était contestée à la Cour suprême d’Israël. M. Sharon affirmait sans ambiguïté qu´« Israël n’achèterait jamais de gaz de la Palestine», suggérant  ainsi que les réserves marines de Gaza appartenaient à Israël.

En 2003, Ariel Sharon a opposé son veto à un premier accord, qui aurait permis à British Gas d´approvisionner Israël en gaz naturel  provenant des puits marins de Gaza. (The Independent, 19 août 2003).

La victoire électorale du Hamas en 2006 a contribuer à la chute de l’Autorité Palestinienne, par conséquent confinée à la Cisjordanie sous le régime mandataire de Mahmoud Abbas.

En 2006, British Gas «était sur le point de signer un accord pour acheminer le gaz en Égypte. » (Times, 28 mai 2007). Selon les reportages, le premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair est intervenu pour le compte d’Israël pour faire capoter l’accord avec l’Égypte.

L’année suivante, en mai 2007, le Cabinet israélien a approuvé une proposition du premier ministre Ehud Olmert, « d’acheter du gaz de l’Autorité Palestinienne.» Le contrat proposé était de 4 milliards de dollars et les profits envisagés à 2 milliards de dollars, dont un milliard irait aux Palestiniens.

Toutefois, Tel-Aviv n’avait aucune ’intention de partager ses recette avec la Palestine. Une équipe de négociateurs israéliens a été constituée par le Cabinet israélien afin d’arriver à un accord avec le BG Group en écartant à la fois le gouvernement du Hamas et l’Autorité Palestinienne:.

«Les autorités de la Défense israéliennes veulent que les Palestiniens soient payées en biens et en services, et insistent pour que le gouvernement du Hamas ne reçoive aucun argent.» (Ibid, souligné par l’auteur.)

L’objectif était avant tout de rendre caduc le contrat signé en 1999 entre le groupe BG Group et l’Autorité Palestinienne., alors sous Yasser Arafat.

En vertu de l’accord proposé en 2007 avec BG, le gaz palestinien des puits marins de Gaza devait être acheminé au port israélien d’Ashkelon par un gazoduc sous-marin, transférant ainsi à Israël le contrôle de la vente du gaz naturel.

Le plan a échoué et les négociations ont été suspendues :

«Le chef du Mossad, Meir Dagan, s´est opposé à la transaction pour des raisons de sécurité, craignant que les recettes engrangées ne servent à financer le terrorisme (Membre de la Knesset Gilad Erdan, allocution à la Knesset sur « Les intentions du vice-premier ministre Ehud Olmert d’acheter du gaz des Palestiniens alors que les paiements profiteront au Hamas», 1er mars 2006, cité dans l´article du lieutenant-gé néral (à la retraite) Moshe Yaalon, Does the Prospective Purchase of British Gas from Gaza’s Coastal Waters Threaten Israel’s National Security? Jerusalem Center for Public Affairs, octobre 2007)

L’intention d´Israël était d’éviter la possibilité que des redevances soient payées aux Palestiniens. En décembre 2007, BG Group s´est retiré des négociations avec Israël, et, en janvier 2008, ils ont fermé leur bureau en Israël. (site Internet de BG).

Le plan d’invasion à l´étude

Selon des sources militaires israéliennes, le plan d’invasion de la bande de Gaza, nommé  l’«Opération Cast Lead» (Opération Plomb durci) a été mis en branle en juin 2008 :

“Des sources de la Défense ont déclaré qu’il y a six mois [en juin ou avant], le ministre de la Défense Ehoud Barak a demandé aux Forces Israéliennes de se préparer pour cette opération, bien qu´Israël ait commencé à négocier un accord de cessez-le-feu avec le Hamas. (Barak Ravid, Operation “Cast Lead”: Israeli Air Force strike followed months of planning, Haaretz, 27 décembre 2008)

Durant ce même mois, les autorités israéliennes ont contacté British Gas afin de reprendre des négociations cruciales relativement à l’achat du gaz naturel de Gaza :

« Les directeurs général du Trésor et du ministère des Infrastructures nationales Yarom Ariav et Hezi Kugler ont convenu d’informer BG qu’Israël souhaitait renouer les pourparlers.

Les sources ont ajouté que BG n’a pas encore répondu officiellement à la requête d’Israël, mais que des cadres de la compagnie viendraient probablement en Israël dans quelques semaines afin de discuter avec des officiels du gouvernement. » (Globes online- Israel’s Business Arena, 23 juin 2008)

Chronologiquement, la décision d’accélérer les négociations avec British Gas (le Groupe BG) coïncidait avec la planification de l’invasion de Gaza amorcée en juin. Il semble qu’Israël s’empressait de conclure un accord avec BG Group avant l’invasion, dont la planification était déjà à un stade avancé.

Qui plus est, ces négociations étaient menées par le gouvernement d’Ehoud Olmert, qui était au courant qu’une invasion militaire était planifiée. Selon toute vraisemblance, le gouvernement israélien envisageait aussi un nouvel accord politico-territorial « d’après-guerre » pour la bande de Gaza.

En fait, les négociations entre British Gas et les officiels israéliens étaient en cours en octobre 2008, soit 2 à 3 mois avant le début des bombardements le 27 décembre.

En novembre 2008, les ministères israéliens des Finances et des Infrastructures nationales ont sommé Israel Electric Corporation (IEC) d’entamer des négociations avec British Gas concernant l’achat de gaz naturel de ses concessions en mer à Gaza. (Globes, 13 novembre 2008)

Yarom Ariav, directeur général du ministère des Finances, et Hezi Kugler, directeur général du ministère des Infrastructures Nationales, ont écrit récemment à Amos Lasker, chef de la direction d´IEC, l’informant de la décision du gouvernement de permettre aux négociations d’aller de l’avant, conformément à la proposition cadre approuvée plus tôt cette année.

Il y a quelques semaines, le conseil d´administration d´IEC, dirigé par le président Moti Friedman, a approuvé les principes de la proposition cadre. Les pourparlers avec BG Group commenceront dès que le conseil d´administration approuvera l’exemption pour l´offre. (Globes, 13 novembre 2008)


Gaza et la géopolitique de l’énergie

L’occupation militaire de Gaza a pour but de transférer la souveraineté des gisements gaziers à Israël, en violation du droit international.

À quoi pouvons-nous nous attendre après l’invasion ?

Quelle est l’intention d’Israël en ce qui concerne le gaz naturel de la Palestine ?

Y aura-t-il un nouvel arrangement territorial, avec le stationnement de troupes israéliennes et/ou la présence de « forces de maintien de la paix » ?

Assisterons-nous à la militarisation de la totalité du littoral de Gaza, lequel est stratégique pour Israël ?

Les gisements gaziers palestiniens seront-ils purement et simplement confisqués, et la souveraineté israélienne sur les zones maritimes de la bande de Gaza sera-t-elle déclarée unilatéralement?

Si cela devait arriver, les gisements gaziers de Gaza seraient intégrés aux installations adjacentes d’Israël en mer. (Voir la carte 1 ci-dessus).

Ces diverses installations en mer sont aussi reliées au couloir de transport énergétique d´Israël, qui se prolonge du port d’Eilat, port maritime terminal du pipeline sur la Mer Rouge, au terminal du pipeline à Ashkelon, et vers Haïfa au nord. Le corridor se rattacherait éventuellement par un pipeline israélo-turc, actuellement à l’étude, au port turc de Ceyhan.

Ceyhan est le terminal du pipeline Trans-Caspien Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). « On envisage la liaison du pipeline BTC au pipeline Trans-Israel Eilat-Ashkelon, aussi connu sous le nom d’Israel´s Tipline. » (Voir Michel Chossudovsky, The War on Lebanon and the Battle for Oil, Global Research, 23 juillet 2006).

Lire l’article original en anglais : War and Natural Gas: The Israeli Invasion and Gaza’s Offshore Gas Fields

Traduction: Pétrus Lombard. Révisée par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 11 langues).


Guerre et mondialisation

50 vérités sur la dictature de Fulgencio Batista à Cuba

novembre 11th, 2013 by Salim Lamrani

1. Le coup d’Etat du 10 mars 1952 organisé par le général Fulgencio Batista, ancien Président de la République de 1940 à 1944, a mis un terme à l’ordre constitutionnel et a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Carlos Prío Socarrás, à quelques mois des élections présidentielles de juin 1952.

2. Ancien sergent sténographe, Batista est apparu dans la vie politique cubaine durant la Révolution du 4 septembre 1933, menée par les étudiants, qui renversa la dictature honnie de Gerardo Machado. il prit la tête d’une rébellion de sous-officiers et s’empara de l’armée, devenant ainsi le nouveau chef d’Etat-major. Dès le lendemain, le 5 septembre 1933, Batista avait rendu visite à l’ambassadeur étasunien Sumner Welles, laissant augurer sa future trahison. Welles était inquiet des « éléments extrêmement radicaux » qui venaient de prendre le pouvoir. Le gouvernement révolutionnaire de Ramón Grau San Martín, connu sous le nom de la Pentarchie, était soutenu par « l’immense majorité du peuple cubain », selon l’ambassade étasunienne.

3. Refusant de reconnaitre le nouveau gouvernement révolutionnaire, les Etats-Unis encouragèrent Batista à réaliser un coup de force afin de renverser Grau San Martín. Celui-ci préconisait, par la voix Antonio Guiteras, véritable âme de la Révolution de 1933, la souveraineté nationale et la justice sociale. Welles informa Batista qu’il disposait du « soutien de l’immense majorité des intérêts économiques et financiers à Cuba ».

4. En janvier 1934, avec le soutien de Washington, Batista renversa le gouvernement de Grau San Martín, connu comme le gouvernement des « cent jours » (127 jours), et imposa la figure de Carlos Mendieta, tout en conservant le pouvoir réel. Le sergent devenu général venait de sonner le glas de la Révolution de 1933. Washington se réjouit de la situation « Le 4 septembre 1933 a été liquidé ».

5. Malgré les conspirations incessantes, l’instabilité politique chronique et l’hostilité des Etats-Unis, la Révolution de 1933 avait appelé à des élections le 22 avril 1934, convoqué une Assemblée constituante pour le 20 mai 1934, accordé l’autonomie aux universités, baissé le prix des articles de première nécessité, donné le droit de vote aux femmes, limité la journée de travail à huit heures, créé un ministère du travail, réduit les tarifs d’électricité et de gaz, mis un terme au monopole des entreprises étasuniennes, imposé un moratoire temporaire sur la dette et, surtout, nationalisé la Cuban Electric Company, filiale de l’American Bond and Foreign Power Company.

6. De 1934 à 1940, Batista régna dans l’ombre jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1940, grâce à une coalition hétéroclite regroupant les forces conservatrices et les communistes du Parti Socialiste Populaire. Son gouvernement fut marqué, selon Washington par « le volume et la puissance de la corruption », son alignement sur la politique étrangère des Etats-Unis, et sa dépendance vis-à-vis du marché étasunien. Batista permit également à Washington d’utiliser l’espace aérien, maritime et terrestre, de disposer de plusieurs bases aériennes et navales à usage exclusif durant la Seconde Guerre mondiale, sans traitement de réciprocité, mettant ainsi la souveraineté nationale entre parenthèses.

7. En 1944, Ramón Grau San Martín fut élu à la Présidence de la République et il prit le pouvoir en octobre 1944. Batista légua une situation financière désastreuse à son successeur. L’ambassadeur étasunien Spruille Braden s’était rendu compte de la situation dès le mois de juillet 1944 et en fit part à ses supérieurs : « Il apparaît de plus en plus évident que le président Batista souhaite rendre la vie difficile à la prochaine administration par tous les moyens possibles, et particulièrement d’un point de vue financier ». Braden dénonça « un raid systématique sur les fonds du Trésor » et nota que « le Docteur Grau trouvera les coffres vides quand il prendra le pouvoir ».

8. Grau San Martín dirigea le pays jusqu’en 1948 et sa gouvernance fut gangrenée par la corruption et la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Le Département d’État souligna le point faible de la nation cubaine dans un mémorandum du 29 juillet 1948 : « L’économie mono-productrice dépend presque entièrement des États-Unis. Nous pouvons en manipulant les tarifs ou le quota sucrier plonger l’île entière dans la pauvreté ».

9. Carlos Prío Socarrás, Premier Ministre de Grau en 1945 et Ministre du Travail par la suite, remporta l’élection présidentielle de 1948. Son administration fut marquée par le népotisme et la corruption.

10. Le 10 mars 1952, à trois mois des élections présidentielles du 1er juin 1952, Batista rompit l’ordre constitutionnel et instaura une dictature militaire. Il augmenta le salaire des forces armées et de la police (de 67 pesos à 100 pesos et de 91 pesos à 150 pesos respectivement), s’octroya lui-même un salaire annuel supérieur à celui du président des États-Unis (passant de 26 400 dollars à 144 000 dollars par an contre 100 000 dollars pour Truman), suspendit le Congrès et confia le pouvoir législatif au Conseil des ministres, supprima le droit de grève, rétablit la peine de mort (interdite par la Constitution de 1940) et suspendit les garanties constitutionnelles.

11. Le 27 mars 1952, les Etats-Unis reconnurent officiellement le régime de Batista. Comme le souligna l’ambassadeur étasunien à La Havane, « les déclarations du général Batista concernant le capital privé ont été excellentes. Elles ont été très bien reçues, et je savais sans aucun doute possible que le monde des affaires faisaient partie des plus enthousiastes supporters du nouveau régime ».

12. En juillet 1952, Washington signa des accords militaires avec La Havane, même s’il était conscient du caractère brutal et arbitraire du nouveau pouvoir. Cuba est « sous le joug d’un dictateur sans merci », souligna l’ambassade étasunienne dans un rapport confidentiel de janvier 1953 au Département d’Etat. En effet, le général réprimait d’une main de fer l’opposition, notamment la jeunesse estudiantine symbolisée par l’assassinat du jeune Rubén Batista en janvier 1953.

13. Le 26 juillet 1953, un jeune avocat nommé Fidel Castro prit la tête d’une expédition armée contre la caserne Moncada, seconde forteresse militaire du pays. Ce fut un échec sanglant. Le consulat étasunien de Santiago de Cuba nota que « l’Armée n’avait pas fait de quartier auprès des insurgés capturés ou des simples suspects », reconnaissant les massacres commis par les soldats suite aux directives du colonel Alberto del Río Chaviano. Il remarqua également le « nombre très faible de blessés chez les insurgés par rapport au nombre de soldats blessés. […] Les assaillants capturés avaient été exécutés de sang froid et les assaillants blessés ont également été liquidés ».

14. En novembre 1954, Batista organisa une parodie électorale qu’il remporta haut la main. Les États-Unis reconnurent que « les élections prévues par Batista étaient un simulacre destiné à s’agripper au pouvoir ».

15. En mai 1955, sur ordre de Washington, le régime militaire mit en place le Bureau de répression des activités communistes (BRAC). Le BRAC était chargé de « réprimer toutes les activités subversives qui pourraient affecter les États-Unis ».

16. Si les discours de Batista étaient farouchement anticommunistes, il convient de rappeler que ce fut lui qui établit pour la première fois des rapports diplomatiques entre Cuba et l’Union soviétique en 1942.

17. Durant toute la dictature militaire, Batista a maintenu des relations commerciales avec Moscou, en vendant du sucre. En 1957, le Diario de la Marina, quotidien conservateur cubain, s’était même félicité de ces ventes en notant que « le prix du sucre s’était amélioré après que l’Union soviétique eut acquis 200 000 tonnes chez nous ». A aucun moment, Washington ne s’était inquiété des relations commerciales entre l’Union soviétique et Cuba sous la dictature de Batista. L’histoire sera différente lorsque Fidel Castro arrivera au pouvoir.

18. En mai 1955, Batista, qui souhaitait améliorer son image et répondre à une demande populaire, procéda à une amnistie générale et libéra Fidel Castro ainsi que les autres prisonniers du Moncada.

19. Le 2 décembre 1956, après avoir organisé une expédition au Mexique où il rencontra Che Guevara, Fidel Castro débarqua à Cuba en compagnie de 81 hommes pour lancer une guerre insurrectionnelle contre la dictature militaire de Batista. Surpris par l’armée, l’opération fut un fiasco et les révolutionnaires furent dispersés. Fidel Castro se retrouva en compagnie de 11 autres insurgés, armés au total de seulement 7 fusils.

20. L’ambassadeur étasunien Arthur Gardner exprima son point de vue sur Fidel Castro dans un rapport expédié au Département d’Etat. Le leader du Mouvement 26 Juillet était un « gangster » qui « allait s’emparer des industries américaines » et « tout nationaliser ». Quant au dictateur Batista, « je doute que nous ayons eu de meilleur ami que lui ». Il fallait donc « soutenir le gouvernement existant et promouvoir l’expansion des intérêts économiques étasuniens ».

21. Batista faisait preuve d’une violence féroce à l’égard de l’opposition. Mais les Etats-Unis firent preuve de discrétion vis-à-vis des crimes commis par leur allié cubain. Pourtant, l’ambassade étasunienne à La Havane multipliait les rapports à ce sujet : « Nous sommes désormais convaincus que les assassinats récurrents de personnes que le gouvernement qualifie d’opposants et de terroristes sont en fait le travail de la police et de l’armée. L’explication officielle est que les hommes ont apparemment été tués par d’autres opposants. Cependant, l’attaché juridique a reçu des aveux indirects de culpabilité au sein des cercles de police, en plus des preuves de la responsabilité de la police ».

22. Wayne S. Smith, jeune fonctionnaire de l’ambassade étasunienne, avait été ému par les massacres commis par les forces de l’ordre. Il décrivit des scènes d’horreur : « La police réagissait de façon excessive à la pression des insurgés en torturant et en tuant des centaines de personnes, aussi bien des innocents que des coupables. Les corps étaient abandonnés, pendus à des arbres le long des routes. De telles tactiques ont inexorablement conduit l’opinion publique à rejeter Batista et à soutenir l’opposition ».

23. En février 1957, l’interview de Fidel Castro réalisée par Herbert Matthews du New York Times permit à l’opinion publique étasunienne et mondiale de découvrir l’existence d’une guérilla à Cuba. Batista avouera plus tard dans ses mémoires que grâce à ce scoop médiatique « Castro commençait à devenir un personnage de légende ». Matthews nuança cependant l’importance de son interview : « Aucune publicité, si sensationnelle qu’elle fût, n’aurait pu donner quoi que ce soit plus tard si Fidel Castro n’avait pas été précisément l’homme que j’avais décrit ».

24. Le 13 mars 1957, un commando du Directorio Revolucionario du leader étudiant José Antonio Echeverría, composé de 64 jeunes, prit d’assaut le Palais présidentiel dans le but d’exécuter Batista. L’opération fut un échec et coûta la vie à 40 des 64 étudiants. Les survivants furent pourchassés à travers la ville et assassinés. Echeverría perdit la vie lors d’un affrontement avec la police près de l’Université de La Havane.

25. L’ambassade française à La Havane apporta son éclairage sur l’attaque du 13 mars : « Les réactions américaines aux événements de Cuba étaient d’horreur, de sympathie pour les insurgés, de réprobation contre Batista. À lire les éditoriaux que tous les principaux journaux ont consacré à l’évènement, il est clair que l’Amérique a été surtout frappée par l’héroïsme des patriotes cubains […].Si certains reconnaissent pourtant que les insurgés du 13 mars ont pu avoir tort, dans leurs méthodes, il est vrai, bien plus que dans leurs objectifs, tous estiment en revanche qu’ils ont donné à leur cause la palme du martyre et que l’opposition cubaine va se retrouver galvanisée par cet exemple ».

26. Fidel Castro, s’il avait signé une alliance avec le Directorio Revolucionario dans la lutte contre Batista, était en désaccord avec l’assassinat politique : « Nous étions contre Batista mais nous n’avons jamais essayé de le faire tomber dans un attentat et nous aurions pu le faire. Il était vulnérable. Il était beaucoup plus difficile de lutter contre son armée dans les montagnes ou d’essayer de prendre une forteresse qui était défendue par un régiment. Combien y en avait-il dans la garnison du Moncada, ce 26 juillet 1953 ? Près de mille hommes, peut-être plus. Préparer une attaque contre Batista et l’éliminer était dix ou vingt fois plus facile, mais nous ne l’avons jamais fait. Est-ce que le tyrannicide a servi une fois dans l’histoire pour faire la révolution ? Rien ne change dans les conditions objectives qui engendrent une tyrannie […]. Nous n’avons jamais cru à l’assassinat de leaders […], nous ne croyions pas qu’un système était aboli, liquidé, lorsque ses leaders étaient éliminés. Nous combattions des idées réactionnaires, pas des hommes ».

27. Dans les montagnes de la Sierra Maestra où se déroulaient les combats entre l’armée et les insurgés, Batista avait évacué de force les familles paysannes pour couper les rebelles de leur base de soutien et les avait concentrées dans des entrepôts de la ville de Santiago. Il appliquait ainsi la méthode du général espagnol Valeriano Weyler pendant la guerre de 1895-1898. Dans un éditorial, la revue Bohemia dénonça une « situation de tragédie » rappelant « les époques les plus sombres de Cuba ». L’hebdomadaire relata le sort des quelque six mille victimes : « C’est une histoire douloureuse, de souffrances, de peines intenses. C’est l’histoire de 6 000 Cubains contraints à quitter leurs demeures, là-bas, dans les coins inextricables de la Sierra Maestra, pour les concentrer dans des lieux où tout leur manquait, où il était difficile de leur venir en aide, de leur donner un lit ou un plat de nourriture ».

28. Le 29 juillet 1957, l’assassinat de Frank País, leader du Mouvement 26 Juillet pour la province d’Oriente, déclencha une immense manifestation qui fut réprimée par les forces batistiennes, à tel point que l’ambassadeur étasunien Earl E. T. Smith se sentit obligé de dénoncer « l’action excessive de la police ».

29. Le 5 septembre 1957, le soulèvement d’une fraction de l’armée contre Batista à Cienfuegos fut écrasé dans le sang. Selon l’ambassadeur Smith, « le facteur clé pour briser la révolte de Cienfuegos » fut l’utilisation d’avions « F-47 et B-26 » fournis par les Etats-Unis.

30. Le 29 septembre 1957, le Collège médical de Cuba publia un rapport sur la situation politique cubaine lors de la XIe Assemblée générale de l’Association médicale mondiale. Selon celui-ci, « les combattants de la lutte armée qui se rendent sont liquidés. On ne fait pas de prisonniers, il y a seulement des morts. Beaucoup d’opposants ne sont pas soumis au Tribunal de Justice mais sont exécutés d’une balle dans la nuque ou pendus. On intimide les magistrats et les juges sans que des voix de protestation soient entendues. Le désespoir se répand parmi les jeunes qui s’immolent dans une lutte inégale. Celui qui est poursuivi ne trouve pas de refuge. À l’Ambassade d’Haïti, dix demandeurs d’asile ont été assassinés par la force publique […]. La presse est totalement censurée. On ne permet pas d’information journalistique, même pas de la part d’agences internationales […]. Dans les locaux des corps répressifs de la police et de l’armée, on torture les détenus pour leur arracher par la force la confession de délits présumés. Plusieurs blessés présents dans les cliniques et hôpitaux sont emmenés de force et ils apparaissaient plusieurs heures plus tard assassinés dans les villes et campagnes ». Le Washington Post and Times Herald nota que « les médecins cubains sont victimes d’atrocités, y compris d’assassinat pour avoir soigné des rebelles cubains ».

31. En 1958, en plus de soutenir le régime de Batista, les Etats-Unis mirent en examen et emprisonnèrent Carlos Prío Socarrás, Président légitime de Cuba, réfugié à Miami, sous prétexte d’avoir violé les lois de neutralité du pays. Ce dernier tentait d’organiser une résistance interne à la dictature.

32. En ce qui concerne la liberté de la presse, les Etats-Unis présentent la Cuba prérévolutionnaire sous un jour positif. Ainsi, affirment-t-ils, « avant 1959, le débat public était vigoureux : il y avait 58 journaux et 28 chaînes de télévision qui fournissaient une pluralité de points de vue politiques ». Les documents de l’époque et les faits contredisent cette affirmation. En effet, un rapport de la Société interaméricaine de Presse (SIP) publié en 1957 qualifiait d’« antidémocratique le gouvernement du Président Fulgencio Batista de Cuba, parce que ce gouvernement ne respecte pas la liberté de la presse ». En effet, la censure contre la presse s’appliqua 630 jours sur les 759 que dura la guerre insurrectionnelle entre le 2 décembre 1956 et le 1er janvier 1959.

33. Sous Batista, la corruption était endémique. « Les diplomates rapportent que même s’il y a toujours eu de la corruption gouvernementale à Cuba, elle n’a jamais été aussi efficace et généralisée que sous le régime du Président Fulgencio Batista », précisait le New York Times.

34. Batista était intimement lié aux éléments du grand banditisme tels que Meyer Lansky ou Luigi Santo Trafficante Jr. Ses premiers contacts avec la mafia remontaient à 1933 lorsqu’il s’autoproclama colonel et fut approché par le célèbre Charles « Lucky » Luciano et Santo Trafficante Sr. Le monde du « jeu », extrêmement lucratif, était contrôlé par Lansky, le numéro deux de la mafia étasunienne, « l’un des six principaux gangsters des États-Unis » qui avait « mis sur pied pour le dictateur Batista l’organisation actuelle des jeux de la Havane », selon le journal français Le Monde.

35. Les Etats-Unis et les partisans de l’ancien régime présentent toujours la Cuba batistienne comme « la vitrine de l’Amérique latine » de l’époque. La réalité était sensiblement différente. Les statistiques de la Banque Nationale de Cuba sont disponibles pour cette période et il est possible de comparer la situation économique sous le gouvernement démocratique du président Carlos Prío Socarrás et sous le régime militaire de Batista. Ainsi, entre 1951 et 1952, le PIB cubain avait augmenté de 2,52%. De 1952 à 1953, sous Batista, le PIB avait chuté de 11,41%, avec une hausse de seulement de 0,9% de 1953 à 1954, et de 3,5% de 1954 à 1955. Ce ne fut qu’en 1956 que le PIB revint à son niveau de 1952 avec 2 460,2 millions de pesos. Ainsi, il est impossible de parler de croissance économique entre 1952 et 1956. Durant les 2/3 du règne de Batista, la croissance fut inexistante. L’embellie ne survint qu’à partir de 1957 où le PIB atteint le chiffre de 2 803,3 millions de pesos et en 1958 il redescendait à 2 678,9 millions de pesos.

36. Par ailleurs, les réserves monétaires chutèrent de 448 millions de pesos en 1952 à 373 millions en 1958, lesquels ont été volés lors de la fuite de Batista et de ses complices le 1er janvier 1959. La dette de la nation passa de 300 millions de dollars en mars 1952 à 1 300 millions en janvier 1959 et le déficit budgétaire atteignit 800 millions de dollars.

Entrevue avec Fulgencio Batista :

37. La politique sucrière de Batista fut un échec. Alors que ce secteur générait des revenus s’élevant à 623 millions de pesos en 1952, il chuta à 383,5 en 1953, 412,8 en 1954, 402,1 en 1955, 426.1 en 1956 et 520,7 en 1958. Seule l’année 1957 généra plus de revenus que 1952 avec 630,8 millions de pesos.

38. Les ouvriers et les employés agricoles en payèrent le prix. Alors que leur rémunération s’élevait à 224,9 millions de pesos en 1952, elle chuta à 127,7 en 1953, 128,2 en 1954, 118,9 en 1955, 127 en 1956, 175,3 en 1957 et 156,9 en 1958. Durant le régime de Batista, ils ne retrouvèrent jamais leur revenu de 1952. Il en fut de même pour les ouvriers et employés non agricoles. Alors que leur revenu global annuel était de 186,6 millions de pesos en 1952, il baissa à 126,2 millions de pesos en 1953, 123,5 millions en 1954, 112,7 millions en 1955, 114,6 millions en 1956, 145,7 millions en 1957, et 141,8 millions de pesos en 1958. Sous Batista, les ouvriers et employés non agricoles n’atteignirent jamais leur niveau de revenu de 1952.

39. Pourtant, le régime de Batista avait bénéficié de l’aide économique étasunienne comme jamais auparavant. Les investissements étasuniens à Cuba passèrent de 657 millions de dollars en 1950 sous Carlos Prío Socarrás à plus d’un milliard de dollars en 1958.

40. Le professeur étasunien Louis A. Pérez, Jr. note qu’« en réalité, le revenu par habitant à Cuba en 1958 était à peu près au même niveau que celui de 1947 ».

41. Selon une étude réalisée entre mai 1956 et juin 1957 par le Conseil national d’économie des Etats-Unis et publié dans un rapport intitulé Investment in Cuba. Basic Information for the United States Busing Department of Commerce, le nombre de chômeurs était de 650 000 la moitié de l’année, c’est-à-dire près de 35% de la population active. Parmi ces 650 000 personnes, 450 000 étaient des chômeurs permanents. Parmi les 1,4 millions de travailleurs, près de 62% recevaient un salaire inférieur à 75 pesos par mois. Selon le Département du Commerce étasunien, « à la campagne, le nombre de chômeurs augmentait après la récolte de la canne à sucre et pouvait dépasser les 20% de la main d’œuvre, c’est-à-dire entre 400 000 et 450 000 personnes ». Les revenus annuels du travailleur agricole ne dépassaient pas les 300 dollars par an.

42. Près 60% des paysans vivaient dans des cabanes au toit de guano et au sol de terre qui étaient dépourvues de sanitaires ou d’eau courante. Près de 90% d’entre eux n’avaient pas d’électricité. Près de 85% de ces cabanes comportaient une ou deux pièces pour toute la famille. Seuls 11% des paysans consommaient du lait, 4% de la viande et 2% des œufs. 43% d’entre eux étaient analphabètes et 44% n’étaient jamais allés à l’école. Le New York Times notait que « la grande majorité d’entre eux dans les zones rurales – guajiros ou campesinos – vivait dans la misère, au niveau de la subsistance ».

43. Selon l’économiste anglais Dudley Seers, la situation en 1958 était « intolérable ». « Ce qui était intolérable, c’était un taux de chômage trois fois plus élevé qu’aux États-Unis. D’autre part, à la campagne, les conditions sociales étaient très mauvaises. Près d’un tiers de la nation vivait dans la saleté, mangeant du riz, des haricots, des bananes et des légumes (pratiquement jamais de viande, de poisson, d’œufs ou de lait), vivant dans des cases, habituellement sans électricité ni latrines, affligé de maladies parasitaires et ne bénéficiant pas d’un service de santé. On leur refusait l’instruction (leurs enfants suivaient une année d’école, au maximum). La situation des precaristas, installés dans les abris de fortune sur les terres collectives, était particulièrement pénible […]. Une importante proportion de la population urbaine était également très misérable ».

44. Le Président John F. Kennedy s’exprima également à ce sujet : « Je pense qu’il n’y a pas un pays au monde, y compris les pays sous domination coloniale, où la colonisation économique, l’humiliation et l’exploitation ont été pires que celles qui ont sévi à Cuba, du fait de la politique de mon pays, pendant le régime de Batista. Nous avons refusé d’aider Cuba dans son besoin désespéré de progrès économique. En 1953, la famille cubaine moyenne avait un revenu de 6 dollars par semaine […]. Ce niveau de vie abyssal s’est enfoncé à mesure que la population s’accroissait. Mais au lieu de tendre une main amicale au peuple désespéré de Cuba, presque toute notre aide prenait la forme d’assistance militaire – assistance qui a simplement renforcé la dictature de Batista – […] [générant] le sentiment croissant que l’Amérique était indifférente aux aspirations cubaines à une vie décente ».

45. Arthur M. Schlesinger, Jr., conseiller personnel du président Kennedy, se souvint d’un séjour dans la capitale cubaine et témoigna : « J’étais enchanté par La Havane – et horrifié de la manière dont cette ville adorable était malheureusement transformée en un grand casino et bordel pour les hommes d’affaires américains […]. Mes compatriotes arpentaient les rues, et partaient avec des filles cubaines de quatorze ans et jetaient des pièces uniquement pour le plaisir de voir les hommes se vautrer dans les égouts et les ramasser. On se demandait comment les Cubains – au vu de cette réalité – pouvaient considérer les États-Unis autrement qu’avec haine ».

46. Contrairement aux pratiques de l’armée gouvernementales, les révolutionnaires accordaient une grande importance au respect de la vie des prisonniers. A ce sujet, Fidel Castro raconte : « Dans notre guerre de libération nationale, il n’y a pas eu un seul cas de prisonnier torturé, même pas au moment où on aurait pu trouver comme prétexte la nécessité d’obtenir de l’information militaire pour sauver notre propre troupe ou pour gagner une bataille. Il n’y a pas eu un seul cas. Il y a eu des centaines de prisonniers, et ensuite des milliers, avant la fin de la guerre ; on pourrait chercher leur nom à tous et il n’y a pas un seul cas parmi ces centaines, ces milliers de prisonniers à avoir subi une humiliation, ou même une insulte. Nous remettions presque toujours en liberté ces prisonniers. Cela nous a aidé à gagner la guerre, parce que cela nous a donné un grand prestige, une grande autorité face aux soldats ennemis. Ils avaient confiance en nous. Au début, personne ne se rendait ; à la fin ils se rendaient en masse ». Le New York Times fit également allusion au bon traitement réservé aux soldats faits prisonniers : « C’est le genre de conduite qui a aidé le Señor Castro à avoir une place aussi extraordinaire dans le cœur et les esprits des Cubains ».

47. L’ambassadeur Smith résuma les raisons du soutien des Etats-Unis à Batista : « Le gouvernement de Batista est dictatorial et nous pensons qu’il n’a pas le soutien de la majorité du peuple de Cuba. Mais le gouvernement de Cuba a été un gouvernement amical à l’égard des États-Unis et a suivi en général une politique économique saine qui a bénéficié aux investissements américains. Il a été un supporter loyal des politiques des États-Unis dans les forums internationaux ».

48. Le journaliste étasunien Jules Dubois, sans doute le meilleur spécialiste de la réalité cubaine de l’époque avec Herbert L. Matthews, décrivit le régime de Batista : « Batista revint au pouvoir le 10 mars 1952 et débuta alors la phase la plus sanglante de l’histoire cubaine depuis la guerre d’indépendance, près d’un siècle auparavant. Les représailles des forces répressives de Batista coûtèrent la vie à de nombreux prisonniers politiques. Pour chaque bombe qui explosait, deux prisonniers étaient sortis de prison et exécutés sommairement. Une nuit à Marianao, un quartier de Havane, les corps de 98 prisonniers politiques furent répandus à travers les rues, criblés de balles».

49. Le Président Kennedy dénonça également la brutalité du régime : « Il y a deux ans, en septembre 1958 – une bande de rebelles barbus descendit des montagnes de la Sierra Maestra de Cuba et commença sa longue marche sur La Havane, une marche qui renversa finalement la dictature brutale, sanglante et despotique de Fulgencio Batista […]. […] Notre échec le plus désastreux fut la décision de donner une stature et un soutien à l’une des plus sanglantes et répressives dictatures dans la longue histoire de la répression latino-américaine. Fulgencio Batista assassina 20 000 Cubains en 7 ans – une proportion plus grande de la population cubaine que la proportion d’Américains qui moururent dans les deux guerres mondiales –, et il transforma la démocratique Cuba en un Etat policier total, détruisant chaque liberté individuelle ».

50. Malgré les déclarations officielles de neutralité dans le conflit cubain, les Etats-Unis ont apporté leur soutien politique, économique et militaire à Batista, et se sont opposés à Fidel Castro. Malgré cela, ses 20.000 soldats et une supériorité matérielle, Batista ne put vaincre une guérilla composée 300 hommes armés lors de l’offensive finale durant l’été 1958. La contre-offensive stratégique menée par Fidel Castro a déclenché la fuite de Batista en République dominicaine et le triomphe de la Révolution le 1er janvier 1959.

Salim Lamrani

Le 18 octobre 2010

 Article publié initialement en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/31849/50+verdades+sobre+a+ditadura+de+fulgencio+batista+em+cuba.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.  Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano. http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1 

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr  Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel 

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Les révélations sur le fait que les Etats-Unis d’Amérique ont espionné leurs alliés et les entreprises étrangères, et même les conversations de la présidente Dilma Rousseff, ont provoqué une crise diplomatique et une série de critiques contre ce pays. Mais pour le journaliste colombien Hernando Calvo Ospina, auteur du livre « L’équipe de choc de la CIA » [1], les révélations d’Edward Snowden, si elles ont montré le volume et l’envergure de l’espionnage étasunien, ne constituent pas une nouveauté.

Dans son livre, Calvo Ospina retrace un aperçu historique détaillé de la façon dont s’est forgé le profil d’action du service de renseignement et d’espionnage, depuis ses agissements au Nicaragua, en passant par les tentatives successives de déstabilisation du gouvernement cubain et les interventions au Chili, Vietnam et Angola. Il explique que le processus d’ingérence de la CIA dans une nation étrangère fonctionne comme « une grande machinerie diplomatique, économique et de propagande ».

Résidant actuellement en France, Ospina est collaborateur au Monde Diplomatique, et auteur de plusieurs ouvrages sur le narcotrafic et les groupes de résistance en Amérique Latine. En 2009, il lui fut interdit d’entrer dans l’espace aérien des Etats-Unis d’Amérique parce que son nom figurait sur la « No fly list », un document créé à l’époque du gouvernement Bush, comportant les noms des personnes qui représentaient un danger pour le pays. Son vol, qui se dirigeait vers le Mexique, s’était vu obligé de dévier son trajet.

Paulo Pastor Monteiro : Les révélations d’Edward Snowden vous ont-elles surpris ? Est-il possible de mesurer le niveau de vigilance de la CIA ?

Hernando Calvo Ospina : Je salue le fait que ces révélations ont suscité un certain rejet public, mais je suis surpris qu’elles surprennent. Ce n’était pas un secret, ni quelque chose de nouveau. Il n’y a pas longtemps par exemple, le Brésil et la France ont été espionnés par les agences de sécurité étasuniennes pendant la négociation d’un gros contrat commercial. Leurs entreprises ont réussi à connaître les détails des accords préalables, mais ont aussi su que les entreprises françaises étaient en train de distribuer des dessous de table afin d’être choisies. Quelques années auparavant, la sécurité française a dû reconnaître qu’il y avait des micros dans l’hélicoptère du président Chirac et que ses conversations étaient écoutées dans une puissante ambassade alliée. A la fin des années soixante, il a été rapporté que les Etats-Unis avaient organisé un grand réseau d’espionnage mondial baptisé « Echelon », pour intercepter et analyser les communications électroniques. La Grande Bretagne, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande participent aussi à Echelon même si ce sont les Etats-Unis qui décident de ce qu’ils partagent avec leurs partenaires. C’est un réseau d’espionnage super perfectionné. Bien que l’Union Européenne a enquêté et protesté, cela n’y a rien fait. Tout au contraire.

Avec les révélations de Snowden, ce qui dérange peut-être le plus les nations alliées à Washington, surtout les européennes, c’est de se rendre compte que cet espionnage était sans limites. Et que l’espionnage économique faisait partie des priorités.

A présent, cet espionnage électronique n’est pas aussi efficace dans la « guerre au terrorisme ». La CIA elle-même a dû le reconnaître devant le Sénat il y a quelques semaines. Par exemple, la CIA et d’autres services de sécurité de ce pays ont dû demander l’aide de leurs collègues français et anglais pour pouvoir surveiller et comprendre les organisations politiques des pays arabes et du Moyen-Orient. Dans ces pays, les Européens ont une grande expérience due à leur présence colonisatrice historique, et parce qu‘elles ont privilégié les relations humaines pour obtenir des informations.

La présidente du Brésil, Dilma Rousself, a déclaré dans son discours à l’ONU que les pratiques d’espionnages violaient les droits humains et les libertés civiles. Obama a répondu qu’ils allaient étudier d’autres façons d’obtenir des renseignements. Estimez-vous que les Etats-Unis cesseront d’espionner les autres pays ? Un changement est-il possible ?

Le président Obama n’a jamais dit et ne dira jamais que l’espionnage cessera. Les Etats-Unis essaieront simplement d’éviter des fuites d’information ou d’autres Snowden. Mais un jour, d’autres arriveront pour nous raconter ce que nous imaginions ou que nous savions déjà. Et pendant quelques jours, les grands médias exprimeront leur consternation ; cependant que quelques gouvernements, à commencer par les Européens, protesteront de nouveau par pure formalité. Parce que, jusqu’à aujourd’hui, on ne peut rien faire car Washington a le pouvoir d’agir comme il veut et quand il voit que cela convient à ses intérêts, ce qui est la seule chose qui lui importe. L’altruisme et le respect de la souveraineté des autres nations n’intéressent les Etats-Unis que dans la mesure où cela leur rapporte.

Comment définissez-vous l’expression « terrorisme d’état » ? Quelle est la différence avec le terrorisme pratiqué par la CIA et celui généré par ceux qui sont appelés « pays amis » ?

Quand les institutions d’une nation, y compris la justice, fonctionnent ensemble pour réprimer l’ « ennemi interne », c’est-à-dire l’opposition politique, c’est le terrorisme d’Etat. Normalement, ce sont les dictatures qui le pratiquent mais il existe des Etats considérés comme démocratiques qui peuvent être pires, comme c’est le cas pour l’état colombien. Il existe aussi un terrorisme « officiel » quand un Etat se donne le droit d’assassiner des innocents dans d’autres nations, soit dans des opérations appelées « sélectives », ou par le moyen d’invasions dites « humanitaires ». Les Etats-Unis, Israël, la France et la Grande-Bretagne l’ont fait très régulièrement. Dans un cas comme dans l’autre, cela se fait presque toujours sous le prétexte de sauver ou d’imposer la démocratie. Et il est certain que beaucoup d’actions menées par la CIA étasunienne, le Mossad israélien et d’autres services de répression d’état ont provoqué plus de morts et généré de terreur parmi la population civile que de nombreuses dictatures et organisations dites « terroristes ».

Vous a-t-il été difficile de réunir toutes les preuves et les documents pour votre livre ? Cette information est-elle suffisante pour condamner les anciens membres de la CIA et du gouvernement des Etats-Unis que vous mentionnez ?

La CIA et les 15 autres agences de sécurité étasuniennes ne sont pas seulement une menace pour la souveraineté d’autres nations, mais elles sont aussi un danger pour la paix mondiale et le futur de la planète. Elles le sont parce qu’elles répondent aux intérêts d’un empire qui se propose de s’emparer de toutes les ressources stratégiques du monde. Elles font partie d’une armée conquérante qui pratique le chantage, asservit, tue et terrorise. L’information sur la CIA est là, sur internet, dans des livres, dans de nombreux documents élaborés par ses propres spécialistes. Il suffit de chercher, d’enquêter un peu. Ils se croient si puissants que ça ne les préoccupe pas de montrer beaucoup de ce qu’ils ont fait.

Mon livre contient seulement une goutte d’information. Mais même ainsi, il renferme des bases pour commencer à juger tous ceux que je mentionne, à commencer par les présidents des Etats-Unis. Car comme l’ont déjà dit plusieurs enquêteurs, tous les présidents de cette nation depuis Eisenhower ont été de véritables criminels et des terroristes, qui ont la particularité d’aller à la messe avant de donner l’ordre aux troupes d’assassiner et de piller des peuples innocents. Sous le prétexte de sauver la démocratie, la société occidentale et le christianisme.

Pourriez-vous nous donner des exemples d’ingérences et d’abus de la CIA, qui vous ont le plus surpris ou choqué, et pourquoi ?

HCO : Ce que j’ai appris de la CIA et d’autres agences de sécurité m’a indigné en tant qu’être humain. Mais ce qui me surprend toujours, c’est que lorsqu’ils se lancent dans leurs campagnes médiatiques d’intoxication, qui préparent le terrain pour défaire un gouvernement précis ou exécuter d’autres actions criminelles, beaucoup d’intellectuels et de dirigeants politiques de gauche finissent par y croire. C’est pourquoi je crois très peu d’entre eux lorsqu’ils font des discours grandiloquents sur la manipulation médiatique, car lorsque le New York Times, O Globo du Brésil, ou El Pais d’Espagne lancent les campagnes conçues au Pentagone ou à la CIA, ils commencent à les répéter ou à douter de leurs propres analyses.

C’est pour cela que, pour moi, l’espionnage et les actions militaires ne sont pas les résultats les plus spectaculaires de la CIA et des autres agences secrètes de répression : c’est plutôt leur capacité à manipuler la réalité. Pour nous manipuler, et nous faire croire que c’est nous qui nous trompons et qui sommes les méchants.

 

Article original : EUA não vão deixar de espionar, vão tentar evitar outro ‘Snowden’, diz autor de livro sobre CIAInterview réalisée par Paulo Pastor Monteiro, Opera Mundi, Sao Paulo, Brasil. 22 octobre 2013.

Traduction du portugais : Hélène Vaucelle., El Correo. Paris, 7 de noviembre de 2013.

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Notes

[1] Edition française du livre d’Hernando Calvo Ospina : « L’Equipe de choc de la CIA. Cuba, Vietnam, Angola, Chili, Nicaragua… ». Editions Le Temps des Cerises. Paris, 2009.

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Alors que les représentants de l’UE (Union européenne) et du FMI (Fonds monétaire international) se rendaient à Athènes pour discuter de nouvelles mesures d’austérité, des milliers de travailleurs ont manifesté contre les licenciements de masse et les coupes dans les dépenses sociales. Une grève de vingt-quatre heures le mercredi 6 novembre a paralysé une grande partie du pays.

Les deux principales fédérations syndicales, GSSE et ADEDY avaient appelé à ces manifestations. Le seul ADEDY a parlé d’une grève ayant mobilisé 65 pour cent de ses adhérents, c’est-à-dire près de 200.000 grévistes.

Les écoles les tribunaux, et les services publics étaient fermés. Les trains et les bus sont restés dans leurs dépôts, les employés des aéroports ont arrêté le travail pour trois heures et les hôpitaux n’ont assuré que les urgences. Les journalistes ont refusé de donner les nouvelles ordinaires et ont au lieu de cela ont informé seulement sur les grèves et les manifestations.

Malgré une pluie torrentielle, jusqu’à 15.000 travailleurs se sont rassemblés sur la Place Syntagma d’Athènes. Bien qu’ils aient été complètement trempés, ils restèrent devant le parlement et scandèrent des mots d’ordres tels que : « Plus de sacrifices » et « n’abandonnez pas ».

Juste avant qu’elle ne commence ADEDY et GSSE ont annulé, à cause de la forte pluie, la protestation prévue devant le parlement. PAME, la fédération syndicale associée au Parti communiste grec (KKE) a elle, tenu la manifestation séparée qu’elle avait prévue. A Thessalonique des milliers de travailleurs ont manifesté contre les mesures d’austérité.

La grève générale de vingt-quatre heures était la trente-cinquième de son genre depuis le début de la crise de la dette. Elle avait été annoncée il y a des semaines, était strictement limitée et on s’était mis d’accord à l’avance avec le gouvernement. L’annulation de la manifestation est typique des tentatives faites par les syndicats pour saboter les protestations. Par de telles grèves limitées ADEDY, GSSE et PAME cherchent à garder l’opposition croissante des travailleurs sous leur contrôle. Au cours des récentes semaines, ils ont trouvé de plus en plus difficile de limiter les mouvements de protestation.

Mardi 5 novembre, des manifestants ont fait le siège du ministère des Finances, ou le ministre des Finances Yannis Stournaras tenait des négociations avec les représentants de la Troïka (UE, FMI et BCE).

« Prenez vos mesures de renflouement et allez-vous en! » criait une foule en colère aux inspecteurs de la troïka lorsqu’ils ont quitté le bâtiment. Plus tôt dans la journée un homme avait été arrêté pour avoir jeté des pièces de monnaie sur le représentant du FMI, Paul Thomsen au moment où il entrait dans le ministère.

Pendant les deux derniers mois, le personnel administratif des principales universités grecques a été en grève pour protester contre des plans de licenciements de masse du gouvernement. Les étudiants de l’Université d’Athènes ont manifesté leur solidarité avec le personnel. Ils ont bloqué l’entrée du ministère de l’Education avec un mur de livres.

Les travailleurs s’opposent au licenciement de 25.000 employés du secteur public qui doivent être placés dans une soi-disant « réserve de mobilité ». Ceux qui sont concernés touchent un salaire réduit pendant huit mois, pendant qu’ils sont censés trouver un autre emploi; s’ils sont sans emploi après ce délai, ils sont simplement jetés à la rue.

L’élargissement de la taxe sur la propriété a déclenché la colère et l’indignation de vastes parties de la population. En Grèce, cela s’applique aussi à de nombreux travailleurs qui ont souvent de petites maisons ou appartements. De nombreuses familles se maintiennent à flot face à la pauvreté seulement grâce à cette petite possession. Maintenant ils sont forcés de payer la taxe, même s’ils ne touchent pas de revenu grâce à cette propriété.

La société grecque est au bord de l’effondrement. Les coupes dictées par l’UE ces dernières années ont eu pour résultat un taux de chômage de 27 pour cent.

Selon une récente étude de l’OCDE le revenu moyen en Grèce est tombé de 23 pour cent entre 2007 et 2011. Le nombre de ceux qui sont satisfait de leur vie est, avec 34 pour cent, le plus bas de tous les pays de l’OCDE (en 2007 ce taux était de 57 pour cent).

La troïka appelle à l’application immédiate des licenciements de masse et de la fermeture et de la privatisation d’entreprises d’Etat. Il s’agit en particulier de la société de défense et d’ingénierie EAS. Elle doit soit être fermée soit rétrécir de façon spectaculaire, sans quoi la troïka menace de suspendre la prochaine tranche d’aide financière de plus d’un milliard d’Euros dont la Grèce a besoin pour payer des dettes et le paiement d’intérêts dus depuis longtemps. Cet argent va directement sur les comptes des créanciers.

En plus des coupes dans les emplois et des privatisations, la troïka veut imposer les soi-disant réformes structurelles. En particulier la contribution faite par les entreprises au fonds de sécurité sociale dont bénéficient leurs salariés doit être réduite de 3,9 pour cent. Cela conduirait à un déficit qui pourrait atteindre 1,1 milliard d’euros, et déclencherait des coupes supplémentaires dans les prestations.

L’UE et le FMI veulent aussi que Athènes s’engage à d’autres économies dans le budget de 2014. La troïka s’attend à ce qu’il y ait un trou financier d’au moins deux milliards d’euros, qui serait bouché par des coupes dans les retraites et les salaires. Mais le gouvernement escompte n’avoir à trouver que 500 millions d’euros de dépenses supplémentaires.

Le premier ministre conservateur Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie, ND) et son vice- premier ministre social-démocrate Evangelos Venizélos (PASOK) ont dit qu’ils n’accepteraient pas d’autres coupures dans les retraites et les salaires. Mais on a déjà entendu des mensonges similaires de la part du gouvernement avant que ne soient introduites les mesures d’austérité précédentes; ils servent seulement à provoquer de faux espoirs et à désorienter l’opposition de la classe ouvrière.

La dévastation sociale a déstabilisé la situation politique de la Grèce. Selon une étude de l’OCDE, de 2011 cette fois, seuls 13 pour cent de la population a dit avoir confiance dans le gouvernement ; en 2007 ce chiffre était de 38 pour cent. Le gouvernement applique de plus en plus des mesures dictatoriales contre les travailleurs qui protestent.

Etant donné l’intensification énorme des conflits sociaux, certains représentants de l’UE cherchent à calmer les choses sans pour autant abandonner quoi que ce soit des mesures d’austérité. Mardi 5 novembre, le Comité économique du Parlement européen a ainsi discuté la base de la légitimité de la troïka.

« Qui prend les décision dans la Troïka et sur quelle base? » a demandé le député conservateur autrichien Othmar Karas. Ce comité prévoit de produire un rapport sur le travail de la troïka d’ici à mai prochain.

Cette tentative de défendre l’UE et ses institutions est soutenue par les divers groupes de la pseudo gauche sur tout le continent. En Grèce, c’est en particulier le plus grand parti d’Opposition, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) qui essaie de protéger l’UE et le gouvernement contre la colère des travailleurs.

Alors que les travailleurs et les étudiants dans toute la Grèce luttaient contre les mesures d’austérité de l’UE, le président de SYRIZA, Alexis Tsipras, faisait le voyage des Etats-Unis pour démontrer sa loyauté au FMI.

Lors d’un forum tenu à l’université du Texas, Tsipras a soutenu l’approche du parlement européen. « Nous voyons de façon positive cet effort et nous contribueront dans cette direction. » dit il. Il a strictement rejeté toute idée de quitter l’union européenne et l’Euro. Un gouvernement SYRIZA éviterait cela dans tous les cas a dit le dirigeant de ce parti.

Durant les dernières semaines, SYRIZA a déjà montré clairement qu’il était aux cotés du gouvernement. Dans la prétendue lutte contre le parti fasciste Aube dorée, SYRIZA a soutenu le renforcement des pouvoirs de l’appareil d’Etat et a fait l’éloge de la police, de l’armée et du gouvernement haï, comme étant les garants de la démocratie. Ce parti se prépare à prendre les rênes du pouvoir lui-même et imposera les coupes contre les travailleurs en se servant des syndicats et des autres groupes de la pseudo gauche.

Christoph Dreier

Article original, WSWS, publié le 7 novembre 2013

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En partenariat avec l’Agence de sécurité nationale (National Security Agency, NSA) des États-Unis, le CSTC, l’agence d’espionnage de l’État canadien, mène des opérations secrètes d’espionnage contre les gouvernements étrangers et des missions diplomatiques à l’aide de postes d’écoute clandestins hébergés dans les ambassades et les consulats canadiens.

Cette dernière révélation à propos des liens étroits entre la NSA et le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) provient d’articles publiés il y a deux semaines dans le magazine allemand Der Spiegel et le quotidien australien Sydney Morning Herald. Ces articles sont basés sur les fichiers divulgués par Edward Snowden, cet ancien employé à contrat de la National Security Agency maintenant dénonciateur.

En vertu d’un programme connu sous le nom de code «STATEROOM», le CSTC du Canada, la NSA des États-Unis, l’Australian Signals Directorate d’Australie et les agences de renseignement de Grande-Bretagne et de Nouvelle-Zélande ont mené des opérations d’espionnage depuis des installations secrètes au sein de leurs ambassades.

Leur collaboration dans le programme STATEROOM prend de multiples formes: le partage de renseignements et de l’expertise technique – des pratiques courantes depuis des décennies dans le cadre du partenariat «Five Eyes», le Groupe qui unit ces cinq organismes nationaux d’espionnage – et l’hébergement de postes d’écoute de la NSA dans les missions diplomatiques des quatre autres pays.

Ainsi, l’Australian Signals Directorate, selon ce qu’a rapporté le Sydney Morning Herald, a depuis des années utilisé ses ambassades et consulats pour espionner les communications de pays partout en Asie, notamment la Chine, l’Indonésie et le Vietnam.

Jusqu’à présent, il y a peu d’information sur les objectifs du CSTC dans le cadre du programme STATEROOM. Mais Bill Robinson, un expert et critique du CSTC, note que l’ancien employé du CSTC Mike Frost «a rapporté dans son livre Spyworld publié en 1994 que la NSA a exercé de fortes pressions sur le CSTC pour qu’il installe un site d’interception des communications à l’ambassade du Canada à Beijing.»

Le CSTC a longtemps joué un rôle essentiel dans les opérations mondiales de la NSA. En plus de l’échange de renseignements en continu, le CSTC fait systématiquement des échanges de personnel avec la NSA et seconde celle-ci dans des opérations politiquement délicates comme l’opération d’espionnage américano-britannique commune menée contre les délégations officielles au sommet du G20 à Londres en 2009.

Au plus fort de la guerre froide, le CSTC était le principal responsable du «Groupe des cinq» chargé d’espionner les communications de l’URSS, ce qui donne une idée de son importance en tant qu’allié et mandataire des États-Unis.

Il y a fort à parier que le rôle du Canada dans le programme STATEROOM est probablement plus important dans les pays où les États-Unis n’ont pas de missions diplomatiques, tels Cuba et, au sommet de la liste l’Iran, du moins jusqu’à ce que le Canada ne ferme son ambassade à Téhéran septembre 2012.

Les cinq derniers mois de révélations extraites des fichiers divulgués par Snowden montrent que les opérations d’espionnage du Groupe des cinq sont pratiquement sans limites – ciblant tout, depuis les communications de la chancelière allemande Angela Merkel et d’autres chefs de gouvernements proches alliés des États-Unis, jusqu’aux messages-textes et courriels de citoyens nord-américains ordinaires.

En outre, le CSTC poursuit son propre ordre du jour basé sur les intérêts économiques et géopolitiques de l’élite canadienne.

Ainsi, le mois dernier, il a été révélé que le CSTC a espionné le ministère des Mines et de l’Énergie (MME) du Brésil, ce qui a provoqué la colère du gouvernement de la présidente brésilienne Dilma Rousseff. Le Canada et le Brésil sont de grands rivaux dans les secteurs minier et pétrolier.

Comme l’a expliqué Glenn Greenwald, un journaliste qui a travaillé en étroite collaboration avec Snowden, le CSTC a utilisé un logiciel puissant connu sous le nom d’«Olympia» pour balayer d’immenses quantités de communications afin d’établir une carte détaillée des systèmes de communication vocale et Internet du MME et ainsi localiser les téléphones et les serveurs informatiques à pirater pour voler des communications.

Le premier ministre canadien Stephen Harper a prétendu être «très, très préoccupé» par l’espionnage du CSTC contre le Brésil. Mais cela ne l’empêche pas, lui et son gouvernement conservateur, de continuer à défendre vigoureusement le CSTC, en répétant à chaque occasion le mensonge que l’agence ne surveille pas les communications des Canadiens.

Cette affirmation est fausse sur au moins trois plans :

Premièrement, le CSTC a pour mandat spécifique d’aider le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), la Gendarmerie royale du Canada et les autres corps policiers dans la lutte contre la subversion interne et le terrorisme, que les agences de sécurité de l’État canadien ont à plusieurs reprises «définis» de façon à inclure les manifestations non violentes, la dissidence politique et la désobéissance civile.

Deuxièmement, en vertu de la Loi antiterroriste de 2002, le CSTC a le pouvoir d’espionner, sans avoir besoin de mandat judiciaire délivré par la Cour, les communications des Canadiens si cela est fait dans le cadre d’une enquête sur une «menace étrangère».

Et troisièmement, depuis 2005 au moins, le CSTC fouille les métadonnées des appels téléphoniques, des communications électroniques, des messages-texte, des courriels et de l’utilisation d’Internet, etc. des Canadiens. Dans leurs déclarations publiques et communiqués ministériels, le CSTC et le gouvernement ont justifié cette violation flagrante des droits des Canadiens sous le motif fallacieux que les métadonnées ne sont pas des communications protégées par la Constitution, mais simplement «l’enveloppe» contenant ces communications.

En fait, les métadonnées peuvent être encore plus révélatrices que le contenu d’une communication. Au moyen d’une collecte systématique, l’État peut rapidement brosser le portrait complet d’un individu ou d’un groupe, y compris leurs emplois, leurs amis et associés, leurs lectures et opinions politiques.

Tout en couvrant systématiquement le rôle du CSTC dans l’espionnage des Canadiens, le gouvernement conservateur continue également d’être discret sur les objectifs de ses activités d’espionnage à l’étranger – et avec raison, car celles-ci font voler en éclat le mensonge du gouvernement selon lequel les activités du CSTC sont axées sur la lutte contre le terrorisme de type Al-Qaïda.

Harper, son ministre de la Défense Rob Nicholson et ses autres collaborateurs ont refusé de confirmer la véracité du rapport sur les activités du CSTC au Brésil, en disant qu’ils ne peuvent pas commenter sur des «opérations de sécurité nationale».

Pour sa part, le chef du CSTC John Forster, a déclaré dans un rare discours public que «tout ce que fait le CSTC en matière de renseignement étranger respecte la loi canadienne». Il n’a cependant fait aucun commentaire quant à savoir si ces opérations ne violaient pas le droit international ou la souveraineté de pays étrangers.

Une preuve supplémentaire du rôle du CSTC dans la promotion des intérêts politiques et commerciaux de la grande entreprise canadienne provient d’un rapport publié dans le quotidien britannique The Guardian et selon lequel depuis 2005, l’agence d’espionnage rencontrerait deux fois par années des dizaines de sociétés d’énergie canadiennes. Selon les documents du CSTC obtenus par The Guardian, ces réunions auraient soi-disant pour but d’aider les entreprises à améliorer leurs infrastructures de sécurité électronique et matérielles. Toutefois, deux sujets de discussion supplémentaires étaient censurés dans les documents consultés par The Guardian.

Le gouvernement conservateur dépend de la complicité des médias sociaux et des partis de l’opposition pour dissimuler les activités sinistres et antidémocratiques du CSTC.

Malgré les révélations à propos de la fouille systématique des métadonnées des Canadiens et du partenariat étroit du CSTC avec la NSA, une organisation dont l’espionnage systématique sur les Américains a été exposée au grand jour, et une activité en violation de la constitution de ce pays, les médias canadiens ne montrent aucun intérêt à sonder les activités du CSTC ou à alerter les Canadiens à ce sujet.

Tout au plus ont-ils lancé un tiède appel pour plus de «surveillance» sur le CSTC, entendant par là de permettre à un panel de parlementaires soigneusement sélectionnés ou – plus probablement dans le cas du CSTC – à une poignée de représentants de confiance de la classe dirigeante d’examiner à huis clos les opérations du CSTC.

Actuellement, le CSTC fonctionne entièrement selon des directives ministérielles qui sont secrètes pour tous hormis les plus hauts échelons du gouvernement.

Les partis d’opposition ont été tout aussi indifférents que les médias. Après la révélation des activités d’espionnage du CSTC contre le Brésil, le critique du Parti libéral en matière de Défense, Marc Garneau, a déclaré à La Presse que l’Agence faisait «un travail nécessaire et vital».

L’opposition officielle, formée par le Nouveau Parti démocratique basé sur les syndicats, a fait du scandale des frais de dépenses au Sénat son cheval de bataille quasi exclusif des six derniers mois. Pendant qu’il prétend se battre pour l’abolition du Sénat «non démocratique», un organisme non élu qui n’a que peu sinon aucune légitimité pour la plupart des Canadiens, le NPD maintient un silence complice sur les activités du CSTC. La révélation que le CSTC fouille systématiquement les métadonnées des communications des Canadiens n’a pas fait l’objet de plus d’une poignée de questions au parlement. De la même façon, les sociaux-démocrates canadiens ne s’opposent que pour la forme aux assauts croissants des conservateurs contre les droits des travailleurs. Cet assaut comprend notamment la législation adoptée la semaine dernière qui priverait les employés fédéraux du droit de grève et de négociation collective.

Le 28 octobre, le NPD a présenté une motion appelant à la création d’un comité parlementaire, dirigé par un conservateur et à majorité conservatrice, pour faire des recommandations quant à la façon dont il pourrait y avoir un contrôle parlementaire sur la collecte de renseignements au Canada. Dès que les conservateurs ont défait la motion, le NPD est replongé dans le silence.

Dylan Lubao et Keith Jones

Article original, WSWS, paru le 2 novembre 2013

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L’encerclement international de l’Argentine

novembre 11th, 2013 by Emir-Sader

Celui qui s’informe sur l’Argentine par la presse internationale ne réussit pas à expliquer comment les gouvernements des Kirchner ont réussi à être élus, à être réélus et continuent en étant le parti le plus fort du pays. Comme cela se passe avec les gouvernements progressistes de l’Amérique Latine, ils sont diabolisés par les grands groupes de médias internationaux, aidés par certains intellectuels et journalistes de nos propres pays, qui se logent dans les espaces qu’ils leur sont offerts pour parler de nous en mauvais termes.

Rien à voir avec les traitements que les mêmes médias ont réservé à la terrible dictature militaire argentine et ni aux gouvernements mis en échec de Raúl Alfonsín et de Carlos Menem, qui ont laissé aux Kirchner un pays détruit. Aucune reconnaissance de la longue reconstruction de l’économie et des sociétés défaites dont ils ont hérité de leurs prédécesseurs auparavant loués.

D’abord, le silence, l’incrédulité sur la reprise du pays. Après, la campagne contre la renégociation des titres de la dette argentine, puis la reproduction des attaques des médias d’opposition et, finalement, la guerre totale, l’encerclement, la diffamation du gouvernement de Cristina Kirchner et de l’Argentine.

La renégociation de la dette fut un succès, d’où l’offensive, menée par les 8 % qui n’ont pas accepté de renégocier, pour chercher n’importe moyen possible pour punir l’Argentine, pour essayer de démontrer à d’autres pays – comme la Grèce, par exemple – que cette posture souveraine se paye cher.

Il y a un encerclement international sur les crédits de la part de la finance internationale, qui s’ajoute à l’encerclement médiatique. C’est ce qui appelle à d’autres formes d’encerclement. Se répand l’idée d’un pays désordonné, sans direction politique, près de la « fin d’un cycle », que la droite latino-américaine propage tout le temps. Ils font de leurs désirs une réalité, en rassemblant toutes les formes d’opposition, de droite et d’ultragauche, pour remplacer leur absence de programme et de leadership alternatif.

C’est un encerclement lâche, parce qu’il cherche à ne pas laisser d’espaces pour des analyses alternatives, pour la comparaison avec ce qu’était le pays avant les gouvernements des Kirchner et comment il s’est transformé durant cette décennie. L’historien britannique Eric Hobsbawm considère que le passage de l’URSS à la Russie et l’explosion de la politique de convertibilité en Argentine ont favorisé les deux plus de grands reculs historiques du monde dans les dernières décennies.

Un pays qui a perdu son autosuffisance énergétique avec la privatisation d’YPF, faite en quelques jours par le gouvernement Menem. Un pays qui avait renoncé à avoir ses propres politiques fiscales avec la politique de parité entre le dollar et le peso. Un pays qui a souffert de la terreur des dictatures militaires, le plus grand nombre de victimes, de morts et de disparus que nous avons eu, qui a connu les effets extrêmement négatifs de l’explosion de la bombe de la convertibilité.

Mais ces vautours –financiers, politiques et médias – ce qui les intéressait, c’ était ce que faisait la dictature et pas la résistance du peuple argentin. Ce qui les intéressait, c’était le pardon aux militaires et non l’enquête sur leurs crimes. Ce qui les intéressait, c’était le modèle de parité de Menem et non les luttes du peuple contre ses conséquences néfastes. Ils n’étaient pas, non plus, intéressés par la reconstruction du pays, la reprise de la croissance économique, la diminution de l’inégalité et de la misère. Ce qui les intéressait, c’était la politique de « relations charnelles » avec les États-Unis d’Amérique et pas la politique souveraine et de dignité nationale.

Ils ne sont pas intéressés par ce que pense le peuple argentin et les peuples les pays frères. Ce qui leur importe c’est ce que pensent la finance internationale et les puissances impérialistes. C’est pourquoi ils dessinent un lâche encerclement autour de l’Argentine et du gouvernement de Cristina. Un encerclement qui tient à tous ceux qui savent ce qu’il s’est réellement passé dans le pays durant cette décennie, lutter avec toutes leurs forces pour éclaircir, pour informer, pour réfuter. Casser l’encerclement financier, politique et médiatique qu’étendent les mêmes qui ont été aux cotés de la dictature militaire, aux cotés des gouvernements qui ont pactisé avec le FMI et qui ont échoué avec le modèle néolibéral contre lequel les gouvernements des Kirchner luttent, pour le surmonter définitivement.

Emir Sader pour Página 12

Article original en espagnol : El cerco internacional a la Argentina Buenos Aires, Página12, le 2 novembre 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi, El Correo, Paris, le 8 novembre 2013.
Emir Sader il est philosophe et professeur de sociologie à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ) et à l’Université de São Paulo (USP).

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Les USA proposent une ingérence militaire en Argentine

novembre 10th, 2013 by Horacio Verbitsky

Tandis que le Commando Sud recommence à favoriser l’intervention de militaires latinoaméricains sur des questions de sécurité intérieure, plusieurs candidats de l’opposition [péronistes de droite, conservateurs, de droite et d’extrême droite] argentine, comme Alfonsín, Massa, De Narváez et Michetti, proposent de réintroduire la peine de mort sans procès préalable pour des présumés trafiquants. Lors d’ une réunion de la Junte Interaméricaine de Défense, Washington a proposé que les Forces armées participent à des travaux de sécurité environnementale (?) et énergétique, ce à quoi l’Argentine s’est opposée.

Le Commandement Sud des USA recommande à la Junte Interaméricaine de Défense (JID sigle en espagnol), que les Forces Armées du Continent participent à un plan de sécurité du milieu ambiant et de sécurité énergétique et l’Argentine s’y ai oppose.

Le contrepoint, qui se produit, mardi passé, pendant une réunion informelle de la JID qui se tint à Washington, constitue un pas de plus dans l’escalade US pour brouiller les frontières entre les fonctions de défense et de sécurité, et continuera le mercredi pendant les session ordinaire de la Commission de Sécurité Hémisphérique de l’Organisation des Etats Américains (OEA). En Argentine plusieurs candidats des partis d’opposition, comme Ricardo Alfonsin, Sergio Massas et Gabriela Michetti, préconisent la sanction d’une loi de peine de mort sans jugement préliminaire pour les présumés trafiquants des drogues [ou autres], de l’application de laquelle, se chargeraient les Forces Armées.

A l’intérieur de leur territoire, les USA maintiennent la séparation dans les termes en vigueur depuis 1878 de la loi « Posse Comitatus », mais ces derniers temps ils ont un penchant à doter les forces de police d’équipements de guerre lourds qui jusque-là était considérés comme du domaine strictement militaire. Par contre, en Amérique Latine, ils proposent que les Forces Armées se dédient à des tâches relevant de la police, en raison de la doctrine des nouvelles menaces, déjà en vigueur depuis une décennie.

L’article 2 des statuts de la JID dit que l’objet de l’organisme est de prêter à l’OEA et ses pays membres « des conseils techniques, consultatifs et éducatifs sur des thèmes en relation avec les domaines militaires et de défense de l’hémisphère », mais ne mentionne pas les questions de sécurité. C’est la même chose pour le « Plan Stratégique de la JID ». C’est pour cela, que lors de la réunion du mercredi 16, les USA ont tenté de redéfinir la portée des termes « questions militaires et de défense » et les concepts de Défense et de Sécurité. Il est probable que la question revienne sur le tapis entre le 21 et le 25 octobre, pendant la « Conférence Interaméricaine de Logistique », qui est financée par des entreprises privées et se tiendra également à Washington.

Un programme de gouvernement

Le programme de travail de 2013-2014 de la JID, signé par son directeur, le vice-amiral Bento Costa Lima Leite de Albuquerque Junior, constitue un chapitre d’un programme de gouvernement. Loin de thèmes militaires et de défense, il adjoint que la JID s’occupera également de « disciplines connexes en relation avec l’hémisphère ». Il se propose de promouvoir la présence dans différentes activités de la JID, de la Commission de Sécurité Hémisphérique et du Sous-secrétariat de Sécurité Multidimensionnel, deux chemins pour éluder la séparation des fonctions.

Un autre objectif du plan de travail est de constituer la JID en tant « qu’organisme de conseil technique permanent de la Conférence des Ministres de la Défense et d’établir des relations de coopération avec les organisations hémisphériques régionales et sous régionales de défense et de sécurité ». Il se propose également de participer à la coordination entre Forces Armées et de Sécurité « dans le combat contre le narcotrafic » en Amérique Centrale et d’assister à la « 4ème Conférence des Ministres de la Sécurité des Amériques ».

La JID va jusqu’à se proposer pour ’instruire le Comité Interaméricain contre le Terrorisme dans le domaine de la « protection des droits humains et des libertés fondamentales dans la lutte contre le terrorisme », d’harmoniser son plan de travail avec celui de la Commission de Sécurité Hémisphérique et de convertir le Collège Interaméricain de Défense en une institution éducative d’excellence qui offre des cours de post graduat non seulement en matière de défense mais aussi de sécurité. A ce plan de travail de la JID, la délégation des USA ajoute une recommandation personnelle : que la JID accepte la proposition présentée par le Commandement Sud et travaille conjointement avec ses autorités dans « le développement d’un Plan de Coopération Régionale sur le Milieu Ambiant et la Sécurité Energétique ». La délégation argentine à présenté une série d’objections à ce plan :

  • en ce qui concerne l’objectif d’aide humanitaire et d’auxiliaire en cas de désastres naturels, la Déclaration de San Salvador sur la Sécurité Citoyenne à été invoquée, il est proposé un suivi des phénomènes qui ne concordent pas avec l’énoncé général, comme les migrations, le trafic de personnes et la délinquance transnationale. Mais la Déclaration de San Salvador se réfère à des questions de sécurité publique et ne concerne pas les thèmes à caractère militaire ou de défense, les seuls pour lesquels une intervention de la JID a été habilitée. Cette thématique est exclusive des compétences de la JID, dont les statuts ne la prévoient pas.
  • Les nouvelles menaces considérées dans les approches multidimensionnelles n’obligent pas à une neutralisation par des instruments militaires. En Argentine, la réponse concerne les Ministère de la Sécurité et de la Justice.
  • la coordination proposée de la JID avec le Secrétariat de Sécurité Multidimensionnel doit exclure l’usage des Forces Armées dans la sécurité publique des états, la lutte contre les drogues, les migrations, la traite des personne et le terrorisme, dont la compétence relève d’autres organismes de l’OEA, comme la Commission Interaméricaine contre l’Abus des drogues (CICAD) et le Comité Interaméricain contre le Terrorisme (CICTE). Il est tout aussi inadmissible que la JID participe à des forums, conférences et organismes qui traitent ces thème, qui ne font pas partie des attributions de la Junte Interaméricaine de Défense.
  • la JID a pour mission d’appuyer le Secrétariat Pro Tempore de la Conférence des Ministre de la Défense (qui est toujours à charge du pays amphitryon) et de conserver sa mémoire historique, mais elle n’est pas habilitée à se convertir en son Secrétariat Technique Permanent, vu que la Conférence est un forum de dialogue politique entre les ministres et la JID un organe d’assistance technico-militaire de l’OEA.
  • Il faut également clarifier le fait que ces fonctions de soutien ne doivent s’exercer qu’à l’appel du Secrétariat Pro Tempore
  • l’Argentine n’accepte pas non plus la proposition « d’alignement des stratégies de défense et de sécurité » que devrait soutenir la JID
  • en se référant aux instruments qui composent le Système Interaméricain de Défense, le plan de la JID lui assigne des fonction de coopération avec d’autres organismes interaméricains, alors qu’elle a seulement été autorisée à le faire dans le processus de révision du Système, qu’impulsa l’Argentine et dont la JID devrait prendre note.

La JID s’arroge comme « tâches implicites » des tâches qui excèdent ses fonctions et missions. Elle mentionne parmi celles-ci la demande aux états d’informations déterminées qui ne sont pas de la compétence de la JID, comme par exemple des données sur la technologie et l’industrie.

Les conclusions de la JID ne mentionnent pas le complément de mandat de la Conférence des Ministre de la Défense et de l’Assemblée Générale de l’OEA, qui’ contraindrait à la révision de tous les instruments et composants du Système Interaméricain de Défense. Cela incluant de manière centrale la JID elle-même.

Le conflit se définit en termes clairs. Pendant que l’Argentine réclame que le système politique représenté par les Ministres de la Défense et l’Assemblée Générale conduise la révision de la Junte Interaméricaine, la JID, qui a son siège à Washington et dont le financement est étasunien, résiste à la révision de son rôle et prétend avancer avec de nouveaux diktats pour les organes représentatifs de la volonté populaire.

Pendant la réunion informelle de mercredi passé, ce n’est pas seulement l’Argentine qui contesta la prétention étasunienne qui voudrait que le Commandement Sud recommande à la JID la manière dont elle devra participer à la sécurité énergétique et du milieu ambiant, créant un nouveau topique des relations entre les Forces Armées de la région, fondé sur les modèles qu’appliquent les Nations Unies et l’OTAN. Le Canada soutint que la création d’un commandement opérationnel nécessite de plus grandes discussions, et il mit en doute le fait que la JID soit compétente en cette matière. Les Etats-Unis nièrent avoir proposé un rôle opératif pour la JID.

En plus de coïncider sur ces points avec le Canada, le Mexique rappela que chaque pays a des organismes spécialisés dans la sécurité énergétique et du milieu ambiant, matières pour lesquelles, les militaires, dans le meilleur des cas, n’ont qu’une compétence subsidiaire, et suggère que les pays qui sont d’accord avec la proposition puissent la réaliser de manière bilatérale avec le Commandement SUD.

Cela, c’est la logique qui depuis des années préside les avancées étasuniennes dans la région : une proposition générale que l’OEA n’accepte pas et qui s’impose ensuite à travers la relation bilatérale avec différents pays, en commençant par les plus faibles, que ce soit face aux menaces décrites, ou face au Pentagone et son Commandement Sud, véritable artisan et réalisateur des politiques de son pays en Amérique du Sud. L’Argentine réitère quelques propositions quelle avait formulées lors de la réunion ordinaire de la JID du mois passé. En cette occasion, elle affirme que comme les autres pays sud-américains, elle donne priorité à la coopération dans ces matières au cadre sous régional de l’UNASUR et qu’il est inconvenant de mêler la JID à des thèmes éloignés de la défense.

La dérive des frontières

La séparation nette entre Défense Nationale et Sécurité Intérieure, est un des accords fondamentaux de la démocratie argentine et se cristallise dans 3 lois et un décret sanctionné sous quatre gouvernements différents. La loi de Défense Nationale fut promulguée en 1988 par le président Raul Alfonsin, celle de Sécurité Intérieure en 1992 par le président Carlos Menem, celle de Renseignement National en 1991 parle président Fernando de la Rua, et le décret réglementant la Loi de Défense, le fut par le président Kirchner en 2006.

Dans l’article ‘4 de la loi de Défense établit que « il faudra prendre en compte en permanence la différence fondamentale qui sépare défense nationale de la sécurité intérieure ». Mais 18 ans s’écouleront avant sa réglementation. Horacio Jaunarena, qui fut ministre des ex présidents Raul Alfonsin, Fernando de la Rua et de l’ex sénateur en charge du pouvoir exécutif Eduardo Duhalde, confie dans un séminaire organisé par Eduardo Menem et Roberto Dromi que jamais il ne l’a réglementée parce que il n’était pas d’accord avec le texte et l’esprit de la loi.

Les considérants du décret réglementaire, que la ministre Nilda Garré signa conjointement avec Kirchner, écarte de manière expresse l’utilisation de l’instrument militaire pour des fonctions éloignées de la défense, « usuellement connues sous la dénomination de nouvelles menaces ». Dans le cas contraire, il se produirait « une sévère et inexorable crise de la doctrine, de l’organisation et du fonctionnement d’un outil fonctionnellement conçu pour accomplir des responsabilités distinctes de celles typiquement policières ».

Depuis, sous la présidence de CFK (Cristina Fernandez de Kirchner), trois projets furent présentés au Congrès qui rebroussent le chemin parcouru :

  • Le premier en 2010, porte la signature de Francisco de Narvez et d’autres députés du Péronisme d’Opposition (Dossier de la Chambre des Députés 6657-D-2010. Procédure parlementaire 130, O9/O9/2010, Défense Nationale contre les menaces aériennes)
  • Le second date de 2011, il fut présenté par la député du PRO, Gabriela Michetti, accompagnée du même de Narvaez et plusieurs députés des deux partis, (Dossier de la Chambre des Députés, 1791-D-2011. Procédure Parlementaire OO28, 13/04/2011. Création du Plan National de Protection Aérienne de la Frontière Nord).
  • Le troisième, date de cette année, et émane du député radical Ricardo Alfonsin et d’autres législateurs de son parti (Dossier 4817-D-2013. Processus Parlementaire O73, 18/06/2013) Loi de lutte intégrale contre le narcotrafic)
Ils coïncident tous à commander aux Forces Armées la destruction d’aéronefs qui ne répondent pas aux sommations transmises par radio, signaux visuels ou tirs d’urgence avec des munitions traçantes (De Narvaez) ; la destruction devra être autorisé par le président de la Nation ou par les autorités déléguées par le Chef d’Etat Major des Forces Aériennes ou par l’autorité déléguée par le chef d’Etat Major de la Force Aérienne (Alfonsin) et « en aucun cas, il ne sera permis aux aéronefs irréguliers, suspects ou hostiles de s’échapper en territoire étranger » (Michetti). Le projet de Michetti est le plus explicite, les hypothèses de conflit « dans le sous-continent » (sic) ont disparu et à présent les ennemis de l’état « sont le terrorisme, la narco guérilla, les mouvements séparatistes, la piraterie, etc. ».Ces menaces « sont d’une telle ampleur qu’elles doivent être considérées comme des matières propres à la défense nationale ». A ce groupe, c’est ajouté cette semaine le candidat député pour le Front Rénovateur, Sergio Massa, qui vendredi affirma, qu’il était urgent de promulguer une loi qui permettra « de détourner les avions des narcos qui entrent dans le pays ».La majorité élue au gouvernement s’oppose de façon explicite à une telle réforme. De fait, dans l’ « Opération Fortin Norte », l’Armée ne reçu pas, de la part du Ministère de la Défense, de règles d’engagement, seulement des schémas de comportements qui excluent l’engagement du combat, et la semaine passée à Rio Gallegos, le Ministre de la Défense Augustin Rossi ordonna de se limiter à occuper la partie du terrain qui est propriété de l’Armée pour qu’il n’y ait pas d’intrusion, sans même porter d’armes à feu.

Les projets de Massa, Michetti, Alfonsin et De Narvaez habiliteraient les Forces Armées a appliquer la peine de mort sans jugement préalable, en se basant sur la seule suspicion, y compris à qui se serait éloigné du territoire national. Par chance, il est douteux que ces propositions progressent au Congrès étant donné la confortable majorité au gouvernement.

Horacio Verbitsky
Article original en espagnol :  Pena de muerte sin juicio, Página 12, Buenos Aires, 10 de octubre de 2013.
Traduction de l’espagnol pour « Le états d’Anne » : Anne Wolff 

El Correo. Paris, 8 novembre 2013.

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Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Horacio Verbitsky. Ecrivain, chercheur et journaliste argentin. Il préside aujourd’hui le Centre d’études légales et sociales (CELS).
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Lampedusa: Quand la dette assassine les économies…

novembre 10th, 2013 by Pauline Imbach

Quand la dette assassine les économies. Quand l’aide publique se mue en outil colonial. Quand le FMI règne. Quand Areva profite. Quand Monsanto stérilise. Quand Total exploite. Quand le président obéit aux intérêts privés (les siens comme ceux de ses amis). Quand la faim ne quitte plus les corps. Quand la pauvreté est la norme. Quand la survie est impossible. Quand la police cogne. Quand l’armée attaque. Quand les femmes n’ont pas de droits. Quand Frontex assassine. Quand les enfants travaillent. Quand la terre est privatisée et polluée. Quand la dictature dicte. Quand la solidarité internationale est une fable. Quand le changement climatique assèche. Quand l’eau potable est inaccessible. Quand on meurt à 36 ans. Quand on n’a pas de travail. Quand on n’a pas de droits. Quand on est persécuté. Quand on vit dans un pays devenu zone franche. Quand on est prisonnier. Quand on a peur.

On migre.

Le CADTM aurait pu faire un énième communiqué de presse pour rappeler sa révolte profonde contre les crimes qui consistent à pousser des milliers d’individus dans des embarquements de fortune pour rejoindre un horizon d’espoir. Le crime d’un système capitaliste qui opprime, affame, réprime, enferme, condamne la très grande majorité de la population. Comme la misère est mise en concurrence, il y a des endroits où elle semble meilleure ou tout simplement sur-vivable.
On aurait pu ré-analyser les causes des migrations, faire une critique d’un système meurtrier sous l’angle « dette et migration » |1|. Expliquer d’où vient l’inexplicable. Comprendre ce que l’on sait déjà.

Être loin du vomi médiatique des grands médias et des politiciens de tout bord, qui à chaque nouveau drame commentent le bilan, comptent les corps, sortent les chiffres.

Loin des responsables qui font semblant de découvrir l’horreur pour la première fois en se gargarisant d’un fatalisme qui renvoie le naufrage dans le seul champ du phénomène naturel. Inévitable. Tristement banal.
Loin des agitations politiciennes qui consistent à faire croire que la mise en place de nouvelles mesures, identiques aux précédentes, vont remettre l’humanité en selle.

Bateaux à Lampedusa

Il y a des frontières, des murs, des barbelés, des mers, des océans. Il y a des passeurs, des barques, des bateaux, des soutes. Il y a Frontex et son armée. Il y a des politiques migratoires et des politiciens pillards. Il y a des papiers et des sans-papiers. Il y a des guerres et des réfugiés. Il y a des centres fermés et des expulsions. Il y a des injustices, des crimes, des morts.

Il n’y a pas de mot.

Il y a l’extrême droite qui monte, au point qu’en Grèce des citoyens étrangers sont obligés de fuir leur pays d’adoption pour échapper à Aube Dorée.
Il y a des Roms qu’on persécute aux quatre coins de l’Europe.
Il y a les Afghans à qui on refuse le statut de réfugié.
Il y a tous les autres.

Il y a notre silence quotidien.
Il y a la rage et la colère.

Il y a des responsables.

Il y a des luttes.

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Du 12e au début du 14e siècle, l’Ordre des Templiers, présent dans une grande partie de l’Europe, s’est converti en banquier des puissants et a contribué à financer plusieurs croisades. Au début du 14e siècle, il est devenu le principal créancier du roi de France, Philippe le Bel. Face au poids d’une dette qui grevait ses ressources, Philippe le Bel s’est débarrassé de ses créanciers et, par la même occasion, de sa dette en diabolisant l’Ordre des Templiers, l’accusant de multiples crimes |1|. L’Ordre a été interdit, ses chefs exécutés et ses biens confisqués. Il manquait un État et un territoire à l’Ordre des Templiers pour faire face au roi de France. Son armée (quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers), son patrimoine et ses créances sur les dirigeants ne l’ont pas protégé de la puissance d’un Etat décidé à éliminer son principal créancier.

À la même époque (11e – 14e siècles), les banquiers vénitiens financent aussi des croisades et prêtent de l’argent aux puissants d’Europe, mais ils manœuvrent beaucoup plus habilement que l’Ordre des Templiers. A Venise, ils prennent la tête de l’État en lui donnant la forme d’une république. Ils financent la transformation de Venise, cité-État, en un véritable empire comprenant Chypre, l’Eubée (Négrepont) et la Crète. Ils adoptent une stratégie imparable pour s’enrichir durablement et garantir le remboursement de leurs créances : ils décident eux-mêmes d’endetter l’État vénitien auprès des banques qu’ils possèdent. Les termes des contrats de prêts sont définis par eux puisqu’ils sont à la fois propriétaires des banques et dirigeants de l’État.

Alors que Philippe le Bel avait intérêt à se débarrasser physiquement de ses créanciers pour se libérer du poids de la dette, l’État vénitien remboursait rubis sur l’ongle la dette aux banquiers, qui eurent d’ailleurs l’idée de créer des titres de la dette publique qui pouvaient circuler d’une banque à l’autre. Les marchés financiers commençaient alors à se mettre en place |2|. Ce type d’emprunt est le précurseur de la forme principale d’endettement des Etats tel qu’on le connaît au 21e siècle.

Sept siècles après l’écrasement de l’Ordre des Templiers par Philippe le Bel, aujourd’hui les banquiers d’Europe, tout comme leurs prédécesseurs vénitiens ou génois, n’ont manifestement pas d’inquiétude à avoir à l’égard des gouvernements en place.

Les États nationaux et le proto-État qu’est l’Union européenne d’aujourd’hui sont peut-être plus complexes et sophistiqués que les Républiques de Venise (ou de Gênes) du 13 au 16e siècle, mais ils sont tout aussi crûment les organes d’exercice du pouvoir de la classe dominante, le 1% opposé aux 99%. Mario Draghi, ancien responsable de Goldman Sachs en Europe, dirige la Banque centrale européenne. Les banquiers privés ont placé leurs représentants ou leurs alliés à des postes clés dans les gouvernements et dans les administrations. Les membres de la Commission européenne sont très attentifs à la défense des intérêts de la finance privée, et le lobbying que les banques exercent auprès des parlementaires, des régulateurs et des magistrats européens est d’une efficacité redoutable.

Si une poignée de grandes banques capitalistes occupe le devant de la scène ces dernières années, cela ne doit pas cacher le rôle des grandes entreprises privées de l’industrie et du commerce, qui usent et abusent de leur proximité avec les structures étatiques de manière tout aussi habile que les banquiers. L’interconnexion et l’imbrication inextricables entre les États, les gouvernements, les banques, les entreprises industrielles et commerciales, et les grands groupes privés de communication constituent d’ailleurs une des caractéristiques du capitalisme, dans sa phase actuelle comme dans les précédentes.

Effectivement, dès la victoire du capitalisme comme mode de production et comme formation sociale dominante, le pouvoir est exercé par les représentants des grands groupes privés et leurs alliés.

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CC – World Economic Forum

D’un point de vue historique, le New Deal initié par le président Roosevelt en 1933 et les trente années qui ont suivi la 2e guerre mondiale apparaissent comme une parenthèse pendant laquelle la classe dominante a dû faire des concessions, certes limitées mais réelles, aux classes populaires. Les grands patrons ont dû dissimuler quelque peu leur emprise sur l’État. Avec le tournant néolibéral entamé dès la fin des années 1970, ils ont abandonné la discrétion. Les années 1980 mettent sur le devant de la scène une classe dominante complètement désinhibée qui assume et affiche avec cynisme la course au profit et l’exploitation généralisée des peuples et de la nature. La formule, tristement célèbre, de Margaret Thatcher « There is no alternative » marque jusqu’à aujourd’hui le paysage politique, économique et social, à travers des attaques violentes des droits et des conquêtes sociales. Mario Draghi, Angela Merkel, Silvio Berlusconi (grand patron italien), José Manuel Barroso apparaissent comme des figures emblématiques de la poursuite du projet thatchérien. La complicité active des gouvernements socialistes (de Schröder à Hollande en passant par Blair, Brown, Papandreou, Zapatero, Socrates, Letta, Di Rupo et bien d’autres) montre à quel point ils se sont insérés dans la logique du système capitaliste, à quel point ils font partie du système tout comme Barack Obama de l’autre côté de l’Atlantique. Comme l’a affirmé le milliardaire américain Warren Buffett : « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner ».

Le système de la dette publique tel qu’il fonctionne dans le capitalisme constitue un mécanisme permanent de transfert de richesses produites par le peuple vers la classe capitaliste. Ce mécanisme s’est renforcé avec la crise commencée en 2007-2008 car les pertes et les dettes des banques privées ont été transformées en dettes publiques. Sur une très vaste échelle, les gouvernements ont socialisé les pertes des banques afin qu’elles puissent continuer à faire des bénéfices qu’elles redistribuent à leurs propriétaires capitalistes.

Les gouvernants sont les alliés directs des grandes banques et mettent à leur service les pouvoirs et les deniers publics. Il y a un va et vient permanent entre les grandes banques et les gouvernements. Le nombre de ministres des Finances et de l’Économie, ou de premiers ministres, qui proviennent directement des grandes banques ou qui y vont quand ils quittent le gouvernement ne cesse d’augmenter depuis 2008.

Le métier de la banque est trop essentiel à l’économie pour être laissé dans les mains du secteur privé, il est nécessaire de socialiser le secteur bancaire (ce qui implique son expropriation) et de le placer sous contrôle citoyen (des salariés des banques, des clients, des associations et des représentants des acteurs publics locaux), car il doit être soumis aux règles d’un service public |3| et les revenus que son activité génère doivent être utilisés pour le bien commun.

La dette publique contractée pour sauver les banques est définitivement illégitime et doit être répudiée. Un audit citoyen doit déterminer les autres dettes illégitimes ou/et illégales et permettre une mobilisation telle qu’une alternative anticapitaliste puisse prendre forme.

La socialisation des banques et l’annulation/répudiation des dettes illégitimes doivent s’inscrire dans un programme plus large |4|.

Comme pendant la république de Venise, aujourd’hui dans l’Union européenne et dans la majorité des pays les plus industrialisés de la planète, l’État est en osmose avec la grande banque privée et rembourse docilement la dette publique. Le non remboursement de la dette illégitime, la socialisation de la banque ainsi que d’autres mesures vitales seront le résultat de l’irruption du peuple comme acteur de sa propre histoire. Il s’agira de mettre en place, sous un contrôle populaire actif, un gouvernement aussi fidèle aux opprimés que les gouvernements de Merkel et de Hollande le sont aux grandes entreprises privées. Un tel gouvernement du peuple devra faire des incursions dans la sacro sainte grande propriété privée pour développer les biens communs tout en respectant les limites de la nature. Ce gouvernement devra également réaliser une rupture radicale avec l’État capitaliste et éradiquer toutes les formes d’oppression. Une authentique révolution est nécessaire.

Eric Toussaint

L’auteur remercie Pauline Imbach, Stéphanie Jacquemont, Damien Millet et Claude Quémar pour leurs conseils.

Notes

|1| Voir David Graeber, Dette 5000 ans d’Histoire, Paris, Les liens qui libèrent, 2013 ; Thomas Morel et François Ruffin, Vive la Banqueroute !, Paris, Fakir Editions, 2013.

|2| Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Collin, 1979 ; David Graeber, Dette 5000 ans d’Histoire, Paris, Les liens qui libèrent, 2013.

|3| Le secteur bancaire devrait être entièrement public à l’exception d’un secteur coopératif de petite taille avec lequel il pourrait cohabiter et collaborer.

|4| Voir Damien Millet et Eric Toussaint, « Europe : Quel programme d’urgence face à la crise ? »,http://cadtm.org/Europe-Quel-progra…, publié le 10 juin 2012. Voir également : Thomas Coutrot, Patrick Saurin et Éric Toussaint, « Annuler la dette ou taxer le capital : pourquoi choisir ? »,http://cadtm.org/Annuler-la-dette-o… publié le 28 octobre 2013. Enfin voir : Que faire de la dette et de l’euro ? http://cadtm.org/Que-faire-de-la-de… publié le 30 avril 2013.

 

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC. Il est l’auteur de Bancocratie, Edition Aden, Bruxelles, 2013 et de Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

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Comment la science nous pousse à nous révolter

novembre 10th, 2013 by Naomi Klein

Photo : Zone sinistrée : l’irrigation à grande échelle prive le sol de nutriments, abime le paysage et peut altérer le climat jusqu’à un point de non-retour. Image: Edward Burtynsky, courtesy Nicholas Metivier Gallery, Toronto/ Flowers, London, Pivot Irrigation #11 High Plains, Texas Panhandle, USA (2011)

Notre volonté infinie de croissance est-elle en train de détruire la planète ? Les scientifiques du climat ont étudié la question– et en arrivent à des conclusions incendiaires.

En décembre 2012, un spécialiste des systèmes complexes aux cheveux roses, Brad Werner, se rendit avec 24 000 scientifiques de la planète au congrès d’automne de l’union de la géophysique américaine, qui se tient annuellement à San Francisco. Cette année la conférence avait la chance d’accueillir de grands noms, comme Ed Stone du projet Voyager de la NASA, qui expliquait un élément clé pour les futurs voyages interstellaires, ou encore le réalisateur James Cameron, venu raconter ses aventures en submersibles d’eau profondes.

Mais ce fut la présentation de Werner qui fit le plus de bruit. Elle était intitulée « La terre est-elle n***ée ? » (Titre complet : « La terre est-elle n***ée ? La dynamique futile du management global de l’environnement et les possibilités de développement durable via l’activisme et les actions directes. »)

Debout devant le public de la salle de conférence, le géophysicien de l’université de Californie, San Diego, présentait à la foule les simulations informatiques avancées qu’il utilisait pour répondre à cette question. Il a parlé de limites de systèmes, de perturbations, de dissipations, de facteurs d’attraction, de bifurcations et de tout un tas de concepts incompréhensibles aux non-initiés aux théories des systèmes complexes. Mais l’idée principale était suffisamment claire : le capitalisme global a rendu l’épuisement de nos ressources si rapide, si commode, et si incontrôlable, que les « systèmes terre-homme » deviennent instables.  Quand un journaliste lui demanda une réponse claire à la question « sommes-nous n***és ? », Werner mit le jargon de côté, et répondu simplement : « Plus ou moins ».

Cependant, Il y avait cependant une dynamique du modèle qui permettait un peu d’espoir. Werner l’avait appelée « Résistance » – mouvements de « gens ou groupes de gens » qui « adoptent certaines dynamiques qui ne correspondent pas à la culture capitaliste ». D’après le résumé correspondant à sa présentation, cela inclut « les actions environnementales directes, une résistance qui s’acquiert hors de la culture dominante, comme les manifestations, les blocages et les sabotages par des groupes d’indigènes, de salariés, d’anarchistes et d’autres groupes d’activistes ».

Les congrès scientifiques de ce genre n’appellent pas en général à une résistance politique massive, encore moins à des actions directes ou à des sabotages. Mais là encore, Werner n’appelait pas directement à ce genre d’actions. Il observait juste que les soulèvements populaires massifs – comme le mouvement pour l’abolition, le mouvement pour les droits de l’homme, ou comme Occupy Wall Street – représentaient la plus probable source de « frictions » capables de freiner une machine économique qui semble hors de contrôle. On sait que les mouvements sociaux du passé ont eu « une influence énorme sur… la façon dont a évolué la culture dominante actuelle » souligna-t-il.  Donc il va de soi que « si on s’intéresse au futur de la terre, et de nos interactions avec l’environnement, on doit  intégrer la résistance comme partie de cette dynamique ». Et cela, Werner argumentait-il, n’est pas un problème d’opinion, mais « vraiment un problème de géophysique ».

Beaucoup de scientifiques touchés par leurs recherches, leurs études et leurs trouvailles, se mirent à agir concrètement. Des physiciens, des astronomes, des médecins, et des biologistes se sont retrouvés en première ligne des mouvements contre les armes nucléaires, l’énergie nucléaire, la guerre, les contaminations chimiques, et le créationnisme. Et en Novembre 2012, Nature publia un commentaire du financier et philanthrope environnemental Jeremy  Grantham qui pressait les scientifiques à rejoindre cette tradition et à « être arrêté si nécessaire », parce que le dérèglement climatique « n’est pas juste la crise de nos vies – c’est aussi la crise de l’existence de notre espèce ».

Certains scientifiques n’eurent pas besoin qu’on le leur explique. Le parrain de la science climatique moderne, James Hansen, est un activiste formidable, qui a été arrêté une demi-douzaine de fois pour s’être opposé aux destructions causées au sommet des montagnes par les exploitations charbonnières à ciel ouvert, à l’exploitation des sables bitumineux et à leurs pipelines (il a même quitté son travail à la NASA cette année pour se consacrer plus amplement à ces campagnes). Il y a deux ans, quand je fus arrêté devant la maison blanche lors d’une manifestation contre le projet de pipeline et d’exploitation de sables bitumineux Keystone XL, un des 166 individus à avoir été menotté ce jour-là était un glaciologue du nom de Jason Box, un expert mondialement reconnu de la fonte des Glaces au Groenland.

« Je ne pourrais continuer à avoir de l’estime pour moi-même si je n’y étais pas allé », disait Box à l’époque, ajoutant que « le simple fait de voter ne semble pas suffire dans ce cas-là. Je dois aussi être un citoyen. »

Ceci est louable, mais ce que Werner fait avec ses modèles de prévisions est différent. Il ne dit pas que ses recherches l’ont poussé à manifester contre tel ou tel politique ; il dit que ses recherches ont montré que notre paradigme économique dans son ensemble est une menace pour la stabilité écologique. Et qu’en effet, défier ce paradigme économique – à travers des manifestations d’oppositions – est la meilleure chance qu’a l’humanité pour éviter la catastrophe.

C’est assez osé. Mais il n’est pas seul. Werner fait partie d’un petit (mais croissant) groupe de scientifiques influents dont l’étude sur la déstabilisation des systèmes naturels – notamment le système climatique – les a amené aux mêmes conclusions radicales, voir révolutionnaires. Et pour n’importe quel aspirant-révolutionnaire qui aurait déjà rêvé renverser le système économique actuel en faveur d’un système qui soit moins susceptible de pousser au suicide par pendaison des retraités italiens dans leurs maisons, cet étude devrait avoir un intérêt exceptionnel. Parce qu’elle ne montre pas l’abandon de ce système cruel en faveur d’un nouveau (qui, moyennant beaucoup d’efforts, serait peut-être meilleur) comme un simple problème de préférence idéologique, mais plutôt comme une nécessité de survie existentielle pour de nombreuses espèces.

En tête de ce cortège de scientifiques révolutionnaires se trouve le plus connu des experts britannique du climat, Kevin Anderson, le directeur adjoint du centre Tyndall de recherche sur le changement climatique, qui s’est rapidement imposé comme une des meilleures institutions de recherche britannique sur le sujet. S’adressant à tous, depuis le département de développement international du conseil de Manchester, Anderson a passé plus d’une décennie à traduire patiemment les dernières avancées en science climatique aux politiciens, aux économistes et aux militants. Avec un langage clair et compréhensible, il traçait une ligne de conduite pour la réduction d’émissions, une qui offre une véritable chance pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2° Celsius, limite qui avait été fixé comme déterminante pour éviter des catastrophes.

Mais ces dernières années, les rapports d’Anderson et ses présentations sont devenus plus alarmistes. Sous des titres comme « le changement climatique : au-delà du danger…des chiffres brutes et un espoir précaire », il montrait que les chances de maintenir un réchauffement climatique avec des températures acceptables diminuent très rapidement.

Avec sa collègue Alice Bows, une experte en changement climatique du centre Tyndall, Anderson explique que l’on perd trop de temps avec l’indécision des politiques, et avec des demi-mesures inefficaces – tout cela pendant que la consommation (et les émissions) globales augmentaient – si bien que l’on est maintenant face à des problèmes si important qu’ils remettent en question la logique fondamentale du « tout pour la croissance du PIB ».

Anderson et Bows nous informe que la limite souvent cité pour le réchauffement climatique – une réduction de 80% des émissions entre 1990 et 2050 – a été sélectionné par opportunité politique et n’a aucune base scientifique. Et cela parce que les impacts climatiques ne proviennent pas simplement de ce que l’on émet aujourd’hui et demain, mais du total de ces émissions qui s’accumulent dans l’atmosphère avec le temps. Et ils préviennent qu’en se concentrant uniquement sur des objectifs à long terme comme 2050 ( dans plus de trois décennies)  – plutôt que sur ce que l’on pourrait faire dès maintenant pour réduire les émissions en carbone – il y a un risque important qu’on laisse les émissions augmenter dans les années à venir, en dépassant largement le « budget carbone 2° » et qu’on finisse dans une impasse totale, plus tard dans ce siècle.

C’est pourquoi Anderson et Bows expliquent que si les gouvernements des pays développés sont sérieux avec leur limite « consensus » de maintenir le réchauffement sous la barre des 2° Celsius, et si les réductions doivent respecter un principe d’équité (en gros que les pays qui émettent déjà depuis des années réduisent leurs émissions avant les pays ou des millions de gens n’ont pas encore accès à l’électricité), alors les réductions d’émissions doivent être bien plus importantes que prévu, et doivent se faire bien plus rapidement.

Pour avoir ne serait-ce qu’une demi-chance d’atteindre cette limite de 2° (limite qui implique déjà des changements climatiques dramatiques), les pays industrialisés doivent d’ores et déjà commencer à réduire leurs émissions par environ 10% par an – et ce dès maintenant. Mais Anderson et Bows vont plus loin, et expliquent que cette cible des 2° ne peut être atteinte en utilisant les solutions proposées actuellement par les grands groupes de technologies « vertes ». Ces mesures aideraient surement, mais elles ne sont simplement pas suffisantes : une réduction de 10% des émissions, année après année, est virtuellement sans précédent depuis que nous avons utilisé le charbon comme moteur de nos économies. D’ailleurs des diminutions de 1% ou plus ont toujours « été historiquement associées avec une récession économique ou de grands bouleversements », comme l’explique l’économiste Nicholas Stern dans son rapport de 2006 pour le gouvernement britannique.

Même après la chute de l’union soviétique, des réductions de cette durée et de cette intensité ne se produirent jamais (les ex-pays soviétiques connurent une réduction annuelle d’environ 5% sur 10 ans). Cela ne se produit pas non plus après le crash boursier de Wall Street en 2008 (les pays riches connurent une réduction de 7% entre 2008 et 2009, mais les émissions reprirent de plus belle en 2010 et les émissions de la Chine et de l’Inde ne cessèrent d’augmenter). C’est seulement après le crach boursier de 1929 que les émissions des USA diminuèrent pendant plusieurs années consécutives par plus de 10% par an, selon les données du centre d’analyse et d’information sur le dioxyde de carbone. Mais ce fut la pire crise économique des temps moderne.

Si nous voulons éviter ce genre de carnage tout en atteignant les limites proposées par la science en matière d’émissions de carbone, les réductions doivent s’effectuer avec précaution à travers ce que Bows et Anderson décrivent comme « des stratégies radicales et immédiates de décroissance aux USA, en Europe et dans les autres pays riches ». Ce qui pourrait aller, si notre système économique n’idolâtrait pas la croissance du PIB avant tout, sans aucune considération pour les conséquences humaines et/ou écologiques, et si la classe politique néolibérale n’avait pas renoncé à gérer quoi que ce soit (puisque que le marché est le génie invisible à qui l’ont doit tout confier).

Donc ce que Bows et Anderson expriment réellement c’est que nous avons encore la possibilité d’éviter un réchauffement catastrophique, mais pas en suivant les règles actuelles du capitalisme. Ce qui représente peut-être le meilleur argument que l’on ait jamais eu en faveur du changement de ces règles.

Dans un essai de 2012 qui fut publiée dans l’influente revue scientifique Nature, Anderson et Bows posaient une sorte de défi, accusant beaucoup de leurs collègues scientifiques de ne pas être honnête à propos des changements exigés de l’humanité pour éviter ce dérèglement climatique. Voici une citation tirée de leur publication pour illustrer cette idée :

…dans le développement des scénarios d’émissions les scientifiques à maintes reprises sous-estiment largement les implications de leurs analyses. Quand il s’agit d’éviter une augmentation de 2°C, « impossible » se transforme en « difficile mais possible », tandis que « urgent et radical » devient « délicat » – tout cela pour apaiser le dieu économie (ou, plus précisément, finance). Par exemple, pour éviter de dépasser le taux maximal des réductions d’émissions dicté par les économistes, des pics en avance « impossible » sont imaginés, de pair avec des notions naïves de « big engineering » et de déploiement d’infrastructures à faible émissions en carbone. Plus dérangeant, tandis que les budgets d’émission diminuent, de la même façon le « geoingineering » est de plus en plus proposé pour être sure que le dictat des économistes ne soit pas remis en question.

En d’autres termes, afin d’apparaitre raisonnable aux yeux des néolibéraux, les scientifiques ont dramatiquement sous-estimé les implications de leurs recherches. En Aout 2013, Anderson expliqua encore plus franchement que le bateau du changement graduel avait déjà levé l’ancre depuis longtemps. « Peut-être qu’au sommet de la terre de 1992, ou même lors du changement de millénaire, la limite des 2°C était encore envisageable à travers des changements très important au sein du système politique et économique actuel. Mais le changement climatique est un problème cumulatif ! Maintenant, en 2013, nous, dans les nations aux importantes émissions (post-)industrielles, faisons face à une perspective bien différente. Notre prodigalité actuelle en matière de Carbone a balayé toute opportunité de « changement évolutionnaire » que nous permettait notre précédent (et plus important) budget carbone visant les 2°C. Aujourd’hui, après deux décennies de mensonges et de bluffs, le budget 2°C restant demande « des changements révolutionnaires à l’hégémonie politique et économique actuelle » (ses propres termes).

Nous ne devrions pas être surpris que certains scientifiques du climat soient un peu effrayés par les implications radicales de leurs propres recherches. La plupart d’entre eux accomplissaient tranquillement leurs travaux, mesurant des noyaux de glace, établissant des modèles de prévisions climatiques globaux, et étudiant l’acidification des océans, pour découvrir, comme l’expert climatique et auteur australien Clive Hamilton l’explique, qu’ils « étaient involontairement en train de déstabiliser l’ordre politique et sociale ».

Mais beaucoup de gens sont au courant de la nature révolutionnaire de la science du climat. C’est pourquoi certains des gouvernements qui ont décidé d’enterrer leur engagement climatique en faveur de plus de plus d’exploitation de carbone ont eu recours à des moyens encore plus malhonnêtes pour intimider et faire taire les scientifiques de leurs nations. En Grande-Bretagne, cette stratégie est encore plus transparente, avec Ian Boyd, le conseiller scientifique principal du département de l’environnement, de la nourriture et des affaires rurales, qui écrivait récemment que les scientifiques devraient éviter « de suggérer que tel ou tel mesure est juste ou mauvaise » et devraient exprimer leurs points de vues « en travaillant avec des conseillers intégrés (moi-même par exemple), et en étant la voie de la raison, plutôt que de la dissidence, en matière de relation publiques ».

Si vous voulez savoir ou cela mène, regardez le Canada, le pays ou je vis. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été si efficace dans son musellement des scientifiques, et dans l’arrêt total de programmes de recherches très important, qu’en juillet 2012, environ deux mille scientifiques et militants organisèrent une parodie d’enterrement sur la colline du parlement à Ottawa, déplorant la « mort des preuves ». Sur leurs pancartes on pouvait lire : « Pas de Science, pas de Preuves, pas de Vérité ».

Mais la vérité s’échappe quand même. Le fait que le business-as-usual, la poursuite du profit et de la croissance soient des phénomènes perturbant la vie sur Terre n’est plus à découvrir dans des journaux scientifiques. Les signes précoces sont déjà visibles devant nous.  Et un nombre croissant d’entre nous réagissent proportionnellement : empêchant la fracturation hydraulique à Balcombe ; interférant avec la préparation du forage en Arctique dans les eaux Russes (prenant des risques énormes) ; en poursuivant dans les tribunaux les opérateurs d’exploitation des sables bitumineux pour violation de la souveraineté des indigènes ; et bien d’autres actes de résistance à différentes échelles. Dans le modèle de prévision informatique de Brad Werner, c’est la « friction » nécessaire pour freiner ces forces de destructions ; Le militant climatique de renom Bill McKibben appelle cela « les anticorps » qui se déploient en réaction à la « fièvre grimpante » de la planète.

Ce n’est pas une révolution, mais c’est un début. Et cela pourrait être juste assez pour nous donner le temps nécessaire à l’élaboration d’un mode de vie, sur cette planète, qui soit nettement moins n***ée.

Naomi Klein

Article original en anglais : How science is telling us all to revolt, NewStatesman, publié le 29 octobre 2013.

Traduction Nicolas Casuax pour Mondialisation.ca

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«Dhrabni ou bka, sbakni ou chka» Il m’a frappé et a pleuré, il m’a devancé et s’est plaint de moi».

Ce proverbe du terroir maghrébin illustre plus que mille discours, la «sortie» du Royaume du Maroc qui a rappelé «en consultation» son ambassadeur pour des faits qui, a postériori, sont de sa responsabilité. S’il est vrai que s’attaquer à un attribut de souveraineté tel que le drapeau est monnaie courante par les temps qui courent, il n’est que de voir le sort périodique du drapeau américain victime des colères arabes et plus largement musulmanes. Il n’en demeure pas moins que c’est un précédent qui ne nous garantit nullement de la récidive. Tout est parti de l’actualité de cette semaine qui a été marquée par deux événements importants. D’abord la conférence d’Abudja concernant la cause sahraouie et ses conséquences indirectes sur les relations de l’Algérie avec le Maroc, ensuite, le feuilleton des négociations israélo-palestiniennes jalonnées par la construction de milliers de logements de colonisation sur les territoires occupés depuis 1967.

Les symboles de l’Etat algérien profanés au Maroc

En moins d’une semaine les symboles de l’Etat algérien au Royaume du Maroc ont été bafoués. Le deuxième incident eut lieu la veille du 1er Novembre La double agression contre l’ambassade à Rabat et le consulat à Casablanca est un élément inacceptable car lourd de conséquences. Dans le même ordre on ne peut que s’interroger sur le manque de réaction des autorités consulaires qui n’ont pas bougé le petit doigt quand l’intrus est rentré posément en escaladant la barrière, a grimpé par la gouttière,a pris son temps devant un drapeau qui rechignait à se laisser faire. Quand quelqu’un rentre chez vous, la moindre des choses est de le sortir par tous les moyens… Les Algériens considèrent que l’atteinte à notre drapeau national, surtout un 1er Novembre, n’est pas un acte isolé. Il est très possible que les événements aient été programmés.

Pour rappel et comme l’écrit Tayeb Belghiche du journal El Watan, dans un discours prononcé le 11 octobre dernier devant les deux Chambres réunies, le roi Mohammed VI a clairement donné le feu vert au passage à l’action: «Au lieu d’attendre les attaques de nos adversaires pour riposter, il faut plutôt les acculer à la défensive en prenant les devants, en anticipant les événements et en y répondant de manière positive», ajoutant plus loin: «Par conséquent je vous exhorte tous, encore une fois, à une forte mobilisation, une vigilance de tous les instants et des initiatives efficaces aux niveaux interne et externe pour contrecarrer les ennemis de la nation où qu’ils se trouvent et pour déjouer les stratagèmes illégitimes auxquels ils ont recours.» (1)

Tayeb Belghiche s’interroge sur l’expansionnisme marocain qui dit-il, «a pris en otage le Grand Maghreb,. Jusqu’à quand? L’alternative est claire et tous les Maghrébins de bonne foi et de bonne volonté ne peuvent que la comprendre, sinon la soutenir: faisons le Maghreb avec ceux qui sont prêts. (…) L’Algérie ne peut pas continuer à faire preuve de retenue quand l’arrogance du gouvernement marocain n’a pas de limite. Il ne s’agit pas seulement d’un incident diplomatique en contrôlant ses dommages collatéraux, ajoute encore notre source, car il s’agit de l’avenir de tous les peuples maghrébins». (1)

Dans une déclaration du ministère des Affaires étrangères il a été rappelé à l’ambassadeur du Royaume du Maroc la «demande pressante» formulée, vendredi dernier, auprès du chargé d’affaires de son ambassade pour obtenir le «plus rapidement possible» des explications circonstanciées sur «la violation inacceptable des locaux consulaires algériens à Casablanca et la profanation impardonnable de l’emblème national, le jour même de la célébration du déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre». (…) Hamid Enaânaâ, l’homme par qui le scandale est arrivé, a agi seul et qu’il est aux arrêts en attendant d’être présenté, le 20 novembre, devant le procureur. Suffisant pour éteindre le feu de la colère en Algérie? Pas sûr. (…), le MAE a demandé officiellement à l’ambassadeur marocain que les autorités algériennes soient associées, «selon une forme appropriée et conformément à la pratique internationale», à l’enquête pour déterminer les faits et s’assurer que les suites appropriées ont été engagées après cet incident «particulièrement grave». Il a été rappelé à l’ambassadeur que l’Algérie n’accorde pas de crédit à la thèse de l’«incident isolé» et encore moins au «fait divers»». (2)

Justement à Abudja, la Conférence africaine de solidarité avec la lutte du peuple sahraoui a ponctué la fin de ses travaux par une déclaration plutôt «hard» à l’égard du Maroc mais aussi de… l’Union africaine. Ayant pris acte de l’incapacité de l’UA à faire entendre raison au Maroc, qui continue d’occuper le Sahara occidental et de réprimer son peuple, syndicats, ONG et sociétés civiles ont décidé d’aller aux avant-postes. Ainsi, il a été décidé de mettre en place un mouvement de solidarité pour l’indépendance du Sahara (Asmows) qui se chargera de mener le combat multiforme pour la décolonisation de ce territoire. Ce mouvement africain de solidarité se propose aussi de collaborer avec ses homologues d’Europe, d’Amérique latine et d’Australie pour la promotion de la cause sahraouie. La Conférence a par ailleurs apporté son soutien aux positions des gouvernements d’Afrique du Sud, d’Algérie et du Nigeria par rapport à la cause sahraouie, et a exprimé sa volonté de faire en sorte que ces positions aillent dans le sens d’une «isolation» du Maroc, comme cela avait été fait auparavant pour le système de l’apartheid.» (3)

Cependant, une prise de conscience se fait jour en Europe et même aux Etats-Unis. On sait que  le lobby marocain aidé par le lobby sioniste est arrivé jusqu’à présent à bloquer les prérogatives de la Minurso quant à sa mission de surveillance des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés. D’autre part, on apprend que le président de la Coordination des comités et des associations européennes de soutien au peuple du Sahara occidental (Eucoco), Pierre Galand, a affirmé que le rapport Charles Tannock adopté récemment par le Parlement européen (PE) est «très clair» sur la violation des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés et sur la spoliation des richesses naturelles du Sahara occidental soulignant que ce rapport «est aussi clair dans sa partie réservée à la spoliation par le Maroc des ressources naturelles du Sahara occidental». Tout en rappelant les décisions adoptées par le PE en relation avec la suspension des accords dans le secteur de la pêche avec le Maroc au regard des violations des droits des Sahraouis dans les territoires occupés, il s’est dit «choqué» de constater que «l’Espagne a signé un préaccord sur la pêche avec Rabat». «C’est choquant d’autant plus que ce préaccord est survenu au moment où l’opinion internationale vient d’apprendre la découverte d’un charnier de victimes sahraouies et que Madrid était au courant de ce drame, a souligné M.Galand.» (4)

Le feuilleton du drame palestinien

L’analogie entre Sahraouis et Palestiniens est troublante. On a tout dit du drame palestinien qui perdure depuis près d’un siècle. Voilà une cause pour la dignité d’un peuple qui accepte de vivre sur le cinquième de sa terre originelle et qui voit chaque jour les perspectives d’un Etat palestinien s’éloigner. Un nouveau round de négociations sans lendemain se déroule sous nos yeux. Israël construit sur les terres palestiniennes tout en déclarant négocier. (5)

Selon une dépêche de l’AFP on apprend qu’Israël a proposé que le tracé de la barrière de séparation serve de base pour les discussions de paix, et non les lignes d’avant 1967, comme le réclament les Palestiniens, Les négociateurs israéliens ont proposé à leurs homologues palestiniens que cette barrière, dont le tracé se trouve à 85% en Cisjordanie, isolant 9,4% du territoire palestinien, Jérusalem-Est compris (chiffres ONU), serve de point de départ aux discussions, selon le quotidien Yediot Aharonot et la radio publique israélienne.

En outre, Israël veut conserver certaines colonies juives isolées de Cisjordanie – Beit El, Psagot et Nokdim, selon les mêmes sources. Interrogé, un porte-parole du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas confirmé ces informations, indiquant qu’il ne commentait pas les négociations en cours, sur lesquelles le secrétaire d’Etat américain John Kerry a imposé aux deux parties un black-out médiatique. La question du statut de Jérusalem a également été abordée, Interrogé sur ce point, un haut responsable israélien a indiqué sous couvert de l’anonymat qu’Israël avait ´´dit clairement aux Palestiniens que Jérusalem resterait unifiée sous souveraineté israélienne´´.(6)

La construction de nouvelles unités d’habitation dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris dans la ville sainte d’El Qods, se poursuit sans relâche. L’Etat hébreu a lancé dimanche de nouveaux appels d’offres pour la construction d’environ 2000 nouveaux logements dans les Territoires palestiniens occupés en 1967, selon «La Paix maintenant», une organisation non gouvernementale israélienne, opposée à la construction de colonies en Palestine occupée, ces appels d’offres concernent 1859 unités d’habitation en Cisjordanie dont 828 à Jérusalem-Est, El Qods, occupée, mais aussi annexée par Israël en 1967. La Paix maintenant critique les pratiques du gouvernement israélien. «Chaque fois que Netanyahu fait un petit pas vers la paix, il en fait deux grands pour faire en sorte qu’il soit plus difficile de parvenir à la paix, a déploré l’ONG.» (7)

Que fait Abou Mazen? Il va protester pour la millième fois. Lors d’une réunion du comité exécutif de l’OLP, jeudi à Ramallah, en Cisjordanie occupée, une réaction ferme à la poursuite de la colonisation a été décidée. Pendant ce temps «La pizza» -objet de négociations- rétrécit mais les affaires des dirigeants politiques sont plus que jamais prospères…

La réalité du pouvoir marocain et le Grand Maghreb

C’est un fait que le pouvoir marocain est dans une mauvaise passe qui le conduit à la diversion; le peuple souffre le martyre, s’appauvrit de plus en plus pendant que le roi s’enrichit de plus en plus. Deux journalistes de talent, Catherine Graciet et Eric Laurent, ont analysé dans un ouvrage la prédation royale. Depuis son accession au trône en 1999, écrivent-ils, Mohammed VI a pris le contrôle de l’économie du Maroc dans l’arbitraire le plus absolu. Une stratégie d’accaparement marquée par la corruption effrénée de ses proches. Au Maroc, en 2012, la monarchie impose toujours le silence et le secret sur ses agissements, ce qui a rendu notre enquête souvent délicate à mener. La monarchie marocaine a instauré parmi les élites dirigeantes une véritable «culture de la docilité». Mais, surtout, elle fait peur: lorsqu’elle s’abat, la disgrâce royale condamne socialement mais aussi financièrement et professionnellement. Ils connaissent notre attachement sincère au Maroc et à son peuple. (…) Au Maroc, la monarchie demeure le seul pouvoir. Elle continue de prospérer puisqu’elle a eu la bonne idée de transformer, depuis des décennies, la vie publique et les institutions en un théâtre d’ombres. Les excès du roi sont protégés par une omerta que nous avons décidé de briser avec ce livre.» (8)

«En juillet 2009, le magazine américain Forbes créa la surprise (…) le roi du Maroc, Mohammed VI, faisait une surprenante apparition à la septième place, avec une fortune évaluée à 2,5 milliards de dollars. Il devançait des rivaux en apparence pourtant plus richement dotés, comme l’émir du Qatar, (…) dont la fortune, selon Forbes, était six fois inférieure à celle du souverain marocain. En 2009, la crise financière mondiale survenue un an plus tôt avait frappé de plein fouet l’ensemble des revenus, y compris ceux des plus fortunés. Pourtant, Mohammed VI, dont la fortune avait doublé en cinq ans, semblait mystérieusement échapper à ces aléas…Dans le rapport mondial sur le développement humain élaboré par le Pnud, l’agence des Nations unies pour le développement, couvrant la période 2007-2008, le Maroc est en effet classé au 126e rang (sur 177 États) du point de vue du «développement humain», et le taux de pauvreté du pays atteint 18,1%. Pour ne rien arranger, en 2008, la dette publique du Maroc a bondi de 10% en un an, pour atteindre 11,9 milliards d’euros, soit 20% du PIB. Le classement de Forbes ne faisait que soulever pudiquement un coin du voile sur l’ampleur d’une fortune royale en vérité beaucoup plus importante. Surtout, il taisait ou ignorait les moyens mis en oeuvre pour parvenir à amasser une telle richesse.»(8)

L’utopie de l’Union maghrébine basée sur des malentendus

Dans ces conditions comment peut-on parler d’Unité maghrébine quand les conditions minimales ne sont pas réunies. Pour le roi, ««les ennemis de la nation» ne sont autres que les Algériens. D’ailleurs, depuis son accession au trône, il a développé un discours extrêmement agressif contre l’Algérie, un discours qui, au lieu d’inciter à l’apaisement, pousse au contraire à créer un climat de tension».

«Depuis sa création [l'UMA] en février 1989 à Marrakech, les pays membres ont signé entre eux seulement 37 traités et accords. Or, l’Algérie en a ratifié 29, la Tunisie 28, la Libye 27, la Mauritanie 25 et le Maroc seulement 8. Ce sont là des chiffres qui soulignent clairement le désintérêt du royaume pour la construction maghrébine. Il est surtout en train de vivre avec un rêve moyenâgeux: le Grand Maroc et son corollaire, l’expansionnisme colonial. (..) Le régime de Rabat doit faire son choix et définitivement. Veut-il le «Grand Maroc» ou le «Grand Maghreb»?» (1)

Il y va de l’avenir de la région. Les peuples doivent comprendre que leur salut est dans l’unité. Nous partageons beaucoup de valeurs. Dans le monde actuel si on reste divisés, nous allons devenir des poussières d’Etat. L’arrogance du Maroc qui se croit intouchable n’est pas fortuite elle provient du soutien inconditionnel de la France qui a fait du Maroc son pré carré.

A bien des égards il fait office par sa politique inhumaine, par sa répression sans fin comme un second Israël dans la région, n’a -t-il pas avec l’aide d’experts israéliens fait un mur d’apartheid? Il est vrai que son impunité internationale le place au-dessus du droit international en ignorant les aspirations du peuple sahraoui et plus largement du peuple marocain à vivre libre dans la dignité.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Notes/références

1. Provocations marocaines contre l’Algérie: Le Roi veut-il la guerre? El Watan le 05.11.13

2. L’ambassadeur du Maroc convoqué au MAE…El Watan le 04.11.13

3. Hassan Moali: La Conférence d’Abuja El Watan le 02.11.13

4. http://www.elwatan.com/international/territoires-occupes-pierre-galand-brandit-le-rapport-tannock-05-11-2013-233895_112.php

5. C.E. Chitour: Le calvaire du peuple palestinien. Editions Casbah 2013

6. Israël propose la barrière de séparation comme base des discussions de paix le 05.11.13

7. http://www.elwatan.com/international/2000-nouveaux-logements-en-cisjordanie-netanyahu-piege-la-visite-de-john-kerry-05-11-2013-233890_112.php

8. Catherine Graciet, Eric Laurent. Le Roi prédateur Editions du Seuil p.5-7 mars 2012

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